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MERCURE
DE FRANCE , 18291
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES:
MAI , 1776 .
Mobilitate viget. VIRGILE .
Beugnes
A PARIS,
Chez LACOMBE , Libraire , rue Chriſtine,
près la rue Dauphine.
AvecApprobation & Privilége du Roi.
i 16
Far
AVERTISSEMENT.
C'EST au Sieur LACOMBE libraire , à Paris , rue
Chriſtine , que l'on prie d'adreſſer , francs de port,
les paquets& lettres , ainſi que les livres , les eftampes,
les piéces de vers ou de proſe , la muſique
, les annonces , avis , obſervations , anecdotes
, événemens finguliers , remarques ſur les
ſciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peut inftruire ou amuſer le
Lecteur. On prie auſſi de marquer le prix des livres
, eſtampes & pièces de muſique.
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
des amateurs des lettres& de ceux qui les
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que l'on paiera d'avance pour ſeize volumes rendus
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libraire, àParis , rue Chriſtine.
FCC 18.291
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Juivans , portfranc par la Pofte.
JOURNAL DES SAVANS , in-49. ou in-12 , 14 vol. a
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JOURNAL DES CAUSES CÉLÈBRES, 12 volin-12 par an ,
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cahiers par an , à Paris & en Province , 181 .
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A ij
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Révolutions de Ruffie , in-8° . rel. 21, 10 f,
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Diction. Iconologique , in-8°. rel. 31.
Dist. Ecclef.&Canonique , 2vol. in-88. rel. . و1
Dict. des Beaux-Arts , in-82 , rel. 41. 10f.
Abrégéchronol. de l'Hiſt du Nord , 2 vol. in-89. rel. 12 1.
de l'Hift. Eccléſiaſtique , 3 vol. in-8°. rcl. 18 1.
-de l'Hift. d'Eſpagne & de Portugal , 2 vol. in-8 °
rel. 121.
--de l'Hist . Romaine , in-8º rel . 61.
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Théâtre de M. de Sivry , vol . in-8º . br. 21.
Bibliothèque Grammat. in-8 ° . br. 21. 10f.
Lettres nouvelles de Mde de Sévigné , in- 12 br. 2 1. 10f.
Les mêmes , pet. format , 11.16f.
Poëme fur l'Inoculation , vol. in-8° . br. 31.
Traité du Rakitis , ou l'art de redreſſer les enfans contrefaits
, in-8 ° , br. avec fig. 41.
Elogede la Fontaine , par M. de la Harpe , in-8 °. br.
11.46.
Les MuſesGrecques , in-8 ° .br . 1. 166.
Les Odes Pythiques de Pindare , in-8º . br. 1.
Monumens érigés en France à la gloire de Louis XV , &c .
in- fol . avec planches br. en carton , 24
Mémoires ſur les objets les plus importans de l'Architec
ture , in-4 ° . avec fig . br . en carton , 12 1.
Les Caractères modernes , 2 vol. br. 31.
Mémoire fur la Muſique des Anciens , nouvelle édition,
in4º, br. 71.
Journal dePierre le Grand , in- 8º. br .
L'Agriculture réduite à ſes vrais principes, vol. in-12.
broché,
1778-
MERCURE
DE FRANCE .
ΜΑΙ , 1776.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ODE.
LES RÈGLES DE L'ODE.
Vous qu'on révereen Theſſalie',
OMules ! guidez mes travaux !
Coule enmon ſein , ô Caſtalie !
Grande contrée de la Grèce , aujourd'hui Janna.
*Fontaine au pied du Parnaffe.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Que je m'enivre de tes eaux !
Apollon , accorde ma lyre ,
Que ton ſouffle divin m'inſpire :
Deſcends me preſcrire tes loix ;
Parle , enſeigne-moi ſur quel mode
On doit& faire & chanter l'Ode ,
Je ſerai l'écho de ta voix.
Foible mortel ! qu'ofes-tu faire?
Ta main te cueille des cyprès ;
Hélas ! ſur ton front téméraire
Vois retomber tes propres traits .
De Thrafidas ' le fort funefte ,
Ce fort eſt le ſeul qui te reſte.
Faire des loix ! quelle fureur !
De tes pareils c'eſt la manie :
Les ſuivre,voilà le génie ,
Voilà ta perte& leur erreur.
Hé bien , franchis cette barriere ,
Pars , vole , jeune ambitieux :
Mais tremble que ta tête altiere
Ne ſe briſe contre les cieux.
* Il conſeilla à Buſiris , pour faire tomber de l'eau ,
de faire immoler les Etrangers qui étoient dans fes
Etats. Le Roi connut qu'il étoit étranger lui-même ,
& lui dit : « Je vais commencer par vous à faire pleuvoir
»
ΜΑΙ. 1776 . 7
LesDieux puniſſent notre audace :
Le foible auprès d'eux trouve grace ;
Ainſi s'élevadans les airs
Le fier , l'impétueux Pindare ¹.
Qui ſe fie aux ailes d'Icare
Se noie avec lui dans les mers .
Plane au milieu de l'atmoſphere :
S'il te faut redouter les cieux ,
Tu dois auſſi craindre la terre ,
Ces écueils ſont pernicieux .
Suis , imite le ſage Horace ,
Natif de Thèbes soo ans avant J. C. pere de
l'Ode , chantre d'Achille & d'Uiyſſe ; il mourut 436
ans avant J. C. Son ſtyle eſtſi fublime , que ſouvent
on ne le comprend pas. Il eſt encore des Auteurs de nos
joursqui croient,ens'échafaudant,ſe rendre merveilleux ;
mais je crois que s'ils étoient de bonne foi , ils conviendroient
qu'ils font inintelligibles pour eux mêmes.
* Fils de Dédale ; ils étoient tous deux enfermés
dans le labyrinthe de Crète , que celui-ci avoit conftruit.
Dédale ſe fit à lui-même & à Icare des ailes pour
ſe ſauver de leur prifon; il recommanda à ſon fils de
ne point s'approcher trop près du ſoleil , dans la crainte
que la chaleur ne fondit la cire qui tenoit ſes plumes.
Le jeune homme ne profita point de ces ſages conſeils ,
& tomba dans un bras de mer auquel il donna fon
nom.
3 Poëte Latin très-connu , qui nâquit àVénuſe d'un
Affranchi , 63 ans avant J. C. Il mourut à 17 ans
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Il fut la route du Parnafle ' .
Du parfum né ſur chaque fleur,
L'abeille économe & prudente
Fait fon profit , & nous préſente
Unmêts auſſi doux que flatteur.
Près de ces lieux tu dois entendre
Les airs du Chantre de Théos ² ;
Ne t'y laiſſejamais ſurprendre ;
Son luth , le charme de Paphos ³ ,
Flatte peu les neufImmortelles.
Tels jadis ces monſtres femelles ,
Sur des rochers harmonieux ,
Rendirent la mer de Sicile
Long-temps en naufrages fertile
Par leurs concerts mélodieux.
Avecun apprêt trop févere
Mont de la Phocide conſacré auxMuſes.
*Anacréon étoit de Théos ; il nâquit environ 532
ans avant J. C. & mourut à l'âge de 85 ans. Son ſtyle
eſt délicat & aiſé , même trop aisé ; l'Ode d'ailleurs
demandedes ſujets plus élevés que ceux qu'il a traités.
3Ville de l'Isle de Chypre conſacrée à Vénus.
4 Les Sirenes .
5Claudien dit que les Sirenes habitoient ſur des
rochers harmonieux dans la mer de Sicile; écueilsoù les
Voyageurs alloient échouer ſans regret & expiroient
dans l'enchantement.
ΜΑΙ. 1776. :
MonterauPinde eſt un halard:
Le Dieudu goût , ce Dieu préfere
Unbeau déſordre enfant de l'art.
S
L'artdégrade-t- illa nature
Quand il emprunte ſa figure?
Viton fur les bords du Cidnus *
D'Antoine³ la célebre Amante
Etmoins belle & moins féduiſante
Avec les habits de Vénus + ?
Sois le maître de ton génie ,
Avec ſagefleprend l'effor ,
Et fais qu'une fleur ſoit ſuivie
D'une autre fleur plus belle encor.
Le dégoût bien ſouvent fuccede
*Mont entre la Theffalie & l'Epire , confadré aux
Muſes .
* Fleuve de Tarſe ſur lequel Antoine vit Cléopatre
pour la premierefois.
3 On connoît les amours de Marc - Antoine le
Triumvir & de Cléopatre , Reine d'Egypte.
4Quand Cleopatre alla trouverAntoine enCilicie ,
elle s'embarqua ſur le Fleuve Cidnus ; la poupe du
Bâtiment qui la portoit étoit d'or , les voiles de pourpre
, les cordages de foie & d'or , les rames d'argent .
Elle aborda au ſon des inſtrumens ; elle étoit couchée
ſous un pavillon tiſſu d'or ; elle étoit à moitié nue &
n'avoit que les habillemens ſous leſquels on a coutume
de repréſenterVénus .
Av Y
10 MERCURE DE FRANCE.
Aumerveilleux qui le précede.
Va voir le matin dans nos champs ,
Va voir s'élever l'alouette ,
Va voir la conduite difcrete
Etde fon vol & de ſes chants .
Par un Affſocié de l'Académie d'Angers.
SALADIN ou le Plaideur généreux.
CERTAIN Guerrier de Tartarie,
Que l'on nommoit Aboul-Cazem ,
Quittant ſa fauvage patrie
Se rendit à Jérusalem.
1
L'objet de ſon péterinage
Etoit l'opulent héritage
D'un frere aux faints lieux décédé :
Il comptoit en jouir ſans peine ;
Mais avant tout , par droit d'aubaine ,
Le fiſe en avoit hérité.
Conquérant de la Ville ſainte ,
Saladin , par ſes douces loix ,
Tempéroit le deuil & la crainte
Qu'avoient excité ſes exploits.
LeTartare , avec pétulence ,
Oſa demander au Cadi
ΜΑΙ. 1776 .
Des biens ſaiſis la délivrance :
Surpris d'un trait auſſi hardi ,
Le Juge ſurſeoit la ſentence.
D'ailleurs juger undifférend
Qui regardoit un Conquérant ,
L'entrepriſe étoit dangereuſe.
Il conta le fait au Sultan ,
Dont l'amegrande &généreuſe
Pouvoit aider ſonjugement.
Il n'oublia pas la licence
Dont avoit uſé le guerrier ;
Mais imputant ce ton d'aiſance
Soit au climat , ſoit au métier ,
Loin d'en folliciter vengeance ,
Il en plaiſanta le premier.
Roi , dit-il , plus grand qu'Alexandre,
Toi , dont les bienfaits , les vertus
Enchaînent cent Peuples vaincus ,
Dicte l'arrêt quejedois rendre;
Dois-je , en adouciffant les loix ,
Au demandeur être propice ,
Ou faut- il maintenir tes droits ?
Saladin répond : Fais juſtice ;
Themis aveugle& fans caprice
Se doit au Peuple comme aux Rois,
D'après un tel ordre ſuprême
Le Juge ajourna lesPlaideurs :
:
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
Tout ſe termina ſans longueurs ;
Le Sultan comparut lui-même.
Voir un fi grandPrince debout
Plaider comme un fimple Tartare,
Sembloit un ſpectacle bizarre.
Le vrai mérite oublioit tout.
2
:
i
Le Scythe ignoroit la pratique ,
Et le droit d'aubaine & les loix :
Des dards , une hache , un carquois ,
Compoſoient toute la logique.
Il réclame tout uniment
Les biens que pofléda ſon frere:
D'après maint folide argument
Qu'aidoit le droitde Conquérant,
Le Prince obtientun jugement
Quicondamne ſon adverſaire.
Aboul-Cazem , loin du Cadi ,
Alloitdéplorer ía défaite ,
Quand le vaillant Prince attendri
Ordonne auffi -tôt qu'on l'arrête.
Le Scythe trembloit pour ſa tête.
LeConquérantqui démêloit
De la franchiſe, un coeur bien fait
Sous le ſombremaintien du Scythe ,
Lui dit , en lui tendant la main :
Vois ſans frayeur un Souverain
Qui connoît le prix du mérite.
MAI. 1776. 13
Pour avoir les biens délaiſtés
D'autres ſe ſeroient adreſlés
Sansdouteàmabonté propice;
Toi , prélumant ce Tribunal
Entrenousdeux impartial ,
Tun'invoquas que la justice.
Qu'aux yeux d'un Vainqueur généreux
Cetacitehommage a de charmes !
Ami , reviens de tes alarmes ;
N'attends qu'un ſort avantageux.
Desbiens éloignés de Scythie
Tarracheroient à ta patrie ; - ;
Reçois-en deux fois la valeur :
Vole oublier unjour de peine
Sur les rives du Boriſthene ,
Pendant un fiecle de bonheur.
Quene puis - je en ces doux aſyles ,
Oùdes vergers , des champs fertiles
D'un Peuple humain comblent les voeux ,
Paſſer les momens inutiles
Oùje ne fais pas des heureux !
:
Cadi , modele de prudence ,
Souviens- toi que la vigilance
Quidoit au vice un châtiment ,
Veutqu'on couronne le mérite ,
Sous tel humble toît qu'il habite ,
Et que le tonde courtiſan
MERCURE DE FRANCE.
N'eſt pas le partage d'un Scythe :
Apprends auſſi que la candeur
Eſt préférable à l'art trompeur
D'un infidieux politique:
Qu'être admis au ſoin précieux
De la félicité publique
Par un Princejudicieux ,
C'eſt de ton emploi glorieux!
L'attribut le plus magnifique.
:
ParM. Flandy.
ン
VERS adreffés à Monsieur le Comte
DE MONTBOISSIER .
QUELLE foule , bon Dieu !
grefle
f
& quels cris d'alé-
Se font entendre autour de moi !
Comte , fi vous voyiez comme ici tout s'empreſſe
Pour applaudir au choix du Roi !
Chacun dit que Louis aujourd'hui récompenſe
Et vos vertus & vos exploits.
Aux accens de toute la France
Me fera-t- il permis d'unir ma foible voix
Ils ſont gravés dans notre hiſtoire ,
Etle François encor rappelle en ſa mémoise
MAI. 1776 . 15
Ces jours où l'on vous vit , plein d'une noble
ardeur,
Du ſoldat épuisé ranimer la valeur ,
De cent foudres d'airain affrontant la tempête ,
Autourde vos drapeaux ranimer les fuyards ,
Et courant avec eux à de nouveaux hafards ,
De l'heureux Frederic arrêter la conquête .
Mais , Comte , chaque fiecle a produit ſes Guerriers
,
Et leurs trop funeſtes lauriers
Sont toujours arroſés de larmes.
Qu'aumilieude la paix vos vertus ontde charmes!
Qu'il eſt beau de vous voir dans les temps malheureux
1
Avos nombreux vaſſaux prodiguer vos richeſſes ,
Offrir à l'indigent un ſecours généreux ,
Et le nourrir de vos largeſſes !
Tantôt parcourant les guérêts ,
Inftruit des ſecrets de Cérès ,
Vous donnez au laboureur même
Des leçons de cet art qu'enſeigna Triptolême³.
Oui, c'eſt dans le beau rang où Dieu vous a place;
I
Le Comte de Montboiffier eut deux chevaux tués
ſous lui à Rosbak , où il commandoit une diviſion ,
étant alors Lieutenant-Général .
* Les bleds étant fort chers , il en fit diſtriſtuer à bas
prix à tous ſes vaſſaux.
Ileft de pluſieurs Sociétés d'Agriculture,
16 MERCURE DE FRANCE.
Qu'il eſt beau des'égaler au vulgaire ;
De l'orgueil des Puiſſans le foible eſt offenſé,
Et la hainepublique eſt fon juſte ſalaire ,
Tandis qu'heureux par vos bienfaits
Les Peuples béniront ſans cefle
UnMonarque dont la ſageſle
Amis le comble à leurs ſouhaits.
Louis ,du biende ſes ſujets
Fit toujours ſa plus chere envie:
Il ſait qu'en tout temps occupé
Du ſoin de ceux qu'il lui confie ,
Defon propre intérêt Montboffier peu frappé ,
Pour lebonheur des ſiens toujours ſe ſacrifie.
ParM. l'Abbé Legros.
LA RÉMOULEUSE.
Conte.
CERTAIN Gagne Petit,jeune &taillé , ma foi !
Pourgagner gros ſur un coeur de fillette ,
S'en alloit dans un bourg chantant la chanfone
nette.
Onm'a dit qu'il étoit auffi content qu'un Roi ;
Je dis qu'il l'étoit plus : car rouler la brouette
Et conduire un état nefontpas même emploi,
1
S
MAI . 1776 . 17
On fe lafleà forced'ouvrage.
Mon gars bâilla , puis dans un coin
S'en fut dormir vingt pas plusloin ,
Dos contre mur , poing ſous vifage.
Liſe vientàpaſſer ; Liſe cu: toujours l'eſprit
Vif , enjoué, folâtre & ruſé. Life rit ,
Voit la brouette , s'en approche ,
Prenddes ciſeaux dans le fond de ſa poche ,
Met un pied où l'on fait , range ſon cotillon ,
Etdu ſabotpercé tire le goupillon.
L'eau tombe gourte à goutte,& les ciſeaux de Life,
Raſant la meule en feu s'aiguiſent à ſa guiſe ,
C'eſt- à-dire affez nal ; pour ſurcroît de malheur
Le cri dugrais qui s'uſe éveille le dormeur.
Il ſe leve , il accourt: elle veut fuir& tombe.
Quand on a le pied pris, force eſt que l'on luccombe.
Life s'agite , hélas ! ſans ſe débarraſſer.
Telle on voit une pauvre grive
Que par la patte un fil vient d'enlacer ,
Sedébattre& le trémoufler ,
Sur-tout quand leChaſſeur arrive.
Le Rémouleur demanda de l'argent.
« Je n'en ai point , lui dit la Belle ,
>> Et mon affaire en eſtplus criminelle;
>>Mais pour te payer autrement ,
>>Prends moi vîte un baiſer comptant ».
Soit par timidité , ſoit plutôt par malice ,
18 MERCURE DE FRANCE.
Il lui jura , d'un air novice ,
Qu'il n'en prendroit qu'un ſeulement.
Un ferment ſi nouveau déplut à la Bergere ,
Qui dit , en lui donnant ce baifer de francjeu :
« Frippon , puiſque tu prends fi peu ,
>> Je vais chercher encor les ciſeaux de ma mere ».
Par M. Auguste.
A Mademoiselle COLOMBE , jouant le
rôle de Bélinde dans la Colonie .
AINSI de la fiere Aufonie
1
1,11
Colombe , tu nous rends les chants lesplusbrillans:
En vain la critique & l'envie
Armeroient contre toi leurs efforts impuiſſans.
'" :
Aimable enfant de la nature ,
Par quel ſon de voix enchanteur,
De l'art furpatlant l'impofture ,
Tu fais ravit l'ame du Spectateur !
Vénus applaudit à ta gloire ,
Elle-même prend foin d'embellir tes attraits;
Son fils , quand tu parois , eſt für de la victoire,
Dans tous lescoeurs tu fais pafler ſes traits.
Pourſuis ta brillante carriere ,
ΜΑΙ. 1776. 19
Aumilieu des plaiſirs , des ſuccès éclatans ,
L'Amour couronne tes talens
AuThéâtre ainſi qu'à Cythere.
Par M. R...
A Monfieur MOLÈ , à l'occaſion d'une
Fête qu'il donnoit.
Sous des lauriers les jeux te ſont permis ;
Ilsdoivent prèsde toi voler quand tu l'ordonnes :
La gloire ſans doute a ſon prix ;
Mais toujours quelqu'épine eſt jointe à fes cou
ronnes:
Sois le plus gai de tous ſes favoris :
Moque- toi des jaloux : tu plais , ils font punis ,
Et punis doublement , puiſque tu leur pardonnes.
Au Public échappé , dépêche-toi , jouis;
Ettiant pour ton compte au ſein de tes amis ,
Paye-toi par tes mains du plaifir que tu donnes.
Par M. D**
20 MERCURE DE FRANCE.
EPITAPHE de M. COLARDEAU .
CI GIT letendre écho des regrets d'Héloïſe.
Nous admirions ſa muſe auprèsde Popeaſſiſſe.
Aumidi de ſes jours faut- il que l'Univers
Donne à ſa mort les pleurs qu'il gardoit pour les
vers ?
EPITRE AUX POETES MODERNES,
AMANSdes Muſes , pauvres diables
Qui courez à la gloire au milieu des ſifflets ,
Et qui vivez bien miſérables
Dans le riſible eſpoir de ne mourir jamais ,
Yous arrivez trop tard;Apollon ſe repoſe :
Il laifle pendre aux chênes d'Hélicon
Sa vieille couronne de roſes ;
Dans l'âge heureux de la raiſon ,
On n'eſt plus rien que par la proſe.
La rime agoriſante a perdu ſon renom ;
Aa beau ſexelui - même elle a ceſſé de plaire ,
Témoin nos femmes du bon ton :
Un luth galant ne ſauroit les diſtraire.
De la maîtrefle de Cléon
i
MAI. 1776 . 2L
J'ai vu gémir la chiffonniere
Sous legrave poids de Bacon.
Lock enivre Cloé ; Liſe la minaudiere
Anone doctement Collins & Warburton ,
N'applaudit , n'admire Voltaire
Que quand il explique Newton,
Ou raiſonne ſur la lumiere.
Doris , raffole de Platon ,
Découvre un monde imaginaire ,
Avec Deſcartes habite un tourbillon ,
Goûte Tyco- Brabé , veut expliquer la ſphere ,
Et croiroit déroger en liſant Pavillon .
Qu'êtes-vousdevenus , Hôtel de Longueville;
Boudoirs de Sceaux , Jardins d'Anet !
Lesjeux aux vrais talensouvroient le tripleaſyle ,
La riancebeauté ſans orgueily brilloit ,
Et la Muſe la plus facile
Etoit celle qu'on accueilloit.
Dans un Temple charmant que leGoût ſe rappelle
Etdont lui ſeul étoit le Dieu ,
L'Amour avoit une chapelle
Quedeſſervoit leGrand- Prêtre Chaulicu :
Pontife un peu goutteux , mais célébrant fidele ,
Et digne en tout des Prêtreſſes du lieu.
Là jamais n'entra la ſageſſe ,
Amoins qu'elle n'eût prisun hochet à lamain ,
Et n'eût ſemé des leurs ſur le chemin
Qui mene l'homme àla vicilleſſe.
22 MERCURE DE FRANCE.
On n'y diſoit pas quatre mots
Sur la cherté des grains ou les effets royaux ;
Les Miniſtres régnans, leur faveur, leurs diſgrâces
Ne venoient point attriſter les propos ;
En choeur on ybuvoit aux Grâces ,
Ou, s'il étoit aimable , on chantoit un Héros.
Aujourd'hui quelle différence !
L'ennui préſide à nos repas ,
:
On n'y rit plus , on n'y boit pas :
Des buveurs d'eau la froide engeance
Ofe armer Comus d'un compas ,
A les côtés fait aſſeoir l'abſtinence ,
Er regle à l'entremêts le deſtin des Etats.
Etpuis faites des vers ! Par-tout des froids Ariftes,
Des gens ſombres, des protecteurs .
Citez-moi , s'il vous plaît , deux accidens plus
triftes
Que des diners d'Agriculteurs
Et des ſoupers d'Economiſtes ?
J'aime les Fous à table & non pas les Docteurs.
ParM. D**.
1
MAI. 1776 . 23
:
LETTRE à M.le Marquis de *** avec
l'extrait d'un Livre intitulé : Récit vé .
ritable de la naiſſance de Meſleigneurs
& Dames les Enfans de France (de
Henri IV & de Marie de Médicis )
avec les particularités qui y ont eſté &
:. pouvoient eſtre remarquées. Par Louiſe
Bourgeois,dite Bourfier, Sage-Femme
de la Royne *.
Apeine a- t- onconnu la moitié de ſon âme !
L'EDITEUR.
Je conçois votre impatience , mon cher
Marquis. Si les moindres particularités
de la vie privée des grands hommes ,
ont toujours droit d'intéreſſer les coeurs
ſenſibles , il n'eſt pas étonnant que vous
afpiriez li vivement après l'extrait d'un
ouvrage ignoré juſqu'ici , & où le bon
naturel du plus grand & du meilleur de
nos Rois , ſe trouve peint , pour ainſi
dire , en action , par une main qui ne
ſauroit être ſuſpecte .
*A Paris , chez Melchior Mondier , en l'ifße,
du Palais , rue du Harlay , aux deux Vipères .
1625 , in- 12. Avec privilége du Roi,
14 MERCURE DE FRANCE.
Mais n'ai je point à craindre , en cé
dant à vos deſirs , & fur-tout dans un
fiècle aufli poli & auſſi delicat que le
nôtre ! ) d'encourir une eſpèce de ridicule
, en retraçant des moeurs, qui paroîtront
peut - être auſſi gothiques qu'incroyables
, aux élégans Légiflateurs de
nos Bureaux d'esprit , ainſi qu'aux merveilleuses
, toujours fi emphatiquement
prônées par leurs affidus commençaux ,
&ſouvent ſi peu dignes de l'être ?
C'eſt donc pour vous , uniquement ,
mon cher Marquis , pour vous dont
l'ame , toujours neuve , eſt au-deſſus des
délicateſſes du jour , que j'entreprends
Peſtampe d'un tableau , où vous verrez
le bon Henry, dans ſon ménage , éprouvant
tous les ſentimens qu'inſpire la nature
, s'y livrant ſans tougir , ainſi qu'un
bon & franc Bourgeois ; & dès-là , s'il
ſe peut , plus cher qu'il ne l'étoit encore,
à ceux dont l'ame eſt faite pour s'applaudir
d'avoir quelques rapports avec celle
du vrai Héros , que chaque jour fait encore
mieux connoître.
Après ceci , mon cher Marquis , c'eſt
la Bourfier qui va parler , quoiqu'un peu
moins pofitivementque dans fon livre.
La première groſſeſle de Marie deMédicis,
ΜΑΙ. 1776 . 25
dicis , eſtant déclarée , on ſongeoit à lui
donner Madame Dupuis pour Sage Femme
: ce que la Royne n'avoit guères agréable
.. ce qui engagea les Médecins à en
chercher une ſeconde pour travailler avec
la Dupuis. Mais le Roy , prévenu en
faveur de cette femme , ( qui avoit ſervi
la Ducheſſe de Beauford ) , ne vouloit
point que la Royne en viſt ni entendit
parler d'aucune autre ; & dit même , en
ſe fafchant , que la première perfonne qui
en parleroit à la Royne , il lui monftreroit
qu'il lui en defplairoit.
Cependant eſtant protégée par les Médecins
, par Madame Conchine, & autres
Dames de la Cour , je fus préſentée ſecrettement
à la Royne , qui leur dit naïvement
: que veut- on queje faffe ? leRoy
veut m'en donner une qui ne me plaist pas :
ilfaut bien que je paſſe par là ! ... Affurezla
pourtant , (( dit- elle , quelques jours
après , à Madame Conchine ) , quejamais
autre qu'elle ne me touchera .
Quelques jours après *, le Roy prêt à
* L'Editeur ſupprime un grand nombre de
circonstances aſſez indifférentes , & fur-tout les
intrigues de la Cour en faveur des deux rivales .
B
26 MERCURE DE FRANCE
partir pour la Picardie , dit à ſa femme :
ma mie , vous partirez après moy pour
Fontainebleau ( où la Royne devoit faire
ſes couches ) , où vous ne manquerez de
rien qui vous foit néceſſaire. Vous aurez
Madame ma soeur , qui est la meilleure
compagnie du monde , &c. vous aurez
enfinMadame Dupuis, votre Sage Femme.
A quoi la Royne commença à branfler
la tête , & dit : La Dupuis ? ...je ne me
veuxfervir d'elle.
Sur quoi le Roy , demeurant fort eftonné
: comment , ma mie , ( lui dit- il ) ,
avez- vous attendu mon département pour
me dire que vous ne vouliez pas de Madame
Dupuis ? ... Eh ! qui voulez- vous
donc?
Je veux , ( ſe dit-elle ) , unefemme encore
affezjeune , grande , & allégre , qui
a accouché Madame d'Elboeuf, & laquelle
j'ay veue à l'hostel de Gondy- Comment,
ma mie ! eh ! qui vous l'afait voir? ..
Est- ce Madame d'Elboeuf?-Non ; elle
eft venue defoy.-Je vous affeure , ( reprit
le Roy ) , que ni mon voyage, ni affaire
quej'aye , ne me mettent en peine comme
cela .... que l'on m'aille chercher M. du
Laurens.
Ce premier Médecin tranquilliſa le
1
ΜΑΙ. 1776 . 27
Roi fur ma capacité. Il en voulut pourtant
le témoignage de la part d'une douzaine
de femmes de qualité , qu'on lui
dit que j'avois ſervies ; & conſentit après
cela aux deſirs de la Royne.
Le lendemain du départ du Roy , elle
me fit appeler.... je fus introduite par
Mademoiselle de la Renouilliere , la première
Femme de Chambre , qui lui dit :
Madame , voici la Sage Femme que Votre
Majesté a choisie...Oui, (s'écria la Royne) ,
je l'ai choiſie ;je la veux : je ne me trompayjamais
en chose que j'ay choifie ...
qu'elle s'approche.
La Royne , en me voyant , ſe prit à
rire , avec une couleur vermeille qui lui vint
aux joues , me dit de la venir voir le len.
demain au lict , fit commander au Tapiffier
d'en tenir un prêt pour moi, & m'ordonna
de préparer mon coffre pour partir
avec elle dans trois ou quatre jours .
Au départ pour Fontainebleau , je
fus miſe dans le carroſſe de la Royne ,
dans le quel eſtoit Madame de Guercheville
, avec Madame Conchine , chacune
à une portière , & Maistre Guillaume , le
fol du Roy, que l'on mit du côté du cocher.
Le voyage ſe fit en deux jours. La
Bij
28: MERCURE DE FRANCE.
couchée du premier ſe fit à Corbeil , en
une hoftellerie , où il n'y avoit qu'une
meſchante petite chambre , baſſe de plancher
, bien étouffée , pour la Royne ; &
l'on mit coucher les Femmes de Chambre
& moy , dans ce qui estoit marqué
pour le cabinet de Sa Majeſté... Iln'y
ayoit mesme entre fon lict & le mien ,
qu'une petite cloiſon de torchis.
Le diſné fut à Melun , au logis de M.
de la Grange-le-Roy , où il n'y avoit aucuns
meubles ; & fur-tout il y avoit de
groffes pierres , au lieu de chenets... L'on
avoit fait du feu , encore que ce fuft vers
la fin d'Aoust , car il ne faisoit pas trop
chaud... Tandis que la Royne avoit le
dos tourné au feu , des buſches , qui
eſtoient extrêmement groſſes , vinrent à
eſbouler... J'estois au jambage de la cheminée
; je me jette à bas pour en arrester
une groffe ronde & très-forte , qui alloit
tomber fur les talons de la Royne , & qui
l'euft infailliblementfait tomber en arrière
dans le feu ... Voilà le premierſervice que
j'eus l'honneur de lui rendre , & au Roy
qu'elle portoit.
Arrivée à Fontainebleau , je ſuivis la
Royne en ſa chambre , d'où je ne bou
geayque pour manger & dormir... a
MAI. 1776 . 29
Mademoiselle de la Renouillière medit,
de la part de Sa Majeſté ; qu'arrivantfon
accouchement ,je ne m'eſtonnaſſe d'aucune
choſe queje peuſse voir ou entendre... Qu'il
Se pourroit faire que quelques personnes
faſchées de ce qu'elle m'avoit priſe , me
pourroient dire ou faire quelque chose pour
me fafcher ou intimider. Que cela arrivant
, je ne m'enfouciaſſe nullement....
Queje n'avois affaire qu'à elle ; & qu'elle
n'entreroit jamais en doute de ma capacité...
Queje fiſſe d'elle enfin , ainſi que
de laplus pauvre femme de ſon Royaume ,
&defon enfant , ainſi que du plus pauvre
enfant...
Souvent la Royne me demandoit ce
que je penſois qu'elle duſt avoir ? ... Je
l'aſſurois qu'elle auroit un fils ... & véritablement
, je dirai ce qui me le faiſoit
croire :je la voyois fi belle , & avec un fi
bon tein , l'oeil fi bon & fi clair , quefelon
les préceptes que tiennent les femmes , ce
devoit être un fils .
Huit jours avant l'accouchement , le
Roy arriva de Calais , ce dont la Royne ,
Madame , & toute la Cour , furent grandement
réjouis... J'en avois une joie
meſlée de crainte , n'ayant point encore
eu l'honneur d'avoir eſté vue de Sa Ma
jeſté.
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
Le lendemain , mon devoir m'ayant
conduite chez la Royne : ma mie , ( lui
ditil) , est- ce cy votre Sage - Femme ?...
Elle dit , qu'ouy. Sur quoi , le Roy me
voulant gratifier : ma mie , ( ce dit il ) ,
je crois qu'elle vous fervira bien : elle m'a
bonne mine... Je n'en doute point , ( reprit
la Royne ) , je l'ai choiſie ; & diray, que
jene me trompayjamais en choſe quej'ay
choifie.
Le Roy me dit alors : Sage- Femme ,
il faut bien faire.... c'eft une chose de
grande importance que vous avez à manier.
Je lui dis : j'espère , Sire , que Dieu
m'en fera la grâce !... Je te crois me ditil
.... & s'approchant de moy , me dit
tout plein de mots de gaufferie. C'eſtoit ,
qu'eſtant aux couches de Madame la Ducheffe
, Madame Dupuis vivoit avec une
grande liberté auprès de lui ; & qu'il croyoit
que toutes celles de cet état fuſſentſemblables.
Sur quoi , M. le Duc d'Elboeufentrant,
&me voyant , me dit : ma bonne amie ,
j'ai une grande joie de vous voir ici ! ...
A quoi , le Roy lui dit : Comment ,
coufin ! vous congnoiſſez la Sage Femme
demafemme ? - Oui , Sire : elle a relevé
la mienne , qui s'en est bien trouvée.
ΜΑΙ. 1776. 54
Ma mie ! s'écria le Roi , en allant à
la Royne : voilà mon cousin d'Elboeuf,
qui cognoit votre Sage Femme , & qui en
fait état. Cela me resjouit , & m'en donne
L'aſſeurance grande.
Le lendemain , la Royne me dit :
fitoft que je feray accouchée ,je cognoiftray
bien , en vous voyant , quel enfant
cefera .
Je fuppliay Sa Majesté de croire ,
qu'elle n'y,pourroit rien cognoiſtre : d'ausant
qu'il estoit grandement dangereux ,
en ce cas, d'avoirjoye ny deſplaisir, qu'on
ne fuft bien hors d'affaire ; & que la joye
& la triſteſſe avoient un même effet , qui
étoit capable de caufer les plus grands accidens
; ... que je la fuppliois mesme , de
ne s'en point informer, ... & que jeferois
triſte mine , encore que cefuft unfils , afin
qu'elle ne s'en eftonnast.
Le Roy entrant , ſur l'heure , voulut
ſavoir de quoi nous parlions... Sur quoi ,
il répondit : quesi c'eſtoit un fils , je ne le
dirois pas doucement , mais queje crierois
tant que je pourrois ; & qu'il n'y avoit
point de femme au monde , qui en une
teile affaire eust pouvoir de ſe taire.
Mais je fuppliai Sa Majefté de croire ,
que je me faurois taire , puiſqu'il y alloit.
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
de la vie de la Royne ; ... & qu'outre ce,
il y alloit de l'honneur desfemmes , que
j'estois obligée defoutenir.
Mademoiselle de la Renouillière , première
Femme de Chambre, me demanda,
en grâce , de lui faire un ſignal , afin
d'avoir l'honneur de le dire , la première
au Roy. Le ſignal fut , quefi c'estoit un
fils , je baiſſerois la teſte , en figne que
Lout alloit bien ; & au cas contraire , que
je la renverſerois en arrière.
Mais Gratienne auffi Femme de
Chambre , qui m'aimoit fort , m'ayant
auſſi perfécutée pour un ſignal ; je me
trouvay dans un grand embarras ... Eh
bien , ( me dit-elle ) , pour ne point vous
faire d'affaires avec la Renouillière ; ditesmoi
, tout haut , dès que la Royne fera
accouchée d'un fils : ma fille , chauffermoi
un linge ?
Comment , & en quel temps la Royne
accoucha.
La nuict du 27 Sept. 1601 à minuict ,
leRoy m'envoya appeler , pour aller voir
la Royne , qui ſe trouvoit mal... Le Roy
me dit , en entrant : venez, venez , Sage-
Femme ? ma femme eſt malade : recog
ΜΑΙ. 1776 . 33
noiſſez , ſi c'eſt pour accoucher : ... ce
qu'ayant recognu , je l'aſſuray qu'ouy.
Ma mie , ditle Roy à la Royne , vous
Savez que je vous ay dit , par plusieurs
fois, le besoin qu'il y a que les Princes
du Sang foient à votre accouchement. Je
vousſupplie de vous y résoudre : c'est la
grandeur de vous & de votre enfant !
A quoi la Royne répondit : qu'elle
avoit toujours été résolue de faire tout ce
qui lui plairoit.
د Jefai bien ma mie , ( repliqua til ) ,
que vous voulez tout ce que je veux : mais
je cognois votre naturel , qui est timide &
honteux ;&je crains quefi vous ne prenez
une grande réſolution les voyant cela ne
vous empefche d'accoucher. C'est pourquoi,
de rechef, je vous prie de ne vous eftonner
point , puiſque c'est la forme qu'on tiene
au premier accouchement des Roynes.
Environ une heute après minuict , le
Roi , vaincu d'impatience de voir ſouffrir
la Royne , & croyant que les Princes
n'auroient pas le temps de venir , les
envoya querir : qui furent , Meſſeigneurs
le Prince de Conty , de Soiffons , & de
Montpenfier.
Etle Ray diſoit, en les attendant:
jamais l'onn'aveu trois Princes en grand
By
34 MERCURE DE FRANCE.
peine , l'on en verra tantoft ; car ils font
tous trois grandement pitoyables & de bon
naturel , qui voyantsouffrir ma femme ,
voudroient pour beaucoup de leur bien
estre bien loin d'ici !
>
Il arrivèrent tous trois avant les deux
heures. Mais le Roy ayant ſçeu de moy,
que l'accouchement n'eſtoir pas ſi proche
, les envoya chez eux , & leur dit
qu'ils fe tinffent preſts quand il les envoyeroit
appeler...
Alors , tous les Médecins du Roy &
de la Royne furent appelés pour voir la
Royne ; & auffi-tôtſe retirerent en un lieu
proche.
Les Dames que le Roy avoit réfolu
qui ſeroient appelées , eſtant arrivées ; il
fut apporté ,fous le grand pavillon , de
toile de Hollande , une chaise , des fièges
pliants , & des tabourets , pour affeoir le
Roy, Madame sa soeur , & Madame de
Nemours.
Sur les quatre heures du matin, une
grande colique ſe meſla parmy le travail
de la Royne , & lui donna d'extrefmes
douleurs , fans avancement... De fois à
autres , le Roy faifoit venir les Médecins
voir la Royne , & me parler ; auxquels
je rendois compte de ce qui ſe paffoiti
ΜΑΙ. 1776 . 35
& la Royne fouffroit plus de ſa colique
que d'autre choſe .
Les Médecins me demandèrent : fi
c'estoit une femme où n'y eust que vous
pour la gouverner , que feriez vous ?
Je leur propoſay des remèdes , qu'ils
ordonnèrent à l'inſtant à l'Apothicaire.
Les Reliques de Madame Sainte Marguerite
, estoient fur une table dans la
chambre ; & deux Religieux de Saint Germain
des - Près , qui prioient Dieu fans
ceffe.
Le mal de la Royne dura vingt& deux
heures & un quart. Elle avoit une telle
vertu , que c'eſtoit choſe admirable ; ... &
pendant unfi long temps , le Roy ne l'abandonna
nullement. Que s'il fortoit pour
manger , il envoyoit fans ceſſe ſavoir de
ſes nouvelles ...
J'eſtois ſur un petit fiége devant la
Royne ; laquelle étant accouchée ,je mis
Monfieur le Dauphin dans des linges &
langes, dans mon géron, fans que perfonne
fçuft , que moi , quel enfant c'eſtoit .
Le Roi vint auprès de moi , comme
je regardois l'enfant au viſage , & que
le voyant foible , je demandois du vin
à M. de Lozeray , avec une cuiller...
Le Roy print la bouteille , & je lui dis :
T
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
Sire, fi c'eſtoit un autre enfant, je mettrois
du vin dans ma bouche & lui en donnerois
, de peur que la foibleſſe ne duraft
trop. Sur quci , le Roi me mit la bouteille
contre la bouche , & me dit : Faites
comme à un autre. Alors, j'emplis ma
bouche de vin , & lui en ſoufflay : & à
l'heure même , il revint , &favoura le vin
queje lui avois donné...
Je vis le Roy triſte & changé , s'eſtant
retiré de moy ; d'autant qu'il ne ſçavoit
quel enfant c'eſtoir.
Il alla du coſté du feu ; & je cherchai
des yeux Mademoiselle de le Renouillière,
pour lui donner le ſignal convenu , afin
qu'elle allaſt ôter le Roy de peine. Mais
elle baffinoit le grand lict ... Alors , appercevant
Gratienne , à qui je dis : Chauffez-
moi un linge. Je la vis aller gayement
au Roy ; lequel la repouſſa , &
la vouloit croire , parce qu'il avoit vu le
contraire à ma mine , &fe croyoitfür que
c'estoit unefille. ...
ne
Sur quoi , Gratienne lui dit : Sire , elle
vous a prévenu qu'elle la feroit telle.
Mademoiselle de la Renouillière , qui
arriva , & qui vit le Roy ſe faſcher avec
Gratienne , vint à moi ; & fur le fignal
que je lui fis , elle détrouſſafon chapperon,
ΜΑΙ. 1776 . 37
alla faire la révérence au Roy , en l'adurant
, non-feulement que je lui avois fait
le ſignal , mais encore , que je le luy
avois dit à l'oreille .
La couleur , alors , revint au Roy ; ..
il vint à moy, paſfant à coſté de la Royne,
s'abaiſſa , mit ſa bouche contre mon
oreille , & me demanda : Sage- Femme ,
eft- ce unfils ?.. Et fur ce que je lui dis
qu'ouy .... ne me donnezpoint de courte
joie ? ( me dit- il ) , car cela me feroit
mourir!
Je développai alors , un petit , Monfieur
le Dauphin , & lui fis voir que c'eftoitun
fils; mais de façon que la Royne
n'en puſt rien voir... Il leva, tout-à- coup ,
les mains jointes au ciel ; & les larmes
lui couloient ſur les joues , auſſi grofes
que de gros pois.
Il me demanda , avec vivacité , fij'a
vois fait cet aveu à la Royne , & s'il n'e
avoitplus de danger de le luy dire ? Je lui
dis que non ; mais que je le fuppliois ,
que ce fuſt avec le moins d'émotion
poffible.
Alors, il fe leva, alla baiſer la Royne,
& lui dit : ma mie , vous avez beaucoup
fouffert de mal : mais Dieu nous afais
unegrande grace , de nous avoir donné un
beaufits!
38 MERCURE DE FRANCE.
La Royne, auſſi tôt, joignit les mains,
& les levant , avec les yeux , vers le ciel ,
jeta quantité de groſſes larmes , & tomba
en foibleſſe. ..
Cependant le Roy ( qui ne s'en eſtoit
pas apperçu ) courut embraſfer les Princes
, ouvrit la porte de la chambre , &
fit entrer toutes les perſonnes qu'il trouva
dans l'anti-chambre & le grand cabinet ...
Je crois qu'il y avoit deux cents perfonnes
: de forte qu'on ne pouvoit se remuer
dans la chambre , pour porter la Royne
dans fon lict.
Sur quoi ,le Roy , s'étant apperçeu
que cela me fafchoit fort, revint à moi ,
me frappa ſur l'épaule , & me dit : Tais.
toi , tais toi , Sage-Femme ! ne tefaſches
point : cet enfant est à tout le monde ; il
faut que chacun s'en résjouiffe.
Je fus accommoder Monfieur le Dauphin
; où M. Hérouard , fon Médecin ,
commença à le ſervir.
Il me le fit laver entièrement de vin&
d'eau & le regarda par tout , avant que je
l'emmailloraffe... Le Royy amena tous les
Princes pour le voir... Pour tous ceux de
la Maison de luy &de la Royne , il le leur
faifoit auſſi voir, & puis les renvoyoit,
MAI. 1776 . 39
pour faire place à d'autres ; & tous s'entrebaifoient
, fans avoir efgard à ce qui estoie
du plus ou du moins... J'ai même entendu
dire , qu'ily eut de grandes Dames , qui
rencontrant leurs gens , les embrassèrent ,
estanıfi transportées dejoye , qu'elles ne
Sçavoient ce qu'elles faifoient.
Ayant achevé d'accommoder Monfieur
le Dauphin , je le tendis à Madame de
Monglas , qui l'alla monſtrer à la Royne,
qui le vit de bien bon oeil...
Dès qu'il fut dans ſa chambre , elle
ne déſempliffoit nullement ; & n'eſtoir
qu'il eſtoit ſous un grand pavillon , où
l'on n'entroit pas fans l'aveu de Madame
de Monglas , je ne sçav comment l'on
euſt pu faire : car le Roy n'y avoit pas
fitoft amené une bande de perfonnes , qu'il
y en ramenoit une autre ...
A l'inſtant que la Royne fut accou
chée , le Roy ordonna de drefferfon propre
lict auprès dufen , & où il coucha ,
jusqu'au moment où ellefe porna bien... La
Royne craignoit pourtant qu'il en reçût
quelque incommodiné , mais il ne voulur
jamais l'abandonner.
Je trouvai le lendemain , après-diſné,
40 MERCURE DE FRANCE.
M. de Vandofme * , qui estoit ſeul à la
porte de l'anti- chambre , & qui tenoit la
tapiſſerie du cabinet par où il falloit pafſer
pour aller chez M. le Dauphin , &
eſtoit arreſté , fort eſtonné.
Je luy demanday : Eh quoi ! Monfieur ,
quefaites vous là ? Il me dit :je ne sçay.
Il n'y a guères que chacun parloit à move
personne ne me dit plus rien !
C'eſt , Monfieur , lui dis-je , que chacun
va voir Monfieur le Dauphin , qui est
arrivédepuis un peu. Quand chacun l'aura
Salué, on vousparlera comme auparavant.
J'en fis le rapport à la Royne , qui
en eut grand' pitié, & dit : voilà pourfaire
mourir ce pauvre enfant ! .. & commanda
que l'on le carefſaſt autant ou plus que de
coustume.... C'est que chacun s'amuse à
monfils , ( adjouta t- elle ) , & que l'on ne
pense pas à luy ; & cela est bien étrange à
cet enfant!
Le 29 dudit mois , je fus pour voir
Monfieur le Dauphin , ... je vis la chambre
pleine ; ... le Roy , Madame fa foeur ,
les Princes & Princeſſes & la Cour y
* Que l'on appeloit CefarMonfieur, fils naturel
du Roi & de laDucheffe deBeaufort (Gabrielle
d'Eftrées
ΜΑΙ. 1776 .
eſtoient, à cauſe que l'on vouloit ondoyer
Monfieur le Dauphin... Comme je ime
retirois , le Roy , qui m'apperçent , me
dit : Entrez , entrez , Sage-Femme ! Се
n'eſt pas à vous à n'ofer entrer ici ; .. &
en ſe retournant vers Madame & les Prin .
ces : Comment ! ( s'écria- t- il ) , j'ay bien
veu des personnes , foit hommes , foitfemmes
; mais ni à la guerre , ni ailleurs ,
je n'ay jamais rien vu de fi réſolu que
cettefemme- là... Elle tenoit mon fils dans
Jon géron , & regardoit le monde avec une
mine auffi froide , que si elle n'euſt rien
tenu ; ... c'estoit pourtant un Dauphin
qu'elle tenoit ; & il y a 80 ans qu'il n'en
estoit né en France .
Sur ce , ie luy repliquay : j'avois dit à
Votre Majefté , Sire , qu'il y alloit beaucoup
de laſanté de la Royne.
Il est vray , ( ce dit le Roy ) , auſſi je
ne l'ai dit à la Royne , qu'après que tour
a esté fait. Jamais Sage - Femme ne fit
mieux qu'elle a fait : car fi elle euft fait
autrement, c'estoit pour faire mourir ma
femme ; ... auffi , je veux , doreſnavant ,
ne la nommer , que la RÉSOLU E.
Il me fit demander , ſi je voulois être
la Remueuſe de ſon fils , & que j'aurois
mêmes gages que la Nourrice.
42 MERCURE DE FRANCE.
Mais je fis ſupplier Sa Majesté d'avoir
agréable , que je ne quittaſſe point mon
exercice ordinaire , pour me rendre encore
plus capable de fervir la Royne.
Je demeuray auprès d'elle environ un
mois , & au bout de huit autres jours ,
pendant leſquels elle m'avoit fait commander
de l'attendre , je revins avec Sa
Majeſté à Paris.
*La Boursier donne enſuite la relation ,
mais beaucoup moins étendue , des autres
couches de Marie de Médicis , où il
ſe trouve des particularités également intéreſſantes
; mais dontje n'enverrai l'extrait
à Monfieur le Marquis , qu'autant
que je ſaurai que celui-ci lui aura fait
quelque plaifir.
J'ai l'honneur d'être , &c.
D. L. P ....
A Bruxelles , ce : Mars 1776.
ΜΑ Ι . 1776 . 43
La ruine de Jérusalem ou le triomphe du
Chriftianisme , Oratoire mis en musique
par M. Joubert , Organiſte d'Angers ,
& exécuté au Concert Spirituell eLundi
8 Avril 1776 .
LE PROPHETI.
Récitatif obligé.
DÉPLORABLE ſéjour d'un Peuple parricide ,
Tremble , Jérusalem , ville ingrate & perfide ,
Tu n'as plus pour appui tes Rois & tes Héros ;
Tes ennemis vengés triomphent de tes maux ,
Et ton Dieu lui -même préſide
A leurs redoutables complots.
Leſang que tu viens de répandre
Amis le comble à tes forfaits .
Au fond du ſanctuaire un cri ſe fait entendre :
* Jérusalem n'eſt plus l'objet de mes bienfaits ,
>> Et ma vengeance va lui rendre
>> Les maux cruels qu'elle m'a faits ».
Y
44 MERCURE DE FRANCE .
LES PROPHETES .
Duo.
La faim , la diſcorde & la guerre
Contre toi vont le raſſembler ;
Aux feux échappés de la terre
Je vois tes remparts s'ébranler ;
Unmonſtre plus terrible encore ,
Déjà de ſes poiſons brûlans ,
Embrâſe , conſume & dévore
Tes ſacriléges habitans.
HOMME S.
Choeur.
Du courroux de ton Dieu victime déplorable ,
Qui peut te reconnoître , ô Reine des Cirés !
Tes enfans animés d'une haine implacable ,
Elevent contre toi leurs bras enſanglantés.
FEMMES.
Tu frémis à l'aſpect de leurs affreux ravages ;
Mais , ô douleur tardive ! Ô regrets ſuperflus !
Il a vengé les droits & puni tes outrages :
Tes palais lont détruits & ton Temple n'eſt plus.
ΜΑΙ. 1776. 45
ISRAÉLITE. UN
Aria.
Il tombe ce cedre ſuperbe ,
Ce monument de ta grandeur ;
Et ſesdébris cachés ſous l'herbe ,
Sont les reſtes de ſa ſplendeur.
Ainſi , pour expier tes crimes ,
Source de tes maux éternels ,
Leſang innocent des victimes
Nerougira plus tes autcis.
LE GRAND - PRÊTRE .
Avec ton Dicu , Juda , tu n'as plus d'alliance ;
Tes forts font accablés du poids de tes revers;
Et tes Prêtres en butte aux traits de ſa vengeance ,
Gémiſſent avilis dans la honte & les fers.
Ates enfans proſcrits déſorinais étrangere ,
La tetre n'offre plus qu'un exil malheureux ;
L'Eternel les marqua du ſceau de ſa colere ,
Et lefangde ſon fils eſt retombé sur eux.
Duo & Chaur.
Mais quelle éclatante lumiere
Vient frapper nos yeux éblouis ?
Iſraël fort de la poufliere ,
46 MERCURE DE FRANCE.
Les oracles ſont accomplis.
Déjà plus puiſſante & plus belle ,
Sous ton Rédempteur triomphant,
Une Jérusalemnouvelle
S'éleve aux portes du couchant.
LE PROPHETE.
Récitatif.
La terre ſera ſon partage ;
Ainſi le Seigneur l'a promis.
Elle verra bientôt ſes plus fiers ennemis ,
Du Dieu qui l'établit reconnoître l'ouvrage ,
Etl'Enfer même , en frémiſſantde rage ,
A ſes décrets ſoumis.
Petit Choeur d'Hommes .
Quittez ces vêtemens de deuil & de triſteſle ,
Filles de Sion ! reprenez vos concerts ,
Et faites retentir les airs
De vos cantiques d'alégreſle ;
Chantez de votre Dieu la ſublime ſageſſe
Et l'annoncez à l'Univers .
Grand Choeur.
Terribledans ſa justice ,
S'il frappe , il anéantit ;
Mais long- temps ſa main propice
:
MAI. 1776 . 47
Suſpend le coup qui détruit.
Il a fondé ſon empire
Sur l'amour & les bienfaits ;
Il regne & regne à jamais.
ParM. Rangeard , Archiprêtre d'Andard
en Anjou.
Vers adreſſés à la Ville de Séez à l'occaſion
de l'entrée folennelle de Monseigneur
Dupleffis d'Argentré, premierAumónier
de Monfieur , &c . Evêque de ce Diocèse ,
lejour des Rameaux , 31 Mars 1776 .
SUSPENDS tes hymnes de triſteſſe ,
Peuple heureux que le ciel comble de ſes bienfaits ;
Digne & premier troupeau de l'Egliſe de Séez ,
Fais retentir les airs de tes chants d'alégreſle .
LeCiel fixe ſur toi des regards paternels :
Il fait affcoir Titus au Trône de la France;
Et pour Pontife , il donne à tes autels
Un Sage dont la bienfaiſance
Adéjà mérité des honneurs immortels.
Ouvre ton ame à la reconnoillance:
48 MERCURE DE FRANCE:
D'Argentré vient , du ſeinde l'opulence
Etdu faîte de la grandeur,
Juſqu'aux humbles foyers de la triſte indigence *
Se montrer ton ami , ton pere , ton paſteur.
Il retrace à tes yeux la ſainteté des Anges ...
Sans t'épuiſer en efforts ſuperflus ,
Si tu veux dignement célébrer ſes louanges ,
Sois docile à ſa voix , imite ſes vertus.
Par M. l'Abbé Morand , Profeſſeur
au Collège de Séez.
L'IN SOUCIANC
Traduction de la XIII . Ode d'Anacreon.
ANACRION , tu te fais vieux !
Tu te fais vieux , dit chaque belle !
Confufte une glace fidelle ;
Tiens , vois , tu n'as plus de cheveux ;
Ton front eſt ſilloné ; regarde :
Jet'en laiſſe le Juge. Eh bien ? ...
Paix . Chauve ou non , je n'en fais rien ,
Et ne veux pas y prendre garde.
* Ce digne Prélat a fait diſtribuer des aumônes
conſidérables dans les cinq Paroiſſes de cette Ville.
J'aime
ΜΑΙ. 1776. 49
J'aime , c'eſt aſlez . Ai - je tort ?
Ai - je railon ? peu m'en foucie.
Plus on approche de la mort ,
Plus on doit égayer la vie.
ParM. Levrier de Champrion , attaché à
la Bibliothèque du Roi.
A BATYLE .
Traduction de la XXIIe. Ode à Anacreon.
AcCCOURS , viens , ô mon cher Batyle !
Viens t'afleoir à l'ombre avec moi .
Tout m'intéreſle en cet aſyle ,
Lorſque j'y ſuis auprès de toi.
Des oiſeaux entends le ramage ,
Et chante , comme eux , tes plaiſirs.
Regarde comme les zéphirs
Vont folâtrant dans les feuillages.
Ecoute ce petit ruiſſeau
Qui doucement tombe & murmure,
Couche-toi ſous cet arbriſſeau ;
Vois la ruftique architecture ;
Et dis moi ſi , dans la nature ,
Il eſt un plus joli berceau,
Parlemêmei
C
50
MERCURE DE FRANCE.
Imitation de la XXe. Ode du Ier. Livre
d'Horace.
Integer vita , ſceleriſque purus , &c.
HEUREUX le mortel quiduvice
N'a jamais goûté les attraits , :
Et dont le coeur , ſans artifice ,
Eut toujours horreur des forfaits !
Protégé par ſon innocence ,
Il porte avec lui ſa défenſe :
La vertu le rend triomphant;
Il brave la fleche homicide
Que lance la main intrépide
DuMaur fier & conquérant.
Si de la ſauvage Scythie
Il parcourt les vaſtes climats ,
Si de l'affreuſe Sarmatie
Il affronte les noirs frimats ;
Ou de la cime du Caucale ,
S'il vient ſur lesrives du Phaſe
Ou ſurdes bords inhabités,
Son ame paiſible & tranquille
Eſt comme le roc immobile
Aumilieu des flots irrités.
Quand , épris d'un nobledélire
Et l'eſprit de ſoins dégagé ,
MAI. 1776 . F
Je veux efſlayer ſur ma lyre
Quelque chanſon pour Lalagé ,
Des loups cruels de l'Eturie
Je vois expirer la farie
Et leur rage s'évanouir ;
Au ſimple nomde ma Bergere
Ils ont étouffé leur colere :
Son nom ſemble les attendrir.
Sa voix annonce la tendreſſe ,
Ses regards ſont ceux du plaiſir :
Elle rit avec la fineſle
Que nous inſpire le deſir :
Si vers les bords de l'Euphrate ,
Ou dans quelqu'autre terre ingrate,
Jedevois fixer mon féjour ,
Jamais la fortune cruelle ,
Me forçant à vivre loin d'elle ,
•Ne pourroit changer mon amour.
ParM. de Lacger, Sous-Aide Major
auRégimentde Touraine.
LE POULAIN & LE FERMIER.
Fable traduite de l'Anglois.
QUOL ſe moquerdes noeuds du mariage;
Adix-huit ans refuſer un époux ,
Cij
12 MERCURE DE FRANCE.
L'objet des voeux des filles de votre âge !
En vérité , Corine , y ſongez - vous ?
Dans mon printemps j'ai vu certaine fille ,
A l'oeil fripon , à la mine gentille ,
S'énorgueillir d'un viſage charmant
Et mépriſer un vertueux Amant ,
Le maltraiter , railler de fa tendreſſe ,
Le perſiffler , rire de ſa foibleſſe ,
En abuſer , refuſer durement
Le don du coeur , l'offre du ſacrement ;
Et je l'ai vue , alors que la vieilleſſe
Vint remplacer l'imprudente jeuneſle ,
Joindre ſon ſort au premier libertin
Qui s'eſt offert & fit payer ſa main.
Belle Corine , écoutez cette Fable ,
Et , s'il ſe peut , fuyez un ſort ſemblable .
Un beau Poulain , vif, alerte& fringant ,
Allant , venant , toujours caracolant ,
Fut deſtiné pour briller à la courſe.
De les malheurs il faut conter la ſource.
Etourdi , jeune & fur - tout orgueilleux ,
Mon beau Poulain crut qu'il étoit honteux
P'être bridé , d'habiter l'écurie ;
Malgré ſon Maître il fuit vers la prairie.
Tantôt il boit l'eau blanche d'un torrent ,
Tantôt il faute , ou bondit , ou s'arrête ;
MAI . 53 1776 .
Près d'un ruiſſeau qui coule lentement ;
Il va , revient & fait tout à ſa tête :
Augrand galop ſuccede un petit pas ;
Sans nul chagrin , ſans nulle prévoyance ,
Quand il le veut , il choiſit ſon repas.
L'été le paſſe ainſi dans l'abondance :
Mais l'hiver vient : le froid de tous côtés
Se fait ſentir ; les arbres agités
En un momentont perdu leur verdure ;
D'un voile blanc ſe couvre la nature ;
Par l'aquilon zephir eſt remplacé ,
Et le ruiſſeau ſous la neige eſt glacé.
Mon imprudent regrette l'écurie ,
Qu'il mépriſoit au temps de ſa folie ;
Il l'apperçoit , & , d'un pas chancelant ,
Du toît ruſtique il approche humblement.
Reçu fortbien , la nuit il ſe repoſe ;
Le lendemain , oh ! c'eſt une autre choſe !
D'un lourd fardeau les valcis l'ont chargé ;
Il ſe débat : fur le champ fuſtigé.
Le lendemain il eſt à la charrue .
De tous les maux comprenant l'étendue ,
Il s'écria : ma folie vanité
M'a donc réduit à cette extrémité !
Jadis , hélas ! je plaifois à mon Maître :
Dans une courſe on m'auroit vu peut être
Avoir le prix , loué , récompenfé ,
Dans un haras , bien ſoigné , careflé ,
Cij
54
MERCURE DE FRANCE .
Le doux plaiſir cût terminéma vie:
Quel estmon fort! ... hélas ! c'eſt l'infamie.
ParM. A. P. Deverdan , ancien Officier
desHaras du Roi.
VERS à Madame de P... à l'occaſion d'un
ruban .
Pourun ruban qu'on donne ſans myftere ,
C'eſt bien la peine de gronder !
Ah ! ſi j'avois le bonheur de vous plaire ,
Je ne voudrois pour cela vous bouder ;
Un regard , un foupir me plaitoient davantage,
Seroient pour moi des dons plus ſéduifans ,
Et la chaînede vos rubans ,
Inutile à mon eſclavage ,
Ne feroit rien pourmonbenheur.
D'Agnès & de ſon vieux Tuteur ,
Rappelez- vous cette ſcene charmante
Oùmonjaloux entre en fureur ,
Pourun baiſer que l'innocente
Alaiflé prendre à ſon Amant.
Figurez-vous l'excès de ſon tourment
Ademander , lorſqu'il s'impatiente ,
Cequ'on a pris enſuite du baiſer ;
Etpuis voyez ſon courroux s'appaiſer
Quand on répond à ſa demande
MAI . 1776 . 55
Qu'il ne s'agit que d'un ruban.
L'Abbé devroit en faire aurant :
Mais dans ſon dépit il prétend
Qu'entre elle & vous la différence eſt grande :
Plus qu'Arnolphe , ſans doute , il eſt infortuné ,
Agnès le laitle prendre , & vous l'avez donné.
Par M. de B **.
LE
E mot de la première Enigme du
volume précédent eſt le Temps ; celui de
la ſeconde eſt l'Eau. Le mot da premier
Logogryphe eſt Grace , dans lequel on
trouverage, grace ou pardon & race; celui
du ſecond eſt Mélancolie , où se trouvent
âne , lie , lance , émail , loi , Laon , Milan
, mil ; celui du troiſième eſt Bonnet ,
où se trouve bon & net.
ÉNIGME.
N m'emploie à vos vêtemens ,
Et vil dans les hameauxje ſuis d'or à la ville :
Oo me fait réunir l'agréable à l'utile ,
Desbataillons de Mars je déſigne les rangs .
C'eſt chez les Magiſtrats , c'eſt chez les Gens
dEglife
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Quej'ai le plus de partiſans :
Mais , cher Lecteur , le Quacre me mépriſe.
ParM. Louis Guilbaut .
AUTRE.
LORSQUE des pleurs de la vermeille aurore ,
Naiſent dans nosjardins les plus aimables fleurs ,
Mon haleine les fait éclore
En les peignant des plus vives couleurs .
Rien n'eſt proſcrit à mes defirs ;
Par la fraîcheur de mes ailes
J'évente le ſein des belles ,
Et poutſe leurs cheveux au gré de mes ſoupirs.
Ami Lecteur , ſouvent au ſein des bois ,
Toi-même aſſis ſur la verdure ,
Admirant d'un ruiſſeau le doux & lent murmure ,
M'as confié les accords de ta voix.
LOGOGRYPΗ Ε.
LECTEUR , vous me voyez ſous diverſes couleurs
:
De moeurs & de conduite , eh ! je ne fais qu'en
dire ;
ΜΑΙ. 1776. 57
Leſévere Boileau , beaucoup d'autres Cenſeurs ,
Ont lancé contre moi plus d'un trait de ſatire.
Quelquefois je m'oublie : on répugne à ſouffrir
Que je prenne des tons , des airs de ſuffisance ,
Que bien d'honnêtes gens traitent d'impertinence
,
Et c'eſt ſouvent par là que je me fais haïr.
Etes - vous fatisfait , Lecteur , de ma franchiſe?
Je vous dis mes défauts aſſez ingénument :
Tel ſe vante d'en être exempt ,
Vous trompe & dit une ſottife.
Cela polé , voyons comment
Vous trouverez mon analyſe.
Sans peine ſous vos yeux je mets un Evêché ;
Ce qu'eſt un voyageur quand il a bien marché ;
Ce qui dans un preſſoir comprime la vandange ;
Baraille où les Gaulois vainquirent les Romains ;
Une plante dans nos jardins
Qu'Horace n'aimoit pas & que le Gaſcon mange;
Une piece de bois propre à faire un plancher ;
Un Arabe fameux ; une carte à jouer.
Ne vous rebutez pas , entrez dans la Champagne ,
Je vous montre un gros bourg connu par ſon bon
vin ;
De Jacob la laide compagne ;
:
Undes quatre élémens , je le donne en latin.
En moi l'on trouve encor , avec un peud'adreſſe,
Cette illuftre beauté dont le vante la Grece';
CvV
18 MERCURE DE FRANCE.
UnRoyaumeen Afic ; une très -belle fleur ;
Le mari de Jocaftre : ah ! ſon ſort me fait peur !
Tout ce qui n'eſt pas Clerc vivant au Monaftere;
Deux notes de muſique ; en Flandre une riviere ;
Cequ'il fautdemander quand on eſt incertain ;
Unpronom relatif: mais terminons enfin ;
Je crains que cedétail , Lecteur , ne vous accable ;
Onfonnele ſouper , j'irai vous joindre à table.
Par M. Hubert.
AUTRE.
ENNTTIIERje fuis àcraindre , évitez ma furie :
Avec un piedde moinsje regne en Italie.
Par le même,
J
AUTRE.
E réſide toujours entre des mains groffieres :
Avecmoi l'on conſtruit les palais, les chaumieres ;
Mais fans tête, Lecteur, j'ai bien plus d'agrément,
Carjedeviens témoin du bonheur d'un Amant.
ParM. Bouchet , à Paris.
ΜΑΙ.
1776 . 59
Sur un air del Signor Mancini.
6
6
Tu te
plains de ta Cli -me- ne ,
+6 66
5
6
*
Z
Tu te
Cv
60 MERCURE DE FRANCE.
plains de ta Cli- me- ne ; Elle
6+ 66
5
*
craint , en payant ta pei- ne , De te
6 7
ren-dre lé- ger :
6
6677
5
6677
5
Si fon coeur , Si fon coeur craint de
6+ *
প
MAI. 1776 . 61
fe ren- dre , Ah ! Syl- vandre ,
6
65
4+ 6
Ce n'eſt que pour mieux t'enga-
7
f
*
ger ; Non , non , non , Syl - vandre ,
Ce n'eſt que pour mieux t'en-ga-
6+ 6 6
62 MERCURE DE FRANCE.
ອ
ger.
6
Fin.
Les rigueurs d'une Mai- tref- . fe
6 6
5
6
Sont une in- no- cente adref- fe ,
*
* 7
*
MAI. 1776 . 63
Sont une in- no- cente adref- fe
6 7
5
Pourfi- xer-
Φ
Le coeur d'un Berger ,
65
6*
5
*
*
Les rigueurs d'une Mai - tref- fe
64 MERCURE DE FRANCE.
Sont une innocente adreſſe, Pour fi-
7 66
4
6+
xer le coeur d'un Ber- ger , Pour fi-
6 66
xer
※
※ 7
卒
H
le coeur d'un Ber- ger.Da capo.
6 *
MAI . 1776 . 65
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Relation d'un voyage en Allemagne , qui
comprend les opérations relatives à la
figure de la terre , & à la géographie
particulière du Palatinat , du Duché
de Wurtemberg, du Cercle de Souabe ,
de la Bavière & de l'Autriche ; fait
par ordre du Roi ; ſuivie de la defcription
des conquêtes de Louis XV ,
depuis 1745 juſqu'en 1748 , par M.
Caſſini de Thury , Maître des Comptes,
Directeur de l'Obſervatoire Royal ,
de l'Académie Royale des Sciences ,
de la Société Royale de Londres , de
l'Académie de Berlin , de l'Inſtitut
de Bologne , de l'Académie de Munick
, &c. A Paris , à l'Hôtel de Thou,
rue des Poitevins , in-4º .
GET Ouvrage conſiſte principalement
dans la deſcription géométrique des différens
pays indiqués dans le titre , & le
détail des meſures & des triangles décrits
ſur les lieux avec la plus grande
préciſion , préciſion bien difficile à ob
66 MERCURE DE FRANCE.
tenir , & qui a coûté bien des ſoins &
des travaux à l'illuſtre ſavant auquel nous
devons cette relation. En la parcourant,
on eſt étonné de leur complication .
La partie hiſtorique du voyage de M.
de Caffini en Allemagne eſt fort abrégée ,
&toute renfermée dans le diſcours préliminaire
; le corps de l'ouvrage étant
entièrement conſacré aux obſervations
géographiques & géométriques. La repréſentation
de ce voyage eſt renfermée
dans neuf cartes , dont une partie contient
le cours du Danube depuis Ulm
en Souabe , juſqu'a Preſbourg en Hongrie
, que M. de Caffini a exactement
ſuivi. Cette partie de fon voyage
eft très-intéreſſante. Une de ces cartes
comprend Vienne en Autriche & fes
environs.
Cette ville , ſuivant M. de Caſſini ,
eſt placée dans une plaine fort étendue.
Le Danube, après y avoir paffé, remonte
vers le Nord , où il eſt couvert par des
iles de grandeur médiocre , qui le partagent
en pluſieurs bras. La variété du
terrein de ces ifles , ſemblables à des
pièces de parterre , ornées de bois , de
verdure & de plantations , entourées de
canaux figurés par les bras de la rivière ,
1
MAI. 1776 . 67
préſente l'aſpect d'un grand pare , qui
s'étendroit juſqu'aux murs de la ville.
Toutes ces ifles font liées l'une à l'autre
par des ponts de communication ; celles
qui renferment des bois , contiennent
une grande quantité de ſangliers & autres
animaux , qui , lorſqu'ils font pourſuivis
, pallent à la nage d'une ifle à
l'autre.
M. de Caffini indique les moyens de
parvenir à ſe procurer une carte générale
& univerſelle ſur le plan exact qu'il a
fuivi. Il invite les Souverains à l'exécution
de cette grande entrepriſe , qui pourroit
coûter conſidérablement , mais qui
feroit entièrement changer la géographie
de face , & porteroit au plus haut degré
de perfection cette ſcience ſi importante,
en la rendant abſolument invariable , en
procurant une connoiflance parfaite de
notre globe , & en déterminant à jamais
la figure de la terre . M. de Caſſini infiſte
fortement & avec raiſon , ſur l'exactitude
la plus fcrupuleuſe dans les meſures à
employer pour les diſtances , les moindres
erreurs fur cet objet étant de la plus
grande conféquence en géographie. Il ſe
plaint auſſi de la négligence de la plupart
des Voyageurs ſur la partie géographi
68 MERCURE DE FRANCE.
que ; ce qui a beaucoup diminué l'utilité
de leurs voyages. Il indique aux Voyageurs
à venir des moyens faciles de faire
les obfervations néceſſaires à cet objet.
La carte des conquêtes de Louis XV
en Flandre eſt exécutée de la même manière
, & avec la même exactitude que
celles du voyage en Allemagne. Quoique
la deſcription qui l'accompagne ſoit
principalement l'hiſtoire des opérations
géographiques de M. de Caffini , & que
les exploits des campagnes de Flandre
depuis 1745 juſqu'en 1748 , y foient indiqués
plutôt que détaillés , on ne la lira
pas ſans intérêt.
OEuvres diverſes du Comte Antoine Hamilton
; Tome VII. A Londres ; & fe
trouve à Paris , chez le Jay , Lib. que
St Jacques , au grand Corneille. Petit
in- 12. prix br. 30 f.
* Ce ſupplément aux OEuvres du Comte
Hamilton eft compoſé de ſix à ſept pièces
de vers , & de pluſieurs lettres &
autres pièces mêlées de vers & de profe.
Ily en a beaucoup qui ne font que de
ſimples amuſemens de ſociété ; mais on
retrouve dans toutes l'eſprit , la légéteté ,
ΜΑΙ. 1776 . 69
& l'agréable badinage qui caractériſe en
général les productions de leur aimable
& ingénieux Auteur. La plupart des let.
tres font adreſſées au Maréchal Duc de
Berwick.
La première & la plus conſidérable
des pièces de vers eſt l'allégorie intitulée :
les Roches de Salisbury. Cette pièce eſt
verſifiée avec l'agrément & la facilité qui
caractériſent le ſtyle Marotique , dans
lequel elle eſt écrite. Nous allons en tapporter
quelques vers qui font partie ,
dans l'allégorie , d'une prétendue prédiction
de l'Enchanteur Merlin ; mais qu'on
pourroit regarder comme une véritable
prophétie , & dont on fera aisément
l'application,
Le jeune Roi n'aura qu'à ſe montrer.
Antiques moeurs il reſſuſcitera ,
Gloire& vertu triompher il fera :
Quedirai plus ? Il fermera le Temple
Du vieux Janus , & ſera ſon exemple ,
Des bons l'amour & des méchans l'effroi ,
Finalement ce légitime Roi
Fera par- tout fleurir paix & juſtice ,
Juſtice & paix , mères de toutdélice,
70
MERCURE DE FRANCE.
De l'Architecture , par J. S. Sobry . A
Paris , chez Couturier fils , Libraire ,
quai des Auguttins .
Ce traité , qu'on peut regarder comme
un bon livre élémentaire ſur l'art de décorer
, eſt plus adapté à nos uſages que
les ouvrages de Vitruve & de Perrault ,
fon Commentateur. L'Auteur qui s'eſt
propoſé de joindre à la préciſion des règles
de Vignoles , tous les développemens
néceffaires , n'a pas prétendu toujours
dire des choſes neuves. Les principes
généraux ſont les mêmes dans tous
les temps & pour tous les hommes. C'eſt
l'unanimité des témoignages , & le grand
nombre des autorités qui établiſent enfin
la conviction dans quelque genre que
ce ſoit. L'intention de l'Auteur de l'ouvrage
que nous annonçons , a été de
réunir ſous un ſeul point de vue , tout
ce que l'Architecture a de règles générales
& particulières ; d'expliquer fon
uſage , ſes principes , ſon étendue , fes
bornes , & l'efprit qui doit guider ceux
qui s'y adonnent , de façon que , par fon
moyen , les jeunes Artiſtes apperçoivent
plus aiſément la route qu'ils ont à ſuivre ;
MAI . 1776. 71
que ceux qui s'en ſont écartés y reviennent
; que les Praticiens y trouvent un
guide fuffifant pour les profils , & que
ceux qui ne font point Architectes , apprennent
par lui à juger avec plus de
connoiffance du mérite des monumens
qu'ils voient on qu'ils font conſtruire .
M. Sobry fait un bel éloge de l'Architecte
, & en relève la gloire par
l'exemple des peuples les plus anciens ,
& fur-tout des Grecs & des Romains ,
qui regardoient cet art comme celui qui
annonçoit avec le plus d'éclat la ſplendeur
& la profpérité d'une nation. « La
>>magnificence des bâtimens , dit - il ,
>>élève l'ame de ceux qui en approchent ;
» & par un effet ſecret qui n'échappe
>>point à la vue des hommes qui ſavent
>> réfléchir , elle donne à ceux qui les
>> habitent , des idées plus grandes &
> plus généreuſes ; elle excite l'émula-
» tion ; elle augmente le courage ; elle
>>inſpire la vénération. Le peuple affif-
>> tera avec plus de reſpect à l'adminiſ-
>> niſtration de la Juſtice dans de beaux
>> palais , & aux cérémonies Religieuſes
>>dans de beaux temples. Le Citoyen
• aimera davantage la cité , où plus de
» commodité & de magnificence s'offri
72 MERCURE DE FRANCE.
>> ront à ſes yeux ; tout homme enfin , à
mefure qu'il s'éloigneta de la barbarie,
» & qu'il acquerra les vertus ſociales , ſe
>>plaira davantage dans de certaines
>>idées de propriété , d'ordre , d'arran-
>> gement qui font deſirer de beaux édi .
> fices. »
: Choix des lettres du Lord Chesterfield àfon
fils , traduites de l'Anglois. A Paris ,
chez Nyon l'aîné , rue Saint Jean- de-
Beauvais,
Les Anglois ont toujours été regardés
parmi nous , comme les Penſeurs par
excellence : cette qualité eſt la plus néceflaite
à un Écrivain qui cherche plus
à inſtruire qu'à plaire. A quoi ſervent ,
en effet , tous ces ornemens qui laiſſent
le coeur tranquille & n'éclairent point
l'eſprit ? De bonnes preuves , préſentées
avec force , peuvent ſeules produire la
conviction , & fatisfaire cette curiofité
naturelle qui nous fait chercher le vrai .
C'eſt parce qu'on n'eſt pas état de préfenter
la vérité d'une manière naturelle
&intéreſfante , qu'on la défigure par une
mul itude d'ornemens frivoles & déplacés.
On nous accuſe d'être fabricateurs
de
MAI. 1776. 75
!
de paroles , & de négliger le fond des
choſes , pour ne s'occuper qu'à embellir
les furfaces. L'Anglois cherche au
contraire à creuſer , & mépriſe même
un peu trop les agrémens du diſcours ,
& la méthode qui aſſigne à chaque preuve
la place qui lui convient. Chesterfield a
choiſi pour inftruire fon fils un genre ,
où l'on n'a pas un ſi grand beſoin d'ornement
& de méthode. On peut même
être prolixe lorſqu'on écrit à ſon fils ,
& qu'on veut lui inculquer la vérité en
la lui repréſentant ſous toutes les faces.
La tendreffe paternelle ne croit pas devoir
épargner les paroles dans les préceptes
qu'elle donne. Elle craint, comme
le dit le Traducteur, de n'en être jamais
affez bien entendue ; les petits détails
lui paroiſſent néceſſaires , & loin d'épar
gner aux précieux objets de ſes ſollicitudes
, l'ennui des minuties & des redites
, elle s'expoſe même à les rebuter
par trop d'empreſſement à leur être utile.
Aufſi le Traducteur des lettres deChe
terfield at-il fait un triage en réduiſant
trois volumes in 4º. à un ſeul volume
in-12. On rend un ſervice ſignalé aux
Lecteurs , lorſqu'on leur épargne & le
temps qui eſt ſi précieux & le travail
D
74 MERCURE DE FRANCE.
pénible de ſéparer l'or pur de l'alliage.
Les lettres que le Traducteur a choifies ,
renferment des points de vue & des réflexions
folides ſur les différentes hiſtoires,
& fur divers genres de littérature ;
on y trouve des idées rapides ſur le gouvernement
de la République des ſept
Provinces Unies , & un choix de maximes
judicieuſes , tirées des Mémoires
du Cardinal de Retz , avec des remarques
& des maximes de l'Auteur Anglois.
Cet ouvrage eſt terminé par les lettres
d'Yorick à Elyſa , compoſées par Sterne,
Auteur du Voyage Sentimental. Le portraitde
Sterne eſt fait de main de maître .
1
Differtation fur l'Apocalypse , ou obſervations
à l'occaſion du Profpectus de
M. des Hauterayes ſur ce divin livre ;
par M. Ronder, Editeur de la Bible
d'Avignon . AParis , chez Lottin l'aîné ,
rue St.Jacques.
36
L'Auteur de cette Differtation , quia
depuis long-temps confacré ſes veilles &
ſes talens à l'étude des Saintes Ecritures ,
& qui a tant de fois donné des preuves
de la profondeur de ſes connoiſſances ,
démontre : 1º. Qué l'Apocalypſe eſt une
MAI. 1776 . 75
prophétie qui annonce des événemens
poſtérieurs à la révélation qui en eſt
faite . 2 ° . Que cette révélation contient
les viſions prophétiques que Saint Jean
a eues dans l'Iſle de Patmos , vers la fin
du règne de Domitien ; c'est-à-dire vers
l'an 95 de l'ère chrétienne vulgaire , environ
25 ans après la ruine de Jérufalem ,
& qu'en conféquence cette révélation
prophétique ne peut avoir pour objet ,
comme le prétend M. des Hauterayes ,
la ruine de Jérusalem , conſommée 25
ans auparavant. 4°. Qu'elle annonce particulièrement
la ruine de Rome payenne ,
& en général toutes les grandes révolutions
qui doivent ſucceſſivement intérefſer
l'Egliſe de Jésus-Chriſt depuis l'afcenſion
de ce divin Sauveur juſqu'à fon
dernier avénement. 5 °. Que ce divin
livre a été écrit non en hébreu , ni en fyriaque
, mais en grec. Les preuves que
cet habile Differtateur employe dans ſon
Ouvrage , nous ont paru ſolides ; & nous
defirons de voir comment l'Auteur du
Proſpectus répondra aux difficultés qu'on
propoſe contre ſon ſyſtême. L'Apocalypſe
ne paroît point être une hiſtoire ni une
tragédie où l'on retrace les événemens
pallés comme s'ils étoient préſens , &
!
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
même comme futurs ; c'eſt une vraie prophétie
qui regarde des événemens dontle
temps va commencer bientôt après cette
révélation. L'événement principal auquel
conduiſent les ſymboles employés dans
ce livre , n'eſt autre , ſuivant les Pères &
les meilleurs Interprêtes , que le rappel
futur des Juifs , dont toutes les Ecritures
retentiffent d'un bout à l'autre. Il s'agit
d'une révélation qui ne ſe borne point à
la ſeule ruine de Jérusalem , mais qui
embraſſe tout l'Univers. La révélation de
Jésus-Christ que Dieu lui a donnée : ce titre
ſeul annonce toute ſa grandeur , & fait
comprendre qu'elle a pour objet les myftères
les plus fublimes. L'Apocalypfe ,
depuis, le commencement du chapitre
IV juſqu'à la fin du chapitre XI , nous
annonce l'oeuvre admirable du trenouvellement
qui doit faire paroître l'Eglife
comme un Ciel nouveau , dont la beauté ,
la ſérénité , la pureté ſurpafferont nonſeulement
l'éclat d'un Ciel qui n'étoit
éclairé que par les lumières de la loi;
mais encore celui du Ciel qui n'éclairant
qu'une partie des Gentils , n'avoit pu ,
malgré toute ſa ſplendeur ,en faire pénétrer
les rayons dans toute l'étendue du
monde. Toutes les Ecritures annoncent ,
ΜΑΙ . 1776. 77
& l'Apocalypſe nous le montre ſous tant
d'emblêmes , ce jour confolant où le fils
de Dieu régnera pleinement fur tous les
ouvrages de ſon père , où toutes les Nations
d'un bout du monde à l'autre doivent
être ſon héritage & compofer fon
Empire.
L'Auteur de la Differtation a foutenu
dans ſes autresOuvrages ſur l'Apocalypſe ,
que la converfion des Juifs , quifera lefruit
dela miſſion d'Elie , l'un des deux témoins ,
arrivera dans l'intervalle deſept années , &
par conséquent bien réellement & bien littéralement
à l'extrémité des jours. Pluſieurs
habiles Interprêtes n'ont pas pu
concilier ce ſyſtême avec ce que les Ecritures
nous annoncent de cette étonnante
révolution . La manière dont Saint Paul
dépeint l'oeuvre de Jésus-Chriſt , par rapport
aux Juifs & aux Gentils , ſemble
exiger un grand eſpace de temps pour
l'exécution des grandes promeſſes faites
à l'Eglife . Saint Paul nous repréſente les
deux Peuples comme les deux portions
d'un édifice unique , poſé ſur les fondemens
des Patriarches & des Prophètes ,
& dont Jeſus Chriſt eſt la pierre angulaire
& comme le point de réunion. Une
de ces deux portions de l'édifice , qui
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
7
eſt celle que compoſent les Gentils ,
occupe déjà l'eſpace de dix-sept ſiècles.
Seroit- il digne de la proportion que Dieu
met dans ſes oeuvres , que l'autre portion
du bâtiment , qui a été interrompue dès
fes commencemens ; n'occupat , quand
le Souverain Architecte y remettra la
main , qu'un eſpace de temps très -court ,
&qui à peine renfermeroit quelques années
? Ce préjugé deviendra décisif , li
l'on confidère que les Gentils ne font
entrés dans l'édifice que contre l'ordre
naturel & par une conduite de Dieu ,
qui ſembloit s'éloigner de ſon prernier
plan; de forte qu'un chrétien qui , du
temps de Saint Paul , auroit comparé ces
deux oeuvres l'un à l'autre , fur ce qu'en
dit cer Apôtre , n'auroit point hélité à
préférer en toutes choſes la converfion
des Juifs à celle des Gentils , & à la
regarder comme plus conſidérable dans
la fuite des deſſeins de Dieu,
Qu'on réunifle à ce préjugé les autres
contidérations que nous préſente l'Auteur
des Droits de la Religion ſur le coeur
de l'homme, dans ſon explication du 12 .
chapitre du Prophète Daniel , approuvée
par un Docteur de Sorbonne . " Quand
>> l'Ecriture place, dit-il, dans les derniers
10
ΜΑΙ. 1776. 79
» temps , noviffimo tempore , le rappel de
>>la Maiſon de David; il ne faut point
> prendre cette expreſſion dans un fens
>>>abfolu , mais dans un ſens relatif. Les
» jours & les temps où les Juifs doivent
» ſe convertir , font appelés les derniers
> par comparaiſon avec les temps & les
>>jours où cet événement a été prédir. Les
>>Prophètes ne le voyoient que dans les
>> ſombres enfoncemens d'un avenir très-
>>éloigné par rapport à eux . C'eſt ainſi
>> que Saint Pierre entend le Prophète
» Joël , quand il applique au jour de la
• Pentecôte le texte ſacré qui annonce ,
>>que dans les derniers jours Dieurépandra
>fon efpritfur toute chair. Les temps où
>> les derniers myſtères de Jéſus Chrift
» & de l'Egliſe s'accompliſſent , peuvent
• bien encore être appelés les derniers
« que nous attendons , quoiqu'ils doivent
>>peut-être s'étendre fort loin. Les der-
>> niers temps ne font point d'ailleurs ni
>>le dernier jour ni la dernière heure.
>> Le jour n'en a- t- il pas douze , dit Jéſus-
>>Chriſt ? Et celle que St Jean appeloit
>> la dernière , noviſſima hora , dure
>>depuis long- temps , remarquoit Saint
» Auguſtin ; & depuis que ce Père l'a
>>obſervé , elle a bien encore duré da
Div
So MERCURE DE FRANCE.
>> vantage. Quand la converfion des Juifs
>>ſeroit à la tête du ſixième âge annoncé
> dans l'Apocalypfe, que pourroit- on en
>>>conclure , dès qu'on ignore la durée que
>>cet âge doit avoir ? Ne fait-on pas ,
>>>continue Saint Augustin , que mille
> ans ne sont que comme un jour devant
>> le Seigneur? p. 89 , v. 4. Les Prophètes
>>& Saint Paul nous donnent lieu d'af-
>>ſigner dans la durée des âges le champ
le plus vaſte au parfait accompliffe .
>> ment du myſtère de la converfion des
>>>Juifs. Dieu leur promet de ne plus
>> les abandonner,de ne plus fouffrir qu'ils
>> s'abandonnent eux- mêmes,quand enfin
>> il les aura rappelés à lui. Le court ef-
>>paced'un petit nombre d'années d'exif-
>>tence après leur retour , rempliroit- il
>> la magnificence & l'énergie d'une telle
>> promeffe ? Tout l'Univers , dit l'Au-
>>teur de la belle explication de la Gé-
> nèſe , ſentira le fruit du retour d'Iſraël .
>>Ce nouveau Peuple , plein de l'eſprit
>> de vie , ne ſe contentera pas d'être
>> forti du tombeau & de jouir de la
• lumière : il s'efforcera de réparer ſes
>> pettes & fon aveuglement par le defir
>> d'éclairer tout le monde , & d'expier ſa
>>longue infidélité par un zèle que rien
3
1
1
ΜΑΙ. 1776 . 81
>> ne fera capable de retarder ni de ra-
>>lentir ; les obſtacles l'animeront : les
> Princes demeurés juſques-là dans les
> ténèbres du paganiſme, les Nations les
>>plus rebelles à la lumière , les ſuperſ-
>>titions les plus enracinées céderont en-
>> fin à leurs diſcours , à leur patience & -
» à leur courage; & la Maiſon d'Ifraël
>>répandue dans toute la terre , en retour
>> nant à la foi , entraînera avec elle le
> monde entier ; Sion ſera encore une
>> fois la lumière des Nations. Ses En-
>> voyés aſſembleront encore une fois
>> tous les Peuples & tous les Royaumes
>> pour les unir dans le même culte. Elle
- a été la mère des Prophètes , elle le
>>ſera encore. Elle a appris par ſon exem-
>> ple , aux autres Egliſes , àtout ſouffrir
>> pour la vérité ; elle eſt deſtinée à leur
» donner encore le même exemple . Ses
>>Martyrs feront , comme autrefois , la
> ſemence des Martyrs. Ils attaqueront
> ſans crainte toutes les ſuperſtitions ,&
>> leur courage relevera celui des foibles
» & des timides. Ils ne ceſſeront de com-
>>battre qu'après avoir tout vaincu. Ils
>> ne penſeront à ſe repoſer qu'après avoir
>> converti tout l'Univers. Leur partage
>> eſt de finir ce qu'ils ont commencé.
:
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Ils ont jeté les fondemens , & ils au-
>>ront la gloire de mettre le comble » .
Une autre réflexion tirée de St Paul ,
ne permet point de reſtreindre à une
très- courte durée les heureux effets de la
converfion des Juifs. Jugeons de l'avenir
par le paffé , dit l'Auteur de l'explication
du douzième chapitre de Daniel , d'après
Saint Paul . « La chute des Juifs a éré la
>> richeſſe du monde. Combien leur plé-
>> nitude l'enrichira -t- elle davantage ?
>> Leur réprobration a été la réconcilia-
>> tion de l'Univers. Que ne ſera donc
>> pas leur rappel ? Il reſſemblera à une
» réſurrection de morts : voilà l'expref-
» ſion même de Daniel . Quand tout
>>>Ifraël , dit le Prophète , aura part au
falut, la multitude de ceux qui dor-
>>ment dans la pouſſière ſe réveillera ;
» ceux qui , ayant connu Dieu , appren-
>>dront aux autres à le connoître , brille-
>> ront comme les étoiles du firmament
>> dans toute l'éternité .
Mais une telle abondance de la-
» mière , mais le ſpectacle merveilleux
"de tant de morts reſſuſcités , ne ſeroit
>donc qu'un événement paſſager , qu'une
» révolution de quelques jours ? Er te
Tout-Puiflant , après avoir déployé ta
59
MAI. 1776. 83
>> force de ſon bras pour opérer ce pro-
> dige , permettroit- il qu'il fût fitôt dé-
>> truit& renverſé , comme s'il ne pou-
>>voit plus le foutenir ? Outre que l'Ef-
>>prit Saint , en nous révélant le ſuccès
>>de la prédication des Juifs convertis ,
>> ne nous apprend point le temps qu'ils
>> doivent employer à ſoumettre l'Uni-
>>vers au joug de la foi ; ce ſeroit borner
> étrangement leur miſſion & les mer-
>> veilles qui en feront le fruit , que de
> ne plus donner que peu d'années à la
>> durée du monde après leur converſion .
>> Ne faut il donc pas que l'Eglife , après
»les avoir enfantés avec tantde peine ,
» & après avoir amené par eux à fon
>> époux tous les Peuples de la terre ,
>> jouiſſe quelque temps à loiſir de la
> confolation de les voir les uns & les
> autres raſſemblés autour d'elle ? »
Peut on croire que la fin de toutes choſes
touchât de ſi près l'événement du retour
d'Iſraël , lorſqu'on fait réflexion que
quand Jésus-Chriſt viendra juger la terre ,
il y trouvera à peine de la foi ; que la
charité ſera refroidie , & que les chofes
feront tombées dans une décadence extrême?
La conſommation de toutes cho .
ſes n'arrivera donc , comme l'ont obſervé
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
tant d'habiles Interprètes des Livres
Saints , que lorſque l'iniquité , que la
converfion des Juifs & les ſuites de cet
événement auront preſque bannie de la
zerre , aura de nouveau prévalu; ce qui
ne ſauroit arriver que par une fucceffion
detemps confidérable. Alors Dieu n'ayant
plus mis de nouveau Peuple en réſerve
pour y renouveler & y perpétuer fon
oeuvre , le nombre des élus qui devoient
être pris d'entre les Juifs & d'entre les
Gentils, étant rempli , l'Evangile ayant
été porté par le zèle des Juifs dans toutes
les parties de la terre où celui des Gentils
n'a pu encore pénétrer, il ne reſtera plus
au Souverain Maître de toutes chofes
que de venir juger le monde , de confommer
ſon oeuvre dans une ſtabilité parfaite
& éternelle , & de donner ainſi à
ſes promeffes & à ſes écritures un dernier
degré d'accompliſſement & de jufreſſe
, après quoi il n'v aura plus qu'à les
retirer comme un billet pleinement acquitté.
Le défaveudes Artistes, ou lettre àM***,
ſervant de réfuration à l'Almanach
hiſtorique & raiſonné des Architectes,
Peintres , Sulpteurs , &c.
L
MAI. 1776. 85
:
Riſum teneatis , amici. Hor.
Brochure in- 8 ° . de 42 pages . A Paris ,
chez Brunet , Libraire , rue des Ecrivains.
Le deſir que les Amateurs , les Amateurs
étrangers ſurtout , marquoient
d'avoir un écrit qui pût leur donner des
inſtructions ſur les Artiſtes François actuellement
vivans , dont ils chériſſent les
talens ; le titre même d'Almanach , que
M. l'Abbé le B*** a donné à l'ouvrage
qu'il a publié ſur cet objet; & les louanges
, quoiqu'un peu vagues, qu'il a diftribuées
à la plupart des Artiſtes , ſembloient
lui mériter de l'indulgence fur
quelques erreurs ou des défauts d'exactitude.
Cependant , comme il annonce que
fon Almanach eſt hiſtorique & raiſonné,
nous penſons que la critique de cet écrit
ne paroîtra point déplacée . Mais l'Artiſte
qui l'a publiée , car on ne peutméconnoître
ici la plume d'un Adverſaire qui
parle dans ſa propre cauſe , dément quel.
quefois cet eſprit de douceur & d'urbanité
que les beaux arts font faits pour
inſpirer. Il faut avouer auſſi qu'il eſt bien
86 MERCURE DE FRANCE.
difficile de ne pas prendre un peu d'humeur
à la lecture de tant d'écrits ſur les
arts dictés par des Amateurs novices ,
qui , pour avoir admiré quelquefois les
productions du goût & du génie , croyent
pouvoir donner des leçons aux Artiſtes.
Mais on ne tarde point à s'appercevoir
que ces nouveaux Précepteurs auroient
eux-mêmes beſoin d'être éclairés . Leurs
réflexions obfcures , incertaines , minu.
cieuſes , annoncent affez qu'ils ne fentent
point cette flamme qui a échauffé l'Artiſte
qu'ils critiquent. Ces Écrivains portent
le plus ſouvent l'eſprit de diſcuſſion
là où il faudroit le coup d'oeil du génie.
Auffi n'attendez point d'eux ces obſervations
profondes , vraies , lumineuſes , qui
par les douces impreſſions de la beauté ,
de l'harmonie & des convenances qu'elles
font naître , ſont ſi propres à élever l'ame
du Lecteur , anoblir fon eſprit& épurer
fon coeur.
:
Manuel ou Journée Militaire, vol . in 12.
A Paris , chez Hardouin , Libraire ,
paſſage de la colonnade du Louvre ,
près S. Germain l'Auxerois .
2.
L'Auteur de ce Manuel nous prévient
ΜΑΙ . 1776 . 87
1
dans ſon avant-propos , qu'il n'a fait que
mettre à contribution les chefs d'oeuvres
de Tactique. On avouera cependant qu'il
falloit un Militaire ſtudieux & éclairé
pour choiſir les matériaux & ce Manuel,
& y mettre l'ordre & la précision qui s'y
trouvent. Cet écrit qui commence par
des confidérations ſur la guerre , tirées
de pluſieurs anciens Hiſtoriens , eſt diviſé
par chapitres , & ces chapitres font
au nombre de douze. Le premier nous
préſente les principaux devoirs d'un Général
. Le ſecond traite du ſervice de
l'Artillerie . Le troiſième nous inſtruit
fur ce qui regarde la ſubſiſtance d'une
armée. Les opérations , les mouvemens ,
les campemens , les combats , les places
de guerre , la garde des places , le ſervice
& la police d'une ville de guerre , l'attaque
& la défenſe des places , font les
objets des chapitres ſuivans. L'Aureur ,
non content d'avoir dans ces différens
chapitres expofé les principes qui doivent
ſervir de bouffole à ceux qui embraffent
l'état militaire , deſire d'en prouver
la folidité. Dans cette vue , il ſe propaſe
de joindre à cette première partie ,
une ſeconde , où les Condé, les Eugène,
les Turenne , les Montécuculi , les Vil
SS MERCURE DE FRANCE.
lars , les Folard , les Feuquierre , &c.
viendront , pour nous ſervic ici d'une
expreſſion de l'Auteur , appoſer le ſceau
aux principes qu'il vient de publier , &
&juſtifieront la méthode par leurs exemples
, & les leçons de l'art par les inf
pirations du génie .
Difcours prononcé à l'Hôtel-de-Ville de
Caen , le Lundi 14 Août 1775 , fur
l'eſſai ordonné par Sentence de Police
générale du 23 Juin 1775 , tendant à
fixer le prix du pain relativement au
prix du bled , avec des additions & le
requifitoire de M. l'Avocat du Roi ;
par M. Michel Antoine Lair , Avocat
au Parlement de Paris , & Directeur
des Octrois de la Ville.
Homofum ; humani nihil à me alienumputo.
Terent.
Vol . in - 8 °. de 88 pages. ACaen, chez
Pyron & Manousy père ; à Rouen ,
chez la Veuve Befongne ; à Amiens ,
chez François ; à Rennes , chez Ramelin
; & au Mans , chez Monnoyer.
}
Des conſidérations dont l'humanité
MAI. 1776 . 89
étoit le motif , eſt il dit dans l'introduction
de cet ouvrage , ont conduit à des
calculs & à des découvertes aſſez intéreſſantes
au Public , pour occuper tout
ce que la ville de Caen renferme de Citoyens
les plus recommandables par la
naiſſance & les lumières. Ils ont foumis
les calculs à l'expérience , & celle- ci à
la raiſon. Au mois de Mai dernier, l'Auteur
de ce diſcours fit un eſlai . M. de
Fontette , Conſeiller d'Etat , alors Inten.
dant de la Généralité de Caen , voulut
bien ſe charger en fon particulier des
frais ; il fit plus , il inſtruiſit toutes les
villes de la Généralité, du réſultat de cet
eſſai & de la découverte qui en étoit
l'effet. Il ne ſe borna point à ces marques
, non équivoques , de ſon amour
pour le bien public ; il inſtruifit encore
MM. les Officiers du Bailliage , de ſes
intentions ; & leur promit que l'eſſai
nouveau qu'ils devoient ordonner , ſe
feroit aux frais du Roi. La diſſertation
que M. Lair offre au Public , &qui contient
l'hiſtorique des opérations de l'efſai
, ayant paru renfermer des vues utiles,
MM. les Officiers municipaux ſe font
déterminés à la faire imprimer. En la
publiant ſous leurs aufpices , l'Auteur
१० MERCURE DE FRANCE.
n'a d'autre intérêt que celui de la vérité.
১
Motifs de ma foi en Jesus- Christ , par
un Magiftrat. A Paris , chez la Veuve
Hériſſant , les frères Etienne , & Charles-
Pierre Breton 1776 .
- C'eſt le titre d'une petite brochure
in 12 de 133 pages. Quoique les attaques
journalières des incrédules contre la religion
foient impuiſſantes pour la détruire,
elles ne laiſſent pas d'affliger les ames
vertueuſes , & d'inquiéter les eſprits foibles
. On ne peut pourtant pas avoir continuellement
la plume à la main pour
repouffer les traits de l'impiété & de la
calomnie. A peine la difpute a-t-elle fini
ſur un point , qu'elle renaît ſur un autre.
Unmoyen pour confondre l'incrédulité ,
&pour raſſurer en même temps les vrais
croyans , étoit de rapprocher toutes les
preuves les plus convaincantes de la vérité
de notre religion , & d'en faire fortir
ces traits lumineux , capables de ſubjuguer
les eſprits les plus rebelles ; & c'eſt
ce que nous a paru avoir merveilleuſement
opéré l'Auteur de l'ouvrage que
nous annonçons .
ΜΑΙ. 1776 . 91
C'eſt aux faits qu'il a cru devoir uni-
, quement s'attacher dans ſa diſcuſſion
parce qu'un fait bien établi eſt ſans replique.
Pour remplir fon objet , il examine
la religion avant Jeſus-Chriſt , du
vivant de Jeſus-Chrift , & après la mort
de Jeſus Chrift .
Avant la venue de Jeſus- Chriſt , ſa
religion eſt annoncée dans les prophéties ,
dans ces livres mêmes qui font entre les
mains des plus cruels ennemis,du nom
Chrétien . On voit s'accomplir à la lettre
tout ce qui avoit été prédit du- Meffie ;
& la prédiction eſt telle , que Jeſus Chriſt
eſt le ſeul à qui l'application pût s'en
faire fans craindre de ſe tromper .
Du vivant de Jeſus Chriſt , on voit
un homme qui ne peut être qu'un Dieu .
La ſainteté de ſes moeurs , la ſublimité
de ſa doctrine , ſes leçons , ſes exemples ,
ſes miracles , tout annonce un caractère
de divinité , auquel on ne ſauroit ſe
méprendre.
Après ſa mort , un fait eſſentiel , &
fur lequel repoſe la foi des Chrétiens ,
c'eſt ſa réſurrection. Jeſus Chriſt avoit
dit qu'il reſſuſciteroit; fi effectivement
il eſt reſſuſcité , nous devons avoir la
plus grande confiance dans ce qu'il nous
1
92 MERCURE DE FRANCE.
a dit , & dans ce qu'il nous fait encore
eſpérer. Or , que Jeſus Chriſt ſoit reffulcité
, c'eſt un fait qui eſt examiné
dans le petit ouvrage en queſtion , avec
une ſagacité &une préciſion particulière ;
toutes les circonstances &toutes les probabilités
font rapprochées dans cet examen
, en quelque forte judiciaire , à ne
laiſſer aucun doute ſur une vérité ſi importante.
Cette preuve eſt même ſuivie,
degré par degré , & toujours par les faits
juſqu'à nos jours , de manière que l'incrédule
le plus décidé , eſt réduit , ou à
ſe rendre à l'évidence , ou à déraiſonner,
pour foutenir fon obſtination.
Célide , ou Hiftoire de la Marquise de
Bliville , par Mademoiselle M***,
deux parties in- 12 . A la Haye , & fe
trouve à Paris , chez la Veuve Ducheſne
, rue S. Jacques ; Moutard &
Mérigot , quai des Auguſtins ; Delalain
, rue de la Comédie Françoiſe ;
Leſprit au Palais-Royal .
Célide , fuivant le portrait qui nous
en eſt tracé , étoit une de ces perſonnes
rares , favoriſées des plus précieux dons
de la nature. Vertu , modeſtie , généroMAI.
1776 . 23
fité , eſprit , beauté ; en un mot , toutes
les qualités qui peutent plaire , ſe trouvoient
réunies en elle. Le Comte de Bricourt
, ſon père , qui avoit épuisé prefque
tout ſon patrimoine au ſervice , vivoit
retiré dans une petite terre , le ſeul
bien qui lui reſtoir. Cet ancien Officier ,
& la Comtetle , s'occupoient dans cette
folitude à perfectionner l'éducation de
leur aimable fille , qui avoit alors quatorze
ans ; à lui inſpirer de l'amour pour
la vertu , & du mépris pour les richeſſes.
« Ma chère Célide , lui diſoit un jour
>> la Comtelle ; ſi vous voulez être heu
>> reaſe, ne donnez pas à l'ambition l'en-
>> trée de votre coeur ; cette funeſte paf-
>> fion empoifonneroit vos plus beaux
>> jours ; quoi qu'on faſſe pour elle , on
>ne peut la ſatisfaire : ſes jouillances
» mêmes ſont des tourmens, & ne valent
>>pas le repos dont vous jouiſſez ici.
Ah ! Madame , s'écria Célide , que
■ je plains les ambitieux , s'ils font tels
» que vous le dites ? S'ils font tels ?
• Croyez - moi , ma fille , croyez que
quelqu'énergique que vous paroiſſe le
>>trait dont je viens de les peindre , il
>> eſt encore bien foible auprès de la vé-
» rité. Il eſt encore une autre paſſion non
>moins dangereuſe , c'eſt l'amour : ah!
وودر
n
-
94
MERCURE DE FRANCE.
ma fille , écoutez attentivement ce que
>>j'ai à vous dire ſur ce ſujet ; & gravez-
» le dans votre coeur , en caractères inef-
>> façables : l'amour plaît , il flatte à fon
>> premier abord ; mais que ces momens
> font courts ! Il n'eſt point pour le coeur
>> de plus mortel poifon ; ne croyez pas ,
>> ma fille , être aimée , parce qu'on vous
» le dira ; fuyez ceux qui vous feront de
» pareils aveux , comme vos plus cruels
>> ennemis : ne vous laiſſez ſéduire , ni
>> par la figure , ni par l'eſprit : penſez en
- vous-même , que ces dehors attrayans,
>> cachent une ame perfide . - Quoi , ma
» mère , tous les hommes font donc
>>>trompeurs ? - Ils ne le font pas tous ;
» mais le nombre des autres eſt ſi petit,
>> que le plus für eſt de ne ſe fier à aucun ;
>>ſachez auſſi , Célide , qu'une fille ver-
>>> tueuſe , ne doit point avoir d'affec-
» tions ignorées de ſes père & mère.>>
C'étoit ainſi que cette tendre mère tâchoit
d'aſſurer le bonheur de ſa fille. Que
Célide auroit été heureuſe s'il avoit plu
au Ciel de la lui laiſſer plus long - temps !
Mais elle étoit , ajoute ici ſon Hiſtorien ,
deſtinée à éprouverles coupsles plusrudes,
dont un coeur ſenſible puiſſe être frappé .
Cette réflexion fait aſſez connoître au
Lecteur , que ce Roman eſt moins une
A
1
MAI. 1776 . 95
critique des moeurs, que la peinture d'un
coeur tendre, en proie aux inquiétudes du
ſentiment, & livré aux tourmens des pafſions.
La ſuite des événemens que ces
mémoires préſentent eſt peu variée ; le
ſtyle néanmoins n'eſt point dépourvu d'intérêt
. Mais l'hiſtorien connoît peu l'art
des tranſitions. Le Lecteur ſouffrira même
impatiemment qu'on le tranſporte d'un
lieu dans un autre , en lui diſant d'un ton
badin, que ce voyage ne le fatiguera pas
beaucoup. Ces légers défauts n'empêcheront
pas que l'on ne s'intéreſſe à l'infortunée
Célide , & que l'on ne voye avec joie
fon amour conftant couronné par leMarquis
de Bliville , amant tendre , paſſionné
& vertueux, b
Ce Roman nous offre dans Mademoiſelle
de Blemigni , amie de Célide,
le modèle de la vraie amitié. Le
Lecteur fentira la folidité du reproche
qu'elle fait à ſon amie du peu de confiance
qu'elle lui marque ; il approuvera
le doute que Mademoiselle de Blemigni
forme en conféquence ſur l'amitié de
Célide. " Ah ! que je m'étois abuſée ! lui
> dit elle un jour , en croyant avoir dans
> votre coeur la place que vous avez dans
>> le mien : oui , ma chère amie , oui ,
> j'en ſuis perfuadée ; ( ainſi ne cherchez
96
MERCURE DE FRANCE.
>> point à me faire illuſion ) , on ne peut
>> aimer une perſonne dont on ſe défie.
»Le charme de l'amitié conſiſte dans le
>> plaifir qu'on goûte en répandant dans
>> le ſein de l'ami qui nous eſt cher , les
>> peines dont on eſt accablé , & les ſujets
>> de joie qui arrivent : ôtez de l'amitié
> la confiance , vous en détruirez tout
» l'agrément , ainſi que le lien . » On eft
un peu fâché qu'une fille qui connoît fi
bien les douceurs de l'amitié devienne
la victime de fon amour pour le Chevalier
de Seminille. Mademoiselle de
Blemigni fait voir par ſon exemple que
l'on peut aimer fans être aimé; & que
l'amour, très-différent de l'amitié , peut
ſe paſſer de retour.
Extrait du Journal de mes Voyages , ou
Hiſtoire d'un jeune homme , pour
ſervir d'école aux pères & mères ; par
M. Pahin de la Blancherie.
Quiconque a des enfans au vice abandonnés ,
N'a point d'excuſes légitimes ;
Car ſous quelque aſcendant que ces monftres
ſoientnés ,
Sa nonchalance a caufé tous leurs crimes.
Gomberville.
MAI 1776. 97
८
2 vol. in- 12 ; en papier ordinaire rel .
61. En papier d'Hollande , 12 1. avec
fig. A Paris , chez les Frères Debure ,
Lib. quai des Auguſtins ; à Orléans ,
chéz la veuve Rouzeau Montaur.
M. de la Blancherie a voyagé & obſervé
de fort bonne heure. Il a configné
dans des lettres éctites à un ami , les
réflexions que lui ſuggérèrent les faits
qu'il remarquoit;&ces réflexions toujours
morales , ont particulièrement pour objet
l'éducation des enfans. Notre Voyageur
, en les publiant aujourd'hui , a
-pour but d'intéreſſer à cette éducation les
parens & le gouvernement. C'eſt pour
mieux obtenir ce voeu de ſes defirs , qu'il
nous préſente dans l'hiſtoire d'un jeune
homme qu'il a vu & pratiqué , un exemple
terrible des effets de la débauche &
du libertinage. M. de la Blancherie s'élève
vivement contre les écoles publi .
ques ; & on eſt obligé de reconnoître
avec lui que ſi pluſieurs abus depuis longtemps
introduits dans ces écoles na
font point réformés , l'éducation privée
ſera préférable à l'éducation -publique.
Mais n'ya-til pas auſſi un peu
d'exagération dans la peinture que fait
1
P
E
H
MERCURE DE FRANCE.
notre Voyageur des dangers que courent
lesjeunes gens lorſqu'ils vivent raflemblés.
Au reſte , il eſt peut être bon d'exagérer
le péril , pour que ceux auxquels
la jeuneſſe eſt confiée,la veillentde plus
près.
Notre Voyageur obfervateur rapporte
des anecdotes particulières , cite pluſieurs
traits de bienfaiſance , de justice , de
gratitude : rappelle à notre mémoire des
paffages de différens Auteurs , difcute
pluſieurs points de morale , mais toujours
dans le rapport qu'ils ont avec l'éducation;
il ne tarit point enfin fur cet
objet important. Son éloquence , quoiqu'un
peu diffuſe , plaît néanmoins parce
qu'elle part d'un cesur pénétré , & qui
connoît tout le bien qui réſulteroit d'une
éducation mieux dirigée. Cet Écrivain
s'eſt plu à ſe peindre dans une de ſes lettres;
le portrait qu'il nous donne de laimême
, & que nous allons citer , fervira
Sencore à faire connoître le but moral de
l'ouvrage, la manière diferte , mais franche
de l'obſervateur , & fon goût pour
-les citations , qui ſont ici engrand nombre,
fur-tout dans les notes placées au
bas des pages. « Je vous préviens , écritil
à fon ami , que mes lettres pourront
MAI. 1776 .
:
:
erre par fois un peu longues. Vous
» ſavez que dès qu'il eſt queſtion de mo-
>> rale ou d'éducation , je ſuis un ba-
»billard, comme il n'y en a point : dans
" mes travaux , mes obfervations , mes
lectures ,,dans tout ce qui ſe paſſe , je
>> ne vois que ces deux objets. Je diviſe
> tout en moyens & en abus. Les hom-
» mes ne me paroiſſent que de grands
ود enfans mal élevés ; les enfans ſopt des
» hommes à former. Il y a encore cette
>>différence entre les grands enfans &
>> es petits : c'eſt que ceux-ci ont les
>> grâces en partage ; ceux- là n'ont que
>> les ridicules ; & les plus raisonnables
>>font quelquefois les plus ennuyeux . Si
je me mêle parmi les jeux de l'enfance
, quelle volupté n'ai je pas à con-
>>templer ſa naïveté , ſa franchiſe , cette
>> joie vive & pure qui ſe manifeſte au-
> dehors par la vivacité des regards , des
geftes , des diſcours ! Oui , l'enfance
n eſt l'âge de la liberté & du bonheur .
» Je laiile aux autres leurs chevaux, leurs
» chiens , leurs fleurs , leurs ſpectacles ,
>>leurs concubines ; ils font esclaves .
» Moi , je goûterai , je chérirai , j'admirerai
dans les enfans la nattuurree &
>> créateur ; je connoîtrai les vices , pour
fon
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
» les en préſerver ; je les précéderai
>dans leur marche , pour les conduire
dans des ſentiers parfemés de fleurs ;
> j'arracherai les épines devanteux , & un
>> fourire innocent me dédommagera de
mes peines. Les journées ne fuffiſent
> pas à mes recherches , à mes obfervations
, j'oſe diſe à mon zèle. Je n'ai
>> pas le temps de faire une lettre courte :
>> d'ailleurs , je me laiſſe emporter par
>>mon ſujet; il eſt d'autant plus im-
> porrant à mes yeux , que je l'étudie
>> fans ceffe. Que ne dois je pas à Plutar-
» que , à Platon , à Montaigne , & c . ?
» Ils ont été mes ſeuls amis pendantlong
>> temps ; & peut-être trouvera-t-on dans
> mon ſtyle quelque choſe du leur. Au
refte , j'ai plus appris , juſqu'à cette
>>heure , à penfer qu'à écrire. Je penſe
> naïvement & bonnement comme mes
>> maîtres; je ne me foucie guère d'écrire
>> autrement. Je n'ai peut- être pas beau-
>coup d'eſprit ; mais j'ai , ce me ſemble
, quelque peu de raiſon : je l'ai du
>> moins bien cultivée & bien exercée.
» Je fais qu'on aime , dans les écrits ,
>> comme dans la ſociété , une imagina-
» tion vive . Je crois me rendre juſtice ,
en diſant que j'ai plus de ſolidité dans
ΜΑΙ . 1776 . 101
>>>le jugement , quede feudans l'imagina-
» tion. Tes difcoursfentent le vieux , di-,
>> foit Denys le Tytan à Platon , qui lui
>>apprenoit à être digne de commander,
>> aux hommes ; - les tiens fentent le
>> tyran , répondit celui-ci. Si mon ſtyle
fent le vieux , je me plais à croire qu'il
>> fent l'utile , voilà mon but. Je n'ai
» pas la mémoire des mots , mais j'ai
» celle des choſes. Je ne retiens pas ai-
>> fément les noms & les dates , mais je
> ſais toujours les faits. Grâces au ciel ,
>> je peux me divertir avec les gens d'ef-
> prit , & m'inſtruire avec les gens rai-
> ſonnables . »
M. de la Blancherie nous dit que l'enfance
eſt l'âge de la liberté & du bonheur
; mais en quoi conſiſte la liberté de
cet âge ? L'enfant eſt le plus ſouvent foumis
à des Inſtituteurs chagrins , qui le
gênent juſques dans ſa façon naïve d'exprimer
ſes différentes ſenſations. Peut-on
encore appeler heureux celui qui n'a
pas le ſentiment de fon bonheur ? Un
imbécille qui ne prévoit pas l'avenir ,
l'homme qui dort , celui dont la raifon
eſt obſcurcie par le vin , par l'âge , ou
par quelqu'autre cauſe que ce ſoit , les
animaux enfin qui ne connoiffent que le
Eiij
102 MERCURE DE FRANCE.
préfent , font heureux à la manière des
enfans.
M. de la Blancherie , dans ce même
ouvrage , s'élève avec force contre les
mères qui ne veulent point nourrir leurs
enfans , &nous louons ici ſon zèle. Mais
en exigeant que des Bourgeoiſes de Paris,
par exemple , foient les propres nourri
ces de leurs enfans , il faudroit auffi leur
preſcrire de quitter leur famille , leur
maifon , leurs affaires , & d'aller vivre
àla campagne ; car un air libre & pur eft
peut être encore plus falutaire à l'enfant
que le lait de ſa propre mère. Cependant
combiende mères Parifiennes auxquelles
un long féjour à la campagne ſeroit impoffible!
M. de la Blancherie donne d'autres
leçons aux mères , dont elles feront bien
deprofiter. On voit avec plaiſir à chaque
page de ſon ouvrage que le premier &
même l'unique objet de ſes recherches
eſt de ſe rendre utile. C'eſt dans ce point
de vue qu'il travaille actuellement à un
autre ouvrage qui aura pour titre : de
l'Homme ou ſyſtème général & complet
d'éducation. L'Auteur y examinera ce
que peut & doit être l'homme , d'après
des confidérations particulières , phyfiMAI.
1776.
7
ques , morales , hiſtoriques , politi
ques, &c. fur ce qu'il a été juſqu'à préſent
, dans tous les temps , & dars tous
les lieux. Il fera l'hiſtoire de l'éducarion
&des moeurs de tous les peuples anciens
&modernes. Il confidérera les ſciences
dans le rapport qu'elles ont avec l'intelligence
des enfans. Il préſentera un rableau
raiſonné des inconvéniens & des
avantages des choſes principales en uſage
dans l'éducation , ou qui doivent y être ,
d'après tout ce qui a été écrit juſqu'à préfent
fur cette partie fi intéreſſante pour
Phumanité , & d'après des obfervations
raiſonnées ſur ce qui peut être ou ne pas
être , ſelon le pays , le climat, le ca
ractère , &c. Il ſe propoſe de rédiger
toutes ces chofes, de manière que l'on
en pourra tirer des réſultats poſitifs &
certains fur la méthode particulière de
former des hommes , pour le plus grand
bien ; ce fera , pour ainſt dire , un manuel
d'édusation , où toutes fortes de cas
feront prévus. Maisenattendant cegrand
ouvrage fur l'Homme , M.dela Blanchetie
en a préparé un autre, qu'il publiera
inceſſamment, & qui est une forte
de complément, à celui dont il eſt quef.
tion aujourd'hui; ila pour titre : Extrans
E iv
104 MERCURE DE FRANCE,
>> du Journal de mes voyages , ou hif-
>> toite d'une jeune.Demoiselle , pour
>>fervir d'école aux pérés & mères.
M. de la Blancherie invite les Gens
de Lettres , les Philoſophes , & tous les
gens de bien , à concourir à donner à
fon systéme général & complet de l'éducation
, toute l'utilité qu'il a en vue , en
lui faiſant part de faits & d'obſervations
raiſonnées for tout ce qui a du rapport
avec l'éducation publique & particulière ,
ancienne & moderne , chez tous les peuples
, & dans tous les états. Les extraits
pourront être adreſſés , francs de port , à
l'Auteur , chez les Libraires ci-deſſus in .
diqués. Il ne s'appropriera rien de ce qui
lui aura été envoyé; chaque Coopérateur
jouira de ce qui lui appartiendra.
Nouvelle méthode de traiter les maladies
Vénériennes par la Fumigation , avec
les procès- verbaux des guériſons opésées
par ce moyen ; par M. Pierre
Lalouette , Docteur Régent de la Faculté
de Médecine en l'Univerſité de
Paris , & Chevalier de l'Ordre de S.
Michel ; publiée par ordre du Roi. A
Paris , chez Mérigot l'aîné , Libraire ,
- quai des Auguſtins , près la rue DauMAI..
1776 . 1ος
phine 1776 , avec approbation & privilège
du Roi .
Si nous en exceptons l'empiriſme &
quelques opinions iſolées en petit nombre
, l'univerſalité des Médecins reconnoît
le mercure pour le remède le plus
efficace découvert juſqu'ici contre ce
>> fléau deſtructeur qui attaque l'homme
> dans les ſources de la vie , & ſe com-
> munique de générations en généra-
» tions ; » & entre toutes les manières
dadminiſtrer le mercure , on s'eſt fixé à
l'appliquer à l'habitude extérieure du
corps , pour l'introduire , par les pores
cutanés , dans la maſſe des liquides. Si
par la fumigation on applique à l'habitude
extérieure le înême mercure , le voeu de
la Médecine eſt rempli : c'eſt une friction
univerſelle ; & toutes chofes étant
égales du côté du médicament , on a
l'avantage de la commodité. Si avec la
fumigation on adminiſtre un mercure
plus pur , on gagne en commodité & en
efficacité de traitement. Voilà l'objet de
l'ouvrage de M. Lalouette convaincu
par des réflexions fondées ſur ſes experiences
, que le mercure contient des
ſubſtances métalliques auxquelles il faut
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
attribuer les effets pernicieux qu'on lui
reproche , & qu'il peut contracter dans
les préparations ufitées un alliage non
moins dangereux ; il a cherché à l'épurer
par des procédés chymiques , qui donpentun
mercure pur , rendu affez volatil
pour être élevé par l'action du feu,
&dégagé des entraves qui l'empêchoient
de pénétrer les pores , dans fon état naturel
de mobilité : qualités qui manquoient
aux poudres mercurielles qui
ont fi mal réuſſi dans l'ancienne fumigation
: car , ou le mercure avoit perdu
dans la calcination ſon éclat métallique ,
ou il s'élevoit très- peu par l'action du
feu , ou il ne s'appliquoit à la peau que
fous la forme de chaux & y adhéroit , on
il s'en dégageoit une trop petite quantité
des ſels qui l'enveloppoient , ou il devenoit
lui même, par l'alliage de cesſels , un
fel mercuriel malfaifant :& toutes ces
poudres avoient l'inconvénient commun ,
que le mercure n'en pouvoit être réviví
fié que par un feu violent , auquel on
ne peut pas foumettre les malades . C'eſt
co que l'Auteur développe dans fon Chapitre
VIII, plein de doctrine & d'expériences
lumineuſes. Il en faut dife autant
duChapitre III, dans lequel il examine
ΜΑΙ. 1776. 107
les préparations mercarielles priſes inte
rieureinent, dont il démontre l'infutlia
fance ou les funeftes effets. C'eſt-là qu'on
peut apprécier le ſublimé corrofif , préfent
funeſte qu'a fait à l'Europe un Médecin
auquel la poſtérité ne confervera
peut- être pas la célébrité dont l'a fait
jouir ſa fortune. M. Lalouette expoſe
l'actionde ce cauſtique ſur les chairs aus
dehors , & le fuit au-dedans , où il le
montre exerçant ſes ravages ſur l'organifation
intérieure , détruiſant les fibres ,
élémens de nos corps , & commençant
l'ouvrage de la mort; & it découvre fes
traces dans les cadavres.On ne peutque
déplorer, avec ce Praticien éclairé, le mak
heur de voir des Médecins ſe rendre les
Apologiſtes de ce poiſon terrible , & lui
gagner des fuffrages reſpectables, juſqu'à
en faire quelquefois un objet de charité!
Le fublime pallie ſubitement les ſymptômes,
peut-être il les guérit : mais l'arfenic
fait le même effet fur pluſieurs
maladies violentes on arrêta , il y a
ttente ans , à Cambrai , un Empirique
qui le donnoit ; il guériffoir comme miraculeofement
, & tous les malades mouroient
au boue d'un an ou deux dil confella
fon horrible fecret anx appreches
Evj
108 MERCURE DE FRANCE,
de la torture. Nous pouvons faire une
réflexion concluante contre le fublimé
corrofif , tirée de la conduite de M. La
louette. Ce Médecin qui a donné pendant
plus de trente ans ſes ſoins & fes
remèdes à tous les pauvres de la Capitale
qui accouroient chez lui en foule ,
&qui y a conſommé ſa fortune ; lui qui
a tant approfondi le caractère & les effets
du fublimé , autoit-il cherché à grands
frais un autre remède , ſi celui-là eût pû
remplir ſes vues charitables ?
M
Les bornes de ce Journal ne nous per
mettent pas de rendre compte des vues
faciles& économiques que M. Lalouette
indique pour diminuer la propagation de
cette terrible maladie , ni d'entret dans
un plus grand détail ſur les avantages de
fon procédé , dont le Cenfeur , M. Мас-
quer , juge éclairé en cette matière ,
nous annonce qu'il contient des recher
ches & des expériences de la plus grande
utilité fur la purification & les prê
parations les plus effentielles du mercure.
Nous penfons , avec ce ſavant Académicien,
que laperfection que M. Lalouette
donne à une méthode , déjà tentée , de
guérir les maladies vénériennes , mérite
toute l'attention des gens de l'art. Quel
t
MAI. 1776. 109
objet en effet peut intéreſſer davantage ,
que celui de ſubſtituer à l'appareil dégoûtant
& pénible des frictions , & au
régime extenuant qui les accompagne ,
un traitement commode & facile , ſous
lequel les malades reprennent de la vigueur
& de l'embonpoint , au lieu de les
perdre, & vacquent comme àl'ordinaire à
leurs travaux ? Les machines pour la fumigation
, & l'appareil pour les préparations
chymiques , ſont décrits avec
clarté , & repréſentés par des planches
très-bien exécutées,
Mémoires historiques , critiques , & anecdotes
des Reines & Régentes de France,
nouvelle édition , revue , corrigée &
conſidérablement augmentée .
Principibusplacuiſſe viris non ultima laus eft.
HOR.
6 vol. in 12. A fe
trouve à Paris , chez Durand neveu ,
Libr. rue Galande ; 1776. Prix 18 liv.
reliés.
. A Amſterdam ; &
Suivant les Editeurs qui donnent au
Public cette nouvelle édition , an Ecri
1
110 MERCURE DE FRANCE.
vain en état de compofer une Hiſtoire
de France parfaite eſt un Phenix impofi
ble à trouver.Tout ce que l'on peut faire ,
ſelon eux , c'eſt de s'écarter le moins qu'il
eſt poſſible de la perfection , confulter
les fources , balancer les autorités , ne
jamais jurer fur la foi d'aucun Auteur,
lire avec plus d'attention les critiques de
fonOuvrage que les éloges , les apprécier
tranquillement & s'en défier à propos ,
* c'eſt , difent ils , ce qu'on nous affure
>> qu'a fait l'Auteur de ces Mémoires »..
Cet Ouvrage commence à la Reine
Bazine , épouſe de Chilpéric , père de
Clovis, & comprend toutes les Reines
&Régentes de France juſqu'au règne de
Louis XIV, inclufivement. Ce titre'de
Régentes , dans l'acception que lui
donne l'Auteur , équivaut à celui d'amies
de nos Rois, ufité ſous ceux des deux
premières races.
L'Auteur a fait pluſieurs corrections &
augmentations aux notes pleines d'érudition
qui accompagnent le texte. Indépendamment
des cchhangemens faits aux
anciens articles , il en a ajouté de nouveaux.
Tels font ceux de Charlott,e de
Beaune-Samblançai , Dame de Sauves ,
petite fille de l'infortune Samblançay
E
MA 1. 1776. IFF
Surintendant des Finances fous François
Premier , & célèbre par ſa fin tragique ;
de la Demoiſelle de Rebours ; & de
Françoiſe de Montmorency Foſſeux , dite
la belle Fofleuſe, toutes trois Maîtreſſes
de Henri IV.
Les Editeurs annoncent dans leur
Avertiſſement que l'Auteur a joint à fon
Ouvrage les vies de Marguerite de Valois
, foeur de François Premier ; & de
Jeanne d'Albret , Reine de Navarre &
mère de Henri IV. Nous les y avons cependant
inutilement cherchées.On a mis
à la tête de cette nouvelle édition un
Mémoire fur l'état desfemmes &des enfans
des Rois de France de la première & de la
feconde race , & du commencement de la
troisième , qui fert en quelque forte d'introduction
à cet Ouvrage , qu'on peut
regarder comme unegalerie hiſtoriquedes
plus curieuſes & des plus intéreſſantes .
Cuvres diverfes de M. le Comte de Treſſan ,
Lieutenant-Général des Armées du
Roi , des Académies des Sciences de
Paris,de Londres , de Berlin, d'Edim-
Bourg , & des Sociétés Royales & littéraires
deMontpellier , Nancy , Caen
•& Rouen . Volume in-8°. AAmfter
112 MERCURE DE FRANCE.
dam; & ſe trouve à Paris , chez L.
Cellot, Imprimeur-Libraire , tue Dauphine.
Ces OEuvres diverſes préſentent des
réflexions ſur l'eſprit , des Difcours Académiques'
, l'Eloge de M. Moreau de
Maupertuis , un portrait hiſtorique de
Staniflas le Bienfaisant , & des poëſies.
Les réflexions fur l'eſprit ont été dictées
par'un homme de goût , un obſervateur
attentif & un père tendre , qui voudroit
que l'expérience de plus de cinquante
ans , qu'il a paſſés dans la ſociété des gens
les plus éclairés de ſon ſiècle , ne fût pas
abfolument perdue pour ſes enfans.Il leut
donne en conféquence dans les différens
chapitres de cet écrit , qui ont pour objet
l'eſprit d'acquit , l'eſprit de l'hiſtoire ,
l'eſprit des ſciences , de l'éducation , de
la littérature , des arts , de ſociété , de la
poësie , & c. les réſultats de ſes obſervations
fur ce qui peut rendre l'eſprit actif,
juste , & véritablement éclairé. Il faut
donc bien s'attendre que dans un écrit
dont le but principal eſt de donner à
l'eſprit d'un jeune homme toute fa force ,
toute fon activité & cette rectitude qu'il
ne pent acquérir que par des notions
MAI. 1776 . 113
claires & préciſes , on s'élève avec force
contre la métaphyſique abſtraite. « Les
> fondemens de la métaphyſique ſont
>> ruineux dès qu'ils ne ſont pas établis
> ſur une baſe phyſique. Défiez - vous de
> ces Méraphyſiciens ſubtils , qui n'ont à
>> vous offrir que les chimères qu'ils ont
>>>produites. Ils ſe plaignent ſouvent
>> qu'ils manquent de mots pour expri-
» mer leurs idées : concluez-en que lorf-
>> que les mots leur manquent , c'eſt que
>> leurs idées n'ont rien de réel. Ils ſe
>>font forgés beaucoup de mots com-
» poſés du grec , auxquels ils donnent
•une ſignification que ces mots n'ont ,
> ni ne peuvent avoir , puiſqu'ils n'ex-
>> priment aucune idée poſitive ; auffi
>> voyons- nous arriver preſque toujours ,
>>que les Méraphyſiciens les plus fubtils
>> ſe ſervent de ces mêmes mots pris dans
>>des acceptions différentes. Arnaud &
>>Mailebranche ſe reprochoient mutuel-
>> lement qu'ils ne s'entendoient point ;
»& le ſage Fontenelle leur crioit , qui
>>pourra vous juger ? Ne ſoyez donc ja-
* mais la dupe , dit M. le Comte de
>>Treſſan à ſes enfans , de ces raiſon-
>>neurs fubtils qui , pour la plupart , ont
> trouvé plus commode d'abuſer de l'art
14 MERCURE DE FRANCE.
>> de raifonner , que de s'inſtruire&d'ob
>> ferver, pour ſe mettre en état de con
>> noître les prétendus élans de l'efpric
>>par leſquels ils cherchent à en impofer.
>>Ces paradoxes captieux , l'art vain&
>> ténébreux du pyrrhoniſme , l'art plas
>>v>ain encore de réaliſer la combinaiſon
»& le réſultat de pluſieurs idées qui ne
* peuvent être poſitives, cette métaphy
>>ſique abſtraite , en un mot , ne prouvent
" qu'un abus , un véritable égarement de
>> l'entendement & des facultés intellec-
>>tuelles; elles ne prouvent aux gens
>>éclairés que l'inſuffisance d'un eſprit
• orgueilleux & fubtil qui cherche à fub-
>>juguer les autres , en ſuppléant à ce
qu'il devroit ſavoir par les chimères
» qu'il imagine. Ces fortes d'eſprits faux
>>& fubtils, font le fléau des gens inftruits
; mais ils ne réuffiffent que trop
>>ſouvent auprès de la multitude à la
>>quelle l'homme inſtruit, & celui qui
4
ne l'eft pas, font également inconnus
De-là cet art ténébreux de la diſpute
> dans laquelle l'efprit faux & fubrik
*paroît prefque toujours triompher de
l'eſprit éclairé. Ce dernier ne ſe permet
•de raifonnerque d'après des idées pofitives
: le premier ſe permet tour
*
と
ΜΑΙ. 1776. 1851
">vole d'erreurs en erreurs;& tandis que
>>l'eſprit juſte & éclairé cherche à l'en-
>>tendre , réfléchit & diſcute , l'aurre
>>entraîneles imbécilles qui l'écoutent&
>> qui croyent l'avoir entendu >>
Les diſputes métaphyfiques font encore
d'autant plus à craindre , que, fous
le prétexte d'exercer l'eſprit , elles le
rendent preſque toujours faux , injufts&
ſouventmême vindicatif. Ne confondons
jamais l'art frivole ou dangereux de la
difpute avec l'art inſtructif & lumineux:
de la diſcuſſion ; c'eſt cette diſcuſſion
ſage , dans laquelle on ne peut trop
porterde candeur &trop de défiance de
fon opinion , qui perfectionne en nous
la force & la clarté de notre entende-!
ment. Sainte Théreſe définiſfoit l'imagination
en la nommant la folle de la
maifon ; elle en avoit cependant beaucoup
elle-même : mais la ſienne n'étoit
pasdangereufe. La myſticité ſera toujours
douce & paisible : elle répond à l'objet
fublime auquel elle s'attache.Apprenez ,
continue M. le C. de T. en s'adreſſant
à ſes enfans , à bien connoître en vous
ce que vous jugerez être l'ouvrage de
l'imagination ; fongez que c'eſt un grand
reffort, mais qu'il doit être aſſujeti pour
116 MERCURE DE FRANCE.
qu'il devienne utile à l'entendement; &
lorſque vous examinerez bien la nature
de ce reffort , vous verrez qu'il n'eſt que
le prompt effet de l'eſprit d'analogie .
L'entendement peut ſe perfectionner en
nous au point de ſurvivre à la mémoire ;
on fait que M. de Lagny , en léthargie,
depuis deux jours ,& ne connoiſſant plus
déjà ſes enfans , répondit à M. de Maupertuis
, qui lui demanda bruſquement :
quel eſt le quarré de douze ? Cent quarante-
quatre , répondit un foible reſte
d'entendement. Le célèbre Chirac , dans
le même état que M. de Lagny depuis
vingt-quatre heures, s'agite ſur ſon lit ,
ſa main droite ſaiſit machinalement ſon
bras gauche , il ſe tâte le pouls : on m'a
appelé trop tard , s'écriatil , on a ſaigné
ce malade , il falloit l'évacuer : c'eſt un
homme mort ! L'effet ſuivit de près le
prognoſtic. :
Lorſqu'il eſt queſtion de l'eſprit des
ſciences & de l'éducation , M. le Comte
de Treſſan adreſſe la parole aux Inſtituteurs
: « O vous , leur dit il avec autant
> de force que de vérité ; ô vous ! que
>> trop ſouvent la pareſſe ou l'incapacité,
>> des pères appelle pour remplir un de-
» voir qui devroit leur être auſſi cher que
2
MAI. 1776. 117
facré; fongez , lorſque vous exercerez
> cette fonction fublime , que vous de-
» vez un homme à l'Etat , à ſa famille ,
» à la ſociété ! Songez que vous êtes les
> plus coupables des Citoyens , ſi vous
>>perdez un ſeul inſtant de vue tous les
>>moyens de rendre vos élèves égale-
» ment éclairés & vertueux !, M. le C.
de Treffan regarde comme un des plus
grands inconvéniens des Ecoles publiques
celui d'être preſque toujours placées
dans de grandes Villes. Les jeunes gens
ne fortent preſque jamais de l'enceinte
des murs qui les renferment que pour
voir la nature ou parée par des ornemens
ſymmétriques qui la gênent , ou dégradée
par une culture en petit qui la défigure.
* Quelle différence , ajoute l'obfervateur
>>philoſophe , ne remarquera-ton pas
>>>toujours entre un jeune homme élevé
>>dans les Colléges de Paris & celui qui
l'a été dans une place de guerre , dans
> une ville maritime , ou même dans le
>>Château de ſes pères? Tout étonne le
>>premier , il n'a preſque point encore
>> d'idées ; l'activité de ſes ſens ne lui a
>>donné que des goûts , il n'a pas encore
> les notions les plus communes ; & fou-
» vent même l'uſage de ſes ſens , au lieu
18 MERCURE DE FRANCE.
de lui donner des idées , ne lui donne
encore que des vices » . Les Inſtituteurs
des Colléges de Paris ont cependant,un
avantage conſidérable pour la perfection
de l'éducation de leurs Elèves , s'ils favoient
en profiter : celui de pouvoir les
mener dans les manufactures , les atteliers
, les fabriques répandues dans les
grandes Villes & aux environs . Ils accoutumeroient
ſans celle , par ce moyen ,
leurs Elèves à l'obſervation de tout ce
qui frappe leurs ſens ; ils nourriroient ,
exciteroient en eux leur curioſité , &
pourroient profiter des demandes que.
cette curiofité feroit naître pour rendre
raiſon au jeune homme de tout ce qui
l'entoure. Mais la plupart des Inſticateurs
, bornés ordinairement à une connoiſſance
vague de la langue latine & de
quelques mots d'un art qu'ils appellent
rhétorique , trouvent plus commode &
plus facile pour eux d'enſeigner à leurs
Elèves cette rhétorique ſi ſouvent ampoulée
& prolixe , & qui ne fait que de
faux beaux-eſprits;& de les exercer enſuite
dans une eſpèce de logique ,
qui , fans perfectionner le raiſonne-
-ment,ne donne que les défauts de ladifpute.
MAI. 1776 . 19
1
Une attention que l'on ne peut trop
recommander à l'Inſtituteur eſt de cher.
cher à diftinguer les dons naturels de
fon Elève. Ces dons , quand ils font
cultivés , portent un caractère de force &
de lumière que ceux qui ne les ont pas
reçus ne peuvent preſque jamais acquérit.
Or il feroit intéreſlant pour le jeune
homme, que l'en perfectionnat de bonne
heure en lui ces dons de la nature , qui
peuvent lui ſervir de reſſource contre les
caprices de la fortune. Lorſqu'on parloit
avec éloge à M. le Comte de Caylus
d'un homme qu'il ne connoiſſoit pas , il
demandoit preſque toujours ſi cethomme
n'avoit pas de quoi vivre : A-t- il en
lui quelque talent utile ou agréable .
>> pour ſe faire un état? » Cette queſtion
paroilloit un peu dure : cependant elle
eſt équitable &digne d'un philoſophe ,
d'un philoſophe ſur-tout qui , né dans
un rang diffingué , avoit cultivé les arts
au pointde pouvoir entirer un bénéfice ,
s'il ſe für trouvé dans une néceſſité qui
P'exigeât.
Les autres réflexions de M. le Conate
de Treſſan ſur l'eſprit de l'éducation ,
font des leçons que les Inſtituteurs ne
ひと
120 MERCURE DE FRANCE.
e
doivent point perdre de vue. Ces leçons
ſe trouvent développées dans des obfervations
ſur l'eſprit des ſciences , des
aris , de la littérature , de l'hiſtoire , de
la poësie . Les beaux-arts font ici définis
une imitation de la nature ſaiſie dans
e genre héroïque , noble, agréable ou
naïf. L'eſprit des arts eſt donc de ſe former
l'idée la plus juſte de ce qu'ils doivent
imiter & repréſenter , & de ſe mettre
en état de juger en quoi les arts ont
repréſenté& imité le plus ou le moins
parfaitement. La nature n'eſt pas toujours
élégante & expreſſive : mais l'art doit
être toujours l'un & l'autre ; l'art doit
faifir tous les inſtans heureux où la nature
s'embellit , ſe caractériſe & s'exprime
avec énergie. Il doit les ſaiſir pour nous
préſenter l'image de la perfection , agrandir
nos idées& nous dérober en quelque
forte à la foule des objets ordinaires qui
nousenvironnent.Nos Spectacles lyriques
ont ils atteint ce but des beaux - arts ?
L'Opéra François eſt ici comparé , avec
affez de vérité , à une poupée de carton
queles Muſes ont pris plaifir de parer
de leurs dons différens . En effet, le fond
ou le ſujet de nos Opéra eſt le plus
ſouvent hypothétique , contraint& hors
de
Μ.Α.Ι. 1776. 121
dela nature , & les acceſſoires de ce fond
ne font que des imitations exagérées des.
effets que préſente la nature. « Cela
❤n'empêche pas , ajoute M. le C. de T.
>> que ce ne ſoit un ſpectacle enchanteur
>> qui frappe à la fois les deux ſens les
» plus actifs , & qui exercent le plus l'in-
>>telligence. L'onie & la vue ſont ſi agréa
>> blement , ſi vivement affectées , que le
>> ſentiment & la volupté entrent par ces
>> deux ſens en notre ame ; ils animent
> la paffion actuelle qui l'agite , ils lui
>> font éprouver quelques étincelles de
n celle qu'elle n'a pas , ils la diſpoſent à
» les recevoir toutes. Le goût.ſévère
>> pourra'donc condamner le carton de
>>la poupée ; mais le goût naturel &le
>> plus général , approuvera l'enſemble
» délicieux des ornemens qui la parent » ..
Dans l'application que M. le C. de
Treſſan fait des loix du goût aux beauxarts
, il cite ce proverbe : Il ne faut point
difputer des goûts. Mais il ne le cite que
pour le combattre ; en effet , il exiſte un
goût immuable & ſeul digne d'être généraliſé.
On peut donc diſputer des
goûts.
Dans toutes ces réflexions ſur l'eſprit ,
l'eſtimable Ecrivain s'eſt attaché aux vé-
F
P
122 MERCURE DE FRANCE.
rités relatives à la marche éclairée de
l'eſprit humain. Ces réflexions , quoique
fommaires , font néanmoins futhſantes
pour donner au Lecteur une notion claire
des objets expoſés tour-a-tour ſous fes
yeux. Comme ces réflexions ſont puiſées
dans un ſentiment vrai & profond du
ſujet , il pourra les étendre , ſe les approprier
& en faire d'heureuſes applications
aux objets de ſes méditations fur les
ſciences , les arts, la littérature , l'hiſtoire ,
la ſociété,&c.
Les réflexions ſur l'efprit forment la
partie la plus conſidérable des OEuvres
diverſes que nous venons d'annoncer.
Elles ſont ſuivies de Diſcours Académi
ques & de l'Eloge de M. Moreau de
Maupertuis. Ces Diſcours renferment
différentes obſervations fur les ſciences
& les arts , qui les font lire avec intérêt.
:
Le portrait hiſtorique de Staniflás le
Bienfaiſant a été dicté par la vérité & la
reconnoillance .
- Un recueil de poëſies , fruit du loifir
&de l'amitié de M. le C. deT. termine
ce volume. Nous ne pouvons mieux caractériſer
ce recueil qu'en rapportant ce
que M. le Comte de Treffan nous dit de
ΜΑΙ. 1776 . 123
la poëſie de ſociété dans ſon article fur
l'eſprit de la poësie. La poësie de ſo-
>> ciété reſſemble à une belle étrangère
→pleine d'eſprit que l'on s'empreſſe
» d'écouter ; on voit briller dans le peu
>> qu'elle fait entendre , tout le feu ,
>> toutes les grâces de ſon imagination :
>mais on en perd un plus grand nom-
>>>bre ; on les regrette ; on cherche à
* deviner , à ne rien perdre de ce qu'elle
>> exprime ; elle nous tranſporte alors
au temps , aux lieux , avec ceux mêmes
>>qui l'animoient à chanter & à peindre ;
» ſa voix eſt brillante , ſes peintures font
>> riantes; elle caractériſe les lettres , les
>> moeurs , les ſociétés & le goût de fon
* ſiècle; elle nous en fait des portraits
>> fidèles , & ſes chants variés inſtruiſent
• en amuſant ». "
Expériences & réflexions relatives à l'analyse
des Bleds & des Farines , par M.
Parmentier , Penſionnaire du Roi ,
Maître en Pharmacie , de l'Académie
Royale des Sciences de Rouen , ancien
Apothicaire-Major de l'Armée Saxonne
, & de l'Hôtel Royal des Invalides
, in 8°, d'environ 200 pages ; prix
11, 16 f. AParis , chez Monory , Lib .
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
rue & vis-à - vis l'ancienne Comédie
Françoiſe.
Dans le Mercure du mois d'Avril
premier volume , nous avons fait mention
d'un Ouvrage de M. Sage fur
l'Analyse de la farine & du fon; la
brochure que nous annonçons actuellement
est une réfutation de cet Ouvrage.
Le but que M. Parmentier s'eft propoſé
dans cette réfutation , eſt de faire
connoître les ſources où M. Sage a puiſé
pour compoſer ſon Analyſe des bleds , &
d'apprécier ce qui paroiſſoit lui appartenir.
Nous renvoyons nos Lecteurs à l'Ouvrage
même , cette brochure étant une
ſimple diſcuſſion de faits qui ne peuvent
occuper une place dans cet Ouvragepériodique.
Lettres fur la Minéralogie , & fur divers
autres objets de l'hiſtoire naturelle de
l'Italie , écrites par M. Ferber , à M.
le Chevalier de Born ; ouvrage traduit
de l'Allemand, enrichi de notes &
d'obſervations faites ſur les lieux : par
M. le Baron de Dietricht , Correfpondant
de l'Académie Royale des Sciences,
Secrétaire Interprète de l'Ordre
ΜΑΙ. 1776 . 125
militaire du Mérite , Membre du
Corps de la Nobleſſe immédiate de la
Baſſe - Alface , Confeiller Noble au
Magiftrat de Strasbourg ; grand in- 8 ° .
d'environ 520 pages. A Strasbourg ,
chez Baver & Treuttel , Libraires ; &
ſe vend à Paris , chez Durand neveu ,
Libraire , rue Gallande. Avec appr. &
priv. du Roi.
L'Italie eſt ſans contredit de tous les
Pays celui que les Gens de Lettres &
les Amateurs des ſciences & des beauxarts
ont parcouru avec le plus d'avidité.
Nous avons des notions exactes ſur les
Peuples qui l'habitent , ſur les monumens
antiques qui s'y trouvent , ſur les arts
qui y ont leuri : mais l'hiſtoire naturelle
eſt la ſeule choſe que nous ignorons;
la diferte de connoiſſances dans
cette partie , fur-tout dans la minéralo .
gie d'Italie , a déterminé M. J. J. Ferber
a y faire un voyage pour s'en occuper
uniquement. Il communiqua par lettres
à M. Born ſes obſervations : & ces lettres
ont paru fi curieuſes & fi intéreſſantes ,
que M. Born a cru devoir les publier ;
on y trouve des remarques intéreſſantes
fur la formation des montagnes d'Italie ,
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
des deſcriptions exactes des minéraux ,
des volcans & d'autres phénomènes naturels
; des conféquences juſtes , des conjectures
ſenſées , & enfin des détails ſur
les Savans de l'Italie.
Ces lettres ont paru en allemand ;
M. Dietricht vient de les publier en
françois , & c'eſt précisément leur traduction
que nous annonçons ici . Le Traducteur
, qui avoit précédé M. Ferber en
Italie, étoit fur le point de donner une
relationde fonvoyage&des découvertes
qu'il avoit faites dans l'hiſtoire naturelle
de ce Pays ; mais comme M. de Born
Jui envoya les lettres de M. Ferber , où
cela étoit détaillé tout au long , M. Dietricht
a préféré de traduire ces lettres en
notre langue , & s'eſt uniquement contenté
de citer quelques unes de ſes obſervations
à la ſuite de celle de M.
Ferber.
1
Principes fur l'art d'accoucher , par demandes
& par réponſes, en faveur des
Sages- Femmes de Province ; par M.
J. L. Baudelocque , Chirurgien de
Paris & Accoucheur ; I vol.in- 12 . A
Paris , chez Didot le jeune , Lib. quai
des Auguſtins.
MAI. 1776. 127
Les brochures ſur l'art d'accoucher ſe
multiplient de jour en jour; mais la plupart
ſont ſi abrégées , qu'elles ne peuvent
que très-peu remplir le but que
ſe ſont propoſé la plupart de ceux qui
les ont rédigées.Celle quenous annonçons
aujourd'hui a en cela un avantage ſur la
plupartdes autres qui l'ont précédée ; elle
contient 1º, une courte deſcription des
parties de la femme , qui ſervent à la
génération & à l'accouchement , les rapports
que ces mêmes parties ont entre
elles & avec le foetus , les changemens
qu'elles éprouvent pendant la groſſelſe ,
&les vices qui peuvent rendre la fortie
de l'enfant plus ou moins difficile , &
même impoſſible par les voies ordinaires
; 2 ° . l'accouchement naturel , ſes
différences , ſes cauſes & ſes ſignes : la
manière de gouverner les femmes pendant
& après cet accouchement; 3 °. les
accouchemens qui exigent les ſecours de
l'art , mais que la main ſeule peut terminer
, ce qui paroît les renfermer encore
dans le pouvoir des Sages- Femmes :
cependant il eſt de leur prudence de ne
jamais les entreprendre ſeules ; car ils
préſentent quelquefois tantde difficultés ,
que l'Accoucheur le plus robuſte a beſoin
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
d'aide pour les terminer ; 4°. enfin quel.
ques détails ſur les accouchemens laborieux
, qui demandent des inſtrumens
pour les opérer.
L'Auteur n'en indique dans cette brochure
que les cauſes & les ſignes , afin
de mettre les Sages-Femmes en état de
les reconnoître & d'appeler les Accoucheurs
à leurs fecours. M. Baudelocque
a rédigé ce Traité par demandes & par
réponſes , pour mettre les Elèves Sages-
Femmes dans le cas de s'interroger mutuellement
& de ſe faire des queſtions
fuivies fur cet objet. M. Baudelocque
obſerve dans la Préface de cet Ouvrage ,
que le Catéchisme fur l'art d'accoucher ,
par M. Augier Dufor, n'eſt que l'extrait
du manufcrit de fon Ouvrage , dont M.
Dufot a fu profiter.
Recueil de Differtations , ou recherches
hiſtoriques & critiques ſur le temps
où vivoit le folitaire Saint Florent au
-MontGlonnelen Anjou; ſur quelques
: Ouvrages des anciens Romains nouveilement
découverts dans cette Proali
vince & enTourraine ; fur l'ancien lit
de la Loire de Tours à Angers , &
celui de la rivière de la Vienne ; fur
:
(
MA I. 1776. 149
le prétendu tombeau de Turnus, a
Tours ; l'affiette de Caſarodunum , première
Capitale des Turones , ſous
Jules Céſar ; les ponts de Cé & le
champ près d'Angers , attribués à cer
Empereur , & celui de Chenehutte ,
à trois lieues au-deffous de Saumur.
Avec de nouvelles aſſertions fur la
végétation ſpontanée des coquilles du
Château des Places; des deſſins d'une
collection de coquilles foſſiles de la
Touraine & de l'Anjou , de nouvelles
idées ſur la falaunière de Touraine ,
&plufieurs lettres de M. de Voltaire
relatives à ces différens objets. Par M.
de la Sauvagere , Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de St Louis ,
&c . t volume in-8°. A Paris , chez la
veuve Ducheſne , rue St Jacques'; la
veuveTillard , rue de la Harpe , 1776
Avec app. & priv . du Roi .
>
Ces différentes Differtations ne peu
vent être que très utiles à ceux qui s'appliquent
à l'étude de l'antiquité ; elles par
roiffent néanmoins un peu hafardées ; les
aſſertions fur les foſſiles font encore plus
ſyſtématiques ; ce que l'Auteur dit fus
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
leur végétation ſpontanée est actuellement
révoqué en doute par les plus favans
Naturaliſtes .
Supplément au traité de M. Petit , fur les
maladies Chirurgicales , & les opérations
qui leur conviennent , rédigé par M.
Leſne , Maître en Chirurgie à Paris ,
ancien Prévôt du Collége , & Confeiller
du Comité de l'Académie Royale
de Chirurgie. A Paris , chez P. F.
Didot le jeune , Libraire , quai des
Auguftins . Prix br. 1 liv. 4 f.
Depuis la mort de M. Petit , on a
trouvé dans ſes cartons un chapitre entier
des plaies à la tête ; la continuation de
l'article du paraphymoſis , qui étoit reſté
imparfait dans l'Ouvrage de M. Perit .
M. Leſne , pour ne pas priver le Public
de ces différens Mémoires , s'empreffe
de lui en faire part dans le ſupplément
que nous annonçons , en attendant qu'il
puiſſe les inférer dans une ſeconde édition
des OEuvres de cet Auteur.
Traité de la fonte des mines par le feu du
charbon de terre , ou Traité de la conf.
MA 1. 1776 . 131
:
truction & uſage des fourneaux propres
à la fonte& affinage des métaux
&minéraux par le feu du charbon de
terre , avec la manière de rendre le
charbon propre aux mêmes ufages
auxquels on employe le charbon de
bois ; par M. de Genſſane , de
l'Académie Royale des Sciences de
Montpellier , Correſpondant de celle
deParis, &Conceſſionnairedes mines
d'Alface & Comté de Bourgogne.
Tome II , avec 45 figures in 4. A
Paris , chez Ruault , Lib . rue de la
+ Harpe. Prix 15 liv.
:
Nous avons annoncé le premier volu
me de cet Ouvrage en 1770 , temps ou
il a paru ; l'Auteur y décrit les fourneaux
propres à chaque fonte , & en explique
l'uſage : il preſcrit en même temps les
règles qu'il y a à ſuivre dans chaque opération
. Le ſecond volume dont il s'agit
ici , renferme des détails qui ne ſont pas
moins intéreſfans; la fabriquedu laiton ,
les matières propres à la compoſition de
ce métal , & les opérations néceffaires
pour y parvenir ; la fabrique du ſmalt ou
bleu d'émail , le cobalt & fes préparations
,la fonte des mines de bifmut paz
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
le feu du charbon de terre , la méthode
pour traiter cellede mercure , d'antimoine
, avec le même charbon : enfin, la
façon de préparer les calamines , les mines
de cobalt & autres mines arſenicales ,
pour retirer, l'or & l'argent que ces minéraux
recèlent quelquefois , & extraire
le ſoufre des pyrites & autres matières
dont on les réttre,&c. font autant d'objets
qui font traités ex profeſſo dans le fecond
volume.
On ſe plaint depuis long-temps, en
France du dépériſſement des forêts , de
la diminution ſenſible du bois & de la
cherté qui en eſt une ſuite . Les verreries ,
les forges , l'exploitation des mines , une
infinité d'autres travaux en grand , da
conſtruction des navires , celle des bâtir
mens , le chauffage , &c. dégarnillent
inſenſiblement nos forêts. M. Genſſane
nous offre dans le charbon de terre une
ſubſtance propre à remplacer le charbon
de bois pour la fonte des mines , objet
qui conſomme une quantité prodigieuſe
de bois ; il donne la manière de s'en
fervir , & il décrit la façon dont doivent
être conſtruits les fourneaux pour en faire
nſage ; il démontre que non-feulement
l'Etat doit gagner dans une pareille ſubſ
MAIL. 1776. 133
titution ; mais même que l'emploi du
charbon de terre peut être d'un bénéfice
réel pour le Particulier , & qu'il ne tend
pas peu à la perfection des métaux. M.
deGenſſane s'étend beaucoup fur la fabrication
du laiton : il tâche de ranimer
le goût pour les Manufactures en ce
genre; elle conferveroit bien de l'argent
dans le Royaume, où le laiten eſt fi fort
employéconny manque pas de calamines
propres à cet uſage , on en trouve
fréquemment aux environs des terres
alumineuſes . Il dit la même choſe du
bleu d'émait , qu'on tire de l'étranger ,
tandis qu'on trouve en France toutes les
matières propres à fa fabrique ; ces vues
patriotiques méritent d'autant plus nos
égards & nos conſidérations , qu'on
n'employera pour toutes les fabriques
que la houille ou charbon de terre : aufli
le premier volume de cet Ouvrage a éré
très bien accueilli des Gens de l'art , &
il n'eſt pas douteux que le ſecond le fera
de même.
4
:
!
Antiquité géographique de l'Inde & de
plusieurs autres contrées de la haute
Afie, par M. d'Anville , premier Géo
graphe du Roi , des Académies Roya
134 MERCURE DE FRANCE.
:
:
les des Inſcriptions & Belles Lettres
& des Sciences , & de celle des Sciences
de Pétersbourg , Secrétaire de Sa
A. S. Monſeigneur le Duc d'Orléans ,
:
090
Extremum hunc,Arethufa, mihi concede laborem.
:
1. Virg. Eclogault. v. 1 .
eli
Vol. in 4. de l'Imprimerie Royale ,
avec des cartes. A Paris , chez l'Aus
teur aux galeries du Louvre , rue de
l'Ortie .
১
Écrire ſur l'ancienne géographie pour
ne citer que des noms de Villes , de Na
tions ou de Provinces , & felon que Pline
s'exprime dans l'exorde de ce qu'il donne
de géographie , locorum nuda nomina ,
& quanta dabitur brevitate , fans y joindre
quelque notion par rapport aux
lieux ou aux parties qui y correfpondent
actuellement , eſt un travail allez facile ,
peu intéreſfant , & qui ne remplit pas
l'objet qu'on doit ſe propoſer en cette
matière. Mais , fi en faifant mention
d'une ville dans l'Inde , telle que Palibothra
, vous faires quelque choſe de plus
que de la nommer , en rapportant les
termes de Pline ſur le rang & l'opulence
ΜΑΙ. 1776 . 135
de cette ville ; le Lecteur en qui vous
faites naître de la curiofité , eſt en droit
de vous demander , ſi elle exiſte de quel.
que manière que ce foir. Et en ſuppofant
que dans les circonstances données
fur l'emplacement de cette ville , il s'en
trouve quelqu'une qui y puiſſe mettre
de l'équivoque , n'est-il pas néceſſaire
d'entrer en diſcuſſion ſur ce point là , &
d'employer la critique pour réfoudre la
difficulté ? C'eſt le procédé que M d'Anville
expoſe dans la préface de fon ouvrage
, & qu'il a fuivi 3-comme cet ouvrage
préſente une carrière très étendue,
l'Auteur l'a divisé en pluſieurs parties.
Ce qui peut appartenir ſéparément à
chacun des principaux fleuves de l'Inde ,
Indus & Ganges , fait une première &
ſeconde ſection. Une troiſième est réſervée
à la partie de l'Inde , qui reſſerrée
des deux côtés par la mer , s'enfonce vers
le Midi . Ce qui concerne la Taprobane
en fait la clôture. La première ſection
préſente un objet très- intéreſſant , celui
des marches d'Alexandre dans ſon expé .
dition, objet qui a été moins développé ,
& avecmoins de rapport , à quelques circonſtances
locales , qu'on ne le verra ici .
Ces ſavantes recherches ſur l'Inde font
136 MERCURE DE FRANCE.
ſuivies de deux Mémoires , que l'on peut
regarder comme un ſuppléinent à ces
recherches . Le premier de ces Mémoires
a pour objet les limites du monde conna
des anciens au delà duGange. Le ſecond
préſente des recherches géographiques &
hiſtoriques ſur la Sitique des anciens , &
une partie de la Sythie.
Histoire de l'Astronomie ancienne depuis
Jon origine jusqu'à l'établiſſement de
l'Ecole d'Alexandrie , par M. Bailly,
Garde des tableaux du Roi , de l'Académie
Royale des Sciences , & de
l'Institut de Bologne .
1
:
Magni animi res fuit rerum naturæ latebras dimovere,
nec contentum exteriori ejus conspectu
introfpicere , &in deorumfecreta defcendere.
Sen. Queſt . nat. lib . VI. c. 5 .
Vol. in 4. avec figures. A Paris , chez
les frères Debure , quai des Auguſtins,
près la rue Pavée .
Cette hiſtoire eſt précédée d'un diſcours
fur la nature & les progrès de l'aſtronomie.
Cette ſcience , en ſe perfectionnant,
a guéri des préjugés , & diſlipé des crainMAI.
1776. 137
tes, nés peut être de ſon enfance même.
C'eſt un ſervice eſſentiel qu'elle a rendu
à l'humanité. « L'homme naît timide ,
> il craint fur-tout les dangers qu'il ne
>>connoît pas , les dangers contre lef-
>>quels il n'a pas meſuré ſa prudence &
>> ſes forces. Avant de s'être familiarifé
- avec la nature , il a commencé par la
craindre , & tout devoit lui cauſer de
» l'effroi. Il fut bientôt accoutumé à l'or-
>> dre invariable du ciel , à la ſucceſſion
>> conſtante de ſes phénomènes ; mais
>>les phénomènes plus rares lui parurent
un bouleverſement de l'ordre naturel.
>>La première éclipſe totale de ſoleil
»donna l'idée de l'anéantiſſement de
> l'univers. L'éclipſe de lune fit craindre
>>la perte de cet aſtre ; on imagina qu'un
>> dragon vouloit la dévorer. Les comè
>>tes remarquables , effrayantes par leur
>> queue & par leur chevelure , annon-
>>çoient la mort des Princes , la deftruc-
>> tion des Empires , la peſte , la fami-
>> ne , &c. L'aſtronomie , en dévoilant
>> les cauſes de ces phénomènes , a raf-
>>furé les eſprits. Le peuple même au-
>> jourd'hui n'eſt pas effrayé des éclipſes.
>>La terreur de l'apparition des comètes
>>a ſubſiſté plus long-temps. Lespensées
138 MERCURE DE FRANCE.
» diverſes du célèbre Bayle , ſont un mo
>> nument de la ſuperſtition. Elles font
> foi qu'en 1680 , dans le temps où
>>Newton calculoit l'orbire des comères ,
>>où Halley étoit près d'annoncer leur
>>retour , l'Europe preſque entière étoit
> encore dans une ignorance profonde
>>>ſur la nature de ces êtres. On les re-
>>gardoit comme des avant coureurs des
>> yengeances divines ; & les alarmes
>>étoient allez, fortes , affez générales
pour que Bayle les combattit avec tou
> tes les reſſources de l'érudition , & toutes
les armes de la dialectique. Mais
l'aſtronomie qui enſeigne que les co-
>>mètes ont un retour certain , & une
»matche invariable , a plus fait contre
→ le préjugé , que le ſavant ouvrage de
»Bayle.»
L'utilité de l'aſtronomie contre l'akrologie
judiciaire , que l'on peut regarder
comme une maladie de l'eſprit humain ,
auſſi déplorable que la ſuperſtition , n'eſt
pas moins reconnue. M. B. expoſe enfuite
les ſervices que l'aſtronomie a rendus
à la ſociété ; ſon utilité pour l'agriculture
, le calendrier, la chronologie,
la géographie & la navigation .
2.On verra avec intérêt dans cette fa
i«
MAI. 1776 . 139
vante hiſtoire, combien il a fallu de temps
& de travaux pour reconnoître que les
mouvemens des aftres , ſi compliqués
en apparence , ſon très fimples en effet ,
& dépendent d'une cauſe plus fimple
encore .
Instruction Pastorale de MonſeigneurAntoine
de Malvin de Montazer , Archevêque
, Comte de Lyon , Primat de
France , fur les fources de l'incréduliré
& les fondemens de la Religion . A
Paris , chez Simon , Imprimeur du
Parlement ; & à Lyon , chez Aimé de
la Roche : in-4°. & in 12.
Les bornes de notre Journal , & l'objetde
cet ouvrage ne nous permettent pas
d'en faire une analyſe ſuivie ; nous nous
contenterons d'en citer quelques morceaux
, dont la lecture nous a vivement
frappés . Pour prouver que les Écrivains
incrédules n'entendent pas les véritables
intérêts de leur gloire ; M. l'Archevêque
de Lyon leur adreſſe ainſi la parole.
>>Hommes de génie ! Écrivains fameux !
> c'eſt donc pour la gloire que vous tra-
>> vaillez lorſque vous proſtituez vos ta
>>lens& vos veilles au triomphe de l'in140
MERCURE DE FRANCE.
ہ ی
>>crédulité. Mais puiſque vous nous for-
>> cez à abandonner le langage de l'E-
>> vangile pour parler avec vous celui de
>> l'amour-propre; dites-nous du moins
>> ſi cette gloire à laquelle vous afpirez
>> eſt bien entendue , & fi vous avez
> mieux compris les intérêts de votre
>>réputation que ceux de votre ſalut ?
>>Hélas ! avec les riches préſens que
» vous aviez reçus de la nature , il vous
>>> étoit fi facile de mériter tout à la fois
>>>notre reconnoiſlance & notre admira-
* tion. Sans les nuages que l'impiété a
>> raſſemblés autour de vous , & qui iront
>>vous noircir juſqu'aux yeux de la pof-
> térité la plus reculée , vos noms euffent
>>> brillé d'un éclat immortel . Eh ! com-
> ment n'avez vous pas prévu qu'au lieu
> des hommages univerſels que vous
>> auroit attirés le bon uſage des dons de
>> Dieu , la partie la plus nombreuſe de
>>l'univers déteſtera vos principes , mau-
>> dira vos ſuccès , fléttira votre mémoire,
» & vous enlevera la plus belle récompenſe
de vos écrits eu les banniſſant
>> de l'éducation publique ? Voyez déjà
>>les pères vertueux , les mères chrétien-
>> res , les inſtituteurs vigilans , attentifs
> à les arracher des mains d'une jeuneſle
MAI. 1776. 141
1
» inconſidérée. Voyez- les toujours fidè-
» les à vous dénoncer de génération en
> génération , comme les corrupteurs des
» moeurs , comme les fléaux de la reli-
>> gion& de la ſociété. Voyez vos funef.
> tes paradoxes invoqués& ſuivis par les
>> Princes injuſtes , les ſujets rebelles , les
>> enfans ingrats, les époux parjures. Con-
> templez dans l'avenir cette multitude de
• méchans& de pervers, dont vous ferez
>>les Apôtres , les Légiflateurs , & qui
>> viendront puiſer dans vos ouvrages
▸ l'oubli de tous les devoirs & l'apologie
» de tous les vices. » Il n'eſt pas poſſible
de défendre la cauſe de la Religion avec
une raiſon plus lumineuſe , & une éloquence
plus perfualive.
A la fuite d'un tableau fublime &
profond de la morale de Jeſus - Chrift ,
l'illustre Auteur de cette Inſtruction Paftorale
expoſe avec autant de courage que
d'énergie les devoirs particuliers que la
Religion impoſe aux Rois. « Mais fi le
> chriſtianiſme proſcrit toute défobéif-
> ſance dans les ſujets , ce n'eſt pas pour
>> favoriſer les abus de l'autorité dans le
>>Monarque. Aucun code n'a jamais aufli
> fortement inculqué aux Rois qu'ils ne
>>ſont pas Rois pour eux; que le diadême
142 MERCURE DE FRANCE.
>> dont leur front eſt orné , eſt le ſym.
* bole de leur fervitude , encore plus
• que de leur grandeur ; & que s'ils tiennent
ici bas la place de Dieu , ce n'eſt
- qu'à la charge de régner comme lui
> par les loix , de féconder & d'enrichir
> comme lui tout ce qui eſt ſoumis à
>>leur puiſſance: Aucune loi ne leur a
jamais auſſi ſévèrement interdit les
➡violences du deſpotiſme , & les dou-
>> ceurs de la domination atbitraire . Au-
>> cune lumière ne leur a jamais auſſi clai-
» rement montré que leurs devoirs font
» immenfes ; qu'ils dérobent à leurs
" peuples le temps qu'ils prodiguent à
>> leurs plaiſits ; que les grâces accordées
» à la faveur font autant de larcins faits
» au mérite ; que le glaive dont ils font
>>armés ne doit être redoutable qu'au
>> crime ; que les impôts cellent d'être
» permis dès qu'ils ne ſont plus comman-
» dés par le beſoin public ; que les injuf-
» tices qu'ils ne répriment pas les ren-
>> dent coupables comme celles qu'ils
>> commettent ; en un mor , que leurs
ſujets font autant de frères en mino-
>> rité , qui ont droit d'être protégés &
fecourus , non en proportion de leurs
richeffes ou de leur crédit , mais de
MAI. 1776 . 143
>> leur dénuement & de leur foibleſſe . »
Nous allons tranſcrire la peror ifon
de cet excellent ouvrage , qui doit déformais
fervir de modèle à tous les Ecrivains
qui défendent la cauſe de la Religion.
« Et nous Miniſtres de Jeſus Chriſt,
» à qui le dépôt de cette Religion a été
>> confié , & qui ſommes ſpécialement
>>chargés du ſoin de la défendre , nous
>>laiſſerons nous intimider par les efforts
>> de ſes ennemis ? Mais ſa cauſe n'a telle
>> pas toujours les mêmes fondemens, les
ود mêmes titres , les mêmes appuis ?Ne
>> ſommes- nous pas les ſucceſſeursde ces
>>hommes Apostoliques, qui ont foumis
>>l'univers idolâtre à l'empire de la croix ?
>>>Les incrédules qui s'oppoſoientàſon éta.
>> bliſſement , étoient-ils moins redou-
>>tables que ceux qui travaillent aujour
>> d'hui à ſa ruine ? Et fi nous ſommes
>>fidèles à notre vocation , ſes anciennes
>>victoires ne ſont elles pas des gages af-
» ſurés de ſes nouveaux triomphes ? Ce
>> pendant, nos chers Coopérateurs, cette
>>juſte confiance ne doit pas dégénérer
>>en préſomption. Ce n'eſt point à nous,
> ce n'eſt point à un Royaume particulier
, c'eſt à l'Egliſe ſeule qu'appartient
>>le privilége de l'indéfectibilité. Dies
144 MERCURE DE FRANCE.
>> nous menace pat ſes Prophètes de re
>> muer , de tranſporter dans d'autres con-
>>trées le flambeau de la foi. Depuis long-
>> temps il a cellé d'éclairer cette partie
>> du monde , où il avoit brillé d'abord
>>'avec le plus d'éclat , & nous devons
>>craindre que Dieu n'exerce fur nous
>>les mêmes rigueurs , en punition de
>>notre ingratitude. Conſacrons donc
>> nos talens & nos veilles à nous rem-
» plir de plus en plus de la ſcience du
>> chriftianiſme , au lieu de nous livrer
» à des travaux profanes , qui en paroif-
>> fant étendre l'utilité de notre minif-
>> tère, changent ſon objet , & en éteignent
l'eſprit. Reconnoiffons que la
> meſured'inſtruction qui auroit pu nous
ود ſuffire dans des temps plus tranquilles ,
>>ne répond plus à l'étendue de nos de-
>> voirs dans ces jours d'effervefcence &
>> de contradiction. Imitons les pères de
>>l'Eglife, qui ſans jamais perdre de vue
l'univerſalité du dépôt de la foi, médi-
» toient& défendoient avec plus de foin
» les vérités qui étoient plus violemment
>>attaquées. Nous ne ſommes pas tous
> appelés à combattre l'incrédulité par
nos écrits mais nous sommes tous
obligés de ne laiſſer aucun prétexte à
>> fes
ΜΑΙ . 1776. 145
>> ſes dédains & à ſes calomnies. Préfen-
>> tons donc la Religion aux hommes
» avec cette noble ſimplicité qui lui ap
>>partient , telle qu'elle eſt ſortie du ſein
>> de Dieu , & qu'elle nous a été tranf-
>>miſe par les Apôtres : ſa doctrine, ſans
> aucun mélange des inventions de l'ef
>> prit humain , & ſon culte dégagé de
>>toutes les pratiques qui ne ſeroient pas
>>dignes d'elle. Ce ne ſont pas ſeule-
» ment les grandes lumières , nos chers
» Coopérateurs , ce ſont ſurtout les
>>grandes vertus qui font la force de la
>>milice ſainte. La Religion n'a d'autre
>>but que de rendre les hommes ſages
» & heureux. Et qui ofera s'elever con-
>>tr'elle , lorſque tous ſes Miniſtres, ani
>>més du même eſprit , ſe dévoueront
>>pleinement à ce grand ouvrage , lorf
>> qu'on ne les verra quitter le filence de
>> leurs retraites que pour entretenir la
>>paix dans les familles, réconcilier
>> les ennemis , ramener les pécheurs ,"
> protéger les foibles , fecourir les pau-
» vres , conſoler les affligés , prêcher
>>l'humanité aux grands , la ſoumillion
> aux peuples , la justice aux Rois , lorf-
>>qu'enfin toutes leurs paroles ſeront des
• inſtructions , toutes leurs actions des
G
146 MERCURE DE FRANCE.
ود
>>exemples, toutes leurs entrepriſes des
>>>bienfaits publics ?Ce feroit méconnoî-
» tre à la fois & les principes & les
>>intérêts du chriſtianiſme , que de ne
>>pas embraſler juſqu'à ſes détracteurs
>>dans l'étendue de notre charité. Sou-
>>venons-nous donc , nos chers Coopé-
>> rateurs , que pour être les ennemis de
>>> notre cuite , ils n'en font pas moins
>> nos frères ; que plus ils font inexcufa-
>>bles , plus ils font malheureux ; qu'à
>> Dieu appartient le droit de les juger ,
»& à nous l'obligation de les aimer &
>> de les plaindre; qu'un zèle amer feroit
>>plus propre à les aigrir qu'à les attirer ;
*que la vérité s'infinue preſque toujours
>>par les douceurs de la perfuafion , &
>> ne s'établit jamais par les excès de la
>>violence ; que la force de la parole , le
>>pouvoir de l'exemple , la ferveur de la
>>prière , les attraits de la piété ſont les
>>armes de la Religion ;& que lors même
>>qu'elle paroît s'irriter de l'obſtination
>>des pécheurs , c'eſt encore au feu de la
charité que s'allume le flambeau de fa
>> colère. »
M. de Montazet étoit déjà connu trèsayantageuſement
par pluſieurs ouvrages
qu'on relit avec plaifir, & qui reſteront ;"
:
MAI. 1776 . 147
mais cette nouvelle production doit beaucoup
ajouter à ſa gloire , & elle mérite
le grand ſuccès qu'elle a dans cette capitale.
On y admire un ſtyle majestueux
&pathétique , des connoiſſances profondes&
bien digérées , une éloquence éloignée
de la ſéchereſſe & de la déclamation
, beaucoup d'amour pour les lettres
& pour ceux qui les cultivent , & furtoutune
modération bien digne d'un Prélat
auſſi diftingué par la ſupériorité de ſes
talens , que par ſon zèle pour la Religion.
Année Sainte ; Ouvrage inſtructif ſur le
Jubilé , ſuivi de la paraphraſe de pluſieurs
pleaumes & cantiques choiſis. A
Paris , chez Lottin le jeune , Libr. rue
St Jacques.
On a eu beau, dans tous les temps, attaquer
l'établiſſement des fêtes & des folennités
, tourner en dériſion le culte
extérieur & fes cérémonies , & crier à
l'illufion , on n'a pas moins conſervé ,
tant dans l'ancienne loi que dans la nouvelle
, les ſignes extérieurs & ſenſibles
par leſquels les hommes ont été conduits
& élevés peu à peu àla connoiffance du
i
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
culte & de l'adoration intérieure qu'ils
devoient à l'infinie majeſté de Dieu.
Dieu a voulu ſous les deux alliances que
non ſeulement notre ame , mais auſſi
notre corps & tous nos ſens fuiffent employés
à ſon ſervice , & que tout en
nous concourût à l'accompliſſement du
grand devoir de glorifier &de louer Dieu
en toutes chofes.
Dans l'état où la vérité ſe montrera à
nous ſans voile & fans nuage , notre
culte n'aura beſoin ni de ſignes , ni de
ſymboles ; il conſiſtera tout entier à louer
Dieu , & cette louange fera l'effet de
la parfaite connoiſſance & de l'ardent
amour qui nous réunira à ce ſouverain
bien; mais dans l'état de la vie préſente ,
nous ne pouvons voir la vérité divine
en elle-même. Il faut que le rayon de
cette divine vérité nous éclaire par des
ſignes ſenſibles , quoiqu'en diverſes manières
, felon que notre eſprit eft capable
de cette lumière ſi ſublime , & felon
les différens états où nous nous trouvons.
D'ailleurs ces ſignes viſibles qui frappent
les fens , ont une certaine éloquence qui
s'accommode à l'eſprit & à la capacité
de ceux qui defirent d'apprendre la doctrine
du ſalut , & qui les fait monter,
ΜΑΙ. 1776 . 149
par les choſes viſibles , à celles qui font
inviſibles.
1
Les pratiques du Jubilé qui tiennent
au culte extérieur preſcrit par les loix
divines & par celles de l'Eglife , & qui
renaiffent tous les vingt-cinq ans pour
ranimer la ferveur des Juſtes , & pour
faire fortir les pécheurs de leur profonde
lethargie , nous apprennent que rien n'eſt
plus vain & plus inutile que les tentatives
des hommes contre un édifice bâti
des mains de l'Eternel ; l'Eglise , malgré
les infultes & les clameurs de ſes ennemis
, n'a pas retranché une ſeule ſyllabe
de ſes prières , un ſeul iota de ſes loix ,
croyant toujours les mêmes dogmes , cé
lébrant les mêmes offices , pratiquant les
mêmes uſages & nous accordant les mêmes
indulgences.
C'eſt une vérité de foi , que l'Eglife
a le pouvoir d'accorder les indulgences;
mais l'exercice de ce pouvoir a ſes règles.
Ses Miniſtres n'en accordent que fur de
ſolides raiſons , & qui ſoient telles ,
qu'elles méritent que Dieu ratifie ces
indulgences dans le ciel : ainſi l'Eglife
ne prétend point remettre toutes les peines
dues au péché. Il faut néceſſairement
que la juſtice de Dieu ſoit fatisfaite;
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
mais il eſt en ſon pouvoir d'abréger la
durée de ces peines , d'en adoucir la rigueur
, quand elle trouve dans le pénitent
une douleur affez vive , une ferveur
aflez ardente pour l'autoriſer à croire que
la portion des peines qu'elle remet, eſt
fuffisamment compenſée par les ſaintes
douleurs du pénitent & par l'ardeur de
ſa charité , & que Dieu , qui remet plus
à celui qui aime plus , ratifiera l'indulgence
qu'elle accorde ſur ces folides motifs.
Quel est donc le principal but de
J'Egliſe en propoſant les Jubilés à tous les
fidèles ? C'eſt de les inviter tous à entrer
dans ces di poſitions excellentes auxquelles
ſeules elle entend accorder l'indulgence
,& qui ſeules la recevront. Si
elle ordonne à tous ſes membres de redoubler
leurs prières , c'eſt pour obtenir
par ce faint concert & par cette heureuſe
violence ces diſpoſitions ſalutaires.
L'Ouvrage que nous annonçons renferme
tout ce qu'il eſt eſſentiel de ſavoir
fur la matière des indulgences , & tout ce
que l'on doit pratiquer dans le temps des
Jubilés.
Recherches fur les maladies épizootiques ,
MAI. 1776 .
fur la manière de les traiter & d'en
préſerver les beſtiaux ; tirées des Mémoires
de l'Académie Royale des
Sciences de Stockholm , & traduites
du Suédois en François par M. de
Baer , Aumônier du Roi de Suède ,
Aſſocié ordinaire de l'Académie des
Sciences de Stockholm , Correfpondantde
celle de Paris. Broc. d'environ
80 pages in - 8°. prix 20 fols. A Paris ,
chez Lacombe , Libr. rue Chriſtine ,
1776. Avec approbation & privilége
du Roi.
Ces Mémoires ſont très importans
pour connoître , pour caractériſer & pour
prévenir ou combattre la maladie des
beftiaux qui a fait, depuis pluſieurs années
, de grands ravages dans preſque
toute l'Europe. Ils ont été publiés en
Suède par ordre du Gouvernement. Le
premier Mémoire traite de la maladie
desbeſtiaux , le ſeconddéfigne les caractères
extérieurs de cette maladie , le troiſième
expoſe les marques de guériſon ,
le quatrième donne la deſcription de l'intérieur
des animaux morts , le cinquième
contient des réflexions ſur l'inoculation
de la maladie des beſtiaux , le ſixième a
Giv
MERCURE DE FRANCE:
pour objet la maladie des animaux &
pluſieurs remèdes employés avec ſuccès ;
le ſeptième Mémoire eſt ſur la plantation
& la récolte des orties , ainſi que ſur
l'avantage incontestable qu'on peut en
tirer pour engraifler le bétail & pour le
préſerver de toute eſpèce de maladie.
Tout est trop eſſentiel dans une pareille
matière pour en faire une analyſe : il
fuffit fans doute d'avoir fait connoître les
objets de ces Mémoires .
2.1:
1
こ
* Les A-propos de Société, ou Chanfons
de M. L. 3 vol . avec fig. prix 24 liv.
brochés , A Paris , chez la veuve Do
cheſne , rue St Jacques ; Lacombe ,
rue Chriſtine ; & chez les Libraires
qui vendent les nouveautés.
?
Il y a quelques exemplaires en papier
d'Hollande .
Ces Chanſons peuvent fervir de
ſuite à l'Anthologie Françoiſe.
M. L *** eft heureux en à-propos.
L'Amoureux de quinze ans , compoſé
àpropos du mariage d'un de nos Princes ,
* Article deM. de laHarpe.
ΜΑΙ. 1776. 153
eft reſté au Théâtre Italien comme une
de nos plus jolies pièces , & comme le
modèle d'une fête villageoiſe du ineilleur
goût. On ne réuffit pas toujours auſſi
bien. Une chanfon bonne pour la ſociété
n'eſt pas toujours bonne ailleurs , & ce
qui eſt agréable au chant ne l'eſt pas toujours
à la lecture. Il ne faut donc pas regarder
d'un oeil trop ſévère un recueil de
chanfons en trois volumes. Le talent de
M.L*** pour ce genre étoit déjà reconnu.
Il y a de la gaieté & de l'agrément dans
les chanfons que les Amateurs ont retenues
, & qu'ils retrouveront avec plaiſir
dans cette collection , qui est très foignée.
Les airs font notés avec la plus grande
exactitude , la muſique eſt parfaitement
gravée ; & l'édition , ornée de jolies ef
tampes , doit fatisfaire les Curieux.
:
Eloge historique de Henri IV, Roi de
France & de Navarre ; par M. le B. D.
N. P.
Vois ce Roi triomphant, oe foudre de la guerre,
L'exemple , la terreur & l'amour de laterre.
Henriade, ch. του.
Broch. d'environ 64 pages in. 8.prins
4 MERCURE DE FRANCE.
15 f. A Paris , chez Lacombe , Libr
rue Chriſtine , 1776. Avec approb . &
priv. du Roi.
Cet Éloge a l'avantage d'avoir été
inſpiré par un ſentiment patriotique , &
d'être l'Ouvrage d'un homme de condition
qui tient un rang honorable dans la
Province même qui ſe glorifie d'avoir été
le berceaude Henri IV. Nousajouterons ,
d'après M. de Sancy , Cenfeur Royal ,
qu'on ne peut qu'approuver ce nouvel
hommage rendu à la mémoire d'un
grandRoi , dont notre jeune Monarque
eſt le digne héritier par le fang & par les
vertus.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
CORNELIITACITI Operafupplementis ,
notis & differtationibus illuftravit Gabriel
Brotier ; 7 vol. in-12. A Paris , chez
Mérigot le jeune, quai des Auguſtins ,
au coinde la rue Pavée.
Cette édition eſt augmentée de plufieurs
fragmens qui n'étoient point dans
l'édition in -4°.
MAI. 17766 ASS
:
Les Saiſons , feptième édition , ornée
de nouv. fig. chez Piffor , Libr. quai de
Conti.
Anecdotes du règne d'Edouard II , Roi
d'Angleterre ; chez le même. On en
rendra compre inceſſamment.
LeManuel d'Epictète , traduit par M.
Dacier ; 2 volumes in 12. pour ſervir de
fuite à la Bibliothèque des anciens Philofophes,
dont ils forment les Tomes
X& XI ; chez le même.
Le Traité des bienfaitsde Sénèque , traduit
par M. Dureau de la Malle ; i vol.
in 12 , chez le même .
Les Mémoires Turcs , nouv . edit. 2 vol.
in 12. chez Mérigot le jeune , quai des
Auguſtins.
212
Le Temple de Gnide , par M. Léonard ;
broch. in 8°. prix 4 liv. 16. f. chez le
même.
Hiftoire des révolutions de Corſe depuis
fes premiers habitans juſqu'à nos jours ,
par M. l'Abbé de Gerinanes ; 3 volumes
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
in- 1 2. prix br. 7 liv . 10 f. A Paris , chez
Demonville , Impr. Libr. de l'Académie
Françoiſe , rue St Severin , aux Armes de
Dombes , 1776.
i
Traité de l'Eau bénite , ou l'Egliſe Catholique
juſtifiée ſur l'uſage de l'eau
bénite; Ouvrage hiſtorique , politique &
moral . Par le R. P. Nicolas Collin ,
Docteur en Théologie , Chanoine Régulier
de l'étroite obſervance de Prémon--
tré , ancien Prieur de Rongéval; in- 12.
prix br. 36 f. chez le même..
LeCommerce&le Gouvernement , con-
Adérés relativement l'un à l'aurre ; Ouvrage
élémentaire , par M. l'Abbé de
Condillac , de l'Académie Françoiſe , &
Membre de la Société Royale d'Agriculture
d'Orléans ; in- 12. AAmſterdam ; &
à Paris , chez Jombert & Cellot , Libr..
rueDauphine.
:
: Lettres critiques & differtation fur le
prêt du commerce ; par M. Liger , Prêtre ,
Licentié ès Loix . A Paris , chez Moutard,,
Libr. rue du Hurepoix..
Traité de l'Ufure , ſervantde réponſe à
MAI. 1776 . 157
une lettre fur ce ſujet , publiée en 1770
fous le nom de M. Proſt de Royer , Procureur
Général de la Ville de Lyon , &
au Traité anonyme ſur le même ſujet ,
imprimé à Cologne en 1769 ; par M.
Etienne Souchet , Avocat en Parlement
& au Siége Préſidial d'Angoumois ; in-
12. br. prix 2 liv . A Paris, chez Baſtien ,
Libr. rue du Petit- Lion , Fauxbourg St
Germain..
Mémoirefur les maladies contagieuses
du bétail; in- 4°. d'environ 42 pages , de
l'Imprimerie Royale ; prix 15. f. br. A
Paris , chez P. Fr. Didot le jeune , Libr..
quai des Auguſtins..
Traité duſeigle ergoté , par M. Read,,
Docteur en Médecine , &c. feconde édit.
brochure d'environ 94 pages in - 12 . prix
1 liv. 4 f. A Merz , chez Colignon ; & à
Paris , chez Didot le jeune..
Mémoirepourfervir au traitement d'une
fièvre épidémique , fait & imprimé par
ordre du Gouvernement ; par M. Maret ,
Docteur en Médecine de l'Univerité de
Montpellier , &c. br. d'environ 62 pag..
in-8 °. prix 1 1. 4. f. A.Dijon , chez Fran
158 MERCURE DE FRANCE.
tin ; & à Paris , chez Didot le jeune , quai
des Auguſtins.
L'Amiphiloſophe &politique ; Ouvrage
où l'on trouve l'eſſence , les eſpèces , les
principes , les ſignes caractériſtiques , les
avantages & les devoirs de l'amitié ; l'art
d'acquérir , de conſerver , de regagner le
coeur des hommes , in-8 ° . d'environ 160
pages. A Nancy , chez Babin , Libraire ; à
Paris , chez Dumoulin , Libr. au bas du
PontSt Michel.
Origine des découvertes attribuées aux
Modernes , où l'on démontre que nos
plus célèbres Philoſophes ont puiſé la
plupart de leurs connoiſſances dans les
Ouvrages des Anciens ; & que pluſieurs
vérités importantes ſur la Religion ont
été connues des Sages du Paganiſine. Par
M. Datens , de la Société Royale de
Londres , & de l'Académie des Inſcriptions
& Belles-Lettres ; ſeconde édition ,
conſidérablement augmentée ; 2 vol. gr.
in -8 °. A Paris , chez la veuve Duchefne ,
Lib. rue St Jacques .
Dictionnaire historique & géographique
portatifdes quatre parties du monde, dans
MA 1. 1776 . 159
lequel on trouve tous les Royaumes ,
Provinces & contrées de la terre , les
Princes dont ils dépendent ; les rivières ,
baies , mers , montagnes , &c. 2 vol . pet .
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ſecond d'environ 340 pages. A Paris ,
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1. K. L. Effai dramatique ; Ouvrage
pofthume de Léonard Gobemouche , publié
par Marc-Roch Luc Pic Loup , Citoyen
de Nanterre , des Académies de
Chaillot , Paffy , Vanvres , Auteuil , Vaugirard
, Surefne , & c. dernière édition . A
Montmartre ; & ſe trouve à Paris chez
L. Cellot , Imp. Lib . rue Dauphine.
Mémoire fur les bois de Cerf fofſfiles
trouvés en crenfant un puits dans les environs
de Monteméliard en Dauphiné ,
à 14 pieds 2 pouces de profondeur , le
28 du mois d'Août 1775 ; in-8 ° , d'environ
24 pages avec fig. A Grenoble , chez
Cucher ; à Paris , chez Ruault , Libr. rue
de laHarpe.
Difcufſſion de l'ordre profond& de l'ordre
mince , ou examen des ſyſtêmes de
160 MERCURE DE FRANCE.
MM. de Meſnil - Durand & de Maizeroy,
comparés avec l'ordre à trois de hauteur;
par M. Ducoudray , Capitaine au Corps
de l'Artillerie , Correſpondant de l'Académie
des Sciences . A Amſterdam ; & à
Paris , chez Ruauft , Lib. rue de laHarpe.
Epitre en vers aux Membres de l'Académie
Françoise décriés dans le XVIII .
Siècle. Par M. Vigée. Broch. de 16 pag.
in-8°. A Londres ; & à Paris , chez les
Libraires qui vendent les nouveautés.
Hiſtoire des progrès de l'esprit humain
dans les ſciences & dans les arts qui en
dépendent. SCIENCES EXACTES ; ſavoir :
Farithmétique , l'algèbre , la géométrie
Vaſtronomie , la gnomonique , la chronologie
, la navigation , l'optique , la méchanique
, l'hydraulique , l'acoustique & la
musique , la géographie , l'architecture civile
, l'architecture militaire , l'architecture
navale ; avec un abrégé de la vie des
Auteurs les plus célèbres dans ces fciences
. Par M. Savérien. Volume in- 8 °. rel ..
prix s liv. Nouv. édit. corrigée. A Paris,
chez Lacombe , Lib. rue Chriſtine, 1776 .
On trouve chez le même : Hiſtoire des
progrès de l'eſprit humain dans les ſcien.
ces physiques & naturelles , in-8°..rel...
MAI . 1776. 161
ACADÉMIES.
I.
PARIS .
L'ACADÉMIE ROYALE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES LETTRES tint ſa ſéance publique
le 16 d'Avril . M. Dupuy , Secrétaire
perpétuel , annonça que M. Dumont ,
Avocat au Parlement , Cenfeur Royal ,
Honoraire de l'Académie d'Amiens , Afſocié
étranger de la Société Royale de
Nancy , Penſionnaire du Roi , avoit remporté
le prix , qui étoit double (c'eſt le
fecond qui lui eft adjugé ) ; & que le
Mémoire du Père Arcere , de l'Oratoire ,
avoit mérité l'acceffit. Il s'agiſſoit d'examiner
: Quel avoit été l'état de l'agricalture
chez les Romains , depuis le commencement
de la République jusqu'aufiècle de
Jules Céfar, relativement au gouvernement ,
aux moeurs & au commerce. Il annonça
enfuite que le ſujet du prix pour la Saint
Martin 1777 , confiftoit à examiner :
Quelsfurent les noms & les attributs divers
162 MERCURE DE FRANCE.
८
de Cérès & de Proferpine chez les différens
Peuples de la Grèce & de l'Italie , quelles
furent l'origine & les raiſons de ces attri.
buts. L'Académie invite encore les Auteurs
à chercher quels ont été les ſtatues ,
les temples , les tableaux célèbres de ces
Divinités , & les Artiſtes qui ſefont illuftrés
par ces Ouvrages. Le prix ſera d'une
médaille d'or de soo livres . Les pièces ,
affranchies de tout port, feront envoyées
au Secrétaire perpétuel avant le er de
Juillet 1777 .
Le reſte de la ſéance a été occupé par
la lecture des Mémoires ſuivans :
Obfervationsfurl'Hyppolite , Tragédie
d'Euripide , comparée avec la Phèdre de
Racine , par M. l'Abbé Batteux.
Extrait d'un Traité complet lu à l'Académie,
ſur l'attaque &la défenſedesplaces
chez les Anciens , par M. de Maizeroy.
Recherchesfur l'harmonie & les accords
de la musique des Anciens , par M. de Rocheforr.
Difcours préliminaire d'un Ouvrage
intitulé : Tableau de la fureurdu Jeu, tiré
des Anciens &des Modernes , par M. Dufaulx.
...
MAI. 1776. 163
I I.
L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES
tint , le 17 Avril , ſa ſéance publique ,
préſidée par M. le Comte de Maillebois.
M. de Fouchy , Secrétaire perpétuel ,
annonça que le prix proposé pour cette
année , dont le ſujet étoit la Théorie des
perturbations que les comètes peuvent éprouver
par l'action des planètes , avoit été
remis à 1778 , avec une rétribution double.
Les Arts publiés par l'Académie depuis
Pâques 1775 , font le Faiseur de peignes
pour les métiers, ſervant de ſixième partie
à l'art de fabriquer les étoffes de ſoie ,
par M. Paulet; la première ſection de
l'art du Tourneur Méchanicien , par M.
Hullot père ; & la quatrième ſection de
la ſeconde partie de l'art d'exploiter les
mines de charbon de terre .
M. de Fouchy lut enſuite l'Eloge du
Marquis de Valiere , Lieutenant-Général
des Armées du Roi & Directeur général
de l'Artillerie .
M. le Monnier fit lecture de la préface
d'un Ouvrage de ſa compoſition, intitulé :
Loix du magnétisme comparées aux ob164
MERCURE DE FRANCE.
fervations & aux expériences en différentes
parties du globe terrestre , pour fervir à
la théorie de l'aimant , & à la construction
des cartes magnétiques & réduites.
M. de Vaucanfon lut un Mémoire fur
le Choix de l'emplacement &fur la forme
qu'il convient de donner aux bâtimens
d'une fabrique d'organfin , à l'usage defes
nouveaux moulins.
M. Bailly fut un Mémoire ſur l'accord
de la mesure de la terre des Anciens , avec
celle qui réfulte des obfervations & des mefures
des Académiciens François .
MM . Lavoiſer , Vandermonde , Baumée
& Bezout, firent leur rapport des
Obfervations thermométriques du grand
froid de cette année, &de la comparaiſon
des thermomètres qu'ils étoient chargés
d'examiner. Il en réſulte que le froid de
1776 a été moindre que celui de 1709.
M. l'Abbé Boſſut lut de nouvelles réflexionsfur
la théorie desfluides.
La féance a été terminée par un Mémoire
de M. l'Abbé de Rochon ſur la
fabrique d'une nouvelle lunette achromatique
avec un objectif à trois verres.
MAI . 1776 . 165
SPECTACLES.
CONCERT au Château des Tuileries.
LE Dimanche 28 Avril on a donné au
Château des Tuileries un Concert au
profit de MM. Jarnowick , Befozzi , le
Brun & Duport. Ce Concert a attiré un
grand nombre d'Amateurs , & tous ont
été enchantés de la parfaite exécution de
MM . Befozzi & le Brun , rivaux &
amis , qui ont joué ſur le hautbois des
duos admirables. M. Jarnowick s'eſt furpaffédans
ſon concerto de violon , &M.
Duport dans ſa ſonate de violoncelle.
Ces habiles Maîtres ne laiſſent rien à
deſirer pour la beauté des fons , pour la
juſteſſe des intonations , pour l'adreſſe &
le goût de leur jeu . M. Piozzi , excellent
Moficien , ainſi que MM. Guichard &
Julien , ont chanté des airs italiens qui
ont été applaudis. On a entendu avec les
témoignages de la plus grande fatisfaction
Mile Colombe , qui a exécuté parfaitementune
ſcène & un air de Traïetta ,
morceaux très-favorables pour faire con
166 MERCURE DE FRANCE.
noître la beauté de fon organe & le goût
de fon chant. MM. Jarbowick & le Duc ,
MM. le Brun & Duport ont exécuté
pluſieurs petits airs arrangés par feu M.
Trial . Ce Concert a fini par un Oratoire
mis en muſique par M. Mereaux.
OPERA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
a donné le Mardi 23 Avril , la première
repréſentation d'Alceste , Tragédie-Opéra
en trois actes .
Le poëme , imité de l'Italien , eſt de
M L. B. D. R. La muſique eſt de M. le
Chevalier Gluck.
« Si ce poëme, dit le Traducteur dans
> un Avertiſſement , a quelque ſuccès ,
ce fera à M. Cazabigy que nous en ſe-
>> rons redevables . Non-ſeulement nous
> avons ſuivi en partie le plan de fon
>>Alceſte; mais nous en avons encore-
» emprunté pluſieurs détails , afin de
>> conferver un grand nombre de mor-
>> ceaux de la muſique la plus paſſionnée,
→ la plus énergique , la plus théâtrale qu'on
>> ait entenduefur aucun Théâtre de l'EuΜΑΙ.
1776 . 167
rope , depuis la renaissance de ce bel
art .
Ainſi cet Opéra eſt annoncé comme
le chef-d'oeuvre de M. le Chevalier Gluck
& comme celui de toute la muſique théâ .
trale. Nous n'avons rien à dire après un
éloge ſi bien prononcé. Les Amateurs
& les Connoiffeurs font à portée d'en
juger.
L'exécution, tantde la part des Acteurs
que de celle de l'orchestre , ne laiſſe rien
à deſirer. Mlle Levaſſeur a ſaiſi parfaitement
le caractère du rôle d'Alceste , &
M. le Gros s'eſt diſtingué dans celui
d'Admette,
:
L'action du poëme eſt ſimple. Dans le
premier acte un,Hérault annonce que le
Roi Admette touche à fon heure dernière.
Le Peuple fait entendre ſes gémiſſemens
. Alceſte vient avec ſes enfans;
elle unit ſes regrets àceux de ſes Sujets.
Elle ordonne des ſacrificesdansle Temple
d'Apollon . Auffi-tôt le Temple paroît.
Le Grand-Prêtre , avec le choeur des Prêtres
& Prêtreſſes , & la Reine , invoquent
le Dieu. On entend cet oracle :
Le Roi doit mourir aujourd'hui ,
Si quelqu'autre au trépas ne ſe livre pour lui.
168 MERCURE DE FRANCE .
Le Peuple ſe retire; aucun ſujet ne ſe.
préſente pour victime ; alors Alceſte..
offre aux Dieux de conſerver par ſa mort
les jours de ſon époux .
Dans le ſecond acte , on célèbre le
retour de la ſanté du Roi. Admette , ſe
félicite de vivre pour faire le bonheur
de ſes ſujets , & pour adorer encore les
vertus & les appas d'Alceſte . La Reine
ne peut diffimuler ſa triſteſſe ; elle avoue
enfin le ſacrifice qu'elle a fait. Admette
ne veut point conſerver ſa vie au prix de
la ſienne .
:
(àAlceste)
Barbare ! non , ſans toi je ne puis vivre ,
Tule ſais , tu n'en doutes pas :
Etpour ſauver mes jours ta tendreſſe me livre
Ades inaux plus cruels cent fois que le trépas.
1
T
4
La mort eſt le ſeul bien qui me reſte à prétendre ,
Elle est mon ſeul recours dans mes tourmens.
affreux ,
Et l'unique faveur que j'oſe encore attendre
De l'équité des Dieux.
:
Acte troisième . Alceſte va à l'autel de
la mort accomplir fon facrifice . Elle frémit
: mais l'amour l'encourage . Elle im
1
plore
MAI. 1776 . 169
plore les Divinités infernales ; Admette
s'empreſſe de défendre les jours de fon
Epouſe , & veut mourir à ſa place. L'Enfer
demande ſa victime ; Alceſte ſe livre
au trépas . Les Peuples pleurent la perte
d'Alceſte & d'Admette . Apollon deſcend
dans un char avec ces deux Epoux , & les
rend au voeux de leurs Sujets .
CetOpéra eſt terminé par un divertifſement
dans lequel les premiers talensde
la danſe renouvellent les plaiſirs & l'admiration
des Spectateurs.
La décoration du dernier acte eſt faite
d'après les deſſins de M. de Machi ,
Peintre du Roi , & a été exécutée par
lui.On y retrouve les effets pittoreſques
que ce Maître met dans ſes tableaux .
On ſe rappelle ſans doute l'Alceste de
Quinault , Opéra dans lequel Hercule
joue un rôle ſi noble & fi généreux ,
où il triomphe de lui - même après
avoir triomphe du raviffeur d'Alcette ,
& avoir retiré Alceſte de l'Empire de
la Mort pour la rendre au jour & à
fon amour. Cet Opéra eſt pompeux ,
très -varié , très- intéreſlant. Il y a cepen.
dant des ſcènes épiſodiques que l'on peut
ôter ; il y a quelques légers changemens
à faire , quelques traits à ajouter, & co
H
170 MERCURE DE FRANCE.
poëme ne laiſſeroit alors rien à deſirer.
On nous affure qu'un homme de mérite ,
& qui entend parfaitement le Théâtre
s'eſt occupé de ce travail , & qu'il l'a
rempli à la fatisfaction des Connoiffeurs.
Il ſeroit à ſouhaiter que ce beau ſpectacle
fût reproduit fur le Théâtre de l'Opéra ,
&que le même ſujet, traité ſi ſavamment
en muſique par M. le Chev, Gluck, y fût
de nouveau donné par un Maître digne
d'entrer avec lui dans cette noble carrière.
C'eſt ainſi que les Théâtres de
I'Italie ouvrent un champ libre au génie
& à l'émulation des Compoſiteurs ; c'eſt
un moyen d'accélérer le progrès des arts
& d'animer les grands talens; & nous
ſommes perſnadés que c'eſt une des refſources
que la nouvelle adminiſtration ſe
fera gloire d'employer ,
La nouvelle adminiſtration a déjà fait
connoître ſon attention pour donner à ce
ſpectacle plus d'ordre , plus de police &
plus d'éclat. Les Auteurs font engagés de
travailler pour un plus noble prix accordé
à leurs ſuccès ; & l'émulation des Acteurs
eſt excitée par des récompenſes dignes
de leurs talens . Une Ordonnance du Roi
vient auſſi d'obvier à beaucoup d'abus
qui s'étoient introduits à la faveur des
MAI. 1776. 171
entrées gratuites , des loges louées à l'année
, des répétitions , & d'un nombre de
perſonnes admiſes ſoit dans le parterre ,
foit dans les corridors. Nous ſommes informés
qu'en faveur des Amateurs affidus
de ce ſpectacle l'Adminiſtration leur donne
le droit d'entrée pendant une année ,
moyennant 600 livres au lieu de 720
qui formoient anciennement le prix
de chaque abonnement de ce genre ;
& ils auront entrée à l'amphithéâtre ,
dans les premières loges , quand elles ne
feront pas louées , & à plus forte raiſon
au parterre.
Sans déroger à l'Ordonnance du 29
Mars dernier , dont l'exécution eſt indifpenſable
, l'Adminiſtration vient de faciliter
la jouiſſance de la porte du Palais-
Royal à ceux qui n'ayant pas de loges
ni portions de loges à l'année , veulent
entrer dans la Salle en payant. Cette
porte ſera ouverte à quatre heures &
demie , & l'on délivrera de ce côté des
billets d'entrée de 40 ſ. avec leſquels on
pourra aller au parterre & dans tous les
corridors . Il vient auſſi d'être établi des
portes au troiſième rang , à la faveur defquelles
les mêmes perſonnes pourront ,
en payant40 f. communiquer avec toutes
les parties de la Salle.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES Comédiens François ont fait l'ouverture
de leur Spectacle par Sertorius ,
Tragédie de Corneille , dans laquelle
M. le Kain remplit le rôle de Pompée
avec une dignité impoſante. Mlle de
Sainval remplace Mile Dumeſnil dans
fon emploi , & joue avec beaucoup de
nobleffe & de ſenſibilité. Elle a réuni
tous les ſuffrages dans le rôle de Sémiramis.
Mde Suin , qui a des talens acquis
& beaucoup d'habitude du Théâtre pour
les principaux rôles de la comédie , vient
d'être reçue au nombre des Actrices .
Le compliment d'uſage à la rentrée ,
a été prononcé par M. Déſeſſarts , Comédien
très- accueilli du Public dans les
perſonnages dits à manteau & de carac
tère.
MAI. 1776 . 173
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ont donné
à l'ouverture de leur Théâtre l'Ami de la
maison , pièce charmante , que l'on entend
toujours avec plaiſir. Madame la
Ruette , qui met dans ſon jeu tant de
finelle &d'eſprit , &dans ſon chant tant
de goût & d'intérêt , a joué avec les plus
vifs applaudiſſemens le rôle d'Agathe.
Madame Bérard a obtenu fa retraite
avec un traitement honorable , & une
diſtinction flatteuſe de la partde ſes Supérieurs&
de la Comédie. Certe Actrice
apenſé que le temps du repos étoit venu
& elle en a même devancé le terme ,
quoiqu'elle fût encore accueillie favora,
blement du Public dans les rôles de
Douegne &de caractère , qu'elle a joués
pendant nombre d'années , ſoitàl'Opéra
Comique , ſoit à la Comédie Italienne ,
avec beaucoup de vérité , d'ame & d'in
telligence.
On a reçu au nombre des Comédiennes
Mlle le Fevre , qui joue la comédie
avec eſprit & avec feu; & Mlle Fayei ,
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
qui donne de l'intérêt. & de l'ingénuité
aux rôles qui lui font confiés .
Le compliment d'uſage à la rentrée ,
a été rempli par une partie des Acteurs
& Actrices ayant différens coſtumes de
rôles de caractère des pièces de ce
Théâtre.
M. Carlin étoit dans le coſtume de la
fille d'Omar du Cadi dupé.
M. la Ruette , dans le coſtume du
Comte fourd de Julie.
M. Clairval , dans l'habit de Montauciel.
M. Trial , dans l'habit du grand coufin.
M. Michu , en Baſtien .
Mile Beaupré , en Babet de la comédie
des Sabots.
Et pluſieurs autres Acteurs & Actrices
en différens coſtumes; chacun a fait fon
compliment dans l'eſprit de fon rôle.
Nous rapporterons de ce complimentdramatique
quelques couplets qui ont été
fortapplaudis.
M. Clairval en Montauciel , ſur l'air :
Vive le vin, vive l'amour.
Sous l'étendart du doux plaiſir
Nous faiſons gloire de ſervir ,
Sitôt que le Public l'ordonne.
MAI. 1776 . 175
Chacun aſpire à la couronne ,
Heureux qui peut y parvenir !
Mais c'eſt de vous que l'on peut l'obtenir ,
C'eſt votre main qui nous la donne.
M. la Ruette dans le coſtume du
Comte de Julie , ſur l'air : La belle main!
quelle me tente !
(aux Dames )
Ma parole eſt lente & tardive ,
Mon oreille me ſert très mal ,
Mon aſpect n'a rien qui captive ,
Tel eſt mon fort , mon ſort fatal.
Malgré tant de ſujets d'alarmes
J'ai du moins , pour me conſoler ,
Des yeux pour admirer vos charmes ,
Uncoeur tendre pour vous aimer.
Si mes yeux font tout mon partage ,
Si par eux ſeuls je puis jouir ,
Donnez-moi ſouvent l'avantage
De les fixer avec plaiſir .
Venez embellir ces retraites ,
L'amour y viendra ſur vos pas,
Ce Dieu ne ſe plaît qu'où vous êtes
Et languit où vous n'êtes pas.
Ce compliment eſt de la compoſition
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
deM. Anſeaulme , qui eſt en poffeffion ,
depuis beaucoup d'années , d'exprimer au
Public les ſentimens des Comédiens ,
auxquels il eſt attaché.
On te diſpoſe à donner inceſſamment
à ce Théâtre le Mai, comédie en trois
actes , avec des vaudevilles ; & les Mariages
Samnites , pièce en trois actes ,
mêlée d'ariettes .
DÉBUT.
Mademoiselle Desbroſſes , âgée de
douze ans , fille de l'Acteur de ce nom
a débuté le 29 Avril dernier , par les
rôles de Juſtine dans le Sorcier , & de
Colinette dans la Clochette. On ne peut
avoir des talens plus précoces , & montrer
plus d'intelligence pour la ſcène , &
de fineſſe , de préciſion & de goût pour
le chant que cette jeune & aimable Actrice.
Il faut ſeulement eſpérer qu'en
grandiſſant elle acquerra un organe plus
fonore & plus étendu.
:
MA. Ι. 1776. 177
:
ARTS.
GRAVURES.
1.
:
LeMarchandde Lunettes , Eſtampe d'environ
dix-huit pouces de hauteur &
quatorze de largeur , gravée par M.
Helman , Graveur de Monſeigneur le
Duc de Chartres , d'après le tableau
original de M. le Prince , Peintre
duRoi.
f
:
Certe Eſtampe eſt dédiée à S. A. S.
Monſeigneur le Duc de Chartres. Le
Graveur a misdes effets pittorefques dans
fon travail , par l'oppoſition des ombres
& des claits ,& par la variétédes tailles,
fuivant les objets qu'il vouloit rendre,
Cette Eſtampe peut ſervir de pendant
au Médecin Clairvoyant qui eſt du même
Graveur , d'après le même Maître ;chacune
eſt du prix de 6liv. A Paris , chez
Helman , au petit Hôtel de Clugny, rue
desMashurins.
H
178 MERCURE DE FRANCE.
1
I I.
:
Portrait en médaillon de M. N. Montgodin
, Curé de S. Albin à Rennes en
Bretagne , gravé par Beaudeau ; prix ,
15 fols . A Paris , chez Mondard, rue
Saint-Jacques .
Ce Paſteur reſpectable & bienfaiſant
étoit né fans patrimoine ; mais ayant été
nommé à une Cure , d'un revenu modique
, il a fu , par ſon économie , ſe ménager
les moyens de répandre & multiplier
ſes bienfaits. Il a laiffé en mourant
foixante jeunes gens qu'il avoit placés
pour apprendre différens métiers : plus
dedeux cents Artiſans doivent à ſes ſoins
les progrès qu'ils ont faits dans leur profeffion.
Il proſcrivoit la pareffe & la mendicité
, & cultivoit des pommes de terre
pour faire du pain aux indigens. Il a
fondé 700 liv. de rente pour les néceſſiteux
de ſa Paroiſſe , qu'il a deſſervie pendant
vingt ans. Il eſt mort en 17750
III.
Profpectas concernant les plantes purgaΜΑ
Ι . 1776 . 179
}
tives d'uſage , tirées du Jardin du Roi ,
& de celui de MM. les Apothicaires
de Paris , repréſentées avec leur couleur
naturelle , & imprimées ſelon le nouvel
Art; avec leurs vertus & leurs qualités ,
auxquelles on joint , à la diſſection de
leur fleur & de leur fruit , le Species
Plantarum Linnai , pour connoître les
variétés de leurs genres , les ſynonymes&
le lieu de leur naiſſance: dédiées
à M. Lieutaud , Conſeiller d'Etat
Premier Médecin de Sa Majeſté . Par
M. Dagoty , père , Anatomiſte & Botaniſte
penſionné du Roi .
La collection des plantes purgatives
d'uſage ſera in quarto , grand papier , &
compoſée de ſoixante-quatre planches ,
qui contiendront toutes les plantes de
cette claſſe , avec leurs qualités & leurs
vertus en François ; & à chaque plante
on ajoutera en entier les eſpèces différentes
qu'a décrites Linnæus en Latin , avec
les lieux de leur naiſſance & la citation
des Auteurs qui auront donné les variétés
de la plante dont il s'agira .
A la tête de l'Ouvrage il y aura une
table alphabétique de tous les Auteurs
qui ont traité des plantes , & qui en ont
H vj
180 MERCURE DE FRANCE .
donné des planches , avec l'année de leur
édition , & l'endroit où leurs Ouvrages
auront été imprimés .
Il y aura auſſi une ſeconde table alphabétique
des noms François de toutes les
plantes en général , avec leurs noms Latins
, felon Linnæus & Tournefort , &
felon les autres Botaniſtes les plus accrédités
, avec la claſſe des vertus de la
plante ; & afin d'éviter toute confufion ,
on ajoutera à chaque plante placée dans
une claſſe ſelon ſes vertus principales &
les plus ufitées , ſes autres qualités , & la
partie de la plante dont on ſe ſert ordinairement
dans les uſages. Cette table
générale ne ſera pas ſeulement utile aux
plantes purgatives , mais encore aux plantes
hystériques & emménagogues, que l'Aureur
ſe propoſe de donner à la ſuire de
celles-ci pour l'uſage des Sages Femmes ,
& aux plantes diaphorétiques & fudorifiques,
qu'il donnera auſſi pour le traitement
des maux vénériens ; ce qui for
mera troisOuvrages ſéparés .
On a mal à propos prétendu que l'ordredes
plantes par leurs vertus étoit défectueux
, à cauſe qu'il y avoit des plantes
qui ont pluſieurs vertus , &que dans
d'autres les femences & les racines ont
ΜΑΙ. 1776. 188
quelquefois des qualités différentes de
celles de la fleur & de la feuille ; comme
dans la violette , où les ſemences & les
racines ſont purgatives, les feuilles& les
fleurs , enſemble émollientes & laxatives ,
& la fleur ſeule cordiale. Ce n'eſt pas là
une raifon qui puiſſe détruire un ordre ſi
néceſſaire , où tous les autres doivent
aboutir ; car la violette , par exemple ,
dont on vient de parler , que l'Auteur
met dans la claſſe des plantes purgatives ,
par rapport à ſa principale qualité , peut
être auſſi citée dans la claſſe des plantes
cordiales & des plantes émollientes , en
conſidérant les autres parties de cette
plante qu'on aura repréſentée.
Les plus habiles Médecins qui ont
traité des plantes , n'ont point été chercher
les ſyſtemes de leur forme&de leur
diviſion, mais ſeulement celui de leurs
vertus qu'adopte M. Dagoty ; M. Tour
nefort a traité en particulier de leurs ver
tus , quoiqu'il ait donné le ſyſtême des
petales des fleurs. Meſſieurs Chomel
Geoffroy, Buchox & d'autres ont ſuivi
eet ordre. Tous les ſyſtèmes des étamimes
, des calices , &c. ne font que pour
connoître les plantes ; mais ceux de leur
vertu ſontfaitspour les mettre en pratique..
182 MERCURE DE FRANCE.
L'Auteur , afin que rien ne manque à
ſon projet , donnera auſſi les élémens de
Botanique , ſéparés de toute autre oeuvre ,
&on aura de quoi ſe contenter ſur ce
qui s'appelle Systémes Botaniques. Cet
Ouvrage , tout compoſé préſentement ,
paroîtra après les plantes purgatives.
La ſouſcription actuelle eſt diviſée en
huit cahiers , de huit planches chacun ,
avec les détails que l'on vient de voir ,
qui accompagneront chaque plante.
On délivrera un cahier tous les deux
mois , ou tous les mois. Le prix des cahiers
, ſi on les paye d'avance , ſera de
sliv. chaque ; & fi on attend leur diſtribution
, on les payera 6 liv. L'Ouvrage
ſe vendra enſuite ce qu'on jugera à propos.
Les troiſième & quatrième fils de l'Auteur
ſe propoſent de donner à la ſuite des
collections des plantes d'uſage que l'on
annonce actuellement , les plantes curieuſes&
étrangères.
On trouve auſſi du même Auteur , aux
adreſſes ſuivantes , l'anatomie des parties
de la génération ; l'angéologie & ce qui
concerne la groſſeſſe & l'accouchemenr ,
avec des planches imprimées en couleur.
Prix , 18 liv .
L'expofition anatomique des maux véΜΑΙ.
1776. 183
ntriens , & les remèdes uſités dans ces
fortes de maladies , avec des planches
imprimées dans le même genre. Prix ,
12 livres .
L'exposition anatomique des organes
des ſens , & la névrologie , avec des planches
imprimées de même , avec leur couleur
naturelle. Prix , 21 liv .
On ſouſcrit à Paris , chez l'Auteur ,
rue Saint-Honoré , vis à- vis les Pères de
l'Oratoire ; Valleyre l'aîné , Imprimeur-
Libraire , rue de la Vieille Bouclerie , à
l'Arbre de Jeſſé ; Lacombe , Libraire ,
rue Chriſtine .
I V.
Collection de Plantes étrangères & curieuses
, gravées d'après nature , fur différentes
Serres des jardins du Roi , ouvrage
curieux , utile & très intéreſſant
pourMM. les Médecins , Chirurgiens ,
Naturaliftes , Apothicaires , Herboriftes
, Maréchaux , & pour toutes les perſonnes
qui s'amuſent de la Botanique :
par MM. Honoré-Louis & Raphaël
Dagoty , troiſième & quatrième Fils ;
felon l'art dont leur Père eſt inventeur :
préſenté par les Auteurs , à la Reine
& aux Princes.
184 MERCURE DE FRANCE.
MM. Dagoty fils , dont les talens font
connus pour le genre de gravure en couleur
, ont été follicités par les plus célèbres
Naturaliſtes de les employer pour l'Hiftoire
Naturelle. Pour répondre à la bonne
opinion qu'on veut bien leur témoigner ,
ils vont commencer par les plantes , cette
partie étant la plus eſſentielle , & même
la plus difficile à rendre. L'application
qu'ils mettrontdans l'exécution, fera juger
au Public s'ils pourront le fatisfaire dans
lesOuvragesqu'ils ſe propoſent de donner
la fuite des plantes .
L'art de graver en couleur , dont ils
font ſeuls poffeffeurs , leur donne la facilité
de mettre ſous les yeux du Public
des Eſtampes qui , au fortir de la preſſe ,
feront autant de tableaux. Cette gravure
imite la plus belle peinture, en a toutes les
nuances , & rend parfaitement la nature.
Avec ſes avantages , on y trouvera encore
la plus grande exactitude dans le deffein
la fraîcheur dans les couleurs & le détail
botanique . Meſſieurs de l'Académie des
Sciences , qui ont examiné avec beaucoup
de foin cette façon ingénieuſe de graver
en couleur , ſe ſont empreſſés de l'approuver,
& ont reconnu que c'eſt la ſeule
qui puiffebienrendre la nature..
MA 1. 1776 . 185
Les Plantes que l'on donne aujourd'hui
ne font point faites au hafard. On a choiſi
le plan le plus commode pour le Public.
On délivrera cet Ouvrage par cahier ; ce
cahier fera compoſé de fix Plantes , &
chaque Plante aura ſa table explicative ,
où on trouvera les noms latins & françois
, la claſſe & la ſection felon Linnaus
& Tournefort , au bas de chaque table
l'anatomie de la Plante , avec les lettres
indicatives. Par ce moyen , chacun fera
libre de les ranger ſelon le ſyſtême qu'il
adoptera.
L'Ouvrage a paru aſſez intéreſſant aux
Auteurs , pour mériter d'être préſenté à la
Cour ; auſſi MM. Dagotyont-ils eu l'honneur
d'en faire l'hommage à la Reine ,
qui leur a fait la grâce de l'accueillir favorablement
, & de leur en témoigner fa
fatisfaction .
On délivre le premier Cahier dans le
mois de Mai ; & tous les mois , il en
paroîtra un nouveau. On a pris les plus
grandes meſures pour être exact aux livraiſons
, & mériter par cette exactitude
la confiance du Public.
Le prix cet Ouvrage fera de 9 liv. par
Cahier , & de 7 liv. pour les Soufcripteurs.
LesPerſonnes qui ſoufcriront pour
186 MERCURE DE FRANCE.
le fecond Cahier , ne payeront le premier
qu'au prix de la Soutcription. On délivrera
par la fuite des Cahiers ſéparément ,
pour ceux qui voudront orner leurs Cabinets
de ces Eſtampes.
M. Dagoty père donne actuellement
les Plantes purgatives fous le même format
que MM. ſes fils ; ce qui donnera
la facilité de les ranger dans leurs claſſes ,
& d'avoir l'Ouvrage le plus complet. On
a choiſi le grand in-4. comme le moins
embarraffant.
Onpeut foufcrireà Paris, chez Lacombe,
Libraire , rue Chriſtine .
Nota. Les Perſonnes de Province qui
voudront ſe procurer l'Ouvrage ci-deſſus
annoncé , ſont priées d'affranchir leurs
Lettres.
:
V.
Troiſième Cahier des jardins Anglois ,
8 planches de compoſitions du petit au
grand ; Roiffy , 8 planches ; Ermenonville
, splanches ; Wanſtead , splanches ;
Ryz , 28 planches brochées , prix 12
liv.; plus , la moitié du quatrième Cahier .
Le Waux-Haal de Londres , Projets de
Grotes , Temples , Moſquées , Bains ,
MAI . 1776. 187
Pavillons , Belvedères , par Halfpenny ,
Architecte des jardins Anglois ; détail du
baſſin de Neptune , à Verſailles par
Lorio , Profeffeur Royal , 15 planches ;
prix , 6 liv. L'autre quinzaine dans le courant
de Juillet , avec la deſcription du
deuxième , troiſième & quatrième Cahier ;
à Paris , chez le Rouge , Géographe du
Roi , rue des GrandsAuguſtins.
MUSIQUE.
I.
OUVERTURE du Magnifique arrangée
pour le clavecin ou le forté- piano , avec
accompagnement d'un violon & violoncelle
ad libitum. Par M. le Baron de P**.
Prix 2 liv. 8 f. A Paris , chez le Geur
Benaut , Maître de clavecin , rue Gît- lecoeur
, la deuxième porte cochère à gauche
en entrant par le Pont-Neuf.
I I.
IX Recueil d'ariettes choiſies arrangées
188 MERCURE DE FRANCE.
pour le clavecin ou le forté-piano , avec
accompagnement de deux violons & la
baſſe chiffrée ; dédiées à Mademoiselle
de Schoebeque , par le ſieur Bénaut ; prix
1 liv . 16 f. à la même adreſſe.
III.
Trois fonates pour le clavecin ou le
piano forté , avec accompagnement d'un
premier & fecond violon ,& violoncelle ,
compoſées par M. T. Brodsky ; dédiées
à S. A. S. Mgr le Duc d'Arenberg , par
MM. Mechtler & Van Ypen. OEuvre
II , gravée à Bruxelles par MM. Van-
Ypen & Pris , rue de la Madeleine. A
Paris , rue de la Montagne Sainte Geneviève
, vis à- vis le Collége de la Marche ,
au deuxième ; chez Couſineau , Luthier
de la Reine , tue des Poulies , vis à -vis la
colonnade du Louvre; & aux adreſſes
ordinaires de muſique. Prix 6 1. 8 f.
I V.
Six duo pour violon & alto , dédiés à
M. le Chevalier de Champloſt , Meſtrede
camp de Cavalerie , Chevalier de
P'Ordre militaire de Saint Louis , par M.
ة
MAI. 1776. 185
Guillon , Officier au Régiment de Bouillon
, Infanterie Allemande. OEuvre I.
Prix 6 liv. A Paris, chez Bignon , Graveur
, place du Louvre , à l'Accord parfair;
& aux adreſſes ordinaires .
V.
Deuxfonates pour le clavecin ou le
piano-forté , avec accompagnement d'un
violon & violoncelle , ad libitum ; dédiées
à M. le Comte Alexis Golowkin ,
Lieutenant aux Gardes de S. M. I. de
toutes les Ruffies , &c. par M. Joubert ,
Organiſte de l'Abbaye Royale de Saint
Aubin d'Angers ; avec le quatuor de Lucile
en concerto pour les mêmes inſtrumens
, arrangé par le même Auteur ; prix
7 l. 4 f.; avec le concerto& ſéparément ,
3 liv. 12 f. gravés & mis au jour par le
ſieur Moria & Mlle Vendôme , Marchands
de muſique , rue de la Comédie
Françoiſe; & aux adreſſes ordinaires de
muſique ; à Lyon , chez M. Caſtaud ; à
Rouen , chez M. Magoy. 1
19. MERCURE DE FRANCE .
COURS DE BELLES - LETTRES .
M. L'Abbé de Perravel recommencera
le 10 Mai , depuis midi juſqu'à deux heures
fon Cours de Géographie ; & depuis
cinq juſqu'à ſept , ſon cours philofophique
de Langue Françoise , par le moyen duquel,
en 48 leçons , les loix de la phrafe ,
& les règles de la poctuation y font enſeignées
, & géométriquementprouvées. Le
lendemain , depuis cinq heures juſqu'à
ſept, il recommencera fon cours de Langue
Italienne .
On trouve , tous les matins , juſqu'à
onze heures , & depuis midi & de mi
juſqu'à deux heures , M. l'Abbé de Perravel
, chez-lui , rue S. Honoré , l'allée
du Patiffier , vis-à-vis la rue du Four , au
premier.
LETTRE de M. *** à M. de Voltaire ,
en lui envoyantfes Effais fur Saturne.
Monfieur. Recevez , je vous prie , l'hiſtoire
d'un Vieillard reſpectable , dont on s'occupera
+
ΜΑΙ. 1776 . 191
tant que le ſavoir ſera en honneur parmi les
hommes. Son front rayonnant de lumière eſt
orné d'une couronne immortelle. Il nous éclaire
&nous offre un des phénomènes les plus finguliers
de la nature . Ce Vieillard eſt Saturne. Je m'empreſſe
de le nommer , de peur que l'on n'en déſigne
un autre , dont votre modeſtie vous empêcheroit
de reconnoître le portrait. Puiffe certe
analogie mériter à mon Ouvrage un accueil favorablede
votre part.
Je ſuis avec l'eſtime la plus ſentie , Monfieur ,
Votre , &c.
Réponſe de M. de Voltaire.
Monfieur. L'honneur que vous me faites de
m'envoyer votre Saturne , me fait ſentir toute
votre bonté & toute mon indignité ; mais tout
indigne que je ſuis de ce beau préſent , il me fait
faire biendes réflexions . Nous avons connu ſitard
ſes lunes& ſon anneau , très-inutilement appelés
les aftres de Louis ; les Philoſophes de notre chétif
globe ont été tant de ſiècles ſans deviner ce qui
ſepaſle autour de cette dernière planète , qu'il eſt
clair qu'elle n'a pas été faite pour nous; mais en
même temps il eſt bien beau que de petits animaux
de cinq pieds & demi ayent enfin calculé
des phénomènes ſi étonnans à trois cents trente
millions de lieues loin de chez eux,
Quand on fonge que la lumière réfléchic de
1
192 MERCURE DE FRANCE.
notre petite planète & de ce gros Saturne eſt préciſément
la même ; que la gravitation agit fur
ſes cinq lunes comme ſur la nôtre ; que nous pefons
ſur le Soleil auſſi bien que Saturne ; que les
cing lunes & fon anneau ſemblent abſolument nécellaires
pour l'éclairer un peu , on est ravi d'admiration
& l'on s'anéantit. On eft obligé d'admettre
, avec Platon , un éternel Géomètre.
Ceux qui, comme vous, Monfieur, entrent dans
ce vaſte & profond ſanctuaire , me paraiſſent des
étres bien au-deſſus de la nature humaine. Je vous
avoue que je ne conçois pas comment un Génie
occupédes loix de l'Univers entier , peut deſcendre
à juger des procès dans un petit coin de ce
monde nommé la Gaule. ..
Je ſuisavec le plus ſincère reſpect , Monfieur ,
Votre ,&c.
AFerney, ce6Avril1776.
LETTRE de M. de Voltaire.
19Avril 1776 , à Ferney.
Vous m'apprenez , Monfieur , qu'on vient
d'imprimer les oeuvres poſtumes de feu M. Piron ,
& que l'Editeur ne m'a pas épargné. Il prétend ,
dites- vous , que le Roi de Pruffe m'ayant un jour
parlé de cet Auteur agréable , plein d'eſprit & de
ſaillies ,je lui répondis : Fidonc ! c'est un homme
fansmoeurs.
Jc
ΜΑΙ . 1776. 195
Je vous conſeille , Monfieur , de mettre cetre
anecdote au nombre des menſonges impriméss
elle n'eſt aſſurément ni vraie , ni vraiſemblable.
Je puis vous atteſter , & j'ole prendre Sa Majeſté
le Roi de Prufſe à témoin, que jamais il ne m'a
parlé de Piron , & que jamais je ne lui en ai dit un
inot. Je ne crois pas avoir entrevu Piron trois
fois en ma vie Je connois encore moins l'Editeur
de ſes Ouvrages ; mais je ſuis accoutumé depuis
long-temps à ces petites calomnies , qu'il faut
réfuter un moment & oublier pour toujours .
Discours prononcé par M. de la Haye,
Curéde Pavant , Diocèse de Soiffons ,
àfes Paroiſfiens, le 25 Février 1776.
Mes chers Paroiffiens , je m'empreſſe de vous
annoncer que le Roi , ſur le compte qui lui a été
rendu de la conduite que j'ai tenue dans des circonſtances
fâchenſes pour vous , vient de me gra
tifier d'une penſion ſur l'Archevêché d'Auch ; fi je
pouvois penſer que l'intention de Sa Majefté eût
étédeme récompenſer , je m'affligerois avec vous
de vivre dans un ſiècle oùon acquiert des bienfaitsen
ne remplitlant que ſes devoirs ; & en effet
n'euflé-je pas été blamable aux yeux de Dieu &
deshommes , ſije me fufle écarté vis- à- vis de vous
de la conduite que j'ai tenue ? Et pourrois-je ,
fans être vil à mes yeux , ſupporter l'idée que
votre malheur a été pour moi une voie d'obtenir
les faveurs du Souverain? Des gens méshans
I
)
194 MERCURE DE FRANCE.
1
vous avoient trompés , & vous alliez devenir
criminels envers l'Etat , & faire des démarches
contraires à vos intérêts les plus précieux . J'ai
diſſipé le preſtige qui vous aveugloit , j'ai rempli
mondevoir, & ma récompenſe ſera toujours la
fatisfaction de vous être utile. Je ne puis donc
regarder la penſion qui m'eſt accordée que comme
unmoyende plusque Sa Majeſté a bien voulu me
confier pour contribuer à votre bien- être. Je vous
déclare donc , mes chersAmis , que pour répondre
aux vues bienfaiſantes de notre auguſte Monarque,
je conſacre dès ce moment , & pour toujours
, à votre utilité la penſion dont le Roi m'a
faitdépofitaire. Je n'entends pas par- là augmenter
les charités que je ſuis dans l'uſage de faire ; ces
fecours font une dettedont je m'acquitte envers
les pauvresinvalides , &dont je compte toujours
refter chargé; au lieu que la penſion appartient
aux gens valides, non pas gratuitement , mais
enéchange de leurs journées , quand ils n'auront
riendemieux àfaire; c'eſt la ſeule façon dont il
foit permis d'aider de braves gens , qui ne font
dans lebeſoin que par le défaut d'ouvrage : tout
autre modede ſecours eſt un abus qui accoutume
l'oiſiveté&qui entraîne au vice. J'ai trop bonne
opinion de vous , mes chers Amis , pour penſer
que tantque vous pourrez vous aider de vos bras ,
vous conſentiez de le recevoir gratuitement ;
ſeroit un vol que vous feriez , & moi auſſi , &
aucun de nous n'en eſt capable. Pour que tous les
habitans puiflent trouver dans le travail qui ſera
fait , une utilité commune, nous confulterons
tous les ans l'aſſemblée des habitans , pour , fur
leurdeſits , employer les travaux ſoit à conftruire
-les chemins, àdeſſécher les communes , à former
A
ce
MAI. 1776 . 195
des digues pour empêcher les inondations , à
donner aux caux un écoulement facile pour en
empêcher les ravages , enfin à mettre notre terroir
dans le plus grand état poſſible d'utilité ; & fi
nous vivons affez long-temps pour que nous ne
fachions plus à quoi nous occuper , alors , mes
chers Amis , nous regarderons nos voiſins , &
nous leur dirons : Vous êtes nos frères , vous nous
cuſſiez aidés ſi vous l'euſſiez pu , permettez- nous
de vous être utiles , & nous prolongerons leurs
chemins de chez eux à leurs voisins;ils nous aimeront
, ils nous béniront , & cependant nous
n'aurons faitque leur rendre commune notre utiliré
perſonnelle: car ce nouveau chemin aura facilité
le tranſport de nos denrées , que par cette
raiſon nous vendrons plus avantageuſement.
Ce ſera , mes Amis , à notre bon Roi que nous
devrons tous ces bienfaits. Remercions Dieu de
nous l'avoir donné. Demandons lui ſa conſervation
& celle des Miniſtres bienfaiſans dont il a
faitchoix.
Opérations très-remarquables ſur les chevaux
, par M. le Chevalier de la Pleignière
, Écuyer , tenant l'Académie de
Caen.
M. LE CHEVALIER DE LA PLEIGNIÈRE ,
un des plus habiles Écuyers du Royaume ,
&qui tientàCaen une Académie célèbre ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
où la jeune nobleſſe eſt inſtruite de toutes
les parties de l'Art de l'équitation , par
les moyens les plus clairs & les plus
prompts , reçoit chez lui des jeunes gens
François & étrangers ,& les conduit felon
l'intention de leurs parens , & fuivant le
plan qu'ils peuvent donner eux-mêmes.
Nous rapporterons comme des opérations
très-remarquables , celles que M. le Chevalier
de la Pleignière vient de faire, Ce
LavantEcuyer , qui n'a négligé aucunes des
parties de fon art , ayant un cheval , dont
le cryſtallin devenu opâque étoit tombé
✓dans la chambre antérieure de l'oeil , il
⚫a extrait ce cryſtallin , fans crever l'oeil de
l'animal , & a fait cette opération en préfence
de M. le Maréchal Duc d'Harcourt ,
& de pluſieurs Médecins & Chirurgiens
de la ville , ce qui prouve la poſſibilité
de cette opération. L'animal opéré exifte
à l'Académie , où les curieux peuvent
le voir. Le dit Ecuyer a encore , depuis
qu'il a découvert la façon de faire cette
opération , opéré un autre cheval , avec
le même ſuccès pour l'opération ; mais
l'animal plus vif que le premier , n'ayant
pu être panfé , à cauſe du travaildans cette
Académie , pour le contenir pendant la
cure , s'eft frotté , & fon oeil s'eſt fondu,
MA 1 . 1776 . 197
Précédemment à ces deux opérations, il en
avoit fait une fur un cheval cataractériſé ,
quifut fi heureuſement opéré , qu'il vit incontinent
après l'opération ; mais cet animal
deſtiné à pluſieurs déinonſtrations
&appartenant à ſes élèves , ne fut pas conſervé.
L'émulation de cet écuyer demanderoit
à être fecourue pour l'avantage général.
Ce même Écuyer a imaginé de ſe ſervir
de la voie naturelle pour guérir un animal
qui , après avoir mis bas , fut regardé
comme un hydropique , ayant beſoin de
la ponction pour guérir ; mais réfléchiffant
que les eaux , le fang , ou autres vuidanges
n'étoient retenues que par quelque
corps non avancé de la matrice , & qui en
bouchoit l'orifice , il s'aviſa de percer ou
déranger le corps qui pourroit ſe rencontrer;
ce qu'il fit fi heureuſement , qu'il
procura une très - grande évacuation , qui
en deux jours rétablit l'animal dans fon
état naturel , au grand étonnement de tous
ceux qui l'avoient décidé ne pouvoir guérir
ſans la ponction.
(
I iij
IS MERCURE DE FRANCE.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , & c.
I.
Induſtrie.
M. RESTRICK , habitant de Morpeth,
dans le Northumberland, vient d'exécu
zer de nouveaux moulins à ſcie , différens
par leur méchaniſme de ceux qui exiſtent
déjà , & auxquels il a donné un nouveau
degré de perfection & d'utilité. Avec ſa
machine , qui eſt très curieuſe , un ſeul
homme peut faire en une heure beaucoup
plus d'ouvrage que quatre n'en fesoient
autrement , & l'ouvrage eſt mieux
fait.
I I.
Le ſieur Uſquin poſſède un ſecret pour
fixer toutes les dorures tant ſur bois que
fur métaux & fur toute eſpèce de meubles.
Au moyen d'une fimple couleur ,
& fans or , il donne même au cuivre le
ton d'or moulu , qui non-feulement eſt
1
ΜΑΙ. 1776 .
..
199
durable : mais devient plus beau de jour
en jour. La dorure ſur bois , fixée par
ſon ſecret , ne perd jamais l'éclat du
neuf; on peut même la laver ſans altérer
l'or. La même fixation garantit auffi de
la rouille le fer poli& l'acier , dans quel.
que expoſition qu'il puiſſe être ; elle eſt
à l'épreuve des acides & des corrofifs ,
tels que le vinaigre , le verjus , l'urine ,
le verd-de-gris, &c. L'humidité & le
mauvais air n'y font aucune impreffion .
BIENFAISANCE.
UN Miniſtre Luthérien d'une grande
ville d'Allemagne fut appelé , il y a quelque
temps , chez une pauvre femme ,
qui étoit dangereuſement malade. Il s'y
rendit fur le champ ; & après avoir rempli
ſes fonctions , &confolé l'agonifante ,
il lui dit qu'il eſpéroit avoir part à fon
héritage. Eh ! Monfieur , répondit la
mourante , dans l'état de misère où je
fuis , que pourrois-je vous donner ? « Ces
>>deux enfans , repliqua le Paſteur ; &
› en reconnoillance de ce legs , je me
- charge de pourvoir auxbesoins de leur
Γιν
200 MERCURE DE FRANCE.
>> père » . Cet homme bienfaiſant a tenu
fa parole ; il a fait une penſion au père ,
& fon épouſe prend foin des deux enfans
étrangers avec autant d'attention
que des fiens propres .
ANECDOTES.
I.
Un étranger ſe trouvant au bord de la
mer , lors de l'arrivée du Centurion * en
Angleterre , vit deux jeunes moufles
couverts de fueur & de goudron , qui
accoururent vers l'Amiral Harriffon , &
ſe jetèrent entre ſes bras. Il demanda à
ce Seigneur qui ils étoient ? L'un , répondit
celui- ci , eft le neveu de l'Amiral Her
vey, & l'autre est monfils.
ر
II.
1
Alexandre- le-Grand , faiſant des largeſſes
continuelles à ſes Capitaines ; Par-
** Nom du vaiſſeau que montoit l'Amirat
Anſon , dans ſon voyage autour du monde..
:
MAI. 1776 . 201
menion , étonné de ſes libéralités , lui
dit : Quoi , Sire , ne réſervez vous rien
pour vous ? Alexandre lui repondit :je
me réfèrve l'espérance ; elle me suffit .
III .
Un Comédien , accoutumé à ſe voir
huer dans chaque ville où il jouoit ,
perdit un jour patience, & dit au Parterre
: Meffieurs , vous vous en laſſerez ;
on s'en est bien laffé autre part. Cette naiveté
lui concilia l'indulgence des Spectateurs.
IV.
On informa Henri IV que quoiqu'il
eût pardonné& fait pluſieurs grâces à un
brave , qui avoit été un des Capitaines
de la Ligue , il n'en étoit pas aimé. Il
dit : je veux lui faire tant de bien , qu'il
m'aimera malgré lui.
V.
Laurent , Prince Palatin , marqdoit
fon étonnement de ce que l'Emperear
Sigifmond pardonnoit à fes plus cruels
ennemis, lorſqu'il les avoit en fa puil
4
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
fance. Les ennemis , lui répondit l'Einpereur
, quifont morts , ne peuvent plus
nuire : vous avez raison de dire qu'il les
faut tuer ; c'estjustement ce que je fais ,
quandje comble de graces un vaincu : je
tue en lui un ennemi , & j'en fais naître
un ami. T
AVIS.
Pommadepour les hémorrhoïdes.
CETTE pommade guérit radicalement les hémorrhoïdes
internes & externes , en peu de jours ,
fans qu'il y ait à rien craindre de retour de cette
maladie , ni accidens pour la vie , en les guéziſſant;
prouvé par nombrede certificats authenziques
que l'Auteur a entre ſes mains , & par
un nombre infini de perſonnes dignes de foi ,
de tout âge & de tout ſexe , guéries radicalement
depuis pluſieurs années , &c. par l'ulage
qu'elles ont fait de cette pommade , inventée &
compoſée par le ſieur C. Levallois , ancien Herboriſte
, pour la propre guériſon à lui-même,
au mois de Mai 1763 .
Cette pommade fait ſon opération avec une
douceur-& une diligence ſurprenantes , en ôtant
d'abord les douleurs des ſes premières applications.
ΜΑΙ. 1776 . 203
Elle est diviſée en deux fortes , pour agic
enſemble de concert : l'une eſt préparée en ſuppoſitoires,
pour être inſinuée &amollir les hémorrhoïdes
internes par une douce tranſpiration ;
l'autre eſt applicative ſur les externes , pour fondre
& diſloudre , avec la même douceur , les
groſſeurs externes , & recevoir au dehors la
tranſpiration qui ſe fait intérieurement.
L'on diftribue cette pommade avec approbation
& permiffion , chez l'Auteur , ci -devant
Vieille rue du Temple , à préſent rue des Gravilliers
, la cinquième maiſon après la rue des Vertus
en entrant par la rue Saint- Martin , vis-à-vis
d'un Boulanger , ou à ſon dépôt , chez M.
Deloche , Marchand Limonnadier , au coin de
la rue de la Perle , au Marais , à Paris .
Le prix des doubles boîtes , avec fix ſuppoſitoires,
pour les hémorrhoïdes anciennes , eſt de
6 liv.
Et pour celles qui ſont nouvellement parues ,
la demi - boîte , avec trois ſuppoſitoires , ſont
de 3 liv. joint à un imprimé qui indique la
manière de s'en ſervir .
Les perſonnes de Province qui defireront le
procurerde cette pommade , ſont priées d'affranchir
leurs lettres , & d'indiquer leur meſlagerie.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES POLITIQUES.
De la Canée, le 28 Mars 1776 .
LEE fieur d'André, Conſul de France en ce
Ville , a donné ici , à l'occaſion de la naiſſance
d'une fille duGrand- Seigneur , une fête à laquelle
aſſiſtèrent les perſonnes les plus confidérables &
lesGrandsdu pays .
:
De Stockholm , le 6 Mars 1776 .
Le 24 du mois dernier , le Duc de Sudermanie
donna dans ſes appartemens au Roi & à la Reine ,
une fête qui repréſentoit la Foire Saint Germain
de Paris : les différentes pièces du logement du
Prince étoient remplies de boutiques de toute
elpèce ; on y trouva des guinguettes , des cafés ,
une parade , un jeu de marionnettes. Toutes les
perſonnes diftinguées de la Cour &de la Ville y
étoient en habits de caractères différens & analoguesaux
perſonnagesqu'elles étoient chargées de
repréſenter. Lorſque Leurs Majestés entrerent ,..
tout paruten action. On étoit convenu de ne point.
donner d'autres noms au Roi & à la Reine quer
Geux de Mylord &de Myladi , & à la Duchefle
celuide Marquiſe , pour que l'obſervation du
cérémonial n'apportât aucune gêne au divertiflement.
Les jeux de parades & de marionnettes étant
Gois , on fervit dix tables de huit couverts , où
bacun ſe plaça indistinctement. Après le fouger ,
!
८
MAI. 1776. 206
où la gaieté de la fêre ſe ſoutint , on pafla dans
les petits appartemens , où un Waux- Hall offrit
une autre nouveauté. La Cour y reſta àdanſer
juſqu'à quatre heures dumatin , & Leurs Majestés
marquèrent la plus grande ſatisfaction d'une fête
auffi variée & auſſi imprévue , dont un François ,
attaché depuis quelques années au Prince en qua
lité de premier Maître - d'Hôtel , avoit été l'Ordonnateur.
De Londres , le 2. Avril 1776.
La Marine de ce Royaume n'ajamais été fur
un pied plus refpectable , à ce qu'on affure : toutes
lesréparations ſe font avec la plus grande activité
: außi - tôt qu'un vaiſleaneſt ſorti du chantier,
il eft fur le champ remplacé par un autre. On a
fait depuis peu des marchés avec des Conftructeurs
pour des chaloupes de quatre pièces de
canon , qui navigeront dans les petites rivières de
l'Amérique & ſur la côte d'Afrique. Le Lord Sandwich
s'attache , autant qu'il le peut, à conferver
la liberté des Citoyens, puiſqu'il refuſe encore
d'ordonner la preſle , dans le moment où le
beſoin qu'on en a, pourroit la rendre excufa
ble
Le 31 du mois dernier , le Général Burgoyne
&pluſieurs Officiers ſe ſont embarqués à bord
de la Blonde , &feront voile , par le premier bon
vent pourBoſton, Lorſque tout le renfort qu'on
ſe propofeod'y envoyer au Général Howe fera
attivé , on estime que fon armée montera à
vingt cinq mille hommes effectifs. On a obſervé
que les Médecins & les Chirurgiens de l'Hôpital
206 MERCURE DE FRANCE.
général de l'Amérique avoient reçu ordre , lors
de leur nomination ,de ſe tenir prêts pour le premier
d'Avril ; mais qu'ils n'ont reçu depuis aucun
ordre ultérieur , ce qui donne quelque lueur
d'eſpérance qu'il y a réellement fur le tapis un
plan de réconciliation entre la Grande-Bretagne&
fesColonies. Il eſt certain qu'on dit confi--
demment que le. Congrès a faitdes propoſitions
au Gouvernement.
On dit qu'il eſt queſtion de briſer les balanciers
de la monnoie &de frapper les eſpèces avec une
machine d'une nouvelle invention , à l'aide de
laquelle on peut ſe procurer un demi million dans
uneheure , à très-peu de frais& ſans inconvéniens,
tandis qu'à la Monnoie on n'a jamais frappé audelàde
80,000 liv. dans uneſemaine.
On a reçu avis par la corvette le Kinsfisher ,
arrivée à Portsmouth , que les Américains ont
formé un camp d'environ neuf mille hommes ,
à trente milles à peu près de Cambridge. Ce
camp doit ſervir de retraite à l'armée de Wa-
Angthon, dans le cas où les Troupes du Roi , à
leur arrivée , forceroient ſes lignes à Bunkers-
Hill.
Des lettres venues par la même voie , portent
que le Général Clinton étoit arrivé de Boſton à
la Virginie ; que preſque toutes les maiſons
étoientdétruites dans la Province de Norfolk , &
que les Propriétaires , devenus eux-mêmes leurs
propres incendiaires , pour ne paslaiſler jouir de
leurs pofleſſions leurs ennemis , s'étoient retirés
dans l'intérieur du pays , où ils ſont ſurs d'échapperà
la pourſuite de ce Général , premier auteur
de la deſtruction de leur Ville principale... p
MAI. 1776 . 207
Suivant une lettre de l'iſſe de Barbade, une
des Frégates de Sa Majesté a été rencontrée près
de cette. Ifle , par deux Corfaires Américains ,
montés l'un de vingt huit canons , & l'autre de
vingt- fix; & après un combat de trois heures ,
les équipages des Corſaires ont abordé ce bâtiment
qui , accablé par le nombre , a été obligé
de ſe rendre. On ajoute qu'après en avoir retiré
les canons , les armes , la poudre , les munitions
&les vivres , les Corſaires l'ont laiſſe aller , &
qu'enfuite il a relâché dans le port de Barbade.
Dela Haye, le 12 Avril 1776.
Les Etats de Friſe ont rendu , le 16 Mars , une
Ordonnance par laquelle ils permettent la fortie
desbeſtiaux pendant l'eſpace d'une année, moyennant
quelques droits payables pour chaque bête,
Il vient d'être fait une députation des Propriétaires
de cette Province à la Haye , contre le projet
d'une nouvelle taxe ſur leurs terres , qui ne ſe
concilie point avec les anciens principes du Gouvernement
Saxon , par leſquels ils ſe régiflent
encore&quidonnent àleur adminiftration beau
coup de rapportavec celle d'Angleterre.
DeMadrid, le 2 Avril 1776.
SaMajefté a publié un décret par lequel Elle
déclare que dorénavant, lorſqu'il ſera queſtion
de conférer quelqu'emploi , ſoit Eccléſiaſtique ,
foitMilitaire , ſoir Civil, dans ſes pofleſſions de
l'Amérique , les habitans du lieu feront confultés
fur le choix de la perſonne; & Elle veut de plus
que les concurrens ic contentent de faire parve208
MERCURE DE FRANCE.
nir à la Cour leurs mémoires & leurs prétentions,
& qu'ils le diſpenſentde ſe tranſporter en Europe,
comme cela s'eſt pratiquéjuſqu'à préſent.
De Gênes , le 20 Mars 1776.
La ſtatue du fen Doge , ouvrage du Sculpteur
Bocciardi , Directeur de l'Académie de Sculpture
de cette Ville , a été faite aux frais de la République
& érigée comme une marque authentique de
la fatisfaction publique, à l'occaſion du chemin
que la famille Cambiaſo a fait conftruire à ſes
dépens pour la communication de cette Capitale
avec la Lombardie : on voit à côté le Dieu Terme
, Divinité qui préſidoit aux chemins , avec
cette infcription: Bono público areproprio : cette
ſtatue tienten main un ſceptre qui repoſe ſur la
tête de Janus .
:
De Paris , le 15 Avril 17766
On écrit de Strasbourg , en date du 5 de ce
mois, que la fille du Wazle , Maçon , du village
deNiderbonne en baffe-Alface , âgée de trois ans ,
eſt tombée dans la rivière qui paſte dans ce lieu ,
&qu'elle n'a été trouvée & retirée de l'eau que
quelques heures après la chute , ſans mouvement
&fans donner aucun figne de vie . Le ſieur Petry ,
Médecin du lieu ,a employé les remèdes indiqués
dans les inſtructions envoyées par la Cour , avec
tantdepatience & de ſuccès , qu'au bout de 48 h.
elle a été parfaitement rétablic.
:
ว
}
MAI. 1776. 209
L
PRESENTATIONS .
Le 28 mars , le ſieur de Baſſeville fils , docteur
en médecine , nommé médecin par quartier de
Monſeigneur le comte d'Artois , a eu l'honneur
de lui être préſenté en cette qualité par le comte
de Maillé , premier gentilhomme de la chambre
de ce Prince,& par le ſieur Lieutaud, premier
médecin du Roi.
Le ſieur de Saint-Paul , miniſtre plénipotentiaire
de Sa Majeſté Britannique , eut , le 9 avril , une
audience particulière du Roi , dans laquelle il
remit fa lettre de créance : il fut conduit à cette
audience , ainſi qu'à celle de la Reine & de la Famille
royale , par le ſieur la Live de la Briche , introducteur
des Ambaſladeurs ; le fieur de Sequeville,
fecrétaire ordinaire du Roi à la conduite
des Ambaſſadeurs , précédoit.
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
Le fieur Buc'hoz , médecin botaniſte & de
quartier de Monfieur , eut l'honneur , les mars ,
de préſenter au Roi , à Monfieur & à Monfeigneur
le comte d'Artois , le quatrième volume du
Dictionnaire minéralogique & hydraulogique de la
France , & le ſixième volume du Dictionnaire
vétérinaire & des animaux domestiques du même
7
210 MERCURE DE FRANCE.
pays, ouvrages qui terminent la collection entière
de l'histoire naturelle & économique du Royaume,
en 14 vol. in-8 °.
Le 30 du même mois , le fieur Vezou , écuyer ,
ingénieur géographe , hiſtoriographe & généalogifte
du Roi , a eu l'honneur de préſenter à Sa
Majeſté une nouvelle édition de ſon Tableau généalogique
des trois races des Rois de France Cer
ouvrage eſt dédié à Sa Majesté , qui a daigné l'accueillir
avec bonté.
Le 9 avril , le ſieur Moreau le jeune , deſſinaneur
des menus -plaiſirs , préſenté à Sa Majeſté par
le maréchal duc deDuras , a eu l'honneur de faire
voir au Roi un deffin du lacte de Sa Majeſté , dont
Elle abien voulu témoigner ſa ſatisfaction à l'Auteur.
Le 22, le ſieur Cardonne, premier commis de la
maiſon deMadame , a eu l'honneur de préſenter
àLeurs Majestés & à la Famille royale , un ouvrage
allégorique en versſur la naiflance deMonſeigneur
le duc d'Angoulême.
:
NOMINATIONS.
Le Roi vient d'accorder l'évêché d'Alais à
l'abbé de Balore , vicaire-général de Bellay;&
l'abbaye de St Michel de Doutlens , ordre de St
Benoît , diocèse d'Amiens , à la dame de Maforany
, religieuſe du prieurédeCharmes , diocèle de
Soiflons.
MAI. 1776 . 211
Le Roi vient d'accorder l'abbaye de Bonrepos ,
ordre de Citeaux , diocèse de Quimper , à l'abbé
de la Biochaye , vicaire général de Dol; celle de
la Meilleraye , même ordre , diocèse de Nantes ,
àl'abbé le Mintier , vicaire général de Rennes ;
celle du Tronchet, ordre de St Benoît , diocèſe de
Dol , à l'abbé de Boisbilly , chanoine de Quimper;
& celle de Chazeaux , même ordre , diocèſe
deLyon, à ladame de Savaron , religieuſe de la .
dite abbaye.
MORTS.
Charles- Pierre Colardeau , nommé à l'Académie
Françoiſe , & dont la cérémonie de la récep
tion étoit prochaine , eſt mort à Paris , rueCaf
ſette , le7avril .
Jean - Louis Buiffon de Beauteville , évêque
d'Alais , abbé commendataire des abbayes royales
de Valenagne , ordre de Citeaux , diocèſe d'Agde ,
&de SteCroix de Bordeaux , ordre de St Benoît ,
mourut le 30 mars , en ſon diocèle , âgé d'environ
68 ans .
Victor- Marie marquis de Gironde , lieutenantgénéral
au gouvernement de l'Iſle de France , eft
mort à Paris , le 4 mars , âgé d'environ so ans.
Jean-François deGantes , marquis deGantes ,
Lieutenant général des armées du Roi , comman
212 MERCURE DE FRANCE.
deur de l'ordre royal & militaire de St Louis , eft
mort à Paris dans ſa 74° année.
Matie- Joléphine-Louiſe-Sophie de Cambis-
Velleron , épouſe de Jean- Jacques Vivaud de la
Tour , conſeiller d'état , ancien premier préſident
duparlement de Grenoble , eſt morte à Grenoble
le 31 mars , âgée de 32 ans.
François-Charles de Moneſtay , marquis de
Chazeron , ancien commandant de la maiſon du
Roi , lieutenant général de ſes armées , gouverneur
de la ville & citadelle de Verdun , eſt mort
àParis le 8 avril .
Jeanne Marguerite Dupleſſis- Châtillon , veuve
de Louis - Philippe Pottin , comte du Cheſne , eft
morte en fon château du Chefne , en Normandie ,
le 6 avril , dans la 74° année de ſon âge .
Le nommé Jean Bajon , eſt mort le 28 mars , à
Beleſme dans le Perché, âgé de 100 ans 7 mois ;
il n'a jamais été ſaigné qu'une fois , & n'a eu d'autre
infirmité qu'un peude ſurdité fur la fin de ſes
jours.
Le ficur Chalvet de Souſville , chevalier de
l'ordre royal & militaire de St Louis , ancien colo.
nel dans le Corps royal de l'artillerie , retiré à Grenoble
, y eft mort , le 15 avril , âgé de 89 ans .
Marie - Louiſe de Galliffet , épouſe de Louis-
François-Alexandre , comte de Galliffet , meſtrede-
camp de cavalerie , eſt morte le savril , âgée
de 19 ans.
Leſieur Louis- Hubert de Cerf , vicomte de la
Motte , eſt mort le 7 Avril à Montreuil-fur Mer ,
ΜΑΙ. 1776. 213
âgé de 93 ans. Il étoit de l'ancienne Maiſon de
Cerf en Flandres .
Jacques - Joſeph Bon- Amy de la Princerie ,
écuyer , ſeigneur de Coignac , ancien capitaine
d'infanterie& commandant une compagnie de bas
officiers à l'hôtel royal des invalides , y eſt mort
àl'âge de quatre vingt- ſept ans; il s'étoit trouvé
aux batailles de Malplaquet & de Ramilly où il
avoit été bleſlé , étant alors dans la ſeconde compagnie
des Mouſquetaires ; ſon père & deux de
les frères y avoient auſſi été dangereuſement blef .
ſés. Il a laiflé deux fils , dont l'un eſt ancien capicaine
de grenadiers , & l'autre ancien capitaine
d'infanterie.
LOTERIES.
Le centquatre-vingt quatrième tirage de la Lote
rie de l'Hôtel-de-Ville s'est fait , le 25 du mois
d'Avril , en la manière accoutumée. Le lot de
cinquante mille liv. eſt échu au No. 37530. Celui
de vingt mille livres au N°. 31502 , & les deux
de dix mille liv. aux numéros 21156 & 31975 .
214 MERCURE DE FRANCE.
PIECES
TABLE.
IECES FUGITIVES en vers& en proſe , pages
Les regles de l'Ode ,
Saladin ,
Vers à M. le Comte de Montboiffier ,
La Rémouleuſe ,
A Mile Colombe ,
AM. Molé ,
Epitaphe de M. Colardeau ,
Epître aux Poëtes modernes ,
Lettre à M. le Marquis de ***,
La ruine de Jérusalem ,
Vers adreſſés à la villede Séez ,
L'Infouciance,
ABatyle ,
Imitationde la 22º ode d'Horace ,
Le Poulain & le Fermier ,
Vers àMde de P***,
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ENIGMES,
LOGOGRYPHES ,
Air del fignor Mancini ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Relation d'un voyage en Allemagne ,
OEuvres du Comte Hamilton ,
De l'architecture ,
Choix des lettres du Lord Chesterfield ,
Diflertation ſur l'Apocalypfe ,
Le déſaveu des Artiſtes ,
Manuel ou Journée militaire ,
ibid.
10
14
16
18
19
20
ibid.
25
43
47
43
49
so
SI
54
55
ibid.
56
59
65
ibid.
68
70
72
34
72
86
84
ΜΑΙ . 1776 . 215
Difcours prononcé à l'Hôtel- de - Ville de
Caen ,
Motifs de ma foien Jélus-Chriſt ,
Célide ,
Extraitdu Journal de mes voyages ,
Nouv. méthodede traiter les maladies véné-
88
१०
92
69
riennes par la fumigation , 104
Mémoires hiſtoriq. des Reines & Régentes de
France , 109
OEuvres de M. le Comte de Treſſan ,
Expériences relatives à l'analyſe des bleds , 12,
Lettres ſur la minéralogie , 124
Principes ſur l'art d'accoucher , 126
Recueil de Diflertations , 128
Supplément au Traité de M. Petit , 130
Traité de la fonte des mines par le feu du charbonde
terre , 131
Antiquité géographipue de l'Inde , 133
Hiſtoire de l'aſtronomie ancienne , 136
Inſtruction paftorale , 139
AnnéeSainte , 147
Recherches fur les maladies épizootiques , Iso
Lesà proposde ſociété , 152
Elogehiſtorique de Henri IV , 153
Annonces littéraires , 154
ACADÉMIE . 161
Paris , ibid.
SPECTACLES. 165
Concert Spirituel , ibid.
Opéra , 166
Comédie Françoiſe , 172
Comédie Italienne , 173
ARTS. 177
Gravures , ibid.
Muſique. 187
216 MERCURE DE FRANCE.
Coursde belles lettres , 190
Lettre de M. *** à M. de Voltaire , ibid.
Réponſe de M. de Voltaire , 191
Lettre de M. de Voltaire, 172
Difcours prononcé par M. de la Haye , 193
Opérations très-remarquables ſur leschevaux, 193
Variétés , inventions , & c . 198
Bienfaiſance. 199
Anecdotes. 280
AVIS , 202
Nouvelles politiques , 204
Préfentations , 209
d'Ouvrages, ibid.
Nominations, 211
Morts , 211
Loteries , 213
APPROBATI0N.
J'AI lu , par ordre de Monſeigneur leGarde des
Sceaux le Mercure de Mai 1776. Je n'y
ai rien trouvé qui doive en empêcher l'ima
preffion.
,
A Paris , ce 4 Mai 1776.
:
DE SANCY.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe
près Saint Côme,
DE FRANCE , 18291
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES:
MAI , 1776 .
Mobilitate viget. VIRGILE .
Beugnes
A PARIS,
Chez LACOMBE , Libraire , rue Chriſtine,
près la rue Dauphine.
AvecApprobation & Privilége du Roi.
i 16
Far
AVERTISSEMENT.
C'EST au Sieur LACOMBE libraire , à Paris , rue
Chriſtine , que l'on prie d'adreſſer , francs de port,
les paquets& lettres , ainſi que les livres , les eftampes,
les piéces de vers ou de proſe , la muſique
, les annonces , avis , obſervations , anecdotes
, événemens finguliers , remarques ſur les
ſciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peut inftruire ou amuſer le
Lecteur. On prie auſſi de marquer le prix des livres
, eſtampes & pièces de muſique.
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
des amateurs des lettres& de ceux qui les
cultivent , ils font invités à concourir à ſa perfection
; on recevra avec reconnoiſſance ce qu'ils
enverront au Libraire ; on les nommera quand
ils voudront bien le permettre , & leurs travaux ,
utiles au Journal , deviendront même un titrede
préférence pour obtenir des récompenſes ſur le
produir du Mercure.
L'abonnement du Mercure à Paris eſt de 24 liv.
que l'on paiera d'avance pour ſeize volumes rendus
francs de port.
L'abonnement pour la province eſt de 32 livres
pareillement pour ſeize volumes rendus francs de
port par la poſte,
Ons'abonneen tout temps.
Le prix de chaque volume eſt de 36 ſols pour
ceux qui n'ontpas ſouſcrit,au lieu de 30 ſols pour
ceux qui font abonnés.
On ſupplie Meſſieurs les Abonnés d'envoyer
d'avance le prix de leur abonnement franc de port
par la poſte , ou autrement , au Sieur LACOMBE,
libraire, àParis , rue Chriſtine.
FCC 18.291
Ontrouve auſſi chez le même Libraire les Journaux
Juivans , portfranc par la Pofte.
JOURNAL DES SAVANS , in-49. ou in-12 , 14 vol. a
Paris, 16 liv.
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JOURNALDES BEAUX-ARTS ET DES SCIENCES, 24 cahiers
par an , à Paris , 121.
En Province , 151
BIBLIOTHÈQUE UNIVERSELLE DES ROMANS , Ouvrage
périodique , 16 vol. in- 12 . à Paris , : 241.
* En Province , 32 1.
LA FRANCE ILLUSTRE OU LE PLUTARQUE FRANÇOIS ,
13 cahiers in-4°. avec des Portraits , par M. Turpin ,
prix , 30liv.
GAZETTE UNIVERSELLE DE LITTÉRATURE , à Paris ,
port franc par la poſte , 181.
JOURNAL ÉCCLÉSIASTIQUE , par M. l'Abbé Dinouart ,
14vol. par an , à Paris , - 91. 16 f.
Et pour la Province , port franc par la poſte , 141.
JOURNAL DES CAUSES CÉLÈBRES, 12 volin-12 par an ,
à Paris 181.
Et pour la Province , 241.
JOURNAL HISTORIQUE ET POLITIQUE DE GENÉVE , 36
cahiers par an , à Paris & en Province , 181 .
LE SPECTATEUR FRANÇOIS , 15 cah . par an , à Paris , 91.
Et pour la Province , 121 .
LA NATURE CONSIDÉRÉE , 52 feuilles par an , pour
Paris & pour la Province , 12 1.
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ET NON ENLUMINÉES , des trois règnes de l'Hiftoire
Naturelle , avec l'explication , chaque cahier broché,
prix ,
९
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JOURNAL DES DAMES , 12 cahiers , de chacuns feuilles ,
par an, pour Paris , 121,
Etpour laProvince, 151.
L'ESPAGNE LITTÉRAIRE , 24 cahiers par an, à Pati , 181 .
EnProvince , 241
JOURNAL LITTÉRAIRE de Berlin , 6 vol . in- 12 . par an
àParis , 151.
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Morale, 12 parties in 12. dans l'eſpace de fix mois,
francde port à Paris & en Province , prix par abonne
mment , 15 liv.
A ij
Nouveautés quise trouvent chez le mêmeLibraire.
Dict. de l'Induſtrie , 3 gros vol . in-8 ° , rel . 181.
Dictionnaire hiſtorique & géographique d'Italie , 2 vol .
gtand in-8°. rel . prix 121.
Hiſtoire des progrès de l'eſprit humain dans les ſciences
naturelles, in-8º. rei . sliv.
Autre dans les ſciences exactes , in-82. rel. 51.
Preceptes fur la ſanté des gens de guerre , in-8 °. rel. sliv.
De la Connoiſſance de l'Homme , dans ſon être & dans
ſes rapports, 2vol.in-8º . rel. 121.
Traité économique & phyſique des Oiseaux de baffecour
, in- 12 br. 21.
Dict. Diplomatique , in- 8 °. 2 vol . avec fig . br. 121.
Dict. Héraldique , fig . in-8 ° . br. 31. 15 f.
Révolutions de Ruffie , in-8° . rel. 21, 10 f,
Spectacle des Beaux-Arts , rel . 21. 10 f
Diction. Iconologique , in-8°. rel. 31.
Dist. Ecclef.&Canonique , 2vol. in-88. rel. . و1
Dict. des Beaux-Arts , in-82 , rel. 41. 10f.
Abrégéchronol. de l'Hiſt du Nord , 2 vol. in-89. rel. 12 1.
de l'Hift. Eccléſiaſtique , 3 vol. in-8°. rcl. 18 1.
-de l'Hift. d'Eſpagne & de Portugal , 2 vol. in-8 °
rel. 121.
--de l'Hist . Romaine , in-8º rel . 61.
Théâtre de M. de Saint- Foix , nouvelle édition , 3 vol .
brochés , 61.
Théâtre de M. de Sivry , vol . in-8º . br. 21.
Bibliothèque Grammat. in-8 ° . br. 21. 10f.
Lettres nouvelles de Mde de Sévigné , in- 12 br. 2 1. 10f.
Les mêmes , pet. format , 11.16f.
Poëme fur l'Inoculation , vol. in-8° . br. 31.
Traité du Rakitis , ou l'art de redreſſer les enfans contrefaits
, in-8 ° , br. avec fig. 41.
Elogede la Fontaine , par M. de la Harpe , in-8 °. br.
11.46.
Les MuſesGrecques , in-8 ° .br . 1. 166.
Les Odes Pythiques de Pindare , in-8º . br. 1.
Monumens érigés en France à la gloire de Louis XV , &c .
in- fol . avec planches br. en carton , 24
Mémoires ſur les objets les plus importans de l'Architec
ture , in-4 ° . avec fig . br . en carton , 12 1.
Les Caractères modernes , 2 vol. br. 31.
Mémoire fur la Muſique des Anciens , nouvelle édition,
in4º, br. 71.
Journal dePierre le Grand , in- 8º. br .
L'Agriculture réduite à ſes vrais principes, vol. in-12.
broché,
1778-
MERCURE
DE FRANCE .
ΜΑΙ , 1776.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ODE.
LES RÈGLES DE L'ODE.
Vous qu'on révereen Theſſalie',
OMules ! guidez mes travaux !
Coule enmon ſein , ô Caſtalie !
Grande contrée de la Grèce , aujourd'hui Janna.
*Fontaine au pied du Parnaffe.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Que je m'enivre de tes eaux !
Apollon , accorde ma lyre ,
Que ton ſouffle divin m'inſpire :
Deſcends me preſcrire tes loix ;
Parle , enſeigne-moi ſur quel mode
On doit& faire & chanter l'Ode ,
Je ſerai l'écho de ta voix.
Foible mortel ! qu'ofes-tu faire?
Ta main te cueille des cyprès ;
Hélas ! ſur ton front téméraire
Vois retomber tes propres traits .
De Thrafidas ' le fort funefte ,
Ce fort eſt le ſeul qui te reſte.
Faire des loix ! quelle fureur !
De tes pareils c'eſt la manie :
Les ſuivre,voilà le génie ,
Voilà ta perte& leur erreur.
Hé bien , franchis cette barriere ,
Pars , vole , jeune ambitieux :
Mais tremble que ta tête altiere
Ne ſe briſe contre les cieux.
* Il conſeilla à Buſiris , pour faire tomber de l'eau ,
de faire immoler les Etrangers qui étoient dans fes
Etats. Le Roi connut qu'il étoit étranger lui-même ,
& lui dit : « Je vais commencer par vous à faire pleuvoir
»
ΜΑΙ. 1776 . 7
LesDieux puniſſent notre audace :
Le foible auprès d'eux trouve grace ;
Ainſi s'élevadans les airs
Le fier , l'impétueux Pindare ¹.
Qui ſe fie aux ailes d'Icare
Se noie avec lui dans les mers .
Plane au milieu de l'atmoſphere :
S'il te faut redouter les cieux ,
Tu dois auſſi craindre la terre ,
Ces écueils ſont pernicieux .
Suis , imite le ſage Horace ,
Natif de Thèbes soo ans avant J. C. pere de
l'Ode , chantre d'Achille & d'Uiyſſe ; il mourut 436
ans avant J. C. Son ſtyle eſtſi fublime , que ſouvent
on ne le comprend pas. Il eſt encore des Auteurs de nos
joursqui croient,ens'échafaudant,ſe rendre merveilleux ;
mais je crois que s'ils étoient de bonne foi , ils conviendroient
qu'ils font inintelligibles pour eux mêmes.
* Fils de Dédale ; ils étoient tous deux enfermés
dans le labyrinthe de Crète , que celui-ci avoit conftruit.
Dédale ſe fit à lui-même & à Icare des ailes pour
ſe ſauver de leur prifon; il recommanda à ſon fils de
ne point s'approcher trop près du ſoleil , dans la crainte
que la chaleur ne fondit la cire qui tenoit ſes plumes.
Le jeune homme ne profita point de ces ſages conſeils ,
& tomba dans un bras de mer auquel il donna fon
nom.
3 Poëte Latin très-connu , qui nâquit àVénuſe d'un
Affranchi , 63 ans avant J. C. Il mourut à 17 ans
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Il fut la route du Parnafle ' .
Du parfum né ſur chaque fleur,
L'abeille économe & prudente
Fait fon profit , & nous préſente
Unmêts auſſi doux que flatteur.
Près de ces lieux tu dois entendre
Les airs du Chantre de Théos ² ;
Ne t'y laiſſejamais ſurprendre ;
Son luth , le charme de Paphos ³ ,
Flatte peu les neufImmortelles.
Tels jadis ces monſtres femelles ,
Sur des rochers harmonieux ,
Rendirent la mer de Sicile
Long-temps en naufrages fertile
Par leurs concerts mélodieux.
Avecun apprêt trop févere
Mont de la Phocide conſacré auxMuſes.
*Anacréon étoit de Théos ; il nâquit environ 532
ans avant J. C. & mourut à l'âge de 85 ans. Son ſtyle
eſt délicat & aiſé , même trop aisé ; l'Ode d'ailleurs
demandedes ſujets plus élevés que ceux qu'il a traités.
3Ville de l'Isle de Chypre conſacrée à Vénus.
4 Les Sirenes .
5Claudien dit que les Sirenes habitoient ſur des
rochers harmonieux dans la mer de Sicile; écueilsoù les
Voyageurs alloient échouer ſans regret & expiroient
dans l'enchantement.
ΜΑΙ. 1776. :
MonterauPinde eſt un halard:
Le Dieudu goût , ce Dieu préfere
Unbeau déſordre enfant de l'art.
S
L'artdégrade-t- illa nature
Quand il emprunte ſa figure?
Viton fur les bords du Cidnus *
D'Antoine³ la célebre Amante
Etmoins belle & moins féduiſante
Avec les habits de Vénus + ?
Sois le maître de ton génie ,
Avec ſagefleprend l'effor ,
Et fais qu'une fleur ſoit ſuivie
D'une autre fleur plus belle encor.
Le dégoût bien ſouvent fuccede
*Mont entre la Theffalie & l'Epire , confadré aux
Muſes .
* Fleuve de Tarſe ſur lequel Antoine vit Cléopatre
pour la premierefois.
3 On connoît les amours de Marc - Antoine le
Triumvir & de Cléopatre , Reine d'Egypte.
4Quand Cleopatre alla trouverAntoine enCilicie ,
elle s'embarqua ſur le Fleuve Cidnus ; la poupe du
Bâtiment qui la portoit étoit d'or , les voiles de pourpre
, les cordages de foie & d'or , les rames d'argent .
Elle aborda au ſon des inſtrumens ; elle étoit couchée
ſous un pavillon tiſſu d'or ; elle étoit à moitié nue &
n'avoit que les habillemens ſous leſquels on a coutume
de repréſenterVénus .
Av Y
10 MERCURE DE FRANCE.
Aumerveilleux qui le précede.
Va voir le matin dans nos champs ,
Va voir s'élever l'alouette ,
Va voir la conduite difcrete
Etde fon vol & de ſes chants .
Par un Affſocié de l'Académie d'Angers.
SALADIN ou le Plaideur généreux.
CERTAIN Guerrier de Tartarie,
Que l'on nommoit Aboul-Cazem ,
Quittant ſa fauvage patrie
Se rendit à Jérusalem.
1
L'objet de ſon péterinage
Etoit l'opulent héritage
D'un frere aux faints lieux décédé :
Il comptoit en jouir ſans peine ;
Mais avant tout , par droit d'aubaine ,
Le fiſe en avoit hérité.
Conquérant de la Ville ſainte ,
Saladin , par ſes douces loix ,
Tempéroit le deuil & la crainte
Qu'avoient excité ſes exploits.
LeTartare , avec pétulence ,
Oſa demander au Cadi
ΜΑΙ. 1776 .
Des biens ſaiſis la délivrance :
Surpris d'un trait auſſi hardi ,
Le Juge ſurſeoit la ſentence.
D'ailleurs juger undifférend
Qui regardoit un Conquérant ,
L'entrepriſe étoit dangereuſe.
Il conta le fait au Sultan ,
Dont l'amegrande &généreuſe
Pouvoit aider ſonjugement.
Il n'oublia pas la licence
Dont avoit uſé le guerrier ;
Mais imputant ce ton d'aiſance
Soit au climat , ſoit au métier ,
Loin d'en folliciter vengeance ,
Il en plaiſanta le premier.
Roi , dit-il , plus grand qu'Alexandre,
Toi , dont les bienfaits , les vertus
Enchaînent cent Peuples vaincus ,
Dicte l'arrêt quejedois rendre;
Dois-je , en adouciffant les loix ,
Au demandeur être propice ,
Ou faut- il maintenir tes droits ?
Saladin répond : Fais juſtice ;
Themis aveugle& fans caprice
Se doit au Peuple comme aux Rois,
D'après un tel ordre ſuprême
Le Juge ajourna lesPlaideurs :
:
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
Tout ſe termina ſans longueurs ;
Le Sultan comparut lui-même.
Voir un fi grandPrince debout
Plaider comme un fimple Tartare,
Sembloit un ſpectacle bizarre.
Le vrai mérite oublioit tout.
2
:
i
Le Scythe ignoroit la pratique ,
Et le droit d'aubaine & les loix :
Des dards , une hache , un carquois ,
Compoſoient toute la logique.
Il réclame tout uniment
Les biens que pofléda ſon frere:
D'après maint folide argument
Qu'aidoit le droitde Conquérant,
Le Prince obtientun jugement
Quicondamne ſon adverſaire.
Aboul-Cazem , loin du Cadi ,
Alloitdéplorer ía défaite ,
Quand le vaillant Prince attendri
Ordonne auffi -tôt qu'on l'arrête.
Le Scythe trembloit pour ſa tête.
LeConquérantqui démêloit
De la franchiſe, un coeur bien fait
Sous le ſombremaintien du Scythe ,
Lui dit , en lui tendant la main :
Vois ſans frayeur un Souverain
Qui connoît le prix du mérite.
MAI. 1776. 13
Pour avoir les biens délaiſtés
D'autres ſe ſeroient adreſlés
Sansdouteàmabonté propice;
Toi , prélumant ce Tribunal
Entrenousdeux impartial ,
Tun'invoquas que la justice.
Qu'aux yeux d'un Vainqueur généreux
Cetacitehommage a de charmes !
Ami , reviens de tes alarmes ;
N'attends qu'un ſort avantageux.
Desbiens éloignés de Scythie
Tarracheroient à ta patrie ; - ;
Reçois-en deux fois la valeur :
Vole oublier unjour de peine
Sur les rives du Boriſthene ,
Pendant un fiecle de bonheur.
Quene puis - je en ces doux aſyles ,
Oùdes vergers , des champs fertiles
D'un Peuple humain comblent les voeux ,
Paſſer les momens inutiles
Oùje ne fais pas des heureux !
:
Cadi , modele de prudence ,
Souviens- toi que la vigilance
Quidoit au vice un châtiment ,
Veutqu'on couronne le mérite ,
Sous tel humble toît qu'il habite ,
Et que le tonde courtiſan
MERCURE DE FRANCE.
N'eſt pas le partage d'un Scythe :
Apprends auſſi que la candeur
Eſt préférable à l'art trompeur
D'un infidieux politique:
Qu'être admis au ſoin précieux
De la félicité publique
Par un Princejudicieux ,
C'eſt de ton emploi glorieux!
L'attribut le plus magnifique.
:
ParM. Flandy.
ン
VERS adreffés à Monsieur le Comte
DE MONTBOISSIER .
QUELLE foule , bon Dieu !
grefle
f
& quels cris d'alé-
Se font entendre autour de moi !
Comte , fi vous voyiez comme ici tout s'empreſſe
Pour applaudir au choix du Roi !
Chacun dit que Louis aujourd'hui récompenſe
Et vos vertus & vos exploits.
Aux accens de toute la France
Me fera-t- il permis d'unir ma foible voix
Ils ſont gravés dans notre hiſtoire ,
Etle François encor rappelle en ſa mémoise
MAI. 1776 . 15
Ces jours où l'on vous vit , plein d'une noble
ardeur,
Du ſoldat épuisé ranimer la valeur ,
De cent foudres d'airain affrontant la tempête ,
Autourde vos drapeaux ranimer les fuyards ,
Et courant avec eux à de nouveaux hafards ,
De l'heureux Frederic arrêter la conquête .
Mais , Comte , chaque fiecle a produit ſes Guerriers
,
Et leurs trop funeſtes lauriers
Sont toujours arroſés de larmes.
Qu'aumilieude la paix vos vertus ontde charmes!
Qu'il eſt beau de vous voir dans les temps malheureux
1
Avos nombreux vaſſaux prodiguer vos richeſſes ,
Offrir à l'indigent un ſecours généreux ,
Et le nourrir de vos largeſſes !
Tantôt parcourant les guérêts ,
Inftruit des ſecrets de Cérès ,
Vous donnez au laboureur même
Des leçons de cet art qu'enſeigna Triptolême³.
Oui, c'eſt dans le beau rang où Dieu vous a place;
I
Le Comte de Montboiffier eut deux chevaux tués
ſous lui à Rosbak , où il commandoit une diviſion ,
étant alors Lieutenant-Général .
* Les bleds étant fort chers , il en fit diſtriſtuer à bas
prix à tous ſes vaſſaux.
Ileft de pluſieurs Sociétés d'Agriculture,
16 MERCURE DE FRANCE.
Qu'il eſt beau des'égaler au vulgaire ;
De l'orgueil des Puiſſans le foible eſt offenſé,
Et la hainepublique eſt fon juſte ſalaire ,
Tandis qu'heureux par vos bienfaits
Les Peuples béniront ſans cefle
UnMonarque dont la ſageſle
Amis le comble à leurs ſouhaits.
Louis ,du biende ſes ſujets
Fit toujours ſa plus chere envie:
Il ſait qu'en tout temps occupé
Du ſoin de ceux qu'il lui confie ,
Defon propre intérêt Montboffier peu frappé ,
Pour lebonheur des ſiens toujours ſe ſacrifie.
ParM. l'Abbé Legros.
LA RÉMOULEUSE.
Conte.
CERTAIN Gagne Petit,jeune &taillé , ma foi !
Pourgagner gros ſur un coeur de fillette ,
S'en alloit dans un bourg chantant la chanfone
nette.
Onm'a dit qu'il étoit auffi content qu'un Roi ;
Je dis qu'il l'étoit plus : car rouler la brouette
Et conduire un état nefontpas même emploi,
1
S
MAI . 1776 . 17
On fe lafleà forced'ouvrage.
Mon gars bâilla , puis dans un coin
S'en fut dormir vingt pas plusloin ,
Dos contre mur , poing ſous vifage.
Liſe vientàpaſſer ; Liſe cu: toujours l'eſprit
Vif , enjoué, folâtre & ruſé. Life rit ,
Voit la brouette , s'en approche ,
Prenddes ciſeaux dans le fond de ſa poche ,
Met un pied où l'on fait , range ſon cotillon ,
Etdu ſabotpercé tire le goupillon.
L'eau tombe gourte à goutte,& les ciſeaux de Life,
Raſant la meule en feu s'aiguiſent à ſa guiſe ,
C'eſt- à-dire affez nal ; pour ſurcroît de malheur
Le cri dugrais qui s'uſe éveille le dormeur.
Il ſe leve , il accourt: elle veut fuir& tombe.
Quand on a le pied pris, force eſt que l'on luccombe.
Life s'agite , hélas ! ſans ſe débarraſſer.
Telle on voit une pauvre grive
Que par la patte un fil vient d'enlacer ,
Sedébattre& le trémoufler ,
Sur-tout quand leChaſſeur arrive.
Le Rémouleur demanda de l'argent.
« Je n'en ai point , lui dit la Belle ,
>> Et mon affaire en eſtplus criminelle;
>>Mais pour te payer autrement ,
>>Prends moi vîte un baiſer comptant ».
Soit par timidité , ſoit plutôt par malice ,
18 MERCURE DE FRANCE.
Il lui jura , d'un air novice ,
Qu'il n'en prendroit qu'un ſeulement.
Un ferment ſi nouveau déplut à la Bergere ,
Qui dit , en lui donnant ce baifer de francjeu :
« Frippon , puiſque tu prends fi peu ,
>> Je vais chercher encor les ciſeaux de ma mere ».
Par M. Auguste.
A Mademoiselle COLOMBE , jouant le
rôle de Bélinde dans la Colonie .
AINSI de la fiere Aufonie
1
1,11
Colombe , tu nous rends les chants lesplusbrillans:
En vain la critique & l'envie
Armeroient contre toi leurs efforts impuiſſans.
'" :
Aimable enfant de la nature ,
Par quel ſon de voix enchanteur,
De l'art furpatlant l'impofture ,
Tu fais ravit l'ame du Spectateur !
Vénus applaudit à ta gloire ,
Elle-même prend foin d'embellir tes attraits;
Son fils , quand tu parois , eſt für de la victoire,
Dans tous lescoeurs tu fais pafler ſes traits.
Pourſuis ta brillante carriere ,
ΜΑΙ. 1776. 19
Aumilieu des plaiſirs , des ſuccès éclatans ,
L'Amour couronne tes talens
AuThéâtre ainſi qu'à Cythere.
Par M. R...
A Monfieur MOLÈ , à l'occaſion d'une
Fête qu'il donnoit.
Sous des lauriers les jeux te ſont permis ;
Ilsdoivent prèsde toi voler quand tu l'ordonnes :
La gloire ſans doute a ſon prix ;
Mais toujours quelqu'épine eſt jointe à fes cou
ronnes:
Sois le plus gai de tous ſes favoris :
Moque- toi des jaloux : tu plais , ils font punis ,
Et punis doublement , puiſque tu leur pardonnes.
Au Public échappé , dépêche-toi , jouis;
Ettiant pour ton compte au ſein de tes amis ,
Paye-toi par tes mains du plaifir que tu donnes.
Par M. D**
20 MERCURE DE FRANCE.
EPITAPHE de M. COLARDEAU .
CI GIT letendre écho des regrets d'Héloïſe.
Nous admirions ſa muſe auprèsde Popeaſſiſſe.
Aumidi de ſes jours faut- il que l'Univers
Donne à ſa mort les pleurs qu'il gardoit pour les
vers ?
EPITRE AUX POETES MODERNES,
AMANSdes Muſes , pauvres diables
Qui courez à la gloire au milieu des ſifflets ,
Et qui vivez bien miſérables
Dans le riſible eſpoir de ne mourir jamais ,
Yous arrivez trop tard;Apollon ſe repoſe :
Il laifle pendre aux chênes d'Hélicon
Sa vieille couronne de roſes ;
Dans l'âge heureux de la raiſon ,
On n'eſt plus rien que par la proſe.
La rime agoriſante a perdu ſon renom ;
Aa beau ſexelui - même elle a ceſſé de plaire ,
Témoin nos femmes du bon ton :
Un luth galant ne ſauroit les diſtraire.
De la maîtrefle de Cléon
i
MAI. 1776 . 2L
J'ai vu gémir la chiffonniere
Sous legrave poids de Bacon.
Lock enivre Cloé ; Liſe la minaudiere
Anone doctement Collins & Warburton ,
N'applaudit , n'admire Voltaire
Que quand il explique Newton,
Ou raiſonne ſur la lumiere.
Doris , raffole de Platon ,
Découvre un monde imaginaire ,
Avec Deſcartes habite un tourbillon ,
Goûte Tyco- Brabé , veut expliquer la ſphere ,
Et croiroit déroger en liſant Pavillon .
Qu'êtes-vousdevenus , Hôtel de Longueville;
Boudoirs de Sceaux , Jardins d'Anet !
Lesjeux aux vrais talensouvroient le tripleaſyle ,
La riancebeauté ſans orgueily brilloit ,
Et la Muſe la plus facile
Etoit celle qu'on accueilloit.
Dans un Temple charmant que leGoût ſe rappelle
Etdont lui ſeul étoit le Dieu ,
L'Amour avoit une chapelle
Quedeſſervoit leGrand- Prêtre Chaulicu :
Pontife un peu goutteux , mais célébrant fidele ,
Et digne en tout des Prêtreſſes du lieu.
Là jamais n'entra la ſageſſe ,
Amoins qu'elle n'eût prisun hochet à lamain ,
Et n'eût ſemé des leurs ſur le chemin
Qui mene l'homme àla vicilleſſe.
22 MERCURE DE FRANCE.
On n'y diſoit pas quatre mots
Sur la cherté des grains ou les effets royaux ;
Les Miniſtres régnans, leur faveur, leurs diſgrâces
Ne venoient point attriſter les propos ;
En choeur on ybuvoit aux Grâces ,
Ou, s'il étoit aimable , on chantoit un Héros.
Aujourd'hui quelle différence !
L'ennui préſide à nos repas ,
:
On n'y rit plus , on n'y boit pas :
Des buveurs d'eau la froide engeance
Ofe armer Comus d'un compas ,
A les côtés fait aſſeoir l'abſtinence ,
Er regle à l'entremêts le deſtin des Etats.
Etpuis faites des vers ! Par-tout des froids Ariftes,
Des gens ſombres, des protecteurs .
Citez-moi , s'il vous plaît , deux accidens plus
triftes
Que des diners d'Agriculteurs
Et des ſoupers d'Economiſtes ?
J'aime les Fous à table & non pas les Docteurs.
ParM. D**.
1
MAI. 1776 . 23
:
LETTRE à M.le Marquis de *** avec
l'extrait d'un Livre intitulé : Récit vé .
ritable de la naiſſance de Meſleigneurs
& Dames les Enfans de France (de
Henri IV & de Marie de Médicis )
avec les particularités qui y ont eſté &
:. pouvoient eſtre remarquées. Par Louiſe
Bourgeois,dite Bourfier, Sage-Femme
de la Royne *.
Apeine a- t- onconnu la moitié de ſon âme !
L'EDITEUR.
Je conçois votre impatience , mon cher
Marquis. Si les moindres particularités
de la vie privée des grands hommes ,
ont toujours droit d'intéreſſer les coeurs
ſenſibles , il n'eſt pas étonnant que vous
afpiriez li vivement après l'extrait d'un
ouvrage ignoré juſqu'ici , & où le bon
naturel du plus grand & du meilleur de
nos Rois , ſe trouve peint , pour ainſi
dire , en action , par une main qui ne
ſauroit être ſuſpecte .
*A Paris , chez Melchior Mondier , en l'ifße,
du Palais , rue du Harlay , aux deux Vipères .
1625 , in- 12. Avec privilége du Roi,
14 MERCURE DE FRANCE.
Mais n'ai je point à craindre , en cé
dant à vos deſirs , & fur-tout dans un
fiècle aufli poli & auſſi delicat que le
nôtre ! ) d'encourir une eſpèce de ridicule
, en retraçant des moeurs, qui paroîtront
peut - être auſſi gothiques qu'incroyables
, aux élégans Légiflateurs de
nos Bureaux d'esprit , ainſi qu'aux merveilleuses
, toujours fi emphatiquement
prônées par leurs affidus commençaux ,
&ſouvent ſi peu dignes de l'être ?
C'eſt donc pour vous , uniquement ,
mon cher Marquis , pour vous dont
l'ame , toujours neuve , eſt au-deſſus des
délicateſſes du jour , que j'entreprends
Peſtampe d'un tableau , où vous verrez
le bon Henry, dans ſon ménage , éprouvant
tous les ſentimens qu'inſpire la nature
, s'y livrant ſans tougir , ainſi qu'un
bon & franc Bourgeois ; & dès-là , s'il
ſe peut , plus cher qu'il ne l'étoit encore,
à ceux dont l'ame eſt faite pour s'applaudir
d'avoir quelques rapports avec celle
du vrai Héros , que chaque jour fait encore
mieux connoître.
Après ceci , mon cher Marquis , c'eſt
la Bourfier qui va parler , quoiqu'un peu
moins pofitivementque dans fon livre.
La première groſſeſle de Marie deMédicis,
ΜΑΙ. 1776 . 25
dicis , eſtant déclarée , on ſongeoit à lui
donner Madame Dupuis pour Sage Femme
: ce que la Royne n'avoit guères agréable
.. ce qui engagea les Médecins à en
chercher une ſeconde pour travailler avec
la Dupuis. Mais le Roy , prévenu en
faveur de cette femme , ( qui avoit ſervi
la Ducheſſe de Beauford ) , ne vouloit
point que la Royne en viſt ni entendit
parler d'aucune autre ; & dit même , en
ſe fafchant , que la première perfonne qui
en parleroit à la Royne , il lui monftreroit
qu'il lui en defplairoit.
Cependant eſtant protégée par les Médecins
, par Madame Conchine, & autres
Dames de la Cour , je fus préſentée ſecrettement
à la Royne , qui leur dit naïvement
: que veut- on queje faffe ? leRoy
veut m'en donner une qui ne me plaist pas :
ilfaut bien que je paſſe par là ! ... Affurezla
pourtant , (( dit- elle , quelques jours
après , à Madame Conchine ) , quejamais
autre qu'elle ne me touchera .
Quelques jours après *, le Roy prêt à
* L'Editeur ſupprime un grand nombre de
circonstances aſſez indifférentes , & fur-tout les
intrigues de la Cour en faveur des deux rivales .
B
26 MERCURE DE FRANCE
partir pour la Picardie , dit à ſa femme :
ma mie , vous partirez après moy pour
Fontainebleau ( où la Royne devoit faire
ſes couches ) , où vous ne manquerez de
rien qui vous foit néceſſaire. Vous aurez
Madame ma soeur , qui est la meilleure
compagnie du monde , &c. vous aurez
enfinMadame Dupuis, votre Sage Femme.
A quoi la Royne commença à branfler
la tête , & dit : La Dupuis ? ...je ne me
veuxfervir d'elle.
Sur quoi le Roy , demeurant fort eftonné
: comment , ma mie , ( lui dit- il ) ,
avez- vous attendu mon département pour
me dire que vous ne vouliez pas de Madame
Dupuis ? ... Eh ! qui voulez- vous
donc?
Je veux , ( ſe dit-elle ) , unefemme encore
affezjeune , grande , & allégre , qui
a accouché Madame d'Elboeuf, & laquelle
j'ay veue à l'hostel de Gondy- Comment,
ma mie ! eh ! qui vous l'afait voir? ..
Est- ce Madame d'Elboeuf?-Non ; elle
eft venue defoy.-Je vous affeure , ( reprit
le Roy ) , que ni mon voyage, ni affaire
quej'aye , ne me mettent en peine comme
cela .... que l'on m'aille chercher M. du
Laurens.
Ce premier Médecin tranquilliſa le
1
ΜΑΙ. 1776 . 27
Roi fur ma capacité. Il en voulut pourtant
le témoignage de la part d'une douzaine
de femmes de qualité , qu'on lui
dit que j'avois ſervies ; & conſentit après
cela aux deſirs de la Royne.
Le lendemain du départ du Roy , elle
me fit appeler.... je fus introduite par
Mademoiselle de la Renouilliere , la première
Femme de Chambre , qui lui dit :
Madame , voici la Sage Femme que Votre
Majesté a choisie...Oui, (s'écria la Royne) ,
je l'ai choiſie ;je la veux : je ne me trompayjamais
en chose que j'ay choifie ...
qu'elle s'approche.
La Royne , en me voyant , ſe prit à
rire , avec une couleur vermeille qui lui vint
aux joues , me dit de la venir voir le len.
demain au lict , fit commander au Tapiffier
d'en tenir un prêt pour moi, & m'ordonna
de préparer mon coffre pour partir
avec elle dans trois ou quatre jours .
Au départ pour Fontainebleau , je
fus miſe dans le carroſſe de la Royne ,
dans le quel eſtoit Madame de Guercheville
, avec Madame Conchine , chacune
à une portière , & Maistre Guillaume , le
fol du Roy, que l'on mit du côté du cocher.
Le voyage ſe fit en deux jours. La
Bij
28: MERCURE DE FRANCE.
couchée du premier ſe fit à Corbeil , en
une hoftellerie , où il n'y avoit qu'une
meſchante petite chambre , baſſe de plancher
, bien étouffée , pour la Royne ; &
l'on mit coucher les Femmes de Chambre
& moy , dans ce qui estoit marqué
pour le cabinet de Sa Majeſté... Iln'y
ayoit mesme entre fon lict & le mien ,
qu'une petite cloiſon de torchis.
Le diſné fut à Melun , au logis de M.
de la Grange-le-Roy , où il n'y avoit aucuns
meubles ; & fur-tout il y avoit de
groffes pierres , au lieu de chenets... L'on
avoit fait du feu , encore que ce fuft vers
la fin d'Aoust , car il ne faisoit pas trop
chaud... Tandis que la Royne avoit le
dos tourné au feu , des buſches , qui
eſtoient extrêmement groſſes , vinrent à
eſbouler... J'estois au jambage de la cheminée
; je me jette à bas pour en arrester
une groffe ronde & très-forte , qui alloit
tomber fur les talons de la Royne , & qui
l'euft infailliblementfait tomber en arrière
dans le feu ... Voilà le premierſervice que
j'eus l'honneur de lui rendre , & au Roy
qu'elle portoit.
Arrivée à Fontainebleau , je ſuivis la
Royne en ſa chambre , d'où je ne bou
geayque pour manger & dormir... a
MAI. 1776 . 29
Mademoiselle de la Renouillière medit,
de la part de Sa Majeſté ; qu'arrivantfon
accouchement ,je ne m'eſtonnaſſe d'aucune
choſe queje peuſse voir ou entendre... Qu'il
Se pourroit faire que quelques personnes
faſchées de ce qu'elle m'avoit priſe , me
pourroient dire ou faire quelque chose pour
me fafcher ou intimider. Que cela arrivant
, je ne m'enfouciaſſe nullement....
Queje n'avois affaire qu'à elle ; & qu'elle
n'entreroit jamais en doute de ma capacité...
Queje fiſſe d'elle enfin , ainſi que
de laplus pauvre femme de ſon Royaume ,
&defon enfant , ainſi que du plus pauvre
enfant...
Souvent la Royne me demandoit ce
que je penſois qu'elle duſt avoir ? ... Je
l'aſſurois qu'elle auroit un fils ... & véritablement
, je dirai ce qui me le faiſoit
croire :je la voyois fi belle , & avec un fi
bon tein , l'oeil fi bon & fi clair , quefelon
les préceptes que tiennent les femmes , ce
devoit être un fils .
Huit jours avant l'accouchement , le
Roy arriva de Calais , ce dont la Royne ,
Madame , & toute la Cour , furent grandement
réjouis... J'en avois une joie
meſlée de crainte , n'ayant point encore
eu l'honneur d'avoir eſté vue de Sa Ma
jeſté.
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
Le lendemain , mon devoir m'ayant
conduite chez la Royne : ma mie , ( lui
ditil) , est- ce cy votre Sage - Femme ?...
Elle dit , qu'ouy. Sur quoi , le Roy me
voulant gratifier : ma mie , ( ce dit il ) ,
je crois qu'elle vous fervira bien : elle m'a
bonne mine... Je n'en doute point , ( reprit
la Royne ) , je l'ai choiſie ; & diray, que
jene me trompayjamais en choſe quej'ay
choifie.
Le Roy me dit alors : Sage- Femme ,
il faut bien faire.... c'eft une chose de
grande importance que vous avez à manier.
Je lui dis : j'espère , Sire , que Dieu
m'en fera la grâce !... Je te crois me ditil
.... & s'approchant de moy , me dit
tout plein de mots de gaufferie. C'eſtoit ,
qu'eſtant aux couches de Madame la Ducheffe
, Madame Dupuis vivoit avec une
grande liberté auprès de lui ; & qu'il croyoit
que toutes celles de cet état fuſſentſemblables.
Sur quoi , M. le Duc d'Elboeufentrant,
&me voyant , me dit : ma bonne amie ,
j'ai une grande joie de vous voir ici ! ...
A quoi , le Roy lui dit : Comment ,
coufin ! vous congnoiſſez la Sage Femme
demafemme ? - Oui , Sire : elle a relevé
la mienne , qui s'en est bien trouvée.
ΜΑΙ. 1776. 54
Ma mie ! s'écria le Roi , en allant à
la Royne : voilà mon cousin d'Elboeuf,
qui cognoit votre Sage Femme , & qui en
fait état. Cela me resjouit , & m'en donne
L'aſſeurance grande.
Le lendemain , la Royne me dit :
fitoft que je feray accouchée ,je cognoiftray
bien , en vous voyant , quel enfant
cefera .
Je fuppliay Sa Majesté de croire ,
qu'elle n'y,pourroit rien cognoiſtre : d'ausant
qu'il estoit grandement dangereux ,
en ce cas, d'avoirjoye ny deſplaisir, qu'on
ne fuft bien hors d'affaire ; & que la joye
& la triſteſſe avoient un même effet , qui
étoit capable de caufer les plus grands accidens
; ... que je la fuppliois mesme , de
ne s'en point informer, ... & que jeferois
triſte mine , encore que cefuft unfils , afin
qu'elle ne s'en eftonnast.
Le Roy entrant , ſur l'heure , voulut
ſavoir de quoi nous parlions... Sur quoi ,
il répondit : quesi c'eſtoit un fils , je ne le
dirois pas doucement , mais queje crierois
tant que je pourrois ; & qu'il n'y avoit
point de femme au monde , qui en une
teile affaire eust pouvoir de ſe taire.
Mais je fuppliai Sa Majefté de croire ,
que je me faurois taire , puiſqu'il y alloit.
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
de la vie de la Royne ; ... & qu'outre ce,
il y alloit de l'honneur desfemmes , que
j'estois obligée defoutenir.
Mademoiselle de la Renouillière , première
Femme de Chambre, me demanda,
en grâce , de lui faire un ſignal , afin
d'avoir l'honneur de le dire , la première
au Roy. Le ſignal fut , quefi c'estoit un
fils , je baiſſerois la teſte , en figne que
Lout alloit bien ; & au cas contraire , que
je la renverſerois en arrière.
Mais Gratienne auffi Femme de
Chambre , qui m'aimoit fort , m'ayant
auſſi perfécutée pour un ſignal ; je me
trouvay dans un grand embarras ... Eh
bien , ( me dit-elle ) , pour ne point vous
faire d'affaires avec la Renouillière ; ditesmoi
, tout haut , dès que la Royne fera
accouchée d'un fils : ma fille , chauffermoi
un linge ?
Comment , & en quel temps la Royne
accoucha.
La nuict du 27 Sept. 1601 à minuict ,
leRoy m'envoya appeler , pour aller voir
la Royne , qui ſe trouvoit mal... Le Roy
me dit , en entrant : venez, venez , Sage-
Femme ? ma femme eſt malade : recog
ΜΑΙ. 1776 . 33
noiſſez , ſi c'eſt pour accoucher : ... ce
qu'ayant recognu , je l'aſſuray qu'ouy.
Ma mie , ditle Roy à la Royne , vous
Savez que je vous ay dit , par plusieurs
fois, le besoin qu'il y a que les Princes
du Sang foient à votre accouchement. Je
vousſupplie de vous y résoudre : c'est la
grandeur de vous & de votre enfant !
A quoi la Royne répondit : qu'elle
avoit toujours été résolue de faire tout ce
qui lui plairoit.
د Jefai bien ma mie , ( repliqua til ) ,
que vous voulez tout ce que je veux : mais
je cognois votre naturel , qui est timide &
honteux ;&je crains quefi vous ne prenez
une grande réſolution les voyant cela ne
vous empefche d'accoucher. C'est pourquoi,
de rechef, je vous prie de ne vous eftonner
point , puiſque c'est la forme qu'on tiene
au premier accouchement des Roynes.
Environ une heute après minuict , le
Roi , vaincu d'impatience de voir ſouffrir
la Royne , & croyant que les Princes
n'auroient pas le temps de venir , les
envoya querir : qui furent , Meſſeigneurs
le Prince de Conty , de Soiffons , & de
Montpenfier.
Etle Ray diſoit, en les attendant:
jamais l'onn'aveu trois Princes en grand
By
34 MERCURE DE FRANCE.
peine , l'on en verra tantoft ; car ils font
tous trois grandement pitoyables & de bon
naturel , qui voyantsouffrir ma femme ,
voudroient pour beaucoup de leur bien
estre bien loin d'ici !
>
Il arrivèrent tous trois avant les deux
heures. Mais le Roy ayant ſçeu de moy,
que l'accouchement n'eſtoir pas ſi proche
, les envoya chez eux , & leur dit
qu'ils fe tinffent preſts quand il les envoyeroit
appeler...
Alors , tous les Médecins du Roy &
de la Royne furent appelés pour voir la
Royne ; & auffi-tôtſe retirerent en un lieu
proche.
Les Dames que le Roy avoit réfolu
qui ſeroient appelées , eſtant arrivées ; il
fut apporté ,fous le grand pavillon , de
toile de Hollande , une chaise , des fièges
pliants , & des tabourets , pour affeoir le
Roy, Madame sa soeur , & Madame de
Nemours.
Sur les quatre heures du matin, une
grande colique ſe meſla parmy le travail
de la Royne , & lui donna d'extrefmes
douleurs , fans avancement... De fois à
autres , le Roy faifoit venir les Médecins
voir la Royne , & me parler ; auxquels
je rendois compte de ce qui ſe paffoiti
ΜΑΙ. 1776 . 35
& la Royne fouffroit plus de ſa colique
que d'autre choſe .
Les Médecins me demandèrent : fi
c'estoit une femme où n'y eust que vous
pour la gouverner , que feriez vous ?
Je leur propoſay des remèdes , qu'ils
ordonnèrent à l'inſtant à l'Apothicaire.
Les Reliques de Madame Sainte Marguerite
, estoient fur une table dans la
chambre ; & deux Religieux de Saint Germain
des - Près , qui prioient Dieu fans
ceffe.
Le mal de la Royne dura vingt& deux
heures & un quart. Elle avoit une telle
vertu , que c'eſtoit choſe admirable ; ... &
pendant unfi long temps , le Roy ne l'abandonna
nullement. Que s'il fortoit pour
manger , il envoyoit fans ceſſe ſavoir de
ſes nouvelles ...
J'eſtois ſur un petit fiége devant la
Royne ; laquelle étant accouchée ,je mis
Monfieur le Dauphin dans des linges &
langes, dans mon géron, fans que perfonne
fçuft , que moi , quel enfant c'eſtoit .
Le Roi vint auprès de moi , comme
je regardois l'enfant au viſage , & que
le voyant foible , je demandois du vin
à M. de Lozeray , avec une cuiller...
Le Roy print la bouteille , & je lui dis :
T
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
Sire, fi c'eſtoit un autre enfant, je mettrois
du vin dans ma bouche & lui en donnerois
, de peur que la foibleſſe ne duraft
trop. Sur quci , le Roi me mit la bouteille
contre la bouche , & me dit : Faites
comme à un autre. Alors, j'emplis ma
bouche de vin , & lui en ſoufflay : & à
l'heure même , il revint , &favoura le vin
queje lui avois donné...
Je vis le Roy triſte & changé , s'eſtant
retiré de moy ; d'autant qu'il ne ſçavoit
quel enfant c'eſtoir.
Il alla du coſté du feu ; & je cherchai
des yeux Mademoiselle de le Renouillière,
pour lui donner le ſignal convenu , afin
qu'elle allaſt ôter le Roy de peine. Mais
elle baffinoit le grand lict ... Alors , appercevant
Gratienne , à qui je dis : Chauffez-
moi un linge. Je la vis aller gayement
au Roy ; lequel la repouſſa , &
la vouloit croire , parce qu'il avoit vu le
contraire à ma mine , &fe croyoitfür que
c'estoit unefille. ...
ne
Sur quoi , Gratienne lui dit : Sire , elle
vous a prévenu qu'elle la feroit telle.
Mademoiselle de la Renouillière , qui
arriva , & qui vit le Roy ſe faſcher avec
Gratienne , vint à moi ; & fur le fignal
que je lui fis , elle détrouſſafon chapperon,
ΜΑΙ. 1776 . 37
alla faire la révérence au Roy , en l'adurant
, non-feulement que je lui avois fait
le ſignal , mais encore , que je le luy
avois dit à l'oreille .
La couleur , alors , revint au Roy ; ..
il vint à moy, paſfant à coſté de la Royne,
s'abaiſſa , mit ſa bouche contre mon
oreille , & me demanda : Sage- Femme ,
eft- ce unfils ?.. Et fur ce que je lui dis
qu'ouy .... ne me donnezpoint de courte
joie ? ( me dit- il ) , car cela me feroit
mourir!
Je développai alors , un petit , Monfieur
le Dauphin , & lui fis voir que c'eftoitun
fils; mais de façon que la Royne
n'en puſt rien voir... Il leva, tout-à- coup ,
les mains jointes au ciel ; & les larmes
lui couloient ſur les joues , auſſi grofes
que de gros pois.
Il me demanda , avec vivacité , fij'a
vois fait cet aveu à la Royne , & s'il n'e
avoitplus de danger de le luy dire ? Je lui
dis que non ; mais que je le fuppliois ,
que ce fuſt avec le moins d'émotion
poffible.
Alors, il fe leva, alla baiſer la Royne,
& lui dit : ma mie , vous avez beaucoup
fouffert de mal : mais Dieu nous afais
unegrande grace , de nous avoir donné un
beaufits!
38 MERCURE DE FRANCE.
La Royne, auſſi tôt, joignit les mains,
& les levant , avec les yeux , vers le ciel ,
jeta quantité de groſſes larmes , & tomba
en foibleſſe. ..
Cependant le Roy ( qui ne s'en eſtoit
pas apperçu ) courut embraſfer les Princes
, ouvrit la porte de la chambre , &
fit entrer toutes les perſonnes qu'il trouva
dans l'anti-chambre & le grand cabinet ...
Je crois qu'il y avoit deux cents perfonnes
: de forte qu'on ne pouvoit se remuer
dans la chambre , pour porter la Royne
dans fon lict.
Sur quoi ,le Roy , s'étant apperçeu
que cela me fafchoit fort, revint à moi ,
me frappa ſur l'épaule , & me dit : Tais.
toi , tais toi , Sage-Femme ! ne tefaſches
point : cet enfant est à tout le monde ; il
faut que chacun s'en résjouiffe.
Je fus accommoder Monfieur le Dauphin
; où M. Hérouard , fon Médecin ,
commença à le ſervir.
Il me le fit laver entièrement de vin&
d'eau & le regarda par tout , avant que je
l'emmailloraffe... Le Royy amena tous les
Princes pour le voir... Pour tous ceux de
la Maison de luy &de la Royne , il le leur
faifoit auſſi voir, & puis les renvoyoit,
MAI. 1776 . 39
pour faire place à d'autres ; & tous s'entrebaifoient
, fans avoir efgard à ce qui estoie
du plus ou du moins... J'ai même entendu
dire , qu'ily eut de grandes Dames , qui
rencontrant leurs gens , les embrassèrent ,
estanıfi transportées dejoye , qu'elles ne
Sçavoient ce qu'elles faifoient.
Ayant achevé d'accommoder Monfieur
le Dauphin , je le tendis à Madame de
Monglas , qui l'alla monſtrer à la Royne,
qui le vit de bien bon oeil...
Dès qu'il fut dans ſa chambre , elle
ne déſempliffoit nullement ; & n'eſtoir
qu'il eſtoit ſous un grand pavillon , où
l'on n'entroit pas fans l'aveu de Madame
de Monglas , je ne sçav comment l'on
euſt pu faire : car le Roy n'y avoit pas
fitoft amené une bande de perfonnes , qu'il
y en ramenoit une autre ...
A l'inſtant que la Royne fut accou
chée , le Roy ordonna de drefferfon propre
lict auprès dufen , & où il coucha ,
jusqu'au moment où ellefe porna bien... La
Royne craignoit pourtant qu'il en reçût
quelque incommodiné , mais il ne voulur
jamais l'abandonner.
Je trouvai le lendemain , après-diſné,
40 MERCURE DE FRANCE.
M. de Vandofme * , qui estoit ſeul à la
porte de l'anti- chambre , & qui tenoit la
tapiſſerie du cabinet par où il falloit pafſer
pour aller chez M. le Dauphin , &
eſtoit arreſté , fort eſtonné.
Je luy demanday : Eh quoi ! Monfieur ,
quefaites vous là ? Il me dit :je ne sçay.
Il n'y a guères que chacun parloit à move
personne ne me dit plus rien !
C'eſt , Monfieur , lui dis-je , que chacun
va voir Monfieur le Dauphin , qui est
arrivédepuis un peu. Quand chacun l'aura
Salué, on vousparlera comme auparavant.
J'en fis le rapport à la Royne , qui
en eut grand' pitié, & dit : voilà pourfaire
mourir ce pauvre enfant ! .. & commanda
que l'on le carefſaſt autant ou plus que de
coustume.... C'est que chacun s'amuse à
monfils , ( adjouta t- elle ) , & que l'on ne
pense pas à luy ; & cela est bien étrange à
cet enfant!
Le 29 dudit mois , je fus pour voir
Monfieur le Dauphin , ... je vis la chambre
pleine ; ... le Roy , Madame fa foeur ,
les Princes & Princeſſes & la Cour y
* Que l'on appeloit CefarMonfieur, fils naturel
du Roi & de laDucheffe deBeaufort (Gabrielle
d'Eftrées
ΜΑΙ. 1776 .
eſtoient, à cauſe que l'on vouloit ondoyer
Monfieur le Dauphin... Comme je ime
retirois , le Roy , qui m'apperçent , me
dit : Entrez , entrez , Sage-Femme ! Се
n'eſt pas à vous à n'ofer entrer ici ; .. &
en ſe retournant vers Madame & les Prin .
ces : Comment ! ( s'écria- t- il ) , j'ay bien
veu des personnes , foit hommes , foitfemmes
; mais ni à la guerre , ni ailleurs ,
je n'ay jamais rien vu de fi réſolu que
cettefemme- là... Elle tenoit mon fils dans
Jon géron , & regardoit le monde avec une
mine auffi froide , que si elle n'euſt rien
tenu ; ... c'estoit pourtant un Dauphin
qu'elle tenoit ; & il y a 80 ans qu'il n'en
estoit né en France .
Sur ce , ie luy repliquay : j'avois dit à
Votre Majefté , Sire , qu'il y alloit beaucoup
de laſanté de la Royne.
Il est vray , ( ce dit le Roy ) , auſſi je
ne l'ai dit à la Royne , qu'après que tour
a esté fait. Jamais Sage - Femme ne fit
mieux qu'elle a fait : car fi elle euft fait
autrement, c'estoit pour faire mourir ma
femme ; ... auffi , je veux , doreſnavant ,
ne la nommer , que la RÉSOLU E.
Il me fit demander , ſi je voulois être
la Remueuſe de ſon fils , & que j'aurois
mêmes gages que la Nourrice.
42 MERCURE DE FRANCE.
Mais je fis ſupplier Sa Majesté d'avoir
agréable , que je ne quittaſſe point mon
exercice ordinaire , pour me rendre encore
plus capable de fervir la Royne.
Je demeuray auprès d'elle environ un
mois , & au bout de huit autres jours ,
pendant leſquels elle m'avoit fait commander
de l'attendre , je revins avec Sa
Majeſté à Paris.
*La Boursier donne enſuite la relation ,
mais beaucoup moins étendue , des autres
couches de Marie de Médicis , où il
ſe trouve des particularités également intéreſſantes
; mais dontje n'enverrai l'extrait
à Monfieur le Marquis , qu'autant
que je ſaurai que celui-ci lui aura fait
quelque plaifir.
J'ai l'honneur d'être , &c.
D. L. P ....
A Bruxelles , ce : Mars 1776.
ΜΑ Ι . 1776 . 43
La ruine de Jérusalem ou le triomphe du
Chriftianisme , Oratoire mis en musique
par M. Joubert , Organiſte d'Angers ,
& exécuté au Concert Spirituell eLundi
8 Avril 1776 .
LE PROPHETI.
Récitatif obligé.
DÉPLORABLE ſéjour d'un Peuple parricide ,
Tremble , Jérusalem , ville ingrate & perfide ,
Tu n'as plus pour appui tes Rois & tes Héros ;
Tes ennemis vengés triomphent de tes maux ,
Et ton Dieu lui -même préſide
A leurs redoutables complots.
Leſang que tu viens de répandre
Amis le comble à tes forfaits .
Au fond du ſanctuaire un cri ſe fait entendre :
* Jérusalem n'eſt plus l'objet de mes bienfaits ,
>> Et ma vengeance va lui rendre
>> Les maux cruels qu'elle m'a faits ».
Y
44 MERCURE DE FRANCE .
LES PROPHETES .
Duo.
La faim , la diſcorde & la guerre
Contre toi vont le raſſembler ;
Aux feux échappés de la terre
Je vois tes remparts s'ébranler ;
Unmonſtre plus terrible encore ,
Déjà de ſes poiſons brûlans ,
Embrâſe , conſume & dévore
Tes ſacriléges habitans.
HOMME S.
Choeur.
Du courroux de ton Dieu victime déplorable ,
Qui peut te reconnoître , ô Reine des Cirés !
Tes enfans animés d'une haine implacable ,
Elevent contre toi leurs bras enſanglantés.
FEMMES.
Tu frémis à l'aſpect de leurs affreux ravages ;
Mais , ô douleur tardive ! Ô regrets ſuperflus !
Il a vengé les droits & puni tes outrages :
Tes palais lont détruits & ton Temple n'eſt plus.
ΜΑΙ. 1776. 45
ISRAÉLITE. UN
Aria.
Il tombe ce cedre ſuperbe ,
Ce monument de ta grandeur ;
Et ſesdébris cachés ſous l'herbe ,
Sont les reſtes de ſa ſplendeur.
Ainſi , pour expier tes crimes ,
Source de tes maux éternels ,
Leſang innocent des victimes
Nerougira plus tes autcis.
LE GRAND - PRÊTRE .
Avec ton Dicu , Juda , tu n'as plus d'alliance ;
Tes forts font accablés du poids de tes revers;
Et tes Prêtres en butte aux traits de ſa vengeance ,
Gémiſſent avilis dans la honte & les fers.
Ates enfans proſcrits déſorinais étrangere ,
La tetre n'offre plus qu'un exil malheureux ;
L'Eternel les marqua du ſceau de ſa colere ,
Et lefangde ſon fils eſt retombé sur eux.
Duo & Chaur.
Mais quelle éclatante lumiere
Vient frapper nos yeux éblouis ?
Iſraël fort de la poufliere ,
46 MERCURE DE FRANCE.
Les oracles ſont accomplis.
Déjà plus puiſſante & plus belle ,
Sous ton Rédempteur triomphant,
Une Jérusalemnouvelle
S'éleve aux portes du couchant.
LE PROPHETE.
Récitatif.
La terre ſera ſon partage ;
Ainſi le Seigneur l'a promis.
Elle verra bientôt ſes plus fiers ennemis ,
Du Dieu qui l'établit reconnoître l'ouvrage ,
Etl'Enfer même , en frémiſſantde rage ,
A ſes décrets ſoumis.
Petit Choeur d'Hommes .
Quittez ces vêtemens de deuil & de triſteſle ,
Filles de Sion ! reprenez vos concerts ,
Et faites retentir les airs
De vos cantiques d'alégreſle ;
Chantez de votre Dieu la ſublime ſageſſe
Et l'annoncez à l'Univers .
Grand Choeur.
Terribledans ſa justice ,
S'il frappe , il anéantit ;
Mais long- temps ſa main propice
:
MAI. 1776 . 47
Suſpend le coup qui détruit.
Il a fondé ſon empire
Sur l'amour & les bienfaits ;
Il regne & regne à jamais.
ParM. Rangeard , Archiprêtre d'Andard
en Anjou.
Vers adreſſés à la Ville de Séez à l'occaſion
de l'entrée folennelle de Monseigneur
Dupleffis d'Argentré, premierAumónier
de Monfieur , &c . Evêque de ce Diocèse ,
lejour des Rameaux , 31 Mars 1776 .
SUSPENDS tes hymnes de triſteſſe ,
Peuple heureux que le ciel comble de ſes bienfaits ;
Digne & premier troupeau de l'Egliſe de Séez ,
Fais retentir les airs de tes chants d'alégreſle .
LeCiel fixe ſur toi des regards paternels :
Il fait affcoir Titus au Trône de la France;
Et pour Pontife , il donne à tes autels
Un Sage dont la bienfaiſance
Adéjà mérité des honneurs immortels.
Ouvre ton ame à la reconnoillance:
48 MERCURE DE FRANCE:
D'Argentré vient , du ſeinde l'opulence
Etdu faîte de la grandeur,
Juſqu'aux humbles foyers de la triſte indigence *
Se montrer ton ami , ton pere , ton paſteur.
Il retrace à tes yeux la ſainteté des Anges ...
Sans t'épuiſer en efforts ſuperflus ,
Si tu veux dignement célébrer ſes louanges ,
Sois docile à ſa voix , imite ſes vertus.
Par M. l'Abbé Morand , Profeſſeur
au Collège de Séez.
L'IN SOUCIANC
Traduction de la XIII . Ode d'Anacreon.
ANACRION , tu te fais vieux !
Tu te fais vieux , dit chaque belle !
Confufte une glace fidelle ;
Tiens , vois , tu n'as plus de cheveux ;
Ton front eſt ſilloné ; regarde :
Jet'en laiſſe le Juge. Eh bien ? ...
Paix . Chauve ou non , je n'en fais rien ,
Et ne veux pas y prendre garde.
* Ce digne Prélat a fait diſtribuer des aumônes
conſidérables dans les cinq Paroiſſes de cette Ville.
J'aime
ΜΑΙ. 1776. 49
J'aime , c'eſt aſlez . Ai - je tort ?
Ai - je railon ? peu m'en foucie.
Plus on approche de la mort ,
Plus on doit égayer la vie.
ParM. Levrier de Champrion , attaché à
la Bibliothèque du Roi.
A BATYLE .
Traduction de la XXIIe. Ode à Anacreon.
AcCCOURS , viens , ô mon cher Batyle !
Viens t'afleoir à l'ombre avec moi .
Tout m'intéreſle en cet aſyle ,
Lorſque j'y ſuis auprès de toi.
Des oiſeaux entends le ramage ,
Et chante , comme eux , tes plaiſirs.
Regarde comme les zéphirs
Vont folâtrant dans les feuillages.
Ecoute ce petit ruiſſeau
Qui doucement tombe & murmure,
Couche-toi ſous cet arbriſſeau ;
Vois la ruftique architecture ;
Et dis moi ſi , dans la nature ,
Il eſt un plus joli berceau,
Parlemêmei
C
50
MERCURE DE FRANCE.
Imitation de la XXe. Ode du Ier. Livre
d'Horace.
Integer vita , ſceleriſque purus , &c.
HEUREUX le mortel quiduvice
N'a jamais goûté les attraits , :
Et dont le coeur , ſans artifice ,
Eut toujours horreur des forfaits !
Protégé par ſon innocence ,
Il porte avec lui ſa défenſe :
La vertu le rend triomphant;
Il brave la fleche homicide
Que lance la main intrépide
DuMaur fier & conquérant.
Si de la ſauvage Scythie
Il parcourt les vaſtes climats ,
Si de l'affreuſe Sarmatie
Il affronte les noirs frimats ;
Ou de la cime du Caucale ,
S'il vient ſur lesrives du Phaſe
Ou ſurdes bords inhabités,
Son ame paiſible & tranquille
Eſt comme le roc immobile
Aumilieu des flots irrités.
Quand , épris d'un nobledélire
Et l'eſprit de ſoins dégagé ,
MAI. 1776 . F
Je veux efſlayer ſur ma lyre
Quelque chanſon pour Lalagé ,
Des loups cruels de l'Eturie
Je vois expirer la farie
Et leur rage s'évanouir ;
Au ſimple nomde ma Bergere
Ils ont étouffé leur colere :
Son nom ſemble les attendrir.
Sa voix annonce la tendreſſe ,
Ses regards ſont ceux du plaiſir :
Elle rit avec la fineſle
Que nous inſpire le deſir :
Si vers les bords de l'Euphrate ,
Ou dans quelqu'autre terre ingrate,
Jedevois fixer mon féjour ,
Jamais la fortune cruelle ,
Me forçant à vivre loin d'elle ,
•Ne pourroit changer mon amour.
ParM. de Lacger, Sous-Aide Major
auRégimentde Touraine.
LE POULAIN & LE FERMIER.
Fable traduite de l'Anglois.
QUOL ſe moquerdes noeuds du mariage;
Adix-huit ans refuſer un époux ,
Cij
12 MERCURE DE FRANCE.
L'objet des voeux des filles de votre âge !
En vérité , Corine , y ſongez - vous ?
Dans mon printemps j'ai vu certaine fille ,
A l'oeil fripon , à la mine gentille ,
S'énorgueillir d'un viſage charmant
Et mépriſer un vertueux Amant ,
Le maltraiter , railler de fa tendreſſe ,
Le perſiffler , rire de ſa foibleſſe ,
En abuſer , refuſer durement
Le don du coeur , l'offre du ſacrement ;
Et je l'ai vue , alors que la vieilleſſe
Vint remplacer l'imprudente jeuneſle ,
Joindre ſon ſort au premier libertin
Qui s'eſt offert & fit payer ſa main.
Belle Corine , écoutez cette Fable ,
Et , s'il ſe peut , fuyez un ſort ſemblable .
Un beau Poulain , vif, alerte& fringant ,
Allant , venant , toujours caracolant ,
Fut deſtiné pour briller à la courſe.
De les malheurs il faut conter la ſource.
Etourdi , jeune & fur - tout orgueilleux ,
Mon beau Poulain crut qu'il étoit honteux
P'être bridé , d'habiter l'écurie ;
Malgré ſon Maître il fuit vers la prairie.
Tantôt il boit l'eau blanche d'un torrent ,
Tantôt il faute , ou bondit , ou s'arrête ;
MAI . 53 1776 .
Près d'un ruiſſeau qui coule lentement ;
Il va , revient & fait tout à ſa tête :
Augrand galop ſuccede un petit pas ;
Sans nul chagrin , ſans nulle prévoyance ,
Quand il le veut , il choiſit ſon repas.
L'été le paſſe ainſi dans l'abondance :
Mais l'hiver vient : le froid de tous côtés
Se fait ſentir ; les arbres agités
En un momentont perdu leur verdure ;
D'un voile blanc ſe couvre la nature ;
Par l'aquilon zephir eſt remplacé ,
Et le ruiſſeau ſous la neige eſt glacé.
Mon imprudent regrette l'écurie ,
Qu'il mépriſoit au temps de ſa folie ;
Il l'apperçoit , & , d'un pas chancelant ,
Du toît ruſtique il approche humblement.
Reçu fortbien , la nuit il ſe repoſe ;
Le lendemain , oh ! c'eſt une autre choſe !
D'un lourd fardeau les valcis l'ont chargé ;
Il ſe débat : fur le champ fuſtigé.
Le lendemain il eſt à la charrue .
De tous les maux comprenant l'étendue ,
Il s'écria : ma folie vanité
M'a donc réduit à cette extrémité !
Jadis , hélas ! je plaifois à mon Maître :
Dans une courſe on m'auroit vu peut être
Avoir le prix , loué , récompenfé ,
Dans un haras , bien ſoigné , careflé ,
Cij
54
MERCURE DE FRANCE .
Le doux plaiſir cût terminéma vie:
Quel estmon fort! ... hélas ! c'eſt l'infamie.
ParM. A. P. Deverdan , ancien Officier
desHaras du Roi.
VERS à Madame de P... à l'occaſion d'un
ruban .
Pourun ruban qu'on donne ſans myftere ,
C'eſt bien la peine de gronder !
Ah ! ſi j'avois le bonheur de vous plaire ,
Je ne voudrois pour cela vous bouder ;
Un regard , un foupir me plaitoient davantage,
Seroient pour moi des dons plus ſéduifans ,
Et la chaînede vos rubans ,
Inutile à mon eſclavage ,
Ne feroit rien pourmonbenheur.
D'Agnès & de ſon vieux Tuteur ,
Rappelez- vous cette ſcene charmante
Oùmonjaloux entre en fureur ,
Pourun baiſer que l'innocente
Alaiflé prendre à ſon Amant.
Figurez-vous l'excès de ſon tourment
Ademander , lorſqu'il s'impatiente ,
Cequ'on a pris enſuite du baiſer ;
Etpuis voyez ſon courroux s'appaiſer
Quand on répond à ſa demande
MAI . 1776 . 55
Qu'il ne s'agit que d'un ruban.
L'Abbé devroit en faire aurant :
Mais dans ſon dépit il prétend
Qu'entre elle & vous la différence eſt grande :
Plus qu'Arnolphe , ſans doute , il eſt infortuné ,
Agnès le laitle prendre , & vous l'avez donné.
Par M. de B **.
LE
E mot de la première Enigme du
volume précédent eſt le Temps ; celui de
la ſeconde eſt l'Eau. Le mot da premier
Logogryphe eſt Grace , dans lequel on
trouverage, grace ou pardon & race; celui
du ſecond eſt Mélancolie , où se trouvent
âne , lie , lance , émail , loi , Laon , Milan
, mil ; celui du troiſième eſt Bonnet ,
où se trouve bon & net.
ÉNIGME.
N m'emploie à vos vêtemens ,
Et vil dans les hameauxje ſuis d'or à la ville :
Oo me fait réunir l'agréable à l'utile ,
Desbataillons de Mars je déſigne les rangs .
C'eſt chez les Magiſtrats , c'eſt chez les Gens
dEglife
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Quej'ai le plus de partiſans :
Mais , cher Lecteur , le Quacre me mépriſe.
ParM. Louis Guilbaut .
AUTRE.
LORSQUE des pleurs de la vermeille aurore ,
Naiſent dans nosjardins les plus aimables fleurs ,
Mon haleine les fait éclore
En les peignant des plus vives couleurs .
Rien n'eſt proſcrit à mes defirs ;
Par la fraîcheur de mes ailes
J'évente le ſein des belles ,
Et poutſe leurs cheveux au gré de mes ſoupirs.
Ami Lecteur , ſouvent au ſein des bois ,
Toi-même aſſis ſur la verdure ,
Admirant d'un ruiſſeau le doux & lent murmure ,
M'as confié les accords de ta voix.
LOGOGRYPΗ Ε.
LECTEUR , vous me voyez ſous diverſes couleurs
:
De moeurs & de conduite , eh ! je ne fais qu'en
dire ;
ΜΑΙ. 1776. 57
Leſévere Boileau , beaucoup d'autres Cenſeurs ,
Ont lancé contre moi plus d'un trait de ſatire.
Quelquefois je m'oublie : on répugne à ſouffrir
Que je prenne des tons , des airs de ſuffisance ,
Que bien d'honnêtes gens traitent d'impertinence
,
Et c'eſt ſouvent par là que je me fais haïr.
Etes - vous fatisfait , Lecteur , de ma franchiſe?
Je vous dis mes défauts aſſez ingénument :
Tel ſe vante d'en être exempt ,
Vous trompe & dit une ſottife.
Cela polé , voyons comment
Vous trouverez mon analyſe.
Sans peine ſous vos yeux je mets un Evêché ;
Ce qu'eſt un voyageur quand il a bien marché ;
Ce qui dans un preſſoir comprime la vandange ;
Baraille où les Gaulois vainquirent les Romains ;
Une plante dans nos jardins
Qu'Horace n'aimoit pas & que le Gaſcon mange;
Une piece de bois propre à faire un plancher ;
Un Arabe fameux ; une carte à jouer.
Ne vous rebutez pas , entrez dans la Champagne ,
Je vous montre un gros bourg connu par ſon bon
vin ;
De Jacob la laide compagne ;
:
Undes quatre élémens , je le donne en latin.
En moi l'on trouve encor , avec un peud'adreſſe,
Cette illuftre beauté dont le vante la Grece';
CvV
18 MERCURE DE FRANCE.
UnRoyaumeen Afic ; une très -belle fleur ;
Le mari de Jocaftre : ah ! ſon ſort me fait peur !
Tout ce qui n'eſt pas Clerc vivant au Monaftere;
Deux notes de muſique ; en Flandre une riviere ;
Cequ'il fautdemander quand on eſt incertain ;
Unpronom relatif: mais terminons enfin ;
Je crains que cedétail , Lecteur , ne vous accable ;
Onfonnele ſouper , j'irai vous joindre à table.
Par M. Hubert.
AUTRE.
ENNTTIIERje fuis àcraindre , évitez ma furie :
Avec un piedde moinsje regne en Italie.
Par le même,
J
AUTRE.
E réſide toujours entre des mains groffieres :
Avecmoi l'on conſtruit les palais, les chaumieres ;
Mais fans tête, Lecteur, j'ai bien plus d'agrément,
Carjedeviens témoin du bonheur d'un Amant.
ParM. Bouchet , à Paris.
ΜΑΙ.
1776 . 59
Sur un air del Signor Mancini.
6
6
Tu te
plains de ta Cli -me- ne ,
+6 66
5
6
*
Z
Tu te
Cv
60 MERCURE DE FRANCE.
plains de ta Cli- me- ne ; Elle
6+ 66
5
*
craint , en payant ta pei- ne , De te
6 7
ren-dre lé- ger :
6
6677
5
6677
5
Si fon coeur , Si fon coeur craint de
6+ *
প
MAI. 1776 . 61
fe ren- dre , Ah ! Syl- vandre ,
6
65
4+ 6
Ce n'eſt que pour mieux t'enga-
7
f
*
ger ; Non , non , non , Syl - vandre ,
Ce n'eſt que pour mieux t'en-ga-
6+ 6 6
62 MERCURE DE FRANCE.
ອ
ger.
6
Fin.
Les rigueurs d'une Mai- tref- . fe
6 6
5
6
Sont une in- no- cente adref- fe ,
*
* 7
*
MAI. 1776 . 63
Sont une in- no- cente adref- fe
6 7
5
Pourfi- xer-
Φ
Le coeur d'un Berger ,
65
6*
5
*
*
Les rigueurs d'une Mai - tref- fe
64 MERCURE DE FRANCE.
Sont une innocente adreſſe, Pour fi-
7 66
4
6+
xer le coeur d'un Ber- ger , Pour fi-
6 66
xer
※
※ 7
卒
H
le coeur d'un Ber- ger.Da capo.
6 *
MAI . 1776 . 65
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Relation d'un voyage en Allemagne , qui
comprend les opérations relatives à la
figure de la terre , & à la géographie
particulière du Palatinat , du Duché
de Wurtemberg, du Cercle de Souabe ,
de la Bavière & de l'Autriche ; fait
par ordre du Roi ; ſuivie de la defcription
des conquêtes de Louis XV ,
depuis 1745 juſqu'en 1748 , par M.
Caſſini de Thury , Maître des Comptes,
Directeur de l'Obſervatoire Royal ,
de l'Académie Royale des Sciences ,
de la Société Royale de Londres , de
l'Académie de Berlin , de l'Inſtitut
de Bologne , de l'Académie de Munick
, &c. A Paris , à l'Hôtel de Thou,
rue des Poitevins , in-4º .
GET Ouvrage conſiſte principalement
dans la deſcription géométrique des différens
pays indiqués dans le titre , & le
détail des meſures & des triangles décrits
ſur les lieux avec la plus grande
préciſion , préciſion bien difficile à ob
66 MERCURE DE FRANCE.
tenir , & qui a coûté bien des ſoins &
des travaux à l'illuſtre ſavant auquel nous
devons cette relation. En la parcourant,
on eſt étonné de leur complication .
La partie hiſtorique du voyage de M.
de Caffini en Allemagne eſt fort abrégée ,
&toute renfermée dans le diſcours préliminaire
; le corps de l'ouvrage étant
entièrement conſacré aux obſervations
géographiques & géométriques. La repréſentation
de ce voyage eſt renfermée
dans neuf cartes , dont une partie contient
le cours du Danube depuis Ulm
en Souabe , juſqu'a Preſbourg en Hongrie
, que M. de Caffini a exactement
ſuivi. Cette partie de fon voyage
eft très-intéreſſante. Une de ces cartes
comprend Vienne en Autriche & fes
environs.
Cette ville , ſuivant M. de Caſſini ,
eſt placée dans une plaine fort étendue.
Le Danube, après y avoir paffé, remonte
vers le Nord , où il eſt couvert par des
iles de grandeur médiocre , qui le partagent
en pluſieurs bras. La variété du
terrein de ces ifles , ſemblables à des
pièces de parterre , ornées de bois , de
verdure & de plantations , entourées de
canaux figurés par les bras de la rivière ,
1
MAI. 1776 . 67
préſente l'aſpect d'un grand pare , qui
s'étendroit juſqu'aux murs de la ville.
Toutes ces ifles font liées l'une à l'autre
par des ponts de communication ; celles
qui renferment des bois , contiennent
une grande quantité de ſangliers & autres
animaux , qui , lorſqu'ils font pourſuivis
, pallent à la nage d'une ifle à
l'autre.
M. de Caffini indique les moyens de
parvenir à ſe procurer une carte générale
& univerſelle ſur le plan exact qu'il a
fuivi. Il invite les Souverains à l'exécution
de cette grande entrepriſe , qui pourroit
coûter conſidérablement , mais qui
feroit entièrement changer la géographie
de face , & porteroit au plus haut degré
de perfection cette ſcience ſi importante,
en la rendant abſolument invariable , en
procurant une connoiflance parfaite de
notre globe , & en déterminant à jamais
la figure de la terre . M. de Caſſini infiſte
fortement & avec raiſon , ſur l'exactitude
la plus fcrupuleuſe dans les meſures à
employer pour les diſtances , les moindres
erreurs fur cet objet étant de la plus
grande conféquence en géographie. Il ſe
plaint auſſi de la négligence de la plupart
des Voyageurs ſur la partie géographi
68 MERCURE DE FRANCE.
que ; ce qui a beaucoup diminué l'utilité
de leurs voyages. Il indique aux Voyageurs
à venir des moyens faciles de faire
les obfervations néceſſaires à cet objet.
La carte des conquêtes de Louis XV
en Flandre eſt exécutée de la même manière
, & avec la même exactitude que
celles du voyage en Allemagne. Quoique
la deſcription qui l'accompagne ſoit
principalement l'hiſtoire des opérations
géographiques de M. de Caffini , & que
les exploits des campagnes de Flandre
depuis 1745 juſqu'en 1748 , y foient indiqués
plutôt que détaillés , on ne la lira
pas ſans intérêt.
OEuvres diverſes du Comte Antoine Hamilton
; Tome VII. A Londres ; & fe
trouve à Paris , chez le Jay , Lib. que
St Jacques , au grand Corneille. Petit
in- 12. prix br. 30 f.
* Ce ſupplément aux OEuvres du Comte
Hamilton eft compoſé de ſix à ſept pièces
de vers , & de pluſieurs lettres &
autres pièces mêlées de vers & de profe.
Ily en a beaucoup qui ne font que de
ſimples amuſemens de ſociété ; mais on
retrouve dans toutes l'eſprit , la légéteté ,
ΜΑΙ. 1776 . 69
& l'agréable badinage qui caractériſe en
général les productions de leur aimable
& ingénieux Auteur. La plupart des let.
tres font adreſſées au Maréchal Duc de
Berwick.
La première & la plus conſidérable
des pièces de vers eſt l'allégorie intitulée :
les Roches de Salisbury. Cette pièce eſt
verſifiée avec l'agrément & la facilité qui
caractériſent le ſtyle Marotique , dans
lequel elle eſt écrite. Nous allons en tapporter
quelques vers qui font partie ,
dans l'allégorie , d'une prétendue prédiction
de l'Enchanteur Merlin ; mais qu'on
pourroit regarder comme une véritable
prophétie , & dont on fera aisément
l'application,
Le jeune Roi n'aura qu'à ſe montrer.
Antiques moeurs il reſſuſcitera ,
Gloire& vertu triompher il fera :
Quedirai plus ? Il fermera le Temple
Du vieux Janus , & ſera ſon exemple ,
Des bons l'amour & des méchans l'effroi ,
Finalement ce légitime Roi
Fera par- tout fleurir paix & juſtice ,
Juſtice & paix , mères de toutdélice,
70
MERCURE DE FRANCE.
De l'Architecture , par J. S. Sobry . A
Paris , chez Couturier fils , Libraire ,
quai des Auguttins .
Ce traité , qu'on peut regarder comme
un bon livre élémentaire ſur l'art de décorer
, eſt plus adapté à nos uſages que
les ouvrages de Vitruve & de Perrault ,
fon Commentateur. L'Auteur qui s'eſt
propoſé de joindre à la préciſion des règles
de Vignoles , tous les développemens
néceffaires , n'a pas prétendu toujours
dire des choſes neuves. Les principes
généraux ſont les mêmes dans tous
les temps & pour tous les hommes. C'eſt
l'unanimité des témoignages , & le grand
nombre des autorités qui établiſent enfin
la conviction dans quelque genre que
ce ſoit. L'intention de l'Auteur de l'ouvrage
que nous annonçons , a été de
réunir ſous un ſeul point de vue , tout
ce que l'Architecture a de règles générales
& particulières ; d'expliquer fon
uſage , ſes principes , ſon étendue , fes
bornes , & l'efprit qui doit guider ceux
qui s'y adonnent , de façon que , par fon
moyen , les jeunes Artiſtes apperçoivent
plus aiſément la route qu'ils ont à ſuivre ;
MAI . 1776. 71
que ceux qui s'en ſont écartés y reviennent
; que les Praticiens y trouvent un
guide fuffifant pour les profils , & que
ceux qui ne font point Architectes , apprennent
par lui à juger avec plus de
connoiffance du mérite des monumens
qu'ils voient on qu'ils font conſtruire .
M. Sobry fait un bel éloge de l'Architecte
, & en relève la gloire par
l'exemple des peuples les plus anciens ,
& fur-tout des Grecs & des Romains ,
qui regardoient cet art comme celui qui
annonçoit avec le plus d'éclat la ſplendeur
& la profpérité d'une nation. « La
>>magnificence des bâtimens , dit - il ,
>>élève l'ame de ceux qui en approchent ;
» & par un effet ſecret qui n'échappe
>>point à la vue des hommes qui ſavent
>> réfléchir , elle donne à ceux qui les
>> habitent , des idées plus grandes &
> plus généreuſes ; elle excite l'émula-
» tion ; elle augmente le courage ; elle
>>inſpire la vénération. Le peuple affif-
>> tera avec plus de reſpect à l'adminiſ-
>> niſtration de la Juſtice dans de beaux
>> palais , & aux cérémonies Religieuſes
>>dans de beaux temples. Le Citoyen
• aimera davantage la cité , où plus de
» commodité & de magnificence s'offri
72 MERCURE DE FRANCE.
>> ront à ſes yeux ; tout homme enfin , à
mefure qu'il s'éloigneta de la barbarie,
» & qu'il acquerra les vertus ſociales , ſe
>>plaira davantage dans de certaines
>>idées de propriété , d'ordre , d'arran-
>> gement qui font deſirer de beaux édi .
> fices. »
: Choix des lettres du Lord Chesterfield àfon
fils , traduites de l'Anglois. A Paris ,
chez Nyon l'aîné , rue Saint Jean- de-
Beauvais,
Les Anglois ont toujours été regardés
parmi nous , comme les Penſeurs par
excellence : cette qualité eſt la plus néceflaite
à un Écrivain qui cherche plus
à inſtruire qu'à plaire. A quoi ſervent ,
en effet , tous ces ornemens qui laiſſent
le coeur tranquille & n'éclairent point
l'eſprit ? De bonnes preuves , préſentées
avec force , peuvent ſeules produire la
conviction , & fatisfaire cette curiofité
naturelle qui nous fait chercher le vrai .
C'eſt parce qu'on n'eſt pas état de préfenter
la vérité d'une manière naturelle
&intéreſfante , qu'on la défigure par une
mul itude d'ornemens frivoles & déplacés.
On nous accuſe d'être fabricateurs
de
MAI. 1776. 75
!
de paroles , & de négliger le fond des
choſes , pour ne s'occuper qu'à embellir
les furfaces. L'Anglois cherche au
contraire à creuſer , & mépriſe même
un peu trop les agrémens du diſcours ,
& la méthode qui aſſigne à chaque preuve
la place qui lui convient. Chesterfield a
choiſi pour inftruire fon fils un genre ,
où l'on n'a pas un ſi grand beſoin d'ornement
& de méthode. On peut même
être prolixe lorſqu'on écrit à ſon fils ,
& qu'on veut lui inculquer la vérité en
la lui repréſentant ſous toutes les faces.
La tendreffe paternelle ne croit pas devoir
épargner les paroles dans les préceptes
qu'elle donne. Elle craint, comme
le dit le Traducteur, de n'en être jamais
affez bien entendue ; les petits détails
lui paroiſſent néceſſaires , & loin d'épar
gner aux précieux objets de ſes ſollicitudes
, l'ennui des minuties & des redites
, elle s'expoſe même à les rebuter
par trop d'empreſſement à leur être utile.
Aufſi le Traducteur des lettres deChe
terfield at-il fait un triage en réduiſant
trois volumes in 4º. à un ſeul volume
in-12. On rend un ſervice ſignalé aux
Lecteurs , lorſqu'on leur épargne & le
temps qui eſt ſi précieux & le travail
D
74 MERCURE DE FRANCE.
pénible de ſéparer l'or pur de l'alliage.
Les lettres que le Traducteur a choifies ,
renferment des points de vue & des réflexions
folides ſur les différentes hiſtoires,
& fur divers genres de littérature ;
on y trouve des idées rapides ſur le gouvernement
de la République des ſept
Provinces Unies , & un choix de maximes
judicieuſes , tirées des Mémoires
du Cardinal de Retz , avec des remarques
& des maximes de l'Auteur Anglois.
Cet ouvrage eſt terminé par les lettres
d'Yorick à Elyſa , compoſées par Sterne,
Auteur du Voyage Sentimental. Le portraitde
Sterne eſt fait de main de maître .
1
Differtation fur l'Apocalypse , ou obſervations
à l'occaſion du Profpectus de
M. des Hauterayes ſur ce divin livre ;
par M. Ronder, Editeur de la Bible
d'Avignon . AParis , chez Lottin l'aîné ,
rue St.Jacques.
36
L'Auteur de cette Differtation , quia
depuis long-temps confacré ſes veilles &
ſes talens à l'étude des Saintes Ecritures ,
& qui a tant de fois donné des preuves
de la profondeur de ſes connoiſſances ,
démontre : 1º. Qué l'Apocalypſe eſt une
MAI. 1776 . 75
prophétie qui annonce des événemens
poſtérieurs à la révélation qui en eſt
faite . 2 ° . Que cette révélation contient
les viſions prophétiques que Saint Jean
a eues dans l'Iſle de Patmos , vers la fin
du règne de Domitien ; c'est-à-dire vers
l'an 95 de l'ère chrétienne vulgaire , environ
25 ans après la ruine de Jérufalem ,
& qu'en conféquence cette révélation
prophétique ne peut avoir pour objet ,
comme le prétend M. des Hauterayes ,
la ruine de Jérusalem , conſommée 25
ans auparavant. 4°. Qu'elle annonce particulièrement
la ruine de Rome payenne ,
& en général toutes les grandes révolutions
qui doivent ſucceſſivement intérefſer
l'Egliſe de Jésus-Chriſt depuis l'afcenſion
de ce divin Sauveur juſqu'à fon
dernier avénement. 5 °. Que ce divin
livre a été écrit non en hébreu , ni en fyriaque
, mais en grec. Les preuves que
cet habile Differtateur employe dans ſon
Ouvrage , nous ont paru ſolides ; & nous
defirons de voir comment l'Auteur du
Proſpectus répondra aux difficultés qu'on
propoſe contre ſon ſyſtême. L'Apocalypſe
ne paroît point être une hiſtoire ni une
tragédie où l'on retrace les événemens
pallés comme s'ils étoient préſens , &
!
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
même comme futurs ; c'eſt une vraie prophétie
qui regarde des événemens dontle
temps va commencer bientôt après cette
révélation. L'événement principal auquel
conduiſent les ſymboles employés dans
ce livre , n'eſt autre , ſuivant les Pères &
les meilleurs Interprêtes , que le rappel
futur des Juifs , dont toutes les Ecritures
retentiffent d'un bout à l'autre. Il s'agit
d'une révélation qui ne ſe borne point à
la ſeule ruine de Jérusalem , mais qui
embraſſe tout l'Univers. La révélation de
Jésus-Christ que Dieu lui a donnée : ce titre
ſeul annonce toute ſa grandeur , & fait
comprendre qu'elle a pour objet les myftères
les plus fublimes. L'Apocalypfe ,
depuis, le commencement du chapitre
IV juſqu'à la fin du chapitre XI , nous
annonce l'oeuvre admirable du trenouvellement
qui doit faire paroître l'Eglife
comme un Ciel nouveau , dont la beauté ,
la ſérénité , la pureté ſurpafferont nonſeulement
l'éclat d'un Ciel qui n'étoit
éclairé que par les lumières de la loi;
mais encore celui du Ciel qui n'éclairant
qu'une partie des Gentils , n'avoit pu ,
malgré toute ſa ſplendeur ,en faire pénétrer
les rayons dans toute l'étendue du
monde. Toutes les Ecritures annoncent ,
ΜΑΙ . 1776. 77
& l'Apocalypſe nous le montre ſous tant
d'emblêmes , ce jour confolant où le fils
de Dieu régnera pleinement fur tous les
ouvrages de ſon père , où toutes les Nations
d'un bout du monde à l'autre doivent
être ſon héritage & compofer fon
Empire.
L'Auteur de la Differtation a foutenu
dans ſes autresOuvrages ſur l'Apocalypſe ,
que la converfion des Juifs , quifera lefruit
dela miſſion d'Elie , l'un des deux témoins ,
arrivera dans l'intervalle deſept années , &
par conséquent bien réellement & bien littéralement
à l'extrémité des jours. Pluſieurs
habiles Interprêtes n'ont pas pu
concilier ce ſyſtême avec ce que les Ecritures
nous annoncent de cette étonnante
révolution . La manière dont Saint Paul
dépeint l'oeuvre de Jésus-Chriſt , par rapport
aux Juifs & aux Gentils , ſemble
exiger un grand eſpace de temps pour
l'exécution des grandes promeſſes faites
à l'Eglife . Saint Paul nous repréſente les
deux Peuples comme les deux portions
d'un édifice unique , poſé ſur les fondemens
des Patriarches & des Prophètes ,
& dont Jeſus Chriſt eſt la pierre angulaire
& comme le point de réunion. Une
de ces deux portions de l'édifice , qui
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
7
eſt celle que compoſent les Gentils ,
occupe déjà l'eſpace de dix-sept ſiècles.
Seroit- il digne de la proportion que Dieu
met dans ſes oeuvres , que l'autre portion
du bâtiment , qui a été interrompue dès
fes commencemens ; n'occupat , quand
le Souverain Architecte y remettra la
main , qu'un eſpace de temps très -court ,
&qui à peine renfermeroit quelques années
? Ce préjugé deviendra décisif , li
l'on confidère que les Gentils ne font
entrés dans l'édifice que contre l'ordre
naturel & par une conduite de Dieu ,
qui ſembloit s'éloigner de ſon prernier
plan; de forte qu'un chrétien qui , du
temps de Saint Paul , auroit comparé ces
deux oeuvres l'un à l'autre , fur ce qu'en
dit cer Apôtre , n'auroit point hélité à
préférer en toutes choſes la converfion
des Juifs à celle des Gentils , & à la
regarder comme plus conſidérable dans
la fuite des deſſeins de Dieu,
Qu'on réunifle à ce préjugé les autres
contidérations que nous préſente l'Auteur
des Droits de la Religion ſur le coeur
de l'homme, dans ſon explication du 12 .
chapitre du Prophète Daniel , approuvée
par un Docteur de Sorbonne . " Quand
>> l'Ecriture place, dit-il, dans les derniers
10
ΜΑΙ. 1776. 79
» temps , noviffimo tempore , le rappel de
>>la Maiſon de David; il ne faut point
> prendre cette expreſſion dans un fens
>>>abfolu , mais dans un ſens relatif. Les
» jours & les temps où les Juifs doivent
» ſe convertir , font appelés les derniers
> par comparaiſon avec les temps & les
>>jours où cet événement a été prédir. Les
>>Prophètes ne le voyoient que dans les
>> ſombres enfoncemens d'un avenir très-
>>éloigné par rapport à eux . C'eſt ainſi
>> que Saint Pierre entend le Prophète
» Joël , quand il applique au jour de la
• Pentecôte le texte ſacré qui annonce ,
>>que dans les derniers jours Dieurépandra
>fon efpritfur toute chair. Les temps où
>> les derniers myſtères de Jéſus Chrift
» & de l'Egliſe s'accompliſſent , peuvent
• bien encore être appelés les derniers
« que nous attendons , quoiqu'ils doivent
>>peut-être s'étendre fort loin. Les der-
>> niers temps ne font point d'ailleurs ni
>>le dernier jour ni la dernière heure.
>> Le jour n'en a- t- il pas douze , dit Jéſus-
>>Chriſt ? Et celle que St Jean appeloit
>> la dernière , noviſſima hora , dure
>>depuis long- temps , remarquoit Saint
» Auguſtin ; & depuis que ce Père l'a
>>obſervé , elle a bien encore duré da
Div
So MERCURE DE FRANCE.
>> vantage. Quand la converfion des Juifs
>>ſeroit à la tête du ſixième âge annoncé
> dans l'Apocalypfe, que pourroit- on en
>>>conclure , dès qu'on ignore la durée que
>>cet âge doit avoir ? Ne fait-on pas ,
>>>continue Saint Augustin , que mille
> ans ne sont que comme un jour devant
>> le Seigneur? p. 89 , v. 4. Les Prophètes
>>& Saint Paul nous donnent lieu d'af-
>>ſigner dans la durée des âges le champ
le plus vaſte au parfait accompliffe .
>> ment du myſtère de la converfion des
>>>Juifs. Dieu leur promet de ne plus
>> les abandonner,de ne plus fouffrir qu'ils
>> s'abandonnent eux- mêmes,quand enfin
>> il les aura rappelés à lui. Le court ef-
>>paced'un petit nombre d'années d'exif-
>>tence après leur retour , rempliroit- il
>> la magnificence & l'énergie d'une telle
>> promeffe ? Tout l'Univers , dit l'Au-
>>teur de la belle explication de la Gé-
> nèſe , ſentira le fruit du retour d'Iſraël .
>>Ce nouveau Peuple , plein de l'eſprit
>> de vie , ne ſe contentera pas d'être
>> forti du tombeau & de jouir de la
• lumière : il s'efforcera de réparer ſes
>> pettes & fon aveuglement par le defir
>> d'éclairer tout le monde , & d'expier ſa
>>longue infidélité par un zèle que rien
3
1
1
ΜΑΙ. 1776 . 81
>> ne fera capable de retarder ni de ra-
>>lentir ; les obſtacles l'animeront : les
> Princes demeurés juſques-là dans les
> ténèbres du paganiſme, les Nations les
>>plus rebelles à la lumière , les ſuperſ-
>>titions les plus enracinées céderont en-
>> fin à leurs diſcours , à leur patience & -
» à leur courage; & la Maiſon d'Ifraël
>>répandue dans toute la terre , en retour
>> nant à la foi , entraînera avec elle le
> monde entier ; Sion ſera encore une
>> fois la lumière des Nations. Ses En-
>> voyés aſſembleront encore une fois
>> tous les Peuples & tous les Royaumes
>> pour les unir dans le même culte. Elle
- a été la mère des Prophètes , elle le
>>ſera encore. Elle a appris par ſon exem-
>> ple , aux autres Egliſes , àtout ſouffrir
>> pour la vérité ; elle eſt deſtinée à leur
» donner encore le même exemple . Ses
>>Martyrs feront , comme autrefois , la
> ſemence des Martyrs. Ils attaqueront
> ſans crainte toutes les ſuperſtitions ,&
>> leur courage relevera celui des foibles
» & des timides. Ils ne ceſſeront de com-
>>battre qu'après avoir tout vaincu. Ils
>> ne penſeront à ſe repoſer qu'après avoir
>> converti tout l'Univers. Leur partage
>> eſt de finir ce qu'ils ont commencé.
:
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Ils ont jeté les fondemens , & ils au-
>>ront la gloire de mettre le comble » .
Une autre réflexion tirée de St Paul ,
ne permet point de reſtreindre à une
très- courte durée les heureux effets de la
converfion des Juifs. Jugeons de l'avenir
par le paffé , dit l'Auteur de l'explication
du douzième chapitre de Daniel , d'après
Saint Paul . « La chute des Juifs a éré la
>> richeſſe du monde. Combien leur plé-
>> nitude l'enrichira -t- elle davantage ?
>> Leur réprobration a été la réconcilia-
>> tion de l'Univers. Que ne ſera donc
>> pas leur rappel ? Il reſſemblera à une
» réſurrection de morts : voilà l'expref-
» ſion même de Daniel . Quand tout
>>>Ifraël , dit le Prophète , aura part au
falut, la multitude de ceux qui dor-
>>ment dans la pouſſière ſe réveillera ;
» ceux qui , ayant connu Dieu , appren-
>>dront aux autres à le connoître , brille-
>> ront comme les étoiles du firmament
>> dans toute l'éternité .
Mais une telle abondance de la-
» mière , mais le ſpectacle merveilleux
"de tant de morts reſſuſcités , ne ſeroit
>donc qu'un événement paſſager , qu'une
» révolution de quelques jours ? Er te
Tout-Puiflant , après avoir déployé ta
59
MAI. 1776. 83
>> force de ſon bras pour opérer ce pro-
> dige , permettroit- il qu'il fût fitôt dé-
>> truit& renverſé , comme s'il ne pou-
>>voit plus le foutenir ? Outre que l'Ef-
>>prit Saint , en nous révélant le ſuccès
>>de la prédication des Juifs convertis ,
>> ne nous apprend point le temps qu'ils
>> doivent employer à ſoumettre l'Uni-
>>vers au joug de la foi ; ce ſeroit borner
> étrangement leur miſſion & les mer-
>> veilles qui en feront le fruit , que de
> ne plus donner que peu d'années à la
>> durée du monde après leur converſion .
>> Ne faut il donc pas que l'Eglife , après
»les avoir enfantés avec tantde peine ,
» & après avoir amené par eux à fon
>> époux tous les Peuples de la terre ,
>> jouiſſe quelque temps à loiſir de la
> confolation de les voir les uns & les
> autres raſſemblés autour d'elle ? »
Peut on croire que la fin de toutes choſes
touchât de ſi près l'événement du retour
d'Iſraël , lorſqu'on fait réflexion que
quand Jésus-Chriſt viendra juger la terre ,
il y trouvera à peine de la foi ; que la
charité ſera refroidie , & que les chofes
feront tombées dans une décadence extrême?
La conſommation de toutes cho .
ſes n'arrivera donc , comme l'ont obſervé
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
tant d'habiles Interprètes des Livres
Saints , que lorſque l'iniquité , que la
converfion des Juifs & les ſuites de cet
événement auront preſque bannie de la
zerre , aura de nouveau prévalu; ce qui
ne ſauroit arriver que par une fucceffion
detemps confidérable. Alors Dieu n'ayant
plus mis de nouveau Peuple en réſerve
pour y renouveler & y perpétuer fon
oeuvre , le nombre des élus qui devoient
être pris d'entre les Juifs & d'entre les
Gentils, étant rempli , l'Evangile ayant
été porté par le zèle des Juifs dans toutes
les parties de la terre où celui des Gentils
n'a pu encore pénétrer, il ne reſtera plus
au Souverain Maître de toutes chofes
que de venir juger le monde , de confommer
ſon oeuvre dans une ſtabilité parfaite
& éternelle , & de donner ainſi à
ſes promeffes & à ſes écritures un dernier
degré d'accompliſſement & de jufreſſe
, après quoi il n'v aura plus qu'à les
retirer comme un billet pleinement acquitté.
Le défaveudes Artistes, ou lettre àM***,
ſervant de réfuration à l'Almanach
hiſtorique & raiſonné des Architectes,
Peintres , Sulpteurs , &c.
L
MAI. 1776. 85
:
Riſum teneatis , amici. Hor.
Brochure in- 8 ° . de 42 pages . A Paris ,
chez Brunet , Libraire , rue des Ecrivains.
Le deſir que les Amateurs , les Amateurs
étrangers ſurtout , marquoient
d'avoir un écrit qui pût leur donner des
inſtructions ſur les Artiſtes François actuellement
vivans , dont ils chériſſent les
talens ; le titre même d'Almanach , que
M. l'Abbé le B*** a donné à l'ouvrage
qu'il a publié ſur cet objet; & les louanges
, quoiqu'un peu vagues, qu'il a diftribuées
à la plupart des Artiſtes , ſembloient
lui mériter de l'indulgence fur
quelques erreurs ou des défauts d'exactitude.
Cependant , comme il annonce que
fon Almanach eſt hiſtorique & raiſonné,
nous penſons que la critique de cet écrit
ne paroîtra point déplacée . Mais l'Artiſte
qui l'a publiée , car on ne peutméconnoître
ici la plume d'un Adverſaire qui
parle dans ſa propre cauſe , dément quel.
quefois cet eſprit de douceur & d'urbanité
que les beaux arts font faits pour
inſpirer. Il faut avouer auſſi qu'il eſt bien
86 MERCURE DE FRANCE.
difficile de ne pas prendre un peu d'humeur
à la lecture de tant d'écrits ſur les
arts dictés par des Amateurs novices ,
qui , pour avoir admiré quelquefois les
productions du goût & du génie , croyent
pouvoir donner des leçons aux Artiſtes.
Mais on ne tarde point à s'appercevoir
que ces nouveaux Précepteurs auroient
eux-mêmes beſoin d'être éclairés . Leurs
réflexions obfcures , incertaines , minu.
cieuſes , annoncent affez qu'ils ne fentent
point cette flamme qui a échauffé l'Artiſte
qu'ils critiquent. Ces Écrivains portent
le plus ſouvent l'eſprit de diſcuſſion
là où il faudroit le coup d'oeil du génie.
Auffi n'attendez point d'eux ces obſervations
profondes , vraies , lumineuſes , qui
par les douces impreſſions de la beauté ,
de l'harmonie & des convenances qu'elles
font naître , ſont ſi propres à élever l'ame
du Lecteur , anoblir fon eſprit& épurer
fon coeur.
:
Manuel ou Journée Militaire, vol . in 12.
A Paris , chez Hardouin , Libraire ,
paſſage de la colonnade du Louvre ,
près S. Germain l'Auxerois .
2.
L'Auteur de ce Manuel nous prévient
ΜΑΙ . 1776 . 87
1
dans ſon avant-propos , qu'il n'a fait que
mettre à contribution les chefs d'oeuvres
de Tactique. On avouera cependant qu'il
falloit un Militaire ſtudieux & éclairé
pour choiſir les matériaux & ce Manuel,
& y mettre l'ordre & la précision qui s'y
trouvent. Cet écrit qui commence par
des confidérations ſur la guerre , tirées
de pluſieurs anciens Hiſtoriens , eſt diviſé
par chapitres , & ces chapitres font
au nombre de douze. Le premier nous
préſente les principaux devoirs d'un Général
. Le ſecond traite du ſervice de
l'Artillerie . Le troiſième nous inſtruit
fur ce qui regarde la ſubſiſtance d'une
armée. Les opérations , les mouvemens ,
les campemens , les combats , les places
de guerre , la garde des places , le ſervice
& la police d'une ville de guerre , l'attaque
& la défenſe des places , font les
objets des chapitres ſuivans. L'Aureur ,
non content d'avoir dans ces différens
chapitres expofé les principes qui doivent
ſervir de bouffole à ceux qui embraffent
l'état militaire , deſire d'en prouver
la folidité. Dans cette vue , il ſe propaſe
de joindre à cette première partie ,
une ſeconde , où les Condé, les Eugène,
les Turenne , les Montécuculi , les Vil
SS MERCURE DE FRANCE.
lars , les Folard , les Feuquierre , &c.
viendront , pour nous ſervic ici d'une
expreſſion de l'Auteur , appoſer le ſceau
aux principes qu'il vient de publier , &
&juſtifieront la méthode par leurs exemples
, & les leçons de l'art par les inf
pirations du génie .
Difcours prononcé à l'Hôtel-de-Ville de
Caen , le Lundi 14 Août 1775 , fur
l'eſſai ordonné par Sentence de Police
générale du 23 Juin 1775 , tendant à
fixer le prix du pain relativement au
prix du bled , avec des additions & le
requifitoire de M. l'Avocat du Roi ;
par M. Michel Antoine Lair , Avocat
au Parlement de Paris , & Directeur
des Octrois de la Ville.
Homofum ; humani nihil à me alienumputo.
Terent.
Vol . in - 8 °. de 88 pages. ACaen, chez
Pyron & Manousy père ; à Rouen ,
chez la Veuve Befongne ; à Amiens ,
chez François ; à Rennes , chez Ramelin
; & au Mans , chez Monnoyer.
}
Des conſidérations dont l'humanité
MAI. 1776 . 89
étoit le motif , eſt il dit dans l'introduction
de cet ouvrage , ont conduit à des
calculs & à des découvertes aſſez intéreſſantes
au Public , pour occuper tout
ce que la ville de Caen renferme de Citoyens
les plus recommandables par la
naiſſance & les lumières. Ils ont foumis
les calculs à l'expérience , & celle- ci à
la raiſon. Au mois de Mai dernier, l'Auteur
de ce diſcours fit un eſlai . M. de
Fontette , Conſeiller d'Etat , alors Inten.
dant de la Généralité de Caen , voulut
bien ſe charger en fon particulier des
frais ; il fit plus , il inſtruiſit toutes les
villes de la Généralité, du réſultat de cet
eſſai & de la découverte qui en étoit
l'effet. Il ne ſe borna point à ces marques
, non équivoques , de ſon amour
pour le bien public ; il inſtruifit encore
MM. les Officiers du Bailliage , de ſes
intentions ; & leur promit que l'eſſai
nouveau qu'ils devoient ordonner , ſe
feroit aux frais du Roi. La diſſertation
que M. Lair offre au Public , &qui contient
l'hiſtorique des opérations de l'efſai
, ayant paru renfermer des vues utiles,
MM. les Officiers municipaux ſe font
déterminés à la faire imprimer. En la
publiant ſous leurs aufpices , l'Auteur
१० MERCURE DE FRANCE.
n'a d'autre intérêt que celui de la vérité.
১
Motifs de ma foi en Jesus- Christ , par
un Magiftrat. A Paris , chez la Veuve
Hériſſant , les frères Etienne , & Charles-
Pierre Breton 1776 .
- C'eſt le titre d'une petite brochure
in 12 de 133 pages. Quoique les attaques
journalières des incrédules contre la religion
foient impuiſſantes pour la détruire,
elles ne laiſſent pas d'affliger les ames
vertueuſes , & d'inquiéter les eſprits foibles
. On ne peut pourtant pas avoir continuellement
la plume à la main pour
repouffer les traits de l'impiété & de la
calomnie. A peine la difpute a-t-elle fini
ſur un point , qu'elle renaît ſur un autre.
Unmoyen pour confondre l'incrédulité ,
&pour raſſurer en même temps les vrais
croyans , étoit de rapprocher toutes les
preuves les plus convaincantes de la vérité
de notre religion , & d'en faire fortir
ces traits lumineux , capables de ſubjuguer
les eſprits les plus rebelles ; & c'eſt
ce que nous a paru avoir merveilleuſement
opéré l'Auteur de l'ouvrage que
nous annonçons .
ΜΑΙ. 1776 . 91
C'eſt aux faits qu'il a cru devoir uni-
, quement s'attacher dans ſa diſcuſſion
parce qu'un fait bien établi eſt ſans replique.
Pour remplir fon objet , il examine
la religion avant Jeſus-Chriſt , du
vivant de Jeſus-Chrift , & après la mort
de Jeſus Chrift .
Avant la venue de Jeſus- Chriſt , ſa
religion eſt annoncée dans les prophéties ,
dans ces livres mêmes qui font entre les
mains des plus cruels ennemis,du nom
Chrétien . On voit s'accomplir à la lettre
tout ce qui avoit été prédit du- Meffie ;
& la prédiction eſt telle , que Jeſus Chriſt
eſt le ſeul à qui l'application pût s'en
faire fans craindre de ſe tromper .
Du vivant de Jeſus Chriſt , on voit
un homme qui ne peut être qu'un Dieu .
La ſainteté de ſes moeurs , la ſublimité
de ſa doctrine , ſes leçons , ſes exemples ,
ſes miracles , tout annonce un caractère
de divinité , auquel on ne ſauroit ſe
méprendre.
Après ſa mort , un fait eſſentiel , &
fur lequel repoſe la foi des Chrétiens ,
c'eſt ſa réſurrection. Jeſus Chriſt avoit
dit qu'il reſſuſciteroit; fi effectivement
il eſt reſſuſcité , nous devons avoir la
plus grande confiance dans ce qu'il nous
1
92 MERCURE DE FRANCE.
a dit , & dans ce qu'il nous fait encore
eſpérer. Or , que Jeſus Chriſt ſoit reffulcité
, c'eſt un fait qui eſt examiné
dans le petit ouvrage en queſtion , avec
une ſagacité &une préciſion particulière ;
toutes les circonstances &toutes les probabilités
font rapprochées dans cet examen
, en quelque forte judiciaire , à ne
laiſſer aucun doute ſur une vérité ſi importante.
Cette preuve eſt même ſuivie,
degré par degré , & toujours par les faits
juſqu'à nos jours , de manière que l'incrédule
le plus décidé , eſt réduit , ou à
ſe rendre à l'évidence , ou à déraiſonner,
pour foutenir fon obſtination.
Célide , ou Hiftoire de la Marquise de
Bliville , par Mademoiselle M***,
deux parties in- 12 . A la Haye , & fe
trouve à Paris , chez la Veuve Ducheſne
, rue S. Jacques ; Moutard &
Mérigot , quai des Auguſtins ; Delalain
, rue de la Comédie Françoiſe ;
Leſprit au Palais-Royal .
Célide , fuivant le portrait qui nous
en eſt tracé , étoit une de ces perſonnes
rares , favoriſées des plus précieux dons
de la nature. Vertu , modeſtie , généroMAI.
1776 . 23
fité , eſprit , beauté ; en un mot , toutes
les qualités qui peutent plaire , ſe trouvoient
réunies en elle. Le Comte de Bricourt
, ſon père , qui avoit épuisé prefque
tout ſon patrimoine au ſervice , vivoit
retiré dans une petite terre , le ſeul
bien qui lui reſtoir. Cet ancien Officier ,
& la Comtetle , s'occupoient dans cette
folitude à perfectionner l'éducation de
leur aimable fille , qui avoit alors quatorze
ans ; à lui inſpirer de l'amour pour
la vertu , & du mépris pour les richeſſes.
« Ma chère Célide , lui diſoit un jour
>> la Comtelle ; ſi vous voulez être heu
>> reaſe, ne donnez pas à l'ambition l'en-
>> trée de votre coeur ; cette funeſte paf-
>> fion empoifonneroit vos plus beaux
>> jours ; quoi qu'on faſſe pour elle , on
>ne peut la ſatisfaire : ſes jouillances
» mêmes ſont des tourmens, & ne valent
>>pas le repos dont vous jouiſſez ici.
Ah ! Madame , s'écria Célide , que
■ je plains les ambitieux , s'ils font tels
» que vous le dites ? S'ils font tels ?
• Croyez - moi , ma fille , croyez que
quelqu'énergique que vous paroiſſe le
>>trait dont je viens de les peindre , il
>> eſt encore bien foible auprès de la vé-
» rité. Il eſt encore une autre paſſion non
>moins dangereuſe , c'eſt l'amour : ah!
وودر
n
-
94
MERCURE DE FRANCE.
ma fille , écoutez attentivement ce que
>>j'ai à vous dire ſur ce ſujet ; & gravez-
» le dans votre coeur , en caractères inef-
>> façables : l'amour plaît , il flatte à fon
>> premier abord ; mais que ces momens
> font courts ! Il n'eſt point pour le coeur
>> de plus mortel poifon ; ne croyez pas ,
>> ma fille , être aimée , parce qu'on vous
» le dira ; fuyez ceux qui vous feront de
» pareils aveux , comme vos plus cruels
>> ennemis : ne vous laiſſez ſéduire , ni
>> par la figure , ni par l'eſprit : penſez en
- vous-même , que ces dehors attrayans,
>> cachent une ame perfide . - Quoi , ma
» mère , tous les hommes font donc
>>>trompeurs ? - Ils ne le font pas tous ;
» mais le nombre des autres eſt ſi petit,
>> que le plus für eſt de ne ſe fier à aucun ;
>>ſachez auſſi , Célide , qu'une fille ver-
>>> tueuſe , ne doit point avoir d'affec-
» tions ignorées de ſes père & mère.>>
C'étoit ainſi que cette tendre mère tâchoit
d'aſſurer le bonheur de ſa fille. Que
Célide auroit été heureuſe s'il avoit plu
au Ciel de la lui laiſſer plus long - temps !
Mais elle étoit , ajoute ici ſon Hiſtorien ,
deſtinée à éprouverles coupsles plusrudes,
dont un coeur ſenſible puiſſe être frappé .
Cette réflexion fait aſſez connoître au
Lecteur , que ce Roman eſt moins une
A
1
MAI. 1776 . 95
critique des moeurs, que la peinture d'un
coeur tendre, en proie aux inquiétudes du
ſentiment, & livré aux tourmens des pafſions.
La ſuite des événemens que ces
mémoires préſentent eſt peu variée ; le
ſtyle néanmoins n'eſt point dépourvu d'intérêt
. Mais l'hiſtorien connoît peu l'art
des tranſitions. Le Lecteur ſouffrira même
impatiemment qu'on le tranſporte d'un
lieu dans un autre , en lui diſant d'un ton
badin, que ce voyage ne le fatiguera pas
beaucoup. Ces légers défauts n'empêcheront
pas que l'on ne s'intéreſſe à l'infortunée
Célide , & que l'on ne voye avec joie
fon amour conftant couronné par leMarquis
de Bliville , amant tendre , paſſionné
& vertueux, b
Ce Roman nous offre dans Mademoiſelle
de Blemigni , amie de Célide,
le modèle de la vraie amitié. Le
Lecteur fentira la folidité du reproche
qu'elle fait à ſon amie du peu de confiance
qu'elle lui marque ; il approuvera
le doute que Mademoiselle de Blemigni
forme en conféquence ſur l'amitié de
Célide. " Ah ! que je m'étois abuſée ! lui
> dit elle un jour , en croyant avoir dans
> votre coeur la place que vous avez dans
>> le mien : oui , ma chère amie , oui ,
> j'en ſuis perfuadée ; ( ainſi ne cherchez
96
MERCURE DE FRANCE.
>> point à me faire illuſion ) , on ne peut
>> aimer une perſonne dont on ſe défie.
»Le charme de l'amitié conſiſte dans le
>> plaifir qu'on goûte en répandant dans
>> le ſein de l'ami qui nous eſt cher , les
>> peines dont on eſt accablé , & les ſujets
>> de joie qui arrivent : ôtez de l'amitié
> la confiance , vous en détruirez tout
» l'agrément , ainſi que le lien . » On eft
un peu fâché qu'une fille qui connoît fi
bien les douceurs de l'amitié devienne
la victime de fon amour pour le Chevalier
de Seminille. Mademoiselle de
Blemigni fait voir par ſon exemple que
l'on peut aimer fans être aimé; & que
l'amour, très-différent de l'amitié , peut
ſe paſſer de retour.
Extrait du Journal de mes Voyages , ou
Hiſtoire d'un jeune homme , pour
ſervir d'école aux pères & mères ; par
M. Pahin de la Blancherie.
Quiconque a des enfans au vice abandonnés ,
N'a point d'excuſes légitimes ;
Car ſous quelque aſcendant que ces monftres
ſoientnés ,
Sa nonchalance a caufé tous leurs crimes.
Gomberville.
MAI 1776. 97
८
2 vol. in- 12 ; en papier ordinaire rel .
61. En papier d'Hollande , 12 1. avec
fig. A Paris , chez les Frères Debure ,
Lib. quai des Auguſtins ; à Orléans ,
chéz la veuve Rouzeau Montaur.
M. de la Blancherie a voyagé & obſervé
de fort bonne heure. Il a configné
dans des lettres éctites à un ami , les
réflexions que lui ſuggérèrent les faits
qu'il remarquoit;&ces réflexions toujours
morales , ont particulièrement pour objet
l'éducation des enfans. Notre Voyageur
, en les publiant aujourd'hui , a
-pour but d'intéreſſer à cette éducation les
parens & le gouvernement. C'eſt pour
mieux obtenir ce voeu de ſes defirs , qu'il
nous préſente dans l'hiſtoire d'un jeune
homme qu'il a vu & pratiqué , un exemple
terrible des effets de la débauche &
du libertinage. M. de la Blancherie s'élève
vivement contre les écoles publi .
ques ; & on eſt obligé de reconnoître
avec lui que ſi pluſieurs abus depuis longtemps
introduits dans ces écoles na
font point réformés , l'éducation privée
ſera préférable à l'éducation -publique.
Mais n'ya-til pas auſſi un peu
d'exagération dans la peinture que fait
1
P
E
H
MERCURE DE FRANCE.
notre Voyageur des dangers que courent
lesjeunes gens lorſqu'ils vivent raflemblés.
Au reſte , il eſt peut être bon d'exagérer
le péril , pour que ceux auxquels
la jeuneſſe eſt confiée,la veillentde plus
près.
Notre Voyageur obfervateur rapporte
des anecdotes particulières , cite pluſieurs
traits de bienfaiſance , de justice , de
gratitude : rappelle à notre mémoire des
paffages de différens Auteurs , difcute
pluſieurs points de morale , mais toujours
dans le rapport qu'ils ont avec l'éducation;
il ne tarit point enfin fur cet
objet important. Son éloquence , quoiqu'un
peu diffuſe , plaît néanmoins parce
qu'elle part d'un cesur pénétré , & qui
connoît tout le bien qui réſulteroit d'une
éducation mieux dirigée. Cet Écrivain
s'eſt plu à ſe peindre dans une de ſes lettres;
le portrait qu'il nous donne de laimême
, & que nous allons citer , fervira
Sencore à faire connoître le but moral de
l'ouvrage, la manière diferte , mais franche
de l'obſervateur , & fon goût pour
-les citations , qui ſont ici engrand nombre,
fur-tout dans les notes placées au
bas des pages. « Je vous préviens , écritil
à fon ami , que mes lettres pourront
MAI. 1776 .
:
:
erre par fois un peu longues. Vous
» ſavez que dès qu'il eſt queſtion de mo-
>> rale ou d'éducation , je ſuis un ba-
»billard, comme il n'y en a point : dans
" mes travaux , mes obfervations , mes
lectures ,,dans tout ce qui ſe paſſe , je
>> ne vois que ces deux objets. Je diviſe
> tout en moyens & en abus. Les hom-
» mes ne me paroiſſent que de grands
ود enfans mal élevés ; les enfans ſopt des
» hommes à former. Il y a encore cette
>>différence entre les grands enfans &
>> es petits : c'eſt que ceux-ci ont les
>> grâces en partage ; ceux- là n'ont que
>> les ridicules ; & les plus raisonnables
>>font quelquefois les plus ennuyeux . Si
je me mêle parmi les jeux de l'enfance
, quelle volupté n'ai je pas à con-
>>templer ſa naïveté , ſa franchiſe , cette
>> joie vive & pure qui ſe manifeſte au-
> dehors par la vivacité des regards , des
geftes , des diſcours ! Oui , l'enfance
n eſt l'âge de la liberté & du bonheur .
» Je laiile aux autres leurs chevaux, leurs
» chiens , leurs fleurs , leurs ſpectacles ,
>>leurs concubines ; ils font esclaves .
» Moi , je goûterai , je chérirai , j'admirerai
dans les enfans la nattuurree &
>> créateur ; je connoîtrai les vices , pour
fon
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
» les en préſerver ; je les précéderai
>dans leur marche , pour les conduire
dans des ſentiers parfemés de fleurs ;
> j'arracherai les épines devanteux , & un
>> fourire innocent me dédommagera de
mes peines. Les journées ne fuffiſent
> pas à mes recherches , à mes obfervations
, j'oſe diſe à mon zèle. Je n'ai
>> pas le temps de faire une lettre courte :
>> d'ailleurs , je me laiſſe emporter par
>>mon ſujet; il eſt d'autant plus im-
> porrant à mes yeux , que je l'étudie
>> fans ceffe. Que ne dois je pas à Plutar-
» que , à Platon , à Montaigne , & c . ?
» Ils ont été mes ſeuls amis pendantlong
>> temps ; & peut-être trouvera-t-on dans
> mon ſtyle quelque choſe du leur. Au
refte , j'ai plus appris , juſqu'à cette
>>heure , à penfer qu'à écrire. Je penſe
> naïvement & bonnement comme mes
>> maîtres; je ne me foucie guère d'écrire
>> autrement. Je n'ai peut- être pas beau-
>coup d'eſprit ; mais j'ai , ce me ſemble
, quelque peu de raiſon : je l'ai du
>> moins bien cultivée & bien exercée.
» Je fais qu'on aime , dans les écrits ,
>> comme dans la ſociété , une imagina-
» tion vive . Je crois me rendre juſtice ,
en diſant que j'ai plus de ſolidité dans
ΜΑΙ . 1776 . 101
>>>le jugement , quede feudans l'imagina-
» tion. Tes difcoursfentent le vieux , di-,
>> foit Denys le Tytan à Platon , qui lui
>>apprenoit à être digne de commander,
>> aux hommes ; - les tiens fentent le
>> tyran , répondit celui-ci. Si mon ſtyle
fent le vieux , je me plais à croire qu'il
>> fent l'utile , voilà mon but. Je n'ai
» pas la mémoire des mots , mais j'ai
» celle des choſes. Je ne retiens pas ai-
>> fément les noms & les dates , mais je
> ſais toujours les faits. Grâces au ciel ,
>> je peux me divertir avec les gens d'ef-
> prit , & m'inſtruire avec les gens rai-
> ſonnables . »
M. de la Blancherie nous dit que l'enfance
eſt l'âge de la liberté & du bonheur
; mais en quoi conſiſte la liberté de
cet âge ? L'enfant eſt le plus ſouvent foumis
à des Inſtituteurs chagrins , qui le
gênent juſques dans ſa façon naïve d'exprimer
ſes différentes ſenſations. Peut-on
encore appeler heureux celui qui n'a
pas le ſentiment de fon bonheur ? Un
imbécille qui ne prévoit pas l'avenir ,
l'homme qui dort , celui dont la raifon
eſt obſcurcie par le vin , par l'âge , ou
par quelqu'autre cauſe que ce ſoit , les
animaux enfin qui ne connoiffent que le
Eiij
102 MERCURE DE FRANCE.
préfent , font heureux à la manière des
enfans.
M. de la Blancherie , dans ce même
ouvrage , s'élève avec force contre les
mères qui ne veulent point nourrir leurs
enfans , &nous louons ici ſon zèle. Mais
en exigeant que des Bourgeoiſes de Paris,
par exemple , foient les propres nourri
ces de leurs enfans , il faudroit auffi leur
preſcrire de quitter leur famille , leur
maifon , leurs affaires , & d'aller vivre
àla campagne ; car un air libre & pur eft
peut être encore plus falutaire à l'enfant
que le lait de ſa propre mère. Cependant
combiende mères Parifiennes auxquelles
un long féjour à la campagne ſeroit impoffible!
M. de la Blancherie donne d'autres
leçons aux mères , dont elles feront bien
deprofiter. On voit avec plaiſir à chaque
page de ſon ouvrage que le premier &
même l'unique objet de ſes recherches
eſt de ſe rendre utile. C'eſt dans ce point
de vue qu'il travaille actuellement à un
autre ouvrage qui aura pour titre : de
l'Homme ou ſyſtème général & complet
d'éducation. L'Auteur y examinera ce
que peut & doit être l'homme , d'après
des confidérations particulières , phyfiMAI.
1776.
7
ques , morales , hiſtoriques , politi
ques, &c. fur ce qu'il a été juſqu'à préſent
, dans tous les temps , & dars tous
les lieux. Il fera l'hiſtoire de l'éducarion
&des moeurs de tous les peuples anciens
&modernes. Il confidérera les ſciences
dans le rapport qu'elles ont avec l'intelligence
des enfans. Il préſentera un rableau
raiſonné des inconvéniens & des
avantages des choſes principales en uſage
dans l'éducation , ou qui doivent y être ,
d'après tout ce qui a été écrit juſqu'à préfent
fur cette partie fi intéreſſante pour
Phumanité , & d'après des obfervations
raiſonnées ſur ce qui peut être ou ne pas
être , ſelon le pays , le climat, le ca
ractère , &c. Il ſe propoſe de rédiger
toutes ces chofes, de manière que l'on
en pourra tirer des réſultats poſitifs &
certains fur la méthode particulière de
former des hommes , pour le plus grand
bien ; ce fera , pour ainſt dire , un manuel
d'édusation , où toutes fortes de cas
feront prévus. Maisenattendant cegrand
ouvrage fur l'Homme , M.dela Blanchetie
en a préparé un autre, qu'il publiera
inceſſamment, & qui est une forte
de complément, à celui dont il eſt quef.
tion aujourd'hui; ila pour titre : Extrans
E iv
104 MERCURE DE FRANCE,
>> du Journal de mes voyages , ou hif-
>> toite d'une jeune.Demoiselle , pour
>>fervir d'école aux pérés & mères.
M. de la Blancherie invite les Gens
de Lettres , les Philoſophes , & tous les
gens de bien , à concourir à donner à
fon systéme général & complet de l'éducation
, toute l'utilité qu'il a en vue , en
lui faiſant part de faits & d'obſervations
raiſonnées for tout ce qui a du rapport
avec l'éducation publique & particulière ,
ancienne & moderne , chez tous les peuples
, & dans tous les états. Les extraits
pourront être adreſſés , francs de port , à
l'Auteur , chez les Libraires ci-deſſus in .
diqués. Il ne s'appropriera rien de ce qui
lui aura été envoyé; chaque Coopérateur
jouira de ce qui lui appartiendra.
Nouvelle méthode de traiter les maladies
Vénériennes par la Fumigation , avec
les procès- verbaux des guériſons opésées
par ce moyen ; par M. Pierre
Lalouette , Docteur Régent de la Faculté
de Médecine en l'Univerſité de
Paris , & Chevalier de l'Ordre de S.
Michel ; publiée par ordre du Roi. A
Paris , chez Mérigot l'aîné , Libraire ,
- quai des Auguſtins , près la rue DauMAI..
1776 . 1ος
phine 1776 , avec approbation & privilège
du Roi .
Si nous en exceptons l'empiriſme &
quelques opinions iſolées en petit nombre
, l'univerſalité des Médecins reconnoît
le mercure pour le remède le plus
efficace découvert juſqu'ici contre ce
>> fléau deſtructeur qui attaque l'homme
> dans les ſources de la vie , & ſe com-
> munique de générations en généra-
» tions ; » & entre toutes les manières
dadminiſtrer le mercure , on s'eſt fixé à
l'appliquer à l'habitude extérieure du
corps , pour l'introduire , par les pores
cutanés , dans la maſſe des liquides. Si
par la fumigation on applique à l'habitude
extérieure le înême mercure , le voeu de
la Médecine eſt rempli : c'eſt une friction
univerſelle ; & toutes chofes étant
égales du côté du médicament , on a
l'avantage de la commodité. Si avec la
fumigation on adminiſtre un mercure
plus pur , on gagne en commodité & en
efficacité de traitement. Voilà l'objet de
l'ouvrage de M. Lalouette convaincu
par des réflexions fondées ſur ſes experiences
, que le mercure contient des
ſubſtances métalliques auxquelles il faut
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
attribuer les effets pernicieux qu'on lui
reproche , & qu'il peut contracter dans
les préparations ufitées un alliage non
moins dangereux ; il a cherché à l'épurer
par des procédés chymiques , qui donpentun
mercure pur , rendu affez volatil
pour être élevé par l'action du feu,
&dégagé des entraves qui l'empêchoient
de pénétrer les pores , dans fon état naturel
de mobilité : qualités qui manquoient
aux poudres mercurielles qui
ont fi mal réuſſi dans l'ancienne fumigation
: car , ou le mercure avoit perdu
dans la calcination ſon éclat métallique ,
ou il s'élevoit très- peu par l'action du
feu , ou il ne s'appliquoit à la peau que
fous la forme de chaux & y adhéroit , on
il s'en dégageoit une trop petite quantité
des ſels qui l'enveloppoient , ou il devenoit
lui même, par l'alliage de cesſels , un
fel mercuriel malfaifant :& toutes ces
poudres avoient l'inconvénient commun ,
que le mercure n'en pouvoit être réviví
fié que par un feu violent , auquel on
ne peut pas foumettre les malades . C'eſt
co que l'Auteur développe dans fon Chapitre
VIII, plein de doctrine & d'expériences
lumineuſes. Il en faut dife autant
duChapitre III, dans lequel il examine
ΜΑΙ. 1776. 107
les préparations mercarielles priſes inte
rieureinent, dont il démontre l'infutlia
fance ou les funeftes effets. C'eſt-là qu'on
peut apprécier le ſublimé corrofif , préfent
funeſte qu'a fait à l'Europe un Médecin
auquel la poſtérité ne confervera
peut- être pas la célébrité dont l'a fait
jouir ſa fortune. M. Lalouette expoſe
l'actionde ce cauſtique ſur les chairs aus
dehors , & le fuit au-dedans , où il le
montre exerçant ſes ravages ſur l'organifation
intérieure , détruiſant les fibres ,
élémens de nos corps , & commençant
l'ouvrage de la mort; & it découvre fes
traces dans les cadavres.On ne peutque
déplorer, avec ce Praticien éclairé, le mak
heur de voir des Médecins ſe rendre les
Apologiſtes de ce poiſon terrible , & lui
gagner des fuffrages reſpectables, juſqu'à
en faire quelquefois un objet de charité!
Le fublime pallie ſubitement les ſymptômes,
peut-être il les guérit : mais l'arfenic
fait le même effet fur pluſieurs
maladies violentes on arrêta , il y a
ttente ans , à Cambrai , un Empirique
qui le donnoit ; il guériffoir comme miraculeofement
, & tous les malades mouroient
au boue d'un an ou deux dil confella
fon horrible fecret anx appreches
Evj
108 MERCURE DE FRANCE,
de la torture. Nous pouvons faire une
réflexion concluante contre le fublimé
corrofif , tirée de la conduite de M. La
louette. Ce Médecin qui a donné pendant
plus de trente ans ſes ſoins & fes
remèdes à tous les pauvres de la Capitale
qui accouroient chez lui en foule ,
&qui y a conſommé ſa fortune ; lui qui
a tant approfondi le caractère & les effets
du fublimé , autoit-il cherché à grands
frais un autre remède , ſi celui-là eût pû
remplir ſes vues charitables ?
M
Les bornes de ce Journal ne nous per
mettent pas de rendre compte des vues
faciles& économiques que M. Lalouette
indique pour diminuer la propagation de
cette terrible maladie , ni d'entret dans
un plus grand détail ſur les avantages de
fon procédé , dont le Cenfeur , M. Мас-
quer , juge éclairé en cette matière ,
nous annonce qu'il contient des recher
ches & des expériences de la plus grande
utilité fur la purification & les prê
parations les plus effentielles du mercure.
Nous penfons , avec ce ſavant Académicien,
que laperfection que M. Lalouette
donne à une méthode , déjà tentée , de
guérir les maladies vénériennes , mérite
toute l'attention des gens de l'art. Quel
t
MAI. 1776. 109
objet en effet peut intéreſſer davantage ,
que celui de ſubſtituer à l'appareil dégoûtant
& pénible des frictions , & au
régime extenuant qui les accompagne ,
un traitement commode & facile , ſous
lequel les malades reprennent de la vigueur
& de l'embonpoint , au lieu de les
perdre, & vacquent comme àl'ordinaire à
leurs travaux ? Les machines pour la fumigation
, & l'appareil pour les préparations
chymiques , ſont décrits avec
clarté , & repréſentés par des planches
très-bien exécutées,
Mémoires historiques , critiques , & anecdotes
des Reines & Régentes de France,
nouvelle édition , revue , corrigée &
conſidérablement augmentée .
Principibusplacuiſſe viris non ultima laus eft.
HOR.
6 vol. in 12. A fe
trouve à Paris , chez Durand neveu ,
Libr. rue Galande ; 1776. Prix 18 liv.
reliés.
. A Amſterdam ; &
Suivant les Editeurs qui donnent au
Public cette nouvelle édition , an Ecri
1
110 MERCURE DE FRANCE.
vain en état de compofer une Hiſtoire
de France parfaite eſt un Phenix impofi
ble à trouver.Tout ce que l'on peut faire ,
ſelon eux , c'eſt de s'écarter le moins qu'il
eſt poſſible de la perfection , confulter
les fources , balancer les autorités , ne
jamais jurer fur la foi d'aucun Auteur,
lire avec plus d'attention les critiques de
fonOuvrage que les éloges , les apprécier
tranquillement & s'en défier à propos ,
* c'eſt , difent ils , ce qu'on nous affure
>> qu'a fait l'Auteur de ces Mémoires »..
Cet Ouvrage commence à la Reine
Bazine , épouſe de Chilpéric , père de
Clovis, & comprend toutes les Reines
&Régentes de France juſqu'au règne de
Louis XIV, inclufivement. Ce titre'de
Régentes , dans l'acception que lui
donne l'Auteur , équivaut à celui d'amies
de nos Rois, ufité ſous ceux des deux
premières races.
L'Auteur a fait pluſieurs corrections &
augmentations aux notes pleines d'érudition
qui accompagnent le texte. Indépendamment
des cchhangemens faits aux
anciens articles , il en a ajouté de nouveaux.
Tels font ceux de Charlott,e de
Beaune-Samblançai , Dame de Sauves ,
petite fille de l'infortune Samblançay
E
MA 1. 1776. IFF
Surintendant des Finances fous François
Premier , & célèbre par ſa fin tragique ;
de la Demoiſelle de Rebours ; & de
Françoiſe de Montmorency Foſſeux , dite
la belle Fofleuſe, toutes trois Maîtreſſes
de Henri IV.
Les Editeurs annoncent dans leur
Avertiſſement que l'Auteur a joint à fon
Ouvrage les vies de Marguerite de Valois
, foeur de François Premier ; & de
Jeanne d'Albret , Reine de Navarre &
mère de Henri IV. Nous les y avons cependant
inutilement cherchées.On a mis
à la tête de cette nouvelle édition un
Mémoire fur l'état desfemmes &des enfans
des Rois de France de la première & de la
feconde race , & du commencement de la
troisième , qui fert en quelque forte d'introduction
à cet Ouvrage , qu'on peut
regarder comme unegalerie hiſtoriquedes
plus curieuſes & des plus intéreſſantes .
Cuvres diverfes de M. le Comte de Treſſan ,
Lieutenant-Général des Armées du
Roi , des Académies des Sciences de
Paris,de Londres , de Berlin, d'Edim-
Bourg , & des Sociétés Royales & littéraires
deMontpellier , Nancy , Caen
•& Rouen . Volume in-8°. AAmfter
112 MERCURE DE FRANCE.
dam; & ſe trouve à Paris , chez L.
Cellot, Imprimeur-Libraire , tue Dauphine.
Ces OEuvres diverſes préſentent des
réflexions ſur l'eſprit , des Difcours Académiques'
, l'Eloge de M. Moreau de
Maupertuis , un portrait hiſtorique de
Staniflas le Bienfaisant , & des poëſies.
Les réflexions fur l'eſprit ont été dictées
par'un homme de goût , un obſervateur
attentif & un père tendre , qui voudroit
que l'expérience de plus de cinquante
ans , qu'il a paſſés dans la ſociété des gens
les plus éclairés de ſon ſiècle , ne fût pas
abfolument perdue pour ſes enfans.Il leut
donne en conféquence dans les différens
chapitres de cet écrit , qui ont pour objet
l'eſprit d'acquit , l'eſprit de l'hiſtoire ,
l'eſprit des ſciences , de l'éducation , de
la littérature , des arts , de ſociété , de la
poësie , & c. les réſultats de ſes obſervations
fur ce qui peut rendre l'eſprit actif,
juste , & véritablement éclairé. Il faut
donc bien s'attendre que dans un écrit
dont le but principal eſt de donner à
l'eſprit d'un jeune homme toute fa force ,
toute fon activité & cette rectitude qu'il
ne pent acquérir que par des notions
MAI. 1776 . 113
claires & préciſes , on s'élève avec force
contre la métaphyſique abſtraite. « Les
> fondemens de la métaphyſique ſont
>> ruineux dès qu'ils ne ſont pas établis
> ſur une baſe phyſique. Défiez - vous de
> ces Méraphyſiciens ſubtils , qui n'ont à
>> vous offrir que les chimères qu'ils ont
>>>produites. Ils ſe plaignent ſouvent
>> qu'ils manquent de mots pour expri-
» mer leurs idées : concluez-en que lorf-
>> que les mots leur manquent , c'eſt que
>> leurs idées n'ont rien de réel. Ils ſe
>>font forgés beaucoup de mots com-
» poſés du grec , auxquels ils donnent
•une ſignification que ces mots n'ont ,
> ni ne peuvent avoir , puiſqu'ils n'ex-
>> priment aucune idée poſitive ; auffi
>> voyons- nous arriver preſque toujours ,
>>que les Méraphyſiciens les plus fubtils
>> ſe ſervent de ces mêmes mots pris dans
>>des acceptions différentes. Arnaud &
>>Mailebranche ſe reprochoient mutuel-
>> lement qu'ils ne s'entendoient point ;
»& le ſage Fontenelle leur crioit , qui
>>pourra vous juger ? Ne ſoyez donc ja-
* mais la dupe , dit M. le Comte de
>>Treſſan à ſes enfans , de ces raiſon-
>>neurs fubtils qui , pour la plupart , ont
> trouvé plus commode d'abuſer de l'art
14 MERCURE DE FRANCE.
>> de raifonner , que de s'inſtruire&d'ob
>> ferver, pour ſe mettre en état de con
>> noître les prétendus élans de l'efpric
>>par leſquels ils cherchent à en impofer.
>>Ces paradoxes captieux , l'art vain&
>> ténébreux du pyrrhoniſme , l'art plas
>>v>ain encore de réaliſer la combinaiſon
»& le réſultat de pluſieurs idées qui ne
* peuvent être poſitives, cette métaphy
>>ſique abſtraite , en un mot , ne prouvent
" qu'un abus , un véritable égarement de
>> l'entendement & des facultés intellec-
>>tuelles; elles ne prouvent aux gens
>>éclairés que l'inſuffisance d'un eſprit
• orgueilleux & fubtil qui cherche à fub-
>>juguer les autres , en ſuppléant à ce
qu'il devroit ſavoir par les chimères
» qu'il imagine. Ces fortes d'eſprits faux
>>& fubtils, font le fléau des gens inftruits
; mais ils ne réuffiffent que trop
>>ſouvent auprès de la multitude à la
>>quelle l'homme inſtruit, & celui qui
4
ne l'eft pas, font également inconnus
De-là cet art ténébreux de la diſpute
> dans laquelle l'efprit faux & fubrik
*paroît prefque toujours triompher de
l'eſprit éclairé. Ce dernier ne ſe permet
•de raifonnerque d'après des idées pofitives
: le premier ſe permet tour
*
と
ΜΑΙ. 1776. 1851
">vole d'erreurs en erreurs;& tandis que
>>l'eſprit juſte & éclairé cherche à l'en-
>>tendre , réfléchit & diſcute , l'aurre
>>entraîneles imbécilles qui l'écoutent&
>> qui croyent l'avoir entendu >>
Les diſputes métaphyfiques font encore
d'autant plus à craindre , que, fous
le prétexte d'exercer l'eſprit , elles le
rendent preſque toujours faux , injufts&
ſouventmême vindicatif. Ne confondons
jamais l'art frivole ou dangereux de la
difpute avec l'art inſtructif & lumineux:
de la diſcuſſion ; c'eſt cette diſcuſſion
ſage , dans laquelle on ne peut trop
porterde candeur &trop de défiance de
fon opinion , qui perfectionne en nous
la force & la clarté de notre entende-!
ment. Sainte Théreſe définiſfoit l'imagination
en la nommant la folle de la
maifon ; elle en avoit cependant beaucoup
elle-même : mais la ſienne n'étoit
pasdangereufe. La myſticité ſera toujours
douce & paisible : elle répond à l'objet
fublime auquel elle s'attache.Apprenez ,
continue M. le C. de T. en s'adreſſant
à ſes enfans , à bien connoître en vous
ce que vous jugerez être l'ouvrage de
l'imagination ; fongez que c'eſt un grand
reffort, mais qu'il doit être aſſujeti pour
116 MERCURE DE FRANCE.
qu'il devienne utile à l'entendement; &
lorſque vous examinerez bien la nature
de ce reffort , vous verrez qu'il n'eſt que
le prompt effet de l'eſprit d'analogie .
L'entendement peut ſe perfectionner en
nous au point de ſurvivre à la mémoire ;
on fait que M. de Lagny , en léthargie,
depuis deux jours ,& ne connoiſſant plus
déjà ſes enfans , répondit à M. de Maupertuis
, qui lui demanda bruſquement :
quel eſt le quarré de douze ? Cent quarante-
quatre , répondit un foible reſte
d'entendement. Le célèbre Chirac , dans
le même état que M. de Lagny depuis
vingt-quatre heures, s'agite ſur ſon lit ,
ſa main droite ſaiſit machinalement ſon
bras gauche , il ſe tâte le pouls : on m'a
appelé trop tard , s'écriatil , on a ſaigné
ce malade , il falloit l'évacuer : c'eſt un
homme mort ! L'effet ſuivit de près le
prognoſtic. :
Lorſqu'il eſt queſtion de l'eſprit des
ſciences & de l'éducation , M. le Comte
de Treſſan adreſſe la parole aux Inſtituteurs
: « O vous , leur dit il avec autant
> de force que de vérité ; ô vous ! que
>> trop ſouvent la pareſſe ou l'incapacité,
>> des pères appelle pour remplir un de-
» voir qui devroit leur être auſſi cher que
2
MAI. 1776. 117
facré; fongez , lorſque vous exercerez
> cette fonction fublime , que vous de-
» vez un homme à l'Etat , à ſa famille ,
» à la ſociété ! Songez que vous êtes les
> plus coupables des Citoyens , ſi vous
>>perdez un ſeul inſtant de vue tous les
>>moyens de rendre vos élèves égale-
» ment éclairés & vertueux !, M. le C.
de Treffan regarde comme un des plus
grands inconvéniens des Ecoles publiques
celui d'être preſque toujours placées
dans de grandes Villes. Les jeunes gens
ne fortent preſque jamais de l'enceinte
des murs qui les renferment que pour
voir la nature ou parée par des ornemens
ſymmétriques qui la gênent , ou dégradée
par une culture en petit qui la défigure.
* Quelle différence , ajoute l'obfervateur
>>philoſophe , ne remarquera-ton pas
>>>toujours entre un jeune homme élevé
>>dans les Colléges de Paris & celui qui
l'a été dans une place de guerre , dans
> une ville maritime , ou même dans le
>>Château de ſes pères? Tout étonne le
>>premier , il n'a preſque point encore
>> d'idées ; l'activité de ſes ſens ne lui a
>>donné que des goûts , il n'a pas encore
> les notions les plus communes ; & fou-
» vent même l'uſage de ſes ſens , au lieu
18 MERCURE DE FRANCE.
de lui donner des idées , ne lui donne
encore que des vices » . Les Inſtituteurs
des Colléges de Paris ont cependant,un
avantage conſidérable pour la perfection
de l'éducation de leurs Elèves , s'ils favoient
en profiter : celui de pouvoir les
mener dans les manufactures , les atteliers
, les fabriques répandues dans les
grandes Villes & aux environs . Ils accoutumeroient
ſans celle , par ce moyen ,
leurs Elèves à l'obſervation de tout ce
qui frappe leurs ſens ; ils nourriroient ,
exciteroient en eux leur curioſité , &
pourroient profiter des demandes que.
cette curiofité feroit naître pour rendre
raiſon au jeune homme de tout ce qui
l'entoure. Mais la plupart des Inſticateurs
, bornés ordinairement à une connoiſſance
vague de la langue latine & de
quelques mots d'un art qu'ils appellent
rhétorique , trouvent plus commode &
plus facile pour eux d'enſeigner à leurs
Elèves cette rhétorique ſi ſouvent ampoulée
& prolixe , & qui ne fait que de
faux beaux-eſprits;& de les exercer enſuite
dans une eſpèce de logique ,
qui , fans perfectionner le raiſonne-
-ment,ne donne que les défauts de ladifpute.
MAI. 1776 . 19
1
Une attention que l'on ne peut trop
recommander à l'Inſtituteur eſt de cher.
cher à diftinguer les dons naturels de
fon Elève. Ces dons , quand ils font
cultivés , portent un caractère de force &
de lumière que ceux qui ne les ont pas
reçus ne peuvent preſque jamais acquérit.
Or il feroit intéreſlant pour le jeune
homme, que l'en perfectionnat de bonne
heure en lui ces dons de la nature , qui
peuvent lui ſervir de reſſource contre les
caprices de la fortune. Lorſqu'on parloit
avec éloge à M. le Comte de Caylus
d'un homme qu'il ne connoiſſoit pas , il
demandoit preſque toujours ſi cethomme
n'avoit pas de quoi vivre : A-t- il en
lui quelque talent utile ou agréable .
>> pour ſe faire un état? » Cette queſtion
paroilloit un peu dure : cependant elle
eſt équitable &digne d'un philoſophe ,
d'un philoſophe ſur-tout qui , né dans
un rang diffingué , avoit cultivé les arts
au pointde pouvoir entirer un bénéfice ,
s'il ſe für trouvé dans une néceſſité qui
P'exigeât.
Les autres réflexions de M. le Conate
de Treſſan ſur l'eſprit de l'éducation ,
font des leçons que les Inſtituteurs ne
ひと
120 MERCURE DE FRANCE.
e
doivent point perdre de vue. Ces leçons
ſe trouvent développées dans des obfervations
ſur l'eſprit des ſciences , des
aris , de la littérature , de l'hiſtoire , de
la poësie . Les beaux-arts font ici définis
une imitation de la nature ſaiſie dans
e genre héroïque , noble, agréable ou
naïf. L'eſprit des arts eſt donc de ſe former
l'idée la plus juſte de ce qu'ils doivent
imiter & repréſenter , & de ſe mettre
en état de juger en quoi les arts ont
repréſenté& imité le plus ou le moins
parfaitement. La nature n'eſt pas toujours
élégante & expreſſive : mais l'art doit
être toujours l'un & l'autre ; l'art doit
faifir tous les inſtans heureux où la nature
s'embellit , ſe caractériſe & s'exprime
avec énergie. Il doit les ſaiſir pour nous
préſenter l'image de la perfection , agrandir
nos idées& nous dérober en quelque
forte à la foule des objets ordinaires qui
nousenvironnent.Nos Spectacles lyriques
ont ils atteint ce but des beaux - arts ?
L'Opéra François eſt ici comparé , avec
affez de vérité , à une poupée de carton
queles Muſes ont pris plaifir de parer
de leurs dons différens . En effet, le fond
ou le ſujet de nos Opéra eſt le plus
ſouvent hypothétique , contraint& hors
de
Μ.Α.Ι. 1776. 121
dela nature , & les acceſſoires de ce fond
ne font que des imitations exagérées des.
effets que préſente la nature. « Cela
❤n'empêche pas , ajoute M. le C. de T.
>> que ce ne ſoit un ſpectacle enchanteur
>> qui frappe à la fois les deux ſens les
» plus actifs , & qui exercent le plus l'in-
>>telligence. L'onie & la vue ſont ſi agréa
>> blement , ſi vivement affectées , que le
>> ſentiment & la volupté entrent par ces
>> deux ſens en notre ame ; ils animent
> la paffion actuelle qui l'agite , ils lui
>> font éprouver quelques étincelles de
n celle qu'elle n'a pas , ils la diſpoſent à
» les recevoir toutes. Le goût.ſévère
>> pourra'donc condamner le carton de
>>la poupée ; mais le goût naturel &le
>> plus général , approuvera l'enſemble
» délicieux des ornemens qui la parent » ..
Dans l'application que M. le C. de
Treſſan fait des loix du goût aux beauxarts
, il cite ce proverbe : Il ne faut point
difputer des goûts. Mais il ne le cite que
pour le combattre ; en effet , il exiſte un
goût immuable & ſeul digne d'être généraliſé.
On peut donc diſputer des
goûts.
Dans toutes ces réflexions ſur l'eſprit ,
l'eſtimable Ecrivain s'eſt attaché aux vé-
F
P
122 MERCURE DE FRANCE.
rités relatives à la marche éclairée de
l'eſprit humain. Ces réflexions , quoique
fommaires , font néanmoins futhſantes
pour donner au Lecteur une notion claire
des objets expoſés tour-a-tour ſous fes
yeux. Comme ces réflexions ſont puiſées
dans un ſentiment vrai & profond du
ſujet , il pourra les étendre , ſe les approprier
& en faire d'heureuſes applications
aux objets de ſes méditations fur les
ſciences , les arts, la littérature , l'hiſtoire ,
la ſociété,&c.
Les réflexions ſur l'efprit forment la
partie la plus conſidérable des OEuvres
diverſes que nous venons d'annoncer.
Elles ſont ſuivies de Diſcours Académi
ques & de l'Eloge de M. Moreau de
Maupertuis. Ces Diſcours renferment
différentes obſervations fur les ſciences
& les arts , qui les font lire avec intérêt.
:
Le portrait hiſtorique de Staniflás le
Bienfaiſant a été dicté par la vérité & la
reconnoillance .
- Un recueil de poëſies , fruit du loifir
&de l'amitié de M. le C. deT. termine
ce volume. Nous ne pouvons mieux caractériſer
ce recueil qu'en rapportant ce
que M. le Comte de Treffan nous dit de
ΜΑΙ. 1776 . 123
la poëſie de ſociété dans ſon article fur
l'eſprit de la poësie. La poësie de ſo-
>> ciété reſſemble à une belle étrangère
→pleine d'eſprit que l'on s'empreſſe
» d'écouter ; on voit briller dans le peu
>> qu'elle fait entendre , tout le feu ,
>> toutes les grâces de ſon imagination :
>mais on en perd un plus grand nom-
>>>bre ; on les regrette ; on cherche à
* deviner , à ne rien perdre de ce qu'elle
>> exprime ; elle nous tranſporte alors
au temps , aux lieux , avec ceux mêmes
>>qui l'animoient à chanter & à peindre ;
» ſa voix eſt brillante , ſes peintures font
>> riantes; elle caractériſe les lettres , les
>> moeurs , les ſociétés & le goût de fon
* ſiècle; elle nous en fait des portraits
>> fidèles , & ſes chants variés inſtruiſent
• en amuſant ». "
Expériences & réflexions relatives à l'analyse
des Bleds & des Farines , par M.
Parmentier , Penſionnaire du Roi ,
Maître en Pharmacie , de l'Académie
Royale des Sciences de Rouen , ancien
Apothicaire-Major de l'Armée Saxonne
, & de l'Hôtel Royal des Invalides
, in 8°, d'environ 200 pages ; prix
11, 16 f. AParis , chez Monory , Lib .
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
rue & vis-à - vis l'ancienne Comédie
Françoiſe.
Dans le Mercure du mois d'Avril
premier volume , nous avons fait mention
d'un Ouvrage de M. Sage fur
l'Analyse de la farine & du fon; la
brochure que nous annonçons actuellement
est une réfutation de cet Ouvrage.
Le but que M. Parmentier s'eft propoſé
dans cette réfutation , eſt de faire
connoître les ſources où M. Sage a puiſé
pour compoſer ſon Analyſe des bleds , &
d'apprécier ce qui paroiſſoit lui appartenir.
Nous renvoyons nos Lecteurs à l'Ouvrage
même , cette brochure étant une
ſimple diſcuſſion de faits qui ne peuvent
occuper une place dans cet Ouvragepériodique.
Lettres fur la Minéralogie , & fur divers
autres objets de l'hiſtoire naturelle de
l'Italie , écrites par M. Ferber , à M.
le Chevalier de Born ; ouvrage traduit
de l'Allemand, enrichi de notes &
d'obſervations faites ſur les lieux : par
M. le Baron de Dietricht , Correfpondant
de l'Académie Royale des Sciences,
Secrétaire Interprète de l'Ordre
ΜΑΙ. 1776 . 125
militaire du Mérite , Membre du
Corps de la Nobleſſe immédiate de la
Baſſe - Alface , Confeiller Noble au
Magiftrat de Strasbourg ; grand in- 8 ° .
d'environ 520 pages. A Strasbourg ,
chez Baver & Treuttel , Libraires ; &
ſe vend à Paris , chez Durand neveu ,
Libraire , rue Gallande. Avec appr. &
priv. du Roi.
L'Italie eſt ſans contredit de tous les
Pays celui que les Gens de Lettres &
les Amateurs des ſciences & des beauxarts
ont parcouru avec le plus d'avidité.
Nous avons des notions exactes ſur les
Peuples qui l'habitent , ſur les monumens
antiques qui s'y trouvent , ſur les arts
qui y ont leuri : mais l'hiſtoire naturelle
eſt la ſeule choſe que nous ignorons;
la diferte de connoiſſances dans
cette partie , fur-tout dans la minéralo .
gie d'Italie , a déterminé M. J. J. Ferber
a y faire un voyage pour s'en occuper
uniquement. Il communiqua par lettres
à M. Born ſes obſervations : & ces lettres
ont paru fi curieuſes & fi intéreſſantes ,
que M. Born a cru devoir les publier ;
on y trouve des remarques intéreſſantes
fur la formation des montagnes d'Italie ,
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
des deſcriptions exactes des minéraux ,
des volcans & d'autres phénomènes naturels
; des conféquences juſtes , des conjectures
ſenſées , & enfin des détails ſur
les Savans de l'Italie.
Ces lettres ont paru en allemand ;
M. Dietricht vient de les publier en
françois , & c'eſt précisément leur traduction
que nous annonçons ici . Le Traducteur
, qui avoit précédé M. Ferber en
Italie, étoit fur le point de donner une
relationde fonvoyage&des découvertes
qu'il avoit faites dans l'hiſtoire naturelle
de ce Pays ; mais comme M. de Born
Jui envoya les lettres de M. Ferber , où
cela étoit détaillé tout au long , M. Dietricht
a préféré de traduire ces lettres en
notre langue , & s'eſt uniquement contenté
de citer quelques unes de ſes obſervations
à la ſuite de celle de M.
Ferber.
1
Principes fur l'art d'accoucher , par demandes
& par réponſes, en faveur des
Sages- Femmes de Province ; par M.
J. L. Baudelocque , Chirurgien de
Paris & Accoucheur ; I vol.in- 12 . A
Paris , chez Didot le jeune , Lib. quai
des Auguſtins.
MAI. 1776. 127
Les brochures ſur l'art d'accoucher ſe
multiplient de jour en jour; mais la plupart
ſont ſi abrégées , qu'elles ne peuvent
que très-peu remplir le but que
ſe ſont propoſé la plupart de ceux qui
les ont rédigées.Celle quenous annonçons
aujourd'hui a en cela un avantage ſur la
plupartdes autres qui l'ont précédée ; elle
contient 1º, une courte deſcription des
parties de la femme , qui ſervent à la
génération & à l'accouchement , les rapports
que ces mêmes parties ont entre
elles & avec le foetus , les changemens
qu'elles éprouvent pendant la groſſelſe ,
&les vices qui peuvent rendre la fortie
de l'enfant plus ou moins difficile , &
même impoſſible par les voies ordinaires
; 2 ° . l'accouchement naturel , ſes
différences , ſes cauſes & ſes ſignes : la
manière de gouverner les femmes pendant
& après cet accouchement; 3 °. les
accouchemens qui exigent les ſecours de
l'art , mais que la main ſeule peut terminer
, ce qui paroît les renfermer encore
dans le pouvoir des Sages- Femmes :
cependant il eſt de leur prudence de ne
jamais les entreprendre ſeules ; car ils
préſentent quelquefois tantde difficultés ,
que l'Accoucheur le plus robuſte a beſoin
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
d'aide pour les terminer ; 4°. enfin quel.
ques détails ſur les accouchemens laborieux
, qui demandent des inſtrumens
pour les opérer.
L'Auteur n'en indique dans cette brochure
que les cauſes & les ſignes , afin
de mettre les Sages-Femmes en état de
les reconnoître & d'appeler les Accoucheurs
à leurs fecours. M. Baudelocque
a rédigé ce Traité par demandes & par
réponſes , pour mettre les Elèves Sages-
Femmes dans le cas de s'interroger mutuellement
& de ſe faire des queſtions
fuivies fur cet objet. M. Baudelocque
obſerve dans la Préface de cet Ouvrage ,
que le Catéchisme fur l'art d'accoucher ,
par M. Augier Dufor, n'eſt que l'extrait
du manufcrit de fon Ouvrage , dont M.
Dufot a fu profiter.
Recueil de Differtations , ou recherches
hiſtoriques & critiques ſur le temps
où vivoit le folitaire Saint Florent au
-MontGlonnelen Anjou; ſur quelques
: Ouvrages des anciens Romains nouveilement
découverts dans cette Proali
vince & enTourraine ; fur l'ancien lit
de la Loire de Tours à Angers , &
celui de la rivière de la Vienne ; fur
:
(
MA I. 1776. 149
le prétendu tombeau de Turnus, a
Tours ; l'affiette de Caſarodunum , première
Capitale des Turones , ſous
Jules Céſar ; les ponts de Cé & le
champ près d'Angers , attribués à cer
Empereur , & celui de Chenehutte ,
à trois lieues au-deffous de Saumur.
Avec de nouvelles aſſertions fur la
végétation ſpontanée des coquilles du
Château des Places; des deſſins d'une
collection de coquilles foſſiles de la
Touraine & de l'Anjou , de nouvelles
idées ſur la falaunière de Touraine ,
&plufieurs lettres de M. de Voltaire
relatives à ces différens objets. Par M.
de la Sauvagere , Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de St Louis ,
&c . t volume in-8°. A Paris , chez la
veuve Ducheſne , rue St Jacques'; la
veuveTillard , rue de la Harpe , 1776
Avec app. & priv . du Roi .
>
Ces différentes Differtations ne peu
vent être que très utiles à ceux qui s'appliquent
à l'étude de l'antiquité ; elles par
roiffent néanmoins un peu hafardées ; les
aſſertions fur les foſſiles font encore plus
ſyſtématiques ; ce que l'Auteur dit fus
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
leur végétation ſpontanée est actuellement
révoqué en doute par les plus favans
Naturaliſtes .
Supplément au traité de M. Petit , fur les
maladies Chirurgicales , & les opérations
qui leur conviennent , rédigé par M.
Leſne , Maître en Chirurgie à Paris ,
ancien Prévôt du Collége , & Confeiller
du Comité de l'Académie Royale
de Chirurgie. A Paris , chez P. F.
Didot le jeune , Libraire , quai des
Auguftins . Prix br. 1 liv. 4 f.
Depuis la mort de M. Petit , on a
trouvé dans ſes cartons un chapitre entier
des plaies à la tête ; la continuation de
l'article du paraphymoſis , qui étoit reſté
imparfait dans l'Ouvrage de M. Perit .
M. Leſne , pour ne pas priver le Public
de ces différens Mémoires , s'empreffe
de lui en faire part dans le ſupplément
que nous annonçons , en attendant qu'il
puiſſe les inférer dans une ſeconde édition
des OEuvres de cet Auteur.
Traité de la fonte des mines par le feu du
charbon de terre , ou Traité de la conf.
MA 1. 1776 . 131
:
truction & uſage des fourneaux propres
à la fonte& affinage des métaux
&minéraux par le feu du charbon de
terre , avec la manière de rendre le
charbon propre aux mêmes ufages
auxquels on employe le charbon de
bois ; par M. de Genſſane , de
l'Académie Royale des Sciences de
Montpellier , Correſpondant de celle
deParis, &Conceſſionnairedes mines
d'Alface & Comté de Bourgogne.
Tome II , avec 45 figures in 4. A
Paris , chez Ruault , Lib . rue de la
+ Harpe. Prix 15 liv.
:
Nous avons annoncé le premier volu
me de cet Ouvrage en 1770 , temps ou
il a paru ; l'Auteur y décrit les fourneaux
propres à chaque fonte , & en explique
l'uſage : il preſcrit en même temps les
règles qu'il y a à ſuivre dans chaque opération
. Le ſecond volume dont il s'agit
ici , renferme des détails qui ne ſont pas
moins intéreſfans; la fabriquedu laiton ,
les matières propres à la compoſition de
ce métal , & les opérations néceffaires
pour y parvenir ; la fabrique du ſmalt ou
bleu d'émail , le cobalt & fes préparations
,la fonte des mines de bifmut paz
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
le feu du charbon de terre , la méthode
pour traiter cellede mercure , d'antimoine
, avec le même charbon : enfin, la
façon de préparer les calamines , les mines
de cobalt & autres mines arſenicales ,
pour retirer, l'or & l'argent que ces minéraux
recèlent quelquefois , & extraire
le ſoufre des pyrites & autres matières
dont on les réttre,&c. font autant d'objets
qui font traités ex profeſſo dans le fecond
volume.
On ſe plaint depuis long-temps, en
France du dépériſſement des forêts , de
la diminution ſenſible du bois & de la
cherté qui en eſt une ſuite . Les verreries ,
les forges , l'exploitation des mines , une
infinité d'autres travaux en grand , da
conſtruction des navires , celle des bâtir
mens , le chauffage , &c. dégarnillent
inſenſiblement nos forêts. M. Genſſane
nous offre dans le charbon de terre une
ſubſtance propre à remplacer le charbon
de bois pour la fonte des mines , objet
qui conſomme une quantité prodigieuſe
de bois ; il donne la manière de s'en
fervir , & il décrit la façon dont doivent
être conſtruits les fourneaux pour en faire
nſage ; il démontre que non-feulement
l'Etat doit gagner dans une pareille ſubſ
MAIL. 1776. 133
titution ; mais même que l'emploi du
charbon de terre peut être d'un bénéfice
réel pour le Particulier , & qu'il ne tend
pas peu à la perfection des métaux. M.
deGenſſane s'étend beaucoup fur la fabrication
du laiton : il tâche de ranimer
le goût pour les Manufactures en ce
genre; elle conferveroit bien de l'argent
dans le Royaume, où le laiten eſt fi fort
employéconny manque pas de calamines
propres à cet uſage , on en trouve
fréquemment aux environs des terres
alumineuſes . Il dit la même choſe du
bleu d'émait , qu'on tire de l'étranger ,
tandis qu'on trouve en France toutes les
matières propres à fa fabrique ; ces vues
patriotiques méritent d'autant plus nos
égards & nos conſidérations , qu'on
n'employera pour toutes les fabriques
que la houille ou charbon de terre : aufli
le premier volume de cet Ouvrage a éré
très bien accueilli des Gens de l'art , &
il n'eſt pas douteux que le ſecond le fera
de même.
4
:
!
Antiquité géographique de l'Inde & de
plusieurs autres contrées de la haute
Afie, par M. d'Anville , premier Géo
graphe du Roi , des Académies Roya
134 MERCURE DE FRANCE.
:
:
les des Inſcriptions & Belles Lettres
& des Sciences , & de celle des Sciences
de Pétersbourg , Secrétaire de Sa
A. S. Monſeigneur le Duc d'Orléans ,
:
090
Extremum hunc,Arethufa, mihi concede laborem.
:
1. Virg. Eclogault. v. 1 .
eli
Vol. in 4. de l'Imprimerie Royale ,
avec des cartes. A Paris , chez l'Aus
teur aux galeries du Louvre , rue de
l'Ortie .
১
Écrire ſur l'ancienne géographie pour
ne citer que des noms de Villes , de Na
tions ou de Provinces , & felon que Pline
s'exprime dans l'exorde de ce qu'il donne
de géographie , locorum nuda nomina ,
& quanta dabitur brevitate , fans y joindre
quelque notion par rapport aux
lieux ou aux parties qui y correfpondent
actuellement , eſt un travail allez facile ,
peu intéreſfant , & qui ne remplit pas
l'objet qu'on doit ſe propoſer en cette
matière. Mais , fi en faifant mention
d'une ville dans l'Inde , telle que Palibothra
, vous faires quelque choſe de plus
que de la nommer , en rapportant les
termes de Pline ſur le rang & l'opulence
ΜΑΙ. 1776 . 135
de cette ville ; le Lecteur en qui vous
faites naître de la curiofité , eſt en droit
de vous demander , ſi elle exiſte de quel.
que manière que ce foir. Et en ſuppofant
que dans les circonstances données
fur l'emplacement de cette ville , il s'en
trouve quelqu'une qui y puiſſe mettre
de l'équivoque , n'est-il pas néceſſaire
d'entrer en diſcuſſion ſur ce point là , &
d'employer la critique pour réfoudre la
difficulté ? C'eſt le procédé que M d'Anville
expoſe dans la préface de fon ouvrage
, & qu'il a fuivi 3-comme cet ouvrage
préſente une carrière très étendue,
l'Auteur l'a divisé en pluſieurs parties.
Ce qui peut appartenir ſéparément à
chacun des principaux fleuves de l'Inde ,
Indus & Ganges , fait une première &
ſeconde ſection. Une troiſième est réſervée
à la partie de l'Inde , qui reſſerrée
des deux côtés par la mer , s'enfonce vers
le Midi . Ce qui concerne la Taprobane
en fait la clôture. La première ſection
préſente un objet très- intéreſſant , celui
des marches d'Alexandre dans ſon expé .
dition, objet qui a été moins développé ,
& avecmoins de rapport , à quelques circonſtances
locales , qu'on ne le verra ici .
Ces ſavantes recherches ſur l'Inde font
136 MERCURE DE FRANCE.
ſuivies de deux Mémoires , que l'on peut
regarder comme un ſuppléinent à ces
recherches . Le premier de ces Mémoires
a pour objet les limites du monde conna
des anciens au delà duGange. Le ſecond
préſente des recherches géographiques &
hiſtoriques ſur la Sitique des anciens , &
une partie de la Sythie.
Histoire de l'Astronomie ancienne depuis
Jon origine jusqu'à l'établiſſement de
l'Ecole d'Alexandrie , par M. Bailly,
Garde des tableaux du Roi , de l'Académie
Royale des Sciences , & de
l'Institut de Bologne .
1
:
Magni animi res fuit rerum naturæ latebras dimovere,
nec contentum exteriori ejus conspectu
introfpicere , &in deorumfecreta defcendere.
Sen. Queſt . nat. lib . VI. c. 5 .
Vol. in 4. avec figures. A Paris , chez
les frères Debure , quai des Auguſtins,
près la rue Pavée .
Cette hiſtoire eſt précédée d'un diſcours
fur la nature & les progrès de l'aſtronomie.
Cette ſcience , en ſe perfectionnant,
a guéri des préjugés , & diſlipé des crainMAI.
1776. 137
tes, nés peut être de ſon enfance même.
C'eſt un ſervice eſſentiel qu'elle a rendu
à l'humanité. « L'homme naît timide ,
> il craint fur-tout les dangers qu'il ne
>>connoît pas , les dangers contre lef-
>>quels il n'a pas meſuré ſa prudence &
>> ſes forces. Avant de s'être familiarifé
- avec la nature , il a commencé par la
craindre , & tout devoit lui cauſer de
» l'effroi. Il fut bientôt accoutumé à l'or-
>> dre invariable du ciel , à la ſucceſſion
>> conſtante de ſes phénomènes ; mais
>>les phénomènes plus rares lui parurent
un bouleverſement de l'ordre naturel.
>>La première éclipſe totale de ſoleil
»donna l'idée de l'anéantiſſement de
> l'univers. L'éclipſe de lune fit craindre
>>la perte de cet aſtre ; on imagina qu'un
>> dragon vouloit la dévorer. Les comè
>>tes remarquables , effrayantes par leur
>> queue & par leur chevelure , annon-
>>çoient la mort des Princes , la deftruc-
>> tion des Empires , la peſte , la fami-
>> ne , &c. L'aſtronomie , en dévoilant
>> les cauſes de ces phénomènes , a raf-
>>furé les eſprits. Le peuple même au-
>> jourd'hui n'eſt pas effrayé des éclipſes.
>>La terreur de l'apparition des comètes
>>a ſubſiſté plus long-temps. Lespensées
138 MERCURE DE FRANCE.
» diverſes du célèbre Bayle , ſont un mo
>> nument de la ſuperſtition. Elles font
> foi qu'en 1680 , dans le temps où
>>Newton calculoit l'orbire des comères ,
>>où Halley étoit près d'annoncer leur
>>retour , l'Europe preſque entière étoit
> encore dans une ignorance profonde
>>>ſur la nature de ces êtres. On les re-
>>gardoit comme des avant coureurs des
>> yengeances divines ; & les alarmes
>>étoient allez, fortes , affez générales
pour que Bayle les combattit avec tou
> tes les reſſources de l'érudition , & toutes
les armes de la dialectique. Mais
l'aſtronomie qui enſeigne que les co-
>>mètes ont un retour certain , & une
»matche invariable , a plus fait contre
→ le préjugé , que le ſavant ouvrage de
»Bayle.»
L'utilité de l'aſtronomie contre l'akrologie
judiciaire , que l'on peut regarder
comme une maladie de l'eſprit humain ,
auſſi déplorable que la ſuperſtition , n'eſt
pas moins reconnue. M. B. expoſe enfuite
les ſervices que l'aſtronomie a rendus
à la ſociété ; ſon utilité pour l'agriculture
, le calendrier, la chronologie,
la géographie & la navigation .
2.On verra avec intérêt dans cette fa
i«
MAI. 1776 . 139
vante hiſtoire, combien il a fallu de temps
& de travaux pour reconnoître que les
mouvemens des aftres , ſi compliqués
en apparence , ſon très fimples en effet ,
& dépendent d'une cauſe plus fimple
encore .
Instruction Pastorale de MonſeigneurAntoine
de Malvin de Montazer , Archevêque
, Comte de Lyon , Primat de
France , fur les fources de l'incréduliré
& les fondemens de la Religion . A
Paris , chez Simon , Imprimeur du
Parlement ; & à Lyon , chez Aimé de
la Roche : in-4°. & in 12.
Les bornes de notre Journal , & l'objetde
cet ouvrage ne nous permettent pas
d'en faire une analyſe ſuivie ; nous nous
contenterons d'en citer quelques morceaux
, dont la lecture nous a vivement
frappés . Pour prouver que les Écrivains
incrédules n'entendent pas les véritables
intérêts de leur gloire ; M. l'Archevêque
de Lyon leur adreſſe ainſi la parole.
>>Hommes de génie ! Écrivains fameux !
> c'eſt donc pour la gloire que vous tra-
>> vaillez lorſque vous proſtituez vos ta
>>lens& vos veilles au triomphe de l'in140
MERCURE DE FRANCE.
ہ ی
>>crédulité. Mais puiſque vous nous for-
>> cez à abandonner le langage de l'E-
>> vangile pour parler avec vous celui de
>> l'amour-propre; dites-nous du moins
>> ſi cette gloire à laquelle vous afpirez
>> eſt bien entendue , & fi vous avez
> mieux compris les intérêts de votre
>>réputation que ceux de votre ſalut ?
>>Hélas ! avec les riches préſens que
» vous aviez reçus de la nature , il vous
>>> étoit fi facile de mériter tout à la fois
>>>notre reconnoiſlance & notre admira-
* tion. Sans les nuages que l'impiété a
>> raſſemblés autour de vous , & qui iront
>>vous noircir juſqu'aux yeux de la pof-
> térité la plus reculée , vos noms euffent
>>> brillé d'un éclat immortel . Eh ! com-
> ment n'avez vous pas prévu qu'au lieu
> des hommages univerſels que vous
>> auroit attirés le bon uſage des dons de
>> Dieu , la partie la plus nombreuſe de
>>l'univers déteſtera vos principes , mau-
>> dira vos ſuccès , fléttira votre mémoire,
» & vous enlevera la plus belle récompenſe
de vos écrits eu les banniſſant
>> de l'éducation publique ? Voyez déjà
>>les pères vertueux , les mères chrétien-
>> res , les inſtituteurs vigilans , attentifs
> à les arracher des mains d'une jeuneſle
MAI. 1776. 141
1
» inconſidérée. Voyez- les toujours fidè-
» les à vous dénoncer de génération en
> génération , comme les corrupteurs des
» moeurs , comme les fléaux de la reli-
>> gion& de la ſociété. Voyez vos funef.
> tes paradoxes invoqués& ſuivis par les
>> Princes injuſtes , les ſujets rebelles , les
>> enfans ingrats, les époux parjures. Con-
> templez dans l'avenir cette multitude de
• méchans& de pervers, dont vous ferez
>>les Apôtres , les Légiflateurs , & qui
>> viendront puiſer dans vos ouvrages
▸ l'oubli de tous les devoirs & l'apologie
» de tous les vices. » Il n'eſt pas poſſible
de défendre la cauſe de la Religion avec
une raiſon plus lumineuſe , & une éloquence
plus perfualive.
A la fuite d'un tableau fublime &
profond de la morale de Jeſus - Chrift ,
l'illustre Auteur de cette Inſtruction Paftorale
expoſe avec autant de courage que
d'énergie les devoirs particuliers que la
Religion impoſe aux Rois. « Mais fi le
> chriſtianiſme proſcrit toute défobéif-
> ſance dans les ſujets , ce n'eſt pas pour
>> favoriſer les abus de l'autorité dans le
>>Monarque. Aucun code n'a jamais aufli
> fortement inculqué aux Rois qu'ils ne
>>ſont pas Rois pour eux; que le diadême
142 MERCURE DE FRANCE.
>> dont leur front eſt orné , eſt le ſym.
* bole de leur fervitude , encore plus
• que de leur grandeur ; & que s'ils tiennent
ici bas la place de Dieu , ce n'eſt
- qu'à la charge de régner comme lui
> par les loix , de féconder & d'enrichir
> comme lui tout ce qui eſt ſoumis à
>>leur puiſſance: Aucune loi ne leur a
jamais auſſi ſévèrement interdit les
➡violences du deſpotiſme , & les dou-
>> ceurs de la domination atbitraire . Au-
>> cune lumière ne leur a jamais auſſi clai-
» rement montré que leurs devoirs font
» immenfes ; qu'ils dérobent à leurs
" peuples le temps qu'ils prodiguent à
>> leurs plaiſits ; que les grâces accordées
» à la faveur font autant de larcins faits
» au mérite ; que le glaive dont ils font
>>armés ne doit être redoutable qu'au
>> crime ; que les impôts cellent d'être
» permis dès qu'ils ne ſont plus comman-
» dés par le beſoin public ; que les injuf-
» tices qu'ils ne répriment pas les ren-
>> dent coupables comme celles qu'ils
>> commettent ; en un mor , que leurs
ſujets font autant de frères en mino-
>> rité , qui ont droit d'être protégés &
fecourus , non en proportion de leurs
richeffes ou de leur crédit , mais de
MAI. 1776 . 143
>> leur dénuement & de leur foibleſſe . »
Nous allons tranſcrire la peror ifon
de cet excellent ouvrage , qui doit déformais
fervir de modèle à tous les Ecrivains
qui défendent la cauſe de la Religion.
« Et nous Miniſtres de Jeſus Chriſt,
» à qui le dépôt de cette Religion a été
>> confié , & qui ſommes ſpécialement
>>chargés du ſoin de la défendre , nous
>>laiſſerons nous intimider par les efforts
>> de ſes ennemis ? Mais ſa cauſe n'a telle
>> pas toujours les mêmes fondemens, les
ود mêmes titres , les mêmes appuis ?Ne
>> ſommes- nous pas les ſucceſſeursde ces
>>hommes Apostoliques, qui ont foumis
>>l'univers idolâtre à l'empire de la croix ?
>>>Les incrédules qui s'oppoſoientàſon éta.
>> bliſſement , étoient-ils moins redou-
>>tables que ceux qui travaillent aujour
>> d'hui à ſa ruine ? Et fi nous ſommes
>>fidèles à notre vocation , ſes anciennes
>>victoires ne ſont elles pas des gages af-
» ſurés de ſes nouveaux triomphes ? Ce
>> pendant, nos chers Coopérateurs, cette
>>juſte confiance ne doit pas dégénérer
>>en préſomption. Ce n'eſt point à nous,
> ce n'eſt point à un Royaume particulier
, c'eſt à l'Egliſe ſeule qu'appartient
>>le privilége de l'indéfectibilité. Dies
144 MERCURE DE FRANCE.
>> nous menace pat ſes Prophètes de re
>> muer , de tranſporter dans d'autres con-
>>trées le flambeau de la foi. Depuis long-
>> temps il a cellé d'éclairer cette partie
>> du monde , où il avoit brillé d'abord
>>'avec le plus d'éclat , & nous devons
>>craindre que Dieu n'exerce fur nous
>>les mêmes rigueurs , en punition de
>>notre ingratitude. Conſacrons donc
>> nos talens & nos veilles à nous rem-
» plir de plus en plus de la ſcience du
>> chriftianiſme , au lieu de nous livrer
» à des travaux profanes , qui en paroif-
>> fant étendre l'utilité de notre minif-
>> tère, changent ſon objet , & en éteignent
l'eſprit. Reconnoiffons que la
> meſured'inſtruction qui auroit pu nous
ود ſuffire dans des temps plus tranquilles ,
>>ne répond plus à l'étendue de nos de-
>> voirs dans ces jours d'effervefcence &
>> de contradiction. Imitons les pères de
>>l'Eglife, qui ſans jamais perdre de vue
l'univerſalité du dépôt de la foi, médi-
» toient& défendoient avec plus de foin
» les vérités qui étoient plus violemment
>>attaquées. Nous ne ſommes pas tous
> appelés à combattre l'incrédulité par
nos écrits mais nous sommes tous
obligés de ne laiſſer aucun prétexte à
>> fes
ΜΑΙ . 1776. 145
>> ſes dédains & à ſes calomnies. Préfen-
>> tons donc la Religion aux hommes
» avec cette noble ſimplicité qui lui ap
>>partient , telle qu'elle eſt ſortie du ſein
>> de Dieu , & qu'elle nous a été tranf-
>>miſe par les Apôtres : ſa doctrine, ſans
> aucun mélange des inventions de l'ef
>> prit humain , & ſon culte dégagé de
>>toutes les pratiques qui ne ſeroient pas
>>dignes d'elle. Ce ne ſont pas ſeule-
» ment les grandes lumières , nos chers
» Coopérateurs , ce ſont ſurtout les
>>grandes vertus qui font la force de la
>>milice ſainte. La Religion n'a d'autre
>>but que de rendre les hommes ſages
» & heureux. Et qui ofera s'elever con-
>>tr'elle , lorſque tous ſes Miniſtres, ani
>>més du même eſprit , ſe dévoueront
>>pleinement à ce grand ouvrage , lorf
>> qu'on ne les verra quitter le filence de
>> leurs retraites que pour entretenir la
>>paix dans les familles, réconcilier
>> les ennemis , ramener les pécheurs ,"
> protéger les foibles , fecourir les pau-
» vres , conſoler les affligés , prêcher
>>l'humanité aux grands , la ſoumillion
> aux peuples , la justice aux Rois , lorf-
>>qu'enfin toutes leurs paroles ſeront des
• inſtructions , toutes leurs actions des
G
146 MERCURE DE FRANCE.
ود
>>exemples, toutes leurs entrepriſes des
>>>bienfaits publics ?Ce feroit méconnoî-
» tre à la fois & les principes & les
>>intérêts du chriſtianiſme , que de ne
>>pas embraſler juſqu'à ſes détracteurs
>>dans l'étendue de notre charité. Sou-
>>venons-nous donc , nos chers Coopé-
>> rateurs , que pour être les ennemis de
>>> notre cuite , ils n'en font pas moins
>> nos frères ; que plus ils font inexcufa-
>>bles , plus ils font malheureux ; qu'à
>> Dieu appartient le droit de les juger ,
»& à nous l'obligation de les aimer &
>> de les plaindre; qu'un zèle amer feroit
>>plus propre à les aigrir qu'à les attirer ;
*que la vérité s'infinue preſque toujours
>>par les douceurs de la perfuafion , &
>> ne s'établit jamais par les excès de la
>>violence ; que la force de la parole , le
>>pouvoir de l'exemple , la ferveur de la
>>prière , les attraits de la piété ſont les
>>armes de la Religion ;& que lors même
>>qu'elle paroît s'irriter de l'obſtination
>>des pécheurs , c'eſt encore au feu de la
charité que s'allume le flambeau de fa
>> colère. »
M. de Montazet étoit déjà connu trèsayantageuſement
par pluſieurs ouvrages
qu'on relit avec plaifir, & qui reſteront ;"
:
MAI. 1776 . 147
mais cette nouvelle production doit beaucoup
ajouter à ſa gloire , & elle mérite
le grand ſuccès qu'elle a dans cette capitale.
On y admire un ſtyle majestueux
&pathétique , des connoiſſances profondes&
bien digérées , une éloquence éloignée
de la ſéchereſſe & de la déclamation
, beaucoup d'amour pour les lettres
& pour ceux qui les cultivent , & furtoutune
modération bien digne d'un Prélat
auſſi diftingué par la ſupériorité de ſes
talens , que par ſon zèle pour la Religion.
Année Sainte ; Ouvrage inſtructif ſur le
Jubilé , ſuivi de la paraphraſe de pluſieurs
pleaumes & cantiques choiſis. A
Paris , chez Lottin le jeune , Libr. rue
St Jacques.
On a eu beau, dans tous les temps, attaquer
l'établiſſement des fêtes & des folennités
, tourner en dériſion le culte
extérieur & fes cérémonies , & crier à
l'illufion , on n'a pas moins conſervé ,
tant dans l'ancienne loi que dans la nouvelle
, les ſignes extérieurs & ſenſibles
par leſquels les hommes ont été conduits
& élevés peu à peu àla connoiffance du
i
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
culte & de l'adoration intérieure qu'ils
devoient à l'infinie majeſté de Dieu.
Dieu a voulu ſous les deux alliances que
non ſeulement notre ame , mais auſſi
notre corps & tous nos ſens fuiffent employés
à ſon ſervice , & que tout en
nous concourût à l'accompliſſement du
grand devoir de glorifier &de louer Dieu
en toutes chofes.
Dans l'état où la vérité ſe montrera à
nous ſans voile & fans nuage , notre
culte n'aura beſoin ni de ſignes , ni de
ſymboles ; il conſiſtera tout entier à louer
Dieu , & cette louange fera l'effet de
la parfaite connoiſſance & de l'ardent
amour qui nous réunira à ce ſouverain
bien; mais dans l'état de la vie préſente ,
nous ne pouvons voir la vérité divine
en elle-même. Il faut que le rayon de
cette divine vérité nous éclaire par des
ſignes ſenſibles , quoiqu'en diverſes manières
, felon que notre eſprit eft capable
de cette lumière ſi ſublime , & felon
les différens états où nous nous trouvons.
D'ailleurs ces ſignes viſibles qui frappent
les fens , ont une certaine éloquence qui
s'accommode à l'eſprit & à la capacité
de ceux qui defirent d'apprendre la doctrine
du ſalut , & qui les fait monter,
ΜΑΙ. 1776 . 149
par les choſes viſibles , à celles qui font
inviſibles.
1
Les pratiques du Jubilé qui tiennent
au culte extérieur preſcrit par les loix
divines & par celles de l'Eglife , & qui
renaiffent tous les vingt-cinq ans pour
ranimer la ferveur des Juſtes , & pour
faire fortir les pécheurs de leur profonde
lethargie , nous apprennent que rien n'eſt
plus vain & plus inutile que les tentatives
des hommes contre un édifice bâti
des mains de l'Eternel ; l'Eglise , malgré
les infultes & les clameurs de ſes ennemis
, n'a pas retranché une ſeule ſyllabe
de ſes prières , un ſeul iota de ſes loix ,
croyant toujours les mêmes dogmes , cé
lébrant les mêmes offices , pratiquant les
mêmes uſages & nous accordant les mêmes
indulgences.
C'eſt une vérité de foi , que l'Eglife
a le pouvoir d'accorder les indulgences;
mais l'exercice de ce pouvoir a ſes règles.
Ses Miniſtres n'en accordent que fur de
ſolides raiſons , & qui ſoient telles ,
qu'elles méritent que Dieu ratifie ces
indulgences dans le ciel : ainſi l'Eglife
ne prétend point remettre toutes les peines
dues au péché. Il faut néceſſairement
que la juſtice de Dieu ſoit fatisfaite;
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
mais il eſt en ſon pouvoir d'abréger la
durée de ces peines , d'en adoucir la rigueur
, quand elle trouve dans le pénitent
une douleur affez vive , une ferveur
aflez ardente pour l'autoriſer à croire que
la portion des peines qu'elle remet, eſt
fuffisamment compenſée par les ſaintes
douleurs du pénitent & par l'ardeur de
ſa charité , & que Dieu , qui remet plus
à celui qui aime plus , ratifiera l'indulgence
qu'elle accorde ſur ces folides motifs.
Quel est donc le principal but de
J'Egliſe en propoſant les Jubilés à tous les
fidèles ? C'eſt de les inviter tous à entrer
dans ces di poſitions excellentes auxquelles
ſeules elle entend accorder l'indulgence
,& qui ſeules la recevront. Si
elle ordonne à tous ſes membres de redoubler
leurs prières , c'eſt pour obtenir
par ce faint concert & par cette heureuſe
violence ces diſpoſitions ſalutaires.
L'Ouvrage que nous annonçons renferme
tout ce qu'il eſt eſſentiel de ſavoir
fur la matière des indulgences , & tout ce
que l'on doit pratiquer dans le temps des
Jubilés.
Recherches fur les maladies épizootiques ,
MAI. 1776 .
fur la manière de les traiter & d'en
préſerver les beſtiaux ; tirées des Mémoires
de l'Académie Royale des
Sciences de Stockholm , & traduites
du Suédois en François par M. de
Baer , Aumônier du Roi de Suède ,
Aſſocié ordinaire de l'Académie des
Sciences de Stockholm , Correfpondantde
celle de Paris. Broc. d'environ
80 pages in - 8°. prix 20 fols. A Paris ,
chez Lacombe , Libr. rue Chriſtine ,
1776. Avec approbation & privilége
du Roi.
Ces Mémoires ſont très importans
pour connoître , pour caractériſer & pour
prévenir ou combattre la maladie des
beftiaux qui a fait, depuis pluſieurs années
, de grands ravages dans preſque
toute l'Europe. Ils ont été publiés en
Suède par ordre du Gouvernement. Le
premier Mémoire traite de la maladie
desbeſtiaux , le ſeconddéfigne les caractères
extérieurs de cette maladie , le troiſième
expoſe les marques de guériſon ,
le quatrième donne la deſcription de l'intérieur
des animaux morts , le cinquième
contient des réflexions ſur l'inoculation
de la maladie des beſtiaux , le ſixième a
Giv
MERCURE DE FRANCE:
pour objet la maladie des animaux &
pluſieurs remèdes employés avec ſuccès ;
le ſeptième Mémoire eſt ſur la plantation
& la récolte des orties , ainſi que ſur
l'avantage incontestable qu'on peut en
tirer pour engraifler le bétail & pour le
préſerver de toute eſpèce de maladie.
Tout est trop eſſentiel dans une pareille
matière pour en faire une analyſe : il
fuffit fans doute d'avoir fait connoître les
objets de ces Mémoires .
2.1:
1
こ
* Les A-propos de Société, ou Chanfons
de M. L. 3 vol . avec fig. prix 24 liv.
brochés , A Paris , chez la veuve Do
cheſne , rue St Jacques ; Lacombe ,
rue Chriſtine ; & chez les Libraires
qui vendent les nouveautés.
?
Il y a quelques exemplaires en papier
d'Hollande .
Ces Chanſons peuvent fervir de
ſuite à l'Anthologie Françoiſe.
M. L *** eft heureux en à-propos.
L'Amoureux de quinze ans , compoſé
àpropos du mariage d'un de nos Princes ,
* Article deM. de laHarpe.
ΜΑΙ. 1776. 153
eft reſté au Théâtre Italien comme une
de nos plus jolies pièces , & comme le
modèle d'une fête villageoiſe du ineilleur
goût. On ne réuffit pas toujours auſſi
bien. Une chanfon bonne pour la ſociété
n'eſt pas toujours bonne ailleurs , & ce
qui eſt agréable au chant ne l'eſt pas toujours
à la lecture. Il ne faut donc pas regarder
d'un oeil trop ſévère un recueil de
chanfons en trois volumes. Le talent de
M.L*** pour ce genre étoit déjà reconnu.
Il y a de la gaieté & de l'agrément dans
les chanfons que les Amateurs ont retenues
, & qu'ils retrouveront avec plaiſir
dans cette collection , qui est très foignée.
Les airs font notés avec la plus grande
exactitude , la muſique eſt parfaitement
gravée ; & l'édition , ornée de jolies ef
tampes , doit fatisfaire les Curieux.
:
Eloge historique de Henri IV, Roi de
France & de Navarre ; par M. le B. D.
N. P.
Vois ce Roi triomphant, oe foudre de la guerre,
L'exemple , la terreur & l'amour de laterre.
Henriade, ch. του.
Broch. d'environ 64 pages in. 8.prins
4 MERCURE DE FRANCE.
15 f. A Paris , chez Lacombe , Libr
rue Chriſtine , 1776. Avec approb . &
priv. du Roi.
Cet Éloge a l'avantage d'avoir été
inſpiré par un ſentiment patriotique , &
d'être l'Ouvrage d'un homme de condition
qui tient un rang honorable dans la
Province même qui ſe glorifie d'avoir été
le berceaude Henri IV. Nousajouterons ,
d'après M. de Sancy , Cenfeur Royal ,
qu'on ne peut qu'approuver ce nouvel
hommage rendu à la mémoire d'un
grandRoi , dont notre jeune Monarque
eſt le digne héritier par le fang & par les
vertus.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
CORNELIITACITI Operafupplementis ,
notis & differtationibus illuftravit Gabriel
Brotier ; 7 vol. in-12. A Paris , chez
Mérigot le jeune, quai des Auguſtins ,
au coinde la rue Pavée.
Cette édition eſt augmentée de plufieurs
fragmens qui n'étoient point dans
l'édition in -4°.
MAI. 17766 ASS
:
Les Saiſons , feptième édition , ornée
de nouv. fig. chez Piffor , Libr. quai de
Conti.
Anecdotes du règne d'Edouard II , Roi
d'Angleterre ; chez le même. On en
rendra compre inceſſamment.
LeManuel d'Epictète , traduit par M.
Dacier ; 2 volumes in 12. pour ſervir de
fuite à la Bibliothèque des anciens Philofophes,
dont ils forment les Tomes
X& XI ; chez le même.
Le Traité des bienfaitsde Sénèque , traduit
par M. Dureau de la Malle ; i vol.
in 12 , chez le même .
Les Mémoires Turcs , nouv . edit. 2 vol.
in 12. chez Mérigot le jeune , quai des
Auguſtins.
212
Le Temple de Gnide , par M. Léonard ;
broch. in 8°. prix 4 liv. 16. f. chez le
même.
Hiftoire des révolutions de Corſe depuis
fes premiers habitans juſqu'à nos jours ,
par M. l'Abbé de Gerinanes ; 3 volumes
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
in- 1 2. prix br. 7 liv . 10 f. A Paris , chez
Demonville , Impr. Libr. de l'Académie
Françoiſe , rue St Severin , aux Armes de
Dombes , 1776.
i
Traité de l'Eau bénite , ou l'Egliſe Catholique
juſtifiée ſur l'uſage de l'eau
bénite; Ouvrage hiſtorique , politique &
moral . Par le R. P. Nicolas Collin ,
Docteur en Théologie , Chanoine Régulier
de l'étroite obſervance de Prémon--
tré , ancien Prieur de Rongéval; in- 12.
prix br. 36 f. chez le même..
LeCommerce&le Gouvernement , con-
Adérés relativement l'un à l'aurre ; Ouvrage
élémentaire , par M. l'Abbé de
Condillac , de l'Académie Françoiſe , &
Membre de la Société Royale d'Agriculture
d'Orléans ; in- 12. AAmſterdam ; &
à Paris , chez Jombert & Cellot , Libr..
rueDauphine.
:
: Lettres critiques & differtation fur le
prêt du commerce ; par M. Liger , Prêtre ,
Licentié ès Loix . A Paris , chez Moutard,,
Libr. rue du Hurepoix..
Traité de l'Ufure , ſervantde réponſe à
MAI. 1776 . 157
une lettre fur ce ſujet , publiée en 1770
fous le nom de M. Proſt de Royer , Procureur
Général de la Ville de Lyon , &
au Traité anonyme ſur le même ſujet ,
imprimé à Cologne en 1769 ; par M.
Etienne Souchet , Avocat en Parlement
& au Siége Préſidial d'Angoumois ; in-
12. br. prix 2 liv . A Paris, chez Baſtien ,
Libr. rue du Petit- Lion , Fauxbourg St
Germain..
Mémoirefur les maladies contagieuses
du bétail; in- 4°. d'environ 42 pages , de
l'Imprimerie Royale ; prix 15. f. br. A
Paris , chez P. Fr. Didot le jeune , Libr..
quai des Auguſtins..
Traité duſeigle ergoté , par M. Read,,
Docteur en Médecine , &c. feconde édit.
brochure d'environ 94 pages in - 12 . prix
1 liv. 4 f. A Merz , chez Colignon ; & à
Paris , chez Didot le jeune..
Mémoirepourfervir au traitement d'une
fièvre épidémique , fait & imprimé par
ordre du Gouvernement ; par M. Maret ,
Docteur en Médecine de l'Univerité de
Montpellier , &c. br. d'environ 62 pag..
in-8 °. prix 1 1. 4. f. A.Dijon , chez Fran
158 MERCURE DE FRANCE.
tin ; & à Paris , chez Didot le jeune , quai
des Auguſtins.
L'Amiphiloſophe &politique ; Ouvrage
où l'on trouve l'eſſence , les eſpèces , les
principes , les ſignes caractériſtiques , les
avantages & les devoirs de l'amitié ; l'art
d'acquérir , de conſerver , de regagner le
coeur des hommes , in-8 ° . d'environ 160
pages. A Nancy , chez Babin , Libraire ; à
Paris , chez Dumoulin , Libr. au bas du
PontSt Michel.
Origine des découvertes attribuées aux
Modernes , où l'on démontre que nos
plus célèbres Philoſophes ont puiſé la
plupart de leurs connoiſſances dans les
Ouvrages des Anciens ; & que pluſieurs
vérités importantes ſur la Religion ont
été connues des Sages du Paganiſine. Par
M. Datens , de la Société Royale de
Londres , & de l'Académie des Inſcriptions
& Belles-Lettres ; ſeconde édition ,
conſidérablement augmentée ; 2 vol. gr.
in -8 °. A Paris , chez la veuve Duchefne ,
Lib. rue St Jacques .
Dictionnaire historique & géographique
portatifdes quatre parties du monde, dans
MA 1. 1776 . 159
lequel on trouve tous les Royaumes ,
Provinces & contrées de la terre , les
Princes dont ils dépendent ; les rivières ,
baies , mers , montagnes , &c. 2 vol . pet .
in-8 °. le premier d'environ 492 pag . le
ſecond d'environ 340 pages. A Paris ,
chez Coſtard , Libraire , rue St Jean de-
Beauvais .
1. K. L. Effai dramatique ; Ouvrage
pofthume de Léonard Gobemouche , publié
par Marc-Roch Luc Pic Loup , Citoyen
de Nanterre , des Académies de
Chaillot , Paffy , Vanvres , Auteuil , Vaugirard
, Surefne , & c. dernière édition . A
Montmartre ; & ſe trouve à Paris chez
L. Cellot , Imp. Lib . rue Dauphine.
Mémoire fur les bois de Cerf fofſfiles
trouvés en crenfant un puits dans les environs
de Monteméliard en Dauphiné ,
à 14 pieds 2 pouces de profondeur , le
28 du mois d'Août 1775 ; in-8 ° , d'environ
24 pages avec fig. A Grenoble , chez
Cucher ; à Paris , chez Ruault , Libr. rue
de laHarpe.
Difcufſſion de l'ordre profond& de l'ordre
mince , ou examen des ſyſtêmes de
160 MERCURE DE FRANCE.
MM. de Meſnil - Durand & de Maizeroy,
comparés avec l'ordre à trois de hauteur;
par M. Ducoudray , Capitaine au Corps
de l'Artillerie , Correſpondant de l'Académie
des Sciences . A Amſterdam ; & à
Paris , chez Ruauft , Lib. rue de laHarpe.
Epitre en vers aux Membres de l'Académie
Françoise décriés dans le XVIII .
Siècle. Par M. Vigée. Broch. de 16 pag.
in-8°. A Londres ; & à Paris , chez les
Libraires qui vendent les nouveautés.
Hiſtoire des progrès de l'esprit humain
dans les ſciences & dans les arts qui en
dépendent. SCIENCES EXACTES ; ſavoir :
Farithmétique , l'algèbre , la géométrie
Vaſtronomie , la gnomonique , la chronologie
, la navigation , l'optique , la méchanique
, l'hydraulique , l'acoustique & la
musique , la géographie , l'architecture civile
, l'architecture militaire , l'architecture
navale ; avec un abrégé de la vie des
Auteurs les plus célèbres dans ces fciences
. Par M. Savérien. Volume in- 8 °. rel ..
prix s liv. Nouv. édit. corrigée. A Paris,
chez Lacombe , Lib. rue Chriſtine, 1776 .
On trouve chez le même : Hiſtoire des
progrès de l'eſprit humain dans les ſcien.
ces physiques & naturelles , in-8°..rel...
MAI . 1776. 161
ACADÉMIES.
I.
PARIS .
L'ACADÉMIE ROYALE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES LETTRES tint ſa ſéance publique
le 16 d'Avril . M. Dupuy , Secrétaire
perpétuel , annonça que M. Dumont ,
Avocat au Parlement , Cenfeur Royal ,
Honoraire de l'Académie d'Amiens , Afſocié
étranger de la Société Royale de
Nancy , Penſionnaire du Roi , avoit remporté
le prix , qui étoit double (c'eſt le
fecond qui lui eft adjugé ) ; & que le
Mémoire du Père Arcere , de l'Oratoire ,
avoit mérité l'acceffit. Il s'agiſſoit d'examiner
: Quel avoit été l'état de l'agricalture
chez les Romains , depuis le commencement
de la République jusqu'aufiècle de
Jules Céfar, relativement au gouvernement ,
aux moeurs & au commerce. Il annonça
enfuite que le ſujet du prix pour la Saint
Martin 1777 , confiftoit à examiner :
Quelsfurent les noms & les attributs divers
162 MERCURE DE FRANCE.
८
de Cérès & de Proferpine chez les différens
Peuples de la Grèce & de l'Italie , quelles
furent l'origine & les raiſons de ces attri.
buts. L'Académie invite encore les Auteurs
à chercher quels ont été les ſtatues ,
les temples , les tableaux célèbres de ces
Divinités , & les Artiſtes qui ſefont illuftrés
par ces Ouvrages. Le prix ſera d'une
médaille d'or de soo livres . Les pièces ,
affranchies de tout port, feront envoyées
au Secrétaire perpétuel avant le er de
Juillet 1777 .
Le reſte de la ſéance a été occupé par
la lecture des Mémoires ſuivans :
Obfervationsfurl'Hyppolite , Tragédie
d'Euripide , comparée avec la Phèdre de
Racine , par M. l'Abbé Batteux.
Extrait d'un Traité complet lu à l'Académie,
ſur l'attaque &la défenſedesplaces
chez les Anciens , par M. de Maizeroy.
Recherchesfur l'harmonie & les accords
de la musique des Anciens , par M. de Rocheforr.
Difcours préliminaire d'un Ouvrage
intitulé : Tableau de la fureurdu Jeu, tiré
des Anciens &des Modernes , par M. Dufaulx.
...
MAI. 1776. 163
I I.
L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES
tint , le 17 Avril , ſa ſéance publique ,
préſidée par M. le Comte de Maillebois.
M. de Fouchy , Secrétaire perpétuel ,
annonça que le prix proposé pour cette
année , dont le ſujet étoit la Théorie des
perturbations que les comètes peuvent éprouver
par l'action des planètes , avoit été
remis à 1778 , avec une rétribution double.
Les Arts publiés par l'Académie depuis
Pâques 1775 , font le Faiseur de peignes
pour les métiers, ſervant de ſixième partie
à l'art de fabriquer les étoffes de ſoie ,
par M. Paulet; la première ſection de
l'art du Tourneur Méchanicien , par M.
Hullot père ; & la quatrième ſection de
la ſeconde partie de l'art d'exploiter les
mines de charbon de terre .
M. de Fouchy lut enſuite l'Eloge du
Marquis de Valiere , Lieutenant-Général
des Armées du Roi & Directeur général
de l'Artillerie .
M. le Monnier fit lecture de la préface
d'un Ouvrage de ſa compoſition, intitulé :
Loix du magnétisme comparées aux ob164
MERCURE DE FRANCE.
fervations & aux expériences en différentes
parties du globe terrestre , pour fervir à
la théorie de l'aimant , & à la construction
des cartes magnétiques & réduites.
M. de Vaucanfon lut un Mémoire fur
le Choix de l'emplacement &fur la forme
qu'il convient de donner aux bâtimens
d'une fabrique d'organfin , à l'usage defes
nouveaux moulins.
M. Bailly fut un Mémoire ſur l'accord
de la mesure de la terre des Anciens , avec
celle qui réfulte des obfervations & des mefures
des Académiciens François .
MM . Lavoiſer , Vandermonde , Baumée
& Bezout, firent leur rapport des
Obfervations thermométriques du grand
froid de cette année, &de la comparaiſon
des thermomètres qu'ils étoient chargés
d'examiner. Il en réſulte que le froid de
1776 a été moindre que celui de 1709.
M. l'Abbé Boſſut lut de nouvelles réflexionsfur
la théorie desfluides.
La féance a été terminée par un Mémoire
de M. l'Abbé de Rochon ſur la
fabrique d'une nouvelle lunette achromatique
avec un objectif à trois verres.
MAI . 1776 . 165
SPECTACLES.
CONCERT au Château des Tuileries.
LE Dimanche 28 Avril on a donné au
Château des Tuileries un Concert au
profit de MM. Jarnowick , Befozzi , le
Brun & Duport. Ce Concert a attiré un
grand nombre d'Amateurs , & tous ont
été enchantés de la parfaite exécution de
MM . Befozzi & le Brun , rivaux &
amis , qui ont joué ſur le hautbois des
duos admirables. M. Jarnowick s'eſt furpaffédans
ſon concerto de violon , &M.
Duport dans ſa ſonate de violoncelle.
Ces habiles Maîtres ne laiſſent rien à
deſirer pour la beauté des fons , pour la
juſteſſe des intonations , pour l'adreſſe &
le goût de leur jeu . M. Piozzi , excellent
Moficien , ainſi que MM. Guichard &
Julien , ont chanté des airs italiens qui
ont été applaudis. On a entendu avec les
témoignages de la plus grande fatisfaction
Mile Colombe , qui a exécuté parfaitementune
ſcène & un air de Traïetta ,
morceaux très-favorables pour faire con
166 MERCURE DE FRANCE.
noître la beauté de fon organe & le goût
de fon chant. MM. Jarbowick & le Duc ,
MM. le Brun & Duport ont exécuté
pluſieurs petits airs arrangés par feu M.
Trial . Ce Concert a fini par un Oratoire
mis en muſique par M. Mereaux.
OPERA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
a donné le Mardi 23 Avril , la première
repréſentation d'Alceste , Tragédie-Opéra
en trois actes .
Le poëme , imité de l'Italien , eſt de
M L. B. D. R. La muſique eſt de M. le
Chevalier Gluck.
« Si ce poëme, dit le Traducteur dans
> un Avertiſſement , a quelque ſuccès ,
ce fera à M. Cazabigy que nous en ſe-
>> rons redevables . Non-ſeulement nous
> avons ſuivi en partie le plan de fon
>>Alceſte; mais nous en avons encore-
» emprunté pluſieurs détails , afin de
>> conferver un grand nombre de mor-
>> ceaux de la muſique la plus paſſionnée,
→ la plus énergique , la plus théâtrale qu'on
>> ait entenduefur aucun Théâtre de l'EuΜΑΙ.
1776 . 167
rope , depuis la renaissance de ce bel
art .
Ainſi cet Opéra eſt annoncé comme
le chef-d'oeuvre de M. le Chevalier Gluck
& comme celui de toute la muſique théâ .
trale. Nous n'avons rien à dire après un
éloge ſi bien prononcé. Les Amateurs
& les Connoiffeurs font à portée d'en
juger.
L'exécution, tantde la part des Acteurs
que de celle de l'orchestre , ne laiſſe rien
à deſirer. Mlle Levaſſeur a ſaiſi parfaitement
le caractère du rôle d'Alceste , &
M. le Gros s'eſt diſtingué dans celui
d'Admette,
:
L'action du poëme eſt ſimple. Dans le
premier acte un,Hérault annonce que le
Roi Admette touche à fon heure dernière.
Le Peuple fait entendre ſes gémiſſemens
. Alceſte vient avec ſes enfans;
elle unit ſes regrets àceux de ſes Sujets.
Elle ordonne des ſacrificesdansle Temple
d'Apollon . Auffi-tôt le Temple paroît.
Le Grand-Prêtre , avec le choeur des Prêtres
& Prêtreſſes , & la Reine , invoquent
le Dieu. On entend cet oracle :
Le Roi doit mourir aujourd'hui ,
Si quelqu'autre au trépas ne ſe livre pour lui.
168 MERCURE DE FRANCE .
Le Peuple ſe retire; aucun ſujet ne ſe.
préſente pour victime ; alors Alceſte..
offre aux Dieux de conſerver par ſa mort
les jours de ſon époux .
Dans le ſecond acte , on célèbre le
retour de la ſanté du Roi. Admette , ſe
félicite de vivre pour faire le bonheur
de ſes ſujets , & pour adorer encore les
vertus & les appas d'Alceſte . La Reine
ne peut diffimuler ſa triſteſſe ; elle avoue
enfin le ſacrifice qu'elle a fait. Admette
ne veut point conſerver ſa vie au prix de
la ſienne .
:
(àAlceste)
Barbare ! non , ſans toi je ne puis vivre ,
Tule ſais , tu n'en doutes pas :
Etpour ſauver mes jours ta tendreſſe me livre
Ades inaux plus cruels cent fois que le trépas.
1
T
4
La mort eſt le ſeul bien qui me reſte à prétendre ,
Elle est mon ſeul recours dans mes tourmens.
affreux ,
Et l'unique faveur que j'oſe encore attendre
De l'équité des Dieux.
:
Acte troisième . Alceſte va à l'autel de
la mort accomplir fon facrifice . Elle frémit
: mais l'amour l'encourage . Elle im
1
plore
MAI. 1776 . 169
plore les Divinités infernales ; Admette
s'empreſſe de défendre les jours de fon
Epouſe , & veut mourir à ſa place. L'Enfer
demande ſa victime ; Alceſte ſe livre
au trépas . Les Peuples pleurent la perte
d'Alceſte & d'Admette . Apollon deſcend
dans un char avec ces deux Epoux , & les
rend au voeux de leurs Sujets .
CetOpéra eſt terminé par un divertifſement
dans lequel les premiers talensde
la danſe renouvellent les plaiſirs & l'admiration
des Spectateurs.
La décoration du dernier acte eſt faite
d'après les deſſins de M. de Machi ,
Peintre du Roi , & a été exécutée par
lui.On y retrouve les effets pittoreſques
que ce Maître met dans ſes tableaux .
On ſe rappelle ſans doute l'Alceste de
Quinault , Opéra dans lequel Hercule
joue un rôle ſi noble & fi généreux ,
où il triomphe de lui - même après
avoir triomphe du raviffeur d'Alcette ,
& avoir retiré Alceſte de l'Empire de
la Mort pour la rendre au jour & à
fon amour. Cet Opéra eſt pompeux ,
très -varié , très- intéreſlant. Il y a cepen.
dant des ſcènes épiſodiques que l'on peut
ôter ; il y a quelques légers changemens
à faire , quelques traits à ajouter, & co
H
170 MERCURE DE FRANCE.
poëme ne laiſſeroit alors rien à deſirer.
On nous affure qu'un homme de mérite ,
& qui entend parfaitement le Théâtre
s'eſt occupé de ce travail , & qu'il l'a
rempli à la fatisfaction des Connoiffeurs.
Il ſeroit à ſouhaiter que ce beau ſpectacle
fût reproduit fur le Théâtre de l'Opéra ,
&que le même ſujet, traité ſi ſavamment
en muſique par M. le Chev, Gluck, y fût
de nouveau donné par un Maître digne
d'entrer avec lui dans cette noble carrière.
C'eſt ainſi que les Théâtres de
I'Italie ouvrent un champ libre au génie
& à l'émulation des Compoſiteurs ; c'eſt
un moyen d'accélérer le progrès des arts
& d'animer les grands talens; & nous
ſommes perſnadés que c'eſt une des refſources
que la nouvelle adminiſtration ſe
fera gloire d'employer ,
La nouvelle adminiſtration a déjà fait
connoître ſon attention pour donner à ce
ſpectacle plus d'ordre , plus de police &
plus d'éclat. Les Auteurs font engagés de
travailler pour un plus noble prix accordé
à leurs ſuccès ; & l'émulation des Acteurs
eſt excitée par des récompenſes dignes
de leurs talens . Une Ordonnance du Roi
vient auſſi d'obvier à beaucoup d'abus
qui s'étoient introduits à la faveur des
MAI. 1776. 171
entrées gratuites , des loges louées à l'année
, des répétitions , & d'un nombre de
perſonnes admiſes ſoit dans le parterre ,
foit dans les corridors. Nous ſommes informés
qu'en faveur des Amateurs affidus
de ce ſpectacle l'Adminiſtration leur donne
le droit d'entrée pendant une année ,
moyennant 600 livres au lieu de 720
qui formoient anciennement le prix
de chaque abonnement de ce genre ;
& ils auront entrée à l'amphithéâtre ,
dans les premières loges , quand elles ne
feront pas louées , & à plus forte raiſon
au parterre.
Sans déroger à l'Ordonnance du 29
Mars dernier , dont l'exécution eſt indifpenſable
, l'Adminiſtration vient de faciliter
la jouiſſance de la porte du Palais-
Royal à ceux qui n'ayant pas de loges
ni portions de loges à l'année , veulent
entrer dans la Salle en payant. Cette
porte ſera ouverte à quatre heures &
demie , & l'on délivrera de ce côté des
billets d'entrée de 40 ſ. avec leſquels on
pourra aller au parterre & dans tous les
corridors . Il vient auſſi d'être établi des
portes au troiſième rang , à la faveur defquelles
les mêmes perſonnes pourront ,
en payant40 f. communiquer avec toutes
les parties de la Salle.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES Comédiens François ont fait l'ouverture
de leur Spectacle par Sertorius ,
Tragédie de Corneille , dans laquelle
M. le Kain remplit le rôle de Pompée
avec une dignité impoſante. Mlle de
Sainval remplace Mile Dumeſnil dans
fon emploi , & joue avec beaucoup de
nobleffe & de ſenſibilité. Elle a réuni
tous les ſuffrages dans le rôle de Sémiramis.
Mde Suin , qui a des talens acquis
& beaucoup d'habitude du Théâtre pour
les principaux rôles de la comédie , vient
d'être reçue au nombre des Actrices .
Le compliment d'uſage à la rentrée ,
a été prononcé par M. Déſeſſarts , Comédien
très- accueilli du Public dans les
perſonnages dits à manteau & de carac
tère.
MAI. 1776 . 173
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ont donné
à l'ouverture de leur Théâtre l'Ami de la
maison , pièce charmante , que l'on entend
toujours avec plaiſir. Madame la
Ruette , qui met dans ſon jeu tant de
finelle &d'eſprit , &dans ſon chant tant
de goût & d'intérêt , a joué avec les plus
vifs applaudiſſemens le rôle d'Agathe.
Madame Bérard a obtenu fa retraite
avec un traitement honorable , & une
diſtinction flatteuſe de la partde ſes Supérieurs&
de la Comédie. Certe Actrice
apenſé que le temps du repos étoit venu
& elle en a même devancé le terme ,
quoiqu'elle fût encore accueillie favora,
blement du Public dans les rôles de
Douegne &de caractère , qu'elle a joués
pendant nombre d'années , ſoitàl'Opéra
Comique , ſoit à la Comédie Italienne ,
avec beaucoup de vérité , d'ame & d'in
telligence.
On a reçu au nombre des Comédiennes
Mlle le Fevre , qui joue la comédie
avec eſprit & avec feu; & Mlle Fayei ,
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
qui donne de l'intérêt. & de l'ingénuité
aux rôles qui lui font confiés .
Le compliment d'uſage à la rentrée ,
a été rempli par une partie des Acteurs
& Actrices ayant différens coſtumes de
rôles de caractère des pièces de ce
Théâtre.
M. Carlin étoit dans le coſtume de la
fille d'Omar du Cadi dupé.
M. la Ruette , dans le coſtume du
Comte fourd de Julie.
M. Clairval , dans l'habit de Montauciel.
M. Trial , dans l'habit du grand coufin.
M. Michu , en Baſtien .
Mile Beaupré , en Babet de la comédie
des Sabots.
Et pluſieurs autres Acteurs & Actrices
en différens coſtumes; chacun a fait fon
compliment dans l'eſprit de fon rôle.
Nous rapporterons de ce complimentdramatique
quelques couplets qui ont été
fortapplaudis.
M. Clairval en Montauciel , ſur l'air :
Vive le vin, vive l'amour.
Sous l'étendart du doux plaiſir
Nous faiſons gloire de ſervir ,
Sitôt que le Public l'ordonne.
MAI. 1776 . 175
Chacun aſpire à la couronne ,
Heureux qui peut y parvenir !
Mais c'eſt de vous que l'on peut l'obtenir ,
C'eſt votre main qui nous la donne.
M. la Ruette dans le coſtume du
Comte de Julie , ſur l'air : La belle main!
quelle me tente !
(aux Dames )
Ma parole eſt lente & tardive ,
Mon oreille me ſert très mal ,
Mon aſpect n'a rien qui captive ,
Tel eſt mon fort , mon ſort fatal.
Malgré tant de ſujets d'alarmes
J'ai du moins , pour me conſoler ,
Des yeux pour admirer vos charmes ,
Uncoeur tendre pour vous aimer.
Si mes yeux font tout mon partage ,
Si par eux ſeuls je puis jouir ,
Donnez-moi ſouvent l'avantage
De les fixer avec plaiſir .
Venez embellir ces retraites ,
L'amour y viendra ſur vos pas,
Ce Dieu ne ſe plaît qu'où vous êtes
Et languit où vous n'êtes pas.
Ce compliment eſt de la compoſition
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
deM. Anſeaulme , qui eſt en poffeffion ,
depuis beaucoup d'années , d'exprimer au
Public les ſentimens des Comédiens ,
auxquels il eſt attaché.
On te diſpoſe à donner inceſſamment
à ce Théâtre le Mai, comédie en trois
actes , avec des vaudevilles ; & les Mariages
Samnites , pièce en trois actes ,
mêlée d'ariettes .
DÉBUT.
Mademoiselle Desbroſſes , âgée de
douze ans , fille de l'Acteur de ce nom
a débuté le 29 Avril dernier , par les
rôles de Juſtine dans le Sorcier , & de
Colinette dans la Clochette. On ne peut
avoir des talens plus précoces , & montrer
plus d'intelligence pour la ſcène , &
de fineſſe , de préciſion & de goût pour
le chant que cette jeune & aimable Actrice.
Il faut ſeulement eſpérer qu'en
grandiſſant elle acquerra un organe plus
fonore & plus étendu.
:
MA. Ι. 1776. 177
:
ARTS.
GRAVURES.
1.
:
LeMarchandde Lunettes , Eſtampe d'environ
dix-huit pouces de hauteur &
quatorze de largeur , gravée par M.
Helman , Graveur de Monſeigneur le
Duc de Chartres , d'après le tableau
original de M. le Prince , Peintre
duRoi.
f
:
Certe Eſtampe eſt dédiée à S. A. S.
Monſeigneur le Duc de Chartres. Le
Graveur a misdes effets pittorefques dans
fon travail , par l'oppoſition des ombres
& des claits ,& par la variétédes tailles,
fuivant les objets qu'il vouloit rendre,
Cette Eſtampe peut ſervir de pendant
au Médecin Clairvoyant qui eſt du même
Graveur , d'après le même Maître ;chacune
eſt du prix de 6liv. A Paris , chez
Helman , au petit Hôtel de Clugny, rue
desMashurins.
H
178 MERCURE DE FRANCE.
1
I I.
:
Portrait en médaillon de M. N. Montgodin
, Curé de S. Albin à Rennes en
Bretagne , gravé par Beaudeau ; prix ,
15 fols . A Paris , chez Mondard, rue
Saint-Jacques .
Ce Paſteur reſpectable & bienfaiſant
étoit né fans patrimoine ; mais ayant été
nommé à une Cure , d'un revenu modique
, il a fu , par ſon économie , ſe ménager
les moyens de répandre & multiplier
ſes bienfaits. Il a laiffé en mourant
foixante jeunes gens qu'il avoit placés
pour apprendre différens métiers : plus
dedeux cents Artiſans doivent à ſes ſoins
les progrès qu'ils ont faits dans leur profeffion.
Il proſcrivoit la pareffe & la mendicité
, & cultivoit des pommes de terre
pour faire du pain aux indigens. Il a
fondé 700 liv. de rente pour les néceſſiteux
de ſa Paroiſſe , qu'il a deſſervie pendant
vingt ans. Il eſt mort en 17750
III.
Profpectas concernant les plantes purgaΜΑ
Ι . 1776 . 179
}
tives d'uſage , tirées du Jardin du Roi ,
& de celui de MM. les Apothicaires
de Paris , repréſentées avec leur couleur
naturelle , & imprimées ſelon le nouvel
Art; avec leurs vertus & leurs qualités ,
auxquelles on joint , à la diſſection de
leur fleur & de leur fruit , le Species
Plantarum Linnai , pour connoître les
variétés de leurs genres , les ſynonymes&
le lieu de leur naiſſance: dédiées
à M. Lieutaud , Conſeiller d'Etat
Premier Médecin de Sa Majeſté . Par
M. Dagoty , père , Anatomiſte & Botaniſte
penſionné du Roi .
La collection des plantes purgatives
d'uſage ſera in quarto , grand papier , &
compoſée de ſoixante-quatre planches ,
qui contiendront toutes les plantes de
cette claſſe , avec leurs qualités & leurs
vertus en François ; & à chaque plante
on ajoutera en entier les eſpèces différentes
qu'a décrites Linnæus en Latin , avec
les lieux de leur naiſſance & la citation
des Auteurs qui auront donné les variétés
de la plante dont il s'agira .
A la tête de l'Ouvrage il y aura une
table alphabétique de tous les Auteurs
qui ont traité des plantes , & qui en ont
H vj
180 MERCURE DE FRANCE .
donné des planches , avec l'année de leur
édition , & l'endroit où leurs Ouvrages
auront été imprimés .
Il y aura auſſi une ſeconde table alphabétique
des noms François de toutes les
plantes en général , avec leurs noms Latins
, felon Linnæus & Tournefort , &
felon les autres Botaniſtes les plus accrédités
, avec la claſſe des vertus de la
plante ; & afin d'éviter toute confufion ,
on ajoutera à chaque plante placée dans
une claſſe ſelon ſes vertus principales &
les plus ufitées , ſes autres qualités , & la
partie de la plante dont on ſe ſert ordinairement
dans les uſages. Cette table
générale ne ſera pas ſeulement utile aux
plantes purgatives , mais encore aux plantes
hystériques & emménagogues, que l'Aureur
ſe propoſe de donner à la ſuire de
celles-ci pour l'uſage des Sages Femmes ,
& aux plantes diaphorétiques & fudorifiques,
qu'il donnera auſſi pour le traitement
des maux vénériens ; ce qui for
mera troisOuvrages ſéparés .
On a mal à propos prétendu que l'ordredes
plantes par leurs vertus étoit défectueux
, à cauſe qu'il y avoit des plantes
qui ont pluſieurs vertus , &que dans
d'autres les femences & les racines ont
ΜΑΙ. 1776. 188
quelquefois des qualités différentes de
celles de la fleur & de la feuille ; comme
dans la violette , où les ſemences & les
racines ſont purgatives, les feuilles& les
fleurs , enſemble émollientes & laxatives ,
& la fleur ſeule cordiale. Ce n'eſt pas là
une raifon qui puiſſe détruire un ordre ſi
néceſſaire , où tous les autres doivent
aboutir ; car la violette , par exemple ,
dont on vient de parler , que l'Auteur
met dans la claſſe des plantes purgatives ,
par rapport à ſa principale qualité , peut
être auſſi citée dans la claſſe des plantes
cordiales & des plantes émollientes , en
conſidérant les autres parties de cette
plante qu'on aura repréſentée.
Les plus habiles Médecins qui ont
traité des plantes , n'ont point été chercher
les ſyſtemes de leur forme&de leur
diviſion, mais ſeulement celui de leurs
vertus qu'adopte M. Dagoty ; M. Tour
nefort a traité en particulier de leurs ver
tus , quoiqu'il ait donné le ſyſtême des
petales des fleurs. Meſſieurs Chomel
Geoffroy, Buchox & d'autres ont ſuivi
eet ordre. Tous les ſyſtèmes des étamimes
, des calices , &c. ne font que pour
connoître les plantes ; mais ceux de leur
vertu ſontfaitspour les mettre en pratique..
182 MERCURE DE FRANCE.
L'Auteur , afin que rien ne manque à
ſon projet , donnera auſſi les élémens de
Botanique , ſéparés de toute autre oeuvre ,
&on aura de quoi ſe contenter ſur ce
qui s'appelle Systémes Botaniques. Cet
Ouvrage , tout compoſé préſentement ,
paroîtra après les plantes purgatives.
La ſouſcription actuelle eſt diviſée en
huit cahiers , de huit planches chacun ,
avec les détails que l'on vient de voir ,
qui accompagneront chaque plante.
On délivrera un cahier tous les deux
mois , ou tous les mois. Le prix des cahiers
, ſi on les paye d'avance , ſera de
sliv. chaque ; & fi on attend leur diſtribution
, on les payera 6 liv. L'Ouvrage
ſe vendra enſuite ce qu'on jugera à propos.
Les troiſième & quatrième fils de l'Auteur
ſe propoſent de donner à la ſuite des
collections des plantes d'uſage que l'on
annonce actuellement , les plantes curieuſes&
étrangères.
On trouve auſſi du même Auteur , aux
adreſſes ſuivantes , l'anatomie des parties
de la génération ; l'angéologie & ce qui
concerne la groſſeſſe & l'accouchemenr ,
avec des planches imprimées en couleur.
Prix , 18 liv .
L'expofition anatomique des maux véΜΑΙ.
1776. 183
ntriens , & les remèdes uſités dans ces
fortes de maladies , avec des planches
imprimées dans le même genre. Prix ,
12 livres .
L'exposition anatomique des organes
des ſens , & la névrologie , avec des planches
imprimées de même , avec leur couleur
naturelle. Prix , 21 liv .
On ſouſcrit à Paris , chez l'Auteur ,
rue Saint-Honoré , vis à- vis les Pères de
l'Oratoire ; Valleyre l'aîné , Imprimeur-
Libraire , rue de la Vieille Bouclerie , à
l'Arbre de Jeſſé ; Lacombe , Libraire ,
rue Chriſtine .
I V.
Collection de Plantes étrangères & curieuses
, gravées d'après nature , fur différentes
Serres des jardins du Roi , ouvrage
curieux , utile & très intéreſſant
pourMM. les Médecins , Chirurgiens ,
Naturaliftes , Apothicaires , Herboriftes
, Maréchaux , & pour toutes les perſonnes
qui s'amuſent de la Botanique :
par MM. Honoré-Louis & Raphaël
Dagoty , troiſième & quatrième Fils ;
felon l'art dont leur Père eſt inventeur :
préſenté par les Auteurs , à la Reine
& aux Princes.
184 MERCURE DE FRANCE.
MM. Dagoty fils , dont les talens font
connus pour le genre de gravure en couleur
, ont été follicités par les plus célèbres
Naturaliſtes de les employer pour l'Hiftoire
Naturelle. Pour répondre à la bonne
opinion qu'on veut bien leur témoigner ,
ils vont commencer par les plantes , cette
partie étant la plus eſſentielle , & même
la plus difficile à rendre. L'application
qu'ils mettrontdans l'exécution, fera juger
au Public s'ils pourront le fatisfaire dans
lesOuvragesqu'ils ſe propoſent de donner
la fuite des plantes .
L'art de graver en couleur , dont ils
font ſeuls poffeffeurs , leur donne la facilité
de mettre ſous les yeux du Public
des Eſtampes qui , au fortir de la preſſe ,
feront autant de tableaux. Cette gravure
imite la plus belle peinture, en a toutes les
nuances , & rend parfaitement la nature.
Avec ſes avantages , on y trouvera encore
la plus grande exactitude dans le deffein
la fraîcheur dans les couleurs & le détail
botanique . Meſſieurs de l'Académie des
Sciences , qui ont examiné avec beaucoup
de foin cette façon ingénieuſe de graver
en couleur , ſe ſont empreſſés de l'approuver,
& ont reconnu que c'eſt la ſeule
qui puiffebienrendre la nature..
MA 1. 1776 . 185
Les Plantes que l'on donne aujourd'hui
ne font point faites au hafard. On a choiſi
le plan le plus commode pour le Public.
On délivrera cet Ouvrage par cahier ; ce
cahier fera compoſé de fix Plantes , &
chaque Plante aura ſa table explicative ,
où on trouvera les noms latins & françois
, la claſſe & la ſection felon Linnaus
& Tournefort , au bas de chaque table
l'anatomie de la Plante , avec les lettres
indicatives. Par ce moyen , chacun fera
libre de les ranger ſelon le ſyſtême qu'il
adoptera.
L'Ouvrage a paru aſſez intéreſſant aux
Auteurs , pour mériter d'être préſenté à la
Cour ; auſſi MM. Dagotyont-ils eu l'honneur
d'en faire l'hommage à la Reine ,
qui leur a fait la grâce de l'accueillir favorablement
, & de leur en témoigner fa
fatisfaction .
On délivre le premier Cahier dans le
mois de Mai ; & tous les mois , il en
paroîtra un nouveau. On a pris les plus
grandes meſures pour être exact aux livraiſons
, & mériter par cette exactitude
la confiance du Public.
Le prix cet Ouvrage fera de 9 liv. par
Cahier , & de 7 liv. pour les Soufcripteurs.
LesPerſonnes qui ſoufcriront pour
186 MERCURE DE FRANCE.
le fecond Cahier , ne payeront le premier
qu'au prix de la Soutcription. On délivrera
par la fuite des Cahiers ſéparément ,
pour ceux qui voudront orner leurs Cabinets
de ces Eſtampes.
M. Dagoty père donne actuellement
les Plantes purgatives fous le même format
que MM. ſes fils ; ce qui donnera
la facilité de les ranger dans leurs claſſes ,
& d'avoir l'Ouvrage le plus complet. On
a choiſi le grand in-4. comme le moins
embarraffant.
Onpeut foufcrireà Paris, chez Lacombe,
Libraire , rue Chriſtine .
Nota. Les Perſonnes de Province qui
voudront ſe procurer l'Ouvrage ci-deſſus
annoncé , ſont priées d'affranchir leurs
Lettres.
:
V.
Troiſième Cahier des jardins Anglois ,
8 planches de compoſitions du petit au
grand ; Roiffy , 8 planches ; Ermenonville
, splanches ; Wanſtead , splanches ;
Ryz , 28 planches brochées , prix 12
liv.; plus , la moitié du quatrième Cahier .
Le Waux-Haal de Londres , Projets de
Grotes , Temples , Moſquées , Bains ,
MAI . 1776. 187
Pavillons , Belvedères , par Halfpenny ,
Architecte des jardins Anglois ; détail du
baſſin de Neptune , à Verſailles par
Lorio , Profeffeur Royal , 15 planches ;
prix , 6 liv. L'autre quinzaine dans le courant
de Juillet , avec la deſcription du
deuxième , troiſième & quatrième Cahier ;
à Paris , chez le Rouge , Géographe du
Roi , rue des GrandsAuguſtins.
MUSIQUE.
I.
OUVERTURE du Magnifique arrangée
pour le clavecin ou le forté- piano , avec
accompagnement d'un violon & violoncelle
ad libitum. Par M. le Baron de P**.
Prix 2 liv. 8 f. A Paris , chez le Geur
Benaut , Maître de clavecin , rue Gît- lecoeur
, la deuxième porte cochère à gauche
en entrant par le Pont-Neuf.
I I.
IX Recueil d'ariettes choiſies arrangées
188 MERCURE DE FRANCE.
pour le clavecin ou le forté-piano , avec
accompagnement de deux violons & la
baſſe chiffrée ; dédiées à Mademoiselle
de Schoebeque , par le ſieur Bénaut ; prix
1 liv . 16 f. à la même adreſſe.
III.
Trois fonates pour le clavecin ou le
piano forté , avec accompagnement d'un
premier & fecond violon ,& violoncelle ,
compoſées par M. T. Brodsky ; dédiées
à S. A. S. Mgr le Duc d'Arenberg , par
MM. Mechtler & Van Ypen. OEuvre
II , gravée à Bruxelles par MM. Van-
Ypen & Pris , rue de la Madeleine. A
Paris , rue de la Montagne Sainte Geneviève
, vis à- vis le Collége de la Marche ,
au deuxième ; chez Couſineau , Luthier
de la Reine , tue des Poulies , vis à -vis la
colonnade du Louvre; & aux adreſſes
ordinaires de muſique. Prix 6 1. 8 f.
I V.
Six duo pour violon & alto , dédiés à
M. le Chevalier de Champloſt , Meſtrede
camp de Cavalerie , Chevalier de
P'Ordre militaire de Saint Louis , par M.
ة
MAI. 1776. 185
Guillon , Officier au Régiment de Bouillon
, Infanterie Allemande. OEuvre I.
Prix 6 liv. A Paris, chez Bignon , Graveur
, place du Louvre , à l'Accord parfair;
& aux adreſſes ordinaires .
V.
Deuxfonates pour le clavecin ou le
piano-forté , avec accompagnement d'un
violon & violoncelle , ad libitum ; dédiées
à M. le Comte Alexis Golowkin ,
Lieutenant aux Gardes de S. M. I. de
toutes les Ruffies , &c. par M. Joubert ,
Organiſte de l'Abbaye Royale de Saint
Aubin d'Angers ; avec le quatuor de Lucile
en concerto pour les mêmes inſtrumens
, arrangé par le même Auteur ; prix
7 l. 4 f.; avec le concerto& ſéparément ,
3 liv. 12 f. gravés & mis au jour par le
ſieur Moria & Mlle Vendôme , Marchands
de muſique , rue de la Comédie
Françoiſe; & aux adreſſes ordinaires de
muſique ; à Lyon , chez M. Caſtaud ; à
Rouen , chez M. Magoy. 1
19. MERCURE DE FRANCE .
COURS DE BELLES - LETTRES .
M. L'Abbé de Perravel recommencera
le 10 Mai , depuis midi juſqu'à deux heures
fon Cours de Géographie ; & depuis
cinq juſqu'à ſept , ſon cours philofophique
de Langue Françoise , par le moyen duquel,
en 48 leçons , les loix de la phrafe ,
& les règles de la poctuation y font enſeignées
, & géométriquementprouvées. Le
lendemain , depuis cinq heures juſqu'à
ſept, il recommencera fon cours de Langue
Italienne .
On trouve , tous les matins , juſqu'à
onze heures , & depuis midi & de mi
juſqu'à deux heures , M. l'Abbé de Perravel
, chez-lui , rue S. Honoré , l'allée
du Patiffier , vis-à-vis la rue du Four , au
premier.
LETTRE de M. *** à M. de Voltaire ,
en lui envoyantfes Effais fur Saturne.
Monfieur. Recevez , je vous prie , l'hiſtoire
d'un Vieillard reſpectable , dont on s'occupera
+
ΜΑΙ. 1776 . 191
tant que le ſavoir ſera en honneur parmi les
hommes. Son front rayonnant de lumière eſt
orné d'une couronne immortelle. Il nous éclaire
&nous offre un des phénomènes les plus finguliers
de la nature . Ce Vieillard eſt Saturne. Je m'empreſſe
de le nommer , de peur que l'on n'en déſigne
un autre , dont votre modeſtie vous empêcheroit
de reconnoître le portrait. Puiffe certe
analogie mériter à mon Ouvrage un accueil favorablede
votre part.
Je ſuis avec l'eſtime la plus ſentie , Monfieur ,
Votre , &c.
Réponſe de M. de Voltaire.
Monfieur. L'honneur que vous me faites de
m'envoyer votre Saturne , me fait ſentir toute
votre bonté & toute mon indignité ; mais tout
indigne que je ſuis de ce beau préſent , il me fait
faire biendes réflexions . Nous avons connu ſitard
ſes lunes& ſon anneau , très-inutilement appelés
les aftres de Louis ; les Philoſophes de notre chétif
globe ont été tant de ſiècles ſans deviner ce qui
ſepaſle autour de cette dernière planète , qu'il eſt
clair qu'elle n'a pas été faite pour nous; mais en
même temps il eſt bien beau que de petits animaux
de cinq pieds & demi ayent enfin calculé
des phénomènes ſi étonnans à trois cents trente
millions de lieues loin de chez eux,
Quand on fonge que la lumière réfléchic de
1
192 MERCURE DE FRANCE.
notre petite planète & de ce gros Saturne eſt préciſément
la même ; que la gravitation agit fur
ſes cinq lunes comme ſur la nôtre ; que nous pefons
ſur le Soleil auſſi bien que Saturne ; que les
cing lunes & fon anneau ſemblent abſolument nécellaires
pour l'éclairer un peu , on est ravi d'admiration
& l'on s'anéantit. On eft obligé d'admettre
, avec Platon , un éternel Géomètre.
Ceux qui, comme vous, Monfieur, entrent dans
ce vaſte & profond ſanctuaire , me paraiſſent des
étres bien au-deſſus de la nature humaine. Je vous
avoue que je ne conçois pas comment un Génie
occupédes loix de l'Univers entier , peut deſcendre
à juger des procès dans un petit coin de ce
monde nommé la Gaule. ..
Je ſuisavec le plus ſincère reſpect , Monfieur ,
Votre ,&c.
AFerney, ce6Avril1776.
LETTRE de M. de Voltaire.
19Avril 1776 , à Ferney.
Vous m'apprenez , Monfieur , qu'on vient
d'imprimer les oeuvres poſtumes de feu M. Piron ,
& que l'Editeur ne m'a pas épargné. Il prétend ,
dites- vous , que le Roi de Pruffe m'ayant un jour
parlé de cet Auteur agréable , plein d'eſprit & de
ſaillies ,je lui répondis : Fidonc ! c'est un homme
fansmoeurs.
Jc
ΜΑΙ . 1776. 195
Je vous conſeille , Monfieur , de mettre cetre
anecdote au nombre des menſonges impriméss
elle n'eſt aſſurément ni vraie , ni vraiſemblable.
Je puis vous atteſter , & j'ole prendre Sa Majeſté
le Roi de Prufſe à témoin, que jamais il ne m'a
parlé de Piron , & que jamais je ne lui en ai dit un
inot. Je ne crois pas avoir entrevu Piron trois
fois en ma vie Je connois encore moins l'Editeur
de ſes Ouvrages ; mais je ſuis accoutumé depuis
long-temps à ces petites calomnies , qu'il faut
réfuter un moment & oublier pour toujours .
Discours prononcé par M. de la Haye,
Curéde Pavant , Diocèse de Soiffons ,
àfes Paroiſfiens, le 25 Février 1776.
Mes chers Paroiffiens , je m'empreſſe de vous
annoncer que le Roi , ſur le compte qui lui a été
rendu de la conduite que j'ai tenue dans des circonſtances
fâchenſes pour vous , vient de me gra
tifier d'une penſion ſur l'Archevêché d'Auch ; fi je
pouvois penſer que l'intention de Sa Majefté eût
étédeme récompenſer , je m'affligerois avec vous
de vivre dans un ſiècle oùon acquiert des bienfaitsen
ne remplitlant que ſes devoirs ; & en effet
n'euflé-je pas été blamable aux yeux de Dieu &
deshommes , ſije me fufle écarté vis- à- vis de vous
de la conduite que j'ai tenue ? Et pourrois-je ,
fans être vil à mes yeux , ſupporter l'idée que
votre malheur a été pour moi une voie d'obtenir
les faveurs du Souverain? Des gens méshans
I
)
194 MERCURE DE FRANCE.
1
vous avoient trompés , & vous alliez devenir
criminels envers l'Etat , & faire des démarches
contraires à vos intérêts les plus précieux . J'ai
diſſipé le preſtige qui vous aveugloit , j'ai rempli
mondevoir, & ma récompenſe ſera toujours la
fatisfaction de vous être utile. Je ne puis donc
regarder la penſion qui m'eſt accordée que comme
unmoyende plusque Sa Majeſté a bien voulu me
confier pour contribuer à votre bien- être. Je vous
déclare donc , mes chersAmis , que pour répondre
aux vues bienfaiſantes de notre auguſte Monarque,
je conſacre dès ce moment , & pour toujours
, à votre utilité la penſion dont le Roi m'a
faitdépofitaire. Je n'entends pas par- là augmenter
les charités que je ſuis dans l'uſage de faire ; ces
fecours font une dettedont je m'acquitte envers
les pauvresinvalides , &dont je compte toujours
refter chargé; au lieu que la penſion appartient
aux gens valides, non pas gratuitement , mais
enéchange de leurs journées , quand ils n'auront
riendemieux àfaire; c'eſt la ſeule façon dont il
foit permis d'aider de braves gens , qui ne font
dans lebeſoin que par le défaut d'ouvrage : tout
autre modede ſecours eſt un abus qui accoutume
l'oiſiveté&qui entraîne au vice. J'ai trop bonne
opinion de vous , mes chers Amis , pour penſer
que tantque vous pourrez vous aider de vos bras ,
vous conſentiez de le recevoir gratuitement ;
ſeroit un vol que vous feriez , & moi auſſi , &
aucun de nous n'en eſt capable. Pour que tous les
habitans puiflent trouver dans le travail qui ſera
fait , une utilité commune, nous confulterons
tous les ans l'aſſemblée des habitans , pour , fur
leurdeſits , employer les travaux ſoit à conftruire
-les chemins, àdeſſécher les communes , à former
A
ce
MAI. 1776 . 195
des digues pour empêcher les inondations , à
donner aux caux un écoulement facile pour en
empêcher les ravages , enfin à mettre notre terroir
dans le plus grand état poſſible d'utilité ; & fi
nous vivons affez long-temps pour que nous ne
fachions plus à quoi nous occuper , alors , mes
chers Amis , nous regarderons nos voiſins , &
nous leur dirons : Vous êtes nos frères , vous nous
cuſſiez aidés ſi vous l'euſſiez pu , permettez- nous
de vous être utiles , & nous prolongerons leurs
chemins de chez eux à leurs voisins;ils nous aimeront
, ils nous béniront , & cependant nous
n'aurons faitque leur rendre commune notre utiliré
perſonnelle: car ce nouveau chemin aura facilité
le tranſport de nos denrées , que par cette
raiſon nous vendrons plus avantageuſement.
Ce ſera , mes Amis , à notre bon Roi que nous
devrons tous ces bienfaits. Remercions Dieu de
nous l'avoir donné. Demandons lui ſa conſervation
& celle des Miniſtres bienfaiſans dont il a
faitchoix.
Opérations très-remarquables ſur les chevaux
, par M. le Chevalier de la Pleignière
, Écuyer , tenant l'Académie de
Caen.
M. LE CHEVALIER DE LA PLEIGNIÈRE ,
un des plus habiles Écuyers du Royaume ,
&qui tientàCaen une Académie célèbre ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
où la jeune nobleſſe eſt inſtruite de toutes
les parties de l'Art de l'équitation , par
les moyens les plus clairs & les plus
prompts , reçoit chez lui des jeunes gens
François & étrangers ,& les conduit felon
l'intention de leurs parens , & fuivant le
plan qu'ils peuvent donner eux-mêmes.
Nous rapporterons comme des opérations
très-remarquables , celles que M. le Chevalier
de la Pleignière vient de faire, Ce
LavantEcuyer , qui n'a négligé aucunes des
parties de fon art , ayant un cheval , dont
le cryſtallin devenu opâque étoit tombé
✓dans la chambre antérieure de l'oeil , il
⚫a extrait ce cryſtallin , fans crever l'oeil de
l'animal , & a fait cette opération en préfence
de M. le Maréchal Duc d'Harcourt ,
& de pluſieurs Médecins & Chirurgiens
de la ville , ce qui prouve la poſſibilité
de cette opération. L'animal opéré exifte
à l'Académie , où les curieux peuvent
le voir. Le dit Ecuyer a encore , depuis
qu'il a découvert la façon de faire cette
opération , opéré un autre cheval , avec
le même ſuccès pour l'opération ; mais
l'animal plus vif que le premier , n'ayant
pu être panfé , à cauſe du travaildans cette
Académie , pour le contenir pendant la
cure , s'eft frotté , & fon oeil s'eſt fondu,
MA 1 . 1776 . 197
Précédemment à ces deux opérations, il en
avoit fait une fur un cheval cataractériſé ,
quifut fi heureuſement opéré , qu'il vit incontinent
après l'opération ; mais cet animal
deſtiné à pluſieurs déinonſtrations
&appartenant à ſes élèves , ne fut pas conſervé.
L'émulation de cet écuyer demanderoit
à être fecourue pour l'avantage général.
Ce même Écuyer a imaginé de ſe ſervir
de la voie naturelle pour guérir un animal
qui , après avoir mis bas , fut regardé
comme un hydropique , ayant beſoin de
la ponction pour guérir ; mais réfléchiffant
que les eaux , le fang , ou autres vuidanges
n'étoient retenues que par quelque
corps non avancé de la matrice , & qui en
bouchoit l'orifice , il s'aviſa de percer ou
déranger le corps qui pourroit ſe rencontrer;
ce qu'il fit fi heureuſement , qu'il
procura une très - grande évacuation , qui
en deux jours rétablit l'animal dans fon
état naturel , au grand étonnement de tous
ceux qui l'avoient décidé ne pouvoir guérir
ſans la ponction.
(
I iij
IS MERCURE DE FRANCE.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , & c.
I.
Induſtrie.
M. RESTRICK , habitant de Morpeth,
dans le Northumberland, vient d'exécu
zer de nouveaux moulins à ſcie , différens
par leur méchaniſme de ceux qui exiſtent
déjà , & auxquels il a donné un nouveau
degré de perfection & d'utilité. Avec ſa
machine , qui eſt très curieuſe , un ſeul
homme peut faire en une heure beaucoup
plus d'ouvrage que quatre n'en fesoient
autrement , & l'ouvrage eſt mieux
fait.
I I.
Le ſieur Uſquin poſſède un ſecret pour
fixer toutes les dorures tant ſur bois que
fur métaux & fur toute eſpèce de meubles.
Au moyen d'une fimple couleur ,
& fans or , il donne même au cuivre le
ton d'or moulu , qui non-feulement eſt
1
ΜΑΙ. 1776 .
..
199
durable : mais devient plus beau de jour
en jour. La dorure ſur bois , fixée par
ſon ſecret , ne perd jamais l'éclat du
neuf; on peut même la laver ſans altérer
l'or. La même fixation garantit auffi de
la rouille le fer poli& l'acier , dans quel.
que expoſition qu'il puiſſe être ; elle eſt
à l'épreuve des acides & des corrofifs ,
tels que le vinaigre , le verjus , l'urine ,
le verd-de-gris, &c. L'humidité & le
mauvais air n'y font aucune impreffion .
BIENFAISANCE.
UN Miniſtre Luthérien d'une grande
ville d'Allemagne fut appelé , il y a quelque
temps , chez une pauvre femme ,
qui étoit dangereuſement malade. Il s'y
rendit fur le champ ; & après avoir rempli
ſes fonctions , &confolé l'agonifante ,
il lui dit qu'il eſpéroit avoir part à fon
héritage. Eh ! Monfieur , répondit la
mourante , dans l'état de misère où je
fuis , que pourrois-je vous donner ? « Ces
>>deux enfans , repliqua le Paſteur ; &
› en reconnoillance de ce legs , je me
- charge de pourvoir auxbesoins de leur
Γιν
200 MERCURE DE FRANCE.
>> père » . Cet homme bienfaiſant a tenu
fa parole ; il a fait une penſion au père ,
& fon épouſe prend foin des deux enfans
étrangers avec autant d'attention
que des fiens propres .
ANECDOTES.
I.
Un étranger ſe trouvant au bord de la
mer , lors de l'arrivée du Centurion * en
Angleterre , vit deux jeunes moufles
couverts de fueur & de goudron , qui
accoururent vers l'Amiral Harriffon , &
ſe jetèrent entre ſes bras. Il demanda à
ce Seigneur qui ils étoient ? L'un , répondit
celui- ci , eft le neveu de l'Amiral Her
vey, & l'autre est monfils.
ر
II.
1
Alexandre- le-Grand , faiſant des largeſſes
continuelles à ſes Capitaines ; Par-
** Nom du vaiſſeau que montoit l'Amirat
Anſon , dans ſon voyage autour du monde..
:
MAI. 1776 . 201
menion , étonné de ſes libéralités , lui
dit : Quoi , Sire , ne réſervez vous rien
pour vous ? Alexandre lui repondit :je
me réfèrve l'espérance ; elle me suffit .
III .
Un Comédien , accoutumé à ſe voir
huer dans chaque ville où il jouoit ,
perdit un jour patience, & dit au Parterre
: Meffieurs , vous vous en laſſerez ;
on s'en est bien laffé autre part. Cette naiveté
lui concilia l'indulgence des Spectateurs.
IV.
On informa Henri IV que quoiqu'il
eût pardonné& fait pluſieurs grâces à un
brave , qui avoit été un des Capitaines
de la Ligue , il n'en étoit pas aimé. Il
dit : je veux lui faire tant de bien , qu'il
m'aimera malgré lui.
V.
Laurent , Prince Palatin , marqdoit
fon étonnement de ce que l'Emperear
Sigifmond pardonnoit à fes plus cruels
ennemis, lorſqu'il les avoit en fa puil
4
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
fance. Les ennemis , lui répondit l'Einpereur
, quifont morts , ne peuvent plus
nuire : vous avez raison de dire qu'il les
faut tuer ; c'estjustement ce que je fais ,
quandje comble de graces un vaincu : je
tue en lui un ennemi , & j'en fais naître
un ami. T
AVIS.
Pommadepour les hémorrhoïdes.
CETTE pommade guérit radicalement les hémorrhoïdes
internes & externes , en peu de jours ,
fans qu'il y ait à rien craindre de retour de cette
maladie , ni accidens pour la vie , en les guéziſſant;
prouvé par nombrede certificats authenziques
que l'Auteur a entre ſes mains , & par
un nombre infini de perſonnes dignes de foi ,
de tout âge & de tout ſexe , guéries radicalement
depuis pluſieurs années , &c. par l'ulage
qu'elles ont fait de cette pommade , inventée &
compoſée par le ſieur C. Levallois , ancien Herboriſte
, pour la propre guériſon à lui-même,
au mois de Mai 1763 .
Cette pommade fait ſon opération avec une
douceur-& une diligence ſurprenantes , en ôtant
d'abord les douleurs des ſes premières applications.
ΜΑΙ. 1776 . 203
Elle est diviſée en deux fortes , pour agic
enſemble de concert : l'une eſt préparée en ſuppoſitoires,
pour être inſinuée &amollir les hémorrhoïdes
internes par une douce tranſpiration ;
l'autre eſt applicative ſur les externes , pour fondre
& diſloudre , avec la même douceur , les
groſſeurs externes , & recevoir au dehors la
tranſpiration qui ſe fait intérieurement.
L'on diftribue cette pommade avec approbation
& permiffion , chez l'Auteur , ci -devant
Vieille rue du Temple , à préſent rue des Gravilliers
, la cinquième maiſon après la rue des Vertus
en entrant par la rue Saint- Martin , vis-à-vis
d'un Boulanger , ou à ſon dépôt , chez M.
Deloche , Marchand Limonnadier , au coin de
la rue de la Perle , au Marais , à Paris .
Le prix des doubles boîtes , avec fix ſuppoſitoires,
pour les hémorrhoïdes anciennes , eſt de
6 liv.
Et pour celles qui ſont nouvellement parues ,
la demi - boîte , avec trois ſuppoſitoires , ſont
de 3 liv. joint à un imprimé qui indique la
manière de s'en ſervir .
Les perſonnes de Province qui defireront le
procurerde cette pommade , ſont priées d'affranchir
leurs lettres , & d'indiquer leur meſlagerie.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES POLITIQUES.
De la Canée, le 28 Mars 1776 .
LEE fieur d'André, Conſul de France en ce
Ville , a donné ici , à l'occaſion de la naiſſance
d'une fille duGrand- Seigneur , une fête à laquelle
aſſiſtèrent les perſonnes les plus confidérables &
lesGrandsdu pays .
:
De Stockholm , le 6 Mars 1776 .
Le 24 du mois dernier , le Duc de Sudermanie
donna dans ſes appartemens au Roi & à la Reine ,
une fête qui repréſentoit la Foire Saint Germain
de Paris : les différentes pièces du logement du
Prince étoient remplies de boutiques de toute
elpèce ; on y trouva des guinguettes , des cafés ,
une parade , un jeu de marionnettes. Toutes les
perſonnes diftinguées de la Cour &de la Ville y
étoient en habits de caractères différens & analoguesaux
perſonnagesqu'elles étoient chargées de
repréſenter. Lorſque Leurs Majestés entrerent ,..
tout paruten action. On étoit convenu de ne point.
donner d'autres noms au Roi & à la Reine quer
Geux de Mylord &de Myladi , & à la Duchefle
celuide Marquiſe , pour que l'obſervation du
cérémonial n'apportât aucune gêne au divertiflement.
Les jeux de parades & de marionnettes étant
Gois , on fervit dix tables de huit couverts , où
bacun ſe plaça indistinctement. Après le fouger ,
!
८
MAI. 1776. 206
où la gaieté de la fêre ſe ſoutint , on pafla dans
les petits appartemens , où un Waux- Hall offrit
une autre nouveauté. La Cour y reſta àdanſer
juſqu'à quatre heures dumatin , & Leurs Majestés
marquèrent la plus grande ſatisfaction d'une fête
auffi variée & auſſi imprévue , dont un François ,
attaché depuis quelques années au Prince en qua
lité de premier Maître - d'Hôtel , avoit été l'Ordonnateur.
De Londres , le 2. Avril 1776.
La Marine de ce Royaume n'ajamais été fur
un pied plus refpectable , à ce qu'on affure : toutes
lesréparations ſe font avec la plus grande activité
: außi - tôt qu'un vaiſleaneſt ſorti du chantier,
il eft fur le champ remplacé par un autre. On a
fait depuis peu des marchés avec des Conftructeurs
pour des chaloupes de quatre pièces de
canon , qui navigeront dans les petites rivières de
l'Amérique & ſur la côte d'Afrique. Le Lord Sandwich
s'attache , autant qu'il le peut, à conferver
la liberté des Citoyens, puiſqu'il refuſe encore
d'ordonner la preſle , dans le moment où le
beſoin qu'on en a, pourroit la rendre excufa
ble
Le 31 du mois dernier , le Général Burgoyne
&pluſieurs Officiers ſe ſont embarqués à bord
de la Blonde , &feront voile , par le premier bon
vent pourBoſton, Lorſque tout le renfort qu'on
ſe propofeod'y envoyer au Général Howe fera
attivé , on estime que fon armée montera à
vingt cinq mille hommes effectifs. On a obſervé
que les Médecins & les Chirurgiens de l'Hôpital
206 MERCURE DE FRANCE.
général de l'Amérique avoient reçu ordre , lors
de leur nomination ,de ſe tenir prêts pour le premier
d'Avril ; mais qu'ils n'ont reçu depuis aucun
ordre ultérieur , ce qui donne quelque lueur
d'eſpérance qu'il y a réellement fur le tapis un
plan de réconciliation entre la Grande-Bretagne&
fesColonies. Il eſt certain qu'on dit confi--
demment que le. Congrès a faitdes propoſitions
au Gouvernement.
On dit qu'il eſt queſtion de briſer les balanciers
de la monnoie &de frapper les eſpèces avec une
machine d'une nouvelle invention , à l'aide de
laquelle on peut ſe procurer un demi million dans
uneheure , à très-peu de frais& ſans inconvéniens,
tandis qu'à la Monnoie on n'a jamais frappé audelàde
80,000 liv. dans uneſemaine.
On a reçu avis par la corvette le Kinsfisher ,
arrivée à Portsmouth , que les Américains ont
formé un camp d'environ neuf mille hommes ,
à trente milles à peu près de Cambridge. Ce
camp doit ſervir de retraite à l'armée de Wa-
Angthon, dans le cas où les Troupes du Roi , à
leur arrivée , forceroient ſes lignes à Bunkers-
Hill.
Des lettres venues par la même voie , portent
que le Général Clinton étoit arrivé de Boſton à
la Virginie ; que preſque toutes les maiſons
étoientdétruites dans la Province de Norfolk , &
que les Propriétaires , devenus eux-mêmes leurs
propres incendiaires , pour ne paslaiſler jouir de
leurs pofleſſions leurs ennemis , s'étoient retirés
dans l'intérieur du pays , où ils ſont ſurs d'échapperà
la pourſuite de ce Général , premier auteur
de la deſtruction de leur Ville principale... p
MAI. 1776 . 207
Suivant une lettre de l'iſſe de Barbade, une
des Frégates de Sa Majesté a été rencontrée près
de cette. Ifle , par deux Corfaires Américains ,
montés l'un de vingt huit canons , & l'autre de
vingt- fix; & après un combat de trois heures ,
les équipages des Corſaires ont abordé ce bâtiment
qui , accablé par le nombre , a été obligé
de ſe rendre. On ajoute qu'après en avoir retiré
les canons , les armes , la poudre , les munitions
&les vivres , les Corſaires l'ont laiſſe aller , &
qu'enfuite il a relâché dans le port de Barbade.
Dela Haye, le 12 Avril 1776.
Les Etats de Friſe ont rendu , le 16 Mars , une
Ordonnance par laquelle ils permettent la fortie
desbeſtiaux pendant l'eſpace d'une année, moyennant
quelques droits payables pour chaque bête,
Il vient d'être fait une députation des Propriétaires
de cette Province à la Haye , contre le projet
d'une nouvelle taxe ſur leurs terres , qui ne ſe
concilie point avec les anciens principes du Gouvernement
Saxon , par leſquels ils ſe régiflent
encore&quidonnent àleur adminiftration beau
coup de rapportavec celle d'Angleterre.
DeMadrid, le 2 Avril 1776.
SaMajefté a publié un décret par lequel Elle
déclare que dorénavant, lorſqu'il ſera queſtion
de conférer quelqu'emploi , ſoit Eccléſiaſtique ,
foitMilitaire , ſoir Civil, dans ſes pofleſſions de
l'Amérique , les habitans du lieu feront confultés
fur le choix de la perſonne; & Elle veut de plus
que les concurrens ic contentent de faire parve208
MERCURE DE FRANCE.
nir à la Cour leurs mémoires & leurs prétentions,
& qu'ils le diſpenſentde ſe tranſporter en Europe,
comme cela s'eſt pratiquéjuſqu'à préſent.
De Gênes , le 20 Mars 1776.
La ſtatue du fen Doge , ouvrage du Sculpteur
Bocciardi , Directeur de l'Académie de Sculpture
de cette Ville , a été faite aux frais de la République
& érigée comme une marque authentique de
la fatisfaction publique, à l'occaſion du chemin
que la famille Cambiaſo a fait conftruire à ſes
dépens pour la communication de cette Capitale
avec la Lombardie : on voit à côté le Dieu Terme
, Divinité qui préſidoit aux chemins , avec
cette infcription: Bono público areproprio : cette
ſtatue tienten main un ſceptre qui repoſe ſur la
tête de Janus .
:
De Paris , le 15 Avril 17766
On écrit de Strasbourg , en date du 5 de ce
mois, que la fille du Wazle , Maçon , du village
deNiderbonne en baffe-Alface , âgée de trois ans ,
eſt tombée dans la rivière qui paſte dans ce lieu ,
&qu'elle n'a été trouvée & retirée de l'eau que
quelques heures après la chute , ſans mouvement
&fans donner aucun figne de vie . Le ſieur Petry ,
Médecin du lieu ,a employé les remèdes indiqués
dans les inſtructions envoyées par la Cour , avec
tantdepatience & de ſuccès , qu'au bout de 48 h.
elle a été parfaitement rétablic.
:
ว
}
MAI. 1776. 209
L
PRESENTATIONS .
Le 28 mars , le ſieur de Baſſeville fils , docteur
en médecine , nommé médecin par quartier de
Monſeigneur le comte d'Artois , a eu l'honneur
de lui être préſenté en cette qualité par le comte
de Maillé , premier gentilhomme de la chambre
de ce Prince,& par le ſieur Lieutaud, premier
médecin du Roi.
Le ſieur de Saint-Paul , miniſtre plénipotentiaire
de Sa Majeſté Britannique , eut , le 9 avril , une
audience particulière du Roi , dans laquelle il
remit fa lettre de créance : il fut conduit à cette
audience , ainſi qu'à celle de la Reine & de la Famille
royale , par le ſieur la Live de la Briche , introducteur
des Ambaſladeurs ; le fieur de Sequeville,
fecrétaire ordinaire du Roi à la conduite
des Ambaſſadeurs , précédoit.
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
Le fieur Buc'hoz , médecin botaniſte & de
quartier de Monfieur , eut l'honneur , les mars ,
de préſenter au Roi , à Monfieur & à Monfeigneur
le comte d'Artois , le quatrième volume du
Dictionnaire minéralogique & hydraulogique de la
France , & le ſixième volume du Dictionnaire
vétérinaire & des animaux domestiques du même
7
210 MERCURE DE FRANCE.
pays, ouvrages qui terminent la collection entière
de l'histoire naturelle & économique du Royaume,
en 14 vol. in-8 °.
Le 30 du même mois , le fieur Vezou , écuyer ,
ingénieur géographe , hiſtoriographe & généalogifte
du Roi , a eu l'honneur de préſenter à Sa
Majeſté une nouvelle édition de ſon Tableau généalogique
des trois races des Rois de France Cer
ouvrage eſt dédié à Sa Majesté , qui a daigné l'accueillir
avec bonté.
Le 9 avril , le ſieur Moreau le jeune , deſſinaneur
des menus -plaiſirs , préſenté à Sa Majeſté par
le maréchal duc deDuras , a eu l'honneur de faire
voir au Roi un deffin du lacte de Sa Majeſté , dont
Elle abien voulu témoigner ſa ſatisfaction à l'Auteur.
Le 22, le ſieur Cardonne, premier commis de la
maiſon deMadame , a eu l'honneur de préſenter
àLeurs Majestés & à la Famille royale , un ouvrage
allégorique en versſur la naiflance deMonſeigneur
le duc d'Angoulême.
:
NOMINATIONS.
Le Roi vient d'accorder l'évêché d'Alais à
l'abbé de Balore , vicaire-général de Bellay;&
l'abbaye de St Michel de Doutlens , ordre de St
Benoît , diocèse d'Amiens , à la dame de Maforany
, religieuſe du prieurédeCharmes , diocèle de
Soiflons.
MAI. 1776 . 211
Le Roi vient d'accorder l'abbaye de Bonrepos ,
ordre de Citeaux , diocèse de Quimper , à l'abbé
de la Biochaye , vicaire général de Dol; celle de
la Meilleraye , même ordre , diocèse de Nantes ,
àl'abbé le Mintier , vicaire général de Rennes ;
celle du Tronchet, ordre de St Benoît , diocèſe de
Dol , à l'abbé de Boisbilly , chanoine de Quimper;
& celle de Chazeaux , même ordre , diocèſe
deLyon, à ladame de Savaron , religieuſe de la .
dite abbaye.
MORTS.
Charles- Pierre Colardeau , nommé à l'Académie
Françoiſe , & dont la cérémonie de la récep
tion étoit prochaine , eſt mort à Paris , rueCaf
ſette , le7avril .
Jean - Louis Buiffon de Beauteville , évêque
d'Alais , abbé commendataire des abbayes royales
de Valenagne , ordre de Citeaux , diocèſe d'Agde ,
&de SteCroix de Bordeaux , ordre de St Benoît ,
mourut le 30 mars , en ſon diocèle , âgé d'environ
68 ans .
Victor- Marie marquis de Gironde , lieutenantgénéral
au gouvernement de l'Iſle de France , eft
mort à Paris , le 4 mars , âgé d'environ so ans.
Jean-François deGantes , marquis deGantes ,
Lieutenant général des armées du Roi , comman
212 MERCURE DE FRANCE.
deur de l'ordre royal & militaire de St Louis , eft
mort à Paris dans ſa 74° année.
Matie- Joléphine-Louiſe-Sophie de Cambis-
Velleron , épouſe de Jean- Jacques Vivaud de la
Tour , conſeiller d'état , ancien premier préſident
duparlement de Grenoble , eſt morte à Grenoble
le 31 mars , âgée de 32 ans.
François-Charles de Moneſtay , marquis de
Chazeron , ancien commandant de la maiſon du
Roi , lieutenant général de ſes armées , gouverneur
de la ville & citadelle de Verdun , eſt mort
àParis le 8 avril .
Jeanne Marguerite Dupleſſis- Châtillon , veuve
de Louis - Philippe Pottin , comte du Cheſne , eft
morte en fon château du Chefne , en Normandie ,
le 6 avril , dans la 74° année de ſon âge .
Le nommé Jean Bajon , eſt mort le 28 mars , à
Beleſme dans le Perché, âgé de 100 ans 7 mois ;
il n'a jamais été ſaigné qu'une fois , & n'a eu d'autre
infirmité qu'un peude ſurdité fur la fin de ſes
jours.
Le ficur Chalvet de Souſville , chevalier de
l'ordre royal & militaire de St Louis , ancien colo.
nel dans le Corps royal de l'artillerie , retiré à Grenoble
, y eft mort , le 15 avril , âgé de 89 ans .
Marie - Louiſe de Galliffet , épouſe de Louis-
François-Alexandre , comte de Galliffet , meſtrede-
camp de cavalerie , eſt morte le savril , âgée
de 19 ans.
Leſieur Louis- Hubert de Cerf , vicomte de la
Motte , eſt mort le 7 Avril à Montreuil-fur Mer ,
ΜΑΙ. 1776. 213
âgé de 93 ans. Il étoit de l'ancienne Maiſon de
Cerf en Flandres .
Jacques - Joſeph Bon- Amy de la Princerie ,
écuyer , ſeigneur de Coignac , ancien capitaine
d'infanterie& commandant une compagnie de bas
officiers à l'hôtel royal des invalides , y eſt mort
àl'âge de quatre vingt- ſept ans; il s'étoit trouvé
aux batailles de Malplaquet & de Ramilly où il
avoit été bleſlé , étant alors dans la ſeconde compagnie
des Mouſquetaires ; ſon père & deux de
les frères y avoient auſſi été dangereuſement blef .
ſés. Il a laiflé deux fils , dont l'un eſt ancien capicaine
de grenadiers , & l'autre ancien capitaine
d'infanterie.
LOTERIES.
Le centquatre-vingt quatrième tirage de la Lote
rie de l'Hôtel-de-Ville s'est fait , le 25 du mois
d'Avril , en la manière accoutumée. Le lot de
cinquante mille liv. eſt échu au No. 37530. Celui
de vingt mille livres au N°. 31502 , & les deux
de dix mille liv. aux numéros 21156 & 31975 .
214 MERCURE DE FRANCE.
PIECES
TABLE.
IECES FUGITIVES en vers& en proſe , pages
Les regles de l'Ode ,
Saladin ,
Vers à M. le Comte de Montboiffier ,
La Rémouleuſe ,
A Mile Colombe ,
AM. Molé ,
Epitaphe de M. Colardeau ,
Epître aux Poëtes modernes ,
Lettre à M. le Marquis de ***,
La ruine de Jérusalem ,
Vers adreſſés à la villede Séez ,
L'Infouciance,
ABatyle ,
Imitationde la 22º ode d'Horace ,
Le Poulain & le Fermier ,
Vers àMde de P***,
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ENIGMES,
LOGOGRYPHES ,
Air del fignor Mancini ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Relation d'un voyage en Allemagne ,
OEuvres du Comte Hamilton ,
De l'architecture ,
Choix des lettres du Lord Chesterfield ,
Diflertation ſur l'Apocalypfe ,
Le déſaveu des Artiſtes ,
Manuel ou Journée militaire ,
ibid.
10
14
16
18
19
20
ibid.
25
43
47
43
49
so
SI
54
55
ibid.
56
59
65
ibid.
68
70
72
34
72
86
84
ΜΑΙ . 1776 . 215
Difcours prononcé à l'Hôtel- de - Ville de
Caen ,
Motifs de ma foien Jélus-Chriſt ,
Célide ,
Extraitdu Journal de mes voyages ,
Nouv. méthodede traiter les maladies véné-
88
१०
92
69
riennes par la fumigation , 104
Mémoires hiſtoriq. des Reines & Régentes de
France , 109
OEuvres de M. le Comte de Treſſan ,
Expériences relatives à l'analyſe des bleds , 12,
Lettres ſur la minéralogie , 124
Principes ſur l'art d'accoucher , 126
Recueil de Diflertations , 128
Supplément au Traité de M. Petit , 130
Traité de la fonte des mines par le feu du charbonde
terre , 131
Antiquité géographipue de l'Inde , 133
Hiſtoire de l'aſtronomie ancienne , 136
Inſtruction paftorale , 139
AnnéeSainte , 147
Recherches fur les maladies épizootiques , Iso
Lesà proposde ſociété , 152
Elogehiſtorique de Henri IV , 153
Annonces littéraires , 154
ACADÉMIE . 161
Paris , ibid.
SPECTACLES. 165
Concert Spirituel , ibid.
Opéra , 166
Comédie Françoiſe , 172
Comédie Italienne , 173
ARTS. 177
Gravures , ibid.
Muſique. 187
216 MERCURE DE FRANCE.
Coursde belles lettres , 190
Lettre de M. *** à M. de Voltaire , ibid.
Réponſe de M. de Voltaire , 191
Lettre de M. de Voltaire, 172
Difcours prononcé par M. de la Haye , 193
Opérations très-remarquables ſur leschevaux, 193
Variétés , inventions , & c . 198
Bienfaiſance. 199
Anecdotes. 280
AVIS , 202
Nouvelles politiques , 204
Préfentations , 209
d'Ouvrages, ibid.
Nominations, 211
Morts , 211
Loteries , 213
APPROBATI0N.
J'AI lu , par ordre de Monſeigneur leGarde des
Sceaux le Mercure de Mai 1776. Je n'y
ai rien trouvé qui doive en empêcher l'ima
preffion.
,
A Paris , ce 4 Mai 1776.
:
DE SANCY.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe
près Saint Côme,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères