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MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES :
JUIN , 1776.
Mobilitate viget. VIRGILE.
7220878
A PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire , rue Chriſtine ,
près la rue Dauphine.
Avec Approbation & Privilége du Roi,
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, les piéces de vers ou de profe , la mufique
, les annonces , avis , obſervations , anecdotes
événemens finguliers , remarques fur les
ſciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître av
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Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
des amateurs des lettres & de ceux qui les
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5 liv.
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baffe-
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2 la
21. 10 f.
2 1. 10 f
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3 l.
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, in- 8° . br. avec fig. 41.
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Les Mules Grecques , in -8 °.br .
Les Odes Pythiques de Pindare , in-8 °. br.
1.4fa
11.106
5 la
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ture , in-4°. avec fig . br. en carton ,
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12 1.
3 1.
71.
Mémoire fur la Mufique des Anciens , nouvelle édition,
in 4°. br.
Journal de Pierre le Grand, in 8° . br.
L'Agriculture réduite à fes vrais principes, vol. in-12.
broché a la
MERCURE
DE FRANCE.
JUIN , 1776.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
MITHRIDATE à fon fils PHARNACE.
HÉROÏD E.
Mithridate eft fuppofé écrire cette lettre
dans le Château de Panticopée , où il eſt
affiégé , & à la veille de tomber entre les
mains de fon fils.
A iij
MERCURE DE FRANCE.
DEE ces lieux où mon coeur ne goûte plus
d'eſpoir ,
Je fais jufques à toi paffer mon défelpoir.
Frémis en recevant cette lettre fanglante ,
Dont les traits font tracés par ma main chancelante
:
Reconnois Mithridate à fa noble fureur ;
La loif de la vengeance eſt toujours dans fon
coeur.
Ainfi done , au mépris des loix les plus facrées ,
Tu brûles de trancher mes triftes deſtinées;
Ou bien chargeant de fers mes glorieufes mains ,
Tu veux , comme un brigand , me livreraux Romains.
Tous mes foldats féduits par tes vils artifices ,
De tes projets affreux deviennent les complices ;
Tout ajoute aux horreurs de mon malheureux
fort ,
Et je n'ai de reflource , en ces lieux , que la mort.
>
Enfant dénaturé d'un trop malheureux pere ,
S'il eft us Dieu vengeur , redoute la colere ;
Grains que pour te punir de ton manque de foi
Lafoudre avec éclat vienne tomber fur toi ;
Crains que Rome , au mépris d'une feinte alliance,
A la bonté des Dieux dérobe la vengeance :
JUIN. 1776.
Tu connois mal encor ce Peuple que tu férs ;
Pour prix de tes travaux , il te garde des férs:
Sa haine pour les Rois eft trop envenimée ,
Etton triomphe , ingrat , eft de peu de durée.
Fortune , où me réduit ton aveugle fureur !
Qui croira que ce Roi , triomphant & vainqueur,
Après avoir dompté tous les Rois de l'Afie ,
Fait trembler les Romains au fein de leur patrie ,
Trahi par fes foldats & par fon propre fang,
A vu fuir en unjour tout l'éclat de ſon rang!
Equile tes rigueurs, deftio inexorable,
Mon ame en ce moment eft encor indomptables
J'ai toujours foutenu les efforts de ton bras :
Ce dernier coup me perd , mais ne m'alarme pas .
Qu'efpere- tu de moi , fils ingrat & perfide ?
En menaçant mes jours d'un lâche parricide,
Prétends- tu me réduire à la néceffité
De venir à tes pieds dépofer ma fierté ?
De cet abaiffement me croirois - tu capable?
La vie eft à mes yeux un bien trop mépriſable ,
Et le ciel vainement m'impoferoit la loi
D'en demander le reste à qui la tient de moi .
Du haut de cette tour , où ma garde fidelle
Difpute encor l'entrée à ton parti rebelle ,
Je n'ai pu , lans frémir de rage & de fureur ,
De tes honteux deffeins contempler la noirceur;
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Tu me bravois , cruel , & fier de ta puiſſance ,
Tes yeux fixés fur moi défioient ma vengeance ;
De quel front ofe- tu , fujet féditieux ,
Infulter lâchement à ton Roi malheureux ?
Tremble, que rappelant ma force & mon courage,
A travers tes foldats je me fraye un paſſage ,
Et qu'enfonçant le fer dans ton indigne coeur,
De ce fang odieux j'abreuve ma fureur.
Foible allié d'un Peuple accablé de ma haine ,
Vil efclave ébloui de la grandeur Romaine ,
Rampe fous ces tyrans jaloux de mon trépas ,
Maîtres du monde entier , mais par des attentats ;
Paye avec des forfaits leur funefte alliance ,
Ce n'est qu'à ces moyens qu'ils doivent leur puiffance
:
Rome , qui craint toujours de voir changer fon
fort ,
Four la tranquilité n'attend plus que ma mort.
Ces fuperbes guerriers , tant avides de gloire ,
Qui croyoient à leur fuite enchaîner la victoire ,
Trompés par mes exploits ne peuvent , ſans frémir
,
Se retracer les maux que je leur fis fouffrir.
Malheureux à mon tour , mon génie invincible ,
Même au fein des malheurs , fe montra plus terrible
,
Vingt Peuples réunis vinrent de toutes parts
Se ranger à ma voix lous mes fiers étendarts ,
JUIN, 1776 .
>
3
Et lorfque les Romains ,pleins d'une vaine audace ,
Me croyoient accablé du poids de ma difgrace ,
Tel qu'un lion bleflé , guidé par ma fureur ,
Au milieu de leur camp je portai la terreur ;
Bien plus , quand le deſtin , redoublant d'injuſtices,
Semble vouloir fur moi fignaler fes caprices ,
Toujours plus infenfible à fes fâcheux revers ,
Je conçus le projet d'envahir l'Univers.
Déjà tout étoit prêt ; mon ame fatisfaite ,
Avec raviflement voloit à la conquêre :
J'étois loin de penſer qu'un ordre des Romains
Auroit pu t'obliger à trahir mes defteins .
Par quel charme mon coeur, dépouillé de foiblefle ,"
A-t-il pu , pour toi ſeul , s'ouvrir à la tendreffe ?
Pourquoi ce fentiment , qui me faifoit la loi
Avec tant de fuccès , me parloit- il pourtoi ? -
Plut au ciel qu'étouffant le cri de la nature ,
J'euffe, par ton trépas , prévenu mon injure :
Vers Rome on m'auroit vu marcher avec ardeur ,
Et porter dans fon fein le carnage & l'horreur.
Renverfant les remparts de cette ville immenfe ,
De tous les Rois vaincus j'aurois vengé l'offenſe :
Dans le fang précieux des fuperbes Romains ,
Au gré de mes defirs j'aurois trempé mes mains ;
Et mon bras glorieux , à défaut du tonnerre ,
D'un fléau fi terrible eût délivré la terre.
Mais je lens à ces mots ma fureur s'augmenter :
I
A v
To MERCURE
DE FRANCE.
Les momens me font chers , je dois en profiter ;
Non , je n'attendrai point que tes mains inhumaines
Arrachent mes lauriers pour m'accabler de
chaînes :
Rome neverra point fon rival dangereux
Décorer du vainqueur le triomphe pompeur :
Ce poignard , feul elpoit contre la perfidie ,
Va préſerver mes jours de cette ignominie :
Puifle le ciel vengeur , ſenſible à mes ſouhaits ,
Pefer le châtiment au poids de tes forfaits ;
Que tes propres enfans , revêtus de tes vices ,
Inventent pour ta-mort les plus cruels fupplices ,
Et pour comble de maux , dans ces momens
affreux ,
Puiffe-tu de ton fort n'accufer que mes voeux.
Par M. Ph. Caftel
L'APOLOGIE DES FEMMES.
D'un fexe né pour plaire , impérieux cenfeurs ,
Vous , dont la fotte jaloufie
Voudroit infecter tous les coeurs , !
Penfez vous me troubler par votre frénéfic
Pourquoi donc , contre moi , fi fort vous gens
darmer ?
:
JUIN. 1776 .
11
J'aime trop,dites-vous , ce fexe plein de grâces
Qui de tous temps a fu charmer,
Sexe dont le plaifir ſuit ſans celle les traces ,
Sexe que l'Amour même a pris ſoin de formers
Famais votre coeur infenfible
Ne connut les tendres plaifirs
Que nous offre le Dieu , dont le charme invincible
Fait naître chaque inſtant mille nouveaux defirs;.
Vils efclaves de la richeſle ,
Connoillez mieux ce qui peut m'affliger :
La fortune éblouit , mais bientôt elle ceffe ,
Et fon éclat eft paflager.
Dans les bras de ma jeune Amante
Je vais oublier vos fureurs ;
Malgré vous , je préfere une beauté naiflante
Au falte impofant des grandeurs ;
Cependant je veux vous répondre :
Toujours honnête & généreux ,
La‹ vérité par moi va vous confondre ;
Peut-être mes avis vone deffiller vos yeur.
Apprenez , froids mortels , à connoître les fèmmes
;
Faites comparaison du bonheur d'être aimé,
De ce bonheur qui féconde les ames ,
A celui d'un Créfus par l'or même alarmıé .
Sans les femmes nous ceſſons d'être;
Elles font les liens de la fociété ,
Ellos apprennent à connoître
A vj
12 MERCURE
DE FRANCE.
Le charme de la volupté.
L'homme , fortant des mains de la Nature ,
Tomberoit d'erreurs en erreurs :
Enveloppé dans une nuit obfcure ,
L'homme n'auroit que de fauvages moeurs ;
Mais une femme adoucit fa rudefle :
Un doux regard , un fourire flatteur ,
Allument dans fes fens le feu de la tendrefle :
Il devient complaifant , un trouble heureux le
prefle ,
Il commence dès - lors à connoître (on coeur.
La femme eft l'ame de la vie :
Nous lui devons notre félicité ;
La femme , à qui tout porte envie ,
Avec les traits de la gaîté
Repouffe , en folâtrant , ceux de votre furie ;
Par une fine raillerie ,
Elle corrige un fat de lui-même entêté .
La fleur qui dans nos champs veuenaître ,
Attend l'haleine du zéphir ;
Il fouffle , elle commence à croître :
Vous la voyez s'épanouir.
L'homme eft la Aeur qui veut paroître :
Son coeur languit lorſqu'il eft fans defir ;
La femme eft le zéphir , elle anime ſon être :
Dès qu'il la voit fon coeur s'ouvre au plaifir.
Ofe donc me poursuivre , ô fortune ennemie !
Vainement ta bizarre humeur
JUIN. 1776. 13.
Veutdiftiller fes poiſons dans mon coeur :
Dans les yeux d'une aimable amie
Je vais , riant de ton erreur ,
Puifer le plaifir & la vie
En chantant la jeune Silvie ,
Braver mon fort & fa fureur.
Et toi , fexe charmant , à qui je facrifie
Ces biens trompeurs qu'on vient m'offrir ,
T'aimer eſt ma philoſophie ,
Et te chanter eft mon plaifir.
Par M. Dufaufoir.
L'HONNEUR & L'AMOUR.
Fable.
Un certain jour , l'Amour N avec l'Honneur ,
En bons amis , alloient de compagnie
Et difcouroient fur le rare bonheur
Que procure aux humains leur douce fympathic.
L'Honneur , modeftement vêtu ,
Marchoit d'un pas ferme & tranquille .
Son bandeau fur les yeux , le pauvre Amour ,
tout nu ,
L'air inquiet , fembloit demander un afyle ;
14 MERCURE DE FRANCE.
Le petit Dieu , dans un dépit jaloux ,
Avoit lui -même ôté les ailes ,
Et Jupiter , dans fon courroux ,
L'avoit privé de fes flêches cruelles .
Frere , difoit l'Amour , je verfe à pleines mains
Le vrai bonheur fur la machine ronde ;
Sans moi , que feroient les liumains ?
Je fuis ce doux lien qui les attache au monde ;
J'adoucis leurs chagrins , je fuis tous leurs plaifirs :
Je leur coûte , il eft vrai , quelques légers foupirs
Mais lorsqu'aux doux tranfports d'une vive tendrefle
,
Succedent ces momens de bonheur & d'ivrefle ,
Ils ont bien vîte oublié tous leurs maux.
Notre étourdi , en finiflant ces mots ,
Fait un faux pas ; l'Honneur prévient fa chûte.
Et lui dit: il eft vrai que tu fais des heureux ;
Mais cependant , fans moi , tu faifois la culbute .
Je fuis , reprit l'Amour un peu honteux ,
Je fuis l'ame de la nature :
J'anime de mes feux tout ce vafte Univers.
Les oiſeaux dans les airs , les habitans des mers ,
Les Faunes , les Silvains dans leur retraite obfcure ,
Tout s'alume & s'embrâfe au flambeau de
l'Amour ;
Les Dieux fortent fouvent de leur brillant féjour
Pour venir implorer le fecours de mes charmes ;
Je comble leurs defirs en leur prêtant mes aimes.
JUI N. 15 1776 .
Heeft vrai que fouvent on voit en un feul jour
Mes plaifirs les plus doux terminés par les larmes :
Mais, conviens donc auffi que les mortels plongés
Dans le dédale affreux de tes fots préjugés ,
Eloignent pour toujours ces inftans de délices...
Alors nos voyageurs , qui fuivoient un fentier,
Arrivent fur un 10c bordé de précipices ;
Le piedglifle à l'Amour , qui marchoit le premier ;
Il tombe & roule dans l'aby(me.
L'Honneur s'arrête fur la cime ,
Lui tend la main , le releve , & lui dit :
Que je plains le mortel par l'Amour feul conduit !
En proie à de faufles chimeres ,
Et
Par un fentier couvert de fleurs ,
Il vole au comble des malheurs ,
paye les plaifirs par des larmes amores.
Que l'Amour foit toujours fecondé par l'Honneur,
Mortels, fivous voulez goûter le vrai bonheur
Par M. d'Eflot.
16 MERCURE DE FRANCE.
A Madame C *** , qui étoit fur le point
de partir pourfa campagne.
QUOI! UOI ! nous quitter ? & c'eft pour un hameau
Que vous fuyez les attraits de la ville ?
Qu'allez- vous voir ? un ennuyeux troupeau
A pas tardif regagner fon afyle ,
Et dévorer le tapis de vos champs .
Des Paftres lourds , groffiers , acariâtres ,
Qui font horreur , valent-ils ces galans ,.
Ces beaux Bergers qu'on voit fur nos Théatres ?
Si la nature y cache íon attrait ,'
L'art veut y plaire au moins par l'impoſture ;
Réuffit- il ? que nous fait la nature ,
Si la copie excele le portrait ?
Regardez les fur un lit de fougere ,
Mulette en main , foupirer leur amour ,
Er de feftons couronner la Bergere ,
Qui ne répond qu'en payant de retour.
Quoi ! vous riez de ces jeux de Thalie !
Croyez-vous donc à la réalité ?
Ne voit-on pas jouer la comédie
Dans le hameau tout comme à la cité ?
Non , dites-vous , mes Bergers font fideles...
Fideles !.. pafle... à leur ruſticité ,
Aleurs moutous ,
mais non pas à leurs Belles,
JUI N. 1776. 17"
Bergers, moutons, nous charment dans l'idylle,
Sur nos coteaux qu'il en eft autrement !
Le Berger dort , & la troupe imbécille
Nous y contraint par de long bêlement.
Parez toujours nos villes éclatantes ,
Fuyez ces lieux dont les toîts entr'ouverts
Souffrent des vents les haleines piquantes :
Tous ces zéphirs ne font doux qu'en vos vers.
Mais c'eft en vain... En votre folitude
Tous les attraits viennent le réunir ;
Et , par vos foins , fans nulle inquiétude ,
L'on rit d'Eole ainfi que du Zéphir.
Oui , Ch ** , malgré moi , fait me plaire ;
Il fait charmer lorfque vous l'habitez ;
Mais , quel qu'il fût , pourroit-il fatisfaire,
Loríque l'hiver vous chafle en nos cités ?
Tous nos jardins vaudroient bien vos boccages,
Tous nos palais votre joli château ,
Si le plaifir toujours de vos voyages ,
Ne préféroit près de vous le hameau.
Par M. de Saulm** de V***.
MERCURE DE FRANCE.
Les Dangers de l'Ignorance.
MADAME ADAME GULMI étoit de ces femmes
hautaines & opiniâtres , qui , lorfqu'elles
ont adopté un préjugé , ne s'en dépar
tent jamais , de ces perfonnes enfin qui
ne connoiffent que les extrêmes , & en
qui la vraie raifon eft toujours muette .
Une févérité mal entendue fe joignoit
à fes autres défauts ; jugez par là de l'éducation
que devoit recevoir Julie fa
fille unique ; cette jeune perfonne , à l'âge
de feize ans , réuniffoit en elle les grâces
de la figure & du corps ; mais fon efprit
fans culture , mettoit un obſtacle au développement
de mille bonnes qualités
dont elle étoit douée : fon caractère , naturellement
doux , étoit devenu farouche ,
d'après les difcours de fa mère : fuyez
les hommes , lui difoit fans ceffe cette
mère auftère , ce font des monftres &
des féducteurs qui ne peuvent que vous
perdre fuyez l'amour , c'eft le poifon
de l'humanité . Julie , encore enfant ,
retenoit bien toutes ces leçons ; mais
devenue grande , mais ayant atteint l'âge
JUIN 1776. 12
1
où les paffions commencent à éclore ,
elle fut moins docile , & fentit qu'on
lui enfeignoit ce qu'il lui étoit impoffible
d'obferver. Elle eut dès lors moins de
confiance en la mère , & la regarda bienôt
comme un tyran qui caufoit fon
malheur ; elle auroit même voulu brifer
des chaînes qui lui fembloient un fardeau
pefant ; mais obfervée fans ceffe
par Madame Gulmi , ne pouvant faire
un pas fans être accompagnée , fa vie
étoit un continuel ennui ; l'aurore ne lui
annonçoit jamais un beau jour : la matinée
fe paffoit dans la retraite & dans
la méditation ; l'après- midi fa mère la
menoit chez fes connoiffances , c'elt - àdire
, chez des femmes de fon caractère ,
où l'unique converfation étoit de déchiter
fon prochain : voilà la manière dont
L'infortunée Julie étoit élevée ;; elle foupiroit
en voyant la liberté dont jouiffoient
la plupart des filles de fon âge .
Deux perfonnes d'un fexe différent paroifloient-
ils à fes yeux étant enſemble ,
fon coeur palpitoit , & lui faifoit fentir le
befoin d'aimer; elle envioit leur fort , elle
fe repréfentoir l'amour fous les plus belles
couleurs ah ! que la nature eft forte ;
vouloir la vaincre eft une folie ; mères
20 MERCURE DE FRANCE.
n'efpèrez pas ce triomphe fur vos enfans !
La contenir dans les bornes de l'honneur
& de la raifon , voilà votre devoir .
Enfin Julie vit la fin de fon efclavage ;
fa mère mourut : elle donna quelques
larmes à la tendreffe filiale , mais elles
fe féchèrent bientôt ; tous ceux qui ont
tyrannifé leurs enfans , doivent s'attendre
à un pareil oubli ! Julie , orpheline à
l'âge de dix huit ans , paffa fous la tutele
d'un oncle qui demeuroit à Paris : elle
arrive dans la Capitale , & fe croit dans
un monde nouveau : tout pour elle eſt
enchanteur , tour la flatte & la féduit ;
quelle différence de la façon de penſer
de fon oncle à celle de fa mère ! Il joi
gnoit à la douceur & à la complaifance
un efprit profond & fans préjugé , il pofa
fédoit en un mot les qualités qui conftituent
le vrai Philofophe ; auffi Julie reprit-
elle un nouvel être en entrant dans
fa maifon ; elle y jouit de cette liberté
honnête , néceffaire au bonheur de notre
exiſtence ; elle fe livra aux charmes de
la fociété. Mais malheureufement pour
elle , fon oncle , qui auroit été en état de
lui en développer les agrémens & les
dangers , fut obligé de fe rendre en Pro->
vince pour quelque temps , afin d'y ter
JUIN 1776 .
21
miner des affaires effentielles Comme
M. Felix , c'eft le nom de cet oncle , étoit
refté dans le célibat , Julie devint la maî
treffe de la maiſon pendant fon abfence ;
fans expérience , & livrée à elle - même
dans une ville où les précipices s'offrent
de toutes parts cachés fous les feurs , à
quels dangers n'étoit - elle pas expofée ?
M. Felix l'avoit préfentée avant fon départ
dans quelques maifons qu'il fréquentoit
; on peut juger , d'après fa
façon de penfer , de celle des perfonnes
chez qui il introduiſit ſa nièce : mais qui
ne fait pas que dans les meilleures fociétés
mêmes , il fe gliffe par fois de certaines
gens qui n'en font pas dignes , &
que la politeffe & les circonftances ne
permettent pas toujours d'exclure . Julie
éprouva cette vérité ; elle alloit ſouvent
dans une de ces maifons où elle avoit
contracté une liaifon très intime avec
Madame Dubois , qui en étoit la Maîtreffe
: c'étoit une jeune femme adorée
de fon mari , & qui poflédoit en effet
toutes les qualités qui pouvoient la rendre
eftimable à fes yeux ; ce couple charmant
& rare couloit des jours marqués
au fceau du bonheur : les perfonnes qu'ils
voyoient, étoient en petit nombre , mais
22 MERCURE DE FRANCE.
ils les avoient choifies ; ce n'étoit point
des médifans , des petits - maîtres , des
coquettes : c'étoit des gens fenfés & honnêtes
; cependant il y venoit quelquefois
un jeune homme qui ne reflembloit point
à ces derniers , mais qu'on ne pouvoit fe
refufet d'admettre dans la fociété , parce
que fon père avoit rendu de grands fervices
à M. Dubois ; d'ailleurs les vifites
étoient rares , par la raiſon qu'on ne ſe
plaît guères dans la compagnie de ceux
qui ne penfent pas comme nous . Mais
lorfqu'il eut vu Julie , il fe rendit beaucoup
plus ailidu dans cette maiſon . Ce
jeune homme , à vingt - quatre ans , réunifloit
tous les défauts qui conftituent le
fat & le petit maître , défauts qui ne font
que trop communs à Paris. Incapable de
raifonnemens , il n'écoutoit jamais que
le délire de fon imagination ; poffeffeut
d'un bien confidérable , il ne l'employoit
qu'à fe plonger dans la débauche , & à
fe procurer des plaifirs groffiers qu'il
payoit à prix d'argent ; calomniateur ,
comme fes femblables , il perdoit de réputation
les femmes qu'il fréquentoit
par les prétendues faveurs qu'il difoit en
avoir reçues ; du refte , aflez bel homme ,
fachant pirouettet , fe mirer dans une
JUIN. 1776. 23
>
glace , prendre du tabac avec grace , &
débiter mille jolies fadaifes auprès des
belles , fans que le coeur fut jamais de la
partie. Toutes ces chofes , qui ne fervent
qu'à faire détefter un homme des filles
inftruites & bien élevées , font précifément
ce qui plaît aux coquettes & à celles
qui , comme Julie , ne faifant que d'entrer
dans le monde , ne connoillant rien
& n'étant pas capables d'aucun difcernement,
fe laiffent féduire par le faux brillant
, & prennent pour du fentiment ce
langage apprêté & fuperficiel , qui ne
trompa jamais que les perfonnes peu
éclairées : il n'eſt donc pas étonnant de
ce que Julie fut la dupe de ces faulles
apparences. Elle vit Mélidor , elle admira
fes geftes & fes manières ; accoutumée à
vivre dans la contrainte , à n'effuyer que
des refus , la politeffe , la complaifance
du jeune homme , attentif à lui plaire
jufques dans les moindres chofes , l'enchanta.
Bientôt l'amour pénétra dans fon
ame , bientôt elle n'eut des yeux que
pour Mélidor . Il vit fon triomphe : il
mit tout en ufage pour en profiter ; mais
n'étant pas homme à renfermer ce fecret
dans fon coeur , il en fit confidence à fes
amis , aux compagnons de fes travers ;
24 MERCURE DE FRANCE.
ils le félicitèrent d'avance fur les faveurs
qu'il ne manqueroit pas d'obtenir , &
Julie devint , dès ce jour , la victime de
leurs jugemens criminels . Cette infortunée
, en proie à un amour funefte , s'y
livroit entièrement . Mélidor craignant
qu'on ne s'en apperçut dans la maifon de
Madame Dubois , & que des confeils
falutaires ne dérobaffent Julie à fes
pour.
fuites , réfolut de prendre des précautions
à cet égard ; il lui peignit les maîtres
de cette maifon comme des perfonnes
ridicules , ennemies de la nature &
des plaiſirs , à qui tout étoit fafpect , &
qui fe fcandalifoient des chofes les plus
innocentes ; il conclut enfin à ce qu'elle
ne devoit pas déformais leur faire des
vifites auffi fréquentes ; & que pour fe
voir avec plus de liberté , il lui feroit
faire la connoiffance d'une veuve trèseftimable
, & dont les confeils lui avoient
toujours fervi de loi ; c'eft- là , difoit il ,
que nous ne verrons point régner une
ennuyeufe contrainte ; c'eft - là que je
pourrai avec liberté vous exprimer mon
amour; cette Dame eft l'honnêteté même :
mais elle ne connut jamais les fots ferupules
. Ces paroles trompeufes , & dont
Julie n'appercevoit pas le danger , la
firent
JUIN. 1776 . 25
+
firent tomber dans le piége ; elle accepta
l'offre ; elle vit la Dame , elle en reçut
mille careffes , & s'engagea à la viliter
fouvent. Une perfonne plus éclairée que
Julie , eût connu , au premier coup- d'oeil ,
les moeurs de cette nouvelle connoiffance ,
& pénétrée d'indignation pour elle &
pour celui qui l'avoit affez peu refpectée
pour l'amener dans cet endroit , les auroit
dévoués tous deux au mépris . Mais Julie
ne vit aucun défaut & n'examina rien :
la Dame gagna fa confiance ; & fi fa
façon de s'énoncer , fon air trop libre
bleflèrent quelquefois fa pudeur, Mélidor
vint bientôt à bout de vaincre fes
fcrupules , & ne lui fit attribuer qu'à un
préjugé abfurde , l'honnêteté qui parloit à
fon coeur. Malheureufe Julie ! vois l'abyfme
ouvert fous tes pas ! un fcélérat abufe
de ta naïveté , de ton innocence : il ne
cherche qu'à te ravir l'honneur : fuis loin
de lui , ou tu es perdue ! En effet , cette
prétendue veuve , cette femme qu'on lui
avoit peinte aimable & vertueufe , étoit
une débauchée qui , livrée dans fa jeunelle
à tous les égaremens du libertinage ,
n'avoit atteint l'âge où les plaifirs de cette
efpèce difparoiffent , que pour fe livrer
à un autre genre de dépravation ; elle
B
26 MERCURE DE FRANCE.
recevoit chez elle les jeunes gens de l'un
& de l'autre fexe ; que dis -je ? elle fut
plufieurs fois féduire l'innocence , & plus
d'une jeune fille , tombée dans fes piéges ,
devint la proie d'un infâme débauché .
Mélidor avoit prévenu cette femme qui ,
crainte d'effaroucher Julie , la recevoit
toujours dans une chambre fecrette , d'où
elle ne pouvoit voir le manége qui ſe
faifoit dans cette mailon ; c'eft - là que
Mélidor fe rendoit , c'eſt - là qu'il employoit
tous les moyens propres à la perfuader
de fe livrer à lui fans réferve ;
mais l'honneur , mais la vertu combattoient
encore contre lui dans le coeur de
Julie ; elle vouloit aimer & accorder la
décence avec fon amour. Cependant
Mélidor détruifoit peu à peu fes fcrupules
le temps approchoit où elle alloit
fuccomber fous la féduction , lorfque le
hafard lui fit , à fes dépens , ouvrir les
yeux fur le danger qui l'environnoit . ,
L'arrivée de fon oncle l'obligeoit ,
depuis quelques jours , à prendre des précautions
pour que fon intrigue avec Mélidor
ne fût point connue ; elle faififfoit
les inftans où fes affaires l'éloignoient
de chez lui , pour fe rendre chez la veuve .
M. Félix ne s'apperçut de rien , & il
\
JUIN. 1776. 27
feroit peut-être resté long - temps dans
cette fécurité , fi M. & Madame Dubois ,
ne recevant plus de vifites de Julie , &
ayant appris indirectement la maifon
qu'elle fréquentoit avec Mélidor , n'euffent
réfolu d'en donner avis à fon oncle ;
mais ce ne fut que quelques jours après
fon arrivée qu'ils purent en trouver l'occafion
. Cet honnête homme frémit en
apprenant cette nouvelle ; il fe hâte de
dérober Julie au précipice où elle ef
prête à fe plonger ; cependant il ufe de
précaution ; il veut s'affurer de la vérité
avant que de faire aucune démarche auprès
de fa nièce. Il interroge adroitement
la femme- de - chambre , qu'il avoit laiffé
auprès d'elle lors de fon départ ; mais
cette fille qui étoit dans la confidence de
fa maîtreffe , & qui l'accompagnoit partout
, fut éluder fa demande , & il ne
put rien découvrir par fon moyen. Il fe
réfoud alors à faire épier fa nièce , & il
apprend avec une profonde douleur que
M. & Madame Dubois ne l'ont point
trompé. Le lendemain de cette découverte
, il affecte des affaires preffantes ,
qui ne doivent lui permettre de rentrer
chez lui que fort avant dans la nuit ; it
fort fur la brune , & fa nièce ne tarde
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
:
>
pas à le fuivre , accompagnée de fa femme-
de- chambre. Caché à la porte de fa
maifon , il la voit fortir , il vole fur fes
pas ; elle entre chez la veuve ,
& il veut
l'y furprendre mais il fufpend pour un
moment cet éclat , afin de donner le
temps à Mélidor de fe rendre dans la
maifon , s'il n'y eft point encore arrivé.
Julie , qui devoit ce foir- là fouper avec
lui & quelques jeunes gens de fes amis
alloit fe mettre à table , lorſqu'un grand
bruit fe fait entendre ; on ouvre la porte ,
un Exempt du Guet entre fuivi de fon
efcorte il fe faifit de la veuve , il fe faifit
de Julie , qu'il croit être une femme
de la même efpèce. Julie fait retentir
l'air de fes cris ; Mélidor & fes amis font
envain quelque résistance : on la tranſporte
dans un carroffe avec la veuve. Elles
alloient partir , lorfque M. Félix , témoin
de ce fpectacle , s'élance vers l'Exempt',
& dit qu'il avoit quelque chofe de la
dernière importance à communiquer au
fujet de ces deux femmes , mais qu'il ne
le peut faire qu'en préfence d'un Commilfaire.
On les y conduit. Julie , plus
morte que vive, fe pâme en reconnoiffant
fon oncle ; cependant ce dernier explique
l'affaire en peu de mots à l'Officier de
JUIN. 1776. 29
Police. La veuve , confondue & déconcertée
, fait l'aveu & le détail de cette
intrigue. M. Félix fe fent agité de fureur
en apprenant l'indigne complot formé
par Mélidor contre fa nièce , & il ne
s'appaife un peu que dans l'inftant où la
veuve ajoute que Julie n'a point fuccombé
fous la féduction. Cette infortunée
revenue de l'état où l'avoit mife la
vue de fon oncle , frémit au récit qu'on
lui fait & des moeurs de la veuve , & du
libertinage de Mélidor ; fes yeux fe deſfillent
, elle reconnoît fa faute , & un
torrent de larmes inonde fon vifage . M.
Félix l'emmène chez lui , & la veuve eft
conduite dans l'affreufe demeure où elle
doit expier fa mauvaife conduite . Mélidor
, craignant la fuite de cette affaire ,
fe dérobe à la maifon paternelle avant
que fon père en foit inftruit ; il rejoint
un Régiment dans lequel il avoit du fervice.
Cependant Julie , arrivée chez fon
oncle , tient la contenance d'un criminel
prêt à voir prononcer l'arrêt fatal qui doit
le conduire au fupplice ; elle veut parler ,
mais la langue lui refufe fon fecours : fes
pleurs feules lui fervent d'interprête . M:
Félix , pénétré de ce fpectacle , joint fes
larmes à celles de fa nièce ; il la confole ,
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
la comble de carefles , & en la ferrant
dans fes bras , il s'écrie : infortunée Julie ,
calme la douleur qui t'accable ; tu as fait
une grande faute , il eft vrai : ta perte
étoit inévitable , fi la Providence ne fût
venue à ton fecours : mais ton coeur
n'étoit pas coupable ; tù l'avois voné au
véritable amour & non à la débauche :
le malheur a voulu que tu te fois trompée
dans le choix , & ta mère feule en eft
caufe. Si loin de vouloir étouffer en toi
toutes les paffions , chofe impoffible , elle
n'eût cherché qu'à les modérer & à fes
contenir dans l'ordre ; fi loin de peindre
à tes yeux tous les hommes comme des
monftres , elle fe fût appliquée à te faire
diftinguer les hommes honnêtes & cftimables
de ceux qui ne le font pas , &
l'amour vertueux de la débauche , tu
n'aurois point rejeté fes confeils comme
contraires à la nature ; ton coeur plus délicat
en cherchant à s'enflammer , auroit
été difficile dans le choix , & auroit ſu en
faire un bon . Que cette trifte expérience ,
ô ma chère Julie , te ferve pour jamais
de leçon ! voilà tout ce que j'exige de
toi ; je te rends mon amitié , & j'efpère
que dans aucun temps je n'aurai point à
m'en repentir. Ces paroles falutaires renJUIN.
1776.
dirent Julie à elle-même ; dans l'effufion
de fa reconnoiffance , & lorfqu'elle veut
l'exprimer à cet oncle bienfaifant , elle
ne fait que bégayer : mais fes regards
parlent pour elle ; enfin fe précipitant
dans fes bras , elle l'inonde de fes larmes.
Cette fcène touchante auroit attendri les
coeurs les plus infenfibles . Julie , depuis
ce temps , fut très circonfpecte , & fon
oncle n'eut plus lieu de s'en plaindre.
Par M. Miftelet , à Versailles.
Vers Marotiques à M. le Comte de Treffan ,
après avoir lu fes OEuvres diverfes .
JUSQU'A ce jour ne fens que le defir ,
( Difois- je dolemment à ' Enfant de Cythere)
Mais ce n'est tout , quand viendra le plaifirt
Amene le , pour peu que te fois chere :
Lors fous mes yeux mit un livre enchanteur ;
Tien , me dit-il , tu vas plaifir connoître ;
Plus tu liras , plus le fentiras naître ;
Scroit àpoint fi tu voyois l'Auteur.
Par Madame de M**.
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
LAVOLIÈRE & L'OISEAU DES CHAMPS .
Allégorie à Madame la Princeſſe de B **,
fur le defir d'être admife dansfa fociété.
DAANS un jardin délicieux ,
Où l'art s'unit à la nature ,
Un cabinet d'élégante structure
Paroît & flatte tous les yeux.
Grillage d'or qui l'environne ,
Y laifle pénétrer à fon gré le zéphir ;
Des oifeaux raflemblés y chantent le plaifir ,
Et le Dieu charmant qui le donne .
Ce peuple heureux n'eft point captif,
Puifqu'il jouit de ce qu'il aime ;
Jamais aucun accens plaintif
Ne troubla fon bonheur extrême.
Près de ce réduit enchanteur
Sautilloit , voltigeoit fans cefle
Oileau des champs , dont la commune espece
Eft peu chere à tout amateur.
C'étoit d'un moineau franc la timide femelle ,
Sous un plumage gris cachant un noble coeur ,
Du feu d'ambition ayant une étincelle ,
Et corrigeant le tout par beaucoup de douceur .
JUIN. 1776. 33
En regardant la fuperbe voliere ,
Elle foupiroit triftement ,
Et de fon petit corps fecouant la pouffiere ,
Gazouilloit ainſi ſon tourment :
Comme le fort eſt inſenſible !
Qu'il eft cruel en fa rigueur !
Il offre à mes regards le íéjour du bonheur ,
Et m'en rend l'accès impoffible .
Me faudra t- il donc , malgré moi ,
Vivre toujours au fein d'une troupe volage ,
Dont fol amour eft le
partage ,
Defir brûlant la feule loi ?
Les fons harmonieux dont s'émeut un coeur tendre,
Chez le peuple moineaux , hélas ! font inconnus ;
Fougueux tranſports ou cris aigus ,
Voilà ce qu'il me faut entendre.
Ici le plaifir tient la cour ,
Ici le tendre amour habite ,
Délicatefle eft à fa fuite ,
Et tous trois regnent tour
De cette agréable clôture ,
à tour.
Si de mon petit bec , par d'utiles efforts ,
Je parvenois à l'ouverture :
Rien ne m'en défend les dehors.
By
34 MERCURE DE FRANCE.
Mais ce grillage ; il femble impénétrable...
O deftin ! fois moi fecourable ;
Si mon langage eft peu touchant ,
Si mon plumage & ina figure
N'ont rien de bien intéreflant ,
Ma bonne mere , la Nature ,
Me doua , tu le fais ,
d'uncoeur reconnoiffant,
Le croira-t-on ? de la voliere
Grillage le défenlaça ,
Vite Moineaute s'y plaça ,
Et fut heureuſe prifonniere.
Par la même.
LE LOUP, LE MOUTON & L'AGNEAU .
Fable imitée de l'Anglois.
UNN
Loup déjà glacé par l'âge ,
Et commençant à s'ennuyer
De ne vivre que de carnage ,
Réfolut de fe marier.
Tout entier à fa rêverie ,
Un jour qu'il parcourt la prairie ,
Occupé d'un projet fi beau,
Il apperçoit un jeune Agneau
JUIN. 1776 . 35
Folâtrant non loin de fa mere.
Le Dieu qu'on adore à Cythere ,
Ennemi juré du repos
Des mortels & des animaux ,
Fait foudain pafler dans fon ame
L'ardeur de la plus vive flamme ;
Il vole au pied de fon vainqueur.
Timide à l'afpect du voleur ,
Cherchant fon falet dans la fuitè ,
Ce couple fe fauve tranfi ;
Le Loup fe met à la pourſuite ,
Les atteint , & leur parle ainfi :
« Belle', banniffez vos alarmes ,
»L'horreur pour moi n'a plus de charmes ;
Je ne viens point dans ces cantons
»Répandre le fang des moutons ;
"
*
»Un fentiment plus doux m'entraîne :
C'est un captifdéconcerté
Qui vient , fier deporter fa chaîne ,
» Tomber aux pieds de la beauté .
Votre fille a fu me féduire :
»Pour elle feule je refpire ,
» Et pour couronner ce beau feu ,
Je n'attends plus que votre aveu.
Je fuis grand Seigneur ; mon domaine
»Embrafle les bois & la plaine ;
»Contre les troupeaux , quel bandit ,
B vj
36
MERCURE
DE
FRANCE
.
» Dans le filence de la nuit ,
Ofera jamais entreprendre ,
Si je prends foin de les défendre ?
» Déformais , fans aucun péril ,
Le chien du Berger inutile ,
» Pourra ronfler dans fon chenil ;
» Par mes foins tout fera tranquille » 32
Un monologue auffi flatteur
Nepouvoit pas manquer de plaire ;
Le titre pompeux de grandeur
Eblouit les yeux de la mere.
Elle joint ce terrible amant ,
Seule à fes côtés , dans la plaine ;
Sans crainte , avec lui fe promene,
Se fait détailler clairement
Les biens , la dot , puis le douaire :
Propofe... Tout est accordé ;
En amour , la plus grande affaire
Eft un point bientôt décidé.
Fiere d'une telle alliance ,
Afa fille , dans fon tranfport ,
La Brebis , avec complailance ,
Vient raconter fon heureux forta
A cette accablante nouvelle ,
L'effroi s'empare de la belle ;
Elle a beau gémir & prier
Le ne point la facrifier :
JUIN. 1776 . 37.
Fillettes fans expérience ,
Sur ce qui convient aux enfans ,
En favent moins que les mamans. .
On l'entraîne avec violence
Dans la plaine , & là , fous l'ormeau ,
A regretpour l'infortunée ,
Avant la fin de la journée ,
L'hymen allume fon flambeau.
Du fein de la mere barbare
A l'inſtant elle ſe ſépare
Pour faivre fon nouvel époux ,
Dont le feul afpect l'épouvante ;
Dans les forêts la voix bêlante
Se mêle aux hurlemens des loups .
Sous les yeux , ce monftre exécrable
Mallacre les agneaux tremblans ,
Et de leurs membres palpitans
Le glouton fait fumer fa table.
Tous les bois , de fang arrofés ,
Forment un vafte cimetiere :
Les os , fous la dent meurtriere ,
Difparoiflent pulvérifés.
Témoin de ces (cenes horribles ,
L'Amour , qui jamais ne fourit
Qu'aux coeurs délicats & fenfibles
Loin du monftre vole & s'enfuit.
38 MERCURE DE FRANCE .
Dégoûté de la jouillance ,
Terme ordinaire des plaifirs ,
Le Loup , fans amour , fans defirs ,
Brûle déjà d'impatience
De priver de l'éclat du jour
Le jeune objet de fon amour ;
Il ne veut pas que le caprice
Ait paru le déterminer :
Il projecte d'imaginer
Certaine forme de juftice.
Ainfi nous voyons les humains
Voiler , d'un prétexte plaufible ,
Leurs forfaits & leurs noirs deffeins :
Aux méchans tout devient poffible.
Un jour qu'attiré par l'espoir
D'éteindre une ardeur inteftine ,
Il parcourt la forêt voiſine ,
Il est tout étonné de voir
Plufieurs Chafleurs en fentinelles ;
La frayeur lui donne des ailes :
Il fuit fans attendre l'affaut ,
Et met tous les chiens en défaut ;
Loin d'eux il hurle & tremble encore
Cependant la faim le dévore ,
Et la femme eft à les côtés...
‹ De ce que j'ai fait pour te plaire ,
» Ingrate , eft- ce - là le falaire ?
JUI N. 1776 . 39
»Voilà le prix de mes bontés !
» Se faire une maligne joie
»De mettre les chiens fur la voie !
» Affecter de fuivre mes pas ,
» Pour s'affurer de mon trépas ,
» Caufé 20 par le Chaffeur avide !
»Ton fang va me venger , perfide ! »...
Il dit ; & fans perdre de temps ,
Dans le feint courroux qui l'anime ,
Il fond fur la pauvre victime ,
Et la déchire à belles dents .
Vous qui , fous les loix d'hymenée ,
Voulez rencontrer le bonheur ,
Des grands biens , de la renommée ,
Belles ,fuyez l'éclat trompeur.
Par M. Houllier de Saint Remy
à Sezanne.
L'HOMME & LE BOU F.
Apologue.
UN Boeuf à pas tardifs cheminoit dans la plainoj
Et de temps en temps ramaffoit
40 MERCURE DE FRANCE :
De quoi le remplir la bedaine :
Le Maître du champ l'apperçoit ,
En grondant foudain il le chaſſe :
26
Maraud , ne peux - tu donc brouter en même
» place?
A quoi bon aller & venir ?
Tu prends une peine inutile :
» Un feul coin de ce champfertile

Suffit , butor , pour té nourrir ».
C'est bien à toi , mortel fuperbe,
Reprit brufquement l'animal ,
A me venir difputer l'herbe ;
Toi , qui pour affouvir ton appétit brutal ,
Qu'aucun mêts ne peut fatisfaire ,
Fais , dans tes defirs indiſcrets ,
Epuifer fans cefle , à grands frais ,
Et le fein de Neptune & celui de la terre.
Par le même.
LE BRUTAL OBLIGEANT.
En Espagne vivoit jadis N
Un Grand d'humeur officieufe ,
Mais fi bizarre & fi fougueuſe ,
Que les cliens les plus hardis
JUIN. 1776. 41
Souvent en reftoient interdits:
Au fond , généreux & fenfible ,
Malgré fa manie irafcible
Qui s'exhaloit en vains éclats ;
Quand il difoit : « Je ne veux pas :
» La choſe eſt abfurde , impoffible » ;
Au fond du coeur il méditoit
De compenfer pun bienfait
Un extérieur inflexible.
Il ne favoit point dans les bras
Serrer tout venant fans élite :
Mais il protégeoit le mérite ,
Et l'honoroit dans tous états ;
De l'amitié pure & fincere
Il réalifoit la chimere :
On le nommoit Comte d'Orgas .
Dom Lope , ancien militaire ,
Ayant , pour tous fruits de la guerre
Ruiné la noble mailon ,`
Laifié fon épouse afligée ,
Sans biens , de úx enfans chargée ;
Etoit parti pour l'Achéron .
Lucinde avoitde la jeuneſſe
Encor l'éclat & les attraits ;
Le deuil fervoit d'ombre à ſes traits ,
Dont il relevoit la finefle :
Elle crut donc avec fuccès
42 MERCURE DE FRÁNCE .
Au Comte expofer la détrefle.
Seigneur , dit- elle , dont le coeur
Répond à la haute naiſlance ,
Daignez , d'un oeil de bienfaifance ,
Voir le tableau de mon malheur.
De mon époux mort au ſervice ,
Six fils compofent tout le bien :
Si d'une penfion propice
Par vous j'obtenais le foutien...
-Moi , Madame ; vaine efpérance ,
Répond d'un air d'impatience
Orgas , au récit d'un tel fort :
Si chaque militaire mort
Formoit un droit de récompenfe ,
Des veuves la dolente engeance ,
Du Roi vuideroit letréfor.
- Mais mon époux , d'un fang illuftre ,
N'étoit pas un mince Officier
Qui tirât fon unique luftre
Du fier habit de fon métier.
Déjà fon audace guerriere
Lui coûtoit , dans les champs de Mars ,
Moitié de les membres épars ,
Lorfque la parque meurtriere
Y trancha fa noble carriere.
Seigneur , à ces motifs touchans
Prêtez une oreille atténdrie ,
N'abandonnez pas les enfans
JUIN. 1776. 43
D'un défenfeur de la patrie.
L'Etat , Madame , eft plein de gens
Qui vont débitant même gloſe ;
Je fuis les foucis aflommans
Qu'attire une mauvaiſe cauſe ,
Et cours àdes foins plus preffans.
A ces mots , le Comte revêche ,
Content d'un refus auffi clair ,
Quitte la Dame , & la calêche
L'emporte au loin comme un éclair.
Lucinde , éplorée , interdite ,
S'en va maudiflant fa vifite.
Rien de poli , rien d'obligeant
Qui puifle alléger fa difgrace ;
Lénitifdont un homme en place
Corrige un fâcheux compliment .
Si du moins de la veuve en larmes ,
Orgas , par un ton féducteur ,
Si naturel à tout Seigneur ,
Avoit un peu flatté les charmes ,
L'acceuil d'un galant protecteur
L'étourdiroit fur fon malheur.
Mais affectant un air auftere ,
A peine le cruel Orgas
Avoit obfervé les appas.
Manquer le fuccès d'une affaire ,
Que l'on préfume & jufte & claire ,
44
MERCURE DE FRANCE.
Etre jolie & ne pas plaire ,
Voilà de ces malheureux cas
Où l'héroïſme eft néceſſaire.
De tout temps le coeur féminin
Plus que nous montra de conſtance
Et d'art à pourſuivre un deflein :
Au fein des maux , calme & ferein ,
Jamais il ne perd l'efpérance
D'améliorer fon deftin.
Lucinde étoit fans doute inftruite
Du coftume du prote& eur :
Rien n'intimidoit fon grand coeur ;
Elle courut à la pourſuite :
Et , fur le chemin de la Cour ,
Elle l'attendit au retour.
Pendant que la veuve eſt livrée
Aux fombres accès du dépit ,
Orgas du Roi , par fon crédit ,
Obtient la faveur defirée.
Enfin , fur le déclin du jour ,
Il fe montre aux yeux de la Dame ;
La Belle auffi- tôt de fa game
Reprend le lamentable tour.
Orgas , aux premieres paroles ,
L'arrête , & , comme en la grondant ,
Lui dit : Eh ! Madame , on m'attend :
JUIN. 1776. 45
Faifons trêve aux propos frivoles ;
Le Roi vous accorde , par an ,
Pour fubfifter , trois cents piſtoles .
Orgas , par un ton moins fougueux ,
Eût dû relever fon fervice ;
Mais on peut pafler un caprice
Quand le fuccès en est heureux.
Notre fiecle a plus de décence ,
Plus d'art , de douceur , d'entregent-
A l'antique munificence ,
Qui terniffoit la pérulence ,
Succede un abord prévenant ;
Mais cette gothique largelle ,
Marquée au coin de la rudele ,
Valoit mieux qu'un zele apparent.
Par M. Flandy.
LE DANTE & LE MARÉCHAL .
Pour foulager l'ennui de fes travaux ,
Un Maréchal , d'une voix foudroyante ,
Eftropioit les cantiques du Dante ,
Et tour-à-tour , agitant deux marteaux ,
Marquoit des vers la cadence brillante.
En fon quartier le Dante vient foudain ;
46 MERCURE
DE FRANCE .
Piqué de voir que fa mufe fublime
D'un Forgeron foit ainfi la victime ,
Il jette au vent les outils du Vulcain ,
Verſe un ſceau d'eau fur la forge enflammée :
Quel eft ce fol, s'écria la Ramée ?
Par Saint Eloi , je t'aſſomme , faquin .
Par Apollon , tai - toi , dit le Poëte ,
Ou dis mes vers fans les eftropier ;
J'ai même droit de faire ici tempête ,
Que toi , maraud , de gâter mon métier.
Par le même.
A Madame la Comteffe DE LA R*** .
Vousn ous n'avez rien perdu , Lilia , de vos grâces ;
Un an de plus ne vous a rien ôté ;
Vous reculez dans vos beaux jours d'été
Loin d'avancer dans la faifon des glaces.
Le Temps , qui détruit tout , ajoute à vos appas ,
Prodige étonnant à comprendre !
Mais , parlez , ne feriez -vous pas
Ce phénix qui renaît plus brillant de ſa cendre ?
Par M. Mayer.
JUIN. 1776.
47
VERS à M. Desmarais , en réponse à fon
Invitation à fes
Compatriotes .
OTTOI ! dont la mufe chérie
Eclaire notre esprit & captive nos coeurs !
Toi , qu'Apollon a couronné des fleurs
Que l'Immortalité réſervoit au génie !
Tendre ami de l'humanité ,
Defmarais , reçois mon hommage ;
Le defir de flatter ne me l'a point dicté :
Il eft digne de toi ; la fenfibilité
Ne connoît point ce jargon affecté
Qui , fouvent , fit rougir le fage ;
Elle feale m'infpire , & toujours fon langage
Fut celui de la vérité .
Que j'aime à contempler ces touches féduifantes
Ou ton crayon léger expofe à nos regards
Les préjugés détruits , les vertus triomphantes
Par le commerce des beaux -arts !
Sans doute le bonheur aime à fuivre leurs traces ;
Et l'homme doit à leur concours
La pudeur qui pare les grâces ,
Et le bandeau décent qui voile les amours.
Heureux celui que le plaifir inſpire ,
48
MERCURE
DE
FRANCE
.
Qui dignement célebre fur fa lyre
Et fa Glicere & le printemps ,
Et qui voit , par un doux fourire ,
Le Dieu des vers applaudir à fes chants !
C'eſt pour lui feul que brille la nature ;
Le velouté des fleurs , le cintre des berceaux ,
Le bruit flatteur d'un ruifleau qui murmure ,
Les chanſons des Bergers , le concert des oiſeaux ,
Tout fait naître en fon coeur une volupté pure ,
Et des plaifirs toujours nouveaux.
Mais plus heureux eft ce mortel fublime
Qui de l'honneur nous montre les fentiers ,
Et qui cédant au tranfport qai l'anime ,
Veut avec nous partager fes lauriers ;
De même celui qui dans Rome
Etoit des arts le généreux foutien ,
Savoit être plus qu'un grand homme
En fachant être citoyen.
Sortons de notre étroite fphere :
La gloire nous appelle ; à fes accens flatteurs ,
Sur des ailes de feu , volons dans la carriere
Où Desmarais nous préfente des fleurs.
Le vrai bonheur ſe multiplie
Par l'ufage des vrais talens .
Guidés par la philofophie ,
Sur l'autel de la poëfic
Allons
JUI N. 1776* 49
Allons brûler un pur encens ;
Que nos travaux foient tous pour la pattie :
Et , malgré l'effort de l'envie ,
Ils braveront les outrages du temps.
A Limoges. Par M. Blanchard , Docteur
en Droi
VERS à Madame *** , jouant , en fociété
particulière , le rôle de Rofine dans le
Barbier de Séville.
Sous les traits de Didon , que vous touchiez nos
coeurs ,
Je n'en fuis point furpris ; en répandant des larmes,
Avec la moitié de vos charmes ,
Une Belle ailément feroit couler nos pleurs .
Mais fi parfaitement que vous rendiez Rofine ,
Et la fineſſe * & la gaieté ,
Et (on amour naïf , & la grâce enfantine,
Cela me palle , en vérité.
C'est l'augufte Junon en Flore traveſtie ,
* Sur- tout celle de Mademoiſelle Doligny.
C
2
so MERCURE DE FRANCE.
Qui voulant n'être que jolie ,
N'a fait , dans le favoir , que changer de beauté.
Par M. Cardonne , Premier Commis
de la Maifon de Madame.
Vers de Mademoiselle d'Ormoy la cadette ,
ágée de neuf ans , à Madame de la
Popelinière , qui ayant vu quelques unes
de fes petites productions , lui en demandoit
de nouvelles .
EXIGER de moi quelque ouvrage ,
C'eft me faire un honneur que j'ai peu mérité ;
Eh ! que peut-on , Zelmis , attendre de mon âge
Si mes foibles effais ont eu votre fuffrage ,
C'estqu'il n'en eft aucun que vous n'ayez dicté.
Oui , lorsque j'entreprends de peindre la beauté ,
C'est vous qui m'en offrez l'image ;
De grâces , de talens , quel heureux aflemblage !
Il n'eft point de divinité
Sur qui vous ne puiffiez remporter l'avantage ;
Leurs fabuleux attraits ne font qu'un badinage ,
Dont l'efprit feul eft enchanté ;
Mais quand je vois Zelmis , mon coeur lui rend
hommage ,
C'eſt le tribut qu'il doit à la réalité.
JUIN. 1776.
LA GUIRLAND E.
Idylle imitée de Mofchus.
FINE des nuits , Déefle folitaire ,
Bienfaifante Phébé , montre- toi dans ces lieux :
Tandis que le fommeil captive tous les yeux ,
Viens éclairer mes pas de ta douce lumiere .
Tupà peux , fans balancer , te prêter à mes voeux :
Je ne vais point , dans un piége perfide ,
Faire tomber le voyageur de nuit :
Je ne vais point , fous un bras homicide ,
Faire expirer le traître qui me nuit .
Du voyageur , loin d'augmenter la peine ,
Je le guide fouvent dans fa marche incertaine ;
Je pardonne au méchant les envieux deſſeins .
Né pour aimer tous les humains ,
Le coeur de Corilas ne connoît point la haine.
Je ne vais point, de quelque époux abient,,,
Corrompre l'époufe volage ,
Ou féduire à l'écart un objet innocent.
i
Je crains les Dieux ; l'honneur eft mon partage
Non , jamais les bergers , jamais ,
N'ont formé de ces vils projets.
Mais c'eft demain le jour où , felon mes ſouhaits ,
Par l'amour & par l'hymenée ,
Cij
J2
MERCURE
DE FRANCE .
Ma Philis me fera donnée ;
Pour emblême des noeuds dont nous feront unis ,
De nos plus belles fleurs j'ai fait cette guirlande ,
Et je m'en vais la fufpendre en offrande
A la cabane de Philis.
Par Mlle Coffon de la Creffonniere.
EPITRE à M. Guillotin , Docteur-Régent
de la Faculté de Médecine en l'Univerfité
de Paris.
MOLTERE , fur la Faculté
Dont l'efpece humaine eft martyre ,
Répand à pleine main le fel de la gaîté.
Il a beàu faire , il a beau dire ,
On rit du Médecin tant qu'on eſt en ſanté :
Mais quand on fouffre , adieu les bons mots , la
latire;
Debout on eft bien fort , & bien foible allité.
Favori du Dieu d'Epidaure ,
Parjuftice , par goût , non par néceffité ,
Je vous recherche & vous honore * ;
* Il eſt écrit quelque part : Honora Medicum propte
neceffitatem .
JUIN. 1776. 31.
Votre mérite eſt atteſté.
Loin d'adopter aucun fyftême ,
Vous ne cédez qu'à l'empire fuprême
De la raifon & de la vérité.
Combien vont au hafard ! ... Dans une route fûre,
En homme réfléchi , vous marchez pas à pas ;
Vous écoutez conftamment la nature ,
Vous la fuivez & ne la forcez pas ;
Enfin l'efprit du Corps ne fut jamais le vôtre :
Docte & Docteur font deux ; vous êtes l'un &
l'autre .
Senfible & délicat , vous n'ouvrez point les yeux.
Sur les conditions ou grandes ou petites ;
Pour vous le plus malade eft le plus précieux ,
Et fon intérêt feul dirige vos vifites.
Je n'en fuis qu'un trop
vrai témoin ,
Et j'en gémis lorfque j'y penfe !
Le fort ne m'a laiffé que ma recounoiffance ,
Tribut infuffifant pour votre noble foin.
Piron me confoloit , Piron , dans l'Elysée ,
Foule, du haut des cieux , la terre méprilée ,
Et , depuis fon départ , nul beau jour ne m'a lui .
Partout glace ou pitié ftérile ;
L'Amour m'eft demeuré : je ferois mort fans lui.
Environné de fots , & par cent & par mille ,
Jouet des Protecteurs , victime de l'ennui ,
Dans mon lang fermentoit la bile :
Ciij
54
MERCURE DE FRANCE.
Long-temps j'ai combattu , long temps j'ai refifté ,
De mon ennemi le ravage ,
Par le délai s'eft augmenté...
Vous avez conjuré l'orage :
Je renais , je revis , tout me ſemble nouveau.
Pour diffiper jufqu'au moindre nuage ,
Bacchus chez moi s'apprête à rouler ſon tonneau.
L'Amour , plus vivement , fait fentir dans mon
ame
La pointe de fes traits , les feux de fon flambeau.
Apollon , à fon tour , m'enfamme ;
Et fi de fes lauriers je me montre jaloux ,
Sije veux en cueillir , cher Docteur , c'est pour
vous .
ParM. Guichard.

ROMANCE.
AIR : O ma tendre mufette.
O MA douce mulette ,
Echo de ma douleur ,
Sois l'unique interprête
Des ennuis de mon coeur !
Chante ce qu'il regrette ,
Le foir & le matin.
JUIN. 1776. 38
Soupire avec Colette ,
Toi qui charmois Colin.
Colin n'eft plus le même ,
Oregrets fuperflas !
Je ne lais ce qu'il aime :
Mais il ne m'aime plus.
Il voit de ma houlette
Le ruban ſe ternir ,
Sans que fa main difcrette
Songe à le rajeunir.
Les Bergers , à la ronde ;
Afpiroient à ma main :
Parmi tous ceux du monde
J'aurois choifi Colin.
Il me rendit hominage ,
Mais il m'en punit bien ;
Il m'ôte un coeur volage
Sans me rendre le mien.
Vous qui voyez Jeannette ,
Répondez -moi tout bas ,
Eft-elle fi jeunette ?
A-t-elle tant d'appas ?'
On dit quelle étoit belle ;
Eft-on belle toujours ?
Ah! la rofe nouvelle
Ne brille pas deux jours !
1. I
T
Civ
36 MERCURE
DE
FRANCE
.
Cette Jeanne éternelle ,
Fatale à mon bonheur ,
De la fade immortelle
Je lui vois la pâleur.
Pour faire un infidele ,
Quel cft donc fon fecret ?
Pourêtre criminelle ,
Hélas ! qu'ai-je donc fait?
Suis-je prude ou coquette ,
Pour moi , je n'en fais rien.
J'ignore en ma retraite ,
Si je fais mal ou bien.
Seule fous la coudrette ,
L'ingrat le voit trop bien:
J'ai pour toute amulette
Ma brebis & mon chien
Cette brebis jolie ,
Gage de nos amours ,
Sa brebis qu'il oublie ,
Moi , jel'aime toujours.
Vous voyez ma détreffe ;
Je n'ai qu'un feul agneau ;
L'ingrat qui me délaiſſe
Me promit un troupeau.
Je l'entends qui t'appelle ,
O brebis de mon coeur ;
JUI N. 1776. 57
Aux pieds de l'infidele
Murmure avec douceur :
« Colette folitaire ,

Soupire fous l'ormeau ;
» Conſole ma Bergere ,
» Ou reprend ton agneau ».
Par M. ***
LE mot de la première Enigme du
volume précédent eft Bouton d'habit ;
celui de la feconde eft Zéphir, Le mot
du premier Logogryphe eft Laquais
dans lequel fe trouvent Alais , las , vis ,
alia , ail , ais , Ali , as , Aï , Lia , aqua ,
Laïs , ava , lis , Laïus , Lai , la , fi , lis,
avis , qui ; celui du fecond eft Dogue ,
où fe trouve Doge ; celui du troisième
eft Truelle , où fe trouve ruelle de lit.
ENIGM E.
MORTELS,
ORTELS , que vous rendez notre deftin
affreux !
Des animaux cruels que l'Egypte révere ,
Cv
$8
MERCURE
DE
FRANCE
.
Vous armez contre nous la nation entiere ,
Et pour le feul plaifir de nous faire la guerre ,
Nourrifiez à grands frais des amis dangereux !
Dans votre fureur de nous nuire ,
Vous vous fervez de mille inventions ; <
Vous empruntez,, pour nous détruire ,
Les flammes de Vulcain , à Circé les poilons ;
Et votre damnable furie ,
A tous nos maux encor unit la raillerie.
Qu'ille trouve chez vous un for , un infenfé ,
Entrés dans fon cerveau bleffé ,
C'eft nous qui caufons fa folie :
Et fiJean ne dort pas , vous favez la chanſon ,
C'eft de nous feuls que vient fon infomnie.
Tremblez , mortels , j'en jure Pharaon ,
Dont mes aïeux ont défolé l'Empire.
La
rage à fon tour nous infpire ,
Et tous ces informes bouquins ,
Où vous puiſez votre ſcience , 1
Ces titres enfumés , dont vous êtes fi vains ,
Vont allouvir notre vengeance.
Par M. Louis Guilbaut.
JUI N. 1776 . 59
AUTRE.
Ici bas nous fommes fept freres, C1
Dont les noms font tous différens ,
Pour les humains tantôt contraires ,
Tantôt triftes , tantôt rians .
Nous avons tous le temps pour maître ,
Sa faulx termine notre cours :
Mais envain tranche - t- il nos jours ,
Lecteurs , nous mourons pour renaître.
Notre aîné fe faifant valoir ,
Ne le mouche point fur la manche ,
Et chaque fois qu'il le fait voir ,
Il eftpour vous toujours dimanche.
Par M. Lavielle , de Dax. >
AUTRE.
Jz fuis au nombre des préfens E
Que Pomone fait tous les ans .
Les enfans du Dieu de la treille
De moi ne font pas grands gourmets,
Ma liqueur n'étant pas vermeille ,
C
vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Ils me préferent dans les mets :
Auffi je ne fais pas d'ivrognes
A nez bourgeonnés , rougestrognes;
On fait rendre mon goût benin ,
Et j'orne très -bien un jardin .
Mon nom de deux mots fe compofe
Et fe partage en deux moitiés ,
Qui font toujours la même chofe ,
Bien qu'on mette ma tête aux pieds :
Dans ce cas je fuis un proverbe
Très-ufité , fort peu ſuperbe,
J'en conviens : mais chacun le dit
Si fouvent , qu'il s'offre à l'efprit
ParM. Bailleux lefils , à Paris.
Qu
LOGO GRYPH E.
JUOIQUE je fois , Lecteur , l'idiô ne commun
Des Sujets & des Rois , en un mot de chacun ,
Je figure au Théâtre , on me chante à l'Eglife ,
Fort peu fur le Parnafle : Apollon me méprife ;
N'en fuis- je pas vengé , quand cent peuple divers
Me font à chaque inftant régner dans l'Univers ;
D'ailleurs , par moi , l'on peut avoir rang dans
l'hiftoire ,
Et trouver place enfin au Temple de Mémoires
JUIN. 1776. 61
Mais retranche mon chef, je n'ai plus qu'une fleur ,
Dont tu peins à Philis de fon tein la couleur ;
Après ce trait , mon tout à favoir eft facile ;
Nan , me dis tu , je fuis toujours dans l'embarras :
Eh bien ! fonge que j'ai des beautés , des appas ,
Et, pour t'en dire plus , prends & lis l'Evangile.
Par le même.
AUTR E.
PLACEE
A Madame B.
LACÉE en une main habile ,
Je puis guider un être auſſi fier qu'indocile.
Mon chefà bas , fille du
temps ,
Je mets enfuite les Amans.
Ah ! n'en redoutez rien , adorable Glicere !
La dent cruelle de mon pere
Ne peut rien fur l'efprit , les grâces , les talens ;
Vous tenez d'eux votre charmant empire.
Quand on fait plaire , on eft toujours dans fon
printemps :
Vous vous l'entendrez redire
Encor dans quarante ans.
Par M. de W, C. A, M. au R. R. P.C.
62 MERCURE DE FRANCE.
Les paroles font uu Lay rapporté dans la
Bibliothèque des Romans , Avril 1er.
volume , page 183. La mufique a été com
pofée par Mademoiſelle Duv ** , âgée
de 15 ans , bien connue par fes talens ,
qui font le charme defociétés diftinguées.
HARPE. Larghetto.
CHANT.
BASSE .
F
JUIN. $776. 63

TOUT ce que je vois me rappelle
- Le fouve- nir de
64
MERCURE
DE FRANCE
.

mon A- mant ;

-BLa
Na- ture à mes voeux fidé-
le , Me: le pré- fente à
JUI N. 1776. 65
chaque inf- tant , Et dans mon
a- me re- nou- vel- le

L'i- mage de mon cher Trif66
MERCURE DE FRANCE.

tan , Mon beau Triſtan , mon cher
-
- Trif- tan , mon cher
Trif- -
tan , mon cher Trif- tan.
JUIN. 1776.
67
Près de moi c'eſt un chien fidele ,
Un mouton foumis , careflant ;
Quand l'honneur au combat l'appelle ,
C'est un fier lion rugifant.
Quel Chevalier ou quelle Belle'
Pourroit réſiſter à Triſtan ,
Mon beau Triſtan ,
Mon cher Triftan.
Tantôt c'est un oifeau timide ,
Dans mes filets douz prifongier;
Soudain c'eſt un aigle intrépide
Qui vole arracher un laurier.
Que la gloire ou l'amour te guide ,
Tu triomphes toujours , Triſtan ,
Mon cher Triſtan ,
Monbeau Triſtan.
68 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Dictionnaire de l'Induftrie , ou collection
raifonnée des procédés utiles dans les
fciences & dans les arts ; contenant
nombre de fecrets curieux & intéreſfans
pour l'économie & les befoins de
la vie , l'indication de différentes expériences
à faire , la defcription de
plufieurs jeux très finguliers & trèsamufans
, les notices des découvertes
& inventions nouvelles , les détails
néceffaires pour fe mettre à l'abri des
fraudes & falifications dans plufieurs
objets de commerce & de fabrique :
Ouvrage également propre aux Artiftes
, aux Négocians & aux Gens du
monde ; par une Société de Gens de
lettres ; 3 vol . in- 8 ° . de plus de 700
pages chacun , br. 15 liv . rel . 18 liv.
A Paris , chez Lacombe , Libr. rue
Chriftine.
Le titre de la collection que nous
annonçons , fait affez connoître que ce
ne font point des traités ou des differtaJUIN.
1776. 69
tions fur les objets des arts & de l'induftrie
, que l'on doit eſpérer de trouver
ici ; mais les réfultats des expériences &
obfervations faites fur ces objets , réfultats
dont la connoillance eft curieuſe ,
utile , fouvent même néceffaire . On peut
fe difpenfer de s'occuper de la littérature ,
de la poëfie , des beaux - arts ; mais on ne
doit pas ignorer les inftructions que la
fagelle du Gouvernement s'eft plû à faire
publier en différens temps pour le bonheur
de la fociété . Il eft rate d'ailleurs ,
il est même impoffible qu'on ne fe trouve
quelquefois dans le cas d'avoir recours ,
pour foi-même ou pour les autres , aux
différens remèdes fimples , faciles , éprouvés
, que donne la médecine dans mille
accidens fâcheux , auxquels l'humanité
eft fujette ; & c'eft fans doute une des
parties les plus intéreffantes de la collection
que nous annonçons. Les Editeurs
fe font fur tout attachés aux inftructions
qui doivent être le plus répandues , à
celles , par exemple , néceffaires pour rap .
peler à la vie les perfonnes fuffoquées
par les vapeurs du charbon , de la braife,
du vin , des liqueurs en fermentation ;
les perfonnes noyées qui paroiffent mortes
, & qui périroient effectivement , fi
!
70 MERCURE
DE FRANCE
.
on ne leur portoit des foins fecourables
& éclairés .
Les Auteurs du Dictionnaire , à l'article
vipère , n'ont point omis de rapporter, con .
tre fa morfure , un remède qui produit un
effet fûr , & qui a été éprouvé en préfence
de M. de Juffieu , dans le cours
de fes herboriſations. « Il n'eſt queſtion
93
que de faire prendre à la perfonne
>> mordue , le plus promptèment que l'on
» peur, après la morfure , fix gouttes d'alkali
volatil ou d'eau de luce , dans un
sverre d'eau , & d'en frotter l'endroit
» de la morfure ; on met le malade dans
» un lit baffiné : la fueur ne tarde pas
» a être provoquée ; on réitère la prife
» d'alkali , & en très peu de temps l'en-
Alure diminue ; le venin paffe par la
tranfpiration , & il ne refte à l'endroit
» de la morfure qu'une marque jaune ,
qui difparoît au bout de quelque temps.
» En quelque lieu qu'un homme foit
mardu d'une vipère , on peut aller à
» la Ville la plus prochaine , chercher
chez l'Apothicaire de l'aikali volatil ; le
» temps du voyage laiffera bien augmen-
» ter l'enflure : mais fix ou fept heures ne
» fautoient la rendre incurable , & on
en fera quite pour prendre quelques
» dofes d'alkali de plus 39.
JUIN. 1776 . 71
L'alkali volatil a été éprouvé avec un
égal fuccès contre la rage . Il eft auffi regardé
comme un remède pour la brûlure.
occafionnée par le feu des matières combuftibles
, & comme l'antidote des cham ..
pignons, fur tout de celui qui occafionne
une eſpèce d'apoplexie , dont on meurt
en douze heures. Ceux qui vivent à la
campagne , & font éloignés des Villes ,
ne peuvent donc fe difpenfer d'avoir
chez eux une petite provifion d'alkali
volatil.
Dans ce même article fur la morfure.
de la vipère , & dans tous les autres articles
de ce Dictionnaire , les Auteurs
ont raffemblé différens procédés , & c'eſt
ce qui ajoute à l'utilité de cette collection
. En effet , il y a tel remède qui ,
quoique fort Gimple , ne peut être mis
dans le moment en ufage. D'ailicurs les
circonftances où fe trouve le malade , empêchent
quelquefois de l'employer. Au
Lieu que quand il y en a plufieurs d'indiqués
, on peut avoir recours à celui
qui eft le plus près de foi.
L'économie domeftique & l'économie
rurale , occupent une grande partie de
cette collection . Leurs différens procédés
ne doivent point être ignorés ; mais
72 MERCURE DE FRANCE.
comme ces procédés font fouvent compofés
, les Auteurs du Dictionnaire ont
eu foin de les dérailler , de donner des
explications de leurs effets phyfiques ou
économiques , afin que celui qui les
confulte , puiffe fe les approprier en quelque
forte , changer ou ajouter ce qu'il
jugera convenable , fuivant les circonftances
où il fe trouve .
Les arts méchaniques ont auffi leurs
fecrets ,ou des manipulations particulières
qu'il eft important de connoître , pour
n'être point la dupe du charlatanifme
des ouvriers , ou pour le paffer facilement
d'une main -d'oeuvre difpendieufe.
Les Auteurs du Dictionnaire n'ont put
quelquefois donner l'explication de ces
petits fecrets , parce qu'ils font modernes
, & que ceux qui les ont trouvés s'en
font réfervé la connoiffance , afin de forcer
le Public d'acheter d'eux le droit d'en
jouir ; dans ce cas , ils fe font contenté
de les indiquer. Ce Dictionnaire offre
même un article affez long d'inventions
nouvelles ; dans ce même article , on
s'élève avec force contre ces prétendus
fecrets ufurpés par l'égoïſme , & dérobés
à l'humanité par une baffe cupidité . « A
la bonne heure que l'Auteur d'une
n découverte
JUIN. 1776. 73
"
"
découverte jouiffe du fruit de fes tra-
» vaux ; mais il devroit y avoir fingu
» lièrement pour les arts , comme il y
avoit autrefois en Egypte pour la més
decine , un dépôt facré , dans lequel
» l'inventeur d'un nouveau procédé fût
obligé d'en laiffer par écrit les détails.
Ce dépôt feroit ouvert de temps en
» temps, & tous les fecrets dont les Auteurs
» n'exifteroient plus , feroient rendus pus .
» blics aux dépens de l'Etat , par la voie
» de l'impreffion , afin que les enfans de
» l'Etat puiffent en profiter.De cette publis
» cation réfulteroient plufieurs avantages
» très - réels : d'abord chaque Citoyen
» pourroit puifer dans cette précieufe
» collection , des connoiffances relatives
» à fes goûts & à fes befoins. En fecond
» lieu , la postérité profitant de ces con-
>> noiffances acquifes , ne tourneroit fes
recherches que vers des objets qui réf-
» tent à connoître. Enfin ces Faſtes de la
» Nation feroient , à proprement parler,
»l'hiftoire de l'efprithumain . Ses progrès
» dans les fciences & dans les arts fe-
» roient marqués par des époques fixes
» & déterminées , qui feroient regardées
» comme fes différens âges ! Il eût été
fans doute , bien à defirer qu'en nous
D
"
"
»
}
qu'en
*
74 MERCURE DE FRANCE.
» donnant le récit des batailles , des vic-
» toires & des révolutions politiques ,
les Hiftoriens euffent pris le même foin
» pour nous conferver les différentes inventions
dûes à l'induftrie de nos pères.
» Un tableau fi intéreffant , jeteroit peut-
» être aujourd'hui plus de lumières fur
les recherches & les travaux des Artif-
» tes modernes ; & telle découverte qu'on
nous donne pour nouvelle , n'oferoit
» fe montrer comme telle , s'il eût été
» tenu registre des anciennes . Au refte ,
320
le projet dont nous parlons réuffiroit
» moins par des voies de contrainte &
» d'autorité , que par la douce infpiration
des fentimens patriotiques & le défin-
» téreffement de chaque Citoyen , Quant
» à fon exécution , elle doit être entiè
» rement libre & volontaire : ce fera une
» offrande faite à l'autel du patriotifme
Quoi qu'il en foit de ces idées abandonnées
à la fageffe du Gouvernement , les
Auteurs du Dictionnaire d'Induſtrie , ont
cru devoir préfenter par ordre alphabé
tique , & réunir dans quelques pages tout
ce qui a été annoncé dans les papiers pu
blics , depuis environ quinze ans. Parmi
Jes objets d'induftrie , il en eft de pure
fantaisie & de pure curiofité : mais il en eft
JUIN. 1776. 75
(
&
auffi de vraiment utiles , dont les Auteurs
du Dictionnaire regrettent de ne pas
connoître les procédés pour en faire part
au Public . On voit à l'article vernis, qu'en
1771 M. Rofe , rue Mignon , à l'Hôtel
Turcan , annonça un vernis anglois , propre
à donner de la fraîcheur & de l'éclat
aux tableaux , fans être fujet à jaunir ,
qui peut être enlevé , après nombre d'années
, avec une fimple éponge mouillée
d'eau ; & en 1773 , M. Juliac , rue Bourgtibourg
, fit annonçer pareillement un
nouveau vernis en détrempe , qui s'enlève
avec une fimple éponge & de l'eau
pure , au bout de quelques années . Les
Auteurs du Dictionnaire demandent fi ce
nouveau vernis eft le même que le précédent.
I feroit aifé de s'en inftruire ;
mais vraisemblablement ces deux vernis
ne diffèrent pas de celui dont , depuis
quelques années , on fait ufage en Italie.
Ce nouveau vernis n'a ni le défaut du.
vernis ordinaire , qui eft de s'attacher fur
la peinture , fans qu'on puiffe l'enlever
aifément lorsqu'il a jauni , ni les incom
modités du blanc d'oeuf , qui fait gripper
la couleur. Il eft tranfparent , a de l'éclat ,
& on l'ore fans peine avec de l'eau. Ce
n'eft autre chofe que de la gomme taca-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
mahacca diffoute dans de l'eau chaude.
,
Les effets de l'aimant , les combinaifons
des nombres , des cartes , des jetons ,
différens tours de main , templiffent dans
ce Dictionnaire plufieurs articles curieux,
récréatifs , utiles même , puisqu'ils empêchent
qu'on accorde une admiration
ftupide à une adreffe , dont tout le merveilleux
eft fondé fur l'ignorance de celui
qui regarde. On pourra fe convaincre ici
que les tours des Chariatans les plus furprenans
au premier coup d'oeil , font ,
dans le fond , les plus puériles . Un Opérateur
, par exemple , pour amufer fon
auditoire , annonce qu'il fera trouver dans
fa poche la carte penfée par quelqu'un
de la compagnie ; rien fans doute de
plus merveilleux . Ecoutez fon fecret , ou
plutôt apprenez fa fupercherie , & le prodige
s'évanouira . Il y a une perfonne de
la compagnie avec laquelle il s'entend :
il l'a prévenu d'avance qu'il avoit retiré
du jeu la dame de coeur , par exemple , &
qu'il l'avoit mife dans fa poche. Il donne
même ce jeu à cette perfonne , il lui dit
de penfer & de regarder une carte , &
de remettre le jeu fur la table ; puis il
demande tout haut quelle eft la carte
penſée ; la perfonne lui répond , ainſi
JUIN. 1776. 77
qu'il a été fecretement convenu , que c'eſt
la dame de coeur : l'Opérateur lui dit de
bien regarder fi elle ne fe trompe pas ,
& fi la carte eft bien dans le jeu ; elle
affure qu'oui ; alors le prétendu forcier ,
fans toucher le jeu , lui dit : Elle n'y eft
plus ; la voilà dans ma poche : voyez fi
elle eft dans le jeu ; & le confident du
forcier fait voir qu'elle n'y eft effectivement
plus.
Le même Jongleur devinera , par une
autre rufe , les différentes cartes que vous
& ceux de votre compagnie ont tirées
d'un jeu . Il a pour cet effet un jeu de
cartes qui , par le haut , eft coupé plus
étroit d'une ligne que par le bas . Toutes
les cartes paroiffent égales lorfqu'elles
font dans le fens de leur coupe ; mais fi
on en déplace une , deux deux , trois pour les
retourner du haut en bas , il eft fenfible
qu'elles formeront des inégalités qui font
reconnoître les cartes choifies . Par exemple
, on fait tirer à une première perfonne
une carte dans ce jeu , & on obferve attentivement
fi elle ne la retourne pas
dans fa main ; fi elle la remet comme
elle l'a retirée , on retourne le jeu , afin
que la carte tirée fe trouve en fens contraire
fi elle la retourne dans la main , :
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
on ne retourne pas le jeu. La carte ayant
été remife , on donne à mêler ; après
quoi on fait tirer une feconde , & même
une troifième carte , en obfervant les mêmes
précautions ; après quoi , prenant le
jeu du côté le plus large , entre les deux
doigts de la main gauche , on tire avec
ceux de la droite fucceffivement les cartes
qui ont été choisies par les trois différentes
perfonnes.
Une carte plus large ou plus longue
que les autres cartes du même jeu , eft
encore d'un fecours infini pour faire des
récréations amufantes . On en rapporte ici
plufieurs.
Rien fans doute de plus abfurde & de
plus fuperftitieux que cette puiffance at
tribuée par l'imagination aux talifmans :
mais auffi rien de plus commun que cette
erreur populaire , enfantée par l'ignorance
& la crédulité , & qui fe reproduit fous
mille formes différentes : là , ce font des
plaques de métal rondes , triangulaires ,
&c. ailleurs , ce font des cheveux , des
poils d'animaux , des os , des poudres
des racines enchâffées , & c . Les Grecs ,
les Egyptiens , les Romains , les Samothraces
& autres Peuples , y mettoient la
plus grande confiance ; & les cabinets des
JUIN. 1776. 79

Antiquaires font pleins de ces plaques
ou amulettes , qui portent des emprein.
tes aftronomiques ou magiques. En 585
on attribua l'incendie général de Paris ,
à l'imprudence que l'on avoit eu d'enlever
de deffous l'arche d'un pont , un
f.rpent & une fouris d'airain , qu'on re
gardoit comme les deux talifmans de la
Ville. Ne voyons nous pas encore des
empyriques débiter publiquement au peuple
dupe & crédule , des amulettes dont le
plus grand effet , ajoutent les Auteurs
du Dictionnaire , eft de lui enlever le
peu de monnoie qu'il gagne à la fueur
de fon front? Un tel préjugé ne peut être
entièrement banni , que lorfque le bon
fens & la raifon feront univerfellement
répandus , & l'on n'aura plus recours aux
talifmans , que pour en faire un objet
d'amuſement , de l'efpèce de celui qui
eft ici rapporté. Il faut avoir une petite
boîte triangulaire , dont chaque côté ait
environ quatre à cinq pouces de long,
& dont le fond foit revêtu de métal.
Cette boîte fera couverte d'une eſpèce
de chapiteau , & fera ornée en dehors de
chiffres ou caractères extraodinaires
pour donner au talifman un air encore
plus mystérieux . On aura différens mor
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
ceaux de papier de même forme que la
boîte , & qui puiffent y entrer exactement.
En tête de ces morceaux de papier
, feront écrites différentes queſtions
avec de l'encre ordinaire ; & pour écrire
Ja réponſe , on fe fervira de différentes
encres fympathiques ( on en trouvera les
recettes dans ce Dictionnaire ) dont l'écriture
ne paroît qu'après avoir été exposée
au feu , obfervant à chaque mot de ces
réponſes , de vous fervir d'une encre
différente. On donne à choifir une des
questions écrites fur ces différents papiers
, & on annonce à la perfonne qu'en
mettant cette queftion dans le talifman ,
la réponſe fera écrite au bas avec des
caractères de différentes couleurs . En
effet, on a fait chauffer auparavant , affez
fortement , un petit triangle de métal ,
qui entre exactement dans la boîte . Lorfqu'on
en couvre le papier , & qu'on
ferme la boîte de fon chapiteau , la chaleur
du métal fe communiquant au papier
, fait paroître tous les caractères qui
y ont été tranfcrits. On pourroit mettre
deux papiers à la fois au fond du talifman
, & recommencer une feconde fois ,
file triangle métallique avoir été bien
échauffé. Cette récréation , exécutée avec
JUIN. 1776. 81
intelligence , eft plus curieufe & plus
amufante qu'on ne fauroit le croire . On
peut s'en fervir pour tirer un horofcope ,
donner la réponſe d'une énigme , faire
l'éloge d'une perfonne de la compagnie ,
&c .
Depuis quelques années , on a cmployé
la phyfique & la méchanique à
des objets amufans & agréables. L'aimant
, fur tout , fournit à une infinité
de récréations . On en rapporte plufieurs
dans cette collection . La Sirène favante
a eu , dans fon temps , beaucoup de célébrité
, & n'eft pas une des moins ingénieufes
de ces récréations ; mais elle
demande des préparations , qui font ici
décrites avec beaucoup d'exactitude .
Les jeux électriques forment auffi dans
ce Dictionnaire , un article très étendu .
Ils préfentent un fpectacle plein de phénomènes
curieux , amufans , intéreffans ,
: & modifiés de mille manières différentes.
Une autre récréation , qui pourra intéréffer
bien des perfonnes qui vivent
à la campagne , eft la décoration des
jardins. Les Hollandois regardent dans
leurs jardins , comme un très bel orné-
: ment, des ifs, buis , ou autres arbriffeaux
14
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
taillés en forme d'animaux ; ils y mettent
quelquefois des yeux d'émail. La
nature le prête difficilement à ces bizar
reries , qui ne peuvent jamais être d'une
grande élégance. Les perfonnes pour
lefquelles ces fingularités ont quelque
agrément, peuvent placer dans leurs parterres
des formes d'animaux , de ftatues ,
ou de vafes faits en fils de fer , remplir
ces moules de terre , & femer à travers ces
fils des graines. Lorfque la plante fera
levée , on croira voir un animal de verdure.
Le perfil réuffit très bien pour cette
imitation. On tient toujours au lieu dont
on vient , dit la Fontaine. Un Cuisinier
du premier ordre , s'il faut en croire
Pope , avoit embelli fa campagne d'un
dîner , tel qu'on en fert à la cérémonie
d'un couronnement . Ce Philofophe célèbre
, critique vivement ce goût fingulier ,
qui paroît s'éloigner de la nature ; & , par
zèle pour ceux qui font curieux de ces
fortes du merveilles , il en fait un catalogue
très plaifant : on voit entre autres
l'arche de Noé , dont les côtés font en
affez mauvais état , faute d'eau : un St
George en buis , dont un de fes bras n'eft
pas tout à fait aflezlong , mais qui pourra
tuer le dragon au mois d'Avril prochain ;
JUIN. 1776 . 83
Une Reine Elifabeth en tilleul , tirane
un peu fur les pâles couleurs ; mais , à
cela près , croiffant à merveille : une
vieille fille d'honneur en bois vermoulu
: plufieurs grands Poëtes modernes
un peu gâtés : un cochon de haie - vive ,
devenu porte- épic , pour avoir été laiffé à
la pluie pendant une femaine : un verrat
de lavande , avec de la fauge qui poulſe
dans fon ventre : deux vierges en lapins ,
prodigieufement avancées , & c. Il eft cependant
des imitations auxquelles l'arc
peut atteindre , fans paroître ridicule.
On a vu des morceaux d'architecture ,
des théâtres exécutés en charmille avec
fuccès , & dont le coup- d'oeil faifoit un
bel effet. Quant à la décoration des parterres
, on a beau vanter l'agrément des
parterres en broderie , les plattes bandes
garnies de fleurs font toujours exposées
à être nues , fur- tout dans l'arrière faifon .
Les Auteurs du Dictionnaire difent avoir
vu chez un Curieux un parterre qui pou
voit plaire en tout temps , & étoit auffi
agréable en hiver que dans le fort de
l'été. C'est un genre de parterre à l'an
gloife ; mais formé & nué à grandes par
ties , en gazons de diverfes couleurs ,
à-peu - près comme nos boîtes de différens
·
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
ors . Une fleur de - lys découpée formoit
ce parterre ; elle étoit compofée de quatre
grandes pièces , dont l'une étoit en rey
graff , l'autre en petit gramen d'Espagne ;
& on fait qu'il y a deux cents eſpèces
de graminées , qui fourniffent abondamment
de quoi choisir pour varier ces
nuances de verd , dont l'une diffère de
l'autre très -fenfiblement. Cette variété ,
qui eft très - agréable à l'oeil , jointe aux
fables colorés , produit un plus joli effet
que les buis toujours fales , & ſujets à
trop d'entretien . On donne ici une méthode
pour deffiner les parterres , un ta-.
bleau des fleurs qui , chaque mois , contribuent
à leur décoration , & un autre
tableau des arbustes propres à la décoration
des bofquets . Lorfque l'on veut
fe procurer des bofquets charmans , on
doit principalement s'attacher , dans le
choix des arbres , à ceux qui donnent des
fleurs dans certain temps de l'année , &
les difpofer chacun de manière , que tous
les mois un bofquet fe trouve orné de
fleurs nouvelles . On n'eft jamais embarraffé
dans le printemps : c'eft la faifon la
plus riche en fleurs ; mais il faut avoir
foin d'étudier les arbres qui donnent des
fleurs plus tard , afin que l'oeil foit touJUIN.
1776. 85
1
jours récréé par quelque objet nouveaux.
Dans l'automne , il y a des arbres dont
les fruits colorés forment le fpectacle le
plus agréable. Le tableau qui eft ici
donné , indique les différens temps de
l'année où les arbres , arbriffeaux & arbuftes
, qui forment les bofquets , fe
couvrent de fleurs .
Les fecrets d'une pratique indifpenfable
pour les Agriculteurs , font ici trèsmultipliés.
Au refte , il ne faut entendre
ici par fecrets, que ce que les Auteurs du
Dictionnaire entendent eux - mêmes
des procédés ou des recettes éprouvées ,
ignorées du plus grand nombre , & qui
cependant ne doivent point être négli
gées , puifqu'elles procurent des avantages
réels. Le recueil que nous annonçons
contribuera à les faire connoître de plus
en plus , & à les conferver même pour
la poftérité. Combien de chofes fimples ,
& autrefois très- communes , fe trouvent
aujourd'hui perdues par le non - uſage
parce qu'on a négligé de les recueillir ,
& que l'on s'eft trop fiè fur la tradition,
Il y a même dans les fciences , & fur tour
en phyfique , certaines découvertes qui
ont été oubliées , perdues même , & n'ont
été retrouvées qu'après plufieurs fiècles .
?
86 MERCURE DE FRANCE .
Nous n'indiquerons pas les différentes
claffes de fciences & arts qui ont fourni
des articles intére fans à ce Dict onnaire
parce qu'elles ont toutes été mifes à contribution
. Les Auteurs , conduits par un
zèle éclairé pour les progrès des fciences ,
des arts & de l'induftrie , & excités par
le defir de former un recueil utile pour
tous ceux qui s'occupent plus des chofes
que des mots, ont puifé dans les Mémoires
de différentes Académies , dans des Traités
particuliers , dans des Differtations
manufcrites ou imprimées . Ils ont même
extrait de différens Journaux & papiers
publics , des procédés qu'il faut en quel ·
que forte faifir au paffage , fi on ne veut
pas les perdre pour toujours.
Nous fommes priés de prévenir le Lecteur
qu'il ne doit point s'étonner de ne pas
trouver dans ce Dictionnaire l'article fucre,
auquel on a renvoyé par mégarde ;
la fabrication du fucre étant trop connue
& décrite dans beaucoup de Traités particuliers.
de la
Zabhet , ou les heureux effets
Bienfaisance ; par Madame de B*** .
Volume in 12 divifé en deux parties .
A Paris , chez P. F. Gueffier , Imp.-
Libr. au bas de la rue de la Harpė.
JUIN. 1776.
Zabhet , l'héroïne de ce Roman , nous
donne elle même fon hiftoire dans des
lettres , ou une espèce de journal qu'elle
envoye à Hortenfe , fon amie . Les fentimens
de Zabhet pour de Vormane , fon
amitié pour Hortenfe , fon respect pour
fes père & mère , & fon empreflement
à leur adoucir , par les plus tendres foins ,
l'état d'infortune où ils étoient tombés ,
nous peignent l'ame la plus aimante &
le coeur le plus fenfible . Son exemple eft
une leçon de conduite pour le commun
des jeunes gens qui cherchent à étourdir
leur vie dans un tourbillon de diffipations
, & qui ignorent que le vrai bonheur
ne peut le trouver que dans la pratique
de nos devoirs , & dans l'épanchement
des fentimens que nous tenons d'une
nature bien ordonnée.
De Werghen , l'ami & le confident
des père & mère de Zabhet , nous fait
voir auffi , par fa conduite , que les premiers
befoins , ou du moins les plus
fenfibles , font ceux d'un coeur bienfaifant.
C'eft pour mieux fatisfaire ces befins
, que de Werghen avoit étudié l'art
de la médecine. « L'amour de fes femblables
, écrit Zabhet à fon Amie , eft
» le flambeau qui éclaire M. de Wergben
» dans les recherches de fon art. La na
$8 MERCURE DE FRANCE.
» ture renferme en fon fein tout ce qui
» peut perpétuer & détruire fes ouvrages :
» mais on diroit qu'elle fe plaît à nous
» dérober la connoiffance des chofes qui
" nous font les plus falutaires. Il faut la
» guetter fans ceffe pour parvenir à décou
» vrir fes fecrets . Ah! qui peut être capable
de cette application habituelle , fi ce
» n'eft celui qui met fon plus grand bon-
» heur à être utile à l'humanité ? Notre
» vertueux ami eft fûrement bien plus
» heureux , quand , à force de foins , de
» recherches & d'affiduité , il eft parvenu
» à rappeler à la vie celui qui étoit au "
moment d'en fortir , que ne pourroit
» être un homme qui , après s'être ruiné
» à la vaine recherche du principe de
l'or , auroit enfin trouvé le fecret d'en
» faire ? Le bonheur de M. de Werghen
» augmente en proportion de l'utilité
» dont peut être , fur la terre , celui qui ,
39 grâces à fon art & à fes foins , l'habite
» encore . Ce digne Médecin étoit encore
l'ami le plus généreux , le plus tendre
, le plus compâtiffant des infortunés.
Les traits de fa phyfionomie révéloient ,
au premier coup-d'oeil , les heureuſes difpofitions
de fon âme. « Si je n'avois pas
» le meilleur des pères , avoue Zabhet
à fon Amie , je regretterois de n'ètre
JUIN. 1776. 89
» pas la fille de M. de Werghen ; mais
» je lui dois bien plus que s'il m'eût
» donné la vie ». M. de Werghen en
effet avoit , par fes généreuxoffices ,
confervé à Zabhet un père & une mère ,
que la plus trifte fituation auroit conduits
au tombeau. L'infortuné de Phalmord.
c'eſt le nom du père de Zabhet , emporté
par fa jaloufie , avoit trempé fes mains
dans le fang d'un jeune homme , fils du
Duc de *** . Obligé de fuir , pour fe
dérober aux pourfuites , il avoit été dépouillé
d'une charge de Préfident , qu'il
poffédoit dans une Cour Souveraine , &
de tous fes biens. De Werghen , qui reconnut
dans de Phalmord un homme plus
malheureux que criminel , l'accueillit ,
l'aida de fes confeils , lui préfenta des
motifs de confolation , & empêcha cette
famille , dénuée de tout fecours , de périr
de misère. Mais avant de connoître de
Werghen , de Phalmord errant dans une
contrée éloignée , réduit à la plus affreufe
néceffité , & défefpéré de voir fa femme
périr de befoin , s'étoit rendu dans un
chemin écarté obtenir , par
pour
la force ,
un fecours qu'il ne pouvoit plus attendre .
C'eft cette circonftance de fon infortune ,
que de Phalmord , dans une lettre à de
Werghen, veut faire entendre à cet Ami ,
90
MERCURE
DE
FRANCE
. qui , pour procurer à cette famille défolée
des fecours qu'elle ne rougit plus d'accepter;
& peut être auffi fenfible aux charmes
de Zabhet , avoit demandé cette
aimable fille en mariage « O mon Ami !
» lui écrit de Phalmord, c'eft préfentement
» que je fuis vraiment malheureux ....
» Votre lettre , du commencement à la
» fin , décèle l'ardeur qui vous embrâſe ;
» vous êtes encore bien plus épris que
» vous ne penfez : je connois trop l'amour
» pour ne pas voir tout le vôtre. Pour
prix de vos vertus & de vos fervices ,
» je vais donc vous livrer au malheur !
» Un obftacle affreux s'oppofe... Hélas !
puifque je ne vous ai pas moi même
» offert ma fille , comment n'avez- vous
pas compris que quelques liens terri-
» bles retenoient dans mes mains le feul
préfent que je pouvois vous faire ? ...
Apprenez donc... Mais comment vous
révéler un fecret auffi odieux , auffi
» cruel ?... Je n'ai pas balancé un inſtant
(dès que vous me l'avez demandé ) à
» remettre entre vos mains celui de ma
» vie : c'est vous en dire allez pour vous
» faire comprendre de quelle nature eft
l'horrible mystère que l'honneur me
» force aujourd'hui à vous dévoiler....
Puis je bien prononcer ce mot facié ,
"9
20
"
JUIN. 1776. 91
99
*99 quand il existe un être fur la terre à
» qui j'ai donné le droit de me croire le
» plus vil & le plus méprifable ! ... Que
» dis je ? il peut me croire un infâme
» un aflaffin ; il m'a vu , menaçant fa vie ,.
» lui demander... Dans l'inftant même ,
» fans force , fans mouvement , fans connoiffance
, je tombai à fes pieds. Ce
» généreux mortel , digne de vous être
comparé , defcend de cheval , vient à
» mon fecours , remet entre mes mains
tout ce qu'il poffède , me fait quelques
queftions auxquelles je ne puis répon-
» dre qu'en lui difant : ma femme touche
» à fon dernier moment , elle meurt faute
» de fubfiftance , & c'est moi , c'eſt mon
» affreufe jaloufie qui l'a plongée dans cet
» abyfme de misère... Il me confole..
» Je l'invite à me fuivre... Le temps le
preffe... Il est forcé de me quitter , &
j'ai la douleur de le voir partir fans
» avoir pu lui montrer la caufe terrible
» de mon affreux défefpoir. O le plus
» vertueux & le plus fage de tous les hu-
» mains ! Croyez vous à préfent pouvoir
» devenir mon gendre ? Ma femme ignore
» encore le honteux excès où mon amour
» m'a conduit ; elle croit tout vous devoir.
» L'époque de notre connoiffance fur
"
"

1
92 MERCURE DE FRANCE.
"
"
celle de mon déshonneur ... Je courus
» chez vous dans le moment même où
» je perdis de vue l'être généreux qui
dans le fond de fon coeur , me confond
peut-être avec ces miférables que le
fupplice appelle ... Mon ame , aux prifes
» avec le remords & le défefpoir , me
permit à peine de vous expliquer ce
» que j'attendois de vous . Je vis , à vo
» tre manière de m'envifager , que vous
» doutiez de ma raifon... Je vous entraînai
vers ce lit de douleur , où ce
que le ciel a jamais formé de plus parfait
» fembloit prêt à rendre les derniers fou-
» pirs , & une partie de la caufe de mon
» défordre vous fut alors connue ; vous
» comprîtes que l'époux d'une femme
» auffi célefte , ne pouvoit , fans perdre
l'uſage de fa - railon , concevoir feule
» ment l'idée d'en être féparé . Mais que
» vous étiez loin cependant de pouvoir
imaginer toute l'étendue de mon affiction
! Quand on ignore l'ivreffe des
» paffions , on n'a point l'idée de la vio-
» lence des maux qu'elles peuvent pro-
» duire , ni des excès auxquels elle peu-
» vent emporter ... Il faut , jaloux , fu
» rieux , avoir été , ainfi que moi , le
» cruel artiſan des fouffrances de l'objet
"
و د
"
**
93
JUIN. 1776.
» que l'on idolâtre , pour concevoir l'af-
» freux déchirement de mon ame , & le
» délire de ma raifon » . Il eft très - malheureux
, fans doute , d'avoir été néceflité
à quelque action répréhenfible : le fouvenir
peut en être long-temps douloureux ; mais
il ne doit y avoir de douleur éternelle que
pour ceux qui fe font volontairement
écartés du droit chemin , ou pour ceux
qui ont eu la barbarie d'entendre gémir
le malheureux , fans lui porter des fecours
qui auroient pu le fauver de l'opprobre ,
ou feulement de la misère . C'est une
partie des motifs qu'emploie de Werghen
pour relever le courage de fon Ami . Il
parvient enfin à rendre le calme à fon
ame agitée , & à le faire confentir à fon
union avec Zabhet . De Werghen aſſuré
du confentement de Phalmord , ne chercha
plus qu'à obtenir celui de fon aimable
fille. Cet homme bienfaifant étoit
trop accoutumé à mettre fa fatisfaction
dans celle des autres , pour pouvoir s'eftimer
véritablement heureux par une jouiffance
qui lui feroit purement perfonnelle .
Il avoit même exigé de M. & de Mde
de Phalmord , leur parole d'honneur , que
ni directement , ni indirectement , ils ne
diroient rien à Zabher qui puiſſe lui
faire foupçonner l'accord fait entre- eux.
"
94 MERCURE DE FRANCE.
"
n
« Tout à l'amour filial , leur écrit il en
parlant de Zabhet , ce tendre coeur ren-
» fermeroit fa répugnance & fes foupirs :
la crainte de vous contrifter , ne lui
» permettroit pas de rejetter un choix
qu'elle croiroit le vôtre ; & quand fon
» confentement feroit volontaire , du
» moment que je ne pourrois pas le
» croire tel , je ne ferois pas moi même
» heureux » . Le facrifice généreux que
de Werghen fait par la fuite de fon
amour , à un rival aimé depuis longtemps
, met dans tout leur jour les verrus
bienfaifantes de cet homme eſtimable.
Ce rival fe trouve être le fils d'une Dame
de Vormane , chez laquelle Zabhet avoit
trouvé un afyle durant les premières
années de l'infortune de fes parens. Le
jeune de Vormane avoit obtenu le coeur
de la fenfible Zabhet , moins par fon efprit
, fa figure , les qualités extérieures
les plus aimables , que par fon tendre
attachement à fa mère , fon refpect filial
, par fes vertus enfin. La fuite de cette
hiftoire nous apprend que ce jeune homme
eft le bienfaiteur dont de Phalmord
parle dans fa lettre , celui même qui
l'avoit fecouru dans le plus affreux défel- '
poir , & qu'il defiroit de connoître pour
JUIN. 1776.
و ر
"
fe jeter à fes genoux , lui faire part de
fes remords , & obtenir un généreux par •
don. On peut , d'après ce court exposé ,
juger dans quelle fituation dût fe trouver
Zabhet , quand , par un heureux enchaînement
de circonftances,elle retrouva dans
le bienfaiteur deffon père , l'Amant dont
elle regrettoit tous les jours l'abfence ; &
qu'elle vit ce père , dont elle partageoit
les chagrins , trouver la fin de fes maux
dans les bras de ce fidel Amant . « Si
» fentir c'eſt exiſter , écrit Zabhet à ſon
» Amie , j'ai fûrement plus vécu que la
» plupart des jeunes gens qui atteignent
» à la plus longue carrière » . De Werghen
qui , par fes foins & fes fervices , venoit
de faire rentrer cette famille dans
fes biens , pouvoit parler en faveur de
fon amour ; mais témoin de la tendreſſe
des deux Amans , il court embraffer fon
rival , rend à de Phalmord le confentement
qu'il lui a donné pour épouſer
Zabhet , & le follicite d'accorder ce
même conſentement à ſon premier bienfaiteur
. Mon cher Ami , s'écria le gé-
» néreux de Werghen , pourriez vous
» bien laiſſer tant de vertus fans récompenfe.
Quelle fera la vôtre ? -Leur
bonheur , répliqua cet homme inimitable
».
39
»
96 MERCURE DE FRANCE.
1
Ce Roman ou cette Hiftoire , écrite
avec fenfibilité , & dont le ftyle n'eſt
point dépourvu de chaleur ni d'intérêt ,
peut être mife entre les mains des jeunes
perfonnes. Heureufes les mères qui trouveront
dans leurs filles les vertus que
l'Auteur de ce Roman s'eſt plu à raſſembler
dans Zabhet ! Celui qui éprouve
toutes les difgrâces de la fortune , n'eſt
point encore à plaindre , s'il peut acquérir
un ami ou un bienfaiteur tel que le bon ,
le vertueux de Werghen nous eft ici
dépeint.
Abrégé des élémens d'arithmétique , d'algèbre
& de géométrie , avec une introduction
aux fections coniques ; Ouvrage
utile pour difpofer à l'étude de
la phyfique & des fciences phyficomathématiques
. Par M. J. M. Mazéas ,
ancien Profeffeur de Philofophie en
l'Univerfité de Paris , au Collége
Royal de Navarre. Volume in - 12 . A
Paris , de l'Imprim . de Ph . D. Pierres ,
rue St Jacques.
M. de Mazéas a publié précédemment,
en 1758 & 1761 , des élémens
d'arithmétique , d'algèbre & de géométrie.
JUIN. 1776.
trie. Il avoue , dans l'avertiſement placé
a la tête de l'Abrégé que nous annonçons
, qu'il regardoit ces élémens comme
étant eux mêmes un abrégé d'une étendue
médiocre. Mais , dans les différentes éditions
, ils fe font accrus & font devenus ,
à peu-près , complets. Ceux qui veulent
s'adonner à l'étude de la géométrie , n'ont
pas befoin , dans les commencemens ,
d'entrer dans un grand nombre de détails.
Ils pourroient même être rebutés par la
quantité des matières , laquelle entraîne
fouvent des difficultés , qui ne font pas
toujours à la portée des Commençans .
M. de M. a cru en conféquence devoir ,
pour leur utilité , refferrer dans de juftes
bornes ces élémens ; il les a réduits à ce
qui eft fimplement néceflaire pour donner
des principes fuffifans d'arithmétique,
d'algèbre & de géométrie , & en
infpirer le goût. L'Auteur a , dans l'abrégé
de fes élémens , confervé l'ordre & fa
-méthode de ce premier Ouvrage ; il s'eft
appliqué à y faire appercevoir la même
liaifon , le même enchaînement dans lès
idées & les propofitions . La table placée
à la fin de cet abrégé , eft elle- même un
sextrait méthodique & raiſonné , dont une
deuce réitérée fera très- utile aux jeunes
E
Bayerischa
Stact bibliothek
MERCURE DE FRANCE.
élèves , pour les accoutumer à prendre
l'efprit & l'enfemble des choſes , à apprécier
& généralifer leurs idées .
Difcours fur différens fujets ; par M. de
Treffeol , Docteur en Droit , Profeffeur
d'Hiftoire à l'Ecole Royale Militaire.
Volume in- 12 . A Paris , chez
Knapen , Imprimeur- Libraire , au bas
du Pont Saint-Michel.
N
"
23
Le premier difcours a pour objet l'utilité
de l'hiftoire. « Retracer la vie des
Empires dans leurs différens âges , développer
les refforts des révolutions
» en en fuivant la chaîne , diftinguer
» dans les événemens l'ouvrage de la
politique , de l'ouvrage du hafard , ou
de la caufe cachée que l'on appelle
hafard ; déterminer l'influence & des
loix & des moeurs , & de tout ce qui
» concourt à élever ou à détruire ; faire
fortir des faits l'inftruction , cette infstruction
, qui , en éclairant l'efprit ,
s'empare de l'ame , & lui rend propre
l'expérience des fiècles ; apprendre aux
» Rois à régner , aux citoyens à gouver-
« ner leur petit empire , je veux dire
leur famille & leur héritage , à tous les
JUN. 1776 . 99
10 » hommes à vivre : tel eft l'objet de
» l'hiftoire , tels font fes avantages . Elle
» eſt le témoin des temps , le dépofitaire
» des actions & des penfées , la lumière
» de la vérité , la vie de la mémoire ,
» l'inftitutrice des moeurs ; c'elt ainfi que
» l'Orateur philofophe faifoit l'éloge de
l'hiftoire , en retraçant fimplement
» ce quelle eft , perfuadé que l'ignorance
"
»
eft le fléau le plus terrible des Peuples ,
» & que la fcience a une liaifon intime
» avec la vertu . L'histoire eft , de toutes
» les connoiffances humaines , la plus
agréable à acquérir & la plus utile à
» cultiver , utile dulci » . L'hiftoire , pour
nous fervir de l'expreffion de l'Orateur
tient l'homme par le plaifir & l'intérêt ;
c'eft aufli fous ces deux rapports qu'il la
confidère.
M. de Treffeol , dans un fecond difcours
, agite cette queftion : Lequel des
deux , de l'Orateur ou du Poëte , doit
être préféré dans l'ordre littéraire? « Le
» goût des beaux- arts , nous dit il dans
* Hiftoria teftis temporum , lux veritatis , vita
memoria , magiftra vitæ, nuntia vetuftatis. Cicer,
lib. 2.de Orat.
Eij
foo MERCURE DE FRANCE.
»
» fon exorde, eft , après celui de la vertu,
» le plus beau préfent que la Nature ait
fait à l'homme ; fans eux , il auroit éternellement
demeuré dans un état brut ,
» & il fe feroit à peine traîné fous le
» joug accablant de la barbarie. Les
»beaux arts l'ont poli & humanifé. Je
ne fuis point furpris que la fable ſoit
» allée les chercher dans l'Olympe , ces
» arts , amis de la fociété , & les recevoir
➡ de la main des Dieux. L'imitation de
» la nature eft le feul but des beaux arts ;
ils ont donc entre-eux de l'analogie &
» de l'affinité ; & , pour parler le langage
» des Poëtes , les Mufes font foeurs . Le
» même chef préfide à leur troupe divine,
& elles furent toujours honorées
» toutes enſemble fur les mêmes autels.
» Les arts qu'elles protégent , fe tiennent
par la main comme les Grâces ; auffi
» les a - t- on vus jeter tout à la fois le
» plus grand éclat , lorfque la lumière
» des lettres a éclairé le monde . Il n'y a ,
» pour s'en convaincre , qu'à obferver
les fiècles littéraires. Les grands hom
mes dans tous les genres , ont prefque
toujours été contemporains. La puëfie ,
» dit Horace , eft une espèce de peinture ;
» l'on peut dire également que la peinture
JUIN. 1776.
1011
>>.eft une forte de poësie. Il eſt aifé de
» remarquer de pareils rapports dans les
» autres arts : mais avec des qualités
» communes qui les uniffent d'un côté ,
»> ils ont un caractère particulier qui les.
» diftingue de l'autre . Leurs fuccès de-
» mandent des talens différens , & ils
ne doivent pas fans doute afpirer aux
» mêmes honneurs. C'eft à la philofophie
»,à les mettre dans fa balance , pour leur
affigner le rang qui leur eft dû dans
l'ordre littéraire. Il s'eft plufieurs fois
élevé des difputes fur leur prééminence,
» entre ceux qui les ont exercés . Le
Sculpteur a difputé le pas au Peintre ,
» l'Orateur le diſpute au Poëte . Il eft
trop naturel, à l'homme de fe paffion-
»ner pour la profeffion , & le même.
»-préjugé , qui exagère à l'Artifte l'excel-
» lence de fon art , l'empêche de ſentir
» le prix des autres . Ciceron donne la
» palie à l'éloquence : mais il étoit Ora-
"
teur; & , fi l'on en croit les critiques ,
» il n'étoit pas né Poëte . En portant un
» pareil jugement , il fe vengeoit , fans
» le vouloir , des talens que la nature lui
»avoit refufés. Aimons , comme lui , Pla-
❞ ton; mais , comme lui , aimons davan-.
» tage la vérité » . Au refte , M. de T.,
Éiij
102 MERCURE DE FRANCE
ne prétend pas ici s'affeoir fur le Tribunal
pour prononcer lequel , de l'Orateur
ou du Poëte , doit être préféré dans la
hiérarchie littéraire. Il ne fait que mon.
ter dans la Tribune pour plaider la cauſe
du Poëte. Il fait voir d'abord dans ce
difcours , que l'éloquence n'a aucun avantage
qui ne lui foit commun avec la
poëfie ; il expofe enfuite en quoi la
poëtie lui paroît l'emporter fur fa rivale.
L'imitation de la nature eft ici regardée
comme le feul but des beaux- arts ; mais.
le but des beaux-arts eft d'anoblir la penfée
de l'homme , d'élever fon ame , d'épu
rer fon coeur par l'image fenfible de la
perfection qu'ils lui préfentent ; & l'imi •
tation d'une nature choifie , n'eſt qu'un´
* moyen qu'emploie l'Artiſte pour arriver
à ce but. Nous difons une nature choifie
, parce que nous regardons comme
Artiſte , ou digne de ce nom , celui - là c
feal qui a fu raffembler dans un même
objet les beautés que la nature , toujours
avare de fes dons , a répandu far plufieurs.
Dans un troisième difcours , M. de
T. fait voir que le défintéreffement eft
une des marques les moins équivoques
d'une grande ame.
JUIN. 1776. 103
Ce volume eft terminé par l'Eloge
d'Adrien Baillet , & celui du célèbre ,
Jurifconfulte Cujas . Ce fujet a été pro-,
pofé par l'Académie des Jeux Floraux ,
de Toulouſe , pour prix d'éloquence.
Mais l'Eloge dicté par M. de Treffeol
n'a point été envoyé au concours . Cujas
eut un rival de gloire dans Dumoulin ,
& l'Orateur en prend ici occafion de
faire le parallèle de ces deux grands Jurifconfultes.
« Ce que l'un fut dans la
Jurifprudence Romaine , l'autre le fut
» dans le Droit Coutumier. Ils acquirent
» l'un & l'autre une égale célébrité : mais
» avec une trempe différente de génie .
» Dumoulin a l'imagination plus vive &
» plus féconde quelquefois il va par
"
bonds & par fauts ; c'eft la fougue de
» la force indomptable . Cujas a plus de
» jugement & de méthode ; il va droit
» à fon but c'eft la fageffe de l'âge mûr.
» Le premier étale fes richeffes ; le fe-
» cond entafle les fiennes. Celui - là ,
99
و د
plus fublime , s'évanouit quelque-
» fois dans fes penfées ; celui- ci , plus
» ferme , fe poffède toujours. L'un
» échauffe plus qu'il n'éclaire : c'eft le
» volcan de l'éloquence ; l'autre éclaire)
plus qu'il n'échauffe : c'eft le flambeau
39
"39
CC
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
de la raifon . Cujas eſt toujours avec
fon Lecteur ; Dumoulin oublie quelquefois
le fien. On admirera peut être
davantage celui - ci : on aimera peutêrre
davantage celui-là. Cujas auroit
» voulu avoir fait les Commentaires fur
la Coutume de Paris , fur les titres des
fiefs & des cenfives fur tout , & les Notes
de Dumoulin fur les autres Coutu-
» tumes ; Dumoulin auroit voulu avoir
» fait les Paratilies fur le code , les livres
des obfervations , les commentaires fur
» les novelles. Ce dernier eft , fuivant le
» jugement de Ferrière , le Prince des
Jurifconfultes François ; l'autre eft le
" Prince des Commentateurs du Droit
Romain. Cujas l'emporte fur Dumou
» lin pour la diction ; le fiyle de celui ci
» eft quelquefois inexact , incorrect &
» même barbare ; la plume de celui- là
» eft toujours pure , élégante & facile.
» Enfin , en mettant dans les mains des
Elèves du barreau les Ouvrages de l'un
» & de l'autre , nous leur recommanderons,
comme le Chancelier d Agueffeau
le recommandoit à fon fils , de
» lite fans ceffe Cujas , parce qu'il a
mieux parlé la langue du droit qu'au
» cun Auteur moderne , & peut-être auffi
» bien qu'aucun ancien ».
"
JUI N. 1776. 109
99
Mémoire fur une question de géographiepratique:
" Si l'applatiffement de la
» terre peut être rendu fenfible fuc
» les cartes , & fi les Géographes peuvent
la négliger , fans être taxés
d'inexactitude ; lu à l Académie
Royale des Sciences , en Juillet 177 ) ,
par M. Robert de Vaugondy , Géographe
ordinaire du Roi , du feu Roi
de Pologne , Duc de Lorraine & de
Bar , de la Société Royale des Sciences
& Belles Lettres de Nancy , & Cenfeur
Royal.
7

Utilitas , jufti propè mater & aqui.
Hor. lib. 1. fat. 1 .
Brochure in- 4°. de 37 pages. A Paris ,
• -chez l'Auteur , quai de l'Horloge
près le Pont Neuf; & Antoine Bou
det , Imprimeur du Roi , rue Sainè
Jacques.
-M. de Vaugondy obferve , 1 °. que la
quantité de l'applatiffement de la terre
n'eft pas exactement connue. Les différens
degrés méfurés du méridien , donnent
des quantités qui diffèrent entre
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
elles , & qui diffèrent de celle qui eft
déduite de la théorie , la terre fuppofée
homogène. Cette incertitude fur l'élé
ment même , en rend l'emploi plus difficile
.
2 °. Il obferve que quand on veut
tracer fur une carte les différens degrés
du méridien , on fait feulement que ces
degrés croiffent en allant de l'Equateur
au Pôle ; mais la loi n'en eft pas fuffifamment
fixée . M. Bouguer en a fuppofé
plufieurs , & les différences de ces hypothèfes
font une nouvelle fource d'incertitude.
3 °. It obferve que la petiteffe de cet
élément rend fes effets infenfibles far les
cartes , à moins qu'on ne les faffe fur
un très grand point. Il choifit pour exemple
une carte qu'il fuppofe embraffer
neuf degrés en latitude , depuis le 48*
jufqu'au 57 , & dix- huit degrés en longitude
; en donnant 25 pouces au degré ,
c'eft à-dire un pouce à la lieue , cette
carte aura 18 pieds 9 pouces de haut ,
& 15 pieds 6 pouces de large. La différence
des deux hypothèſes de la terre
fphérique ou fphéroïde accourci , donne
3 ligne fur la latitude , & 2 pouces fur
la longitude , ou 2 lieues fur 303 , c'eftJUI
N. 1776.
107
1
à dire un d'erreur . Cette erreur eft ,
moindre dans les pofitions intermédiai- ,
res de la carte : mais en ne prenant ici.
que les pofitions extrêmes , l'erreur qui .
en réfulte eft de quarante fecondes fur,
la latitude , & de trente en tout fur la
longitude ; cette erreur n'excède pas celle .
que les obfervations comportent. Si l'on
excepte quelques Villes de l'Europe ,
telles que Paris , Londres , où il y a des
obfervations conftantes & des obfervatoires
fixes , le plus grand nombre des
autres pofitions eft affujetti à une pareille .
erreur Il ne paroît donc pas bien néceffaire
d'employer un élément dont la
quantité n'est pas entièrement fixée , &
dont les effets ne furpaffent point l'er-.
reur des obfervations , fur-tout fi l'on
confidère que dans des cartes d'un plus
petit point, ces effets de l'applatiffement
de la terre ne feront pas fenfibles au
compas.
Telles font les réflexions par lefquelles
M. de Vaugondy , jaloux des fuffrages
du Public , & fur tout de la perfection
des cartes géographiques , fe juftifie de
ne pas employer cet élément. Les Géographes
qui fe propoferont de l'employer
, méritent cependant d'être en-
C
Evj
TO MERCURE DE FRANCE.
couragés. On ne peut , ajoutent dans
» leur rapport les Commiffaires de l'Aca
»
>>
démie , nommés pour examiner ce
» Mémoire de M. de Vaugondy , exclure
» une précifion rigoureufe , à laquelle
l'Académie tend fans celle par fes tra-
» vaux ; mais comme , dans le cas préfent
, cette préciſion eft plus métaphy
fique que pratique , comme elle peur
être détruite par l'erreur inévitable des
obfervations , nous penfons qu'en ap-
» plaudiffant aux efforts des Géographes
» qui tenteront de tenir compte de l'applatiffement
de la terre , l'Académie
» peut continuer à regarder comme bon.
» nes fes cartes où cet applatiffement
» eft négligé , & nous croyons qu'ellepeut
accorder fon fuffrage & fon ap-
» probation aux réflexions de M. de
» Vaugondy ».
35
Bibliothèque univerfelle des Romans , Ouvrage
périodique , dans lequel on donne
l'analyfe raifonnée des Romans
anciens & modernes , françois , ou
traduits en notre langue ; avec des
anecdotes & des notices hiftoriques &
critiques concernant les Auteurs ou
leurs Ouvrages , ainſi que les moeurs ,
JUIN. 1776. 109
1
Tes ufages des temps , les circonstances >
particulières & relatives , & les perfonnages
connus , déguifés ou emblé
matiques.
Cet Ouvrage périodique eft compofé
,, par année , de 16 volumes in 12,
chacun de neuf feuilles au moins d'impreffion
, rendus à Paris 24 liv. , &
en Province , port franc par la pofte ,
32 liv. On foufcrit en tout temps chez
Lacombe , Libraire , rue Chriftine.
Cet Ouvrage à commencé au 1 Juillet
1775 , & fa première année eft révolue
au dernier Juin 1776.
Les Romans font , chez toutes les Nations
, le miroir des paffions , le tableau
fidèle du coeur humain , & renferment
en outre la tradition précieufe des ufages ,
des moeurs , du coftume , de la manière
de voir , de fentir , d'agir & de s'exprimer
des temps dont ils parlent , ou ,
tout au moins , des temps où ils ont été
écrits . Nous avons en ce genre une richeffe
nationale qui eft telle , qu'aucun
autre Peuple n'en poffède , & , peut - être ,
n'en foupçonne une femblable.
Avant la publication de la Bibliothèque
univerfelle des Romans , il n'y avoit
IO MERCURE DE FRANCE.
qu'un très petit nombre de Curieux qui
connuffent & l'étendue immenfe de cette
branche de littérature , & fes rameaux
les plus rares. Peu de perfonnes , par
exemple , avoient en leur poffeffion ceux
de nos Romans qui font d'une certaine
vétufté; & tous n'avoient pas le courage
de déchiffrer des livres ou des manufcrits
très - volumineux , imprimés ou écrits en
caractères gothiques , chargés , le plus
fouvent , d'abréviations bizarres. Auffi
peu de Lecteurs étoient - ils en état de
f former une idée nette d'un fi riche
fonds , ni de profiter des lumières qui
pouvoient réfulter de fon examen .
H falloit les reſſources d'une bibliothè
que immenfe en tous les genres ; il falloit
les lumières & le zèle étonnant d'un
homme diftingué & profond dans toutes
les parties de la littérature , pour réaliſer
ce plan d'ouvrage fi confidérable dans fon.
étendue & dans fes branches.
La plupart de ceux qui n'ont pas
» fait une étude approfondie de nos an-
» tiquités, ( écrivoit M. de Sainte Palaye
» en 1753 ) ont peine à regarder notre
» Chevalerie comme une inftitution férieufe
, encore moins comme un éra-
» bliffement politique & militaire , dont
""
1
JUIN. 1776. 111
"
35
"
"
"
» l'hiftoire eft liée néceflairement à celle
» de la Nobleffe & de la Milice Fran
çoiſe. C'eft , à leurs yeux , un ſyſtême
bizarre , imaginé par nos anciens Ro-
» manciers , pour fervir de fondement à
» leurs fictions . Mais la lecture réfléchie
» des anciens Romans , comparés avec
» les divers monumens & témoignages
historiques , nous force d'en porter un
jugement plus conforme au vrai . Le
» tableau que cette étude nous offre , eft
» une partie intéreffante & peu connue ,
» des moeurs de nos Ancêtres . On remarque
dans cette portion de leurs
ufages un contraſte fingulier de religion
& de galanterie , de magnificence &
» de fimplicité , de bravoure & de fonmiffion
; un mêlange d'adreffe & de
force , de patience & de courage , de
belles actions produites par un motif
chimérique , & de fonctions prefque
ferviles , anoblies par un motif élevé.
»Moeurs à la fois groffieres & refpecta
bles , auffi dignes d'être étudiées , furtout
par un François , que celles des
» Grecs ou des Orientaux ; moeurs com
» parables en bien des points , & même
» fupérieures en quelques - uns , à celles des
» temps héroïques chantés par Homère »>
30
"
112 MERCURE DE FRANCE.
Le beau fexe jouant le plus grand rôle
dans cette collection de fictions ingénieufes
, il étoit naturel qu'il y prît un
intérêt direct. En effet , dans le monde
tel qu'il eft , ou dans l'hiftoire exacte qui
le repréfente , les Dames rempliffent , de
temps à autre , un rôle important ; mais ,
dans un Roman , elles règnent , pour
ainfi dire , fans partage. Un fentiment
univerfel a infpiré , appris & confirmé
aux Ecrivains de tous les temps & de
tous les lieux , que les Dames font ,
en fecret ou à découvert , la bafe de
l'intérêt que tout homme civilifé prend
à une fiction d'une certaine étendue.
A ce point viennent correfpondre tous
les Ouvrages de Théâtre , fruits heureux
d'imaginations romanefques
les Romans eux - mêmes , fruits précoces
d'une imagination digne fou
vent de figurer fur la scène théâtrale , &
qui lui fournit tous les jours les fujets
les plus riches.

&
Au refte , la fcène varie fouvent dans
la Bibliothèque des Romans. On ne s'y
occupe pas toujours de tournois & de
Chevalerie On a foin de promener l'attention
du Lecteur , tantôt fur les plus
curieufes fictions en tout genre qui foient
JUI N. 1776 . 1131
forties de l'heureufe fécondité des Grecs
& des Latins ; tantôt fur ce que les Mo-i
dernes , Nationnaux ou Etrangers , ont
écrit de plus ingénieux , de plus fpirituel
, de plus moral , de plus inftructif
& de plus attrayant , foit en faifant un
mêlange adroit de l'hiftoire & de la
fiction , foit en captivant notre intérêt
par les feules forces d'une imagination
toujours active & toujours foutenue.
Quoique cet édifice n'ait en effet d'au
tre bafe réelle que l'imagination , on
peut dire que tous les acceffoires en font
folides , & que l'enſemble n'a rien de
frivole. C'eft , en général , une excellente
école de bravoure , de loyauté , de fermeté
, de conftance , de toutes les vertus
civiles & militaires. C'eft une peinture
fidelle des ufages des fiècles paflés , &
quelquefois du fiècle préfent. Chaque
article d'ailleurs eft rédigé avec beaucoup
de décence & de refpect pour les moeurs :
il est accompagné de préambules & de
réfumés inftructifs , où l'on faifit le rapel
port de la fiction avec l'hiftoire , & où
l'on apprend nombre d'anecdotes intéreffantes
, relatives à chaque Roman &
à fon Auteur.
Nous allons expofer un tableau rapide
114 MERCURE DE FRANCE.
un
des Ouvrages compris dans les feize vo
lumes de cette première année . Les années
fuivantes acquerront encore
nouvel intérêt par les Romans étrangers
les plus finguliers que les Rédacteurs
font entrer dans le plan de cette Bibliothèque.
Tout l'Ouvrage eft partagé en huit
claffes , que l'on réunit , autant qu'il eft
poffible , dans chaque collection de deux
volumes.
Les articles qui ont paru fous les yeux.
du Lecteur depuis le 1 Juillet 1775 1
jufqu'au mois de Juin 1776 , font :
PREMIÈRE CLASSE . ROMANS TRADUITS
DU GREC ET DU LATIN.
Les affections de divers Amans , par
Parthenius de Nicée , ancien Auteur
Grec , mifes en françois en 155s . Ce
livre et un recueil d'hiftoriettes tirées
des Fables Miléfiennes , ou écrites dans
le genre de ces fables.
Les Narrations d'amour , de Plutarque.
Elles offrent différens traits intéreffans ,
tirés des Ouvrages de cet Hiftorien Philofophe
.
L'Ane d'or d'Apulée , Philofophe
JUIN. 1776. IIST
Médecin , contemporain de Marc- Au
rèle. Le fujer de l'Ane d'or a été auffi
traité par Lucius & par Lucien. L'original
de cette fiction ingénieufe , qui eft fouvent
une fatyre du vice , faifoit peut- être
partie des anciennes Fables Miléfiennes.
Ce qui diftingue principalement l'Ane
d'or d'Apulée , c'eft l'épifode touchant &
a jamais célèbre des Amours de Cupidon
& de Pfyché.
Le vrai & parfait Amour , traduit du
grec d'Athénagoras , Philofophe Athénien
& Chrétien , qui vivoit fous Marc-
Aurèle & Commode . Ce Roman , qui
contient les amours honnêtes de Théogènes
& de Charides , de Phérécide & de Mélangenie
, eft fur-tout curieux par l'exactitúde
avec laquelle l'Auteur décrit les
cérémonies , les triomphes & les monumens
publics des Romains.
Les amours paftorales de Daphnis &
Chloé , traduites du grec de Longus , par
Amior ; Ouvrage charmant , connu de
tout le monde. Il a fourni la Comédie
des Amans Ignorans , par Autreau ,
l'Opéra auquel on a donné fon nom ,
pourroit être le fujet d'un Poëme. Ce
Roman a acquis encore un furcroît de
célébrité parmi nous , par les deffins 7
&
)
116 1
MERCURE DE FRANCE.
dont le Duc d'Orléans , Régent , l'a orné.
Une note curieuſe accompagne l'extrait
de cet Ouvrage.
Le Prince Eraftus ou les fept Sages de.
Rome . Fiction intéreffante , qui doit paroître
une des plus fingulières productions
de l'efprit humain . Elle eft parvenae
de fiècles très reculés jufqu'à notre
âge, en paffant par une infinité de langues
& de formes différentes. Ce livre ,
felon M. l'Abbé Maffieu , doit avoir
d'abord été écrit en Indien , & eft proba
blement l'Ouvrage de Sandaber . On y
reconnoît la marche & le caractère des
imaginations orientales . Il eft remarqua->
ble , en ce que c'eft une Reine qui fait
affaut d'efprit & de rufes contre fept
Sages , occupés à défendre le Prince Eraf
tus , leur élève.
Hiftoire de Zarine & de Stryangée . Cel
morceau eft du plus grand intérêt , peu
connu , & bien digne de l'être . C'eft un
fujet très- heureux pour un beau ſpectacle.
Les amours de Leucippe & de Clitophon ,
traduits du grec d'Achilles Tatius. L'intérêt
de ce Roman femble augmenter)
par la précifion de l'extrait qu'on en fait ,
cet intérêt y étant plus raffemblé que
JUIN. 氟117
1776.
dans l'Ouvrage original. Une note curieufe
difcute les queftions d'époques ,
& d'autres points de critique & d'hiſtoire
relatifs à l'Auteur du Roman & au Ro
man même .
L'Utopie , de Thomas Morus , Chancelier
d'Angleterre , ou idée d'une Répu
blique heureufe. C'est un fiction , c'eſt
un rêve : mais le rêve d'un Homme de
bien & d'un Homme d'Etat .
La note hiftorique & critique fur
Thomas Morus , répand beaucoup d'intérêt
& de lumières fur cet article. Elle
eft auffi d'un Homme d'Etat , qu'il eft
bien facile de reconnoître à fon goût &
à fon érudition .
Les amours de Théagène & de Chariclée,
par Héliodore , Evêque de Tricca , en
Theffalie. Ce Roman ingénieux , mais
d'une chaleur foible , traduit du grec ,
d'abord par Amiot , puis par un Ecrivain
plus moderne , a eu parmi nous un grand
nombre d'éditions . On obferve dans l'extrait
, que Racine , Gabriel Gilbert & M.
Dorat , ont tenté d'en mettre le ſujet fur
la fcène tragique ; que Duché en a fait
un Opéra ; & que Hardy avoit trouvé
dans ce Roman le fujet de huit Tragédies
en cinq actes.
118 MERCURE DE FRANCE.
Ifmène & Ifménias , Roman très - intéreflant
d'Eumathius ou d'Euftathius , publié
, traduit & réimprimé un grand nombre
de fois .
Les amours d'Abrocome & d'Anthia.
Ce Roman , dont l'original eſt en langue
grecque , eft peut être un peu trop compliqué
; cependant il attache encore plus
par les faits que par les détails.
DEUXIÈME CLASSE . ROMANS DE
CHEVALERIE.
Merlin. C'eft le premier Roman de
Chevalerie , la fource des autres Ouvrages
de ce genre. On y remarque une imagination
féconde , & fouvent une heureuſe
naïveté de ftyle . On relève dans les obfervations
fur le Roman de Merlin , les
affertions faußles de plufieurs Ecrivains
fur ce célèbre & fingulier perfonnage :
On y donne une jufte idée de fes prophéries
, &c . &c .
Le Saint Greaal ; c'eft -à - dire la Sainte
Portion , ou l'écuelle de Jésus-Chrift ,
affis à table avec les douze Apôtres . Le
Romancier fuppofe que Joſeph d'Arymathie
, propriétaire de cette précieufe
relique , la tranſmit à ſes deſcendans , &
JUIN. 1776 . 119
qu'elle devint une forte de talifman , inhérent
à la Iable ronde , au moyen duquel
cette table fe trouvoit miraculeufement
couverte de toutes fortes de mêts.
La quefte , ou recherche du Saint Greaal ,
par les Chevaliers de la Table ronde ,
eft l'action principale de ce Roman.
>
Lancelot du Lac , Chevalier de la Table
ronde. Ce Roman de Chevalerie , ainfi
que tous ceux de ce genre , contient la
plus fidelle hiftoire des moeurs anciennes ,
depuis l'époque de la décadence de l'Em
pire Romain. C'est une mine féconde de
caractères & de traits finguliers & variés.
L'intrigue amoureufe de Lancelot du Lac
& de la Reine Genièvre , femme du
Roi Artus , eft des plus intéreffantes.
Perceval le Gallois , Chevalier de la
Table ronde. Le Héros de ce Roman
'offre un caractère d'une phyfionomie toute
particulière . L'Auteur en fait un guerrier
d'une éducation fort inculte , de moeurs
ruftiques , d'une franchiſe brufque , & ,
malgré tout cela , d'une bravoure & d'une
loyauté à toute épreuve. Perceval , pour
n'être pas toujours préfenté du côté férieux
, n'en eft que plus intéreflant ; &
cette invention d'un caractère mixte , &
abſolument inattendu , relève affurément
120 MERCURE DE FRANCE.
le mérite de ce Roman de Chevalerie,
qui eft fort ancien .
Perce-Forêt , Roi de la Grande-Bretagne.
Il y a peu d'unité d'action & d'unité
d'intérêt dans ce Roman de Chevalerie.
Mais il eft femé de détails qui amuſent
ou qui attachent le Lecteur. De ce nombre
font la defcription fingulière du Boffu
de Suave, & de fa manière étrange de
combattre ; & l'épiſode intéreffant de la
belle Pucelle Neronès , qui fe déguife
en homme pour fuivre fon ami Pernehan
, & qui le fert en qualité d'Ecuyer
fans qu'il la reconnoiſſe .
Meliadus de Léonnois . Roman rempli
d'incidens récréatifs & curieux. C'eft un
des Ouvrages qui renferment le plus de
notions fur les Chevaliers de la Table
ronde.
Hiftoire du Chevalier Triflan, fils du
Roi Méliadus de Léonnois . L'extrait qu'en
donne la Bibliothèque des Romans , & qui
eft l'un des plus agréables & des plus
intérellans de ce recueil , et l'ouvrage
d'un homme de qualité , diftingué par
fes fervices & fes grades militaires , à
qui fes talens & l'étendue de fes connoiffances
, ont mérité une place dans
plufieurs Académies. Après ces renfeignemens
,
JUIN. 1776.
121
gnemens , il feroit inutile de taire fon
nom . On faura donc que M. le Comte
de Treffan eft l'Auteur de cet extrait ,
auffi curieux qu'amufant.
Ifaïe le Trifte. L'extrait eft du même
homme de qualité qui a donné celui de
Triftan. Ce Roman nous dépeint les vertus
groffières & les moeurs d'un fiècle
baibare .
TROISIÈME CLASSE. ROMANS
HISTORIQUES.
Le Triomphe des neuf Preux. C'eſt
l'hiftoire ( traitée romanefquement ) de
divers perfonnages , dont les uns appartiennent
à la Bible , les autres aux temps
héroïques chantés par Homère , les autres
à l'hiftoire de France & de la Grande-
Bretagne. On y diftingue fur-tout l'hiftoire
de la jeunefle du célèbre Bertrand
du Guesclin .
Hiftoire fecrette des Femmes galantes
de l'antiquité. L'Auteur commence par
les Divinités du Paganifme , dont il a
retranché tout le merveilleux , pour y
fubftituer des intrigues galantes plus vraifemblables.
Les Impératrices Romaines, Cet Ou
F
122 MERCURE DE FRANCE.
vrage préfente des tableaux variés
& eft rempli d'aventures où l'amour
joue toujours le premier rôle. Il faut
lire l'avis qui eft à la fin du fecond vol .
d'Octobre 1775 .
Artamène , ou le Grand Cyrus , par
Mademoiſelle de Scudery. Rien de plus
grand , de plus noble , de plus fièrement
deffiné que le caractère de ce Héros . Il
règne dans ce Roman (peut-être trop farchargé
d'épifodes) le plus magique inté
rêt. Le défaut dont nous parlons , difpa
roît abfolument dans l'extrait qu'en donne
la Bibliothèque des Romans , où ces épifodes
font fupprimés. Les vertus héroïques
du Cyrus de Mademoiſelle
de Scudery , les fentimens , les procédés
& les actions vraiment magnanimes
qu'elle lui prête , font quelquefois tolérer
la faute qu'elle a faire de traveſtir en
foupirant un perfonnage que l'hiftoire ne
préfenta jamais tel .
Amendorix & Celanire , Hiftoire Celtique.
Dans l'extrait qu'on a donné de
cet Ouvrage , on en a décompofé la mar--
che , qui , dans l'original , eft fort embrouillée
& furchargée d'épifodes . Les
notes qui l'accompagnent font très - remarquables
, par les lumières qu'elles
répandent fur la partie hiftorique,
JUIN. 1776. 123
Intrigues galantes de la Cour de France ,
depuis Pharamond juſqu'à Louis XIV .
C'eft un mélange de fiction & de vérité.
L'Hiftoire , dans cet Ouvrage , eft plus
refpectée vers les derniers temps ; on y
trouve même des anecdotes très réelles &
très-dignes d'être recueillies . Il faut faire
attention aux notes , dans lesquelles le
Rédacteur très - inftruit , indique les
Romans relatifs à chaque règne : il laiffe
même entrevoir le deffein de tracer dans
certe curieufe collection , l'Hiftoire de
France & celle de nos Reis , par une
analyſe raiſonnée & fuivie des Romans
qui exiftent. Plan nouveau , très intéreſfant
& très- defirable.
Amours d'Afpafie de Milet . Ce Roman
eft bien embelli dans cet extrait. L'homme
de goût qui a traité cet article , n'a
pas été fidèle au plan de Madame de
Villedieu ; mais il a puifé dans l'hiſtoire ,
dans Plutarque , dans les Philofophes ,
dans les Poëtes , des traits & des détails
charmans qui peignent , avec beaucoup
de délicateffe , les moeurs , le coftume &
la galanterie des Grecs.
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
QUATRIÈME CLASSE . ROMANS D'AMOUR .
L'Aftrée. Ouvrage connu ; mais on ne
connoifloit pas les éclairciffemens fur
l'Aftrée , par le célèbre Avocat Patru ,
qui font très- curieux , & qui ont été tirés
d'un manufcrit de cet homme célèbre ;
ce qui donne un grand prix à l'extrait de
ce Roman .
Almahide ou l'Esclave Reine , par M.
ou plutôt par Mile de Scudery ; Ouvrage
très-intérelfant & devenu rare. Les fameufes
diffentions des Zegris & des
Abencerrages , ne jouent nulle part un
plus grand rôle que dans ce Roman .
La Cythérée , Roman de Louis Marin ,
fieur de Gomberville ; Ouvrage d'un més
rite commun , mais enrichi , dans cette
collection , de notes curieufes , & embelli
par l'élégante préciſion du Rédacteur.
Zayde, Hiftoire Efpagnole. La note
hiftorique , très détaillée & pleine d'anec
dotes , qui accompagne l'analyse de
cet Ouvrage , n'eft pas moins curieufe ,
que l'Ouvrage lui - même eft intéreffant.
La Princeffe de Montpenfier. Le précis
qu'on donne de cet Ouvrage de MaJUIN.
1776. 125
dame de la Fayette , eft du plus grand
intérêt .
La Princeffe de Clèves. L'Hiftoire de
cette production intéreffante eft détaillée
avec foin dans le préambule de l'extrait ,
& donne plus d'importance au Roman
même .
La Comteffe de Tende , autre Roman
de Madame de la Fayette , écrit avec
toute la délicateffe de l'efprit , & toute
l'énergie de la paffion . Une note raiſonnée
fait bien fentir le mérite de ce charmant
Ouvrage.
Hiftoire des Fratricelles , Conte de Madame
de Villedieu . La note qui en précède
l'extrait contient les recherches les
plus curieufes fur la vie de cette Dame :
on y voit qu'elle puifoit le fujet de la
plupart de fes Romans , moins dans fon
efprit , qui étoit fort agréable , que dans
fon coeur , extrémement fenfible & tendre
, & qui la rendit plus d'une fois
l'héroïne d'une aventure trop fameuſe .
Carmante. Roman tiré de l'hiftoire
grecque , par Madame de Villedieu . Cet
article eft devenu piquant par l'art du
Rédacteur , qui a fimplifié l'action &
animé la narration .
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
CINQUIÈME CLASSE . ROMANS DE SPIRITUALITÉ
, DE MORALE ET DE POLITIQUE
.
t
L'Hiftoire de Barlaam & de Jofaphat ,
Roi des Indes. C'eſt un Roman de fpiritualité.
Cet Ouvrage , compofé originairement
en langue fyriaque , eft attribué
à Saint Jean Damafcène. Un jeune Prince
qui a le courage de s'affranchir des piéges
de la féduction , & qui fe laiffe conduire
par les lumières de la raifon & de la
foi chrétienne : telle eft la fiction de ce
Roman .
Les aventures étranges de Lycidas & de
Cleorithe . Cet Ouvrage eft , pour le fond ,
une forte d'imitation du Roman précédent
; les détails feuls en diffèrent. L'Au
teur n'y épargne pas les tentations du
Démon contre l'innocence ; mais il fait
toujours triompher celle- ci de toutes les
attaques.
Les Aventures de Télémaque. C'eſt le
chef-d'oeuvre ( fi connu ) de M. de Fénélon
. Les obfervations qui en accompa
gnent l'extrait , renferment dés anecdotes
peu communes & fort intéreffantes. On
a joint quelques morceaux moins conJUIN
1776. 127
nus , mais non moins intéreffans , du
même illuftre Auteur , & qu'il avoit
compofés pour l'éducation de Mgr . le
Duc de Bourgogne. Rien de plus moral
& de plus philofophique que ces hifto .
riettes , qui étoient prefque oubliées ;
rien de plus agréable en même temps ,
par le charme du ftyle & du fentiment.
Pélerinage de Colombelle & de Folontairette
vers leur Bien Aimé , dans Jéru .
falem. L'intérêt de ce Roman de fpiriritualité
, confifte dans les caractères différens
de Colombelle , qui eft douce ,
réfléchie , docile & prudente ; & de
Volontairette , qui eft légère , inconféquente
, capricieufe . Les aventures des
deux foeurs & leurs deftins , naiſſent de
leurs humeurs. Elles font bien contrastées
& bien préfentées.
La Cyropédie , ou l'Hiftoire de Cyrus ,
par Xénophon . On s'eft fervi , pour l'extrait
de cet Ouvrage , de la traduction
de Charpentier , en regrettant que celle
que prépare en ce moment un Homme
de Lettres fort eftimable , ne fût pas encore
publiée . L'intérêt de la Cyropédie
eft plus chaud dans l'extrait que dans
l'Ouvrage entier , où les divers détails
de morale & d'inftitution que Xénophon
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
avoit principalement en vue de placer
dans fon livre , nuifent fort à cet intérêt .
On lit à la tête de l'extrait , des recherches
très -curieufes fur l'Ouvrage & fur le Fraducteur.
Les Voyages de Cyrus , par M. de
Ramfay. C'est un Roman du même but
moral que la Cyropédie , c'eſt-à- dire , un
plan d'inſtitution propre à former un
jeune Prince . Dans l'analyfe qu'on en
donne , on fait voir les beautés & les
défauts de cet Ouvrage. On trouve à
la fuite , le précis des critiques & des
réponses auxquelles cet Ouvrage donna
lieu dans le temps ; entr'autres une
lettre du Père Vinot , de l'Oratoire ;
lettre fort curieufe & bien écrite.
Romans de M. Camus , Evêque de
Belay. On s'eft bien gardé d'analyfer
la totalité de ces Romans de fpiritualité
, qui font tombés dans un jufte
oubli. Mais , dans une courte notice ,
on fait connoître le genre d'écrire &
de s'exprimer de leur Auteur , qui ,
malgré fon mauvais goût , ne manquoit
pas d'efprit. Les Romans analyfés , font :
La mémoire de Darie , où fe voit l'idée
d'une dévotieufe vie & d'une religieufe
mort.
JUIN. 1776. 129
Palombe , ou la Femme honorable.
Diotrephe , Hiftoire Valentine.
Ariftandre , Hiftoire Germanique.
Le Pentagone hiftorique , montrant en
cinq façades autant d'accidens fignalés ,
Ce Pentagone & ces cinq façades font
du ftyle figuré , & font l'annonce ou
le titre métaphorique d'un recueil de
cinq fictions de fpiritualité d'un but
moral. La première eft intitulée : Her
man ou l'amitié fraternelle ; la feconde ,
Herminia ou les déguifemens ; la troifième
, Pafcal ou l'erreur excufable; la
quatrième , Félix ou la vertu reconnue }
la cinquième , Everard. Dans la feconde ,
le bon Evêque fait une fortie fort vive
contre les grands Seigneurs qui , de fon
temps , (vers l'an 1620) traînoient après
eux des filles perdues fous des habits de
Pages , & contre les Dames de la plus
haute naillance , qui fe faifoient fuivre
par de jeunes hommes vêtus en filles .
Argenis & Poliarque , célèbre Roman
de Barclay. Duryer en a fait une Tragé
die. L'Argenis a été traduite une fois en
italien , en efpagnol ,, en allemand , en
hollandois , & trois fois en anglois . Une
note curieufe fuit l'extrait .
Les pieufes récréations du Père Angelin
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
Gazée , de la Compagnie de Jéfus , OEuvres
remplies de faintes joyeuſetés , &c.
Ces contes édifians & plaifans , par la
naïveté de l'invention & du ftyle , ont
fait long temps , dans toute la France , &
font peut- être encore dans quelques Provinces
, l'amufement des perfonnes reli
gieufes.
SIXIÈME CLASSE. ROMANS SATYRIQUES ,
COMIQUES ET BOURGEOIS .
La Satyre de Pétrone . C'est moins un
récit qu'une action . Tous les perfonnages
y font en mouvement , & même dans
une forte d'agitation convulfive , comme
il convient aux Acteurs d'une orgie &
aux Héros d'une débauche effrénée. La
Bibliothèque des Romans préfente des obfervations
importantes fur Pétrone .
Le Roman Bourgeois de Furetière. Tableau
fidèle & pittorefque des moeurs de
la petite bourgeoifre du fiécle paffé. L'Auteur
s'eft même amufé à peindre jufqu'au
coftume des modes .
Le Télémaque travefti , par M. de Marivaux
; Roman burlefque , fingulier &
très peu connu. La notice que la Biblio
thèque des Romans donne fur cet Acadé
JUIN. 1776 . 137
micien , contient beaucoup d'anecdotes
curieufes.
Roman Comique. Scarron refpire tout
entier dans l'extrait que la Bibliothè
que des Romans en donne ; on l'y réduit
à ce qu'il a de plus faillant , & l'on
a foin d'employer les expreffions de cet
Ecrivain fingulier. Les anecdotes qui le
concernent ne font pas moins propres à
de faire connoître.
Hiftoire de Gargantua & de Pantagruel,
par Rabelais , L'extrait & les notes donnent
la plus jufte idée de l'efprit , du
goût , du favoir & du génie de cet Auteur
, autrefois trop eftimé , peut être aujourd'hui
trop négligé.
Les aventures extravagantes du Courtifan
Grotefque , de 1633 ou 1634. C'eſt' ,
parmi les Ouvrages modernes , le plus
ancien prototype de Calembourgs ; à la
fuite de cet article , on trouve toute l'hiftoire
du genre , & l'on fait que ce genre
eft devenu affez en vogue de nos jours.
SEPTIÈME CLASSE . NOUVELLES HISTORI
QUES ET CONTES ,
Les Cent Nouvelles nouvelles. Ces
Nouvelles , pleines d'imagination & de
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
gaieté , écrites du ſtyle le plus naïf , font
les plus anciennes que nous ayons dans
notre langue. Elles ont fervi de modèle
à la Reine de Navarre , & fourni des
fujets à la Fontaine. Les Narrateurs de
ces Nouvelles étoient le Duc de Bourgogne
; le Dauphin , depuis Louis XI ; Jean
de Créquy; Gilbert de Lannoi ; le Comte
de Châtellux , Maréchal de France ; Thibault
de Luxembourg ; Pierre Michault ,
&c. On a rapporté , à cet égard , nombre
de particularités hiftoriques , qui font
dignes d'être lues.
Les Nouvelles Françoifes , par M. Segrais.
On donne , dans des notes , l'explication
des portraits allégoriques répandus
dans cet Ouvrage , & qui font ceux des
principales perfonnes de la Cour de Mademoiſelle
de Montpenfier, ce qui répand
d'autant plus d'intérêt fur ces fictions
ingénieufes.
Les Cent Nouvelles de la Reine de
Navarre. La lecture de ces Contes agréables
augmente de prix , par l'intérêt de
la note fort étendue & fort curieufe , qui
les accompagne dans la Bibliothèque des
Romans.
Contes , Nouvelles & joyeux devis , de
Bonaventure des Perriers. La notice cuJUI
N. 133 1776 .
rieufe qu'en expofe la Bibliothèque des
Romans , eft accompagnée de recherches
& d'anecdotes fur la vie & les Ouvrages
de des Perriers , & des autres Valetsde-
chambre de la Reine de Navarre .
Nouvelles de Scarron , Ces Nouvelles
prouvent que Scarron avoit une philofolophie
, une galanterie & un fentiment
qui le rendoient capable de réuffir dans
plus d'un genre. Cet Auteur , gai juſ
qu'au burlefque , fe montre dans ces
Nouvelles bien différent de lui même ;
il y intéreffe , il attendrit fon Lecteur.
Nouvelles Africaines , par Madame de
Villedieu ..
Dom Carlos , Nouvelle hiftorique . Il y
a dans ces Nouvelles beaucoup d'imagination
& d'intérêt .
Les Illuftres Françoifes , hiftoire véritable.
On n'ignore pas que toute hiſtoire
qui s'intitule hiftoire véritable , eſt un
conte. Si l'on y ajoute ces mots , & remarquable
, c'est une tromperie de plus .
Au tefte , les Illuftres Françoifes de Grégoire
de Challes , font très intéreffantes
& remplies de détails de moeurs & de
paffions ; elles ont fourni plufieurs fujets
de Théâtre , tels que la Comédie de Du.
puis & Defronnais , traitée fi agréable134
MERCURE DE FRANCE .
ment & avec tant de fuccès , par M.
Collé ; celle du Comte de Livry & de
Mademoiſelle de Mancigny ; Sylvie ,
Tragédie Bourgeoife , &c.
Hiftoire du Comte de Vallebois & de
Mademoifelle de Pontais .
Cette Nouvelle , & celles qui fuivent ,
du Comte de Livry & de M. de Salvange ,
font tirées des Illuftres Françoifes , &
font d'un intérêt vif & pretfant , par
l'art ingénu avec lequel elles font préfentées.
HUITIEME CLASSE. ROMANS
MERVEILLEUX .
L'Hiftoire de Mélufine.
Ce Roman , ainfi que les plus anciens ,
fut écrit en vers avant de l'être en profe.
Il étoit dépofé , manufcrit , dans les archives
de la Maifon de Lufignan , qui
rapporte fon origine à cette prétendue
Fée , fille du Roi d'Albanie .
la
Les Contes des Fées , de Mde d'Aulnoy
, de Mile de la Force & de Mde
de Murat ; le Dauphin , Belle belle ,
bonne Femme , le Palais de la vengeance ,
Contes charmans qui amufent l'enfance ,
& qui font fourire la raison.
JUIN. 1776. 735
Hiftoires ou Contes du temps paffe , avec
des moralités , par Perrault. Le ton naït
& familier , l'air de bonhommie , la
fimplicité qui règnent dans ces fictions ,
étoient bien propres à leur acquérir la
célébrité dont elles jouiflent .
L'adroite Princeffe , ou les aventures de
Finette. L'Auteur inconnu de ce Conte ,
met en action ces deux principes : Que
L'oifiveté eft mère de tous vices ; & que défiance
eft mère de fûreté.
Contes d'Hamilton . Le précis de ces
Contes , eft très propre à en laiffer une
idée convenable , & à juftifier la grande
réputation de cet Ouvrage . Il eft accompagné
de recherches fur la vie & les
OEuvres de l'Auteur .
Peau d'Ane , Conte de des Perriers ,
mis en vers par Perrault . Ce conte étoit
devenu fort rare ; il est du nombre de
ces productions fingulières , dont le fort
eft d'avoir beaucoup de cours , quoique
décriées , à certains égards.
- Plus belle que Fée , Conte ; par Mademoiſelle
de la Force.
Gracieufe & Percinet , conte , par la
même.
Perfinette , conte , par la même.
Verd & Bleu , conte , par la même.
136 MERCURE DE FRANCE.
Ces quatre hiftoriettes , dont la Féerie
eft l'ame , font des fictions agréables contées
avec beaucoup d'efprit & d'ingé
nuité.
L'Oifeau Bleu , de Madame d'Aulnoy,
quelques Contes de Fées de Madame de
Murat , & les Lutins du Château de Kernofi
, accompagnés , dans l'extrait qu'on
en donne , de notes intéreffantes & de
poëfies légères , qui décèlent plus d'un
talent aimable de la part de l'Homme
de goût qui préfide à cet Ouvrage , terminent
agréablement le dernier volume
de la première année de certe collection .
En général , on s'eft propofé , dans la
Bibliothèque des Romans , de procurer au
Lecteur un amufement exempt de fatigue
; & l'on a cherché à lui rendre plus
intéreffant ce qui l'étoit déjà , en préfentant
les objets fous toutes les faces qui
comportent intérêt & curiofité , & qui
ralfemblent , prefque fous un même point
de vue, les agrémens de l'imagination , &
les avantages réels des recherches hiftoriques
& critiques.
*
Anecdotes de la Cour & du règne
* Article de M. dela Harpe.
JUIN. 1776. 137
d'Edouard II , Roi d'Angleterre ; par
Madame J. M. D. T. & Madame E.
D. B. A Paris , chez Piffot , Lib. quai
des Auguſtins .
Les deux premières parties de ce Roman,
font un Ouvrage pofthume de Madame
de Tencin , fi connue par plufieurs
Romans , qui font au nombre des plus
intéreffams & des mieux écrits dont notre
littérature s'honore , tels que le Siége de
Calais , le Comte de Comminge , les
Malheurs de l'amour . Les Anecdotes du
règne d'Edouard ne font pas indignes du
nom & du talent de leur célèbre Auteur ,
quoiqu'elles nnee ffooiieenntt pas de la même
fupériorité que fes autres productions.
On y reconnoît encore cet art de tracer
des caractères & d'amener des fituations ;
cet intérêt de ſtyle & ces détails de paffions
, que faifit fi bien l'efprit des femmes
, & qui femblent acquérir fous leur
plume un nouveau charme , parce qu'elles
paraiffent les avoir tracés avec plus de
complaifance.
La fortune & la difgrace du malheu
reux Gaveſton , favori d'Edouard , font
le fondement hiftorique de cet Ouvrage ,
& forment même l'action principale .
L'Hiftoire y eft quelquefois fuivie &
138 MERCURE DE FRANCE.
quelquefois déguifée , & même contredite
. C'est le défaut de prefque toutes les
productions de ce genre , qui étoient fort
à la mode dans le fiècle dernier , & qu'on
appelait Nouvelles hiftoriques. Elles font
paffées de mode ; & c'était un défaut
effentiel que ce mêlange de la vérité &
de la fiction , qui répandoit beaucoup de
fauffes idées , & pouvait tromper beaucoup
de perfonnes peu inftruites. Quand,
pour augmenter l'intérêt d'une fable , on
l'établit fur des événemens & des ca.
ractères connus , il ne faut point les
altérer & les défigurer . Le Siége de Calais
eft exempt de ce défaut , parce qu'il
ne roule guères que fur des intrigues
d'amour.
Madame Elie de Beaumont , connue
par les Lettres du Marquis de Rofelle ,
dont plufieurs éditions ont attefté le fuc
cès dans ce Pays & chez les Etrangers ,
qui les ont traduites , a bien voulu fe
charger de la troisième partie de l'Ou
vrage que Madame de Tencin n'avait
point achevée. Ceux qui fentiront combien
c'eft une tâche pénible que de travailler
fur un plan qu'on n'a point fait ,
& de fe mettre à la fuire des idées d'autrui
, fauront beaucoup de gré à Madame
de Beaumont de fon travail , qui fait
JUI N. 1776. 139
autant d'honneur à fa modeftie qu'à fon
talent.
L'Art du Chant figuré , de J. B. Mancini ,
Maître de chant de la Cour Impériale
de Vienne , & Membre de l'Académie
des Philarmoniques de Bologne ; trad.
de l'Italien , par M. A. Defaugiers.
Italiam ! Italiam ! Encid . VI .
Brochuré in- 8 ° . prix 1 1. 4 ſ. A Paris ,
~chez Cailleau , rue St Severin ; Durand
, rue Galande ; veuve Duchefne ,
rue St Jacques.
Le premier article de ce Traité , nous
donne quelques notices fur les diverfes
Ecoles d'Italie , & fur les célèbres Muficiens
qui en font fortis depuis la fin du
fiècle dernier. Les Ecoles de mufique les
plus renommées ont été celles de Piftocchi
, à Bologne ; de Brivio , à Milan ;
de François Peli , à Modène ; de François
Redi , à Florence ; des Amateurs (Amadori)
à Rome ; & celles de Porpora , de
Léonard Leo & de François Feo , à Naples.
Le premier Muficien dont il foit ici fait
mention , eft le Chevalier Balthafar Ferri ,
de Péroufe . Ce célèbre Chanteur , doué
de la plus belle voix qui peut être ait
jamais exifté , avoit étudié tous les carac
140 MERCURE DE FRANCE .
tères du chant , & les avoit portés à leur
plus haut degré de perfection . Parmi les
tours de force qu'il faifoit de fa voix , on
cite celui ci : il montoit & defcendoit
tout d'une haleine deux octaves pleines
par un trill continuel , marquant tout les
degrés chromatiques avec la plus grande
jufteffe .
Siface fe diftingua par un chant fimple
, naturel & grave. Il conferva jufqu'au
de-là de quatre - vingt ans une voix
fi claire , fi flexible & fi légère , que ceux
qui l'auroient entendu chanter fans le voir ,
l'auroient pris pour un jeune homme à
la fleur de fes ans.
Bernacchi , Difciple de Piftocchi de
Bologne , avoit une voix peu flatteufe . Il
parvint néanmoins , eft- il dit ici , à ſe
faire admirer univerfellement . Cet éloge
nous paroît peu mefuré , d'autant plus
qu'on a reproché à Bernacchi d'avoir fou
vent quitté l'expreffion du fentiment pour
fe livrer à un chant travaillé & compliqué.
Il étoit très - adroit , fans doute , à
parcourir les paffages les plus difficiles de
la mufique , dans le court efpace d'une
ariette ; mais cette adrefle ne pouvoit
plaire qu'à quelques enthoufiaftes ,
amis
des difficultés .
Le Pafi , contemporain de Bernacchi ,
JUIN. 1776 . 141
& Diſciple , comme lui , de Pittocchi
ne mit dans fon chant que des ornemens
qui pouvoient faire valoir une voix foible,
à la vérité , mais pleine d'expreffion &
conduite avec beaucoup de goût .
Le Lecteur s'attend bien que dans une
notice fur les célèbres Chanteurs Italiens ,
on n'a pas oublié le Chevalier Don Charles
Brofchi , plus connu fous le nom de
Farinelli , long - temps attaché au fervice
de la Cour d'Espagne , & qui vit aujour
d'hui retiré dans une de fes maifons de
campagne des environs de Bologne. Ce
célèbre Chanteur avoit de plus que les
voix ordinaires de deffus , fept ou huit
tons également fonores , & par - tout lym .
pides & agréables. On remarque ici qu'il
fe diftingua fur tout dans l'art de conduire
& de gouverner fon haleine , qu'il
reprenoit fi finement & fi délicatement ,
que perfonne ne put jamais s'en appercevoir.
Il poffédoit d'ailleurs toute la
fcienee muficale à un degré éminent , &
tel qu'on pouvoit l'efpérer du plus digne
élève du favant Porpora. Auffi à peine
commença t -il à paroître fur le Théâtre ,
qu'il devint l'idole des Italiens , & bientôt
de tout le monde harmonique .
Gaëtan Majorano dit Caffarelli , Diſciple
de Porpora , ainſ Farinelli , ne
pas moins fr d'honneur à fon Maître.
que
142 MERCURE DE FRANCE.
99
On peut citer, parmi les célèbres Cantatrices
, Françoiſe Cuzzoni , née à Parme
, & Fauftine Bordoni , épouſe du fameux
Compofiteur Jean Haffe , furnommé
le Saxon . « La voix de la Cuzzoni ,
» autant par fa clarté que par fa douceur
» & fa légéreté , étoit de celles qu'on
appelle angéliques; elle poffédoit d'ail-
» leurs fupérieurement l'art de la con-
» duire , de la foutenir , de la renforcer
» & de l'adoucir infenfiblement. Chan-
» toit-elle une ariette , elle la rajeuniffoit
» par des mordans , de petits grouppes ,
» des trills parfaits , & enfin par tous les
agrémens du chant , qu'elle exécutoit à
» ravir. Son intonation étoit d'une jufsteffe
fans égale , dans les fons même
» les plus aigus ». Auffi l'appeloit-t on
la lyre d'or. La voix de la Fauflina palle
pour avoir été encore plus brillante . Elle
étoit d'une légèreté fans égale . Cette cé
lèbre Cantatrice , par la facilité qu'elle
avoit de rendre les paffages les plus difficiles
de la mufique , contribua à introduire
dans le chant un nouveau goût.
Les Chanteurs , hommes & femmes ,
fans avoir égard à leur genre de voix
& à leurs talens , voulurent l'imiter , &
obligèrent fouvent les Compofiteurs à fe
conformer à leurs caprices.
JUIN. 1776. 143
M. Mancini nous rappelle d'autres
Muficiens célèbres ; il nous donne enfuite
des préceptes fur l'art du chant ; il nous
explique ce que c'eft que la cadence , le
trill , le mordant , l'appogiatura , agré
ment du chant , qu'il divife en fimple &
en double ou grouppe. Il nous indique
les défauts de la voix , les moyens de les
corriger . Il nous fait part de fes obfervations
fur l'intonation , fur la vraie pofition
de la bouche , fur la manière de
porter la voix & celle de l'appuyer ; il
finit par nous entretenir du récitatif &
de l'action théâtrale. Toutes ces inftructions
ne doivent point être négligées par
celui qui veut fe rendre habile dans l'art
du chant. Mais nous avouerons , avec M.
Mancini lui- même , que ce font moins
des préceptes qu'il faut à l'élève , que des
exemples , & qu'une ariette chantée par
un Maître habile , contribuera plus à fes
progrès que tous les Traités fur l'art du
chant. «Si , dans tous les beaux arts , les
» fuccès des Ecoliers dépendent beaucoup
» de la fcience du Maître & de fa bonne
» volonté à les inftruire ( & c'eft dequoi
l'on ne peut douter ) dans l'école
» du chant figuré, ils en dépendent entiè
» rement. Qu'un Peintre , un Sculpteur ,
» un Architecte , un Poëte , un Muficien
גכ
و د
و د
n
144 MERCURE DE FRANCE.
»
"
ne foit pas des plus excellens ou des
plus ingénieux à communiquer toutes
» fes consoiffances à fes Ecoliers , ceux-
» ci pourront le perfectionner un jour
» par eux- mêmes , & rectifier ce que leur
» Maître peut leur avoir enfeigné de
» défectueux. Il exifte tant de parfaits
» monumens d'architecture , de peinture ,
» de ſculpture , de poëfie & de muſique
» des plus grands Maîtres , qu'un jeune
» homme , qui a du génie , n'a qu'à les
étudier pour fe perfectionner. Mais il
» n'en eft pas de même de l'art du chant ,
dont on n'a , ni ne peut avoir aucun
» monument , par la raifon qu'un Chanteur
ne peut laiffer à la postérité ni cet
» enthouſiaſme , ni cette méthode , ni
cette grâce , ni cette conduite , & c . avec
lefquels il embelliffoit fon chant. Qu'on
ouvre les partitions des plus célèbres
Compofiteurs , on n'y trouvera fûre-
" ment aucune de toutes ces chofes
»
39
93
"
pas même le plus fimple paffage , &
cela tout expreffément pour laiffer au
» Chanteur la liberté de l'embellir à fa
» fantaisie & felon fon goût . Bien plus ,
» prenons en main une ariette chantée
» par le célèbre Farinelli , & ayons fépa
» rément par écrit toutes les variations
» & les agrémens qu'il a employés pour
» l'embellir ;
ود
ww
JUIN. 1776. 145
a l'embellir ; nous ne pourrons néan-
» moins découvrir , en aucune façon ,
quel e étoit précisément fa méthode ,
» ou , pour mieux dire , cette magie qui
» lui a acquis une fi grande célébrité » .
ود
و د
Manuel du Jardinier , ou Journal de fon
travail , diftribué par mois , par M.
D *** .
Redet agricolis labor actus in orbem.
Georg. Lib. II . v . 401 .
Nouvelle édition , revue , corrigée &
augmentée. Brochure in- 12. prix 1 1.
A Paris , chez Debure père , quai des
Auguftins , au coin de la rue Gît-le
coeur.
Ce Manuel , bien connu par les éditions
précédentes , eft une indication.
utile & commode des différens travaux
à faire dans un jardin , durant le cours
de l'année. Nous avons beaucoup d'écrits
fur la culture du potager . L'Auteur di
Manuel les a mis à contribution . Il en a
extrait les pratiques & les obfervations
les plus néceffaires à ceux qui s'occupent
du jardinage par devoir ou par goût. Il
G
146 MERCURE DE FRANCE .
a joint à ce Manuel la culture des plus
belles fleurs , c'eſt -à - dire , l'indication du
temps où il faut les femer , les marcoter
& les planter , pour que l'on puiffe , dans
différentes faifons , jouir de leur fpectacle
agréable .
Effai fur les moyens de rendre les facultés
de l'homme plus utiles à fon bonheur ,
traduit de l'Anglois de M. Jean Gregory
, Profeffeur de Médecine en
I'Univerfité d'Edimbourg , & premier
Médecin de S. M. en Ecoffe . Volume
in - 12. broché 2 liv . A Paris , chez
Lacombe , Libr. rue Chriftine .
L'accueil que le Public a fait aux Obfera
vations fur les devoirs & les fonctions d'un
Médecin , & à l'Ouvrage intitulé : Legs
d'un Père à fes Filles , eft , en quelque
forte , le garant du fuccès de l'Ouvrage
que nous annonçons. Un Médecin qui
a cultivé la philofophie & les belleslettres
, donne volontiers fes heures de
loifir aux divers genres d'études qui lui
tiennent lieu de délaffement. M. Gregory
, que la médecine occupe & attache
tout entier , ne peut pas faire un meilleur
ufage de fes récréations , qu'en nous donJUIN.
1776. 147
nant des Ouvrages remplis d'une aimable
& douce morale , & de plufieurs idées
neuves , qui peuvent fervir aux agrémens
de la fociété.
L'Auteur de cet Effai examine d'abord
les divers avantages que le genre humain
poffède au deffus du refte des animaux ,
en confidérant l'homme dans fon état
fauvage & dans les états progreffifs de la
fociété humaine. Il foutient que tous
ceux qui ont étudié la nature de l'homme
n'ont pas affez connu la ftructure du corps
de l'homme & les loix de l'économie
animale. D'un autre côté , on est tombé
dans un excès oppofé , en ne donnant
aucune attention aux loix particulières
de la nature intelligente , & à leur in-
Auence fur le corps . Prétendre expliquer
tous les phénomènes de l'économie animale
, & même éclaircir toutes les
queftions qui ont rapport aux opérations
de l'efprit humain , par les feuls principes
de la méchanique , c'eft vouloir s'enfoncer
dans les ténèbres & dévorer des
abfurdités. Il fuffit de confronter les loix
les plus conftantes du méchaniſme avec
ce qu'il y a dans l'ame de plus intime ,
fes fenfations , fes opérations , fes modifications
, pout en conclure que rien n'eſt
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
que
plus fenfible que l'oppofition qui fe
trouve entre l'être penfant & l'être machinal.
Que l'on fafle le parallèle des
opérations que l'on remarque dans les
animaux , avec les actions de l'homme ,
& l'on verra l'extrême différence qui en
réfulte . Chaque animal fait les mêmes
chofes , & de la même manière que ceux .
de fon eſpèce. Ils femblent tous conduits
par une feule ame. Parmi les hommes ,
chaque individu penfe & agit d'une
manière qui lui eft propre. Les animaux
n'ont les facultés néceffaires pour fe
conferver, parce que la vie animale dont
ils jouiffent , ne fauroit avoir d'autre objet.
L'homme ne vit pas feulement pour
vivre ; il vit pour cultiver fa raifon ,
pour jouir des fruits ineftimables de la
fagefle , pour remplir l'immensité de fes
devoirs à l'égard de Dieu , de lui -même
& de fes femblables . Sila Nature a donné
à l'homme feul des facultés fuperflues à
fa propre confervation , c'eft une preuve
bien claire , comme l'ont remarqué les
meilleurs Philofophes , qu'elle n'a pas
voulu le borner , comme les autres animaux
, au foin de fa feule confervation ;
& c'eſt avec raiſon que M. Grégory , en
avouant que toutes les parties de la naJUIN.
1776. 149
ture font fort unies l'une avec l'autre ,
par une gradation infenfible , n'en foutient
pas moins que la gradation disparoît
en comparant l'homme avec les
autres animaux , & que la diftance eſt
infinie entre les facultés humaines , &
celles de la brute la plus parfaite.
Les réflexions qu'il fait fur l'éducation
phyfique des enfans , fur l'ufage de nos
facultés , fur les avantages de la Religion
, font également judicieufes & uriles
. On lira avec plaifir la digreffion qu'il
fait fur la mufique , qu'il ne réduit pas
au talent frivole de chanter ou de jouer
d'un inftrument. Cet Auteur prouve bien ,
par la pureté de fa morale , que rien n'eft
plus propre à nous conduire à Dieu , &
à nous exciter à l'accompliffement de tous
nos devoirs , que l'examen de la plus
parfaite des créatures , tiré du méchanifme
admirable de l'homme fain , &
de la guérifon , plus admirable peut- être
encore , de l'homme malade. Galien
avoit bien raifon d'appeler fon livre fur
l'ufage des parties du corps humain , un
monument érigé à la gloire de cet être .
M. Grégory , à l'exemple du grand
Boerhaave , inculque dans tous fes Ouvrages
, que la pratique de la vertu eft
1
E.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
l'unique fource des vrais plaifirs ; & que
la deftinée des gens de bien , eft mille
fois plus douce & plus agréable que celle
des hommes qui peuvent fe livrer à toutes
leurs paflions. Voici comment ce
Médecin Philofophe s'exprime fur la paffion
des richeffes , qui eft devenue , mal
heureufement pour notre fiècle , la paſfion
univerſelle. « Elle corrompt , dit-il ,
» tous les fentimens du goût , de la na-
» ture & de la vertu . A la longue , elle
» réduit la nature humaine à l'état le
» plus malheureux qu'on puiffe éprouver .
» La conftitution du corps & de l'efprit
» devient foible & mal faine , incapable
» de foutenir les viciffitudes ordinaires
» de la vie , également incapable de jouir
» de fes plaifirs , parce que la fource en
» eft tarie ou détournée ; dans cet état ,
lot devient la feule idole , devant
laquelle tout genou fléchit . On aban-
» donne pour elle tout principe de religion
& de vertu ; & la plus grande
partie des hommes lui facrifient chaque
jour , & leur vie & leur fanté.
» Cette paffion pervertit totalement le
» coeur ; éteint , ou , du moins , du moins , fubjugue
» l'attachement naturel entre les deux
» fexes ; & , au mépris de tout fentiment
.99
30
JUIN. 1776. 151
29
ود
מ
» de la nature & d'une faine politique ,
» ils regardent toujours leurs propres enfans
comme une charge & un embar
» ras . En échange de tous ces biens , l'or
» ne procure ni félicité , ni même de
plaifir , dans le propre fens de ce mot.
» Il nourrit feulement une vanité pénible
, inquiète & infatiable ; il abandonne
les hommes à la diffipation , à
» la langueur , au dégoût & à l'infortune.
» Alors , non feulement le patriotiſme
» eſt éteint ; mais tout ce qui en a le ca-
» ractère , paffe pour ridicule. Ce qu'on
appelle vues publiques , ne regarde ni
l'encouragement
de la population , ni
» le progrès de la vertu ; mais feulement
l'agrandiflement du commerce & l'éten-
» due des conquêtes . Lorfqu'une Nation
» eft arrivée à ce point de dépravation , la
» liberté alors eft de courte durée , & ne
» peut être foutenue que par le haſard ,
و د
" qui place auprès d'elle quelques Na-
» tions auffi corrompues , dont les diffé-
» rens maux balancent les fiens . Quand
» un Peuple libre , opulent , & livré au
luxe , a perdu fa liberté , il devient le
plus vil & le plus méprifable de tous
les efclaves » .
50
"
Giv
152 MERCURE DE FRANCE:

Théâtre du Monde , où , par des exemples
tirés des Auteurs anciens & modernes,
les vertus & les vices font mis en op
pofition , par M. Richer , Auteur des
Hommes illuftres . A Paris , chez Saillant
, Libr. rue St Jean -de- Beauvais ;
la veuve Duchefne , le Jay & Dorez ,
Libraires , rue St Jacques.
L'Hiftoire, dit un Magiftrat éloquent ,
eft vraiment une feconde philofophie ,
qui nous fait connoître la véritable nature
de l'homme , & qui nous découvre le
principe de ce mêlange étonnant de paffions
& de vertus , de baffeffe & de gran
deur , de foiblefſe & de force , de crimes
attroces & d'actions héroïques , qu'on
trouve fouvent dans le même homme.
Rien n'eft plus rare que les deux extrémités
oppofées , c'eft à- dire , la vertu fans
vices , & le vice fans vertus ; ou , ce qui
eft prefque la même chofe , l'homme
entiérement bon & l'homme fouverainement
mauvais . Principe fécond , qui
fert à expliquer la véritable caufe d'une
grande partie des événemens qui nous
furprennent dans l'hiftoire .
La philofophie pofe les fondemens de
JUIN. 1776. 153
la connoiffance du coeur humain ; mais
elle ne nous montre au plus que les caufes
, au lieu que l'hiftoire nous découvre
les effets . Et tel eft le caractère de la plupart
des hommes que , comme les exemples
les affectent davantage , & font plus
d'impreffion que les préceptes , ils connoiffent
auffi plus facilement les caufes
par les effets , que les effets par les
caufes.
Entre les caufes mêmes , la philofophie
ne nous découvre que les plus fimples
& les plus générales : il n'y a que
l'hiftoire qui nous inftruife des caufes
particulières , & qui nous développe les
refforts fecrets & fouvent imperceptibles
qui remuent les volontés des hommes .
C'est par cette connoiffance que l'homme
apprend véritablement à vivre avec
les hommes . Il eft né pour la fociété ; &
la connoiffance de foi-même , qui ne lui
fuffit que dans la folitude , doit emprunter
le fecours de la connoiffance des autres
hommes , pour fe foutenir dans le
tourbillon du monde & des affaires.
Ainfi l'utilité de l'hiſtoire n'a pas plus
befoin d'être prouvée que l'utilité de la
connoiffance des hommes , qui s'acquiert
en grande partie par l'étude de ce qui eft
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
arrivé dans les différentes fociétés entre
lefquelles la Providence a partagé l'Univers.
Cette étude eft fur tout néceffaire
aux jeunes gens qui ont un extrême, befoin
d'acquérir cette expérience anticipée
, qui leur devient fi néceffaire en
entrant dans le monde . Et l'on a obſervé
dans tous les temps , que les leçons féches
d'une morale févère & didactique , ne
produifoient tout au plus qu'une conviction
ftérile fans faire éclore le fenti
ment. Qu'on oppefe les exemples aux
préceptes , qu'on introduife fur la fcène les
Socrates, les Ariftides , & l'on éprouvera
que cette morale en action s'infinuera
dans les coeurs , & que la jeuneffe fera les
progrès les plus rapides dans la pratique
de la vertu .
Par l'hiftoire on devient fage aux dépens d'autrui.
C'est l'école de la prudence.
Le Public ne fautoit trop accueillis
tous les Ouvrages où l'on fe propofe , com
me dans celui que nous annonçons , de
former l'efprit & le coeur de la jeuneſſe ,
en lui mettant fous les yeux un tableau
intéreffant des actions héroïques , & en
lui apprenant de bonne heure à difcerner
Te faux éclat dont le pare le vice , d'avec
JUIN. 1776. 155
la gloire réelle de la vertu . L'Auteur du
Théâtre du Monde a pris pour fon modèle
Valère Maxime , qui puifa dans les meil
leurs Auteurs , les actions mémorables des
grands hommes, en fir une collection qu'il
préfenta au Public. Valère Maxime ne
lie pas affez les événemens , & ne fait
pas toujours affez connoître les perfonnages
& les motifs de leurs actions . M.
Richer a évité cet inconvénient en faifant
précéder chaque trait hiftorique d'un
préambule , qui fait connoître au Lecteur
les perfonnages dont on rapporte les
actions , le temps & les lieux où ils ont
vécus . Pour mettre de la variété dans fon
Ouvrage , il a eu foin de faire fuivre un
exemple de vertu par un autre du vice oppofé.
Ce recueil , qui réunit l'utile à
l'agréable , a le double avantage d'inftruire
& d'amufer , & ne renferme aucun
de ces traits licencieux , qui ne peuvent
que pervertir le Lecteur. La variété des
faits pique la curiofité fans fatiguer l'attention
; & le bon choix , la partie effentielle
de ces fortes d'Ouvrages , fauve de
J'ennui d'une longue lecture , où l'utile
& le dangereux font trop fouvent mêlés
& confondus enſemble.
Abrégé hiftorique des Ordres de Chevalerie
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
anciens & modernes . A Paris , chez
Dorez , Libraire , rue Saint Jacques.
On trouve dans cet Ouvrage des notions
exactes & fuccintes fur l'origine
des différens Ordres de Chevalerie , qui
ont exifté autrefois dans le Royaume , &
de ceux qui y exiftent encore. On y voit
aufli les Ordres des Royaumes , Répu
bliques & Principautés de l'Europe , ainſi
que ceux qui ont été créés à la Terre
Sainte . La Noblefle Françoife doit prendre
un intérêt particulier à cet Abrégé ;
elle doit fe plaire à contempler , en parcourant
le précis hiftorique des différens
Ordres du Royaume , ceux de leur famille
, décorés de cette difinction flatteufe
, qui fut toujours la récompenfe
du mérite militaire , ou du moins , des
fervices rendus à la patrie. Rien n'étoit
plus propre à infpirer l'amour de la
gloire & à produire d'excellens défenfeurs
de la patrie , que l'inftitution de
tous ces différens Ordres , qui n'ont pas
tous la même origine. Plufieurs Hiftoriens
prétendent que le premier Ordre
de Chevalerie dont nous avons connoiffance
, commença dans la Paleſtine , à
l'occafion des fréquens voyages que les
JUI N. 157 1776 .
Chrétiens de toutes les Nations faifoient
dans la Terre Sainte .
Après la prife de Jérufalem , l'an 1099 ,
par les Chrétiens d'Occident , comme
l'obferve l'Auteur de cet Abrégé , il s'éleva
différentes fociétés qui , fous la profeffion
de trois voeux folennels , fe dévouèrent
à la défenfe des lieux faints , ou
à exercer l'hofpitalité envers les Pélerins
qui y abordoient de toutes parts.
On trouve à la tête de l'Ouvrage un
précis hiftorique fur l'origine des Ördres
de Chevalerie , & la table alphabétique
qui indique chaque Ordre & le Royaume
dans lequel il exifte . Les dates chronologiques
y font obfervées exactement ;
& c'eft d'après de bons mémoires que
l'Auteur foutient que fon Abrégé a été
rédigé.
¿
Supplément au Traité de l'éducation économique
des abeilles , ou l'art de former
foi - même les effaims , quand on juge
propos de le faire , fans être obligé
d'attendre qu'ils viennent d'eux mêmes
; par M. Ducarne de Blangy , de
la Société Royale d'Agriculture du
Bureau de Laon. A Paris , chez Gueffier
, Imprimeur- Libraire , au bas de
158 MERCURE DE FRANCE .
la rue de la Harpe , 1776. Prix 12
fols.
Ce Supplément , ainfi que tous les
Ouvrages de M. Ducarne de Blangy ,
annoncent dans fon Auteur un bon Citoyen
, qui ne s'occupe que des chofes
utiles , & qui fe fait un plaifir de les com.
muniquer à fes Concitoyens. M. Ducarne
de Blangy s'occupe , depuis long- temps ,
de l'éducation des abeilles ; & on peut
dire que c'eft un de ceux qui a pouf
fé , fur cet objet , les connoiffances le
plus loin ; ce Supplément en eft encore
une preuve convaincante , puiſqu'il
eft parvenu à former lui - même des
effaims à fon gré . La Société de Luface
nous avoit bien indiqué quelques moyens
pour le faire ; mais ces moyens ne réuffilloient
pas toujours : ce n'eft qu'à force
d'épreuves & d'expériences que M. Ducarne
eft parvenu au vrai bur,
On donnera gratis le Supplément à
ceux qui prendront le Traité de l'éducation
économique des abeilles , qu'on ·
trouve chez le même Libraire .
Les moeurs des Germains & la vie d'Agricola
, par Tacite ; traduction nouvelle ,
JUI N. 1776. 159
avec des notes fur le fens & le ftyle de
Tacite ; par M. Boucher , Procureur
au Parlement. A Paris , chez Demonville
, Imprimeur- Libraire , rue Saint
Severin .
M. Boucher s'étant , par les circonftances
, privé des fonctions de fon état ,
& attendant le retour du Corps augufte
des Magiftrats auxquels il eft inviolablement
attaché , a eu le loifir de relire
Tacite , & d'étudier le génie & le ſtyle
animé de cet Hiftorien Philofophe . On
fait combien Tacite met de concifion
dans fes idées & dans la manière de les
exprimer ; M. Boucher a expofé au - devant
de fa traduction , des réflexions lumineufes
fur le méchanifme en quelque
forte , & fur l'ordre du ftyle de cet Auteur
Latin . Il a cru appercevoir que c'étoit en
le fuivant avec une fcrupuleufe attention
dans tous fes mouvemens , dans les tours ,
dans fa marche rapide , que l'on pouvoit
fuivre ce Prothée , & découvrir le myftère
de fon génie . Mais il y a toujours
la difficulté invincible des formes des
deux langues latine & françoife , qui ne
procèdent point de même ; & le Traduc
teur prouve , par fes propres efforts ,
160 MERCURE DE FRANCE.
de qu'il n'eft point toujours à propos
fuivre fervilement fon modèle . Cependant
cette méthode l'a fervi , en beaucoup
d'endroits , à découvrir le vrai fens de
Tacite , échappé à plufieurs autres Traducteurs
, à corriger heureufement beaucoup
de paffages difficiles du texte latin ;
fes notes font toujours fingulières , &
fouvent très-utiles . Cet effai doit être
recherché , & encourager M. Boucher à
completter , dan ane nouvelle édition ,
tout ce qui nous relte de l'Hiftorien Romain.
La Fille de trente ans , Comédie . A Paris
, chez Cloufier , Imprimeur - Libr.
rue St Jacques ; Ruault , Libr . rue de
la Harpe , 1776.
Conftauce , le principal perfonnage
de cette Comédie , affecte de méprifer
le mariage , de mal parler des hommes ,
de vouloir être au - deffus de fon fexe , de
rebutér les maris qui fe préfentent . Enfin ,
parvenue à un certain âge , elle veut bien
confentir à donner fa main à l'homme
même qu'elle a le plus dédaigné; mais
elle eft elle - même refufée , & obligée de
refter dans le célibat. Cette Comédie
JUIN. 1776.
161
préfente une leçon utile pour les jeunes
perfonnes du caractère de Conftance , s'il
s'en trouve. Cette pièce eft agréable &
facile à jouer en fociété.
Des pierres précieufes & des pierres fines ,
avec les moyens de les connoître &
de les évaluer ; par M. Dutens , de la
Société Royale de Londres , & de
l'Académie des Infcriprions & Belles-
Lettres de Paris .
In ar&tum coa&ta rerum naturæ majeftas.
Plin . 1. 37.
Brochure d'environ 146 pages . Prix 6
liv . A Paris , chez F. A. Didɔt , Imprimeur
-Libr, rue Pavée St André
Debure aîné , Libr . quai des Auguſ、
tins .
Ce Traité des pierres précieufes & des
pierres fines , eft fait avec beaucoup de
précifion & de connoiffance. L'Auteur a
tiré parti des lumières de tous les Ecrivains
, même de leurs erreurs ; il a trouvé
qu'en omertant les inutilités , en ne parlant
que de ce que l'on fait , on pouvoit
produire un fort petit Ouvrage , qui
162 MERCURE DE FRANCE.
"
fuffiroit pour inftruire les gens du monde
de ce qu'il leur convient de favoir à cet
égard , & qui pourroit fervir de guide
aux Amateurs , pour les diriger dans
leurs collections , & d'inftruction aux
Joailliers pour l'avantage de leur commerce.
Ce plan eft parfaitement rempli ,
& réunit beaucoup de lumières & d'inf
tructions. Ce petit volume eft riche &
précieux dans fon gente , comme les
objets qu'il renferme , fur- tout fi l'on
confidère le fini , en quelque forte , &
l'éclat de l'édition par la beauté du papier
, par la netteté de l'impreffion , &
par l'intelligence de l'exécution typogra
phique.
Mémoires de mathématiques & de phyfique
préfentés à l'Académie Royale des
Sciences par divers Savans , & lus
dans les allemblées . Année 1773. Vol .
in 4°. De l'Imprimerie Royale ; avec
fig. & fe trouve à Paris , à l'Hôtel de
Thou , rue des Poitevins .
Les Mémoires envoyés par les Savans
qui ne font pas Membres de l'Académie ,
font imprimés dans des volumes féparés ;
il y a dans celui- ci un Mémoire de miJUIN.
1776 . 163
néralogie , un de botanique , quatre
d'anatomie , trois fur l'hiftoire naturelle
des animaux , deux d'hiftoire météorologique
, deux de chimie , cinq d'analyſe ,
un de méchanique rationelle , un d'hydroftatique
, trois d'obfervations aftronomiques
, deux d'aftronomie théorique ,
& un fur les arts.
Hiftoire des progrès de l'efprit humain
dans les fciences & dans les arts qui
en dépendent. SCIENCES EXACTES ;
favoir l'arithmétique , l'algèbre , la
géométrie , Vaftronomie , la gnomonique ,
la chronologie , la navigation , l'optique ,
la méchanique , l'hydraulique , l'acouftique
& la mufique , la géographie ,
l'architecture civile , l'architecture militaire
, l'architecture navale ; avec un
abrégé de la vie des Auteurs les plus
célèbres dans ces fciences . Seconde édition
corrigée. Par M. Savérien . Vol .
in- 8 °. rel. prix S5 liv . A Paris , chez
Lacombe , Lib . rue Chriftine , 1775 .
Avec approbation & privilége du Roi .
Cette nouvelle édition contient peu de
changemens & d'augmentations ; mais elle
attefte l'utilité de cet Ouvrage. L'Auteur
164 MERCURE DE FRANCE.
remonte , dans cette Hiftoire des Sciences
exactes , à l'origine de chaque fcience ou
de chaque art en particulier , & fuit fes
11 progrès fans quitter l'ordre des temps.
forme ainfi des tableaux ifolés , qui repréfentent
tous les efforts que l'efprit
humain a fait pour produire les objets
qui les compofent.
::
M. Savérien a donné , fur le même plan ,
l'Histoire des Sciences phyfiques & natu
relles & des arts qui en dépendent ; favoir
l'efpace , le vuide , le temps , le
mouvement & le lieu ; la nature ou les
corps ; la terre , l'eau , l'air , le fon , le
feu ; la lumière & les couleurs ; l'électricité,
l'aftronomie phyfique , le globe terreftre
, l'économie animale ; la chimie ,
la verrerie , la teinture ; avec un abrégé
de la vie des plus célèbres Auteurs dans
ces fciences , volume in - 8° . prix § 1. rel.
chez le même Lib .
On imprime pareillement en un vol.
in- 8°. & du même Auteur , l'Hiftoire des
fciences intellectuelles , ce qui complettera
l'Hiftoire des progrès de l'efprit humain
dans les fciences & dans les arts.
Mémoires Turcs , nouvelle édition , revue
& corrigée , avec fig. A Amfterdam.
JUIN. 1776. 165
On en trouve quelques exemplaires
à Paris , chez Mérigot le jeune , quai
des Auguftins.
Le fuccès de cet Ouvrage eft prononcé
par plus de 6 éditions qui en ont été faites ;
& celle- ci ne peut qu'être plus agréable
au Public , par les foins qu'on a apportés
aux corrections du ftyle , ainfi qu'à l'agrément
typographique , & fur tout par une
Epître dédicatoire à Mademoiſelle de T.
dans laquelle les moeurs du jour , ou les
vices du bon ton , font peints avec une
gaieté & une ironie foutenues . Cet Ouvrage
, en 2 volumes , eft de M. Daucour ,
connu par beaucoup d'autres productions.
eftimées , fur-tout par l'imagination qui
y règne .
On va auffi réimprimer , fur le même
format , des Mémoires Turcs , & avec
figures , le Berceau de la France , l'Académie
Militaire , & quelques autres Ouvrages
de M. Daucour , dont les premières
éditions , épuifées , ne fe retrouvent
plus ; on finira par la Pariféide , du
même Auteur.
Onpropofe à l'hôtel de Thou rue des Poitevins,
166 MERCURE DE FRANCE .
à des diminutions confidérables ,jufqu'au
1er Septembre 1776 , plufieurs articles
confidérables de Librairie , entr'autres :
cr
S
Corps complet de l'Hiftoire & des Mémoires de
Académie Royale des Sciences ,
in 12 depuis
fon origine en 1666 , jufques & compris
1772 , en 170 volumes , propofés à 350 l. au
lieu de 595 liv.
Ce grand & précieux Ouvrage eft la bibliothèque
la plus complerte que nous ayons fur toutes
les fciences naturelles ; c'eft l'ouvrage de plus
d'un fiècle de travaux , & des homines les plus
célèbres par le génie , l'efprit , le favoir & les lumières.
L'édition in-4 . étant d'un prix exceffif & prefque
entiérement épuisée , le fieur Pankoucke vient
d'acquérir des Libraires d'Hollande tout le fonds
de cet ouvrage in 12. Cette édition commode ,
portative & correcte , comprend le même nombre
de planches que l'édition in- 4°.
Les volumes qui manquent pour mettre cette
édition au pair de l'in - 4 ° feront publiés en 1777.
Par la réimpreffion de plufieurs volumes , on ett
parvenu à former 400 corps complets , en 170
volumes ; & , pour en faciliter l'acquiſition , on
fera la diftribution de l'ouvrage en quatre parties,
favoir le premier Mai prochain , en recevant
les années 1699 à 1708 ; les années 1725 à 1757 ;
trois volumes de Tables , formant 95 vol. on
payera 200 1.
Le 1 Février 1777 , les années I
A
JUIN. 1776. 167
1666, & 1709 à 1724
Le Juin , les années 1758 à
1765 ,
I
ཾ。
25
24
26
so
170 350
Le i Décembre, les années 1766
à 1772 ,
Nota. Les perfonnes qui voudront faire le premier
payement en quatre fois , à trois ou fix mois
de diſtance , en feront les maîtres ; elles ne retireront
alors que le quart de volumes ; ſavoir , en
retirant les années 1699 à 1708 , & 1725 à 1729 ,
formant 25 volumes , elles payeront so liv.; en
retirant les années 1730 à 1741 , 25 vol . même
fomme ; en retirant les années 1742 à 1751 , 25
vol. même fomme ; & les années 1752 à
3 vol. de Tables , même fomme.
1757 ,
On a été obligé de faire de la tête de l'ouvrage
la deuxième livraiſon , parce que c'eft dans cette
partie qu'il manque le plus de volumes . Il y a de
ces vol. qui ont été réimprimés plufieurs fois en
Hollande.
Les perfonnes qui veulent profiter de cette diminution
, doivent actuellement ſe faire inſcrire ,
& on leur donnera une obligation pour leur fournir
les volumes , dans le temps & dans l'ordre
défignés ci deflus . On ne paye chaque livraiſon
qu'en la recevant . On continuera cet ouvrage à
mefure que l'in-4°. paroîtra .
Les perfonnes qui ont acquis précédemment ce
Recueil , & qui veulent fe completter , profiteront
de la diminution actuelle , elles payeront
chaque vol. féparé 2 1. 10 1. au lieu de 3 Í. 10 f.
168 MERCURE DE FRANCE.
prix que les Hollandois les ont toujours vendus.
Le Recueil in -4° . fe vend 12 à 1300l . dans les
ventes : cette édition in - 4° . en 1764 , fut propofée
pour 800 l . les 88 vol. qui ne comprenoient
que jufqu'à l'année 1762. Ces 170 vol. qu'on peut
acquérir pour 350 1. comprennent jufqu'à l'année
1772. On peut encore obferver que ces 170 vol.
tiennent moins de place dans une bibliothèque
que le corps complet in- 4°. parce qu'un vol.
in - 4° eft au moins plus haut & plus épais d'un
tiers , qu'un vol. in - 12 .
L'Hiftoire & les Mémoires de Littérature de l'Académie
Royale des Inſcriptions & Belles Lettres,
74 vol. in 12. Les 74 vol . comprennent les 32
premiers vol. de l'édition in- 4 ° . propoſés à
129 1. au lieu de 222 1 .
Les Mémoires de l'Académie des Infcriptions
font ficonnus , & l'édition in - 4°. eft fi répandue
en France & chez l'Etranger , qu'on peut le difpenfer
d'entrer dans un grand détail , pour en
faire connoître le mérite & l'utilité.
L'édition in - 12 . comprend le même nombre de
figures que l'in - 4° . La différence du prix de ces
deux éditions eft de plus de deux tiers .
On peut l'acquérir à la fois ou par parties ; favoir
, en recevant la quatrième & troisième livraifon
, formant 24 vol . on payera 42 l .
En recevant la 2 °.
24
En recevant la 3º . 24
74
42
45
129
vraiſons
Les perfonnes qui ont acheté les premières liJUIN.
1776. 169

T
vraifons peuvent fe procurer les fuivantes au
même prix , à l'exception des fix derniers vol . qui
comprennent les Tomes XXXI & XXXII in -4°.
ainfi chaque vol. pendant la durée du rabais , lera
de 1 1. 15 f. au lieu de 2 1. ie f.

Recueil des Ordonnances , &c. des Rois de France
de la troisième Race , 11 vol . in- fol . fans la
Table. Imprimerie Royale.
Cet ouvrage manquoit depuis long- temps ; au
moyen de la réimpreffion du premier vol . le fieur
Pankoucke eft parvenu à former so corps complets
.
Le corps complet en 11 vol . in fol. compris la
Table , fera de 2761 .; & paffé cette année , s'il
en refte quelques exemplaires , de 35ɔl.
Les vol . féparés depuis le Tome II , 18 l . au
lieu de 24 1.
Chacun de ces vol . d'Ordonnances eft précédé
de préfaces ou difcours très bien faits , qui fervent
d'introduction à toutes les parties de notre
Droit , & qui facilitent l'intelligence de ces Ordonnances.
Recueil des Diplômes & Ordonnances des premiers
Rois de France ; Imprim . Royale , in-fol.
18 1. au lieu de 24 1 .
Les Ordonnances des Rois de France , 11 vol .
in-fol ne contiennent que les Ordonnances des
Rois de la troifiême Race.Cet Ouvrage eft l'intro
duction de ce Recueil immenſe : il contient les
· Ordonnances des Rois de la première & deuxième
H
$170 MERCURE DE FRANCE.
Race ; il contient de plus des notices , des remarques
critiques , des obfervations fages & judicieuſes
fur toutes les parties de chaque chartre ou
ordonnance.
Tables Chronologiques des Diplômes , Chartres
titres & actes imprimés , concernant l'Hiſtoire
de France , par M. de Bréquigny. Imp. Royale ;
in fol. 2 vol. 361. au lieu de 48 1. Le Tome II
féparément , bl. 24 l : rel. 29 I.
M. de Bréquigny a apporté dans la rédaction
& la diftribution de cet Ouvrage tout le foin poffible
, & y a répandu toutes les lumières qu'on
connoît à cet illuftre Académicien : la préface qui
commence le volume eft un chef- d'oeuvre. Čet
Ouvrage fait fuite aux Ordonnances.
Collection Académique , composée de tous les
Mémoires de toutes les Académies de l'Europe ,
concernant l'hiſtoire naturelle , la médecine ,
la phyfique , &c. 17 vol . in-4°. nombre de
planches. Les 17 vol. proposés à 119 1. au lieu
de 2041 .
Les Recueils Académiques font immenfes , &
il n'y a peut être pas en Europe une feule bibliothèque
où l'on fait parvenu à les completter ; mais
fût-elle raflemblée actuellement , il n'y a peut être
pas un feul homme qui fût en état de la lire . Le
but de la Collection Académique , eft d'abréger
ces ouvrages immenfes. Lorfqu'elle fera au pair
des Académies qui fe publient chaque année , ce
fera un des Recueils les plus utiles des { ciences
naturelles , puifqu'on aurà en 30 volumes in -4 .
JUIN. 1776. 170
écrits dans la même langue , tout ce qu'il y a de
rai & de réel dans plus de 500 vol . écrits en
toutes fortes de langues , & dont l'acquifition to
tale coûteroit plus de soo louis.
Cet Ouvrage contient déjà le dépouillement de
plus de 250 vol.
Le Tome I comprend l'Académie del Cimento ;
le II ,l'abrégé des tranfactions de Londres ; le III ,
les éphémérides des Curieux de la Nature ; le IV ,
les actes de Copenhague , & c.; le V ,
l'extrait
de Swammerdam ; le VI , les éphémérides de
Léipack , &c.; le VII , la fuire des éphémérides
& des actes de Copenhague ; les VIII , IX,
l'abrégé de l'Acad. de Berlin ; les X , XI , l'abrégé
de l'Académie de Bologne & de Suède ; le XII
la fuite de Berlin , &c. &c.
La plupart des vol. de cet Ouvrage font précédés
de difcours préliminaires , faits de main de
' maître ; on les a attribués à M. le Comte de
Buffon : mais ils font de M. de Guenau de Montbeliard
, chargé de la continuation de l'hiſtoire
naturelle des oiſeaux.
Les Académies dont on a la copie, font Turin,
Gortingue , Pétersbourg , Upfal , Bologne , Léipfick
, fuite des Ephémérides , &c.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
TABLETT
ABLETTES hiftoriques & chronologi.
ques , contenant les faits les plus mémo-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
"
rables de notre Monarchie ; avec les noms
des perfonnes qui ſe font diftinguées dans
les fciences & les arts jufqu'à nos jours.
A Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire ,
rue St Jean - de- Beauvais , 1776 ; 1 vol.
pet . in- 12 rel. en parchemin , prix 18 f.
Mémoires fecrets , tirés des archives
des Souverains de l'Europe ; Tom . XXIII
& XXIV , faifant les Tomes IX & X du
règne de Louis XIII ; Ouvrage traduit
de l'Italien . A Amfterdam ; & fe trouve.
à Paris , chez le même Libraire . Prix 3 1 .
les deux vol . br.
Systême nouveau fur l'origine des fiefs ,
pour fervir à la connoiffance de l'hiſtoire
& à l'intelligence des coutumes ; par M.
Marchand , Licencié- ès Loix , Notaire-
Royal à Chartres. A Chartres , chez
Jouenne , Libraire ; & ſe trouve à Paris ,
chez le même Libraire ; in - 8 °. br. prix 1
1. 4 f.
Le Mentor moderne , ou inftructions
pour les garçons & pour ceux qui les
élèvent ; par Madame le Prince de Beaumont.
A Paris , chez le même Libraire ;
12 parties rel . en 6. vol . prix 1 2 1.
JUI N. 1776. 173
Recueil de deux Mémoires concernant
le mariage des Proteftans de France; 17761
1 vol. in- 8°. fe trouve à Paris chez Nyon
aîné , Libraire , rue St Jean de Beauvais .
Prix rel . 4 l .
Efprit de Saurin , ou extraits analyſés
de fes fermons ; 2 volumes in- 12. A
Paris , chez le même Libraire . Prix rel .
5 liv.

Recueil des Edits , Déclarations , Lettres-
Patentes Ordonnances , &c . & c.
Année 1774. Second femeftre . Vol. in-
4°. A Paris , chez Ruault , Libr. rue de
la Harpe. On trouve chez le même Lib.
les années 1771 , 1772 & 1773 en 2 vol.
in-4°. chacune.
Les fiècles chrétiens , ou Hiftoire du
Chriftianifme dans fon établiſſement &
fes progrès ; par M. l'Abbé *** . Tomes
V & VI in- 12 . Prix rel. Ss liv. A Paris ,
chez Moutard , Libr. de la Reine , de
Madame & de Madame la Comtefle
d'Artois , quai des Auguftins , près du
pont Saint Michel , à Saint Ambroife ,
1776.
N
H₁ij
174 MERCURE DE FRANCE,
Florello , Hiftoire méridionale ; ' par
M. Loaifel de Treogate , ci devant Gen
darme du Roi . A Paris , chez le même
Libraire ; in 8 °. avec fig. Prix br . 1 liv.
16f.
Grammaire Latine , contenant le Rudiment
, la Syntaxe & une Méthode
françoife-latine ; précédée d'une intro
duction aux langues , mife à la portée des
enfans. A Paris , chez L. Cellot , Libr.-
Imprim, rue Dauphine , 1776 ; 1 vol.
in- 12. Prix rel. 2 1.
Réponse à la brochure intitulée : l'ordre
profond & l'ordre mince , confidérés par
rapport aux effets de l'artillerie. A Amfterdam
; & le trouve à Paris , chez L.
Cellot & Jombert , fils jeune , Libraires ,
rue Dauphine , 1776 ; in 89. br .
Précis de l'Hiftoire de France , en versà
avec des notes , où l'on développé ce que
les vers ne font qu'indiquer ; à l'ufage de
la jeune Nobleffe ; par M. Pelofi , Italien.
A Paris, chez la veuve Duchefae ,
Libraire , rue St Jacques , au Temple du
Goût , 1776 ; 1 vol. in 8º.
JUI N. 1776. 1757
Effai fur les caufes principales qui
ont contribué à détruire les deux premières
races des Rois de France ; Ouvrage
dans lequel on développe les conftitutions
fondamentales de la Nation
Françoife , dans ces anciens temps . Par
l'Auteur de la Théorie du Luxe . A Paris ,
chez la veuve Duchefne , Libr. rue St
Jacques , 1776 ; in 8°.
Projet d'un Hôpital de malades ou Hôiel
Dieu, dans lequel les malades , couchés
chacun feul dans un lit , recevroient
les meilleurs fecours , avec le moins de
frais poffibles ; divifé en trois parties ,
1°. l'emplacement , 2 ° . les bâtimens ,
30. l'adminiftration . Par M. R*** . A
Londres ; & fe trouve à Paris , chez la
veuve Duchefne , Libr. rue St Jacques ,
1776 ; in- 4°. br.
Itinéraire portatif d'un arrondiffement
de 30 à 40 lieues de la Ville de Paris ,
divifé en trois parties : Ouvrage utile à
toutes les perfonnes qui defirent avoit
une connoiffance exacte des endroits , des
grandes routes & chemins de traverſe ,
renfermés dans le même arrondiffement,
H iv
76 MERCURE DE FRANCE.
enrichi d'un plan de Paris & de deux
cartes pour l'intelligence dudit Ouvrage.
Par L. Denis. Prix Ss liv. les 2 vol . br.
A Paris , chez la veuve Ducheſne , Libr.
rue St Jacques ; Ruault , Libr. rue de la
Harpe ; & Dorez , Lib. rue St Jacques.
Annales du règne de Marie - Thérèſe ,
Impératrice- Douairière , Reine de Hongrie
, &c. dédiées à la Reine . Par M.
Fromageot , Prieur Commendataire , Seigneur
de Gondargues , Uffel , &c. vol.
gr.
in 8. bien imprimé , avec les portraits
de l'Impératrice- Reine , de l'Empereur ,
de la Reine de France , & quatre autres
eftampes fupérieurement gravées ; br . 4 1.
rel. 1. A Paris , chez Lacombe , Libr.
rue Chriftine.
1
Mémoire fur le cours des eaux ; les
avantages qu'on peut tirer des crues
d'eau ; qualités des eaux ftagnantes , des
eaux fouterraines . A Châlons , chez Mercier
, Imprim.- Libr . dans la grande rue ;
& à Paris , chez Lottin , Imprim. - Libr,
rue St Jacques , au Coq , 1776 ; in - 12 .
Satires de Perfe , traduites en françois ,
avec des remarques ; par M. Sélis , ancien
1
JUI N. 1776. 177
Profeffeur d'Eloquence , Docteur aggrégé
en la Faculté des Arts de l'Univerfité de
Paris , de l'Académie des Sciences , Belles-
Lettres & Arts d'Amiens. A Paris ,
chez Antoine Fournier , Libr. rue du
Hurpoix , à la Providence ; I vol. in- 8°.
Epitres en vers fur différens fujets ; par
M. Sélis. A Paris , chez le même , 1776 ,
in- 8°. br.
Oraifon Funèbre de très - haut & trèspuiffant
Seigneur Louis Nicolas - Victor
de Félix , Comte du Muy , Maréchal de
France , Chevalier des Ordres du Roi ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat au département
de la guerre , ci - devant Menin de
Monfeigneur le Dauphin , Directeur &
Adminiſtrateur de l'Hôtel Royal des Invalides
; prononcée dans l'Eglife de cer
Hôtel , le 24 Avril 1776 , par Meffire
Jean- Baptifte -Charles-Marie de Beauvais
, Evêque de Senez . A Paris , chez
le Jay , Libr . rue St Jacques , in- 12 . Prix
11. 4 f. br.
Défenfe de la doctrine de l'Eglife fur le
Jubilé , ou Entretien d'Eudoxe & d'Erigone
fur les indulgences ; par M. Maf
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
ficau l'aîné , ancien Maire d'Orléans
Adminiſtrateur de l'Hôtel - Dieu , &
Membre de la Société d'Agriculture de
la même Ville ; in 12. A Paris ; & fe
trouve à Orléans , chez Couret de Vil
leneuve le jeune , Impr . du Roi .
¿
Nouvelle Edition des Lettres de Clément
XIV; 2 volumes in- 12 . A Paris , chez
Lottin le jeune , Libraire , rue Saint
Jacques.
Cette feconde édition eft plus correcte
que la première , & enrichie de nouvelles
lettres intéreffantes.
ACADÉMIES.
I
PARIS.
'Académie Royale de Chirurgie.
Les quatre médailles d'or de 100 liv .
chacune , fondées à perpétuité par M.
Houfter , ancien Directeur de l'Académie
.
JUI N. 1776. 179
Royale de Chirurgie , Aggrégé au Collége
de Montpellier , & chargé de l'infpection
des Ecoles , ont été adjugées
cette année , la première , au fieur François
Camy, de Touloufe ; la feconde , au fieur
Claude Nicolas Guignard , de Paris ; la
troiſième , au fieur Ferdinand Bretilliot
de Dôle , Diocèfe de Befançon ; la qua
trième , au fieur Jean Baptifte Jacques
Thillaye , de Rouen .
Les quatre acceffit , confiftant en quatre:
médailles d'argent , pareillement fondées
par M. Houftet , ont été accordées , le
premier , au fieur Matthieu Larrat , de
Clerac , Diocèfe d'Agen , qui a eu plus
fieurs voix pour une médaille d'or ; &
les trois autres aux fieurs Pierre Petitor
de Varennes , Diocèfe de Langres ; Jacques-
Michel Guidon , d'Arpajon , Diocèfe
de Paris ; & Jean Baptifte Allenet ,
de la Chapelle , Diocèfe de Saintes.
I I.
Ecole Royale gratuite de Deſſin.
Le premier Mai , M. Albert , Lientenant
- Général de Police , accompagné
de MM. les Directeur & Adminiſtra-
2
# H vj
180 MERCURE DE FRANCE .
teurs de l'Ecole- Royale gratuite de def
fin , a fait l'ouverture de la nouvelle claffe
& chef- lieu de ladite Ecole , rue des
Cordeliers ; enfuite il s'eft rendu aux
Tuileries , accompagné comme deſſus ,
pour y délivrer les grands prix , & prix
de quartier , de l'année 1775. Les Elèves
qui ont remporté les fept grands Prix ,
ont eu l'honneur d'être embraffés par le
Magiftrat , au bruit des fanfares & des
acclamations du public.
و M.Bachelier,Directeurouvrit
la féance par un diſcours ; enfuite on
procéda à la diftribution de 220 Prix ,
que le Magiftrat délivra aux Elèves .
I I I.
DIJON.
Prixpropofèspar l'Académie des Sciences,
Arts & Belles Lettres de Dijon , pour
les années 1776 & 1777 .
-
Le prix de 1773 ayant été réfervé , celui
de 1776 fera double , & aura pour
fujet la même queftion de médecine pratique
propofée pour 1773 , favoir :
Quelles font les maladies dans lef
JUIN. 1776. 181
quelles la médecine agiffante eft préférable
à l'expectante , & celle- ci à l'agissante;
& à quels fignes le Médecin reconnoît
qu'il doit agir ou refter dans l'inaction , en
attendant le moment favorable pour placer
les remèdes ?
Depuis plufieurs fiècles les Médecins
font partagés fur cette grande question .
Les agiffans & les expectans croient leur
fyftême-pratique autorifé par des raifon
nemens concluans & des expériences décifives.
Le moment où doit fe diffiper
l'illufion qu'ils fe font néceffairement
les uns ou les autres , femble préparé par
les lumières que la philofophie a portées
de nos jours fur tous les objets . L'Académie
efpère que le Prix qu'elle propoſe
aujourd'hui , hâtera la révolution que
l'on eft dans le cas de prévoir , & qui
doit ramener à une méthode uniforme.
L'importance du fujet qui a déjà été
propofé pour le prix de 1771 & pour
celui de 1774 , a décidé l'Académie à le
propofer encore pour 1777 , en triplant
le prix. Elle le partagera fi plufieurs
Mémoires rempliffent fes vues ; mais fi
elle n'a pas la fatisfaction de pouvoir le
décerner , elle renoncera à l'efpoir d'obtenir
la folution qu'elle defire , & em182
MERCURE DE FRANCE.
ployera les trois médailles à diriger
l'émulation fur d'autres objets .
L'Académie demande donc encore
pour le prix de 1777 , que l'on détermine
L'action des acides fur les huiles , le
méchanifme de leur combinaiſon , & la
nature des différens compofés favonneux
qui en résultent.
Les Auteurs fon invités à indiquer
dans les trois règnes les productions naturelles
les plus fimples qui participent de
l'état favonneux acide ; à eflayer en ce
genre de nouvelles compofitions ; à expofer
leurs propriétés générales ; à déſigner
leurs caractères particuliers , & à ne préfenter
leur théorie qu'appuyée de l'obfervation
& de l'expérience.
Les Mémoires feront écrits en françois
ou en latin , & l'on fera libre de
leur donner l'étendue néceflaire .
Tous les Sçavans , à l'exception des
Académiciens réfidens , feront admis au
concours. Il ne fe feront connoître ni
directement ni indirectement ; ils infcriront
feulement leurs noms dans un
billet cacheté , & ils adrefferont leurs
ouvrages , francs de port , à M. Maret ,
Docteur en Médecine , Secrétaire per
JUIN. 1776. 183
pétuel , qui les recevra jufqu'au premier
Avril inclufivement , des années pour
lefquelles ces différens prix font pro
polés.
Le Prix fondé par M. le Marquis du
Terrail & par Madame Cruffol d'Uzès dé
Montaufier fon épouse , à préfent Ducheffe
de Caylus , confifte en une médaille d'or
de la valeur de 300 liv. portant , d'un côté,
l'empreinte des armes & du nom de M.
Pouffier , fondateur de l'Académie ; &
de l'autre , la devife de cette Société litzéraire.
SPECTACLES.
OPERA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
continue les repréfentations d'Alcefte ,
Tragédie-Opéra en trois actes .
On a effayé de ranimer le poëme , en
introduifant Hercule dans le fecond &
le troisième actes. Ce Héros , conduit par
l'amitié , vient trouver Admette , & eft
étonné de voir les peuples gémir du ſa184
MERCURE DE FRANCE.
crifice d'Alcefte , qui veut s'immoler
pour fon époux. Hercule protefte qu'envain
l'Enfer tombe fur fa victime , &
qu'il faura bien l'en délivrer ; en effet
it entreprenoit d'abord d'écarter les Divinités
infernales avec fa maffue ; mais
ce moyen ne produifant pas un bon
effet , il fe précipite fur les pas d'Alcefte
dans l'Enfer , il la ramène auffi -tôt , &
la rend à Admette. Son retour eft célébré
par des chants de victoire .
Mademoiſelle la Guerre a repréſenté le
rôle d'Alcefte , avec cette fenfibilité & cette
intelligence qu'elle met toujours dans fon
jeu & dans fon chant.
L'Académie royale ſe diſpoſe de donner
inceffamment l'Union de l'Amour
& des Arts , mufique de M. Floquet , &
de jouer cet opéra alternativement™ ,
avec celui d'Alcefte ; en attendant les
Romans
, nouveaux fragmens en trois
actes, dont la mufique eft de M. Cambiny.
JUIN. 1776. 185
COMÉDIE FRANÇOISE.
Les Comédiens François ont donné
le Lundi , 13 Mai , un repréfentation de
l'Ecole des moeurs , pièce nouvelle en cinq
actes en vers , par M. de Falbaire
Auteur de l'Honnête Criminel , du Fabricant
de Londres , des deux Avares.
Les Perfonnages font : le Lord Bethon ,
Sir Charles & Sir James , fes fils ; Duling
, leur Gouverneur ; Ladi - Bethon ;
Henriette , fille de Duling ; Nelly , femme
de chambre de Ladi ; un Juge de paix ;
un Geolier ; Jonathan ; Johnfon ; Patrice;
Roger , laquais. La Scène eft à Londres .
Cette Ecole des moeurs a paru mal remplit
fon objet. Un père libertin a deux
fils ; le plus jeune a beaucoup d'honneur ,
de fenfibilité , & d'amour ; l'aîné , à l'imitation
de l'Auteur de fes jours , fe
livre à toute la fougue de fes paffions. Ils
aiment tous les trois la belle Henriette ,
fille de Duling. Ladi -Bethon la protége ,
la chérit , & la comble d'amitié. Uneconfidence
mutuelle ajoute encore à leur
tendre union . La vertueufe Henriette ne
peut fe défendre d'être fenfible à l'honnê186
MERCURE DE FRANCE.
teté des fentimens , & à l'amour véri
table de Sir-James , le plus jeune dès
fils. Mais elle fuit avec indignation la
féduction du père , & l'audace du fils
aîné. Sa refpectable amie la plaint , &
gémit elle-même de ces perfécutions . Elle
la défend , & la confole autant qu'elle
le peut ; elle concerte les moyens de
faire fon bonheur. Cependant Duling
connoiffant tout ce que fa fille doit
craindre , veut l'emmener dans un afyle
plus fûr & plus tranquille. Ce projer , que
le Lord ne peut arrêter , itrite fes defirs
& ceux du fils aîné ; & tous deux rivaux
fans le favoir , méditent chacun à part
de s'affurer de Henriette , & de la faire
enlever. Sir Charles , pour écarter le père
de Henriette , fair payer un billet que
doir Duling ; & maître de ſa dette , le
fait traîner en prifon . Ce malheureux père
eft au défefpoir ; Ladi ne peut empêcher
fon infortune , & le Lord ne lui montre
qu'une fauffe pitié. Le Geolier plus humain
, attendri par les larmes de Hen
riette , par les malheurs de Duling , & par
le défefpoir de Sir James , emploie la
dor de fa fille , prête de fe marier , pour
délivrer cet honnête prifonnier. Henriette
fe difpofe à fuivre fon père dans fa retrai
te; elle quitte en pleurant fa refpectable
JUIN. 1776. 187
& malheureuſe amie , lorfqu'un vacarme
affreux répand l'horreur dans la maiſon.
Ce font les gens du Lord Bethon , & ceux
de Sir Charles , qui veulent pendant la
nuit , enlever Henriette ; tandis que les
deux partis fe difputent leur proie , Henriette
fe fauve épouvantée ; le Lord déguifé
, & Sir-Charles , combattent l'un
contre l'autre. Sir- James accourt au bruit,
& s'oppose à la violence. Le Lord percé
d'un coup d'épée , par fon fils, fuccombe;
Sir Charles reconnoît fon père. Cette
fcène d'horreur fair frémir. Le Lord
expirant , veut excufer le parricide de
fon fils , comme une jufte punition de
fes crimes , & du mauvais exemple qu'il
a donné. Il engage Sir James à donner fa
main à Henriette ; il affure leur fortune
& celle de Duling : Eft ce là une Ecole
des moeurs ?
Une Dame , au fortir de ce fpectacle ,
demandant à M. le Kain comment on
pouvoit recevoir des pièces de ce genre ;
Acteur répondit : Madame , c'eft le fecret
de la Comédie.
Les principaux rôles ont été remplis
par MM. Brifart , Molé , de la Rive
Monvel , Défeffars , & par Meſdames
Préville & Doligni.
188 MERCURE DE FRANCE:
DEBUT S.
M. DE CÈNE a débuté , fans être annoncé
, le mardi 30 Avril , dans le rôle
de Clitandre du Mifantrope ; il a joué
fucceffivement le rôle du Comte des Bour
geoifes de qualité , Don Sanche du Cid ,
Damis du Préjugé à la mode
Madame DORBIGNY a débuté le 4
Mai par le rôle de Phèdre,
M. DAUTERIVE a joué le 14 Mai
le rôle de Darviane de Mélanide ; &
le jour fuivant , Pilade d'Iphigénie
en Aulide .
Ces débuts ont été de foibles effais
fur , lefquels on ne peut porter de jugement.
COMÉDIE ITALIENNE.
LIS Comédiens Italiens ont donné
le 8 Mai dernier , la première repréſentation
du Mai , Comédie en trois Actes ,
mêlée de profe & de vers , d'ariettes &
de vaudevilles , par M. Desfontaines .
Un bourgeois , poffédé de la manie des
talens , a une fille à qui il ſouhaiteroit pou
JUIN. 1776. 189
voir donner en mariage trois génies de fa
fociété; favoir,un Poëte tragique , unCompofiteur
d'opéra , & un Virtuofe pour les
ariettes ; mais ne le pouvant pas , il pro.
pofe un concours aux trois prétendans ;
& celui qui remportera le Mai du génie
doit obtenir la main de Lucile pour prix
de fa victoire. Cer arrangement ne convient
pas trop à la jeune beauté ; elle
aimeroit beaucoup mieux pour époux
Dorval , qui ne fait ni vers , ni opéra
ni ariettes , mais qui fait mieux l'art de
plaire. Dorval eft neveu de Doranthe
ancien ami du père de Lucile , homme
railleur , qui fe promet bien de s'amufer
aux dépens des trois génies , & de fervir
les amans.
L
Le Poëte tragique entre dans l'enthoufiafme.
Il vient , portant tout l'arſénal de
Melpomène , avec des poignards , des
poiſons , des chaînes , &c . déclamer des
vers ampoulés & furieux. Le perfifleur
s'approche de lui , dans le coftume d'un
fouffleur de théatre ; il l'interroge , lui
fait débiter beaucoup d'extravagances , &
lui confeille de tuer tous les perfonnages
de fon drame , afin que cela foit plus tra
gique , & finit par le baffouer. Il en fait
autant au Compofiteur d'opéra , en habit
de machiniſte, & au Virtuofe , en bateliers
190 MERCURE DE FRANCE.
les pourluivant tous avec quelques refrains
de vaudeville.
Cependant le bourgeois ridicule n'eft
point détrompé , & trouve fublimes les
plans & les effais que les trois génies lui
communiquent. C'eft en vain que Doranthe
veut le défabuſer , enoppolant tou.
jours à leurs efforts , les traits de nos anciennes
chanfons , des lon lan la , des
faridon daine , & autres belles chofes dont
il paroit fort épris ( ainfi que l'auteur ).
Il penfe que pour corriger la manie
du père de Lucile ; il vaut mieux paroîroître
l'applaudir. Doranthe , fecondé par
fon neveu & par Lucile elle-même , fait
entendre qu'Apollon vient de leur apparoître
, & que le Mai ou la palme défignera
celui qui doit triompher de ſes rivaux
; ce que le père approuve . On fe
fert des machines & des décorations d'un
fpectacle que le père de Lucile a dans fa
campagne , & l'on en forme un parnaffe.
Plufieurs femmes , amies de Doranthe ,
repréfentent
les Mufes ; Dorval eſt auprès
d'elles en Apollon : le cheval Pégafe
eft figuré au haut de la double colline.
Les génies prétendans
font invités d'aller
enlever la palme qui eft fur le fominet de
l'hélicon. Ils graviflent avec peine ; le
cheval Pégafe fait des ruades , les fonJUIN.
1776. 191
taines jailliffent , & les génies tombent
dans le bourbier. Ils demandent grace ,
avouant leur foibleffe . La palme deſcend ,
comme par magie , dans les mains d'Apollon
, qui demande , comme on l'a promis
, Lucile pour époufe.
Le père , toujours féduit , ſe trouve
fort honoré d'un tel choix . Notre Apollon
heureux , déclare alors qu'il eft le fimple
neveu de Doranthe. Le bourgeois un peu
confus , renonce à fa manie ; il confirme
le bonheur des amans , & s'amufe luimême
de la crédulité , & du ftratagême
employé pour le détromper.
Ce plan de comédie , fi bizarre & fi
confus , fert de cadre à quelques fcènes
affez gaies , & à des couplets affez
agréables.
Les principaux rôles ont été joués par
MM. Laruette , Trial , Narbonne , Suin ,
Julien , & par Mile Lefevre .
C
On doit donner inceflamment à ce
théâtre , les Mariages Samnites , en trois
Actes , en vers , par M. Derozoi , mufique
de M. Gretry.
192 MERCURE DE FRANCE.
ARTS.
GRAVURES.
I.
Le Spectacle de l'Hiftoire Romaine , depuis
la fondation de Rome juſqu'à la priſe
de Conftantinople par Mahomet II ,
l'an de J. C. 1453 , par M. Philippe ,
des Académies d'Angers & de Rouen ,
Cenfeur Royal & Profeffeur d'Hif
toire. Volume in-4° . avec une fuite
de 20 eftampes gravées par les meilleurs
Artiftes , d'après les deffins de
MM. Gravelot , Saint - Aubin , & c.
Prix 32 liv . A Paris , chez la veuve
Tilliard & Ruault , Libraires , rue de
la Harpe , Lacombe , rue Chriftine ;
& chez les principaux Libraires.
M. Philippe , non moins connu par
fes talens que par fon zèle pour la ſcience
qu'il profeffe depuis fi long - temps , &
qu'il continue de profeffler avec le plus
grand fuccès , a imaginé & exécuté“ un
Plan
JUI N. 1776. 193
Plan d'Hiftoire Univerfelle , Sacrée & Profane
, Ancienne & Moderne , dont le vo--
lume que nous annonçons aujourd'hui ,
eft une partie détachée & très intéreffante.
Rien de plus fimple , & en mêmetemps
rien de plus attachant , que ce
Spectacle de l'Hiftoire Romaine. Une centaine
de tableaux gravés par d'habiles
maîtres , offrent aux yeux les fujets les
plus faillans de cette hiftoire , fi féconde
en grands événemens . C'eſt une gallerie
où chaque fcène eft non- feulement repré
fentée avec fidélité , mais expliquée par
l'Auteur , avec un art qui nous a paru trèsadroit.
Voici en quoi confifte cet art , qui
différencie l'entrepriſe de M. Philippe ,
de tous les recueils ou livres d'eftampes.
L'auteur , qui n'oublie pas qu'il offre un
fpectacle en tableaux , ne ceſſe , dans les
difcours qu'il leur a joints, d'être peintre.
Fidèle à fon rôle , il explique , il détaille
en artiſte ce que l'on voit dans fes repréfentations
; il indique même ce que l'on
doit y voir , & ce que la négligence du
fpectateur l'empêcheroit fouvent d'y chercher.
Il fait plus , il exalte l'imagination
de ce fpectateur , & lui apprend à ajouter
mille belles circonftances , que les bornes
de l'art ont forcé le deflinateur de laiffer
I
194 MERCURE DE FRANCE.
de côté ; de forte qu'il embellit , anime
& complette ces petits drames muets ; &
l'on peut dire qu'il ne leur manque alors
plus rien , pour être auſſi inſtructifs qu'agréables,
Les Auteurs qui ont prétendu offrir l'hif
toire en tableaux , n'ont point connu cette
manière de faire concourir au même but ,
qui eft l'inftruction , deux choſes auffi
différentes que le deffin ou le langage typique
, & le difcours ou le langage articulé.
Auffi ont-ils partagé l'intérêt de leurs ouvrages
, & n'ont jamais rempli leur objet,
Ils ont bien connu la maxime d'Horace
, que l'efprit eft plus frappé par les
chofes qui fe tranſmettent juſqu'à lui par
le fens de la vue , que par celles qui lui
viennent par le fens de l'ouïe ; mais ils
ont négligé de tirer tout le parti poffible
de ce premier fens . Notre Profeffeur , au
contraire , ne le perd jamais de vue ; c'eſt
fur lui qu'il dirige toutes fes impreffions ,
& c'eft une adreffe qui mérite les plus
grands éloges. En encourageant & en accueillant
de pareilles entrepriſes , on ne
rend pas feulement juſtice à leurs inventeurs
, on concourt encore à la perfection
des arts & des fciences.
La fuite des tableaux hiſtoriques , quil
JUIN. 1776. 195
compofent le Spectacle de l'Hiftoire Romaine
, paroîtra avant la fin du mois de
Novembre prochain. Cette feconde fuite
commencera au Nº . XXI juſqu'au N° . XL
inclufivement. L'Auteur y ajoutera un'
cahier de difcours , où , après une courte'
expofition des faits , il paffeta à la diftribution
des fcènes & des détails , comme
on le voit pratiqué dans la première livraiſon
qui fe vend actuellement , & a
la tête de laquelle eft le plan de Rome
ancienne du temps des Rois.
I I.
Coftume des anciens Peuples , par M.
Dandré Bardon , Profeffeur de l'Académie
Royale de Peinture & de Sculp
ture , Directeur perpétuel de celle de
Marſeille , & Membre de l'Académie
des Belles - Lettres , Sciences & Arts de
la même Ville. Trentième & trenteunième
& dernier cahier in 4 ° . A
Paris , rue Dauphine , chez Jombert
& Cellot.
Ces deux derniers cahiers du Colume
des anciens Peuples , complettent la fuite
de cette riche & favante collection . Ils
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
préfentent des obfervations fur quelques
anecdotes pittorefques , & fur l'éléphant.
La bizarrerie de la ftructure de cet animal ,
la variété de fes mouvemens , l'étendue
de fes reſſources , & fur tout la difficulté
d'en trouver des modèles vivans , ont déterminé
M. Dandré - Bardon , à faire à
fon fujet , principalement en faveur des
peintres & des fculpteurs , quelques obfervations
d'autant plus utiles , que cet
animal , tout monstrueux qu'il eft , a ſouvent
décoré des fcenes héroïques , que les
arts font quelquefois obligés de retracer.
Le trente -unième & dernier cahier
eft terminé par une table des matières ,
fuivant l'ordre numérique des cahiers , où
l'on indique le principal objet de chaque
planche,
I I.
Gravure en manière noire.
Il paroît une Tête , d'après Vandyck ,
gravée par Smith , de 14 pouces & de
haut ; fur 10 pouces & de large . Prix
6 liv. chez Haines , rue de Seine , la
deuxième boutique par la rue du Colombier
, fauxbourg Saint Germain , cidevant
rue de Tournon.
JUIN. 1776. 197
Le fieur Haines enfeigne les principes
de ce genre de gravure , & la manière de
grainer les planches ; & aux Dames &
autres , à coller & peindre les eftampes
fur verre ; le tout en très - peu de temps.
I V.
On diftribue le quatrième cahier des
eftampes pour le Télémaque , in-4° . deffinées
fi agréablement par M. Monnet ,
Peintre du Roi , & gravées avec tant de
goût & de talent , par M. Jean - Baptiſte
Tilliard.
Ce cabier , compofé de 6 gravures &
de deux planches d'explications , eft pour
les Livres VII & VIII du Roman. A
Paris , chez M. Tilliard , Graveur , quai
des Auguftins.
V.

On trouve chez Bonnet , rue Saint-
Jacques , au coin de celle du Plâtre
4 cahiers des principes de Deffin , d'après
nature , deffinés par Leclerc , gravés dans
la manière du crayon , par L. Bonnet.
Chaque cahier , de 6 planches in -4° .
Prix 1 liv. 4 fols.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
2 cahiers de Fleurs , d'après Salambier ,
chacun de 4 feuilles. Prix 15 fols.
2 cahiers de Trophées , chacun de 4
feuilles. Prix 15 fols.
Etude au crayon , d'une tête d'un tableau
de M. Doyen , Peintre du Roi , par
Bonnet . Prix 1 liv . 4 fols.
V I.
Cahier de 6 feuilles , gravées à l'eauforte
, de Tombeaux , par M. Thierry ,
d'après les deffins de M. Guiard . Prix
liv. 4 fols , chez M. Panferon , Profeffeur
d'Architecture , rue du Foin Saint-
Jacques , au Collège de Me Gervais.
V I I.
217
Clavicule du Cheval , ou Tableau des connoiffances
relatives à cet animal , par
M. Lafoffe.
Cet Ouvrage , qui contient le précis
de tous ceux qu'a faits l'Auteur , eft repréfenté
fous la forme de deux grands rableaux
de finances , gravés proprement ,
& imprimés fur papier grand aigle.
Le premier explique la ftructure externe
JUIN. 1776. 199
& interne du cheval , avec un petit tableau
de la connoiffance des différens âges
du cheval , depuis fa naiflance juſqu'à
30 ans.
Le fecond contient le détail de toutes
les maladies du cheval , & eft divifé en
cinq colonnes . La première donne le nom
de la maladie , la feconde explique fes
caufes , la troisième le diagnoftic , la quatrième
le prognoftic , & la cinquième la
curation .
L'Auteur s'eſt d'autant plus déterminé
à prendre cet ordre méthodique , que ces
tableaux peuvent convenir , non ſeulement
à des écuyers , maréchaux , marchands
de chevaux , mais même à tous
ceux qui n'ont aucune connoiffance du
cheval , & qu'on peut les mettre entre
des mains d'un cocher ou palfrenier , qui
Louvent régit une écurie , & qui , par-là ,
peut facilement fe paffer d'un maréchal ,
& éviter fouvent une maladie qui devien
droit grave , étant dans le cas d'en reconnoître
les fymptômes , & d'y apporter
les remèdes convenables. Prix 4 liv. ro
fols. A Paris , chez Dezauche , Graveur ,
rue Saint- Severin , la porte- cochère faifant
face à la rue de la Harpe .
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
VIII.
Hiftoire univerfelle du règne végétal , 24
Volumes in-folio , dont 12 de Difcours
& 12 de Planches ; par M. Buc'hoz ,
Médecin de Monfieur , propofée par fouf.
cription , chez Brunet , Libraire à Paris,
rue des Ecrivains , & chez les principaux
Libraires de l'Europe.
Le titre de cette Hiftoire annonce fon
utilité : l'Auteur y réunit toutes les connoiffances
qui concernent les plantes , les
arbres & arbustes de notre Globe ; c'eſt
une vraie Encyclopédie végétale , qui
préfente également l'utile & l'agréable.
M. Buc'hoz , pour éviter la confufion dans
cet ouvrage , a adopté la forme commode
de Dictionnaire , & s'eft conformé , pour
l'ordre de chaque article , aux noms géné
riques & triviaux du célèbre Chevalier
Von- Linné : il a toujours été fon guide.
Il n'a pas moins confulté tous les hom
mes fameux qui ont confacré leurs veilles
à la botanique ; leurs ouvrages ne lui ont
pas peu fervi pour affigner aux plantes
étrangères le lieu de leur naiffance. C'eft
dans ces fources qu'il a puifé la plupart
JUIN. 1776. 201
de fes defcriptions ; & quand il en a
trouvé d'incomplettes , il a cru pouvoir
y fuppléer par les propres obfervations.
Après avoir donné la defcription des
plantes , M. Buc'hoz paffe à leur culture ;
& pour rendre fon ouvrage plus général ,
& lui donner un certain degré de perfection
, il a joint aux recherches & aux
expériences qu'il a faites dans le cours
de fes voyages , les obfervations particulières
de tous les Auteurs recommandables,
dont les écrits ont trait à cette matiere.
Mais la partie à laquelle l'Auteur
s'eft le plus appliqué , & peut-être la plus
intéreffante de cet ouvrage , c'eft de nous
faire connoître l'ufage qu'on peut tirer
des plantes , non feulement pour l'ornement
de nos Jardins , pour les Arts , pour
la nourriture des hommes & des animaux ,
mais encore pour la Médecine , qui doit
aux Végétaux fes plus grands fuccès. M.
Buc'hoz démontre que nos plantes indigènes
font fouvent plus propres au traitement
des maladies qui nous furviennent,
que les plantes étrangères , foit que
celles - ci perdent de leurs vertus par la
diftance où le laps de temps qui s'écoule
avant qu'elles nous foient parvenues ,
que les autres aient une forte d'ana- foit
lv
202 MERCURE DE FRANCE .
logie avec notre tempéramment. Enfin ,
l'Auteur nous préfente les plantes fous
tous leurs différens afpects ; & l'on peut
juger , d'après ce fimple expafé , que cer
Ouvrage immenfe n'intereffe pas uniquement
les Médecins & les Botanistes ,
mais que les Cultivateurs, les Artiftes
& généralement tous les Individus de la
fociété , y trouvent de quoi fe fatisfaire,
M. Buc'hoz , pour obvier aux reproches
qu'on auroit pu lui faire de n'avoir pas
été affez méthodique , donne à la fin
de fon Ouvrage une Table générale des
Plantes , fuivant le fyftême de Linné :
elle eft accompagnée de dix autres particulières
, dont chacune offre une no
menclature des objets qui lui font relatifs.
Il feroit inutile de chercher à les
développer plus amplement ; il fuffira de
dire que l'Académie Royale des Sciences
de Paris , a honoré cet Ouvrage de fon
Approbation ; qu'elle le regarde comme
le premier en ce genre qui ait paru en
François ; & l'eftime d'autant plus honorable
pour la République des Lettres ,
que fon premier but tend au bien & à la
confervation de l'humanité.
JUIN. 1776. 403
CONDITIONS.
"
Le Libraire qui propofe cet Ouvrage par
Soufcription fera les Livraifons de la
manière fuivante :
1º . Il donnera dès- à - préfent aux Soufcrip
teurs , les trois premiers Volumes de
Planches , à raifon de 36 livres l'un ;
ci , • 108 1.
1.7
I..
Avec les trois premiers
Volumes de Difcours ,
a 12 livres l'un ; ci , .. 36
20. Le premier Juin , les quatre ,
cinq & fixième Volumes de
Planches , au prix ci deffus ,
3 ° . Le premier Septembre , les
fept , huit & neuvième Volu,
mes de Planches , au prix ci,
deſſus ,
Le premier Décembre , les
dix , onze & douzième Volumęs
de Planches , au
même prix ,
Avec les quatre, cinq
·
: & fixième Volumes de
Difcours à 12 livres
le Volume...
144 1.
108 1.7
1081.
108 1.
441.
361 .
I vj
204 MERCURE DE FRANCE:
5. Le premier Jain 1777 , les
fept , huit & neuvième Volumes
de Difcours , au prix cideffus
,
6. Le premier Décembre fuivant
, les dix , onze & douzième
Volumes de Difcours , au
prix ci - deffus ,
·
36
] .
361.
TOTAL , ·
5761
:
On ne payera , en ſouſcrivant , que
les Volumes que l'on recevra , ce qui
eft très- avantageux ; & l'on fera toujours
maître de prendre à la fois la quantité de
Volumes que l'on defirera : l'arrangement
ci deffus n'étant que pour faciliter
l'acquifition & le payement de ce grand
Ouvrage. On peut même livrer dès- àpréfent
les douze Volumes de Planches ,
& les trois premiers Volumes de Dif
cours. La Soufcription fera exactement
fermée le deuxième Janvier 1777 , exclufivement
; & les perfonnes qui n'auront
pas foufcrit à cette époque,payeront
les Volumes de Planches 48 livres ,
ceux de Difcours 14 livres. Les Planches
font tirées fur papier ſuperfin , bien collé,
JUI N. 1776. 205
& propre à l'enluminure ; & les foins que
l'on a pris pour la partie Typographique ,
ne laiffent rien à defirer.
MUSIQUE.
I.
Les Souliers mor-dorés , Opéra bouffon,
en deux actes , mis en mufique par Alexandre
Friner dit Friferi , aveugle depuis
l'âge d'un an . OEuvre IV , prix , 18 liv .
à Paris , chez l'Auteur , rue du Ponceau
maifon d'un Boutonnier , & aux adrefles
ordinaires de mufique.
C
Cet opéra bouffon a été repréſenté
avec fuccès , à la Comédie Italienne ; la
mufique en eft agréable.
I I.
Le Curé de Pomponne , avec quinze
variations , arrangées pour le clavecin ou
le Forté - piano , dédié à Miff- Charlotte-
Elifabeth Butler de Vigny , par Benaut ,
Maître de clavecin ; prix , 1 liv . 16 fol.
206 MERCURE
DE FRANCE .
à Paris , rue Gît le - Coeur , la deuxième
porte-cochère à gauche , en entrant par
le Pont- neuf & aux adreffes ordinaires.
I I I.
Ouverture de Céphale & Procris , arrangée
pour le clavecin ou le Forté - piano ,
avec accompagnement
d'un violon &
violoncelle , ad libitum ; par M. Benaut .
Prix , 2 liv. 8 fols ; aux mêmes adreffes,
IV.
Premier Recueil de Menuets , Allemandes
,
" entre-
& autres morceaux
variés
mêlés d'ariettes
, romances
, & c. avec leurs
accompagnemens
arrangés
pour le Ciftre , dédié à Madame
la Comteffe
de la Heufe,
par M. Demelle
; oeuvre premier
: prix , 7 liv. 4 fol. A Paris , chez Bignon
Graveur
, place du Louvre , à l'accord
parfait ; Laurent
, Luthier
& Editeur , paffage du Saumon
; & aux adrefles
ordinaires
de mufique
.

V.
Sei Duetti per due Violini del Signen
JUIN. 1776. 207
Gaetano pugnani , Opéra XIII ; Prix ,
3 liv. 12 . A Paris , chez Bignon
Graveur , place du Louvre.
V. I.
La douce Erreur , romance , avec ac
compagnement , par M. Greffet , Maître
de chant. A Paris , chez Bignon 3
place du vieux Louvre. Chez l'Auteur ,
rue de la Heaumerie , entre un Mercier
& un Perruquier ; & aux adrefles ordiz
naires.
VII .
Symphonie pour le clavecin , avec accompagnement
de deux violons , deux
cors , & une balle ad libitum , dédiée à
Madame Griffon de Romagné , par M.
Edelmann ; oeuvre IV. Prix , 4 liv. 4 f.
A Paris , chez l'Auteur , rue de la Feuil
lade , maifon de M. le Baron de Bagge,
Madame le Marchand , rue Fromenteau ,
& à Opéra. A Strasbourg , au Temple
de l'harmonie , rue Saint Jean .
VILI.
2
Airs détachés d'Alcefte , Tragédie en
208 MERCURE DE FRANCE.
trois actes , par M. le Chevalier Gluck ;
prix , 1 liv. 16 f.
Racolta d'Arie , avec fymphonie , par
Mde, la Baronne d'Aerfen. de Voshol ;
Opéra II. 9 liv.
Trois Sonates pour le clavecin & violon ,
par Verbrugen ; Opéra I ; prix , 7 liv.
4 fol.
Le Stabat mater , à deux voix & deux
violons & baffe , par Gafparini . 9 liv.
au bureau d'abonnement mufical rue
du Hafard Richelieu .
I X.
Nouveau Clavecin.
M. de Virbès , Maître de Mufique ,
fait entendre un clavecin qu'il a beaucoup
perfectionné depuis peu , qu'il appelle
Célefte , auquel il a ajouté plufieurs jeux ,
imitant différens inftrumens ; ce qui
donne à ce Clavecin beaucoup de force ,
de variété , d'étendue , & d'effets de mu
fique. Cependant fa forme ne diffère pas
des autres Clavecins ; & la Méchanique
en eft fi fimple , qu'elle n'en augmente
T
JUIN. 1776. 209
prefque point le volume , & que fon jeu
en eft facile. Les perfonnes qui voudront
entendre ce Clavecin , font priées d'en
prévenir l'Auteur , & de lui faire demander
des billets. Sa demeure eft rue du
Four , près Saint Euſtache , N°. 90.
ARCHITECTURE.
I.
NOUVEAUX élémens d'Achitecture ;
dédiés à Monfeigneur de Sartine , Miniftre
& Secrétaire d'Etat au département
de la Marine ; par le fieur Panferon , ancien
Profeffeur de deffin à l'Ecole Royale
militaire , & Profeffeur d'Architecture .
Première partie , contenant les cinq or
dres d'Architecture , en feize planches ;
prix , broch. & en fimple trait , 2 liv.;
broché & lavés , 4 liv.
Deuxième partie , contenant en 56
planches , des ornemens relatifs à l'Architecture
; prix , broch. en un trait
s liv.; broch . & lavé , 10liv .
Troisième partie , contenant en 38
210 MERCURE DE FRANCE.
t
planches , l'application des cinq ordres
d'Architecture , de la conftruction des
édifices , & de la diftribution & conſtruction
, &c.; prix , brochée , 8 liv . Le
tout relié , & fans être lavé , 17 liv . relié
& lavé, 24 liv . A Paris , chez l'Auteur
, rue du foin- Saint- Jacques , au Collége
de Maître Gervais , & Defnos , Libraire
, rue S. Jacques.
II.
Plan du rez de chauffée de la nouvelle
Eglife de Sainte Geneviève , avec une
élévation géométrale de la coupole projetée
avec fon Portail. A Paris , chez
M. Dumont , rue des Arcis ; & chez
: MM. Joulain , Père & Fils , Quai de
la Mégifferie.
Ce nouveau projet de Coupole , eft
fans doute la dernière penfée de l'Architecte.
Elle aura 63 pieds en dedans.
euvre , 100 pieds de diamettre en dehors
, & environ 170 pieds d'élévation
jufqu'à la croix ; elle fera environnée
d'une colonnade corinthienne de forine
octogone , qui formera , dans tout fon
contour extérieur , un large périſtile ;
enfin le tout fera terminé par un attique
JUIN. 1776. 211
qui foutiendra le Dôme. On attend actuellement
le plan de la tour de cette
grande Coupole , & celui de fes coupes
géométrales.
BOTANIQUE.
FLORA PARISIENSIS , ou defcriptions
& figures in 89. enluminées , de toutes
les plantes qui croiffent aux environs de
Paris , fuivant la méthode fexuelle de
M. Linné , & les démonftrations de Bo
tanique qui fe font aujourd'hui au Jardin
du Roi .
On s'abonne chez Didot Libraire
Quai des Auguftins .
C
En recevant le premier cahier. 15 l . f.
Le fecond.
Le troisième ,
Le quatrième.
Le cinquième.
7 IO
• · 7 10.
• 7 10
7 10
45 liv.
Le fixième , gratis.
Etat d'une année de fix cahiers ,
ou de 120 planches.

Chaque cahier , pour ceux qui ne s'abonnent
pas , eft de 9 liv.; le prix eft
double pour le grand papier.
212 MERCURE DE FRANCE.
COURS DE MATHÉMATIQUES.
MONSIEUR LE ROI , Maître de mathémathiques
& de géographie , annonce
au Public qu'il donne fes Leçons trois
fois par femaine , & qu'il fe rend , pour
cet objet , dans les Maifons particulières
& dans les Penfions . Il prend vingt - quatre
livres par mois pour les mathématiques ,
& trente fix quand on y joint la géogra
phie. Ses Leçons font utiles , paticulièrement
aux jeunes gens deſtinés à fuivre les
Ecoles de génie , & en général , à tous
ceux qui veulent acquérir quelques connoiffances
de ces deux Sciences . On aura
la bonté de le faire infcrire chez Monfieur
le Roi . Illoge au Collège des Tréforiers ,
Place Sorbonne , à Paris .
Cours de Langue Allemande.
Comme la Langue Allemande devient
de jour en jour plus néceffaire
aux François , le fieur Triedel doit commencer
, le quinze de Juin , un cours de
JUIN. 1776. 213
cette Langue , pour la jeuneffe entre dix:
& feize ans. Il fera compolé de quinze
perfonnes feulement , & fubfiftera une
année ; pendant les trois premiers mois ,
pour faciliter les progrès des Elèves ,
il leur donnera tous les jours , réguliè
rement , une leçon , excepté les Di
manches & Fêtes ; & enfuite , quatre
feulement chaque femaine. On payera
fix livres au commencement , & au renouvellement
de chaque mois. Il eft logé
rue Dauphine chez Madame Monmayeux
, Marchande Limonadière , au
Café de la victoire ; & on le trouve tous
les jours , de midi à deux heures , chez
lui . Il continuera de donner des leçons
en ville.
LETTRE de M. de Voltaire à M. Laus
de Boilly, fur fa réception à l'Académie
des Arcades de Rome.
6 Mai 1776 , à Ferney.
Si j'ai l'honneur , Monfieur , d'être votre Con
frère à Rome , je ne ferais pas moins flatté de l'être
à Paris J'ambitionne encore un titre plus flatçelui
de votre ami. Vos lettres m'en ont
teur ,
214 MERCURE DE FRANCE.
infpiré le defir , autant que vos Ouvrages ont
de droit à mon eftime. Il eft vrai que mon âge,
mes maladies & ma retraite , ne me permettent
guères de cultiver une liaiſon fi flatteufe ; mais
fouffrez que je cherche dans les expreffions de
mes fentimens pour vous , une confolation qui
m'eſt néceſſaire. Je crois appercevoir dans tout
ce que vous écrivez , quel eft le charme de votre
fociété . J'ai reçu , un peu tard , le préfent charmant
dont vous m'honorez ; il n'y aurait qu'un
Anacréon qui pût mériter une telle galanteries
il aurait chanté vos couplets , je puis à peine les
lire , & je n'ai d'Anacréon que la vieilleffe.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , avec tous
les fentimens que je vous dois ,
Votre , &c.
VOLTAIRE.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
"
I.
Induſtrie:
M. DE LESTWITZ , Directeur de la Société
patriotique de Siléfie , a découvert
un moyen de détruire le Puceron de
JUIN. 1776. 215
Jardins , dont l'utilité a été confirmée par
beaucoup d'expériences . Elle confifte à
verfer huit ou dix gouttes d'huile de baleine
, mêlée dans une pareille quantité"
d'eau , au pied des plantes où le réfugient
les Pacerons , dont les nids font
communément de la grandeur d'une foucoupe
à thé ces nids renferment des
milliers d'oeufs , qui , lorfqu'ils viennent
à éclore , font bientôt périr une prodigieufe
quantité de plantes. M. de Leftwitz
a détruit , par cette méthode , rous'
les Pucerons qui ravageoient les plantes ,
& même les arbres de fes Jardins.
I I.
Le fieur CORDELLE , Mécanicien ›
vient d'inventer une nouvelle machine
pour élever les eaux à toute hauteur, avec
moins de force qu'on n'en a employé juſqu'à
préfent ; cette machine a été approuvée
par l'Académie Royale des Sciences.
Il en a fait plufieurs qui font en activité
, à l'aide de différens moteurs . On
peut en voir une rue des Martyres , en
montant à Montmartre , laquelle éleve
l'eau à cent vingt pieds par le poids d'un
feul homme dans une roue , & une autre
216 MERCURE DE FRANCE.
Ft
H
à Courbevoix , près de Neuilly , miſe en
mouvement par le vent , & qui éleve
l'eau à quatre- vingt pieds. Ceux qui auront
befoin de pareilles machines , foit
pour arroſement ou épuifement , peuvent
s'adreffer au fieur Cordelle , rue des
Boucheries Saint -Honoré.
I I I.
Don Salvador de Cardenas , habitant
de Séville , a inventé une nouvelle machine
propre à conduire jufqu'à quatre
charrues à la fois , fuivant la nature des
terres , avec une feule paire de boeufs ou
de mulets . L'expérience a juftifié les promeffes
de l'Auteur ; ces charrues , dans
les champs qui en comportent l'emploi ,
préparent la terre de la manière la plus
favorable pour qu'elle reçoive la femence.
I V.
Le S Labé s'étant long - temps occupé à
perfectionner un métal dont l'incorporation
avec le fer , en lui donnant une couleur
d'argent matte , le préferve de la rouille
, eft parvenu à lui donner un dégré de
folidité & de perfection inconnu jufqu'à
préfent.
JUIN. 1776. 217.
préfent. Ce métal a d'autant plus d'avantage
fur le fer , que lorsque la grande
humidité ou le manîinent continuel viennent
à le ternir , on peut lui rendre ſa
première beauté comme à l'argent , &
par les mêmes moyens ; car il ne fait
plus avec le fer qu'un feul & même
corps. Le fieur Labé compofe auffi un
Vernis propre à s'appliquer fur tous les
objets de fer quelconques , qui lui conferve
fa couleur naturelle , & le préferve
également de la rouille.
V.
On a trouvé dernièrement dans les
Mines de charbon de terre , fituées à
Lotham , dans le Lancashire , en Anglèterre
, un crapaud énorme en vie ; il étoit
dans le coeur d'un gros morceau de char
bon , pefant plus de 80 livres , & tiré
d'un endroit à 90 pieds de la ſurface de
la terre. Ce charbon paroiffoit tout uni
avant d'être caffé , & on ne voyoit pas
la moindre apparence extérieure de caffures
ou d'interfices. Le crapaud mourut
cinq minutes après avoir été exposé au
grand air.
K
218 MERCURE DE FRANCE.
ANECDOTES,
I.
UN Acteur , accoutumé de jouer les
principaux Rôles de la Tragédie , étoit
un jour à la chaffe , & n'avoit pas de
permiffion ; le Garde l'ayant abordé , lui
demanda de quel droit il chaffoit . L'Acteur
lui répondit avec fon ton théatral
par ces deux vers de Mahomet :
Du droit qu'un efprit vafte & ferme en ſes defleins,
A fur l'efprit groffier des vulgaires humains.
Le Garde étourdi du ton & de la réponſe
fe retira en difant : Ah ! .. c'eſt
autre chofe. Excufez , Monfieur , je
je ne
Lavois pas cela,
I I.
a
Trait de
courage.
Le 11 Février dernier , une femme
du Village de Kerbranquet , Paroiffe de
Molac , en Bretagne , nommée Marie
JUIN. 1776. 219
Daniel , accourut aux cris d'un de les
Enfans qui gardoit un Troupeau de Mous
tons. Un Chien très- fort, dont on a confraté
la rage , & qui , après avoir mordu
beaucoup de beftiaux , avoit dévoré tous
les chiens du Château de Molac , alloit
ravager le Troupeau. Cet animal fe jeta
fur elle , la mordit au bras & la fit romber.
Elle l'avoit faifi par le col , & malgré
les nouvelles morfures qu'il lui fit ,
elle donna le temps à un enfant de huit
ans d'aller à fa maifon chercher fa Servante
, qui tua le Chien à coups de
fourche. On écrivoit de Bretagne à cette
époque que cette femme étoit griévement
bleffée , mais qu'on efpéroit que
le mal céderoit à un remède contre la
rage , polfédé par une Demoifelle du
Canton , & dont un grand nombre d'expériences
affure , dit- on , l'efficacité.
>
II L
Edgard Roi d'Angleterre , ayant
dompté les peuples du pays de Galles ,
vers l'an 959 , leur demanda pour tribut
rrois cens têtes de Loups tous les
ans , & impofa la même peine à certains
Criminels qui fe redîmoient à propor
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
tion de la grandeur de leurs crimes , au
moyen d'un nombre plus ou moins grand
de têtes de Loups . On affure que depuis
ce temps là , il n'y a pas eu de Loups
en Angleterre.
IV
.
Un Particulier s'étant éveillé un jour
de grand matin , appela fon Valet , &
lui commanda de regarder s'il faifoit
jour. Le Valet ouvre la fenêtre , va fur
le balcon , & crie à fon Maître qu'il ne
voir goute. Butor , lui répondit fon
Maître , je le crois bien ; allume la
29. chandelle , & tu verras mieux » .
»
"
V.
Henri IV voulut que Vitry , Capitaine.
de fes Gardes-du - Corps , reçut , dans fa
Compagnie , celui qui l'avoit bleſſé à la
bataille d'Aumale : & le Maréchal d'Eftrée
étant un jour dans le carroffe de Sa
Majefté , & ce Garde à là portière : voilà ,
dit le Roi , en le montrant au Maréchal ,
le foldat qui me bleffa à la journée d'Aus
male.
JUIN. 1776. 223
AVIS.
I.
Secrétaire Méchanique & Portatif qui fert
d'écritoire & de porte feuille , augmenté
pour une plus grande utilité , qui ſe mét
&fe porte dans la poche d'une vefte ; de
l'invention de Royer , Maître Ecrivain
Arithméticien , demeurant à Versailles ,
rue des Frippiers.
CE Secrétaire Méchanique & Portatif, qui fert
d'écritoire & de porte - feuille , eft très léger
folide & utile à toutes fortes de perfonnes qui
veulent écrire des lettres , foit que l'on foit à la
campagne ou à la promenade : on le met dans la
poche d'une vefte , & les Dames le peuvent également
porter dans une poche.
Il n'a que s pouces 2 lignes de long , 3 pouces
2 lignes de large , & 11 lignes d'épailleur Il ren
ferme un encrier fermant a vis , des plumes , diz
feuilles de papier à lettres , écrites ou non écrites ,
un canif, un gratoir , du fandaraque , de la poudre
, un cachet ordinaire ou pliant , du pain à
cacheter , une règle , un compas , un crayon
de la cire d'Espagne , ou cire à cacheter , de la
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
bougie, un briquet , une pietre à fufil , de l'amadou
, des allumettes , & c.
Le prix de ce pareil fecrétaire, fans être garnis ,
sliv & érant garni de ce qu'il renferme ( excepté
le cachet , parce que chacun a fon cachet ) 9 liv.
Les perfonnes qui voudront le procurer ce Secrétaire
, s'adrefleront à Fadrefle ci - deflus indiquée.
Le fieur Royer prie les pertonnes qui lui
feront l'honneur de lui écrire , de faire affranchir
leur lettres , ainfi que le port de l'argent , juſqu'à
Verfailles. Il fe charge de faire tenir ledit Secrétaire
jufqu'aux frontières du Royaume : on fera
attention de faire infcrire fon nom & fon adrefle
fur la feuille de la pofte.
Lorfque l'on veut écrite , on peut pofer la
feuille de papier deffus le couvercle , & on puife
F'encre par le trou dans l'encrier. On peut mettre
ce Secrétaire dans un petit fachet , comme on
fait d'un livre.
II.
'Nouvel avisfur le Scaphandre ou le Bateau
de l'Homme.
Le Scaphandre eft une espèce de cuiraffe , fans.
dans tout fon pourtour , en diffé- bras , rompue
rentes pièces , comme l'épine du dos
prêter aux différentes
inflexions
du corps.
? pour
fe
en-
Cette armure contre le danger des eaux ,
veloppe celui qui en eft revêtu , depuis la naiffance
du col , jufques vers le milieu des hanches,
JUIN. 1776. 214
Elle eft retenue fur le corps par une fufpen
penfoire , qui la met dans l'impoffibilité de jamais
s'en séparer.
En attachant fermement à ce corfelet un pane
talon à étriers , c'eſt - à - dire , dont la partie inférieute
le paffe fous les pieds , à la manière des
guêtres , on trouve , à flot , au milieu des eaux
les plus profondes , un point fixe & perpétuel ,
qui met en état d'y marcher tout debout , comme
en terre ferme.
Que l'on joigne à cet accoutrement un bonnet
, dont la partie fupérieure foit concave
comme l'ouvrier fait l'exécuter , pour y enfermer
des provifions , & l'on fera en état de faire ,
flot , même fans favoir nager , d'aflez longs
trajets , où l'on pourra fe pafler abfolument d'auberges
ou d'hôtelleries .
Or , voici les avantages de cette invention ,
mille fois éprouvée , très - fortement conteſtée , &
enfin très -folemnellement approuvée. Après être
entré dans l'eau julques vers la région des mamelles
, on fe trouve à flot , tout debout , coinme
on s'y tient fur la terre ferme. Les bras bien dégagés
des eaux aucune manoeuvre n'embarraſle.
On peut très -facilement , tout à la nage , boire ,
manger,lire , écrire , marcher , pêcher , charger
des armes , chafler , fe fauver des naufrages ,
gagner terre , &c comme cela eft expliqué fort
en détail dans le Traité de la conftruction theorique
&pratique du Scaphandre, publiée en 1775 ,
par M. de la Chapelle , auteur du Scaphandre &
du Livre qui en traite , lequel fe vend chez Debure
père , quai des Auguftins. Prix 3 liv. 12 fole,
Vol, in- 8° . broché , enrichi de figures.
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
Cette invention , fi utile & fi néceflaire aux Navigateurs
, s'exécute à Paris , avec la plus grande
précifion , par le fieur Hirault , Maître Tailleur ,
quai des Auguftins , à l'hôtel d'Auvergne , pour
la fomme de 75 liv. y compris le pantalon. Si
l'on y joint le bonnet à provifions , ce fera 6 liv.
de plus.
Cet ouvrier pour les Scaphandres , eft le feul ,
jufqu'à préfent , qui ait fuivi bien rigoureuſement
les leçons de l'Auteur , & auffi le feul qu'il a la
confiance d'avouer devant le Public.
III.
Etabliffement pour l'Education de la
jeune Nobleffe , fous la direction de
MM. Moret , dont l'un Prêtre . A Paris ,
fauxbourg Saint- Germain , rue & bar.
rière de Sève , prefque en face de l'ave
nue de Breteuil.
La religion eft la bafe , le principal objet , &
doit être le premier fruit de cette Education . Les
langues Latine , Allemande , Italienne & Françoife
; les mathématiques pour les enfans deftinés
à l'artillerie, au génie & à la marine ; les belleslettres
, la fphère , la géographie , la chronologic ,
T'hiftoire , la mythologie & le blafon ; l'écriture ,
le deffin , la danfe , la mufique vocale & inftrumentale
, l'exercice militaire , les armes , & géméralement
toutes les parties qui entient dans le
JUIN. 1776. 225
plan d'une éducation noble & diftinguée , font
montrées dans cette maiſon , par des Maîtres recommandables
par leur zèle & par leurs talens .
Les Éleves qui veulent apprendre à monter à cheval
, font conduits par quelqu'un de confiance , à
l'équiration.
Cet établiflement fournit aux enfans toutes les
reflources qu'ils auroient en Allemagne pour apprendre
l'Allemand : tous les Maîtres de cette
penfion parlent , & font parler cette langue aux
Eleves. Indépendainment de cet exercice continuel
, qui eft l'unique moyen d'apprendre l'Allemand
, MM . Moret l'enfeignent encore par des
principes qui leur en facilitent confidérablement
l'étude de la prononciation . Il fournit réciproquement
de grands avantages aux étrangers ; ils y
confervent l'ufage de leur langue , en continuant ,
fans aucune espèce de retard , le cours de leurs
études.
Chaque enfant eft élevé relativement aux vues
des parens. L'intérêt n'étant point l'ame de cet
établiſſement , le prix de la penfion eft rédigé le
plus bas poffible , & même au deflous du prix des
éducations moins complettes. La nourriture eft
faine , abondante , & la même que celle des Maî--
tres qui fe font un devoir effentiel de manger
avec leurs Eleves , fans aucune espèce de diftinction.
La maiſon eft vafte & commode , fituée
entre cour & jardin , en bon air , & à portée de
plufieurs promenades agréables. Il y a des cham--
bres particulières pour des Eleves , quand cela
convient , & un quartier détaché , avec jardin
pour les enfans depuis l'âge de trois ans jufqu'à
fept , où ils font foignés par des gouvernantes
Allemandes & Françoifes , qui leur apprennent
94
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
leur religion , à lire & à parler ces deux langues,
avec quelques notions d'hiftoire & de géogra
phie , proportionnées à la foibleffe de leur age .
MM. Moret leur donnent enfuite les premiers:
élemens des langues Latine , Allemande & Françoife
, dès qu'ils font à même de les concevoir
& fourniffent les Maîtres d'écriture & d'exercice
"
du corps : la nourriture , la propreté , la fanté &
Je maintien , font l'objet des loins les plus recher
chés dans cet établiffement. La penfion n'eft pas
chère ; le prix eft proportionné à l'âge des enfans .
MM . Moret , ci - devant Directeurs des penfions.
académiques de Dole & de Befançon , pour l'éducation
de la jeune Nobleffe , au Comté de Bourgogne
, font réunis pour tenir le préſent établiſfement.
Vingt années d'expérience , un goût marqué
pour l'éducation , les heureux fuccès , les
foins pour la fanté , la douceur & la tendrefle
pour les enfans , font des motifs qui ont toujours,
mérité à ces Inffituteurs , l'eftime & la confiance
des perfonnes de la première confidération . En
témoignage de quoi , il y a lettres authentiques.
données en confeil , & munies du fcel de la cité
de Belançon , du 17 Mai 1775.
NOUVELLES POLITIQUES..
De Conftantinople , le 18 Mars 1776..
ONN paroît avoir quelque inquiétude fur le
retour de la caravane de la Mecque , & l'on craint
que les fils du. Chéik Daher , dans le deſlein de ſe:
JUI N. 1776. 227
venger de la mort de leur pere , ne fejoignent aux
Arabes du défert pour la piller.
De Stockholm , le 25 Mars 1776.
Dans le commencement du mois dernier , plufeurs
Officiers d'artillerie s'étoient portés , envers
leur Colonel , pour un fujet très - léger , à des
procédés contraires à la fubordination militaire ,
& s'étoient même répandus en invectives. Sa
Majeſté en a pris connoiffance , & après avoir fait
mettre aux arrêts les plus mutins , a nommé des
Commiflaires pour examiner la nature de l'affaire.
Sur leur rapport , on a établi un Confeil
de Guerre qui , pour fatisfaire aux loix , a condamné
les rebelles à faire le fervice de fimples fol
dats pendant quatre mois.
De Londres , le 21 Avril 1776.
Un Négociant de cette ville vient de recevoir
une lettre de Neuw- Yorck , par laquelle on apprend
qu'une armée confidérable , fous le com--
mandement du Général Lée , eft tellement retran.
chée près de la Ville , qu'il faudroit au moins
vingt mille hommes pour la forcer ; que le Gouverneur
Tyron eft à bord d'un vaiſleau de guerre ,
n'ayant pas la dixieme partie des troupes qu'il
lui faut pour faire face à l'armée Provinciale , &
que les habitans ayant été avertis d'emporter
leurs meilleurs effets , on redoute que les troupess
réglées ne fe croyent dans l'obligation de mettre
Le feu à cette ville .
Une circonstance très - avantageuſe pour less
Américains , dans la guerre qu'ils ont avec nous 2
K vj
228 MERCURE DE FRANCE .
c'eft que plus ils fe retireront avec leurs beftiaur
dans l'intérieur des terres , plus ils auront de
moyens de fubfifter , & que par- là il leur fera
très- facile de ne laiffer qu'un défert à occuper à
l'armée Royale.
La Comtefle de Briſtol , convaincue du crime
de bigamie , dont elle avoit été accufée , & que
l'ancien privilége des Pairs a mile à l'abri de
toute peine afflictive , ne perdra pas même , à ce
qu'on dit , la jouillance des biens que lui a légués
le Duc de Kingfton , parce que la tradition qui
lui en a été faite par teftament , ne s'adreffe qu'à
la Comteile de Briftol.
On vient de créer une nouvelle commiflion ,
compofée de cinq perfonnes , qui feront chargées
de recevoir la foumiffion des Américains , & de
leur accorder les conditions dont on eft convenn
dans le cabinet . Le Lord Howe & le Général Ho❤
we , le fieur Cornwall font du nombre de ces
Commiflaires ; mais on ignore quels font les
deux autres qui partiront avec la derniere divifion
des troupes , portant d'une main la branche
d'olivier & de l'autre l'épée. Il paroît au furplus
décidé qu'on n'offrira aucune condition d'accom
modement aux rébelles , avant qu'ils n'aient mis
bas les armes & ne fe foient entiérement fou
mis.
On a reçu par le Williams beaucoup de lettres
de la Jamaïque , dont plufieurs confirment les
détails que le fieur Weatley , commandant du
bâtiment , avoit envoyés , relativement à neuf
vailleaux de ligne Effagnols , cinq frégates &
quatorze mille hommes de troupes qui , en pa-
Loillant devant le Cap François , ont infpiré quel
JUIN. 1776. 229
que crainte ; mais il y a toute apparence que ce
mouvement de la part des Efpagnols , n'a d'autre
but que de relever leurs garnifons , ce qui ſe
pratique régulierement tous les trois ans.
:
}
On apprend que l'efcadre du Chevalier Peter
Parker , fur laquelle l'Adminiftiation avoit fondé
de grandes efpérances , a été difperfée par une
tempête des plus affreufes on en a rencontré
une partie à cent lieues de la côte du Bréfil , une
autre fur la route de Sainte - Hélene en Afrique ;
quelques autres vaifleaux de cette efcadre ont
fait naufrage aux Bermudes , & quelques - uns ont
été pouflés vers différentes Ifles de l'Amérique ,.
où ils font arrivés dans l'état le plus déplorable.
Le commandement de l'armée Provinciale à
New-Yorck a été donné au Général Schuyter , &
le Général Lée s'eft mis en marche pour la Virginie
, dans le deffein de s'oppofer au Lord Dunmore
, & aux Généraux Clinton & Cornwallis .
Quelques lettres annoncent des avantages remportés
par le Gouverneur Martin fur les Infurgens,
dans la Caroline feptentrionale.
De Naples , le 30 Mars 1776.
La capitulation des Suifles de ce Royaume vient
enfin d'être renouvellée pour vingt ans .
De Paris , le 27 Mai 1776 .
On mande d'Alençon qu'à l'inftant du tremble
ment de terre vivement reflenti près de cette:
ville , le 30 Décembre de l'année derniere , l'eau
d'un puits , qui étoit profond de 45 à 50 pieds ,
& qui étoit très bonne , devint tout - à coup voi
230 MERCURE DE FRANCE.
râtre & infecte ; il fe forme à préfent à la furface
une croûte limoneule & épaifle , & les feaux avec:
lefquels on y puiſe , deviennent noirs à la feconde
ou troisième fois qu'on s'en fert,
PRÉSENTATIONS.
Le 28 avril , la marquise de Ducret eut l'honmeur
d'être préfentée à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale par la comreffe de Rochechouart.
Le même jour , le fieur Radix de Sainte- Foy,
miniftre plénipotentiaire du Roi près le duc des
Deux -Ponts , de retour ici par congé , a eu l'honneur
d'être préfenté à Sa Majeſté par le comte de
Vergeanes , miniftre & fecrétaire d'état au dépar
tement des affaires étrangeres .
Le même jour , le fieur du Faure de Rochefort ,
eut l'honneur d'ètre préfenté au Roi par
le Garde
des Sceaux , en qualité d'avocat-général de la cour
des Aides de Paris ; il a eu l'honneur de faire ,
dans la même qualité , fa révérence à la Reine &
à la Famille royale .
Le 1 mai , la marquife d'Eftourmel , la comtefle
Agathe d'Hautefort , chanoinefle du chapitre.
de Nivel , en Franche- Comté, & la comtefle de
Balby , ont eu l'honneur d'être préſentées à Leurs,
Majeftés & a la Famille royale , les deux premicres
par la comtefle d'Hautefort , dame pour
accompagner Madame , & la troifieme par
princefle de Monaco .
las
Le comte de Chafot , lieutenant- général , gow
JUIN. 1776. 230
verneur & commandant en chef à Lubec , a eu
F'honneur d'être préfenté au Roi & à la Famille:
royale.
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
Les mai , l'abbé Germanes eut l'honneur de
préfenter au Roi le troiſieme & dernier volume de
fon Hiftoire des révolutions de Corfe.
Le lendemain , l'évêque de Sénez a eu l'honneur
de préfenter au Roi & à la Famille royale l'Orai--
Jonfunèbre dufeu maréchal comte du Muy, pro
noncée dans l'églife des invalides .
Le 16 du même mois , le fieur de Vezou ,
écuyer , ingénieur géographe & généalogifte du
Roi , a eu l'honneur de préfenter à Sa Majeſté , à
Monfieur & à Monfeigneur le comte d'Artois
un tableau représentant la defcription hiftorique
des cartes généalogiques des trois races des Rois
de France & de la maifon royale de Bourbon. Sa
Majefté , à laquelle cet ouvrage eft dédié , a bien
voulu , ainfi que Monfieur & Monseigneur le
comte d'Artois , l'accueillir avec bonté.
Le 13 mai , le fieur Regnier a eu l'honneur de :
préfenter au Roi & à la Famille royale , le projet
d'un hôpital de malades ou d'un hôtel - dieu , dans .
lequel chaque malade feroit couché ſeul , & où ,
fans beaucoup de frais , ils feroient tous parfaite
ment.fecourus.
2,32 MERCURE DE FRANCE .
NOMINATIONS.
Le Roi , fur la nomination & la préfentation
de Monfeigneur le comte d'Artois , en vertu de
fon appanage, vient d'accorder l'abbaye de Thiers ,
ordre de St Benoît , diocèle de Clermont , à l'abbé
de Saint- Didier , vicaire- général de Mâcon , &
aumônier de Monfeigneur le comte d'Artois .
Le 12 mai , le fieur de Lamoignon de Malesherbes
, miniftre & lecrétaire d'état au département
de la maiſon du Roi , ayant remis à Sa
Majeſté la démiſſion de cette place , le Roi en a
pourvu le fieur Amelot , confeiller d'état , intendant
des finances & ci - devant intendant de Bourgogne
, qui a prêté ferment entre les mains de Sa
Majefté en qualité de fecrétaire d'état au département
de la maiſon .
Le marquis de Noailles , ci -devant ambaffadeur
auprès des Etats Généraux des Provinces Unies ,
ayant été nommé par le Roi ambafladeur près de
Sa Majesté Britannique , a eu l'honneur de faire ,
le 11 de mai , fes remerciemens à Sa Majesté , à
laquelle il a été préfenté par le comte de Vergennes
, miniftre & fecrétaire d'état au département
des affaires étrangeres , & de faire fa révérence à
la Reine & à la Famille royale.
Sa Majesté a auffi nommé le duc de la Vau
guyon , l'un de fes anciens menins , fon ambaf-
Tadeur auprès des Etats- Généraux des Provinces-
Unies.
Le 16 mai , le comte de Maurepas a prêté les

JUI N. 1776 233
ment entre les mains du Roi pour la place de chef
du confeil royal des finances , dont Sa Majesté l'a
pourvu.
Le Roi vient d'accorder les honneurs du Louvre
& le titre de duc au comte de Guines , ci devant
fon ambaffadeur en Angleterre. Sa Majesté a eu la
bonté de lui annoncer cette faveur par une lettre
de fa main.
Le 19 mai , le marquis d'Arbouville a prêté
ferment entre les mains du Roi pour la lieutenance-
générale de l'Ile de France , vacante par la
mort du marquis de Gironde.
Le Roi a nommé miniftre le comte de Saint-
Germain , fecrétaire d'état au département de la
guerre, qui , dans cette qualité , a affifté , le 19 ,
au confeil d'état.
Le 20 , le fieur de Clugny, ci -devant maître des
requêtes & intendant en Guienne , a eu l'honneur
d'être préfenté au Roi , & de faire fes remerciemens
à Sa Majefté pour la place de contrôleurgénéral
des finances , à laquelle Sa Majesté l'a
nommé fur la démiſſion du fieur Turgot.
Le Roi vient d'accorder l'abbaye de Mègemont
, ordre de Cîteaux , diocèle de Clermont
à l'abbé de Clédat , vicaire général de Caftres
chapelain de Sa Majefté & de Monfeigneur le
comte d'Artois , fur la nomination de ce Prince ,
en vertu de fon appanage.
Le 12 de mai , le fieur Sénac de Meilhan , maître
des requêtes , intendant du Hainault &
Cambréfis , eut l'honneur d'être préſenté au Roi
par le comte de Saint - Germain , miniftre & fecrétaire
d'état au département de la guerre , & de
faire les remerciemens à Sa Majefté , en qualité
d'intendant de l'armée.
234 MERCURE DE FRANCE.
ELECTION .
Le 13 mai , l'Académie Françoiſe a élu , avec
l'agrément du Roi , le fieur de la Harpe pour
remplir la place vacante par la mort du ficur Colardeau.
MARIAGES.
Le 28 avril , Leurs Majeftés & la Famille royale
ont figné le contrat de mariage du marquis d'Eltourmel
, mestre de camp en ſecond du régiment
de la Marche , dragons , avec demoiſelle Galard ;
celui du comte de Balbi , colonel d'infanterie ,
avec demoiſelle de Caumont ; & celui du comte
de Lammerville avec demoiſelle de Vandégre.
Le même jour , Leurs Majeftés & la Famille
royale ont figné le contrat de mariage du préfident
de la Briffe , avec demoiſelle de Bernage ,'
fille du fieur de Bernage de Vaux , conſeiller d'état
ordinaire.
Le 5 mai , le Roi & la Famille royale ont figné
le contrat de mariage du marquis de Fumel - Mont-
Segur , gentilhomme ordinaire de Monfieur &
meftre-de- camp de cavalerie , avec demoiſelle du
Tillet ; celui du marquis de Nadaillac , capitaine
au régiment de Royal Champagne , cavalerie ,
avec demoiſelle de Bragelongne.
JUIN. 1776. 235
NAISSANCE S.
George René de Fitte , eft né au château du
Barri le 14 avril 1776 , fils de Meffire Armand-
Marie Cafimir- Thérefe Genevieve- Emmanuel de
Fitte , feigneur d✩ Gariés , Caſteljaloux & autres
places , lieutenant de MM . les Maréchaux de
France au département de Riviere , Verdun ; & de
dame Anne Edgcumbe , & a été tenu fur les fonts
baptifmaux , par iepréfentant , par le lord Edgcumbe
, pair du royaume d'Angleterre & amital
de la Grande Bretage , & , en perfonne , par dame
Reine Buglet Ducernay , veuve de Meffice Pierre-
Henri de Fitte , chevalier de l'ordre royal & militaire
de St Louis , ancien capitaine de cavalerie
au régiment de Berri & commiflaire provincial des
guerres , ( le même dont M le maréchal de Saxe
Loue le zele & l'activité dans l'expédition d'Egra ,
par une lettre écrite par ce Général à M. de Breteuil
, alors miniftre de la guerre )
Les mai , la nommée Catherine Servinien , femme
de Thomas Beaurepaire , vigneron à Auxerre ,
eft accouchée fans douleur , en un quart d'heure ,
d'une fille & de deux garçons , dont l'un eft mort
deux heures après : les deux autres enfans le portent
bien , ainfi que la miere.
MORTS.
Jeanne-Anne Poncet de la Riviere , comteſfe
236 MERCURE DE FRANCE.
de Carcado , dame de l'ordre de la croix étoilée ;
époule de Louis Gabriel le Sénéchal , comte de
Carcado , maréchal de camp , eft morte à Paris le
22 avril , âgée de 45 ans.
Charles de Beraud de Courville , chevalier ,
ancien capitaine de grenadiers , doyen des chevaliers
de l'ordre royal & militaire de Saint Louis ,
mourut , le 4 avril , à Mont Midy , dans la 85*
année de fon âge
શી
Claude Louis le Bouthelier de Chavigni , marquis
de Ponts , brigadier des armées du Roi , eft
mort à Paris le 4 mai , dans fa 60° année .
N. Gauné de Cazeau , chevalier de l'ordre royal
& militaire de St Louis , lieutenant - colonel de
dragons & ancien de la pegouverneur
des pages
tite écurie du Roi , eft mort le 6 mai , dans fon
château du Fort , près d'Auxerre , à l'âge de 89
ans.
Charles - Etienne de Surirey de Saint Remi ,
chanoine de l'églife de Paris , abbé commendataire
de l'abbaye de Fontmorigny , ordre de Cîteaux ,
diocèle de Bourges , eft mort à Paris le 8 mai
dans la 57° année de fon âge.
Pierre-Jofeph Bareau , marquis de Girac , colonel
à la fuite de la cavalerie , eft mort à Paris ,
âgé de 45 ans.
Le fieur J Louis Roger , marquis de Rochechouard
, chevalier des ordres du Roi , lieurenant-
général de les armées , gouverneur de Péronne
, commandant en chef pour Sa Majesté en
Provence , eft mort à Paris le 13 mai , âgé de 59
ans.
Louife -Françoife- Joly de Fleury , veuve de
Jean - Nicolas Megret de Serilly, maître des
JUIN. 1776. 237
requête honoraire , confeiller d'honneur à la cour
des aides de Paris & intendant d'Alface , eft morte
le 16 mai.
Le marquis de la Feuillée , meftre de camp de
dragons , chevalier de l'ordre royal & militaire
de St Louis , ci - devant capitaine des levrettes de
la chambre de Monfieur , eft mort à Paris , le 18
mai , âgé de 64 ans.
On apprend de Ragule que la mere de l'abbé
Bofcowich , directeur d'optique de la marine de
France , eft morte dans la patrie au mois d'avril
dernier , dans fa 103 ° année . Elle laifle un fils
âgé de 80 ans , l'abbé Boſcowich qui en a 65 &
& une fille qui en a 62. Elle a confervé juſqu'à la
fin de la vie , l'ufage de fes lens , de fa raifon & de
La mémoire.
Simon Tramer , gagne-denier , eft mort à Paris
les mai , fur la paroiffe de Sainte Marguerite
âgé de 100 ans 6 mois & 22 jours : il a confervé
fa raifonjufqu'au dernier moment de la vie , dont
une chûte a avancé le terme.
LOTERIES.
Le tirage de la loterie de l'Ecole royale militaire
s'eft fait le 6 Mai . Les numéros fortis de
la roue de fortune font 36 , 24 , 62 , 19 , 88. La
prochain tirage le fera le 5 Juin .
Le cent quatre-vingt- cinquième tirage de la Lote
rie de l'Hôtel - de - Ville s'eft fait , le 25 du mois
de mai , en la manière accoutumée . Le lot de
cinquante mille liv . eſt échu au Nº. 53357 Celui
de vingt mille livres au Nº. 41720 , & les deux
de dix mille liv. aux numéros 42614 & 51141 .
Bayerische
Staatsbibliothek
238 MERCURE DE FRANCE .
TABLE.
IECES FUGITIVES en vers & en profe , pages
Mithridate à fon fils Pharnace ,
PIECES
L'apologie des femmes ,
L'Honneur & l'Amour ,
A Madame C** ,
ibid.
10
13
Is
Les dangers de l'ignorance ,
Vers marotiques à M. le Comte de Treflan ,
La voliere & l'oifeau des champs ,
Le loup , le mouton & l'agneau ,
18
31
32
34
L'homme & le boeuf, 39
Le brutal obligeant , 40
Le Dante & le Maréchal , 45
A Madame la Comtefle de la R....
46
Vers à M. Delmarais , 47
Vers à Madame ** , 49
Vers de Mlle d'Ormoy, so
La guirlande , SI
Epître à M. Guillotin ,
Romance ,
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES,
Air,
NOUVELLES LITTÉRAIRES , •
Dictionnaire de l'Induſtrie ,
Zabbet ,
Abrégé des élémens d'arithmétique , & c.
Difcours fur différens fujets ,
53
53
57
ibid.
60
59
68
ibid.
86
96
98
JUIN.
1776.
239
Mémoire fur une queſtion de
géographiepratique
,
105
Bibliotheque univerfelle des Romans ,
108
Anecdotes du regne d'Edouard II.
135 L'art du chant figuré ,
139
Manuel du Jardinier ,
145
Ellai fur les moyens de rendre les facultés de
l'homme plus utiles à fon bonheur ,
Théâtre du monde ,
Abrégé hiftoriq. des ordres de Chevalerie ,
Suppl au traité de l'éducation des abeilles ,
Les moeurs des Germains ',
La fille de trente ans ,
Des pierres précieufes & des pierres fines ,
Mem. de
mathématiques & de phyfique ,
Hiftoire des progrès de l'efprit humain ,
Mémoires Turcs ,
Livres proposés au rabais ,
Annonces
littéraires ,
ACADÉMIE.
Paris ,
161
162
147
152
155
157
152
160
163
164
163
171
178
Dijon ,
ibid.
180
SPECTACLES.
Opéra
183
ibid.
Comédie
Françoile ,
185
Comédie
Italienne
2 188
ARTS. 192
Gravures ibid.
Mufique .
205
Architecture ,
209
Botanique 218
Cours de
mathématiques ,
190
Lettre de M. de
Voltaire,
213
Variétés ,
inventions , &c.
214
Anecdotes.
218
240 MERCURE DE FRANCE.
Avis ,
Nouvelles politiques ,
Préfentations ,
d'Ouvrages
Nominations ,
Election
Mariages ,
Naiflances ,
Morts ,
Loteries,
221
226
230
231
232
234
ibid.
1235
ibid.
237
AP PROBATION.
J'Arlu , par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux , le Mercure de Juin 1776. Je n'y
ai rien trouvé qui doive en empêcher l'im
preffion .
A Paris , ce 2 Juin 1776 .
5
DE SANCY,
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe
près Saint Côme,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le