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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
AVRIL , 2774.
PREMIER VOLUME.
Mobilitate viget . VIRGILE DU
STOR
LIBRARY
NE
CHATRAL
PALAIS
Beugne
ROES!
A PARIS,
anod
Chez LACOMBE , Libraire ,
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Avec Approbation & Privilége de Rei.
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les paquets & lettres , ainfi que fes livres , les eltampes
, les piéces de vers ou de profe , la mufique
, les annonces , avis , obfervations , anecdoévénemens
finguliers , remarques fur les
fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
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Le Phafma ou l'Apparition , hiftoire grecque
, in- 8°. br ." 1 1. 10 f.
1.1.166
Ι
Les Mufes Grecques , in- 8°. br.:
Les Pythiques de Pindare , in-8 ° . br. 5 liv.
Le Philofopheférieux , hift . comique , br . 1 1, 4 f
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l'Architecture
, in- 4°. avec figures , rel. en
carton ,
Les Caractères modernes , 2 vol, br,
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Hiftoire naturelle du Thé, avec fig. br.
12 1,
3 1.
1 l . 10 f.
1416 f.
MERCURE
DE FRANCE.
AVRIL , 1774.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ODE , tirée du Pfeaume 50 .
Ne m'abandonne pas au fort de mes misères ;
Et, détournant de moi tes jugemens févères ,
Pardonne , Dieu puiflant , à mon iniquité ;
O Dieu que j'outrageai ne venge point ta caufe !
Ne vois point fi ca gloire à mon pardon s'oppofe s
Ne vois que ta bonté.
Ne vois que les remords dont je fuis la victime ;
Mes yeux ne font ouverts que pour pleurer mon
crime.
A iij
MERCURE DE FRANCE .
Sa voix , dans tous les temps , crie au fond de
mon coeur.
Elle fait en tous lieux mon éternel fupplice ;
Et , foit que le jour naiffe ou que le jour finifle,
Me fert d'accufateur.
De quelle indignité ma misère eft fuivie !
Je fus mort à tes yeux en recevant la vie ,
Puifque dans le péché m'a mère m'a conçu ;
Mais , à force d'outrage , à force d'infamie ,
J'ai bien juftifié toute l'ignominie
Du jour que j'ai reçu.
Et néanmoins far moi ta bonté veut s'étendres
Non , ce n'eft point en vain que j'ofe le prétendre.
Par toi - même , & mon Dieu , cet eſpoir m'eft
donné ;
Mais ma douleur par - là ne peut être affoiblie ,
Je t'ai trop irrité pour que mon coeur l'oublie
Si tu m'as pardonné.
Tu m'avois rendu doux, ce que tu me commandes.
Tu m'avois inſpiré l'amour que cu demandes.
J'abulai de tes dons ; mais quoi qu'un pécheur fit,
Il peut encore au Ciel élever des mains pures ;
Il peut être lavé de toutes les fouillures
Parle : un feul mot ſuffit.
AVRIL. 1774.
Parle, & choifis mon bras pour venger ta querelle:
Envers tes ennemis tranfporté d'un faint zèle ,
Mes crimes contre moi s'éleveroient en vain.
Rends de tes traits puiffans mes mains dépofitaires
,
Et fais luire à mes yeux les rayons falutaires
De ton efprit divin.
Alors tu me verras , fort par ton affiftance ,
Confondre le pécheur qui vante ta clémence ,
Er qui de fon injure attend l'impunité .
Tu me verras brifer tous les vains édifices
Que , pour mettre à couvert toutes fortes de vices,
Bâtit l'impiété .
Mon Dieu tu vois mes pleurs : pardonne mes offenles
;
Si je puis , par des chants , fufpendre tes vengean--
ces ,
Je te célébrerai par des chants immortels ;
Si le fang des agneaux peut effacer mes crimes
J'irai facrifier de nombreuſes victimes
Au pied de tes autels.
Mais je n'ignore pas , tu nous l'as dit toi - même ,
Que pour nous pardonner tu veux un coeur qui
t'aime ,
Un coeur de fes péchés contrit , humilié.
Que t'importe un encens qu'offre une main impure,
A iv
8
MERCURE DE FRANCE .
Ou que, par une bouche ouverte à l'impoſture ,
Ton nom foit publié ?
Grand Dieu, change nos coeurs , renouvelle notre
ame ;
Que l'amour du prochain , que le tien nous ene
flamme ,
" Et lorfque nous aurons fatisfait à ta loi ,
Allons à tes autels implorer ta juftice ,
It le plus foible chant , le moindre facrifice
Sera digne de toi.
Par Mlle de F*** , d'Aix.
Imitation de la première. Ode d'Horace.
Mecanas atavis , &c.
MECÈNE , iffu des Rois de l'Étrurie- antique ,,
doux appui d'Horace , & la grandeur unique !
Admirez avec moi que d'intérêts divers ,
Que de goûts oppofés règnent dans l'Univers.
L'un fur un char aîlé franchiffant la barrière ,
Agite autour de lui l'Olympique pouffière ;
Et , fi la borne atteinte épargne fon effieu ,
Ce n'eft plus un mortel ; la gloire en fait un Dieu..
L'autre, épris des grandeurs qui flattent fon attente,
1. A
AVRIL. 1774. 9
Brigue du Peuple Roi la faveur inconftante :
Tandis qu'Agricola , cultivateur heureux ,
Jaloux du champ fertile où le bornent les voeux ;
Ne confentiroit pas pour les tréfors d'Attale
D'affronter de la Mer l'inclémence fatale.
Mais voici qu'échappé de la fureur des flots ;
Ce Marchand , qui , du port , bénifloit le repos ,
Raflemble les débris de fes derniers naufrages ;
Sur un frele vaifleau court tenter les
orages ,
Et foutenir l'afpect de Neptune irrité....
Tantcft dur le mépris qui luit la pauvreté !
Plus tranquille , du moins , le buveur pacifique
Fait long- temps fuccéder le Falerne au Maſſique,
Sommeille fous un myrte au doux bruit d'un rui
feau ,
Puis retourne au Falerne & s'endort de nouveau
Pour les coeurs généreux le péril a des charmes.
La trompette a fonné ; le guerrier prend les armes,
Suit les drapeaux fanglans fur la brèche arborés ,
Et chérit les combats , des mères abhorrés.
Le chaffeur , infenfible aux alarmes d'Ifmène ,
Soit qu'un cerffugitif ait paru dans la plaine ,
Soit qu'un fier fanglier ait rompu les filets ,
Vir parmi les frimats dans l'horreur des forêts
Pour moije crois d'Hébé partager l'ambroifie
Si quelquefois Euterge ou fa four Polymnic,
AV
ΤΟ MERCURE DE FRANCE.
Au fond d'un bois facré qu'habite la fraîcheur ,
Viennent monter ma lyre ou me prêter la leur.
Mais qu'un prix plus flatteur accroîtroit mon au-
•
dace !
Daignez de lierre un jour ceindre le front d'He
race :
Alors , Mécène , au gré d'un effor glorieux ,
Ma tête radicule ira toucher les cieux.
Par M. Poinfinet de Sivry.
VERS à M. le Maréchal Duc de Briffac ,
à l'occafion de fa convalefcence.
LA Parque a fufpendu fes ciſeaux inhumains :
J'ai tremblé pour ta vie , & ma crainte eft paflée ;
C'est une tempête appaiſée
Qui t'annonce des jours fereins.
J'ai vu la Cear , j'ai vu la Ville.
S'intérefler en ta faveur ;
Eh ! quel mortel feroit tranquile
Quand Briffac eft dans la douleur ?
Qui le connoît dit hautement : je l'aime ;
Ceft l'ami de l'humanité ;
AVRIL. 1774.
II
Il eft plus grand par ſa bonté
Que par fon origine même.
Ces lauriers fur fon front où règne la candeur
Sont le prix de fa noble audace :
En eft- il un pour fon bon coeur ?
Je laiffe aux maîrres da Parnafle
A célébrer tous fes hauts faits ,
Avanter pour fon Roi fon amour & fon zèle :
Sur cet article il eft plus d'un modèle ,
Mais pour fon coeur... qui le rendra jamais ?
Si la Parque à nos voeux contraire
Nous l'avoit ravi par malheur ,
En lui de deux héros elle eût privé la terre,
Le héros de Bellone & celui de l'Honneur.
F
Par M. de Laviéville..
VERS pour le portrait de Madame
la Dauphine.
C'EST-ELLE , je la vois , cette augufte Dauphine,
Telle qu'à (on Hymen elle alloit àl'autel !
Ton fujet , jeune artifte , a fixé le paſtel :
Satin couleur de lis , beaux yeux , taille divine
T
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Un regard t'infpira cet enfemble charmant ,
Et la fille d'une Héroïne
Eft tranfmife à nos yeux d'après le fentiment.
Par Mde Guibert.
ROSAMIRE , Anecdote morale.
ROSAMIRE étoit fortie du couvent. La
Marquife de Sonnerfon fa mère , jeune
veuve , jouiffant d'une grande fortune ,
l'avoit menée en triomphe dans fa famille
& dans les cercles brillans de la
fociété.. Les hommes avoient beaucoup
loué la légèreté de fa taille , la blancheur
de fon teint , l'enfemble charmant de fes
traits , la vivacité de fés beaux yeux , &
fur- tout fa touchante ingénuité. Les femmes
avoient critiqué fon maintien & fon
air embarraffé. Ma petite , difoit la dé .
daigneufe Cydalife , vous a - ton appris
33.
»à parler ?»
"
a
« Votre fille , difoit la prude Aramine
the , eft bien neuve ; mais je veux l'inf
truire je me charge de fon éduca
tion.
La coquette Lucinde la prenant par la
AVRIL. 1774. TS
main , s'écrioit : « Eh! mais, c'est un en-
" " » fant charmant ! Ah ! ma bonne amie
» confiez - moi votre chère fille ; je la
» menerai aux fpectacles dans ma petite
lege. Vous favez que je fuis merveil
"
"
leuse pour la Jeuneffe... Et prenant
délicatement le menton du cher enfant ,
& lui donnant un léger baifer au front =
N'eft-il pas vrai , ma toute belle , que
» vous m'aimez déjà ?. Elle eſt au moins
» du dernier bien il ne lui faut qu'un peu
» d'ufage , vous dis - je ; je prétends en
» faire un fujet... Elle eft vraiment beau-
» coup mieux que toutes nos Beautés fi
» fières ! .."7
La Marquife , liée par fon rang à la
haute Nobleffe , craignoit que la bonne
compagnie n'altérât les moeurs & le caractère
de Rofamire. Un jour , elle la
retint dans fon appartement , écarta fes
femmes , inutiles témoins de fes confidences
, elle embraffa la jeune Rofamire;
& , les yeux baignés de pleurs que lui faifoit
verfer la tendreffe , elle lui dit : « Ma
» fille , ma chère fille , votre naiffance , votre
93.
fortune , votre beauté vous deftinent a
» tenir un état diftingué dans le monde15
» vous excitez déjà les veux & l'ambition
des jeunes gens qui afpirent à un
14 MERCURE DE FRANCE.
"
"
13
» établiſſement brillant . Mais avez -vous
» jamais fongé , ma Rofainire , aux de-
» voirs que vous avez à remplir dans la fo-
» ciété ? N'en croyez pas un monde frivole
qui vous parlera d'encens & d'adoration ,
qui volera au- devant de vos defirs , &
qui vous éloignera de toutes les affai-
» res , de tous les foins de la vie , pour ne
vous préfenter que des plaifirs . C'eft"
par ces dehors féducteurs que les hom-
» mes préparent à la beauté des chaînes
» honteufes ; ils la traitent en Reine , &
» veulent en faire une efclave. Il femble
» à ces hommes vains , que les femmes
» font faites pour les charmer , & que
» tous nos devoirs font remplis lorfque
» nous avons fu leur plaire. Ah ! ma
Rofamire , concevez une idée plus no-
» ble de notre destinée . La Nature n'a
mis tant de fenfibilité dans votre ame,
» tant de douceur dans votre caractère ;
» elle n'a répandu ces grâces touchantes
dans notre fexe ; elle ne nous a douées de
la foibleffe , oui de cette foibleffe qui défarme
la force , que pour gouverner les
" hommes, pour adoucir l'âpreté de leurs
moeurs , pour les ramener infenfible-
» ment à leurs devoirs , pour les rappeler
de leurs écarts , pour gouverner enfin ,
"
*
AVRIL. 1774- IS
pour régner par eux & faire le bonhear
» du monde. Songez , ô ma Rofamire ,
» que vous êtes citoyenne & fujette ;
» vous êtes ma chère fille ; vous ferez:
épouſe & mère : Que de devoirs atta-
" chés à ces nobles titres ! » Ainfi la mère
de Rofamite l'inftruifoit ; & , trouvant
en elle d'heureufes difpofitions , elle imprimoit
dans fon coeur tendre les grandsprincipes
de l'ordre & de la morale.
"
La fortune & la beauté , ou plutôt
l'ambition & le plaifir excitèrent bientôt
un tourbillon d'amans autour de cette
jeune Grâce . Chaque afpirant avoit fes
protections & fes recommandations ..
Araminthe s'intéreffoit pour fon neveu
le Comte de la Souche . Elle vantoit
fes vertus ; elle l'avoit formé , &
en avoit fait un élève digne d'elle . C'étoit
un jeune homme fec & hautain , parlant
par fentences , s'eftimant beaucoup ,
s'écoutant avec complaifance , un fage.
précoce , un pédant de vingt ans . Rofainire
ne fut pas flattée des hommages de
cet amant précepteur. Elle le fut encore
moins de la fuffifance , des longs difcours
, & de l'importante fatuité du Chevalier
de Vieux Châtel , dont Cydalife
préconifoit l'efprit , l'air de dignité & la
16. MERCURE DE FRANCE.
4
nobleffe. Mais elle s'amufoit , dans
la petite loge de Lucinde , des propos
légers du jeune Celonel , fon parent .
Il favoit , dans le plus grand détail , tout
ce qui s'étoit paffé dans les vingt quatre
heures à la Cour & à la ville . Il étoit
l'homme de toutes les petites affaires.
On le voyoit le matin , dans un char rapide
, aller en négligé faire fa ronde dans
tous les quartiers de la capitale. Il volti- .
geoit aux toilettes des jeunes femmes de
qualité & des nymphes du bon ton , pour
recueillir les aventures de la nuit & du
jour , les bons mots , les perfifflages malins
, les petites méchancetés , les ridicules
comiques , les intrigues arrangées &
dénouées , enfin la gazette myftérieufe
qu'il fe chargeoit de publier. Il voloit
de là faire un tout à la chaffe , & revenoit
le montrer dans les fpectacles , &
s'arrêter dans la petite loge de Lucinde.
Rofamire l'écoutoit , fourioit. Il gliffoit
un mot flatteur : elle rougiffoit. Le Zéphir
léger fe croyoit aimé de la jeune
Flore. Il ne doutoit point que fon
mariage ne fût déjà une affaire décidée .
On lui en faifoit des complimens qu'il
me défavouroit pas . Cependant la mère:
de Rofamire confultoit la goût de fa fille,
AVRIL. 1774. 17
&, ne le trouvant pas encore fixé , elle
craignoit que , trop prévenue par fes remontrances
mêmes , Rofamire ne fe
rendit trop difficile fur le choix d'un
époux , & qu'elle ne laiflât paffer dans
une froide incertitude le printems de fon
âge . Elle lui demandoit fi , parmi la jeune
Nobleffe qui s'empreffoit de lui rendre
hommage , fon coeur ne l'avoit pas encore
avertie. Rofamire n'ofoit répondre ;
mais , en baiffant les yeux , fon filence
difoit affez qu'elle avoit fait un choix .
Cette digne mère réfifta pour ce moment
à fa tendre inquiétude , & ne voulut
pas encore paroître avoir entendu fa
fille. Enfin Rofamire fe jetant dans
fes bras , lui baifant les mains , & laiffant
tomber quelques larmes , non de
trifteffe , lui dit d'une voix timide :
>>
Mon adorable mère avez vous remarqué
comme moi , chez la Comteſſe du
» Nord , ce jeune homme fi honnête , fi
» modefte , fi intéreffant dans fa perſonne
» & dans fa converfation ? -Eh bien , ma
» fille ? Eh bien , c'eft lui ... -Quoi !
» le connoiffez vous ? -Non . Vous
» a -t-il parlé ? -Non. -Vous a t-il écrit?
Savez- vous feulement fon nom ? Connoiffez
- vous fon état , fa fortune , fes
18 MERCURE DE FRANCE.
» qualités ? -Hélas ! tout ce que je fais ,
c'est qu'on l'a nommé le Baron de Wal-
» vight , & qu'il a fait entendre, qu'obligé
» de quitter fa patrie , il voyageoit , in-
» certain s'il devoit fe fixer en France ou
» ailleurs ; mais c'est lui que je préférerois
, s'il me faut recevoir le nom d'é-
» poufe. Je crois entendre une voix in-
» térieure qui me répère continuellement
» que mon bonheur dépend de cet aimas
» ble étranger. 19
Cette tendre mère effaya en vain de détruire
l'enchantement de la paffion dont
fa fille avoit été frappée . Elle alla , fous
divers prétextes , chez la Comtefle du
Nord pour s'informer fans affectation du
jeune étranger. Enfin elle apprit avec
joie qu'il étoit d'une des plus nobles familles
Ecoffoifes ; qu'il avoit beaucoup
de fortune ; qu'ayant perdu l'auteur de
fes jours , & traverfé par des inimitiés
puiffantes contre lui & fa famille , il cherchoit
le repos hors de fon pays ; on lui
dit beaucoup de bien de fon caractère ,
de fon efprit & de fes moeurs ; mais on
ignoroit depuis quelque temps s'il étoit
parti, & ce qu'il étoit devenu . « Oublie
» ma tendre Rofamire , lui difoit fa mè-
» re, repouffe un amour fans efpérance .
AVRIL. 1774. 1-9
"9
"
» Eft-ce à toi , eft- ce à ton fexe , avec tant
d'avantages , de faire le premier aveu ?
» N'as-tu donc pas à faire un choix ho
» norable dans la Jeuneffe la plus brillan-
» te qui eft à tes pieds ? -Eh ! c'eft dans le
» fein de ma mère , de ma refpectable
» amie que je dépofe mon fecret , lui
répondoit Rofamire ; je fens que j'ai à
repouffer un amour infenfé ; mon de-
» voir même eft de le laiffer ignorer.
Cependant ma tête eft prife , & mon
» coeur eſt échauffé par une paffion domi-
» nante , impétueufe , déraisonnable , fi
» vous le voulez , mais tyrannique , que
»je combats inutilement par la raifon ,
que le fpectacle des fêtes & du monde
» ranime , & que les hommages des jeu
» nes gens irritent; je ne me fens pas libre
» de donner mon coeur ni ma main. Je
>> confeffe ma foibleffe à ma mère : qu'el-
»
»
"
le me plaigne & me pardonne ; elle
» feule en fera à jamais le témoin & la
>> confidente ; mais elle m'a fait envifa-
» get tant de devoirs à remplir dans l'état
» du mariage , qu'il faut que mon joug
» foit doux & facile. J'espère que le
» temps & la folitude pourront affoiblir
& peut - être détruire ce fol amour. «
Rolamire , embraffant les genoux de la
10 MERCURE
DE FRANCE .
Marquife , l'attendriffoit , l'intéreffoit ;
mais la déſeſpéroit par la bizarrerie & les
fuites d'une paffion d'autant plus malheureufe,
que l'objet en étoit en quelque
forte incertain & fugitif. Elle fuivit pours
tant le defir de Rofamire ; elle quitta la
capitale , & alla avec fa fille dans une de
fes terres où quelques affaires , dit elle en
partant , exigeoient fa préfence. Rofami
re éprouva cette douce mélancolie qui
n'eft que l'affoupiffement d'une paffion
violente. La préfence & le grand fpectacle
de la belle Nature exaltoit fon ame
& raviffoit fes fens ; elle foupiroit enmais
du moins elle n'étoit pas con
trainte par une fociété exigeante done it
faut toujours faire les agrémens. Enfin
elle commençoit à perdre l'amour avec
l'efpoir , lorfque ces deux fentimens ſe
ranimèrent avec force à la vue d'un jeune
chafleur qui traverſoit la forêt à côté du
château de la Marquife. C'étoit le Baron
de Walvight , dont il est temps de faire
connoître les fentimens . Il n'avoit pu voir
la belle Rofamire fans être frappé de l'amour
le plus violent. Depuis cet inftant
fatal à fon repos , il s'informa de tout ce
qui pouvoit favorifer fes defirs ; nais il
défefpéra avec raifon qu'un étranger ,
AVRIL. 1774 23
inconnu , hors de fon pays , fans emploi
digne de fa naiffance , fans appui ,
fans recommandation , pût faire agréer
fes voeux par l'héritière d'un nom diftingué
& d'une grande fortune . Cependant
il portoit toujours dans fon coeur le trait
qui l'avoit bleffé ; il ne favoit pas qu'il
faifoit le malheur de Rofamire , lorfque
Rofamire faifoit le fien , & que leur
-bonheur dépendoit d'un aveu qu'ils devoient
craindre l'un & l'autre de faire.
Mais, toujours attaché à l'objet de ſa paſfion
, il préféra la France à tout autre
pays ; il s'y fixa ; il chercha même à la
ville & à la campagne une habitation
près celle de Rofamire. Il acquit un fief
confidérable à côté de celui de la Mar
quife ; il étoit venu pour y rêver à fes
amours , lorfque Rofamire l'apperçut,
Ce jeune étranger voyant que l'occafion
le favorifoit , trouva alors des raiſons
pour le préfenter chez la Marquife , & des
motifs pour faire connoître fa naiffance ,
fes titres & fes biens . Il y avoir une partie
de fa terre pour laquelle il avoit un
compte à rendre au régiffeur du fief de
la Marquife. Ce fut un prétexte qu'il faifit
. Il lui confia tous les papiers de fa famille
; la pria de les faire examiner par рас
"
22 MERCURE DE FRANCE.
.
-
fon homme d'affaires , & de permettre
qu'il s'en rapportât à tout ce qu'il feroit.
Un intérêt plus important que celui de
quelques droits dont il étoit redevable ,
fit accepter avec plaifir fa demande . La
Marquife reconnut bientôt que le Baron
-étoit d'une nailfance très - diftinguée , &
qu'avec fon nom & fa fortune , il obtiendroit
facilement du fervice & de la confidération
en France. La liberté de la campagne
, le voisinage & la liaiſon des affaires
l'autorisèrent à voir tous les jours
l'objet de fa paffion . Le defir de plaire
déploya & anima fes talens agréables ;
ils donnèrent plus de luftre aux qualités
de fon coeur , aux charmes de fon efprit
& aux agrémens de fa perfonne . Il parut
tel que l'Amour defiroit qu'il fût . Rofamire
, dont la fanté s'étoit altérée , reprit
auffi fa gaieté & l'éclat de fes attraits. Le
Baron , encouragé par les attentions de
la mère & par les regards attendris de
la fille , ofa faire l'aveu de fon amour
que la Marquife autorila . Ce fut alors
feulement qu'il apprit les fentimens de
Rofamire & tout fon bonheur . Quels
amans furent jamais plus dignes d'être
époux? Leur mariage fut célébré , non par
des fêtes brillantes , mais par des bienAVRIL.
1774. 23
faits qu'ils répandirent fur leurs vaffaux.
La Marquife eut la fatisfaction de voir
profpérer fes chers enfans, & fut heureufe
de leur bonheur.
Par M. L ***.
LETTRE de M. de la Harpe
A M. Lacombe.
Vous verrez , Monfieur , en lifant la
pièce que j'ai l'honneur de vous envoyer ,
que dans ce fiècle où trop d'auteurs font
preflés d'imprimer leurs plus médiocres
fantaisies , il en eft qui compofent dans
le fecret , d'excellentes chofes que la renommée
dérobe à leur modeftie . Il m'eft
tombé entre les mains une copie de l'Idylle
que je joins ici . Je n'en ai guères
lu de meilleures . La tournure des vers
eft élégante & facile ; il y a des idées ,
des fentimens , des images , & la pièce
entière eſt d'un excellent goût. Elle eft
intitulée , la Fontaine de Vauclufe . Ceux
qui ont vifité cette fontaine célèbre, prétendent
que la defcription n'eft pas trèsexacte
. En ce cas , c'eft le feul reproche
qu'on puiffe faire à ce morceau charmant,
24 MERCURE DE FRANCE.
& qui doit le paraître d'autant plus qu'on
m'allure qu'il eft d'une femme. Vous favez
que les Deshoulières & les Lafayette
ont , de nos jours , plus d'une rivale. Il
en eſt , même dans un rang très - diftingué
, qui ne confient qu'à l'amitié , encore
avec une très - grande réſerve , des
productions en profe & en vers que nos
bons écrivains avoueraient avec plaifir ,
& qui auraient beaucoup de fuccès fi elles
étaient publiées. Rien ne juftifie
mieux le fexe des reproches qu'on lui
fait fur l'article de la difcrétion . Il y a
bien du mérite à garder le fecret de l'amour-
propre , & bien de la grâce à laiffer
échapper celui de la fenfibilité. Quoi
qu'il en foit , toutes les fois qu'on pourra
dérober à la modeftie d'une femme auteur,
des vers auffi bien faits que ceux de
Mde du V ** , il me femble qu'on fera
fort bien de fe permettre cette innocente
trahifon , dont il n'y a perfonne qui ne
voulût être complice.
J'ai l'honneur d'être , &c.
LA
AVRIL. 1774. 25
LA FONTAINE DE VAUCLUSE ,
Idylle ; par Mde Duverdier d'Uzès.
Ce n'eft pas feulement fur des rives fertiles
Que la Nature plaît à notre oeil enchanté:
Dans les climats les plus ftériles ,.
Elle nous force encor d'admirer la beauté.
Tempé nous attendrit , Vauclufe nous étonne .'
Vaucluse , horrible aſyle cu Flore ni Pomone
N'ont jamais prodigué leurs touchantes faveurs
Ou jamais de fes dons la Terre ne couronne
L'efpérance des laboureurs .
Ici , de toutes parts , elle n'offre à la vue
Que les monts efcarpés qui bordent ces déferts ;
Et qui, fe cachant dans la nue ,
Les féparent de l'Univers .
Sous la voûte d'un roc dont la maſſe tranquille
Oppofe àl'aquilon un rempart immobile ,
Dans un majestueux repos
Habite de ces bords la Nayade fauvage ;
Son front n'eft point orné de flexibles rofeaux ,
Et la pureté de fes eaux
Eft le feul ornement qui pare fon sivage.
J'ai vu fes flots tumultueux
S'échapper de fon urne en torrens écumeux ;
J'ai vafes ondes jailliflantes
1. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
Se brifant à grand bruit fur des rochers affreux ,
Précipiter leur cours vers des plaines riantes
Qu'un ciel plus favorable éclaire de ſes feux.
L'Echo gémit au loin ; Philomèle craintive
Fuit , & n'ole fur cette rive
Faire entendre fes doux accens.
L'oifeau feul de Pallas , dans ces cavernes fombres
,
Confond pendant la nuit , avec l'horreur des ombres
,
L'horreur de fes lugubres chants.
Déefle de ces bords , ma timide ignorance
N'ofe lever fur vous des regards indifcrets ;
Je ne veux point fonder les abymes fecrets , *
Où de l'altre du jour vous bravez la puiflance ,
Lorfque fa brûlante influence
Deflèche votre lit ainfi que nos guérets.
Je ne demande point par quel heureux mystère
Chaque printems vous voit plus belle que jamais ,
Tandis qu'au départ de Cérès
* Vous nous offrez à peine une onde falutaire :
Expliquez- moi plutôt les nouveaux fentimens
Qui calment l'horreur de mes fens .
Quoi ! ces triftes déferts , ces arides montagnes ,
* Au milieu du baffin de la fontaine , il y a un
gouffre dont on n'a jamais pu trouver le fond.
* La fontaine eft très - abondante en Aviil , &
prefque à fec en Septembre.
AVRIL. 1774 27
L'afpect affreux de ces campagnes
Devroient-ils infpirer de fi doux mouvemens ?
Ah ! Lans doute l'Amour y fait briller encore
Un rayon de ce feu que reffentit pour Laure
Le plus fidèle des amans.
Pétrarque , auprès de vous , foupira fon martyre.
Pétrarque y chantoit fur la lyre
Sa flamme & les tendres fouhaits ;
Et , tandis que les cris d'une amante trahie
Ou la voix de la perfidie
Fatiguent nos côteaux , rempliffent nos forêts,
Du fein de vos grottes profondes
L'écho ne répondit jamais
Qu'aux accens d'un amour auffi pur que vos ondes.
Trop heureux les amans , l'un de l'autre enchantés
Qui , fur ces rochers écartés ,
Feroient revivre encor cette tendreſſe extrême ,
Et , dans une douce langueur ,
Oubliés des humains qu'ils oublieroient de même,
Suffiroient feuls à leur bonheur !
Mais hélas ! il n'eſt plus de chaînes auffi belles :
Pétrarque , dans fa tombe , enferma les Amours.
Nymphes, qui répétiez les chanfons immortelles ,
Vous voyez tous les ans la faifon des beaux jours
Vous porter des ondes nouvelles .
Lcs fiècles ont fourni leur cours ,
Bij
28 MERCURE DE FRANCE,
Et n'ont point ramené des coeurs auffi fidèles.
Ah ! confervez du moins les facrés monumens
Qu'il a laiflés fur vos rivages ;
Ces chiffres , de fes feux refpectables garans ,.
Ces murs qu'il habitoit ces murs fur qui lẹ
temps
"
N'ofa confommer fes outrages.
Sur-tout que vos déferts , témoins de fes tranf
ports ,
Ne recèlent jamais l'audace ou l'impofture ;
Et , fi quelque infidèle ofe fouiller ces bords
Que votre feul afpect confonde le parjurc
Et fafle naître les remords.
?
EP ITR E.
SUR bien des chofes dans la vic
Je fuis aflez pirrhonien ;
Je ne lais trop fi c'est un bien ,
Mais enfin c'eft- là ma folic.
J'entendois parler chaque jour
D'un perfonnage d'importance
Qu'on cherche & qu'on fuit tour-à-tour
Que l'on déteste & qu'on encenle,
* Cette épître a été imprimée dans un Almanach
des Mufes ( 1771 ) mais moins correcte
ment qu'elle ne l'eft ici,
AVRIL. 1774: 29
Fixé par état à la Cour ,
Traînant avec pompe à fa fuite
L'étiquette & la dignité ,
Sur fon paflage il met en fuite
Les plaifirs & la liberté.
Etendant plus loin fa puiffance ;
De l'augufte palais des Rois ,
Il vient fort bien fans qu'on y penle
Troubler en un cercle bourgeois.
Le gros rire de la Finance.
Sur tous les rangs il a des droits ,
Et fon empire eft fans limites ;
Souvent dans un cours de vifites
On le rencontre en vingt endroits
La jeune Ducheffe à la porte
Le configne inutilement ;
Jufqu'à fon boudoir , fans efcorte ,
Ilpénètre furtivement ;
Et là , faifiilant le moment
Où le plaifir fait une paufe ,
Sur un fopha couleur de rofe
Seplace entre elle & fon amant."
Dans ce falon prefque magique ,
Sous ces berceaux voluptueux
Où loin d'un monde curieux
La plus agréable mufique
Anime un repas fomptueux
Quand àle braver on s'applique ,
B iij
30
MERCURE DE FRANCE.
On le voit entrer à pas lent
Et fur l'aflemblée à l'inftant
Verfer fon pavot léthargique.
Dès le matin courant Paris
Dans une élégante voiture ,
Au fpectacle au milieu des ris ,
Dans un louper fin chez Laïs
Le foir il porte fa figure ;
Quelquefois dans de vieux châteaux ,
Sur de vieux titres de Nobleffe ,
Il bâille aux orgueilleux propos
D'une gothique politefle ;
Il fe plaît auprès des mamans ;
Il attaque à quinze ans les filles ;
Il fe glifle à travers les grilles
Dans tous les dortoirs des couvens ;'
Dans les fauteuils des grand parens
Il endort nombre de familles
Par des récits de l'ancien temps ;
Il paroît & fe multiplie
Sous cent vifages différens
De prédicateurs , de ſavans ,
De robins , d'actrice jolie ;
Par fois même, à ce que l'on dit,
On l'entend à l'Académie
Parler avec beaucoup d'efprit ;
Il laiffe rire le village
Ou jamais il n'eut grand crédit
AVRIL 1774. 31
Et fuit le cabinet du Sage ;
Cet être bizarre eft l'ENNUI .
Quoiqu'en tous les coins de la France ,
On ne m'entretînt que de lui ,
Je doutois de fon existence ;
Je ne fais pourquoi juſqu'ici
Fronçant loin de moi fon fourci
11 refpecta mon indolence ,
Au fein des plaifirs les plus doux ,
Sans doute ce n'eft pas chez vous
Que j'en ai fait la connaiſlance ;
Depuis ce moment des adieux ,
Où , tâchant de cacher mes larmes,
Pour un devoir faftidieux
Il fallut quitter tant de charmes :
Le matin , le foir & la nuit ,
Par-tout fans relâche il me fuit .
Loin de vos aimables demeures
Le froid Ennui file ces heures
Que vous m'y faifiez oublier ;
Le Temps qui, dans fa marche égale,
Décrit leur cercle régulier ,
Pour en alonger l'intervalle
Semble arrêter fon balancier.
Moi qui faifois ma grande affaire
D'une paisible oifiveté , 21..
Qui favois fi bien ne rien faire ,
Aujourd'hui je fuis tourmenté
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
Par ce repos qui fut me plaire ,
Et j'ai besoin d'activité.
Si je me vois feul , je ſoupire ,
Je deviens chagrin & rêveur ;
Pour tromper le temps , je veux lire :
Je maudis le livre & l'auteur ;
Je me trouve , s'il faut écrire ,
Et fans idée & fans chaleur ;
Nos femmes , qu'ici l'on admire
Me paroiflent à faire peur ;
Nos beaux efprits qui les font rire
Ne me donnent que de l'humeur ;
Rien ne peut charmer ma langueur.
Je cherche en ce qui m'environne
Votre raison , votre beauté ,
Ce ton que la Nature donne,
Votre aimable naïveté ,
Le fel heureux qui l'aflaiſonne ;
Mais vous feule avez le
moyen
D'unir tant de grâces enſemble;
Mes fouvenirs font tout mon bien.'
Je ne vois rien qui vous reflemble.
Par M. le Chev. de B.
AVRIL 1774- 33
VERS à Madame Laruette , qui a quitté
le théâtre pour fix mois par ordre de fon
Médecin.
LORSQUE le Roffignol & la tendre Fauvette ,
De leurs accens ne charment plus nos bois ,
Tout nous femble défert ; la Nature muette
Pour enchanter nos fens , n'a plus d'ame & de
voix .
Des plaifirs la troupe légère
De Laruette a fuivi les pas ;
Tout a fui ; les Ris & leur mère
Nous les cherchons en vain ; ils ne la quittent
pas.
Toi qui pus ordonner cet exil falutaire
Des jours les plus chéris zélé confervateur ,
Tu ravis au Public l'objet de la tendrelle :
S'il maudit aujourd'hui ton art & fa rigueur
Hélas ! pardonne à ſa juſte douleur ,
C'eſt un amant privé de ſa maîtreſſe .
Par M. Rangier.
By
34
MERCURE DE FRANCE.
MADRIGAL.
A une Dame qui avoit été piquée par une
f
abeille.
Avu déclin d'un beau jour , une folâtre abeille ,
Séduite par l'éclat de vos vives couleurs ,
A bleffé , dites- vous , votre bouche vermeille !
Life , elle vous prenoit pour la reine des fleurs .
Par M. Joubleau de la Mothe.
LA LAITIÈRE & LE CHAT.
Fable.
La pefte foit de la maudite engeance !
Et toujours des fouris ! .. faites de la dépenfe...
Nourriffez bien la vache , & comptez fur for
lait ! ..
Voyez un peu... Quelle brêche à la crême !
Et cefromage ! .. Ah Dieux ! comme le voilà fait!
Comme il eft grignoté ! .. Ron ! par ici , de même !
Quel dégât !.. Quelle ordure !.. Un Mitis écoutoit
Les plaintes de la ménagère.
Si vous vouliez , dit- il , facilement
D'une telle canaille on pourroit vous défaire.
AVRIL. 1774. 35
Comment ? -Laiflez- moi ſeul , deux heures feulement
,
Vous verrez... Elle fort. Le drôle , en un moment
,
Exploite lait , crême & fromage.
Quel procureur , quel intendant
N'en fît pas fouvent davantage.
Fermons , par fois , les yeux fur un léger dommage,
Pour en prévenir un plus grand..
Par M. C. C. d'o **.
DIALOGUE
Entre TI- BERE & ANTONIN.
TIBER E.
Nous poffédâmes tous deux le même
Empire ; nous y fûmes tous deux appelés
fans l'avoir prévu : mais nous le gouvernâmes
d'une manière affez différente .
ANTONI N.
Je ne connus jamais qu'une feule ma
nière de bien
* Vieux ftyle.
gouverner.
B vj
36 MERCURE
DE
FRANCE
:
TIBERE.
Quelle eft elle ?
ANTONI N.
Faire le bien de ceux que l'on gouverne .
TIBER E.
Puifque régner eft un art , tout art a
fes principes . Le grand point , c'eſt d'en
faire à propos l'application. Il faut , dans
l'art de régner , diftinguer les temps &
interroger les circonftances . Nous ne les
trouvâmes pas les mêmes l'un & l'autre.
Votre conduite m'eût perdu ; la mienne
au moins me fauva .
ANTONI N.
Ne peut on fe fauver du naufrage qu'en
noyant ceux qui navigent avec nous ?
TIBÈRE .
Rappelez-vous ce qu'étoit Rome quand
elle me reconnut pour fon chef. Le feu
des factions y fumoit encore . L'édifice
de la liberté n'exiftoir plus ; mais on en
diftinguoit encore les ruines . Quelques
mains hardies pouvoient tenter de le rétablir
; & il falloit ou que je les prévinſſe ,
ou me réfoudre à devenir leur victime .
AVRIL. 1774 37
ANTONI N.
Vous porrâtes un peu loin cette précaution.
Votre prédéceffeur en ufa longtemps
de même , & ne fit que redoubler
fes inquiétudes . Les têtes qu'il fit abattre
ne raffuroient poinr la Genne . Il pardonna
enfin pour la première fois , & pour la
première fois on ceffa de le menacer. On
lui fçut gré de n'être plus un barbare.
Les coeurs des Romains fe donnèrent à
lui auffi-tôt qu'il ambitionna de les obtenir.
TIBÈRE.
Mon caractère ne me permit pas de
croire cette conquête fi facile . Je joignis
la fermeté à la diffimulation . La fin du
règne d'Augufte ne m'avoit point fait ou
blier celle du premier Céfar ; & je crus
devoir confier ma vie moins à mon indulgence
qu'à ma févérité.
ANTONI N.
Le fecond de ces moyens eft encore
moins fûr que le premier . Un Prince doit
être ferme & non cruel , refpecté plutôt
que redouté. Un Prince que tous les fujets
craignent , doit , à ſon tour , craindre
tous les fujets.
38 MERCURE DE FRANCE.
TIBER E.
L'expérience de tous les temps , prouve
qu'il ne fuffit pas d'aimer les hommes
pour en être chéri . Le grand Céfar avoit
toujours pardonné .
ANTONI N.
Il étoit ufurpateur , & Rome vous
avoit reconnu pour fon chef. La différence
des temps en eût mis dans le caractère
& la conduite des Romains. Suppofons
Céfar le troisième Empereur de Rome :
il en eût fait la gloire & les délices ; il
n'eût trouvé que des refpects dans ce
Capitole où il trouva la mort.
TIBER E.
J'avoue que les Romains étoient déjà
façonnés au joug . La foibleffe & l'adulation
du Sénat auroient pu me raffurer ;
mais cette foibleffe même contribuoit à
nourrir mes foupçons.
ANTONIN.
Il y a un point que je tolère auffi peu
que vos cruautés. C'eft l'accueil que vous
fires aux délateurs , espèce d'hommes qui
avilit le plus l'efpèce humaine , & dont
AVRIL. 1774. 39
.
l'emploi confifte à aiguifer fans ceffe le
fer d'un tyran , à lui indiquer fes victimes.
TIBER I.
Ce fut encore là un des refforts de ma
politique. Tout m'étoit fufpect , & c'étoit
diminuer ma défiance que de la femer
entre tous ceux qui la caufoient.
ANTONIN.
Le premier tort de ceux qui oppriment
les hommes , c'eft ne point affez de les eftimer
; c'eft de ne point affez ambitionner
leur éftime. Il eft fi flatteur de la mé.
riter Quiconque s'expofe volontaire- !
ment à la perdre, ne trouve en foi même
rien qui l'en dédommage . Le remords
eft le premier châtiment de l'homme injufte
, & s'il échappe à d'autres fupplices ,
le fouvenir de fes crimes devient pour lui
un fupplice toujours renaiffant .
TIBER E.
Il eft vrai que je m'accoutumai plus à
commettre des crimes qu'au fouvenir de
les avoir commis. L'ame croit s'endurcir
: elle ne fait que s'irriter. Le fang que
nous verfons nous met bientôt dans la
40 MERCURE DE FRANCE.
néceffité d'en verfer encore : cette horri
ble foif s'allume par l'aliment qui fembloit
devoir l'éteindre : ce qui ne fut d'abord
que volontaire devient indifpenfable
: il faut ou détruire ou être détruit.
Le tyran le plus barbare frémit au premier
meurtre dont il fe fouille ; il frémiroit
bien davantage s'il prévoyoit com
bien ce crime doit en entraîner d'autres.
ANTONIN.
Ces réflexions auroient pu être chez
vous moins tardives. Les lumières ne
vous manquoient pas ; vous eûtes même
de grands talens dans plus d'un genre.
Vous fites plus d'un règlement fage .
Quelques - unes de vos actions feroient
honneur aux meilleurs des Princes : pourquoi
tant d'autres vous rapprochent- elles
des plus mauvais ? Ne fîtes- vous le bien
que pour commettre impunément le mal ,
ou le mal que pour vous venger d'avoir
fait le bien ?
TIBERI .
Remontez à la fource de toutes mes
actions : vous me verrez toujours cruel
par défiance & généreux par goût . J'eſtimois
peu les hommes. Le bien que je
AVRIL. 1774 48
leur fis ne me raffura jamais contre le
mal qu'ils pouvoient me faire. Je regardois
les Romains comme une troupe d'anim
ux féroces , dont il est toujours dangereux
d'être le gardien qui rugiffent
contre la main qui les fatte , & qu'il faut
enchaîner G l'on veut les contenir.
ANTONI N. то
Neu les vîmes fous un aſpect bien différent
et vrai que fous mon règne le
fantôme de la liberté s'étoit entièrement
évanoui ; depuis long temps les Romains
n'avo ent combattu que pour fe donner
des maîtres . Mais rien de ma part ne leur
fi entrevoir la fervitude . J'étois abfolu ,
& ils pouvoient fe croire libres . Je ne
me crus leur chef que pour être leur modèle
. Le foin de maintenir mon autorité
m'occupait moins que le foin de la rendre
utile ; & chaque Romain , au lieu de
chercher à me la ravir , eût combattu pour
me la conferver.
TIBER E.
J'ai bien des fois réfléchi fur cette pré
tendue liberté que Rome vouloit garder
pour elle , & enlever à tout le refte de la
terre. Il falloit bien mettre d'accord ces
42 MERCURE
DE FRANCE
.
brigands qui s'entrégorgeoient pour le
partage des dépouilles du monde . C'eft
ce que Céfar effaya de faire , & ce qu'après
lui effectua Augufte. Je maintins
l'ouvrage de mon prédéceffeur. J'eus ,
comme lui , recours tantôt à la force, tantôt
à la fouple fle . Je maintins la paix dans
Rome & dans tout le reste de l'Empire .
Je ne mis de fafte ni dans mon extérieur ,
ni dans mes amufemens . Je fus le cenfeur
auftèré du luxe des Romains ; & mon
féjour à Caprée , dont on a tant médit
fut moins pour dérober mes plaifirs à
leurs yeux , que pour les fouftraire euxmêmes
à mes regards.
ANTONI N.
Autre effet d'une prévention fâcheufe.
Hair ainfi les hommes , n'eft - ce pas
avoner tacitement qu'on a mérité leur
haine ? L'indulgence eft la plus noble
compagne de l'équité. Je les fis monter
avec moi fur le trône . Je n'attendis pas
même , pour être indulgent , que le fort
m'eût élevé au rang fuprême , qui doit
nous rendre cette vertu fi facile. Je n'étois
encore que Proconful d'Afie quand
le Sophifte Polémon , chez qui je m'étois
choifi un gîte , me fit fortir de fa maiſon
AVRIL 1774. 43
à minuit. Il vint me faire fa cour lorfque
je fus Empereur . Je lui donnai un
logement dans mon palais , en lui difant:
qu'il ne devoit pas craindre qu'à minuit
perfonne vînt l'en faire fortir.
TIBERE.
1
Je n'examinerai point fi ce procédé fut
réellement un trait d'indulgence. ; mais
j'avouerai que je me fuffe vengé diffé
- remment.
ANTON I N.
"
Avouez auffi qu'un Prince cruel entend
bien peu fes intérêts . La terreur eft
un foible reffort entre fes mains . Il ne
peut ni abattre , ni enchaîner toutes celles
qui pourroient s'armer contre lui. C'eſt
l'amour feul qui a ce pouvoir : & qu'il
eft facile à celui qui peut tout, d'infpirer
ce fentiment ! Il n'a befoin , pour y parvenir
, que de fe rappeler qu'un homme
à qui tant d'autres obéiflent , eft comptable
envers eux de leur bonheur en échan
ge de fon pouvoir. Alors fa confervation
tient à celle de l'Etat. Il a autant de gardiens
qu'il a de fujets , Son coeur lui épar
gne jufqu'à la défiance , & le coeur de ceux
qu'il gouverne lui répond de fa fûreté.
44 MERCURE DE FRANCE.
TIBER E.
N'a t on pas vu quelques Princes bienfaifans
fubir eux -mêmes ?...
ANTON I N.
Il y eut des monftres dans tous les fiècles
; mais les monftres font rares . Lorfqu'il
ne s'gira que de veiller fur eux , cè
genre de précaut on deviendra moins pénible
, & , à coup fûr , plus efficace . J'avoue
que le rôle d'un Monarque eft bien.
embarrafant Il eft fouvent obligé de faire
le bien de fes fuiers malgré eux - mêmes.
Le grand point , c'eft d'avoir mérité leur
confiance. L'habile médecin preferit ,
quand le cas l'exige , des remèdes violens
afon malade. On les prend fur fa párole
, on les eût rejetés de la main de
tout autre ; & l'on regarde alors comme
un antidote fecourable ce qu'on n'eût envifagé
que comme un poifon deftructeur.
En un mot , il ne fuffit pas de vouloir
faire le bien des hommes ; il faut leur
perfuader encore que c'eft leur bien qu'on
veut faire.
Par M. de la Dixmerie,
AVRIL. 1774
45
IDYLLE de Gefner , traduite en vers
françois,
MIRTILE ,
DANS le temps que la nuit bruniffoit de fes
voiles
L'azur du firmament , & doroít les étoiles ,
Mirtile étoit allé vers un étang voifin
Dont le contour formoit comme un vafte baffing
La lune étoit levée , & l'onde tranfparente
Réfléchifloit alors fa lumière tremblante.
Le filence profond des campagnes , des bois ,
Le chant du roffignol & le fon du hauthois
Avoient tenu long - temps le bienfaifant Mirtile
Dans un raviflement admirable & tranquille,
Mais il revint enfin dans fon riant berceau
Qu'ornoient des pampres verds , que baignoit un
ruifleau :
Il trouva fon vieux père au bord de l'onde pure
Qui dormoit mollement fur la tendre verdure,
Mirtile s'arrêta , fixant fur lui fes yeux ,
Qu'il détournoit fouvent pour les porter aus
cieux ;
Il benifloit alors , par de pieufes larmes ,
Celui qui de fon coeur faifoit les plus doux chas
mes,
46 MERCURE
DE
FRANCE
,
O toi qu'après les Dieux , j'aime fi tendrement !
Que ce fommeil du juſte eſt paiſible & riant !
Sans doute tu feras forti de ta chaumière
Pour célébrer le foir par la fainte prière ,
Et ,lorfque tu priois , le Père du repos
Aura deflus tes yeux répandu ſes pavots.
Les Dieux t'ont exaucé ; car pourquoi dans la
plaine
Feroient- ils des zéphirs fouffler la douce haleine ?
Pourquoi béniroient - ils nos terres , nos troupeaux
,
Le fruit de nos vergers , nos ruftiques travaux ?
Pourquoi notre cabane , au milieu des bocages ,
Seroit - elle à l'abri des vents & des orages ?
Pourquoi couvriroient- ils nos guérets de moiffons;
De verdure nos prés , & de fleurs nos buiflons ?
Lorfque , content des foins que j'ai pour ta vieillefle
,
Tu bénis mon amour par des chants d'alégrefle,
Un tendre fentiment vient pénétrer mon coeur ,
Je me lens enflammé d'une plus vive ardeur ;
Même encor ce matin , fortant de ta chaumière
Pour ranimer ta force aux feux de la lumière ,
Et regardant bondir , fur ces gazons fleuris ,
Nos innocens agneaux de leurs mères fuivis ;
Mes cheveux , difois - tu , font blanchis dans la
joie ,
Mes jours , ô mon cher fils , me font filés de foie!
AVRIL 47 1774.
Champs fortunés ! côteaux ! vallons délicieux !
Bientôt je vous ferai pour toujours mes adieux .
Prés émaillés de fleurs , riches préfens de Flore !
Vous climats bienfaiſans fous qui je vis l'aurore
Pour la première fois m'ouvrant un ciel vermeil ,
Faire luire à mes yeux le flambeau du ſoleil ,
Bientôt je quitterai vos plaines verdoyantes ,
Pour aller pofléder des rives plus charmantes ?
Mon père , tu vas donc te féparer de moi !
O trifte fouvenir ! j'en friffonne d'effroi !
Alors j'érigerai tout auprès de ta tombe
Un autel destiné pour t'offrir l'hécatombe ,
Et lorfque j'aurai pu fecourir l'indigent ,
Je répandrai du lait deffus ton monument.
Mirtile alors fe tut : A ces mots fa triftefle
S'exhala par des pleurs d'amour & de tendreffe.
Qu'il dort paisiblement ! ... fans doute les vertus
Viennent le retracer à les lens abattus !
Quel éclat fur la tête & fa barbe grisâtre ,
Répand l'aftre des nuits au teint pâle & blanchâtre
!
«Puiflent les vents du foir , les humides vapeurs
» Ne lui faire aucun mal tant qu'il dort fur ces
»Aleurs !
»Puiffent les doux Zéphirs , les enfans de l'Au-
» rore ,
» Exhaler à fes fens tous les parfums de Flore !
33
Par M. Doin , profeffeur au
College de Valence.
48
MERCURE
DE
FRANCE
.
LA NOISETTE , Allégorie.
AIR : Belle Brune que j'adore.
COMME OMME Une Nymphe ſauvage
Toujours j'habite les bois .
L'ombre d'un épais feuilllage
Semble avoir fixé mon choix .
Souvent dans un jour de fête
On voit de jeunes amans
A rechercher ma conquête
Paffer leur plus beaux momens.
Dans ma taille rondelette
Je plais à tous à la fois ;
Mais , quoique fimple & jeunette,
Je fuis dure, même aux Rois.
Pourtant , avec quelque adreffe ,
Ont peut vaincre cette humeur ;
Quand un jouvenceau me preſſe
Il obtient enfin mon coeur.
De la Beauté la plus fière
Ainfi finit la gueur ;
L'Amours'y prend de manière
Qu'elle connnoît un vainqueur.
A votre ardeur fi Lifette
Paroît ne pas s'émouvoir ,
Bergers
AVRIL. 1774 49
Bergers , voyez la noilette
Et livrez -vous à l'espoir.
Par Mile Coffon de la Creffonnière.
LES DEUX ROSES . Fable.
SUR la toilette de Julie ,
Un jour une brillante Rofe
Fut mife , fraîchement éclofe ,
Près d'une Rofe d'Italie ;
Celle- ci ne devoit qu'à l'art
Son coloris, fon éclat & fon fard ;
L'autre , de la fimple Nature
Tenoit ce fard , fans impofture,
Qui , par d'agréables couleurs ,
La fait nommer Reine des Feurs .
Que viens-tu faire ici , dit la Rofe imitée ?
Briller un inftant & mourir ?
D'égaler mon deftin te ferois - tu flattée ?
Non , répondit l'amante de Zéphir :
A tant d'honneur je fuis loin de prétendre.
Garde ton éclat emprunté ;
Et moi , douce , modefte & tendre ,
Je préfère la vérité.
Par M. le Clerc de la Motte , Capitaine
Chev. de St Louis au rég. d'Orléans inf.
I. Vol. C
fo
MERCURE DE FRANCE.
E.PLTRE d'Ariane à Thésée ,
Imitation d'Ovide,
Oui; les monftres les plus féroces font
moins cruels que toi . Amante trop crédule
, devois je me fier au plus perfide de
tous les hommes? C'eft Ariane qui t'écrit
, la triste Ariane que tu as délaiffée
feule & fans fecours fur des rives inconnues
& fauvages . Les doux pavots du
fommeil avoient appefanti mes paupières.
Mon coeur , fe fiant à tes promeffes , étoit
dans une tranquillité profonde. Des fonges
légers & agréables m'offroient l'image
de mon amant. Funefte fécurité , devois-
tu donc metrahir ?
Déjà la rofée avoit humecté la terre.
Les tendres oifeaux commençoient à
chanter leurs amours. Je m'éveille . Mes
yeux font baignés de ces douces larmes
que
l'amour m'a fait verfer. Je veux faifir
la main de mon amant , la ferrer dans
la mienne , la preffer contre mes lèvres .
Je la cherche , je ne la trouve point.
Théfée , où es - tu ?
Il ne
me réponds point. Il n'eſt plus à mes
•
AVRIL. 1774. St
côtés. Un froid mortel glace mes fens .
La terreur peinte fur le vifage , je jette
les yeux autour de moi . Je ne vois que
des arbres & d'arides rochers ; je ne
vois plus mon amant. La foible lueur de
la Lune guide mes pas incertains . Furieule
& délefpérée, je parcours le rivage. Ma
voix tremblante prononce le nom de mon
vainqueur. La nymphe Echo femble partager
mes peines . Elle appelle auffi Théfée ;
& Théfée ne répond point . Les antres des
rochers , le fond des cavernes , tout répète
à l'envi le nom d'un perfide .
Le défeſpoir précipite mes pas. Je
m'élance fur un rocher battu par les flots .
Là , ma vue égarée mefure avec effroi
l'immenfité des mers. Je découvre
dans le lointain un vaiffeau qui fend les
ondes . Les vents inexorables femblent
favorifer fa fuite. Alors ma douleur ne
connoît plus de bornes. Mes cris percent
les airs. Ah ! reviens , m'écrié - je , reviens
, cher Théfée ; Ariane n'eft pas
avec toi. Mes longs gémiffemens ne font
point écoutés. Mes bras étendus vers toi
femblent implorer ta pitié .Mon voile flotte
dans les airs ; mais ce foible fignal n'eft
point apperçu. C'en eft fait , le vaiffeau
difparoît. Je ne vois plus : mes genoux fe
C ij
12 MERCURE
DE FRANCE.
dérobent fous moi. Un torrent de larmes
inonde mesjoues . Ah ! pleure, malheureufe
Ariane, pleure ; tu ne verras plus Théfée.
Semblable à une Bacchante , la tête
échévélée , les yeux troublés , j'erre çà &
là. J'accufe tous les êtres inanimés . Tantôt
affife fur le bord de la mer, je fixe mes
yeux fur cet élément perfide . Je vois em
preintes fur le fable les traces de tes pieds .
Souvent j'entre dans cette grotte champê- .
tre où l'écho foupiroit avec nous. Je colle
mes lèvres froides & tremblantes fur le
lit nuptial. Je lui adreffe mes plaintes.
Grotte ruftique , qu'as- tu fait de mon
amant? Echo ! fenfible écho , dis moi où
eft Théfée ? Pourquoi ne vole- t'il plus
dans mes bras ? Pourquoi ne me preffe t'il
plus contre fon fein ? Je n'entends point
fa voix touchante . Hélas ! ma raifon s'égare.
Je fuis feule , je fuis abandonnée . Cette
ifle n'offre à ma vue qu'une terre inculte
& déferte. Il n'eft plus d'afyle pour moi.
Je ne verrai plus l'ifle de Crète fameufe
par fes cent villes. O ma chère patrie ! je
ne te verrai plus. La vue du fuperbe palais
de Minos eft déformais interdite pour
moi. Princefle infortunée ! j'ai déshonoré
le nom de mes ancêtres. Je me fuis arrachée
des bras d'un père pour fuivre fur
1
AVRIL. 1774. 33
les mers un amant perfide . Ah ! fouviens
t'en , Théfée , lorfque je guidois dans le
labyrinthe tes pas égarés , tu me jurois
alors de m'aimer toujours . Ariane , me difois-
tu , chère Ariane , j'en jure par la
reconnnoiffance que je dois à tes bienfaits ,
tu feras toujours à moi ; oui , tant que
nous vivrons,mon Ariane me fera toujours
chère. Nous vivons , parjure , nous viyons
; & cependant Ariane n'eft plus à
toi ! Pourquoi la même main qui malfacra
le Minotaure * mon frère , n'a- t'elle
pas tranché le fil de mes jours infortunés
? Ma mort t'auroit affranchi du joug
des fermens. Malheureufe ! ifolée dans
cette vafte folitude , je ne vois autour de
moi que des fantômes. La mort , qui fe
préfente à mes yeux fous les traits les
plus horribles , feroit moins funefte pour
moi que la cruelle incertitude dans la
quelle je fuis plongée . Le filence de la
nuit eft interrompu par les rugiffemens
des bêtes féroces. La tendre Ariane , qui
Le Minotaure étoit un monftre moitié homme
moitié taureau , né de Pafiphaé , femme de
Minos , & d'un taureau. Miños l'enferma dans l'e
labyrinthe , où il le nourrifloit de chair humarne.
Théfée le tua , & fortit du labyrinthe par
T'adrefle d'Arianc.
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
a quitté pour toi fa patrie & fes Dieux ,
fera peut être la proie de ces monftres
marins que la mer vomit fur fes bords.
Peut être un fort encore plus affreux
m'eft- il réfervé . Ah ! fi de cruels raviffeurs
me traînoient dans l'esclavage, non,
je ne pourrois furvivre à cette ignominie .
Fille du grand Minos , perite - fille d'Apollon
, hélas ! moi qui fus autrefois l'épouſe
de Théfée , me verrai - je réduite à
traîner au fervice d'une Reine étrangère
les reftes d'une vie languiffante ? Tout
m'effraie . La Nature femble conjurée
contre moi . J'entends gronder la foudre.
Ah ! fans doute les Dieux vont punir une
malheureuſe qui a trahi les loix facrées.
de l'innocence. Si cette ifle eft habitée.
par des hommes , loin de moi ce fexe:
trompeur ; je n'ai que trop appris à le
connoître.
!
Plût aux Dieux que tes vaiffeaux n'euffent
jamais cotoyé les rivages de la Crète ! Je
n'aurois point armé ton bras contre la vie
d'un frère. Innocente & paifible , je vivrois
dans le palais du fage Minos . Je
femerois de fleurs le chemin de l'aride
vieilleffe qu'il va bientôt parcourir. Je
partagerois avec lui les hommages d'un
peuple fidèle & fenfible. O Minos ! ô
AVRIL. 1774.
mon père ! vous ne rougiriez pas de m'avoir
donné la vie. Aimables compagnes
de mon enfance , je parcourrois encore
avec vous les riantes campagnes de la
Crère. Je verrois ma tendre mère fourire
en voyant fa fille . Ah ! pourquoi les cruels
Athéniens ont - ils moiflonné les jours
de mon frère Androgée à la fleur de fon
âge! * Regrets inutiles !
C'en eft fait condamnée à périr dans
ce défert , je ne recevrai point en moufant
les adieux de ma mère . Je ne verrai
point couler fes larmes. Une main ché
zie ne fermera point mes yeux . Mon uine
ne fera point arrofée des pleurs de mon
père. O Phèdre ! ô ma foeur on ne re
verra point , les cheveux épars , déplorer
le fort de la trifte Ariane , & jeter des
fleurs fur fon tombeau . Privée de fépulture
, mon ombre fera long- temps errante
fur les rives du noir Cocyte. Eft- ce là
le prix de tant d'amout ? Eft- ce là la ré-
* Androgée , fils de Minos & de Pafiphaé , fut
tué par les Athéniens & par les Mégariens. Minos
, en vengeance de cette mort , obligea les
Athéniens d'envoyer tous les ans fept jeunes hom
mes en Crète pour être expofés au Minotaure.
Théfée , pour les délivrer , tuá ce monftre.
Civ
$6 MERCURE DE FRANCE.
compenfe que je devois atttendre de mes
bienfaits ?
Cependant l'ingrat Théfée , enorgueilli
de fes conquêtes , verra la fuperbe Athènes
ériger des trophées à fa gloire. Sans
doute ,tu n'oublieras pas de mêler le nom
d'Ariane dans le récit de tes victoires . La
Grèce apprendra par quelle perfidie tu
m'as abandonnée à la rigueur du Sort . Va ,
digne fils de l'illuftre Egée , triomphe
de mes malheurs . Une amante trahie , la
foi conjugale outragée , voilà des exploits.
dignes de toi .
Ah ! repréfente-toi ton amante livrée
au plus affreux défefpoir. J'arrache mes
cheveux ; je déchire mon fein . Sufpendue
à la pointe d'un rocher , j'attefte les
Dieux & les hommes de la folennité de
tes fermens . Ma main tremblante trace à
peine ces triſtes caractères . Je verfe des
larmes en abondance . Oublie , s'il eft
poffible , que je t'ai ſauvé la vie ; mais au
moins ne me donne pas la mort. Viens
recueillir mes cendres , & puiffe le fouvenir
d'une femme que tu as tant aimée ,
arracher quelques plaintes à ton coeur endurci!
Par M. D..... de Chartres.
AVRIL. 1774. ST
LA COQUETTE DÉMASQUÉE.
SOEUR de la Perfidie ,
Elle chérit la feinte & les féductions
Une maligne fantaisie
Lui fait, au fond des coeurs, chercher les paffions
Ses modeftes regards n'offrent à qui s'y fie ,
Que douceur , que candeur , vertu , lévérkéz
Mais un oeil- éclairé
Qui la fuit , l'étudie ,
Déchirant un voile impofteur,
A bientôt pénétré les replis de fon coeur.
On ne voit plus alors que fauffe modefties
Soin de plaire avec art ,
Pruderie & fineffe ,
Plus de maintien que de fageffe ,
De la vertu le fard.
Par M. le Général, à Versailles
PORTRAIT D'ADÉLAIDE.
AIR: Dans ma cabane obſcure.
LES fons touchans d'Ovidé
Auroient feuls la douceur
Cv
$
8
MERCURE
DE
FRANCE
.
De peindre Adelaïde
Comme elle eft dans mon coeur.
Amour , divin Apelle ,
Offres en le tableau ;
Un fijoli modèle
Eft fait pour ton pinceau ! .
Songe que rien n'efface
L'éclat de fa blancheur ;
Son rire eft une Grâce ;
Son teint eft une fleur :
Parure très- légère
Suffit à fes appas ;
Elle eft fûre de plaire ,
Et ne s'en doute pas !
Peins-la fous la figure
D'un Ange un peu lutin ;
Et , quoiqu'elle en murmure ,
Ole agiter fon lein :
Elle eft fage , trop fage
Pour écouter mes voeux ...
Ah ! ton plus bel ouvrage ,
Eft de faire un heureux !
Par M. M. , à Caftres:
AVRIL. 1774.
59:
RÉPONSE de Mlle T. , aux vers qui
lui font adreffés dans le Mercure de
Mars
1774.
C'EST à la Fortune cruelle
Que je dois vos vers impolis ;
Vous les euffiez faits plus jolis ,
Sans doute quand j'étois plus belle .
L'EXPLIC
EXPLICATION du mot de la première
énigme du Mercure du mois de Mars
1774 , eft Odorat ; celui de la feconde
eft Doute ; celui de la troisième eft le
Menton ; celui de la quatrième eft Lys
( l'empire des Lys . ) Le mot du premier
logogryphe eft Poivre , où fe trouvent
vire , vie, poire , ivre , ie , oie (la plume)
ire , pire, voie , po ; celui du fecond eft
Artilleur, où l'on trouve air , ail , aîle,
Aire, aire , ali , allier , aller , allié , arrét ,
art , luter, élu , eau & lait , lute , luteur ,
Eu, il,la , lia , laie , lie , lier , lieu , lire ,
lit , litre , raie , rale , railleur , rat , rare "
rate , rire , rieur , rit , rituel , rue , ruti „
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
tille ,
taie , taire , taille , tailleur , tare ,
traire , tuile , Tullie , Urie , utile , ut , ré,
la.
MON
ÉNIGM E.
ON nom eſt connu dans l'hiſtoire.
D'un Roi je ferois le bonheur.
Un héros devint man vainqueur ,
M'obtint par des combats & ſe couvrit de gloire.
Ils ne font plus ces temps : j'ai bien changé d'état.
En proie à des mains mercenaires ,
Sans pitié l'on me tord, on me foule , on me bat :
On me déchire enfin de toutes les manières :
Sans une plaindre pourtant , je fouffre tous ces
maux ;
Je fuis utile aux arts , & même à ton repos .
Et mes membres épars , que d'habiles mains tile
fent ,
Des rigueurs d'Aquilon ſouvent te garantiſſent.
On fait grand cas de ma douceur.
Un trait bien digne de remarque ,
Chez le Sujet , chez le Monarque ,
J'annonce toujours la grandeur.
Par M. Hubert.
AVRIL. 1774.
61
AUTRE.
D'un logement , lecteur , je ſuis la porte.
Me ferme- t-on ; tout eft en liberté ;
Si vous m'ouvrez , fans appeler main -forte
Les habitans font en captivité.
Par le même.
AUTR E.
Avec un port mignon , leſte , jamais perplexe ,
Par effort inégal
Et route circonflexe ,
F'inquiete bien plus que je ne fais de mal .
Je me fais , il est vrai , détefter du beau fexe ,
Et du galant heureux je deviens le rival;
1
Il prend mille détours que des trois quarts j'a
brége
Four jouir , comme lui , du plus beau privilége..
Par M. Le Général.
6.2 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE.
Jane fuispoint an corps fans ame ,
Et mon lecteur va bientôt s'en douter ,,
Carje reflens toujours la flamme
Queje fais fi bien exciter ;
Quand dans fes mains il tient les miennes,,
C'eftpour l'aider à réchauffer les fiennes ;
Sans être délicat , j'ai le tempérament
Sujet à du ménagement :
Le grand air m'eft fur-tout nuifible ,,
Et tellement , qu'il eſt viſible
Que , fi l'on n'a de la précaution ,
Il peut m'ôter la refpiration.
Mes habits , quelquefois ont affez d'apparence ,
Bordés d'or , louvent tout unis ,
Ils font toujours beaucoup de plis ,
Mais chez le pauvre ils font moins d'importance ;
Et , fil'on prend mon nom dans un fens différent ,
Tout change , & quelquefois je punis l'inſolent.
Par M. le Clerc de la Motte , Cap. Chev
de St. Louisau rég, d'Orléans , infi
AVRIL. 1774
LOGO GRYPHE.
V₁s , étourdi , femillant , amoureux ,,
T'imite affez les tours d'un petit maître s
Mais plus que lui je fuis heureux
Tandis qu'il feint de le paraître.
Je vois Philis fourire à ce portrait.
J'ai peint fon amant trait pour trait ;;
De mes fept pieds divifez la ftructure ,
Et ,fans vous mettre à la torture ,
Bientôt Philis , vous fçaurez mon fecret.
Premièrement , des démarches des hommes
Vous devez voir l'unique fondement ;
Je fuis bien fûr , dans le fiècle où nous fom
mes ,
Que furce point , aucun ne me dément.
Vous voyez à la fuite un perfide élément ;
Un utile animal & qu'à tort on méprife :
Hormis fon chant qui n'eft point à ma guife:
Je le trouve un être charmant .
Continuez Philis , & vous verrez paroître,
Un mot que prononcer vous defirez peut-être..
Pardonnez-moi , Philis , fi je fuis indifcret;,
Déformais je laurai garder mieux le tacets.
Je vais finir tout ce vain étalage ;,
Car tant de verbiage
Souvent déplaît :-
64 MERCURE DE FRANCE.
Encore un mot , & vous ferez-au fait.
Vous verrez donc celui qui , loin du monde ,
Croit pouvoir à loifir , dans une paix profonde,
Contempler le fort des humains ;
Et dont les voeux font fouvent auffi vains..
Par M. D. E. , de Lamballe.
AUTRE,
Suis- je un bien , fuis -je un mal ? Je fais les
deux , peut - être.
Si l'on trouve avec moi le plus doux des plaiſirs ,
Je le change ſouvent en de cuifans ſoupirs.
O toi , mon cher lecteur , qui voudrois me connoître,
Combine mes fept pieds , &, lous quelques inftans
,
Tu verras ce que fille , à l'âge de quinze ans
Atoute autre choſe préfère ,
L'art menfonger qui plaît au fot vulgaire ,
Dont il a peur fans favoir trop pourquoi ;
Ce que ne peut paroître un homme en défarror ;
Un nom forrà la mode auquel on ne croit guères ,
Et la deflus on a raiſon ;
Car dans un fiècle auflr félon
On ne voit point de gens fin cères .
Tu vois encor , fi tu combines bien ,
AVRIL. 69 1774
Ce que dans certains jours doit faire un bon Chré
tien.
Ce n'eft pas tout , lecteur. Es-tu poëte ?
Tu dois voir fans nul interprète
Ce qui de la raifon bleffe fouvent les droits;
Et vous enfin , qui , rangés fous mes loix ,
Débitéz contre moi votre morale auftère ,
Que vous feriez heureux fi vous ſaviez tous plaire
!
Par le même.
AUTRE.
DIPUIS long-tems je règne ſur la terre ;
Il n'eft pas de pays où je fois étrangere.
Le petit & le grand font foumis à mes loix ,
Et chacun d'eux obéit à ma voix.
Le fage feul veut franchir la barrière ,
Mais c'eft en vain qu'il rit de mes ſujets ;
Il n'a pas achevé fa pénible carrière ,
Qu'ille voit pris dans les mêmes filets...
Prenez trois pieds de mon architecture,
Faites en l'anagramme , & vous verrez après ,
Un terme de marin qui veut dire au plus près .
Trois autres pieds , fans changer leur nature
Te produiront, lecteur , le fond de ton tonneau;
Trois pieds encor te donneront l'oiſeau
Qui fauva les Romains par fon cri falutaise ;
66 MERCURE DE FRANCE.
Mais prends en quatre , & tu vois un viſcère ;
Deux , une nymphe , un arbre , & cinq qui font
mon tout ,
Yont t'offrir à l'inftant un vale bien fragile.
Adieu , lecteur ; je fuis à bour.
Qu'à me trouver ton foin foit inutile.
Par le même.
Je
AUTRE.
E dois être bien fier !
J'établis mon empire
Sur tour ce qui refpire ,
Et je lui fers de bouclier.
Par fois , pour me fêter , de fleurs on m'envi
ronne ;
Et , fans avoir de front , j'alpire à l'a couronne.
A préfent , cher lecteur , comptez - vous me tenir
Ou croyez -vous pouvoir me découvrir
Toujours impunément ? C'eft ce qui vous enrhume.
Je fais au poil comme à la plume ,
Très- fouvent entouré d'une épaifle forêt ;
J'ai la tête près du bonnet :
Je pourrois vous donner bien de la tablature :
Prenez donc garde à moi. Dans mes cinq pieds
entiers ,
Mon nom eft ſouvent une injure ,
Comprife dans les trois derniers.
Par un Chapelain de Dourdan
AVRIL. 1774. 67
ROMANCE.
Par M. Neveu , Maître de Clavecin.
DE tous les Gar-cons du Vil -lage ,
Colin eft bi- en le plus char- mant ;
Et la Bergè- re la plus fage Le
choi-fi- roit pour fon A- mant , Le
choi- fi- roit pour fon A- mant . Fin..
Son air , fes yeux , fon propos mê- me ,
En lui tout eft fait pour char- mer ;
Quand il dir fi bien: je vous ai- me ,,
68 MERCURE DE FRANCE.
୫
L'ingrat peut-il fi mal ai- mer !
De tous , &c. Volti , pour le mineur.
Mineur.
250
AH! fi je pouvois me dé- fen- dre
De l'a-mour que je fens pour lui ,
J'aurois du plai- fir à lui ren- dre
Le mal qu'il me fait aujourd'hui ,"
Le mal qu'il me fait au- jourd'hui.Maj.
Ma foi- bleffe , hélas ! eft ex- trê-me ,
Mon coeur ne fait que s'a- lar- mer :
AVRIL. 1774. 69
Quand il dit fi bien je vous aime ,
L'ingrat peut- il fi mal ai- mer !
Ah ! fi , &c.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
L'Hygieine , ou l'art de conferver la fanté;
poëme latin de M. Geoffroy , écuyer ,
docteur-régent de la Faculté de Médecine
en l'Univerfité de Paris , & c. traduit
en françois par M. de Launay ,
docteur en médecine , & membre de
plufieurs Académies littéraires ; vol.
in- 8° . Prix , 3 liv . broché.
On en a imprimé un petit nombre in- 4®.
Prix , 6 liv. broché.
Nous avons , dans le Mercure de France
du mois de Janvier 1771 , donné une notice
du poëme latin de M. Geoffroy fur
l'art de conferver la fanté , & nous avons
dès -lors formé des voeux pour qu'un
MERCURE DE FRANCE.
-
homme de lettres fe chargeât de traduire
en françois ce beau poëme qui , par les
préceptes falutaires qu'il contient , doit
intéreffer toutes fortes de lecteurs . Cette
traduction exigeoit que celui qui l'entreprendroit
fût non- feulement verfé dans
les belles lettres , mais encore familiarifé
avec les connoiflances phyfiques, afin
de pouvoir allier l'exactitude & la propriété
de l'expreffion aux grâces & à l'harmonie
du ftyle. Ces voeux font aujourd'hui
remplis, & ceux qui n'ont pu lire
le poëme latin de M. G. ne manqueront
pas de s'en procurer la traduction . Ce
poëme , qui a pour objet de rendre la
fanté auffi durable que le comporte la
nature humaine , doit occuper utilement
tous les lecteurs , ceux far-tout qui penfent
que la fanté eft le bien de ce monde
le plus intéreffant à conferver , le plus
facile à perdre , le plus difficile à recouvrer
, & fans lequel reliqua plus aloës
quam mellis habent , felon l'expreffion du
docteur Burnet.
L'Hygieine , portée à fa perfection, rendroit
, fuivant les réflexions du traducteur
, les autres parties de la médecine
totalement inutiles pour toute perſonne
bien conftituée , qui fuivtoit exactement
AVRIL. 1774. 70
le régime qu'elle lui prefcriroit. Que faudroit
- il donc imaginer de fi furprenant
pour porter cette fcience à ce degré de
fublimité dont elle eſt encore fi fort éloignée
? Une feule choſe fuffiroir : ce feroit
de trouver le moyen de réparer parfaitement
les déperditions journalières
qu'éprouve un corps animé plein de fanté
, quand une fois il a pris tout l'accroiffement
dont il eft fufceptible . L'on conçoit
cependant que l'impoffibilité n'eft
que morale & non phyfique. Il eft certain
que,parmi les différentes productions
dont la Nature nous paroît fouvent inuti❤
lement prodigue , il s'en trouveroit d'entièrement
propres à réintégrer , à revivifier
nos différens organes à mesure que
les frottemens inévitables qu'ils éprouvent
opèrent leur diffolution . Il en eft de
cela comme des remèdes à quelques maux
que ce fût , qui ne nous manqueroient jamais
au befoin, fi notre ignorance ne nous
les tenoit cachés , ne nous les faifoit même
fouvent fouler aux pieds comme chofes
inutiles & de pur ornement. Je lifois
» dernièrement , continue M. de L. , un
» ouvrage intitulé : Traité de la longue
» vie , dans lequel on s'attachoit à prou-
→ ver que l'homme ne vieillit , ne s'affoi
72 MERCURE DE FRANCE .
1
"
blit & ne meurt que pour avoir pris
une nourriture peu convenable . C'eſt-
» là , je penfe , le vrai noeud de la diffi-
» culté. Une nourriture bien naturelle &
» bien appropriée à la conftitution d'un
» homme , telle qu'elle fût , rempliroit
les vuides , répareroit les brèches que
» laiffent en lui les différentes excrétions .
» Elle entretiendroit l'équilibre qui doit.
régner entre les liqueurs & les folides
dont il eft compofé. Elle préviendroit
l'altération qui, tôt ou tard, arrive dans
» ces deux fortes de principes conftituans .
» Elle recrépiteroit , s'il eft permis de
parler ainfi , l'édifice à mefure qu'il ſe
» dégraderoit. Enfin , femblable à ces
» fources intariffables qui fourniffent
» dans toutes les faifons de l'année une
» même quantité d'eau toujours faine
» toujours pure , toujours de même natu-
» re , elle établiroit un cours non -inter-
» rompu de fubftitutions aux déperdi-
» tions de fubftances dont la fuperfluité
» devient auffi nuifible que l'épuisement
» même. C'eſt par une fuite d'effers en
partie auffi heureux , que certaines fem-
» mes confervent jufques dans un âge
» avancé les grâces & la fraîcheur de la
jeuneffe ; que certains hommes fe ref
"
"
39
>> fentent
•
AVRIL. 1774. 73
"
מ
n
» fentent fi tard des glaces de l'hiver , &
» demeurent fi long - temps capables de
tous les actes de virilité ; car il eft à
» remarquer que la plupart de ces êtres
privilégiés ne prolongent ainfi le prin-
» temps de leurs jours qu'à la faveur d'une
» forte de régime qu'ils fe font rendu
» propre , qu'ils étendent jufqu'aux excès
qu'ils fe permettent , & que l'inftin &
» ou le hafard leur rend falutaires . Il n'eft
» pas même néceffaire d'être fortement
» conftitué pour vivre long - temps : té-
" moin Louis Cornaro , cet auteur célè-
» bre d'un ouvrage intitulé, Difcorfi della
» Vita fobria , qui , quoique d'un tempérament
foible & cacochyme , ne laiſſa
pas d'atteindre l'âge de cent ans , en ne
» prenant que quatorze onces de nourri-
» ture dans l'efpace de vingt quatre heu-
» ses. Un jour qu'il eut l'imprudence
» d'en prendre feize , il tomba malade ,
» & mourut victime de cette fingulière
intempérance. Mais , continue M. de
» L. , ne pouffons pas plus loin un rai-
» fonnement qui tendroit à prouver qu'il
» feroit poffible que nous ne mouruffions
point , puifqu'il feroit poffible auffi
» nous fiffions ufage de tous les fecours
» que la Nature feroit toujours prête à
"9
»
"
"
I. Vol. D
que
74 MERCURE DE FRANCE .
و د
» nous fournir pour notre confervation .
» Reconnoiffons , au contraire , l'inévita
» ble arrêt de mort porté contre l'hom-
» me , à l'impoffibilité de lui rendre en
» tout temps falutaire la meilleure des
» nourritures ; de lui rendre praticable ,
» dans toutes les circonstances de la vie ,
le régime le mieux ordonné ; d'en ren-
» dre les effets invariables , malgré le
» changement des faifons , les intempé-
» ries de l'air , le concours irrégulier de
" toutes les caufes fecondes. Les diverfes
» affections de fon ame , cette foule de
paffions , de répugnances , de defirs qui
» fe fuccèdent , qui fe combattent dans
» fon coeur , l'homme moral enfin , eft lui
feul fuffifant pour opérer dans le même
"
"
fujet la ruine de l'homme phyfique ,
» Comment , outre cela , généralifer un
» aliment , une boiflon , un genre de vie
» que l'on auroit jugé préférable à tous
» les autres ? Cet aliment , quel qu'il fût,
» ou ne croîtroit pas dans tous les climats,
» ou feroit fujet , comme les autres pro-
≫ductions de la terre , à manquer quel-
و د
quefois . Cette boiffon , fi ce n'étoit
» pas l'eau , ne parviendroit dans certai-
» nes contrées qu'à grands frais & qu'en
petite quantité ; ce genre de vie ne conAVRIL.
1774. 75
19
» viendroit certainement pas à tous les
» tempéramens , à tous les âges , à tous
» les états , dans tous les pays. Il faudroit
» autant de combinaifons différentes qu'il
exifte de différens hommes . Ces feules
réflexions fuffifent pour détruire ces
hypothèſes , ces probabilités , ces ingénieufes
nouveautés plus amufantes qu'utiles
, par lefquelles on a cherché à flatter
l'attachement que l'homme témoigne
pour la vie. Mais s'il n'eft pas plus en
notre pouvoir de rendre perpétuelle mouvement
qui nous donne l'exiſtence animale
& la conftitue , que le mouvement
même d'une machine que nous aurions
conftruite , nous pouvons du moins prolonger
ce mouvement, & nous procurer
une vieillefe faine , en fuivant les préceptes
de l'Hygieine , qu'une connoiffance
profonde de la phyfique & de l'économie
animale a développés dans ce poëme , &
a éclaircis du flambeau de l'expérience.
M. de L. avoit d abord effayé de traduire
le poëme latin en vers françois ; &
les fragmens de cette verfion qu'il nous a
donnés dans fa préface , prouvent qu'il y
auroit réuffi . Mais il a préféré une traduction
qui , n'étant point gênée par les règles
de la verſification , eft néceffairement plus
Dij
76. MERCURE
DE FRANCE.
exacte & plus fidelle ;qualités que l'on exige
fur - tout dans la verfion d'un poëme
didactique , & qui , comme celui – ci ,
traite d'objets d'une utilité vulgaire . On
fe convaincra fur tout du mérite d'une
pareille traduction dans les morceaux de
narration purement defcriptive ; & de ce
nombre eft l'expofé que le poëte nous
fait des avantages & des inconvéniens du
café. Que l'on celle de nous vanter le
» fuc du lafer , autrefois fi fameux ; ces
» vins mielleux & liquoreux que nos
"
&
Anciens eftimoient tant, & les différen-
» tes boiffons fi bien célébrées par les poë-
» tes. Les Dieux reçoivent avec tranf-
» port , de la main d'Hébé & de Gani-
» mède , des taffes remplies de la liqueur
chaude & fumante du café . Bacchus
» lui -même s'abreuve à longs traits de
cette nouvelle boiffon . En effet , Phé-
" bus a doué ce nectar de propriétés les
plus falutaires, Il a voulu qu'il fût ca-
» pable de rendre la force , de donner de
» la vigueur. Pourroit - il en être autre-
» ment? L'amertume précieufe qu'il con-
"
tient. n'a rien de rebutant , ne fait fur le
palais aucune impreffion déſagréable ;
» mais elle eft tellement tempérée , qu'el-
» le réveille l'action des vifcères languif
AVRIL. 1774. 77
»
"
"
"
» fans , & délecte en même- temps les bu-
» veurs. L'ufage habituel du café rend la
digeftion plus prompte & plus parfaitė:
» il diffipe ces amas de pituite que les
» alimens laiffent dans l'eftomac : il empêche
qu'il ne s'en élève des vents &
» des flatuofités acides . Ses fels corrigent
» les aigreurs , fon foufre divife les vifcofités
, la féchereffe de fes molécules
» abforbe la férofité fuperflue des humeurs.
Dans le temps qu'on ignoroit
» les heureuſes propriétés du café , l'on
» étoit dans la dure néceffité d'abreuver
» du fuc d'abſynthe & de centaurée les
» infortunés mortels dont l'eftomac af-
» foibli fe refufoit à fes fonctions. Auffi
» le voyoit on fe révolter contre un re-
» mède auffi faftidieux , pour une incommodité
qui fembloit légère. Souvent
» même il le rejetoit avec de violens
» efforts. Mais eft - il dans ces occurrences
» un fpécifique plus doux que le café ?
» C'eft-là le véritable nepenthes des An-
» ciens , qui calme les douleurs comme
» par enchantement. Cette liqueur fub-
» tile , pénétrant jufques dans les plus
petits vaiffeaux , ranime l'action de
» leurs fibres , fouette & divife le fang .
» Alors ce liquide accélère fon mouve-
"
·
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
»
»
"
» ment , fe difperfe mieux dans toutes
» les parties du corps , arrofe plus abon-
» damment les replis tortueux des artères
» du cerveau. Je dis plus : le fang raréfié
» dans les veines , les gonfle ; d'où s'en-
» fuit une compreffion des nerfs voisins,
qui rend leur ofcillation plus vive &
» plus forte. Par ce moyen , le corps de-
» vient plus vigoureux , l'efprit acquiert
plus de liberté , la joie qui fe peint fur
» le vifage , manifefte les plus heureuſes
difpofitions de l'un & de l'autre . Plus
» d'un poëte fameux par la beauté de fes
» écrits , n'eut jamais que le café pour
Apollon , pour Pégafe & pour Hippo-
» crène . Le jus divin de Bacchus ne ré-
» veille
pas mieux le courage , n'infpire
» pas mieux l'amour. Ne craignez donc
» pas de faire ufage du café , fi la pituite
» vous énerve. & vous appefantic . Il ar-
» rêtera , s'il le faut , les progrès d'un
embonpoint trop confidérable ; il empêchera
que vous ne tombiez dans un
» fommeil accablant après le repas ; eufin
» il aidéra tellement votre eftomagdans
fes digeftions , que vous ne tarderez
jamais long- temps à fentir l'aiguillon
» de l'appétit . Mais il n'eft point de bien
» abfolu. Cette fleur , la gloire du Prin-
"
H
"
"
AVRIL. 1774. 79
"
tems , le charme & l'ornement de nos
jardins , foit par la douceur de fon par ..
» fum , foit par le majeftueux développement
de les feuilles , foit par le tendre
incarnat de fon coloris ; la rofe
» enfin , cette reine de l'empire de Flore ,
cache des épines fous tant de beautés ,
& fait fouvent de fenfibles bleffures : le
fer , ce préfent des dieux , qui , pour l'utilité
des hommes , fe prête à tant d'ufages
différens , fournit également des
outils propres à la culture de la terre &
» des armes qui fervent à multiplier le
meurtre & le carnage . Il en eft de même
» du café: fa liqueur,toute flattenfe qu'elle
» eft , devient nuifible , quand on en
"
abreuve indiftinctement tous les hom-
» mes , ou qu'on en uſe fans nulle difcrétion
. La chaleur & la féchereffe de fes
principes lui font pomper , il eft vrai ,
» le fuperflu des humidités de nos vifcè-
» re ; mais fi nos membres font déjà fecs ,
» fi nos humeurs font peu féreufes , fi nos
» fibres font trop tendues , fi nos nerfs
trop fenfibles s'ébranlent trop facile-
» ment , quelle foule de maux l'ufage du
» café ne produira - t- il pas ? Il fera com-
» me de l'huile que l'on verferoit fur du
» feu de nouveaux tourbillons de flam-
19
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
"
»
"
» mesfe formerontbientôtde ce dangereux
affemblage . En vain la nuit couronnée .
de pavots couvrira- t-elle la terre de fes.
» voiles fombres ; le café caufera des inquiétudes
que le lit ne fera qu'accroî-
» tre. Vous y ferez dans une agitation
perpétuelle. A peine un léger affoupif
» fement fe fera-t-il emparé de vos paupières,
que le fommeil s'envolera , que
» vous refterez en proie au plus cruel ac
» cablement. Comment , en effet , Morphée
relâcheroit il des fibres que l'ef-
» fervefcence & l'activité du fang tien-
» nent dans une tenfion violente ? Les
» commotions trop fréquentes qu'elles
éprouvent , les irriteront & les flétri-
» ront de plus en plus. La laffitude ren-
» dra le corps incapable de fe mouvoir ,
» & le tremblement des membres fera la
fuite de leur foibleffe. »
"
»
Plusieurs autres morceaux de cette traduction
pourroient également fervir à
faire voir que le traducteur , fans négliger
l'harmonie du ftyle , a fu faire un choix
heureux des expreffions les plus propres
à rendre avec jufteffe & avec préciſion la
penfée du poëte original .
AVRIL. 1774.
81
Lettres fur l'Art d'écrire , ou recherche &
réunion des principes de l'écriture ;
ouvrage utile aux parens , aux maîtres
& aux élèves , par G. Laurent , maître
ès arts en l'Univerfité de Paris , & expert
écrivain juré ; vol . in - 8º . de 68
pages. A Paris , chez l'auteur , rue des
Nonaindières , quartier St Paul ; Coaturier
fils , quai des Auguftins ; Froulé,
pont Notre -Dame.
L'Art d'écrire ou l'écriture a reçu de nos
jours un nouveau degré de confidération.
par les recherches de plufieurs maîtres de
cet art , & fur tout par celles de M. Laurent.
Cet expert - écrivain entreprend de
faire voir que les vrais principes de l'é-
` criture , attribués encore aujourd'hui à
l'ufage & au goût , font affujettis à des
règles géométriques. Il ne faut cependant
pas que ces règles prétendues géométriques
effrayent les élèves. Il n'eft ici queftion
que de quarrés ou parallelogrammes .
M. Laurent exige que les jeunes gens qui
veulent faire des progrès sûrs & rapides
dans l'écriture s'exercent d'abord à tracer
ces parallelogrammes . Il explique dans
fon ouvrage les avantages de cet exercice
& démontre les principes de l'écriture
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
par le moyen de ces figures quarrées. Ces
principes font fimples & faciles à faifir .
Comme ces principes parlent aux yeux ,
il fatisferont l'élève , & lui donneront la
clarté & la fécurité qui accélèrent infailliblement
les progrès.
Queftions de Droit , de Jurifprudence &
d'ufage des Provinces du Droit - Ecrit
du Reffort du Parlement de Paris , mifes
en ordre alphabétique par M. Mallebay-
de - la - Mothe , confeiller du Roi,
fon avocat & procureur au Siége royal
de Bellaç. 1
Judex debet judicare fecundùm leges.
vol. in 12. Prix , 3 liv . relié . A Paris ,
chez Saugrain , libraire , quai des Auguftins
, au coin de la rue Pavée.
Une partie de la France fe régit par le
Droit-Ecrit ou Romain , qui en eft le
Droit commun & univerfel , mis en vigueur
par Clovis , après la défaite d'Alaric
& des Goths , l'an 507 , par Charlemagne
qui l'autorifa par fes capitulaires ,
& par Lotaire fous le règne duquel on
traduifit en françois le Code Juftinien .
Une autre partie de la France fe régit pat
des coutumes ou loix municipales qui ne
AVRIL. 1774. 83
font propres qu'aux Provinces qu'elles
gouvernent. Le mélange du Droit écrit
avec les différens ufages fournit fouvent
à la chicane un fujet de trouble qui , par
une fuite funefte , peut occafionner la
ruine des familles . C'eft pour prévenir
un inconvénient auffi pernicieux que l'auteur
de ces Queftions de Droit , de Jurif
prudence , &c. s'eft appliqué à défigner
les bornes du Droit écrit , & des ufages
pratiqués dans les Provinces régies par
cette loi , dans le reffort du Parlement de
Paris . M. M. n'a pas prétendu faire un
livre rempli d'érudition & qui ne feroit
utile qu'à un petit nombre ; il a voulu
travailler pour tous fes concitoyens , afin
que chacun pût y prendre une connoiffance
générale de la loi qui le régit , &
diftinguer les cas où l'ufage l'emporte au
préjudice du Droit , & ceux où les Loix
font écoutées au préjudice de l'ufage .
Les matières font rangées dans cet ouvrage
par ordre alphabétique ; & les queftions
qu'elles comportent font préfentées
avec la clarté & la précision néceflaires
pour que tout citoyen puiffe promptement
& fans fatigue , faifir l'inftruction
qu'il cherche , & ne foit point dans le cas
de prendre un raifonnement pour un prin
D vj
84
MERCURE DE FRANCE.
cipe , ou une explication pour le texte de
la loi.
L'Homme du Monde éclairé , entretiens ;
avec cette épigraphe : Qui putat melius
effe quod deterius , fcientia caret. S.
AUG. vol . in - 12. A Paris , chez Moutard
, libraire , quai des Auguftins .
"3
"
33.
Il feroit à fouhaiter , dit l'auteur dans
» fon avertiffement , que dans cette foule
» d'écrits publiés en faveur de la Religion
, on eût eu plus d'égard à la fri-
» volité des gens du monde . On y fair
» des argumens , & les argumens les laffent
; on y cite de longs paffages , & les
plus courts les ennuyent ; on les ramène
» fans ceffe à la théologie , & la théologie
eft leur épouvantail . Il femble qu'on
» n'ait pas fait affez d'attention que les
» adverfaires du Chriftianifme font des
» hommes que l'appareil des armes fait
» fuir , & qu'on ne peut terraffer qu'en
paroiffant fe jouer avec eux . Ainfipour
» être utile aux gens du monde que
» crédulité a féduits , il faut prendre leur
langage , plaifanter avec eux , & ne ré-
» futer leurs raifons qu'après avoir mon-
» tré le faux de leurs railleries.» Le ton
de légèreté & de plaifanterie que l'auteur
"
l'inAVRIL.
1774. 85
nous annonce n'eſt pas employé dans ces
entretiens auffi heureufement qu'il pourroit
l'être. On eft même un peu fâché de
voir dans le premier entretien les efforts
que fait l'auteur pour nous donner une
opinion chagrine de la fociété . J'ai cru ,
nous dit-il , trouver des hommes dans mes
»ſemblables ; mais hélas ! une fatale expé-
»rience m'apprend qu'il en eft bien peu
qui foient dignes de ce nom. » Dans la
fuite de ces entretiens l'auteur cherche ,
autant qu'il eft en lui , à diminuer notre
admiration pour les plus grands hommes
de l'antiquité. Il nous fait entendre que
Socrate avoit une vanité hypocrite ; que
Platon étoit un débauché , Cicéron un
orgueilleux , Trajan un ivrogne , Marc-
Aurèle un fuperftitieux , &c. Mais ces
accufations fuffent- elles fondées , eft - ce
en déprifant les hommes qui nous ont
donné les plus beaux exemples de vertu,
que l'on peut efpérer de la faire aimer de
fes lecteurs ?
Plufieurs de ces entretiens font polémiques
, & l'auteur a fouvent fait ufage des
preuves & des expreffions même des écrivains
qui l'ont précédé . Il avoue auffi qu'il
a entendu difcourir plufieurs incrédules ,
1
86 MERCURE DE FRANCE.
& que fes entretiens ne font fouvent que
le réſultat des converfations qu'il a eues
avec eux.
Côme de Médicis , Grand - Duc de Tof
cane , ou la Nature outragée & vengée
par le crime ; poëme , par M. Mero ;
vol . in 8°. A Paris , chez Gueffier, imprimeur-
libraire , au bas de la rue de
la Harpe ; & Moutard , rue du Hurepoix.
Côme , le héros de ce poëme , premier
Grand Duc de Tofcane , de la branche de
Laurent de Médicis , fut fils de Jean de
Médicis & ayeul de l'époufe de notre Roi
Henri le Grand. Ses talens politiques lui
attirèrent l'eftime & l'admiration de tous
les Princes de l'Europe . Rome , Madrid ,
la France recherchèrent tour - à - tour fon
alliance . Son règne fut long & illuftre .
Il eût été heureux fans la terrible & funefte
aventure de deux de fes fils. Jean ,
l'aîné de ces deux Princes , étoit d'un caractère
doux & bienfaifant ; Garcias , le
cadet , avoit l'ame barbare ; les vertus de
fon frère excitèrent fa jaloufie . Un jour
qu'ils étoient enfemble à la chatfe , ils
fe trouvèrent par hafard féparés de leurs
gens ; Garcias ne laiffa pas échapper l'oc
AVRIL. 1774.
87
cafion d'alfouvir la rage ; il s'élança fur
Jean , le tua d'un coup de poignard , &
rejoignit ceux de fa fuite , fans paroître
ému de fon forfait. On trouva le cadavre
fanglant ; le meurtrier diffimula comme
auroit pu faire un fcélerat nourri depuis
long-temps dans le crime ; mais le père fe
doutant de la vérité , renferma la douleur
, & fir publier que fon fils étoit mort
fubitement. Le jour d'après , il ordonna
à Garcias de le fuivre dans le lieu où étoit
étendu le corps du Prince affaffiné . Là , le
défefpoir & la douleur s'emparent de
l'ame de Côme. « Voilà , dit alors ce Prin-
» ce infortuné , voilà le fang de votre
» frère qui vous accufe , & qui deman-
» de vengeance à Dieu & à moi - même . »
Garcias fit l'aveu de fon forfait , mais il
accufa Jean d'avoir voulu attenter à fes
jours . Le père , loin de recevoir ſes excufes
, le tua du même poignarddont Jean
avoit été affaffiné ,
Ce fair , rapporté d'après les hiftoriens
par M. Mero , fait le fujet de fon poëme
héroïque divifé en dix chants ; mais les
huit premiers font employés à nous peindre
les amours malheureux de Jean &
d'Herzilie. Cet épiſode , loin de diftraite
un moment le lecteur des objets triftes
88 MERCURE DE FRANCE .
qui lui font ici préfentés , augmente encore
fa mélancolie par la peinture que le
poëte lui fait de la fin tragique d'une
amante infortunée . On peut encore reprocher
à cet épisode de fuffoquer l'action
principale par fa longueur. Le poëte
avoue dans fon difcours préliminaire
qu'il auroit pu infpirer à Garcias une paffion
égale à celle de fon frère pour Herzilie
, « Mais je m'en fuis bien gardé ,
"
ajoute- t-il. Quoique l'amour foit con-
» nu des fcélerats , il est plus fouvent le
» partage des ames fenfibles & vertueu-
» fes , & j'aurois cru déshonorer cette ten-
» dre paffion en fa plaçant dans le coeur
» de ce Prince barbare. יכ
Garcias amoureux auroit pu néanmoins
donner occafion au poëte de nous faire
voir que fi l'Amour eft un dieu ami de la
paix , de l'honneur , de la vertu , c'eſt
auffi un vainqueur cruel & le père de tous
les crimes . Cet amour d'ailleurs auroit
produit entré Garcias & fon frère une rivalité
qui auroit motivé fa vengeance &
fon attentat. L'épifode, par ce moyen, auroit
été fubordonnée à l'action principale
& auroit amené la cataſtrophe. Mais puifque
le poëte s'eft borné à nous peindre
Garcias comme un ambitieux forcené , il
AVRIL. 1774. 89
auroit dû au moins développer les paffions
de ce monftre , les mettre en jeu &
nous attacher à la lecture de fon poëme
par la peinture du coeur de l'homme livré
à la tyrannie de l'ambition.
L'action de ce poëme eft renfermée
dans le fimple récit de l'hiftorien . Le
poëte y a ajouté uniquement une circonftance
, circonftance horrible qui fait frémir
la nature & dévoile toute la baffeffe
d'ame du fcélerar Garcias. Ce Prince
étant à la chaſſe , rencontre fon frère qui
étoit feul & fans aucune défiance . Il fe
jette auffi - tôt fur lui , le poignard à la
main ; mais Jean évite le coup & fe met
en défenfe. Le lâche Garcias voyant fon
projet découvert , & lui - même en péril
de la vie , diffimule & feint un repentir,
afin de trouver un moment plus heureux
pour accomplir fon crime.
Mon frère , fi ce nom m'étoit permis encore ;
Car , après mon forfait que la Nature abhorre;
Je dois paroître un monftre à tes yeux effrayés ;
Donne- moi le trépas ; tu me vois à tes pieds :
Au fang des Médicis ma vie eft une tache ;
Punis- moi , venge - les en immolant un lâche.
J'abhorrai tes vertus que mon coeur n'avoit pas ;
Je fus jaloux de toi , je jurai ton trépas.
L'amour des Florentins , tes talens , ton courage ,
90 MERCURE DE FRANCE:
Ton droit d'aîneffe enfin , tout me faifoit om
brage ;
Ton coeur, en m'épargnant, deviendroit criminel .
Frappe , ou bien à tes yeux . Non , arrête ,
cruel ;
J'en crois le repentir que ta douleur exprime.
Tes larmes dans mon coeur ont effacé ton crime.
Garcias , il eft vrai , vouloit m'aflaffiner ;
Garcias fe repent ; je dois lui pardonner.
Il le livre à mes coups , il m'arrofe de larmes.
O doux épanchemens, que je reflens vos charmes !
O Nature ! & tendrefle ! ô fraternelle ardeur !
Rien ne peut égaler les plaifirs de mon coeur.
Combien dans ces momens l'existence m'eſt chère!
Garcias m'eft rendu , j'embrasle encor mon fière ;
Ce frère , qui tantôt a voulu m'opprimer ;
Ce frère , déformais qui ne veut que m'aimer.
Trônes de l'Univers ! éclat du diadême !
Vous n'êtes rien auprès d'un frère que l'on aime !
Mon coeur cût tout perdu , féparé loin de toi ;
Mais il retrouve tout quand tu reviens à moi .
Si la haine cût brifé la chaîne qui nous lie ,
Dans quels malheurs j'aurois paffé ma trifte vie ?
Mais nous n'étions pas faits pour nous hair tous
deux .
Tu m'as rendu ton coeur , & je m'eftime heureux,
Le temps prefle ; hâtons- nous , allons joindre mon
père ,
Dans cet embraflement reçois la foi d'un frère.
AVRIL. 1774.
Au même inftant que Jean monte fur (on courfier
Le monftre dans fon flanc plonge un mortel acier.
Il tombe ; fon fang coule : il fe traîne , ſoupire ,
Lutte contre la mort : vains efforts , il expire.
Quels défordres affreux caufa fon fang verfé !
Sur la terre à l'inftant tout parut renverfé.
Vers la fource , l'Orno vit reculer ſes ondes ;
L'Etna fit retentir fes cavernes profondes ;
Le Soleil s'obfcurcit , la Vertu s'exila ;
Le Ciel lança la foudre & l'Univers trembla.
Il étoit bien queftion ici de faire reculer
les ondes de l'Orno ! Il falloit nous
peindre les agitations & les tourmens qui
fuivent le crime , nous repréfenter le fcélerat
Garcias en proie à la terreur & déchiré
mille fois par les remords avant de
recevoir le jufte prix de fon forfait des
mains mêmes de fon père. Les agitations
de ce père infortuné qui fe charge de venger
, par l'effufion de fon propre ſang ,
l'innocence &la nature,auroient pu encore
produire ici un tableau pathétique , & donner
à ce poëme l'intérêt & l'action du
drame. Le poëte a cependant cherché à
peindre les douleurs & le trouble de Côme
dans le moment qu'il va accomplir
fa vengeance ; mais cette peinture ne répond
pas à celle que l'imagination du
92 MERCURE DE FRANCE :
lecteur a pu fe former de ce moment ter
rible. Ce poëme ne peut donc être regardé
que comme un effai dont le poëme
de la mort d'Abel de Gefner a pu donner
l'idée ; effai néanmoins où il y a quelques
fituations bien rendues. On doit d'ailleurs
bien augurer d'un poëte qui , comme
M. Mero dans fon difcours préliminaire
, rend un juſte hommage aux modèles
& aux législateurs de notre poësie.
Minéralogie , ou nouvelle expofition du
règne minéral ; ouvrage dans lequel
on a tâché de ranger , dans l'ordre le
plus naturel , les fubftances de ce règne
, & où l'on expofe leurs propriétés
& ufages mécaniques , &c. avec un
Lexicon ou Vocabulair , des Tables
fynoptiques , & un Dictionnaire minéralogico-
géographique . Par M. Valmont
de Bomare , démonftrateur d'hif
toire naturelle avoué du Gouvernement
, cenfeur royal , membre de plufieurs
Académies des fciences , belleslettres
& beaux arts ; maître en pharmacie
, &c. Seconde édition , 2 vol.
in- 8°. A Paris , chez Vincent , imprimeur
libraire , rue des Mathurins
hôtel de Clugny.
AVRIL. 1774.
93
La première édition de cette minéralogie
, publiée il y a environ douze ans ,
a été très - accueillie . M. de Bomare n'a
ceffé , depuis ce temps , de faire de nouvelles
recherches fur toutes les parties de
l'hiftoire naturelle , & particulièrement
fur la minéralogie. Ces recherches , inférées
dans cette feconde édition , ont donné
lieu à l'auteur de faire des obfervations
intéreffantes fur plufieurs points d'hiſtoire
naturelle , & de répandre plus d'ordre &
de clarté fur les divers objets du règne.
minéral . On doit donc bien diftinguer
cette feconde édition de la première.
Notre favant Naturalifte ne s'eft pas
borné , ainfi
que la plupart des auteurs , à
la minéralogie particulière d'une contrée .
Il a laiflé à la fienne fa plus grande généralité
poffible. Il a indiqué les ſubſtances
concomitantes des divers individus ; il
les a décrites , & , après avoir marqué les
propriétés qui leur font particulières &
celles qui leur font communes avec d'autres
, il a expofé celles qui paroiffent les
plus propres à répandre quelque jour fur
la formation , tant primitive que fecondaire
, des corps en général. Enfin il les
a rangées felon leur moindre ou plus
grande relation . C'eft cette relation qui ,
94 MERCURE DE FRANCE.
pour nous fervir de l'expreffion de l'auteur
, forme le fil qui l'a conduit.
L'expérience & une pratique journalière
ont dû faire reconnoître à M. de
Bomare bien des erreurs répandues dans
les ouvrages des minéralogiftes qui l'ont
précédé. Ces erreurs & l'incertitude des
méthodes employées par ces minéralogiftes
ont porté M. de Bomare a adopter un
fyitême particulier , mais plus clair , plus
méthodique & plus fûr , objet principal
de cet ouvrage . Cette partie fyftématique
eft formée d'un tableau général des choſes
, d'une diſtribution propre à chaque
genre , d'une nomenclature françoife &
latine , & de la defcription. L'auteur a
renvoyé dans des notes tout ce qui étoit
de difcuffion légère , tout ce qui pouvoit
fervir d'éclairciffement aux endroits obf
curs de quelques auteurs . Des obfervations
accompagnent fouvent les notes,
Ces obfervations nous inftruifent des découvertes
ou conjectures que l'on a formées
fur certains corps du règne minéral ,
des travaux qu'on leur a fait fubir , de
leurs ufages , de leurs propriétés , & des
reffources que nous en avons tirées. Ces
détails ne peuvent manquer d'intéreffer
ceux qui n'appercevant pas toujours l'uti
AVRIL 1774. 95
lité des recherches des Naturaliſtes pour
le progrès des arts & de l'induftrie , feroient
téntés de regarder la fcience comme
un appareil vain & stérile .
Supplément à l'Hiftoire de l'Imprimerie
de Profper Marchand , ou additions &
corrections pour cet ouvrage ; vol . in-
4°. de 55 pages. A Paris , de l'imprimerie
de Ph. D, Pierres , rue Saint-
Jacques.
La précipitation avec laquelle Profper
Marchand publia , en 1740 , fon hiftoire
de l'Imprimerie , lui a fait commettre des
erreurs , des inexactitudes , des contradictions
mêmes dont on relève plufieurs
dans cet ouvrage . C'est une espèce d'errata
qui ne rectifie pas , à beaucoup près
toutes les fautes de l'hiftorien de l'Imprimerie
, mais qui en corrige un affez grand
nombre pour faire regarder le volume
que nous annonçons , comme un fupplément
néceffaire à l'Hiftoire de l'Imprimerie,
Théâtre de Sophocle , contenant les tragé
dies de ce poëte , qui n'avoient pas encore
été traduites : pour fervir de fupplément
au Théâtre des Grecs du P,
96 MERCURE DE FRANCE.
Brumoy ; par M. Dupuy , de l'Académie
royale des infcriptions & belleslettres
; nouvelle édition ; 2 vol in - 12 .
A Paris , chez Coftard , fils , & Compagnie
, rue St Jean - de Beauvais .
Sophocle avoit compofé cent vingt tragédies
, dont il ne refte que fept. Le P.
Brumoy a traduit l'Edipe , l'Electre & le
Philoctete . Il s'étoit contenté de donner
un précis des quatre autres dans fon Thédtre
des Grecs , avec la traduction de quelques
morceaux qui lui avoient paru mériter
d'être connus. Ces quatre tragédies
font les Trachiniennes ou la Mort d'Hercule
, Ajax furieux , Edipe à Colone &
Antigone. La première pièce porte le titre
de Trachiniennes , parce que le choeur
eft composé de jeunes filles de Trachine ,
ville de Theffalie . Ces tragédies ont été
traduites en entier par M. D. La traduction
du favant académicien a été d'autant
plus accueillie la première fois qu'elle
a été publiée , en 1762 , que le traducteur
a fu allier à l'élégance du ftyle la fimplicité
du texte . Des notes utiles accompagnent
cette traduction. La réimpreffion
que l'on en donne aujourd'hui , en répan
dant ces modèles de tragédie grecque
dont la marche eft moins compliquée
que
AVRFL. 1774.
que la nôtre , pourra contribuer à nous
rappeler à ce ton fimple de la Nature
dont quelques - uns de nos dramatiques
femblent aujourd'hui s'écarter.
Nouvelles @uvres de M. de la Fargue ;
des Académies des fciences , belleslettres
& arts de Bordeaux , de Caën
& de Lyon ; vol. in 89. de 87 pages ,
orné de gravures ; prix , 5 liv . A Paris,
chez Couturier père , aux galleries du
Louvre ; & Couturier fils , quai des
Auguftins.
Ce nouveau volume des OEuvres de
M. de la F. raffemble des épîtres & autres
pièces fugitives , un poëme fur la navigation
& un autre poëme fur les agrémens
de la campagne. Ces deux poëmes ont
été lus dans les affemblées publiques
de l'Académie de Bordeaux . On
trouve dans ces poëfies de la facilité , du
naturel , mais point affez peut - être de
cette chaleur de fentiment qui conftitue
le poëte.
M. de la F. , pour mieux célébrer les
agrémens de la campagne , a cru devoir
remonter tout fimplement au temps de
la création.
I. Vol.
98 MERCURE DE FRANCE.
Dieu dit que tout commence ; & rien ne reſte à
naître .
A ce mot créateur le néant celle d'être.
Le chaos le débrouille ; & l'homme voit le jour
Pour être de ce Dieu le prodige & l'amour.
Les deux premiers vers paroîtront bien
foibles pour exprimer cette fublime image
du Pfalmifte : Dixit & facta funt . M,
de la F. a mieux réuffi à nous rendre cette
penfée d'un Ancien , fur la térilité des
campagnes , occafionnée par le luxe , qui
détourna les Citoyens Romains de s'occuper,
à l'exemple de leurs premiers Rois ,
des travaux de l'agriculture,
Par de royales mains autrefois labourée ,
La terre de fon fort fe fentit honorée :
Sa lurface par-tout le couvrit de moiffons ;
Tous les fruits des vergers chargèrent les buiffons.
Mais quand on la livra depuis à des elclaves ,
Qui déchiroient fon fein du fer de leurs entraves,
Il fembla qu'elle avoit reflenti cet affront ;
Et la ftérilité flétrit long- temps fon front,
Les pièces fugitives de ce recueil ne
font point fans agrément ; mais comme
la plupart font des poëfies de fociété , elles
doivent perdre un peu de leur méAVRIL
1774 99
&
tite en paroiffant au grand jour . La reconnoillance
en a dicté plufieurs
quelques - unes font les fruits des loifirs
d'un citoyen eftimable qui fe fait gloire
d'honorer la verta & de rendre juſtice au
mérite.
2
La Nature confidérée fous fes différens afpects
; ou Journal des trois règnes de
la Nature , contenant tout ce qui a rapport
à la fcience phyfique de l'homme ,
à l'art vétérinaire , à l'hiftoire des dif
férens animaux , au règne végétal , a'
la connoillance des plantes , à l'agriculture
, au jardinage , aux arts , au
règne minéral , à l'exploitation des
mines , aux fingularités & à l'ufage des
différens foffiles , numéros 1 , 2 , 3 &
4. A Paris chez Lacombe , libraire rue
Chriftine.
தமி
攀
Les ouvrages périodiques tels que celai
- ci , n'ont befoin d'autre recommandation
que celle que donne l'importance
des matières qu'ils embraffent . Celui de
la Nature confidérée a particulièrement
pour objet de raffembler les connoiſſances
phyfiques , économiques ou d'hiftoire
naturelle relatives aux befoins & même
aux agrémens de la vie. Ces connoiffan
E ij
100 MERCURE DE FRANCE:
ces font de tous les âges , de tous les
étars , de toutes les conditions ; c'est pourquoi
le Journaliste , dont le zèle , l'activité
& les lumières font fuffisamment
connues , s'eft appliqué particulièrement
en donnant une nouvelle forme à fon
Journal , d'y apporter beaucoup de clarté ,
de précifion & de variété , afin qu'il foit
à la portée d'un plus grand nombre de
lecteurs. Il paroît actuellement quatre numéros
de ce Journal . L'auteur a recueilli
dans le troifième une obfervation d'un
Curé de Tours , qui peut intéreffer le Naturalifte
& le Phyficien. Le hafard ayant
fait tomber fous la main de ce Curé une
fang fue vivante , il l'enferma dans un
bocal de verre , dans lequel il mir de
l'eau , & le dépofa far la fenêtre de fa
chambre, M. le Curé vifita pendant longtemps
fa penfionnaire tous les matins ,
dans la vue de s'affarer fi elle vivroit
dans ce bacal ; mais l'attention fingulière ,
qu'il apportoit à obferver tous les différens
mouvemens de cette fang fue , fur ,
tout lors des variations de tems , aiguil
Jonna fa curiofité au point qu'il en fit fon
baromètre . Ilobferva 1 ° . que par un rems
ferein & beau , la fang fue reftoit au fond
du bocal fans nourriture , & roulée en
ligne fpirale. 2º, que s'il devoit pleuvoir
AVRIL 1774-
avant ou après midi , elle montoit jufqu'à
la furface de l'eau , & y reftoit jufqu'à
ce que le tems fe remit au beau ;
3°. que lorfqu'il devoit faire grand vent ,
elle parcouroit fon habitation liquide avec
une vitelle furprenante , & ne ceffoit de
fe mouvoir que lorfque le vent commen
çoit à fouffler ; 4°. que lorfqu'il devoit
furvenit quelque tempête avec tonnerre
& pluie , la fang- fue reftoit prefque continuellement
hors de l'eau pendant pla
fieurs jours ; qu'elle fe trouvoit mal à
l'aife , & dans des agitations & convalfions
violentes ; 5 ° . que la fang-fue reftoit
conftamment au fond du bocal pendant
la gelée , & dans la même figure
qu'elle étoit en été dans un tems clair
d'eft-à dire , en ligne fpirale ; 6 °. enfin
que dans des tems de neige ou de pluie ,
elle fixoit fon habitation à l'embouchure
du bocal . M. le Curé obferve que fon
bocal de verre ordinaire eft du poids d'environ
huit onces , qu'il le remplir aux
trois quarts d'eau , & qu'il en couvre
l'entrée avec de la toile ; qu'il change
d'eau en été une fois chaque femaine , &
en une autre faifon tous les quinze jours .
Les papiers publics ont annoncé le
thlafpi arvenfe comme une plante trèspropre
à détruire les punaifes ; mais il
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
paroît , d'après les obfervations rapportées
dans ce Journal , que cette plante ne
produit pas tout l'effet defiré . L'eau diftillée
de cette plante , & d'autres plantes
citées dans le même article , feroit préférable
aux plantes mêmes , parce qu'on
a beaucoup plus de facilité de l'infinuer
dans les fentes & crevaffes du lit , dans
les plis des rideaux , fans expofer les
étoffes à fe tacher : l'odeur en eft même
plus développée . On pourroit rendre encore
cette odeur plus active en mettant
l'eau dans un vafe fur le feu , & en faifant
circuler la vapeur dans le lit , dont
´les rideaux feroient tirés .
Le fecond numéro de ce Journal fais
mention de différentes méthodes pour
apprêter les peaux des oifeaux , felon les
ufages pour lefquels on veut s'en fervir ,
foit pour l'ornement , foit pour l'utilité. Il
eft auffi indiqué dans ce même cahier un
moyen pour dégraiffer les velours . Les
moindres procédés concernant les arts &
métiers , ne peuvent manquer d'intéreffer
le plus grand nombre des lecteurs.
Aucun de ces procédés n'eſt ici négligé .
Ceux qui fe rafent eux- mêmes feront , par
exemple , fatisfaits de la nouvelle méthode
qu'on leur donne pour repaffer les rafoirs .
On ne fait pas toujours attention que
AVRIL. 1774. io ;
•
lorfqu'on paffe le rafoir fur le cuir , on
appuie plus ou moins . Le cuir , par fa
foupleffe , cède fous la preffion de la
lame , & tend à fe remettre à mefure
que le bord du tranchant paffe : mais le
cuir en fe relevant arrondit & renverfe le
tranchant ; il produit le même effet que
Gon paffoit le rafoir dans une pierre
courte & très- creufe . Comment remédier
à cet inconvénient ? Lifez les obfervations
relatives à ce fujet , tapportées dans
le quatrième cahier .
Ce même cahier , ainfi que les précédens
, fait mention de plufieurs curiofités
d'hiftoire naturelle , qui jettent dans ce
Journal autant de variété que d'agrément.
Le Journaliste nous entretient dans le
dernier cahier d'une production végétale
qui a des caractères particuliers qui
l'approchent des fubftances animales.
Cette production fe trouve dans l'ifle de
Sainte - Lucie. Dans une caverne de certe
ifle , près de la mer , eft un grand baffin
de douze à quinze pieds de profondeur
dont l'eau eft falée le fond eft compofé
de roches , d'où s'élevent en tout temps
certaines fubftances qui préfentent au
premier coup d'oeil de belles fleurs luifantes
, femblables à peu près à nos foucis
fimples , fi ce n'eft que la couleur en eft
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
plus claire , & approche plus de celle de
Ja paille . Quand on veut cueillir ces efpèces
de fleurs , dès que la main ou
autre inftrument en eft à deux ou trois
pieds , elles fe refferrent ou s'enfoncent
fous l'eau , lorfque cette efpèce de tact
ceffe , elles reparoiffent & s'ouvrent de
nouveau. En examinant de près cette
fubftance , on trouve dans le centre du
difque quatre filamens bruns qui reffemblent
à des jambes d'araignées , & qui fe
meuvent au tour d'efpèces de petales
jaunes avec un mouvement vif & Ipontané
ces jambes fe réaniffent comine
des pinces pour faifir la proie , & les petales
jaunes fe refferrent auffi tôt pour
renfermer cette proie , qui ne peut plus
échapper. Sous cette apperence de fleurs
eft une tige noire , grande comme la
queue d'un corbeau , qui femble être le
corps de l'animal. Il y a apparence qu'il
vit d'infectes que jette la mer dans cette
partie d'eau falée qu'il habite. La belle
couleur qu'il porte)elt propre à attirer vers
lui ces petits infectes , qui , comme tous
les animaux aquatiques , fe portent vers
ce qui éclate . On a nommé cette production
fingulière , l'Animal- Fleur.
Une autre curiofité naturelle , mais qui
fe trouve dans le règne végétal , eft l'Am
AVRIL. 1774. 165
bre fontaine. L'eau douce , fi néceffaire à
la fubfiftance des animaux , fe trouve
quelquefois manquer dans certaines contrées
; mais la Nature a , pour réparer ce
défaut , des reffources , dont une entre
autres mérite d'être remarquée par les
curieux , L'ifle d'Hiero , une des Canaries ,
a , pour fuppléer aux trois feules fontaines
qui feroient infuffifantes pour fon
érendue , un arbre qu'on peut bien appe-
Ter l'Arbre-fontaine les habitáns le nom
ment l'Arbre-faint. Ses feuilles diftillent
continuellement une telle quantité d'eau ,
qu'elle fuffit pour abreuver les habitans &
les animaux. Sa feuille eft comme celle
du laurier , mais plus large & toujours
verte : fon fruit reffemble au gland ; il a
à- peu-près le goût du pignon , mais plus
doux & plus odorant .
Différens objets de médecine & de
l'art vétérinaire , des obfervations d'hiftoire
naturelle & de phyfique , des remè
des pour diverfes maladies , recueillis
dans ce Journal , ajoutent à fon utilité &
le rendent un répertoire très - commode
pour ceux particulièrement qui vivent à
la campagne ou dans la retraite , & ne
font pas toujours à portée de confulter
les gens de l'art . Les réfultats de leurs
Ev
TCG MERCURE DE FRANCE.
recherches & de leurs travaux font expofés
ici avec la clarté & la précifion néceffaires
pour pouvoir être faifis par toutes
fortes de lecteurs ; qualité effentielle d'un
écrit périodique , de celui fur - tout qui eſt
confacré à l'utilité publique .
Ce Journal des trois règnes de la Nature
, paroît par cahier de deux feuillès
in- 12 . , le premier & le quinze de chaque
mois . Le prix de la fouſcription eft de r2
liv. par an , rendu port franc par la poſte,
tant à Paris qu'en Province .
Le Spectateur François , pour fervir de
fuite à celui de M. de Mariveaux .
39
L'étude propre à l'homme eft l'homme même.
РОРЕ.
année 1774 ; tome premier , in- 12.
Nos . 1 & 2. A Paris , chez Lacombe ,
Jibraire , rue Chriftine.
Il feroit difficile de décider s'il y a
plus de variété dans l'Homme phyfique
que dans l'Homme moral . Quand on
» confidère que depuis la création , il n'y
» a pas eu deux hommes qui fe foient
» entièrement reffemblés , quoique tous
formés de la même matière & fur les
» mêmes proportions , on eft étonné de
AVRIL. 1774 . 107
30
93
"
" cette fécondité de la Nature . Mais
» l'Homme moral eft bien plus étonnant
» encore. Le nombre des vertus & des
» vices , des défauts & des ridicules ; en
» un mot , l'efpèce des qualités qui compofent
les caractères des hommes, nous
paroît très- bornée , & cependant la dif-
» férence des caractères qui réfulte de
» leurs combinaiſons , eft inconcevable.
Chaque caractère a fon vice ou fa vertu
qui lui eft propre & qui en fait la bafe ;
mais ce vice ou cette vertu prend tant
» de formes différentes , a tant de nuances
, fe préfente fous tant d'afpects , pro-
» duit des effets fi oppofés , que dans le
» monde entier , il feroit plus difficile
» encore de trouver des hommes qui fe
" reffemblaffent parfaitement par le ca-
» ractère que par les traits de leur vifa-
" ge. Ces réflexions font l'objet d'un
difcours inféré dans le deuxième cahier
du Spectateur François . Cet écrit périodique
contribue de jour en jour à nous
convaincre de la vérité des réflexions que
nous venons de rapporter par des peintu
res animées & faites d'après nature , des
différens caractères qu'offre la fociété.
Une philofophie douce , enjouée & toujours
plus portée à mettre fes leçons en
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
action qu'en raisonnemens , rend ce Jour
nal particulièrement utile à l'éducation de
la Jeuneffe , & agréable aux perfonnes de
l'un & de l'autre fexe qui veulent s'inf
truire en s'amufant. Une anecdote parihenne,
rapportée dans ces feuilles , leur
donnera cette leçon utile de morale ; que
la reconnoiflance qui examine un bienfait
n'eft fouvent qu'une ingratitude déguifée
. Baife la main qui t'a fervi , s'écrie
ici le Spectateur , & ne t'inquiete pas f
alle eft lépreufe.
િ
Les lecteurs fenfés applaudiront fur-
Tout aux efforts que fait le Spectateur
pour rappeler le François à fa gaïté narurelle
& primitive . « Il eft fi doux de rire !
D'où vient donc cette manie qu'ont
nos écrivains modernes d'attrifter leurs
lecteurs ? Plufieurs même fe difputent
la gloire d'avoir inventé un genre qu'ils
appellent fombré. Eh ! grand Dieu , de
» combien d'horreurs ils fe rempliffent
la tête pour y exceller ! Toujours au
» milieu des tombeaux , dans les cachots .
» les plus obfcurs , fur les échafauds , toujours
le poignard à la main , & lavant
dans le fang leurs bras enfanglantes ,,
trempant dans les pleurs de l'infortune:
leur plume de fer ; toujours feuilletant
AVRIL. 1774. 109
les archives de la misère humaine ;
quelle occupation pour un être fenfible!
» Sommes-nous donc ou trop gais ou trop
.90
honnêtes gens , pour qu'on ne nous
» mette fous les yeux que ce qui peut ou
» nous affliger ou nous corrompre ? Auffi
voyez les progrès de la philofophienoi
re : elle gagne même les foldats en bu
» vánt bouteille . » Le Spectateur a emprunté
ce dernier mot d'une réponſe de
M. de V. à un de fes amis , qui lui avoit
annoncé le premier , l'aventure de deux
Dragons de St Denis , qui fe brûlèrent la
cervelle le 25 Décembre 1773. On fait
aujourd'hui que l'un des deux étoit fou ,
& que tous les deux étoient perdus de dé
bauche , de dettes, & par conféquent acca-
-blés de remords .
Panurge continue d'annoncer une fuite
d'animaux d'une espèce particulière qu'il
-montre à la Foire Saint - Germain , mais
que l'on peut voir auffi ailleurs. La loge
-du premier animal qu'il indique eft fort
ornée. Cette loge renferme un oiſeau
Jourd & pefant , humant fans ceffe le vent
qui le gonfle. H eft méchant , vindicatif,
emporté , colère , & ne jette que des cris
aigus. Il étale avec fafte l'éclat de fon plumage
, qui eft très - brillant , qu'il femble
dédaigner quand on le regarde, mais dont
110 MERCURE DE FRANCE.
il prend le plus grand foin , quand on a
l'air de ne pas s'en appercevoir. Il méprife
tous les autres animaux . Effayant de
temps en temps de s'élancer comme l'aigle
& le milan ; mais retenu par l'habitude
qu'il a contractée d'aller terre- àterre
comme les oies ; on l'a furpris de
nuit , dérobant en fecret la pâture des
autres animaux & l'entalfant dans fa loge;
mais de jour , & fur tout lorfqu'il voic
nombreuſe compagnie , il la leur diftribue
avec un fafte infultant. Auffi - tôt
qu'on ceffe de le regarder , il ceffe de donner.
Cet animal eft défigné dans la liſte ,
fous le nom de Parvenu.
-
Les arts d'imitation fi propres à nous
diftraire des occupations les plus férieufes
, à répandre quelques fleurs fur le femtier
de la vie , & à élever nos fentimens
par la vue du beau qu'ils nous préfentent
, deviennent fouvent le fujet des réflexions
du Spectateur. Un difcours particulier
eft ici confacré à examiner pourquoi
la mufique , qui , au rapport des
poëtes & des orateurs , produifoit autrefois
des effets fi puiffans , ne nous fait
aujourd'hui éprouver que des fenfations
foibles , momentanées , & qui ſebornent
le plus fou vent à flatter agréablement l'oreille.
Mettrons nous au rang des exagé
AVRIL 1774. III
rations de la Grèce menfongère , des phénomènes
que nos muficiens regardent
comme impoffibles , parce qu'ils ne peuvent
ni les expliquer , ni les concevoir.
Cependant fi l'imitation théâtrale , fi le
fimple récit d'une action tragique , foit
en profe , foit en vers , peut jeter l'ame
dans la trifteffe & la terreur ; s'il peut
faire couler des larmes véritables , pour-
`quoi la mufique n'aura- t elle pas le même
pouvoir ? N'eft - elle pas une imitation
comme la poëfie , la peinture & la fculpture
? Or , fi elle peut imiter les paffons
, elle doit en faire éprouver les effets.
Pourquoi donc agit elle fi foiblement
fur nous ? Pourquoi la poêlie , fi
négligée aujourd'hui , trouve- t elle encore
des ames fenfibles à fon imitation ?
Et pourquoi la mufique , fi généralement
cultivée , ne flatte t- elle que nos oreil
les , & gliffe - t- elle fi légèrement für nos
coeurs ? Le Spectateur , pour mieux ré
pondre à ces queſtions , fait habilement
nfage des obfervations des philofophes
qui ont écrit fur les beaux-arts , & y ajoute
fes propres réflexions qui font celles
d'un homme de goût , d'un critique judicieux
& d'un obfervateur attentif
·
Le Spectateur François eft compofé par
an de 15 cahiers , chacun de trois feuil
112 MERCURE DE FRANCE.
les ; le prix , franc de port à Paris , par
la pofte , eft de 9 liv.; en province de z
liv . On foufcrit chez Lacombe , libraire ,
rue Chriftine , feul chargé de la diftribution
de ce Journal.
Merinval , drame par M. Darnaud , vol .
in-8 ° . à Paris , chez le Jay , libraire ,
rue St Jacques.
Merinval , Gentilhomme retiré du fervice
, goûtoit les charmes d'une vie douce
& tranquille dans la fociété d'une épouſe
qu'il adoroit &qui lui étoit devenue encore
plus chère depuis qu'elle lui avoit donné
un fils . Ce fils , élevé d'abord fous les yeux
de les parens , fut envoyé à Paris pour y
achever fon éducation . Merinval , fupportant
difficilement cette abfence , cherchoir
à diftraire fes ennuis par la préfence
d'un ami avec lequel il partageoit ſa table
& fa maifon. Son coeur aimoit à s'épan
cher tour-à-tour dans le fein de fa femme
& dans celui de cet ami . Merin val igno
roit alors les tourmens de la jaloufie. Des
écrits anonymes qu'on lui fait parvenir par
une main perfide jettent dans fon efprit
des foupçons qu'une imagination trop
prompte à s'enflammer change bientôt en
tertitudes. Merinval croit voir , d'après
AVRIL 1774.
(
les circonstances qui lui font détaillées ;
les preuves de fon déshoneur. Il ne regarde
plus fon ancien ami que comme un infame
adultère , un montre qui a abuſé de
fa confiance. La jaloufie & toutes les fureurs
s'emparent de Merinval. Il s'arme
d'un fer vengeur , & court, tranfporté par
la rage, le plonger dans le fein de fon ami.
Sa barbarie n'eft point fatisfaite ; il demande
une feconde victime : fon épouſe eſt
à fes pieds. Cette femme tremblante
échevelée , embraffe les genoux de ce for
cené , fe juftifie de fes cruels foupçons &
parvient enfin à lui faire tomber le fer des
mains. Mais de nouveaux écrits anonymes
le rendent à fes premières fureurs.
Ces écrits l'accufent de foibleffe & lui reprochent
de s'être laiffé vaincre par les
artifices d'une femme perfide qui porte
même dans fon fein le fruit de fes liaifons
criminelles. Merinval , étouffant alors
tout fentiment en faveur d'une épouſe
qu'il avoit tendrement aimée , fe préfente
à elle comme fon juge & fon boureau ,
& la force à prendre le breuvage empoi
fonné qu'il a préparé. Cette femme expirante
protefte de fon innocence , n'accufe
que l'excès d'aveuglement qui a furpris
fon mari , & meurt en formant des voeux
pourfon affallin. Une fombre mélancolie
114 MERCURE DE FRANCE.
s'empare alors de cet époux. Il eſt livté
aux remords qui accompagnent le crime .
L'enfer eft dans fon coeur. Il s'agite , il
fe fuit , il ne peut plus vivre avec luimême.
Cette cruelle fituation qui fait le
crime nous eft dépeinte dans le premier
acte de ce drame. Mérinval cherche à foulager
festourmens en les dépofant dans le
fein de fon fils qui , de retour dans la
maifon paternelle , après dix ans d'abfence
, n'avoit pas tardé à s'appercevoir da
trouble qui agitoit fon père. La fituation
de cette famille infortunée peut elle devenir
plus cruelle ? Oui , & le lecteur fremit
d'horreur en lifant cette lettre que reçoit
Merinval d'un jeune homme nommé
Seligni , dont il avoit traversé les amours .
Je puis enfin jouir d'une jufte vengeance !
Je commencerai par t'offrir
L'image des tourmens dont tu me fais mourit 3
Ils ont paflé tón espérance.
Pour moi dans l'Univers il n'eft plus de plaifir ,
Qu'un feul , qu'un feul que je goûte d'avance !
Plus que moi tu pourras louffrir.
Rappelle tes excès : armé contre la flamme
Qu'un amour violent allumoit dans mon ame è
Ton caprice à fes loix prétendit m'aflervir.
L'objet que j'adorois , victime de ta rage ,
Eprouva par tes coups le fort le plus affreux
AVRIL. 1774 . 115
募
·
D'un hymen attendu nous préparions les noeuds ;
Ta fureur les rompit ; elle ofa davantage :
Loin de moi , mon amante enlevée à mes voeux
Vit Aétrir fes beaux jours dans un dur efclavage ;
Le chagrin dans la tombe eft venu la plonger ;
Elle eft morte en un mot , cette femme chérie !
Je l'aime encore avec idolatrie !
Et j'ai vécu pour la venger.
Mon ame ici fe répand toute entière :
Tels furent tes bienfaits ; en voici le falaire :
Habile à me jouer de ta crédulité,
(Que l'Amour qui fe venge eft un puiſſant Génic¹)
J'ai fu , dans ton fein agité ,
Jeter tous les ferpens , toute l'atrocité
D'une ftupide & noire jaloufie.
J'ai fafciné tes yeux , dénaturé ton coeur,
Perverti ta railon . En efclave docile ,
Tu fervois à mon gré mon avide fureur ;
Sur tous tes mouvemens j'avois un oeil tranquille
;
Chaque jour , j'ajoutois à ton aveugle erreur.
Oui , c'est moi qui , fans ceffe irritant ta colère ,
Par le fecours heureux d'une main étrangère ,
T'écrivois , nourriflois , échauffois tes tranfports,
Subjuguois ton amour , étouffois tes remords.
C'est moi qui dirigeant un de tes domeſtiques ,
Par l'intérêt , à mes projets foumis ,
Ai de fes faux rapports appuyé mes écrits ,
Et t'ai fait embrafler mille objets fantaſtiques ;
116 MERCURE DE FRANCE.
Je comptois tous tes pas dans le piége affermiss
Jufqu'au bout ma vengeance a dévoré la proie.
Vois donc tous tes forfaits , & fens toute ma
joie :
Evard étoit l'exemple des amis ;
Ta femme , celui des époules 3
Cet enfant , il étoit le tien ;
Tous les trois , je fais tout , on ne m'a caché rien ,
Ont fuccombé fous tes fureurs jalouſes...
Et c'eſt où t'attendoit un amant outragé !
En vains éclats ton déſeſpoir s'exhale.
Ne meurs pas , ne meurs pas ; j'en ferai plus
vengé :
Souffre après ces revers tout le malheur de vis
vre ;
C'eft à ton propre coeur que Seligni te livre...
La fituation de Merinval , qui étoit
cruelle , devient ici horrible , & cette
horreur s'accroît jufqu'à la fin du drame .
Merinval als auquel fon père a communiqué
la lettre qu'il a reçue , fe dérobe de
la maifon paternelle & des bras d'une
épouſe pour courir fur les traces du ſcélérat
Seligni. Il le cherche , le trouve en
fin , & , après l'avoir forcé de fe mettre
en défenfe , fon bras , conduit par la vengeance
, lui plonge dans le fein un fer
meurtrier. Le jeune Merinval eft arrêté
AVRIL 1774. 117
par les Officiers de la Juftice & conduit
en prifon . Son procès eft inſtruit . Ce jeune
homme ne veut point avouer fon nom
& le motif de fon action , de peur de dévoiler
le crime de fon père. Mais ce père ,
inftruit par fes perquifitions de la détention
de fon fils , ne voit que le péril dont
ce cher fils eft menacé ; il fe préfente devant
le Juge dans le deffein de fe déclarer
le feul coupable qui mérite toute la rigueur
des loix , & de fauver fon fils ; ce
qui produit ici un combat très- pathétique
entre l'amour paternel & la piété filiale .
Le jeune Merinval parvient enfin à faire
confentir fon père à garder un fecret qui
ne ferviroit qu'à le conduire fur l'échafaud
fans pouvoir fauver les jours de fon
fils , le conjure , il lui fait même promettre
de confentir à vivre pour rendre à
fon fils un dernier fervice , un fervice effentiel
& le feul qu'il attend dans la pofition
où il fe trouve. Quel est donc ce
bienfait que le prifonnier demande à fon
père?Du poifon, pour ſe fouftraire à l'ignominie
de l'échafaud .
La honte eſt tout , mon père , & l'on brave la
mort.
Ce père fe foumet à fon fort plein
d'horreur; il vient trouver fon fils dans
118 MERCURE CURE
DE FRANCE.
la prifon , il lui porte le poifon , mais
après en avoir pris en fecret , afin que la
mort le réunifle à fon fils. Il en fent déjà les
approches , & fa main tremblante laiffe
tomber la boîte fatale que lui demande.
le jeune Merinval . Dans cet intervale ,
l'époufe du prifonnier , Eugenie , dont les
inquiétudes font dépeintes dans ce drame
avec beaucoup de fenfibilité , apporte à
fon mari des lettres de grâce , accordées
d'après l'aveu même que le fcélérat Seligni
a fait en mourant , de fes forfaits.
Çependant Merinval père fuccombe à l'ef
fort du poifon qu'il a pris . Cet homme ,
emporté vers le crime comme malgré lui ,
s'eft vu fucceflivement l'affaffin de fon
ami , de fa femme , de l'enfant qu'elle
portoit dans fon fein & de lui - même.
Quelle leçon plus terrible des malheurs.
& des crimes qui fuivent le fol aveuglement
de la jaloufie ?
Le Comte de Comminge de M. d'Arnaud
a fait verfer des larmes ; fon Merinval
fera frémir. L'auteur nous prévient
dans fa préface qu'il a emprunté le fujet .
de ce dernier drame d'un roman intitulé ,
le Monde moral. M. D. , en avouant la
fource où il a puifé , donne un exemple
qui fera parement fuivi . Mais l'auteur , en
tranfportant l'aventure du roman fur la ,.
I
AVRIL 1774. 119
fcène , y a fait les changemens qu'il a cru
les plus propres à l'action & à l'effet théâ
tral . Nous doutons cependant que la ſcène
où il nous repréfente un lieutenantcriminel
affis fur fon tribunal & inftruifant
, avec les formalités ufitées , le procès
d'un prifonnier , puiffe réuffir fur le théâtre
françois. Il feroit facile de donner les
raifons de ce doute . D'ailleurs , quelque
motif qui ait fait agir le fils de Merinval,
le fpectateur ne peut le regarder que com.
mè un allafin qui rentre dans la claffe
ordinaire des criminels . Son père , dont
l'ame foible & crédule dirige tous fes
mouvemens d'après de fimples écrits anonymes
, peut encore moins intéreder en
fa faveur. Mais la fcène de l'inftruction
criminelle que nous venons de citer , a
donné occafion au poete de nous peindre
la fituation pathétique d'un père & d'un
fils qui veulent fe dévouer l'un pour l'autre
à la mort, & à quelle mort , grand
Dieu ! Il y a plufieurs autres fituations
dans ce drame qui font friffonner , & le
poëte a habilement laiffé des efpaces pour
le gefte & la pantomime , parce que , dans
çes fortes de peintures , c'eft la fcène
muette qui doit achever le tableau .
Ce drame eft précédé d'un difcours qui
120 MERCURE DE FRANCE.
contient plufieurs obfervations relatives
à l'art dramatique. L'auteur répond dans
cette même préface aux reproches que
quelques perfonnes lui ont faits fur fon
peu d'empreffement à obtenir les honneurs
de la fcène françoife. Les délais auxquels
il faut fe foumettre pour parvenir à
être repréfenté ne font pas fans doute une
des moindres raifons qui portent un homme
de lettres à s'interdire l'entrée de la
carrière dramatique. Un auteur, preffé de
jouir , eft quelquefois obligé d'attendre
cinq ou fix ans pour obtenir les honneurs
de la repréfentation . Ces difficultés ne
peuvent que jeter le talent dans un découragement
nuisible à l'avancement de l'art
dramatique. Si nous avions deux théâtres ,
comme M. d'Arnaud & plufieurs autres
écrivains , amis de nos plaifirs & de notre
gloire littéraire , l'ont remarqué , ces inconvéniens
ne fubfifteroient plus ; on auroit
encore l'avantage de voir jouer fur
ces deux théâtres le même fujet traité
différemment. N'a- t- on pas vu paroîrre
à la fois la Berenice de Corneille & celle
de Racine ? Alors le Public feroit en état
de prononcer : ce qui échaufferoit l'efprit
d'émulation fi néceffaire aux progrès des
arts.
Catalogue
AVRIL. 1774. 121
Catalogue des livres de la Bibliothèque de
feu M. Morand , Ecuyer , Chevalier
& Secrétaire de l'Ordre du Roi , aſſocié
penfionnaire de l'Académie royale
des Sciences , de la Société royale de
Londres, & des Académies de Rouen ,
Pétersbourg , Stockolm , Bologne
Florence , Cortone , Porto , & Harlem
; Infpecteur général des hôpitaux
militaires , Chirurgien- major de l'hôtel
royal des Invalides , ancien fecrétaire
de l'Académie royale de Chirur
gie & Cenfeur royal ; dont la vente fe
fera le lundi 14 Avril 1774 , & jours
fuivans , en fa maifon rue de Grenelvol.
in- 8°. A Paris , chez Prault ,
fils aîné , libraire , quai des Auguftins ,
près la rue Pavée , à l'Immortalité.
le ;
Ce catalogue eft précédé d'une lettre
fur feu M. Morand , traduite du latin de
M. Morand , docteur régent de la Faculté
de Médecine ,& penfionnaire de l'Académie
royale des fciences. Cette lettre a
été adreffée aux différentes Académies
des pays étrangers. M. Morand , fils de
feu M. Morand , après avoir rendu compte
dans cette lettre de la perte qu'il vient
de faire , rend un jufte hommage à la
1. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
mémoire d'un homme qui ne ceffa , par
fes confeils & les travaux , de fe montrer
l'ami de l'humanité & de contribuer pat
fes écrits aux progrès des fciences qui
avoient fait l'objet de fes études . Čes
fciences , comme on le penfe bien , forment
les claffes les plus riches & les plus
complettes de la collection que nous venons
d'annoncer.Le catalogue qui contient
´23 10 articles a été dreffé par le St Prault ,
libraire , dont le fyftême bibliographique
nous a paru plus exact & plus commode
que ceux qui ont été adoptés juſqu'à préfent.
Ce fyftême offre beaucoup de divifions
& de fubdivifions qui facilitent les
recherches & procurent le moyen de reconnoître
promptement les différens
écrits raffemblés fur le même objet.
Journal des Dames , dédié à Madame la
Dauphine , par Madame la Baronne
de Princen . A Paris , chez Lacombe ,
rue Chriftine ..
La Mythologie avoit choisi Apollon
pour préfider aux fciences & aux arts ,
mais elle lui avoit donné pour compagnes
les neufs Mufes , parce que les Anciens
étoient perfuadés que fans le concours
d'un fexe qui fait répandre par tout les
AVRIL. 1774. 123
grâces & l'agrément , les fciences & les
arts ne préfenteroient rien que de trifte
& de rebutant. Le journal que nous venons
d'annoncer n'eft donc pas fimplement
un hommage rendu aux Dames , c'eft encore
un moyen de plus d'étendre l'Empire
de ce beau naturel , de ce fentiment vif
& délicat , de cerre raifon affaifonnée
qui eft l'apanage des Dames. L'Auteur
a taffemblé en conféquence dans ce Journal
des analyfes d'écrits dictés par les Dames
ou compofés pour elles , des contes
moraux , des poëfies légères , un choix
d'anecdotes & de bons mots. Une autre
partie de ce Journal eft destinée à nous préfenter
des traits ou des précis hiftoriques
fur les femmes qui fe font rendues recommandables
par des actes de fenfibilité , de
générofité , de bienfaifance , par des talens
fupérieurs ou par cet empire que donne la
vertu unie aux grâces & à la beauté ; & ce
Journal étoit digne à ce titre d'être préfenté
à l'augufte Princeffe qui a bien voulu
en accepter la dédicace.
Parmi les traits hiftoriques qu'offre ce
Journal , il y en a un qui peut être placé à
côté de celui que l'hiftoire ancienne rapporte
de cette femme Lacédémonienne
qui arma fon fils pour la guerre & lui
Fij
124 MERCURE
DE FRANCE.
dit , en lui préfentant un bouclier: aut hoc,
aut in illo. Rapporte ce bouclier , ou que
ce bouclier te rapporte. La Marquife de
C *** avoit cinq fils au fervice , qui tous
marchoient fur les traces de leur illuftre
père. Un fixieme fils étoit refté à C ***,
terre de la Marquife . Son jeune âge &
une fanté délicate avoient engagé la mère
à le garder auprès d'elle. Au milieu de
la campagne , à la fameufe bataille d'Arcy
, le Marquis de C*** & fes cinq fils furent
tués , en combattant glorieufement
,
prefque fous les yeux du Roi. Cette trif
te nouvelle fat annoncée à la Marquife,
par un courier que lui avoit dépêché le
Comte de D *** fon frère . Elle parut un
inftant comme accablée d'un coup auffi
terrible ; mais bientôt ,ranimée par le courage
le plus héroïque , elle ordonna
qu'on allât lui chercher une armure qu'elle
avoit fait faire , il y avoit peu de temps ,
pour fon dernier fils ; dès qu'on la lui eut
apportée , elle en couvrit elle même le
jeune homme en lui difant : allez , mon
fils , venger votre père & vos frères , ou
mourir comme eux aux fervice de votre
Roi : enfuite , fans répandre une larme
elle donna fes foins pour hâter le départ
d'un fils fi cher. Comme il montoit à
AVRIL. 1774- 125
cheval , & qu'il lui faifoit fes adieux avec
trifteffe : fongez àla gloire , mon fils , lai
dit la Marquife , & point de foibleffe ; rendez-
vous digne de mes regrets , ou du plaifir
quej'aurois à vous revoir . Ce jeune homme
devenu l'héritier du nom & de la valeur de
fes ayeux , & animé par l'exemple de fermeté
qu'il avoit reçu d'une auffi digne
mère,fe comporta à l'armée d'une manière
à s'attirer les regards de Henri le Grand,
Le Prince s'informa qui étoit ce jeune
Chevalier ; & lorfqu'on le lui eut nommé
, il s'écria avec vivacité : « Ventre-
» faint-gris , la Maiſon de C *** eſt
» une de mes pépinières de héros ; il
faut me conferver précieufement ce
rejeton - là . Le Chevalier de C ***
non moins brave que fon père & fes
frères , mais plus heureux , revint à la
fin de la campagne auprès de fon illuftre
mère recevez dans vos bras , lui
» dit il , un fils qui vous aime . » J'embraffe
avec une joie extrême un fils qui
m'honore , répondit la Marquife. La
maifon de C *** eft une des plus ancien
nes du Comtat d'Avignon . L'anecdocte
aété fournie par le Marquis de C *** qui
refte feul de cette refpectable famille , & a
exigé que l'auteur du Journal des Dames
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
fe contentât de défigner par une fimple let
tre le nom de la Marquife de C ...
Quelques autres anecdotes rapportées
dans le même Journal peuvent fervir à
nous peindre la vivacité d'efprit ou l'aimable
naïveté de jeunes perfonnes. Un
fat dépourvu d'efprit , mais très bavard
avoit pendant une heure ennuyé la fociété
où il étoit ; puis s'adreffant à Mde la
Marquife de .. il lui dit avec un air
fatisfait N'eft- il pas vrai , Madame ,
que je parle comme un livre ? « Oh ! pour
» cela oui , Monfieur , lui dit elle ; il
» ne vous manque que d'être relié en
» veau . »
•
Une jeune payfane des environs d'Apt
en Provence , étoit occupée à veiller dans
un champau foinde fon troupeau . Le Marquis
de M... qui chaffoit dans ce même
lieu , crut pouvoir s'amufer de l'ignorance
qu'il fuppofoit à cette bergère : « com-
» bien de fois par jour , lui dit il , défends-
tu tes agneaux du loup ? Hélas ,
Monfieur , lui repondit elle en feignant
un air humble , je ne l'aijamais vu qu'aujourd'hui.
»
.
»
Les contes moraux , les analyfes de
livres , les précis hiftoriques , différentes
pièces de vers compofés en l'honneur de
AVRIL. 1774. 127
la Beauté & de la Vertu doivent être lus
dans l'ouvrage même. Plufieuts de ces
morceaux , dictés par le fentiment & la
reconnoiffance , ont été composés par
l'auteur même du Journal , & annoncent
autant de délicatelle que de goût .
Cet ouvrage périodique peut devenir
de mois en mois plus intéreffant , fur- tont
fi l'auteur ne néglige point , comme il le
fait efpérer , de nous faire connoître nonfeulement
les Dames qui fe diftinguent
dans les fciences & la littérature , mais
encore celles qui contribuent aux progrès
des beaux arts par des talens fupérieurs.
L'Académie royale de Peinture fournira
quelquefois occafion au Journaliste des
Dames de célébrer des productions qui
ne font pas moins d'honneur à l'académie
qu'au beau fexe.
L'art de la Toilette & cette partie de
la Médecine qui apprend à conferver la
fanté & à foigner celle des enfans , dont
le dépôt eft ordinairement confié aux
femmes , peuvent auffi fournir des articles
intéreffans au Journaliſte .
Les deux premiers volumes de ce Journal
font publiés. Il en paroîtra un chaque
mois , compofé de cinq feuilles d'impreffion
in- 12. Le prix de l'abonnement eft de
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
>
12 liv. pour Paris , & de IS liv. pour la
Province , franc de port. Il faut s'adreffer
pour foufcrire , chez Lacombe , libraire
rue Chriftine , & chez Mde la Baronne
de Princen , auteur du Journal , rue des
Bernardins , maifon de la Dame Corpe,
let , vis -à-vis le collége St Bernard. Les
perfonnes de province qui voudront s'abonner
pourront mettre le prix de l'abon
nement à la pofte , en l'affranchiffant &
en écrivant feulement une lettre d'avis à
l'une des deux adreffes ci- deffus , pour
indiquer le nom de la perfonne & du
lieu où l'on pourra adreffer le Journal .
Les ouvrages faits par les Dames ou pour
les Dames , qu'on voudra faire inférer
dans le Journal, feront adreflés , francs de
port , à l'auteur.
Les papiers publics d'Allemagne viennent
d'annoncer un ouvrage périodique
destiné pareillement à l'inftruction & à
l'amufement du beau fexe. Ce nouveau
Journal , compofé en allemand & imprimé
à Halle , a pour titre : Académie des
Graces , ou Entretiens littéraires pour les
Dames.
AVRIL 1774. 1.29
De la connoiffance & du traitement des
Maladies , principalement des aiguës ;
Ouvrage fondé fur l'obſervation ; traduit
du latin de M. Eller, premier mé
decin du Roi de Pruffe , & c, & c. par
J. Agathange le Roi , docteur en médecine
, médecin de Mgr le Comte de
Provence & de la compagnie Suiffe de
fa Garde ordinaire ; membre des Académies
des Sciences de la Heffe & de
Mayence , à Erford , chargé en chef des
pharmacies des hôpitaux fédentaires
& ambulans des armées du Roi en Allemagne
, pendant la dernière guerre.
vol in 12 ; prix 3 liv.relié. A paris , chez
Valade , libraire , rue St Jacques . ;
Montpellier, chez Fontanel,rue du gou-
"
vernement,
M. Eller , perfuadé de bonne heure du
danger des hypothèfes dans un art qui doir
être entièrement fondé fur des connoiffan
ces anatomiques & fur l'obfervation , a
conftamment pratique la médecine felon
la méthode d'Hippocrate , la raison & l'expérience.
La pratique de M. Eller eft fimple
, & on peut dire avec fon eftimable
traducteur qu'il a exécuté ce que le grand
Boerhaave defiroit faire,la médecine avec
Fr
130 MERCURE DE FRANCE.
peu de drogues. Sa théorie lumineufe peut
rendre fenfibles les phénomènes qui embarraffent
fouvent lepraticien dans le cours
d'une maladie , & cette théorie eft encore
propre à éclairer la marche de la maladie.
L'ouvrage eft divifé en 15 fections.
L'auteur, après avoir expofé dans la première
, les conditions qui conſtituent la
fanté , ou la meilleure manière d'être , traite
dans les fections fuivantes des différentes
fortes de fièvres , des maladies inflammatoires
& autres. La fection quatorzième
concerne l'apoplexie. Les degrés variés
de cette maladie font diftingués par les
fymptômes qui les caractérifent ; les fignes
qui la font prévoir dans un fujet qui en eft
menacé font indiqués , aipfi que les
moyens propres à la traiter , avec autant
de fuccès qu'on peut s'en promettre contre
une maladie qui eft mortelle , quand elle
eft complette , & difficile à guérir dans les
cas ordinaires. La paralyfie termine la
quinzième & dernière fection . L'auteur
en nous faifant connoître la marche de
cette maladie, y porte le flambeau de l'obfervation.
En général cet ouvrage annonce
un obfervateur exact , nourri des écrits
des plus grands praticiens , & qui ne perd
jamais de vue cette fage circonfpection
›
AVRIL. 1774. 131
qui doit caractériſer le médecin chargé &
occupé des intérêts de la Nature.
Ces fortes d'écrits , en éclairant la pratique
de la médecine , ne peuvent manquer
d'écarter cette foule de charlatans
qui abufent de l'ignorance du malade pour
mettre fa crédulité à contribution . On
ne peut d'ailleurs trop multiplier les
moyens d'inftructions pour ceux qui par
l'éloignement des fecours ne peuvent les
réclamer affez tôt. « Mais , comme l'obfer-
» ve fagement le traducteur de M. Eller ,
» c'eft dans le cas feul d'une impoffibilité
» abfolue que les perfonnes charitables &
» les plus intelligentes peuvent fe permet-
» tre d'adminiftrer des fecours aux malades
. Dans tout autre , n'héfitons pas
à les croire coupables d'un événement
» malheureux . Les médecins eux- mêmes
» favent qu'après avoir fait une étude particulière
& longue de l'art de guérir ,
» ils trouvent encore chaque jour des dif-
» ficultés qui les arrêtent & qui les plon-
» gent dans des incertitudes qui leur ren-
» dent la pratique de leur art très - amère ,
quand ils font fenfibles. » "
Introduction à la Syntaxe latine pour
apprendre aisément à compofer en la-
F vj
#32 MERCURE DE FRANCE.
tin : avec des exemples de thême appropriés
aux règles de la fyntaxe , propor
tionnés à la portée des enfans : à quoi
l'on a ajouté un abrégé de l'hiftoire
Grecque & Romaine , par Jean Clarke,
principal du collège de la ville de Hull
dans le comté d'York ; ouvrage traduit
fur la fixième édition Angloife , retouché
, mis à l'ufage des colléges françois,
& augmenté d'un vocabulaire latin &
françois , par M. de Wailly ; vol. in 12.
à Paris , chez J. Barbou , rue des Ma
thurins.
Cette introduction contient les princi
pales règles de la fyntaxe & des exemples
pour compofer des phrafes & des thèmes
fur ces mêmes règles, L'auteur donne un
chapitre fur chaque règle de la fyntaxe . La
règle eft fuivie de différentes phrafes , our
il fait entrer une grande quantité de mots,
que l'écolier apprend ainfi imperceptiblement.
I varie tellement ces mots , que
dans chaque chapitre il fe trouve des noms
& des verbes de différentes déclinaifons
& conjugaifons ; ce qui fert à affermir
l'écolier dans cette première partie de la
grammaire. Comme rien n'arrête plus les
enfans que la néceffité de chercher les mots
dans les dictionnaires , & que même le
AVRIL. 1774. 133
plus fouvent ils fe méprennent pour le
vrai fens du mot qu'ils emploient , on le
leur metici , mais feulement au nominatif,
fi c'eſt un nom , ou à la première perfonne
du préfent indicatif , fic'eft un verbe
; c'eft aux enfans à mettre enfuite ce
nom au cas' , ou ce verbe au temps , à la
perfonne & au nombre que demande le
fens de la phrafe. Et afin qu'ils fachent ,
en tenant ainfi leur mot , comment il
faut le décliner , ou le conjuguer , on a
ajouté dans cette nouvelle édition un petit
dictionnaire de tous les mots de la première
partie de l'ouvrage de M. Clarke .
L'auteur , fuivant toujours fon plan , a
donné dans la feconde partie une fuite de
thêmes qui contiennent un abrégé de l'hiftoire
grecque & romaine , hiftoire dont
les enfans ont le plus befoin pour entendre
leurs auteurs claffiques . Cette métho
de préfente encore d'autres avantages qui
peuvent lui mériter en France le même
accueil qu'elle a reçu en Angleterre .
Des Caufes du Bonheur public , ouvrage
dédié à Monfeigneur le Dauphin par
M. l'Abbé Gros de Befplas , de la Maifon
de Sorbonne , Aumônier de Mgr
le Comte Provence , &c . Seconde édi134
MERCURE DE FRANCE.
tion revue , corrigée & confidérablement
augmentée . A Paris , chez la Ve
Laurent Prault , libraire , au bas du
pont St Michel , 1774 ; 2 vol. in- 12 .
De tous les fujets qu'on peut offrir aux
yeux de la philofophie & de la politique ,
il n'en eft pas de plus intéreffant que celui
que nous annonçons . Aucune Nation ,
aucun royaume qui n'y doive prendre part.
Les caufes du bonheur public ; quelle matière
renferme de plus grands intérêts !
Le plan de M. l'Abbé de B ... eft fimple
& la marche de fon livre , majestueule.
L'accord de la morale & de la politique ,
c'eſt à dire, de la fcience de gouverner les
hommes , voilà , felon lui , le principe
du bonheur des États . En vain de fombres
politiques le chercheroient- ils ailleurs ;
une foule de raifonnemens & de faits raffemblés
dans l'ouvrage , le tableau des
différens Empires anciens & modernes
font voir que la légiflation , de quelque
manière qu'elle foit modifiée, ne peut por
ter fur un autre fondement . De la morale
, l'auteur déduit les moeurs , & des
moeurs , le caractère de la Nation. Ainfi
il établit pour première caufe du bonheur
public , le caractère national .
M. de B *** pofe un fecond principe
AVRIL. 1774. 135
très important , favoir que la morale fon.
dée fur la confcience du bien & du mal ,
eft elle même fans appui durable , fi elle
n'eft accompagnée du fecours de la reli
gion.
Il ne lui refte qu'un dernier trait à ajou
ter pour achever fon plan . Un caractère &
une Religion font deux grands mobiles
fans doute , mais il faut une première
caufe qui dirige l'un & maintienne l'autre.
L'auteur place avec raifon cette caufe
dans la perfonne & les vertus des Rois.
M. de B *** , qui dirige en partie fon
fujet vers la Nation , remarque fept vertus
principales dans notre caractère : la
Douceur , l'Equité , la Valeur , l'Honneur
, l'Amour pour nosmaîtres , le goût
des lettres & des fciences , enfin les bonnes
moeurs. Si cette dernière vertu a été foovent
obfcurcie parmi nous, il fait voir que
nous avons toujours eu un fond d'eftime
pour elle , & qu'il a toujours été facile de
nous y ramener. Il développe tous les ref
forts que la politique doit faire agir pour
tourner ces vertus au plus grand bien de
l'Etat. Tous les chapitres de cette partie
font très- importans pour un législateur
& pour un philofophe. L'auteur n'y perd
jamais de vue fon objet , remontant con136
MERCURE DE FRANCE.
tinuellement des effets aux cauſes , &
trouvant dans celles -ci le
germe
des diffé,
rentes opérations du gouvernement . Les
chapitres fur - tout de la Douceur & de
l'Honneur , celui de l'Amour des Lettres
& des bonnes moeurs nous ont paru profondément
raifonnés & remplis d'excel
lentes vues. On trouvera dans celui de
l'amour pour nos Souverains , un tableau
fort attendriffant & très animé de l'émo ,
tion des François au moment de la mar
ladie du Roi à Metz.
Il n'eftpas moins important de fuivre
M. de B..dans la feconde partie de fon
ouvrage. Il forme comme une chaîne
de devoirs depuis le trône jufqu'aux dernières
clafles de la fociété , & fait voir
par -tout que dans aucun ordre de citoyens,
la police publique ne peut fe pafler de
l'influence de la Religion . Ce n'eft point
un théologien prévenu qui parle , mais
un moralite éclairé , un politique habile
qui , pénétré de la grandeur & de la
vérité de fon fujet , montre le rapport de
toutes les parties de ce majeftueux édifice.
M. de B ** a peut-être même cet avaht
tage fur les auteurs qui ont traité de cette
matière , les Puffendorff , les Grotius
les Burlamaqui , Montefquieu lui- même,
AVRIL. 1774 1774. 137
.
qu'il a porté plus près de la démonftration
cette importante vérité. Warburton a
écrit fur l'accord de la morale, de la Religion
& de la politique , mais fon ouvrage
, divifé en differtations , ne préfente
pas un enchaînement
fuffifant de principes
& de conféquences
ni un tableau affez déterminé
de la fociété. Le livre de B **
au contraire réfléchit par-tout la même lumière
; d'ailleurs l'auteur Anglois , en
s'égarant dans beaucoup de difcuffions fur
l'initiation aux myftères des Anciens , eft
tombé dans un autre défaut ; il a tellement
infifté fur la religion nationale & civile
, qu'il n'a fait de fon ouvrage qu'un
fyftême local , dans lequel il a laillé voir
à chaque moment l'action de l'homme.
M. de B. , pénétré de l'excellence des
moyens renfermés dans la Religion chrétienne
, en a fait voir l'influence far tous les
pays de l'univers , ne laiffant , pour ainfi
dire , jamais tomber les rênes des Empides
mains du Très - Haut . Il montre
la néceffité de cette influence fur- tout dans
les Magiftrats , dans l'Homme de Lettres
dont le génie trop difpofé à s'égarer a
befoin de cette digue puiffante pour être
retenu ; dans les Militaires , dans les Riches
, enfin dans le peuple . Quelquefois
138 MERCURE DE FRANCE.
l'auteur entre dans des détails qui , au
premier coup d'oeil , ne paroiffent pas exiger
la même attention ; mais plus approfondis
, ils ne laiffent plus lieu de douter
de leur influence fur le bon ordre de la fociété
tels font les chapitres fur les Moraliftes
, les Colléges , les Séminaires ,
le Clergé des Paroiffes ; enfin celui des
couvens. De ces foibles fources qui échappent
fouvent à nos regards , l'auteur fait
fortir une partie de la tranquillité publique
, y puifant les plus fürs moyens de la
maintenir.
M. de B.. , attaché fidèlement à fon
plan , couronne fon ouvrage par les vertus
du chef de la fociété. Cette partie pourroit
former , toute feule , un traité à part
fort intéreffant . La religion du Souverain
, fa juſtice , fa fagefle , fa fermeté , fa
modération ; enfin fon amour pour fes
fujets font les vertus que l'auteur établit
comme indifpenfables. Son chapitre de
la Juftice renferme de fort belles idées ,
des vues très - importantes fur la légiflation
; celui de la Sageffe en offre de trèsintéreflantes
fur le luxe & la police des
Etats ; celui de la Fermeté & de la Tempérance
eft peut être le plus beau de tout
l'ouvrage ; enfin celui de l'Amour pour
AVRIL. 1774. 139
les fujets et très- capable d'intéreffer pour
les bons Souverains , &, par un jufte retour,
pour l'auteur lui - même qui défend ,
avec tant de force & de courage , la caufe
des Nations devant les Rois , & préfente
à ceux -ci tant de motifs de s'attacher à
leurs peuples & de s'occuper de leur bon
heur.
La conclufion qui vient enfuite , eft le
réfumé de tout l'ouvrage. Ce morceau ,
très bien fait , eft un fidèle tableau de ce
qui a été dit. L'auteur ne s'y répète point,
& préfente fous un nouveau jour , l'abrégé
de fon fujet. La marche de ce morceau
eft des plus rapides ; il eft terminé par
une fort belle invocation à la Vérité.
M. de B.. , comme il le dit lui - même
avec raifon , a renfermé un fecond ouvrage
dans celui que nous venons d'analyfer.
Nous voulons parler des notes qu'il a placées
à la fin de chaque partie . Nous devons
plutôt les appeler d'importantes
differtations fur les endroits les plus confidérables
de fon ouvrage : telles font , à
la fin de la première partie , la note fur
la Juftice & la Vérité ; fur la nature des
Gouvernemens : à la fin de la feconde ,
la note fur l'intérêt , fur l'influence des
Femmes dans la fociété , fur le théâtre ,
140 MERCURE DE FRANCE.
fur l'abus du jeu dans les régimens , fur
la licence des plaidoyers , fur le doute ,
fur la néceffité & la dignité du travail ,
fur l'ufage de l'argent , fur la mendicité
à la fin de la troisième partie , la note
fur la nature du pouvoir , fur le partage
inégal des terres ( differtation des plus
importantes de cet ouvrage & remplie
d'idées neuves ) fur le fecret , fur les fauffes
nouvelles, fur l'inutilisé de la guerre ;
enfin , fur les faifeurs de projets , la connoiffance
du grand monde , celle de l'intérieur
des confciences. La lecture de
T'hiftoire & un jugement profond rendent
ces differtations également folides
& curieufes.
Tel eft le plan , la marche & le fond
de cet ouvrage.
Le talent de l'auteur pour la chaire a
déjà paru , foit par un excellent ouvrage
qu'il a donné fur cette matière , foit par
la manière dont il a prêché à Paris & devant
le Roi : on a lieu de croire qu'il n'en
reftera pas là , & qu'il s'y diftinguera comme
il l'a déjà fait avec éclat dès le temps
de la licence. Ce nouvel ouvrage annonce
des talens littéraires & politiques , une
fermeté digne de l'état eccléfiaftique &
un excellent citoyen.
AVRIL. 1774. I 41
Recueils de Mémoires & d'obfervations
fur la perfectibilité de l'homme.
Nous avons déjà donné une idée du
premier de ces recueils. L'Auteur en annonce
la continuation par un nouveau
profpectus , qu'il diftribue gratuitement
chez lui & chez Moutard , avec celui de
fa Maifon d'Education . Le fecond recueil
paroîtra dans le mois d'Avril prochain
, & contiendra un nouveau Tableau
d'éducation phyfique. Les fuivants fe fuc
céderont tous les deux mois , de manière
qu'il en paroîtra fix chaque année. L'Auteur
fe propofe d'y décrire l'art de former
les organes , par l'ufage bien réglé
des Agents vitaux ; l'art de figurer les
membres de la manière la plus propre à
l'exercice de leurs fonctions , & celui de
guérir les boffes & autres difformités , au
moyen d'exercices , d'attitudes , de topiques
& de machines ; l'art de donner de
ladrelle par la gymnaftique ; le grand
art enfin , « de développer chaque fens
extérieur & intérieur , d'augmenter la
mémoire, de feconder l'imagination, de
» rendre la réflexion active , de donner
25
"
142 MERCURE DE FRANCE .
n» de la juſteſſe à l'efprit , & de corriger
» fes vices . »
Voila ce que l'Auteur comprend fous
le titre d'éducation Phyfique & de Médecine
oeconomique. En y joignant l'éducation
morale , il fe propofe d'éclaircir la
théorie encore fi obfcure des paffions , pour
fonder l'art de faire naître les bonnes
moeurs & corriger les mauvaiſes ; il fe
propofe de plus , de réduire en un feul
corps élémentaire , les principes de toutes
les fciences utiles . Il annonce des méthodes
plus fimples , pour enfeigner la
mufique , les langues , les arts & les
fciences. Il doit s'occuper de la confection
& de l'exécution des plans publics
& particuliers d'éducation .
la
M. Verdier promet de ne point furcharger
fes recueils de compilations , &
de les faire aux dépens de l'obfervation ,
de l'expérience & de l'analyfe. Joignant
à la théorie dans fa Maifon
pratique
d'éducation , il peut réunir en effet avec
facilité , le rôle d'Obfervateur à celui de
Philofophe. I invite les Savants & les
Inftituteurs , de lui faire part de leurs obfervations
& réflexions ; il promet de les
recevoir avec reconnoiffance , & de leur
rendre l'hommage qui leur fera dû.
AVRIL. 1774. 143
« Chacun de fes recueils fera compo-
» fé de fix à fept feuilles in- 12 , carac
» tère de cicero , & fe vendra 24 fols.
» Ceux qui defireront les recevoir chez
» eux francs de port , foufcriront pour
» l'année , en payant , favoir , 7 liv. 4 f.
» pour Paris , & 9 liv. pour la Province.
» Ceux qui ont le premier recueil ,› paye-
" ront 24 fols de moins .
"
» On foufcrira à Paris chez l'Auteur
» à la Maifon d'éducation , Quai St Ber-
» nard , près de la rue de Seine ; chez
Moutard , Libraire de Madame la Dau-
» phine , Quai des Auguftins , à St Am-
» broife ; & chez les Libraires des principales
villes de Province. On aura foin
» d'adreffer les lettres & l'argent francs
» de port. »>
99
Six nouveaux volumes in- 12 de l'Hif.
toire & des Mémoires de Littérature de
l'Académie Royale des Infcriptions &
Belles-Lettres ; favoir , tome quinzième
de l'Hiftoire , & les tomes 55 , 56 ,
57 , 58 , 59 des Mémoires ; le volume
en blanc , 2 liv. 10 fols , & ;
liv. fols relié S , Hôtel de Thou , rue
des Poitevins .
Ces fix volumes que l'on publie au144
MERCURE DE FRANCE.
jourd'hui , répondent aux volumes 31 &
32 in-4 ° . Cette édition in- 12 , fera au
pair de l'in-4° . l'année prochaine : on en
publiera 6 volumes chaque année. L'on
fait combien cette collection eft utile :
c'eſt un immenfe dépôt de richeffes littéraires
, où peuvent puifer tous ceux qui
étudient l'antiquité ; ces nouveaux volumes
ne cèdent en rien aux précédens ,
pour l'intérêt des matières & le mérité
de l'exécution . Les noms des hommes
les plus célèbres en tout genre de littérature
, infcrits à la tête de ces Mémoires
rappellent tout ce qu'on doit à leurs travaux
, & fuffifent pour établir la confiance
du Lecteur.
On trouve actuellement chez Durand
neveu , Libraire , rue Gallande , les ouvrages
de M. Bezout , de l'Académie
Royale des Sciences ; ſavoir :
1°. Le Cours de Mathématiques , à l'ufage
des Gardes du Pavillon & de la Marine
, comprenant 6 vol . in - 8 °. petit papier
, l'Arithmétique , la Géométrie , &
les deux Trigonométries , l'Algèbre &
l'application de l'Algèbre à la Géométrie ;
les Elémens du calcul différentiel & inté
gral ; la mécanique , l'hydroftatique & le
Traité
AVRIL. 1774. 145
Traité de navigation ; prix 25 liv. 10 f
2°. Le Cours de Mathématique , à
l'ufage du Corps-Royal de l'Artillerie ,
en quatre vol. in - 8°. , grand format ;
prix 32 liv.
It's
Le Jay , Libraire , rue St Jacques ,
mertra en vente le 20. Avril ,
Voyages de Michel de Montaigne en
Italie , par la Suiffe & l'Allemagne . Plufieurs
circonstances qui n'avoient pour
but que la perfection de cet ouvrage ,
ont contribué jufqu'à ce moment , à en
retarder la publication.
Ces voyages font imprimés en trois
formats différens , pour la commodité
des perfonnes qui font pourvues des effais.
On joint ici le prix des différentes
éditions de ces voyages en fenilles. in-
4°. , grand papier , avec le portrait , 18 l.
En 2 vol. in 12 , grand papier , avec le
portrait , 5 liv . En 3 vol. in- 12 , petic
papier , avec le portrait , 4 liv. 10 fols.
On prie MM. les Soufcripteurs de l'édition
in-4°. , de faire retirer leur exemplaires
le jour ci- deffus ou les fuivans.
Fragmens de Tactique , ou fix Mémoires
; 1. Sur les Chaffeurs & fur la
1. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
charge. 2 ° . Sur la manoeuvre de l'Infan
terie. 30. Sur les principes de Tactique
& fur la colonne . 4°. Sur la marche.
50. Sur les ordres de bataille . 60. Sur
I'Effai général de Tactique , relativement
à ces différens objets , fuivis de deux additions
; la première , contenant des réflexions
fur une lettre de M. le Marquis
de Puiffegur , dans laquelle il examine
les déploiemens de l'Effai général de
Tactique ; la 2. , fur la viteffe des dif
férens pas de l'Infanterie , precédés d'un
difcours préliminaire fur la Tactique &
fur fes fyftêmes , par M. le Baron de Ménildurand
, volume in- 4° . avec des plans.
Prix 15 1. relié ; à Paris , chez C. A. Jombert
Père , rue Dauphine.
LETTRE de M. Blin de Sainmore
à M. Lacombe .
Dans l'extrait que le Mercure de Février vient
de donner d'Orphanis , Monfieur , on prétend
pag. 79 , qu'avant de faire imprimer l'Epitre à
Racine , le Secrétaire de l'Académie m'avoit montré
le titre de ma pièce enregistré avec les autres
& la date dujour où elle a été rejetée . Non , Monfleur
, le Secrétaire n'a rien fait de tout cela ; pour
s'en convaincre , il fuffit de jeter les yeux für la
>
AVRIL. 1774. 147
lettre que m'a écrite M. d'Alembert * , à qui j'avois
envoyé un exemplaire de mon ouvrage ,
après qu'il fut imprimé. La Voici :
59
A Paris , les Août 1771.
«Je vous fuis très- obligé , Monfieur , de l'ouvrage
que vous m'avez fait l'honneur de m'en-
»voyer &de tout ce que vous me dites d'obligeant
» à ce fujet. Je ne me fuis point rappelé votre ou
vrage , lorfque vous m'avez fait l'honneur de
» m'en parler ; mais j'ai vérifié depuis qu'il avoit
» êté la dans une de nos féances . Vous venez de
le mettre fous les yeux du Public. C'eſt à lui à
» prononcer entre vous & l'Académie.
1
30
» J'ai l'honneur d'être avec beaucoup d'eſtime
» & de reconnoiſſance , Monfieur ,
Votre très - humble & très-
»obéiflant ferviteur ,
Signé , D'ALEMBERT. »
On voit clairement que c'eft depuis l'impreffion
de l'Epître à Racine que M. d'Alembert m'a fait
favoir que cet ouvrage avoit été lu aux féances
de l'Académie.
J'ai l'honneur d'être , &c.
BLAIN DE SAINMORE.
Ce 18 Février 1774.
* M. d'Alembert faifoit alors les fonctions de
fecrétaire en l'abfence de M. Duclos.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
ACADÉMIE S.
I.
Sujets des Prix propofés par l'Académie
des Sciences , Arts & Belles - Lettres de
Dijon.
L'ACADÉMIE a déjà fait annoncer le
Tujet du prix qu'elle diftribuera en 1775 .
Elle renouvelle aujourd'hui cet avis , &
fait favoir que ce prix ſera adjugé à celui
qui aura fait connoître
Quels font les avantages que les moeurs
ont retirés des Exercices & des Jeux publics
, chez les différens Peuples & dans les
différens temps où ils ont été en ufage ?
Elle fouhaite que les favans qui afpireront
au prix , confidèrent les Exercices
& les Jeux publics du côté moral &
politique , & faffent ſentir juſqu'à quel
point on doit regretter de les avoir abandonnés
.
Cette compagnie n'ayant point été fai
tisfaite des ouvrages envoyés au concours
de cette année , propofe le même fujet
pour le prix de 1776 qui fera double, Elle
demande ;
AVRIL. 1774. 149
Quellesfont les maladies dans lesquelles
la médecine agiffante eft préférable à l'expectante
, & celle ci à l'agiffante ; & à quels
fignes le médecin reconnoît qu'il doit agir ou
refter dans l'inaction , en attendant le momentfavorable
pour placer les remèdes?
Depuis plufieurs fiècles les médecins
font partagés fur cette grande question .
Les agiffans & les expectans croient leur
fyftême- pratique autorifé par des raifonnemens
concluans & des expériences décifives.
Le moment où doit fe difper
Fillufion qu'ils fe font néceffairement les
uns ou les autres , femble préparé par les
lumières que la philofophie a portées de
nos jours fur tous les objets . L'Académie
efpère que le prix qu'elle propofe aujour
d'hui , hâtera la révolution que l'on eft
dans le cas de prévoir , & qui doit rame
ner à une méthode uniforme . Elle invite
de nouveau les Praticiens à dérober quelques
momens à leurs pénibles travaux
pour former former , du réſultat de leurs obfervations
, un corps de doctrine capable de
donner la folution du problême important
qui fait le fujet de fon prix.
Elle ne fe diffimule point que la couronne
promiſe à celui qui remplita fes
vues , n'eft pas d'une valeur proportion-
1.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE
née au fervice que l'auteur couronné rendra
à la Société ; mais elle eft perfuadée
que la douce fatisfaction d'être utile &
d'infcrire fon nom parmi ceux des bienfaiteurs
de l'humanité , fuffic pour excites
les Médecins à entrer dans la lice qu'elle
leur ouvre.
On fera libre de donner aux mémoires
l'étendue qui paroîtra néceffaire; mais l'on
n'abufera pas de cette liberté , & l'on évi
tera avec foin toute diffufion ..
Tous les favans , à l'exception des académiciens
réfidens , feront admis au concours.
Ils ne fe feront connoître ni directement
ni indirectement ; ils inferiront
feulement leurs noms dans un billet cacheté
, & ils adrefferont leurs ouvrages ,
francs
de port , à M. Maret,docteur en médecine ,
fecrétaire perpét. pour la partie des fciences,
ou à M. Perret , avocat au parlement ,
fecrétaire perpétuel pour la partie des belles
- lettres , quiles recevront jufqu'au pre
mier Avril inclufivement des années pour
lefquelles ces différens prix font propofés.
Leprixfondé par M. le Marquis du Terrail
& par Madame Cruffol d'Uzès de Montaufier
, fon épouse , à préfent Ducheffe de
Caylus , confifte en une Médaille d'or de la
valeur de 300 livres , portant , d'un côAVRIL.
1774: ISI
té , l'empreinte des Armes & du Nom de
M. Pouffier , Fondateur de l'Académie ;
& de l'autre , la Devife de cette Société littéraire.
I I.
Diftribution de Prix & Sujets propofis
par l'Académie des fciences , belles - lettres
& arts de Lyon.
L'Académie de Lyon avoit propofé , en
l'année 1768 , pour fujet de Prix de Phyfique
fondé par M. Chriftin , de détermi
ner quels font les principes qui conftituent
la lymphe ; quel eft le véritable organe qui
la prépare ; files vaiffeaux qui la portent
dans toutes les parties du corps , font une
continuation des dernières divifions des ar
tères fanguines , ou fice font des canaux
totalement différens & particuliers à cefluide
; enfin , quel est fon ufage dans l'économie
animale ?
L'Académie fe décida , en l'année 1770
à continuer ce fujet , & à doubler le Prix ,
confiftant en une médaille d'or , de la valeur
de 300 livres , pour être diftribué
en l'année 1773. Parmi les Mémoires
qu'elle a reçus , plufieurs lui ont donné
lieu de fe féliciter du renvoi qu'elle a
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
fait,fans que fes vues aient été néanmoins
pleinement remplies.
Elle a procédé à la proclamation du
Prix , dans fa féance publique du 7 Décembre
dernier ; :; la Couronne a été décernée
au Mémoire coté fuivant l'ordre de
fa réception , no . 4 ( par l'Autçur n° 31. )
avec ce titre , Mémoire fur la lymphe , &
cette épigraphe : Non improbabilis eft clarorum
virorum , & ferè communis fcholarum
fententia , quæferum coagulabile fanguinis
pro alimento habet. HALL. EL.
PHYS . T. 8.
L'Auteur eft M. de Laffus , Chirurgien
de Mefdames de France , ancien profeffeur
d'Anatomie , & membre du collége & de
l'Académie Royale de Chirurgie de Paris,
à la Cour.
En reconnoiffant la fupériorité de ce
Mémoire fur les concurrens , l'Académie
auroit defiré que la partie Chimique
eût été traitée avec autant de foin que les
autres parties qui compofent l'Ouvrage.
Eile a arrêté qu'il feroit fait mention
avec éloge , d'un autre Mémoire coté
No. 6 , au Concours , ayant pour devife :
Societate vigent , en ce qui concerne principalement
les recherches Chimiques ,
qui anno ncent des vues intéreflantes , que
AVRIL. 1774 153
l'Auteur eft invité de fuivre pour répandre
encore plus de jour dans cette importante
matière.
L'Académie avoit renvoyé à la même
époque , la diftribution du Prix pour
lequel M. Pouteau , l'un de fes Membres,
avoit anciennement déposé la fomme de
600 livres , doublée , dans la fuite , par
un ami de l'humanité , qui a exigé qu'on
ne le nommât pas . Le fujet propofé étoit ,
des recherches fur les caufes du vite cancéreux
, qui conduififfent à déterminer fa nature
, fes effets , & les meilleurs moyens de
te combattre.
Le concours a été nombreux ; il a fourni
plufieurs ouvrages confidérables . Dans
le nombre , l'Académie a diftingué le Mémoire
latin , coté nº , 8 , intitulé, de Cancro
, differtatio Académica , portant pour
devile: Prolem fine matre creatam . Elle
lui a adjugé le prix de 1200 livres.
L'Auteur eft M. Peyrilhe , Docteur
en Médecine , Membre du collège & de .
l'Académie Royale de Chirurgie de Paris
, des Académies des Sciences de Touloufe
& Montpellier à Paris. Quoique
le Mémoire foit élégamment écrit en la
tin , l'Académie invite l'Ateur à le publier
avec une traduction , qui , en la
Gr
154 MERCURE
DE FRANCE.
mettant à la portée d'un plus grand nombre
de Lecteurs , le rende d'une utilité
plus générale.
Prix propofépar M. Pouteau ,
académicien
ordinaire , chirurgien gradué , de l'Académie
royale de chirurgie de Paris & de
celle de Rouen, pour l'année 1775 .
Aprés l'adjudication
du Prix fur le Cancer
, M. Pouteau , portant fes vues patriotiques
fur la Phthifie Pulmonaire ,
maladie obfcure & non moins cruelle , a
penfé qu'un Concours Académique
étoit.
la voie le plus fûre pour parvenir à en
éclaircir la Théorie , & à diriger fa curation.
En conféquence , il a prié l'Académie
de recevoir , de nouveau , un dépôt
de 600 livres , pour diftribuer ce Prix
à l'Auteur qu'elle jugeroit avoir le mieux
traité le fujet dont il s'agit.
L'Académie a accepté la propofition de
M. Pouteau avec reconnoiffance ; & ,
en applaudiffant à fon zèle , elle s'empreffe
de propofer aux Savans le fujet
fuivant : donner la théorie & le traitement
des maladies chroniques du poumon , avec
des recherches hiftoriques & critiques fur les
principaux moyens de guérifon , employés,
AVRIL. 1774. 155-
contre ces maladies , par les Médecins an-:
ciens & modernes , & mêmepar les Empiriques
.
Conditions.
Toutes perfonnes pourront concourir
pour ce prix , excepté les Académiciens
Titulaires & les Vétérans ; les Affociés y
feront admis . Les Mémoires feront écrits
en François ou en Latin . Les Auteurs ne
fe feront connoître ai directement ni indirectement
; ils mettront une deviſe à la
tête de l'Ouvrage , & yjoindront un billet
cacheté , qui contiendra la même devife
, leurs noms , & le lieu de leur réfidence.
Les paquets feront adreffés francs
de port , à Lyon :
A M. de la Tourrette , ancien Confeiller
à la Cour des Monnoies , Secrétaire
perpétuel pour la Claffe des Sciences
, rue Boiffac ;
Ou à M. Bollioud Mermet , Secrétaire
perpétuel pour la Claffe des belles-
Lettres , rue du Plat ;
Ou chez Aimé de la Roche , imprimeur-
libraire de l'Académie , aux Halles
de la Grenette .
Aucun ouvrage ne fera reçu au Concours
paffé le premier Avril 1775 ; le
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
terme eft de rigueur. L'Académie diftribuera
le Prix dans Affemblée publique
qu'elle tiendra après la Fête de S Louis . La
fomme de 600 livres fera remife à l'Auteur
ou à fon fondé de procuration
Prix fondé par M. Chriftin , pour
l'année 1775.
A la même époque & aux mêmes conditions
que ci- deffus , l'Académie procédera
à l'adjudication du prix de Mathématiques
fondé par M. Chriftin . Ce prix
eft double , confiftant en deux médaillés
d'or , de la valeur , chacune , de 300 livres
, pour le fujet continué , énoncé en
ces termes :
Quelsfont les moyens les plus faciles &
les moins difpendieux de procurer à la
ville de Lyon , la meilleure eau , & d'en dif.
tribuer une quantité fuffifante dans tous
Les quartiers?
}
O demande de déterminer la quantité
d'eau néceffaire , & de joindre aux projets
, les plans des machines , les calculs
du produit & de l'entretien , & un devis
général .
Prix des Arts , fondé par M. Chriftin ,
pour l'année 1774.
L'académie a propofé , pour le prix
AVRIL. 1774. 157
qui fera diftribué en 1774, le fujet fuivant:
Quelsfont les moyens les plus fimples & les
moins fujets à inconvéniens , d'occuper ,
dans les Arts mécaniques ou de quelqu'autre
manière , les ouvriers de Manufacture
d'Etoffe , dans les temps où elle éprouve une
ceffation de travail : l'expérience ayant
appris que la plupart de ces artifans font
peu propres aux travaux de la campagne?
Les conditions font les mêmes qu'aux
annonces précédentes. Le prix eft une mé
daille d'or , de la valeur de 300 liv . On
n'admettra aucun mémoire au concours
après le premier Avril 1774. La diftribution
fe fera après la Fête de St Louis .
Prix d'Hiftoire naturelle , fondés par
M. Adamoli , pour l'année 1774.
L'Académie a propofé le fuiet qui fuit:
Trouver des plantes indigènes qui puiffent
remplacer exactement l'Ipecacuanha , le
Quinquina & le Séné.
On a annoncé que l'on couronneroit
ceux qui auront répondu aux vues du problême
au moins fur l'un des trois objets
qu'il embraffe .
Les prix confiftent en deux médailles ,
la première en or , de la valeur de 300 livres
; la feconde en argent , du prix de
158 MERCURE DE FRANCE.
25 livres. Les conditions comme ci - deffus.
Aucun mémoire ne fera admis à concourir
paffé le premier Avril 1774. La
proclamation fera faite après la Fête de
St Pierre.
LE
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITU E L.
E dimanche , 20 Mars , on a donné au
Concert fpirituel une belle fymphonie à
pleine orcheſtre de M. Eichner. M. l'Abbé
Borel a chanté un motet agréable à
voix feule del Signor Langlé. M. Laurent
, virtuofe de 17 ans , habile compofiteur
& excellent violon , a exécuté une
fymphonie concertante de fa compofition
, avec M. le Jeune qui l'a très bien
fecondé. Cette première partie de concert
a été terminée par Super flumina Babylonis
, motet à grand choeur del Signor
Richter. On y a applaudi les choeurs & la
fymphonie , qui font d'un très - bel effet.
La feconde partie du Concert a commencé
par une fymphonie de chaffe de
M. Goffec. Le tableau mufical d'une
de chafle eft ici repréſentée par une hargranAVRIL.
1774. 159
monie pittorefque , agréable & favante.
Mlle Dachâteau , dont l'organe eft doux
& flatteur , a chanté , avec autant de précifion
que de goût , un petit motet à voix
feule . M. Capron a joué un concerto de
violon , & a réuni tous les fuffrages par
l'aifance avec laquelle il rend les plus
grandes difficultés , par la précifion & la
netteté de fon exécution , par la beauté &
la pureté de fes fons. Le Concert a fini.
par Cantate Domino , canticum novum ,
motet à grand choeur del fignor Langlé ,
premier maître de Chapelle du Confervatoire
de la Piété de Naples . Ce motet
eft une compofition de génie . Le plan en
eft bien conçu , & l'exécution belle &
majestueufe . Il y a un mérite fur tout
qu'il faut remarquer ; c'eft que le fens des
paroles eft toujours confulté , & que la
mafique en eft énergique , & l'expreffion
fublime .
OPÉRA.
L'Académie royale de Mufique a donné
le mardi 22 Février dernier , la première
repréſentation de Sabinus , tragédie ly160
MERCURE DE FRANCE.
rique , repréſentée devant Sa Majefté à
Verfailles le 4 Décembre 1773 .
Le poëme eft de M. de Chabanon ; la
mufique , de M. Gollec.
Cette tragédie , qui étoit d'abord en
cinq actes , a été réduite à quatre . On a
retranché dans le troisième ce qui étoit
relatif à l'objet des fêtes de la Cour ; &
le 4°. & le ,. actes font fondus enfemble
& n'en font plus qu'un . On a fupprimé
la pluie de feu , l'embraſement du
palais , l'urne , l'infcription funéraire &
d'autres machines qui ne fervoient qu'à
compliquer l'action & à retarder le dé
nouement.
Les perfonnages principaux font
Sabinus , Prince Gaulois , petit - fils de
Jules- Céfar.
Eponine , Princeffe Gauloife.
Mucien , Romain , Gouverneur de la
Gaule.
Le Grand Druide.
Le Génie de la Gaule , & c.
Le théâtré représente une place publique.
ACTE I. Sabinus fe felicite de voir
enfin le jour qui doit unir fes deſtins à
ceux d'Eponine ; mais il afpire auffi à la
AVRIL 1774. 161
gloire d'affranchir fon pays du joug des
Romains. Il fe rappelle un fonge effrayant
dans lequel le Dieu tutélaire des Gaulois
lui a apparu pâle & défiguré ; il s'eft luimême
fenti entraîner dans l'horreur des
cachots.
Rempli de cette noire image ,
Le trouble eft encor dans mon coeur ;
La honte ajoute à mon courage ,
Mon courage devient fureur.
Eponine , amante chérie ,
Du doux fentiment qui nous lie
Je te dois un jufte retour ;
La liberté de ta patrie
Sera le prix de ton amour.
1
Le Peuple s'empreffe de fêter Sabinus
qu'Eponine préfente aux Gaulois . L'alé
greffe publique eft troublée par un ordre
de Mucien , qui défend que l'hymen s'accompliffe.
Eponine , malgré les menaces
du Gouverneur Romain , ofe déclarer Sabinus
fon époux . Le Peuple , partageant
l'enthousiasme de ces amans , choifit Sabinus
pour fon maître , & fe prépare à
venger fon injure. Le ballet qui termine
cet acte , offre l'image des Guerriers qui
s'échappent des bras de l'Amour pour vo
ler à la gloire des armes.
162 MERCURE DE FRANCE:
ACTE II . Le théâtre repréſente la forêt
facrée & lefanctuaire des Druides.
Eponine vient dans le temple des Druides
confulter l'Oracle . Des Bergers , que
la guerre a épouvantés , cherchent un afyle
dans la forêt . Il s'efforcent de calmer
par leurs jeux la douleur d'Eponine . Arrivent
les Druides , épouvantés des préfages
finiftres qu'ils ont vus dans l'air ; le
grand Druide , ayant le gui de chêne à la
main , frappe la porte de l'antre myſtérieux
, où il s'enfonce . Un bruit fouterrein
fe fait entendre ; le Druide fort
échevelé , annonce la colère des Dieux &
l'arrivée des Romains vainqueurs . Mucien
furieux fait arrêter Eponine ; fes foldats
ravagent la forêt facrée ; ils détruifent
le temple des Druides , & ne font
pas arrêtés par les clameurs & les prières
des Gaulois.
ACTE III. Sabinus , retiré dans une
folitude affreufe , déplore fa honte & fes
malheurs. Il apprend le danger d'Eponine
, & veut tout tenter pour la défendre .
Le Génie de la Gaule l'arrête , fe déclare
fon protecteur & lui fait voir la grandeur
future de fon Empire . On voit s'élever
un palais & la ftatue de Charlemagne
AVRIL. 1774 163.
qu'entourent les différens Peuples de
l'Europe.
Une Femme étrangère chante ces vers :
France , féjour rempli d'attraits ,
Sous tes loix que n'ai - je pu naître !
Qui peut te voir & te connaître
Voudroit ne te quitter jamais.
La Beauté , par- tout accueillie ,
Se plaît fur-tout dans ces climats ;
Sirôt qu'elle y porte les pas ,
Elle fe dit : C'eft ma patrie.
Les Grâces , qu'ailleurs on ignore ,
En foule ici s'offrent aux yeux ;
Arrive i on belle en ces lieux ;
On y devient plus belle encore.
Le Génie engage Sabinus d'aller dans
les tombeaux de fes ayeux , & d'y demeurer
caché dans l'ombre & le filence.
ACTE IV . Sabinus , enfermé dans les
fouterreins obfcurs où les Princes Gaulois
font inhumés , s'étonne que fon ame
éprouve un fort tranquille.
Amour , Amour , c'eft ton ouvrage ;
D'Eponine la douce image
Me fuit au milieu des tombeaux ;
De mes ennuis , de ma conftance
164 MERCURE DE FRANCE.
Ses jours feront la récompenfe :
Je m'applaudis de tous mes maux.
Eveille- toi , Peuple fidèle ,
Peuple , dans les fers endormi ;
A mon courage unis ton zèle ,
Reprends une force nouvelle
Pour écrafer notre ennemi.
Une voix fe fait entendre dans ce lieu
funèbre ; c'eft celle d'Eponine . Sabinus
veut aller au - devant d'elle ; mais une
main invisible le repouffe & l'entraîne
vers un tombeau dans lequel il s'enferme.
Eponine vient avec fes compagnes pleurer
fon époux qu'elle croit mort . Cependant
le cruel Mucien s'empreffe d'enlever
Eponine à fon défefpoir ; elle n'en eft
que plus animée à fe fouftraire , par lat
mort , à la paffion du tyran; elle court :
vers le tombeau , le poignard à la main ,
prête à fe frapper . Aufi - tôt le tonnerre
gronde , la tombe s'abyme ; Sabinus paroît
armé. Il attaque Mucien . Le théâtrerepréfente
une place publique où l'on
voit les Romains combattus & défaits par
les Gaulois . Sabinus triomphe de fon rival.
Le théâtre change encore , le Génie
de la Gaule defcend dans toute fa gloire .
Il dit à Sabinus :
AVRIL 165 1774-
J'ai conduit tes deftins ; ma promeffe eft remplie:
Jouis de tes fuccès.
Et vous , par qui ma Cour eſt embellie ;
Partagez les tranſports de fes heureux ſujets ,
Honorez fa vaillance & chantez mes bienfaits.
Cet acte est terminé par une fête à laquelle
prennent part plufieurs Nations
différentes de l'Europe.
Cet expofé fait connoître que le poëte
a eu principalement en vue de donner
une action grande & rapide , & un ſpectacle
brillant , contrafté & varié. La mufique
fait honneur au génie de M. Goffec ,
favant compofiteur , qui a mis dans fon
orchestre beaucoup d'effets d'une mufique
imitative , & fur la fcène , des chants expreffifs
& paffionnés . Nous citerons comme
des morceaux diftingués , le récit &
l'air du fonge du premier acte , le duo de
Sabinus & d'Eponine , le choeur des Guerriers.
Dans le fecond acte , les airs champêtres
, le bruit fouterrein , les, cris de fureur
& de vengeance des Romains & de
Mucien , contraftés avec les prières & les
plaintes des Gaulois , lorfqu'on abat la
forêt. Dans le troisième acte , le récit de
Sabinus , les choeurs , les airs de danfe &
de chant. Dans le quatrième acte , l'invo166
MERCURE DE FRANCE.
cation de Sabinus à l'Amour , la plainte
d'Eponine , le bruit de guerre & la mufique
brillante du ballet : toutes ces grandes
compofitions muficales annoncent & atteftent
un génie fécond , riche & varié ,
quoique l'on ait paru defirer en général
plus de vérité dans le récit , & un chant
plus fenfible dans les airs.
M. Larrivée , doué d'une figure avantageufe
& d'une belle voix , a joué le rôle
de Sabinus en acteur confommé , avec
beaucoup d'intelligence , de feu & d'intérêt
; il a rendu fon récit avec la facilité
& la rapidité de la déclamation , & il a
mis dans fon chant , de l'action , de la
paffion & de l'énergie . Le rôle d'Eponine
a été fupérieurement exécuté par Mde
Larrivée , dont la voix eft fi flexible , fi
flatteufe & fi brillante . Ce rôle , en l'abfence
de Mde Larrivée , a été très bien
fecondé , joué & chanté par Mile Rofalie.
M. Gelin a repréfenté avec nobleffe &
avec intelligence le grand Druide & le
Génie de la Gaule. M. Durand a été applaudi
dans le perfonnage de Macien.
Les autres rôles ont été rendus avec fuccès
par Mlles Châteauneuf & Dupuis , par
MM. Muguet , Cavalier , Tirot & Beauvalet
AVRIL. 1774. 167
1
Les ballets occupent la place la plus
confidérable dans cet opéra . Leur beauté,
leur variété & leur deffin ont réuni tous
les fuffrages. M. Gardel a compofé les
ballets du premier & du quatrième actes;
M. d'Auberval , celui du fecond acte , &
M.Veftris celui du troifième ; mais après
quelques repréfentations , le divertiffement
du troisième acte a été reporté au
quatrième , & le quatrième au troifième.
Les talens les plus diftingués de la danſe
ont concouru à l'éclat & à la parfaite exécution
de ces ballets . Mlles Heinel , Guimard
, Peflin , Affelin , qui tiennent le
premier rang de la danfe ; Miles Leclerc,
Compain , Julie , Cléophile , la très -jeune
& très étonnante Mlle Dorival ; MM .
Veftris , Gardel , d'Auberval , qui font les
premiers maîtres dans leur art ; MM . le
Fèvre , Defpréaux , Malter , Giroux ; le
jeune Veftris qui à peine fortide l'enfance ,
a l'abandon , la force , l'élégance , la précifion
& la fûreté d'un talent fupérieur &
exercé ; le jeune Gardel , fon digne émule
; tous ces premiers talens , d'ailleurs
bien accompagnés par les autres fujets ,
ont fait l'admiration & les plaifirs des
amateurs & du Public. Enfin l'ordonnance
& la beauté des décorations , la variété
-
168 MERCURE DE FRANCE.
& la richeffe des habillemens ont encore
augmenté la magnificence , de ce ſpectacle.
COMÉDIE FRANÇOISE.
ES Comédiens François ont donné le
famedi 26 Février , la repriſe de la tragé
die de Venceslas par Rotrou . Cette pièce
fut jouée, pour la première fois , en 1647 ,
& eut alors un très-grand fuccès. Le caractère
de Ladillas , fils de Venceslas , eft
un des plus beaux , des plus fiers & des
plus énergiques qui foient connus . Il n'y
en a peut - être pas qui foit auffi foutenu
& auffi paffionné ; le célèbre Baron finit
par ce rôle à fa première fortie du théâtre,
& par celui de Venceflas à la feconde .
Un acteur , encore plus étonnant que Baron
, qui a plus approfondi fon art & qui
s'eft plus approché de la perfection , M. le
Kain , a rendu le rôle de Ladiflas avec
une fenfibilité profonde , & avec une expreffion
forte & impofante qui a étonné
ému , ravi les fpectateurs. Cet acteur
fublime réalife tout ce qu'on a dit du jeu
prodigieux des pantomimes anciens , &
ajoute à leur talent les accens fi vrais , fi
pathétiques
AVRIL. 1774. 169
pathétiques , fi énergiques de toutes les
paffions. Qui ne fe rappelle encore avec
frémiffement le tableau terrible de l'agonie
de Maffiniffe dans le cinquième acte
de Sophoniſbe ! Quel mélange de tous.
les fentimens , de la rage & de la foibleſfe
, du défefpoir & de la douleur , d'une
ame convallive & expirante ! C'est avec la
même force qu'il nous a peint les fureurs
d'Orefte dans Andromaque , tragédie
jouée pour la clôture du théâtre. Quel
fpectateur n'a point friffonné d'horreur &
d'épouvante en lui entendant reciter ces
vers , dont il animoit toutes les affreufes
images !
Quels démons ! quels ferpens traîne - t-elle après
foi?
Eh bien filles d'enfers , vos mains font - elles
prêtes ?
Pour qui font ces ferpens qui fifflent fur vos têtes ?
A qui deftinez-vous l'appareil qui vous ſuit ?
Venez-vous m'enlever dans l'éternelle nuit ?
On a remis à ce Théâtre plufieurs pièces
qui ont attiré beaucoup de monde ;
favoir , le Bourgeois Gentilhomme , Co.
médie de Molière , que l'on tevoit toujours
avec un nouveau plaifir , & dans
I.Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
laquelle M. Préville rend avec tant de
gaîté & de vérité , le rôle principal .
L'Andrienne a été jouée le 28 Février
pièce imitée de Térence par Baron , dans
laquelle il y a beaucoup d'intérêt & d'action
. Le rôle du père eſt parfaitement joué
par M. Brifart ; celui de Dave , par M.
Préville , l'Andrienné par Mlle . Doligni ,
Pamant par M. Molé.
Le mercredi 16 Mars , on a repris la
Gageure , Comédie en un acte , en profe ,
de M. Sedaine. Madamé Préville y joue
avec beaucoup de fineffe & de naturel ;
& M. Préville met dans le rôle du mari ,
une vérité de caractère qui charme autant
qu'elle amufe. Cette Comédie a eu
un grand fuccès à cette repriſe.
Le compliment d'ufage de clôture a
été fait par M. du Gazon , frère de Mde
Veftris , comédien dernier reçu . Cet acteur
, aimé du Public , a été bien accueilli
& très -applaudi .
DEBUT S.
M. Fleury , acteur qui a joué avec applaudiffement
fur plufieurs théâtres de
province , a débuté dans la tragédie & la
comédie.
Il a joué avec beaucoup d'intelligence,
AVRIL 1774. 171
de feu & de vérité plufieurs rôles de l'em.
ploi de M. Molé. Cet acteur réuffit prin
cipalement dans la comédie ; il a une
figure agréable , de l'aifance , de l'ufage
& de la facilité . Sa voix eft un peu fombre
, mais il fait la ménager & la faire
valoir.
M. Chazel , qui a joué fur différens
Théâtres de Province , a débuté fans être
annoncé à la Comédie Françoiſe , le mardi
22 Février , dans le rôle de Philippe
Hombett , de Nanine ; le 4 Mars , dans
celui d'Arifte , du Méchant ; le 8 , dans
celui du Marquis , de Mélanide ; le 14 ,
dans le rôle d'Arbate , de Mithridate . Cet
Acteur a l'ufage de la fcène ; il montre de
l'intelligence & du talent. Plus de facilité
dans la prononciation , moins de timidité
dans fon jeu , le rendront un Acteur
utile à ce Théâtre.
COMÉDIE ITALIENNE.
LEs Comédiens Italiens ont donné le
lundi 28 Février 1774 , la première repréfentation
de la Rofière de Salency , comédie
nouvelle en quatre actes & en
vers , mêlée d'ariettes , repréfentée devant
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Sa Majesté à Fontainebleau , le famedi 23
Octobre 1773.
Les paroles font de M. le M. de P.;
la mufique eft de M. Gretry.
,
On fait qu'à Salency dans le Soiffonnois
, il y a une fête qui fe renouvelle
toutes les années en l'honneur de la vertu.
La fille du village dont la fageffe , la conduite
& le caractère ont mérité les fuffrages
du Paſteur & des pères de famille
reçoit au milieu des applaudiffemens de
tous les Habitans , une rofe des mains du
Seigneur de Salency ou de fon Préposé,
La Rofière eft ordinairement mariée dans
l'année même , & le Seigneur lui fait un
préfent. Cet ufage fi refpectable a fourni
à M. de Sauvigni le fujet d'un Roman
fort agréable à M. Favart le plan de la
Comédie de la Rofière , qui a été jouée à
Fontainebleau en 1768 ; & à M. le M.
de P. , la nouvelle Rofière de Salency ,
dont il eft ici queſtion.
PERSONNAGES :
Cécile , défignée Rofière , .. Mde Trial .
Colin , amant de la Rofière , M. Clairval.
Herpin , père de la Rofière , M. Nainville.
Le Bailly de Salency , ... M. Laruette.
AVRIL. 1774 175
Le Seigneur , • M. Narbonne. •
Prétendantes à la Rofe , Mlles Beaupré
& Linguet.
Jean Gaud , meunier d'un village voifin,
M. Trial.
Les Juges Vieillards.
Habitans & Habitantes de Salency.
Le théâtre repréfente une place du
village. Cécile paroît , travaillant près de
fa maifon qui eft ornée de guirlandes
de fleurs & du drapeau d'honneur . Elle
chante :
Quel beau jour le diſpoſe !
Qu'ilpromet de douceur !
Je recevrai la role
Des mains de Monſeigneur.
Ce beau drapeau , ce verd feuillage
Et ces rameaux en fleur ,
Sont le fignal & le préfage
De ma gloire & de mon bonheur,
L'un & l'autre eft cher à mon coeur ;
Tout ce que j'aime les partage ;
Encor ce matin
Mon père & Colin
Sourioient ,
Me paroient
De cette fleur fi chère ;
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
S'embraЛloient ,
M'appeloient
La belle Koſière .
Ah Colin ! Ah mon père !
Venez tous deux ,
Que monbonheur vous rende beureux.
Colin accourt près de la Rofière ; elle
lui dit que le Bailli eft venu chez fon
père , & qu'il eft amoureux d'elle ; ils
ne comprennent pas comment il peut fe
croire aimable ; mais ce qui réjouit Colin
, c'eft que le père de Cécile approuve
leur amour ; ils fe félicitent de leur bon
heur , & fe donnent rendez- vous pour
le foir. Colin demande le baifer de l'adieu
, que Cécile ne lui refufe pas , &
porte fa main fur le coeur de la maî
treffe , qui bat , dit elle , de plaifir
quand il la voit , & de chagrin quand
il la quitte. Cependant , le Bailli jaloux
obferve ces amans avec les Afpirantes à
la rofe I verbalife & , & leur recommande
de répandre dans tout le village
la nouvelle de cet événement ; Herpin
fait l'éloge de fa fille , & chante ces paroles.
O ciel ! entends la voix d'un père
Elèvejufqu'à toi fes voeux ,
AVRIL. 1774 . 178
Dès-apréſent fi tu veux
1
Tu peux terminer la carrière ;
Ila , pour fermer la paupière ,
La main d'un enfant vertueux.
Aujourd'hui , lorique j'enviſage
La longue fuite de mes ans ,
Le cours entier de mon grand âge
Ne me paroît qu'un long printems.
Herpin & Cécile fe repofent à l'ombre
d'un arbre planté par Herpin . I demande
à fa fille fi elle a vu Colin ; &
comme elle hélite de répondre , il la reprimande
de ce mystère ; mais bientôt il
fe radoucit , & lui dit :
:
Va , ce n'étoit point du courroux
Ne crois point la vertu févère ;
Ma fille, fon ufage eft doux
De ce qui doit te plaire
Un mot va t'éclaircir :
Tout ce que , fans rougir
Tu peux dire à ton père ,
Te promet un plaiſir.
Elle reconduit fon père dans fa maifon.
Le Bailli eft fort agité , & a du
dépit de fon amour . Il regarde comme
une difgrâce , quand le Ciel ordonne d'aimer
à qui ne fauroit plaire. La Rofière
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
vient ; le Bailli l'aborde , & lui déclare
fa paffion qu'elle reçoit mal . Il lui annonce
alors qu'il eft maître de la Roſe en
l'abfence du Seigneur ; il la menace de
fon procès - verbal.
Là font marqués à chaque page ;
Là font notés , là font écrits ,
Les rendez-vous , les baifers pris.
Le Bailli avertit les villageois , & fait ar
racher les guirlandes & le drapeau d'honneur.
Les deux Afpirantes à la rofe fe flattent
, chacune en fecret , du fuffrage du
Bailli , & d'être nommées Rofière ; mais
enfemble , elles fe font des reproches qui
doivent les exclure. Cécile déplore fon
malheureux fort , qui lui fait perdre
la fagefle de 15 années , & l'objet de
fon tendre amour. Le tonnerre annonce
un orage ; Colin alarmé du fort de Cécile
, vient la confoler & lui faire part du
projet qu'il a d'aller trouver le Seigneur ,
& de l'inftruire de la tyrannie du Bailli ;
Cécile craint pour fon amant , à caufe de
l'orage & de la rivière qu'il veut franchir
à la nage. Herpin vient trouver fa
fille , & , ne fachant pas encore fes malheurs
, il continue de la féliciter . 11 eft
AVRIL. 1774. 177
pourtant inquiet de la voir trifte & accablée
, ayant les yeux toujours tournés
yers fa maifon. I regarde auffi , & ,
ne trouvant plus les guirlandes & le
drapeau d'honneur , il s'emporte contre
fa fille , qu'il croit coupable. Le tonnerre
augmente , & le père attefte que le Ciel
manifefte fa colère. On entend crier :
Sauvez ce malheureux qui nage. Cécile
eft dans la plus grande contrainte avec
fon père , & dans une alarme cruelle
fur le fort de Colin. Herpin entraîne fa
fille. Le Bailli eft épouvanté de la mort
de Colin qu'il croit noyé. Il va trouver
le père de Cécile ; mais Herpin , inſtruit
de fes intrigues , le repouffe avec vio
lence. Cependant , le Bailli l'engage à l'écouter
, & lui propofe d'époufer fa fille ,
& de la faire Rofière ; ce vieillard lui
répond :
A préfent que me fait la rofe ,
Cruel , quand ta main en difpofe?
Quel prix peut avoir cette fleur ?
Long- temps la main de Monfeigner
Sut la rendre digne d'envie ;
Elle étoit le prix des vertus ,
Tu la donnes . : elle eſt flétrie ,
Et ma Cecile n'en veutplus.
Hv
173 MERCURE DE FRANCE:
Ce père rejette fa main & fes richeſſes ;
& préfère pour l'époux de fa fille , Colin ;
pauvre , mais honnête & fans remord. Le
Bailli lui apprend la mort de Colin. Cécile
entendant cette funefte nouvelle ,
tombe évanouie entre les bras de fon père
qui la reconduit à fa maifon. Arrive Jean
Gaud , Meûnier , qui veut parler au père
de Cécile ; il rencontre le Bailli qu'il
ne connoît pas , & à qui il dit beaucoup
de mal de lui - même , parce que le Bailli
laiffe accroire qu'il eft Herpin . Ce Meunier
annonce que Colin l'a fauvé.
ARIETTE.
Ma barque légère
Portoit mes filets ;
L'eau la plus claire
Servoit mes projets.
Soudain un tapage
A faire trembler ,
Au Ciel faifant rage ,
Vient tout ébranler ;
Ma barque s'engage ,
S'échappe en débris ,
L'écho du rivage
Repoufle mes cris.
Colin à la nage
S'unità mon fore ,
AVRIL. 1774 179
Et, malgré l'orage ,
Me conduit à bord.
Il raconte encore que Cécile fera Rofière
malgré le Bailli , & que le Sei
gneur va venir pour lui donner la
rofe . A cette nouvelle , le Bailli renvoie
le Meunier. Il preffe la fête , pour
fruftrer Cécile du prix qui lui eft dû , &
pour difpofer de la rofe avant l'arrivée
du Seigneur . Les Payfans s'affemblent' ,
& travaillent pour les préparatifs aux ordres
du Bailli. Cécile qui n'eft pas encore
défabufée , vient feule , les cheveux
épars , pleurer la perte de fon amant &
de la rofe. Elle eft prête à fuccomber à
fa douleur , lorfque Colin paroît , & ra..
nime fa joie & fes efpérances. La fête
commence ;. le Seigneur n'eft pas venu ,
& le Bailli croit triompher . Cécile s'écrie:
défefpérée :
C'en eft fait, j'ai perdu la roſe.
LE BAILL N
Oui, oui vous la perdez !!
LE SEIGNEUR .
Vous vous trompez , Bailli..
En
même
temps , le Seigneur plai
<
H.vj.
180 MERCURE DE FRANCE.
de la caufe de Cécile devant les vieillards
, & obtient la rofe pour elle ; il y
joint une dot , & le père lui accorde
fon amant pour époux. Herpin , Cécile
& Colin 'demandent grâce pour le Bail
li ; mais lorsqu'il veut fe retirer de la
fête , le Seigneur l'arrête , & lui dit :
Non. le bonheur de l'innocence • ·
Eft le fupplice des méchans .
Vous en ferez témoin... Que la fête commence.
Cette fête fe termine par une ronde
ou romance , par un choeur , & par des
danfes.
La mufique de cette comédie eft agréable
, pleine de goût & d'élégance ; il y a des
chants neufs , variés , d'une fraîcheur délicieuſe
, & d'un effet très piquant . Elle plaît
d'autant plus , que l'on peut en faifir davantage
les fineffes , les détails heureux , les
traits d'analogie & de vérité , fur-tout cette
propriété d'expreffion , ce choix raiſonné
d'harmonie , cet emploi fenti de la mélodie
qui diftinguent chacune des compofitions
de M. Gretry , & qui leur donnent à
toutes des formes fenfibles & du caractère
le plus convenable .
Les Acteurs de cette pièce ont fait
le compliment de clôture , & ont chanté
des airs choifis de différens drames . Les
AVRIL 1774 181
paroles , la mufique & l'exécution ont été
fort applaudies.
ARTS.
GRAVURES.
,
I.
PORTRAIT en médaillon de M. de la
Condamine Chevalier des Ordres dn
Roi , Militaire & Hofpitalier de Notre-
Dame de Mont-Carmel & de S. Lazare
de Jerufalem , l'un des Quarante de l'Académie
Françoife , de celle des Sciences
de Paris , de la Société Royale de Londres
, des Académies de Berlin , Petersbourg
, Bologne , Cortone , Nancy , Secrétaire
honoraire de S. A S. Mgr le Duc
d'Orléans , né en Janvier 1702 , mort
en Février 1774. Ce portrait eft très ref
femblant , & parfaitement gravé d'après
le deffin de M. Cochin. Prix I liv. 4
fols. A Paris , chez Chereau , rue S.
Jacques , aux deux Piliers d'or,
I I.
→
Coftume des anciens Peuples, par M. Dandré
Bardon , profeſſeur de l'Académie
182 MERCURE DE FRANCE.
•
royale de peinture & de fculpture , di
recteur perpétuel de celle de Marſeilley
& membre de l'Académie des belleslettres
, fciences & arts de la même
Ville :
Segniùs irritant animos demiffa per aurem ,
Quàm quæfunt oculis commiſſafidelibus.
Hor. de art. Poet, v . 180.
Seconde partie in - 4° . A Paris , rue
Dauphine , chez Jombert , libraire , &
Cellot , imprimeur..
M. Dandré Bardon , qui a dévoilé le
coftume des Grecs & des Romains dansla
première partie de cet ouvrage , fe propofe
de parcourir dans la feconde les divers
ufages des autres Peuples qui ont
joué des rôles diftingués fur la fcène du
monde. Les Fraëlites tiendront la première
place à titre de Peuple de Dieu.
"L'auteur nous entretiendra enfuite des
cerémonies religieufes de diverfes Nations
barbares , des coftumes de leur pays,
des vêtemens & des armes qui leur font
propres. Cette dernière partie a dû exiger
d'autant plus de recherches, que les hiftoriens
ont fouvent négligé de recueillir les
particularités qui avoient rapport au gou
vernement religieux & civil des Barba
AVRIL. 1774 1-833
res. Le petit nombre d'objets relatifs à
leur coſtume , qui feront raffemblés dans
la dernière partie de cet ouvrage , ne peut
cependant manquer d'intéreffer les artif
tes & de piquer la curiofité des lecteurs
par la variété des formes , le pittorefque.
du point de vue & la fingularité des ufages
que ces objets rappelleront.
Ce cahier du coftume des anciens Peu--
ples qui vient de paroître , forme le premier
de la feconde partie de l'ouvrage &
le feizième de la fuite entière . Ce cahier:
nous fait connoître les ufages religieux
des Ifraëlites. Il eft , ainfi que les précédens
, compofé de douze planches avec
leurs explications . Ces planches offrent
des images du Tabernacle , de l'Arche
fainte , de la Table des Pains de propofition
, du Chandelier d'or à fept branches,.
du Parvis qui renfermoit le Tabernacle ,
de la Piſcine où fe lavoient les Prêtres ,&
de l'Autel des Holocauftes..
II I..
Les Approches de la Guinguette..
Les Amuſemens Espagnols.
Deux petites eftampes deffinées & gra
vées avec beaucoup de foin & de talent
184 MERCURE DE FRANCE.
par M. Marchand, & fe vendent chacune
12 fols. A Paris chez l'Auteur , rue Mazarine
, la feconde porte cochère à droite
en entrant par la rue de Buffy.
MUSIQUE.
I.
XXVII Livre de Guitare , contenant
des airs d'Opéra comique avec des accompagnemens
d'un nouveau goût , des
préludes & des ritournelles par M.
Merchi , oeuvre xxxi . Prix , 7 liv . 4 fols.
A Paris chez l'Auteur , rue S. Thomas
du Louvre , en entrant du côté du Châ .
teau d'eau , près de M. Godin , & aux
adreffes ordinaires de mufique. A Lyon ,
chez M. Caftaud , place de la Comédie.
II.
Duo de deffus & baffe taille à grand orcheftre
, dédié à M. le Marquis de Querrhoënt
, compofé par M. Duquesnoy ,
Prix 1 liv. 16 fols. A Paris chez l'Auteur
, rue de Seve , hôtel de Querrhoënt ,
& aux adreffes ordinaires de mufique.
AVRIL. 1774. 185
I I I.
Premier Livre de pièces de clavecin , ou
le forte piano , dédié à Madame la Princeffe
de Robecq , compofé par M. Renaut
, maître de clavecin . Prix , 7 liv. 4
fols. A Paris chez l'auteur , rue Gît- lecoeur
, la deuxième porte cochère à gauche
en entrant par le quai , & aux adreſfes
ordinaires de mufique .
I V.
Douze Duo pour deux violoncelles ,
affez faciles pour être exécutés par les
commençans; par M. *** . Prix , 3 liv.
12 fols.
V.
Six Quatuor pour deux violons , alto
& balle , compofés par George Hayden
maître de musique de Sa Majefté le Roi
de Prufe , op. 8. Prix 9 liv.
V I.
Six Quatuor pour deux violons , alto
& baffe , par F. P. Ricci , maître de chapelle
de la cathédrale de Como , op . 8 .
Prix 9 liv.
୨
-
186 MERCURE DE FRANCE.
VIL
Quatre Symphonies pour deux violons,
deux hautbois , deux flûtes ou clarinettes
deux cors , altoviola , & baſſe , compofées
par Charles Diters , op. 17. Prix 9 liv.
VIII.
Deux Symphonies à grand orcheftre; la
première eft pour violons , hautbois on
clarinettes & quatre cors , alto & baſſe ,
par Vannhal , op . 17. Prix 6 liv .
I X.
Six Sonates , ou divertiſſement en trio
pour deux violons & violoncelle , com
pofées par M. Afpolmay , maître de mu
fique de la chambre de S. M. I. l'Empe
reur Jofeph II , op. 4. Prix 9 liv. Ces fix
derniers articles fe vendentà Paris au buteau
d'abonnement mufical , cour de l'ancien
Grand Cerf, rues St Denis & des
Deux-Portes St Sauveur , & aux adreffesordinaires
de mufique. A Lyon , chez Caf
taud , marchand libraire , place de la Comédie.
AVRIL 1774.
VRI
187
ES
COSMOGRAPHIE.
Les libraires de Paris , Saillant & Nyon
rue S. Jean de Beauvais, & la Ve Defaint
rue du Foin. S. Jacq. débitent depuis peu
la Cofmographie univerfelle , phyfique &
aftronomique pour l'étude de tous les âges
de l'Hiftoire , par M. Philippe , des Académies
d'Angers & de Rouen , Cenfeur
Royal , & Profeffeur en Hiftoire . Cet atlas
eft actuellement compofé de foixantedouze
cartes , du plus grand format in
4º , lavées & enluminées à la manière
des Ingénieurs , dans toutes les premières
divifions pour les cartes générales , &
dans toutes les fubdivifions pour les chorographies
particulières des grands Etats.
Outre deux cartes pour les hemifphères
céleftes , feptentrional & méridional , on
trouvera deux feuilles pour les notions
élémentaires de la Cofmographie. La plu
part des nouvelles qui paroiflent , préfentent
les objets de la Géographie hifto
rique ancienne , ce qui facilite la compa
raifon des développemens donnés précé
demment de la Géographie moderne..
188 MERCURE DE FRANCE.
Cet
ouvrage , relié en bafane
, eſt du
prix de 60 liv. Toutes
les feuilles
fe vendent
féparément
, fi l'on veut , au prix
de 20 fols
chacune
. En prenant
les dixfept
cartes
de France
, on les aura ਠ18
fols pièce ; & au même
taux les quatorze
numéros
de l'Allemagne
, mais fans reliure.
Le zèle de M. Philippe , & les lumières
qu'une étude conftante de l'Hiftoire
& de la Géographie lui ont donnés , font
fuffifamment connus. Ils doivent infpirer
au Public la plus grande confiance fur
cette collection utile , néceffaire même à
l'éducation de la Jeunefle.
NOUVELLES SCIARIES.
M. LOMBERT , architecte , géomètre &
mécanicien , à Commerci en Lorraine , inventeur
d'une machine hydraulique qui
fournit , à peu de frais , une grande quantité
d'eau , vient d'adapter prefque le même
moteur à des fcieries qui ont la facilité
de fe démonter pièces par pièces , & de
pouvoir être tranfportées ailément dans
les forêts qui font en exploitation . Cer
artifte ena déjà exécuté une en Lorraine
AVRIL. 1774. 189
qui fcie le plus gros bois avec profit , &
le réduit à tous les échantilous , même au
treillage & à la marqueterie. Sa conftruction
reffemble beaucoup aux fcieries à
eau quant à l'équipage ; mais le moteur
eft le même que celui de fa machine hydraulique.
Le rouet n'a qu'une de ſes parties
alluchonnée ; elle engraine dans des
dentspratiquées dans une pièce de bois placée
verticalement , à laquelle tient le
chaffis qui porte les fcies. Le balencement
d'un long pendule met le rotet en action ,
& celui-ci fait mouvoir la fcie : deux
hommes fuffifent pour cette manoeuvre,
M. Lombert vient encore d'appliquer le
même moteur à des foufflets de forges &
de fourneaux.
Les plus habiles mécaniciens géomè
tres conviennent qu'on peut tirer quelque
avantage du pendule appliqué à une machine
comme moteur ; mais ces avanta
ges nont guère lieu que pour des machines
qui ne demandent pas toute la force
d'un homme pour être mifes en mouvement.
Dans celles au contraire qui exigent
une force fupérieure, le pendule, loin
d'être préférable à d'autres moteurs plus.
pfités , leur eft au contraire inférieur à
plufieurs égards , & fur- tout en ce que fon
190 MERCURE DE FRANCE .
action s'exerçant alternativement en fens
contraire , on perd néceffaitement le degré
de force que produit l'accélération
dans les mouvemens qui fe font toujours
dans la même direction .
Amour d'un Lapin male pour des
Poules.
U
N Particulier a fait imprimer dans les
Papiers publics l'obfervation fuivante :
« Nous avons eu un gros lapin qui s'étoit
tellement attaché à deux poules , qu'il
» ne les quittoit ni la nuit ni le jour. Il
» couchoit au milieu d'elles , & venoit
» dérober à notre table du pain qu'il
alloit enfuite leur partager dans la cour.
Cet animal avoit rongé les plumes de
la queue de ces poules , pour les pouvoir
couvrir plus aifément , ce qu'il a
fait plufieurs fois en préſence de quan
tité de témoins. Après que nous nous
fûmes apperçus qu'il rempliffoit auprès
d'elles la fonction de coq, nous en recueillîmes
huit oeufs , que nous envoyâmes
à une perfonne qui vouloit les
faire couver ; mais malheureufement ,
AVRIL 1774. 191
» ďun côté , ſa cuisinière , qui n'étoit pas
» dans la confidence , en fit le ſoir même
» une omelette , & de l'autre , le Tapin
s'étrangla le lendemain aux barreaux
» d'une porte à claire voie, voulant ten-
»ter de pénétrer dans un jardin. »
Cette forte d'amour contre nature n'eft
point fans exemple. M. de Réaumur l'a
obfervé pareillement entre un lapin &
une poule ; mais ce n'eft que l'effet de la
lubricité exceffive d'un mâle privé de la
jouiffance des femelles de fon efpèce . On
voit fréquemment d'autres animaux , des
chiens, par exemple , & des taureaux ,
chercher à couvrir des animaux d'eſpèces
différentes, & jufqu'à des corps inanimés.
On a fort bien fait de faire une omelette
avec les oeufs de la poule dont il eft ici
queftion ; car il eft certain qu'avec un pareil
coq , ces oeufs ne pouvoient être
qu'inféconds. M. de Buffon a prouvé par
des expériences décifives , que la Nature
a mis des obſtacles infurmontables à la
confufion des espèces , & qu'il ne peut
naître des mulets que de la copulation
d'animaux d'une efpèce fi voifine , qu'à
peine peut- on y obferver quelques différences
fenfibles. Ce feroit donc bien peu
connoître les loix de la Nature, que d'at192
MERCURE
DE FRANCE
.
tendre une progéniture
de l'union de
deux animaux auffi hétérogènes
que le
font les quadrupèdes
& les oifeaux. Sans
cette loi fi fage & fi néceffaire , qui maintient
chaque efpèce d'animal dans un
état permanent
, tout feroit confondu
dans le règne animal. Il n'y autoit depuis
long-temps qu'une feule eſpèce d'animaux
; ce feroit celle des monftres , dont
les formes fe combinant
perpétuellement
de la manière la plus bizarre & la plus
vicieuſe , parviendroient
enfin à rendre
même leur existence impoffible.
ANECDOTES
,
I.
DANS le prologue de la comédie du
Roi de Cocagne , il y a un poëte nommé
la Farinière , dont l'original étoit un
homme très-connu fous le nom du poëte
May ; il avoit fait une trentaine d'ouvrages
tant tragiques que comiques , fans
avoir pu réuffir à en faire un qui pût foutenir
la repréſentation . Il étoit toujours
poudré à blanc. La peinture étoit ſi reffemblante
que le poëte May s'en plaignit
au
AVRIL. 1774. 193
au Lieutenant de Police , mais fans aucun
fuccès . La Thorilliere père , qui repréfentoit
ce rôle , pour appaifer le poëte
May , le conduifit dans un cabaret ; &
pour confommer la réconciliation , lui fit
boire beaucoup de vin de Champagne
qui le mit dans un état à ne plus rien fentir.
On le coucha dans un lit du cabaret ;
on prit fes habits , & la Thorilliere repréfenta
fon rôle avec les propres vête- ·
mens de ce poëte .
I I.
pre- Le Pédant joué de Bergerac eft la
mière repréfentation où l'on ait ofé hafarder
un Payfan avec le jargon de fon
village. C'eft auffi la première comédie
qui ait paru en profe depuis que Hardi &
fes contemporains ont établi un fpectacle
régulier à Paris .
I I I.
A la première repréſentation de la comédie
de Pamela , par M. de la Chauf
fée , quelqu'un demanda à la porte : Comment
va Pamela ? Un mauvais plaifant
répondit : Elle pâme , hélas !
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
MADAME
AVIS.
I.
Penfionnat.
ADAME LEPRINCE , belle - feur & élève de
Mde Leprince de Beaumont , auteur du Magafin
des Enfans , demeurant ci - devant fur le qual de
l'Ecole , demeure à préfent rue Royale place Louis
Quinze , chez M. Lucotte ,maifon à porte cochère.
Elle prend des penfionnaires depuis l'âge de fix
ans jufqu'à douze ; elle leur montre la géographie
, l'hiftoire, la mythologie , la fphère ; de plus
l'écriture & l'orthographe. La pension eft de fept
cent livrés ; elles ont une bonne nourriture. Les
Demoiselles qu'elle a actuellement chez elle , peuvent
faire preuve des foins qu'elle met à les avancer
; elles répéteront non fuperficiellement devant
les perfonnes qui defireront les entendre pour les
convaincre de la vérité de l'énoncé .
Mde Leprince prend des Demoitelles Etrangè
res. Elle en a qui lui font honneur ; elle ne les
quitte point , & eft occupée fans cefle à les inftruire
& à leur former le caractère ; elle a des Demoifelles
de condition , & autres de bonne famille.
Les penfionnaires font dans une maison honnête
, en bon air & à la proximité des promenades.
Elle le charge de les faire inftraire , & de les faire
préparer à la première Communion.
1 I.
Béchique ou Sirop pectoral , en liqueurs.
Le fieur Valade , auteur du Béchiquefouverain
AVRIL. 1774. 195
ou Sirop pectoral , approuvé par brevet du 24
Août 1750 , pour les maladies de poitrine , comme
rhume , toux invétérée , oppreffion , foibleffe
de poitrine & afthme humide , donne avis au Public
que fon Béchique ne fe débite que chez lui ,
afin que les perfonnes qui feront dans le cas d'en
faire ufage puiflent le confulter , comme elles ont
paru le defiter.
Son Béchique , en tant que balfamique , à là
propriété de fondre & d'atténuer les humeurs engorgées
dans le poumon , d'adoucir l'acrimonie
de la lymphe; & comme parfait reftaurant , il rétablit
les forces abattues , rappelle peu - à - peu
l'appétit & le fommeil , produit en un mot des effets
fi rapides , dans les maladies énoncées , qu'une
bouteille , taxée à 6 livres , fcellée de fon cachet
& étiquetée de la main , fuffit pour en faire éprou
ver toute l'efficacité avec fuccès.
Le fieur Valade demeure toujours au Temple ,
dans le bâtinrent neuf, chez le Boulanger , vis-àvis
le Serrurier , au deuxième , Nº . 10 , à Paris . Il
continue le débit de les Liqueurs fines & étran
gères , d'un goût exquis , que d'ailleurs on eft libre
de n'acheter qu'après les avoir goûtées. On
trouve le fieur Valade journellement ; & , en cas
d'abfence , il faudra s'adrefler chez Mde Barilles ,
fabricante de manchons de plumes , la
côté , Nº. 9.
I I I.
porte à
Le véritable Tréfor de la Bouche.
Le fieur Pierre Bocquillon , marchand gantierparfumeur,
à la Providence , à Paris , entre l'Eglife
St Louis de MM. de Ste Catherine & la rue Percée,
1 ij
196 MERCURE DE FRANCE.
vis - à - vis celle des Balets , annonce qu'il a été reçu
à la Commiflion royale de Médecine le 11 Octobre
1773 , & qu'il eft le feul compofiteur de la
liqueur nommée le véritable Tréfor de la Bouche.
Les vertus de fa liqueur font de guérir tous les
maux de dents , tels violens qu'ils puiffent être ;
de de tout venin , chancres , abfcès , &
purger
enfin de préferver la bouche de tour ce qui peut
contribuer à gâter les dents . Cette liqueur a un
goût gracieux à la bouche , rend l'haleine agréable
& douce , conferve les dents quoique gâtées.
L'auteur reçoit tous les jours de nouveaux fuffrages
fur l'excellence de fa liqueur. Il a des bouteilles
à 10 , 5 , 3 liv. & 24 fols . Il donne la
manière de s'en fervir , figuée & paraphée de fa
main , & met fon nom de baptême & de famille
fur les étiquettes & bouchons marqués de fon cachet.
Il a fon tableau à ſa porte , afin de ne point
fe tromper de boutique .
Il vend auffi le taffetas d'Angleterre blanc &
noir , propre pour les coupures & brûlures , approuvé
par la Commiffion royale de Médecine ,
31 Juillet 1773. le
L'auteur prie les perfonnes qui lui feront l'honrreurde
lui écrire , d'affranchir le port des lettres.
I V.
Tapifleries en papiers.
L'invention des Tapifleries en papiers eft d'autant
plus heureufe , qu'en procurant au Public le
moyen de fe meubler très - proprement & à bon
compte , elle devient de jour en jour une branche
de commerce très importante pour le royaume .
chez l'Etranger. Ce qui s'étoit fait dans ce genre
·
AVRIL. 1774. 197
jufqu'à ce jour , n'étoit point forti d'une certaine
mefure de procédés qui en mettoit prefque toutes
les productions au même niveau . Celles qu'une
manufacture dont le magafin eft fitué rue Comtefle
d'Artois, a mis au jour depuis quelque temps,
font d'un genre fi neuf & d'une exécution fi frappante
, qu'on eft obligé de convenir que rien n'eſt
imponible à l'induftrie françoile. Ce n'eft point
les étoffes de la manufacture de Lyon , ni les bel
les rentures des Gobelins , c'eft un genre de mérite
qui foutient la comparaifon de ces productions
admirables ; l'artifte , car l'auteur de ces papiers
en mérite le nom , promet inceffamment au
Public de nouveaux deffins.
Les Etrangers s'adrefleront à Mlle Hemeri ,
chargée de la vente de ces tapifleries , rue Comteffe
d'Artois , au Café d'Apollon , vis - à- vis la
rue Mauconfeil.
V.
Effence de Beauté.
&
ap-
Le fieur Duboft , fergent en charge des Gardes
- de la Ville de Paris , diftillateur & parfumeur, enclos
de St Martin -des Champs , au grand paffage
près la grille , vend l'Effence de Beauté , renommée
tant pour la barbe que pour la peau ,
prouvée tant par la Commiffion royale que par
Jes Communautés des Barbiers de Paris , de Lyon ,
de Marfeille & de Rouen. On trouve auffi cette
ellence à Verſailles , au château , fur le grand efcalier
du Roi ; à St Germain - en -Laye , chez le Sr
François , limonadier , près la paroiffe ; à Sens ,
chez le fieur Chambre , rue du Tripot.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Manière de s'en fervir.
Les Dames mettront une goutte d'effence dans
une cuillerée d'eau pour le laver le vifage le foir
en fe couchant & le matin en fe levant : cela leur
tient le teint frais & empêche le rouge de gâter la
peau ; on en mettra deux gouttes pour les mains.
Pour la barbe verfez quatre gouttes de cette
effence dans une cuillerée d'eau , battez - la avec
un pinceau , & favonnez -vous - en.
Le prix des bouteilles eft de 6 & 3 liv. Il y a
aufli des effais à 1 liv. 4 fols , avec lefquels on
peut faire au moins quatre- vingt barbes . Ön fournira
les pinceaux à ceux qui prendront des bous
teilles de 6 & 3 liv. Il a auflì , pour les voyages ,
des bouteilles doublées de fer blanc , qui coûtent
20 fols de plus.
LETTRE À M , L. , auteur du Mercure,,
M. l'abrégé chronologique de l'hiftoire de
• France du Préfident Hénaut eft un ouvrage d'un
mérite généralement reconnu , & dont on admisera
toujours la précifion , l'ordre & la clarté ;
mais plus la confidération due à cet illuftre écrivain
donne de poids à fes affertions , plus fes
moindres erreurs font d'une dangereufe conféquence.
Un hiftorien ne fauroit mettre trop d'attention
à rapporter les noms propres orthographiés exactement
comme ils doivent l'être ; une ſeule lettre
ajoutée ou retranchée dans un nom - propre , fuffit
pour mettre en contradiction les différens auteurs
qui en ont parlé. Cette contradiction répand tou
AVRIL. 1774. 199
jours de l'incertitude dans l'hiftoire , & fouvent
beaucoup de confufion fur l'origine de certaines
familles très- différentes les unes des autres , dont
le nom cependant eft à peu près le même. Il eft
échappé à M. le Préfident Hénaut une erreur de
cette nature. Dans fon abrégé chronologique de
l'hiftoire de France il donne le nom de Bertrandi
à Jean de Bertrand , qui , fous le règne de François
I & d'Henri II , fut fucceffivement premier
préfident du parlement de Touloufe ; préſident à
mortier & premier préfident du parlement de Paris
; premier garde des fceaux en titre d'office ,
chancelier de France , archevêque de Sens & cardinal
. Il eft prouvé par les provifions des différentes
charges qu'il a occupées , par fes fignarures
très-multipliées dans les régiftres du parlement
de Paris & par le témoignage des meilleurs
auteurs généalogiftes ; ** qu'il a toujours porté le
nom de Bertrand , & que celui de Bertrandı ne
lui a été donné que dans quelques actes latins
dans lefquels il eft auffi appelé Bertrandus , Bertranda,
Bertrandum, felon le fens de la phraſe. ***
* Regiftres du parlement de Paris depuis l'année
1539 jufqu'en 1559.
** Le Père Anfelme , hiftoire des grands Officiers
de la Couronne , première & dernière édition
à l'article Bertrand; les MM. de Ste Marche, Fran
çois Duchaîne , hiſtoire des Chanceliers , à l'article
Bertrand ; Blanchard , hiftoire des Maîtres des
Requêtes , page 287 ; Noguier , hiftoire touloufaine
, édition de 1556 , pag. 171 , &c , & c , & c .
*** Ampliffima eft inter Tolofates Bertrandorum
familia è qua Joannes Tolofa oriundus fuit , &c.
Liv
200 MERCURE DE FRANCE.
Peu de gens font inftruits de toutes ces particularités
, & ceux qui les ignorent pourroient fort
bien confondre la famille du chancelier de Bertrand
en le voyant appelé Bertrandi , avec une
famille de Bertrandi qui eft établie dans le pays
de Comminge , & qui fut anoblie vers l'an 1580.
L'époque de cet anobliflement prouve bien la différence
des deux familles ; mais cette époque n'eſt
pas connue de tout le monde . Le chancelier de
Bertrand , fils de Nicolas de Bertand & de Dame
Jacquette de Sauran * , naquit à Toulouse. It
époufa Dame Françoife de Rivière , dont il eut
un fils & deux filles ; fon fils mourut fans poftérité.
La première de fes filles époula Germain
Gafton de Foix ; la feconde fut mariée à Jean Dillier
, Seigneur de Chantemerle & de Vaupillon.
François de Bertrand , frère aîné du chancelier
quatrième préfident au parlement de Toulouſe ,
feigneur de Moleville , qui époufa en premières
noces Jeanne de Segnier ; & en fecondes noces
Marie de Foix de Carmain , eft celui dont la poftérité
eft perpétuée à Toulouſe , & fubſiſte encore
aujourd'hui.
Hiftoire de Jean Bertrand par Frifon , dans le
Gallia purpuratte , pag. 623 ..... Joanni Ber
trando Tolofano , Senonenfi archiepifcopo , cardinaliprimario,
& c . Epitaphe du cardinal Bertrand,
tirée de l'églife des Auguftins de Venife , où il fut
inhumé en 1560 , & rapportée par le Père Anfelme.
* Procès- verbal des preuves de Malte , dreffées
en 1620 pour François de Bertrand , petit-fils de
François , frère aîné du Chancelier , où le teltament
de Nicolas de Bertrand eft rapporté .
AVRIL. 201
1774.
Comme la littérature embraſle auſſi la connoiffance
de l'hiftoire , j'ai cru , Monfieur, que la
découverte d'une erreur hiftorique étoit faite pour
trouver place dans votre Journal.
Je fuis avec la plus parfaite confidération , &c.
NOUVELLES POLITIQUES.
LA
De Conftantinople , le 22 Janvier 1774.
1.
A mort du Sultan n'a occafionné aucun trouble
, & l'on eft perfuadé que cet événement n'apportera
point de changement aux mefures priles
pour la campagne prochaine.
Quelques inftans avant que de mourir , Muftapha
III fit appeler , auprès de lui , fon frère Abdoul
Hamed ; il le nomma fon fucceffeur , lui
expofa la fituation actuelle de la Turquie & les
projets qu'il avoit formés , foit pour le gouver
nement de l'Empire , foit pour continuer la guer
re , foit enfin pour parvenir à l'ouvrage de la pa
cification . Il lui recommanda , de la manière la
plus tendre & la plus forte , le Sulan Selim , fon
fils unique. Il laifle , de plus , trois filles dont l'atnée
, âgée d'environ quatorze ans , eſt déjà veuve
de deux grands Vifits . Le droit d'aîneffe ne règle
pas chez les Turcs la fucceffion au Trône qui appartient
à tout le SanglOttoman . Les Princes exclus
ne font point immolés à la défiance de l'Enpereur:
ils font feulement furveillés & privés de
femmes dont ils puiffent avoir des enfans .
On fit dernièrement la cérémonie qui répond
en Turquie au Couronnement des Souverains
chez les Chrétiens . Elle conffte à ceindre le Suk-
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
tan proclamé par le Muphti , l'Ulema ( les Gens
de Loi ) & la Milice , du cimeterre d'Ottman ch f
de la race Impériale , qu'on garde dans la mofquée
d'Ayoub. Muſtapha III eft mort dans les
circonftances les plus glorieufes de la guerre qu'il
foutenoit contre la Ruffie. Il laifle à fon frère des
plans de campagne ou des projets de paix tout
dreflés , des armées exercées & des tréfors . Il
avoit fuccédé en 1757 , comme nous l'avons dit ,
à Olman Ibrahim , & celui ci en 1754 à ſon frère
Mahomet V. Ils étoient fils de Muſtapha II , dépofé
en 1730 & remplacé par fon frère Achmet
II , à qui fuccéda par dépofition auffi en 1730 ,
Mahomet V , dont on vient de parler , & qui étoit
né à Belgrade en 1696. Muftapha II & Achmet
III avoient pour père Mahomet IV , & , à ce qu'on
prétend , pour frère puîné Muſtapha Aga , mort
à Bruxelles en 1729 .
De Vienne , les Mars 1774.
L'Académie de Peinture & de Deffin , qui eſt
établie en cette ville depuis quelques années , a
obtenu de Leurs Majeftés Impériales la permiffion
d'expofer , tous les ans , aux yeux du Public,
les ouvrages de fes Membres & de les Elèves ,
ainfi que cela fe pratique dans plufieurs grandes
villes . On lui a affigné pour cet effet la petite falle
de redoute qu'on ouvrit , avant hier , pour la
première fois , & où chacun s'empreffe d'aller voir
des productions nationales , fruits de la protection
particulière que Leurs Majeftés Impériales
aiment à donner aux beaux arts .
De Hambourg , le 14 Février 1774.
Toutes les lettres qu'on reçoit ici de Ruffie ,
n'ont pour objet que la révolte de Pugatschew.
1
AVRIL. 1774. 203
On recherche toutes les particularités de la vie
de cet homme fingulier que fa hardiefe criminelle
a rendu fameux : voici des détails qu'on
nous a écrits de Moſcow. On prétend que ce Cofaque
eft né d'une famille diftinguée de fon pays.
Le fieur Rafoumowski que l'Impératrice Elilabeth
fit Hetman ( général ) des Colaques , fe l'at
tacha , le conduifit à Pétersbourg & le fit recevoir
Page de l'Impératrice. On l'envoya à Berlin pour
Y faire quelques études. Il fervit chez les Pruffiens
dans la dernière guerre. Il fut fait Gentilhomme
du Grand Duc , développa dans cette place fon
efprit de révolte & d'indépendance , & fut , pour
cette raison , éloigné de la Cour, Il voyagea dans
les pays étrangers ; fon inquiétude naturelle ne
lui permit de fe fixer nulle part , il revint en Ruf
fie & fit quelques campagnes contre les Turcs &-
contre les Polonois ; il le retira enfuite dans fa
patrie , où il a fomenté fourdement la rebellion
qu'il vient de faire éclater . On dit que , pour en
impofer à les complices , il leur diftribue les Titres
, les Offices & les Ordres de Chevalerie de
l'Empire. Il décore , dans les déferts où il commande
, des cordons de différens Ordres de Ruffie ,
les chefs de fon armée qui n'ont jamais dû prétendre
à cet honneur. C'est par des moyens de cette
nature & par d'autres fingularités que cet homme
donne à fa révolte un caractère particulier & cherche
à s'attacher davantage ceux qui ont eu le malheur
& la foiblefle de ſe laiffer féduire par fes impoſtures
.
De Warfovie , le 29 Janvier 1774.
La Délégation va continuer fes féances & s'oc
спре des moyens de régler l'adminiftration inté➡
vieure du royaume , afin qu'il ne refte plùs à l'af-
'I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
femblée nationale qu'à confirmer ce qui aura été
conclu & déterminé
On prétend que la Cour de Vienne a réſolu
d'envoyer , dans fes nouvelles acquifitions en Pologne
, fix régimens de Houflards , outre les fix
régimens d'Infanterie & les quatre de Chevaux-
Légers , qu'elle avoit d'abord deftinés pour la garde
de ces Diſtricts
La Délégation s'occupe actuellement de l'affaire
concernant les impôts , & l'on préfume que
le projet de l'accile à établir en Pologne , comme
dans plufieurs pays de l'Europe , fera adopté ,
' quoiqu'on ne foit point d'accord fur les arrangemens
propres à en régler la perception . L'affaire
de l'Ordinacie d'Oftrog eft fufpendue , & il ne paroît
pas qu'on travaille férieufement à conclure .
les articles féparés des Ttraités de partage.
Le 13 de Février , le fieur Janoski , premier
bibliothécaire de la célèbre bibliothèque Zaluski ,
eut l'honneur de remercier le Roi des bontés qu'il
a eues pour lui. Les héritiers du feu Evêque de
Kiovie font tous leurs efforts pour le rendre maîtres
de cette riche collection de livres. Ce Prélat
a laiflé 40 , ooo florins de dettes qu'ils refuſent
d'acquitter , & ils renvoient les créanciers à la
Commiffion qui a pris poffeffion de la bibliothèque
, au nom de la République .
Quelques détachemens de Dragons Pruffiens
font arrivés en cette ville , & doivent fe rendre
en Podolie & dans la Volhynie , pour y acheter des
chevaux.
Le terme du départ des Commiffaites chargés de
régler avec ceux des Puiflances copartageantes les
nouvelles frontières de la Pologne , n'eft point
encore fixé. On croit que cette affaire, avant que
AVRIL. 1774. 205
d'être conclue , éprouvera beaucoup de délais &
de difficultés .
De Dantzick , le 8 Janvier 1774.
Les nouvelles qu'on reçoit ici de l'intérieur de
la Ruffie font fi contradictoires , qu'il eft très - difficile
d'y démêler la vérité . Ce qui paroît certain ,
c'eft que la révolte de Pagatschew , loin d'être
étouffée , s'accroît de jour en jour. Ce rebelle ravage
& défole les provinces par lesquelles il préfume
que le général Bibikow pourroit diriger fa
marche il a déjà pillé & détruit les mines de fer
du gouvernement d'Orenbourg , & il a groffi fon.
parti d'une foule d'habitans ruinés , auxquels il
ne reftoit que ce moyen pour fe procurer des fubfiftances
: il a converti le fiége d'Orenbourg en
blocus , afin d'oppofer de plus grandes forces au
général Rufle ; on craint même qu'il n'ait des
liaifons fecretes avec les Tartares de Cuban.
:
La fituation des affaires de cette ville eft toujours
la même. Le Magiftrat fe flatte cependant
que l'entremile de l'Angleterre & la médiation.
de la Ruffie garantiront le commerce de Dantzick
de la ruine dont il eft menacé ; mais on n'eft pas
fans inquiétude , fur- tout depuis qu'on a répandu
ici la nouvelle que le Miniftre de Sa Majesté Pruffienne
auprès du Roi & de la République de Pologne
, avoit déclaré que ce Monarque n'adopteroit
aucun arrangement relatif au commerce en
général , & fpécialement à celui de la Viftule.
De Stockolm , le 19 Février 1774.
Le Comte Charles Scheffer a remis entre les
mains de la Société Patriotique une fomme de
2000 écus , monnoie de cuivre , qui lui avoit été
envoyée avec un billet écrit en françois & conçu
206 MERCURE DE FRANCE.
"
dans les termes fuivans : « La charité que vous
»exercez eft la récompenſe du travail C'eft la
rappeler à la véritable inftitution ; c'eft faire du
»malheur de quelques-uns la fource du bonheur
public Permettez moi de concourir au fuccès
»de votre bienfaiſance , en lui offrant un tribut
»que je paie volontiers aux vues qui dirigent la
Société Patriotique . Je vous prie de taire mon
»nom. Si la fomme doit être inferite fur un regiftre
, il importe peu qu'on y life de qui elle
29
vient. » La Société Patriotique a cru ne pouvoir
mieux remplir les intentions du donateur qu'en
abandonnant cette fomme à la direction de la
Maifon du Travail établie en cette Ville , & elle
efpère en même temps que cet exemple de libéralité
, donné par un étranger , excitera une noble
émulation , & qu'on s'empreflera à maintenir un
établiffement dont le Public retire les avantages
les plus folides Elle a diftribué différens prix aux
paylans de la Bothnie Occidentale qui le font
adonnés à la culture des pommes de terre. Ces
prix confiftoient en gobelets , en cuillers & en médailles
d'argent Pour en obtenir un , il falloit que
le paylan eût étendu la culture en défrichant une
nouvelle terre.
•
De la Haye , le 11 Mars 1774.
Les alarmes qu'on avoit eues fur les inondations
le font renouvelées depuis quelque temps .
Plusieurs digues ont beaucoup fouffert , & l'on y
a envoyé des infpecteurs & des ouvriers. Trois
cens hommes ont été employés à prévenir les
brèches que l'eau alloit faire à une grande digue
qui fert de rempart vers l'embouchure de la Meufe
à la partie méridionale de la Hollande Le gon
fement du Vahal & celui du lac de Harlem , ons
AVRIL. 1774. 207
alarmé les contrées adjacentes . Ce dernier lac , qui
eft devenu avec le temps une mer intérieure , ne
peut être contenu par des digues & le volume de
fes eaux paroît augmenter tous les jours .
De Pife , le 17 Février 1774-
On vient d'établir en cette Ville , aux frais de
l'Impératrice de Ruffie , un collège pour cent
vingt jeunes gens arrivés du Levant. Ils y feront
habillés , nourris & inftruits dans les fciences ,
arts & métiers. Soixante jeunes filles Grecques
feront également entretenues aux dépens de cette
Princefle , & apprendront à travailler à différens
ouvrages convenables à leur fexe . Le docteur Ce→
far Studiati , médecin , a été nommé dire &eur &
furintendant de ces deux maiſons .
De Venife , le 29 Janvier 1774.
Des lettres de Ragufe portent que quatre navires
Ruffes armés en guerre , & qui croifent entre
Zante & Corfou , inquietent les navires marchands
, & qu'ils les vifitent avec une extrême
rigueur.
De Londres , le 10 Février 1774 .
le
Le 28 du mois dernier , le Vice Roi d'Irlande
fe rendit à la Chambre Haute du Parlement à Dublin
, & donna , en préfence des Communes ,
confentement Royal au Bill pour lever 265 , 00
liv. fterl. par annuités & à celui pour établir pluheurs
droits de timbre en Irlande ; ainfi ces deux
Bills qui ont excité au Parlement d'Irlande des débats
fi vifs & fi longs , font enfin paflés en Loi.
Un particulier arrivé de Bofton , d'où il étoit
parti le 20 Janvier de cette année , aflure que , la
veille de fon départ , on y brûla plufieurs caifles
208 MERCURE DE FRANCE.
de thé vis - à - vis la Douane , en préfence d'une
foule de peuple prodigieufe.
On écrit de la Virginie , qu'en defléchant un
marais dans lequel il y avoit une grande quantité
d'arbres , on apperçut dernièrement deux créatures
à figure humaine , qui prirent auffi - tôt la fuite.
On courut vers elles ; on les atteignit , & leurs
cris firent venir une femme à leurs fecours. Ces
trois Sauvages parurent effrayés , & aucun d'eux
ne put proférer un feul mot dans aucune langue.
D'après les recherches faites dans le pays , quelques
perfonnes fe rappelèrent qu'un pauvre homme
des environs avoit difparu avec la femme depuis
un certain nombre d'années , & l'on fuppo fe
qu'ils s'étoient retirés dans ce marais , au milieu
duquel fe trouvoit un petit mont où ils avoient
vécu , & avoient eu deux enfans . L'homme étant
mort , la femme avoit perdu infenfiblement l'ufage
de parler , parce qu'elle n'avoit perfonne avec
qui elle pût s'entretenir , & les enfans (ont restés
muets. On n'a négligé aucuns moyens pour leur
apprendre à parler ; mais ils n'avoient fait que
très -peu de progrès au départ des dernières lettres
.
De Paris , le 21 Mars 1774.
Le 16 de ce mois , le fieur de Sartine , confeiller
d'état & lieutenant général de police , pofa la
première pierre de la nouvelle Halle aux veaux ,
élevée fur les deffins du fieur le Noir , architecte,
& exécutée par le fieur le Foulon , expert entrepreneur
, dans le marais qui appartenoit ci - devant
aux Bernardins , près le quai de la Tournelle. Ce
magiftrat fut reçu par les propriétaires du marché
& complimenté par l'un d'eux. Le Public, qui étoit
accouru en foule , marqua la plus grande fatis
AVRIL. 1774. 2090
faction d'un établiſſement qu'on defiroit depuis
long- temps , & que Sa Majeſté , après en avoir reconnu
la néceffité & les avantages , a autoriſé par
lettres - patentes.
NOMINATIONS.
Le ficur de Boynes , fecrétaire d'état au dépar
tement de la Marine , entra , le 20 Février , au
Confeil d'état , en qualité de Miniftre.
de
Le Roi a accordé au Marquis de Conflans , maréchal
de camp , colonel d'une Légion , le gouver
nement du Neuf Brifac , vacant par la mort da
Maréchal d'Armentières , à la charge d'une penfion
de 6000 liv. fur les appointemens de ce gou.
vernement , en faveur de la Maréchale d'Armentières.
S. M. a donné à Monfeigneur le Comte de
Provence le régiment de Dragons , vacant par la
mort du Chevalier de Montecler ; Elle a accordé
au Comte de la Chaftre - Nancay , colonel en fecond
du régiment Royal des Vaifleaux , la charge"
Meftre - de - camp- lieutenant ; au Marquis de
la Roche - Aymon , colonel du régiment provincial
de Périgueux , celle de Meftre - de - camplieutenant
du régiment Royal - Nayarre , vacante .
par la démiffion du Marquis de Damas ; au Mar
quis du Chilleau , major du régiment d'infanterie
de la Sarre avec rang de colonel , celle de co- .
lonel du régiment provincial à Périgueux , & au
Duc de Lauzun , capitaine - commandant de la
compagnie Colonelle du régiment de fes Gardes-
Françoifes , celle de colonel de la Legion Royale ,
vacante par la démiſſion du Comte de Coigny.
Le Roi a accordé les Entrées de fa Chambre au
Comte de Chaftellux , Chevalier d'Honneur en
furvivance de Madame Victoire,
210 MERCURE DE FRANCE.
PRESENTATIONS.
Le 22 Février , le Prince Héréditaire de Heffe-
Rheinsfeldt-Rottenbourg fut préfenté au Roi &
à la Famille Royale.
Les Députés des Bureaux des Finances de Riom
& de Limoges ont eu l'honneur d'être préſentés à
Monteigneur le Comte d'Artois , & de le remer
cier de ce qu'il a bien voulu leur attribuer la connoiffance
des Matières féodales de fon apanage.
Le Geur Villaguet , premier Préfident , porta la
parole pour la Ville de Riom , & le fieur Durand
de la Couture , pour celle de Limoges.
Le Comtede Priego , Colonel des Gardes- Wallones
& Grand d'Espagne , a été préfenté au Roi
& à la Famille royale.
La Comtefle Louife d'Helmftatt a eu l'honneur.
d'être préfentée au Roi par la Comteſſe d'Helmftatt
.
MARTAGES.
Le Roi & la Famille royale ont figné le contrat
de mariage du Comte d'Helmftatt , avec Demoifelle
de Broglie.
Le Roi & la Famille royale ont figné le contrat
de mariage du Comte de Guebrian avec Demoifelle
de Boneuil , ainfi que celui du Comte de
Chafteigner , meftre- de-camp de cavalerie , avec
Demoiſelle de Traifnel.
·
Le 12 Février , on célébra à Drefde le mariage.
du Prince Charles Augufte Comte Palatin de
Deux Ponts , avec la Princeffe Amélie , foeur de
l'Electeur de Saxe. La Princefle avoit fait , la veil
le , les renonciations ufitées dans la Maifon de
#
AVRIL 1774. 211
Saxe. Le Prince Charles- Augufte , fils du feu Prin
ce Frederic & neveu du Duc Régnant de Deux-
Ponts , eft né le 24 Octobre 1746 , & la Princefle
Marie- Amélie de Saxe , fille du feu Electeur Fréderic
Chriſtian & de Marie- Antoinette de Bavière,
eft née le 26 Septembre 1757.
Le Roi & la Famille royale ont figné le contrat
de Mariage du Marquis de Vallan avec Dlle de
Quehillac, ainfi que celui du Comte de Dudrénucq
avec Dile de Champolcon.
NAISSANCES.
La femme du Sr Hennequin , confifeur à Metz ,
y accoucha , le 20 Février , de trois garçons qui
le portent bien , ainfi que leur mère.
La Princefle époufe du Stathouder- Général des
Provinces Unies accoucha , le 15 Février , d'un
garçon.
La nommée Anne Bailly , femme de Pierre l'Ef
pagnier , laboureur à Corgoloin , baillage de
Nuits , accoucha , le 15 Février , dans le quatriè
me mois de fa groflefle , de quatre enfans mâles ,
dout trois ont vécu aflez de temps pour recevoir
le baptême.
Marie Bigant , femme d'Etienne Dardinier
vigneron à Houdreville près Vézelize , en Lor
raine , accoucha , le 7 Février , de trois enfans
qui vécurent vingt - quatre heures ; elle jouit àpréfent
d'une bonne fanté.
La Reine d'Angleterre accoucha , hier , d'un
Prince qui eft le dixième enfant de Sa Majefté ..
Elle a eu le bonheur de les conferver tous , &
Elle jouit, ainfi que le Prince nouveau né ,
bonne fanté.
d'une
212 MERCURE DE FRANCE.
MORTS.
Marie - Angelique - Auguftine - Armande d'Aumale
, penfionnaire du Roi , fille de Jacques -An-/
toine Comte d'Aumale , chevalier de l'Ordre royal
& militaire de St Louis , ancien colonel d'infanterie
, époufe de Gabriel - Florent , Marquis de la
Tour de Saint Paulet , eft morte en fon château
d'Auzeville , près Toulouſe, dans la trente- huitième
année de fon âge .
Louis Philippe Potin , Comte du Chefue , eft
mort dans fon château , en Normandie , âgé de,
foixante quatorze ans.
Jacques Clare de Periffac , ancien capitaine de
cavalerie au régiment de Brionne, eft mort à Beaulieu
, en Bas - Limofin , dans la quatre -vingt- fep- ,
tième année de fon âge .
Role Adelaïde- Victoire de Caſtille , épouse du
Marquis d'Hervilly , eft morte au château de l'Echelle
près Guife .
La nommée Catherine Bazille , veuve de François
Helene , jardinier , eft morte à Rouen , dans
la cent deuxième année de fon âge .
Le nommé Barthelemi Efpenan , de la paroiſſe
de Ganflan , vallée de Magnoac , y eft mort der-.
nièrement. On n'a point trouvé fon extrait baptiftaire
dans les regiftres de la paroiffe ; mais on
lit dans celui de 1670 , qu'il affifta à une bénédiction
nuptiale , époque dont le fouvenir ne lui avoit
point échappé , ainfi qu'il l'a afluré avant la mort
au Curé du lieu , ce qui fait préfumer qu'il étoit
âgé de cent- dix-fept ans.
AVRIL. 1774. 213
Marie Thérele Defmier , des Comtes d'Olbreufe
, eft morte à l'Abbaye royale de Notre- Dame
de Soiffons , dans la vingt feptième année de fon
âge .
René-François de Biandos , Marquis de Caſteja ,
Seigneur de Courouges , ancien capitaine au régiment
de Bourbonnois , infanterie , chevalier de
l'Ordre royal & militaire de St Louis , commandant
à Marienbourg , eft mort à Marienbourg ,
âgé de foixante-neuf ans .
·
Jean Elzeart de Ripert de Monclar , Prêtre ,
licencié en théologie de Paris , de la Maiſon &
Société royale de Navarre , vicaire - général &
grand archidiacre d'Orléans , abbé commendataire
des Abbayes royales d'Ivri , Ordre de faint
Benoît , congrégation de St Maur , diocèse d'Evreux,
& de St Allyre , même Ordre & même
congrégation , diocèle de Clermont en Auvergne,
cft mort à Paris , dans la quarante- cinquième année
de fon âge.
LOTERIES.
Le cent cinquante - huitième tirage de la Loterie
de l'hôtel - de - ville s'eft fait , le 25 Février ,
en la manière accoutumée . Le lot de cinquante
mille liv. eft échu au No. 1618. Celui de vingt
mille livres au N°. 5267 & les deux de dix
mille , aux numéros 6954 & 15982.
Le tirage de la loterie de l'Ecole royale militaire
s'eft fait le Mars . Les numéros fortis de la roue
de fortune , font 73 , 85 , 9 , 33 , 68. Le prochain
tirage le fera le 6 Avril.
214
MERCURE
DE FRANCE.
PIECES
TABLE.
IECES FUGITIVES en vers & en profe , pages
Ode , tirée du Pleaume 50 ,
Imitation de la première ode d'Horace ,
Vers à M. le Maréchal Duc de Briflac , à l'occafion
de la convalescence ,
Vers pour le portrait de Mde la Dauphine ,
Rolamire , anecdote morale ,
Lettre de M. de la Harpe à M. Lacombe ,
La Fontaine de Vaucluse ,
Epître ,
Vers à Mde Laruette , qui a quitté le théâtre
pour fix mois , par ordre de fon médecin ,
Madrigal ,
La Laitière & le Chat , fable ,
Dialogue entre Tibère & Antonia ,
Idylle de Gefner , traduite en vers françois ,
La Noifette , allégorie ,
Les deux Rofes , fable ,
ibid.
8.
ΤΟ
II
12
23
25
28
33
34
ibid.
35
45
48
49
Epître d'Ariane à Théfée , imitation d'Ovide , so
La Coquette démalquée ,
Portrait d'Adelaïde ,
57
ibid.
59.
Réponte de Mlle T. aux vers qui lui font
adreflés dans le Mercure de Mars 1774 ,
Explication des Enigmes & Logogryphes , ibid.
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
Romance ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
60
63
67
69
L'Hygieine , ou l'art de conferver la fanté , ibid.
Lettre fur l'art d'écrite ,
81
AVRIL 215 1774.
Queftions de Droit , de Jurifprudence , &c.
L'Homme du Monde éclairé ,
Côme de Médicis , grand Duc de Tofcame ,
Minéralogie ,
Supplément à l'hiftoire de l'imprimerie de
Proiper Marchand ,
Théâtre de Sophocle ,
Nouvelles oeuvres de M. de la Fargue ,
82
84
86
92
95
ibid.
97
La Nature confidérée lous les différens alpects , 99
Le Spectareur François ,
Mérinval , drame par M. Darnaud ,
Catalogue des livres de la bibliothèque de
106
112
M. Morand , 121
Journal des Dames , 1.22
De la connoillance & du traitement des Maladies
,
129
Introduction à la Syntaxe latine , 131
Des Caufes du Bonheur public , 133
Recueils de Mémoires & d'obſervations fur
la perfectibilité de l'Homme , 141
Six nouveaux volumes in- 12. de l'hiftoire &
des mémoires de littérature de l'Académie
royale des infcriptions & belles - lettres ,
Ouvrages de M. Bezout , de l'Académie
royale des ſciences ,
Les Voyages de Michel de Montaigne en Ita-
143
144
145
lie ,
Fragmens
de
Tactique
, ou
fix
mémoires
,
ibid
.
Lettre
de M.
Blin
de
Sainmore
à M.
Lacom-
ACADÉMIES , de Dijon ,
be, 146
148
-de Lyon , 151
- de Rouen , 154
SPECTACLES , Concert fpirituel , 158
Opéra ,
159
216 MERCURE DE FRANCE.
Comédie Françoiſe ,
168
Débuts ,
170
Comédie Italienne , 171
ARTS , Gravures 181
Mufique ,
184
Colmographie ,
159
Nouvelles Scieries , 188
Amour d'un Lapin mâle pour des Poules ,
Anecdotes ,
Avis ,
Lettre à M. L. , Auteur du Mercure ,
Nouvelles politiques ,
190
192
194
198
201
Nominations , 209
Préſentations ,
Mariages ,
Naiflances ,
Morts ,
210
ibid
211
212
Loteries ,
213
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Mgr le Chancelier , le AI
premier vol. du Mercure du mois d'Avril 1774 ,
& je n'y ai rien trouvé qui m'ait paru devoir en
empêcher l'impreffion .
A Paris , le 30 Mars 1774.
LOUVEL.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
AVRIL , 1774.
SECOND VOLUME.
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123m
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les paquets & lettres , ainfi que les livres , les eltampes
, les piéces de vers ou de profe , la mufique
, les annonces , avis , obfervations , anecdoies
, événemens finguliers , remarques fur les
fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peut inftruire ou amufer le
Lecteur. On prie auffi de marquer le prix des livres
, eftampes & pièces de mufique.
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
des amateurs des lettres & de ceux qui les
cultivent , ils font invités à concourir à fa perfection
; on recevra avec reconnoiffance ce qu'ils
enverront au Libraire ; on les nommera quand
ils voudront bien le permettre , & leurs travaux ,
utiles au Journal , deviendront même un titre de
préférence pour obtenir des récompenſes fur le
produit du Mercure.
L'abonnement du Mercure à Paris eft de 24 liv.
que l'on paiera d'avance pour feize volumes rendus
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Ille liv des Odes d'Horace , in- 12.
Vie du Dante , & c. in 8°. br.
Mémoirefur la Mufique des Anciens ,
édition in 4°. br.
2 liv,
11. 10 6
nouv.
7 1.
Lettrefur la divifion du Zodiaque , in- 12. 12f
Eloge de Racine avec des notes , par M. de
la Harpe , in- 8 °. br. 11. 10 f,
Fables orientales , par M. Bret , vol. in-
8º. broché ,
3 live
La Henriade de M. de Voltaire , en vers la
tins &françois , 1772 , in- 8°. br. 2.1. 10.f.
Traité du Rakitis , ou l'art de redreſſer les
enfans contrefaits , in - 8 ° . br. avec fig. 41,.
Le Phasma ou l'Apparition , hiftoire gresque
, in- 8°. br. I iaf.
Les Mufes Grecques , in-8°. br. 11.164.
Les Pythiques de Pindare , in- 8 °. br. 5 liv.
Monumens érigés en France à la gloire de
Louis XV , &c. in - fol . avec planches ,
241. rek en carton ,
Mémoires fur les objets les plus importans de
l'Architecture , in- 4°. avec figures, rel. en
carton ,
Les Caractères modernes , 2 vol. br.
12 1,
MERCURE
DE FRANCE.
AVRIL , 1774.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE GENIE , Epure.
REMPLI EMPLI du feu facré dont brûle le Génie
Toi , qu'infpire en naiflant le Dieu de l'harmonie
Digne Elève du Pinde , en tes nouveaux efforts
Aux accens de ma voix , redouble tes transports.
$
* Cette épître étoit destinée à coucourir pour
le prix de l'Académie Françoile en 1773. Elle eft
imprimée ; & fe trouve à Paris , chez la V. d'How
ry, rue St Severin , & Efprit , au Palais royal.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Guidant ton vol rapide aux rives du Permeſſe ,
Sur ces lieux renommés fixe les yeux fans ceffe.
Crains de te ralentir dans ton effor pompeux :
C'est en volant toujours qu'on voit ce Mont fameux
.
Il faut fouvent fortir des traces ordinaires :
On rampe en fe traînant dans les routes vulgai
res.
Ne fuis que la Nature , & , du Beau feul épris ,
Que le charme des vers enlève tes efprits .
Aux fougues du Génie , abandonne con ame :
Que ce fublime élan la ravifle & l'enflainme.
Dans ton ardeur brûlante , invoque les Neuf
Soeurs;
Tout plein de leur ivrefle , on obtient leurs faveurs.
Mais pour te couronner d'une gloire immortelle ,
Fais éclater toujours cette heureufe étincelle .
Hélas ! trop fortuné ,fi, ton guide en ce jour ,
Je m'éclaire moi - même , & m'inftruis à mon tour.
C'eft du ciel que defcend la flamme du Génie .
Tout brille à ce flambeau ; fans lui tout eft fans
vie.
Un ouvrage languit , privé de fa chaleur ;
Sans force , il ne répand que l'ennui dans le coeur.
Mais quand ce feu divin dans fes pages reſpire,
Il agite , il ravit : tout cède à cet empire :
Et ce feu , reproduit fous mille afpects divers
Fait rejaillir foudain les plus brillans éclairs.
AVRIL. 1774. f
Notre esprit enchanté , qu'il frappe & qu'il étónne
,
Aux plus douces erreurs le livre & s'abandonne, 1
Vois l'homme de Génie infpiré par les Cieux;
La fureur qui l'embrafe éclate dans les yeux.
Quel air terrible ! il ſemble être armé du tonnerre
;
Les traits qu'il va lancer vont effrayer la terre
Il veut tout affervir , tout foumettre à les loix :
Les mortels entraînés frémiflent à la voix.
D'un coup d'oeil embraffant les fiècles & les âges ,
De l'avenir encore il perce les nuages ;
Raflemble dans un point tous les êtres divers ,
Et de les fiers regards mefure l'Univers ..
Mais que va- t- il créer , ce Roi de la Nature ?
Il ofe l'affer vir au joug de l'impofture.
Al'inftant du délire , il trace fes tableaux ,
Et leur fait refpirer le feu de fes pinceaux ,
Il va peindre des mers la mafle mugiflante ,
Sur l'empire des eaux la tempête éclatante ;
Et Neptune en courroux , vainqueur du Dieu da
jour ,
De fes flots menaçant le célefte féjour ;
Là les Tyrans des airs , qui , pouflant les nuages ,
Dans leurs flancs déchirés font tonner les orages
,
La foudre qui ferpente , & repand la terreur ;
A i
8 MERCURE DE FRANCE.
Et le Globe ébranlé , dans ces moments d'hor-
}
reur.
Ici plus vivement fes touches enflammées
Expriment les combats & le choc des armées ,
Les glaives des Guerriers brillans de toutes parts ,
Les fureurs , le fracas de Bellonne & de Mars.
Dans fa marche incertaine , il s'élève au fublime ,
Et lelaitle emporter par l'inftin &t qui l'anime.
Le Paylage change : il prend un ton nouveau :
L'aimable Fiction lui remet fon pinceau ,
Et les crayons , guidés d'une main plus lègère ,
Efquiflent des fujets qu'il invente pour plaire.
Il leur prête à fon gré les plus vives couleurs :
Sa Mufe n'aime plus qu'à répandre des fleurs.
Il offre à nos regards le palais de l'Aurore ,
Le temple de Vénus & le jardin de Flore ,
Ou le char du Soleil , ce Dieu de l'Univers ,
Qui , pouflant les Couriers fur la voûte des airs
Difpenfe dans la gloire & la flamme & la vie.
Il peint tous les trésors de la Terre embellie ,
La Nature naillante au fouffle du Zéphir ,
Les filles du Printems qui vont s'épanouir ,
Et l'eflaim des Plaifirs , fur de charmantes rives
Invitant les Sylvains , les Nymphes fugitives.
Il montre le bonheur au ſein d'heureux féjours.
Habités par les Ris , les Grâces , les Amours.
Peintre des paffions qu'il loue ou qu'il con
damne
,
AVRIL. 1774.
Il devient tour-à-tour Michel-Ange ou l'Albane.
En plongeant un oeil sûr dans l'abyme du coeur ,
Pénétrant les replis , fondaar fa profondeur ,
Il voit des chocs affreux , des combats , des ora
ges,
Dans cet autre Océan , entraîner leurs ravages.
Des mêmes paffions il fe remplit alors :
Il brûle de leurs feux , il reflent leurs transports
Des Etres qu'il anime il prend le caractère ,
Frémit ; en trait de flamme il dépeint la colère.
Le coeur plein de regrets , l'oeil humide de pleurs ,
Des amans malheureux il trace les douleurs .
Par la valeur guidé , fur le char de la Gloire
Il conduit un Héros qui vole à la victoire :
Grâces , vous l'infpirez ; dans le plus heureux
jour ,
Il décrit vos attraits & les feux de l'Amour.
Veut- il nous pénétrer des plus fortes images ,
El brûle , & , de la terre abandonnant les plages ,
Semblable à Prométhée , il vole dans les cieux ,
Ravir le feu facré dans le palais des Dieux .
L'enthousiasme alors le preffe & le domine →
Et tous les traits brûlans de fa fureur divine ,
Fortent l'émotion , le trouble dans nos lens ,
Et rempliffent nos coeurs de fes grands fentimens,
Aux fublimes objets louvent l'ame élancée
Puiffe-t- il, en fuivant le vol de fa penſée ,
Dans fon expreffion , au gré de fes andeurs,
A ces Etres donner la vie & les couleurs !
AV
ΤΟ MERCURE DE FRANCE.
Dans fes deffins refpire une heureuſe magie.
Quels grouppes variés ! que d'ame & d'énergie !
Tout frappe , tour enchante en fes portraits divers
,
Et fa touche divine embellit l'Univers .
On le voit réunir les teintes les plus fombres ,
S'il veut nous entraîner dans l'empire des ombres ;
Mais loin des triftes bords , revolant jufqu'aux
cieux ,
Ilverfe le nectar dans la coupe des Dieux.
Un merveilleux touchant , de brillantes images
,
Un coloris flatteur animent fes ouvrages.
Il aime à varier le ton de fes accens ,
A former des accords enchanteurs ou puiffans..
Tantôt, pour donner l'être à d'aimables chimè
res ,
Quittant de forts pinceaux pour des touches légères.
Tantôt c'eft l'aigle altière , au vol audacieux ,
Qui fend les champs de l'air & plane dans les
cieux.
Il nous plaît , il nous frappe , & le Dieu qui l'inf
pire ,
Lui remet à fon choix la trompette ou la lyre.
De (on coeur enflammé partent ces traits divins ,
Qui charment leurs efprits , éclairent les hu
mains.
AVRIL. 1774. II
Dans une longue nuit , près du berceau du
monde ,
pure
Erra de nos ayeux la troupe vagabonde :
Et dans ces temps obfcurs , le Génie inventeur
N'exerçoit point encor fon inſtinct créateur.
Enfin , grâces aux Dieux , fa clarté vive &
Perça le voile épais qui couvroit la Nature.
Il lui donna la vie au feu de fes regards ;
En Souverain du monde y fit régner les Arts ,
Détrôna l'Ignorance , & vint prendre fa place.
Apollon defcendit fur les bords du Parnafle ;
Aux accords de fa lyre attira les neuf Soeurs :
L'Olympe fut fenfible aux concerts de leurs
choeurs.
Les Mortels envioient les honneurs du Permefle.
On admira d'abord les Chantres de la Grèce.
Quand Homère parut , égal au Dieu des vers ,
Ses fublimes accens remplirent l'Univers.
Les peuples étonnés publièrent la gloire :
Il tient le fceptre encore au Temple de Mémoire .
Rome enfin triomphante affermit fa grandeur :
Mais ce fut aux beaux arts qu'elle dut fa fplen
deur.
Plus doux , plus gracieux , plus élégant , Virgile
Porta fon vol moins haut que le chantre d'Achille,
L'un fembloit un torrent : l'autre , paré de fcurs,
A vj
12. MERCURE
DE FRANCE
.
Imitoit dans leurs cours les ruiffeaux enchamteurs.
Sur les rives du Tibre , Ovide fit entendre
D'un luth voluptueux le fon flatteur & tendre..
Harmonicux poëte & peintre ingénieux ,
Horace célébra les Belles & les Dieux .
L'immortel Cicéron , rival de Démosthène ,
Dans Rome rappela l'éloquence d'Athène .
Chez ces Peuples fameux , le Génie adoré
Parvint dans leurs écrits à lon plus haut degré ;.
Mais depuis ces beaux jours , depuis ces temps:
célèbres ,
Il fembloit replongé dans d'épaifles ténèbres.
Nos Pères ignorans méconnoifloient fon prix ;
Et les Talens reftoient enbutre à leurs mépris ..
Enfin Louis , des Arts entrouvrant la carrière
Eit rejaillir fur eux l'éclat de fa lumière.
Les, Mufes , qu'enchantoient d'auffi brillans accords
,.
"
Regardèrent la France & vinrent fur ces bords..
Delpréaux , fecondé d'une belle cadence ,
Polifoit avec goût des vers pleins d'élégance.
Ce grand homme , l'honneur du Théâtre Fran
çois.,.
Corneille , avec moins d'art , alloit aur grandss
fuccès ::
Heureux dans ces élans qu'inſpire le Génie ,,
De pouvoir dédaigner les loix de l'harmonic..
AVRIL. 1774. 13
Le Dieu du Centiment , Racine (or· les coeurs
Etablit ton empire , & Melpomène en pleurs ,
Afa voix , de l'Amour déployant tous les charmes
,
Touchoit & répandoit les plus vives alarmes.
Savant peintre des moeurs , habile en fes deffins,
Molière faififloit les travers des humains.
La Fontaine , infpiré par la feule Nature ,
En badinant , du vrai crayonnoit la peinture.
D'Horace & de Pindare émale harmonieux ,
Rouleau pouvoit franchir la barrière des Cieux ,
Et peindre du Très - Haut la majefté fuprême :
Dans des ſujets moins grands il s'égayoit luimême.
•
Le tendre Fénelon refpiroit la douceur.
Bofluet eut pour lui la force & la grandeur.
Dans ces Auteurs divins , vois ce mortel encore,
Qui triomphe fans ceffe , & que la France adore ,
Qui , fur le Pande affis , près du Taffe & Milton ,,
Unit en lui Sophocle , Ovide , Anacréon .
Il entafle toujours les lauriers qu'il moiſſonne..
Apollon lui fourit , & toujours le couronne.
Toi qui brûles au nom de ces Chantres fameux,,
Embrace ton génie aux rayons de leur feux .
Si tu veux remporter les palmes de la gloire ,.
Deviens comme eux l'amant des Filles de M
moire :
Ex par eux entraînés vers le facré Vallon ,
14 MERCURE DE FRANCE.
Qu'ils dirigent tes pas aux fentiers d'Apollon,
Charmé de tes tranfports , que le Dieu de la lyre
T'infpire les accès d'un fublime délire !
Plein d'un noble courage , ofant fixer leprix ,
Au Temple des neuf Soeurs vole offrir tes écrits.
Ces arbitres du Goût , les cenfeurs du Parnafle ,
Y peuvent approuver tes chants & ton audace .
Don fuprême des Cieux ! ame des grands Talens
!
Par qui l'homme eft vainqueur des outrages du
Temps ,
O rayon immortel ! ô charme de la vie !
Tu l'égales aux Dieux , ô célefte Génie !
Tu fais , de l'Univers balançant les deftins ,
En maître fubjuguer la foule des humains ;
Mais les Arts enchanteurs , que ta lueur éclaire ,
Pour embellir leurs jours , triomphent fur la
Terre
Pat M. de Vollange.
AVRIL. 1774. TS
LE MUET , Conte dramatique.
ACTEURS.
MERVAIN père.
Mde MERVAIN.
MERVAIN fils .
EMILIE.
Le Docteur L'AгOSÈME.
LA ROSE.
SCÈNE PREMIER E.
MERVAIN , Mde MERVAIN .
MDE. MER VA IN,
VOILA pourtant huit jours , Monfieur .
MERVAIN. Je le fais . Oui , voilà be
huitième jour.
MAD. MERVAIN . Huit grands jours
fans parler.
MERVAIN. Cela vous paroît monftrueux
.
MAD . MERVAIN. Et à vous , Monfieur
?
MERVAIN. Cela me paroît d'une bizarrerie
, d'un entêtement inconcevables.
MAD. MERVAIN. Un entêtement. ?
16
MERCURE
DE
FRANCE
.
Non Monfieur , non c'eft une maladie
affreufe , fuite du chagrin que vous lus
avez caufé.
MERVAIN. Un entêtement , vous disje
, & d'autant plus fingulier ,, qu'il
vous reffembloit un peu , qu'il avoit le
défaut de trop parler , & qu'il paffoit
même pour indifcret. Et en effet , c'eſt
à fon indifcrétion que j'ai dû la décou
verte de fa paflion pour Emilie , pour une
fille dont je hais le père , & dont je me
fuis bien promis de ne jamais faire ma
belle -fille .
MAD. MERVAIN.Vous voilàbien avancé
vous aurez un fils muet. Un fils
muet ! Je ne fais pas ce que je ne préférerois
point à ce malheur ; mais Mon
fieur , votre fang froid fur cet article me
met hors de moi- même . Vous traitez ceci
comme un accident ordinaire ; il femble
qu'on vous dife que votre fils a la migraine...
il eft muet Monfieur...muet...
ce qu'on apelle muet.
MERVAIN. Et vous voulez me rendre
fourd ?
MAD. MERVAIN. C'eft votre coeur
qui l'eft . Oui vous êtes infenfible au plas
grand , au plus affreux des malheurs . La
douleur où l'a jeté votre défenfe de parler
à Emilie, & fuc-cout d'efpérer jamais
AVRIL. 1774. 17
de l'époufer , a fait fans doute une révolution
fubite d'humeurs , qui aura frappé
fa langue de paralyfie Voyez donc ce
qu'il y a à faire là-deffus ... J'ai fait venir
chaque jour les meilleurs amis , mais il
n'y en a pas qui lui ait arraché un mot ..
Si ce n'étoit que pour vous qu'il fe tût ,
je n'en ferois pas furprife : votre dureté ,
votre avarice lui ont fouvent fermé la
bouche ; mais c'eft pour moi-même , c'eſt
pour tout le monde ... N'y a- t'il donc
point de remède à cela ? & ferai -je la plus
infortunée des mères ?
MERVAIN.Si vous imaginez, ma femme,
que ce foit une maladie , faites le voir á
notre voilin le Docteur , à M. Lapofeine.
J'y confens , mais je ne fais fi la Faculté
a des remèdes pour cela . Le Docteur vous
dira bien en voyant , que votre fils ne
parle point , qu'il eft muet ; c'eft à dire
qu'il en faura autant que le Sganarelle
de Molière ; mais pour le faire parler ,
c'eft une autre affaire . Ecoutez, ına femme:
Vous favez que les grandes querelles de
votre fils & de moi tomboient toujours fur
l'argent , dont je n'étois jamais affez prodigue
envers lui : ch bien , · envoyezle
moi , ma femme , je vous en prie.
MAD. MERVAIN. Ne lui parlez pas
d'Emilie ; vous aggraveriez fon mal .
18 MERCURE DE FRANCE.
pas.
MERVAIN . Soit je n'en parlerai
MAD. MERVAIN . Ah , mon ami ! s'il
dit un mot , faites moi appeler fur le
champ , que je jouiffe du plaifir de l'entendre
.
MERVAIN. Je n'y manquerai pas .
MAD. MERVAIN. De grâce , de la
douceur avec lui , & rendez - moi mon
fils , fi vous le pouvez .
MERVAIN . Eh allez , vous dis je , ję
l'attends. ( Ellefort. )
SCENE I I.
MERVAI N.
MERVAIN. Que diantre imaginer fut
tout ceci ? Une révolution d'humeurs ;
.....une paralyfie .... cela eft incroya
ble... mais huit jours fans avoir proféré
une feule parole , ... avec fa mère qui
le gâte , avec fes meilleurs amis ... avec
fon valet , avec moi ... un étourdi , un
caufeur éternel comune fa mère ... cela
me paffe , mais je le vois .
SCÈNE II I.
MERVAIN père , MERVAIN fils.
MERVAIN père .
MERVAIN p.Eh bien , mon ami , qu'eftAVRIL.
1774 . 19
ce ? Veux-tu toujours défefpérer ta mère
& moi , par un filence opiniâtre ?
Mervain f. falue fon père , le regarde ,
& fe taît .
MERVAIN P. Mon fils ! tu m'effrayes ..
Mervain f. prend la main defon père ,
& la ferre avec tendreffe..
MERVAIN P. , quoi , tu ne nous dira
rien ?
Mervain f. , fáit figne qu'il ne le peut
pas.
MERVAIN p. C'eft une chofe affreufe.
Mais mon fils , écoute moi : je fais que
tu m'as boudé quelquefois de l'épargne que
je mettois à ta dépenfe ; tu m'a pris pour
un avare , & je n'étois qu'un père atten
tif à ne pas donner trop d'alimens à des
goûts toujours dangereux à ton âge ...
Tiens , veux tu que je te donne une preuve
que de ma part ce n'eft point un vil
attachement à l'argent ? ... Vois - tu cette
bourſe : il y a 25 beaux louis d'or dedans.
Les veux tu ?
Mervain f. fait figne qu'oui , & tend
les mains.
p.
MERVAIN Tu entends bien que je
-mets une condition à cela , & que je
compte fur ta reconnoiffance
.
Mervainf. peint la reconnoiffance qu'il
en aura.
20 MERCURE DE FRANCE .
MERVAIN P. Tu acceptes
donc le marché
? Tiens , les voilà ; ils font à toi .
Mervain f. demande par figne , s'ils
font bien à lui.
Oui , oui ... je te les
MERVAIN p. Oui ,
donne.
Mervain f. exige toûjours en pantomime
, quefon père en jure.
MERVAIN p . Oui , foi de père .
Mervain f. embraffe fon père ,
fauve avec la bourſe.
SCÈNE IV.
MERVAIN père .
& ſe
MERVAIN , Mervain ... il fuit à toutes
jambes. Oh ! par bleu , ce n'eft pas là mon
compte pas un mot de remerciement ,
& j'en fuis pour 25 louis ? ... Larofe ,
Larofe!
SCÈNE V.
MERVAIN père , LA ROSE.
LAROSE. Que vous plaît il , Monfieur ?
MERVAIN P. As tu vu paffer mon fils ?
LAROSE. Oui Monfieur , fort vite &
fort gaiement. Qu'a t- il donc ? Il y a huit
jours qu'il n'a eu l'air auffi ouvert.
MERVAIN P. J'ai voulu le faire parler
AVRIL. 1774. 21
; en lui offrant de l'argent ; il n'a pas dic
un mot , & s'eft enfui avec ma bourfe .
LAROSE. C'eft qu'il n'eft pas manchot..
MERVAIN. Je le vois bien ; mais dis
moi : penſes-tu comme ma femme , qu'il
eft véritablement , abfolument muet ?
LAROSE . Ce qu'il y a de certain Mon.
fieur , c'eft qu'il n'a pas prononcé une
fyllabe de toute la femaine. Mais c'eſt
plaifant vous avez fait une tentative de
votre côté ; & moi du mien , j'en voulois
faire une ; mais votre peu de fuccès
m'épouvante.
MERVAIN p. De quoi étoit il queftion
?
LAROSE . Vous vouliez le prendre par l'argent
, & ce n'étoit pas mal imaginé de votre
part ; mais moi je connois un autre foible
, & je voulois en profiter. Monfieur ,
Monfieur , je l'apperçois : ah ! de grâce
laiffez moi avec lui.
MERVAIN P. Allons : fais ce que tu
voudras ; je me retire ; mais dis lui que je
ne prétends pas qu'il garde mon argent
pour rien. I fort. )
SCÈNE VI,
MERVAIN fils , LA ROSE.
LAROSE , Le voilà qui vient à moiǝ
22 MERCURE DE FRANCE.
bon . Nous verrons fi je ne lui ferai pas
prononcer quelques - uns de ces jolis mots
dont il m'honoroit dans fa colère.
Mervain faitfigne à Larofe , qu'il veut
changer d'habit , & qu'il en veut un
brodé..
LAROSE . Monfieur , je n'entends pas.
Autre pantomime de Mervain , pourfe
faire comprendre.
LVROSE . Ah , oui , oui , je comprends
. . . . j'y vais ...
Mervain fe promene fans mot dire , fe
met le doigt fur la bouche , & femble fe recommander
le filence.
LAROSE , ( apportant un habit noir. )
Le voilà , Monfieur.
Mervain les yeux enflammés , le prend
'à la gorge , & lui explique de nouveau
parfignes ce qu'il demande : Larofe fort :
autre pantomime.
·
LAROSE. Que ne le difiez vous plus
clairement ? La voilà voire robe de
chambre .
›
Mervain frappe du pied.
LAROSE. Bon : voilà la machine en
mouvement ; il accouchera peut - être.
Nouvelle explication par fignes , de ce
que Mervain demande. Larofe fort , &
Mervain pendant ce temps- là , cherche des
AVRIL.
23 1774.
yeux dans la chambre , apperçoit une baguette
& la met près de lui.
LAROSE ( apportant l'habit brodé , )
ah ! pour le coup , m'y voilà , je crois .
Mervain fait figne qu'il a bien fait cette
fois de ne pas fe tromper. Il Je fait mettre
cet habit : Larofe fait mille gaucheries , &
dit à part :
Quel diable d'homme ! Comment ! il
ne me dira pas une injure , lui qui en a
le recueil le plus complet?
Mervainfaitfigne qu'il veut écrire : nouvelles
gaucheries affectées de Larofe , même
filence de la part du maître qui écrit enfin.
LAROSE. A propos Monfieur , je viens
de quitter Monfieur votre père , qui eft
très- fâché du petit tour que vous lui avez
fait. Il comptoit fur vos remerciemens :
25 louis valoient bien un petit mot ; on
feroit un difcours académique à moins de
cela .
Mervainfait figne à Larofe de fe taire.
LAROSE . Oh ! Monfieur, cela ne m'eſt
pas fi aifé qu'à vous.
Autre figne de fe taire.
LAROSE . Parbleu , fi tout le monde.
fe taît ici comme vous , cela fera une maifon
fort gaie. Je ne veux pas oublier ce
que je fais ; il faut que je parle.
24
MERCURE
DE FRANCE
.
Mervain fait figne à Larofe de cacheter
fa lettre.
LAROSE (à part .) Ah ! bon : nous verrons
s'il tiendra à celui - ci .
Larofe brûle la lettre en la cachetant.
Mervain prend le bâton , le roffe & s'en va.
LAROSE ( criant . ) Pefte foit du brutal :
encore s'il avoit affaifonné cela de quelques
paroles ! mais point.
SCÈNE VII.
MERVAIN père , LA ROSE,
MERVAIN père.
Eh bien , es-tu venu à bout de le faire
parler ?
LAROSE. Non , de par tous les diables
il n'y a point de mauvais, tour que je ne lui
aie fait , & au lieu de me tenir de ces
difcours cavaliers qui lui étoient ordinaires
, il a pris en filence le bâton que
vous voyez , & m'a rouéde coups .
MERVAIN P. C'eft qu'il n'eft pas manchot
, comme tu difois . Et mon argent ,
lui en as -tu parlé ?
LAROSE . Point de réponſe Monfieur :
oh ! il eft muet comme tous les muets
du férail.
MERVAIN P. Comment : eft - ce que
ma
AVRIL 1774.
25:
ma femme auroit raifon? & qu'une patalyfie
fubite tombée fur fa langue ?
LAROSE , Oh oui , Monfieur c'eſt cela,
à coup fûr ; mais la paralyfie n'a point.
gagné le bras , je vous affuce. 1
·
MERVAIN P. Vois qui eft ce qui
frappe... faut que je fois bien mal- :
Il
heureux ! Je n'ai qu'un fils , & je ne pourrai
me voir revivre dans fes enfans , cat?
perfonne n'en voudra en cet état- là,
LAROSE. Monfieur , c'eft un de vos
voisins ; c'eft M. 1'Aposème qui vient ,
dit-il , de la part de Madame.
MERVAIN P. Faites entrer.
SCÈNE VIII
M. L'APOSEME , M. MERVAIN père
LA ROSE.
M.L'APOSEME Monfieur, Madame Mer
vain m'a fait l'honneur de paffer chez moi,
pour me dire de venir voir M. votre fils ,
qui tour à coup eft devenu muet ,
qu'elle dit.
à ce
MERVAIN P. Ne vous a - t'elle pas conté
auffi ? ....
1
L'APOSEME. Oui Monfieur ,
l'effet d'un violent chagrin.
II. Vo.
que c'étoit
B
26 MERCURE DE FRANCE.
MERVAIN P. Eh ! croyez -vous cela
poffible ?
L'APOSEME. Comment , poffible ? Et n'avez
-vous pas oui dire cent fois que les
grandes paffions font muettes ?
MERVAIN P. Oui , pour un moment ;
mais huit jours , Monfieur.
L'APOSEME. Il faut voir le fujer, Monfieur
, il faut le voir : à la feule infpection
, je vais vous dire ce qui en eſt.
MERVAIN P. Larofe , fais venir mon
fils.
LAROSE , Oui , Monfieur. ( Ilfort. 】
SCÈNE I X.
M. MERVAIN père , M. L'Aroseme.
MERVAIN p. Et fuppofé qu'il foit
la Médecine a - t- elle des femuet
crets ? ...
L'APOSEME ( vivement ) . Si elle en a ?
Voilà un doute bien fingulier ! Eft- il un
mal , un dérangement phyfique quelconque
, devant lequel la Médecine s'ar- rête
?
MERVAIN P. Je fais que c'est l'opinion
de vos Confrères ; mais ....
L'APOSEME. Monfieur , les plaifanteries
fur mon art font un peu ufées , Dieu
AVRIL. 1774 . 27
merci , & la confiance que nous avons
droit d'exiger , ne fe ridiculife plus en
plein Théâtre ; prenez y garde.
MERVAIN. Tout comme il vous plaira
, pourvu que vous faffiez parler mon
fils.
L'APOSEME. Si je le ferai parler ! oh ,
je vous en réponds , quand il n'auroit
parlé de fa vie ...
MERVAIN P. Le voici ...
SCÈNE X.
MERVAIN fils & les mêmes .
L'APOSEME . Oh qu'il a bien les
d'un muet !
pue
yeux
MERVAIN p. Comment eft - ce que
vous voyez cela dans les yeux ?
L'APOSEME . Une fonction interromaltère
toutes les autres : ne vous aije
pas dit que la première infpection ? ..
LAROSE : Oh oui , c'eft vrai au moins ;
il ne regarde pas comme un autre : ce
c'eft la Médecine , pour ouvrir
que
l'efprit ! Je n'avois rien vu de cela .
MERVAIN P. Mon fils , voilà un habile
homme qui vient examiner votre
état , & y apporter du remède .
que
Mervain fait figne que le Docteur n'y
fera rien. Bij
28€ MERCURE DE FRANCE.
L'APOSEME . Tout beau , tour beau !
jeune homme , eft ce que vous êtes auffi
un peu incrédule en médecine ?
Mervain fait figne que oui.
L'APOSEME . Tant pis , Monfieur , tant
pis ; l'on vous guérira auffi de cette maladie-
là. Voyons le bras ... Eh donnez
donc , & ne faites pas l'enfant ... ( il tậte
le pouls. ) La pulfation du mutifme ...,
oui , le vrai pouls d'un muet,
MERVAIN P. Comment le pouls .
L'APOSEME, Tout s'y peint , tout s'y
mefure , pour qui fait y voir & y entendre
vous n'avez donc pas vu ma thèſe
fur le pouls ? ... Il n'y a pas un Docteur
Indien qui en fache plus long que moi
là-dedus ... mais il faut que je confidere
un peu la langue du malade ,
Mervain fils refuſe.
L'APOSEME . Il le faut , jeune homme
il le faut ...
MERVAIN P. Ah ! mon fils , je t'en
conjure.
L'APOSEME . Eh non , mon voiſin ; il
n'y a qu'à le faire attacher.
Mervain fils veut fuir ; le Docteur le
retient. Doucement , s'il vous plaît. Oh ,
vous me montrerez la langue , ou yous
direz pourquoi,
AVRIL. 1774: 29
LAROSE. S'il eft muet , comment vous
lez- vous qu'il vous le dife ?
L'APOSEME ( à Larofe ) . Vous avez raifon
, mon ami . Ce Valet a de la juf
teffe.
LAROSE . Monfieur vous êtes bien
bon .
L'APOSEME . Allons , beau muet, ne vous
faites point tirailler , & faites les chofes
de bonne amitié .
LAROSE . Pardi , je tirerois fort bien
la langue à M. le Docteur.
Mervain fils ..... rit , & montre fa
langue.
&
L'APOSEME. Belle & brillante pour des
yeux ignorans ; mais inflammatoire , engorgée
pour les miens.... voilà qui eſt
clair ... & j'ai juftement ici fur moi une
lancette propre à faire une petite inci
fion dans cette langue pareffeufe.
Mervain s'échappe & s'enfuit.
LAROSE . Oh , notre jeune maître n'ai
me pas la faignée ; je le favois bien.
L'APOSEME. Monfieur , Monfieur ,
voilà une conduite bien légère ; c'est une
rébellion en forme à la médecine : on
n'en agit pas ainfi avec un homme tel
que moi. Que diable , je vous dis de faire
attacher cet homme là , & vous n'en fai
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
tes rien , & vous m'expofez à cet affront
!
MERVAIN p. Monfieur , on lui fera
entendre raifon .
L'APOSEME. La paralyfie a attaqué une
partie du cerveau , auffi bien que la langue.
Adieu , Monfieur; difpofez votre malade
, & rendez - le plus docile , fi vous
voulez que je le revoye. Votre fils eft
muet , & c'eft à moi de le guérir.
SCÉNE X I.
MERVAIN père , LA ROSE.
LAROSE. Le Docteur s'en va mécontent
; car vous avez oublié la petite cérémonie
de le payer.
MERVAIN P. Ah tu as raifon ; mais
il reviendra. Voilà mon fils décidé muer :
cependant , que je fuis malheureux ! II
falloit qu'il aimât prodigieufement cette
Emilie que je lui ai défendu de voir !
LAROSE. Voici Madame .
SCÉNE XII.
Mde MERVAIN , les précédens .
MAD. MERVAIN . Je viens de rencontrer
le Docteur. Eh bien , que vous avois
AVRIL. 1774 31
je dit ? Mervain eft muet inconteftable
ment.
MERVAIN P. Je le fais bien ; j'en fuis défefpéré,
car nous ne pourrons plus le marier .
MAD. MERVAIN. Ce feroit le comble
de l'infortune , fi je ne m'étois pas conduite
comme je l'ai fait . J'ai été voir cette
Emilie que vous refufiez à mon fils . Grâces
, efprit , beauté , talens , c'eft un prodige
, & je ferois étonnée que Mervain
ne l'adorât pas dès qu'il l'a connue . J'ai
fait plus j'ai voulu voir fon père ; vous
le croyez de vos ennemis , il n'en eft rien ;
vous en avez cru de mauvaiſes langues
à ce qu'il m'a dit , & je l'ai trouvé tout difpofé
à faire tout pour vous.
MERVAIN P. Comment ! Il défavoue
...
MAD. MERVAIN. Tout. Laiffez- moi
achever. Je fuis revenue à fa fille , je lui
ai conté notre infortune , elle y a été
fenfible ; &, fi vous le voulez , elle épouſe
votre fils.
LAROSE. Quoi ! tel qu'il eft ? malgré
toutes les paralyfies poffibles ? Voilà une
bien honnête perfonne.
MAD. MERVAIN . Décidez -vous , mon
mari ... Et que favez - vous , fi en lui accordant
ce que vous lui aviez défendu
d'efpérer , vous ne lui cauferez pas une ré-
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
volution contraire à celle qui lui a ôté
la parole ?
MERVAIN p.Oui vous avez raifon : cela
eft très- poffible . Je vous avoue de tout
ma femme ; mais où avez laiffé Emilie.
MAD. MERVAN. Elle eft ici dans la
chambre voifine.
MERVAIN P. Tant mieux ; m'y voilà ré
folu : allons , je facrifie mon petit reffenaimentau
bonheur de mon fils , au vôtre ,
au mien , je confens à tout. Larofe , allez
faire defcendre mon fils : dites - lui qu'il
r'eft pas queſtion de Médecin . ( Lárofe
fort. ) Pour vous , ma femme , laiſſez- moi
an moment effayet fi la bonne nou♣
velle que je vais lui donner , fera quelque
effet.
1
MAD. MERVAIN . Vous ne voulez pas
que j'en fois témoin ?
MERVAIN P. Je vous appellerai avec
Emilie quand il fera temps. Le voici
rentrez vîte .
SCENE XIIL
MERVAIN père , MERVAIN fils.
MERVAIN P. Raffurez - vous , mon filst:
il n'eft pas queſtion du Docteur L'Apo-
Lème , ni d'incifion ; ... au contraire , je
AVRIL. 1774 拿袋
vais vous apprendre une bonne nouvelle
; .. ah ! cela vous émeut...eh bien ,
vous ne devinez pas ?
Mervain fils fait figne que non.
MERVAIN père . Il eft pourtant queftion
d'Emilie .
L'agitation de Mervain f. eft encore
plus grande.
Oui, d'Emilie .....que je ne connoif
fois point , mais que je trouve charmante
Comme vous.
Mervainf. prend les mains defonpère ,
& les baife.
Demandez-moi- la en mariage , & je
vous la donne .
Mervain f. ouvre io fois la bouche , la
referme auffi tôt , & fait figne à fon père
qu'il ne peut la lui demander.
Il faut donc y renoncer ; car affurément ,
une fille comme elle ne s'affociera pas
à un muer..
Mervain fe jette aux pieds de fon père.
Pauvre malheureux ! ah , mon coeur fe
déchire . C'en eft fait , je n'ai plus d'efpérance.
Venez ma femme , venez : dans
notre malheur , nous fommes
trop heureux
qu'Emélie fe condamne à le parta
ger.
By
34
MERCURE DE FRANCE.
SCENE XIV.
Les mêmes , EMILIE , Mde MERVAIN.
MERVAIN P. Rien ne peut réparer fa
perte , ( à Emilie , ) puifque l'offre que
je lui ai faite , de vous accorder à fa
demande , n'a pu lui arracher un feul
mor.
Etonnement de Mervain f. en voyant
Emilie , il tombe aux pieds de fa mère.
MAD. MERVAIN . Trifte infortuné ! tu
vas du moins jouir de l'objet de tes voeux ;
oui , mon fils , Emilie confent à s'unir avec
toi. Que ne lui devras tu point ainſi
nous ?
A
que
EMILIE. Ah Madame ! Gi vous faviez
ce que cet himen a de charmes pour moi !
(à Mervain p. ) Mais Monfieur , c'eſt de
votre main , que je veux tenir celle de
Votre fils.
MERVAIN P. Volontiers belle Emilie .
Il met la main de fon fils dans celle d'Emilie.
Soyez heureufe , & comptez fur le
père le plus tendre & le plus reconnoiffant.
EMILIE. Mon bonheur est sûr & le
vôtre auffi Monfieur , & le vôtre , mère
charmante d'un fils à qui je vais ordonmer
de fécher vos larmes. Oui, Mervain ,
AVRIL 1774. 35
oui , je fuis fatisfaite , oui , vous méritez
mon coeur ; oui , vous favez aimer...
parlez.
MERVAIN f. ( avec transport . ) Ah mon
père ! Oh mère adorable ! oh divine Emilie
! vous le favez, fi je fais me ſoumettre
& vous obéir.
LAROSE , miracle !
MAD. MERVAIN. Oh mon fils ! oh moment
délicieux ! Je refpire à peine.
MERVAIN p. Ma fille ! un peu trop
d'art peut-être ....
EMILIE . VOUS Vous trompez,Monfieur ;
ce n'eft point ce dénouement heureux que
J'avois envifagé , en exigeant de vorre
fils qu'il ne parlât que lorsqu'il en recevroit
l'ordre de moi . Je voulois éprouver
fon amour , & fur - tout m'affurer qu'il
favoit fe taire , & dompter un penchant
que je lui foupçonnois à l'indifcrétion . Le
fuccès a paffé mon attente ...
MERVAIN f. Il a comblé la mienne
Emilie je fuis à vous , & j'y fuis pour
la vie ; je n'ai point trop acheté le plus
grand des bonheurs . Mais laiffez moi parler
déformais , pour vous dire fans ceffe
combien je vous adore.
Bvj
36 MERCURE
DE FRANCE
.
EPITRE
à M. le Chevalier Bonnard.
Mon jeune ami ! je ne viens point t'inftruire
ON
"
En l'art des vers , où dès le premier pás.
Avec tranfport ta. Mufe fe fit lire..
Sous l'étendard de ce Dieu qui t'infpire
Je luis au plus au nombre des foldats ;
La Gloire veut qu'on l'aime avec délire ,
Je foupirai , mais je ne brûlai pas.
Javois gardé tous mes feux.
pour Thémites
.
Maistoi , l'amant de la Divinité
A double titre , & l'amant bien traité ,
Remplis ton coeur de flaminés pour la belle ,
Confume -toi , far- tout fois- lui fidèle ;
Que tour à-tour fa main , d'un beau laurier.
Ceigne le front du Chantre & du Guerrier.
A Maillebois ton deftin fut de plaire ;
Geft un préfage heureux pour tes travaux ,,
De nos foldats fa voix fait des héros ;:
Tu le verras quelque jour à la guerre ,
Près de Condé n'avoit plus de rivaux,
Tu marcheras , ami , fous leurs drapeaux ::
En les fuivant que ne peux- tu pas faire?:
AVRIL. 1774. 37
•
Sur l'autre point , jete fais des amis
Qu'en fes projets Apollon t'a choifis ..
Et ce Bertin dont la joyeuſe lève
Décrit fi bien les bachiques concerts ;
Et ce Dorat qui , chaque jour, s'élève ,
Et qui fervit de modèle à tes vers .
Toujours féconde en hommes de génie,
Du leul Buffon notre heureuſe patrie
Peut le vanter ; Buffon en vaut plus d'un
I les vaut tous ; mais de la poëſie
Le luth fe tait ; rends -lui ton harmonie :
Il eft à toi , s'il doit être à quelqu'un.
Ce luth facré perdit fa mélodie
Au même inftant qui nous ravit Piron
Et fous fes doigts rendit le dernier fon..
Si tu le prends , Melpomène ou Thalie
Viendront bientôt s'offrir à tes regards ;
Mais fauve-toi des modernes écarts..
Ton coeur est vrai ; fuis fon heureuſe pente ,
Et ne vas point, traveftiflant nos arts ,
Prendre une voix fauflement éloquente,,
Te propofer de factices vertus ,
Des paffions dont l'excès épouvante ,
Et démentant la Nature conſtante ,
Changer fos tons par un cruel abus.
›
Il est encore un écueil redoutable ,
Bcueil funefte aux beaux éfprits du temps,
38 MERCURE DE FRANCE.
On te dira qu'il fuffit d'être aimable ;
Qu'un vain favoir ne fait que des pédans :
Si tu le crois , tu bornes ta carrière
Au feul plaifir de carefer tes fens.
Eh quoi ! toujours avec des vers galans
Payer le coeur d'une Beauté peu
fière
Qui te paroît fenfible à tes accens ,
Mais qui fe rend à ta fraîcheur première ,
Au doux tribut qu'annonce ton printems ?
Et quand du poids des rapides années
Ton coeur flétri fentira les effets ;
Quand du matin les fleurs feront fanées ,
De ton midi quels feront les fuccès ?
Flore à tes yeux , de fon aîle légère,
Careffera le bouton jeune & frais ;
Tu gémiras : eft- ce un moyen de plaire ?
Flore te laiffe à de triftes
regrets.
Ah mon ami ! Racine à fon aurore
A des Anciens déjà vu les tréſors ;
Il les relit , il les médite encore,
Il n'a point fait d'inutiles efforts.
Racine laifle un nom que l'on adore ,
Lorfque Pradon , écrivain ignorant ,
Des froids rimeurs obtient le dernier rang,
Duflé je ici paffer pour pédagogue ,
A ce propos écoute un apologue
Court fi je puis , utile heureuſement,
AVRIL. 1774. 39
On dit qu'un jour l'orgueilleuſe Science
En fon chemin trouva le Bel - Efprit.
•
Fier des fuccès qu'il eut toujours en France ,
Dit-il un mot , lui-même s'applaudit ;
De cent objets prend la fuperficie
En un moment , & croit qu'il ſe varie ,
Qu'il eft profond & fait pour tout charmer.
Il croyoit vrai. Notre Beauté Romaine
Le trouve aimable & finit par l'aimer.
Or voilà donc le petit- maître en scène ;
Comme Français il fait , tendre & coquet ,
Saifir l'inftant ; l'aventure lui plaît
Tant & fibien que la bonne Lucine
Eft appelée , & vient à la fourdine ,
Après neuf mois , faire le dénouement.
Quel fruit heureux d'une union fi belle !
Lui feul pourroit fe peindre dignement.
Un feu rapide en fes yeux étincelle ,
Ce qu'en fon fein la Nature recelle
N'a rien d'obſcur pour fon entendement.
Tout ce qu'il peint , il le peint d'après elle.
Ici l'Albane , & , quand il veut , Apelle ;
Il réunit la force à l'agrément :
D'un demi-Dieu c'eſt l'image fidele.
De fon front part un célefte rayon :
Tout garantit la durée éternelle
Qu'auront les jours ; le Génie cft fon nom.
Cher Chevalier , ma fable te plaît- elle i
40 MERCURE DE FRANCE.
Au bel Efprit réunis le ſavoir ,
Et tes écrits , ( j'en ai le dour espoir )
Scront payés d'une vie immortelle .
Lorsqu'arrivant aux bords de l'Armançon
Tu reverras l'Emule de Buffon ,
Ce Pline aimabte en qui de la fcience ,
Depuis long- temps tous les tréfors ouverts
N'ont pu ravir ni la mâle éloquence ,
Ni l'agrément , ni le don des bons vers ,
Guenault enfin , ami fûr & fidèle :
Dans le tranfport qui viendra te faifit ,
Tu t'écrietas : oui , voilà mon modèle ,
Etj'avouerai qu'on ne peut mieux choifir.
Par M B....
EPITRE fur la Fontaine de Vauclufe.
A Madame de ** , qui en avoit demandé
la defcription , & qui appelle
L'auteurfon Pétrarque..
JE les ai vus , ces lieux charmans ,
Ou d'une languiflante ivrefle
Rivière qui paffe à Semur en Auxois.
envoyé
2 Cette épître a été imprimée en province avec
beaucoup de fautes ; l'auteur nous en
une copie qui eft la feule qu'il avoue..
AVRIL. 1774.
Le plus fidèle des amans *
Séchoit aux pieds de fa maîtreffe.
Avec les vers fi langoureux
Ah ! qu'il étoit fortement tendre !
Que j'aime à le voir malheureux !
Il parloit toujours de fes feux
Et ne favoit rien entreprendre.
Car eût-elle le coeur de fer
Cette Laure fi difficile ,
Aforce enfin de le chauffer
Le fer doit devenir ductile.
Qui ? moi! que j'aille déformais ,
La lyre en main , ſuivre vos traces
Et ,fans en obtenir jamais ,
Célébrer fans cefle vos grâces ?
Vos yeux pour moi n'ont plus d'appas
S'il n'ont jamais rien à me dire.
Que me fait votre fin ſourire
Quand vous ne me ſouriez pas ?
Votre bouche eft plus fraiche encore .
Et plus vermeille qu'une Acur
A l'inftant qu'elle vient d'éclore.
Mais cet éclat , cette fraîcheur ..!
Ah ! fous une image infidelle
L'art bienfouvent peut fe cacher.
* Pétrarque eut toujours à effuyer les rigueurs
de la belle Laure , qui fut une vertueufe Demoifelle
, à ce que dit l'hiſtoire..
42 MERCURE DE FRANCE:
Puis-je la croire naturelle
Tant qu'on me défend d'y toucher ?
Par-tout on vous trouve divine.
Vit-on de figure plus fine ?
Oui , Vénus étoit faite ainfi .
Mais , hélas ! en revanche auffi,
A- t-on vu d'humeur plus chagrine ?
Vous boudez lorſque je badine.
Vous riez quand j'ai du ſouci.
Je vais là ; venez donc ici .
Par fois avec vous je promènes
Si je marche légèrement.
-
Mais , vous allez à perdre haleine;
Je vais alors plus doucement.
Mais , Monfieur, faut- il qu'on vous traîne ?
Ce livre eft écrit joliment.
Mais il eft horrible , affomant ;
Il vous a donné la migraine.
Oh le caractère charmant !
A me contrarier fans cefle
Vous mettez vos foins les plus doux ,
Et vous feule auriez ma tendrefle !
Hortence ! Hortence , y penfez- vous ?
L'Amour de flèches moins cruelles
Aujourd'hui remplit fon carquois,
On ne voit plus comme autrefois
Les amans , triftement fidèles ,
Aller des rigueurs de leurs belles
Itourdir les échos des bois.
AVRIL. 43 1774.
Mais un poëte , aimable Hortence ,
Volant à l'immortalité ,
D'un trait dont fa Mufe s'élance ,
Poufle le char de la Beauté.
Quelle gloire feroit la vôtre
Si dans les fiècles à venir
On s'entretenoit du plaifir
Que vous aurez fait dans le nôtre !
Vous le pouvez , & feulement ,
Commencez d'être moins cruelle ...
Enfin eft-il rien qu'une Belle
Doive payer plus chèrement
Que le plaifir d'être immortelle ?
Mais c'eft aflez papilloner.
Prends res peinceaux , volage Muſe ,
Et fur les rives de Vauclufe
Vole pour nous les crayonner.
Au fein d'une fertile plaine
L'Ifle voit des monts fourcilleux *
S'étendre , & , repliant leur chaîne ,
Former un vallon ténébreux :
Là , des flancs d'une grotte obfcure ,
Roulant fur des rochers affreux ,
Une fource abondante & pure
* Lifle , petite ville du Comtat , à une lieue de
Vauclufe. Ses dehors font fi agréables , qu'on croit
y voir réalifées toutes les fictions des Poëtes fur les
beautés de la Nature.
44
MERCURE DE FRANCE .
Fait bondir les flots écumeux ,
Avec un effrayant murmure.
On croiroic qu'au ſéjour des morts
Brilant l'urne qui le reflerre
Par les entrailles de la terre **
Le Styx arrive fur ces bords.
Déjà fous deux arches antiques
Le cours impétueux de l'eau
Se brife, & d'un petiť hameau
Mouille en grondant les murs gothiques ;
Puis dans de fouterrains canaux
Tournant un cylindre rapide
Avec des coups toujours égaux **
D'un affreux amas de lambeaux
Forme une matière liquide.
L'habitant de ces triftes lieux
Vit dans l'obfcurité profondes
Sans lancer un rayon fureux
Le foleil fait le tour du monde.
Non loin fe préfente à nos yeux
Sur un rocher inaceffible
Le débris du château fameux
De ce Pérrarque fi fenfible.
Par un heureux enchantement
*On a toujours tenté inutilement de connoître
la profondeur de la Fontaine de Vauclufe ; & elle
fort avec tant d'abondance , qu'elle porte batteau
même à fa fource .
** La papeterie.
AVRIL 45. 1774.
On croit encor voir fon ombre
Chercher fur ce rivage ſombre
L'objet cruel de fon tourment.
Des forêts l'effrayant ombrage ,
Le repaire le plus fauvage
Peut fervir d'afyle aux amours.
Dans ces lieux tout nous fait entendre
Que pour un coeur fidèle & tendre
Il n'est jamais d'affreux léjours.
Mais déjà les ondes tranquilles
Peignent les cieux dans leur criftal ,
Déjà les bateliers agiles
Vont en chantant fur le canal ;
Puis d'une rame parefleule
Conduifant leurs petits bateaux
Dans la retraite limoneufe
Vont troubler l'habitant des eaux.
Les plaines que le Nil féconde ,
De Tempé les bords enchantés
Sont l'image de ceux qu'inonde
Lecours des ces flots argentés .
Mais ma Mufe , toujours diftraite
Par un objet cent fois plus doux
Laiffe là peinceaux & palette
Pour ne s'occuper que de vous.
Par M. d'Hermite de Maillanne.
46 MERCURE
DE FRANCE
.
LA BONNE MÈRE.
COMME il dort bien , mon enfant !
Que fon fouffle eft doux ! que fa bouche
eft fraîche ! .... Que je m'estime heureufe
de pouvoir dire : il eft l'enfant de
l'amour conjugal & de la fanté ! . . Il y en
a qui naiffent fouvent auffi avec le germe
d'un poifon mortel ... Ah ! fi mon fils ...
j'irois enfevelir ma honte dans les abymes
, & , pour lui épargner à lui- même
les horreurs d'une vie pénible & ſouffrante
, je le précipiterois avec moi ...
La nature eft tellement dépravée , qu'une
femme peut voir le fruit de fon infidélité ,
fans mourir de douleur & de remords !
O Moncalm ! ...tu es né comme moi ,
d'une famille où la vertu fe tranfmet de
race en race : nous la tranſmettrons à
notre fils avec le fang que nous avons
reçu de nos pères .... Viens mon ami ,
embraffons cet enfant qui fait notre bonheur.
Julie ne favoit pas que Moncalm fût
près d'elle ; il avoit tout entendu . Il l'accabla
de carefles : l'enfant s'éveilla ; il
leur fourit , ils le prirent dans fon ber
AVRIL. 1774. 47
ceau ,le couvrirent de baifers & de larmes.
Ils éprouvèrent en ce moment un plaifir
plus délicieux que tous les plaifirs enfemble
; & ce plaifir , ils le font renaître cent
fois le jour. Rends - le moi , Moncalın
dit Julie , rends-le moi , que je lui donne
à tetter , qu'il vive de la fubfiftance de fa
mère , qu'en fuçant mon lait , fa bouche
innocente porte à mon coeur les plus douces
impreffions de la tendreffe.
Moncalm refta près de Julie , baifa fon
fein , la regarda ...L'Amour voulut pein
dre cette fcène muette ; le pinceau lui
tomba des mains.
Madame la Marquise de Grieu.
Catherine de Paulmier de Vendeuvre ,
fille de Monfieur de Paulmier de Vendeuvre
, Brigadier des Armées du Roi ,
mort en 1701 ou 1702 , naquit en Normandie
en 1680. Sa beauté , fes grâces
& fon efprit ont été célébrés par beaucoup
de Poëtes fes contemporains . Elle
avoit un talent naturel pour la poéfie . A
l'âge de 18 ans , elle obtint le prix de
l'Académie Françoife par un fonnet
à la gloire de Louis XIV. Elle a fait dans
48
MERCURE
DE FRANCE
.
toutes les occafions , des vers de fociété ,
où régnoient fur tout la précifion & la
fineffe. Elle n'a jamais voulu permettre
que les petits ouvrages fuffent donnés au
Public , & les a prefque tous brûlés . A
Pâge de 88 ans , elle fit ces quatre vers
pour M. le Préſident de Mefnières .
Simple dans les difcours , fublime en fes pensées ,
Tant qu'il fut magiftrat , patriote zélé ;
Aujourd'hui , par fon choix , detous foins ifolé
Il jouit des vertus qu'il a tant exercées.
En voici d'autres qu'elle fit quatre ans
après , en envoyant une écritoire à un de
fes amis.
Comment offrir une écritoire ?
Elle tire de vous la gloire.
Si vous daignez vous en ſervir ,
Par elle tracez le modèle
Du bon goût dont le ſouvenir
A grand befoin qu'on le rappelle.
Une voix touchante & légère , les char
mes de la figure , une taille élégante
soutes les grâces de l'efprit réunies à celles
de la jeuneffe , répandirent un gránd éclat
fur fes premières années.
Elle époufa M. le Marquis de Grieu à
30
AVRIL. 1774. 49
30 ans paffés. Des affaires de famille l'appelèrent
dans fes Terres elle y refta
long-temps . En 1752 , elle revint à Pa--
ris avec fon mari . Il mourut en 175 5. Depuis
ce temps , elle a vécu dans la plus
grande retraite , féparée de tout & parfaitement
ignorée. C'eft fous le nom de Mlle
de Vendeuvre , qu'elle a été célébre . M.
l'Abbé de Laporte a parlé d'elle dans fon
hiſtoire des femmes illuftres. Il la croyoit
morte alors. Il dit que les Auteurs de fon
temps l'ont nommée une Grâce pour la figu
re,une Syrène pour la voix , une Mufe pour
l'efprit . On luilut fon article . Le fentiment
qu'elle éprouva à cette lecture , fut vif &
compliqué. La douceur de s'entendre louer
pour le feul intérêt de la vérité , les regrets
du paffé , le trifte retour fur le préfent,
toutes ces idées réunies mouillèrent
fes yeux de quelques larmes . Elle avoit
alors go ans paffès. Elle mourut le 18
Décembre 1773 dans fa 94° année , fans
aucune autre infirmité que l'affoibliffement
des organes , & ayant confervé ,
prefque jufqu'à la fin , tous les agrémens
de fon efprit , les charmes de fa converfation
, & la politeffe la plus ingénieufe.
Une fingularité très remarquable dans far
vie , c'est d'avoir paffé environ 40 ans
de la manière la plus brillante , & plus
C II. Vol.
50
MERCURE DE FRANCE.
de so dans l'obscurité , & enfin dans
l'oubli . Sa vieilleffe a été très - longue :
par jufteffe & par expérience des ufages
du monde , elle l'avoit commencée de
bonne heure . Ses idées fur la vieilleffe ,
des femmes fur-tout , étoient profondes.
& fines; quoi qu'il en foit , on doute que
l'exemple d'une retraite commencée d'auffi
bonne heure , ait beaucoup d'imitateurs ;
& bien des gens , trouvant moins de
reflources en eux- mêmes , penferont peutêtre
que la décence ne fauve pas toujours
de l'ennui .
VERS fur la mort de Mde la Marquife,
de Grieu , habitante de la rue St Louis
au Marais , où elle a fini fes jours dans
fa 97º année.
DEPUIS EPUIS long-temps la Mort cruelle
Sembloit refpecter l'étincelle
Qui reftoit à Grieu de fes beaux jours paffés :
Sous la glace des ans étoient encor tracés
Les traits charmans dont la Nature
Avoit décoré fa figure .
Elprit , vertu, goût , mémoire & talens ,
Ges dons , qu'à ſon berceau jadis on vit éclore ,
AVRIL. 1774. SI
En la faveur avoient trompé le Temps,
Et fon hiver ne paroilloit encore
Qu'être la fin de fon printems.
ENVOI
A M. Fumé, docteur en médecine .
O toi docteur aimable , & miniſtre de vie ,
Qui de celle de mon amie
Au dix - neuvième luftre as fu porter le cours ,
Que ne peut de ton art la fublime induſtrie
Avec ta gloire éternifer tes jours !
Echantillon des Poëfies compofées par
Madame de Grieu.
Bouquet à Madame de Vendeuvre.
QUE
Uz ce beau jour eft en gros caractère
Sur l'agenda de mes tendres amours !
Songez y bien , Mufe , c'eft pour ma mère ;
Ne négligez aucun de vos atours.
Depuis vingt ans , avec votre ſecours ,
Dans mes bolquets , des riens ont fu lui plaire.
Montrez encore , en variant vos tours ,
Que ce beau jour eft en gros caractère
Sur l'agenda de mes tendres amours,
Cij
MERCURE DE FRANCE.
ESSAI d'un jeune homme de province ,
fur la bonté généreufe que Madame la
Dauphine a fait paroître au village
d'Achères. A M. L **
O TOI que j'aime fans connoître ,
Et dont j'eftime le talent,
Je te fais mon remerciement
Pour une précieuſe lettre
Que le Public reconnoiflant
Dans ton Mercure a vu paroître ,
Et fûr de ton difcernement ,
Juge moi ; je te rends le maître
D'un transport françois qui me prend.
Je fuis fans doute un téméraire :
Je voulois mourir inconnu,
Affuré de ne pouvoir plaire : -
Mais aux charmes de la vertu ,
Ma mufe ne fait plus le taire.
Je m'égare fur l'Hélicon ...
Quelle puiflance infurmontable
S'empare de mon timpanon !
J'ofe célébrer l'action
Qu'a fait pour une miférable
L'augufte épouse de Bourbon.
Uncri perçant le fait entendre ;
Soudain fon char eft arrêté ...
AVRIL. 1774.
53
Le cri redouble , & fon coeur tendre ,
Dans un élan précipité ,
Vole au devant de l'infortune :
Combien d'objets intéreflans
Dans cette fcène peu commune !
A mon ame ils font tous préfens.
Je vois dans des miroirs frappans
Le digne époux de l'héroïne ,
Notre bon père , & fes enfans
De l'incomparable Dauphine
Partager tous les fentimens ;
Je les vois tous dans les allarmes ,
Répandre l'or fur le malheur.
Ce n'eft point affez : & des larmes
Peignent la bonté de leur coeur.
Heureux François ... dans la mémoire
Que vous laiflez à vos neveux ,
Sur le marbre gravez l'hiftoite
D'un trait fi grand , figénéreux..
Pour moi dans mon canton ſauvage ,
Trifte féjour des aquilons ,
Où nous plaçons, malgré l'orage ,
Sous les débris de nos maifons
Tout ce qui peut offrir l'image
Du zèle qu'on doit aux Bourbons ,
Lorfque je raconte au village
Ce beau trait que nous admirons ,
J'apperçois en pleurant de joie
Jufqu'à nos moindres nourions
C iij
54
MERCURE DE FRANCE.
Dont l'amour pour nos Rois déploie
Les plus vives affections.
Oui , les miens dans leur foible aurore
Me montrent déjà le defir
Qu'ilont de vaincre , ou de mourir
Sous les héros qui vont éclorre
Du beau fang qui vient de s'unir.
O France heureufe ! O ma patrie !
Rejouis toi . Ces noeuds brillans
Bientôt vont donner à la vie
Les plus illuftres defcendans.
Le Dieu dont le pouvoir immenfe
Règne dans le coeur de nos Rois ,
Ce grand Dieu dont la providence
De notre dauphine a fait choix ,
N'accorde point dans fa fagefle
Tant de vertus fans fes faveurs :
Louis obtint cette Princeffe;
Elle aura mille fucceffeurs .
EPITRE à M. le Chevalier Defezgaulx
qui me preffoit de cultiver la poefie .
EST-- CCEE toi , Defezgaulx , qui me forges des
fers ?
Qui veux que déformais je ne parle qu'en vers ?
As- tu prévu les maux dont tu peux être cauſe ?
* St Louis.
-AVRIL. 1774. 55
Connois- tu le fardeau qu'en rimant je m'impoſe ?
Vois l'effronté railleur envenimant les dards ,
Sans nul ménagement me lancer des brocards :
Vois Cléon , vois Damis , vois le pédant Aubrate ,
En parcourant mes vers , s'épanouir la rate :
Ce début , dit l'un d'eux , eft à prétention ;
Mon ami , dit un autre , ah ! quelle inverfion !
Ce morceau ne vaut rien ; mais cette phraſe eſt
louche !
Si tu connois l'auteur , dis lui qu'il y retouche ,
Et que dorénavant, châtiant mieux les vers ,
Il n'apprête pas tant à rire à l'Univers .
Continuons. Pas mal : cette idée est jolie ,
Dit le plaisant Damon , mais elle eſt recrépie.
Enfin tout calcul fait , & d'un commun aveu ,
L'épître eft dechirée & condamnée au feu.
De mes productions tel feroit le falaire ;
Du médiocre auteur c'eft le fort ordinaire :
Il n'appartient qu'à ceux qui reçurent des Cieux
L'heureux 'don de parler le langage des Dieux ,
D'éclairer le Public , de graver pour la gloire ,
D'être les favoris des filles de Mémoire.
Pour moi , qui n'eus du Ciel qu'un coeur compatiffant
,
Si je puis fecourir le mérite indigent ;
Si des infortunés j'adoucis la misère ;
Si le pauvre orphelin en moi retrouve un père ,
Et que dans le recoin où l'Eternel m'a mis ,
Je fois affez heureux pour fervir mes amis :
Civ
56 MERCURE DE FRANCE :
Alors , fans envier les dons de Calliope ,
Je vivrai fortuné près de ma Pénélope :
Et lorfque d'Atropos l'homicide cifeau
Me précipitera dans la nuit du tombeau ,
On dira qu'à l'Amour , à l'Amitié fidelle ,
Des amans , des amis , Souchés fut le modèle.
Par M. Souchés de Labremaudière ,
hieutenant au rég. de Beaujolois.
LE LOUIS D'OR & LE LIARD.
Auu fond d'un fac , enfermé par hafard,
Près d'un louis fe trouvoit un liard.
Dès le moment grande querelle
Sur la valeur de chacun d'eux.
Ne m'approche pas , malheureux ,
Crioit le morceau d'or : va joindre ta lequelle ,
Cours te cacher dans la poche d'un gueux ;
Il te fied bien de paroître en ces lieux ! ..
Notre liard , modeſte & ſage ,
Lui répondit : pardon , Monfieur le Financier
Je connois tout votre avantage.
Mais à quoi bon m'humilier ?
Si bien plutôt , quittant votre arrogance ,
Vous vouliez vous apprécier ,
Vous lauriez que votre opulence
A commencé par un denier.
AVRIL 1774.
57
Nous avons tous origine commune ;
La Vertu feule a droit de diftinguer les rangs ,
Et l'on ne voit que les méchaus
S'énorgueillir de leur fortune.
Par M. de la Garde.
AVIS.
A MESSIEURS de la Faculté
De la falubre Médecine ,
Docteursfourrés en hiver , en été ,
De peaux de lapin ou d'hermine,
Il n'importe ; l'habit ne fait pas la doctrine ,
Ni le plumet l'homme de qualité.
Dignes fuppôts d'Hyppocrate , Avicène ,
De Gallien , d'Averroës ;
Vous qui , pour le fecours de la nature humaine ,
De la réglifle , l'alcës ,
De la rhubarbe , de la manne ,
De la guimauve , du pas d'âne ,
De la caffe , du quinquina,
De l'agaric , & cætera,
Recherchez les vertus occultes
Pour guérir , moitié par hafard ,
Moitié par vos foins & votre art ,
Grands & petits , vieillards , adultes ,
D'un important & falutaire avis
Cy
58 MERCURE
DE
FRANCE
.
Que vous donne aujourd'hui Dame de haut pa
rage ,
Si vous favez faire un adroit uſage ,
Vous obtiendrez renom & grands profits.
Tout mal contre lequel échoue
Votre art ténébreux , incertain
Sera guéri d'un tour de main ;
Et la Mort qui de vous le joue,
Sera contrainte de laiffer
Jouir encor de la lumière ,
Tel qui , finiflant fa carrière ,
Etoit tout prêt à trépaffer.
Le haſard & l'expérience
Sont & feront dans tous les temps
Les plus folides fondemens
De la galénique fcience :
Croyez donc l'effet éprouvé
D'un remède au hafard trouvé:
Certaine jeune & charmante Comteſſe *
Chez qui tout plaît , tout intéreffe ,
Dont on prife l'efprit , les grâces , la beauté,
Mais plus encor les vertus , la conduite
Et les foins peu communs de la maternité , **
A fon dernier moment réduite ,
* Mde la Comtefle de S... , Dame de Mefda
mes.
** Elle a nourri fes enfans.
AVRIL. 1774 . 59
Expirant & n'en pouvant plus ,
Par fon Curé bien exhortée ,
Des médecins abandonnée ,
Alloit dire fon in manus.
Heureufement notre Comtefle aimable
Etoit à l'abri des terreurs
Qui troublent une ame coupable ,
Dans cet inftant de remords & d'horreurs
Elle avoit conſervé ſa tête ;
Son corps feul étoit languiffant ;
Mais au refte , l'efprit préfent ,
Avec courage elle s'apprête
A voir ce pays inconnu ,
Plus loin de nous que n'eft le bout du monde ,
Et pourtant où l'on eft rendu
Souvent en moins d'une feconde.
Bref, fans crainte & fans repentir ,
Pour ce voyage on la voyoit partir.
Il en eft peu de cette étoffe .
Notre Comtelle nous fait voir
Que c'eſt bien moins l'étude & le favoir
Que la vertu , qui font le philofophe.
Mais , malgré cette fermeté ,
Chez les hommes , chez le beau fexe ,
Dans cet état dangereux & perplexe ,
Le cri de la Nature eft encore écouté.
De la comtefle il vient frapper l'oreille :
Elle s'émeut ; & ce n'eft pas merveille.
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Jeune , chérie , à la fleur de les ans ,
Il eft dur de quitter amis , époux , enfans ,
Etat brillant qui féduit , intéreffe ,
Adorateurs que l'on n'écoute pas ,
Mais qui nous rappellent fans ceffe
Le fouvenir Aatteur de nos appas.
Par un inftinct de la Nature ,
Tranquille , en attendant fa fin ,
D'une voix caflée & peu füre
Elle demande... Eh quoi ! .. le médecin ? ..
Quelque julep ? ... quelque nouveau remède?
Non , non ; ces drogues n'y font rien.
Elle demande un bon muficien ,
Et veut entendre un intermède
De comédie ou d'opéra.
On demeure interdit ; chacnn n'ofa rien dire ...
A ce propos , qu'on prend pour l'effet d'un délire ,
On ne fait fi l'on répondra.
Mais elle infifte , & d'un ton de maîtreffe
Ordonne : on obéit ; alors chacun s'empreffe ,
Et bientôt dans fa chambre arrive un violon.
Qui peut imaginer fon trouble & fa triftefle !
Il ne peut voir la mourante Comtefle ,
Sans une tendre émotion.
De fes languiffantes prunelles
S'échappoient quelques étincelles,
Seuls reftes de ces feux fibeaux
Où l'Amour avec l'Hymenée ,
Pour embellir ſa deſtinée ,
AVRIL. 1774.
Avoient allumé leurs flambeaux :
Tels , du foleil fe plongeant dans les eaux ,
On voit quelques rayons qui s'ouvrent un paffage
Et dont l'éclat encor nous éblouit ,
Au travers d'un épais nuage
Qui dérobe à nos yeux la lumière qui fuit.
Enfin , preffé par la malade ,
Le violon tout interdit ,
En fe rapprochant defon lit ,
Joue , en tremblant , fa ferénade.
O merveilleux effet d'un harmonique fon!
Sur les nerfs auffi - tôt la Comtefle furpriſe
Eprouve une vibration
Qui commence une heureuſe crile.
Son oeil s'anime , & fa débile voix
Se raffermit , les langueurs ceffent ,
A mesure que fous les doigts
Et fous l'archet les fons renaiflent.
Enfin , pour le dire en un mot ,
Un quart d'heure de fymphonie
Guérit & rappelle à la vie
Notre Comteffe , & fait la Faculté capot .
De cette heureuſe expérience
On peut tirer la conféquence
Que loin de purger, de faignes,
Suivant la routine vulgaire ,
Loin d'avoir à fa fuite un trifte apothicaire ;
62 MERCURE DE FRANCE .
Tout médecin devroit fe faire accompagner ,
Dès qu'il eft appelé près de femme jolie ,
Quelle que foit la maladie ,
D'un violon , d'un flutteur , d'un harpeur ;
Bien afluré qu'il n'eft point de vapeur ,
De maux de nerfs & de jauniſte
Que la mufique ne guériſle ,
Et que chez le beau Sexe adroit , tendre , rufé ,
Pour un mal fouvent déguisé
Dont on s'alarme , on s'inquiette ,
Les plaifirs font toujours la meilleure recette. *
Hiftoire de la vie de M *** , poëme en
quatre chants , par lui - même.
JE
CHANT I.
Mon état.
E ne fuis rien & rien ne veux être ;
Que le maître de rien : c'eft- à -dire , mon maître,
CHANT II.
Mon train de vie.
Loin de cet âge heureux des brillantes conque
tes **
* Ce conte a , par - deflus beaucoup d'autres, le
mérite de la vérité.
** L'Auteur a 53 ans
AVRIL
64
1774.
Les Grâces & les Arts nourriffent mes defirs.
Mes affaires font des plaiſirs ,
Et tous mes inftans font des fêtes.
CHANT III .
Mon adreffe.
Si vous ne me trouvez dans les bas du Parnaffe
Paflez à Gnide ou chez Momus :
Allez enfin , s'il n'eft point là de V ** ,
Ou chez Morphée ou chez Comus.
CHANT IV .
Mon épitaphe.
Cy gît l'égal d'Alexandre ,
Moi , c'est- à- dire un peu de cendre.
Epitaphe de M. de la Condamine.
SON ON coeur avec excès aima la vérité ;
Ses travaux , les vertus affurent la mémoire ;
Il vécut affez pour la gloire ,
Et trop peu pour
l'humanité .
Par M. Houzeau , ci - devant fecrétaire
de M. de la Condamine.
64 MERCURE DE FRANCE.
L'EXPLICATION du mot de la première
énigme du Mercure du premier vol . du
mois d'Avril 1774 , eft Toifon ; celui de
la feconde eft la Bonde des étangs ; celui
de la troifième eft la Puce ; celui de la
quatrième eft Soufflet. Le mot du premier
logogryphe eft Moineau , où fe trou
vent moi, eau, âne , oui & Moine ; celui du
fecond eft Mariage , dans lequel fe trouve
Mari , mari , magie , gai , ami , maigre
rime ; celui du troisième eft Folie , où l'on
trouve lof, lie , oie , foie , Io , if & fiole ;
celui du quatrième eft Crane, où fe trouve
Ane.
>
ÉNIGM E.
Très-long-temps j'ai vécu ſans que j'enfle dé
frère.
Je m'en vois un pourtant , dont je n'avois que
faire
Theft douc mon cadet ? Point du tout , mon jumeau,
Jumeau plus reflemblant que ne font gouttes
d'eau.
Mercure étoit moins bien l'infortuné Sofie ,
AVRIL 65
1774.
Menechmes & Jumeau frais venu d'Italie
Se diftinguent bien mieux. Un très - différent'fort
Nous attend l'un & l'autre , & c'eft par notre
mort
Que nos droits font réglés . Hélas ! la furvivance
Ne nous vaut pas toujours une bien bonne chan
CC .
Tu demandes , lecteur , fi nous fommes amis ?
Eh ! mais oui , quelquefois . Plus fouvent ennemis .
Dans l'un & l'autre cas portant tout à l'extrême ,
On peut haïr autant , on n'aime plus de même .
Amis : Pilade , Orefte étoient moins généreux .
Et l'un de nous toujours le trouve fort heureux.
Si , courant à la mort & certaine & punie ,
De fon frère en péril il peut fauver la vie.
Ennemis on nous voit avec foldats de coeur
Nous livrer maints affauts , & , dans notre fureur
Qui vis -à-vis redouble , abdiquant l'avantage
Promis au furvivant , méprifer le paſlage
De la vie à la mort , dans l'efpoir incertain
De caufer à ce frère un plus mauvais deſtin.
Par M. F** , de Blois.
66 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE.
ENFANT d'une haute fcience ,
L'Intérêt & la Défiance
M'ont pris pour juge de l'Esprit :
Je l'apprécie & le balance.
Plus je me cache en fa préfence ,
Plus haut fon mérite eft infcrit ,
Mais plus je coûte de finance.
A qui mon arrêt par écrit
Eft délivré , la loi preſcrit
La plus exacte obéiſſance.
Le patient fans réfiſtance
A la taxe toujours ſouſcrit ,
Et met en moi fa confiance.
Par M. de B... des ponts & chauffées.
AUTR E.
FILLE du plus charmant des Dieux ,
La nuit comme le jour je ne fuis point tranquille ;
Mon père , dit-on , eft fans yeux ,
Mais pour moi j'en ai plus de mille.
Par M. Houllier de St Remi
AVRIL. 67
1774.
AUTR E.
Nous fommes quatre foeurs ; je ſuis la plus friponne
,
Et tout ce que j'ai , Dieu merci ,
On me le prend , ou je le donne ;
Pourquoi , fexe charmant , ne pas agir ainfi ?
Par le même.
LOGO GRYPH E.
Avec trois pieds , lecteur , je te préſente
Un grand fleuve , fameux par les débordemens :
Renverfe- les ; je deviens une plante
D'où les Anciens tiroient leurs plus beaux vêtemens.
Par M. J. P. F. , de Nimes.
PRIS
AUTRE.
RIS tout entier , je fuis un inftrument ;
Décomposé , je fuis tout autre choſe :
68 MERCURE
DE FRANCE.
Sans la moindre métamorphoſe ,
Je deviens à la fois animal , élement.
Par M. V. de P. , fils.
AUTR E.
De divers animaux je fuis la couverture : E
Choifis mon premier tiers , lecteur ; tu trouveras ,
Sans te caufer grand embarras ,
Une bête à deux pieds d'une fière encolure.
Il ne faut que rêver un peu
Sur ces combinaiſons qui font aſſez gentilles ;
Car m'ôtant tête & cou, je ne fuis plus qu'un jeu
Qui plaît fouvent aux jeunes filles.
AUTRE.
Jx fuis fort doux , dans mon entier ,
Dans l'une de mes parts , fort rude & fort fanvage
;
Evêque & Saint. Dans mon autre partage ,
En latin , je fers à lier.
Par M. Ricarte d'Huviller.
AVRIL 1774. 69
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Les Princes d'Arménie , nouvelle par M.
d'Uffieux , in 8 °. , prix 2 liv . 8 fols.
A Paris , chez Dufour Libraire , rue
St Jean de -Beauvais .
CAMBYSE venoit de fuccéder au trône
de Cyrus le Grand , fon père , Roi de
Perfe . Ce Prince nourriffoit depuis longtemps
une haine mortelle contre Tygrane ,
Roi d'Armenie , qui lui avoit enlevé la
jeune. Ifmene , Princeffe que la loi des
combats avoit fait tomber au pouvoir de
Cyrus , & dont l'hymen devoit affocier le
fort à celui de Cambyfe fon fils . Les premiers
foins du nouveau Monarque furent
de tirer vengeance de cette injure . Ce›
Prince aufli cruel que vindicatif , ne borb
noit point les projets de fon reffentiment
, à porter le fer & la famme dans
les Etats de fon ennemi. Il defiroit encore
fe rendre maître de la perfonne de cet
ennemi & de fa famille , afin de les livrer
aux tourmens que fa fureur leur préparoit.
Mitrane fils aîné de Cambyfe , eſt
chargé par fon père de mettre à exécu70
MERCURE
DE FRANCE.
tion ce projet de vengeance . Il s'en acquitte
avec peine , parce que fon coeur eft
fenfible & généreux . Il cherche même à
retarder la ruine d'un Monarque qui , fur
la foi d'anciens Traités , vivoit paifible ,
& ignoroit jufqu'alors combien étoit
implacable la haine de fon rival . Mais
les ordres réitérés de Cambyfe , qui vouloit
être obéi , obligent Mitrane à ne plus
écouter que les loix de la guerre. La valeur
de ce Prince & les forces de Perfe
qu'il commande , lui livrent bientôt Tigrane
entre les mains. Arfene fils de ce
Monarque, & Apamie fa fille , dignes par
leurs vertus & leur courage d'un meilleur
fort , tombent également , après plufieurs
incidens , au pouvoir de Cambyfe. Le farouche
Tyran veut d'abord livrer toute
cette famille aux flammes d'un bûcher
mais , par un rafinement de cruauté digne
de lui , & pour paroître condefcendre aux
prières du jeune Vainqueur , qui implore
fa clémence , il confent à fe contenter
d'une feule victoire. 11 accorde la vie à
Tygrane , à condition que ce Prince infortuné
choifira lui - même cette victime
entre fon fils & fa fille : Incident qui a
donné à l'Auteur occafion de peindre le
trouble & les agitations d'un malheureux
père , forcé de vouer à la mort la plus
AVRIL. 1774 . 71
cruelle , un de fes enfans . Cette fituation
offre auffi un combat très- touchant entre
un frère & une foeur , pour déterminer
le choix fatal du père. La belle & vertueufe
Apamie parvient enfin à fixer ce
choix fur elle . Le fils de Cambyfe ajoute
à l'intérêt que l'on prend à cette fcène
par les fentimens de générofité qu'il fair
paroître. Ce jeune Prince n'avoit ceffé.
d'infpirer les mêmes fentimens à Cambyfe
fon père ; mais voyant tous fes efforts
inutiles & la victime prête à être jetée fur
le bûcher allumé , il n'écoute plus que fon
défefpoir. Eh bien , s'écrie - t - il en
» adreffant la voix au Tyran , affouvis
» ta haine . Pour moi , qui ne me par-
» donnerois jamais d'en avoir été le pre-
» mier miniftre , je vais dérober ma vie
» aux remords . Et fi tu prends plaifir à
≫ voir mourir les enfans aux yeux de leur
"
99
OC
père , jouis du bonheur de voir expirer
» le tien dans les flammes. » Soudain il
court vers le bûcher. Le peuple pouffe
des cris d'indignation & de douleur , &.
Cambyfe lui même , frappé au feul endroit
où fon ame étoit encore fenfible :
» arrête , dit- il , ô mon fils ! artête ; ref-
» pecte res jours , & je fais grâce à toute
» cette famille. » Le peuple applaudit
72 MERCURE
DE FRANCE.
cette nouvelle inattendue , par des acclamations
multipliées .
L'Auteur auroit pu rendre le fils de
Cambyfe amoureux d'Apamie , fille de
Tygrane ; mais il a bien fenti que cet
amour eût affoibli l'exemple de générofité
que donne ici le vertueux Micrane .
Cette nouvelle eft la fixième du Décaméron
françois , & la première du tome
II.L'Auteur , en employant dans cette Nouvelle
, ainfi que dans les précédentes , le
ftyle grave de l'hiſtoire, a ſu , ſuivant les
fituations qu'il avoit à peindre , animer
ce ftyle par le ton du fentiment ou le cri
des paffions.
Obfervationsfur le Cartefianiſme moderne ,
pour fervir d'éclairciffement au livre
de l'Hipothèse des petits tourbillons , par
M. de Keranflech , vol. in- 12 de 136
pages . A Rennes , chez Julien-Charles
Vatar , Libraire.
Il y a deux cartéfianifmes , l'ancien &
le moderne . Le premier , nous dit M. de-
K. dans fon difcours préliminaire , confifte
dans le fyftême des tourbillons de
Defcártes , avec les trois matières , fubtile ,
globuleufe & rameufe , que ce philofophe
crut fuffifantes pour rendre raifon de
tout
AVRIL. 1774 . 73
tout ce qu'il voyoit dans le monde. Ce fyl
cême mis en comparaifon avec l'ancienne
philofophie , l'emporta d'abord; mais il fut
peut- être plus redevable de fon triomphe
& de fa vogue au ridicule du péripatétifme
, qu'à fon propre mérite ; car , après
la défaite de fes ennemis , quand on l'a
examiné à fon tour , on l'a trouvé bien
imparfait. La raifon & l'expérience l'ont
défavoué dans le détail , & il n'a pu foutenir
la réputation qu'il s'étoit faite . Il
a eu , continue M. de K. , des ennemis
qui ont fait remarquer fes défauts ; & il
a eu des amis qui l'ont heureufement rectifié.
Ceux - ci ont vu que Defcartes , au
lieu d'imaginer fes trois matières , auroit
dû approfondir l'idée du tourbillon , &
porter dans fes détails un mécanisme
lumineux qu'il avoit apperçu dans l'enfemble
de l'univers. En conféquence , ils
ont fubdivifé les grands tourbillons en
d'autres infiniment petits , compofés d'autres
encore indéfiniment moindres , & pareillement
compofés d'un ordre de fubalternes
; ainfi de fuite à l'infini ; autant qu'il
a plu à Dieu de pouffer la divifion de la
matière. Cette idée n'eft point une nouvelle
hypothèſe ajoutée à celle de Def
cartes. C'eſt une extenfion de celle - ci ,
un développement de fon fyftême qui le
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
1
perfectionne fans le compofer . C'est enfini
cetre transformation des trois matières
cartéliennes en petits tourbillons de divers
ordres , qui fait ce que M. de K. appelle
ici le cartéfianifme moderne . Cette
transformation s'eft faite par degrés . D'abord
le père Mallebranche réforma le fecond
élément de Defcartes ; il fubftitua
aux globules durs , de petits tourbillons
de matière fubtile . Privat de Molières
imagina les petits tourbillons compofés ;
& fubftitua aux élémens du premier cartéfianifme
, trois ordres de petits tourbillons
enboîtés les uns dans les autres .
Degamaches , au lieu de trois ordres , en
fuppofa à l'infini , D'autres Académiciens
ont adopté cette fuppofition , & l'ont favamment
employée en différens morceaux
de phyfique . Du refte , il en eft
de cette fuppofition comme de la plu
part des fytêmes philofophiques . Les
uns l'approuvent , & les autres la condamnent
, fans pouvoir donner des raifons
décifives de leur fentiment ,
M. de K. a tâché de faire voir dans
fon livre de l'hypothèse des petits tour
billons , que cette hypothèfe s'applique
heureufement à tous les phénomènes de la
Nature ; qu'il ne faut qu'en fuivre le déve
loppement pour expliquer tous les effets, &
que c'eftfur ce fondement qu'il convient
AVRIL 1774. 75
de bâtir , fi l'on veut conftruire une bonne
phyfique ; mais l'Auteur qui a compofé
cet ouvrage pour les perfonnes très- inftruites
, y a fuppofé des connoiffances
que tout le monde n'a pas , & cependant
néceffaires pour bien entendre ce petit
écrit. C'est ce qui l'a porté à publier les
obfervations que nous venons d'annoncer,
M. de K. y donne une notion fenfible du
cartéfianifme moderne ; il y explique fes
principes par des figures , & les expofe
avec affez d'ordre & de clarté , pour que
ceux mêmes qui n'ont pas le livre de
l'hypothèse des petits tourbillons , puiffent
voir la fécondité & les avantages de ce
fyftême.
Le livre de l'hypothèse des petits tourbillons
, fe trouve chez l'Imprimeur des
Obfervations fur le cartéfianifme moderne ,
avec l'Effai fur la raison & autres ouvrages
du même Auteur .
Oeuvres de Charles Dumoulin , nouvelle
édition en cinq volumes in folio , propofés
par foufcription. A Paris , chez
Defprez , Imprimeur , rue St Jacques.
A Avignon , chez Garrigan , Impri
meur , Place St Didier.
On ne publie encore que le profpectus
de cette nouvelle édition , Ce proſpectus
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
"
nous préfente les principaux traits de la
vie de Charles Dumoulin, L'Editeur
après nous avoir peint l'héroïfme de caractère
de ce célèbre Jurifconfulte , ajoute
que » la force de fon génie en atreignit
, & furpaffa peut- être l'élévation .
» Son coeur fut comme le foyer où les
traits de lumière de fon efprit fe réunirent
, fe concentrèrent , fe changèrent
» en traits de flamme ; fes connoiffances
» s'ennoblirent par fes vertus , & fes pen-
» fées fe colorèrent du fublime de fes fen-
» timens . »
Son vafte génie parcourut tout l'Empire
de la Jurifprudence , & l'on diroit,
en le fuivant , qu'il a pofé les dernières
limites du droit françois , du droit ro-
» main , & du droit canonique .
" ..
"
» Quelle immenfe érudition ne brille
» pas dans fes écrits ! Quelle étude ! Quel
» travail ! Quelles profondes recherches !
» Il offre en même temps à l'avidité du
» Lecteur , tous les tréfors des connoif-
»fances humaines , les faits de l'hiftoire
n
30
"
le fens des livres facrés , le fil de la
» tradition , les dogmes de la théologie ,
» les principes de la métaphyfique , les
» maximes de la morale & les règles de
» la critique. L'univerfalité des fciences
» femble être à fa folde ; & dans une
19
AVRIL. 1774. 77
» feule tête , fe réuniffent les lumières de
» tous les Savans , l'expérience de tous
» les fiècles , & les loix de tous les
» pays.
n
» Au jugement le plus folide , Dumoulin
affocie la dialectique la plus
» exacte. L'on fent , en lifant fes ou-
» vrages , cette impreffion vive qui fub-
» jugue & qui entraîne . L'on voit , pour
» ainsi dire , croître le jour de l'évidence ,
jufqu'à cette plénitude de lumière ,
qui éblouit les yeux , & qui forcè la
» conviction de l'efprit le plus obſtiné.
Qu'on relife donc fans cele les pro-
» ductions de cet Auteur incomparable.
Qu'on les médite fans ceffe. Que fans
» ceffe l'on en falle d'utiles extraits . Tel
» étoit le confeil que donnoit à fon fils
» l'illuftre d'Agueffeau .
"
*
"
» C'eft avoir fait de grands progrès dans
» le droit , que de fentit le mérite de Du-
» moulin , & c'eft les, rendre durables
que de s'approprier fes écrits , en les
gravant dans fa mémoire.
" Ainfi qu'un chêne antique éleve fa
» tête orgueilleufe fur tous les autres ar-
» bres ; ainfi ce grand homme domine &
» regne fur tous les autres Jurifconfultes.
» Il jouit de fon vivant même , d'une réputation
que l'envie de fes contempo-
Diij
78 MERCURE
DE FRANCE.
» rains ne put affoiblir. L'autorité de fes
» décifions l'emporta fur celle des Arrêts ,
» ou du moins elle la balança : Telle la
raifon de Socrate prévaloit dans Athè
و د
nes fur celle de l'Aréopage. » C'eft fans
doute ce qui avoit énorgueilli Dumou
lin ; mais fon orgueil , quoique jufte à
bien des égards , fe monttoit trop à découvert
, & lui fufcita bien des chagrins.
Pouvoit-on en effet fupporter patiemment
qu'un homme s'appelât le Docteur
de la France & de l'Allemagne , & qu'il
mît à la tête de fes confultations : moi qui
ne cede àperfonne , & à qui perfonne ne
peut rien apprendre ?
L'éloge de ce Jurifconfulte , dont nous
avons cité quelques traits , pouvoit être
écrit dans un ftyle plus fimple ; & cet
éloge n'auroit fait que plus d'impreffion
fur l'efprit du lecteur , qui n'apperçoit
fouvent que l'auteur de l'éloge , au lieu
du Jurifconfulte qu'il voudroit connoître.
La collection de fes écrits eft divifée dans
la nouvelle édition , faite d'après celle de
1681 , en trois parties. La première traite
du droit françois ; la feconde , du droit
romain; & la dernière , du droit canonique.
La première divifion contient les
deux premiers volumes ; la feconde , le
troifième'; & la dernière , le quatrième &
le cinquième.
AVRIL. 1774 #9
Le fieur Garrigan , Imprimeur Libraire
à Avignon , Editeur des mémoires
du Clergé , 14 vol . in 4° . , exact à remplir
tous les engagemens qu'il contracte
envers le Public , ne négligera rien pour
donner à cette nouvelle édition la plus
grande perfection ; & , pour débaraffer le
Lecteur de recherches toujours pénibles
il placera à la tête du premier volume
un tableau qui indiquera au feul coup
d'oeil , les rapports de l'ancienne Cou
tume de Paris avec la nouvelle .
>
L'ouvrage fera imprimé en beau papier
, caractères neufs de Paris , du meilleur
goût dans la diftribution , & de la
plus grande exactitude dans la correction .
Des Jurifconfultes éclairés fe chargent
de relire toutes les épreuves.
La foufcription fera de 90 livres pour
les cinq volumes in-folio en feuille , indépendamment
des frais de voiture qui
feront à la charge des Soufcripteurs .
On payera en foufcrivant 18 liv.
Dans le courant de Juillet 1774 ›
en retirant le premier volume , 18
Dans le courant de Janvier 1775 ,
en retirant le fecond volume , 18
Dans le courant de Juillet 1775 ,
en retirant le troifième vol... 18
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Dans le courant de Janvier 1776 ,
en retirant le quatrième vol .. 18
Dans le courant de Juillet 1776 ,
en retirant le cinquième vol . ,
il ne fera rien donné .
TOTAL.
୨୦
La foufcription fera ouverte jufqu'au
premier Août 1774 , chez les Imprimeurs
- Libraires ci deffus nommés , &
chez les principaux Libraires du royaume
& des pays étrangers . Les perfonnes qui
n'auront pas foufcrit dans cet intervalle ,
paieront la collection en feuilles 120
livres.
La Nouvelle Clémentine , ou Lettres de
Henriette de Berville , par M. Leonard.
Nunc feio quid fit amor.
Improbus ille puer , crudelis tu quoque materĮ
VIRG .
vol . in 12. A Paris , chez Monory ,
rue de la Comédie Françoife.
Dès qu'une fille s'ennuie , elle n'eft
pas loin d'aimer , & c'eft la fituation que
AVRIL. 1774.
8.1.
Henriette de Berville nous dépeint dans
fa première lettre . En fortant du cloître
elle crut renaître un inftant. L'air fidoux
de la liberté qu'elle commençoit à refpirer
, le tableau d'un monde enchanteur ,
des amuſemens nouveaux , tout confpiroit
à la féduire . Son ivreffe dura peu ;
elle reconnut bientôt l'illufion de ces
plaifirs . La campagne fembloit lui promettre
des objets plus faits pour fon
coeur; elle trouvoit par- tout le même dé
goût. Que vois- je autour de moi , écritelle
à Emilie fon amie ? Une Nature
» muette , d'ennuyeux déferts . Rien n'y
» parle à mon ame. Je ne fais quelle
» fourde inquiétude me fuit au milicu
» de nos fêtes villageoifes & de nos cercles
bourgeois. J'ai vu le temps où le
payfage que j'habite m'auroit charmée ;
» mais les goûts changent , & je com-
» mence à m'appercevoir que je fuis feu-
» le. D'où vient donc ce malaife qui
» me fait fuir le monde & foupirer loin
» de lui ; chercher la folitude & m'y déplaire
; rêver fans objet ; m'attrifter fans
caufe ; qui me rend diftraite , indiffé-
» rente , & me met fans cefle en contra-
» diction avec moi- même ? O ma chère
"
"
amie , que cet état me pèfe ! » Il étoit
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
réſervé au jeune & vertueux Seligny de
foulager Henriette de ce fardeau , & de
lui rendre la folitude même agréable .
Et comment les lieux les plus folitaires
pourroient- ils maintenant l'attrifter ? Elle
y porte l'image de fon amant , & cette
image embellic la Nature à fes yeux .
Souvent , nous dit Henriette , Seligny
» m'entretient de fes voyages. Avec quel-
» le avidité je l'écoute ! Je frémis quand
» il peint les dangers qu'il a courus. Je le
» fuis dans chaque pays . Vante - t- il les
» charmes de fes habitantes ? Je voudrois
» alors qu'il n'eût tenu à perfonne dans
» le monde. Quelquefois je lui deman-
» de , en riant , s'il n'a jamais aimé ? Il s'en
و د
19
défend , je ne fais pourquoi : & je ne
» fais pourquoi j'ai fait cette queftion .
Seligny n'avoit infpiré des fentimens
tendres à Henriette que parce que cette
jeune perfonne lui en avoit fait éprouver
de femblables. Avant de la connoître , il
avoit des goûts & non des fentimens.
Mais le lecteur prendra plus de plaifir à
entendre Seligny lui - même nous inftruire
de l'état de fon coeur. « Loin de
Henriette , que le monde me paroît
frivole ! Je ne fuis occupé que d'elle ;
je ne fuis bien qu'auprès d'elle ; un
feul inftant où je la perds de vue eft
AVRIL. 1774.
83
fi
» un tourment pour moi. Je vais vous
» peindre celle que vous aimeriez ,
» vous l'aviez vue : elle a la phyfionomie
» la plus douce , la plus touchante . Il y a
» dans fes traits quelque chofe de célefter
» c'est une férénité, angélique qui donne
l'idée d'un bonheur fans mélange. Sa
» voix... on dit que la voix d'une amante
eft la plus douce de toutes les harmonies
; mais celle de Henriette s'infinue
avec volupté dans votre ame , &
» vous croyez toujours l'entendre. Ajou-
» tez à cela une modeftie fi noble : elle
» baiffe avec tant de grâces fes longues
paupières , & rougit d'un air f naïf
qu'on ne peut la voir fans être ému.
» Nous avons fait ces jours paflés une
promenade fur une petite rivière qui
baigne les murs du parc : elle coule à
travers une longue allée de peupliers &
de frênes qui forment des deux côtés
» ane voûte impénétrable au jour. Nous
» trouvâmes fur le rivage une troupe de
33
»
"
"
" villageoifes qui danfoient au fon de la
» flûte. Nos Dames fe mirent de la fête ;
» & je fentis , dans cette occafion , com-
» bien l'art quelquefois embellit la Na-
» ture . Toutes vives , toutes légères qu'é-
» toient ces villageoiſes , leur danſe me n
D vj
84
MERCURE
DE FRANCE
.
»
» parut froide & fans grâce : il falloir
» voir Henriette ; il falloit voir la molle
foupleffe de fes mouvemens , cette négligence
aifée qui plaît fans y préten-
» dre , cette variété de formes , de pofitions
, de tableaux , qui préfentent la
» beauté ſous les afpects les plus riants. i
»
"
Madame de Berville qui voyoit chaque
jour le jeune Seligny donner fes foins
à Henriette , ignoroit néanmoins leur
amour. Il auroit dû frapper les yeux d'une
mère ; mais Mde de Berville s'étoit tou
jours moins occupée de fes enfans que
d'elle- même. Qui peut cependant ignorer
le danger qu'il y a de livrer une jeune
fille à fes premières idées ? Son imagination
s'exerce alors fur tous les objets . St
elle ne trouve pas une fociété dans fa
mère , elle ne tarde point de s'en choifit
une , & l'on peut juger quel en fera lë
fruit : des peines , des inquiétudes , & tôt
ou tard de longs regrets. Henriette de
Berville en a fait la triste expérience. Elle
avoit donné à Seligny un coeur dont elle
ne pouvoit difpofer que du confentement
de fa mère. Mais certe mère étoit
bien éloignée de répondre aux voeux de
fa fille , & de lui accorder pour époux un
jeune homme qui n'avoit que des vertus
AVRIL. 1774. ફર
& des talens . Elle fuivoit la maxime.ordinaire
des familles orgueilleufes & inté
reffées , qui eft de moins s'occuper d'affortir
les coeurs que les fortunes . Elle
avoit depuis quelque temps choifs pour
époux à la fille un grand garçon bien décontenancé
, bien gauche & dont les regards
ftupides ne prévenoient nullement
en fa faveur ; mais il avoit une fortune
& un rang affurés . Notton (c'eſt le nom
du protégé de Mde de Bervi le ) ne ceffoit
d'obféder Henriette par fes affiduités . On
peut fe figurer ici la fituation d'une jeune
perfonne qui , le coeur rempli d'un objet
aimé, fe voit preffée par un homme qu'elle
ne peut fouffrir. Henriette n'a pas même
la confolation de fe réfugier dans l'afyle
de la Nature . Madame de Berville a
banni fa fille de fa préfence , elle l'a fait
renfermer dans une trifte folitude où cette
jeune perfonne fe voit réduite à pleurer
nuit & jour fur fon trifte fort qui la fépa
re de ce qu'elle a au monde de plus cher ,
d'une mère & d'un amant . Le chagrin
détruit fa fanté , fon foible cerveau fe
trouble , fes fens s'altèrent , fa raifon s'éteint.
Elle n'a plus qu'une idée confuſe
des perfonnes qu'elle a connues. Le feul
objet de fa fatale erreur l'occupe toute
entiere : elle l'appelle. Souvent elle croit
86 MERCURE DE FRANCE.
le voir . Elle obferve d'un oeil inquiet
tous ceux qui l'approchent , & paroît
chercher à le reconnoître. Mais ce qui
l'affecte encore plus , c'eſt l'idée de Norton.
Elle n'entend fon nom qu'avec un
fentiment de terreur. Quand on en parle ,
fes yeux s'égarent , fon vifage s'enflamme.
Rendue à elle - même , elle fent toute
l'horreur de fon état , & n'en eft que plus
à plaindre. Ces intervalles de raifon la
plongent dans une douleur muette , concentrée
: elle arracheroit alors des larmes
au coeur le plus dur. Ayant dans un de ces
momens apperçu Cecile , fa jeune foeur ,
auprès d'elle , elle lui parla des malheurs
de l'amour; & elle ajouta , en lui ferrant
la main : Souvenez - vous de moi , ma
» foeur , pour ne jamais aimer . Je reconnois
l'erreur qui m'a féduite , & je ne
crains plus de l'avouer. J'aimois : j'aime
» peut- être encore ; mais bientôt je n'ai-
» merai plus. » La mort en effet ne tarda
point à délivrer Henriette du délire de
l'amour & de la haine d'une mère qui ,
après avoir égaré la raifon de fa fille par
les procédés les plus durs , avoit rejeté
cet enfant loin d'elle comme un objet
d'opprobre .
Cette hiftoire , écrite avec fentiment
peur fervir de leçon aux mères, s'il en eft
AVRIL. 1774, 37
encore d'affez cruelles pour refufer lat
moindre confolation à leur enfant dont
le feul défaut eft d'avoir un coeur trop fenfible.
Cette leçon doit même les affecter
d'autant plus que l'éditeur des lettres de
Henriette de Berville nous prévient que
ces lettres ne font point le fruit de l'imagination.
Tous les détails en font vrais :
l'événement qui les termine eft arrivé
l'année dernière .
Il y a quelques exemplaires de ces lettres
en grand papier pour joindre aux ouvrages
du même auteur qui font dans ce
format. On trouve ces ouvrages chez
Monory, libraire , qui vient auffi de mettre
en vente les fables de M. Dorat , fuperbe
édition ornée d'un grand nombre de
gravures. Il y a un petit nombre d'exemplaires
de ces fables imprimées fur du
pier d'Hollande .
pa-
Annales de Tacite , en latin & en françois ,
règnes de Claude & de Néron , par le
P. Dotteville , l'Oratoire de l'Oratoire , pour
fervir de fuite à la traduction de l'abbé
de la Bletterie , chez Moutard, libraire ,
quai des Auguftins .
Tacite a toujours été l'écueil des traducteurs
on peut appliquer à un hiſto
88 MERCURE DE FRANCE.
>
il a
rien auffi profond ce que l'élégant traducteur
de Juvenal * a dit des Poëtes. Il faudroit
une ame vafte pour contenir la fienne
, & un efprit fouple & hardi pour fè
plier au fien . Parmi les différentes traductions
de Tacite , quelques- uns ſe font
attachés à rendre le fens littéral de l'auteur.
Comme fouvent il eft profond , &
quelquefois même énigmatique
fallu le périphrafer , parce que le caractère
de notre langue étant la clarté , elle
n'admet point de fens obfcur. Dès lors
le ftyle eft devenu froid & languiffant. A
ces mots fimples & énergiques qui dans.
Tacite peignent les caractères , ils ont
fubftitué de longues périphrafes fans couleur
& fans vie , qui donnent au difcours
une marche pefante. Le P. Dotteville a
confidéré fon objet fous un autre point de
vue il a cherché à rendre en françois la
brieveté du latin.
:
Le génie des deux langues étant différent
, fi quelquefois il y eft parvenu ,
ce n'a été qu'aux dépens de la clarté & de
l'énergie de l'expreffion . Son but étant
d'être utile dans les colléges on duit lui
favoir gré de fes efforts . Son ouvrage a
* M. da Saulx , de l'Académie des infcriptions
& belles-lettres.
}
AVRIE. 1774. 89
d'autant plus de mérite , qu'il s'eft attaché
au fens de l'auteur avec affez de rigueur.
Lurfque les commentateurs ne
font point d'accord ( ce qui arrive fort
fouvent ) il a fuivi le fentiment qui lui a
paru le plus probable , & il en rend
compte dans des notes. Pour donner une
idée de cette nouvelle traduction , nous
allons mettre fous les yeux du lecteur la
mort de Meffaline .
Interim Meffalina Lucullanis in hortis
prolatare vitam : cependant Meffaline retirée
dans les jardins de Lucullus , ne renonçoit
point à la vie ; non- feulement
elle n'y renonçoit point , mais elle cherchoit
à la prolonger , prolatare vitam.
Componere preces , nonnullâ fpe , &
aliquando irâ ; tantâ inter extrema fu
perbiâ agebat . Des espérances , & quelquefois
le dépit feul ( tant l'orgueil agiffoit
encore fur elle àfa dernière heure ) lui
faifoient compofer une requête. Contrefens
; car outre qu'ici dépit ne répond
point au mot latin ird , c'eft qu'on ne
conçoit point comment le dépit peut engager
une femme à faire des prières ;
alors c'est moins le dépit que l'humilia .
tion. Le fens d'Ablancourt paroît être le
véritable des prières dans lefquelles il
entroit de la colere & de l'efpérance,
:
90 MERCURE DE FRANCE.
Compofer une requête n'eft pas élégant : d
fa dernière heure ne rend pas la force de la
penfée ; il falloit dire au comble du malheur
, inter extrema.
Ac ni cædem ejus Narciffus propera
viffet verterat pernicies in accufatorem
. La délation de Narciffe retomboitfur
lui même, s'il n'en eût haté l'effet. 11 falloit
dire quel étoit cet effet . Tacite l'a dit
cædem ejus , la mort de Meffaline. Nam
Claudius , domum regreffus , & tempeftivis
epulis delinitus , ubi vino inca .
luit , iri jubet , nuntiarique miferæ hoc
enim verbo ufum ferunt ) dicendam ad
caufam pofterâ die adeffet . Une table opu
lente dont on avoit devancé l'heure , diffi
poit les chagrins de Claude. Que de mots
pour rendre tempeftivis epulis delinitus,
Le traducteur a fuivi par préférence lé
fens du Dictionnaire de Novitius ; mais
quoi qu'il en foit , on dit bien avancer
T'heure d'un repas , mais on ne dit pas de
vancer l'heure d'une table : opulente , cette
épithète eft inutile ; car il n'eft pas bien
extraordinaire que la table d'un Empereur
Romain foit opulente ; & puis d'ailleurs
c'est moins l'opulence d'une table , que la
délicateffe des mets qui diffipe les chagrins.
Il venoit de dire , échauffé par le
vin , qu'on avertiffe cette malheureufe , (on
AVRIL. 1774.
affure qu'ilfe fervit de ce terme ) de fe jufti .
fier demain devant moi : Ici on eft tenté de
prendre cette malheureuse en mauvaiſe
part , comme on le fait fouvent dans
notre langue . Cependant la phraſe fuivante
prouve que le motif qui faifoit
parler Empereur , étoit la compaffion
& non pas le mépris. D'ailleurs le mot
miferchez les Latins fe prenoit- il dans le
fens du mépris ? Le traducteur ne pouvoit
dire cette infortunée : cette épithète
n'auroit point convenu à Meffaline , qui
méritoit tous fes malheurs. Bernardo Da
vanzati , traducteur Italien , a rendo ce
mot mifera par poverella . Quod ubi auditum
, & languefcere ira , redire amor ,
ac fi cunctarentur , propinqua nox , &
& uxorii cubiculi memoria timebantur .
Ces mots marquoient que fa còlere s'affoibliffoit
: on craignit un retour de tendreffe ;
la nuit approchoit , la chambre pouvoit
rappeler le fouvenir de l'épouse . Ce tour
n'eft pas clair , il auroit été plus fimple de
dire la chambre de l'époufe pouvoit en
rappeler lefouvenir . Prorumpit Narciffus ,
denuntiatque centurionibus & tribuno
qui aderant , exfequi cædem : ita imperatorem
jubere : Narciffe fort brufquement ;
les centurions & le tribun attendoient l'ordre
en dehors : il leur commande au nom
92 MERCURE DE FRANCE.
de l'empereur de faire mourir Meffaline.
Ces mots prorumpit denuntiatque ne devoient
pas être féparés dans le françois :
outre que cette divifion ôte la vivacité ,
c'est que Narciffe ne fortoit que pour
donner cet ordre . Il falloit au moins le
faire fentir. Cuftos & exactor è libertis
Evodus datur. Ifque raptim in hortos præ.
greffus reperit fufam humi , affidente matre
Lepidâ , quæ Florenti filiæ haud concors
, fupremis ejus neceffitatibus ad miferationem
evicta erat . On leurjoignit l'affranchi
Evodus pour s'affurer d'elle , &
faire exécuter la Sentence. Evodus les devance
en grand hate : il trouve l'impératrice
étendue par terre ; à côté d'elle étoit affife
Lépida , fa mère Lépida , brouillée avec
Meffaline pendant fa fortune , étoit accourue
pour prendre part à ſon malheur.
Evida erat n'est point rendu. Suadebarque
, ne percufforem opperiretur : tranfiffe
vitam , neque aliud quàm morte
decus , quærendum . Elle lui confeilloit
de ne point attendre qu'un bourreau portát
la main fur elle ; fa vie étoit paffée
, il n'étoit queftion que de périr fans
honte.
Qu'un bourreau portát la main fur elle ,
n'eft point dans le latin . Périr fans honte
AVRIL 1774. 93
ne dit pas périr avec gloire , morti decus.
Sed animo per libidines corrupto , nihil
honeftum inerat ; lacrimæque & quæftus
invicti ducebantur ; quum impetu venientium
, pulfæ fores. Mais cette ame flétrie
par la volupté n'étoit plus fufceptible
d'honneur. Toutes deux s'abandonnoient -
aux larmes & à des regrets fuperflus , lorfque
les foldats , dès leur arrivée , enfon
cent la porte. Tacite ne dit point que
toutes deux s'abandonnoient aux larmes ;
il ne parle que de la foibleffe de Meffaline
: fa mère au contraire s'efforçoit de
l'encourager par fes difcours . Adftititque
tribunus per filentium , at libertus increpans
multis ac fervilibus probris . Le tribun
fe préfente debout en filence devant
Meffaline ; l'affranchi l'accable d'injures
groffières : fe préfente debout ; debout eft
inutile , parce qu'on ne ſe préfente point
allis.
On trouve chez le même Libraire la
traduction complette de Tacite. Savoir :
la Vie d'Agricola & les Maurs des Germains
, trad . par l'abbé de la Bletterie ,
2 vol. in.12. 6 liv.
Les fix premiers Livres des Annales de
Tacite, trad. par le même , 3 vol . in- 12.
fig. relié , 10 liv. 10 fols .
94 MERCURE DE FRANCE:
Les fix derniers Livres des Annales
trad . par le P. Dotteville de l'Oratoire
2 vol. in-12. rel . 6 liv.
Hiftoire de Tacite trad. enfrançois , avec
le latin à côté & des notes , par le même ,
2 vol. in- 12. avec des plans rel. 6 liv.
Elémens de l'Hiftoire Romaine , divifés
en trois parties , avec des cartes & des
tableaux analysiques ; nouvelle édition
revue , corrigée & confidérablement
augmentée d'une géographie ancienne
de l'Italie. Par M. Mentelle , profeffeur
d'hiſtoire & de géographie à l'Ecole
royale militaire , de l'Académie
des fciences & belles-lettres de Rouen,
& c. 2 vol. in- 12. A Paris , chez Delalain
, libraire , rue de la Comédie Françoiſe
, 1774.
La première édition de cet ouvrage
ne formant qu'un volume, parut en 1766 .
Il fut dès lors regardé comme un livre
claffique & admis dans toutes les maifons
confacrées à l'éducation . Cette feconde
édition eft , comme la première , dédiée
à Meffieurs les Elèves de l'Ecole royale
militaire , où l'auteur profeffe l'hiftoire
&la géographie. En augmentant cetouvrage,
M. M. vient d'ajouter infiniment à
AVRIL. 1774. 95.
fon utilité. Il eft divifé en trois parties.
La première renferme la géographie ancienne
de l'Italie , que l'on ne trouve nulle
part traitée avec autant de méthode &
de clarté , & que l'on n'avoit pas même
encore donnée en françois dans une certaine
étendue. On ne peut difconvenir cependant
qu'elle n'importe infiniment pour
l'intelligence de la plupart des auteurs larins.
Comme c'eft dans cette partie que
fe trouve la plus grande augmentation
faite à ce livre , nous nous y bornerons
dans cet extrait.
M. Mentelle a placé à la tête une carte
de l'Italie ancienne extraite de l'excellente
carte de M. d'Anville. S'il y a de la
fageffe à fuivre un fi bon guide , il n'y a
pas moins de bonne foi à en convenir.
L'auteur a eu foin de n'y admette que les
lieux noinmés dans fon ouvrage. Le fyftême
de M. Fréret fur les anciens habitans
de l'Italie , auffi bien que les divifions
, les fubdivifions , les montagnes
les fleuves , les peuples , les villes & c.
&c. , commencent l'ouvrage & font indiqués
par une fuite de tableaux , dans
lefquels on doit remarquer l'exactitude de
Fauteur & l'intelligence typographique.
On y trouve , en caractères différens , les
96 MERCURE
DE FRANCE
.
noms modernes à côté des noms anciens .
Ce parallèle eft obfervé de même dans le
refte de l'ouvrage.
*
Nous ne fuivrons pas M. M. dans la
fuite de la géographie de l'Italie , qui n'eft,
que le développement de ces premiers tableaux
; mais nous remarquerons 1 ° . qu'il
rapporte un grand nombre d'étymologies
très-heureufes , dont la plupart ne font
ni dans Cluvier , ni dans Cellarius , & c.
2 °. qu'il rapporte fur chaque peuple
quelque chofe de fon origine , de fes loix ,,
de fa religion, de fes ufages , &c ; 3 °. que
par rapport aux villes , il fauve la féchereffe
de la nomenclature en rapportant
des traits d'hiftoire qui y ont rapport. 4°.
que partout il cite les dates des événemens
, & les auteurs fur le témoignage
defquels il s'appuie ; 5. que quand un
pallage grec ou latin , qu'un mot celtique
ou oriental eft fuceptible de difcuffon
, il en fait l'objet d'une note , dont la
plupart font inftructives & quelquefois
au- deffus des écoliers. 6° Enfin que chaque
article de géographie ancienne est
* Voy. celles de Bergomum , de Brixia , de
Luna , de Coere , de Sybaris , de Regium , de Clu
fum , d'Etruria , & c , & c.
toujours
AVRIL 1774; 97
toujours fuivi d'un article plus court de
géographie moderne , qui fait connoître .
l'état préfent de la province ou de la ville
dont il eft queftion.
La feconde partie de Elémens de l'hiſtoire
Romaine renferme , dans un aſſez
court efpace, une infinité de chofes ellentielles
fur le droit , les magiftratures ,
l'art militaire , le commerce , les ufages
& c. , &c. , des Romains. Et ces différens
objets étant liés entre eux dans un
tableau analytique qui précède cette feconde
partie , les jeunes gens les retiennent
en en faifidant tout l'enfemble. ::
La troisième partie , qui forme le fe.
cond volume , n'eft qu'une natration abrégée
de l'histoire de la République Romaine.
Elle eft fuivie d'une table chronologique
des années felon Varron & les
marbres capitolins , comparées aux années
qui ont précédé le commencement de
Ere vulgaire. Le fecond volume eft terminé
par une efpèce de dictionnaire qui
fert auff de table des matières . On y renvoie
pour chaquenom auxdifférentes pages
du livre, Mais tous les noms des grands
hommes y font accompagnés d'une petite
notice qui fert à les faire connoître ;
ceux de beaucoup d'objets y ont leur éty-
II. Vol.
98 MERCURE DE FRANCE:
mologie ; enfin il paroît que l'auteur ne
s'eft épargné aucune peine pour hâter les
progrès de fes élèves , & multiplier leurs
connoiffances en applaniffant , le plus qu'il
eft poffible , les difficultés inféparables de
l'étude .
L'auteur avoir donné précédemment
la Géographie ancienne de la Grèce : * ces
ouvrages font faits pour aller enfemble ,
& contribueront à faire connoître mieux
que jamais deux des plus fameux Peuples
de l'antiquité.
ces ,
Raton aux Enfers , imitation libre & en
vers , du Murner in der hölle de M. Frédéric
Guillaume Zacharie ,fuivie de la traduction
littérale de ce poëme allemand;
par M. *** , de l'Académie des fcienbelles
lettres & arts de Rouen , &
ci-devant un des infpecteurs de MM .
· les Elèves de l'Ecole royale militaire.
Prix , 1 liv. 4 fols. A Génève ; & fel
trouve à Paris , chez Dubois , père &
fils , libraires , quai des Auguftins ,
aux trois Vertus , 1774.
"
Le Murner in der holle ou le Mâtou aux
Chez Barbou, rue des Mathurins , 1 vol,
in-8°. relié , 2 liv.
AVRIL. 3774 99
Enfers de M. Zacharie , avoit jufqu'à
préfent été négligé de ceux qui nous ont
donné des traductions de poëties allemandes.
On ne peut difconvenir cependant
qu'il n'y ait de l'invention , de la conduite
, des defcriptions agréables & plufieurs
endroits heureux & bien frappés. II
eft vrai que , donné feul , il eût pu ne
pas faire une grandefenfation , par le peu
d'importance du fujet , & le peu d'étendue
dans l'exécution ; mais , en y joignant
une imitation en vers , M *** lui affure
une réputation diftinguée, & a fait de cette
production un tout fort agréable . Faifons
connoître d'abord la traduction littérale ,
ou , fi l'on veut , le poëme allemand.
Chant. I. Après une invocation à fa
mufe , M. Zacharie raconte que fur les
bords de l'Elbe eft un château où le vieux
Raban vit avec une nièce d'autant plus
aimable , qu'elle eft fort économe. Cette
Demoiſelle a pour compagnie ordinaire
une Suivante , un chat & un perroquer.
Pendant que le chat , fatigué d'avoir
cobru toute la nuit , repofe dans l'appartement
de fa maîtreffe , le perroquet apperçoit
une Furie dans les airs , s'écrie :
ah ! qu'elle eft laide ! » La Furie , pouri
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
s'en venger , fufcite contre lui le chat (1 ) .
Le vieil oncle arrive , tue le chat d'un
coup de bâton . Surviennent bientôt la
Demoiselle & fa Suivante. La première
montre une douleur très- vive , & la Suivante
l'imite . La Furie regarde ces objets
d'un oeil content.
Chant II. Lifette feule , fe félicite dẹ
la mort du chat dont elle avoit fort à fe
plaindre. Elle jette fon cadavre fur da
fumier. Cependant la Demoiſelle Rofaure
perd de vue le fujet de fa triſteſſe ;
elle fe met à fa toilette : il arrive compagnie
; on fe met à table , « & le petit-
» maître ( 2 ) ne ceffa de vuider les coupes
, que lorsque l'étoile du foir , à tra
» vers les nuages , eut fait briller fon aimable
lumière . »
Cependant le chat defcend aux enfers ,
& ne peut être admis dans la barque de
Caron , parce que fon corps eft demeuré
fans fépulture.
Il prend le parti de fe mêler parmi les
revenants.
(1 ) M. ** a changé ceci dans les vers , & il en :
prévient dans un avertiflement. Il fuppofe la Fu
rie jaloufe du bonheur du Chat , & c'est en effet
Jui qui meurt.
(2 ) Le Petit-Maître Allemand,
AVRIL. 1774. 101
Chant III. Lifette veilloit pour broder
des manchettes à fon amant. Minuit fonne
; c'est l'heure où l'on voit des fpectres.
Elle veut fe fauver à fa chambre qui eft
au haut de la maifon ; la peur la fait defcendre
à la cave . Un peu remife , elle remonte
; mais elle apperçoit Murner tout
en feu . Il fe préfente prefque auffi - tôt à
Raban , & enfin à fa maîtrelle Rofaure ,
à laquelle il adreffe une prière fort tendre.
La Demoiſelle fonne avec effroi .
Lifette arrive ; l'oncle furvient . Tous
concluent qu'il faut mettre en terre le cadavre
du chat. Cet ordre eft exécuté , &
l'ombre de Murner fe mêle parmi les
ames qui s'approchent de la barque du
vieux Caron .
Chant IV. Le Poëte Allemand décrit
les enfers , le paffage du chat , & la tranquillité
dont il va jouir dans les champs
Elyfées.
Chant V. Rofaure apperçoit le jardinier
qui vient d'enterrer fon chat ; cette
vue réveille fa douleur : elle veut ellemême
jeter des Hears fur fon tombeau.
La Renommée va trouver le Magifter ,
lui rappelle fes talens , & l'invite à faire
l'épitaphe de Murner . Bientôt il l'apporte
à Rofaure , qui lui promet une forte récompenfe.
L'épitaphe eft gravée fur un
E iij
102 MERCURE
DE FRANCE .
marbre. « L'Etranger curieux vient le
» contempler fouvent ; & le Voyageur
» inftruit , détaille au loin la beauté de
ce monument. Pour avoir une idée des
détails , il fuffira de rapprocher quelques
morceaux de la traduction littérale & de
l'imitation en vers.
Chant 1. Invocation . Chante- moi ,
» Muſe enjouée , les exploits héroïques
» & la mort déplorable d'un chat immor-
» tel , qui a traverfé les eaux du noir
Cocyte, & qui a vu fon corps repofer
» dans un tombeau de marbre , ainfi que
ceux des plus grands héros. »
Voici le début de l'imitation.
39
"
类
4
1
Toi , qui jadis d'un héros perroquet
Chantas les faits par la voix de Greffet ;
Toi , qui dictois à fa plume badiné
Ces vers légers , enfans d'un doux loifir ;
Lorsqu'un rayon de la Grâce divine
Vint l'enflammer d'un plus noble defir ;
Lui fit quitter la riante doctrine
Des jeux badins , des folâtres amours
Pour la retraite où , fe taifant toujours ,
Il craint de voir le Ciel impitoyable
Lui reprocher à la fin de fes jours
D'avoir ufé d'un talent agréable ,
Mufe charmante , anime mes écrits
AVRIL 1774. 103
De la gaîté , des riantes peintures
Qui , dans fes vers, enchantent les efprits.
Quand de Vert- vert on lit les aventures ,
De mon héros & l'eſpèce & le nom
Auffi fameux, n'auront pas moins de charmes
Et les deftins du malheureux Raton
Aux tendres coeurs arracheront des larmes.
Eh! qui pourroit ne pas donner des pleurs
Aucoup fatal qui termina ſa vie ,
Au fort affreux dont elle fut fuivie ,
Lorfque , privé des funèbres honneurs ,
Il demeura fur les bords du Cocyte ,
Et vint enfin rendre aux humains vifite,
Tant qu'il obtint que , Mauſole nouveau
il feroit mis en fuperbe tombeau?
Au commencement du printems , Murner
quitte la chambre de fa maîtreffe pour
aller courir. « L'Hiver , dit le poëte Alle-
» mand , venoit de verfer de fes aîles
orageufes les derniers frimats accompagnés
de grêle ; le Printems s'avan-
» çoit en triomphe fur d'agréables tapis
bigarrés de violettes & de tulipes ; &
» la fille de Pandion , fur des haies verdoyantes
, commençoit à faire entendre
fes aimables chanfons , lorfque
» l'Aurore , fortant de la mer , parue ſur
» l'horizon & pouffa devant elle des vents
"
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
"
impétueux. Ils mugirent avec tant de
» fureur autour du château , qu'ils obligè-
» rent le chauffeur de defcendre en mur-
» můrant fous un vafte bûcher & de ral-
» lumer dans les poëles un feu bienfaifant.
Ciper ( c'étoit le nom du chat )
trottoit fur les toits : il avoit paffé la
» nuit à courir dans les gouttières , & à
donner la chaffe à des légions de rats.
» Sa gueule , armée de dents meurtrières ,
» étoit teinte de fang coulant de toutes
» parts : enivré de la victoire , il s'étoit
» vautré en rugiffant fur leurs cadavres . Il
» fe gliffa dans la chambre , au moment
» que la fuivante portoit de l'eau bouillante
pour donner à fa maîtreffe une
taffe de thé; mais l'ayant trouvée profondément
endormie , elle referma fon
» rideau fans bruit & fortit, doucement
» de la chambre . Ciper , que fes aventures
avoient fatigué , fe coucha commo-
» dément fous le poële ardent , étendit
» devant lui fes griffes de lion , & tomba
bientôt dans le plus doux aſſoupiffe-
» ment . La manière de M. Zacharie
eft forte , mais un peu fécieufe dans, ce
morceau. Le voici dans l'imitation .
Déjà l'hiver avoit vu dans les plaines
Tomber fon char hériflé de glaçons;
AVRIL. 1774 IOS
Des aquilons les fougueuſes haleines
Se retiroient dans leurs antres profonds ,
Sur les ormeaux la tendre Philomèle
Faifoitouir fes accords raviflans ;
Et les bergers , dans leurs jeux innocens ,
Rendoient hommage à la ſaiſon nouvelle.
Voulant auffi des charmes du printemps,
Pour les plaifirs tirer quelque avantage ,
Des chats fameux fuivant l'antique ufage ,
Raton , les nuits , fe donnoit du bon temps ;
Couroit les toits , les greniers , les gouttières ,
Guettoit fouris , & de mille manières
Les attrapoit , malgré tous leurs détours ;
Puis , recourbant fa parte de velours ,
Les balottoit en avant , en arrière ,
Tant que , laflé de ce barbare jeu ,
Il les croquoit de fa dent meurtrière.
Mais ce bonheur , hélas ! dura trop peu.
Fut- il jamais un beau jour fans nuage ! & c, &c.
Enfin le chat entre chez fa maitreffe & s'endert.
que
On voit M.
que ** y met plus de gaîté
l'auteur Allemand. Il a partagé le
premier chant de fon auteur en deux.
Voici comme il commence le chant II.
Il eft un âge où tout fe peint en beau ,
Où tout fourit à notre ame enchantée ;
Par le defir vivement agitée
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
•
Elle s'enflamme à chaque objet nouveau 3
Et même encor doucement affectée ,
Lorſque la nuit a tité fon rideau ,
Elle le prête aux erreurs du cerveau.
Chacun alors de l'aveugle fortune
Abondamment partage les faveurs ;
Mais des amans l'efpèce aflez commune
Fournit , dit- on , les plus heureux rêveurs!
Beauté farouche eſt alors moins cruelle ,
Beauté volage alors fixe fon choix ;
Et , de l'Amour fuivant les douces loix ,
L'une eft plus tendre & l'autre plus fidelle.
De la Nature ô merveilleux préfens !
Vous ajoutez au bonheur de notre être ;
Lorfque le coeur , abufé par les fens ,
Se croit heureux , n'eft- ce pas vraiment l'être?
Mais ce n'eft pas feulement des humains
Que la Nature ainfi fit le partage ;
Chaque animal a reçu de fes mains
Don de rêver tout auffi- bien qu'un fage ,
Ainfi Raton , & c , &c.
Ce petit exorde eft fort joli , & n'eft
point dans l'auteur Allemand. Il en eft
de même du commencement du chant III.
L'auteur va faire connoître la politique
de la Suivante qui a feint de pleurer la
mort du chat pour complaire à fa maîtreffe
.
AVRIL 1774. 107
"
Talent heureux , talent ineftimable ,
Vertu des grands , ignorée autrefois
De nos ayeux les bons & francs Gaulois,
Qui , fignalant leurs bras par mille exploits
Et d'un gros vin s'enivrant à leur table ,
Sans cultiver tant de moyens adroits
D'envelopper , fous un dehors affable ,
Les mouvemens de leur coeur intraitable ,
Du fier honneur n'écoutoient que la voix ;
Toi qui , patant d'un vernis agréable
Le froid refus & la haine implacable
Es cultivé chez l'opulent bourgeois ,
Chez le prélat , & fur-tout près des Rois ;
Art précieux de feindre avec tendreffe
Un fentiment que l'on n'éprouve pas,
Et qui nous faît , bleflant goût & juftelle ,
Louer tout haut , quand nous blâmons tout
bas;
Tu fais voiler d'un gaze légère
La Vérité dont le front trop fevère,
Blefle nos yeux devenus délicats :
Vers les honneurs tu mènes à grands pas
Le fourbe adroit qui fait fe contrefaire ;
Et la vertu , belle de fes appas ,
Sans ton fecours, languit dans la mifère ;
Toi feul enfin peux donner l'art de plaire :
Malheur chez nous à qui ne t'aura pas !
Laure àvingt ans, quoique née au village ,
Heureuſement n'étoit point dans ce cas ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Ily a encore d'autres détails fort agréa
bles auxquels nous ne pouvons nous arrêter.
Cette traduction , & fur-tout: cette
imitation en vers , doivent être d'autant
mieux accueillies , que l'auteur s'annonce
dans la préface pour un homme occupé
d'études plus profondes. Nous le croyons
volontiers , s'il eft vrai , comme on nous
l'a dit , que ce badinage foit de M. Mentelle
, qui vient de donner une nouvelle
édition de fes Elémens de l'Hiftoire Romaine
, dans lefquels la géographie ancienne
de l'Italie eft traitée d'une maniè
re fort favante .
Mémoire fur la meilleure manière de conftruire
un Hôpital de Malades ; par M.
A. Petit , docteur-régent de la Faculté
de Médecine en l'Univerfité de Paris
ancien profeffeur d'anatomie , de Chirurgie
& de l'art des accouchemens aux
écoles de médecine , profelleur d'anatomie
& de chirurgie au jardin du Roi;
membre des Académies royales des
fciences de Paris & de Stockolm ; infpecteur
des hôpitaux militaires , & c ,
& c. A Paris , de l'imprimerie de L.
Cellor , rue Dauphine , in- 4° . de 16
pages avec deux planches gravées en
aille douce , 1774
AVRIL. 1774. 109
Après le défaftre arrivé dernièrement à
l'Hôtel Dieu de Paris , plufieurs de nos
artiftes & de nos citoyens éclairés préfen
tèrent différens projets pour le reconftruire
hors de cette capitale , conformément
aux voeux du Public qui defiroit
depuis long- temps cette tranflation. Les
uns choifitent le terrein du couvent des
Bons - Hommes , fur la rive droite de la
Seine près Pafly; les autres proposèrent
de le placer à l'oppofite , fur la rive gauche
de cette rivière , près de l'Ecole militaire:
d'autres confeillèrent d'augmenter les anciens
bâtimens de l'hôpital St Louis ; enfin
il y en eut , & ce fut le plus grand nombre
, qui choisirent l'ifle des Cygnes . Suivant
le projet de M. Petit, il faudroit rebâtir
l'Hôtel- Dieu fur le terrein qui s'étend
entre l'hôpital St Louis & le monticule
de Belle - Ville ; il regarde cet endroit
comme réuniffant tous les avantages
l'on peut defirer
que le plus parfait
des emplacemens ; le but de fon mémoire
eft de les développer & d'expofer enfuite
fes vues particulières par rapport à un
plan de diftribution le plus capable de
favorifer fon fervice .
pour
Il commence d'abord par faire voir
qu'on doit avoir égard , dans la fituation
110 MERCURE DE FRANCE.
d'un hôpital de malades , à la pureté de
l'air , à la falubrité , à l'abondance des
eaux , à la facilité du fervice , à la tranquillité
, & que toutes ces chofes ne pou
vant fe trouver au milieu des grandes
villes , il eft indifpenfable de transférer
ces maifons au- dehors de leur enceinte .
M. Petit ajoute à ces confidérations
qu'un hôpital ne fauroit être bien placé
que fur un terrein élevé , à caufe de l'humidité
qui règne dans les lieux bas , &
qu'il feroit important de le fituer toujours
à l'abri du vent du Nord , qui eft un fléau
pour les malades. Venant enfuite à l'examen
de l'emplacement qu'il a choifi , il
démontre qu'il réunit toutes les perfections
qu'on peut defirer : il eft aflez loin
de Paris , fans l'être cependant trop, pour
être garanti du bruit : les malades pourroient
y être transférés fans inconvéniens ,
du dépôt général qu'on laifferoit fubfifter
à l'ancien Hôtel . Dieu , & où l'on ne retiendroit
que ceux qui feroient hors d'état
d'être conduits au nouveau :l'air en eft pur;
la maifon qu'on y bâtiroit feroit garantie
du vent du Nord par le monticule de Belle-
Ville qui le couvriroit comme un rideau
; elle pourroit être approvifionnée
d'eau par cellé que l'on tire de BelleAVRIL.
1774. III
Ville , de Ménil - montant & du Pré St
Gervais ; en un mot , le paffage du grand
égout de Paris dans fes environs faciliteroit
l'écoulement de fes immondices.
Que l'on ajoute à tout cela l'avantage précieux
qui réfulteroit pour l'Hôtel - Dieu
bâti en cet endroit , du voifinage de l'hôpital
St Louis , qui deviendroit pour lui
une espèce de fuccurfale où l'on placeroit
les magaſins , où l'on pourroit mettre un
grand nombre de malades en cas d'épidémie
, & où l'on pourroit traiter en tout
temps les maladies contagieufes , la petite
vérole , la rougeole , &c. & l'on fera
convaincu qu'il feroit bien difficile de
trouver , aux environs de Paris , une
fituation plus favorable pour un pareil
établiffement,
Quant à la diftribution de fon plan ,
M. Petit propofe de lui donner la forme
d'une étoile , & de difpofer fes falles
comme autant de rayons tendant vers un
centre où feroit placée la chapelle , & au
pourtour de cette chapelle des portiques
dans lefquels déboucheroient les falles
des médecins , des chirurgiens & des mères
furveillantes,l'apothicairerie , les cuifines
, & c. en un mot tous les lieux d'où
peuvent partir tous les fecours pour les
112 MERCURE DE FRANCE.
malades Pource quieft des bâtimens qui ré
gneroient dans la circonférence extérieure
de cette étoile , ils ferviroient aux dortoirs
des foeurs , aux logemens des chirurgiens ,
des prêtres , à faire des promenades couvertes
pour les convalefcens : & les efpaces
triangulaires compris entre les falles
feroient occupés par des cours & jardins
qui les aëreroient. Ainfi , au moyen de
cette difpofition , il y auroit la plus grande
facilité poffible pour le fervice des malades
; tous les fecours fe trouveroient à
leur portée, & il n'y auroit que le moindre
efpace poffible à parcourir pour arriver à
eux .
&
Outre ces vues générales , la conftruction
particulière des falles mérite la plus
grande attention . M. Petit propofe de les
faire de 40 pieds de haut fur 36 de large ,
50 toifes de long , & de difpofer les
lits des malades de chaque côté en quatre
rangs , les uns au - deffus des autres , àpeu-
près comme les loges des falles de
fpectacle : chaque lit occuperoit le milieu
d'une espèce de niche ou alcove de neuf
pieds de haut fur fept en quarré . Un feul
malade feroit couché dans ce lit , aux
deux côtés duquel fe trouveroit une ruelle
de deux pieds : au bout de l'une de ces
AVRIL. 1774. 113
ruelles s'ouvriroit dans le gros du mur
une fenêtre destinée à donner du jour &
de l'air à l'alcove , ainſi qu'à vuider & jeter
dehors les excrémens , & les autres
chofes dont le voifinage feroit incommode
au malade . La féparation des alcoves
fe feroit par le moyen d'un petit mur
de briques , & tout cet appareil de loges ,
les planchers mème feroient de la même
conftruction ; un rideau de toile fermeroit
l'alcove au pied du lit ; il feroit ouvert
le jour & tiré la nuit , ou quand le
malade voudroit dormir. Il règneroit fur
le devant de ces alcoves une gallerie gril
lée de quatre ou cinq pieds de large , par
le moyen de laquelle le fervice fe feroit
avec la plus grande promptitude. Entre
les galleries d'un côté & celles de l'autre
fe trouveroit un espace de 12 ou 1s pieds
de large qui règneroit d'un bout à l'autre
de la falle , & depuis le tez - de- chauffée
jufqu'au comble : on y placeroit les poëles
deftinés à chauffer les falles l'hiver.
" Les avantages fans nombre qui réful-
» tent de cette difpofition fe préfentent ,
» dit M. Petit , en foule à l'efprit. Je pla-
» ce d'abord trois fois plus de malades
» dans mes falles qu'on y en met commu
» nément. Je donne à chaque malade fon
lit & même fa chambre . On ne verra
114 MERCURE DE FRANCE .
"
» plus , à la honte de l'humanité & au
» fcandale de la Religion , fix malheureux
" amoncelés dans un même lit , fe nuire ,
» s'alarmer , s'infecter mutuellement :
» l'un , fe tourmenter & crier quand les
» autres ont befoinde repos : on ne verta
plus un moribond fe confeffer à côté de
» cinq malades qui entendent tout ce
qu'il dit : un autre recevoir le Viatique
fur un grabat que fouille au même inf
tant un agonifant qui fe vaide en ren-
» dant le dernier foupir , ou bien un ma-
>> lade qui ne peut retenir l'effet d'un pur-
» gatif ou d'un émérique , ou bien enfin
» dans un même lit où ſe trouve un fré-
»
»
nétique qui , dans fon tranfport, forme
un déplorable contrafte avec le prêtre
qui récite les prières des mourans. Ma
» main s'arrête , & le frémiffement que
» tant d'horreurs lui font éprouver , l'em-
» pêche d'achever cet abominable ta-
» bleau . >>>
On ne fauroit affurément qu'applaudir
à la compofition du plan de cet hôpital
de malades , & nous ne croyons pas qu'il
foit poffible d'en imaginer un qui foit
plus propre , non - feulement à fatisfaire
aux befoins de tous les malades , fûrement
, promptement , avec le moins de
dépenſe , mais encore à en raffembler dans
i
AVRIL. 1774,
un même lieu un très - grand nombre,fans
que leur maltitude puiffe leur être pernicieufe.
M. Petit paroît au furplus difpofé
à partager la gloire de cette heureufe diftribution
avec M. Prunneau de Mont-Louis,
un de nos plus habiles architectes- experts ;
il convient s'être rencontré avec lui à cet
égard , & fe fait même un devoir de le
publier. En effet , le projet de M. Prunneau
de Mont- Louis , que nous avons vu ,
& auxquels les connoiffeurs ont beaucoup
applaudi lorfqu'il en préfenta en fon
temps , le modèle à MM. les Adminiſtrateurs
de l'Hôtel - Dieu , eft abfolument
femblable dans fon enfemble : leur différence
ne confifte guères que dans la poffibilité
de l'exécution qui avoit été méditée
dans le dernier projet , & qui
paroît avoir été tout- à- fait négligée dans
l'autre. M. Petit a imaginé au centre de
cet hôpital , dans le point de réunion , des
falles où eft placée la chapelle , un grand
cône de pierres ou de briques de 12 toi-
-fes de diamètre & de 35 toifes de haut ,
entièrement porté fur des colonnes ifolées
, le long des côtés duquel cône il fait
en outre ramper les tuyaux de toutes les
cheminées des cuifines & des falles adjacentes
, ainfi que des poëles ; ce qui eſt
116 MERCURE DE FRANCE.
abfolument impraticable , au lieu que M.
Prunneau de Mont Louis a tout - à - fait
ifolé fa chapelle au milieu d'une cour
circulaire , & l'a entourée de portiques
fervant de débouchés aux cuifines , aux
falles des médecins , des chirurgiens , & c .
arrangement fans comparaifon plus avantageux
, & qui n'offre aucune difficulté
pour l'exécution : au
: au furplus M. Petit n'a
prétendu , comme il le dit lui - même ,
que propofer une efquiffe qu'il laiſſe à
développer aux maîtres de l'art ; & tous
les médecins ne font pas obligés d'être
auffi habiles que le célèbre Perrault dans.
la conftruction.
L'Irréligion dévoilée & démontrée contraire
à la faine philofophie ; par P. J.
Boudier de Villemaire , écuyer .
Leves guftus in philofophiâ movent ad atheifmum,
pleniores ad Religionem.
BACON.
vol . in- 12 . A Paris , chez Dufour , libraire
, tue de la Juiverie , & Monory
, vis à vis la Comédie Françoiſe .
Le nom feul de philofophie , nous dit
» l'auteur au commencement de cet ouvrage
, annonce le plus fublime emploi de la
AVRIL. 1774. 117
"
"
و و
و د
que
» raiſon . La vérité qu'elle recherche , &
» les principes des chofes ne fe trouvant
qu'en Dieu , c'eft à lui qu'il faut néceſfairement
qu'elle remontepour atteindre
fon but. Les intelligences créées , dans
quelque ordre qu'elles foient , n'ont de
» lumière que par une émanation de la
Sageffe incréée , & ne font réfé-
» chir les rayons de celle dont elle veut
» bien les éclairer. La bonté a la même
» origine ; le bon n'eft que le vrai réduit
» en acte , & dérive des convenances po-
» fées par le Créateur entre les êtres . Qui-
» conque le méconnoît , doit donc perdre
» de vue la règle , & du bon & du vrai ,
» L'un & l'autre font l'objet de la philofophie
, & ne peuvent être faifis que
≫ par l'homme qui fixe fes regards fur
la Vérité éternelle . Elle eft le foleil de
l'ame. Lorfqu'entre elle & nous s'interpofent
les objets de nos cupidités ,
la raifon fouveraine eft éclipfée , & la
» nôtre tombe dans d'épaiffes ténèbres.
" C'eft à la philofophie à éloigner ces ob.
» jets qui ferment le paffage à la lumière ;
»la philofophie eft , comme on le voit ,
» une théologie naturelle qui rapproche
» l'homme de Dieu , au lieu de l'en éloi-
» -gner. »
"
"
"
Ce principe pofé , comment a- t- on pu
120 MERCURE DE FRANCE.
des grands Auguftins ; & chez Aug.
Mart. Lottin aîné , imprimeur-libraire ,
rue St Jacques , au Coq.
Ce nouveau cahier préfente , ainfi que
les précédens , des recherches curieufes ,
utiles & éclairées par une fage critique.
On lira fur tout avec intérêt les difcuffions
dans lesquelles l'auteur eft entré fur
ce qui regarde les différens établiſſemens
qu'ont formés à Paris les Annonciades
Célestes ou les Filles Bleues , les Religieufes
Annonciades du St Efprit , les
Religieufes de Notre Dame de Bon- Secours
, de la Charité de Notre Dame , de
la Magdeleine de Trainel , de la Vifitation
de Sainte - Marie , de la Conception,
les Hofpitalières de la Raquette , de Ste
Anaftafe , les Filles de la Ste Trinité , de
la Croix , les Chanoineffes de Notre- Dame
de la Victoire , les Chanoines Régu
liers de Ste Catherine du Valdes - Ecoliers
, les Pénitens réformés du Tiers Ordre
de St François , vulgairement appelés
les Picpus ; les Minimes , & c . Ces
difcuffions critiques ne font point particulières
à l'hiftoire topographique de Paris
; elles répandent auffi quelques lumières
fur l'hiftoire eccléfiaftique de la
France.
AVRIL. 1774. 121
France . Ces difcuffions , ainfi que plufieurs
que l'auteur nous donne fur l'abbaye
St Antoine , la Baftille , la Porte St
Antoine , l'Hôtel royal de l'Arquebufe ,
l'Eglife de Ste Marguerite , celle du petit
Saint- Antoine & autres monumens , en
inftruifant le lecteur , le convaincront facilement
qu'il courra prefque toujours le
rifque de fe tromper , fi ,,dans les études
qu'il fe propofe de faire de l'hiftoire , il
ajoute foi à des copies fouvent très - fauri-"
ves , ou s'il s'en rapporte à des écrivains
qui fe font contentés de travailler fur les
mémoires qu'on leur a communiqués fans
les avoir examinés ou approfondis, & fans
avoir , comme fait ici l'auteur des recherches
que nous annonçons , rectifié les
faits fur les originaux qui les conftarent
avec plus de certitude que la tradition la
plus accréditée.
Les hiftoriens ont quelquefois rapporté
fur l'origine de certains monumens religieux
, des opinions qui ne paroiffent
avoir d'autre fondement que la pieufe .
crédulité de nos ancêtres. M. J. fait à ce
fujet une réflexion qui doit guider celle
du lecteur , lorfqu'il rencontre dans l'hiftoire
des exemples d'une femblable crédulité.
« Dans ces fiècles d'ignorance , où
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
"
» la France fut fi long-temps plongée , il
❤ étoit aifé de féduire les efprits ; les vé-
» rités fimples n'étoient ni connues , ni
écoutées; l'imagination feule avoit le
privilége de perfuader les fables qu'elle
» avoit enfantées ; tout ce qui portoit le
caractère du merveilleux étoit reçu fans
» réflexion , & adopté fans examen : il
fuffifoit qu'une vifion prétendue , une
révélation imaginaire , euffent quelque
trait à la religión , pour qu'on les confidérât
comme des ordres du Ciel , dont
il eût été téméraire d'approfondir la vé,
» rité & auxquels l'impiété feule pouvoit
» refufer d'obéir. De's temps plus heu-
» reux ont diffipé ces ténèbres ; mais fi les
.83
99
connoiffances & les lumières qu'il nous
» ont procurées nous ont mis en état de
difcerner le vrai d'avec le faux , elles
» nous ont en même temps fait un devoir
de refpecter les motifs d'une piété qui
» n'étoit pas éclairée , & ceux des établiffemens
qu'elle infpiroit , parce que la
religion & l'utilité publique en faifoient
le principal objet. "
Ce quinzième cahier eft , ainfi que les
précédens , enrichi d'un très beau plan,
Ce plan , à caufe de l'étendue du quartier
St Antoine , eft divifé en trois planches
AVRIL. 1774 123'
gravées avec beaucoup d'exactitude & de
netteté.
Tableau de l'Analyfe Chimique , ou procédés
du cours dechimie de M. Rouelle
, apothicaire de S. A. S. Monſeigneur
le Duc d'Orléans , démonftrateur
de chimie au jardin royal des plantes
de la fociété des arts de Londres , &
de l'académie électorale d'Erfort. Vol.
in-8°. petit format de 182 pages. A Paris
, chez Vincent, imprimeur, rue des
Mathurins, & chez l'auteur, rue Jacob.
Différéns démonftrateurs en chimie ont
reconnu l'utilité du tableau que nous
annonçons. M. Baumé , de l'académie
royale des ſciences , a publié, fous le titre
de Manuel de chimie , un précis exact des
opérations fondamentales de la chymie.
M. de Machy a donné depuis un ouvrage
dans le même genre qui a pour tifte procédés
chimiques. Le tableau de l'analyse
chimique de M. Rouelle préfente le même
objet d'utilité. L'auteur dit dans fon
avertiffement que feu M. Rouelle fon
frère , de l'académie royale des ſciences
, avoit fenti de bonne heure la néceffité
de préfenter à ceux qui fuivoient
fes cours de chimie un tableau
F. ij
124 MERCURE DE FRANCE.
précis , mais fenfible de toutes les opéra
tions qui formoient la chaîne de fes démonftrations
, & fervoient de fondement
à fa doctrine. Il crut qu'il n'y avoit rien
de plus propre à remplir cet objet que
d'expofer dans des flacons & des bocaux
de verre tous les produits bien diftincts
& bien féparés de chaque opération
en même temps que l'écriteau qu'il
feroit coller fur les vailleaux contiendroit
l'indication très - Gmple , trèscourte
, mais fort claire , de chacune de
fes expériences , & des réfultats qu'il en
avoit obtenus ; & il leur donna le nom
de procédés du cours de chimie. Comme
ces procédés fuivoient pas à-pas l'ordre &
le progrès de fes leçons , il les faifoit
placer,à mesure qu'ils fe multiplioient,
fur les tablettes de fon laboratoire, pour
y refter pendant tout le cours. L'expé-
» rience a fait voir de quelle utilité cette
» expofition étoit pour fes audireurs. Ils
» y trouvoient une répétition très - courte,
» mais fenfible , de ce qu'ils avoient déjà
» vu ; enforte que l'opération fe répétoit
encore , pour ainfi dire , une feconde ,
» une troisième fois
"
" en un mot , tant
qu'ils vouloient , fous leurs yeux. L'u-
» tilité de ces procédés fut tellement fentie
par tous ceux qui fuivoient les leçons
AVRIL. 1774. 125
»
"
»
""
» de feu M.Rouelle , que , parmi fes difci-
» ples , il y en a eu beaucoup qui ont vou
lu en avoir une fuite complette des trois
règnes chez eux ; & les autres , à qui ou
l'éloignement de leur patrie , ou d'autres
circonftances particulières ne per-
» mettoient pas de fe procurer cette reffource
, s'endédommageoient en copiant
» ou faifant copier les écriteaux de ces pro-
» cédés , dans le même ordre qu'ils étoient
expofés . Mais les copies manufcrites ou
imprimées qui s'en font fort multipliées ne
préfentent pas à beaucoup près une fuite
des trois règnes auffi complette que celle
que M. Rouelle vient de publier. Les recherches
de l'auteur , les expériences multipliées
qu'il a faites & fes obfervations
journalières ont porté ce tableau de l'analyfe
chimique à un degré d'utilité trèsétendue.
L'analyfe animale offre elle feule
218 procédés au lieu de 44 qu'on trouve
dans les cahiers de feu M. Rouelle .
On conçoit de quel avantage ce tableau
des analyfes des trois règnes doit être pour
ceux qui fuivent les cours de M. Rouelle.
Les perfonnes qui , par état ou par goût ,fe
font livrées à l'étude de la chimie , trouveront
de leur côté dans ce tableau les réfultats
d'une infinité d'expériences qui les
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
empêcheront d'oublier ce qu'elles ont ap
pris , ou exciteront leur curiofité fur plu-
Beurs objets importans de la chimie qu'elles
peuvent ignorer.
L'auteur pour rendre ces procédés d'une
utilité plus générale , en a fait faire une
édition fous format in-4°. , de manière
qu'il y a un côté de chaque page en blanc ,
afin qu'on puiffe couper & coller chaque
procédé en écriteau aux flacons & bocaux,
& que ceux qui voudront répétet toutes
ses expériences & fe faire une collection
de procédés chimiques , foient par - là difpenfés
d'écrire chaque étiquette.
Comme ce tableau de l'analyſe chimique
eft particulièrement destiné à rappe-
Ter aux élèves les opérations d'un cours de
chimie, on ne peut qu'exhorter M.Rou
elle à mettre dans l'énoncé de fes opérations
toute la clarté , toute la préciſion
& toute l'exactitude dont cet énoncé eft
fufceptible. Le procédé 4 , par exemple ,
pouvoit être indiqué avec plus de précifion
: il eft dit : « huile effentielle dero-
» marin , retirée en diftillant avec l'eau de
romarin frais , au degré de chaleur
» de l'eau bouillante. » Ne feroit-il pas
mieux pour la clarté & l'exactitude, d'écri
re : huile effentielle de romarin , retirée.dif
AVRIL. 1774. 117
romarin frais diftillé avec de l'eau au degré
de chaleur de l'eau bouillante ?
39
"
Le procédé 45 page 8 , eft ainfi énoncés
foude ; cendres retirées par la combuf
» tion de différentes plantes . Elles con-
» tiennent l'alcali fixe , bafe du fel ma
» rin ou natrum des anciens ; du fel marin
, du ſel fébrifuge , un peu d'alkali
» fixe végétal , du tartre vitriolé & de la
» terre du végéral . » Les expériences de la
chimie nous démontrent que la foude
contient un très- grande quantité d'alkali
marin , & même que ce fel eft la baſe de
la foude ; & ce n'eft point là l'idée que les
étudians prendront d'après l'étiquette que
nous venons de rapporter. L'alkali fixe
d'ailleurs , comme la même étiquetta
femble l'énoncer , n'eft point la bafe du
fel marin ce fel a pour baſe , ainfi que
l'enfeigne la chimie , l'alkali minéral ou
les criftaux de foude .
Il eft dir, page 149 , que « la porcelaine
» chinoife eft compofée de Ka- c- lin , de
Spath falible & d'argille. » Les chimif
tes qui ont le plus travaillé fur cette matière,
ont reconnu que le Ka- o - lin eft une
véritable argile blanche , & , fuivant l'énoncé
ci deffus , il paroîtroit que ce feroit
une terre à part.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
Nous ne citerons plus que cet article
page 130. Mercure précipitéper fe : mer-
» cure réduit en poudre rouge par la fimple
coction ou ébullition , fans qu'il
ait perdu fon phlogistique. Ce faux
» précipité , pouffé au feu à le faire rougir
, fe revivifie en mercure coulant , »
Le précipité perfe foumis à la diftillation
fournit à la vérité une petite quantité de
mercure coulant , mais c'eft la portion
qui n'étoit point calcinée. Le refte ne fe
revivifie point en mercure à moins qu'on
n'ajoute quelque matière propre à fournir
du phlogistique. Il fe fublime au contraire
en un fublimé rouge très-beau & trèsbien
criftallifé.
Memoire concernant l'Ecole royale gratuite
de Deffin , où l'on montre l'utilité de
cet établiffement , les avantages qui en
réfultent , les détails de l'adminiftration
& de la direction ; & généralement
tout ce qui peut y avoir rapport ;
volume in 4° d'environ 40 pages , de
l'Imprimerie royale . On peut fe procurer
ce mémoire à Paris , chez M.
Bachelier , peintre du Roi , directeur
de l'Ecole , aux Tuileries , cour royale
, fous le veftibule, nº. I. & aux EcoAVRIL
1774 . 129
les gratuites de Deffin , collège d'Autun,
rue & vis- à- vis St André des- Arts.
de
Ce mémoire eft un compte rendu au
Public , de l'utilité , des avantages & des
détails d'un établiſſement qui l'intéreſſe
particulièrement, puifqu'il procure à une
Jeunelle toujours turbulente le moyen
d'employer utilement fon temps ,
s'inftruire gratuitement des élémens du
deffin , & de contribuer par un travail fuivi
aux progrès des arts . Ces progrès dépendent
plus qu'on ne penfe ordinaires
ment de la main d'un ouvrier inftruit . En
effet fi un artifte , au lieu de trouver un
homme déjà préparé & en état de lire fa
penlée, ne rencontre qu'un manoeuvre , il
fe rebute ou il fe voit obligé de rétrécit
fes idées pour fe conformer au peu de capacité
de fon ouvrier .
Les études de cette Ecole gratuite de
deffin font divifées en trois genres : la
géomérrie & l'architecture ; la figure &
les animaux ; les fleurs & l'ornement .
Cette divifion comprend tous les rapports
des différens arts mécaniques . On a de
'même divifé toutes les efpèces de profeffions
connues en trois claffes , afin de pou
voir adapter à chacune d'elles le genre d'é-
Fy
130 MERCURE DE FRANCE:
tude qui lui eft le plus analogue ; de forte
qu'un élève qui fe préfente à l'école, indiquant
le genre de profeffion à laquelle il
fe deftine , eft admis au genre d'étude
qui y eft affecté plus fpécialement . Par
exemple , un élève qui fe deftine à être
maître maçon , eft admis dans le genre.
de la géométrie & de l'architecture , &
ainfi des autres. L'inftruction dans tous les
genres commence par la géométrie. Elle
» feule , comme le remarque judicieuſe-
» ment l'auteur de ce mémoire , peut ar-
99
rêter les écarts de l'imagination , la con,
» tenir dans les bornes de la raiſon , &
» faire circuler , s'il eft permis de s'exprimer
ainfi , les idées dans des canaux
réguliers lorfqu'on s'eft éloigné de fes
principes. Que font devenus les ornemens
qu'on répandoit fans goût dans
tous les genres d'ouvrages, fous prétexte
» de les rendre pittorefques ? Quelques ar
tiftes fe font élevés contre ce genre ba-
» roque , mais la multitude ignorante a
confervé fes préjugés & fuivi le tor-
» rent : leurs productions, que le bon fens
» défavoue , révoltent les lumières de la
raifon par la monftrueufe difproportion
» des objets qu'ils ont réunis : nos appar
» temens font encore chargés de ces déco
AVRIL 1774. 131
כ
95
"
"
rations informes enfantées fans génie ;
» des formes irrégulières en ont banni le
quarré , le rond & l'ovale comme des
pauvretés gothiques : à ces belles corniches
qui décoroient & richement nos pla
» fonds , ont été fubftitués les dentelles ,
la broderie , les rofettes en filigrane ,
» les cartels de travers & autres ornemens
» auffi frivoles , bien plus faciles à exé-
» cuter en ce qu'ils n'aftreignent à aucune
dimenfion raifonnée : la noble fymmé-
» trie , puifée dans la nature , paroiffoit
» froide , à des cerveaux brûlés , les for-
» mes tourmentées avoient la préférence
» fur certe heureufe fimplicité confacrée
» par l'approbation & l'admiration de tant
» de fiècles. C'est donc rendre un grand
» fervice aux arts que d'élever la Jeunelle
» dans lesprincipes de la géométrie non-
» feulement cette fcience développe l'in
telligence , elle rend encore la précifion
familière , par la connoiffance exacte
» des dimenfions de tous les corps , con
» fidérés fous différens afpects. Quelle
» immenfe quantité de rapports utiles &
ignorés , & qu'on n'eût apperçus que.
peu- à-peu , par hafard & fucceffive-
» ment , qui fe manifeftent y pour ainfi
» dire , en un clin d'oeil par le fecours de
» la géométrie ! »
*
99
I vj
132 MERCURE DE FRANCE .
Ces réflexions & le zèle de celui qui
eft à la tête de la direction de cette école
ne peuvent que contribuer à fixer parmi
nous les belles proportions & le goût noble
& fimple de la fage Antiquité. Le di-
' Lecteur , en excluant de fon école ce tortillé
ridicule dont il vient d'être parlé ,
veillera également pour empêcher qu'on
ne lui fubftitue un ftyle maigre , de petites
recherches de diftributions , un rafinement
de décorations & d'ornemens ,
dont plufieurs de nos falons modernes font
furchargés ; ce qui les fait plutôt reffembler
à une boutique d'orfévrerie qu'à un
lieu décoré par le génie des arts.
Les détails qui concernent l'adminif
tration de l'Ecole gratuite doivent être
lus dans ce mémoire . Le tableau de cette
adminiftration à laquelle préfide un zèle
vraiment patriotique' , portera fans doute
le citoyen aifé à fe ranger au nombre des
bienfaiteurs de cette école dont on a donné
ici la liste .
La protection fignalée que Sa Majefté
a , par fes lettres - patentes du 20 Octobre
1767 , accordée à cette école ; le concours
de citoyens de tous les Ordres pour fou
tenir cet établiffement , & l'empreffement
des familles ouvrières à en profiter , font
AVRIL 1774. 133
fans doute la meilleure réponse que l'on
puiffe faire à cet efprit détracteur qui a
cherché à former des objections contre
cet établiffement . L'utilité qui en réſulte
pour les arts eft fuffifamment démontrée
dans le mémoire que nous venons d'annoncer.
Mais , en accordant aux adverfaires
de cette école que plufieurs des élèves
qui y font admis n'y font que des progrès
infructueux , ne doit on pas toujours regarder
comme un grand avantage pour la
fociété en général la facilité que cet établiffement
procure aux familles pauvres ,
de retenir une Jeuneffe tumultueufe , indocile
& ordinairement difpofée , par le
défaut d'occupation , à s'adonner à toutes
fortes de vices? Il y a donc lieu d'efpérer
que cet établiffement , que nous avons
vu fe former fous nos yeux , trouvera en
tout temps des protecteurs dans ceux qui
s'intéreffent aux progrès du goût & des
arts , & dans les Magiftrats qui veillent
au bonheur de la fociété .
Methode récréative pour apprendre à lire
aux enfans , fans qu'ils y penfent ; par
M. le Baron de Bouis , auteur du Par
terre géographique & hiftorique & du Sol
litaire géométrique. Dédié à Mgr le Duc
134 MERCURE DE FRANCE.
d'Enguien. Brochure , in 8 ° . prix , z
fols. A Paris , chez l'auteur , quai de
Bourbon. Ifle St Louis , près de la rue
de la Femme- fans- tête ; & chez Delaguerte
, imprimeur- libraire , sue de
la Vieille-Draperie.
L'auteur a auffi nommé cette méthode
Syllabaire joyeux , parce que dans la vue
d'épargner à l'enfant le travail & les
pleurs , ila imaginé de lui enfeigner l'atphabet
& de lui apprendre à lire par le
moyen de différents jouets qui excitent fa
curiofité & fixent fon application fans la
fatiguer & même en la recréant.
On trouve à l'adreffe ci- defus & chez
Defnos , libraire , rue St Jacques , un
autre ouvrage du même auteur , fervant
de fupplément ou d'explication à fon Par
terre géographique & hiftorique. Ce parterre
a été publié pour la première fois en 175 3 .
Plufieurs inftitueurs ont applaudi à la méthode
de l'auteur de repréfénter en relief
ou par des objets fenfibles & recréatifs
pour l'enfant, ce qu'on ne lui enfeigne ordinairement
que par le moyen de caractè
ses d'imprimerie. Les progrès que des enfans
du plus bas âge ont faits dans la lecture
, la géographie & l'hiftoire par la
méthode de M. de Bouis, font la meilleure
AVRIL 1774. 131
}
preuve que nous puiffions donner de la
bonté de fon fyftême . On conçoit d'ail
leurs qu'une méthode qui parle plus aux
fens & à l'imagination qu'à l'efprit , &
qui fait fervir les jouets ordinaires des enfans
aux leçons qu'on leur donne, bannit
néceflairement de ces leçons tout efprit
de contrainte , laiffe l'enfant fe livrer à fa
gaieté ordinaire , & grave fans peine dans
fa mémoire les objets que l'on veut y tracer.
"
Principes de l'Art du Tapiffier : ouvrage
urile aux gens de la profeffion , & à
ceux qui les emploient ; dédié à Monfeigneur
le Dauphin. Nouvelle édition
, revue , corrigée & augmentée
& enrichie de figures en taille douce.
Par M. Bimont , maître & marchand
Tapiflier; vol. in 12. A Paris , de l'im
primerie de Lottin l'aîné , rue St Jac
que , au Coq.
La première édition de cet ouvrage a
été publiée ſous le titre de Manuel des
Tapiffiers. Les additions conſidérables que
l'auteur a faites à ce manuel l'ont autorifé
à lui donner un titre qui annonçât les
instructions méthodiques que l'aureur
publie aujourd'hui ſur fon art. L'ouvrage,
136 MERCURE de France.
dans cette nouvelle édition , eft divifé en
deux parties . La première traite de la qualité
, de l'ufage & des façons que l'on
doit donner aux étoffes & autres marchandifes
qui fervent à meubler les appar
temens. La Teconde en marque la quantité
& les prix , autant que les matières ,
qui ne confervent pas toujours la même
valeur, dans le commerce , peuvent le
permettre. Ce fimple expofé fuffit pour
faire connoître l'utilité de cet ouvrage
non -feulement pour les jeunes Tapiffiers
& tous ceux qui s'occupent par état des
ameublemens , mais encore pour les particuliers
qui veulent n'être pas tout - àfait
étrangers à cette partie de l'économie
'domestique .
>
Nouvelle édition revue & corrigée en
deux tomes in-4° . de plus de 8oo pag.
chacun , de la Défenfe de la Déclaration
du Clergé de France , de 1682 ,
touchant la Puiffance Eccléfiaftique ,
compofée en latin par M. Boffuet, Eve
que de Meaux , & traduite en françois
avec des notes hiftoriques , critiques ,
théologiques ; & d'une differtation refutative
des quatre tomes in 4°. du
Cardinal Orfi , contre ladite Défense
AVRIL. $ 774. 137
par M *** . A Paris , chez Louis Cellot
, imprimeur-libraire , rue Dauphine
, avec approbation & privilége du
Roi, 1774
Dans la préface mife à la tête de cette
nouvelle édition , le traducteur fait l'hiftoire
littéraire de l'ouvrage de M. Boffaet
, dont il montre l'importance & même
la néceffité , raconte les divers contre
tems qui , pendant la vie de ce Prélat
, empêchèrent de le publier , détaille
tous les foins que le favant auteur s'eft
donnés pour le rendre parfait, fes fréquentes
révisions , les changemens & additions
que les circonstances l'ont obligé
d'y faire , & dit comment M. l'Evêque
de Troyes , neveu du grand Evêque de
Meaux , lui perfuada d'être éditeur de
l'ouvrage latin de fon oncle , de le traduire
en françois , & de mettre , tant
dans le latin que dans le françois , des notes
aux endroits qui pouvoient en avoir
befoin. Il fuit de la narration de ce traducteur
, que de tous les ouvrages de M.
Bolluet , fa Défenfe de la Déclaration eft
celui dont il s'eft le pius occupé pendant
un grand nombre d'années ; & que cet ouvrage
qui doit infiniment intéreffer tous les
bons François, eftle plus profond, le plus fa138
MERCURE DE FRANCE .
vant & le plus théologique & tout- à- la
fois le plus methodique & le plus clair
qu'on aft jamais compofé en faveur des
maximes & des libertés de l'Eglife Gallicanne.
Cette édition a , fur la première , un
avantage confidérable , en ce qu'elle eft
augmentée d'une differtation réfutative
des quatre gros volumes in -4°. de M. le
Cardinal Orfi , contre quatre ou cinq livres
de la Défenfe , & c . de M. Boffuet.
La traduction a été revue & corrigée avec
foin ; il y a beaucoup de notes nouvelles
& une table détaillée des matières.
Effaifur la taille des arbresfruitiers, par une
Société d'Amateurs , in- 8 ° . , d'environ
70 pages , avec figures. On en trouve
des exemplaires chez Langlois , Libraire
, rue dn Petit- Pont St Jacques.
A Paris.
Une Société d'Amateurs donne dans
ce petit ouvrage fes obfervations fur la
taille des arbres fruitiers. Elle a imaginé ,
pour rendre fes préceptes plus fenfibles ,
de réduire en plan géométrique , la forme
que doit avoir l'arbre perfectionné par
l'art , & d'afujettir en quelque forte aux
règles de la géométrie , la taille des atbres
fruitiers . Ce petit Traité eft accom
AVRIL. 1774. 139
pagné de plufieurs planches gravées , dan's
lefquelles les lettres & chiffres joints aux
figures , indiquent au Cultivateur , les
branches qu'il doit couper ou conferver ,
incliner ou redreffer.
On fe propoſe d'établir dans la production
des branches & des fruits , un ordre
dont l'effet eft d'augmenter l'utilité & la
décoration des jardins. Les moyens d'y
parvenir font , la taille , le pincement ,
l'ébourgeonnement & le paliffage. Mais on
ne peut les employer avec fuccès , qu'en y
apportant la plus jufte combinaiſon , pour
ne point s'écarter de l'ordre de la végétation.
Ce Traité donne les meilleurs procés
, pour élever l'art de la taille des arbresfruitiers
au degré de perfection dont il
peut être fufceptible ; ils font fondés fur
l'expérience & le raifonnement , & expofés
avec autant de clarté que de précidés
fion.
L'Evangile médité & diftribué pour tous
les jours de l'année , fuivant la concorde
des quatre Evangéliftes ; ouvrage
divifé en 12 volumes . A Paris , chez
C. P. Berton , Libraire , rue St Victor ,
vis-à vis le féminaire de St Nicolasdu-
Chardonnet , & Ch . Simon , Imprimeur-
libraire , rue des Mathurins.
140 MERCURE DE FRANCE .
Cet ouvrage eft d'un homme profond
dans la fcience du falut & dans l'intelligence
des livres facrés . Il y a long-temps ,
comme il l'obferve lui même , que l'on
defiroit des méditations fur tout le texte
de l'Evangile , perfonne n'avoit encore
tenté cette entreprife. On s'étoit borné à
quelques traits patriculiers fur quelques
verfets du texte facré ; mais on ne s'étoit
pas donné la peine d'expliquer le fens
littéral de l'Evangile , de lever les difficultés
qui s'y rencontrent , de fuivre la
concorde des Evangéliftes , & d'en tirer des
vérités morales liées & fuivies : il ne faut
donc pas confondre cet ouvrage avec tant
d'autres livres de méditations . Celui - ci
préfente la fuite de l'hiftoire évangélique ,
la concorde des quatre Evangéliftes , l'analyfe
& l'explication du texte. Le Lecteur
y verra des réflexions morales ; un
commentaire fuivi ; le fens littéral & fpirituel
, expliqué & réuni fous un même
point de vue. Chaque trait particulier y
eft développé féparément , divifé en fes
points naturels , & fous divifé fuivant
l'ordre du texte & l'exigence des matières
. Enfin , on y trouve des fujets d'homélies
, d'exhortations , d'inftructions familières
, dont chaque méditation eft
43
AVRIL. 1774. 141
comme le cannevas tout préparé , que
chacun pourra aisément remplir , augmenter
& perfectionner ,felon que les circonf
tances l'exigent. Cet ouvrage eft divifé
en 12 volumes , chaque volume contenant
30 méditations par chaque mois. Ce
n'eft point faire l'éloge de ce livre , mais
celui de l'Evangile , que de dire qu'en le lifant
, on s'inftruit à fonds de la religion
& des devoirs qu'elle impofe ; qu'on apprend
à connoîrre J. C. , & à penfer felon
l'efprit de Dieu ; qu'on ſe défabuſe
des folles erreurs qui féduifent & occupent
les mondains ; qu'on fe délivre des
fuperftitions & des vains fcrupules qui.
déshonorent la vraie piété ; qu'on fe remplit
d'une foi vive , de l'efpérance des
biens éternels & de l'amour du fouverain
bien ; qu'on fe procure la paix du
coeur & les reffources de cette confolation
folide qui ne vient que de Dieu , qui
adoucit tous les maux , & qui feule eft
capable de nous foutenir dans toutes les
fituations tumultueafes , critiques & fâcheufes
de la vie .
Tout le texte facré des quatre Evangéliftes
entre dans ces méditations , &
s'y trouve prefque tout traduit ; mais ni
dans la traduction , ni dans la concorde
142 MERCURE DE FRANCE.
1
qu'on en donne ici , on ne Seft attaché
à aucun Auteur en particulier. Souvent
la néceffité de faire fentir l'énergie d'une
expreffion , a obligé de traduire plus littéralement
qu'on n'a coutume de faire ;
& fouvent , pour repréfenter le texte d'un
Evangélifte dans toute fa force , on a négligé
des détails de concorde , qui n'auroient
pu que jeter de la confufion
& dont on n'auroit pu tirer aucune utilité.
Comme on a écrit cet ouvrage fans
prétention & fans fyftême , on n'a point
fuivi d'interprétation particulière , mais
le torrent des interprètes ; on s'eft feulement
permis dans certaines occafions ,
de faire quelques notes. L'Auteur n'a
point négligé de répandre dans cet ou
vrage , tous les fecours néceflaires au
Lecteur , pour qu'il trouve facilement
les objets qu'il veut connoître , foit du
texte facré , foit des méditations. A
refte , le pieux Auteur de ce livre con
feille à fes Lecteurs de fe borner à une
méditation par jour , de s'en entretenir ,
de s'en nourrir , & de ne jamais em
piéter fur les fuivantes.
AVRIL.´ 1774; 143
Voyages entrepris par ordre de Sa Majesté
Britannique Georges III , pour faire
des découvertes dans l'hémisphère auftral
, exécutés fucceffivement par le
Commodor Byron , le Capitaine Wallis
, le Capitaine Carteret , & le Capitaine
Cook , fur les vaiffeaux le
Dauphin , le Swallow & l'Endeavour ,
tirés des Journaux authentiques des
différens Commandans & des papiers
de Jofeph Bancks , Ecuyer , redigés
par Jean Hawkesworth , Ecuyer , en
4 volumes in-4° . avec figures & cartes
en grand nombre , & c. traduits en françois
. Prix des 4 vol . in -4° . en feuil,
les , 54 liv . , brochés 57 liv. A Paris ,
Hôtel de Thou , rue des Poitevins.
Cet ouvrage important doit exciter
l'attention & la curiofité du Public , &
intéreffer les perfonnes qui veulent s'inftruire
& s'amufer utilement, On y lit un
grand nombre d'obfervations fur la navigation
, fur l'aftronomie , fur l'hiftoire naturelle
, fur la fcience phyfique de l'homme
, fur les moeurs , les ufages , les loix
& les fingularités de nations inconnues
& fauvages ; enfin , on y trouve raffemblé
tout ce qu'on a droit d'attendre
de voyageurs hardis , qui racontent leurs
144 , MERCURE DE FRANCE .
entreprifes , leurs dangers , leurs plaifirs ,
& qui font parcourir à leurs lecteurs
des mers & des contrées nouvelles . Nous
rendrons compte plus particulièrement de
ces voyages dans le prochain volume du
Mercure .
Tractatus de Incarnazione Verbi divini ,
Auctore uno è Parifienfibus Theologis ;
editio fecunda auctior , 3 vol . in 12 .
A Paris , chez J. G, Cloufier , Imprimeur-
Libraire , rue St Jacques .
L'Incarnation du Verbe divin étant
le fondement de la foi & de la religion
chrétienne , on ne peut apporter trop d'attention
& de travail , pour rendre cette
grande vérité fenfible & démontrée . Le
favant Théologien , Auteur de ce nouveau
Traité , n'a rien emprunté de fes
prédécefleurs qui ont difcuté le même
objet; il a mis dans fon ouvrage un autre
plan , & il a employé d'autres raiſonnemens
, qui prouvent la fécondité des
moyens , tous concourant à confolider
cette bafe de notre croyance & de notre
falut.
La première édition de cet excellent
Traité étoit épuifée depuis long temps ,
& c'eſt pour fatisfaire à beaucoup de demandes
,
AVRIL. 1774. 145
mandes , que l'Auteur a donné cette feconde
édition , augmentée , enrichie de
différens Traités importans , & des témoignages
de plufieurs Papes & de la Faculté
de Théologie de Paris.
Vie Chrétienne , ou Principes de la Sageffe
, divifés en quatre parties , dont
la première traite de l'inftruction &
du devoir de la Jeuneffe ; la feconde
embrafe les obligations de l'âge
: moyen ; la troisième traite de la conduite
de la Vieilleffe ; la quatrième
renferme des principes pour la communion
, avec la manière de bien affifter
à la Sainte Meffe ; par le R. P.
Colomb , Barnabite , 2 vol . in- 12 . A
Paris , chez Laurent Prault , au bas du
Pont St Michel ; Gogué , rue du Hurepoix
; Humaire , rue du Petit - Pont.
Cet ouvrage renferme des inftructions
propres à tous les âges & à toutes les conditions
de la vie , & remédie aux inconvéniens
d'une morale trop générale , dont
l'application n'eft pas toujours aifée à
toutes fortes de perfonnes . Les jeunes
gens y apprendront ce qu'ils doivent à
Dieu , à leurs parens & à la fociété. Ils
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE .
y trouveront l'efprit de la religion , & la
manière dont ils doivent en remplir les
devoirs. Les pères & les mères y verront
dans toute leur étendue , les obligations
de leur état , l'étroite relation qui fe trouve
entre leur falut & celui de leurs enfans ,
la néceffité de veiller fur leur conduite ,
de les former de bonne heure aux pratiques
du Chriſtianiſme , & de les garantir des
piéges du mauvais exemple. Les Maîtres
& les Maîtreffes y apprendront les devoirs
que la religion leur impoſe à l'égard de
leurs ferviteurs , l'attention qu'ils doivent
apporter à leur falut, & l'ufage qu'ils doivent
faire de l'autorité qu'ils ont fur eux.
Ler ferviteurs eux - mêmes s'y inftruiront
de l'efprit dans lequel ils doivent fervir
de l'attention avec laquelle ils doivent ménager
& les intérêts & la réputation de
leurs maîtres , du reſpect & de l'attachement
qu'ils font obligés de leur vouer.
Les perfonnes avancées en âge y apprendront
à fe détacher de la vie , à fouffrir,
d'une manière utile à leur falut, les
peines & les infirmités de la vieilleffe , å
revenir fur le paffé , à régler les affaires de
leur confcience , & à tâcher de fe mettre
dans l'état où elles voudroient être trouvées
lorfque le Seigneur les retirera de ce
AVRIL. 1774. 147
monde. Elles y apprendront à pratiquer
la patience , à réparer les fautes pallées ,
& à ne s'occuper que de la penfée de leur
mort.
La quatrième partie qui traite du Sacrement
de l'Euchariftie , renferme des
inftructions fur les difpofitions qu'on doit
apporter à la communion , avec un exercice
pourbien affifter à la fainte Meffe .
Le ftyle de cet ouvrage eft fimple
comme il convient à un livre de piété ;
& l'Auteur paroît avoir rempli fon but
qui eft de perfuader la néceffité des vertus
chrétiennes , d'en faire fentir les avantages
, d'en développer les caractères &
d'en faciliter la pratique.
L'Homme confondu par lui - même , feconde
édition revue , corrigée & confidérablement
augmentée ; brochure d'environ
200 pag. petit in- 12 . A Londres;
& fe trouve à Paris , chez Moutard ,
quai des Auguftins , & Jorry , imprimeur
, rue de la Huchette.
L'auteur s'eft attaché à repréfenter les
funeftes effets de l'oifiveté , du jeu , des
préjugés , de l'amour - propre , de l'orgueil ,
de l'amour , de l'ambition ; il fait voir
Gij
148 MERCURE DE FRANCE
"
les avantages de la douceur , de l'amitié .
de la vertu. Tout fon ouvrage tend à
prouver a combien l'homme livré à fes
paffions jouit peu de lui - même , & des
plaifirs qu'elles femblent lui offrir ;
combien leur joug eft odieux ; combien
» elles menacent fans cefle la fociété d'une
» diffolution générale ; combien enfin
» l'homme qui a le bonheur de revenir
de fon ivreffe fe trouve confondu par
» lui- même , c'eft- à- dire, par la honte &
» le remords . »
Hiftoire de la Ville de Bordeaux par Dom
de Vienne , in-4° . enrichi de planches
gravées , propofée par foufcription .
Cette hiftoire doit préſenter le premier
état de Bordeaux , ceux qui lui ont fuccédé
& les monumens qui le décorent ;
les révolutions qui l'ont fait paſſer ſous
différens maîtres ; les troubles excités
dans fon fein par des divifions inteftines ;
fes premières loix & les changemens
qu'elles ont éprouvés ; fes ufages les plus
remarquables , fon commerce , la connoiffance
générale de fes vins , les établiffemens
formés dans cette ville par la
religion , les loix & les arts ; les perfon
AVRIL. 1774. 149
nes qui l'ont illuftré par leurs talens &
par leurs vertus éminentes ; fon cérémonial
dans les occafions les plus remarquables
, enfin la lifte de ceux qui y ont occupé
des places diftinguées.
Ce plan renferme tout ce qu'il eft important
& curieux de connoître de la ville
de Bordeaux , & l'auteur n'a rien négligé
pour le remplir avec exactitude . On continuera
de recevoir les foufcriptions à
Bordeaux , chez les libraires ; & chez l'auteur
à l'abbaye de Ste Croix ; à Paris , chez
la V. Deffaint , rue du Foin St Jacques ;
Saillant & Nyon , rue St Jean - de - Beauvais
, & Crapart, rue de Vaugirard . Le prix
de la foufcription pour le fecond volume
en feuilles eft , ainfi que celle du premier
, de 6 liv . en foufcrivant , & de 6 liv.
en retirant l'ouvrage . L'impreffion en
commencera auffi tôt que les foufcripteurs
du premier volume auront remis les
fonds , & il paroîtra dans le courant de
l'année 1775. On trouvera auffi , chez
l'auteur & chez les libraires indiqués , le
premier volume au prix de la foufcription
jufqu'à ce qu'on ferme celle du fecond .
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
ACADÉMIE S.
I.
Prix propofes par la Société royale
d'Agriculture de Limoges.
LA Société d'Agriculture de Limoges a
diftribué au mois de Janvier 1768 le Prix
qu'elleavoit propofé fur l'hiftoire du Cha-
Fançon & les moyens d'en préferver les
grains, dont elle avoit donné le fujet dans
un Programme publié au commencement
de 1766. Des circonftances dont il eft inutile
de rendre compte l'ont empêchée d'annoncer
jufqu'à préfent la diftribution de ce
prix donné au mémoire No. 4 , qui avoit
pour devife , Populatque ingentem farris
acervum curculio. L'auteur de ce Mémoire
étoit M. Joyeuse l'aîné , ancien écrivain
principal de la Marine à Marfeille . Son ou.
vrage a été imprimé. La Société avoit reçu
fur la même queftion deux Mémoires qui
lui ont paru mériter des éloges ; le premier
avoit pour devife , Quidnam eft fapientif
fimum? experientia , & le fecond , Teftamur
quod vidimus . Lauteur du premier
eft M. le Fuel , Curé de Jamméricourt près
AVRIL. 1774.
"
Chaumont en Vexin . L'Auteur du fecond
eft M. Lættinger , Médecin penfionné de
la ville de Sarbourg.
La Société avoir annoncé un autre prix
qui devoit être donné en même temps au
meilleur Mémoire fur la manière d'eftimer
exactement les revenus des Fonds
dans les différens genres de Culture. IL
ne lui a été envoyé aucun Mémoire qui ait
paru digne du Prix , ni même qui ait approché
de traiter le point de la question.
La Société s'étoit propofé d'annoncer
pour 1769 un prix qu'elle deftinoit à la
meilleure machine pour battre les grains ,
avec la condition qu'elle fût applicable à
la pratique, mais il lui a été préſenté dans
le temps une machine propre à batre les
grains qui lui a paru remplir parfaitement
fes vues & les befoins des cultivateurs.
L'inventeur de cette machine eft M. Mufnier,
Sous-ingénieur des Ponts & Chauffées
de la Généralité de Limoges & mem
bre de la Société, au Bureau d'Angoulême.
Quoiqu'il n'ait point eu de concurrens, la
Société a penfé que l'utilité de fon invention
méritoit qu'elle lui donnât le prix.
La Société perfuadée qu'un des fujets
les plus utiles à traiter eft celui qu'elle a
propofé & qui n'a point été rempli fur la
meilleure manière d'eftimer exactement les
Giv
144 , MERCURE DE FRANCE .
entreprifes , leurs dangers , leurs plaiſirs ,
& qui font parcourir à leurs lecteurs
des mers & des contrées nouvelles . Nous
rendrons compte plus particulièrement de
ces voyages dans le prochain volume du
Mercure .
Tractatus de Incarnatione Verbi divini ,
Auctore uno è Parifienfibus Theologis ;
editio fecunda auctior , 3 vol. in 12.
A Paris , chez J. G. Cloufier , Imprimeur-
Libraire , rue St Jacques .
L'Incarnation du Verbe divin étant
le fondement de la foi & de la religion
chrétienne , on ne peut apporter trop d'attention
& de travail , pour rendre cette
grande vérité fenfible & démontrée . Le
favant Théologien , Auteur de ce nouveau
Traité , n'a rien emprunté de fes
prédécefleurs qui ont difcuté le même
objet; il a mis dans fon ouvrage un autre
plan , & il a employé d'autres raifonnemens
, qui prouvent la fécondité des
moyens , tous concourant à confolider
cette bafe de notre croyance & de notre
falut.
La première édition de cet excellent
Traité étoit épuifée depuis long temps ,
pour fatisfaire à beaucoup de de-
& c'eft
mandes ,
AVRIL, 1774. 145
-
mandes , que l'Auteur
l'Auteur a donné cette feconde
édition , augmentée , enrichie de
différens Traités importans , & des témoignages
de plufieurs Papes & de la Faculté
de Théologie de Paris.
Vie Chrétienne , ou Principes de la Sageffe
, divifés en quatre parties , dont
la première traite de l'inftruction &
du devoir de la Jeuneffe ; la feconde
embrafe les obligations de l'âge
moyen ; la troisième traite de la conduite
de la Vieilleffe ; la quatrième
renferme des principes pour la communion
, avec la manière de bien affifter
à la Sainte Meffe ; par le R. P.
Colomb , Barnabite , 2 vol. in 12. A
Paris , chez Laurent Prault , au bas du
Pont St Michel ; Gogué , rue du Hurepoix
; Humaire , rue du Petit- Pont.
"
Cet ouvrage renferme des inftructions
propres à tous les âges & à toutes les conditions
de la vie , & remédie aux inconvéniens
d'une morale trop générale , dont
l'application n'eft pas toujours aifée à
toutes fortes de perfonnes. Les jeunes
gens y apprendront ce qu'ils doivent à
Dieu , à leurs parens & à la fociété . Ils
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE .
y trouveront l'efprit de la religion , & la
manière dont ils doivent en remplir les
devoirs . Les pères & les mères y verront
dans toute leur étendue , les obligations
de leur état , l'étroite relation qui fe trouve
entre leur falut & celui de leurs enfans
la néceffité de veiller fur leur conduite ,
de les former de bonne heure aux pratiques
du Chriſtianiſme , & de les garantir des
piéges du mauvais exemple. Les Maîtres
& les Maîtreffes y apprendront les devoirs
que la religion leur impofe à l'égard de
leurs ferviteurs , l'attention qu'ils doivent
apporter à leur falut, & l'ufage qu'ils doivent
faire de l'autorité qu'ils ont fur eux.
Ler ferviteurs eux - mêmes s'y inftruiront
de l'efprit dans lequel ils doivent fervir
de l'attention avec laquelle ils doivent ménager
& les intérêts & la réputation de
leurs maîtres , du refpect & de l'attachement
qu'ils font obligés de leur vouer.
Les perfonnes avancées en âge y apprendront
à fe détacher de la vie , à fouffrir,
d'une manière utile à leur falut , les
peines & les infirmités de la vieilleffe , a
revenir fur le paffé , à régler les affaires de
leur confcience , & à tâcher de ſe mettre
dans l'état où elles voudroient être trouvées
lorfque le Seigneur les retirera de ce
>
AVRIL. 1774. 147
monde. Elles y apprendront à pratiquer
la patience , à réparer les fautes pallées ,
& à ne s'occuper que de la penfée de leur
mort.
La quatrième partie qui traite du Sacrement
de l'Euchariftie , renferme des
inftructions fur les difpofitions qu'on doit
apporter à la communion , avec un exercice
pour bien affifter à la fainte Meffe.
Le ſtyle de cet ouvrage eft fimple
comme il convient à un livre de piété ;
& l'Auteur paroît avoir rempli fon but ,
qui eft de perfuader la néceffité des vertus
chrétiennes , d'en fairefentir les avantages
, d'en développer les caractères &
d'en faciliter la pratique.
L'Homme confondu par lui- même , feconde
édition revue , corrigée & confidérablement
augmentée ; brochure d'environ
200 pag. petit in- 12 . A Londres ;
& fe trouve à Paris , chez Moutard ,
quai des Auguftins , & Jorry , imprimeur
, rue de la Huchette.
L'auteur s'eft attaché à repréfenter les
funeftes effets de l'oifiveté , du jeu , des
préjugés , de l'amour - propre , de l'orgueil ,
de l'amour , de l'ambition ; il fait voir
Gij
148 MERCURE DE FRANCE
"
les avantages de la douceur , del'amitié .
de la vertu . Tout fon ouvrage tend à
prouver a combien l'homme livré à fes
paffions jouit peu de lui- même , & des
plaifirs qu'elles femblent lui offrir ;
» combien leur joug eft odieux ; combien
» elles menacent fans cefle la fociété d'une
» diffolution générale ; combien enfin
» l'homme qui a le bonheur de revenir
» de fon ivreffe fe trouve confondu par
» lui- même , c'eft- à- dire, par la honte &
» le remords. >>
"
Hiftoire de la Ville de Bordeaux par Dom
de Vienne , in-4° . enrichi de planches
gravées , propofée par foufcription .
Cette hiftoire doit préfenter le premier
état de Bordeaux , ceux qui lui ont fuccédé
& les monumens qui le décorent ;
les révolutions qui l'ont fait paffer fous
différens maîtres ; les troubles excités
dans fon fein par des divifions inteftines ;
fes premières loix & les changemens
qu'elles ont éprouvés ; fes ufages les plus
remarquables , fon commerce , la connoiffance
générale de fes vins , les établiffemens
formés dans cette ville par la
religion , les loix & les arts ; les perfon
AVRIL. 1774. 149
nes qui l'ont illuftré par leurs talens &
par leurs vertus éminentes ; fon cérémonial
dans les occafions les plus remarquables
, enfin la lifte de ceux qui y ont occupé
des places diftinguées.
Ce plan renferme tout ce qu'il eft important
& curieux de connoître de la ville
de Bordeaux , & l'auteur n'a rien négligé
pour le remplir avec exactitude. On continuera
de recevoir les foufcriptions à
Bordeaux , chez les libraires ; & chez l'auteur
à l'abbaye de Ste Croix ; à Paris , chez
la V. Deffaint , rue du Foin St Jacques ;
Saillant & Nyon , rue St Jean - de - Beauvais,
& Crapart, rue de Vaugirard . Le prix
de la foufcription pour le fecond volume
en feuilles eft , ainfi que celle du premier
, de 6 liv. en foufcrivant, & de 6 liv.
en retirant l'ouvrage . L'impreffion en
commencera auffi tôt que les foufcripteurs
du premier volume auront remis les
fonds , & il paroîtra dans le courant de
l'année 1775. On trouvera auffi , chez
l'auteur & chez les libraires indiqués , le
premier volume au prix de la foufcription
jufqu'à ce qu'on ferme celle du fecond.
3.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
ACADÉMIE S.
I.
Prix propofes par la Société royale
d'Agriculture de Limoges.
LA Société d'Agriculture de Limoges a
diftribué au mois de Janvier 1768 le Prix
qu'elle avoit propofé fur l'hiftoire du Cha-
Fançon & les moyens d'en préferver les
grains , dont elle avoit donné le fujet dans
un Programme publié au commencement
de 1766. Des circonstances dont il eft inutile
de rendre compte l'ont empêchée d'annoncer
jufqu'à préfent la diftribution de ce
prix donné au mémoire No. 4 , qui avoit
pour devife , Populatque ingentem farris
acervum curculio . L'auteur de ce Mémoire
étoit M. Joyeufe l'aîné , ancien écrivain
principal de la Marine à Marfeille . Son ou .
vrage a été imprimé. La Société avoit reçu
fur la même queftion deux Mémoires qui
lui ont paru mériter des éloges ; le premier
avoit pour devife , Quidnam eft fapientif
fimum? experientia , & le fecond , Teftamur
quod vidimus . Lauteur du premier
eft M. le Fuel, Curé de Jamméricourt près
AVRIL. 1774. 151
Chaumont en Vexin . L'Auteur du fecond
eft M. Lættinger , Médecin penfionné de
la ville de Sarbourg.
La Société avoit annoncé un autre prix
qui devoit être donné en même temps au
meilleur Mémoire fur la manière d'eftimer
exactement les revenus des Fonds
dans les différens genres de Culture . II
ne lui a été envoyé aucun Mémoire qui ait
paru digne du Prix , ni même qui ait approché
de traiter le point de la question .
La Société s'étoit propofé d'annoncer
pour 1769 un prix qu'elle deftinoit à la
meilleure machine pour battre les grains,
avec la condition qu'elle fût applicable à
la pratique, mais il lui a été préfenté dans
le temps une machine propre à batre les
grains qui lui a paru remplir parfaitement
fes vues & les befoins des cultivateurs,
L'inventeur de cette machine eft M. Mufnier,
Sous-ingénieur des Ponts & Chauffées
de la Généralité de Limoges & membre
de la Société, au Bureau d'Angoulême.
Quoiqu'il n'ait point eu de concurrens , la
Société a penfé que l'utilité de fon invention
méritoit qu'elle lui donnât le prix.
La Société perfuadée qu'un des fujets
les plus utiles à traiter eft celui qu'elle a
propofé & qui n'a point été rempli fur la
meilleure manière d'eflimer exactement les
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
revenus des biens Fonds dans les différens
genres de culture , propofe de nouveau ce
fujet avec un prix double qui fera donné
au mois de Janvier 1776.
On entend par le revenu des Biensfonds
, non le produit total des récoltes ,
mais ce qui en revient de net au Propriétaire
, déduction faite des frais d'exploitation
ou de culture , entretien & autres
charges , profits & reprifes du cultivateur ,
en un mot ce que le cultivateur peut & doit
en donner de ferme.
La Société voudroit qu'on indiquât des
principes fûrs pour faire avec précifion les
calculs que fait nécefairement d'une ma
nière plus ou moins vague , plus ou moins
tâtonneufe , tout Fermier qui paffe le
Bail d'un Fonds de terre qu'il entreprend
d'exploiter , ou tout homme qui veut l'acheter.
Le prix confiftera en une médaille d'or
de la valeur de 600 liv.
La Société fe propofe de diftribuer au
mois de Janvier 1775 un autre prix confiftent
en une Médaille d'or de la valeur
de 300 liv . au meilleur Mémoire fur la
comparaison de l'emploi des Chevaux & de
celui des Boeufs pour la culture.
Il faut voir dans le programme quelques
détails propres à donner aux auteurs
AVRIL. 1774. 153
"
une idée de la manière dont l'Académie
enviſage ce fujet.
Toutes perfonnes feront admifes à concourir
, à l'exception des membres de la
Société qui compofent le Bureau d'Agriculture
de Limoges.
Les Pièces pourront être écrites en
françois ou en latin , & les Auteurs feront
libres de leur donner toute l'étendue
qu'exigera le développement du Sujet.
Ils ne mettront pas leur Nom fur leur
ouvrage , mais un Numéro & une Devi
fe , & ils y joindront un Billet cacheté fur
l'extérieur duquel feront écrits le N°. &
la Devife de la Pièce , & dans lequel ils
écriront leur nom & leur demeure . Ces pa
quets ne feront ouverts qu'après le jugement
des Prix .
Les pièces feront adreffées à M. l'Intendant
de la Généralité de Limoges , lequel
fera paffer les Récépiffés du Sécretaire de
la Société à l'adreffe que les Auteurs indiqueront.
Il eft néceffaire que les Mémoires
fur les principes de l'évaluation des
fonds parviennent au Secrétaire avant le
premier Décembre 1775 , & les Mémoires
fur la comparaifon de l'emploi
des Boeufs & de celui des Chevaux , avant
le premier Décembre 1774.
GY
154 MERCURE DE FRANCE.
Le Secrétaire délivrera les Prix fans autre
formalité à ceux qui lui repréfenteront
les Récépiffés des Pièces couronnées .
I I.
COPENHAGUE.
Le 16 Décembre 1773 , la Société des
Sciences à Copenhague fur afſemblée
pour examiner les écrits adreffés à ladite
Société fur les fujets propofés pour la
même année.
La Société trouva le problême mathé
matique concernant la forme la plus convenable
des mortiers à feu , le plus folidement
traité par le St J. G.Marlon , maî
tre de mathématique à l'Univerfité de
Strasbourg , à qui le prix fut décerné en
conféquence.
Le prix de phyfique fur la queftion
touchant les Pendules des Horloges aftronomiques
, fut adjugé au mémoire fatisfaifant
, compofé fur cette matière ,
par M Charles Vicomte Mahon , Membre
de la Société Royale de Londres.
Quant au fujet hiftorique : « An Jomsburgum
in populorum feptentrionalium
» monumentis celebratiffimum , cum Ju-
» lino , Pomeraniæ olim inclyto emporio,
AVRIL 1774. 155
» unum idemque fuerit nec ne ? Argu-
» mentis firmis & fufficientibus ita fol-
» vere , ut res pro definitâ haberi poffit.
La Société n'avoit rien reçu fur cette
matière qui répondît à fes vues , & elle
trouva bon de continuer ce fujet à l'année
1774.
Dans la même affemblée du 16 Décembre
, il fut réfolu de propofer pour
l'année 1774 , outre ladite queftion fur
la fituation de Jomsbourg, ) les fujets ſuivants.
99
"
En Mathématique.
» Invenire machinam an mechanicum
quoddam artificium cujus ope lacus,ftag-
» na aliaque id genus aquilegia commodè
& fine magno pretio repurgari, &
» à limo, immunditie fructicibufque aquaticis
, quæ fundum elevant interitumque
lacuum accelerant , liberari poffunt,
» eo imprimis cafu , ubi effluxum aqua-
» rum ad exficcandas & effodiendas ejufmodi
aquarum collectiones nimio ftant
pretio , aliæque circumftantiæ aquas dul-
» ces , urbi neceffarias , perdi & inutiliter
defluere haud permittunt.
"
»
3
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
92
En Phyfique.
Analyfin metallorum in partes conf-
» titutivas fecundùm follicitè inftituta experimenta
tradere .
"
"
En Hiftoire.
J
Requiritur perfpicua , & , quantùm
»fieri poterit , fufficiens commentatio ad
» illuftrandam Venantii Fortunati epifto-
» lam ad Flavum , quæ'eſt libri VII de-
» cima - octava , ubi fimul indicetur , unde
» fuam de Runis notitiam haurire potue
» rit Venantius , & cujus populi ex fue-
» rint ».
Les Savans tant étrangers que Danois ,
excepté les Membres de la Société , font
invités à concourir pour ces prix , & voudront
bien écrire leurs Mémoires en damois
, latin , françois ou allemand , les
ouvrages compofés en d'autres langues ,
étant exclus du concours .
Le prix que la Société décernera à
celui qui , à fon jugement , aura le mieux
traité chaque fujet , confifte en une médaille
d'or de la valeur de cent écus
( rixdaler , ) argent de Danemarck , ( environ
425 liv.
Les Concurrens adrefferont leurs MéAVRIL.
1774. 157
moires écrits d'un caractère lifible & franc
de port à M. Hielmftierne , Chevalier de
l'Ordre de Dannebroque & Confeiller
de Conférence du Roi , Secrétaire de la
Société. Aucun écrit ne fera reçu au concours
, paffé le dernier Décembre de l'année
1774.
La diftribution des prix fe fera vers:
la fin du mois de Janvier 1775 , & le jugement
de la Société fera publié incontinent
après.
Les Auteurs ne fe feront point connoître
; ils mettront une devife à la tête ou
à la fin du Mémoire , & y joindront un
billet cacheté , qui contiendra la même
devife avec leur nom & le lieu de leur
réfidence.
Ceux qui fouhaiteront que leurs ouvrages
qui ont concouru pour les prix de
l'année 1773 , leur foient rendus , font
priés de s'adreffer pour cet effet à M.
de Hielmftierne , avant la fin de l'année
courante.
TABLEAU de l'Ecole Militaire de
Colmar.
Fournir à l'Etat des Citoyens eftima
bles , des Officiers inftruits : tel eft en
158 MERCURE DE FRANCE.
deux mots l'objet de l'établiſſement nouvellement
agréé par la Cour , pour l'édu
cation de la jeune Noblefle d'Alface , &
commencé en Octobre 1773. C'eft un diminutifdu
plan vafte & brillant de l'Ecole
royale militaire de Paris .
1º . Les Elèves y font fous une infpection
vigilante & religieufe , que l'on fait
tempérer autant qu'il eft néceffaire par
l'Indulgence , & les agrémens qui en font
inféparables.
2º. Dans les leçons qu'on leur donne
en a tâché de raffembler les connoiffances
les plus effentielles à leur destination :
telles que la religion , les langues allemande
, françoife (& fi l'on defire la latine)
, l'hiftoire , la Géographie appliquée
à l'art de la guerre , les Mathématiques ,
les principes du droit des gens , des notions
générales de l'Etat politique de l'Eu
rope , le Blafon , l'Ecriture , le Defin
la Danfe , l'Efcrime , les élémens de la
Tactique , les Ordonnances militaires &
l'exercice .
3 °. L'inftruction fe fait par forme d'entretien
, & en occupant le jugement autant
que la mémoire. Chaque leçon eft
fuivie d'un petit examen , dans lequel on
s'inftruit files Elèves ont profité . Pour
AVRIL. 1774 . 159
joindre les exemples à la théorie , on fe
propofe de leur donner le fpectacle du fervice
militaire , des fimulacres de guerre ,
de leur faire voir ler parties effentielles
de la fortification .
4°. Comme la formation du coeur fera
toujours l'objet principal de cette éduca
tion , le flambeau de la Religion joint à
celui d'une faine Philofophie , fert à éclairer
les Elèves fur les devoirs facrés de
l'homme & du citoyen : & l'on s'applique
à faifir toutes les occafions de leur inf
pirer les vertus militaires , la probité ,
le défintéreffement , la juftice , & cette
humanité compatiffante , généreufe , fans
préjugés , qui caractériſe le vrai Héros ,
dont nous trouvons tant d'exemples dans
les Hiftoires grecque & romaine , & dans
celle de l'ancienne Chevalerie françoiſe .
5°.Ces jeunes gens étant fur-tout deftinés
à la fociété , on s'attache particulièrement
à leurs manières & à leurs moeurs . On les
produit dans des maifons refpectables ; &
l'on ne néglige rien de ce qui peut contribuer
à les faire paroître avec avantage .
6. Les récompenfes & les peines font
toutes militaires , c'eft à - dire , fondées
fur l'honneur : les vertus n'ont pas moins
de part aux premières , que le favoir
160 MERCURE DE FRANCE.
qui eft fouvent le fruit d'une mémoire
heureufe , plutôt que celui de l'applica
tion.
7°. On tient des regiftres fidèles de la
conduite & des études des enfans . Ces re
giftres mettront les Directeurs à portée
d'inftruire les parens , par des extraits ,
qu'ils auront foin de leur envoyer régulièrement
.
8°. Pour exciter l'émulation , il y aura
tous les ans un examen public , fuivi
d'une diſtribution de prix, & de promotions
relatives aux progrès des Elèves.
Les premiers de chaque claffe prononceront
à cette occafion un petit difcours dans
le genre déclamatoire ; ce qui contribuera
à leur donner cette noble affurance &
cet art de s'énoncer avec grâce , qui ont
fouvent tant d'influence fur la fortune d'un
Militaire .
9. Les jeunes Etrangers deftinés au fervice
, & les enfans de familles patriciennes
, ne font point exclus de cet établiffement
: pour y être reçus , il est à propos
que les jeunes gens fachent lire & écrire
en françois & en allemand . Ceux cependant
qui ne connoiffent qu'une feule de
ces fangues ne font point refufés ; mais il
AVRIL. 1774. 161
leur faut au moins une année de plus pour
achever le cours .
10°. L'âge de la réception eft fixé depuis
10 jufqu'à 14 ans ; fi néanmoins il fe
préfente des fujets plus jeunes & en affez
grand nombre pour former une claffe préparatoire
, on les admettra fans difficulté,
& fous des conditions proportionnées à
leur âge. Au refte on defire que les récipiendiaires
foient fains de corps , & qu'ils
aient paffé les maladies de l'enfance .
11º. Les Elèves auxquels on voudra faire
apprendre la mufique , trouveront à
Colmar des maîtres habiles , qui la leur
enfeigneront à un prix raisonnable.
120. Quant à la partie phyfique , on
ne néglige rien de ce qui peut contribuer
à la fanté des Elèves , & à fortifier leur
tempérament. Outre la falubrité reconnue
de l'air de Colmar , & une maison bien
expofée , on leur donne des alimens fains,
& fervis avec propreté , un lit féparé pour
chacun d'eux , des bains felon la faifon
des divertiffemens honnêtes , des jeux
propres à former le coup d'oeil , & à rendre
le corps agile , des promenades fréquentes
& modérées.
13 ° . Pour éviter le fafte & la jaloufie ,
on a donné aux Elèves un uniforme
162 MERCURE DE FRANCE.
confiftant en un habit de drap bleu de
roi , collet , revers & paremens de même
couleur , doublure , vefte culotte &
bas chamois , boutons jaunes , col rouge ;
chapeau bordé d'or ; & pour ménager cet
habillement , on leur fait porter d'ordinaire
à la maifon une redingotte à l'an
gloife avec une vefte à bavaroifes de la
couleur de l'uniforme .
14. Le prix de la penfion annuelle eft
de mille livres tournois , faifant 413 de
Louis - neufs , & les quartiers s'en payeront
d'avance. On comprend fous ce titre:
1 ° . Le logement , la nourriture , le
chauffage , la lumière , le blanchiffage , &
ce qu'on appelle fervices domestiques ,
hors le cas de maladie. 2 ° . L'infpection &
l'inftruction dans tous les objets détaillés
au § 2 , & dont le tableau fucceffif fera S
arrêté chaque femeftre . 3 °. La frifure ,
poudre & pommade , le papier , encre ,
plumes , crayons , ainfi que les menus
raccommodages de la garde robe .
15º . On tiendra des comptes exacts
des dépenfes extraordinaires , comme habillemens
, livres , inftrumens de Mathé
matiques , Aeurets , couleurs , & c . & ces
comptes feront envoyés & foldés tous les
quartiers.
AVRIL. 1774. 163
16 ° . Chaque Elève doit apporter en
entrant à l'Ecole militaire , outre l'uniforme
à l'angloife dont on a parlé , deux
douzaines de chemifes , douze paires de
bas , moitié d'été , moitié d'hiver , dont
deux paires de chaque eſpèce chamois ,
les autres mêlés de bleu & de blanc ,
douze ferviettes ou effui - mains , & un fervice
d'argent , le tout marqué de fon nom .
17. L'armement néceffaire à chaque
Elève , confifte en un fufil garni de fa
bayonette , un ceinturon & une giberne ,
indépendemment d'une épée courte de
fimilor. Ceux qui voudront fe difpenfer
de les acheter , payeront un abonnement
de deux louis pour tout le tems qu'ils ref
reront à l'Ecole .
18°. On offre aux parens embarraflés
du voyage de leurs enfans , de les envoyet
chercher , à leurs dépens , dans tel endroit
qu'ils voudront fixer , par une perfonne
dont on garantit la prudence & la probité.
Au refte , ceux qui defireront de plus
amples éclairciffemens fur cet inftitur ,
font priés de s'adreffer à M. PFEFFEL ,
Confeiller Aulique de S. A. S. Mgr. le
Landgrave de Heffe- Darmstadt , lequel a
pris la direction , conjointement avec M.
DE BELLEFONTAINE , Officier d'Infante164
MERCURE DE FRANCE.
rie , ci- devant attaché à l'Ecole Royale Militaire
de Paris.
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUE L.
DANS la vacance des Spectacles on a
donné au Château des Tuileries plufieurs
concerts qui ont attiré & charmé les amateurs
de la mufique & des talens . La plus
belle exécution , la diftribution la mieux
entendue , le choix le plus parfait & le
plus varié , l'intelligence des directeurs
& l'union des concertans alfurent le
fuccès de ces magnifiques concerts . On y
a applaudi plufieurs belles fymphonies de
MM. Goffec, Davaux , Dirers , Toefchy,
Stamitz , Boccherini & d'autres maîtres .
On y a exécuté plufieurs motets à grands
choeurs , tels que Dixit Dominus , motet
admirable del Sigor Duranti ; Exurgat,
Memento ; beaux moters de M. l'Abbé
Daudimont ; Dies ira , fuperbe mufique
del Signor Langlé ; Diligam te ; Magnificat
; Confitemini ; Benedic, anima mea ;
motets diftingués de M. l'Abbé Girouft ;
De profundis , dont la compofition fait
AVRIL. 1774. 165
honneur à M. le M. de C ... Paratum
cor meum de M. Alexandre .
Il y a eu auffi plufieurs petits motets à
voix feule de la compofition de M. Cambini
& l'Abbé Girouft .
Le Stabat , compofition fublime de
Pergolèfe , a été exécuté dans plufieurs
concerto .
On a beaucoup applaudi au moter à
trois voix de M. Moreau , & à fon oratoire
françois , dont les paroles font tirées
de l'opéra de Samfon , par M. de
Voltaire. Cette grande compofition eft
riche de chant , d'expreffion & d'effet .
Lefacrifice d'Ifaac, autre oratoire françois
de M. Cambini , a été fort applaudi.
Les Virtuofes qui fe font diftingués ,
font MM. le Duc l'aîné & le jeune ,
Caperon , Guénin , Moria , Laurent &
Lejeune , fur le violon ; M. Daport le
jeune , fur le violencelle ; M. Philippe ,
fur la clarinette ; M. Bezozzi , pour le
hautbois ; M. Sejan , fur le piano - forte
organifé ; M. Valentin , fur le corno - baffetto
, ou contra - clarinette . On a entendu
avec la plus grande admiration , deux
concerto de violon , par Mlle Def
champs , âgée d'onze ans , Elève de M,
166 MERCURE DE FRANCE.
Caperon jamais talent ne parut plus précoce
& plus étonnant ; fon jeu eſt vif
& brillant , & les plus grandes difficultés
n'en altèrent ni la force ni la précifion.
Les belles voix récitantes applaudies
dans ces motets , font Mesdames Larrivée
, Rofalie , Duchateau , Charpentier ;
& MM. le Gros , Richer , Nihoul , Borel
, Naudy , Bonvalet , Malet.
Mlle Davantois , de l'Académie Royale
de mufique , a chanté dans ces concerts
plufieurs petits motets à voix feule . On a
beaucoup applaudi l'étendue & la beauté
de la voix , ainfi que le goût & l'expreffion
qu'elle met dans fon chant . Ses fuccès
font efpérer que le Public aura fouvent
occafion de l'encourager par fes fuffrages
, dans des rôles qu'elle remplit avec
diftinction . Son zèle , fon application ,
l'honnêteté de fes moeurs , fa tendreffe
filiale font encore de puiffantes recommandations
qui doivent intéreffer & folliciter
en faveur de fes talens & de fes
fentimens.
AVRIL. 1774. 167
ARTS.
Collection de Tableaux , peintures à gouache
, mignatures , deffins , eftampes
médailles , fculptures , bronzes , ivoires,
porcelaines & autres effets , provenans
du cabinet de M. Van Schorel , Seigneur
de Wilrick , ancien premier bourguemaître
de la ville d'Anvers , dont
la vente fe fera en argent de change ,
à Anvers , le 7 Juin 1774 & jours fuivans.
LE catalogue de cette collection , riche
fur-tout en tableaux , deffins & eftampes
de l'Ecole flamande , forme un volume
in 8° . de 427 pages. On le diftribue à
Anvers , chez J. Grangé , imprimeur de
la Ville , & à Paris , chez Mulier père
libraire , quai des Auguftins.
Les tableaux des grands maîtres , &
les deffins capitaux font décrits avec affez
de détail & d'exactitude dans ce catalogue
, pour que l'amateur éloigné puifle
fe déterminer fur les acquifitions . Ces def
criptions détaillées procurent d'ailleurs à
ceux qui forment des collections la facilité
168 MERCURE DE FRANCE.
de fuivre , de cabinet encabinet , les tableaux
de marque, & de s'affurer par ce moyen de
leur originalité. Le cabinet que nous venons
d'annoncer eft particulièrement recommandable
par le grand nombre d'ef
tampes flamandes qui y font taffemblées.
Nous avons remarqué , parmi ces eftampes
, un oeuvre de Rubens , compofé de
plus de 3200 morceaux. Cet oeuvre préfente
plufieurs épreuves retouchées par
Rubens lui- même & un grand nombre
d'autres où il fe trouve des différences qui
diftinguent ces épreuves , des épreuves ordinaires.
Cet oeuvre , unique en fon geneft
annoncé comme devant être vendu
en un feul article dans les dix portefeuilles
qui le renferment. Il y a auffi
dans cette collection un fecond oeuvre de
Rubens compofé de près de 70e eftampes
recommandables par la beauté & le choix
des épreuves. Ces eftampes feront vendues
par articles féparés. Le rédacteur du
catalogue a répandu dans ces articles quelques
notes inftructives qui fatisferont les
amateurs dont le plus grand nombre recherche
avec empreflement les eftampes
flamandes gravées d'après Rubens ; & il
faut avouer que la prédilection qu'on leur
donne aujourd'hui eft fondée fur laricheffe
re ,
&
AVRIL 1774. 169
& le pittorefque de la compofition , la vérité
des expreflions & l'intelligence avec
laquelle les graveurs Aamands ont renda
le clair- obfcur , & en quelque forte le coloris
de ce premier peintre de l'Ecole de
Flandre.
MUSIQUE.
I.
La Lyre , ariette nouvelle avec fymphonie
, dédiée à Madame la Vicomtelle
de Thury , par M. Legat de Furcy ,.
Maître de goût de chant , Organite
des R. P. Carmes de la Place Maubert
& de MM . de Ste Croix de la Bretonnerie
. Prix 1 liv, 16 f. chez l'Auteur
, parvis Notre - Dame , & aux
adreffes ordinaires de muſique . A Lyon ,
Bordeaux , Nantes , Toulouſe & Mons,
& c .
LES paroles de cette ariette font trèsagréables
& d'un genre anacréontique . Elles
ont été tirées de la comédie lyrique du
Maître de Guitarre , laquelle fait partie du
théâtre de M. PoinGinet de Sivry , édition
de 1772. La musique eſt d'un chant délicat
& gracieux.
I.1 Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
I I.
II. Recueil des vaudevilles des opéras
comiques , arrangées pour le clavecin , ou
le forte-piano , dédiées à Madame la
Comteffe d'Herouville , par M. Benaut ,
maître de clavecin. Prix i liv. 16 f.
II I.
II. Recueil d'ariettes choifies , arran
gées pour le clavecin , ou le forte-piano ,
avec accompagnement de deux violons
& la baffe chiffrée ; dédiées à Mlle de
Schoćbeque , par M. Benaut. Prix
1 liv. 16. A Paris chez l'Auteur , rue
Gît- le - coeur, la deuxième porte cochère en
entrant par le Pont- neuf , & aux adreſſes
ordinaires de mufique.
2
Obfervations phyfiques fur les Anémones
de mer, par M. l'Abbé Dicquemare
de plufieurs Académies , Profeffeur de
Phyfique expérimentale , &c. au Havre,
LE compte que différens journaux ont
rendu des premières obfervations de M.
l'Abbé Dicquemarre , nous difpenfe de
nons étendre fur les vues qui les lui font
AVRIL 1774: 171
fuivre . On fait que tout ce qui a rapport
aux animaux , doit intéreffer l'homme :
Que fi fon Etre moral n'offre avec eux
aucune analogie , fa conftitution phyfique
permet des fimilitudes : Que les fonctions
qui dépendent de la difpofition or
ganique des parties & qui font peut -être
Le principe de beaucoup d'autres , pourroient
recevoir une nouvelle lumière des
obfervations à faire fur les animaux qui
femblent , comme ceux , ci , s'éloigner le
plus de notre manière d'être : Que nous
Tommes peu avancés dans l'hiftoire des
reproductions & dansplufieurs points principaux
de la phyfique de l'économie animale
, qui eft la bafe de l'art de guérir :
Que notre admiration peut croître à mefure
que la Nature fe dévoile . C'eft
dans l'ouvrage même qu'il faudra voir le
détail de fes expériences . Ce mémoire
quoique le fruit de plufieurs années , ne
fera pas volumineux ; mais il offrira 20
planches in 4 ° . deffinées d'après nature
par l'Auteur. Quand on ne dit que ce
qu'on a vu , fans fe livrer à l'efprit de
fyftême & à des raifonnemens à perte de
vue ; quand on ne paffe pas inconfidérément
de la fcience des corps dans celle
'des idées , on a bientôt fini . Nous nous
bornerons ici à une des dernières décou-
·
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
vertes de ce Phyficien , dont l'affiduité aux
obfervations force enfin la Nature à
lui dévoiler peu à- peu quelques - uns de
fes fecrets. La belle & grande efpèce d'anémones
de mer qu'il nomme la quatriè
me , cachée dans des lieux d'où la mer
ne fe retire jamais , & qui, comme la troifième
, ne paroît avoir attiré la curiofité
d'aucun Naturalifte , d'aucun Physicien ,
lui avoit bien offert une multitude de
petits , mais il ignoroit abfolument la
manière dont ils prennent naiffance . L'analogie
auroit pu lui faire penfer, que
comme dans la première efpèce , ils naiffoient
tous formés par la bouche. Cette
analogie l'auroit trompé ; il faut voir &
non pas deyiner les opérations de la Nature.
Des fuites d'expériences lui ont appris
entr'autres fingularités , que ces animaux
ayant la bafe inégalement étendue
& fortement attachée par quelques points
de les extrémités fur un corps dur , ( fouvent
un très-groffe huitre ) il s'y fair
des déchiremens ; une ou plufieurs petites
parties plus ou moins grandes qu'une lentille
, s'en arrachent. Ces morceaux paroiffent
d'abord informes ; ils s'arrondiffent
peu-à- peu en goutte de fuif; enfin ,
dans l'efpace d'environ deux à trois mois
on y obferve un trou dans le milieu
*
AVRIL 1774: 173
+
c'eft la bouche ; des apparences de membres
, une organifation intérieure , des dilarations
, des contractions , la fenfibilité ,
&c. &c, Quelques mois après , les membres
deviennent longs , & cet animal fi
petit , eft destiné à croître jufqu'à acquérir
deux pieds de circonférence & une
quantité innombrable de membres . Souvent
plufieurs petites anémones fe déve→
loppent d'un même lambeau ; deforte
qu'elles font adhérentes entre elles . Peuà-
peu il fe forme entre l'une & l'autre
un petit étranglement qui les fépare.Quelquefois
auffi elles reftent unics : alors il
en réfulte des fingularités ou même des
monftres. M. Dicquemare en a deffiné
un fort gros , qui paroiffoit contenir trois
individus réunis & en quelque forte confondus.
L'anémone mère , de cette efpèce
, qui lui a dévoilé plus particulièment
le fecret , étoit formée comme un
Y , c'eft- à- dire , qu'elle avoit deux corps
parfaits , dont les bafes étoient adhéren ,
res ou le réuniffoient à une même tige
par laquelle ils communiquoient : auffi ces
deux anémones n'ont- elles jamais parų
à ce Phyficien avoir deux volontés , comme
il l'a plufieurs fois remarqué dans celles
qui fe difputent la proie.
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE :
,
Les anémones de mer , confervées vi
vantes dans le cabinet annoncent les
tempêtes , ce qui pourroit peut-être nous
tenir lieu un jour de baromètre marini
L'efpérance de nouvelles découvertes &
des occafions favorables"pour terminer les
planches d'après nature , oblige encore
pour quelque temps M. l'Abbé Dicque
mare à différer la publication de fon mé
moire; hour* 15 20 cunh
.
Cours de Langue Angloife .
LUTFLITE' de la langue angloiſe eſt
trop connue aux perfonnes de tout tang
& condition , pour qu'il foit néceffaire
d'en faire l'éloge ; prefque tous les Sa
vans de l'Europe font charmés des excellens
ouvrages qui paroiffent tous les jours
dans cette langue . Le Marchand l'apprend
ou doit l'apprendre pour l'intérêt de fon
commerce ; & chacun aujourd'hui en con
noît l'utilité & la beauté , & c . Ces
motifs ont déterminé le fieur Berry
Auteur de la Grammaire générale angloife
, de donner un cours pour la fa
cilité des Marchands & autres, perfonnes
qui fouhaitent apprendre l'anglois , &
AVRIL. 1774. 175
qui cependant font occupées dans le
courant de la journée ; lequel cours com→
mencera la femaine après la Quasimodo ;
il durera fix mois & tiendra trois fois la
femaine , depuis fix heures du matin juf
qu'à huit. Ceux qui voudront apprendre
cette langue tant recherchée , auront l'avantage
d'être enfeignés par un Anglois
de Nation , & toutes les difficultés de la
prononciation , qui font tant de peine
aux Français ,feront levées en huit leçons .
Le feur Berry va en ville à toutes les
autres heures de la journée. Il demeure
chez M. Philippe , Marchand de vin ,
rue St Germain- l'Auxerrois , entre l'a
breuvoir & la rue de la Sonnerie , la porte
cochère vis-à - vis le Tonnelier , au troifième
fur le devant.
On pourra s'abonner pour les fix
mois .
Cours de Chirurgie.
M. Felix Vicq d'Azir , de l'Acadé
mie Royale des Sciences , Médecin de
Monfeigneur le Comte d'Artois , ouvrira
le 18 de ce mois à midi , dans fon amphithéâtre
, tue de la Pelleterie , un Cours
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
élémentaire de Chirurgie dans lequel ,
avant de traiter des maladies chirurgicales
& du manuel des opérations , il expofera
la ftructure anatomique des parties fur
lefquelles elles doivent être pratiquées.
A M. L.
MONSIEUR ,
La littérature a toujours été un champ vafte, owvert
aux rapines , aux rufes de guerre de toure
efpèce , aux brigandages , & aux plagiats. Appol
Jon a fes Houfards , ainfi que les Rois ; mais il
a auffi les maraudeurs & fes filoux . Vous favez ,
Monfieur , & qui eft-ce qui ne fait pas cela ?
que le grand Virgile a pillé ou imité , comme
il vous plaira , Héfiode & Homere ; que le grand
Corneille a mis à contribution Luçain & Guil-
Jem de Caftro ; que le grand Racine a puifé de
très belles fcènes dans Euripide . Le Chantre de
Henri a pillé , dit - on , Monfieur Maffei , Sebaftien
Garnier , Shakeſpear , & Mademoiſelle
Bernard . Enfin vous le dirai-je ? J'ai entendu des
Vendeurs d'orviétan qui avoient pris leurs harangues
dans Démosthène. Tout cela ne m'étonne
point. Les efprits ne peuvent pas toujours créer.
Ce qui me furprend , c'eft qu'on me fafle auffi
T'honneur de me piller , moi qui n'ai compofé
ni poëmes épiques , ni tragédies , moi qui ne
fais des vers qu'à mes amis , ou à ces êtres doux
& fenfibles fans qui les arts perdroient tout leur
AVRIL. 1774: 177
·
charme ; moi fur tout qui n'ai rien dérobé à
perfonne fans le dire. Quoique je ne fois guères
riche , je ne me fâche point de cette eſpèce de
larcin. Mes biens font de trop petite valeur ;
d'ailleurs ce que je réclame eft fi peu de chofe ,
que je rougirois de me mettre en colère. Croyez
donc , Monfieur , que c'eft fans humeur que je
vous rappelle que dans votre dernier Mercure
vous avez inféré un madrigal dont je crois que
l'idée m'appartient , vous allez en juger par la
comparaison. Voici celui du Mercure.
A une Dame qui avoit été piquée par
une abeille.
Au déclin d'un beau jour , une folâtre abeille
Séduire par l'éclat de vos vives couleurs ,
A bleflé , dites vous , votre bouche vermeille !
Life , elle vous prenoit pour la Reine des fleurs.
Voici le mien , qui a été inféré dans l'Almanach
des Mufes de cette année .
Impromptu à une Dame que fon père venoit
de marier malgré elle à un boiteux ;
& qui , le mêmejour, avoit été piquée par
une abeille.
L'abeille, en te piquant , te fait verfer des pleurs ,
Et ton père te plonge en des peines nouvelles
Par un hymen contraire à tes ardeurs :
L'un t'a prife , Aglaé , pour la Reine des belles ,
L'autre pour la Reine des fleurs.
Il eft clair que l'impromptu du Mercure a été
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
fait d'après le mien. Je fuis honteux de vous
diftraire de vos occupations pour de parcilles
mifères. Pardonnez : je ne reflemble point à ces
pères qui ont des fils rachitiques , & qui , malgré
leur difformité , les chériflent autant que s'ils
n'avoient aucun défaut Quand mes enfans font
boflus , j'aime à les redreffer moi- même , & je
ne veux pour cela du fecours de perfonne.
Je vous prie d'inférer ma Lettre dans votre
prochain Mercure , & de croire à la parfaite conadération
avec laquelle j'ai l'honneur d'être , & c.
le Chevalier DE CUBIERES.
A Verfailles , le 6 Avril 1774-
Point de vue d'humanité pour les Ames
fenfibles.
PLUS
LUS une Nation vit dans l'abondance , plus
elle s'abandonne à la diffipation , & plus le nombre
des malheureux s'y multiplie. Le luxe entretient
une émulation dangereule , & dans un pays
de repréfentation comme la France , chacun ,
pour paroître avec avantage , le permet de dépenfer
annuellement plus qu'il ne peut. Le grand
Seigneur s'épuife & fait des dettes pour foutenir
un nom qui conftitue fon unique grandeur. Le
Financier cherche à fe diftinguer par une profu
fion qui le rapproche à les yeux de la Nobleffe
dont il fe flatte de faire un jour partie , par lui
ou par les fiens. Le Négociant , qui s'eftime plus
que les Fermiers de la Couronne , ne néglige rien
de ce qui peut relever l'importance utile de fon
AVRIL. 1774. 179
état , & il lutte conftamment avec la Finance
pour n'en être point effacé dans la jouillance d'un
appareil opulent & des recherches commodes. Le
Marchand fe montre jaloux d'imiter les premiers
de fon ordre , & il excède les forces , fans tonger
que la plus grande partie de fa fortune eft dans
les mains de débiteurs aflez élevés pour qu'il ne
puifle pas la retirer à fon gré , au moment où il
en aura le plus de befoin; au moyen de quçi fon
crédit fera anéanti , & ſa chûte deviendra néceffaire.
L'Artifan qui acquiert la vogue ne le veut
céder en rien au Marchand , qu'il foutient par le
débit de ſes talens , & il fe pique même de le primer
par l'apparence féduifante d'une mailon
bien montée. Le Journalier , habile ou non , mer
fa gloire à jouir de fon indépendance ; & , foumis
uniquement à la propre fantaifie , il compte faire
ufage de fa liberté , en fe livrant au déloeuvrement
& aux excès qui en font les fuites. Vous
en voyez journellement dix mille meubler les en
virons de la capitale. Les uns, les bras croilés , s'extafient
fur les Boulevards aux parades dont les
groffièretés les tranfportent hors d'eux - mêmes.
D'autres rempliflent les guinguettés , les billards,
les jeux de boule , & noyent dans le vin le fouvenir
de leur famille oppreflée. Leurs femmes , leurs
enfans attendent en vain avec impatience le retour
d'un chef qui doit rapporter un pain néceſfaire
à leur fubfiftance. Funefte efpoir ! Les injures
& même les coups font fouvent les feuls fruits
qu'ils recueillent de l'oifiveté & de l'intempérance
du barbare chargé d'entretenir la vie qu'ils ont
reçue de lui . Les délaflemens font fans doute né
ceflaires dans une grande ville ; mais faut - il que
vingt mille journées s'y perdent habituellement
dans l'inaction ? Le maître d'un attelier refte fon-
H vj
180 MERCURE DE FRANCE .
vent feul , parce qu'on le débauche l'un l'autre,
Le Bourgeois attend fon ouvrage qui ne fe fait
que huit jours après , & qui eſt défectueux par la
précipitation qu'on y a mife pour regagner le
temps perdu. L'entrepreneur même eft forcé de recevoir
la loi de fes garçons ; & ainfi , de proche en
proche, la machine générale le décompofe; & ,
pour courir après l'ombre de L'Abondance , fille
du Luxe , l'on rombe inſenſiblement dans une pauvité
réelle. L'économie femble être devenue on
vice parmi nous , & l'on ne fonge à vivre que pour
foi.
C'eft ce dangereux préjugé , ce font les spécu
lations enfantines & téméraires qui occafionnent
les banqueroutes fréquentes que nous voyons
journellement dans tous les états . Quelques Seigneurs
n'en ont pas été plus affranchis que les
autres , & la contagion s'eft gliflée parmi les Fimanciers,
les Banquiers , les Marchands , les Artilans,
les Commis , les Ouvriers , & jufques chez
des Laïs qui avoient ébloui la capitale du fafte de
leur dépenfe indécente.
Ces faillites fi préjudiciables au bien public, ont
des nuances , & ne font pas toutes également criminelles.
Un homme qui , par fon luxe déplacé ,
a mangé le bien de les créanciers , en croyant ne
diffiper que le fien , eft affurément coupable : il eft
injufte , en ce qu'il fait payer aux autres fes folies
& la bonne opinion qu'il a eue de les talens & de
fon indultrie ; mais il doit être fujet à de noidres
peines que celui qui , par un artifice médité ,
fuppofe la néceffité d'une faillite pour s'engraifler
de la fubftance des créanciers de bonne foi qu'il
voleimpudemment.
Un homme , dans la néceffité d'une défenſe léAVRIL.
1774. 1812
gitime , tue fon adverſaire ; la raison & la loi ne
permettent pas qu'il foi : traité comme un cruel
aflafin, qui , par un attentat réfléchi , ôte la vie à
un citoyen dont il veut envahir le bien .
Un jeune homme fans expérience a fait incon
fidérément des lettres - de- change pour fatisfaire
fon caprice. Un artifan , dans un accès d'ivrefle ,
a callé des lanternes , a maltraité quelqu'un ou a
fait des étourderies fcandaleufes ; ils ont conftamment
tort & méritent correction ; mais elle ne doit
pas être auffi forte que celle d'un voleur qui , par
aftuce ou à main armée, enlève à quelqu'un le fruit
entier de fes travaux .
Or , puifqu'il y a une différence fenfible dans
l'ordre des crimes & des peines , fourquoi n'en at
on pas introduit une dans la façon de s'aflurer
de tous ceux qui doivent être les objets d'une
Fourfuite criminelle ? Pourquoi , pendant le cours
d'une inftruction fouvent longue , confond- t on
le citoyen qui n'eft fufceptible que d'une correc
tion légère, avec le monftre deſtiné à fervir d'exemple
pour effrayer ſes ſemblables ?
Il eft étonnant que , parmi une Nation policée
& amie de l'humanité , on n'ait jamais imaginé de
faire éprouver aux accufés un traitement propor
tionné à la gravité des peines auxquelles ils font
réservés.
J
Pour évaluer l'injuftice de notre procédé à cet
égard , entrez dans nos prifons , fi vous avez la
force d'en franchir le feuil , & qu'y verrez- vous ?
un tableau d'horreur & l'image vivante du dé-
Leſpoir.
Le fommeil eft banni de ces antres ténébreux
par les cris continuels & effrayans des malheureu
les victimes de l infortune.Elles méditent fans cele
182 MERCURE DE FRANCE.
les attentats les plus noirs pour le procurer une
liberté qui les déroberoit aux plus grands fupplices,
& elles ne s'occupent que du foin d'ajouter de
nouveaux crimes à ceux dont elles font déjà noircies.
LaReligion , l'honneur &l'humanité font pour
elles de foibles barrières , & la cruauté devient né
ceffaire à ceux qui font chargés du foin de rendre
leur méchanceté & leur fureur impuiflantes.
Il feroit donc important d'établir une différence
entre les mailons de correction ou de fûreté, &
celles qui font deftinées aux criminels dont le gibet
eft la perspective. La prifon , fuivant les loix,
n'eft établie que pour s'aflurer des coupables , &
non pas pour leur en faire un tourment. Elle n'entre
point dans l'ordre des peines judiciaires : &
cependant ces lieux de ténèbres raflemblent ici
tous les maux imaginables. Ils font tellement
reflerrés que l'air y pénètre à peine ; l'on n'en refpire
qu'une foible portion fans ceffe infectée par
les vapeurs que produifent le mauvais ferment &
l'altération des corps . La lie de l'humanité femble
s'y être réunie dans un gouffre d'infection . Les
malheureux y defirent le fupplice comme le terme
de leurs maux , & leur palle - temps habituel eft ,
pouroccuper leur défoeuvrement, de fe gangrener
inutuellement le corps & le coeur par des propos,
par des récits dont l'atrocité révolte la nature. Le
vin eft leur feule confolation , & ils y noyent
leurs afflictions dès qu'ils en trouvent le moyen .
Pourquoi faut - il qu'un père de famille bien
né , bien élevé , foit confondu dans un même
afyle avec ce vil rebut de la terre , fi la fortune
celle de favoriser les projets , fi la mauvaiſe foi
lui ravit fes biens , fi'des malheurs imprévus vienment
tout-à-coup l'accabler ? Pourquoi un OffAVRIL.
1774. 183
cier , un homme même de distinction , s'il lui
furvient un malheur inévitable ; pourquoi un citoyen
recommandable , s'il eft calomnié , ferontils
plongés dans la fange avec la plus vile canail
le , jufqu'à ce que les longueurs d'une lente juftification
leur permettent de faire éclater leur inno
cence? Les peines du corps ne les flétriffent pas
moins que les tribulations de l'efprit ; leur repos
fe perd , leur fanté fe dérange , leur raifon s'offuf
que , & il eft tel homme irréprochable qui traîne
toute la vie le fouvenir douloureux d'une injuſte
captivité. Quel contrafte avec les moeurs d'un
peuple policé !
Gémillons für ces maux déchirans , & tâchon's
d'en tarir la fource.
Il eft étonnant que dans un royaume auffi florit
fant que la France , où la foi & la charité ne font
pas totalement éteintes , il ne fe foit encore trouvé
aucune ame picufe qui ait conçu le defir de remé
dier à un défordre fi funeſte à l'humanité . L'on a
multiplié les fondations en tout genre , & l'on en
a négligé une dont l'érection conferveroit annuellement
la vie à une foule de citoyens englou
tis dans le bourbier obfcur des prifons.
Les maux qui fe renouvellent fans ceffe auroient
pu fans doute devenir un des objets de l'attention
du Gouvernement La confervation , la libre exiftence
de fes membres ont le droit d'intéreffer fa
fenfibilité ; mais la fatalité des guerres ruineufes
& l'enchaînement de circonftances malheureufes
ont pas permis à des Miniftres fages & bien intentionnés
d'abattre leurs vues jufques fur des infortunés
dont la profcription intérefle fouvent le
bonheur public. Tous les prifonniers , envisagés
du même ail , ont été collectivement négligés
134 MERCURE DE FRANCE.
comme mauvaise compagnie , & l'on a laiſſé à la
charité publique le foin de leur conſervation .
Qu'il nous foit pourtant permis de dire qu'il en eft
fréquemment qui , par leur naiflance , leur édu
cation , leur état & leurs moeurs , ne font point
indignes des regards des gens en place , & qu'il y
a une rigueur exceffive à les facrifier à la misère
avant qu'on fache fi le glaive de la Juſtice doit
légitimement les immoler. Un Négociant abulé,
un jeune homme turbulent , un bourgeois indocile
, un militaire imprudent ne doivent pas être
plongés dans la boue , &, pour ainfi dire, retranchés
de la fociété civile , quand on n'a à leur re
procher que des mefures fautives , des indocilités,
des étourderies ou des inconſidérations ; la Juſtice
qui s'en empare , leur doit fa protection juf
ques dans le féjour de la douleur.
Il y a dans Paris & dans les villes commerçantes
du royaume , telles que Lyon , Marfeille
, Rouen , Bordeaux , Nantes , la Rochelle
& autres , plus de quatre milions d'habitans qui ,
par la nature de leur négoce, font exposés à la
contrainte par corps. Des femmes même font fu
jettes à partager le fort trifte & ignominieux de
ceux qui gémiffent dans la captivité. Or , fi
chacun de ces individus donnoit feulement quatre
fois par année pendant trois ans , voilà déjà deux
millions deux cens mille livres dont l'emploi
tourneroit au profit de l'infortune. Que le Négo
ciant le plus accrédité par les richelles & fa
probité , foit nommé le dépofitaire de cette récolte
peu gênante : il n'eft pas de commerçant ,
de banquier , d'agent de change , de marchand ,
d'artifan , de fermier qui ne concoure volontiers
à l'adouciffement d'un état violent dont , en cas
AVRIL. 1774. 18's
de malheur , il eft menacé lui -même . Les ames
picufes s'échaufferont d'elles mêmes , & l'émulation
s'empreffera de fe fignaler ; fur tour , f
les premiers de la Nation , fi les Prélats excitent
le zèle , & fi des femmes d'un grand nom le
fomentent par leur ardeur à fe charger de la
Collecte. L'on fait annuellement des fermons de
charité pour le foulagement des prifonniers ,
mais , pendant le cours d'une année , l'activité ſe
refroidit & le nombre en eft fi grand , que lc
bénéfice qui en réſulte , partagé entre eux, ne produir
qu'un mince adouciffement à leurs maux ;
le point eflentiel feroit de commençer par les
loger , parce que l'air falubre eft aufli néceflaire
à la vie que les alimens. L'on met pour eux
des troncs dans les Eglifes : mais ces dépôts
confondus avec tant d'autres , ne frappent perfonne
; l'ou ne lit pas même l'infcription , & la
maiſon refte ftérile , au lieu qu'une quête menée
avec chaleur & accréditée par de grands perfonnages
, produiroit un effet auffi rapide qu'avan
tageur Qu'on en juge par la profufion obligeante
avec laquelle l'on s'emprefle de gratifier
un Comédien , un homme à talens , lorfque des
gens de marque mettent à contribution la générofité
publique . Aflurément ceux qui contri
buent à nos plaifirs méritent des faveurs ; mais,
quoique nous préférions l'agréable à l'utile , il
faut convenir que l'aifance d'un acteur , quelqu'excellent
qu'il foit , a moins de droits au lentiment
humain que la fubfiftance de 5000 mille
prifonniers , engloutis journellement dans la
pourriture.
Tout eft de mode en France : le bien & le
mal. Il ne faut que de grands exemples pour
1
186 MERCURE DE FRANCE.
mettre les génies en fermentation. Il eſt encoré
parmi nous beaucoup plus d'ames pieufes &
nobles qu'on ne le croit ; mais elles cachent leurs
bienfaits , & l'on fe pique moins de publier les
bonnes oeuvres que les mauvaiſes. Nombre de
gens religieux & vraiment charitables s'empreferoient
de contribuer fecrètement au falut
de leurs malheureux frères . D'autres voudroient
ajouter encore aux fondations , & ſe ſignaler
par des libéralités folennelles . Les paffions mêmes
ferviroient à l'accompliflement du projet , fi l'on favoit
les metre enjeu. Quelques-uns le conderoient
les bonnes intentions par des profufions teftamentaires
. De riches marins avanceroient des fonds
fans intérêts . Des banquiers opulens voudroient
peut-être mériter des ftatues telles que celles érigées
à la bourfe de Londres , à Gresham & à
Barnard; enfin , l'empreflement feroit auſſi général
que la magnificence , car il ne s'agit que
de mettre en mouvement le génie françois , mais
il faut le connoître & le diriger avec art. Or ;
c'eft une étude peut-être trop négligée, quoiqu'elle
foit inépuisable en reflources.
Cependant , quel eft le citoyen, excepté les mendians
& les journaliers , qui ne confentira pas VOlontiers
à donner deux ou trois fous par année ,pour
adoucir la barbarie du fort d'une foule de les femblables
? Nous envoyons à grands frais racheter
des captifs en Afrique , & nous fommes de bronze
pour la mifère de ceux qui gémiflent fous nos
yeux! Le remède eft - il donc impraticable ? Il y
auroit de la foibleffe à le croire. Qu'une ame
fenfible & courageufe ait le courage de fe metre
à la tête de l'entreprife ; qu'elle foit autorisée par
le Gouvernement , & qu'elle ait le bon efprit de
A VRÍL. 1774. 187
braver ou de méprifer les brocards des petitsmaîtres
, des fots , des bavards & des défoeuvrés ;
alors la Nation entière la bénira &' lui " élevera
des autels. Qu'un autre perfonnage connu & irréprochable
foit chargé de la caifle , & qu'il
reçoive de l'argent ou des foumiffions pour les
rendre publiques ou cachées , au gré des contri
buans nous verrons alors les coeurs & les
bourfes s'ouvrir à l'humanité , & notre Nation fe
laver du reproche d'allier encore l'urbanité avec
les reftes de l'ancienne barbarie .
Il eft encore mille moyens que , fans exciter des
murmures , l'on pourroit employer pour accélé→
rer un établillement profitable. Cent livres de
marchandiſes importées par l'Etranger pourroient
payer un fou , flans que la taxe parût onéreufe,
Chaque nouveau titulaire de bénéfice pourroit
fans fe plaindre , configner cinq fols ; & d'autres
droits auffi infenfibles conduiroient promptement
l'ouvrage à fa perfection . Chacun s'applaudiroit
de concourir au bien général . Le Receveur en chef
fe choifiroit lui -même des coopérateurs dans les
provinces , & ceux - ci , animés de fon bon efprit ,
feconderoient fes vues fans frais & fans rétribution.
L'on fe livreroit au travail à mesure qu'on
auroit des fonds , & le premier emploi de l'argent
feroit d'acheter un terrein vafte où l'air & l'eau
afluraffent la falubrité . Nous avons vu bâtir un
opéra & des fpectacles dans tous les genres. Le
goût univerfel eft pour les bâtimens , & la ville
femble s'être renouvelée. Quoi ! pendant le règne
de l'épidémie dominante , ferons - nous aflez
pour refufer un afyle fain & commode à des
fujets que pourfuit la fatalité ? Les grandes villes
durs
188 MERCURE DE FRANCE:
de commerce s'emprefferoient de fe modeler fur
la capitale , & l'on pourroit le fatter de voir la
fanté & la propreté remplacer les horreurs des
repaires infects où l'innocence gémit auprès du
crime.
Des Négocians dans le défaftre n'auroient plus
Ja douleur de voir perpétuellement des fcélerats
sirés de leur communauté pour aller fubir publiquement
la peine due à leur monstruofité.
Un bon Bourgeois , accablé de chagrin , d'infire
mités ou de maladies, pourroit avoir la femme auprès
de lui pour lui adminiftrer les confolations
corporelles & fpirituelles que la dégradation de
fon état lui rend néceflaires.
Un homme qui s'eft vu dans l'élévation , profiteroit
de la fociété de ſes amis & de fes confolateurs,
fans avoir à rougir de l'impureté de l'air qu'il
leur fait refpirer , & de l'atrocité des difcours qu'il
les force d'entendre.
Un jeune homme détenu pour une inconſidération
pallagère n'auroit plus les oreilles & l'imagination
falies par les obfcénités dont retentit le
féjour du brigandage & de la corruption .
Enfin l'humanité rentreroit dans fes droits. La
prifon , fuivant la vraie deftination , ne feroit
plus un fupplice auffi cruel que la mort , & les
malheureux qu'on y renferme pourroient méditer
dans le repos fur les difgrâces d'une fituation
forcée qui les enlève à leur état , à leur famille
& aux douceurs de la fociété .
Par M. M , A
•
AVRIL 1774 189
MORT d'un Homme bienfaifant.
A Dijon , 17 Mars , à M. L. R.
M. Nous venons de perdre notre bienfaiteur
M. Legouz ; il eft mort ce matin
âgé de 79 ans. J'ai vu , en cette trifte
circonftance , ce que Lafontaine a fi bien
exprimé dans ce vers ;
La mort du Sage eft le foir d'un beau jour.
La bienfaifance de fon coeur & la férénité
de fon ame fe font confervées juſqu'au
dernier inftant ; & toujours occupé du
bien qu'il pouvoit faire , & de celui qu'il
auroit voulu pouvoir faire , il n'avoit de
regrets que d'avoir été dans l'impoffibifité
d'en faire autant qu'il auroit defire.
Sa mort caufe un deuil univerfel dans
la ville ; le pauvre y perd un père ; les
Arts , un protecteur généreux ; l'Acadé
mie , un bienfaiteur qui l'éclairoit par fes
veilles , & l'enrichiffoit par fes bienfaits ;
la fociété , un homme aimable , qui en
faifoit les plaifirs, par fes manieres & fon
enjouement , la ville , un citoyen généreux
, & aimant le bon ordre & le bien.
J'y perds un ami tendre , ardent , qui
m'aimoit , parce qu'il m'eftimoit . Ma
feule confolation fera de payer à fa mé190
MERCURE DE FRANCE.
=
moire un jufte tribut d'éloges . Je compte
m'en acquitter pour le mois d'Août ; mon
coeur dirigera ma plume ; & , fi je réuflis
à peindre mon ami tel qu'il y eft gravé ,
j'ofe efpérer que je ferai partager ma
douleur à mes lecteurs.
Vous favez , Monfieur , qu'il avoit
donné à l'Académie un Cabinet d'Hiftoire
naturelle , qu'il a établi un Jardin de
Plantes & une Cours de Botanique , &
formé une Galerie de nos célèbres Bourguignons.
J'ai exprimé ces différens bienfaits
dans trois vers latins , que j'ai placés
au bas de fon bufte , qui décore mon
cabinet ; & les voici :
Juffit , & egregii fpirant in marmore cives ;
Germinat agrorum folamen planta falubris
Thefaurofque fuos referant coelum , æquora , tellus.
Pardon , Monfieur , des détails pen fcientifiques
, & conféquemment peu intéreflans
pour vous , dans lefquels je viens
d'entrer ; mais mon coeur , pénétré de la
plus vive douleur , fe foulage en parlanc
de l'ami qu'il a perdu .
Je fuis , &c.
MARET.
Secrét. de l'Acad . de Dijon.
AVRIL. 1774. 191
BIENFAISANCE.
Lettre de M. Dufot , médecin penfionnaire
du Roi & de la Ville de Soiffons , & c..
M. J'ai l'honneur de vous faire part
d'un Etabliffement qui intérelle l'humanité.
Le lage Adminiftrateur de cette
Province ( M. le Pelletier de Mortefontaine
) qui femble né pour faire le bonheur
de ceux qui font confiés à fes foins ,
vient de former dans cette ville un Dépôt
de Remèdes gratuits pour les Habitans des
campagnes du Soiffonnois . Sa fenfibilé
tendre & compatiffante lui repréfente fans
ceffe le pauvre cultivateur a fond de fa
chaumiere , fouffrant & délaiffé .... Il vient
à fon fecours . Son ame généreuse peut
fe dire à elle- même.... Salus publica ,
mea falus....
Parmi tant d'Etabliffemens utiles qu'on
voit fe former , celui - ci manquoit au
foulagement des gens de la campagne ....
Cette pottion des hommes la plus utile
& peut être la plus négligée , eſt attaquée
de mille maux. Pauvres , quoique ce
foient eux qui nous enrichiffent , ils ne
font point en état de payer ni les remèdes
, ni les avis des Médecins. On en
192 MERCURE DE FRANCE .
voit tous les jours périr , faute de fecours ;
c'eft un objet continuel de regrets pour
les Curés de la campagne & pour les Seigneurs
, qui ne voient , dans la plupart
des maifons de leurs Paroiffiens , ou de
teurs Vaſſaux malades , que la trifte image
de la mifere. Ce fpectacle fi attendriffant
pour tout homme , & fur-tour pour des
Miniftres de charité , nous a été fouvent
retracé par eux. Plus fouvent encore ,
depuis le long efpace d'années que je
parcours , comme Médecin , les campagnes
, j'ai été le triſte témoin de la pauvreté
qui y régnoit. De rels fpectacles
déchirent toute ame fenfible ....
La fonction la plus fainte d'un Paſteur
& d'un Médecin , eft le foin d'être le
confolateur & l'ami de ces infortunés.
Ces deux états font un état de bienfaifance
; mais le pouvoir de l'exercer nous
manque fouvent : nous donnons ce que
nous avons ; l'homme fenfible & puiffant
vient de fe joindre à nous : l'humanité
même eft venue au fecours de l'humanité
; cette vertu fi néceffaire où
Y a des hommes qui fouffrent , a formé
cet établiffement : il n'eft pas le feul en
ce genre. Celui que j'ai formé à Laon ,
y eft continué fous les mêmes aufpices ,
& la charité d'un citoyen de cette ville
contribue
AVRIL. 1774. 193
contribue auffi à cette bonne oeuvre...
Puiffent de tels bienfaiteurs de l'huma
nitéfouffrante , être imités ! Plus il y aura
en France de femblables Etabliſſemens ,
plus on pourra fecourir de ces malheu
reux cultivateurs qui croient avoir plus
befoin de fanté que de vie.
Lorfqu'une maladie épidémique fait
des ravages dans nos contrées , on porte
auffi- tôt des fecours à ces malheureux
cultivateurs , qui ne peuvent s'en procurer
par eux - mêmes. C'eft principalement
fur eux que le Magiftrat refpectable
qui nous gouverné , répand fes bienfaits....
J'attefte ce que j'ai vu . Voici la neuvieme
année qu'il m'a honoré de fa confiance
, pour traiter les maladies épidémiques
dans fa Généralité , & donner à
ceux qui en étoient attaqués , tous les
fecours néceffaires . Chaque année , les
fièvres putrides , pourpreufes , malignes ,
& fouvent contagieufes , la dyffenterie ,
la pleuréfie , & d'autres maladies populaires
défolent nos campagnes. C'eſt à
fes foins paternels , que tant de villages'
doivent la confervation de leurs habitans.
Ce n'est donc pas dans ces terribles'
fléaux que le nouvel Etabliffement feroit
II. Vol. I
194 MERCURE
DE FRANCE.
&
le plus utile ; mais c'eſt dans les maladies
ordinaires des gens de la campagne ,
fur-tour dans celles de langueur . Ils s'adreffent
fouvent aux Charlatans , qui leur
donnent de forts purgatifs & des remedes
incendiaires
qui ne font que les affoiblir
& les brûler , laiflent croître le mal ,
& ne guérillent que l'indigence de ceux
qui les vendent . Mais ces Remedes Spé
cifiques , qui font l'unique reffource de
l'ignorance
& de la charlatanerie
, ne
font pas toujours homicides.... Le malade
guérit quelquefois ?.... C'eft qu'il exifte
dans chaque individu un être furveillant ,
une puiffance confervatrice
, un agent
bienfaifant , qui combat & triomphe alors
de l'ignorance impardonnable
des Chalatans.
MM, les Cures & les Seigneurs de
Paroiffes , s'oppofent , autant qu'ils le
peuvent , à la féduction de ces Miniftres
de mort ; mais le defir de la guériſon
la la prétendue certitude qu'on en a
malheureuſe facilité d'avoir les remèdes
dans le moment , entraînent les pauvres
malades.... C'est le préjugé & l'igno-
Fance qui perpétuent les erreurs & les
crimes des Charlatans .... Quoiqu'ils ne
fachent que déraifonner , cependant ils
AVRIL 1774. * 199
perfuadent ces malheureufes victimes de
leur fordide cupidité ; ils les précipitent
dans le tombeau , ou les rendent inutiles
à la Société , à charge à eux- mêmes &
à leur famille.
Eft- il donc un Etabliffement plus
intéreflant que le Dépôt des Remedes gratuits
pour les cultivateurs ? C'est l'utilité
qui décide , ou du moins qui doit décider
de notre eftime. Or , un des objets
les plus utiles à la fociété , eft de conferver
les habitans des campagnes.....
J'aurai rempli une partie de la tâche d'utilité
dont tout homme eft tenu envers
ſes ſemblables , fi je puis fecourir dans
leurs maladies ceux que le fort a deſtinés
à nous nourrir.
Médecin du Dépôt des Remèdes gratuits
du Soiffonnois , je donnerai gratuitement
à tous ceux qui chaque jour fe préfenteront
, & les confultations & les remèdes
appropriés à leurs maux , en leur indiquant
la façon d'en ufer ; j'aurai le foin
d'écrire l'ufage particulier de chaque remède
, & le régime à obferver. MM . les
les Cutés , les Seigneurs , ou les principaux
habitans des villages voudront
bien les faire exécuter.... Enfin , on leur
dira s'il faut plus compter fur la nature
I ij .
196 MERCURE DE FRANCE.
pour le foulagement de leur maux , qué
fur les fecours de la Médecine .
Quoique les remèdes foient gratuits ,
ils ne feront pas compofės avec moins
de foin que s'ils étoient achetés. On
promet & on affure la plus grande
fidélité dans le choix des drogues & dans
lear compofition. Eft il un intérêt plus
grand que celui de l'humaniré ? .... La
plénitude de loi eft la charité.... La béatitade
eft pour les bienfaifans.
Je fuis , &c.
I I.
A. DU FOT.
Un Négociant établi à Uddewalla ,
vient de s'attirer l'admiration de fes compatriotes
, par une action qui mérite d'être
connue , & qui prouve que les exemples
de vertu & de patriotilme , fans ceffe donnés
par
le Roi de Suéde , excitent parmi
fes Sujets une noble émulation . Če citoyen
s'appelle André Knape. Il fe préfenta
, il y a quelques jours , à l'audience
de Sa Majefté, & lui dit que , Dieu ayant
béni fes travaux & fon commerce , & ne
lui ayant point donné d'enfans , il defitoit
de faire fervir fa fortune à l'utilité
de fa patie ; qu'il fupplioit Sa Majeſté
AVRIL. ~ 1774-14 . 17
de lui permettre d'employer , dès à pré
fent , une fomme de 600000 dalhers dy
cuivre environ 200000 liv. ) à l'éta
bliffement d'une maifon à Uddewalla
pour l'éducation des Enfans - Trouvés &
des orphelins du canton ; & qu'il efpét
Foit de pouvoir laiffer , après la mort
ine égale fomme , pour maintenir cet
établiffement. Le Roi agréa cette propofition
, & fe difpofoit à lui en marquer
fa fatisfaction , en le décorant de l'Ordre
de Vafa ; mais ce Négociant , inftruiç
des intentions de Sa Majeſté , a fait les
plus fortes inftances , pour être difpenſé
d'accepter cette marque d'honneur , ou
toute autre récompenfe . Il a eu l'honneur
d'être préfenté depuis à la Reine & à la
Reine- Mere , qui lui ont parlé avec beau
coup de bonté,
ANECDOTES.
I.
M. de Sivry, Seigneur de Longuion ,
village qui s'étoit reffenti longtemps
des effets de fa libéralité , étant décédé
dans fa maiſon à Verdun , le bruit d'une
nouvelle fi fâcheufe ne tarda pas à fe
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
répandre dans fa Seigneurie. Un enfant
courut vers fon camarade , & lui dit ,
tout pénétré de douleur : M. de Sivry
eft donc mort ? Hélas , oui , repartie
l'autre ; mais il n'eft pas mort ici : le
bon Dieu de notre village ne l'y auroit
pas laiffé mourir ; car il y faifoit trop
de bien.
I I.
A la première repréfentation de l'opéra
de Perfee , qui le fit à Versailles , il y eut
quelques Dames qui défapprouvèrent les
fentimens de Phinée : Elles demandoient
s'il étoit d'un yéritable amant de dire
qu'il aime mieux voir fa maîtreffe dévorée
par un monftre qu'entre les bras de
fon rival. Cette question fut tellement
agitée par les beaux efprits , que les Fournaux
fe trouvèrent remplis des .éponfes
que l'on y fit. Voici l'endroit de l'opéra
de Perfée : Phinée dit :
L'amour meurt dans mon coeur , la rage Ini fuce
cède ;
J'aime mieux voir un monftre affreux
Dévorer l'ingrate Andromède
Que la voir dans les bras de mon rival heureux.
Un bel efprit appuya ce fentiment par
ces vers.
AVRIL. 1774 199
Voilà ce que Phinée a dit dans la colèré
Et ce que tout autre auroit dit.'
Qu'on ne s'y trompe pas , un amant qu'on trahit
Eft en droit de tout dire , eſt en droit de tout
faire ;
Et , fans craindre d'en ufer mal ;
Peut voir avec plaifir périr une infidelle.
Ce n'eft pas que cela fe doive à cause d'elle ,
Mais feulement pour faire enrager fon rivalau
On dit à tout propós affis en tang d'oignons
fans en favoir l'origine , quoiqu'elle
ne foit pas fort ancienne . C'eft qu'il y
avoit aux Etats de Blois de 1576 , un
Grand- Maître des Cérémonies , qu'on appeloit
le Baron d'Oignon . Son nom & fon
furnom étoient Attus de la Fontaine de
Solare.
ORDONNANCES , ARRÊTS , & c.
I.
ORDONNANCE du Roi , du 11 Février 1774 ,
concernant la Compagnie de Maréchauflée de
l'Ile de France. Sa Majefté ordonne que la compagnie
de Maréchauffée de l'Ile de France conti
nuera d'être du corps de la Gendarmerie , fous
le commandement des Sieurs Maréchaux de France.
Elle détermine les qualités & le temps de fervice
néceflaires pour être admis dans les différens
I iy
200 MERCURE DE FRANCE.
tes places de cette compagnie. La Maréchauffée
fera divifée en autant d'arrondiflemens qu'il fera
jugé néceffaire. Sa Majefté veut que le Prévôt géneral
ait rang de lieutenant- colonel de cavalerie;
les Lieutenans & Guidons , de capitaines ; les
Exempts , de lieutenans , & qu'ils foient admis à
I'Hôtel des Invalides fuivant ces grades , lorfqu'après
vingt ans de fervice , tant dans les troupes
que dans ladite compagnie , ils fe trouveront hors
d'état de les continuer , & que les bas- officiers y
foient pareillement admis comme bas , officiers..
&
I.I.
Lettres patentes du Roi , en forme d'édit , enrégiftrées
en Parlement le 11 Mars 1774 , portant
rétabliflement de l'Hôtel - Dieu de Paris. Il eft or
donné que l'Hôtel - Dieu de Paris fera augmenté
funnléé par l'hôpital St Louis , & par la maison
dite de la Santé; & qu'il y fera ajouté en conféquence
les bâtimens néceflaires , foit pour augmenter
le nombre des falles , foit pour les autres
parties dufervice des malades.
III.
Arrêt du confeil d'état du 20 Janvier 1774 , qui
ordonne à tous locataires , fermiers ou autres régiffeurs
de terres , bois , maifons ou autres biens
quelconques dépendans des maiſons des ci -devant
Jefuites , fituées en pays étrangers , de dénoncer
& fournir leurs déclarations des époques & termés
de leurs baux ou autres titres de leur jouiflance ,
ainfi que du montant des rentes & redevances dont
ils peuvent être tenus.
I V.
Arrêt du conſeil d'état , du 26 Février 1774';
qui autorife les Officiers de la Maréchauffée de
AVRIL. 1774. 201
Chinon à faire juger leur compétence au bailliage
de cette ville .
V.
Ordonnance du bureau des finances de la géné
ralité de Paris , du premier Mars 1774 , concer
nant l'ouverture des rues néceffaires pour l'établiffement
du Marché aux Yeaux.
V I.
Ordonnance du bureau des finances de la géné
ralité de Paris , du 8 Mars 1774 , concernant
l'élargiffement de deux grands chemins dans la
province du Gatinois , traverfant la ville de Cour
tenai.
A. VI S.
I.
La fieur Thomaffin , également verté dans la
théorie & la pratique de la géométrie , donne des
leçons de cette fcience fur le terrein . Il offre en
même- temps fes fervices aux Seigneurs qui vou
droient faire lever le plan de leurs terres ,
mettre leurs forêts en coupes reglées . On eft prié
de lui écrire franc de port , chez le fieur Bernier.
ingénieur pour les inftrumens de mathématiques
demeurant à Paris fur le quai de l'horloge du pa
lais , au Niveau d'or.
I I.
Effence virginale.
Le fieur Cattinée , diftillateur au clos St May-
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
tin à Paris , & dans le château de Versailles au
bas de l'escalier des Princes , donne avis que ,
malgré les contrefacteurs , il continue avec lucces
la vente de fon Effence virginale , nommée Savonnettes
de la Cour, qui eſt autorisée par la Commillion
royale.
III
Art du Perruquier.
Meffieurs les Commiffaires qui avoient été
nommés pour examiner une nouvelle manière de
travailler le toupet des perruques , proposé par le
feur Chaumont , perruquier , en ayant fait leur
rapport & fait voir plufieurs deffins de têtes toutes
coëffées de diverles manières , faits de la main ,
avec toute l'entente & toute la correction poffibles
, l'Académie a jugé que la pratique du fieur
Chaumont , par laquelle il parvient à diminuer
Tépaifleur des perruques , à en faire rapprocher
les bords très - près de la peau & à y placer les
cheveux fur le front d'une manière aflez ſemblable
à celle dont ils fortent naturellement de là
tête, ne pouvoit que tendre à la perfection de fon
are, qu'elle marquoir en lui du talent & de l'întelligence
; & qu'en attendant que des expérien
ces multipliées cuflent juſtifié les eſlais & apprécié
fon invention , elle ne pouvoit lui refuſer ſon
approbation & les encouragemens qu'elle a coutume
d'accorder à toutes les tentatives raifonnées
qui ont pour but la perfection des arts utiles.
Le fieur Chaumont, demeure rue des Poulies,
droite en entrant parla rue St Honoré , à Paris.
AVRIL. 1774. 203
NOUVELLES POLITIQUES.
De Pétersbourg , le s . Mars 1774.
A
a
La Cour a reçu la nouvelle que l'armée du Gé
néral Bibikow eft arrivée dans le royaume de Ca- ´
fan , & qu'elle a remporté plufieurs avantages
fur les rebelles . Elle leur à enlevé , entr'autres ,
la Ville de Samara & le pofte de Clifnow dont
ils s'étoient rendus maîtres . Seize cens hommes
qui formoient la garnison de ces deux endroits
ont été taillés en pièces après une résistance opiniâtre
.
La Cour a fait partir un train d'artillerie &
quantité de munitions pour Pultava. Il y a apparence
qu'elle fait ces préparatifs pour pouvoir ou
vrir la campagne par le fiége d'Oezakow.
De Cafan , le 7 Février 1774.
Le général Bibikow , que l'Impératrice avoit
fait marcher contre Pugatschew , a remporté
par lui & par les lieutenans des avantages qui
mettent les Rebelles dans l'impuiflance de rien
entreprendre , & qui ne leur laiflent que le parti
de la fuire. La Noblefle de Cafan ayant donné la
première l'exemple de former un corps pour la
défente de la patrie , l'Impératrice à fait dire
qu'elle vouloit devenir elle- même Membre de la
Noblelle de Cafan & être regardée comme Bourgeoile
de cette ville , ce qui a été entendu avec´
acclamation par toute la Nobleffe.
De Warfovie , le 17 Février 1774
Les lettres de Cracovie portent que l'efpérance
I vj
104 MERCURE DE FRANCE.
qu'on y avoit conçue de voir rentrer le fauxbourg
de Cafimir fous la domination de la République,
s'eft évanouie , depuis que les Autrichiens commencent
à y élever de nouveaux édifices & à y
raflembler des magafins confidérables. D'un autre
côté, les changemens qu'on avoit cru devoir arriver
dans l'adminiſtration de la Pologne Autris
chienne , après la preftation de l'hommage, n'ont
point encore eu lieu , & tout eft resté fur l'ancien
pied , tant à l'égard des revenus publics , des'
douanes & des fervices domaniaux , que par rapport
aux Tribunaux civils .
On s'occupe beaucoup ici de l'affaire des Dididens
. Les Evêques qui ont affifté aux conférences
tenues à ce fujet chez le Baron de Rewitzki , ont
remis aux trois Miniftres des obfervations intéreflantes
auxquelles ces derniers n'ont point répondu.
La liberté de pafler d'une Religion à une
autre eft un des articles qui rencontrent le plus
de difficultés . Les Evêques ont demandé avec chaleur
qu'il fût rejeté. Le Nonce du Pape , qu'on
acculoit de favorifer le parti des Diffidens , a déclaré
, à la follicitation des principaux Membres
du Clergé qu'il s'oppoferoit aux priviléges qu'on
vouloit leur accorder. D'un autre côté , les Diffidens
fe difpolent à répondre aux objections faites
par le Nonce ou par les Evêques , & l'on croit
qu'ils feront fortement appuyés .
La Ville de Dantzick éprouve les funeftes effets
de la perfévérance avec laquelle elle a refufé de,
livrerà Sa Majesté Pruffienne les natifs de la Nouvelle-
Prufle qui le font retirés dans les murs &
dans fon territoire. Le Magiftrat avoit oppofé les
règles établies par la convention de 1770 , parce
que c'eft poftérieurement à ce traité que cette province
a paffé fous la domination du Roi de PrufAVRIL
1774. 205
A
fe. Des détachemens Pruffiens enlevent dans
les villages qui forment le Territoire , les jeunes
gens capables de porter les armes ; ceux qui pèuvent
échapper à cette deftinée , fe réfugient dans
la ville. Le tranſport des vivres néceflaires pour
la confommation des habitans a été interrompu ,
dans le temps même que le nombre des confommateurs
s'eft accru par l'arrivée de tous ces fugi
tifs . Tout femble annoncer une cataſtrophe pré
vue depuis longtemps , mais que le Magiſtrat
avoit fu éloigner jufqu'à ce jour.
De Conftantinople , le 3 Mars 1774.
Le Grand Seigneur a fait grâce de la vie à Sunghieri-
Ali-Effendi , favori de l'Empereur Muftapha
, & au fecond aſtronome de ce Prince , accu
fés l'un & l'autre de délits qui pouvoient leur
faire perdre la tête. On croit que cet acte de clé
mence eft dû aux follicitations de la Sultane Efma
, foeur de Sa Hautefle , & l'on aflure que le
Sultan va bannir du férail tous les aftronomes
qui étoient en grande vénération fous le règne de
fon prédécefleur.
De Tunis , le 28 Janvier 1774--
L'efcadre du Bey, compofée de quatre frégates
de vingt à vingt - cinq canons & d'un chebec de
dix - huit , mit à la voile , le 13 de ce mois , fous
les ordres du Reis Mouftapha Candiote. On prétend
qu'elle a ordre de ſe joindre aux vaiſleaux
du Grand Seigneur qui mouillent aux Dardanelles
, & l'on eſpère ici que ces différens bâtimens
Rufles qui croifent dans l'Archipel , ne mettront
point d'obftacle à l'exécution de ce projet.
206 MERCURE DE FRANCE.
De Cadix , le 28 Février 1774.
On apprend de Larrache que plufieurs Négo
cians étrangers de Fédala font allés s'établir à
Salé , d'où l'Empereur de Maroc leur a permis
d'exporter du bled. Le Conful d'Elpagne doit encore
en extraire trente mille quintaux par le port
de Fédala , pour compléter les cent mille quintaux
qui ontété accordés au Roi , fon maître.
De Gênes , le 14 Mars 1774.
Le Gouvernement ayant eu avis qu'il y avoir
beaucoup de malades fur les vailleaux de guerre
Ruffes qui mouillent à Livourne , & craignant
que leur maladie ne fe communiquât , a cru devoir
prendre les précautions néceflaires à ce fujets
mais un chirurgien qu'il avoit chargé d'aller conftater
le genre de maladie dont les Rufles étoient
attaqués , vient de diffiper toute espèce d'inquiétude
, en mandant qu'elle n'eft point contagieufe,
& que le fcorbut a feulement altéré ou ruiné la
fanté de quelques perfonnes.
De Rome , le 2 Mars 1774.
On a trouvé , ces jours derniers , dans une excavation
qu'on fait au voifinage de l'Eglife de
St Sébastien , extra muros , une urne de marbre
ronde , cannelée , & dont le couvercle , furmonté
d'une petite pomme de pin , étoit foudé avec du
plomb. Ily a extérieurement deux petits génies ,
tenant chacun un flambeau renverfé , & au inilicu
d'eux , en caractères romains , l'infcription
fuivante , placée perpendiculairement , de maniè
re que chaque ligne ne contient qu'un mot ou
deux , & laquelle nous tranfciirons de faite, pour
Be pas perdre trop de place ( elle contient dix liAVRIL.
1774. 207
gnes fur le vale ) : Servilia S. V. M. Pherafe
conjugi incomparabili M. Servilius Turannus
fecit qua vixit mecum A. XXXI. Cette urne
étoit remplie d'une liqueur très - odoriférante , àpeu
près comme l'effence de bergamote ; mais , en
l'ouvrant , on en a répandu la plus grande partie.
On dit que ce qui refte eft merveilleux pour
les
bleflures. Elle renfermoir auffi des offemens brûlés
. C'étoient vraisemblablement ceux de la per
fanne défignée par l'infcription . On préfume que
ce monument eft antérieur à Jefus - Chrift . Dans
une autre excavation qu'on fait auprès de l'arc
triomphal de Septime Sévère , on apperçoit deux
grandes colonnes de marbre ; mais on ne fait pas
encore firelles font entières fous terre , ou fi ce ne
font que des tronçons.
De Venife , le ¿26 Février 1774.
Les dernières nouvelles reçues du Danube annoncent
que Haflan Pacha a obtenu de la Porte
trente mille hommes & la permiffion de pafler à
la rive feptentrionale de ce fleuve pour inquiéter
les Ruffes dans leurs quartiers d'hiver. On ajoute
que le Grand Vifir vient de lui envoyer encore
quinze mille hommes qui renforceront le corps
d'obfervation deftiné à garder la partie méridionale.
Dimanche dernier , quoiqu'il ne fit pas le moin
dre vent , le clocher de l'abbaye de St George , de
F'Ordre de St Benoît , s'écroula jufqu'aux fondemens
& tomba fur le choeur qui fut entièrement
abattu . Deux religieux ont été tués ; deux autres
font bleffés dangereufement. I en coûtera vingt
mille ducats pour rétablir cet édifice ; mais on ne
pourra jamais réparer la perte des peintures des
plus grands maîtres des derniers fiècles , qui y
toient raffemblées,
208 MERCURE DE FRANCE.
De la Haye , le 22 Mars 1774.
Mahamout Hoya , prenant la qualité d'Envoyé
de Tripoli auprès des Etats- Généraux des Provin
ces- Unies , arriva à Rotterdam , le is de ce mois .
Il notifia , le 16 , ſon arrivée & fa miffion aux
Etats Généraux. Le lendemain , les Etats qui
avoient formé , dès la veille , la réſolution de ne
pas l'admettre , d'après les repréſentations de leur
Conful , réfidant à Tripoli , firent fignifier leurs
intentions à ce Miniftre inattendu , par un offieier
qui fait les fonctions de Maître -d'Hôtel des
Etats. L'Envoyé Maure répondit que , s'il ne déployoit
pas fon caractère public à la Haye , il
perdroit la tête à Tripoli . On ne prévoit pas quel
fera l'effet de cette réponſe fur l'efprit de Leurs
Hautes Puiffances ; en attendant leur décifion ultérieure
, cet Envoyé eft parti de Rotterdam pour
fe rendre ici.
De Londres , le 21 Mars 1774.
Le Ministère & le Parlement paroiflent décidés.
prendre les réfolutions les plus vigoureufes
contre la réfiftance des Colonies. On ne peut fe
diffimuler l'embarras qui doit réfulter de cette
rigueur , tant pour les Négocians Anglois , dont
la propriété en Amérique peut monter à plus de
quatre millions fterling , que pour les Manufactures
Britanniques , ou plus de cent mille perfon
nes doivent leur fubfiftance journalière au commerce
ouvert avec les Colonies. L'Amérique ,
dont on dit que les Efpagnols ont tiré plus de cinquante
milliards de France , pays immenfe dont
on ne connoît pas la vingtième partie , n'y ayant
que les Côtes & les Ifles occupées par les Colons
étrangers , peut encore , à ce qu'on croit , contémir
ʻquatre - vingt - dix millions d'indigènes. Is
AVRIL. 1774. 200
empruntent de la diverfité des climats , des ca-
* ractères plus ou moins difficiles à gouverner. Nos
Navigateurs , qui ont bien étudie le demi - continent
feptentrional , prétendent qu'un goût inné
pour la liberté eft inféparable du fol , du ciel , des
forêts & des lacs qui empêchent cette terre vaſte
& encore neuve d'y reflembler aux autres parties
de l'Univers. Ils font perfuadés que tout Européen
tranfplanté dans ces climats , en contractera
le caractère particulier.
Ily a eu à Frittenden , bourg dans le Comté de
Kent , un bal qui a été ouvert par un vieillard de
quatre-vingt-cinq ans & par la femme âgée de
foixante dix-fept. Il a été foutenu par cinquante
de leurs enfans , petits- enfans & arrière- petits - enfans
qui ont paffé toute la foirée à danſer au fon du
violon dont jouoit leur vieux père. Ce dernièr
exerçe ce métier depuis foixante dix ans.
,
De Versailles , le 27 Mars 1774.
•
Le 22 du mois dernier , Mgr le Comte d'Artois
eut un accès de fièvre aflez violent qui continua
le landemain avec des redoublemens.
Deux faignées faites à propos ont arrêté les progrès
de la fièvre , & la fanté de ce Prince eft par-
'faitement rétablie .
De Paris , le 25 Mars 1774.
L'Académie Françoiſe a élu , avec l'agrément
du Roi , l'Abbé Delille , pout remplir la place vacante
par la mort du fieur de la Condamine.
L'Académie Royale des Sciences ayant préfenté
au Roi , dans la forme ordinaire , fon élection
pour les deux places d'Adjoints , vacantes dans la
Clafle d'anatomie par la promotion des fieurs Petit
& Portal à celles d'Aflociés , Sa Majeſté a agréé
210 MERCURE DE FRANCE.
pour remplir ces deux places , le feur Sabatier
Chirurgien - Major de l'Hôtel Royal des Invali
des , & le fieur Vicq d'Azyr , Médecin de la Facul
té de Paris , & Médecin de Monfeigneur le Comte
d'Artois.
Le 22 du même mois , le Duc de la Vrillière ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat , fe rendit au collége
Royal pour y pofer la première pierre des nouveaux
Bâtimens qu'on yconftruit . Il fut reçu , à
la defcente de fon carrofle , par les Lecteurs & Profelleurs
Royaux , ayant à leur tête le Doyen &
I'Infpecteur de ce collége.
• Le 26 du même mois des Maçons , travaillant
à la démolition d'une maiſon Canoniale
du Chapitre de Rennes en Bretagne , trouvèrent
fous l'efcalier , à fix ou fept pieds de profondeur,
auprès de quelques offemens , 1º. une patere decorée
d'un entourage de feize médailles Impériales.
Cette patere unique dans fon eſpèce , par fa
grandeur , fon travail & fa matière , a neuf pou
ces cinq lignes de diamètre , & elle eft ornée dans
le fond d'un bas relief repréfentant des Bacchanales
; 2 ° . quatre- vingt - quatorze médailles , également
d'or , de différens Empereurs , depuis Néron
jufqu'à Aurélien ; 3 °. quatre médailles de méme
métal , enchâflées dans des cercles travaillés
en filigrane , avec une bellière à chacune ; 4 °.
trois chaînes d'or . Ces précieux monumens qui
font de la plus parfaite confervation , pèfent
huit marc cinq onces quatre gros. Le Chapitre de
Rennes les a envoyés au Duc de Penthièvre
Gouverneur de la Province , en le priant de les
préfenter au Roi . Le Duc de Penthièvre a cu
l'honneur de les préfenter à Sa Majesté.
Le 11 du mois dernier , on découvrit à Targe ,
près de Chatellerault en Poitou,, à fix pieds de
profondeur enterre , un tombeau , d'une forme
AVRIL 1774.
211
antique , revêtu de grofles pierres de tailles &
chargé d'une infcription qu'on n'a pu lire. Itrenfermoit
une fquélete , une lampe fépulcrale de
terre & quelques lames de fer rouillé.
NOMINATIONS.
Le Roi a accordé au Duc de Mortemart , capitaine
- commandant dans le régiment de Navarre ,
le régiment d'infanterie de Lorraine , vacant par
la démiffion du Comte de Boifgelin ; au Comte
de Chaftellax , colonel d'infanterie , le régiment
d'infanterie de Beaujolois , vacant par la mort du
Prince de Berghes ; au Comte de Melmes , capitaine
dans le régiment de cavalerie de Berry , le
régiment provincial d'Alby , vacant par la démiffion
du Chevalier de Mefmes , & au Prince de
Poix , capitaine dans le régiment de cavalerie de
Noailles , la charge de meftre-de- camp.comman
dant de ce régiment , vacante par la démiffion du
marquis de Noailles .
L'Empereur ayant élevé à la dignité de Prince
du Saint Empire le Comte de St Mauris - Montbarey
, maréchal des camps & armées du Roi ,
intpecteur général d'infanterie , & capitaine des
Gardes-Suilles de Monfeigneur le Comte de Provence
, Sa Majesté lui a permis de prendre cette
qualité.
$
·
PRESENTATIONS.
La Marquife d'Efpinay- Saint - Luc a eu l'hon
neur d'être préfentée au Roi & à la Famille Royale
par la Comtefle de Lillébonne .
Le fieur Radix de Sainte - Foy ayant été nommé
Miniftre plénipotentiaire de France auprès du Duc
des Deux Ponts , a eu l'honneur d'être préfenté
au Roi par le Duc d'Aiguillon , miniftre & fecré212
MERCURE DE FRANCE.
taire d'état , ayant le département des Affaires
étrangères & de la guerre...
Les Avril , le Commandeur de Weltheim, che
valier de l'Ordre Teutonique , Miniſtre plénipotentiaire
du Landgrave de Heffe- Caffel , eut une
audience particulière du Roi , à qui il temit fes
lettres de créance. Il fut conduit à cette audience
& à celle de la Famille Royale par le fieur la Live
de la Briche , introducteur des Ambaffadeurs,
MARIAGES.
Le Roi & la Famille Royale ont figné le contrat
de mariage du Marquis de la Fayette avec
Demoiſelle de Noailles.
Le Roi & la Famille Royale ont figné le con
trat de mariage du Marquis de Sainte- Marie avec
Demoiselle de Peftalozy , & celui du Sr de Souzy
avec Demoiſelle de Mackau .
MORT S.
Jean-Jacques Comte d'Eſparbés de Luſſan , eft
mort à Auch , dans la quatre- vingt- dixième an→
née de fon âge.
Jeanne de Quincarnou , Dame de la Chapelle
& Baronne des Ventes , eft morte en fon château
de la Chapelle , diocèfe & élection d'Evreux , à
l'âge de cent- fix ans ; elle n'avoit jamais été malade
, & elle a confervé jufqu'au dernier moment
fa mémoire & l'ufage de les fens.
·
Charles Philippe de Pierre , Marquis de Berais
, Baron des Etats du Languedoc , frère du Car
dinal de ce nom , eft mort , le 17 Mars , dans fes
terres , âgé de ſoixante ans.
" AVRIL. 1774 2rf
**François -Léon Comte de Dreux - Nancré , eft
mort dans la loixante- neuvième année de fon
âge.
Géneviève-Jeanne- Emilie Fourche de Quebilhac
, époufe de Louis- Zacharie , Marquis de Vaffan
, meftre de camp de cavalerie , capitaine en
furvivance des Levrettes de la Chambre du Roi ,
eft morte à Paris , dans la trente-unième année de
fon âge.
Le jeune Infant Don Charles - Clément , fils
unique du Prince des Afturies , eft mort à Madrid
le 7 Mars au matin, à fix heures un quart. Il étois
aé à l'Efcurial le 19 Septembre 1771.
·
Pierre Charles de Molette , Marquis de Mo
rangiés , lieutenant général des armées du Roi
baron des Etats de la province du Languedoc , eft
mort à Paris , dans la foixante-huitième année de
Lon âge.
t Caroline , Princeffe Douairière du Duc Palatin
Chrétien III de Deux - Ponts , née Comtefle de
Naflau Saarbruck , l'une des filles du Comte Louis
Crato de Saarbruck , eft morte à Darmstadt , le 25
Mars , dans la foixante-dixième année de fonâge.
LOTERIES.
Le cent cinquante - neuvième tirage de la Lo
terie de l'hôtel - de-ville s'eft fait , le 26 Mars ,
en la manière accoutumée . Le lot de cinquante
mille liv. eft échu au Nº . 26224. Celui de vinge
mille livres au N ° . 21944 , & les deux de dix
mille , aux numéros 24976 & 29914.
Le tirage de la loterie de l'Ecole royale militaire
s'eft fait le 6 Avril. Les numéros fortis de la roue
214 MERCURE
DE FRANCE :
de fortune , font 40 , 24 , 78 , 6 , 53. Le prochain
tirage le fera les Mai.
PIECES
TABLE
.
IECES FUGITIVES en vers & em proſe , page ƒ
Le Génie ,
Le Muet , conte dramatique ,
Epitre à M. le Chevalier Bonnard.
Sur la Fontaine de Vauclufe , à Madame
de ** , &c.
La bonne Mère ,
Madame la Marquile de Grieu ,
Vers fur la mort de Madame la Marquiſe de
Grieu ,
Echantillon des Poëfies compofées par Mde
de Grieu ,
Effai d'un jeune homme de province , fur la
bonté généreuse que Madame la Dauphine
Fa fait paroître au village d'Acherss ,
Epître à M. le Chevalier Defezgaulx ,
Le Louis d'or & le Liard ,
Avis ,
Hiftoire de la Vie de M. *** , poëme en
quatre chants , par lui-même ,
Epitaphe de M. de la Condamine ,
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Les Princes d'Arménie ,
ibid.
Is
36
46
47
So
jt
ཐཝཏིཅེ ཋཙྪཱ ཝནིནྡྷཝཙ
Obfervations fur le Cartéfianifme moderne, 74
AVRIL 1774 : 215
Euvres de Charles Dumoulin ,
La Nouvelle Clémentine ,
Annales de Tacite , en latin & en françois ,
Elémens de l'Hiftoire Romaine ,
Raton aux Enfers ,
Mémoire fur la meilleure manière de conftruire
un hôpital de Malades ,
L'Irréligion dévoilée & démontrée contraire
à la laine Philofophie ,
Recherches critiques , hiftoriques , & c.
75
80
87
94
C 98
108
116
119
Tableau de l'Analyfe chimique , 123
Mémoire concernant l'Ecole royale gratuite
de Deflin ,
128
Méthode recréative pour apprendre à lire
aux enfans , 133
Nouvelle édition de la défenſe de la Décla-
Ellai fur la taille des arbres fruitiers ,
Principes de l'art du Tapiffier
ration du Clergé de France , & c.
L'Evangile médité ,
Voyages entrepris par ordre de Sa Majeſté
Britannique Georges III , &c.
Tractatus de incarnatione Verbi divini , &c. 144
135
136
138
139.
143
Vie Chrétienne , 145
L'Homme confondu par lui-même , 147
Hiftoite de la Ville de Bordeaux , 148
ACADEMIES , de Limoges , 150
-Copenhague ,
154
Tableau de l'Ecole militaire de Colmar , 157
SPECTACLES , Concert fpirituel , 164
ARTS ,
167
Mufique ,
169
Obfervations phyfiques fur les Anemones de
mer, 170
Cours de Langue Angloife, 174
216 MERCURE DE FRANCE.
-De Chirurgie ,
175
Lettre à M. L. ,.
176
Points de vue d'humanité pour les ames fenfie
bles ,
178
Mort d'un homme bienfaifant , 189
Bienfaifarce , 191
Anecdotes ,
197
Ordonnances , Arrêts , &c. 199
Avis ,
201
203
Nouvelles politiques
Nominations ,
Préſentations ,
Mariages ,
Morts
Loteries ,
211
ibid
212
ibid.
213
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Mgr le Chancelier , le
fecond vol. du Mercure du mois d'Avril 1774 ,
& je n'y ai rien trouvé qui m'ait paru devoir en
empêcher l'impreſſion .
A Paris , le 30 Mars 1774
LOUVEL
De l'Imp. de M. LAMBERT, rue de la Harpe
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
AVRIL , 2774.
PREMIER VOLUME.
Mobilitate viget . VIRGILE DU
STOR
LIBRARY
NE
CHATRAL
PALAIS
Beugne
ROES!
A PARIS,
anod
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, les annonces , avis , obfervations , anecdoévénemens
finguliers , remarques fur les
fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
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Le Phafma ou l'Apparition , hiftoire grecque
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Ι
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12 1,
3 1.
1 l . 10 f.
1416 f.
MERCURE
DE FRANCE.
AVRIL , 1774.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ODE , tirée du Pfeaume 50 .
Ne m'abandonne pas au fort de mes misères ;
Et, détournant de moi tes jugemens févères ,
Pardonne , Dieu puiflant , à mon iniquité ;
O Dieu que j'outrageai ne venge point ta caufe !
Ne vois point fi ca gloire à mon pardon s'oppofe s
Ne vois que ta bonté.
Ne vois que les remords dont je fuis la victime ;
Mes yeux ne font ouverts que pour pleurer mon
crime.
A iij
MERCURE DE FRANCE .
Sa voix , dans tous les temps , crie au fond de
mon coeur.
Elle fait en tous lieux mon éternel fupplice ;
Et , foit que le jour naiffe ou que le jour finifle,
Me fert d'accufateur.
De quelle indignité ma misère eft fuivie !
Je fus mort à tes yeux en recevant la vie ,
Puifque dans le péché m'a mère m'a conçu ;
Mais , à force d'outrage , à force d'infamie ,
J'ai bien juftifié toute l'ignominie
Du jour que j'ai reçu.
Et néanmoins far moi ta bonté veut s'étendres
Non , ce n'eft point en vain que j'ofe le prétendre.
Par toi - même , & mon Dieu , cet eſpoir m'eft
donné ;
Mais ma douleur par - là ne peut être affoiblie ,
Je t'ai trop irrité pour que mon coeur l'oublie
Si tu m'as pardonné.
Tu m'avois rendu doux, ce que tu me commandes.
Tu m'avois inſpiré l'amour que cu demandes.
J'abulai de tes dons ; mais quoi qu'un pécheur fit,
Il peut encore au Ciel élever des mains pures ;
Il peut être lavé de toutes les fouillures
Parle : un feul mot ſuffit.
AVRIL. 1774.
Parle, & choifis mon bras pour venger ta querelle:
Envers tes ennemis tranfporté d'un faint zèle ,
Mes crimes contre moi s'éleveroient en vain.
Rends de tes traits puiffans mes mains dépofitaires
,
Et fais luire à mes yeux les rayons falutaires
De ton efprit divin.
Alors tu me verras , fort par ton affiftance ,
Confondre le pécheur qui vante ta clémence ,
Er qui de fon injure attend l'impunité .
Tu me verras brifer tous les vains édifices
Que , pour mettre à couvert toutes fortes de vices,
Bâtit l'impiété .
Mon Dieu tu vois mes pleurs : pardonne mes offenles
;
Si je puis , par des chants , fufpendre tes vengean--
ces ,
Je te célébrerai par des chants immortels ;
Si le fang des agneaux peut effacer mes crimes
J'irai facrifier de nombreuſes victimes
Au pied de tes autels.
Mais je n'ignore pas , tu nous l'as dit toi - même ,
Que pour nous pardonner tu veux un coeur qui
t'aime ,
Un coeur de fes péchés contrit , humilié.
Que t'importe un encens qu'offre une main impure,
A iv
8
MERCURE DE FRANCE .
Ou que, par une bouche ouverte à l'impoſture ,
Ton nom foit publié ?
Grand Dieu, change nos coeurs , renouvelle notre
ame ;
Que l'amour du prochain , que le tien nous ene
flamme ,
" Et lorfque nous aurons fatisfait à ta loi ,
Allons à tes autels implorer ta juftice ,
It le plus foible chant , le moindre facrifice
Sera digne de toi.
Par Mlle de F*** , d'Aix.
Imitation de la première. Ode d'Horace.
Mecanas atavis , &c.
MECÈNE , iffu des Rois de l'Étrurie- antique ,,
doux appui d'Horace , & la grandeur unique !
Admirez avec moi que d'intérêts divers ,
Que de goûts oppofés règnent dans l'Univers.
L'un fur un char aîlé franchiffant la barrière ,
Agite autour de lui l'Olympique pouffière ;
Et , fi la borne atteinte épargne fon effieu ,
Ce n'eft plus un mortel ; la gloire en fait un Dieu..
L'autre, épris des grandeurs qui flattent fon attente,
1. A
AVRIL. 1774. 9
Brigue du Peuple Roi la faveur inconftante :
Tandis qu'Agricola , cultivateur heureux ,
Jaloux du champ fertile où le bornent les voeux ;
Ne confentiroit pas pour les tréfors d'Attale
D'affronter de la Mer l'inclémence fatale.
Mais voici qu'échappé de la fureur des flots ;
Ce Marchand , qui , du port , bénifloit le repos ,
Raflemble les débris de fes derniers naufrages ;
Sur un frele vaifleau court tenter les
orages ,
Et foutenir l'afpect de Neptune irrité....
Tantcft dur le mépris qui luit la pauvreté !
Plus tranquille , du moins , le buveur pacifique
Fait long- temps fuccéder le Falerne au Maſſique,
Sommeille fous un myrte au doux bruit d'un rui
feau ,
Puis retourne au Falerne & s'endort de nouveau
Pour les coeurs généreux le péril a des charmes.
La trompette a fonné ; le guerrier prend les armes,
Suit les drapeaux fanglans fur la brèche arborés ,
Et chérit les combats , des mères abhorrés.
Le chaffeur , infenfible aux alarmes d'Ifmène ,
Soit qu'un cerffugitif ait paru dans la plaine ,
Soit qu'un fier fanglier ait rompu les filets ,
Vir parmi les frimats dans l'horreur des forêts
Pour moije crois d'Hébé partager l'ambroifie
Si quelquefois Euterge ou fa four Polymnic,
AV
ΤΟ MERCURE DE FRANCE.
Au fond d'un bois facré qu'habite la fraîcheur ,
Viennent monter ma lyre ou me prêter la leur.
Mais qu'un prix plus flatteur accroîtroit mon au-
•
dace !
Daignez de lierre un jour ceindre le front d'He
race :
Alors , Mécène , au gré d'un effor glorieux ,
Ma tête radicule ira toucher les cieux.
Par M. Poinfinet de Sivry.
VERS à M. le Maréchal Duc de Briffac ,
à l'occafion de fa convalefcence.
LA Parque a fufpendu fes ciſeaux inhumains :
J'ai tremblé pour ta vie , & ma crainte eft paflée ;
C'est une tempête appaiſée
Qui t'annonce des jours fereins.
J'ai vu la Cear , j'ai vu la Ville.
S'intérefler en ta faveur ;
Eh ! quel mortel feroit tranquile
Quand Briffac eft dans la douleur ?
Qui le connoît dit hautement : je l'aime ;
Ceft l'ami de l'humanité ;
AVRIL. 1774.
II
Il eft plus grand par ſa bonté
Que par fon origine même.
Ces lauriers fur fon front où règne la candeur
Sont le prix de fa noble audace :
En eft- il un pour fon bon coeur ?
Je laiffe aux maîrres da Parnafle
A célébrer tous fes hauts faits ,
Avanter pour fon Roi fon amour & fon zèle :
Sur cet article il eft plus d'un modèle ,
Mais pour fon coeur... qui le rendra jamais ?
Si la Parque à nos voeux contraire
Nous l'avoit ravi par malheur ,
En lui de deux héros elle eût privé la terre,
Le héros de Bellone & celui de l'Honneur.
F
Par M. de Laviéville..
VERS pour le portrait de Madame
la Dauphine.
C'EST-ELLE , je la vois , cette augufte Dauphine,
Telle qu'à (on Hymen elle alloit àl'autel !
Ton fujet , jeune artifte , a fixé le paſtel :
Satin couleur de lis , beaux yeux , taille divine
T
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Un regard t'infpira cet enfemble charmant ,
Et la fille d'une Héroïne
Eft tranfmife à nos yeux d'après le fentiment.
Par Mde Guibert.
ROSAMIRE , Anecdote morale.
ROSAMIRE étoit fortie du couvent. La
Marquife de Sonnerfon fa mère , jeune
veuve , jouiffant d'une grande fortune ,
l'avoit menée en triomphe dans fa famille
& dans les cercles brillans de la
fociété.. Les hommes avoient beaucoup
loué la légèreté de fa taille , la blancheur
de fon teint , l'enfemble charmant de fes
traits , la vivacité de fés beaux yeux , &
fur- tout fa touchante ingénuité. Les femmes
avoient critiqué fon maintien & fon
air embarraffé. Ma petite , difoit la dé .
daigneufe Cydalife , vous a - ton appris
33.
»à parler ?»
"
a
« Votre fille , difoit la prude Aramine
the , eft bien neuve ; mais je veux l'inf
truire je me charge de fon éduca
tion.
La coquette Lucinde la prenant par la
AVRIL. 1774. TS
main , s'écrioit : « Eh! mais, c'est un en-
" " » fant charmant ! Ah ! ma bonne amie
» confiez - moi votre chère fille ; je la
» menerai aux fpectacles dans ma petite
lege. Vous favez que je fuis merveil
"
"
leuse pour la Jeuneffe... Et prenant
délicatement le menton du cher enfant ,
& lui donnant un léger baifer au front =
N'eft-il pas vrai , ma toute belle , que
» vous m'aimez déjà ?. Elle eſt au moins
» du dernier bien il ne lui faut qu'un peu
» d'ufage , vous dis - je ; je prétends en
» faire un fujet... Elle eft vraiment beau-
» coup mieux que toutes nos Beautés fi
» fières ! .."7
La Marquife , liée par fon rang à la
haute Nobleffe , craignoit que la bonne
compagnie n'altérât les moeurs & le caractère
de Rofamire. Un jour , elle la
retint dans fon appartement , écarta fes
femmes , inutiles témoins de fes confidences
, elle embraffa la jeune Rofamire;
& , les yeux baignés de pleurs que lui faifoit
verfer la tendreffe , elle lui dit : « Ma
» fille , ma chère fille , votre naiffance , votre
93.
fortune , votre beauté vous deftinent a
» tenir un état diftingué dans le monde15
» vous excitez déjà les veux & l'ambition
des jeunes gens qui afpirent à un
14 MERCURE DE FRANCE.
"
"
13
» établiſſement brillant . Mais avez -vous
» jamais fongé , ma Rofainire , aux de-
» voirs que vous avez à remplir dans la fo-
» ciété ? N'en croyez pas un monde frivole
qui vous parlera d'encens & d'adoration ,
qui volera au- devant de vos defirs , &
qui vous éloignera de toutes les affai-
» res , de tous les foins de la vie , pour ne
vous préfenter que des plaifirs . C'eft"
par ces dehors féducteurs que les hom-
» mes préparent à la beauté des chaînes
» honteufes ; ils la traitent en Reine , &
» veulent en faire une efclave. Il femble
» à ces hommes vains , que les femmes
» font faites pour les charmer , & que
» tous nos devoirs font remplis lorfque
» nous avons fu leur plaire. Ah ! ma
Rofamire , concevez une idée plus no-
» ble de notre destinée . La Nature n'a
mis tant de fenfibilité dans votre ame,
» tant de douceur dans votre caractère ;
» elle n'a répandu ces grâces touchantes
dans notre fexe ; elle ne nous a douées de
la foibleffe , oui de cette foibleffe qui défarme
la force , que pour gouverner les
" hommes, pour adoucir l'âpreté de leurs
moeurs , pour les ramener infenfible-
» ment à leurs devoirs , pour les rappeler
de leurs écarts , pour gouverner enfin ,
"
*
AVRIL. 1774- IS
pour régner par eux & faire le bonhear
» du monde. Songez , ô ma Rofamire ,
» que vous êtes citoyenne & fujette ;
» vous êtes ma chère fille ; vous ferez:
épouſe & mère : Que de devoirs atta-
" chés à ces nobles titres ! » Ainfi la mère
de Rofamite l'inftruifoit ; & , trouvant
en elle d'heureufes difpofitions , elle imprimoit
dans fon coeur tendre les grandsprincipes
de l'ordre & de la morale.
"
La fortune & la beauté , ou plutôt
l'ambition & le plaifir excitèrent bientôt
un tourbillon d'amans autour de cette
jeune Grâce . Chaque afpirant avoit fes
protections & fes recommandations ..
Araminthe s'intéreffoit pour fon neveu
le Comte de la Souche . Elle vantoit
fes vertus ; elle l'avoit formé , &
en avoit fait un élève digne d'elle . C'étoit
un jeune homme fec & hautain , parlant
par fentences , s'eftimant beaucoup ,
s'écoutant avec complaifance , un fage.
précoce , un pédant de vingt ans . Rofainire
ne fut pas flattée des hommages de
cet amant précepteur. Elle le fut encore
moins de la fuffifance , des longs difcours
, & de l'importante fatuité du Chevalier
de Vieux Châtel , dont Cydalife
préconifoit l'efprit , l'air de dignité & la
16. MERCURE DE FRANCE.
4
nobleffe. Mais elle s'amufoit , dans
la petite loge de Lucinde , des propos
légers du jeune Celonel , fon parent .
Il favoit , dans le plus grand détail , tout
ce qui s'étoit paffé dans les vingt quatre
heures à la Cour & à la ville . Il étoit
l'homme de toutes les petites affaires.
On le voyoit le matin , dans un char rapide
, aller en négligé faire fa ronde dans
tous les quartiers de la capitale. Il volti- .
geoit aux toilettes des jeunes femmes de
qualité & des nymphes du bon ton , pour
recueillir les aventures de la nuit & du
jour , les bons mots , les perfifflages malins
, les petites méchancetés , les ridicules
comiques , les intrigues arrangées &
dénouées , enfin la gazette myftérieufe
qu'il fe chargeoit de publier. Il voloit
de là faire un tout à la chaffe , & revenoit
le montrer dans les fpectacles , &
s'arrêter dans la petite loge de Lucinde.
Rofamire l'écoutoit , fourioit. Il gliffoit
un mot flatteur : elle rougiffoit. Le Zéphir
léger fe croyoit aimé de la jeune
Flore. Il ne doutoit point que fon
mariage ne fût déjà une affaire décidée .
On lui en faifoit des complimens qu'il
me défavouroit pas . Cependant la mère:
de Rofamire confultoit la goût de fa fille,
AVRIL. 1774. 17
&, ne le trouvant pas encore fixé , elle
craignoit que , trop prévenue par fes remontrances
mêmes , Rofamire ne fe
rendit trop difficile fur le choix d'un
époux , & qu'elle ne laiflât paffer dans
une froide incertitude le printems de fon
âge . Elle lui demandoit fi , parmi la jeune
Nobleffe qui s'empreffoit de lui rendre
hommage , fon coeur ne l'avoit pas encore
avertie. Rofamire n'ofoit répondre ;
mais , en baiffant les yeux , fon filence
difoit affez qu'elle avoit fait un choix .
Cette digne mère réfifta pour ce moment
à fa tendre inquiétude , & ne voulut
pas encore paroître avoir entendu fa
fille. Enfin Rofamire fe jetant dans
fes bras , lui baifant les mains , & laiffant
tomber quelques larmes , non de
trifteffe , lui dit d'une voix timide :
>>
Mon adorable mère avez vous remarqué
comme moi , chez la Comteſſe du
» Nord , ce jeune homme fi honnête , fi
» modefte , fi intéreffant dans fa perſonne
» & dans fa converfation ? -Eh bien , ma
» fille ? Eh bien , c'eft lui ... -Quoi !
» le connoiffez vous ? -Non . Vous
» a -t-il parlé ? -Non. -Vous a t-il écrit?
Savez- vous feulement fon nom ? Connoiffez
- vous fon état , fa fortune , fes
18 MERCURE DE FRANCE.
» qualités ? -Hélas ! tout ce que je fais ,
c'est qu'on l'a nommé le Baron de Wal-
» vight , & qu'il a fait entendre, qu'obligé
» de quitter fa patrie , il voyageoit , in-
» certain s'il devoit fe fixer en France ou
» ailleurs ; mais c'est lui que je préférerois
, s'il me faut recevoir le nom d'é-
» poufe. Je crois entendre une voix in-
» térieure qui me répère continuellement
» que mon bonheur dépend de cet aimas
» ble étranger. 19
Cette tendre mère effaya en vain de détruire
l'enchantement de la paffion dont
fa fille avoit été frappée . Elle alla , fous
divers prétextes , chez la Comtefle du
Nord pour s'informer fans affectation du
jeune étranger. Enfin elle apprit avec
joie qu'il étoit d'une des plus nobles familles
Ecoffoifes ; qu'il avoit beaucoup
de fortune ; qu'ayant perdu l'auteur de
fes jours , & traverfé par des inimitiés
puiffantes contre lui & fa famille , il cherchoit
le repos hors de fon pays ; on lui
dit beaucoup de bien de fon caractère ,
de fon efprit & de fes moeurs ; mais on
ignoroit depuis quelque temps s'il étoit
parti, & ce qu'il étoit devenu . « Oublie
» ma tendre Rofamire , lui difoit fa mè-
» re, repouffe un amour fans efpérance .
AVRIL. 1774. 1-9
"9
"
» Eft-ce à toi , eft- ce à ton fexe , avec tant
d'avantages , de faire le premier aveu ?
» N'as-tu donc pas à faire un choix ho
» norable dans la Jeuneffe la plus brillan-
» te qui eft à tes pieds ? -Eh ! c'eft dans le
» fein de ma mère , de ma refpectable
» amie que je dépofe mon fecret , lui
répondoit Rofamire ; je fens que j'ai à
repouffer un amour infenfé ; mon de-
» voir même eft de le laiffer ignorer.
Cependant ma tête eft prife , & mon
» coeur eſt échauffé par une paffion domi-
» nante , impétueufe , déraisonnable , fi
» vous le voulez , mais tyrannique , que
»je combats inutilement par la raifon ,
que le fpectacle des fêtes & du monde
» ranime , & que les hommages des jeu
» nes gens irritent; je ne me fens pas libre
» de donner mon coeur ni ma main. Je
>> confeffe ma foibleffe à ma mère : qu'el-
»
»
"
le me plaigne & me pardonne ; elle
» feule en fera à jamais le témoin & la
>> confidente ; mais elle m'a fait envifa-
» get tant de devoirs à remplir dans l'état
» du mariage , qu'il faut que mon joug
» foit doux & facile. J'espère que le
» temps & la folitude pourront affoiblir
& peut - être détruire ce fol amour. «
Rolamire , embraffant les genoux de la
10 MERCURE
DE FRANCE .
Marquife , l'attendriffoit , l'intéreffoit ;
mais la déſeſpéroit par la bizarrerie & les
fuites d'une paffion d'autant plus malheureufe,
que l'objet en étoit en quelque
forte incertain & fugitif. Elle fuivit pours
tant le defir de Rofamire ; elle quitta la
capitale , & alla avec fa fille dans une de
fes terres où quelques affaires , dit elle en
partant , exigeoient fa préfence. Rofami
re éprouva cette douce mélancolie qui
n'eft que l'affoupiffement d'une paffion
violente. La préfence & le grand fpectacle
de la belle Nature exaltoit fon ame
& raviffoit fes fens ; elle foupiroit enmais
du moins elle n'étoit pas con
trainte par une fociété exigeante done it
faut toujours faire les agrémens. Enfin
elle commençoit à perdre l'amour avec
l'efpoir , lorfque ces deux fentimens ſe
ranimèrent avec force à la vue d'un jeune
chafleur qui traverſoit la forêt à côté du
château de la Marquife. C'étoit le Baron
de Walvight , dont il est temps de faire
connoître les fentimens . Il n'avoit pu voir
la belle Rofamire fans être frappé de l'amour
le plus violent. Depuis cet inftant
fatal à fon repos , il s'informa de tout ce
qui pouvoit favorifer fes defirs ; nais il
défefpéra avec raifon qu'un étranger ,
AVRIL. 1774 23
inconnu , hors de fon pays , fans emploi
digne de fa naiffance , fans appui ,
fans recommandation , pût faire agréer
fes voeux par l'héritière d'un nom diftingué
& d'une grande fortune . Cependant
il portoit toujours dans fon coeur le trait
qui l'avoit bleffé ; il ne favoit pas qu'il
faifoit le malheur de Rofamire , lorfque
Rofamire faifoit le fien , & que leur
-bonheur dépendoit d'un aveu qu'ils devoient
craindre l'un & l'autre de faire.
Mais, toujours attaché à l'objet de ſa paſfion
, il préféra la France à tout autre
pays ; il s'y fixa ; il chercha même à la
ville & à la campagne une habitation
près celle de Rofamire. Il acquit un fief
confidérable à côté de celui de la Mar
quife ; il étoit venu pour y rêver à fes
amours , lorfque Rofamire l'apperçut,
Ce jeune étranger voyant que l'occafion
le favorifoit , trouva alors des raiſons
pour le préfenter chez la Marquife , & des
motifs pour faire connoître fa naiffance ,
fes titres & fes biens . Il y avoir une partie
de fa terre pour laquelle il avoit un
compte à rendre au régiffeur du fief de
la Marquife. Ce fut un prétexte qu'il faifit
. Il lui confia tous les papiers de fa famille
; la pria de les faire examiner par рас
"
22 MERCURE DE FRANCE.
.
-
fon homme d'affaires , & de permettre
qu'il s'en rapportât à tout ce qu'il feroit.
Un intérêt plus important que celui de
quelques droits dont il étoit redevable ,
fit accepter avec plaifir fa demande . La
Marquife reconnut bientôt que le Baron
-étoit d'une nailfance très - diftinguée , &
qu'avec fon nom & fa fortune , il obtiendroit
facilement du fervice & de la confidération
en France. La liberté de la campagne
, le voisinage & la liaiſon des affaires
l'autorisèrent à voir tous les jours
l'objet de fa paffion . Le defir de plaire
déploya & anima fes talens agréables ;
ils donnèrent plus de luftre aux qualités
de fon coeur , aux charmes de fon efprit
& aux agrémens de fa perfonne . Il parut
tel que l'Amour defiroit qu'il fût . Rofamire
, dont la fanté s'étoit altérée , reprit
auffi fa gaieté & l'éclat de fes attraits. Le
Baron , encouragé par les attentions de
la mère & par les regards attendris de
la fille , ofa faire l'aveu de fon amour
que la Marquife autorila . Ce fut alors
feulement qu'il apprit les fentimens de
Rofamire & tout fon bonheur . Quels
amans furent jamais plus dignes d'être
époux? Leur mariage fut célébré , non par
des fêtes brillantes , mais par des bienAVRIL.
1774. 23
faits qu'ils répandirent fur leurs vaffaux.
La Marquife eut la fatisfaction de voir
profpérer fes chers enfans, & fut heureufe
de leur bonheur.
Par M. L ***.
LETTRE de M. de la Harpe
A M. Lacombe.
Vous verrez , Monfieur , en lifant la
pièce que j'ai l'honneur de vous envoyer ,
que dans ce fiècle où trop d'auteurs font
preflés d'imprimer leurs plus médiocres
fantaisies , il en eft qui compofent dans
le fecret , d'excellentes chofes que la renommée
dérobe à leur modeftie . Il m'eft
tombé entre les mains une copie de l'Idylle
que je joins ici . Je n'en ai guères
lu de meilleures . La tournure des vers
eft élégante & facile ; il y a des idées ,
des fentimens , des images , & la pièce
entière eſt d'un excellent goût. Elle eft
intitulée , la Fontaine de Vauclufe . Ceux
qui ont vifité cette fontaine célèbre, prétendent
que la defcription n'eft pas trèsexacte
. En ce cas , c'eft le feul reproche
qu'on puiffe faire à ce morceau charmant,
24 MERCURE DE FRANCE.
& qui doit le paraître d'autant plus qu'on
m'allure qu'il eft d'une femme. Vous favez
que les Deshoulières & les Lafayette
ont , de nos jours , plus d'une rivale. Il
en eſt , même dans un rang très - diftingué
, qui ne confient qu'à l'amitié , encore
avec une très - grande réſerve , des
productions en profe & en vers que nos
bons écrivains avoueraient avec plaifir ,
& qui auraient beaucoup de fuccès fi elles
étaient publiées. Rien ne juftifie
mieux le fexe des reproches qu'on lui
fait fur l'article de la difcrétion . Il y a
bien du mérite à garder le fecret de l'amour-
propre , & bien de la grâce à laiffer
échapper celui de la fenfibilité. Quoi
qu'il en foit , toutes les fois qu'on pourra
dérober à la modeftie d'une femme auteur,
des vers auffi bien faits que ceux de
Mde du V ** , il me femble qu'on fera
fort bien de fe permettre cette innocente
trahifon , dont il n'y a perfonne qui ne
voulût être complice.
J'ai l'honneur d'être , &c.
LA
AVRIL. 1774. 25
LA FONTAINE DE VAUCLUSE ,
Idylle ; par Mde Duverdier d'Uzès.
Ce n'eft pas feulement fur des rives fertiles
Que la Nature plaît à notre oeil enchanté:
Dans les climats les plus ftériles ,.
Elle nous force encor d'admirer la beauté.
Tempé nous attendrit , Vauclufe nous étonne .'
Vaucluse , horrible aſyle cu Flore ni Pomone
N'ont jamais prodigué leurs touchantes faveurs
Ou jamais de fes dons la Terre ne couronne
L'efpérance des laboureurs .
Ici , de toutes parts , elle n'offre à la vue
Que les monts efcarpés qui bordent ces déferts ;
Et qui, fe cachant dans la nue ,
Les féparent de l'Univers .
Sous la voûte d'un roc dont la maſſe tranquille
Oppofe àl'aquilon un rempart immobile ,
Dans un majestueux repos
Habite de ces bords la Nayade fauvage ;
Son front n'eft point orné de flexibles rofeaux ,
Et la pureté de fes eaux
Eft le feul ornement qui pare fon sivage.
J'ai vu fes flots tumultueux
S'échapper de fon urne en torrens écumeux ;
J'ai vafes ondes jailliflantes
1. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
Se brifant à grand bruit fur des rochers affreux ,
Précipiter leur cours vers des plaines riantes
Qu'un ciel plus favorable éclaire de ſes feux.
L'Echo gémit au loin ; Philomèle craintive
Fuit , & n'ole fur cette rive
Faire entendre fes doux accens.
L'oifeau feul de Pallas , dans ces cavernes fombres
,
Confond pendant la nuit , avec l'horreur des ombres
,
L'horreur de fes lugubres chants.
Déefle de ces bords , ma timide ignorance
N'ofe lever fur vous des regards indifcrets ;
Je ne veux point fonder les abymes fecrets , *
Où de l'altre du jour vous bravez la puiflance ,
Lorfque fa brûlante influence
Deflèche votre lit ainfi que nos guérets.
Je ne demande point par quel heureux mystère
Chaque printems vous voit plus belle que jamais ,
Tandis qu'au départ de Cérès
* Vous nous offrez à peine une onde falutaire :
Expliquez- moi plutôt les nouveaux fentimens
Qui calment l'horreur de mes fens .
Quoi ! ces triftes déferts , ces arides montagnes ,
* Au milieu du baffin de la fontaine , il y a un
gouffre dont on n'a jamais pu trouver le fond.
* La fontaine eft très - abondante en Aviil , &
prefque à fec en Septembre.
AVRIL. 1774 27
L'afpect affreux de ces campagnes
Devroient-ils infpirer de fi doux mouvemens ?
Ah ! Lans doute l'Amour y fait briller encore
Un rayon de ce feu que reffentit pour Laure
Le plus fidèle des amans.
Pétrarque , auprès de vous , foupira fon martyre.
Pétrarque y chantoit fur la lyre
Sa flamme & les tendres fouhaits ;
Et , tandis que les cris d'une amante trahie
Ou la voix de la perfidie
Fatiguent nos côteaux , rempliffent nos forêts,
Du fein de vos grottes profondes
L'écho ne répondit jamais
Qu'aux accens d'un amour auffi pur que vos ondes.
Trop heureux les amans , l'un de l'autre enchantés
Qui , fur ces rochers écartés ,
Feroient revivre encor cette tendreſſe extrême ,
Et , dans une douce langueur ,
Oubliés des humains qu'ils oublieroient de même,
Suffiroient feuls à leur bonheur !
Mais hélas ! il n'eſt plus de chaînes auffi belles :
Pétrarque , dans fa tombe , enferma les Amours.
Nymphes, qui répétiez les chanfons immortelles ,
Vous voyez tous les ans la faifon des beaux jours
Vous porter des ondes nouvelles .
Lcs fiècles ont fourni leur cours ,
Bij
28 MERCURE DE FRANCE,
Et n'ont point ramené des coeurs auffi fidèles.
Ah ! confervez du moins les facrés monumens
Qu'il a laiflés fur vos rivages ;
Ces chiffres , de fes feux refpectables garans ,.
Ces murs qu'il habitoit ces murs fur qui lẹ
temps
"
N'ofa confommer fes outrages.
Sur-tout que vos déferts , témoins de fes tranf
ports ,
Ne recèlent jamais l'audace ou l'impofture ;
Et , fi quelque infidèle ofe fouiller ces bords
Que votre feul afpect confonde le parjurc
Et fafle naître les remords.
?
EP ITR E.
SUR bien des chofes dans la vic
Je fuis aflez pirrhonien ;
Je ne lais trop fi c'est un bien ,
Mais enfin c'eft- là ma folic.
J'entendois parler chaque jour
D'un perfonnage d'importance
Qu'on cherche & qu'on fuit tour-à-tour
Que l'on déteste & qu'on encenle,
* Cette épître a été imprimée dans un Almanach
des Mufes ( 1771 ) mais moins correcte
ment qu'elle ne l'eft ici,
AVRIL. 1774: 29
Fixé par état à la Cour ,
Traînant avec pompe à fa fuite
L'étiquette & la dignité ,
Sur fon paflage il met en fuite
Les plaifirs & la liberté.
Etendant plus loin fa puiffance ;
De l'augufte palais des Rois ,
Il vient fort bien fans qu'on y penle
Troubler en un cercle bourgeois.
Le gros rire de la Finance.
Sur tous les rangs il a des droits ,
Et fon empire eft fans limites ;
Souvent dans un cours de vifites
On le rencontre en vingt endroits
La jeune Ducheffe à la porte
Le configne inutilement ;
Jufqu'à fon boudoir , fans efcorte ,
Ilpénètre furtivement ;
Et là , faifiilant le moment
Où le plaifir fait une paufe ,
Sur un fopha couleur de rofe
Seplace entre elle & fon amant."
Dans ce falon prefque magique ,
Sous ces berceaux voluptueux
Où loin d'un monde curieux
La plus agréable mufique
Anime un repas fomptueux
Quand àle braver on s'applique ,
B iij
30
MERCURE DE FRANCE.
On le voit entrer à pas lent
Et fur l'aflemblée à l'inftant
Verfer fon pavot léthargique.
Dès le matin courant Paris
Dans une élégante voiture ,
Au fpectacle au milieu des ris ,
Dans un louper fin chez Laïs
Le foir il porte fa figure ;
Quelquefois dans de vieux châteaux ,
Sur de vieux titres de Nobleffe ,
Il bâille aux orgueilleux propos
D'une gothique politefle ;
Il fe plaît auprès des mamans ;
Il attaque à quinze ans les filles ;
Il fe glifle à travers les grilles
Dans tous les dortoirs des couvens ;'
Dans les fauteuils des grand parens
Il endort nombre de familles
Par des récits de l'ancien temps ;
Il paroît & fe multiplie
Sous cent vifages différens
De prédicateurs , de ſavans ,
De robins , d'actrice jolie ;
Par fois même, à ce que l'on dit,
On l'entend à l'Académie
Parler avec beaucoup d'efprit ;
Il laiffe rire le village
Ou jamais il n'eut grand crédit
AVRIL 1774. 31
Et fuit le cabinet du Sage ;
Cet être bizarre eft l'ENNUI .
Quoiqu'en tous les coins de la France ,
On ne m'entretînt que de lui ,
Je doutois de fon existence ;
Je ne fais pourquoi juſqu'ici
Fronçant loin de moi fon fourci
11 refpecta mon indolence ,
Au fein des plaifirs les plus doux ,
Sans doute ce n'eft pas chez vous
Que j'en ai fait la connaiſlance ;
Depuis ce moment des adieux ,
Où , tâchant de cacher mes larmes,
Pour un devoir faftidieux
Il fallut quitter tant de charmes :
Le matin , le foir & la nuit ,
Par-tout fans relâche il me fuit .
Loin de vos aimables demeures
Le froid Ennui file ces heures
Que vous m'y faifiez oublier ;
Le Temps qui, dans fa marche égale,
Décrit leur cercle régulier ,
Pour en alonger l'intervalle
Semble arrêter fon balancier.
Moi qui faifois ma grande affaire
D'une paisible oifiveté , 21..
Qui favois fi bien ne rien faire ,
Aujourd'hui je fuis tourmenté
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
Par ce repos qui fut me plaire ,
Et j'ai besoin d'activité.
Si je me vois feul , je ſoupire ,
Je deviens chagrin & rêveur ;
Pour tromper le temps , je veux lire :
Je maudis le livre & l'auteur ;
Je me trouve , s'il faut écrire ,
Et fans idée & fans chaleur ;
Nos femmes , qu'ici l'on admire
Me paroiflent à faire peur ;
Nos beaux efprits qui les font rire
Ne me donnent que de l'humeur ;
Rien ne peut charmer ma langueur.
Je cherche en ce qui m'environne
Votre raison , votre beauté ,
Ce ton que la Nature donne,
Votre aimable naïveté ,
Le fel heureux qui l'aflaiſonne ;
Mais vous feule avez le
moyen
D'unir tant de grâces enſemble;
Mes fouvenirs font tout mon bien.'
Je ne vois rien qui vous reflemble.
Par M. le Chev. de B.
AVRIL 1774- 33
VERS à Madame Laruette , qui a quitté
le théâtre pour fix mois par ordre de fon
Médecin.
LORSQUE le Roffignol & la tendre Fauvette ,
De leurs accens ne charment plus nos bois ,
Tout nous femble défert ; la Nature muette
Pour enchanter nos fens , n'a plus d'ame & de
voix .
Des plaifirs la troupe légère
De Laruette a fuivi les pas ;
Tout a fui ; les Ris & leur mère
Nous les cherchons en vain ; ils ne la quittent
pas.
Toi qui pus ordonner cet exil falutaire
Des jours les plus chéris zélé confervateur ,
Tu ravis au Public l'objet de la tendrelle :
S'il maudit aujourd'hui ton art & fa rigueur
Hélas ! pardonne à ſa juſte douleur ,
C'eſt un amant privé de ſa maîtreſſe .
Par M. Rangier.
By
34
MERCURE DE FRANCE.
MADRIGAL.
A une Dame qui avoit été piquée par une
f
abeille.
Avu déclin d'un beau jour , une folâtre abeille ,
Séduite par l'éclat de vos vives couleurs ,
A bleffé , dites- vous , votre bouche vermeille !
Life , elle vous prenoit pour la reine des fleurs .
Par M. Joubleau de la Mothe.
LA LAITIÈRE & LE CHAT.
Fable.
La pefte foit de la maudite engeance !
Et toujours des fouris ! .. faites de la dépenfe...
Nourriffez bien la vache , & comptez fur for
lait ! ..
Voyez un peu... Quelle brêche à la crême !
Et cefromage ! .. Ah Dieux ! comme le voilà fait!
Comme il eft grignoté ! .. Ron ! par ici , de même !
Quel dégât !.. Quelle ordure !.. Un Mitis écoutoit
Les plaintes de la ménagère.
Si vous vouliez , dit- il , facilement
D'une telle canaille on pourroit vous défaire.
AVRIL. 1774. 35
Comment ? -Laiflez- moi ſeul , deux heures feulement
,
Vous verrez... Elle fort. Le drôle , en un moment
,
Exploite lait , crême & fromage.
Quel procureur , quel intendant
N'en fît pas fouvent davantage.
Fermons , par fois , les yeux fur un léger dommage,
Pour en prévenir un plus grand..
Par M. C. C. d'o **.
DIALOGUE
Entre TI- BERE & ANTONIN.
TIBER E.
Nous poffédâmes tous deux le même
Empire ; nous y fûmes tous deux appelés
fans l'avoir prévu : mais nous le gouvernâmes
d'une manière affez différente .
ANTONI N.
Je ne connus jamais qu'une feule ma
nière de bien
* Vieux ftyle.
gouverner.
B vj
36 MERCURE
DE
FRANCE
:
TIBERE.
Quelle eft elle ?
ANTONI N.
Faire le bien de ceux que l'on gouverne .
TIBER E.
Puifque régner eft un art , tout art a
fes principes . Le grand point , c'eſt d'en
faire à propos l'application. Il faut , dans
l'art de régner , diftinguer les temps &
interroger les circonftances . Nous ne les
trouvâmes pas les mêmes l'un & l'autre.
Votre conduite m'eût perdu ; la mienne
au moins me fauva .
ANTONI N.
Ne peut on fe fauver du naufrage qu'en
noyant ceux qui navigent avec nous ?
TIBÈRE .
Rappelez-vous ce qu'étoit Rome quand
elle me reconnut pour fon chef. Le feu
des factions y fumoit encore . L'édifice
de la liberté n'exiftoir plus ; mais on en
diftinguoit encore les ruines . Quelques
mains hardies pouvoient tenter de le rétablir
; & il falloit ou que je les prévinſſe ,
ou me réfoudre à devenir leur victime .
AVRIL. 1774 37
ANTONI N.
Vous porrâtes un peu loin cette précaution.
Votre prédéceffeur en ufa longtemps
de même , & ne fit que redoubler
fes inquiétudes . Les têtes qu'il fit abattre
ne raffuroient poinr la Genne . Il pardonna
enfin pour la première fois , & pour la
première fois on ceffa de le menacer. On
lui fçut gré de n'être plus un barbare.
Les coeurs des Romains fe donnèrent à
lui auffi-tôt qu'il ambitionna de les obtenir.
TIBÈRE.
Mon caractère ne me permit pas de
croire cette conquête fi facile . Je joignis
la fermeté à la diffimulation . La fin du
règne d'Augufte ne m'avoit point fait ou
blier celle du premier Céfar ; & je crus
devoir confier ma vie moins à mon indulgence
qu'à ma févérité.
ANTONI N.
Le fecond de ces moyens eft encore
moins fûr que le premier . Un Prince doit
être ferme & non cruel , refpecté plutôt
que redouté. Un Prince que tous les fujets
craignent , doit , à ſon tour , craindre
tous les fujets.
38 MERCURE DE FRANCE.
TIBER E.
L'expérience de tous les temps , prouve
qu'il ne fuffit pas d'aimer les hommes
pour en être chéri . Le grand Céfar avoit
toujours pardonné .
ANTONI N.
Il étoit ufurpateur , & Rome vous
avoit reconnu pour fon chef. La différence
des temps en eût mis dans le caractère
& la conduite des Romains. Suppofons
Céfar le troisième Empereur de Rome :
il en eût fait la gloire & les délices ; il
n'eût trouvé que des refpects dans ce
Capitole où il trouva la mort.
TIBER E.
J'avoue que les Romains étoient déjà
façonnés au joug . La foibleffe & l'adulation
du Sénat auroient pu me raffurer ;
mais cette foibleffe même contribuoit à
nourrir mes foupçons.
ANTONIN.
Il y a un point que je tolère auffi peu
que vos cruautés. C'eft l'accueil que vous
fires aux délateurs , espèce d'hommes qui
avilit le plus l'efpèce humaine , & dont
AVRIL. 1774. 39
.
l'emploi confifte à aiguifer fans ceffe le
fer d'un tyran , à lui indiquer fes victimes.
TIBER I.
Ce fut encore là un des refforts de ma
politique. Tout m'étoit fufpect , & c'étoit
diminuer ma défiance que de la femer
entre tous ceux qui la caufoient.
ANTONIN.
Le premier tort de ceux qui oppriment
les hommes , c'eft ne point affez de les eftimer
; c'eft de ne point affez ambitionner
leur éftime. Il eft fi flatteur de la mé.
riter Quiconque s'expofe volontaire- !
ment à la perdre, ne trouve en foi même
rien qui l'en dédommage . Le remords
eft le premier châtiment de l'homme injufte
, & s'il échappe à d'autres fupplices ,
le fouvenir de fes crimes devient pour lui
un fupplice toujours renaiffant .
TIBER E.
Il eft vrai que je m'accoutumai plus à
commettre des crimes qu'au fouvenir de
les avoir commis. L'ame croit s'endurcir
: elle ne fait que s'irriter. Le fang que
nous verfons nous met bientôt dans la
40 MERCURE DE FRANCE.
néceffité d'en verfer encore : cette horri
ble foif s'allume par l'aliment qui fembloit
devoir l'éteindre : ce qui ne fut d'abord
que volontaire devient indifpenfable
: il faut ou détruire ou être détruit.
Le tyran le plus barbare frémit au premier
meurtre dont il fe fouille ; il frémiroit
bien davantage s'il prévoyoit com
bien ce crime doit en entraîner d'autres.
ANTONIN.
Ces réflexions auroient pu être chez
vous moins tardives. Les lumières ne
vous manquoient pas ; vous eûtes même
de grands talens dans plus d'un genre.
Vous fites plus d'un règlement fage .
Quelques - unes de vos actions feroient
honneur aux meilleurs des Princes : pourquoi
tant d'autres vous rapprochent- elles
des plus mauvais ? Ne fîtes- vous le bien
que pour commettre impunément le mal ,
ou le mal que pour vous venger d'avoir
fait le bien ?
TIBERI .
Remontez à la fource de toutes mes
actions : vous me verrez toujours cruel
par défiance & généreux par goût . J'eſtimois
peu les hommes. Le bien que je
AVRIL. 1774 48
leur fis ne me raffura jamais contre le
mal qu'ils pouvoient me faire. Je regardois
les Romains comme une troupe d'anim
ux féroces , dont il est toujours dangereux
d'être le gardien qui rugiffent
contre la main qui les fatte , & qu'il faut
enchaîner G l'on veut les contenir.
ANTONI N. то
Neu les vîmes fous un aſpect bien différent
et vrai que fous mon règne le
fantôme de la liberté s'étoit entièrement
évanoui ; depuis long temps les Romains
n'avo ent combattu que pour fe donner
des maîtres . Mais rien de ma part ne leur
fi entrevoir la fervitude . J'étois abfolu ,
& ils pouvoient fe croire libres . Je ne
me crus leur chef que pour être leur modèle
. Le foin de maintenir mon autorité
m'occupait moins que le foin de la rendre
utile ; & chaque Romain , au lieu de
chercher à me la ravir , eût combattu pour
me la conferver.
TIBER E.
J'ai bien des fois réfléchi fur cette pré
tendue liberté que Rome vouloit garder
pour elle , & enlever à tout le refte de la
terre. Il falloit bien mettre d'accord ces
42 MERCURE
DE FRANCE
.
brigands qui s'entrégorgeoient pour le
partage des dépouilles du monde . C'eft
ce que Céfar effaya de faire , & ce qu'après
lui effectua Augufte. Je maintins
l'ouvrage de mon prédéceffeur. J'eus ,
comme lui , recours tantôt à la force, tantôt
à la fouple fle . Je maintins la paix dans
Rome & dans tout le reste de l'Empire .
Je ne mis de fafte ni dans mon extérieur ,
ni dans mes amufemens . Je fus le cenfeur
auftèré du luxe des Romains ; & mon
féjour à Caprée , dont on a tant médit
fut moins pour dérober mes plaifirs à
leurs yeux , que pour les fouftraire euxmêmes
à mes regards.
ANTONI N.
Autre effet d'une prévention fâcheufe.
Hair ainfi les hommes , n'eft - ce pas
avoner tacitement qu'on a mérité leur
haine ? L'indulgence eft la plus noble
compagne de l'équité. Je les fis monter
avec moi fur le trône . Je n'attendis pas
même , pour être indulgent , que le fort
m'eût élevé au rang fuprême , qui doit
nous rendre cette vertu fi facile. Je n'étois
encore que Proconful d'Afie quand
le Sophifte Polémon , chez qui je m'étois
choifi un gîte , me fit fortir de fa maiſon
AVRIL 1774. 43
à minuit. Il vint me faire fa cour lorfque
je fus Empereur . Je lui donnai un
logement dans mon palais , en lui difant:
qu'il ne devoit pas craindre qu'à minuit
perfonne vînt l'en faire fortir.
TIBERE.
1
Je n'examinerai point fi ce procédé fut
réellement un trait d'indulgence. ; mais
j'avouerai que je me fuffe vengé diffé
- remment.
ANTON I N.
"
Avouez auffi qu'un Prince cruel entend
bien peu fes intérêts . La terreur eft
un foible reffort entre fes mains . Il ne
peut ni abattre , ni enchaîner toutes celles
qui pourroient s'armer contre lui. C'eſt
l'amour feul qui a ce pouvoir : & qu'il
eft facile à celui qui peut tout, d'infpirer
ce fentiment ! Il n'a befoin , pour y parvenir
, que de fe rappeler qu'un homme
à qui tant d'autres obéiflent , eft comptable
envers eux de leur bonheur en échan
ge de fon pouvoir. Alors fa confervation
tient à celle de l'Etat. Il a autant de gardiens
qu'il a de fujets , Son coeur lui épar
gne jufqu'à la défiance , & le coeur de ceux
qu'il gouverne lui répond de fa fûreté.
44 MERCURE DE FRANCE.
TIBER E.
N'a t on pas vu quelques Princes bienfaifans
fubir eux -mêmes ?...
ANTON I N.
Il y eut des monftres dans tous les fiècles
; mais les monftres font rares . Lorfqu'il
ne s'gira que de veiller fur eux , cè
genre de précaut on deviendra moins pénible
, & , à coup fûr , plus efficace . J'avoue
que le rôle d'un Monarque eft bien.
embarrafant Il eft fouvent obligé de faire
le bien de fes fuiers malgré eux - mêmes.
Le grand point , c'eft d'avoir mérité leur
confiance. L'habile médecin preferit ,
quand le cas l'exige , des remèdes violens
afon malade. On les prend fur fa párole
, on les eût rejetés de la main de
tout autre ; & l'on regarde alors comme
un antidote fecourable ce qu'on n'eût envifagé
que comme un poifon deftructeur.
En un mot , il ne fuffit pas de vouloir
faire le bien des hommes ; il faut leur
perfuader encore que c'eft leur bien qu'on
veut faire.
Par M. de la Dixmerie,
AVRIL. 1774
45
IDYLLE de Gefner , traduite en vers
françois,
MIRTILE ,
DANS le temps que la nuit bruniffoit de fes
voiles
L'azur du firmament , & doroít les étoiles ,
Mirtile étoit allé vers un étang voifin
Dont le contour formoit comme un vafte baffing
La lune étoit levée , & l'onde tranfparente
Réfléchifloit alors fa lumière tremblante.
Le filence profond des campagnes , des bois ,
Le chant du roffignol & le fon du hauthois
Avoient tenu long - temps le bienfaifant Mirtile
Dans un raviflement admirable & tranquille,
Mais il revint enfin dans fon riant berceau
Qu'ornoient des pampres verds , que baignoit un
ruifleau :
Il trouva fon vieux père au bord de l'onde pure
Qui dormoit mollement fur la tendre verdure,
Mirtile s'arrêta , fixant fur lui fes yeux ,
Qu'il détournoit fouvent pour les porter aus
cieux ;
Il benifloit alors , par de pieufes larmes ,
Celui qui de fon coeur faifoit les plus doux chas
mes,
46 MERCURE
DE
FRANCE
,
O toi qu'après les Dieux , j'aime fi tendrement !
Que ce fommeil du juſte eſt paiſible & riant !
Sans doute tu feras forti de ta chaumière
Pour célébrer le foir par la fainte prière ,
Et ,lorfque tu priois , le Père du repos
Aura deflus tes yeux répandu ſes pavots.
Les Dieux t'ont exaucé ; car pourquoi dans la
plaine
Feroient- ils des zéphirs fouffler la douce haleine ?
Pourquoi béniroient - ils nos terres , nos troupeaux
,
Le fruit de nos vergers , nos ruftiques travaux ?
Pourquoi notre cabane , au milieu des bocages ,
Seroit - elle à l'abri des vents & des orages ?
Pourquoi couvriroient- ils nos guérets de moiffons;
De verdure nos prés , & de fleurs nos buiflons ?
Lorfque , content des foins que j'ai pour ta vieillefle
,
Tu bénis mon amour par des chants d'alégrefle,
Un tendre fentiment vient pénétrer mon coeur ,
Je me lens enflammé d'une plus vive ardeur ;
Même encor ce matin , fortant de ta chaumière
Pour ranimer ta force aux feux de la lumière ,
Et regardant bondir , fur ces gazons fleuris ,
Nos innocens agneaux de leurs mères fuivis ;
Mes cheveux , difois - tu , font blanchis dans la
joie ,
Mes jours , ô mon cher fils , me font filés de foie!
AVRIL 47 1774.
Champs fortunés ! côteaux ! vallons délicieux !
Bientôt je vous ferai pour toujours mes adieux .
Prés émaillés de fleurs , riches préfens de Flore !
Vous climats bienfaiſans fous qui je vis l'aurore
Pour la première fois m'ouvrant un ciel vermeil ,
Faire luire à mes yeux le flambeau du ſoleil ,
Bientôt je quitterai vos plaines verdoyantes ,
Pour aller pofléder des rives plus charmantes ?
Mon père , tu vas donc te féparer de moi !
O trifte fouvenir ! j'en friffonne d'effroi !
Alors j'érigerai tout auprès de ta tombe
Un autel destiné pour t'offrir l'hécatombe ,
Et lorfque j'aurai pu fecourir l'indigent ,
Je répandrai du lait deffus ton monument.
Mirtile alors fe tut : A ces mots fa triftefle
S'exhala par des pleurs d'amour & de tendreffe.
Qu'il dort paisiblement ! ... fans doute les vertus
Viennent le retracer à les lens abattus !
Quel éclat fur la tête & fa barbe grisâtre ,
Répand l'aftre des nuits au teint pâle & blanchâtre
!
«Puiflent les vents du foir , les humides vapeurs
» Ne lui faire aucun mal tant qu'il dort fur ces
»Aleurs !
»Puiffent les doux Zéphirs , les enfans de l'Au-
» rore ,
» Exhaler à fes fens tous les parfums de Flore !
33
Par M. Doin , profeffeur au
College de Valence.
48
MERCURE
DE
FRANCE
.
LA NOISETTE , Allégorie.
AIR : Belle Brune que j'adore.
COMME OMME Une Nymphe ſauvage
Toujours j'habite les bois .
L'ombre d'un épais feuilllage
Semble avoir fixé mon choix .
Souvent dans un jour de fête
On voit de jeunes amans
A rechercher ma conquête
Paffer leur plus beaux momens.
Dans ma taille rondelette
Je plais à tous à la fois ;
Mais , quoique fimple & jeunette,
Je fuis dure, même aux Rois.
Pourtant , avec quelque adreffe ,
Ont peut vaincre cette humeur ;
Quand un jouvenceau me preſſe
Il obtient enfin mon coeur.
De la Beauté la plus fière
Ainfi finit la gueur ;
L'Amours'y prend de manière
Qu'elle connnoît un vainqueur.
A votre ardeur fi Lifette
Paroît ne pas s'émouvoir ,
Bergers
AVRIL. 1774 49
Bergers , voyez la noilette
Et livrez -vous à l'espoir.
Par Mile Coffon de la Creffonnière.
LES DEUX ROSES . Fable.
SUR la toilette de Julie ,
Un jour une brillante Rofe
Fut mife , fraîchement éclofe ,
Près d'une Rofe d'Italie ;
Celle- ci ne devoit qu'à l'art
Son coloris, fon éclat & fon fard ;
L'autre , de la fimple Nature
Tenoit ce fard , fans impofture,
Qui , par d'agréables couleurs ,
La fait nommer Reine des Feurs .
Que viens-tu faire ici , dit la Rofe imitée ?
Briller un inftant & mourir ?
D'égaler mon deftin te ferois - tu flattée ?
Non , répondit l'amante de Zéphir :
A tant d'honneur je fuis loin de prétendre.
Garde ton éclat emprunté ;
Et moi , douce , modefte & tendre ,
Je préfère la vérité.
Par M. le Clerc de la Motte , Capitaine
Chev. de St Louis au rég. d'Orléans inf.
I. Vol. C
fo
MERCURE DE FRANCE.
E.PLTRE d'Ariane à Thésée ,
Imitation d'Ovide,
Oui; les monftres les plus féroces font
moins cruels que toi . Amante trop crédule
, devois je me fier au plus perfide de
tous les hommes? C'eft Ariane qui t'écrit
, la triste Ariane que tu as délaiffée
feule & fans fecours fur des rives inconnues
& fauvages . Les doux pavots du
fommeil avoient appefanti mes paupières.
Mon coeur , fe fiant à tes promeffes , étoit
dans une tranquillité profonde. Des fonges
légers & agréables m'offroient l'image
de mon amant. Funefte fécurité , devois-
tu donc metrahir ?
Déjà la rofée avoit humecté la terre.
Les tendres oifeaux commençoient à
chanter leurs amours. Je m'éveille . Mes
yeux font baignés de ces douces larmes
que
l'amour m'a fait verfer. Je veux faifir
la main de mon amant , la ferrer dans
la mienne , la preffer contre mes lèvres .
Je la cherche , je ne la trouve point.
Théfée , où es - tu ?
Il ne
me réponds point. Il n'eſt plus à mes
•
AVRIL. 1774. St
côtés. Un froid mortel glace mes fens .
La terreur peinte fur le vifage , je jette
les yeux autour de moi . Je ne vois que
des arbres & d'arides rochers ; je ne
vois plus mon amant. La foible lueur de
la Lune guide mes pas incertains . Furieule
& délefpérée, je parcours le rivage. Ma
voix tremblante prononce le nom de mon
vainqueur. La nymphe Echo femble partager
mes peines . Elle appelle auffi Théfée ;
& Théfée ne répond point . Les antres des
rochers , le fond des cavernes , tout répète
à l'envi le nom d'un perfide .
Le défeſpoir précipite mes pas. Je
m'élance fur un rocher battu par les flots .
Là , ma vue égarée mefure avec effroi
l'immenfité des mers. Je découvre
dans le lointain un vaiffeau qui fend les
ondes . Les vents inexorables femblent
favorifer fa fuite. Alors ma douleur ne
connoît plus de bornes. Mes cris percent
les airs. Ah ! reviens , m'écrié - je , reviens
, cher Théfée ; Ariane n'eft pas
avec toi. Mes longs gémiffemens ne font
point écoutés. Mes bras étendus vers toi
femblent implorer ta pitié .Mon voile flotte
dans les airs ; mais ce foible fignal n'eft
point apperçu. C'en eft fait , le vaiffeau
difparoît. Je ne vois plus : mes genoux fe
C ij
12 MERCURE
DE FRANCE.
dérobent fous moi. Un torrent de larmes
inonde mesjoues . Ah ! pleure, malheureufe
Ariane, pleure ; tu ne verras plus Théfée.
Semblable à une Bacchante , la tête
échévélée , les yeux troublés , j'erre çà &
là. J'accufe tous les êtres inanimés . Tantôt
affife fur le bord de la mer, je fixe mes
yeux fur cet élément perfide . Je vois em
preintes fur le fable les traces de tes pieds .
Souvent j'entre dans cette grotte champê- .
tre où l'écho foupiroit avec nous. Je colle
mes lèvres froides & tremblantes fur le
lit nuptial. Je lui adreffe mes plaintes.
Grotte ruftique , qu'as- tu fait de mon
amant? Echo ! fenfible écho , dis moi où
eft Théfée ? Pourquoi ne vole- t'il plus
dans mes bras ? Pourquoi ne me preffe t'il
plus contre fon fein ? Je n'entends point
fa voix touchante . Hélas ! ma raifon s'égare.
Je fuis feule , je fuis abandonnée . Cette
ifle n'offre à ma vue qu'une terre inculte
& déferte. Il n'eft plus d'afyle pour moi.
Je ne verrai plus l'ifle de Crète fameufe
par fes cent villes. O ma chère patrie ! je
ne te verrai plus. La vue du fuperbe palais
de Minos eft déformais interdite pour
moi. Princefle infortunée ! j'ai déshonoré
le nom de mes ancêtres. Je me fuis arrachée
des bras d'un père pour fuivre fur
1
AVRIL. 1774. 33
les mers un amant perfide . Ah ! fouviens
t'en , Théfée , lorfque je guidois dans le
labyrinthe tes pas égarés , tu me jurois
alors de m'aimer toujours . Ariane , me difois-
tu , chère Ariane , j'en jure par la
reconnnoiffance que je dois à tes bienfaits ,
tu feras toujours à moi ; oui , tant que
nous vivrons,mon Ariane me fera toujours
chère. Nous vivons , parjure , nous viyons
; & cependant Ariane n'eft plus à
toi ! Pourquoi la même main qui malfacra
le Minotaure * mon frère , n'a- t'elle
pas tranché le fil de mes jours infortunés
? Ma mort t'auroit affranchi du joug
des fermens. Malheureufe ! ifolée dans
cette vafte folitude , je ne vois autour de
moi que des fantômes. La mort , qui fe
préfente à mes yeux fous les traits les
plus horribles , feroit moins funefte pour
moi que la cruelle incertitude dans la
quelle je fuis plongée . Le filence de la
nuit eft interrompu par les rugiffemens
des bêtes féroces. La tendre Ariane , qui
Le Minotaure étoit un monftre moitié homme
moitié taureau , né de Pafiphaé , femme de
Minos , & d'un taureau. Miños l'enferma dans l'e
labyrinthe , où il le nourrifloit de chair humarne.
Théfée le tua , & fortit du labyrinthe par
T'adrefle d'Arianc.
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
a quitté pour toi fa patrie & fes Dieux ,
fera peut être la proie de ces monftres
marins que la mer vomit fur fes bords.
Peut être un fort encore plus affreux
m'eft- il réfervé . Ah ! fi de cruels raviffeurs
me traînoient dans l'esclavage, non,
je ne pourrois furvivre à cette ignominie .
Fille du grand Minos , perite - fille d'Apollon
, hélas ! moi qui fus autrefois l'épouſe
de Théfée , me verrai - je réduite à
traîner au fervice d'une Reine étrangère
les reftes d'une vie languiffante ? Tout
m'effraie . La Nature femble conjurée
contre moi . J'entends gronder la foudre.
Ah ! fans doute les Dieux vont punir une
malheureuſe qui a trahi les loix facrées.
de l'innocence. Si cette ifle eft habitée.
par des hommes , loin de moi ce fexe:
trompeur ; je n'ai que trop appris à le
connoître.
!
Plût aux Dieux que tes vaiffeaux n'euffent
jamais cotoyé les rivages de la Crète ! Je
n'aurois point armé ton bras contre la vie
d'un frère. Innocente & paifible , je vivrois
dans le palais du fage Minos . Je
femerois de fleurs le chemin de l'aride
vieilleffe qu'il va bientôt parcourir. Je
partagerois avec lui les hommages d'un
peuple fidèle & fenfible. O Minos ! ô
AVRIL. 1774.
mon père ! vous ne rougiriez pas de m'avoir
donné la vie. Aimables compagnes
de mon enfance , je parcourrois encore
avec vous les riantes campagnes de la
Crère. Je verrois ma tendre mère fourire
en voyant fa fille . Ah ! pourquoi les cruels
Athéniens ont - ils moiflonné les jours
de mon frère Androgée à la fleur de fon
âge! * Regrets inutiles !
C'en eft fait condamnée à périr dans
ce défert , je ne recevrai point en moufant
les adieux de ma mère . Je ne verrai
point couler fes larmes. Une main ché
zie ne fermera point mes yeux . Mon uine
ne fera point arrofée des pleurs de mon
père. O Phèdre ! ô ma foeur on ne re
verra point , les cheveux épars , déplorer
le fort de la trifte Ariane , & jeter des
fleurs fur fon tombeau . Privée de fépulture
, mon ombre fera long- temps errante
fur les rives du noir Cocyte. Eft- ce là
le prix de tant d'amout ? Eft- ce là la ré-
* Androgée , fils de Minos & de Pafiphaé , fut
tué par les Athéniens & par les Mégariens. Minos
, en vengeance de cette mort , obligea les
Athéniens d'envoyer tous les ans fept jeunes hom
mes en Crète pour être expofés au Minotaure.
Théfée , pour les délivrer , tuá ce monftre.
Civ
$6 MERCURE DE FRANCE.
compenfe que je devois atttendre de mes
bienfaits ?
Cependant l'ingrat Théfée , enorgueilli
de fes conquêtes , verra la fuperbe Athènes
ériger des trophées à fa gloire. Sans
doute ,tu n'oublieras pas de mêler le nom
d'Ariane dans le récit de tes victoires . La
Grèce apprendra par quelle perfidie tu
m'as abandonnée à la rigueur du Sort . Va ,
digne fils de l'illuftre Egée , triomphe
de mes malheurs . Une amante trahie , la
foi conjugale outragée , voilà des exploits.
dignes de toi .
Ah ! repréfente-toi ton amante livrée
au plus affreux défefpoir. J'arrache mes
cheveux ; je déchire mon fein . Sufpendue
à la pointe d'un rocher , j'attefte les
Dieux & les hommes de la folennité de
tes fermens . Ma main tremblante trace à
peine ces triſtes caractères . Je verfe des
larmes en abondance . Oublie , s'il eft
poffible , que je t'ai ſauvé la vie ; mais au
moins ne me donne pas la mort. Viens
recueillir mes cendres , & puiffe le fouvenir
d'une femme que tu as tant aimée ,
arracher quelques plaintes à ton coeur endurci!
Par M. D..... de Chartres.
AVRIL. 1774. ST
LA COQUETTE DÉMASQUÉE.
SOEUR de la Perfidie ,
Elle chérit la feinte & les féductions
Une maligne fantaisie
Lui fait, au fond des coeurs, chercher les paffions
Ses modeftes regards n'offrent à qui s'y fie ,
Que douceur , que candeur , vertu , lévérkéz
Mais un oeil- éclairé
Qui la fuit , l'étudie ,
Déchirant un voile impofteur,
A bientôt pénétré les replis de fon coeur.
On ne voit plus alors que fauffe modefties
Soin de plaire avec art ,
Pruderie & fineffe ,
Plus de maintien que de fageffe ,
De la vertu le fard.
Par M. le Général, à Versailles
PORTRAIT D'ADÉLAIDE.
AIR: Dans ma cabane obſcure.
LES fons touchans d'Ovidé
Auroient feuls la douceur
Cv
$
8
MERCURE
DE
FRANCE
.
De peindre Adelaïde
Comme elle eft dans mon coeur.
Amour , divin Apelle ,
Offres en le tableau ;
Un fijoli modèle
Eft fait pour ton pinceau ! .
Songe que rien n'efface
L'éclat de fa blancheur ;
Son rire eft une Grâce ;
Son teint eft une fleur :
Parure très- légère
Suffit à fes appas ;
Elle eft fûre de plaire ,
Et ne s'en doute pas !
Peins-la fous la figure
D'un Ange un peu lutin ;
Et , quoiqu'elle en murmure ,
Ole agiter fon lein :
Elle eft fage , trop fage
Pour écouter mes voeux ...
Ah ! ton plus bel ouvrage ,
Eft de faire un heureux !
Par M. M. , à Caftres:
AVRIL. 1774.
59:
RÉPONSE de Mlle T. , aux vers qui
lui font adreffés dans le Mercure de
Mars
1774.
C'EST à la Fortune cruelle
Que je dois vos vers impolis ;
Vous les euffiez faits plus jolis ,
Sans doute quand j'étois plus belle .
L'EXPLIC
EXPLICATION du mot de la première
énigme du Mercure du mois de Mars
1774 , eft Odorat ; celui de la feconde
eft Doute ; celui de la troisième eft le
Menton ; celui de la quatrième eft Lys
( l'empire des Lys . ) Le mot du premier
logogryphe eft Poivre , où fe trouvent
vire , vie, poire , ivre , ie , oie (la plume)
ire , pire, voie , po ; celui du fecond eft
Artilleur, où l'on trouve air , ail , aîle,
Aire, aire , ali , allier , aller , allié , arrét ,
art , luter, élu , eau & lait , lute , luteur ,
Eu, il,la , lia , laie , lie , lier , lieu , lire ,
lit , litre , raie , rale , railleur , rat , rare "
rate , rire , rieur , rit , rituel , rue , ruti „
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
tille ,
taie , taire , taille , tailleur , tare ,
traire , tuile , Tullie , Urie , utile , ut , ré,
la.
MON
ÉNIGM E.
ON nom eſt connu dans l'hiſtoire.
D'un Roi je ferois le bonheur.
Un héros devint man vainqueur ,
M'obtint par des combats & ſe couvrit de gloire.
Ils ne font plus ces temps : j'ai bien changé d'état.
En proie à des mains mercenaires ,
Sans pitié l'on me tord, on me foule , on me bat :
On me déchire enfin de toutes les manières :
Sans une plaindre pourtant , je fouffre tous ces
maux ;
Je fuis utile aux arts , & même à ton repos .
Et mes membres épars , que d'habiles mains tile
fent ,
Des rigueurs d'Aquilon ſouvent te garantiſſent.
On fait grand cas de ma douceur.
Un trait bien digne de remarque ,
Chez le Sujet , chez le Monarque ,
J'annonce toujours la grandeur.
Par M. Hubert.
AVRIL. 1774.
61
AUTRE.
D'un logement , lecteur , je ſuis la porte.
Me ferme- t-on ; tout eft en liberté ;
Si vous m'ouvrez , fans appeler main -forte
Les habitans font en captivité.
Par le même.
AUTR E.
Avec un port mignon , leſte , jamais perplexe ,
Par effort inégal
Et route circonflexe ,
F'inquiete bien plus que je ne fais de mal .
Je me fais , il est vrai , détefter du beau fexe ,
Et du galant heureux je deviens le rival;
1
Il prend mille détours que des trois quarts j'a
brége
Four jouir , comme lui , du plus beau privilége..
Par M. Le Général.
6.2 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE.
Jane fuispoint an corps fans ame ,
Et mon lecteur va bientôt s'en douter ,,
Carje reflens toujours la flamme
Queje fais fi bien exciter ;
Quand dans fes mains il tient les miennes,,
C'eftpour l'aider à réchauffer les fiennes ;
Sans être délicat , j'ai le tempérament
Sujet à du ménagement :
Le grand air m'eft fur-tout nuifible ,,
Et tellement , qu'il eſt viſible
Que , fi l'on n'a de la précaution ,
Il peut m'ôter la refpiration.
Mes habits , quelquefois ont affez d'apparence ,
Bordés d'or , louvent tout unis ,
Ils font toujours beaucoup de plis ,
Mais chez le pauvre ils font moins d'importance ;
Et , fil'on prend mon nom dans un fens différent ,
Tout change , & quelquefois je punis l'inſolent.
Par M. le Clerc de la Motte , Cap. Chev
de St. Louisau rég, d'Orléans , infi
AVRIL. 1774
LOGO GRYPHE.
V₁s , étourdi , femillant , amoureux ,,
T'imite affez les tours d'un petit maître s
Mais plus que lui je fuis heureux
Tandis qu'il feint de le paraître.
Je vois Philis fourire à ce portrait.
J'ai peint fon amant trait pour trait ;;
De mes fept pieds divifez la ftructure ,
Et ,fans vous mettre à la torture ,
Bientôt Philis , vous fçaurez mon fecret.
Premièrement , des démarches des hommes
Vous devez voir l'unique fondement ;
Je fuis bien fûr , dans le fiècle où nous fom
mes ,
Que furce point , aucun ne me dément.
Vous voyez à la fuite un perfide élément ;
Un utile animal & qu'à tort on méprife :
Hormis fon chant qui n'eft point à ma guife:
Je le trouve un être charmant .
Continuez Philis , & vous verrez paroître,
Un mot que prononcer vous defirez peut-être..
Pardonnez-moi , Philis , fi je fuis indifcret;,
Déformais je laurai garder mieux le tacets.
Je vais finir tout ce vain étalage ;,
Car tant de verbiage
Souvent déplaît :-
64 MERCURE DE FRANCE.
Encore un mot , & vous ferez-au fait.
Vous verrez donc celui qui , loin du monde ,
Croit pouvoir à loifir , dans une paix profonde,
Contempler le fort des humains ;
Et dont les voeux font fouvent auffi vains..
Par M. D. E. , de Lamballe.
AUTRE,
Suis- je un bien , fuis -je un mal ? Je fais les
deux , peut - être.
Si l'on trouve avec moi le plus doux des plaiſirs ,
Je le change ſouvent en de cuifans ſoupirs.
O toi , mon cher lecteur , qui voudrois me connoître,
Combine mes fept pieds , &, lous quelques inftans
,
Tu verras ce que fille , à l'âge de quinze ans
Atoute autre choſe préfère ,
L'art menfonger qui plaît au fot vulgaire ,
Dont il a peur fans favoir trop pourquoi ;
Ce que ne peut paroître un homme en défarror ;
Un nom forrà la mode auquel on ne croit guères ,
Et la deflus on a raiſon ;
Car dans un fiècle auflr félon
On ne voit point de gens fin cères .
Tu vois encor , fi tu combines bien ,
AVRIL. 69 1774
Ce que dans certains jours doit faire un bon Chré
tien.
Ce n'eft pas tout , lecteur. Es-tu poëte ?
Tu dois voir fans nul interprète
Ce qui de la raifon bleffe fouvent les droits;
Et vous enfin , qui , rangés fous mes loix ,
Débitéz contre moi votre morale auftère ,
Que vous feriez heureux fi vous ſaviez tous plaire
!
Par le même.
AUTRE.
DIPUIS long-tems je règne ſur la terre ;
Il n'eft pas de pays où je fois étrangere.
Le petit & le grand font foumis à mes loix ,
Et chacun d'eux obéit à ma voix.
Le fage feul veut franchir la barrière ,
Mais c'eft en vain qu'il rit de mes ſujets ;
Il n'a pas achevé fa pénible carrière ,
Qu'ille voit pris dans les mêmes filets...
Prenez trois pieds de mon architecture,
Faites en l'anagramme , & vous verrez après ,
Un terme de marin qui veut dire au plus près .
Trois autres pieds , fans changer leur nature
Te produiront, lecteur , le fond de ton tonneau;
Trois pieds encor te donneront l'oiſeau
Qui fauva les Romains par fon cri falutaise ;
66 MERCURE DE FRANCE.
Mais prends en quatre , & tu vois un viſcère ;
Deux , une nymphe , un arbre , & cinq qui font
mon tout ,
Yont t'offrir à l'inftant un vale bien fragile.
Adieu , lecteur ; je fuis à bour.
Qu'à me trouver ton foin foit inutile.
Par le même.
Je
AUTRE.
E dois être bien fier !
J'établis mon empire
Sur tour ce qui refpire ,
Et je lui fers de bouclier.
Par fois , pour me fêter , de fleurs on m'envi
ronne ;
Et , fans avoir de front , j'alpire à l'a couronne.
A préfent , cher lecteur , comptez - vous me tenir
Ou croyez -vous pouvoir me découvrir
Toujours impunément ? C'eft ce qui vous enrhume.
Je fais au poil comme à la plume ,
Très- fouvent entouré d'une épaifle forêt ;
J'ai la tête près du bonnet :
Je pourrois vous donner bien de la tablature :
Prenez donc garde à moi. Dans mes cinq pieds
entiers ,
Mon nom eft ſouvent une injure ,
Comprife dans les trois derniers.
Par un Chapelain de Dourdan
AVRIL. 1774. 67
ROMANCE.
Par M. Neveu , Maître de Clavecin.
DE tous les Gar-cons du Vil -lage ,
Colin eft bi- en le plus char- mant ;
Et la Bergè- re la plus fage Le
choi-fi- roit pour fon A- mant , Le
choi- fi- roit pour fon A- mant . Fin..
Son air , fes yeux , fon propos mê- me ,
En lui tout eft fait pour char- mer ;
Quand il dir fi bien: je vous ai- me ,,
68 MERCURE DE FRANCE.
୫
L'ingrat peut-il fi mal ai- mer !
De tous , &c. Volti , pour le mineur.
Mineur.
250
AH! fi je pouvois me dé- fen- dre
De l'a-mour que je fens pour lui ,
J'aurois du plai- fir à lui ren- dre
Le mal qu'il me fait aujourd'hui ,"
Le mal qu'il me fait au- jourd'hui.Maj.
Ma foi- bleffe , hélas ! eft ex- trê-me ,
Mon coeur ne fait que s'a- lar- mer :
AVRIL. 1774. 69
Quand il dit fi bien je vous aime ,
L'ingrat peut- il fi mal ai- mer !
Ah ! fi , &c.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
L'Hygieine , ou l'art de conferver la fanté;
poëme latin de M. Geoffroy , écuyer ,
docteur-régent de la Faculté de Médecine
en l'Univerfité de Paris , & c. traduit
en françois par M. de Launay ,
docteur en médecine , & membre de
plufieurs Académies littéraires ; vol.
in- 8° . Prix , 3 liv . broché.
On en a imprimé un petit nombre in- 4®.
Prix , 6 liv. broché.
Nous avons , dans le Mercure de France
du mois de Janvier 1771 , donné une notice
du poëme latin de M. Geoffroy fur
l'art de conferver la fanté , & nous avons
dès -lors formé des voeux pour qu'un
MERCURE DE FRANCE.
-
homme de lettres fe chargeât de traduire
en françois ce beau poëme qui , par les
préceptes falutaires qu'il contient , doit
intéreffer toutes fortes de lecteurs . Cette
traduction exigeoit que celui qui l'entreprendroit
fût non- feulement verfé dans
les belles lettres , mais encore familiarifé
avec les connoiflances phyfiques, afin
de pouvoir allier l'exactitude & la propriété
de l'expreffion aux grâces & à l'harmonie
du ftyle. Ces voeux font aujourd'hui
remplis, & ceux qui n'ont pu lire
le poëme latin de M. G. ne manqueront
pas de s'en procurer la traduction . Ce
poëme , qui a pour objet de rendre la
fanté auffi durable que le comporte la
nature humaine , doit occuper utilement
tous les lecteurs , ceux far-tout qui penfent
que la fanté eft le bien de ce monde
le plus intéreffant à conferver , le plus
facile à perdre , le plus difficile à recouvrer
, & fans lequel reliqua plus aloës
quam mellis habent , felon l'expreffion du
docteur Burnet.
L'Hygieine , portée à fa perfection, rendroit
, fuivant les réflexions du traducteur
, les autres parties de la médecine
totalement inutiles pour toute perſonne
bien conftituée , qui fuivtoit exactement
AVRIL. 1774. 70
le régime qu'elle lui prefcriroit. Que faudroit
- il donc imaginer de fi furprenant
pour porter cette fcience à ce degré de
fublimité dont elle eſt encore fi fort éloignée
? Une feule choſe fuffiroir : ce feroit
de trouver le moyen de réparer parfaitement
les déperditions journalières
qu'éprouve un corps animé plein de fanté
, quand une fois il a pris tout l'accroiffement
dont il eft fufceptible . L'on conçoit
cependant que l'impoffibilité n'eft
que morale & non phyfique. Il eft certain
que,parmi les différentes productions
dont la Nature nous paroît fouvent inuti❤
lement prodigue , il s'en trouveroit d'entièrement
propres à réintégrer , à revivifier
nos différens organes à mesure que
les frottemens inévitables qu'ils éprouvent
opèrent leur diffolution . Il en eft de
cela comme des remèdes à quelques maux
que ce fût , qui ne nous manqueroient jamais
au befoin, fi notre ignorance ne nous
les tenoit cachés , ne nous les faifoit même
fouvent fouler aux pieds comme chofes
inutiles & de pur ornement. Je lifois
» dernièrement , continue M. de L. , un
» ouvrage intitulé : Traité de la longue
» vie , dans lequel on s'attachoit à prou-
→ ver que l'homme ne vieillit , ne s'affoi
72 MERCURE DE FRANCE .
1
"
blit & ne meurt que pour avoir pris
une nourriture peu convenable . C'eſt-
» là , je penfe , le vrai noeud de la diffi-
» culté. Une nourriture bien naturelle &
» bien appropriée à la conftitution d'un
» homme , telle qu'elle fût , rempliroit
les vuides , répareroit les brèches que
» laiffent en lui les différentes excrétions .
» Elle entretiendroit l'équilibre qui doit.
régner entre les liqueurs & les folides
dont il eft compofé. Elle préviendroit
l'altération qui, tôt ou tard, arrive dans
» ces deux fortes de principes conftituans .
» Elle recrépiteroit , s'il eft permis de
parler ainfi , l'édifice à mefure qu'il ſe
» dégraderoit. Enfin , femblable à ces
» fources intariffables qui fourniffent
» dans toutes les faifons de l'année une
» même quantité d'eau toujours faine
» toujours pure , toujours de même natu-
» re , elle établiroit un cours non -inter-
» rompu de fubftitutions aux déperdi-
» tions de fubftances dont la fuperfluité
» devient auffi nuifible que l'épuisement
» même. C'eſt par une fuite d'effers en
partie auffi heureux , que certaines fem-
» mes confervent jufques dans un âge
» avancé les grâces & la fraîcheur de la
jeuneffe ; que certains hommes fe ref
"
"
39
>> fentent
•
AVRIL. 1774. 73
"
מ
n
» fentent fi tard des glaces de l'hiver , &
» demeurent fi long - temps capables de
tous les actes de virilité ; car il eft à
» remarquer que la plupart de ces êtres
privilégiés ne prolongent ainfi le prin-
» temps de leurs jours qu'à la faveur d'une
» forte de régime qu'ils fe font rendu
» propre , qu'ils étendent jufqu'aux excès
qu'ils fe permettent , & que l'inftin &
» ou le hafard leur rend falutaires . Il n'eft
» pas même néceffaire d'être fortement
» conftitué pour vivre long - temps : té-
" moin Louis Cornaro , cet auteur célè-
» bre d'un ouvrage intitulé, Difcorfi della
» Vita fobria , qui , quoique d'un tempérament
foible & cacochyme , ne laiſſa
pas d'atteindre l'âge de cent ans , en ne
» prenant que quatorze onces de nourri-
» ture dans l'efpace de vingt quatre heu-
» ses. Un jour qu'il eut l'imprudence
» d'en prendre feize , il tomba malade ,
» & mourut victime de cette fingulière
intempérance. Mais , continue M. de
» L. , ne pouffons pas plus loin un rai-
» fonnement qui tendroit à prouver qu'il
» feroit poffible que nous ne mouruffions
point , puifqu'il feroit poffible auffi
» nous fiffions ufage de tous les fecours
» que la Nature feroit toujours prête à
"9
»
"
"
I. Vol. D
que
74 MERCURE DE FRANCE .
و د
» nous fournir pour notre confervation .
» Reconnoiffons , au contraire , l'inévita
» ble arrêt de mort porté contre l'hom-
» me , à l'impoffibilité de lui rendre en
» tout temps falutaire la meilleure des
» nourritures ; de lui rendre praticable ,
» dans toutes les circonstances de la vie ,
le régime le mieux ordonné ; d'en ren-
» dre les effets invariables , malgré le
» changement des faifons , les intempé-
» ries de l'air , le concours irrégulier de
" toutes les caufes fecondes. Les diverfes
» affections de fon ame , cette foule de
paffions , de répugnances , de defirs qui
» fe fuccèdent , qui fe combattent dans
» fon coeur , l'homme moral enfin , eft lui
feul fuffifant pour opérer dans le même
"
"
fujet la ruine de l'homme phyfique ,
» Comment , outre cela , généralifer un
» aliment , une boiflon , un genre de vie
» que l'on auroit jugé préférable à tous
» les autres ? Cet aliment , quel qu'il fût,
» ou ne croîtroit pas dans tous les climats,
» ou feroit fujet , comme les autres pro-
≫ductions de la terre , à manquer quel-
و د
quefois . Cette boiffon , fi ce n'étoit
» pas l'eau , ne parviendroit dans certai-
» nes contrées qu'à grands frais & qu'en
petite quantité ; ce genre de vie ne conAVRIL.
1774. 75
19
» viendroit certainement pas à tous les
» tempéramens , à tous les âges , à tous
» les états , dans tous les pays. Il faudroit
» autant de combinaifons différentes qu'il
exifte de différens hommes . Ces feules
réflexions fuffifent pour détruire ces
hypothèſes , ces probabilités , ces ingénieufes
nouveautés plus amufantes qu'utiles
, par lefquelles on a cherché à flatter
l'attachement que l'homme témoigne
pour la vie. Mais s'il n'eft pas plus en
notre pouvoir de rendre perpétuelle mouvement
qui nous donne l'exiſtence animale
& la conftitue , que le mouvement
même d'une machine que nous aurions
conftruite , nous pouvons du moins prolonger
ce mouvement, & nous procurer
une vieillefe faine , en fuivant les préceptes
de l'Hygieine , qu'une connoiffance
profonde de la phyfique & de l'économie
animale a développés dans ce poëme , &
a éclaircis du flambeau de l'expérience.
M. de L. avoit d abord effayé de traduire
le poëme latin en vers françois ; &
les fragmens de cette verfion qu'il nous a
donnés dans fa préface , prouvent qu'il y
auroit réuffi . Mais il a préféré une traduction
qui , n'étant point gênée par les règles
de la verſification , eft néceffairement plus
Dij
76. MERCURE
DE FRANCE.
exacte & plus fidelle ;qualités que l'on exige
fur - tout dans la verfion d'un poëme
didactique , & qui , comme celui – ci ,
traite d'objets d'une utilité vulgaire . On
fe convaincra fur tout du mérite d'une
pareille traduction dans les morceaux de
narration purement defcriptive ; & de ce
nombre eft l'expofé que le poëte nous
fait des avantages & des inconvéniens du
café. Que l'on celle de nous vanter le
» fuc du lafer , autrefois fi fameux ; ces
» vins mielleux & liquoreux que nos
"
&
Anciens eftimoient tant, & les différen-
» tes boiffons fi bien célébrées par les poë-
» tes. Les Dieux reçoivent avec tranf-
» port , de la main d'Hébé & de Gani-
» mède , des taffes remplies de la liqueur
chaude & fumante du café . Bacchus
» lui -même s'abreuve à longs traits de
cette nouvelle boiffon . En effet , Phé-
" bus a doué ce nectar de propriétés les
plus falutaires, Il a voulu qu'il fût ca-
» pable de rendre la force , de donner de
» la vigueur. Pourroit - il en être autre-
» ment? L'amertume précieufe qu'il con-
"
tient. n'a rien de rebutant , ne fait fur le
palais aucune impreffion déſagréable ;
» mais elle eft tellement tempérée , qu'el-
» le réveille l'action des vifcères languif
AVRIL. 1774. 77
»
"
"
"
» fans , & délecte en même- temps les bu-
» veurs. L'ufage habituel du café rend la
digeftion plus prompte & plus parfaitė:
» il diffipe ces amas de pituite que les
» alimens laiffent dans l'eftomac : il empêche
qu'il ne s'en élève des vents &
» des flatuofités acides . Ses fels corrigent
» les aigreurs , fon foufre divife les vifcofités
, la féchereffe de fes molécules
» abforbe la férofité fuperflue des humeurs.
Dans le temps qu'on ignoroit
» les heureuſes propriétés du café , l'on
» étoit dans la dure néceffité d'abreuver
» du fuc d'abſynthe & de centaurée les
» infortunés mortels dont l'eftomac af-
» foibli fe refufoit à fes fonctions. Auffi
» le voyoit on fe révolter contre un re-
» mède auffi faftidieux , pour une incommodité
qui fembloit légère. Souvent
» même il le rejetoit avec de violens
» efforts. Mais eft - il dans ces occurrences
» un fpécifique plus doux que le café ?
» C'eft-là le véritable nepenthes des An-
» ciens , qui calme les douleurs comme
» par enchantement. Cette liqueur fub-
» tile , pénétrant jufques dans les plus
petits vaiffeaux , ranime l'action de
» leurs fibres , fouette & divife le fang .
» Alors ce liquide accélère fon mouve-
"
·
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
»
»
"
» ment , fe difperfe mieux dans toutes
» les parties du corps , arrofe plus abon-
» damment les replis tortueux des artères
» du cerveau. Je dis plus : le fang raréfié
» dans les veines , les gonfle ; d'où s'en-
» fuit une compreffion des nerfs voisins,
qui rend leur ofcillation plus vive &
» plus forte. Par ce moyen , le corps de-
» vient plus vigoureux , l'efprit acquiert
plus de liberté , la joie qui fe peint fur
» le vifage , manifefte les plus heureuſes
difpofitions de l'un & de l'autre . Plus
» d'un poëte fameux par la beauté de fes
» écrits , n'eut jamais que le café pour
Apollon , pour Pégafe & pour Hippo-
» crène . Le jus divin de Bacchus ne ré-
» veille
pas mieux le courage , n'infpire
» pas mieux l'amour. Ne craignez donc
» pas de faire ufage du café , fi la pituite
» vous énerve. & vous appefantic . Il ar-
» rêtera , s'il le faut , les progrès d'un
embonpoint trop confidérable ; il empêchera
que vous ne tombiez dans un
» fommeil accablant après le repas ; eufin
» il aidéra tellement votre eftomagdans
fes digeftions , que vous ne tarderez
jamais long- temps à fentir l'aiguillon
» de l'appétit . Mais il n'eft point de bien
» abfolu. Cette fleur , la gloire du Prin-
"
H
"
"
AVRIL. 1774. 79
"
tems , le charme & l'ornement de nos
jardins , foit par la douceur de fon par ..
» fum , foit par le majeftueux développement
de les feuilles , foit par le tendre
incarnat de fon coloris ; la rofe
» enfin , cette reine de l'empire de Flore ,
cache des épines fous tant de beautés ,
& fait fouvent de fenfibles bleffures : le
fer , ce préfent des dieux , qui , pour l'utilité
des hommes , fe prête à tant d'ufages
différens , fournit également des
outils propres à la culture de la terre &
» des armes qui fervent à multiplier le
meurtre & le carnage . Il en eft de même
» du café: fa liqueur,toute flattenfe qu'elle
» eft , devient nuifible , quand on en
"
abreuve indiftinctement tous les hom-
» mes , ou qu'on en uſe fans nulle difcrétion
. La chaleur & la féchereffe de fes
principes lui font pomper , il eft vrai ,
» le fuperflu des humidités de nos vifcè-
» re ; mais fi nos membres font déjà fecs ,
» fi nos humeurs font peu féreufes , fi nos
» fibres font trop tendues , fi nos nerfs
trop fenfibles s'ébranlent trop facile-
» ment , quelle foule de maux l'ufage du
» café ne produira - t- il pas ? Il fera com-
» me de l'huile que l'on verferoit fur du
» feu de nouveaux tourbillons de flam-
19
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
"
»
"
» mesfe formerontbientôtde ce dangereux
affemblage . En vain la nuit couronnée .
de pavots couvrira- t-elle la terre de fes.
» voiles fombres ; le café caufera des inquiétudes
que le lit ne fera qu'accroî-
» tre. Vous y ferez dans une agitation
perpétuelle. A peine un léger affoupif
» fement fe fera-t-il emparé de vos paupières,
que le fommeil s'envolera , que
» vous refterez en proie au plus cruel ac
» cablement. Comment , en effet , Morphée
relâcheroit il des fibres que l'ef-
» fervefcence & l'activité du fang tien-
» nent dans une tenfion violente ? Les
» commotions trop fréquentes qu'elles
éprouvent , les irriteront & les flétri-
» ront de plus en plus. La laffitude ren-
» dra le corps incapable de fe mouvoir ,
» & le tremblement des membres fera la
fuite de leur foibleffe. »
"
»
Plusieurs autres morceaux de cette traduction
pourroient également fervir à
faire voir que le traducteur , fans négliger
l'harmonie du ftyle , a fu faire un choix
heureux des expreffions les plus propres
à rendre avec jufteffe & avec préciſion la
penfée du poëte original .
AVRIL. 1774.
81
Lettres fur l'Art d'écrire , ou recherche &
réunion des principes de l'écriture ;
ouvrage utile aux parens , aux maîtres
& aux élèves , par G. Laurent , maître
ès arts en l'Univerfité de Paris , & expert
écrivain juré ; vol . in - 8º . de 68
pages. A Paris , chez l'auteur , rue des
Nonaindières , quartier St Paul ; Coaturier
fils , quai des Auguftins ; Froulé,
pont Notre -Dame.
L'Art d'écrire ou l'écriture a reçu de nos
jours un nouveau degré de confidération.
par les recherches de plufieurs maîtres de
cet art , & fur tout par celles de M. Laurent.
Cet expert - écrivain entreprend de
faire voir que les vrais principes de l'é-
` criture , attribués encore aujourd'hui à
l'ufage & au goût , font affujettis à des
règles géométriques. Il ne faut cependant
pas que ces règles prétendues géométriques
effrayent les élèves. Il n'eft ici queftion
que de quarrés ou parallelogrammes .
M. Laurent exige que les jeunes gens qui
veulent faire des progrès sûrs & rapides
dans l'écriture s'exercent d'abord à tracer
ces parallelogrammes . Il explique dans
fon ouvrage les avantages de cet exercice
& démontre les principes de l'écriture
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
par le moyen de ces figures quarrées. Ces
principes font fimples & faciles à faifir .
Comme ces principes parlent aux yeux ,
il fatisferont l'élève , & lui donneront la
clarté & la fécurité qui accélèrent infailliblement
les progrès.
Queftions de Droit , de Jurifprudence &
d'ufage des Provinces du Droit - Ecrit
du Reffort du Parlement de Paris , mifes
en ordre alphabétique par M. Mallebay-
de - la - Mothe , confeiller du Roi,
fon avocat & procureur au Siége royal
de Bellaç. 1
Judex debet judicare fecundùm leges.
vol. in 12. Prix , 3 liv . relié . A Paris ,
chez Saugrain , libraire , quai des Auguftins
, au coin de la rue Pavée.
Une partie de la France fe régit par le
Droit-Ecrit ou Romain , qui en eft le
Droit commun & univerfel , mis en vigueur
par Clovis , après la défaite d'Alaric
& des Goths , l'an 507 , par Charlemagne
qui l'autorifa par fes capitulaires ,
& par Lotaire fous le règne duquel on
traduifit en françois le Code Juftinien .
Une autre partie de la France fe régit pat
des coutumes ou loix municipales qui ne
AVRIL. 1774. 83
font propres qu'aux Provinces qu'elles
gouvernent. Le mélange du Droit écrit
avec les différens ufages fournit fouvent
à la chicane un fujet de trouble qui , par
une fuite funefte , peut occafionner la
ruine des familles . C'eft pour prévenir
un inconvénient auffi pernicieux que l'auteur
de ces Queftions de Droit , de Jurif
prudence , &c. s'eft appliqué à défigner
les bornes du Droit écrit , & des ufages
pratiqués dans les Provinces régies par
cette loi , dans le reffort du Parlement de
Paris . M. M. n'a pas prétendu faire un
livre rempli d'érudition & qui ne feroit
utile qu'à un petit nombre ; il a voulu
travailler pour tous fes concitoyens , afin
que chacun pût y prendre une connoiffance
générale de la loi qui le régit , &
diftinguer les cas où l'ufage l'emporte au
préjudice du Droit , & ceux où les Loix
font écoutées au préjudice de l'ufage .
Les matières font rangées dans cet ouvrage
par ordre alphabétique ; & les queftions
qu'elles comportent font préfentées
avec la clarté & la précision néceflaires
pour que tout citoyen puiffe promptement
& fans fatigue , faifir l'inftruction
qu'il cherche , & ne foit point dans le cas
de prendre un raifonnement pour un prin
D vj
84
MERCURE DE FRANCE.
cipe , ou une explication pour le texte de
la loi.
L'Homme du Monde éclairé , entretiens ;
avec cette épigraphe : Qui putat melius
effe quod deterius , fcientia caret. S.
AUG. vol . in - 12. A Paris , chez Moutard
, libraire , quai des Auguftins .
"3
"
33.
Il feroit à fouhaiter , dit l'auteur dans
» fon avertiffement , que dans cette foule
» d'écrits publiés en faveur de la Religion
, on eût eu plus d'égard à la fri-
» volité des gens du monde . On y fair
» des argumens , & les argumens les laffent
; on y cite de longs paffages , & les
plus courts les ennuyent ; on les ramène
» fans ceffe à la théologie , & la théologie
eft leur épouvantail . Il femble qu'on
» n'ait pas fait affez d'attention que les
» adverfaires du Chriftianifme font des
» hommes que l'appareil des armes fait
» fuir , & qu'on ne peut terraffer qu'en
paroiffant fe jouer avec eux . Ainfipour
» être utile aux gens du monde que
» crédulité a féduits , il faut prendre leur
langage , plaifanter avec eux , & ne ré-
» futer leurs raifons qu'après avoir mon-
» tré le faux de leurs railleries.» Le ton
de légèreté & de plaifanterie que l'auteur
"
l'inAVRIL.
1774. 85
nous annonce n'eſt pas employé dans ces
entretiens auffi heureufement qu'il pourroit
l'être. On eft même un peu fâché de
voir dans le premier entretien les efforts
que fait l'auteur pour nous donner une
opinion chagrine de la fociété . J'ai cru ,
nous dit-il , trouver des hommes dans mes
»ſemblables ; mais hélas ! une fatale expé-
»rience m'apprend qu'il en eft bien peu
qui foient dignes de ce nom. » Dans la
fuite de ces entretiens l'auteur cherche ,
autant qu'il eft en lui , à diminuer notre
admiration pour les plus grands hommes
de l'antiquité. Il nous fait entendre que
Socrate avoit une vanité hypocrite ; que
Platon étoit un débauché , Cicéron un
orgueilleux , Trajan un ivrogne , Marc-
Aurèle un fuperftitieux , &c. Mais ces
accufations fuffent- elles fondées , eft - ce
en déprifant les hommes qui nous ont
donné les plus beaux exemples de vertu,
que l'on peut efpérer de la faire aimer de
fes lecteurs ?
Plufieurs de ces entretiens font polémiques
, & l'auteur a fouvent fait ufage des
preuves & des expreffions même des écrivains
qui l'ont précédé . Il avoue auffi qu'il
a entendu difcourir plufieurs incrédules ,
1
86 MERCURE DE FRANCE.
& que fes entretiens ne font fouvent que
le réſultat des converfations qu'il a eues
avec eux.
Côme de Médicis , Grand - Duc de Tof
cane , ou la Nature outragée & vengée
par le crime ; poëme , par M. Mero ;
vol . in 8°. A Paris , chez Gueffier, imprimeur-
libraire , au bas de la rue de
la Harpe ; & Moutard , rue du Hurepoix.
Côme , le héros de ce poëme , premier
Grand Duc de Tofcane , de la branche de
Laurent de Médicis , fut fils de Jean de
Médicis & ayeul de l'époufe de notre Roi
Henri le Grand. Ses talens politiques lui
attirèrent l'eftime & l'admiration de tous
les Princes de l'Europe . Rome , Madrid ,
la France recherchèrent tour - à - tour fon
alliance . Son règne fut long & illuftre .
Il eût été heureux fans la terrible & funefte
aventure de deux de fes fils. Jean ,
l'aîné de ces deux Princes , étoit d'un caractère
doux & bienfaifant ; Garcias , le
cadet , avoit l'ame barbare ; les vertus de
fon frère excitèrent fa jaloufie . Un jour
qu'ils étoient enfemble à la chatfe , ils
fe trouvèrent par hafard féparés de leurs
gens ; Garcias ne laiffa pas échapper l'oc
AVRIL. 1774.
87
cafion d'alfouvir la rage ; il s'élança fur
Jean , le tua d'un coup de poignard , &
rejoignit ceux de fa fuite , fans paroître
ému de fon forfait. On trouva le cadavre
fanglant ; le meurtrier diffimula comme
auroit pu faire un fcélerat nourri depuis
long-temps dans le crime ; mais le père fe
doutant de la vérité , renferma la douleur
, & fir publier que fon fils étoit mort
fubitement. Le jour d'après , il ordonna
à Garcias de le fuivre dans le lieu où étoit
étendu le corps du Prince affaffiné . Là , le
défefpoir & la douleur s'emparent de
l'ame de Côme. « Voilà , dit alors ce Prin-
» ce infortuné , voilà le fang de votre
» frère qui vous accufe , & qui deman-
» de vengeance à Dieu & à moi - même . »
Garcias fit l'aveu de fon forfait , mais il
accufa Jean d'avoir voulu attenter à fes
jours . Le père , loin de recevoir ſes excufes
, le tua du même poignarddont Jean
avoit été affaffiné ,
Ce fair , rapporté d'après les hiftoriens
par M. Mero , fait le fujet de fon poëme
héroïque divifé en dix chants ; mais les
huit premiers font employés à nous peindre
les amours malheureux de Jean &
d'Herzilie. Cet épiſode , loin de diftraite
un moment le lecteur des objets triftes
88 MERCURE DE FRANCE .
qui lui font ici préfentés , augmente encore
fa mélancolie par la peinture que le
poëte lui fait de la fin tragique d'une
amante infortunée . On peut encore reprocher
à cet épisode de fuffoquer l'action
principale par fa longueur. Le poëte
avoue dans fon difcours préliminaire
qu'il auroit pu infpirer à Garcias une paffion
égale à celle de fon frère pour Herzilie
, « Mais je m'en fuis bien gardé ,
"
ajoute- t-il. Quoique l'amour foit con-
» nu des fcélerats , il est plus fouvent le
» partage des ames fenfibles & vertueu-
» fes , & j'aurois cru déshonorer cette ten-
» dre paffion en fa plaçant dans le coeur
» de ce Prince barbare. יכ
Garcias amoureux auroit pu néanmoins
donner occafion au poëte de nous faire
voir que fi l'Amour eft un dieu ami de la
paix , de l'honneur , de la vertu , c'eſt
auffi un vainqueur cruel & le père de tous
les crimes . Cet amour d'ailleurs auroit
produit entré Garcias & fon frère une rivalité
qui auroit motivé fa vengeance &
fon attentat. L'épifode, par ce moyen, auroit
été fubordonnée à l'action principale
& auroit amené la cataſtrophe. Mais puifque
le poëte s'eft borné à nous peindre
Garcias comme un ambitieux forcené , il
AVRIL. 1774. 89
auroit dû au moins développer les paffions
de ce monftre , les mettre en jeu &
nous attacher à la lecture de fon poëme
par la peinture du coeur de l'homme livré
à la tyrannie de l'ambition.
L'action de ce poëme eft renfermée
dans le fimple récit de l'hiftorien . Le
poëte y a ajouté uniquement une circonftance
, circonftance horrible qui fait frémir
la nature & dévoile toute la baffeffe
d'ame du fcélerar Garcias. Ce Prince
étant à la chaſſe , rencontre fon frère qui
étoit feul & fans aucune défiance . Il fe
jette auffi - tôt fur lui , le poignard à la
main ; mais Jean évite le coup & fe met
en défenfe. Le lâche Garcias voyant fon
projet découvert , & lui - même en péril
de la vie , diffimule & feint un repentir,
afin de trouver un moment plus heureux
pour accomplir fon crime.
Mon frère , fi ce nom m'étoit permis encore ;
Car , après mon forfait que la Nature abhorre;
Je dois paroître un monftre à tes yeux effrayés ;
Donne- moi le trépas ; tu me vois à tes pieds :
Au fang des Médicis ma vie eft une tache ;
Punis- moi , venge - les en immolant un lâche.
J'abhorrai tes vertus que mon coeur n'avoit pas ;
Je fus jaloux de toi , je jurai ton trépas.
L'amour des Florentins , tes talens , ton courage ,
90 MERCURE DE FRANCE:
Ton droit d'aîneffe enfin , tout me faifoit om
brage ;
Ton coeur, en m'épargnant, deviendroit criminel .
Frappe , ou bien à tes yeux . Non , arrête ,
cruel ;
J'en crois le repentir que ta douleur exprime.
Tes larmes dans mon coeur ont effacé ton crime.
Garcias , il eft vrai , vouloit m'aflaffiner ;
Garcias fe repent ; je dois lui pardonner.
Il le livre à mes coups , il m'arrofe de larmes.
O doux épanchemens, que je reflens vos charmes !
O Nature ! & tendrefle ! ô fraternelle ardeur !
Rien ne peut égaler les plaifirs de mon coeur.
Combien dans ces momens l'existence m'eſt chère!
Garcias m'eft rendu , j'embrasle encor mon fière ;
Ce frère , qui tantôt a voulu m'opprimer ;
Ce frère , déformais qui ne veut que m'aimer.
Trônes de l'Univers ! éclat du diadême !
Vous n'êtes rien auprès d'un frère que l'on aime !
Mon coeur cût tout perdu , féparé loin de toi ;
Mais il retrouve tout quand tu reviens à moi .
Si la haine cût brifé la chaîne qui nous lie ,
Dans quels malheurs j'aurois paffé ma trifte vie ?
Mais nous n'étions pas faits pour nous hair tous
deux .
Tu m'as rendu ton coeur , & je m'eftime heureux,
Le temps prefle ; hâtons- nous , allons joindre mon
père ,
Dans cet embraflement reçois la foi d'un frère.
AVRIL. 1774.
Au même inftant que Jean monte fur (on courfier
Le monftre dans fon flanc plonge un mortel acier.
Il tombe ; fon fang coule : il fe traîne , ſoupire ,
Lutte contre la mort : vains efforts , il expire.
Quels défordres affreux caufa fon fang verfé !
Sur la terre à l'inftant tout parut renverfé.
Vers la fource , l'Orno vit reculer ſes ondes ;
L'Etna fit retentir fes cavernes profondes ;
Le Soleil s'obfcurcit , la Vertu s'exila ;
Le Ciel lança la foudre & l'Univers trembla.
Il étoit bien queftion ici de faire reculer
les ondes de l'Orno ! Il falloit nous
peindre les agitations & les tourmens qui
fuivent le crime , nous repréfenter le fcélerat
Garcias en proie à la terreur & déchiré
mille fois par les remords avant de
recevoir le jufte prix de fon forfait des
mains mêmes de fon père. Les agitations
de ce père infortuné qui fe charge de venger
, par l'effufion de fon propre ſang ,
l'innocence &la nature,auroient pu encore
produire ici un tableau pathétique , & donner
à ce poëme l'intérêt & l'action du
drame. Le poëte a cependant cherché à
peindre les douleurs & le trouble de Côme
dans le moment qu'il va accomplir
fa vengeance ; mais cette peinture ne répond
pas à celle que l'imagination du
92 MERCURE DE FRANCE :
lecteur a pu fe former de ce moment ter
rible. Ce poëme ne peut donc être regardé
que comme un effai dont le poëme
de la mort d'Abel de Gefner a pu donner
l'idée ; effai néanmoins où il y a quelques
fituations bien rendues. On doit d'ailleurs
bien augurer d'un poëte qui , comme
M. Mero dans fon difcours préliminaire
, rend un juſte hommage aux modèles
& aux législateurs de notre poësie.
Minéralogie , ou nouvelle expofition du
règne minéral ; ouvrage dans lequel
on a tâché de ranger , dans l'ordre le
plus naturel , les fubftances de ce règne
, & où l'on expofe leurs propriétés
& ufages mécaniques , &c. avec un
Lexicon ou Vocabulair , des Tables
fynoptiques , & un Dictionnaire minéralogico-
géographique . Par M. Valmont
de Bomare , démonftrateur d'hif
toire naturelle avoué du Gouvernement
, cenfeur royal , membre de plufieurs
Académies des fciences , belleslettres
& beaux arts ; maître en pharmacie
, &c. Seconde édition , 2 vol.
in- 8°. A Paris , chez Vincent , imprimeur
libraire , rue des Mathurins
hôtel de Clugny.
AVRIL. 1774.
93
La première édition de cette minéralogie
, publiée il y a environ douze ans ,
a été très - accueillie . M. de Bomare n'a
ceffé , depuis ce temps , de faire de nouvelles
recherches fur toutes les parties de
l'hiftoire naturelle , & particulièrement
fur la minéralogie. Ces recherches , inférées
dans cette feconde édition , ont donné
lieu à l'auteur de faire des obfervations
intéreffantes fur plufieurs points d'hiſtoire
naturelle , & de répandre plus d'ordre &
de clarté fur les divers objets du règne.
minéral . On doit donc bien diftinguer
cette feconde édition de la première.
Notre favant Naturalifte ne s'eft pas
borné , ainfi
que la plupart des auteurs , à
la minéralogie particulière d'une contrée .
Il a laiflé à la fienne fa plus grande généralité
poffible. Il a indiqué les ſubſtances
concomitantes des divers individus ; il
les a décrites , & , après avoir marqué les
propriétés qui leur font particulières &
celles qui leur font communes avec d'autres
, il a expofé celles qui paroiffent les
plus propres à répandre quelque jour fur
la formation , tant primitive que fecondaire
, des corps en général. Enfin il les
a rangées felon leur moindre ou plus
grande relation . C'eft cette relation qui ,
94 MERCURE DE FRANCE.
pour nous fervir de l'expreffion de l'auteur
, forme le fil qui l'a conduit.
L'expérience & une pratique journalière
ont dû faire reconnoître à M. de
Bomare bien des erreurs répandues dans
les ouvrages des minéralogiftes qui l'ont
précédé. Ces erreurs & l'incertitude des
méthodes employées par ces minéralogiftes
ont porté M. de Bomare a adopter un
fyitême particulier , mais plus clair , plus
méthodique & plus fûr , objet principal
de cet ouvrage . Cette partie fyftématique
eft formée d'un tableau général des choſes
, d'une diſtribution propre à chaque
genre , d'une nomenclature françoife &
latine , & de la defcription. L'auteur a
renvoyé dans des notes tout ce qui étoit
de difcuffion légère , tout ce qui pouvoit
fervir d'éclairciffement aux endroits obf
curs de quelques auteurs . Des obfervations
accompagnent fouvent les notes,
Ces obfervations nous inftruifent des découvertes
ou conjectures que l'on a formées
fur certains corps du règne minéral ,
des travaux qu'on leur a fait fubir , de
leurs ufages , de leurs propriétés , & des
reffources que nous en avons tirées. Ces
détails ne peuvent manquer d'intéreffer
ceux qui n'appercevant pas toujours l'uti
AVRIL 1774. 95
lité des recherches des Naturaliſtes pour
le progrès des arts & de l'induftrie , feroient
téntés de regarder la fcience comme
un appareil vain & stérile .
Supplément à l'Hiftoire de l'Imprimerie
de Profper Marchand , ou additions &
corrections pour cet ouvrage ; vol . in-
4°. de 55 pages. A Paris , de l'imprimerie
de Ph. D, Pierres , rue Saint-
Jacques.
La précipitation avec laquelle Profper
Marchand publia , en 1740 , fon hiftoire
de l'Imprimerie , lui a fait commettre des
erreurs , des inexactitudes , des contradictions
mêmes dont on relève plufieurs
dans cet ouvrage . C'est une espèce d'errata
qui ne rectifie pas , à beaucoup près
toutes les fautes de l'hiftorien de l'Imprimerie
, mais qui en corrige un affez grand
nombre pour faire regarder le volume
que nous annonçons , comme un fupplément
néceffaire à l'Hiftoire de l'Imprimerie,
Théâtre de Sophocle , contenant les tragé
dies de ce poëte , qui n'avoient pas encore
été traduites : pour fervir de fupplément
au Théâtre des Grecs du P,
96 MERCURE DE FRANCE.
Brumoy ; par M. Dupuy , de l'Académie
royale des infcriptions & belleslettres
; nouvelle édition ; 2 vol in - 12 .
A Paris , chez Coftard , fils , & Compagnie
, rue St Jean - de Beauvais .
Sophocle avoit compofé cent vingt tragédies
, dont il ne refte que fept. Le P.
Brumoy a traduit l'Edipe , l'Electre & le
Philoctete . Il s'étoit contenté de donner
un précis des quatre autres dans fon Thédtre
des Grecs , avec la traduction de quelques
morceaux qui lui avoient paru mériter
d'être connus. Ces quatre tragédies
font les Trachiniennes ou la Mort d'Hercule
, Ajax furieux , Edipe à Colone &
Antigone. La première pièce porte le titre
de Trachiniennes , parce que le choeur
eft composé de jeunes filles de Trachine ,
ville de Theffalie . Ces tragédies ont été
traduites en entier par M. D. La traduction
du favant académicien a été d'autant
plus accueillie la première fois qu'elle
a été publiée , en 1762 , que le traducteur
a fu allier à l'élégance du ftyle la fimplicité
du texte . Des notes utiles accompagnent
cette traduction. La réimpreffion
que l'on en donne aujourd'hui , en répan
dant ces modèles de tragédie grecque
dont la marche eft moins compliquée
que
AVRFL. 1774.
que la nôtre , pourra contribuer à nous
rappeler à ce ton fimple de la Nature
dont quelques - uns de nos dramatiques
femblent aujourd'hui s'écarter.
Nouvelles @uvres de M. de la Fargue ;
des Académies des fciences , belleslettres
& arts de Bordeaux , de Caën
& de Lyon ; vol. in 89. de 87 pages ,
orné de gravures ; prix , 5 liv . A Paris,
chez Couturier père , aux galleries du
Louvre ; & Couturier fils , quai des
Auguftins.
Ce nouveau volume des OEuvres de
M. de la F. raffemble des épîtres & autres
pièces fugitives , un poëme fur la navigation
& un autre poëme fur les agrémens
de la campagne. Ces deux poëmes ont
été lus dans les affemblées publiques
de l'Académie de Bordeaux . On
trouve dans ces poëfies de la facilité , du
naturel , mais point affez peut - être de
cette chaleur de fentiment qui conftitue
le poëte.
M. de la F. , pour mieux célébrer les
agrémens de la campagne , a cru devoir
remonter tout fimplement au temps de
la création.
I. Vol.
98 MERCURE DE FRANCE.
Dieu dit que tout commence ; & rien ne reſte à
naître .
A ce mot créateur le néant celle d'être.
Le chaos le débrouille ; & l'homme voit le jour
Pour être de ce Dieu le prodige & l'amour.
Les deux premiers vers paroîtront bien
foibles pour exprimer cette fublime image
du Pfalmifte : Dixit & facta funt . M,
de la F. a mieux réuffi à nous rendre cette
penfée d'un Ancien , fur la térilité des
campagnes , occafionnée par le luxe , qui
détourna les Citoyens Romains de s'occuper,
à l'exemple de leurs premiers Rois ,
des travaux de l'agriculture,
Par de royales mains autrefois labourée ,
La terre de fon fort fe fentit honorée :
Sa lurface par-tout le couvrit de moiffons ;
Tous les fruits des vergers chargèrent les buiffons.
Mais quand on la livra depuis à des elclaves ,
Qui déchiroient fon fein du fer de leurs entraves,
Il fembla qu'elle avoit reflenti cet affront ;
Et la ftérilité flétrit long- temps fon front,
Les pièces fugitives de ce recueil ne
font point fans agrément ; mais comme
la plupart font des poëfies de fociété , elles
doivent perdre un peu de leur méAVRIL
1774 99
&
tite en paroiffant au grand jour . La reconnoillance
en a dicté plufieurs
quelques - unes font les fruits des loifirs
d'un citoyen eftimable qui fe fait gloire
d'honorer la verta & de rendre juſtice au
mérite.
2
La Nature confidérée fous fes différens afpects
; ou Journal des trois règnes de
la Nature , contenant tout ce qui a rapport
à la fcience phyfique de l'homme ,
à l'art vétérinaire , à l'hiftoire des dif
férens animaux , au règne végétal , a'
la connoillance des plantes , à l'agriculture
, au jardinage , aux arts , au
règne minéral , à l'exploitation des
mines , aux fingularités & à l'ufage des
différens foffiles , numéros 1 , 2 , 3 &
4. A Paris chez Lacombe , libraire rue
Chriftine.
தமி
攀
Les ouvrages périodiques tels que celai
- ci , n'ont befoin d'autre recommandation
que celle que donne l'importance
des matières qu'ils embraffent . Celui de
la Nature confidérée a particulièrement
pour objet de raffembler les connoiſſances
phyfiques , économiques ou d'hiftoire
naturelle relatives aux befoins & même
aux agrémens de la vie. Ces connoiffan
E ij
100 MERCURE DE FRANCE:
ces font de tous les âges , de tous les
étars , de toutes les conditions ; c'est pourquoi
le Journaliste , dont le zèle , l'activité
& les lumières font fuffisamment
connues , s'eft appliqué particulièrement
en donnant une nouvelle forme à fon
Journal , d'y apporter beaucoup de clarté ,
de précifion & de variété , afin qu'il foit
à la portée d'un plus grand nombre de
lecteurs. Il paroît actuellement quatre numéros
de ce Journal . L'auteur a recueilli
dans le troifième une obfervation d'un
Curé de Tours , qui peut intéreffer le Naturalifte
& le Phyficien. Le hafard ayant
fait tomber fous la main de ce Curé une
fang fue vivante , il l'enferma dans un
bocal de verre , dans lequel il mir de
l'eau , & le dépofa far la fenêtre de fa
chambre, M. le Curé vifita pendant longtemps
fa penfionnaire tous les matins ,
dans la vue de s'affarer fi elle vivroit
dans ce bacal ; mais l'attention fingulière ,
qu'il apportoit à obferver tous les différens
mouvemens de cette fang fue , fur ,
tout lors des variations de tems , aiguil
Jonna fa curiofité au point qu'il en fit fon
baromètre . Ilobferva 1 ° . que par un rems
ferein & beau , la fang fue reftoit au fond
du bocal fans nourriture , & roulée en
ligne fpirale. 2º, que s'il devoit pleuvoir
AVRIL 1774-
avant ou après midi , elle montoit jufqu'à
la furface de l'eau , & y reftoit jufqu'à
ce que le tems fe remit au beau ;
3°. que lorfqu'il devoit faire grand vent ,
elle parcouroit fon habitation liquide avec
une vitelle furprenante , & ne ceffoit de
fe mouvoir que lorfque le vent commen
çoit à fouffler ; 4°. que lorfqu'il devoit
furvenit quelque tempête avec tonnerre
& pluie , la fang- fue reftoit prefque continuellement
hors de l'eau pendant pla
fieurs jours ; qu'elle fe trouvoit mal à
l'aife , & dans des agitations & convalfions
violentes ; 5 ° . que la fang-fue reftoit
conftamment au fond du bocal pendant
la gelée , & dans la même figure
qu'elle étoit en été dans un tems clair
d'eft-à dire , en ligne fpirale ; 6 °. enfin
que dans des tems de neige ou de pluie ,
elle fixoit fon habitation à l'embouchure
du bocal . M. le Curé obferve que fon
bocal de verre ordinaire eft du poids d'environ
huit onces , qu'il le remplir aux
trois quarts d'eau , & qu'il en couvre
l'entrée avec de la toile ; qu'il change
d'eau en été une fois chaque femaine , &
en une autre faifon tous les quinze jours .
Les papiers publics ont annoncé le
thlafpi arvenfe comme une plante trèspropre
à détruire les punaifes ; mais il
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
paroît , d'après les obfervations rapportées
dans ce Journal , que cette plante ne
produit pas tout l'effet defiré . L'eau diftillée
de cette plante , & d'autres plantes
citées dans le même article , feroit préférable
aux plantes mêmes , parce qu'on
a beaucoup plus de facilité de l'infinuer
dans les fentes & crevaffes du lit , dans
les plis des rideaux , fans expofer les
étoffes à fe tacher : l'odeur en eft même
plus développée . On pourroit rendre encore
cette odeur plus active en mettant
l'eau dans un vafe fur le feu , & en faifant
circuler la vapeur dans le lit , dont
´les rideaux feroient tirés .
Le fecond numéro de ce Journal fais
mention de différentes méthodes pour
apprêter les peaux des oifeaux , felon les
ufages pour lefquels on veut s'en fervir ,
foit pour l'ornement , foit pour l'utilité. Il
eft auffi indiqué dans ce même cahier un
moyen pour dégraiffer les velours . Les
moindres procédés concernant les arts &
métiers , ne peuvent manquer d'intéreffer
le plus grand nombre des lecteurs.
Aucun de ces procédés n'eſt ici négligé .
Ceux qui fe rafent eux- mêmes feront , par
exemple , fatisfaits de la nouvelle méthode
qu'on leur donne pour repaffer les rafoirs .
On ne fait pas toujours attention que
AVRIL. 1774. io ;
•
lorfqu'on paffe le rafoir fur le cuir , on
appuie plus ou moins . Le cuir , par fa
foupleffe , cède fous la preffion de la
lame , & tend à fe remettre à mefure
que le bord du tranchant paffe : mais le
cuir en fe relevant arrondit & renverfe le
tranchant ; il produit le même effet que
Gon paffoit le rafoir dans une pierre
courte & très- creufe . Comment remédier
à cet inconvénient ? Lifez les obfervations
relatives à ce fujet , tapportées dans
le quatrième cahier .
Ce même cahier , ainfi que les précédens
, fait mention de plufieurs curiofités
d'hiftoire naturelle , qui jettent dans ce
Journal autant de variété que d'agrément.
Le Journaliste nous entretient dans le
dernier cahier d'une production végétale
qui a des caractères particuliers qui
l'approchent des fubftances animales.
Cette production fe trouve dans l'ifle de
Sainte - Lucie. Dans une caverne de certe
ifle , près de la mer , eft un grand baffin
de douze à quinze pieds de profondeur
dont l'eau eft falée le fond eft compofé
de roches , d'où s'élevent en tout temps
certaines fubftances qui préfentent au
premier coup d'oeil de belles fleurs luifantes
, femblables à peu près à nos foucis
fimples , fi ce n'eft que la couleur en eft
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
plus claire , & approche plus de celle de
Ja paille . Quand on veut cueillir ces efpèces
de fleurs , dès que la main ou
autre inftrument en eft à deux ou trois
pieds , elles fe refferrent ou s'enfoncent
fous l'eau , lorfque cette efpèce de tact
ceffe , elles reparoiffent & s'ouvrent de
nouveau. En examinant de près cette
fubftance , on trouve dans le centre du
difque quatre filamens bruns qui reffemblent
à des jambes d'araignées , & qui fe
meuvent au tour d'efpèces de petales
jaunes avec un mouvement vif & Ipontané
ces jambes fe réaniffent comine
des pinces pour faifir la proie , & les petales
jaunes fe refferrent auffi tôt pour
renfermer cette proie , qui ne peut plus
échapper. Sous cette apperence de fleurs
eft une tige noire , grande comme la
queue d'un corbeau , qui femble être le
corps de l'animal. Il y a apparence qu'il
vit d'infectes que jette la mer dans cette
partie d'eau falée qu'il habite. La belle
couleur qu'il porte)elt propre à attirer vers
lui ces petits infectes , qui , comme tous
les animaux aquatiques , fe portent vers
ce qui éclate . On a nommé cette production
fingulière , l'Animal- Fleur.
Une autre curiofité naturelle , mais qui
fe trouve dans le règne végétal , eft l'Am
AVRIL. 1774. 165
bre fontaine. L'eau douce , fi néceffaire à
la fubfiftance des animaux , fe trouve
quelquefois manquer dans certaines contrées
; mais la Nature a , pour réparer ce
défaut , des reffources , dont une entre
autres mérite d'être remarquée par les
curieux , L'ifle d'Hiero , une des Canaries ,
a , pour fuppléer aux trois feules fontaines
qui feroient infuffifantes pour fon
érendue , un arbre qu'on peut bien appe-
Ter l'Arbre-fontaine les habitáns le nom
ment l'Arbre-faint. Ses feuilles diftillent
continuellement une telle quantité d'eau ,
qu'elle fuffit pour abreuver les habitans &
les animaux. Sa feuille eft comme celle
du laurier , mais plus large & toujours
verte : fon fruit reffemble au gland ; il a
à- peu-près le goût du pignon , mais plus
doux & plus odorant .
Différens objets de médecine & de
l'art vétérinaire , des obfervations d'hiftoire
naturelle & de phyfique , des remè
des pour diverfes maladies , recueillis
dans ce Journal , ajoutent à fon utilité &
le rendent un répertoire très - commode
pour ceux particulièrement qui vivent à
la campagne ou dans la retraite , & ne
font pas toujours à portée de confulter
les gens de l'art . Les réfultats de leurs
Ev
TCG MERCURE DE FRANCE.
recherches & de leurs travaux font expofés
ici avec la clarté & la précifion néceffaires
pour pouvoir être faifis par toutes
fortes de lecteurs ; qualité effentielle d'un
écrit périodique , de celui fur - tout qui eſt
confacré à l'utilité publique .
Ce Journal des trois règnes de la Nature
, paroît par cahier de deux feuillès
in- 12 . , le premier & le quinze de chaque
mois . Le prix de la fouſcription eft de r2
liv. par an , rendu port franc par la poſte,
tant à Paris qu'en Province .
Le Spectateur François , pour fervir de
fuite à celui de M. de Mariveaux .
39
L'étude propre à l'homme eft l'homme même.
РОРЕ.
année 1774 ; tome premier , in- 12.
Nos . 1 & 2. A Paris , chez Lacombe ,
Jibraire , rue Chriftine.
Il feroit difficile de décider s'il y a
plus de variété dans l'Homme phyfique
que dans l'Homme moral . Quand on
» confidère que depuis la création , il n'y
» a pas eu deux hommes qui fe foient
» entièrement reffemblés , quoique tous
formés de la même matière & fur les
» mêmes proportions , on eft étonné de
AVRIL. 1774 . 107
30
93
"
" cette fécondité de la Nature . Mais
» l'Homme moral eft bien plus étonnant
» encore. Le nombre des vertus & des
» vices , des défauts & des ridicules ; en
» un mot , l'efpèce des qualités qui compofent
les caractères des hommes, nous
paroît très- bornée , & cependant la dif-
» férence des caractères qui réfulte de
» leurs combinaiſons , eft inconcevable.
Chaque caractère a fon vice ou fa vertu
qui lui eft propre & qui en fait la bafe ;
mais ce vice ou cette vertu prend tant
» de formes différentes , a tant de nuances
, fe préfente fous tant d'afpects , pro-
» duit des effets fi oppofés , que dans le
» monde entier , il feroit plus difficile
» encore de trouver des hommes qui fe
" reffemblaffent parfaitement par le ca-
» ractère que par les traits de leur vifa-
" ge. Ces réflexions font l'objet d'un
difcours inféré dans le deuxième cahier
du Spectateur François . Cet écrit périodique
contribue de jour en jour à nous
convaincre de la vérité des réflexions que
nous venons de rapporter par des peintu
res animées & faites d'après nature , des
différens caractères qu'offre la fociété.
Une philofophie douce , enjouée & toujours
plus portée à mettre fes leçons en
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
action qu'en raisonnemens , rend ce Jour
nal particulièrement utile à l'éducation de
la Jeuneffe , & agréable aux perfonnes de
l'un & de l'autre fexe qui veulent s'inf
truire en s'amufant. Une anecdote parihenne,
rapportée dans ces feuilles , leur
donnera cette leçon utile de morale ; que
la reconnoiflance qui examine un bienfait
n'eft fouvent qu'une ingratitude déguifée
. Baife la main qui t'a fervi , s'écrie
ici le Spectateur , & ne t'inquiete pas f
alle eft lépreufe.
િ
Les lecteurs fenfés applaudiront fur-
Tout aux efforts que fait le Spectateur
pour rappeler le François à fa gaïté narurelle
& primitive . « Il eft fi doux de rire !
D'où vient donc cette manie qu'ont
nos écrivains modernes d'attrifter leurs
lecteurs ? Plufieurs même fe difputent
la gloire d'avoir inventé un genre qu'ils
appellent fombré. Eh ! grand Dieu , de
» combien d'horreurs ils fe rempliffent
la tête pour y exceller ! Toujours au
» milieu des tombeaux , dans les cachots .
» les plus obfcurs , fur les échafauds , toujours
le poignard à la main , & lavant
dans le fang leurs bras enfanglantes ,,
trempant dans les pleurs de l'infortune:
leur plume de fer ; toujours feuilletant
AVRIL. 1774. 109
les archives de la misère humaine ;
quelle occupation pour un être fenfible!
» Sommes-nous donc ou trop gais ou trop
.90
honnêtes gens , pour qu'on ne nous
» mette fous les yeux que ce qui peut ou
» nous affliger ou nous corrompre ? Auffi
voyez les progrès de la philofophienoi
re : elle gagne même les foldats en bu
» vánt bouteille . » Le Spectateur a emprunté
ce dernier mot d'une réponſe de
M. de V. à un de fes amis , qui lui avoit
annoncé le premier , l'aventure de deux
Dragons de St Denis , qui fe brûlèrent la
cervelle le 25 Décembre 1773. On fait
aujourd'hui que l'un des deux étoit fou ,
& que tous les deux étoient perdus de dé
bauche , de dettes, & par conféquent acca-
-blés de remords .
Panurge continue d'annoncer une fuite
d'animaux d'une espèce particulière qu'il
-montre à la Foire Saint - Germain , mais
que l'on peut voir auffi ailleurs. La loge
-du premier animal qu'il indique eft fort
ornée. Cette loge renferme un oiſeau
Jourd & pefant , humant fans ceffe le vent
qui le gonfle. H eft méchant , vindicatif,
emporté , colère , & ne jette que des cris
aigus. Il étale avec fafte l'éclat de fon plumage
, qui eft très - brillant , qu'il femble
dédaigner quand on le regarde, mais dont
110 MERCURE DE FRANCE.
il prend le plus grand foin , quand on a
l'air de ne pas s'en appercevoir. Il méprife
tous les autres animaux . Effayant de
temps en temps de s'élancer comme l'aigle
& le milan ; mais retenu par l'habitude
qu'il a contractée d'aller terre- àterre
comme les oies ; on l'a furpris de
nuit , dérobant en fecret la pâture des
autres animaux & l'entalfant dans fa loge;
mais de jour , & fur tout lorfqu'il voic
nombreuſe compagnie , il la leur diftribue
avec un fafte infultant. Auffi - tôt
qu'on ceffe de le regarder , il ceffe de donner.
Cet animal eft défigné dans la liſte ,
fous le nom de Parvenu.
-
Les arts d'imitation fi propres à nous
diftraire des occupations les plus férieufes
, à répandre quelques fleurs fur le femtier
de la vie , & à élever nos fentimens
par la vue du beau qu'ils nous préfentent
, deviennent fouvent le fujet des réflexions
du Spectateur. Un difcours particulier
eft ici confacré à examiner pourquoi
la mufique , qui , au rapport des
poëtes & des orateurs , produifoit autrefois
des effets fi puiffans , ne nous fait
aujourd'hui éprouver que des fenfations
foibles , momentanées , & qui ſebornent
le plus fou vent à flatter agréablement l'oreille.
Mettrons nous au rang des exagé
AVRIL 1774. III
rations de la Grèce menfongère , des phénomènes
que nos muficiens regardent
comme impoffibles , parce qu'ils ne peuvent
ni les expliquer , ni les concevoir.
Cependant fi l'imitation théâtrale , fi le
fimple récit d'une action tragique , foit
en profe , foit en vers , peut jeter l'ame
dans la trifteffe & la terreur ; s'il peut
faire couler des larmes véritables , pour-
`quoi la mufique n'aura- t elle pas le même
pouvoir ? N'eft - elle pas une imitation
comme la poëfie , la peinture & la fculpture
? Or , fi elle peut imiter les paffons
, elle doit en faire éprouver les effets.
Pourquoi donc agit elle fi foiblement
fur nous ? Pourquoi la poêlie , fi
négligée aujourd'hui , trouve- t elle encore
des ames fenfibles à fon imitation ?
Et pourquoi la mufique , fi généralement
cultivée , ne flatte t- elle que nos oreil
les , & gliffe - t- elle fi légèrement für nos
coeurs ? Le Spectateur , pour mieux ré
pondre à ces queſtions , fait habilement
nfage des obfervations des philofophes
qui ont écrit fur les beaux-arts , & y ajoute
fes propres réflexions qui font celles
d'un homme de goût , d'un critique judicieux
& d'un obfervateur attentif
·
Le Spectateur François eft compofé par
an de 15 cahiers , chacun de trois feuil
112 MERCURE DE FRANCE.
les ; le prix , franc de port à Paris , par
la pofte , eft de 9 liv.; en province de z
liv . On foufcrit chez Lacombe , libraire ,
rue Chriftine , feul chargé de la diftribution
de ce Journal.
Merinval , drame par M. Darnaud , vol .
in-8 ° . à Paris , chez le Jay , libraire ,
rue St Jacques.
Merinval , Gentilhomme retiré du fervice
, goûtoit les charmes d'une vie douce
& tranquille dans la fociété d'une épouſe
qu'il adoroit &qui lui étoit devenue encore
plus chère depuis qu'elle lui avoit donné
un fils . Ce fils , élevé d'abord fous les yeux
de les parens , fut envoyé à Paris pour y
achever fon éducation . Merinval , fupportant
difficilement cette abfence , cherchoir
à diftraire fes ennuis par la préfence
d'un ami avec lequel il partageoit ſa table
& fa maifon. Son coeur aimoit à s'épan
cher tour-à-tour dans le fein de fa femme
& dans celui de cet ami . Merin val igno
roit alors les tourmens de la jaloufie. Des
écrits anonymes qu'on lui fait parvenir par
une main perfide jettent dans fon efprit
des foupçons qu'une imagination trop
prompte à s'enflammer change bientôt en
tertitudes. Merinval croit voir , d'après
AVRIL 1774.
(
les circonstances qui lui font détaillées ;
les preuves de fon déshoneur. Il ne regarde
plus fon ancien ami que comme un infame
adultère , un montre qui a abuſé de
fa confiance. La jaloufie & toutes les fureurs
s'emparent de Merinval. Il s'arme
d'un fer vengeur , & court, tranfporté par
la rage, le plonger dans le fein de fon ami.
Sa barbarie n'eft point fatisfaite ; il demande
une feconde victime : fon épouſe eſt
à fes pieds. Cette femme tremblante
échevelée , embraffe les genoux de ce for
cené , fe juftifie de fes cruels foupçons &
parvient enfin à lui faire tomber le fer des
mains. Mais de nouveaux écrits anonymes
le rendent à fes premières fureurs.
Ces écrits l'accufent de foibleffe & lui reprochent
de s'être laiffé vaincre par les
artifices d'une femme perfide qui porte
même dans fon fein le fruit de fes liaifons
criminelles. Merinval , étouffant alors
tout fentiment en faveur d'une épouſe
qu'il avoit tendrement aimée , fe préfente
à elle comme fon juge & fon boureau ,
& la force à prendre le breuvage empoi
fonné qu'il a préparé. Cette femme expirante
protefte de fon innocence , n'accufe
que l'excès d'aveuglement qui a furpris
fon mari , & meurt en formant des voeux
pourfon affallin. Une fombre mélancolie
114 MERCURE DE FRANCE.
s'empare alors de cet époux. Il eſt livté
aux remords qui accompagnent le crime .
L'enfer eft dans fon coeur. Il s'agite , il
fe fuit , il ne peut plus vivre avec luimême.
Cette cruelle fituation qui fait le
crime nous eft dépeinte dans le premier
acte de ce drame. Mérinval cherche à foulager
festourmens en les dépofant dans le
fein de fon fils qui , de retour dans la
maifon paternelle , après dix ans d'abfence
, n'avoit pas tardé à s'appercevoir da
trouble qui agitoit fon père. La fituation
de cette famille infortunée peut elle devenir
plus cruelle ? Oui , & le lecteur fremit
d'horreur en lifant cette lettre que reçoit
Merinval d'un jeune homme nommé
Seligni , dont il avoit traversé les amours .
Je puis enfin jouir d'une jufte vengeance !
Je commencerai par t'offrir
L'image des tourmens dont tu me fais mourit 3
Ils ont paflé tón espérance.
Pour moi dans l'Univers il n'eft plus de plaifir ,
Qu'un feul , qu'un feul que je goûte d'avance !
Plus que moi tu pourras louffrir.
Rappelle tes excès : armé contre la flamme
Qu'un amour violent allumoit dans mon ame è
Ton caprice à fes loix prétendit m'aflervir.
L'objet que j'adorois , victime de ta rage ,
Eprouva par tes coups le fort le plus affreux
AVRIL. 1774 . 115
募
·
D'un hymen attendu nous préparions les noeuds ;
Ta fureur les rompit ; elle ofa davantage :
Loin de moi , mon amante enlevée à mes voeux
Vit Aétrir fes beaux jours dans un dur efclavage ;
Le chagrin dans la tombe eft venu la plonger ;
Elle eft morte en un mot , cette femme chérie !
Je l'aime encore avec idolatrie !
Et j'ai vécu pour la venger.
Mon ame ici fe répand toute entière :
Tels furent tes bienfaits ; en voici le falaire :
Habile à me jouer de ta crédulité,
(Que l'Amour qui fe venge eft un puiſſant Génic¹)
J'ai fu , dans ton fein agité ,
Jeter tous les ferpens , toute l'atrocité
D'une ftupide & noire jaloufie.
J'ai fafciné tes yeux , dénaturé ton coeur,
Perverti ta railon . En efclave docile ,
Tu fervois à mon gré mon avide fureur ;
Sur tous tes mouvemens j'avois un oeil tranquille
;
Chaque jour , j'ajoutois à ton aveugle erreur.
Oui , c'est moi qui , fans ceffe irritant ta colère ,
Par le fecours heureux d'une main étrangère ,
T'écrivois , nourriflois , échauffois tes tranfports,
Subjuguois ton amour , étouffois tes remords.
C'est moi qui dirigeant un de tes domeſtiques ,
Par l'intérêt , à mes projets foumis ,
Ai de fes faux rapports appuyé mes écrits ,
Et t'ai fait embrafler mille objets fantaſtiques ;
116 MERCURE DE FRANCE.
Je comptois tous tes pas dans le piége affermiss
Jufqu'au bout ma vengeance a dévoré la proie.
Vois donc tous tes forfaits , & fens toute ma
joie :
Evard étoit l'exemple des amis ;
Ta femme , celui des époules 3
Cet enfant , il étoit le tien ;
Tous les trois , je fais tout , on ne m'a caché rien ,
Ont fuccombé fous tes fureurs jalouſes...
Et c'eſt où t'attendoit un amant outragé !
En vains éclats ton déſeſpoir s'exhale.
Ne meurs pas , ne meurs pas ; j'en ferai plus
vengé :
Souffre après ces revers tout le malheur de vis
vre ;
C'eft à ton propre coeur que Seligni te livre...
La fituation de Merinval , qui étoit
cruelle , devient ici horrible , & cette
horreur s'accroît jufqu'à la fin du drame .
Merinval als auquel fon père a communiqué
la lettre qu'il a reçue , fe dérobe de
la maifon paternelle & des bras d'une
épouſe pour courir fur les traces du ſcélérat
Seligni. Il le cherche , le trouve en
fin , & , après l'avoir forcé de fe mettre
en défenfe , fon bras , conduit par la vengeance
, lui plonge dans le fein un fer
meurtrier. Le jeune Merinval eft arrêté
AVRIL 1774. 117
par les Officiers de la Juftice & conduit
en prifon . Son procès eft inſtruit . Ce jeune
homme ne veut point avouer fon nom
& le motif de fon action , de peur de dévoiler
le crime de fon père. Mais ce père ,
inftruit par fes perquifitions de la détention
de fon fils , ne voit que le péril dont
ce cher fils eft menacé ; il fe préfente devant
le Juge dans le deffein de fe déclarer
le feul coupable qui mérite toute la rigueur
des loix , & de fauver fon fils ; ce
qui produit ici un combat très- pathétique
entre l'amour paternel & la piété filiale .
Le jeune Merinval parvient enfin à faire
confentir fon père à garder un fecret qui
ne ferviroit qu'à le conduire fur l'échafaud
fans pouvoir fauver les jours de fon
fils , le conjure , il lui fait même promettre
de confentir à vivre pour rendre à
fon fils un dernier fervice , un fervice effentiel
& le feul qu'il attend dans la pofition
où il fe trouve. Quel est donc ce
bienfait que le prifonnier demande à fon
père?Du poifon, pour ſe fouftraire à l'ignominie
de l'échafaud .
La honte eſt tout , mon père , & l'on brave la
mort.
Ce père fe foumet à fon fort plein
d'horreur; il vient trouver fon fils dans
118 MERCURE CURE
DE FRANCE.
la prifon , il lui porte le poifon , mais
après en avoir pris en fecret , afin que la
mort le réunifle à fon fils. Il en fent déjà les
approches , & fa main tremblante laiffe
tomber la boîte fatale que lui demande.
le jeune Merinval . Dans cet intervale ,
l'époufe du prifonnier , Eugenie , dont les
inquiétudes font dépeintes dans ce drame
avec beaucoup de fenfibilité , apporte à
fon mari des lettres de grâce , accordées
d'après l'aveu même que le fcélérat Seligni
a fait en mourant , de fes forfaits.
Çependant Merinval père fuccombe à l'ef
fort du poifon qu'il a pris . Cet homme ,
emporté vers le crime comme malgré lui ,
s'eft vu fucceflivement l'affaffin de fon
ami , de fa femme , de l'enfant qu'elle
portoit dans fon fein & de lui - même.
Quelle leçon plus terrible des malheurs.
& des crimes qui fuivent le fol aveuglement
de la jaloufie ?
Le Comte de Comminge de M. d'Arnaud
a fait verfer des larmes ; fon Merinval
fera frémir. L'auteur nous prévient
dans fa préface qu'il a emprunté le fujet .
de ce dernier drame d'un roman intitulé ,
le Monde moral. M. D. , en avouant la
fource où il a puifé , donne un exemple
qui fera parement fuivi . Mais l'auteur , en
tranfportant l'aventure du roman fur la ,.
I
AVRIL 1774. 119
fcène , y a fait les changemens qu'il a cru
les plus propres à l'action & à l'effet théâ
tral . Nous doutons cependant que la ſcène
où il nous repréfente un lieutenantcriminel
affis fur fon tribunal & inftruifant
, avec les formalités ufitées , le procès
d'un prifonnier , puiffe réuffir fur le théâtre
françois. Il feroit facile de donner les
raifons de ce doute . D'ailleurs , quelque
motif qui ait fait agir le fils de Merinval,
le fpectateur ne peut le regarder que com.
mè un allafin qui rentre dans la claffe
ordinaire des criminels . Son père , dont
l'ame foible & crédule dirige tous fes
mouvemens d'après de fimples écrits anonymes
, peut encore moins intéreder en
fa faveur. Mais la fcène de l'inftruction
criminelle que nous venons de citer , a
donné occafion au poete de nous peindre
la fituation pathétique d'un père & d'un
fils qui veulent fe dévouer l'un pour l'autre
à la mort, & à quelle mort , grand
Dieu ! Il y a plufieurs autres fituations
dans ce drame qui font friffonner , & le
poëte a habilement laiffé des efpaces pour
le gefte & la pantomime , parce que , dans
çes fortes de peintures , c'eft la fcène
muette qui doit achever le tableau .
Ce drame eft précédé d'un difcours qui
120 MERCURE DE FRANCE.
contient plufieurs obfervations relatives
à l'art dramatique. L'auteur répond dans
cette même préface aux reproches que
quelques perfonnes lui ont faits fur fon
peu d'empreffement à obtenir les honneurs
de la fcène françoife. Les délais auxquels
il faut fe foumettre pour parvenir à
être repréfenté ne font pas fans doute une
des moindres raifons qui portent un homme
de lettres à s'interdire l'entrée de la
carrière dramatique. Un auteur, preffé de
jouir , eft quelquefois obligé d'attendre
cinq ou fix ans pour obtenir les honneurs
de la repréfentation . Ces difficultés ne
peuvent que jeter le talent dans un découragement
nuisible à l'avancement de l'art
dramatique. Si nous avions deux théâtres ,
comme M. d'Arnaud & plufieurs autres
écrivains , amis de nos plaifirs & de notre
gloire littéraire , l'ont remarqué , ces inconvéniens
ne fubfifteroient plus ; on auroit
encore l'avantage de voir jouer fur
ces deux théâtres le même fujet traité
différemment. N'a- t- on pas vu paroîrre
à la fois la Berenice de Corneille & celle
de Racine ? Alors le Public feroit en état
de prononcer : ce qui échaufferoit l'efprit
d'émulation fi néceffaire aux progrès des
arts.
Catalogue
AVRIL. 1774. 121
Catalogue des livres de la Bibliothèque de
feu M. Morand , Ecuyer , Chevalier
& Secrétaire de l'Ordre du Roi , aſſocié
penfionnaire de l'Académie royale
des Sciences , de la Société royale de
Londres, & des Académies de Rouen ,
Pétersbourg , Stockolm , Bologne
Florence , Cortone , Porto , & Harlem
; Infpecteur général des hôpitaux
militaires , Chirurgien- major de l'hôtel
royal des Invalides , ancien fecrétaire
de l'Académie royale de Chirur
gie & Cenfeur royal ; dont la vente fe
fera le lundi 14 Avril 1774 , & jours
fuivans , en fa maifon rue de Grenelvol.
in- 8°. A Paris , chez Prault ,
fils aîné , libraire , quai des Auguftins ,
près la rue Pavée , à l'Immortalité.
le ;
Ce catalogue eft précédé d'une lettre
fur feu M. Morand , traduite du latin de
M. Morand , docteur régent de la Faculté
de Médecine ,& penfionnaire de l'Académie
royale des fciences. Cette lettre a
été adreffée aux différentes Académies
des pays étrangers. M. Morand , fils de
feu M. Morand , après avoir rendu compte
dans cette lettre de la perte qu'il vient
de faire , rend un jufte hommage à la
1. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
mémoire d'un homme qui ne ceffa , par
fes confeils & les travaux , de fe montrer
l'ami de l'humanité & de contribuer pat
fes écrits aux progrès des fciences qui
avoient fait l'objet de fes études . Čes
fciences , comme on le penfe bien , forment
les claffes les plus riches & les plus
complettes de la collection que nous venons
d'annoncer.Le catalogue qui contient
´23 10 articles a été dreffé par le St Prault ,
libraire , dont le fyftême bibliographique
nous a paru plus exact & plus commode
que ceux qui ont été adoptés juſqu'à préfent.
Ce fyftême offre beaucoup de divifions
& de fubdivifions qui facilitent les
recherches & procurent le moyen de reconnoître
promptement les différens
écrits raffemblés fur le même objet.
Journal des Dames , dédié à Madame la
Dauphine , par Madame la Baronne
de Princen . A Paris , chez Lacombe ,
rue Chriftine ..
La Mythologie avoit choisi Apollon
pour préfider aux fciences & aux arts ,
mais elle lui avoit donné pour compagnes
les neufs Mufes , parce que les Anciens
étoient perfuadés que fans le concours
d'un fexe qui fait répandre par tout les
AVRIL. 1774. 123
grâces & l'agrément , les fciences & les
arts ne préfenteroient rien que de trifte
& de rebutant. Le journal que nous venons
d'annoncer n'eft donc pas fimplement
un hommage rendu aux Dames , c'eft encore
un moyen de plus d'étendre l'Empire
de ce beau naturel , de ce fentiment vif
& délicat , de cerre raifon affaifonnée
qui eft l'apanage des Dames. L'Auteur
a taffemblé en conféquence dans ce Journal
des analyfes d'écrits dictés par les Dames
ou compofés pour elles , des contes
moraux , des poëfies légères , un choix
d'anecdotes & de bons mots. Une autre
partie de ce Journal eft destinée à nous préfenter
des traits ou des précis hiftoriques
fur les femmes qui fe font rendues recommandables
par des actes de fenfibilité , de
générofité , de bienfaifance , par des talens
fupérieurs ou par cet empire que donne la
vertu unie aux grâces & à la beauté ; & ce
Journal étoit digne à ce titre d'être préfenté
à l'augufte Princeffe qui a bien voulu
en accepter la dédicace.
Parmi les traits hiftoriques qu'offre ce
Journal , il y en a un qui peut être placé à
côté de celui que l'hiftoire ancienne rapporte
de cette femme Lacédémonienne
qui arma fon fils pour la guerre & lui
Fij
124 MERCURE
DE FRANCE.
dit , en lui préfentant un bouclier: aut hoc,
aut in illo. Rapporte ce bouclier , ou que
ce bouclier te rapporte. La Marquife de
C *** avoit cinq fils au fervice , qui tous
marchoient fur les traces de leur illuftre
père. Un fixieme fils étoit refté à C ***,
terre de la Marquife . Son jeune âge &
une fanté délicate avoient engagé la mère
à le garder auprès d'elle. Au milieu de
la campagne , à la fameufe bataille d'Arcy
, le Marquis de C*** & fes cinq fils furent
tués , en combattant glorieufement
,
prefque fous les yeux du Roi. Cette trif
te nouvelle fat annoncée à la Marquife,
par un courier que lui avoit dépêché le
Comte de D *** fon frère . Elle parut un
inftant comme accablée d'un coup auffi
terrible ; mais bientôt ,ranimée par le courage
le plus héroïque , elle ordonna
qu'on allât lui chercher une armure qu'elle
avoit fait faire , il y avoit peu de temps ,
pour fon dernier fils ; dès qu'on la lui eut
apportée , elle en couvrit elle même le
jeune homme en lui difant : allez , mon
fils , venger votre père & vos frères , ou
mourir comme eux aux fervice de votre
Roi : enfuite , fans répandre une larme
elle donna fes foins pour hâter le départ
d'un fils fi cher. Comme il montoit à
AVRIL. 1774- 125
cheval , & qu'il lui faifoit fes adieux avec
trifteffe : fongez àla gloire , mon fils , lai
dit la Marquife , & point de foibleffe ; rendez-
vous digne de mes regrets , ou du plaifir
quej'aurois à vous revoir . Ce jeune homme
devenu l'héritier du nom & de la valeur de
fes ayeux , & animé par l'exemple de fermeté
qu'il avoit reçu d'une auffi digne
mère,fe comporta à l'armée d'une manière
à s'attirer les regards de Henri le Grand,
Le Prince s'informa qui étoit ce jeune
Chevalier ; & lorfqu'on le lui eut nommé
, il s'écria avec vivacité : « Ventre-
» faint-gris , la Maiſon de C *** eſt
» une de mes pépinières de héros ; il
faut me conferver précieufement ce
rejeton - là . Le Chevalier de C ***
non moins brave que fon père & fes
frères , mais plus heureux , revint à la
fin de la campagne auprès de fon illuftre
mère recevez dans vos bras , lui
» dit il , un fils qui vous aime . » J'embraffe
avec une joie extrême un fils qui
m'honore , répondit la Marquife. La
maifon de C *** eft une des plus ancien
nes du Comtat d'Avignon . L'anecdocte
aété fournie par le Marquis de C *** qui
refte feul de cette refpectable famille , & a
exigé que l'auteur du Journal des Dames
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
fe contentât de défigner par une fimple let
tre le nom de la Marquife de C ...
Quelques autres anecdotes rapportées
dans le même Journal peuvent fervir à
nous peindre la vivacité d'efprit ou l'aimable
naïveté de jeunes perfonnes. Un
fat dépourvu d'efprit , mais très bavard
avoit pendant une heure ennuyé la fociété
où il étoit ; puis s'adreffant à Mde la
Marquife de .. il lui dit avec un air
fatisfait N'eft- il pas vrai , Madame ,
que je parle comme un livre ? « Oh ! pour
» cela oui , Monfieur , lui dit elle ; il
» ne vous manque que d'être relié en
» veau . »
•
Une jeune payfane des environs d'Apt
en Provence , étoit occupée à veiller dans
un champau foinde fon troupeau . Le Marquis
de M... qui chaffoit dans ce même
lieu , crut pouvoir s'amufer de l'ignorance
qu'il fuppofoit à cette bergère : « com-
» bien de fois par jour , lui dit il , défends-
tu tes agneaux du loup ? Hélas ,
Monfieur , lui repondit elle en feignant
un air humble , je ne l'aijamais vu qu'aujourd'hui.
»
.
»
Les contes moraux , les analyfes de
livres , les précis hiftoriques , différentes
pièces de vers compofés en l'honneur de
AVRIL. 1774. 127
la Beauté & de la Vertu doivent être lus
dans l'ouvrage même. Plufieuts de ces
morceaux , dictés par le fentiment & la
reconnoiffance , ont été composés par
l'auteur même du Journal , & annoncent
autant de délicatelle que de goût .
Cet ouvrage périodique peut devenir
de mois en mois plus intéreffant , fur- tont
fi l'auteur ne néglige point , comme il le
fait efpérer , de nous faire connoître nonfeulement
les Dames qui fe diftinguent
dans les fciences & la littérature , mais
encore celles qui contribuent aux progrès
des beaux arts par des talens fupérieurs.
L'Académie royale de Peinture fournira
quelquefois occafion au Journaliste des
Dames de célébrer des productions qui
ne font pas moins d'honneur à l'académie
qu'au beau fexe.
L'art de la Toilette & cette partie de
la Médecine qui apprend à conferver la
fanté & à foigner celle des enfans , dont
le dépôt eft ordinairement confié aux
femmes , peuvent auffi fournir des articles
intéreffans au Journaliſte .
Les deux premiers volumes de ce Journal
font publiés. Il en paroîtra un chaque
mois , compofé de cinq feuilles d'impreffion
in- 12. Le prix de l'abonnement eft de
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
>
12 liv. pour Paris , & de IS liv. pour la
Province , franc de port. Il faut s'adreffer
pour foufcrire , chez Lacombe , libraire
rue Chriftine , & chez Mde la Baronne
de Princen , auteur du Journal , rue des
Bernardins , maifon de la Dame Corpe,
let , vis -à-vis le collége St Bernard. Les
perfonnes de province qui voudront s'abonner
pourront mettre le prix de l'abon
nement à la pofte , en l'affranchiffant &
en écrivant feulement une lettre d'avis à
l'une des deux adreffes ci- deffus , pour
indiquer le nom de la perfonne & du
lieu où l'on pourra adreffer le Journal .
Les ouvrages faits par les Dames ou pour
les Dames , qu'on voudra faire inférer
dans le Journal, feront adreflés , francs de
port , à l'auteur.
Les papiers publics d'Allemagne viennent
d'annoncer un ouvrage périodique
destiné pareillement à l'inftruction & à
l'amufement du beau fexe. Ce nouveau
Journal , compofé en allemand & imprimé
à Halle , a pour titre : Académie des
Graces , ou Entretiens littéraires pour les
Dames.
AVRIL 1774. 1.29
De la connoiffance & du traitement des
Maladies , principalement des aiguës ;
Ouvrage fondé fur l'obſervation ; traduit
du latin de M. Eller, premier mé
decin du Roi de Pruffe , & c, & c. par
J. Agathange le Roi , docteur en médecine
, médecin de Mgr le Comte de
Provence & de la compagnie Suiffe de
fa Garde ordinaire ; membre des Académies
des Sciences de la Heffe & de
Mayence , à Erford , chargé en chef des
pharmacies des hôpitaux fédentaires
& ambulans des armées du Roi en Allemagne
, pendant la dernière guerre.
vol in 12 ; prix 3 liv.relié. A paris , chez
Valade , libraire , rue St Jacques . ;
Montpellier, chez Fontanel,rue du gou-
"
vernement,
M. Eller , perfuadé de bonne heure du
danger des hypothèfes dans un art qui doir
être entièrement fondé fur des connoiffan
ces anatomiques & fur l'obfervation , a
conftamment pratique la médecine felon
la méthode d'Hippocrate , la raison & l'expérience.
La pratique de M. Eller eft fimple
, & on peut dire avec fon eftimable
traducteur qu'il a exécuté ce que le grand
Boerhaave defiroit faire,la médecine avec
Fr
130 MERCURE DE FRANCE.
peu de drogues. Sa théorie lumineufe peut
rendre fenfibles les phénomènes qui embarraffent
fouvent lepraticien dans le cours
d'une maladie , & cette théorie eft encore
propre à éclairer la marche de la maladie.
L'ouvrage eft divifé en 15 fections.
L'auteur, après avoir expofé dans la première
, les conditions qui conſtituent la
fanté , ou la meilleure manière d'être , traite
dans les fections fuivantes des différentes
fortes de fièvres , des maladies inflammatoires
& autres. La fection quatorzième
concerne l'apoplexie. Les degrés variés
de cette maladie font diftingués par les
fymptômes qui les caractérifent ; les fignes
qui la font prévoir dans un fujet qui en eft
menacé font indiqués , aipfi que les
moyens propres à la traiter , avec autant
de fuccès qu'on peut s'en promettre contre
une maladie qui eft mortelle , quand elle
eft complette , & difficile à guérir dans les
cas ordinaires. La paralyfie termine la
quinzième & dernière fection . L'auteur
en nous faifant connoître la marche de
cette maladie, y porte le flambeau de l'obfervation.
En général cet ouvrage annonce
un obfervateur exact , nourri des écrits
des plus grands praticiens , & qui ne perd
jamais de vue cette fage circonfpection
›
AVRIL. 1774. 131
qui doit caractériſer le médecin chargé &
occupé des intérêts de la Nature.
Ces fortes d'écrits , en éclairant la pratique
de la médecine , ne peuvent manquer
d'écarter cette foule de charlatans
qui abufent de l'ignorance du malade pour
mettre fa crédulité à contribution . On
ne peut d'ailleurs trop multiplier les
moyens d'inftructions pour ceux qui par
l'éloignement des fecours ne peuvent les
réclamer affez tôt. « Mais , comme l'obfer-
» ve fagement le traducteur de M. Eller ,
» c'eft dans le cas feul d'une impoffibilité
» abfolue que les perfonnes charitables &
» les plus intelligentes peuvent fe permet-
» tre d'adminiftrer des fecours aux malades
. Dans tout autre , n'héfitons pas
à les croire coupables d'un événement
» malheureux . Les médecins eux- mêmes
» favent qu'après avoir fait une étude particulière
& longue de l'art de guérir ,
» ils trouvent encore chaque jour des dif-
» ficultés qui les arrêtent & qui les plon-
» gent dans des incertitudes qui leur ren-
» dent la pratique de leur art très - amère ,
quand ils font fenfibles. » "
Introduction à la Syntaxe latine pour
apprendre aisément à compofer en la-
F vj
#32 MERCURE DE FRANCE.
tin : avec des exemples de thême appropriés
aux règles de la fyntaxe , propor
tionnés à la portée des enfans : à quoi
l'on a ajouté un abrégé de l'hiftoire
Grecque & Romaine , par Jean Clarke,
principal du collège de la ville de Hull
dans le comté d'York ; ouvrage traduit
fur la fixième édition Angloife , retouché
, mis à l'ufage des colléges françois,
& augmenté d'un vocabulaire latin &
françois , par M. de Wailly ; vol. in 12.
à Paris , chez J. Barbou , rue des Ma
thurins.
Cette introduction contient les princi
pales règles de la fyntaxe & des exemples
pour compofer des phrafes & des thèmes
fur ces mêmes règles, L'auteur donne un
chapitre fur chaque règle de la fyntaxe . La
règle eft fuivie de différentes phrafes , our
il fait entrer une grande quantité de mots,
que l'écolier apprend ainfi imperceptiblement.
I varie tellement ces mots , que
dans chaque chapitre il fe trouve des noms
& des verbes de différentes déclinaifons
& conjugaifons ; ce qui fert à affermir
l'écolier dans cette première partie de la
grammaire. Comme rien n'arrête plus les
enfans que la néceffité de chercher les mots
dans les dictionnaires , & que même le
AVRIL. 1774. 133
plus fouvent ils fe méprennent pour le
vrai fens du mot qu'ils emploient , on le
leur metici , mais feulement au nominatif,
fi c'eſt un nom , ou à la première perfonne
du préfent indicatif , fic'eft un verbe
; c'eft aux enfans à mettre enfuite ce
nom au cas' , ou ce verbe au temps , à la
perfonne & au nombre que demande le
fens de la phrafe. Et afin qu'ils fachent ,
en tenant ainfi leur mot , comment il
faut le décliner , ou le conjuguer , on a
ajouté dans cette nouvelle édition un petit
dictionnaire de tous les mots de la première
partie de l'ouvrage de M. Clarke .
L'auteur , fuivant toujours fon plan , a
donné dans la feconde partie une fuite de
thêmes qui contiennent un abrégé de l'hiftoire
grecque & romaine , hiftoire dont
les enfans ont le plus befoin pour entendre
leurs auteurs claffiques . Cette métho
de préfente encore d'autres avantages qui
peuvent lui mériter en France le même
accueil qu'elle a reçu en Angleterre .
Des Caufes du Bonheur public , ouvrage
dédié à Monfeigneur le Dauphin par
M. l'Abbé Gros de Befplas , de la Maifon
de Sorbonne , Aumônier de Mgr
le Comte Provence , &c . Seconde édi134
MERCURE DE FRANCE.
tion revue , corrigée & confidérablement
augmentée . A Paris , chez la Ve
Laurent Prault , libraire , au bas du
pont St Michel , 1774 ; 2 vol. in- 12 .
De tous les fujets qu'on peut offrir aux
yeux de la philofophie & de la politique ,
il n'en eft pas de plus intéreffant que celui
que nous annonçons . Aucune Nation ,
aucun royaume qui n'y doive prendre part.
Les caufes du bonheur public ; quelle matière
renferme de plus grands intérêts !
Le plan de M. l'Abbé de B ... eft fimple
& la marche de fon livre , majestueule.
L'accord de la morale & de la politique ,
c'eſt à dire, de la fcience de gouverner les
hommes , voilà , felon lui , le principe
du bonheur des États . En vain de fombres
politiques le chercheroient- ils ailleurs ;
une foule de raifonnemens & de faits raffemblés
dans l'ouvrage , le tableau des
différens Empires anciens & modernes
font voir que la légiflation , de quelque
manière qu'elle foit modifiée, ne peut por
ter fur un autre fondement . De la morale
, l'auteur déduit les moeurs , & des
moeurs , le caractère de la Nation. Ainfi
il établit pour première caufe du bonheur
public , le caractère national .
M. de B *** pofe un fecond principe
AVRIL. 1774. 135
très important , favoir que la morale fon.
dée fur la confcience du bien & du mal ,
eft elle même fans appui durable , fi elle
n'eft accompagnée du fecours de la reli
gion.
Il ne lui refte qu'un dernier trait à ajou
ter pour achever fon plan . Un caractère &
une Religion font deux grands mobiles
fans doute , mais il faut une première
caufe qui dirige l'un & maintienne l'autre.
L'auteur place avec raifon cette caufe
dans la perfonne & les vertus des Rois.
M. de B *** , qui dirige en partie fon
fujet vers la Nation , remarque fept vertus
principales dans notre caractère : la
Douceur , l'Equité , la Valeur , l'Honneur
, l'Amour pour nosmaîtres , le goût
des lettres & des fciences , enfin les bonnes
moeurs. Si cette dernière vertu a été foovent
obfcurcie parmi nous, il fait voir que
nous avons toujours eu un fond d'eftime
pour elle , & qu'il a toujours été facile de
nous y ramener. Il développe tous les ref
forts que la politique doit faire agir pour
tourner ces vertus au plus grand bien de
l'Etat. Tous les chapitres de cette partie
font très- importans pour un législateur
& pour un philofophe. L'auteur n'y perd
jamais de vue fon objet , remontant con136
MERCURE DE FRANCE.
tinuellement des effets aux cauſes , &
trouvant dans celles -ci le
germe
des diffé,
rentes opérations du gouvernement . Les
chapitres fur - tout de la Douceur & de
l'Honneur , celui de l'Amour des Lettres
& des bonnes moeurs nous ont paru profondément
raifonnés & remplis d'excel
lentes vues. On trouvera dans celui de
l'amour pour nos Souverains , un tableau
fort attendriffant & très animé de l'émo ,
tion des François au moment de la mar
ladie du Roi à Metz.
Il n'eftpas moins important de fuivre
M. de B..dans la feconde partie de fon
ouvrage. Il forme comme une chaîne
de devoirs depuis le trône jufqu'aux dernières
clafles de la fociété , & fait voir
par -tout que dans aucun ordre de citoyens,
la police publique ne peut fe pafler de
l'influence de la Religion . Ce n'eft point
un théologien prévenu qui parle , mais
un moralite éclairé , un politique habile
qui , pénétré de la grandeur & de la
vérité de fon fujet , montre le rapport de
toutes les parties de ce majeftueux édifice.
M. de B ** a peut-être même cet avaht
tage fur les auteurs qui ont traité de cette
matière , les Puffendorff , les Grotius
les Burlamaqui , Montefquieu lui- même,
AVRIL. 1774 1774. 137
.
qu'il a porté plus près de la démonftration
cette importante vérité. Warburton a
écrit fur l'accord de la morale, de la Religion
& de la politique , mais fon ouvrage
, divifé en differtations , ne préfente
pas un enchaînement
fuffifant de principes
& de conféquences
ni un tableau affez déterminé
de la fociété. Le livre de B **
au contraire réfléchit par-tout la même lumière
; d'ailleurs l'auteur Anglois , en
s'égarant dans beaucoup de difcuffions fur
l'initiation aux myftères des Anciens , eft
tombé dans un autre défaut ; il a tellement
infifté fur la religion nationale & civile
, qu'il n'a fait de fon ouvrage qu'un
fyftême local , dans lequel il a laillé voir
à chaque moment l'action de l'homme.
M. de B. , pénétré de l'excellence des
moyens renfermés dans la Religion chrétienne
, en a fait voir l'influence far tous les
pays de l'univers , ne laiffant , pour ainfi
dire , jamais tomber les rênes des Empides
mains du Très - Haut . Il montre
la néceffité de cette influence fur- tout dans
les Magiftrats , dans l'Homme de Lettres
dont le génie trop difpofé à s'égarer a
befoin de cette digue puiffante pour être
retenu ; dans les Militaires , dans les Riches
, enfin dans le peuple . Quelquefois
138 MERCURE DE FRANCE.
l'auteur entre dans des détails qui , au
premier coup d'oeil , ne paroiffent pas exiger
la même attention ; mais plus approfondis
, ils ne laiffent plus lieu de douter
de leur influence fur le bon ordre de la fociété
tels font les chapitres fur les Moraliftes
, les Colléges , les Séminaires ,
le Clergé des Paroiffes ; enfin celui des
couvens. De ces foibles fources qui échappent
fouvent à nos regards , l'auteur fait
fortir une partie de la tranquillité publique
, y puifant les plus fürs moyens de la
maintenir.
M. de B.. , attaché fidèlement à fon
plan , couronne fon ouvrage par les vertus
du chef de la fociété. Cette partie pourroit
former , toute feule , un traité à part
fort intéreffant . La religion du Souverain
, fa juſtice , fa fagefle , fa fermeté , fa
modération ; enfin fon amour pour fes
fujets font les vertus que l'auteur établit
comme indifpenfables. Son chapitre de
la Juftice renferme de fort belles idées ,
des vues très - importantes fur la légiflation
; celui de la Sageffe en offre de trèsintéreflantes
fur le luxe & la police des
Etats ; celui de la Fermeté & de la Tempérance
eft peut être le plus beau de tout
l'ouvrage ; enfin celui de l'Amour pour
AVRIL. 1774. 139
les fujets et très- capable d'intéreffer pour
les bons Souverains , &, par un jufte retour,
pour l'auteur lui - même qui défend ,
avec tant de force & de courage , la caufe
des Nations devant les Rois , & préfente
à ceux -ci tant de motifs de s'attacher à
leurs peuples & de s'occuper de leur bon
heur.
La conclufion qui vient enfuite , eft le
réfumé de tout l'ouvrage. Ce morceau ,
très bien fait , eft un fidèle tableau de ce
qui a été dit. L'auteur ne s'y répète point,
& préfente fous un nouveau jour , l'abrégé
de fon fujet. La marche de ce morceau
eft des plus rapides ; il eft terminé par
une fort belle invocation à la Vérité.
M. de B.. , comme il le dit lui - même
avec raifon , a renfermé un fecond ouvrage
dans celui que nous venons d'analyfer.
Nous voulons parler des notes qu'il a placées
à la fin de chaque partie . Nous devons
plutôt les appeler d'importantes
differtations fur les endroits les plus confidérables
de fon ouvrage : telles font , à
la fin de la première partie , la note fur
la Juftice & la Vérité ; fur la nature des
Gouvernemens : à la fin de la feconde ,
la note fur l'intérêt , fur l'influence des
Femmes dans la fociété , fur le théâtre ,
140 MERCURE DE FRANCE.
fur l'abus du jeu dans les régimens , fur
la licence des plaidoyers , fur le doute ,
fur la néceffité & la dignité du travail ,
fur l'ufage de l'argent , fur la mendicité
à la fin de la troisième partie , la note
fur la nature du pouvoir , fur le partage
inégal des terres ( differtation des plus
importantes de cet ouvrage & remplie
d'idées neuves ) fur le fecret , fur les fauffes
nouvelles, fur l'inutilisé de la guerre ;
enfin , fur les faifeurs de projets , la connoiffance
du grand monde , celle de l'intérieur
des confciences. La lecture de
T'hiftoire & un jugement profond rendent
ces differtations également folides
& curieufes.
Tel eft le plan , la marche & le fond
de cet ouvrage.
Le talent de l'auteur pour la chaire a
déjà paru , foit par un excellent ouvrage
qu'il a donné fur cette matière , foit par
la manière dont il a prêché à Paris & devant
le Roi : on a lieu de croire qu'il n'en
reftera pas là , & qu'il s'y diftinguera comme
il l'a déjà fait avec éclat dès le temps
de la licence. Ce nouvel ouvrage annonce
des talens littéraires & politiques , une
fermeté digne de l'état eccléfiaftique &
un excellent citoyen.
AVRIL. 1774. I 41
Recueils de Mémoires & d'obfervations
fur la perfectibilité de l'homme.
Nous avons déjà donné une idée du
premier de ces recueils. L'Auteur en annonce
la continuation par un nouveau
profpectus , qu'il diftribue gratuitement
chez lui & chez Moutard , avec celui de
fa Maifon d'Education . Le fecond recueil
paroîtra dans le mois d'Avril prochain
, & contiendra un nouveau Tableau
d'éducation phyfique. Les fuivants fe fuc
céderont tous les deux mois , de manière
qu'il en paroîtra fix chaque année. L'Auteur
fe propofe d'y décrire l'art de former
les organes , par l'ufage bien réglé
des Agents vitaux ; l'art de figurer les
membres de la manière la plus propre à
l'exercice de leurs fonctions , & celui de
guérir les boffes & autres difformités , au
moyen d'exercices , d'attitudes , de topiques
& de machines ; l'art de donner de
ladrelle par la gymnaftique ; le grand
art enfin , « de développer chaque fens
extérieur & intérieur , d'augmenter la
mémoire, de feconder l'imagination, de
» rendre la réflexion active , de donner
25
"
142 MERCURE DE FRANCE .
n» de la juſteſſe à l'efprit , & de corriger
» fes vices . »
Voila ce que l'Auteur comprend fous
le titre d'éducation Phyfique & de Médecine
oeconomique. En y joignant l'éducation
morale , il fe propofe d'éclaircir la
théorie encore fi obfcure des paffions , pour
fonder l'art de faire naître les bonnes
moeurs & corriger les mauvaiſes ; il fe
propofe de plus , de réduire en un feul
corps élémentaire , les principes de toutes
les fciences utiles . Il annonce des méthodes
plus fimples , pour enfeigner la
mufique , les langues , les arts & les
fciences. Il doit s'occuper de la confection
& de l'exécution des plans publics
& particuliers d'éducation .
la
M. Verdier promet de ne point furcharger
fes recueils de compilations , &
de les faire aux dépens de l'obfervation ,
de l'expérience & de l'analyfe. Joignant
à la théorie dans fa Maifon
pratique
d'éducation , il peut réunir en effet avec
facilité , le rôle d'Obfervateur à celui de
Philofophe. I invite les Savants & les
Inftituteurs , de lui faire part de leurs obfervations
& réflexions ; il promet de les
recevoir avec reconnoiffance , & de leur
rendre l'hommage qui leur fera dû.
AVRIL. 1774. 143
« Chacun de fes recueils fera compo-
» fé de fix à fept feuilles in- 12 , carac
» tère de cicero , & fe vendra 24 fols.
» Ceux qui defireront les recevoir chez
» eux francs de port , foufcriront pour
» l'année , en payant , favoir , 7 liv. 4 f.
» pour Paris , & 9 liv. pour la Province.
» Ceux qui ont le premier recueil ,› paye-
" ront 24 fols de moins .
"
» On foufcrira à Paris chez l'Auteur
» à la Maifon d'éducation , Quai St Ber-
» nard , près de la rue de Seine ; chez
Moutard , Libraire de Madame la Dau-
» phine , Quai des Auguftins , à St Am-
» broife ; & chez les Libraires des principales
villes de Province. On aura foin
» d'adreffer les lettres & l'argent francs
» de port. »>
99
Six nouveaux volumes in- 12 de l'Hif.
toire & des Mémoires de Littérature de
l'Académie Royale des Infcriptions &
Belles-Lettres ; favoir , tome quinzième
de l'Hiftoire , & les tomes 55 , 56 ,
57 , 58 , 59 des Mémoires ; le volume
en blanc , 2 liv. 10 fols , & ;
liv. fols relié S , Hôtel de Thou , rue
des Poitevins .
Ces fix volumes que l'on publie au144
MERCURE DE FRANCE.
jourd'hui , répondent aux volumes 31 &
32 in-4 ° . Cette édition in- 12 , fera au
pair de l'in-4° . l'année prochaine : on en
publiera 6 volumes chaque année. L'on
fait combien cette collection eft utile :
c'eſt un immenfe dépôt de richeffes littéraires
, où peuvent puifer tous ceux qui
étudient l'antiquité ; ces nouveaux volumes
ne cèdent en rien aux précédens ,
pour l'intérêt des matières & le mérité
de l'exécution . Les noms des hommes
les plus célèbres en tout genre de littérature
, infcrits à la tête de ces Mémoires
rappellent tout ce qu'on doit à leurs travaux
, & fuffifent pour établir la confiance
du Lecteur.
On trouve actuellement chez Durand
neveu , Libraire , rue Gallande , les ouvrages
de M. Bezout , de l'Académie
Royale des Sciences ; ſavoir :
1°. Le Cours de Mathématiques , à l'ufage
des Gardes du Pavillon & de la Marine
, comprenant 6 vol . in - 8 °. petit papier
, l'Arithmétique , la Géométrie , &
les deux Trigonométries , l'Algèbre &
l'application de l'Algèbre à la Géométrie ;
les Elémens du calcul différentiel & inté
gral ; la mécanique , l'hydroftatique & le
Traité
AVRIL. 1774. 145
Traité de navigation ; prix 25 liv. 10 f
2°. Le Cours de Mathématique , à
l'ufage du Corps-Royal de l'Artillerie ,
en quatre vol. in - 8°. , grand format ;
prix 32 liv.
It's
Le Jay , Libraire , rue St Jacques ,
mertra en vente le 20. Avril ,
Voyages de Michel de Montaigne en
Italie , par la Suiffe & l'Allemagne . Plufieurs
circonstances qui n'avoient pour
but que la perfection de cet ouvrage ,
ont contribué jufqu'à ce moment , à en
retarder la publication.
Ces voyages font imprimés en trois
formats différens , pour la commodité
des perfonnes qui font pourvues des effais.
On joint ici le prix des différentes
éditions de ces voyages en fenilles. in-
4°. , grand papier , avec le portrait , 18 l.
En 2 vol. in 12 , grand papier , avec le
portrait , 5 liv . En 3 vol. in- 12 , petic
papier , avec le portrait , 4 liv. 10 fols.
On prie MM. les Soufcripteurs de l'édition
in-4°. , de faire retirer leur exemplaires
le jour ci- deffus ou les fuivans.
Fragmens de Tactique , ou fix Mémoires
; 1. Sur les Chaffeurs & fur la
1. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
charge. 2 ° . Sur la manoeuvre de l'Infan
terie. 30. Sur les principes de Tactique
& fur la colonne . 4°. Sur la marche.
50. Sur les ordres de bataille . 60. Sur
I'Effai général de Tactique , relativement
à ces différens objets , fuivis de deux additions
; la première , contenant des réflexions
fur une lettre de M. le Marquis
de Puiffegur , dans laquelle il examine
les déploiemens de l'Effai général de
Tactique ; la 2. , fur la viteffe des dif
férens pas de l'Infanterie , precédés d'un
difcours préliminaire fur la Tactique &
fur fes fyftêmes , par M. le Baron de Ménildurand
, volume in- 4° . avec des plans.
Prix 15 1. relié ; à Paris , chez C. A. Jombert
Père , rue Dauphine.
LETTRE de M. Blin de Sainmore
à M. Lacombe .
Dans l'extrait que le Mercure de Février vient
de donner d'Orphanis , Monfieur , on prétend
pag. 79 , qu'avant de faire imprimer l'Epitre à
Racine , le Secrétaire de l'Académie m'avoit montré
le titre de ma pièce enregistré avec les autres
& la date dujour où elle a été rejetée . Non , Monfleur
, le Secrétaire n'a rien fait de tout cela ; pour
s'en convaincre , il fuffit de jeter les yeux für la
>
AVRIL. 1774. 147
lettre que m'a écrite M. d'Alembert * , à qui j'avois
envoyé un exemplaire de mon ouvrage ,
après qu'il fut imprimé. La Voici :
59
A Paris , les Août 1771.
«Je vous fuis très- obligé , Monfieur , de l'ouvrage
que vous m'avez fait l'honneur de m'en-
»voyer &de tout ce que vous me dites d'obligeant
» à ce fujet. Je ne me fuis point rappelé votre ou
vrage , lorfque vous m'avez fait l'honneur de
» m'en parler ; mais j'ai vérifié depuis qu'il avoit
» êté la dans une de nos féances . Vous venez de
le mettre fous les yeux du Public. C'eſt à lui à
» prononcer entre vous & l'Académie.
1
30
» J'ai l'honneur d'être avec beaucoup d'eſtime
» & de reconnoiſſance , Monfieur ,
Votre très - humble & très-
»obéiflant ferviteur ,
Signé , D'ALEMBERT. »
On voit clairement que c'eft depuis l'impreffion
de l'Epître à Racine que M. d'Alembert m'a fait
favoir que cet ouvrage avoit été lu aux féances
de l'Académie.
J'ai l'honneur d'être , &c.
BLAIN DE SAINMORE.
Ce 18 Février 1774.
* M. d'Alembert faifoit alors les fonctions de
fecrétaire en l'abfence de M. Duclos.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
ACADÉMIE S.
I.
Sujets des Prix propofés par l'Académie
des Sciences , Arts & Belles - Lettres de
Dijon.
L'ACADÉMIE a déjà fait annoncer le
Tujet du prix qu'elle diftribuera en 1775 .
Elle renouvelle aujourd'hui cet avis , &
fait favoir que ce prix ſera adjugé à celui
qui aura fait connoître
Quels font les avantages que les moeurs
ont retirés des Exercices & des Jeux publics
, chez les différens Peuples & dans les
différens temps où ils ont été en ufage ?
Elle fouhaite que les favans qui afpireront
au prix , confidèrent les Exercices
& les Jeux publics du côté moral &
politique , & faffent ſentir juſqu'à quel
point on doit regretter de les avoir abandonnés
.
Cette compagnie n'ayant point été fai
tisfaite des ouvrages envoyés au concours
de cette année , propofe le même fujet
pour le prix de 1776 qui fera double, Elle
demande ;
AVRIL. 1774. 149
Quellesfont les maladies dans lesquelles
la médecine agiffante eft préférable à l'expectante
, & celle ci à l'agiffante ; & à quels
fignes le médecin reconnoît qu'il doit agir ou
refter dans l'inaction , en attendant le momentfavorable
pour placer les remèdes?
Depuis plufieurs fiècles les médecins
font partagés fur cette grande question .
Les agiffans & les expectans croient leur
fyftême- pratique autorifé par des raifonnemens
concluans & des expériences décifives.
Le moment où doit fe difper
Fillufion qu'ils fe font néceffairement les
uns ou les autres , femble préparé par les
lumières que la philofophie a portées de
nos jours fur tous les objets . L'Académie
efpère que le prix qu'elle propofe aujour
d'hui , hâtera la révolution que l'on eft
dans le cas de prévoir , & qui doit rame
ner à une méthode uniforme . Elle invite
de nouveau les Praticiens à dérober quelques
momens à leurs pénibles travaux
pour former former , du réſultat de leurs obfervations
, un corps de doctrine capable de
donner la folution du problême important
qui fait le fujet de fon prix.
Elle ne fe diffimule point que la couronne
promiſe à celui qui remplita fes
vues , n'eft pas d'une valeur proportion-
1.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE
née au fervice que l'auteur couronné rendra
à la Société ; mais elle eft perfuadée
que la douce fatisfaction d'être utile &
d'infcrire fon nom parmi ceux des bienfaiteurs
de l'humanité , fuffic pour excites
les Médecins à entrer dans la lice qu'elle
leur ouvre.
On fera libre de donner aux mémoires
l'étendue qui paroîtra néceffaire; mais l'on
n'abufera pas de cette liberté , & l'on évi
tera avec foin toute diffufion ..
Tous les favans , à l'exception des académiciens
réfidens , feront admis au concours.
Ils ne fe feront connoître ni directement
ni indirectement ; ils inferiront
feulement leurs noms dans un billet cacheté
, & ils adrefferont leurs ouvrages ,
francs
de port , à M. Maret,docteur en médecine ,
fecrétaire perpét. pour la partie des fciences,
ou à M. Perret , avocat au parlement ,
fecrétaire perpétuel pour la partie des belles
- lettres , quiles recevront jufqu'au pre
mier Avril inclufivement des années pour
lefquelles ces différens prix font propofés.
Leprixfondé par M. le Marquis du Terrail
& par Madame Cruffol d'Uzès de Montaufier
, fon épouse , à préfent Ducheffe de
Caylus , confifte en une Médaille d'or de la
valeur de 300 livres , portant , d'un côAVRIL.
1774: ISI
té , l'empreinte des Armes & du Nom de
M. Pouffier , Fondateur de l'Académie ;
& de l'autre , la Devife de cette Société littéraire.
I I.
Diftribution de Prix & Sujets propofis
par l'Académie des fciences , belles - lettres
& arts de Lyon.
L'Académie de Lyon avoit propofé , en
l'année 1768 , pour fujet de Prix de Phyfique
fondé par M. Chriftin , de détermi
ner quels font les principes qui conftituent
la lymphe ; quel eft le véritable organe qui
la prépare ; files vaiffeaux qui la portent
dans toutes les parties du corps , font une
continuation des dernières divifions des ar
tères fanguines , ou fice font des canaux
totalement différens & particuliers à cefluide
; enfin , quel est fon ufage dans l'économie
animale ?
L'Académie fe décida , en l'année 1770
à continuer ce fujet , & à doubler le Prix ,
confiftant en une médaille d'or , de la valeur
de 300 livres , pour être diftribué
en l'année 1773. Parmi les Mémoires
qu'elle a reçus , plufieurs lui ont donné
lieu de fe féliciter du renvoi qu'elle a
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
fait,fans que fes vues aient été néanmoins
pleinement remplies.
Elle a procédé à la proclamation du
Prix , dans fa féance publique du 7 Décembre
dernier ; :; la Couronne a été décernée
au Mémoire coté fuivant l'ordre de
fa réception , no . 4 ( par l'Autçur n° 31. )
avec ce titre , Mémoire fur la lymphe , &
cette épigraphe : Non improbabilis eft clarorum
virorum , & ferè communis fcholarum
fententia , quæferum coagulabile fanguinis
pro alimento habet. HALL. EL.
PHYS . T. 8.
L'Auteur eft M. de Laffus , Chirurgien
de Mefdames de France , ancien profeffeur
d'Anatomie , & membre du collége & de
l'Académie Royale de Chirurgie de Paris,
à la Cour.
En reconnoiffant la fupériorité de ce
Mémoire fur les concurrens , l'Académie
auroit defiré que la partie Chimique
eût été traitée avec autant de foin que les
autres parties qui compofent l'Ouvrage.
Eile a arrêté qu'il feroit fait mention
avec éloge , d'un autre Mémoire coté
No. 6 , au Concours , ayant pour devife :
Societate vigent , en ce qui concerne principalement
les recherches Chimiques ,
qui anno ncent des vues intéreflantes , que
AVRIL. 1774 153
l'Auteur eft invité de fuivre pour répandre
encore plus de jour dans cette importante
matière.
L'Académie avoit renvoyé à la même
époque , la diftribution du Prix pour
lequel M. Pouteau , l'un de fes Membres,
avoit anciennement déposé la fomme de
600 livres , doublée , dans la fuite , par
un ami de l'humanité , qui a exigé qu'on
ne le nommât pas . Le fujet propofé étoit ,
des recherches fur les caufes du vite cancéreux
, qui conduififfent à déterminer fa nature
, fes effets , & les meilleurs moyens de
te combattre.
Le concours a été nombreux ; il a fourni
plufieurs ouvrages confidérables . Dans
le nombre , l'Académie a diftingué le Mémoire
latin , coté nº , 8 , intitulé, de Cancro
, differtatio Académica , portant pour
devile: Prolem fine matre creatam . Elle
lui a adjugé le prix de 1200 livres.
L'Auteur eft M. Peyrilhe , Docteur
en Médecine , Membre du collège & de .
l'Académie Royale de Chirurgie de Paris
, des Académies des Sciences de Touloufe
& Montpellier à Paris. Quoique
le Mémoire foit élégamment écrit en la
tin , l'Académie invite l'Ateur à le publier
avec une traduction , qui , en la
Gr
154 MERCURE
DE FRANCE.
mettant à la portée d'un plus grand nombre
de Lecteurs , le rende d'une utilité
plus générale.
Prix propofépar M. Pouteau ,
académicien
ordinaire , chirurgien gradué , de l'Académie
royale de chirurgie de Paris & de
celle de Rouen, pour l'année 1775 .
Aprés l'adjudication
du Prix fur le Cancer
, M. Pouteau , portant fes vues patriotiques
fur la Phthifie Pulmonaire ,
maladie obfcure & non moins cruelle , a
penfé qu'un Concours Académique
étoit.
la voie le plus fûre pour parvenir à en
éclaircir la Théorie , & à diriger fa curation.
En conféquence , il a prié l'Académie
de recevoir , de nouveau , un dépôt
de 600 livres , pour diftribuer ce Prix
à l'Auteur qu'elle jugeroit avoir le mieux
traité le fujet dont il s'agit.
L'Académie a accepté la propofition de
M. Pouteau avec reconnoiffance ; & ,
en applaudiffant à fon zèle , elle s'empreffe
de propofer aux Savans le fujet
fuivant : donner la théorie & le traitement
des maladies chroniques du poumon , avec
des recherches hiftoriques & critiques fur les
principaux moyens de guérifon , employés,
AVRIL. 1774. 155-
contre ces maladies , par les Médecins an-:
ciens & modernes , & mêmepar les Empiriques
.
Conditions.
Toutes perfonnes pourront concourir
pour ce prix , excepté les Académiciens
Titulaires & les Vétérans ; les Affociés y
feront admis . Les Mémoires feront écrits
en François ou en Latin . Les Auteurs ne
fe feront connoître ai directement ni indirectement
; ils mettront une deviſe à la
tête de l'Ouvrage , & yjoindront un billet
cacheté , qui contiendra la même devife
, leurs noms , & le lieu de leur réfidence.
Les paquets feront adreffés francs
de port , à Lyon :
A M. de la Tourrette , ancien Confeiller
à la Cour des Monnoies , Secrétaire
perpétuel pour la Claffe des Sciences
, rue Boiffac ;
Ou à M. Bollioud Mermet , Secrétaire
perpétuel pour la Claffe des belles-
Lettres , rue du Plat ;
Ou chez Aimé de la Roche , imprimeur-
libraire de l'Académie , aux Halles
de la Grenette .
Aucun ouvrage ne fera reçu au Concours
paffé le premier Avril 1775 ; le
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
terme eft de rigueur. L'Académie diftribuera
le Prix dans Affemblée publique
qu'elle tiendra après la Fête de S Louis . La
fomme de 600 livres fera remife à l'Auteur
ou à fon fondé de procuration
Prix fondé par M. Chriftin , pour
l'année 1775.
A la même époque & aux mêmes conditions
que ci- deffus , l'Académie procédera
à l'adjudication du prix de Mathématiques
fondé par M. Chriftin . Ce prix
eft double , confiftant en deux médaillés
d'or , de la valeur , chacune , de 300 livres
, pour le fujet continué , énoncé en
ces termes :
Quelsfont les moyens les plus faciles &
les moins difpendieux de procurer à la
ville de Lyon , la meilleure eau , & d'en dif.
tribuer une quantité fuffifante dans tous
Les quartiers?
}
O demande de déterminer la quantité
d'eau néceffaire , & de joindre aux projets
, les plans des machines , les calculs
du produit & de l'entretien , & un devis
général .
Prix des Arts , fondé par M. Chriftin ,
pour l'année 1774.
L'académie a propofé , pour le prix
AVRIL. 1774. 157
qui fera diftribué en 1774, le fujet fuivant:
Quelsfont les moyens les plus fimples & les
moins fujets à inconvéniens , d'occuper ,
dans les Arts mécaniques ou de quelqu'autre
manière , les ouvriers de Manufacture
d'Etoffe , dans les temps où elle éprouve une
ceffation de travail : l'expérience ayant
appris que la plupart de ces artifans font
peu propres aux travaux de la campagne?
Les conditions font les mêmes qu'aux
annonces précédentes. Le prix eft une mé
daille d'or , de la valeur de 300 liv . On
n'admettra aucun mémoire au concours
après le premier Avril 1774. La diftribution
fe fera après la Fête de St Louis .
Prix d'Hiftoire naturelle , fondés par
M. Adamoli , pour l'année 1774.
L'Académie a propofé le fuiet qui fuit:
Trouver des plantes indigènes qui puiffent
remplacer exactement l'Ipecacuanha , le
Quinquina & le Séné.
On a annoncé que l'on couronneroit
ceux qui auront répondu aux vues du problême
au moins fur l'un des trois objets
qu'il embraffe .
Les prix confiftent en deux médailles ,
la première en or , de la valeur de 300 livres
; la feconde en argent , du prix de
158 MERCURE DE FRANCE.
25 livres. Les conditions comme ci - deffus.
Aucun mémoire ne fera admis à concourir
paffé le premier Avril 1774. La
proclamation fera faite après la Fête de
St Pierre.
LE
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITU E L.
E dimanche , 20 Mars , on a donné au
Concert fpirituel une belle fymphonie à
pleine orcheſtre de M. Eichner. M. l'Abbé
Borel a chanté un motet agréable à
voix feule del Signor Langlé. M. Laurent
, virtuofe de 17 ans , habile compofiteur
& excellent violon , a exécuté une
fymphonie concertante de fa compofition
, avec M. le Jeune qui l'a très bien
fecondé. Cette première partie de concert
a été terminée par Super flumina Babylonis
, motet à grand choeur del Signor
Richter. On y a applaudi les choeurs & la
fymphonie , qui font d'un très - bel effet.
La feconde partie du Concert a commencé
par une fymphonie de chaffe de
M. Goffec. Le tableau mufical d'une
de chafle eft ici repréſentée par une hargranAVRIL.
1774. 159
monie pittorefque , agréable & favante.
Mlle Dachâteau , dont l'organe eft doux
& flatteur , a chanté , avec autant de précifion
que de goût , un petit motet à voix
feule . M. Capron a joué un concerto de
violon , & a réuni tous les fuffrages par
l'aifance avec laquelle il rend les plus
grandes difficultés , par la précifion & la
netteté de fon exécution , par la beauté &
la pureté de fes fons. Le Concert a fini.
par Cantate Domino , canticum novum ,
motet à grand choeur del fignor Langlé ,
premier maître de Chapelle du Confervatoire
de la Piété de Naples . Ce motet
eft une compofition de génie . Le plan en
eft bien conçu , & l'exécution belle &
majestueufe . Il y a un mérite fur tout
qu'il faut remarquer ; c'eft que le fens des
paroles eft toujours confulté , & que la
mafique en eft énergique , & l'expreffion
fublime .
OPÉRA.
L'Académie royale de Mufique a donné
le mardi 22 Février dernier , la première
repréſentation de Sabinus , tragédie ly160
MERCURE DE FRANCE.
rique , repréſentée devant Sa Majefté à
Verfailles le 4 Décembre 1773 .
Le poëme eft de M. de Chabanon ; la
mufique , de M. Gollec.
Cette tragédie , qui étoit d'abord en
cinq actes , a été réduite à quatre . On a
retranché dans le troisième ce qui étoit
relatif à l'objet des fêtes de la Cour ; &
le 4°. & le ,. actes font fondus enfemble
& n'en font plus qu'un . On a fupprimé
la pluie de feu , l'embraſement du
palais , l'urne , l'infcription funéraire &
d'autres machines qui ne fervoient qu'à
compliquer l'action & à retarder le dé
nouement.
Les perfonnages principaux font
Sabinus , Prince Gaulois , petit - fils de
Jules- Céfar.
Eponine , Princeffe Gauloife.
Mucien , Romain , Gouverneur de la
Gaule.
Le Grand Druide.
Le Génie de la Gaule , & c.
Le théâtré représente une place publique.
ACTE I. Sabinus fe felicite de voir
enfin le jour qui doit unir fes deſtins à
ceux d'Eponine ; mais il afpire auffi à la
AVRIL 1774. 161
gloire d'affranchir fon pays du joug des
Romains. Il fe rappelle un fonge effrayant
dans lequel le Dieu tutélaire des Gaulois
lui a apparu pâle & défiguré ; il s'eft luimême
fenti entraîner dans l'horreur des
cachots.
Rempli de cette noire image ,
Le trouble eft encor dans mon coeur ;
La honte ajoute à mon courage ,
Mon courage devient fureur.
Eponine , amante chérie ,
Du doux fentiment qui nous lie
Je te dois un jufte retour ;
La liberté de ta patrie
Sera le prix de ton amour.
1
Le Peuple s'empreffe de fêter Sabinus
qu'Eponine préfente aux Gaulois . L'alé
greffe publique eft troublée par un ordre
de Mucien , qui défend que l'hymen s'accompliffe.
Eponine , malgré les menaces
du Gouverneur Romain , ofe déclarer Sabinus
fon époux . Le Peuple , partageant
l'enthousiasme de ces amans , choifit Sabinus
pour fon maître , & fe prépare à
venger fon injure. Le ballet qui termine
cet acte , offre l'image des Guerriers qui
s'échappent des bras de l'Amour pour vo
ler à la gloire des armes.
162 MERCURE DE FRANCE:
ACTE II . Le théâtre repréſente la forêt
facrée & lefanctuaire des Druides.
Eponine vient dans le temple des Druides
confulter l'Oracle . Des Bergers , que
la guerre a épouvantés , cherchent un afyle
dans la forêt . Il s'efforcent de calmer
par leurs jeux la douleur d'Eponine . Arrivent
les Druides , épouvantés des préfages
finiftres qu'ils ont vus dans l'air ; le
grand Druide , ayant le gui de chêne à la
main , frappe la porte de l'antre myſtérieux
, où il s'enfonce . Un bruit fouterrein
fe fait entendre ; le Druide fort
échevelé , annonce la colère des Dieux &
l'arrivée des Romains vainqueurs . Mucien
furieux fait arrêter Eponine ; fes foldats
ravagent la forêt facrée ; ils détruifent
le temple des Druides , & ne font
pas arrêtés par les clameurs & les prières
des Gaulois.
ACTE III. Sabinus , retiré dans une
folitude affreufe , déplore fa honte & fes
malheurs. Il apprend le danger d'Eponine
, & veut tout tenter pour la défendre .
Le Génie de la Gaule l'arrête , fe déclare
fon protecteur & lui fait voir la grandeur
future de fon Empire . On voit s'élever
un palais & la ftatue de Charlemagne
AVRIL. 1774 163.
qu'entourent les différens Peuples de
l'Europe.
Une Femme étrangère chante ces vers :
France , féjour rempli d'attraits ,
Sous tes loix que n'ai - je pu naître !
Qui peut te voir & te connaître
Voudroit ne te quitter jamais.
La Beauté , par- tout accueillie ,
Se plaît fur-tout dans ces climats ;
Sirôt qu'elle y porte les pas ,
Elle fe dit : C'eft ma patrie.
Les Grâces , qu'ailleurs on ignore ,
En foule ici s'offrent aux yeux ;
Arrive i on belle en ces lieux ;
On y devient plus belle encore.
Le Génie engage Sabinus d'aller dans
les tombeaux de fes ayeux , & d'y demeurer
caché dans l'ombre & le filence.
ACTE IV . Sabinus , enfermé dans les
fouterreins obfcurs où les Princes Gaulois
font inhumés , s'étonne que fon ame
éprouve un fort tranquille.
Amour , Amour , c'eft ton ouvrage ;
D'Eponine la douce image
Me fuit au milieu des tombeaux ;
De mes ennuis , de ma conftance
164 MERCURE DE FRANCE.
Ses jours feront la récompenfe :
Je m'applaudis de tous mes maux.
Eveille- toi , Peuple fidèle ,
Peuple , dans les fers endormi ;
A mon courage unis ton zèle ,
Reprends une force nouvelle
Pour écrafer notre ennemi.
Une voix fe fait entendre dans ce lieu
funèbre ; c'eft celle d'Eponine . Sabinus
veut aller au - devant d'elle ; mais une
main invisible le repouffe & l'entraîne
vers un tombeau dans lequel il s'enferme.
Eponine vient avec fes compagnes pleurer
fon époux qu'elle croit mort . Cependant
le cruel Mucien s'empreffe d'enlever
Eponine à fon défefpoir ; elle n'en eft
que plus animée à fe fouftraire , par lat
mort , à la paffion du tyran; elle court :
vers le tombeau , le poignard à la main ,
prête à fe frapper . Aufi - tôt le tonnerre
gronde , la tombe s'abyme ; Sabinus paroît
armé. Il attaque Mucien . Le théâtrerepréfente
une place publique où l'on
voit les Romains combattus & défaits par
les Gaulois . Sabinus triomphe de fon rival.
Le théâtre change encore , le Génie
de la Gaule defcend dans toute fa gloire .
Il dit à Sabinus :
AVRIL 165 1774-
J'ai conduit tes deftins ; ma promeffe eft remplie:
Jouis de tes fuccès.
Et vous , par qui ma Cour eſt embellie ;
Partagez les tranſports de fes heureux ſujets ,
Honorez fa vaillance & chantez mes bienfaits.
Cet acte est terminé par une fête à laquelle
prennent part plufieurs Nations
différentes de l'Europe.
Cet expofé fait connoître que le poëte
a eu principalement en vue de donner
une action grande & rapide , & un ſpectacle
brillant , contrafté & varié. La mufique
fait honneur au génie de M. Goffec ,
favant compofiteur , qui a mis dans fon
orchestre beaucoup d'effets d'une mufique
imitative , & fur la fcène , des chants expreffifs
& paffionnés . Nous citerons comme
des morceaux diftingués , le récit &
l'air du fonge du premier acte , le duo de
Sabinus & d'Eponine , le choeur des Guerriers.
Dans le fecond acte , les airs champêtres
, le bruit fouterrein , les, cris de fureur
& de vengeance des Romains & de
Mucien , contraftés avec les prières & les
plaintes des Gaulois , lorfqu'on abat la
forêt. Dans le troisième acte , le récit de
Sabinus , les choeurs , les airs de danfe &
de chant. Dans le quatrième acte , l'invo166
MERCURE DE FRANCE.
cation de Sabinus à l'Amour , la plainte
d'Eponine , le bruit de guerre & la mufique
brillante du ballet : toutes ces grandes
compofitions muficales annoncent & atteftent
un génie fécond , riche & varié ,
quoique l'on ait paru defirer en général
plus de vérité dans le récit , & un chant
plus fenfible dans les airs.
M. Larrivée , doué d'une figure avantageufe
& d'une belle voix , a joué le rôle
de Sabinus en acteur confommé , avec
beaucoup d'intelligence , de feu & d'intérêt
; il a rendu fon récit avec la facilité
& la rapidité de la déclamation , & il a
mis dans fon chant , de l'action , de la
paffion & de l'énergie . Le rôle d'Eponine
a été fupérieurement exécuté par Mde
Larrivée , dont la voix eft fi flexible , fi
flatteufe & fi brillante . Ce rôle , en l'abfence
de Mde Larrivée , a été très bien
fecondé , joué & chanté par Mile Rofalie.
M. Gelin a repréfenté avec nobleffe &
avec intelligence le grand Druide & le
Génie de la Gaule. M. Durand a été applaudi
dans le perfonnage de Macien.
Les autres rôles ont été rendus avec fuccès
par Mlles Châteauneuf & Dupuis , par
MM. Muguet , Cavalier , Tirot & Beauvalet
AVRIL. 1774. 167
1
Les ballets occupent la place la plus
confidérable dans cet opéra . Leur beauté,
leur variété & leur deffin ont réuni tous
les fuffrages. M. Gardel a compofé les
ballets du premier & du quatrième actes;
M. d'Auberval , celui du fecond acte , &
M.Veftris celui du troifième ; mais après
quelques repréfentations , le divertiffement
du troisième acte a été reporté au
quatrième , & le quatrième au troifième.
Les talens les plus diftingués de la danſe
ont concouru à l'éclat & à la parfaite exécution
de ces ballets . Mlles Heinel , Guimard
, Peflin , Affelin , qui tiennent le
premier rang de la danfe ; Miles Leclerc,
Compain , Julie , Cléophile , la très -jeune
& très étonnante Mlle Dorival ; MM .
Veftris , Gardel , d'Auberval , qui font les
premiers maîtres dans leur art ; MM . le
Fèvre , Defpréaux , Malter , Giroux ; le
jeune Veftris qui à peine fortide l'enfance ,
a l'abandon , la force , l'élégance , la précifion
& la fûreté d'un talent fupérieur &
exercé ; le jeune Gardel , fon digne émule
; tous ces premiers talens , d'ailleurs
bien accompagnés par les autres fujets ,
ont fait l'admiration & les plaifirs des
amateurs & du Public. Enfin l'ordonnance
& la beauté des décorations , la variété
-
168 MERCURE DE FRANCE.
& la richeffe des habillemens ont encore
augmenté la magnificence , de ce ſpectacle.
COMÉDIE FRANÇOISE.
ES Comédiens François ont donné le
famedi 26 Février , la repriſe de la tragé
die de Venceslas par Rotrou . Cette pièce
fut jouée, pour la première fois , en 1647 ,
& eut alors un très-grand fuccès. Le caractère
de Ladillas , fils de Venceslas , eft
un des plus beaux , des plus fiers & des
plus énergiques qui foient connus . Il n'y
en a peut - être pas qui foit auffi foutenu
& auffi paffionné ; le célèbre Baron finit
par ce rôle à fa première fortie du théâtre,
& par celui de Venceflas à la feconde .
Un acteur , encore plus étonnant que Baron
, qui a plus approfondi fon art & qui
s'eft plus approché de la perfection , M. le
Kain , a rendu le rôle de Ladiflas avec
une fenfibilité profonde , & avec une expreffion
forte & impofante qui a étonné
ému , ravi les fpectateurs. Cet acteur
fublime réalife tout ce qu'on a dit du jeu
prodigieux des pantomimes anciens , &
ajoute à leur talent les accens fi vrais , fi
pathétiques
AVRIL. 1774. 169
pathétiques , fi énergiques de toutes les
paffions. Qui ne fe rappelle encore avec
frémiffement le tableau terrible de l'agonie
de Maffiniffe dans le cinquième acte
de Sophoniſbe ! Quel mélange de tous.
les fentimens , de la rage & de la foibleſfe
, du défefpoir & de la douleur , d'une
ame convallive & expirante ! C'est avec la
même force qu'il nous a peint les fureurs
d'Orefte dans Andromaque , tragédie
jouée pour la clôture du théâtre. Quel
fpectateur n'a point friffonné d'horreur &
d'épouvante en lui entendant reciter ces
vers , dont il animoit toutes les affreufes
images !
Quels démons ! quels ferpens traîne - t-elle après
foi?
Eh bien filles d'enfers , vos mains font - elles
prêtes ?
Pour qui font ces ferpens qui fifflent fur vos têtes ?
A qui deftinez-vous l'appareil qui vous ſuit ?
Venez-vous m'enlever dans l'éternelle nuit ?
On a remis à ce Théâtre plufieurs pièces
qui ont attiré beaucoup de monde ;
favoir , le Bourgeois Gentilhomme , Co.
médie de Molière , que l'on tevoit toujours
avec un nouveau plaifir , & dans
I.Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
laquelle M. Préville rend avec tant de
gaîté & de vérité , le rôle principal .
L'Andrienne a été jouée le 28 Février
pièce imitée de Térence par Baron , dans
laquelle il y a beaucoup d'intérêt & d'action
. Le rôle du père eſt parfaitement joué
par M. Brifart ; celui de Dave , par M.
Préville , l'Andrienné par Mlle . Doligni ,
Pamant par M. Molé.
Le mercredi 16 Mars , on a repris la
Gageure , Comédie en un acte , en profe ,
de M. Sedaine. Madamé Préville y joue
avec beaucoup de fineffe & de naturel ;
& M. Préville met dans le rôle du mari ,
une vérité de caractère qui charme autant
qu'elle amufe. Cette Comédie a eu
un grand fuccès à cette repriſe.
Le compliment d'ufage de clôture a
été fait par M. du Gazon , frère de Mde
Veftris , comédien dernier reçu . Cet acteur
, aimé du Public , a été bien accueilli
& très -applaudi .
DEBUT S.
M. Fleury , acteur qui a joué avec applaudiffement
fur plufieurs théâtres de
province , a débuté dans la tragédie & la
comédie.
Il a joué avec beaucoup d'intelligence,
AVRIL 1774. 171
de feu & de vérité plufieurs rôles de l'em.
ploi de M. Molé. Cet acteur réuffit prin
cipalement dans la comédie ; il a une
figure agréable , de l'aifance , de l'ufage
& de la facilité . Sa voix eft un peu fombre
, mais il fait la ménager & la faire
valoir.
M. Chazel , qui a joué fur différens
Théâtres de Province , a débuté fans être
annoncé à la Comédie Françoiſe , le mardi
22 Février , dans le rôle de Philippe
Hombett , de Nanine ; le 4 Mars , dans
celui d'Arifte , du Méchant ; le 8 , dans
celui du Marquis , de Mélanide ; le 14 ,
dans le rôle d'Arbate , de Mithridate . Cet
Acteur a l'ufage de la fcène ; il montre de
l'intelligence & du talent. Plus de facilité
dans la prononciation , moins de timidité
dans fon jeu , le rendront un Acteur
utile à ce Théâtre.
COMÉDIE ITALIENNE.
LEs Comédiens Italiens ont donné le
lundi 28 Février 1774 , la première repréfentation
de la Rofière de Salency , comédie
nouvelle en quatre actes & en
vers , mêlée d'ariettes , repréfentée devant
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Sa Majesté à Fontainebleau , le famedi 23
Octobre 1773.
Les paroles font de M. le M. de P.;
la mufique eft de M. Gretry.
,
On fait qu'à Salency dans le Soiffonnois
, il y a une fête qui fe renouvelle
toutes les années en l'honneur de la vertu.
La fille du village dont la fageffe , la conduite
& le caractère ont mérité les fuffrages
du Paſteur & des pères de famille
reçoit au milieu des applaudiffemens de
tous les Habitans , une rofe des mains du
Seigneur de Salency ou de fon Préposé,
La Rofière eft ordinairement mariée dans
l'année même , & le Seigneur lui fait un
préfent. Cet ufage fi refpectable a fourni
à M. de Sauvigni le fujet d'un Roman
fort agréable à M. Favart le plan de la
Comédie de la Rofière , qui a été jouée à
Fontainebleau en 1768 ; & à M. le M.
de P. , la nouvelle Rofière de Salency ,
dont il eft ici queſtion.
PERSONNAGES :
Cécile , défignée Rofière , .. Mde Trial .
Colin , amant de la Rofière , M. Clairval.
Herpin , père de la Rofière , M. Nainville.
Le Bailly de Salency , ... M. Laruette.
AVRIL. 1774 175
Le Seigneur , • M. Narbonne. •
Prétendantes à la Rofe , Mlles Beaupré
& Linguet.
Jean Gaud , meunier d'un village voifin,
M. Trial.
Les Juges Vieillards.
Habitans & Habitantes de Salency.
Le théâtre repréfente une place du
village. Cécile paroît , travaillant près de
fa maifon qui eft ornée de guirlandes
de fleurs & du drapeau d'honneur . Elle
chante :
Quel beau jour le diſpoſe !
Qu'ilpromet de douceur !
Je recevrai la role
Des mains de Monſeigneur.
Ce beau drapeau , ce verd feuillage
Et ces rameaux en fleur ,
Sont le fignal & le préfage
De ma gloire & de mon bonheur,
L'un & l'autre eft cher à mon coeur ;
Tout ce que j'aime les partage ;
Encor ce matin
Mon père & Colin
Sourioient ,
Me paroient
De cette fleur fi chère ;
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
S'embraЛloient ,
M'appeloient
La belle Koſière .
Ah Colin ! Ah mon père !
Venez tous deux ,
Que monbonheur vous rende beureux.
Colin accourt près de la Rofière ; elle
lui dit que le Bailli eft venu chez fon
père , & qu'il eft amoureux d'elle ; ils
ne comprennent pas comment il peut fe
croire aimable ; mais ce qui réjouit Colin
, c'eft que le père de Cécile approuve
leur amour ; ils fe félicitent de leur bon
heur , & fe donnent rendez- vous pour
le foir. Colin demande le baifer de l'adieu
, que Cécile ne lui refufe pas , &
porte fa main fur le coeur de la maî
treffe , qui bat , dit elle , de plaifir
quand il la voit , & de chagrin quand
il la quitte. Cependant , le Bailli jaloux
obferve ces amans avec les Afpirantes à
la rofe I verbalife & , & leur recommande
de répandre dans tout le village
la nouvelle de cet événement ; Herpin
fait l'éloge de fa fille , & chante ces paroles.
O ciel ! entends la voix d'un père
Elèvejufqu'à toi fes voeux ,
AVRIL. 1774 . 178
Dès-apréſent fi tu veux
1
Tu peux terminer la carrière ;
Ila , pour fermer la paupière ,
La main d'un enfant vertueux.
Aujourd'hui , lorique j'enviſage
La longue fuite de mes ans ,
Le cours entier de mon grand âge
Ne me paroît qu'un long printems.
Herpin & Cécile fe repofent à l'ombre
d'un arbre planté par Herpin . I demande
à fa fille fi elle a vu Colin ; &
comme elle hélite de répondre , il la reprimande
de ce mystère ; mais bientôt il
fe radoucit , & lui dit :
:
Va , ce n'étoit point du courroux
Ne crois point la vertu févère ;
Ma fille, fon ufage eft doux
De ce qui doit te plaire
Un mot va t'éclaircir :
Tout ce que , fans rougir
Tu peux dire à ton père ,
Te promet un plaiſir.
Elle reconduit fon père dans fa maifon.
Le Bailli eft fort agité , & a du
dépit de fon amour . Il regarde comme
une difgrâce , quand le Ciel ordonne d'aimer
à qui ne fauroit plaire. La Rofière
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
vient ; le Bailli l'aborde , & lui déclare
fa paffion qu'elle reçoit mal . Il lui annonce
alors qu'il eft maître de la Roſe en
l'abfence du Seigneur ; il la menace de
fon procès - verbal.
Là font marqués à chaque page ;
Là font notés , là font écrits ,
Les rendez-vous , les baifers pris.
Le Bailli avertit les villageois , & fait ar
racher les guirlandes & le drapeau d'honneur.
Les deux Afpirantes à la rofe fe flattent
, chacune en fecret , du fuffrage du
Bailli , & d'être nommées Rofière ; mais
enfemble , elles fe font des reproches qui
doivent les exclure. Cécile déplore fon
malheureux fort , qui lui fait perdre
la fagefle de 15 années , & l'objet de
fon tendre amour. Le tonnerre annonce
un orage ; Colin alarmé du fort de Cécile
, vient la confoler & lui faire part du
projet qu'il a d'aller trouver le Seigneur ,
& de l'inftruire de la tyrannie du Bailli ;
Cécile craint pour fon amant , à caufe de
l'orage & de la rivière qu'il veut franchir
à la nage. Herpin vient trouver fa
fille , & , ne fachant pas encore fes malheurs
, il continue de la féliciter . 11 eft
AVRIL. 1774. 177
pourtant inquiet de la voir trifte & accablée
, ayant les yeux toujours tournés
yers fa maifon. I regarde auffi , & ,
ne trouvant plus les guirlandes & le
drapeau d'honneur , il s'emporte contre
fa fille , qu'il croit coupable. Le tonnerre
augmente , & le père attefte que le Ciel
manifefte fa colère. On entend crier :
Sauvez ce malheureux qui nage. Cécile
eft dans la plus grande contrainte avec
fon père , & dans une alarme cruelle
fur le fort de Colin. Herpin entraîne fa
fille. Le Bailli eft épouvanté de la mort
de Colin qu'il croit noyé. Il va trouver
le père de Cécile ; mais Herpin , inſtruit
de fes intrigues , le repouffe avec vio
lence. Cependant , le Bailli l'engage à l'écouter
, & lui propofe d'époufer fa fille ,
& de la faire Rofière ; ce vieillard lui
répond :
A préfent que me fait la rofe ,
Cruel , quand ta main en difpofe?
Quel prix peut avoir cette fleur ?
Long- temps la main de Monfeigner
Sut la rendre digne d'envie ;
Elle étoit le prix des vertus ,
Tu la donnes . : elle eſt flétrie ,
Et ma Cecile n'en veutplus.
Hv
173 MERCURE DE FRANCE:
Ce père rejette fa main & fes richeſſes ;
& préfère pour l'époux de fa fille , Colin ;
pauvre , mais honnête & fans remord. Le
Bailli lui apprend la mort de Colin. Cécile
entendant cette funefte nouvelle ,
tombe évanouie entre les bras de fon père
qui la reconduit à fa maifon. Arrive Jean
Gaud , Meûnier , qui veut parler au père
de Cécile ; il rencontre le Bailli qu'il
ne connoît pas , & à qui il dit beaucoup
de mal de lui - même , parce que le Bailli
laiffe accroire qu'il eft Herpin . Ce Meunier
annonce que Colin l'a fauvé.
ARIETTE.
Ma barque légère
Portoit mes filets ;
L'eau la plus claire
Servoit mes projets.
Soudain un tapage
A faire trembler ,
Au Ciel faifant rage ,
Vient tout ébranler ;
Ma barque s'engage ,
S'échappe en débris ,
L'écho du rivage
Repoufle mes cris.
Colin à la nage
S'unità mon fore ,
AVRIL. 1774 179
Et, malgré l'orage ,
Me conduit à bord.
Il raconte encore que Cécile fera Rofière
malgré le Bailli , & que le Sei
gneur va venir pour lui donner la
rofe . A cette nouvelle , le Bailli renvoie
le Meunier. Il preffe la fête , pour
fruftrer Cécile du prix qui lui eft dû , &
pour difpofer de la rofe avant l'arrivée
du Seigneur . Les Payfans s'affemblent' ,
& travaillent pour les préparatifs aux ordres
du Bailli. Cécile qui n'eft pas encore
défabufée , vient feule , les cheveux
épars , pleurer la perte de fon amant &
de la rofe. Elle eft prête à fuccomber à
fa douleur , lorfque Colin paroît , & ra..
nime fa joie & fes efpérances. La fête
commence ;. le Seigneur n'eft pas venu ,
& le Bailli croit triompher . Cécile s'écrie:
défefpérée :
C'en eft fait, j'ai perdu la roſe.
LE BAILL N
Oui, oui vous la perdez !!
LE SEIGNEUR .
Vous vous trompez , Bailli..
En
même
temps , le Seigneur plai
<
H.vj.
180 MERCURE DE FRANCE.
de la caufe de Cécile devant les vieillards
, & obtient la rofe pour elle ; il y
joint une dot , & le père lui accorde
fon amant pour époux. Herpin , Cécile
& Colin 'demandent grâce pour le Bail
li ; mais lorsqu'il veut fe retirer de la
fête , le Seigneur l'arrête , & lui dit :
Non. le bonheur de l'innocence • ·
Eft le fupplice des méchans .
Vous en ferez témoin... Que la fête commence.
Cette fête fe termine par une ronde
ou romance , par un choeur , & par des
danfes.
La mufique de cette comédie eft agréable
, pleine de goût & d'élégance ; il y a des
chants neufs , variés , d'une fraîcheur délicieuſe
, & d'un effet très piquant . Elle plaît
d'autant plus , que l'on peut en faifir davantage
les fineffes , les détails heureux , les
traits d'analogie & de vérité , fur-tout cette
propriété d'expreffion , ce choix raiſonné
d'harmonie , cet emploi fenti de la mélodie
qui diftinguent chacune des compofitions
de M. Gretry , & qui leur donnent à
toutes des formes fenfibles & du caractère
le plus convenable .
Les Acteurs de cette pièce ont fait
le compliment de clôture , & ont chanté
des airs choifis de différens drames . Les
AVRIL 1774 181
paroles , la mufique & l'exécution ont été
fort applaudies.
ARTS.
GRAVURES.
,
I.
PORTRAIT en médaillon de M. de la
Condamine Chevalier des Ordres dn
Roi , Militaire & Hofpitalier de Notre-
Dame de Mont-Carmel & de S. Lazare
de Jerufalem , l'un des Quarante de l'Académie
Françoife , de celle des Sciences
de Paris , de la Société Royale de Londres
, des Académies de Berlin , Petersbourg
, Bologne , Cortone , Nancy , Secrétaire
honoraire de S. A S. Mgr le Duc
d'Orléans , né en Janvier 1702 , mort
en Février 1774. Ce portrait eft très ref
femblant , & parfaitement gravé d'après
le deffin de M. Cochin. Prix I liv. 4
fols. A Paris , chez Chereau , rue S.
Jacques , aux deux Piliers d'or,
I I.
→
Coftume des anciens Peuples, par M. Dandré
Bardon , profeſſeur de l'Académie
182 MERCURE DE FRANCE.
•
royale de peinture & de fculpture , di
recteur perpétuel de celle de Marſeilley
& membre de l'Académie des belleslettres
, fciences & arts de la même
Ville :
Segniùs irritant animos demiffa per aurem ,
Quàm quæfunt oculis commiſſafidelibus.
Hor. de art. Poet, v . 180.
Seconde partie in - 4° . A Paris , rue
Dauphine , chez Jombert , libraire , &
Cellot , imprimeur..
M. Dandré Bardon , qui a dévoilé le
coftume des Grecs & des Romains dansla
première partie de cet ouvrage , fe propofe
de parcourir dans la feconde les divers
ufages des autres Peuples qui ont
joué des rôles diftingués fur la fcène du
monde. Les Fraëlites tiendront la première
place à titre de Peuple de Dieu.
"L'auteur nous entretiendra enfuite des
cerémonies religieufes de diverfes Nations
barbares , des coftumes de leur pays,
des vêtemens & des armes qui leur font
propres. Cette dernière partie a dû exiger
d'autant plus de recherches, que les hiftoriens
ont fouvent négligé de recueillir les
particularités qui avoient rapport au gou
vernement religieux & civil des Barba
AVRIL. 1774 1-833
res. Le petit nombre d'objets relatifs à
leur coſtume , qui feront raffemblés dans
la dernière partie de cet ouvrage , ne peut
cependant manquer d'intéreffer les artif
tes & de piquer la curiofité des lecteurs
par la variété des formes , le pittorefque.
du point de vue & la fingularité des ufages
que ces objets rappelleront.
Ce cahier du coftume des anciens Peu--
ples qui vient de paroître , forme le premier
de la feconde partie de l'ouvrage &
le feizième de la fuite entière . Ce cahier:
nous fait connoître les ufages religieux
des Ifraëlites. Il eft , ainfi que les précédens
, compofé de douze planches avec
leurs explications . Ces planches offrent
des images du Tabernacle , de l'Arche
fainte , de la Table des Pains de propofition
, du Chandelier d'or à fept branches,.
du Parvis qui renfermoit le Tabernacle ,
de la Piſcine où fe lavoient les Prêtres ,&
de l'Autel des Holocauftes..
II I..
Les Approches de la Guinguette..
Les Amuſemens Espagnols.
Deux petites eftampes deffinées & gra
vées avec beaucoup de foin & de talent
184 MERCURE DE FRANCE.
par M. Marchand, & fe vendent chacune
12 fols. A Paris chez l'Auteur , rue Mazarine
, la feconde porte cochère à droite
en entrant par la rue de Buffy.
MUSIQUE.
I.
XXVII Livre de Guitare , contenant
des airs d'Opéra comique avec des accompagnemens
d'un nouveau goût , des
préludes & des ritournelles par M.
Merchi , oeuvre xxxi . Prix , 7 liv . 4 fols.
A Paris chez l'Auteur , rue S. Thomas
du Louvre , en entrant du côté du Châ .
teau d'eau , près de M. Godin , & aux
adreffes ordinaires de mufique. A Lyon ,
chez M. Caftaud , place de la Comédie.
II.
Duo de deffus & baffe taille à grand orcheftre
, dédié à M. le Marquis de Querrhoënt
, compofé par M. Duquesnoy ,
Prix 1 liv. 16 fols. A Paris chez l'Auteur
, rue de Seve , hôtel de Querrhoënt ,
& aux adreffes ordinaires de mufique.
AVRIL. 1774. 185
I I I.
Premier Livre de pièces de clavecin , ou
le forte piano , dédié à Madame la Princeffe
de Robecq , compofé par M. Renaut
, maître de clavecin . Prix , 7 liv. 4
fols. A Paris chez l'auteur , rue Gît- lecoeur
, la deuxième porte cochère à gauche
en entrant par le quai , & aux adreſfes
ordinaires de mufique .
I V.
Douze Duo pour deux violoncelles ,
affez faciles pour être exécutés par les
commençans; par M. *** . Prix , 3 liv.
12 fols.
V.
Six Quatuor pour deux violons , alto
& balle , compofés par George Hayden
maître de musique de Sa Majefté le Roi
de Prufe , op. 8. Prix 9 liv.
V I.
Six Quatuor pour deux violons , alto
& baffe , par F. P. Ricci , maître de chapelle
de la cathédrale de Como , op . 8 .
Prix 9 liv.
୨
-
186 MERCURE DE FRANCE.
VIL
Quatre Symphonies pour deux violons,
deux hautbois , deux flûtes ou clarinettes
deux cors , altoviola , & baſſe , compofées
par Charles Diters , op. 17. Prix 9 liv.
VIII.
Deux Symphonies à grand orcheftre; la
première eft pour violons , hautbois on
clarinettes & quatre cors , alto & baſſe ,
par Vannhal , op . 17. Prix 6 liv .
I X.
Six Sonates , ou divertiſſement en trio
pour deux violons & violoncelle , com
pofées par M. Afpolmay , maître de mu
fique de la chambre de S. M. I. l'Empe
reur Jofeph II , op. 4. Prix 9 liv. Ces fix
derniers articles fe vendentà Paris au buteau
d'abonnement mufical , cour de l'ancien
Grand Cerf, rues St Denis & des
Deux-Portes St Sauveur , & aux adreffesordinaires
de mufique. A Lyon , chez Caf
taud , marchand libraire , place de la Comédie.
AVRIL 1774.
VRI
187
ES
COSMOGRAPHIE.
Les libraires de Paris , Saillant & Nyon
rue S. Jean de Beauvais, & la Ve Defaint
rue du Foin. S. Jacq. débitent depuis peu
la Cofmographie univerfelle , phyfique &
aftronomique pour l'étude de tous les âges
de l'Hiftoire , par M. Philippe , des Académies
d'Angers & de Rouen , Cenfeur
Royal , & Profeffeur en Hiftoire . Cet atlas
eft actuellement compofé de foixantedouze
cartes , du plus grand format in
4º , lavées & enluminées à la manière
des Ingénieurs , dans toutes les premières
divifions pour les cartes générales , &
dans toutes les fubdivifions pour les chorographies
particulières des grands Etats.
Outre deux cartes pour les hemifphères
céleftes , feptentrional & méridional , on
trouvera deux feuilles pour les notions
élémentaires de la Cofmographie. La plu
part des nouvelles qui paroiflent , préfentent
les objets de la Géographie hifto
rique ancienne , ce qui facilite la compa
raifon des développemens donnés précé
demment de la Géographie moderne..
188 MERCURE DE FRANCE.
Cet
ouvrage , relié en bafane
, eſt du
prix de 60 liv. Toutes
les feuilles
fe vendent
féparément
, fi l'on veut , au prix
de 20 fols
chacune
. En prenant
les dixfept
cartes
de France
, on les aura ਠ18
fols pièce ; & au même
taux les quatorze
numéros
de l'Allemagne
, mais fans reliure.
Le zèle de M. Philippe , & les lumières
qu'une étude conftante de l'Hiftoire
& de la Géographie lui ont donnés , font
fuffifamment connus. Ils doivent infpirer
au Public la plus grande confiance fur
cette collection utile , néceffaire même à
l'éducation de la Jeunefle.
NOUVELLES SCIARIES.
M. LOMBERT , architecte , géomètre &
mécanicien , à Commerci en Lorraine , inventeur
d'une machine hydraulique qui
fournit , à peu de frais , une grande quantité
d'eau , vient d'adapter prefque le même
moteur à des fcieries qui ont la facilité
de fe démonter pièces par pièces , & de
pouvoir être tranfportées ailément dans
les forêts qui font en exploitation . Cer
artifte ena déjà exécuté une en Lorraine
AVRIL. 1774. 189
qui fcie le plus gros bois avec profit , &
le réduit à tous les échantilous , même au
treillage & à la marqueterie. Sa conftruction
reffemble beaucoup aux fcieries à
eau quant à l'équipage ; mais le moteur
eft le même que celui de fa machine hydraulique.
Le rouet n'a qu'une de ſes parties
alluchonnée ; elle engraine dans des
dentspratiquées dans une pièce de bois placée
verticalement , à laquelle tient le
chaffis qui porte les fcies. Le balencement
d'un long pendule met le rotet en action ,
& celui-ci fait mouvoir la fcie : deux
hommes fuffifent pour cette manoeuvre,
M. Lombert vient encore d'appliquer le
même moteur à des foufflets de forges &
de fourneaux.
Les plus habiles mécaniciens géomè
tres conviennent qu'on peut tirer quelque
avantage du pendule appliqué à une machine
comme moteur ; mais ces avanta
ges nont guère lieu que pour des machines
qui ne demandent pas toute la force
d'un homme pour être mifes en mouvement.
Dans celles au contraire qui exigent
une force fupérieure, le pendule, loin
d'être préférable à d'autres moteurs plus.
pfités , leur eft au contraire inférieur à
plufieurs égards , & fur- tout en ce que fon
190 MERCURE DE FRANCE .
action s'exerçant alternativement en fens
contraire , on perd néceffaitement le degré
de force que produit l'accélération
dans les mouvemens qui fe font toujours
dans la même direction .
Amour d'un Lapin male pour des
Poules.
U
N Particulier a fait imprimer dans les
Papiers publics l'obfervation fuivante :
« Nous avons eu un gros lapin qui s'étoit
tellement attaché à deux poules , qu'il
» ne les quittoit ni la nuit ni le jour. Il
» couchoit au milieu d'elles , & venoit
» dérober à notre table du pain qu'il
alloit enfuite leur partager dans la cour.
Cet animal avoit rongé les plumes de
la queue de ces poules , pour les pouvoir
couvrir plus aifément , ce qu'il a
fait plufieurs fois en préſence de quan
tité de témoins. Après que nous nous
fûmes apperçus qu'il rempliffoit auprès
d'elles la fonction de coq, nous en recueillîmes
huit oeufs , que nous envoyâmes
à une perfonne qui vouloit les
faire couver ; mais malheureufement ,
AVRIL 1774. 191
» ďun côté , ſa cuisinière , qui n'étoit pas
» dans la confidence , en fit le ſoir même
» une omelette , & de l'autre , le Tapin
s'étrangla le lendemain aux barreaux
» d'une porte à claire voie, voulant ten-
»ter de pénétrer dans un jardin. »
Cette forte d'amour contre nature n'eft
point fans exemple. M. de Réaumur l'a
obfervé pareillement entre un lapin &
une poule ; mais ce n'eft que l'effet de la
lubricité exceffive d'un mâle privé de la
jouiffance des femelles de fon efpèce . On
voit fréquemment d'autres animaux , des
chiens, par exemple , & des taureaux ,
chercher à couvrir des animaux d'eſpèces
différentes, & jufqu'à des corps inanimés.
On a fort bien fait de faire une omelette
avec les oeufs de la poule dont il eft ici
queftion ; car il eft certain qu'avec un pareil
coq , ces oeufs ne pouvoient être
qu'inféconds. M. de Buffon a prouvé par
des expériences décifives , que la Nature
a mis des obſtacles infurmontables à la
confufion des espèces , & qu'il ne peut
naître des mulets que de la copulation
d'animaux d'une efpèce fi voifine , qu'à
peine peut- on y obferver quelques différences
fenfibles. Ce feroit donc bien peu
connoître les loix de la Nature, que d'at192
MERCURE
DE FRANCE
.
tendre une progéniture
de l'union de
deux animaux auffi hétérogènes
que le
font les quadrupèdes
& les oifeaux. Sans
cette loi fi fage & fi néceffaire , qui maintient
chaque efpèce d'animal dans un
état permanent
, tout feroit confondu
dans le règne animal. Il n'y autoit depuis
long-temps qu'une feule eſpèce d'animaux
; ce feroit celle des monftres , dont
les formes fe combinant
perpétuellement
de la manière la plus bizarre & la plus
vicieuſe , parviendroient
enfin à rendre
même leur existence impoffible.
ANECDOTES
,
I.
DANS le prologue de la comédie du
Roi de Cocagne , il y a un poëte nommé
la Farinière , dont l'original étoit un
homme très-connu fous le nom du poëte
May ; il avoit fait une trentaine d'ouvrages
tant tragiques que comiques , fans
avoir pu réuffir à en faire un qui pût foutenir
la repréſentation . Il étoit toujours
poudré à blanc. La peinture étoit ſi reffemblante
que le poëte May s'en plaignit
au
AVRIL. 1774. 193
au Lieutenant de Police , mais fans aucun
fuccès . La Thorilliere père , qui repréfentoit
ce rôle , pour appaifer le poëte
May , le conduifit dans un cabaret ; &
pour confommer la réconciliation , lui fit
boire beaucoup de vin de Champagne
qui le mit dans un état à ne plus rien fentir.
On le coucha dans un lit du cabaret ;
on prit fes habits , & la Thorilliere repréfenta
fon rôle avec les propres vête- ·
mens de ce poëte .
I I.
pre- Le Pédant joué de Bergerac eft la
mière repréfentation où l'on ait ofé hafarder
un Payfan avec le jargon de fon
village. C'eft auffi la première comédie
qui ait paru en profe depuis que Hardi &
fes contemporains ont établi un fpectacle
régulier à Paris .
I I I.
A la première repréſentation de la comédie
de Pamela , par M. de la Chauf
fée , quelqu'un demanda à la porte : Comment
va Pamela ? Un mauvais plaifant
répondit : Elle pâme , hélas !
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
MADAME
AVIS.
I.
Penfionnat.
ADAME LEPRINCE , belle - feur & élève de
Mde Leprince de Beaumont , auteur du Magafin
des Enfans , demeurant ci - devant fur le qual de
l'Ecole , demeure à préfent rue Royale place Louis
Quinze , chez M. Lucotte ,maifon à porte cochère.
Elle prend des penfionnaires depuis l'âge de fix
ans jufqu'à douze ; elle leur montre la géographie
, l'hiftoire, la mythologie , la fphère ; de plus
l'écriture & l'orthographe. La pension eft de fept
cent livrés ; elles ont une bonne nourriture. Les
Demoiselles qu'elle a actuellement chez elle , peuvent
faire preuve des foins qu'elle met à les avancer
; elles répéteront non fuperficiellement devant
les perfonnes qui defireront les entendre pour les
convaincre de la vérité de l'énoncé .
Mde Leprince prend des Demoitelles Etrangè
res. Elle en a qui lui font honneur ; elle ne les
quitte point , & eft occupée fans cefle à les inftruire
& à leur former le caractère ; elle a des Demoifelles
de condition , & autres de bonne famille.
Les penfionnaires font dans une maison honnête
, en bon air & à la proximité des promenades.
Elle le charge de les faire inftraire , & de les faire
préparer à la première Communion.
1 I.
Béchique ou Sirop pectoral , en liqueurs.
Le fieur Valade , auteur du Béchiquefouverain
AVRIL. 1774. 195
ou Sirop pectoral , approuvé par brevet du 24
Août 1750 , pour les maladies de poitrine , comme
rhume , toux invétérée , oppreffion , foibleffe
de poitrine & afthme humide , donne avis au Public
que fon Béchique ne fe débite que chez lui ,
afin que les perfonnes qui feront dans le cas d'en
faire ufage puiflent le confulter , comme elles ont
paru le defiter.
Son Béchique , en tant que balfamique , à là
propriété de fondre & d'atténuer les humeurs engorgées
dans le poumon , d'adoucir l'acrimonie
de la lymphe; & comme parfait reftaurant , il rétablit
les forces abattues , rappelle peu - à - peu
l'appétit & le fommeil , produit en un mot des effets
fi rapides , dans les maladies énoncées , qu'une
bouteille , taxée à 6 livres , fcellée de fon cachet
& étiquetée de la main , fuffit pour en faire éprou
ver toute l'efficacité avec fuccès.
Le fieur Valade demeure toujours au Temple ,
dans le bâtinrent neuf, chez le Boulanger , vis-àvis
le Serrurier , au deuxième , Nº . 10 , à Paris . Il
continue le débit de les Liqueurs fines & étran
gères , d'un goût exquis , que d'ailleurs on eft libre
de n'acheter qu'après les avoir goûtées. On
trouve le fieur Valade journellement ; & , en cas
d'abfence , il faudra s'adrefler chez Mde Barilles ,
fabricante de manchons de plumes , la
côté , Nº. 9.
I I I.
porte à
Le véritable Tréfor de la Bouche.
Le fieur Pierre Bocquillon , marchand gantierparfumeur,
à la Providence , à Paris , entre l'Eglife
St Louis de MM. de Ste Catherine & la rue Percée,
1 ij
196 MERCURE DE FRANCE.
vis - à - vis celle des Balets , annonce qu'il a été reçu
à la Commiflion royale de Médecine le 11 Octobre
1773 , & qu'il eft le feul compofiteur de la
liqueur nommée le véritable Tréfor de la Bouche.
Les vertus de fa liqueur font de guérir tous les
maux de dents , tels violens qu'ils puiffent être ;
de de tout venin , chancres , abfcès , &
purger
enfin de préferver la bouche de tour ce qui peut
contribuer à gâter les dents . Cette liqueur a un
goût gracieux à la bouche , rend l'haleine agréable
& douce , conferve les dents quoique gâtées.
L'auteur reçoit tous les jours de nouveaux fuffrages
fur l'excellence de fa liqueur. Il a des bouteilles
à 10 , 5 , 3 liv. & 24 fols . Il donne la
manière de s'en fervir , figuée & paraphée de fa
main , & met fon nom de baptême & de famille
fur les étiquettes & bouchons marqués de fon cachet.
Il a fon tableau à ſa porte , afin de ne point
fe tromper de boutique .
Il vend auffi le taffetas d'Angleterre blanc &
noir , propre pour les coupures & brûlures , approuvé
par la Commiffion royale de Médecine ,
31 Juillet 1773. le
L'auteur prie les perfonnes qui lui feront l'honrreurde
lui écrire , d'affranchir le port des lettres.
I V.
Tapifleries en papiers.
L'invention des Tapifleries en papiers eft d'autant
plus heureufe , qu'en procurant au Public le
moyen de fe meubler très - proprement & à bon
compte , elle devient de jour en jour une branche
de commerce très importante pour le royaume .
chez l'Etranger. Ce qui s'étoit fait dans ce genre
·
AVRIL. 1774. 197
jufqu'à ce jour , n'étoit point forti d'une certaine
mefure de procédés qui en mettoit prefque toutes
les productions au même niveau . Celles qu'une
manufacture dont le magafin eft fitué rue Comtefle
d'Artois, a mis au jour depuis quelque temps,
font d'un genre fi neuf & d'une exécution fi frappante
, qu'on eft obligé de convenir que rien n'eſt
imponible à l'induftrie françoile. Ce n'eft point
les étoffes de la manufacture de Lyon , ni les bel
les rentures des Gobelins , c'eft un genre de mérite
qui foutient la comparaifon de ces productions
admirables ; l'artifte , car l'auteur de ces papiers
en mérite le nom , promet inceffamment au
Public de nouveaux deffins.
Les Etrangers s'adrefleront à Mlle Hemeri ,
chargée de la vente de ces tapifleries , rue Comteffe
d'Artois , au Café d'Apollon , vis - à- vis la
rue Mauconfeil.
V.
Effence de Beauté.
&
ap-
Le fieur Duboft , fergent en charge des Gardes
- de la Ville de Paris , diftillateur & parfumeur, enclos
de St Martin -des Champs , au grand paffage
près la grille , vend l'Effence de Beauté , renommée
tant pour la barbe que pour la peau ,
prouvée tant par la Commiffion royale que par
Jes Communautés des Barbiers de Paris , de Lyon ,
de Marfeille & de Rouen. On trouve auffi cette
ellence à Verſailles , au château , fur le grand efcalier
du Roi ; à St Germain - en -Laye , chez le Sr
François , limonadier , près la paroiffe ; à Sens ,
chez le fieur Chambre , rue du Tripot.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Manière de s'en fervir.
Les Dames mettront une goutte d'effence dans
une cuillerée d'eau pour le laver le vifage le foir
en fe couchant & le matin en fe levant : cela leur
tient le teint frais & empêche le rouge de gâter la
peau ; on en mettra deux gouttes pour les mains.
Pour la barbe verfez quatre gouttes de cette
effence dans une cuillerée d'eau , battez - la avec
un pinceau , & favonnez -vous - en.
Le prix des bouteilles eft de 6 & 3 liv. Il y a
aufli des effais à 1 liv. 4 fols , avec lefquels on
peut faire au moins quatre- vingt barbes . Ön fournira
les pinceaux à ceux qui prendront des bous
teilles de 6 & 3 liv. Il a auflì , pour les voyages ,
des bouteilles doublées de fer blanc , qui coûtent
20 fols de plus.
LETTRE À M , L. , auteur du Mercure,,
M. l'abrégé chronologique de l'hiftoire de
• France du Préfident Hénaut eft un ouvrage d'un
mérite généralement reconnu , & dont on admisera
toujours la précifion , l'ordre & la clarté ;
mais plus la confidération due à cet illuftre écrivain
donne de poids à fes affertions , plus fes
moindres erreurs font d'une dangereufe conféquence.
Un hiftorien ne fauroit mettre trop d'attention
à rapporter les noms propres orthographiés exactement
comme ils doivent l'être ; une ſeule lettre
ajoutée ou retranchée dans un nom - propre , fuffit
pour mettre en contradiction les différens auteurs
qui en ont parlé. Cette contradiction répand tou
AVRIL. 1774. 199
jours de l'incertitude dans l'hiftoire , & fouvent
beaucoup de confufion fur l'origine de certaines
familles très- différentes les unes des autres , dont
le nom cependant eft à peu près le même. Il eft
échappé à M. le Préfident Hénaut une erreur de
cette nature. Dans fon abrégé chronologique de
l'hiftoire de France il donne le nom de Bertrandi
à Jean de Bertrand , qui , fous le règne de François
I & d'Henri II , fut fucceffivement premier
préfident du parlement de Touloufe ; préſident à
mortier & premier préfident du parlement de Paris
; premier garde des fceaux en titre d'office ,
chancelier de France , archevêque de Sens & cardinal
. Il eft prouvé par les provifions des différentes
charges qu'il a occupées , par fes fignarures
très-multipliées dans les régiftres du parlement
de Paris & par le témoignage des meilleurs
auteurs généalogiftes ; ** qu'il a toujours porté le
nom de Bertrand , & que celui de Bertrandı ne
lui a été donné que dans quelques actes latins
dans lefquels il eft auffi appelé Bertrandus , Bertranda,
Bertrandum, felon le fens de la phraſe. ***
* Regiftres du parlement de Paris depuis l'année
1539 jufqu'en 1559.
** Le Père Anfelme , hiftoire des grands Officiers
de la Couronne , première & dernière édition
à l'article Bertrand; les MM. de Ste Marche, Fran
çois Duchaîne , hiſtoire des Chanceliers , à l'article
Bertrand ; Blanchard , hiftoire des Maîtres des
Requêtes , page 287 ; Noguier , hiftoire touloufaine
, édition de 1556 , pag. 171 , &c , & c , & c .
*** Ampliffima eft inter Tolofates Bertrandorum
familia è qua Joannes Tolofa oriundus fuit , &c.
Liv
200 MERCURE DE FRANCE.
Peu de gens font inftruits de toutes ces particularités
, & ceux qui les ignorent pourroient fort
bien confondre la famille du chancelier de Bertrand
en le voyant appelé Bertrandi , avec une
famille de Bertrandi qui eft établie dans le pays
de Comminge , & qui fut anoblie vers l'an 1580.
L'époque de cet anobliflement prouve bien la différence
des deux familles ; mais cette époque n'eſt
pas connue de tout le monde . Le chancelier de
Bertrand , fils de Nicolas de Bertand & de Dame
Jacquette de Sauran * , naquit à Toulouse. It
époufa Dame Françoife de Rivière , dont il eut
un fils & deux filles ; fon fils mourut fans poftérité.
La première de fes filles époula Germain
Gafton de Foix ; la feconde fut mariée à Jean Dillier
, Seigneur de Chantemerle & de Vaupillon.
François de Bertrand , frère aîné du chancelier
quatrième préfident au parlement de Toulouſe ,
feigneur de Moleville , qui époufa en premières
noces Jeanne de Segnier ; & en fecondes noces
Marie de Foix de Carmain , eft celui dont la poftérité
eft perpétuée à Toulouſe , & fubſiſte encore
aujourd'hui.
Hiftoire de Jean Bertrand par Frifon , dans le
Gallia purpuratte , pag. 623 ..... Joanni Ber
trando Tolofano , Senonenfi archiepifcopo , cardinaliprimario,
& c . Epitaphe du cardinal Bertrand,
tirée de l'églife des Auguftins de Venife , où il fut
inhumé en 1560 , & rapportée par le Père Anfelme.
* Procès- verbal des preuves de Malte , dreffées
en 1620 pour François de Bertrand , petit-fils de
François , frère aîné du Chancelier , où le teltament
de Nicolas de Bertrand eft rapporté .
AVRIL. 201
1774.
Comme la littérature embraſle auſſi la connoiffance
de l'hiftoire , j'ai cru , Monfieur, que la
découverte d'une erreur hiftorique étoit faite pour
trouver place dans votre Journal.
Je fuis avec la plus parfaite confidération , &c.
NOUVELLES POLITIQUES.
LA
De Conftantinople , le 22 Janvier 1774.
1.
A mort du Sultan n'a occafionné aucun trouble
, & l'on eft perfuadé que cet événement n'apportera
point de changement aux mefures priles
pour la campagne prochaine.
Quelques inftans avant que de mourir , Muftapha
III fit appeler , auprès de lui , fon frère Abdoul
Hamed ; il le nomma fon fucceffeur , lui
expofa la fituation actuelle de la Turquie & les
projets qu'il avoit formés , foit pour le gouver
nement de l'Empire , foit pour continuer la guer
re , foit enfin pour parvenir à l'ouvrage de la pa
cification . Il lui recommanda , de la manière la
plus tendre & la plus forte , le Sulan Selim , fon
fils unique. Il laifle , de plus , trois filles dont l'atnée
, âgée d'environ quatorze ans , eſt déjà veuve
de deux grands Vifits . Le droit d'aîneffe ne règle
pas chez les Turcs la fucceffion au Trône qui appartient
à tout le SanglOttoman . Les Princes exclus
ne font point immolés à la défiance de l'Enpereur:
ils font feulement furveillés & privés de
femmes dont ils puiffent avoir des enfans .
On fit dernièrement la cérémonie qui répond
en Turquie au Couronnement des Souverains
chez les Chrétiens . Elle conffte à ceindre le Suk-
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
tan proclamé par le Muphti , l'Ulema ( les Gens
de Loi ) & la Milice , du cimeterre d'Ottman ch f
de la race Impériale , qu'on garde dans la mofquée
d'Ayoub. Muſtapha III eft mort dans les
circonftances les plus glorieufes de la guerre qu'il
foutenoit contre la Ruffie. Il laifle à fon frère des
plans de campagne ou des projets de paix tout
dreflés , des armées exercées & des tréfors . Il
avoit fuccédé en 1757 , comme nous l'avons dit ,
à Olman Ibrahim , & celui ci en 1754 à ſon frère
Mahomet V. Ils étoient fils de Muſtapha II , dépofé
en 1730 & remplacé par fon frère Achmet
II , à qui fuccéda par dépofition auffi en 1730 ,
Mahomet V , dont on vient de parler , & qui étoit
né à Belgrade en 1696. Muftapha II & Achmet
III avoient pour père Mahomet IV , & , à ce qu'on
prétend , pour frère puîné Muſtapha Aga , mort
à Bruxelles en 1729 .
De Vienne , les Mars 1774.
L'Académie de Peinture & de Deffin , qui eſt
établie en cette ville depuis quelques années , a
obtenu de Leurs Majeftés Impériales la permiffion
d'expofer , tous les ans , aux yeux du Public,
les ouvrages de fes Membres & de les Elèves ,
ainfi que cela fe pratique dans plufieurs grandes
villes . On lui a affigné pour cet effet la petite falle
de redoute qu'on ouvrit , avant hier , pour la
première fois , & où chacun s'empreffe d'aller voir
des productions nationales , fruits de la protection
particulière que Leurs Majeftés Impériales
aiment à donner aux beaux arts .
De Hambourg , le 14 Février 1774.
Toutes les lettres qu'on reçoit ici de Ruffie ,
n'ont pour objet que la révolte de Pugatschew.
1
AVRIL. 1774. 203
On recherche toutes les particularités de la vie
de cet homme fingulier que fa hardiefe criminelle
a rendu fameux : voici des détails qu'on
nous a écrits de Moſcow. On prétend que ce Cofaque
eft né d'une famille diftinguée de fon pays.
Le fieur Rafoumowski que l'Impératrice Elilabeth
fit Hetman ( général ) des Colaques , fe l'at
tacha , le conduifit à Pétersbourg & le fit recevoir
Page de l'Impératrice. On l'envoya à Berlin pour
Y faire quelques études. Il fervit chez les Pruffiens
dans la dernière guerre. Il fut fait Gentilhomme
du Grand Duc , développa dans cette place fon
efprit de révolte & d'indépendance , & fut , pour
cette raison , éloigné de la Cour, Il voyagea dans
les pays étrangers ; fon inquiétude naturelle ne
lui permit de fe fixer nulle part , il revint en Ruf
fie & fit quelques campagnes contre les Turcs &-
contre les Polonois ; il le retira enfuite dans fa
patrie , où il a fomenté fourdement la rebellion
qu'il vient de faire éclater . On dit que , pour en
impofer à les complices , il leur diftribue les Titres
, les Offices & les Ordres de Chevalerie de
l'Empire. Il décore , dans les déferts où il commande
, des cordons de différens Ordres de Ruffie ,
les chefs de fon armée qui n'ont jamais dû prétendre
à cet honneur. C'est par des moyens de cette
nature & par d'autres fingularités que cet homme
donne à fa révolte un caractère particulier & cherche
à s'attacher davantage ceux qui ont eu le malheur
& la foiblefle de ſe laiffer féduire par fes impoſtures
.
De Warfovie , le 29 Janvier 1774.
La Délégation va continuer fes féances & s'oc
спре des moyens de régler l'adminiftration inté➡
vieure du royaume , afin qu'il ne refte plùs à l'af-
'I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
femblée nationale qu'à confirmer ce qui aura été
conclu & déterminé
On prétend que la Cour de Vienne a réſolu
d'envoyer , dans fes nouvelles acquifitions en Pologne
, fix régimens de Houflards , outre les fix
régimens d'Infanterie & les quatre de Chevaux-
Légers , qu'elle avoit d'abord deftinés pour la garde
de ces Diſtricts
La Délégation s'occupe actuellement de l'affaire
concernant les impôts , & l'on préfume que
le projet de l'accile à établir en Pologne , comme
dans plufieurs pays de l'Europe , fera adopté ,
' quoiqu'on ne foit point d'accord fur les arrangemens
propres à en régler la perception . L'affaire
de l'Ordinacie d'Oftrog eft fufpendue , & il ne paroît
pas qu'on travaille férieufement à conclure .
les articles féparés des Ttraités de partage.
Le 13 de Février , le fieur Janoski , premier
bibliothécaire de la célèbre bibliothèque Zaluski ,
eut l'honneur de remercier le Roi des bontés qu'il
a eues pour lui. Les héritiers du feu Evêque de
Kiovie font tous leurs efforts pour le rendre maîtres
de cette riche collection de livres. Ce Prélat
a laiflé 40 , ooo florins de dettes qu'ils refuſent
d'acquitter , & ils renvoient les créanciers à la
Commiffion qui a pris poffeffion de la bibliothèque
, au nom de la République .
Quelques détachemens de Dragons Pruffiens
font arrivés en cette ville , & doivent fe rendre
en Podolie & dans la Volhynie , pour y acheter des
chevaux.
Le terme du départ des Commiffaites chargés de
régler avec ceux des Puiflances copartageantes les
nouvelles frontières de la Pologne , n'eft point
encore fixé. On croit que cette affaire, avant que
AVRIL. 1774. 205
d'être conclue , éprouvera beaucoup de délais &
de difficultés .
De Dantzick , le 8 Janvier 1774.
Les nouvelles qu'on reçoit ici de l'intérieur de
la Ruffie font fi contradictoires , qu'il eft très - difficile
d'y démêler la vérité . Ce qui paroît certain ,
c'eft que la révolte de Pagatschew , loin d'être
étouffée , s'accroît de jour en jour. Ce rebelle ravage
& défole les provinces par lesquelles il préfume
que le général Bibikow pourroit diriger fa
marche il a déjà pillé & détruit les mines de fer
du gouvernement d'Orenbourg , & il a groffi fon.
parti d'une foule d'habitans ruinés , auxquels il
ne reftoit que ce moyen pour fe procurer des fubfiftances
: il a converti le fiége d'Orenbourg en
blocus , afin d'oppofer de plus grandes forces au
général Rufle ; on craint même qu'il n'ait des
liaifons fecretes avec les Tartares de Cuban.
:
La fituation des affaires de cette ville eft toujours
la même. Le Magiftrat fe flatte cependant
que l'entremile de l'Angleterre & la médiation.
de la Ruffie garantiront le commerce de Dantzick
de la ruine dont il eft menacé ; mais on n'eft pas
fans inquiétude , fur- tout depuis qu'on a répandu
ici la nouvelle que le Miniftre de Sa Majesté Pruffienne
auprès du Roi & de la République de Pologne
, avoit déclaré que ce Monarque n'adopteroit
aucun arrangement relatif au commerce en
général , & fpécialement à celui de la Viftule.
De Stockolm , le 19 Février 1774.
Le Comte Charles Scheffer a remis entre les
mains de la Société Patriotique une fomme de
2000 écus , monnoie de cuivre , qui lui avoit été
envoyée avec un billet écrit en françois & conçu
206 MERCURE DE FRANCE.
"
dans les termes fuivans : « La charité que vous
»exercez eft la récompenſe du travail C'eft la
rappeler à la véritable inftitution ; c'eft faire du
»malheur de quelques-uns la fource du bonheur
public Permettez moi de concourir au fuccès
»de votre bienfaiſance , en lui offrant un tribut
»que je paie volontiers aux vues qui dirigent la
Société Patriotique . Je vous prie de taire mon
»nom. Si la fomme doit être inferite fur un regiftre
, il importe peu qu'on y life de qui elle
29
vient. » La Société Patriotique a cru ne pouvoir
mieux remplir les intentions du donateur qu'en
abandonnant cette fomme à la direction de la
Maifon du Travail établie en cette Ville , & elle
efpère en même temps que cet exemple de libéralité
, donné par un étranger , excitera une noble
émulation , & qu'on s'empreflera à maintenir un
établiffement dont le Public retire les avantages
les plus folides Elle a diftribué différens prix aux
paylans de la Bothnie Occidentale qui le font
adonnés à la culture des pommes de terre. Ces
prix confiftoient en gobelets , en cuillers & en médailles
d'argent Pour en obtenir un , il falloit que
le paylan eût étendu la culture en défrichant une
nouvelle terre.
•
De la Haye , le 11 Mars 1774.
Les alarmes qu'on avoit eues fur les inondations
le font renouvelées depuis quelque temps .
Plusieurs digues ont beaucoup fouffert , & l'on y
a envoyé des infpecteurs & des ouvriers. Trois
cens hommes ont été employés à prévenir les
brèches que l'eau alloit faire à une grande digue
qui fert de rempart vers l'embouchure de la Meufe
à la partie méridionale de la Hollande Le gon
fement du Vahal & celui du lac de Harlem , ons
AVRIL. 1774. 207
alarmé les contrées adjacentes . Ce dernier lac , qui
eft devenu avec le temps une mer intérieure , ne
peut être contenu par des digues & le volume de
fes eaux paroît augmenter tous les jours .
De Pife , le 17 Février 1774-
On vient d'établir en cette Ville , aux frais de
l'Impératrice de Ruffie , un collège pour cent
vingt jeunes gens arrivés du Levant. Ils y feront
habillés , nourris & inftruits dans les fciences ,
arts & métiers. Soixante jeunes filles Grecques
feront également entretenues aux dépens de cette
Princefle , & apprendront à travailler à différens
ouvrages convenables à leur fexe . Le docteur Ce→
far Studiati , médecin , a été nommé dire &eur &
furintendant de ces deux maiſons .
De Venife , le 29 Janvier 1774.
Des lettres de Ragufe portent que quatre navires
Ruffes armés en guerre , & qui croifent entre
Zante & Corfou , inquietent les navires marchands
, & qu'ils les vifitent avec une extrême
rigueur.
De Londres , le 10 Février 1774 .
le
Le 28 du mois dernier , le Vice Roi d'Irlande
fe rendit à la Chambre Haute du Parlement à Dublin
, & donna , en préfence des Communes ,
confentement Royal au Bill pour lever 265 , 00
liv. fterl. par annuités & à celui pour établir pluheurs
droits de timbre en Irlande ; ainfi ces deux
Bills qui ont excité au Parlement d'Irlande des débats
fi vifs & fi longs , font enfin paflés en Loi.
Un particulier arrivé de Bofton , d'où il étoit
parti le 20 Janvier de cette année , aflure que , la
veille de fon départ , on y brûla plufieurs caifles
208 MERCURE DE FRANCE.
de thé vis - à - vis la Douane , en préfence d'une
foule de peuple prodigieufe.
On écrit de la Virginie , qu'en defléchant un
marais dans lequel il y avoit une grande quantité
d'arbres , on apperçut dernièrement deux créatures
à figure humaine , qui prirent auffi - tôt la fuite.
On courut vers elles ; on les atteignit , & leurs
cris firent venir une femme à leurs fecours. Ces
trois Sauvages parurent effrayés , & aucun d'eux
ne put proférer un feul mot dans aucune langue.
D'après les recherches faites dans le pays , quelques
perfonnes fe rappelèrent qu'un pauvre homme
des environs avoit difparu avec la femme depuis
un certain nombre d'années , & l'on fuppo fe
qu'ils s'étoient retirés dans ce marais , au milieu
duquel fe trouvoit un petit mont où ils avoient
vécu , & avoient eu deux enfans . L'homme étant
mort , la femme avoit perdu infenfiblement l'ufage
de parler , parce qu'elle n'avoit perfonne avec
qui elle pût s'entretenir , & les enfans (ont restés
muets. On n'a négligé aucuns moyens pour leur
apprendre à parler ; mais ils n'avoient fait que
très -peu de progrès au départ des dernières lettres
.
De Paris , le 21 Mars 1774.
Le 16 de ce mois , le fieur de Sartine , confeiller
d'état & lieutenant général de police , pofa la
première pierre de la nouvelle Halle aux veaux ,
élevée fur les deffins du fieur le Noir , architecte,
& exécutée par le fieur le Foulon , expert entrepreneur
, dans le marais qui appartenoit ci - devant
aux Bernardins , près le quai de la Tournelle. Ce
magiftrat fut reçu par les propriétaires du marché
& complimenté par l'un d'eux. Le Public, qui étoit
accouru en foule , marqua la plus grande fatis
AVRIL. 1774. 2090
faction d'un établiſſement qu'on defiroit depuis
long- temps , & que Sa Majeſté , après en avoir reconnu
la néceffité & les avantages , a autoriſé par
lettres - patentes.
NOMINATIONS.
Le ficur de Boynes , fecrétaire d'état au dépar
tement de la Marine , entra , le 20 Février , au
Confeil d'état , en qualité de Miniftre.
de
Le Roi a accordé au Marquis de Conflans , maréchal
de camp , colonel d'une Légion , le gouver
nement du Neuf Brifac , vacant par la mort da
Maréchal d'Armentières , à la charge d'une penfion
de 6000 liv. fur les appointemens de ce gou.
vernement , en faveur de la Maréchale d'Armentières.
S. M. a donné à Monfeigneur le Comte de
Provence le régiment de Dragons , vacant par la
mort du Chevalier de Montecler ; Elle a accordé
au Comte de la Chaftre - Nancay , colonel en fecond
du régiment Royal des Vaifleaux , la charge"
Meftre - de - camp- lieutenant ; au Marquis de
la Roche - Aymon , colonel du régiment provincial
de Périgueux , celle de Meftre - de - camplieutenant
du régiment Royal - Nayarre , vacante .
par la démiffion du Marquis de Damas ; au Mar
quis du Chilleau , major du régiment d'infanterie
de la Sarre avec rang de colonel , celle de co- .
lonel du régiment provincial à Périgueux , & au
Duc de Lauzun , capitaine - commandant de la
compagnie Colonelle du régiment de fes Gardes-
Françoifes , celle de colonel de la Legion Royale ,
vacante par la démiſſion du Comte de Coigny.
Le Roi a accordé les Entrées de fa Chambre au
Comte de Chaftellux , Chevalier d'Honneur en
furvivance de Madame Victoire,
210 MERCURE DE FRANCE.
PRESENTATIONS.
Le 22 Février , le Prince Héréditaire de Heffe-
Rheinsfeldt-Rottenbourg fut préfenté au Roi &
à la Famille Royale.
Les Députés des Bureaux des Finances de Riom
& de Limoges ont eu l'honneur d'être préſentés à
Monteigneur le Comte d'Artois , & de le remer
cier de ce qu'il a bien voulu leur attribuer la connoiffance
des Matières féodales de fon apanage.
Le Geur Villaguet , premier Préfident , porta la
parole pour la Ville de Riom , & le fieur Durand
de la Couture , pour celle de Limoges.
Le Comtede Priego , Colonel des Gardes- Wallones
& Grand d'Espagne , a été préfenté au Roi
& à la Famille royale.
La Comtefle Louife d'Helmftatt a eu l'honneur.
d'être préfentée au Roi par la Comteſſe d'Helmftatt
.
MARTAGES.
Le Roi & la Famille royale ont figné le contrat
de mariage du Comte d'Helmftatt , avec Demoifelle
de Broglie.
Le Roi & la Famille royale ont figné le contrat
de mariage du Comte de Guebrian avec Demoifelle
de Boneuil , ainfi que celui du Comte de
Chafteigner , meftre- de-camp de cavalerie , avec
Demoiſelle de Traifnel.
·
Le 12 Février , on célébra à Drefde le mariage.
du Prince Charles Augufte Comte Palatin de
Deux Ponts , avec la Princeffe Amélie , foeur de
l'Electeur de Saxe. La Princefle avoit fait , la veil
le , les renonciations ufitées dans la Maifon de
#
AVRIL 1774. 211
Saxe. Le Prince Charles- Augufte , fils du feu Prin
ce Frederic & neveu du Duc Régnant de Deux-
Ponts , eft né le 24 Octobre 1746 , & la Princefle
Marie- Amélie de Saxe , fille du feu Electeur Fréderic
Chriſtian & de Marie- Antoinette de Bavière,
eft née le 26 Septembre 1757.
Le Roi & la Famille royale ont figné le contrat
de Mariage du Marquis de Vallan avec Dlle de
Quehillac, ainfi que celui du Comte de Dudrénucq
avec Dile de Champolcon.
NAISSANCES.
La femme du Sr Hennequin , confifeur à Metz ,
y accoucha , le 20 Février , de trois garçons qui
le portent bien , ainfi que leur mère.
La Princefle époufe du Stathouder- Général des
Provinces Unies accoucha , le 15 Février , d'un
garçon.
La nommée Anne Bailly , femme de Pierre l'Ef
pagnier , laboureur à Corgoloin , baillage de
Nuits , accoucha , le 15 Février , dans le quatriè
me mois de fa groflefle , de quatre enfans mâles ,
dout trois ont vécu aflez de temps pour recevoir
le baptême.
Marie Bigant , femme d'Etienne Dardinier
vigneron à Houdreville près Vézelize , en Lor
raine , accoucha , le 7 Février , de trois enfans
qui vécurent vingt - quatre heures ; elle jouit àpréfent
d'une bonne fanté.
La Reine d'Angleterre accoucha , hier , d'un
Prince qui eft le dixième enfant de Sa Majefté ..
Elle a eu le bonheur de les conferver tous , &
Elle jouit, ainfi que le Prince nouveau né ,
bonne fanté.
d'une
212 MERCURE DE FRANCE.
MORTS.
Marie - Angelique - Auguftine - Armande d'Aumale
, penfionnaire du Roi , fille de Jacques -An-/
toine Comte d'Aumale , chevalier de l'Ordre royal
& militaire de St Louis , ancien colonel d'infanterie
, époufe de Gabriel - Florent , Marquis de la
Tour de Saint Paulet , eft morte en fon château
d'Auzeville , près Toulouſe, dans la trente- huitième
année de fon âge .
Louis Philippe Potin , Comte du Chefue , eft
mort dans fon château , en Normandie , âgé de,
foixante quatorze ans.
Jacques Clare de Periffac , ancien capitaine de
cavalerie au régiment de Brionne, eft mort à Beaulieu
, en Bas - Limofin , dans la quatre -vingt- fep- ,
tième année de fon âge .
Role Adelaïde- Victoire de Caſtille , épouse du
Marquis d'Hervilly , eft morte au château de l'Echelle
près Guife .
La nommée Catherine Bazille , veuve de François
Helene , jardinier , eft morte à Rouen , dans
la cent deuxième année de fon âge .
Le nommé Barthelemi Efpenan , de la paroiſſe
de Ganflan , vallée de Magnoac , y eft mort der-.
nièrement. On n'a point trouvé fon extrait baptiftaire
dans les regiftres de la paroiffe ; mais on
lit dans celui de 1670 , qu'il affifta à une bénédiction
nuptiale , époque dont le fouvenir ne lui avoit
point échappé , ainfi qu'il l'a afluré avant la mort
au Curé du lieu , ce qui fait préfumer qu'il étoit
âgé de cent- dix-fept ans.
AVRIL. 1774. 213
Marie Thérele Defmier , des Comtes d'Olbreufe
, eft morte à l'Abbaye royale de Notre- Dame
de Soiffons , dans la vingt feptième année de fon
âge .
René-François de Biandos , Marquis de Caſteja ,
Seigneur de Courouges , ancien capitaine au régiment
de Bourbonnois , infanterie , chevalier de
l'Ordre royal & militaire de St Louis , commandant
à Marienbourg , eft mort à Marienbourg ,
âgé de foixante-neuf ans .
·
Jean Elzeart de Ripert de Monclar , Prêtre ,
licencié en théologie de Paris , de la Maiſon &
Société royale de Navarre , vicaire - général &
grand archidiacre d'Orléans , abbé commendataire
des Abbayes royales d'Ivri , Ordre de faint
Benoît , congrégation de St Maur , diocèse d'Evreux,
& de St Allyre , même Ordre & même
congrégation , diocèle de Clermont en Auvergne,
cft mort à Paris , dans la quarante- cinquième année
de fon âge.
LOTERIES.
Le cent cinquante - huitième tirage de la Loterie
de l'hôtel - de - ville s'eft fait , le 25 Février ,
en la manière accoutumée . Le lot de cinquante
mille liv. eft échu au No. 1618. Celui de vingt
mille livres au N°. 5267 & les deux de dix
mille , aux numéros 6954 & 15982.
Le tirage de la loterie de l'Ecole royale militaire
s'eft fait le Mars . Les numéros fortis de la roue
de fortune , font 73 , 85 , 9 , 33 , 68. Le prochain
tirage le fera le 6 Avril.
214
MERCURE
DE FRANCE.
PIECES
TABLE.
IECES FUGITIVES en vers & en profe , pages
Ode , tirée du Pleaume 50 ,
Imitation de la première ode d'Horace ,
Vers à M. le Maréchal Duc de Briflac , à l'occafion
de la convalescence ,
Vers pour le portrait de Mde la Dauphine ,
Rolamire , anecdote morale ,
Lettre de M. de la Harpe à M. Lacombe ,
La Fontaine de Vaucluse ,
Epître ,
Vers à Mde Laruette , qui a quitté le théâtre
pour fix mois , par ordre de fon médecin ,
Madrigal ,
La Laitière & le Chat , fable ,
Dialogue entre Tibère & Antonia ,
Idylle de Gefner , traduite en vers françois ,
La Noifette , allégorie ,
Les deux Rofes , fable ,
ibid.
8.
ΤΟ
II
12
23
25
28
33
34
ibid.
35
45
48
49
Epître d'Ariane à Théfée , imitation d'Ovide , so
La Coquette démalquée ,
Portrait d'Adelaïde ,
57
ibid.
59.
Réponte de Mlle T. aux vers qui lui font
adreflés dans le Mercure de Mars 1774 ,
Explication des Enigmes & Logogryphes , ibid.
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
Romance ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
60
63
67
69
L'Hygieine , ou l'art de conferver la fanté , ibid.
Lettre fur l'art d'écrite ,
81
AVRIL 215 1774.
Queftions de Droit , de Jurifprudence , &c.
L'Homme du Monde éclairé ,
Côme de Médicis , grand Duc de Tofcame ,
Minéralogie ,
Supplément à l'hiftoire de l'imprimerie de
Proiper Marchand ,
Théâtre de Sophocle ,
Nouvelles oeuvres de M. de la Fargue ,
82
84
86
92
95
ibid.
97
La Nature confidérée lous les différens alpects , 99
Le Spectareur François ,
Mérinval , drame par M. Darnaud ,
Catalogue des livres de la bibliothèque de
106
112
M. Morand , 121
Journal des Dames , 1.22
De la connoillance & du traitement des Maladies
,
129
Introduction à la Syntaxe latine , 131
Des Caufes du Bonheur public , 133
Recueils de Mémoires & d'obſervations fur
la perfectibilité de l'Homme , 141
Six nouveaux volumes in- 12. de l'hiftoire &
des mémoires de littérature de l'Académie
royale des infcriptions & belles - lettres ,
Ouvrages de M. Bezout , de l'Académie
royale des ſciences ,
Les Voyages de Michel de Montaigne en Ita-
143
144
145
lie ,
Fragmens
de
Tactique
, ou
fix
mémoires
,
ibid
.
Lettre
de M.
Blin
de
Sainmore
à M.
Lacom-
ACADÉMIES , de Dijon ,
be, 146
148
-de Lyon , 151
- de Rouen , 154
SPECTACLES , Concert fpirituel , 158
Opéra ,
159
216 MERCURE DE FRANCE.
Comédie Françoiſe ,
168
Débuts ,
170
Comédie Italienne , 171
ARTS , Gravures 181
Mufique ,
184
Colmographie ,
159
Nouvelles Scieries , 188
Amour d'un Lapin mâle pour des Poules ,
Anecdotes ,
Avis ,
Lettre à M. L. , Auteur du Mercure ,
Nouvelles politiques ,
190
192
194
198
201
Nominations , 209
Préſentations ,
Mariages ,
Naiflances ,
Morts ,
210
ibid
211
212
Loteries ,
213
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Mgr le Chancelier , le AI
premier vol. du Mercure du mois d'Avril 1774 ,
& je n'y ai rien trouvé qui m'ait paru devoir en
empêcher l'impreffion .
A Paris , le 30 Mars 1774.
LOUVEL.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
AVRIL , 1774.
SECOND VOLUME.
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123m
2011/
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les paquets & lettres , ainfi que les livres , les eltampes
, les piéces de vers ou de profe , la mufique
, les annonces , avis , obfervations , anecdoies
, événemens finguliers , remarques fur les
fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peut inftruire ou amufer le
Lecteur. On prie auffi de marquer le prix des livres
, eftampes & pièces de mufique.
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
des amateurs des lettres & de ceux qui les
cultivent , ils font invités à concourir à fa perfection
; on recevra avec reconnoiffance ce qu'ils
enverront au Libraire ; on les nommera quand
ils voudront bien le permettre , & leurs travaux ,
utiles au Journal , deviendront même un titre de
préférence pour obtenir des récompenſes fur le
produit du Mercure.
L'abonnement du Mercure à Paris eft de 24 liv.
que l'on paiera d'avance pour feize volumes rendus
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L'abonnement pour la province eft de 32 livres
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Ille liv des Odes d'Horace , in- 12.
Vie du Dante , & c. in 8°. br.
Mémoirefur la Mufique des Anciens ,
édition in 4°. br.
2 liv,
11. 10 6
nouv.
7 1.
Lettrefur la divifion du Zodiaque , in- 12. 12f
Eloge de Racine avec des notes , par M. de
la Harpe , in- 8 °. br. 11. 10 f,
Fables orientales , par M. Bret , vol. in-
8º. broché ,
3 live
La Henriade de M. de Voltaire , en vers la
tins &françois , 1772 , in- 8°. br. 2.1. 10.f.
Traité du Rakitis , ou l'art de redreſſer les
enfans contrefaits , in - 8 ° . br. avec fig. 41,.
Le Phasma ou l'Apparition , hiftoire gresque
, in- 8°. br. I iaf.
Les Mufes Grecques , in-8°. br. 11.164.
Les Pythiques de Pindare , in- 8 °. br. 5 liv.
Monumens érigés en France à la gloire de
Louis XV , &c. in - fol . avec planches ,
241. rek en carton ,
Mémoires fur les objets les plus importans de
l'Architecture , in- 4°. avec figures, rel. en
carton ,
Les Caractères modernes , 2 vol. br.
12 1,
MERCURE
DE FRANCE.
AVRIL , 1774.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE GENIE , Epure.
REMPLI EMPLI du feu facré dont brûle le Génie
Toi , qu'infpire en naiflant le Dieu de l'harmonie
Digne Elève du Pinde , en tes nouveaux efforts
Aux accens de ma voix , redouble tes transports.
$
* Cette épître étoit destinée à coucourir pour
le prix de l'Académie Françoile en 1773. Elle eft
imprimée ; & fe trouve à Paris , chez la V. d'How
ry, rue St Severin , & Efprit , au Palais royal.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Guidant ton vol rapide aux rives du Permeſſe ,
Sur ces lieux renommés fixe les yeux fans ceffe.
Crains de te ralentir dans ton effor pompeux :
C'est en volant toujours qu'on voit ce Mont fameux
.
Il faut fouvent fortir des traces ordinaires :
On rampe en fe traînant dans les routes vulgai
res.
Ne fuis que la Nature , & , du Beau feul épris ,
Que le charme des vers enlève tes efprits .
Aux fougues du Génie , abandonne con ame :
Que ce fublime élan la ravifle & l'enflainme.
Dans ton ardeur brûlante , invoque les Neuf
Soeurs;
Tout plein de leur ivrefle , on obtient leurs faveurs.
Mais pour te couronner d'une gloire immortelle ,
Fais éclater toujours cette heureufe étincelle .
Hélas ! trop fortuné ,fi, ton guide en ce jour ,
Je m'éclaire moi - même , & m'inftruis à mon tour.
C'eft du ciel que defcend la flamme du Génie .
Tout brille à ce flambeau ; fans lui tout eft fans
vie.
Un ouvrage languit , privé de fa chaleur ;
Sans force , il ne répand que l'ennui dans le coeur.
Mais quand ce feu divin dans fes pages reſpire,
Il agite , il ravit : tout cède à cet empire :
Et ce feu , reproduit fous mille afpects divers
Fait rejaillir foudain les plus brillans éclairs.
AVRIL. 1774. f
Notre esprit enchanté , qu'il frappe & qu'il étónne
,
Aux plus douces erreurs le livre & s'abandonne, 1
Vois l'homme de Génie infpiré par les Cieux;
La fureur qui l'embrafe éclate dans les yeux.
Quel air terrible ! il ſemble être armé du tonnerre
;
Les traits qu'il va lancer vont effrayer la terre
Il veut tout affervir , tout foumettre à les loix :
Les mortels entraînés frémiflent à la voix.
D'un coup d'oeil embraffant les fiècles & les âges ,
De l'avenir encore il perce les nuages ;
Raflemble dans un point tous les êtres divers ,
Et de les fiers regards mefure l'Univers ..
Mais que va- t- il créer , ce Roi de la Nature ?
Il ofe l'affer vir au joug de l'impofture.
Al'inftant du délire , il trace fes tableaux ,
Et leur fait refpirer le feu de fes pinceaux ,
Il va peindre des mers la mafle mugiflante ,
Sur l'empire des eaux la tempête éclatante ;
Et Neptune en courroux , vainqueur du Dieu da
jour ,
De fes flots menaçant le célefte féjour ;
Là les Tyrans des airs , qui , pouflant les nuages ,
Dans leurs flancs déchirés font tonner les orages
,
La foudre qui ferpente , & repand la terreur ;
A i
8 MERCURE DE FRANCE.
Et le Globe ébranlé , dans ces moments d'hor-
}
reur.
Ici plus vivement fes touches enflammées
Expriment les combats & le choc des armées ,
Les glaives des Guerriers brillans de toutes parts ,
Les fureurs , le fracas de Bellonne & de Mars.
Dans fa marche incertaine , il s'élève au fublime ,
Et lelaitle emporter par l'inftin &t qui l'anime.
Le Paylage change : il prend un ton nouveau :
L'aimable Fiction lui remet fon pinceau ,
Et les crayons , guidés d'une main plus lègère ,
Efquiflent des fujets qu'il invente pour plaire.
Il leur prête à fon gré les plus vives couleurs :
Sa Mufe n'aime plus qu'à répandre des fleurs.
Il offre à nos regards le palais de l'Aurore ,
Le temple de Vénus & le jardin de Flore ,
Ou le char du Soleil , ce Dieu de l'Univers ,
Qui , pouflant les Couriers fur la voûte des airs
Difpenfe dans la gloire & la flamme & la vie.
Il peint tous les trésors de la Terre embellie ,
La Nature naillante au fouffle du Zéphir ,
Les filles du Printems qui vont s'épanouir ,
Et l'eflaim des Plaifirs , fur de charmantes rives
Invitant les Sylvains , les Nymphes fugitives.
Il montre le bonheur au ſein d'heureux féjours.
Habités par les Ris , les Grâces , les Amours.
Peintre des paffions qu'il loue ou qu'il con
damne
,
AVRIL. 1774.
Il devient tour-à-tour Michel-Ange ou l'Albane.
En plongeant un oeil sûr dans l'abyme du coeur ,
Pénétrant les replis , fondaar fa profondeur ,
Il voit des chocs affreux , des combats , des ora
ges,
Dans cet autre Océan , entraîner leurs ravages.
Des mêmes paffions il fe remplit alors :
Il brûle de leurs feux , il reflent leurs transports
Des Etres qu'il anime il prend le caractère ,
Frémit ; en trait de flamme il dépeint la colère.
Le coeur plein de regrets , l'oeil humide de pleurs ,
Des amans malheureux il trace les douleurs .
Par la valeur guidé , fur le char de la Gloire
Il conduit un Héros qui vole à la victoire :
Grâces , vous l'infpirez ; dans le plus heureux
jour ,
Il décrit vos attraits & les feux de l'Amour.
Veut- il nous pénétrer des plus fortes images ,
El brûle , & , de la terre abandonnant les plages ,
Semblable à Prométhée , il vole dans les cieux ,
Ravir le feu facré dans le palais des Dieux .
L'enthousiasme alors le preffe & le domine →
Et tous les traits brûlans de fa fureur divine ,
Fortent l'émotion , le trouble dans nos lens ,
Et rempliffent nos coeurs de fes grands fentimens,
Aux fublimes objets louvent l'ame élancée
Puiffe-t- il, en fuivant le vol de fa penſée ,
Dans fon expreffion , au gré de fes andeurs,
A ces Etres donner la vie & les couleurs !
AV
ΤΟ MERCURE DE FRANCE.
Dans fes deffins refpire une heureuſe magie.
Quels grouppes variés ! que d'ame & d'énergie !
Tout frappe , tour enchante en fes portraits divers
,
Et fa touche divine embellit l'Univers .
On le voit réunir les teintes les plus fombres ,
S'il veut nous entraîner dans l'empire des ombres ;
Mais loin des triftes bords , revolant jufqu'aux
cieux ,
Ilverfe le nectar dans la coupe des Dieux.
Un merveilleux touchant , de brillantes images
,
Un coloris flatteur animent fes ouvrages.
Il aime à varier le ton de fes accens ,
A former des accords enchanteurs ou puiffans..
Tantôt, pour donner l'être à d'aimables chimè
res ,
Quittant de forts pinceaux pour des touches légères.
Tantôt c'eft l'aigle altière , au vol audacieux ,
Qui fend les champs de l'air & plane dans les
cieux.
Il nous plaît , il nous frappe , & le Dieu qui l'inf
pire ,
Lui remet à fon choix la trompette ou la lyre.
De (on coeur enflammé partent ces traits divins ,
Qui charment leurs efprits , éclairent les hu
mains.
AVRIL. 1774. II
Dans une longue nuit , près du berceau du
monde ,
pure
Erra de nos ayeux la troupe vagabonde :
Et dans ces temps obfcurs , le Génie inventeur
N'exerçoit point encor fon inſtinct créateur.
Enfin , grâces aux Dieux , fa clarté vive &
Perça le voile épais qui couvroit la Nature.
Il lui donna la vie au feu de fes regards ;
En Souverain du monde y fit régner les Arts ,
Détrôna l'Ignorance , & vint prendre fa place.
Apollon defcendit fur les bords du Parnafle ;
Aux accords de fa lyre attira les neuf Soeurs :
L'Olympe fut fenfible aux concerts de leurs
choeurs.
Les Mortels envioient les honneurs du Permefle.
On admira d'abord les Chantres de la Grèce.
Quand Homère parut , égal au Dieu des vers ,
Ses fublimes accens remplirent l'Univers.
Les peuples étonnés publièrent la gloire :
Il tient le fceptre encore au Temple de Mémoire .
Rome enfin triomphante affermit fa grandeur :
Mais ce fut aux beaux arts qu'elle dut fa fplen
deur.
Plus doux , plus gracieux , plus élégant , Virgile
Porta fon vol moins haut que le chantre d'Achille,
L'un fembloit un torrent : l'autre , paré de fcurs,
A vj
12. MERCURE
DE FRANCE
.
Imitoit dans leurs cours les ruiffeaux enchamteurs.
Sur les rives du Tibre , Ovide fit entendre
D'un luth voluptueux le fon flatteur & tendre..
Harmonicux poëte & peintre ingénieux ,
Horace célébra les Belles & les Dieux .
L'immortel Cicéron , rival de Démosthène ,
Dans Rome rappela l'éloquence d'Athène .
Chez ces Peuples fameux , le Génie adoré
Parvint dans leurs écrits à lon plus haut degré ;.
Mais depuis ces beaux jours , depuis ces temps:
célèbres ,
Il fembloit replongé dans d'épaifles ténèbres.
Nos Pères ignorans méconnoifloient fon prix ;
Et les Talens reftoient enbutre à leurs mépris ..
Enfin Louis , des Arts entrouvrant la carrière
Eit rejaillir fur eux l'éclat de fa lumière.
Les, Mufes , qu'enchantoient d'auffi brillans accords
,.
"
Regardèrent la France & vinrent fur ces bords..
Delpréaux , fecondé d'une belle cadence ,
Polifoit avec goût des vers pleins d'élégance.
Ce grand homme , l'honneur du Théâtre Fran
çois.,.
Corneille , avec moins d'art , alloit aur grandss
fuccès ::
Heureux dans ces élans qu'inſpire le Génie ,,
De pouvoir dédaigner les loix de l'harmonic..
AVRIL. 1774. 13
Le Dieu du Centiment , Racine (or· les coeurs
Etablit ton empire , & Melpomène en pleurs ,
Afa voix , de l'Amour déployant tous les charmes
,
Touchoit & répandoit les plus vives alarmes.
Savant peintre des moeurs , habile en fes deffins,
Molière faififloit les travers des humains.
La Fontaine , infpiré par la feule Nature ,
En badinant , du vrai crayonnoit la peinture.
D'Horace & de Pindare émale harmonieux ,
Rouleau pouvoit franchir la barrière des Cieux ,
Et peindre du Très - Haut la majefté fuprême :
Dans des ſujets moins grands il s'égayoit luimême.
•
Le tendre Fénelon refpiroit la douceur.
Bofluet eut pour lui la force & la grandeur.
Dans ces Auteurs divins , vois ce mortel encore,
Qui triomphe fans ceffe , & que la France adore ,
Qui , fur le Pande affis , près du Taffe & Milton ,,
Unit en lui Sophocle , Ovide , Anacréon .
Il entafle toujours les lauriers qu'il moiſſonne..
Apollon lui fourit , & toujours le couronne.
Toi qui brûles au nom de ces Chantres fameux,,
Embrace ton génie aux rayons de leur feux .
Si tu veux remporter les palmes de la gloire ,.
Deviens comme eux l'amant des Filles de M
moire :
Ex par eux entraînés vers le facré Vallon ,
14 MERCURE DE FRANCE.
Qu'ils dirigent tes pas aux fentiers d'Apollon,
Charmé de tes tranfports , que le Dieu de la lyre
T'infpire les accès d'un fublime délire !
Plein d'un noble courage , ofant fixer leprix ,
Au Temple des neuf Soeurs vole offrir tes écrits.
Ces arbitres du Goût , les cenfeurs du Parnafle ,
Y peuvent approuver tes chants & ton audace .
Don fuprême des Cieux ! ame des grands Talens
!
Par qui l'homme eft vainqueur des outrages du
Temps ,
O rayon immortel ! ô charme de la vie !
Tu l'égales aux Dieux , ô célefte Génie !
Tu fais , de l'Univers balançant les deftins ,
En maître fubjuguer la foule des humains ;
Mais les Arts enchanteurs , que ta lueur éclaire ,
Pour embellir leurs jours , triomphent fur la
Terre
Pat M. de Vollange.
AVRIL. 1774. TS
LE MUET , Conte dramatique.
ACTEURS.
MERVAIN père.
Mde MERVAIN.
MERVAIN fils .
EMILIE.
Le Docteur L'AгOSÈME.
LA ROSE.
SCÈNE PREMIER E.
MERVAIN , Mde MERVAIN .
MDE. MER VA IN,
VOILA pourtant huit jours , Monfieur .
MERVAIN. Je le fais . Oui , voilà be
huitième jour.
MAD. MERVAIN . Huit grands jours
fans parler.
MERVAIN. Cela vous paroît monftrueux
.
MAD . MERVAIN. Et à vous , Monfieur
?
MERVAIN. Cela me paroît d'une bizarrerie
, d'un entêtement inconcevables.
MAD. MERVAIN. Un entêtement. ?
16
MERCURE
DE
FRANCE
.
Non Monfieur , non c'eft une maladie
affreufe , fuite du chagrin que vous lus
avez caufé.
MERVAIN. Un entêtement , vous disje
, & d'autant plus fingulier ,, qu'il
vous reffembloit un peu , qu'il avoit le
défaut de trop parler , & qu'il paffoit
même pour indifcret. Et en effet , c'eſt
à fon indifcrétion que j'ai dû la décou
verte de fa paflion pour Emilie , pour une
fille dont je hais le père , & dont je me
fuis bien promis de ne jamais faire ma
belle -fille .
MAD. MERVAIN.Vous voilàbien avancé
vous aurez un fils muet. Un fils
muet ! Je ne fais pas ce que je ne préférerois
point à ce malheur ; mais Mon
fieur , votre fang froid fur cet article me
met hors de moi- même . Vous traitez ceci
comme un accident ordinaire ; il femble
qu'on vous dife que votre fils a la migraine...
il eft muet Monfieur...muet...
ce qu'on apelle muet.
MERVAIN. Et vous voulez me rendre
fourd ?
MAD. MERVAIN. C'eft votre coeur
qui l'eft . Oui vous êtes infenfible au plas
grand , au plus affreux des malheurs . La
douleur où l'a jeté votre défenfe de parler
à Emilie, & fuc-cout d'efpérer jamais
AVRIL. 1774. 17
de l'époufer , a fait fans doute une révolution
fubite d'humeurs , qui aura frappé
fa langue de paralyfie Voyez donc ce
qu'il y a à faire là-deffus ... J'ai fait venir
chaque jour les meilleurs amis , mais il
n'y en a pas qui lui ait arraché un mot ..
Si ce n'étoit que pour vous qu'il fe tût ,
je n'en ferois pas furprife : votre dureté ,
votre avarice lui ont fouvent fermé la
bouche ; mais c'eft pour moi-même , c'eſt
pour tout le monde ... N'y a- t'il donc
point de remède à cela ? & ferai -je la plus
infortunée des mères ?
MERVAIN.Si vous imaginez, ma femme,
que ce foit une maladie , faites le voir á
notre voilin le Docteur , à M. Lapofeine.
J'y confens , mais je ne fais fi la Faculté
a des remèdes pour cela . Le Docteur vous
dira bien en voyant , que votre fils ne
parle point , qu'il eft muet ; c'eft à dire
qu'il en faura autant que le Sganarelle
de Molière ; mais pour le faire parler ,
c'eft une autre affaire . Ecoutez, ına femme:
Vous favez que les grandes querelles de
votre fils & de moi tomboient toujours fur
l'argent , dont je n'étois jamais affez prodigue
envers lui : ch bien , · envoyezle
moi , ma femme , je vous en prie.
MAD. MERVAIN. Ne lui parlez pas
d'Emilie ; vous aggraveriez fon mal .
18 MERCURE DE FRANCE.
pas.
MERVAIN . Soit je n'en parlerai
MAD. MERVAIN . Ah , mon ami ! s'il
dit un mot , faites moi appeler fur le
champ , que je jouiffe du plaifir de l'entendre
.
MERVAIN. Je n'y manquerai pas .
MAD. MERVAIN. De grâce , de la
douceur avec lui , & rendez - moi mon
fils , fi vous le pouvez .
MERVAIN . Eh allez , vous dis je , ję
l'attends. ( Ellefort. )
SCENE I I.
MERVAI N.
MERVAIN. Que diantre imaginer fut
tout ceci ? Une révolution d'humeurs ;
.....une paralyfie .... cela eft incroya
ble... mais huit jours fans avoir proféré
une feule parole , ... avec fa mère qui
le gâte , avec fes meilleurs amis ... avec
fon valet , avec moi ... un étourdi , un
caufeur éternel comune fa mère ... cela
me paffe , mais je le vois .
SCÈNE II I.
MERVAIN père , MERVAIN fils.
MERVAIN père .
MERVAIN p.Eh bien , mon ami , qu'eftAVRIL.
1774 . 19
ce ? Veux-tu toujours défefpérer ta mère
& moi , par un filence opiniâtre ?
Mervain f. falue fon père , le regarde ,
& fe taît .
MERVAIN P. Mon fils ! tu m'effrayes ..
Mervain f. prend la main defon père ,
& la ferre avec tendreffe..
MERVAIN P. , quoi , tu ne nous dira
rien ?
Mervain f. , fáit figne qu'il ne le peut
pas.
MERVAIN p. C'eft une chofe affreufe.
Mais mon fils , écoute moi : je fais que
tu m'as boudé quelquefois de l'épargne que
je mettois à ta dépenfe ; tu m'a pris pour
un avare , & je n'étois qu'un père atten
tif à ne pas donner trop d'alimens à des
goûts toujours dangereux à ton âge ...
Tiens , veux tu que je te donne une preuve
que de ma part ce n'eft point un vil
attachement à l'argent ? ... Vois - tu cette
bourſe : il y a 25 beaux louis d'or dedans.
Les veux tu ?
Mervain f. fait figne qu'oui , & tend
les mains.
p.
MERVAIN Tu entends bien que je
-mets une condition à cela , & que je
compte fur ta reconnoiffance
.
Mervainf. peint la reconnoiffance qu'il
en aura.
20 MERCURE DE FRANCE .
MERVAIN P. Tu acceptes
donc le marché
? Tiens , les voilà ; ils font à toi .
Mervain f. demande par figne , s'ils
font bien à lui.
Oui , oui ... je te les
MERVAIN p. Oui ,
donne.
Mervain f. exige toûjours en pantomime
, quefon père en jure.
MERVAIN p . Oui , foi de père .
Mervain f. embraffe fon père ,
fauve avec la bourſe.
SCÈNE IV.
MERVAIN père .
& ſe
MERVAIN , Mervain ... il fuit à toutes
jambes. Oh ! par bleu , ce n'eft pas là mon
compte pas un mot de remerciement ,
& j'en fuis pour 25 louis ? ... Larofe ,
Larofe!
SCÈNE V.
MERVAIN père , LA ROSE.
LAROSE. Que vous plaît il , Monfieur ?
MERVAIN P. As tu vu paffer mon fils ?
LAROSE. Oui Monfieur , fort vite &
fort gaiement. Qu'a t- il donc ? Il y a huit
jours qu'il n'a eu l'air auffi ouvert.
MERVAIN P. J'ai voulu le faire parler
AVRIL. 1774. 21
; en lui offrant de l'argent ; il n'a pas dic
un mot , & s'eft enfui avec ma bourfe .
LAROSE. C'eft qu'il n'eft pas manchot..
MERVAIN. Je le vois bien ; mais dis
moi : penſes-tu comme ma femme , qu'il
eft véritablement , abfolument muet ?
LAROSE . Ce qu'il y a de certain Mon.
fieur , c'eft qu'il n'a pas prononcé une
fyllabe de toute la femaine. Mais c'eſt
plaifant vous avez fait une tentative de
votre côté ; & moi du mien , j'en voulois
faire une ; mais votre peu de fuccès
m'épouvante.
MERVAIN p. De quoi étoit il queftion
?
LAROSE . Vous vouliez le prendre par l'argent
, & ce n'étoit pas mal imaginé de votre
part ; mais moi je connois un autre foible
, & je voulois en profiter. Monfieur ,
Monfieur , je l'apperçois : ah ! de grâce
laiffez moi avec lui.
MERVAIN P. Allons : fais ce que tu
voudras ; je me retire ; mais dis lui que je
ne prétends pas qu'il garde mon argent
pour rien. I fort. )
SCÈNE VI,
MERVAIN fils , LA ROSE.
LAROSE , Le voilà qui vient à moiǝ
22 MERCURE DE FRANCE.
bon . Nous verrons fi je ne lui ferai pas
prononcer quelques - uns de ces jolis mots
dont il m'honoroit dans fa colère.
Mervain faitfigne à Larofe , qu'il veut
changer d'habit , & qu'il en veut un
brodé..
LAROSE . Monfieur , je n'entends pas.
Autre pantomime de Mervain , pourfe
faire comprendre.
LVROSE . Ah , oui , oui , je comprends
. . . . j'y vais ...
Mervain fe promene fans mot dire , fe
met le doigt fur la bouche , & femble fe recommander
le filence.
LAROSE , ( apportant un habit noir. )
Le voilà , Monfieur.
Mervain les yeux enflammés , le prend
'à la gorge , & lui explique de nouveau
parfignes ce qu'il demande : Larofe fort :
autre pantomime.
·
LAROSE. Que ne le difiez vous plus
clairement ? La voilà voire robe de
chambre .
›
Mervain frappe du pied.
LAROSE. Bon : voilà la machine en
mouvement ; il accouchera peut - être.
Nouvelle explication par fignes , de ce
que Mervain demande. Larofe fort , &
Mervain pendant ce temps- là , cherche des
AVRIL.
23 1774.
yeux dans la chambre , apperçoit une baguette
& la met près de lui.
LAROSE ( apportant l'habit brodé , )
ah ! pour le coup , m'y voilà , je crois .
Mervain fait figne qu'il a bien fait cette
fois de ne pas fe tromper. Il Je fait mettre
cet habit : Larofe fait mille gaucheries , &
dit à part :
Quel diable d'homme ! Comment ! il
ne me dira pas une injure , lui qui en a
le recueil le plus complet?
Mervainfaitfigne qu'il veut écrire : nouvelles
gaucheries affectées de Larofe , même
filence de la part du maître qui écrit enfin.
LAROSE. A propos Monfieur , je viens
de quitter Monfieur votre père , qui eft
très- fâché du petit tour que vous lui avez
fait. Il comptoit fur vos remerciemens :
25 louis valoient bien un petit mot ; on
feroit un difcours académique à moins de
cela .
Mervainfait figne à Larofe de fe taire.
LAROSE . Oh ! Monfieur, cela ne m'eſt
pas fi aifé qu'à vous.
Autre figne de fe taire.
LAROSE . Parbleu , fi tout le monde.
fe taît ici comme vous , cela fera une maifon
fort gaie. Je ne veux pas oublier ce
que je fais ; il faut que je parle.
24
MERCURE
DE FRANCE
.
Mervain fait figne à Larofe de cacheter
fa lettre.
LAROSE (à part .) Ah ! bon : nous verrons
s'il tiendra à celui - ci .
Larofe brûle la lettre en la cachetant.
Mervain prend le bâton , le roffe & s'en va.
LAROSE ( criant . ) Pefte foit du brutal :
encore s'il avoit affaifonné cela de quelques
paroles ! mais point.
SCÈNE VII.
MERVAIN père , LA ROSE,
MERVAIN père.
Eh bien , es-tu venu à bout de le faire
parler ?
LAROSE. Non , de par tous les diables
il n'y a point de mauvais, tour que je ne lui
aie fait , & au lieu de me tenir de ces
difcours cavaliers qui lui étoient ordinaires
, il a pris en filence le bâton que
vous voyez , & m'a rouéde coups .
MERVAIN P. C'eft qu'il n'eft pas manchot
, comme tu difois . Et mon argent ,
lui en as -tu parlé ?
LAROSE . Point de réponſe Monfieur :
oh ! il eft muet comme tous les muets
du férail.
MERVAIN P. Comment : eft - ce que
ma
AVRIL 1774.
25:
ma femme auroit raifon? & qu'une patalyfie
fubite tombée fur fa langue ?
LAROSE , Oh oui , Monfieur c'eſt cela,
à coup fûr ; mais la paralyfie n'a point.
gagné le bras , je vous affuce. 1
·
MERVAIN P. Vois qui eft ce qui
frappe... faut que je fois bien mal- :
Il
heureux ! Je n'ai qu'un fils , & je ne pourrai
me voir revivre dans fes enfans , cat?
perfonne n'en voudra en cet état- là,
LAROSE. Monfieur , c'eft un de vos
voisins ; c'eft M. 1'Aposème qui vient ,
dit-il , de la part de Madame.
MERVAIN P. Faites entrer.
SCÈNE VIII
M. L'APOSEME , M. MERVAIN père
LA ROSE.
M.L'APOSEME Monfieur, Madame Mer
vain m'a fait l'honneur de paffer chez moi,
pour me dire de venir voir M. votre fils ,
qui tour à coup eft devenu muet ,
qu'elle dit.
à ce
MERVAIN P. Ne vous a - t'elle pas conté
auffi ? ....
1
L'APOSEME. Oui Monfieur ,
l'effet d'un violent chagrin.
II. Vo.
que c'étoit
B
26 MERCURE DE FRANCE.
MERVAIN P. Eh ! croyez -vous cela
poffible ?
L'APOSEME. Comment , poffible ? Et n'avez
-vous pas oui dire cent fois que les
grandes paffions font muettes ?
MERVAIN P. Oui , pour un moment ;
mais huit jours , Monfieur.
L'APOSEME. Il faut voir le fujer, Monfieur
, il faut le voir : à la feule infpection
, je vais vous dire ce qui en eſt.
MERVAIN P. Larofe , fais venir mon
fils.
LAROSE , Oui , Monfieur. ( Ilfort. 】
SCÈNE I X.
M. MERVAIN père , M. L'Aroseme.
MERVAIN p. Et fuppofé qu'il foit
la Médecine a - t- elle des femuet
crets ? ...
L'APOSEME ( vivement ) . Si elle en a ?
Voilà un doute bien fingulier ! Eft- il un
mal , un dérangement phyfique quelconque
, devant lequel la Médecine s'ar- rête
?
MERVAIN P. Je fais que c'est l'opinion
de vos Confrères ; mais ....
L'APOSEME. Monfieur , les plaifanteries
fur mon art font un peu ufées , Dieu
AVRIL. 1774 . 27
merci , & la confiance que nous avons
droit d'exiger , ne fe ridiculife plus en
plein Théâtre ; prenez y garde.
MERVAIN. Tout comme il vous plaira
, pourvu que vous faffiez parler mon
fils.
L'APOSEME. Si je le ferai parler ! oh ,
je vous en réponds , quand il n'auroit
parlé de fa vie ...
MERVAIN P. Le voici ...
SCÈNE X.
MERVAIN fils & les mêmes .
L'APOSEME . Oh qu'il a bien les
d'un muet !
pue
yeux
MERVAIN p. Comment eft - ce que
vous voyez cela dans les yeux ?
L'APOSEME . Une fonction interromaltère
toutes les autres : ne vous aije
pas dit que la première infpection ? ..
LAROSE : Oh oui , c'eft vrai au moins ;
il ne regarde pas comme un autre : ce
c'eft la Médecine , pour ouvrir
que
l'efprit ! Je n'avois rien vu de cela .
MERVAIN P. Mon fils , voilà un habile
homme qui vient examiner votre
état , & y apporter du remède .
que
Mervain fait figne que le Docteur n'y
fera rien. Bij
28€ MERCURE DE FRANCE.
L'APOSEME . Tout beau , tour beau !
jeune homme , eft ce que vous êtes auffi
un peu incrédule en médecine ?
Mervain fait figne que oui.
L'APOSEME . Tant pis , Monfieur , tant
pis ; l'on vous guérira auffi de cette maladie-
là. Voyons le bras ... Eh donnez
donc , & ne faites pas l'enfant ... ( il tậte
le pouls. ) La pulfation du mutifme ...,
oui , le vrai pouls d'un muet,
MERVAIN P. Comment le pouls .
L'APOSEME, Tout s'y peint , tout s'y
mefure , pour qui fait y voir & y entendre
vous n'avez donc pas vu ma thèſe
fur le pouls ? ... Il n'y a pas un Docteur
Indien qui en fache plus long que moi
là-dedus ... mais il faut que je confidere
un peu la langue du malade ,
Mervain fils refuſe.
L'APOSEME . Il le faut , jeune homme
il le faut ...
MERVAIN P. Ah ! mon fils , je t'en
conjure.
L'APOSEME . Eh non , mon voiſin ; il
n'y a qu'à le faire attacher.
Mervain fils veut fuir ; le Docteur le
retient. Doucement , s'il vous plaît. Oh ,
vous me montrerez la langue , ou yous
direz pourquoi,
AVRIL. 1774: 29
LAROSE. S'il eft muet , comment vous
lez- vous qu'il vous le dife ?
L'APOSEME ( à Larofe ) . Vous avez raifon
, mon ami . Ce Valet a de la juf
teffe.
LAROSE . Monfieur vous êtes bien
bon .
L'APOSEME . Allons , beau muet, ne vous
faites point tirailler , & faites les chofes
de bonne amitié .
LAROSE . Pardi , je tirerois fort bien
la langue à M. le Docteur.
Mervain fils ..... rit , & montre fa
langue.
&
L'APOSEME. Belle & brillante pour des
yeux ignorans ; mais inflammatoire , engorgée
pour les miens.... voilà qui eſt
clair ... & j'ai juftement ici fur moi une
lancette propre à faire une petite inci
fion dans cette langue pareffeufe.
Mervain s'échappe & s'enfuit.
LAROSE . Oh , notre jeune maître n'ai
me pas la faignée ; je le favois bien.
L'APOSEME. Monfieur , Monfieur ,
voilà une conduite bien légère ; c'est une
rébellion en forme à la médecine : on
n'en agit pas ainfi avec un homme tel
que moi. Que diable , je vous dis de faire
attacher cet homme là , & vous n'en fai
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
tes rien , & vous m'expofez à cet affront
!
MERVAIN p. Monfieur , on lui fera
entendre raifon .
L'APOSEME. La paralyfie a attaqué une
partie du cerveau , auffi bien que la langue.
Adieu , Monfieur; difpofez votre malade
, & rendez - le plus docile , fi vous
voulez que je le revoye. Votre fils eft
muet , & c'eft à moi de le guérir.
SCÉNE X I.
MERVAIN père , LA ROSE.
LAROSE. Le Docteur s'en va mécontent
; car vous avez oublié la petite cérémonie
de le payer.
MERVAIN P. Ah tu as raifon ; mais
il reviendra. Voilà mon fils décidé muer :
cependant , que je fuis malheureux ! II
falloit qu'il aimât prodigieufement cette
Emilie que je lui ai défendu de voir !
LAROSE. Voici Madame .
SCÉNE XII.
Mde MERVAIN , les précédens .
MAD. MERVAIN . Je viens de rencontrer
le Docteur. Eh bien , que vous avois
AVRIL. 1774 31
je dit ? Mervain eft muet inconteftable
ment.
MERVAIN P. Je le fais bien ; j'en fuis défefpéré,
car nous ne pourrons plus le marier .
MAD. MERVAIN. Ce feroit le comble
de l'infortune , fi je ne m'étois pas conduite
comme je l'ai fait . J'ai été voir cette
Emilie que vous refufiez à mon fils . Grâces
, efprit , beauté , talens , c'eft un prodige
, & je ferois étonnée que Mervain
ne l'adorât pas dès qu'il l'a connue . J'ai
fait plus j'ai voulu voir fon père ; vous
le croyez de vos ennemis , il n'en eft rien ;
vous en avez cru de mauvaiſes langues
à ce qu'il m'a dit , & je l'ai trouvé tout difpofé
à faire tout pour vous.
MERVAIN P. Comment ! Il défavoue
...
MAD. MERVAIN. Tout. Laiffez- moi
achever. Je fuis revenue à fa fille , je lui
ai conté notre infortune , elle y a été
fenfible ; &, fi vous le voulez , elle épouſe
votre fils.
LAROSE. Quoi ! tel qu'il eft ? malgré
toutes les paralyfies poffibles ? Voilà une
bien honnête perfonne.
MAD. MERVAIN . Décidez -vous , mon
mari ... Et que favez - vous , fi en lui accordant
ce que vous lui aviez défendu
d'efpérer , vous ne lui cauferez pas une ré-
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
volution contraire à celle qui lui a ôté
la parole ?
MERVAIN p.Oui vous avez raifon : cela
eft très- poffible . Je vous avoue de tout
ma femme ; mais où avez laiffé Emilie.
MAD. MERVAN. Elle eft ici dans la
chambre voifine.
MERVAIN P. Tant mieux ; m'y voilà ré
folu : allons , je facrifie mon petit reffenaimentau
bonheur de mon fils , au vôtre ,
au mien , je confens à tout. Larofe , allez
faire defcendre mon fils : dites - lui qu'il
r'eft pas queſtion de Médecin . ( Lárofe
fort. ) Pour vous , ma femme , laiſſez- moi
an moment effayet fi la bonne nou♣
velle que je vais lui donner , fera quelque
effet.
1
MAD. MERVAIN . Vous ne voulez pas
que j'en fois témoin ?
MERVAIN P. Je vous appellerai avec
Emilie quand il fera temps. Le voici
rentrez vîte .
SCENE XIIL
MERVAIN père , MERVAIN fils.
MERVAIN P. Raffurez - vous , mon filst:
il n'eft pas queſtion du Docteur L'Apo-
Lème , ni d'incifion ; ... au contraire , je
AVRIL. 1774 拿袋
vais vous apprendre une bonne nouvelle
; .. ah ! cela vous émeut...eh bien ,
vous ne devinez pas ?
Mervain fils fait figne que non.
MERVAIN père . Il eft pourtant queftion
d'Emilie .
L'agitation de Mervain f. eft encore
plus grande.
Oui, d'Emilie .....que je ne connoif
fois point , mais que je trouve charmante
Comme vous.
Mervainf. prend les mains defonpère ,
& les baife.
Demandez-moi- la en mariage , & je
vous la donne .
Mervain f. ouvre io fois la bouche , la
referme auffi tôt , & fait figne à fon père
qu'il ne peut la lui demander.
Il faut donc y renoncer ; car affurément ,
une fille comme elle ne s'affociera pas
à un muer..
Mervain fe jette aux pieds de fon père.
Pauvre malheureux ! ah , mon coeur fe
déchire . C'en eft fait , je n'ai plus d'efpérance.
Venez ma femme , venez : dans
notre malheur , nous fommes
trop heureux
qu'Emélie fe condamne à le parta
ger.
By
34
MERCURE DE FRANCE.
SCENE XIV.
Les mêmes , EMILIE , Mde MERVAIN.
MERVAIN P. Rien ne peut réparer fa
perte , ( à Emilie , ) puifque l'offre que
je lui ai faite , de vous accorder à fa
demande , n'a pu lui arracher un feul
mor.
Etonnement de Mervain f. en voyant
Emilie , il tombe aux pieds de fa mère.
MAD. MERVAIN . Trifte infortuné ! tu
vas du moins jouir de l'objet de tes voeux ;
oui , mon fils , Emilie confent à s'unir avec
toi. Que ne lui devras tu point ainſi
nous ?
A
que
EMILIE. Ah Madame ! Gi vous faviez
ce que cet himen a de charmes pour moi !
(à Mervain p. ) Mais Monfieur , c'eſt de
votre main , que je veux tenir celle de
Votre fils.
MERVAIN P. Volontiers belle Emilie .
Il met la main de fon fils dans celle d'Emilie.
Soyez heureufe , & comptez fur le
père le plus tendre & le plus reconnoiffant.
EMILIE. Mon bonheur est sûr & le
vôtre auffi Monfieur , & le vôtre , mère
charmante d'un fils à qui je vais ordonmer
de fécher vos larmes. Oui, Mervain ,
AVRIL 1774. 35
oui , je fuis fatisfaite , oui , vous méritez
mon coeur ; oui , vous favez aimer...
parlez.
MERVAIN f. ( avec transport . ) Ah mon
père ! Oh mère adorable ! oh divine Emilie
! vous le favez, fi je fais me ſoumettre
& vous obéir.
LAROSE , miracle !
MAD. MERVAIN. Oh mon fils ! oh moment
délicieux ! Je refpire à peine.
MERVAIN p. Ma fille ! un peu trop
d'art peut-être ....
EMILIE . VOUS Vous trompez,Monfieur ;
ce n'eft point ce dénouement heureux que
J'avois envifagé , en exigeant de vorre
fils qu'il ne parlât que lorsqu'il en recevroit
l'ordre de moi . Je voulois éprouver
fon amour , & fur - tout m'affurer qu'il
favoit fe taire , & dompter un penchant
que je lui foupçonnois à l'indifcrétion . Le
fuccès a paffé mon attente ...
MERVAIN f. Il a comblé la mienne
Emilie je fuis à vous , & j'y fuis pour
la vie ; je n'ai point trop acheté le plus
grand des bonheurs . Mais laiffez moi parler
déformais , pour vous dire fans ceffe
combien je vous adore.
Bvj
36 MERCURE
DE FRANCE
.
EPITRE
à M. le Chevalier Bonnard.
Mon jeune ami ! je ne viens point t'inftruire
ON
"
En l'art des vers , où dès le premier pás.
Avec tranfport ta. Mufe fe fit lire..
Sous l'étendard de ce Dieu qui t'infpire
Je luis au plus au nombre des foldats ;
La Gloire veut qu'on l'aime avec délire ,
Je foupirai , mais je ne brûlai pas.
Javois gardé tous mes feux.
pour Thémites
.
Maistoi , l'amant de la Divinité
A double titre , & l'amant bien traité ,
Remplis ton coeur de flaminés pour la belle ,
Confume -toi , far- tout fois- lui fidèle ;
Que tour à-tour fa main , d'un beau laurier.
Ceigne le front du Chantre & du Guerrier.
A Maillebois ton deftin fut de plaire ;
Geft un préfage heureux pour tes travaux ,,
De nos foldats fa voix fait des héros ;:
Tu le verras quelque jour à la guerre ,
Près de Condé n'avoit plus de rivaux,
Tu marcheras , ami , fous leurs drapeaux ::
En les fuivant que ne peux- tu pas faire?:
AVRIL. 1774. 37
•
Sur l'autre point , jete fais des amis
Qu'en fes projets Apollon t'a choifis ..
Et ce Bertin dont la joyeuſe lève
Décrit fi bien les bachiques concerts ;
Et ce Dorat qui , chaque jour, s'élève ,
Et qui fervit de modèle à tes vers .
Toujours féconde en hommes de génie,
Du leul Buffon notre heureuſe patrie
Peut le vanter ; Buffon en vaut plus d'un
I les vaut tous ; mais de la poëſie
Le luth fe tait ; rends -lui ton harmonie :
Il eft à toi , s'il doit être à quelqu'un.
Ce luth facré perdit fa mélodie
Au même inftant qui nous ravit Piron
Et fous fes doigts rendit le dernier fon..
Si tu le prends , Melpomène ou Thalie
Viendront bientôt s'offrir à tes regards ;
Mais fauve-toi des modernes écarts..
Ton coeur est vrai ; fuis fon heureuſe pente ,
Et ne vas point, traveftiflant nos arts ,
Prendre une voix fauflement éloquente,,
Te propofer de factices vertus ,
Des paffions dont l'excès épouvante ,
Et démentant la Nature conſtante ,
Changer fos tons par un cruel abus.
›
Il est encore un écueil redoutable ,
Bcueil funefte aux beaux éfprits du temps,
38 MERCURE DE FRANCE.
On te dira qu'il fuffit d'être aimable ;
Qu'un vain favoir ne fait que des pédans :
Si tu le crois , tu bornes ta carrière
Au feul plaifir de carefer tes fens.
Eh quoi ! toujours avec des vers galans
Payer le coeur d'une Beauté peu
fière
Qui te paroît fenfible à tes accens ,
Mais qui fe rend à ta fraîcheur première ,
Au doux tribut qu'annonce ton printems ?
Et quand du poids des rapides années
Ton coeur flétri fentira les effets ;
Quand du matin les fleurs feront fanées ,
De ton midi quels feront les fuccès ?
Flore à tes yeux , de fon aîle légère,
Careffera le bouton jeune & frais ;
Tu gémiras : eft- ce un moyen de plaire ?
Flore te laiffe à de triftes
regrets.
Ah mon ami ! Racine à fon aurore
A des Anciens déjà vu les tréſors ;
Il les relit , il les médite encore,
Il n'a point fait d'inutiles efforts.
Racine laifle un nom que l'on adore ,
Lorfque Pradon , écrivain ignorant ,
Des froids rimeurs obtient le dernier rang,
Duflé je ici paffer pour pédagogue ,
A ce propos écoute un apologue
Court fi je puis , utile heureuſement,
AVRIL. 1774. 39
On dit qu'un jour l'orgueilleuſe Science
En fon chemin trouva le Bel - Efprit.
•
Fier des fuccès qu'il eut toujours en France ,
Dit-il un mot , lui-même s'applaudit ;
De cent objets prend la fuperficie
En un moment , & croit qu'il ſe varie ,
Qu'il eft profond & fait pour tout charmer.
Il croyoit vrai. Notre Beauté Romaine
Le trouve aimable & finit par l'aimer.
Or voilà donc le petit- maître en scène ;
Comme Français il fait , tendre & coquet ,
Saifir l'inftant ; l'aventure lui plaît
Tant & fibien que la bonne Lucine
Eft appelée , & vient à la fourdine ,
Après neuf mois , faire le dénouement.
Quel fruit heureux d'une union fi belle !
Lui feul pourroit fe peindre dignement.
Un feu rapide en fes yeux étincelle ,
Ce qu'en fon fein la Nature recelle
N'a rien d'obſcur pour fon entendement.
Tout ce qu'il peint , il le peint d'après elle.
Ici l'Albane , & , quand il veut , Apelle ;
Il réunit la force à l'agrément :
D'un demi-Dieu c'eſt l'image fidele.
De fon front part un célefte rayon :
Tout garantit la durée éternelle
Qu'auront les jours ; le Génie cft fon nom.
Cher Chevalier , ma fable te plaît- elle i
40 MERCURE DE FRANCE.
Au bel Efprit réunis le ſavoir ,
Et tes écrits , ( j'en ai le dour espoir )
Scront payés d'une vie immortelle .
Lorsqu'arrivant aux bords de l'Armançon
Tu reverras l'Emule de Buffon ,
Ce Pline aimabte en qui de la fcience ,
Depuis long- temps tous les tréfors ouverts
N'ont pu ravir ni la mâle éloquence ,
Ni l'agrément , ni le don des bons vers ,
Guenault enfin , ami fûr & fidèle :
Dans le tranfport qui viendra te faifit ,
Tu t'écrietas : oui , voilà mon modèle ,
Etj'avouerai qu'on ne peut mieux choifir.
Par M B....
EPITRE fur la Fontaine de Vauclufe.
A Madame de ** , qui en avoit demandé
la defcription , & qui appelle
L'auteurfon Pétrarque..
JE les ai vus , ces lieux charmans ,
Ou d'une languiflante ivrefle
Rivière qui paffe à Semur en Auxois.
envoyé
2 Cette épître a été imprimée en province avec
beaucoup de fautes ; l'auteur nous en
une copie qui eft la feule qu'il avoue..
AVRIL. 1774.
Le plus fidèle des amans *
Séchoit aux pieds de fa maîtreffe.
Avec les vers fi langoureux
Ah ! qu'il étoit fortement tendre !
Que j'aime à le voir malheureux !
Il parloit toujours de fes feux
Et ne favoit rien entreprendre.
Car eût-elle le coeur de fer
Cette Laure fi difficile ,
Aforce enfin de le chauffer
Le fer doit devenir ductile.
Qui ? moi! que j'aille déformais ,
La lyre en main , ſuivre vos traces
Et ,fans en obtenir jamais ,
Célébrer fans cefle vos grâces ?
Vos yeux pour moi n'ont plus d'appas
S'il n'ont jamais rien à me dire.
Que me fait votre fin ſourire
Quand vous ne me ſouriez pas ?
Votre bouche eft plus fraiche encore .
Et plus vermeille qu'une Acur
A l'inftant qu'elle vient d'éclore.
Mais cet éclat , cette fraîcheur ..!
Ah ! fous une image infidelle
L'art bienfouvent peut fe cacher.
* Pétrarque eut toujours à effuyer les rigueurs
de la belle Laure , qui fut une vertueufe Demoifelle
, à ce que dit l'hiſtoire..
42 MERCURE DE FRANCE:
Puis-je la croire naturelle
Tant qu'on me défend d'y toucher ?
Par-tout on vous trouve divine.
Vit-on de figure plus fine ?
Oui , Vénus étoit faite ainfi .
Mais , hélas ! en revanche auffi,
A- t-on vu d'humeur plus chagrine ?
Vous boudez lorſque je badine.
Vous riez quand j'ai du ſouci.
Je vais là ; venez donc ici .
Par fois avec vous je promènes
Si je marche légèrement.
-
Mais , vous allez à perdre haleine;
Je vais alors plus doucement.
Mais , Monfieur, faut- il qu'on vous traîne ?
Ce livre eft écrit joliment.
Mais il eft horrible , affomant ;
Il vous a donné la migraine.
Oh le caractère charmant !
A me contrarier fans cefle
Vous mettez vos foins les plus doux ,
Et vous feule auriez ma tendrefle !
Hortence ! Hortence , y penfez- vous ?
L'Amour de flèches moins cruelles
Aujourd'hui remplit fon carquois,
On ne voit plus comme autrefois
Les amans , triftement fidèles ,
Aller des rigueurs de leurs belles
Itourdir les échos des bois.
AVRIL. 43 1774.
Mais un poëte , aimable Hortence ,
Volant à l'immortalité ,
D'un trait dont fa Mufe s'élance ,
Poufle le char de la Beauté.
Quelle gloire feroit la vôtre
Si dans les fiècles à venir
On s'entretenoit du plaifir
Que vous aurez fait dans le nôtre !
Vous le pouvez , & feulement ,
Commencez d'être moins cruelle ...
Enfin eft-il rien qu'une Belle
Doive payer plus chèrement
Que le plaifir d'être immortelle ?
Mais c'eft aflez papilloner.
Prends res peinceaux , volage Muſe ,
Et fur les rives de Vauclufe
Vole pour nous les crayonner.
Au fein d'une fertile plaine
L'Ifle voit des monts fourcilleux *
S'étendre , & , repliant leur chaîne ,
Former un vallon ténébreux :
Là , des flancs d'une grotte obfcure ,
Roulant fur des rochers affreux ,
Une fource abondante & pure
* Lifle , petite ville du Comtat , à une lieue de
Vauclufe. Ses dehors font fi agréables , qu'on croit
y voir réalifées toutes les fictions des Poëtes fur les
beautés de la Nature.
44
MERCURE DE FRANCE .
Fait bondir les flots écumeux ,
Avec un effrayant murmure.
On croiroic qu'au ſéjour des morts
Brilant l'urne qui le reflerre
Par les entrailles de la terre **
Le Styx arrive fur ces bords.
Déjà fous deux arches antiques
Le cours impétueux de l'eau
Se brife, & d'un petiť hameau
Mouille en grondant les murs gothiques ;
Puis dans de fouterrains canaux
Tournant un cylindre rapide
Avec des coups toujours égaux **
D'un affreux amas de lambeaux
Forme une matière liquide.
L'habitant de ces triftes lieux
Vit dans l'obfcurité profondes
Sans lancer un rayon fureux
Le foleil fait le tour du monde.
Non loin fe préfente à nos yeux
Sur un rocher inaceffible
Le débris du château fameux
De ce Pérrarque fi fenfible.
Par un heureux enchantement
*On a toujours tenté inutilement de connoître
la profondeur de la Fontaine de Vauclufe ; & elle
fort avec tant d'abondance , qu'elle porte batteau
même à fa fource .
** La papeterie.
AVRIL 45. 1774.
On croit encor voir fon ombre
Chercher fur ce rivage ſombre
L'objet cruel de fon tourment.
Des forêts l'effrayant ombrage ,
Le repaire le plus fauvage
Peut fervir d'afyle aux amours.
Dans ces lieux tout nous fait entendre
Que pour un coeur fidèle & tendre
Il n'est jamais d'affreux léjours.
Mais déjà les ondes tranquilles
Peignent les cieux dans leur criftal ,
Déjà les bateliers agiles
Vont en chantant fur le canal ;
Puis d'une rame parefleule
Conduifant leurs petits bateaux
Dans la retraite limoneufe
Vont troubler l'habitant des eaux.
Les plaines que le Nil féconde ,
De Tempé les bords enchantés
Sont l'image de ceux qu'inonde
Lecours des ces flots argentés .
Mais ma Mufe , toujours diftraite
Par un objet cent fois plus doux
Laiffe là peinceaux & palette
Pour ne s'occuper que de vous.
Par M. d'Hermite de Maillanne.
46 MERCURE
DE FRANCE
.
LA BONNE MÈRE.
COMME il dort bien , mon enfant !
Que fon fouffle eft doux ! que fa bouche
eft fraîche ! .... Que je m'estime heureufe
de pouvoir dire : il eft l'enfant de
l'amour conjugal & de la fanté ! . . Il y en
a qui naiffent fouvent auffi avec le germe
d'un poifon mortel ... Ah ! fi mon fils ...
j'irois enfevelir ma honte dans les abymes
, & , pour lui épargner à lui- même
les horreurs d'une vie pénible & ſouffrante
, je le précipiterois avec moi ...
La nature eft tellement dépravée , qu'une
femme peut voir le fruit de fon infidélité ,
fans mourir de douleur & de remords !
O Moncalm ! ...tu es né comme moi ,
d'une famille où la vertu fe tranfmet de
race en race : nous la tranſmettrons à
notre fils avec le fang que nous avons
reçu de nos pères .... Viens mon ami ,
embraffons cet enfant qui fait notre bonheur.
Julie ne favoit pas que Moncalm fût
près d'elle ; il avoit tout entendu . Il l'accabla
de carefles : l'enfant s'éveilla ; il
leur fourit , ils le prirent dans fon ber
AVRIL. 1774. 47
ceau ,le couvrirent de baifers & de larmes.
Ils éprouvèrent en ce moment un plaifir
plus délicieux que tous les plaifirs enfemble
; & ce plaifir , ils le font renaître cent
fois le jour. Rends - le moi , Moncalın
dit Julie , rends-le moi , que je lui donne
à tetter , qu'il vive de la fubfiftance de fa
mère , qu'en fuçant mon lait , fa bouche
innocente porte à mon coeur les plus douces
impreffions de la tendreffe.
Moncalm refta près de Julie , baifa fon
fein , la regarda ...L'Amour voulut pein
dre cette fcène muette ; le pinceau lui
tomba des mains.
Madame la Marquise de Grieu.
Catherine de Paulmier de Vendeuvre ,
fille de Monfieur de Paulmier de Vendeuvre
, Brigadier des Armées du Roi ,
mort en 1701 ou 1702 , naquit en Normandie
en 1680. Sa beauté , fes grâces
& fon efprit ont été célébrés par beaucoup
de Poëtes fes contemporains . Elle
avoit un talent naturel pour la poéfie . A
l'âge de 18 ans , elle obtint le prix de
l'Académie Françoife par un fonnet
à la gloire de Louis XIV. Elle a fait dans
48
MERCURE
DE FRANCE
.
toutes les occafions , des vers de fociété ,
où régnoient fur tout la précifion & la
fineffe. Elle n'a jamais voulu permettre
que les petits ouvrages fuffent donnés au
Public , & les a prefque tous brûlés . A
Pâge de 88 ans , elle fit ces quatre vers
pour M. le Préſident de Mefnières .
Simple dans les difcours , fublime en fes pensées ,
Tant qu'il fut magiftrat , patriote zélé ;
Aujourd'hui , par fon choix , detous foins ifolé
Il jouit des vertus qu'il a tant exercées.
En voici d'autres qu'elle fit quatre ans
après , en envoyant une écritoire à un de
fes amis.
Comment offrir une écritoire ?
Elle tire de vous la gloire.
Si vous daignez vous en ſervir ,
Par elle tracez le modèle
Du bon goût dont le ſouvenir
A grand befoin qu'on le rappelle.
Une voix touchante & légère , les char
mes de la figure , une taille élégante
soutes les grâces de l'efprit réunies à celles
de la jeuneffe , répandirent un gránd éclat
fur fes premières années.
Elle époufa M. le Marquis de Grieu à
30
AVRIL. 1774. 49
30 ans paffés. Des affaires de famille l'appelèrent
dans fes Terres elle y refta
long-temps . En 1752 , elle revint à Pa--
ris avec fon mari . Il mourut en 175 5. Depuis
ce temps , elle a vécu dans la plus
grande retraite , féparée de tout & parfaitement
ignorée. C'eft fous le nom de Mlle
de Vendeuvre , qu'elle a été célébre . M.
l'Abbé de Laporte a parlé d'elle dans fon
hiſtoire des femmes illuftres. Il la croyoit
morte alors. Il dit que les Auteurs de fon
temps l'ont nommée une Grâce pour la figu
re,une Syrène pour la voix , une Mufe pour
l'efprit . On luilut fon article . Le fentiment
qu'elle éprouva à cette lecture , fut vif &
compliqué. La douceur de s'entendre louer
pour le feul intérêt de la vérité , les regrets
du paffé , le trifte retour fur le préfent,
toutes ces idées réunies mouillèrent
fes yeux de quelques larmes . Elle avoit
alors go ans paffès. Elle mourut le 18
Décembre 1773 dans fa 94° année , fans
aucune autre infirmité que l'affoibliffement
des organes , & ayant confervé ,
prefque jufqu'à la fin , tous les agrémens
de fon efprit , les charmes de fa converfation
, & la politeffe la plus ingénieufe.
Une fingularité très remarquable dans far
vie , c'est d'avoir paffé environ 40 ans
de la manière la plus brillante , & plus
C II. Vol.
50
MERCURE DE FRANCE.
de so dans l'obscurité , & enfin dans
l'oubli . Sa vieilleffe a été très - longue :
par jufteffe & par expérience des ufages
du monde , elle l'avoit commencée de
bonne heure . Ses idées fur la vieilleffe ,
des femmes fur-tout , étoient profondes.
& fines; quoi qu'il en foit , on doute que
l'exemple d'une retraite commencée d'auffi
bonne heure , ait beaucoup d'imitateurs ;
& bien des gens , trouvant moins de
reflources en eux- mêmes , penferont peutêtre
que la décence ne fauve pas toujours
de l'ennui .
VERS fur la mort de Mde la Marquife,
de Grieu , habitante de la rue St Louis
au Marais , où elle a fini fes jours dans
fa 97º année.
DEPUIS EPUIS long-temps la Mort cruelle
Sembloit refpecter l'étincelle
Qui reftoit à Grieu de fes beaux jours paffés :
Sous la glace des ans étoient encor tracés
Les traits charmans dont la Nature
Avoit décoré fa figure .
Elprit , vertu, goût , mémoire & talens ,
Ges dons , qu'à ſon berceau jadis on vit éclore ,
AVRIL. 1774. SI
En la faveur avoient trompé le Temps,
Et fon hiver ne paroilloit encore
Qu'être la fin de fon printems.
ENVOI
A M. Fumé, docteur en médecine .
O toi docteur aimable , & miniſtre de vie ,
Qui de celle de mon amie
Au dix - neuvième luftre as fu porter le cours ,
Que ne peut de ton art la fublime induſtrie
Avec ta gloire éternifer tes jours !
Echantillon des Poëfies compofées par
Madame de Grieu.
Bouquet à Madame de Vendeuvre.
QUE
Uz ce beau jour eft en gros caractère
Sur l'agenda de mes tendres amours !
Songez y bien , Mufe , c'eft pour ma mère ;
Ne négligez aucun de vos atours.
Depuis vingt ans , avec votre ſecours ,
Dans mes bolquets , des riens ont fu lui plaire.
Montrez encore , en variant vos tours ,
Que ce beau jour eft en gros caractère
Sur l'agenda de mes tendres amours,
Cij
MERCURE DE FRANCE.
ESSAI d'un jeune homme de province ,
fur la bonté généreufe que Madame la
Dauphine a fait paroître au village
d'Achères. A M. L **
O TOI que j'aime fans connoître ,
Et dont j'eftime le talent,
Je te fais mon remerciement
Pour une précieuſe lettre
Que le Public reconnoiflant
Dans ton Mercure a vu paroître ,
Et fûr de ton difcernement ,
Juge moi ; je te rends le maître
D'un transport françois qui me prend.
Je fuis fans doute un téméraire :
Je voulois mourir inconnu,
Affuré de ne pouvoir plaire : -
Mais aux charmes de la vertu ,
Ma mufe ne fait plus le taire.
Je m'égare fur l'Hélicon ...
Quelle puiflance infurmontable
S'empare de mon timpanon !
J'ofe célébrer l'action
Qu'a fait pour une miférable
L'augufte épouse de Bourbon.
Uncri perçant le fait entendre ;
Soudain fon char eft arrêté ...
AVRIL. 1774.
53
Le cri redouble , & fon coeur tendre ,
Dans un élan précipité ,
Vole au devant de l'infortune :
Combien d'objets intéreflans
Dans cette fcène peu commune !
A mon ame ils font tous préfens.
Je vois dans des miroirs frappans
Le digne époux de l'héroïne ,
Notre bon père , & fes enfans
De l'incomparable Dauphine
Partager tous les fentimens ;
Je les vois tous dans les allarmes ,
Répandre l'or fur le malheur.
Ce n'eft point affez : & des larmes
Peignent la bonté de leur coeur.
Heureux François ... dans la mémoire
Que vous laiflez à vos neveux ,
Sur le marbre gravez l'hiftoite
D'un trait fi grand , figénéreux..
Pour moi dans mon canton ſauvage ,
Trifte féjour des aquilons ,
Où nous plaçons, malgré l'orage ,
Sous les débris de nos maifons
Tout ce qui peut offrir l'image
Du zèle qu'on doit aux Bourbons ,
Lorfque je raconte au village
Ce beau trait que nous admirons ,
J'apperçois en pleurant de joie
Jufqu'à nos moindres nourions
C iij
54
MERCURE DE FRANCE.
Dont l'amour pour nos Rois déploie
Les plus vives affections.
Oui , les miens dans leur foible aurore
Me montrent déjà le defir
Qu'ilont de vaincre , ou de mourir
Sous les héros qui vont éclorre
Du beau fang qui vient de s'unir.
O France heureufe ! O ma patrie !
Rejouis toi . Ces noeuds brillans
Bientôt vont donner à la vie
Les plus illuftres defcendans.
Le Dieu dont le pouvoir immenfe
Règne dans le coeur de nos Rois ,
Ce grand Dieu dont la providence
De notre dauphine a fait choix ,
N'accorde point dans fa fagefle
Tant de vertus fans fes faveurs :
Louis obtint cette Princeffe;
Elle aura mille fucceffeurs .
EPITRE à M. le Chevalier Defezgaulx
qui me preffoit de cultiver la poefie .
EST-- CCEE toi , Defezgaulx , qui me forges des
fers ?
Qui veux que déformais je ne parle qu'en vers ?
As- tu prévu les maux dont tu peux être cauſe ?
* St Louis.
-AVRIL. 1774. 55
Connois- tu le fardeau qu'en rimant je m'impoſe ?
Vois l'effronté railleur envenimant les dards ,
Sans nul ménagement me lancer des brocards :
Vois Cléon , vois Damis , vois le pédant Aubrate ,
En parcourant mes vers , s'épanouir la rate :
Ce début , dit l'un d'eux , eft à prétention ;
Mon ami , dit un autre , ah ! quelle inverfion !
Ce morceau ne vaut rien ; mais cette phraſe eſt
louche !
Si tu connois l'auteur , dis lui qu'il y retouche ,
Et que dorénavant, châtiant mieux les vers ,
Il n'apprête pas tant à rire à l'Univers .
Continuons. Pas mal : cette idée est jolie ,
Dit le plaisant Damon , mais elle eſt recrépie.
Enfin tout calcul fait , & d'un commun aveu ,
L'épître eft dechirée & condamnée au feu.
De mes productions tel feroit le falaire ;
Du médiocre auteur c'eft le fort ordinaire :
Il n'appartient qu'à ceux qui reçurent des Cieux
L'heureux 'don de parler le langage des Dieux ,
D'éclairer le Public , de graver pour la gloire ,
D'être les favoris des filles de Mémoire.
Pour moi , qui n'eus du Ciel qu'un coeur compatiffant
,
Si je puis fecourir le mérite indigent ;
Si des infortunés j'adoucis la misère ;
Si le pauvre orphelin en moi retrouve un père ,
Et que dans le recoin où l'Eternel m'a mis ,
Je fois affez heureux pour fervir mes amis :
Civ
56 MERCURE DE FRANCE :
Alors , fans envier les dons de Calliope ,
Je vivrai fortuné près de ma Pénélope :
Et lorfque d'Atropos l'homicide cifeau
Me précipitera dans la nuit du tombeau ,
On dira qu'à l'Amour , à l'Amitié fidelle ,
Des amans , des amis , Souchés fut le modèle.
Par M. Souchés de Labremaudière ,
hieutenant au rég. de Beaujolois.
LE LOUIS D'OR & LE LIARD.
Auu fond d'un fac , enfermé par hafard,
Près d'un louis fe trouvoit un liard.
Dès le moment grande querelle
Sur la valeur de chacun d'eux.
Ne m'approche pas , malheureux ,
Crioit le morceau d'or : va joindre ta lequelle ,
Cours te cacher dans la poche d'un gueux ;
Il te fied bien de paroître en ces lieux ! ..
Notre liard , modeſte & ſage ,
Lui répondit : pardon , Monfieur le Financier
Je connois tout votre avantage.
Mais à quoi bon m'humilier ?
Si bien plutôt , quittant votre arrogance ,
Vous vouliez vous apprécier ,
Vous lauriez que votre opulence
A commencé par un denier.
AVRIL 1774.
57
Nous avons tous origine commune ;
La Vertu feule a droit de diftinguer les rangs ,
Et l'on ne voit que les méchaus
S'énorgueillir de leur fortune.
Par M. de la Garde.
AVIS.
A MESSIEURS de la Faculté
De la falubre Médecine ,
Docteursfourrés en hiver , en été ,
De peaux de lapin ou d'hermine,
Il n'importe ; l'habit ne fait pas la doctrine ,
Ni le plumet l'homme de qualité.
Dignes fuppôts d'Hyppocrate , Avicène ,
De Gallien , d'Averroës ;
Vous qui , pour le fecours de la nature humaine ,
De la réglifle , l'alcës ,
De la rhubarbe , de la manne ,
De la guimauve , du pas d'âne ,
De la caffe , du quinquina,
De l'agaric , & cætera,
Recherchez les vertus occultes
Pour guérir , moitié par hafard ,
Moitié par vos foins & votre art ,
Grands & petits , vieillards , adultes ,
D'un important & falutaire avis
Cy
58 MERCURE
DE
FRANCE
.
Que vous donne aujourd'hui Dame de haut pa
rage ,
Si vous favez faire un adroit uſage ,
Vous obtiendrez renom & grands profits.
Tout mal contre lequel échoue
Votre art ténébreux , incertain
Sera guéri d'un tour de main ;
Et la Mort qui de vous le joue,
Sera contrainte de laiffer
Jouir encor de la lumière ,
Tel qui , finiflant fa carrière ,
Etoit tout prêt à trépaffer.
Le haſard & l'expérience
Sont & feront dans tous les temps
Les plus folides fondemens
De la galénique fcience :
Croyez donc l'effet éprouvé
D'un remède au hafard trouvé:
Certaine jeune & charmante Comteſſe *
Chez qui tout plaît , tout intéreffe ,
Dont on prife l'efprit , les grâces , la beauté,
Mais plus encor les vertus , la conduite
Et les foins peu communs de la maternité , **
A fon dernier moment réduite ,
* Mde la Comtefle de S... , Dame de Mefda
mes.
** Elle a nourri fes enfans.
AVRIL. 1774 . 59
Expirant & n'en pouvant plus ,
Par fon Curé bien exhortée ,
Des médecins abandonnée ,
Alloit dire fon in manus.
Heureufement notre Comtefle aimable
Etoit à l'abri des terreurs
Qui troublent une ame coupable ,
Dans cet inftant de remords & d'horreurs
Elle avoit conſervé ſa tête ;
Son corps feul étoit languiffant ;
Mais au refte , l'efprit préfent ,
Avec courage elle s'apprête
A voir ce pays inconnu ,
Plus loin de nous que n'eft le bout du monde ,
Et pourtant où l'on eft rendu
Souvent en moins d'une feconde.
Bref, fans crainte & fans repentir ,
Pour ce voyage on la voyoit partir.
Il en eft peu de cette étoffe .
Notre Comtelle nous fait voir
Que c'eſt bien moins l'étude & le favoir
Que la vertu , qui font le philofophe.
Mais , malgré cette fermeté ,
Chez les hommes , chez le beau fexe ,
Dans cet état dangereux & perplexe ,
Le cri de la Nature eft encore écouté.
De la comtefle il vient frapper l'oreille :
Elle s'émeut ; & ce n'eft pas merveille.
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Jeune , chérie , à la fleur de les ans ,
Il eft dur de quitter amis , époux , enfans ,
Etat brillant qui féduit , intéreffe ,
Adorateurs que l'on n'écoute pas ,
Mais qui nous rappellent fans ceffe
Le fouvenir Aatteur de nos appas.
Par un inftinct de la Nature ,
Tranquille , en attendant fa fin ,
D'une voix caflée & peu füre
Elle demande... Eh quoi ! .. le médecin ? ..
Quelque julep ? ... quelque nouveau remède?
Non , non ; ces drogues n'y font rien.
Elle demande un bon muficien ,
Et veut entendre un intermède
De comédie ou d'opéra.
On demeure interdit ; chacnn n'ofa rien dire ...
A ce propos , qu'on prend pour l'effet d'un délire ,
On ne fait fi l'on répondra.
Mais elle infifte , & d'un ton de maîtreffe
Ordonne : on obéit ; alors chacun s'empreffe ,
Et bientôt dans fa chambre arrive un violon.
Qui peut imaginer fon trouble & fa triftefle !
Il ne peut voir la mourante Comtefle ,
Sans une tendre émotion.
De fes languiffantes prunelles
S'échappoient quelques étincelles,
Seuls reftes de ces feux fibeaux
Où l'Amour avec l'Hymenée ,
Pour embellir ſa deſtinée ,
AVRIL. 1774.
Avoient allumé leurs flambeaux :
Tels , du foleil fe plongeant dans les eaux ,
On voit quelques rayons qui s'ouvrent un paffage
Et dont l'éclat encor nous éblouit ,
Au travers d'un épais nuage
Qui dérobe à nos yeux la lumière qui fuit.
Enfin , preffé par la malade ,
Le violon tout interdit ,
En fe rapprochant defon lit ,
Joue , en tremblant , fa ferénade.
O merveilleux effet d'un harmonique fon!
Sur les nerfs auffi - tôt la Comtefle furpriſe
Eprouve une vibration
Qui commence une heureuſe crile.
Son oeil s'anime , & fa débile voix
Se raffermit , les langueurs ceffent ,
A mesure que fous les doigts
Et fous l'archet les fons renaiflent.
Enfin , pour le dire en un mot ,
Un quart d'heure de fymphonie
Guérit & rappelle à la vie
Notre Comteffe , & fait la Faculté capot .
De cette heureuſe expérience
On peut tirer la conféquence
Que loin de purger, de faignes,
Suivant la routine vulgaire ,
Loin d'avoir à fa fuite un trifte apothicaire ;
62 MERCURE DE FRANCE .
Tout médecin devroit fe faire accompagner ,
Dès qu'il eft appelé près de femme jolie ,
Quelle que foit la maladie ,
D'un violon , d'un flutteur , d'un harpeur ;
Bien afluré qu'il n'eft point de vapeur ,
De maux de nerfs & de jauniſte
Que la mufique ne guériſle ,
Et que chez le beau Sexe adroit , tendre , rufé ,
Pour un mal fouvent déguisé
Dont on s'alarme , on s'inquiette ,
Les plaifirs font toujours la meilleure recette. *
Hiftoire de la vie de M *** , poëme en
quatre chants , par lui - même.
JE
CHANT I.
Mon état.
E ne fuis rien & rien ne veux être ;
Que le maître de rien : c'eft- à -dire , mon maître,
CHANT II.
Mon train de vie.
Loin de cet âge heureux des brillantes conque
tes **
* Ce conte a , par - deflus beaucoup d'autres, le
mérite de la vérité.
** L'Auteur a 53 ans
AVRIL
64
1774.
Les Grâces & les Arts nourriffent mes defirs.
Mes affaires font des plaiſirs ,
Et tous mes inftans font des fêtes.
CHANT III .
Mon adreffe.
Si vous ne me trouvez dans les bas du Parnaffe
Paflez à Gnide ou chez Momus :
Allez enfin , s'il n'eft point là de V ** ,
Ou chez Morphée ou chez Comus.
CHANT IV .
Mon épitaphe.
Cy gît l'égal d'Alexandre ,
Moi , c'est- à- dire un peu de cendre.
Epitaphe de M. de la Condamine.
SON ON coeur avec excès aima la vérité ;
Ses travaux , les vertus affurent la mémoire ;
Il vécut affez pour la gloire ,
Et trop peu pour
l'humanité .
Par M. Houzeau , ci - devant fecrétaire
de M. de la Condamine.
64 MERCURE DE FRANCE.
L'EXPLICATION du mot de la première
énigme du Mercure du premier vol . du
mois d'Avril 1774 , eft Toifon ; celui de
la feconde eft la Bonde des étangs ; celui
de la troifième eft la Puce ; celui de la
quatrième eft Soufflet. Le mot du premier
logogryphe eft Moineau , où fe trou
vent moi, eau, âne , oui & Moine ; celui du
fecond eft Mariage , dans lequel fe trouve
Mari , mari , magie , gai , ami , maigre
rime ; celui du troisième eft Folie , où l'on
trouve lof, lie , oie , foie , Io , if & fiole ;
celui du quatrième eft Crane, où fe trouve
Ane.
>
ÉNIGM E.
Très-long-temps j'ai vécu ſans que j'enfle dé
frère.
Je m'en vois un pourtant , dont je n'avois que
faire
Theft douc mon cadet ? Point du tout , mon jumeau,
Jumeau plus reflemblant que ne font gouttes
d'eau.
Mercure étoit moins bien l'infortuné Sofie ,
AVRIL 65
1774.
Menechmes & Jumeau frais venu d'Italie
Se diftinguent bien mieux. Un très - différent'fort
Nous attend l'un & l'autre , & c'eft par notre
mort
Que nos droits font réglés . Hélas ! la furvivance
Ne nous vaut pas toujours une bien bonne chan
CC .
Tu demandes , lecteur , fi nous fommes amis ?
Eh ! mais oui , quelquefois . Plus fouvent ennemis .
Dans l'un & l'autre cas portant tout à l'extrême ,
On peut haïr autant , on n'aime plus de même .
Amis : Pilade , Orefte étoient moins généreux .
Et l'un de nous toujours le trouve fort heureux.
Si , courant à la mort & certaine & punie ,
De fon frère en péril il peut fauver la vie.
Ennemis on nous voit avec foldats de coeur
Nous livrer maints affauts , & , dans notre fureur
Qui vis -à-vis redouble , abdiquant l'avantage
Promis au furvivant , méprifer le paſlage
De la vie à la mort , dans l'efpoir incertain
De caufer à ce frère un plus mauvais deſtin.
Par M. F** , de Blois.
66 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE.
ENFANT d'une haute fcience ,
L'Intérêt & la Défiance
M'ont pris pour juge de l'Esprit :
Je l'apprécie & le balance.
Plus je me cache en fa préfence ,
Plus haut fon mérite eft infcrit ,
Mais plus je coûte de finance.
A qui mon arrêt par écrit
Eft délivré , la loi preſcrit
La plus exacte obéiſſance.
Le patient fans réfiſtance
A la taxe toujours ſouſcrit ,
Et met en moi fa confiance.
Par M. de B... des ponts & chauffées.
AUTR E.
FILLE du plus charmant des Dieux ,
La nuit comme le jour je ne fuis point tranquille ;
Mon père , dit-on , eft fans yeux ,
Mais pour moi j'en ai plus de mille.
Par M. Houllier de St Remi
AVRIL. 67
1774.
AUTR E.
Nous fommes quatre foeurs ; je ſuis la plus friponne
,
Et tout ce que j'ai , Dieu merci ,
On me le prend , ou je le donne ;
Pourquoi , fexe charmant , ne pas agir ainfi ?
Par le même.
LOGO GRYPH E.
Avec trois pieds , lecteur , je te préſente
Un grand fleuve , fameux par les débordemens :
Renverfe- les ; je deviens une plante
D'où les Anciens tiroient leurs plus beaux vêtemens.
Par M. J. P. F. , de Nimes.
PRIS
AUTRE.
RIS tout entier , je fuis un inftrument ;
Décomposé , je fuis tout autre choſe :
68 MERCURE
DE FRANCE.
Sans la moindre métamorphoſe ,
Je deviens à la fois animal , élement.
Par M. V. de P. , fils.
AUTR E.
De divers animaux je fuis la couverture : E
Choifis mon premier tiers , lecteur ; tu trouveras ,
Sans te caufer grand embarras ,
Une bête à deux pieds d'une fière encolure.
Il ne faut que rêver un peu
Sur ces combinaiſons qui font aſſez gentilles ;
Car m'ôtant tête & cou, je ne fuis plus qu'un jeu
Qui plaît fouvent aux jeunes filles.
AUTRE.
Jx fuis fort doux , dans mon entier ,
Dans l'une de mes parts , fort rude & fort fanvage
;
Evêque & Saint. Dans mon autre partage ,
En latin , je fers à lier.
Par M. Ricarte d'Huviller.
AVRIL 1774. 69
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Les Princes d'Arménie , nouvelle par M.
d'Uffieux , in 8 °. , prix 2 liv . 8 fols.
A Paris , chez Dufour Libraire , rue
St Jean de -Beauvais .
CAMBYSE venoit de fuccéder au trône
de Cyrus le Grand , fon père , Roi de
Perfe . Ce Prince nourriffoit depuis longtemps
une haine mortelle contre Tygrane ,
Roi d'Armenie , qui lui avoit enlevé la
jeune. Ifmene , Princeffe que la loi des
combats avoit fait tomber au pouvoir de
Cyrus , & dont l'hymen devoit affocier le
fort à celui de Cambyfe fon fils . Les premiers
foins du nouveau Monarque furent
de tirer vengeance de cette injure . Ce›
Prince aufli cruel que vindicatif , ne borb
noit point les projets de fon reffentiment
, à porter le fer & la famme dans
les Etats de fon ennemi. Il defiroit encore
fe rendre maître de la perfonne de cet
ennemi & de fa famille , afin de les livrer
aux tourmens que fa fureur leur préparoit.
Mitrane fils aîné de Cambyfe , eſt
chargé par fon père de mettre à exécu70
MERCURE
DE FRANCE.
tion ce projet de vengeance . Il s'en acquitte
avec peine , parce que fon coeur eft
fenfible & généreux . Il cherche même à
retarder la ruine d'un Monarque qui , fur
la foi d'anciens Traités , vivoit paifible ,
& ignoroit jufqu'alors combien étoit
implacable la haine de fon rival . Mais
les ordres réitérés de Cambyfe , qui vouloit
être obéi , obligent Mitrane à ne plus
écouter que les loix de la guerre. La valeur
de ce Prince & les forces de Perfe
qu'il commande , lui livrent bientôt Tigrane
entre les mains. Arfene fils de ce
Monarque, & Apamie fa fille , dignes par
leurs vertus & leur courage d'un meilleur
fort , tombent également , après plufieurs
incidens , au pouvoir de Cambyfe. Le farouche
Tyran veut d'abord livrer toute
cette famille aux flammes d'un bûcher
mais , par un rafinement de cruauté digne
de lui , & pour paroître condefcendre aux
prières du jeune Vainqueur , qui implore
fa clémence , il confent à fe contenter
d'une feule victoire. 11 accorde la vie à
Tygrane , à condition que ce Prince infortuné
choifira lui - même cette victime
entre fon fils & fa fille : Incident qui a
donné à l'Auteur occafion de peindre le
trouble & les agitations d'un malheureux
père , forcé de vouer à la mort la plus
AVRIL. 1774 . 71
cruelle , un de fes enfans . Cette fituation
offre auffi un combat très- touchant entre
un frère & une foeur , pour déterminer
le choix fatal du père. La belle & vertueufe
Apamie parvient enfin à fixer ce
choix fur elle . Le fils de Cambyfe ajoute
à l'intérêt que l'on prend à cette fcène
par les fentimens de générofité qu'il fair
paroître. Ce jeune Prince n'avoit ceffé.
d'infpirer les mêmes fentimens à Cambyfe
fon père ; mais voyant tous fes efforts
inutiles & la victime prête à être jetée fur
le bûcher allumé , il n'écoute plus que fon
défefpoir. Eh bien , s'écrie - t - il en
» adreffant la voix au Tyran , affouvis
» ta haine . Pour moi , qui ne me par-
» donnerois jamais d'en avoir été le pre-
» mier miniftre , je vais dérober ma vie
» aux remords . Et fi tu prends plaifir à
≫ voir mourir les enfans aux yeux de leur
"
99
OC
père , jouis du bonheur de voir expirer
» le tien dans les flammes. » Soudain il
court vers le bûcher. Le peuple pouffe
des cris d'indignation & de douleur , &.
Cambyfe lui même , frappé au feul endroit
où fon ame étoit encore fenfible :
» arrête , dit- il , ô mon fils ! artête ; ref-
» pecte res jours , & je fais grâce à toute
» cette famille. » Le peuple applaudit
72 MERCURE
DE FRANCE.
cette nouvelle inattendue , par des acclamations
multipliées .
L'Auteur auroit pu rendre le fils de
Cambyfe amoureux d'Apamie , fille de
Tygrane ; mais il a bien fenti que cet
amour eût affoibli l'exemple de générofité
que donne ici le vertueux Micrane .
Cette nouvelle eft la fixième du Décaméron
françois , & la première du tome
II.L'Auteur , en employant dans cette Nouvelle
, ainfi que dans les précédentes , le
ftyle grave de l'hiſtoire, a ſu , ſuivant les
fituations qu'il avoit à peindre , animer
ce ftyle par le ton du fentiment ou le cri
des paffions.
Obfervationsfur le Cartefianiſme moderne ,
pour fervir d'éclairciffement au livre
de l'Hipothèse des petits tourbillons , par
M. de Keranflech , vol. in- 12 de 136
pages . A Rennes , chez Julien-Charles
Vatar , Libraire.
Il y a deux cartéfianifmes , l'ancien &
le moderne . Le premier , nous dit M. de-
K. dans fon difcours préliminaire , confifte
dans le fyftême des tourbillons de
Defcártes , avec les trois matières , fubtile ,
globuleufe & rameufe , que ce philofophe
crut fuffifantes pour rendre raifon de
tout
AVRIL. 1774 . 73
tout ce qu'il voyoit dans le monde. Ce fyl
cême mis en comparaifon avec l'ancienne
philofophie , l'emporta d'abord; mais il fut
peut- être plus redevable de fon triomphe
& de fa vogue au ridicule du péripatétifme
, qu'à fon propre mérite ; car , après
la défaite de fes ennemis , quand on l'a
examiné à fon tour , on l'a trouvé bien
imparfait. La raifon & l'expérience l'ont
défavoué dans le détail , & il n'a pu foutenir
la réputation qu'il s'étoit faite . Il
a eu , continue M. de K. , des ennemis
qui ont fait remarquer fes défauts ; & il
a eu des amis qui l'ont heureufement rectifié.
Ceux - ci ont vu que Defcartes , au
lieu d'imaginer fes trois matières , auroit
dû approfondir l'idée du tourbillon , &
porter dans fes détails un mécanisme
lumineux qu'il avoit apperçu dans l'enfemble
de l'univers. En conféquence , ils
ont fubdivifé les grands tourbillons en
d'autres infiniment petits , compofés d'autres
encore indéfiniment moindres , & pareillement
compofés d'un ordre de fubalternes
; ainfi de fuite à l'infini ; autant qu'il
a plu à Dieu de pouffer la divifion de la
matière. Cette idée n'eft point une nouvelle
hypothèſe ajoutée à celle de Def
cartes. C'eſt une extenfion de celle - ci ,
un développement de fon fyftême qui le
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
1
perfectionne fans le compofer . C'est enfini
cetre transformation des trois matières
cartéliennes en petits tourbillons de divers
ordres , qui fait ce que M. de K. appelle
ici le cartéfianifme moderne . Cette
transformation s'eft faite par degrés . D'abord
le père Mallebranche réforma le fecond
élément de Defcartes ; il fubftitua
aux globules durs , de petits tourbillons
de matière fubtile . Privat de Molières
imagina les petits tourbillons compofés ;
& fubftitua aux élémens du premier cartéfianifme
, trois ordres de petits tourbillons
enboîtés les uns dans les autres .
Degamaches , au lieu de trois ordres , en
fuppofa à l'infini , D'autres Académiciens
ont adopté cette fuppofition , & l'ont favamment
employée en différens morceaux
de phyfique . Du refte , il en eft
de cette fuppofition comme de la plu
part des fytêmes philofophiques . Les
uns l'approuvent , & les autres la condamnent
, fans pouvoir donner des raifons
décifives de leur fentiment ,
M. de K. a tâché de faire voir dans
fon livre de l'hypothèse des petits tour
billons , que cette hypothèfe s'applique
heureufement à tous les phénomènes de la
Nature ; qu'il ne faut qu'en fuivre le déve
loppement pour expliquer tous les effets, &
que c'eftfur ce fondement qu'il convient
AVRIL 1774. 75
de bâtir , fi l'on veut conftruire une bonne
phyfique ; mais l'Auteur qui a compofé
cet ouvrage pour les perfonnes très- inftruites
, y a fuppofé des connoiffances
que tout le monde n'a pas , & cependant
néceffaires pour bien entendre ce petit
écrit. C'est ce qui l'a porté à publier les
obfervations que nous venons d'annoncer,
M. de K. y donne une notion fenfible du
cartéfianifme moderne ; il y explique fes
principes par des figures , & les expofe
avec affez d'ordre & de clarté , pour que
ceux mêmes qui n'ont pas le livre de
l'hypothèse des petits tourbillons , puiffent
voir la fécondité & les avantages de ce
fyftême.
Le livre de l'hypothèse des petits tourbillons
, fe trouve chez l'Imprimeur des
Obfervations fur le cartéfianifme moderne ,
avec l'Effai fur la raison & autres ouvrages
du même Auteur .
Oeuvres de Charles Dumoulin , nouvelle
édition en cinq volumes in folio , propofés
par foufcription. A Paris , chez
Defprez , Imprimeur , rue St Jacques.
A Avignon , chez Garrigan , Impri
meur , Place St Didier.
On ne publie encore que le profpectus
de cette nouvelle édition , Ce proſpectus
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
"
nous préfente les principaux traits de la
vie de Charles Dumoulin, L'Editeur
après nous avoir peint l'héroïfme de caractère
de ce célèbre Jurifconfulte , ajoute
que » la force de fon génie en atreignit
, & furpaffa peut- être l'élévation .
» Son coeur fut comme le foyer où les
traits de lumière de fon efprit fe réunirent
, fe concentrèrent , fe changèrent
» en traits de flamme ; fes connoiffances
» s'ennoblirent par fes vertus , & fes pen-
» fées fe colorèrent du fublime de fes fen-
» timens . »
Son vafte génie parcourut tout l'Empire
de la Jurifprudence , & l'on diroit,
en le fuivant , qu'il a pofé les dernières
limites du droit françois , du droit ro-
» main , & du droit canonique .
" ..
"
» Quelle immenfe érudition ne brille
» pas dans fes écrits ! Quelle étude ! Quel
» travail ! Quelles profondes recherches !
» Il offre en même temps à l'avidité du
» Lecteur , tous les tréfors des connoif-
»fances humaines , les faits de l'hiftoire
n
30
"
le fens des livres facrés , le fil de la
» tradition , les dogmes de la théologie ,
» les principes de la métaphyfique , les
» maximes de la morale & les règles de
» la critique. L'univerfalité des fciences
» femble être à fa folde ; & dans une
19
AVRIL. 1774. 77
» feule tête , fe réuniffent les lumières de
» tous les Savans , l'expérience de tous
» les fiècles , & les loix de tous les
» pays.
n
» Au jugement le plus folide , Dumoulin
affocie la dialectique la plus
» exacte. L'on fent , en lifant fes ou-
» vrages , cette impreffion vive qui fub-
» jugue & qui entraîne . L'on voit , pour
» ainsi dire , croître le jour de l'évidence ,
jufqu'à cette plénitude de lumière ,
qui éblouit les yeux , & qui forcè la
» conviction de l'efprit le plus obſtiné.
Qu'on relife donc fans cele les pro-
» ductions de cet Auteur incomparable.
Qu'on les médite fans ceffe. Que fans
» ceffe l'on en falle d'utiles extraits . Tel
» étoit le confeil que donnoit à fon fils
» l'illuftre d'Agueffeau .
"
*
"
» C'eft avoir fait de grands progrès dans
» le droit , que de fentit le mérite de Du-
» moulin , & c'eft les, rendre durables
que de s'approprier fes écrits , en les
gravant dans fa mémoire.
" Ainfi qu'un chêne antique éleve fa
» tête orgueilleufe fur tous les autres ar-
» bres ; ainfi ce grand homme domine &
» regne fur tous les autres Jurifconfultes.
» Il jouit de fon vivant même , d'une réputation
que l'envie de fes contempo-
Diij
78 MERCURE
DE FRANCE.
» rains ne put affoiblir. L'autorité de fes
» décifions l'emporta fur celle des Arrêts ,
» ou du moins elle la balança : Telle la
raifon de Socrate prévaloit dans Athè
و د
nes fur celle de l'Aréopage. » C'eft fans
doute ce qui avoit énorgueilli Dumou
lin ; mais fon orgueil , quoique jufte à
bien des égards , fe monttoit trop à découvert
, & lui fufcita bien des chagrins.
Pouvoit-on en effet fupporter patiemment
qu'un homme s'appelât le Docteur
de la France & de l'Allemagne , & qu'il
mît à la tête de fes confultations : moi qui
ne cede àperfonne , & à qui perfonne ne
peut rien apprendre ?
L'éloge de ce Jurifconfulte , dont nous
avons cité quelques traits , pouvoit être
écrit dans un ftyle plus fimple ; & cet
éloge n'auroit fait que plus d'impreffion
fur l'efprit du lecteur , qui n'apperçoit
fouvent que l'auteur de l'éloge , au lieu
du Jurifconfulte qu'il voudroit connoître.
La collection de fes écrits eft divifée dans
la nouvelle édition , faite d'après celle de
1681 , en trois parties. La première traite
du droit françois ; la feconde , du droit
romain; & la dernière , du droit canonique.
La première divifion contient les
deux premiers volumes ; la feconde , le
troifième'; & la dernière , le quatrième &
le cinquième.
AVRIL. 1774 #9
Le fieur Garrigan , Imprimeur Libraire
à Avignon , Editeur des mémoires
du Clergé , 14 vol . in 4° . , exact à remplir
tous les engagemens qu'il contracte
envers le Public , ne négligera rien pour
donner à cette nouvelle édition la plus
grande perfection ; & , pour débaraffer le
Lecteur de recherches toujours pénibles
il placera à la tête du premier volume
un tableau qui indiquera au feul coup
d'oeil , les rapports de l'ancienne Cou
tume de Paris avec la nouvelle .
>
L'ouvrage fera imprimé en beau papier
, caractères neufs de Paris , du meilleur
goût dans la diftribution , & de la
plus grande exactitude dans la correction .
Des Jurifconfultes éclairés fe chargent
de relire toutes les épreuves.
La foufcription fera de 90 livres pour
les cinq volumes in-folio en feuille , indépendamment
des frais de voiture qui
feront à la charge des Soufcripteurs .
On payera en foufcrivant 18 liv.
Dans le courant de Juillet 1774 ›
en retirant le premier volume , 18
Dans le courant de Janvier 1775 ,
en retirant le fecond volume , 18
Dans le courant de Juillet 1775 ,
en retirant le troifième vol... 18
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Dans le courant de Janvier 1776 ,
en retirant le quatrième vol .. 18
Dans le courant de Juillet 1776 ,
en retirant le cinquième vol . ,
il ne fera rien donné .
TOTAL.
୨୦
La foufcription fera ouverte jufqu'au
premier Août 1774 , chez les Imprimeurs
- Libraires ci deffus nommés , &
chez les principaux Libraires du royaume
& des pays étrangers . Les perfonnes qui
n'auront pas foufcrit dans cet intervalle ,
paieront la collection en feuilles 120
livres.
La Nouvelle Clémentine , ou Lettres de
Henriette de Berville , par M. Leonard.
Nunc feio quid fit amor.
Improbus ille puer , crudelis tu quoque materĮ
VIRG .
vol . in 12. A Paris , chez Monory ,
rue de la Comédie Françoife.
Dès qu'une fille s'ennuie , elle n'eft
pas loin d'aimer , & c'eft la fituation que
AVRIL. 1774.
8.1.
Henriette de Berville nous dépeint dans
fa première lettre . En fortant du cloître
elle crut renaître un inftant. L'air fidoux
de la liberté qu'elle commençoit à refpirer
, le tableau d'un monde enchanteur ,
des amuſemens nouveaux , tout confpiroit
à la féduire . Son ivreffe dura peu ;
elle reconnut bientôt l'illufion de ces
plaifirs . La campagne fembloit lui promettre
des objets plus faits pour fon
coeur; elle trouvoit par- tout le même dé
goût. Que vois- je autour de moi , écritelle
à Emilie fon amie ? Une Nature
» muette , d'ennuyeux déferts . Rien n'y
» parle à mon ame. Je ne fais quelle
» fourde inquiétude me fuit au milicu
» de nos fêtes villageoifes & de nos cercles
bourgeois. J'ai vu le temps où le
payfage que j'habite m'auroit charmée ;
» mais les goûts changent , & je com-
» mence à m'appercevoir que je fuis feu-
» le. D'où vient donc ce malaife qui
» me fait fuir le monde & foupirer loin
» de lui ; chercher la folitude & m'y déplaire
; rêver fans objet ; m'attrifter fans
caufe ; qui me rend diftraite , indiffé-
» rente , & me met fans cefle en contra-
» diction avec moi- même ? O ma chère
"
"
amie , que cet état me pèfe ! » Il étoit
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
réſervé au jeune & vertueux Seligny de
foulager Henriette de ce fardeau , & de
lui rendre la folitude même agréable .
Et comment les lieux les plus folitaires
pourroient- ils maintenant l'attrifter ? Elle
y porte l'image de fon amant , & cette
image embellic la Nature à fes yeux .
Souvent , nous dit Henriette , Seligny
» m'entretient de fes voyages. Avec quel-
» le avidité je l'écoute ! Je frémis quand
» il peint les dangers qu'il a courus. Je le
» fuis dans chaque pays . Vante - t- il les
» charmes de fes habitantes ? Je voudrois
» alors qu'il n'eût tenu à perfonne dans
» le monde. Quelquefois je lui deman-
» de , en riant , s'il n'a jamais aimé ? Il s'en
و د
19
défend , je ne fais pourquoi : & je ne
» fais pourquoi j'ai fait cette queftion .
Seligny n'avoit infpiré des fentimens
tendres à Henriette que parce que cette
jeune perfonne lui en avoit fait éprouver
de femblables. Avant de la connoître , il
avoit des goûts & non des fentimens.
Mais le lecteur prendra plus de plaifir à
entendre Seligny lui - même nous inftruire
de l'état de fon coeur. « Loin de
Henriette , que le monde me paroît
frivole ! Je ne fuis occupé que d'elle ;
je ne fuis bien qu'auprès d'elle ; un
feul inftant où je la perds de vue eft
AVRIL. 1774.
83
fi
» un tourment pour moi. Je vais vous
» peindre celle que vous aimeriez ,
» vous l'aviez vue : elle a la phyfionomie
» la plus douce , la plus touchante . Il y a
» dans fes traits quelque chofe de célefter
» c'est une férénité, angélique qui donne
l'idée d'un bonheur fans mélange. Sa
» voix... on dit que la voix d'une amante
eft la plus douce de toutes les harmonies
; mais celle de Henriette s'infinue
avec volupté dans votre ame , &
» vous croyez toujours l'entendre. Ajou-
» tez à cela une modeftie fi noble : elle
» baiffe avec tant de grâces fes longues
paupières , & rougit d'un air f naïf
qu'on ne peut la voir fans être ému.
» Nous avons fait ces jours paflés une
promenade fur une petite rivière qui
baigne les murs du parc : elle coule à
travers une longue allée de peupliers &
de frênes qui forment des deux côtés
» ane voûte impénétrable au jour. Nous
» trouvâmes fur le rivage une troupe de
33
»
"
"
" villageoifes qui danfoient au fon de la
» flûte. Nos Dames fe mirent de la fête ;
» & je fentis , dans cette occafion , com-
» bien l'art quelquefois embellit la Na-
» ture . Toutes vives , toutes légères qu'é-
» toient ces villageoiſes , leur danſe me n
D vj
84
MERCURE
DE FRANCE
.
»
» parut froide & fans grâce : il falloir
» voir Henriette ; il falloit voir la molle
foupleffe de fes mouvemens , cette négligence
aifée qui plaît fans y préten-
» dre , cette variété de formes , de pofitions
, de tableaux , qui préfentent la
» beauté ſous les afpects les plus riants. i
»
"
Madame de Berville qui voyoit chaque
jour le jeune Seligny donner fes foins
à Henriette , ignoroit néanmoins leur
amour. Il auroit dû frapper les yeux d'une
mère ; mais Mde de Berville s'étoit tou
jours moins occupée de fes enfans que
d'elle- même. Qui peut cependant ignorer
le danger qu'il y a de livrer une jeune
fille à fes premières idées ? Son imagination
s'exerce alors fur tous les objets . St
elle ne trouve pas une fociété dans fa
mère , elle ne tarde point de s'en choifit
une , & l'on peut juger quel en fera lë
fruit : des peines , des inquiétudes , & tôt
ou tard de longs regrets. Henriette de
Berville en a fait la triste expérience. Elle
avoit donné à Seligny un coeur dont elle
ne pouvoit difpofer que du confentement
de fa mère. Mais certe mère étoit
bien éloignée de répondre aux voeux de
fa fille , & de lui accorder pour époux un
jeune homme qui n'avoit que des vertus
AVRIL. 1774. ફર
& des talens . Elle fuivoit la maxime.ordinaire
des familles orgueilleufes & inté
reffées , qui eft de moins s'occuper d'affortir
les coeurs que les fortunes . Elle
avoit depuis quelque temps choifs pour
époux à la fille un grand garçon bien décontenancé
, bien gauche & dont les regards
ftupides ne prévenoient nullement
en fa faveur ; mais il avoit une fortune
& un rang affurés . Notton (c'eſt le nom
du protégé de Mde de Bervi le ) ne ceffoit
d'obféder Henriette par fes affiduités . On
peut fe figurer ici la fituation d'une jeune
perfonne qui , le coeur rempli d'un objet
aimé, fe voit preffée par un homme qu'elle
ne peut fouffrir. Henriette n'a pas même
la confolation de fe réfugier dans l'afyle
de la Nature . Madame de Berville a
banni fa fille de fa préfence , elle l'a fait
renfermer dans une trifte folitude où cette
jeune perfonne fe voit réduite à pleurer
nuit & jour fur fon trifte fort qui la fépa
re de ce qu'elle a au monde de plus cher ,
d'une mère & d'un amant . Le chagrin
détruit fa fanté , fon foible cerveau fe
trouble , fes fens s'altèrent , fa raifon s'éteint.
Elle n'a plus qu'une idée confuſe
des perfonnes qu'elle a connues. Le feul
objet de fa fatale erreur l'occupe toute
entiere : elle l'appelle. Souvent elle croit
86 MERCURE DE FRANCE.
le voir . Elle obferve d'un oeil inquiet
tous ceux qui l'approchent , & paroît
chercher à le reconnoître. Mais ce qui
l'affecte encore plus , c'eſt l'idée de Norton.
Elle n'entend fon nom qu'avec un
fentiment de terreur. Quand on en parle ,
fes yeux s'égarent , fon vifage s'enflamme.
Rendue à elle - même , elle fent toute
l'horreur de fon état , & n'en eft que plus
à plaindre. Ces intervalles de raifon la
plongent dans une douleur muette , concentrée
: elle arracheroit alors des larmes
au coeur le plus dur. Ayant dans un de ces
momens apperçu Cecile , fa jeune foeur ,
auprès d'elle , elle lui parla des malheurs
de l'amour; & elle ajouta , en lui ferrant
la main : Souvenez - vous de moi , ma
» foeur , pour ne jamais aimer . Je reconnois
l'erreur qui m'a féduite , & je ne
crains plus de l'avouer. J'aimois : j'aime
» peut- être encore ; mais bientôt je n'ai-
» merai plus. » La mort en effet ne tarda
point à délivrer Henriette du délire de
l'amour & de la haine d'une mère qui ,
après avoir égaré la raifon de fa fille par
les procédés les plus durs , avoit rejeté
cet enfant loin d'elle comme un objet
d'opprobre .
Cette hiftoire , écrite avec fentiment
peur fervir de leçon aux mères, s'il en eft
AVRIL. 1774, 37
encore d'affez cruelles pour refufer lat
moindre confolation à leur enfant dont
le feul défaut eft d'avoir un coeur trop fenfible.
Cette leçon doit même les affecter
d'autant plus que l'éditeur des lettres de
Henriette de Berville nous prévient que
ces lettres ne font point le fruit de l'imagination.
Tous les détails en font vrais :
l'événement qui les termine eft arrivé
l'année dernière .
Il y a quelques exemplaires de ces lettres
en grand papier pour joindre aux ouvrages
du même auteur qui font dans ce
format. On trouve ces ouvrages chez
Monory, libraire , qui vient auffi de mettre
en vente les fables de M. Dorat , fuperbe
édition ornée d'un grand nombre de
gravures. Il y a un petit nombre d'exemplaires
de ces fables imprimées fur du
pier d'Hollande .
pa-
Annales de Tacite , en latin & en françois ,
règnes de Claude & de Néron , par le
P. Dotteville , l'Oratoire de l'Oratoire , pour
fervir de fuite à la traduction de l'abbé
de la Bletterie , chez Moutard, libraire ,
quai des Auguftins .
Tacite a toujours été l'écueil des traducteurs
on peut appliquer à un hiſto
88 MERCURE DE FRANCE.
>
il a
rien auffi profond ce que l'élégant traducteur
de Juvenal * a dit des Poëtes. Il faudroit
une ame vafte pour contenir la fienne
, & un efprit fouple & hardi pour fè
plier au fien . Parmi les différentes traductions
de Tacite , quelques- uns ſe font
attachés à rendre le fens littéral de l'auteur.
Comme fouvent il eft profond , &
quelquefois même énigmatique
fallu le périphrafer , parce que le caractère
de notre langue étant la clarté , elle
n'admet point de fens obfcur. Dès lors
le ftyle eft devenu froid & languiffant. A
ces mots fimples & énergiques qui dans.
Tacite peignent les caractères , ils ont
fubftitué de longues périphrafes fans couleur
& fans vie , qui donnent au difcours
une marche pefante. Le P. Dotteville a
confidéré fon objet fous un autre point de
vue il a cherché à rendre en françois la
brieveté du latin.
:
Le génie des deux langues étant différent
, fi quelquefois il y eft parvenu ,
ce n'a été qu'aux dépens de la clarté & de
l'énergie de l'expreffion . Son but étant
d'être utile dans les colléges on duit lui
favoir gré de fes efforts . Son ouvrage a
* M. da Saulx , de l'Académie des infcriptions
& belles-lettres.
}
AVRIE. 1774. 89
d'autant plus de mérite , qu'il s'eft attaché
au fens de l'auteur avec affez de rigueur.
Lurfque les commentateurs ne
font point d'accord ( ce qui arrive fort
fouvent ) il a fuivi le fentiment qui lui a
paru le plus probable , & il en rend
compte dans des notes. Pour donner une
idée de cette nouvelle traduction , nous
allons mettre fous les yeux du lecteur la
mort de Meffaline .
Interim Meffalina Lucullanis in hortis
prolatare vitam : cependant Meffaline retirée
dans les jardins de Lucullus , ne renonçoit
point à la vie ; non- feulement
elle n'y renonçoit point , mais elle cherchoit
à la prolonger , prolatare vitam.
Componere preces , nonnullâ fpe , &
aliquando irâ ; tantâ inter extrema fu
perbiâ agebat . Des espérances , & quelquefois
le dépit feul ( tant l'orgueil agiffoit
encore fur elle àfa dernière heure ) lui
faifoient compofer une requête. Contrefens
; car outre qu'ici dépit ne répond
point au mot latin ird , c'eft qu'on ne
conçoit point comment le dépit peut engager
une femme à faire des prières ;
alors c'est moins le dépit que l'humilia .
tion. Le fens d'Ablancourt paroît être le
véritable des prières dans lefquelles il
entroit de la colere & de l'efpérance,
:
90 MERCURE DE FRANCE.
Compofer une requête n'eft pas élégant : d
fa dernière heure ne rend pas la force de la
penfée ; il falloit dire au comble du malheur
, inter extrema.
Ac ni cædem ejus Narciffus propera
viffet verterat pernicies in accufatorem
. La délation de Narciffe retomboitfur
lui même, s'il n'en eût haté l'effet. 11 falloit
dire quel étoit cet effet . Tacite l'a dit
cædem ejus , la mort de Meffaline. Nam
Claudius , domum regreffus , & tempeftivis
epulis delinitus , ubi vino inca .
luit , iri jubet , nuntiarique miferæ hoc
enim verbo ufum ferunt ) dicendam ad
caufam pofterâ die adeffet . Une table opu
lente dont on avoit devancé l'heure , diffi
poit les chagrins de Claude. Que de mots
pour rendre tempeftivis epulis delinitus,
Le traducteur a fuivi par préférence lé
fens du Dictionnaire de Novitius ; mais
quoi qu'il en foit , on dit bien avancer
T'heure d'un repas , mais on ne dit pas de
vancer l'heure d'une table : opulente , cette
épithète eft inutile ; car il n'eft pas bien
extraordinaire que la table d'un Empereur
Romain foit opulente ; & puis d'ailleurs
c'est moins l'opulence d'une table , que la
délicateffe des mets qui diffipe les chagrins.
Il venoit de dire , échauffé par le
vin , qu'on avertiffe cette malheureufe , (on
AVRIL. 1774.
affure qu'ilfe fervit de ce terme ) de fe jufti .
fier demain devant moi : Ici on eft tenté de
prendre cette malheureuse en mauvaiſe
part , comme on le fait fouvent dans
notre langue . Cependant la phraſe fuivante
prouve que le motif qui faifoit
parler Empereur , étoit la compaffion
& non pas le mépris. D'ailleurs le mot
miferchez les Latins fe prenoit- il dans le
fens du mépris ? Le traducteur ne pouvoit
dire cette infortunée : cette épithète
n'auroit point convenu à Meffaline , qui
méritoit tous fes malheurs. Bernardo Da
vanzati , traducteur Italien , a rendo ce
mot mifera par poverella . Quod ubi auditum
, & languefcere ira , redire amor ,
ac fi cunctarentur , propinqua nox , &
& uxorii cubiculi memoria timebantur .
Ces mots marquoient que fa còlere s'affoibliffoit
: on craignit un retour de tendreffe ;
la nuit approchoit , la chambre pouvoit
rappeler le fouvenir de l'épouse . Ce tour
n'eft pas clair , il auroit été plus fimple de
dire la chambre de l'époufe pouvoit en
rappeler lefouvenir . Prorumpit Narciffus ,
denuntiatque centurionibus & tribuno
qui aderant , exfequi cædem : ita imperatorem
jubere : Narciffe fort brufquement ;
les centurions & le tribun attendoient l'ordre
en dehors : il leur commande au nom
92 MERCURE DE FRANCE.
de l'empereur de faire mourir Meffaline.
Ces mots prorumpit denuntiatque ne devoient
pas être féparés dans le françois :
outre que cette divifion ôte la vivacité ,
c'est que Narciffe ne fortoit que pour
donner cet ordre . Il falloit au moins le
faire fentir. Cuftos & exactor è libertis
Evodus datur. Ifque raptim in hortos præ.
greffus reperit fufam humi , affidente matre
Lepidâ , quæ Florenti filiæ haud concors
, fupremis ejus neceffitatibus ad miferationem
evicta erat . On leurjoignit l'affranchi
Evodus pour s'affurer d'elle , &
faire exécuter la Sentence. Evodus les devance
en grand hate : il trouve l'impératrice
étendue par terre ; à côté d'elle étoit affife
Lépida , fa mère Lépida , brouillée avec
Meffaline pendant fa fortune , étoit accourue
pour prendre part à ſon malheur.
Evida erat n'est point rendu. Suadebarque
, ne percufforem opperiretur : tranfiffe
vitam , neque aliud quàm morte
decus , quærendum . Elle lui confeilloit
de ne point attendre qu'un bourreau portát
la main fur elle ; fa vie étoit paffée
, il n'étoit queftion que de périr fans
honte.
Qu'un bourreau portát la main fur elle ,
n'eft point dans le latin . Périr fans honte
AVRIL 1774. 93
ne dit pas périr avec gloire , morti decus.
Sed animo per libidines corrupto , nihil
honeftum inerat ; lacrimæque & quæftus
invicti ducebantur ; quum impetu venientium
, pulfæ fores. Mais cette ame flétrie
par la volupté n'étoit plus fufceptible
d'honneur. Toutes deux s'abandonnoient -
aux larmes & à des regrets fuperflus , lorfque
les foldats , dès leur arrivée , enfon
cent la porte. Tacite ne dit point que
toutes deux s'abandonnoient aux larmes ;
il ne parle que de la foibleffe de Meffaline
: fa mère au contraire s'efforçoit de
l'encourager par fes difcours . Adftititque
tribunus per filentium , at libertus increpans
multis ac fervilibus probris . Le tribun
fe préfente debout en filence devant
Meffaline ; l'affranchi l'accable d'injures
groffières : fe préfente debout ; debout eft
inutile , parce qu'on ne ſe préfente point
allis.
On trouve chez le même Libraire la
traduction complette de Tacite. Savoir :
la Vie d'Agricola & les Maurs des Germains
, trad . par l'abbé de la Bletterie ,
2 vol. in.12. 6 liv.
Les fix premiers Livres des Annales de
Tacite, trad. par le même , 3 vol . in- 12.
fig. relié , 10 liv. 10 fols .
94 MERCURE DE FRANCE:
Les fix derniers Livres des Annales
trad . par le P. Dotteville de l'Oratoire
2 vol. in-12. rel . 6 liv.
Hiftoire de Tacite trad. enfrançois , avec
le latin à côté & des notes , par le même ,
2 vol. in- 12. avec des plans rel. 6 liv.
Elémens de l'Hiftoire Romaine , divifés
en trois parties , avec des cartes & des
tableaux analysiques ; nouvelle édition
revue , corrigée & confidérablement
augmentée d'une géographie ancienne
de l'Italie. Par M. Mentelle , profeffeur
d'hiſtoire & de géographie à l'Ecole
royale militaire , de l'Académie
des fciences & belles-lettres de Rouen,
& c. 2 vol. in- 12. A Paris , chez Delalain
, libraire , rue de la Comédie Françoiſe
, 1774.
La première édition de cet ouvrage
ne formant qu'un volume, parut en 1766 .
Il fut dès lors regardé comme un livre
claffique & admis dans toutes les maifons
confacrées à l'éducation . Cette feconde
édition eft , comme la première , dédiée
à Meffieurs les Elèves de l'Ecole royale
militaire , où l'auteur profeffe l'hiftoire
&la géographie. En augmentant cetouvrage,
M. M. vient d'ajouter infiniment à
AVRIL. 1774. 95.
fon utilité. Il eft divifé en trois parties.
La première renferme la géographie ancienne
de l'Italie , que l'on ne trouve nulle
part traitée avec autant de méthode &
de clarté , & que l'on n'avoit pas même
encore donnée en françois dans une certaine
étendue. On ne peut difconvenir cependant
qu'elle n'importe infiniment pour
l'intelligence de la plupart des auteurs larins.
Comme c'eft dans cette partie que
fe trouve la plus grande augmentation
faite à ce livre , nous nous y bornerons
dans cet extrait.
M. Mentelle a placé à la tête une carte
de l'Italie ancienne extraite de l'excellente
carte de M. d'Anville. S'il y a de la
fageffe à fuivre un fi bon guide , il n'y a
pas moins de bonne foi à en convenir.
L'auteur a eu foin de n'y admette que les
lieux noinmés dans fon ouvrage. Le fyftême
de M. Fréret fur les anciens habitans
de l'Italie , auffi bien que les divifions
, les fubdivifions , les montagnes
les fleuves , les peuples , les villes & c.
&c. , commencent l'ouvrage & font indiqués
par une fuite de tableaux , dans
lefquels on doit remarquer l'exactitude de
Fauteur & l'intelligence typographique.
On y trouve , en caractères différens , les
96 MERCURE
DE FRANCE
.
noms modernes à côté des noms anciens .
Ce parallèle eft obfervé de même dans le
refte de l'ouvrage.
*
Nous ne fuivrons pas M. M. dans la
fuite de la géographie de l'Italie , qui n'eft,
que le développement de ces premiers tableaux
; mais nous remarquerons 1 ° . qu'il
rapporte un grand nombre d'étymologies
très-heureufes , dont la plupart ne font
ni dans Cluvier , ni dans Cellarius , & c.
2 °. qu'il rapporte fur chaque peuple
quelque chofe de fon origine , de fes loix ,,
de fa religion, de fes ufages , &c ; 3 °. que
par rapport aux villes , il fauve la féchereffe
de la nomenclature en rapportant
des traits d'hiftoire qui y ont rapport. 4°.
que partout il cite les dates des événemens
, & les auteurs fur le témoignage
defquels il s'appuie ; 5. que quand un
pallage grec ou latin , qu'un mot celtique
ou oriental eft fuceptible de difcuffon
, il en fait l'objet d'une note , dont la
plupart font inftructives & quelquefois
au- deffus des écoliers. 6° Enfin que chaque
article de géographie ancienne est
* Voy. celles de Bergomum , de Brixia , de
Luna , de Coere , de Sybaris , de Regium , de Clu
fum , d'Etruria , & c , & c.
toujours
AVRIL 1774; 97
toujours fuivi d'un article plus court de
géographie moderne , qui fait connoître .
l'état préfent de la province ou de la ville
dont il eft queftion.
La feconde partie de Elémens de l'hiſtoire
Romaine renferme , dans un aſſez
court efpace, une infinité de chofes ellentielles
fur le droit , les magiftratures ,
l'art militaire , le commerce , les ufages
& c. , &c. , des Romains. Et ces différens
objets étant liés entre eux dans un
tableau analytique qui précède cette feconde
partie , les jeunes gens les retiennent
en en faifidant tout l'enfemble. ::
La troisième partie , qui forme le fe.
cond volume , n'eft qu'une natration abrégée
de l'histoire de la République Romaine.
Elle eft fuivie d'une table chronologique
des années felon Varron & les
marbres capitolins , comparées aux années
qui ont précédé le commencement de
Ere vulgaire. Le fecond volume eft terminé
par une efpèce de dictionnaire qui
fert auff de table des matières . On y renvoie
pour chaquenom auxdifférentes pages
du livre, Mais tous les noms des grands
hommes y font accompagnés d'une petite
notice qui fert à les faire connoître ;
ceux de beaucoup d'objets y ont leur éty-
II. Vol.
98 MERCURE DE FRANCE:
mologie ; enfin il paroît que l'auteur ne
s'eft épargné aucune peine pour hâter les
progrès de fes élèves , & multiplier leurs
connoiffances en applaniffant , le plus qu'il
eft poffible , les difficultés inféparables de
l'étude .
L'auteur avoir donné précédemment
la Géographie ancienne de la Grèce : * ces
ouvrages font faits pour aller enfemble ,
& contribueront à faire connoître mieux
que jamais deux des plus fameux Peuples
de l'antiquité.
ces ,
Raton aux Enfers , imitation libre & en
vers , du Murner in der hölle de M. Frédéric
Guillaume Zacharie ,fuivie de la traduction
littérale de ce poëme allemand;
par M. *** , de l'Académie des fcienbelles
lettres & arts de Rouen , &
ci-devant un des infpecteurs de MM .
· les Elèves de l'Ecole royale militaire.
Prix , 1 liv. 4 fols. A Génève ; & fel
trouve à Paris , chez Dubois , père &
fils , libraires , quai des Auguftins ,
aux trois Vertus , 1774.
"
Le Murner in der holle ou le Mâtou aux
Chez Barbou, rue des Mathurins , 1 vol,
in-8°. relié , 2 liv.
AVRIL. 3774 99
Enfers de M. Zacharie , avoit jufqu'à
préfent été négligé de ceux qui nous ont
donné des traductions de poëties allemandes.
On ne peut difconvenir cependant
qu'il n'y ait de l'invention , de la conduite
, des defcriptions agréables & plufieurs
endroits heureux & bien frappés. II
eft vrai que , donné feul , il eût pu ne
pas faire une grandefenfation , par le peu
d'importance du fujet , & le peu d'étendue
dans l'exécution ; mais , en y joignant
une imitation en vers , M *** lui affure
une réputation diftinguée, & a fait de cette
production un tout fort agréable . Faifons
connoître d'abord la traduction littérale ,
ou , fi l'on veut , le poëme allemand.
Chant. I. Après une invocation à fa
mufe , M. Zacharie raconte que fur les
bords de l'Elbe eft un château où le vieux
Raban vit avec une nièce d'autant plus
aimable , qu'elle eft fort économe. Cette
Demoiſelle a pour compagnie ordinaire
une Suivante , un chat & un perroquer.
Pendant que le chat , fatigué d'avoir
cobru toute la nuit , repofe dans l'appartement
de fa maîtreffe , le perroquet apperçoit
une Furie dans les airs , s'écrie :
ah ! qu'elle eft laide ! » La Furie , pouri
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
s'en venger , fufcite contre lui le chat (1 ) .
Le vieil oncle arrive , tue le chat d'un
coup de bâton . Surviennent bientôt la
Demoiselle & fa Suivante. La première
montre une douleur très- vive , & la Suivante
l'imite . La Furie regarde ces objets
d'un oeil content.
Chant II. Lifette feule , fe félicite dẹ
la mort du chat dont elle avoit fort à fe
plaindre. Elle jette fon cadavre fur da
fumier. Cependant la Demoiſelle Rofaure
perd de vue le fujet de fa triſteſſe ;
elle fe met à fa toilette : il arrive compagnie
; on fe met à table , « & le petit-
» maître ( 2 ) ne ceffa de vuider les coupes
, que lorsque l'étoile du foir , à tra
» vers les nuages , eut fait briller fon aimable
lumière . »
Cependant le chat defcend aux enfers ,
& ne peut être admis dans la barque de
Caron , parce que fon corps eft demeuré
fans fépulture.
Il prend le parti de fe mêler parmi les
revenants.
(1 ) M. ** a changé ceci dans les vers , & il en :
prévient dans un avertiflement. Il fuppofe la Fu
rie jaloufe du bonheur du Chat , & c'est en effet
Jui qui meurt.
(2 ) Le Petit-Maître Allemand,
AVRIL. 1774. 101
Chant III. Lifette veilloit pour broder
des manchettes à fon amant. Minuit fonne
; c'est l'heure où l'on voit des fpectres.
Elle veut fe fauver à fa chambre qui eft
au haut de la maifon ; la peur la fait defcendre
à la cave . Un peu remife , elle remonte
; mais elle apperçoit Murner tout
en feu . Il fe préfente prefque auffi - tôt à
Raban , & enfin à fa maîtrelle Rofaure ,
à laquelle il adreffe une prière fort tendre.
La Demoiſelle fonne avec effroi .
Lifette arrive ; l'oncle furvient . Tous
concluent qu'il faut mettre en terre le cadavre
du chat. Cet ordre eft exécuté , &
l'ombre de Murner fe mêle parmi les
ames qui s'approchent de la barque du
vieux Caron .
Chant IV. Le Poëte Allemand décrit
les enfers , le paffage du chat , & la tranquillité
dont il va jouir dans les champs
Elyfées.
Chant V. Rofaure apperçoit le jardinier
qui vient d'enterrer fon chat ; cette
vue réveille fa douleur : elle veut ellemême
jeter des Hears fur fon tombeau.
La Renommée va trouver le Magifter ,
lui rappelle fes talens , & l'invite à faire
l'épitaphe de Murner . Bientôt il l'apporte
à Rofaure , qui lui promet une forte récompenfe.
L'épitaphe eft gravée fur un
E iij
102 MERCURE
DE FRANCE .
marbre. « L'Etranger curieux vient le
» contempler fouvent ; & le Voyageur
» inftruit , détaille au loin la beauté de
ce monument. Pour avoir une idée des
détails , il fuffira de rapprocher quelques
morceaux de la traduction littérale & de
l'imitation en vers.
Chant 1. Invocation . Chante- moi ,
» Muſe enjouée , les exploits héroïques
» & la mort déplorable d'un chat immor-
» tel , qui a traverfé les eaux du noir
Cocyte, & qui a vu fon corps repofer
» dans un tombeau de marbre , ainfi que
ceux des plus grands héros. »
Voici le début de l'imitation.
39
"
类
4
1
Toi , qui jadis d'un héros perroquet
Chantas les faits par la voix de Greffet ;
Toi , qui dictois à fa plume badiné
Ces vers légers , enfans d'un doux loifir ;
Lorsqu'un rayon de la Grâce divine
Vint l'enflammer d'un plus noble defir ;
Lui fit quitter la riante doctrine
Des jeux badins , des folâtres amours
Pour la retraite où , fe taifant toujours ,
Il craint de voir le Ciel impitoyable
Lui reprocher à la fin de fes jours
D'avoir ufé d'un talent agréable ,
Mufe charmante , anime mes écrits
AVRIL 1774. 103
De la gaîté , des riantes peintures
Qui , dans fes vers, enchantent les efprits.
Quand de Vert- vert on lit les aventures ,
De mon héros & l'eſpèce & le nom
Auffi fameux, n'auront pas moins de charmes
Et les deftins du malheureux Raton
Aux tendres coeurs arracheront des larmes.
Eh! qui pourroit ne pas donner des pleurs
Aucoup fatal qui termina ſa vie ,
Au fort affreux dont elle fut fuivie ,
Lorfque , privé des funèbres honneurs ,
Il demeura fur les bords du Cocyte ,
Et vint enfin rendre aux humains vifite,
Tant qu'il obtint que , Mauſole nouveau
il feroit mis en fuperbe tombeau?
Au commencement du printems , Murner
quitte la chambre de fa maîtreffe pour
aller courir. « L'Hiver , dit le poëte Alle-
» mand , venoit de verfer de fes aîles
orageufes les derniers frimats accompagnés
de grêle ; le Printems s'avan-
» çoit en triomphe fur d'agréables tapis
bigarrés de violettes & de tulipes ; &
» la fille de Pandion , fur des haies verdoyantes
, commençoit à faire entendre
fes aimables chanfons , lorfque
» l'Aurore , fortant de la mer , parue ſur
» l'horizon & pouffa devant elle des vents
"
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
"
impétueux. Ils mugirent avec tant de
» fureur autour du château , qu'ils obligè-
» rent le chauffeur de defcendre en mur-
» můrant fous un vafte bûcher & de ral-
» lumer dans les poëles un feu bienfaifant.
Ciper ( c'étoit le nom du chat )
trottoit fur les toits : il avoit paffé la
» nuit à courir dans les gouttières , & à
donner la chaffe à des légions de rats.
» Sa gueule , armée de dents meurtrières ,
» étoit teinte de fang coulant de toutes
» parts : enivré de la victoire , il s'étoit
» vautré en rugiffant fur leurs cadavres . Il
» fe gliffa dans la chambre , au moment
» que la fuivante portoit de l'eau bouillante
pour donner à fa maîtreffe une
taffe de thé; mais l'ayant trouvée profondément
endormie , elle referma fon
» rideau fans bruit & fortit, doucement
» de la chambre . Ciper , que fes aventures
avoient fatigué , fe coucha commo-
» dément fous le poële ardent , étendit
» devant lui fes griffes de lion , & tomba
bientôt dans le plus doux aſſoupiffe-
» ment . La manière de M. Zacharie
eft forte , mais un peu fécieufe dans, ce
morceau. Le voici dans l'imitation .
Déjà l'hiver avoit vu dans les plaines
Tomber fon char hériflé de glaçons;
AVRIL. 1774 IOS
Des aquilons les fougueuſes haleines
Se retiroient dans leurs antres profonds ,
Sur les ormeaux la tendre Philomèle
Faifoitouir fes accords raviflans ;
Et les bergers , dans leurs jeux innocens ,
Rendoient hommage à la ſaiſon nouvelle.
Voulant auffi des charmes du printemps,
Pour les plaifirs tirer quelque avantage ,
Des chats fameux fuivant l'antique ufage ,
Raton , les nuits , fe donnoit du bon temps ;
Couroit les toits , les greniers , les gouttières ,
Guettoit fouris , & de mille manières
Les attrapoit , malgré tous leurs détours ;
Puis , recourbant fa parte de velours ,
Les balottoit en avant , en arrière ,
Tant que , laflé de ce barbare jeu ,
Il les croquoit de fa dent meurtrière.
Mais ce bonheur , hélas ! dura trop peu.
Fut- il jamais un beau jour fans nuage ! & c, &c.
Enfin le chat entre chez fa maitreffe & s'endert.
que
On voit M.
que ** y met plus de gaîté
l'auteur Allemand. Il a partagé le
premier chant de fon auteur en deux.
Voici comme il commence le chant II.
Il eft un âge où tout fe peint en beau ,
Où tout fourit à notre ame enchantée ;
Par le defir vivement agitée
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
•
Elle s'enflamme à chaque objet nouveau 3
Et même encor doucement affectée ,
Lorſque la nuit a tité fon rideau ,
Elle le prête aux erreurs du cerveau.
Chacun alors de l'aveugle fortune
Abondamment partage les faveurs ;
Mais des amans l'efpèce aflez commune
Fournit , dit- on , les plus heureux rêveurs!
Beauté farouche eſt alors moins cruelle ,
Beauté volage alors fixe fon choix ;
Et , de l'Amour fuivant les douces loix ,
L'une eft plus tendre & l'autre plus fidelle.
De la Nature ô merveilleux préfens !
Vous ajoutez au bonheur de notre être ;
Lorfque le coeur , abufé par les fens ,
Se croit heureux , n'eft- ce pas vraiment l'être?
Mais ce n'eft pas feulement des humains
Que la Nature ainfi fit le partage ;
Chaque animal a reçu de fes mains
Don de rêver tout auffi- bien qu'un fage ,
Ainfi Raton , & c , &c.
Ce petit exorde eft fort joli , & n'eft
point dans l'auteur Allemand. Il en eft
de même du commencement du chant III.
L'auteur va faire connoître la politique
de la Suivante qui a feint de pleurer la
mort du chat pour complaire à fa maîtreffe
.
AVRIL 1774. 107
"
Talent heureux , talent ineftimable ,
Vertu des grands , ignorée autrefois
De nos ayeux les bons & francs Gaulois,
Qui , fignalant leurs bras par mille exploits
Et d'un gros vin s'enivrant à leur table ,
Sans cultiver tant de moyens adroits
D'envelopper , fous un dehors affable ,
Les mouvemens de leur coeur intraitable ,
Du fier honneur n'écoutoient que la voix ;
Toi qui , patant d'un vernis agréable
Le froid refus & la haine implacable
Es cultivé chez l'opulent bourgeois ,
Chez le prélat , & fur-tout près des Rois ;
Art précieux de feindre avec tendreffe
Un fentiment que l'on n'éprouve pas,
Et qui nous faît , bleflant goût & juftelle ,
Louer tout haut , quand nous blâmons tout
bas;
Tu fais voiler d'un gaze légère
La Vérité dont le front trop fevère,
Blefle nos yeux devenus délicats :
Vers les honneurs tu mènes à grands pas
Le fourbe adroit qui fait fe contrefaire ;
Et la vertu , belle de fes appas ,
Sans ton fecours, languit dans la mifère ;
Toi feul enfin peux donner l'art de plaire :
Malheur chez nous à qui ne t'aura pas !
Laure àvingt ans, quoique née au village ,
Heureuſement n'étoit point dans ce cas ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Ily a encore d'autres détails fort agréa
bles auxquels nous ne pouvons nous arrêter.
Cette traduction , & fur-tout: cette
imitation en vers , doivent être d'autant
mieux accueillies , que l'auteur s'annonce
dans la préface pour un homme occupé
d'études plus profondes. Nous le croyons
volontiers , s'il eft vrai , comme on nous
l'a dit , que ce badinage foit de M. Mentelle
, qui vient de donner une nouvelle
édition de fes Elémens de l'Hiftoire Romaine
, dans lefquels la géographie ancienne
de l'Italie eft traitée d'une maniè
re fort favante .
Mémoire fur la meilleure manière de conftruire
un Hôpital de Malades ; par M.
A. Petit , docteur-régent de la Faculté
de Médecine en l'Univerfité de Paris
ancien profeffeur d'anatomie , de Chirurgie
& de l'art des accouchemens aux
écoles de médecine , profelleur d'anatomie
& de chirurgie au jardin du Roi;
membre des Académies royales des
fciences de Paris & de Stockolm ; infpecteur
des hôpitaux militaires , & c ,
& c. A Paris , de l'imprimerie de L.
Cellor , rue Dauphine , in- 4° . de 16
pages avec deux planches gravées en
aille douce , 1774
AVRIL. 1774. 109
Après le défaftre arrivé dernièrement à
l'Hôtel Dieu de Paris , plufieurs de nos
artiftes & de nos citoyens éclairés préfen
tèrent différens projets pour le reconftruire
hors de cette capitale , conformément
aux voeux du Public qui defiroit
depuis long- temps cette tranflation. Les
uns choifitent le terrein du couvent des
Bons - Hommes , fur la rive droite de la
Seine près Pafly; les autres proposèrent
de le placer à l'oppofite , fur la rive gauche
de cette rivière , près de l'Ecole militaire:
d'autres confeillèrent d'augmenter les anciens
bâtimens de l'hôpital St Louis ; enfin
il y en eut , & ce fut le plus grand nombre
, qui choisirent l'ifle des Cygnes . Suivant
le projet de M. Petit, il faudroit rebâtir
l'Hôtel- Dieu fur le terrein qui s'étend
entre l'hôpital St Louis & le monticule
de Belle - Ville ; il regarde cet endroit
comme réuniffant tous les avantages
l'on peut defirer
que le plus parfait
des emplacemens ; le but de fon mémoire
eft de les développer & d'expofer enfuite
fes vues particulières par rapport à un
plan de diftribution le plus capable de
favorifer fon fervice .
pour
Il commence d'abord par faire voir
qu'on doit avoir égard , dans la fituation
110 MERCURE DE FRANCE.
d'un hôpital de malades , à la pureté de
l'air , à la falubrité , à l'abondance des
eaux , à la facilité du fervice , à la tranquillité
, & que toutes ces chofes ne pou
vant fe trouver au milieu des grandes
villes , il eft indifpenfable de transférer
ces maifons au- dehors de leur enceinte .
M. Petit ajoute à ces confidérations
qu'un hôpital ne fauroit être bien placé
que fur un terrein élevé , à caufe de l'humidité
qui règne dans les lieux bas , &
qu'il feroit important de le fituer toujours
à l'abri du vent du Nord , qui eft un fléau
pour les malades. Venant enfuite à l'examen
de l'emplacement qu'il a choifi , il
démontre qu'il réunit toutes les perfections
qu'on peut defirer : il eft aflez loin
de Paris , fans l'être cependant trop, pour
être garanti du bruit : les malades pourroient
y être transférés fans inconvéniens ,
du dépôt général qu'on laifferoit fubfifter
à l'ancien Hôtel . Dieu , & où l'on ne retiendroit
que ceux qui feroient hors d'état
d'être conduits au nouveau :l'air en eft pur;
la maifon qu'on y bâtiroit feroit garantie
du vent du Nord par le monticule de Belle-
Ville qui le couvriroit comme un rideau
; elle pourroit être approvifionnée
d'eau par cellé que l'on tire de BelleAVRIL.
1774. III
Ville , de Ménil - montant & du Pré St
Gervais ; en un mot , le paffage du grand
égout de Paris dans fes environs faciliteroit
l'écoulement de fes immondices.
Que l'on ajoute à tout cela l'avantage précieux
qui réfulteroit pour l'Hôtel - Dieu
bâti en cet endroit , du voifinage de l'hôpital
St Louis , qui deviendroit pour lui
une espèce de fuccurfale où l'on placeroit
les magaſins , où l'on pourroit mettre un
grand nombre de malades en cas d'épidémie
, & où l'on pourroit traiter en tout
temps les maladies contagieufes , la petite
vérole , la rougeole , &c. & l'on fera
convaincu qu'il feroit bien difficile de
trouver , aux environs de Paris , une
fituation plus favorable pour un pareil
établiffement,
Quant à la diftribution de fon plan ,
M. Petit propofe de lui donner la forme
d'une étoile , & de difpofer fes falles
comme autant de rayons tendant vers un
centre où feroit placée la chapelle , & au
pourtour de cette chapelle des portiques
dans lefquels déboucheroient les falles
des médecins , des chirurgiens & des mères
furveillantes,l'apothicairerie , les cuifines
, & c. en un mot tous les lieux d'où
peuvent partir tous les fecours pour les
112 MERCURE DE FRANCE.
malades Pource quieft des bâtimens qui ré
gneroient dans la circonférence extérieure
de cette étoile , ils ferviroient aux dortoirs
des foeurs , aux logemens des chirurgiens ,
des prêtres , à faire des promenades couvertes
pour les convalefcens : & les efpaces
triangulaires compris entre les falles
feroient occupés par des cours & jardins
qui les aëreroient. Ainfi , au moyen de
cette difpofition , il y auroit la plus grande
facilité poffible pour le fervice des malades
; tous les fecours fe trouveroient à
leur portée, & il n'y auroit que le moindre
efpace poffible à parcourir pour arriver à
eux .
&
Outre ces vues générales , la conftruction
particulière des falles mérite la plus
grande attention . M. Petit propofe de les
faire de 40 pieds de haut fur 36 de large ,
50 toifes de long , & de difpofer les
lits des malades de chaque côté en quatre
rangs , les uns au - deffus des autres , àpeu-
près comme les loges des falles de
fpectacle : chaque lit occuperoit le milieu
d'une espèce de niche ou alcove de neuf
pieds de haut fur fept en quarré . Un feul
malade feroit couché dans ce lit , aux
deux côtés duquel fe trouveroit une ruelle
de deux pieds : au bout de l'une de ces
AVRIL. 1774. 113
ruelles s'ouvriroit dans le gros du mur
une fenêtre destinée à donner du jour &
de l'air à l'alcove , ainſi qu'à vuider & jeter
dehors les excrémens , & les autres
chofes dont le voifinage feroit incommode
au malade . La féparation des alcoves
fe feroit par le moyen d'un petit mur
de briques , & tout cet appareil de loges ,
les planchers mème feroient de la même
conftruction ; un rideau de toile fermeroit
l'alcove au pied du lit ; il feroit ouvert
le jour & tiré la nuit , ou quand le
malade voudroit dormir. Il règneroit fur
le devant de ces alcoves une gallerie gril
lée de quatre ou cinq pieds de large , par
le moyen de laquelle le fervice fe feroit
avec la plus grande promptitude. Entre
les galleries d'un côté & celles de l'autre
fe trouveroit un espace de 12 ou 1s pieds
de large qui règneroit d'un bout à l'autre
de la falle , & depuis le tez - de- chauffée
jufqu'au comble : on y placeroit les poëles
deftinés à chauffer les falles l'hiver.
" Les avantages fans nombre qui réful-
» tent de cette difpofition fe préfentent ,
» dit M. Petit , en foule à l'efprit. Je pla-
» ce d'abord trois fois plus de malades
» dans mes falles qu'on y en met commu
» nément. Je donne à chaque malade fon
lit & même fa chambre . On ne verra
114 MERCURE DE FRANCE .
"
» plus , à la honte de l'humanité & au
» fcandale de la Religion , fix malheureux
" amoncelés dans un même lit , fe nuire ,
» s'alarmer , s'infecter mutuellement :
» l'un , fe tourmenter & crier quand les
» autres ont befoinde repos : on ne verta
plus un moribond fe confeffer à côté de
» cinq malades qui entendent tout ce
qu'il dit : un autre recevoir le Viatique
fur un grabat que fouille au même inf
tant un agonifant qui fe vaide en ren-
» dant le dernier foupir , ou bien un ma-
>> lade qui ne peut retenir l'effet d'un pur-
» gatif ou d'un émérique , ou bien enfin
» dans un même lit où ſe trouve un fré-
»
»
nétique qui , dans fon tranfport, forme
un déplorable contrafte avec le prêtre
qui récite les prières des mourans. Ma
» main s'arrête , & le frémiffement que
» tant d'horreurs lui font éprouver , l'em-
» pêche d'achever cet abominable ta-
» bleau . >>>
On ne fauroit affurément qu'applaudir
à la compofition du plan de cet hôpital
de malades , & nous ne croyons pas qu'il
foit poffible d'en imaginer un qui foit
plus propre , non - feulement à fatisfaire
aux befoins de tous les malades , fûrement
, promptement , avec le moins de
dépenſe , mais encore à en raffembler dans
i
AVRIL. 1774,
un même lieu un très - grand nombre,fans
que leur maltitude puiffe leur être pernicieufe.
M. Petit paroît au furplus difpofé
à partager la gloire de cette heureufe diftribution
avec M. Prunneau de Mont-Louis,
un de nos plus habiles architectes- experts ;
il convient s'être rencontré avec lui à cet
égard , & fe fait même un devoir de le
publier. En effet , le projet de M. Prunneau
de Mont- Louis , que nous avons vu ,
& auxquels les connoiffeurs ont beaucoup
applaudi lorfqu'il en préfenta en fon
temps , le modèle à MM. les Adminiſtrateurs
de l'Hôtel - Dieu , eft abfolument
femblable dans fon enfemble : leur différence
ne confifte guères que dans la poffibilité
de l'exécution qui avoit été méditée
dans le dernier projet , & qui
paroît avoir été tout- à- fait négligée dans
l'autre. M. Petit a imaginé au centre de
cet hôpital , dans le point de réunion , des
falles où eft placée la chapelle , un grand
cône de pierres ou de briques de 12 toi-
-fes de diamètre & de 35 toifes de haut ,
entièrement porté fur des colonnes ifolées
, le long des côtés duquel cône il fait
en outre ramper les tuyaux de toutes les
cheminées des cuifines & des falles adjacentes
, ainfi que des poëles ; ce qui eſt
116 MERCURE DE FRANCE.
abfolument impraticable , au lieu que M.
Prunneau de Mont Louis a tout - à - fait
ifolé fa chapelle au milieu d'une cour
circulaire , & l'a entourée de portiques
fervant de débouchés aux cuifines , aux
falles des médecins , des chirurgiens , & c .
arrangement fans comparaifon plus avantageux
, & qui n'offre aucune difficulté
pour l'exécution : au
: au furplus M. Petit n'a
prétendu , comme il le dit lui - même ,
que propofer une efquiffe qu'il laiſſe à
développer aux maîtres de l'art ; & tous
les médecins ne font pas obligés d'être
auffi habiles que le célèbre Perrault dans.
la conftruction.
L'Irréligion dévoilée & démontrée contraire
à la faine philofophie ; par P. J.
Boudier de Villemaire , écuyer .
Leves guftus in philofophiâ movent ad atheifmum,
pleniores ad Religionem.
BACON.
vol . in- 12 . A Paris , chez Dufour , libraire
, tue de la Juiverie , & Monory
, vis à vis la Comédie Françoiſe .
Le nom feul de philofophie , nous dit
» l'auteur au commencement de cet ouvrage
, annonce le plus fublime emploi de la
AVRIL. 1774. 117
"
"
و و
و د
que
» raiſon . La vérité qu'elle recherche , &
» les principes des chofes ne fe trouvant
qu'en Dieu , c'eft à lui qu'il faut néceſfairement
qu'elle remontepour atteindre
fon but. Les intelligences créées , dans
quelque ordre qu'elles foient , n'ont de
» lumière que par une émanation de la
Sageffe incréée , & ne font réfé-
» chir les rayons de celle dont elle veut
» bien les éclairer. La bonté a la même
» origine ; le bon n'eft que le vrai réduit
» en acte , & dérive des convenances po-
» fées par le Créateur entre les êtres . Qui-
» conque le méconnoît , doit donc perdre
» de vue la règle , & du bon & du vrai ,
» L'un & l'autre font l'objet de la philofophie
, & ne peuvent être faifis que
≫ par l'homme qui fixe fes regards fur
la Vérité éternelle . Elle eft le foleil de
l'ame. Lorfqu'entre elle & nous s'interpofent
les objets de nos cupidités ,
la raifon fouveraine eft éclipfée , & la
» nôtre tombe dans d'épaiffes ténèbres.
" C'eft à la philofophie à éloigner ces ob.
» jets qui ferment le paffage à la lumière ;
»la philofophie eft , comme on le voit ,
» une théologie naturelle qui rapproche
» l'homme de Dieu , au lieu de l'en éloi-
» -gner. »
"
"
"
Ce principe pofé , comment a- t- on pu
120 MERCURE DE FRANCE.
des grands Auguftins ; & chez Aug.
Mart. Lottin aîné , imprimeur-libraire ,
rue St Jacques , au Coq.
Ce nouveau cahier préfente , ainfi que
les précédens , des recherches curieufes ,
utiles & éclairées par une fage critique.
On lira fur tout avec intérêt les difcuffions
dans lesquelles l'auteur eft entré fur
ce qui regarde les différens établiſſemens
qu'ont formés à Paris les Annonciades
Célestes ou les Filles Bleues , les Religieufes
Annonciades du St Efprit , les
Religieufes de Notre Dame de Bon- Secours
, de la Charité de Notre Dame , de
la Magdeleine de Trainel , de la Vifitation
de Sainte - Marie , de la Conception,
les Hofpitalières de la Raquette , de Ste
Anaftafe , les Filles de la Ste Trinité , de
la Croix , les Chanoineffes de Notre- Dame
de la Victoire , les Chanoines Régu
liers de Ste Catherine du Valdes - Ecoliers
, les Pénitens réformés du Tiers Ordre
de St François , vulgairement appelés
les Picpus ; les Minimes , & c . Ces
difcuffions critiques ne font point particulières
à l'hiftoire topographique de Paris
; elles répandent auffi quelques lumières
fur l'hiftoire eccléfiaftique de la
France.
AVRIL. 1774. 121
France . Ces difcuffions , ainfi que plufieurs
que l'auteur nous donne fur l'abbaye
St Antoine , la Baftille , la Porte St
Antoine , l'Hôtel royal de l'Arquebufe ,
l'Eglife de Ste Marguerite , celle du petit
Saint- Antoine & autres monumens , en
inftruifant le lecteur , le convaincront facilement
qu'il courra prefque toujours le
rifque de fe tromper , fi ,,dans les études
qu'il fe propofe de faire de l'hiftoire , il
ajoute foi à des copies fouvent très - fauri-"
ves , ou s'il s'en rapporte à des écrivains
qui fe font contentés de travailler fur les
mémoires qu'on leur a communiqués fans
les avoir examinés ou approfondis, & fans
avoir , comme fait ici l'auteur des recherches
que nous annonçons , rectifié les
faits fur les originaux qui les conftarent
avec plus de certitude que la tradition la
plus accréditée.
Les hiftoriens ont quelquefois rapporté
fur l'origine de certains monumens religieux
, des opinions qui ne paroiffent
avoir d'autre fondement que la pieufe .
crédulité de nos ancêtres. M. J. fait à ce
fujet une réflexion qui doit guider celle
du lecteur , lorfqu'il rencontre dans l'hiftoire
des exemples d'une femblable crédulité.
« Dans ces fiècles d'ignorance , où
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
"
» la France fut fi long-temps plongée , il
❤ étoit aifé de féduire les efprits ; les vé-
» rités fimples n'étoient ni connues , ni
écoutées; l'imagination feule avoit le
privilége de perfuader les fables qu'elle
» avoit enfantées ; tout ce qui portoit le
caractère du merveilleux étoit reçu fans
» réflexion , & adopté fans examen : il
fuffifoit qu'une vifion prétendue , une
révélation imaginaire , euffent quelque
trait à la religión , pour qu'on les confidérât
comme des ordres du Ciel , dont
il eût été téméraire d'approfondir la vé,
» rité & auxquels l'impiété feule pouvoit
» refufer d'obéir. De's temps plus heu-
» reux ont diffipé ces ténèbres ; mais fi les
.83
99
connoiffances & les lumières qu'il nous
» ont procurées nous ont mis en état de
difcerner le vrai d'avec le faux , elles
» nous ont en même temps fait un devoir
de refpecter les motifs d'une piété qui
» n'étoit pas éclairée , & ceux des établiffemens
qu'elle infpiroit , parce que la
religion & l'utilité publique en faifoient
le principal objet. "
Ce quinzième cahier eft , ainfi que les
précédens , enrichi d'un très beau plan,
Ce plan , à caufe de l'étendue du quartier
St Antoine , eft divifé en trois planches
AVRIL. 1774 123'
gravées avec beaucoup d'exactitude & de
netteté.
Tableau de l'Analyfe Chimique , ou procédés
du cours dechimie de M. Rouelle
, apothicaire de S. A. S. Monſeigneur
le Duc d'Orléans , démonftrateur
de chimie au jardin royal des plantes
de la fociété des arts de Londres , &
de l'académie électorale d'Erfort. Vol.
in-8°. petit format de 182 pages. A Paris
, chez Vincent, imprimeur, rue des
Mathurins, & chez l'auteur, rue Jacob.
Différéns démonftrateurs en chimie ont
reconnu l'utilité du tableau que nous
annonçons. M. Baumé , de l'académie
royale des ſciences , a publié, fous le titre
de Manuel de chimie , un précis exact des
opérations fondamentales de la chymie.
M. de Machy a donné depuis un ouvrage
dans le même genre qui a pour tifte procédés
chimiques. Le tableau de l'analyse
chimique de M. Rouelle préfente le même
objet d'utilité. L'auteur dit dans fon
avertiffement que feu M. Rouelle fon
frère , de l'académie royale des ſciences
, avoit fenti de bonne heure la néceffité
de préfenter à ceux qui fuivoient
fes cours de chimie un tableau
F. ij
124 MERCURE DE FRANCE.
précis , mais fenfible de toutes les opéra
tions qui formoient la chaîne de fes démonftrations
, & fervoient de fondement
à fa doctrine. Il crut qu'il n'y avoit rien
de plus propre à remplir cet objet que
d'expofer dans des flacons & des bocaux
de verre tous les produits bien diftincts
& bien féparés de chaque opération
en même temps que l'écriteau qu'il
feroit coller fur les vailleaux contiendroit
l'indication très - Gmple , trèscourte
, mais fort claire , de chacune de
fes expériences , & des réfultats qu'il en
avoit obtenus ; & il leur donna le nom
de procédés du cours de chimie. Comme
ces procédés fuivoient pas à-pas l'ordre &
le progrès de fes leçons , il les faifoit
placer,à mesure qu'ils fe multiplioient,
fur les tablettes de fon laboratoire, pour
y refter pendant tout le cours. L'expé-
» rience a fait voir de quelle utilité cette
» expofition étoit pour fes audireurs. Ils
» y trouvoient une répétition très - courte,
» mais fenfible , de ce qu'ils avoient déjà
» vu ; enforte que l'opération fe répétoit
encore , pour ainfi dire , une feconde ,
» une troisième fois
"
" en un mot , tant
qu'ils vouloient , fous leurs yeux. L'u-
» tilité de ces procédés fut tellement fentie
par tous ceux qui fuivoient les leçons
AVRIL. 1774. 125
»
"
»
""
» de feu M.Rouelle , que , parmi fes difci-
» ples , il y en a eu beaucoup qui ont vou
lu en avoir une fuite complette des trois
règnes chez eux ; & les autres , à qui ou
l'éloignement de leur patrie , ou d'autres
circonftances particulières ne per-
» mettoient pas de fe procurer cette reffource
, s'endédommageoient en copiant
» ou faifant copier les écriteaux de ces pro-
» cédés , dans le même ordre qu'ils étoient
expofés . Mais les copies manufcrites ou
imprimées qui s'en font fort multipliées ne
préfentent pas à beaucoup près une fuite
des trois règnes auffi complette que celle
que M. Rouelle vient de publier. Les recherches
de l'auteur , les expériences multipliées
qu'il a faites & fes obfervations
journalières ont porté ce tableau de l'analyfe
chimique à un degré d'utilité trèsétendue.
L'analyfe animale offre elle feule
218 procédés au lieu de 44 qu'on trouve
dans les cahiers de feu M. Rouelle .
On conçoit de quel avantage ce tableau
des analyfes des trois règnes doit être pour
ceux qui fuivent les cours de M. Rouelle.
Les perfonnes qui , par état ou par goût ,fe
font livrées à l'étude de la chimie , trouveront
de leur côté dans ce tableau les réfultats
d'une infinité d'expériences qui les
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
empêcheront d'oublier ce qu'elles ont ap
pris , ou exciteront leur curiofité fur plu-
Beurs objets importans de la chimie qu'elles
peuvent ignorer.
L'auteur pour rendre ces procédés d'une
utilité plus générale , en a fait faire une
édition fous format in-4°. , de manière
qu'il y a un côté de chaque page en blanc ,
afin qu'on puiffe couper & coller chaque
procédé en écriteau aux flacons & bocaux,
& que ceux qui voudront répétet toutes
ses expériences & fe faire une collection
de procédés chimiques , foient par - là difpenfés
d'écrire chaque étiquette.
Comme ce tableau de l'analyſe chimique
eft particulièrement destiné à rappe-
Ter aux élèves les opérations d'un cours de
chimie, on ne peut qu'exhorter M.Rou
elle à mettre dans l'énoncé de fes opérations
toute la clarté , toute la préciſion
& toute l'exactitude dont cet énoncé eft
fufceptible. Le procédé 4 , par exemple ,
pouvoit être indiqué avec plus de précifion
: il eft dit : « huile effentielle dero-
» marin , retirée en diftillant avec l'eau de
romarin frais , au degré de chaleur
» de l'eau bouillante. » Ne feroit-il pas
mieux pour la clarté & l'exactitude, d'écri
re : huile effentielle de romarin , retirée.dif
AVRIL. 1774. 117
romarin frais diftillé avec de l'eau au degré
de chaleur de l'eau bouillante ?
39
"
Le procédé 45 page 8 , eft ainfi énoncés
foude ; cendres retirées par la combuf
» tion de différentes plantes . Elles con-
» tiennent l'alcali fixe , bafe du fel ma
» rin ou natrum des anciens ; du fel marin
, du ſel fébrifuge , un peu d'alkali
» fixe végétal , du tartre vitriolé & de la
» terre du végéral . » Les expériences de la
chimie nous démontrent que la foude
contient un très- grande quantité d'alkali
marin , & même que ce fel eft la baſe de
la foude ; & ce n'eft point là l'idée que les
étudians prendront d'après l'étiquette que
nous venons de rapporter. L'alkali fixe
d'ailleurs , comme la même étiquetta
femble l'énoncer , n'eft point la bafe du
fel marin ce fel a pour baſe , ainfi que
l'enfeigne la chimie , l'alkali minéral ou
les criftaux de foude .
Il eft dir, page 149 , que « la porcelaine
» chinoife eft compofée de Ka- c- lin , de
Spath falible & d'argille. » Les chimif
tes qui ont le plus travaillé fur cette matière,
ont reconnu que le Ka- o - lin eft une
véritable argile blanche , & , fuivant l'énoncé
ci deffus , il paroîtroit que ce feroit
une terre à part.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
Nous ne citerons plus que cet article
page 130. Mercure précipitéper fe : mer-
» cure réduit en poudre rouge par la fimple
coction ou ébullition , fans qu'il
ait perdu fon phlogistique. Ce faux
» précipité , pouffé au feu à le faire rougir
, fe revivifie en mercure coulant , »
Le précipité perfe foumis à la diftillation
fournit à la vérité une petite quantité de
mercure coulant , mais c'eft la portion
qui n'étoit point calcinée. Le refte ne fe
revivifie point en mercure à moins qu'on
n'ajoute quelque matière propre à fournir
du phlogistique. Il fe fublime au contraire
en un fublimé rouge très-beau & trèsbien
criftallifé.
Memoire concernant l'Ecole royale gratuite
de Deffin , où l'on montre l'utilité de
cet établiffement , les avantages qui en
réfultent , les détails de l'adminiftration
& de la direction ; & généralement
tout ce qui peut y avoir rapport ;
volume in 4° d'environ 40 pages , de
l'Imprimerie royale . On peut fe procurer
ce mémoire à Paris , chez M.
Bachelier , peintre du Roi , directeur
de l'Ecole , aux Tuileries , cour royale
, fous le veftibule, nº. I. & aux EcoAVRIL
1774 . 129
les gratuites de Deffin , collège d'Autun,
rue & vis- à- vis St André des- Arts.
de
Ce mémoire eft un compte rendu au
Public , de l'utilité , des avantages & des
détails d'un établiſſement qui l'intéreſſe
particulièrement, puifqu'il procure à une
Jeunelle toujours turbulente le moyen
d'employer utilement fon temps ,
s'inftruire gratuitement des élémens du
deffin , & de contribuer par un travail fuivi
aux progrès des arts . Ces progrès dépendent
plus qu'on ne penfe ordinaires
ment de la main d'un ouvrier inftruit . En
effet fi un artifte , au lieu de trouver un
homme déjà préparé & en état de lire fa
penlée, ne rencontre qu'un manoeuvre , il
fe rebute ou il fe voit obligé de rétrécit
fes idées pour fe conformer au peu de capacité
de fon ouvrier .
Les études de cette Ecole gratuite de
deffin font divifées en trois genres : la
géomérrie & l'architecture ; la figure &
les animaux ; les fleurs & l'ornement .
Cette divifion comprend tous les rapports
des différens arts mécaniques . On a de
'même divifé toutes les efpèces de profeffions
connues en trois claffes , afin de pou
voir adapter à chacune d'elles le genre d'é-
Fy
130 MERCURE DE FRANCE:
tude qui lui eft le plus analogue ; de forte
qu'un élève qui fe préfente à l'école, indiquant
le genre de profeffion à laquelle il
fe deftine , eft admis au genre d'étude
qui y eft affecté plus fpécialement . Par
exemple , un élève qui fe deftine à être
maître maçon , eft admis dans le genre.
de la géométrie & de l'architecture , &
ainfi des autres. L'inftruction dans tous les
genres commence par la géométrie. Elle
» feule , comme le remarque judicieuſe-
» ment l'auteur de ce mémoire , peut ar-
99
rêter les écarts de l'imagination , la con,
» tenir dans les bornes de la raiſon , &
» faire circuler , s'il eft permis de s'exprimer
ainfi , les idées dans des canaux
réguliers lorfqu'on s'eft éloigné de fes
principes. Que font devenus les ornemens
qu'on répandoit fans goût dans
tous les genres d'ouvrages, fous prétexte
» de les rendre pittorefques ? Quelques ar
tiftes fe font élevés contre ce genre ba-
» roque , mais la multitude ignorante a
confervé fes préjugés & fuivi le tor-
» rent : leurs productions, que le bon fens
» défavoue , révoltent les lumières de la
raifon par la monftrueufe difproportion
» des objets qu'ils ont réunis : nos appar
» temens font encore chargés de ces déco
AVRIL 1774. 131
כ
95
"
"
rations informes enfantées fans génie ;
» des formes irrégulières en ont banni le
quarré , le rond & l'ovale comme des
pauvretés gothiques : à ces belles corniches
qui décoroient & richement nos pla
» fonds , ont été fubftitués les dentelles ,
la broderie , les rofettes en filigrane ,
» les cartels de travers & autres ornemens
» auffi frivoles , bien plus faciles à exé-
» cuter en ce qu'ils n'aftreignent à aucune
dimenfion raifonnée : la noble fymmé-
» trie , puifée dans la nature , paroiffoit
» froide , à des cerveaux brûlés , les for-
» mes tourmentées avoient la préférence
» fur certe heureufe fimplicité confacrée
» par l'approbation & l'admiration de tant
» de fiècles. C'est donc rendre un grand
» fervice aux arts que d'élever la Jeunelle
» dans lesprincipes de la géométrie non-
» feulement cette fcience développe l'in
telligence , elle rend encore la précifion
familière , par la connoiffance exacte
» des dimenfions de tous les corps , con
» fidérés fous différens afpects. Quelle
» immenfe quantité de rapports utiles &
ignorés , & qu'on n'eût apperçus que.
peu- à-peu , par hafard & fucceffive-
» ment , qui fe manifeftent y pour ainfi
» dire , en un clin d'oeil par le fecours de
» la géométrie ! »
*
99
I vj
132 MERCURE DE FRANCE .
Ces réflexions & le zèle de celui qui
eft à la tête de la direction de cette école
ne peuvent que contribuer à fixer parmi
nous les belles proportions & le goût noble
& fimple de la fage Antiquité. Le di-
' Lecteur , en excluant de fon école ce tortillé
ridicule dont il vient d'être parlé ,
veillera également pour empêcher qu'on
ne lui fubftitue un ftyle maigre , de petites
recherches de diftributions , un rafinement
de décorations & d'ornemens ,
dont plufieurs de nos falons modernes font
furchargés ; ce qui les fait plutôt reffembler
à une boutique d'orfévrerie qu'à un
lieu décoré par le génie des arts.
Les détails qui concernent l'adminif
tration de l'Ecole gratuite doivent être
lus dans ce mémoire . Le tableau de cette
adminiftration à laquelle préfide un zèle
vraiment patriotique' , portera fans doute
le citoyen aifé à fe ranger au nombre des
bienfaiteurs de cette école dont on a donné
ici la liste .
La protection fignalée que Sa Majefté
a , par fes lettres - patentes du 20 Octobre
1767 , accordée à cette école ; le concours
de citoyens de tous les Ordres pour fou
tenir cet établiffement , & l'empreffement
des familles ouvrières à en profiter , font
AVRIL 1774. 133
fans doute la meilleure réponse que l'on
puiffe faire à cet efprit détracteur qui a
cherché à former des objections contre
cet établiffement . L'utilité qui en réſulte
pour les arts eft fuffifamment démontrée
dans le mémoire que nous venons d'annoncer.
Mais , en accordant aux adverfaires
de cette école que plufieurs des élèves
qui y font admis n'y font que des progrès
infructueux , ne doit on pas toujours regarder
comme un grand avantage pour la
fociété en général la facilité que cet établiffement
procure aux familles pauvres ,
de retenir une Jeuneffe tumultueufe , indocile
& ordinairement difpofée , par le
défaut d'occupation , à s'adonner à toutes
fortes de vices? Il y a donc lieu d'efpérer
que cet établiffement , que nous avons
vu fe former fous nos yeux , trouvera en
tout temps des protecteurs dans ceux qui
s'intéreffent aux progrès du goût & des
arts , & dans les Magiftrats qui veillent
au bonheur de la fociété .
Methode récréative pour apprendre à lire
aux enfans , fans qu'ils y penfent ; par
M. le Baron de Bouis , auteur du Par
terre géographique & hiftorique & du Sol
litaire géométrique. Dédié à Mgr le Duc
134 MERCURE DE FRANCE.
d'Enguien. Brochure , in 8 ° . prix , z
fols. A Paris , chez l'auteur , quai de
Bourbon. Ifle St Louis , près de la rue
de la Femme- fans- tête ; & chez Delaguerte
, imprimeur- libraire , sue de
la Vieille-Draperie.
L'auteur a auffi nommé cette méthode
Syllabaire joyeux , parce que dans la vue
d'épargner à l'enfant le travail & les
pleurs , ila imaginé de lui enfeigner l'atphabet
& de lui apprendre à lire par le
moyen de différents jouets qui excitent fa
curiofité & fixent fon application fans la
fatiguer & même en la recréant.
On trouve à l'adreffe ci- defus & chez
Defnos , libraire , rue St Jacques , un
autre ouvrage du même auteur , fervant
de fupplément ou d'explication à fon Par
terre géographique & hiftorique. Ce parterre
a été publié pour la première fois en 175 3 .
Plufieurs inftitueurs ont applaudi à la méthode
de l'auteur de repréfénter en relief
ou par des objets fenfibles & recréatifs
pour l'enfant, ce qu'on ne lui enfeigne ordinairement
que par le moyen de caractè
ses d'imprimerie. Les progrès que des enfans
du plus bas âge ont faits dans la lecture
, la géographie & l'hiftoire par la
méthode de M. de Bouis, font la meilleure
AVRIL 1774. 131
}
preuve que nous puiffions donner de la
bonté de fon fyftême . On conçoit d'ail
leurs qu'une méthode qui parle plus aux
fens & à l'imagination qu'à l'efprit , &
qui fait fervir les jouets ordinaires des enfans
aux leçons qu'on leur donne, bannit
néceflairement de ces leçons tout efprit
de contrainte , laiffe l'enfant fe livrer à fa
gaieté ordinaire , & grave fans peine dans
fa mémoire les objets que l'on veut y tracer.
"
Principes de l'Art du Tapiffier : ouvrage
urile aux gens de la profeffion , & à
ceux qui les emploient ; dédié à Monfeigneur
le Dauphin. Nouvelle édition
, revue , corrigée & augmentée
& enrichie de figures en taille douce.
Par M. Bimont , maître & marchand
Tapiflier; vol. in 12. A Paris , de l'im
primerie de Lottin l'aîné , rue St Jac
que , au Coq.
La première édition de cet ouvrage a
été publiée ſous le titre de Manuel des
Tapiffiers. Les additions conſidérables que
l'auteur a faites à ce manuel l'ont autorifé
à lui donner un titre qui annonçât les
instructions méthodiques que l'aureur
publie aujourd'hui ſur fon art. L'ouvrage,
136 MERCURE de France.
dans cette nouvelle édition , eft divifé en
deux parties . La première traite de la qualité
, de l'ufage & des façons que l'on
doit donner aux étoffes & autres marchandifes
qui fervent à meubler les appar
temens. La Teconde en marque la quantité
& les prix , autant que les matières ,
qui ne confervent pas toujours la même
valeur, dans le commerce , peuvent le
permettre. Ce fimple expofé fuffit pour
faire connoître l'utilité de cet ouvrage
non -feulement pour les jeunes Tapiffiers
& tous ceux qui s'occupent par état des
ameublemens , mais encore pour les particuliers
qui veulent n'être pas tout - àfait
étrangers à cette partie de l'économie
'domestique .
>
Nouvelle édition revue & corrigée en
deux tomes in-4° . de plus de 8oo pag.
chacun , de la Défenfe de la Déclaration
du Clergé de France , de 1682 ,
touchant la Puiffance Eccléfiaftique ,
compofée en latin par M. Boffuet, Eve
que de Meaux , & traduite en françois
avec des notes hiftoriques , critiques ,
théologiques ; & d'une differtation refutative
des quatre tomes in 4°. du
Cardinal Orfi , contre ladite Défense
AVRIL. $ 774. 137
par M *** . A Paris , chez Louis Cellot
, imprimeur-libraire , rue Dauphine
, avec approbation & privilége du
Roi, 1774
Dans la préface mife à la tête de cette
nouvelle édition , le traducteur fait l'hiftoire
littéraire de l'ouvrage de M. Boffaet
, dont il montre l'importance & même
la néceffité , raconte les divers contre
tems qui , pendant la vie de ce Prélat
, empêchèrent de le publier , détaille
tous les foins que le favant auteur s'eft
donnés pour le rendre parfait, fes fréquentes
révisions , les changemens & additions
que les circonstances l'ont obligé
d'y faire , & dit comment M. l'Evêque
de Troyes , neveu du grand Evêque de
Meaux , lui perfuada d'être éditeur de
l'ouvrage latin de fon oncle , de le traduire
en françois , & de mettre , tant
dans le latin que dans le françois , des notes
aux endroits qui pouvoient en avoir
befoin. Il fuit de la narration de ce traducteur
, que de tous les ouvrages de M.
Bolluet , fa Défenfe de la Déclaration eft
celui dont il s'eft le pius occupé pendant
un grand nombre d'années ; & que cet ouvrage
qui doit infiniment intéreffer tous les
bons François, eftle plus profond, le plus fa138
MERCURE DE FRANCE .
vant & le plus théologique & tout- à- la
fois le plus methodique & le plus clair
qu'on aft jamais compofé en faveur des
maximes & des libertés de l'Eglife Gallicanne.
Cette édition a , fur la première , un
avantage confidérable , en ce qu'elle eft
augmentée d'une differtation réfutative
des quatre gros volumes in -4°. de M. le
Cardinal Orfi , contre quatre ou cinq livres
de la Défenfe , & c . de M. Boffuet.
La traduction a été revue & corrigée avec
foin ; il y a beaucoup de notes nouvelles
& une table détaillée des matières.
Effaifur la taille des arbresfruitiers, par une
Société d'Amateurs , in- 8 ° . , d'environ
70 pages , avec figures. On en trouve
des exemplaires chez Langlois , Libraire
, rue dn Petit- Pont St Jacques.
A Paris.
Une Société d'Amateurs donne dans
ce petit ouvrage fes obfervations fur la
taille des arbres fruitiers. Elle a imaginé ,
pour rendre fes préceptes plus fenfibles ,
de réduire en plan géométrique , la forme
que doit avoir l'arbre perfectionné par
l'art , & d'afujettir en quelque forte aux
règles de la géométrie , la taille des atbres
fruitiers . Ce petit Traité eft accom
AVRIL. 1774. 139
pagné de plufieurs planches gravées , dan's
lefquelles les lettres & chiffres joints aux
figures , indiquent au Cultivateur , les
branches qu'il doit couper ou conferver ,
incliner ou redreffer.
On fe propoſe d'établir dans la production
des branches & des fruits , un ordre
dont l'effet eft d'augmenter l'utilité & la
décoration des jardins. Les moyens d'y
parvenir font , la taille , le pincement ,
l'ébourgeonnement & le paliffage. Mais on
ne peut les employer avec fuccès , qu'en y
apportant la plus jufte combinaiſon , pour
ne point s'écarter de l'ordre de la végétation.
Ce Traité donne les meilleurs procés
, pour élever l'art de la taille des arbresfruitiers
au degré de perfection dont il
peut être fufceptible ; ils font fondés fur
l'expérience & le raifonnement , & expofés
avec autant de clarté que de précidés
fion.
L'Evangile médité & diftribué pour tous
les jours de l'année , fuivant la concorde
des quatre Evangéliftes ; ouvrage
divifé en 12 volumes . A Paris , chez
C. P. Berton , Libraire , rue St Victor ,
vis-à vis le féminaire de St Nicolasdu-
Chardonnet , & Ch . Simon , Imprimeur-
libraire , rue des Mathurins.
140 MERCURE DE FRANCE .
Cet ouvrage eft d'un homme profond
dans la fcience du falut & dans l'intelligence
des livres facrés . Il y a long-temps ,
comme il l'obferve lui même , que l'on
defiroit des méditations fur tout le texte
de l'Evangile , perfonne n'avoit encore
tenté cette entreprife. On s'étoit borné à
quelques traits patriculiers fur quelques
verfets du texte facré ; mais on ne s'étoit
pas donné la peine d'expliquer le fens
littéral de l'Evangile , de lever les difficultés
qui s'y rencontrent , de fuivre la
concorde des Evangéliftes , & d'en tirer des
vérités morales liées & fuivies : il ne faut
donc pas confondre cet ouvrage avec tant
d'autres livres de méditations . Celui - ci
préfente la fuite de l'hiftoire évangélique ,
la concorde des quatre Evangéliftes , l'analyfe
& l'explication du texte. Le Lecteur
y verra des réflexions morales ; un
commentaire fuivi ; le fens littéral & fpirituel
, expliqué & réuni fous un même
point de vue. Chaque trait particulier y
eft développé féparément , divifé en fes
points naturels , & fous divifé fuivant
l'ordre du texte & l'exigence des matières
. Enfin , on y trouve des fujets d'homélies
, d'exhortations , d'inftructions familières
, dont chaque méditation eft
43
AVRIL. 1774. 141
comme le cannevas tout préparé , que
chacun pourra aisément remplir , augmenter
& perfectionner ,felon que les circonf
tances l'exigent. Cet ouvrage eft divifé
en 12 volumes , chaque volume contenant
30 méditations par chaque mois. Ce
n'eft point faire l'éloge de ce livre , mais
celui de l'Evangile , que de dire qu'en le lifant
, on s'inftruit à fonds de la religion
& des devoirs qu'elle impofe ; qu'on apprend
à connoîrre J. C. , & à penfer felon
l'efprit de Dieu ; qu'on ſe défabuſe
des folles erreurs qui féduifent & occupent
les mondains ; qu'on fe délivre des
fuperftitions & des vains fcrupules qui.
déshonorent la vraie piété ; qu'on fe remplit
d'une foi vive , de l'efpérance des
biens éternels & de l'amour du fouverain
bien ; qu'on fe procure la paix du
coeur & les reffources de cette confolation
folide qui ne vient que de Dieu , qui
adoucit tous les maux , & qui feule eft
capable de nous foutenir dans toutes les
fituations tumultueafes , critiques & fâcheufes
de la vie .
Tout le texte facré des quatre Evangéliftes
entre dans ces méditations , &
s'y trouve prefque tout traduit ; mais ni
dans la traduction , ni dans la concorde
142 MERCURE DE FRANCE.
1
qu'on en donne ici , on ne Seft attaché
à aucun Auteur en particulier. Souvent
la néceffité de faire fentir l'énergie d'une
expreffion , a obligé de traduire plus littéralement
qu'on n'a coutume de faire ;
& fouvent , pour repréfenter le texte d'un
Evangélifte dans toute fa force , on a négligé
des détails de concorde , qui n'auroient
pu que jeter de la confufion
& dont on n'auroit pu tirer aucune utilité.
Comme on a écrit cet ouvrage fans
prétention & fans fyftême , on n'a point
fuivi d'interprétation particulière , mais
le torrent des interprètes ; on s'eft feulement
permis dans certaines occafions ,
de faire quelques notes. L'Auteur n'a
point négligé de répandre dans cet ou
vrage , tous les fecours néceflaires au
Lecteur , pour qu'il trouve facilement
les objets qu'il veut connoître , foit du
texte facré , foit des méditations. A
refte , le pieux Auteur de ce livre con
feille à fes Lecteurs de fe borner à une
méditation par jour , de s'en entretenir ,
de s'en nourrir , & de ne jamais em
piéter fur les fuivantes.
AVRIL.´ 1774; 143
Voyages entrepris par ordre de Sa Majesté
Britannique Georges III , pour faire
des découvertes dans l'hémisphère auftral
, exécutés fucceffivement par le
Commodor Byron , le Capitaine Wallis
, le Capitaine Carteret , & le Capitaine
Cook , fur les vaiffeaux le
Dauphin , le Swallow & l'Endeavour ,
tirés des Journaux authentiques des
différens Commandans & des papiers
de Jofeph Bancks , Ecuyer , redigés
par Jean Hawkesworth , Ecuyer , en
4 volumes in-4° . avec figures & cartes
en grand nombre , & c. traduits en françois
. Prix des 4 vol . in -4° . en feuil,
les , 54 liv . , brochés 57 liv. A Paris ,
Hôtel de Thou , rue des Poitevins.
Cet ouvrage important doit exciter
l'attention & la curiofité du Public , &
intéreffer les perfonnes qui veulent s'inftruire
& s'amufer utilement, On y lit un
grand nombre d'obfervations fur la navigation
, fur l'aftronomie , fur l'hiftoire naturelle
, fur la fcience phyfique de l'homme
, fur les moeurs , les ufages , les loix
& les fingularités de nations inconnues
& fauvages ; enfin , on y trouve raffemblé
tout ce qu'on a droit d'attendre
de voyageurs hardis , qui racontent leurs
144 , MERCURE DE FRANCE .
entreprifes , leurs dangers , leurs plaifirs ,
& qui font parcourir à leurs lecteurs
des mers & des contrées nouvelles . Nous
rendrons compte plus particulièrement de
ces voyages dans le prochain volume du
Mercure .
Tractatus de Incarnazione Verbi divini ,
Auctore uno è Parifienfibus Theologis ;
editio fecunda auctior , 3 vol . in 12 .
A Paris , chez J. G, Cloufier , Imprimeur-
Libraire , rue St Jacques .
L'Incarnation du Verbe divin étant
le fondement de la foi & de la religion
chrétienne , on ne peut apporter trop d'attention
& de travail , pour rendre cette
grande vérité fenfible & démontrée . Le
favant Théologien , Auteur de ce nouveau
Traité , n'a rien emprunté de fes
prédécefleurs qui ont difcuté le même
objet; il a mis dans fon ouvrage un autre
plan , & il a employé d'autres raiſonnemens
, qui prouvent la fécondité des
moyens , tous concourant à confolider
cette bafe de notre croyance & de notre
falut.
La première édition de cet excellent
Traité étoit épuifée depuis long temps ,
& c'eſt pour fatisfaire à beaucoup de demandes
,
AVRIL. 1774. 145
mandes , que l'Auteur a donné cette feconde
édition , augmentée , enrichie de
différens Traités importans , & des témoignages
de plufieurs Papes & de la Faculté
de Théologie de Paris.
Vie Chrétienne , ou Principes de la Sageffe
, divifés en quatre parties , dont
la première traite de l'inftruction &
du devoir de la Jeuneffe ; la feconde
embrafe les obligations de l'âge
: moyen ; la troisième traite de la conduite
de la Vieilleffe ; la quatrième
renferme des principes pour la communion
, avec la manière de bien affifter
à la Sainte Meffe ; par le R. P.
Colomb , Barnabite , 2 vol . in- 12 . A
Paris , chez Laurent Prault , au bas du
Pont St Michel ; Gogué , rue du Hurepoix
; Humaire , rue du Petit - Pont.
Cet ouvrage renferme des inftructions
propres à tous les âges & à toutes les conditions
de la vie , & remédie aux inconvéniens
d'une morale trop générale , dont
l'application n'eft pas toujours aifée à
toutes fortes de perfonnes . Les jeunes
gens y apprendront ce qu'ils doivent à
Dieu , à leurs parens & à la fociété. Ils
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE .
y trouveront l'efprit de la religion , & la
manière dont ils doivent en remplir les
devoirs. Les pères & les mères y verront
dans toute leur étendue , les obligations
de leur état , l'étroite relation qui fe trouve
entre leur falut & celui de leurs enfans ,
la néceffité de veiller fur leur conduite ,
de les former de bonne heure aux pratiques
du Chriſtianiſme , & de les garantir des
piéges du mauvais exemple. Les Maîtres
& les Maîtreffes y apprendront les devoirs
que la religion leur impoſe à l'égard de
leurs ferviteurs , l'attention qu'ils doivent
apporter à leur falut, & l'ufage qu'ils doivent
faire de l'autorité qu'ils ont fur eux.
Ler ferviteurs eux - mêmes s'y inftruiront
de l'efprit dans lequel ils doivent fervir
de l'attention avec laquelle ils doivent ménager
& les intérêts & la réputation de
leurs maîtres , du reſpect & de l'attachement
qu'ils font obligés de leur vouer.
Les perfonnes avancées en âge y apprendront
à fe détacher de la vie , à fouffrir,
d'une manière utile à leur falut, les
peines & les infirmités de la vieilleffe , å
revenir fur le paffé , à régler les affaires de
leur confcience , & à tâcher de fe mettre
dans l'état où elles voudroient être trouvées
lorfque le Seigneur les retirera de ce
AVRIL. 1774. 147
monde. Elles y apprendront à pratiquer
la patience , à réparer les fautes pallées ,
& à ne s'occuper que de la penfée de leur
mort.
La quatrième partie qui traite du Sacrement
de l'Euchariftie , renferme des
inftructions fur les difpofitions qu'on doit
apporter à la communion , avec un exercice
pourbien affifter à la fainte Meffe .
Le ftyle de cet ouvrage eft fimple
comme il convient à un livre de piété ;
& l'Auteur paroît avoir rempli fon but
qui eft de perfuader la néceffité des vertus
chrétiennes , d'en faire fentir les avantages
, d'en développer les caractères &
d'en faciliter la pratique.
L'Homme confondu par lui - même , feconde
édition revue , corrigée & confidérablement
augmentée ; brochure d'environ
200 pag. petit in- 12 . A Londres;
& fe trouve à Paris , chez Moutard ,
quai des Auguftins , & Jorry , imprimeur
, rue de la Huchette.
L'auteur s'eft attaché à repréfenter les
funeftes effets de l'oifiveté , du jeu , des
préjugés , de l'amour - propre , de l'orgueil ,
de l'amour , de l'ambition ; il fait voir
Gij
148 MERCURE DE FRANCE
"
les avantages de la douceur , de l'amitié .
de la vertu. Tout fon ouvrage tend à
prouver a combien l'homme livré à fes
paffions jouit peu de lui - même , & des
plaifirs qu'elles femblent lui offrir ;
combien leur joug eft odieux ; combien
» elles menacent fans cefle la fociété d'une
» diffolution générale ; combien enfin
» l'homme qui a le bonheur de revenir
de fon ivreffe fe trouve confondu par
» lui- même , c'eft- à- dire, par la honte &
» le remords . »
Hiftoire de la Ville de Bordeaux par Dom
de Vienne , in-4° . enrichi de planches
gravées , propofée par foufcription .
Cette hiftoire doit préſenter le premier
état de Bordeaux , ceux qui lui ont fuccédé
& les monumens qui le décorent ;
les révolutions qui l'ont fait paſſer ſous
différens maîtres ; les troubles excités
dans fon fein par des divifions inteftines ;
fes premières loix & les changemens
qu'elles ont éprouvés ; fes ufages les plus
remarquables , fon commerce , la connoiffance
générale de fes vins , les établiffemens
formés dans cette ville par la
religion , les loix & les arts ; les perfon
AVRIL. 1774. 149
nes qui l'ont illuftré par leurs talens &
par leurs vertus éminentes ; fon cérémonial
dans les occafions les plus remarquables
, enfin la lifte de ceux qui y ont occupé
des places diftinguées.
Ce plan renferme tout ce qu'il eft important
& curieux de connoître de la ville
de Bordeaux , & l'auteur n'a rien négligé
pour le remplir avec exactitude . On continuera
de recevoir les foufcriptions à
Bordeaux , chez les libraires ; & chez l'auteur
à l'abbaye de Ste Croix ; à Paris , chez
la V. Deffaint , rue du Foin St Jacques ;
Saillant & Nyon , rue St Jean - de - Beauvais
, & Crapart, rue de Vaugirard . Le prix
de la foufcription pour le fecond volume
en feuilles eft , ainfi que celle du premier
, de 6 liv . en foufcrivant , & de 6 liv.
en retirant l'ouvrage . L'impreffion en
commencera auffi tôt que les foufcripteurs
du premier volume auront remis les
fonds , & il paroîtra dans le courant de
l'année 1775. On trouvera auffi , chez
l'auteur & chez les libraires indiqués , le
premier volume au prix de la foufcription
jufqu'à ce qu'on ferme celle du fecond .
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
ACADÉMIE S.
I.
Prix propofes par la Société royale
d'Agriculture de Limoges.
LA Société d'Agriculture de Limoges a
diftribué au mois de Janvier 1768 le Prix
qu'elleavoit propofé fur l'hiftoire du Cha-
Fançon & les moyens d'en préferver les
grains, dont elle avoit donné le fujet dans
un Programme publié au commencement
de 1766. Des circonftances dont il eft inutile
de rendre compte l'ont empêchée d'annoncer
jufqu'à préfent la diftribution de ce
prix donné au mémoire No. 4 , qui avoit
pour devife , Populatque ingentem farris
acervum curculio. L'auteur de ce Mémoire
étoit M. Joyeuse l'aîné , ancien écrivain
principal de la Marine à Marfeille . Son ou.
vrage a été imprimé. La Société avoit reçu
fur la même queftion deux Mémoires qui
lui ont paru mériter des éloges ; le premier
avoit pour devife , Quidnam eft fapientif
fimum? experientia , & le fecond , Teftamur
quod vidimus . Lauteur du premier
eft M. le Fuel , Curé de Jamméricourt près
AVRIL. 1774.
"
Chaumont en Vexin . L'Auteur du fecond
eft M. Lættinger , Médecin penfionné de
la ville de Sarbourg.
La Société avoir annoncé un autre prix
qui devoit être donné en même temps au
meilleur Mémoire fur la manière d'eftimer
exactement les revenus des Fonds
dans les différens genres de Culture. IL
ne lui a été envoyé aucun Mémoire qui ait
paru digne du Prix , ni même qui ait approché
de traiter le point de la question.
La Société s'étoit propofé d'annoncer
pour 1769 un prix qu'elle deftinoit à la
meilleure machine pour battre les grains ,
avec la condition qu'elle fût applicable à
la pratique, mais il lui a été préſenté dans
le temps une machine propre à batre les
grains qui lui a paru remplir parfaitement
fes vues & les befoins des cultivateurs.
L'inventeur de cette machine eft M. Mufnier,
Sous-ingénieur des Ponts & Chauffées
de la Généralité de Limoges & mem
bre de la Société, au Bureau d'Angoulême.
Quoiqu'il n'ait point eu de concurrens, la
Société a penfé que l'utilité de fon invention
méritoit qu'elle lui donnât le prix.
La Société perfuadée qu'un des fujets
les plus utiles à traiter eft celui qu'elle a
propofé & qui n'a point été rempli fur la
meilleure manière d'eftimer exactement les
Giv
144 , MERCURE DE FRANCE .
entreprifes , leurs dangers , leurs plaiſirs ,
& qui font parcourir à leurs lecteurs
des mers & des contrées nouvelles . Nous
rendrons compte plus particulièrement de
ces voyages dans le prochain volume du
Mercure .
Tractatus de Incarnatione Verbi divini ,
Auctore uno è Parifienfibus Theologis ;
editio fecunda auctior , 3 vol. in 12.
A Paris , chez J. G. Cloufier , Imprimeur-
Libraire , rue St Jacques .
L'Incarnation du Verbe divin étant
le fondement de la foi & de la religion
chrétienne , on ne peut apporter trop d'attention
& de travail , pour rendre cette
grande vérité fenfible & démontrée . Le
favant Théologien , Auteur de ce nouveau
Traité , n'a rien emprunté de fes
prédécefleurs qui ont difcuté le même
objet; il a mis dans fon ouvrage un autre
plan , & il a employé d'autres raifonnemens
, qui prouvent la fécondité des
moyens , tous concourant à confolider
cette bafe de notre croyance & de notre
falut.
La première édition de cet excellent
Traité étoit épuifée depuis long temps ,
pour fatisfaire à beaucoup de de-
& c'eft
mandes ,
AVRIL, 1774. 145
-
mandes , que l'Auteur
l'Auteur a donné cette feconde
édition , augmentée , enrichie de
différens Traités importans , & des témoignages
de plufieurs Papes & de la Faculté
de Théologie de Paris.
Vie Chrétienne , ou Principes de la Sageffe
, divifés en quatre parties , dont
la première traite de l'inftruction &
du devoir de la Jeuneffe ; la feconde
embrafe les obligations de l'âge
moyen ; la troisième traite de la conduite
de la Vieilleffe ; la quatrième
renferme des principes pour la communion
, avec la manière de bien affifter
à la Sainte Meffe ; par le R. P.
Colomb , Barnabite , 2 vol. in 12. A
Paris , chez Laurent Prault , au bas du
Pont St Michel ; Gogué , rue du Hurepoix
; Humaire , rue du Petit- Pont.
"
Cet ouvrage renferme des inftructions
propres à tous les âges & à toutes les conditions
de la vie , & remédie aux inconvéniens
d'une morale trop générale , dont
l'application n'eft pas toujours aifée à
toutes fortes de perfonnes. Les jeunes
gens y apprendront ce qu'ils doivent à
Dieu , à leurs parens & à la fociété . Ils
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE .
y trouveront l'efprit de la religion , & la
manière dont ils doivent en remplir les
devoirs . Les pères & les mères y verront
dans toute leur étendue , les obligations
de leur état , l'étroite relation qui fe trouve
entre leur falut & celui de leurs enfans
la néceffité de veiller fur leur conduite ,
de les former de bonne heure aux pratiques
du Chriſtianiſme , & de les garantir des
piéges du mauvais exemple. Les Maîtres
& les Maîtreffes y apprendront les devoirs
que la religion leur impofe à l'égard de
leurs ferviteurs , l'attention qu'ils doivent
apporter à leur falut, & l'ufage qu'ils doivent
faire de l'autorité qu'ils ont fur eux.
Ler ferviteurs eux - mêmes s'y inftruiront
de l'efprit dans lequel ils doivent fervir
de l'attention avec laquelle ils doivent ménager
& les intérêts & la réputation de
leurs maîtres , du refpect & de l'attachement
qu'ils font obligés de leur vouer.
Les perfonnes avancées en âge y apprendront
à fe détacher de la vie , à fouffrir,
d'une manière utile à leur falut , les
peines & les infirmités de la vieilleffe , a
revenir fur le paffé , à régler les affaires de
leur confcience , & à tâcher de ſe mettre
dans l'état où elles voudroient être trouvées
lorfque le Seigneur les retirera de ce
>
AVRIL. 1774. 147
monde. Elles y apprendront à pratiquer
la patience , à réparer les fautes pallées ,
& à ne s'occuper que de la penfée de leur
mort.
La quatrième partie qui traite du Sacrement
de l'Euchariftie , renferme des
inftructions fur les difpofitions qu'on doit
apporter à la communion , avec un exercice
pour bien affifter à la fainte Meffe.
Le ſtyle de cet ouvrage eft fimple
comme il convient à un livre de piété ;
& l'Auteur paroît avoir rempli fon but ,
qui eft de perfuader la néceffité des vertus
chrétiennes , d'en fairefentir les avantages
, d'en développer les caractères &
d'en faciliter la pratique.
L'Homme confondu par lui- même , feconde
édition revue , corrigée & confidérablement
augmentée ; brochure d'environ
200 pag. petit in- 12 . A Londres ;
& fe trouve à Paris , chez Moutard ,
quai des Auguftins , & Jorry , imprimeur
, rue de la Huchette.
L'auteur s'eft attaché à repréfenter les
funeftes effets de l'oifiveté , du jeu , des
préjugés , de l'amour - propre , de l'orgueil ,
de l'amour , de l'ambition ; il fait voir
Gij
148 MERCURE DE FRANCE
"
les avantages de la douceur , del'amitié .
de la vertu . Tout fon ouvrage tend à
prouver a combien l'homme livré à fes
paffions jouit peu de lui- même , & des
plaifirs qu'elles femblent lui offrir ;
» combien leur joug eft odieux ; combien
» elles menacent fans cefle la fociété d'une
» diffolution générale ; combien enfin
» l'homme qui a le bonheur de revenir
» de fon ivreffe fe trouve confondu par
» lui- même , c'eft- à- dire, par la honte &
» le remords. >>
"
Hiftoire de la Ville de Bordeaux par Dom
de Vienne , in-4° . enrichi de planches
gravées , propofée par foufcription .
Cette hiftoire doit préfenter le premier
état de Bordeaux , ceux qui lui ont fuccédé
& les monumens qui le décorent ;
les révolutions qui l'ont fait paffer fous
différens maîtres ; les troubles excités
dans fon fein par des divifions inteftines ;
fes premières loix & les changemens
qu'elles ont éprouvés ; fes ufages les plus
remarquables , fon commerce , la connoiffance
générale de fes vins , les établiffemens
formés dans cette ville par la
religion , les loix & les arts ; les perfon
AVRIL. 1774. 149
nes qui l'ont illuftré par leurs talens &
par leurs vertus éminentes ; fon cérémonial
dans les occafions les plus remarquables
, enfin la lifte de ceux qui y ont occupé
des places diftinguées.
Ce plan renferme tout ce qu'il eft important
& curieux de connoître de la ville
de Bordeaux , & l'auteur n'a rien négligé
pour le remplir avec exactitude. On continuera
de recevoir les foufcriptions à
Bordeaux , chez les libraires ; & chez l'auteur
à l'abbaye de Ste Croix ; à Paris , chez
la V. Deffaint , rue du Foin St Jacques ;
Saillant & Nyon , rue St Jean - de - Beauvais,
& Crapart, rue de Vaugirard . Le prix
de la foufcription pour le fecond volume
en feuilles eft , ainfi que celle du premier
, de 6 liv. en foufcrivant, & de 6 liv.
en retirant l'ouvrage . L'impreffion en
commencera auffi tôt que les foufcripteurs
du premier volume auront remis les
fonds , & il paroîtra dans le courant de
l'année 1775. On trouvera auffi , chez
l'auteur & chez les libraires indiqués , le
premier volume au prix de la foufcription
jufqu'à ce qu'on ferme celle du fecond.
3.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
ACADÉMIE S.
I.
Prix propofes par la Société royale
d'Agriculture de Limoges.
LA Société d'Agriculture de Limoges a
diftribué au mois de Janvier 1768 le Prix
qu'elle avoit propofé fur l'hiftoire du Cha-
Fançon & les moyens d'en préferver les
grains , dont elle avoit donné le fujet dans
un Programme publié au commencement
de 1766. Des circonstances dont il eft inutile
de rendre compte l'ont empêchée d'annoncer
jufqu'à préfent la diftribution de ce
prix donné au mémoire No. 4 , qui avoit
pour devife , Populatque ingentem farris
acervum curculio . L'auteur de ce Mémoire
étoit M. Joyeufe l'aîné , ancien écrivain
principal de la Marine à Marfeille . Son ou .
vrage a été imprimé. La Société avoit reçu
fur la même queftion deux Mémoires qui
lui ont paru mériter des éloges ; le premier
avoit pour devife , Quidnam eft fapientif
fimum? experientia , & le fecond , Teftamur
quod vidimus . Lauteur du premier
eft M. le Fuel, Curé de Jamméricourt près
AVRIL. 1774. 151
Chaumont en Vexin . L'Auteur du fecond
eft M. Lættinger , Médecin penfionné de
la ville de Sarbourg.
La Société avoit annoncé un autre prix
qui devoit être donné en même temps au
meilleur Mémoire fur la manière d'eftimer
exactement les revenus des Fonds
dans les différens genres de Culture . II
ne lui a été envoyé aucun Mémoire qui ait
paru digne du Prix , ni même qui ait approché
de traiter le point de la question .
La Société s'étoit propofé d'annoncer
pour 1769 un prix qu'elle deftinoit à la
meilleure machine pour battre les grains,
avec la condition qu'elle fût applicable à
la pratique, mais il lui a été préfenté dans
le temps une machine propre à batre les
grains qui lui a paru remplir parfaitement
fes vues & les befoins des cultivateurs,
L'inventeur de cette machine eft M. Mufnier,
Sous-ingénieur des Ponts & Chauffées
de la Généralité de Limoges & membre
de la Société, au Bureau d'Angoulême.
Quoiqu'il n'ait point eu de concurrens , la
Société a penfé que l'utilité de fon invention
méritoit qu'elle lui donnât le prix.
La Société perfuadée qu'un des fujets
les plus utiles à traiter eft celui qu'elle a
propofé & qui n'a point été rempli fur la
meilleure manière d'eflimer exactement les
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
revenus des biens Fonds dans les différens
genres de culture , propofe de nouveau ce
fujet avec un prix double qui fera donné
au mois de Janvier 1776.
On entend par le revenu des Biensfonds
, non le produit total des récoltes ,
mais ce qui en revient de net au Propriétaire
, déduction faite des frais d'exploitation
ou de culture , entretien & autres
charges , profits & reprifes du cultivateur ,
en un mot ce que le cultivateur peut & doit
en donner de ferme.
La Société voudroit qu'on indiquât des
principes fûrs pour faire avec précifion les
calculs que fait nécefairement d'une ma
nière plus ou moins vague , plus ou moins
tâtonneufe , tout Fermier qui paffe le
Bail d'un Fonds de terre qu'il entreprend
d'exploiter , ou tout homme qui veut l'acheter.
Le prix confiftera en une médaille d'or
de la valeur de 600 liv.
La Société fe propofe de diftribuer au
mois de Janvier 1775 un autre prix confiftent
en une Médaille d'or de la valeur
de 300 liv . au meilleur Mémoire fur la
comparaison de l'emploi des Chevaux & de
celui des Boeufs pour la culture.
Il faut voir dans le programme quelques
détails propres à donner aux auteurs
AVRIL. 1774. 153
"
une idée de la manière dont l'Académie
enviſage ce fujet.
Toutes perfonnes feront admifes à concourir
, à l'exception des membres de la
Société qui compofent le Bureau d'Agriculture
de Limoges.
Les Pièces pourront être écrites en
françois ou en latin , & les Auteurs feront
libres de leur donner toute l'étendue
qu'exigera le développement du Sujet.
Ils ne mettront pas leur Nom fur leur
ouvrage , mais un Numéro & une Devi
fe , & ils y joindront un Billet cacheté fur
l'extérieur duquel feront écrits le N°. &
la Devife de la Pièce , & dans lequel ils
écriront leur nom & leur demeure . Ces pa
quets ne feront ouverts qu'après le jugement
des Prix .
Les pièces feront adreffées à M. l'Intendant
de la Généralité de Limoges , lequel
fera paffer les Récépiffés du Sécretaire de
la Société à l'adreffe que les Auteurs indiqueront.
Il eft néceffaire que les Mémoires
fur les principes de l'évaluation des
fonds parviennent au Secrétaire avant le
premier Décembre 1775 , & les Mémoires
fur la comparaifon de l'emploi
des Boeufs & de celui des Chevaux , avant
le premier Décembre 1774.
GY
154 MERCURE DE FRANCE.
Le Secrétaire délivrera les Prix fans autre
formalité à ceux qui lui repréfenteront
les Récépiffés des Pièces couronnées .
I I.
COPENHAGUE.
Le 16 Décembre 1773 , la Société des
Sciences à Copenhague fur afſemblée
pour examiner les écrits adreffés à ladite
Société fur les fujets propofés pour la
même année.
La Société trouva le problême mathé
matique concernant la forme la plus convenable
des mortiers à feu , le plus folidement
traité par le St J. G.Marlon , maî
tre de mathématique à l'Univerfité de
Strasbourg , à qui le prix fut décerné en
conféquence.
Le prix de phyfique fur la queftion
touchant les Pendules des Horloges aftronomiques
, fut adjugé au mémoire fatisfaifant
, compofé fur cette matière ,
par M Charles Vicomte Mahon , Membre
de la Société Royale de Londres.
Quant au fujet hiftorique : « An Jomsburgum
in populorum feptentrionalium
» monumentis celebratiffimum , cum Ju-
» lino , Pomeraniæ olim inclyto emporio,
AVRIL 1774. 155
» unum idemque fuerit nec ne ? Argu-
» mentis firmis & fufficientibus ita fol-
» vere , ut res pro definitâ haberi poffit.
La Société n'avoit rien reçu fur cette
matière qui répondît à fes vues , & elle
trouva bon de continuer ce fujet à l'année
1774.
Dans la même affemblée du 16 Décembre
, il fut réfolu de propofer pour
l'année 1774 , outre ladite queftion fur
la fituation de Jomsbourg, ) les fujets ſuivants.
99
"
En Mathématique.
» Invenire machinam an mechanicum
quoddam artificium cujus ope lacus,ftag-
» na aliaque id genus aquilegia commodè
& fine magno pretio repurgari, &
» à limo, immunditie fructicibufque aquaticis
, quæ fundum elevant interitumque
lacuum accelerant , liberari poffunt,
» eo imprimis cafu , ubi effluxum aqua-
» rum ad exficcandas & effodiendas ejufmodi
aquarum collectiones nimio ftant
pretio , aliæque circumftantiæ aquas dul-
» ces , urbi neceffarias , perdi & inutiliter
defluere haud permittunt.
"
»
3
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
92
En Phyfique.
Analyfin metallorum in partes conf-
» titutivas fecundùm follicitè inftituta experimenta
tradere .
"
"
En Hiftoire.
J
Requiritur perfpicua , & , quantùm
»fieri poterit , fufficiens commentatio ad
» illuftrandam Venantii Fortunati epifto-
» lam ad Flavum , quæ'eſt libri VII de-
» cima - octava , ubi fimul indicetur , unde
» fuam de Runis notitiam haurire potue
» rit Venantius , & cujus populi ex fue-
» rint ».
Les Savans tant étrangers que Danois ,
excepté les Membres de la Société , font
invités à concourir pour ces prix , & voudront
bien écrire leurs Mémoires en damois
, latin , françois ou allemand , les
ouvrages compofés en d'autres langues ,
étant exclus du concours .
Le prix que la Société décernera à
celui qui , à fon jugement , aura le mieux
traité chaque fujet , confifte en une médaille
d'or de la valeur de cent écus
( rixdaler , ) argent de Danemarck , ( environ
425 liv.
Les Concurrens adrefferont leurs MéAVRIL.
1774. 157
moires écrits d'un caractère lifible & franc
de port à M. Hielmftierne , Chevalier de
l'Ordre de Dannebroque & Confeiller
de Conférence du Roi , Secrétaire de la
Société. Aucun écrit ne fera reçu au concours
, paffé le dernier Décembre de l'année
1774.
La diftribution des prix fe fera vers:
la fin du mois de Janvier 1775 , & le jugement
de la Société fera publié incontinent
après.
Les Auteurs ne fe feront point connoître
; ils mettront une devife à la tête ou
à la fin du Mémoire , & y joindront un
billet cacheté , qui contiendra la même
devife avec leur nom & le lieu de leur
réfidence.
Ceux qui fouhaiteront que leurs ouvrages
qui ont concouru pour les prix de
l'année 1773 , leur foient rendus , font
priés de s'adreffer pour cet effet à M.
de Hielmftierne , avant la fin de l'année
courante.
TABLEAU de l'Ecole Militaire de
Colmar.
Fournir à l'Etat des Citoyens eftima
bles , des Officiers inftruits : tel eft en
158 MERCURE DE FRANCE.
deux mots l'objet de l'établiſſement nouvellement
agréé par la Cour , pour l'édu
cation de la jeune Noblefle d'Alface , &
commencé en Octobre 1773. C'eft un diminutifdu
plan vafte & brillant de l'Ecole
royale militaire de Paris .
1º . Les Elèves y font fous une infpection
vigilante & religieufe , que l'on fait
tempérer autant qu'il eft néceffaire par
l'Indulgence , & les agrémens qui en font
inféparables.
2º. Dans les leçons qu'on leur donne
en a tâché de raffembler les connoiffances
les plus effentielles à leur destination :
telles que la religion , les langues allemande
, françoife (& fi l'on defire la latine)
, l'hiftoire , la Géographie appliquée
à l'art de la guerre , les Mathématiques ,
les principes du droit des gens , des notions
générales de l'Etat politique de l'Eu
rope , le Blafon , l'Ecriture , le Defin
la Danfe , l'Efcrime , les élémens de la
Tactique , les Ordonnances militaires &
l'exercice .
3 °. L'inftruction fe fait par forme d'entretien
, & en occupant le jugement autant
que la mémoire. Chaque leçon eft
fuivie d'un petit examen , dans lequel on
s'inftruit files Elèves ont profité . Pour
AVRIL. 1774 . 159
joindre les exemples à la théorie , on fe
propofe de leur donner le fpectacle du fervice
militaire , des fimulacres de guerre ,
de leur faire voir ler parties effentielles
de la fortification .
4°. Comme la formation du coeur fera
toujours l'objet principal de cette éduca
tion , le flambeau de la Religion joint à
celui d'une faine Philofophie , fert à éclairer
les Elèves fur les devoirs facrés de
l'homme & du citoyen : & l'on s'applique
à faifir toutes les occafions de leur inf
pirer les vertus militaires , la probité ,
le défintéreffement , la juftice , & cette
humanité compatiffante , généreufe , fans
préjugés , qui caractériſe le vrai Héros ,
dont nous trouvons tant d'exemples dans
les Hiftoires grecque & romaine , & dans
celle de l'ancienne Chevalerie françoiſe .
5°.Ces jeunes gens étant fur-tout deftinés
à la fociété , on s'attache particulièrement
à leurs manières & à leurs moeurs . On les
produit dans des maifons refpectables ; &
l'on ne néglige rien de ce qui peut contribuer
à les faire paroître avec avantage .
6. Les récompenfes & les peines font
toutes militaires , c'eft à - dire , fondées
fur l'honneur : les vertus n'ont pas moins
de part aux premières , que le favoir
160 MERCURE DE FRANCE.
qui eft fouvent le fruit d'une mémoire
heureufe , plutôt que celui de l'applica
tion.
7°. On tient des regiftres fidèles de la
conduite & des études des enfans . Ces re
giftres mettront les Directeurs à portée
d'inftruire les parens , par des extraits ,
qu'ils auront foin de leur envoyer régulièrement
.
8°. Pour exciter l'émulation , il y aura
tous les ans un examen public , fuivi
d'une diſtribution de prix, & de promotions
relatives aux progrès des Elèves.
Les premiers de chaque claffe prononceront
à cette occafion un petit difcours dans
le genre déclamatoire ; ce qui contribuera
à leur donner cette noble affurance &
cet art de s'énoncer avec grâce , qui ont
fouvent tant d'influence fur la fortune d'un
Militaire .
9. Les jeunes Etrangers deftinés au fervice
, & les enfans de familles patriciennes
, ne font point exclus de cet établiffement
: pour y être reçus , il est à propos
que les jeunes gens fachent lire & écrire
en françois & en allemand . Ceux cependant
qui ne connoiffent qu'une feule de
ces fangues ne font point refufés ; mais il
AVRIL. 1774. 161
leur faut au moins une année de plus pour
achever le cours .
10°. L'âge de la réception eft fixé depuis
10 jufqu'à 14 ans ; fi néanmoins il fe
préfente des fujets plus jeunes & en affez
grand nombre pour former une claffe préparatoire
, on les admettra fans difficulté,
& fous des conditions proportionnées à
leur âge. Au refte on defire que les récipiendiaires
foient fains de corps , & qu'ils
aient paffé les maladies de l'enfance .
11º. Les Elèves auxquels on voudra faire
apprendre la mufique , trouveront à
Colmar des maîtres habiles , qui la leur
enfeigneront à un prix raisonnable.
120. Quant à la partie phyfique , on
ne néglige rien de ce qui peut contribuer
à la fanté des Elèves , & à fortifier leur
tempérament. Outre la falubrité reconnue
de l'air de Colmar , & une maison bien
expofée , on leur donne des alimens fains,
& fervis avec propreté , un lit féparé pour
chacun d'eux , des bains felon la faifon
des divertiffemens honnêtes , des jeux
propres à former le coup d'oeil , & à rendre
le corps agile , des promenades fréquentes
& modérées.
13 ° . Pour éviter le fafte & la jaloufie ,
on a donné aux Elèves un uniforme
162 MERCURE DE FRANCE.
confiftant en un habit de drap bleu de
roi , collet , revers & paremens de même
couleur , doublure , vefte culotte &
bas chamois , boutons jaunes , col rouge ;
chapeau bordé d'or ; & pour ménager cet
habillement , on leur fait porter d'ordinaire
à la maifon une redingotte à l'an
gloife avec une vefte à bavaroifes de la
couleur de l'uniforme .
14. Le prix de la penfion annuelle eft
de mille livres tournois , faifant 413 de
Louis - neufs , & les quartiers s'en payeront
d'avance. On comprend fous ce titre:
1 ° . Le logement , la nourriture , le
chauffage , la lumière , le blanchiffage , &
ce qu'on appelle fervices domestiques ,
hors le cas de maladie. 2 ° . L'infpection &
l'inftruction dans tous les objets détaillés
au § 2 , & dont le tableau fucceffif fera S
arrêté chaque femeftre . 3 °. La frifure ,
poudre & pommade , le papier , encre ,
plumes , crayons , ainfi que les menus
raccommodages de la garde robe .
15º . On tiendra des comptes exacts
des dépenfes extraordinaires , comme habillemens
, livres , inftrumens de Mathé
matiques , Aeurets , couleurs , & c . & ces
comptes feront envoyés & foldés tous les
quartiers.
AVRIL. 1774. 163
16 ° . Chaque Elève doit apporter en
entrant à l'Ecole militaire , outre l'uniforme
à l'angloife dont on a parlé , deux
douzaines de chemifes , douze paires de
bas , moitié d'été , moitié d'hiver , dont
deux paires de chaque eſpèce chamois ,
les autres mêlés de bleu & de blanc ,
douze ferviettes ou effui - mains , & un fervice
d'argent , le tout marqué de fon nom .
17. L'armement néceffaire à chaque
Elève , confifte en un fufil garni de fa
bayonette , un ceinturon & une giberne ,
indépendemment d'une épée courte de
fimilor. Ceux qui voudront fe difpenfer
de les acheter , payeront un abonnement
de deux louis pour tout le tems qu'ils ref
reront à l'Ecole .
18°. On offre aux parens embarraflés
du voyage de leurs enfans , de les envoyet
chercher , à leurs dépens , dans tel endroit
qu'ils voudront fixer , par une perfonne
dont on garantit la prudence & la probité.
Au refte , ceux qui defireront de plus
amples éclairciffemens fur cet inftitur ,
font priés de s'adreffer à M. PFEFFEL ,
Confeiller Aulique de S. A. S. Mgr. le
Landgrave de Heffe- Darmstadt , lequel a
pris la direction , conjointement avec M.
DE BELLEFONTAINE , Officier d'Infante164
MERCURE DE FRANCE.
rie , ci- devant attaché à l'Ecole Royale Militaire
de Paris.
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUE L.
DANS la vacance des Spectacles on a
donné au Château des Tuileries plufieurs
concerts qui ont attiré & charmé les amateurs
de la mufique & des talens . La plus
belle exécution , la diftribution la mieux
entendue , le choix le plus parfait & le
plus varié , l'intelligence des directeurs
& l'union des concertans alfurent le
fuccès de ces magnifiques concerts . On y
a applaudi plufieurs belles fymphonies de
MM. Goffec, Davaux , Dirers , Toefchy,
Stamitz , Boccherini & d'autres maîtres .
On y a exécuté plufieurs motets à grands
choeurs , tels que Dixit Dominus , motet
admirable del Sigor Duranti ; Exurgat,
Memento ; beaux moters de M. l'Abbé
Daudimont ; Dies ira , fuperbe mufique
del Signor Langlé ; Diligam te ; Magnificat
; Confitemini ; Benedic, anima mea ;
motets diftingués de M. l'Abbé Girouft ;
De profundis , dont la compofition fait
AVRIL. 1774. 165
honneur à M. le M. de C ... Paratum
cor meum de M. Alexandre .
Il y a eu auffi plufieurs petits motets à
voix feule de la compofition de M. Cambini
& l'Abbé Girouft .
Le Stabat , compofition fublime de
Pergolèfe , a été exécuté dans plufieurs
concerto .
On a beaucoup applaudi au moter à
trois voix de M. Moreau , & à fon oratoire
françois , dont les paroles font tirées
de l'opéra de Samfon , par M. de
Voltaire. Cette grande compofition eft
riche de chant , d'expreffion & d'effet .
Lefacrifice d'Ifaac, autre oratoire françois
de M. Cambini , a été fort applaudi.
Les Virtuofes qui fe font diftingués ,
font MM. le Duc l'aîné & le jeune ,
Caperon , Guénin , Moria , Laurent &
Lejeune , fur le violon ; M. Daport le
jeune , fur le violencelle ; M. Philippe ,
fur la clarinette ; M. Bezozzi , pour le
hautbois ; M. Sejan , fur le piano - forte
organifé ; M. Valentin , fur le corno - baffetto
, ou contra - clarinette . On a entendu
avec la plus grande admiration , deux
concerto de violon , par Mlle Def
champs , âgée d'onze ans , Elève de M,
166 MERCURE DE FRANCE.
Caperon jamais talent ne parut plus précoce
& plus étonnant ; fon jeu eſt vif
& brillant , & les plus grandes difficultés
n'en altèrent ni la force ni la précifion.
Les belles voix récitantes applaudies
dans ces motets , font Mesdames Larrivée
, Rofalie , Duchateau , Charpentier ;
& MM. le Gros , Richer , Nihoul , Borel
, Naudy , Bonvalet , Malet.
Mlle Davantois , de l'Académie Royale
de mufique , a chanté dans ces concerts
plufieurs petits motets à voix feule . On a
beaucoup applaudi l'étendue & la beauté
de la voix , ainfi que le goût & l'expreffion
qu'elle met dans fon chant . Ses fuccès
font efpérer que le Public aura fouvent
occafion de l'encourager par fes fuffrages
, dans des rôles qu'elle remplit avec
diftinction . Son zèle , fon application ,
l'honnêteté de fes moeurs , fa tendreffe
filiale font encore de puiffantes recommandations
qui doivent intéreffer & folliciter
en faveur de fes talens & de fes
fentimens.
AVRIL. 1774. 167
ARTS.
Collection de Tableaux , peintures à gouache
, mignatures , deffins , eftampes
médailles , fculptures , bronzes , ivoires,
porcelaines & autres effets , provenans
du cabinet de M. Van Schorel , Seigneur
de Wilrick , ancien premier bourguemaître
de la ville d'Anvers , dont
la vente fe fera en argent de change ,
à Anvers , le 7 Juin 1774 & jours fuivans.
LE catalogue de cette collection , riche
fur-tout en tableaux , deffins & eftampes
de l'Ecole flamande , forme un volume
in 8° . de 427 pages. On le diftribue à
Anvers , chez J. Grangé , imprimeur de
la Ville , & à Paris , chez Mulier père
libraire , quai des Auguftins.
Les tableaux des grands maîtres , &
les deffins capitaux font décrits avec affez
de détail & d'exactitude dans ce catalogue
, pour que l'amateur éloigné puifle
fe déterminer fur les acquifitions . Ces def
criptions détaillées procurent d'ailleurs à
ceux qui forment des collections la facilité
168 MERCURE DE FRANCE.
de fuivre , de cabinet encabinet , les tableaux
de marque, & de s'affurer par ce moyen de
leur originalité. Le cabinet que nous venons
d'annoncer eft particulièrement recommandable
par le grand nombre d'ef
tampes flamandes qui y font taffemblées.
Nous avons remarqué , parmi ces eftampes
, un oeuvre de Rubens , compofé de
plus de 3200 morceaux. Cet oeuvre préfente
plufieurs épreuves retouchées par
Rubens lui- même & un grand nombre
d'autres où il fe trouve des différences qui
diftinguent ces épreuves , des épreuves ordinaires.
Cet oeuvre , unique en fon geneft
annoncé comme devant être vendu
en un feul article dans les dix portefeuilles
qui le renferment. Il y a auffi
dans cette collection un fecond oeuvre de
Rubens compofé de près de 70e eftampes
recommandables par la beauté & le choix
des épreuves. Ces eftampes feront vendues
par articles féparés. Le rédacteur du
catalogue a répandu dans ces articles quelques
notes inftructives qui fatisferont les
amateurs dont le plus grand nombre recherche
avec empreflement les eftampes
flamandes gravées d'après Rubens ; & il
faut avouer que la prédilection qu'on leur
donne aujourd'hui eft fondée fur laricheffe
re ,
&
AVRIL 1774. 169
& le pittorefque de la compofition , la vérité
des expreflions & l'intelligence avec
laquelle les graveurs Aamands ont renda
le clair- obfcur , & en quelque forte le coloris
de ce premier peintre de l'Ecole de
Flandre.
MUSIQUE.
I.
La Lyre , ariette nouvelle avec fymphonie
, dédiée à Madame la Vicomtelle
de Thury , par M. Legat de Furcy ,.
Maître de goût de chant , Organite
des R. P. Carmes de la Place Maubert
& de MM . de Ste Croix de la Bretonnerie
. Prix 1 liv, 16 f. chez l'Auteur
, parvis Notre - Dame , & aux
adreffes ordinaires de muſique . A Lyon ,
Bordeaux , Nantes , Toulouſe & Mons,
& c .
LES paroles de cette ariette font trèsagréables
& d'un genre anacréontique . Elles
ont été tirées de la comédie lyrique du
Maître de Guitarre , laquelle fait partie du
théâtre de M. PoinGinet de Sivry , édition
de 1772. La musique eſt d'un chant délicat
& gracieux.
I.1 Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
I I.
II. Recueil des vaudevilles des opéras
comiques , arrangées pour le clavecin , ou
le forte-piano , dédiées à Madame la
Comteffe d'Herouville , par M. Benaut ,
maître de clavecin. Prix i liv. 16 f.
II I.
II. Recueil d'ariettes choifies , arran
gées pour le clavecin , ou le forte-piano ,
avec accompagnement de deux violons
& la baffe chiffrée ; dédiées à Mlle de
Schoćbeque , par M. Benaut. Prix
1 liv. 16. A Paris chez l'Auteur , rue
Gît- le - coeur, la deuxième porte cochère en
entrant par le Pont- neuf , & aux adreſſes
ordinaires de mufique.
2
Obfervations phyfiques fur les Anémones
de mer, par M. l'Abbé Dicquemare
de plufieurs Académies , Profeffeur de
Phyfique expérimentale , &c. au Havre,
LE compte que différens journaux ont
rendu des premières obfervations de M.
l'Abbé Dicquemarre , nous difpenfe de
nons étendre fur les vues qui les lui font
AVRIL 1774: 171
fuivre . On fait que tout ce qui a rapport
aux animaux , doit intéreffer l'homme :
Que fi fon Etre moral n'offre avec eux
aucune analogie , fa conftitution phyfique
permet des fimilitudes : Que les fonctions
qui dépendent de la difpofition or
ganique des parties & qui font peut -être
Le principe de beaucoup d'autres , pourroient
recevoir une nouvelle lumière des
obfervations à faire fur les animaux qui
femblent , comme ceux , ci , s'éloigner le
plus de notre manière d'être : Que nous
Tommes peu avancés dans l'hiftoire des
reproductions & dansplufieurs points principaux
de la phyfique de l'économie animale
, qui eft la bafe de l'art de guérir :
Que notre admiration peut croître à mefure
que la Nature fe dévoile . C'eft
dans l'ouvrage même qu'il faudra voir le
détail de fes expériences . Ce mémoire
quoique le fruit de plufieurs années , ne
fera pas volumineux ; mais il offrira 20
planches in 4 ° . deffinées d'après nature
par l'Auteur. Quand on ne dit que ce
qu'on a vu , fans fe livrer à l'efprit de
fyftême & à des raifonnemens à perte de
vue ; quand on ne paffe pas inconfidérément
de la fcience des corps dans celle
'des idées , on a bientôt fini . Nous nous
bornerons ici à une des dernières décou-
·
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
vertes de ce Phyficien , dont l'affiduité aux
obfervations force enfin la Nature à
lui dévoiler peu à- peu quelques - uns de
fes fecrets. La belle & grande efpèce d'anémones
de mer qu'il nomme la quatriè
me , cachée dans des lieux d'où la mer
ne fe retire jamais , & qui, comme la troifième
, ne paroît avoir attiré la curiofité
d'aucun Naturalifte , d'aucun Physicien ,
lui avoit bien offert une multitude de
petits , mais il ignoroit abfolument la
manière dont ils prennent naiffance . L'analogie
auroit pu lui faire penfer, que
comme dans la première efpèce , ils naiffoient
tous formés par la bouche. Cette
analogie l'auroit trompé ; il faut voir &
non pas deyiner les opérations de la Nature.
Des fuites d'expériences lui ont appris
entr'autres fingularités , que ces animaux
ayant la bafe inégalement étendue
& fortement attachée par quelques points
de les extrémités fur un corps dur , ( fouvent
un très-groffe huitre ) il s'y fair
des déchiremens ; une ou plufieurs petites
parties plus ou moins grandes qu'une lentille
, s'en arrachent. Ces morceaux paroiffent
d'abord informes ; ils s'arrondiffent
peu-à- peu en goutte de fuif; enfin ,
dans l'efpace d'environ deux à trois mois
on y obferve un trou dans le milieu
*
AVRIL 1774: 173
+
c'eft la bouche ; des apparences de membres
, une organifation intérieure , des dilarations
, des contractions , la fenfibilité ,
&c. &c, Quelques mois après , les membres
deviennent longs , & cet animal fi
petit , eft destiné à croître jufqu'à acquérir
deux pieds de circonférence & une
quantité innombrable de membres . Souvent
plufieurs petites anémones fe déve→
loppent d'un même lambeau ; deforte
qu'elles font adhérentes entre elles . Peuà-
peu il fe forme entre l'une & l'autre
un petit étranglement qui les fépare.Quelquefois
auffi elles reftent unics : alors il
en réfulte des fingularités ou même des
monftres. M. Dicquemare en a deffiné
un fort gros , qui paroiffoit contenir trois
individus réunis & en quelque forte confondus.
L'anémone mère , de cette efpèce
, qui lui a dévoilé plus particulièment
le fecret , étoit formée comme un
Y , c'eft- à- dire , qu'elle avoit deux corps
parfaits , dont les bafes étoient adhéren ,
res ou le réuniffoient à une même tige
par laquelle ils communiquoient : auffi ces
deux anémones n'ont- elles jamais parų
à ce Phyficien avoir deux volontés , comme
il l'a plufieurs fois remarqué dans celles
qui fe difputent la proie.
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE :
,
Les anémones de mer , confervées vi
vantes dans le cabinet annoncent les
tempêtes , ce qui pourroit peut-être nous
tenir lieu un jour de baromètre marini
L'efpérance de nouvelles découvertes &
des occafions favorables"pour terminer les
planches d'après nature , oblige encore
pour quelque temps M. l'Abbé Dicque
mare à différer la publication de fon mé
moire; hour* 15 20 cunh
.
Cours de Langue Angloife .
LUTFLITE' de la langue angloiſe eſt
trop connue aux perfonnes de tout tang
& condition , pour qu'il foit néceffaire
d'en faire l'éloge ; prefque tous les Sa
vans de l'Europe font charmés des excellens
ouvrages qui paroiffent tous les jours
dans cette langue . Le Marchand l'apprend
ou doit l'apprendre pour l'intérêt de fon
commerce ; & chacun aujourd'hui en con
noît l'utilité & la beauté , & c . Ces
motifs ont déterminé le fieur Berry
Auteur de la Grammaire générale angloife
, de donner un cours pour la fa
cilité des Marchands & autres, perfonnes
qui fouhaitent apprendre l'anglois , &
AVRIL. 1774. 175
qui cependant font occupées dans le
courant de la journée ; lequel cours com→
mencera la femaine après la Quasimodo ;
il durera fix mois & tiendra trois fois la
femaine , depuis fix heures du matin juf
qu'à huit. Ceux qui voudront apprendre
cette langue tant recherchée , auront l'avantage
d'être enfeignés par un Anglois
de Nation , & toutes les difficultés de la
prononciation , qui font tant de peine
aux Français ,feront levées en huit leçons .
Le feur Berry va en ville à toutes les
autres heures de la journée. Il demeure
chez M. Philippe , Marchand de vin ,
rue St Germain- l'Auxerrois , entre l'a
breuvoir & la rue de la Sonnerie , la porte
cochère vis-à - vis le Tonnelier , au troifième
fur le devant.
On pourra s'abonner pour les fix
mois .
Cours de Chirurgie.
M. Felix Vicq d'Azir , de l'Acadé
mie Royale des Sciences , Médecin de
Monfeigneur le Comte d'Artois , ouvrira
le 18 de ce mois à midi , dans fon amphithéâtre
, tue de la Pelleterie , un Cours
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
élémentaire de Chirurgie dans lequel ,
avant de traiter des maladies chirurgicales
& du manuel des opérations , il expofera
la ftructure anatomique des parties fur
lefquelles elles doivent être pratiquées.
A M. L.
MONSIEUR ,
La littérature a toujours été un champ vafte, owvert
aux rapines , aux rufes de guerre de toure
efpèce , aux brigandages , & aux plagiats. Appol
Jon a fes Houfards , ainfi que les Rois ; mais il
a auffi les maraudeurs & fes filoux . Vous favez ,
Monfieur , & qui eft-ce qui ne fait pas cela ?
que le grand Virgile a pillé ou imité , comme
il vous plaira , Héfiode & Homere ; que le grand
Corneille a mis à contribution Luçain & Guil-
Jem de Caftro ; que le grand Racine a puifé de
très belles fcènes dans Euripide . Le Chantre de
Henri a pillé , dit - on , Monfieur Maffei , Sebaftien
Garnier , Shakeſpear , & Mademoiſelle
Bernard . Enfin vous le dirai-je ? J'ai entendu des
Vendeurs d'orviétan qui avoient pris leurs harangues
dans Démosthène. Tout cela ne m'étonne
point. Les efprits ne peuvent pas toujours créer.
Ce qui me furprend , c'eft qu'on me fafle auffi
T'honneur de me piller , moi qui n'ai compofé
ni poëmes épiques , ni tragédies , moi qui ne
fais des vers qu'à mes amis , ou à ces êtres doux
& fenfibles fans qui les arts perdroient tout leur
AVRIL. 1774: 177
·
charme ; moi fur tout qui n'ai rien dérobé à
perfonne fans le dire. Quoique je ne fois guères
riche , je ne me fâche point de cette eſpèce de
larcin. Mes biens font de trop petite valeur ;
d'ailleurs ce que je réclame eft fi peu de chofe ,
que je rougirois de me mettre en colère. Croyez
donc , Monfieur , que c'eft fans humeur que je
vous rappelle que dans votre dernier Mercure
vous avez inféré un madrigal dont je crois que
l'idée m'appartient , vous allez en juger par la
comparaison. Voici celui du Mercure.
A une Dame qui avoit été piquée par
une abeille.
Au déclin d'un beau jour , une folâtre abeille
Séduire par l'éclat de vos vives couleurs ,
A bleflé , dites vous , votre bouche vermeille !
Life , elle vous prenoit pour la Reine des fleurs.
Voici le mien , qui a été inféré dans l'Almanach
des Mufes de cette année .
Impromptu à une Dame que fon père venoit
de marier malgré elle à un boiteux ;
& qui , le mêmejour, avoit été piquée par
une abeille.
L'abeille, en te piquant , te fait verfer des pleurs ,
Et ton père te plonge en des peines nouvelles
Par un hymen contraire à tes ardeurs :
L'un t'a prife , Aglaé , pour la Reine des belles ,
L'autre pour la Reine des fleurs.
Il eft clair que l'impromptu du Mercure a été
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
fait d'après le mien. Je fuis honteux de vous
diftraire de vos occupations pour de parcilles
mifères. Pardonnez : je ne reflemble point à ces
pères qui ont des fils rachitiques , & qui , malgré
leur difformité , les chériflent autant que s'ils
n'avoient aucun défaut Quand mes enfans font
boflus , j'aime à les redreffer moi- même , & je
ne veux pour cela du fecours de perfonne.
Je vous prie d'inférer ma Lettre dans votre
prochain Mercure , & de croire à la parfaite conadération
avec laquelle j'ai l'honneur d'être , & c.
le Chevalier DE CUBIERES.
A Verfailles , le 6 Avril 1774-
Point de vue d'humanité pour les Ames
fenfibles.
PLUS
LUS une Nation vit dans l'abondance , plus
elle s'abandonne à la diffipation , & plus le nombre
des malheureux s'y multiplie. Le luxe entretient
une émulation dangereule , & dans un pays
de repréfentation comme la France , chacun ,
pour paroître avec avantage , le permet de dépenfer
annuellement plus qu'il ne peut. Le grand
Seigneur s'épuife & fait des dettes pour foutenir
un nom qui conftitue fon unique grandeur. Le
Financier cherche à fe diftinguer par une profu
fion qui le rapproche à les yeux de la Nobleffe
dont il fe flatte de faire un jour partie , par lui
ou par les fiens. Le Négociant , qui s'eftime plus
que les Fermiers de la Couronne , ne néglige rien
de ce qui peut relever l'importance utile de fon
AVRIL. 1774. 179
état , & il lutte conftamment avec la Finance
pour n'en être point effacé dans la jouillance d'un
appareil opulent & des recherches commodes. Le
Marchand fe montre jaloux d'imiter les premiers
de fon ordre , & il excède les forces , fans tonger
que la plus grande partie de fa fortune eft dans
les mains de débiteurs aflez élevés pour qu'il ne
puifle pas la retirer à fon gré , au moment où il
en aura le plus de befoin; au moyen de quçi fon
crédit fera anéanti , & ſa chûte deviendra néceffaire.
L'Artifan qui acquiert la vogue ne le veut
céder en rien au Marchand , qu'il foutient par le
débit de ſes talens , & il fe pique même de le primer
par l'apparence féduifante d'une mailon
bien montée. Le Journalier , habile ou non , mer
fa gloire à jouir de fon indépendance ; & , foumis
uniquement à la propre fantaifie , il compte faire
ufage de fa liberté , en fe livrant au déloeuvrement
& aux excès qui en font les fuites. Vous
en voyez journellement dix mille meubler les en
virons de la capitale. Les uns, les bras croilés , s'extafient
fur les Boulevards aux parades dont les
groffièretés les tranfportent hors d'eux - mêmes.
D'autres rempliflent les guinguettés , les billards,
les jeux de boule , & noyent dans le vin le fouvenir
de leur famille oppreflée. Leurs femmes , leurs
enfans attendent en vain avec impatience le retour
d'un chef qui doit rapporter un pain néceſfaire
à leur fubfiftance. Funefte efpoir ! Les injures
& même les coups font fouvent les feuls fruits
qu'ils recueillent de l'oifiveté & de l'intempérance
du barbare chargé d'entretenir la vie qu'ils ont
reçue de lui . Les délaflemens font fans doute né
ceflaires dans une grande ville ; mais faut - il que
vingt mille journées s'y perdent habituellement
dans l'inaction ? Le maître d'un attelier refte fon-
H vj
180 MERCURE DE FRANCE .
vent feul , parce qu'on le débauche l'un l'autre,
Le Bourgeois attend fon ouvrage qui ne fe fait
que huit jours après , & qui eſt défectueux par la
précipitation qu'on y a mife pour regagner le
temps perdu. L'entrepreneur même eft forcé de recevoir
la loi de fes garçons ; & ainfi , de proche en
proche, la machine générale le décompofe; & ,
pour courir après l'ombre de L'Abondance , fille
du Luxe , l'on rombe inſenſiblement dans une pauvité
réelle. L'économie femble être devenue on
vice parmi nous , & l'on ne fonge à vivre que pour
foi.
C'eft ce dangereux préjugé , ce font les spécu
lations enfantines & téméraires qui occafionnent
les banqueroutes fréquentes que nous voyons
journellement dans tous les états . Quelques Seigneurs
n'en ont pas été plus affranchis que les
autres , & la contagion s'eft gliflée parmi les Fimanciers,
les Banquiers , les Marchands , les Artilans,
les Commis , les Ouvriers , & jufques chez
des Laïs qui avoient ébloui la capitale du fafte de
leur dépenfe indécente.
Ces faillites fi préjudiciables au bien public, ont
des nuances , & ne font pas toutes également criminelles.
Un homme qui , par fon luxe déplacé ,
a mangé le bien de les créanciers , en croyant ne
diffiper que le fien , eft affurément coupable : il eft
injufte , en ce qu'il fait payer aux autres fes folies
& la bonne opinion qu'il a eue de les talens & de
fon indultrie ; mais il doit être fujet à de noidres
peines que celui qui , par un artifice médité ,
fuppofe la néceffité d'une faillite pour s'engraifler
de la fubftance des créanciers de bonne foi qu'il
voleimpudemment.
Un homme , dans la néceffité d'une défenſe léAVRIL.
1774. 1812
gitime , tue fon adverſaire ; la raison & la loi ne
permettent pas qu'il foi : traité comme un cruel
aflafin, qui , par un attentat réfléchi , ôte la vie à
un citoyen dont il veut envahir le bien .
Un jeune homme fans expérience a fait incon
fidérément des lettres - de- change pour fatisfaire
fon caprice. Un artifan , dans un accès d'ivrefle ,
a callé des lanternes , a maltraité quelqu'un ou a
fait des étourderies fcandaleufes ; ils ont conftamment
tort & méritent correction ; mais elle ne doit
pas être auffi forte que celle d'un voleur qui , par
aftuce ou à main armée, enlève à quelqu'un le fruit
entier de fes travaux .
Or , puifqu'il y a une différence fenfible dans
l'ordre des crimes & des peines , fourquoi n'en at
on pas introduit une dans la façon de s'aflurer
de tous ceux qui doivent être les objets d'une
Fourfuite criminelle ? Pourquoi , pendant le cours
d'une inftruction fouvent longue , confond- t on
le citoyen qui n'eft fufceptible que d'une correc
tion légère, avec le monftre deſtiné à fervir d'exemple
pour effrayer ſes ſemblables ?
Il eft étonnant que , parmi une Nation policée
& amie de l'humanité , on n'ait jamais imaginé de
faire éprouver aux accufés un traitement propor
tionné à la gravité des peines auxquelles ils font
réservés.
J
Pour évaluer l'injuftice de notre procédé à cet
égard , entrez dans nos prifons , fi vous avez la
force d'en franchir le feuil , & qu'y verrez- vous ?
un tableau d'horreur & l'image vivante du dé-
Leſpoir.
Le fommeil eft banni de ces antres ténébreux
par les cris continuels & effrayans des malheureu
les victimes de l infortune.Elles méditent fans cele
182 MERCURE DE FRANCE.
les attentats les plus noirs pour le procurer une
liberté qui les déroberoit aux plus grands fupplices,
& elles ne s'occupent que du foin d'ajouter de
nouveaux crimes à ceux dont elles font déjà noircies.
LaReligion , l'honneur &l'humanité font pour
elles de foibles barrières , & la cruauté devient né
ceffaire à ceux qui font chargés du foin de rendre
leur méchanceté & leur fureur impuiflantes.
Il feroit donc important d'établir une différence
entre les mailons de correction ou de fûreté, &
celles qui font deftinées aux criminels dont le gibet
eft la perspective. La prifon , fuivant les loix,
n'eft établie que pour s'aflurer des coupables , &
non pas pour leur en faire un tourment. Elle n'entre
point dans l'ordre des peines judiciaires : &
cependant ces lieux de ténèbres raflemblent ici
tous les maux imaginables. Ils font tellement
reflerrés que l'air y pénètre à peine ; l'on n'en refpire
qu'une foible portion fans ceffe infectée par
les vapeurs que produifent le mauvais ferment &
l'altération des corps . La lie de l'humanité femble
s'y être réunie dans un gouffre d'infection . Les
malheureux y defirent le fupplice comme le terme
de leurs maux , & leur palle - temps habituel eft ,
pouroccuper leur défoeuvrement, de fe gangrener
inutuellement le corps & le coeur par des propos,
par des récits dont l'atrocité révolte la nature. Le
vin eft leur feule confolation , & ils y noyent
leurs afflictions dès qu'ils en trouvent le moyen .
Pourquoi faut - il qu'un père de famille bien
né , bien élevé , foit confondu dans un même
afyle avec ce vil rebut de la terre , fi la fortune
celle de favoriser les projets , fi la mauvaiſe foi
lui ravit fes biens , fi'des malheurs imprévus vienment
tout-à-coup l'accabler ? Pourquoi un OffAVRIL.
1774. 183
cier , un homme même de distinction , s'il lui
furvient un malheur inévitable ; pourquoi un citoyen
recommandable , s'il eft calomnié , ferontils
plongés dans la fange avec la plus vile canail
le , jufqu'à ce que les longueurs d'une lente juftification
leur permettent de faire éclater leur inno
cence? Les peines du corps ne les flétriffent pas
moins que les tribulations de l'efprit ; leur repos
fe perd , leur fanté fe dérange , leur raifon s'offuf
que , & il eft tel homme irréprochable qui traîne
toute la vie le fouvenir douloureux d'une injuſte
captivité. Quel contrafte avec les moeurs d'un
peuple policé !
Gémillons für ces maux déchirans , & tâchon's
d'en tarir la fource.
Il eft étonnant que dans un royaume auffi florit
fant que la France , où la foi & la charité ne font
pas totalement éteintes , il ne fe foit encore trouvé
aucune ame picufe qui ait conçu le defir de remé
dier à un défordre fi funeſte à l'humanité . L'on a
multiplié les fondations en tout genre , & l'on en
a négligé une dont l'érection conferveroit annuellement
la vie à une foule de citoyens englou
tis dans le bourbier obfcur des prifons.
Les maux qui fe renouvellent fans ceffe auroient
pu fans doute devenir un des objets de l'attention
du Gouvernement La confervation , la libre exiftence
de fes membres ont le droit d'intéreffer fa
fenfibilité ; mais la fatalité des guerres ruineufes
& l'enchaînement de circonftances malheureufes
ont pas permis à des Miniftres fages & bien intentionnés
d'abattre leurs vues jufques fur des infortunés
dont la profcription intérefle fouvent le
bonheur public. Tous les prifonniers , envisagés
du même ail , ont été collectivement négligés
134 MERCURE DE FRANCE.
comme mauvaise compagnie , & l'on a laiſſé à la
charité publique le foin de leur conſervation .
Qu'il nous foit pourtant permis de dire qu'il en eft
fréquemment qui , par leur naiflance , leur édu
cation , leur état & leurs moeurs , ne font point
indignes des regards des gens en place , & qu'il y
a une rigueur exceffive à les facrifier à la misère
avant qu'on fache fi le glaive de la Juſtice doit
légitimement les immoler. Un Négociant abulé,
un jeune homme turbulent , un bourgeois indocile
, un militaire imprudent ne doivent pas être
plongés dans la boue , &, pour ainfi dire, retranchés
de la fociété civile , quand on n'a à leur re
procher que des mefures fautives , des indocilités,
des étourderies ou des inconſidérations ; la Juſtice
qui s'en empare , leur doit fa protection juf
ques dans le féjour de la douleur.
Il y a dans Paris & dans les villes commerçantes
du royaume , telles que Lyon , Marfeille
, Rouen , Bordeaux , Nantes , la Rochelle
& autres , plus de quatre milions d'habitans qui ,
par la nature de leur négoce, font exposés à la
contrainte par corps. Des femmes même font fu
jettes à partager le fort trifte & ignominieux de
ceux qui gémiffent dans la captivité. Or , fi
chacun de ces individus donnoit feulement quatre
fois par année pendant trois ans , voilà déjà deux
millions deux cens mille livres dont l'emploi
tourneroit au profit de l'infortune. Que le Négo
ciant le plus accrédité par les richelles & fa
probité , foit nommé le dépofitaire de cette récolte
peu gênante : il n'eft pas de commerçant ,
de banquier , d'agent de change , de marchand ,
d'artifan , de fermier qui ne concoure volontiers
à l'adouciffement d'un état violent dont , en cas
AVRIL. 1774. 18's
de malheur , il eft menacé lui -même . Les ames
picufes s'échaufferont d'elles mêmes , & l'émulation
s'empreffera de fe fignaler ; fur tour , f
les premiers de la Nation , fi les Prélats excitent
le zèle , & fi des femmes d'un grand nom le
fomentent par leur ardeur à fe charger de la
Collecte. L'on fait annuellement des fermons de
charité pour le foulagement des prifonniers ,
mais , pendant le cours d'une année , l'activité ſe
refroidit & le nombre en eft fi grand , que lc
bénéfice qui en réſulte , partagé entre eux, ne produir
qu'un mince adouciffement à leurs maux ;
le point eflentiel feroit de commençer par les
loger , parce que l'air falubre eft aufli néceflaire
à la vie que les alimens. L'on met pour eux
des troncs dans les Eglifes : mais ces dépôts
confondus avec tant d'autres , ne frappent perfonne
; l'ou ne lit pas même l'infcription , & la
maiſon refte ftérile , au lieu qu'une quête menée
avec chaleur & accréditée par de grands perfonnages
, produiroit un effet auffi rapide qu'avan
tageur Qu'on en juge par la profufion obligeante
avec laquelle l'on s'emprefle de gratifier
un Comédien , un homme à talens , lorfque des
gens de marque mettent à contribution la générofité
publique . Aflurément ceux qui contri
buent à nos plaifirs méritent des faveurs ; mais,
quoique nous préférions l'agréable à l'utile , il
faut convenir que l'aifance d'un acteur , quelqu'excellent
qu'il foit , a moins de droits au lentiment
humain que la fubfiftance de 5000 mille
prifonniers , engloutis journellement dans la
pourriture.
Tout eft de mode en France : le bien & le
mal. Il ne faut que de grands exemples pour
1
186 MERCURE DE FRANCE.
mettre les génies en fermentation. Il eſt encoré
parmi nous beaucoup plus d'ames pieufes &
nobles qu'on ne le croit ; mais elles cachent leurs
bienfaits , & l'on fe pique moins de publier les
bonnes oeuvres que les mauvaiſes. Nombre de
gens religieux & vraiment charitables s'empreferoient
de contribuer fecrètement au falut
de leurs malheureux frères . D'autres voudroient
ajouter encore aux fondations , & ſe ſignaler
par des libéralités folennelles . Les paffions mêmes
ferviroient à l'accompliflement du projet , fi l'on favoit
les metre enjeu. Quelques-uns le conderoient
les bonnes intentions par des profufions teftamentaires
. De riches marins avanceroient des fonds
fans intérêts . Des banquiers opulens voudroient
peut-être mériter des ftatues telles que celles érigées
à la bourfe de Londres , à Gresham & à
Barnard; enfin , l'empreflement feroit auſſi général
que la magnificence , car il ne s'agit que
de mettre en mouvement le génie françois , mais
il faut le connoître & le diriger avec art. Or ;
c'eft une étude peut-être trop négligée, quoiqu'elle
foit inépuisable en reflources.
Cependant , quel eft le citoyen, excepté les mendians
& les journaliers , qui ne confentira pas VOlontiers
à donner deux ou trois fous par année ,pour
adoucir la barbarie du fort d'une foule de les femblables
? Nous envoyons à grands frais racheter
des captifs en Afrique , & nous fommes de bronze
pour la mifère de ceux qui gémiflent fous nos
yeux! Le remède eft - il donc impraticable ? Il y
auroit de la foibleffe à le croire. Qu'une ame
fenfible & courageufe ait le courage de fe metre
à la tête de l'entreprife ; qu'elle foit autorisée par
le Gouvernement , & qu'elle ait le bon efprit de
A VRÍL. 1774. 187
braver ou de méprifer les brocards des petitsmaîtres
, des fots , des bavards & des défoeuvrés ;
alors la Nation entière la bénira &' lui " élevera
des autels. Qu'un autre perfonnage connu & irréprochable
foit chargé de la caifle , & qu'il
reçoive de l'argent ou des foumiffions pour les
rendre publiques ou cachées , au gré des contri
buans nous verrons alors les coeurs & les
bourfes s'ouvrir à l'humanité , & notre Nation fe
laver du reproche d'allier encore l'urbanité avec
les reftes de l'ancienne barbarie .
Il eft encore mille moyens que , fans exciter des
murmures , l'on pourroit employer pour accélé→
rer un établillement profitable. Cent livres de
marchandiſes importées par l'Etranger pourroient
payer un fou , flans que la taxe parût onéreufe,
Chaque nouveau titulaire de bénéfice pourroit
fans fe plaindre , configner cinq fols ; & d'autres
droits auffi infenfibles conduiroient promptement
l'ouvrage à fa perfection . Chacun s'applaudiroit
de concourir au bien général . Le Receveur en chef
fe choifiroit lui -même des coopérateurs dans les
provinces , & ceux - ci , animés de fon bon efprit ,
feconderoient fes vues fans frais & fans rétribution.
L'on fe livreroit au travail à mesure qu'on
auroit des fonds , & le premier emploi de l'argent
feroit d'acheter un terrein vafte où l'air & l'eau
afluraffent la falubrité . Nous avons vu bâtir un
opéra & des fpectacles dans tous les genres. Le
goût univerfel eft pour les bâtimens , & la ville
femble s'être renouvelée. Quoi ! pendant le règne
de l'épidémie dominante , ferons - nous aflez
pour refufer un afyle fain & commode à des
fujets que pourfuit la fatalité ? Les grandes villes
durs
188 MERCURE DE FRANCE:
de commerce s'emprefferoient de fe modeler fur
la capitale , & l'on pourroit le fatter de voir la
fanté & la propreté remplacer les horreurs des
repaires infects où l'innocence gémit auprès du
crime.
Des Négocians dans le défaftre n'auroient plus
Ja douleur de voir perpétuellement des fcélerats
sirés de leur communauté pour aller fubir publiquement
la peine due à leur monstruofité.
Un bon Bourgeois , accablé de chagrin , d'infire
mités ou de maladies, pourroit avoir la femme auprès
de lui pour lui adminiftrer les confolations
corporelles & fpirituelles que la dégradation de
fon état lui rend néceflaires.
Un homme qui s'eft vu dans l'élévation , profiteroit
de la fociété de ſes amis & de fes confolateurs,
fans avoir à rougir de l'impureté de l'air qu'il
leur fait refpirer , & de l'atrocité des difcours qu'il
les force d'entendre.
Un jeune homme détenu pour une inconſidération
pallagère n'auroit plus les oreilles & l'imagination
falies par les obfcénités dont retentit le
féjour du brigandage & de la corruption .
Enfin l'humanité rentreroit dans fes droits. La
prifon , fuivant la vraie deftination , ne feroit
plus un fupplice auffi cruel que la mort , & les
malheureux qu'on y renferme pourroient méditer
dans le repos fur les difgrâces d'une fituation
forcée qui les enlève à leur état , à leur famille
& aux douceurs de la fociété .
Par M. M , A
•
AVRIL 1774 189
MORT d'un Homme bienfaifant.
A Dijon , 17 Mars , à M. L. R.
M. Nous venons de perdre notre bienfaiteur
M. Legouz ; il eft mort ce matin
âgé de 79 ans. J'ai vu , en cette trifte
circonftance , ce que Lafontaine a fi bien
exprimé dans ce vers ;
La mort du Sage eft le foir d'un beau jour.
La bienfaifance de fon coeur & la férénité
de fon ame fe font confervées juſqu'au
dernier inftant ; & toujours occupé du
bien qu'il pouvoit faire , & de celui qu'il
auroit voulu pouvoir faire , il n'avoit de
regrets que d'avoir été dans l'impoffibifité
d'en faire autant qu'il auroit defire.
Sa mort caufe un deuil univerfel dans
la ville ; le pauvre y perd un père ; les
Arts , un protecteur généreux ; l'Acadé
mie , un bienfaiteur qui l'éclairoit par fes
veilles , & l'enrichiffoit par fes bienfaits ;
la fociété , un homme aimable , qui en
faifoit les plaifirs, par fes manieres & fon
enjouement , la ville , un citoyen généreux
, & aimant le bon ordre & le bien.
J'y perds un ami tendre , ardent , qui
m'aimoit , parce qu'il m'eftimoit . Ma
feule confolation fera de payer à fa mé190
MERCURE DE FRANCE.
=
moire un jufte tribut d'éloges . Je compte
m'en acquitter pour le mois d'Août ; mon
coeur dirigera ma plume ; & , fi je réuflis
à peindre mon ami tel qu'il y eft gravé ,
j'ofe efpérer que je ferai partager ma
douleur à mes lecteurs.
Vous favez , Monfieur , qu'il avoit
donné à l'Académie un Cabinet d'Hiftoire
naturelle , qu'il a établi un Jardin de
Plantes & une Cours de Botanique , &
formé une Galerie de nos célèbres Bourguignons.
J'ai exprimé ces différens bienfaits
dans trois vers latins , que j'ai placés
au bas de fon bufte , qui décore mon
cabinet ; & les voici :
Juffit , & egregii fpirant in marmore cives ;
Germinat agrorum folamen planta falubris
Thefaurofque fuos referant coelum , æquora , tellus.
Pardon , Monfieur , des détails pen fcientifiques
, & conféquemment peu intéreflans
pour vous , dans lefquels je viens
d'entrer ; mais mon coeur , pénétré de la
plus vive douleur , fe foulage en parlanc
de l'ami qu'il a perdu .
Je fuis , &c.
MARET.
Secrét. de l'Acad . de Dijon.
AVRIL. 1774. 191
BIENFAISANCE.
Lettre de M. Dufot , médecin penfionnaire
du Roi & de la Ville de Soiffons , & c..
M. J'ai l'honneur de vous faire part
d'un Etabliffement qui intérelle l'humanité.
Le lage Adminiftrateur de cette
Province ( M. le Pelletier de Mortefontaine
) qui femble né pour faire le bonheur
de ceux qui font confiés à fes foins ,
vient de former dans cette ville un Dépôt
de Remèdes gratuits pour les Habitans des
campagnes du Soiffonnois . Sa fenfibilé
tendre & compatiffante lui repréfente fans
ceffe le pauvre cultivateur a fond de fa
chaumiere , fouffrant & délaiffé .... Il vient
à fon fecours . Son ame généreuse peut
fe dire à elle- même.... Salus publica ,
mea falus....
Parmi tant d'Etabliffemens utiles qu'on
voit fe former , celui - ci manquoit au
foulagement des gens de la campagne ....
Cette pottion des hommes la plus utile
& peut être la plus négligée , eſt attaquée
de mille maux. Pauvres , quoique ce
foient eux qui nous enrichiffent , ils ne
font point en état de payer ni les remèdes
, ni les avis des Médecins. On en
192 MERCURE DE FRANCE .
voit tous les jours périr , faute de fecours ;
c'eft un objet continuel de regrets pour
les Curés de la campagne & pour les Seigneurs
, qui ne voient , dans la plupart
des maifons de leurs Paroiffiens , ou de
teurs Vaſſaux malades , que la trifte image
de la mifere. Ce fpectacle fi attendriffant
pour tout homme , & fur-tour pour des
Miniftres de charité , nous a été fouvent
retracé par eux. Plus fouvent encore ,
depuis le long efpace d'années que je
parcours , comme Médecin , les campagnes
, j'ai été le triſte témoin de la pauvreté
qui y régnoit. De rels fpectacles
déchirent toute ame fenfible ....
La fonction la plus fainte d'un Paſteur
& d'un Médecin , eft le foin d'être le
confolateur & l'ami de ces infortunés.
Ces deux états font un état de bienfaifance
; mais le pouvoir de l'exercer nous
manque fouvent : nous donnons ce que
nous avons ; l'homme fenfible & puiffant
vient de fe joindre à nous : l'humanité
même eft venue au fecours de l'humanité
; cette vertu fi néceffaire où
Y a des hommes qui fouffrent , a formé
cet établiffement : il n'eft pas le feul en
ce genre. Celui que j'ai formé à Laon ,
y eft continué fous les mêmes aufpices ,
& la charité d'un citoyen de cette ville
contribue
AVRIL. 1774. 193
contribue auffi à cette bonne oeuvre...
Puiffent de tels bienfaiteurs de l'huma
nitéfouffrante , être imités ! Plus il y aura
en France de femblables Etabliſſemens ,
plus on pourra fecourir de ces malheu
reux cultivateurs qui croient avoir plus
befoin de fanté que de vie.
Lorfqu'une maladie épidémique fait
des ravages dans nos contrées , on porte
auffi- tôt des fecours à ces malheureux
cultivateurs , qui ne peuvent s'en procurer
par eux - mêmes. C'eft principalement
fur eux que le Magiftrat refpectable
qui nous gouverné , répand fes bienfaits....
J'attefte ce que j'ai vu . Voici la neuvieme
année qu'il m'a honoré de fa confiance
, pour traiter les maladies épidémiques
dans fa Généralité , & donner à
ceux qui en étoient attaqués , tous les
fecours néceffaires . Chaque année , les
fièvres putrides , pourpreufes , malignes ,
& fouvent contagieufes , la dyffenterie ,
la pleuréfie , & d'autres maladies populaires
défolent nos campagnes. C'eſt à
fes foins paternels , que tant de villages'
doivent la confervation de leurs habitans.
Ce n'est donc pas dans ces terribles'
fléaux que le nouvel Etabliffement feroit
II. Vol. I
194 MERCURE
DE FRANCE.
&
le plus utile ; mais c'eſt dans les maladies
ordinaires des gens de la campagne ,
fur-tour dans celles de langueur . Ils s'adreffent
fouvent aux Charlatans , qui leur
donnent de forts purgatifs & des remedes
incendiaires
qui ne font que les affoiblir
& les brûler , laiflent croître le mal ,
& ne guérillent que l'indigence de ceux
qui les vendent . Mais ces Remedes Spé
cifiques , qui font l'unique reffource de
l'ignorance
& de la charlatanerie
, ne
font pas toujours homicides.... Le malade
guérit quelquefois ?.... C'eft qu'il exifte
dans chaque individu un être furveillant ,
une puiffance confervatrice
, un agent
bienfaifant , qui combat & triomphe alors
de l'ignorance impardonnable
des Chalatans.
MM, les Cures & les Seigneurs de
Paroiffes , s'oppofent , autant qu'ils le
peuvent , à la féduction de ces Miniftres
de mort ; mais le defir de la guériſon
la la prétendue certitude qu'on en a
malheureuſe facilité d'avoir les remèdes
dans le moment , entraînent les pauvres
malades.... C'est le préjugé & l'igno-
Fance qui perpétuent les erreurs & les
crimes des Charlatans .... Quoiqu'ils ne
fachent que déraifonner , cependant ils
AVRIL 1774. * 199
perfuadent ces malheureufes victimes de
leur fordide cupidité ; ils les précipitent
dans le tombeau , ou les rendent inutiles
à la Société , à charge à eux- mêmes &
à leur famille.
Eft- il donc un Etabliffement plus
intéreflant que le Dépôt des Remedes gratuits
pour les cultivateurs ? C'est l'utilité
qui décide , ou du moins qui doit décider
de notre eftime. Or , un des objets
les plus utiles à la fociété , eft de conferver
les habitans des campagnes.....
J'aurai rempli une partie de la tâche d'utilité
dont tout homme eft tenu envers
ſes ſemblables , fi je puis fecourir dans
leurs maladies ceux que le fort a deſtinés
à nous nourrir.
Médecin du Dépôt des Remèdes gratuits
du Soiffonnois , je donnerai gratuitement
à tous ceux qui chaque jour fe préfenteront
, & les confultations & les remèdes
appropriés à leurs maux , en leur indiquant
la façon d'en ufer ; j'aurai le foin
d'écrire l'ufage particulier de chaque remède
, & le régime à obferver. MM . les
les Cutés , les Seigneurs , ou les principaux
habitans des villages voudront
bien les faire exécuter.... Enfin , on leur
dira s'il faut plus compter fur la nature
I ij .
196 MERCURE DE FRANCE.
pour le foulagement de leur maux , qué
fur les fecours de la Médecine .
Quoique les remèdes foient gratuits ,
ils ne feront pas compofės avec moins
de foin que s'ils étoient achetés. On
promet & on affure la plus grande
fidélité dans le choix des drogues & dans
lear compofition. Eft il un intérêt plus
grand que celui de l'humaniré ? .... La
plénitude de loi eft la charité.... La béatitade
eft pour les bienfaifans.
Je fuis , &c.
I I.
A. DU FOT.
Un Négociant établi à Uddewalla ,
vient de s'attirer l'admiration de fes compatriotes
, par une action qui mérite d'être
connue , & qui prouve que les exemples
de vertu & de patriotilme , fans ceffe donnés
par
le Roi de Suéde , excitent parmi
fes Sujets une noble émulation . Če citoyen
s'appelle André Knape. Il fe préfenta
, il y a quelques jours , à l'audience
de Sa Majefté, & lui dit que , Dieu ayant
béni fes travaux & fon commerce , & ne
lui ayant point donné d'enfans , il defitoit
de faire fervir fa fortune à l'utilité
de fa patie ; qu'il fupplioit Sa Majeſté
AVRIL. ~ 1774-14 . 17
de lui permettre d'employer , dès à pré
fent , une fomme de 600000 dalhers dy
cuivre environ 200000 liv. ) à l'éta
bliffement d'une maifon à Uddewalla
pour l'éducation des Enfans - Trouvés &
des orphelins du canton ; & qu'il efpét
Foit de pouvoir laiffer , après la mort
ine égale fomme , pour maintenir cet
établiffement. Le Roi agréa cette propofition
, & fe difpofoit à lui en marquer
fa fatisfaction , en le décorant de l'Ordre
de Vafa ; mais ce Négociant , inftruiç
des intentions de Sa Majeſté , a fait les
plus fortes inftances , pour être difpenſé
d'accepter cette marque d'honneur , ou
toute autre récompenfe . Il a eu l'honneur
d'être préfenté depuis à la Reine & à la
Reine- Mere , qui lui ont parlé avec beau
coup de bonté,
ANECDOTES.
I.
M. de Sivry, Seigneur de Longuion ,
village qui s'étoit reffenti longtemps
des effets de fa libéralité , étant décédé
dans fa maiſon à Verdun , le bruit d'une
nouvelle fi fâcheufe ne tarda pas à fe
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
répandre dans fa Seigneurie. Un enfant
courut vers fon camarade , & lui dit ,
tout pénétré de douleur : M. de Sivry
eft donc mort ? Hélas , oui , repartie
l'autre ; mais il n'eft pas mort ici : le
bon Dieu de notre village ne l'y auroit
pas laiffé mourir ; car il y faifoit trop
de bien.
I I.
A la première repréfentation de l'opéra
de Perfee , qui le fit à Versailles , il y eut
quelques Dames qui défapprouvèrent les
fentimens de Phinée : Elles demandoient
s'il étoit d'un yéritable amant de dire
qu'il aime mieux voir fa maîtreffe dévorée
par un monftre qu'entre les bras de
fon rival. Cette question fut tellement
agitée par les beaux efprits , que les Fournaux
fe trouvèrent remplis des .éponfes
que l'on y fit. Voici l'endroit de l'opéra
de Perfée : Phinée dit :
L'amour meurt dans mon coeur , la rage Ini fuce
cède ;
J'aime mieux voir un monftre affreux
Dévorer l'ingrate Andromède
Que la voir dans les bras de mon rival heureux.
Un bel efprit appuya ce fentiment par
ces vers.
AVRIL. 1774 199
Voilà ce que Phinée a dit dans la colèré
Et ce que tout autre auroit dit.'
Qu'on ne s'y trompe pas , un amant qu'on trahit
Eft en droit de tout dire , eſt en droit de tout
faire ;
Et , fans craindre d'en ufer mal ;
Peut voir avec plaifir périr une infidelle.
Ce n'eft pas que cela fe doive à cause d'elle ,
Mais feulement pour faire enrager fon rivalau
On dit à tout propós affis en tang d'oignons
fans en favoir l'origine , quoiqu'elle
ne foit pas fort ancienne . C'eft qu'il y
avoit aux Etats de Blois de 1576 , un
Grand- Maître des Cérémonies , qu'on appeloit
le Baron d'Oignon . Son nom & fon
furnom étoient Attus de la Fontaine de
Solare.
ORDONNANCES , ARRÊTS , & c.
I.
ORDONNANCE du Roi , du 11 Février 1774 ,
concernant la Compagnie de Maréchauflée de
l'Ile de France. Sa Majefté ordonne que la compagnie
de Maréchauffée de l'Ile de France conti
nuera d'être du corps de la Gendarmerie , fous
le commandement des Sieurs Maréchaux de France.
Elle détermine les qualités & le temps de fervice
néceflaires pour être admis dans les différens
I iy
200 MERCURE DE FRANCE.
tes places de cette compagnie. La Maréchauffée
fera divifée en autant d'arrondiflemens qu'il fera
jugé néceffaire. Sa Majefté veut que le Prévôt géneral
ait rang de lieutenant- colonel de cavalerie;
les Lieutenans & Guidons , de capitaines ; les
Exempts , de lieutenans , & qu'ils foient admis à
I'Hôtel des Invalides fuivant ces grades , lorfqu'après
vingt ans de fervice , tant dans les troupes
que dans ladite compagnie , ils fe trouveront hors
d'état de les continuer , & que les bas- officiers y
foient pareillement admis comme bas , officiers..
&
I.I.
Lettres patentes du Roi , en forme d'édit , enrégiftrées
en Parlement le 11 Mars 1774 , portant
rétabliflement de l'Hôtel - Dieu de Paris. Il eft or
donné que l'Hôtel - Dieu de Paris fera augmenté
funnléé par l'hôpital St Louis , & par la maison
dite de la Santé; & qu'il y fera ajouté en conféquence
les bâtimens néceflaires , foit pour augmenter
le nombre des falles , foit pour les autres
parties dufervice des malades.
III.
Arrêt du confeil d'état du 20 Janvier 1774 , qui
ordonne à tous locataires , fermiers ou autres régiffeurs
de terres , bois , maifons ou autres biens
quelconques dépendans des maiſons des ci -devant
Jefuites , fituées en pays étrangers , de dénoncer
& fournir leurs déclarations des époques & termés
de leurs baux ou autres titres de leur jouiflance ,
ainfi que du montant des rentes & redevances dont
ils peuvent être tenus.
I V.
Arrêt du conſeil d'état , du 26 Février 1774';
qui autorife les Officiers de la Maréchauffée de
AVRIL. 1774. 201
Chinon à faire juger leur compétence au bailliage
de cette ville .
V.
Ordonnance du bureau des finances de la géné
ralité de Paris , du premier Mars 1774 , concer
nant l'ouverture des rues néceffaires pour l'établiffement
du Marché aux Yeaux.
V I.
Ordonnance du bureau des finances de la géné
ralité de Paris , du 8 Mars 1774 , concernant
l'élargiffement de deux grands chemins dans la
province du Gatinois , traverfant la ville de Cour
tenai.
A. VI S.
I.
La fieur Thomaffin , également verté dans la
théorie & la pratique de la géométrie , donne des
leçons de cette fcience fur le terrein . Il offre en
même- temps fes fervices aux Seigneurs qui vou
droient faire lever le plan de leurs terres ,
mettre leurs forêts en coupes reglées . On eft prié
de lui écrire franc de port , chez le fieur Bernier.
ingénieur pour les inftrumens de mathématiques
demeurant à Paris fur le quai de l'horloge du pa
lais , au Niveau d'or.
I I.
Effence virginale.
Le fieur Cattinée , diftillateur au clos St May-
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
tin à Paris , & dans le château de Versailles au
bas de l'escalier des Princes , donne avis que ,
malgré les contrefacteurs , il continue avec lucces
la vente de fon Effence virginale , nommée Savonnettes
de la Cour, qui eſt autorisée par la Commillion
royale.
III
Art du Perruquier.
Meffieurs les Commiffaires qui avoient été
nommés pour examiner une nouvelle manière de
travailler le toupet des perruques , proposé par le
feur Chaumont , perruquier , en ayant fait leur
rapport & fait voir plufieurs deffins de têtes toutes
coëffées de diverles manières , faits de la main ,
avec toute l'entente & toute la correction poffibles
, l'Académie a jugé que la pratique du fieur
Chaumont , par laquelle il parvient à diminuer
Tépaifleur des perruques , à en faire rapprocher
les bords très - près de la peau & à y placer les
cheveux fur le front d'une manière aflez ſemblable
à celle dont ils fortent naturellement de là
tête, ne pouvoit que tendre à la perfection de fon
are, qu'elle marquoir en lui du talent & de l'întelligence
; & qu'en attendant que des expérien
ces multipliées cuflent juſtifié les eſlais & apprécié
fon invention , elle ne pouvoit lui refuſer ſon
approbation & les encouragemens qu'elle a coutume
d'accorder à toutes les tentatives raifonnées
qui ont pour but la perfection des arts utiles.
Le fieur Chaumont, demeure rue des Poulies,
droite en entrant parla rue St Honoré , à Paris.
AVRIL. 1774. 203
NOUVELLES POLITIQUES.
De Pétersbourg , le s . Mars 1774.
A
a
La Cour a reçu la nouvelle que l'armée du Gé
néral Bibikow eft arrivée dans le royaume de Ca- ´
fan , & qu'elle a remporté plufieurs avantages
fur les rebelles . Elle leur à enlevé , entr'autres ,
la Ville de Samara & le pofte de Clifnow dont
ils s'étoient rendus maîtres . Seize cens hommes
qui formoient la garnison de ces deux endroits
ont été taillés en pièces après une résistance opiniâtre
.
La Cour a fait partir un train d'artillerie &
quantité de munitions pour Pultava. Il y a apparence
qu'elle fait ces préparatifs pour pouvoir ou
vrir la campagne par le fiége d'Oezakow.
De Cafan , le 7 Février 1774.
Le général Bibikow , que l'Impératrice avoit
fait marcher contre Pugatschew , a remporté
par lui & par les lieutenans des avantages qui
mettent les Rebelles dans l'impuiflance de rien
entreprendre , & qui ne leur laiflent que le parti
de la fuire. La Noblefle de Cafan ayant donné la
première l'exemple de former un corps pour la
défente de la patrie , l'Impératrice à fait dire
qu'elle vouloit devenir elle- même Membre de la
Noblelle de Cafan & être regardée comme Bourgeoile
de cette ville , ce qui a été entendu avec´
acclamation par toute la Nobleffe.
De Warfovie , le 17 Février 1774
Les lettres de Cracovie portent que l'efpérance
I vj
104 MERCURE DE FRANCE.
qu'on y avoit conçue de voir rentrer le fauxbourg
de Cafimir fous la domination de la République,
s'eft évanouie , depuis que les Autrichiens commencent
à y élever de nouveaux édifices & à y
raflembler des magafins confidérables. D'un autre
côté, les changemens qu'on avoit cru devoir arriver
dans l'adminiſtration de la Pologne Autris
chienne , après la preftation de l'hommage, n'ont
point encore eu lieu , & tout eft resté fur l'ancien
pied , tant à l'égard des revenus publics , des'
douanes & des fervices domaniaux , que par rapport
aux Tribunaux civils .
On s'occupe beaucoup ici de l'affaire des Dididens
. Les Evêques qui ont affifté aux conférences
tenues à ce fujet chez le Baron de Rewitzki , ont
remis aux trois Miniftres des obfervations intéreflantes
auxquelles ces derniers n'ont point répondu.
La liberté de pafler d'une Religion à une
autre eft un des articles qui rencontrent le plus
de difficultés . Les Evêques ont demandé avec chaleur
qu'il fût rejeté. Le Nonce du Pape , qu'on
acculoit de favorifer le parti des Diffidens , a déclaré
, à la follicitation des principaux Membres
du Clergé qu'il s'oppoferoit aux priviléges qu'on
vouloit leur accorder. D'un autre côté , les Diffidens
fe difpolent à répondre aux objections faites
par le Nonce ou par les Evêques , & l'on croit
qu'ils feront fortement appuyés .
La Ville de Dantzick éprouve les funeftes effets
de la perfévérance avec laquelle elle a refufé de,
livrerà Sa Majesté Pruffienne les natifs de la Nouvelle-
Prufle qui le font retirés dans les murs &
dans fon territoire. Le Magiftrat avoit oppofé les
règles établies par la convention de 1770 , parce
que c'eft poftérieurement à ce traité que cette province
a paffé fous la domination du Roi de PrufAVRIL
1774. 205
A
fe. Des détachemens Pruffiens enlevent dans
les villages qui forment le Territoire , les jeunes
gens capables de porter les armes ; ceux qui pèuvent
échapper à cette deftinée , fe réfugient dans
la ville. Le tranſport des vivres néceflaires pour
la confommation des habitans a été interrompu ,
dans le temps même que le nombre des confommateurs
s'eft accru par l'arrivée de tous ces fugi
tifs . Tout femble annoncer une cataſtrophe pré
vue depuis longtemps , mais que le Magiſtrat
avoit fu éloigner jufqu'à ce jour.
De Conftantinople , le 3 Mars 1774.
Le Grand Seigneur a fait grâce de la vie à Sunghieri-
Ali-Effendi , favori de l'Empereur Muftapha
, & au fecond aſtronome de ce Prince , accu
fés l'un & l'autre de délits qui pouvoient leur
faire perdre la tête. On croit que cet acte de clé
mence eft dû aux follicitations de la Sultane Efma
, foeur de Sa Hautefle , & l'on aflure que le
Sultan va bannir du férail tous les aftronomes
qui étoient en grande vénération fous le règne de
fon prédécefleur.
De Tunis , le 28 Janvier 1774--
L'efcadre du Bey, compofée de quatre frégates
de vingt à vingt - cinq canons & d'un chebec de
dix - huit , mit à la voile , le 13 de ce mois , fous
les ordres du Reis Mouftapha Candiote. On prétend
qu'elle a ordre de ſe joindre aux vaiſleaux
du Grand Seigneur qui mouillent aux Dardanelles
, & l'on eſpère ici que ces différens bâtimens
Rufles qui croifent dans l'Archipel , ne mettront
point d'obftacle à l'exécution de ce projet.
206 MERCURE DE FRANCE.
De Cadix , le 28 Février 1774.
On apprend de Larrache que plufieurs Négo
cians étrangers de Fédala font allés s'établir à
Salé , d'où l'Empereur de Maroc leur a permis
d'exporter du bled. Le Conful d'Elpagne doit encore
en extraire trente mille quintaux par le port
de Fédala , pour compléter les cent mille quintaux
qui ontété accordés au Roi , fon maître.
De Gênes , le 14 Mars 1774.
Le Gouvernement ayant eu avis qu'il y avoir
beaucoup de malades fur les vailleaux de guerre
Ruffes qui mouillent à Livourne , & craignant
que leur maladie ne fe communiquât , a cru devoir
prendre les précautions néceflaires à ce fujets
mais un chirurgien qu'il avoit chargé d'aller conftater
le genre de maladie dont les Rufles étoient
attaqués , vient de diffiper toute espèce d'inquiétude
, en mandant qu'elle n'eft point contagieufe,
& que le fcorbut a feulement altéré ou ruiné la
fanté de quelques perfonnes.
De Rome , le 2 Mars 1774.
On a trouvé , ces jours derniers , dans une excavation
qu'on fait au voifinage de l'Eglife de
St Sébastien , extra muros , une urne de marbre
ronde , cannelée , & dont le couvercle , furmonté
d'une petite pomme de pin , étoit foudé avec du
plomb. Ily a extérieurement deux petits génies ,
tenant chacun un flambeau renverfé , & au inilicu
d'eux , en caractères romains , l'infcription
fuivante , placée perpendiculairement , de maniè
re que chaque ligne ne contient qu'un mot ou
deux , & laquelle nous tranfciirons de faite, pour
Be pas perdre trop de place ( elle contient dix liAVRIL.
1774. 207
gnes fur le vale ) : Servilia S. V. M. Pherafe
conjugi incomparabili M. Servilius Turannus
fecit qua vixit mecum A. XXXI. Cette urne
étoit remplie d'une liqueur très - odoriférante , àpeu
près comme l'effence de bergamote ; mais , en
l'ouvrant , on en a répandu la plus grande partie.
On dit que ce qui refte eft merveilleux pour
les
bleflures. Elle renfermoir auffi des offemens brûlés
. C'étoient vraisemblablement ceux de la per
fanne défignée par l'infcription . On préfume que
ce monument eft antérieur à Jefus - Chrift . Dans
une autre excavation qu'on fait auprès de l'arc
triomphal de Septime Sévère , on apperçoit deux
grandes colonnes de marbre ; mais on ne fait pas
encore firelles font entières fous terre , ou fi ce ne
font que des tronçons.
De Venife , le ¿26 Février 1774.
Les dernières nouvelles reçues du Danube annoncent
que Haflan Pacha a obtenu de la Porte
trente mille hommes & la permiffion de pafler à
la rive feptentrionale de ce fleuve pour inquiéter
les Ruffes dans leurs quartiers d'hiver. On ajoute
que le Grand Vifir vient de lui envoyer encore
quinze mille hommes qui renforceront le corps
d'obfervation deftiné à garder la partie méridionale.
Dimanche dernier , quoiqu'il ne fit pas le moin
dre vent , le clocher de l'abbaye de St George , de
F'Ordre de St Benoît , s'écroula jufqu'aux fondemens
& tomba fur le choeur qui fut entièrement
abattu . Deux religieux ont été tués ; deux autres
font bleffés dangereufement. I en coûtera vingt
mille ducats pour rétablir cet édifice ; mais on ne
pourra jamais réparer la perte des peintures des
plus grands maîtres des derniers fiècles , qui y
toient raffemblées,
208 MERCURE DE FRANCE.
De la Haye , le 22 Mars 1774.
Mahamout Hoya , prenant la qualité d'Envoyé
de Tripoli auprès des Etats- Généraux des Provin
ces- Unies , arriva à Rotterdam , le is de ce mois .
Il notifia , le 16 , ſon arrivée & fa miffion aux
Etats Généraux. Le lendemain , les Etats qui
avoient formé , dès la veille , la réſolution de ne
pas l'admettre , d'après les repréſentations de leur
Conful , réfidant à Tripoli , firent fignifier leurs
intentions à ce Miniftre inattendu , par un offieier
qui fait les fonctions de Maître -d'Hôtel des
Etats. L'Envoyé Maure répondit que , s'il ne déployoit
pas fon caractère public à la Haye , il
perdroit la tête à Tripoli . On ne prévoit pas quel
fera l'effet de cette réponſe fur l'efprit de Leurs
Hautes Puiffances ; en attendant leur décifion ultérieure
, cet Envoyé eft parti de Rotterdam pour
fe rendre ici.
De Londres , le 21 Mars 1774.
Le Ministère & le Parlement paroiflent décidés.
prendre les réfolutions les plus vigoureufes
contre la réfiftance des Colonies. On ne peut fe
diffimuler l'embarras qui doit réfulter de cette
rigueur , tant pour les Négocians Anglois , dont
la propriété en Amérique peut monter à plus de
quatre millions fterling , que pour les Manufactures
Britanniques , ou plus de cent mille perfon
nes doivent leur fubfiftance journalière au commerce
ouvert avec les Colonies. L'Amérique ,
dont on dit que les Efpagnols ont tiré plus de cinquante
milliards de France , pays immenfe dont
on ne connoît pas la vingtième partie , n'y ayant
que les Côtes & les Ifles occupées par les Colons
étrangers , peut encore , à ce qu'on croit , contémir
ʻquatre - vingt - dix millions d'indigènes. Is
AVRIL. 1774. 200
empruntent de la diverfité des climats , des ca-
* ractères plus ou moins difficiles à gouverner. Nos
Navigateurs , qui ont bien étudie le demi - continent
feptentrional , prétendent qu'un goût inné
pour la liberté eft inféparable du fol , du ciel , des
forêts & des lacs qui empêchent cette terre vaſte
& encore neuve d'y reflembler aux autres parties
de l'Univers. Ils font perfuadés que tout Européen
tranfplanté dans ces climats , en contractera
le caractère particulier.
Ily a eu à Frittenden , bourg dans le Comté de
Kent , un bal qui a été ouvert par un vieillard de
quatre-vingt-cinq ans & par la femme âgée de
foixante dix-fept. Il a été foutenu par cinquante
de leurs enfans , petits- enfans & arrière- petits - enfans
qui ont paffé toute la foirée à danſer au fon du
violon dont jouoit leur vieux père. Ce dernièr
exerçe ce métier depuis foixante dix ans.
,
De Versailles , le 27 Mars 1774.
•
Le 22 du mois dernier , Mgr le Comte d'Artois
eut un accès de fièvre aflez violent qui continua
le landemain avec des redoublemens.
Deux faignées faites à propos ont arrêté les progrès
de la fièvre , & la fanté de ce Prince eft par-
'faitement rétablie .
De Paris , le 25 Mars 1774.
L'Académie Françoiſe a élu , avec l'agrément
du Roi , l'Abbé Delille , pout remplir la place vacante
par la mort du fieur de la Condamine.
L'Académie Royale des Sciences ayant préfenté
au Roi , dans la forme ordinaire , fon élection
pour les deux places d'Adjoints , vacantes dans la
Clafle d'anatomie par la promotion des fieurs Petit
& Portal à celles d'Aflociés , Sa Majeſté a agréé
210 MERCURE DE FRANCE.
pour remplir ces deux places , le feur Sabatier
Chirurgien - Major de l'Hôtel Royal des Invali
des , & le fieur Vicq d'Azyr , Médecin de la Facul
té de Paris , & Médecin de Monfeigneur le Comte
d'Artois.
Le 22 du même mois , le Duc de la Vrillière ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat , fe rendit au collége
Royal pour y pofer la première pierre des nouveaux
Bâtimens qu'on yconftruit . Il fut reçu , à
la defcente de fon carrofle , par les Lecteurs & Profelleurs
Royaux , ayant à leur tête le Doyen &
I'Infpecteur de ce collége.
• Le 26 du même mois des Maçons , travaillant
à la démolition d'une maiſon Canoniale
du Chapitre de Rennes en Bretagne , trouvèrent
fous l'efcalier , à fix ou fept pieds de profondeur,
auprès de quelques offemens , 1º. une patere decorée
d'un entourage de feize médailles Impériales.
Cette patere unique dans fon eſpèce , par fa
grandeur , fon travail & fa matière , a neuf pou
ces cinq lignes de diamètre , & elle eft ornée dans
le fond d'un bas relief repréfentant des Bacchanales
; 2 ° . quatre- vingt - quatorze médailles , également
d'or , de différens Empereurs , depuis Néron
jufqu'à Aurélien ; 3 °. quatre médailles de méme
métal , enchâflées dans des cercles travaillés
en filigrane , avec une bellière à chacune ; 4 °.
trois chaînes d'or . Ces précieux monumens qui
font de la plus parfaite confervation , pèfent
huit marc cinq onces quatre gros. Le Chapitre de
Rennes les a envoyés au Duc de Penthièvre
Gouverneur de la Province , en le priant de les
préfenter au Roi . Le Duc de Penthièvre a cu
l'honneur de les préfenter à Sa Majesté.
Le 11 du mois dernier , on découvrit à Targe ,
près de Chatellerault en Poitou,, à fix pieds de
profondeur enterre , un tombeau , d'une forme
AVRIL 1774.
211
antique , revêtu de grofles pierres de tailles &
chargé d'une infcription qu'on n'a pu lire. Itrenfermoit
une fquélete , une lampe fépulcrale de
terre & quelques lames de fer rouillé.
NOMINATIONS.
Le Roi a accordé au Duc de Mortemart , capitaine
- commandant dans le régiment de Navarre ,
le régiment d'infanterie de Lorraine , vacant par
la démiffion du Comte de Boifgelin ; au Comte
de Chaftellax , colonel d'infanterie , le régiment
d'infanterie de Beaujolois , vacant par la mort du
Prince de Berghes ; au Comte de Melmes , capitaine
dans le régiment de cavalerie de Berry , le
régiment provincial d'Alby , vacant par la démiffion
du Chevalier de Mefmes , & au Prince de
Poix , capitaine dans le régiment de cavalerie de
Noailles , la charge de meftre-de- camp.comman
dant de ce régiment , vacante par la démiffion du
marquis de Noailles .
L'Empereur ayant élevé à la dignité de Prince
du Saint Empire le Comte de St Mauris - Montbarey
, maréchal des camps & armées du Roi ,
intpecteur général d'infanterie , & capitaine des
Gardes-Suilles de Monfeigneur le Comte de Provence
, Sa Majesté lui a permis de prendre cette
qualité.
$
·
PRESENTATIONS.
La Marquife d'Efpinay- Saint - Luc a eu l'hon
neur d'être préfentée au Roi & à la Famille Royale
par la Comtefle de Lillébonne .
Le fieur Radix de Sainte - Foy ayant été nommé
Miniftre plénipotentiaire de France auprès du Duc
des Deux Ponts , a eu l'honneur d'être préfenté
au Roi par le Duc d'Aiguillon , miniftre & fecré212
MERCURE DE FRANCE.
taire d'état , ayant le département des Affaires
étrangères & de la guerre...
Les Avril , le Commandeur de Weltheim, che
valier de l'Ordre Teutonique , Miniſtre plénipotentiaire
du Landgrave de Heffe- Caffel , eut une
audience particulière du Roi , à qui il temit fes
lettres de créance. Il fut conduit à cette audience
& à celle de la Famille Royale par le fieur la Live
de la Briche , introducteur des Ambaffadeurs,
MARIAGES.
Le Roi & la Famille Royale ont figné le contrat
de mariage du Marquis de la Fayette avec
Demoiſelle de Noailles.
Le Roi & la Famille Royale ont figné le con
trat de mariage du Marquis de Sainte- Marie avec
Demoiselle de Peftalozy , & celui du Sr de Souzy
avec Demoiſelle de Mackau .
MORT S.
Jean-Jacques Comte d'Eſparbés de Luſſan , eft
mort à Auch , dans la quatre- vingt- dixième an→
née de fon âge.
Jeanne de Quincarnou , Dame de la Chapelle
& Baronne des Ventes , eft morte en fon château
de la Chapelle , diocèfe & élection d'Evreux , à
l'âge de cent- fix ans ; elle n'avoit jamais été malade
, & elle a confervé jufqu'au dernier moment
fa mémoire & l'ufage de les fens.
·
Charles Philippe de Pierre , Marquis de Berais
, Baron des Etats du Languedoc , frère du Car
dinal de ce nom , eft mort , le 17 Mars , dans fes
terres , âgé de ſoixante ans.
" AVRIL. 1774 2rf
**François -Léon Comte de Dreux - Nancré , eft
mort dans la loixante- neuvième année de fon
âge.
Géneviève-Jeanne- Emilie Fourche de Quebilhac
, époufe de Louis- Zacharie , Marquis de Vaffan
, meftre de camp de cavalerie , capitaine en
furvivance des Levrettes de la Chambre du Roi ,
eft morte à Paris , dans la trente-unième année de
fon âge.
Le jeune Infant Don Charles - Clément , fils
unique du Prince des Afturies , eft mort à Madrid
le 7 Mars au matin, à fix heures un quart. Il étois
aé à l'Efcurial le 19 Septembre 1771.
·
Pierre Charles de Molette , Marquis de Mo
rangiés , lieutenant général des armées du Roi
baron des Etats de la province du Languedoc , eft
mort à Paris , dans la foixante-huitième année de
Lon âge.
t Caroline , Princeffe Douairière du Duc Palatin
Chrétien III de Deux - Ponts , née Comtefle de
Naflau Saarbruck , l'une des filles du Comte Louis
Crato de Saarbruck , eft morte à Darmstadt , le 25
Mars , dans la foixante-dixième année de fonâge.
LOTERIES.
Le cent cinquante - neuvième tirage de la Lo
terie de l'hôtel - de-ville s'eft fait , le 26 Mars ,
en la manière accoutumée . Le lot de cinquante
mille liv. eft échu au Nº . 26224. Celui de vinge
mille livres au N ° . 21944 , & les deux de dix
mille , aux numéros 24976 & 29914.
Le tirage de la loterie de l'Ecole royale militaire
s'eft fait le 6 Avril. Les numéros fortis de la roue
214 MERCURE
DE FRANCE :
de fortune , font 40 , 24 , 78 , 6 , 53. Le prochain
tirage le fera les Mai.
PIECES
TABLE
.
IECES FUGITIVES en vers & em proſe , page ƒ
Le Génie ,
Le Muet , conte dramatique ,
Epitre à M. le Chevalier Bonnard.
Sur la Fontaine de Vauclufe , à Madame
de ** , &c.
La bonne Mère ,
Madame la Marquile de Grieu ,
Vers fur la mort de Madame la Marquiſe de
Grieu ,
Echantillon des Poëfies compofées par Mde
de Grieu ,
Effai d'un jeune homme de province , fur la
bonté généreuse que Madame la Dauphine
Fa fait paroître au village d'Acherss ,
Epître à M. le Chevalier Defezgaulx ,
Le Louis d'or & le Liard ,
Avis ,
Hiftoire de la Vie de M. *** , poëme en
quatre chants , par lui-même ,
Epitaphe de M. de la Condamine ,
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Les Princes d'Arménie ,
ibid.
Is
36
46
47
So
jt
ཐཝཏིཅེ ཋཙྪཱ ཝནིནྡྷཝཙ
Obfervations fur le Cartéfianifme moderne, 74
AVRIL 1774 : 215
Euvres de Charles Dumoulin ,
La Nouvelle Clémentine ,
Annales de Tacite , en latin & en françois ,
Elémens de l'Hiftoire Romaine ,
Raton aux Enfers ,
Mémoire fur la meilleure manière de conftruire
un hôpital de Malades ,
L'Irréligion dévoilée & démontrée contraire
à la laine Philofophie ,
Recherches critiques , hiftoriques , & c.
75
80
87
94
C 98
108
116
119
Tableau de l'Analyfe chimique , 123
Mémoire concernant l'Ecole royale gratuite
de Deflin ,
128
Méthode recréative pour apprendre à lire
aux enfans , 133
Nouvelle édition de la défenſe de la Décla-
Ellai fur la taille des arbres fruitiers ,
Principes de l'art du Tapiffier
ration du Clergé de France , & c.
L'Evangile médité ,
Voyages entrepris par ordre de Sa Majeſté
Britannique Georges III , &c.
Tractatus de incarnatione Verbi divini , &c. 144
135
136
138
139.
143
Vie Chrétienne , 145
L'Homme confondu par lui-même , 147
Hiftoite de la Ville de Bordeaux , 148
ACADEMIES , de Limoges , 150
-Copenhague ,
154
Tableau de l'Ecole militaire de Colmar , 157
SPECTACLES , Concert fpirituel , 164
ARTS ,
167
Mufique ,
169
Obfervations phyfiques fur les Anemones de
mer, 170
Cours de Langue Angloife, 174
216 MERCURE DE FRANCE.
-De Chirurgie ,
175
Lettre à M. L. ,.
176
Points de vue d'humanité pour les ames fenfie
bles ,
178
Mort d'un homme bienfaifant , 189
Bienfaifarce , 191
Anecdotes ,
197
Ordonnances , Arrêts , &c. 199
Avis ,
201
203
Nouvelles politiques
Nominations ,
Préſentations ,
Mariages ,
Morts
Loteries ,
211
ibid
212
ibid.
213
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Mgr le Chancelier , le
fecond vol. du Mercure du mois d'Avril 1774 ,
& je n'y ai rien trouvé qui m'ait paru devoir en
empêcher l'impreſſion .
A Paris , le 30 Mars 1774
LOUVEL
De l'Imp. de M. LAMBERT, rue de la Harpe
Qualité de la reconnaissance optique de caractères