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1774, 03
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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
MARS , 1774.
د د ع و
Mobilitate viget. VIRGILE.
Beugnet
A PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire ' , Rue
Chriftine , près la rue Dauphine.
Avec Approbation & Privilége du Roi.
AVERTISSEMENT.
C'EST au Sieur LACOMBE libraire , à Paris , rue
Chriftine , que l'on prie d'adretler , francs de port,
les paquets & lettres , ainfi que les livres , les eltampes
, les piéces de vers ou de profe , la mufique
, les annonces , avis , obſervations , anecdotes
, événemens finguliers , remarques fur les
fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peut inftruire ou amufer le
Lecteur. On prie auffi de marquer le prix des livres
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*
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Hiftoire naturelle du Thé , avec fig.br.
12 1.
3 1.
1 1. 10f.
11. 16f
READINUNOICING
MERCURE
DE FRANCE.
MARS , 1774.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
Hiftoire d'une jeune Fille enlevée par
DANS
un Ours.
ANS un rocher creuſé nous vîmes la caverne
De l'animal velu que l'on nourrit à Berne.
Le fauvage habitant de cette grotte : l'Ours ,
En promenant la vue inquiète & hagarde ,
Vit fur les bords que l'Arche arrofe dans fon
cours
Une bergère Savoyarde
Appétillante , fraîche , au printems de les jours.
A j
6 MERCURE DE FRANCE.
(Colombe étoit le nom qu'on lui donnoit tou
jours. )
D'un oeil ardent il la regarde ,
Approche à pas de loup par de fombres détours ,
L'enlève à fon troupeau , l'enlève à ſes amours .
Il la tient embraflée : elle crie , & l'Ours gronde ,
Grimpe fur le roc fourcilleux ,
Et dans la tanière profonde ,
Au milieu de ces bois auffi vieux que le monde ,
Il la dérobe à l'oeil des mortels amoureux .
Là , le nouvel Azor rampe aux pieds de la belle ,
Lui gronde fes amours & la couve des yeux :
L'Amour fait adoucir l'ame la plus cruelle ,
L'Amour fait un agneau d'un tygre furieux .
Mais il faut pâturer , que l'on foit homme ou
bête ;
Et quand on eft à jeun l'on eft froid en amour.
Après avoir long- temps admiré fa conquête ,
Après avoir gardé fa nymphe tout le jour ,
Il fort de fa retraite , & la bête difforme
Ferme le rocher creux avec un roc énorme.
Il drefle des piéges fecrets ,
Du métier de chaffeur il fait l'apprentiffage ;
Pour régaler l'objet dont il fentit les traits ,
Il pourfuit , il atteint les hôtes des forêts.
Il revient à grands pas dans fon antre ſauvage .
Il revoit fa bergère , il dépofe à fes piés
Les corps tout palpitans des lièvres effrayés ,
MAR S. 1774 7
Des fruits groffiers & verts , des racines agreftes ,
De fon repas frugal les miférables reftes.
L'ingrate ne veut pas toucher
Aux mers qu'il vient de lui chercher.
Il a perdu fa peine , il a perdu fa courſe ,
Et rien ne peut fléchir la rigueur de cette Ouríe.
Son amant lui lèche la main ,
L'invite avec douceur , la flatte , la careffe :
Elle pleure & frémit , & veat mourir de faini ;
Mais elle forme un projet vain ,
Et bientôt , malgré fa détrefle ,
Elle cède fans force au plus grand des befoins ,
Et l'Ours avec tranfport voit le fruit de fes foins.
Par un murmure fourd il exprima ſa joie ,
Et courut lui chercher une nouvelle proie.
Ainfi , quoi que l'on dife , on mangera toujours ;
Soit au fond du tombeau fi fameux dans Ephèſe ,
Soit dans la caverne d'un Ours ,
Quand on mange on eſt à ſon aiſe.
Le galant mál léché couloit les plus beaux jours ;
Lorsqu'à la fin de la neuvaine ,
Pour faire bonne chère à fon aimable Hélène ,
Et par fon appétit dans les bois appelé ,
Il fort , fans referier fa mailon fouterreine :
( Il faut toujours garder les filles fous la clé. )
La belle s'échappa de la fombre tanière ,
Et , fans jamais ofer regarder en arrière ,
Bondiffant par monts & par vaux ,
Arrive fur le feuil de fa douce chaumière,
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Son père revenoit des ruftiques travaux,
Elle tombe en fes bras muette & palpitante...
C'est ma fille! .. Sa mère accourut à ces mots ;
Elle fe jette au cou de fa mère tremblante ;
Elle raconte enfin l'hiftoire de fes maux :
Elle laifle tomber la tête défaillante .
Ainfi donc la douleur , les regrets , l'épouvante ,
Et peut être la joie , en revoyant les fiens ,
Du tiffu de les jours brisèrent les liens.
De l'animal fanglant apporté ſur la tombe
Les membres étendus fervirent d'hécatombe ,
Et l'on y grava ce difcours :
GC
Cy gît une fille enlevée
20Qui partagea , pendant neufjours ,
20 Et la table & le lit d'un Ours :
» Un heureux halard l'a fauvée ;
» Mais on ne furvit point à de telles amours.
»Vous qui paffez ici , fillette réfolue ,
Craignez , craignez les bois & la bête velue . »
Par M. l'Abbé Roman , G.V.de
Qu
L'HOM M E. Ode.
UELLE eft l'ardeur qui m'anime
Et m'enlève de ces lieux ?
Sous mes pas je vois l abyme
Le chaos s'ouvre à mes yeux.
MAR S. 1774
!
Quelle horreur ! mes fens frémiflent.
J'entends les mers qui mugiffent ,
Tout difparoît , tout s'enfuit ,
L'air fe trouble ; les vents grondent ;
Les élémens fe confondent ,
Ce n'eft qu'une affreuse nuit.
Une brillante lumière
Diffipe l'obscurité .
C'eſt cette vertu première ,
Source de l'éternité .
Elle dit; & fa parole,
Plus prompte qu'un trait qui vole,
Forme ce vafte univers.
Elle ordonne ; & la Nature
Soudain compofe & melure
Ses arrangemens divers.
Cette puiffance ineffable
Fait éclore de ſes mains
Un chef- d'oeuvre inimitable:
C'eſt le père des humains.
Elle met fous fon empire
La terre & ce qui reſpire
Et , le comblant de bienfaits,
D'un feu céleste l'anime ,
Lui donne un efprit fublime
Ef l'embellit de les traits.
Av ..
10 MERCURE DE FRANCE.
·
Conduit par cette fagefle ,
Et maître de les defirs ,
Il auroit goûté fans cefle
D'inaltérables plaiſirs :
La Vérité toute nue ,
Toujours préfente & connue
Auroit éclairé lon coeur.
Ils'oublic , & fon offenſe
Lui fait perdre l'innocence
Et le foumet àl'erreur.
Et dès -lors l'Incontinence }
Effaçant les plus beaux traits ,
Introduifit la Licence
Et fit naître les Forfaits.
L'Envie , au regard perfide ;
D'un horrible fratricide ,
Montra l'exemple odieux .
L'Orgueil , marchant fur fa trace ,
Ofa porter fon audace
Jufqu'à menacer les Cieux .
Une ignorance profonde
Se forgea des dieux d'airain ;
Une impiété féconde
Aveugla l'efprit humain.
Que leur nature eſt diverſe !
L'une , cruelle & perverfe ,
A produit tous nos malheurs,
MAR S. 1774. IL
L'autre , fuperbe & ſubtile ,
Dans les nouveautés fertile ,
Fut la fource des erreurs.
Dans fes voeux toujours avide ,
L'ardente foifde régner
Excufa le Parricide
Et n'ola le condamner.
La Trahifon criminelle
Couronna le front rebelle
De puiflance revêtu ,
Et l'injufte violence
Enleva la récompenfe
Qu'on devoit à la Vertu.
Coupable avant que de naftre ,
Sa trifte postérité
Tâche de pouvoir connoître
Ce que peut la liberté.
Dans cet espoir qui l'anime ,
Pour dévoiler cet abyme ,
Il fait des efforts nouveaux ;
Mais , après la longue étude ,
Une trifte incertitude
Eft le fruit de fes travaux.
Ainfi fe trouble & s'égare
L'Homme dans les paſſions .
Il devient fombre & bizarre ,
En proie aux illuſions ;
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.

Il fe dément , il murmure ,
Il place dans la Nature
Er dans les
arrangemens
L'image de fes caprices ,
Le défordre de les vices
Et de fes déréglemens .
Son efprit fouille fans ceffe
Pour trouver la Vérité ,
Et ce defir qui le prefle
Bannit fa tranquillité.
Mais dans le fein de Dieu même
Cette Vérité fuprême
Peut feulement réfider.
L'Homme en vain cherche à la fuivre :
Il eft né pour la poursuivre
Et non pour la pofféder.
On s'arme , on ſe fortifie
Contre des penchans flatteurs :
Que peut la philofophie
Quand ils font maîtres des coeurs ?
Les maximes qu'elle étale ,
Dans fa févère morale ,
Ne lauroient nous épurer.
Ce qui nous plaît nous entraîne:
Que peut la prudence humaine
Toujours prête à s'égarer?
Il eft vrai , malgré les crimes ,
MARS. 1774. A
L'Homme porte fes regards
Aux objets les plus fublimes.
Il fait feurir les beaux arts ;
Il fait animer le cuivre ,
Et fa main faire revivre
Les Héros , les Conquérans ;
Voler jufqu'à l'empirée ,
Et de la voûte azurée
Mefurer les mouvemens.
Mais à quoi fert l'aflemblage
De tous ces talens divers ,
Si l'Homme , dans leur ufage ,
N'en devient que plus pervers
Que fert à ce politique
De favoir mettre en pratique
L'artfublime de régner,
Si le vice cſt ſon ſeul maître ;
S'il ne fait pas fe connaître ,
Encor moins fe gouverner ?
Par M. F. L. , de Mittau.
COUPLETS AN ACREONTIQUES.
AIR: Les Talens appellent les Graees.
Au printems j'aime les prairies ♪
Ea automne up riant côteau;
1+
MERCURE DE FRANCE.
Au matin les plaines fleuries ;
A midi l'ombre d'un ormeau :
Mais en moi l'amour fit éclore
Des goûts plas chers & plus conftans ;
En tout temps j'aime Eléonore ,
Sa beauté me plaît en tout temps.
Je fais gai , lorfqu'en ce bocage
Des oiſeaux j'entends le doux chant :
Je fuis gai quand fur mon viſage
Vient briller le foleil couchant ;
Mais fous ce jeune fycomore
Je fuis encor bien plus content ,
Quand ma timide Eléonore
Me fourit d'un ait innocent .
En contemplant la grange pleine ,
Le moiffonneur eſt enchanté :
En foulant les fruits de la peine ,
Le vendangeur eft tranſporté :
Je fuis bien plus joyeux encore
Lorfque , fur le déclin du jour ,
Un doux bailer d'Eléonore
Vient récompenfer mon amour.
Par Mile Coffon de la Creffonnière.
MARS. 1774
15
TRADUCTION de deux Stances tirées
du feizième chant de la Jérufalem délivrée.
REGARDEZ , EGARDEZ , difoit-il , * cette modeſte role
Qui n'ofe découvrir les appas innocens :
Elle eft moitié fermée , à peine encore écloſe ,
Et moins elle paroît , & plus elle a d'Amans.
Elle étale bientôt ſa beauté plus hardie ;
Je vois pâlir déjà ſon brillant coloris :
Ce n'eft plus , ce n'eft plus cette roſe chérie
Dont mille & mille coeurs étoient fi fort épris.
L'efpace , hélas ! trop court d'une belle journée ,
Eft celui du printems de nos rapides jours :
La Nature reprend les atours chaque année ;
Mais la fleur de notre âge a féché pour toujours?
Le beau temps de la rofe eft vers la matinée ;
Ses attraits fur le foir vont être diffipés :
Des rofes de l'Amour telle eft la deftinée :
Aimons , lorfqu'en aimant nous pouvons être al
més.
Par M. Labrouſe de Veyrazet,
Moufquetaire.
* C'est un oiſeau merveilleux qui chante ces
paroles dans les jardins enchautés du palais d'Arg
mide.
16 MERCURE DE FRANCE.
DEH EH mira , egli cantò , fpuntar la rofa
Dal verde fuo modeſta , e virginella :
Che mezo aperta amora , e mezo aſcoſa ,'
Quanto fi moftra men , tanto è più bella.
Ecco poi nudo il ſen gia baldanzola
Difpiega ; ecco poi langue , & non par quella ,
Quella non par , che defiata avanti
Fà da mille donzelle , e mille amanti.
Cofi trapaffa al trapaſſar d'un giorno
De la vita mortale il fiore , e'l verde :
Ne perche faccia indietro april riterno ,
Si rinfiora ella mai , nè fi rinverde ;
Coglia la rola in m'l matino adorno
Di quefto di , che tofto il feren perde :
Cogliam d'amor la rofa : amiamo hor , quando
Effer fi puote riamato amando.
L'AMITIÉ MALHEUREUSE.
Auu milieu d'un vallon qu'arrofe la
Seine , s'élève fans fafte & fans orgueil
un petit hameau. Quelques prés fermés
par d'agréables bofquets , l'environnent
de tous côtés . Là de fuperbes édifices ,
⚫ ouvrages de la vanité , ne fe cachent point
dans les nues ; quelques chaumières , bâ
MARS. 1774. py
ties fans ordre , en font les beautés . On
n'eft point épouvanté par le bruit affreux
de ces machines mouvantes , traînées par
d'impétueux courfiers ; le bruit que font
les troupeaux raffafiés en revenant des
gras pâturages eft le feul qu'on entend .
On ne voit point dans les rues ces pâles
fantômes , enfans de la molleffe : plufieurs
bergères leftes & volages , plufieurs ber
gers aimables fe raffemblent au lever de
l'aurore , & mènent paître en chantants
leurs troupeaux dans les prairies. Le foleil
, en fortant du fein de l'Océan , dore
cette heureufe contrée. Il fe plaît à fe ini
rer dans l'onde claire des ruiffeaux fur les
bords defquels accourent fouvent les ber
gères les plus coquettes. Pour relever
leurs grâces naturelles , elles n'ont point
avec elles cet embarras qu'on nomme
toilette ; leurs cheveux voltigent au gré
des zéphirs ; une fine toile de lin forme
leur ajuſtement ; un bouquet myſtérieux
couvre les tréfors de leur fein .
Parmi les bergères du hameau , Elmire
fe diftingue par fa beauté. Sa taille eft
petite , mais délicate ; fes cheveux font
noirs . Ils font treffés & attachés fous un
petit chapeau de fleurs . Ses yeux enfantins
& languillans infpirent la volupté.
Elmire ne connoît point encore l'amour ;
>8
MERCURE
DE
FRANCE
.
elle entre à peine dans fa quatorzième
année . Le fommeil ferme facilement fes
paupières. Elle ne voit en fonge que fes
moutons chéris . Le matin elle ouvre fans
inquiétude fes beaux yeux à la lumière
nailfante ; enfin elle fe lève & fe couche
fans poufler un foupit . Elle a toujours
coutume de conduire fes brebis au bofquer
prochain. Un jour , occupée à une
corbeille de jonc , elle ne fe doute point
de l'orage que le dieu de Cythère excite
fur fa tête : le Ciel s'obfcurcit ... Elmiré
eft tranquille . Les bergers & les bergères
retournent au village ; l'imprudente ouvrière
s'expofe au danger . Le tonnerre
s'avance en grondant . Elmire regarde...
Ses yeux fe rempliffent de pleurs . Que
fera-t-elle ? Que le hameau eft éloigné ! ...
Le bofquet eft trop obfcur pour s'y réfugier.
La foudre en fureur menace la ter
re... Que réfoudre ? Les moutons craintifs
fe fauvent fous un feuillage épais :
elle n'ofe les fuivre.... Un coup de la
tempête l'oblige enfin à porter au milieu
des ténèbres fes pas tremblans... Un inftant
après , les aboiemens des chiens viennent
frapper les oreilles . Elle penfe qu'ils
pourfuivent une bête féroce ; elle fond
déjà fur fon cher troupeau ... Les cris redoublent...
Les chiens approchent...
MARS. 1774: 19
Elmire frillonne... Deux jeunes feigneurs
avec leur fuite preffoient une biche : l'un
fe nommoit Dublois , & l'autre Aderbel;
tous deux enfans des Grâces , & tous deux
amis.Dublois lance avec une agilité inconcevable
une flèche qui perce l'animal déjà
bleffé . Il tombe , il fe roule dans fon fang,
il vient expirer aux pieds d'Elmire épouvantée.
Dublois s'élance : il rencontre la
jeune bergère ; il la prend en riant par
la
main : Pourquoi , lui dit-il , petite impru
dente , êtes - vous feule ici ? N'avez - vous
pas peur des loups ? Oui , Monfieur , répond
la bergère ; hélas ! je m'amufois à
une corbeille de jonc quand l'orage m'a
furprife . A ces mots tous les chaffeurs
arrivent ; on lui offre un afyle. Je vous
remercie; quand la pluie ceffera je retournerai
chez mon père. On fouhaite à
Elmire toutes fortes de profpérités . On
enleve la biche , & la troupe , fatisfaite
du butin , difparoît bientôt .
les
La foudre , ce jour - là , ne défola point
campagnes , & ne détruifit point l'efpérance
du laboureur ; mais l'Amour, enveloppé
d'un nuage , tira trois flèches ,
une au coeur d'Elmire , les deux autres
aux coeurs fenfibles d'Aderbel & de Dublois.
Le ciel devient tranquille ; Elmire
eft troublée. Elle ne foupçonne point le
20 MERCURE
DE FRANCE .
fils de Vénus ; elle ignore jufqu'où va fa
méchanceté. Elle artribue fon agitation à
l'arrivée fubite d'une troupe nombreuſe .
En rééchiffant fur les charmes de Dublois
elle entre au village ; elle va droit à
la maifon paternelle , en pouffant le premier
foupir. Ses parens mêlent à leurs
juftes reproches les larmes de la plus vive
tendrelle . Elmire , après un repas frugal ,
fe couche; & le fommeil fecoue plus tard
qu'à l'ordina're fur fes beaux yeux fes
pavots enchanteurs . Un fonge la conduit
avec fes moutons vers cet endroit qu'elle
aime encore davantage. A fon réveil elle
eft confuſe ; brûlant déjà d'un feu fecret ;
elle defcend avec fes brebis dans les gras
pâturages. Laiffons quelque temps Elmire
rêver à fon aventure , & revenons aux jeunes
feigneurs .
. Dublois fermoit tous les jours difficilement
fes paupières. Notre imagination
nous peint confufément pendant la nuit
les objets qui nous ont frappés ; auffi Dublois
fe voyoit-il au milieu d'une forêt ,
chaffant un jeune cerf fugitif. Un fonge
favorable offroit à fes regards la belle Elmire
Dublois s'entretenoit avec elle
quand l'ombre s'échappoit ; quand il s'éveilloit
où êtes - vous , s'écrioit - il , ma
bergère , où êtes - vous ?
:
MAR S. 1774. 21
Cependant Aderbel , le malheureux
Aderbel traînoit par tout la flèche empoifonnée.
Son château étoit à une lieue
de celui de Dublois. Ces deux jeunes feigneurs
, de même âge , étoient unis par
les liens de la plus étroite amitié. Dublois
ne peut vivre fans avoir à fes côtés
fon cher Aderbel ; Aderbel , féparé de
Dublois , ne paffe que de triftes momens.
Ils faivent à l'envi les mouvemens d'une
mutuelle complaifance . L'un propofe une
partie de challe , l'autre court en ordonnet
les apprêts . Aderbel , à fon tour , dépeint
à Dublois le plaifir innocent de la
pêche, Dublois fourit; & bientôt, de deffus
le rivage d'une rivière argentée , ils
tendent des piéges inévitables aux habitans
des eaux. Si l'un s'abandonne au
chagrin , l'autre le partage avec lui , le
confole , & diffipe infenfiblement le nuage
répandu fur fon front . Dublois ouvre
fon coeur à fon ami : Aderbel le paie de
-retour ; ils couloient enfin , loin du tumulte
des Cours , loin du fracas des armes
, des jours heureux au fein de l'hé
ritage de leurs refpectables ancêtres,
Douce amitié , lien précieux de la fociété
, heureux les deux mortels qui goû
tent le bonheur de te connoître !
22 MERCURE DE FRANCE.
Après la journée funefte où l'Amour
remporta trois victoires , Aderbel fatigué
s'arrache aux tendres embraflemens de
Dublois. Diffimulant fa mélancolie , il
retourne à fon château. Par- tout où il
porte fes pas errans , il fent la douleur
que lui caufe fa bleſſure . Il n'eſt plus occupé
que de l'objet que les yeux ont rencontré
dans le bofquet. L'ennui dévorant
le fuit par- tout. Il peut aifément l'exiler,
en contemplant les beautés qui l'entou
rent fans ceffe; il poffède des appartemens
magnifiques , il y cherche , mais en vain,
la bergère digne de les habiter. Il a des
jardins dont l'ordre , la régularité & les
ornemens méritent l'admiration des curieux
; il s'y promène feul , fans Elmire
quel fupplice ! .... Il a lieu de choisir à
fon gré , des fleurs & d'en refpirer les
odeurs agréables qu'il en cueilleroit volontiers,
pour lui faire une guirlande ou
pour en parfumer fes beaux cheveux ,
La chaffe & la pêche n'ont plus d'attraits
pour lui . I méprife tous plaifirs ;
il n'afpire qu'à celui de revoir Elmire.
L'amitié , l'amitié même ne réclame plus
fes droits ; Aderbel ne vole plus vers Dublois
; l'amoureux Dublois oublie Aderbel.
Celui-ci craint à chaque inftant l'ar
MARS. 1774 23
rivée fubite de fon ami ; l'autre n'a pas
moins d'inquiétude . Quelqu'un paroît ;
Aderbel s'imagine appercevoir Dublois ,
Au moindre bruit , Dublois croit enten,
dre Aderbel .
Amour , cruel Amour , jufqu'à quand
te plairas tu à nous rendre malheureux ?
Deux mortels vivoient enfemble : au fein
de l'abondance & de la félicité , ils oublioient
le refte des hommes ; tu formes
fur leurs têtes un orage affreux , & , dirigeant
la tempête , tu perces le nuage : ils
font bleffés ; tu fouris , barbare ; le deffein
médité contr'eux va donc s'accomplir !
A
Aderbel , ne pouvant diffiper l'ennui
qui l'accable , ne pouvant étouffer la pal
fion qui le maîtrife depuis long temps ,
prend une plume & trace ces lignes en
Toupirant,
Aderbel à Dublois.
Il faut donc que je fois réduit à t'écrire
que je pars & ne te reverrai que dans fix
mois? Des affaires confidérables m'appellent
auprès de mon oncle dangereufe
ment malade . A la douleur que me caufe
cette triste nouvelle , le Ciel ajoute encore
celle de la féparation . Ne m'accufe
point d'ingratitude ; hélas ! le temps ne
£ 4 MERCURE DE FRANCE.
n'a pas permis d'aller te dire adieu; à
peine ai -je eu celui de jeter ces mots , fans
ordre , fur le papier. Adieu , je te porte
dans mon coeur , je fuis jufqu'à la mort
ton ami.
ADER BEL .
Après avoir relu cette lettre , qu'il
mouille de fes pleurs , il la ferme fous
l'empreinte d'un cachet où font gravées
des larmes. Il va trouver Coutras , à qui
le foin de fes affaires eft confié . Je vous
prie , lui dit - il , d'envoyer cette lettre à
Dublois , & d'être prêt à me fuivre demain
juſqu'au bois prochain . Coutras
promet de tout exécuter. Le foleil , fortant
du fein de Thétis , n'eut pas plutôt
doré les côteaux rians , qu'Aderbel &
Coutras defcendirent dans les plaines . Le
jeune feigneur déclare fon deffein à fon
confident , exige un éternel fecret , & lui
dépeint avec enthoufiafme les appas de
fa bergère. Il l'inftruit de la manière dont
il doit fe comporter pendant fon abfence.
Le voyageur a pour tout ajuftement une
vefte de lin à laquelle eft fufpendu un
flageolet; fes cheveux treffés font attachés
fous un petit chapeau blanc . Il embraffe
Coutras , implore l'Amour & s'enfonce
dans l'obfcurité. Les oifeaux font reten
MAR S. 1774. 25
tir les cieux de leurs agréables concerts.
Ils rendent en s'éveillant leur hommage
à l'Auteur de la Nature . Les gras troupeaux
mugiffent dans les campagnes ; le
laboureur , fuivi d'une troupe de moiffonneurs,
va couper les blonds épis . Aderbel
, de fon côté , s'avance à grands pas
vers le village qui ſe préſente à ſes yeux .
Ce hameau eft fitué fur le penchant d'une
fertile colline, à trois lieues de fon château .
Aderbel arrive enfin , & cherche fortune .
Damon , maître de troupeaux nom-
-breux , lui procure un afyle . Damon lui
confie le lendemain cinquante moutons ,
lui met lui- même la houlette à la main .
Aderbel change fon nom pour celui de
Lycas . Il mène , à l'aide de fon chien ,
fes brebis dans les pâturages , au milieu
des bergers & des bergères . Son oeil avide
·obſerve tout. Il cherche Elmire... Il ne
la rencontre point ; cependant Life maligne
fourit doucement au grâces du jeune
feigneur. Lycas répond avec févérité. Glycère
laiffe à deffein tomber fon bouquer ;
le berger rêveur le foule impitoyablement
aux pieds , & s'écarte en dirigeant
fa marche vers les lieux ifolés . Là , curieux
, il va , revient pendant tout le jour,
fans aucun fuccès. Le lendemain , le jour
fuivant, il n'eſt pas plus heureux . Le qua-
B
25 MERCURE
DE FRANCE.
trième enfin, couché fans efpérance adprès
de fon chien , il s'exprime ainfi : Déjà
trois fois le foleil a paru fur l'horizon , &
s'eft caché derrière les hautes montagnes ;
& je n'ai point encore ici trouvé le moindre
foulagement . Le printems fuccède à
l'hiver ; les plaifirs fuyent loin de moi ;
la tourterelle palle d'agréables momens
auprès de la compagne : je fuis feul ici !
Otói , qui dois mettre fin à mon tourment
, es tu donc perdue pour moi ? Il
dit ... & fait foupirer fon flageolet , Il
déplora pendant un mois fa trifte deftinée.
Un jour Lycas, à fon ordinaire , la houlette
à la main , les cheveux négligés , alloit
çà & là. Une jeune bergère frappe
foudain fa vue. Ses moutons broutoient
l'herbe ; elle prodiguoit à fon agneau favori
fes careffes innocentes. Lycas s'approche
doucement ; il reconnoît avec
tranfport la bergère que les voeux hâtoient
depuis long- temps . Le bofquet prochain
l'invite à profiter d'une retraite favorable;
il faifit l'avantage , il attend , il defire en
filence. A quelque diſtance d'Elmire un
raiffeau paisible roule fans art & fans bruit
fon onde argentée . Elmire raffemble à la
fontaine fes moutons altérés . Ils boivent
à longs traits cette liqueur pure. La berMARS.
1774. 27
gère , manquant de coupe , en prend dans
le creux de fa main , en avale un peu , &
jerte le tefte fur fon fein brûlant. Son
agneau favori , baiflant la tête pour étancher
fa foif, remarque , dans le miroir
uni des eaux , un agneau tout femblable
à lui. Il badine avec lui ; il approche pour
le toucher , mais ne rencontre que l'onde
fraîche & fugitive. Il bondit fur les bords.
Séduit par fon image trompeufe, il s'élance
& tombe au milieu du ruiffeau . Elmire
, témoin de ce badinage , ne peut retenir
les ris enfantins. Lycas partage fa joie.
Il exprime enfuite fon doux martyre fur fon
flageoler. Tout eft dans l'étonnement. Les
zéphirs retiennent leurs haleines. Les arbres
applaudiffent en inclinant leur tête
en cadence. Les oifeaux fur les branches
prêtent une oreille attentive. Les échos
fensibles répètent les fons plaintifs . Les
moutons s'arrêtent avec furprife; ils fe regardent
en filence. Le coeur d'Elmire s'intérelle
; elle s'avance fans le vouloir
femblable à l'acier qui fuit l'aiman qui
l'entraîne . Elle fent un defir fecret de
connoître l'auteur d'un fi beau langage .
Hélas ! difoit - elle , fi le jeune feigneur
que j'ai vu pendant l'orage, & que j'aime,
étoit celui qui fredonne ainfi , que je fe-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
rois contente ! Elmire ne penfoit plus
qu'à Dublois ; l'Amour avoit imprimé
dans fon imagination les charmes de fa
jeuneffe. Elle croyoit les appercevoir dans
tous les ruiffeaux qu'elle confultoit fur les
fiens. La nuit n'avoit pas plutôt étenda
fes fombres voiles fur les hameaux & fur
les villes , que le dieu de Cythère enfantoit
à fes yeux le fpectacle le plus raviffant.
Dublois , aufli beau que les Grâces
couronnées de fleurs champêtres , ſe jetoit
à fes pieds ; Elmire le relevoit en
fouriant. Dublois lui voloit un baiſer , la
bergère innocente lui en rendoit deux .
Lycas fait retentir toujours fon inftrument
; Elmire ne fe laffe point de l'entendre.
Le berger timide n'ofa parler ce
jour-là.
Le lendemain , plein de confiance , il fe
rend dans la plaine . Elmire , engagée par
le fouvenir de la mufique harmonieuſe
arrive dans le même endroit . Lycas s'of
fre à fes regards ; elle rougit ; elle baiſſe
les yeux ; elle ordonne à fon chien de ne
fouffrir fes brebis fe mêlent avec que
celle de l'étranger. L'animal défobéit ;
elle veut elle - même exécuter fes ordres ;
fes moutons ne l'écoutent point ; elle les
bat , & c'étoit pour la première fois . Lypas
MARS. 1774. 29
cas enhardi s'avance : pourquoi , charmante
bergère , frappez-vous votre troupeau
? Auroit-il pu vous déplaire ? Vous
ferois-je , dans cette circonftance , de quel
que utilité ? Recevez mes fervices , permettez
moi de m'entretenir avec vous ;
Lycas eft mon nom ; je demeure au village
prochain. Votre troupeau eft bien
plus nombreux que le mien : vous trouverez
ailleurs une plus belle compagnie.
Quoi ! parmi nous y auroit-il donc différence
de conditions ? Je n'en fais rien :
fouffrez que je m'éloigne de vous ; car fi
les autres bergères me furprenoient ici
vite elles iroient dire à mon père que j'ai
un amant. Ne craignez rien : chaque bergère
a fon berger. Voulez- vous que je fois
le vôtre ? -Vous avez cinquante moutons
; je n'en ai que douze : quelle difproportion
! Vous feriez férieufement le berger
d'une auffi petite bergère ; vous vous
abaifferiez jufques - là ! vous n'y pensez
pas . Retirons - nous à l'écart : il me femble
entrevoir quelqu'un . Oui , le plus riche
feigneur quitteroit tout pour vous
fuivre ; il renonceroit à toutes prétentions
pour venir vous plaire . Quoi ! des feigneurs
fortiroient de leurs beaux châteaux
Four s'amufer à des corbeilles de jonc ?-
Affurément. Sachez , bergère , que les ri-
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
---
cheffes ont avec elles le dégoût . Souvent
les Princes quittent la table la plus délicate
& la plus fomptueufe , pour s'affeoir
à la table fimple & frugale de l'heureux
habitant de la campagne ; fouvent même
le Monarque fe dépouille des marques de
fa grandeur & du poids accablant de la
coutonne ; il va dans la chaumière du la.
boureur pour y trouver le repos qui fuit
le lit enchanteur de la molleffe. Que l'on
parle bien , Lycas , dans votre hameau!
Je n'entends tien à votre langage . Elevée à
mon village , je fais appeler mes brebis
par leur nom , je fais quelques chanfon-.
hettes , & c'eft tout . Un berger beau &
bienfait vous les aura fans doute appriſes.
-Non c'eft de ma mère que je les tiens;
elle les chante toujours pendant les veillées,
& j'en ai retenu quelques unes, elle
m'a fur - tout répété bien des fois celle
qui dit qu'il ne faut point écouter les
bergers , parce qu'ils font trompeurs. Je
fuis étonnée pourquoi ma mère l'aime
tant ; pour moi je la détefte , & il ne m'a
jamais été poffible d'en retenir deux mots;
l'air en eft i vilain qu'il rebute au premier
abord. Mais... je caufe trop avec
vous : la chanfon me le défend. Répondez
moi de bonne foi , êtes - vous flatteur ?
-Non : j'ai en horreur la flatterie . — Je
:

"
MARS. 1774 : 31/2
veux bien que vous gardiez les moutons
avec moi ; car j'ai grand peur du loup, &,
s'il furvient , coupez- lui une bonne fois
la têre, afin qu'il ne m'effraie plus,
-
Ils s'entretenoient ainfi tandis que
Dus
blois gémiffoit fous le poids de fes fers,
Il avoit reçu la lettre d'Aderbel . D'un
côté il étoit inconfolable , de l'autre il
étoit amoureux . L'idée d'Elmire étoit
celle qui l'attachoit le plus. Encore , s'écrioit
-il quelquefois , fi je faveis ton
nom , ma bergère , je le tracerois fur les
fleurs avec le mien ; je les confierois tous
deux aux zéphirs ; ils les porteroient juf
qu'à toi fur leurs aîles . Il s'efforça mille
fois d'éteindre la datome qui l'embrafoitz
plus il la comprime , plus elle eft furieuſe
quand elle commence à reprendre fon
ancien empire. Dublois , après s'être op.
pofé à fes fréquentes attaques , fans efpés
rance de la vaincre jamais , mit bas les
armes, & s'aveua vaincu. Confeillé. par
fa paffion , il fe fouftrait à fa fuite ; il def
cend dans les campagnes , & court avec
précipitation droit au bofquer où la bergère
, pendant la tempête , parur pour la
première fois à fa vue. Il s'enfonce dans
l'obscurité. Caché fous un feuillage épais ,
il reconnoît dans les pâturages les mou«
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
1 tons d'Elmire , & plus loin Elmire elle
même affife fur le gazon . La joie fufpend
tous fes fens ; mais , hélas ! la jaloufie
l'empoifonne bientôt . Un berger étoit
auprès d'Elmire . Ils fe jettent des fleurs.
Il s'arrachent des bouquets . Lycas vole de
temps en temps quelques baifers , & Elmire
les fouffre . Dublois conçoit de la
haine contre le berger qui lui ravit toute
efpérance. Il fe livre aux mouvemens
d'une noire jaloufie. Il détefte le berger ,
& n'en aime pas moins Elmire. Sa douleur
l'accable. La chaleur du foleil oblige
les hommes à fe réfugier à l'ombrage.
Dublois , couché fous un chêne dont les
branches entrelacées imitent un berceau ,
ferme les paupières & s'endort . Elmire
vole vers le bofquet pour y choisir une
retraite , où le foleil ne darde point fes
rayons. Lycas veut auffi goûter le repos
à côté d'elle. La bergère , n'ofant fe fier à
lui , lui défend de la fuivre ,fous la punition
la plus terrible pour un amant. Elle
entrevoit bientôt , à travers les feuilles
tranſparentes , un jeune homme endormi .
Toute fille eft curieufe : Elmire l'étoit
auffi . Elle approche en levant légèrement ,
le pied ; elle craint d'agiter les feuilles
indifcrètes ; elle retient fon haleine ; elle
MARS. 1774 . 33.
regarde... C'étoit fon cher Dublois. Ce
jeune feigneur , d'une rare beauté , fommeilloit
dans les bras de Morphée. Diane
l'eût pris pour l'Amour égaré , tant il étoit
charmant! Ses mains fe ferrent de joie ;
elle étend les bras pour l'embraffer ; elle
a peur de troubler fon repos. Hélas ! difoit
elle en elle même : fi je l'éveille , il
fe fâchera ; fi je le laiffe ici , le loup le
mangera : ce feroit bien dommage . Dublois
fut témoin , pendant fon fommeil ,
du bonheur de Lycas . Il fe réveille en
fureur : oui , dit il en ouvrant les yeux ,
oui, tu péritas. Elmire croit entendre l'arrêt
de fa mort. Elle prend la fuite ; Dublois
la pourſuit & l'atteint. Elle fe jette
à fes pieds : pardonnez -moi , Monfieur ;
je ne voulois vous faire aucun mal. Dublois
la relève en foutiant : Raffurezvous
; c'est moi qui vous ai parlé , quand
une biche percée de coups expira près de
vous. Je viens vous offrir mes fervices :
ne vous offenfez point de ma déclaration ;
vous avez bleffé mon coeur ; il ne m'appartient
plus , il est tout à vous ; c'est moi
qui dois plutôt embraffer vos genoux . Il
prononce ces paroles avec paffion . Ses
yeux font enflammés ; ils font attachés
fur ceux de la bergère tremblante . Peut-
BV
34
MERCURE DE FRANCE.
être , hélas ! continua- t-il , un autre auroit-
il fu vous plaire ? Non , Monſieur :
tous les foupirs des bergers ne me touchent
point. Prenez donc pitié de mon
tourment. Prénez garde , Monfieur : un
berger fait paître les moutons ; il n'eft pas
loin d'ici ; s'il furvenoit , je ferois perdue .
Elle tâchoit , à ces mots , de fe débarrafferd'entre
les bras de Dublois . Promettezmoi
donc , charmant objet , que vous
conduirez votre troupeau dans les prairies
voifines. Je fais plus , Monfieur: je vous
le jure. Dublois l'embraffe avec vivacité;
Elmire s'échappe en pouffant un cri attendriffant.
Lycas lui demande avec inquiétude
le fujet de cette rougeur répandue
fur fes joues. Hélas ! dic Elaire refpirant
à peine , j'ai vu , mon cher Lycas
un gros loup... Je frillonne... Mes moutons
font en danger . Adieu : je me fauve
bien vîte au hameau. Elle dir , elle appelle
fon chien & fes moutons, & la troupe
craintive court au village.
Le lendemain chacun revient à fa place
; Lycas , aux pâturages ; Elmire , au
même endroit ; Dublois , au bolquet favorable.
Quel eft l'étonnement de ce der
nier , de lire fur l'écorce du chêne aux
pieds duquel il s'étoit repofé la veille, le
MARS. 1774. 35
fe
nom d'Elmire & celui de Lycas ! I fe
trouble ; il frémit ; il déchire de fes propres
mains les lettres odieufes qui forment
le nom d'un berger encore plus
odieux. Il ne doute plus de fon malheur;
il ne refpite plus que la vengeance ; il
imagine mille deffeins. L'Amour les détruit
tous , & ne lui infpire que celui de
venger de fon rival. Il a horreur de
cette pensée. Il eft trop humain pour exécuter
jamais cet infame projet. On le
préfère à un vil berger ; la rage s'empare
de fon coeur. Il confulte encore l'Amour,
qui lui crie pour toute réponſe : poignarde
Lycas. Il s'accoutume infenfiblement
à cette affteufe idée. Il le découvre de
Join dans la plaine ; il eſt prêt à s'élancer
fur lai ; il n'a point d'armes , il s'arrète .
Lycas , affis auprès de fa bergère , fait retentit
fon flageolet . Il exprime , il déclare
enfuite fa paffion à la fenfible Elmire.
Elle avoit engagé fon coeur ; elle eft
fourde à la voix de fon amant , elle brûle,
mais ce n'eft point pour un berger. Lycas
redouble fes prières ; les larmes du de fit
coulent de fes yeux . Un feul foupir de
Doblois eût attendri la bergère ; les fanglots
de Lycas n'ont aucun fuccès . Une
karme du jeune feigneur eût défarmé la
B vj
36 MERCURE
DE FRANCE
.
pudeur d'Elmire ; Lycas verfe un torrent
de larmes inutiles ; Lycas enflammé veut
faire violence à la bergère , qui , pour fe
délivrer du péril , donne un rendez - vous
pour le jour fuivant fous l'arbre fur l'écorce
duquel il avoit gravé fon nom . Dublois
, témoin de l'outrage , fort furieux
de fon afyle . Le coupable prend la fuite ;
Dublois eft feul avec Elmire . Ill'invite à
venir profiter avec lui de l'ombrage . La
bergère s'en défend ; fa réfiftance irrite
fon cher Dublois : elle le remarque , elle
obéit. Vous me préférez donc , lui ditil
alors , un vil berger ? Je vous ai livrée
mon coeur ; vous m'avez promis le
vôtre , & vous êtes infidelle ! Pourquoi
me faites - vous , Monfieur , de fi cruels
reproches ? Allez , vous ne m'aimez pas
tant que je vous aime ; je le comprends
à votre difcours . Quoi ! je ferois aflez
heureux? Qu'ai je entendu ? .. Mon bonheur
furpaffera bientôt celui des Dieux !
Répondez à mes feux , belle Elmire
i
brûlons tous deux de cette flamme qui
me confume. Que voulez vous de moi ,
Monfieur ? Quel bruit ! .. Laiffez - moi...
Lycas va paroître ! Venez donc demain ,
belle Elmire , fous cet arbre , avant le lever
du foleil : je vous y devancerai , je
MARS. 1774.
37
vous prouverai jufqu'où va ma paffion .
Elmire promit tout , fans fonger qu'elle
avoit déjà donné un rendez vous ; deux
baifers font les garans de fon ferment .
Elmire , en fautant de joie , retourne au
village : Lycas , rempli d'efpoir, porte fes
pas au hameau ; Dublois , foupçonneux ,
monte à fon château . Le noir Chagrin lui
en ouvre les portes.
A peine l'Aurore eut-elle annoncé le lever
du Soleil , que la Vengeance & la Jaloufie
arment d'un poignard la main de
Dublois. Il defcend dans les prairies. La
Nature languit avec lui ; l'herbe eft defféchée
; les lis ant perdu leur éclar. Il n'éprouve
point les mouvemens de l'amour
mais ceux de l'horreur. Il voit s'élever 2
fes côtés un fantôme tout dégouttant de
fang . I friffonne... frémit . Arrivé
dans le bois ténébreux , il attend la lumière
du jour. Les oifeaux ne rempliffoient
point encore les cieux de leurs
harmonieux concerts . Un morne filence
règnoit par tout ; les Mortels languiffoient
encore dans les bras du repos , l'Amour
, la Jaloufie & la Vengeance veil
loient fur la terre .
Lycas , de meilleure heure qu'à l'or- '
dinaire , fortit du hameau. Il vole vers le
38 MERCURE
DE FRANCE.
chêne fous lequel il doit goûter le bonheur
d'être aimé. Il trace quelque mots
fur l'écorce. Il s'éloigne pour aller audevant
d'Elmire . Dublois approche & lit
ces mots : « Arbre fortuné , fois le témoin
des plaifirs deLycas &de fa bergère . » La
foudre éclatant aux pieds de Dublois ,
ne l'eût pas plus épouvanté que ce terrible
fecret . Il pâlit ; il ne fe pofsède plus ;
il s'élance fur les pas de fon rival ; il l'atteint
, & , d'un bras furieux , il lui plonge'
le fer dans les flancs. Lycas tombe & fe
roule dans fon fang. Dablois , s'écrie -t-il ,
mon cher Dublois , où m'a réduit ma paffion
! L'affaflin écoute en tremblant ces
dernières paroles . Le foleil éclaire le crime
; Dublois regarde... Ce n'eft plus un
rival ; ce n'eft plus un berger ; ce n'eft
plus Lycas : c'est l'ami le plus cher à Dablois
. Grand Dieu ! c'eft Aderbel qui nage
dans fon fang ; c'eft Aderbel qui meurt'
en lui tendant les bras. Il expire . Dablois
fe précipite fur fon fein palpitant . Il retire
le poignard fumant & l'enfonce dans
fa poitrine. Leur fang fe mêle. Dublois
embraffe Aderbel ; il attache fes lèvres
mourantes fur fa bouche glacée .
Elmire cependant fouloit avec fes
moutons l'herbe tendre. Les fleurs naiſ-
A
MARS. 1774. 39
fent fous les pas . Elle s'arrête à l'entrée
du bofquet ; elle a promis ; elle a juré ;
elle ne peut le réfoudre à violer fon ferment.
L'innocence , l'amour , la nature ,
& la curiofité l'attirent & l'appellent.
Tandis qu'elle flotte entre les defirs & la
crainte , les accens plaintifs d'une voix
mourante frappent foudain fes oreilles ....
Elle penche la tête en levant les mains
au Ciel ; elle écoute attentivement . Hélas
! difoit -elle en elle - même , peut être
Dublois fe plaint- il de ma lenteur en fou.
pirant ; peut - être , hélas ! quelque bête
féroce l'a t- elle terraffé . Dublois , je vole
à ton fecours ; elle entre : l'Amour l'enflamme
de courage . Tout fe tair ; l'herbe
efl teinte de fang. Elmire eft faifie d'horreer.
La terre femble s'échapper . Elle
croit voir des aby mes affreux s'entrouvrir.
Elle apperçoit deux hommes qui fe tiennent
embraffés , l'un eft fans vie , l'autre
rend les derniers foupirs. Elle avance en
détournant les yeux . Elle fuit la trace enfanglantée
. Elle fixe un inftant les yeux .
Lycas eft pâle & défait. Dublois ouvre
les paupières qu'il referme aufli tôt . Elmire
ne fe connoît plus ; les facultés de
fon ame demeurent fufpendues . Un torrent
de pleurs fe répand dans fon fein.
40 MERCURE DE FRANCE .
Elle tombe fur les cadavres de deux amis
malheureux .
L'Amour inftruit bientôt la Renommée
de ce défaftre affreux . Le bruit en
retentit dans les hameaux & dans les villes
. On accourt de tous côtés ; on emporte
chez fes parens Elmire évanouie .
Tous les chemins font jonchés de branches
de cyprès. On enlève les deux jeunes
Seigneurs . L'Amour les avoit féparés pour
quelque temps ; la Mort les réunit pour
toujours dans le même tombeau.
Par M. Chaperon.
VERS à Madame V **
*
› par M. d'H..
âgé de 18 ans , qui confacre les prémices
defes talens à la reconnoiffance.
MÉCÈNE bienfaisant d'une Muſe volage
Dont tu vis naître les talens ,
Daigne aujourd'hui fourite à fon hommage
Et prêter l'oreille à fes chants .
Tes bienfaits m'ont forcé dès ma plus tendre enfance
A confacrer à la reconnoiffance
Les prémices de mon encens :
Peux-tu me refufer un regard d'indulgenee
MARS. 1774. 4M
A préfent que l'adolefcence
Me fait former de plus mâles accens ?
Je voudrois en ce jour , malgré ta modeftie ,
De tes bienfaits crayonner le tableau ;
Mais que d'objets s'offrent à mon pinceau!
Je te dois tour , hormis la vie :
C'est toi dont les loins généreux
'Ont étayé ma foible enfance ,
Et de principes vertueux
Ont nourri ma raiſon même dès fa naiſſance.
Semblable au Dieu dont les rayons ,
Par leur falutaire influence ,
D'un feu vivifiant animent la femence
Et fertilifent les fillons:
De mes ans à peine à l'aurore ,
Tes regards féconds , indulgens
Surent créer & faire éclorre
Le germe heureux de mes talens.
Mais quand des erreurs de l'enfance
La tardive raifon déchirant le bandeau ,
A mes yeux dévoilés fit briller fon flambeau ,
On vit croître ton zèle avec ta bienfaiſance,
Tu m'appris à fuivre tes pas
Dans le fentier de la justice ;
Tu m'inftruifis dans les combats
Que je foutins contre l'effort du vice.
Inépuisable en tes bienfaits ,
Surton front de la vertu même ,
Sans le favoir , tu me montras les traits

4.2 MERCURE DE FRANCE.
J'y reconnus fes céleſtes attraits ,
Sa douceur , fa nobleſle & ſa beauté fuprême ;
Tes moeurs m'appritent à l'aimer ;
Je la connus par tes maximes ;
Spas tɔi j'appris à l'exercer.
Combien de fois , par tes leçons fublimes ,
J'ai fenti mon coeur exalté ,
Dans les tranfports te prenant pour longuide,
Planer comme une aigle rapide
Au-defus des erreurs du vulgaire inſenſé !
Dans CCS momens d'une flatteule ivrefle
Jecroyois voir en toi cette lage déeffe ,
Qui, par la bouche du Menor,
Au fils d'Ulyffe enfeignoit la fagefle ,
Ou le fage & prudent Neſtor.
Alors , ô doux moment d'une volupté pure
Que mon coeur chérit trop pourjamais l'oublier !
De tes nombreux bienfaits tu comblas la melure ,
Du nom de ton ami tu daignas m'honorer.
Vous en futes témoins , aftres dont l'influence
Répand fur l'Univers les ombres , le filence ;
Soyez-le donc encor du ferment folennel
Que je prononce aujourd'hui fur l'autel
Du Dieu de la Reconnoillance.
Jejure par toi -même , & j'atteſte les Cieux
De mériter un jour ce titre précieux ;
Si jamais à ce voeu je devenois parjure ,
Puifle le Ciel yengeur , & toute la Nature ,
Sur mon front criminel épuifer leur couroux !
MARS. 1774. 43

Mais d'un fi cruel fort je ne crains pas les coups.
Tes bienfaits , en lettres de flamme ,
Demeureront toujours imprimés dans mon ame
Comme ton nom l'eft dans mon coeur,
J'en chérirai le fouvenir flatteur ,
Et depuis le moment où , fur fon char d'albâtre ,
L'Aurore à l'Univers ramenera le jour ,
Jufqu'an moment où , d'un crêpe grisâtie ,
La fombre nuit , des cieux drappera le contour ,
Dans un cantique à la Reconnoiffance ,
Ma voix rendra faus teffe hommage à tes bienfaits.
Trop heureux fi le Ciel , exauçant mes ſouhaits ,
Daigne un jour , mieux que moi , payer ta bienfaifance
!
Madame la D. de la V** ayant confervé
toutes les grâces de la jeuneſſe , dans un
age où la plupart des autres femmes les
ont perdues , un de fes admirateurs lui
a envoyé, le jour de la nouvelle année ,
les vers fuivans , avec une taffe de porce.
laine.
VA, de ma part , à la V ** ,
Offrir , me dit le Dieu d'Amour,
44 MERCURE DE FRANCE.
Cette coupe que l'autre jour
Je pris au buffet de ma mère .
Elle lui fervoit à puiſer
L'onde immortelle de Jouvence!
Le cours des ans n'en peut ufer
La douce & puiffante influence.
Grand merci de votre bonté ,
Dis- je lors au Dieu de Cythère
Il ne manquoit à la V ** ,
Que d'avoir l'immortalité.
LE FLEUVE & LE RUISSEAU ,
Fable.
Un jour un Fleuve audacieux
N
Qui , du fommet des Pyrénées ,
Rouloit fes flots impétueux
Dans les Mers Méditerranées ,
Difoit à l'imprudent Ruiſſeau
Qui de le fuivre avoit eu la manie :
Ton fort , faquin , n'eft il pas affez beau
D'être en fi bonne compagnie ?
MAR S. 1774.
45
Ah ! dans les prés qui m'ont vu naître,
Je ferpentois entre des fleurs
Avant de vous connoître ;
Je vous rencontre ; & voilà mes malheurs:
Vous m'entraînez dans un abyme.
C'eft-là fouvent tout ce que vaut l'eftime
Et l'amitié des grands Seigneurs .
Par M. Landrin.
A Madame la Marquife D ***
DESES fublimens accens d'Homère
Le Dieu du Pinde étant jaloux ,
Il le priva de la lumière
Dans un accès de fon courroux .
Dèt qu'il vous vit , Sapho , vous deviez lui déplaire;
Auffi fit-il tomber fur vous
Le même trait de la colère .
Honteux pourtant du mal qu'il venoit de vous
faire ,
Il voulut l'adoucir ; & , pour réparer tout ,
46 MERCURE
DE FRANCE
.
Il vous donna pour fecrétaires
Les Mufes , les Grâces légères ,
Et pour guide le Goût.
Par M. le Comte d'Albon.
EPITRE DE DIDON A ENÉE.
Traduction libre d'Ovide.
LELE Cigne qui lutte contre la mort fait
retentir les rives fleuries du Méandre d'un
chant plaintif & languiffant . Son dernier
foupir eft encore un fon harmonieux.
C'est ainsi que je gémis , accablée fous le
poids du Sott. L'efpérance a fui loin de
moi. Mes larmes , mes prières feront fans
doute inutiles. Mais , hélas ! qu'ai- je encore
à ménager ? Innocence , pudeur , réputation
; j'ai tout perdu . Il ne me reſte
plus qu'à mourir.
C'en eft donc fait : cruel Enée , tu veux
m'abandonner. Les tours fuperbes de Carthage
, un royaume difpofé à fleurir fous
tes loix , rien ne peut ébranler ta réfolution.
Tu fuis dans des climats étrangers
pour y fonder un nouvel empire. Les dan
gers ne t'effraient point , pourvu que tu
MARS. 1774. 47
puifles fuir l'infortunée Didon . Eft - il
un Souverain affez généreux pour partager
fes Etats avec un peuple errant
& fugitif ? Efpères - tu trouver encore
une nouvelle victime de ton inconftance
& de ta perfidie ? Eft- il fur la terre une
feconde Didon ? Une Reine étrangère
mettra- t- elle fa couronne à tes pieds ? Un
peuple immenfe fe rangera til fous tes
loix ? Pour faciliter tes deffeins , où trou
ver une époufe auffi tendre , auffi fenfible
que la Reine de Carthage ? Le feu de l'amour
me confume. Furieufe & défefpétée
, je m'efforce en vain d'arracher de
mon coeur le trait qui le déchire : Fimage
d'Enée me pourfuit fans ceffe . Je ne
refpire que pour lui , & l'ingrat fe rit de
mes malheurs. Non , je ne puis le haïr.
Ton infidélité attife le feu qui me dé-
- vore.
O puiffante Vénus ! plains- moi , plains
une Reine malheureufe que ton fils a
trahi. Amour , amollis , s'il eft poffible ,
le coeur de ton infenfible frère. Qu'il partage
tous les feux que tu as allumés dans
mon fein. Oui , je l'avoue ; je l'aimai la
première : eh bien ! qu'il foit tendre &
fenfible; je puis encore l'aimer avec fureur.
Que dis-je? Non, tu n'es pas le fils
48 MERCURE DE FRANCE.
de la mère des Amours . Le monftre le
plus féroce t'engendra parmi les rochers ,
& la Mer en furie t'a vomi fur fes bords .
Ah ! fi les reproches les plus tendres ,
fi les larmes d'une amante ne peuvent
t'attendrir , ne fois pas infenfible à ton
propre intérêt. Vois les vagues de la Mer
irritée fe brifer avec fracas contre les rochers.
Entends les vents mugir & fe déchaîner
contre les flots . Frémis , malheureux
: il eft des Dieux vengeurs . Ne t'abandonne
pas à la fureur d'une Mer
dont tu as tant de fois éprouvé l'inconftance.
Vénus naquit du fein des Ondes ;
n'en doute point , elle vengera une
amante offenfée . Je vois déjà ton vailleau
en proie à la rage des Aquilons . Tous
les Elémens furieux s'armeront contre un
perfide. Alors le fouvenir de Didon que
tu as outragée , fera naître dans ton coeur
les cruels remords. Mon image pâle &
fanglante s'offrira devant toi . Tu frémi
ras d'horreur; les abymes de la Mer s'ouvriront
pour t'engloutir. La Foudre vengereffe
éclatera fur ta tête perfide. Toute
JaNature en courroux te reprochera l'atrocité
de ton crime . Ah ! refte , refte à Catrhage.
Les Zéphirs calmeront bientôt
l'agitation des flots. Les Vents pourront
peut-être
MARS. 1774 49
peut-être favorifer ta perfidie. Alors il te
fera plus doux de m'abandonner . Tu defires
que je meure ; va ' , tu feras fatisfait..
Mais conferve ta vie ; elle m'eſt plus
chère que la mienne . Jette les yeux fur
le jeune Afcague , feul rejeton du fang
de Priam. Que fon, innocence te parle en
fa faveur. A l'aurore de fon âge, ne l'expoſe
pas à périr au milieu des mers . Jette
an coup d'oeil fur ces Dieux tutélaires ,
reftes précieux de ta patrie. Ne les as tu ,
arrachés du fein des flammes que pour les
voir le jouet des ondes ? Ah ! crains qu'ils
ne s'élèvent contre ton impiété . Non , tu
n'es point ce pieux Enée dont les épau
les fe courbèrent fous le poids facré d'un
père. Tu n'es pas ce héros dont j'entendois
avec tranfport raconter les actions
vertueuses . Ton langage féducteur ſe
jouoit de ma crédulité. O Créufe , épouſe ,
infortunée , ton cruel époux t'abandonna
fans doute aux flammes qui confumèrent
ta patrie . Dévoué au courroux céleſte , les
Dieux vengeurs le pourfuivirent fur les
mers. Je le reçus dans mon Empire . In- )
grat , j'ai fait plus : je t'ai placé fur mon
trône. Ah ! plût aux Dieux que j'euffe fixé
des bornes à ma générofité . Ce jour où je
me réfugiai dans cette grotte, trifte témoin
C
ན་ MERCURE
DE FRANCE
,
de tes tranfports ; ce jour à jamais déteftable
fut la fource de mes malheurs : l'é
cho retentiffoit au loin des cris horribles
des Euménides . Elles me préfageoient la
mort la plus funefte . Infenſée ! je crus
entendre la voix des Nymphes donner le
fignal de l'Hymenée. L'Honneur fe tur ,
l'Amour m'aveugla , & je m'oubliai moimême.
Au fond de mon palais eft un monument
confacré à la mémoire de Sichée ,
mon premier époux. Accablée par ma
douleur , je m'étois traînée dans ce lieu
funèbre pour y gémir. Trois fois un bruit
fourd fembla fortir du maufolée ; trois
fois j'entendis la foible voix de mon
époux. « Viens , me dit-elle ; viens , mal-
» heureufe Didon. » Ombre offenfée , je
te fuivrai bientôt ; mânes facrés de mon
époux , la victime eft prête ; vous ferez
fatisfaits . Pardonne , cher Sichée , ah !
pardonne à ton époufe éplorée. Je fus
féduite , je fus trompée ; mais je ne fus
point criminelle. Le nom de mon amant
ne déshonore point ta mémoire. C'eft
Enée : c'eft le fils de Vénus : c'eft ce héros
généreux qui arracha des flammes fes
Dieux & fon père. Je me fattois de le
voir mon époux. Vain efpoir ! le perfide
MARS. 1774:
abandonne. Triomphe , barbare Pigmalion
: jouis en paix du fruit de tes crimes
; Didon eft malheureufe. J'ai vu la
main d'un frère trancher les jours de mon
époux aux pieds de fes autels. J'ai vu ce
frère inhumain , armé par l'Avarice , me
pourſuivre fur les mers . Je me fuis fouf
traite à fa fureur. N'eſt - cè , hélas ! que
pour devenir la victime d'un parjure ?
J'ai fui , j'ai abandonné le doux fol de la
patrie , les cendres d'un père & celles d'un
époux la fortune m'attendoit dans ces
climats pour m'y perfécuter. Les murs
de Carthage s'élevèrent fous mes yeux .
Du haut de ces tours fuperbes , la Difcorde
fit entendre le bruit affreux de fes clameurs.
L'Envie arma mes voiſins , & les'
fareurs de la Guerre menacent de toute
part une femme feule & fans appui . Ces
foibles charmes , qui n'ont pu te fixer ,
touchèrent le coeur des puiffans Rois de
ces contrées . Iarbe , le fier Iarbe viendra
rivager mes Etats . Qui pourrois- je oppofer
à tant de forces réunies ?
Viens , perfide ; mets le comble à ta
cruauté. Traîne ta Didon tremblante-
& échevelée aux pieds de fes farouches
ennemis . Conduis le bras de Pigmalion
moins barbare que toi. Qu'il plonge dans '
Cij
52
MERCURE DE FRANCE.
mon fein ce glaive teint du fang de mon
époux. Quoi ! tes mains facriléges ofent
profaner les Dieux de ta patrie ! Ta bouche
impure leur adreffe un hommage.
auffi faux que tes promeffes ! Ah ! fans
doute , ils euffent mieux aimé ne point
furvivre au fort de la trifte Ilion.
Hélas ! je plains le malheureux fruit
de nos amours . L'aurore de la vie ne luira
point à fes yeux. Enfant infortuné, il partagera
le fort de fa mère . Mais un Dieu
t'ordonne de partir ! Vain prétexte ! Les
Dieux ordonnent - ils le plus affreux des
forfaits ? Trop heureufe fi ces Dieux , fi
indulgens pour ta perfidie , t'euffent éloigné
des rives de Carthage , je vivrois tranquille.
Précieufe innocence , tes droits
feroient encore facrés pour moi.
Tu ne vas point fur les bords du Simoïs
voir une nouvelle Troye renaître de
fes cendres . L'efpoir d'un Empire imaginaire
t'appelle fur les rives inconnues du
Tybre . Vois les tours de Carthage s'élever
jufqu'aux nuées . Contemple fes tréfors
, riches dépouilles de la fuperbe Tyr.
Mon fceptre eft à toi . Regne fur les côtes
de l'Afriqué pour y faire revivre l'anciens
ne fplendeur de Troye. Si ta valeur eft .
avide de combats ; fi le jeune Afcagne,
*
MAR S. 1774. 53
brûle de fignaler fon courage raiffant ,
l'Afrique vous offre des ennemis dignes
de vos conquêtes .
S'il refte dans ton coeur quelque pitié
pour celle qui t'aima fi tendrement , ne
m'abandonne point ... Je t'en conjure
par tes Dieux tutélaires , par les cendres
de ton père , par ce qu'il y a de plus facré.
J'en attefte ici l'Amour & Vénus ta mère.
A-t-on vu mes Tyriens pourfuivre fur les
mers les malheureux Troyens ? La Grèce
ne m'a point donné la naiffance . Mon
père n'a point armé fes foldats contre ta
patrie . Barbare ! Qu'ai - je donc fait ? Je
t'ai aimé avec tranſport. Eft-ce à toi de
m'en faire un crime ? Cher Enée , cher
époux... Malheureufe ! tu m'envies jufqu'au
nom de ton époufe . Eh ! que m'importe
le titre , pourvu que Didon foit à
toi ? Ah ! différe ton départ ; apprendsmoi
du moins à fouffrir ton abfence .
Hélas ! fi tu pouvois voir l'affreufe firuation
de ton amante , peut être , vain' efpoir
! peut être ton coeur s'attendriroit.
D'une main je trace en tremblant ces caractères
, & de l'autre j'appuie contre mon
fein la pointe de ce glaive que tu m'as
laiffé comme un gage de ton amour . Tu
ne prévoyois pas alors l'ufage que je vais
-
C iij
34
MERCURE DE FRANCE.
faire de ce funefte préfent. Mes joues
pâles & creufes font fillonnées par mes
larmes. C'en eft fait ; je vais finir mes
malheurs la mort va terminer une vie
qui m'eft maintenant odieufe . O ma
four ! ô toi qui as creufé l'abyme où je
fuis plongée, viens me rendre les derniers
devoirs. Puiffe l'urne qui va renfermer
mes cendres attefter à l'Univers les malhears
de Didon , & la perfidie d'Enée !
Le nom de mon époux ne fera point gravé
fur mon tombeau . On y lira : Didon fut
la victime de l'Amour ; Enée l'abandonna:
alle Je donna la mort. Puiffe alors la jeune
amante s'attendrir & verfer des larmes!
Par M. D... de Chartres
LETTRE d'Alexis , déferteur , dans la
prifon , à Louife , fa maûreffe.
C'EN eft fait de mon fort ; , l'inſtant fatal s'a❤
vance :
Ingrate , applaudis-toi de ton peu de conftance ;
C'est toi qui m'as plongé dans l'abyme où je fuis ;
Reçois du moins ces traits de la main d'Alexis ,
Ces traits... de ma tendrefle ils font le dernier
gage....
MAR S. 1774.
Que dis- je , malheureux ? Ton hymen qui m'ourtrage
,
T'empêcheroit- il?... Non ; reçois-les : tu le dois ,
Tu le dois... Je t'écris pour la dernière fois .
Pour la dernière fois ! Que ces mots ſont terribles
!
Que mon coeur eft en proie à des tourmens horribles
!
Je ne te verrai plus ; tu ne vis plus pour moi !
Louife , il eft donc vrai ! .. Trahir ainfi fa foi!
Comment tant de candeur avec tant d'impoſture?.
Non , je ne le crois pas ; non , tu n'es point parjures
Tu m'aimois ! . . Se peut - il que ton coeur aîț
changé !
Hélas ! .... en d'autres noeuds il est donc engagé !
Et ton fidèle amant , pour le prix de ſa flamme ,
De les jours malheureux verra trancher la trame !
Le Confeil aflemblé va décider mon fort :
'Fu ne m'appartiens plus ; que m'importe la mort?
La mort !.. c'eft maintenant le feul bien que
j'envie
Le reste ne m'eſt rien ; Louiſe m'eft ravie :
Infidelle Louife ! .. A ce nom feul je lens
Redoubler dans mon coeur l'excès de mes tour
mens ;
Mon ame eft déchirée... O comble de misère ! . ♪
Si je t'ouvre aujourd'hui mon ame toute entière,
Civ
36 MERCURE
DE
FRANCE
.
"
Pardonne : tu le dois à mon état affreux :
La plainte eft le ſeul bien qui reſte aux malheureux
.
Te fouvient-il du jour où , renouant ta treffe ,
Je te fis , en tremblant , l'aveu de ma tendrefle ?
·
Ton coeur fimple avoua les mêmes fentimens ,
Et le plus doux baiſer confirma nos fermens.
Que de plaifirs depuis je goûtai dans tes chaînes !
L'Amour nous épargnoit les foucis & les peines...
Les peines ! .. En eft- il pour de tendres amans ?
Nous vîmes à nos voeux fourire nos parens .
Quel bonheur fut le mien ! Ta main m'étoit promife
:
: Alexis ne cherchoit , n'adoroit que Louife ;
Louife étoit fidelle au fidèle Alexis.
Enfin , heureux amans , nous allions être unis ;
Je preflentois déjà l'aurore fortunée
Qui devoit à la tienne unir ma deſtinée :
De quelle volupté mes fens étoient faifis !..
Combien? .. Le Sort m'enchaîne aux drapeaux de
Louis.
Au plus faint des devoirs , à fervir ma patrie ,
Par toi-même animé , je conlacrai ma vie.
Je quittai mon hameau pour le champ de l'honneur
;
J'abandonnai Louiſe & je perdis fon coeur.
Souvenir accablant ! Qu'il me coûte de larmes !
Perfide ! .. Ah ! quels adieux pleins de trouble &
d'alarmes !
MARS. 1774. 57
Renverfé fur ton fein que je baignois de pleurs ,
Je femblois preffentir l'excès de mes malheurs.
<<Cher amant , me dis- tu , fuis l'honneur qui t'ap
»pelle ;
»Ton amante à les feux demeurera fidelle ;
»Ne crains rien ; je mourrai plutôt que de chan-
» ger :
Eh ! qui de tes liens me pourroit dégager
»Si tu vis fatisfait ; je ferai trop contente :
»Adieu ; penſe ſouvent à ta fidelle amante ;
»Sers en bon citoyen ta patrie & ton Roi ,
»Et reçois cet anneau pour gage de ma foi . »
En prononçant ces mots , ces mots pleins de teng
drefes ,
Tes bras me prodiguoient d'innocentes carefles ;
Ta bouche m'imprimoit mille baifers charmans :
J'en étois embrafé... Louife , ah ! quels momens! ...
Mes pleurs couloient toujours : « quoi ! rien ne te.
>> taflure ?
Te faut - il des fermens ? T'en faut - il ? .. Je te
»jure.
· 33
Vain ferment , auffi tôt démenti que formé !
Infidelle , tu fais , tu fais fi je t'aimai !
Et voilà le retour dont tu payas ma flamme !
Non , non , jamais l'amour ne pénétra toname ;
Tu feignis de chérir & de ſuivre ſes loix :
On doit aimer toujours , quand on aime une fois.
Tandis que tu livrois ton coeur à l'inconftance ,
Cv
MERCURE DE FRANCE:
Trifte , je gémiffois d'une cruelle abfence :
Je ne penfois qu'à toi , c'est toi qui me trahis
Alexis t'aimoit feule , & tu perds Alexis !
Ah ! cruelle ... déjà je comptois fept années
Depuis que loin de toi couloient mes deſtinées :
Un an , un au encor , terme de mes travaux ,
Affuroit mon bonheur & fixoit mon repos.
Un an , & je pouvois , au fort de mon amante
Affocier mon fort ! Douce & flatteufe attente !
Efpoir délicieux qui , ranimant mon coeur ,
Diffipoit de mes fens la mortelle langueur !:
O combien j'endurois avec impatience
Le funefte délai qui caufoir ma ſouffrance !
Enfin , en attendant ce moment fortuné ,
Libre,je pouvois voir le chaume où j'étois né
Je venois à tes pieds , amant tendre & fidèle ,
Ranimer mon efpoir & foutenir mon zèlė :
Dicux ! avec qu'elle ardeur j'allois vers mon ha…
meau!!
Déjà je découvrois ce fuperbe côteau ,
Ce côteau , des amans retraite folitaire ,
Ou , loin de mes rivaux & de tout oeil lévère ,
Je te fis cet aveu , fource de mes malheurs ,
..
Trifte aveu qui depuis m'a coûté tant de pleurs !....
Jeredouble mes pas.. J'apperçois une fêre…….'
Mon oeil , quoiqu'éloigné , tè diftingue à la tête :
Je m'informe , j'apprends (& je ne fuis pas mort!)
Japprends qu'à Palémon tu viens d'unir ton fort !
MAR S. 1774 .
59
Frappé comme d'un trait , troublé , l'ame éperdue
,
Je fuis fans favoir où ; tout offufque ma vue.
J'y cherche le trépas ; je vais au fond des caur
Trouver , déſeſpéré , le terme de mes maux.
Rien ne me retient plus ; je m'élance... On m'ar
rête:
De ma fuite je dois répondre fur ma tête ,
Coupable , l'on me jette en un cachot affreux,'
Et l'on va me punir de mon fort malheureux.
Telle eft ma deftinée ! Eh bien ! .. es-tu cont
tente ?
Mes malheurs font comblés , le remords me toute
mente ;
Mon coeur lâche eſt en proie à des maux inquis 2
J'ai pu trahir mon Roi ! J'ai pu de mon pays ,
Citoyen méprifable , abandonner la cauſe !
Je l'ai pu !... de mon fort la Juflice diſpoſe ;
On ne peut trop punir un traître tel que moi ,
Je dois à tout coeur noble inſpirer de l'effioi .
Qui pourroit embrafler la défenfe du crime ?
Mais toi , dont l'inconſtance a creuſé mon abymeg,
Falloit- il m'abuſer auſſi cruellement ?
Falloit- il te jouer de ton crédule amant ?
Devois- tu ? .. Ma Louiſe inconftante & fauſſaire !!
Le ferment d'un coeur lâche eſt la preuve ordi
naire ! ..
Un coeur lâche ! .. Toi ! Non... Le puis je croire
encore-? ..
C. vj
68 MERCURE DE FRANCE .
On m'appelle au Conſeil , je vais ouïr mon ſort..
O mort , unique eſpoir d'une ame abandonnée ,
Viens finir de mes jours la trame empoisonnée !
İl monte au Confeil de Guerre : à fon
retour , il pourſuit.
Mon Juge a prononcé ; c'eft fait de mon deftin !
Des maux que j'ai loufferts j'entrevois donc la fin !
Malheureux ! quel état ! Il eſt affreux fans doute...
Eh ! ce n'eft point la mort qu'aujourd'hui je redoute
!
Je l'ai bravé cent fois , je la bravois encore ;
Mais , comme un criminel , l'attendre, cette mort:
Je ne puis fupporter cette idée accablante....
On entre , on m'apprend.... Ciel ! tu n'es point
inconftante ,
Et je t'ai loupçonnée ! .. Un vain bruit m'a déçu :
J'ai pu te foupçonner , Louife , je l'ai pu !
Je me fuis donc moi - même enfoncé dans l'abyme !
Jefuis de mes foupçons devenu la victime.
Je l'ai bien mérité ! malheureux que je fuis !
Louiſe m'eft rendue , ô Ciel ! & je péris !
Sort cruel! ah ! ce n'eft qu'en ce moment funefte
Quej'éprouve l'horreur du deftia qui me refte.
Adieu ; quand cet écrit paflera dans ta main ,
MARS.
61
1774.
Le glaive de la mort aura percé mon (ein.
Ce jour , ce jour fera le dernier de ma vie ;
A mon plus bel inftant elle m'eſt donc ravie !
Il eft donc vrai ! je vais te quitter pourjamais }
Mes yeux ne verront plus fourire tes attraits !
Ah ! fi , dans cet inftant , ô ma tendre Louiſe ,
A ton cher Alexis ta vue étoit permife...
Adieu ; penfe à nos feux ; j'ai des droits à tes
pleurs :
Tes pleurs allégeront le poids de mès malheurs.
La mort , qui m'aflaillit , me paroît moins cruelle,
Puifque du moins ton coeur me demeure fidèle :
Adieu , Louile , adieu : voici l'inſtant fatal ;
Déjà de mon trépas on donne le ſignal ...
Diffipe , Dieu puiflant ! le trouble qui me preſſe ,
Et fais moi furmonter une indigne foibleffe ! ..
J'entends du bruit ... On vient... Ah ! tu n'as
plus d'amant...
Se peut-il ?.. me trompé- je ? Est - ce un en
chantement ?
O Ciel ! j'obtiens ma grâce , & c'eſt à ma Louiſe
Que je dois ce bonheur ! O charmante furprise !
Moment délicieux pourun fenfible coeur !
A l'objet de mes feux je devrai mon bonheur !
D'un foupçon odieux quelle douce vengeance !
Eh ! pourrai- je jamais... Pardonne , je t'offenſe...
Libre enfin des liens qui retiennent mes pas ,
Pour ne te quitter plus je vole dans tes bras.
Par M. E. F. D.
62 MERCURE DE FRANCE.
F
LE VRAI BONHE U R.
Ode anacréontique .
LERS conquérans , vous que la gloire attire ,
Je ne cours point après votre renom ;
Mon coeur préfère au plus puiſſant Empire
Le doux plaifir d'adorer ma Ninon .
Chantre fameux , je vous remers ma lyre ;
Je ne veux point des faveurs d'Apollon ,
Et je préfère à votre heureux délire ,
De pofféder le coeur de ma Ninon.
Richards altiers que la fortune encenfe ,
Gardez , gardez fon funeſte poiſon ;
Moi ! je préfère à toute l'opulence
Un doux baifer que j'obtiens de Ninoni
ma Ninon ! de mon fort tu difpofes:
Oma Ninon! tu fuffis à mon coeur :
Baifer cueilli fur tes lèvres de rofes
Yaut cent fois mieux que richeffe & grandeur.
Par le mêmet
MARS. 1774.
6-3
DE
MADRIGAL.
E ce Rofier , brillant de fleurs nouvelles ,
A ma Zélis je fais don ; ces honneurs
Lui font bien dûs : c'eft la Reine des Fleurs
Que j'offre à la Reine des Belles.
Par le même
L'EXPL
EXPLICATION du mot de la première
énigme du Mercure du mois de Février
1774 , eft la fauffe Monnoie ; celui de la
feconde eft la Sonnette ; celui de la troifième
eft la Goutte ; celui de la quatrième
eft Huitre. Le mot du logogryphe et
Ecaille , où fe trouve caille..
ENIGME.
ENTRE trois Co- feigneurs d'une ancienne få--
mille ,
Comme eux , je puis dater depuis Adam ; >
Lors de la fameuse Bisbille
Baffiftois avec eux au confeil de Satan
64
MERCURE DE FRANCE.
Qui fuis -je donc ? Un Duc & Pair , un Comte ?
Non ; mais , lecteur , fans paroître trop vain ,
Dans mes Etats je règne en Souverain ,
Comme Vénus règne en Amathonte.
J'ai pour domaine , l'Univers ;
Pour tributaire , une déeſſe .
Je fais diète les hivers ,
Et le printems fait ma richefle.
Paiſible ſur mon trône , un élément léger
De mes riches vaffaux vient m'apporter l'homë
mage ;
Sans truchement j'entends bien le langage
De ce fidèle meflager.
Si quelquefois , d'une humeur ambulante ,
Je veux parcourir mes Etats ,
Montagnes & vallons , plaines & pays- bas ,
Tout concourt à me faire une cour opulente.
Aux unsje fais un accueil gracieux ,
Et, dans les doux tranſports de mon joyeux délire,
Je reçois leurs dons précieux
Avec les grâces du fourire.
Aux autres porte cloſe , & , d'un air de mépris ,
De leur tributje leur paffe quittance ;
Je fuis , j'évite leur préfence
Comme , à l'alpect du loup , fuit la douce brebis.
Mais j'ai beau faire : au fond d'une fétide grotte ,
Contre moi , cher lecteur , on machine , on com
plotte ,
MARS. 1774.
65
On efcalade mon palais ;
Victime du poifon , tu m'entends : je me tais.
Par M. C.
J₂
AUTRE.
E ne fuis , cher lecteur , rien de matériel.
Peut- être me crois- tu d'une illuftre naiflance?
Mais , le dirai-je ? O Ciel !
Oui , j'ai pour mère l'Ignorance.
Vil efclave d'un gros péché ,
Qui fe dit père de tout vice ,
Par deux fiers champions je me vois recherché ,
Pour m'enrôler dans leur milice.
A qui remportera la palme de vainqueur ,
De droit je ferai la conquête ;
Déjà chacun le prépare à la fête.
Par un dylemme féducteur ,
L'un prouve qu'il fait jour , & l'autre qu'il fait
nuit.
Que faire contre un incrédule ?
Je me tapis dans mon réduit ,
D'où je ne vois au plus qu'un foible crépuscule.
L'un , pénitent comme un Chartreux ,
Vante le thon , le brochet & la plie ;
L'autre dit que le gras le rend plus vigoureux :
J'écoute tout , & je reſte amphybie.
66 MERCURE DE FRANCE:
·
Neft- ce pas là , lecteur , bien prendre fon partir
Sije dis oui , je change de nature ;
Si je dis non , je fuis anéanti.
Ah ! ne vaut - il pas mieux avoir place au Mercure
?
Loin donc d'ici , vils fuborneurs :
Epargnez- moi l'horreur d'un fuicide ;
Rengainez , fiers tyrans , vos difcours enjoleurs
Et , dans votre ennemi , refpectez un Alcide.
Par le même.
AUTRE.
Je demeure affez près d'un trow', E
Et j'y conferve la figure
Que je reçus de la Nature ,
On ne fait comment ni par ou.
Souvent je fuis de forme ronde ,
Ici carré , là-bas pointu ;
Chez Iris le plus beau du monde ,
Chez Circé , laid & fendu.
On ne me voit guère en Turquie ,
Ni dans le refte de l'Afie ,
Que parmi les effeminés ,
Les femmes & les nouveau - nés ,
Très rarement parmi les hommes';
Béniffons Dieu fi nous le fommes !
Mais quand Clovis prend par mon nom
MARS. 1774.
67
D
Le berger qui lui rend hommage ,
D'un tendre amour c'eft le préſage ;
Leurs deux coeurs font à l'uniffon.
Je n'en dirai pas davantage ;
Car cent mille fois , à ton âge ,
Tu m'as vu paroître à tes yeux ,
Sans même en être curieux.
Par M. de B. , des Ponts & Chauffées.
AUTR E..
Es jardins nous tirons notre illuftre origines
Notre nom eft connu de Paris à la Chine ;
Prefqu'en tous lieux notre empire s'étend':
Prefqu'en tous lieux hommage l'on nous rend.
L'Hymen fait chaque jour que notre luftre au
gmente ,
Par les auguftes noeuds qui comblent notre ar
tente.
Ils ne lauroient qu'être heureux à jamais ,
Ces noeuds qu'Amour & Convenance ont faits !
Ce feroient là nos voeux , fi nous en pouvions
faire !
La blancheur nous eft ordinaire.
Quoique nous conviendrons avec vous ,
lecteurs ,
chers
Que, parmi nos pareils, ils eft d'autres couleurs.
Par M. L. G..
68 MERCURE DE FRANCE.
LOGO GRYPH E.
J₁Je fais un
étranger ,
Propre à faire manger ;
Auffi pour l'ordinaire
J'affifte à Lous repas
où l'on fait bonne chère.
Quatre , trois , cinq & fix , je fuis une cité
Avec titre de vicomté :
Quatre , trois , fix , rien ne m'eft comparable :
Un , d'eux , trois , cinq & fix , je ſuis fruit agréable
:
Trois , quatre , cinq & fix , je fuis hors de raiſon :
Un , trois & fix , à craindre à la maiſon :
Deux , trois , fix , je fournis inftrument fort utile:
Péché , trois , cinq & fix , à commettre facile :
Un , trois, cinq, fix , je ne fuis pas meilleur.
Enfin , pour finir , cher lecteur ,
Mon ennuyeufe litanie ,
J'offre un chemin , un fleuve d'Italie.
Par le même.
A
UTR E.
LA foudre après l'éclair ;
Grand bruit avec ravage ;
MAR S. 1774; 6.9
Sur l'horizon , en l'air ,
Voilà de mon ouvrage .
Si je t'échappe à ce début bruyant ,
Compte bien peu fur ma famille :
Des enfans dont elle fourmille ,
A mon portrait , nul n'eſt bien reflemblant .
Pourfuis , lecteur ; leve la toile ;
Et tu verras , mais fous le voile ,
Un élément , un mets galcon ,
L'extrémité d'un bataillon ;
En Artois une forte place ;
Un fynonyme de furface ;
Un Apôtre de l'Alcoran ;
Une rivière en Gevaudan ;
Ce qu'il faut faire avant que l'on revienne 3
Ce qu'aujourd'hui Verſailles eft à Vienne ;
Ce que l'on dicte en Parlement ;
Un nom commun à tout talent ;
La façon de combattre où la force décide ;
Un magiftrat , membre d'élection;
Autre élément , une conjonction ;
Combat & combattant chantés dans l'Enéïde ;
Une ville Normande , un pronom mafculin ;
Un article fréquent au genre féminin ;
Une douce liqueur , une herbe potagère ;
L'épouſe d'un Hébreu trompé par fon beau- pères
La femelle & l'amour d'un farouche animal ;
Une liqueur qui touche au point final ¿
70 MERCURE
DE FRANCE.
L'infinitif, un des pouvoirs de Pierre's
L'efpace défigné de certaine manière ;
Un des attributs d'Apollon ;
Un lieu tranquille en ta maiſon ;
La bande peinte au parvis d'une Eglife ;
Un poiffon plat dont on fait chère exquiſe ;
Un oifeau délicat , un plaifant importun }
Un animal rongeur , ce qui n'eft pas commun
Une membrane encor que le rire déploie ;
Un verbe , un fubftantif qui décèlent la joit
Le nom & le recueil des uſages facrés ;
Le chemin où tu paffe en des lieux habités ;
Dans les fauves , le temps où l'amour ſe réveilles
Un mal des yeux, un linge où repofe l'oreilles
L'acte muet de la difcrétion ;
Un impôt payé par la foule ;
L'artifan dont tu fais le moule ;
Un fynonyme à diminution ;
Du chanvre le rival propre pour un cordage ;
L'action d'esprimer unblanc & doux breuvages
Le trait fatal dont Pyrrhus fut frappé ;
De deux femmes le nom jadis fameux à Rome ;
L'époux d'une adultère, époufe d'un faint homme;
Un fubftantif germain d'utilité ,
Et, pour finir fur le ton pacifique ,
Cherchez en moi trois notes de mufique,
MARS. 1774. 71
AIR : De l'Union de l'Amour & des
Arts , par M. Floquet.
LES A-mans fe- roient char- mans ,
Sans l'art qu'ils ont de fça- voir fein- dre :
L'A- mour , à les en- tendre , eft un
Dieu plein d'at- traits ; Leurs fer- mens ,
chaque
jour , at- te ftent fes
bien- faits , at- te- ftent fes bien- faits :

flamme , par le temps , ne peut
jamais s'éteindre. Toujours tendres ,
72
MERCURE DE FRANCE:
*
Toujours ten-dres , Toujours ten-dres ,
toujours con- ftans , toujours con- ftans ,
toujours con- ftans , S'ils ref- fentoient
l'A- mour , S'ils ref- fen- toient
l'A- mour com- me ils fçavent le
2
pein dre , comme ils fça- vent le
pein-dre , Les A- mans fe- roient
char mans , Les A- mans fe- roient
char- mans , fe-roient charmans , fe- roient
char- mans.
NOUVELLES
MARS. 1774. 73
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
Dictionnaire raifonné de Diplomatique ,
contenant les règles principales & effentielles
pour fervir à déchiffrer les
anciens titres, diplômes & monumens,
ainsi qu'à juftifier de leur date & de leur
authenticité. On y a joint des planches
rédigées auffi par ordre alphabétique &
revues avec le plus grand foin , avec
des explications à chacune , pour aider'
également à connoître les caractères &
écritures des différens âges & de différentes
Nations . Par Dom de Vaines , '
Religieux Bénédictin de la Congrégation
de St Maur ; 2 vol . in- 8 ° . le
premier
de 548 pages , fans la préface ,
avec 25 planches ; & le fecond de
482 pages , y compris la table , avec 26
planches . A Paris , chez Lacombe , libraire
, rue Chriftine , 1774 , brochés .
Prix , 12 liv .
IT ne faut pas confondre le dictionnaire
que nous annonçons, avec nombre d'autres
Ouvrages qui portent le même titre . Auffi
l'auteur dit-il avec raifon dans la préface:
D
F
74
MERCURE
DE FRANCE
.
66
"
33
Qu'il n'a point été effrayé du difcrédit.
» dans lequel font tombés les dictionnai-
» res , ni des reproches fondés qu'on a faits
» à ce genre de littérature , malheureu-
» fement trop commun de nos jours . Cet
» ouvrage n'a du dictionnaire que le
» nom : c'eft plutôt un recueil des règles
» effentielles de la diplomatique , auquel
on n'a donné la forme alphabéti-
» que, que pour qu'il y eût plus d'ordre &
» de précifion dans les matières . » Au
refte on doit favoir gré au favant Bénédictin
d'avoir cherché à ramener , fous une
forme que notre fiècle paroît adopter &
favorifer ouvertement , le goût de la faine
antiquité ; & de réveiller en quelque
façon par ce moyen , l'étude de la diplomatique
. « Il eft furprenant ( dit l'auteur
» dans fa préface ) que cette fcience , qui
≫ conduit à tant d'heureufes découvertes ,
» & qu'on pourroit appeler. en quelque
façon la clef de la littérature , foit auffi
» négligée qu'elle l'eft de nos jours . » On
reviendra bientôt à cette fcience , & on
lui rendra l'eftime & l'attention qu'elle
mérite , quand une fois on fera bien per
fuadé qu'elle influe fur la politique , fur
la morale, fur les belles - lettres , fur le droit
civil & canonique , &fur la théologie mé-
"
MARS.
1774:
75
me, & qu'elle eft d'une utilité prefque
indiſpenſable , 1 °. Pour tous les gens de
lettres ,
particulièrement les Archiviftes ,
les
Historiographes , les
Généalogiftes
furtout , cette claffe de favans aujour
d'hui fi précieuſe à la véritable Nobleſſe ;
2º. Pour tous les Gens de Loi , comme
Juges ,
Jurifconfultes , Avocats , Notaires
,Procureurs , & autres qui font dans le
cas de lire ou faire valoir des titres. D.
de V. cite à cette occafion un trait qui
mettra le Public à portée de juger de l'utilité
de la
diplomatique , & des fecours
que fournit l'ouvrage que nous annonçons
pour en faciliter l'étude.
« Tous les jours , dit- il dans fa préface,
pag. 22 , on produit en Juftice des titres
» qui font les fondemens de la fortune
» & de l'état des Citoyens :
l'intégrité ne
» permet pas de prononcer précipitam
» ment , ni de hafarder un jugement qui,
» faute d'être éclairé, fait le malheur d'une
» famille , en ruinant fa fortune . J'ai lu
» en 1771 , le mémoire d'un Avocat , enco-
>> re jeunefans doute , qui rejettoit une char-
❤te du 12°. fiècle , fans l'avoir vue , par
» la raifon qu'on l'avoit déchiffrée faci-
» lement. Un coup d'oeil rapide fur les
paragraphes des écritures
diplomati- D
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
с
» ques de ce dictionnaire l'auroit ſauvé
» de cette méprife révoltante , & lui au-
» roit démontré que , dans le 11 & 12 °.
» fiècle , la plupart des chartes étoient
» une minufcule prefqu'auffi belle & aufli
» nette que celle de nos imprimés. Il eft.
» au Barreau une infinité d'autres cir-
» conftances ſemblables , où l'on ne de-
» vroit choisir pour défenfeurs que des
antiquaires, ou qui paroîtroient requérir
» que les Avocats le fuflent eux - mêmes . »
"
On ne fauroit fe refufer aux raifons
que donne le favant Bénédictin , du difcrédit
& de l'espèce d'oubli où eft tombée
la Diplomatique , & du peu de progrès
qu'on a fait dans ce genre d'érudition .
Une des principales caufes vient de ce
que les ouvrages qui en ont traité, étant
trop volumineux , ou trop érudits , ou
écrits dans des Langues favantes , ſurpaſfent
les facultés ou l'intelligence de ceux
qui feroient tentés de s'y adonner. « On
» commence , dit- il , par être enfant dans
» la carrière des connoiffances humaines:
» ce n'eft que par degrés , & après bien
» des préludes , qu'on parvient à pénétrer
» le fyftême de l'attraction neutonienne
& le calcul des finus géométriques . Il
» faut d'abord des élémens méthodiques
MARS. 1774. 77
& fûrs pour aider la foibleffe des élè-
» ves , pour leur frayer le chemin & les
» conduire comme par la main à des ma-
» tières plus approfondies. » C'eſt - là le
fecours qui manquoit pour l'étude de la
Diplomatique. Il falloit un ouvrage dont
l'acquifition fût facile , dont les matières
fuffent mifes à la portée de tout le monde
, & qui préfentât , fous un certain ordre
& avec précifion , les principes , règles
& exemples relatifs à cet art , & qui,
"
fans affecter le ton didactique , pût être
» confulté dans le befoin par les favans
» même , & fervir d'introduction à la
Diplomatique , en réuniffant fur chaque
partie de cette fcience prife en détail ,
» tout ce qu'il eft important de favoir . »
30
"
Le docte & célèbre Frobenius , Abbé
de St Emmeran de Ratisbonne , Prince
du St Empire , voulant familiarifer les
Bénédictins de fon abbaye & de l'Allemagne
avec l'étude de la Diplomatique ,
& fentant l'importance & l'utilité dont
feroit à cet effet un ouvrage tel que
celui que nous annonçons , crut ne pouvoir
mieux faire en conféquence que
de s'adreſſer à l'illuftre & favante Congrégation
de St Maur , à laquelle la Religion
& la République des lettres doivent
D iij
78 MERCURE DE FRANCE .
tant d'excellens ouvrages , & fur- tout la
naiffance & les fuccès de la ſcience diplomatique
, qui fait encore un des principaux
objets de fes études. Pour exécu
ter ce projet , il ne fuffifoit pas de favoir
extraire avec intelligence les principaux
traités en ce genre ; il falloit encore des
connoiffances profondes dans l'hiſtoire ,
dans les antiquités & dans la fcience diplomatique
, beaucoup de goût & de difcernement
dans le choix des objets , beaucoup
de fagacité pour les préfenter avec
autant de clarté que de précifion . Le favant
Bénédictin qui a été chargé de l'exécution
du projet , paroît réunir toutes ces
qualités. Il faut lire les obfervations , le
but & le plan de l'auteur dans la préface
même qui préfente des détails intéreffans
& agréables , & qui eft écrite d'un ftyle
pur & élégant. Quant à l'ouvrage , il joint
à un flyle fimple & concis', qui convient
à ce genre , des recherches curieufes & la
plus fage érudition . Tous les articles font
autant de differtations , dont l'enfemble
préfente des lumières fuffifantes pour ai
der à connoître l'âge des chartes , des diplômes
, des manufcrits , à diftinguer le
vrai du faux , le moderne de l'antique , &
même un fiècle d'un autre , par le moye
MARS. 1774.
79
des écritures. On y voit le commencement
, le progrès , le déclin & la fin de
différens ufages , ainfi que leurs variations
dans les différens fiècles. On y trouve ce
que les actes doivent avoir de diffemblant
ou d'uniforme dans chaque fiècle , & même
fous chaque Souverain .
"
Il eft impoffible de fuivre le favant
auteur dans tous fes détails : les limites
d'un Journal & la nature même de l'ouvrage
nous permettent d'en extraire feulement
quelques articles pris au hafard ;
car ils font prefque tous également intéreffans.
« Pour pouvoir apprécier les antiques
, dit-il à l'article A , & juger fai-
» nement des anciennes infcriptions , des
» manuſcrits & des chartes fans dates ;
» pour réprouver le faux avec connoif-
» fance de cauſe , & former des antiquaires
fur des principes fûrs , il est néceffaire
de connoître les métamorphofes
» & les variations , ou plutôt les diffé-
» rentes formes que chaque élément de
l'alphabet a éprouvées comme fucceffi-
» vement & en différens temps . Il n'y a
» qu'une hiftoire raifonnée de chaque ca-
» ractère pris en particulier , qui puiffe
» débrouiller les chaos que forment les
reffemblances apparentes des caractè-
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
J


:
res; quoiqu'à les examiner de près , on
» trouve des différences affez marquées
» d'âge en âge mais c'eft le feul moyen
» de faifir jufqu'aux moindres nuan-
» ces , & d'en conftater l'ufage en tel
» ou tel fiècle. En effet chaque fiècle
a fur cet objet des fignes diftinc-
» tifs . On voit par là que chaque lettre
du dictionnaire commence par une differtation
fur l'origine & les différentes
formes de l'élément dans les différens
fiècles. Dans chaque volume fe trouvent
deux planches qui contiennent autant de
tableaux qu'il y a de lettres de l'alphabet
traitées féparément . Ces tableaux fervent
à l'intelligence des differtations ou des
hiftoires des Elémens , & concourent à
préfenter l'origine , la filiation , la defcendance
& les principales variations de
chaque lettre. Chaque differtation eſt encore
fuivie d'une planche qui contient
· les caractères Phéniciens , Grecs & Latins,
les capitales des infcriptions & des manufcrits
, les minufcules & les curfives ,
& repréfente les métamorphofes ou les
différentes formes de chaque lettre en
différens tems & dans différentes Nations.
" L'A des Latins , par exemple , que
MARS. 1774.
8i
.
"
}
tous les Peuples de l'Europe fe font approprié
, tire fon origine des caractè-
» res grecs , comme la plupart des autres
» lettres : c'eſt un fait attefté des Anciens
» & des Modernes : les Grecs eux - mê-
» mes tenoient leurs caractères des Phéni-
» ciens. C'est ce qu'on voit plus détaillé
encore à l'article Ecriture. Cet article
qui eft très étendu & très curieux , traite
de l'origine & de l'invention de l'écritu
re , de fon uſage chez les différens Peuples
, anciens & modernes , de fon déelin
, de fon renouvellement ; & donne
des modèles gravés fur planches des écritures
onciale , minufcule , curſive , alongée
, &c. « Mais quel eft le Peuple à qui
» l'invention de l'écriture appartient pri
» mitivement ? C'est un point qui n'eſt
» pas aifé à décider. Cependant on peut
» dire que , de toutes les écritures alphabétiques
, la Chaldaïque , l'Egyptienne
» & la Samaritaine ou Phénicienne font
» les feules qui puiffent entrer en lice
» pour difputer d'antiquité. On tombe
» affez d'accord fur ce fait général ; mais,
» pour defcendre dans le particulier , c'est
» autre chofe ; les fentimens font fort
partagés. Le favant Bénédictin , après
avoir expofé les différens fentimens , in-
» "
Dv
-82 MERCURE DE FRANCE .
cline pour les Phéniciens , dont il penfe
que les Grecs tiennent leur écriture.
L'article Alphabet offre ſur cet objet d'au
tres détails fort curieux . On y voit de
combien d'élémens étoient compofés les
anciens aphabets grecs & latins , les additions
qu'y voulurent faire l'Empereur
Claude & le Roi Chilperic I ' , &c. & c .
L'article Affranchiffement et très - intéreffant.
« Les monumens anciens , dit le
» favant Bénédictin , à prendre fur tout
» au quatrième fiècle inclufivement , offrent
très-fouvent des chartes d'affran-
» chiffement ou de manumiffion , intitu-
» lées , pour l'ordinaire , Charta ingenui-
» tatis. Pour avoir une idée jufte de ces
» affranchiffemens , il faut remonter un
» peu plus haut . Chez les Romains l'af
franchiffement étoit la récompenfe que
» les maîtres accordoient à ceux de leurs
» efclaves dont ils étoient le plus con-
» tens ; c'étoit la liberté & l'indépendance.
Cette indépendance s'accordoit de
» trois manières : ou le Maître préfentoit
»fon Efclave au Magiftrat , ou l'affranchiffoit
dans un repas qu'il donnoit à
» fes amis , ou il l'affranchiffoit par fon
» teftament . Il faut voir dans l'auteur
même la manière dont fe faifoient ces
39
MARS. 1774. 83
fortes d'affranchiſſement , & les différentes
dénominations qu'on leur donna en
conféquence.
>
Voyez les articles Amortiſſement, Ana.
chronisme , Anneaux , Annonce , Armoiries
, Avoué , Baillif, Banneret , Bulle
Chancelier , Charte , Chiffre , Chapeau ou
Chaperon,Cheveux, Contre Seing, Contre-
Scel, Copies, Date , Fief, Hommage, Imprécations
, Invocation , Inveftiture , Jurifdiction,
Langue , Lettre ou Epitre , Majorité
des Rois, Monogramme, Noble & Nobleſſe,
Noms & Surnoms , Notaire , Originaux
Papier , Parchemin , Ponctuation , Référendaire
, Sceaux , Signatures , Soufcription
, Sufcription , Tabellion , Vidimus ,
&c. &c. &c. Les titres d'Alteſſe , Amés
& Féaux , Céfars , Empereurs , Illuftre
Majefté , Seigneur , Papes , Rois , Reines,
Serviteurs , &c , & c , &c. & une infinité
d'autres articles qui font tous auffi curieux
qu'inftructifs ; on y voit l'antiquité , l'ori
gine & les variations d'un nombre infini
d'ufages , dont la plupart fubfiftent enco
re aujourd'hui : quant à ceux qui font abolis
, la connoiffance en eft néceffaire pour
l'hiftoire & la diplomatique. On y renvoie
le lecteur ; autrement il faudroit les
copier en entier , & ce feroit les affoiblir
D vj
8.4.
MERCURE
DE
FRANCE
.
+
"
que de les extraire. Le favant Bénédictin
conclut fon ouvrage par des obfervations
générales fur la Diplomatique. « D'après
» cette analyfe raifonnée de toutes les
» lettres de l'alphabet , dit - il , on voit
» combien nous avons de reflources pour
» découvrir de quel âge font les monu-
» mens & les manufcrits deftitués de da-
» tes & de tout indice chronologique , &
» combien peur être certain un jugement
porté fur de telles connoiffances . » Il
convient cependant que l'indice d'un feul
élément ne fuffit pas pour affeoir un ju
gement , & qu'il eft plus fûr encore d'avoir
le concours de plufieurs élémens &
de plufieurs ufages certains, pour l'authen
ricité de certaines pièces. L'ouvrage eft
terminé par une table de matières trèsample
& très commode . Le favant Bénédictin
a rendu un fervice réel au Public &
à la Littérature en donnant un ouvrage
auffi intéreffant , auffi utile , auffi bien
fait , & qu'on defiroit depuis long- temps.
La gravure & la partie typographique
font également bien exécutées , & répondent
au mérite de l'ouvrage.
MARS. 1774.
Traité des Fiefs de Dumoulin , analyſe &
conféré avec les autres Feudiftes , par M.
Henrion de Ponfey , Avocat au Parlement.
A Paris , chez Valade , rue
S. Jacques ; in- 4° . Prix 14 liv . rel .
Cet ouvrage manquoit à la Jurifprudence
: depuis long tems on le defiroit,
& perfonne n'avoit eu le courage de l'entreprendre.
L'érudition immenfe qu'il
fuppofe , l'efprit de difcuffion & de juf
telle , la patience & l'efprit d'intrépidité
néceffaires pour remplir dignement cette
entreprife , avoient jufqu'ici rebuté les
Jurifconfultes ; M. Henrion vient de l'exécuter
avec fuccès. Il ne s'eft pas contenté
de recourir aux Feudiftes François ;
il à confulté ceux d'Allemagne & d'Angleterre
, il les a comparés aux nôtres , il
a rapproché tous les faits hiftoriques qui
pouvoient jeter du jour dans un chaos
où l'ignorance , l'oppreffion , l'avarice &
la barbarie fe trouvoient raffemblées.
Afin que fon ouvrage puiffe être utile
à tout le monde , il l'a mis en François .
Il faut fuivre l'Auteur dans les recherches
fur l'origine & fur la marche
des loix féodales , fur leurs révolutions
& fur leur influence . Son difcours préliminaire
eft un morceau qui pourra in$
6 MERCURE DE FRANCE .
téreffer les gens de lettres comme les
jurifconfultes. Les faits hiftoriques , &
les vues du philofophe s'y prêtent un
mutuel fecours.
""
« On ne trouve pas chez les anciens
peuples de Germanie , dit l'Auteur , le
» gouvernement féodal tel que nous
» l'avons vu depuis ; mais on en apperçoit
le germe dans leur caractère ,
dans leurs manières , dans leurs ufages ,
» & c'est ce germe qui , développé par la
conquête , par les circonftances qui la
préparèrent , par les événemens qui la
» fuivirent , a donné naiſſance à ce fyf-
» tême bizarre , étonnant , le plus fingu-
" lier que préfente l'hiſtoire des nations ;
39
"
" fyftême tellement lié aux inftitutions
» & au fond du caractère de ces peuples ,
» qu'ils l'ont etabli par- tout d'une ma-
» nière prefqu'uniforme , quoique féparés
pour la plupart par des déferts ,
» par des mers , par la forme de leur
gouvernement , par des inimitiés par-
99
"
» ticulières . »
Dans l'origine , nos Seigneurs étoient
pauvres , généreux & libres ; ils ne
» recevoient pour prix de leurs fervices
que des armes , des repas , & une plus
grande part aux périls de la guerre .
» C'étoit là , fi l'on peut parler ainfi , les
"
MARS. 1774 : 87
"
» premiers fiefs des anciens Germains.La
conquête opéra une révolution dans les
» efprits comme dans les chofes ; & les
» Souverains , devenus propriétaires de
» domaines immenfes , donnèrent des
» terres à leurs fidèles ou feigneurs ; ces
» terres s'appelèrent bénéfices fous la pre-
» mière race , & fiefs fous la feconde .
» Ces changemens forment prefque toute
» l'hiftoire de nos deux premières dynaf-
» ties ; le traité d'Andely commença la
» révolution à l'égard des bénéfices , &
» celui de 615 l'acheva . Charles Martel
» en dépouilla le clergé . Sous Louis le Débonnaire
& fes foibles fucceffeurs , les
14 fiefs devinrent héréditaires . Charles le
» Chauve autorifa l'abus qu'il ne pouvoit
» réprimer , & la révolution fut confommée
par la loi de 877 ».
Les notes répandues dans tout ce traité
portent les plus vives lumières fur la ju
rifprudence féodale . Ces notes fant
écrites avec précision , avec énergie , &
fouvent même avec élégance. On peut
dire à l'honneur de M. Henrion que fon
ouvrage eft à cet égard fort au- deffus des
ouvrages de jurifprudence.

L'éloge de Dumoulin qui eft en tête
de l'ouvrage , annonce une plume exer8.8
MERCURE
DE FRANCE.
cée , une tête remplie des richeffes de la
littérature ancienne & moderne .
Un Prince étranger veut obliger Dumoulin
à défendre des prétentions injuftes
; le jurifconfulte refufe de prêter
fon ministère à l'oppreffion . On veut
l'intimider : on le met aux fers . Enfeveli
dans un cachot aux pieds des Alpes , Dumoulin
refte inébranlable ; enfin fon courage
triomphe, fes fers tombent, fa priſon
s'ouvre , il voit fes tyrans à fes pieds.
Amour facré de la justice ! tu as
» donc tes héros auffi bien que l'enthou-
» fiafme de la gloire.

"
....
ןכ
Appelé de toutes parts aux places les plus
diftinguées, D. refufe tout des étrangers &
ne demande rien à fa patrie ; fatisfait d'être
utile , il ignore l'art de faire valoir fes
fervices ; il ignore même qu'il en a rendu .
On lui offre une place de Confeiller
au Parlement; il la refufe. Ne fom-
» mes-nous pas Magiftrats ? N'exerçonsnous
pas cette jurifdiction volontaire
» que les fages exerçoient fur les nations ,
» avant qu'on y vît des tribunaux revêtus
» de la pourpre ? »
Cours d'Etudes des Jeunes Demoiselles ,
ouvrage non moins utile aux jeunes
gens de l'autre fexe , & pouvant fervir
MAR S. ' 1774: 89
de complément aux études des colléges ,
avec des cartes pour la géographie , &
des planches en taille - douce pour le
blafon , l'aftronomie , la phyfique &
l'hiſtoire naturelle . Par M. Fromageot ,
Prieur commendataire , Seigneur de
Goudargues , Uffel , &c. Tomes III ,
IV , V & VI ; à Paris chez Vincent ,
rue des Mathurins , hôtel de Clugny ;
Prault fils , à l'Immortalité , quai des
Auguftins , & Lacombe , rue Chrif
tine.
Il paroît que l'auteur de cet ouvrage,
encouragé par l'accueil qu'on a fait aux
premiers volumes , s'applique de plus
en plus à rendre ce livre auffi utile aux
jeunes gens qui font leurs études dans
les colleges , qu'aux jeunes Demoiselles ,
à qui il étoit deftiné. A la tête du troifième
volume on trouve un avertiffement
dans lequel M. F. rend compte de quelques
avis qui lui ont été donnés , & dont
il a profité. On lui fait ajouter à ſon cours
d'études un traité d'agriculture qui ne
peut manquer d'être très - utile .
M. Suart , de la Doctrine Chrétienne ,
autrefois Profefleur d'éloquence dans les
colléges de fa Congrégation , lui fait des
obfervations plus particulièrement rela90
MERCURE DE FRANCE.
"
"9
tives aux études des colléges : <<< on ne
» peut , lui dit avec jufteffe M. Suart ,
» donner aux jeunes gens qu'une idée
» très imparfaite de l'hiftoire ancienne ,
» par les morceaux détachés qu'on leur
» fait traduire de Sallufte , de Quinte-
» Curſe , de Tite -Livre , de Cornelius-
Nepos , des Commentaires de Céfar .
» Une bonne traduction des plus beaux
» endroits qu'on leur choifit , eft tout ce
qu'on exige d'eux. Quant à l'hiftoire
>> moderne , on ne leur en parle jamais ,
» & ils entrent dans la fociété fans avoir
la moindre idée de l'hiftoire de leur
patrie , ni de celle de nos voifins . 11
» feroit donc très-avantageux qu'on leur
» fît fuivre un cours complet d'hiſtoire ,
après leur avoir donné une teinture de
» géographie. J'ai entrevu même un autre
» avantage , & pour les profeffeurs &
» pour les écoliers , dans le plan que
» vous avez adopté . Rien n'exciteroit
plus l'émulation parmi les jeunes gens ,
» que ces exercices qui pourroient fe
» faire dans nos colléges fur la géographie ,
» l'hiftoire , la rhétorique , la poëtique &
» les autres parties de la littérature & des
» fciences . Si vous pouviez donc rédiger
» tous vos traités de manière qu'ils
puffent remplir cet objet , vous épat-
"
39
"
"
MARS. 1774.
19
">
gneriez beaucoup de tems & de peines
» aux profelleurs , qui pourroient préparer
» plufieurs écoliers fur des exercices diffé-
» rens , fans autre foin que de leur faire
» des répétitions ; & aux écoliers même
qui auroient leurs matières toutes prêtes
» dans le cours d'études. Je pense qu'un
» enfant qui , eenn ffiixxiièèmmee , commence-
» roit par la géographie , & qui , chaque
» année , foutiendroit en public un de
>> ces exercices , fe trouveroit , à la fin
» de fes études , avoir acquis beaucoup
» de connoiffances très utiles & très-
* agréables . » Voilà l'obfervation judicieufe
du favant Doctrinaire. M. F. ajou
te que le defir de mettre de la variété dans
fon ouvrage , l'a conduit naturellement
à le divifer ainfi en petites parties détachées
les unes des autres , & il promet
qu'il n'y aura pas un volume qui
ne contienne la matière de deux , trois
& même quatre exercices. » Il feroit à
»fouhaiter , ajoute l'Auteur , que ces
» actes publics fe multipliaffent dans les
colléges. On exerceroit la mémoire des
» jeunes gens ; ils apprendroient à par
» ler correctement leur langue , à la bien
prononcer , & on les accoutumeroit à
parler en public , avec cette hardieffe
ן כ
92 MERCURE
DE FRANCE
.
décente qui leur manque toujours ,
» faute d'ufage . »
L'Auteur traite avec méthode toutes
les parties néceffaires à une bonne éducation.
Il nous préfente avec beaucoup
d'art , les différens tableaux de l'hiſtoire ;
mais , en l'abrégeant , il n'en fait pas
une compilation informe de faits détachés
, & , quoiqu'il foit obligé de ferrer
fa narration , il ne néglige pas les
moyens d'en rendre la lecture agréable ,
même pour les perfonnes inftruites.
Difcours fur la Révélation , brochure in-
12. A Paris , chez Moutard , rue du
Hurepoix , 1773.
Quand Boffuet prononçoit au milieu
'd'une affemblée nombreufe , ces chefd'oeuvres
d'éloquence françoife , qui lui
méritoient les applaudiffemens publics &
tenoient tous les auditeurs en fufpens , la
vue d'une Cour brillante , le fouvenir encore
récent des perfonnes qu'il louoit , le
foutenoient & animoient le feu dont il
étoit échauffé. La voix des morts dont il
faifoit l'éloge , fembloit fe mêler à la
voix de l'orateur. Tranfporté lui - même
par la vue de tant d'objets , il fembloit
les faire reparoître fur la fcène par la
MARS. 1774 93
force de fes tableaux ; fes titres donnoient
de la dignité à ſes paroles , & les Faftes
facrés de l'Eglife Gallicane , dépofitaires
de fon nom , de fes fentimens & de fa
gloire , augmentoient encore l'éclat de
La réputation .
Quand un orateur , voulant développer
& peindre les grands objets que la Reli-:
gion lui préfente , ne fe trouve foutenu
que par fon génie & la feule vérité; quand,
ifolé d'appuis extérieurs & étrangers
abandonné à fon imagination , il eft obligé
de fe rappeler en détail , de raffembler ,
de colorier les traits épars du tableau qu'il
veut préfenter au Public : alors il doit
tout tirer de fon fujet & de lui - même ,
& n'envifager , dans le filence de fon travail
littéraire , que la gloire d'être vrai
& l'avantage d'être utile.
Ce font ces motifs fans doute qui ont
infpiré & foutenu l'auteur du difcours fur
la Révélation. Cet objet important par
lui- même , & plus encore de nos jours ,
méritoit bien un difcours particulier qui
renfermât ce que tant d'écrits dogmatiques
ont répandu de lumières fur cette
matière.
L'orateur imitateur de Boffuet , ne s'arrête
point à ces divifions artiftement fymmétrifées
de nos orateurs modernes , qui
94
MERCURE DE FRANCE.
tournent long- temps autour de leur ſujet
pour le préfenter , pour ainsi dire , fous
toutes les faces ; il faifit fon fujet , s'en
empare, le montre fous un afpect fimple ,
naturel , aifé à concevoir. Il entre dans la
carrière , il voit de loin la courfe qu'il lui
faut parcourir , il s'élance , marche , fe
repofe fur les objets qui lui paroiffent devoir
être éclaircis , les annonce , les difcute
, les prouve en orateur , & delà deſcend
aux conféquences qui en réfultent.
Donnons le plan de ce difcours d'un
genre nouveau. Néceffité de la Révélation
! Existence de la Révélation : voilà
les deux objets qui fixent l'orateur. Cette
néceffité lui paroît particulièrement fondée
fur la gloire de Dieu & le bonheur de
l'Homme. La gloire de Dieu éclate , fe
lon lui , en ce que la révélation nous développe
deux des principaux attributs de
la Divinité : fa puiffance & fa bonté.
« L'homme , dit l'auteur , placé fur ce
globe , abandonné à ſa foibleffe , envi»
❤ronné de ténèbres , avide d'illuſion ,
» cherchant toujours la lumière , ne marɩ
» chant , pour ainſi dire , qu'à tâtons,
» tantôt timide & tantôt présomptueux ,
» n'eft - il pas forcé de s'écrier à chaque
» inftant : O toi qui m'as créé , fais queje
» voie? Tout lui manque , tout le trompe;
N
"
MARS. 1774. 95
"
mais, à l'aide du flambeau de la Révé
» lation , fa marche devient sûre ; alors
» il ofe approcher du fanctuaire de la Di-
» vjnité , il découvre de nouveaux rapports
de lui à l'Ette Suprême , il ap-
» perçoit de nouveaux objets de religion ,
qui jufqu'alors lui étoient abfolument
» inconnus. Chaque prodige eft pour
lui un trait de lumière ; plus éclai
ré il voit diftinctement l'empreinte
» d'une grandeur & d'une puiffance divi-
» ne par- tout répandue , il reconnoît l'i.
» mage de cette Sageffe fuprême gravée
fur tous les ouvrages : Dans les promeffes
& les bienfaits , les menaces même
» & les châtiments ( de Dieu ) que l'hiftoire
de cette Révélation met fous fes
» yeux , tout lui rappelle une main tou-
» te-puiflante étendue fur l'Univers ; tout
» lui montre un ordre admirable qu'il
» n'auroit pu autrement connoître ni
foupçonner. A mefure que la terre fe
» couvre d'habitans , il y voit en même
» temps cette Révélation acquérir de nou-
» velles forces , s'établir par de nouveaux
» monumens ,, affurer fon empire , &
perpétuer, fon fuccès. Au milieu des
» événemens qui ont bouleversé l'Univers,
» il reconnoît aifément les traits de cette
96 MERCURE
DE FRANCE
.
"
" Intelligence fuprême , attentive , cefem-
» ble , à difpofer tout pour fa gloire ; à
» conferver dans le fouvenir & dans le
» coeur d'un Peuple chéri , la loi qui lui a
» été donnée ; à perpétuer le culte faint
» au milieu des profanations étrangères ;
» à réunir les mêmes liens , & toupar
jours indiffolubles, laReligion & l'Etat;
» à mefurer les effets de fa bienfaiſance
fur les befoins des Peuples & des Na-
» tions ; à conferver au milieu des débris
des Empires , la foi conftante de
» ce bienfait donné à la terre ; à prévenir
» par les précautions les plus fûres , l'altération
de la loi ; à préparer , pour ainfi
» dire , l'Univers à la grande & parfaite
union qui devoit être contractée avec
» les hommes juftifiés par elle ; à réunir
les deux Alliances par des noeuds fe-
» crets & facrés; à augmenter le mérite de
la foi de l'homme par des myſtères .
De ces principes ainfi expofés , il defcend
à toutes les preuves que fon fujet lui
fournit pour prouver la néceffité de reconnoître
& d'admettre des Myftères ; ces
réflexions font puifées du fond d'une raifon
éclairée , libre de préjugés ou des
impreffions du vice.
Pour prouver l'existence d'une Révélation
MAR S. 1774.
97
"
»
tion divine , l'auteur emprunte les preuves
que lui ont fournies dans leurs doctes
écrits les défenfeurs zélés de cette Révélation
. Il fait remarquer que , « par un
» enchaînement admirable , toutes les
parties fe prêtent une force mutuelle
» & fe tiennent par des rapports néceffai-
» res & conftans. Dans l'origine , le progrès
, la confommation de ce prodige,
» nous trouvons le même plan , fuivi ,
» foutenu , perfectionné. Oracles , pro.
meffes,dogmes , loix , cérémonies , cul-
» te extérieur , relation du paffé avec le
» préfent , des temps de la Réalité avec
» les temps de la Figure ; harmonie de
» l'ancienne & de la nouvelle Alliance ;
» tout fe réunit dans un centre commun
» de lumière , tout fe trouve tracé dans
» un grand & magnifique tableau expofé
à la vue de tous les fiècles : une chaîne
» immenfe femble lier enfemble le Ciel
» & la Terre . ››
»
و ر
Tout cet expofé & ce qui le fuit nous
a paru écrit avec nobleffe , & certainement
l'orateur eft plein de la lecture
de Boffuet , dont il imite le ton & la manière
d'écrire.
Quant aux difcuffions raifonnées &
théologiques que des articles répandus
Dayarlacta E
98 MERCURE DE FRANCE .
dans ce difcours femblent exiger , l'auteur
renvoie à des notes qu'il faut lire ;
elles font courtes , judicieufes , & inftruc
tives.
Traité de l'exploitation des Mines , où
l'on décrit les fituations des Mines ,
l'ordre d'entailler la roche & la fubftance
des filons , de former les puits
& les galeries , &c. avec un traité particulier
fur la préparation & le lavage
des Mines ; le tout traduir de l'Allemand
par M. Monnet. A Paris , chez
Didot l'aîné , libraire & imprimeur ,
rue Pavée , près le quai des Auguftins ;
& chez Dufour , libraire , rue de la
Juiverie , avec privilége & approbation
du Roi.
Parmi les différens arts , celui qui a fait
le moins de progrès en France eft l'art de
l'exploitation des Mines . Les Allemands,
& les Suédois font les peuples qui ont
les plus excellé dans ces connoiffances.
C'eft dans leurs ouvrages qu'il faut les ,
aller puifer ils en font les vraies four-,
ces. M. Monnet , qui a voyagé dans ces
contrées , en a été fi perfuadé, qu'il nous
offre dans ce traité le réfultat de la plu-,
part de ces ouvrages , entr'autres de celui
MARS. 1774.
99
que le Collège des Mines de Frigberg a
publié en 1769. Il auroit feulement été
à defirer que M. Monnet nous donnât
fimplement la traduction de cet ouvrage
tel qu'il eft , fans y avoit mêlé de ſes ré-
Aexions & fans l'avoir confondu avec
le devoir d'un traducteur eft
d'autres ;
d'expofer, avec toute l'exactitude poffible
, les fentimens de fon auteur , fans y
ajouter les fiens , ou du moins , s'il veur
les expofer , il ne le doit faire que dans
des notes pour ne rien changer au contexte
du difcours .
Le Traité de l'exploitation des Mines,
tel que M. Monnet nous le préfente , fe
divife en fix parties ; la première contient
la fituation des mines , des filons ,
des veines , des couches & amas ; la feconde
eft destinée à leur vraie exploita
tion ; la troisième eft l'art de procurer de
l'air aux mines ; dans la quatrième il s'agit
de l'art d'élever ou d'épuifer les eaux
qui s'y trouvent ; dans la cinquième il
eft queſtion de la fortie de leurs roches
& minéraux , & dans la fixième enfin M.
Monnet fait mention de ce qui peut avoir
rapport aux percemens par le moyen des
tarières ou perçoirs .
Comme la Natute , dit M. Monnet , a
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
déterminé pour la formation des minéraux
, des fituations particulières , on net
peut parvenir à la fcience minéralogique
qu'on ne les connoiffe ; ces fituations
confiftent en couches , en amas , en fentes
& en veines. Les Minéralogiftes favent ,
par expérience , qu'on ne trouve des filons
de mines que dans les parties de notre
globe qui paroiffent & font réellement
regulières. Elles font de première formation
, tandis que les autres parties portent
avec elles des marques vifibles de dérangement
& de bouleverſement . M.Monnet
divife , par rapport à cet objet , dans la
première partie de fon ouvrage , notre
globe en deux états : l'un régulier , primitif
& antécédent , & l'autre nouveau ou
bouleverfé. Dans le premier , fuivant lui,
font les filons métalliques & les couches
régulières ; dans le fecond il ne fe trouve
ni filons , ni mines , mais feulement des
tourbières , des crayères & des matières
inflammables. D'après cette divifion du
globe , notre auteur examine les caractè
res qui doivent faire diftinguer les parties
dans lesquelles courent les filons , d'avec
celles dans lesquelles ils ne fe montrent
point ; il s'étend même fort au long à ce
fujet. Il faut lire dans l'ouvrage même la
MARS. 1774 IOL
fuite de fes raifonnemens ; au furplus un
eil accoutumé aux obſervations minéra
logiques , malgré la reſſemblance qui peut
fe trouver entre les parties à filons & celles
qui ne le font pas , fait très bien en
faire la diftinction . Le rocher continu du
globe , montre dans l'aflemblage de fes
parties , une espèce de régularité qui ne
Te dément jamais. Les montagnes regulières
, c'eſt -à dire , celles dont les arrangemens
font fymmétriques & qui ne font
autre chofe que des prolongemens de la
maffe générale du globe , font les vraies
montagnes dans lefquelles fe trouvent les
filons;ceux ci four des fentes plus ou moins
grandes qui coupent le rocher dans un plan
plus ou moins perpendiculaire , garnies de
mines ou d'autres minéraux, mais toujours
différentes des roches dans lefquelles ils
courent : quand la roche eſt nue , il n'eft
pas difficile de reconnoître les filons ; on
ler apperçoit fouvent au jour. Pour s'en
affurer entièrement , il n'y a qu'à dépouilles
les endroits où on croit les appercevoir.
Si dans ces endroits on trouve du
quartz & de la mine de fer , on peut
être affuré qu'on ne fe trompe pas ; mais
comme pour l'ordinaire les montagnes
font prefque toujours couvertes d'une
E iij
101 MERCURE DE FRANCE.
croûte de terreau plus ou moins épaiffe ,
il n'eft pas facile d'en trouver les filons ,
qui font fouvent perdus ou coupés avant
de parvenir au jour ; cependant dès qu'on
eft affuré qu'une montagne en a , on peut
hafarder quelques fouilles pour les découvrir.
Dès qu'on eft une fois convaincu de
l'exiftence d'un filon , il faut examiner , dit
M. Monnet dans la 2 ° . partie de fon ouvra
ge , la nature du lieu & par quet côté on
pect en faire la première fouille. Si lefilon
courtdans une montagne élevée , il y a fans
contredit d'autres arrangemens à prendre
que s'il couroit dans une terre baffe
& prefqu'uniforme ; on confidère enfuite
fi on peut y mener commodément
ce dont on a befoin ; fi on eft à portée
d'avoir du bois , & fi on peut efpérer d'y
trouver des chûtes d'eau' pour faire mouvoir
les machines & les roues , pour les
'fonderies & les laveries : on examinera
en même temps où il fera le plus commode
de faire ces établiffemens . La confidération
des dépenfes eft un objet qui
ne doit jamais être oublié dans tout ce
qu'on veut entreprendre , principalement
dans la pourfuite d'un filon . On le prend ,
pour fon exploitation , tantôt par un puits ,
tantôt par une galerie , felon la nature du
MARS. 1774. 103
terrein . M. Monnet entre à ce fujet dans
de très grands détails . Il expofe en outre
la méthode qu'on doit employer pour entailler
la roche ou le filon au cifeau & au
marteau , & la façon de les exploiter au
moyen de la poudre , du torrefage out
calcinage , & il finit la feconde partie de
fon traité par la façon de percer les puits,
d'étayer & de cuveler les galeries .
La troisième partie eft confacrée à la
ventilation des mines . L'air s'y diftribue
d'abord par les percemens ; mais quand
on veut établir dans les mines un courant
d'air artificiel , on fe fert de tuyaux de
bois ou de canaux à vent auxquels on
donne le nom de ventoufes . On emploie
des foufflets & des ventilateurs . On a encore
recours à l'application du feu , qui
eft le plus efficace de tous les moyens
qu'on peut employer pour établir un courant
d'air . Il y a auffi des moyens d'économifer
l'air dans les mines : c'eft ce
qu'indique M. Monnet. I expofe auffi
les différens états de l'air qui y règne , &
les variations qu'il éprouve felon la différence
des faifons. Tels font les objets
qu'il traite dans cette partie ; il paffe delà
à la quatrième.
Nous ne fuivrons pas l'auteur dans cette
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
quatrième partie , qui eft un vrai traité
d'Hydraulique . Il faut lire dans l'ouvrage
même ce qu'il dit fur l'art d'élever ou
d'épuifer les eaux des mines; d'ailleurs cet
objet ne peut ſe bien faire connoître que
par le fecours des planches que l'auteur a
eu grand foin de faire exécuter dans fon
ouvrage .
La cinquième partie concerne la fortie
des roches & des minéraux des mines , ce
qui ne peut fe faire que par le moyen de
machines . On les nomme barital , cabeftan
, machine à moulette . Notre auteur en
donne la defcription , & en décrit très--
bien le mécanifme. Nous invitons nos
lecteurs de confulter fon ouvrage à ce
fujet , & d'examiner les planches qu'il y
ajointes & qui repréfentent très- bien ces
machines.
Dans la fixième & dernière partie il
s'agit des percemens qui fe pratiquent par
le moyen des tarières ou perçoirs. M.
Monnet donne la defcription du perçoir
de montagnes
,
la manière de s'en fervir
& fon utilité ; il paffe de-là à la defcription
du perçoir de terre & du perçoir de puits ;
il rapporte la manière dont on creufe un
puits à Amfterdam par
le moyen du perçoir
de M. Merfenne .
MARS. 1774. 105
M. Monnet a joint au traité de l'Exploitation
un autre qui n'eft pas moins
intéreffant : c'eft celui de leur préparation
pour la fonte. Il y expofe les différentes
qualités des mines , la néceffité de les
connoître , la manière d'en faire le triage,
comment il faut s'y prendre pour piler
les minéraux à fec , pour les féparer & les
laver à la cuve , pour les bocarder & pour
les laver & les féparer aux tables . Les
bornes qu'on doit fe prefcrire dans un
extrait ne nous permettent pas de fuivre
notre auteur dans tous ces détails : nous
nous contenterons feulement de dire que
cet ouvrage est très - utile & qu'il manquoit
certainement à la France. Tant que M.
Monnet ne s'occupera que d'objets auffi
utiles , on lui aura toujours beaucoup d'obligation.
Hiftoire Naturelle de Pline , traduite en
françois avec le texte latin , rétabli
d'après les meilleures leçons manufcrites
, &c. Tome VI . A Paris , chez
la Ve. Defaint , libraire , rue du Foin ,
près de la rue St Jacques ; avec approbation
& privilége du Roi , 1773 .
Ce volume renferme les Livres XVII
& XVIIIe, du Naturalifte Latin . Le 17º .
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
livre traite des arbres plantés & cultivés.
L'auteur commence par en faire l'apologie
; & , comme on croyoit fuperftitieufement
de fon temps à l'aftrologie , l tâche
de démontrer l'influence que peut avoir
le ciel für leurs plantations. Les Modernes
n'ont eu garde de donner dans de pareilles
erreurs . Il entre enfuite dans des
détails fur la nature du terrein qui leur
convient. Il paffe de- là aux engrais qu'on
peut employer pour fon amélioration ;
les pépinières deviennent enfuite le fujet
des obfervations de Pline. Il indique la
manière qu'on doit employer pour y replanter
les fauvageons. L'orme eft , de
tous les arbres , celui auquel il s'attache
le plus. Après quoi il divife les arbres en
deux claffes ; en celle des arbres qui croif.
fent lentement , & en celle des arbres qui
croiffent rapidement . La greffe , cette
opération qui tranfporte une efpèce d'an
fruit fur l'autre , devient le fujet de fes
plus grandes recherches ; & , en effet ,
cette opération eft une des plus intéreffantes
du jardinage. On entoit la vigne
du temps de Pline : auffi en fait il mention
dans ce livre. Les oliviers font trop
intéreffans pour ne pas en donner la culture.
Pline rapporte à cet égard d'excellens
préceptes. Il défigne enfuite les arMARS.
1774. 107
bres qui aiment d'être avoifinés , & il explique
comment il faut les déchauffer &
les rechauffer. Les fauffayes , les différens
taillis , les endroits où on élève les
rofeaux & les cannes font autant d'objets
auxquels il s'attache dans ce livre. Il y
parle en outre de la vigne , de fa culture,
de fa taille , des arbres qui peuvent lui
fervir d'appui & de la méthode de conferver
les raifins. Il finit enfin par les
maladies auxquelles font exposés les arbres
, & par les remèdes qu'on peut employer
, tant pour y obvier que pour y apporter
guériſon. Les Modernes ont donné
fur la culture des arbres , différens procédés
inconnus à notre Naturalife ; mais
du moins peut - on juger par le livre qui
les concerne , que , de fon temps ,, on en
faifoit grand cas , quoique nous ayons
actuellement un nombre d'efpèces beaucoup
plus confidérables qui fe font naturalifées
dans notre climat.
Le Livre XVIII . eft uniquement confacré
à l'agriculture. Jamais les Modernes
, malgré les encouragemens que le
Gouvernement a accordés à cet art , n'ont
porté auffi loin leurs obfervations que
les Anciens. L'agriculture étoit en une
telle vénération chez eux , que les plus
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
grands conquérans de l'Univers , tout.
couverts de lauriers , revenoient jouir des
avantages qu'elle leur procuroit , en maniant
eux - mêmes le foc de la charrue.
Un des premiers Ordres qu'inftitua Romulus
fut celui de Sacrificateurs des
Champs ; il leur donna , pour marque de
leur facerdoce , une couronne d'épis de
bled liée avec des bandelettes blanches.
Le plus grand préfent dont on récompenfoit
à Rome un Général d'armée ou
un bon Citoyen , étoit de lui donner autant
de terre qu'un homme en peut labourer
dans un jour ; en un mot l'agriculture
y étoit en fi grande vénération ,
que les premières Maifons en ont tiré
leurs noms. Nous ne nous étendrons
pas davantage fur cet objet ; le moins
verfé dans l'hiftoire ancienne en a des
notions fuffifantes. On ne peut donc affez
honorer les laboureurs , puifque les plus
grands hommes de l'Antiquité n'ont pas
dé aigué cet art . Pline commence par
indiquer les précautions qu'il faut prendre
avant d'acquérir un champ ; il donne
la pofition que doit avoir une maiſon de
campagne. Il faut que cette maiſon foit
proportionnée à l'étendue des terres qui
en dépendent. Magon rapporte que celui
MARS. 1774. 109
qui fait l'acquifition d'un bien de campagne
doit vendre la maifon qu'il a dans la
ville , pour faire voir combien il importe
à un propriétaire de réfider au milieu de
fes terres. On doit furtout s'attacher à
faire le choix d'un bon Métayer. Un Métayer
, pour qu'il foit habile , doit être ,
dit Pline , auffi inftruit que fon maître ,
& cependant ne pas fe croire tel . Notre
auteur donne enfuite des détails fur la
préparation de la terre ; après quoi il paffe
aux grains qu'on peut y enfemencer , &
il en diftingue de deux fortes , les bleds
tels que le froment , l'orge & les légumes,
comme les fèves , les pois chiches ; il fait
même l'énumération des bleds étrangers .
Il rapporte les ufages auxquels on peut
les employer , tant comme médicamens
que comme alimens , ce qui lui donne
occafion de parler de l'art de la Boulangerie
. Les raves , les navets , la vefce ,
l'érobe , les lupins , la fougère , le ſainfoin
, le cytife font autant de plantes dont
il expofe la culture. Il n'oublie pas de
rapporter les maladies du bled ; en un
mot il ne néglige rien de tout ce qui
pouvoit avoir rapport à l'agriculture de
fon temps . Le traducteur de ce favant
ouvrage n'a omis aucune circonftance

110 MERCURE DE FRANCE .
pour en faire le parallèle avec notre agriculture
moderne ; & les notes qu'il a join
tes à ce volume , de même qu'aux précédens
, en font defirer la fuite.
M. de Sivri , toujours exact & profond,
a naturalifé parmi nous le Naturalifte
Latin par
fa traduction élégante , par fes
notes favantes & par fon attention & rapprocher
fes obfervations , des expériences
& des découvertes modernes .
Traité des maladies vénériennes , par M.
Fabre , Maître en Chirurgie , ancien
Prévôt de fa Compagnie , Confeiller
du Comité de l'Académie Royale de
Chirurgie , troisième édition revue ,
corrigée & augmentée par l'Auteur :
on y a joint une table analytique des
matières, contenant le précis de chaque
chapitre. Prix 6 I. A Paris , chez P.
Fr. Didot , libraire de la Faculté de
Médecine , quai des Auguftins , 1773 .
Avec approbation & privilége du Roi .
Ce traité qui eft actuellement à la
troisième édition , a joui de la plus
grande réputation , & ce n'eft pas fans
raiſon : il est tout à la fois théorique &
pratique ; c'eſt le fruit de l'expérience
MARS. 1774. 113
que l'auteur s'eft acquife chez le célèbre
M. Petit , pendant près de 8 années confécutives
, qu'il a fuivi ce grand maître
dans le traitement des maladies vénériennes
. M. Fabre commence fon traité
par le tableau général de toutes les ma
ladies , fans néanmoins entrer dans un
détail étranger à fon fujet. M. Aftruc
n'ayant rien laiffé à defirer fur cet objet ,
M.Fabre s'eft feulement contenté de donner
une idée générale du virus vérolique ;
il explique la manière avec laquelle il fe
communique, les modifications qu'il reçoit
dans le corps felon les différentes
caufes , la façon dont- il fe détruit dans
la perfonne qui l'a reçu & les moyens
que l'art emploie pour le combattre ,
telle eft la bafe de toutes les connoiffan
ces théoriques & pratiques qui font détaillées
dans tout l'ouvrage ; ceux qui
veulent s'adonner au traitement de ces
maladies , ne peuvent confulter un guide
plus fûr & plus expérimenté .
Traité des maladies chirurgicales & des
opérations qui leur conviennent;ouvrage
pofthume de M. J. L. Petit , de l'Académie
royale des Siences & de la fociété
royale de Londres , ancien directeur
de l'Académie royale de Chi112
MERCURE DE FRANCE.
rurgie , &c. mis au jour par M. Lefne,
ancien Prévôt du Collége , & Confeiller
du Comité de l'Académie royale
de Chirurgie , 3 vol . in- 8° , avec neuf
planches & le portrait de l'auteur . Prix
16 liv . 4 f. les 3 vol. brochés ; chez P.
Fr. Didot , libraire de la Faculté de
Médecine , quai des Auguftins.
par
La publication de cet ouvrage qui auroit
pu paroître immédiatement après
la mort de M. Petit , a été retardée
des raifons qu'on ignore : on peut néanmoins
affurer qu'il ne peut que faire beaucoup
d'honneur à la Chirurgie , & être
très- utile à l'humanité. Le premier come
traite des plaies en général , de celles de
la tête & de la poitrine , des tumeurs &
des maladies des voies lacrymales ; le
fecond tome parle des ulcères en général
& en particulier , des hémorroïdes , de
la fiftule à l'anus , des hernies , de leurs
différences , de leurs fignes diagnoſtics
& prognoſtics , de leur réduction , de leur
cure & de leur opération , & de pluſieurs
maladies de la veffie ; & le troisième , de
la fuppreffion , rétention & écoulement
involontaire de l'urine , de l'amputation
des membres , des cas qui l'exigent , &
de l'anévriſme ; on y trouve en mêmeMARS.
1774. 113
"
temps des obfervations fur la maladie
des enfans nouveau nés , qu'on nomme
filer , fur la digeſtion du lait dans les
enfans qui font à la mamelle , & fur un
accouchement contre nature : les 3 vol.
font ornés de 90 planches qui ont été
exécutées fous les yeux de M. Petit. On
y voit repréſenté un arfenal prefque complet
, fi l'on peut fe fervir de ce terme,
de tous les inftrumens de Chirurgie , qui
ont été pour la plupart inventés ou corrigés
par cet habile praticien. M. Leſne
éditeur de cet ouvrage , a grand foin dans
un difcours préliminaire , de juftifier plufieurs
points de la pratique de fon maître ,
contre quelques opinions nouvelles ; &
pour rendre le troifième volume plus
utile , il y a joint plufieurs tables : il
en outre donné l'explication de toutes
les planches qui s'y trouvent . Cette collection
mérite , fans contredit une
place parmi le petit nombre de bons
livres de Chirurgie qui paroiffent de nos
jours.
>
a
Lettre à M. le Monier , de l'Académie
royale des Sciences , premier Médecin
du Roi , fur la culture du café ; à Amfterdam
, & fe trouve à Paris , chez le
114 MERCURE DE FRANCE.
Breton , premier Imprimeur ordinaire
du Roi , rue de la Harpe , 1773.
L'auteur de cette lettre la divife en
trois parties ; il traite dans la première
des femis & de la tranfplantation ; dans
la feconde , de l'entretien des plans ; &
dans la troisième de ce qui a rapport à la
récolte ; il faut voir dans la lettre même
les détails dans lefquels l'auteur entre à
ce fujet ; il préfère dans tout ce qu'il
dit , l'utilité des colons pour lefquels il
écrit, à l'inftruction des curieux , auxquels
il pourra peut être paroître trop munitieux
. En général , cette lettre eft très- intéreffante
pour les habitans de l'Ifle de
Bourbon. Il feroit bien à defirer qu'on
eût des traités auffi détaillés fur la culture
de chaque plante que celui-ci , & qu'on
eût égard dans ces traités , au climát ,
comme l'auteur l'a fait . On ne peut donc
affez confeiller la lecture de cette lettre
à ceux qui font dans nos ifles des plantations
de café. 19
Opufcules Phyfiques & Chimiques , par
M. Lavoifier , de l'Académie Royale
des Sciences . Tome premier. in - 8 ° .
A Paris , chez Durand neveu , Libraire ,
rue Galande ; Didot le jeune , Quai
MARS. 1774.
TIS
des Auguftins ; Efprit au Palais
Royal.
Il ne paroît encore que le premier volume
de ces Opufcules Phyfiques & Chimiques
, tire modefte fous lequel M. L.
fe propofe de publier des Mémoires &
des obfervations détachées fur différens
objets relatifs à la Phyfique & à la Chimie
. Comme les Phyficiens & les Chimiftes
s'occupent aujourd'hui beaucoup
de recherches fur l'existence d'un Auide
élaftique fixé dans quelques fubftances ,
& fur les émanations qui s'en dégagent ,
foit pendant les combinaifons , foit par
la décompofition & la réfolution de leurs
principes , M. L. a cru devoir publier
d'abord les nouvelles recherches fur ces
objet neuf & intéreffant pour la Chimie.
Mais afin que le Lecteur qui veut s'instruire
puiffe mieux juger des travaux qui
reftent à faire & des difficultés qui peuvent
le rencontrer pour éclaircir les phénomènes
que l'on a entrepris de développer
, le fçavant Académicien a commencé
par donner , en hiftorien impattial
, un précis très clair & très- fatisfaifant
des travaux des Chimiftes qui l'ont
précédé. Il a paffé en revue , en conféquence
, tous les auteurs qui ont parlé
116 MERCURE DE FRANCE.
des émanations élastiques , depuis Paracelfe
jufques aux Phyficiens & aux Chimiſtes
de nos jours , & il a infifté d'autant
plus fur ce qu'ils ont découvert ou
rapporté , qu'il en peut réfulter plus de lumières
fur l'objet dont il eft ici queſtion.
Ce tableau fidèle de tout ce qui a été découvert
& écrit fur les émanations élaftiques
des corps , forme la première partie
du volume que nous venons d'annoncer.
La feconde partie eft employée à prouver
l'exiſtence du fluide élastique dans
certaines fubftances , & à expofer les
phénomènes qui réfultent de fon dégagement
& de fa fixation. Dans cette
feconde partie , M. L. ne s'eft pas contenté
de raifonner fimplement d'après
les expériences déjà connues & qu'il avoit
déjà expofées dans la première ; il a fuppofé
en quelque forte que le fluide élastique
n'étoit que foupçonné , & a entrepris
d'en démontrer l'existence & les
propriétés par une fuite nombreuſe d'expériences
dont cette feconde partie eft
remplie. Mais indépendamment des expériences
déjà connues & publiées , dont
l'ouvrage de M. L. contient la vérification
, ce même ouvrage , fuivant le fentiment
même des Commiffaires de l'AMARS.
1774. 117
cadémie nommés pour l'examiner , en
renferme beaucoup de neuves & qui
font propres à l'auteur. Il a foupçonné
que le même fluide qui , par fa préfence
ou fon abfence, changeoit fi confidérablement
les propriétés des terres & des fels
alkalis , pouvoit influer auffi beaucoup
fur les différens états des métaux & de
leurs terres , & il s'eft engagé fur cet objet
dans une nouvelle fuite d'expériences .
L'ouvrage eft terminé par des expériences
fur la combuftion du phoſphore
dans les vaiffaux clos.
L'ordre & la clarté avec laquelle tout
ceci eft expofé ; l'exactitude que le favant
académicien met dans fes expériences
dont les réſultats font foumis à la meſure,
au calcul & à la balance ; les obfervations
utiles qui accompagnent ces réſultats ,
doivent faire defirer aux phyficiens &
aux chimistes la publication des volumes
fuivants de ces opufcules. M. L. nous
promet dans l'avertiffement placé à la
tête du premier volume , de faire entrer
fucceffivement dans les volumes qui fuivront
une fuite d'expériences. 1º. fur
l'exiftence du fluide élaftique , dans un
grand nombre de corps de la Nature , où
on ne l'a pas encore foupçonné . 2º . fur
la décompofition totale des trois acides
11S MERCURE DE FRANCE.
minéraux . 3. fer l'ébullition des fluides
dans le vuide de la machine pneumatique.
4°. fur une méthode de déterminer la
quantité de matière faline contenue dans
les eaux minérales , d'après la connoiffance
de leur pefanteur fpécifique . 5.fur
l'application de l'ufage , foit de l'efprit
de vin pur , foit de l'efprit de vin mêlangé
d'eau dans certaines proportions ,
à l'analyse des eaux minérales très compliquées.
6 ° . fur la caufe du refroidiffement
qui s'obferve dans l'évaporation des
fluides. 7. fur différents points d'optique
dont M. L. a eu occafion de s'occuper
dans un mémoire relatif à l'illumination
des rues de Paris ; ouvrage que l'Acadé
mie a récompenfé à la féance publique
-de Pâques 1766 , par une médaille d'or ,
& auquel l'auteur a eu occafion de faire
depuis , des changemens & additions
confidérables. 8°. fur la hauteur des prin ..
cipales montagnes des environs de Paris ,
par rapport au niveau de la rivière de
Seine. M. L. y joindra une fuite très
nombreuſe d'obfervations de baromètre ,
faites dans différentes provinces de France ;
il donnera le profil de l'intérieur de la
terre , dans ces provincés , à une affez
grande profondeur , l'ordre qu'on y ob-
Terve dans les bancs , le niveau conſtant
MARS. 1774. 119
auquel on trouve certaines fubftances ,
certains coquillages , & l'inclinaifon temarquable
que quelques bancs ont toujours
dans un même fens.
OEuvres de Romagneft , nouvelle édition ,
augmentée de la vie de l'auteur ; a vol.
in-8°. Prix , 8 liv . les deux volumes
reliés. A Paris , chez la Ve . Duchesne,
libraire , rue St Jacques.
La vie de Romagnefi , placée à la tête
de cette édition , n'eft qu'une fimple notice
qui nous apprend que cet acteur de la
Comédie Italienne , mort en 1742 , étoit
petit fils d'Antonio Romagneli , dit Cinthio
, comédien de l'ancien théâtre Italien.
Romagnefi perdit fon père fort jeune
, & , fa mère s'étant remariée , fon
beau père le traita fi durement qu'il pric
le parti de s'engager. Mais ne trouvant
point dans cet état plus de douceur que
dans la maifon paternelle , il s'adreffa à
des Comédiens , amis de fon père , qui , lui.
découvrant des talens pour le théâtre ,
obtinrent fon congé , & lui firent jouer
différens rôles de comédie. Romagneſi
s'aquitta de ces rôles avec intelligence ; il
réuffiffoit particulièrement dans ceux de
Suiffe , d'Ivrogne & d'Allemand. It a
120 MERCURE DE FRANCE.
beaucoup contribué par fes comédies ,
opéra- comiques , parodies , à foutenir
fon théâtre. Il a compofé plufieurs de fes
pièces en fociété avec différens auteurs .
Mais l'éditeur de fes oeuvres s'est ici borné
à nous donner celles de fes pièces qui
ont été le plus approuvées & qui ont fait le
plus de plaifir à la repréſentation . De ce
nombre font Samſon , tragi - comédie en
vers ; le Petit- Maître amoureux , le Frère
ingrat , la Feinte inutile , les Gaulois ,
la Fille arbitre , l'Amant Prothée , le Superftitieux
, Pigmalion . La précipitation
avec laquelle Romagnefi étoit obligé de
travailler , lorfque , faute de nouveautés,
fon théâtre languiffoit par la difette des
fpectateurs , a beaucoup nui à fes productions.
En fociété avec deux ou trois
amis , tels que Riccoboni & Dominique ,
& c. , dans huit jours il fourniſſoit une
pièce aux Comédiens , & fur- tout une
parodie , genre alors fort goûté. On lit
aa bas d'un portrait de ce comédien ces
vers :
Comédien fenfé , parodiſte plaiſant ,
En traits fins & légers Romagne fi fertile
Couvrit les plats auteurs d'un ridicule utiles
Qu'on doit le regretter dans le fiècle préfent !
La
MARS. 1774. 121
La parodie dont le poëte fait l'éloge
dans ces vers , ne fut entre les mains de
Romagnesi qu'un moyen de plus pour
amufer des fpectateurs oififs & ignorans.
Cet auteur , ainfi que la plupart des parodiftes
, fongeoit plus à faire rire qu'à
bien critiquer. Peu délicat fur le choix
des moyens, il faififfoit le côté qui fe prêtoit
le plus au traveftiftement , & s'embarraffoit
fort peu fi fa raillerie étoit jufte .
Nous ne penfons donc point que l'on doive
regretter ces fortes de facéties appelées
parodies. Ce genre , qui donne ordinairement
des plaifanteries pour des raifons
, & accoutume à croire que ce qui eft
tourné en ridicule l'eft en effet, ne contribue
néceflairement qu'à rendre l'efprit
faux , & àcorrompre le goût.
Almanach général des Marchands , Négocians
, Armateurs & Fabricans de la
France & de l'Europe , & autres parties
du Monde ; année 1774 ; contenant
l'état préfent des principales villes
commerçantes , la nature des marchandifes
ou denrées qui s'y trouvent , des
différentes manufactures ou fabriques
relatives au commerce , avec les noms
de leurs principaux Marchands , Négo-
F
122 MERCURE DE FRANCE .
cians , Fabriquans , Banquiers , Artiftes
, & c. dédié a M. de Trudaine ,
Confeiller d'état & ordinaire au Confeil
royal du Commerce , & Intendant
des Finances ; vol. in 8 °. prix ,
4 livres 10 fols broché . A Paris , chez
Grangé , libraire , au Cabinet littéraire
, pont Notre Dame , près la
pompe.
>

>
Cet almanach eft divifé en deux parties.
L'Auteur , après avoir fait une defcription
abrégée de la Terre , nous préfente
une idée générale de la France & de fon
commerce & nous donne des inftruc
tions fur les lettres & billets de change
fur les foires & marchers , &c. Cette première
partie contient différens tarifs & diverfes
tables de poids & de meſures
d'aunages , & c. La feconde partie , qui
eft la plus confidérable , offre par ordre
alphabétique l'état des principales villes
commerçantes. La nature des productions
, foit de la Nature , foit de l'induſtrie
que les Négocians de chacune de ces
places de commerce mettent dans la circulation
; les noms & les demeures de
ces Négocians font ici indiqués. On a
aufli particulièrement défigné dans ces notices
les fabriquans & tous ceux qui font
MARS. 1774. 123
à la tête de quelques maifons ou entreprifes
de commerce , afin que le marchand
boutiquier & le citoyen confommateur
puiffent fe procurer de la première main
les objets de leur confommation . Les
voies les plus commodes & les moins difpendieufes
pour le tranfport des marchandifes
nationales où étrangères font également
annoncées dans cet almanach & le
rendent d'une utilité plus générale . On
conçoit qu'un ouvrage auffi étendu & qui
embrale des objets fi mobiles & fi variables,
ne fera conduit à fa perfection que par
le concours des Négocians . On peut néanmoins
regarder dès à préfent cet almanach
comme un moyen très- propre à
faciliter les correfpondances entre les Négocians
& les Fabriquans , & comme un
répertoire commode pour tous les citoyens.
Eclairciffemens fur l'invention , la théorie
, la conftruction & les épreuves des
nouvelles machines propofées en France,
pour la détermination des longitudes
en mer par la mefure du tems ;
fervant de fuite à l'effai fur l'horlogerie
& au traité des horloges marines ,
& de réponſe à un écrit qui a pour
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
:
titre précis des recherches faites én
France , pour la détermination des longitudes
en mer, par la meſure artificielle.
du tems. Par M. Ferdinand Berthoud ,
Horloger Mécanicien du Roi & de
la Marine , ayant l'infpection de la
conftruction des horloges Marines , &
membre de la fociété Royale de Londres
.
Semper ego auditor tantum ? Nunquamne
reponam ,
Vexatus toties ?
JUVIN.
Vol. in-4°. de 164 pages. A Paris ,
chez Mutter fils , Libraire , Quai des
Auguftins.
Cet écrit polémique , dont le premier
objet eft de fervir de réponſe au précis
des recherches ci - deffus énoncé , peut néanmoins
être regardé comme un fupplément
au traité des horloges Marines de
M.Berthoud. L'auteur donne dans ce fupplément
des éclairciffemens fur ce qui
concerne les recherches faites en France
depuis plufieurs années , pour parvenir à
déterminer les longitudes en mer , par
le fecours des machines propres à mefurer
le tems. Il examine à qui appartiennent
la théorie , l'invention & la confMARS.
1774. 125
10
truction de ces machines ; il difcute enfin
les différentes épreuves qui en ont
été faites en mer.
Jacobi Vanierii , Pradium Rufticum. Nova
editio cæteris emendatior. Vol. in 8 °.
A Paris , chez Barbou , rue des Mathurins.
La beauté du papier , la netteté des
caractères , la correction du texte & une
jolie gravure de M. Longueil d'après le
deffin de feu Gravelot , diftinguent cette
nouvelle édition du Prædium Rufticum
qui entrera dans la claffe des auteurs Latins
que M. Barbou a déjà publiée à la fatisfaction
des amateurs de belles éditions .
Le poëte Touloufain aété quelquefois jugé
digne d'être comparé à Virgile. Le Predium
Rufticum eft d'ailleurs l'ouvrage en
vers le plus complet qui ait été composé
fur l'economie rurale ; & il méritoit à
ce feul titre les honneurs de la Typographie.
Traités fur différentes Matières de Droit
Civil , appliquées à l'ufage du Barreau,
& de Jurifprudence Françoife , par M.
Pothier , Confeiller au Préfidial d'Orléans
& Profeſſeur de Droit François
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
en l'Univerfité de la même ville ; tome
IV , in 4°. A Paris , chez Jean de
Bure père , libraire , quai des Auguf
tins , à l'Image St Paul ; & à Orléans ,
Chez la Ve. Rouzeau- Montaut , imprimeur
du Roi , 1774.
Ce volume eft le quatrième & le dernier
de la collection des ouvrages de feu
M. Pothier. I contient plufieurs traités
importans du douaire , du droit d'habitation
, des donations entre mari & femme
, du droit de domaine de propriété ,
de la poffeffion , de la prefcription . Le
nom de M. Pothier fuffit pour garantir
l'exactitude , l'érudition & la fagacité
avec lesquelles tous ces objets font approfondis.
L'Art du Manège pris dans fes vrais prin
cipes , fuivi d'une nouvelle méthode
pour l'embouchure des chevaux , &
d'une connoiffance abrégée des principales
maladies auxquelles ils font fujets
, ainfi que du traitement qui leur
eft propre ; par M. le Baron de Sind ,
colonel d'un régiment de cavalerie ,
premier écuyer de S. A. E. de Cologne ,
Prince de Munster , Membre de plufieurs
Sociétés des Sciences ; troifième
MARS. 1774. 127
édition revue par l'auteur , augmentée
d'une table alphabétique en françois ,
latin & allemand des termes de manége
& remèdes pour la confervation
du Cheval , avec figures en taille douce.
A Vienne ; & à Paris , chez G. Def.
prez , imprimeur du Roi & du Clergé
de France , rue St Jacques , 1774-
Cet ouvrage eft divifé en deux parties.
Dans la première l'auteur confidère le
Cheval comme un élève qu'il faut dreffer.
Il entre dans le détail des leçons qui
doivent conduire à l'exécution fimple &
naturelle de tous les airs du manége . Il
rend compte de la méthode dont il fe
fert pour dégager cette exécution de toute
contrainte , & pour que l'animal inftruit
de fes devoirs s'y prête avec facilité , & y
employe fes forces de manière à opérer
leur plus grand effet fans les détruire . Le
fuccès de ces leçons dépend principalement
de l'embouchure du Cheval. Il fait
fentir les défauts & les inconvéniens des
embouchures les plus ufitées chez les différentes
Nations ; & il établit les règles
de la véritable embouchure fur la connoiffance
phyfique des organes & de la
ftructure de l'animal. *
Dans la feconde partie , l'auteur con
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
fidère le Cheval comme un domestique
qu'il faut foigner. Il expofe les diverfes
maladies auquelles il devient fujet par
le peu d'attention qu'on apporte au choix
de fes alimens , au ménagement de fes
travaux & à la néceffité de le garantir des
injutes de l'air. H parcourt la plupart des
maladies aiguës & chroniques. Il développe
leurs cauſes , indique leurs fignes ,
détaille leurs accidens , montre l'abus du
traitement ordinaire , & donne les meilleurs
remèdes pour leur guérison.
Nouvelle Chimie du goût & de l'odorat; on
l'art de compofer facilement & à peu
de frais les liqueurs à boire & les eaux
de fenteur. Nouvelle édition entièrement
changée , confidérablement aug
mentée & enrichie d'un procédé nouveau
pour compofer des liqueurs fans
eau-de- vie , ni vin , ni efprit-de - vin ,
proprement dit ; de plufieurs differtations
intéreffantes , & d'une fuite d'obfervations
phyfiologiques fur l'ufage
immodéré des liqueurs fortes , avec
figures. in - 8°. Prix relié 6 livres.
A Paris , chez Piffot , Libraire , Quai
de Conti 1774.
L'Auteur a fait dans cette nouvelle
MARS. 1774. 12,9
édition de grands changemens , beaucoup
d'augmentations , de corrections ,
d'éclairciffemens ; & il le falloit . Car
rel eft le fort des ouvrages qui dépendent
de l'expérience : il y a toujours à
retoucher , à corriger à corriger , à perfectionner.
L'Auteur n'a pas beaucoup augmenté le
nombre de fes recettes , mais il a multiplié
les procédés généraux , facilement
applicables aux opérations qui leur font
analogues . Il a difcuté l'importante quef
tion touchant l'action des liqueurs fpiritueufes
fur les organes du corps -humain ;
c'eft- à-dire leurs effets ou falutaires cu
pernicieux. On retrouve par- tout dans
cet ouvrage l'expérience éclairée par la
théorie , & fondée fur les meilleurs
principes de la phyfique & de la Chimie.
L'élève de la raifon & de la religion ; ou
traité d'éducation phyfique , morale &
didactique , par un citoyen , 4 vol .
in 12 ; à Paris chez Barbou , rue des
Mathurins , & à Villefranche de Rouergue
, chez Vedeilhié.
>
On peut définir l'éducation l'art de
former des corps plus robuftes , des ames
plus vertueufes & des efprits plus éclairés.
Fv
130 MERCURE DE FRANCE :
L'éducation confidérée ainfi dans toute
fon étendue , a toujours été regardée comme
la fource la plus certaine du repos ,
non-feulement des familles , mais des
Etats & des Empires. En effet , n'eft- ce
pas la bonne éducation qui met toutes les
perfonnes qui ont naturellement quelques
difpofitions, en état de remplir dignement
leurs fonctions différentes ? N'est ce pas
de la Jeuneffe que viennent tous les
Pères de famille , tous les Magiftrats ,
tous les Miniftres ; en un mot
les perfonnes conftituées en autorité & en
dignité ?
toutes
C'eft en couféquence de ces princicipes
, que les plus grands hommes de
l'Antiquité ont toujours regardé comme
le devoir le plus effentiel des parens ,
des Maîtres , des Magiftrats & des Princes
, de veiller à l'éducation des enfans ;
& ils remarquent que tout le défordre
des Etats ne vient que de la négligence
de ce devoir.
Platon en cite un illuftre exemple ,
dans la perfonne du Prince le plus accompli
dont nous parle l'Histoire ancienne
: c'eſt le fameux Cyrus. Occupé
de fes conquêtes , il abandonna aux femmes
le foin de les enfans. Ces jeunes
MARS. 1774. 131
Princes furent élevés , non fuivant la difcipline
dure & auftère des anciens Perfes ,
qui avoit fi bien réuffi par rapport à
Cyrus leur pere , mais à la manière des
Mèdes , c'est- à-dire , dans le luxe , la molleffe
& les délices. Une telle éducation
dont toute remontrance & toute reprimande
étoient foigneufement écartées ,
eut, dit Platon, tout le fuccès qu'on en devoit
attendre . Les deux Princes auffi tôt
après la mort de Cyrus , ne pouvant fouffrir
ni fupérieur ni égal , armèrent leurs
mains l'un contre l'autre , & Cambyfe ,
devenu le maître par la mort de fon
fjère , s'abandonna comme un infenfé &
un furieux , à toute forte d'excès , & mit
l'Empire des Perfes à deux doigts de fa
perte . Cyrus lui avoit laiffé une vaſte
étendue de Provinces , des revenus immenfes
, des armées innombrables ; mais
tout cela tourna à fa ruine , faute d'un
autre bien infiniment plus eftimable ,
qu'il négligea de lui donner , une bonne
éducation .
Cet exemple , qu'on peut appliquer à
tous ceux qui font chargés de l'éducation
des enfans , prouve de quelle importance
il est de les bien élever . Mais,
pour mettre encore cette matière dans
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
un plus grand jour , on peut avancer que
le royaume où l'on procureroit aux jeu
nes gens la meilleure éducation poffible ,
feroit le plus floriffant & le plus heu
reux ; ce qu'il eft aifé de prouver par
l'Hiftoire , par l'obfervation de ce qui
fe paffe dans la nature , & par le raiſonnement.
L'auteur n'a rien négligé de ce qui
peut procurer une bonne éducation ; ik
a divifé fon traité en trois parties : dans
la première , il confidère l'éducation par
rapport au corps , ce qui donne l'édu
cation phyfique ; dans la feconde , il examine
l'éducation relativement au coeur ,
d'où fuit l'éducation morale ; dans la troifième
, il l'enviſage par rapport à l'ef
prit , ce qui produit l'inftruction ou l'édu
cation didactique. Nous dirons , d'après le
jugement de M. Riballier , cenfeur royal ,
que l'auteur donne fur chacun des objets ,
des leçons inftructives & intéreffantes ;
qu'il s'eft fur tout beaucoup étendu fur
deux points bien importans , c'eft - à dire ,
fur ce qui eft relatif à la religion & à la
probité ; & que ceux qui le prendront
pour guide ne peuvent infpirer que de
bons fentimens à leurs élèves .
MARS. 1774. 1331
L'art des armes , ou la manière la plus
certaine de fe fervir utilement de
l'épée , foit pour attaquer , foit pour
fe défendre ; fimplifiée & démontrée
fuivant les meilleurs principes de théorie
& de pratique , adoptés actuelle
ment en France : ouvrage néceffaire à la
jeuneNobleſſe, aux Militaires & à ceux
qui fe deftinent au fervice du Roi , aux
perfonnes même qui , par la diftinction
de leur état , ou par leurs charges ,
font obligées de porter l'épée, & à rous
ceux qui veulent faire profeffion des
armes . 2 vol . in- 8 ° . ornés de 47 planches
en taille douce , reliés . Prix 12 l .
à Paris , chez Jombert père & fils , rue
Dauphine ; veuve Hériffant rue Saint
Jacques , & Lacombe , rue Chriftine.
Le cours de cet ouvrage utile avoit
été interrompu par une conteftation.qui
a été décidée à l'avantage de M. Danet ,
& qui rend l'activité à fon livre . L'auteur
y développe de la maniêre la plus
méthodique , les vrais principes de l'ars
des armes ; il a tracé avec précifion
dans un grand nombre de planches ,
les pofitions les plus avantagenfes , foit
pour attaquer , foit pour fe défendre .
Ce traité eft divifé en trois parties qui
134 MERCURE DE FRANCE.
compofent tout l'enſemble de l'art des
armes ; dans la première l'habile maître
traite du jeu fimple ; dans la feconde du
jeu double ; & dans la troisième du jeu
décifif, c'eſt à dire , ce que l'on doit
faire en avançant , tout ce que l'on
peut entreprendre de pied ferme fur la
multiplication du même coup , enfin
ce que l'on peut exécuter en rompant
la mefure. M. Danet analyfe chaque
coup ; il en fait connoître les mouve
mens & les effets ; enforte que , fans le
fecours même d'un maître , on peut
parvenir à faire des progrès dans l'art de
l'épée.
Mémoires de Chimie , par M, Sage , vol.
in-8°. prix 4 liv. 1o fols broché. A
Paris , chez Valade , Libraire , rue S.
Jacques , vis - à - vis celle des Mathurins.
Cet ouvrage préfente des recherches
fur la nature du verre ; des obfervations
fur les charbons de terre ; des remarques
;
fur le fpath fufible , phofphorique , & fur
le fpath féléniceux ; une analyfe compatée
de différentes eſpèces de toutbes ; an
examen de la terre végétale ; une analyſe
du terreau de couche ; un examen du fel
MAR S. 1774. 135
animal connue fou le nom d'alkali
phlogistiqué ; des remarques fur le bleu
de Pruffe natif ; des obfervations fur les
chaux métalliques & fur les criftallifations
des fubftances métalliques par l'intermède
da mercure ; des remarques fur
l'acide marin retiré des métaux fpathiques
, & fur une nouvelle efpèce de fel
ammoniac marin ; des effais & différentes
analyfes de mines ; des obfervations fur
le mixte falin volatil , qui fe dégage lorfqu'on
verfe de l'acide vitriolique fur un
alkali ou fur de la terre calcaire ; un mémoire
fur la pefanteur comparée de diffé
rens fluides ; des remarques fur la table
des rapports , &c.
Cet ouvrage eft rempli d'idées & de
propofitions abfolument neuves & fi éloignées
de tout ce que les Chimiftes ont
penfé jufqu'à préfent , qu'une feule
Teroit une découverte de la plus grande
importance , fi elle étoit prouvée ; mais
c'eft précisément la partie foible de ce
livre. Il manque abfolument par les preuves.
Au lieu d'y trouver un grand nombre
d'expériences pour appuyer chaque
affertion , on n'y rencontre qu'un grand
nombre d'affections qui ne font établies
prefque fur aucune expérience désifive.

136 MERCURE DE FRANCE .
On trouve chez le même Libraire cidelfus
nommé & du même Auteur , les
élémens de minéralogie docimaftique , vol .
in-8° . prix 4 liv . 10 fols br . Plus , un
Examen chimique de différentes fubftan
ces minérales ; Effais fur le vin , les
pierres , les bezoards & d'autres parties
d'hiftoire naturelle & de chimie ; Traduction
d'une lettre de M. Lehmann , fur la
mine de plomb rouge , vol. in- 12 , prix
2 liv. br. Ces deux ouvrages publiés le
premier en 1772 , & le fecond en 1769 ,
ont été annoncés précédemment dans le
Mercure.
?
Hiftoire de l'Académie royale des Inf
criptions & Belles Lettres , in- 12. to
me XV ; Mémoires de Littérature de la
même Académie , tomes LV , LVI ,
LVII , LVIII & LIX. Ces nouveaux volumes
comprennent les tomes XXXI &
XXXII de l'édition in-4° . Les fix volumes
brochés font de 16 liv . 4 f. A Paris,
chez Panckoucke , rue des Poitevins.
On publie à l'hôtel de Thou , rué
des Poitevins , le vingt -neuvième vo-
Tume in 4° . , du grand Vocabulaire françois.
.
Ce volume commence par le mot
MARS. 1774 . 137
turnere , genre de plante à fleur monopotale
, & finit au mot viorne , arbriffeau
qui croît dans les haies.
Lettres nouvelles , ou nouvellement recou
vrées de la Marquise de Sévigné & de
la Marquife de Simiane fa petite-fille ,
pour fervir de fuire au recueil des
lettres de la Marquife de Sévigné ,
petit in conforme aux éditions
dans ce petit format , prix broché ,
36 fols. A Paris , chez Lacombe Libraire
, rue Chriſtine 1774.
Cette nouvelle édition a été démandée
par ceux qui ont le petit format des
lettres de Madame la Marquife de Sévigné
, & qui veulent compléter la collection
de cet ouvrage intéreffant.
MM. les Soufcripteurs de la nouvelle
édition des bibliothèques françoiſes de la
Croix du Maine & de Duverdier , de
diées au Roi , avec des remarques critiques
& littéraires , par M. Rigoley de
Juvigny , Confeiller Honoraire au Parlement
de Metz , font priés de retirer
leurs exemplaires dans le courant du préfent
mois de Mars , paffé lequel temps ,
ils ne feront plus admis à les retirer ;
& à compter du premier Avril pro138
MERCURE DE FRANCE .
chain , le prix des fix voluines fera de
go liv . au lieu de 67 liv . 10 fols pour
le petit papier , & de 144 liv . pour le
grand papier , attendu le petit nombre
d'exemplaires qui restent de l'an & de
l'autre format.
ACADÉMIES.
I.
Séance publique du mercredi 4 Août 1773
de l'Académie Royale des Sciences ,
Belles- Lettres & Arts de Rouen .
M. HAILLET de Couronne , fecrétaire
perpétuel pour les belles lettres & arts
agréables , rendit compte des travaux académiques
de fon département , & les élè
ves des Ecoles du Deflin furent publiquement
couronnés .
M. l'Abbé Auger , profeffeur de rhétorique
, lut fa traduction de la première
Catilinaire de Cicéron .
On a lu , pour M. Giraud , Prêtre de
l'Oratoire , fa traduction en vers latins ,
de la 143. fable de la Fontaine .... le
Savetier & le Financier. Sutor & quaftor.
M. de Couronne lut fon Eloge hiſtoMARS.
1774. 139
rique de feu M. le Carpentier , architecte
du Roi , aflocié titulaire.
On a lu l'Héroïde qui avoit obtenu
l'acceffit l'année dernière . L'auteur , M.
le Comte de Laurencin , depuis affocié,
adjoint , l'a perfectionnée & renvoyée à
l'Académie , qui a répété publiquement
que fon approbation ne portoit que fur le
mérite poëtique , & non fur le fujet particulier
de ce poëme , à l'égard duquel
elle ne prononçoit pas.
M. Dornay lut le 4° . chant du poëme
de la Peinture de feu M. Bréant . On expofa
dans cette féance ,
Deux eftampes gravées par M. Bacheley
, titulaire ; l'une eft le portrait de feu
M. le Cat , l'autre eft une vue du château
de Ryswick , d'après Rhuysdaal , peintre
Hollandois.
Les portraits de l'Empereur & du Roi
de Pruffe , gravés par M. Lemire, affocié ,
Les autres ouvrages préfentés pendant
l'année , & dont M. le fecrétaire rendit
compte , étoient le panégyrique d'Evagoras
par Ifocrates , traduit pat M. l'Abbé
Auger.
Üne traduction en profe , de l'art poëtique
d'Horace , avec des notes.
-Une pièce de vers , intitulée le Tombeau
du Roi de Sardaigne..
140 MERCURE DE FRANCE.
Des principes raifonnés fur l'art oratoire
, par Dom Gourdin , profeffeur de
réthorique à Beaumont en Auge.
Une Diflertation intitulée : Notions
grammaticales , par M. Maclor, profeffeur
de mathématiques à Paris,
Un mémoire de M. le Comte de Laurencin
, fur l'utilité des Sociétés académi
ques , & le bonheur que l'étude des belles
- lettres doit procurer à ceux qui les
cultivept.
Le profpectus d'un ouvrage que Dom
Labbé fe propofe de publier fous le titre,
de Révolutions des Moeurs,
Trois. fables en vers françois par M. de
Machy , la Vigne & le Lierre ; Le Raon ;
L'Enfant & fes Joujoux.
M. de Couronne annonçale programme
du prix des belles lettres , en difant : Un
des premiers objets de l'Académie ayant
toujours été de s'occuper de l'hiftoire na
turelle & civile de la Province , elle propofe
pour fujet du prix qu'elle aura à donmer
en 1774.

Une notice critique & raifonnée des
hiftoriens anciens & modernes de la
» Neuftrie & Normandie , depuis fon
origine connue jufqu'à notre fiècle , pour,
» fervir d'introduction à l'hiftoire géné-
» rale de la Province. »
"
MARS. 1774. 441
Ce prix donné par M. le Duc d'Harcourt
, Protecteur de l'Académie , eft une
médaille d'or , de la valeur de trois cent
divres. Les ouvrages feront adreffés , frands
de port, à M. Haillet de Couronne , Sefcrétaire
perpétuel , & ne feront reçus que
jufqu'au premier Juillet 1774 , inclufi-
-vement. Les auteurs font avertis de ne
-point fe faire connoître , mais de joindre
feulement à leur mémoire un billet cacheté
, qui contiendra la répétition de
l'épigraphe ou fentence miſe en tête , ainfi
que leur nom & leur adreffe.
M. Dambourney , Secrétaire perpétuel
pour les fçiences & arts , rendit comte
-du moyen trouvé par M. Scanégatty, pour
joindre au Peze-liqueur un thermomètre
qui indique le plus ou moins de raréfaction
occafionnée par la température de
l'atmosphère ; de forte qu'avec cet inftru
sment ingénieufement compliqué , on détermine
précisément la quantité d'eſprit-
-de vin contenue dans une Eau - de- vie
quelconque , indépendamment du chaud ,
ou du froid dont la liqueur eft affectée .
D'un mémoire de M. Juvel , Médecin
pour
le Roi , fur les eaux de Bourbonne .
De deux nouvelles cartes Marines de
M. l'Abbé Dicquemare , pour les fondes
<
142 MERCURE DE FRANCE .
en dedans & en dehors de la Manche ,
ainfi que de toutes les côtes du Ponant.
De la fuite des expériences du même ,
fur la reproduction des parties retranchées
aux anémones de mer.
D'un mémoire dans lequel M. Muſtel
prétend établir que les fourmis , loin de
nuire aux arbres , facilitent leur végétarion
, par la guerre qu'elles font aux puce-
& autres infectes nuifibles .
rons ,
D'un recueil d'obfervations de M. de
Saint Martin , fur les pernicieux effets de
la cérufe dans le cidre ; fur les dangers
des vaiffeaux de cuivre & de plomb ; fur
les coliques minérales , fréquentes dans
les grandes maifons & les Commuautés.
De l'obfervation de l'Eclipfe totale de
Lune , le onze Octobre 1772 , par M.
Dulague.
D'une montre qui marque les douze
mois de l'année , l'équation de 10 en 10
jours , les heures , les minutes , les fecondes
, concentriques & fans renvoi . Un
fecond Cadran placé au revers du premier
, indique les dates des mois , les
jours de la femaine , les phafes de la Lune
& fon quantième. L'auteur eft M. Duval ,
Horloger , à Rouen.
MARS. 1774. 143
M. de la Folie a lu le détail de fes
nouvelles expériences & obfervations
fur la vertu magnétique .
M. Muftel a fait voir des feuilles entières
, des fragmens de feuilles , & des
graines du véritable thé du Paragay.
On diftribua les prix fondés par le
corps municipal , pour l'Anatomie , la
Chirurgie , la Botanique , les Mathématiques
, l'Hydrographie , & l'art des accouchemens
.
Aucun des mémoires qui avoient concouru
au grand prix des fçiences n'ayant
rempli les vues de l'Académie , elle propofe
pour 1774 ,
D'indiquer quelles ont été les découvertes
Anatomiques depuis le commencement
de ce fiècle , & les avantages que l'art de
guérir en a retirés?
Ce prix , donné par M. le Duc d'Hatcourt
, eft une médaille d'or de trois
cents livres ; les ouvrages feront adreffés
dans la forme & le temps fixés ci - deffus ,
à M. L. A. Dambourney , Négociant à
Rouen , Secrétaire perpétuel.
144 MERCURE DE FRANCE.
I I.
Académie Royale des Sciences & Belles-
Lettres de Beziers , du Jeudi 2 Septembre
1773.
La féance Publique qu'on avoit réfolu
de tenir après la quinzaine de Pâques
ayant été renvoyée au premier Jeudi d'après
la faint Martin , à caufe des indifpofi.
tions & de la mort de M. Brouzet , alors
directeur , on a cru devoir faire connoître
au Public les fujets qui ont été traités dans
nos affemblées , depuis Pâques jufqu'à ce
jour.
M. Bouillet , Secrétaire , a lu un mémoire
où il répond à la critique qu'on a
faite dans le quatrième tome de l'Encyclopédie
, des démonftrations des règles
fondamentales de l'art de guérir , qu'il a
données dans le fecond tome de fes
élémens de Médecine- pratique , imprimé
en 1746 .
Comme on a oppofé plufieurs raiſonnemens
à ces démonftrations , M. B. a
été obligé , pour en mieux faire voir le
peu de folidité, de les partager, de même
que fes réponſes , en huit articles.
Ces articles étant trop longs pour qu'on
puiffe
MAR S. 1774. 145
puiffe les rapporter ici , on fe contentera
d'annoncer qu'ils paroîtront bientôt , à la
fuite d'un ouvrage que M. Bouilleta com
pofé fous ce titre : expofition des maladies
aiguës qui ont été observées à Beziers ,
& dans plufieurs autres lieux, depuis 1746,
jufqu'à la fin de 1769 , & c . &c.
M. de Bouflanelle , Brigadier des armées
du Roi , lut le commencement
d'un difcours fur la parure : il en fit
fentir le faux , les caprices , les dangers
; & , pour mieux les peindre , il
n'emprunta d'autres traits que ceux que
L'amour de la patrie & une faine philofophie
peuvent fournir . Il s'attacha furtout
à démontrer le luxe & l'orgueil de
la plupart des ajuſtemens modernes , &
prouva qu'il n'étoit point de plus grande.
illufion que celle de la parure , puifqu'elle.
porte à l'oubli de leur être , les mortels
les plus vils , des hommes de néant, &
que , non moins pernicieufe que tout au
tre luxe , elle entraîne néceffairement la
confufion des états. M. de B. promit la
fuite de ce difcours , pour l'affemblée
prochaine de l'Académie .
M. l'Abbé de Baſtard a fait voirdans une
differtation & par des exemples , les inconvéniens
qui réfultoient de l'hiftoire , lorf-
G

145 MERCURE DE FRANCE.
que les hiftoriens fe permettoient de blâmer
ou de juftifier mal à propos les faits
& les actions qu'ils rapportoient .
M l'Abbé Bouillet lut un mémoire
fur quelques nouvelles propriétés des nombres.
Il établit fur cette matière, des principes
généraux & indépendans de tout
fyftême de numération . Il les applique
enfuite à différentes échelles arithmétiques,
& , pour mieux prouver les avantages
ou les inconvéniens dont elles font
fufceptibles , il compare tous ces fyftêmes
les uns avec les autres ; il trouve , par
exemple, que la progreffion quaternaire Leſeroit
très commode pour certaines opérations
qui demandent de longs calculs ,
& que ce n'eft point fans raifon qu'un
Peuple de la Thrace , fort fpéculatif ,
avoit autrefois adopté cette manière de
compter , fuivant le rapport d'Ariſtote . *
L'Auteur paffe de la théorie à des vérités
utiles dans la pratique. Il donne ,
en particulier , une méthode plus expéditive
que celles de Néper , de Leibnits , *
&c. pour réduire , dans une infinité de
cas , les multiplications & divifions des

*Dans fes problêmes , fection 15.
* Hift. de l'Acad. 1703 , pag. 58 , &c.
MARS. 1774. 147
nombres les plus compofés , à de fimples,
additions ou fouftractions ; & il obferve
que cette méthode peut devenir générale ,
ou par le moyen de tables beaucoup plus
faciles à conſtruire que celles des logarithmes
, ou peut-être même fans ce fecours .
Il indique enfin un moyen fort fimple de
procurer au fyftême de la progreffion dénaire
, tous les avantages des autres fyftêmes
, fans en avoir à craindre les inconvéniens
.
M. Audibert , Avocat , a lu des ré-
Alexions , où , après avoir fait remarquer
que c'eft un devoir de la Société , de cultiver
l'art des converfations agréables , à
caufe de leur utilité , il a mis en queſtion
fi la manière d'exprimer une penfée peut
fournir autant ou plus d'agrément à la
converfation , que la penſée même.
M. Bertholon , prêtre de la Congréga
tion de la Miffion , & Profeffeur de Théologie
, au Séminaire , a lu auffi un mémoire
fur l'influence de quelques météores
ignés , & particulièrement du tonnerre
, fur les végétaux & les animaux.
L'Auteur prouva par différentes obfervation's
les effets de ce météore fur la germination
des plantes , fur leur accroiffe-
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
ment & fut la maturation de quelques
fruits . Il montra que le développement du
germe des plantes eft accéléré , que l'accroiflement
eft plus rapide , & que la
maturiré eft fenfiblement avancée.
Cette nouvelle affertion eft appuyée
fur des obfervations faites dans les mêmes
climats , dans des années où les orages
étoient fréquens , comparées à d'au res
années qui n'avoient point été orageuſes ,
ou du moins très- peu , ainfi que fur d'au
tres obfervations faites dans diverfes régions
où les orages font prefque continuels
, comparées à d'autres pays où la
foudre tombe rarement. On fit voir en
fuite combien ces obfervations étoient
conformes aux vrais principes de l'électricité
, & aux expériences de plufieurs
phyficiens , par lefquelles il eft démontré
que l'électrifation hâte le tems de la ger.
mination ; que les plantes électrifées ont
une vigueur plus marquée, & que les par
ries de la fructification fe développent
plutôt.
Notre Académicien prouva encore que
la foudre produit à peu près les mêmes
effets fur quelques efpèces d'infectes ; que
des tonnerres fréquens ont été cauſe que
MAR S. 1774. 149
plufieurs infectes , principalement des familles
des Coléoptères , des Hémiplères,
&c. ont été plus multipliés dans certains
temps orageux , & ont paru beaucoup
plutôt ; que les fréquens tonnerres font
très-nuifibles à plufieurs lépidoptères ,
du moins à leurs larves. Il parla enfuite
des effets utiles ou pernicieux du
tonnerre fur quelques autres espèces d'animaux.
Il feroit à fouhaiter que les
naturaliftes fiffent de fréquentes obfervations
fur ce fujet.
II L
MONTAUBAN.
L'Académie des Belles - Lettres de
Montauban tint fon affemblée publique
à l'ordinaire , le 25 Août dernier.
M. le Baron Dupuy Montbrun , Directeur
de quartier , ouvrit la féance par
un difcours mêlé de profe & de vers
où il montra que le feul génie ouvre à
l'émulation le temple de la gloire , &
lui fournit de quoi terraffer les monftres
qui en défendent l'entrée .
M. l'Abbé de la Tour lut un difcours
contre la médiſance , où il démontra que
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
tout médifant devient calomniateur
parce qu'il parle toujours fans être bien
inftruit des faits , & qu'il ne manque
prefque jamais de les altérer.
M. de Saint - Hubert récita des vers
où il déclara modeftement qu'il écri
voit fans prétention ; mais il eut lieu
de s'appercevoir que le Public en a beaucoup
pour lui , & que perfonne n'eft difpofé
à foufcrire à l'adieu philofophique
qu'il femble vouloir dire à la rime.
M. l'Abbé Bellet lut un difcours
contre l'ennai , dont il rechercha les
caufes & les remèdes . Il effaya de prouver
que les lettres ont fupérieurement
la vertu de prévenir ou de diffiper les
nuages dont il obfcurcit fi fouvent notre
existence .
M. Dupuy- Montbrun récita une idylle
fur l'innocence & les agrémens de la
campagne , & l'on convint que fon pin
ceau a des couleurs pour tous Jes
genres.
M. l'Abbé Bellet lut une ode imitée
: du pleaume IX , intitulée La France
renouvelant fes vaux à Dieu , & fon ferment
de fidélité au Roi , le 28 Octobre
1772 , précédée d'un difcours où il
montra le tendre intérêt que l'AcadéMARS.
1774 . IST
mie fe fait un devoir de prendre à tout
ce qui intéreffe le bonheur & la gloire
du Roi.
M. de Saint- Hubert , en lifant des vers
fur ce qu'on a prétendu qu'il n'y a plus
rien de nouveau à dire , confola le Public
, qui avoit témoigné regretter
qu'il parût déterminé à renoncer à la
poéfie.
Le prix d'éloquence fut adjugé à un
difcours de M. l'Abbé Boulogne , de la
Commanderie de S. Jean de Rhodes ,
près S. Agricol à Avignon.
Er celui de poéfie à un poëme de M.
l'Abbé Baltazar , l'un des profeffeurs du
Collége , qui fit la lecture de fon ou
vrage.
Le prix d'éloquence de 1774 , eft deftiné
à un difcours dont le fujet fera :
La véritable philofophie eft dans les
moeurs plus que dans les paroles , conformément
à ces paroles de l'Ecriture :
Dicentes enim fe effe fapientes , ftulti fac
ti funt. Rom. 1. 2.
Les difcouts feront adreffés francs de
port , dans le cours du mois , à M.
l'Abbé Beller , Secrétaire perpétuel de
l'Académie .
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
SPECTACLES.
CONCERT SPIRIT U B L.
a
Février
LE Concert fpirituel du 2
1774 ? a commencé par une fymphonie
de M. Rigel . M. Naudi a
chanté un motet à voix feule. M.
Duport le jeune a joué avec beaucoup
d'applaudiffement un folo de fa compofition
, fur le violoncelle . On a exécuté
un nouveau motet à grand choeur , del
Signor Langlé , ci devant premier Maî
tre de Chapelle du Confervatoire de la
Piété de Naples . Les deux premiers ver
fets de ce motet ont paru d'une beauté
frappante , d'une expreffion vive , d'un
chant agréable , fuperbe & énergique.
Les autres récits & les choeurs ont été ,
trouvés dignes du génie de ce Maître ,
mais fans avoir le grand caractère des
deux premiers morceaux . Ce motet a
été fuivi par une grande fymphonie concertante
de M. Stamitz fils, à quatre parties
obligées & parfaitement exécutée
par MM. Capron , Duport , Guénin &
Monin. M. Legrand & M. Richer ont
chanté avec goût Chrifte redemptor , exMARS.
1774. 153
cellent duo de M. Golfec. M. Leduc le
jeune , virtuofe admirable , a exécuté
avec beaucoup d'élégance , de jufteffe &
de précifion un concerto de violon ; le
concert a fini par laudate pueri , motet à
grand choeur , qui fait honneur à M. de
Saint-Amant.
"
OPERA.
L'Académie royale de Muſique a donné
le mardi 22 Février , la première repréfentation
de Sabinus , tragédie lyrique
réduite à quatre actes , poëme de M. de
Chabanon , mufique de M. Goffec .
Nous donnerons , dans le Mercure prochain
, plus de détails fur cet opéra. Tout
ce que nous pouvons dire en ce moment
d'après une répétition , c'eft que le poëme
a de l'intérêt ; la mufique , de l'effet & de
l'expreffion ; le fpectacle , de la variété &
de la magnificence. Les balets , compoſés
MM. Veftris , Gardel & d'Auberval ,
& exécutés par les premiers talens que
l'émulation & le zèle ont rapprochés &
réunis , font le plus grand plaifir . Le jeune
Veftris étonne & enchante par la force &
par
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
la perfection de fa danfe . On doit le même
éloge à Mlle d'Orival & à M. Gardel
le jeune. MM. Veftris , Gardel & d'Auberval
; Miles Heinel , Guimard , Peflin,
Affelin , enſemble & féparément , enlèvent
tous les fuffrages. Les principaux
rôles font très bien remplis par M. &
Mde l'Arrivée , par MM. Gelin & Durand.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Le vendredi 18 Février , époque de la
mort de Molière , les Comédiens François
ont donné une repréſentation de la
Centenaire , comédie en un acte de M.
Artaud , qui a l'avantage d'avoir fondé
en quelque forte , une fête en l'honneur
du grand homme , le génie , le père & le
modèle de la bonne comédie .
COMÉDIE ITALIENNE.
LEs Comédiens Italiens ont donné le
jeudi 10 Février , la première repréfentation
du rendez- vous bien employé, paMARS.
1774 ISS
rodie nouvelle en un acte & en vers mêlé
d'ariettes , par M. Anfaulme , mufique
de M. Martini,
Colombine aime Arlequin & en eft
aimée . Arlequin a pourtant des foupçons ;
il craint que l'intérêt ne lui faffe préférer
Pantalon , ou le Docteur , fes amans ;
Colombine le raffure : Arlequin jouit
d'avance de la difgrace des deux vieillards
trompés. Il s'amufe à parodier tourà-
tour ces galants furannés ; Colombine
s'apprête auffi à les bien duper. Pantalon
& le Docteur , excités par une mutuelle
jalousie , & ridiculement accoutrés en
Spadaffins , entrent en explication , &
fe font un défi . Chacun des deux champions
tâche d'intimider fon rival. Pantalon
vante fes exploits fur terre , lorfque
dans fa jeunefle il étoit Houzard ,
& le Docteur chante fes exploits fur
mer lorfqu'il étoit Corfaire . Ils fe battent
à l'épée avec tout le cérémonial de
braves guerriers. Colombine furvient &
les fait rengainer. Elle exige de fes deux
vieux amans un terrible ferment , par lequel
ils jurent de fe foumettre à fon
choix , & de n'en marquer aucun reffentiment
: ce qu'ils promettent très - folennellement.
Elle donne enfuite , mais en
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
fecret , à l'un & à l'autre , un rendezvous
, lorfque la nuit fera venue . Chacun
des deux rivaux fe croit le favori ;
Pantalon gliffe en cachette un préſent
d'une bourfe remplie d'or à Colombine ,
& le Docteur lui donne avec le même
mystère un diamant , que Colombine
reçoit, après quelques petites façons, avec
un fourire malin . Elle s'applaudit d'avoir
fait fes dupes des deux vieillards , & de
refter fidelle à fon cher Arlequin , préférant
l'amour à fa fortune . Cependant ,
Arlequin déguifé avec une grande perruque
& un long manteau , guettant Colombine
, & entendant la déclaration de
fa maîtreffe , vient lui témoigner fon
contentement. Ils rient enfemble de la
-crédulité des vieillards. Les deux amans
fe retirent & font place à Pantalon &
au Docteur , qui viennent en tapinois ,
chacun avec une lanterne fourde au rendez
- vous ; mais au lieu de Colombine
qu'ils cherchent , ils fe rencontrent -nez à
nez fans fe chercher. Ils s'interrogent ,
Is fe querellent , & croyent qu'Arlequin
qu'ils n'ont pas reconnu étoit l'un d'eux ,
rival préféré. Ils font bientôt défabufés
Colombine même qui fe moque de
leur paffion . Les vieillards jaloux & conpar
MARS. 1774. 157
3
fus , pardonnent à leur maîtreffe , pourvu
que l'amant qu'elle choifit ne foit point
Pantalon ou le Docteur : Colombine les
met d'accord , en leur déclarant que c'eſt-
Arlequin qu'elle aime . Les deux vieillards
fe rendent juftice & applaudiffent à fon
choix , fans pourtant convenir
rendez vous foit bien employé.
}
que leur
Le rôle d'Arlequin a été joué par M.
Julien ; celui de Pantalon par M. Trial ;.
celui du Docteur par M. la Ruette ; &
Colombine par Madame Trial , avec le
genre de comique convenable à leur perfonnage.
La mufique de M. de Martini eft agréable
, expreffive & pittorefque ; elle fair
honneur au génie de cet habile compofiteur
fi avantageufement connu par la
mufique délicieufe de l'Amoureux de
quinze ans. On peut dire pourtant qu'il
a trop foutenu la nobleffe de fon ſtyle ,
& qu'il n'a pas fu lui donner les formes
comiques & propres au gente grotefque
de la parade.
Cette pièce a été retirée après , la troifième
repréſentation , à caufe des nouveautés
que l'on prépare à ce théâtre . Les
auteurs du Rendez - vous , poëte & muk
158 MERCURE DE FRANCE.
cien , profiteront fans doute de cet intervalle
pour faire quelques changemens &
les corrections que le Public a paru defirer
; nous ne doutons point qu'ils n'embelliffent
cette comédie , & qu'ils ne lui
rendent tout le comique & la gaieté qu'elle
femble promettre
.
DÉBUT.

Le fieur le Meunier , qui n'avoit encore
paru fur aucun théâtre , a débuté
le mercredi 9 Février dans le rôle du
Huron , le 20 , dans le rôle de Silvain ,
& le 23 , dans le Déferteur. Cet acteur
eft grand , d'une taille avantageufe
, d'une figure très - belle , & peut - être
trop belle pour le théâtre ; fa voix eft un
concordant , & , fans être forte , elle eft agréa
ble , fenfible , intéreffante ; il chante avec
ame & avec goût , & joue avec intelligence
, fans altérer le mouvement ni le carac- .
tère de la mufique. Il peut être trèsutile
à ce théâtre , où l'habitude & l'étude
des bons modèles lui donneront de grands
avantages.
MARS. 1774. 159
GÉOGRAPHIE.
I.
Carte de la Picardie , Artois , Boulonois ,
Flandre françoife , Hainaut & Cambrefis
; contenant toutes les Paroiffes
annexes & Abbayes , avec les routes &
chemins d'après la carte générale de la
France , en 177 feuilles , de MM . de
l'Académie Royale des Sciences , à Paris
, chez Bourgoin , Graveur , rue de
la Harpe , vis -à-vis le paffage des Jacobins
, à côté du Café de Condé ,
1774.
de
CEtte Carte eft en quatre feuilles ,
la grandeur de l'itinéraire de la France ,
& du prix de 2 liv. 8 fols.
I I.
>
Guide ou Dictionnaire topographique des
grandes routes de Paris aux Villes
Bourgs , Abbayes , Duchés , &c. du
Royaume , propofé par foufcription.
Cet Ouvrage, difent les Editeurs , fruit
des années d'un travail pénible , eft auffi
utile qu'intéreflant.
60 MERCURE DE FRANCE.
Depuis long temps plufieurs Géographes
habiles & qui méritent fans contredit
l'eftime & la reconnoiffance publique
, ont fait tous leurs efforts pour donner
aux Voyageurs des Itinéraires inftructifs
& amulans ; le fuccès a couronné leur
travaux. Un feul point manquoit à ces
Itinéraires , la facilité de les rendre por
tatifs & de conferver une échelle aflez
grande pour détailler tous les objets qui
fe préfentent à la vue . Nous croyons avoir
trouvé cet avantage par la commodité du
format & l'ordre avec lequel les Plans
font placés . En effet cet ouvrage est en
deax volumes in 12 , d'environ 700
pages les deux volumes . Les 240 Plans qui
s'y trouvent,donnent environ 4000 lieues
de routes , très détaillées à deux lieues
de chaque côté , & bien lavées ; ils indi
quent les Villes , Bourgs , Villages , Hameaux
, Fermes , Abbayes , Prieurés , Chapelles
, Châteaux , Moulins , Rivières ,
leurs noms & leurs courans , les chemins
qui s'écartent de la grande route , l'endroit
où ils conduifent , & leur diſtance .
·
Notre Itinéraire contient en outre des
traits hiftoriques des endroits les plus remarquables
, des Edifices anciens , des
différens Commerces , des Poids & MeMARS.
1774. 161
fures , des Foires franches , des Eaux Minérales
, des Grands hommes , & c. Les
Villes un peu confidérables ont leurs longitudes
& leurs latitudes , leurs diſtances
de Paris par lieues & par toifes : la longitude
eft prife du méridien de l'Obfervatoire.
Quoique chaque Plan ait fon
échelle; l'on a cependant gravé le long des
routes, des chiffres qui marquent la quantité
des lieues,pour éviter l'incommodité
compas : & pour faciliter les perfonnes
qui n'ont aucune connoiffance de la
Topographie , l'on a mis par addition
vis- à - vis chaque Plan , les noms des endroits
qui fe trouvent fur les routes .
du
Tous les lieux défignés dans l'ouvrage
font raffemblés dans une table en forme
de Dictionnaire : outre les traits hiftoriques,
on y a joint la diftance de la Ville la
plus proche au Nord , au Sud , &c. la
Route qu'il faut fuivre pour y aller , &
d'un côté le nom de la Province & de l'autre
la diftance de Paris.
Nous finirons le dernier volume par des
Plans qui donneront un détail des voitures
publiques dont on peut faire ufage.
Nous efpérions publier plutôt cet Itinéraire
; mais nous avons mieux aimé mettre
plus de tems pour le rendre le plus parfait
qu'il a été poffible .
162 MERCURE DE FRANCE .
Nous n'avons épargné ni les peines , ni
les foins , ni la dépenfe , & nous ofons
nous flatter que le Public fera content .
Tous les ans au mois de Janvier nous donnerons
gratis les changemens qui peuvent
fe faire fur les routes , & l'on indiquera
la page du livre où il faudra placer les corrections
ou les augmentations.
Le prix de la Soufcription eft de 21 liv . ,
dont on payera 6 liv . en foufcrivant & 9
liv. à la livraifon de chaque volume.
Ceux qui n'auront point fouferit payeront
27 liv.
On pourra foufcrire jufqu'au premier
Avril prochain , époque à laquelle paroî
tra le premier volume.
Tout l'ouvrage eft gravé . L'on fçait que
des planches gravées ne peuvent fournir
que 800 bonnes épreuves environ , fans
qu'on foit obligé de les retoucher . Les
Soufcripteurs jouiront de l'avantage des
premières épreuves .
On donnera le fecond volume le 10
Mai prochain.
Les foufcriptions fe recevront chez M.
Pafquier , Marchand d'Eftampes , rue S.
Jacques , vis à vis le collège de Louis le
Grand , où l'ouvrage fe vendra.
MARS. 1774. 163
ARTS.
GRAVURES.
I..
Exemple d'humanité donné par Madame
la Dauphine.
,
Cette eftampe eft dédiée à Sa Majesté
l'Impératrice Reine Douairière ; on y lit
ces vers de M. Marmontel , adreffés
à l'augufte Princeffe qui a donné un
fi bel exemple d'humanité , de bienfaifance
& de fenfibilité , au village d'Achère
.
Vous n'oubliez pas qui nous fommes ,
Princeffe , & l'infortune eft facrée à vos yeux.
Confervez ce refpect ; il vous eft glorieux.
C'eft en s'abaiflant jufqu'aux hommes
Que les Rois s'approchent des Dieux.
Cette eftampe a environ fix pouces de
hauteur , & huit de largeur . La compofition
en eft agréable & très- ingénieufe ; la
gravure de M. Godefroi eft faire avec
164 MERCURE DE FRANCE .
beaucoup de netteté , de délicateffe & de
talent . Cette eftampe fe vend 2 liv . 8fols ,
A Paris , chez M. Godefroi , rue des
Francs-Bourgeois Saint- Michel , vis -àvis
la rue de Vaugirard.
. I I.
La pêche au Crocodile , d'après le ta
bleau original qui eft dans le cabinet du
Roi , de M. Boucher , fon premier Peintre
, gravée par PP. Molès , Graveur du
Roi & Membre des Académies Royales
de Saint-Ferdinand & de Saint-Charles
en Eſpagne. Cette eftampe a 24 pouces de
hauteur & 18 de largeur. La compofition
en est très- riche & très - animée ; elle
offre le fpectacle d'un grand Crocodile
attaqué par une troupe d'Africains ar
més , & par des chiens qui fondent fur
ce terrible animal . On voit dans le lointain
une pyramide , des monumens , &
des arbres propres à l'Egypte ; il s'elève
des rochers fur le côté , le ciel eft chaud
& nébuleux . La gravure eft d'un ſtyle
ferine , pittorefque & varié. Les travaux
en font bien entendus , les contraſtes
bien ménagés , les effets bien fentis , les
détails bien traités. Cet ouvrage fait beaucoup
d'honneur au burin de M. Molès ,
9
MARS. 1774. 165
& annonce un talent fupérieur . Le
prix de cette eftampe eft de 6 liv. , &
fe vend à Paris chez l'Auteur , Quai St.
Paul à la maifon neuve ; & chez M.
Flipart , Graveur du Roi & de leurs
Majeftés Impériales & Royales , rue
d'Enfer.
C
I I I.
Anthiope , Reine des Amazones, eftam.
pe nouvelle , dédiée à S. A. S. Mgr.
Louis , Prince de Salm - Salm . Cette eframpe
a 20 pouces de hauteur & 14 de
largeur. Elle eft gravée d'après le tableau
de Bennevault , par M. P. Maleuvre.
Anthiope eft de bout au milieu de fes
femmes , en habit de guerrière & le
cafque en tête ; elle eft fuivie d'autres
Amazones dont l'une lui apporte fon
carquois. Cette compofition eft impofante
, & exécutée par l'Artifte avec beaucoup
de talent. Prix 4liv . A Paris , chez
M. Maleuvre , rue des Mathurins , à côté
de celle des Maçons.
"
I V.
M. Bonnet , Graveur , rue Saint-Jacques
, au coin de celle du Plâtre , vient
de publier plufieurs eftampes qu'il a gra166
MERCURE DE FRANCE.
vées avec beaucoup d'art & de détail :
favoir , dans la manière du paſtel ou du
deffein à plufieurs crayons .
Jupiter & Danaé , d'après M. Boucher
; eftampe de douze pouces de hauteur
, & de feize de largeur. Prix , 2 liv.
Vénus aux Colombes , même grandeur
& même prix.
Une tête de femme , d'après M. Vien ,
gravée au crayon rouge : hauteur , 16
pouces ; largeur , 12 pouces ; prix 12
fols.
MUSIQUE.
Sei Quintetti per violino primo , violino
fecundo , alto primo , alto fecundo
è baffo, compofti dal Vanhall . prix 9 liv.
A Paris , chez le fieur Borrelli , rue &
vis à vis la Ferme de l'Abbaye de St.
Victor , & aux adrefles ordinaires de
mufique .
Sei Trietti per duo violini , con violoncelle
, compoſti del Signor Helbert ,
opéra III. Prix 7 liv. 4 fols . A Paris ,
chez l'Auteur , rue Saint Honoré , près
MARS. 1774. 167
de l'Oratoire , maifon de M. Cappelle ,
Marchand Tapiffier , & chez le fieur
Borrelli.
La partition & parties féparées de
Melide , ou le Navigateur , mis en mufique
par M. A. D. Philidor , ſe vendent
chez M. de la Chevardiere , rue du
Roule , & aux adrefles ordinaires . Prix
18 liv . , ainfi que la partition complette
de l'opéra d'Ernelinde , repréſenté aux
fêtes du mariage de Mgr. le Comte d'Arteis
; fe vend chez l'Auteur , M. Philidor
, rue de Cléry , & chez M. Lachevardiere.
Prix 30 liv.
Ouvertures de l'Union de l'Amour &
des Arts , arrangées pour le clavecin , ou
le forte piano , avec accompagnement
d'un violon ad libitum , par M. Bonaut ,
Maître de clavecin . Prix 3 liv . à Paris
chez l'Auteur , rue Gît- le coeur , & aux
adreffes ordinaires de mufique.
Six fonates , pour un baffon feul ou
un violoncelle avec accompagnement de
baffe , di Gaudenzio Comi, op. 4. Prix 9 l .
Quatrième recueil de 25 airs en duo ,
pour deux clarinettes , par Gafpar. Prix
2 liv. 8 fols ; fe vendent à Paris au Bu-
' reau d'abonnement mufical , cour de l'an168
MERCURE DE FRANCE.
cien Grand- Cerf , rues Saint - Denis &
des Deux- Portes Saint Sauveur , & aux
adreffes ordinaires de mufique . A Lyon ,
chez le fieur Caftaud , Marchand Libraire
, Place de la Comédie.
Les IV Saifons Européennes . Second
recueil, contenant les meilleurs morceaux
de chant , avec leurs parties d'accompagnemens
qui ont été donnés l'année dernière
fur les théâtres d'Italie , d'Allemagne
, d'Angleterre & de Paris , & notamment
fur le théâtre de la Comédie
Italienne ; avec des parties d'accompa
gnemens faits pour les différens inftrumens
, comme harpe , guitare , mandoline
, violon & flûte ; terminé par le
commencement d'on Traité de compofi
sion muficale , le meilleur qui ait encore
paru en ce genre , qui mettra en
deux ans de tems un Amateur ou Mu
ficien en état de compofer parfaitement
bien , le tout , fuivant le profpectus qui
a paru l'année dernière ; dédié à Mgr.
le Duc de Caylus , Grand-d'Efpagne de
la première Claffe , & c. , par le fieur
Rietro Denis. Prix 8 liv. A Paris , chez
l'Auteur , rue St. Honoré , maifon de M.
Dioder , Marchand , vis-à- vis l'Oratoire.
Ec
MARS. 1774. 169
Et chez M. Garnier , Baffon de l'Opéra ,
même rue , maiſon de M. Cadet , Apothicaire.
Et aux Adreffes ordinaires de
mufique.
Avis intéreſſant à MM. les Facteurs
d'Orgues.
LE fieur Dangeville Facteur d'orgues
& de clavecins de Paris , demeurant à
Angers , vient de relever l'orgue de la
Cathédrale de cette Ville , qu'il avoit
fait il y a environ trente ans.
Cet orgue eft un des grands qu'on puiffe
entendre. C'eft un trente- deux pieds ouvert
, feize pieds ouverts , bourdon de
feize pieds , bombarde à la main , deux
trompettes , clairon , & tous les jeux
qu'on peut defirer.
Le Pofitif, eft un grand huit pieds ou
vert , bourdon de feize pieds , grand cornet
, trompette , cromhorne , clairon ,
&c. , le tout d'une excellente harmonie.
Il a féparé la fouflerie du pofitif , de
celle du grand orgue. Les fouflets du
grand orgue au nombre de fix , ont neuf
K
170 MERCURE DE FRANCE.
pieds & demi de long fur cinq de large
Ils fe foulent aux pieds d'une façon trèscommode
& très - aifée .
Il a fait fur tous les jeux de pédales ,
des ravalemens qui vont jufqu'en Fut
fa en bas : favoir , fur la flute de huit
pieds , celle de quatre pieds fur les deux
trompettes. Il a auffi fait le ravalement
de la bombarde , qui va jufqu'en Fut
fa en bas ; le tout en étain & de la
plus belle harmonie qu'on puiffe entendre
.
Il a aufli augmenté fur le grand orgue ,
un grand cornet à l'octave , qu'il a ajouté
au deffous des cornets ordinaires , & ce ,
à caufe de la bombarde à la main qui
fe trouvant trop éloignée du centre
de l'harmonie fait un très mauvais
effet , en rendant les deffus très défagréables
, ce qui arrive dans tous les
orgues où il y a bombarde à la main ,
attendu qu'il y a trop de diſtance entre le
cornet & la bombarde qui fonne le feize
pieds ; par conféquent , le gros corner à
l'octave qu'il a ajouté , produit un effet
merveilleux , faifant à la bombarde ce
que fait le cornet ordinaire à la trompette
, & cela n'empêche pas que l'on y
MARS . 171 1774:
joigne le cornet ordinaire , ce qui fait la
plus belle harmonie, & tout fe trouve rempli
, & empêche qu'on n'entende les deffus
de la bombarde au deflous des autres
jeux ce qui faifoit un très mauvais
effet.
·
Il a auffi augmenté un hautbois , fue
le cornet de recit , qui va jufqu'en G
refol , à la clef de fa. Il fe trouve fur ce
cornet deux jeux d'anches : favoir une
trompette de recit & le jeu de hautbois .
Il a fait le jeu de hautbois , ainfi que le
gros cornet à l'octave au deffous , fans
rien ,fupprimer des jeux , ni fans refaire
les fommiers du grand orgue , ni du cornet
de recit.
Cet orgue a quatre claviers très libres
& très doux à toucher . De forte que dans
des grands jeux où l'on touche trois cla
viers enfemble , il y a fur une feule touche
trente un tuyaux parlants dans les deffus ,
fans compter la pédale compofée de la
bombarde , deux trompettes & le claiton ,
ce qui fait un enfemble de trente- cinq
tuyaux .
Monfieur Gervais , Chanoine de la
Cathédrale , habile Organiſte ; le fieur
Bachelier ancien Maître de mufique de
Hij
172 MERCURE DE FRANCE;
cette Eglife , & aujourd'hui Chanoine
de la Collégiale de Saint-Pierre de la
même Ville ; le fieur Bainville , Organifte
de ladite Cathédrale , tous trois
nommés par MM . du Chapitre , pour
juger du mérite de l'ouvrage , ont déclaré
n'avoir rien vu en ce genre de plus
complet , & dont les effets fuffent plus
nobles & plus majestueux , fuivant leur
rapport du 12 Mai 1773 , fait en préfence
de M. Caffin , Prêtre , Chanoine ,
& Procureur de Fabrique , Commiſſaire
député à cet effet , pour le repréfenter au
Chapitre.
On a cru devoir faire part de ceci au
public , & fur-tout à MM. les Facteurs
d'orgues , à caufe du gros cornet à l'octave
& du ravalement de la bombarde , jufqu'en
Futfa en bas , qui n'exiftent dans
aucun orgue du royaume . Ce dernier
avantage pouvant avoir lieu dans les nouveaux
orgues , doit exciter l'émulation
de MM. les Facteurs , qui feront char
gés de leur conftruction.
MAR S. 3774. 173
Ruches de Nouvelle conftruction & curiofués
d'Hiftoire naturelle.
Le fieur Wildman qui , a beaucoup étudié tout
te qui concerne l'éducation & l'économie des
Abeilles , fait voir actuellement à la foire S.Germain
des ruches de nouvelle conftruction . Une de ces ruches
d'une forme carrée & conftraite en bois des in.
des, avec beaucoup de propreté, peut très - bien s'adapter
à la fenêtre d'une chambre ou d'une falle à la
campagne , & laiffer , par le moyen des glaces ou
verres qui y font pratiqués , le fpectacle du travail
des Abeilles , aux perfonnes qui defirent de
s'en amufer. Cinq bocaux de verre font placés
au haut de cette ruche. Ces bocaux , par le
moyen de petites ouvertures , communiquent
dans la ruche. Comme les Abeilles commencent
toujours par garnir de cire & de miel , le haut
des endroits où elles fe trouvent raflemblées , on
peut les voir remplir fucceffivement ces bocaux.
Lorfqu'un bocal eſt plein , il eft facile d'enlever ce
bocal , de le vuider , ou d'en mettre un autre à
la place , qui foit vuide . Indépendamment de ces
bocaux , la boîte carrée fur laquelle ils font placés
, eft divifée en trois cafes , & lorfqu'une de
ces cales eft remplie , on peut en interdire la communication
aux Abeilles , par le moyen d'une
planche qui gliffe entre deux coulifles . On vuide
fon aife cette caſe , ou on la remplace par une
autre. On fe procure par ce moyen , en très - peu
de tems , du miel frais ; & , malgré la petitefle
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
de la ruche , les Abeilles ne ceffent de travailler
faute de place , comme il arrive dans les ruches
ordinaires. On conçoit que cette ruche qui eft
placée contre la fenêtre de l'appartement , a de
petites ouvertures en dehors pour le paflage des
Abeilles qui vont à la provifion ; mais on peut
fermer ces ouvertures à la volonté . Cette rushe
a d'ailleurs d'autres avantages agréables & utiles ,
que l'on peut voir dans une brochure que le
fieur Wildman diftribue, & qui a pour titre : a com
plete guide for the management of Bees , &c.
L'inventeur de ces ruches fait devant les Spectateurs
plufcurs expériences fur les Abeilles
qui prouvent qu'il fait fe rendre maître de ces
infectes . Il les fait pafler de leur ruche dans une
boîte ou même un chapeau , fi on le lui demande,
Il met l'eflaim entier fur fon bras nud ou luc
fon vilage , fans en recevoir la moindre piqûre
les fait tomber enfuite par une feule fecoufle
fur une table , les agite , les irrite même
& les fait enfuite entrer dans leur panier avec
la plus grande docilité. Lorfque le fieur Wildman
veut faire pafler l'effaim de la ruche dans
un chapeau ou fur fon bras , il fe retire hors
de la vue des Spectateurs , & revient trois ou
quatre minutes après , avec le chapeau ou fon bras
couvert de l'eflaim. Cet Anglois femble appré
hender qu'un Specta: cur clairvoyant , ne pénètre
fon fecret , que l'expérience feule peut faire connoître
, fur tout s'il confifte dans la vapeur ou
l'odeur de quelque drogue qui , agiſſant fur les
Abeilles , les foumet à la volonté de celui qui
fait employer adroitement ce moyen.
R
MARS. 1774. 275
Foire Saint - Germain .
La Foire Saint Germain , offre quelques autres
bbjets , qui peuvent intéreller les Amateurs d'hiftoire
naturelle : de ce nombre , font les animaux
étrangers . On diftingue entr'autres un Tigre d'Afrique
, que ceux qui le montrent , appellent le
Tigre Royal ; mais cet animal a plus de rap
post au Léopard qu'au Tigie , car la robe ou fa
fourrure eft parlemée de taches orbiculaires
Comme celles du Léopard , & non . de taches
longues , comme celles du Tigre. Cet animal , pris
fans doute fort jeune , paroît allez doux , & le
Laifle carefler. Cependant il ne feroit pas prudent
de s'y fier , car un bruit ou un mouvement extraordinaire
pourroit l'effaroucher & le rendre à
fa férocité naturelle. D'ailleurs ces fortes d'animaux
ont les partes fi bien arinées, qu'en jouant
même ils peuvent blefler.
On voit dans la même loge l'Ours blanc da
Nord , animal très- féroce qui fe met arfément
en colère , & qui , lorfqu'on l'irrite , fait entendre
un gros murmure mêlé d'un frémillement de
dents.
L'Ocelot ou le Chat tigre que l'on voit dans une
autre loge de la Foire, eft remarquable par la beauté
de fa robe. Elle préfente différentes figures formées
par des raies & des taches noires & brunes
dont les couleurs font très - vives & variées avec
ne forte d'élégance. Cet animal eft très- prompt
à s'irriter ; il eft renfermé dans une cage de fer.
Différentes espèces de Singes peuvent auffi attirer
les regards des curieux . On fait voir une famille
de Singes compolée du père , de la mère &
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
du petit , né à Amſterdam. Cette famille eft de la
claffe des Singes , que l'on appelle Magots. Cette
claffe eft celle qui s'accommode le mieux de la
température de notre climat.
On peut encore prendre plaifir à examiner le
Belier de la Chine , celui d'Iflande , un Armadille
ou Tatou , venant du Bréfil. Cet animal quadrupède
, qui peut avoir dix ou onze pouces de long
depuis le bout du mufeau jufqu'à la queue , a le
corps couvert d'un téft ofleux , comme d'une forte
de cuirafle. Il n'a ni dents incifives , ni dents canines
, mais feulement des dents molaires de forme
cylindrique .
Le Pare eux , autre animal quadrupède , fe
voit dans la même loge où eft le Tatou . Le
Parefleux , animal long d'environ deux pieds , a
Je muleau toujours fale & couvert de la live.
Il fe traîne fur fon ventre fans jamais s'élever
fur les jambes ; & lon mouvement eft fi lent ,
que l'on fe perfuade facilement qu'il doit être
deux jours à monter fur un arbre pour y prendre
des feuilles qui eft fa nourriture ordinaire.
L'Aigle & le Vautour font aflez connus en Europe.
Le Condor l'eft moins . On en voit un à la
Foire. On peut mettre cet oifeau de proie dans la
clafle des Aigles ; mais il paroît plus grand & plus
fort que l'aigle ordinaire. Son vol , fuivant les
Naturalistes , eft d'ailleurs plus rapide. Lorfque
le Condor eft dans toute fa force , il peut avoir
quinze & même feize pieds de vol ou d'envergure.
Son bec eft aflez fort pour ouvrir le ventre à
un boeuf. Son plumage eft mêlé de noir & de
blanc.
La Foire offre auffi quelques phénomènes d'hiſ
MARS.
1774.
177
toire naturelle , une Naine de vingt ans qui n'a de
hauteur que deux pieds quatre pouces . Elle a un
frère de la taille ordinaire des autres hommes.
Cette Naine eft aflez bien proportionnée . Sa voix
& les manières enfantines pourroient faire croire
qu'elle n'a point encore atteint l'âge qu'on lui
donne ; mais cet âge eft en quelque forte écrit par
les traits de fon vifage & par d'autres traits qui
ne paroiflent point équivoques.
Un phénomène beaucoup plus fingulier eft celui
que préfente une petite fille âgée de trois ans.
Cet enfant a le corps
prefqu'entièrement couvert
de poils longs de couleur de maron. Elle a d'ailleurs
dans plufieurs parties du corps , & fu -tout
dans le dos , des excroiflances de chair qui forment
comme des espèces de petites poches. L'enfant
avoit une de ces poches au fein, qui la gênoit beaucoup
on la lui a coupée , & on a trouvé cette
excioiffance abfolument vuide. Cet enfant paroît
jouir d'ailleurs d'une bonne fanté. Elle est vive ,
gaie & d'une humeur très- douce ; & , quoiqu'une
partie de fon vifage foit couverte de poils , on
remarque néanmoins une figure aſſez jolie & qui
prévient en fa faveur.
Curiofités de l'Art.
Le fieurJacob , Polonois , demeurant à Paris ,
au café du Commerce rue St Martin , a fait voir
dernièrement aux Curieux des ouvrages , exécutés
en petit avec tant de délicatefle , que l'oeil le plus
exercé ne peut les détailler qu'avec le fecours du
microfcope ou d'une forte loupe. On a remarqué
1º. Une chaîne de deux cens anneaux avec une
clef d'acier , le tout ne pelant qu'un tiers de grain.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
2º. Un grain de poivre contenant douze douzaines
de cuillers d'argent ; ce grain n'étoit qu'à moitié
plein. 3 °. Une paire de cifeaux d'acier ne pefant
que la feizième partie d'un grain. 4° . Une
chaife d'ivoire avec quatre roues , & ce qui en
dépend , tournant ailément fur leur effieu , avec
un homme affis dans la chaife ; le tout tiré lans
aucune difficulté par une feule puce ornée d'une
chaîne d'or au col La chaife , l'homme & la chaîne
pefent à peine un grain. °. Un landeau (eſpèce
de carrofle ) qui s'ouvre & fe ferme par des refforts
, pendant à des foupentes avec quatre perfon-
Des dedans ; deux laquais fur le derrière , un cocher
fur le fiégçavec un chien entre fes jambes ,fix
chevaux & un poftillon ; le tout tiré par une feule
puce. Ce carroffe nous rappelle cette anecdote que
Madame de Sevigné rapporte dans une de fes lettres.
« On contoit l'autre jour à M le Dauphin ,
» dit certe Dame , qu'il y avoit un homme à Paris
qui avoit fait pour chef- d'oeuvre un petit chaiot
qui étoit traîné par des puces . Le Dau
phin dit à M. le Prince de Conti : mon couſin -
qui eft ce qui a fait les harnois ? Quelque arai,
gnée du voisinage , répondit le Prince . »
20
39
Si ces fortes d'ouvrages ne nous paroillent d'au
cune utilité préſente , il nous font voir du moins
jufqu'où peut aller dans cette partie l'induſtrie
humaine ; & il peut arriver qu'un jour on aura
befoin de cette induftrie pour des objets utiles.
Cette réflexion peut contribuer à nous faire regar
der avec une forte d'intérêt ou du moins avec
complaifance les bagatelles difficiles que nous veons
d'annonce
MARS. 17740 179
"
LETTRE de M. Clément à M. l'Abbé
Mignot , Confeiller en la Grand'Chambre
du Parlement,
M. le Premier Préfident m'a fait l'honneur de
m'apprendre qu'étant le neveu de M. de Voltaire
, vous vous trouvez compromis dans une
note où je difois ce que plufieurs perfonnes m'avoient
dit à moi- même , que M. de Voltaire était
petit neveu du fameux Mignot , Pâtiffier- Trai-
-teur contemporain de Boileau. M. le Premier
Préfident m'a bien voulu apprendre auffi que M.
de Voltaire ni vous ne defcendiez du Migno
dont il s'agit , mais d'une famille ancienne de
Paris , qui a paſſé du coinmerce en gros dans la
magiftrature au commencement du fiècle . Comme
je n'avois point l'honneur de vous connoître , je
ne pouvois pas avoir l'intention de vous offenfer."
Je fuis fâché néanmoins d'avoir publié fur la foi
d'autrui une erreur fur M. votre oncle & fur
votre famille : je vous en fais mille excufes
bien fincères , & vous prie de me croire avec
Beſpect.
CLÉMENT.
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
F
JE
LETTRE de M. de la Harpe.
à M. L ** .
E fuis chargé , Monfieur , pour l'honneur de la
Poëfie Rufle , de revendiquer un morceau de feu
M. Lomonofof , dont on a inféré une imitation
dans l'Almanach des Mufes de 1766 , lous le
nom de M. le Mière , fans qu'on fît la moindre
mention de l'auteur original. Une perfonne, d'un
rang très - diftingué à la Cour de Ruffie ( M. le
Comte de S ** ) avait fait de ce fragment une
verfion françaiſe littérale. Je la joins ici avec l'imitation
de M. le Mière ; mais il faut dire auparavant
un mot du Poëte Ruffe.
M. Lomonofof eft né en 1711 , dans le voifinage
d'Arcangel . Il eut le bonheur d'être un des
élèves du célèbre Volf , & l'un de ceux que ce.
philofophe chériſlait le plus Il joignait de grands
talens à de vaftes connaifances . Il fut profefleur
en chimie , Membre de l'Académie Impériale de
Pétersbourg , de l'Académie de Stockolin & de
l'Inftitut de Rologne. Il fut regardé comme le
meilleur poëte , le meilleur hiftorien & le meilleur
critique de fon pays. Il avait commencé un
poëme de Pierre le Grand , dont il n'acheva que
les deux premiers chants . On s'accorde à y trou
ver des beautés fublimes . L'ode que l'on va lire ,
intitulée , Méditation du Matin fur la grandeur
de Dieu , fera juger que M. Lomonolof avait de
l'élévation & de la richefle , & qu'il était animé de
l'efprit poëtique.
MARS. 1774. 181
Ode de M. Lomonoff, littéralement
traduite.
«Déjà le flambeau célefte étend fa fplendeur
»fur la terre & découvre les oeuvres de Dieu . O
» mon ame ! rreflaille d'allégrefle . Pénétrée d'admitation
à l'afpect de ces faiſceaux lumineux ,
repréfente- toi ce qu'eft le Créateur lui même.
20
"
33
1130
«S'il était poffible aux mortels de s'élever affez
baut, s'il le pouvait que notre oeil débile , en
s'approchant du foleil , le contemplât , alors le
découvrirait de toute part un Océan embralé
depuis la naiflance des âges .
Là des vagues de feu le précipitent &-ne ren-
>> contrent point de bords. Là tournoyent des
tourbillons de flamme luttant entr'eux depuis
» une multitude de fiècles. Là des pierres bouillonnent
comme l'eau , & l'on entend bruire des
»pluies ardentes.
» Seigneur , toute cette mafle impofante eft de-
30 vant toi comme une feule érincelle. O quel
» éclatant luminaire fut allumé de tes mains
pour
» éclairer la marche des faifons & les actions des
» mortels !
ככ
"»Les plaines , les côteaux , les mers , les bois
»font délivrés de la fombre nuit . Ils s'offrent à
nos regards chargés de fes prodiges . Tous les
»êtres s'écrient : l'Eternel eft grand !
»L'Aftre du jour refplendit feulement fur la
furface des corps . Ton oeil perce l'abyme fans
»connaître de bornes. De la férénité de tes re-
"gards coule lajoie fur toute la Création. »
"
182 MERCURE DE FRANCE .
Voici comme M. le Mière a rendu ce morceau
en vers français.
Déjà l'aftre du jour s'eft emparé du ciel .
Il lance par faiſceaux fes rayons fur la terre ,
Et je découvre à fa lumière
Les prodiges fortis des mains de l'Eternel.
Mon ame , élance - toi vers cette clarté pure.
Des portes du matin admire la Nature ,
Et remplis toi de fon Auteur .
Ah ! fi nos yeux pouvaient , fans bleffer leur paw
pière,
Approcher du foleil , contempler (a splendeur ,
Et s'enfoncer dans fa lumière ,
Ils ne verraient qu'un océan de feux ,
Qui ne rencontre aucuns rivagės ,
Et dès la naiffance des âges
Embrafant les plaines des cieux.
La pierre fe diffout , bouillonne avec furie
Au fein de les foyers ardens:
La flamme roule des torrens ;
La lumière par flots jaillit & tombe en pluie.
P Ceft aux clartés de tant de feux divins
Que marchent les Sailons , qu'agiffent les hư
mains,
MARS. 1774. 183
Mais , grand Dieu ! cet amas de lumière éter
nelle
Qu'est- il devant tes yeux,? Apeine une étincelle.
Ce difque dont tes mains ont arrondi les bords,
Dont jamais les feux ne s'épuifent ,
Colore feulement la furface des corps
Où les rayons fe brifent .
Ton il plus pénétrant perce leurs profondeurs
Réunit fous un point les déferts de l'efpace.
Il ne parcourt pas , il embraffe ,
Er du même regard il fonde tous les coeurst
Il y a de très beaux vers dans cette imitation
qui pourrait être plus travaillée ; mais il eût
été encore mieux de nommer l'auteur de Bode
Ruffe .
Puifqu'il eft queftion de rendre à chacun ce
qui lui appartient , il faut auffi que je me faffe
juftice , & voici le moment des reftitutions. Je
commence par la plus confidérable , quoique ce
foit encore affez peu de chofe. Il s'agit de Warvick
: jufqu'ici vous aviez peut-être cru bonnement
que j'en étois l'auteur , & j'avoue que je me
l'étois auffi perfuadé ; mais on eft toujours à
temps de détromper le Public. Vous aurez - donc ,
Monfieur , que Warvick eft du Père Kéli ou de
M. Maigran ; car je ne faurais vous dire lequel
des deux . On ne me l'a pas dit , & je n'en fais
pas davantage. Vous me direz qu'eſt- ce que le
184 MERCURE DE FRANCE.
Père Kéli ? Je n'en fais rien . Qu'est -ce que M.
Maignan ? Je n'en fais rien . Sont-ils vivans ?
Sont-ils morts ? Je n'en fais rien . Vous n'en avez
jamais entendu parler ni moi non plus . Mais
l'auteurdes Trois Siècles en fait apparemment un
peu plus que nous ; du moins , c'eft lui qui a découvert
ce grand fecret. Il eft vrai qu'il ne garantit
pastl'anecdote , ce qui eft d'une difcrétion
rare ; mais il en paraît affez convaincu , & je ne
doute pas que vous ne le foyez aufſi .
Quant à l'autre plagiat , c'eſt une bagatelle.
Vous connoiffez peut- être des couplets imprimés
fous mon nom dans l'almanach des Mufes de
cette année , dans un recueil de romances , &c.
qui commencent par ce vers : vous retracez tous
les appas, &c. il faut auffi que je les reftitue.
J'avoue que je ne fais à qui m'adreffer ; mais on
dit qu'ils ont été faits il y a vingt ans , qu'ils font
dans un ancien recueil. Je fuis prêt à les rendre
à l'ancien recueil quand il fe montrera , ou à
l'auteur quand il voudra fe préfenter . Mais obfervez
je vous prie , Monfieur , qu'on me diſpute
à la fois une tragédie & une chanſon , cela
n'eft peut-être jamais arrivé qu'à moi .
Je ne fais où j'ai lu , mais j'ai certainement lu
quelque part ces propres mots que j'ai toujours
retenus : tout le monde fait que Zaire n'eft point
de M. de Voltaire , mais de l'Abbé Makarii , qui
la lui vendit deux mille francs.
Ce qu'il y a de plus curieux dans cette phrafe ,
' eft cette manière de parler , tout le monde fait;
elle eft aujourd'hui fort commune. Tout le monde
fait , tout le Public a dit , c'eft la phraſe banale
de ceux qui n'ont point l'oreille du Public , & que
MARS . 1774- 185
tout le monde ne lit pas . Si l'on veut avancer un
menfonge hardi , une calomnie bien groffière ,
débiter une hiftoire bien ridicule , c'eft toujours
le Public qu'on fait parler. Quand on n'a pas un
garant connu , on en cite cent mille que perfonne
nè connoît , & l'on fait très - bien . De tous
les Particuliers que l'on peut citer , le Public eft
celui qui compromet le moins celui qui le cite.
En général ceux qui font courir des bruits fcandaleux
ont toujours un avantage ; ces bruits ,
quelqu'abfurdes qu'ils foient , font répétés pendant
quelque temps , & cette vengeance noble
eft à la portée de tous ceux qui n'en peuvent pas
prétendre une autre.
Je reviens à M. Lomonofof , le principal
objet de cette lettre . Vous ne ferez pas fâché de
favoir les honneurs qu'a rendus à la mémoire
de cet illuftre écrivain le grand Chancelier Voronzof
; il a fait faire une très - belle urne en
marbre d'Italie , ornée des attributs de la poëfie ;
d'un côté du piédeftal eft gravée l'infcription
latine que vous allez lire , & de l'autre la traduction
en langue Ruffe. Je joins ici la verfion
Française pour les lecteurs à qui la langue latine
n'eft pas familière.
Viro celeberrimo
Michaeli Lomonofow
Kolmogorodi nato , anno M. DCC . XI .
Auguftæ Kuffiarum Imperatricis
Confiliario ftatus ,
Academiæ Scientiarum
186 MERCURE DE FRANCE ,
Petropolitana
Profeffori Publico ordinario ,
Holmenfis & Bononienfis focio
Qui ingenio excelluit & artibus ,
Pauia decus eximium ,
Eloquentiæ , Poeleos
Et
Hiftoriæ patriæ præceptor ;
Metri Ruffici inftitutor ,
Tragediarum in vernacula auctor ;
Primus Mufivi operis in Ruffia
Pictor auro didactos ,
Præmaturâ morte Mufis
Atque Patriæ , feriis Pafchatos
M. DCC. L. XV , fcriptis
Et
Operibus oblivioni ereptus.
Talem civem gratulans patriæ,
Obitum ejus lugens ,
Michael Comes à Woronzow
Pofuit.
« Au très- célèbre Michel Lomonofof , né à
Kolmogorod , l'an 1711 , Confeiller d'Etat de
Sa Majesté l'Impératrice de Ruffie , Profeffeur
MARS. 1774. 187
Public ordinaire de l'Académie des Sciences de
Pétesbourg , membre de celles de Stockolm &
de Bologne , qui par fon génie & fes talens
" variés fut l'honneur de fon pays ; qui fervit de
» modèle dans l'éloquence , dans la poëtie &
» dans l'hiftoires qui fut l'inventeur du vers
Ruffe ; le premier auteur de tragédies en
langue Ruffe ; qui , le premier en Ruffie , fut
" peintre en mofaïque fans avoir eu de maître
» de cet art. Enlevé par une mort prématurée à
fes concitoyens & aux Mufes l'an 1765 , le jour
de Pâques , les écrits & fes travaux le déro-
» beront à l'oubli . C'eſt au nom de la Patrie qui
» s'honore d'un tel citoyen , que le Comte Michel
» de Voronzof lui a confacré ce monument
comme un témoignage de fes regrets ».
J'ai reçu de Pétesbourg , par la même voie
une ode fur le mariage du Grand Duc. Elle eft
d'un Français , Lecteur & Bibliothécaire de S. A.
Impériale. L'ouvrage de M. de la Fermière , ( c'eft
le nom de l'auteur ) annonce du talent . Vous
pardonnerez quelque chofe à l'éloignement où i
eft du fejour des Mufes Françoifes ; je fuis chargé
de vous demander une place, pour fon ode , dans
le Mercure..
J'ai l'honneur d'être , &e.
189 MERCURE DE FRANCE.
ODE à l'occafion du mariage de S. A. I,
M. le Grand Duc , 1773 .
Enfin ce jour pompeux , cet heureux jour nous
luit.
CORNEILLE.
Qu
UAND la Nature rajeunie
Dans les heureux jours du printems
De nouveau rappelle à la vie
Les prés , les côteaux & les champs ,
Si quelque défaftreux nuage
Menace d'un foudain ravage
Les fruits annoncés par les fleurs ,
Les habitans des champs frémiflent
Et les campagnes retentiffent
Des plus lamentables clameurs.
Mais fiquelque Dieu tutélaire ,
Vainqueur des Autans furieux ,
Ramène l'altre falutaire
Qui fembloit éclipfé des cieux ,
Alors du fein de la détreffe
On voit renaître l'alégree
MARS. 1774. 189
Avec l'efpoir de la moiſſon ,
Et, déjà riche en espérance ,
Le villageois cueillir d'avance
Les fruits de l'arrière-faifon .
Ainfi nous entendions n'aguère ;
Menacés d'un affreux trépas.
Gronder en ces lieux le tonnerre
Qui faifoit trembler tant d'Etats,
Mais en cette heureuſe journée
Prince ! où nous voyons l'Hymenée
Couronner tes plus tendres voeux .
Grâces à ces ainables fêtes
Nous ne craindrons plus de tempêtes
Pour nous & nos derniers neveux.
Scion d'une tige chérie !
Nous ne tremblons plus que la faulx
Vienne trancher avec ta vie
Ledoux espoir de tes rameaux.
Nous allons voir l'arbre de Pierre
Lever aux cieux fa tête altière ,
* Allufion à la maladie dangereuſe dont Mgr
le Grand Duc fut attaqué au printemps de l'année
1775.
#go MERCURE DE FRANCE. 190
Et fous fes florifans abris
Le Nord à couvert de l'orage ,
Des aquilons bravant la rage
Jouir à jamais de fes fruits.
Mais quelle fcène raviflante
A mes yeur vient le découvrir
D'une lumière plus brillante
Je crois voir ces lieux s'embellir.
Un Dieu qu'on ne peut méconnoître
Vient tout-à- coup nous apparoître
C'eft l'Amour ! l'Amour fans bandeau ;
Il defcend , dépole fes alles
Aux pieds de ces amans fidèles.
Et donne à l'Hymen fon flambeau.
Jeune Epoufe ! dont la fagefle
Forma le coeur à la vertu
L'Amour, qui pour toi s'intérefle
Te donne l'époux qui t'eft dû .
Trop fouvent dans le rang fuptême
On immole l'Amour lui-même
A ce fantôme de grandeur
Que , dans fon attente fruftrée,
Une politique égarée
Achette aux dépens du bonheur,
MARS. 1774. 191
A de fi cruels facrifices
Vous n'êtes point affujettis
Et fous de plus heureux aufpices
Vous allez enfin être unis.
Que vos coeurs , formés l'un pour l'autre
Sentent leur bonheur & le nôtre
Qui va s'accroître chaque jour !
Richelles , Rangs , Grandeur , Naiflance
Pouvez - vous entrer en balance
Avec les Vertus & l'Amour ?
La Fortune aveugle préfide
Aux biens , à la vie , à la mort ;
Mais l'homme que la vertu guide
Oppole fon courage au Sort:
Que l'univers fur lui s'abyme
Sous les débris fon front fublime
N'eft point altéré par la peur.
Les Dieux difpolent du tonnerre
Les Rois commandent à la terre.
Le fage règne fur fon coeur.
Quelle fubite &fainte flamme
M'échauffe & s'empare de moi !
J'ai fenti treflaillir mon ame
192 MERCURE DE FRANCE .
1
De raviflement & d'effroi.
Eft- ceune prophétique ivrefle
Qui me tourmente & qui me prefle
De céder à fes mouvements?
Quelle voix féconde en merveilles
Afoudain frappé mes oreilles
Et femble former mes accens ?
O Pierre à tes veux tout conſpire:
Ta vois du fein des immortels
Reposer enfin ton empire
Sur des fondemens éternels:
Ates regards l'avenir s'ouvre
Et ton oeil fublime y découvre
La fuite des brillans deftips
Que le temps dévoile à ton ombre
Et que dérobe une nuit fombre
Aux yeux terreftres des humains.
Dis à quel prodige de gloire
Tu vois ton peuple parvenu ;
Dis ! il eft aifé de t'en croire
Après tous ceux que l'on a vu.
Mais Pierre contemple en filence
Les fcènes du fpectacle immense
Qui
MARS . 1774. 193
Qui fe développe à ſes yeux ,
Et l'ame du héros qui fonde
L'abyme des deftins du monde
Refpecte le fecret des Dieux.
Il voit la guerre impatiente ,
Secouant fur nous fes flambeaux ,
Déployer d'une main fanglante
Nos pavillons & nos drapeaux.
Son ceil s'attache avec furprife !
A cette incroyable entrepriſe
De fe frayer fur l'Océan
Des routes vaftes & nouvelles
Et d'aller jufqu'aux Dardanelles
Terrafler l'orgueil Ottoman.
Dans tous les fentiers de la gloire
Conftant àfuivre nos travaux ,
Il a gravé dans fa mémoire
Les noms chéris de nos héros .
Mais la paix , la paix à fa vue
Du ciel eft enfin defcendue
Au gré des voeux de l'univers ,
Et l'impitoyable Euménide
I.
194 MERCURE DE FRANCE.
De fang & de carnage avide ,
Rugit & le plonge aux enfers.
Aimable Paix , tant défirée !
Tu vas ramener déformais
Les temps de Thémis & d'Aftrée ,
Et le doux règne des bienfaits..
Les loix vont dicter leurs oracles ,
Les arts enfanter leurs miracles
Pierre ! que ton oeil eft flatté
En voyant l'éclat de ton trône
Quede toute part environne
Ta nombreuſe poſtérité !
Peuples ! cet Hymen eft le gage
Des biens qui vous font deſtinés ;
Recevez en l'heureux préſage
Aux pieds des Autels profternés.
Elevez à Dieu vos prières ;
Il tient des Nations entières
Le fort en fes puiflantes mains .
Par vos voeux & vos facrifices
Rendez-vous fes décrets propices
Et méritez vos grands deftins.
"
(
MARS. 1774. 195
✪ Dieu ! du haut de l'impirée
Daigne baifler les yeux fur nous ,
Et bénis l'étreinte facrée
Du noeud qui joint ces deux époux.
Verte de ta coupe ineffable
Tous les flots d'un bonheur durable
Sur cette union , qu'à fon choix
Forma leur amour réciproque ;
Et qu'elle foit pour nous l'époque
D'une longue luite de Rois.
A Mile T. qui avoit demandé des vers a
l'Auteur , & qui a eu depuis la petite
! vérole.
Je fais àquoi ma promeffe m'engage , E
Et fais pour la tenir des efforts fuperflus.
Vous defiriez des vers ; j'eufle fait davantage;
Vous étiez belle alors , mais vous ne l'êtes plus.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
MORT de M. de la Condamine.
C Harles- Marie de la Condamine , Chevalier
des Ordres Royaux , Militaire &
Hofpitalier de Notre Dame du Mont-
Carmel & de Saint- Lazare de Jérufa--
lem , l'un des quarante de l'Académie
Françoife , penfionnaire de l'Académie
des Sciences , Membre de la Société
Royale de Londres , des Académies de
Berlin , de Pétersbourg , Bologne , Cortone
, Nancy , &c. célèbre par les voyages
entrepris par ordre du Roi , pour déterminer
la figure de la Terre ; par fes
connoiffances profondes en plufieurs genres
, par fon zèle , fes divers écrits en
faveur de l'inoculation , & même par
fon talent pour la poëfie , eft mort le
A Février dans la foixante- quatorzième
année de fon âge . Malgré les infirmités
dont il étoit accablé , & fur- tout une
furdité extrême , il a confervé jufqu'à la
fin de fes jours , une activité , une vivacité
d'efprit & une gaieté étonnantes .
Quatre jours avant la mort , il fit encore
des vers pour Madame Deffant ,
MAR S. 1774. 197
quoiqu'alors il n'eût pas une heure dans
la journée où il pût écrire & parler li
brement . Nous ne faurions peindre mieux
le caractère & les travaux de M. de la
Condamine , qu'en rapportant un paffage
du difcours que M. de Buffon lui adreffa
en le recevant dans l'Académie Françoife
, dont M. de Buffon étoit alors Disecteur
.
Monfieur : du génie pour les fciences ,
du goût pour la littérature , du talent pour
écrire , de l'ardeur pour entreprendre ,
du courage pour exécuter , de la conftance
pour achever , de l'amitié pour vos rivaux
, du zèle pour vos amis , de l'enthousiasme
pour l'humanité : voilà ce que
connoît de vous un ancien ami , un confrère
de trente ans , qui fe félicite aujourd'hui
de le devenir pour la feconde
fois.
Avoir parcouru l'un & l'autre hémif
phère , traversé les continens & les mers ,
farmonté les fommets fourcilleux de ces
montagnes embrafées où des glaces éternelles
bravent également , & les feux
fouterreins , & les ardeurs du Midi ;
s'être livré à la pente précipitée de ces
cataractes écumantes dont les eaux fuf-
1 iij
198 MERCURE DE FRANCE :
pendues femblent moins roulér für la
terre , que defcendre des mers ; avoit
pénétré dans ces vaftes déferts , dans ces
folitudes immenfes , où l'on trouve à
peine quelques veftiges de l'homme , où
la Nature accoutumée au plus profond filence
, dut être étonnée de s'entendre
interroger pour la première fois ;
Avoir plus fait , en un mot , par le
feul motif de la gloire des lettres , que
l'on ne fit jamais pour la foif de l'or :
yoilà ce que connoît de vous l'Europe ,
& ce que dira la Poſtérité .
1
ANECDOTES.
A Nne Comnêne , fille de l'Empereur
Alexis Comnêne , raconte dans l'hiftoire
de fon tems , qu'elle a écrite , qu'un
Chevalier françois , qui fit quelque féjour
à la Cour de Conftantinople , en
allant ou en revenant de la Paleſtine ,
s'avifa un jour , que fon père donnoit audience
avec tout l'éclat & l'appareil de
fa Majefté Impériale , d'aller avec fon
habit de Guerrier , prendre familièrement
place à côté de l'Empereur fur ſon
MARS. 1774. 199
throne . Elle cite ce trait comme un
exemple de légèreté anique. Notre Nation
avoit apparemment fes petits - Maîtres
dans ce fiècle comme dans le nôtre ;
ils ne différoient que par la mode , ou
bien tous les Gentils-Hommes François
de cet âge , qui avoient vu fonder
tant de principautés par les fils de Taus
crède d'Hauteville , croyoient pouvoir
aller de pair avec tous les Souverains.
I I.
Jean Cartriot , furnommé Scanderberg
, joignoit au courage le plus héroïque
, une force de corps extraordinaire ,
On prétend que d'un coup de fabré , il
fendoit un homme en écharpe jufqu'à
la ceinture. Lorfqu'il eut délivré fon
pays de la domination des Ruffes , & forcé
le Sultan Amurat de faire la paix
l'Empereur lui fit demander ce fabre
dont il avoit entendų raconter tant de
merveilles : Scanderberg le lui envoya ;
mais le Sultan ne voyant qu'une arme
très- ordinaire , le jeta avec mépris , en
difant qu'on en fabriquoit de meilleure
trempe dans fes Arfenaux . » Dites à fa
I iv
200 MERCURE DE FRANCE .
Hauteffe , répondit Scanderberg à qui
» cela fut rapporté , que je ne lui ai Pas
envoyé le bras auquel il eft emman-
» ché ?
N
I I I.
Le Pape Jean XXII , fi célèbre entr'autres
par fes démêlés avec l'Empereur
Louis de Bavières , étoit de Cahors
; il étoit Auteur de la Taxe Apoftolique
on l'avoit renouvelée , & on
avoit affermé les produits à de petites
gens de fon pays , fes parens pour la
plupart ; ils devinrent tous des Publicains
de très mauvaiſe vie . A la mort du
Pape on les enleva avec ignominie ; or ,
les habitants de Cahors fe nomment
Cahorfains , &, par abréviation, Corfains;
de là cette façon de parler proverbiale ,
on l'a enlevé comme un Corfain , que bien
des écriroient Corps faint , parce
gens
qu'il a le même fon.
I V.
Plufieurs Abbés Gafcons caufoient enfemble
à Paris fur les penfions que leurs
pères leur donnoient . Cadedis , difoit
MARS 1774. 201
l'un d'eux , le mien me donne bien aſſez
ce qu'il me faut ordinairèment ; mais pas
pour un diable , il ne veut point fubvenir
aux cas extraordinaires & malheureux
qui m'arrivent : tenez , ajouta til , voici
une lettre qu'il vient de m'écrire en répon
fe d'une que je lui ai écrite au nouvel an .
Ecoutez ce qu'elle contient . » Je viens de
>> recevoir votre lettre dans laquelle vous
» me fouhaitez la bonne année , ce qui
eft bien ; mais vous me demandez de
l'argent , ce qui eft mal ; fi l'on pou-
» voit envoyer dans une lettre cent
» coups de bâton tournois , vous les re-
» cevriez avec la préfente ; car vous êtes
» un fripon , & je fuis votre pere » .
33
19
"
V.
Un jour que l'on repréfentoit la Phedre
de Racine , le Parterre fe récria fi
hautement contre les mauvais Acteurs
qui jouoient dans cette Pièce , que le Sr
LeGrand, père , entendit les clameurs du
foyer où il étoit. Cet Acteur s'arma de
hardieffe , vint fur le Théâtre , & dit ,
en s'adreſſant à ce même Parterre : « Mef-
» fieurs j'ai entendu vos plaintes ; je fuis
» fâché que mes camarades les excitent ;
Iv
201 MERCURE DE FRANCE.
"
mais de quelles épithètes ne les ornerez-
vous point encore lors que vous
» faurez que moi , qui ai l'honneur de
vous parler , je dois remplir le rôle
» de Théfée » ? Le Parterre , charmé de
cette faillie , s'appaifa , le laiffa jouer
tranquillement, & fut très-difpofé à l'écouter
fans aucun dégoût dans la fuite,
Les
AVIS.
I.
Es deux Cartes , ayant pour titre Tableau du
produit des affinités chimiques , déjà annoncées
dans les journaux , ſe vendent actuellement chez
Collard , , graveur , rue de la Monnoie , chez M.
Augufte, Md Orfèvre. Prix , 2 liv. 10.
I I.
Le fieur Rouffel coupe les Cors , les guérit avec
un peu d'onguent , & coupe les ongles des pieds.
Il a une pommade pour les hémorroïdes , les
foulage & les guérit.
Il a une autre pommade pour guérir les brûlures
, approuvée par M. le Doyen & Préfident de la
Commiffion Royale de Médecine.
Pour guérir les Cors.
On les coupe un peu , & on met un emplâtre un
MARS. 1774. 203
peu plus large que le mal , que l'on enveloppe avec
une bandelette , & au bout de huit jours , on peut
lever ce premier appareil , & remettre un autre
emplâtre pour autant de temps.
Le prix des boîtes , à douze mouches , eft de
3 liv. 7
Celui des boîtes à fix mouches , eft de 1 liv .
10 fols.
Pour les Hémorrhoïdes.
On prend gres comme une noiſette de la pommade
que l'on met fur un petit linge , & que l'on
pofe fur le mal : on fe trouve foulagé & guéri en
peu
de temps.
Il y a des pots à 3 liv . & à 1 l . 4 f.
Pour la Brûlure.
On prend de la pommade dans une bouteille
avec une plume que l'on met fur la brûlure , &
unefeuille de papier brouillard que l'on metdeffus,
& une bande par - deffus .
Le prix des bouteilles eft de 3 liv . & de 1 1. 4f.
Le fieur Rouflel , demeurant à Paris , rue Jeans
de l'Epîne , chez l'Epicier en gros , la porte ca.
chère à côté du Taillandier , deuxième apparte
inent fur le derrière , près de la Grêve , donne encore
avis au Public qu'il débite , avec permiffion ,
des bagues dont la propriété eſt de guérir de la
goutte. On portoit autrefois certe bague au doigt
annulaire ; la grande expérience a fait voir qu'on
peut la porter à la main droite , comme à la main
gauche ; au petit doigt , comme au doigt annulaire
, & que c'eft du côte où l'on a le plus de mal
que l'on doit porter ladite bague : qu'elle guérit
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
les perfonnes qui ont la goutte aux mains & aux
pieds , & enpeu de temps celles qui en font moyennement
attaquées . Quant à celles qui en font fort
affligées , elles doivent la porter avant, ou après
l'attaque de la goutte , & pour lors elle ne revient
plus . En la portant toujours au doigt , elle préſerve
d'apoplexie & de paralyfie.

Le prix des bagues montées en or , eſt de 36
liv. & celles en argent , de 24 .
On le trouve tous les jours , excepté les fêtes &
Dimanches. On prie les perfonnes d'affranchir
leurs lettres.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Conftantinople , le 18 Décembre 1773.
L'ARTILI ARTILLERIE du Château des Sept Tours
vient d'annoncer au Peuple la nouvelle importante
de la retraite des Ruffes au - delà du Danube,
& de la défaite totale de leur arrière garde par
Haffan Pacha , près Czernawada. Cette action ,
qui a eu lieu le 6 de ce mois , a été d'autant plus
fanglante que le Général Rufle voyant la Cavalerie
Ottomane mêlée avec fon arrière-garde , &
craignant qu'elle ne profitât du défordre de fon
armée pour paffer le Danube , avoit fait couler à
fond une grande partie des pontons fur lesquels.
fon arrière- garde devoit traverfer ce fleuve.
On continue àfaire des levées dans toute l'Empire
Ottoman qui paroît inépuisable en hommes
& en argent La Bofnie feule , dont a déjà tiré
tant de Soldats , doit encore en fournir vingt mille.
MAR S. 1774 . 205
Les troupes
de cette Province
forment
la meilleure
Cavalerie
de l'armée. La Romélie
donnera
fix
mille Janiflaires
& autant de Boſtangis
. Les autres
Provinces
font taxées en proportion
du nombre
de leurs habitans
. L'armée
eft abondamment
pourvue
de vivres , de provifions
& d'argent
, &
le Grand Vifir eft en état d'ouvrir
la campagne
avec éclat & même d'envoyer
de nombreux
Détachemens
, pendant
l'hiver , au - delà du Danube.
De Vienne , le 9 Décembre 1774.
Le 15 de ce mois , on reflentit dans cette Capitale
& dans les Fauxbourgs , trois fecouffes de
tremblement de terre qui durèrent environ 35 à
40 fecondes , fans caufer cependant aucun dommage.
La direction étoit Nord - Ouest au Sud-
Oueſt. On reflentit les mêmes fecoufles , preſqu'à
la même heure & avec les mêmes circonstances , à
Neustadt.
De Hambourg , le 1 Février 1774.
On parle toujours ici des troubles élevés dans
la Ruffie Afiatique. La révolte a commencé à
Orinbourg , Ville & Forterefle bâtie en 1738 ,
fous l'empire de l'Impératrice Anne , fur la petite
rivière d'Or qui fe perd , à quelque diſtance de
cette Ville , dans le Jaïk . C'eft la Capitale du
Gouvernement du même nom , établi pour contenir
les Usbeck , les Buchares & les Chinois.
Ce Gouvernement & ceux d'Aftracan , de Cafan
de Sibérie font les quatre Grands Gouvernemens
de la Ruffie Afiatique. Les Peuples réunis
fous celui d'Orenbourg font encore barbares. On
206 MERCURE DE FRANCE.
dit qu'une première multitude , féduite par quel.
ques rebelles , s'eft augmentée jufqu'à trente
mille combattans. On craint les fuites de cette
fédition, qui peuvent être funeftes dans un Empire
immenfe , compoſé d'autant de Peuples dif
férens qu'il y a de contrées .
De Léipfick, le 22 Janvier 1774.
La Société établie en cette Ville , fous les aulpices
du Prince Jablonowski , vient de propofer
aux Sçavans quelques problêmes importans pour
l'Hiftoire du genre humain . On demande quelle
a été l'origine des Salves & des Cofaques Quelques
Hiftoriens Septentrionaux font de la Scandinavie
la première Patrie des Salves , & les
font defcendre de là pour conquérir le Midi ; mais
il n'eft pas probable que les terres reculées vers
le Nord , aient été peuplées les premières . On n'y
trouve aucuns documens d'une haute antiquité.
L'idée que plufieurs Ecrivains ont donnée de la
fécondité des races Septentrionales , après la
chûte de l'Empire Romain , paroît avoir été
cxagéréc.
De Tunis , le 30 Décembre 1773 .
On craint que les Ports du Royaume ne foient
fermés de nouveau , & les Commerçans fe hâtent
de faire partir leurs Bâtimens . Le Bey perfifte à
leur refufer la permiffion d'exporter des denrées
dont ils offrent des prix exorbitans.
MARS. 1774. 207
De laHaye , le 18 Janvier 1774.
Les Etats de la Province de Hollande , af
femblés depuis le 12 de ce mois , le léparèrent
le 22 ,
après avoir confenti aux mêmes impôts
que l'année dernière .
Il fortira , cette année , de la Hollande , quarante-
huit Navires pour le détroit de Davis ;
on ignore le nombre de ceux qui feront expédiés
des Ports de l'Elbe.
De Londres , le 1 Février 1774.
Nos démêlés avec l'Amérique deviennent de
jour en jour plus férieux. Voici à quoi ſe réduit
la queſtion . Le Gouvernement Britannique a- t-il
le droit de taxer les Américains , ou ceux - ci
ont-ils le privilége de fe taxer eux- mêmes ? Il
n'y a dans cette affaire aucun milieu à prendre ,
ni aucune espèce de tempérament à pouvoir
adopter avec honneur & lûreté de part & Jautre ,
parce que l'oppofition de l'Amérique ne porte pas
fur la fomme à lever , mais fur le droit de la
lever.
De Civita- Vecchia , le 28 Décembre 1773 .
On continue à exploiter la mine de plomb &
d'argent qu'on a découverte à trois lienes de cette
Ville vers la montagne.
De Livourne , le 28 Janvier 1774.

.
Lundi dernier un courier arriva ici de
Petersbourg en dix- huit jours , chargé de dépêches
pour l'Escadre Rufle à l'Archipel : il doit
208 MERCURE DE FRANCE.
s'y rendre fur la Frégate la Minerve , commandée
par le fieur Dogdale , & qu'on eft occupé à
radouber. On prétend qu'il porte les ordres de.
I'Impératrice pour rappeler l'Amiral Spiritow
qui fera remplacé par le Contre- Amiral Greegh.
De Newyork , le premier Décembre 1774.
&
Les nouveaux avis qu'on a reçus de l'Amérique,
continuent à alarmer le Gouvernement. On mande
que toutes les Colonies ont pris les armes
qu'elles font réfolues à maintenir leurs droits & le
privilége qu'elles s'attribuent de n'être taxées que
par leur propre aflemblée. Les Habitans de Boſton
& dePhiladelphie s'exhortent mutuellement à rompre
toute communication avec le Gouvernement
Britannique. On croit qu'on propofera des troupes
& des Vaiffeaux de guerre dans les colonies
pour les faire rentrer dans le devoir. En attendant
ce fecours , les Gouverneurs ont pris les précautions
néceflaires pour leur propre fûreté & pour le
maintien du bon ordre : ils ont diſtribué le peu de
troupes qu'ils ont , de manière à prévenir les at
troupemens du Peuple ; ils ont placé de l'artillerie
devant leurs mailons , & réparti quelques
Vaifleaux de guerre armés dans les Ports , pour
empêcher les excès qui peuvent le commettre fur
la Côte. Telle étoit la fituation des colonies , à
la fin de l'année dernière.
De Paris , le 14 Février 1774.
Le 4 de ce mois , vers les trois heures & demie
du matin , le feu prit à l'Hôpital Militaire
de Metz , & fe communiqua avec tant de rapi-
´dité, qu'en moins de quatre heures fix cens toiles
MARS.1774. 209
quarrées de bâtimens furent embrafées . Malgré
les fecours prompts & multipliés , malgré le
zèle infatiguable des Citoyens & des troupes de
la Garnifon , on n'a pu fauver qu'environ la huitième
partie de cet Hôpital , un des plus beaux
& des plus vaftes du Royaume.
NOMINATIONS.
Le Roi a accordé l'archevêché de Vienne à l'E
vêque du Puy en Velay ; l'abbaye de Saint - Jean
de Bonneval - les - Thouars , Ordre de St Benoît ,
diocèle de Poitiers , à la Dame de Montbas
Religieufe du Prieuré de Laveine , diocèfe de Clermont
, & celle de la Couronne , Ordre de St Auguftin
, diocèle d'Angoulême , à l'Abbé Gafton de
Pollier , aumônier de quartier de Mgr le Comte
d'Artois , fur la préfentation de ce Prince en vertu
de fon apanage .
Le Roi a accordé le Gouvernement d'Huningue
, vacant par la mort du Marquis de Chauvelin
, au Marquis de Croifly , lieutenant - général
des armées de Sa Majeſté .
Sa Majefté a accordé l'évêché du Puy en Velay
à l'Abbé de Galard de Terraube , vicaire - général
de Senlis , aumônier du Roi.
PRESENTATIONS.
La Comtefle de Bytante a eu l'honneur d'être
préfentée au Roi & à la Famille Royale par la
Comteffe de Beaumont , Dame pour accompagner
Madame la Comtefle de Provence.
Le Prince Xavier de Saxe eſt arrivé ici ſous le
nom de Comte de Luface , & a eu l'honneur d'être
préfenté au Roi & à la Famille Royale.
210 MERCURE DE FRANCE .
Le 30 Janvier, le Chevalier de Fleurieu , lieutenant
de vaiſleau , cut l'honneur d'être préſenté
au Roi par le fieur de Boynes , fecrétaire d'état ,
ayant le département de la Marine , & de remertre
à Sa Majesté , ainfi qu'à Mgr le Dauphin , à
Mgr le Comte de Provence & à Mgr le Comte
d'Artois , la relation du voyage qu'il a fait , par
ordre du Roi , en 1768 & 1769 , dans différentes
parties du Monde, pour éprouver les horloges marines
inventées par le Sr Ferdinand Berthoud .
La Marquife du Chilleau a eu l'honneur d'être
prélentée au Roi & à la Famille Royale par la
Marquife de Caumont.
La Comtefle de la Tour - de - Pin de la Charce
& la Comtefle d'Ailly ont eu l'honneur d'être préfentées
au Roi & à la Famille Royale , la première
par la Marquile de la Tour- du - Pin , la feconde
par la Marquile de Brancas.
MARIAGES.
en
Le 18 Janvier , le fieur Boyer , vicaire général
de l'évêché d'Orange , bénit dans cette ville , e
préſence de l'Evêque , le mariage d'une petitefille
de Catherine Fabre , veuve de François Bef
fac. Cette dernière a trois garçons & fept filles ,
cinquante- deux petits enfans , dix arrière- petitsenfans
, & elle a perdu vingt- trois petits - enfans,
morts au - deflus de l'âge de quatre à cinq ans .
Ainfi cette femme a vu une postérité de quatrevingt
quinze enfans , petits enfans , & arrière -petits
enfans. Cette famille eft encore composée de
quatre - vingt- onze perfonnes , en comptant les
pères & les mères , toutes domiciliées dans cette
ville & dans les environs.
MARS. 1774. 211
Le Roi a figné le contrat de maraige du Comte
d'Ailly, colonel du régiment provincial de Sens ,
avec Demoiselle le Camus .
Le Roi & la Famille Royale ont figné le contrat
de mariage du Marquis de Durfort- Civraq
avec Demoiſelle Browne , ainfi que celai du Com
te de Pardaillan , colonel du régiment des Grenadiers
Royaux de Guienne, avec Demoiſelle de
Vezien.
1
MORT S.
Louis -Charles - Claude - André, Comte de Fonte
may , lieutenant général des armées du Roi , inf
pecteur général du Corps Royal d'Artillerie , eft
mort dans la foixante - dix - feptième année de ſon
âge.
Claude-Gabriel- Amédée de Rochefort - Dally ,
Marquis de Saint-point , eft mort dans les terres
en Bourgogne , âgé de §5 ans.
Marie -Antoinette - Victoire de Segur , épouſe
de Nicolas-Thomas Hue , Vicomte de Mirome
nil , brigadier des armées du Roi , colonel du
régiment des Grenadiers Royaux de l'lfle de Fran.
ce , eft morte à Paris , dans la trente - neuvième
année de fon âge.
Guillaume d'Hugues de la Mothe , Archevêque
de Vienne , ci devant Evêque de Nevers , eft mort
à Grenoble , âgé de 84 ans.
Louis Gabriel des Acres , Marquis de l'Aigle ,
lieutenant général des armées du Roi , lieutenant
pour Sa Majesté en la province de Normandie , eft
mort à Paris , âgé de foixante-neuf ans.
212 MERCURE DE FRANCE.
Jean- Pierre Guignon , ordinaire de la Mufique
du Roi , eft mort à Versailles , le 30 Janvier, âgé
d'environ quatre vingts ans.
Jeanne Ourfin , veuve de Jacques - Antoine de
Ricouart , Marquis d'Hérouville , lieutenant- général
des armées du Roi , eſt morte dans la foixante-
feizième année de fon âge.
Lanommée Françoile Guyot , fille , eft morte ,
le 29 du mois de Janvier , dans la paroiffe de St
Martin du Vieux-Bellême , élection de Mortagne,
âgée de cent deux ans.
Jacques Etienne la Morie , ancien Exempt
des Gardes de Sa Majeſté , chevalier de l'Ordre
royal & militaire de St Louis , eft mort à Pau , le
13 Janvier , dans la quatre- vingt- dixième année
de fon âge.
Catherine Fridelberg eft morte à Berg - op- zoom ,
dans la cent troisième année de fon âge.
Anne Chabane , veuve du fieur Bourbons , juge
de la jurifdiction de Coulonges en Périgord , eft
morte à Bordeaux , le 16 Janvier , dans la centcinquième
année de ſon âge.
Le fieur Gélas , Curé de Lougrates , dans le diocèle
d'Agen , eft mort , le 10 Janvier , à l'âge de
cent quatre ans. Ses funérailles ont été réglées par
une perfonne âgée de cent-trois ans qui prenoit
foin de lui , & qui continue à jouir d'une bonne
fanté.
La nommée Anne eft morte à Skeninge , dans
la cent-deuxième année de ſon âge.
Le fieur de la Haye eft mort à la Haye , le z
Février, à l'âge de cent- vingt ans. Il étoit né en
France , avoit affifté à la prife d'Utrecht en 1672,
1
MARS. 1774. 213
& à la bataille de Malplaquet en 1709. Il avoit
fait par terre , & prefque toujours à pied , le voyage
de l'Egypte , de la Perfe , des Indes & de la
Chine. Il vouloit encore s'embarquer , il y a deux
ans , pour aller former un établiſſement en Amérique.
Il s'étoit marié à foixante -dix ans
laiflé cinq enfans. Il a confervé la mémoire &
l'ufage de tous fes fens juſqu'à la fin de ſes jours ;
mais il fe fouvenoit plus facilement de ce qui s'étoit
paffé avant le temps de fa vieillefle .

& a
Jean Collet , Prêtre , docteur de Sorbonne, confeffeur
de feu Mgr le Dauphin , confeiller- clerc du
parlement de Paris , Abbé commendataire de l'abbaye
royale de Chaumes , Ordre de St Benoît , diocèle
de Sens , eft mort en cette ville , dans la cinquante-
neuvième année de fon âge.
LOTERIES.
Le cent cinquante - feptième tirage de la Loterie
de l'hôtel - de- ville s'eft fait , le 25 Janvier
, en la manière accoutumée. Le lot de cinquante
mille liv. eft échu au No. 89504. Celui de
vingt mille livres au N°. 92502 , & les deux de
dix mille , aux numéros 80013 & 96911 .
Le tirage de la loterie de l'Ecole royale militaire
s'est fait les Février. Les numéros fortis de la
roue de fortune , font 69 , 83 , 48 , 6 , 89. Le
prochain tirage le fera les Mars 1774.
114 MERCURE DE FRANCE.
Dans le Mercure de Février 1774 , page 184 ,
. ་
lig. 10 , les excufer , lifez les exercer.
PIECES
TABLE.
IECES FUGITIVES en vers & en profe , page 5
Hiftoire d'une jeune Fille enlevée par un
Ours ,
L'Homme , Ode ,
Couplets anacréontiques ,
Traduction de deux ftances tirées du 160
chant de la Jérusalem délivrée ,
L'Amitié malheureuſe ,
Vers à Madame V *** "
A Madame la D. de la V ***
Le Fleuve & le Ruifleau , fable
A Madame la Marquiſe D ***
Epître de Bidon à Enée , traduction libre
d'Ovide ,
Lettre d'Alexis , déferteur , dans la prifon , à
9 Louiſe ſa maîtreſle ,
Le vrai Bonheur , Ode anacréontique ,
Madrigal ,
ibid.
$
13
IS
16
40
43
44
45
46
54
62
63
Explication des Enigmes & Logogryphes , ibid.
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
AIR : De l'Union de l'Amour & des Arts ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Dictionnaire raisonné de Diplomatique
Traité des Fiefs de Dumoulin , analyſé &
conféré avec les autres Feudiftes , &c.
ibid.
68
71
73
ibid.
MAR S. 1774. 215
Cours d'Etudes de jeunes Demoiſelles
Difcours fur la Révélation ,
Traité de l'Exploitation des Mines , &c.
Hiftoire naturelle de Pline ,
Traité des Maladies vénériennes ,
88
92
98
105
110
Traité des Maladies chiturgicales ,
111
Café ,
Opufcules phyfiques & chimiques ,
113
114
119
121
Lettre à M. le Monnier , fur la culture du
Euvres de Romagnefi ,
Almanach général des Marchands ,
Eclairciflemens fur l'invention des nouvelles
machines pour la détermination des longitudes
en mer ,
Jacobi Vanierii , prædium Rufticum ,
Traités lur différentes matières de droit civil
, & c.
L'Art du Manége ,
Nouvelle Chimic du Goût & de l'Odorat ,
L'Elève de la Raiſon & de la Religion ,
113
125
ibid.
126
128
129
Mémoires de Chimie ,
134
Hiftoire de l'Académie royale des Infcrip
tions & Belles- Lettres , & c. 136
Lettres nouvelles , ou nouvellement recouvrées
de la Marquiſe de Sévigné , &c. 137
ACADÉMIES , Rouen , 138
--Beziers ,
144
-Montauban ,
149
SPECTACLES , Concert fpirituel , 152
Opéra , 153
Comédie Françoiſe ,
154
Comédie Italienne ibid.
Début ,
158 -Géographie ,
ARTS , Gravures ,
163
216 MERCURE DE FRANCE.
Mufique ,
Avis à M. M. les Facteurs d'Orgues ,
Ruches de nouvelle conftruction ,
Foire Saint Germain ,
Curiofité de l'Art ,
166
169
173
175
177
Lettre de M. Clément à M. l'Abbé Mignot , 179
Lettre de M. de la Harpe à M. L***
180
Ode à l'occafion du mariage de S. A. I. M. le
grand Duc ,
A Mlle T ***
Mort de M. de la Condamine ,
Anecdotes ,
AVIS ,
Nouvelles politiques ,
Nominations ,
Préſentations ,
Mariages ,
Morts ,
Loteries ,
Errata ,
188
195
196
198
202
204
209
ibid
210
211
213
214
APPROBATION.
J'AI lu ΑΙ
, par ordre
de Mgr
le Chancelier
, le
volume
du Mercure
du mois
de Mars
1774
,
& je n'y ai rien
trouvé
qui m'ait
paru
devoir
en
empêcher
l'impreſſion
.
A Paris , le 26 Février 1774.
LOUVEL.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le