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1774, 11-12
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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES;
NOVEMBRE , 1774 .
Mobilitate viget. VIRGILE.
LYON
LLE
BIBLIO
LYON
*
1893
BIBLI
DEL
VILLE
Les
S
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de
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dud
Beugnet
A PARIS
>
Chez LACOMBE , Libraire , Rue
Chriftine , près la rue Dauphine.
Avec Approbation & Privilége du Roi,
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, les piéces de vers ou de profe , la mufque
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52
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11. 10 f.
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La Henriade de M. de Voltaire , en vers la
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enfans contrefaits , in - 8°. br. avec fig . 41 .
Les Mufes Grecques , in- 8 °. br. 11.161.
Les Pythiques de Pindare , in - 8 ° . br. 5 liv.
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Louis XV, &c. in - fol. avec planches ,
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Mémoires fur les objets les plus importans de
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carton ,
Les Caractères modernes , 2 vol. br.
121.
3 1,
MERCURE
DE FRANCE.
NOVEMBRE , 1774. "
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
TREAGE
BIBLIOT
LYON
*/
893
TE LA VILLE
LE TRIBUT DU SENTIMENT , Odefur
la mort de Louis XV, & fur l'avènement
de Louis XVI & de Marie- Antoinette
d'Autriche à la couronne.
ES Des gouffres infernaux franchiſſant la barrière ,
Quelle fombre vapeur fe répand fur la terre !
Quel monftre , l'oeil en feu , promène fes fureurs !
La rage eft fur fon front; une faulx menaçante
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Arme fa main fanglante ;
Il femble , avec plaifir , s'abreuver de nos pleurs
C'eſt la Mort : à ſa rage il n'eft rien qui ne cède ;
Le Défefpoir la fuit , la Terreur la précède ;
Le Pâtre , le Héros , tout tombe fous Les coups :
Elle s'élance ... ô Ciel ! quelle augufte victime:
Tu fuspends fur l'aby (me ! ...
Arrête , ô Mort ! arrête , & retiens ton courroux
N'était-ce pas aflez d'avoir , dans ta vengeance ,
Par deux coups imprévus trahi notre espérance?
Faut - il fur nous , faut - il lancer de nouveaux
traits ?
Arrête... Mais en vain nous prions la cruelle...
Dieux ! .. fa faulx étincelle ! ...
Elle frappe ... & les lis fe changent en cyprès .
Ainfi tout eft loumis au cifeau de la Parque !
Français ! il n'eft donc plus , cet augufte Monar
que ,
Ce Monarque adoré , ſenſible & bienfaiſant !
Il n'eft plus , & la Mort , dans fa maligne joie ,
En faififlant la proie ,
Frappe du même coup tout un Peuple expirant.
Du temps qui détruit tout
chérie ,
Ombre illuftre &
* Mort de M. le Dauphin & de M. le Duc de
Bourgogne.
NOVEMBRE . 1774 7
Tu n'éprouveras point l'implacable furie :
Ta gloire eft au-deflus de les traits deftructeurs :
En vain fur toi la mort étendit fa puiflance ;
Son aveugle vengeance
Ne t'empêchera pas de vivre dans nos coeurs.
Venez , raflemblez-vous , Mufes reconnoiffantes ;
Faites en ce moment , de vos lyres lavantes
Retentir , à l'envi , les lugubres accens :
Qu'autour de fon tombeau votre troupe célèbre
Entonne un chant funèbre ,
Et que tout foit fenfible à vos gémiflemens !
O vous, qui partagiez les travaux & fa gloire ,
Vous , qu'aux champs de Laufeldt couronna la
Victoire ,
Sur la tombe , ô Français , venez jeter des fleurs ,
Et , dans le déſeſpoir dont votre ame eſt tron
blée ,
Aux pieds du mauſolée
Portez , en gémiflant , le tribut de vos pleurs .
Mais quel effroi foudain s'empare de mon ame !
Des airs , qu'ont embrafé de longs fillons de
flamine ,
Dieux ! je vois s'échapper les céleftes carreaux !
Des ordres du Très- Haut interprète fidèle ,
De la voûte éternelle
Un Ange au même inftant fait retentir ces mots à
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
« Retenez déformais votre douleur amère :
Dans Louis , il eft vrai , vous perdez un bon
» père ;
» Sa tendrefle en vos coeurs lui drefla des autels :
Sufpendez , fufpendez ces mortelles alarmes ;
Français , féchez vos larmes ;
» Louis eft dans les cieux au rang des Immortels.
»Avec ces Rois chéris qui , par leur bienfaiſance ,
» Oñt ſignalé (ur vous leur augufte puiſſance ,
Il porte à l'Eternel & vos voeux & vos cris :
» Ceffez de l'honorer par un tribut funeſte ;
Peuple heureux , il vous refte
oUn digne rejeton de l'Empire des Lis ».
53
El dit , & difparoît dans le fein de la nue :
Attendris , tranfportés d'unejoie imprévue ,
Baillons avec refpe&t nos regards fatisfaits :
Béniflons l'Eternel ; refpectons fon ouvrage ,
Et contemplons l'image
D'un Roi dont nous comptons les jours par les. *
bienfaits .
Oui , c'eft en toi , cher Prince , en toi feul que la
France
Met, en ces jours de deuil , ſa plus douce eſpérance
:
Tu vois , en ta faveur tes peuples prévenus.
Eh ! que n'attendre pas d'un Monarque auffi jufte,
Qui fait au nom d'Auguſte ,
NOVEMBRE . 1774. 9
Allier les talens & fes rares vertus !
Pourluis , jeune Neftor , pourfuis ; & que la
France ,
Confervant par tes foins fon antique puiflance ,
S'élève déformais fur les débris des temps ;
De tes peuples ru dois foulager la misère ,
Tu dois être leur père ;
Tes fujets , à leur tour , deviendront tes enfans.
Par un nouveau bienfait , ô Prince qu'on adore !
De ton règne éclatant pour fignaler l'aurore ,
Tutentes, fans pâlir , les prodiges de l'art * :
A l'Univers entier , qui déjà te contemple ,
Tu devois un exemple ,
Ettu combats le monftre avec fon propre dard.
Et toi , jeune Beauté qu'embelliffent les Grâces ,
Vois un peuple charmé s'empreſſer fur tes traces ;
L'infortune à ta voix ne ſent plus ſes malheurs :
Tu réunis , Princeffe , en montant fur le trône,
Une triple couronne ,
Les vertus de ton fexe & l'empire des coeurs.
Couple heureux & chéri , puiffe la Deftinée
Etendre de vos jours la chaîne fortunée !
Du plaifir d'être aimé favourez la douceur :
* Allufion à l'inoculation de Sa Majesté.
A v
10 MERCURE
DE FRANCE
.
Donnez-nous , pour jouir de tous les biens en
(emble ,
Un fils qui vous reflemble,
Et de nos defcendans affurez le bonheur.
Par M. d'Abancourt.
དོན་ །
LA FEMME EN TRAVAIL.
Fable imitée de. Phèdre.
ON.N. évite les lieux où l'on fut attrapé.
Phèdre au moins nous le dit. Le monde eft- il fi
fage ?
Non. Si j'en crois mes yeux , le. Conteur s'eft
trompé.
Je vous dirai pourtant l'hiſtoire où cet adage:
Nous eft par lui développé.
Une femme pouffoit des foupirs lamentables.
On la voyoit le tordre , fe courber ,
Marcher, s'affeoir , prendre coeur , fuccomber
Souffrir enfin des maux inconcevables .
Certain fruit de neuf mois étoit prêt à tomber..
L'inftant prefloit : on s'éverrue ,,
On drefle vite le grabar..
Mais la Dame eft Duchefle.... Une douleur l'abat.
Sur le parquet elle tombe étendue ;
Elle y veut demeurer : on la fermone en vain .
NOVEMBRE . 1774. 11
L'Accoucheur a beau dire ; il y perd ſon latin .
L'Époux parle à fon tour ; fouffrez , dit-il, ma
Reine ,
Qu'on vous tranſporte fur ce lít ;
Vous fortirez de crife avec bien moins de peined
A ce tendre difcours un chacun applaudit.
Il croit de fa moitié vaincre la réſiſtance :
Il fait un gefte ; on obéit.
Mais la Dame tient bon , & contre eux le roidit.
Ah ! mon cher Duc , dit- elle , point d'inſtance s
Trouvez bon que je refte ici.
J'ai retiré ma confiance
Au complice du mal que j'endure aujourd'hui.
Langage du moment , commun à toute femme !
Croyez- vous que la jeune Dame
Haït , deux mois après , & le trône & lejeu
De l'hymenée ? En la preffant un peu ,
On peut rendre ailément toute Beauté gafconne
Ainfifut-il de la friponne ;
J'en mettrois bien ma main au feu.
Par un Affocié de l'Académie
de Marſeille.
A v)
MERCURE DE FRANCE .
DIALOGUE
Entre L'ESPRIT & LA VÉRITÉ.
AJulie.
La Vérité s'adreffant à l'Eſprit :
Vous êtes un flatteur , un jour lui difoit- elle 5
Etes-vous auprès d'une Belle ;
A votre cour n'eût elle aucun crédit ,
Vous lui donnez le plus brillant génie ;
Elle a tous les dons à la fois ;
Vous mettez dans les mains le compas d'Uranie ;
L'Amour vient à fes pieds dépofer fon carquois;
Elle eft plus chafte que Délie * ,
Et votre plume enfin la déïfie.
Ainfi vous abufez de la crédulité
D'un fexe fouvent trop
que
égare :
d'amour ·
propre
Sous un air de douceur vous n'êtes qu'un barbare ,
Et je rougis pour vous de tant de faufleré .
Appréciez les Arts , les Talens , la Beauté ;
Soyez vrai ; ne louez qu'avec délicateffe.
Quand un éloge eſt mérité ,
S'il eft doux , s'il eft fimple , il plaît , il intéreſſe ,
Tandis qu'il rebute & qu'il blefle
* Surnom de Diane.
NOVEMBRE . 1774. 13
Pour peu qu'il tombe à faux & qu'il ſoit affecté.
Je conçois , dit l'Efprit , qu'une telle morale
Eft digne qu'on l'admire , & que rien ne l'égale :
Tout ce qu'elle renferme eft fr fage & fi doux ,
Que l'on devroit toujours la prendre pour mo
dèle ;
Un Philofophe Grec a dit , parlant de vous :
Elle est belle habillée ; & nue , encor plus belle.
Sous des traits différens par- tout je fuis connu ;
Il me faut du brillant , des grâces , des faillies ,
Quelquefois du bon fens , plus fouvent des folies
,
Et je ferois moins beau fi l'on me voyoit nud.
Vous ne defirez point de plaire;
"
Vous louez peu ; moi , c'eft tout le contraire,
Et , pour le dire enfin , je tarirois bientôt ,
Si je jugeois chacun fuivant fon petit lot.
Il faut flatter un fexe aimant la flatterie ;
Tout le monde le fait d'après l'Antiquité ,
Et cet ufage encor n'eft que trop conftaté:
Mais lorsque je chante Julie ,
Quand j'élève fi haut fes talens , fa beauté,
Convenez que je concilie
L'Efprit avec la Vérité.
J'applaudis à ce trait , répondit l'Immortelle :
Julie a le bonheur de nous unir tous deux ;
Si tout fon ſexe étoit comme elle ,
Le monde feroit trop heureux.
Par M. Bouccon Duperron
14 MERCURE DE FRANCE .
LA PRESOMPTION. Anecdote tirée de
L'Hiftoire
UN inutile efpoir avoit nourri le courage
d'une mère pénétrée de la préfomption
de fon fils. Le voile fut déchiré
avant fa mort . Elle vit le fort de celui
qui lui raviffoit fon illuſion , & l'ennemi
qu'elle laiffoit à la Société. Qu'il eft affreux
de mourir les yeux fixés fur un
pareil tableau ! Sans doute on tient encore ™.
à l'humanité au moment où l'on s'en
fépare , lorfque l'on conferve ces vertus
douces & raifonnées qui exercèrent la
fenfibilité, & firent le charme des rapports
! Si , en mourant avec ces vertus , on
laiffoit une Ville affligée par ces fléaux
qui ravagent & détruifent , le dernier
foupir feroit porté par la pitié vers le
Trône Eternel . C'est l'état d'une mère
honnête & tendre qui emporte au tombeau
l'horrible connoiffance des vices de
fon fils.
N'anticipons point fur l'ordre des événemens.
Mde de St Far avoit employé
toutes les reffources du coeur & de l'ef
prit à corriger un fils que la préfomp
NOVEMBRE. 1774- Ij
tion devoit rendre odieux & miférable.'
Un grand nom ne la raffuroit point fur
le fort qu'elle avoit à craindre pour lui.
Son caractère étoit défini . Comme Mili-'
taire , il avoit facrifié le fang des foldats ;
comme fujet , il avoit bravé l'autorité
des Loix ; comme ami , il avoit renversé
le bonheur des familles ; comme amant ,
il avoit méprifé les droits du fexe ;
comme Littérateur , il avoit défolé le
champ des lettres . Son orgueil vouloit
s'aflujettir les Sciences même. Il faifoit des
entrepriſes fans admettre la néceffité des
épreuves. Une téméraire obftination pou
voit diffiper aifément l'héritage de fes
pères. Ce n'étoit pas cette réflexion qui accabloit
Mde de St Far. Supérieure à la
fortune , elle pouvoit voirfans agitation ce
malheur que la multitude envifage comme
le plus grand. Mais fon fils éloquent &
hardi pouvoit faire agréer des projets
trompeurs , obtenir des emplois importans.
L'Etat étoit menacé dans les Ci
toyens.
Ces juftes alarmes avoient produit des
leçons auxquelles St Far , par fon filence ,
avoit paru fenfible. Il n'étoit plus temps.
d'en donner. La maxime de l'orgueil
étoit gravée dans fon ame indomptable,
16 MERCURE DE FRANCE:
C'étoit par orgueil qu'il ne répondoit pas.
à la tendre mère qui croyoit le corriger.Le
fentiment trompé aggravoit le mal qu'il
vouloir guérir; la révolte des fens s'unif
foit au mépris des remedes...... Une,
clarté pure diffipa le jour faux de la confiance.
Le défefpoir fuccéda à ce calme
infidèle ..
Mde de St Far tomba malade : elle auroit
voulu ne plus vivre ; mais l'on ne
difpofe pas de foi par des voeux philofophiques
, quand il reste des devoirs à
remplir ; le prix de l'exiftence eft encore
refpecté , ne pouvant plus être fenti .
Le Sort venoit de placer fur le Trône
de la France la Beauté embellie par les
Grâces , & la Bonté éclairée par la Raiſon .
L'hymen & l'amour donnoient à une
Reine adorée tous les droits d'une épouse
chérie. Elle pouvoit influer fut le fort
des vertus par les infpirations du fentiment.
Elle pouvoit faire le bien , & prévenir
le mal par des confeils toujours auffi
bien reçus , que profondément réfléchis .
Mde de St Far qui n'avoit paru qu'une
fais à la Cour , mais dont le nom y étoit
respecté par ceux même qui ne refpectoient
pas le leur, fe crut obligée d'écrire
la lettre qui fuit.
NOVEMBRE. 1774. 17
MADAME ,
Votre Majefté permet que la confiance
franchiffe l'efpace qui l'éleve au- deffus
de fes fujers . C'eſt une mère qui vient
accufer fon fils pour éviter qu'un jour il
ne foit accufé par les hommes & par les
Loix. Mon fils préfomptueux afpire aux
emplois qui ont honoré fes pères. Un
nom , de l'audace , de l'ambition & de
l'efprit pourroient lui ouvrir la carrière
qu'il veut courir : j'ofe vous fupplier ,
Madame , d'obtenir qu'il foit condamné à
l'inutilité. Mes voeux ne vous feront pas
fufpects ; j'emporte au tombeau le défefpoir
d'avoir à demander une grâce auffi
nouvelle. Puiffe mon fils foupçonner fes
défauts , en voyant fur le front augufte de
fes Maîtres fon Arrêt tracé par le mépris ,
toutes les fois qu'il ofera offrit fes fervices
!
Je fuis & c. & c .
Une lettre auffi extraordinaire frappa
l'efprit de la Reine. Il faut fe convaincre
des motifs avant que de croire aux vertus
: les grandes ames fur tout doivent
craindre d'eftimer trop aifément. Mde de
St Far pouvoit hair fon fils encore plus
18 MERCURE DE FRANCE,
qu'elle ne haïffoit le vice . Elle fut interrogée.
Elle ajouta par fes réponses à l'opinion
qu'elle avoit donnée de fon courage
& de fa vertu. La Reine lui fit témoigner
les fentimens en l'inftruifant de fa
réfolution . Cette réfolution étoit celle
du coeur le plus noble , & de l'efprit le
plus éclairé. Les défauts font le partage
des hommes ; l'impartialité eft le befoin
des Rois ; la difcrétion eft le devoir des
confidens. Mde de St Far étoit priée de
croire que le fecret confié ne feroit fu
que du Roi ; que St Far éprouveroit la
bonté après la rigueur , s'il en devenoit
digne ; que la prévention ne prolongeroit
point fon malheur , s'il connoiffoit
un jour le repentir .
Mde de St Far mourut fatisfaite & malheureuſe
en emportant une parole auffi
confolante & des voeux auffi triftes. Son
fils dégagé , par fa mort , des fers de la
contrainte , abufá bientôt de fa liberté . La
présomption marqua tous les pas qu'il
fit dans le monde. A la Cour , où les prétentions
les plus extraordinaires paroiflent
quelquefois fi peu ridicules, on fut obligé
de céder à l'étonnement qu'il faifoit naître.
Defirs , actions , difcours , tout caractérifoit
le délire de l'orgueil . A l'audace de
s'eftimer beaucoup trop , il joignoit le
NOVEMBRE. 1774. 19
mépris impudent des rivaux & des places.
Pour répondre à fon idée , il eût fallu
lui donner tous les emplois & lui promettre
de la reconnoiffance . Le fecret
des fciences étoit un jeu pour fon ima .
gination. Les plus fimples conféquences
des principes connus le pénétroient d'eftime
pour lui- même , & les plus importantes
découvertes dans les autres , n'étoient
pas dignes de fon attention . La
première idée étoit fuivie comme la plus
mûre réflexion . La vanité répondoit de
tout. S'il étoit trompé , l'obftination rapportqit
tout aux caufes fecondes , & la
confiance fuppléoit au fuccès.
Lorfque la préfomption empêche que
les regrets ne foient des leçons , le génie
s'élance bientôt dans la région des chimères
; les entrepriſes deviennent des
témérités ; la Fortune paie les fottifes de
l'amour propre , & l'on eft encore loin
de convenir de fon délire .
St. Far s'appercevant que les biens de
fes pères fe diffipoient en fumée , fongea
à nourrir fes fourneaux de l'or d'une victime.
Un père de famille riche & fimple
fut l'obet à qui il fit l'honneur de propofer
l'échange de fes louis en regrets .
La fimplicité eft crédule ; déjà le gouffre
elt ouvert fous les pas du bon- homme $
20 MERCURE DE FRANCE.
le torrent des paroles & l'influence des
airs l'entraînent dans l'abyfme . J'ai vu les
defcendans de cet homme foible porter
encore fur leur front la terrible empreinte
du malheur de leur père ; & la ftérile pitié
qu'ils infpiroient , confacrer l'exemple
épouvantable qu'on donne , en écoutant
un préfomptueux.
St Far n'en fut pas plus modefte . Ses
fonds avoient été ménagés dans cette
entrepriſe homicide . Ceux qu'il confervoit
l'autorifoient à efpérer un établiſſement.
L'éclat de fon nom devoit fuppléer
à ce qu'il avoit diffipé. Une dupe fe
préfente. C'étoit un homme de qualité
franc & bavard , dont l'avis étoit la loi ,
dont l'efprit étoit la chimère . St Far brilloit
par fes difcours ; une entrevue lui
fuffifoit pour éblouir . Quelques éclairs
furent eftimés cent mille ecus. Ils étoient
déjà fortis du coffre-fort ; la Beauté alloit
les porter fur l'autel de l'Hymen ; le jour
fatal étoit indiqué . La Reine , qui daignoit
veiller aux mouvemens , empêcha .
le facrifice.
St Far apprit fes motifs , & en foupçonna
la caufe. On concevroit qu'écou
tant la nature , il eût murmuré contre
l'autorité & attaqué l'ombre de fa mère :
mais fe perfuadera- t-on que , jetant un re,
NOVEMBRE . 1774. -21'
gard de refpect fur lui , & s'eftimant par
fon malheur même , il s'écria : Le génie
eft exposé aux outrages . Ma mère , en m'in-
Jultant , m'affocie aux grands hommes &
me met à ma place .
L'amour eft il fait pour entrer dans un
coeur barbare ! Cette modeftie aimable
qui accompagne les tendres fentimens ;
ces foins fi doux qui les prouvent , les
infpirent & les paient d'avance , peuvent-
ils s'allier avec le mépris féroce de
tous les mérites , de tous les dons & de
toutes les vertus ? La Nature n'a pas permis
que ce contrafte fût poffible ; mais
un homme indigne d'aimer ofe fouvent
fe croire aimable . Cette erreur dans St
Far n'étonnera pas . Refufé par l'hymen
& fâché du refus , il voulut que l'amour
lui offrir des diſtractions. Un regard indifcret
apprit à une femme vertueufe &
fière qu'on alloit lui offrir des foins qui
ne feroient que des infultes. Elle déguifa
le mépris pour allurer la vengeance . Une
fauffe humilité nourrit l'erreur du téméraire
; des foins offenfans furent payés
par des regards timides. Il avoit le plaifir
d'un Sultan qui fait palpiter le coeur qu'il
enflamme , qui balance l'efpoir par la
crainte , & fe promet de triompher par
l'outrage. Le fonge dura quinze jours ; le
122 MERCURE DE FRANCE.
1
réveil devoit l'inftruire pour la vie ; mais
on n'inftruit point un fat. Celle qu'il
avoit cru enchaîner lui apprit , dans fa
révolte , combien il méritoit de mépris ,
combien il pouvoit être certain du fien ,
combien elle feroit flattée de pouvoir lire
fur fon front le dépit qu'il cachoit dans
fon ame ..... Il rit en voyant fon courroux
; & l'étonnant coup d'oeil qu'il offroit
, n'étoit point l'effet de l'art . Il eft
des folles & des fottes , fe dit il à luimême
; il faut les fuir quand on les trouve....
Le regard qui accompagna cette ré-
Alexion , expliqua toutes fes penfées . ' Il
partit en acheyant d'infulter.
De l'amour il revint à l'hymen . L'état
de fes affaires commençoit à l'y contraindre
; mais à qui s'adreffer , fachant
ce qu'il avoit à redouter du pouvoir fuprême
! Il y a des mécontens de la Cour
toujours charmés de la contrarier. Un de
ces êtres , languiffant dans l'ennui de
l'oubli public , profita de l'occafion d'ani .
mer fon néant & de fignaler fa petite audace.
St Far trouva une femme, parce
qu'il y avoit un fou .
Le mariage fut célébré . La Reine , en
apprenant cette nouvelle , foupira fur le
fort d'une fille dont la dot & la deftinée
étoient en de pareilles mains . Mde de St
NOVEMBRE . 1774 23
Far , ornée des qualités les plus folides ,
fut bientôt contrainte de les regarder comme
un malheur. Les idées les plus fauffes
, les volontés les plus opiniâtres & les
sons les plus impérieux dans fon mari ,
lui firent prendre le parti d'acheter le
repos par le filence & par les facrifices.
Elle vit fa dot tomber fucceffivement
dans les mains de l'intrigue & dans le
gouffre de la préfomption. Incapable de
fe plaindre , elle demanda à fe retirer.
Elle porta toutes fes peines dans l'afyle
des vertus. L'Abbaye de *** fut fa retraite
. St Far fit des épigrammes contre
une femme qui ne voyoit pas le plus
grand génie dans un homme qui la rui
noit.
Cet homme étrange avoit tenté plufieurs
fois de s'ouvrir la carrière des
honneurs , & les intentions de la Cour
lui étoient connues . Là , l'Auteur s'étoit
plié vainement à la follicitation
Pénétré des refus qu'il éprouvoir, il avoit
l'incroyable facilité d'y trouver des fujets
de préfomption . Convaincu qu'il étoit
capable des plus grandes chofes, il s'imagina
que la profondeur de fon génie faifoit
naître l'obftacle qu'il rencontroit. On
me craint , difoit- il en lui- même ; on ſe
24
MERCURE DE FRANCE.
prive de mes fervices par une pufillanimité
que je conçois. Ma mère a pu en
impofer à la Reine , parce qu'une mère
qui accufe fon fils , trompe aifément la
raifon unie au fentiment ; mais des Miniftres
jugent autrement du caractère des
efprits. L'étendue du mien eft ce qui les
arrête ; ils craignent que je ne pénètre
trop avant dans la fource du bien , & que
jene prouve trop la néceffité d'abatre pour
conftruire. Si je puis parvenir à me rendre
utile , malgré la prévention , mon dédommagement
fera proportionné à ma
capacité.
Le téméraire combinant alors les reffources
de l'intrigue & les droits de l'audace
, forma le projet d'exercer fon génie
fous le voile du myftère L'Etat , dit- il ,
eft un malade qu'il faut tromper pour
le guérir. Un homme vivoit dans la paix
du bonheur philofophique . Spectateur
furpris & touché des fautes du génie , il
fe félicitoit d'être né avec peu d'efprit.
Une femme honnête , fenfible & belle ;
des enfans formés par la nature , & perfectionnés
par l'éducation ; une naiffance
fans éclat & fans devoir ; une fortune
médiocre & affurée , une humeur égale ,
une ame paifible : tels étoient le carac-
1
tère
NOVEMBRE. 1774. 25
tère & le fort du refpectable Dorville.
St Far connoiffoit fa fimplicité vertueuſe
& forma le barbare deffein d'en abuſer.
Les premiers moyens qu'il employa n'anponçoient
rien de ce qui devoit fuivre.
De petits fervices firent naître la confiance
; des difcours imités du langage de
la raiſon entraînerent l'eftime ; des complaintes
fur le fort de l'état firent refpecrer
la vertu. L'attention , la louange , la
fympathie furent le prix de ces féduifantes
apparences . Le ferpent fe gliffoit
dans le coeur ; fes détours fe multiplioient
avec fuccès ; il ne s'agiffoit plus que
d'imiter bien le jeu du fentiment. Un
jour il careffa les enfans de Dorville ,
& il lui dit: ces petits êtres m'intéreffent ;
j'entrevois avec peine les bornes de leur
avenir ; vous n'avez point d'ambition . La
femme répondit : ah ! Monfieur , ne nous
reprochez point notre fageffe. Il y a une
place pour tout le monde ; la nôtre eſt
marquée ; nous fentons le bonheur d'y
refter..... Rien n'eft mieux par rapport
à vous , repliqua St Far ; mais la raifon
des pères nuit fouvent au bonheur des
enfans ; des voeux indifcrets , des projets
faux n'ont point d'excufe , & je réfléchis
affez pour condamner des entrepriſes inf
B
26 MERCURE DE FRANCE.
pirées par le délire ; mais un plan raifonné ,
des vues garanties par le bon fens , font
e devoir d'un père de famille ; l'Etat
a toujours befoin d'un citoyen qui penfe...
Hélas ! Monfieur , répondit Mde Dorville,
les bonnes vues nous font auffi étrangères
que les mauvais deffeins ; nous ne defirons
rien , nous ne raifonnons guère. Lorfque
l'Etat a befoin de nous , nous payons
& nous croyons à la raifon des autres ; lorfqu'on
daigne nous foulager , nous jouffons
du bien qui nous arrive ; le mal & le bien
nous trouvent toujours tranquilles ; nous
avons le refpect & la tendreffe : cela vaut
mieux que la réflexion ..... J'eftime ce
caractère , répliqua St Far : vous êtes les
plus fages fujets du Roi ; mais c'eft vivre
pour foi- même , & vos enfans s'éleveront
un jour contre vous . Il eſt des moyens de
s'enrichir ou de s'élever ; votre fimplicié
les ignore ; il ne s'agit ici que de croire &
d'adopter. Depuis long- temps , l'amour
du bien pubic , ce zèle ardent dont vous
m'avez félicité , ont tourné mes idées du
côté de l'utilité ; il ne me convient pas de
faire des démarches ; les entrepriſes me
dégraderoient ; je me fuis promis de faire
un heureux ; je vous trouve ! Et je vous
offre la préférence..
Chercher le
NOVEMBRE . 1774. 27
bonheur quand on le poffede ! répondit
Ja prudente Dorville ; on peut fonger à
adoucir la rigueur de la Fortune ; mais
vouloit ajouter à la bonté du Ciel ! C'eſt
une imprudence dont fouvent on eft puni .
Nous fommes heureux ,puifque nous fommes
fages . Monfieur , fi nous nous trompons
, laiffez nous jouir de notre erreur .
Le Ciel , en faveur de la foibleffe des
femmes , leur a donné une opiniâtreté
d'inftinct qui fupplée à l'expérience . Mde
Dorville ne voulut jamais fe rendre aux
difcours de St Far ; mais fon mari , plus
foible , plus fenfible aux traits de l'éloquence
, moins touché des charmes de la
tranquillité , ne put fe défendre comme
elle. St Far prévit fa victoire ; le vice le
flatte rarement en vain . Des entretiens
fecrets entre Dorville & lui , achevèrent
d'amollir cet homme devenu machine
dans les mains de l'art. Dorville préfente
un projer , & obtient l'aveu du Gouvernement.
Le plan étoit bien tracé , les
idées paroiffoient naturelles ; l'Etat trouvoit
un avantage fenfible dans l'exécution ;
Dorville recevoit déjà les complimens
qu'on doit aux Citoyens utiles . Tout
change en peu de mois. St Far qui condui-.
foit le vaiffeau , veut braver les ondes $.
les vents ; fa manoeuvre téméraire ren-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
contre les rochers ; les élémens font impitoyables
; le vaifleau périt ; les matelots
font confondus avec les débris ; l'erreur
des calculs eft approfondie , la préſomption
eft jugée .
Dorville avoit expofé fa fortune fur
les flots ; il la perd , & va perdre davantage
. Les malheureux font pourſuivis par
le génie des méchans . L'autorité écoute
les efprits qui fe plaiſent à médire ; elle
le doit ; un trait de malignité devient
fouvent un trait de lumière, Dorville eft
accufé d'avoir voulu facrifier les intérêts
de l'Etat aux fiens ; ce propos fonde un
Loupçon ; l'apparence le confirme ; on réfléchit
; l'efprit d'analyfe raffemble les
probalités ; les conféquences deviennent
naturelles ; Dorville eft arrêté . Sa femme
apprend cette nouvelle : elle jouifloit du
calme de l'ignorance ; l'éclair & la foudre
partent à la fois ; un ami éclairé , en
L'inftruifant , accuſe St Far du malheur de
fon mari . Son caractère lui eft développé ;
fa préfomption lui eft démontrée . Elle
vole chez l'ennemi de fon repos . L'honneur
parle ; la nature crie. Epouſe , mère ,
& citoyenne , fon coeur eft dévoré de plu
fieurs tourmens ; les expreffions s'élèvent
à la hauteur des pensées : tout eft fublime
dans ce défordre ; tout eft défordre
NOVEMBRE. 1774 29
dans ce fpectacle. St Far eft calme ; il veut
juftifier fon fyftêne : il acheve de faire ab
horrer fon coeur . La fureur emporte fa victime
aux pieds de la Reine. Elle arrive à
la Cour ; elle fend la preffe ; l'innocence
de fon audace eft écrite fur fon front ;
elle aborde , elle arrête l'objet augufte
qu'elle vient implorer. La nature éclate
dans fes yeux ; elle parle , elle pleure.
Ce ne font point des difcours , ce ne font
point des larmes ... Madame ? Madame ?
Nous, ennemis de l'Etat ! Nous qui adorons
l'image de nos Maîtres ! Nous qui
n'avons que leur nom dans la bouche !
Nous , ennemis de l'Etat ! de cet Etat que
yous embelliffez ! que vous rendez heureux
! qui vous couronne tous les jours
par les tranfports. Non , Madame , non ;
Dorville eft innocent ; je réponds de fon
coeur , & mes fanglots répondent du mien.
La Reine écoute , foupire , interroge.
Le nom de St Far fut prononcé. Des queftions
auffi fages que celle qui les faifoit ,
& des réponses auffi fincères que la douleur
qu'elle vouloit adoucir , firent naître
des réflexions auxquelles fuccéda la lumière.
La Reine confole le défefpoir après
avoir reconnu l'innocence ; fa protection
eft affurée , puiſque fon efprit eft éclairé.
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
Elle renvoie Mde Dorville avec des expreffions
dont le charme fe répète dans
fes yeux. Ses promeffes l'occupent ; fa
fenfibilité l'infpire. Elle ordonne des recherches
fur St Far. Les mémoires les
plus fidèles lai peignent l'être le plus
dangereux. Ses intentions ne font pas des
crimés ; mais fa présomption entraîne
des malheurs. Il peut aller plus loin . Un
préfomptueux ne refpecte rien.
pro-
Un Roi jufte & fenfible écoute des détails
que l'efprit de ſageffe a préparés avant
de les offrir à la raifon. La Prudence
pofe l'éloignement de St Far ; & la Bonté
follicite une grâce pour Dorville . L'un
eft renvoyé dans l'unique terre qui lai
refte ; l'autre reçoit un dédommagement
Aatteur de la peine qu'il a foufferte . La
Cour & la Ville applaudiffent à une réfolution
qui renferme bien des arrêts ; &
la Reine jouit du plaifir de s'être élevée ,
en defcendant dans des détails qui intéreffent
le Trône , puifqu'ils touchent l'humanité.
Par M. de Baftide.
1
NOVEMBRE . 1774. 16
TABLEAU DE LA COQUETTEKIE,
CHANSON.
Pour infpirer le fentiment ,
On joint le regard au langage ;
Le lendemain , un peu moins fage ,
On regarde plus tendrement.
Le lendemain on le propoſe
D'oppoler la crainte à l'espoir ;
Le lendemain , pour tout prévoir ,
On invente encor quelque choſe.
Le lendemain , doux entretien ,
Où l'on ne voit point la routine ;
Le lendemain humeur chagrine
A laquelle on ne conçoit rien .
Le lendemain , pour mieux féduire ,
Regards plus doux , tendres écrits ;
Le lendemain , cruels mépris
Pour mieux jouir de fon empire.
Le lendemain tout ce bonheur
Occupe , à peine , la mémoire ;
Le lendemain , de la victoire
On commence à fentir l'erreur.
Le lendemain même impofture,
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
Même triomphe & même ennui.
Il est juste qu'on foit puni
Quand on outrage la Nature .
Par le même.
LE CONSEIL DE FAMILLE . Proverbe
en un acte.
ACTEUR S.
M. HENRY père , Mile HENRY , HENRY
fils , fes foeurs JULIE & LUCILE .
SCÉNE I.
LE PÈRE, LE FILS & LES DEUX FILLES,
HENRY père.
EXPLIQUE MOI Ceci ? Eft - ce un rendezvous
, ou le hafard qui nous raſſemble ?
JULIE . Je fuis invitée par ma foeur.
HENRY fils. Et moi aufli.
HENRY père. Comment? Mais .... à
quel fujet?.. Tu m'inquiettes ! Ma fille , te
feroit- il arrivé? .. dis - mois ... En vérité, ton
filence m'afflige.
·
LUCILE . Raffurez vous , mon père :
foyez tranquille ; je n'ai beſoin que de
confeils : ils me font plus néceffaires que
NOVEMBRE. 1774 . 33:
jamais pour régler ma conduite , dans
une circonstance auffi délicate qu'intéreſfante.
Sitôt que ma mère ſera deſcendue ,
je vous expoſerai le fait. Ah ! la voici ..
SCÈNE II.
Mde HENRY , les Acteurs précédens .
Mde HENRY . Eh bien ! tout le monde
eft-il arrivé? Alléyons- nous ; voyons ,
de quoi s'agit- il ?
LUCILE. Vous connoiſſez tous M. Baillier
, & les foins qu'il a pris pour me perfectionner
dans la mufique ; mais vous
ignorez fon amour & mes projets : c'eſt
de quoi je vais vous entretenir..
HENRY fils. Je me rappelle toujours
avec plaifir les obligations que je lui ai..
LUCILE . Une autrefois , mon frère ,
vous nous parletez de votre reconnoiffance
.
JULIE . A la bonne heure : mais point
de brufquerie ; de la douceur , ma foeur
de la douceur.

HENRY père. Allons ! paix ! filence ;
écoutons.
LUCILE . Un acte de générofité fuc
l'origine de notre connoiffance . On parloit
devant lui , chez cette vieille Marquife
, du goût que j'ai pour la mufique ,
Bw
34
MERCURE
DE FRANCE .
& de la difficulté d'avoir une orgue pour
perfectionner mes difpofitions . Il paruc
ne faire aucune attention à ce difcours .
Huit jours après , la Marquife m'en envoya
une , en me faifant dire de la garder
auffi long temps que je te jugerois à propos
, la propriétaire venant de partir depuis
peu pour l'Amérique .
J'ai fu , par l'indifcrétion du Facteur
que c'étoit M. Baillier qui l'avoit achetée
3000 1. Ce bienfait , le zèle , & l'intérêt
qu'il prit au fuccès de mes études , la
fatisfaction que mes progrès lui faifoientéprouver
, fon air tendre & animé , lorfle
hafard me faifoit trouver feule que
avec lui ; tout fe réunit pour me faire
naître l'idée de l'établiffement le plus
mais avant de me livrer à avantageux ;
cer espoir , il falloit m'affurer de l'état
de fon coeur ; comment le faire expliquer ?
Pour y parvenir , je feignis de la triffeffe ;
je fis couler quelques larmes , que je femblois
vouloir cacher.
JULIE. Quelle innocente ? Ma foi , fil
les hommes la trompent , ils feront bien
fins . Je n'aurois jamais conçu ni exécuté
un pareil deffein.
HENRY fils. L'honnêteté de fon but
fait fon excufe , & ....
NOVEMBRE . 1774. 35
HENRY père . Mes enfans , écoutons.
Pourfuis , ma fille .

LUCILE . Un jour qu'il me follicitoit
plus vivement qu'à l'ordinaire , de lui
découvrir la caufe de mes larmes : j'y
» confens , lui dis- je en affectant de la
, confufion .... Vous méritez ma confian-
» ce.... Vous allez peut- être me méfefti-
» mer.... C'eſt à vos vertus que je fais cet
>> aveu : mais promettez moi ... jurez - moi
» que jamais vous n'abuſerez du ſecret de
» mon coeur c'est un dépôt que je vous
» confie ». Il me le jura avec cet air de candeur
, ce ton de franchiſe que vous laiconnoiffez
; je parus me rendre à fes inf-
-tances , & femblai me laiffer perfuader
par fes fermens. J'aime , lui dis je ; &
l'objet de mon amour ignore mes fentimens
pour lui .... Sans doute il ne lespartage
pas.
JULIE . Oh la dangereufe créature !!
que de combinaiſons !
Mde HENRY. Taifez-vous , Julie ; laiffez
parler votre foeur.
LUCILE . Vous , s'écria-t- il en s'effor
çant de cacher fon trouble ! aimer fans :
être adorée ; ah ! ne le croyez pas . S'il
vous a vue , s'il vous connoît , s'il favoit ....
vos fentimens .... il fe croiroit trop heareux
de mettre à vos pieds fon coeur ,, fas
B.vj.
36 MERCURE DE FRANCE.
fortune ; de vous facrifier tout autre fentiment
; de vous offrir fa foi ... Mais , ditil
en pouffant un profond foupir , me
tairez vous le nom de cet homme fortuné
? Puis je ſavoir .... le connoiffois-je ?
Alors , pour donner plus de vraiſemblance
à ce que je lui avois dir , je lui nommai
M. Duvaux , qu'il a vu plufieurs
fois ici . Après un moment de filence : je
veux vous fervir , me dit il en me ferrant
la main. Voici mon projet. Je connois
un Eccléfiaftique qui fera expliquer
M. Duvaux fans vous compromettre. En
effet il employa avec fuccès fon miniftère;
il fut trouver M. Duvaux ; il lui
dit qu'un parti très avantageux fe préfentoit
pour moi ; que la fréquence de
fes visites pouvoit faire foupçonner qu'il
avoit quelques prétentions , & qu'il le
prioit de lui dire, ce qu'il en devoit penfer.
HENRY fils. C'eft affez bien imaginer;
M. Ballier a de l'efprit comme un démon
: il faut...
Mde HENRY. Il faut vous taire , s'il
vous plaît , & l'écouter.
LUCILE. Quelques jours après , il me
apporta la réponse de M. Duvaux ; la
voici : Qu'il me trouvoit très aimable ;
que le plaifir de la fociété étoit cependant le
NOVEMBRE. 1774. 37
feul motif de fes liaifons ; & qu'il avoit
conçu pour moi toute l'eflime & le refpect
que je méritois , fans avoir jamais penſe:
au mariage. Je verfai beaucoup de larmes;
il partagea ma douleur , & en répandit
lui- même ; cet inftant me parut
favorable pour lire dans fon ame. Que
vous êtes heureux , lui dis-je ! L'indifférence
eft le premier de tous les biens..
Vous pleurez mais les pleurs que l'amitié
fait couler , n'ont pas l'amertume de
-celles d'un amour méprifé.
Ah ! dit- il en foupirant , mon deſtin
eft mille fois plus affreux ; un nouvel attachement
vous fera oublier M. Duvaux ;
mais moi.... Quoi ! vous aimeriez , lui
dis je ? Non . J'adore un objet qui séunit
aux charmes de la figure les qualités les
plus précienfes mais , prévenu en faveur
d'un autre. ... A ces mots , il me fixa fi
tendrement , que , moi- même , je penfai
en être émue. Il étoit affis à mes côtés ;
fa main cherchout & ofoit à peine effleurer
la mienne : nous gardions tous deux
le filence.
JULIE. On peut dire que vous jouiffiez
d'un beau fang froid ; vous ne perdez
jamais la tête.
HENRY fils. Vous lui faites- là , ma
A
3-8 MERCURE DE FRANCE.
four , un reproche allez mal fondé
quand elle mérite des éloges.
JULIE. Je n'en dirai pas davantage ,
puifque vous prenez mal mon compliment.
HENRY père.Tu interromps à tout mo
ment cela fatigue. :
JULIE. Au contraire , je lui donne le
temps de prendre haleine . Chut !
LUCILE. J'ai des devoirs facrés , mais
cruels , à remplir , dit - il ; j'ai juré à une
mère refpectable de prendre pour fes enfans
les fentimens de la paternité , en gardant
le célibat. Si je manque à ma promeffe
, je lui donne la mort : je fuis donc
un être ifolé auquel perfonne ne peut
s'attacher ; il faut cacher mon amour &
mon défeſpoir..
Je n'approuve point , lui dis- je , votre
réfignation ; que ne parlez- vous ? Suivez:
le confeil que vous m'avez donné. En
perdant tout efpoir , mon amour s'eft
éteint ; fi au contraire le vôtre eft favorablement
reçu , pourquoi ne trouveriezvous
pas dans l'objet de votre attachement
affez de délicateffe & de perfévérance
, pour fe faire un mérite de fa confiance.
Ah! dit - il , à mon âge infpirer
de l'amour est un miracle ; perfuader:
d'attendre en eft un plus grand..
NOVEMBRE. 1774 སྙམ
La converfation s'anima , & je la dirie
geai de manière à lui arracher une déclara
tion pofitive. Il avoua que mon premier
afpect l'avoit fubjugué , mais qu'il auroit
gardé un éternel filence , fans les mar
ques de confiance que je lui avois données .
il me jura qu'il avoit même fait des voeux
pour M. Duvaux , le croyant néceffaire
à mon bonheur.
Mde HENRY. De pareils fentimens
font rares. Continuez .
LUCILE. Alors je lui laiffai entrevoir:
que fi je pouvois compter fur fa conftance
& la pureté de fes fentimens , je ne ſerois
pas infenfible à fon amour , & que
la reconnoiffance dont j'étois pénétrée
pour fes foins , me follicitoit déjà vive
ment en fa faveur.
J'eus beaucoup de peine à le raffurer
fur la difproportion de nos âges : enfin ,
à force de lui répéter que je ne connoilloi s
perfonne qui eût plus d'expreffion , plus
de nobleffe que lui dans la phyfionomie ,
je parvins à lui perfuader que la tendreff e
d'un homme célèbre flattoit beaucou P
moins ma vanité que mon coeur . Je ne
ménageai. point fa modeftie. Mes éloge s
ont eu tant de fuccès , & je l'ai fi bien
convaincu de m'avoir infpiré la paffion
40
MERCURE
DE
FRANCE
.
la plus violente , que notre rupture
même ne peut encore lui prouver le contraire.
Mde HENRY . Voilà donc l'explication
de fon abfence ! Mais à quoi bon cette
rupture ? Aviez-vous à vous plaindre de
fa conduite ?
LUCILE. Non , ma mère : je voulois
favoir fi l'empire que j'avois fur lui étoie
à toute épreuve , & me réferver enfuite
le droit de choisir entre l'amour & la for
tune .
JULIE . Il eft quelquefois dangereux de
faire des expériences , ma foeur.
LUCILE. Je lui fis des tracafleries . Je
fuppofai que ma famille voyoit avec chagrin
fes affiduités . Je feignis de croire
qu'il m'avoit trompée , puifqu'il me facrifioit
à une promefle indifcrette. Enfin ,
pour effayer ce que la jaloufie produiroit
fur fon ame , je profitai de l'amour de M.
Cambre , & le lui nommai comme un
rival qui m'étoit préfenté par ma famille
pour époux. Il fe défola , fut trouver mon
Directeur , & lui jura qu'il avoit plùs
d'impatience que moi de fanctifier notre
anion . Je me laiffai fléchir , & promis
de dire à M. Cambre que , n'étant plus
maîtreffe de difpofer de mon coeur , je le
croyois trop galant homme pour penfer
NOVEMBRE. 1774. 41
qu'il voulût employer la contrainte . Certe
promeffe le raffura au point , qu'il vit les
affiduités de M. Cambre fans émotion .
Cependant il ne manque à fon rival que
de la fortune. Sa figure , fon âge , fes talens
, fon efprit , tout devoit le lui rendre
redoutable , & lui faire craindre une com .
paraifon défavantageufe pour lui . Je ne
fais à quoi attribuer cette tranquillité.
Mde HENRY. A la confiance qu'il a
prife en vous ; à l'eftime que vous lui
avez infpirée . La jaloufe déchire le coeur
qui la reçoit. On diroit qu'elle fe charge
de venger celle qui en eft l'objet . Elle fait
plus la fatire de celui qui la conçoit que
de celle qui l'infpire.
LUCILE. Je ne dois rien vous cacher :
je veux vous faire lire dans mon coeur
& , par un aveu fincère , mériter votre
indulgence & vos confeils. En écoutant
M. Cambre , pour inquiéter M. Baillier ,
j'ai pris , fans m'en appercevoir , les
fentimens que je feignois pour M. Baillier.
HENRY père. L'amour , j'en conviens,
eft involontaire ; il ne dépend pas de
nous de le faire naître ou de l'éteindre ;
cependant je n'approuve ni la rupture ,
ni votre choix . Mais fachous comment
vous avez rompu avec lui. -
42 MERCURE DE FRANCE.
JULIE . Et comment M. Baillier a pris
la chofe.
Mde HENRY . Et depuis quand .
LUCILE . Je répondrai , fi vous le permettez
, fuivant l'ordre de vos queſtions.
Le prétexte le plus frivole la fit naître. Je
fus invitée chez fa mère ; un des convives
me déplut ; je pris de l'humeur ; il me
fit . des repréfentations : j'y répondis avec
aigreur ; je lui écrivis des chofes dures :
i ellaya de me ramener par la douceur ;
je lui répliquai avec plus d'amertume
encore , proteftant que je rougiffois de
m'être abaiffée jufqu'à lui ; qu'enfin un tel
choix étoit indigne de moi , & que je
tompois avec lui pour jamais.
JULIE. En vérité , ma foeur , voilà de
L'orgueil bien mal adroitement placé .
Mde HENRY. Il ne s'agit pas ici det
blâmer ni de louer fa conduite mais
d'examiner le parti qu'on en peut tirer.
JULIE. Vous avez raifon ; pourfuivez ,
ma foeur.
LUCILE . Enfin je lui renvoyai toutes
fes lettres & fon portrait , ainfi que
plufieurs autres bagatelles tout lui fut
rendu .
JULIE . Excepté l'orgue.
LUCILE . J'ai vu le défefpoir fe peindre
fur fon front. Vingt fois il s'eft jeté à
NOVEMBRE . 1774. 43
mes genoux pour me demander grâce ,
le vifage couvert de larmes , avec l'expreffion
de la douleur la plus amère ; j'ai
rebuté les marques de fa foumiffion : j'ai
ris de fon défefpoir : je l'ai vu à la fois
humilié , menaçant , furieux , tendre ,.
paffionné , fans m'émouvoir. J'ai refufé
fes billets , ainsi que deux déclarations
qu'il avoit remifes à M. Monot , pour
me faite figner celle qui rempliroit le
mieux mes intentions. Il étoit dit dans:
la première que je n'avois pour fa per
«
"fonne que haine & mépris , & que toute
»idée d'union avec lui me faifoit horreur ;
» & dans la feconde , que les démarches
qu'il feroit pour m'obtenir , feroient la:
preuve de mes torts , & qu'alors je met-
>> trois mon bonheur à les réparer ». J'ai
refufé de figner l'une & l'autre.
93
HENRY fils. Que rifquiez - vous de fi
gner la dernière ? En vérité , je n'y conçois
rien.... Vous avez le coeur bien dur !
JULIE . Non , non : demandez à M.
Gambre.
LUCILE. Ma foeur , vous abufez dé ma
confiance , & je me repens ……….
JULIE . Arrêtez ; vous ne m'avez rien
confié : je voudrois , ma foeur , ne l'avoir
appris que de vous. La manière familière
avec laquelle il vous conduit, un brass
44 MERCURE DE FRANCE.
paffé autour du corps dans une promenade
publique ; je demande ce que cela
fignifie , ou du moins ce que cela peut
faire foupçonner. Brifons la ; mais peutêtre
ma foeur nous cache-t- elle les raifons
fecrettes qui l'ont déterminée à rompre
avec M. Baillier ; peut être fon peu
de refpect a -t-il mérité....
LUCILE . Non , ma foeur , je vous jure ;
je n'ai aucun reproche à lui faire : on ne
manque de refpect qu'à celles qui y donnent
lieu .
JULIE. M. Baillier pourroit avoir des
torts fans vous les faire partager. Je ne
prétends point vous comparer à Mlle Dumont
, qui a voulu favoir fi l'amour de
fon amant étoit à l'épreuve des faveurs ;
on dit que c'est l'effet des grandes paffions.
Mde HENRY. Elle a été plus henreuſe
que fage dans cette fatale expérience.
Mais , fans fa mère , c'étoit une affaire
manquée ; elle la força de prendre un
parti : Aéchiffez , lui dit elle , fille infor
tunée, votre vainqueur : & ne vous rebutez
pas de fes mépris ; votre orgueil feroit
une baffeffe ; méritez , par vos foumiffions
, la réparation de vos torts . Votre
honneur vous doit être plus cher que la
vie. Il vous faut aller à l'autel , ou prononNOVEMBRE.
1774
45
cer des voeux , en qualité d'époufe , ou
comme pénitente , pour expier dans un
cloître votre foibleffe.
HENRY père. Comme un ange ; en
vérité , ma femme , tu devrais écrire
cela.... Depuis quand , ma fille , êtesvous
brouillés ?
LUCILE. Il y a environ quarre mois.
Mde HENRY. Oui ... il y a bien à peu
près ce temps-là qu'il ne vient plus ici ...
Et vous n'en avez pas entendu parler depuis
?
LUCILE. Il n'y a pas de jour que je ne
le voye ; c'est un Prothée ; il change de
forme à tout moment : c'eſt une ombre
qui me fuit. Tantôt , enfermé dans une
voiture , il y paffe des jours entiers pour
me voir un inftant à ma fenêtre . Si je
fors , il eft fur mes pas en femme ,
en moine , en pauvre. Un foir , il étoit
en afficheur , monté ſur ſon échelle , qui
nous regardoit fouper.
HENRY père. Toutes ces folles démarches
prouvent qu'il penfe encore à
elle.
Mde HENRY . D'accord ; mais que ne
demande-t-il Lucile ? Craint il un refus ?
Veut il un mariage fecret ? J'y confens
de toutes les manières ; je le préférerois à
46 MERCURE DE FRANCE .
M. Cambre : mais fi Lucile penſe différemment
, c'eft à elle à prononcer.
HENRY fils. Si ma foeur vouloit par
ler , vous feriez moins étonné de la
réferve de M. Baillier.
LUCILE. Que voulez- vous dire , mon
frère ? Expliquez- vous.
HENRYfils , Volontiers : mais vous ne
vous tâcherez pas.
3
LUCILE. Non , je vous jure.
HENRY fils. A la bonne heure
voyons. Vous faurez donc que parmi
les papiers de ma foeur j'ai trouvé une
lettre de M. Baillier , qui la prioit d'apprendre
par coeur le rôle qu'elle devoit
jouer dans une petite pièce de fa compofition
, qu'il lui envoyoit . Je l'ai chez
moi ; je vous la ferai voir, & vous conviendrez
que Gi M. Baillier n'a pas épousé
ma foeur , c'est qu'elle n'a pas adopté la
plan qui lui convenoit .
HENRY père. Eh ! que ne vas tula chercher?
Nous en jugerons.
HENRY fils Je n'ai pas ma clef: mais
fans me rappeler precifément les phrafes
de ce Drame , je vous en dirai le fens.
C'eft une converfarion entre mon père ,
ma mère , ma foeur & M. Baillier , fur le
mariage de mes foeurs, le bonheur dont
NOVEMBRE . 1774. 47
elles jouiffent . M. Baillier fait de l'union
conjugale l'éloge le plus féduifant. Ma
four répond que s'il étoit pénétré de ce
qu'il dit,ilfe matieroit.M.Baillier s'excuſe
fur fon âge , qui l'approche des infirmités ;
enfin qu'un pareil parti n'eft pas propofable.
Ma four prétend qu'il y a des
femmes à fentimens qui pourroient le
préférer. Après beaucoup de difcours , ma
four avoue qu'elle feroit de ces femmes- là.
M.Baillier doute de fa fincérité, & la menace
de lui préſenter un époux de fon âge.
Lucile l'accepte , & le défie de la trouver
en oppofition avec elle même. Après
un-inftant de réflexion , elle lui dit : faites
votre expérience vous - même ; épouſezmoi.
M. Baillier & ma mère prennent ce
propos comme une plaifanterie . Ma
four leur affirme qu'elle n'a dit que ce
qu'elle penfoit. Mon père lui reproche
l'indifcrétion de s'expofer à un refus , M.
Baillier dit : non Monfieur ; elle ne l'éprouvera
pas: je fuis trop flatté de fa
franchiſe , & le fentiment qu'elle me fait
éprouver m'est trop cher pour l'étouffer.
Je n'y mets qu'une condition c'eſt le ſecret
. Des obftacles invincibles s'oppofent
à la publicité . Nous pafferons le congrac
quand vous voudrez . Je me charge
48 MERCURE DE FRANCE.
de la dat de votre fille ; elle vous prie
par ma bouche d'accepter Goo liv . de
rente fur vos deux têtes.
Que répondez - vous ma foeur ? Cela
eft-il vrai ?
LUCILE. Je conviens de la vérité du
fait c'est un tort que vous avez raiſon
de me reprocher dans votre fystême ;
mais il faut fe mettre à ma place avec
des vues fur M. Cambre.
JULIE. Vous lui avez tout facrifié
même l'avantage de vos parens.
HENRY père. Laiffons cela. Quels
font vos derniers fentimens ? Sur quoi
pouvons -nous compter définitivement ?
LUCILE. Sur ma foumiffion , en préférant
le choix que vous aurez approuvé.
J'efpere que les bons procédés de M.
Baillier effaceront le fouvenir d'un homme
qui m'auroit été plus agréable .
HENRY père. A merveille. J'aime
qu'on foit fincère ; c'eft la feule vertu qui
répare ou fait pardonner les torts & les
erreurs. Embraffe moi , ma fille . Je fens
tout le mérite que tu as de réfifter & de
vaincre ton penchant .
Mde HENRY . Seriez vous d'avis que
j'aille voir M. Baillier . Je fuis cenfée tout
ignorer. Je paroîtrai inquiette de fa fanté,
J'amenerai
NOVEMBRE . 1774 49
Je ferai venit la converfation fur ma
fille . Je peindrai mes inquiétudes fur fa
trifteffe dont je ne puis pénétrer la cauſe ,
& peut- être n'aurai je pas de peine à lo
ramener , fi l'amour lui parle encore .
LUCILE . Un mot , s'il vous plaît . J'oubliois
de vous dire que depuis huit jours
je ne l'ai pas apperçu .
HENRY fils. Oh ! J'en fais la raison .
Sa mère étoit fort mal ; il y a apparence
qu'il ne l'a pas quittée ; mais une chofe
m'inquiette , fi elle eſt vraie ; tous vos
projets font renversés.
HENRY père. Comment ! Qu'est ce que
c'eſt ?Vous favez , mon fils , une chofe qui
nous intéreſſe , & je l'ignore.
HENRY fils. Je l'ai appriſe ce matin :
je ne fais fi je dois...
JULIE. Mon Dieu ! Que vous m'impatientez
, mon frère , avec votre difcrétion !
Ne vaut-il pas mieux favoir tout de fuite
ce qu'on a à craindre , que de l'apprendre
fucceffivement ?
HENRY fils . J'étois dans une maiſon :
on y lifoit une lettre inférée dans le fecond
Mercure d'Octobre . Je ne m'en
rappelle pas exactement le contenu : mais
je me fouviens qu'elle eft terminée par
une propofition que fait un Amateur des
C
fo MERCURE DE FRANCE
arts , d'époufer une Demoiselle , qui ,
pour tout bien , aura de la vertu , des talens
& de la figure.
JULIE. Eh bien ! Quel rapport y a- t- il ,
je vous prie , entre ma foeur & les Arts ,
les Amateurs , les Talens & le Mercure
d'Octobre ? Ma foi , mon frère , je crois
que vous déraifonnez .
HENRY père. Comment ! mais je me
rappelle en effet, . . J'ai lu cette lettre...
Il fe pourroit...; •.
Mde HENRY. Expliquez-vous donc :
je ne conçois pas .....
HENRY père. Quoi , ma femme ! tu ne
te doutes pas de l'intérêt que ta fille peut
y prendre ?
Mde HENRY. Ah , mon Dieu ! Seroitelle
de M. Baillier ?
HENRY fils. Je ne vous l'affure pas ,
mais on me l'a dit.
LUCILE. O Ciel ! Eft- il poffible !
Mde HENRY. Chût ! On frappe
Qu'est-ce ! Ouvrez ! .... Entrez !
SCÈNE III & dernière.
Les Acteurs précédens ; UN COMMISSIONNAIRE
.
LE COMMISSIONNAIRE . Un billet
NOVEMBRE. 1774.
d'enterrement. [ Il s'en va ; lefrère prend
be billet. Sule
]
R
LUCILE . Voyons donc de qui.
HENRYfils . (D'un air embarraffe après
avoir lu. ) Vous ne connoiffez pas la
perfonne... C'eft ... C'eſt bon à déchirer.
Ces papiers portent toujours malheur.ci
LUCILE. Eh bien ! vous le déchirez ...
Je veux le voir .
J
HENRYfils. Vous êtes trop
Cette leçon vous corrigera.
curieufe....
LUCILE. Ah , ma mère ce mystère
m'annonce la mort de Mde Baillier
Tout eft perdu . Je n'ai plus d'efpoit.
HENRYfils. En effet , cette mort levoit
tous les obftacles , & votre indéciſion -ma
foeur,.. mais , mon père, elle s'évanouit ;
foutenez la.
Mde HENRY. Ah , ma fille ;
JULIE. Sa conduite eft bien impru
dente : elle eft , en vérité , d'une hauteur ,
d'une méfiance , d'une inconféquence ,
d'une impatience ! Elle veut toujours dominer
, & que tout...
Mde: HENRY. Ménagez votre four :
D'eft-elle pass affez punie ? Plaignez - læ
plutôt que de la blâmer.
JULIE . Mais devoit elle ... d'elle- même..
fans confultet...
HENRY fils. Vous choififfez bien le
Cij
52
MERCURE DE FRANCE.
moment de faire des leçons , quand elle a
perdu connoiffance ! Donnez-moi votre
flacon .
JULIE (cherhant dans fa poche) . tenez ,
le voilà.
HENRY fils. Quoi ! C'eſt de l'eau de
bouquet.
Mde HENRY. prenez du vinaigre.
Délaffez la ... Ouvrez donc la fenêtre ,
mon mari .
LUCILE Ah ! ... Ah ! ... Ah !
Mde HENRY. Allons , courage : la voilà
qui revient à elle .
LUCILE. Ma mère , pardonnez. Ah ! mon
père , ne m'accablez pas de vos reproches.
Dieux ! que je me fuis cruellement trompée
! Je n'ai point d'excufe. Gardez moi le
fecret : fi l'on favoit mon aventure , on
diroit avec raifon , qui refuſe muſe.
AMademoiſelle de B***, fur fa réputation
littéraire.
V OTRE plume peut tout ; ma défaite en fait foi :
On est bientôt forcé de lui rendre les armes ;
Chacun en dit merveille ; eh ! qui fait mieux que
moi
Combien elle ajoute à vos charmes ?
La plume de la Suze a moins de volupté :
NOVEMBRE . 1774. 53
Habile à polir un ouvrage,
Elle embellifloit le langage ;
La vôtre embellit la beauté.
Son triomphe la rend fi vaine ,
Qu'elle en veut aux Docteurs des quatre Facultéss
Comme une plume ultramontaine ,
Elle attaque nos libertés.
Sa candeur est sûre de plaire.
Ce n'eſt pas aflez la louer :
Qui la connoît doit avouer
Qu'il n'en eft pas de plus légère .
A l'Ecolière d'Abélard
Elle eût enlevé fa conquête :
J'admire avec quel goût , quelle grâce , quel art ,
Elle flotte fur votre tête.
Par M. de la Loupiière.
A Mademoiſelle *** qui étoit attaquée du
ver folitaire.
Le plus beau fruit voit chaque année
Plus d'un ver l'attaquer jufques dans fon pepin ;
Ne foyez donc pas étonnée
Si le ver folitaire eft né dans votre fein.
Trop de goût pour la folitude
Peut engendrer ce ver , funefte à vos attraits ;
De tous les maux l'ennui fut toujours le plus rude :
11 eft bon d'être deux pour repouffer les traits.
Par le même.
C iij
54
MERCURE DE FRANCE.
A M. DE LA HARPE. !
Toi qui , dans tes effais , déployant ton génie,
Deslauriers de l'Académie
As vu ton jeune front couronné tant defois !
O chantre de Warvick ! daifle la calomnis
Elever fa coupable voix.
De tes vils ennemis qu'importe la colère ?
Melpomène d'appelle à des fuccès nouveaux.
Cenfuré par Fréron , applaudi par Voltaire ,
Pourfuis ta brillante carrière , f
Er du poids de ta gloire accable tes rivaux.
Tout doit contre l'envie animer ton courage :
Eh ! quel favorable préſage ,
Quel augure flatteur pour tes nobles travaux !
Du Sophocle Français captivant le fuffrage ,
Tu réunis dans ton jeune âge
L'amitié d'un grand homme & la haine des fots.
Par M. François de Neufchâteau , de
plufieurs Académies.
L'EXPLICATION du mot de la première
énigme du Mercure du fecond volume
du mois d'Octobre 1774 , eft le fecret ;
NOVEMBRE. 1774.
celui de la feconde et la parure ; celui
de la troisième eft la frivolité ; celui
de la quatrième eft la faulx. Le mot
du premier logogryphe eft nègre , où ſe
trouventre , erne, ré, ger, ere , ne & gêner;
celui du fecond eft marbre , où l'on trouve
arbre ; celui du troisième eſt livre , où le
trouve ivre.
N. B. Dans le fecond Mercure d'Octobre, p. 64;
LISEZ le mot de la troifième énigme eft EPITAPHE ,
celui de la quatrième eft le CUREDENT.
ÉNIGME.
Au fiècle d'or , temps fans éclat ,
Une trompette eft mon bagage :
Les deux fuivans doublent mon équipage ;
Le dernier me remet en mon premier état.
Par M. *** .
Je
AUTRE.
Jz fuis fait pour une femelle ,
Toujours mère de cinq enfans ,
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
De même âge & fi dépendans
Qu'on les feroit périr en les féparant d'elle.
Je feis également dans toutes les faifons :
Mais fouvent on m'oppole à deux effets con
traires ;
La Coquette me porte aux jours caniculaires ,
Et la fimple Bergère aux temps des aquilons.
Souple de ma nature ; au rapport de l'hiſtoire
Je fus caufe , eft il dit , qu'on fit la paix d'Utrecht ;
Chez nos preux Chevaliers j'ai fouvent eu la gloire
D'engager le combat pour maint & maint objet.
Par M. Hubert.
AUTR E.
Jx fuis né remuant , aimant la liberté ,
Et m'occupant du foin de rendre la fanté.
Pour un tel bien , fachez que le plus fage ,
Quand il me voit, ſe tourne, & change de viſage ;
A peine fuis- je entré qu'il me pouffe dehors ,
Et , s'il a de l'humeur , Dieu fait comme je lors.
LOGO GRYPH E.
N'ATTENDEZ pas , Lecteurs , pour ſavoir qui
je fuis ,
Que je vous fafle au long le portrait de mon être ;
NOVEMBRE. 1774.
57
On me fait de coco , de cryſtal ou de buis :
Mon ufage & cela va me faire connoître.

Symbole révéré , j'accompagne en tous lieux
Le Capucin , l'Hermite & la Religieufe.
La Dévote ignorante , en poſture pieuſe ,
Me ferrant dans les mains, converſe avec les cieux .
D'abord j'offre à celui qui mon tout décompose
Un vent qui le fait rire & ne fent pas la rofe ,
A table , un uftencile , un autre pour le feu
Celui que vers le but on jette à certain jeu ,
Ua fruit délicieux , un ornement d'Eglife ,
Ce que laille un enfant au bas de fa chemife ,
L'animal ennemi d'un animal rongeur ,
Ce que prend & que laifle au coche un voyageur ,
Le pain qui n'eft pas cuit , vous trouverez encore
L'une des qualités du père de l'Aurore ,
Certain cordon voifin de deux voifins charmans :
Je m'explique, charmans quand ils n'ont pas vingt
ans ;
Mal qui durcit fouvent une main ouvrière ,
Le lieu gras où le boeuf attend la Cuifinière ,
Un muet interprète auprès des Souverains ,
La couleur de celui qui quitte les humains ,
Moitié d'une capotte , un terme militaire.
Encore un mot , Lecteurs ; ce que fait un Notaire,
Quand deux futurs époux , aflurés de leur foi ,
Demandent , pour leurs biens , les fecours de la
Joi.
CY
58 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE.
SANS changer les fix pieds qui forment ma ſtruc
ture,
Je préfente , Lecteur , deux objets différens :
Dans l'un , je fuis une antique parure ,
Et dans l'autre , née au printemps ,
Mon féjour fut au bois fixé par la Nature :
Mais rencontrant en moi le plaifir de deux fens ,
L'industrieuſe agriculture
Me tranfporta dans tes jardins rians ,
Et fut , en leur prêtant de nouveaux ornemens
T'offrir une agréable & faine nourriture.
Mais laifions là mes divers agrémens ;
Paflons à mes métamorphofes :
Eh bien ! fi tu me décompofes,
Tu trouveras , fans faire grand effort ,
Du plaideur malheureux qui demande juſtice ,
Ce qui fouvent vuide le coffre- fort ;
Pourfuis , & tu verras au haut d'un édifice
Un morceau de fculpture en ornement placé.
De la Déefle de Cythère
Je t'offre encore une eſcorte ordinaire ;
Un cri par la furprise ou la douleur pouflé ;
Un titre qu'on n'acquiert qu'en ceignant la cou
ronne
Aux feuls amans de la fière Bellone ;
NOVEMBRE. 1774 59
Un habit autrefois parmi nous confacré ;
Ce qu'on eft fouvent moins qu'on ne veut le paroître
;
Un poiffon plat & que la mer voit naître ;
Pour la charpente un bois tout préparé ;
Un fluide élément , auteur de notre terre ;
Le lieu dans lequel l'aigle élève fes petits ;
Un vin doat la liqueur pérille au bord du verre ;
Une carte , un métal employé dans la guerre ,
Trois notes de mufique ; une plante étrangère ,
Chez les Orientaux aliment néceſſaire ;
Ce qu'eft le port, le ton des nouveaux parvenus ,
Les foutiens d'une roue , une étoffe de laine.
Mais tu me tiens , Lecteur ; je ne dis rien de plus :
Il est bien temps de prendre haleine.
Par M. J. P. F. de Nifimes.
AUTR E.
HONNEUR à la cuifine & gloire au cuifinier !
Je t'offre , ami Lecteur , un plat de mon métier ,
Que l'on peut , fans pécher , fêter en abftinence.
Grand bien te faffe... Allons ; pour le deflert
Débrouille , en calculant , de mon difcours dif
cret
Les finuofités . Ah ! vive la ſcience !
En dépit de J... J... & de ce qu'il en penſe.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
L
Sans changer les cinq pieds tu trouveras d'abord
. Le bout du bras d'un homme ; à préfent changeons
l'ordre :
Car du trouble fouvent on voit naitre l'accord.
J'apperçois une note , un animal qui mord ,
Qui du moins quelquefois fait ſon falut de mordre
;
Il eft vrai que fon nom n'eſt ici qu'en latin ,
Mais qu'importe? Après lui vient un onguent benin
;
Eft il bon , diras- tu , pour guérir la morlure ?
Ma foi , je n'oferois en garantir la cure :
Un fauxbourg de Byfance , un meuble très - mordant
Et tout criblé de trous qui lui feryent de dents ;
Un terrein frais & gras , excellent pâturage.
Faut- il , mon cher Lecteur , s'épuifer davantage?
Te faire voir encor un roc fur le rivage ,
Le beaupré d'un navire , un terme de brelan ,
Certain verbe latin qui toujours fignifie
Faites grâces , pardonnez- moi ;
Un adverbe ; eft- ce aflez car ma lifte eſt finie.
Allez ou non , Lecteur , arrange toi.
Par M. A. Mauger , de Rouen,
NOVEMBRE. 1774. 61
LES CAPRICES , Romance de M. de
Saint- Lambert. *
MON def- tin auprès de Cli-
9-4
Accompagnem, de Clavecin ou de Fiano-forte.
2
mène Va - ri -e à chaque inftant du
jour ; Un ca- price inf- pi- re fa
* Mufique de M. Grétry.
62 MERCURE DE FRANCE.
hai- ne , Un
au- tre
lui rend
fon a- mour.
*6

Ellem'a dit : Lindor , je t'aime ,
Ton coeur a mérité ma foi.
Elle m'a dit à l'inſtant même :
Lindor , je me moquois de toi.
Au moment où la voix m'appelle ,
Climène fonge à m'éviter :
Je ne vais chercher auprès d'elle
Que le regret de la quitter.
Elle eft trifte dans mon abfence ,
NOVEMBRE . 1774. 63
Et méprile alors mes rivaux ;
Elle les loue en ma préſence ,
Et leur parle de mes défauts.
Mes tourmens pour elle ont des charmes ,
Elle cherche à les irriter ;
Et je la vois verfer des larmes
Lorfque je viens les lui conter.
Je lui portois des fleurs qu'elle aime ,
Elle les prit avec dédain ;
Elle me donna le ſoir même
La roſe qui paroit ſon ſein.
Un jour Climène moins cruelle ,
Avoit pris foin de me calmer ,
Et je m'enivrois auprès d'elle
Du bonheur de plaire & d'aimer.
Dans la plus profonde triſtelle
Je la vis bientôt fe plonger :
4
Je l'offenfois par mon ivrefle ,
Mes plaifirs fembloient l'affliger.
Elle eft fimple , fans artifices ,
Nul amant n'a tenté la foi ,
Et fidelle dans les caprices,
64
MERCURE
DE
FRANCE
.
Elle n'aime & ne hait que moi .
Beauté fi fage & fi terrible ,
Souvent aimé , jamais heureux ,
Que tu fois cruelle ou fenfible ,
Je n'en fuis pas moins amoureux.
Par tes rigueurs ou ton abfence
Ceffe de déchirer mon coeur :
Je t'aimerois fans inconftance ,
Quand tu m'aimerois fans humeur.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Cours complet de Mathématiques . Par M.
l'Abbé Sauri , ancien profeffeur de
philofophie en l'univerfité de Montpellier
; vol. in 8 ° . avec figures . A
Paris , chez Ruault , libraire , rue de
la Harpe , 1774 , prix rel . 36 liv .
CE
S
E cours eft plus complet que ceux
qui ont paru jufqu'à préfent . L'arithmétique
, l'algebre , les féries , la géométrie
, la théorie des finas , la trigonométrie
rectiligne & fphérique, y font traitées
NOVEMBRE . 1774. 65
d'une manière auffi claire que profonde ;
les fections coniques y fout bien développées
; on y trouve tout ce qu'on peut
defirer fur les courbes algébriques , la
conftruction des problêmes géométri
ques , les courbes tranfcendantes & à
double courbure , avec la méthode de
trouver les racines des équations par le
moyen des courbes & du quarré analysique
.
La feconde partie de ce cours , renfermée
dans les trois derniers volumes , eft
divifée en quatre fections : la première
contient les principes généraux du calcul
différentiel , & du calcul intégral ;
les applications du calcul différentiel aux
fous-tangentes , fous- normales , tangentes
& normales des courbes , foit algébriques
, foit tranfcendantes , & aux
queftions importantes des maximis &
minimis. L'Auteur examine quelles font
les conditions que doivent avoir les fonc
tions algébriques à tant de variables qu'on
voudra , pour être fufceptibles du maximum
ou du minimum . Il traite auffi des
maximis & minimis de la feconde eſpène
, dont il n'a été queftion dans aucun
ouvrage françois ; les rayons de courbure ,
les points d'inflexion & de rebrouffement
de toutes les efpèces , les cauftiques par
66 MERCURE DE FRANCE.
réflexion & par réfraction , & l'ufage da
calcul différentiel dans la recherche des
racines des équations. Les notions qu'il
donne fur la nature des différentielles ,
font claires & fatisfaifantes ; il paroît même
démontrer que Newton & Euler fe
font trompés dans l'idée qu'ils s'en formoient.
Enfin M. Sauri termine cette
fection par le calcul des différences finies,
dont il fait voir l'ufage dans la doctrine
des féries .
La feconde fection comprend les applications
du calcul intégral à la géométrie
. On y trouve la méthode de quarrer
& de rectifier les courbes , la manière de
trouver le centre de gravité des figures
& des folides , la méthode inverfe des
tangentes , & l'application du calcul dif
férentiel & intégral aux courbes à double
courbure. L'Auteur confirme toujours la
théorie par les exemples , & réfout les
plus beaux problêmes qui ont rapport
aux queſtions qu'il traite .
Dans la troisième fection M. l'Abbé
Sauri donne les méthodes dont on peut
fe fervir pour intégrer les formules & les
équations différentielles de tous les ordres
à une & à plufieurs variables ; on y
apprend à connoître dans quels cas une
différentielle d'un ordre quelconque ,
NOVEMBRE. 1774. 67
peut être intégrée un certain nombre de
fois dans l'état où elle eft. Tout ce qu'on
a trouvé de plus intéreffant fur le calcul
intégral , depuis que les plus grands Géomètres
sien font occupés , eft renfermé
dans cette fection , qui tiendra lieu de
plufieurs volumes à ceux qui voudront
approfondir cette partie , la plus abftraite
de la haute géométrie . L'Auteur n'oublie
pas de développer le beau calcul des va
riations avec les conféquences qu'on peut
en tirer pour la perfection du calcul intégral
. Il fait auffi l'application du calcul
des variations aux queftions des maximis
& minimis , que l'on ne peut réfoudre
par le calcul différentiel . Il traite allez au
long le fameux problême des trajectoires
orthogonales & réciproques , & des ufa
ges du calcul intégral dans la recherche
des courbes , par quelque propriété donnée..
La quatrième fection contient l'application
du calcul fini & du calcul infinitéfimal
, aux plus beaux problêmes de
mécanique , de physique , de manoeuvre
-des-vaiffeaux & d'hydrodinamique. L'Auteur
apprend à mefurer la hauteur des
lieux par le moyen du baromètre ; il
parle de la mufique & de l'optique; il
68 MERCURE DE FRANCE.
développe la belle théorie des forces
phyfiques , dont a parlé auffi le favant
Bofcovich , dans l'ouvrage qui a pour
titre Theoria Philofophia naturalis , reducta
ad unicam legem virium in natura
exiftentem ; théorie qui n'eft prefque pas
connue en France . M. l'Abbé Sauri traite
encore des forces attractives & répulfives,
qui font mouvoir les corps ; des effets de
l'attraction relativement à l'afcenfion
des liqueurs dans les tubes capillaires , &
aux flux & reflux de la mer ; enfin il fait
l'application de cette belle théorie à la
phyfique .
Cer expofé de l'ouvrage de M. l'Abbé
Sauri fait voir qu'il étoit difficile d'y
réunir plus d'avantages. « On peut , par
» le moyen de ce livre , dit M. de La
30 lande qui en a été le cenfeur , appro
» fondir les mathématiques plus facile-
» ment & en moins de temps qu'on
» ne pourroit le faire avec le fecours difpendieux
d'un grand nombre de livres
» étrangers & de mémoires de différentes
» Académies , dont on pourra fe paffer
» au moyen du nouvel ouvrage de M.
» l'Abbé Sauri ».
"
Eloge de Marc-Antoine Muret , Orateur
des Papes & citoyen Romain , prononNOVEMBRE
. 1774. 69
1
cé le 22 Août 1774 , avant la diftribution
des prix du Collège Royal
de Limoges ; par M. l'Abbé Vitrac ,
Profeffeur d'Humanités.
Patriâque creatus eâdemə
OVIÐ. Met . 13.
Brochure in- 8°. A Limoges , chez
Martial Barbou , Imprimeur du Roi
& du Collége.
L'éloge de l'homme de lettres doit
être celui de les écrits , parce que fon
hiftoire doit être le tableau de fes connoiffances.
C'est ce tableau que l'Orateur
nous préfente ici . Nous avons de Murer
des Oraifons , de très bonnes notes fur
différens Auteurs claffiques , des leçons
diverfes , des poëfies écrites avec pureté
& avec élégance , mais fans génie & fans
chaleur. On y reconnoît plutôt l'humanifte
que le poëte. Ce n'eft point- là toutà-
fait l'idée que l'on prendra des poëfies
de Muret en lifant fon éloge ; mais il
étoit bien permis , fans doute , à l'Orateur
, de faire valoir avec avantage , dans
une chaire du Collège de la ville de Limoges
, les talens d'un homme de lettres ,
qui a pris naiflance en cette ville.
7900 MERCURE DE FRANCE.
Tous les écrits de Muret font en latin.
Cet Ecrivain s'étoit acquis de bonne heure
une grande facilité d'expreflion & un
bon goût de latinité , par la lecture affidue
des Auteurs du fiècle d'Augufte . Il a
beaucoup contribué , par fes études , au
progrès des lettres . L'éloge que nous annonçons
étoit donc un tribut dû à la mémoire.
M. l'Abbé Vitrac n'a pas omis de
faire mention des Juvenilia & autres
écrits de la jeuneffe de Muret ; mais il
ne les a rappelés que dans la vue d'infpirer
aux gens de lettres de l'éloignement
pour ces fortes d'ouvrages.
Ne parlons
» point ici , dit l'Orateur , des fatires de
» Muret. Il avoit le coeur trop bien fait
» l'ame trop fenfible , pour multiplier
» des ouvrages qui décèlent prefque tou
jours dans leur Auteur , plus de cerre
malignité ingénieufe qui déchire les
» hommes , & de cette milantropie noite
» qui les hait , que de ce fentiment gé-
» néreux qui veut faire aimer la vertu &
rechercher le beau , & de ce zèle
» eſtimable qui veut faire déteſter le vice
» ou le mauvais goût . Oublions des pro
-dactions qui , dans la maturité de l'âge ,
lui -firent verfer des larmes , & regret-
» tons en général que dans les premiers
» fruits de fa verve , il n'ait pas affez ref
NOVEMBRE. 1774- 71
pecté la décence & les moeurs . Dans
» l'effervefcence d'une bouillante jeunef
» fe , l'on prend fouvent les faillies des
paffions pour l'enthousiasme du génie ,
» & l'on ne fe rappelle point allez que
» le vrai Poëte doit être chafte comme
» les Mufes qui l'infpirent »..
"
»
Muret peut être regardé comme un modèle
pour ceux qui s'occupent à éclaircir
les écrits des Anciens ; & l'on doit (avoir
gré à l'Orateur d'avoir pris en main la
défenſe de ce genre d'érudition fi utile ,
mais aujourd'hui fi négligé . « Il eft , dit-
» il , un genre de travaux littéraires, que
dédaignent les efprits fuperficiels , pour
qui ils feroient plus néceffaires , mais
que favent eftimer les vrais favans ,
» pour qui ils fembleroient moins utiles ;
» travaux pénibles , qui demandent l'application
la plus foutenue ; travaux épi-
» neux , qui exigent les recherches - les
plus profondes ; travaux dégoûtans , qui
» requièrent les difcuffions les plus laborieufes.
Répandre un jour lumineux fur
des traits obfcurs , rétablir dans leur
» pureté primitive des textes mutilés, rapprocher
des faits épars; rechercher l'ori .
» gine d'un uſage antiquer tel eft leur
» objet, Beaux-arts ,. hiftoire , chronolo-
29
93.
"
72 MERCURE DE FRANCE.
39
"
39
"
»
» gie , géographie ancienne , mytholo
gie , génie des langues ; tout eft du
reffort du Commentateur. Goût sûr
» érudition vafte , tact délicat , fagacité
» judicieuſe ; tels doivent être fes talens.
Analyfes raifonnées , critiques motivées,
» interprétations exactes , éclairciffemens
» néceffaires ; tels doivent être les fruits
de fes veilles . Un tel Ecrivain peut- il
» n'être pas eftimable , puifqu'il eft fi
utile ? Et , par fes travaux , n'acquiert-
» il pas des droits légitimes fur la reconnoiffance
des gens de lettres ? Or , qui ,
» dans ce genre , fe diftingua mieux que
» Muret? Avec quel foin il bannit de fes
» commentaires ce luxe d'une érudition
hériffée , confuſe , ténébreuſe , qui rebute
; ce verbiage fcientifique , obfcur ,
énigmatique , qui dégoûte ; ce pédantifie
faftueux , hyperbolique & tidicule
, qui révolte ! Dans fes obfer-
» vations , on retrouve toujours l'homme
de goût & jamais l'érudit infipide.
» Muret avoit été admis dans le fanctuaire
des Mufes , & le Poëte fait répan-
» dre des fleurs fur tous les genres de lit-
» térature auxquels il fe confacre ».
"
99
"

Ce difcours, purement écrit , & qui n'eft
pas dépourvu de chaleur & d'intérêt, ne fait
pas
NOVEMBRE. 1774. 73
, comme
pas moins d'honneur à l'Orateur qu'à
Muret même , qui en eft l'objet . Cet
Ecrivain du feiziène fiècle s'étoit fi bien
familiarifé avec les écrits des anciens
Auteurs , qu'il pouvoit facilement en imiter
le ftyle . Il réuffit même à faire prendre
le change en fait de poëtie au célèbre
Scaliger , qui croyoit fon jugement infaillible
en matière de littérature . Muret
lui montra des vers de fa façon
étant de Trabea , ancien Poëte Comique.
Scaliger le crat , & flatté de cette découverte
, les cita comme anciens dans la
première édition de fon commentaire fur
Varron de re ruftica. Mais ayant fu depuis
cette fupercherie de Muret , il ne
lui pardonna jamais d'avoir été fa dupe.
Il eut même la cruauté de favorifer par
des épigrammes fanglantes , les tracalferies
, que les ennemis de Muret fufcitoient
à cet homme de lettres , afin de
l'obliger de quitter une chaire qu'il avoit
à Touloufe. Dans le voyage que fit ce
Profeffeur pour aller chercher en Italie le
repos & la tranquillité qu'on lui refufoit
en France , il tomba dangereufement ma
lade. Deux Médecins furent appelés en
confultation fur la maladie. Après avoir
long temps difcouru de chofes & d'au-
D
74 MERCURE DE FRANCE.
:
tres en latin , ne croyant pas que le malade
, dont l'extérieur étoit très- négligé ,
l'entendît , la converfation tomba enfin
fur un nouveau remède dont on n'avoit
point encore fait d'épreuve , & l'un dit
à l'autre Faciamus experimentum in corpore
vili. Muret , épouvanté du danger
où il étoit , fe leva du lit auffi tôt que
les Médecins furent fortis de fa chambre ;
il continua fa route , & la crainte du remède
qu'on lui préparoit , fit ce que n'auroient
peut- être pas fait tous les fecours
de la pharmacie ; il fe trouva guéri de
fon mal. Muret , retiré à Rome , s'acquit
l'amitié du Pape Grégoire XIII & des
Cardinaux ; il y enfeigna la philofophie
& la théologie . Dix ans avant fa mort ,
qui arriva le 4 Juin 1585 , il fut promu
aux ordres facrés , & remplit ce faint
ministère avec édification .
·Dialogue entre Lulli , Rameau & Orphée ,
dans les champs Elysées ; par M. M*** .
Brochure in - 8 °. A Paris , chez Stoupe ,
Imprimeur- Libraire , au bas de la rue
de la Harpe.
Orphée va trouver Lulli & Rameau
dans les champs Elysées , & leur annonce
NOVEMBRE . 1774. 75
la révolution que le cygne de la Germanie
, M. le Chevalier Gluck , va opérer
dans la mufique françoife . Le nom d'Or
phée qui , fuivant l'hiftoire , étoit poëte ,
philofophe & muficien , & poffédoit à
un degré éminent la plénitude de l'art ,
puifqu'il réuniffoit les talens d'inventer ,
de compofer & d'exécuter , femble annoncer
au Lecteur des réflexions lumineufes
fur la mufique ; mais Orphée fe
contente ici de louer M. Gluck d'avoir ,
dans fon opéra d'Iphigénie , mis tous les
choeurs en action. « Le choeur , dans le
» commencement de la tragédie , conti-
» nue- t - il , étoit une affemblée de gens
qui chantoient , en danfant un hymne
» en l'honneur de Bacchus . Les Athé .
» niens ayant introduit cette cérémonie
» dans leur rôle , la firent avec beaucoup,
d'appareil & de magnificence : il y
» avoit un choeur de mufique accompagné
quelquefois de plus de cinquante
» perfonnes , & les danfes étoient réglées
» & figurées. Dans la fuite , le poëte
Thefpis inventa les épifodes vers l'an du
» monde 3530 , introduifant un Acteur
qui récitoit quelques difcours fur un
fujet approchant de celui de la tragé
» die , & paroiffoit entre deux chants de
» choeur , pour donner lieu aux muficiens
"
"
"
"
39
n
Dij
76 MERCURE
DE FRANCE
.
"2
"
"
» & aux danfeurs de fe repofer . Quelquefois
le choeur chantoit feul toute la
tragédie , & n'avoit aucun acteur principal
. Le perfonnage introduit par
Thefpis fut nommé Protagoniste , c'eſt-
» à- dire , premier acteur ; celui d'Eſchyle
Deutéragoniste , fecond acteur ; & celui
» de Sophocle , Tritagonifte , troisième
» acteur. Quand les acteurs furent in-
» troduits , le choeur étoit confidéré com-
» me un autre acteur , dont le chef fe
» nommoit Coriphée ; & il étoit toujours
» mis en action » .
"
-
C'est donc , répond Lulli , pour imiter
les Anciens que l'Auteur d'Iphigénie a
introduit cet ufage ? Non certainement
, reprend Orphée ; c'eft qu'il a
trouvé que celui que vous aviez adopté
étoit hors de la vraifemblance . Eft- ce
là tout fon mérite ? demande Rameau.
-
Orphée avoit ici un beau fujet de difcourir
; mais il paroît qu'il n'aime pas
les queftions . Il répond à Rameau : « Je
» n'ai pas le temps de m'entretenir avec
» vous , parce qu'il faut que je cherche
» Euridice ; allufion à l'opéra d'Orphée
& Euridice de M. Gluck . Orphée termi.
ne cependant ce dialogue par faire aux
deux muficiens françois cet aveu ingénu .
Toutes les perfonnes de goût difent
NOVEMBRE. 1774. 27
» que M. Rameau a mis trop d'art dans
» fon harmonie , & que vous n'en avez
» pas mis affez dans votre mélodie ; au
» lieu que l'Auteur d'Iphigénie a fu réunic
"
พ à vos fublimes talens la fraîcheur du
» coloris , la variété des nuances & la
» vérité de l'expreffion : en un mot , c'eft
≫ par la perfection de l'art foumis à la
» nature , qu'il a eu l'avantage de l'em-
» porter
fur vous ».
Le jeu du Creffendo ou le Piémontois ; pat
par M. de B *** , des Ponts & Chauffées
. Broch. in- 12 . A Paris , de l'imprimerie
de J. G. Cloufier , rue Saint
Jacques.
Le Creffendo eft un nouveau jeu de
cartes qui tient beaucoup du jeu de la bête,
& peut être joué par différens nombres de
perfonnes ; mais il eft plus varié & préfente
plus de hafards que le jeu de la bête.
L'Auteur a donné à ce nouveau jeu le
nom italien de creffendo , parce qu'il y a
dans ce jeu des demandes de préférence
en couleur favorite double , favorite triple
& favorite quadruple , ce qui produit
une multitude de coups divers , & qui
vont en augmentant de prix & de nombres
de levées les unes fur les autres. Les
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
règles de ce jeu font clairement expli .
quées dans la brochure que nous venons
d'annoncer. Ces règles font affez fimples ,
affez intelligibles & affez précifes pour
ne donner jamais lieu à des difficultés
& à des questions embarraſſantes . L'Auteur
peut donc fe flatter que fon nouveau
jeu de cartes fera adopté par ces individus
défoeuvrés , qui cherchent tous les
de tuer le temps , qui paffe fi vite.
moyens
Oraifon funèbre de très - haut , très -puiſſant
& très excellent Prince Louis XV, Roi
de France & de Navarre , prononcée
dans la Chapelle de l'Ecole Royale
Militaire, le 27 Sept. 1774 , par Meſſire
Mathias Poncer de la Riviere , ancien
Evêque de Troyes , Commandeur eccléfiaftique
des Ordres Royaux de N.
D. de Mont-Carmel & de St Lazare
de Jérufalem ; in - 4° . à Paris , chez
Defprez , Imprimeur , rue Saint Jacques
.
Dominus dedit illi gloriam regni.
Le Seigneur lui donna la gloire de la fouveraineté.
«
Aupremier livre des Par, ch. 31 .
Quelle eft cette gloire que le SeiNOVEMBRE.
1774. 79
"
33
» gneur donne , qui n'appartient qu'au
Seigneur de donner , que les méchans
» Princes ignorent , que les bons n'ob-
» tiennent pas toujours , qui n'eft le par-
» tage que des Rois qui font dignes de
» l'être ? Eft-ce la gloire des combats ?
» L'ambition la cherche , l'humanité la
» craint : elle fait les Conquérans , mais
nelle détruit les hommes : elle eft quel
» quefois de trop dans les Héros , & ne
» fuffit pas aux Rois.... Et ce la gloire
» des confeils ? La fauffe fageffe & la
» véritable prudence la regardent égale-
» ment comme leur appanage ; dédaignée
»
par les ames fortes , reffource pour les
» foibles , elle fait les politiques ; feule ,
» elle ne fuffit pas aux Rois .... Eft- ce
» la gloire des bienfaits ? Elle eft le prix
» de la générofité ; la bonté en eft le
principe , la grandeur l'annoblit : mé-
» rite dans les hommes ordinaires , elle
"
l'eft auffi dans les Monarques ; feule ,
»-elle fait les bons Princes : mais il faut
» avec elle d'autres qualités pour faire les
grands Rois . Aucune de ces qualités ,
» ajoute l'Orateur , ne renferme cette
gloire annoncée par mon texte ; il en
» faut tout l'aflemblage . Qu'il eft rare de
» le trouver dans un ſeal ! Il faifoit celle
39
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
"
du Monarque que la mort nous a en-
» levé » .
C'est ce que l'Orateur nous dé
veloppe dans ce difcours. Il rappelle à
notre mémoire la gloire d'un règne flluftré
par les fuccès qui font les grands
Rois , orné des qualités qui font les bons
Rois , terminé dans les fentimens qui
font les Rois pénitens & chrétiens ; règne
glorieux , vie bienfaifante , mort chrétienne
, Dominus dedit illi gloriam regni .
Tel eft l'ordre & le plan de ce difcours
non moins inftructif qu'éloquent.
Oraifon funèbre de très haut , très puiffant
& très-excellent Prince Louis XV , Roi
de France & de Navarre , prononcée
par M. la Cour , Chanoine de l'Eglife
Cathédrale de Toul , & Promoteurgénéral
du diocèfe , au Service folemnel
que MM. les Officiers Municipaux de
ladite Ville y ont fait célébrer le z z
Juin 1774 ; in 4° . A Toul , chez Carez
, feul imprimeur libraire ; A Paris,
chez Mufier père , quai des Auguftins.
Le tableau de la grandeur & de la gloi-
-re du règne du Prince que nous pleurons
ne nous eft ici préſenté que pour juftifier
nos regrets & animer notre confiance . Les
NOVEMBRE. 1774. 8.1
"
traits de ce tableaufont tracés d'un pinceau
précis & rapide . Nous nous contenterons
de citer ceux-ci qui regardent les Sciences .
"Grâces aux inventions du fiècle de Louis
» XV , le navigateur tranquille peut
"déformais fe procurer , au milieu des
»flots , la falubrité des eaux qui jailliffent
» du fein des rochers . Le pilote n'eft plus
"expofé , dans les ombres de la nuit , aux
»furprifes de l'ennemi ; un nouveau jour
»lui montre les rochers & fa route. Les
»côteaux ne préfentent plus le trifte fpectacle
de la ftérilité ; on les voit fe cou-
»ronner à l'envi de la riante verdure des
"campagnes. Le cultivateur ne craint plus
la contagion qui lui enlevoit fes trou-
»peaux ; il voit naître & fe perfectionner
"un art qui les guérit & les fauve de la
mortalité. Les pays étrangers & barba-
» res font étonnés de voir les philofophes
>>courageux braver les élémens pour dé-
» terminer la figure de la terre , & par- là
»mettre le navigateur à l'abri des écueils .
»Des aftronomes favans développent
»l'origine des comètes , dont l'apparition
a été jufqu'ici un objet de terreur pour
» les peuples . Qui pourroit contefter les
avantages de ces découvertes ? Ce font
»les fruits de la protection éclairée que
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Louis accordoit aux ſciences . La Philo-
»fophie , fous fon règne , n'a pas dédaigné
»de defcendre dans les détails les plus
»vils &les plus minutieux , pour travailler
à la confervation de l'homme , à la
»multiplicité de fes richeffes , à la gaieté
»de fes habitations , à l'agrément de fes
»jours. Après s'être élancé dans les cieux
"pour interroger les aftres & diffiper nos
»préjugés , elle a encore ofé franchir les
»barrières du Trône ; elle a dicté des vérités
utiles au Gouvernement. D'après
fes leçons , les Rois & les politiques font
»perfuadés que l'agriculture fait la véri-
»table richeffe de l'Etat , parce qu'elle lui
»donne l'or , le fer & des hommes ; que
»le commerce doit être libre , pour ré-
»pandre la circulation ; que l'entretien
ndes voies publiques , quoique difpen-
»dieux , indemnife bientôt un royaume
»de ce qu'elles coûtent , par la multiplicité
»des canaux qu'elles ouvrent à l'abondan-
»ce ; que les impôts accablans ruinent le
»peuple , & n'enrichiffent le fouverain que
>>pour un moment ; que la guerre eft un
»véritable fléau , parce que les victoires les
»plus brillantes ne valent pas une année
»de paix ; que le duel , ce monftre que
»Louis le Grand , avec toute fa puiffance ,
NOVEMBRE. 1774.
83
»n'a pu étouffer, n'eft que la reffource barbare
des lâches , qui , pour Te difpenfer
»de prouver leur valeur fur les champs de
»bataille , veulent jouir d'un inftant de
»fermentation que leur donne la féro-
"cité. »
Oraifon funèbre de très- Grand , très-
Haut , très- Puiffant & très Excellent
Prince Louis XV le Bien- Aimé , Roi
de France & de Navarre , prononcée
dans l'Eglife des Revérends Pères
Cordeliers à Amiens , en préfence de
MM. de l'Académie des Sciences ,
Belles-Lettres & Arts , le 20 Juillet
1774 , par M. de Richery , Chanoine
de la Cathédrale , & Membre de
l'Académie , in - 4° . A Paris , chez Lacombe
, Libraire , rue Chriftine. A
Amiens , chez la veuve Godart.
L'Orateur nous rappelle les vertus pacifiques
de Louis XV ; il nous retrace
fon règne heureux ; mais c'eft pour nous
donner cette utile & importante leçon
qu'il nous fait adreffer par le Monarque
même , du fonds de fon tombeau .
» Rien n'eft heureux , rien n'eft grand ,
» rien n'eft immortel , que la vertu cou
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
» tonnée par une mort chrétienne.
Defunctus adhuc loquitur. Il eft mort , &
fa voix nous parle encore. De l'Epitre
de St Paul aux Hébreux. Chapitre 111 .
Le fecret des Suttons dévoilé , ou l'inoculation
mife à la portée de tout le
monde , par J. J. Gardane , Docteur-
Régent de la Faculté de Médecine de
Paris ; Médecin de Montpellier , Cenfeur
Royal , des Sociétés Royales des
Sciences de Montpellier , de Nancy
& de l'Académie de Marfeille , brochure
in 12 , prix 18 fols , franc de
port , par la pofte , par tout le
Royaume, A Paris , chez Ruault , Libraire
, rue de la Harpe.
t
Il n'eft plus queftion , dit l'Aureur
au commencement de cet écrit , d'examiner
fi l'inoculation eft utile ou nuifible
;
il ne refte qu'à divulguer , autant qu'il
eft poffible , la méthode d'inoculer , la
plus fimple, la plus facile, & la plus fure ,
& à la mettre à la portée de tout le
mondé , afin que le mystère dans lequel
certains inoculateurs fe font enveloppés
foit découvert , & que le public puiffe
jouir des avantages qu'elle procure . C'est
1
NOVEMBRE . 1774 85
l'objet de cet écrit divifé en trois Chapitres
. L'Auteur expofe dans le premier
le procédé des inoculateurs Suttons , &
des Médecins qui les ont imité ,tant en
Angleterre qu'en France. Il démontre
dans le fecond , par les raifons & par
l'expérience , la fupériorité de la méthode
Suttonienne. Il fait connoître dans le
troisième & dernier Chapitre la manière
d'inoculer à la Suttonienne , dégagé des
acceffoires des Suttons , & mife à la portée
du Peuple. Cet écrit ne peut être
trop répandu . Toutes les inftructions qu'il
contient , tendent à rendre le virus de la
petite vérole moins redoutable ; peutêtre
même , & c'eft le voeu patriotique
de M. Gardane , fi les confeils donnés
par les partifans de l'inoculation font
fuivis , parviendra- t- on à délivrer entièrement
notre continent de l'épidémie varioleufe.
Avis aux mères au fujet de l'inoculation ,
ou lettre à une dame de Province qui
héfitoit de faire inoculer fes enfans .
D'un fiècle de fuccès l'art d'inférer ſe vante.
Poëme fur l'Inoculation.
Brochure in- 8 ° . A Paris , chez Def86
MERCURE DE FRANCE:
ventes de Ladoué , rue St Jacques.
L'Auteur de cet écrit ne cherche point
à en impofer , en difant comme Crifpia ,
medicus fum. Il avoue au contraire qu'il
ne porte ni l'hermine ni la pourpre doctorale
; mais il a lu les bons écrits en faveur
de l'inoculation , & il en fait ici
le réfumé , pour prouver aux anti-Inoculateurs
, s'il en existe encore , 1º. Que
l'inoculation eft un préſervatif fûr , en
général , contre la petite vérole naturelle ;
2º. que la petite vérole artificielle eft
beaucoup moins dangereufe que la petite
vérole naturelle , & même qu'elle ne
l'eft point du tout ; 3 ° . qu'il n'y a aucune
témérité , ni même aucune imprudence à
fe procurer cette maladie ; & que ce n'eſt
pas plus tenter Dieu , que de fe faire
faigner & purger par précaution .
Candidatus Rhetorica , A. P. Jofepho
Juvencio auctus , emendatus & perpelitus
, adufum Candidatorum Rhetorices ,
vol. in. 12 , prix 1 liv. 10 fols relié . A
Paris , chez Colas , Libraire , place
de Sorbonne.
Cette Rhétorique eft celle du Père Pomery;
ouvrage dont le Père Jouvenci a
NOVEMBRE. 1774. 87
changé le ſtyle & la méthode dans les
endroits qui lui ont paru avoir beſoin de
correction , & qu'il a publié pour la première
fois , ainfi corrigé en 1711 .
On trouve chez le même Libraire le
Poëme latin fur la Botanique , intitulé :
Connubia florum latino carmine demonftrata
auctore D. de Lacroix , M. D. cum
interpretatione gallica , D. *** imprimé
chez Thibouft en 1728 , brochure in- 8 °.
Un autre Poëme latin fur l'excellence
de l'imprimerie , par Claude- Louis Thibouft
, avec la traduction françoife , brochure
in- 8°. Paris , 1754.
Le Jardin des Racines Grecques mifes en
vers françois , avec un traité des prépofitions
& autres particules indéclinables
; & un recueil alphabétique des
mots françois tirés de la Langue Grecque
, foit par allufion , foit par étymologie
; nouvelle édition , revue & corrigée
par M... Profefleur en
l'Univerfité de Paris. 2 1. 10 fols rel.
La réputation de cet excellent Ouvrage
eft faire ; on fait qu'il n'y en a
pas de plus utile pour apprendre la Langue
Grecque , ni de plus capable d'enrichir
la Mémoire des Elèves , fans la fa88
MERCURE DE FRANCE .
tiguer . Le nouvel Editeur a mis dans
l'édition que nous annonçons , plus de
-méthode & plus de clarté que dans les
précédentes. C'eft un livre deftiné à l'éducation
, & dont on fe fert avec fruit
dans les Colléges. Il convient aufli à
l'homme de lettres , pour connoître le dérivé
, ou la fignification de certains mots
françois qui font formés du Grec.
Odes facrées de M. de Bologne in - 12
relié , 2 liv .
On trouve chez le même Libraire les
Difcours prononcés dans l'Univerfité
par MM . Coffin , le Beau , Geoffroi ,
& autres célèbres Profeffeurs.
Fables d'Efope, gravées par Sadeler , Artifte
renommé. Cet Ouvrage contient
139 fables , précédées chacune d'une
figure , in-4 . relié 12 liv .
L'Utilité temporelle de la Religion chrétienne
, par le R. P. Hubert Hayer
Récollet , ancien Lecteur en Théologie,
vol . in- 12 , à Paris chez G. Defprez ,
Imprimeur.
Lorsqu'en 1771 nous rendîmes compte ,
dans le Mercure du mois de Décembre
NOVEMBRE. 1774.
d'an . Ecrit qui combattait plufieurs objections
des incrédules , nous crûmes devoic
expofer les obfervations fuivantes. « On
»
"
rappellerait peut- être plus efficacement,
» les incrédules à leurs devoirs , ou du
» moins à un filence defirable de leur part,
» fi on leur faifait voir que leurs Ecrits ,
» attaquant la Religion , fous le bouclier
» de laquelle nous repofons avec tranquil-
» lité , donnent entrée à l'indépendance ,
» à l'anarchie & à la licence , mère de tous
les crimes ; que leurs objections , par
» conféquent , prouvent feulement que
» ceux qui les font , font mauvais parens,
» mauvais amis , mauvais fujets . « C'eſt
en partie ce que l'Auteur du nouvel Ecrit
que nous annonçons , entreprend de faire
voir aujourd'hui . Son ouvrage refpire partout
un zèle ardent pour la gloire de la
Religion chrétienne , & un tendre attachement
au bonheur de la fociété . L'accord
entre les préceptes de la Religion
chrétienne , & les principes du gouverne
ment politique , entre les moeurs évangéliques
& le bien- être particulier & public,
eft folidement établi dans cet Ecrit ; &
quoique ce même Ecrit préfente beaucoup
de difcuffions inftructives & variées , nous
croyons cependant qu'il peut fe réduire en
fubftance à ce raifonnement fi fimple
90 MERCURE DE FRANCE.
que l'Auteur fait dans fon Difcours préliminaire
: « La vertu eft néceffaire au bien ,
» tant public que particulier. Or , la Religion
chrétienne eft l'inftitution où la
» vertu eft la plus parfaitement enfeignée ;
donc cette Religion eft néceffaire au
bien , tant public que particulier. »
Les enfans élevés dans l'ordre de la Nature
, ou abrégé de l'Hiftoire Naturelle
des enfans du premier âge , à l'ufage
des pères & mères de famille , par M.
de Fourcroy , Confeiller du Roi au
Baillage de Clermont en Beauvoiſis .
Experientia , magifter artium.
Vol. in- 12 , petit format , à Paris ,
chez les Frères Etienne , rue St Jac-
: ques , à la vertu.
Ce bon Ouvrage eft divifé en deux
parties. La première contient tout ce qui
peut être regardé comme hiftorique dans
l'éducation phyfique des enfans. Tels
font la difcuffion des principes que l'Au
teur a adoptés , & de ceux qui l'ont été
par quelques Orthopédistes modernes ;
les objections , les réponſes , les exemples
& les obfervations qui en font une
fuite ; les anecdotes curieufes qui y font
NOVEMBRE. 1774. 91
"
"
1.
relatives , enfin les preuves les plus démonftratives
de la fupériorité de la méthode
de l'Auteur fur tout autre , pour
la confervation & la régénération de
l'efpèce humaine .
L'Auteur , dans la feconde partie
rapporte de fuite ce qu'il y a de plus effentiel
à favoir dans l'Hiftoire Naturelle
des enfans du premier âge pour la mère
qui les allaite , & pour le père qui ne dédaigne
pas de s'occuper de leur éducation
phyfique.
Ce n'eft point un fimple Théoricien
qui parle ici , c'eſt un Obſervateur attentif,
un père de famille qui a toujours interrogé
la Nature dans l'éducation phyfique
de fes enfans , & a joint aux épreuves
- qu'il a faites dans fa maiſon , celles qu'il
a pu recueillir au dehors. Si l'Auteur
admet quelquefois fur l'objet qu'il traite,
des obfervations publiées par les Naturaliftes
qui l'ont précédé , ce n'eft qu'après
avoir vérifié ces obfervations
par l'expérience
; ainfi l'on peut avoir la plus
grande confiance en cet abrégé pratique
de l'Hiftoire Naturelle de l'enfance .
f
Un des articles les plus effentiels de
l'éducation phyfique que l'Auteur prefcrit
pour l'enfance , eft le lavage à froid
de l'enfant nouveau- né. « Ce n'eft point
92 MERCURE DE FRANCE.
"
"
n
» dit-il , comme on le lit dans l'Emile de
» J.J. Rouſſeau , ni dans tous les Ouvrages
» modernes , où l'on a fuivi fes principes
» par degré & un thermomètre à la
» main , qu'il faut accoutumer les en-
» fans infenfiblement au lavage à froid.
» Tout cet appareil , de pure fiction ,
qui montre le peu de nerf de ceux
» qui l'ont imaginé , n'eft abfolument
» bon qu'à faire perdre un temps pré-
» cieux. Ces lavages tièdes , dont le
» propre eft d'affoiblir les enfans , font
» directement oppofés au bien qu'on a
» de lesfortifier , & c'eft dès le lendemain
» de leur naiflance qu'il faut y procéder
fans tant de myſtères , en les lavant à
froid, quelque temps qu'il faffle, & en
quelque faifon que ce foit. Si on con-
» tinue , au bout de quatre jours on com-
» mencera déjà à s'appercevoir du bien
» qu'on leur fait , & , qui plus eft , du
plaifir qu'ils y prennent. Il ne s'agit
» que d'avoir le courage d'effayer , & celui
de prolonger l'effai pendant ces
» quatre jours ; on fera bientôt convaincu
» des avantages de cette méthode . pourvu
qu'on y joigne les autres attentions
» que j'ai recommandées ».
"
"
"
39
»
39
L'Auteur ajoute dans une note qu'il a
lieu de foupçonner que le lavage d'eau
NOVEMBRE. 1774. 93
froid pourroit bien être également falutaire
dans le premier âge à quelques animaux
domestiques , quoique le froid
femble être oppofé au voeu de la Nature ,
dans leur éducation phyſique ; & c'eſt encore
, d'après l'expérience , que l'Auteur
fe croit bien fonde à porter ce jugement.
On lui avoit fait préfent , au mois de
Mars 1771 , d'un joli chien de chaffe
qui n'avoit que trois femaines , & qui
fortoit de deffous la mère . Il étoit gras
& très - bien portant ; cependant au bout
de huit jours qu'il fut chez lui , il le
trouva prodigieufement fondu , quoiqu'on
lui affurâ : qu'il mangeoit bien & qu'on
en avoir grand foin ; mais on lui dit en
même temps qu'il ne vouloit pas quitter
le coin du feu , & qu'il avoit toujours le
nez dans les tifons . Notre Obfervateur ,
perfuadé que l'action perpétuelle du feu
fur ce petit animal , étoit la véritable
caufe de fon defléchement , ordonna
qu'on le lavâr tous les matins dans un
feau d'eau fraîche , & qu'on le tint enfaite
en plein air , fans le fouffrir aucunement
à la cuifine. Il donna même une
attention fuivie à cette expérience , pour
s'affarer qu'elle étoit exécutée ponctuellement.
Son remède a eu l'effet qu'il s'en
étoit promis. Non feulement le petit
94 MERCURE DE FRANCE.
chien a été , fur trois réſervés de la portée,
le feul qui ne foit pas mort ; mais il a
acquis une telle force , qu'à un an il lui
falloit une chaîne, comme à un chien de
baffe- cour , pour le tenir à l'attache . Sa
gaieté ou plutôt fa folie a été au- deſſus
de ce qu'on peut imaginer , & il eft devenu
d'une taille prodigieufe , quoique
forti d'une affez petite race. M. de F. a
obfervé fur cet animal prefque tout ce
qui eft arrivé à fes enfans. Cet animal, a ,
comme eux , jetté fa gourme par la tête ,
où il a eu des galles & des puftules trèsabondantes
lors de la dentition . Enfin ,
M. de F. leur a trouvé , à beaucoup d'égards
, des rapports qui l'ont déterminé
à faire une feconde épreuve de même
nature fur un petit barbet , quoique ce
petit chien fût le troisième & le plus foible
de fa portée ; il a été auffi le feul qui ſe ſoit
élevé il a jetté , comme le précedent , fa
gourme par la tête , & a acquis la même
vigueur ; en un mot , il lui a été femblable
en tout ; l'on ne peut obtenir de fuccès
plus complet que celui que M. de
F. a eu dans l'éducation phyfique de ces
deux animaux ; enforte qu'il n'y a point
à douter qu'il ne convienne parfaitement
à leur efpèce. Au furplus , ces expériences
NOVEMBRE. 1774 95.
font très- faciles à renouveler ; & notre
Obfervateur invite les curieux à fe convaincre
par eux-mêmes de la vérité de
ces faits qui ne font pas indifférens , vu
les conféquences qu'on en peut tirer contre
les partifans de la chaleur , & contre
ces efprits ſyſtématiques, qui veulent que
nous apprenions des animaux comment
il faut élever nos enfans .
Nous avons rapporté ces épreuves de
l'Auteur , pour mieux faire connoître fon
efprit de recherches & d'obſervations . M.
de F. dans ce même écrit , fe joint à
ceux qui ont prefcrit aux femmes de
nourrir elles- mêmes leurs enfans. Il les
avertit de la conduite qu'il leur eſt avantageux
de tenir pendant leurs couches &
tout le temps qu'elles nourriffent. On
peut donc regarder cet écrit comme un
manuel commode pour les mères , dans
lequel l'Auteur , en leur mettant fous les
yeux un tableau fidèle de tous les états
fucceffifs de l'enfance , cherche à les prévenir
contre ces inquiétudes dangereufes
auxquelles elles fe livrent fouvent fans
raifon , dès que leur enfant crie un peu
fort , ou paroît éprouver quelque vive
douleur. Il leur indique d'ailleurs des
procédés fimples qui les feront réuffic
96 MERCURE DE FRANCE.
dans tout ce qu'elles voudront entreprendre
pour la meilleure éducation
phyfique de leurs enfans. M. de F. croit
même pouvoir avancer , que parmi les
mères qui voudront fuivre avec exactitude
la méthode qu'il a éprouvée fur
fes propres enfans , il y en aura bien
peu qui ne foient étonnées de leurs
fuccès.
* La Jérufalem délivrée , Poëme du Taffe,
nouvelle traduction . A Paris , chez
Mufier fils , Libraire , Quai des Au
guftins , au coin de la rue Git- le- Coeur.
Quoiqu'on ait foutenu , avec raiſon ,
qu'il ne fallait traduire les Poëtes qu'en
vers , on n'a pas prétendu , pour cela ,
détruire le mérite des bonnes traductions
en profe. Celle que nous annon
çons ici au Public , mérite un rang
diftingué parmi les ouvrages de ce genre .
C'eft en faire l'éloge que de dire qu'elle
a été attribuée à l'éloquent Auteur d'Emile.
Il est vrai que cette opinion était
peut - être plus fondée fur la fingularité
piquante de la Préface , que fur le
* Article de M. de la Harpe.
ton
NOVEMBRE . 1774. 97
leur >
y
ton qui règne dans l'Ouvrage. En effet ,
on temarque dans cette nouvelle traduction
plus de précision que de cha-
& plus d'énergie que d'abondance.
La facilité brillante , la grâce &
la douceur du Taffe , fon harmonie pittorefque
, ne font pas les caractères qui
dominent le plus dans cette nouvelle
verfion. Mais , en général , elle eft d'un
ton noble & animé ; l'ame du Poëte
refpire , & c'est ce qui manque abfolu.
ment dans la traduction de M. de Mirabeau
, faible , prolixe , languiffante.
fouvent infidelle , écrite du ftyle d'un
Conte plutôt que d'un Poëme , & qui ,
malgré tous ces défauts , fe faifait lire ,
tant il y a d'intérêt dans l'Ouvrage ori
ginal ! Rien ne fait plus d'honneur au
Taffe , que le fuccès qu'a eu , parmi
nous , cette traduction G imparfaite , que
la traduction nouvelle fera probablement
oublier. Nous nous bornerons à mettre
fous les yeux du Lecteur un morceau de
chacune des deux verfions , qui fuffira
pour en faire connaître la différence.
Nous choifrons la mort de Clorinde.
L'original eft trop connu pour placer ici
des citations inutiles. Voici d'abord la
Maduction de M. de Mirabeau .
E
98 MERCURE
DE
FRANCE
.
THEODE
LYON
&
"
»
99
" Mais l'inftant fatal eft arrivé , où
" Clorinde doit perdre la vie . L'irrité
Tancrède lui porte un coup effroyable,
» & lui plonge fon épée toute entière
» dans le fein. Le fer cruel s'abreuve de
» ce beau fang , qui , fortant à gros bouillons
, répand auffitôt une hamide chaleur
fur les armes de la Guerrière . Elle
fe fent bleffée à mort ; déja fes faibles
» genoux refufent de la foutenir . Tan-
» crède cependant pourfuit fa victoire ; il
» menace Clorinde , il la preffe , elle
9 tombe ; mais , animée tout d'un coup
» d'un nouvel efprit , elle ad effe , en
» tombant , ces paroles à fon vainqueur;
paroles où l'on voyait briller une foi
vive , accompagnée d'efpérance & de
charité , & que Dieu , à qui elle avait
» été rebelle pendant fa vie , lui infpira
» pour lots , afin qu'elle lui fût foumife
» en mourant. Ami , dit - elle , tu as
» vaincu je te pardonne ma mort's
daigne , de ton côté , me faire grâce.
Ce n'eft point pour mon corps que
j'implore ta pitié ; ton fecours lui eſt
déformais inutile ; mais je te conjure
» de purifier mon ame par les eaux falutaires
du Baptême .
"
93
99
99
DE
LA
» Clorinde prononça ces mots d'une
IBLIO
THETHEOGE
99
LYON
1893
NOVEMBRE. 1774.
voix fi douce & fi touchante , que Tancrède
en fut pénétré jufqu'au coeur. Sa
fureur s'évanouit à l'inftant , fes yeux
furent mouillés de quelques larmes . Il
courut à un petit ruiffeau , qui n'était
pas éloigné de là ; & après avoir puifé
de l'eau dans fon cafque , il revint fur
le champ , pour rendre à ſon ennemi le
pieux office qu'il lui demandait . D'une
» main déjà tremblante , il détache les
courroies du cafque de la Guerrière ; il
» lui découvre la tête ; il voit Clorinde ,
» il reconnaît la maîtreffe. Quelle vue,
» Tancrède ! quelle reconnaillance pour
un amant ! A cet objet, il demeura fans
"
DELA VILA
voix & fans mouvement . Son amemême
» fut prête à s'envoler ; ce qui le retint à
» la vie , fut le defir ardent qu'il avait de
» procurer une éternelle félicité à celle
» dont il venait de trancher les jours . Pen-
» dant que Tancrède prononçait les pa-
» roles facrées , une joie vive & douce fe
répandit fur le vifage de la mourante
» Clorinde ; fes yeux étaient tournés vers
» le Ciel , & il femblair qu'elle dît alors :
» ouvrez-vous , portes éternelles du cé-
» leſte ſéjour , afin que j'y entre en paix .
» De pâles violettes prirent fur fon teint
la place des rofes , & fe mêlèrent avec
» les lis. Enfin , ayant déja perdu la pa-
33
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
}
<
29
"
"
role , elle leva avec peine une main
languiffante , qu'elle tendit à Tancrède,
en ligne d'amitié ; après quoi elle ferma
» fes yeux pour jamais ; on eût dit qu'elle
s'abandonnait aux douceurs d'un fom-
» meil pailible. **
» Dès que Clorinde eut rendu le der-
» nier foupir , les liens qui retenaient
» Tancrède à la vie , étant rompus , il ne
» fit plus d'effort pour retenir fon ame qui
voulait s'envoler : l'excès de fa douleur
» l'accabla ; il tomba à côté de fa maî-
» treffe , dans un état peu différent du
» fien. La mort impitoyable aurait bientôt
réuni ces deux amans , une troupe
de l'armée Chrétienne n'était arrivée
» par hafard en ce lieu . Celui qui com-
» mandait , ayant d'abord reconnu Tan-
» crède , ordonna qu'on l'emportât ; &
touché de compaflion en même temps
» pour la belle Guerrière qui était étendue
près de lui , quoiqu'il ignorât
qu'elle fût morte Chrétienne , il ne
voulut pas laiffer fon corps en proie aux
» bêtes fauvages , & il la fit pareillement
enlever. Malgré le mouvement de ceux
qui emportaient Tancrède , il ne revint
point à lui ; on lui entendait feulement
» pouffer de temps en temps quelques
» faibles foupirs : à cette marque feule ,
: 39
"
22
NOVEMBRE. 1774. 1011
» on pouvait connaître qu'il n'avait pas
» entièrement perdu la vie. Lorfqu'on fur
» arrivé à fa tente , on le coucha fur un lit,
& à l'inftant fes fidèles domestiques.
» s'empreffèrent de lui donner tous les fe-.
» cours qui lui nécellaires. Pour
»le corps de Clorinde , il fut mis dans
» une tente voiſfine. と
» Les foins qu'on eur de Tancrède , lui.
» renditent enfin l'uſage de fes fens ; il
» ouvrit les yeux , il reconnut le lieu où
» il était , & les mains de ceux qui le fe
» couraient. Quo!! dit - il auffitôt , je ref
» pire encore ! Quoi ! je vois la lumière .
» après avoir commis une action fi horri
» ble , & ma main barbare n'a pas encore.
tranché mes coupables jours ! Ah ! c'eſt.
» un effet de fa barbarie ; la mort ferait ,
» pour mon crime , une peine trop légère,
» &la vie est pour moi le plus affreux des
fupplices. Je vivrai pour fervir à jamais
» d'exemple d'un malheur accompli . Ins
» féparable de moi-même , à qui je ferai
» en horreur , en vain , pour m'éviter , je
chercherar la folitude & les ombres ; je
me fuirai fans ceffe , & me retrouverai
» toujours ; mais , reprit- il , qu'eft deve-
» nue Clorinde ? Hélas ! cette belle Gaer-
» rière que j'ai inhumainement percée
de mes coups , va peut - être fervir de
E iij
102 ' MERCURE DE FRANCE.
» pâture aux animaux féroces. Allons , s'il
en eft temps encore , l'arracher de leurs
330
n
dents , ou me faire dévorer avec elle , "
» afin que du moins un même tombeau
» nous renferme tous les deux . Alors on
» lui dit que le corps de Clorinde avait«
» été apporté , & qu'il était dans une tenter
» à côté de la Genne. A cette nouvelle ,"
» Tancrè ie felevant de fon lit , fe traîna
» avec peine au lieu où était ce corps fr
chéri. Dès qu'il vit les reftes précieux
de fa maîtreffe , le peu de force qu'ike
» avait, l'abandonna , & il allait tomber, fi
» ceux qui l'accompagnaient , ne l'euffent
foutenu. I confidèra ce beau vifage ,
» dont la vue déformais ne peut plus ap .
porter de confolation à fes maux ; il
regarda la main que Clorinde mourante
lui avait préfentée comme un
» gage de fon amitié : il remarqua la plaie
cruelle qu'il lui avait faite dans le fein.
» Ah ! dit - il auffitôt , ce n'eft point affez
de mes pleurs ; il faut que tout mon
fang coule pour expier mon crime. A
ces mots , il arracha l'appareil qu'on
avait mis fur fes bleffures : fon fang en
fortit en abondance ; il tomba en fai-
» bleffe , & cette faibleffe lui-fauva la
» vie ; car , n'ayant plus la force de rien
attenter contre lui - même , fes gens 1
NOVEMBRE. 1774. 103.
reportèrent dans fon lit , & l'obferve-
» rent avec foin . »
39
و د
Voici maintenant la nouvelle traduction
, qui , malgré quelques incorrections,
paraîtra bien fupérieure.
" Mais enfin l'heure fatale qui doit
» finir la vie de Clorinde , eft arrivée :
» Tancrède atteint fon beau fein de la
pointe de fon épée . Le fer s'y enfonce
» & s'abreuve de fon fein ; l'habit qui
» couvre fa gorge délicate , en eft inondé ;
» elle fent qu'elle va mourir ; fes genoux
» fléchiffent & ſe dérobent fous elle.
» Tancrède pourſuit ſa victoire ; &, la
» menace à la bouche , il la pouffe , il la
» preffe ; elle tombe ; mais dans le mo-
» ment, un rayon célefte l'éclaire ; la vé-
» rité defcend dans fon coeur , & d'une
» Infidelle en fait une Chrétienne . D'une
» voix mourante elle prononce , en tom.
» bant , ces paroles dernières :
» Ami , tu as vaincu ; je te pardonne :
toi- même , pardonne à mon malheur.
» Je ne te demande point grâce pour un
» corps qui bientôt n'a plus rien à crain-
» dre de tes coups ; mais ayes pitié de
» mon ame. Que tes prières , qu'une
» onde facrée , verfée par tes mains , lui
» rendent le calme & l'innocence . Ses
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
"
"
» triftes & douloureux accens retentiffent
au coeur de Tancrède , le pénè
» trent , éteignent fon courroux , & de fes
yeux arrachent des larmes involontaires .
» Non loin de- là un ruiffeau jaillit , en
» murmurant , du fein de la montagne :-
ily court , il remplit fon cafque , &
» revient triftement s'acquitter d'un faint
» & pieux miniftère : il fent trembler fat
» main , tandis qu'il détache le cafque ,
» & qu'il découvre le vifage du Guerrier
» inconnu : il la voit , il la reconnaît ; ik
» refte fans voix & fans mouvement : ô
» fatale vue ! funefte reconnoiffance !
"
»
Il allait mourir ; mais foudain il rappelle
toutes fes forces autour de fon
» coeur : étouffant la douleur qui le preſſe ,
" il fe hâte de rendre à fon amante une
» vie immortelle pour celle qu'il lui a
» ôtée . Au fon des paroles facrées qu'il
» prononce , Clorinde fe ranime ; elle
fourit ; une joie calme fe peint fur fon
» front , & y éclaircit les ombres de la
mort. Elle femblait dire : le Ciel s'ou
» vre , & je m'en vais en paix .
» Sur fes joues , la pâleur des violettes
fe mêle à la blancheur des lis ; elle fixe
fes yeux éteints vers le Ciel , & foulevant
fa main froide & glacée : elle la
NOVEMBRE. 1774. IOS
» préſente , comme un gage de paix , à
fon amant. Dans cette attitude , elle
expire & paraît s'endormir. " *
» A cet afpect , les forces que Tancrède
avait recueillies , le quittent & l'aban
donnent : il fe remet tout entier fous la
main de la douleur qui ferre fon coeur
» & le glace. La mort eft fur fon front &
» dans tous les fens . Immobile , fans cou
leur & fans voix , rien ne vit plus en
que fon défefpoir.
» lui
» Les derniers liens qui arrêtaient fon
ame , fe brifaient l'un après l'autres:
elle allait fuivre l'ame de fon amante ,
» quand le hafard , ou le befoin , amena
» dans ces lieux une troupe de Chrétiens.
" Le Chef reconnaît le Héros à ſes ar-
» mes : il accourt ; il reconnaît auffi Clo-
» rinde , & fon coeur eft percé de douleur.
» Sans la croire Chrétienne , il ne veut pas
laiffer ce beau corps à la fureur des bêtes
farouches ; il les fait porter l'un & l'austre
fur les bras de fes Soldats , & mar
che à la tente de Tancrède.
193
Dans ce mouvementlent & tranquille,
» le Guerrier ne reprend point encore
l'ufage de fes fens ; mais de faibles foupirs
prouvent qu'il conferve un refte de
vie . Le corps de fon amante , immoż
39
E v
106 MERCURE DE FRANCE
» bile & glacé , porte par- tout l'empreinte
du trépas. Enfin , on les dépofe l'un &
» l'autre dans une tente féparée.
"
"
» Tancrède eft entouré de fes fidèles
Ecuyers , qui lui donnent les foins les
plus empreflés & les plus tendres. Déjà
fes yeux languiffans fe rouvrent à la
clarté du jour ; il entend des voix con
» fuſes ; il fent les mains qui panfent fes
» bleffures ; mais fon ame étonnée de ſe
» retrouver , doute encore de fa vie , & a
peine à s'affurer d'elle - même ; fes regards
errent autour de lui : enfin , il
>> reconnaît , & fa tente , & ceux qui
»l'environnent.
"
» D'une voix faible & douloureuſe :
» eft- ce que je vis , dit-il ? eft ce que je
refpire ? Mes yeux voient- ils encore les
rayons odieux de ce jour funefte ? ....
» de ce jour qui éclaire mon crime , &
» me reproche les horreurs que la nuit
» m'avait cachées ? Ah ! main cruelle , honteux
inftrument de la mort , toi qui con-
» naîs toutes les manières de la donner ;
» pourquoi , lâche & timide maintenant,
» n'ofes - tu trancher les derniers liens de
ma coupable vie ?
93
» Perce donc auffi mon fein ! ... déchire
ce coeur infortuné ! ... Mais tu
>
NOVEMBRE. 1774. 107


ne fais qu'être barbare , & ce ferait un
» bienfait , qu'une mort qui finirait mes
» douleurs ! Je vivrai , trifte & mémorable
exemple d'un amour malheureux !
» Objet d'horreur : oui , une vie traînée
» dans l'opprobre eft le feul fupplice qui
» puifle égaler ton forfait.
"
"
»
Je vivrai au milieu des remords ;
les ennuis feront mes compagnons &
» mes bourreaux : errant , forcené , je
» redouterai les ombres folitaires de la
nuit , qui me rappelleront ma funefte
» erreur j'abhorrerai ce foleil , dont les
rayons odieux m'ont révélé mes malheurs
& mon crime . Je ne craindrai
» moi- même ; & me fuyant toujours , je
» me retrouverai fans ceffe .
» Mais hélas ! en quels lieux font ces
» reftes déplorables & chéris ? Ce qu'en
» a épargné ma fureur , peut être en ce
moment faigne fous la dent cruelle des
bêtes farouches ? Ah ! malheureux Tan-
» crède ! les ombres ont égaré ta main
mais c'est toi qui as appris à ces monf-
» tres à déchirer ton amante : c'eft à toi
» qu'ils doivent cette noble & fanglante
» pâture .
19
O reftes que j'adore ! j'irai , j'irai aux
lieux où je vous ai laiffés : je vous re-
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
» cueillerai pour vous poffeder , fi vous
» y êtes encore. Mais fi les bêtes fauvages
» les ont dévorés , je me livrerai moimême
à leur rage : leurs entrailles fe-
» ront mon tombeau , comme celui de
» mun amante ; heureux , fi mes triftes dé-
» bris s'y mêlent & s'y confondent avec les
fiens!
Ainfi parlait cet amant défefpéré':
» on lui dit que l'objet de les regrets
» n'eft pas loin de fa tente : un rayon de
» joie fe mêle aux ombres dont fon
"
front eft couvert ; tel fuit l'éclair qui
» déchire le fein de la nue. Il foulève
avec effort fes membres languiffans ,
åppefantis , & , d'un pas chancelant ,
il fe traîne vers ce corps adoré.
و د
وو
»
و د
1
>
Quand il voit fur ce beau fein la
cruelle bleffure que fa main a faite ;
quand il voit ce vifage décoloré
fans éclat , mais ferein encore , & tel
qu'un ciel fans nuage dans l'obscurité
» de la nuit , il tremble , fes genoux fléchiffent
, & fes fidèles Ecuyers le fourtiennent
à peine : O céléfte Beauté ,
» dit il , tu peux adoucir les horreurs du
trépas , mais tu ne peux plus adoucir
» mon fort !
• ود
» O belle main , qu'en mourant elle
NOVEMBRE. 1774. 109
» me préſenta comme un gage de paix &
» d'amitié ! dans quel état , hélas ! je te
>> revois ? dans quel état fuis-je moi même?
Voilà donc les funeftes & déplorables
effets de ma rage ? Barbare ! ta
» main cruelle a fait ces bleffures ; tes
» yeux plus cruels encore les contémplent?
"
» Ils les contemplent fans verfer des
larmes ? ... Chère amante , je ne puis
» te donner des pleurs , mais je te don-
» nerai mon fang ! A ces mots , furieux ,
» défefpéré , il arrache l'appareil qui
» couvre fes plaies , & les déchire : fon
fang ruiffelle : fa main alloit porter les
» derniers coups ; mais il s'évanouit , &
» l'excès de fa douleur le fauve de fa
י נ כ
» rage.
"
» On le reporte for fon lit ; on rappelle
fon ame fugitive & on l'attache
» à la vie. Cependant déjà la renommée
na publié fa funefte aventure & fes
» cruels déplaifirs. Le pieux Bouillon
» accourt à fa tente; de fidèles amis y
»volent avec lui : mais ni les confeils
» du héros , ni les difcours de l'amitié me
» peuvent confoler fes douleurs ».
Le courage dans les peines de l'esprit, ode
1
110 MERCURE DE FRANCE .
qui a concouru infructueufement pour
le prix de l'Académie Françoife , remis
à l'année prochaine ; par M. l'Abbé de
Launay , ancien Lecteur & Penfionnaire
de la Cour de Portugal. in- 8°.
A Paris , de l'Imprimerie de Valleyre
l'aîné , rue de la vieille Bouclerie .
C2
Le Poëte rappelle dans cette ode la
mort courageufe de Moley Moluch ,
Prince Africain . Ce Prince , combattant
à demi mort dans les plaines d'Afrique ,
contre Sébaſtien , Roi de Portugal , expira
fur le champ de bataille , dans une
calèche , d'où il commandoit fon armée .
On lui trouva le doigt colé fur la bouche.
Ce fur le dernier figne de vie qu'il donna
, pour recommander à fes Généraux
le fecret de fa mort , de crainte que
cette nouvelle ne décourageât fes troupes
& ne ranimât celles de fon aggreffeur.
Celui- ci perdit la bataille & la vie . Comme
on ne trouva pas fon corps fur le
champ de bataille , il s'étoit répandu un
bruit que Sebaftien s'étoit fauvé dans un
défert , pour y pleurer fes péchés.
Moluch , aux plaines de l'Afrique
Combat Sébastien menaçants
NOVEMBRE . 1774.
Leur fecrette frayeur s'explique :
Ils fuccombent en périſſant.
Blêche au grand jour de la victoire ,
L'un en perdit tous les honneurs .
Cette fin , qu'on a peine à croire ,
De l'autre auroit comblé la gloire ,
S'it ne fût pas mort dans les pleurs.
L'ode , dont il fuffit d'avoir cité cette
ftrophe , eft précédée d'un avertiffement
que nous rapporterons , parce qu'il eſt
court. « Je prêche d'exemple. J'ai eu le
» courage de faire cette pièce dans une
» poſition fâcheufe. J'ai eu celui de l'envoyer
à l'Académie dans une affreufe
» incertitude , & d'en apprendre l'infor-
» tune fans abattement. J'ai encore celui
de l'expofer au Public , fans me flatter
d'encourager à me lire ceux qui ont
» peur de s'ennuyer.
» Je joins à cette ode un poëme qui
» fait pendant. ( Il eft intitulé les Plaifirs
» de l'efprit). C'eft un contre tableau ,
que je mets en vue d'oppofition , pour
la fymmétrie.
32
1.
Il faut paffer par les peines ,
Pour arriver aux plaifirs.
Hélas ! j'ai fait tout le contraire ; j'ai
» marché en écrevifle ».
112 MERCURE DE FRANCE .
Bibliographie Parifienne , ou Catalogue
des ouvrages de Sciences , de Littérature
, & de tour ce qui concerne les
Beaux - Arts , imprimés tant à Paris ,
que dans le refte de la France , année
1769, Prix 3 liv. 12 fols broché . A
Paris, chez Ruault, Libraire, rue de la
Harpe.
Ce volume eft un catalogue de tout
ce qui a été imprimé ou publié en 1769 ,
concernant l'hiftoire , les fciences & les
arts; on a joint feulement une courte
notice à quelques articles.
Avis au Peuple fur l'impôt forcé qui ſe
percevoit dans les halles & marchés fur
tous les bleds & toutes les farines.
Tanta molis erat!
Virgile.
Brochure in. 1 2. de 22 pag. 1774.
L'Arrêt du Confeil d'Etat , de 13 Sep
tembre 1774 , qui , établit la liberté du
commerce des grains & farines dans l'intérieur
du Royaume , profcrit formellement
l'obligation impoſée par les règleNOVEMBRE.
1774. TIZE
mens de 1770 , de ne vendre & de n'acheter
les grains qu'au marché . Cette
obligation a été profcrite , parce qu'elle
furcharge fans aucune utilité , ainfi qu'il
eft dit dans l'Arrêt , les achats & les
ventes , des frais de voiture au marché ,
des droits de hallage , magafinage & autres
, également nuifibles au laboureur
qui produit & au peuple qui confomme,
M. l'Abbé Bandeau , auteur du petit écrit
que nous venons d'annoncer , calcule ces
frais & ces droits, & il prouve que les
règlemens de l'année 1770 , exécutés
ponctuellement , feroient un impôt de
plus de feize millions par an fur le pain
du peuple .
Livre utile aux Négocians de l'Europe ,
contenant une theorie complette &
facile des opérations du change ; le
rapport des valeurs de différentes mon .
noies de l'Europe ; la connoiffance des
mefures , poids & aunages des princi
pales villes qui commercent avec la
France ; une difcuffion en matière de
revendication dans les faillites , au
moyen de laquelle tout Marchand ou
Négociant , qui fe trouvera impliqué
dans une banqueroute , pourra connoî
114 MERCURE DE FRANCE
<
?
tre , avec la plus grande facilité , s'il
- eft dans le cas de pouvoir revendiquer ,
ou non , la marchandife qu'il aura.
vendue , & qui ne lui aura pas été
payée ; une differtation fur les lettres)
de change , leur valeur & le terme de
leur paiement ; un tarif des glaces ;
l'état des foires du Royaume , &c. par.
M. l'A. S *** . vol . in - 12 . br. 2 liv. A
Paris , chez Valade , Libraire , rue St
Jacques , vis - à - vis la rue des Mathu
rins.
Le titre détaillé de ce manuel du commerce
fuffit pour faire connoître l'étendue
de fon utilité .
Lettre à M. le Marquis de *** fur les
peintures &fculptures de l'Académie de
Saint Luc , expofées à l'Hôtel de Jabac.
Brochure in- 12 . A la Haye, 1774 .
Il n'eft point de règlefans exception , ou le
bavard. Brochure in- 12 fur le même
objet.
1
Nous ne faifons mention de ces deux
critiques que pour ne laiffer ignorer à
nos Lecteurs aucun des écrits qui fe puNOVEMBRE.
1774. 115
*
blient . La lettre à M. le Marquis de ***
Contient quelques obfervations critiques
qui ne font point affez motivées ; elles
font d'ailleurs expofées sèchement & fans
grâces . On ignore pourquoi l'obfervateur
n'a point fait mention des quatre basreliefs
en marbre de M. Brenet , motceaux
de fculpture les plus.confidérables .
de l'expofition, & dont l'exécution , ferme
& bien fentie , a fait beaucoup d'honneur
à l'Artifte. L'Auteur auroit dû auffi ne
point paffer fous filence les ouvrages de
M. Vincent de Montpetit , créateur de
la peinture éludorique , genre de peinture
qui a la délicateffe de touche de la
miniature , & la vigueur du coloris de
la peinture à l'huile.
La feconde brochure fur le falon de
Saint Luc eft écrite plus gaiement que la
première ; mais on eft un peu fatigué de
voir toujours ce même refrain revenir :
Il n'eft point de règle fans exception. On
s'appercevra d'ailleurs que le Critique
juge fouvent pour le fimple plaifir de
difcourir.
L'un bavarde en écrivant ,
L'autre bavarde en parlant. ,
Mais il y a cette différence , que les der
116 MERCURE DE FRANCE.
niers ennuient fans que l'on puiffe honnêtement
s'en défaire ; pour les autres ,
on en a meilleur marché ; on peut au
premier bâillement fermer le livre. C'eſt
le confeil que l'Auteur de cette brochu
re , intitulé le Bavard , a la bonne foi
de donner à ceux qui feroient tentés de
lire fa critique.

InftitutionsMilitaires , ou Traité élémentaire
de Tactique , précédé d'un Difcours fur
la théorie de l'Art militaire , trois par- .
ties in- 8°. aux deux Ponts , à l'Imprimerie
Ducale , & fe trouve à Paris
chez Lacombe , Libraire , rue Chriftine
; à Metz , chez Marchal ; à Straf
bourg , chez Bauer ; à Stockholm , chez
Gjorvel.
"
« Des hommes raffemblés pour combattre
, ne doivent point former une
maffe confufe , mais être difpofés de
manière qu'ils puiffent agit & fe mouvoir
enfemble , pour fe foutenir mutuel
» lement , & fe fortifier les uns les autres.
» Cette définition fe rapporte à ce qui
"
s'appelle ordre , c'est - à - dire , la difpo-
» fition & la fituation de chaque chofe
» dans le lieu ; la règle & la manière qui
NOVEMBRE. 1774.
1774. 117
ce
"
lui conviennent , ou , ce qui revient au
» même , le rang que l'on donne aux cho-
» fes , fuivant leur quantité & leur qua-
» lité. La fcience qui établit cet ordre
parmi les Troupes , & par lui le caractère
distinctif d'une armée d'avec un
affemblage confus de gens de
guerre ,
eft appelée Tactique ; elle tire fon origine
des Grecs , & fa dénomination
» d'un mot prononcé en cette langue ,
» Tacto , qui fignifie ranger ou mettre en
» ordre , & elle exprime l'art de former
» & de mouvoir les troupes en ordre .
"
»
» La Tactique n'eft donc autre chofe
que l'art de difpofer & d'exercer les
» troupes aux actions de guerre , par un
» ordre & un arrangement avantageux , &
la fcience d'appliquer ces difpofitions &
» ces exercices aux opérations de la guerre.
» L'expérience & le raifonnement s'ac-
» cordent à nous prouver que cet ordre &
» cet arrangement ont toujours été fondés
» fur la nature des armes dont on s'eſt
» fervi. En effet , fi nous confultons les
» Grecs & les Romains; fi de- là nous exa-
» minons ce que nos prédéceffeurs ont
pratiqué fucceffivement , nous voyons ,
» avec évidence , que l'on s'est toujours
» conduit d'après ce principe , & que dans
-118 MERCURE DE FRANCE.
C
»
tous les temps l'art de la Tactique a confifté
à fe ranger dans un ordre propre à
pouvoir fe fervir avantageufement des
» différentes efpèces d'armes dont on fai-
» fait ufage .
20
s
"
» On fe fervait anciennement de deux
efpèces d'armes offenfives : l'une était
» deftinée à combattre de loin , & s'appelait
arme de jet , comme dards , ja-
» velots , frondes , &c. L'autre fervait à
» combattre de près , en joignant l'ennemi
»pour le rompre & l'enfoncer, & s'appelait
arme de main , comme épées ,
piques , lances , & c. Les Soldats munis
d'armes de jet , s'appelaient gens de
» trait ou armés à la légère , & étaient
rangés en petits corps fur une profon-
» deur médiocre , propres à fe mouvoir
avec agilité & promptitude . Les Sol-
» dats munis d'armes de main , s'appėlaient
pefamment armés , & étaient rangés
en corps folides & maffifs , proprës ,
» par la profondeur & la preffion de leurs
.rangs , à enfoncer l'ennemi & à lui ré-
» fifter . De ces deux efpèces d'armes naif-
» faient , comme l'on voit , deux efpèces
» de troupes , dont chacune avait une rai
» fon différente de fe ranger & de com-
» battre ; mais le tout ne fe rapportait cen
99
"
NOVEMBRE . 1774. 119
"
» pendant qu'à un feul objet principal ,
qui était le choc ; car les armes de jet
» des anciens , peu meurtrières , ne déci
» daient jamais les événemens des batailles;
les gens de trait ne faifaient que pré-
» luder , & les combats ne fe terminaient
qu'à l'approche des corps pefamment
» armés , qui en venaient aux mains avec
» les armes de main , pour s'enfoncer
» le choc .
par
" On fe fert encore aujourd'hui de
deux efpèces d'armes offenfives : l'une
eft l'épée , arme principale de la Cavalerie
: l'autre est le fufil armé de fa
bayonette , arme principale de l'Infanterie
, & d'autant plus avantageufe ,
» qu'elle eft en même temps arme de jet
» & arme de main , ou arme à feu , &
"
arme blanche , qu'elle fert par le feu à
combattre de loin , & par la bayonnette,
» à joindre l'ennemi , le combattre de
près , le rompre & l'enfoncer , & qu'elle
» réunit ainfi en une feule , les deux
efpèces d'armes offenfives dont fe fer-
» vaient les Anciens. Cela fait qu'il n'y a
plus qu'une feule efpèce d'Infanterie ,
toute armée de la même manière , & en
conféquence qu'une feule façon de fe
» ranger ; mais il y a deux manières de
"
99
120 MERCURE DE FRANCE.
» combatrre ; l'une par le feu , par lequel
» commencent toutes les actions de guer.
» re , & l'autre par le choc , qui doit les
» décider toutes les fois qu'il eft poffible..
» Tels font les deux objets principaux de
» notre Tactique ; c'est à eux feuls qu'elle
» fe rapporte , & que ,
fuivant la nature
de nos armes , elle doit embraffer éga-
» lement . En effet , les armes à feu ont une
très-grande portée ; leurs coups horifon-
» taux font fuivis d'un effet très- meurtrier.
» Il y a des occafions à la guerre , où il
arrive que l'on eft fépare de l'ennemi
par quelque terrein inabordable , & où
»l'on ne peut fe difpenfer de combattre
» de loin dans ces différentes fuppof-
» tions , il eft auffi important de pouvoir
"
faire confifter la force principale dans
» l'action du feu , qu'il eft effentiel de la
" faire confifter dans le choc , toutes les
» fois que l'on combat dans un terrein où
l'on peut aborder l'ennemi fans de
" grands obftacles , & le combattre de
près . Dans des terreins de cette dernière
efpèce , ce n'eft point à coups de fafd
que l'on gagne des batailles ; il ne faut
» même pas compter fur le feu , ni s'amu-
» fer long temps à tirer ; on ne peut ré-
» pondre du fuccès d'un combat , qu'au
»
» tant
NOVEMBRE. 1774. 121
و د
"
tant que l'on détermine une ligne d'Infanterie
à marcher à l'ennemi en lui,
préfentant la bayonnette .
Cette efquiffe de la Tactique, tant an-
» cienne que moderne , nous démontre
que le véritable fondement de cet art ,
réfide dans la nature des armes dont on
» fait ufage . Si nous les comparons l'une
» à l'autre , elles nous prouvent que l'ef
fence & la mature des principes de la
» guerre , n'ont jamais varié , & que de
tous les temps les ordres de bataille ont
été formés conformément à la fituation
» des lieux & du terrein , & à l'uſage que
» l'on a pu faire de fes armes. L'invention
» de la poudre & des armes à feu , a pro
25
n
" :
duit quelques changemens dans la ma-
» nière de combattre. Chez les anciens
elle fe rapportait à un feul objet principal
, qui étoit le choc chez nous ,
elle fe rapporte à deux objets , qui font
» le feu & le choc ; & nous faifons dépen-
» dre notre force également de l'un & de
» l'autre , fuivant les occafions & les cir-
» conftances , & c. »
»
4
Ces inftructions préliminaires font pui
fées dans le Chapitre fecond de ces inftitutions
, où l'Auteur nous donne une idée
générale de la Tactique & de fes objets
F
122 MERCURE DE FRANCE.
principaux. L'Ouvrage eft divifé en trois
parties . La connaiffance parfaite de tous
les détails intérieurs d'une conftitution
militaire bien folide & bien ordonnée
forme l'objet de la premiere : la feconde
renferme les principes de l'exercice & des
manoeuvres des troupes ; & ces principes
y font développés de manière à en faire
connaître les fondemens , l'application &
l'ufage. On trouvera dans la troifième
partie , les détails d'une armée & le méchanifme
des ordres de bataille , des
camps & des marches. L'Auteur, après en
avoir établi les principes , les applique
aux manoeuvres qui préparent & affurent
le fuccès des actions.
Ce Traité élémentaire , deftiné principalement
aux jeunes militaires , fera
également utile à ceux qui voudront ſe
procurer une notion nette , exacte & méthodique
de tous les principes de la Tactique
, épars dans un grand nombre d'ou
vrages. Ces principes ici réunis , forment
uncorps d'inftructions, où l'on ne doit point
efpérer de trouver ces traits faillans , fruits
ordinaires d'une imagination qui ne fe
donne point le temps d'examiner les chofes
avec une certaine étendue. Cet Ouvrage
ne préfente pas non plus des idées
NOVEMBRE. 1774. 125
nouvelles , des découvertes fingulières ;
mais des vérités de pratique , des préceptes
avoués par les Maîtres de l'art ; des
principes qui fe rapportent à la nature des
armes & à la manière de combattre aujourd'hui
en ufage. Un mérite particulier
à l'Auteur , eft d'avoir traité la Tactique
fur un plan raifonné & fuivi ; & de l'avoir
pliée à une inftruction méthodique , par
la liaiſon qu'il a mife entre les principes
& l'application continuelle qu'il a faite
de la théorie à la pratique.
M. le Baron de Sinclaire , Colonel-
Commandant du Régiment Royal Suédois
, au fervice de France , & Auteur de
ces Inftitutions militaires , a , pendant le
cours de la guerre dernière , donné une
traduction des Réglemens pour la Cavalerie
Pruffienne ; & en 1771 , celle des
Maximes de Guerre , du Feld Maréchal ,
Comte de Kewenhuller. Les Inftitutions
militaires dédiées , par l'Auteur , à Sa
Majefté Suédoife , font le dernier fruit
des loisirs de cet Officier , qui , pour
mieux pratiquer cette vertu générale qui
comprend l'amour de tous les hommes
s'occupe continuellement à les inftruire.
La faulle peur , Comédie en un acte mêlée
d'ariettes , repréfentée pour la
Fij

124 MERCURE DE FRANCE.
première fois par les Comédiens Italiens
, le lundi 18 Juillet 1774 ; par
M. N ***. La mufique eft de M.
d'Arcis , âgé de 14 ans & demi , élève ,
de M. Grétry . A Paris , chez Valade ,
Libraire , rue St Jacques , vis-à-vis la
rue des Mathurins.
L'Auteur adreffe fon premier effai
dramatique à fa mère , dans une Epître ,
qui fait l'éloge de fon coeur .
Nous avons rendu compte de cette
piéce. L'Auteur nous apprend qu'il a tiré
la fauffe peur d'un proverbe de M. Car
montel , dont le fujet eft un feine empoifonnement
qu'il avoit entendu raconter; )
mais dont il a changé le plan . On trouvera
que le dialogue de cette Comédie ..
eft écrit avec facilité , & qu'il eſt d'un
très bon ton, Les ariettes font en général
d'une poësie aiféè & lyrique , propre à la
mufique, Il a donné des caractères à fes ..
perfonnages & de la vivacité à fon ftyle :
le tout enſemble fait un Drame qui a
de l'agrément & du bon comique. Plus
d'intérêt & un fujet mieux choifi , auroient
rendu l'action plus piquante ; mais on ne
doit pas moins encourager l'Auteur à
s'adonner à un genre pour lequel il
montre du talent. Cette pièce a été bien
5
#
NOVEMBRE. 1774. 115
accueillie au théâtre public. Nous fommes
perfuadés qu'elle fera encore plus
de plaifir dans la Province & fur les théâtre
de fociété.
Plan d'impofition économique & d'admi
niftration desfinances , préfenté à Monfeigneur
Turgot , Miniftre & Contrôleur
- général des Finances ; par M. Richard
des Glannieres ; in- 4 ° . de 36 p .
prix 2 liv. f. A Paris , chez G. Simon
, rue Mignon Saint André- des-
Arts , 1774. Avec approbation & privilége
du Roi,
Une machine eft d'autant plus parfaite
qu'elle produit de grands effets avec peu
de refforts & de frotemens , & que le jeu
en eft fimple & facile . C'eft ce que l'on
defire dans un plan d'impofition qui eft
la machine de l'Etat , pour lever fur tous
les fujets la part de leur contribution . Le
plan propofé par M. Richard a -t- il ce
mérite ? Est-il auffi fimple qu'il l'annonce
? Il préfente deux objets d'impôts ;
l'un , la taille réelle , l'autre , un droit de
franchife , qui tiendra lieu de tous ceux
que l'on paye fur la confommation des
dentées. La taille réelle , dans le projet
de M. Richard , doit être impofée non-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
feulement fur les biens - fonds en valeut
mais encore fur les maifons , clos & jardins
, les terres , prés , bois , rivières &
étangs . Or , pour parvenir à la connoiffance
de la valeur de ces biens , M. R.
veut que les propriétaires , cultivateurs
& autres , foient obligés de donner leurs
déclarations ; de rapporter des expéditions
de baux . Il veut des confrontations
avec les locataires ; & , en cas de faux ,
il exige des amendes du quadruple de
part & d'autre . Il demande pareillement
que les Greffiers des Laux & Forêts , ' que
les Payeurs des rentes , que les Notaires
foient tenus de faire leur déclaration
des actes dont ils ont connoiffance . Il
fait monter cette taille réelle à 320 millions
par an.
Cette fomme ne fuffifant pas il propofe
une capitation , ou droit de franchife
, qui doit rapporter 480 millions
700 mille livres cette prétendue franchife
fera impofée fur 7 millions 387
mille ames. Il comprend dans cette capitation
, non- feulement les chefs de familles
, mais encore les femmes , garçons ,
filles , enfans ; & , dans le tableau des
fous divifions des claffes impofées , il met
en ligne de compte les chevaux , beeufs ,
vaches , ânes , cochons , chèvres , mouNOVEMBRE,
1774 . 127
*
tons , brebis . Mais une taille réelle &
une capitation font un double emploi ,
& la feconde impofition deviendra onéreufe
, puifque , par le premier de ces
droits , on aura déjà fait payer aux peuples
tout ce qu'on eftime qu'ils peuvent
donner de leurs revenus ; d'ailleurs , ces
taxes font fi divifées ; elles portent fur
tant d'objets ; elles font fi indéterminées ,
que pour les difcuter & les lever , il faudroit
une armée d'Employés qui , au lieu
de fimplifier la perception , l'embarafferoient
& donneroient lieu à des conteftations
fans nombre. Remarquez que dans
cette levée d'impôts réels & perfonnels ,
l'Auteur , qui les fait monter à 800 mil .
lions , n'y comprend pas les frais de perception
qui feroient immenfes ; & comment
peut- il fuppofer que l'Etat puiffe
payer une dette auffi énorme , fans s'épuifer.
Il prétend , au moyen de cet impôt
de 8 à 900 millions par an , que la Nation
fera franche ; cependant il laiffe encore
fubfifter les droits de contrôle des actes ,
༡༠༠
, exploits , infinuations &c. la marque
de l'or & l'argent , le droit fur les monnoies
, les douanes autour du Royaume ,
&c. & c . Enfin , pour mettre fon projet
en valeur , M. Richard demande un quar .
tier d'avance de cette impofition ; c'eſt-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE,
à dire , un peu plus de 200 millions ;
avance qu'il fuppofe apparemment trèsaifée.
Il femble qu'avant de propofer un
nouveau plan d'impofitions , il faudroit
faire connoître quelle eft la fource de
la richeffe de l'Etat : il faudroit démontrer
quelle eft l'origine de cette richeſſe ;
& dans quelle quantité on peut puifer dans
cette fource fans la tarir ni l'altérer ; il
faudroit enfin faire voir qu'un droit fimple
& modéré , pris à la fource même
de cette richeffe , pourroit être unique ,
& mettroit dans la plus jufte proportion ,
les biens qui s'en écouleroient ; puifqu'ils
ne pourroient être perçus qu'avec la charge
même de cette impofition prife dans fon
principe , Je me perfuade que li on difoitfà
une Communauté , combien recueillezvous
? que vous faut- il pour vos avances ?
que faut-il pour votre bien être , dont le fur-
-plus appartient à l'Etat ? Ce furplus feroit
le véritable impôt qui pourroit être levé :
& il feroit d'autant plus confidérable
que la production deviendroit néceffairement
plus grande par l'aifance & par
Ja justice de la levée. Un canton pourroit
alors s'abonner ; en s'abonnant , faire fes
foumiffions en promeffes de payer , qui
.feroient paffées à un district fupérieur , &
garanties par un autre plus confidérable ;
NOVEMBRE . 1774- 129
ces effets deviendroient des billets d'Etat ;
& ces billets feroient plus précieux que
l'argent même ; parce qu'ils feroient pluscommerçables
, d'un tranfport plus facile
, & d'une folidité cautionnée en quelque
forte par tout le Royaume. Alors
chaque pays auroit le moyen d'attendre
fa récolte & la faveur de la vente ; ainfi
plus de frais de perceptions ou de trèslégers
; plus de crainte de non - valeurs ;
les impofitions pourroient être faites par les
Receveurs des tailles , qui ont déjà les
rôles exacts de tous les feux ou maifons
de l'Etat ces impofitions feroient
perçues fur les foumiffions mêmes de
chaque diftrict ; & ces foumiffions feroient
eftimées en confidération de l'affranchiffement
des droits de toute nature,
qu'ils font forcés de payer dans l'état
actuel des chofes , fur lefquels ils obtiendroient
d'autant plus de diminution
qu'ils n'auroient plus les frais d'impofitions
de toute eſpèce , de contrainte &
autres , qui doublent prefque leur taxe
réelle ces effets circulant avec l'efpèce ,
& étant également des fignes de richeffe ,
augmenteroient le crédit du commerce
& celui de l'Etat ; ils feroient dans le
`gouvernement ce que la confiance fair
chez un Négociant , dont on connoît la
Iv
130
MERCURE DE FRANCE .
folidité & la conduite . Mais c'eſt peutêtre
encore là un rêve dont l'homme
d'état , qui voit de plus haut , appercevra
le foible & l'illufion .
On verra dans les Queftions propofées
par M. l'Abbé Baudeau , les objections
les plus fortes & les plus fenfibles contre
le plan foi-difant économique de M. Richard.
On trouve cette petite brochure ,
prix 4 f. chez Lacombe , rue Chriſtine¸à
Paris.
Mémoires & obfervations fur la perfectibilité
de l'homme , dédiés à M. de
Sartine ; recueil troisième , contenant
un nouveau tableau d'éducation morale
& littéraire. Par M. Verdier ,
Docteur en Médecine , Instituteur
Phylicien A Paris , chez Moutard ,
rue du Hurepoix.
En avançant dans la carrière qu'il s'eft
ouverte , M. Verdier devient de plus en
plus intéreffant ; & fur les chofes qui
ont été traitées avec le plus de foin par
les Ecrivains de tous les temps., il ne
laiffe pas de produire des principes nouveaux
. Il donne même un air de nouveauté
à ceux dont la vérité eft la plus.
généralement reconnue.
NOVEMBRE . 1774. 13r
CS
Après avoir préfenté dans le lointain
l'art de développer , de corriger & de
perfectionner le tempéramment de l'hom
me dans fon fecond recueil , l'Auteur indique
auffi fuccintement dans celui ci ,
l'art de former le caractère . Il commence
par s'élever contre ces fupplices trop
ufités dans les écoles , qui , fuivant lui ,
changent l'organifation & dépravent le
tempéramment , le génie & le carac
» tère ; qui jettent les Elèves dans des
défefpoirs affreux ; qui occafionnent
» journellement les plus grands malheurs ,
» dont on a foin d'enlever la connoif-
» fance au Public ; qui , en ravalant
» l'ame , ne peuvent faire que des ef-
» claves , & qui font une des caufes de
» la corruption générale des moeurs » . H
propofe de fubftituer aux châtimens corporels
l'art de régler le régime phyfique ,
les opinions , les préceptes , les intérêts
& les exemples.

"
M. Verdier vient enfuite à la formation
du génie ; & il fait confifter cet art
dans la production des connoiffances par
T'analyfe , & dans leur liaifon par la fynthèfe.
Pour diffiper la confufion qui règne
dans la plupart des traités d'éduca
Ewj
1
132 MERCURE DE FRANCE.
tion , il fait une diftinction de l'ordre
effentiel , de l'ordre naturel , de l'ordre
civil & de l'ordre effectuél des connoif
fances; & il tâche de les faire concourir
tous quatre au développement du génie .
Pour le développement du génie ,
l'Auteur veut qu'on commence par meu
bler l'entendement des enfans des connoillances
générales & élémentaires , dont
la combinaifon doit former toutes les
notions poffibles dans les âges fuivans.
L'analyfe doit les préfenter ifolées , &
la fynthèse les combiner par faifcèaux .
Cet art préliminaire confifte à réunir
par cette opération de l'arithmétique ,
qui fe nomme numération , les fenfations
de chaque genre , qu'on a fait naître
& qu'on a diftinguées dans le développement
phyfique des fens ; à lier ces premières
combinaifons aux lettres de l'alphabet
, au moyen de la numération algébrique
; & à faire correfpondre les fenfations
aux propriétés des corps. L'enfant
arrivé à ce point , a déjà l'alphabet des
connoiffances humaines on peut lui
faire épeler le grand livre de la nature ;
& c'est par l'étude de fon corps qu'il
doit y être introduit. Il y prendra les
idées premières des nombres phyfiques
NOVEMBRE . 1774. 13
des fituations , des figures , des dimenfions
, des proportions & de la fymmétrie.
L'analyfe des propriétés paffives du
corps humain conduit à celle de fes mouvemens
& des penfées qui forment fes
propriétés actives , & à celles des voies
extérieures , qui détruifent les unes & les
autres. Alors on peut lui lever la toile
qui cache les organes intérieurs ; & lui
préfenter les organes fimilaires. L'ef
prit n'a plus enfuite befoin que de l'analogie
pour fuivre les propriétés générales
des autres animaux , des végétaux , des
minéraux , des météores , du globe terreftre
& des cieux même. Après cette
phyfique élémentaire , l'enfant peut revenir
à lui - même , & prendre les premiè
res notions des moeurs , des ufages , des
loix & du langage ; s'élever même juſqu'aux
êtres métaphyfiques & aux fubli
mes objets de la religion . En faifant fuccéder
toutes les différentes parties de cette
philofophie élémentaire , l'Auteur prétend
graduer & mefurer le génie ; & lui
donner toutes les facultés dont la nature
Je rend fufceptible .
Cependant ce premier art ne peut qu'ébaucher
le génie : mais l'inftituteur pour
ra l'étendre & l'animer par l'enfeignement
134 MERCURE DE FRANCE.
des jeux de la gymnaftique ou des beauxarts
; par celui des arts logiques , par
celui des langues , par celui des principes
de l'hiftoire. Cette fection eft une extenfion
du Profpectus de fa maifon d'éducation
, dont nous avons rendu compte dans
notre Mercure d'Août de l'année dernière .
Dans ce profpectus , l'Auteur expofoit
ce qu'il fe propofoit de faire : ici , il difcute
ce qu'il eft poſſible d'y ajouter.
Jufqu'à ce jour , on n'avoit regardé les
exercices du corps que commedes moyens
de donner de la force & de l'agilité aux
membres. M. Verdier propofe d'en faire
des inftrumens même du génie. Il les
réunit tous fous les titres de lecture &
de gymnaſtique : le premier de ces arts
comprend la lecture des hyéroglyphes ,.
des deffins & gravures de toute efpèce ;
celle des fymboles , celle des lettres fyllabiques
des langues orientales , celle des
différentes écritures alphabétiques , celle
enfin des monumens hiftoriques . La gymnastique
eft générale à tout le corps , ou
propre aux organes que nous avons le
plus d'intéret de perfectionner.
Quand on examine les effets du dif-
» cours en Littérateur ou Logicien phyfiologifte
, dit M. Verdier " on lui 33
NOVEMBRE . 1774. 139
" reconnoît quatre propriétés bien diftinc
» tes. Par la première , il repréſente cés
penſées, abſtraction faite de leur objets ;
» & par la feconde , les penfées avec leurs
objets . Par la troifième , il reproduit
les penfées mêmes , & les grave plus
profondément dans l'entendement. Par
» la dernière enfin il a affez de force
"
»
و د
"
pour
agir jufques fur la volonté même & la
» mouvoir. De- là quatre ufages des mê-
» mes fignes ou des mots pour étendre
» le génie : de là quatre arts logiques ;
favoir la grammaire philofophique , la
» dialectique , l'art poëtique & l'art ora-
» toire » . En déve oppant cette idée ,
l'Auteur y trace un plan tout nouveau ,.
pour l'enfeignement de ces quatre arts .
Il comprend toute la logique & la grammaire
générale ordinaire dans fa grammaire
philofophique ; & forme une dialectique
nouvelle , toute occupée de la
recherche & de la manifeftation de la
vérité .
M. Verdier borne l'éducation générale
à l'étude de la langue latine & de la langue
maternelle celle du grec , de l'hé-
Breu & des autres langues favantes , doivent
être réservées pour l'éducation particuliére
, qui doit fuivre la première ;,
136 MERCURE DE FRANCE .
25
elle pourroit nuire à l'enſeignement de
la langue latine qui , dans le plan de
l'Auteur , eft une introduction à toutes
les langues favantes . La méthode qu'il
propofe pour enfeigner une langue , dont
il donne une fi grande idée , conſiſte à
réunir par l'analyfe & la fynthèfe toutes
celles qu'on a propofées jufqu'à ce jour.
C'eft à l'analyfe , dit- il , que nous devons
cette phyfique , cette chimie , &
» ces fciences que les modernes ont ornées
& fubftituées aux rêveries du
» moyen âge. On lui devra , il ofe le
prédire , une notion nouvelle de la
langue latine , démontrée avec la rigueur
mathématique ; elle détruira &
profcrira toutes ces théories & ces notions
ridicules , qui rempliffent nos ru-
» dimens & nos dictionnaires . A ces
ouvrages gothiques , que l'ignorance a
» trop accrédités , elle en fubftituera qui
» feront les fruits du génie , de la raiſon
» & de la vérité » . M. Verdier n'eft
point affurément l'Auteur de l'analyſe
grammaticale : mais il fe la rend propre
en quelque forte , par le grand ufage
qu'il en fait ; & fur-tout par les princi
pes & les régles nouvelles qu'il établit
pour décompofer & recompofer les mots
"
NOVEMBRE . 1774. 137
n
4

*
Jufqu'à ce jour , par exemple , les étymo
logiftes s'étoient mis à l'aife , en décompofant
les mots par la fin ou par le commencement
, fuivant qu'il leur paroiffoit
plus commode. M. Verdier donne pour
régle de procéder toujours de la fin au
commencement. Si ce principe eft fondé ,
il déroutera les étymologiftes , & nous
donnera des réſultats réguliers bien différens
de ceux que nous devons à ceux- ci.
En propofant enfuite le plan d'étude de
la langue maternelle , il enfeigne à s'y
occuper , à traduire plutôt les penſées que
les mots .
M. Verdier trouve les principes de
l'hiftoire , dans l'enfeignement des efpèces
de dialectes , qu'il a diftinguées
dans les langues latine & françoife . Un
latin antérieur à l'hébreu & à toutes les
langues connues eft , des parodoxes de fon
Profpectus , celui qui a le plus étonné
les Sçavans : mais à mesure qu'il étend
fes idées , elles préfentent de la vraiſemblance
en furprenant encore davantage.
Tout fimple que dût être le langage
primordial , l'auteur y diftingue quatre
parties : la première comprend les racines
naturelles , formées par les impulfions
mécaniques des organes , & par
138 MERCURE DE FRANCE.
l'imitation des objets de le nature . Parmi
ces mots tout monofyllabes , il s'en
trouve vingt- deux qui forment l'alphabet
oriental ; & cet alphabet eft en mêmetemps
une planche anathomique , & le
dictionnaire primitif des langues . Les 22
lettres , fyllabes ou mots qu'il comprend ,
défignent les parties du corps humain ,
leurs fonctions ; & par analogie celles de
tous les êtres de la nature. Avec ce feul
vocabulaire , les premiers hommes fe
communiquèrent leurs idées ; mais dans
la fuite , Taaut ou Hermès réunit ces
racines par trois ; qu'il diftingua & varia
par les trois accens de fa ly e . De là
naquirent ces mots compofés de trois
lettres dans les langues orientales ; & qui
font devenues des racines dans la langue
latine . Cetre langue en reçut encore
d'autres des langues feptentrionales . C'eſt
ainfi que M. Verdier réfout le fameux
problême fur la langue primitive , dont la
folution doit manifefter aux fçavans l'état
de la nature primitive , les origines de
l'efprit humain , & des fociétés avec les
fondemens de l'hiſtoire.
En animant le génie , l'auteur entreprend
de le régler par l'économie . Dans
cette fection , la formation de la pruNOVEMBRE.
1774- 139
dence eft repréſentée comme un des arts
de l'inftituteur ; & la prudence elle-
-même comme un art qui doit toujours
guider fes élèves au fortir de fes mains :
fon objet eft tel , que les circonstances &
les befoins qui font le tiffu de la vie na-
Burelle , morale , civile & religieuſe , réveillent
les connoiffances & les paffions
néceffaires pour le choix & l'ufage des
agens vitaux & des artistes qui les difpenfent
.
M. Verdier vient enfuite à l'art de
remplir l'entendement par l'enfeignement
des fciences , & en particulier de la philofophie
ſcolaſtique , de la philofophie
de l'hiftoire , & de la religion chrétienne.
Parmi les principes qu'il expofe dans cet
article , ce qui concerne la religion mérite
d'être remarqué . Les écrivains d'édu
cation font prefque tous entrés dans des
controverfes fur ce point. M. Verdier au
contraire diftingue deux parties dans la
religion : " la première qui démontre la
» vérité & les principes de la révélation
» peut être dévolue , dit- il à l'inftitu-
» teur ; puifqu'elle fait partie de la phylofophie
: mais dans l'expofition de la
» foi , fon miniftère l'oblige à fuivre
» avec ſoumiffion le plan qui lui eſt tracé
» par les Paſteurs de l'Eglife »
"",
130
140 MERCURE DE FRANCE.
(
;
Qu'un Métaphyficien tire de l'éco
nomie animale , des argumens pour démontrer
l'exiftence de Dieu & de l'immortalité
de l'ame ; l'entrepriſe n'eft
point nouvelle ; mais peu de Théologiens
fe feroient fans doute attendus à en puifer
dans la même fource , pour démontrer
la vérité de la religion chrétienne.
Cependant M. Verdier leur en
fournit un , qui mérite d'être approfondi .
Des loix de l'économie animale , il conclud
d'un côté , que la tige de l'humanité
n'auroit pu être plantée fur la terre , fi le
créateur du premier homme n'avoit bien
voulu être en mème - temps fon père , ſa
nourrice , fon précepteur & fon gouverneur
; de l'autre il obferve que l'hiftoire de
cette première éducation , telle qu'elle
fe trouve dans la génèfe , fuppofe des connoiffances
phyfiologiques , qui n'ont été
découvertes que dans notre fiècle .
Deux autres arts littéraires finiffent ce
recueil : l'art de former le genie citoyen
par l'enfeignement des profeffions , &
celui de lier les connoiffances par l'enfeignement
de la phyfiologie & de la
géographie. On fait déjà les idées de l'au
teur fur ce dernier objet , & fur le précédent
, il donne une divifion des proNOVEMBRE.
1774 14
feffions pour en former un tout dans
l'ordre civil , comme les , fciences en font
un dans l'ordre effentiel , & les arts dans
l'ordre naturel.
Ces trois recueils forment des élémens
d'éducation phyfique , morale & litté
raire. On ne pourroit peut etre annoncer
plus de choix en au peu de pages. Aux:
grands principes & aux grandes maximes
avouées des phylofophes & des inftituteurs
, l'auteur en joint une infinité qui
lui font propres. Mais pour en tirer les
règles néceffaires dans la pratique , il fe.
roit befoin de voir l'explication de ces
nouvelles théories ; & le profit qu'on
doit fe promettre des travaux de l'auteur,
d'après ces trois premiers recueils , doit
faire attendre les fuivans avec impatience.
Journal de Pierre le Grand , depuis l'année
1714 inclufivement , traduit de :
T'Original Raffe , imprimé d'après les
Manuferits corrigés de la main de
S. M. Impériale , qui font aux archives.
Nouvelle édition , avec des notes
par un Officier Suédois . vol . in- 8° .
à Stocholm 1774 ; & fe trouve aux
deux Ponts à l'Imprimerie Ducale
2
142 MERCURE DE FRANCE.
& à Paris chez Lacombe , tue Chris-
: tine. Prix 4 liv.
Ce Journal de Pierre le Grand , commence
à l'époque de la révolte de quatre
Régimens de Strelitz , en 1698. Le Czar
étoit alors à Vienne , lorfqu'il fut informé
de cette révolte . Ce Prince qui voya
geoit pour s'inftruire , alloit partir pour
fItalie. Il interrompit alors fes voyages ,
& rentra dans fes Etats , avec la ferme
réfolution de ne plus donner fa confiance
à une Milice indocile , qui , à l'exemple
des Janiffaires Turcs , fe rendoit par fon
étroite union , redoutable au Souverain.
même . Pierre remplaça les Strelitz par
des Troupes difciplinées , & partagées en
différens Régimens . Ce Prince étendit
fes foins fur toutes les parties de l'adminiftration.
Ce Journal nous donne
des notions curieufes & certaines , fur la
fondation des Villes , des Edifices , &
fur divers établiſſemens qui ont porté
l'Empire de Ruffie au degré de force &
de fplendeur auquel il eft parvenu. On
voit dans ce Journal, que , dans le temps
que le Czar ouvroit des écoles pour la
Marine & les autres Sciences , il permettoit
à fes Sujets de fortir du pays , &
NOVEMBRE . 1774- 143
d'aller s'intruire chez l'étranger ; ce qui
étoit défendu auparavant , fous peine de
mort ; & non- feulement il leur en donna
la permiffion , mais encore il les y obligea.
Tel eft l'empire de l'éducation &
du préjugé , que les Ruffes n'obéirent
qu'avec la plus grande répugnance à l'ordre
que le Czar leur donna de voyager.
Le Traducteur de ce Journal , en cite
dans une note , un exemple fingulier : un
grand Seigneur de cette Nation , obligé
de fortir de l'Empire , part pour Venife
: il y refte pendant quatre ans & n'y
voit perfonne. De retour dans fa Patrie'
il fe fit gloire de n'avoir rien vu ni rien
appris pendant fon abſence .
Les grands projets de réforme du Czar
furent fouvent arrètés , les guerres
cruelles que lui faifoit Charles XII , Roi
de Suède. Ce Journal fixera particulièrement
l'attention des Militaires , par plufieurs
détails de marches & de Campemens
, de Sièges & de Batailles. On y
verra avec intérêt le foins infatigables
de Pierre I , pour apprendre à fes Mofcovites
le métier de la Guerre . Les fréquentes
victoires que Charles XII remporta
fur eux, furent fans doute les meilleures
leçons qui les firent triompher des
144 MERCURE DE FRANCE.
Suédois , à la célèbre journée de Pultava ,
le 8 Juillet 1709. Charles XII , fans armée
& fans reffources , fe vit alors obligé
d'aller chercher un afyle dans les Etatsdu
Grand Seigneur. Ce Monarque , du
fond de fa retraite , fufcita bien des affaires
à fon Vainqueur ; il parvint même à engager
les Turcs à lui déclarer la Guerre .
Pierre marcha au-devant d'eux en Moldavie
; mais s'étant engagé trop avant
dans un pays ennemi , fans avoir pris
les mesures néceflaires pour la ſubſiſtance
des Troupes ; il fe vit bientôt à la difcrétion
des Turcs , dont les forces étoient
d'ailleurs bien fupérieures aux fiennes .
Dans cette affreule extrêmité , il fit offrir
la Paix au Grand Vifir . Soit que ce Général
fut d'un caractère timide , foit qu'il
eût été gagné par des préfens , il accorda .
cette Paix tant défirée. Le recit que donne
le Journal de cette fameufe journée , ré- :
pandra de nouvelles lumières fur cette
conjoncture fi mémorable du règne de
Pierre le Grand : mais on fera peut
être furpris de n'y trouver aucune mention
du beau rôle que l'Impératrice Ca
thérine joua dans cette occafion ; & de
part décifive que tous les Hiftoriens
lui donnent , à l'infigne délivrance de
la
l'armée
NOVEMBRE. 1774. 145
"
>
1
l'armée Mofcovite . Cependant , Pierre
parle fréquemment de cette Epoufe , dans
les termes de l'eftime la plus diftinguée .
& de l'affection la plus tendre. Lorsqu'il
la fit couronner Impératrice en 1725 , il
dit expreflément , dans la déclaration publiée
à cet effet ; « Catherine nous a été
» d'un grand fecours dans tous les dangers
, & particulièrement à la bataille
de Pruth où notre Armée étoit ré-
» duite à 22000 hommes . » Voici la
notice que le nouvel Editeur du Journal
nous donne fur cette Femme célèbre
née à Derpt en 1686 , de Payfans originaires
de Pologne . Catherine perdit fes
Parens en bas âge , & fut accueillie fucceffivement
par le Miniftre de Marienbourg
, & par celui de Riga qui l'amena
chez lui , Ce dernier reyint à Marienbourg
pour des affaires ; pendant le féjour
qu'il y fit , il la maria à un Dragon
de la garnifon ; trois jours après , ce Dra
gon fut obligé de partir pour aller joindre
l'Armée du Roi en Pologne , & ce fut
pendant ce temps que les Ruffes vinrent
affiéger Marienbourg & s'en emparèrent.
Catherine étoit belle , elle avoit dix - fept
ans ; fa beauté frappa le Général Schérémetow
qui la retint, Peu de temps après
G
146 MERCURE DE FRANCE.
7. I
le Prince Mentfchikow la vit chez ce
Général, auquel il fit de fi vives inftances,
qu'il obtint la belle prifonnière . La fortune
vouloit l'élever plus haut. Le Czar
pallant en Livonie , s'arrêta chez fon
favori ; Catherine parut devant lui , &
Timpreffion qu'elle fit fur fon coeut fut
durable. Il la fit conduire à Mofcou , en
Octobre 1703 , & l'adreffa à une Dame'
de qualité , chez laquelle elle logea . Elle'
paffa trois ans dans cette maifon . Dans
lés commencemens le Czar n'alloit la'
voir que la nuit ; mais il ne tarda pas '
à fe défaire de cette gêne , au point
qu'il faifoit venir fes Miniftres chez Catherine
, pour travailler avec eux & en'
fa préfence ; il lui permettoit même de
dire fon avis , & dès- lors , elle méritoit.
d'être confultée . Enfin il l'époufa fecrètement
en 1707 , & la reconnut pour fa
Femme en 1712 , huit mois avant la'
mort de Pierre le Grand , auquel elle
fuccéda . Son régne fut malheureufement
trop court ; elle mourut le 17 Mai 1727,
emportant dans le tombeau l'amour de
fes Sujets , & laiffant l'exemple de la
fortune la plus extraordinaire .
I

C
Le Journal de Pierre le Grand và jun
qu'à l'année 1714. Les notes favanNOVEMBRE.
1774. 147
tes & relatives à la tactique dont cette
nouvelle édition eft enrichie , le ren
dront un Livre pratique pour tous les
jeunes gens qui embraffent le parti des
armes. Ils liront fur- tout avec fruit les
relations exactes & très- circonftanciées ,
.7
le nouvel Editeur nous donne
que
dans fes notes , des Batailles de Narwa
, de Clifchow , de Frauftadt , de
Kalifch , de Lefnaya , de Pultava ; des
Paffages de la Duna & de la Babieck ; de
la Retraite célèbre du Comte de Schu--
lembourg , vis à-vis de Charles XII .
On peut d'ailleurs regarder ce Journal ,
dont le Manufcrit original a été corrigé
de la propre main de Pierre le Grand ,
comme un monument curieux & inftructif
pour l'Hiftoire de l'Empire de Ruffie
fous le régne de ce Prince . L'Editeur Ruffe ,
M. Schtfcherbatow , avoir reproché au cé.
lèbre Hiftorien de l'Empire de Ruffie , de
n'avoir pas été véridique ; le nouvel Edi- ,
teur ne veut point décider entre M. de V.
& M. S. Mais il eftcertain , ajoute til,
» que l'Auteur illuftre que l'on accufe de
» n'avoir pas été véridique , a eu connoiffance
du Journal de Pierre le Grand , i
peut facilement s'en convaincre,
» & l'on
"
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
"
» en parcourant ce Journal , & en même
temps l'Hiftoire de l'Empire de Ruffie
fous Pierre le Grand. Si M. de Voltaire
» a fait ufage d'autres mémoires qui lui
» ont paru mériter fa confiance ; fi dans
» l'Hiftoire qu'il nous a donnée , il a con-
» tinué de plaider la caufe de la vérité ,
» de la raifon & de l'humanité , on ne
peut que lui en favoir gré ; & , quoi que
» l'on puiffe dire , il fera toujours lu pag
>> tous ceux dont le coeur fera droit &
» l'ame fenfible , »
Journal Hiftorique & Politique , des prin
cipaux Evénemens des différentes Cours
de l'Europe ; à Genève , pour lequel on
foufcrit à Paris , chez Lacombe , Libraire
, rue Chriftine ; prix de l'Abonnement
, franc de port , 18 liv . pour
trente- fix Cahiers par an , qui paroif
fent les 10 , 20 & 30 de chaque mois.
Ce Journal a foutenu fa réputation
depuis fon établiffement , par l'avantage
qu'il a de raffembler ( fans mélange de
chofes différentes ) & avec la précision
& la fimplicité convenables à ce genre
d'Ectit , les nouvelles Politiques &
l'Hiftoire du temps ; il eft continué avec
NOVEMBRE . 1774. 149
activité toujours fur le même plan . Les
Rédacteurs fages & éclairés , qui reçoi
vent journellement des témoignages de
la fatisfaction des Lecteurs , fe propofent
de donner , comme par le paffé , au
commencement de l'année , le Tableau
hiftorique des grands événemens , & de
mettre dans leur Journal encore plus de
richeffes & d'intérêt , par les foins qu'ils
ont eus de fe procurer de nouvelles Correfpondances.
13 donnent cet Avis pour
prévenir toute idée contraire .
Recueil des OEuvres Phyfiques & Médicinales
, publiées en Anglois & en Latin ,
par M. Richard Mead , Médecin du
Roi de la Grande Bretagne , Membre
de la Société royale de Londres , &
du Collège royal de Médecine de la
même Ville ; Traduction Françoiſe ,
enrichie des Découvertes poftérieures
à celles de l'Auteur , augmentée de
plufieurs Difcours préliminaires , &
de Notes intéreffantes fur la Phy
fique , l'Hiftoire Naturelle , la Théorie
& la Pratique de la Médecine , & c. avec
huit Planches en taille douce , par M.
Cofte , Médecin de l'Hopital royal &
Militaire de Nancy , 2 vol in 8 ° . bro-
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.

"
chés , prix 81. à Bouillon , & à Paris
chez Lacombe , Libraire , rue Chrif
tine .
Traité de Morale ou Devoirs de l'Homme
envers Dieu , envers la Société & envers
lui-même; par M. la Croix , Prêtre de
la Doctrine chrétienne , Profeffeur de
Philofophie en l'Univerfité de Touloufe
, au Collège de l'Efguille . Nouvelle
édition revue & confidérablement
augmentée par l'Auteur , 2 vol. in - 12 ;
à Touloufe , chez Simon Sacarau , Libraire
, rue St Rome ; à Paris , chez la
Veuve Defaint , rue du Foin St Jacques
.
L'Académie de Dijon avait propoſé ,
pour fon prix de l'année de 1766', un
Traité élémentaire de morale où les devoirs
de l'homme envers la lociete & les
principes de l'honneur & de la vertu , fuffent
développés. L'Auteur a remporté ce
Are fon Traité plus utile,
lus d'éten- prix , & pour renu..
il lui a donné, à l'impreflion, p
due. Ce Traité publié pour la première
.fois en 1767 , a été d'autant plus accueilli ,
que l'Auteur a fu développer , avec beaucoup
d'ordre & de netteté , les devoirs de
NOVEMBRE. 1774.
l'homme envers Dieu , envers la Société
& envers lui même . Cet Ecrivain ne fe
borne point à inftruire ; il tâche encore
d'infpirer à fon Lecteur l'amour du devoir
, par la peinture qu'il lui fait de la
vertu & des avantages qui l'accompagnent
, Ce Traité eft terminé par des recherches
qui prouvent la néceffité d'une
Religion révélée pour acquérir & perfectionner
la loi aaturelle, Les additions que
l'Auteur a faites dans cette nouvelle édition
, ne peuvent que contribuer à rendre
ce Traité, propre à être mis entre les
mains de tous ceux qui veulent connaître
leurs devoirs & s'affermir dans la vertu
que l'Auteur définit : l'habitude de faire
le bien , c'eft- à dire les chofes que nous
prefcrivent notre nature , & les divers
1
antres
rapports
que nous
avons
avcu
in one
-êtres.
uvres de M. le Chancelier d'Agueſſeau ,
huitième volume , contenant les Lettres
fur les matières Criminelles & fur
les matières Civiles ; chez Saillane ,
rue St Jean- de- Beauvais ; Veuve Defaint
, rue du Foin ;
Den , rue de
la Comédie Françaife ; & Cellot , rue
Dauphine.
Dalalki
Rien n'eft plus intéreffant pour un Ci}
152 MERCURE DE FRANCE.
toyen capable de connaître & de fentir
l'importance & la dignité des Sociétés ha
maines , que l'ordre & la liaifon des Loix
qui maintiennent le repos , la fûreté d'une
Nation entière & de chacun de fes Mem .
bres en particulier . Elles paraiffent innombrables
à ceux qui n'en mefurent l'utilité
quefur leurs befoins ou leurs intérêts perfonnels.
Serait- on étonné de leur multiplicité
, fi l'on envifageait jufqu'où peut
s'étendre une chaîne qui embraffe tous les
' droits & toutes les vertus civiles , pour
les protéger ; tous les attentats , tous les
écits des paffions pour les prévenir cu les
réprimer. Ce font les Loix qui décident
de la fortune , du rang , de l'étendue des
engagemens de tous les hommes. Elles fe
chargent du foin de nos vengeances , qu'il
ferait fi dangereux pour nous - mêmes d'abandonner
à notre impuifance ou à notre
reffentiment . Les faibles y trouvent leur
unique appui contre la force & la violence
: elles préfentent de tous côtés des
barrières à l'injufte agreffeur , au débiteur
indolent ou de mauvaiſe foi . Rien n'échappe
à leur vigilance , & la tranquillité
publique ne peut être ébranlée , ni par les
effervefcences , ni par les artifices de l'audace
ou de l'avidité . Mais fi la diverfité
de nos maux a entraîné la néceffité d'y
NOVEMBRE . 1774. 153
"
proportionner le nombre des remèdes , en
eft-il moins vrai que la multitude des
Loix fuffirait feule pour en rendre l'étude
effrayante ? Quelqu'importante , quelqu'utile
que foit cette étude , ceux même
qui s'y livrent par état , n'ont donc que
trop de motifs pour defirer du moins
qu'elle foit adoucie par la facilité d'en
faifir le vrai fens & de le faifir dans toute
fon étendue . Dictées par la raifon , les
Loix devraient en conferver tous les caractères
; elles ne devraient fe montrer
qu'avec une expreffion auffi importante ,
mais en même temps auffi fimple , auffi
claire que la raifon même . Il était réservé
à M. le Chancelier d'Agueffeau , difent
les Editeurs dans leur avertiffement , « de
» remplir ce voeu des Jurifconfultes &
» des Magiftrats , dans la partie de notre
légiflation que la France doit à fon
» zèle & à fes lumières . » On fait ici un
bel éloge de la manière noble & lumineufe
avec laquelle ce grand Magiftrat a
rédigé les Ordonnances qui ont paru ſous
fon adminiftration . Et l'on foutient , avec
fondement , que les Lettres qui compofent
le huitième volume , portent également
l'empreinte de cette élévation de génie
qui caractèrife tous les Ouvrages de ce
GY
»
154 MERCURE DE FRANCE.
3
Magiftrat. Peut- être même paraîtra- t- elle
plus frappante dans des piéces rapidement
écrites , où le même coup d'oeil a fuffi
pour faifir le vrai point de la difficulté &
pour réfoudre les queftions les plus compliquées.
Ces queftions que les Juges des différens
Tribunaux propofent au Chef de la
Juftice , s'étaient extrêmement multipliées
fous M. le Chancelier d'Aguelfeau . La
confiance qu'il avait infpirée à toute la
Magiftrature , pourrait les faire envifager
comme un hommage qui lui était perfon
nel , & il le juftifait , non feulement par
La fupériorité de fes lumières , mais par la
profufion avec laquelle il les répandait.
Dans ces Lettres , comme dans tous fes
Ouvrages , cet illuftre Magiftrat fait envifager
les Loix comme les réfultats d'une
raifon épurée , qui ne confidère que la
néceffité & l'avantage d'établir un ordre
" fixe dans la Société , qui ne voir de moyen
fûr de rendre les grandes Sociétés heureu-
?
fes & durables , que de diriger vers le
"bien commun toures les affections , toutes
les action's des Membres qui les compofent.
C'eft fous un jour fr doux qu'il mon
tre aux Juges la route qu'ils doivent tesir
à travers les écueils des paffions & les
NOVEMBRE. 1774 155
£
1
}
fauffes lueurs de l'éloquence : c'eft pår
cette route qu'il les mène directement au
véritable efprit des Loix , à cette juſtice
univerfelle, antérieure à la formation des
"Républiques , & dont l'empire s'étend ' à
tous les hommes & embrifle tous les
temps. Telles font les vues fublimes &
bienfaifantes qui ont dirigé ce favant Magiftrat
, dans les décifions que contiennent
fes Lettres.
ཝཱ – ཏི ནྟི
"On ne doute point qu'elles ne foient
accueillies du Public , avec l'empreffement
qu'il a toujours eu pour celles des
beaux géniés , des Savans & des hommes
d'Etat. C'eft dans les Lettres de ces grands
-perfonnages que fe réuniffent les traits qui
ont éclairéteurs Contemporains ; &lamême
r lumière s'étendant fur la poſtérité , préfente
à la fois les monumens les plus fürs
de l'Hiftoire de leur Siècle' , & les indices
les moins fufpects de leur vertu , parke
qu'elle s'y montre fans déguifement &
fans deffein . Les Lettres de M. le Chancelier
d'Angueffeau contiennent , ou des décifions
qu'il donnait comme Chef de la
Juftice , ou les réponfes par lefquelles il
dingeait les décifions des Juges quple
confultaient. On ¹y voit par- tout la fagacite
d'un Jurifconfulte , devant qui l'anti-
391.2017 ob G`vj
156 MERCURE DE FRANCE.
i
fice des Plaideurs ne raffemble que d'inutiles
nuages , & la marche ferme d'un
Juge intégre que la chicane la plus fubtile
ne fait jamais hésiter fur la route qui conduit
à la Juftice. Appliqué fans aucun retour
fur lui- même , à rendre tous les Juges
dignes de fuivre un Chef fi refpectable
, il leur préfente fans ceffe , comme
leur premier devoir , d'arrêter les défordres
qu'excitent les paffions , de les voir
s'agiter autour d'eux , fans en éprouver la
plus légère atteinte ; en un mot , d'être
calmes & incorruptibles , comme la Loi
dont ils font les Miniftres .
Nous reprendrons l'analyfe de cet Ouvrage
important , & principalement de
l'avertiffement, où l'Editeur s'élevant à la
hauteur de fon fujet , a pofé les grands
principes de la Juftice , des Loix & de la
bonne adminiſtration .
Avertiffement fur lafoufcription du Journal
des Caufes Célèbres pour l'année 1775.
Le fieur Lacombe prévient le Public
que cet Ouvrage , qui n'a été jufqu'ici
compofé que de huit volumes chaque
année , le fera dorénavant de douze
à commencer du premier Janvier pro
>
NOVEMBRE. 1774. 157
chain , & ainfi fucceffivement dans les
premiers de chaque mois pendant l'année
avant la fin de celle - ci , les auteurs
de cet ouvrage auront donné les volumes
qui restent à paroître pour completter
la foufcription de 1774. M. Richer ,
Avocat au Parlement , connu par plufieurs
ouvrages de Jurifprudence , & furtout
par les Caufes célèbres qu'il a publiées
avec fuccès depuis quelques années
, contribuera de fon travail à la perfection
de cet ouvrage , qui contiendra
dans la fuite , non feulement toutes les
Caufes célèbres qui feront fucceffivement
jugées dans tous les Tribunaux du Royaume,
mais encore toutes celles qui ont
été décidées depuis plus d'un demi - fiècle ,
& même auparavant . Cette collection
refferrée dans des bornes moins étroites ,
offrira aux Jurifconfultes une moiffon
abondante de queftions célèbres dans
tous les genres , avec leurs décifions , &
formera un recueil auffi inftructif qu'amufant
pour tous les Lecteurs . Chaque
volume de cet ouvrage fera compofé de
huit feuilles & demie , du même caractère
& du même format que les autres volames
de ce Journal. Ceux qui voudront
foufcrire , s'adrefferont , pour Paris , an
158 MERCURE DE FRANCE.
*
f

fieur Lacombe , Libraire , rue Chriftine;
-& pour la Province , à M. des Effarts ,
l'un des auteurs de cet ouvrage , rue de
Verneuil , la troisième porte cochere avant
la rue de Poitiers . Le prix de la foufcription
reftera dans la même proportion ,
raifon de l'augmentation des volumes. Il
fera pour Paris de 18 livres , & pour la
-Province de 24 livres , franc de port. Les
-foufcripteurs font priés d'affranchir le
port des lettres & de l'argent. Chaque
volume de cet ouvrage fera vendu chez
le fieur Lacombe , à raifon de 2 livres
10 fols à ceux qui n'auront pas foulcrit.
Ceux qui voudront foufcrire ou renou-
: veler leur foufcription , font priés d'en
voyer l'argent , leur nom & leur demeure
avant le premier Janvier prochain...
ya
La nouvelle forme que ce Journal va
prendre ne peut le rendre que plus inté
teffantil , fe continue toujours avec
> fuccès , & deviendra dans la fuite un recueil
auffi varié qu'inftructif.
Difcours prononcé par M. Greffet , dans
la Séance publique de l'Académie Fran.
çoiſe , le Jeudi 21 Août 1774 , Nouvelle
édition revue , augmentée & précédée
d'une nouvelle lettre de M. Greffet
à M. **. in 80. 12 fols. A Amiens
NOVEMBRE. 1774 15
·
1
chez la veuve Sodart , Imprimeur du
Roi , & à Paris chez Lacombe Li
braire.

On trouve à la même adreſſe , à Amiens,
le difcours prononcé à la Séance publique
de l'Académie des Sciences Belles-
Lettres & Arts d'Amiens , le 25 Août
1774 , fur l'utilité des Sciences & des
Arts. in 4°. de 24 pages.
Nous rendrons compte de ces deux
difcours intéreffans dans le Mercure prochain
.
Nouvelles & anecdotes hiftoriques , par M.
d'Uffieux , ornées de très belles gravures
; in 8° . prix 9 liv. br. A Paris ,
rue St Jean de Beauvais , la première
porte cochère au- deffus du Collége .
Les nouvelles du Décameron françois ,
ont joui féparément d'un fuccès mérité
; le volume que nous annonçons les
raffemble', & forme un recueil très agréa
ble . On relita avec plaifir Henriette &
Luci , nouvelle Ecoffoile ; Jeanne Gray,
anecdote Angloife ; Berthold , anecdote
hiftorique ; Elizene , anecdote Ottomane.
Nous avons fait connoître ces nouvelles
intéreffantes dans le temps de leur
publication .
(
160 MERCURE DE FRANCE.
Defcription hiftorique de la tenue du
Conclave & de toutes les cérémonies
qui s'obfervent à Rome depuis la mort
du Pape jufqu'à l'inftallation de fon
fucceffeur , à laquelle on a ajouté la
chronologie des Papes fucceffeurs de
St Pierre , jufqu'à Clément XIV. Nouvelle
édition , augmentée d'une differtation
fur l'origine des Cardinaux
avec les noms de ceux qui compofent
aujourd'hui le facré College. A Paris ,
de l'Imprimerie de G. Defprez , Imprimeur
du Roi & da Clergé de
France.
Cette defcription eft curieufe par les
détails de tout ce qui concerne la tenue
du Conclave ; & elle ne peut paroître
dans des circonftances plus favorables.
Recueil des Edits , Déclarations , Lettres-
Patentes , Ordonnances , &c . année
1774. Premier fémeftre ; in- 4 ° . A
Paris , chez Ruault , Libraire , rue de
la Harpe . On trouve chez le même
Libraire les années 1771 , 1772 , &
formant chacune deux volu-
1775 ,
mes in 4. Les foufcriptions feront
ouvertes pour 1775 au mois de Mars
NOVEMBRE. 1774. 161
M
prochain , au prix de 13 liv . 10 f. pour
les deux volumes de chaque année ,
rendus franc de port par tout le Royau
me.
Mémoires critiques & hiftoriques fur plu
fieurs points d'antiquités militaires ;
contenant , l'hiftoire détaillée de la
campagne de Jules Céfar en Efpagné ,
contre les Lieutenans de Pompée ,
avec des preuves & des obfervations ;
enrichis de beaucoup de figures. Par
Charles Guifchard , nommé Quintus
Icilius , Colonel d'Infanterie au fervice
du Roi de Pruffe , & Membre
de l'Académie Royale des Sciences &
Belles Lettres de B.rlin ; 4 vol. in $".
avec figures & des cartes ; prix 24 liv.
rel. A Paris , chez Durand neveu ,
Libraire , rue Gallande ; Marchand ,
Libraire , rue des Petits Champs ; &
à Strasbourg, chez Bauer & Compagnie.
Hiftoire littéraire des Troubadours , contenant
leurs vies , les extraits de leurs
pièces , & plufieurs particularités fur
les moeurs , les ufages , & l'hiftoire du
douzième & du treizième ſiècle ; 3.
162 MERCURE DE FRANCE.
volumes in. 12. rel . prix 9 liv, A Paris
, chez Durand neveu , Libraire ,
rue Galande.
Ces deux ouvrages intéreffans paroîtront
le 10 du préfent mois de Novembre.
Nous les ferons connoître plus particulièrement.
Tableau des Princeffes de la Maifon de
France , iffue par filiation directe ou
légitimée , & des Demoifelles nées
des Princeffes de cette augufte Maifon.
ou iffues de fes différentes branches
par extraction naturelle , qui ont embraffé
l'état monaftique.
Ce tableau est étendu , & fuppofe
19
beaucoup de recherches ; on ba divité
en fuivant les différentes branches de la
Maifon de France . Voici la notice de
Madame Louife de France , fille du feu
Roi Louis XV le Bien- Aimé , née le is
Juillet 1737 , retirée , le mercredi-faint
11 Avril 1770 , au Monaftère des Carmelites
de St Denis , où elle a pris le
voile de profeffion le 1 Octobre 1771 ,
& dont elle a été élue Prieure le 25 No-
¡vembre 1773 .
NOVEMBRE. 1774 163
ACADÉMIE S.
I.
MONT AUBAN.
L'ACADEMIE des Belles - Lettres de
Montauban ayant fait célébrer le 21 Juin
un fervice pour le repos de l'ame du feu
Roi , tint l'après - midi une affemblée publique
dans la grande falle de l'Hôtel- de-
Ville , où M. l'Abbé Bellet , Secrétaire
perpétuel , prononça l'Eloge hiſtorique de
Louis XV , Roi de France & de Navarre ,
furnommé le Bien- Aimé , & pour jeter
des fleurs fur fon tombeau , il recueillit
Ine dans le long rồơne
tous les raits repaùumo w
de ce Monarque.
Enfuite M. de St Hubert , ancien Capitaine
de Cavalerie , Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de St Louis , recita
des vers , où après avoir exprimé les rede
la France fur la mort de Louis
૪૭ પ
VVI en mon-
XV, il offrit les efperances
que lui donnent
les premiers
pas de Louis
tant fut le Trône
, ainfi que
' la Reine.
4
ve de
les
vertus
164 MERCURE DE FRANCE.
Enfin M. le Baron Dupuis- Montbrun ,
Directeur de quartier , dit , en beaux vers ,
que le temps a le droit de renverser les
plus fuperbes maufolées , élevés en
l'honneur des Grands Hommes & des
Grands Rois ; mais qu'il n'a aucune
prife fur ceux que les Mufes élèvent dans
les efprits & dans les coeurs pour immortalifer
les vertus & les bienfaits des
Princes amis de l'humanité .
La même Académie , le 25 du mois.
d'Aoûr , jour & fête de S. Louis , après
avoir affifté à une Meffe fuivie du Pauégyrique
du Saint , prononcé par M. l'Abbé
Terroux , Prébendier de l'Eglife Cathédrale
, & de l'Exaudiat pour le Roi, tint
fon affemblée publique à fon ordinaire.
M. le Vicomte de Malartic la- Deveze ,
Major du Régiment de Montauban , Directeur
de quartier , cuvrit la féance par
un effai fur le goût , où il intérella fort
heureufement celui des femmes : M. l'Ab
bé de Verthamont , Grand Vicaire du
Diocèle , fit un difcours fur l'Erudition
dans les divers genres de Littérature : M.
le Chevalier de St Hubert , des ſtances
foue ce titre : Tableau du fiècle , ou réflexions
inutiles plusjudicieufes que critiques :
M. le Baron Dupuis-Montbrun , un difNOVEMBRE.
1774. 163
cours fur l'Emulation : M. de Malartic
une Epitre à M. l'Abbé H, qui avoit refufé
de lui donner fon portrait , & à qui il l'envoie
tracé d'un pinceau obligeant & léger ;
& M. l'Abbé Bellet , des Obfervations fur
la traduction des Auteurs facrés & profanes.
L'Académie propofe aux Auteurs , pour
fujet de l'éloquence de l'année 1775 : les
moeurs font le foutien & la gloire des Empires
conformément à ces paroles de
l'Ecriture : multitudo fapientiumfanitas eft
orbis terrarum.
Les Ouvrages qui feront adreffés à
l'Abbé Beller , Secrétaire perpétuel de
l'Académie , doivent arriver franc de port
dans tout le mois de Mai ,
I I.
BESANÇON.
L'Académie des Sciences , Belles - Let
tres & Arts de Befançon , diftribuera lę
44 Août 1775 , trois prix différens.
Le premier , fondé par M. le Duc de
Tallard , pour l'éloquence , confifte en une
médaille d'or de la valeur de 350 liv.
Le fujet du difcours fera : Combien le ,
refpect pour les moeurs contribue au bonheur
d'un Etat ?
166 MERCURE DE FRANCE.
Les Ouvrages préfentés aux concours
de 1773 & 1774 , fur l'Eloge de Nicolas
Perrenot de Grandvelle, Chancelier de Charles-
Quint , n'ayant point approché de la
perfection dont il étoit fufceptible , furtout
pour ceux qui font à portée des manufcrits
du Cardinal de Grandvelle , dépofés
à la Bibliothèque publique de l'Abbaye
de Saint Vincent de cette Ville ,
l'Académie a cru devoir propofer encore
le même fujet , concurremment avec le
précédent ; & comme elle aura trois médailles
, de 350 liv. chacune , à diftribuer
en 1775 pour l'éloquence , elle fe déter
minera , par le mérite des difcours
à réunir ou à divifer les prix.
L'étendue des Ouvrages doit être d'environ
une demi - heure de lecture , fans
les notes que l'on pourroit y joindre.
par Le fecond prix , également fondé
feu M. le Duc de Tallard , eft deftiné à
une differtation littéraire . Il confifte en
une médaille d'or de la valeur de 250 1 .
L'Académie a proposé pour ſujet :
Quelle eft l'origine de l'autorité concurrente
des Evêques & des Comtes dans les
cités des Gaules , & en quel temps les Pré
lats du Royaume de Bourgogne ont- ils ob
venu le titre & les droits de Prince d'Empire?
NOVEMBRE. 1774. 167
La differtation fera d'environ trois quarts
d'heute de lecture fans y comprendre les
preuves.
Le troifième prix , fondé par la Ville
de Befançon , confifte en une médaille
d'or de la valeur de 200 liv . definée à un
mémoire fur les arts .
'On demande s'il eſt poſſible d'établir
des moulins à vent ou des moulins à bateaux
dans les environs de Befançon , &
quelle feroit la meilleure forme à leur donner,
pris égard à l'impétuofité des vents &
à la lenteur de la rivière. Les Auteurs font
invités de combiner l'utilité & la dépenfe
des nouvelles conftructions que l'on propofe
, avec les avantages & les inconvéniens
des moulins qui fubfiftent actuelle
ment.
2-
Ils ne mettront point leurs noms à leurs
Ouvrages , mais feulement uue devife out
fentence , à leur choix ; ils la répéteront
dans un billet cacheté , qui contiendra
leur nom & leur adreffe : Ceux qui fe feront
connoître feront exclus du concours,
Les Ouvrages feront adreflés , franc de
port , à M. Droz, Confeiller au Parlement,
Secrétaire perpétuel de l'Académie , avant
le premier Mai 1775 .
Pourfaciliter les recherches & les expé168
MERCURE DE FRANCE.
riences des perfonnes qui fe livrent à la
partie hiftorique , & aux arts , l'Académie
continuera de propoſer les ſujets à l'a-,
vance,
Elle demande pour 1776 ; Quel degré
d'autorité les Empereurs ont ils confervé
dans les Gaules après l'établiſſement des
Barbares ?
Pour 1777. Quelles font les caufes &
les caractères d'une maladie qui commence
attaquer plufieurs vignobles de Franche-
Comté , les moyens de la prévenir ou de la
guérir?
On s'apperçoit dans la Province , depuis
quelques années feulement , du dépériffe
ment de certaines vignes , qui produifoient
beaucoup auparavant ; les feuilles frifées
& racornies , la petiteffe des raiſins , la
noirceur du bois dans l'intérieur , la difficulté
de provigner de nouveaux ceps dans
la place où les anciens ont péri , annons,
cent qu'il eft inftant de prévenir cette efpèce
d'épidémie .,
L'Auteur de la médecine expérimentale,
imprimée à Paris , chez Duchefne , en
1755 , fait mention d'une pareille maladie
des vignes qui a commencé dans la haute.
Autriche , & qui s'eft enfuite étendue ,
fomme une espèce de pefte , dans l'Alle
magne,
NOVEMBRE. 1774. 169
magne , où on l'appelle Glaber. Si nos
vignes n'en font pas encore infectées ,
le dépériffement dont on a donné les
fymptômes , caufé peut-être par les hivers
rigoureux , & par l'édification de nouveaux
plants dans des lieux peu propres à cette
efpèce de culture , pourroit dégénérer en
glaber ; & c'eſt ce qu'il s'agit de prévenir.
SPECTACLES.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE royale de Mufique continue
toujours avec fuccès les repréfentations
d'Orphée & Euridice. Elle doit
donner inceffamment Azolan , mufique
de M. Floquet , dont on fait les répécitions.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES Comédiens François ont donné le
jeudi 13 Octobre , la première repréfentation
des Amans généreux , comédie
H
1
170 MERCURE DE FRANCE.
nouvelle en cinq actes , en profe , imitée
de l'Allemand , par M. Rochon de
Chabannes.
Le major Theleime , Officier Pruffien ,
chargé de lever une contribution en
Saxe , a eu la générofité de remplir les
ordres de fon Souverain , en avançant
aux Saxons le furplus de la fomme qu'ils
n'étoient pas en état de payer entièrement.
Les Saxons , reconnoiffans , lui
ont fait la promefle de le rembourſer ;
mais cette promeffe même fert aux ennemis
de cet Officier de moyen pour l'accufer
d'avoir voulu s'approprier , au préjudice
du Roi , une partie de la contribution
. Le major Theleime vient à
Berlin pour demander juftice ; il loge
dans une auberge où le hafard conduit le
Comte de Bruxhall , Saxon , & Minna ,
fa nièce . L'Hôte déloge le Major qui
fait peu de dépenfes , pour mettre à fa
place ces étrangers , qui promettent d'en
faire davantage. Le Comte de Bruxhall
eft un homme fier de fa naifance & de
fes richeffes , d'un caractère emporté ,
mais bienfaifant , ennemi de l'injustice
& enthouſiaſte de la vertu . Minna , fa
nièce , amante fenfible & généreuſe ,
vient offrir , de l'aveu de fon oncle , au
NOVEMBRE. 1774. 171
major Theleime fa fortune & fa main ,
& un afyle en Saxe , où l'eftime de tout
un pays reconnoiffant de ſes bienfaits , le
vengera des outrages - de la calomnie.
ils ignorent encore à leur arrivée que
l'Officier qui a été déplacé par eux , eſt
le Major Théleime dont ils font inquiets .
L'Hôte n'a garde de s'expliquer , parce
que l'oncle a menacé de fe venger de
ceux qui oferont porter atteinte à la réputation
de cet homme eſtimable. Le
Comte de Bruxhall fait le projet d'aller
trouver le Directeur de la Caille de la
guerre , & le Roi même ; il expofe ce
qu'il leur dira : fa fierté , & fon ton brufque
alarment également Minna & Fan-.
chette fa fuivante , qui craignent , avec
raiſon , qu'il ne nuife à l'Officier au lieu
de le fervir. C'eft avec furpriſe que
Minna rencontre Paul Verner , Maréchal
des Logis du Régiment de Théléime
elle apprend alors que le Major eft dans
la même Hôtellerie , & demande à le
voir. Paul Verner refte feul avec Fanchette
qu'il aime , n'ofe parler de fon
amour , & s'étonne de perdre ainfi ce
courage qui le rend redoutable aux ennemis.
Ce Paul Verner eft un brave fol.
dat , d'autant plus attaché à fon Officier ,
;
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
qu'il le voit dans le malheur ; il lui offre
foute fa fortune , provenant d'un bien
qu'il a venda ; il eft humilié même de
voir Theleime refufer ce fecours , parce
qu'il craint de ne pouvoir le rendre.
Enfin l'attachement généreux & la franchife
de cet homme forcent le Majot
de promettre d'accepter une partie de fes
offres. Minna lui dit qu'elle eft venue à
Berlin réclamer la promeffe qu'il lui a faite
d'accepter fa main. Theleime , pénétré
de tant de générosité , refuſe • par un
excès de délicateffe , de faire fon bonheur
, lorfque la calomnie eft parvenue
à faire foupçonner fa probité & à lui
ôter fa fortune. Minna infifte , & ſe réjouit
de mériter fon amant , & de le
récompenfer de l'ingratitude des hommes
; mais le Major perfifte dans fon
refus jufqu'à ce que fon honneur & fon
bien lui foient rendus.Cependant le Comte
de Bruxhall revient furieux contre le
Directeur de la caiffe de la guerre , qui
n'a pas reçu un homme tel que lui avec
les honneurs dus à fa qualité , & qui
n'a pas cru à fon témoignage en faveur
du Major , plutôt qu'à celui d'un nombre
de délateurs. Cependant , au milieu de fa
fureur , ce Comte Saxon ne perd pas la tête
NOVEMBRE. 1774 173
& s'informe de fon dîner. Le Major croit
que tout eft perdu pour lui , au fortir de
fon audience avec le Directeur de la
caiffe , d'autant qu'il a été chez le Miniftre
qui a refufé de le voir. Il perfifte
à ne vouloir pas affocier l'intéreflante
Minna à fes malheurs . Mais Minna ufe
de ftratagême pour vaincre, la générofité
du Major. Elle fuppofe que fon oncle ,
qu'il n'a pas encore vu , eft dans la plus
grande colère , & qu'il l'a deshéritée à
caufe de fon attachement pour lui , Le
Major féduit par fes malheurs , dont il
fe croit la caufe , ne balance plus à promettre
fa main à fon amante & à l'époufer
malheureufe. Le Comte & le Major
font en préfence , étonnés l'un de l'autre .
Le Comte eft couroucé de ce qu'on lui
dit que le Major refufe fa nièce , & il
veut avoir une affaire avec lui s'il n'ac
cepte pas fa main ; le Major , au contraire
, prend fon emportement comme
une fuite du reffentiment qu'il a contre
fa nièce , ce qui forme une fcène animée
entre l'oncle & le Major , qui ne s'entendent
point . Arrive la nièce , qui interprête
le fens de fon ftratagême trop
généreux pour ne pas vaincre les motifs
de refus de Theleime. Dans le moment
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
que tout femble d'accord entre les
amans , on annonce qu'un homme vient
de la part du Roi avec des papiers pour
arrêter le Major ; on lui ménage une
fortie fecrette pour échapper aux pourfuites;
mais il préfère de fe préfenter à l'homme
du Souverain ; Theleime reçoit une
lettre par laquelle le Monarque inftruit
de fa conduite , le rétablit dans fa fortune
, dans fon honneur & dans fa faveur.Le
Comte de Bruxhall s'attribue tout le fuccès
de cette grande affaire , depuis qu'il
qu'il a fait un mémoire dans lequel il
repréfente avec force les droits du Major;
mais une autre lettre du Directeur
de la caiffe détruit fa bonne opinion ,
en difant qu'il auroit fait perdre la caufe
du Major par fa brufquerie , fi elle avoit
pu l'être , & en lui confeillant de quitter
la Cour , pour laquelle fon caractère n'eft
pas fait. En effet , il prend fon partì
avec fierté , & engage les amans à le
fuivre en Saxe . Le brave Paul Verner fe
marie auffi avec Mlle Fanchette.
Cette comédie, pleine d'intérêt , écrite
avec beaucoup de facilité , dont les détails
font charmans , où les caractères des
perfonnages font bien établis & foutemus
avec force , a eu le plus grand fuccès ,
NOVEMBRE. 1774 175
& fait beaucoup eſpérer du génie de M.
Rochon pour le comique qui allie la
gaieté avec le fentiment. Theleime ne
pouvoit être joué avec plus d'intérêt ,
avec plus d'ame & d'énergie que par M.
Molé . On n'a mis jamais plus de vérité
& plus d'originalité en quelque forte ,
que M. Deffeffart , dans le rôle excellent
du Comte de Bruxhall . Nommer M.
Préville , c'eft dire combien il s'eft iden
tifié avec Paul Verner , foldat généreux ,
dont il a rendu la figure , l'ame & le
caractère dans toute fon expreflion . Minna
, confiée au jeu de Mlle Doligny , n'a
pu que s'embellir & que gagner beaucoup
par la douce magie de cette actrice
intéreffante. Mlle Fanier a joué Fancherte
avec fineffe & avec délicateſſe . M.
Auger a repréfenté l'Hôte comme il convenoit
, ainfi que M. Bouret le petit rôle.
de Juftin .
COMÉDIE ITALIENNE.
DEBUT.
MADEMOISELLE
ADEMOISELLE FAYEL , jeune danfeufe
de ce théâtre , a débuté dans les
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
rôles de petite fille ; elle a joué dans Syl
vain , dans les Chaffeurs & la Laitière ,
dans le Roi & le Fermier , dans le Défer
teur, & c. Par fe quinze oufeize ans dou
çement tourmentée , une très- jolie figure ,
une taille fvelte , beaucoup de vivacité,
un petit ait de malignité charmante , une
voix jeune & qui ne demande qu'à fe
développer , de l'intelligence & cette
aifance que donne la danfe , les avis
qu'elle reçoit de M. Julien , pour la mu
fique , & de Mile- Beaupré pour le chant
& pour le jeu , tous ces avantages lui
promettent le plus grand fuccès , & font
augurer l'utilité dont elle fera dans l'emploi
qu'elle a choifi .
RÉPONSE du Traducteur de la Diffimulation
punie , nouvelle Anglaife , à
la Lettre anonyme inférée dans le N°.
26 de l'Année Littéraire 1774.
L'Anonyme n'a - t il pas fait une importante
découverte , en nous apprenant
que le Conte que j'avais traduit de l'Anglais
avait été traduit il y a treize ans ?
Depuis quand n'eft il plus permis de
traduire ce qui a été traduit par un auNOVEMBRE.
1774. 177
tre? Il obferve les différences entre ma
verfion & celle qui m'a précédé. Ces
différences mêmes prouvent que mon
travail m'appartient . Je ne fuis point plagiaire,
parce que je nefuis pas Auteur.J'ai
donné au Directeur du Mercure une
collection de Contes que j'ai traduits
pour mon amufement , fans m'embarraffer
fi quelque autre les avoit traduits
avant moi. Je n'y ai point mis mon nom ,
parce que cela n'en vaut pas la peine ,
& le Directeur du Mercure a fort bien
fait de ne pas fouiller tous les Mercures.
& tous les recueils imaginables , pour
s'affurer fi par hafard il n'y trouveroic
pas quelqu'un des Contes que je lui
donnais. Qu'on juge fur le fimple expofé
de l'importance rifible que mer le Cen
feur anonyme à ce prétendu plagiat qu'il
traite comme le plus épouvantable brigandage.
Par tout où il n'y a point de
poffeffion , il n'y a point de vol . Or
affurément je n'ai point prétendu que la
Diffimulation punie m'appartînt , puifque
je n'y ai pas mis mon nom , & il
n'importe à perfonne que ce Conte air
été traduit par un autre ou par moi , Mais
apparemment il importait au Rédacteur
de l'Année Littéraire de traiter tous les
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
2
Gens de lettres qui ont quelque part au
Mercure de plagiaires effrontés , de brigands
, d'hommes fans pudeur , & c. &
autres expreffions auffi groffièrement injurieufes.
Ce ftyle décèle bien vîte le
prétendu anonyme ; car quel autre fe
permettrait un ton fi indécent ? Quel autre
aurait affecté de répandre indiftinctement
fur tous ceux qui travaillent au
Mercure , un reproche qui , s'il étoit
fondé , ne pourrait regarder qu'une feule
perfonne ? Quel autre , à propos d'une
bagatelle , entrerait dans une ft ridicule
fureur , uniquement parce qu'il feroit
queftion du Mercure ?
Un petit bout d'oreille , échappé par malheur ,
Découvrit la foarbe & l'erreur.
La Fontaine,
Le Rédacteur de l'Année Littéraire ne
parle pas de fang froid du Mercure , &
l'on conçoit qu'il a bien quelques raifons
pour cela. Il fe fouvient d'y avoir été
convaincu plus d'une fois , non pas d'un
plagiat imaginaire , mais de contradictions
bien manifeftes , de menfonges
bien évidens , d'infidélités bien palpables
, d'altérations bien fcandaleufes dans
les ouvrages dont il rendoit compte ; alNOVEMBRE
. 1774. 179
térations portées au point de couper une
phrafe par la moitié & de faire dire à
un Auteur le contraire de ce qu'il diſait .
Voilà ce que le Mercure a mis quelquefois
dans le plus grand jour , fans que le
Rédacteur de l'Année Littéraire,, qui
pourtant n'eft embarraffé de rien , & ne
demande jamais qu'une querelle pour
attirer un moment l'attention , ait ofé
feulement effayer une réplique , & moi ,
qui fuis fort innocent de tous les reproches
qu'on lui a faits , me voilà en butte
à fa colère , parce que je me trouve placé
dans le Mercure. Il dira peut être qu'il
n'eft pas l'Auteur de la lettre anonyme ;
mais obfervez , je vous prie , qu'on lui
dit dans certe lettre : Vous tenez le glaive
de la critique. Oh ! il n'y a plus moyen
de s'y méprendre. Quel autre que lui
ignorerait que la critique qu'on a quelquefois
comparée au flambeau , ne peut
jamais être comparée à un glaive ? Cette
expreffion furieufe eft un cri de la confcience
; on voit qu'il veut abfolument
tenir un glaive. La fatire , que , par une
méprife bien naturelle , il confond ici
avec la critique , a été fouvent défignée
par le mot de glaive . Mais cette expreffon
n'eft pas toujours jufte , même pour
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
la fatire ; car la fatire dans les mains
d'un méchant inal adroit , n'eft qu'un
bâton dans la main d'un homme ivre ,
qui frappe en l'air , & tombe dans la
boue à chaque coup qu'il veut donner.
Lettre du Père du petit Bonhomme , Auteur
du Roué vertueux , àfon Fils.
Je n'approuve point , mon cher fils , la prétendue
lettre que vous avez inférée dans le Mercure
d'Octobre dernier , adreflée à l'Auteur du
nouvel Effai fur l'art dramatique. Que veulent
dire ces points & ces virgules ? Et s'ils ne fignifient
rien , pourquoi les écrire ? Ne voyez vous pas
qu'ils laiflent aux gens de mauvaiſe humeur la
liberté d'en faire , contre votre intention , une
lettre un peu méchante ? Eh ! pourquoi , mon
fils , vous qui êtes doux , & qui n'avez jamais
fait de mal à perfonne , vous mettre dans ce cas ?
Le Roué vertueux étoit une badinerie vague ,
qui ne tomboit fur perfonne , à la bonne- heure's
il falloit en refter là . Croyez- vous , de bonne foi ,
qu'un petit bonhomme comme vous ,
avec des
points & des virgules , viendra à bout de détruire
une fecte & de perfuader à des gens , aufli ferrés
fur leurs principes , d'abandonner un genre qu'ils
ont tant d'intérêt de foutenir ? C'eft un parti pris ,
mon fils , de courre fus à quiconque n'en fera pas
enthouſiaſte.
Je conviendrai avec vous , fi vous voulez , que
le Roué vertueux n'étant rien , l'Auteur de l'Eſtai
NOVEMBRE . 1774. 181
fur l'art dramatique à eu tort de ſe fâcher contre
rien. N'eft-ce point ce que vous voudriez faire
entendre par Don Quichotte & les moulins à vent
de votre lettre.
J'avouerai auffi qu'il eft mal - honnête à un
homme fage , à un philofophe , car on dit que
l'Auteur eft tout cela , de dire des injures. Je ne
fais fi ma tendrefle pour vous m'aveugle : mais
la plaifanterie du Roué vertueux ne m'a pas paru
lourde ; & fi j'avois une épithète à lui donner , &
qu'il en valût la peine , je ne choifirois pas cellelà
. D'ailleurs je ne fache pas que vous ayez jamais
ni écrit , ni fait imprimer un feul calembour , &
je ne vous le pardonnerois pas ; quoique je ne
fache pas bien ce que l'on entend par ce mot ,
que j'ai inutilement cherché dans tous les Dictionnaires.
L'Auteur a donc certainement eu tort
d'infulter quelqu'un , foit qu'il le connût , foit
qu'il ne le connût pas , & je fuis sûr , comme il
a un caractère honnête , qu'il fe l'eft déjà reproché.
On peut aimer les Drames & en faire , lans
infulter ceux qui n'en rafolent pas.
Mais , malgré tout cela , vous avez tort , mon
fils , & votre lettre eft de mauvais goût : vous entrez
dans le monde , vous êtes encore un enfant ;
vous pouvez avoir un ſentiment à vous ; mais il
faut le propofer modeftement , & relpecter julqu'aux
erreurs de vos maîtres . Je ne vous blâme
point d'avoir été ſenſible à l'injure ; cette fenfibilité
eft de tous les âges , & fur- tout du vôtre :
mais , ou je n'aurois rien répondu , ou je l'aureis
témoigné tout autrement , & j'aurois dit fans
énigme & tout franchement à cet Auteur :
Monfieur , vous vous mettez dans une colère
épouvantable contre le Roué vertueur , où il n'y
182 MERCURE DE FRANCE.
a rien , & qui ne fait ni ne dit de mal à perfonne ;*
vous dites des injures à l'Auteur , qui ne pensoit
pas à vous ; vous affirmez que nous n'avons point
de pièces de Théâtre ; vous rabaiflez Racine ,
Molière , &c. & c . &c. ; vous tombez fur tout le
monde ; vous dites qu'il n'y a de vrai , d'utile ,
de beau que le Drame : vous êtes Orfèvre , M.
Joffe , on ne vous croira pas : & , pour moi , je
vous prie de me permettre de penfer autrement
& de ne me pas dire d'injures , fi cela fe peur.
Vous êtes honnête , bon citoyen , bon parent ,
très- galant homme , un peu trifte , fort chaud ;
mais ( Drame à part ) je ferai toujours charmé de
vous rendre la juſtice qui vous eſt duc.
Voilà , mon fils , en fubftance , ce que j'aurois
dit. N'oubliez jamais qu'on peut bien avoir une
opinion différente de celle des autres , mais qu'il
faut la défendre toujours avec honnêteté ; &
quant à vous , fongez qu'un petit bonhomme
de votre âge , & qui n'a pas encore de confiftance,
ne doit pas , s'il eft prudent , joûter avec des
perfonnes confommées & du mérite de l'Auteur
profond & réfléchi du nouvel Eſſai ſur l'art dramatique.
Venez me voir & embraffer un père tendre &
fenfible qui vous aime de tout fon coeur , malgré
les petits défauts de votre jeunefle , parce qu'il
fpère que vous travaillerez à vous en corriger.

HISTOIRE NATURELLE.
LE fyftême végétal ou traité de la ftructure
intérieure & de la végétation des
NOVEMBRE. 1774. 183
plantes , contenant leurs diverſes parties *
leur entretien , leurs claffes , ordres ,
genres & efpèces ; le tout préfenté fous
la forme d'une nouvelle méthode qui
comprend un fyftême naturel & une table
artificielle , avec les figures de toutes les
plantes deffinées & gravées par
l'auteur ,
M. Jean Hill , M. D. membre de l'Académie
Impériale , &c . &c . en Anglois,
23 vol. in folio , grand papier de Hollaude
, ornés d'un très grand nombre de
planches. A Paris , rue S. Jean de Beauvais
, la porte cochère au- deffus du Collége.
COSMOGRAPHIE .
L'INSTITUTEUR de l'Académie des En.
fans à Versailles , toujours zèlé pour
procurer des moyens de faciliter l'inftruction
, & jaloux de s'acquitter des promeffes
qu'il a faites dans fon difcours ,
vient de faire graver fon petit Atlas élèmentaire
, aftronomique , géographique &
hiftorique , adapté à fa méthode , qui ,
quoique fait pour des enfans , peut fervir
avec fuccès aux perfonnes qui defireront
184 MERCURE DE FRANCE.
s'inftruire facilement des élémens de la
cofmographie.
Ce petit Atlas fe vend 3 liv . broché
& 4 liv. enluminé à la manière Hollandoife.
A Paris chez la veuve Hériffant ,
Imprimeur du Roi , & chez Fortin , Ingénieur
Mécanicien du Roi pour les globes ,
rue de la Harpe . A Verſailles chez l'auteur
, à l'Académie des Enfans , & chez
Blaiſot , au Cabinet Littéraire.
ARTS.
PEINTURE.
Collection de Tableaux Originaux des
bons Maîtres des trois Ecoles ; figures
& buftes de marbre & de bronze , por,
celaines & autres objets curieux , qui compofent
le Cabinet de M. L. C. de D.
& dont la vente fe fera le lundi 21
Novembre de relevée & jours fuivans
auffi de relevée , rue de Richelieu ,
vis-à-vis celle Faydau.
CETTE collection eft
particulièrement
riche en Tableaux Flamans ; ce font
auffi ceux que les Amateurs recherchent
NOVEMBRE. 1774. 185
avec le plus d'empreffement , parce qu'ils
amufent par la gaieté de la compofition
& flattent les yeux par l'agrément du coloris
, la netteté & le précieux fini de
l'exécution. Le catalogue de cette collection
, dreffé par Pierre Remi , Peintre,
fe diftribue à Paris , chez Mufier père ,
Quai des Auguftins.
GRAVURES.
I.
PORTRAIT DU ROI ET DE LA REINE .
Ces eftampes font gravées avec beaucoup
de talent par M. Voyez l'aîné , d'après les
buftes & modèles du fieur Boyfot , qui
font au cabinet du Roi . Elles repréfentent
Leurs Majeftés dans tout l'éclat de la fouveraineté.
Chacune de ces eftampes a 19
pouces de haut fur 14 de largeur. Prix
3 liv. A Paris chez Crepy , rue S. Jac
ques , à S. Pierre.
I I.
Portrait de M. Turgot , Miniftre & Con186
MERCURE DE FRANCE.
trôleur Général des Finances , gravé
par le Beau , d'après le tableau de M.
Troy ; hauteur 7 pouces & demi , largeurs
pouces & demi , avec ces vers
de Madame Regnard .
Il aime à faire des heureux ;
Du fort la faveur le feconde ;
Il ne doit plus former de voeux ,
Il fait le bien de tout le monde .
Cette gravure eft ornée des attributs
des fciences & des arts que ce Miniftre
éclairé connoît , & qu'il protége . Ce por .
trait eft bien gravé & reffemblant . A Paris
chez le Beau , rue S. Jacques , maiſon
de la veuve Duchefne . Le Prix eft de
12 fols.
I I I.
Le Veu de la Nature.
C'eft une mère qui alaite fon enfant ;
fujet intéreffant, de la compofition de M.
Regnault , Peintre , & gravé par lui à
l'eau forte. Cette eftampe a environ II
pouces de hauteur & 7 de largeur . Prix
1 liv. 4 fol . chez l'auteur rue Croix des
Petits Champs , près la Place des Victoires
, maifon du Chapellier.
NOVEMBRE. 1774. 187
I V.
Suite des plantes , gravées en couleur
touchant à la fin avec cette année .
M. Regnault avertit ceux des foufcripteurs
qui ont négligé de retirer plu
fieurs cahiers , foit par oubli , foit par
abſence , de vouloir bien les faire prendre
avant le premier de Juin 1775 , parce
qu'après ce terme s'il refte encore quelques
exemplaires , ils feront reliés , & on
ne pourra plus efpérer de compléter les
fuites imparfaites.
V .:
La prière à l'Amour , dédiée à Madame
la Princeffe de Pignatelli .
Cette eftampe a environ 15 pouces de
hauteur & de largeur. Elle eft gravée
d'après le tableau de M. Greuze , par M.
Molès , Graveur du Roi. Prix 3 liv . A
Paris chez Buldet , Marchand , rue de
Gèvres . Cette eftampe eft exécutée au
burin avec beaucoup d'intelligence & de
talent. Elle repréfente une jeune fille avec
l'expreffion de la plus vive tendreffe , &
188 MERCURE DE FRANCE.
ayant les mains jointes . Son bufte eft renfermé
dans un médaillon orné de guirlandes
de fleurs.
V I.
La réputation que s'eft acquife un certain
Médecin au canton de Berne , nommé
Michel Schuppach , a fait defirer d'en
avoir un bon portrait avec celui de fa
femme . C'eft dans cette vue que M. Chré
tien de Mechel , à Bafle , Graveur eftimé,
en a entrepris la gravure , & les publie
préfentement à la fatisfaction des Amateurs.
Ces deux portraits ont environ
6 pouces & demi de haut , fur 5 & demi
de large ; & fe trouvent à Paris chez
Bafan & Poignant , rue & hôtel Serpente ,
& à Bafle chez l'auteur . Prix 3 liv . les
deux.
S
Aux mêmes adreffes on trouve encore
ce portrait en profil , ainfi que deux autres
eftampes , ayant pour titre : les Trois
Grâces du Gouguisberg , & les Trois Bacchus
; elles repréfentent le coftume des
payfans & payfannes Suiffes , & forment
deux fujets plaifans & agréables ; elles ont
environ9 pouces en hauteur fur 6 &
demi de large. Prix 3 liv. les deux .
NOVEMBRE. 1774. 189
MUSIQUE.
I.
PIECE d'orgue , Magnificat en mi mineur
, dédiée à Madame de Francquiville
, Abbeffe de l'Abbaye Royale de
Marquette , en Flandres , compofée par
M. Benaut , Maître de Clavecin . Prix
I liv . 16 f. A Paris chez l'Auteur , rue
Gît le Coeur , la deuxième porte cochère
à gauche du côté du quai , & aux adreffes
ordinaires de mufique.
II.
La Rofière de Salency , en trois actes ,
mufique de M. Gretry. La partition , depuis
long- temps attendue & demandée ,
eft gravée & fe publie. Prix 18 liv. A Paris
chez l'Auteur , rue Traversière , quarrier
S. Honoré , proche le Notaire ; & aux
adreffes ordinaires de Mulique.
III.
Airs détachés du Retour de la Tendreffe ,
Comédie en un acte , mife en mufique
190 MERCURE DE FRANCE .
par N. J. Demereaux . Prix 1 liv . 16 f. '
Il doit y avoir 7 arriettes dans le cahier
on avertit ceux qui n'en ont que
cinq de s'adreffer au bureau d'abonnement
mufical ; on leur donnera les deux
autres , où elles fe vendent actuellement ,
cour de l'ancien grand Cerf, rue S. Denis
& des Deux Portes S. Sauveur , &
aux adreffes ordinaires de Mufique . A
Lyon chez le fieur Caftaud , Marchand
Libraire , place de la Comédie.
LETTRE du 20 Septembre 1774 , par
M. Bollioud , Secretaire perpétuel de
l'Académie des Sciences , Belles Lettres
& Arts de Lyon , à M. Challe , Chevalier
de l'Ordre du Roi , Deffinateur de la
Chambre & du Cabinet de Sa Majesté.
Lorfque nous recevons , Monfieur , quelques
nouvelles productions de votre génie , il nous
femble que la dernière l'emporte fur les précédentes
: c'eft l'effet ordinaire que produifent les
Ouvrages où brillent la fécondité de l'invention ,
la perfection fcrupuleufe & la riche variété. Mais
rien n'eft plus conforme à ce preftige , fondé fur
le caractère du beau , que votre décoration funebre
de Notre- Dame pour le fervice de Louis
NOVEMBRE. 1774. 191
XV. Vous y avez mis à contribution l'hiftoire ,
l'éloquence , la poëfie ; tout y refpire le fentiment
& le goût. Enfin , Monfieur , vous vous êtes futpaflé
vous- même en franchiflant les limites de
votre art , & vos productions en ce genre , fi elles
étoient réunies , formeroient un cours d'études
capables de fervir de modèles .
Recevez , Monfieur , les remercimens de l'Académie
& les miens , fur l'attention que vous avez
de nous faire part de vos beaux ouvrages. Perfonne
ne peint la mort & fes funèbres attributs
d'une manière , fi grande , fi noble , fi touchante
que vous le faites : & vous élevez l'ame en attachant
les yeux fur le fpectacle le plus terrible
pour la Nature. Soyez perfuadé que nos éloges
font auffi fincères que nos fentimens , & que la
confidération particulière avec laquelle je fuis ,
& c.
BOLLIOUD , Secrétaire perpétuel
de l'Académie de Lyon.
On verra dans l'article fuivant une
nouvelle preuve du génie de M. Challe ,
dans l'invention & le deffin de ces monumens
fuuèbres , qu'il a variés de tant de façons
, toujours intéreflantes & majestueufes.
192 MERCURE DE FRANCE.
Defcription du catafalque érigé dans la
Chapelle de l'Ecole Royale Militaire ,
le 27 Septembre 1774 , pour très grand,
très haut , très puiſſant & très excellent
Prince Louis XV , le Bien Aimé , Roi
de France & de Navarre ; fur les deffins
de M. Challe , Chevalier de l'Ordie du
Roi.
I.E portique intérieur qui fert d'entrée à cette
Chapelle , étoit tendu de noir & renfermoit , au
milieu de fes encadremens , entre deux litres , les
armes de France & les chiffres de Sa Majefté ; des
piédeftaux élevoient fous ce portique des pyramides
de lumières .
Le bel ordre corinthien , qui décore l'intérieur
de cette Chapelle , étoit orné , dans les entre - colonnes
, de trophées militaires , fufpendus aux
architraves de leurs entablemens . Les armes de
France & de Navarre étoient préfentées fur des
boucliers , au milieu de ces trophées , qui étoient
alternativement féparés par de grands cartouches
dorés , dans lefquels étoient renfermés , fur un
fond d'azur , les chiffres de Sa Majesté relevés en
or.
Une litre ornée de fleurs de lis en or & de larmes
en argent , ainfi que d'écuflons aux armes &
aux chiffres du Roi , occupoit entièrement la
frife. Deux litres inférieures , pareillement ornées,
renfermoient , fur les parties latérales , des basreliefs
de marbre blanc , où étoient repréfentés
une
NOVEMBRE. 1774. 193
une partie des exploits militaires entrepris fous
lés aufpices de Sa Majefté , par les Officiers généraux
, qui font morts dans ces travaux & pendant
fon règne.
Le côté droit en entrant , préfentoit la prife
de Milan M. le Maréchal de Villars , en 1733 .
par
Celui qui fuivoit , du même côté , offroit le
trifte tableau de la mort de M. de Barwick au
fiége de Philisbourg en 1734.
8
Le même côté repréfentoit de fuite , la bataille
de Parme , gagnée par M. le Maréchal de Coigni
le 29 Juin 1734.
A côté étoit la bataille de Guaftalla , gagnée
par M. le Maréchal de Broglie le 12 Septembre
1734.
De fuite étoit la retraite de Prague , conduite
par M. le Maréchal de Belle- Isle en 1742.
On avoit repréſenté dans le bas - relief qui fuivoit
, la mort de M. le Maréchal de Grammont
au champ de Fontenoi en 1745.
A côté étoit repréfentée la prife de Namur par
M. le Prince de Clermont , dans l'année 1746 .
De l'autre côté , à droite de l'autel , étoit re
préfentée la bataille de Raucou , gagnée par M.
ie Maréchal Comte de Saxe dans l'année 1746.
1
La prife d'Andremonde par M. le Duc d'Har
court en 1745 , étoit à côté.
Celle de Berg-op-zoom , par M. le Maréchal de
Lowendalh en 1747 , étoit repréſentée de fuite .
L'on avoit placé à côté le combat naval devant
Mahon , gagné par M. de la Galiffonniere en
1756.
La chaire du Prédicateur empêchoit en cet endroit
de mettre les lignes de Suffelscheim , forcées
par M. le Maréchal Duc de Noailles en 1744.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Le bas-relief fuivant repréfentoit le combat de
M. de Montcalm en Amérique , dans l'année
1747.
La bataille d'Haftembeck , gagnée par M. le
Maréchal d'Eftrées en 1757 , terminoit ce côté .
Chacune des colonnes portoit de grandes girandoles
dorées , couvertes de trois cercles de lumières
, fous lefquels étoient fufpendus des trophées
militaires , au milieu defquels étoient placés des
médaillons en or , repréfentant les portraits de
chacun des Généraux dont les exploits étoient
repréfentés dans les bas-reliefs qui entouroient
le maufolée.
L'explication & la date de chacun des événemens
étoient gravés au- deflous fur un écuflon
en or.
Le catafalque s'élevoit près de la porte d'entrée ,
au milieu de gradins formés en amphithéâtre ,
fur lefquels étoit rangée toute la jeune Nobleſſe
élevée dans cette école. Son plan formoit un carré
long , d'où s'élevoit , juſqu'à la hauteur de l'eftrade
, fix degrés de porphyre verd , terminés ,
aux angles , par des piédeftaux ornés de trophées
militaires. Sur ces piédeftaux étoient des tronçons
de colonnes de l'ordre Tolcan , lefquelles
fervoient de bafe à quatre faiſceaux de lances
liées avec des écharpes , deftinés à foutenir
les angles , retrouflés d'un pavillon militaire qui
couvroit la repréſentation , & à élever fur chacun
de ces faifceaux , trois cercles de lumières . Ce
pavillon d'étoffes d'or , garni de crépines fur
fes bords , étoit violet dans fon intérieur , &
furmonté d'une corniche dorée , qui foutenoit
fes pentes retrouffées en feftons. Son extrémité
étoit terminée , fur un amortiflement , par une
NOVEMBRE. 1774. 191
Urne cinéraire de lapis - lazuli , ornée de bronze
doré.
Sous ce magnifique pavillon étoit placé un
farcophage en or , élevé fur un focle de bronze
antique , de forme ovale , fui lequel étoit repréfenté,
en bas- relief , le combat & le triomphe de
Fontenoi , où S. M. paroifloit dans un quadrige,
entouré des vertus héroïques & couronnées par
la Victoire. Un concours nombreux de peuples
foumis lui préfentoient des palmes , des rameaux
d'olivier & les clefs de leurs villes .
Ce farcophage de forme antique , portoit , fur
un carreau de velours noir , une couronne royale ,
couverte d'un voile de deuil , avec le fceptre & la
main de juftice.
L'intérieur de ce pavillon étoit éclairé par une
lampe fépulcrale fufpendue à des chaînes d'or.
Les deux colonnes qui renferment l'Autel au
fond du fanctuaire , portoient , au deffous de girandoles
chargées de lumières , dans de riches
cartels dorés , les armes de France & de Navarre.
Ce magnifique Autel , enrichi de fes plus beaux
ornemens , étoit couvert d'un pavillon de forme
ovale , dont la tente , partagée en bandes d'hermine
& de drap noir formoit le fond du Retable.
Ses côtés formoient des noeuds retrouflés audeflus
des cartels chargés des armes de France , &
fon couronnement , formé en coupole , étoit convert
de drap noir parfemé de fleurs de lis en or &
de larmes en argent , femblable à la couverture
extérieure . Sa corniche , dorée , foutenoit des
feftons d'hermine , & étoit couronnée de deux
grandes aigrettes de plumes blanches & noires .
La chaire du prédicateur confervoir , à travers
le deuil dont elle étoit couverte , la plus belle
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
partie de les ornemens , ainfi que l'orgue , don't
on avoit feulement décoré les ornemens de bandeaux
& de feftons de deuil .
COURS DE BELLES- LETTRES .
M. l'Abbé de Perravel de S. Beron ,
recommencera le 8 Novembre , depuis
midi & demi jufqu'à deux heures , par
une méthode phylofophique , fon Cours
de Langue Françoife ; depuis cinq juſqu'à
fept , fon Cours de Langue Italienne ; &
depuis fept jufqu'à neuf , fon Cours de
Geographie Aftronomique naturelle &
politique : avec un peu d'érude & de fagacité
, quatre mois complets de vingtquatre
leçons fuffifent pour apprendre le
néceffaire , & ce qu'il importe le plus de
favoir. Le prix du mois de douze leçon's
pour chaque genre d'enfeiguement , eft
de 18 liv.chez lui , & du double en ville ,
à une diſtance raisonnable .
On trouve M. l'Abbé de Perravel
Tous les matins jufqu'à onze heures , &
depuis midi & demi jufqu'à quatre , à
l'entrefol du No 54 , entre les rues de
Sartine & Mercier , nouvelle halle.
NOVEMBRE . 1774. 197
I I.
Cours de Sciences PPoolliittiiqquueess & de
Grammaire Allemande.
Le fieur Junker , Docteur de l'Univerfité
, & Membre ordinaire de l'Académie
des Belles - Lettres de Gottingen
, recommencera , le 21 Novembre
en faveur des perfonnes qui fe deftinent
aux affaires , fon Cours de Science
Politique , 3 le continuera pendant
fix mois tous les Lundi , Mercredi &
Vendredi depuis 10 heures du matin
jufqu'à midi. Ayant expliqué dans les
leçons précédentes les principes du droit
naturel , du droit politique & du droit
des gens , & fait connoître les événemens
qui ont produit la forme actuelle des
principaux Etats d'Europe ; il donnera
dans celles qu'il annonce une idée fuffifante
de la conftitution de chaque Etat ,
du contenu des traités qui font la baſe
du droit des gens conventionnel , ( ou de
ce que quelques auteurs appellent le droit
public d'Europe ) , des intérêts des Princes
, & les fonctions du Négociateur ou
Miniftre Public. Le même jour , à neuf
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
heures du matin , il recommencera auffi
fon Cours de Grammaire Allemande , &
le continuera de même pendant fix mois.
Le prix du premier Cours eft de fix louis ,
& celui du fecond de trois louis , qui fe
payent d'avance. Les perfonnes qui voudront
venir à l'un ou à l'autre , font priées
de fe faire infcrire au plûtard huit jours
auparavant . Le fieur Junker demeure rue
S. Benoît , Fauxbourg S. Germain , en
entrant par la rue Jacob à droite , la feconde
porte cochère après la rue des deux
Anges , au fecond .
I I I.
Cours d'Hiftoire Naturelle & de Chimie.
M. Bucquet , Docteur Régent de la
Faculté de Médecine en l'Univerfité de
Paris , commencera ce Cours le Lundi
7 Novembre 1774 , à midi très - précis :
il continuera les Lundi , Mercredi &
Vendredi de chaque ſemaine à la même
heure dans le laboratoire de M. de la Planche
, Maître Apothicaire , rue de la
Monnoie.
On trouve ehez la veuve Hériffant ,
NOVEMBRE. 1774. 199
rue S. Jacques , près celle de la Parcheminerie
, une introduction à l'étude des
corps naturels tirés du règne minéral , &
une introduction à l'étude des corps na..
turels tirés du règne végétal , néceffaires
pour fuivre le cours.
I V.
Cours d'Anatomie .
M. Bucquer , Docteur Régent de la
Faculté de Médecine en l'Univerfité de
Paris , commencera ce Cours le Mardi 8
Novembre 1774 , à midi précis , il continuera
les Mardi , Jeudi & Samedi de
chaque femaine à la même heure dans
fon amphitéâtre , rue Baffe des Urfins ,
au coin de celle de Glatigni , en la
Cité.
Les perfonnes qui defireront difféquer ,
pourront s'adreffer à M. Regnault , à l'am
phitéâtre.
V.
Cours de Langue.
M. l'Abbé Cumane , Romain , récom
mencera fon Cours de Langue Italienne
le de Novembre , quatre fois
7 par
fe--
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
maine , les Lundi , Mercredi , Vendredi
& Samedi à 7 heures du foir : il continuera
d'aller en ville donner des leçons.
Il demeure rue Beauregard , entre un
Boulanger & un Marchand de Vin.
A l'Auteur de l'Année Littéraire.
Troyes , 9 Juin 1774.
En parcourant en bloc , fuivant mon uſage ;
vos feuilles de l'année dernière , j'ai rencontré le
jugement que vous portez de la nouvelle édition
des Obfervations fur l'Italie & fur les Italiens.
Vous paroiflez d'abord vous référer à celui
que vous aviez porté de la première édition du
même ouvrage : vous l'indiquez même ; & je me
fuis procuré le n ° . 21 de 1765 dont il remplit 30
pages.
La nouvelle édition eft augmentée d'un volu
me , ce que vous n'approuvez point. Peut être
l'euffiez - vous approuvé , fi , jetant les yeux fur ce
quatrième volume , vous euffiez vu qu'à 80 pag.
près , que pouvoient très commodément porter
les trois premiers , il eft formé de mémoires & de
pièces Une difcuffion fur la conjuration de Venife
de 1618 , qui fait partie de ces mémoires * > rem-
* Cette difcuffion eft appuyée de plufieurs
pièces anecdotes tirées ou de la Bibliothèque da
NOVEMBRE. 1774. 201
"
plit 190 pages. Elle vous auroit pu fournir la
matière d'un extrait , fi vous l'enffiez apperçue ' ,
ou fi vous n'eufliez pas jugé plus commode d'extraire
24 pages d'un ouvrage dont vous aviez
porté votre jugement dès 1765 .
Au refte , j'avois exigé des Libraires qu'ils imprimallent
à part , pour
la commodité de ceux
qui avoient la première édition , ce mémoires
pièces , qui rempliflent le quatrième volume de
la feconde. N'ayant l'honneur ni de vous connoître
, ni d'être connu de vous , je dois attribuer
à l'humeur que vous a donné ce mauvais arrangement,
la diffemblance qui le rencontre entre vos
jugemens de 1765 & de 1773 .
Vous prononciez en 1765 que de légers défauts
difparoiffoient devant le mérite réel du fond de l'ouvrage,
qui devoitfervir de vade mecum à tous ceux
qui paffent les monts.
En 1773 , le même ouvrage eft un tiſſu de détails
minutieux & de difcuffions, ou étrangères aw
fujet , ou peu intéreffantes par elles - mêmes.
Il me fuffiroit , fans doute , d'en appeler à vousmême.
J'obſerverai néanmoins fur les exemples
que vous donnez des détails , ou minutieux , ou
étrangers aufujet , ou fans intérêt , que l'écu changé
à Aiguebel pouvoit éclairer fur la perception
'des impôts ; que les prévenances du Prêtre de
Fano expliquoit ce que je difois des Geniali
Italiens ; que l'effet contraire à celui que , faivant
vous , fit fur moi l'air de Naples , entroit
Roi , ou de celle de M. le Marquis de Paulmy ,
telles que l'inftruction dreiée par le Marquis de
Bedemar lui -même , pour fon fucceffeur dans
Fambalade de Venife , &c.
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
dans les preuves du danger de ce climat pour les
Etrangers , &c &c. &c.: ce que voit ou éprouve
par foi- même un Voyageur , eft pour lui & pour
les autres le fruit le plus précieux des voyages.
Quant aux négligences , à l'incorrection , aux
inégalités , & à l'inintelligibilité de mon ſtyle ,
après en avoir renouvelé mes excufes à ceux qui
ont acheté ou lu les obfervationsfur l'Italie , &c.
& dont l'empreffement pour cet ouvrage en a
épuifé deux éditions , je leur avouerai qu'à cet
égard mes prétentions font bornées au fouhait
de la Nourrice d'Horace , ut fari poffit qua fentiat;
& qu'enfin , plus occupé du fentire que du fari ,
j'ambitionnerois , non de chatouiller par de belles
phrafes les oreilles des caillettes , mais de préfenter
aux gens fentés des choles qui , en les intéreflant
, puffent leur donner à penfer. Ceux qui
fentent autrement , ceux per quos non licet effe
negligentem , ont abondamment de quoi s'indemmiler
dans prefque tout ce qui fort aujourd'hui
de la rue St Jacques , qui a effuyé la même révo-
Jution que la rue St Honoré , où les boutiques de
modes ont pris la place des boutiques de draperies
, de loieries , de galons , & c .
Je finis , Monfieur , en vous remerciant de
votre jugement de 1773 , au nom de ceux de mes
Compatriotes qui jugeant , d'après eux-mêmes ,.
de tout ce qui vit fous le même ciel , croyent impoffible
qu'un Champenois puiffe parvenir à voir ,
à fentir , & à le rendre compte de fes apperçus
de fes fentimens . Le jugement de 1773 les a abondamment
confolés de celui de 1765.
Je fuis , &c.
&
GROSLEY .
NOVEMBRE . 1774. 203
LETTRE de M. de la Martiniere , Confeiller
d'Etat , premier Chirurgien du
Roi , à M. Lacombe , Auteur du Mercure.
Fontainebleau , le 22 Octobre 1774.
Monfieur , je viens de lire , avec ſurpriſe , dans
le Mémoire pour les Créanciers , Conftructeurs &
Fourniffeurs du Colifée , imprimé à Paris chez
Guillaume Simon , 1774 , page 103 , que
velle Ecole de Chirurgie étoit élevée par les foins
& bes libéralités de M. de la Martiniere.
la nou-
Quoique ce Mémoire foit peu répandu , je fuis
trop ami de la vérité , trop éloigné de toute
vaine oftentation , & fur- tout trop jaloux de
l'honneur du Roi , pour laiſſer ſubfifter la moindre
trace d'une affertion auffi peu exacte . C'eſt à
la feule libéralité du feu Roi , Monfieur , à fa manificence
& à fon amour vraiment paternel pour
fes fujets , que nous fommes redevables de cet
établiflement . Je n'ai de mérite , fi c'en eft un , que
celui d'en avoir expofé les avantages & la néceffité
; & cela a fuffi pour le coeur du feu Roi. Nous
ofons espérer que la bienfaiſance de fon auguſte
fuccefleur confommera une entrepriſe auffi honorable
à la Nation & auffi utile à l'humanité , puifqu'elle
n'a d'autre objet que les progrès d'un art
entièrement confacré à fa confervation . Je vous
ferai , très-obligé , Monfieur , de vouloir bien
rendre cette note publique , afin qu'il ne refte
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE.
aucune impreffion contraire dans l'efprit de ceux
entre les mains deſquels le Mémoire dont il s'agit
auroit pu tomber.
JEAN
ANECDOTES.
I.
CAN ZISCA , Général des Huffites , nommé
auffi Rhaborite , de la Ville de Rhabor
, que Zifca avait fait bâtir en Bohême ,
avait battu , prefqu'en toute rencontre
les troupes Hongroifes ; il perdit un oeil
dans une bataille , & fut privé de l'autre
dans une feconde : tout aveugle qu'il fûr,
il fe faifait conduire au fort de la mêlée ,
entre deux Cavaliers qui le guidaient, &
il faifait des prodiges de valeur. « Lorſque
"
je ferai mort , dit - il à ceux de fon parti ,
» ne vous amufez pas à m'enſevėlir , mais
» écorchez moi ; faites de ma peau un tam-
» bour , que vous frapperez en allant à
» l'ennemi , ce qquuii ffuuffffiirraa pour le mettre
en fuite. Cela fut exécuté avec fuccès ,
dit-on ; tant a de force & fe conferve
long-temps , dans l'efprit des Soldats , le
préjugé qui réſulte de la confiance en leur
Général.
>>
NOVEMBRE. 1774. 205
I I.
Jean Frédéric , Electeur de Saxe , fait
Prifonnier par l'Empereur Charles -Quint ,
à la bataille de Mulbert , fut condamné
par l'Empereur , à perdre la tête ; on le lui
annonça il propofa au Landgrave de
Helle , qui était dans la même Priſon , de
jouer une partie d'échecs ; il la gagna , &
dit qu'il en tirait un favorable augure .
L'Empereur qui craignit de révolter le
Collège des Electeurs & tous les Membres
de l'Empire , n'ofa pas faire exécu
ter l'Arrêt.
1 I I.
Baron entrant fur la fcène dans le rôle
d'Agamemnon , difoit , d'un ton fort bas ,
ce Vers qui commence la Pièce : Oui , c'eft
Agamemnon , c'eft ton Roi qui l'éveille.
On lui cria du Parterre , plus haut : Si
je le difais plus haut , je le dirais mal ,
& continua fon rôle .
I V.
-
Mademoifelle Clairon jouant dans une
Tragédie nouvelle , qui étoit fort mal
206 MERCURE DE FRANCE.
reçue du Public , interrompit fon rôle
après le quatrième acte ; un Seigneur lui
en fit des reproches : Mafoi, Monfeigneur,
dit l'Actrice , je voudrois vous voirfiffler
pendant quatre actes , pour voir ce que vous
feriez au cinquième.
V.
La Princeffe d'Ifenghien lifoit le roman
de Cléopatre par M. de la Calprenede
; elle tomba fur une longue converfation
de deux amans , bien paffionnés.
"Que d'efprit mal employé , s'écria- t- elle.
"A quoi bon ces difcours , ils s'aimoient ,
& ils étoient feuls ? »
V I.
La fameufe Ninon difoit un jour qu'elle
rendoit grâces à Dieu tous les foirs , de
fon efprit , & le prioit tous les matins ,
de la préferver des fottifes de fon coeur.
VII.
Un jour une femme de qualité qui ne
paffoit pas fans doute pour la plus fage de
la Cour , foutenoit devant Mde Cornuel
qu'une perfonne de leur connoiffance n'éNOVEMBRE
. 1774. 207
toit point folle. « Bonne Comteffe , répon .
dit- elle , vous êtes comme les gens qui
»mangent de l'ail ".
IMPROMPTU fait par Mademoiſelle de
P *** , d'origine Irlandaife , en fortant
d'une audience que Monfeigneur
l'Archevêque de Tours lui avoit accordée.
CUCFUR touchante , & charité ,
La plus folide piété ,
Air intéreſſant , beau langage ,
Ton fait pour plaire , efprit , bonté ,
Noblefle & générosité ,
Font en lui le rare aflemblage
Des vertus & de l'agrément ,
Des temps paflés & du préfent.
Des préceptes de l'Evangile
Qu'il eft doux de fuivre les loix !
Que la morale en eft facile ,
Quand elle parle par fa voix!
208 MERCURE DE FRANCE.
NOTICE d'une Collection minérale , que
le Roi de Suède a envoyée à S. A.
S. Monfeigneur le Prince de Condé.
Par M. Valmon de Bomare , Directeur
des Cabinets de Chantilly.
ceaux ,
moins
Cette Collection , qui contient plufieurs mordont
la richeffe & la variéré peuvent flatter
les regards les moins exercés , n'eft pas
intéreffante pour les Savans , par la fuite trèsnombreufe
des échantillons en tout genre , dont
elle eft compofée. On fait que la nature a affigné
à chaque contrée de notre globe , des productions
particulières , & que le Nord , & fingulièrement
la Suéde , eft le fein ou la partie de la plupart des
fubftances qui appartiennent au règne minéral.、
La Collection que nous annonçons ici , eft une
preuve de cette affertion . Elle a été ordonnée en
1772 , par le Roi de Suéde Guſtave III , & dans
le cours de la même année , elle a été complettée
& déposée dans les tiroirs d'une grande & magnifique
armoire , dont voici une légère defeription .
Cette armoire ( ou mufaum minéralogique ) a
huit pieds de hauteur fur dix de largeur, & deux
pieds deux pouces de profondeur : elle eft compofée
de quatre grandes parties , qui ont été emballées
dans autant de cailles particulières , pour
être embarquées & portées au lieu de leur destimarion
.
NOVEMBRE. 1774. 209
La première partie, qui eft un foubaflement ouvrant
à deux panneaux , contient les cafes de fix
tiroirs en deux rangs ; ce foubaſſement eft porté
par quatre pieds de forme conoïde , en colonnes
cannelées , terminés par des chapiteaux , ornés de
guirlandes . Les intervalles des cannelures font de
métal ; la frife du ſoubaſſement eſt décorée aux
encoignures d'impoftes fleuronnés , avec des agraffes
feintes , & terminée par une balustrade pleine
qui fait certiffure , en recevant la feconde partic
ou pièce qui doit s'y emmancher.
La feconde partie, qui eft la plus confidérable ,
offre au- devant une grande table qui s'ouvre en
la manière des bureaux connus fous le nom de
fecrétaire . L'effort ou le poids le plus léger fait
tomber horisontalement cette table , & la même
force la fait relever & refermer . Cette méchanique
eft due à deux balanciers artiftement emmanchés
dans cette table , & qui ont leur jeu dans le
vuide des épaiffeurs latérales de cette feconde
pièce & dans celui de la frife du ſoubaffement.
Cette table faite en bois de bouleau de Suéde ,
( lequel imite une étoffe fatinée d'un blanc cendré
) offre fur le côté extérieur , un deſſin trèsbien
exécuté en marqueterie ou en bois de rapport
de différentes teintes , & fi artiftement travaillé ,
qu'on le prendroit pour l'ouvrage du plus habile
pinceau. C'eft une double guirlande à trois agraffes
; à l'agraffe du milieu pendent deux autres
guirlandes en couronnes & enlacées , auxquelles
eft attaché un trophée compofé des uftenfiles
propres au mineur , un flambeau allumé , un tarrière
, un fleuret , un marteau . L'intérieur de cette
feconde partie, contient les cafes de vingt - un ti
210 MERCURE DE FRANCE.
roirs , en fept rangs , & les carcaffes de ces cafes ,
ainfi que celles du foubaffement , peuvent être
retirées à volonté.
La troifième partie qui fait la corniche , s'emmanche
dans la feconde partie , de même que
celle- ci dans la première. La corniche a des avancemens
par degrés , & offre en fon milieu une
niche en demi - cercle ou fauffe archivolte , fur le
plein- fond de laquelle fe trouvent appliquées les
armes & attributs de S. A. S. Monfeigneur le
Prince de Condé : au - deffus eft un focle orne
d'entielas en bronze.
La quatrième partie eft le couronnement de ce
beau meuble ; ce couronnement qui entre dans
la certiffure du focle , offre dans toute fon étendue
, un trophée minéralogique : c'eſt un affemblage
bien grouppé & compofé de gros morceaux
de mines de cuivre , de plomb , d'argent , de
criftaux de roche , de fpath , de quartz , de grenats
, d'amiante , &c . &c .
L'enſemble de cette fabrique , qui eft trèsrichement
décorée , eft d'une forme très noble &
très - élégante. Son exécution ne peut manquer
de faire honneur aux Artiſtes Suédois. Tous les
bois d'ufage en marqueterie , y trouvent leur
place ; mais le bouleau fatiné qui eft particulier à
la Suéde , eft celui qui fe fait le plus remarquer.
Les tiroirs font en bois de mahagoni , excepté
celui de devant qui eft en bouleau . En un mot ,
l'ordonnance & la manière dont la ferrurerie &
les bronzes font exécutés , dorés & finis , prouvent
qu'à Stockholm les arts du Fondeur , du Do.
reur , du Cifeleur , de l'Ebénifte , du Serrurier ,
&c. font parvenus à un égal degré de perfection .
NOVEMBRE . 1774. 211
Nous donnerons ci - après un extrait fidèle du
fuperbe Catalogue ( 1 ) , qui expoſe avec beaucoup
d'ordre & de clarté , la lite fynoptique des
fections , des genres & des lieux dans les diffé
rentes Provinces du Royaume de Suéde , où les
échantillons minéralogiques ont é é recueillis , &
tels qu'ils font dépofés dans les tiroirs de l'armoire
dont il eft mention ci- deffus .
Section I. Calcarea ( pierres calcaires . ) On y
voit , 1. les pierres à chaux pius ou moins folides.
& brillantes , variées par le tiffu & les couleurs ,
& qui ont été fournies par lesMiniers desProvinces
d'Efte goetland , de Nerike , de Weftergoetland,
de Westmanland , de Wermland , de Sædermanland
& de Jemtland.
2. Viennent enfuite les pierres calcaires fpathiques
, variées de même que les pierres précé-
(1 ) Nota. Ce Catalogue eft du format in -folio,
très- bien écrit , en latin , fur parchemin , doré
fur tranche & relié en beau maroquin , aux Armes
de Suéde , femé en plein de couronnes en or , aux
quatre coins le double G. ou double chiffre de
Guftave ; une riche bordure à la grecque , & portant
au dos cette Infcription : Minera Suecia ,
Collecta . M. DCC. LXXII . s'enfermant dans la tranche
d'un étuit en carton marbré & en forme de
livre , portant au dos , qui eft relié en veau , la
même Inſcription , minera , &c . & ce carton entrant
par le dos d'un fecond étui , auffi en forme
de livre , relié en veau , jafpé de noir , très - habilement
doré , & au milieu le G. ſimple , avec un
3 , qui eft le chiffre fimple de Guftave III .
212 MERCURE DE FRANCE.
1
dentes , les unes mêlées de quartz , d'autres de
pyrites cuivreufes , d'autres formant une veine entre
l'asbefte & la mine de fer ; elles ont été recueillies
dans les Minières des Provinces de Smoland
, de Jemtland , de Dahlarne , de Wermland
& de la grande & fameufe Minière d'argent de
Sahlberg en Weftmanland.
3. Les fpaths calcaires criftallifés & les criftaux
fpathiques brillans , parmi lesquels il s'en
trouve qui rédéchiffent fimplement les objets ,
les autres doublement , & c . Les uns font , ou de
forme pyramidale , ou rhomboïdale , our prifmatiques
triangulaires , ou en hexagones drufes ,
plus ou moins tronquées : d'autres ont une figure
irrégulière ; il s'en trouve de mêlés au bafalte
ftrié , à la pyrite cuivreufe , à la mine de fer calciforme
, au mica , à la galéne ; & ces fpaths fi
variés entr'eux , par la couleur , par le tiffu , par
la configuration , ont été ramaffés dans les Minières
des Provinces de Wermland , de Weftmanland,
d'Eftergoetland , & en Laponie.
49. Les gypfes , dont les uns offrent un plâtre
criftalliſé , mêlé de fpath & de pyrite ; d'autres
font en ftalactite & font plus ou moins mêlés de
bafalte. Il y a auf différentes efpèces de pierres
de porc , de couleur brune ( lapisfuillusfufcus )
dont une offre des empreintes d'infectes . Ces
fubftances ont été trouvées dans les minières des
Provinces de Dahlarne , de Nerike , de Weftergoetland,
de Wermland & en Laponie.
1º.
Section II. Silicea. Elle contient différentes
fortes de pierres fcintillantes. On y trouve ,
Divertes espèces de Quartz , les uns purs & fans
couleur : d'autres font mêlés à de la pyrite on
NOVEMBRE . 1774. 273
cuivreufe , ou aurifére , & font colorés : d'autres
Quartz ont le tiffu ou brillant , ou grenelé : d'autres
offrent de très - beaux criftaux de montagne
plus ou moins tranfparens ; il y a auffi le Quartz
en Drufen , tantôt parfemé de Galéne & tantôt
de Feld-fpath. Ces fortes de pierres out éré détachées
des Minières des Provinces de Smoland ,
de Søedermanland , de Wermland , de Dahlarne
, de Jemtland , de Weftmanland , d'Oeftergoetland
, & de la Laponie.
2º. Les Petro-filex & les Jafpes , de couleur
variée ; il y en a de remplis de Grenats & de
Bafalte. Ils ont été trouvés dans les Minières
métalliques des Provinces de Weftmanland , de
Weftergoetland , de Smoland , de Wermland, &
en Laponie.
Section III. Granatea. On y trouve 1 ° . Une
belle fuite de Grenats ferrugineux, & d'un rouge
plus ou moins foncé : les uns font de figure indéterminée
& mêlés de Quartz , de Bafalte , de
Pyrite ; d'autres font cryftallifés en Dodecaedres
réguliers , tantôt ifolés , tantôt en drufes ; il y
en a dans des gangues de fpath fufible , d'autres
dans la pyrite cuivreufe , d'autres dans le fpath
calcaire. On diftingue dans cette même Section ,
un très -beau fragment de Grenats, gros comme
le poing. Ces pierres précieufes ont été recueillies
dans les Minières des provinces de Smoland ,
de Wermland , de Soedermanland , de Dahlar-
Re, & de Weftmanland.
29. Une fuite plus nombreuſe encore de Ba-`
faltes , de diverfes couleurs & figures , & dans
des gangues très-variées :: en effet , il y en a de
noirs , de figure irrégulière , dans une matrice
214 MERCURE DE FRANCE.
quartzeufe : d'autres font unis ou à de la pyrite,
ou à de la Mine de Fer blanche ; il y en a en
Stries ou paralleles , ou étoilées , dans une matrice
d'Asbefte ; enfin il y a des cryftaux de Bafalte ,
de figure prifmatique , accompagnés de pyrite ,
dans une gangue de pierre ollaire : & ces fortes
de pierres ( Bafaltes ) qui ont occafionné un
grand nombre de difcuffions polémiques , parmi
les Naturaliftes modernes , ont été trouvées dans
les Minières ( la plupart métalliques ) , des provinces
de Wermland , de Soedermanland , de
Westmanland , de Smoland , de Dahlarne &
d'Oeftergoetland.
Section IV . Argillacea . Elle eft composée de
différentes fubftances que les méthodiſtes placent
parmi les argilleufes . On y trouve 1 ° . Les
Stéatites grifes , jaunes , vertes : les unes mêlées
de Fer , d'autres de Galéne , d'autres de pierre
calcaire une eſpèce eft verdâtre , & imite le
tiffu de l'Asbefte. Elles ont été détachées des
Minières métalliques de Persberg en Wermland ,
& de Sahlberg en Westmanland.
2º. Plufieurs fortes de terre martiale , un peu
bolaire , rouges ou grifes : les unes mêlées de
pyrite , d'autres font dans une gangue de pierre
calcaire elles ont été tirées de la même veine
argileufe qui a fourni il y a quelques années , une
grande quantité d'Argent , dans la Minière de
Fer de Brattfors - Grufian , en Wermland . Il y a
auffi des espèces de Bols de coleur noirâtre , les
uns friables , d'autres folites , & qu'ont fourni
les Mines de Smoland , & de Westergotland.
Section V. Mica.ea. Elle offre différentes eſpèces
de Mica. 1 , Les uns font en lames , са
NOVEMBRE. 1774. 215
écailles , ou jaunes , ou blancs , ou noirs , &
ont pour gangue ,
tantôt une ſubſtance granatifére
, ou le fpath calcaire avec la pyrite , ou
l'argile martiale , ou le quartz , ou les Mines de
fer & de cuivre.
2º. D'autres espèces de Mica font en écailles
contournées , folides & mêlées à de la pyrite ,
tantôt cuivreufe & tantôt martiale.
3 °. Enfin il y a du Mica en Drufen , dans une
gangue quartzeufe , mêlée de bafalte. Les Minières
métalliques des provinces de Weftmanland
, de Soedermanland , d'Oeftergoetland , de
Medelpad , de Wermland , de Smoland , & de
Dahlarne , ont fourni ces variétés de Mica.
Section VI. Asbeftina , contient une belle
fuite d'Asbefte & d'Amyante . 1 ° . Les espèces de
Cuirfoffile , dans une gangue calcaire & fpathi- `
que .
2 °. La Chair de montagne , dans la même gangue
que ci- deffus , & quelquefois accompagnée
de pyrite .
3 ° . Le Byffus , mol & flexible ( Amyante ) ,
dans une gangue de ftéatite verte.
4°. Les différentes eſpèces d'Asbefte , plus ou
moins folides , fibreufes ; les unes en couches ,
d'autres en maffes contournées, dans une matrice
fpatheufe , fouvent accompagnée de pyrites.
Toutes ces fubftances fe font formées & ont été
prifes dans les Minières métalliques de Sahlberg
en Weftmanland ; de Persberg & de Taberg en
Wermland , & de Fahlun , en Dahlarne.
Section VII. Zeolites. Elle eft composée de
fix fortes de ce genre de pierres nouvellement
216 MERCURE DE FRANCE.
la connues. Ces Zeolites varient entre elles ,,
par
couleur & le tiffu . Leur gangue eft ou fpathique ,
ou de pyrite de cuivre . Elles ont été découvertes
dans les Minières d'Adelfors , en Smoland
de Guftafs - grufvan , en Jemtland , & à Svappavara
, en Laponie.
Section VIII. Fluores. Elle offre un fingulier
échantillon de fluor verdâtre , de figure irrégu
hère , & mêlé à de la pyrite . On la trouve dans
la Minière de cuivre de Stripas , en Weftmanland.
Section IX. Magnefia. Contient différentes
variétés de manganaife , plus ou moins friables ,
&c. dans une gangue quartzeufe : elles font
forties de la Minière de cuivre de Garpagrufvan,
en Oeftergoetland.
Section X. Salia : offre quelques beaux échantillons
de Vitriol natifs , de Fer , de Cuivre , de
Zinc ; un feul , lequel contient ces trois différen
tes efpèces ; des fchiftes alumineux . Ces fubftances
falines & naturelles , ont été recueillies dans
la Minière de Cuivre de Fahlun , en Dahlarne
& dans la Mine d'Afun d'Andrarum , en Skone.
Section XI. Phlogistica mineralia. Offre 19.
Du Succin blanc- fauve , de Skone , & du Maltha
de Fahlun , en Dahlarne. 2º Une trèsgrande
fuite de pyrites , de Marcaffites , qui
offrent beaucoup de variétés dans ce genre de
faux métaux . Rien de plus varié pour la figure ,
pour la couleur , & par rapport à leur gangue :
il s'y trouve des pyrites fulphureufes , englobées
dans la pyrite martiale , & dans la fauffe galéne ;
d'autres contiennent de Bafalte noir, du Quartz,
du Spath calcaire , de la Galéne , de la pierre
puante; il y en a de chatoyantes , en Drufens ,
en
" NOVEMBRE
. 1774. 217
en cryſtaux séparés , & dont quelques- uns font
hexagones , d'autres poligones , cubiques , &c.
Celles dont on tire le Souffre en grand. 4º . Dans
cette même Section , ſe trouvent auffi des échantillons
de Molybdéne , mêlée de Mines d'Etain
& de Fer , minéralifées par le Souffre . Les Minières
de Fahlun , en Dahlarne ; de Guſtafs -Grufran
, en Jemtland ; de Loos , en Helfingland ;
de Klefva , en Smoland ; de Tunaberg , en Soedermanland
; de Dylta , en Nerike ; de Taberg
& de Persberg, en Wermland ; de Sahlberg , en
Weftmanland ; d'Andiarum & de Bofarp , en
Skone ; de Rifgrufvan , en Smoland ; de Mulltorp
. en Weftergoetland ; & de Kofvo ,
Laponie ; ont fourni tous les échantillons de
cette Section.
en
Section XII. Aurum. Elle annonce les métaux,
& contient treize échantillons d'or & de pyrites
auriféres , tirés de la minière d'Edelfors ,
Smoland.
en
Section XIII. Argentum. Elle eft composée de
vingt- un échantillons d'argent & de mines d'argent
, recueillis dans les minières de Locfas , en
·Dahlarne ; de Sunnerskog , en Smoland ; de
Sahlberg , & de Hellefors , en Weſtmanland ;
d'Aldern , en Jemtland ; & de Nafaffiel , en
Laponie. On y diftingue , 10. l'argent vierge ,
folide & denté , dans une galène de plomb miné
ralifée par le foufre & l'arfenic ; 20. l'argent natif,
fuperficiel , dans une mine de cuivre grife.
avec des grenats & du quartz ; 30. la mine d'ar
gent rouge , dont quelques morceaux ont pour
gangue , tantôt le petro -filex , tantôt le baſalte ,
tantôt la pierre calcaire , &c. 49. la mine d'ar-
K
218 MERCURE DE FRANCE.
gent blanche ; so. les galènes argentifères , les
plus riches en métail fin , & accompagnées de
pyrites rougeâtres , & de gangues pierreufes , des
plus variées.
Section XIV. Plumbum. On y trouve quarante
un échantillons de mines de plomb, qu'ont fourni
les minières de Sahlberg , en weftmanland ; de
Nafaffiell & de Lilla- Hierta , en Laponie ; d'Aldern
, en Jemtland ; de Loefas & de Fahun , en
Dalharne; de Hiftgrufvan , en Wermland; de
Riddafe-Grufvan , d'Hellefors , & c. en Weftmanlund
; d'Uggeftugan , de Tunaberg , de Rahbo ,
&c. en Soedermanland. On y diftingue les galènes
à grands & à petits cubes , & chatoyantes : les
unes mêlées de baſalte criſtallifé en prifmes ou en
ftries , avec du fpath calcaire ; d'autres font mêlées
de fauffe galène , de pyrites de différentes
couleurs , d'afbefte, de pétro - filex , de quartz
criftallifé ; d'autres font luifantes , & mêlées de
fluors ou bleus ou verds,de marcaffite arfénicale,
de mica ; d'autres galènes font en écailles pofées
fur champ , & qui divergent d'un centre commun;
d'autres ont le tiffu d'acier , &c.
Section XV. Cuprum. Elle eft composée de
108 beaux échantillons de mines de cuivre, qu'ont
fourni les minières de Printz - Guſtafs - Grufva de
Fredriesberg , de Sunnerskog , & c, en Smolands
de Lofas & de Fahlun , en Dahlarne ; de Svappavara
, de Naffaffiel , de Sperkuingen , & c. en
Laponie ; de Guftafs - Grufvan , en Jemtland ; de
Cathrinaberg & de Garpa , en Oeftergotland ;
de Liufnedahl , en Herjeadaht ; de Tunaberg , en
Soedermanland ; de Nya Kopparberg , & c. en
Weftmanland. Parmi ces morceaux , on diſtingue,
*
NOVEMBRE. 1774 219
1. le cuivre natif denté , dans une gangue quartzeule
, femée de grenats ; 20. le beau cuivre de
cementation ; 30. le bleu de montagne natif, les
malachites globuleufes , & celles en ftalactite ;
4°. les mines de cuivre grifes de différentes formes
, avec ou fans bafalte ; fo . les mines de
cuivre azurées , avec une gangue quartzeufe , &
parfemée , tantôt de bafalte , & tantôt de grenats
; 60. les mines de cuivre pyriteuſes & folides
, d'un jaune verdâtre , avec une gangue
fouvent graniteufe , ou de petro- filex , ou de bafalte
il y en a à tiffu d'acier , dans une pierre
ollaire ; 70. les mines de cuivre jaune , accompagnées
de noeuds de quartz , de cristaux de
bafalte & de fpath , fouvent de galène & de
mine de Cobalt , quelquefois de pyrite ou fulfareufe
, ou martiale on arfénicale ; 80. les mines
de cuivre , d'un jaune pâle , pyritueufes , brillantes
, mêlées de bafalte ftrié , ou traverféés
de veines de Gypfe , ou femées de mica ,
en écailles de différentes couleurs ; 90. la minc
de cuivre vitreufe , folide , & c.
Section XV . Ferrum. Elle contient centtrente
-deux échantillons de mines de fer , préfentés
par ordre de collection topographique , &
recueillies dans les différentes minières de ce
genre de métal , en Laponie Suédoife" ; dans
celles de Longbans Hyttan , de Normarken , de
Finnberg, de Taberg, de Persberg, d'Agegrufvan,
en Wermland; de Grænfesberg , de Bisberg, en
Dahlarne,de Ryddarhyttan & de Nya Kopparberg
en Weftmanland ; de Liufnedahl , en Herjeadhal;
de Garpagrufvan , en Nerike ; de Fahlun , en
Dahlarne ; de Nykoeping , d'Utoe , &c en Soe-
K ij
220 MERCURE DE FRANCE.
dermanland ; d'Atved , & c. en Oeftergoetland ;
de Lefeboda & de Storbro , en Smoland, Parmi
ces échantillons ferriféres , on diftingue les mines
en roche , de toutes les couleurs & figures ; celles
à tiffu vitreux ou fpéculaire ; les hæmatites
brillantes , bleuâtres , en écailles , ou en Drufen:
celles qui font attractibles & retractibles , englobées
ou traversées de pyrite martiale , &c.
de quartz , de fpath calcaire , de bafalte ftrié ,
d'octe jaune , de grenats ; celles en criftaux ou
octaedres , ou irréguliers ; il y en a auffi de
chatoyantes. On obferve que leur gangue eft ,
ou de petro-filex, ou de jalpe rouge , de pierre
ollaire colorée , de mica. Enfin on y trouve les
mines de fer limoneuſes , celles de lacs & dẹ
marais,
Section XVII. wifmutum. Elle annonce les
demi- métaux , & commence par le Bismuth. Il
y a des mines de Bifmuth , en lames & en
écailles , mêlées de quartz , de balalte noir &
ftrié , de pyrite cuivreufe & de cobalt ; & ces
morceaux ont été tirés des minières de Loos , en
Helsingland.
Section XVIII. Zincum. Elle offre douze
échantillons de mines de Zinc , ramaffés dans
1 : s minières de Tunaberg , en Soedermanland ;
de Fahlun & de Loefas , en Dahlarne; d'Adolphgrufvan
, de Tyskgrufvan & de Sahlberg , en
weftmanland ; de Bioerkskogsnoes , en werme
land; de Fredriesberg , en Smoland ; & de Cathrinæberg
, en Qeftergoetland. On y diftingue
fur tout les fauffes galènes , les unes lamelleufes,
les autres teffulaires & luifantes , mêlées de pysite
cuivreufe , de quartz , de pierre calcaire , de
NOVEMBRE. 1774. 221 .
galène arfénicale , de pierre ollaire , & de baſalte
ftrié .
Section XIX. Antimonium. Elle contient un
bel échantillon de mine d'Antimoine ſtriée , mêlée
de galène & de pierre calcaire. On l'a trouvé
dans la grande minière d'argent de Sahlberg,
en westmanland.
Section XX. Arfenicum. Elle eft compofée de
quelques échantillons de pyrite arfénicale , folide
, chargée de fluors verdâtres . Ces morceaux
ont été pris dans les minières de Loefas , en
Dahlarne; & de Gasborn , en weftmanland.

Section. XXI. Cobalium. On y diftingue douze
beaux échantillons de mines de Cobalt , qu'ont
fourni les minières de Loefafen , en Dahlarnes
de Loos , en Helsingland ; & de Tunaberg , en
Soedermanland. Un morceau très-intéreffant eft
d'ocre de Cobalt , rouge & fuperficiel. Il y en
a qui contiennent- da bifinuth , du bafalte , ou
ftrié , ou en étoiles ; & ont pour gangue le pétrofilex
& le quartz; ainfi que d'autres échantillons
de mines de Cobalt , qui font ou à tiffu d'acier ,
on spéculaires & chatoyans . On obferve que plu--
fieurs de ceux - ci ont leur gangue entremêlée
de pierre calcaire & de pyrite cuivreufe . Enfiu
on y voit la mine de Cobalt , criftallifée en .
Drufen , & des criftaux de Cobalt , de figure
polygons.
Section XXII . Niccolum . Elle offre la mine
de Nickel , mêlée d'ocre de Nickel , martiale
& verdâtre ; elle a été prife dans la minière de
Cobalt , de Loos , en Helsingland.
Section XXIII . Saxa ( petra compofita. ) Elle
K iij
222 MERCURE DE FRANCE .
ذ
de
comprend quarante - un échantillons de pierres
plus ou moins compofées & recueillies dans les
fouilles de Tunaberg & de Windgrufvan , en
Soedermanland ; de Longbanshyttan , de Remsgrufvan
, de Lerviken , &c. en Wermland
Fahlua en Dahlarne , de Sahlberg , & de Nyakopparberg
, en Weftmanland ; d'Edelfors , en
Smoland ; ddee HHaannddooeell ,, en Jemtland ; d'Aſebrogrufvan
, en tergotland ; & de Loos , en Helfingland.
On y voit ; 1. les Ophites , dont plufieurs
contiennent du Bafalte , du Mica , de la
pierre calcaire , de la ftéalite & des grenats.
20. Différentes espèces de Stallften , ( pierres
cryftallifées en étoile ) , mêlées de mica , de
quartz , de bafalte , de pierre calcaire & de pyrite
cuivreufe .
3 ° . Le norka , mêlé de grenats & des autres
fubftances qui accompagnent le Stallften.
4. Les pierres ollaires & féatites , folides
ou molles , de différentes figures & couleurs ,
particulièrement l'efpèce grife , de forme contournée
, & dont on fait des vafes pour l'ufage:
de la cuifine ; celle dont les écartemens font
brillans & remplis de pyrite cuivrcufe.
5o. La pierre appelée Trapp. Voyez minéralogie
de Bomare , vol. premier , pag. 222 , 227
& 229, édition de 1774 ..
69. La pierre furnommée Cos. Voyez minéralagie.
, ibid.
7. Une pierre amygdaloide , compofée de.
fragmens de quartz à figure elliptique , & difpofés
en étoile..
Section XXIV, Appendix. Ce fupplément
offre de très beaux morceaux ; 1º . de pyrite
·
1
NOVEMBRE . 1774. 223
cuivreuſe , mêlée de fauffe galène d'an tiſſu tel-
Lulaire, de pyrites en drufen avec fpath calcaire &
dans une mine de fer.
2º . D'un jalpe fort dur , rouge & brun , mêlé
d'hæmatite bleuâtre .
3º. D'un bafalte en drufen , dans une veine
de mica , avec grenats.
4°. Des grenats grouppés tumultuairement ;
une pierre poudingue , compofée de grenats , de
pyrites , de charbons , & recueillie en 1770 ,
dans la minière de Fahlun , précisément dans
l'endroit qui fut culbuté & encombré , quelques
années auparavant
.
I
EDITS , DÉCLARATIONS ,
ARRÊTS , & c.
I.
paroît trois Arrêts du Confeil d'Etat du Roi :
Par le premier , daté du 19 Juillet dernier , S. M.
ordonne la continuation , pendant les fix années ,
du bail de Laurent, David , des Abonnemens faits
avec différentesProvinces & Généralités duRoyaume
, tant du principal que des fous pour livre des
droits de Courtiers-Jaugeurs & Infpecteurs aux
boiffons & aux boucheries . Par le fecond , en date
du 16 Août fuivant , il eft ordonné que tous les
particuliers , gens du commun , demeurant dans
les villes & lieux où les aides ont cours , feront
fujets aux droits de détail , comme les Cabaretiers,
fur les vins & autres boifions qu'ils confomme
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
tre
ront au- delà de ce qui eft néceffaire pour leur
provifion , eu égard à leur état, condition, famille,
& impofition à la taille & à la capitation , & la
connoiffance des conteftations qui pourront naîà
ce fujet eft attribué aux Intendans . Le troifième
, daté du 21 du même mois , ordonne que ,
conformément au réfultat du Confeil du 2 Jan
vier dernier , & aux Lettres - Patentes expédiées en
conféquence le 1 ; Mars fuivant , Laurent David,
nouvel Adjudicataire des Fermes Générales , fera
mis en poffeffion de la régie pour le compte du
Roi , de différens droits & fous pour livre.
I I.
Il paroît trois Déclarations du Roi . Par la première
, du 19 Août dernier , Sa Majeſté ordonne
la continuation de la perception de trente fols par
muid de vin entrant dans cette ville & dans fes
fauxbourgs , pendant fix années , à commencer
du premier Octobre 1774 , en faveur de l'Hôtel-
Dieu & de l'Hôpital Général . La feconde , datée
du même jour , ordonne la continuation de la
perception de dix fols d'augmentation fur chaque
muid de vin , entrant dans cette Ville & dans fes
Fauxbourgs , pendant fix années , à compter éga
lement du premier Octobre 1774 , en faveur de
l'Hôpital - Général . La troifième , auffi datée du
19 Août , porte prorogation de la perception du
vingtième , aux entrées de Paris , à compter du
premier Janvier 1775 , au profit de l'Hôpital-
Général & de celui des Enfans -Trouvés.
NOVEMBRE. 1774. 225
AVIS.
I.
HISTOIRE NATURELLE.
DANS le deffein d'avancer la fcience de l'Hitoire
Naturelle & de la répandre , M. Buch'oz a
recueilli , foit par des cortefpondances étrangères
, foit des riches Cabinets que nous avons en
France , une fuite des merveilles de la nature &
de les productions dans les trois règnes . On publiera
inceffamment des cahiers , compofés chacun
de dix planches enluminées , enſemble non
enluminées , des animaux les plus rares & même
inconnus , ainfi que des plantes , dont beaucoup
de la Chine , & qui n'ont pas encore été gravées ,
de même que des minéraux choifis , avec leurs
fignes diftinctifs , leurs différences & leurs variétés
remarquables. Le règne minéral n'a pas encore
été repréſenté avec les caractères & les nuances
qui les font diftinguer. On pourra le faire inferire
à Paris chez Lacombe , Libraire , rue Chriſtine.
Il y a déjà beaucoup de fuites prêses. On annoncera
le temps où elles commenceront à pou
voir être publiées fans interruption ni retard.
I I.
Madame Meunier a fuccédé à Mademoiſelle
Beaudouin dans l'art de conferver & d'arranger
les Oifeaux , les Quadrupèdes , les Poiffons , les
Infectes & généralement tout ce qui concerne
Kv
216 MERCURE DE FRANCE.
l'Hiftoire Naturelle . Elle pratique avec fuccès
& au gré des Amateurs , le fecret de préferver .
ces Animaux de la piquure des infectes , de la
deftruction des mites , & fur-tour du fcarabé
rongeur. Sa demeure eft chez le Marchand de
Vin , à l'Image S. François , rue Paftourelle ,
au Marais. Elle fait des envois en Province ; &
prie que les Lettres qui lui feront adrellées
foient affranchies.
I I I.
LETTRE de M. F. D. M. à G. à M.
Martin , Apothicaire , rue Croix des
Petits Champs , vis - à - vis celle du Bou-
Loir.
J'ai employé , Monfieur , les dix livres de
Chocolat Aphrodisiaque que vous avez pris la
peine de m'envoyer ; je vous en demande encore
autant , ce qui vous prouve affez combien mes
malades ont été contens de cette préparation .
anti- vénérienne : mais ce feroit peu , fi je n'a- ,
joutois que , loin d'avoir les délagrémens d'un
remède , il jouit de toutes les qualitès d'un ali- .
ment agréable & falutaire . Combien les peronnes
qui répugnent aux remédes , ne doiventelles
pas à M. le Febvre de S. Ildephont , qui a
trouvé l'idée de cette manipulation ? Un Auteur
mal intentionné fans doute , avoit inféré dans
une Feuille , que ce Médecin, s'étoit retiré en
Province : mais à l'inftant j'apprends de lui avec
plaifir qu'il habite encore la Capitale ; quoiqu'il
foit vrai qu'il doive exercer la Médecine à Verfailles
, cette dernière Ville , demeure de nos
NOVEMBRE. 1774. 227
Rois , ne me paroit point devoir être diftinguée
de Paris , & être mife au rang des petites Villes . ,
Au furplus , je crois que ce Médecin , avec les
heureufes difpofitions qu'on lui connoit , auroit
tort de s'enfevelir dans la Province.
I V.
Le feur Defnos , Ingénieur Géographe du Roi
de Dannemarck , au Globe , rue S. Jacques ,
annonce qu'il vient de mettre en vente pour
l'année 1775 , la plus jolie Collection d'Almanachs
, Bijoux d'Etrennes , & les plus rares que
l'on puiffe defirer comme le nombre en eft
grand , il n'en défignera qu'une certaine quantité
de ceux qui font les plus intéreffans , avec
leur prix . L'Almanach Géographique , ou petit
Atlas Elémentaire , formant actuellement 5 vol.
40 liv. Idem. en un feul volume , compofé de
32 Cartes générales , 12 liv . autre petit Atlas des
quarante Gouvernemens Généraux Militaires de
la France en autant de Cartes particulières avec
les routes , 9 liv . L'indicateur fidèle qui enfeigne
généralement toutes les routes de la France ,
utile aux Commerçans & aux Voyageurs , 7 liv.
4 f. L'état actuel de la France , confidérée dans
ce qu'elle offre de plus curieux & de plus intéreffant
, 4 liv . 10 f. Les fouvenirs d'un voyageur
avec un Itinéraire inſtructif , 4 liv. 10 f. Les
Parlemens & Confeils Supérieurs , 4 livres
io f. L'idée de la Géographie & de l'Hiftoire
moderne , 6 liv. Le parfait modèle , repréfentant
plufieurs beaux traits d'Henri IV, avec fon vrai
portrait , 6 liv . L'iconologie hiftorique & généalogique
des Rois de France , 9 liv. Les délces
de Cérès , de Pomone & de Flore , ou la Cam-
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
"
4.
pagne utile & agréable , ornée de douze eftampes
relatives aux amufemens de chaque mois de
T'année , 4 liv. 10 f. Anecdotes de Louis le Bien-
Aimé , orné de fon portrait , 4 liv . 10 f. Les
quatre Saifons & les quatre heures du jour, avec
le portrait de la Reine , 4 liv. 10 f. Les Etrennes
des Saifons , avec poëme fur les Saifons dédiées à
la Reine , enrichies de fon portrait , 41. 10 f. Le .
Etrennes de l'Amour & celles du fentiment , 1.
10 f. Le Sécretaire des Dames, 4 1. 10 f. Le Secréraire
des Meffieurs , 4 liv. 10 f. Le Néceffaire
aux Militaires , Négocians , Gens d'Affaires &
Voyageurs , 4 liv. 10 f. Petit Recueil des Pièces
Fugitives de M. de Voltaire , 4 liv . 10 ſ. Le petit
Rameau ou Principes courts & faciles pour
apprendre foi-même la mufique , orné du portrait
de l'Auteur , 4 liv . 1o f. Le Courtifan fans
art , où les Complimens fans fard , fig. 4 liv.
10 f. La combinaiſon de la Lotterie de l'Ecole
Royale Militaire , ou Almanach des trois fortunes
, z liv. 10 f. L'onirofcopie , ou application
des fonges aux numéros de la Lotterie de l'Ecole
Royale Militaire , fig. z liv. 10 f. Le mémorial
des gens d'efprit , 4 liv. 1 f. Le Prophète véridique
& curieux , à l'ufage des Dames , 4 liv.
10 f. Tablettes Géographiques, contenant les
quatre Parties du monde , 4 liv . 10 f. Etrennes
Parifiennes utiles aux Etrangers , 4 liv . 10 f. Les
Etrennes de Minerve aux Artiftes , Encyclopédie
Economique , ou l'Alexis moderne , contenant
huit cent différens fecrets fur l'Agriculture , les
Arts & Métiers, extrait de plus de mille Auteurs,
& des meilleures recettes , en 4 vol . in- 24 . reliés
en veau , f liv. Le Calendrier perpétuel avec
l'explication des fonges , & une Inftruction raifonnée
pour faire foi- même le calcul de chaque
NOVEMBRE. 1774. 229
année , 4 liv . 10 f. Toutes ces Etrennes réuniffent
le néceffaire & l'agréable , elles méritent
encore l'accueil le plus favorable à caufe des
Tablettes qui y font jointes , fi l'on veut avec
perte & gain , & d'un papier économique de la
compofition du fieur Defnos , qui réunit tous les
avantages de celui de Hollande , qui peut être
employé à toutes fortes d'ufages pour écrire &
deffiner au moyen d'un ftylet minéral fans fin ,
imitant l'argent , & enjolivé de différentes fa
çons , adapté à ces Tablettes , qui tient lieu de
plume , d'encre & de crayon , & qui fert longtemps
fans qu'on foit obligé d'en tailler la
pointe. Le fieur Defnos qui n'a d'autre but que
la fatisfaction du Public , a décoré fes Almanachs
de relieures les plus élégantes , toutes
font en maroquin , avec fermeture , de manière
à ne point s'ouvrir dans la poche.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Conftantinople , le 17 Septembre 1774.
Le Gouvernement paroît s'occuper férieufement
de l'exécution du Fraité de paix : on affure déjà
que la Valachie fera évacuée au plus tard dans
quinze jours , & que le Grand- Seigneur en nommera
le Prince .
De Pétersbourg, le 13 Septembre 1774.
L'Impératrice a déclaré à fon Confeil qu'Elle
avoit réfolu de fe rendre , avec toute la Cour , à
Moſcow , pour y paffer une partie de l'hiver , &
230 MERCURE DE FRANCE .
y célébrer , par des fêtes , la conclufion de la paix.
En conféquence , le Comte Panin , fon premier
Miniftre , a invité , de la part de S. M. les Miniftres
étrangers à y accompagner la Cour.
Des Frontières de la Pruffe , le 26 Septembre
1774.
Les différens qui fubfiftent entre le Roi & la
ville de Dantzick , font toujours au même point
d'indéciſion . On dit que la Cour de Pétersbourg a
chargé le Grand Général Branicki , de déclarer à
la Republique de Pologne , qu'Elle s'en tenoit
ftrictement à la lettre du Traité de partage ; &
l'on espère que l'extenfion donnée par les deux
autres Cours à leurs lots respectifs , n'aura pas de
Suite.
De Warfovie, le 21 Septembre 1774.
L'impératrice a fait préfent au Roi d'une fom
me de 250,00c roubles , pour le dédommager
des pertes qu'il a fouffertes dans fes domaines.
par le partage des trois Puiflances . S. M. en a témoigné
fa reconnoiffance à l'Impératrice , en gratifiant
de 10,000 roubles le Baron de Stackelberg.
Le Grand Général a rapporté de Pétersbourg
le plan d'une conftitution militaire qui le rendroit
indépendant du Confeil permanent . Il demande
une armée de trente mille hommes , & en confé,
quence une augmentation de trente - trois millions
dans le revenu de la République. On ne fait point
encore fi ce plan fera adopté ou rejeté .
De la Haye , le 7 Octobre 1774.
Dès la fin du mois d'Août dernier on a commencé
, près de certe ville , les épreuves des moulins
à cau de l'invention du ficur A. G. Eckhardt ,
NOVEMBRE. 1774. 231
qui , en 1771 , obtint des Etats un octroi exclufif,
avec une prime de dix mille ducatons d'argent.
Ces épreuves fe feront conjointement avec celles
des moulins ordinaires ; & on en étendra la durée :
à trois mois , afin de pouvoir calculer exactement
la différence que les procédés de l'inventeur apportent
dans leur conſtruction . Le même particulier
a fait exécuter une berline qui , au lieu d'être
montée fur des reflorts , fe trouve fuspendue deffous
, comme un luftre. On prétend qu'il en résulte
plufieurs avantages , principalement celui d'un
tranfport plus doux & plus commode .
De Londres, lepremier Octobre 17746
Il s'eft tenu hier à St James un Conleil dans le
quel le Roi a figné une proclamation pour difloudre
le Parlement actuel . Il a été donné ordre en
même temps de faire de nouvelles lettres circulaires
pour l'élection des Membres qui compoferont
le nouveau Parlement , lequel doit s'aflembler lev
29 Novembre prochain ..
Il ne fera plus envoyé , dit- on , de troupes
d'Irlande en Amérique ; & toutes celles qui y paf
feront feront tirées de la Grande - Bretagne. On
croit ce règlement occafionné par la défertion des
régimens de l'établiffement d'Irlande , aux ordres
du Général Gage .
Le 8 , le Confeil des Aldermans a déclaré que le
fieur Wilkes avoit réuni en fa faveur les fuffrages .
du Corps des Echevins , pour la place de Lord-
Maite de cette ville ; & , comme on ne prévoir
pas d'oppofition à cette élection , il entrera le
mois prochain , felon l'ufage , dans l'exercice des
fonctions de fa nouvelle dignité .
La proclamation du Roi pour diffoudre le Parlement
& en convoquer un autre , porte que S. M.
232 MERCURE DE FRANCE.
fur l'avis de fon Confeil Privé , a jugé à propos de
diffoudre le Parlement actuel , qui avoit été prorogé
au 15 Novembre prochain ; qu'Elle publie
à cet effet fa proclamation Royale , diflout ledit
Parlement, & difpenfe les Lords fpirituels & temporels
, les Chevaliers , Citoyens , Bourgeois , &
les Commiflaires des Comtés & Bourgs de la
Chambre des Communes , de s'aflembler le 15
Novembre ; que , defirant en meme temps convoquer
fon peuple le plutôt que faire fe pourra, &
avoir fon avis en Parlement , Elle fait favoir à
tous fes fidèles fujets fon plaifir & la volonté.
Royale d'aflembler un nouveau Parlement le 29
du même mois; & déclare en outre que , par l'avis
de fon Confeil privé , Elle a donné ordre à fon
Chancelier de la Grande- Bretagne d'expédier les
lettres néceflaires pour cette convocation ,

La fermentation , dans les Colonies , paroît
augmenter à un point très -inquiétant. Les divers
Comtés de la Nouvelle Angleterre montrent
la ferme réfolution de n'obéir qu'aux
actes paffés dans leurs affemblées , ou reconnus
par elles ; & ils ont déclaré qu'ils regar
deroient comme ennemi de la Patrie , quicon- :
que procéderoit à aucun acte , ou occuperoit
aucun office , en vertu des dernières loix du Parlement
de la Grande Bretagne.
On écrit auffi . que les Boftoniens ont reçu
des autres Colonies , pour plus de vingt mille
livres fterl. de contributions ; & qu'ils ont ordonné
des travaux publics , afin d'occuper les
plus indigens d'entr'eux. Ces nouvelles ajoutent ,
que les troupes aux ordres du Général Gage ,
font campées dans une plaine , par laquelle
la Ville de Boſton eftféparée d'une langue de
NOVEMBRE. 1774. 233
térre qui termine la péninfule du côté de la
mer.
De Rome , le 28 Septembre 1774 .
Le Cardinal Rezzonico , Camerlingue , du
Saint Siége , fe rendit le 22 après -midi , dans
l'appartement du Pape ; & , après les forma
lités d'ufage , il fit annoncer au Public la mort
du Saint Père , par la grande cloche du Capitole,
à laquelle toutes celles de la Ville répon
dirent en même temps . Le foir , on transféra
au Château Saint- Ange , faivant l'ufage , tous
les gens détenus dans les différentes prifons de
Rome.
Le lendemain , on fit , en préſence des Of
ficiers de la Chambre & de plufieurs Médecins ,
l'ouverture du corps ; & , après l'avoir embaumé ,
on l'expofa , vêtu des habits pontificaux , fur un
lit de parade , où il refta deux jours ; après quoi
il fut tranfporté au Vatican , en petit cortège ,
fuivant la coutume , & dépofé dans la Chapelle
Sixtine .
Malgré l'embaumnement , la putréfaction ayant
obligé d'encaifler le corps dès le foir même qu'il
fut porté au Vatican , on le defcendit le Dimanche
matin , dans l'Eglife de S. Pierre , & on le
plaça fur une eftrade , dans la Chapelle du S. Sacrement.
Le cercueil étoit couvert d'un grand
tapis de velours rouge , fond d'or , & furmonté
de deux carreaux de la mème étoffe , où l'on
avoit placé la Tiare. Un grand nombre de cierges
brûloient aux deux côtés de l'eftrade . Hier au
foir , on fit l'inhumation avec les cérémonies ordinaires.
Les Cardinaux , créatures du feu Pape,
y affistèrent.
234
MERCURE DE FRANCE.
Les obféques de Clément XIV ont été faites
fuivant l'ufage , dans la Chapelle du Chapitre de
S. Pierre le Sacré Collège & toute la Prélature
y ont affifté. Elles ont duré neuf jours : pendant
les trois derniers , l'Abfoute a été faite par cinq
Cardinaux , autour d'un immenfe & magnifique,
catafalque , élevé dans le milieu de l'Eglife de
Saint Pierre. Le Prélat Buonamici , l'un des Secrétaires
du feu Pape , prononça hier , avant la
dernière Abfoute , l'Oraifon Funèbre. Depuis les
obféques , le Sacré Collège s'eft affemblé en congrégation
tous les matins , dans la Sacriftie de
S. Pierre , à l'effet de délibérer fur les objets rei
latifs à la vacance du Saint Siége , & fur tout ce
qui concerne le Conclave. Ce matin les Cardinaux
ont affifté à la Meffe du Saint Efprit , & au
Difcours que le Prélat Stay , Secrétaire des Brefs
aux Princes , a prononcé fur l'élection du Souverain
Pontife ; & enfuite , précédés d'un Choeur
de Muficiens , chantant le Veni Creator , ils fe
font rendus proceffionnellement au Conclave ,
où ils recevront ce foir , à la porte de leurs cel ·
lules , les vifites de la Nobleffe Romaine , & des
perfonnes les plus diftinguées. Les portes du Conclave
feront fermées à dix heures , & on ne les
ouvrira que pour les Cardinaux qu'on attend du
dehors.
De Venife , le 23 Septembre 1774-
La Confulte extraordinaire , nommée par le
Grand Confeil pour difcuter les plans de réforme ,
en a propofé un que ce Tribunal a confirmé . Suivant
ce plan , il fera fait choix de cinq Correcteurs
, qui examineront , fi les Confeils , Collé➡
ge & autres Magiftratures , fe font renfermés
dans les bornes qui ont été miles à leur autorité
par les Loix primitives de leur création ; fi le 1
NOVEMBRE. 1774. 235
nombre des emplois eft en raifon du nombre des
Nobles , & s'ils peuvent être multipliés ; fi les
revenus qui y font attachés , fuffifent , & de
combien , dans le cas contraire , ils pourroient
être augmentés; fi les finances font en bon or-.
dre , & les befoins de l'Etat peuvent fupporter
une diminution d'impôts ; fi les Employés dans
les différens Départemens du Ministère , & les
Officiers fubalternes de Judicature , n'excèdent
pas le nombre déterminé par les Loix ; s'ils peuvent
être réduits , & fi leur traitement ne paffe
pas celui qui leur eft accordé par le tarif du
Confeil?
NOMINATIONS.
MONSIEUR , vient de créer une place de Médecin
confultant , attaché à fa Perfonne ; & ily
a nommé le Sieur Portal , Profeffeur de Médecine
au Collège Royal , & de l'Académie Royale
des Sciences .
Le 27 Octobre , le Comte de Montmorin , que
le Roi à nommé fon Miniftre Plénipotentiaire à
la Cour Electorale de Trèves , a eu l'honneur de
faire fes remercimens à Sa Majesté.
Le Comte de Grais a eu auffi l'honneur d'être
préfenté & de faire fes remercîmens au Roi , en
qualité de Miniftre Plénipotentiaire de Sa Majefté
, à Caffel .
PRESENTATIONS.
Le Comte de la Porte a eu l'honneur d'être :
préfenté , le 22 Octobre , à Leurs Majeſtés & à la
Famille Royale.
Le 23 , La Comtefe de la Porte a eu l'honneur
d'être préfentée au Roi & à la Reine , ainfi
236 MERCURE DE FRANCE.
qu'à la Famille Royale , par la Comteffe de Montchenu.
NAISSANCES..
La femme du nommé Chorelle, Infpecteur des
Parquêts de la Capitainerie de Fontainebleau, eft
accouchée , le 12 Octobre , de trois filles , dont
deux qu'elle nourrit , fe porte très - bien . La troifième
qui a conftamment refufé la mammelle ,
& qui acceptoit des alimens folides , n'a vécu que
dix jours .
MORTS.
Louis Marquis de Mailly , Comte de Rubempré
. Chef du nom & des armes de la Maiſon de
Mailly , Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
eft mort à Paris le 7 Octobre , âgé de cinquantedeux
ans .
Louis -Jérôme Hofdier de la Varenne , Briga
dier des Armées du Roi , Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis , & ancien Capitaine
au Régiment des Gardes -Françoiſes , eft
mort à Paris le 9 d'Octobre , dans fa quatrevingt-
deuxième année .
N. de Saint-Geyrac , Vicaire Général & Archidiacre
de l'Evêché de Périgueux , Abbé Commendataire
de l'Abbaye Royale de Saint Cybard,
Ordre de Saint Benoît , Diocèle d'Angoulême ,
eft mort le 17 de Septembre , à Périgueux , dans
fa foixante-quinzième année .
Antoine de Feriol , Comte de Pontlevel , eft
mort à Paris le 3 Septembre , âgé de près de
77 ans : on connoiffoit fon goût pour les lettres
qu'il avoit cultivées lui-même avec diftinction . Il
a même donné au théâtre François deux Comédies
, qui ont été jouées avec fuccès , & qui
fe repréfentent fouvent : favoir , le Complaifant
NOVEMBRE. 1774. 237
& le Fat puni. Il a laiffé une bibliothèque trèsnombreufe
& très bien choisie , où l'on trouvera
fur- tout la collection la plus complette , la plus
plus rare ; & l'on peut dire unique des théâtres,
depuis leur origine en France; ce qui comprend
les Mystères , les Moralités , les Sottifes , qui ont
précédé Jodel ; enfuite les pièces de Jodel , &
celles imprimées jufqu'au théâtre de Hardi ;
celles qui ont été publiées entre Hardi & Corneille
, & depuis Corneille jufqu'à nos jours ;
-plufieurs de la Comédie Italienne , & beaucoup
de pièces manufcrites .
Meffire Jofeph d'Ortés , Chevalier de l'Ordre
de Saint Louis , ancien Capitaine au Régiment
d'Auvergne , eft mort en Embis , près de Bordeaux
, âgé de 56 ans.
N. de Menou , ancien Vicaire Général , & Archidiacre
de la Rochelle , Abbé Commendataire
de l'Abbaye Royale de l'Ifle Chauvet , Ordre de
Saint Benoît , Diocèſe de Luçon , eft mort à Paris
le 11 Octobre , dans la foixante - feixième année
de fon âge.
Marie - Adrienne de Glime de Brabant , Chanoineffe
du Chapitre de Mouftier - fur - Sembre ,
veuve du Comte de Mallier de Chaffonville , ancien
Colonel d'un Régiment de Dragons de fon
nom , Lieutenant - Général des Armées du Roi, &
premier Gentilhomme de l'Electeur de Cologne,
eft morte à Vannes le 8 d'Octobre , dans la qua
tre-vingtième année de fon âge.
LOTERIE S.
Le cent foixante - fixième tirage de la Loterie
de l'Hôtel - de - Ville s'eft fait , le 25 du mois
d'Octobre , en la manière accoutumée . Le lot de
238 MERCURE DE FRANCE.
"
cinquante mille liv . eft échu au No. 65462. Celui
de vingt mille livres au N°. 64266 , & les deux
de dix mille , aux numéros 61693 & 63473 .
PIECES
TABLE.
FUGITIVES en vers & en proſe , pages
Le tribut du ſentiment.
La Femme en travail , fable.
ibid
10
12 Dialogue entre l'Efprit & la Vérité , à Julie ,
La Préfomption , anecdote tirée de l'Hiftoire . 14
Tableau de la Coquetterie , Chanfon . 31
32
52
Le Confeil de Famille , proverbe en un acte.
A Mlle de B*** , fur fa réputation littéraire.
A Mile *** qui étoit attaquée du ver folitaire. 53
A M. de la Harpe.
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
54
55
ibid.
56
Les Caprices , Romance de M. de St - Lambert. 61
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
64
Cours complet de Mathématiques , parM.Sauri. ib.
Eloge de Marc-Antoine Muret.
Dialogue entre Lulli , Rameau & Orphée.
Le Jeu de Creffendo ou le Piémontois.
Oraifon funèbre de Louis XV , par Meffire
Mathias Poncet de la Riviere.
par M. la Cour.
Par M. de Richery.
Le fecret des Suttons dévoilé .
Avis aux mères au fujet de l'inoculation.
Candidatus Rhetorices.
Le Jardin des Racines grecques.
Odes facrées .
Fables d'Efope.
68
74
77
78
80
83
84
-85
86
87
88
ibid.
L'utilité temporelle de la Religion chrétienne.ibid.
NOVEMBRE. 1774. 239
Les enfans élevés felon l'ordre de la Nature
La Jérufalem délivrée .
Le courage dans les peines de l'efprit.
Bibliographie Parifienne.
Avis au Peuple fur l'impôt forcé fur tous les
bleds
Livre utile aux Négocians de l'Europe .
Lettre à M. le Marquis de *** .
Inftitutions militaires , ou traité élémentaire
de Tactique.
La faufle peur.
Plan d'impofition économique.
Mémoires & obfervations fur la perfectibilité
de l'homme.
Journal de Pierre le Grand.
90
96
109
112
ibid.
113
114
116
123
125
130
141
Journal biftorique & politique de Genève. 148
Recueil des oeuvres phyfiques & médicinales . 149
Traité de morale ou devoirs de l'homme
envers Dieu , & c.
OEuvres de M. le Chancelier d'Ague fleau.
Avertiffement fur la foulcription du Journal
des caufes célèbres , pour l'année 1775.
Difcours prononcé par M. Greflet.
Nouvelles & anecdotes hiftoriques par M.
d'Uffieux.
150
·ISI
156
158
159
Defcription hiftorique de la tenue du Conclave.160
Recueil des édits , déclarations , lettres patentes
, &c.
Mémoires critiques & hiftoriques fur plufieurspoints
d'antiquités militaires.
ibid.
161
Tableau des Princeffes de la Maiſon de France . 162
ACADÉMIE de Montauban.
- De Befançon ,
SPECTACLES , Opéra ,
Comédie Françoife,
Comédie Italienne , début.
Réponse du Traducteur de la Diffimulation
163
165
169
ibid.
175
240 MERCURE DE FRANCE:
punie , à la lettre anonyme inférée dans le
n°. 26 de l'Année Littéraire .
176
Lettre du père du petit Bonhomme , auteur
du Roué vertueux , à fon fils . 180
Hiftoire Naturelle , 182
Cofmographie. 183
ARTS , Peinture.
184
Gravures.
185
Mufique. 189
Lettre de M. Bollioud à M. Challe. 190
Cours de Belles- Lettres .
A l'Auteur de l'Année Littéraire .
Defcription du Catafalque érigé dans la Chapelle
de l'Ecole Royale Militaire.
Lettre de M. de la Martiniere à M. Lacombe. 203
Anecdotes.
Impromptu fait par Mlle de P *** .
192
196
200
204
207
Notice d'une collection minérale . 208
Edits , Déclarations , & c. 223
AVIS ,
225
Nouvelles politiques ,
229
Nominations , Préſentations , 235
Naiflances , Morts , 236
Loteries ,
237
APPROBATION.
' AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux
le volume du Mercure du mois de Novembre
1774 , & je n'y ai rien trouvé qui m'ait paru de
voir en empêcher l'impreffion.
A Paris , le 31 Octobre
1774.
LOUVEL.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe
J
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
DECEMBRE , 1774.
DE
LA
VILLE
BATE
Mobilitate viget.
VIRGILE.
LYON
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Beugnet
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PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire ' , Rue
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Avec Approbation & Privilége du Roi,
AVERTISSEMENT.
que ,
C'E'ESSTT au Sieur LACOMBE libraire , à Paris , rue
Chriftine , que l'on prie d'adrefler , francs de port,
les paquets & lettres , ainfi que les livres , les eltampes
, les piéces de vers ou de profe , la mufiles
annonces , avis , obſervations , anecdotes
, événemens finguliers , remarques fur les
fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peut inftruire ou amufer le
Lecteur. On prie auffi de marquer le prix des livres
, eftampes & pièces de mufique .
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
des amateurs des lettres & de ceux qui les
cultivent , ils font invités à concourir à ſa perfection
; on recevra avec reconnoillance ce qu'ils
enverront au Libraire ; on les nommera quand
ils voudront bien le permettre , & leurs travaux
utiles au Journal , deviendront mêine un titre de
préférence pour obtenir des récompenfes fur le
produit du Mercure.
L'abonnement du Mercure à Paris eft de 24 liv.
que l'on paiera d'avance pour feize volumes rendus
francs de port.
L'abonnement pour la province eft de 32 livres
pareillement pour
feize volumes rendus francs de
port par la pofte.
On s'abonne en tout temps.
Le prix de chaque volume eft de 36 fols pour
ceux qui n'ont pas foufcrit, au lieu de 30 fols pour
ceux qui font abonnés.
On fupplie Meffieurs les Abonnés d'envoyer
d'avance le prix de leur abonnement franc de port
par la pofte , ou autrement , au Sieur LACOMBE,
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On trouve auffi chez le même Libraire
les Journaux fuivans.
JOURNAL DES SCAVANS , in-4 ou in-12 , 14 vol. par an à Paris.
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JOURNAL DES CAUSES CÉLÈBRES , 8 vol . in 12.

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JOURNAL ENCYCLOPÉDIQUE , 24 vol 33 liv . 12 f
JOURNAL hiftorique & politique de Genève ,
36 cahiers par an , 18 liv .
LA NATURE CONSIDÉRÉE fous les différens afpects
, 52
feuilles par an à Paris & en Province
,
12 liv.
LE SPECTATEUR FRANÇOIS , IS cahie s par an
JOURNAL DES DAMES , 12 cahiers par an ,
à Paris ,
En Province ,
de port , à Paris ,
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En Province ,
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Bibliothèque grammat. 1 vol in- 8 ° . br.
Lettres nouvelles de Mde de Sévigné, in- 12 . br . 2 l .
Les Mêmes in- 12 . petit format ,
Poëme fur l'Inoculation , in - 8 ° . br.
1 l. 16 f.
31.
IIIe liv. en versfr. des Odes d'Horace , in - 12 . 2 l.
Eloge de la Fontaine , par M. de la Harpe
in 8°. broché , 11.46
sl. Journal de Pierre le Grand , in - 8°. br.
Inftitutions militaires , ou Traité élémentaire
de Tactique , 3 vol . in- 8°. br. 91.
Eloge de Racine avec des notes , par M. de
la Harpe , in- 8 ° . br .
Fables orientales , par M. Bret , vol . in-
11. 10 L
8º. broché , 3 liv.
La Henriade de M. de Voltaire , en vers latins
&françois , 1772 , in-8°. br. 2 1. 10f
Traité du Rakitis , ou l'art de redreffer les
enfans contrefaits , in- 8 ° . br . avec fig. 41.
Les Mufes Grecques , in - 8 ° . br.
11. 16 .
Les Pythiques de Pindare , in- 8° . br. 5 liv
Monumens érigés en France à la gloire de
Louis XV , &c, in- fol. avec planches ,
rel . en carton , 241.
Mémoires fur les objets les plus importans de
l'Architecture, in- 4°. avec figures, rel. en
carton ,
'Les Caractères modernes , 2 vol. br.
12 1.
34.
MERCURE
DE FRANCE.
DÉCEMBRE , 1774.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉG LOGUE.
LISE , DAMON.
LISE.
LAISSEZ - MOI mes moutons & mon Berger vo
lage.
Je vous le dis ingénuments
J'aime mieux fon fimple langage
Que votre difcours éloquent.
A iij
*6 MERCURE DE FRANCE .
Vous êtes grand Seigneur ; je crois que c'eft dom
mage ;
Peut être dans un autre rang
Auriez- vous pu me plaire davantage.
La Nature voulut vous faire intéreſlant ,
&
Vous avez détruit fon ouvrage.
DAMON.
Mais , ma petite , aflurément
"Vous me dites- là des injures .
Vous avez l'air un peu méchant .
Pourquoi des parol、s fi dures ,
Quand on vous parle ſentiment ?
Vous croyez donc par l'épigramme
? Affoiblir mon amour pour vous !
Vous connoifaz fort mal mon ame ;
Et moins vos propos feront doux ,
Plus vous irriterez ma flamme.
LIS E.
Vous êtes donc un homme à fuir ! ...
Menacez hardiment des Beautés de la ville ;
Leur habitude eft de fléchir ;
Et le danger leur fait plaifir;
Mais contre nous l'audace eft inutile ;
Nous avons du
courage & nous favons rougir,
DAMON.
Ces qualités paroiflent admirables ;
DÉCEMBRE . 1774. 7
C'est l'éclat d'un faux diamant ;
Il eft des dangers agréables ,
Et des indifcrets très- aimables ;
La raiſon ne vaut pas un tendre égarement.
Mais , au furplus vous aimez un volage :
Qu'efpérez - vous de cet attachement ?
Confultez l'esprit le plus fage ,
Il vous dira certainement
Qu'une erreur fans plaifir eft un trifte partage ;
Et qu'un premier venu vaut mieux qu'un inconftant.
161 1
LISE.
? 1
Lorsque cet inconftant n'a trompé que notre ame ,
Il nous laifle avec des verrus .
On ne perd que liespoir que finaître fa flammer
On le pleuré, du moins , fi l'on ne lui plaît plus.
Mais , d'un premier venu , l'empire redoutable , I
Peut entraîner notre raison :, :f: [
Si , fous l'appas des fleurs , il cache un doux poifon
,
Le charme opère ; & l'on devient coupable,
Même en voyant la trahison . solta'JoM „I
DAMON
.
1
Trouver aux champs de la philofophie
C'est un phénomène nouveau .
Votre Maître d'école étoit donc un génie ?
Il vous apprit , dès le berceau ,
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
A méprifer l'honneur d'être tendre & jolie ;.
Eh bien , ce Maître-là , croyez -moi , je vous prie ;
Fut moins un ami qu'un bourreau .
LISE.
Celui qui m'inftruifit eft connu pour habile.
J'avois treize ans , & j'allois à la ville :
( Aujourd'hui j'en ai deux de plus ) .
A tout âge on peut être utile.
Le lait de nos troupeaux faisoit nos revenus .
J'entendois raconter une hiftoire terrible ,
Et dont on parlera long- temps :
La fille d'un Bourgeois , trop vive & trop fenfible
Ayant d'abord fui les parens ,
Par le trépas le plus horrible
Venoit de mettre fin à fes égaremens,
C'étoit pour avoir cru les difcours féduisans: ( 77)
D'un Monfieur tel qué vous , bien dégagé , bien
lefte ,: FIST 2
Paré des plus beaux fentimens ,
Qu'elle éprouvoit ce fort funefte.
Il avoit employé le fafte , les présens :
La Noblefle en.impose , & le goût fait le refte.
Cette hiftoire , qu'on répétoit ,
M'intéressant , malgré mon âge ,
A mon esprit le présentoit
Lorsque je faisois le voyage,
Voilà le Maître à qui je dois
UG 15 :
Q7UQ $ 21
ד י
DÉCEMBRE. 1774-
Ce que tantôt j'ai pu vous dire ;
Et vous achevez de m'inftruire
Par les motifs que j'entrevois ,
Quand vous cherchez à me féduire.
DAMON.
Adieu , ma belle enfant ; vous m'avez défini.
En perdant mon espoir , je trouve un avantage
C'eft de me pénétrer du prodige inoui
Qui m'eft offert dans un village.
Recevez cette bague ou plutôt cet hommage
Elle n'a point l'éclat dont je fuis ébloui ,
Et vos vertus brillent bien davantage.
EGLE , OFFICIER. A Madame la
Marquise de ***
A LA FAVEUR du coftume d'Alcide ,
Quoi ! tu croyois te jouer de nos yeux?
Eh ! quelle erreur ! Eglé , c'eſt à l'égide
Que Pallas fe reconnoît mieux .
Envain , fous un bandeau , le Dieu tendre & frie
vole ,
Qui caule nos malheurs & fait nos plus beaux
jours,
Voile fes charmes & s'envole ;
Av
AIO MERCURE DE FRANCE .
Ses flèches , fon carquois le défignent toujours.
Cette taille (velte & légère ,
Ce ton de voix fi féduiſant ,
Ces grâces , ce maintien , cet heureux don de
plaire ,
Ces lèvres que la rofe imite foiblement ,
Ce fourite enchanteur de l'Enfant de Cythère ,
Tout fai: évanouir le preftige impofant
D'une uniforme militaire ,
Dont les attraits relèvent l'agrément.
Tandis que le vaillant Achile
Goûroit à la Cour de Scyros
Une félicité tranquille ,
Par un deftin jaloux de fon repos ,
Ainfi qu'à fes plaiſirs contraire ,
L'irrésistible attrait de fon ame guerriere`
Des bras de fon Amante arracha le Héros .
Oui , belle Eglé , tout trahit l'artifice ;
Ses ftratagêmes impuiflans
Ne donnent point le change à nos regards per-
$ çans ;
Tous les climats ont leur Ulyffe.
Que fervit au Berger de l'humide Océan
-De fe changer en fleuve , en lion , en volcan ?
Il ne put s'échapper des liens d'Ariſtéé ;
Et la rufe une fois nuifit même à Prothée .
Pourfuis donc, jeune Eglé ; dans d'innocens plaifirs
Tupeux charmer déformais tes loifirs
DÉCEMBRE 1774-
Ces jeux font dignes du bel âge...
De ces illufions comment craindre l'uſage ?
N'avons -nous pas pour nous nos coeurs & nos
defirs?
Sous fon feuillage & lon épine ,
La role tâche vainement rod avs tion
De voiler l'incarnat charmanthus col
De la beauté toute divine ;
Son bouton à peine paillant,
Shisa
igen , *
... Et fon parfum encor récent, atq
Tout la décèle , on la devine,
Ainfi lorſque Zéphir , pour embellir nos champs ,
D'un fouffle créateur réveille la pature ;
Que,libre de les fers , l'onde fuit & murmure ,
Erles hôtes des bois recommencent leurs chants;
Nous entendons préluder Philomèle ,
Par de mélodieux accens ,
Malgré la retraite infidèle
Sous les aubepins blanchiflans,
2 Strudel Par M. l'Abbé Dourneau.
LE VISIR PRUDENT.
SUR les OUR peuples guerriers de l'Empire Ottoman
Sultan Mahmoud régnoit , & régnoit en tyrant
Il marchoit aux combats fuivi de la victoire;
Mais , par fes cruautés il remiflo & fa gloire ;
A vj
12 MERCURE DE FRANCE!
3G
Et fe livrant fans ceffe aux plus affreux excès ,
Il étoit l'ennemi de ſes propres ſujets.”
Tandis que cent flatteurs , troupe lâche & perfide ,
Approuvoient les défauts du Monarque homicide ,
Ibrahim , grand Vifir , prudent & vertueux ,
Voyoit avec horreur fon penchant odieux.
Pour corriger un Prince , il faut ufer d'adreffe.
Le Miniftre fenfé déguifa fa trifteffe ,
Et d'une gaieté feinte empruntant le fécours ,
Sut plaire au Souverain par d'amufans difcours.
Je luis, dit- il un jour , plus favant qu'on ne
penfe.
Le divin Mahomet , prodige de feience , o`rsɑ
M'a lui- même enſeigné la langue des oiſeaux . O
N'en doutez pas , Seigneur , les aigles , les cond
beaux ,
Tant d'autres habitans des forêts folitaires ,
Réfléchiffent entre eux , parlent de leurs affaires
Et plus fages que nous , politiques plus fins ,
Se mêlent quelquefois de celles des humains.
Peu d'hommes fur la terre ont llee rare avantage
D'entendre & d'expliquer le tens de leur ramage
C'eft au Prophète feul que je dois ce talent ;
Jamais je n'aurois pu l'acquérir autrement.
Chacun rit à ces mots. Un difcours fi bizarre:
Divertit un inftant le Monarqué barbáre, azym?
Victime duchagrin , pen fenfible an plaifirac
Arrive un jourde chaffe ; ordre au premier Vific
DÉCEMBRE. 1774, 13
De fuivre l'Empereur. On parcourt les campa
gnes ,
On traverfe les bois , on franchit les montagnes.
Poursuivis des Chafleurs , daims , cerfs & fangliers
,
Tombent , en gémiffant , fous leurs coups meure
triers. དྷ་
En divers pelotons la troupe le fépare.
Le Sultan , fatigué , dans les forêts s'égare ;
Ibrahim , attentif, ne l'avoit point quitté.
Le foleil dans les flots s'étoit précipité;
La nuit fur l'horifon répandoit les ténèbres.
Ils entendent les cris de deux oileaux funèbres ,
Qui ,fur un mur antique & prêt à s'écrouler ,
Se tenoient côte à côte & ſembloient fe parler.
Mahmoud voulant railler le Chef de les Minif
tres ,
Approche- toi , dit- il , de ces oifeaux finiftres :
Je veux , par ton moyen , découvrir leurs fecrets.
Vas donc , & qu'à l'inftant je fache leurs projets...
Ibrahim obéit , prête l'oreille , écoute....
Eh bien! docte Viûr , tu m'inſtruiras fans doute
Du fujet important que traitoient nos hiboux .
Voyons ; quel étoit-il ? Prince , ils parloient
de vous.
-
De moi! Je n'oserois , Seigneur , vous rendre:
compte
D'un difcours infolent qui vous couvre de hontes
14
MERCURE DE FRANCE.
Excufez mon filence & mon jufte embarras
Leur converſation ne vous agréeroit pas .
Tu réfiftes envain . Raconte moi fans feinte
L'entretien des hiboux , & fois exempt de crainte.
-
Je parlerai , Seigneur , puifque vous l'ordonnez.
Un des deux habitans de ces murs ruinés
Au fils de fon ami veut marier fa fille.
Tout eft presque conclu . L'une & l'autre famille
Y confent. Un feul point retardoit l'union ,
Quand, pour vous obéir , j'ai fervi d'efpion."
Ce point étoit la dot de la jeune chouette.
Frère , a dit celui - ci , votre fille eft bien faire ;'
J'en conviens ; mais peut - elle , en époulant mon
fils
,
Apporter pour la dot cent villages détruits !
A quoi fervent les moeurs , la beauté , la naiffance
?
Qu'eft ce que la vertu qui vit dans l'indigence ?
Voilà ce qu'il nous faut ; penfez y mûrement.
Son camarade alors a répondu gaiement :
Vive Sultan Mahmoud ; fous fon règne funefte
Chacun de nous aura des villages de refte.
J'en donnerai cinq cens ; & , fi ce n'eſt aflez ,
Ajoutons au contrat mille bourgs renversés.
Tant que vivra ce Prince , ami , notre fortunes
Sera fur un bon pied ; la misère importune
N'accompagnera plus la race des hibouxk
DÉCEMBRE. 1774. IS
Aux dépens de fon peuple il nous enrichit tous.
Respectable Sultan , tel étoit le langage
Et l'entretien fecret de ce peuple fauvage.
Ne m'attribuez pas Finsolence d'autrui ;
Songez que votre esclave a parlé malgré lui.
L'Empereur admira l'ingénieuſe adrefle
Qui respectoit fon rang & même fa foiblefle.
Ibrahim réuffit ; un autre , moins prudent ,
Auroit payé bien cher fon zèle trop ardent.
Depuis cet heureux jour , par un exemple rare ,
Le Monarque changé ceffa d'être barbare.
Il aima fes fujets. Les villages détruits
·Furent en peu de temps à les frais rétablis.
Par M. de Courteville, près Honfleur
en Normandie.
L'ENFANT & LA GUITARRE.
Fable.
U NE aimable Maman , pour charmer fon loifir,
Inftruifoit les enfans , & pinçoit la guitarre.
La Dame poflédoit le talent affez rare
De faire à fes leçons fuccéder le plaifir.
Déjà la fenfible Eugénie ,
Qui compte à peine fept printemps ,
Unit fes timides accens
16 MERCURE DE FRANCE.
Aux doux accords de l'harmonie.
( Pour un Papa ce concert eft charmant ) ;
Mais Eugénic encor n'eſt qu'un enfant
Curieule , inquiette.
Un beau jour elle guerre
L'inftant d'être feule au fallon ,
Regarde autour de foi , décroche la guitarre ,
Se bleffe envain les doigts , n'en peut tirer un fon
Qui ne foitfaux , difcordant ou bizarre :
Maman paroît à ce beau tintamarre ,
Sans la gronder , lui fait cette utile leçon :
Nous formions enſemble un concert agréable ,
Et tu ne fais , fans moi , qu'un bruit infuppor
table ;
Crois moi , plus fage en tes defirs ,
Laifle- moi te guider toujours dans tes plaifirs
Par M. Landrin.
FABLE DÉDIÉE A LA REINE.
L'AIGLE & LE MOINEAU FRANC.
SUR le fommet du mont Theffalien ,
Des habitans de l'air , augufte fouveraine ,
Une Aigle avoit fixé fa cour & fon domaine.
Là, s'occupant fans cefle à pratiquer le bien ,
Du malheureux elle étoit le foutien.
DÉCEMBRE. 1774. 17
La juftefle de fon génie ,
De fon ame la pureté ,
Rendoient fa grandeur accomplie.
Majeftueule fans fierté ,
Elle étoit d'un abord facile ,
Et fous les douces loix le peuple volatile ,
Ignorant la captivité ,
Vivoit tranquille.
En mère tendre elle aimoit fes fujets.
L'approcher & lui plaire , étoit tous leurs fouhaits.
Près de l'aimable REINE , un éclatant cortège
Formoit fa garde & briguoit les honneurs :
Le cygne auffi blanc que la neige ,
Le paon qui mêle l'or aux plus vives couleurs ,
Le merveilleux coq de la Chine ,
Le papagalle à robe purpurine ,
Faucons , & vautours , & milans ,
Moins orateurs que courtisans ,
Ala complimenter épuifoient leur fcience ,
Lorsqu'au milieu de ces oiseaux puiflans ,
Un chétif Moineau franc s'avance :
Il ose faire entendre une timide voix ;
Il ose célébrer , en l'ardeur qui l'anime ,
Cette Princeſſe magnanime:
Lui , moins que rien , mince bourgeois ,
Tremblant, croit déjà voir ces Meffieurs les grand
croix
Le terrafler de leur fierté maligne
18 MERCURE DE FRANCE.
Quand , tout- à- coup , une faveur infigne ,
En lui fait renaître l'espoir.
Tes chants , lui dit la REINE attendrie & furprise
,
Peignent du fentiment le zèle & la franchise ;
Railure toi tu peux me rendre ton devoir ,
:
Sans que perfonne en prenne ombrage.
Le coeur fait le fujet & non pas le plumage ;
Compte fur ma protection, "
A ce trait de bonté , plein d'admiration ,
Il voie à fa compagne apprendre l'aventure.
Jugez , s'il doit être applaudi .
Le tuccès le rend plus hardi ;
Bravant des envieux & la ruse , & l'injure ;
Il chante fon bonheur dès la pointe du jour ;
Et les échos répètent tour - à - tour :
Vive la RE NE du bocage :
Le coeur fait le fujer & non pas le plumage.
Par M. le Chevalier de Berainville.
LE DUEL. Conte moral.
MELCOUR fut privé de ceux à qui il
devoit le jour , dans un âge où il ne
pouvoir fentir toute l'étendue de cetrè
perte . Un de fes oncles le retira chez lui :
le fit élever avec fon fils ; & prit le plus
D
DÉCEMBRE. 1774

grand foin de leur éducation . Florainville
& Melcour , unis par les liens du fang ,
le furent bientôt par ceux de l'amitié , que
l'habitude de vivre enfemble augmenta,
de plus en plus. Leur naiffance les appeloit
au fervice ; dès qu'ils eurent l'âge
requis pour y entrer , on leur obtint de
l'emploi dans le même Régiment. Flotainville
avoit toujours fui l'étude. La
diffipation qu'entraîne l'état militaire , en
temps de guerre principalement , & nous
y étions alors , ne contribua qu'à l'en
éloigner davantage. Pour Melcour , il
joignoit à beaucoup d'efprit l'envie de le
cultiver. Ses occupations avoient été fagement
dirigées ; un caractère honnête ,
doux , fenfible , compatiffint, & des ré-
Alexions profondes , lui firent abhorrer
fur toutes chofes la criminelle pratique
du duel , trop en vogue dans le temps
qu'il commença à fervir.
La différence des goûts diminua penà
peu l'intimité qui étoit entre ces deux
jeunes gens. L'amour du plaifir aveugla
Florainville : il fe dérangea ; fes detres
s'accumulèrent . Melcour le plaignit ,
l'aida de fa bourfe , & chercha à le retirer
du précipice où il alloit fe plonger.
Il lui repréfenta combien fa conduite
20 MERCURE DE FRANCE.
l'aviliffoit aux yeux des gens fenfés ; ceux
même , lui difoit- il , qui applaudiffent à
préfent à vos foibleffes , feront les premiers
à vous accabler des railleries les
plus piquantes , dès qu'ils vous verront
fans reffource. Ils fe difent vos meilleurs
amis ; vous les croyez.. Ils vous ont
éloigné de moi ; ils m'ont peint à vos
yeux fous les traits les plus défavorables ;
& s'ils ne font point parvenus à éteindre
l'amitié que vous m'avez jurée , au moins
l'ont-ils affoiblie . ... Les monftres ! ils
favent combien ma tendreffe pour vous
eft fincère : ils font inftruits des foins
que j'ai pris jufqu'ici de vous éclairer
fur leurs perfides deffeins ; & ils veulent
m'en punir. O mon ami ! s'ils parvenoient
à m'enlever votre coeur , leur fuccès
ne feroit que trop complet. Mais je
ne vous parle pas ici pour moi feul ; mon
cher Florainville ! au nom des fentimens
qui unirent notre enfance , ne plongez
pas le poignard dans le fein du meilleur
des pères . S'il étoit témoin des excès auxquels
vous vous abandonnez , il en mourroit
de douleur.
Tout ces difcours ébranlèrent Florainville
: il promit de changer ; mais fes
perfides compagnons de débauche lui pré
DÉCEMBRE. 1774. 21
fèntèrent le crime fous des dehors fi féduifans
, qu'il fut trop foible pour réfif
ter. Melcour fachant qu'après avoir perdu
au jeu des fommes confidérables , il
avoit été diffiper fon chagrin dans un
lieu infâme , ofa l'y aller trouver , & lui
rappela avec force fes devoirs & les
promeffes qu'il avoit faites de les remplir.
Florainville ne fe connoifloit plus : il
fe porta contre fon coulin à des excès
inexcufables : il tira fon épée. Melcour
refufant de le battre , ce furieux lui tint
les propos les plus infultans ; dans fa rage
, il l'eût frappé , fi quelque refte de
raifon ne l'eût arrêté. Son coufin , toujours
auffi tranquille , ne fe laiffa point
émouvoir ; malgré tout ce qui rendoit
Florainville indigne de partager fa tendreffe
, il ne vit en lui qu'un parent dont
il étoit l'ami.
Celui ci ébranlé par cette égalité d'ame
, revient à lui- même . Il a. honte de
fes emportemens : il en demande mille
excufes. Sa grâce étoit dans le coeur de
Melcour : il ne la follicita pas longtemps
; mille tendres embraffemens furent
le gage de leur réconciliation .
4
Un Officier d'un autre Régiment avoit
22 MERCURE DE FRANCE .
allité à leur difpute : il avoit été témoin
du peu de retenue de Florainville ; & le
Aegme refpectable de fon coulin lui avoit
paru l'effet de fon peu de courage . Il ne
manqua pas le lendemain d'en faire des
plaifanteries très - fortes ; elles furent entendues
de quelques uns des camarades.
de Melcour . Dans la carrière de l'honneur
, le moindre foupçon paroît injurieux
. On fit les recherches les plus exactes
, & l'on découvrit ceux qui avoient
donné lieu aux propos de toute la garnifon.
On leur fait dire que le Corps a été
infulté en leurs perfonnes , & que c'eft
à eux à le venger . Ils n'ont pas même le
choix des moyens : i ce qu'on raconte
de leur difpute eft vrai , iis doivent fe
battre, ou égorger celui qui a eu l'audace
d'en impofer fur leur compte avec autant
de malignité . Qu'on fe peigne la
fituation de Melcour. Ses principes lui
défendent le duel ; & , s'il cède aux
cruelles volontés de fon Corps , il fe.
trouve réduit à l'affreufe néceflité de
plonger fon épée dans le fein de fon
femblable , de fon parent , de fon ami .
Il a beau représenter les motifs qui l'ont
guidé , on ne lui répond qu'en défignant
l'endroit où il doit fe rendre , & les
DÉCEMBRE .
23
. 1774..
armes qu'il doit apporter. Rien n'égale
fon défefpoir. Il fe retire chez lui ; Florainville
, qui vient le chercher , le trouve
les coudes appuyés fur une table ; fes
mains couvrent fon vilage ; fes larmes
coulent en abondance ; il n'interrompt
fes fanglors que pour répéter le nom de
Florainville. A ce fpectacle , celui - ci ne
fe potledant plus , fe précipite aux genoux
de fon ami : fa vue retrace à Melcout toute
l'horreur de fon état ; il le repouſe . . .
Quoi ! dans un moment je dois te poignarder
, & tu t'offres à mes yeux .... Il
tombe dans les bras de fon coufin ; fes
pleurs coulent avec plus de force . O Florainville
! dit it , d'une voix étouffée , fi
ma main t'arrache la vie , je ne te fürvivrai
pas. Que dirai jè à ton père ! ...
Ton père , hélas ! il n'a donc pris tant de
fon de mes premières annces , que pour
me voir teint du fang de fon fils.... O
malheureux vieillard ! quel que foit le
fuccès de cet horrible combat , il fera
pour ton coeur paternel une fource de
larmes.
Dans ce moment quelques Officiers
forcent la porte : ils viennent pour ávertir
Melcour qu'il ne peut fe faire attendre
plus long- temps ; que c'eft donner
24 MERCURE DE FRANCE:
lieu de foupçonner la valeur. Quel affreux
moment ! ces deux amis fe tiennent étroitement
embraffés . Ils ne répondent que
par des fanglots .
-
Cependant Florainville , chez qui le
cruel honneur parle encore plus haut que
l'amitié , rompt le premier ce douloureux
filence . Il fe lève , tend les bras à Melcour
qu'il n'ofe regarder. Alors celuici
: Quoi ! tu veux , barbare , que j'aille ...
Non , cruels , non ; que vos vains préju
gés me déshonorent ; j'y confens . Je ne
ferai point homicide ... Vous voulez ma
mort , eh bien ! venez vous - mêmes m'arracher
une vie que je détefte . Il fe lève ,
fe promène à grands pas ; m'armer contre
lui , s'écrie-t- il ? Florainville , je te verrai
expirer de ma main ... & ton père...
il me redemandera fon fils...- Où eft
mon fils ! où eft mon fils ! & je ferai
couvert de fon ſang.. Quel crime
avoit- il commis pour que ton bras ... -
Aucun , aucun ; ô mon fecond père ! ..
la vengeance ne m'a point égaré.... C'eſt
en nous embraffant que nous avons tourné
nos épées l'un contre l'autre.... Un
barbare préjugé m'a aveuglé : il eft tombé
fous mes coups , victime d'un faux
honneur.... Non... non , ô Florainville !
A
DÉCEMBRE. 1774
25
...
A ces mots , il fe jette fur fon coufin ,
le ferre étroitement contre fon fein.
Je ne ferai point ton affaffin , non ... Et
vous , retournez vers ceux qui vous ont
envoyé ; dites -leur que Melcour préfere
un prétendu déshonneur à un crime .
au plus affreux des crimes.... Son fort
eft décidé par cette réponſe . Ses camarades
viennent lui annoncer , avec tous
les témoignages d'un fincère regret , qu'il
ne peut plus être membre du Corps ,
puifqu'il a refufé de fe battre . Qu'on fe
peigne Florainville écoutant cet arrêt ,
C'est lui qui a plongé Melcour dans cet
abyfme de maux . Le déshonneur de fon
coufin eft l'ouvrage de fes déréglemens,
Tout ne fait qu'augmenter fon défefpoir.
On en craignoit les fuites ; on l'arrache ,
malgré lui , à cette fcène de douleur .
Melcour , refté feul , ne balança pas
long- temps fur le parti qu'il devoit pren
dre; il ne retourna pas dans fa province
pour effuyer des mépris qu'il n'a pas
mérités. En attendant que fa malheureuſe
aventure y foit oubliée ou préſentée fous
fon véritable point de vue , il va chercher
à perfectionner , par les voyages ,
les connoiffances qu'il poſsède . Dans la
nuit même , il fait tout préparer pour
B
26 MERCURE DE FRANCE.
fon départ , écrit une lettre à fon coufin,
dans laquelle il indique les moyens de
lui faire paffer fes revenus , dont fon âge
lui permet de difpofer. Il inftruit Florainville
de fes projets de voyage.
64
"
Quant à vous , ajoute- t - il , apprennez
» notre fort à mon oncle ; qu'il fache
qu'on a voulu me forcer à vous égor-
» ger , qu'il en frémiffe ! & fi ces barba-
» res , dont un faux honneur ett le feul
guide , me croient indigne de fervic
» mon Roi , qu'au moins votre père applaudiffe
aux efforts courageux que j'ai
» faits pour nous épargner un crime....
Quelle leçon.... vous en profiterez ,
» ô mon cher Florainville ! déjà votre
aveuglement a ceffé.... Aimez - moi ,
» aimez- moi toujours ! & fi vous m'avez
» rendu votre coeur , gardez-vous de me
» croire malheureux » .
و د
"
39
Dès la pointe du jour , il part , accompagné
d'un feul domeftique. Il avoit fait
trois ou quatre lieues , lorfqu'il apperçut ,
à quelque diftance du chemin , un parti
ennemi fur le point de mettre en déroute
un Corps moins confidérable des
nôtres . Il ne peut voir des François près
à être vaincus , fans brûler de les fecourir
; la grandeur du danger difparoît à
DÉCEMBRE. 1774. 27
fes yeux ; & , n'écoutant que la gloire
,
ce même Melcour , de la valeur duquel
fes camarades
ont ofé douter , vole fur
le champ de bataille , fait des prodiges ,.
enlève un drapeau aux ennemis , & les
François font vainqueurs
.
L'Officier général qui commandoit ce
détachement , enchanté de la bravoure du
jeune inconnu , le prie avec inftance de
lui dire fon nom. Je me ferai connoître
dans un inftant , Monfieur , lui réponditil
; mais permettez que je vous deman
de quelle eft votre destination actuelle.
--
Je vais prendre le commandement
de la garnifon voifine ( c'étoit celle d'où
Melcour venoit de fortir ) . Eh bien ,
j'aurai l'honneur de vous y accompagner
, & c'eſt-là que je veux recevoir les
éloges que votre bonté daigne me prodiguer.
Ils arrivent. Monfieur , lui dit Melcour
; la feule grâce que je vous demande ,
c'eft de convoquer chez vous les Officiers
du Régiment de *** ( celui qu'il a quit
té ) . Ils fe taflemblent. Melcour paroît.
Reconnoiflez , Meffieurs , leur dit il , la
victime infortunée d'un faux honneur
qui vous rend injuftes & cruels , & auquel
cependant vous facrifiez prefque
Bij
28
MERCURE
DE FRANCE
.
tous. Parce que j'ai refufé de tremper
mes mains dans le fang d'un parent dont
je fuis l'ami , & qui effaça la faute la
plus légère par les larmes du plus fincère
repentir; parce que j'ai écouté la voix de
l'humanité & de la religion , parce que
j'ai refpecté les loix de l'Etat , vous m'avez
jugé indigne de porter les armes
pour ma patrie. Les préjugés vous ont
aveuglés : vous n'avez pas craint de m'ac
cufer de lâcheté ; je me fuis vengé de
cette accufation injurieuſe , & ce drapeau
que j'ai enlevé aux ennemis de mon Roi ,
rend un témoignage affez glorieux de ma
valeur. Tous fes camarades l'entourent ,
l'embraffent , & réparent , par les éloges
qu'ils lui prodiguent & par les excufes
qu'ils lui font , le foupçon odieux qu'ils
avoient ofé former contre lui .
Le Général étonné , attendri de la grandeur
d'ame que vient de déployerMelcour,
le preffe de reprendre fon rang , en ate
tendant qu'il puiffe rendre compte au
Miniftre d'une auffi belle action . Melcour
cède à fes inftances , unies à celles
des Officiers de fon Corps ; acceptez , lui
dit l'Officier général , l'emploi dont on
vouloir vous priver hier , comme un
aveu tacite de l'injuſtice du préjugé qui
DÉCEMBRE. 1774. 2.9
vous condamnoit ; & puiffe votre exemple
, Monfieur , le déraciner entièrement.
Puis fe tournant vers les Officiers
qui l'entouroient : Ce vertueux jeune
homme vous apprend à ne pas accufer de
lâcheté celui qui , fidèle aux loix du véritable
honneur & de la patrie , refufe
d'être un vil meurtrier ; revenez , Meffieurs
, de la funefte erreur qui vous fait
voir l'homme vraiment courageux dans
celui qui ne craint pas d'égorger fon
femblable pour laver un injure. Reconnoiffez-
le plutôt dans celui dont l'ame
eft affez grande pour renoncer au plaifir
de la vengeance ; remettez déformais à
un jour de bataille à vuider vos querelles
particulières . Que vos triomphes fur les
ennemis de l'Etat foient le fupplice de
celui qui vous aura offenfé ; ou fi l'infulte
que vous avez reçue l'exige , que
les loix impriment à votre adverfaire
une tache ineffaçable ; livrez le à l'op
probre public : mais que tous vos éloges
foient réservés à Melcour , & à ceux
qui auront la magnanimité de faivre
l'exemple qu'il nous a donné en ce
jour .
Pendant toute cette fcène , qu'on fe
peigne les tranſports de Florainville ;
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
qu'on fe le repréfente tenant fon coufin
étroitement ferré contre fa poitrine
l'arrofant des larmes délicieufes de la
joie . C'est dans cet heureux moment
qu'il abjure fes fatales erreurs ; & fidèle
cette fois aux promeffes qu'il a faites ,
il n'eft pas befoin de dire qu'il mérita ,
ainfi que fon vertueux ami , d'être élevé
aux premiers grades du militaire.
Par M. L. A. M. de C.
PHILIPPE ET ASTER .
#C
Fable imitée de l'Allemand.
MOONN eennfant, fois imbécile ,
Difoit à fou fils Alain
Madame Angot , femme habile ,
Qui lavoit manger fon pain :
Mon enfant , fois imbécile ,
» Et tu feras ton chemin.
55
L'efprit nuit à la fortune ;
Et la fortune à l'efprit :
La fcience eft importune ,
Le bêtife réuffit.
Elle n'offufque perfonne ,
Et va , fans qu'on la foupçonne ,
DÉCEMBRE. 1774. 3 x
» Clopin , clopant , droit au but :
» L'efprit , c'eft tout le contraire ;
35
Infpiré par Belzébut ,
» Il ne cherche qu'à mal faire.
» Souvent , aux dépens d'autrui ,
» Il fait briller la fcience :
כ כ
On en plaifante aujourd'hui ;
››› Mais demain l'on s'en offente ;
Et toujours les traits qu'il lance
Se retournent contre lui.
30 Crois-moi , l'efprit n'eft utile
Qu'à faire mourir de faim :
» Mon enfant , fois imbécilè ,
» Et tu feras ton chemin ».
Le bon fens ! la brave Dame
Connoifloit bien fon Paris !
Pour prix de fes bons avis ,
Le ciel veuille avoir fon ame !
Le trait fuivant fera voir
Qu'elle avoit raison fans doute :
Souvent , fouvent il en coûte
A qui le fait trop valoir.
Voulant punir les peuples de Methone
De l'infraction d'un traité ,
*
Philippe venoit en personne
* Roi de Macédoine , pere d'Alexandre le grand.
Biv
32
MERCURE DE FRANCE.
Pour fe venger de leur témérité :
Les murs bloqués , deux vaſtes brêches
Promettoient au héros un triomphe certain :
Savant dans l'art de décocher les flèches ,
After lui vint offrir le fecours de fes mains.

Il fe vantait , plein d'aflurance ,
D'arrêter dans leur vol les plus petits oiseaux :
"Quand nous ferons la guerre aux étourneaux,
Lui dit en riant le héros ,
»Nous éprouverons ta vaillance .
Le mot étoit plaifant ; il pétilloit d'esprit ,
Et paroifloit meilleur , car un Roi l'avoit dit.
After , piqué , fe jeta dans la ville ,
Encouragea le citoyen ,
Fit réparer les murs , & travailla fi bien ,
Qu'il rendit du vainqueur le courage inutile ,
Et fit que les fuccès n'aboutirent à rien .
Ce n'en fut pas affez pour fa vengeance :
Le voilà qui décoche un trait
Sur lequel il grava ces mots pleins d'arrogance :
A l'aildroit de Philippe , & le crève en effet.
Philippe , outré de l'infolence , 嗑f
S'arme à fon tour d'un trait , & le lui lance ,
Avec ces mots qui valoient bien les fiens :
Il étoit citoyen d'Olynthe , ville de Macédoine.
Le trait fuivant eft vrai ; Plutarque en fait
mention dans la vie de l'hilipps.
DÉCEMBRE. 1774. 33
»Si Philippe à fon joug foumet les Méthoniens ,
»After fera pendu ; qu'il fonge à ſa défense ».
Après avoir vainement combattu ,
Le peuple fit fa paix aux dépens de l'Athlète
Qui l'avoit fi bien défendu :
L'Arbalêtrier fut pendu ;
Mais le Roi paya cher ſa vengeance indiscrette.
Grands , fachez qu'iln'eft point de petits ennemis a
Et vous , petits ,
Apprenez que l'arrogance
Dépose contre celui
Qui veut écraser autrui
Sous le poids de fa vengeance.
Par M. Willemain d'Abancourt:
LES DEUX RENARDS.
Fable.
Il faut avoir grand foin de traiter ſon ſemblable
L
Comme on veut en être traité :
Vieille morale ! oui ; mais fa véruſté
Ne la rend pas moins refpectable.
Vivant pour foi , fe moquant des égards ,
Libre du joug de la férule ,
Certain Renard fans moeurs , & fur- tout fansferu
pule ,
Бу
34
MERCURE DE FRANCE.
Bref, l'Alexandre des Renards ,
Voloit à toures mains , pilloit de toutes parts ;
Et fur les bonnes gens jettait du ridicule.
Oril advint que l'égrillard ,
Un certain jour qu'il étoit en maraude ,
( Ces Meffieurs- là ne vivent que de fraude ) ,
Vit un de fes voifins pris dans un traquenard ,
Et qui , plus honteux qu'un caffard
Qu'on auroit démasqué , détournant le regard ,
Reffentoit , fans mot dire , une alarme un peu
chaude.
Qu'eût fait tout honnête Renard
Dans une telle circonftance ?
Il eût fauvé fon frère , & béni le hafard
Qui donnoit à la bienfaisance
Le
moyen d'éclater . Fort bien ! Notre gaillard ,
Tout au rebours , afficha l'importance ,
Fit un très- beau fermon fur l'inexpérience ;
Et laifla fon voifin gémiflant fous le hart ,
Et mal édifié de fon peu d'indulgence.
A quelque temps de- là l'orateur eut lon tour t
Il ne put échapper à maintes embuscades
Qu'on lui tendit dans maintes baffe -cours
Il vit paffer maints & maints camarades
Qui , fans le fecourir , firent maintes gambades ,
Et lui donnèrent maints bonjours.
Ce n'étoit pas fon compte : il avoit tout à crain
DÉCEMBRE
35
*
. 1774.
Et contre les Fermiers peftoit de tout ſon coeur :
Voilà qu'il apperçoit , pour l'achever de peindre.
Ce Renard qu'il avoit bravé dans fon malheur ,
Qui de les procédés avoit tant à ſe plaindre ,
Et qu'il croyoit fans doute , ainfi que mon Lec
teur , ५२
Descendu chez les morts , ou du moins mis em
cage ,
Et fervant de jouet aux enfans du village.
Il s'étoit échappé , je ne fais trop comment ;
Mais au furplus cela n'importe guère :
Il s'étoit échappé ; c'eft le point important.
« Oh ! oh ! dit- il , en voyant fon confrère
Qui vouloit l'éviter : « Eh ! notre ami , vraiment
» La rencontre eft bien fingulière.
» Comment ? c'eft vous ! mais rien n'eſt plus
plaifant :

» Eh bien ? qu'en dites- vous, compère ? …….
Le gîte eft-il paffable ? en êtes-vous content ?...
Le jour paroît : je vais rentrer dans ma tannière.
Adieu ; portez- vous bien... J'ai pitié cependant
30 De l'excès de votre misère ;
Et , pour cette fois feulement ,
» Je veux bien vous tirer d'affaire.
La leçon eft complette , & vous rendra prudent.
Je pourrais à mon tour vous envoyer aux piautres
;
Mais j'aime beaucoup mieux vous mettre en li-
» berté::
B vj
36 MERCURE
DE FRANCE
.
» Allons ; tirez de ce côté ;
Et n'oubliez jamais qu'il faut traiter les autres
→ Comme on en veut être traité ».
Par le même.
L'A
LE LION & L'ANE.
Fable.
' ANE un jour s'avisa d'insulter le Lion ,
Et même s'emporta jusques à la menace ;
Le Roi des animaux pouvoit de fon audace
Punir le pénaillon ;
Mais il fe contenta de lui céder la place .
C'eſt ainfi qu'un héros punit un fanfaron.
Par le même.
A M. le Chevalier de St H.... ancien
Capitaine de Cavalerie , lors de fon
affociation à l'Académie de M....
Qu
UE ta mufe fait me plaire,
Elle a l'éclat du printemps :
Ingénieufe & légère ,
Que les attraits font touchans !
DECEMBRE. 1774 37
Qu'à cette muse charmante
Je voudrois offrir de voeux ¡
Si jel'avois pour amante ,
Quemonfort feroit heureux !
Du Tarn le charmant rivage
Eft orné de mille fleurs ;
Et ta muse offre l'image
De leurs brillantes couleurs.
Palémon & fa Naïade
L'invoquent dans leurs concerts :
Le Sylvain & fa Driade
Dans leurs bois chantent fes vers.
La Bergère devient tendre :
L'onde à regret fuit (es bords ,
Quand ta muse fait entendre
De fa lyre les accords.
Le fentiment fuit fes traces ,
Et le goût eft fon amant ;
Eglé defire fes grâces
Pour rendre Mifis conftant.
Que de fleurs pour elle éclofes
Dans les jardins d'Apollon !
Elle couronne de roſes
Le moderne Anacrées,
38
MERCURE
DE FRANCE
.
5
1
1
A fa grâce naturelle
Flore prête les atours ;
Et comme elle eft immortelle ,
Saint H.... vivra toujours.
Par M. de C ** , affocié de l'Académie
littéraire de M.....
LA VIEILLE qui devide un écheveau.
Tant
UNE
Fable.
NE Vieille , qui n'y voit goutte ,
Tenant un fil entortillé ,
D'un écheveau bien embrouillé ,
Tâchoit de démêler la route ;
Bon Dieu ! que de maux ici bas
Nous éprouvons tous , difoit-elle !
Et la voilà qui poufle des hélas ,
que
fon écheveau lui-même en étoit las.
Tais-toi , vieille fempiternelle ,
Lui dit- il ; calme ton chagrin :
Sans murmurer , acheve ton deſtin ;
Que l'efpérance te foutienne ;
De mon fil doucement cherche à trouver la fin ,
Et fonge fur-tout à la tienne.
Par M. le Clerc de la Motte, Chew
de St Louis.
DÉCEMBRE. 1774. 39
A Monfieur DE LACOMBE.
Je m'imagine , Monfieur , que c'eſt dans
un livre auffi décent & auffi public que
le Mercure , que l'on doit dépofer particulièrement
ce qui peut devenit utile
aux moeurs par la réflexion . Un conte où
l'on représenteroit un fat débitant à une
femme les plus impertinens propos , &
parvenant au but qu'il fe propofe par ce
moyen malhonnête , un tel conte y feroit
mieux placé que beaucoup de chofes qui
ont acquis du temps le droit d'y trouver
place J'ai l'honneur de vous adreffer une
converfation où vous trouverez la fatuité
triomphante , & la foibleffe juftifiant
fon infolente audace , par la plus
indulgente facilité. Affurément , Monfieur
, pour peu qu'une femme réfléchiffe ,
elle fera choquée d'un défaut de dignité
qui compromet tout fon fexe ; & rien
n'eft plus propre à fortifier les principes
que ce qui peut humilier l'amour propre.
J'ai écrit cette converfation fous la dictée
d'un des deux interlocuteurs . Vous jugerez
que je la dois à celui des deux qui
40 MERCURE DE FRANCE.
peut plus raisonnablement s'en vanter ;
il me pardonnera une indifcrétion qui
s'accorde très - bien avec le motif qu'il
eut en me le communiquant .
J'ai l'honneur d'être , & c.
DE BASTIDE.
CONVERSATION.
LA COMTESSE , LE CHEVALIER .
LE CHEVALIER.
PARDON , Madame , de ma négligence
& de mon négligé. Je viens de me rappeler
le billet que vous me fîtes l'honneur
de m'écrire hier ; & je vole à vos
ordres , tout préoccupé de ma faute.
LA COMTESSE.
Cette faute , Monfieur , feroit rachetée
par l'aven , s'il s'y mêloit quelque
regret. Mais je crois que vous connoillez
peu
l'honnêteté de ce fentiment.
LE CHEVALIER .
Seroit- ce parce qu'il eft honnête , que
DÉCEMBRE. 1774 . 41
je ne le connoîtrois pas ! ... Vous voulez
bien que je vous interroge fur la
penſée , avant de répondre à l'expreffion.
LA COMTESSE .
Je ne m'explique jamais , Monfieur ,
que lorsque je crois n'avoir pas été entendue.
LE CHEVALIER .
Trouvez - vous plus d'honnêteté que
vous ne daignez m'en croire , dans la
violence de ce difcours ? Il ne me refte
plus qu'à vous demander fi c'est pour
me le faire entendre que vous m'avez
écrit un billet fi preffant .
LA COMTESSE.
Terminons , Monfieur , ce long préambule
. Je vous ai engagé à me voir , parce
que je voulois me plaindre d'un propos
affez hardi que depuis huit jours vous
répétez à tout le monde. Vous avez la
témérité de dire , par- tout , que la manière
dont je vous traite n'eft qu'une apparence
; que je vous diftingue malgré
moi ; & qu'au premier jour , le dépit de
fentir ma foibleffe me livrera à tout votre
empire.
42 MERCURE DE FRANCE.
LE CHEVALIER.
Oui , Madame , j'ai ce préjugé flatteur
; j'ai tenu ce propos fingulier ; & je
vous avoue que , lorfque j'ai lu votre billet
, j'ai cru que j'allois être juflifié .
LA COMTESSE.
Je me modère , Monfieur , par étonnement.
A peine je puis concevoir qu'il
y ait un homme capable d'un tel excès
d'audace .
LE CHEVALIER .
Je vous jure , Madame , qu'il n'y a
point d'audace en ceci . Le reproche peut
être fincère ; vous pouvez être à mon
égard dans la fécurité la plus profonde
mais ma prévention n'en eft pas moins
fondée je lis mieux dans votre coeur
que vous-même.
LA COMTESSE.
Dans mon coeur ! il pourroit renfermer
des fentimens auffi humilians pour
moi !
LE CHEVALIER .
Ils ne font point humilians , & ils exif
DÉCEMBRE. 1774 . 43
tent. S'ils pouvoient être ce que vous
dites , ils en deviendroient plus vifs .
Vous ne connoiffez point le caprice de
l'imagination : heureufement pour vous ,
je mérite l'honneur que vous croyez me
refufer.
LA COMTESSE après une paufe.
Voudriez vous , Monfieur , me mettre
à portée de raisonner paiſiblement
avec vous , par des difcours un peu
moins extraordinaires ?
LE CHEVALIER .
Très -volontiers. Il s'agit de m'expliquer
mieux , & non de dire moins. Mais
quand je veux bien prendre la peine de
raifonner méthodiquement fur des chofes
qui , au fond , ne font que des bagatelles
, aurez - vous la bonne foi de convenir
de l'effet inévitable que produiront
mes raifonnemens ?
LA COMTESSE.
Je crains , Monfieur , de n'avoir
que
trop de motifs pour en convenir. Je
vous confeille de douter de votre victoire
, beaucoup plus que de ma franchiſe.
44 MERCURE DE FRANCE.
LE CHEVALIER.
Pourquoi ce ton d'injure & de fupériorité
décèle une prévention qui
peut me rendre vos aveux très fufpects.
L'équité s'exprime autrement.
LA COMTESSE.
Je vous promers d'en avoir . L'amourpropre
méme m'y engage. Je ne ferois
pas flattée de ne prononcer contre vous
qu'un jugement qui vous laifferoit des
reffources .
LE CHEVALIER.
Me voilà difpofé à combattre ; il ne
s'agit plus que de vaincre ; & rien n'eft
plus facile . Je vais remettre fous vos
yeux tous les fujets de la difpute. J'ai
dit que je ne vous déplaifois pas ; & que
vous n'étiez pas fincère quand vous paroiffiez
me hair : j'ai dit que mes difcours
n'étoient point audacieux , & qu'il
n'étoit pas certain que vous les trouvaffiez
tels , malgré l'air de mépris qui
fe mêloit au reproche que vous m'en
faifiez j'ai dit que les fentimens que
je vous fuppofois pour moi ne pouDÉCEMBRE
. 1774 - 45
voient être humilians pour vous : j'ai dit
que s'ils pouvoient l'être , ils en deviendroient
plus vifs : j'ai dit enfin que je
vous méritois ; & c'est ce que vous m'avez
pardonné le moins .
LA COMTESSE.
La récapitulation eft très - exacte . Si
votre bonne foi n'étoit pas une conféquence
de votre témérité , elle pourroit
m'arracher des complimens,
LE CHEVALIER .
Qu'elle en obtienne ou non , elle exifte
, & doit me faire , malgré vous , quelque
honneur dans votre efprit . Mais
Vous vous exprimez encore d'une manière
fi peu honnête & fi tranchante ,
que je vois qu'il eft inutile que j'explique
mes idées. Ce feroit accumuler vos
torts. Je garderai pour moi l'opinion
que j'ai de mes avantages . Je vous dirai
d'ailleurs qu'il m'eft , au fond , fi
indifférent que vous conveniez de vos
fentimens & de la vérité de mes maxi
mes , que c'eſt m'épargner une peine que
de me réduire au filence ,
46
MERCURE
DE FRANCE
.
LA COMTESSE.
Il faudroit que mes expreffions fuffent
bien choquantes pour juftifier la
violence des vôtres. Si je ne me trompe ,
vous voulez me dire que l'impreffion
que font fur vous mes charmes , reffemble
à l'opinion que vous avez de mon
efprit .
LE CHEVALIER.
Ce feroit une impertinence , & je me
respecte trop pour en dite . Voici exactement
ma penfée . Vos charmes & votre
efprit ne vous feront jamais conteftés par
perfonne ; mais , quoique jolie & quoique
fpirituelle , vous n'obtenez de moi que
l'hommage que vous êtes en droit d'ate
tendre de tout le monde .
LA COMTESSE.
C'eſt à dire , Monfieur , que ma figure
n'a pas l'honneur de vous plaire . Cet
aveu malhonnête confirme l'opinion que
j'avois de votre caractère ! Quoi ! c'eft
d'une femme qui ne vous infpire rien
que vous avez la témérité de croire & de
répandre que vous avez touché le coeur !
DÉCEMBRE . 1774. 47
LE CHEVALIER.
Oui , Madame ; & je fens que cette
femme n'expliquant pas bien ma pentée ,
doit me faire peu de grâce dans fes réflexions
; mais elle peut trouver mon
aveu moins offenfant , fi elle confent à
mieux connoître le motif de mon indifférence.
J'ai ofé dire que vous aviez du
goût pour moi. Il femble que je n'ai pas
dû me permettre cette penfée , fans me
croire engagé au retour le plus tendre .
Je fuis coupable envers vous , fi je vois
mon bonheur avec le coup - d'oeil de l'ingratitude
: mais les motifs font le crime
ou l'excuſe . Jolie & coquette , j'ai craint
de vous aimer ; j'ai craint de me faire
une trop haute idée du coeur que j'avois
touché ; j'ai voulu ne voir que de la
fantaisie dans un penchant dont je devois
me défier. Ainfi , mon indifférence n'eft
que de la raifon ; & mon aveu , bien expliqué
, n'eft plus que l'expreffion d'un
coeur affligé de ne pouvoir vous rendre
juftice qu'en réfiftant à fes propres defirs .
LA COMTESSE.
Je doute que ce foient là vos vérita–
48 MERCURE DE FRANCE.
bles difpofitions . S'il étoit vrai qu'elles
euffent influé fur l'expreffion que je vous
reproche , le dépit l'eût accompagnée :
vous m'auriez laiffé voir , malgré vous
le regret de n'avoir que des chofes défagréables
à me dire , quand vous me
fuppofiez des idées plus tendres. On
peut réfifter , par raiſon , à la beauté
qu'on intérefle ; mais lorfqu'on lui apprend
qu'on ne veut pas fe rendre à fes
voeux , le coeur eſt toujours trahi par le
regret d'avoir à fe défendre , & l'aveu
devient fouvent un hommage.
LE CHEVALIER.
Je conviens de ce que vous dites ; &
je vais y gagner. Vous n'avez donc pas
vu l'air que j'avois quand j'ai ofé m'expliquer
? Vous étiez bien diftraite . Je
veux croire , pour un moment , que rien
ne marquoit en moi le dépit ou la douleur:
mon expreffion ne fuffifoit - elle pas
pour me trahir ? Dit on jamais à un jolie
femme , à qui l'on croit plaire , qu'on
eft indifférent à ce qu'on lui infpire ,
fans avoir des motifs fouvent plus flatteurs
qu'un aveu ? Il n'y a rien d'expreffif
que ne fignifie un pareil propos , lorf
que cette femme eft coquette.
LA
DÉCEMBRE. 1774. 49
LA COMTESSE.
J'en conviens à mon tour ; mais vous.
fuppofez une coquetterie décidée , & une
connoillance abfolue de ce défaut dans
l'objet à qui on le reproche. N'ayant ni
l'une , ni l'autre , je n'ai pas dû vous
chercher une excufe que vous n'avez
pas en effet.
LE CHEVALIER .
Que je n'ai pas , Madame ! Voudriezvous
bien me dire s'il feroit poffible que ,
voyant vos attraits & vos difpofitions
pour moi , je n'euffe , dans un tête-à - tête ,
que le coupable deffein de vous offenfer
? On peut fuppofer de la fingularité
dans un homme ; qn doit craindre même
de l'excufer trop aifément pour peu que
l'on ait vu les ridicules & les défauts
impertinents dont fon fexe tire aujourd'hui
vanité mais il y a une bizarrerie
& une groffiereté qui ne font point dans
la nature , & c'eft aller trop loin que de
la fuppofer , fans les plus fortes apparences.
Pour peu que vous euffiez jeté
les yeux fur vous-même , vous vous épargniez
la plus grande injuftice à mon
égard.
:
C
So MERCURE DE FRANCE.
LA COMTESSE.
Mais je ne vois pas en moi cette coquettérie
fur laquelle vous vous appuyez.
II
faudroit qu'elle fut extrême , pour aider
à vous difculper. Je ne difconviens pas
qu'un defir affez vague de plaire à pu
tromper quelquefois les indifférens fur
mon compte : c'eft un air , une mode ,
une convention , une apparence impofante
; mais il me femble que les yeux de
l'intérêt ne doivent pas voir comme ceux
de l'indifférence ; & vous m'auriez sûrement
mieux définie , fi vous aviez eu le
penchant dont vous avez le courage de
former votre excufe.
LE CHEVALIER,
Je puis répondre aifément à tout , fi
vous voulez m'entendre. Dans ces fortes
d'entretiens , on dit beaucoup de chofes
inutiles ; il ne faut qu'un mot , & je le
prononce . Vous doutez de ma fincérité ,
& je n'ai pas plus de confiance en vous,
Malgré ma prévention , je vous déclare
que je vous adore. Voyez comment vous
voulez vous tirer de là ?
LA COMTESSE , après une pause .
Nous voilà bien loin du point d'où
DÉCEMBRE. 1774. St
nous fomines partis . Méritez - vous que
j'oublie les toits fut lefquels je vous interrogeois
?
LE CHEVALIER.
J'ofe en répondre , && vous m'en
croyez. Voyez combien il eſt plus doux
de s'entendre que de s'accufer ? Nous
étions dans le chaos : la lumière vient
de paffer dans notre ame.
LA COMTESSE.
Croyez que la coquetterie ne fut qu'un
rôle impofé par l'ufage ; il finit aujourd'hui
. Vos foins feront l'unique hommage
qui pourra me toucher.
LE CHEVALIER .
Ce mot flatteur renferme tous les
biens. Entendre votre aveu , c'eſt obtenir
votre main ; il ne me refte plus qu'à
la mériter.
Cij
32 MERCURE
DE FRANCE
.
EPIGRAMMES imitées de Martial.
Ad Sextum . Ex lib. 2º.
SEXTE , nihil debes; n'l debes , Sexte , fatemur :
Debet enim , fi quis folvere , Sexte , poteft.
Oh ! j'avois tort , ami Valère ;
Tu ne dois riem , la choſe eft claire .
Oui j'avois tort , & j'en convien ;
Qui ne peut payer ne doit rien .
In Mamercum.
Nil recitas , & vis , Mamerce , poëta videri .
Quidquid vis efto , dum modo nil recites.
Tu ne lis tes vers à perfonne ,
Et tu veux le titre d'Auteur .
Ah ! Dorante , à ce prix flatteur
Très- volontiers je te le donne .
In Baffam . Ex . lib . 5º .
Dicis formofam , dicis te Baffa puellam.
Iftud quod non eft , dicere Baffa folet.
Life à chacun dit ici bas
:
DÉCEMBRE . 1774. 53
Et qu'elle est belle & qu'elle eft lage ;
Mais chacun fait que fon ufage
Eft de dire ce qui n'eſt pas.
In Fauftum . Ex lib . 11º .
Nefcio tam multis quidfcribas , Faufte , puellis :
Hoefcio quodfcribit nulla puella tibi.
Damon , je ne fais entre nous
Ce que tu peux écrire à tant de belles :
Ce queje fais , c'eft qu'aucune d'entr'elles
Ne répond à tes billets doux.-
ANECDOTE .
La divine Antoinette , un jour en fon chemin ,
Rencontra fillette gentille ,
Portant un potage mesquin ;
Trifte dîner de fa pauvre famille ,
Qui travailloit au champ voifin.
En queftionnant la jeune fille ,
La Princefle plaint leur deſtin ;
Et du bon Roi Henri montrant le caractère ,
A la pauvrette elle dit auffi - tôt :
Prends cette pièce d'or , & va dire à ta mère
Qu'elle mette lapoule aupot.
Par Mile Coffon de la Creffonniere.
C iij
54
MERCURE
DE FRANCE
.
POT- POURRI.
Prédictions l'année 1775.
pour
AIR : Jufques dans la moindre chofe.
L'HEUREUSE métamorphofe
Qui fe fera parmi nous !
Bientôt la raifon difpofe
De nos momens les plus doux :
Les Amours feront moins leftes ,
Et l'honneur fera leur loi:
Les Gafcons feront modeftes ,
Les Normands de bonne- foi .
AIR: Lifon dormoit dans un bocage.
Déformais on verra les filles
Danfer au bal & men de plus ;
La décence dans les familles
Fera revivre les vertus :
Ceflant enfin d'être coquette ,
La Maman fe réformera ;
Et le Papa ,
Et le Papa,
N'entretenant plus de fillette ,
Et le Papa ,
DÉCEMBRE. 1774. 55
Et le Papa ,
L'aura feul & s'en tiendra là.
AIR : Du haut en bas .
Dans la maison ,
La Dévote , fans nul caprice ,
Dans la mailon
Ne fera plus un vrai Démon :
Elle le rendra mieux juftice ,
Et banira tout artifice
De la maiſon.
AIR : De Joconde.
Les Médecins feront favans ,
Et les Fraters habiles ;
Les Procureurs moins exigeans ,
Les Greffiers plus faciles ;
Les Courtilans , auffi bien qu'eux ,
Seront francs & fincères ;
Les Commis , moins avantageux ,
Ne s'oubliront plus guères.
AIR : Nevla-t-il pas quej'aime.
Nos Adonis ne feindront plus
Une tendrefle extrême ;
Et tout d'abord ils feront crus
En difant : je vous aime.
Civ
56 MERCURE
DE FRANCE
.
Nos jeunes Beautés , à leur tour ,
Laifleront voir leur ame ,
Et n'auront jamais de détour
Pour l'objet de leur flamme.
AIR : De la Furftemberg.
Au befoin homme à reſſource
L'Intendant
Pour l'argent
Sera fans penchant ,
Et refpectera la bourſe
Dont il aura le maniement :
D'un intérêt ufuraire ,
Méprifant l'affreux falaire ,
Il ne fera pas
De les ducats
Un trafic odieux & bas.
Les opulens Protecteurs
Auront des moeurs ;
Et puis d'ailleurs
Ils mettront ordre à leurs affaires ,
Et n'emploiront plus
Leurs revenus
En bijoux fuperflus.
AIR : L'amant frivole & volage.
La Coquette , moins volage ,
DECEMB.R E. 1774. 57
Ne feindra plus de l'ardeur ;
La Prude , modefte & fage ,

Sur la bouche aura le coeur ;
Et la Bergère indifcrete ,
En dépit de la Maman ,
N'ira plus au bois feulette
Caufer avec fon Amant.
AIR : Vous m'entendez bien.
On ne verra plus au Brelan
Un Joueur , affamé d'argent ,
Chaque jour fur la brune ,
Eh bien ?
Corriger la fortune....
Vous m'entendez bien .
AIR : On dit qu'à quinze ans.
Déformais l'Acteur ,
Loin de trancher des tons d'un Prince,
Sans air protecteur
Recevra le modeſte Auteur.
Chloé , qu'on vit fi mince ,
Dans fon éclat , Chloé fe fouviendra
Des fabots qu'en Province
Jadis elle
porta ;
Et n'attendra pas ,
Pour le corriger qu'on la pinces
Cr
58
MERCURE
DE
FRANCE
.
1
Mais dans fes ébats
Montrera des goûts plus délicats.
A1R: Monfieur le Prevôt des Marchands.
Et l'égoïsme & l'intérêt
Ne tiendront plus l'homme en arrêt.
Pour leur tendre un bras fecourable
Et verlerfes bienfaits fur eux ,
Le Richard , devenu traitable ,
Ira chercher les malheureux.
AIR : Tous les Bourgeois de Chartres.
Dans un cercle de femmes
On ne médira pas :
L'indulgence à nos Dames
Prêtera des appas ;
Eh ! quoi de plus charmant qu'une femme indulgente
,
Qui fait pallier à propos
De fes rivales les défauts ,
Et craint d'être méchante?
AIR :Jefuis un pauvre Maréchal.
Enfin , en dépit des railleurs ,
Je vois règner les bonnes moeurs ,
Je vois la vertu triomphapte
DÉCEMBRE. 1774. 59
Et l'honneur rentrer dans leurs droits ;
Tandis que le vice aux abois
Tombe avec la morgue infolente.
O Français !
Quel fuccès !
O Français !
Bon courage !
Confommez un fi bel
ouvrage.
AIR: Dans les Gardes Françaifes.
Un jeune Prince en France ,
Règnant par la douceur ,
Conduira l'abondance
Sur l'aile du bonheur :
D'accord avec les grâces
Pour anoblir les moeurs ,
Il verra fur les traces
S'emprefler tous les coeurs.
Par M. Willemain d'Abancourt.
CONSIGNE À MON PORTIER.
Di1 ma maifon , gardien fidèle ,
Toi , dont les plus riches cadeaux
N'ont jamais corrompu le zèle ,
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Voici ta configne en deux mots .
Chez moi , fi l'aveugle Fortune ,
Par halard , un jour, veut entrer ;
Si l'Ambition importune
Jufques à moi veut pénétrer ;
N'ouvre point : toujours à leur fuite
Sont les crimes & les foucis.
· Elles mettroient bientôt en fuite
Le bonheur , la paix & les ris.
A la porte s'il le préſente
Un bel enfant aux doux fouris ,
Dont la voix eft intéreflante ,
Le jeune Amour fils de Cypris ....
Ami , reçois bien la vifite :
C'est pour notre bonheur commun.
A toute heure ouvre lui bien vîte ,
L'Amour n'eft jamais importun.
Si la Sagefle avoit envie
De me parler: fans la chaffer ,
Dis - lui que ton Maître la prie
D'attendre , ou bien de repaffer.
Par M. Maréchal.
L'EXPL
'EXPLICATION du mot de la première
énigme du Mercure du mois de Novembre
1774 , eft la renommée ; celui de
DÉCEMBRE. 1774 61
9.
la feconde eft le gant ; celui de la troifième
eft remède . Le mot du premier logogryphe
et chapelet , dans lequel fe
trouvent pet , plat , pelle , palet , pêche ,
chape , lèche , chat , place , pâte , éclat ,
lácet , cal , étal , placet , pâle , cap , alte
& acte ; celui du fecond eft fraife , où le
trouve frais , frife , ris , aie , ire , faie
aife , raie , ais , air , aire , aï , as , fer ,
fa , fi , re , ris , fier , rais , frife ; celui
du troisième eft carpe , poillon , dans lequel
on trouve carpe ou poignet , re ,
aper (fanglier ) , cera , péra , rape , prẻ ,
cap , roc , cap , car , parce (épargnez) , car.
TOUT
ÉNIGM E.
>
Our le monde me craint & tout le monde
m'aime ,
Je fais beaucoup de mal , mais encor plus de bien.
La nature doit tout à mon être fuprême
Veillant ; mais , quand je dors , je ne luis presque
rien .
Je fuis plus léger que Borée ,
Et cependant je pèse fort
A l'étourdi qui , fans fupport ,
Veut me changer de place ou de contée,
62 MERCURE DE FRANCE.
Lorsque je veille , on m'apperçoit de loin ;
Si je dors , je fuis invifible ;
Ma nature eft indiviſible ,
Et l'on me divise au besoin.
Ce n'eft pas tout , Lecteur ; je n'ai ni dents ,
bouche ,
Si cependant l'on ne me contredit ,
Je mange tout ce que je touche ;
ni
Et plus je mange & plus j'ai d'appétir.
Par Mde Dupuis de Ban ... Collactane
de Mgr le Comte d'A...
AUTRE.
Jz fuis le bien & la richeſſe E
De ceux qui ne poflèdent rien ;
Je fuis la force & le foutien
Du Malheureux dans la détrefle.
Oui , fans moi , d'un bras furieux ,
On le verroit , de fes jours odieux ,
Terminer le cours déplorable.
Mais au moment où tout l'accable ,
Je parois ; mon aſpect vainqueur
Ramère le calme en fon coeur.
Lorsque l'adverfité te preffe ,
Lecteur , & que , malgré ſa foi ,
L'amitié même te délaiſle ,
DÉCEMBRE. 1774. 63
Je refte feule auprès de toi .
Enfin , pour me faire connoître ,
Et te peindre en deux mots mon être ,
Je ne vis que dans l'avenir ;
Quime perd n'a plus qu'à mourir.
Par M. Compan , avocat
L'ON
AUTR E.
L'on me voit une peau fi fine, ' ON
Un corps fiblanc & fi bien fait,
Qu'on diroit que mon origine
Eft quelque chofe de parfait.
Tandis qu'un meuble de ménage,
Ufé , s'en allant en lambeaux ,
D'une infinité de morceaux ,
Compofe mon leger corfage.
Je luis le pere des traitrelles
De qui les appas féduifans
Perdent les malheureux Amans
Qui les choififfent pour Maître fles.
C'est s'expliquer trop nettement ,
Lecteur , peux-tu me méconnoître ,
Surtout en me voyant paroître
Et te parler fi clairement.
Par M. Lavielle , de Dax.
64 MERCURE DE FRANCE.
LOGO GRYPHE.
JxE porte & je fuis portée ,
Voilà quelle eft ma deſtinée ,
Lecteur ; pour t'ôter d'embarras...
Je fuis peut être ſous tes pas.
Sans être Avocat , Procureur ,
Je vis toujours fuivant la forme ;
Souvent aux pieds d'un Directeur
On me voit repofer ſous l'orme .
A coup sûr veux to me connoître ?
Tu trouveras , décompofant mon être ,
Un féroce animal , un oiſeau domestique ;
Une boiſſon commune , que note en muſique ;
Enfin le Dieu Berger joueur de chalumeau ,
Qui , poursuivant fa maîtrefle chérie ,
Près du fleuve Ladon , célèbre en Arcadie ,
La vit changer en tofeau.
AUTRE.
PETIT efpace me contient ,
Je recèle fouvent des chofes précieules ;
Er des intrigues amoureuſes
Je fais un fidèle gardien.
Je remplis bien mon ministère.
Lecteur , ferois- tu commerçant?
DÉCEMBRE. 1774. 65
Si tu l'es , quoique fans talent ,
Je fuis ton meilleur fecrétaire.
Devine moi . Quand de dehors
Tu veux rentrer dans ta retraite ,
Sans en déranger les reflorts
Tu paffe toujours fur ma tête.
Ma queue , à l'engrais de ton champ ,
Seroit dans l'hiver néceſſaire ;
Mais , fragile , foible & légère ,
Elle s'envole au moindre vent.
Par M. Lavielle , de Dax.
RONDE DE LA ROSIERE.
'Andantino.
LE SEIGNEUR.

CHANTEZ , dan- fez , amufez- vous ,
$
E
3
Amufez-vous , jeu- nes Com- pagnes ;
·-ti-
*
3
Mufique de M. Grétry.
66 MERCURE DE FRANCE.
-D
Aimez , ai-mez , rien n'eft plus doux ;
三三
5
L'Amour eft fait pour les cam-
-P..
pa-
146
3
5
3
gnes. Refr. Il n'eft qu'un
mal , il n'eft qu'un bien , C'eft d'aimer
* 3 * 2
DÉCEMBRE. 1774.
E
qu dé n'aimer rien. Bis le Refr.
5 4
66*3
NINA.
De ce que die là Monfeigneur ,
Je fuis un exemple moi-même ;
Autrefois j'avois de l'humeur ,
Je n'en ai plus depuis que j'aime.
Il n'eft qu'un mal , il n'eft qu'un bien ,
C'eft d'aimer on de n'aimer rien.
LUCIL E.
Monfeigneur dit la vérité ,
Je le fens auffi par moi- même ;
Je me parois par vanité ,
Aujourd'hui c'eft pour ce que j'aime.
Il n'eft qu'un mal , il n'eft qu'un bien ,
C'eft d'aimer ou de n'aimer rien.
HERPI N.
Quand on verroit fuir en un jour
Ce plaifir que l'on dit frivole ,
Il nous faudroit chérir l'amour
Pour les maux dont il nous confole.
Il n'eft qu'un mal , il n'eft qu'un bien ,
C'eft d'aimer ou de n'aimer rien.
MERCURE DE FRANCE.
CÉCILE.
Oui , mon coeur me le dit tout bas ,
La vertu naît de la tendiefle
COLIN.
Quelle vertu ne donne pas
L'efpoir de plaire à la maîtreffe.
Enfemble .
Il n'eft qu'un mal , il n'eft qu'un bien ,
C'eft d'aimer ou de n'aimer rien . (bis) .
NOUVELLES LITTÉRAIRES,
Difcours prononcé à la féance publique
de l'Académie des Sciences , Belles-
Lettres & Arts d'Amiens , le 25 Août
1774 , par M. d'Agay , Intendant de
la Province , fur l'utilité des Sciences
& des Arts ; in- 4° . A Amiens , chez
la Veuve Godart ; & à Paris , chez
Lacombe , Libraire , rue Chriſtine.
La jouiffance d'une foule de biens &
d'avantages que nous devons aux fciences
& aux arts , prouve affez leur utilité . On
verra néanmoins , toujours avec fatisfaction
, l'éloquence élever la voix pour
DÉCEMBRE. 1774. 69
nous rappeler leurs bienfaits. Le tableau
qui nous en eft ici préfenté peut d'ailleurs
être regardé comme l'hommage de
la reconnoiffance . Ceux qui cultivent les
fciences & les arts y trouveront de nouveaux
motifs d'encouragement ; ils applandiront
aux vues annoncées dans cet
éloge , vues patriotiques que l'homme
public , qui a prononcé ce difcours , porte
dans fon adminiftration. L'Orateur , après
nous avoir fait voir l'influence favorable
des fciences & des arts pour le bonheur
de l'humanité , achève la peinture de
tous les avantages attachés à leur perfection
actuelle , par le trait le plus
frappant , qui caractérife notre fiècle ,
l'amour de l'agriculture . Il porte les regards
fur ces routes fuperbes , qui ont
préparé les grands progrès de l'agricul
ture & du commerce intérieur , en ouvrant
des communications faciles &
promptes entre toutes les provinces , pour
le tranfport de leurs productions réci
proques. Il nous fait remarquer ces canaux
fi utiles pour établir une navigation
intérieure , dont les avantages font inef
timables , & qu'il étoit réſervé à la France
& à notre fiècle de porter à fa dernière
perfection ; mais c'eft principalement
dans la Picardie que la vigilance du Gou
70 MERCURE DE FRANCE.
»
"
vernement répand ce nouveau genre de
bienfaits. Le grand ouvrage du canal
fouterrain , qui va établir la jonction de
la Somme à l'Efcaut , attire aujourd'hui
l'attention de l'Europe entière. Le
plan de ce monument , digne du génie
& de la magnificence des Romains , eft
tracé dans ce difcours , & ne peut manquer
d'intéreffer tous les Lecteurs . « " La
Somme , qui prend fa fource dans la
Picardie , & la traverfe pour fe perdre
» dans la mer , qui baigne fes côtes , ſe
» refuſoit à la navigation jufqu'à Amiens,
» par l'épanchement de fes eaux dans les
campagnes , dans un cours de vingt
lieues. Là commence une navigation
» difficile juſqu'à Abbeville , où les flots
de la mer viennent chercher les ba-
» teaux qui defcendent & apportent ceux
» des ports de Saint-Valery & du Crotoy.
» Cette province defiroit depuis longtemps
une navigation foutenue , dans
» la partie fupérieure de la Somme , &
perfectionnée dans les parties inférieu-
» res , pour réunir les deux extrémités
» par un commerce général , commu-
» niquant avec la mer. Ce projet ancien
» nement conçu & propofé , perfectionné
enfin par le célèbre Laurent , & com-
»
DÉCEMBRE . 1774 71
"
و د
n
» mencé fous fa direction , eft déjà exécuté
en partie , par la conftruction d'un
» canal fur la rive gauche de la Somme
qui fe réunit avec elle dans les parties
» navigables , & produira une navigation
» de trente-quatre lieues fur cette riviè-
" re , & une communication directe avec
» la mer. Mais cette navigation , parti-
» culière à la Picardie , devient , par l'entrepriſe
la plus hardie de l'induſtrie
» humaine , un point nouveau de réunion
» des principaux fleuves du Royaume , &
» de tous les canaux qui s'y joignent.
» La Somme , placée entre l'Oife & l'Ef-
» caut , communique avec ce premier
fleuve par l'ancien canal de Picardie ,
» connu fous le nom du Canal de la Fere.
» Sa jonon avec l'Efcaut ne pouvoit
» fe faire que par un canal de quatorze
» lieues de longueur au moins , en pre-
» nant la Somme dans l'endroit où elle
» eft navigable , près de St Quentin , & en
» perçant ce canal en ligne droite , pour
» réunir les deux fleuves au-deffous de
>>"
Cambray. Mais la nature fembloit
avoir mis à ce projet des obftacles in-
» farmontables , par des chaînes de mon-
» tagnes ou d'élévations que
voit éviter que par un détour de huit
l'on ne
pou72
MERCURE DE FRANCE.
20
n
» à neuf lieues , qui auroit entraîné des
» travaux iminenfes , enlevé à l'agricul
» ture beaucoup de terres précieuſes , &
qui auroit exigé la conftruction &
» l'entretien d'un grand nombre d'éclu-
» fes , pour former un niveau de com-
» munication entre les deux rivières ,
» dont les hauteurs ont foixante pieds
» de différence . M. Laurent , cet Artifte,
» immortel , que nous regrettons avec
toute l'Europe ; après avoir fondé les
» profondeurs , reconnu la qualité du
» terrein , mefuré les pentes des deux
» rivières , calculé toutes les difficultés ,
» a démontré la poffibilité de percer ces
» élévations en ligne droite , par un ca-
» nal fouterrein , propre à la navigation .
Sa longueur doit être de 7020 toifes ,
fous des maffes de plus de 200 pieds ,
» dans quelques endroits. L'heureuſe exécution
de cet ouvrage , admirable par
» fa hardiefle , confirme de plus en plus
la fageffe de les combinaifons , & en
» affure le fuccès . Le canal entre fous
» terre , près de Leſdin , à une lieue au
» nord de Saint Quentin ; il reçoit l'air
» & la lumière par des puits creufés de
» cent toifes en cent toifes , qui fervent
» en même temps à l'extraction desdébris
des
DÉCEMBRE. 1774 73
»
"
» des fouilles . La voûte eſt taillée en
plein ceintre dans les couches pierreu-
» fes , à travers lefquelles on pénètre.
Elles ont toute la folidité nécetfaire
» dans la plus grande partie des terreins
» où les excavations font faites ; mais
» dans ceux où l'on craindroit des ébou
» lemens , la voûte fera foutenue par des.
" arcs de maçonnerie . Sa hauteur eft de
vingt pieds & fa largeur de feize , indépendaminent
des banquettes ou tro-
» toirs ménagés au- deffus du niveau de
l'eau , pour fervir de chemin aux haleurs
ou tireurs de bateaux . L'entrée
» & la fortie de ce canal feront décorées
» de deux portes triomphales , élevées à
la gloire du Roi . Dé à l'on a percé
plus de cinq mille toifes , dont une
partie , conduite à fa perfection , eft
» devenue l'objet de la curiofité & mê-
» me de l'admitation d'un grand nom-
» bre de perfonnes , diftinguées par leurs
"
"
~
ود
places & par leurs lumières , foit de
» la France , foit des pays étrangers . Cet
» ouvrage , auquel l'antiquité n'a rien
» fait de comparable dans ce genre , ne
" fera pas moins admirable par fon utilité
, en formant la jonction de l'Eſcaut
» & des canaux par lefquels ce fleuve
D
93
74 MERCURE DE FRANCE.
» étend fa navigation dans toute la Flan-
» dre , la Hollande & les Pays- Bas , avec
» la Somme , l'Oiſe , la Seine , la Loire
» & l'Yonne , qui communiqueront à ce
» grand nombre de riches provinces qu'el.
» les parcourent , tous les avantages d'un
» commerce fi général , & de leurs dé-
» bouchés dans la mer » .
" Des travaux fi dignes d'une grande
» Monarchie , ajoute ici l'Orateur , exé-
» cutés jufqu'à leur dernière perfection ,
» éléveront le premier monument im-
» mortel du fiècle de Louis XVI , d'un
règne qui fera mémorable par la félicité
des peuples , & par l'exemple fi
» rare d'un jeune Monarque qui leur con-
» facre entièrement l'âge le plus précieux
» & le plus expofé à la féduction des
>> plaifirs
»
" .
Puiffe cette Province , la plus ancienne
de la Monarchie , continue
» l'Orateur , & fi fouvent honorée de
» l'augufte préſence de nos Rois , s'acquérir
encore une nouvelle préémi-
» nence , par fa reconnoiffance pour leurs
bienfaits , par ce tendre amour pour
» eux , qui fait le caractère & le bonheur
des Français : fentiment qui renaît au-
» jourd'hui , avec une nouvelle ardeur
DÉCEMBRE. 1774. 75
»
10
autour d'un Trône que la Vertu partage
avec les Grâces , & qui jette un
» nouvel éclat par la bienfaifance d'un
Monarque chéri , d'une Reine augufte ,
» née pour régner fur tous les coeurs , &
» des Princes fi chers à la France , dont
ils font l'ornement & l'appui . Qu'il
me fera doux d'être l'organe de leurs
» bontés pour cette Province , & de remplir
leurs vues bienfaifantes , en figna-
» lant mon zèle pour fon bonheur ».
Depuis que ce difcours a été prononcé
Monfeigneur le Comte d'Artois a vifité
le canal fouterrein , & après l'avoir examiné
avec beaucoup d'attention , en a
témoigné la plus grande fatisfaction , &
a perinis de rendre public le fuffrage
dont il a honoré ce monument.
M. le Duc & Mde la Duchefle de Cumberland
ont vu le même ouvrage avec autant
de plaifir que d'admiration , felon
les termes d'une lettre écrite & rendue
publique par les ordres de Leurs Alteffes
Royales.
Théorie des fentimens moraux ; traduction
nouvelle de l'Anglois de M.
Smith , ancien Profeffeur de Philofophie
à Glafcow; avec une table rai
Dij
76 MERCURE
DE FRANCE
.
fonnée des matières contenues dans
cet ouvrage , par M. l'Abbé Blavet ,
Bibliothécaire de S. A. S. M. le Prince
de Conty.
Quand une lecture vous élève l'efprit &
qu'elle vous infpire des fentimens nobles &
courageux , ne cherchez pas une autre règle
pour juger de l'ouvrage ; il eft bon & fait de
main d'ouvrier.
Caractères de la Bruyere , chap. I.
2 vol. in- 8°. prix 3 liv. brochés . A
Paris , chez Valade , Libraire , rue St
Jacques , vis- à- vis celle des Mathurins.
Cet ouvrage eft divifé en fix patties ,
chaque partie en fections , & chaque
fection en chapitres. La première partie
a pour objet la convenance des actions.
Ce mot convenance répond au mot anglois
propriety , qui marque , dans la plus
grande étendue ce qui fait qu'une action
eft convenable , faite à propos , & telle
que les circonftances l'exigent. Il eſt
queftion , dans la feconde partie , du mérite
& du démérite , ou des objets de la
récompenfe & du châtiment; dans la troiDÉCEMBRE.
1774. 77
fième , du fondement des jugemens que
nous portons fur nos propres fentimens
& notre propre conduite , & du fentiment
du devoir ; dans la quatrième , de
l'effet de l'utilité fur le fentiment de l'approbation
; dans la cinquième , de l'influence
de la coutume & de la mode fur
les fentimens de l'approbation & de
l'improbation morales ; dans la fixième
& dernière partie , des fyftêmes de philofophie
morale.
Les fentimens moraux dont M. Smith
nous expofe la théorie dans fon ouvrage ,
découlent principalement de cette pitié
ou compaffion qui nous fait prendre part
aux maux d'autrui . Cette tendre affection
de l'ame , d'autant plus utile à l'homme ,
qu'elle précède en lui l'ufage de toute
réflexion , eft ici appelée fyimpathie.
L'Auteur développe , avec beaucoup de
fagacité , ce rapport d'un homme avec
un autre homme , & y ajoute des obfervations
très propres à nous procurer une
connoiffance plus parfaite du coeur humain.
Ces obfervations font d'ailleurs
bien capables d'infpirer au Lecteur un
fentiment plus élevé de lui même , puifqu'elles
lui prouvent que l'homme eft
naturellement bon , & qu'il n'y a que le
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
*
défordre des paffions qui puiffe le rendre
indifférent au fort de fes femblables.
9
L'Auteur , dans le developpement de
fa théorie , nous fait voir un point de
perfection , auquel il est bien difficile
que l'homme puiffe jamais parvenir
mais qu'il eft cependant bon de lui
montrer. " L'homme , dit M. Smith
» d'après les Philofophes Stoïciens , ne
pas fe regarder comme quelque
» chofe de féparé & d'ifolé dans l'Univers
, mais comme un citoyen dur
monde , un membre de cette vaſte Ré--
publique de la nature . En tout temps
» il doit fouhaiter que fes propres inté-
وو
»
99
doit
» rêts foient facrifiés à ceux de cette
grande communauté ; il ne doit pas
» être plus affecté de ce qui le concerne
» lui même que de tout ce qui concerne
» une partie également importante de cet
» immenfe fyftême. Il faut que nous nous
» voyons , non dans le faux jour où nous
place notre amour-propre , mais dans
» celui où nous verroit tout autre citoyen
» du monde ; il faut que nous regardions.
» ce qui nous arrive à nous même , com-
» me nous regardons ce qui arrive à no-
99
tre prochain , où , ce qui revient au
» même , comme notre prochain regarde
DÉCEMBRE. 1774. 79
» ce qui nous arrive . Quand notre voi-
" fin , dit Epictère , perd fa femme ou
» fon fils , il n'y a perfonne qui ne fente
» que c'eft un malheur attaché à l'huma-
» nité , un événement naturel , qui eft
» tout-à-fait dans le cours ordinaire des
» choſes. Mais quand cela nous arrive à
» nous mêmes , nous jetons les hauts
cris , comme fi nous venions d'effuyer
» ce qu'il y a de plus extraordinaire. Nous
» devrions pourtant bien nous fouvenir
» comment nous étions affectés lorfque
» cet accident eft arrivé à notre voilin ;
» & tels nous étions dans le cas où il
s'agiffoit de lui , tels nous devrions
» être dans le même cas lorfqu'il s'agit
» de nous » . Quoique peu d'hommes ,
"
comme l'obferve ici M. Smith , aient
une idée ftoïque de ce qu'exige la parfaite
convenance , il n'y en a point qui
ne tâche plus ou moins de fe commander
à lui-même, & de ramener les paffions
que l'intérêt propre élève dans fon coeur
à quelque chofe qui convienne à fon
prochain. Mais cela ne peut jamais s'exé .
cuter auffi efficacement qu'en confidérant
tout ce qui nous arrive dans le même
jour où les autres font difpofés à le confidérer.
A cet égard , la philofophie ftoï
Div
80
MERCURE DE FRANCE.
cienne ne fait guères , que développer nos
idées naturelles de perfection. Il ne répugne
donc point à la raifon ni à la convenance
de faire tous fes efferts pour
prendre un empire abfolu fur foi- même ,
& tant s'en faut qu'il fût inutile de parvenir
à ce but , qu'au contraire il n'y au
roit rien de plus avantageux ; puifque
par - là nous établirions notre bonheur fur
le fentiment le plus folide & le plus
inébranlable , qui eft la ferme confiance
dans la juſtice & la fageffe qui gouverne
le monde , & une entière réfignation de
nous-mêmes & de tout ce qui fe rapporte Te
à nous , aux difpofitions infiniment fages
de ce principe qui règle tout dans la nature
.
Les différens articles de ce traité préfentent
des inftructions fatisfaifantes ;
pour ceux fur-tout qui ne fe laifferont
pas rebuter par une forte de féchert ffe
que l'Auteur a miſe dans l'établiſſement
de fes principes , & dont fes exhortations
, celles même deftinées à échauffer
notre amour naturel pour la vertu &
te bon ordre , ne font pas exemptes . Quoi
de plus propre , par exemple , à faire naître
en nous les tendres émotions de la joie
& du fentiment, que la vue d'une famille
7
DÉCEMBRE . 1774. 81

"
Co
où la tendreffe paternelle & la piété filiale
font régner la plus parfaite union ?
C'eft alors que le Philofophe doit fortir
de fon ftyle froid & dogmatique , pour
nous offrir la touchante image du bonheur
; mais M. Smith raifonne & ne peint
point. Aimer , dit le Profefleur Anglois
, eft en foi- même un fentiment
agréable. Il flatte le coeur de celui qui
» aime , le calme & l'adoucit. Il femble
» favorifer le mouvement des efprits &
» contribuer à la fanté . La connoiffance
» de la gratitude & de la fatisfaction
qu'il doit exciter dans la perfonne aimée
, y ajoute un nouveau charme ; le
» rapport mutuel qui eft entre ces deux
» perfonnes , fait que le bonheur de l'une
» eft placé dans le bonheur de l'autre ,
» & la fympathie avec ce rapport , les
"
"
و د
rend agréables à tout le monde. Avec
» combien de plaifir ne voyons- nous pas
» une famille , où l'eftime & l'amitié
réciproque uniflent tous les membres ;
» où le père , la mère & les enfans vi-
» vent enſemble comme des égaux , fauf
» la différence qu'établiffent , d'une part ,
» le refpect filial , & de l'autre la bonté
paternelle ; où la liberté , la tendreffe ,
» les railleries innocentes & les fervices
و د
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
» mutuels font voir qu'il n'y a point
» d'intérêts oppofés qui divifent les frè-
» res , ni de rivalité qui mette la méfintelligence
entre les fours ; & où tout
préfente l'idée de la paix , de la joie,
» de l'harmonie & du contentement ?
» Combien ne fouffrons nous pas , au
39
33
contraire , lorfque nous allons dans une
» maifon où la difcorde anime la moitié
» d'une famille contre l'autre ; où , à tra-
» vers une douceur & une complaifance
» affectées , les regards foupçonneux &
des traits de paffion qui s'échappent ,
» découvrent les jaloufies mutuelles qui
» les dévorent , & qui font prêtes à éclater
à tout moment , malgré toute la
» la contrainte que la préfence des étrangers
leur impofe» ?
"
>
L'ouvrage Anglois de M. Smith étoit
déjà connu en France par la traduction
Françoife qu'en a donnée en 1764 M..
Eidous. Le nouveau Traducteur avoue ,
dans fa préface , que lorfqu'il entrepric
la traduction que nous annonçons , il
ignoroit qu'il y en eût déjà une. M.
Smith , qui la connoifloit , ayant fu que
M. l'Abbé Blavet avbit fait une feconde
traduction françoiſe de la théorie des
fentimens moraux , en a remercié l'AuDÉCEMBRE
. 1774 . 83
teur , comme d'un fervice qui lui étoit
agréable. Cette nouvelle traduction eſt
recommandable par l'exactitude du fens ,
le choix & la propriété de l'expreffion .
Elle eft précédée d'une table de matières,
que l'on peut regarder comme une analyfe
taifonnée de ce bon ouvrage .
Traité de la culture du figuier , fuivi d'obfervations
& d'expériences fur la meilleure
manière de cultiver , fur les
caufes de fon dépériffement , & fur
les moyens d'y remédier ; avec figures.
Par M. de la Brouffe , D. M. M. de
la Société Royale de Montpellier , &
Maire d'Aramond.
Ficus oris delectatio.....
Sed dulcia facile bilefcunt.
Brochure in- 12 de 83 pag . prix 1 liv.
4 f. A Paris , chez Valade , Libraire
rue Saint Jacques , vis - à- vis celle des
Mathurins.
Les obfervations & les expériences
rapportées dans ce mémoire , fur la meil
leure manière de cultiver le figuier , fur
les caufes de fon dépériffement , & fus
D vi
84 MERCURE DE FRANCE.
les moyens d'y remédier , porteront les
Cultivateurs à conclure : 1 ° . Que le terrein
le plus propre à une figuerie doit
être une terre bonne , douce , un peu
fabloneufe ou légère , humide ou fraîche
.
2º. Qu'on doit planter le figuier au
mois de Mars ou au mois d'Août.
3 °. Qu'on doit enter le figuier en
écuffon dans le mois de Juillet ou dans
le courant d'Aoûr.
bour-
4°. Que le fruit du figuier , appelé
vulgairement janenque , dure peau ,
jaffote noire , brignolenque , eft , de toutes
les efpèces , le meilleur au goût ; que la
janenque , la marfeilloife , le pied de bauf,
la rouffale , la brignolenque , font les figues
les plus avantageufes pour le commerce.
L'Auteur a propofé la culture d'automne
& l'engrais d'hiver , pour défendre
le figuier contre les froids exceflifs
& les gelées . Il s'eft demandé à lui même
quelles pourroient être les caufes de dépéritifement
du figuier. Il a reconnu que
les froids exceflifs des hivers de 1766 ,
1767 & 1768 , joints à une longue féchereffe
dans l'intervalle de ces mêmes
années , fuivis de la gelée blanche du 21
DÉCEMBRE. 1774. 85
Avril 1767 , des froids printaniers du 26
Mars 1769 , du 26 Avril 1770 , & furtout
de la grande féchereffe que les fi
guiers éprouvèrent dans le courant de
cette dernière année , ont été tous enfemble
, & chacun en particulier , les
caufes du dépériffement fingulier des figuiers
du Languedoc.
+
L'Auteur a donné trois moyens pour
remédièr à ce dépériffement . Le premier
eft de couper tout le bois mort du
figuier ; le fecond , de ne laiffer en terré
qu'un feul jet , quand le corps du figuier
eft attaqué ; le troifième , de le famer ,
après avoir rempli ces deux conditions ,
avec parties égales du fumier des bêtes à
laine & de fiente de vache .
Nous ne pouvons trop recommander
la lecture de ce traité aux Cultivateurs .
Les procédés les plus propres à la culture
du figuier , y font exposés clairement &
d'après de très bonnes obfervations . Ces
procédés feront fuivis avec fuccès dans
les provinces même où le figuier n'étant
pas un objet de commerce , y eft cepenpant
cultivé pour l'utilité & l'agrément
de la table .
Le Télémaque François , ou aventures
86 MERCURE DE FRANCE.
d'un jeune Provincial à la Foire Saint
Ovide.
Voilà Paris ; que vous en femble ?
SCARRON. Defcrip. burlef. de Paris.
Brochure in- 12 . A Paris , chez Edme ,
Libraire , rue St Jean de Beauvais.
Un nouveau débarqué , feul à la porte
des Tuileries à huit heures du foir , entre
dans le jardin . Lorsqu'il eft au milieu
de la grande allée , il apperçoit de loin
un nombre prodigieux de lumières . Il
croit d'abord que c'eft une réjouiffance
publique; mais il eft bientôt détrompé
par des perfonnes qui vont & viennent
& parlent de la Foire . Sans doute , dit le
Provincial en lui-même, la Foire eft ce lieu
que je vois fi bien illuminé. Il continue
fon chemin , & fe trouve au milieu du
pont tournant . Comme il marchoit fort
vîte , les yeux attachés au fpectacle éblouiffant
qui s'offroit à fa vue , & fans faire
la moindre attention à ce qui fe paffoit
à fes côtés , il fe fentit frappé d'un violent
coup de coude , accompagné d'on
plus brufque encore. « Mais , Monfieur ,
s'écria le Provincial , prenez donc garde.
3
DÉCEMBRE. 1774. 87
Je me retournai , ajoute - t- il , du côté
» d'où venoit le coup , j'apperçus un jeu-
» ne homme qui me parut un étranger
» par la fingularité de fes vêtemens. Il
» avoit un chapeau très-large & très - long
par les côtés , très- court & très- étroit
" pat devant ; fes cheveux , que je reconnus
pour blonds , quoique falis par des
placards d'une poudre de couleur cendrée
, formoient , de chaque côté , une
infinité de boucles , féparées & alignées
» en pente douce depuis le front jufques
» & bien au deffous de l'oreille ; à l'endroit
de la tempe naifoit un favor
» d'un noir d'ébène , qui defcendoit en
» manière de croc au milieu de la joue ;
» à fes cheveux de derrière pendoit
» avec grâce , depuis les épaules jufqu'à
» la ceinture , une bourfe en forme
D
d'étui à parafol , tant elle étoit longue
» & étroite : des flots de rubans noués en
» rofettes & couverts d'un doigt de pou-
»> dre & de pommade en grumeaux , ne
» la tenoient affujetie qu'autant qu'il fal-
» loit , pour qu'elle jouât mollement
» comme une queue le long de fes reins;
» fon habit étoit d'un brun très lugubre:
» & très foncé , un collet verd pomme ,
bordé d'une jolie treffe d'argent à pail
88 MERCURE DE FRANCE.
"
»
"
»
"
lettes , venoit de chaque côté fe termi-
>> ner en pointe par deux boutonnières
» brodées dans le même goût , qui ne
répondoient à aucun bouton ; fes man-
» ches , fur-tout , étoient un labyrinthe
» où l'oeil fe perdoit dans les tours &
» détours de mille deffins bizarres : elles
» auroient pu fournir l'idée de plufieurs
jolis parterres ; fes poches , qui commençoient
où finiffoit fa bourfe
» étoient tout ouvertes , fans pattes ni
» boutonnieres pour les fermer au be-
» foin : ce qui acheva de me faire croire
» que ce jeune homme étoit un étranger ,
» & fon habit avoit été fait pour un
que
» pays où l'on n'eft pas obligé , comme
» dans celui- ci , d'être roujours en garde
» contre ceux qui nous approchent . Pen-
» dant que je parcourois des yeux un
» cotume fi nouveau pour moi , je m'ap-
» perçus qu'il me regardoit auffi fort at-
» tentivement ; je ne favois que penfer
» de cette rencontre. Jugez quelle fut
» ma furpriſe , quand je crus reconnoître
» dans fa figure tous les traits de C ***
» avec qui j'avois fait une partie de mes
» études à T *** ». C'eft ce poliffon ,
cet étourdi gafcon , qui fert à la Foire
St Ovide de Mentor au Télémaque proDÉCEMBRE
. 1774. 89
vincial. On s'imagine bien que leurs entretiens
n'ont rien de fort grave. Le
Gafcon fe prévaut beaucoup de ce qu'il
fait fon Paris ; & à quoi cette petite
fcience fe réduit telle ici ? A inftruire le
Provincial ébaubi des intrigues de quelques
filles rufées , & des fottifes de jeunes
écervelés .
Principes du Cultivateur , ou effais fur la
culture des champs , des vignes , des
arbres , des plantes les plus communes
& les plus ordinaires à l'homme ,
avec un traité abrégé des mala lies des
cultivateurs , de leurs enfans , de leurs
beftiaux , & des remèdes pour les guérit
; par Dom le Rouge , Religieux
de l'Abbaye Royale de Trifay , Ordre
de Cîteaux.
Tant que l'homme fuivit les loix de fon devoir,
Il vit tout l'Univers foumis à fon pouvoir..
2 volumes in 12 A Fontenay , chez la
Veuve de Jacques Poirier ; & à Paris,
chez les Frères Etienne , Libraires , rue
St Jacques.
L'Auteur traite , dans la première par-
3
90 MERCURE DE FRANCE .
-
tie de cet ouvrage , des moyens de fertilifer
les terres les plus ingrates , & de
rendre les vignes fécondes , du choix des
différentes femences & de leurs proprié
tés.
La feconde partie a pour objet la culture
des prairies naturelles & artificielles ,
& le choix des arbres qui contribuent à
l'ornement & à la richeffe des campagnes.
La troisième partie fait connoîrre les
maladies les plus communes des culti
vateurs & de leurs enfans.
L'Auteur nous inftruit dans la quatrième
& dernière partie , de l'utilité &
des propriétés des animaux domestiques.
Il parle de leurs maladies ainfi que des
remèdes les plus efficaces & les moins difpendieux
pour les prévenir & les guérir.
On ne trouvera rien de bien neuf dans
cet ouvrage. Mais les cultivateurs y ver
ront du moins raffenblées différentes obfervations
pratiques d'une utilité journalière.
L'Auteur , dans la vue fans doute
de rendre fes inftructions plus à portée
des gens de la campagne , a pris la forme
des entretiens familiers ; ce qui lui a fait
adopter un ftyle d'une prolixité fuper-
Aue , fatiguante même à caufe de pluDÉCEMBRE.
1774. $1
fieurs lieux communs que l'Auteur s'eft
quelquefois donné la peine de mettre
en vers. Nous en citerons un exemple ;
c'eſt la réponſe au quinzième entretien
fur les amuſemens champêtres .
Hélas ! très - cher ami , cet ancien temps n'eft plus,
Oùles hommes entre eux n'aimoient que
tus ,
les ver-
Où le bonheur d'autrui faifoit feul leurs délices.
Ils n'étoient point en proie à de lâches caprices .
Le pauvre & l'opulent remplis de charité ,
Laifoient à chaque pas des traits d'humanité .
Qu'heureux eft le mortel que guide la justice !
Par cette unique voix il fe rend tout propice.
Le furplus de la réponſe eft en profe ,
& contient quelques confeils fur la conduite
que les habitans de la campagne &
les cultivateurs doivent tenir dans leurs
établiffemens .
Difcours prononcé par M. Greffet dans la
Séance publique de l'Académie Frangoife
, le jeudi 4 Août 1774. Nouvelle
édition , revue , augmentée & précédée
d'une lettre de M. Greffet à M. ***.
brochure in- 8 °. A la Haye , & le vend
à Amiens , chez la veuve Godart ; &
92 MERCURE DE FRANCE.
à Paris , chez Lacombe , Libraire , rue
Chriftine.
Nous avons précédemment rendu
compte de ce difcours. Il vient d'être
réimprimé fous les yeux de l'Auteur , qui
y a joint plufieurs détails que les bornes
du temps preferit lui avoient fait retrancher
le jour de la féance publique. Dans
une lettre placée à la tête de cette nouvelle
édition , M. Greffer revient à ce
qu'il avoit appelé dans fon difcours le
ridicule néologiſme de nos jours . Il s'arme
dans cette même lettre des traits
d'une poële vive & légère pour combat.
tre le ton doctoral de la moderne fuffifance
, l'efprit frondeur , l'ennayeux perfifflage
, & l'Anglomanie qui nous accable
de tant de productions vaporeufes.
On reconnoît dans ces différentes peintures
le peintre enjoué de la Chartreufe.
L'Epître eft terminée par l'heureuſe annonce
que les triftes livrées de l'humeur
fombre & de la pédanterie , touchent au
terme de leur durée .
L'époque d'un nouveau bonheur
Ouvrant , de la voûte Erhérée ,
Le cours radieux & ferein
DÉCEMBRE. 1774 93
De l'alégreffe defirée ,
Répand la fraîcheur du matin
Sur la France régénérée ,
Et du plus paifible deſtin
Nous trace l'augure certain
Dans la bienfaiſance aflurée
D'un jeune & brillant Souverain ,
D'une jeune Reine adorée.
Sur tous leurs pas , jonchés de fleurs ,
La gaieté françoife & les Grâces
Vont , par leurs rayons enchanteurs ,
De tous les foucis deftructeurs
Effacer jufqu'aux moindres traces ;
Les penfeurs noirs , les raifonneurs ,
Les gens à phrafe , les frondeurs ,
Et tous les ennuyeux célèbres ,
Rentrent dans leur deftin obſcur ,
Ainfi que les oifeaux funèbres ,.
Dès que s'ouvre un ciel frais & pur ,
Rayonnant de pourpre & d'azur ,
Se replongent dans leurs ténèbres.
Le Poëte des moeurs ou les Maximes de la
fageffe , avec des remarques morales
& hiftoriques , utiles aux jeunes gens
& aux autres perfonnes , pour fe con
duire fagement dans le monde. 2 vol .
in 12 brochés , prix , 5 l . A Namur &
94 MERCURE DE FRANCE.
·
à Paris , chez le Jai , Libraire , rue
St- Jacques .
Un Poëme contenant les Maximes de
la fageffe ou de l'honnéte homme , mis à la
tête de l'ouvrage , fournit le texte de
plufieurs chapitres de morale , que l'Editeur
développe , & qu'il termine par des
anecdotes ou traits hiftoriques .
Ne tyrannifez point le pauvre qui vous
doit. Voilà un des vers du Poëme; &
voici le commentaire : « Si le débiteur
eſt dans la mifère , & qu'il vous conjure
d'attendre encore un peu , n'ayez pas le
coeur aflez dur pour le lui refufer. Ne le
ruinez point par des frais précipités , & ne
faites pas vendre le peu qui lui refte. Car
celui qui opprime le pauvre , dit Salomon ,
fait injure à celui qui l'a créé ; mais celui
qui en a compaffion , rend honneur à Dieu.
S'il lui eft impoffible , ou du moins difficile
de vous payer , remettez lui généreufement
la dette , ou du moins une
partie.
Un Gentilhomme fort pauvre devoit
une fomme très -confidérable au Comte
de Soiffons. Il vint le trouver , & le pria
de lui remettre la moitié de cette fomme,
"Cette moitié n'eft plus à moi , lui dic
DÉCEMBRE . 1774 95
le Comte , dès que vous avez pris la
"peine de venir la demander ; mais ,
puifque vous me laiffez la difpofition
de l'autre moitié , trouvez bon que je
»vous la donne.
Ne vous louez jamais . C'eft un grand
ridicule de fe louer foi- même. L'homme
fage & judicieux ne donnera jamais dans
cette fatuité. Nos avantages parlent d'euxmêmes
; laiffons aux autres le foin de les
publier. Qu'un autre vous loue , dit Salomon
, & non votre bouche ; que ce foit un
étranger , & non vos propres lèvres . Celui
qui penfe qu'il eft fage , ne le fera pas
long- temps ; s'il le dit , il ne l'est déjà
plus peut-être même ne l'a- t- il jamais
été. Un jeune homme fe vantoit d'avoir
en peu de temps appris beaucoup de
chofes , & d'avoir dépenfé mille écus
pour payer fes Maîtres. Quelqu'un de
ceux qui étoient préfens , lui répondit :
Si vous trouvez cent écus de tout ce que
vous en avez appris , je vous confeille de
les prendrefans héfiter.
Le plus grand plaifir qu'on puiffe faire
aux perfonnes vaines , n'eft pas de les
louer , c'eft de les entendre paisiblement
fe louer elles-mêmes. Mais c'eft une
complaifance qu'on a rarement. Leur
96 MERCURE DE FRANCE.
vanité bleffe trop la nôtre ; & nous nous
plaifons à l'humilier . Un Journaliſte
Tubalterne difoit dans une compagnie ,
qu'il diftribuoit la gloire . Oui , Monfieur,
lui répondit quelqu'un , vous la diftribuez
fi généreusement , que vous n'en gardez
point pour vous.
L'Editeur avoue qu'il a fouvent emprunté
d'ailleurs les réflexions qui compolent
fes remarques ; & il ajoute qu'il
s'eft propofé d'inftruire la jeuneffe , &
de rendre les hommes meilleurs . Il eft
du moins parvenu à rendre fon recueil
intéreffant & amufant , par le choix des
faits & dits remarquables , dont fes leçons
de morale font accompagnées.
,
Principes de la faine Philofophie , conciliés
avec ceux de la religion ou
la philofophie de la religion , par
l'auteur de la Théorie des êtres fenfibles
( M. Para ) , en deux volumes in-
12, chez Jombert père, rue Dauphine .
L'Auteur de cet ouvrage fait voir que
l'efprit philofophique n'est point incompatible
avec l'efprit religieux ; que
la vraie philofophie , loin de combattre
la vraie religion , en fuppofe ouou en
avoue tous les principes & toutes les
conféquences ;
DECEMBRE. 1774-1 97.
conféquences ; enfin que la religion a
pour elle la faine philofophie ; & que
la philofophie de la religion eft la feule
philofophic , à laquelle puiffe applaudir
la taifon . On doit favoir gré à M. Para
d'avoir raffemblé , comme fous un même
point de vue , les principes fondamentaux
de la philofophie , & les principes
fondamentaux de la religion ; & d'en
avoir fait réſulter un ouvrage philofophique
& théologique , qui également
folide & lumineux , fait voir & fentir
à toutes les claffes de lecteurs éclairés ,
l'accord vrai & réel de la philofophie
avec la religion ; & qui renverfant &
foudroyant , une fois pour toutes , les
principaux moyens que met ou peut
mettre en oeuvre l'incrédulité contre la
religion , devient une réfutation univerfelle
& permanente de tout ce qui a été
imaginé dans les fiècles antérieurs ; de
tout ce qui peut êrre imaginé dans les
fiècles à venir , pour rendre douteufe &
fufpecte une religion évidemment divine.
Euvres de M. le Chancelier Dagueffeau.
Huitième volume , contenant fes lettres
fur les matières criminelles &
E
;
28 MERCURE DE FRANCE.
fur les matières civiles . Chez Saillant,
rue Saint -Jean - de Beauvais ; veuve
Defaint , rue du foin ; de Lalain , rue
de la Comédie Françoife ; & Cellot ,
rue Dauphine.
Le zèle de M. le Chancelier Dagueffeau
ne fe bornoit pas à remplir les fonctions
auguftes attachées au bonheur d'être
l'organe des loix , & de veiller fur l'adminiftration
des Cours fupérieures : le
plus petit fiége lui paroiffoit également
digne de fes foins ; parce que le plus
petit fiége tient à l'ordre public ; qu'on
y prononce fur l'honneur , la vie & la
fortune des hommes ; & que la folidité
d'une chaîne dépend de la force & de
l'union de chacun de fes anneaux . Il n'y
a peut- être pas un feul Tribunal dans le
Royaume , qui n'ait éprouvé des effets de
fon infatigable follicitude. Il préfentoit
toujours la règle inflexible de la juſtice ;
mais il favoit la dépouiller de cet air d'auf
térité qui femble en être inféparable ; parce
qu'il avoit évalué de longue main ce que
· gagne l'Etat à la faire aimer , & ce qu'il
pourroit perdre en la faiſant redouter. Il
favoit qu'il y a pour les Compagnies
comme pour les hommes les plus dignes

DÉCEMBRE . 1774-
THEQUB
d'eftime , des jours nébuleux ,
LYON
dant lefquels il leur arrive de laffer
quelque chofe à defirer dans leur co
duite. Il regardoit ces variations comme
un malheur attaché à l'humanité , &
n'employoit pour guérir ces infirmités
paffagères , que la modération & la douceur.
Je rends toujours la même juftice
»( écrit- il à un Magiftrat ) , à votre zèle ,
»à vos lumières & à vos talens , dans
»l'exercice de votre ministère ; mais il
"n'eft pas étonnant qu'il échappe quelque
"chofe aux meilleurs efprits & aux Ma-.
"giftrats les mieux intentionnés , fur des
»matières qui ne font pas communes , &
»qu'une longue & trifte expérience m'a
donné lieu d'approfondir plus qu'ils
»n'ont eu encore le temps de le faire.
Quand les fautes d'un Juge inférieur
étoient l'effet , ou d'une ignorance groffière
, ou d'une négligence qui approchoir
de la prévarication ; les reproches qu'il
lui adrefloir , étoient pour lui un devoir
pénible , qu'il falloit remplir. Mais quelle
attention n'apportoit-il pas à les exprimer
, avec cette délicateffe qui captive le
coeur en éclairant l'efprit ? Se trouvoit- il
dans la néceffité de faire rentrer dans
l'ordre ces efprits ardens qui voudroient
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
non feulement fe fouftraire à d'utiles
réformations , mais en éloigner les autres;
il n'en coûtoit fouvent à M. le Chance .
lier qu'une feule lettre. Il allion avec
tant de nobleffe & de prudence le ton de
l'autorité qui convenoit à fa place , au
ton de douceur , qui fied fi bien à la
raifon , & qui la rend fi perfuafive ; que
les efprits les plus indociles ouvroient les
yeux fur leurs vrais intérêts ; & qu'en
fe rendant ; il leur eût été impoffible
de demêler s'ils cedoient par obéiflance
ou par conviction .
Profond dans la connoillance des
hommes , M. le Chancelier Dagueffeau
voyoit tout l'afcendant qu'avoit fur eux
l'habitude d'envifager les objets fous
certains points de vue. Il favoit que
l'opinion compte des ennemis dans ceux
qu'elle ne peut placer au nombre de les
approbateurs , & que l'approbation même
ne lui paroît qu'un tribut légitime.
Jamais homme d'Etat n'a fu profiter plus
fagement de cette orgueilleufe foibleffe .
Falloit- il attaquer une opinion douteuſe ,
mais enracinée ? il fembloit d'abord la
reſpecter. Oubliant , jufqu'au moment
de la victoire , la fupériorité de fa place
& celle de fon génie , il fe bornoit à
DÉCEMBRE. 1774. 101
propofer l'opinion contraire . Il la préfentoit
avec clarté , mais avec tous les
menagemens de la modeftie. Il armoit
contr'eux mêmes ceux qu'il vouloit détromper
; & cette adreffe- là feule , qu'il
fe permit dans fon a miniftration , ramenoit
d'autant plus fûrement les efprits ,
que chacun s'approprioit l'impartialité
de la difcuffion , & s'attribuoit le mérite
du choix & du jugement.
Lorfque l'utilité de la Magiftrature ou
l'intérêt public exigeoient quelque changement
à l'Etat ou à la conftitution d'une
Compagnie ; il ne perdoit jamais de
vue que
l'attachement aux anciens ufagės
, lors même qu'ils doivent être modifiés
, eft le plus fûr garant de la perfévérance
dans les maximes folides &
pures , qui maintiennent l'ordre & l'harmonie
entre toutes les parties de l'Etat.
Il voyoit que cet attachement étoit l'appui
de toutes les règles ; & il ne fe diffimuloit
point le danger d'ébranler les
fondemens d'un édifice , fous prétexte de
corriger des abus. Il raffembloit alors
toutes les précautions que pouvoient lui
infpirer fa patience & fon courage.
Toutes les difficultés étoient prévues &
pefées ; & dans la multitude de moyens
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
propres à combattre des préjugés fondés
fur l'habitude d'une longue poffeffion ,
aucun n'étoit négligé. Ce n'étoit pas encore
affez , pour raffurer M. le Chancelier
Dagueffeau. Il commençoit par
s'affurer du concours des principaux
Membres de cette Compagnie ; & il
choififfoit toujours ceux qui s'étoient
diftingués par leurs lumières & par leur
droiture . Il fentoit que c'étoit leur donner
une marque diftinguée de fon eftime,
que de leur confier fon projet ; de leur
en développer les motifs ; de les affocier
à l'emploi des moyens qui devoient la
faire réuffir. Ces Magiftrats fentoient de
leur côté , tout le prix d'une confidence
qui les rendoit , pour ainfi dire , les
coadjuteurs du Chef de la juftice . Ce
fentiment rallentifloit & éteignoit par
degrés les effets des anciens préjugés ,
qui bientôt faifoient place au defir de
feconder avec fidélité des vues fages ,
fûres , & puifées dans l'amour du bien
public. Le fruit de cette concorde étoit
toujours des avis fincères & défintéreffés ,
fur lefquels M. le Chancelier Dagueffeau
perfectionnoit le plan de fon opé
ration . Et il ne tardoit pas à jouir du
bonheur d'avoir ſubſtitué la règle à l'abus,
DÉCEMBRE . 1774. 103
par le moyen de ceux même qui auroient
pu y mettre obſtacle.
Que manquoit-il alors au bonheur , à
la dignité des Miniftres de la Juftice ?
M. le Chancelier Dagueffeau plus jaloux
de l'honneur des Magiftrats que les Magiftrats
eux mêmes , n'oublioit rien de
ce qui pouvoit fortifier en eux le voeu
de fe rendre refpectables par leurs lumières
& leur intégrité ; & dans le
Public , le fentiment de refpect qu'infpirent
la droiture & la capacité réunies
à des fonctions importantes. Il auroit
cru perdre la partie la plus précieufe de
la dignité de fa place , s'il eût manqué.
quelque chofe à la dignité de ceux dont
il étoit le Chef. En un mot , il difoit
lui-même , & l'on copie ici fes propres
expreffions : " qu'un Chancelier s'ho-
» nore en honorant les coadjuteurs de
»fon ministère ; & que s'il eft le Juge
»de leur juftice , il doit à la juſtice même
»d'être le confervateur , & , fi l'on ofe le
» dire , l'Ange tutelaire de leur dignité.
Il favoit que le refpect pour les loix
»tient au refpect pour les Magiftrats qui
»en font les dépofitaires . Auffi recommandoit-
il aux Avocats & aux Clients
» d'avoir autant de vénération pour les
Eiv
104 MERCURE DE FRANCE.
» Miniftres de la Loi , que pour la Loi
»même.
Perfuadé que les Loix font l'ame
univerfelle d'un Etat ; que l'intérêt invariable
du Trône eft indivisiblement
attaché à leur empire ; que la juftice eft
à la fois le plus ferme appui. des Souverains
, & l'inftrument le plus fûr du bonheur
& de la tranquillité des Sujets ; il
eſt aifé de fentir combien les idées * qu'il
avoit de la Magiftrature étoient élevées ;
combien de talents , de lumières & de
vertus , il exigeoit dans les Magiftrats ,
En parcourant les traits d'éloquence de ce
grand Orateur, qu'on a joints au difcours préliminaire
, on trouvera une belle defcription des qualités
fublimes qui conftituent le Magiftrat ; & l'on
verra , dans un paffage de Tacite , qu'on a reconnu
dans tous les Gouvernemens , la néceffité de
mettre la Magiftrature à l'abri des viciffitudes qui
la rendroient le jouet & la victime des paffions
humaines « Ne croyez pas , difoit un Empereur
»Romain , que la ftabilité de cet Empire dépende
des monumens qui le décorent. Ces édifices , ces
» temples , ces colonnes , que l'oeil contemple avec
» admiration , le temps les renverfera . Mais mon.
tez au Capitole , entrez dans le Sénat , regardez
» ces hommes vertueux qui difpenfent la justice
& font régner les loix ; voilà les fondemens
» éternels de mon Empire & de ma gloire » . Tacite
, Hift. lib. I.
DÉCEMBRE . 1774. Foj
& combien il étoit attentif à conformer
fa conduite à fes principes : auffi a - t - il
rempli l'Europe de fon nom & de fa
gloire. Les gens de tout ordre , de tout
pays favent qu'il fut éminent par fon
génie , par fon favoir , par fa vertu , par
une bienfaifance qui rapportoit tout au
bonheur de l'humanité entière. Après fa
mort , il a été , & il eft encore par les
dignes héritiers de fon nom qui marchent
fur fes traces , & par les ouvrages
qu'il nous a laiffés , un bienfaiteur
univerfel , dont la mémoire fera toujours
précieuſe aux bons Citoyens . Ce
digne chef de la juftice fe peignoit fi
bien lui- même dans les lettres qui compofent
ce huitième volume , qu'elles
imprimoient dans le coeur de ceux qui les
lifoient au bout du Royaume , autant de
vénération pour fa perfonne , que fa
perfonne en infpiroit à ceux qui avoient
le bonheur de le voir & de l'approcher.
Telle eft l'idée que l'eftimable Editeur
nons donne de ce Magiftrat , d'après les
lettres réunies dans ce huitième volume .
L'avertiffement , dont nous avons employé
les propres expreffions dans ce fecond
extrait , eft un morceau très- éloquent
& plein d'excellentes vues . Les
grands hommes ont beau avoir déjà été
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
loués , on trouve toujours matière à dire
des chofes neuves , lorfqu'ils font confidérés
par le génie d'obſervation .
Les Etrennes du goût , où l'on trouve ce
que les fciences , les arts & l'induſtrie
fourniffent de plus rare & de plus
utile dans la Capitale & la Province ,
avec une note des principales curiofités
de Paris , de Verfailles & de leurs
environs , pour l'utilité des étrangers .
A Londres ; & fe trouve à Paris , chez.
Lambert , Imprimeur , rue de la
Harpe , près St Côme. Prix , 12 fols,
96 pages.
Ce petit almanach utile & bien fait
indique toutes les raretés & les nouveautés
que les fciences , les arts & l'induſtrie
produifent dans cette Capitale , & même
dans les Provinces . On y trouve des
chofes curieufes & intéreffantes fur tous
les talents & les métiers . Il devient auffi
néceffaire aux habitans de la Province
qu'aux nouveaux arrivés dans Paris , &
même à fes citoyens .
L'Auteur a ajouté à la fin de ce recueil,
pour compléter l'avantage qu'on en peut
retirer , une note des principales curiofités
que les étrangers ont à voir dans
DÉCEMBRE. 1774. 107
Paris , Verſailles & leurs environs , avec
les noms des Artiftes qui en font les auteurs
.
On invite les Artiftes & les Ouvriers
de Paris & de la Province d'envoyer la
notice de leurs ouvrages ou de leurs marchandifes
nouvelles , avant le premier"
Octobre 1775 , chez M. LE Febvre ,
rue du Foin- St-Jacques ›
au collège de
Maître Gervais.
*
Le Juge , Drame en trois actes & en
profe ; par M. Mercier . Prix so fols.
A Londres , & fe trouve à Paris chez
Ruault , Libraire , rue de la Harpe.
Le noeud de cette pièce eft fort fimple:
Il s'agit d'une maiſon de payſan & de
quelques arpens de terre fitués dans la
Seigneurie de Monrevel , & revendiqués
par le Seigneur de ce nom . Le paysan
nommé Girau , n'a point de titre écrit ;
mais il allégue une poffeffion de deux
cens ans , qui eft un affez bon titre , &
d'ailleurs fa propriété fe trouve reconnue
par d'anciens terriers de la Seigneurie .
Le procès eft donc évidemment injufte ;
* Les cinq articles fuivans font de M. de
la Harpe.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
auffi le Comte de Monrevel ne l'a-t-il
pas intenté de bonne-foi . Il avait une
prodigieufe envie de ce terrein fitué au
bout de fon parc , vis - à - vis de fon château
. Il voulait y faire bâtir un pavillon
qui devait lui former une perfpective
agréable. Il a offert à Girau le double
de ce que valaient fa maifon & fes dépendances.
Mais Girau , aufli attaché à fa
maifon que le Comte en eft avide , s'eft
obftiné à la garder. Alors l'Intendant ,
les gens d'affaires s'en font mêlés , ont
fufcité de mauvaiſes chicanes . On a commencé
par faifir les terres du Payfan &
par abattre fa maifon , ce qui eft affez
difficile à comprendre car , pour une
exécution fi violente , il faut au moins
une fentence ; & qui l'aurait rendue ? Le
procès , au commencement de la pièce ,
eft porté , en première inftance , devant
le Juge du lieu , M. de Leurye . Ce Juge
eft originairement un orphelin que le
Comte a fait élever , qu'il a établi , å
qui de plus il a fait époufer une femme
que de Leurye aimait & qu'il aime encore.
Enfin le Juge doit tout au Comte.
Mais il doit la juftice à Girau , & il eſt
déterminé à la rendre . Le Comte vient
le voir , & après que de Leurye lui a
DECEMBRE. 1774. 109
prouvé clairement qu'il a tort , a tort , & qu'il
va perdre fon procès ; il lui avoue que
l'idée de ce pavillon lui tourne la tête ,
que c'eft la confolation de fes derniers
jours , enfin qu'il donnerait tout pour
l'avoir. Il veut remettre à de Leurye
vingt mille francs , qui font trois fois la
valeur de la maifon en litige , pour faire
perdre le procès au payfan , & lui donner
cette fomme en dédommagement , après
l'arrêt rendu . On juge bien que de Leurye
rejette une pareille propofition . Le
Comte , déjà offenfé , n'a plus d'autres
reffources que de faire de nouvelles tentatives
fur Girau . Mais celui - ci eft auffi
inflexible que le Juge. Enfin le Comte
s'opiniâtrant toujours davantage , menace
de Leurye de tout le poids de fon reffen.
timent : & le dernier moyen qu'il emploie
, c'eft de lui dire qu'il connoît le
père de de Leurye , que celui- ci croit
mort depuis longtemps ; qu'il a le fecret
de fa naiffance , & qu'il ne le révélera
point fi de Leurye ne lui fait gagner
fon procès ; il ajoute qu'il le privera de
fa place , ce qui doit le réduire dans
l'indigence , lui , fa femme , & une jeune
fille nommée Thérefe , perfonnages
de la pièce , & perfonnages très - inutiles .
110 MERCURE DE FRANCE.
Le Comte avertit même Mde de Leurye
du danger que fon mari va courir , &
l'exhorte à l'en détourner. De Leurye
fort pour aller juger , & c'eft la fin du
fecond acte.
On voit déjà , fur cet expofé , le vice
radical de cette intrigue ; elle manque
par les refforts & par les caractères. Le
Comte eft un fou odieux , dont le rôle
n'eft pas foutenable. Du moment où l'on
fait que , dans l'idée de faire conftruire
un pavillon , il a commencé préalablement
par abattre la maifon où logeait
une pauvre famille , & par faire arracher
les plantations qui la nourriffaient , c'eft
un tyran exécrable & ridicule . Si l'Auteur
avait voulu le préfenter comme un
homme dur , objet de l'averfion des
fpectateurs , fa conduite alors était toute
fimple & allait au but. Mais il en veut
faire un homme qui , au fonds , eft honnête
, & qui n'a qu'un travers. Alors tout
eft manqué. Ce travers , qui produit des
atrocités , révolte abfolument . Il n'y a
plus de proportion entre les moyens &
l'effet . Il faut que tout caractère vicieux ,
qu'on ne veut pas faire hair , ait une
excufe vraisemblable , & le Comte n'en
a point. Ce n'eft plus qu'une bizarrerie
DÉCEMBRE. 1774. 111
*
cruelle , qui choque & fatigue. D'un autre
côté , l'obſtination à peu - près gratuite
du laboureur , qui refufe le double de
fes poffeffions , fi elle ne bleffe pas , ne
peat intéreffer beaucoup. On voit que ,
dans tous les cas , il ne fera pas à plaindre.
Ainfi , nulle émotion , nulle crainte .
Il ne s'agit , pendant deux actes fort
longs , que d'une maifon & de quelques
arpens difputés entre deux hommes différemment
bizarres . Quant au Juge , il
eft impoffible qu'il balance . Sa conduite
eft indifpenfablement tracée. Il n'y a
dans ce premier noeud rien qui reffemble
à la fable d'une pièce . L'Auteur appelle
fon ouvrage un Drame : mais il eft difficile
de voir ce qu'il y a de dramatique.
Voici un autre noeud qui ſe préfente.
Il ne s'agit plus de favoir qui aura
la maifon & les arpens ; il faut voir ce
que deviendra de Leurye , qui va perdre
fa fortune & qui ne retrouvera pas fon
père , s'il ne donne pas gain de caufe
au Comte de Monrevel . Cet incident
romanefque eft il tolérable ? Le Comte ,
faifant une pareille menace , feroit - it
fupporté fur la fcène ? C'est bien pis au
troisième acte ; il a perdu fon procès ; it
eft furieux , & , tout au milieu de fa fu
112 MERCURE DE FRANCE.
reur , il eft fi touché de la joie & de la
reconnaillance de la famille Girau , qui
vient remercier le Juge , qu'il faute au
cou de de Leurye & qu'il le reconnaît
pour fon fils . Il ne dit ni pourquoi , ni
comment il a laiffé fon fils Juge de village
, quelles raifons l'ont pu forcer à fe
priver fi long-temps du plaifir d'avoir un
fils , ni pourquoi ces raifons ceffent toutà-
coup depuis que Girau a gagné fon
procès. On ne nous explique rien . I
fuffit que le fils tetrouve fon père , & que
l'Auteur trouve un dénouement , n'importe
lequel. On nous fait grâce des détails
du roman , & il n'y
& il n'y a pas grand
mal.
Voilà comme font faits ces ouvrages
qui ont une prétention exclufive à la morale
, au fublime , au génie ! C'est avec
ces belles imaginations qu'on veut créer
un nouveau théâtre , qui doit , dit on ,
anéantir l'ancien . Telles font les rares
productions qui doivent faire difparaître
tous les chefs - d'oeuvres de notre langue
devant le genre qu'on appelle honnéte ,
comme fi les autres genres étoient malhonnêtes.
Ce n'eft point ici une exagération
; cette prédiction remarquable de
la chûte de nos plus belles pièces , que
DÉCEMBRE. 1774 . 113
doit faire tomber le Drame Bourgeois ,
eft littéralement énoncée dans un Effaifur
le Drame , qui peut nous donner quelque
jour l'occafion d'examiner la poëtique
de ce genre , & les inconcevables
paradoxes de ceux qui s'y font exclufivement
dévoués .
Il nous refte à parler du ftyle de la
pièce . Il eft tel que celui de prefque routes
les pièces de ce genre ; c'est - à - dire ,
un mélange de familiarité & d'enflure ,
quelques traits de ce naturel commun ,
dont perfonne ne fe foucie , & beaucoup
de tirades de rhétorique. Les nuances
juftes du dialogne ; les convenances du
ton & du perfonnage n'y font preſque
jamais obfervées . C'eft un langage qui
n'appartient à perfonne. C'eft celui d'un
déclamateur qui , tour à-tour , ſe fait enfant
ou philofophe , & qu'on apperçoit
toujours fous ce double mafque . Par
exemple , on fait dire au laboureur Girau
: Depuis plus de foixante années je
vois chaque matin le lever du foleil qui
ar fes premiers rayons m'envoye lefignal
ae la prière. Il eft probable que jamais
le payfan le mieux élevé n'a parlé de ce
ftyle . Ces longues allées , ces grands chemins
, ces enclos , où l'on ne voit pas un
114 MERCURE DE FRANCE.
F
feul arbre fruitier , voilà autant de vols
faits à l'agriculture . Comment l'Auteur
n'a t- il pas fenti qu'agriculture étoit un
mot de la capitale , qu'on ne connaît pas
dans les campagnes ? C'est un mot fouvent
inconnu à ceux qui labourent , &
répété par ceux qui écrivent . D'ailleurs
on retrouve fouvent , comme dans tous
les Drames de cette efpèce , ces lieux
communs de la converfation domestique
& journalière , avec lefquels on pourrait
faire aifément cinq actes d'une extrême
vérité & d'un extrême ennui .
THERESE.
Bon jour , cher papa , bon jour. Prenez
ce bouillon avant tout , & puis après,
que je vous embralle .
M. DE LEURY E.
Ah ! ah ! tu es déjà levée auffi , toi ?
THERESE.
Il faut bien fe lever matin , fi l'on
veut vous voir avant que vous fortiez.
Eft il bon , papa ?
M. DE LEUR YE.
*
Excellent , ma chère Thérefe. Elle
DÉCEMBRE. 1774 115
fe porte à merveille , ce matin.
THERES E.
Je me porte toujours bien quand je
vous vois ; car je fuis fi contente ! Vous
allez encore revenir bien tard aujourd'hui.
M. DE LEURY E.
Dis- moi , combien as tu brodé de jolies
fleurs hier dans toute ta journée ?
THERESE.
Oh ! je ne les ai pas comptées . Mais
vous verrez , vous verrez . Avant peu ...
Il ne faut rien dire .
M. DE LEURYE.
Allons , allons , nous examinerons
Tout cela cet après- midi.
Mde DE LEURYE à fa fille.
A- t- on rangé là- dedans tout ce qu'il
faut ?
THÉRBSE .
Oui , Maman. Papa peut s'habiller
quand il lui plaira ; tout eft prêt .
Lorfqu'on lit de pareilles fcènes , on
116 MERCURE DE FRANCE.
fe rappelle toujours ce mot de M. Jourdain
: « Quoi ! lorfque je dis , Nicole ,
» apportez - moi mes pantoufles , je fais
» de la profe » ! Les Auteurs de Drames
font fouvent de la profe comme celle de
M. Jourdain , quand il parlait à ſa ſervante
en fe levant ; mais non pas comme
celle que Molière met dans fa bouche
quand il le fait parler fur la fcène.
Cependant on trouve quelquefois dans
M. Mercier des morceaux d'une vérité
plus intéreflante ; tel eft le moment où
Girau , fa femme & fes enfans viennent
remercier leur Juge.
GIRA U.
« Monfieur , nous ne venons pas vous
» déranger pour long temps. Ce que nous
» avons à vous dire fera bientôt dit . Ne
» croyez pas , je vous prie , que nous
» venions vous remercier de nous avoir
fait gagner notre procès : on ne loue
point la juftice d'avoir été jufte . Mais ,
avec votre permiffion , nous venons
» vous montrer à toute notre famille .
» Ecoute , femme ; & toi , Jacques ; toi ,
Charlot ; toi , Philippe ; toi , Chrif
tophe , approche tes deux petits frères.
Bon: Regardez bien ce digne homme ,
"
39
DÉCEMBRE. 1774 117
regardez le en face ; là , pour le bien
» reconnaître ; & fi jamais quelqu'un
quand je n'y ferai plus , voulait vous
» faire du tutt , n'ayez aucune crainte
» de ce méchant. Venez ici en aſſurance ,
» & boutez votre caufe entre les mains ;
le refte eft fon affaire. Allez , allez ,
» tout ira bien. Il a la main ferme pour
» tenir la balance. Il vous protégera contre
qui que ce foit au monde. Car
» voyez- vous , tous les grands Seigneurs
» ne font , devant fon tribunal , pas plus
» qu'un homme comme moi . Voilà tout
» ce que je voulais vous dire , mes enfans
; Allez-vous- en , & n'interrompez
» pas plus long-temps un Juge , qui`n’a
» pas trop de temps à lui , puifqu'il
» l'emploie à empêcher le mal qui ,
» comme l'ivraie , femble pouffer de lui.
même en ce bas monde. Et nous , en
conféquence de cette obfervation , nous
» demeurons très refpectueufement
» Monfieur , votre très humble & très-
» obéiffant ferviteur »>
ן כ
"
"
"
NO
?
Ce morceau n'eft pas , à la vérité , de
ceux qui font d'autant plus difficiles à
faire qu'ils paraiffent plus. faciles . Mais
y a un mélange touchant de bonhommie
& de joie , & le ton n'eft pas auil
118 MERCURE DE FRANCE:
deffus de la raiſon & de l'éloquence d'un
payfan . Ce naturel , s'il régnait dans
toute la pièce , ferait du moins un mérite
; mais le naturel louable & qui ne
choque point le goût , eft précisément la
qualité la plus rare dans ces Drames , où
l'on femble fur - tout fe piquer de naturel.
Difcours en vers fur la manière de lire les
vers. Par M. François de Neufchâteau.
Ce fujet ne femble ni affez fécond , ni
aflez intéreffant pour former un ouvrage
de près de trois cens vers ; mais ceux de
M. François font très bien tournés ; il y
en a même de très heureux . Il entre
d'abord en matière & s'adrefle , dans fon
indignation , à l'homme mal organiſé ,
qui défigure les vers en les lifant.
Ah! fita voix ingrate ou languit , ou détonne ,
Ou traîne avec lenteur fon fauflet monotone ;
Si , du feu du Génie en nos vers allumé ,
N'étincelle jamais ton eril inanimé ;
Si ta lecture enfin , dolente psalmodie ,
Ne dit rien , ne peint rien à mon ame engourdie ,'
Cefle , ou laifle -moi fuir. Ton regard abattu ,
Du regard de Méduse a la trifte vertu.
DÉCEMBRE. 1774. 119
L'Auditeur , qu'ont glacé tes fons & ta présence ,
Croit fubir le fupplice inventé par Mézence :
C'eft un vivant qu'on lie au cadavre d'un mort.
Attentifà ta voix , Phébus même s'endort ;
Sa défaillante main laifle tomber fa lyre.
C'eft peu d'aimer les vers ; il faut les favoir lire,
&c.
C'est un vivant qu'on lie eft un hémiftiche
dur , qui devait bleffer l'oreille délicate
de l'Auteur ; attache femble être
d'ailleurs le mot indifpenfable .
L'Auteur parle très bien de l'ancien
accord de la mufique avec la poësie . Il
exprime , avec une précifion élégante ,
les différens procédés des vers grecs &
latins.
Jadis , on les chantait. Les annales antiques
De Moïse & d'Orphée exaltent les cantiques.
Te faut- il rappeler ces prodiges connus ?
Ces rochers attentifs à la voix de Linus ?
Et Sparte qui s'éveille aux accens de Tyrthée ?
Et Therpandre appaisant la foule révoltée ?
Les Poëtes divins , maîtres des Nations ,
Savaient noter alors l'accent des paffions.
L'ame était adoucie & l'oreille charmée ,
Et même des Tyrans la rage désarmée .
Cefut l'attrait des vers qui fit aimer les lois ,
120 MERCURE DE FRANCE.
L'art de les déclamerfut le talent des Rois.
Les Dieux mêmes , les Dieux , par la voix des
Oracles ,
De cet art enchanteur consacraient les miracles.
Chez les fils de Cadmus , peuples ingénieux ,
Que les fons de la lyre étaient harmonieux !
Que , dans ces beaux climats , l'exacte prosodie
Aux chansons des neuf Soeurs prêtait de mélodie !
On voyait , à côté des Dactyles volans ,
Le Spondée alongé fe traîner à pas lents.
Chaque mot chez les Grecs , amans de la mesure ,
Se pliait , de lui - même , aux loix de la césure ;
Chaque genre eut fon rithme. En vers majestueur ,
L'épopée entonna fes récits faftueux .
La modefte élégie eut recours au diſtique.
Archiloque s'arma de l'iambe cauftique .
A des mètres divers , Alcée , Anacréon
Prêtèrent leurgénie , & leur gloire , & leur nom.
Le Poëte compare un bon Lecteur à
l'écho qui laiffe le fon dans l'oreille .
L'Amante de Narcifle en nos forêts errante ,
Redit , d'un dernier mot , la fyllable mourante ;
Mais des chants de la muse , écho plus affidu ,
Tout ce qu'elle prononce , un Lecteur l'a rendu .
La conftruction des deux derniers vers
eft un peu embarraffée , & le fens ne s'en.
préfente
DÉCEMBRE . 1774. 121
préfente pas d'abord . Les deux premiers
font excellens . On pourrait obferver , à
la rigueur , que l'écho , de fa nature ,
n'eft pas errant , qu'il eft même néceffairement
fixé . Mais ici c'eft la Nymphe
Echo perfonnifiée , & c'en eft allez pour
juftifier , en phyſique , deux vers excellens
en poëlie.
L'Ateur paffe à la manière dont on
juge les vers nouveaux. Il introduit un
Abbé , un Médecin à la toilette d'une
femme , & l'entretien roule fur un poëme
nouveau . Mais ce dialogue , qui eft
long , n'eft pas piquant. Rien n'est plus
difficile à faire qu'un bon dialogue , où
le Poëre joue lui feul le rôle des deux
interlocuteurs . Le modèle de ces fortes
de morceaux eft , fins contredit , le dialogue
de Pyrrhus & de Cynéus dans
Boileau ; c'est un chef- d'oeuvre . Celui
de M. François tombe même quelquefois
dans le mauvais goût.
Ah ! vous avez raiſon , & c'eſt une trouvaille ,
Que ces eftampes - là . - Comme Longueil tra
vaille !
-
Mais ce n'eft pas aſſez d'admirer le Graveur ,
Docteur , jugez l'écrit ; mais jugez lans faveur.
Madame , à vous le dé.
F
122 MERCURE DE FRANCE.
·
A vous le dé peut être bon dans un
dialogue de comédie. Molière l'a même
'employé d'une manière très plaifante
dans le Milantrope
, & c'eft un des avantage
de la bonne comédie , qu'un mot
très-commun devient très heureux par la
place où il eft mis . Mais dans un dialogue
où le Poëte parle , dans une épître
d'un ton noble , cette expreffion
paraîtra
trop familière.
M. François fe mocque , avec raiſon ,
de ces déclamateurs
forcenés qui récitent ,
avec une violence épouvantable
, ce qu'ils
ont compofé avec une froideur pénible ,
& dont on a dit que leurs vers étaient faits
de
coups
de marteau & récités à coups à
poing.
Gardons-nous d'imiter , dans fa folle lecture ,
· Dans les roulemens d'yeux & fes contorfions ,
<Ce fanatique amant de fes productions ;
Ce furieux rimeur , qui , d'un ton ridicule,
Comme un vrai poflédé , s'agite, gefticule ,
Tourmente notre oreille , épuife fon gofier ,
Et croit être ſublimé à force de crier.
Jadis fur fon trépied , la Pythic agitée ,
D'un Dieu même remplie , était moins tourmend
tée.
M. François oppofe à ce tableau une
DÉCEMBRE. 1774 123
lecture fage , mefurée & fentie. Il propofe
pour modèle un illuftre & refpectable
Académicien , qu'on a vu quelquefois
lire aux féances publiques des morceaux
charmans , & joindre des grâces
perfonnelles à celles de fes écrits.
Ainfi , quand NIVERNOIS daigne , aux Mufes
fidèle ,
Lire à l'Académie une fable nouvelle ,
Il fait d'un charme heureux enivrer les efprits ;
Chaque vers eft faillant , chaque mot a fon prix.
Toutfait image en lui , tout fert à l'éloquence ;
Ses difcours , fes regards , & même fon filence.
Ainfi les Grecs charmés environnaient Neftor :
Il ceflait de parler ; on l'écoutait encor.
Ce dernier vers , imité d'Homère eſt
fort beau. Tout fait image eft trop profaïque.
Un défaut plus grand , c'eft cette
expreffion daigne. Lire eft fans doute une
complaifance & fouvent même trèsflatteufe
; mais ce mot daigne ſemble
exprimer plus que de la complaifance .
Il faut fe fouvenir que les féances publiques
de l'Académie Françaife , confidérées
, foit du côté de l'Académie même
, foit dans les perfonnes qui s'y raffemblent
, font ordinairement compofées
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
de l'élite de la Nation. On ne defcend
point en obtenant leurs applaudiffemens ,
& ceux même qui pofsedent un autre
genre de gloire ne font pas au- deſſus de
celle - là.
En général , les vers de M. François ont
de la facilité , du nombre & de l'élégance.
On pourrait defirer qu'il y mît plus
d'idées, plus de tournures & d'expreffions
qui lui fuffent propres. Ses vers , que
fans doute il fait un peu à la hâte , diftrait
, comme il le dit lui - même , par
d'autres occupations , femblent jetés dans
des moules trop connus. Il y a trop de
réminiſcences marquées.
Pour arracher des pleurs , toi - même tu pleurais.
Pour m'arracher des pleurs il faut que vous plenriez.
Boileau.
Donner de l'harmonie & du nombre aux penſées.
Donner de la couleur & du corps aux peníées.
Brébeuf.
11 eft à fouhaiter , fi M. François revoit
& abrège cette pièce , qu'il peut
rendre beaucoup meilleure , qu'il retranche
ces deux vers :
DÉCEMBRE . 1774 125
Va , d'un débit heureux l'innocente impoſture,
Sans la défigurer , embellit la nature ;
>
Il n'a pas fait attention que défigurer
étant le contraire d'embellir il n'eſt ja.
mais poffible d'embellir en défigurant ,
& qu'ainfi les deux vers n'ont pas de
fens . Il y en aurait , fi l'Auteur avait pu
mettre , loin de la défigurer , embellit
la nature. C'est une inadvertance qu'il
corrigera aisément , lorfqu'il voudra
joindre un peu plus de travail au talent
qu'il a fignalé de fi bonne heure.
Hiftoire littéraire des Troubadours , contenant
leurs vies , les extraits de leurs
pièces , & plufieurs particularités for
les moeurs , les ufages & l'hiftoire du
douzième & du treizième fiècle. A
Paris , chez Durand neveu , Libraire ,
rue Galande .
M. l'Abbé Millot , connu par des
Elémens d'hiftoire , juftement eftimés ,
a rédigé cet ouvrage fur les mémoires
amaffés par M. de Ste Palaye . Pour
donner une idée du travail immenfe
dont on eft redevable à l'infatigable
activité de ce favant Académicien , il
F iij
126 MERCURE DE FRANCE:
fuffira de dire , d'après le témoignage de
M.l'Abbé Millot , que ces mémoires
formaient jufqu'à quinze volumes infolio.
L'Hiftorien abréviateur a exprimé
la fubftance de cette vafte collection , &
en a formé trois volumes in- 12 , qui
contiennent ce qu'il y a de plus curieux
& de plus inftructif dans les poëties &
les aventures des Troubadours. On fait
que ce mot fignifie originairement inventeur
; mais les inventions de ces
Poëtes de Provence ne fervent guères
qu'à faire voir aux gens de goût combien
les progrès de l'efprit humain font lents ,
& ce qu'il faut de temps pour former leslangues
, & amener la politeffe. Elles ont
un avantage plus réel pour les curieux
d'érudition. Elles tiennent de fort près
à l'étude des moeurs & des ufages dans
ces fiècles encore groffiers ; & c'eft ce
que M. l'Abbé Millot développe trèsbien
dans le difcours préliminaire .
33
« Les ouvrages des Troubadours font
précieux , eenn ce que les moeurs s'y
» trouvent peintes au naturel , mieux
» que dans aucun autre monument de
» ces nècles peu connus. Nos anciens
» faifeurs de chroniques , nourris au fein.
» des ténèbres & des préjugés du cloître ,
DÉCEMBRE. 1774. 127
» ne favaient en général que narrer lon-
» guement les faits publics , mêlés de
» bruits populaires , & fouvent de légendes
ridicules . Ils dégradaient l'hif
» toire ; ils ne la connoifaient point :
» mais les Poëtes étaient naturellement
19
les peintres de la fociété. Ce qu'ils
» voyaient , ce qu'ils entendaient , les
» coutumes , les modes , les opinions
» dominantes , les paffions modifiées en
» tant de manières , devenaient , fans
» qu'ils penfaffent à inftruire la poftérité,
» le fond & l'ornement de leurs pièces,
» Parmi les anciens , Homère fupplée
» en cette partie aux monumens hiftoriques
, & fes fictions même font une
» fource de vérités , qui ne fe puiferaient
» point ailleurs. Les Troubadours ont
» fur lui une forte d'avantage ; car leurs
» genres de poëfies , plus bornés à la vie
» commune & aux objets contempo-
» rains , forment des peintures plus
» naïves , & dont il réſulte des conféquences
plus certaines.
"
38
>
" On y voit cette bravoure ardente : &
emportée qui caractérifait encore la
» Nation , qui refpirait les combats
» comme des plaifirs , & qui du droit
» barbare de l'épée , faifait le premier
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE:
» droit de la nature . On y
"
"9
"
voit cette
prodigalité des Seigneurs , érigée en
» vertu effentielle de leur rang ; auffi
» peu délicate fur les moyens d'acquérir
* que fur la manière de diffiper ,
» & ne rougiffant point d'accumuler
» des rapines pour le parer d'une
» ruineufe oftentation . On y voit cet
» efprit d'indépendance qui entrainait
» les défordres de l'Anarchie ; quelque-
» fois fe pliant par intérêt aux humbles
» démarches de Courtifan ; mais toujours
prêt à fe roidir avec audace , lorfqu'il
» était excité par les conjonctures. On
» y voit cette franchife mâle & agrefte ,
que rien n'empêche de s'exprimer librement
, & fur les perfonnes & fur
» les chofes ; qui cenfure les Princes
» comme les Particuliers , fans paraître
» fe douter des égards de la bienséance ,
» encore moins de la politeffe moderne .
» On y voit l'aveugle fuperftition , ſe
repaiffant d'abfurdités & de folies ;
» facrifiant à fes fantômes la raiſon ,
» l'humanité , la Divinité même ; avi-
» liffant le fouverain Etre par les hom-
» mages qu'elle croit lui rendre , au mépris
des loix qu'il a établies ; & fourniffant
, par fes excès , des armes à
»
"
»
و د
DÉCEMBRE. 1774. 129
1
39
» l'irréligion , qu'elle fait naître . On
» y voit l'ignorance & le fanatifme d'un
» Clergé vicieux ; la pétulance d'une
noblefle inquiète & indomptable ;
» l'activité & la hardieffe d'une bourgeoifie
, à peine délivrée de la fervi-
» tude , les vices plutôt que les vertus
» des hommes de tout état , livrés encore
» à des habitudes barbares , & commen-
» çant à fe rafiner par de fauffes lumières.
» On y voit enfin le ſyſtême de la Che-
» valerie développé , fes exercices , fes
>> amuſemens , fes préceptes , fes moeurs,
» ordinairement contraires à fa morale ,
» & fur-tout cette galanterie fameuſe ,
qui devint un des principaux mobiles
» de la fociété , & dont il importe d'acquérir
une connoiffance plus exacte .
»
»
M. l'Abbé Millot , dans fon difcours
préliminaire , diftribue les pièces des
Troubadours en firvintes , tenfons ou
jeux partis , paftourelles novelles. Le
firvinte eft un difcours en vers , une efpèce
de monologue fur quelque fujet
convenu . L Hiftorien cite le firvinte du
Roi Richard , compofé dans fa prifon
d'Allemagne . Le tenfon était un dialogue
en vers , où l'on difcutait une queſtion ,
le plus fouvent de galanterie. Il femble .
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
que ce fut un pas vers le genre dramatique
; mais les Troubadours ne s'en
avifèrent jamais. La paftourelle était une
idylle galante , ce que nous appelons
une paftorale . La novelle était un conte. "
Les Troubadours commencèrent à
fleurir dans le douzième ſiècle . On place
à leur tête Guillaume IX , Comte de
Poitou ; & ce n'eft pas , comme on le
fait , le feul Souverain qu'ils comptent
parmi eux. Ils étaient accueillis & récompenfés
dans les Cours , & bien traités
par les Dames qui étoient leurs Divinités
; mais ils fe plaignent , dans plus
d'un endroit de leurs pièces , que les
Jongleurs , dont le métier était de chanter
les vers des Troubadours , leur enlevaient
fouvent , par l'intrigue & la '
flatterie , les récompenfes dues au talent
& au mérite ; & les déshonoraient par
des baffeffes & des fcandales , auprès
des Princes , accoutumés trop fouvent à
confondre le Troubadour qui compofait,
& le Jongleur qui chantait . Ainfi l'on
voir que le fiècle des Troubadours a plus
d'un rapport avec le nôtre. « Une foule
» d'hommes , dit M. l'Abbé Millot ,
» condamnés à l'obfcurité par la nature ,
» comme par la fortune , fe jetaient
DÉCEMBRE . 1774 13
"
» dans une carrière , où ils voyaient la
perfpective la plus attrayante » . Notre
littérature a autti fes Jongleurs en profe
& en vers , qui répètent , & même répètent
mal ce que les autres ont trouvé ;
qui s'emparent des récompenfes definées
au mérite , & que trop de gens , ou
par ignorance ou par malignité , confondent
avec les vrais Troubadours.
Les Troubadours , après avoir fleuri
pendant deux fiècles , commencèrent à
tomber dans le mépris . Abufant trop de
leurs avantages , ils s'avilirent par leur
conduite ; & des génies plus heureux
qui commençaient à naître en Italie ,
firent tomber les Poëtes de Provence .
Le Dante , Pétrarque , Bocace , donnèrent
l'idée & le modèle d'un talent bien
fupérieur à celui des Troubadours. La
France inême avait déjà fes Poëtes , qui
commençaient à furpafler les Provençaux
leurs maîtres. Thibaut , Comte de
Champagne , était diftingué parmi eux.
On connaît de lui cette chanfon naïve &
tendre , qui vaut mieux que toutes les
pièces des Troubadours.
Las ! fi j'avais pouvoir d'oublier
Sa beauté, fon bierdire ,
F vjj
132 MERCURE DE FRANCE.
Et fon tant doux , tant doux regarder
Finirait mon martyre.
Mais las ! mon coeur je n'en puis ôter ,
Et grand affolage
M'eft d'espérer.
Mais tel fervage
Donne
courage
A tout endurer.
Et puis comment , comment oublier
Sa beauté , fon bien dire
Et fon tant doux , tant doux regarder ?
Mieux aime mon marryre.
Les Troubadours commencent à difparaître
au quatorzième ſiècle. Leur hiſtoire
eft très- bien rédigée par M. l'Abbé
Millot ; mais on doit s'attendre qu'un
Ouvrage de ce genre eft plus utile à confulter
, qu'agréable à lire de fuite.
Hiftoire univerfelle de Juftin ; extraite de
Trogue Pompée , traduire fur les rextes
Latins les plus corrects ; avec de
courtes notes critiques , hiftoriques ,
& un Dictionnaire géographique de
tous les pays dont parle Juftin . Par
M. l'Abbé Paul , ancien Profeffeur
d'éloquence au Collège d'Arles . A
DÉCEMBRE . 1774 133
Paris , chez J. Barbou , Imprimeur
Libraire , rue des Mathurins .
Cette traduction eft en général correcte
& fidelle . Peut être y defirerait- on
plus de facilité & d'élégance. On y rencontre
de temps en temps des expreffions
peu faites pour le style noble. La
Reine avertie de fa retraite , envoye à fes
trouffesfonfils , encore fort jeune. Envoyé
à fes trouffes eft dans le goût du Père
Daniel , qui n'eft pas le bon goût.
L'hiftoire demande un ton plus relevé.
L'Auteur dit ailleurs , en parlant de la
Scythie : Elle a à dos l'Afie & le Phafe.
On trouve dans un autre endroit : Candôle
aimait épercûment fa femme , à
caufe de fa beauté. Uxorem propter forma
pulchritudinem deperibat. Il isolâtrait la
beauté de fa feinme . I femble que cette
tournure eût été plus elégante , On peut
faire quelques reproches au Traducteur
fur le fens de plufieurs phrafes ; mais
quelle eft la verfion à qui l'on ne puiffe
pas faire des réproches femblables, qu'il
eft même impoffible de prévenir , puifqu'il
y a dans tous les Ecrivains des endroits
dont le fens eft contefté ? Voici
quelques phrafes qui n'ont pas paru
134 MERCURE DE FRANCE.
exactes , & dont on laiffe le jugement
au Lecteur inftruit . Juftin finit ainfi fa
préface , adreffée à l'Empereur Antonin :
Sufficit enim mihi in hoc tempore judicium
tuum ; apud pofteros , cum obtrectationis
invidia cefferit, induftria teftimonium habituro.
M. l'Abbé Paul traduit : Votre
fuffrage me fuffit préfentement : la poftérité
, quand l'envie fe fera tue , réglera
fon jugement fur le vôtre. Paffons fur
cette expreffion , fe fera tue , qui offenfe
étrangement l'oreille . Mais , d'ailleurs ,
eft-ce bien là ce que Juftin veut dire ? Il
me femble qu'il établit une diftinction
affez marquée entre le jugement de
l'Empereur , dont il a befoin pour le
défendre contre l'envie , & celui de la
postérité , que fon travail lui affure. J'ai
dû , lui dit - il dans la phrafe précédente,
vous rendre compte de mon loifir ; & il
ajoute car votre fuffrage me fuffit aujourd'hui
, la poftérité , lorfqu'on n'entendra
plus l'envie , aura , dans cet écrit,
un témoignage de mes travaux .
L'Auteur paraît auffi s'être trompé
dans cet endroit du premier livre où la
femme d'un Berger reçoit Cyrus au
berceau , prêt à être expofé dans les
forêts , par ordre d'Aftiage. Tantusque
DÉCEMBRE. 1774
135
in illo vigor & dulcis quidam blandientis
infantis rifus apparuit , ut Paftorem uxor
ultro rogaret quo fuum partum pro illo
exponeret , permitteretquefibi , fivè fortuna
ipfius five fpei fua puerum nutrire. Voici
la vertion de M. l'Abbé Paul : Ses geftes.
enfantins étaient ft vifs & f touchans ,
ſon rire fi doux & fi gracieux , que , foir
refpect , foit ambition , elle pria fon mari
de lui permettre d'expofer fon propre
fils , & de nourrir celui- ci . Des geftes
vifs ne rendent point le mot de vigor ,
cette force qui s'annonçait déjà dans un
enfant ; & ces mots , foit refpect , ſoit
ambition , n'expriment point du tout ce
que dir l'Auteur Latin . Sive fortunæ ipfius :
five fpei fua puerum nutrire , fignifie clai
rement que cette femme demanda qu'il:
lui fût permis d'élever Cyrus , foit pour
la deftinée qui attendait cet enfant , foit
pour les propres efpérances. Ces fautes
légères n'empêchent pas qu'en général
cette traduction ne foit utile aux jeunes
gens. Elle est dédiée à Monfeigneur
l'Archevêque d'Arles , & aux Adminif
trateurs du Collège de cette ville . L'avertiffement
du Traducteur , que nous
allons tranfcrire , rend compte en pett
de mots des procédés qu'il a fuivis dans
fon travail,
136 MERCURE DE FRANCE.
fo Juftin vivait fous Antonin le Pieux.
» C'est tout ce qu'on fait touchant fa
perfonne.
"
"
" Il abrégea la grande hiftoire de
Trogue- Pompée . Il promène fon Lec-
» teur de fiécle en fiécle , d'Empire en
Empire , de Nation en Nation ; & trace
une efquiffe rapide des moeurs des
Peuples conquérans , & des grandes
» révolutions.
"
P
2
"" Quelques uns l'ont accufé de la perte
» de l'original qu'il a réduit . Mais pourrait-
on le convaincre de ce crime lirréraire?
Comment & pourquoi s'en fe-
" rait il rendu coupable ?
» Son ftyle en général eft pur , élé-
» gant , naturel ; mais un peu monotone.
» Sa narration eft nette ; fes réflexions
» fages , quoique communes ; fes pein-
» tures quelquefois très vives. On trouve
» chez lui plufieurs morceaux de la plus
» grande beauté. Seulement il aime un
» peu trop l'anthitèfe , la plus froide
des figures , quand on la prodigue . Je
» regrette auffi qu'il rapporte quelquefois
» des traits minutieux ou abfurdes.
» Les versions qui exiftaient déjà de
» fon ouvrage , ne m'ont point décou
» rage. La traduction de Colomby ,
C
DÉCEMBRE. 1774 137
99
» donnée en 1666 , eft écrite d'un ftyle
» qui n'eft plus fupportable de nos
» jours , elle eft d'ailleurs affez ſouvent
infidelle. Celle d'un anonyme , fe di-
» fant de Port Royal , publiée en 1693 ,
» me parait contrainte & enfée ; celle
» d'un autre anonyme , imprimée en
1726 , prolixe & froide ; & celle de
» M. l'Abbé Favier , qui vit le jour en
» 1737 , incorrecte & traînante . J'ajoute
qu'en bien des endroits , les trois der
» niers Traducteurs font auffi fidèles
peu
que Colomby ; ce qu'il ne me ferait
» pas difficile de prouver , fi je ne craignais
d'excéder les bornes d'un fimple
» avertiffement. Au refte , je fuis trèséloigné
de me flatter d'avoir évité
tous les écueils de ce genre Je fais
qu'en matière de traduction , il y a
» cent manières de mal faire , & qu'il
» y a même cent manières de les juger.
"
"
"
» Notre Auteur n'eft pas toujours
» affez modefte dans fes expreffions &
dans fes images . Comme la langue
» Françaiſe eft plus réfervée que la Latine
» & que j'ai travaillé en partie pour les
» jeunes gens , je me fuis fait un devoir
» d'adoucir la force de certains termes,
» & de gazer les endroits trop libres.
# 38 MERCURE DE FRANCE.
» Un Traducteur doit fe piquer de fidélité;
mais non pas jufqu'au point de
fouiller fa plume.
"
"
» On pourra s'appercevoir que les
» fommaires Latins des chapitres , faits
» par un ancien Commentateur , ne font
» pas quelquefois affez juftes . J'ai tâché
» de les redreffer dans le Français .
» Pour ne pas trop groffir les volu
» mes , je n'ai accompagné la traduction ,
» que
de notes courtes & néceffaires . J'ai
pris dans l'édition Dauphine du P.
Cautel , Jéfuite , la fubftance du plus
» grand nombre des notes .
*
ود
Quant au texte Latin , j'ai traduir
>> fur celui de l'édition de Barbou ; &
» c'est le même que je repréfente ici .
Les Libraires ont jugé à propos pour
la commodité & l'utilité des Lecteurs ,
de mettre une table alphabétique des
matières , à la fin de chaque volume , &
un Dictionnaire géographique dans le fecond
.
Legs d'un père à fes filles , par feu M.
Gregory , Docteur en médecine d'Edimbourg
, traduit de l'Anglais fur la
quatrième édition . A Londres , & fe
trouve à Paris , chez Piflot , Libraire,
DÉCEMBRE. 1774 139
quai des Auguſtins , près la rue Gitle-
creur.
La traduction de ce petit ouvrage,
écrite avec une fimplicité intéreffante ,
eft le délaflement d'un homme de lettres
, occupé de travaux beaucoup plus
confidérables , & diftingué par fes connaiffances
& fon goût. Voici ce qu'il dit
dans un avertiffement fur l'ouvrage qu'il
préfente au Public , « Sans doute les
93
و د
principes généraux des moeurs étant
» les mêmes par- tour , ou au moins dans
» tous les pays policés de l'Europe , il
» eft impoffible que l'Auteur Anglais ne
foit pas rentré dans des routes déjà
connues & fréquentées. On trouvera
cependant qu'il lui refte encore beau- ,
» coup de vues fines & un grand nombre
» de penfées , qui , quoique communes
» en apparence , & au premier coup d'oeil,
» parce qu'elles font naturelles , préfen-
» teront des côtés neufs & piquans à
» un Lecteur fenfible & attentif. On
n'y voit , ni le chagrin auftère qui
» conduit la plume de la plupart
des Moraliftes , ni cette véhémence
qui , quoique excitée par des motifs
» louables , manque fouvent fon objet
, la conviction de l'efprit & la
ود
""
"
140 MERCURE DE FRANCE.
perfuafion du coeur , parce qu'elle y
tend avec trop de force. On y fent au
» contraire un caractere particulier de
» douceur & de modération , jufques
» dans l'amour de la vertu , ou du moins
» dans le choix & dans la tournure des
» raifons qu'il emploie pour l'infpirer à
» fes Lecteurs.
» Nous dirons enfin que ce petit écrit
» aura au moins le mérite de donner des
» idées juftes , finon complettes , des
» moeurs des femmes Anglaifes ; moeurs
» curieufes à connaître , & peut - être
dignes d'être imitées par les femmes
» de tous les pays .
و د
Pour donner au Lecteur une idée de
cet ouvrage , nous ne pouvons que mettre
fous les yeux quelques morceaux fur
les différens points de la morale dont
l'Auteur entretient fes filles .
"Ne bornez pas votre charité à don-
» ner de l'argent : il y a une infinité
» d'occafions où vous pouvez montrer un
» coeur fenfible & compâtiffant , & où
l'on n'a aucun befoin de votre bourſe.
Certaines gens fe laiffent aller à un
» rafinement de fenfibilité , qui n'eft ni
vrai ni naturel , & d'après lequel ils
» évitent la vue des malheureux. Ne
و د
"
DÉCEMBRE. 1774. 141
tombez point dans cette faute , fur-
» tout pour vos amis , ou même pour
»vos fimples connaiffances Que les
»jours de leur infortune , où le monde
» les oublie & les évite , foit pour vous
» le temps d'exercer envers eux les de-
" voirs de l'humanité & de l'amitié. La
» vue de la mifère humaine adoucit le
» coeur , & le rend meilleur. Ce fpecta-
» cle abat l'orgueil de la fanté & de la
profpérité , & la peine qu'il caufe eft
amplement compenfée par le témoi-
» gnage qu'on fe rend d'avoir rempli un
devoir , & par le plaifir fecret que la
Nature a attaché à l'exercice de la
>> compaffion.
22
39
»
·
39
"
"
"
Quand une fille ceffe de rougir , elle a
perdu le charme le plus puiffant de la
beauté. Cette extrême fenfibilité , dont
» la rougeur eft l'indice , peut être une
» faibleffe & un inconvénient pour no-
» tre fexe , comme je l'ai trop fouvent
éprouvé moi-même , mais elle eft par-
» ticulièrement féduifante en vous . Des
» pédans , qui fe difent philofophes ,
» demandent pourquoi une femme rou-
» girait lorfqu'elle n'eft coupable d'aucun
crime. Il fuffit de répondre que
"
"
142 MERCURE DE FRANCE.
c'est la nature elle - même qui imprime
la rougeur fur vos fronts , fans que
vous foyez coupables , & qu'elle nous
» porte invinciblement à vous en aimer
» davantage , précisément à raifon de
cette aimable faibleffe . La rougeur eft
» fi loin d'être la fuite néceffaire de la
faute , qu'elle eft la compagne ordinaire
de l'innocence.
"
>> Une belle femme , ainfi que tous
» les beaux ouvrages de la nature , a fon
point de vue , fous lequel elle fe mon-
» tre avec plus d'avantage. Pour trouver
» ce point , il faut un jugement droit &
» une connaiffance profonde du coeur
humain . Dans les moeurs actuelles des
» femmes , elles femblent fe propofer de
» regagner fur nous l'afcendant qu'elles
» ont perdu , en déployant tous leurs
charmes , en fe prodiguant à nos yeux
» dans tous les endroits publics , en vi-
» vant avec nous avec autant de liberté
» & auffi peu de réferve que les hommes
› » en ont entre eux ; en un mor , en s'ef-
» forçant de nous reffembler d'auffi près
qu'elles peuvent mais le temps &
» l'expérience leur montreront bientôt
combien cet efpoir eft mal fondé ,
"
DÉCEMBRE. 1774. 143
» & combien cette conduite eft folle .
39 Le pouvoir d'une belle femme fur
» le coeur de l'homme qui a le plus de
» mérite , eſt encore au delà de ce qu'elle-
» même croit en avoir. Les hommes s'apperçoivent
bien qu'ils fe livrent à une
» illufion agréable ; mais ils ne peuvent ,
19
ni ne veulent la diffiper. La femme
» elle même peut feule rompre le char-
» me, & changer l'ange que nous croyons
» voir en une fimple femme.
» Si vous avez le bonheur de vous
» faire un ami véritable , ayez pour lui
» une confiance fans bornes. C'eſt une
» des maximes du fiècle de ne jamais
» confier à perfonne un fecret dont la
découverte puiffe nuire à celui qui le
» confie ; mais c'eft la maxime d'un pe-
» tit efprit & d'un coeur froid , excepté
» pour les perfonnes en qui elle eft le
réfultat de l'expérience & de l'âge.
Malgré les inconvéniens qu'une grande
» franchife entraîne quelquefois , vous
» ferez plus heureufes par un caractère ou
» vert , qui n'aille pas jufqu'à l'impru-
» dence , que par une manière d'être
» réſervées jufqu'au foupçon . La froideur
& la défiance ne viennent que trop
144 MERCURE DE FRANCE.
tôt . Ce font des fentimens défagréables
qu'il ne faut pas appeler avant le
30
> temps .
"
و و
"

Il y a des hommes dont vous pou
» vez aimer à rechercher la compagnie ;
je veux dire les gens d'efprit & de
goût , dont la converſation eft , à beau-
» coup d'égards , bien au - deffus de celle
» que vous pouvez trouver dans la fo-
» ciété des perfonnes de votre fexe. Ce
ferait une fottife de vous priver d'une
liaifon agréable & utile , uniquement
» parce que les oififs prétendrent qu'un
» homme de cette eſpèce eft votre amant,
car il peut aimer à vivre avec vous ,
ffans avoir aucune idée d'amour en
» tête.
"
"
» Voici , je crois , les marques les
» moins équivoques d'une paffion honnête
, & les plus difficiles à contrefaire .
» Un homme qui aime avec délicateſſe ,
» trahit fouvent fa paffion par le trop
grand foin qu'il a de la couvrir , fur-
» tout lorfqu'il n'a que peu d'eſpoir de
réuffit. Le véritable amour fe cache
toujours, & ne fe flatte jamais du fuccès.
Il rend l'amant , non- feulement ref-
38
"
39
39
» pectueux ,
DECEMBRE. 1774. 145
و د
"
"
pectueux , mais exceffivement timide
dans fa conduite avec la femme qui
» en eft l'objet. Pour cacher la crainte
» qu'elle lui infpire , il affecte fouvent
quelquefois le ton de la plaifanterie ,
» mais il la foutient mal & de mauvaiſe
grâce , & retombe promptement dans
» le férieux , & même dans une eſpèce
» de ftupidité. Il exagère , dans fon imagination
, toutes les perfections de
l'objet qu'il adore ; eft aveugle à tous
fes défauts , ou les convertit en beau-
» tés. Comme un coupable , il cherche à
» tromper tous les yeux , & croit y réuf
"
وو
39
fir en évitant de remplir envers la fem-
» me qu'il aime , les devoirs les plus
> communs de la politeffe .
33
» Son coeur & fon caractère s'amélio
rent par fon attachement ; fes manières
» en deviennent plus douces , & fa con-
» verfation plus agréable ; mais c'eft feu-
» lement loin des yeux de fa maîtreffe ;
» car , en fa préfence , l'embarras & la
» défiance de lui -même le font toujours
paraître avec défavantage . Si le charme
dure long-temps , fon courage s'abat ,
» fon ame perd fon activité , fa vigueur ,
» & tout ce qu'elle avait de mâle & de
grand. Thomſon , dans fon Printemps ,
G
145 MERCURE DE FRANCE.
» a fait un tableau fidèle & touchant de
» cet état » .
Eloge de La Fontaine ; ouvrage qui a
remporté le prix , au jugement de
l'Académie de Marfeille , le 25 Août
1774 , par M. de Champfort.
و و
fopo ingentem ftatuam pofuêre Attici.
Ph. L. II. Epil.
Brochure in-8 °. A Paris , chez Rusult,
Libraite , rue de la Harpe.
S'il eft doux , dit M. de Champfore
» au commencement de cet éloge , de
louer La Fontaine , d'avoir à peindre
» le charme de cette morale indulgente
» qui pénètre dans le coeur fans le blef-
» fer , amufe l'enfant pour en faire un
» homme , l'homme pour en faire un
fage , & nous mène à la vertu , en
» nous rendant à la nature ; comment dé ,
» couvrir le fecret de ce ftyle enchanteur,
» de ce ftyle inimitable & fans modèle
و و
qui réunit tous les rons fans bleffer
.lanité ? Comment parler de cet heu-
» reax instinct , qui fembla le diriger
dans fa conduite comme dans fes ou-
0
}
DÉCEMBRE . 1774 147
t
» vrages ; qui fe fit également fentir
dans la douce facilité de les moeurs
» & de fes écrits , & forma d'une ame
fi naïve , d'un efprit fi fin , un enfemble
fi piquant & G original ? Faudra
- t - il raifonner fur le fentiment ,
differter fur les grâces & ennuyer nos
Lecteurs , pour montrer comment La
Fontaine a charmé les fiens ? Pour
» moi , Meffieurs , évitant de difcuter
ce qui doit être fenti , & de vous of
frir l'analyfe de la naïveté ; je tâcherai
fealement de fixer vos regards fur
» le charme de fa morale , fur la fineffe
exquife de fon goût , fur l'accord fingulier
que l'une & l'autre eurent
toujours avec la fimplicité de fes
» moeurs ; & dans ces différens points
» de vue, je faifirai les principaux traits
» qui le caractérifęnt . »
"
22
Ces divers points de vue forment les
trois parties de cet éloge ; ils peuvent
être confidérés comme autant de tableaux,
qui , réunis , nous donnent le portrait
achevé de La Fontaine. L'homme de
Lettres aura la fatisfaction de comparet
ce portrait avec celui qu'il s'eft formé ,
en méditant fur les Ecrits de cer Au
teur , original car , c'est d'après les ou
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
vrages même de La Fontaine , plus encore
que d'après une tradition trop fouvent
infidèle , que M. de Champfort
nous a tracé l'image de cet Ecrivain.
immortel, « On y verra un homme qui
"
4
offrit le fingulier contrafte d'un Con-
» teur trop libre & d'un excellent Mo-
» raliſte , reçut en partage l'efprit le
plus fin qui fut jamais , & devint en
» tout le modèle de la fimplicité ; pol
» féda le génie de l'obfervation , même
» de la fatire , & ne pafla jamais que
» pour un bon homme ; déroba , fous
l'air d'une négligence quelquefois
» réelle , les artifices de la compoſition
la plus favante ; fit reffembler l'art
» au naturel , fouvent même à l'inftinct;
» cacha fon génie par fon génie même ;
» tourna au profit de fon talent , l'oppofition
de fon efprit & de fon ame ;
» & fut dans le fiècle des grands Ecri-
» vains , finon le premier , du moins le
plus étonnant . »
"
99
ود
K
Ces traits généraux qui caractériſent
La Fontaine , font ici détaillés par le
goût & le fentiment ; nous devons ajouter
, par une réflexion très fine . M. de
C. a imité ces Peintres attentifs & patiens
, qui ne négligent aucun trait ,
DÉCEMBRE. 1774. 149
aucune nuance pour mieux faifir le caractère
particulier de phifionomie du
perfonnage qu'ils veulent rendre.
ont
La Bruyère , Molière , La Fontaine ,
ont chacun tracé , à leur manière , différens
caractères que l'on rencontre dans
le monde . Il feroit fans doute intéreffant
de les comparer & d'en remarquer
les différentes nuances . Ces fortes de
parallèles ou de rapprochemens ,
l'avantage de piquer la curiofité , d'éclairer
le goût , & de faire mieux appercevoir
la touche particulière du Maître
que l'on veut apprécier . C'eft ce que
M. de C. a fait ici à l'égard de quelques
perfonnages de Molière & de La
Fontaine. Qui peint le mieux , nous
dit- il , dans une de fes Notes , les effets
de la prévention , ou M. de Sorenville
repouffant un homme à jeun , & lui difant
Retirez - vous , vous puez le vin
ou l'ours qui s'écartant d'un corps qu'il
prend pour un cadavre , fe dit à luimême
Otons - nous , car il fent ? Et le
chien , dont le raffonnement feroit fort.
bon dans la bouche d'un Maître ; mais
qui n'étant que d'un fimple chien , fut
trouvé fort mauvais , ne rappelle - t - il
pas Sofie ?
:
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
Tous mes difcours lont des lottifes
Partant d'un homme fans éclat ;
Ce feroient paroles exquifes
Si c'étoit un grand qui parlât.
M. de C. auroit pu rapprocher plufleurs
autres traits de cette efpèce ; mais
il a négligé les détails de ce genre ,
pour confidérer l'Auteur des Fables d'un
point de vue plus élevé . « Je ne céde
» point , nous dit-il , au vain defir d'exa-
» gérer mon fajet , maladie trop com-
» mune de nos jours ; mais fans mécon-
" noître l'intervalle immenfe qui fé
>
pare l'art fi fimple de l'apologue , &
» l'art i compliqué de la Comédie
» j'obſerverai , pour être jufte envers La
» Fontaine , que la gloire d'avoir été
» avec Molière , le Peintre le plus fi-
» dèle de la Nature & de la Société ,
"
1
doit rapprocher ici ces deux grands
» hommes . Molière , dans chacune de.
» fes pièces , ramenant la peinture des
» moeurs à un objet philofophique ,
» donne à la Comédie la moralité de
l'apologue. La Fontaine tranfportant
» dans fes Fables la peinture des moeurs ,
» donne à l'apologue une des grandes .
"
DECEMBRE. 1774. 191
39
"
"
לכ
ود
» beautés de la Comédie , les caractè-
» res. Doués tous les deux au plus haut
» degré du génie d'obfervation , génie
dirigé dans l'un par une raifon fupérieure
, guidé dans l'autre par un
>> inftinct non moins précieux , iis def-
» cendent dans le plus profond fecret de
» nos travers & de nos foibleffes ; mais
» chacun , felon la double différence de
» fon genre & de fon caractère , les
exprime différemment. Le pinceau
» de Molière doit être plus énergique
» & plus ferme ; celui de la Fontaine ,
plus délicat & plus fin. L'un rend les
grands traits avec une force qui le
» montre comme fupérieur aux nuances;
» l'autre faifit les nuances avec une fagacité
qui fuppofe la fcience des grands
traits . Le Poëte comique femble s'être
plus attaché aux ridicules , & a peint
quelquefois les formes paflagères de
la Société . Le Fabuliſte ſemble s'adreſfer
davantage aux vices , & a peint
» une nature encore plus générale . Le
premier me fait rire de mon voifin ; le
» fecond me ramene plus à moi- même.
» Celui- ci me venge davantage des fot-
» tifes d'autrui , celui - là me fait mieux
fonger aux miennes. L'un femble avoir
»
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
» vu les ridicules comme un défaut de
» bienféance choquant pour la fociété ;
» l'autre , avoir vu les vices comme un
» défaut de raifon facheux pour nous-
» mêmes. Après la lecture du premier ,
» je crains l'opinion publique ; après la
» lecture du fecond , je crains ma conf
» cience . Enfin l'homme corrigé par Mo.
"
199
lière , ceffant d'être ridicule , pourroit
>>> demeurer vicieux ; corrigé par La Fontaine
, il ne feroit plus vicieux ni
» ridicule , il feroit raifonnable & bon ;
» & nous nous trouverions vertueux ,
» comme La Fontaine étoit Philofophe ,
»fans nous en douter . »
Lorfque M. de C. a voulunous peindre
dans la troisième partie de fon dif.
cours , la perfonne & le caractère de La
Fontaine , il a rejeté avec raifon ces
petites anecdotes de fociété , fur la foi deſ
quelles on s'eft plu à montrer comme
un jeu bizare de la Nature , un homme
qui en fut véritablement un prodige . Mais
l'ame fenfible de l'Orateur n'a pas manqué
de faifit ce trait hiftorique qui nous
prouve que le vertueux La Fontaine
croyoit à l'amitié , & qu'il y croyoit en
homme qui avoit la plus noble_confiance
en fes amis. Co Ọ vous , Meffieurs ,
DÉCEMBRE . 1774 153
» s'écrie ici l'Orateur , vous qui favez
» fi bien , puifque vous cheriffez la mémoire
de La Fontaine , fentir & ap-
"
»
précier ce charme inexprimable de la
» facilité dans les vertus , partage des
» moeurs antiques ; qui de vous allant
offrir à fon ami l'hofpice de fa maifon
, n'éprouveroit l'émotion la plus
» douce, & même le tranfport de la joie ,
» s'il en recevoit cette réponſe auffi at-
» tendriffante qu'inattendue , j'y allois.
» Ce mot fi fimple , cette expreffion
» fi naïve d'un abandon fans réſerve , eft
» le plus digne hommage rendu à l'hu-
"
"
manité généreufe , & jamais bienfai-
» teur , digne de l'être , n'a reçu une
» fi belle récompenfe de fon bienfait . »
Nous ne citerons point d'autres morceaux
de ce difcours , parce qu'il doit
fe trouver entre les mains de tous ceux
qui lifeut La Fontaine . Après l'avoir vu
dans fes écrits ils fe plairont encore à le
confidérer dans un éloge qui rapproche
& nous rend plus préfens les traits caractéristiques
de fon génie ; nous fait
aimer fa morale douce , facile , applicable
a tous les états , à toutes les circonftances
; difcute le mérite de fon ſtyle
& l'art de fa compofition ; & nous in-
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
tereffe par la peinture de la perfonne
& du caractère de cet homme unique
de cet homme qui défigné de fon vivant
par l'épithète de bon , conferveral
encore comme Ecrivain le futnom d'inimitable
; titre , ainfi que l'obferve M.
de C. à la fin de cet éloge , que La Fonraine
obtint même avant que d'être tout
à fait apprécié ; titre confirmé par l'admiration
d'un fiécle , & devenu , pour
ainsi dire , inféparable de fon nom .
Analyfe , ou nouveau fyftême de l'ancienne
Mytologie , où l'on tâche de
dépouiller la tradition de la fab'e ,.
& réduire la vérité à fa pureté pri
mitive , ouvrage où l'on donne l'hiftoire
des Babyloniens Chaldéens
Egyptiens , Cananéens , Helladiens ,
loniens , & c . par Jacob Bryaut . Lon
dres 1774.2 vol , in - 4 °..en Angl . gr. ,
pap. fig. 54 liv.
Table pour corriger les diftances appa-:
rentes de la lune & des étoilės , des .
effets de la réfraction & de la parallaxe
, publiée par ordre de la Com
miflion inftituée pour les longitudes.
DÉCEMBRE . 1774. 753
1
Cambridge , 1774 in- 4° . très - grand
pap. en Ang. 14 liv .
Explication de quelques médailles Phéniciennes
, du cabinet de M. Duate ,
par M. Dutens. Londres , 1774 infig.
4".
Explications de quelques médailles de
Peuples , de Villes & de Rois , Grecques
& Phéniciennes , par le même .
Londres 1773 , in 4º . les 2 volumes
brochés 7 liv . 10 f.
Theocriti decem idyllia , latinis pleraque
numeris à C. A. Wetftenir reddita ,
in ufum Auditorum , cum notis edidit
, ejufdemque Adoniazufas uberioribus
adnotationibus inftruxit . L. C.
Valkenaer. Lugd . Batav. 1773 in- 8 ° .
7 liv . 10 f.
Antonini liberalis transformationum congeries
, cum Thomæ Munkeri notis
quibus fuas a jecit Henricus Verheyk .
Lugd. Batav . 1774 in- 8 ° . broc . 6 1 .
Chez Gibert aîné , rue des Mathurins
Hôtel de Clugny .
Dictionnaire des particules Angloifes
G vj
156 MERCURE DE FRANCE .
1
précédé d'une grammaire raifonnée ,
ouvrage dans lequel toutes les difficultés
de la langue font applanies , &
où l'on trouvera tous les moyens de
l'entendre & de l'écrire en peu de
temps , le tout rapporté à l'ufage ;
par M. L. F. in 8 ° . pap. f. relié 3 1 .
A Paris chez Pilot , Libraire , quai
des Auguftins , près la rue Gît - le-
Coeur.
L'Auteur obferve dans fon avertiffement
que les Ecrivains qui ont entrepris
de rendre l'étude de la langue Angloife
facile & agréable , ont fait trop
& trop peu, & par conféquent qu'ils
ont manqué leur but. Ils ont fait trop
peu en ce qu'ils ont omis la partie qui
devoit fur-tout les avoir occupés , c'eſtà-
dire le traité des particules. En effet ,
tout homme qui a étudié fa propre langue
, ou les langues anciennes , fait que
les particules font l'ame de toutes les
langues. Auffi l'Auteur s'eft principalement
attaché à faire voir les fens que
chaque particule peut avoir en françois ,
& les modifications que ces fens prenment
des circonftances. Les Grammairiens
ont fait trop en ce qu'ils fe font
DÉCEMBRE . 1774. 157
trop étendus fur la prononciation qui
n'eft nullement l'ouvrage de la grammaire
, mais celui d'un maître on plutôt
de la fréquentation des nationaux.
Au refte on peut bien entendre une
langue & l'écrire correctement fans en
favoir la prononciation .
L'Auteur fe fait la queftion comment
il faut étudier une langue ? Il y a longtemps
, répond- il , qu'on difpute fur la
voie la plus courte de parvenir à ce but
avec fuccès. Voici ce que l'étude de onze
langues m'a fourni d'expérience à cer
égard. Comme j'en tiens encore bien
huit , & par principes , on peut m'en
croire ; il n'y a donc rien à m'objecter.
1º. J'ai pris un dictionnaire de chaque
langue , j'en ai extrait les mots radicaux
ou fimples , cequi fe réduit à un petit
nombre dans toutes les langues , même
les plus riches . Je les ai appris. Ce
travail exige au plus un mois . 2º . J'ai
enfuite appris la différence des genres
& des nombres , les pronoms ; de - là ,
j'ai remarqué comment un verbe fe formoit
pour rendre un verbe actif & paffif
en françois ; ce qui fait un travail
de huit jours. . J'ai copié à part les
particules avec un ou deux exemples
158 MERCURE DE FRANCE .
feulement pour chacune , & j'ai remar •
qué qu'il ne me faut au plus que quatre
mois pour lire fans peine un livre
quelconque & fans maître. Cet ouvrage ,
eft très méthodique propre à faciliter
l'étude de la langue angloife.
Catalogue des livres imprimés & manufcrits
de M. le Comte de Pont de
Vefle , divifé en deux parties , dont :
la première contient une collection
prefque univerfelle des pièces de théa..
tre avec la table alphabétique des
Auteurs & des pièces..
Et la feconde partie contient les autres.
livres . A Paris chez LeClerc, Libraire ,,
Quai des Auguftins .
}

Ce catalogue mérite d'être confervé &
d'être confulté par l'avantage qu'il a :
principalement de préfenter la plus am.
ple collection de piéces de théatre imprimées
& manufcrites qui ait été faite
encore . M. le Comte de Pont- de - Vefle
connu par fon goût & fes talens dans
la littérature , s'en étoit fait une occu- :
pation & un amufement depuis vingtcinq
ans.
Pour mettre le Public à portée de
DÉCEMBRE. 1774. 159
juger du mérite de cette collection pré--
cieufele Libraire très - inftruit & très .'
intelligent qui a rédigé ce catalogue ,"
a placé les piéces de théâtre fous le
tire de chacune des Nations , qui les
ont produites depuis les Grecs jufqu'aux
Ruffes ; mais comme les piéces produites
en France font l'objet principal
de cette collection , & en forment le
plus grand nombre , elles ont été divifées
fous le titre des différens théâtres
fur lefquels elles ont été jouées ,
obfervant , autant qu'il a été poffible ','
l'ordre chronologique dans chaque théâ
tre . Cette riche collection eft fuivie
d'une table alphabétique des Auteurs
& des piéces qui facilitera beaucoup
les recherches .
Préceptesfur la fanté des gens de guerre,
ou hygienne militaire , par M. C. Dócteur
, Régent de la Faculté de Médecine
en l'Univerfité de Paris , & c .
vol. in 8 gr. for. de 480 p . prix
3 liv . broché . A Paris , chez Lacombe
, Libraire , rue Chriftine .
Nous nous empreffons d'annoncer cet
ouvrage important , utile à une claffe
160 MERCURE DE FRANCE.
très-nombreuſe de citoyens , & fait de
main de naître . Nous en donnerons
une notice détaillée dans le volume pro
chain du Mercure.
Suite de la correfpondance fur l'art de
la guerre , vol. in-8°. prix 1 liv. 4 f1..
broché. A Bouillon , chez Fantet ,,
& à Paris chez Moutard , quai des
Auguftins.
L'écrit intitulé, correspondance fur l'art
de la guerre , a été annoncé dans le volume
du Mercure du mois de Mai dernier.
La fuite qui vient d'être publiée,
contient des obfervations fur un ou
vrage intitulé , Efprit de la tactique.
Les Amans Généreux , Comédie en cinq
Actes & en Profe ; imitée de l'Allemand
, par M. Rochon de Chabannes
, repréſentée pour la première fois
par les Comédiens ordinaires du Roi ,
le Jeudi 13 Octobre 1774 ; brochure
in 8°. , prix liv. 10 f, A Paris ,
chez la Veuve Duchefne , Libraire ,
rue S. Jacques.
Cette Comédie dont nous avons tracé
DÉCEMBRE. 1774. 161
le plan, dans le volume du Mercure du
mois de Novembre dernier , a eu beaucoup
de fuccès fur le Théâtre . Elle plaira
encore dans le filence du cabinet ,
parce qu'elle eft bien dialoguée , écrite.
avec fineffe & avec fentiment , & qu'elle
nous préfente des modèles de ces caractères
nobles , fenfibles , généreux , qui
fe portent aux actions les plus magnanimes
, fans fafte , fans orgueil & même
fans retour far eux - mêmes . Quelque
fublime néanmoins que foit la conduite
de la vertueufe Minna envers le
Major Teleim fon amant , nous fommes
perfuadés qu'il eft parmi nous des
femmes capables de l'imiter . Ceci pourra
être révoqué en doute par ceux qui
croyant peu à la vertu des femmes , s'occupent
à répandre des méchancetés contre
elles , & ne réuffiffent le plus fouvent
qu'à prouver qu'ils voient de très- mauvaifes
compagnies . Ces gens- là pourrontils
regarder comme vraisemblable cette
belle fcène où Minna montre le dévouement
le plus fincère aux malheurs
de fon amant , lui facrifie l'opinion des
hommes , & cherche par fon attachement
à lui faire oublier leur injuftice?
» Je vous permets , lui dit Minna ,
162 MERCURE DE FRANCE .
"
» d'en vouloir à toute la nature humaine;
» mais il faut que cette haine - là tour
» ne au profit de notre amour. Vous
» avez à vous plaindre des hommes
mon cher Teleim ; eh bien ! abandon-
» nez les pour moi . Que je leur ai d'o-
» bligation de m'avoir cédé tous leurs
» droits fur vous ! je ne les partageois
qu'à regret avec eux , je vous en avertis
. Concevez vous tout mon bonheur ?
» Teleim n'a plus d'engagemens , de
» devoirs , de liens ; il ne tient plus aux
» Rois , à leur Cour , à d'injuftes fupé-
» rieurs ; tous les momens font à lui , & il
me les donne : l'injuftice des hommes l'at
» feparé d'eux ; il retourne à Minna
qui connoît , cherit , refpecte fes ver
» tus ; & l'eftime & l'amour de Minna
fuffiront à fa félicité. "
"

TELE IM.
« Laiſſez - moi ; ne m'offrez pas le
» bonhear trop incertain de vous appartenit
; & tremblez que je n'aye pas la
» force devous réfifter.
MINNA.
» Eh ! mais je l'efpère bien pourtant.
DÉCEMBRE . 1774 18;
TELE IM.
» Rappelez- vous à vous même , & fongez
à ce qu'eft un homme tombé
dans la difgrace de fon maître , &
» attaqué dans fon honneur .
MINNA.
» S'il eft coupable , je le plains ; s'il
» eſt innocent , je le reſpecte davantage .
TELEI M.
6
» C'eft un homme rayé de la Société ,
» que le plus vil Citoyen eft en droit
de méprifer , dont on évite l'entrerien
, l'approche , le regard , & qui
fe rend juftice en s'éloignant de tout
» le monde. Il n'a plus de connoillan-
» ces , d'amis , de parens ; il et marqué
» du fceau de l'infamie.
و د
MINNA.
Arrêtez , arrêtez , s'il vous plaît : je ne
» veux pas de cet homme là : j'en veux
» un que tout le monde m'envie ; &
» cet homme c'eft vous . Venez , venez
» Teleim , au milieu de ma Patrie , au
» milieu de ces mêmes Saxons , à qui
C
164 MERCURE DE FRANCE.
» vous avez confervé les biens , la vie
» & l'honneur ; & vous verrez fi je ſe-
» rai humiliée de vous appartenir !
TELEI M.
" Ah! Madame quelle ingénieufe
» adreffe pour m'élever au - deffus de moi-
» même !
""
MINNA.
Eh ! mais , non , il n'y a pas d'a-
» dreffe à tout cela. Voilà l'homme "
ود
qu'on connoît en Saxe , & qu'on mé-
» connoît à Berlin . Mais fi je vous fuis
» chere , Teleim , n'ai- je pas à me plain-
» dre de votre déſeſpoir ? Tout eſt - il
malheureux pour vous dans cette affaire
, & n'y voulez vous ien voir
qui vous confole ? N'eft-ce pas fur le
" bruit que faifoit votre conduite en
» Saxe , que j'ambitionnai de vous con .
» noître ? Je volai dans toutes les fo-
» ciétés où j'efpérois vous rencontrer :
» fans cette belle action , vous m'au
» riez échappé ; mais n'eft ce pas là de
"
>> quoi vous réconcilier avec vos mal.
» heurs ? Tout ne réaffit pas également
» dans le monde , Teleim ; on n'a pas
» toujours tout ce qu'on mérite ; mais
DÉCEMBRE . 1774.
165
il faut recevoir les dédommagemens
que la fortune nous donne , & dire ;
» J'ai perdu l'eftime de quelques gens prévenus
& trompés ; mais j'ai fait une
belle action qui m'a valu le coeur de
Minna. Uu Roi vous condamne , une
>>femme vous rend juftice ; eh bien !
» oubliez le Roi , & prenez moi pour
» votre Souveraine : nos récompenfes
» valent bien celles des Rois & c.
Quelle femme que cette Minna ! Il
faut avouer auffi que l'infortuné & vertueux
Major , ainfi qu'il nous eft repré
fenté dans cette Pièce , méritoit bien une
amante de cette trempe & un ami
tel que Verner. Ce brave Soldat , d'autant
plus attaché à fon Officier , qu'il le
voit dans le malheur , lluuii porte le peu
d'argent qu'il a amaflé. Teleim ne veut
pas privrer fon Soldat de cette refſource.
Ah ! votre refus me défefpère , répond
» Verner ; prenez , prenez , mon Major ;
», & fi ce n'eft aujourd'hui pour vous ,
» que ce foit pour moi : oui , Monfieur
» le Major , pour moi. Souvent , en
» penfant à l'avenir , je difois : Que
ferai-je dans ma vieilleffe ? où me
refugierai -je ? qui prendra foin de moi
» fije fuis infirme ou bleffé ? ... Je me
ce37
166 MERCURE DE FRANCE.
trouverai dans un defert” , au milieu da
monde & peut- être obligé d'aller men-
» dier mon pain . Mais non , reprenois je a
vec confiance. J'irai chez le Major Teleim
; il ne me laiffera pas dans la misè
»te ; il partagera fa fortune avec mois
& je pourrai , dans fa maiſon , vivre &
mourir en honnête homme.
"
35
TELEI M.
Eh bien ! Camarade , ne crois - tü
plus la même choſe ?
» Non
VERNER .
vous refufez mon fecours
quand vous en avez befoin & que
» je puis vous aider ... C'eft me dire :
Ne compte pas fur moi , quand tu
» feras dans la néceffité. C'eft affez.
TELEI M.
Où vas- tu ? tu me pouffes à bout ...
» Verner , mon cher Verner , j'ai enco-
» re de l'argent ; je t'avertirai dès qu'il
» m'en manquera .... & tu feras le feul
» à qui j'emprunterai.... Es - tu content ?
VERNER
.
"
"
Il faut bien que je le fois ... Vo.
» tre main , mon Major.
DÉCEMBRE. 1774 167
TELEI M.
Tiens la voilà.
VERNE R.
» Ne trompez pas Verner , il en
» mourroit.
Notre but n'eft pas de relever tous
les beaux fentiments répandus dans cette
Pièce , encore moins l'art avec lequel
l'Écrivain françois a imité l'Auteur Allemand
; mais fi on compare les deux
pièces , on verra que M. R. de C. s'eft
rendu propre la Fable de M. Leffing
par une plus grande fimplicité qu'il a
mise dans l'intrigue , par la facilité du
dialogue , par le comique qu'il a tiré
de plufieurs fituations , & fur-tout par
le rôle du Comte de Bruxhal qu'il a
créé. Ce Perfonnage , fort entêté de
fa Nobleffe , admirateur enthouſiaſte des
belles actions , d'un caractère franc , mais
brufque & décidé , jette du comique
dans plufieurs fcènes. Il contribue même
par les faillies de fon caractère , à
foutenir l'action & l'intérêt de ce Drame
, que l'on peut regarder comme une
leçon vive , animée , intéreffante de ver168
MERCURE DE FRANCE.
"
tus fociales & de bonnes moeurs. L'Auteur
a dédié cette Comédie à fa femme.
» C'eft dans votre coeur , lui dit- il , que
j'ai puifé les fentimens que j'ai mis
» dans la bouche de Minna , & je vous
» offre votre ouvrage. Que les dédica-
» ces tombent aux pieds de la Grandeur ;
» je préfente la mienne à l'Amitié. Eloi
gné du tourbillon du monde , & ne
vivant que pour vous & un très - petit
nombre d'amis , je n'ai pas d'encens
à prodiguer , mais j'ai des fentiments
à répandre ; & moname , quand
» il s'agit d'aimer , a toujours beſoin de
» commencer par vous.
19
$9
Nouvelles Hiftoriques , par M. d'Arnaud,
tome premier in 8°. avec gravures ,
A Paris , chez Delalain , Libraire
rue de la Comédie Françoiſe .
Ces Nouvelles Hiftoriques formeront
une collection différente de celle des
Epreuves du fentiment , dont la fuite qui
fe continue , fera toujours accueillie avec
d'autant plus d'empreffement , que M.
d'Arnaud a fu donner aux plus beaux
exemples d'honneur & de vertu , l'action
& l'intérêt du Drame.
L'Auteur
DÉCEMBRE. 1774. 169
·
L'Auteur , dans ce nouveau Recueil
que nous annonçons , s'eft attaché principalement
à ne préfenter que des anecdotes
empruntées de l'Hiftoire . Il s'eft
fait une loi de ne point s'écarter de
la vérité , dans ce qui concerne les faits
principaux , les caractères , la Chronologie
, & c. Il a penfé avec raifon , que
pour terminer le tableau des vertus qu'il
continue de nous offrir dans ce nouveau
cours de morale , il falloit que le
Lecteur inftruit , pût prêter aux perfonnages
mis en scène la réalité historique ;
qu'il étoit néceflaire par conféquent de
les faire agir d'après les faits connus , &
de leur conferver les moeurs & les traits
caractéristiques que l'Hiftoire leur donne.
C'est ce que n'a pas toujours obfervé
Mde . de Scudéri dans fes Nouvelles.
Cette Dame Auteur peut être comparée
à ces Peintres , qui croyent avoir
beaucoup fait la vérité hiftorique ,
quand ils ont dans une fcène qui fe
paffe en Grèce ou en Ruffie , donné
aux perfonnages François qui leur ont
fervi de modèle , des habillemens Grecs
ou Rufles.
pour
Il ne paroit encore que les deux premières
Nouvelles Hiftoriques du tome
H
170 MERCURE DE FRANCE.
premier de cette collection . L'une eft
intitulée Salisbury , & l'autre Varbeck.
Toutes les deux font empruntées de l'Hiftoire
d'Angleterre . La Comteffe de Salisbury
est bien connue dans cette Hif
toire pour avoir par l'éclat de fes chatmes
fixé le coeur d'Edouard III , Roi
d'Angleterre , & donné lieu à l'inftitu
tion de l'Ordre de la Jarretière . Plufieurs
Hiftoriens ont révoqué . en doute
l'anecdote qui a donné naiffance à cet
ordre de Chevalerie , quoique le fièclé
où vivoit Edouard fût celui de la galanterie
, & très- compatible avec ces fortes
d'Inftitutions. Quoiqu'il en foit , on prétend
que la belle Comtefle de Salisbury
ayant laiffé tomber dans un bal ſa jarretière
Edouard s'empreffa de la ramaffer
; & que s'étant apperçu d'un fouris
échappé à quelques uns de fes Courtifans
qui fembloient attribuer à une faveur
décidée ce qu'il ne devoit qu'an
fimple hafard , il s'écria : Honni foit qui
mal y penfe. Ces mots furent la devife
de l'Ordre .
,
La Comteffe de Salisbury , ainfi qu'elle
nous eft repréſentée dans cette Nouvelle ,
ne voyoit pas avec indifférence les fentimens
tendres qu'Edouard conſervoir
DÉCEMBRE. 1774. 171
pour elle ; mais c'étoit moins le Roi que
la perfonne même d'Edouard qui l'avoir
rendue fenfible. Quelqu'empire cependant
qu'eût obtenu fur elle l'amour
de ce Prince , elle n'en étoit pas moins
attachée à fes devoirs. Edouard effuyoit
journellement de la part de cette jeune
perfonne des rigueurs auxquelles un
amant couronné eft peu accoutumé ; il
avoit même écrit plufieurs lettres à la
Comteffe , fans pouvoir en obtenir aucune
réponse ; & fon orgueil irrité , étoit
difpofé à fuivre les confeils de ces perfides
Courtifans dont abondent les Cours ,
& qui ne cherchent à favorifer les paf-
Gons des Princes , que pour avancer leur
fortune. Mais heureufement pour Edouard
, ce Prince prenoit confiance dans
Euſtache de Ribaumont , Chevalier François
, qui nous eft ici dépeint , comme
étant d'une franchiſe fans égale , & le
Champion déclaré des Dames. Le rôle
honorable à la Nation qu'il joue ici ,
donne à cette Nouvelle un nouveau degré
d'intérêt pour des Lecteurs françois .
Ce rôle rappellera les moeurs pures & les
fentimens pleins de loyauté de notre ancienne
Chevalerie. De Ribaumont , pour
mieux repréfenter à Edouard fes devoirs ,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
lui fait le récit d'une efpèce de fabliau ,
dont le titre eft le Guerdon d'amour.
Ce fabliau écrit dans le ftyle naïf du
temps , fournit une épifode heureuſe &
analogue à cette Nouvelle , puifque fon
objet eft de faire voir que ce n'eſt que
par la douceur & la loyauté que l'on parvient
à gagner le coeur des Dames.
Edouard applaudit aux confeils de fon
ami , & cherche à gagner le coeur de
fa maîtreffe , par la nobleffe de fes fentimens
& par l'enjouement des fêtes
qu'il lui procure. Une belle femme , difoit
de Ribaumont , elt une forte de Divinité
qui demande un culte & des honneurs
. Le Monarque , pour mieux honorer
fon amante , veut partager avec elle
fon trône & fa couronne , & aimercomme
fon époufe celle qui avoit eu des fentimens
trop élevés pour être fa maîtreffe .
La belle Salisbury nous eft ici repréfentée
dans cet heureux moment , où elle
n'a que fon confentement à donner pour
monter fur le trône & recevoir dans fes
bras l'objet de fes plus tendres voeux .
Donnera- t- elle ce confentement ? Elle
eft inftruite par Mylord Varruccy fon
père , qu'Edouard a été promis en mariage
, par la feue Reine fa mère , à une
?
DÉCEMBRE . 1774 173

Princefle de Hainaut , & que cette alliance
favorable à l'Angleterre eft defi .
rée par la Nation . La Comtelle de Salisbury
étouffe alors fon amour & fon
ambition , & dans l'inftant qu'elle pouvoit
voir toute l'Angleterre à fes pieds ,
elle fe rend aux ordres de fon père ,
qui lui dit de fe refugier dans un couvent
, pour rendre à Edouard la liberté
de remplir fes engagemens . Cette réfolution
paroîrra au deffus du courage
ordinaire des femmes de nos jours ;
mais il faut avouer aufi: qu'il y en a
beaucoup parmi elles qui ne font pas
des héroïnes ; & c'eft une héroïne que
M. d'Arnaud a voulu peindre dans cette
Nouvelle . Dans la vue de faire mieux
connoître la Femme célèbre qui nous
eft ici repréſentée , nous rapporterons
la lettre qu'elle écrivit du fonds de
fa retraite à Edouard ; cette lettre fert
d'ailleurs de dénouement à cette Nouvelle.
و د
SIRE ,
» Le féjour d'où j'écris à Votre Majefté
, annonce affez ma nouvelle deftinée
; c'eft d'une retraite religieufe que
» je vous envoie mes larmes : hélas ! la
35
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
""
»
29
""

fource en eft intariffable. N'allez pas
» croire que je regrette l'éclat du rang
» vous m'appeliez ; non , Sire , ce n'eft
point la perte d'un trône qui fait couier
mes pleurs : connoiffez moi , & don .
» nons - nous un exemple mutuel du plus
grand facrifice . J'ai pu, Sire , vous infpi-
» rer quelques fentiments dont je m'applauditfois;
oui , fachez ce que j'immoler
" mon coeur depuis long temps avoit pré-
» venu le vôtre ; que cet aveu me foit
permis , puifque c'eft la dernière fois
qu'il m'échappera . Je vous aimois , Sire ;
je vous aime encore ; jugez de mest
» tourmens ! & cet amour ne finira qu'a-
» vec ma vie. Mais quand je vous parle
» de ma tendreffe , il faut auffi que je met
» te devant vos yeux cette vertu inexora-
» ble qui doit nous impofer à tous deux
» des loix , dont il ne nous eft pas poffible
» de nous affran.hir. L'Angleterre , mon
père lui - même , l'équité , votre gloire ,
» vos intérêts exigent que la couronne
" foit fur le front de la Princeffe de
Hainaut Sire , il les faut fatisfaire .
Dès ce moment, quel mot je vais pro-
» férer ! je renonce à votre main , à Votre
» coeur , à tout pour jamais ! l'honneur a
» reçu mon ferment ; mon arrêt eft irré-
39
""
"
92
DÉCEMBRE . 1774, 176
vocable. Si vous vous y oppofez , Site ,
>> c'eſt Dieu - même que je mets entre vous
» & moi :je m'enchaîne aux Autels ; rom-
» priez- vous cette barrière factée ? Que
19
">
"
Mylord Varruccy foit donc tranquille
>> fur ce que je ferai ; j'attends de votte
juftice , que vous lui rendiez votre confiance
. Nous rempliffons tous trois notre
devoir ; vous , Sire , en triomphant
» d'un amour qui me fera toujours cher ,
» & en plaçant au trône la Princeſſe qui
» doit le partager ; moi , en renonçant à
» ce même trône , en me défendant juf
qu'à la douceur de vous voir , quand
» mon coeur ....ne revenons point furce
»fentiment ! mon père s'eft montré votre ·
digne fujet ; il facrifie fa fille à votre
">
33
gloire , à l'Etat ; je l'inite : je fuis la
» victime de moi même. Sire , que vo-
» tre amour n'aille pas vous amener en
» ces lieux ; ce ne feroit pas affez de me
>> lier par des noeuds que vous ne devez
» pas brifer ; faut-il vous dire plus ? vous
» conduiriez le poignard dans mon fein .
» Epoufez la Princeffe ; foyez le modèle
» des Rois : jufqu'au dernier foupir , je
» ferai des voeux pour un règne qui pro-
» met tant d'éclat à ma patrie . Adieu ,
» Sire , plaignez - moi ; mais ne nous
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
» voyons point ... Je puis me réfoudre
» à tout , je fuis capable de tout , hors
de vous oublier... Qu'ai - je dit , mal-
» heureufe ? Votre image ne fervira qu'à
» augmenter mon fupplice ; Sire , je chérirai
mes maux . Il faut quitter la plu-
» me ; quel eft mon efpoir ? J'attends ici
» mon père ; ' ai befoin de fa préfence ;
» fera t- il content de ma fermeté ?
La feconde Nouvelle intitulée Varbeck,
nous fait voir jufqu'à quel dégré d'énergie
& de courage l'amour peut éle
ver le jeune homme qu'il a pénétré de
tous fes feux . L'ambition , quelque pou
voir que cette pattion eût fur le coeur de
Varbeck , n'avoit pu le déterminer à
fervir la vengeance de la Ducheffe Douairière
de Bourgogne , Marguerite d'Yorck,
foeur d'Edouard IV. Cette femme aigrie
de l'abaiffement de fa Maifon & de
fes partifans , cherchoit tous les moyens
de troubler le règne de Henri VII , Roi
d'Angleterre de la Maifon de Lancastre ,
& l'ennemi par conféquent de celle
d'Yorck. Elle fit courir le bruit , par le
moyen de fes Emiffaires , que fon neveu
Richard Plantagenet , Duc d'Yorck , s'étoit
échappé de la prifon où fon fière
aîné avoit été égorgé ,. & qu'il fe tenoit
DÉCEMBRE . 1774. 177
caché quelque part. Comme la Ducheffe
trouva que cette nouvelle , quelque
peu vraisemblable qu'elle fût , prenait
faveur chez un peuple toujours avide de
nouveauté , elle jeta les yeux fur le fils
d'un Juif qui lui fut préfenté. Ce jeune
homme , nommé Varbeck , étoit le filleul
d'Edouard IV . Il paffoit même pour
être fon fils naturel , & cette opinion
étoit fondée fur la reffemblance qu'on
remarqua dans la fuite entre le jeune
Varbeck & le Monarque. Différentes
avantures auxquelles ce jeune homme
fut de bonne heure expofé , avoient développé
& perfectionné en lui la foupleffe
& la fagacité d'un génie naturel.
Il favoit d'ailleurs intérefler tous ceux
qui le voyoient par une figure noble ,
aifée , fpirituelle & par un caractère
fouple , facile , infinuant . La Ducheffe
de Bourgogne le jugea capable de remplir
le rôle du Duc d'Yorck qu'elle
lui préparoit. Cependant quoique l'imagination
de l'audacieux Varbeck fût
échauffée par tous les feux de l'ambition
, ce jeune homme favoit diftinguer
les obftacles qui pouvoient faire
avorter fes projets téméraires. Ce ne fut
qu'après que la Ducheffe de Bourgogne
Hv
178 MERCURE
DE FRANCE.
eut découvert l'amour de Varbeck pour
la Comteffe de Hautley , qu'elle le rendit
l'inftrument de fa vengeance . Elle
flatta la paffion de cet Avanturier ,
elle
promit de le fervir auprès du Roi d'Ecoffe
, dont la Comteffe de Huntley
croit parente , & elle le rendit par ce
moyen docile à toutes les impreffions
qu'elle voulut lui donner. L'amour dont
Varbeck étoit embrafé l'éleva au- deffus
de lui même. Cette paffion eft en quelque
forte juftifiée par le portrait que M.
d'Arnaud nous fait de la jeune Comte
de Huntley . « Catherine Gordon ,
fille du Comte de Huntley , & alliée
» à la Maifon royale , entroit dans cet
âge où la beauté fe développe avec
» tout fon éclat. La langueur , la vivacité
, l'attendiffement , cet intérêt fi tou-
» chant qui eft une forte de magie inex
primable , le charme de l'amour
tous ces divers attraits étoient réunis
» dans fes yeux ; fon ame pure fe peignoit
fur un front plein de candeur ,
ود
و د
و د
"
"» fes cheveux d'un blond admirable re-
» levoient encore la blancheur de fa
» peau , la volupté même refpiroit fur
» fa bouche ; mille grâces qui paroiffoient
» fe multiplier à la vue , prêtoient un
DECEMBRE. 1774. 179
ود
" nouveau degré de féduction à la régu-
» larité de fes traits ; aulli tôt qu'on ap
» prochoit d'elle , on fe fentoit captivé ,
» & l'on aimoit l'empire qu'elle faifoit
éprouver ; l'accent de fa voix prévé-
" noit en faveur de ce qu'elle alloit dire ;
» un feul de fes regards valoir toutes
» les expreffions ; elle n'avoit qu'à fe
» montrer pour jouir de fon pouvoir. Si
le fentiment fe rendoit vifible , on
» l'eût adoré fous l'image de la Com'-
» teffe ; une douce mélancolie , attrait
» bien au deffus de tous les autres
» mettoit le comble à tant de beauté.
"
"
» Mais que les agrémens
de fon efprit , » la folidité
de fon jugement
, fes ma- » nières affables
, fes vertus
fans orgueil » & fans austérité
, étoient
encore
pré- » férables
aux charmes
de fon extérieur
! » Connoiffoit
-on la Comteffe
de Huntley
, » on oublioit
peut être fes attraits
pour
ne s'occuper que de fes belles qua-
»lités . D'une fenfibilité extrêmement dé
» licate , elle faififfoit avec tranſport tou
» tes les occafions où fon coeur pouvoir
» fe livrer à l'attendriffement , fans of
» fenfer la vertu ? Lui faifoiton le ré.
» cit de quelque infortune , ou trouvoit-
» elle dans un livre des traits qui lui
H vj
180 MERCURE DE FRANCE .
peignoient le malheur ; elle s'en pé
nétroit , fes yeux fe couvroient de lar
» mes. Qu'elle goûtoit de fatisfaction
» à fe remplir de cette trifteffe déli-
» cieufe ! Auffi s'atrachoit- elle fouvent
» au fracas de la Cour , pour aller dans
» une campagne à quelques lieues d'E-
» dimbourg , jouir des agrémens de la
folitude . »
ود
20
L'hiftorien Rapin Thoiras nous dit
que Varbeck fut reconnu pour Prince
légitime en Irlande , en France , en Flandres
, en Ecoffe . Jacques IV. gouvernoit
ce dernier Royaume. Ce Prince
à qui les années n'avoient point encore
appris à devenir défiant & circonſpect ,
fur féduit par la fable de la naiſſance
& des avantures de Varbeck. Jacques
étoit d'ailleurs très porté à adopter une
fiction qui pouvoit jeter Henri VII .
fon ennemi dans le trouble & l'embarras.
Il donna en mariage au prétendu Dac
d'Yorck , pour mieux fe l'attacher , Lady
Gordon , fille. du Comte de Huntley ,
fa proche parente. Cette alliance fut
vraifemblablement l'ouvrage de la politique
. Mais il entroit dans le plan de
la Nouvelle hiftorique que nous annon
çons , de fuppofer cette union comme
DÉCEMBRE. 1774. 181
l'objet de tous les voeux de l'amoureux
Varbeck , afin de faire naître des fituations
neuves , intéreffantes & capables
d'attacher tortement le lecteur . On verra
fans doute avec intérêt la jeune Com.
teffe de Huntley , qui avoit donné ſon
coeur & la main à Varbeck , croyant
voir en lui le jeune Duc d'Yorck , s'expofer
avec fon mari aux plus grands
dangers & à tous les hafards du rôle
dont il s'étoit chargé . La fuite des infortunes
de cet Avanturier apprit enfin
à la Comtelle que l'époux qu'elle ado
roit comme l'infortuné rejeton de la
Maifon d'Yorck , n'étoit qu'un Avanturier
obſcur . Mais elle n'en eut pas
moins de fenfibilité pour l'homme le
moins excufable à fon égard . Elle ne
vit en lui que les revers & fon amour.
La Comteffe de Huntley défabulée , fe
glorifioit encore d'être la femme de
Varbeck. Lorfque fon mari eut porté
fa tête fur un échafaut , elle refufa de
paffer fes jours à la Cour du Roi d'Angleterre
qui avoit conçu pour elle les
plus tendres fentimens : elle préféra
d'aller ensevelir fes jours , & fadouleur
dans une retraite ténébreufe qui avoit
autrefois fervi d'afyle à elle & à fon
181 MERCURE DE FRANCE.
mari lorfqu'ils cherchoient à fe dérober
aux recherches de Henri VII.
Une troisième Nouvelle hiftorique doit
terminer le premier volume de ce recueil
. L'Auteur , dans un difcours placé
à la tête de ce premier volume , nous
annonce que dans fes Nouvelles hiftoriques
il s'eft propofé pour but , ainfi
dans fes Épreuves du fentiment ,
d'entretenir l'amour de l'humanité , &
d'offrir à la jeunefle une fuite des plus
beaux exemples de vertus patriotiques
& fociales. Cet Ecrivain judicieux nous
donne quelques réflexions fur les Hif
totiens. Il fait affez bien voir que fi
l'on réduifoit les hiftoires à ce qu'elles
peuvent contenir de vrai , elles ne préfenteroient
qu'un très-petit nombre de
faits fort fecs , & qu'à tout prendre , il
y a moins de vrai dans les révolutions
de l'Abbé de Vertor, que dans les romans
de Richardſon & des autres Ecricrivains
qui ont tracé d'après nature les
caractères qu'ils ont donnés à leurs perfonnages.
Que faut-il conclure de tout
ceci ? Que roman pour roman il vaut
encore mieux s'en tenir aux fictions hif
toriques qui nous préfentent la verta
parée de tous fes charmes , qu'à ces
prétendues hiftoires qui nous entretienDÉCEMBRE
. 1774. 183
nent prefque toujours de Conquérans fameux
par leurs excès criminels , ou de
fcélérats qui ont opprimé le foible &
l'innocent , & jouiffent au faîte des honneurs
qu'ils ont ravis , d'une impunité
fcandaleufe.
Epitre à Thémis , fuivie d'un dialogue de
Fégale & de Clément , & d'une Epître
à M. de Champfort. A Amfterdam ,
& à Paris chez Monory , Libraire , rue
de la Comédie Françoiſe.
Cette petite brochure contient trois
jolies pièces de vers échappées du pinceaubrillant
& léger de M Dorat. La première
eft une épître à Thémis. C'eſt une
hiftoire abrégée & rapide de la légiflation .
L'Auteur s'adreffe à la Déeffe de la
Juftice , & paffe en revue prefque tous
les Législateurs.
Cette Epître eft terminée par des portraits
fort chers à la Nation . En les voyant
on reconnoît bien vite les modèles.
Jufte & fenfible , une Reine adorée ,
L'honneur du trône , où brille la beauté ,
Pour faire aimer ton auflère fagefle
Conduit vers toi la tendre humanité.
Pallas te fuit ; la Loi te fert de guide ,
Et te précède avec fécurité :
Un jeune Roi te couvre d'une Egide ,
184 MERCURE DE FRANCE.
Et des rayons de fon autorité.
Plus d'intriguant , plus d'exacteur avide ;
Le droit public fera feul confulté ;
Tout fe ranime... Et la fable d'Ovide
Pourra fort bien être une vérité.
La feconde pièce eft d'un genre tout
différent. On fe rappelle le dialogue
charmant de Pégafe & du Vieillard. Cette
production fi jeune d'un octogénaire , a
fourni à M. Dorat l'idée d'un dialogue
entre Pégafe & M. Clément. Tous les
gens de lettres doivent applaudir au zèle
de M. Dorat , dont le but eft auffi honnête
que défintéreffé . Son Ouvrage n'eft
ni un libelle , ni une fatire ; l'Auteur
a dédaigné de s'armer contre un rival
que fa foiblefle met à l'abri d'une vengeance
, fon dialogue eft une plaifanterie
fans fiel & fans amertume; & Pégafe
corrige comme il faut celui qui
yeur régenter le plus grand Ecrivain de .
la- Nation.
La dernière pièce eft adreffée à M. de
Champfort ; c'eft un nouveau laurier que
l'amitie & le talent s'empreffent d'ajouter
à fa couronne académique.
DÉCEMBRE. 1774 185
Choix de poëfies , connu fous le titre
d'Etrennes du Parnaffe , pour l'année 1770,
nouv. édit. I vol . br. 1 1. 4 f. A Paris chez
Fétil , Libraire , rue des Cordeliers .
Le même Libraire propofe la collection
en s vol.jufqu'à la fin de Décembre fixe ,
pour 3 1. & paffé ce temps elle fe vendra
61. ou 1.4 f. le vol . 1
Le Droit commun de la France , & la
Coutume de Paris , réduits en principes
tirés des Loix , des Ordonnances
, des Arrêts , des Jurifconfultes
& des Auteurs , & mis dans l'ordre
d'un commentaire complet & méthodique
fur cette Coutume ; contenant
dans cet ordre les ufages du Châtelet
fur les liquidations , les comprés , les
partages , les fubftitutions , les dixmes
& toutes autres matières. Nouvelle
édition , confidérablement augmentée
par feu Me François Bourjon , ancien
Avocat au Parlement ; revue , corrigée
& auffi augmentée d'un grand nombre
de notes ; 2 vol . in - fol . br . en carton
48 liv . A Paris , chez Bruner , Marchand
, rue des Ecrivains , près l'Eglife
St Jacques.
186 MERCURE DE FRANCE.
1
Il fuffit de renouveler l'annonce de
ce grand ouvrage qui préfente , avec
beaucoup de méthode & de clarté , les
principes du Droit commun de la France .
LETTRE fur La Fontaine , à M. L ***.
Célébrer la Fontaine , Monfieur , entrer dans
des détails qui l'offrent à nos yeux , & le gravent
le mieux dans nos coeurs , c'eſt rendre les traits de
la nature & la remercier de fes bienfaits . Cette
vérité devient l'éloge de l'illuftre Académie , du
refpectable Etranger , & des deux Orateurs à qui
je dois le plaifir de la prononcer. Plus fimple , &
non moins fenfible que ces derniers , je me tranfporte
, après eux , fur la tombe de l'homme inimitable
& charmant que j'honorois en filence ;
& j'ole mêler quelques fleurs d'un moment , aux
fleurs plus durables que leur main vient d'y femer.
Ce n'eft point ici de l'émulation , Monfieur . Après
avoir lu les deux écrits que j'admire , je n'aurois
pas l'orgueil de prendre la plume pour fixer un
inftant l'attention fur moi . Depuis que je raifonne
, que je compare , que je penle avec les
hommes bienfaifans , dont les écrits nous touchent
ou nous inftruifent ; la Fontaine , toujours
également cher à mon coeur , toujours préfent à
mon efprit , m'inspire les mouvemens auxquels
je me livre ; mille fois je voulus m'élancer vers
fon ombre adorée ; la timidité combattit toujours
le fentiment. Si j'ose davantage aujourd'hui , c'eft
au penchant feul que je cède : je fuis dans l'ivreffe
DÉCEMBRE. 1774. 187
vues ;
de l'admiration & du plaifir. L'émulation a des
l'enthousiasme nʼa que des transports.
J'avouerai cependant , Monfieur , qu'un motif
particulier me détermine ; mais la fource en eft
fi pure , il a fi peu de rapport avec l'égoïsme , que
je puis ne le pas diftinguer du fentiment .
Je vois , Monfieur , qu'il y a une erreur commune
fur l'inimitable Auteur des fables . Dans fon
éloge même la prévention adopte le préjugé dont
je veux parler. M. de L. H. dit : Il eut donc une
femme avec laquelle il ne put pas vivre , cet homme
d'une humeur fi égale & fi facile ! Et , plus bas ,
il ajoute : La Fontaine regardant le repos comme le
premierdes biens , fe fepara d'une compagne qui lui
était cette paix domestique fans laquelle la vie eft
infupportable.
C'eft fur des bruits faux , & d'après des mémoires
infidèles , que cet Orateur , fi bien intentionné
pour la vérité & pour l'objet de fes louanges ,
exprime ici des regrets qui l'honorent , mais qui
foot fans fon lement réel . Il m'eft facile , & il
me fera bien doux , Monfieur , de décromper le
Public & l'Orateur lui - même , à qui je ferai sûrement
plaifir.
Ily a deux ans que me trouvant dans le voifinage
de Château -Thierry , mes premiers pas me
conduisirent à la maiſon où la Fontaine étoit né ,
& de- là je me rendis , avec empreflement , chez
les objets refpectables qui font nés de lui ; je
veux parler des Demoiselles de la Fontaine fes
petites filles J'étois imbu du préjugé que je cherche
ici à détruire ; je plaignois un homme , auff
digne du bonheur , d'avoir connu le tourment le
plus cruel de la vie ; & bientôt dans un entretien
où tout étoit fentiment , j'ofai m'exprimer d'après
188 MERCURE DE FRANCE.
20
30
ma trifte prévention. Combien je fus défabufé !
avec quel plaifir je le fus ! avec quel reconnoiffanceje
remerciai Mlle de la Fontaine d'un aveu ,
d'un éclairci lement qui devenoit un bienfait pour
mon ame fenfible ! Voici les expreflions qu'elle
grava dans mon coeur. « M. la Fontaine aima
toujours la femme , l'eftima , l'honora , trouva
en elle ces fentimens & ces vertus qui font bé-
» nir l'hymen , & regarderoit aujourdhui comme
" un outrage cette pitié que l'eftime & l'admira-
» tion mefurent à fon malheur prétendu . Il avoit
» quitté Château -Thierry pour fuivre ſon génie &
non pour fuir fa femme. Il revenoit fouvent
auprès d'elle ; il y paffoit des femaines entières ;
39 Y conduifoit les amis ; Racine & Defpréaux
l'accompagnèrent plus d'une fois . Quand on
ne peut pas vivre avec la femme , & qu'on eft
vrai jufqu'à l'indépendance , on ne fait pas des
voyages pour la voir ; quand on fe plaint de
fon humeur , on la craint , & l'on n'expole pas -
» des arnis honorables au défagrément de l'é- ·
prouver.... On pourroit dire , pourfuivit Mlle
de la Fontaine , que le defir de fe défaire d'une
partie de fon bien , chaque fois qu'il venoit à
Château Thierry , étoit le motif de fon voyage;
trop fouvent , il eſt vrai , il fut réduit à
ce trifte expédient , par le mauvais état de
fa fortune : mais il avoit un fils qui lifoit au
→ fond de fon coeur ; & il étoit facile de lire dans
celui de cet homme fimple ; ce fils , à qui nous
» devons le jour , nous parla fouvent du bonheur .
» d'une union dont le charme inaltérable fut fa
première leçon. Ma grand'mère étoit très - douce ,
très honnête , fpirituelle & jolie ; fon mari ne
fut jamais ni prévenu contre elle , ni indifférent
» à fes qualités aimables ; & leur heureux accord
כ כ

DÉCEMBRE. 1774. 189
»forme un tableau qui s'embellit pour nous toutes
les fois qu'un faux préjugé veut y répandre
les couleurs fombres de la méfintelligence ».
nes ,
Enchanté de ce que je venois d'entendre , &
cherchant à me procurer des preuves plus certaij'ofai
leur parler de l'anecdote , trop accréditée
, qui nous repréfente la Fontaine arrivant à
Château - Thierry , apprenant que fa femme eft
aufalut , & reprenant le chemin de Paris , charmé
de ne la pas trouver chez elle . La réponte de
Mlle de la Fontaine fut encore telle que vous allez
la lire . « M. de la Fontaine arrivant de Paris pour
» voir ſa femme , apprit qu'elle venoit de forur
» pour aller à l'Eglife. Un de fes amis , inftruit
qu'il étoit attendu , vint de la campagne
» ou de la terre , éloignée d'une lieue , pour
»l'inviter à fouper chez lui dès le foir même On
» étoit dans la belle failon ; M. de la Fontaine ne
30 favoit pas réfilter , fon ami le preffa , & promit
de le renvoyer de bonne heure. La nuit étoit
prête à tomber ; Mde de la Fontaine fortie , à
» peine , depuis quelques minutes , ne devoit pas
> rentrer fitôt . La Fontaine fe laifla féduire ; &
cela peut arriver à des hommes moins faciles
que lui. Son hôte avoit des convives . Un de
ceux- ci , également lié avec mon grand père ,
» charmé de le voir , defirant de le pofléder à fon
» tour , & fe livrant à la gaîté du repas , exigea
avec l'importunité douce du fentiment , que
»l'on ne fe féparât point , & que la partie fe re-
» nouvelât le lendemain à midi dans la terre , diftante
feulement de deux lieues. La facilité
l'emporta encore fur la réflexion , & M. de la
Fontaine , en defirant toujours de fe rendre
auprès de la femme , ne monta à cheval que
55
29
לכ
39
190 MERCURE DE FRANCE.
59
39
pour s'en éloigner encore. Enfin , un nouvel ami
forma une nouvelle conjuration , & obtint un
égal fuccès. Le bonhomme , en combattant toujours
, Létrograda toujours. ... Il fe trouvoit à
fix lieues de Château - Thierry , fur la route de
la Capitale . Un temps affreux furvint. Il devoit
y avoir , deux jours après , une aflemblée folennelle
à l'Académie Françoile , le mauvais temps
» continunit ; une occafion s'offiit pour retourner
» à Paris ; il puit fa résolution en regrettant de
n'avoir pas vu la femme , peut - être même en
badinant ingénuement fur la fingularité de fon
aventure » .
En respectant les Demoiselles de la Fontaine ,
j'avois le droit , Monfieur , de balancer le plaifir
de les entendre par une certaine défiance dont elles
ne devoient même pas être furprises. J'osai ne
pas paroitre convaincu des touchantes qualités
qu'elles donnoient à leur grand'mère , & l'idée
de cette Mde Honnefta , dans laquelle tant de
gens ont cru la reconnoître , s'offrant à mon
esprit , je ne craignis pas de découvrir le fond de
mes pensées. Un nouveau trait de lumière acheva
de m'éclairer. « Mde de la Fontaine aimoit excef-
59
fivement les Romans , me dit fa petite- filles;
» les Romans de ce temps - là peignant les moeurs ,
» les usages , les manières , le langage du grand
» monde , étoient écrits d'un ftyle aprêté ; le
goût porte à l'imitation . Mde de la Fontaine
2 éprouva l'effet de cette influence ; & le ton pré-
» cieux devint l'habitude de fon esprit . Mon
grand père , .qui parloir comme la nature , &
qui étoit en tout auffi fimple qu'elle , ne pou-
»vant ni approuver la femme , ni ſe résoudre à
la contrarierouvertement , imagina de l'éclai-
93
25
DÉCEMBRE. 1774. 191
rer par un artifice imité de l'habitude qu'il
vouloit détruire. Il lui écrivit pendant quelque
temps en ſtyle férieux & recherché . La railon
» fe déguiloit fous les traits du badinage. Une
» de ces lettres nous eft reſtée ; la voici , Mon-
» fieur ; daignez la lire vous même » .
Je pris la lettre avec avidité ; elle étoit écrite
de la main de cet homme adorable , & adreffée
à fa femme à Château- Thierry . La vétufté du
papier dépoloit encore en faveur de ce monument.
Je la lus ; il ne fut permis d'en prendre copie ; &
je la transcris ici.
55
59
و د
« Il y a aflez de temps , Mademoiselle , que
je fuis forti de la Province où vous êtes , pour
confefler que j'ai tort de ne vous avoir pas
réitéré les fervices que je vous ai plufieurs fois
offerts , puisque vous m'aviez donné la permiffion
de vous écrire. C'eft une faveur , il eft
» vrai , que je ne devois pas tant négliger ; vous
en accordez trop rarement pour n'en pas profiter
; & j'ai pris réſolution de faire tant de cas
de celles qui viendront de vous , que je proteſte
» devant vos beaux yeux de faire déformais men
poffible pour en mériter d'autres . Ce fera ,
» Mademoiselle , toujours en qualité de votre
po très- humble & très - obeiflant ferviteurs.
55
LA FONTA INE.
Vous jugez ailément , Monfieur , que de la
part d'un homme auffi ingénu , auffi naturel que
la Fontaine , une lettre on règne autant d'affectation
ne peut être dictée que par l'esprit de plaifanterie
& l'on ne plaifante pas avec étude les
perfonnes qu'on ne peut fouffrir , lorsqu'on eſt
très- naturel. C'est ici un badinage qui s'accorde
192 MERCURE DE FRANCE.
fort bien avec la bonhommie , quoiqu'il foit
inspiré par la réflexion , parce que le fentiment
conduifont l'esprit . Le jugement des Demoiselles
de la Fontaine , & celui des perfonnes de Château-
Thierry que j'ai confultées , & qui , par tradition
, étoient en état de m'inftruire , donnent à
ma conjecture un degré d'autorité auquel il n'eſt
guère poffible de ne le pas rendre.
Je quitterois ici la plume , Monfieur , fi je ne
l'avos prife que pour détruire une ericur . Il me
refte un hommage à rendie , un devoit à remplir.
Tout ce qui peut faire mieux connoître l'ame ,
le caractère , la fimplicité , la modeftie de cet
homme immortel , devient précieux , & fera toujours
intéreflant. I es deux Orateurs ont dit , avec
raison & avec esprit , en parlant de fa bonhom .
mie , qu'il fut fouvent néceflaire de lui révéler
le fecret de fon mérite . Un trait unique , un mot
charmant vont rendre cette vérité plus fenfible
& plus touchante .
Une paysanne , domeftique dans la maiſon de
M. de la Fontaine , entrant dans une chambre où
il étoit , & où il récitoit fa fable de la Laitière ,
ne fut pas fenfible d'abord aux vers qui commen
cent cetre fable ; mais lorsqu'il paſſa à ceux qui
peignent l'action & font fentir la moralité , entraînée
par le fujet & par le coloris , elle le gliſſa
fucceffivement fous le fauteuil ; & un petit mouvement
, caufé par l'admiration , faifant connoître
à M. de la Fontaine qu'il étoit écouté par
une perfonne cachée , il parla dans fa furpriſe ;
la domestique le monira & dit ce qu'elle avoit
fenti par un foupir & par ces mots : Ah ! mon
bon maitre ! mon bon maître ! .... M. de la Fontaine,
touché de ce fuffrage, frappa dans la
main
DÉCEMBRE. 1774 194
maio de la domeftique en lui difant : Mon enfant,
tu me raffures ; & ajouta qu'il falloit lui donner
une coëffe .
Quels mots ! quels fentimens ils peignent ! quel
portrait pourroit mieux rendre la Fontaine !
On nous a prouvé éloquemment l'effet utile
& délicieux que produit la lecture de fes fables ,
Les preuves n'étoient plus néceifaites ; il ne fallou
qu'un fouvenir & qu'un fentiment pour juger
du préfent que nous fit la nature en les infpirant.'
Mais écoutez encore Mile de la Fontaine pour
en être mieux convaincu « Nous étions encore
» fort jeunes ; on nous lifoit le Corbeau , le La-
" boureur & fes Enfans , l'Aftrologue qui fet
» laifle tomber dans un puits , le Meunier. Nous
» ne faiſions ancun mouvement ; nous n'ouvrions
»pas la bouche ; quelquefois les larmes nous
» venoient aux yeux . Mon père ramenoit fouvent
» la fable des Amis du Monomotapa ; il nous
» difoit : Je ne vous propofe pas les amis de mon'
âge ; mais cherchez - en du vôtre ; vous en "
> trouverez ».
J'étois allé à Château - Thierry pour y paffer
feulement quelques heures ; trente jours s'écoulèrent
; mes affaires m'appeloient à Paris , & je
n'avois pas la force de m'éloigner d'un lieu qui
avoit le droit dé me charmer. Il me fembloit que
j'avois retrouvé la Fontaine & que j'allois le
perdre. Tous les foirs j'allois lui renouveler mon
hommage au lein de fa famille. Que dis - je ?
C'étoit toujours un hommage nouveau. J'écoutois
, j'interrogeois , je faifois répéter , je m'attendrillois
; mon coeur palpitoit fans interruption :
c'étoit toujours quelque choſe d'intéreffant , quel194
MERCURE DE FRANCE.
que paticularité plus touchante... M. de la Harpe
parle d'une arrière petite fille de la Fontaine , qui
vit auprès de fes tantes. Elle avoit quatre ans
& demi lorsque la belle édition des fables parur.
A cet âge on n'a communément que des yeux. La
jeune perfonne, formée pour ſentir & pour juger ,
parcourant les gravures , & s'appercevant qu'on
a donné à Perrette des talons , critiqua avec exclamation
cette chauffure , ſe rappelant le vers :
cotillon fimple & fouliers plats.
J'aurois encore beaucoup de choles à vous
dire , Monfieur ; mais il faut qu'une lettre ait
des bornes. Heureux de pouvoir n'en mettre jamais
à la paffion fi jufte , fi douce , fi utile que
j'eus toujours pour ce grand homme. Elle augmente
encore , s'il eft poffible , par le respect que
je conferve pour les objets qui le repréfentent
dans la ville où il reçut le jour , & où j'ai pu
honorer fa mémoire immortelle , par mon attendriflement
& mes transports multipliés.
J'ai l'honneur d'être .
DE BASTIDE.
de Marſeille .
SPECTACLES,
OPÉRA.
AZOLAN , O
ZOLAN , ou le Serment indiferet ,
Ballet héroïque en trois actes ; repréfenté
, pour la première fois , par l'AcadéDÉCEMBRE
. 1774. 195
mie Royale de Mufique le mardi 22
Novembre 1774.
Le poëme eft de M, le M.; la muſique
eft de M. Floquet.
ACTEUR S.
Alcindor , Roi des Genies , & Protecteur
d'Azolan.
Azolan , jeune homme , fans parens ,
élevé par ceux d'Agarine .
L'Amour, déguifé fous les traits & les
habits d'Hylas , jeune Berger , ami
d'Azolan & d'Agatine,
Agatine , jeune Bergère,
Palemon , vieux Berger , parent d'Aga
rine .
Prêtres de la Fortune , Génies , & c.
Azolan , encore occupé d'un rêve enchanteur
, invoque le Sommeil de lui
rendre fes momens heureux. Il implore
la puiffance d'Alcindor. Ce Roi des
Génies defcend dans tout l'éclat de fa
gloire. Il fait paroître le Temple de la
Fortune , & remet fon fceptre à Azolan
en lui difant :
Que de notre amitié ce fceptre foit le gage :
Par lui , dans ce léjour , tout préviendra tes voeux ,
1 ij
196 MERCURE DE FRANCE.
AZO LA N.
Pour mériter des dons fi précieux.. ¡
ALCIN DOR.
Goûte en paix l'heureux avantage
De voir à tes pieds l'Univers ;
Mais apprends à quel prix ces dons te font offerts.
L'Amour règne en týran dans un coeur qu'il enflamme
;
Sous fes funeftes loix on n'eft jamais heureux .
Pour jouir de mes dons , il faut braver la flamme ,
Et s'affranchir de fon pouvoir affreux.
Azolan promet tout pour mériter les
bienfaits du Génie , & s'engage , par
ferment , de porter à l'Amour une haine
implacable. Comblé des dons de la Fortune
, il defire encore que les Bergers ,
compagnons de fon enfance , foient témoins
de fon fort glorieux . Son fceptre
magique les fait auffi tôt paroître . Les
Bergers & les Bergères , fans envier fes
richeffes , célèbrent leurs innocens plaifirs.
Agatine , jeune Bergère , avec qui
Azolan a été élevé dès la plus tendre en
fance , lui dit :
DÉCEMBRE. 1774 197
Il est pour une ame ſenſible
Un don mille fois plus flatteur ,
Un bien qui nous rend tout poffible
Et nous conduit au vrai bonheur,
Par lui tour prend un nouvel être ,
Tout cède à fon charme vainqueur's
Un jour yous pourrez le connoître ...
Mais c'eft le fecret de mon coeur .
31. ...J
Azolan reffent alors les traits de l'Amour
, mais fans ofer encore avouer fa
foibletle. Il fuit . Agatine le plaint s'il
ferme fon ame à la tendreffe .
L'Amour , déguilé fous les traits & les
habits d'Hylas , Berger ami d'Azolan &
d'Agarine , porte le trouble dans leurs
coeurs. Il dit au Berger qu'Alcindor a
trompé fa crédule jeuneffe. It emprunte
fon fceptre & retrace à fes : regards . Tes
amours de Bacchus & d'Ariane .
Azolan avoue qu'il a fait ferment de
ne jamais céder à l'Amour , & qu'il en
eft bien puni . Mais , infpiré par ce Dieu ,
il s'abandonne à ſon penchant, & s'écrie :
Oui , je fens que l'Amour eft le bonheur fuprêine.
Dût ce coupable aveu me perdre en ce moment,
Agatine eft l'objet de ma tendreffe extrême.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Il est arrêté par Agatine , qui craint
pour lui la vengeance d'Alcindor. Sa
tendre inquiétude eft un nouveau trait
qui l'enflamme. Amant paffionné , il
jette loin de lui le fceptre que lui a donné
Alcindor ; il facrifie ainfi fa fortune à
fon amour. Alcindor menace fon favori .
Les Génies portent le ravage dans le Palais
d'Azolan , & entraînent les Amans.
Agatine , abandonnée dans un affreux
féjour , déplore fes malheurs & ceux
d'Azolan , dont elle ignore le deſtin . İl
paroît attiré par les accens de fa douleur.
Agatine veut envain le dérerminer de facrifier
un amour qui lui eft funefte ;
Azolan , malgré les nouvelles fureurs
d'Alcindor , jure de l'aimer toujours . Il
répond aux menaces & aux promeffes
d'Alcindor :
*
Le ferment d'aimer une Belle
Eft un ferment facré , comme on le fait aux Dieux.
Agatine a le mien , & j'y ferai fidèle.
Vous m'offrez vaineinent de régner dans les Cieux,
Je n'y veux pas régner fans elle.
Alcindor , outrage , veut venger fon
offenfe ; mais les Génies , enchaînés par
un pouvoir fuprême , ne fe tendent point
DÉCEMBRE. 1774. 199
à fa voix . L'Amour vient au fecours des
Amans fidèles . Il dit à AzOLAN : J'ai dû
te punir d'un ferment indifcret . Il dit au
GÉNIE : de ton art & du mien tu vois la
différence.
Alcindor lui même ne peut réſiſter au
charme de l'Amour , & reconnoît ſa puilfance
. Il lui adreffe cette prière :
Inftruit par res leçons , un nouveau jour m'éclaire
,
Pardonne , Amour , fois encor mon vainqueur.
Te combattre eſt une folie ;
Te fuir eft une vaine erreur :
J'ai fait le malheur de ma vie ,
Puiflé- je à tes confeils en devoir la douceur.
Alcindor rend fes faveurs aux Amans ;
& l'Amour charge Azolan & Agatine
de préfider au foin de fes Autels . Les
Génies s'uniffent aux Plaifirs & aux Grâces
de la fuite de l'Amour.
L'idée de cet Opéra eft tirée d'un conte
charmant de M. de Voltaire. M. le M.
l'a heureuſement difpofé pour le théâtre ,
en fuivant la marche déjà tracée dans les
Opéra d'Enchanteurs & de Magiciennes.
Il auroit peut- être trouvé une magie plus
naturelle , & plus de reffource pour la
I iv
290 MERCURE DE FRANCE .
mufique dans le jeu des paffions & dans
une fable fimple & intéreffante ; au rette ,
fa peëfie eft douce , facile & lyrique. M.
Floquet , avantageufement connu par le
fuccès de la mufique du ballet de l'Union
de l'Amour & des Arts , a foutenu , dans
ce nouvel ouvrage , l'idée qu'il avoit
donnée de fon talent. On a applaudi
plufieurs effets de fa mufique , fur tout
fes airs & fes morceaux de danfe. La
chaconue , qui termine le ballet du
trollième acte , peut être comparée à
celle fi vantée de fon premier Opéra ,
dont elle a la coupe , les formes & le
même mouvement à deux temps.
Les rôles ont été parfaitement rendus .
M. l'Arrivée a joué Alcindor , M. le
Gros Azolan , Mile Beaumenil Agatine ,
Mile Rozalie l'Amour , & M. Beauva-
1et le vieux Berger , parent d'Agatine,
Les ballets font ingénieufement compo
fés. Celui du premier acte , deffiné.par
M. d'Auberval , figure les riches favoris
de la Fortune , en contraſte avec les heureux
Villageois. M. d'Auberval & Mlle
Peflin y danfent avec éclat les premières
entrées . M. Gardel le jeune & Mlle Dorival
y danfent auffi avec applaudiffe-
'ment , ainfi que M. Malter & Mile
DÉCEMBRE. 1774 201
Compain. Le divertiffement du fecond
acte eft de M. Veftris , & lui fait honneur.
L'épifode des amours d'Ariane
défefpérée de la fuite de Thefée , & enfuite
engagée dans les liens de Bacchus
triomphant , fait le plus grand plaiſir.
Mlle Guimard & M. Veftris jouent
comme Acteurs dans cette pantomime ,
& y danfent avec cette fupériorité de
talens tant de fois & fi juftement célébrée.
Le divertiffement du troisième acte
eft de la compofition de M. Gardel', &
d'un deffin très agréable formé par l'union
dés Génies élémentaires avec les Grâces
& les Plaisirs de la fuite de l'Amour. M.
Gardel danfe avec beaucoup de talent &
de nobletfe , dans ce divertiffement. M.
d'Auberval & Mlle Pellin mènent la
gaieté fur leurs pas.
La direction n'a rien négligé pour
donner de l'éclat & della magnificence à
ce nouveau fpectacle,
L'Académie Royale de Mufique a
repris le 17 Novembre , pour les jeudis ,
le Carnaval du Parnaffe , ballet héroïque
avec fon prologue , mufique de Mondonville
.
Cet Opéra eft trop connu pour que
nous en renouvelions ici la notice. Il
nous fuffit de dire que Mde l'Arrivée
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
joue le rôle de Thalie , M. Durand celui
de Momus , & M. Muguet celui d'Apol
don.
COMÉDIE FRANÇOISE.
ES Les Comédiens François ordinaires du
Roi, ont donné le mercredi 16 Novembre
la première repréfentation de la partie
de chaffe de Henri IV, comédie en trois
actes , en profe ; par M. Collé , Lecteur
de S. A. S. Monfeigneur le Duc d'Otleans
, premiet Prince du Sang.
Cette pièce , long- temps defirée , longtemps
demandée , jouée fur tous les théâtres
de Province , & fur les théâtres particaliers
par les Citoyens qui s'amufent
de la comédie , vient enfin d'être re
préfentée par les Couiédiens François .
il feroit bien fuperflu de donner une analyfe
de cette comédie que l'impreffion ,
les repréfentations & fa célébrité ont répandue
& fait connoître de toutes parts.
Nous dirons feulement qu'elle a le plus
grand fuccès ; que l'on y a applaudi aver.
tranſport les tableaux fi intéreffans de la
vie privée d'Henri IV ; que les traits
DÉCEMBRE . 1774 203
de bonhommie , de franchife , de fublime
fimplicité & de noble familiarité de ce
Roi magnanime qui fut de fes fujets le
vainqueur & le père , ont été vivement
fenris. Rien de plus touchant que de
contempler Henri IV en explication
avec le Duc de Sully , & d'être témoin
de l'épanchement du coeur de ces deux
illuftres amis ; rien de plus agréable que
de fuivre Henri le Grand dans la cabanne
de Michau & de fa famille , de voir ce
Roi fe mettre au ton de ces bonnes
gens
& s'attendrir aux marques d'attachement
qu'ils lui donnent fans le connoître .
Ainfi ce Monarque , repréfenté dans tout
l'éclat de fon héroïfme par le premier
Poëte de la Nation ; Henri dont l'hiſtoire a
confacré les vertus & les hauts faits , fe
reproduit encore fur nos théâtres pour y
agir & y paroître avec cette bonté &
cette affabilité qui excitent notre admiration
& notre enthoufiafme .
Cette pièce eft parfaitement jouée.
M. Brifart rend avec un vif intérêt &
une noble franchife le rôle de Henri IV .
M. Belcourt met une dignité févère &
convenable dans le rôle du Duc de Sully.
Le Duc de Bellegarde eft bien repréſenté
par M. Ponteuil; & le Marquis de Conchiny
par M. d'Auberval . On ne peut
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
mettre plus de verité , plus d'illusion &
de naturel que M. Préville dans le rôle
de Michau ; Richard eft joué avec chaleur
par M. Molé ; & Casau eft repréſen
tée avec une naïveté douce & bien inté
reffante par Mile Doligni. M. Auger
répand une charmante gaîté dans fon rôle
de Lucas ; & Mlle Hus joue avec fenfibibilité
le perfonnage d'Agathe. Margot ,
femme de Michau , eft jouée avec intelligence
par Mde Drouin , ainfi que le
Bucheron par M. Deffeffart.
La Nation Françoiſe , qui adore fon
maître , a d'autant plus applaudi au tableau
de quelques traits de la vie de
Henri IV , qu'elle a faifi beaucoup de
rapports entre les vertus de ce grand Roi
& celles du jeune Monarque qui fait fon
bonheur. C'est ce qu'on a voulu exprimer
dans cet impromptu deftiné à être mis au
bas d'un Deffin repréfentant la dernière
Scène de la partie de Chaffe de Henri IV:
Aux piés de ce bon Roi , ces François profternés ,
Offrent l'heureux tableau d'un maître qu'on adore.
Peuples n'enviez point ces mortels fortunés ;
Sous le nom de Louis , Henri gouverne encore.
Par M. Meynier,
:)
DÉCEMBRE. 1774 205
COMÉDIE ITALIENNĚ. .
LES Comédiens Italiens ordinaires du
Roi , ont donné , le Lundi 14 de Novembre,
la première repréſentation d'Henri
IV , Drame lyrique en trois actes , paroles
de M. du Rofoy , mufique de M.
Martiny.
:
L'action de ce Drame eft le jour de la
bataille d'Ivri. Aux environs du champ
de bataille , il y a le chateau de Lenoncourt.
Un Roger , très -tiche Négociant ,
a acheté ce château , dont le Marquis de
Lenoncourt , preffé par le befoin , s'eft
défait. Mais cet homme généreux veut
que le Marquis , fa femme , & le Chevalier
fon fils continuent d'y demeurer.
Le Chevalier de Lenoncourt eft amou
reux d'Eugénie fille de Roger. Voici la
marche de Drame.
Eugénie commence la fcène par une
arrierte , dans laquelle elle fe plaint que
l'art du deffin , qui fervoit à fes plaifirs ,
ne lui eft plus du même fecours . Ses
crayons échappent de fes mains , L'amour
cauſe fes peines . Elle veut peindre fes
Alèches , fon flambeau ; au lieu de fleurs ,
elle define des chaînes. Son père fur
206 MERCURE DE FRANCE.
vient , lui demande la caufe de fes
inquiétudes , & fachant fon inclination,
approuve fon choix. La Marquile de
Lenoncourt defire elle- même que fon
fils époule Eugénie. Le Chevalier tranfporté
d'amour , annonce que le Marquis
lui envoye une lettre par laquelle il
donne auffi fon confentement ; mais ilexige
que le Chevalier vienne auffi tôt
le joindre au camp du Duc de Mayenne,
qui lui a donné un pofte important , &
qui prend foin de réparer la fortune.
Eugénie plus attachée encore à fa patrie
& à fon maître , qu'à fon ainant , lui
déclare qu'elle aimeroit mieux époufer
le dernier des Soldats de Henri , que
Mayenne lui même. Le jeune homme
fort furieux , & plein d'un grand projet :
c'eft de fe mettre à la tête d'un parti , &
d'offrir fes fervices au Roi . Cependant
on vient avertir que l'avantage de la
pofition du château a engagé Henri d'y
mettre une bonne garde ; & qu'un de
fes principaux Officiers , avec d'autres
Seigneurs , vont arriver. Roger , la Marquife
de Lenoncourt & Eugénie promettent
de les bien recevoir. C'eft le Roi
lui même , qui vient avec le Maréchal
de Biron & le Maréchal d'Aumont. I
veut être inconnu . Roger , qui le reconDÉCEMBRE.
1774 207

noît , refpecte fon fecret; & n'en dit rien
même à fa fille & à la Marquife. Henti
eft : charmé que fa bonne fortune l'ait
conduit dans ce château , où il trouve des
amis & des femmes aimables . La Marquife
lui témoigne alors fon chagrin de
ce que fon marr, féduit par les libéralités
du Duc de Mayenne , eft entré à
fon fervice ; & veut y entraîner fon fils.
Henri en rejette la faute fur le Roi , qui
n'aura pas fu les befoins de ce brave
Officier , & qui a négligé de s'en faire
rendre compte. Il efpère le ramener par
Les bienfaits. Il rappelle qu'un Négociant
a dépensé une partie de fon bien pour acheter
du blé , & en fournir à un détachement
de l'armée royale , dans un temps de difette
. Ce Négociant eft Roger , qui ne
veut pas s'avouer l'auteur d'une fi belle
action. Le Roi marque le befoin qu'il a
de reprendre des forces , & de fe préparer
au combat fixé pour trois heures . Il
demande à dîner pour une heure . En
attendant , on le laiffe feul . Il lit fes lettres.
Ah! Monfieur de Mayenne , s'écrie
le Roi , fi vous n'y allez pas d'une autre
façon , jefuis affuré de vous battre toujours
en rafe campagne . Le Tréforier de l'armée
lui mande que Sully a fait remettre
cinquante mille francs à la caiffe mili208
MERCURE DE FRANCE.
taire , & qu'il a ordonné une coupe de
bois , pour lui en faire paffer le produit.
Il fe promet bien de récompenfer tant
de générofité de fon ami & de fon mat
tre, ainfi qu'il le nomme. Il reçoit une
autre lettre, qu'il lit avec attendrillement,
& qu'il ferre contre fon coeur. Il ne dit
pas de qui ; ... mais il eft facile de voir
que c'eft de la belle Gabriel.. Il y répond
en recommandant fon ame à Dieu , &
fon coeur à ... Il en refte là. Il écrit à
Crillon : Pends- toi , brave Crillon ; nous
avons combattu à Arques , & tu n'y étois
pas. Je t'aime à tort & à travers. Il exa
mine enfuite le plan de la bataille . Les
Maréchaux de Biron & d'Aumont viennent
prendre fes ordres. Il appelle d'Aumont
fon père , & Biron fon frère. Ils
lui difent que fi l'on doit s'arrêter à des
préfages , tout annonce le bonheur de ce
grand jour. Ils racontent qu'un détachement
de l'Ennemi vient de paffer dans
fon camp ; que le Sénat de Vénife le réconnoît
pour Roi , & que fon portrait a
été porté en triomphe dans la ville.
Henri dit au Maréchal d'Aumont , qu'il
veut récompenfer fon zèle , en lui donnant
le commandement de l'aîle gauche
de l'armée ; & que pour lui , il commandera
la droite . Il l'avertit que s'il eft en
DÉCEMBRE. 1774. 209
danger , il prodiguera fon fang pour
épargner celui de fon père. Tu n'as pas
de remercîment à me faire , ajoute - t - il ;
tu me donnes ton fang , je te donne le
mien c'eft un échange . Il confie à la
prudence du Maréchal de Biron le corps
de réſerve , qui doit faire la sûreté de
l'armée , & le gain de la bataille . Ces
ordres donnés , on fe met à table. Henri
invite Roger à dîner avec lui . On chante
des couplets , qui renferment tous des
traits concernant ce bon Roi. Voici le
plus applaudi :
Un foldat ,fous un coup funefte ,
Se voyoit defcendre au tombeau ,
Le peu de force qu'il lui refte
Lui fert à fauver fon drapeau .
fatisfaite Son ame
Se fouvient du refrein chéri :
Vive Henri , vive Henri .
1
La Marquife eft inquiére du fort de
fon époux ; & plaint fon fils , qui arrive
en ce moment , & qui manifeſte fes
fentimens pour le Roi , auquel il a engagé
un parti .
Le Roi charmé de ce jeune Officier ,
ôte fa cocarde , & l'artache au chapeaudu
Chevalier . La Marquife va chercher
un panache blanc , qu'elle avoit deſtiné
210 MERCURE DE FRANCE.
pour fon fils , & qu'elle prie le Roi
d'accepter. Henri donne fon chapeau à
la belle Eugénie , la priant d'y attacher
ce plumet , qu'il a reçu des mains de la
vertu , & dont il veut être orné par la
beauté. Il dit au Chevalier de prendre
fes armes , & de venir combattre à fes
côtés. Il efpère ramener avant la fin du
jour , à la Marquife fon fils , & à Eugénie
, fon amant. Il part ; mais auparavant
il fe fouvient qu'il a dit un mot dur au
brave Schomberg , Colonel Allemand ,
qui étoit venu lui demander la paie de
fes Soldats , & à qui il avoit répondu
que jamais homme de coeur n'avoit demandé
de l'argent la veille d'une bataille.
Il veut faire réparation à cet Officier ; &
fachant qu'il n'ofe fe préfenter , il le fait
venir , & lui dit : M. de Schomberg , je
vous ai offenfe , cette journée fera peutêtre
la dernière de ma vie : je ne veux
point emporter l'humeur d'un Gentilhomme.
Jefais votre mérite & votre valeur ; je vous
prie de me pardonner : & embrassez-moi .
Schomberg lui répond : Il est vrai , V. M.
me bleffa l'autre jour ; aujourd'hui elle me
tue : car l'honneur qu'elle me fait , m'oblige
de mourir en cette occafion pour fon fervice.
Henri demande encore fi perfonne
n'a rien contre lui ; & qu'il eft prêt de
DÉCEMBRE. 1774. 213
donner toute fatisfaction . Il avertit fes
amis & camarades , de garder leur rang ;
& que , fi la chaleur les emporte , ou s'ils
perdent leurs enfeignes , ils pourront ſe
rallier à fon panache blanc , qui fera
toujours au chemin de l'honneur & de
la victoire..
Il fort ; on entend dans l'entr'acte le
bruit des canons , & les inftrumens militaires
dans le lointain . Eugénie & la
Marquife chantent les voeux qu'elles font
pour le Roi , pour un fils , pour un
amant. Roger marque auffi fon inquiétude.
Enfin arrive Henri triomphant.
Roger alors tombe à fes pieds ; & fait
connoître le Roi à la Marquife & à Eugénie.
Henri marque de l'amitié à ce
Négociant. Il est étonné de ce que le
Chevalier ne le fuit pas. Il fait l'éloge de
La valeur ; il fait auffi l'éloge des Officiers
de marque ; il les nomme. Le Maréchal
de Biron lui fait un reproche Alatteur
en lui difant : Sire , vous avez fait
aujourd'hui ce que devoit faire - Biron , &
Biron ce que le Roi devoit faire . Le Roi
eft inquiet de Sully , fon maître , qui
a reçu fix bleſſures. Le Chevalier vient ,
& dit qu'il n'eft retardé , que pour s'informer
de Sully , dont il a vu panfer
les bleffures , qui ne font pas dangereufes .
212 MERCURE DE FRANCE .
Il fait fouvenir le Roi de la promeffe
qu'il lui a donnée , d'aller fouper avec
lui . Henri promet de tenir fa parole . Je
pleurerai fur fes bleffures , dir-il ; les lar
mes d'un ami hâtent bien une convai
lefcence. Arrive un Officier qui a été
fait prifonnier. Il vante la clémence &
la magnanimité du Roi , qui vainqueur
s'écrioit , dans la chaleur du combat :
Sauvez les François . Cet Officier eft lé
Marquis de Lenoncourt. La Marquife
demande fa grâce ; fon fils le voyant,
va pour le jeter dans fes bras ; la pré
fence du Roi l'arrête ; mais Heori lui
dit de faivre la nature . Le père voit fon
épée dans les mains de fon fils ; & le
déclare fon prifonnier . Son cafque fermé
l'avoit empêché d'en être connu dans la
mêlée. Le Roi demande cette épée . Il la
rend au Marquis , en ajoutant qu'il tâm
chera de gagner fon amitié , & lui laiſſant
le foin de le réconcilier avec lui . Il lui
donne en même temps une compagnie
d'armes ll engage le père à fairele bonheur
d'Eugénie & de fon fils ; mais c'eſt à lui
qu'il laille la liberté de prononcer fur le
mariage du Chevalier . Oter , dit- il à un
père , le droit de faire le bonheur de fes
enfans , c'eft comme fi l'on ôtvit à un
DÉCEMBRE . 1774 213
.
Roi fa couronne. Henri accorde à Roger
la nobleffe qu'il lui a demandée , & le
charge d'acheter des grains , pour fournir
des vivres aux Parifiens , qu'il fe diſpoſe
d'affiéger, & qu'il veut réduire moins
par les armes que par fes bienfaits. Ce
Roi va retrouver Sully ; & invite let
Maréchal d'Aumont à venir fouper avec
lui : Il est bien jufle , dit il , qu'il foit du
feftin, puifqu'il m'afi bien fervi à mes nóces
dans les plaines d'Ivri. Il fort fur une
marche militaire , environné d'Officiers ,
& accompagné d'un corps de troupes.
Cette pièce a beaucoup de fuccès ,
qu'elle doit au bonheur du fajet & au
jufte enthousiasme que l'on a pour le
grand Henri. Cependant la petite in
trigue des amours d'une jeune bourgeoife
avec le Chevalier de Lenoncourt , Seigneur
de grande qualité , fait le fonds de
cette pièce ; & jufques là elle attache
peu ; mais l'épifode d'Henri IV , & fa
préfence , raniment l'action & loi
donnent de l'éclat & de l'intérêt . On ſe
laife aller à la douce illufion de voir
agir ce Prince , & de l'entendre parler.
L'Auteur a eu l'adreffe de fe fervir des
propres expreffions que l'hiftoire a confervées
de ce bon Roi. Il n'y avoit pas
214 MERCURE DE FRANCE .
de plus fûre magie , pour s'affarer des
fuffrages & des applaudiffemens des
Spectateurs. La famille de Lenoncourt ,
qui joue le rôle le moins favorable dans
cette pièce , eft d'une origine très-ancienne
& très-illuftre de La Lorraine , &-
fut une des premières décorée du cordon
de l'ordre du St Eſprit. La raifon du
lieu de la naiffance du Marquis de Lenoncourt
pouvoit fervir à faire excufer le
malheur qui l'avoit entraîné dans le parti
du Duc de Mayenne , Prince Lorrain.
La mufique n'eft pas toujours bien ame
née dans ce Drame , dont les airs gênent
l'action & affoibliffent l'intérêt de curiofité
. On n'en doit pas moins des éloges
à M. Martiny , qui connoît les bons
effets de la mufique , qui a des chants
agréables , & qui fe venge habilement de
la contrainte de la fcène , lorfqu'il peut
y briller , & qu'il eft maître de développer
fes talens dans les entractes . Mde
Trial joue le rôle d'Eugénie avec ce
charme de la voix , du goût & du ſenti .
ment , qui la rend fi intéreffante . La
Marquife de Lenoncourt eft repréſentée
avec beaucoup d'intelligence & de fenfibilité
par Mde Billioni . Les rôles des
Maréchaux d'Aumont & de Biron font
DÉCEMBRE . 1774 215
parfaitement remplis par MM . Trial &
Narbonne ; & ceux du Marquis de Lenoncourt
& de Schomberg par MM.
Suin & Meunier ; celui du Chevalier de
Lenoncourt eft rendu par M. Julien auffi
bien qu'il peut l'être. M. Clairval , excellent
Acteur , qui faifit fi admirable .
ment l'efprit de fes perfonnages , Prothée
enchanteur qui, depuis les rôles de Pierrot
& de Montauciel , jufqu'à ceux du Magnifique
& de Roi , a l'art de rendre
toutes les nuances de caractères fi diſparates
, & de faire tomber le mafque pour
être la chofe (cadit perfona manet res) .M.
Clairval a paru encore fupérieur à luimême
par fon jeu franc & loyal dans le
rôle de Henri IV . Mais laiffons aux vers
fuivans à célébrer fon rare talent,
A Monfieur CLAIRVAL repréfentant
Henri IV.
AIR : De la ronde de table de Henri IV.
DEE ton art tu combles la gloire ,
En nous montrant notre Héros
Auffi grand avant la victoire
Qu'intéreflant par les travaux ;
216 MERCURE DE FRANCE.
Sa bonté touchante
Se retrace au coeur attendri ,
Et quel François ne t'admire & ne chante :
Vive Henri , vive Henri.
Par M. Guerin de Frémicourt.
VERS à Monfieur CLAIRVAL jouant,
le rôle d'Henri IV.
VENTRE ENTRE faingris ! Monfieur Clairval ,
Quand près de Lucile ou Sophie
Vous débitez une chanfon jolie ,
Vous ne vous y prenez pas mal !
Mais votre art tient de la magie
Lorſque vous nous offrez Henri
Volant àla plaine d'Ivri .
Moi qui jamais ne m'extafie ,
A votre ton franc & loyal ,
Vraiment calqué fur votre original ,
(Ceci foit dit fans flatterie )
Je me fuis écrié : Le voilà ! c'est bien lui !
Votre fanté , n'a guères chancelante ,
Comme elle eft brillante aujourd'hui!..
Et votre voix ? ... Mon cher ami ,
Ce prodige , pour moi , n'eft pas chofe étonnante ,
Tout François fe ranime au feul nom de Henri !
Par M. Dufaufoir.
DEBUT.
1
DÉCEMBRE. 1774. 217
DEBUT.
Mlle Léonore , foeur de M. Thomaffin
, a débuté ſur ce théâtre dans l'emploi
des amoureuſes. Une figure agréable, une
voix fonore & l'habitude de la fcène , lui
ont mérité des applaudiffemens . Elle met
beaucoup de feu dans fon jeu , que le
goût & la réflexion l'engageront à régler
& à modérer. C'eft un heureux défaut
qu'elle peut convertir à fon avantage .
On a remis à ce théâtre les trois Jumeaux
Vénitiens , charmante pièce italienne
de M. Colalto , dans laquelle
il remplit lui feul les trois rôles des
trois frères , avec autant de feu que
d'intelligence . Nous avons fait connoître
dans le temps le mérite de ce
Drame & fon fuccès. Cette repriſe confirme
ce que nous en avons dit dans ſa
nouveauté.
BRUXELLES.
LE 4 Novembre , jour de St Charles ,
à l'occafion de la fête de Son Alteffe
Royale , MM. Viftumen & Compain ,
K
218 MERCURE DE FRANCE.
Directeurs du Spectacle de Bruxelles , ont
fait jouer Ernelinde , Tragédie lyrique
de Poinfinet , corrigée & remife en cinq
actes par M. Sédaine, & dont la mufique
eft de M. Philidor. Cet Opéra a été exécuté
, joué & chanté avec beaucoup de
précifion & de talent . Il a eu un trèsgrand
fuccès ; ce qui confirme le jugement
que les Amateurs François ont
porté de ce bel Opéra , qui peut reparoî
tre avec avantage à Paris , après ceux qui
y ont été le plus accueillis .
ACADÉMIES.
I.
Séance publique de l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles-Lettres , du
Mardi 15 Novembre 1774.
ON fit la lecture d'une traduction en
vers françois , par M. de Chabanon , de
la première & de la vingt troisième idylle
de Théocrite , avec des notes . M. du Saulx
fut un fecond mémoire fur les Satiriques
latins , principalement fur Perfe , dont
il apprécia le caractère & les talens . M.
DÉCEMBRE. 1774 219
de la Curne de Sainte - Palaye donna la
traduction d'un ancien fabliau en vers
de langue romance , intitulé la Canife ou
Chanife , manufcrit de Turin , nº . G. I.
19. Le reste de la féance fut occupé
par M. de Rochefort qui lut des Confidérations
fur le ftoicifme de Sénèque , mé
moire qui fait fuite à ceux que cet Académicien
a donnés fur les opinions des
anciens Philofophes fur le bonheur.
I I.
Affemblée publique de l'Académie royale
des Sciences de Paris , du Samedi
12 Novembre 1774 .
Eloge de feu M. Hériſſant › par M.
de Fouchy
, Secrétaire
perpétuel
de
l'Académie
.
M. de Laffone , premier Médecin de la
Reine , a lu fur le zinc un mémoire par le
quel l'Auteur démontre des propriétés falines
dans ce demi métal ; l'expérience lui
ayant prouvé que le zinc dans fon état
métallique , ainfi que fes fleurs , fe com
binent avec les alkalis fixes ou volatils
non cauftiques , avec effervefcenfe , &
forment des fels criftallifables .
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
M. Briffon lut un mémoire qui lui
eft commun avec MM . Macquer , de
Montigny , Cader & Lavoifier . Il donne
la defcription & rend compte des premiers
effais du grand verre ardent de M.
de Trudaine , établi dans le jardin de l'In
fante au Louvre.
Mémoire fur la calcination des métaux
dans les vaiffeaux clos , & fur
la caufe de l'augmentation du poids de
leurs chaux , par M. Lavoifier . L'Auteur
prouve par des expériences trèsexactes
& qui paroiffent décifives , que
cette augmentation eft due à la partie ga
feufe de l'air contenu dans les vaiffeaux
& qui fe combine avec les chaux des
méraux à mesure qu'elles fe forment .
Tableau d'économie animale comparée
de l'homme & de toutes les espèces
d'animaux , par M. Vicq d'Azir.
Mémoire fur le moyen d'obtenir la
plus grande quantité d'Ether vitriolique
d'une proportion donnée d'acide vitriolique
avec l'efprit de vin , en rajoutant
fur le réfidu de nouvel efprit de
vin & procédant à de nouvelles diftil
lations , par M. Cadet .
Découverte d'une troifième chambre
de l'humeur aqueufe dans les yeux des
DÉCEMBRE. 1774 . 221
chiens de mer , auxquels cette troisième
chambre eft néceflairepour qu'ils puiffent
voir diftinctement à différentes diftances,
à caufede la folidité & de l'inflexibilité de
la
cornée
opaque des yeux de cesanimaux
,
par M. Demours .
Difcours préliminaire d'un ouvrage
intitulé : Effai fur les comètes qui peuvent
s'approcher de la terre , par M. du
Séjour. L'Aureur ayant calculé les orbites
de toutes les comètes connues , à trouvé
qu'il n'y en avoit aucune qui pût s'approcher
de la terre à une diftancé núifible.
Sur un moyen d'aggrandir la Ville
de Paris fans reculer fes limites , par
M. de Bory. Quoique l'Auteur n'air pas'
eu le temps d'achever la lecture de fon
mémoire , on fait que le moyen qu'il
propofe eft de fupprimer le bras méridional
de la Seine dans Paris ; outre plu
fieurs avantages qui doivent réfulter de
cette fuppreflion , l'Auteur fait voir qu'on'
y gagnerà plus de 36000 toifes quarrées
de terrein .
M. Portal a lu le titre d'un ouvrage
qu'il vient de compofer fur les
moyens de rappeler à la vie les perfonnes
fuffoquées par la vapeur du
charbon.
K iij
222 MERCURE DE FRANCE.

LETTRE de M. l'Abbé d'Arnaud au R.
P.... Profeffeur de Phyfique à .
fur la nouvelle lentille ou loupe de liqueur
qui eft au Jardin de l'Infante au
Louvre.
Vous me demandez , mon Révérend Père ,
quelques détails au fujet de la fameufe lentille ou
loupe de liqueur qu'on a vue au Jardin de l'Infante
en Octobre dernier. Vous fuppofez qu'une
nouvelle invention de cette importance n'aura
pas échappé à ma curiofité ; j'ai voulu la connoître
en effet , & je vais vous dire le peu que j'en
ai appris , m'étant trouvé cinq ou fix fois aux
expériences qu'on en a faites , avec différens Seigneurs
étrangers des plus diftingués par leur
rang & leur favoir , que le même motif y avoit
attirés .
-Cette loupe , que les Sciences doivent à la générofité
de M. de Trudaine , Confeiller d'Etat ,
Intendant des Finances , eft de l'invention de M.
de Bernières , Contrôleur des Ponts & Chauffées ,
& membre de plufieurs Académies ; il m'a dit luimême
qu'il y a près de trente ans qu'il a conçu
cette idée , & qu'il a fait exécuter de ces fortes
deloupes de différente grandeur.
Celle- ci , la plus grande de toutes , eft compofée
de deux glaces rondes de près de huit lignes
d'épaiffeur , qui , toutes deux concaves , font
partie d'une fphère de feize pieds de diamètre ;
DÉCEMBRE . 1774. 223
leurs bords font faits en bifeau fur un plan trèsexact
; elles font réunies & fe touchent par ce
biſeau , comme on rapproche les hémisphères de
Magdebourg. De plus , elles font entourées d'un
double cercle de cuivre qui les ferre l'une contre
l'autre , & dans lequel elles font maftiquées ; tout
cela concourt à enfermer , dans l'espace que leur
concavité laifle entre elles , elpace qui a quatre
pieds de diamètre , cent foixante pintes environ
d'esprit de vin très limpide qui , proprement ,
forment cette loupe de liqueur.
Son foyer naturel eft à dix pieds quelques pouces
derrière elle , & figure un disque , très - bien
terminé , de feize lignes de diamètre. Oa racourcit
la longueur de ce foyer , & on le rend de
moitié plus étroit , en interposant une petite loupe
de verre folide à environ huit pieds & demi de
la grande .
Quant aux effets , voici ce que j'ai vu en différentes
fois , quoique le foleil ne fût pas des plus
favorables , & que le temps fut un peu nébuleux ,
comme il l'eft affez ordinairement dans l'équinoxe
d'automne . Tous les métaux étant mis au
foyer , y fondent toujours en moins d'une minute
; j'ai vu un écu de trois livres fondre en
cinq fecondes , & un écu de fix livres en quinze
fecondes ; l'or demande encore moins de temps
que l'argent. Un diamant a perdu les quatre cinquièmes
de fon volume en huit minutes & demi ,
& fi le propriétaire l'eût laiflé deux minutes de
plus , il fe feroit évaporé en entier . Des caffons
de verte s'y font fondus & réunis en un gros
bouton très - transparent & très- net , en huit ou
dix fecondes. On y a fondu & vitrifié un mélange
de fable & de borax . Enfin cette loupe de liqueur
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
a tant de force que le bois s'enflamme à plus de
trente- deux pouces en-deçà & au- delà de fon
foyer , à l'endroit où le cône des rayons qu'elle
fait converger, porte encore près de neufpouces de
diamètre .
Après ce petit nombre d'expériences on a redef
cendu cette loupe , pour donner la dernière main
à la machine qui la porte , & au bâtiment deftiné
à la contenir . M. de Trudaine , à qui elle appartient
, & Meffieurs de l'Académie des Sciences
ayant defié connoître , avant leurs vacances ,
les propriétés , elle n'avoit été , pour ainfi dire ,
qu'échaffandée , & les expériences dont je vous
parle ont été faites en l'air , à la main , & fans
appui fixe . Jugez , mon Révérend Père , de ce
qu'on doit attendre de cette heureufe invention
dans les beaux jours de l'été , & lorfque tout fera
disposé pour faire les expériences avec commodité
?
Sentimens d'un Académicien de Lyon fur
quelques endroits des Commentaires de
Corneille.
L'AVA'S 'AVA'S adopté , dans ma jeuneffe , quelques
idées de M. de Voltaire fur la poëfie , & fur la
manière d'en juger. Les critiques de M. Clément
m'ont infpiré quelques réflexions dont je vais
rendre compte aux Gens de lettres plus inftruits
que moi , qui les jugeront.
M. de Voltaire , en commentant Corneille , a
DÉCEMBRE . 1774. 225
prétendu qu'il ne faut introduire dans le difcours
que des métaphores qui puiflent former une ima
ge ou noble , ou agréable. Il condamne ces deux
vers d'Héraclius :
Et n'eût été Léonce en la dernière guerre ,
Ce deffein , avec lui , ferait tombé par terre.
Il blâme , fur ce principe , ces autres vers d'Héraclius
:
Le peuple , impatient de fe laiffer féduire ,
Au premier impofteur armé pour me détruire ;
Qui s'olant revêtir de ce fantôme aimé ,
Voudra fervir d'idole à fon zèle charmé. :
Pour fentir , dit - il , combien cela eft mal ex
primé mettez en profe ces vers :
Le peuple eft impatient de fe laiffer féduire au
premier impofteur armé pour me détruire; qui s'ofant
revêtir de cefantôme aimé, voudrafervir d'idole
à fon zèle charmé.
Ne fera-t- on pas révolté de cette foule d'impropriétés
? Peut -on fe vêtir d'un fantôme ? L'imaeft
elle jufte ? Comment peut-on fe inettre un
fantôme fur le corps ? &c.
ge
M. Clément traite ce fentiment de M. de Voltaire
de ridicule exceffif. Il l'attaque d'une manière
plaufible en ces termes :
La métaphore eft principalement confacrée
aux chofes intellectuelles qu'elle veut rendre
fenfibles par des images frappantes . Ainfi ,
quandon dit: Mon ame s'ouvre à la joie , mon
coeur s'épanouit , on emprunte l'image
Kv
216 MERCURE DE FRANCE.
sofieur qui s'ouvre & s'épanouit aux rayons dufo-
5 leil. Or , quoiqu'on puifle peindre cette fleur ,
» on ne peut pas affurément peindre de même une
ame , &c. »
Il me femble qu'on doit répondre à M. Clément
: ce n'eft pas de pareilles métaphores que M.
de Voltaire parle. Elles font devenues des expreffions
vulgaires reçues dans le langage commun,
Le premier qui a dit : mon coeur s'ouvre à la joie ,
la triftefle m'abat , l'efpèrance me ranime , a exprimé
ces fentimens par des images fortes &
vraies : il a fenti fon coeur , qui étoit auparavant
comme ferré & flétri , le dilater en recevant des
confolations : & c'eft même ce que des Peintres, en
des temps groffiers , ont voulu figurer dans des
tableaux d'autel , en peignant des coeurs frappés
de rayons qu'on fuppofait être ceux de la grâce.
La triftefle ne jette point une ame fur le planchers
mais un Peintre peut fort bien figurer un homme
abattu, terraffé par la douleur , & en figurer un
autre qui fe relève avec ſérénité , quand l'efpérance
lui rend les forces. Une ame ferme , un coeur
dur , tendre , caché , volage , un eſprit lumineux ,
-rafiné , pefant , leger , furent d'abord des méta
phores : elles ne le font plus ; c'est un langage ordinaire
M. de Voltaire parle de celles qu'un Poëte
invente. Je crois , avec lui , qu'il faut absolument
qu'elles foient toujours juftes & pittoref
ques. Un deffein qui tombe à terre n'a , ce me
femble , ni juste fle , ni vérité , ni grâce , & il eft
impoffible de s'en faire une idée . M Clément prétend
qu'on peut dire dans une tragédie : un deffein
eft tombé par terre parce qu'on dit , dans la convefation
: ce deffein a échoué Je crois qu'il fe
trompe. Je pense que le premier qui s'avifa de
DÉCEMBRE . 1774. 227
dire : mes deffeins ont échoué , le fervit d'une métaphore
hardie, noble , frappante & très - pitto
resque. L'idée en était prife d'un naufrage ; & les
deffeins étaient mis à la place de l'homme ; c'était
proprement l'homme qui faisait naufrage. Il eft
d'usage de dire qu'un deffein a échoué ; ce n'est
plus une métaphore , c'est aujourd'hui le mot
propre. Il n'en eft pas de même de tomber par
terre ; c'eft une invention du Poëte ; elle n'a rien
de pittoresque mi de noble ; & ce vers ne me paraît
pas plus élégant que celui-ci : n'eût été Léonce en
la dernière guerre.
Il me femble auffi que perfonne n'approuvera
un impofteur qui s'ofant revêtir d'unfantôme aimé,
fert d'idole à un gèle charmé. Si quelqu'un
s'avisait aujourd'hui de nous donner de tels vers
je ne pense pas qu'on trouvât un feul homme qui
osât en prendre la défense.

On a blâmé dans l'Andromaque ce vers d'Oref
te , qui compare les feux de fon amour aux feux
qui confument Troye :
Brulé de plus de feux que je n'en allumai.
On condamne ce vers d'Arons dans Brutus , où
Arons dit , en parlant des remparts de Rome :
Du fang qui les inonde ils femblent ébranlés.
En effet ces figures font trop recherchées , trop
hors de la nature. Le fantôme aimé , dont on fe
›revêt pour fervir d'idole au zèle charmé , pataît
encore plus défectueux . C'est ce que le Père Bou
hours appelle du nervèze , dans la manière de
bien penser.
Souvent il arrive que des vers louches , obfcurs,
K vj
228 MERCURE
DE FRANCE .
mal conftruits , hérifiés de figures outrées , &
même remplis de foléçismes , font quelque illu
fion fur le théâtre . La règle que donne M. de
Voltaire pour difcerner ces vers , me paraît aflez
sûre. Dépouillez ces vers de la rime & de l'harmonie
, réduifez - les en prose ; alors le défaut fe
montre à nud , comme la difformité d'un corps
qu'on a dépouillé de fa parure.
Je me fouviens d'avoir entendų réciter ces vers
dans une tragédie fort extraordinaire :
Du fang de Nonnius avec foin recueilli ,
Autour d'un vase affieux dont il était rempli ,
Au fond de ton palais , j'ai raflemblé leur troupe ,
Tous le font abreuvés de cette horrible coupe.
Réduifez ces vers en prose , & voyez fi vous
pourrez en faire quelque chofe d'intelligible.
Comparez - les enfuite aux vers d'Eſchyle fur un
fujet femblable , traduits par Boileau dans le
Traité du fublime.
Sur un bouclier noir fept Chefs impitoyables
Epouvantant les Dieux de fermens effroyables ,
Piès d'un taureau mourant qu'ils viennent d'égorger,
Tous , la main dans le fang , jurent de fe venger.
C'est à -peu- près la même idée que celle des
vers précédens ; mais qu'elle différence ! vous
trouverez ici non -feulement de grandes images &
de l'harmonie , mais encore toute l'exactitude de
Ja prole la plus châtiée,
DÉCEMBRE. 1774. 229
·
Le judicieux Boileau avait donc très grande
raifon de dire :
Mon efprit n'admet point un pompeux barbarifme
,
Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux folécisme .
Sans la langue , en un mot , l'auteur le plus divin
Eft toujours , quoiqu'il fafle , un méchant écri
vain.
Je pense qu'il n'y a aucun bon vers , même avec
la conftruction la plus hardie , qui ne réhſte à
l'épreuve que M. de Voltaire propose , & qui ne
forte triomphant de cet examen rigoureux . Je
t'aimais inconftant , qu'aurais-je fait fidèle ! eft
peut être la conftruction la plus hazardée qu'on
ait jamais faite . C'eft un vers , fi on compre douze
fyllabes ; c'eft de la prose , fi on en détache le
vers fuivant . Mais dans l'un & dans l'autre cas ,
qu'aurais -je fait fidèle eft mille fois plus énergique
que fi on difait qu'aurais-je fais tu avais
été fidèle. Ce tour fi nouveau enlève ; il ne faudrait
pas le répéter. Il y ades expreffions que Boileau
appelle trouvées , qui font un effet merveilleux
dans la place où un homme de génie les em
plore ; elles deviennent ridicules chez les imitateurs.
M. Clément croit que M. de Voltaire veut
dire qu'il faut tourner en prose un vers , en lui
fubftituant d'autres expreffions pour en bien juger
C'eft précisément le contraire. Il faut laiffer
la conftruction entière telle qu'elle eft , avec tous
les mots tels qu'ils font , & en ôter feulement la
rime.
230 MERCURE DE FRANCE
M. de la Motte fembla prétendre que l'inimitable
Racine n'était pas poëte ; & , pour le prou
ver , il ôta les rimes à la première fcène de Mithridate
, en confervant fcrupuleufement tout le
refte , comme il le devait pour fon deſlein . M. de
Voltaire lui démontra , fi je ne me trompe , que
c'était par cela nême que ce grand-homme était
auffi bon poëte qu'on peut l'être dans notre langue.
Pourquoi ? C'eft qu'on ne trouva pas dans
toute cette fcène de Mithridate , délivrée de l'ef
clavage de la rime , un feul mot qui ne fût à ſa
place , pas une conftruction vicieuſe , rien d'ampoulé
ou de bas , rien de faux , de recherché , de
répété , d'obscur , de hasardé . Tous les Gens de
lettres conviennent que c'était la véritable pierre
de touche. On voyait que Racine avait furmonté ,
fans efforts , toutes les difficulté de la rime . C'était
un homme qui , chargé de fers , marchait
librement avec grâce. C'eft certainement ce qu'on
ne pouvait dire d'aucun autre Tragique depuis les
belles fcènes de Cornélie , de Pauline , d'Horace, de
Cinna , du Cid. Ouvrons Rodogune , dont la
dernière fcène eft un chef- d'oeuvre , & lifons le
commencement de cette pièce fameule , dégagée
feulement de la rime .
«Ce jour pompeux ce jour heureux nous luit
enfin , qui doit diffiper la nuit d'un trouble fi
long , ce grand jour où l'hymenée étouffant la
» vengeance , remet l'intelligence entre le Parthe
& nous , aff: anchit la Princefle , & nous fait
" pour jamais un lien de la paix du motif de la
» guerre. Mon frère , ce grand jour est venu od
notre Reine cellant de tenir plus la couronne
» incertaine , doit rompre (on filence obstiné aux
» yeux de tous , nous déclarer l'aîné de deux
30
DECEMBRE. 1774. 231

Princes jumeaus, & l'avantage feul d'un mo-
» ment de naiſſance dont elle a caché la connaiſfance
jufqu'ici , mettant le fceptre dans la main
au plus heureux , va faire l'un Sujet , & l'autre
» Roi . Mais n'admirez - vous point que cette mê-
» me Reine le donne pour époux à l'objet de fa
haine , & n'en doit faire un Roi qu'afin de cou-
» ronner celle qu'elle aimait à géner dans les fers ?
Rodogune , traitée par elle en elclave , va être
≫montée par elle fur le trône , &c.
33
En lifant ce commencement de Rodogune tel
qu'il eft mot-à- mot dans la pièce , je découvre
tout ce qui m'était échappé à la repréſentation.
Un jourFompeux , un jour heureux , un grand
jour, en quatre vers ; une nuit d'un trouble , une
Princeffe affranchie , fans que je fache encore
quelle eft cette Princefle ; un motif de la guerre
qui devient un lien de la paix , fans queje puiffe
deviner quel est ce motif , quelle eft cette guerre ,
qui la fair , à qui on la fait , quel eft le perfonnage
qui parle Je vois une Reine qui ceffe de tenir plus
la couronne incertaine , & qui va mettre le Icep-.
tre dans la main au plus heureux ; mais on ne
m'apprend pas feulement le nom de cette Reine.
J'apprends feulement que Rodogune va être montée
fur le trône par cette Reine inconnue.
Toutes ces irrégularités le manifeftent à moi
bien plus aifément dans la prose , que lorsqu'el
les m'étaient déguifées par la rime & par la déclamation.
Je fuis confirmé alors dans le principe
de M de Voltaire , qui établit que , pour bien
juger fi des vers lont corrects , il faut les réduire
en prose . M. Clément dit que ce fyftême eft celui
d'unfou Je ne crois point être fou en l'adoptant ,
jelpere feulement que M. Clément aura un jour
ane raifon plus fage & plus honnête.
232 MERCURE DE FRANCE.
1
Les bornes de ce petit écrit ne me permettent
que d'ajouter ici quelques mots fur les injures.
atroces que M. Clément dit à M. de la Harpe
dans fa Diflertation , qui devait être purement
grammaticale . Il l'accule d'avoir fait une partie
des Commentaires fur le Théâtre de Corneille par
un motifd'intérêt , & il hazarde cette calomnie
pour l'accabler d'outrages qui ne peuvent que
retomber fur celui qui les prodigue fi injuftement.
Je n'aijamais vu M. de Voltaire ; mais je ſuis affez
inftruit de fes procédés envers la famille de Pierre
Corneille , & du fentiment de tous les honnêtes
gens , pour favoir combien ils réprouvent les invectives
odieufes de M Clément , qui font auffi
déplacées que les critiques . J'ai peu vu M. de la
Harpe ; je ne le connais que par les excellens ouvrages
qui lui ont mérité tant de prix à l'Acadé
mie, & par des pièces de poëfie qui refpirent le
bon goût . Tous ceux qui ont pu lire ce libelle de
M. Clément , condamnent unanimement cette
fureur groffière avec laquelle il amène ici le nom
de M. de la Harpe , pour l'infulter fans aucune
raifon On eft bien furpris qu'il continue comme
il a débuté , & qu'après avoir fait un volume d'injures
, déjà oublié , contre M. de St Lambert &
tant d'autres Gens de lettres fi eftimables ,il veuille
perfuader au Public que MM. de Voltaire & dela
Harpe ont travaillé de concert à décrier le grand
Corneille , tandis que l'Auteur de Zaïre , d'Alzire ,
de Mérope , de Brutus , de Sémiramis , de Mahomet,
de l'Orphelin de la Chine , de Tancrède eft
genoux devant le père du Théâtre , devant le
grand Auteur du Cid , d'Horace , de Cinna , de
Polyeucte , de Pompée , tandis qu'il ne relève les
fautes qu'en admirant les beautés avec enthoufiasme
, tandis qu'à peine il critique Pertharite,
à
DÉCEMBRE. 1774 233
Théodore , Don Sanche , Attila , Pulchérie , Agéflas
, Suréna ; enfin , tandis qu'il n'a entrepris le
commentaire de cet Auteur fi grand & fi inégal
que pour augmenter la dot de la vertueule descendante
.
Il m'a paru que le digne Commentateur de Corneille
n'avait eu en vue que la vérité & l'inſtruction
des Gens de lettres. J'aime à voir comment ,
en imitant la conduite de l'Académie lorſqu'elle
jugea le Cid , il mêle à tout moment la jufte
louange à la jufte critique. J'aime à voir comme
il craint fouvent de décider . Voici comme il s'exprime
fur une difficulté qu'il le propole dans
l'examen du troisième acte de Cinna Ceftfur quoi
les Lefleurs , qui connaiffent le coeur humain doivent
prononcer. Je fuis bien loin de porte, unjugement.
J'aime fur tour à voir avec quel refpect ,
avec quels fentimens d'un coeur pénétré il met
Cinna au- deffus de l'Ele & re & de l'Edipe de Sophocle
, ces deux chefs d'oeuvres de la Grèce ; &
cela même , en relevant de très grands défauts
dans Cinna. M. de Voltaire m'a paru un homme
paffionné de l'arr , qui en fent les beautés avec
idolatrie , & qui eft choqué très - vivement des
défauts. Un ' Libraire m'a afluré qu'il te traite
ainfi lui même ; & qu'il a été malade , par un
excès d'affliction , de ce qu'on avait imprimé de
lui des pièces de fociété , qu'il ne jugeait pas dignes
du Public.
Qu'a donc de commun M. Clément avec l'Auteur
de Cinna & avec celui de Mahomer ? De quel
droit fe met il entre eux ? Pourquoi ce déchaînement
contre tous fes contemporains ? Faut - il
aboyer ainfi à la porte à tous ceux qui entrent'
dans la maifon ! Que ne donne- t- il plutôt des
exemples ! Que ne donne- t- il fa Tragédie de
134 MERCURE DE FRANCE.
Médée ! Nous lui applaudirons fi elle eft bonne.
Les beautés qu'il y aura répandues enrichiront
notre littérature ; mais tant qu'il fatiguera le
Public de fatires en profe & d'injures perſonnel.
les , il ne faud: a que le plaindre.
COURS D'HISTOIRE NATURELLE.
M. Valmont de Bomare , Dèmonſtrateur
d'hiftoire naurelle avoué du Gouver .
nement , Cenfeur royal , Directeur des
Cabinets de Chantilly , Membre de plufieurs
Académies des Sciences & Belles-
Lettres de l'Europe , Maître en Pharmacie
, & c. ouvrira fon cours fur les
trois règnes & les principaux phénomènes
de la Nature , le Mercredi 7 Décembre
1774 , à dix heures & demie
trés préciſes du matin , en fon cabiner,
rue de la Verrerie , au coin de la rue .
des Billettes . Ce cours fera continué les
Vendredi , Lundi & Mercredi de chaque
femaine , à la même heure .
.. Ce Démonftrateur ouvrira un fecond
& même cours le Samedi 10 Décembre
1774 , à onze heures & demie très précifes
du matin , & le continuera les Mardi ,
Jeudi & Samedi fuivans de chaque feDÉCEMBRE
. 1774. 235
maine , à la même heure. Ceux qui vou
dront prendre part à ce fecond cours ,
font avertis d'entendre le difcours général
fur le fpectacle & l'étude de la Na
ture , qui fera prononcé à l'ouverture du
premier cours , indiqué pour le Mercredi
7 .
PHYSIQUE.
Thermomètre univerfel.
GOUBERT , conftructeur d'inftrumens
de Phyfique vient de mettre au jour
une gravure intitulée , Thermomètre univerfel
, ou nouveau tableau des gradua
tions imaginées par chaque Aureur pour,
mefurer la marche des différens thermomètres
qui ont été conftruits jufqu'à
préfent. Cette feuille qui eft d'environ
17 pouces de haut fur 142 contient en
28 échelles , avec les noms de leurs Auteurs
, tour ce qu'il y a de plus inté
reffant fur cette matière , & a l'avan
tage d'avoir un thermomètre divifé à
volonté, fuivant une des 28 méthodes, &
que l'on peut déplacer toutefois que
l'on veut.
236 MERCURE DE FRANCE.
A côté de ces différentes échelles il
y a deux tables , l'une des étés & des
hivers , obfervées au thermomètre de M.
de Reaumur en différens pays , & l'autre
pour les latitudes & les climats de
ces mêmes pays , la durée des jours
folftitiaux , & c . Le tout terminé par des
obfervations fur différens dégrés de froid
obfervés dans le Nord.
A Paris chez l'Auteur , rue Dauphine
vis à vis la rue d'Anjou . Il les vend en
feuilles ou montées; on trouve auffi chez
lui tontes fortes de baromètres , ther
momètres & autres machines & inftru.
mens de phyfique en verre.
ARTS..
GRAVURES.
I.
LA CONFIDENCE , eſtampe nouvelle
gravée par M. J. Beauvarlet , Graveur
du Roi , d'après le tableau de feu Carlo
Vanloo , premier Peintre de Sa Majesté ,
& dédiée à M. le Marquis de Marigny .
Cette eftampe a dix - huit pouces de hauDÉCEMBRE
. 1774 237
teur & treize & deini de largeur. Elle
repréfente deux jeunes Odaliques de la
figure la plus aimable affifes vis - à - vis
un métier de tapiflerie ; elles fufpendent
leur ouvrage pour un entretien qui pa
roît beaucoup les intéreffer. Rien de plus.
précieux que le travail de cette gravure
, où tout eft rendu , foit dans les
chairs , foit dans les étoffes , par un
burin net & brillant , & dont les tailles
font artiftement variées , fuivant les objets
à repréſenter!
II.
Portrait en médaillon d'Armand Duplef
fis , Cardinal de Richelieu , gravé d'après
le tableau de Champagne , par
Savart , prix 3 liv . A Paris , chez l'Auteur
, rue & près le petit St Antoine
au coin de la rue Percée.
Ce petit médaillon orné des attributs
de la puiffance , du génie & de la gloire,
fait fuite aux portraits des hommes célèbres
gravés , pour ainfi dire en miniature
, avec autant de délicateffe que de
goût , par MM. Fiquet & Savart .
238, MERCURE DE FRANCE.
I I I.
"
La mort d'Hercule , de Milon de Crotone
, de Didon & de Cléopátre ; Zé.
phir & Flore , Jupiter & Léda . Cette fuite
intéreffante d'eftampes gravées d'après les
tableaux de M. Michel Ange Challe
Ecuyer , Peintre ordinaire du Roi , Def
finateur de fa Chambre & de fon Ca
binet , fe trouve chez Duret , Graveur
de S. M. Danoife , à Paris, vers le mi
lieu de la rue du Fouare.
La fileufe Hollandaife , gravée par Godin
d'après Netfcker , prix 1 liv .
Le joli minois , d'après M. Carefme ;
prix liv.
L'école favoyarde , d'après Kreufe , prix
I liv . 10 f.
A Paris chez Godin , rue St Martin ,
vis- à- vis la rue de Montmorency , &
chez le Père & Avaulez , Marchands d'ef
tampes , rue St Jacques , vis - à- vis la
fontaine St Severin .
I V.
Le bal paré , & le concert deux eftampes
gravées per M. Duclos d'après
les deffins de M. A. de St Aubin ,
DÉCEMBRE. 1774. 239
1
Graveur du Roi , Deflinateur & Graveur
de S. A. S. Monfeigneur le Duc
d'Orléans , dédiées à M. Villemorien
fils. Ces eftampes ont chacune 5 pouces
de largeur & 12 de hauteur. Elles repréfentent
des affemblées nombreuſes qui
prennent part aux plaifirs de la danſe
ou de la mufique. La compofition eft
agréable & la gravure eft d'une pointe
facile , légère & fpirituelle. Chacune
de ces eftampes eft du prix de 4 liv .
io f. A Paris , chez Chereau , rue St
Jacques près les Mathurins .
V.
La Sultane reconnoiffante , eftampe
d'après le tableau original de Fr. Eifen
père , deffinée & gravée par Macret ;
hauteur 14 pouces fur i de largeur.
Prix 1 liv. 16 f. Chez l'Auteur , rue
des Mathurins au petit hôtel de Cluny.
Ce fujet eft traité avec beaucoup de
grâce & de talent.
V I.
Eftampe allégorique relative à l'avènemen
du Roi au Trône , ayant pour titre
240
MERCURE DE FRANCE .

les Garans de la félicité publique ,
dédiée au Roi.
Cette allégorie repréfente le Roi Louis
XVI. environné des attributs de fes
vertus , de fa gloire & de fa puiffance .
On a perfonifié & mis en action tous
les fentimens en quelque forte , que ce
Prince a imprimés dans le coeur de fes
Sujets.
Cette eftampe ingénieufe & parfaitement
gravée par MM. Née & Mafquelier
, d'après le delfin de M. Saint-
Quentin , a 14 pouces & demi de haut
& 10 pouces de large . Elle fe trouve
à Paris chez les Auteurs rue des Francs-
Bourgeois place St. Michel à côté de
l'Arquebufier. Prix 5 liv .
MUSIQUE.
I.
NEUVIEME RECUEIL des pièces Frangoifes&
Italiennes , petits airs , brunettes ,
menuets , avec des doubles & variations
accommodées pour deux flûtes traverfières
, violons , par -deflus de viole , &c.
par
DÉCEMBRE. 1774 24
par M. Taillart l'aîné , le tout recueilli
& mis en ordre par M. ** . prix 6 liv , A
Paris , chez Taillart l'aîné , rue de la
Monnoie , la première porte cochère à
gauche en defcendant du Pont-Neuf, maifon
de M. Fabre ; & aux adreſſes ordinaires
de musique .
·
Ce recueil fait faite des autres déjà
compofés par cet habile Maître de flûte ;
il rafemble les meilleurs airs nouveaux
des drames lyriques , difpofés de la ma
nière la plus avantageufe pour les inftru
mens de deffus.
I I.
Cinquième Recueil d'ariettes choifies
arrangées pour le clavecin ou le fortépiano
, avec accompagnement de deux
violons & la baffe chifrée ; dédiées à Mile
Lengle de Schovebeque , par M. Benaut ,
Maître de Clavecin . Prix 36 f. A Paris
chez l'Auteur , rue Gît-le - Goeur , la
deuxième potte - cochère à gauche près
le quai ; & aux adrefles ordinaires de
mufique.
III.
Recueil d'arrietes d'opéra- comique arrangées
pour deux violons par M. Tif
L
242 MERCURE DE FRANCE;
fier de l'Académie royale de mufique..
Prix 3 liv . à Paris chez l'Auteur rue St
Honoré à la gerbe d'or près l'Oratoire ;
M. Benin , Marchand de musique &
de cordes d'inftrumens , rue St Honoré,
vis -à- vis St Roch ; Mlle Caftagniery ,
rue des Prouvaires.
I V.
La difpute, nouveau duo de M. Albanèze
fans accompagnement , & l'espérance
duo avec accompagnement de deux
violons & baffe par M. Albanèze , Muficien
du Roi . Prix 1 liv. 4 f. A Paris
au bureau du journal de mufique , rue
Montmartre , vis - à - vis celle des Vieux-
Auguftins , & aux adreffes ordinaires.
V.
Les charmes de la France , contre-danfe
allemande & françoife , dédiée & préfentée
à la Reine par Bacquoy Guerin ,
ci devant Danfeur du Théâtre François
, Auteur des figures & de la mu
fique. Prix 4 f. à Paris chez l'Auteur
, rue de la Potterie , la première
porte cochère à main gauche en entrant
par celle de la Tixerarderie ;
DÉCEMBRE . 1774.
243
chez Mlle Caftagniery , rue des Prou
vaires , & aux adreffes ordinaires de
mufique .
C'est la première fois , fans doute ,
qu'on a imaginé de faire figurer dans
une contre - danfe allégorique des colonnes
, des arcs de triomphes , des fceptres
, des Empires , une lyre , & c. Cette
fingularité doit la faire rechercher.
V I.
Six quatuor concertans pour deux vio
lons , alto- viola & violoncelle , dédiés à
Mgr le Maréchal Duc de Biron , Pair
de France , Colonel général du Régiment
des Gardes - Françoifes , par Kucheler
, op. 4. prix 9 liv . Se vend à Paris
au bureau muſical Cour de l'ancien grand
terf , rue St Denis & des deux Portes-
Saint Sauveur , & aux adreffes ordinaires
de mufique. A Lyon , chez le fieur Caftaud
, Marchand Libraire , place de la
Comédie.
VII.
Septième Recueil de pièces & d'airs nouveaux
, avec accompagnement de guir.
L ij
#44 MERCURE DE FRANCE,

tare & d'un violon , que l'on peut
fupprimer fi l'on veut ; compofé par
M. Vidal l'aîné , Maître de guittare .
Prix , 7 l . 4 f. Se vend à Lyon , chez,
Caftaud Libraire , Editeur de cet ouvrage
& de plufieurs autres ; & à Paris
aux adreffes ordinaires de mufique ;
avec privilége du Roi,
La réputation de l'Auteur fait l'éloge
de cet ouvrage,
L'annoncefuivante , que l'on nous a envoyée ,
prouve que les grands talens de M. le Chevalier
Gluk n'excitent pas moins d'enthouſiaſme dans
fa patrie que chez les étrangers , & l'un eſt ordinaitement
plus difficile que l'autre. Quoique diftribuée
en Allemagne , cette annonce eft écrite
en françois , & nous y laiffons les fautes de langue
qui ont pu échapper à des étrangers , & qui font
fuffifamment couvertes par la nobleſſe du projet
dont il eft question . Le voici .
ANNONCE..
Il n'e Amateur des arts qui n'apprénne à regrét,
que le fameux Chevalier Gluk, à peine de
retour de la France , ou les talens viennent de
briller avec tant d'éclat , propofe déjà un fecond
voyage vers ces mêmes lieux , attiré par la gloire
& les largeffes , que cette nation cultivée répand
avec profufion au - devant du génie , quel que foit
le genre auquel il s'exerce , & quelque puifle être
la patrie qui l'ait vû naître , le former & touches
DÉCEMBRE. 1774. 249
fa grandeur. L'Allemagne , fiere d'avoir nourri
dans fon fein la Mufe la plus harmonieule & la
plus fublime que l'Opéra ait connû depuis plus
d'un fiècle , devroit allurément réclamer aujourd'hui
les droits qu'elle a fur elle , & ne point perméttre
qu'il fut dit , qu'avec une indifférence ,
peu ordinaire à une nation qui fait apprécier le
mérite , elle s'ait laiflé échapper les moyens de
fixer dans fa capitale un génie qui lui appartient
, & que les voifins , jaloux de la préference
que la mufique a toujours eu par deſſus la leur ,
cherchent aujourd'hui à lui enlever , non par artifice
, mais par zéle & par générofité . Cette réflexion
, qui ne peut gueres'être échappée au ſentiment
jufte & éclairé de nos Amateurs & de tout
ce qu'il y a de gens de gout dans cette capitale , a
donné lieu à un particulier d'éflayer une tentative
, qui ne pouvant tourner qu'a l'avantage &
à l'honneur de la nation , mérite à fon avis d'être
favorifée par un nombre fuffifant de perfonnes
qualifiées par leur rang & par leurs facultés à
donner le ton dans de pareilles entreprises. Il s'agit
de faite à M. Gluk une rente viagere de 6000
liv . pour l'engager, a préferer dorénavant le féjour
de Vienne a tout autre & a former dans fa
nation des fujets propres à l'exécution des chefsd'oeuvres
qu'il nous fournira . Affin de parvenir
a ce bur , il a été remis au bureau de M. Fries
un cahier de cent pages , marquée chacune de fon
numero & portant chacune foufeription de 60 l.
que les Amateurs auront le choix de figner ou de
faire figner en leur nom , d'ici au 28 Octobre ,
jour auquel la foufcription eft censée arrivée a
fon termine. Dez le lendemain on aura l'attention
de rendre public le nom des perfonnes qui auront
Liij
246 MERCURE DE FRANCE.
figné , de même que le nombre des actions qu'elles
auront prises , & l'on aura foin outre cela de
marquer la même liſte au deſſous du tableau du
Chevalier Gluk , que l'on s'attend a être éxécuté
en peu par un des premiers Graveurs de la France.
L'Amateur qui annonce cette fouscription , ne
donnera fon nom que le dernier , encor ne fera
ce que dans le cas que cette place ne lui ait été
enlevée par le nombre des actionnaires . Dufle - til
arriver néanmoins que quelques pages du cahier
vinflent à ne pas être remplies , alors ( fupposé
que les deux tiers au moins fuffent enlevés )
fon nom feul fuffira a rendre la fonscription complette
& fuppléer au défaut. Il n'a plus rien a
dire , après ce qu'il vient de déclarer , finon que
la réputation dont la premiére ville d'Allemagne
jouit maintenant aux yeux de l'Europe par rapport
aux arts , dépend en partie de l'effet que cette
annonce produira fur l'efprit de nos Amateurs &
de nos Grands. *
1
HORLOGERIE.
PENDULE ENDULE à feconde de la hauteur d'un
pied , mouvement & fonnerie allant
* La France ne possède- t - elle pas auffi le
célèbre Grétry , qu'elle peut oppofer aux plus
grands Muficiens de l'Allemagne & de l'Italie ?
Eh ! quelle foufcription pourroit compenfer les
plaifirs d'onze Opera , autant de chefs - d'oeuvres ,
dont ce Génie heureux a déjà enrichi notre théâtre.

DÉCEMBRE. 1774. 247
7
quinze jours. La fimplicité eft telle qu'il
n'y a qu'un pignon qui conftitue le mouvement
, le moteur dudit mouvement
eft un poids de trois onces remonté
par la fonnerie : la lentille a huit pouces
de long , & bat la feconde avec
autant de précision qu'une pendule à
grand balancier.
Elle fe voit chez le fieur Poletnich,
Horloger , rue St Severin vis -à - vis le
portail.
ACTES DE BIENFAISANCE.
I.
L'ACADÉMIE de Bruxelles ayant l'année
dernière propofé pour un des prix qu'elle
devoit diftribuer cette année , de fixer
les meilleurs moyens de défricher les
terres incultes , en recommandant fur
tout de joindre la pratique à la théorie.
Ce prix a été adjugé pour le pays de
Luxembourg , à un Religieux de l'Ab
baye de St Hubert en Ardenne. Comme
ce digne Religieux a des parens peu favorifés
de la fortune ; il a demandé que
Liv
248 MERCURE DE FRANCE.
la médaille d'or du poids de vingt - cinq
ducats , fût convertie en argent , & que
cette fomme fût diftribuée à fes infor.
tunés parens. Cette action , digne des
plus grands éloges , a pénétré l'ame fenfible
de M. Gérard , Secrétaire de Sa
Majefté Impériale & Royale , & Secrétaire
de l'Académie ; & fur fa repréſen
tation , MM. les Académiciens ont ob
tenu du Gouvernement , que ( fans tirer
à conféquence pour la fuite ) l'honnête
Religieux recevroit la médaille qu'il a
méritée , & que fes parens toucheroient
les vingt - cinq ducats .
que
Je fais , M. c'eft dater votre façon de
penfer & entrer dans vos vues que de vous
offrir l'occafion de publier de pareils
traits de bienfaiſance , & je me fais un
devoir de vous inſtruire promptement de
celui- ci.
CONTANT DORVILLE ,
Secrétaire & Agent de S. A. S.
le Prince régnant de Lowenftein-
Westheim .
I I.
Trois accufés de vol condamnés au
banniffement , en appellent ; ils obtienDÉCEMBRE
. 1774. 249
ger
nent un plus amplement informé pendanc
fix mois . Après cette procédure , même
condamnation & même appel . Mais ces
Malheureux qu'on avoit dépouillés de
tout ce qu'ils poffédoient , n'ayant plus
d'argent , ne purent trouver de Défenfeurs
au Barreau . On leur dit dans la prifon
qu'il feroit à defirer pour eux que Me
Aubert , Avocat en la Cour Souveraine
de Lorraine , & ci- devant aux Confeils
du feu Roi de Pologne , voulût fe char
de leur défenſe. On vint auffi tôt
T'en prier. I fe rendit chez le Géolier
des Prifons , pour entendre ces accufés
qu'il fit venir l'un après l'autre ; il écrivit
tout ce qu'ils lui dirent , & dès ce
moment il fe chargea de leur juftification.
Cependant il leur donna la nourriture
, & répondit au Procureur qu'il
leur fit conftituer , des frais qui lui fe
roient dus . L'Avocat ayant fini fon tra
vail , & le jour qu'on devoit rompre les
fers de ces innocens , arrivé , l'Arrêt
annulla leur condamnation , les mit hors
de Cour , leur fit rendre tout ce qu'on
leur avoit pris & les fit élargir fur le
champ. L'Avocat leur fit fervir un bon
dîner , après lequel il leur donna 30
louis pour s'aider à relever leur petis
commerce , & les congédia.
Ly
250 MERCURE DE FRANCE.
ANECDOTES.
I.
CHARLES VIII , Roi de France , paſſant
par la Tofcane , demanda aux Fiorentins
de lui fournir de l'argent pour fon
expédition de Naples , & exigeoit qu'on
lui donnât une certaine autorité dans la
République . Caponi , Magiftrat de Florence
, fut un des Députés vers Charles
qui marchoit avec une armée formidable .'
Un Secrétaire du Prince lifoit devant
Caponi ces conditions humiliantes , &
Charles prétendoit être obéi . Les Députés
Florentins étoient dans la plus
grande crife. Caponi , d'un air fier &
menaçant , arrache brufquement le papier
des mains du Secrétaire , le déchire
avec fureur , en difant à Charles :
Eh bien! faites battre le tambour , &
nous allons fonner nos cloches : voilà
ma reponfe. Il fort. Charles & fa Cour
ne doutèrent point que l'audace de Caponi
ne fût foutenue & autorifée par
des troupes toutes prêtes. On le rapelle ,
& on le laille le maître des conditions.
DÉCEMBRE. 1774. 251
I I.
Grimaldi , furnommé le Bolognèfe ,
Peintre célèbre qui vivoit dans le dixfeptième
fiècle avoit peu de fortune ;
cependant il étoit bienfaifant & généreux .
Un Gentilhomme logeoit près de lui ,
& comme il étoit dans le befoin , le Bolognèfe
fe cachoit pour lui faire du bien ,
jetant à la dérobée de l'argent dans fa
chambre, Le Gentilhomme fe cache à
fon tour pour découvrir fon bienfaiteur ,
il le furprit & vint à lui comme à fon
ange tutélaire; le Bolognèfe marqua beau
coup de confufion d'être reconnu ; mais
pouvant fuivre ouvertement fon inclination
obligeante , il engagea le Gentilhom .
me à venir demeurer avec lui , & à lui permettre
de le regarder comme fon père
& fon ami.
I I I.
On raconte de Jean de Meun . que
pour obtenir une honorable fépulture ,
il ordonna par fon teftament qu'il feroit
enterré chez les Jacobins de Paris , auxquels
il léguoit un coffre & tout ce qui
étoit dedans ; mais ce coffre ne devoit
L vj
252 MERCURE DE FRANCE.
être ouvert qu'après l'enterrement. Le
fervice fut des plus beaux ; dès qu'il
fut fini , on courut au coffre ; il étoit
rempli d'ardoiſes , fur lesquelles le facé
tieuxMaître Jehan cuidoit poffible tirer des
figures de géométrie. Les Moines dont il
s'étoit ainfi moqué de fon vivant , furent
moins indulgens que les Dames.
Le corps de Maître Jean fut inhumainement
exhumé ; mais le Parlement indigné
de cette barbarie , fit rendre aux
cendres du Romancier les honneurs qu'il
méritoit.
I V
M. de Barillon , Gentil-homme attaché
à Madame la Ducheffe Mazarin ,
avoit un plaifant remède contre la plénitude
, avoit - il mangé à crever , dit
» M. de St Evremond , il entretenoit
» Madame Mazarin des Religieux de la
Trappe , & quand il avoit parlé demi-
» heure de leurs abftinences & leurs auf-
» térités ; il croyoit n'avoir mangé que
des herbes , non plus qu'eux. Son dif-
» cours faifoit l'effet d'une diéte .
30
DÉCEMBRE . 1774. 253
AVIS.
1.
Rouge végétal.
Le fieur Collin , auteur du Rouge végétal , feul
approuvé par l'Académie Royale des Sciences , a
l'honneur d'avertir les Dames que le bureau général
pour la diftribution est toujours barrière
neuve des Gobelins , chez la Demoiſelle Héran ;
& que , pour la plus grande commodité des Dames
, elle a établi un dépôt chez la Dame Sadous,
maifon de Mde Tonnellier , Marchande de Mo
des , rue d'Orléans , à gauche , en entrant par la
rue St Honoré ; le tableau eft à côté de la porte.
Il y a des pots à 3 , à 6 & à 12 l . fur lesquels
fe trouve une étiquette portant ces mors : Rouge
végétal approuvépar l'Académie Royale des Scien
ces, & un cachet repréſentant une tête antique.
Leprix fera toujours écrit en toutes lettres fur
chaque pot. Les Dames de la province qui defireront
faire ufage de ce rouge , font priées d'écrire
( en affranchiffant leurs lettres ) à la Dlle Héran ,
ou à la Dame Sadous ; les envois qui leur feront
indiqués , le feront avec autant deprécaution que
de célérité.
Il feroit à defirer , pour mériter conftamment la
confiance des Dames , qu'elles vouluffent s'affujettir
à faire enlever l'étiquette & le cachet qui font
appliqués fur chaque pot , afin d'éviter qu'en
tombant entre les mains de quelques fraudeurs
ils ne foient remplis de rouge étranger , lequel ,
à la faveur de l'étiquette & du cachet , feroit ven
du pour Rouge végétal .
254 MERCURE DE FRANCE.
I I.
Le fieur Rouffel coupe les Cors , les guérit avec
un peu d'onguent , & coupe les ongles des pieds .
Les boîtes d'onguent fontde 3 liv . & 1 l . 10 f.
Il a une pommade pour les hémorrhoïdes , les
foulage & les guérit .
Les pors de pommade font de 3 liv . & 1 1.
IO (.
Il a une eau pour guérir les brûlures , approuvéc
par M. le Doyen & Préfident de laCommiffion
Royale de Médecine.
Le prix des bouteilles eft de 3 liv . & de 1 1. 4 f.
Le fieur Rouflel , demeurant à Paris , rue Jeande
l'Epîne , chez l'Epicier en gros , la porte cochère
à côté du Taillandier , au deuxième apparteinent
fur le devant , près de la Grêve , donne
encore avis qu'il débite , avec permiffion , des ba
gues dont la propriété eft de guérir la goutte.
Le prix des bagues montées en or , eft de 36
liv . & celles en argent , de 24.
On le trouve tous les jours , excepté les fêtes &
Dimanches. On prie les perfonnes d'affranchir
leurs lettres
I I I.
Eau pour les dents.
Le fieur Pierre Bocquillon , Marchand Gantier
Parfumeur à Paris , à la Providence , rue St Antoine
, entre l'Eglife de St Louis de MM. de Sainte
Catherine & la rue Percée , vis à vis celle des
Ballets , annonce au Public qu'il a été reçu & approuvé
à la Commiffion Royale de Médecine , le
11 Octobre 1773 , pour une liqueur nommée le
véritable trésor de la bouche , dont il eft le feul
compofiteur. Ses rares vertus la font préférer , en
lui établiflant une très grande réputation . La pro
DÉCEMBRE. 1774. 255
priété de fa liqueur eft de guérir tous les maux
de dents quel violens qu'ils puiffent être , de purger
de tout venin , abſcès & ulcères , enfin de
préferver la bouche de tout ce qui peut contribuer
à gâter les dents ; elle les conferve même quoique
gâtées. Cette liqueur a un goût très- agréable.
L'Auteur a des bouteilles à 101.51 31. & 1 1 4f.
Il donne la manière de s'en fervir , fignée & paraphée
de fa main. Il vend auffi le véritable taffetas
d'Angleterre , propre pour les coupures & brûlures
, approuvé par MM. de la Médecine , le 31
Juillet 1773. L'Auteur prie de lui affranchir le
port des lettres.
I V.
Daumont , Pâtiffier , rue de Bourgogne , près
celle St Dominique , Fauxbourg Saint Germain ,
continue de faire les envois de fes pâtés en Pro .
vince , ainfi que dans cette ville ; les croûtes en
font toujours légères & délicates , ce qu'elles renferment
en eft bon , & font en même temps trèsfalubres
, favoir :
Pâtés de jambon de Bayonne à 3 1. & à 6 1. toujours
prêts ; de veau de Pontoiſe à 24 l . auffi toujours
prêts; de mauviettes à la Péchivier , aux
truffes , à 3 1. & à 6 1. toujours prêts. Les perfonnes
qui loubaiteront des pâtés ci - deffous nommés
, voudront bien les commander , pâtés de
dindon à la Périgord ; de dindon & poularde à la
Gâtinoise , farce aux truffes ; de lievre défoflé ,
farce à pâtés de jambon ; de perdrix rouges &
grifes , farce aux truffes ; de canard , farce à pâtés
de jambon ; de faifants , on aura la bonté de
les lui fournir , de fanglier , on lui en fournira
les filets , &c . & c.
par En cas d'éloignement , on lui écrira
tite pofte ; on fera fervi à l'heure indiquée.
la
pe-
ر
256 MERCURE DE FRANCE.
V.
Eau de Roxelane, cosmétique orientale.
On fe fert de ce cosmétique , foir & matin ,
comme de l'eau ordinaire , à la dose près . Un plus
fréquent usage ne peut qu'être bienfailant. Il faut
en verser dans un verre , y tremper un linge fin
s'en frotter le vifage , le col & la gorge , & laifler
fécher on peut cependant s'effuyer tout de fuite.
Les perfonnes curieuses de la blancheur , de la
beauté , de la douceur de leurs mains , trouveront
dans l'ufage de cette liqueur , le vrai moyen de
conferver ou faire renaître ces avantages , que
route l'étendue de la peau est également fuscepti
ble de partager..
A Paris chez M. Granchès , qui s'eft chargé de
la vente de cette eau , dans fon magafin du petit
Dunkerque , à la descente du Pont - Neuf , où le
feul dépôt fera établi .
On y trouvera des flacons de 12 1. & de 6 l. ils
feront munis du cachet de l'Auteur , E. D. R.
On y joindra un imprimé qui indiquera la manière
d'en faire usage. Les perfonnes qui en demanderont
font priées de vouloir bien affranchir
leurs lettres.
V I.
Art de bonnifier les vins.
Le fieur Heran a foumis à l'examen de la Faculté
de Médecine de Paris , & depuis à celui de
l'Académie Royale des Sciences , le moyen qu'il
emploie pour dépouiller les vins de toutes les
mauvaites qualités qu'ils contractent , pour prévenir
les dangers qui naiflent de leur ufage , &
pour les conserver dans l'état des perfection qu'il
DÉCEMBRE . 1774. 257
leur procure . Le rapport de MM. les Commiffaires
, & le décret de la Faculté qui le confirme ,
celui de MM . les Commiffaires de l'Académie , &
l'approbation dont ces deux Corps célèbres ont
bien voulu l'honorer , ne laißlent aucun doute
tant fur la falubrité que fur l'efficacité de la méthode
dont il s'agit. MM . les Commiflaires nommés
par ces deux illuftres Compagnies , ont été
toujours préfens aux opérations du fieur Heran ;
ils ont vu que , de toutes les différentes choses
qui entrent dans fa compofition , il n'y en a aucune
qui ne foit falutaire à la fanté.
Il demeure à Paris , la dernière porte cochère
au-deflus & du même côté des Gobelins , maifon
de Mde Hubert.
Ceux qui voudront lui écrire des Provinces ou
de Paris , pourront le faire par la voie de la pofte ,
en affranchiſſant les ports.
VII.
Cours de Phyfique.
M. Sigaud de la Fond , ancien Profeffeur de
Mathématiques de l'Académie , Démonftrateur
de Phyfique expérimentale en l'Univerſité , Membre
de plufieurs Académies , commencera un cours
de phyfique expérimentale , le mercredi 14 Décembre
1774 , à onze heures & demic , dans fon
cabinet rue St Jacques , près St Yves , maiſon de
l'Univerfité. Il le continuera les lundi , mercredi ,
vendredi de chaque ſemaine , à la même heure. Il
y traitera , plus amplement encore que les années
précédentes , de l'électricité , de fes analogies &
de fes applications . Il prie ceux qui defireront le
fuivre de vouloit bien le faire inſcrire d'ici à ce
temps.
258 MERCURE DE FRANCE.
VIII.
Cours public de Phyfique.
Le Sr Briffon , de l'Académie Royale des Sciences
, Maître de Phyfique & d'Hiftoire Naturelle
des Enfans de France , Profefleur Royal de Phyfique
expérimentale au Collège de Navarre, commencera
, les Décembre à onze heures du matin ,
fon cours de phyfique expérimentale dans fon
cabinet de machines, rue du Jardinet , fauxbourg St
Germain . Ceux qui voudront fuivre fon cours fe
feront inscrire chez lui , avant ce terme .
IX.
Leçons de Langues .
Le fieur Borzacchini , Italien , natif de la ville
de Sienne en Toscane , connu depuis long - temps
en France pour y avoir cnfeigné les langues Italienne
, Angloise & Espagnole , à un grand
nombre de perfonnes de la première diftinction ,
a l'honneur d'offrir au Public fes fervices & fa
nouvelle méthode , qui eft auffi fimple & auffi
courte , que fes principes font clairs , pour apprendre
très- ailément , & en fort peu de temps ,
ces trois langues.
Il demeure rue de l'Arbre - Sec , cul - de - fac de la
Baftille , chez le Parfumeur au premier étage , à
Paris.
X.
Vinaigre de toilette , bain & table.
On ne peut trop multiplier l'annonce des
DÉCEMBRE. 1774. 259
>
au
objets d'une utilité générale , & dont l'ufage
le renouvelle journellement. Tels font en particulier
les Vinaigres dont le Sieur Maille , Vinaigrier
du Roi & de Leurs Majeftés Impériales
, eft l'inventeur & le fabricateur. On doit
citer, dans la première clafle , le Vinaigre Komain
, fi accrédité par fes fuccès , & le vinaigre
de rouge , dont le beau fexe éprouve des
effets fi avantageux . Le premier blanchit les
dents , en prévient & en arrête la carie , les
affermit dans leurs alvéoles , &c. Le fecond
qui fe fubdivife en trois claffes , a pour objet
de conferver à la peau , toute la fraicheur
en même temps qu'il l'embellit , & qu'il prévient
les inconvéniens qui résultent pour nos
Dames , de l'ufage du carmin. 19. Ce Vinaigre
de rouge imite les plus belles couleurs ,
point qu'on les prend pour des couleurs naturelles
, fur tout lorfque la peau eft naturellement
blanche 2 ° . Les fimples dont il eft compolé
, rafraîchiffent la peau & l'empêchent de
le rider. 3 ° . On peut augmenter & diminuer
la vivacité de la couleur , à tel degré qu'on le
juge convenable , fans que la chaleur puifle y
caufer la moindre altération , & fans craindre
de la faire difparoître en s'efluyant , ce qui eft
très agréable pour les perfonnes qui vont au
bal , & ayant beaucoup d'éclat à la lumière.
49. On peut appliquer ce Vinaigre en fe couchant
, il n'en imitera que mieux les couleurs
naturelles . Son effet dure très - long - temps.
On ne peut même effacer ce rouge qu'en fe fervant
d'un linge qui aura été trempé dans du
Vinaigre de fleurs de millepertuis , avec lequel
on frotte les endroits où le rouge a été appliqué;
ce qui le fait difparoître aufli - tôt. Ce
266 MERCURE DE FRANCE.
même Vinaigre entretient la couleur vermeille
des lèvres , & les empêchent de fe gerfer dans les
plus grands froids.
Les autres Vinaigres que diftribue & compofe
cet habile Diftillateur , font le Vinaigre
de fleurs de citron , pour les boutons ; le Vi
naigre de racines , pour les tâches de roufleur ;
le Vinaigre d'écaille , pour les dartres ; le Vinaigre
de Vénus, pour les vapeurs ; le Vinaigre
de turbie , qui guérit radicalement le mal des
dents ; un Vinaigre admirable & Spécifique , à
l'ufage des perfonnes qui viennent d'avoir la
petite vérole ; le vrai Vinaigre des quatre voleurs,
excellent préfervatif contre tout air con
tagieux ; le Vinaigre fcelitique , pour la voix ,
deflorax qui blanchit la peau & empêche qu'elle
ne fe ride ; Vinaigre rafraichiffant , à l'ofage de
la garderobe , dont l'ufage eft excellent pour
les perfonnes fujettes aux hémorroïdes ; Vinai .
gre digeftif; Vinaigre royal , qui adoucir à
Tinftant la piqûre des coufins ; Vinaigre rafraî
chiffant , pour le teint & pour ôter le feu du
raioir aux perfonnes qui font fenfibles ; firop
de vinaigre , commode à tranſporter. On trouve
aufli chez le Sr Maille , toutes les espèces de
Vinaigres , au nombre de plus de 200 fortes ,
& différentes moutardes , comme aux truffes ,
au jus de citrons , aux capres & anchois , par
extrait d'herbes fines , qui ont toutes la qualité
de fe conferver un an & plus , avec la même
bonté. La moindre bouteille de tous les Vinaigres
qu'on vient de détailler , eft du prix de
3 liv. Mais celle de Vinaigre de feconde nuance ,
eft de 4 liv. celle de troisième nuance , de S 1.
& celle du Vinaigre admirable , ou pour la pe
tite vérole , eft de 4 liv . 10 6.
DÉCEMBRE . 1774- 261
Les perfonnes des Provinces de France &
des Royaumes étrangers , pourront le procu
rer ces différens Vinaigres , en envoyant une let❤
tre d'avis par la pofte , & remettant l'argent , le
tout franc de port : on les leur fera tenir exactement
, avec la façon d'en faire ufage. La demeure
du Sieur Maille eft rue Saint André- des - Arcs , la
porte cochère vis-à - vis la rue Haute Feuille , où
l'on a commencé à diftribuer , depuis le premier
Dimanche de Novenibre , de la moutarde pour
les engelures gratis , en faveur des Pauvres ; la
diftribution commence à huit heures du matin &
finit à midi. Cette diftribution aura lieu jufqu'au
dernier Dimanche de Mars ( uivant. MM , les Curés
de Province , qui voudront procurer ce foulagement
à leurs Paroiffiens , le pourront ailément ,
s'ils ont à Paris quelqu'un qui fe charge de venir
au Bureau , mais munis d'un pot , en prendre la
quantité néceffaire , pourvu que MM . les Curés
écrivent le nombre des perfonnes qui feront dans
le befoin d'en faire ufage. Quant aux perfonnes
qui font en état de payer , les moindre pots font ,
pour elles , de 1 liv. 10 f
L'on prévient que toutes les bouteilles & pots ,
font revêtus d'une étiquette , au milieu de laquelle
font gravées les Armes du Roi , & de chaque côté
celles de l'Empereur & de l'Impératrice Reine de
Hongrie. Les bouteilles qui font étiquettées au
trement , ne font point du magafin du Sieur
Maille,
262 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Pétersbourg , le 7 Octobre 1774.
LEE départ de la Cour pour Mofcow paroît fixé
au commencement de Décembre . Six cens hommes
détachés de chaque Régiment des Gardes , ont
ordre de s'y rendre inceflamment. L'Impératrice a
deflein de faire conftruire fur les frontieres de la
Tartarie plufieursnouvelles forteffes . On prétend
qu'Elle a également réfolu d'envoyer à Turin un
Miniftre , qui fera auffi accrédité auprès des autres
Cours d'Italie.
D'Amfterdam , le 31 O&obre 1774-
Plufieurs lettres venues de Pétersbourg le 27 &
le 30 de ce mois , confirment la nouvelle que le
fameux Pugatschew ayant été trahi par un des
fiens , eft tombé entre les mains des Rufles , près
de Cafan , & qu'on le conduit actuellement à
Pétersbourg.
De Malaga , le 28 Octobre 1774.
Diverſes lettres particulieres de Ceuta annonçoient
, depuis quelque temps , une rupture entre
l'Empereur de Maroc & l'Efpagne. On a eu la
confirmation de cette nouvelle par une déclaration
de guerre de S. M. en réponſe à un écrit du Prince
Maure. Cette déclaration a été publiée hier , &
affichée aux principales portes de cette ville Notre
Capitaine général a envoyé ordre fur le champ
à tous les Gouverneurs des ports , châteaux &
tours établis fur la côte de Grenade , & à ceux des
trois Préfides Mineurs en Afrique , qui font Melille
, le Pênon de Velez & Aluzema , de prendre les
DÉCEMBRE . 1774 263
mefures les plus promptes pour garantir ces pla-.
ces de toute furprise de la part des Corsaires Saletins
, qui doivent s'unir aux Algériens & faire
cause commune avec eux.
De Rome, le 12 Octobre 1774-
Le nombre des Cardinaux actuellement enfermés
au Conclave eft de vingt-neuf. Il paroît qu'on
ne s'y occupera férieufement de l'élection d'un
nouveau Pape qu'après l'arrivée des Cardinaux
étrangers. LeCardinal des Lances y eſt entré avanthier.
De Londres, le 12 Novembre 1774.
On attend inceflamment de Philadelphie un
vailleau qui y eft retenu par le congrès , pour ap
porter ici le réfultat de fes délibérations . Les Députés
ont juré mutuellement de garder le plus profond
fecret fur tout ce qui fe pafleroit dans leur
aflemblée jusqu'au moment où elle fe fépareroit.
Ils ont cependant cru devoir publier préliminairement
l'avis fuivant : « Il a été réfolu d'une voix
» unanime , que le congrès prieroit les Marchands
& autres perfonnes des différentes Colonies ,de
» ne point expédier d'ordres pour tirer des marchandifes
de la Grande-Bretagne , & de faire ar-
» rêter ou fuspendre l'exécution de ceux qui ont
déjà été envoyés , jusqu'à ce que le congrès ait
» rendu publics les moyens qu'il imaginera être
propres à la conservation des libertés de l'Amé.
» rique ».
55
De Paris , le 14 Novembre 1774.
Le 12 de ce mois à neufheures moins un quart
du matin , le Roi , après avoir entendu la mèfle à
la Ste Chapelle , eft arrivé à la Grand'Chambre du
Parlement , précédé de Monfieur & de Monfei264
MERCURE DE FRANCE .
gneur le Comte d'Artois , du Duc d'Orléans , du
Duc de Chartres , du Prince de Condé , du Duc de
Bourbon , du Prince de Conty & du Comte de la
Marche , Princes du Sang. Les Ducs & Pairs ,
les grands Officiers de la Couronne & les autres
perfonnes ayant féance au Lit de Juſtice ,
avoient devancé le Roi , qui étoit ſuivi du Sieur
de Miromenil , Garde des Sceaux de France , &
des Magiftrats du Confeil , qui l'accompagnoient.
Le Roi ayant ordonné qu'on prît ſéance , S. M. a
déclaré que fon intention étoit de rétablir dans
leurs fonctions les anciens Magiftrats du Parle
ment ; & le Garde des Sceaux , de l'ordre de S. M.
ayant expliquéplus amplement les volontésduRoi,
S. M. a ordonné au Grand - Maître des cérémonies ,
d'aller chercher à la chambre de St Louis , les anciens
Membres du Parlement , qui s'y étoient réu
nis en vertu d'ordres particuliers. Ils ont pris à la
grand'Ghambre les places qu'ils font dans l'uſage
d'y occuper lors des Lits de Juftice ; après quoi
le Roi a fait enregistrer 19. l'édit de rétabliſſement
des anciens Officiers du Parlement; 2 ° .l'édit de création
de la charge de Garde des Sceaux de France ,
en faveur du Sr de Miromenil ; 3 °. l'Edit de fuppreffion
des Offices qui avoient été créés dans le
Parlement , & des Confeils Supérieurs ; 4°. unę
Ordonnance de difcipline ; 5 ° . l'édit de rétabliſſement
du Grand Conſeil ; 6º . l'édit de rétabliſſement
de la Cour des Aydes de Paris ; 7º. l'édit de rétabliflement
de la Cour des Aides de Clermont Ferrand
; 8 ° . l'édit de fuppreffion des Offices d'Avocats
du Parlement , & de rétabliſſement de la Com,
munauté des Procureurs ; 9º un édit d'ampliation
du pouvoir des Préfidiaux ; 10 °. l'édit de fuppreffion
du Confeil Supérieur d'Arras , & de rétabliflement
du Confeil Provincial d'Artois.
La féance du Parlement finie , Monfieur , accompagné
DECEMBRE. 1774. 26%
compagné du Maréchal de Tonnerre , du Sr Dagueffeau
, Doyen da Confeil , & du fieur de la
Galaifière , Confeiller d'Etat , s'eft transporté au
Louvre , dans la falle qu'occupoit ci devant le
Grand Confeil , & y a rétabli ce Tribunal , qui fe
trouve compofé des mêmes Officiers qui tenoient
le Parlement. Mgr le Comte d'Artois , accompagné
du Maréchal de Biron , du Sr de Marville &
du Sr Baftard , Confeillers d'Etat , s'eft transporté
dans la première Chambre de la Cour des Aydes ,
& y a également rétabli cette Compagnie dans le
même état où elle étoit avant la fuppreflion.
Le Duc d'Harcourt , Gouverneur général &
Commandant de la Province de Normandie , accompagné
du Sr le Pelletier de Beaupré , Confeiller
d'Etat , a fait enregistrer à Rouen , le 12 decę
mois , par ordre exprès de S. M. , un Edit portant
rétabliement des Officiers du Parlement de cette
Ville , & une Ordonnance pour ce Parlement *.
PRESENTATIONS.
Le 30 Octobre , la Marquife de Roche - Dragon
fut préfentée au Roi & à la Reine , ainſi qu'à la
Famille Royale , par la Comteffe de Fougières ,
Dame de Compagnie de Madame la Comtefle
d'Artois.
Le 4 Novembre , les Sieurs Hermand & de la
Morre eurent l'honneur de faire leurs remercîmens
au Roi , & d'être préfentés à la Famille Royale ;
le premier , en qualité de Procureur - Général au
Confeil Supérieur d'Alface , dont Sa Majesté a
bien voulu le pourvoir , fur la démiſſion volon-
* Nous fommes obligés de remettre à un autre
volume le détail hiftorique & intéreſſant de tous
ces heureux événemens.
M
266 MERCURE DE FRANCE.
taire du Sieur Nef ; & le fecond , en qualité de
Premier Préfident de la Chambre des Comptes de
Bar , vacante auffi par la démiffion volontaire du
Sieur de Vaffimon.
Le 11 Novembre , le Marquis de Verac , cidevant
Miniftre Plénipotentiaire du Roi auprès du
Landgrave de Heffe - Caffel , venant d'être revêtu
du même caractère auprès du Roi de Dannemarck,
a fait les remercîmens au Roi , à qui il a été préfenté
par le Comte de Vergennes , Miniftre & Secrétaire
d'Etat ayant le département des Affaires
étrangères. Il a enfuite fait les révérences à la
Reine & à la Famille Royale.
Le 13 Novembre , le Prince de Conti a été préferté
par le Roi , à Madame , & à Madame la
Comtelle d'Artois.
Le Cointe de Mail'ard Landreville , Mestre de
Camp à la fuite du Corps des Dragons , ayant obtenu
du Roi , la permiffion de monter dans les
Carrofles de Sa Majelté , a eu en conféquence
l'honneur de lui être préfenté, ainfi qu'à la Reine
& à la Famille Royale , & de chafler le 8 Novembre
, avec le Roi , à Fontainebleau.
La Comtefle de Vergennes , la Comtefle de Damas
, & la Comtelle de Balompierre , Abbefle de
Poufley , ont été préfentées , le 20 Novembre , à
Leurs Majeftés & à la Famille Royale ; la première,
par la Marquile de Juigné ; la feconde , par
la Marquife de Damas- d'Anlezy ; & la troisième ,
par la Comtefle de Sommièvres.
NOMINATIONS .
Le Roi a difpofé du Gouvernement de la Citadelle
de Lille , vacant par la mort du Marquis de
Valory , en faveur du Vicomte de Sarsfield , Maréchal
de Camp , Infpecteur - Général de la Cavalerie
.
DÉCEMBRE . 1774. 267
Sa Majesté a accordé la Grand Croix de l'Ordre
de Saint - Louis , vacante auffi par la mort du
Marquis de Valory , au Marquis d'Auver , Lieutenant
- Général des Armées du Roi , Commandeur
de cet Ordre ; la place de Commandeur du Marquis
d'Auvet , au Baron du Blaifel , Lieutenant-
Général des Armées du Roi ; celle de Commandeur
du même Ordre , vacante par la mort du
Marquis de Saint - Sauveur , au Sieur de Choify
Brigadier , Lieutenant Colonel de la Légion de
Lorraine ; & la Charge d'Infpecteur furnuméraire
de Cavalerie , vacante aufli par la mort du Marquis
de Saint- Sauveur , au Marquis de Conflans ,
Maréchal de Camp.
Le Roi a auffi difpofé du Confulat de Tripoly
de Barbarie , vacant par la retraite du Sr Lancey,
en faveur da Sieur Benezet Armeny , ci - devant
Vice-Conful à Meffine . Sa Majefté l'a en même
temps chargé de les Affaires auprès de cette Régence.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Maubeuge , Dio .
cèle de Cambray , la Dame de Lannoy , Chanoi.
nefle de cette Abbaye .
Les Novembre , le Comte de Braffac a prêté
ferment entre les mains du Roi , pour la place dé
premier Ecuyer de Madame Victoire , en lurvivance
du Comte de Bearn , fon pèrs.
Le Roi a nommé à l'Evêché de Bayonne , l'Abbé
de Taillefer , Vicaire - Général de Périgueux ; &
à celui de Vannes , l'Abbé Amelot , Vicane- Général
d'Aix .
Sa Majefté a donné l'Abbaye féculière de Saint-
Gilles , Fiocèle de Nîmes , à l'Archevêque d'Aix,
pour être réunie à ſon Archevêché ; & celle de Batant,
Ordre de Cîteaux , Diocèle & Ville de Befançon
, à la Dame d'Agay , Prieure de cette Abbaye
.
Mij
268 MERCURE DE FRANCE.
Le Roi a créé une fixième Charge d'Intendant
des Finances , dont Sa Majefté a accordé l'agrément
au Sr Amelot , Intendant de Bourgogne.
Elle a nommé à l'Intendance de Bourgogne le
Sieur Dupleix de Bacquencourt ; & à l'Intendance
de Bretagne , le Sr Caze de la Bove , Maître des
Requêtes.
MARIAGES.
Le 15 Novembre , le Roi a figné le contrat de
mariage du Comte de Valory, Officier de Dragons
au Régiment de Monfieur , avec Demoiselle du
Boulhard.
Le 20 Novembre , le Roi & la Reine , ainfi que
la Famille Royale , ont figué le contrat de mariage
du Sicur Randon de la Tour , Garde - Général , en
furvivance , des meubles de la Couronne , &
Contrôleur Général de la Maifon de Madame ,
avec Demoiſelle de Laflone , fille du Sieur de
Laffone , Confeiller d'Etat , premier Médecin de
la Reine , & premier Médecin du Roi , en ſurvivance.
NAISSANCES.
Le 20 Septembre , la femme d'un habitant de
Madrid , enceinte pour la première fois , & ne
croyant être qu'à fon fixième mois de groffeffe ,
mit au monde trois filles , qui furent ondoyées
par l'Accoucheur. La première a vécu trois heures
& denie, La feconde , quatre heures ; & la troihème
, quatre heures & demie .
Manuela Perez Mayorga , femme de Pedro-
Antonio Perez , habitant d'Almagro , eft accouchée
heureusement de trois filles , dont l'une eft
née le 13 Octobre , & les deux autres le 15. Elles
ont reçu le Baptême , & jouiflent toutes les trois
d'une bonne fanté , ainfi que leur mère , à qui il
n'eft furvenu aucun accident extraordinaire .
DÉCEMBRE . 1774.
1774. 269
MORT S.
Jofeph - Marie de Rafelis , Marquis de Saint-
Sauveur , ancien Maréchal des Logis de la Cavalerie
, Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
Inspecteur Général de la Cavalerie & des Dragons
, Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire
de Saint Louis , eft mort à Tulle , le 12 ;
chez l'Evêque de Tulle , fon frere ; il étoit âgé de
foixante ans.
Frère Pons François de Roffet de Roccoffel de
Fleury , Chevalier Grand'Croix de l'Ordre de
Saint Jean de Jérufalem , Commandeur des Com²
manderies de Vaillampont , Chantreine & Tirlemont
, Ambaſſadeur extraordinaire de la Religion
, auprès de Sa Majeſté , eft mort à Paris le
16 Octobie , dans fa quarante-feptième année .
Guy- Louis- Henri Marquis de Valory , Lieutenant
Général des Armées du Roi , Commandeur
Grand'Croix de l'Ordre Royal & Militaire de St
Louis , Gouverneur de la Citadelle de Lille , Gouverneur
& Grand Bailli d'Etampes , ancien Miniftre
du Roi à la Cour de Berlin , eft mort le 19
d'Octobre , en fa Terre de Bourgneuf , dans la
quatre vingt- troifième année de fon âge.
-
Réné Aléxandre d'Efcoubleau , Marquis de
Sourdis , eft mort le s Octobre , en fon Chateau
de Courtry , près de Melun ; il étoit âgé de quarante
ans.
On mande de Jonkoping , les Septembre ,
qu'un des principaux Ouvriers des Forges établies
aux environs de cette Ville , eft mort dans
l'annexe de Monfarp , à l'âge de quatre - vingtdix
- huit ans , fans prefqu'avoir jamais été ma
lade. La veille de fa mort , il s'étoit levé , avoit
mangé à fon ordinaire , & ne s'étoit trouvé
M iij
270 MERCURE DE FRANCE.
d'autre indifpofition , qu'un dégoût fubit pour
le tabac , dont jufques - là il avoit toujours fait
ufage avec plaifir.
Marie- Beatrix , Baronne de Breiden- Landenberg
, Abbetie du Chapitre de Chanoinelles de
l'Abbaye d'Andlau , au Diocèse de Strasbourg ,
& en cette qualité , Princefle du Saint- Empire ,
eft morte en cette Abbaye , le 12 Octobre ,
dans la foixante-quatorzième année de ſon âge.
Elle avoit été Coadjutrice de Marie - Sophie , Baronne
d'Andiau , qui a été Abbele de ce Chapitre,
pendant cinquante- deux ans. Marie Françoife
, Baronne de Flachflanden , la Coadjutrice
depuis plufieurs années , lui fuccède .
On écrit de Caftres , qu'un Payfan de la Paroile
de Notre - Dame de la Platée , y eft mort ,
le 21 Septembre dernier , âgé de plus de cent
ans. Cet homme n'avoit jamais été attaqué
d'aucune maladie grave , & il avoit des recettes
particulières pour les légères indifpofitions qui
lui furvenoient. Il n'avoit renoncé que depuis
quelque temps , aux pénibles travaux de la cultute
, & il prenoit encore foin des beftiaux .
Charles Louis , Duc régnant de Holftein- Beck ,
eft mort à Konigsberg , le 22 Septembre dernier,
à l'âge de quatre- vingt - quatre ans , étant né le
19 Septembre 1690. Ce Prince étoit veuf de la
Comtefle Orfzelska , fille naturelle d'Augufte ,
Roi de Pologne ; il s'en étoit féparé en 1739 ,
& n'en avoit eu qu'un fils , qui a été Maréchal
de Camp au Service de France , & Colonel dut
Régiment Royal Allemand . Ce fils étant mott
avant lui , le Duché de Holftein - Beck pafle au
frère du Duc défunt , nommé Pierre Augufte ,
actuellement Feld - Maréchal , au Service de Rufhe,
& Gouverneur d'Elthonic.
Guillaume d'Arches , Evêque de Bayonne , eft
DÉCEMBRE. 1774. 271
mort à Bayonne , le 13 Octobre , dans la foixante
- treizième année de fon âge .
On apprend de Wigginton en Warwickshire,
que le nommé Archer y eft mort depuis peu ,
âgé de cent neuf ans . Cet homme , outre l'excellente
conftitution dont la nature l'avoit favorifé
, étoit d'une taille gigantefque on prétend
qu'il avoit fix pieds cinq pouces de haut.
Quelques femaines avant la mort , il travailloit
encore à creufer des foflés & à former des
haies .
Pons-Faron de Lauzières de Cardaillac , Comte
de Thémines , ancien Capitaine au Régiment
d'Infanterie du Roi , & Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint - Louis , eft mort à
Château Thierry , dans les premiers jours d'Octobre
, âgé de cinquante - fept ans .
Thimoléon- Charles de Gouffier , Prêtre , Cha
noine Honoraire de l'Eglife de Paris , & Abbé
Commendataire de l'Abbaye Royale de Saint
Euverte , Ordre de Saint Auguftin , Diocèle
d'Orléans , eft mort à Paris , le premier Novembre
, dans la quatre- vingt- troiſième année
de fon âge.
François -Jofeph de Waubert , Chevalier de
l'Ordre Royal & Militaire de Saint- Louis , ancien
Capitaine - Commandant du Régiment de
la Colonelle- Générale , Cavalerie , eft mort à
Paris , le 3 Novembre , âgé de quatre - vingt -un
ans.
N. de Fontanes , Infpecteur de Manufactures
des Provinces du Poitou & de l'Aunis , & Affocié
de la Société Royale d'Agriculture de la
Rochelle , Auteur d'un Mémoire fur la culture
de la garance , & de plufieurs autres Ouvrages
eftimés eft mort au mois d'Octobre , à Nantes .
Il s'étoit rendu recommandable par une GarenMERCURE
DE FRANCE.
cière avantageufement établie dans le Bas- Poitou
, & par des defléchemens fur les laides de
la mer , dans la même contrée .
Jean Omelane , Docteur en Théologie de la
Faculté de Paris , premier Confeiller du Confeil
du Duc d'Orléans , Abbé Commendataire de
l'Abbaye Royale de Corbigny , Ordre de Saint
Benoît , Diocèle d'Autun , eft mort à Paris le s
Novembre , dans la loixante - feizième année.
Le nommé André Brifir de Bra , Domestique ,
eft mort à Turin , le 9 Octobre , des fuites d'une
contufion à la tête , occafionnée par une chûte ,
à l'âge de cent vingt - deux ans fept mois &
vingt - cinq jours . Il avoit continué juſques - là
fon fervice , fans fe , reflentir des infirmités de
la vieillefle , & fans éprouver aucune altération
dans les organes . Cet homme s'étoit marié trois
fois , & avoit un fils de fa première femme .
Il avoit épousé la troifième à cent dix- huit ans.
Lorfqu'il vint au monde , il ne paroifloit pas
deftiné , par la nature , à fournir une auffi lon .
gue carriète. Son Extrait baptiftaire , qui fixe
l'époque de la naiflance au 14 Février 1652 ,
porte que la Sage - Femme fut obligée de l'ondoyer.
Antoine - Charles de Rault de Ramfault , Maréchal
de Camp , Directeur des Fortifications ,
& Commandant au Fort Saint-Sauveur à Lille ,
y est mort le 4 Novembre , dans fa quatrevingt
feptième année.
Charles Balthafar de Burle -Vallorie de Carban
, Piêtre , Doteur en Théologie de la Faculté
de Paris , & Doyen des Ubiquiftes , Abbé
Commendataire de l'Abbaye Royale de Notre-
Dame de Lure , Ordre de Saint Benoît , Diocèle
de Sifteron , & Chanoine de l'Eglife Collégiale
de Saint Merry , eft mort ici , le , Novembre ,
DÉCEMBRE . 1774- 273
dans la foixante - dix - geuvième année de fon
âge.
Le nommé Jean Ginei eft mort à Sienne ,
âgé de cent deux ans. Il n'avoit jamais été malade
, & il a confervé la mémoire & l'ufage de
tous les lens , jufqu'au dernier moment de fa
vie.
Il est mort auffi , dans un Village de Tofcane
, près du Monaftère de Wallombreuſe ,
une femme nom rée Marie Dominique Foggi ,
qui avoit cent cinq ans accomplis .
·
Guillaume François Bouvier , Marquis de
Cépoy , Grand Bailli d'Epée , Gouverneur &.
Capitaine des Chafles des Ville , Château & Capitainerie
de Montargis , Sous Lieutenant de
Grenadiers au Régiment des Gardes - Françoifes ,,
eft mort à Paris , le 14 Novembre , âgé de
trente-deux ans.
Marie - Charlotte - Félicité de Clermont - Tonnerre
, veuve de Hyacinthe Cajetan de Lannion ,
Comte de Lannion , Chevalier des Ordres du
Roi , Lieutenant-Général de fes Armées , & Gouverneur
de l'Ile de Minorque , eft morte à
Paris , le 16 Novembre , âgée de cinquante- trois
ans & quatre mois .
LOTERIES.
-
Le cent foixante- feptième tirage de la Loterie
de l'Hôtel de Ville s'eft fait , le 25 du mois
de Novembre , en la manière accoutumée . Le lot de
cinquante mille liv . eft échu au Nº . 98798. Celui
de vingt mille livres au Nº. 82177 , & les deux
de dix mille , aux numéros 89885 & 95120 .
Le tirage de la loterie de l'Ecole royale militaire
s'eft fait les de Novembre. Les numéros fortis de
la roue de fortune font 87 , 71 , 35 , 72 , 3. Le
prochain tirage le fera les Décembre.
274 MERCURE DE FRANCE.
PIECES
TABLE.
IECES PUGITIVES en vers & en profe , pages
Eglogue , Life & Damon.
Eglé Officier à Mde la Marquiſe de ***.
Le Vifir prudent.
L'Enfant & la Guitare ,fable.
Fable dédiée à la Reine.
Le Duel , conte moral,
Philippe & After , fable.
Les deux Renards , fable,
Le Lion & l'Ane , fable.
A M. le Chev . de St H.
La Vieille qui devide un écheveau , fable.
Converfation .
Epigrammes imitées de Martial.
Anecdote.
Pot-pourri .
Configne à mon Portier .
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
Ronde de la Rofiere.
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Difcours prononcé à la féance de l'Académie
d'Amiens.
Théorie des fentimens moraux.
Traité de la culture du figuier.
ibid.
15
16
18
30
33
36
ibid.
38
40
40
53
54
59
60
61
64
65
68
ibid.
75
83
85
89
91
93
96
Le Télémaque François-
Principe du Cultivateur.
Difcours prononcé par M. Greflet dans la féance
publique de l'Académie Françoiſe.
Le Poëte des moeurs.
Principes de la faine philofophie.
DÉCEMBRE. 1774. 275
OEuvres de M le Chancelier Dagueflcau .
Les Etrenues du goût.
Le Juge , Drame.
Difcours fur la maniere de lire les vers.
Hiftoire littéraire des Troubadours.
Hiftoire univerfelle de Juftin .
Legs d'un père à fes filles.
Eloge de la Fontaine.
Analyfe du nouveau fyftême de l'ancienne
mythologie.
Table pour corriger les diftances apparentes
de la lune & des étoiles.
Explication de quelques medailles Phéniciennes.
97
106
107
118
125
132
138
146
154
ibid.
ibid.
Explication de quelques médailles de peuples,
de villes &de Rois, grecques & phéniciennes.ib.
Théocriti decem Idyllia .
Antonini liberalis transformationum congeries.
Dictionnaire des particules Angloifes .
ibid
ibid.
ibid.
159
Catalogue des livres de M. le Comte de Vesle. 15 °
Préceptes fur la fanté des gens de guerre.
Suite de la correspondance fur l'art de la
guerre.
Les Amans généreux , Comédie.
160
ibid.
Nouvelles hiftoriques. 163
Epître à Thémis ,
183
Etrennes du Parnafle. 185
Le Droit commun de la France & la coutume
ibid.
de Paris.
Lettre fur La Fontaine à M. L ***
185
SPECTACLES , Opéra ,
194
Comédie Françoife ,
202
Comédie Italienne ,
A M. Clairval .
Début.
-Bruxelles
235
216
217
ibid.
276 MERCURE DE FRANCE.
Académie Royale des Infcriptions & Belles.
Lettres .
des Sciences .
218
219
Lettre de M.l'Abbé d'Arnaud au R. P. fur la
grandelentille qui eft au jardin de l'Infante . 222
Sentmens d'un Académicien de Lyon fur quelendroits
des commentaires de Corques
neille .
P
244 na
Cours d'hiftoire naturelle . 234
ן נ
Phifique , Thermometre univerfel. 10
235
ARTS , Gravures .
sa
236
Mufique.
BE
240 Z3
Annonce. 244
Horlogerie. 246
Actes de bienfaisance. 247
Anecdores. 253
in
Avis , 250
Nouvelles politiques ,
sa
253 10
Préfentations , 262 NO
Nominations , 266
E
Mariages ,
Naiflances ,
268
ibid.
Morts ,
269
Loteries , 273
I'
APPROBATIO N.
J'AI 'ai lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux ,
le volume du Mercure du mois de Décembre
1774 , & je n'y ai rien trouvé qui m'ait paru devoir
en empêcher l'impreflion."
id]
17
PERS
d
a
A Paris , le 30 Novembre 1774.
LOUVEL.
LYON
p. de M. LAMBERT , rue de la Harpe.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le