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1773, 07, vol. 1-2
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14.60 Mo
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443
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Texte
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI .
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES:
JUILLET , 1773 .
PREMIER VOLUME .
Mobilitate viget. VIRGILE .
A PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire , Rue
Chriſtine , près la rue Dauphine.
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1 1. ref.
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carton , 121.
Les Caractères modernes , 2vol. br. 31.
Maximesdeguerre duC. de Kevenhuller , 11. 10 .
L
MERCURE
DE FRANCE.
JUILLET , 1773 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
IMITATION de l'Hymne de Cléanthe ,
difciple de Zénon; d'après la traduction
de M. Thomas , dans ſon Effai fur les
Eloges , tome premier , pag. 22 .
Τοοιι ,, dont la force eſt une & les noms différens
,
Premier des immortels , père de la nature;
O Jupiter ! toi qui ſuſpends
Dans le vague des airs tant de globes errans
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
(
Quetamain conduit & raſſure ;
Je te ſalue , ô ſource de la loi !
Car on peut t'invoquer & s'élever à toi .
Ce qui vit , ce qui rampe & meurt , eſt ton ouvrage
,
Tu nous formas à ton image ;
C'eſt le plus grand de tes bienfaits :
De ton amour il eſt le gage.
O mon coeur ! ô ma voix , annoncez votre hommage
,
Venez le chanter à jamais.
CetUnivers qui ceint notre atmosphère,
Qui dans ſa courſe emporte notre terre ,
Marche en filence & ſuit tes volontés.
Le tonnerre (ans bruit repoſe à tes côtés
Mais , miniftre de ta vengeance ,
Il s'allume , gronde , s'élance ,
Et la nature eſt dans l'effroi .
L'Eſprit univerſel eſt dirigé par tei .
Ame & reffort de toute effence ,
Dans les cieux , ſur la terre & les profondes mers
Tout eſt l'effet de ta puiſſance ,
Rien ne t'eſt étranger que le coeur du pervers.
De la confufion tu tires l'harmonie.
Les Elémens , troublés entre eux ,
Reprennent leur accord heureux ,
A l'ordre général ta volonté les lie ;
Le ſeul méchant veut en rompre les noeuds,
JUILLET . 1773 . 7
Il cherche le bonheur , l'ingrat ! le malheureux !
Il a briſé la chaîne univerſelle
Qui, le liant au tout, eût pû remplir ſes voeux
Trop lourd à ta voix qui l'appelle
Il méconnoît le juſte , il s'écarte du beau 3
Lavaine renommée agitant ſon flambeau ,
Le fait précipiter vers elle.
Il court aux métaux , à l'Erreur ,
Aux Plaiſirs inſenſés qui vont tromper for
coeur.
O Dieu puiſſant ! Dieu maître des orages !
Ecarte de lui ces nuages
Que fur fon front le Vice a raſſemblé.
Eclaire-nous , daigne , à notre oeil troublé
Faire éclater quelque étincelle
De cette lumière éternelle
Par qui l'Univers eſt réglé.
Entretiens dans nos coeurs l'innocence première
Rends- nous dignes de t'honorer ,
Le foible habitant de la Terre
Celui qui dans les Cieux peut te conſidérer,
Qu'auroient- ils de plus grand à faire ,
Quede bénir ton Nom & de le célébrer ?
ParM. Bret.
MERCURE DE FRANCE .
ÆNEIDOs , lib . II.
DIVIIVDIIDMIMUUSS muros , & menia pandimus urbis
,
Accingunt omnes operi: pedibuſque rotatum
Subjiciunt lapſus ; & ſtupea vincula collo
Intendunt : ſcandit fatalis machina muros ,
Fæta armis : pueri circum innuptæque puellæ
Sacra canunt , funemque manu contingere gaudent.
Hla ſubit , mediæque minans illabitur urbi.
O patria ! ô Divum domus Ilium , & inclyta
bello
Mænia Dardanidum ! quater ipſo in limine portæ
Subftitit , atque utero fonitum quater arına dei
dêre.
Inſtamus tamen immemores , cæcique furore ,
Et monſtrum infelix ſacrata ſiſtimus arce.
Tunc etiam fatis aperit Caſſandra futuris
Ora , Dei juſlu non unquam credita Teucris.
Nos delubra Deûm miferi , quibus ultimus eſſet
Ille dies , feſtâ velamus fronde per urbem .
Vertitur interea coelum , & ruit Oceano nox ,
Involvens umbra magnâ terramque polumque ,
Myrmidonumque dolos : faſi per mænia Teucri
Conticuêre ; ſopor feſlos complectitur artus .
Et jam Argiva phalanx inſtructis navibus ibat
JUILLET. 1773 . 2
Suite du fecond Livre de L'ENÉIDE.
0N travaille à l'envi ; chacun courtà ſaperte
Bientôt le rempart tombe, &la ville eft ouverte.
Les cables , les rouleaux employés tour-à-tour ,
Tranſportent dans nos murs cette infernaletour.
C'eſt l'arſenal des Grecs : de jeunes fanatiques
Font retentir les cris de leurs bruyans cantiques.
Du monftre menaçant , qui répand la terreur ,
Toucher du doigt le cable eſt pour eux un bon
heur.
Opatrie , ô des dieux vous demeure ſacrée ,
Remparts de Danaus ! quatre fois à l'entrée
Des armes le bruit ſourd le piége décela;
Mais quatre fois , hélas ! le fort nous aveugla.
Envain Caffandre , à qui l'avenir ſe révèle ,
Veut parler ; à ſa voix tout le peuple eſt rebelle ;
Et le jour qu'à périr nous ſommes deſtinés ,
De feſtons par nos mains les autels ſont ornés.
La nuit fur l'Univers tendant un voile ſombre,
Jusqu'aux perfides Grecs, couvre tout de ſon ombre.
LesTroyens fatigués ſe livroient au repos.
Vers des bords trop connus en laiſſant Ténédos ,
La flotte grecque vogue en ſortant de ſon anſe.
Av
10 MERCURE DE FRANCE..
ATenedo , tacitæ per amica filentia Lunæ ,
Littora nota petens : flammas cum regia puppis
Extulerat , fatiſque Deûn defenfus iniquis ,
Incluſos utero Danaos , & pinea furtim
Laxat clauſtra Sinon : illos patefactus ad auras
Reddit equus , lætique cavo ſe robore promunt:
Tiſandrus Sthelenuſque duces , & dirus Ulyfles ,.
Demiſſum lapſi per funem : Athamaſque , Thoalque
Pelideſque. Neoptolemus , primuſque Machaon ,
Et Menelaus , & ipſe doli fabricator Epeus.
Invadunt urbem ſomno vinoque ſepultam :
Cæduntur vigiles , portiſque patentibus omnes ,
Accipiunt ſocios , atque agmina confcia jun
gunt.
Tempus erat , quo prima quies mortalibus ægris
Incipit , & dono Divûm gratiſſima ſerpit.
In fomnis ecce ante oculos mæſtiſſimus Hector.
Viſus adeſſe mihi , largoſque effundere fletus :
JUILLET. 1773. II
Un clair de lune obſcur la guidoit en filence.
Les feux ne brilloient plus ſur le bord amiral , *
Sinon ouvre les flancs du funeſte cheval ;
Aux ſoldats renfermés rend le jour qu'ils attendent.
4
Un cordeau fert d'échelle , à la file ils deſcen
dent.
Machaon le premier , Ulyffe avec Thoas ,
Athamus , Helenus , Tiffandre , Menelas.
La joie eſt dans les yeux du fier Néoptolème,
Et d'Epée , inventeur du fatal ſtratagéme.
Nos Troyens dans le vin,dans le ſommeil plon
gés ,
Les ſentinelles même à l'inſtant égorgés
Cédent à leur deſtin : les Grecs , maîtres des por
tes,
Reçoivent dans nos murs leurs nouvelles cohor
tes.
Al'heure où le ſommeil , ce doux préſentdes
dieux
En ſuſpendant nos maux , ſe gliſſe dansnosyeuxs
Aux miens d'Hector en pleurs un fonge offre
l'image,
*Cette expreſſion paroîtra peut-être nouvelle
àceux qui ne font jamais fortis de l'enceinte de
leur ville. C'eſt cependant le mot propre ; il eſt
noble , fonore & poëtique. J'aurois traduit regia
puppis par vaiſſeau royal, étant écolier de quatrième.
Vaiffeau royal eſt une expreffion inuirée
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Raptatus bigis , ut quondam , aterque cruento
Pulvere , perque pedes trajectus lora tumentes.
Hei , mihi , qualis erat ! quantum mutatus ab
illo
Hectore , qui redit exuvias indutus Achillis ,
Vel Danaûm Phrygios jaculatus puppibus ignes
Squalentem barbam , & concretos fanguine crid
nes ,
Vulneraque illa gerens , quæ circum plurima
muros
Accepit patrios ultrò : flens ipfe videbar
Compellare virum, & meſtas exprimere voces.
Olux Dardaniæ! ſpes ô fidiſſima Teucrâm ?
Quæ tantæ tenuêre more ? quibus , Hector , ab
oris
Expectate venis ? ut te poft multa tuorum
Funera , poſt varios hominumque urbiſque la
bores
Defeſſi aſpicimus ? quæ cauſa indigna ferenos
Fædavit vultus ? aut cur hæc vulnera cerno ?
Ille nihil: nec me quærentem vana moratur ;
Sed graviter gemitus imo de pectore ducens :
Heu ! fuge , nate Dea , teque his (ait) eripe flammis:
Hoftis habet muros , ruit alto à culmine Troja :
Sat patriæ Priamoque datum : ſi Pergama dextrâ
Defendi poflent , etiam hâc defenſa fuiflent.
JUILLET. 13 1773 .
Tel qu'au tems où d'Achille il aſſouvit la rage.
Son corps meurtri , poudreux & traîné par un
char:
Ses pieds d'un cuir ſanglant percés de part en
part.
Qu'il étoit différent du vainqueur d'Actoride ,
Triomphant & couvert des armes d'Eacide ,
De la flotte des Grecs embrâſant les vaiſſeaux !
Les traces de ſon ſang forment de longs ruifſeaux:
Ses cheveux en font teints: défiguré , ſans armes
,
Quel aſpect ! je m'écrie , offuſqué par mes larmes,
O lumière de Troye & ſon plus fûr eſpoir !
Après tant de malheurs je te puis donc revoir !
Hélas en quel état ! d'où viennent ces bleſſures ?
Quel monftre a pu ſur toi porter ſes mains impures?
D'où viens- tu , chez Hector ? Sourd à ces vains
propos ,
Il pouffe un long foupir &prononce ces mots :
Fuyez , fils de Vénus ; la flamme ſe déploye ,
Le Grec eft dans nos murs , & c'en eft fait de
Troye.
Si quelque bras eût pû retarder ſon deſtin ,
Son ſalut devenoit l'ouvrage de ma main.
Yous avez allez fait : d'autres ſoins vous atten
dent ,
14 MERCURE DE FRANCE.
Sacra ſuoſque tibi commendat Troja Penates:
Hos cape fatorum comites : his mænia quære ,
Magna pererrato ſtatues quæ denique ponto .
Sic ait , & manibus vietas , Veſtamque potentem ,
Æternumque adytis effert penetralibus ignem.
Diverſo intereà miſcentur mænia luctu ,
Et magis atque magis ( quanquam ſecreta parentis
Anchiſæ domus , arboribuſque obtecta receffit )
Clareſcunt fonitus , armorumqueingruit horror.
Excutior ſomno , & (ummi faftigia tecti
Aſcenſu ſupero , atque arrectis auribus aſto .
In ſegetem veluti cum flamma, furentibus Auſtris,
Incidit , aut rapidus montano flumine torrens ,
Sternit agros , ſternit fata læta, boumque labores,
Præcipiteſque trahit ſylvas : ſtupet inſcius alte
Accipiens fonitum ſaxi de vertice paftor.
Tum vero manifeſta fides, Danaumque pateſcunt
Inſidiæ : jam Deiphobi dedit ampla ruinam ,
Vulcano ſuperante , domus : jam proximus ardet
Ucalegon : Sigea igni freta lata relucent.
Exoritur clamorque virum , clangorque tubarum.
Arma amens capio , nec ſat rationis in armis :
Sed glomerare manum bello , & concurrere in
arcem
Cum ſociis ardent animi : furor iraque mentem
Præcipitant , pulchrumque mori fuccurrit in ar
mis.
JUILLET. 1775. FS
Les dieux de nos foyers à vous ſe recomman
dent
Pourfonder un empire en de lointains climats,
De vos chers protecteurs ne vous léparez pas .
Enée , ayez préſent cet avis falutaire ,
Et des feux de Veſta ſoyez dépoſitaire.
U dir , & diſparoît: un bruit ſourd & confus
Pénètre de mes murs les ombrages touffus :
Aces fons redoublés ſe joint le bruit des armes.
Je m'éveille ; je monte , &, le coeur plein d'alar
mes ,
J'écoute , & je promène un regard attentif.
Du ſommet d'un rocher , tel un berger craintif,
Quand un torrent fougueux deſcendu des mon
tagnes ,
Entraîne les forêts , ravage les campagnes ,
Ou qu'un feu petillant dévore les moiſſons ,
Enignore la caufe & n'entend que des fons.
Des Grecs en ce moment l'ame double & perfide
Parut à découvert : déjà la flamme avide
A de Déiphobus conſumé le palais ,
Et fur le toît voiſin lance déjà ſes traits.
Sigée au loin s'éclaire au milieu des ténèbres;
Les trompettes, les cris forment des ſons funè
bres .
Eperda , la fureur eſt tout ce que je ſens.
Je m'arme encor troublé ,je ne vois,ni n'entends:
Je marche au fort , ſuivi d'une troupe fidèle.
Les armes à la main,la mort me paroît belle,
16 MERCURE DE FRANCE .
Ecce autem , telis Pantheus elapfus Achivum ,
Pantheus Otriades , arcis Phoebique Sacerdos ;
Sacra manu, victoſque Deos, parvumque nepotem
Ipſe trahit , curſuque amens ad limina tendit :
Quo res ſumma loco , Pantheu ? quam prendimus
arcem ?
Vix ea fatus eram , gemitu cùm talia reddit :
Venit ſumma dies & ineluctabile tempus
Dardaniæ : fuimus Troës , fuit Ilium , & ingens
Gloria Teucrorum ; ferus omnia Jupiter Argos
Tranſtulit : incensâ Danaï dominantur in urbe.
Arduus armatos mediis in mænibus aſtans
Fundit equus , victorque Sinon incendia miſcet
Inſultans ; portis alii bipatentibus adfunt ,
Millia quot magnis nunquam venêre Mycenis.
Obſedêre alii telis anguſta viarum ,
Oppoſiti : ftat ferri acies mucrone coruſco
Stricta , parata neci : vix primi prælia tentanr
Portarum vigiles , & cæco Marte refiftunt.
Talibus Otriadæ dictis , & numine Divûm
In flammas & in arma feror : quo triſtis Erinnys,
Quò fremitus vocat, & fublatus ad æthera clamor.
Addunt ſe ſocios Ripheus , & maximus annis
Iphitus , oblati per Lunam : Hipaniſque , Dis
maſque ,
Et lateri agglomerant noſtro : juvenitque Chore
bus
Mygdonides , illis ad Trojam fortè diebus
Venerat , infano Caſſandræ incenfus amore;
JUILLET . 1773. 17
Au fer grec échappé , le prêtre d'Apollon ,
Panthée en ce moment traînoit hors d'Ilion ,
D'un bras , ſes dieux vaincus , ſon petit- fils , de
l'autre.
Panthée, où courez-vous , & quel fort eſt lenôtre?
Dans quel fort pouvons-nous ? .. Vos ſoins font
fuperflus ,
Dit il en gémiſſant , & Pergame n'eſt plus.
Son dernier jour a lui : maître de la victoire ,
Jupiter dans Argos tranſporte notre gloire.
Notre ville eſt en feu , les Grecs ſont triomphans.
Leur monftre dans nos murs les vomit de ſes.
flancs :
Sinon , latorche en main , appelle leurs cohortes ,
Et nous inſulte encore en leur ouvrant les portes...
Jamais Mycène , Argos n'armerent tant debras ;
Par-tout le fer ſanglant préſente le trépas :
Nos poftes avancés ſe défendent à peine.
Aux arrêts du deſtin la réſiſtance eſt vaine.
Aces mots de Panthée , inſpiré par les dieux,
Je m'élance à travers les flammes & les feux.
Je crois ſuivre Erinnys ; ſoudain s'offre à ma vue
Riphée avec Dymas , & ma troupe eſt accrue.
La lune nous éclaire : Hypanis , Iphitus ,
Chargés d'ans , ſont ſuivis du jeune Chorébus :
A Priam , dans l'eſpoir d'être bientôt ſon gendre ,
Il offroit ſon ſecours , & brûloit pour Caffandre,
18 MERCURE DE FRANCE.
Etgener auxilium Priamo Phrygibuſque ferebat ,
Infelix , qui non ſponſe præcepta furentis
Audierat !
Quos ubi confertos audere in prælia vidi ,
Incipio ſuper his: juvenes , fortiffima fruftrà
Pectora , ſi vobis audentem extrema cupido eſt
Certa ſequi ; quæ fit rebus fortuna , videtis.
Exceflêre omnes adytis ariſque relictis.
Dî , quibus imperium hoc ſteterat : fuccurritis
urbi
Incenſe : moriamur , & in media arma ruamus.
Una ſalus victis nullam fperare falutem.
Sic animis juvenum furor additus. Indè lupi ceu
Raptores , atrâ in nebulâ, quos improba ventris
Exegit cæcos rabies , catulique relicti
Faucibus expectant ficcis: pertela , per hoftes
Vadiınus haud dubiam in mortem , mediæque
reriemus
Urbis iter: nox atra cava circumvolat umbra.
Quis cladem illius noctis , quis funera fando
Explicet ? aut poffit lacrymis æquare labores ?
Urbs antiqua ruit , multos dominata per annos :
Plurima perque vias ſternuntur inertia paffim
Corpora , perque domos , & relligiofa Deorum
Limina. Nec foli pænas dant ſanguine Teucri :
Quondam etiam victis redit in præcordia virtus ,
Victoresque cadunt Danai , crudelis ubique
Luctus , ubique pavor , & plurima mortis imago.
JUILLET. 1773 . Tg
Sourd à l'avis des dieux qui parloient par la voix.
Me voyant à leur tête , & flatté de leur choix :
Chers & braves amis , leur dis -je , jnos misères
Sont au coinble : les dieux , protecteurs de nos
pères ,
Nous ont abandonnés , ainſi que leurs autels.
Qui peutbraver du ſort les décrets éternels !
La ville toute en feu ! je ne peux Ini ſurvivre ,
Dans les rangs ennemis oferez-vous me ſuivre ?
Mourons : braver la mort eft notre ſeul devoir :
Le ſalut des vaincus naît de leur déſeſpoir.
Cesmots de mes guerriers enfiamment le cou
rage.
Semblables àdes loups dont la faim&la rage
Aucri deleurs petits font un nouvel effort ,
Nous traverſons la ville & volons à la mort .
Puis-je peindre l'horreur de cette nuit affreuſer
Termede tes grandeurs , ville trop fameuse!
Quels fléaux ! que de ſang , que de calamités
Inondent à la fois la Reine des cités !
Sous de monceaux de morts notre route eſt cachées
Les temples , les palais , la ville en eſt jonchée,
Des Troyens plus d'un-Grec partage le malheur;
La honte du vaincu ranime ſa valeur.
De la mortànos yeux tout retrace l'image ;
20 MERCURE DE FRANCE.
Primus ſe Danaum , magnâ comitante caterva ,
Androgeos offert nobis , ſocia agmina credens ,
Inſcius ; atque ultrò verbis compellat amicis :
Feftinate viri , nam quæ tam ſera moratur
Segnities ? alii rapiunt incenſa , feruntque
Pergama: vos celſis nunc primùm à navibus itis
Dixit: & extemplo ( neque enim reſponſa dabantur
Fida ſatis ) ſenſit medios delapſus in hoftes :
Obſtupuit , retroque pedem cum voce reprefit.
Improvilum alpris veluti qui ſentibus anguem
Preffit humi nitens: trepiduſque repentè refugit
Attollentem iras , & cærula colla tumentem .
Haud fecus Androgeos viſu tremefactus abibat.
Irruimus , denfis & circumfundimur armis,
Ignatoſque loci paſlim ,& formidine captos
Sternimus: afpirat primo fortuna labori ,
Atque hic exultans ſucceſſu , animiſque Chorcebus
,
O locii , quâ prima , inquit , fortuna ſalutis
Monſtratiter , quâque oftendit ſe dextra , ſequamur.
Mutemus clypeos , Danaumque infignia nobis
Aptemus : dolus, aut virtus, quis in hoſte requirat.
JUILLET. 21
1773 .
T'avance , & le premier qui s'offre à mon paſſage ,
Suivi d'un corps nombreux , eſt le fils de Minos ,
Androgée ; il nous croit une troupe d'Argos
Amis, y penſez vous Nos feux embrâſent Troye.
Vous le voyez , dit-il , chacunen fait ſa proye ,
Et vous , de vos vaiſſeaux à peine deſcendus...
Ne rougiſlez- vous pas ? Quelques mots ambigus
Avertiſſent bientôt le Grec de ſa mépriſe ,
Ainſi qu'un voyageur , qui, ſaiſi de ſurpriſe ,
A l'aſpect d'un ſerpent que les pieds ont preſſé ,
Se dérobe au péril dont il eſt menacé ;
Ainfi fuit Androgée , &, ſans autre réponſe ,
Nous fondons ſur la troupe , & la mienne l'en-
: fonce.
Ils ne ſavent où fuir , ils tombent ſous nos coups;
La fortune commence à ſe tourner vers nous .
Enflé d'un tel ſuccès & tranſporté de joie ,
Amis , dit Chorébus , le ſort ouvre une voie ,
Suivons-la ; couvrons-nous des armes des vaincus
,
Que les perfides Grecs à leur tour ſoientdéçus.
Armés à leurs dépens , courons à la vengeance ,
Qu'importe contre un Grec la ruſe ou lavail
Jance?
22 MERCURE DE FRANCE .
Arma dabunt ipſi. Sic fatus , deinde comantem
Androgei galeam , clypeique inſigne decorum
Induitur , laterique Argivum accommodat enſem.
Hoc Rhipheus , hoc ipſe Dymas , omniſque juventus
Læta facit: ſpoliis ſe quiſque recentibus armat.
Vadimus immixti Danais : haud numine noſtro :
Multaque per cæcam congreffi prælia noctem
Conferimus , multos Danaûm demittimus Orco,
Diffugiunt alii ad naves , & littora curſu
Fida petunt : pars ingentem formidine turpi
Scandunt rurfus equum , & notâ conduntur in
alvo.
Heu , nihil invitis fas quemquam fidere Divis !
Ecce trahebatur paſſis Priameïa virgo
Crinibus à templo Caſſandra adytiſque Minerva ,
Ad cæluņa tendens ardentia lumina fruftra ,
Lumiņa : mam teneras arcebant vincula palmas.
Non tulit hanc ſpeciem furiatâ mente Chore
bus ,
Et ſeſe medium injecit moriturus in agmen.
Conſequimur cuncti, & denſis incurrimus armis.
JUILLET. 1773 . 23
Il dit , & d'Androgée arborant le cimier ,
Il s'arme de ſa lance & de ſon bouclier.
La dépouille des Grecs couvre Hylas & Riphée ,
Et leur ſert à la fois d'arınure & de trophée.
Sous ce déguilement nous nous melons aux
Grecs.
Leur mépriſe &la nuit redoublent leurs échecs :
La fuite les diſperſe , & je vois plus d'un traître
Remonter dans les flancs qu'il doit ſi bien connoîue.
Mais tout effort eſt vain, s'il n'a l'aveu des dieux.
Quel ſpectacle ? Caffandre alors frappe nos yeux,
Je vois du Roi des Rois la fille infortunée ,
Arrachée aux autels , par les cheveux traînée,
En vain tendant au Ciel ſes yeux armés d'éclairs ,
Şes yeux; car ſes beaux bras étoient chargés de
fers.
Que devient Chorébus à cet aſpect barbare ?
La rage le tranſporte & ſa fureur l'égare ,
Dans le bataillon Grec il court braver la mort ,
Chacunde nous le ſuit& partage ſon ſort.
Lafuite dans le prochain Mercure.
24 MERCURE DE FRANCE.
FLAVILLA ou la Frivolité ,
Conte anglois.
LaDécence timide & la Modeſtie fans
att étoient jadis regardées comme les
compagnes auxiliaires de la beauté. Un
geſte , un regard annonçoient un ſentiment
honnête ; mais il y a long tems que
l'Affectation a pris la place des Graces ,
&La licence le langage de la polireſſe.
La Vertu ſemble ambitionner de reſſem .
bler au Vice ; & l'on ne voit pas que la
Mode impérieuſe , en ôtant le voile de la
Modeſtie, en donne néceſſairement un à la
Débauche.
L'hiſtoire , plus convaincante que les rai
fonnemens , éclairera peut être l'abîme où
conduit la frivolité , & nous précautionnera
contre les liaiſons indiferètes , en
nous montrant les dangers qui les ſuivent.
Flavilla entroit dans ſa quatorzième année
lorſque ſon père mourut fubitement
&la laiſſa dans un état qui trompoit les
eſpérances que ſon éducation lui avoit
données. Il ne lui reſta qu'une annuité de
cent
JUILLET. 1773 . 25
cent livres ſterlings , un équipage , quelques
bijoux , & quelques meubles en argentetie.
Une grande partie de ces effets fut vendue
pour payer les dettes. Flavilla perſuadaà
ſa mèredegarder ſes bijoux & ſon argenterie
, & elles louèrent une petite mai.
fon où elles ſe retirèrent toutes deux.
Elles avoient perdu leur fortune ;
mais elles conſervèrent encore leur rang.
Elles recevoient tous les jours les viſites
des perſonnes de la première distinction .
Il eſt vrai qu'elles ſouffroient ſouvent cette
humiliation pénible que l'orgueil de la
pitié fait fentir au malheur qu'elle déplore
, & que leur état actuel leur attiroit une
comparaiſon avec leur état paſſé auſſi triſte
qu'inſultante. Cependant les préſens des
perſonnes plus généreuſes que celles qui
ne ſavent que plaindre , leur permettoient
devivre dans une noble frugalité. On les
mettoit encore dans la claſſe nombreuſe
des adorateurs de la Frivolité , & les gens
ſimples les traitoient avec tout le reſpect
quemérite une ſupériorité ſi précieuſe .
Ainſi Flavilla continua de briller dans
une ſphère réſervée à l'opulence. Le caprice
de ſes amis, ſemblable à la baguette
d'un enchanteur , pouvoit diſſiper en un
I. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
moment cette illuſion ; mais Flavilla confultoit
ſouvent fon miroir , autre enchanteur
qui l'affuroit qu'elle étoit trop jolie
pour avoir rien à craindre. Sa vanité, prefqu'égale
à ſon eſprit, lui diſoit auſſi qu'elle
ne devoit pas plus redouter le malheur
que ſe méfier du pouvoir de plaire.
Sa mère,qui connoiſſoit le danger de ſa
ſituation , lui reprochoit ſouvent la légéreté
de ſes actions & de ſes diſcours . Elle
employoit les raiſons , les prières & les
Jarmes; mais ſa fille avoit toujours à la
bouche cetre réponſe ſi commune & ce
prétexte ſi faux , qu'elle n'avoit rien à ſe
reprocher , que d'ailleurs c'étoit un honneur
d'exciter l'envie , & un malheur de
la craindre. Plus ou flattoit Flavilla , plus
ſa mère perdoit fon afcendant fur elle; &
quoiqu'elle conſervât toujours le reſpect,
fruit d'une bonne éducation & peut- être
d'habitude , elle blangit ſecrètement la
ſcrupuleuſe auſtérité de ſes maximes , &
s'applaudiſſoit elle - même de ſa con,
duite.
Tous les jeunes gens dont la mode fair
une claſſe particulière , connoiffoient Flavilla&
ſa beauté. Tous s'empreffoient à
lui faire la cour; les uns croyoient , les
gutres eſpéroient lui plaire , & l'amourJUILLET.
1773 . 27
1
propre ſervoit à tous de meſure à leur efpoir.
Clodion , jeune baron , le plus riche
&le plus vainde ſes adorateurs , futauſſi
le plus crédule. Flavilla ſe perfuada qu'il
pourroit devenir ſon époux ,& commença
par le ſouffrir comme amant ; mais elle
permit ſes affiduités avec tant de complaiſance
, & fes familiarités avec ſi peu de
réſerve, qu'il hazarda de lui découvrir ſes
defirs . L'oubli de Clodion fit ſouvenir
Flavilla de ſa vertu ; ellejeta ſur lui des
regards d'indignation& de mépris. Clodion
ſe mit à ſes genoux , imputa ſon offenſe
à la phrénéſie de ſa paſſion , Aatta
fon orgueil par les plus bas éloges , demanda
pardon , aggrava ſon crime , mais
ne parla point de le réparer par le mariage.
Flavilla voulut cependant ménager
Clodion & ſes eſpérances particulières ;
ellecrut que ſa conduite& le tems l'ameneroient
inſenſiblement à ce qu'elle defiroit
de lui . Mais Clodion avoit cru remarquer
qu'il n'étoit pas indifférent. Cette
opinion, qui impoſoit à une ame noble
l'obligation d'en agir avec générofité , ne
fit naître que l'eſpoir honteux d'un ſuccès
plus facile. Il réſolut de faire de Flavilla
ſa maîtreſſe , ou d'y renoncer pour jamais.
Il ſe retira pendant quelques jours à la
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
campagne, & lui écrivitla lettre ſuivante.
« Il eſt triſte pour moi , belle Flavilla ,
» que ma paſſion vous déplaiſe ,& que
>> ſes tranſports vous offenſent. Je vous
>> aime trop pour vous mettre dans l'ef-
» clavage , & vous ſavez comme moi
»que le mariage en eft un. Le bonheur
n'eſt point où n'eſt point la liberté , &
>> les témoignages de l'amour ſont bien
>> froids quand on ne peut plus les diſtin-
> guer des complaiſances du devoir. Je
>>vous parle le langage de la raiſon parce
>> que vous êtes faite pour l'entendre , &
» que vous la dégagez des préjugés vul-
> gaires. N'eſt - il pas vrai que nous ne
>> nous quitterons point tant que nous
>> nous trouverons heureux ? Plus natre
>> union fera volontaire , plus notre
»bonheur ſera conftant ; mais fi ce bon-
>> heur nous ennuyoit un jour , des liens
>> chers,un moment,ne ſeroient plus qu'un
» long fupplice. Je crois bien que votre
>>plus forte objection ſeroit l'arrange-
>> ment de vos intérêts particuliers ; mais
ne craignezrien: unbon teſtament vous
>> aſſurera après ma mort , le reſte du bien
qne mon amour vous aura donné pen-
» dant ma vie. Délibérez ſi cela ſe peut,
Je ne vous demande point un confen
"
JUILLÉF. دو . 1773
» tement déclaré , quelque plaisir que
» j'eufle à jouir de l'aimable confufion
> qu'il produiroit. Je ſerai chez vous dans
>> trois jours. Si vous recevez ma viſite ,
>> nous ne nous ſéparerons plus ; fi vous
>>la refuſez , je ne vous verrai jamais. »
Flavilla reçut cette lettre , la lut , en
fut indignée , & donna ordre de ne plus
laiſſer entrer Clodion . Mais cette lettre
fervoit de trophée à ſa vanité : elle fut
empreſſée de la faire lire à ſa mère & à
pluſieurs femmes de ſa connoiffance , &
elletémoignoittoute l'alegreſſed'unhéros,
quiduhautde ſon char detriomphe , promène
pompeufement un ennemi vaincu.
Elle n'avoit fuivi que fon devoir ; elle
crutdonner une preuve de ſa vertu ; reprocher
à la cenſure ſon injustice pallée ,
&lui impofer filence pour l'avenir.
Les fêtes publiques , les bals , les
ſpectacles emportètent bientôt juſqu'au
ſouvenir de ces petits événemens. L'on
donna quelque temsaprès une pièce nouvelle
; il fallut la voir, & y être vue. Flavilla
attita plus particulièrement les regards
d'un jeune homme qui étoit,depuis
peu, de retour de ſon premier voyage au
Levant. Travello , c'eſt le nom du genilhomme
, avoit cinq frères,dont il étoit
!
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
le plus jeune. Son père lui avoit acheté
un vailleau , & ménageoit à ſes enfans
une fortune immenſe qu'ils devoient tous
partager également. Travello vit Flavilla
& connut l'amour , mais l'eſpérance n'ofoit
le ſuivre. L'éclat qui environnoit
Flavilla l'éblouiffoit trop , pour qu'il ſe
flattât d'en approcher , & la curioſiré ſeule
lui conſeilla de s'informer de ſon nom &
de ſa naiſſance. Il apprit bientôt ſa ſituation
. L'eſpoir rentra dans ſon ame , & il
vit bienqu'il lui étoit permisde prétendre
au bonheur qu'il defiroit..
La difficulté étoit de s'introduire ſans
titre dans une maifon où il étoit inconnu ..
Ses intentions étoient pures ; &bien différentde
celui de Clodion,ſon amourétoit
trop ſincère pour n'être pas honnête. Dans
l'ardeur de ſa paffion , il l'avona par une
lettre à la mère de Flavilla. Il lui fit un
récit exact de ſa fortune & de ſes eſpérances
, lui demanda la permiſſion de rendre
viſite à ſa fille & de briguer l'avantage
de lui plaire. Cette mère prudente fit des
informations qui ſe trouvèrent conformes
à la lettre , & elle invita Travello à
venir s'expliquer lui-même. Il vint avec
tout l'empreſſement d'un amant. On lui
repréſenta que Elavilla n'avoit point de
JUILLET. 1773. 31
fortune , & que la ſienne dépendoit dela
volonté de fon père ; qu'il s'expoſoit à la
perdre par un mariage qui cependant la
rendoit encore plus néceſſaire ; qu'il falloit
donc obtenir ſon confentement avant
que les viſites fréquentes , & une convenance
récipropre ferraſſent inutilement
des liens qu'il ſeroit plus difficile de rompre.
Ce conſeil étoit falutaire : Travello
héſitoit poury répondre , lorſque Flavilla
entra dans l'appartement. Sa préſence au
gmenta encore le trouble du jeune homme.
Flavilla le reçut avec politeffe . La
conversation s'anima , & le plaifir de ſe
voir s'accrût avec l'eſpérance de plaire.
Les formalités d'une première entrevue
étoient remplies , & Travello ne penſa
plus,que les aufpices de la mère fuſſent
néceſſaires àfon ſuccès.
Ses vifites furent ſouvent répétées , &
chaque moment lui rendoit les délais plus
inſupportables. Il penſoit bien que fon
père feroit contraire à ſes defirs ; & cette
idée l'affligeoit : mais étant déterminé à
fe fatisfaire ,ilconclut , avec la prudence
ordinaire dans ces circonstances , que de
deux malheurs , celui de ſe matier ſans
le conſentement de ſon père étoit moins
affligeant que celui de ſe marier contre
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
fon conſentement. Un ſoir , après avoir
paffé la journée dans toute la chaleur du
ſentiment , nos deux amans exécutèrent
ce projet que Travello avoit propoſé dans
l'excès de ſa paffion , & auquel Flavilla
conſentit dans l'excès de ſon imprudence
, & ils furent mariés dans les premiers
jours de Mai .
Lorſque le froid de la réflexion eut fuccédé
aux premiers feux de l'amour , Travello
ſentit qu'il devoit être le premierà
inſtruire fon père de ſa nouvelle alliance;
mais iln'eut pas le courage d'aller lui- même
lui avouer ſa faute & fon bonheur. Il
lui écrivit dans les termes les plus propres
à l'attendrir , & lui demanda la permifhon
de lui préſenter ſon épouſe , & de
recevoir à ſes genoux la bénédiction paternelle
qui pouvoit ſeule mettre le com
ble à ſa félicité.
Ce vieux gentilhomme avoit aimé le
plaifir , & connoiffoit très-bien ſa ville. Il
avoit ſouvent entendu prôner Flavilla par
des libertins de qualité , & l'avoit vue
dansles promenades publiques. Sa beauté
, l'élégance de ſa parure , la foule de ſes
admirateurs , la légéreté de ſa conduite ,
& toutes les circonstances de ſa ſituation
avoient concouru à rendre ſon caractère
JUILLE Τ. 1773 . 33
faſpect , & il étoit diſpoſé à en juger avec
d'autant moins d'indulgence qu'elle l'avoit
offenſé . Il regarda ſon fils comme un
homme perdu ; & bien loin de foulager
un malheur irréparable , il réſolut de l'angmenter
encore. Telle eſt la conduite des
pères. Il croient donner des preuves de
leur ſageſſe & de leur amour , en punifſant
des fils , lorſqu'ils ne devroient plus
que les plaindre , & ils ceſſent d'être pè
res parce que leurs enfans ceſſent d'être
fages. Auſſuôt qu'il eut lu la lettre de
Travello, il s'écria, dans les tranſports de
ſa colère,que fon fils étoit un inſenſé , qui
s'étoit laiffé ſéduire par les artifices d'une
femme ſans moeurs ; qu'elle n'avoit même
daigné le tromper que pour maſquer fon
déshonneur & ſe garantir de la prifon ,
en le chargeant de ſes enfans & de ſes
dettes. Dans une courte réponſe qu'il ne
fit, qu'afin d'exhaler ſa fureur, il lui dit que
s'il n'eût pris Flavilla que pour ſa maîtreſſe
, il auroit fermé les yeux; & qu'il
auroit même payé ſes folles dépenſes , s'il
s'étoit dérangé pour elle ; mais qu'il ne lui
pardonneroit de ſa vie un mariage fi ridicule
; qu'il ne lui laiſſeroit pas unſchellingde
fon bien , & qu'ilétoit déterminé
àne le voir jamais. Travello, plus irrité
By
3:4
MERCURE DE FRANCE .
de cet outrage qu'affligé de la perte de fa
fortune , dédaigna de répliquer , & fe
croyant plus offenſé que ſon père , il ne
s'inquiéta plus d'une réconciliation. M
loua un riche appartement dans une maiſon
ſituée près des champs de Leiceſter ,
& deux mois après il partit pour entreprendre
un ſecond voyage .
Il avoit toujours vu beaucoup de monde;
& fur le point de ſe ſéparer de fon
épouſe , cette multitude frivole qui avoit
flatté ſa vanité , alarma ſa tendreſſe . Il
n'avoit , à la vérité , aucune raiſon particulière
d'être jaloux ; mais il étoit marié ; il
alloit être abfent; ſa femme étoit belle :
& ces idées ne rendent pas un homme
bien tranquille. Travello ne l'étoit pas ,
&cependant il partit..
Flavilla aimoit ſon époux autant que
ſes plaiſirs. Elle promena ſa fidélité dans
tous les lieux qui pouvoient charmer fon
veuvage :elle Aottoit dans le tourbillons
du monde , & recevoit tous les jours des
gens de courauſſi ſuperficiels que fon caractère
, & le tumulte voluptueux des
bals prenoit la place de ladouceur paiſible
de la nuit.
Cette conduite devint incommode aux
Hôtes de la maifon , gens fimples qui n'ay
JUILLET. 1773 . 35
voient de revenu que l'argent qu'ils recevoient
de leurs loyers. Ils crurent même
avoirété trompés ſur l'état de Flavilla. Ils
ſe perfuadèrent qu'elle n'étoit autre choſe
qu'une femme de plaiſir ; que la perſonne
qui avoir loué comme pour ſon épouſe ,
& qui avoit diſparu , ſous prétexe d'un
voyage fur mer , n'avoit été employée que
pour obtenir un logement à un prix moins
confidérable . Es cherchèrent à éclaircir
ees ſoupçons ; mais ils s'apperçurent bientôt
que Flavilla ne voyoit que des fem
mes de la première diſtinction. Ils conclurent
cependant qu'ils ne s'étoient pass
trompés de beaucoup , & ne pardonnerent
pas à la qualité , puiſqu'elle ne met
toit pas de différence entreles moeurs .Une
vieille fille qui fe diſoit dévote , & quis
demeuroit dans la maiſon , vint charitablement
s'emporter chez ces hôtes , diſant
quele train de vie de Flavilla la ſcandalifoit
, & la troubloit dans ſes prières , &
fur-tout dans ſon ſommeil.
L'hôteſſe prit la liberté d'entrer un ma
tin chez Flavilla, & luf repréſenta dans les
termes les plus reſpectueuxque ſamaiſon,
fort tranquille avant elle , devenoit plus
bruyante depuisqu'elle l'habitoit , & qu'à
tous égards cettexonduite pouvoit luifaire
Bvj أ
36 MERCURE DE FRANCE.
un tort irréparable. Flavilla comprit cette
remontrance équivoque ; fière de ſa vertu
&indignée d'un confeil qui la contrarioit,
ellenerépondit qu'avec mépris. Labonne
femme ſe retira ſans replique , &ſe détermina
à attendre Travello pour le prier de
fortir de fa maiſon .
Cependant l'époux de Flavilla fit un
voyage fort heureux ; & après dix mois
d'abſence , il vint rejoindre ſon époute.
Mde Hermann (c'eſt le nom de l'hôteſſe)
étoit toujours dans le même deſſein , &
bientôt elle vint lui annoncer ſes intentions.
Travello qui avoit toujours rempli
ſes engagemens , voulut connoître les raifons
que l'on pouvoit avoir de le renvoyer.
La bonne femme héſitoit ; mais plus il
vit qu'elle éludoit ſa demande , plusilinfiſta
pour obtenir une réponſe. Le filence
même de Mde Hermann , quoique trèsnaturel
de ſa part , produjſit le même effet
que s'il eût été affecté. Elle répondit feulement
que Madame rentroit fort tard ,
qu'ayanttoujours été accoutumée à la tranquillité
, elle vouloit louer ſon apparte
ment àquelque perſonne d'un état moins
élevé.
A ce diſcours,Travello changea de vi
ſage , & Mde Hermann vit bien , par fon
JUILLET. 1773 . 37
émotion , qu'elle en avoit trop dit. En
vain elle voulut réparer ſon indifcrétion
en diſant à Travello , qu'après tout , fon
épouſe ne s'étoit permis que des plaiſirs
que ſon âge , fon état & la mode rendoient
légitimes. Le trait avoit porté , la
bleſſure étoit faite , il ne penſa plus qu'à
trouver en elle une confidente . Il lui
avoua qu'il avoit quelques ſoupçons fur
ſa femme, qu'il étoit important pour lui
d'éclaircir ; qu'il alloit quitter encore le
royaume pour peu de tems ,& il la pria
de lui faire part à ſon retour de ce qui ſe
feroit paſſe dans ſon abfence..
C'eſt une foibleſſe attachée à l'humanité,
derechercher avec ardeur des vérités cruel
les dont la connoillance nous rend malheureux
fans retour. Ingénieux à nous
tourmenter nous - mêmes , nous voulons
encore que nos amis fatisfaſſent notre
funeſte curiofité , & ce ſervice barbare ,
eſt un de ceux qui ſe rendent avec le
moins de fcrupule . Mde Hermann, flattée
de la confiance qu'on lui témoignoit, confentit
à la remplir & promit d'exécuter ce
qu'ondemandoit d'elle,avec la plusgran
de fidélité.
CependantTravallo cacha ſes ſoupçons
&véritablement il les oublioit en regar38
MERCURE DE FRANCE.
dant fon épouſe. L'amour , l'eſprit S
khonnêteté de Flavilla lui fit pardonner à
fa conduite; il ne voulut point empoifon
net la douceur de ſes embraſſemens par le
fiel des reproches. Mais lorſqu'il fut prêc
de partir , il la ferra tendrement dans ſes
bras , & la conjura , les larmes aux yeux,
de veiller ſur elle - même avec la plus
grande attention. Je fais , lui dit - il , que
mon père a les yeux attachés ſur vous ;
votre conduite pentſeule aigrir ou calmer
fa colère ; ma fortune même en dépend ,
&nous devons la deſirer pour nous épargner
à l'avenir les tourmens d'une ſéparation
fi pénible , & paffer tranquillement
notre vie dans le ſein de l'abondance &
de l'amour. Flavilla répondit par ſes careſſes
à cet adieu qu'elle ne comprit point,
& ils ſe quittèrent avec les proteſtations
mutuelles d'un amour inaltérable.
Flavilla , quelque tems après le départ
de ſon mari ,s'apperçut qu'elle étoit groffe,
&huit mois après le retour de Travello
de ſon premier voyage,elle fit un faux pas
enmontant dans ſa voiture ,& accoucha
le lendemain. L'enfant, quoiqu'avancéde
plus d'un mois , n'étoit point d'une petireffe
remarquable ,& n'avoit aucune infir
mité qui fit craindre pour ſa vie.-
JUILLET. 1773-
39
Il fallut alors ſuſpendre les veilles du
Wiſth & desbals. La folitude amena la
réflexion : Flavilla ſe rappela les adieux
de fon mari : elle commença à craindre
que la jalouſie ne ſe fût accordée avec la
raiſon pour dicter ſes conſeils . Ce premier
enfant , né dans ſon abſence & dans
un tems où la nature ne le demandoit pas
encore , lui caufoit la plus vive inquiétude
: au moins elle étoit innocente . Mais
bientôt après, ſon indiſcrétion , quoiqu'involontaire
, lui donna de plus juſtes alar
mes.
Quelques civilités qu'elle reçut d'une
femme placée près d'elle à l'opéra , &
qu'elle n'avoit jamais vue , lièrent une
converfation agréable à toutes deux : Fla--
villa invita cette perſonne à venir la voir..
Cette offre fut acceptée,& le lendemain la
viſite fut faite. Le plaiſir de cette feconde
entrevue fut reciproque , & Flavilla fe
contenta de s'informer de la demeure de
cette nouvelle connoiſſance,& ſe hâta de
lui rendre la viſite qu'elle lui devoit. Le
ſalon où on la fit entrer étoit au rez- dechauffée
d'une jolie maiſon ſituée près de
St James : elle prit un fiége près de la
croiſée qui donnoit fur la rue. Un détachement
des Gardes du Roi paſſa,& toute
la compagnie eut la curioſité de s'appro
40 MERCURE DE FRANCE .
cher pour voir quelque perſonne de la
Famille Royale . Uu gentilhomme qui
paſloitdans le même inſtantleva les yeux:
Flavilla le vit , & reconnut le père de ſon
époux. Le vieillard la fixa , jeta un coupd'oeil
ſur la femme qui étoit près d'elle ,
&paffa outre avec l'air du dédain & du
mépris. Flavilla fut vivement affectée de
ce filence inſultant , & ſa colère fut égale
à ſa douleur. H étoit cependant bien narurel
quele père de Travellone la vît pas
dans cette maiſon avec plaiſit ; car dès
qu'il apperçut ſa compagnie , il reconnut
la maîtreffe d'un vieux courtiſan qui n'étoit
pas le premier qui ſe fût ruiné pour
elle. Flavilla apprit trop tard l'état de
cette malheureuſe , & ne ſe reſſouvint
jamais de cet accident,ſans verſer des larmes
de déſeſpoir.
Elle réſolut dès lors de vivre dans un
cercle plus étroit&avec plusde prudence:
elle nourriſſoit elle-même ſon enfantqui
croiffoit ſous les yeux. Mais ſa tendreffe
n'étoit point tranquille , & ſouvent elle
arroſoit de ſes pleurs ce fruit d'un pur
amour : elle voyoit en lui ſon père , elle
craignoit que le père n'y vit point ſon fils.
Après bien des réflexions , elle ſe détermina
à cacher à ſon époux l'âge de ſon
enfants elle penſa que ce ſeroit prévenir
JUILLET. 1773 . 41
un foupçon qu'autrement on auroit de la
peine à détruire , tout mal fondé qu'il fûr ,
puiſqu'elle n'auroit pour elle que le témoignage
ſuſpect de fa mère & de ſes domeſtiques
, tous également intéreſſés à la
fervir , même aux dépens de la vérité.
Au milieu de ces incertitudes,Travello
revint , & fon fils étoit agé de fix mois.
Son épouſe le reçut avec les expreffions
de l'attachement le plus tendre: le ſourire
de la fatisfaction étoit couvert des larmes
de la douleur qui s'échappoient malgré
elle. Travello en fut pénétré;& après
lui avoir mutriplié ſes careſſes , il prit fon
enfant dans fes bras , & s'enivra , pour la
première fois , du plaiſir d'être père. L'afpectde
ce fils lui fit fentir qu'il l'étoit luimême
, & lui fit deſirer plus que jamais
une réconciliation. Il avoit appris,en defcendant
de ſon vaiſſeau,que ſon père étoit
dangereuſement malade : il réſolut furle
champ d'aller ſe jeter à ſes genoux , & il
promit de revenir ſouper. Pluſieurs fois
encareflant ſon fils il s'étoit informé de
fon âge ; on avoit toujours éludé cerre
queſtion ; mais ce filence n'avoit produir
aucun ſoupçondans fon eſprit.
Il marchioit à pas précipités , lorſqu'il
rencontra, dans la rue, ſon hôteſſe , Mde
Hermann , qui l'aborda officieuſement. M
42 MERCURE DE FRANCE.
n'étoit pas diſpoſea caufer avec elle ; mais
s'appercevant qu'elle avoit quelque choſe
à lui communiquer, qu'elle croyoit d'une
grande importance , il la fit entrer dans
un café voiſin ,& ils montèrent dans une
chambre particulière. Là Mde Hermann
lui dit qu'elle n'avoit à lui communiquer
que des nouvelles bien triſtes , & qu'il
étoit bien dur pour elle de s'être chargée
d'un emploi fi cruel à remplir ; que fon
enfant étoit né huit mois après ſon premier
retour , & que s'étant préſentée plufieurs
fois chez Flavilla , elle n'avoit pas
même obtenu la permiſſion de le voir.
Cette dernière circonſtance étoit vraie .
Flavilla , piquée des avis indiſcrets de
Mde Hermann , la tenoit à diſtance d'elle,
&les domeſtiques, toujours vils échos de
leurs maîtres , la traitoient avec autant
d'inſolence que de mépris.
Ladouleur&& la rage entrèrent à la fois
dans l'ame de Travello : il ſe rappeloit
qu'on ne lui avoit point voulu dire l'âge
de fon fils , & il fut indigné d'avoir verſé
des larmes de tendreffe & de joie pour
une infame courtiſanne ,& un bâtard qui
lui enlevoit fon bien , fa tranquilité , ſon
honneur. Il ſe lève avec fureur , les yeux
fixés fur la terre. Plus il croyoit ſa femme
coupable , plus ſa tendreſſe pour ſon père
JUILLET. 1773 . 43
feranimoit ; il fortit, & ſe rendit auſſi tôt
à la maiſon paternelle .
Son père étoit mort lematin même,&
les parens étoient aſſemblés pour faire la
lecture de fes dernières volontés . Fulvius,
frère de la mère de Travello , qui avoit
toujours aimé ſon neveu , l'aborda avec
bonté , lui fit les triſtes complimens de la
douleur,& le força de paſſer dans le ſalon.
Travello répondit par ſon filence,& entra
auſſi tôt. Ses frères le reçurent avec civilité.
Chacun prit un ſiége , & l'on écouta
la lecture du teſtament. Il paroiffoit écouter
comme les autres; mais fon eſprit
étoit abſorbé profondément , & fon ame
étoittoure entière à ſon malheur. Quand
on eut ceffé de lire , it s'éveilla comme
d'un fonge , &ne pouvant plus fe contenir
, il ſe leva & quitta la compagnie.
Il ne ſavoit pas un mot du teſtament ;
mais fon oncle , croyant qu'il étoit confrernéde
la façon dont ſon père le traitoit,
&de ce qu'il ne lui avoit pas laiſſé un
fchelling , le ſuivit & le fit entrer dans
une chambre voiſine . Pour excufer cette
rigueur, il lui dit que la colère de ſon père
s'étoit accrue tous les jours par la conduite
de ſa femme ; qu'il l'avoit vue dans la
maiſon d'une courtiſanne connue publiquement
,& avec laquelle elle paroiſſoit
/
44 MERCURE DE FRANCE.
fort liée , & que ce dernier trait avoit
achevé de l'irriter & avoit fermé ſon ame
à l'indulgence. Travello paſſoit par tous
les degrés du déſeſpoir : ſon onclelui con-
- ſeilla de rompre des noeuds infortunés ,&
de chercher des meſures pour engager fa
femme à ne plus porter un nom qu'elle
avoit avili . Travello conſentit à tout , &
fortit avec fon oncle.
Cependant Flavilla attendoit ſon époux
avec la tendre impatiencede l'amour : elle
avoit couvert de fleurs le berceau de fon
fils,& décoré elle- même avec ſoin une petite
ſalle où ils avoient coutume de ſouper
enſemble , & qu'elle avoit toujours
fermée dans l'abſence de ſon époux. Elle
regardoit fa montre & comptoit tous les
momens. Chaque carroſſe qui paſſoit ,
chaque pas qu'elle entendoit, c'étoit Travello
; ce pouvoit être lui , le ſouper étoit
prêt , & il ne venoit point. Son inquiérude
s'augmentoit avec fes deſirs : elle
l'excuſoit , craignoit & verſoit un torrent
de larmes. Au milieu de ces incertitudes
elle reçut un billet ; elle l'ouvrit avidement
, & lut ces mots. Vous avez abuſé
de ma confiance & déshonoré mon lit.
» J'en ai des preuves ſuffilantes pour me
>> faire juſtice moi-même. Je ſuis déter-
>> miné à ne vous voir jamais.
JUILLET. 45 1773 .
lſeroit ridicule de vouloir peindre
l'état de Flavilla après la lecture de ce biller.
Malheur aux coeurs qui ne le ſentiroient
pas ! Elle paſſa la nuitſans dormir ,
& le jour fuivant fans prendre de nourriture.
Ne pouvant découvrir où étoit ſon
époux , doutant même , ſi elle le trouvoit,
dele convaincrede ſon innocence. L'agitation
de ſon eſprit lui cauſa une fièvre
violente : elle ne la regarda point comme
une maladie , & elle la communiqua
bientôt à ſon fils : elle le tenoit toujours
ſur ſon ſein, le caroiſſoit & pleuroit fur
lui. Pauvre orphelin , s'écrioit-elle , c'eſt
aux dépens de ma vie que je ſoutiens la
- tienne !
Travello fut abſent dix jours , & fon
oncle lui perſuada d'accompagner quelques
amis à une maiſon de campagne ,
ſituée à ſoixante mille de Londres . Il fe
-chargea lui - même de payer ſes loyers &
d'aller chez Flavilla pour prendre avec
elle des arrangemens & l'intimider par
des menaces ; mais il la trouva cou hée
&fouffrante, la main étendue ſur ſon enfant
qui venoit d'expirer auprès d'elle,
Mde Hermann , entre les mains de laquelle
elle avoit remis ſes bijoux pour
ſûreté de fon paiement , étoit ſi touchée
de ſa douleur & fi fermement perfuadée
46. MERCURE DE FRANCE.
de ſon innocence après l'explication
qu'elles avoient eue , qu'elle ſe jeta aur
genoux de Fulvius & le conjura de dire
où étoit Travello; dehâter ſon retour , &
de rendre la vie à une infortunée , & le
bonheur à deux époux. Fulvius , toujours
trompé par les apparences , ne vouloit pas
apprendre la demeure de ſon neveu ;
mais après bien des prières & des inſtances
, il engagea ſon honneur de lui faire
tenirune lettre. Auſſi-tôt que Mde Hermann
eut obtenu cette promeſſe , elle
courut en inſtruire Flavilla qui perdit
connoiffance. Lorſqu'elle fut remiſe de
ſon trouble , elle ſouleva foncorps défaillant
, prit une plume & traça avec peine
quelques lignes. Mde Hermann cacheta
le billet& le remit à Fulvius , qui écrivit
l'adreſſe & l'envoya ſur le champ à la
poſte ſans y rien ajouter , ne voulant pas
ſe mêler d'une affaire ſi importante & fi
douteuſe. Travello reçut bientôt la lettre;
elle étoit conçue en ces termes. • Telle a
» été ma folie , que je n'ai jamais.connu
>mes fautes que dans l'état où je vous
→ écris. Je vous aime trop cependant pour
>> ne pas deſirer de mourir. Ce fils ſi cher,
>>>dont la naiſſance m'a perdue , eſt éten-
> du mort près de moi , triſte victime de
mon indiſcrétion& de votre reſſenti-
..
JUILLET. 1773 . 47
» ment. Je tremble , & je puis à peine
> conduire ma main ; je vous prie inftamment
de venir me voir,afin que vous
> puiffiez du moins m'entendre atteſter
» mon innocence à mon dernier ſoupir ,
» & ſcéler notre réconciliation fur mes
>>lèvres , tandis qu'elles peuvent encore
> ſentir l'impreſſion des vôtres. »
Cette lettre fut un coup de foudre pour
Travello, Toute ſatendreſſe ſe ranima,&
il réfléchit avec une douleur inexprimable
fur la témérité de fon reſſentiment. A
ſoixante millesde Londres , quel éloignement
! cette idée le rendit immobile. Il
lève les yeux au Ciet; il s'accuſe lui-même
, & fon filence eſt une prière pour ſon
épouſe. Il fort bruſquementde la maifon,
ordonne à un domeſtique de le ſuivre ,
prend des chevaux de poſte, & en moins
de fix heures il arrive aux champs de Leicheſter.
Hélas ! cette diligence eſt inutile :
il arrive trop tard. Flavilla avoit fouffert
une longue agonie , & ſes yeux éteints ne
purent le reconnoître. La douleur , les remords
, le déſeſpoir furent plus forts que
ſa raiſon , & la renversèrent entièrement.
Il fallut l'atracher avec effort du corps de
ſon épouſe ; & après avoir été enfermé
deuxans,dans une maiſon de force, il mou.
rur dans les convulfions,
48 MERCURE DE FRANCE.
Que toutes les femmes qui liront avec
attendriſſement ce récit effrayant , tremblentde
s'abandonner à la légéreté de Fla.
villa; car il n'eſt peut-être pas au pouvoir
d'un homme , dans la ſituation de Travello
, d'être moins jaloux que lui .
LETTRE de M. de la Harpe
à M. de Lacombe.
C'EST en évaluant , Monfieur , de la
meilleure foi du monde , tout ce que la
politeffe & la bienveillance ajoutent à la
vérité dans les complimens poëtiques ,
que je vous prie d'inférer dans le Mercure
ces vers qui m'ont été adreſſés de
Pétersbourg . Ils font d'un Seigneur de
cette Cour , de la première diſtinction &
connu par fon goût pour les lettres. Je
me conforme à ſes ordres en vous envoyant
ſes vers fans yjoindre ſon nom.
Vous ferez furpris que dans le pays des
Scythes , où nos vers français n'étaient
pas même lus il y a trente ans , on en
faſſe aujourd'hui avec tant de correction
&de facilité. Vous verrez d'ailleurs avec
plaiſir combien notre littérature eſt honosée
pas les Etrangers les plus illuftres ,
tandis
JUILLET. 1773. 49
candis qu'elle eſt avilie par tant d'intrus.
VERS d'un Ruffe à M. de la Harpe , à
l'occafion d'un fragment de fon Epitre
furle Luxe , cité dans le Mercure du
mois de Mars de cette année.
DES Champs Eliſiens Fénélon & Racine
Applaudiſſent ſans doute à tes nobles efforts ;
Horace te ſourit quand ta muſe divine
Retrouve , en ſe jouant , ſes immortels accords.
Ton Warwic eſt toujours chéri de Melpomène ;
Que Mélanie eſt belle , &que ſon ſtyle eſt pur !
Critique honnête & droit tu brilles dans l'Arène
Où le ſavoir n'eſt rien ſans le goût le plus für.
O! la Harpe , pourſuis : que de nouveaux ouvra
ges
Ajoutent à ta gloire ; imite les travaux
De l'Enchanteur aimable , honneur de vos rivages.
Qui depuis ſoixante ans occupant ſes pinceaux ,
A réuni tous les fuffrages ,
Et demeure enfin ſans rivaux.
1. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE.
Le ſiècle par ta voix couronne ſa vieilleſſe ,
Il rend ce qu'il devait à ce rare Ecrivain ;
Et ton précis * ſur lui , modèle de juſteſſe ,
Subſiſterabien plus que le marbre & l'airain .
1
A Madame L*** , en lui envoyant
deux Rofiers-nains.
TOUOCUCHHANTE imagedu Plaiſir
Qui comme une ombre s'évapore ;
Roſes , pompons , que fait éclorę
Le premier ſouffle du zéphir;
Vous que le feu de ſon defir
Au matin entr'ouvre & colore
Et le ſoir fait épanouir,
L'été s'approche : il paroît ; il fait fuir
Le doux printems qui vous honore:
Aimables fleurs , je prétends vous ſervir.
Croyez- moi , c'eſt en vain que la ſenſible Aurore
Vous baigne à fon lever des pleurs qu'elle répand ;
Phébus du haut des Cieux lance un feu trop ardent:
Vous ne ſçauriez vivre long-tems encore
Dans un ſol aride & brûlant .
* Le Précis hiſtorique ſur M. de Voltaire , qui
vient de paraître.
JUILLET. 1773 , SI
Des Jardins embraſés de Flore
Paſlez dans ſon appartement.
Phébus ne peut vous y pourſuivre :
Flore vous ſoignera juſqu'à votre déclin.
Vous ne mourrez que ſur ſon ſein ;
Ah! croirez -vous ceſler de vivre?
ParM. Felix Nogaret, de l'Académie
d'Angers.
M. de Chenevières , qui m'invitoit à
l'aller voir à ſa campagne.
C'E'ESsTt rarement au Parnafle ,
Ou dans le ſacré vallon
Que je vais voir Apollon.
Là ſa dignité me glace ,
Ily tient ſon quant à ſoi
Comme un Dieu ! ... C'eſt pis qu'un Roi.
Là de pitié je ſoupire ,
De façon qu'on pourroit dire
Que je n'ai ni foi ni loi.
Chacun agit à ſa guiſe.
Moi je fuis la gravicé.
Si quelqu'uns'en formaliſe
Jem'en moque , en vérité :
Apollon qui temporiſe
Connoît ma fidélité.
Cij
2 MERCURE DE FRANCE.
En tout temps ſa majeſté
N'eſt pas ſur le trône aſſiſe.
Ce dieu , plein d'aménité ,
Par fois cherche la franchiſe,
Les jeux , l'aimable gaité,
Je ſçais quand il s'en aviſe.
Où j'apprends qu'il s'humaniſe
Je me rends en liberté.
C
Ondit que dans vos bocages
Il va reſpirer le frais ,
Et qu'il s'y rend tout exprès
Pour entendre vos ouvrages.
Avous y voir long-tems ſeuls
Il ne faut pas vous attendre.
Comptez que ſous vostilleuls
J'irai bientôt vous ſurprendre.
Parle méme.
f
HYMNE DE CALLIMAQUE.
Apollon fut ſoumis , avant que d'être né,
Al'injuſte rigueur d'un aſtre infortuné.
Sa mère de fureur , par vengeance , agitéc
Sentit Junon jalouſe & Lucine irritée,
La Terre la reſuſe en ſon vaſte contour ;
Le Liende la lumière a peine à voir lejour
JUILLET . 1773 .
Étde tant declimats honorés par ſa courſe ,
La flottante Délos eſt ſa ſeule reſſource .
Travaux d'Apollon , par Sénecéa
A DEÉLLOOSS.
Je te conſacre aujourd'hui mes vers ,
la plus fortunée des Ifles , Délos , nourrice
d'Apollon . C'eſt dans ton ſein que
ce dieu a pris naiſſance ; c'eſt à la preté
de Délos qu'il doit les premiers temples .
où les mortels l'ont adoré. Malheur au
poëte qui ne chante pas les ſources facrées
de l'Hélicon ! les Muſes le mépriſent
& refuſent de l'inſpirer : Apollon
punit de înême celui qui oublie que Délos
a des droits ſur ſa lyre. Je te conſacre
done mes vers , ô Délos , nourrice d'Apollon
; ce dieu récompenſera mon zèle.
A la vérité Délos eſt expoſée aux vents
& aux flots qui battent continuellement
ſes rivages; ſes bords eſcarpés ſemblent
plus acceſſibles aux oiſeaux qu'aux hommes
; ſes premiers habitans n'étoient que
demiférables pêcheurs ; mais Délos a reçu
Apollon naiſſant , Délos eſt la plus fortunée
des Iftes .
Que d'autres contrées ſe glorifient d'être
couvertesd'invincibles fortereſſes , de
ſe voir défendues par d'orgueilleux remparts.
Apollon protége Délos: quel en-
Cij
54 MERCURE DE FRANCE.
nemi P'attaquera impunément ? Les vents
& les eaux minent & détruiſent infenfi
blement les plus fortes murailles ; mais
rien ne détruira jamais la puiſſance du
Dieu qui combat pour elle. Délos eſt
chérie d'Apollon: Délos eſt la plus fortunée
des Iſles .
De tous les poëtes qui m'ont précédé,
quel eſt celui dont les chants ont célébré
plus dignement tes autels ? Que dirai-je
après eux à ta louange ? Dirai-je comment
Jupiter irrité , frappant les montagnes de
fon foudre redoutable, les enleva de leur
fol étonné , & les précipita dans l'abîme
des mers ? Dirai-je comment ce dieu
pour leur faire oublier le continent dont
ſamain les a ſéparées , fixe les unes au
fond des eaux , & laiſſe errer les autres
au gré des flots &des vagues ? Oui , je
chanterai l'origine des Iſles ;je chanterai
ton origine , ô Délos .
Délos eſt aſſiſe dans la Mer Egée fur
des fondemens inébranlables. Mais ce
n'eſt point à la volonté aveugle dudeſtin
qu'elle doit cette ſituation heureuſe ; c'eſt
à la reconnoiffance de Jupiter. Son affermiſſement
eſt le prix de l'hoſpitalité qu'elle
ofa donner à Latone , malgré les menaces
de l'altière Junon.. Juſques - là , connue
JUILLET. 1773. 58
ſous le nom d' Aſtérie , Délos erroit trif
tement ſur les mets , ſans autre guide que
la fureur des courans qui l'entraînoient
tour à tour. Souvent un voyageur , venant
de Trézène à Corynthe , l'avoit apperçue
fur ſa route : à fon retour les yeux
cherchoient envain la malheureuſe Aftérie;
elle avoit fui à l'extrémité de l'Univers.
Qui peut ignorer la haine de Junon
pour toutes les mortelles dont les charmes
ont fu captiver le coeur de Jupiter ?
Cette déeffe jalouſe perfécute Latone
avec d'autant plus d'acharnement , qu'elle
portedans ſes flancs un fils qui doit être
plus cher à ſon époux. Elevée ſurun nua.
ge d'azur , elle repaît ſes yeux des tourmens
horribles de fon infortunée rivale ,
déjà travaillée par les douleurs de l'enfantement.
Deux divinités ſervent fa
haine. Mars & Iris précèdent les pas de
Latone. " Oferez vous , (crient- ils, d'une
voix de tonnerre , dans toutes les villes
où la mère d'Apollon demande l'hoſpitalité
, ) « oferez - vous , mortels auda-
» cieux , recevoir dans vos murs l'enne-
>> mie de Junon ? Craignez la colère de la
Reine des Dieux : ſi vous donnez un
aſyle à Latone , ſongez que la foudre la
Civ
36 MERCURE DE FRANCE.
fuit pour vous écraſer à l'inttant ſous les
>>débris de vos cités impies . » Ofemme,
>>ô mère , ở déeſſe malheureuſe , où dé-
>> poſeras-tu ton fruit facré !
Rejetée par toute la Grèce , Latone retourne
fur ſes pas & aborde en Theffalie .
Ses ennemis l'y fuivent encore . Laryffe
luirefuſe ſes portes. Aucune contrée n'ofe
la recevoir ; par-tout on craint le courroux
de Junon.
Junon , inflexible déeſſe , que tu es redoutable
dans ta colère ! quoi ! ton coeur
d'airain ne fut pas attendri , lorſque , ſur
les bords du fleuve Pénée , tu l'entendis.
proférer en pleurant ces triſtes plaintes :
« Nymphes de Theſſalie , fouffrez que
" Latone dépofe dans vos ondes le dieu
>> qu'elle porte dans ſon ſein: Filles heu-
>> reufes de Pénée , conjurez - le par ce
» qu'il a de plus cher , de recevoir dans
>>ſes grottes paiſibles un fils de Jupiter.
» O Pénée ! tes flots courent- ils toujours
» avec la vîteſſe des vents ? Ou prends tu
>>plaifir à les précipiter aujourd'hui pour
>> m'ôter tout eſpoir ? ... Il ne m'entend
» pas ! ô mon fils ! ô mon fang! ô fardeau
>> cruel & chéri ! .. Les forces manquene
> à ta malheureuſe mère ! & toi , Pélion ,
>> abaiſſe ta cime ſuperbe ! Tant de lionJUILLET.
1773. 57
nes féroces ont un repaire dans tes
ſombres forêts ! .. Latone ne te deman-
➡ de qu'une caverne pour ſes couches ! »
Pénée , élevant fa tête aux- deſfus des
eaux , lui répond : « Je ne rejette point
>> vos prières , ô déeſſe ! Jupiter m'eſt té-
» moin que j'ai pluſieurs fois rendu le
>> même ſervice aux rivales de Junon. Je
>> fais que pour m'en punir elle me ren-
>> dra le plus vil des fleuves. Mars qui
>> vous pourſuit , nous obſerve , prêt à
>> bouleverſer mes flots. N'importe quoi
>> qu'il m'en coûte , je cède à vos mal-
>>heurs ; il m'eſt doux de périr pour
>> vous. » Il dit ,& fufpend ſes eaux.
Auffi tot on entend un bruit pareil au
mugiſſement de l'Etna , lorſque l'affreux
Briarée , dont la bouche odieuſe exhale
des feux terribles , cherche à foulever le
poids immenfe dont il eſt accablé. C'eſt
Mars qui a frappé de fa lance la montagne
fur laquelle il eſt aſſis. Il veut la précipiterdans
les eaux de Pénée , & tarir ce
fleuve juſqu'à ſa ſource. Toutes les enclu
mes de Vulcain battues à la fois , tous les
feux de Lemnos allumés en même tems ,
ne pourroient égaler ce bruit redoutable.
L'Offa eſt ébranlé ; le Pinde tremble , la
Theffalie entière eſt émue.
C
58 MERCURE DE FRANCE.
Pénée ne fut point effrayé. Devoué en
entier à Latone , déjà il lui avoit ouvert
un chemin juſqu'à ſes plus profondes cavernes
, lorſqu'elle lui cria : "Arrêtez ,
» arrêtez , ô Pénée ! je ne ſouffrirai pas
>> que vous vous perdiez pour moi. J'ai
>> connu combien vous m'aimez ; j'ai vu
>> votre piété pour Jupiter ; comptez fur
>> mareconnoitfance, comptez fur celle du
» père des Dieux. »
Alors la malheureuſe Latone , pour ſe
derober aux regards du Dieu qui la pourfuit
, fuit vers les bords de la mer. Toutes
les Iles la rejettent ſucceſſivement.
Elle te trouve enfin , ô Délos , defcendant
la mer Eubée , & voguant au tour des
Cyclades. Dès que tu apperçois la mère
d'Apollon , tu cours au devant d'elle :
• Latone , Latone , je t'offre un aſyle que
>> tu cherches en vain depuis fi long-tems..
» L'implacable Junon peut ordonner de
>>>moi ce qu'il lui plaira : je ne crains
>>> point ſes menaces. Délos périra con-
>> tente , ſi Apollon naît dans ſon ſein>.>.>
Latone étoit ſur les bords du Nil . Vaincue
par la douleur , elle avoit délié fá
brillante ceinture pour prendre quelque
repos à l'ombre d'un palmier. Une fueur
mortelle, couloit fur fon corps épuifé..
JUILLET. 17736 59
Quelle eſt ſa ſurpriſe lorſqu'elle voit une
Me flottante s'avancer pour la recevoir !
• En croirai je mes yeux , dit Latone ? O
> prodige ! ô bienfait des Dieux ! Sors
>> maintenant , ô mon fils , fors du ſein
» de ta mère ! une Iſſe vient t'offrir un
> berceau ! .. Tu auras donc en naiſſant
• de quoi repoſer ta tête céleſte. »
Aces tendres accens , les cignes quitrent
le Pactole , & viennent en foule célébrer
la naiſſance du dieu des vers . En
un moment , l'iſle en eſt remplie; le ciel
en eſt couvert . Ils chantent : leurs airs
mélodieux charment les angoiſſesde l'enfantement.
Cependant les nymphes de Delos
réunies en choeur , invoquent Lucine à
haute voix. Junon l'entend , mais elle eſt
vaincue ; le deſtin d'Apollon l'emporte ,
& les Dieux applaudiſſent.
Que tu es belle , que tu es riche ,
Délos! Tes Aeuves roulent l'or avec leurs
eaux; on cueille l'or fur tes arbres ; l'or
germe dans tes fillons.
Fière de porter dans tes bras le fils de
Latone , ſaiſie du dieu dont les oracles
vont te rendre à jamais célèbre , tu t'écries
dans l'ivreſſe de ta joie : " Continent fuperbe
,& vous Ifles qui m'entourez
C
60 MERCURE DE FRANCE.
>> jetez les yeux fur moi ! La voilà cette
>>>Ifle inculte & déſerte , cette vile Dé-
>> los , objet de vos mépris ! un dieu l'ha-
>> bite , un dieu ſe fera gloire de porter le
>> nom de Délos ! elle regarde fans envie
>> vos cités orgueilleuſes , vos vaftes cam-
>> pagnes , vos riches moiſſons ! Délos
>> eſt inculte , mais voyez dans ſes mains
>> le berceau d'Apollon ! "
Ola plus fainte des Iſles !ton bonheur
a furpaflé tes voeux ! tes habitans fortunés
coulent dans une paix éternelle des
jours calmes & fereins. Apollon , toujours
préſent à Délos, écarte loin d'elle
les ravages de Bellone , & les fureurs de
Mars. Le bruit de ſon char redoutable n'a
jamais effrayé tes Nymphes timides : jamais
ſes courſiers belliqueux n'ont foulé
de leurs pieds enfanglantés tes fertiles
guérets.
O nourrice d'Apollon !toutes les Nations
de l'Univers viennent confulter en
tremblant tes oracles infaillibles , tes trépieds
divins. Quel vaiſſeau mouille auprès
de tes bords , ſans s'arrêter à tes cérémonies
ſacrées ? Quel mortel s'embarque
ſur la Mer Egée , ſans viſiter les autels
d'Apollon ? De l'Orient au Couchant
tu reçois chaque jour les prémices des
JUILLET . ! 1773 . 61
animaux & des fruits : chaque jour le
dieu de Délos eſt honoré par de nouveaux
facrifices: chaque jour on célèbre ta gloire
par des hymnes nouveaux.
Délos , ô Délos ! ô la plus fortunée
des Iſſes , reçois l'hommage de mes vers.
OApollon , ô Latone , daignez agréer
mes chants.
Imitédu grec par M. Poullin de Fleins.
Cet Hymne eſt du même auteur que celui à
Jupiter , imprimé dans le Mercure de Décembre
1771 .
!
LE TESTAMENT DE MA RAISON ,
Epitre d'un Hommefenfible qui craint
de ne l'être plus.
L''OONN t'a dit vrai : mononcle eft morr
Ses vaifleaux , conduits par Neptune ,
Avec les vents & ma fortune ,
Vont bientôt arriver au port.
Sans doute ma tête étonnée
Va prendre un ſyſtême nouveau,
Changer comme ma deſtinée ,
Et ſe monter à fon niveau.
Tandis que j'oſe être ſincère,
Que la vérité ſalutaire
Fait briller ſon dernier rayon
62 MERCURE DE FRANCE.
Lis , je te fais dépoſitaire
Du Teftament de ma raiſon.
Je dois chérir mon exiſtence ;
J'en ai toujours chéri l'Auteur :
Mais je me flatte que mon coeur
Eſt plus noble que ma naiſſance.
Si , changé par un vain bonheur ,
J'érige en palais ma chaumière ,
Ou ſi , par un marbre impofteur ,
Je veux décorer la poufſière
De mes ayeux que mon Pasteur
Inhuma dans ſon cimetière ,
Damis , dis-moi que la grandeur
N'eſt point le fruit de la richeſſe ;
Qu'on met un prix à la nobleſſe ,
Et qu'il n'en eſt point pour l'honneur.
Eh ! s'écrieroit un petit-maître ,
Voilà bien de grands mots perdus :
Qui : vous avez raiſon peut- être ;
Mais la raiſon... l'on n'y croit plus
C'eſtàla mode à vous conduire :
Je vous aime , & veux vous inſtruite...
Croyez-moi , quittez ces habits;
Ils font modeſtes , malhonnêtes;
Mon brodeur a le goût exquis,
Ma , dans nos dernières fêtes ,
Brodé la Cour & tout Paris .
Faurai ſoin de votre attelage.
JUILLET. 63; 1773 .
Je veux qu'il foit leſte &galant.
Hâtons-nous: un devot ulage
Attend nos Belles àLongchamp ;
Que fix Anglois pompeuſement
Ypromenent votre équipage;
Que le Marquis en ſoit jaloux,
Et que le petit Duc enrage
De le voir éclipſé par vous..
Cher Damis , quel ton ! quel délire!!
Quoi ! cet infipide jargon
En un feul jour pourroit détruire
Les longs projets de ma raiſon ? ..
Unjour ! .. en faut- il davantage ?
D'Arifte on refpectoit les moeurs.
Il étoit noble , juſte & ſage ;
Je le vois monter aux honneurs
Et ſa vertu reſte au pallage..
Qui , tout va changer déſormais ;
Tout , Damis : peut- être toi-même..
Le coeur du riche a - t'il jamais |
Su conſerver un coeur qui l'aime ?
Ah! j'ai beſoin de ta pitié,
Detes conſeils , de ta préſence ;;
Permets qu'une fois l'opulence
Soit heureuſe par l'amitié.
Accours : c'eſt- elle qui t'en preffe :
Viens , ami , viens guider mon coeurs
Au ſein même de ma richefle
Je te charge de mon bonheur.
64 MERCURE DE FRANCE
Tu fais qu'heureux & ſolitaire ,
Par goût &par réflexion ,
Je m'enflammois avec Voltaire ,
Je m'inſtruiſois avec Buffon .
Milton , Virgile & Fénélon
M'apprenoient tout le prix d'Homère;
Mieux unis ſur mon ſecrétaire ,
Pope retrouvoit Adiſſon ,
Et Racine embraſſoit Molière :
Chaulieu dormoit ſous Ciceron;
Catulle égaïoit la Bruyère ,
Ét Lafontaine Crébillon.
Loin de ces haines littéraires ,
Des protégés , des protecteurs ,
De la gloire &de ces chimères
Qui fans cefle offrent à nos coeurs
Plus de dégoût que de douceurs
Des jouiſlances paſlagères ,
Du faux éclat & de terreurs :
Au ſeinde la philoſophie,
Les lettres femoient quelques fleurs
Sur les épines de ma vie.
Sans orgueil , quoique ſans talent,
Ignore même de l'envie ,
J'aimois les arts impunément.
Pour m'agrandir , trop vrai peut- être .
Modeſte & fimple en mes diſcours ,
Voilà ce que je fus toujours ,
Et voici ce que je vais être
JUILLET. 1773 . 65
Jugeant de tout ſans rien connoître ,
Je parle: on m'écoute , il ſuffit .
Pour n'être qu'un lot petit-maître
On a toujours aflez d'eſprit.
Peſant dans la même balance
Un miniſtre , un drame , un danſeur
Avec une égale importance ,
Je déciderar d'un auteur ,
De la guerre , de la finance ,
D'un pompon , du ſort de la France ,
D'un perroquet & d'un acteur.
Toujours étranger à moi-même ,
Las de l'ennui de mes plaiſirs ,
Combinant toujours par ſyſteme
Etma parure & mes loiſirs ,
Je ne ſentirai plus la flamme
Des brûlantes ſenſations :
L'homme qui prodigue ſon ame
Mérite- t'il des paſſions ?
Que dis- je ? ſi dans mon ivreſſe
Je cherche ma première ardeur ,
Ces premiers jours de la tendreſſe
Où l'on croit au parfait bonheur ;
Ingrat envers mon propre coeur ,
Damis , tu verras ma foiblefle
Calomnier avec hauteur
Les plaiſirs vrais de ma jeuneſle.
Hélas ! adieu donc pour toujours
Et mes erreurs & mes amours
66 MERCURE DE FRANCE.
Adieu le charme de ma vie ,
Mes douces nuits & mes beaux jours,
Me voilà riche : adieu Sylvie.
Tu n'as pour toi que tes appas ,
Tes graces , ta feule parure ,
Tes beaux yeux , quiſans impoſture
Peignent l'amour & ſes combats ,
Et la fraîcheur de la nature
Que l'art cache & n'imite pas.
De labeauté douce & ſévère
L'oeil du riche n'eſt point flatté ,
Pour le ſéduire & pour lui plaire
Il faut plaire à ſa vanité ;
Il faut affecter l'indécence ,
Inſulter la vertu , les moeurs
Et dans le champ de la licence
Promener avec inſolence
Son infamie & ſes faveurs.
Veux - tu captiver tous les coeurs ?
Va , la pudeur eſt inutile ,
Renonce à la vertu ſtérile :
Elle n'a plus d'adorateurs .
Deviens faufle par habitude ;
Séduiſante à force d'apprêt ;
Voluptueuſe par étude ,
Et prodigue par intérêt.
Mais je connois trop ta nobleſlea
Oui , ta vertu triomphera ;
L'amour me fuit & ne me laiffe
JUILLET. 1773 . 67
Qu'un ſot orgueil qui choiſira
Une Marquiſe , une Ducheſſe ,
On quelque Actrice d'opéra.
Beaux jours , où mon ame fidèle
A ſes beſoins fimples comme elle ,
Trouvoit par- tout un ſentiment ,
Où chaque objet , chaque moment
M'a fait goûter le plaifir d'être ,
Bientôt vous allez diſparoître ,
Et c'eſt quand vous m'êtes ravis ,
Oui , c'eſt dans cet inſtant peut- être
Que je ſens mieux tout votre prix.
Hier ! .. je crois revoir encore
Ce ſpectacle voluptueux !
Hier , ſur ſon char lumineux ,
J'ai vu la diligente aurore
Soulever le voile des Cieux.
Quand Phébus , ouvrant ſa carrière ,
Fait briller ſon premier rayon
Et colore notre hémisphère ,
Mon ame , plus noble & plus fière,
S'agrandit avec l'horizon.
Dieux ! que j'aime à voir la verdure
Renaître avec la volupté !
Ma curieufe avidité
Cherche à ſurpendre la nature.
Son aſpect attendrit mon coeur ;
Tout le charme, tout l'intéreſle
68 MERCURE DE FRANCE.
Il aimė avec plus de douceur
Et ſes amis & fa maîtreffe .
Le foir , lorſqu'un noble repos
M'offre une horreur majestueule ,
Lorſque la nuit filencieuſe
Du ſommeil verſe les pavots ,
Seul avec ma mélancolic ,
Dans une douce rêverie
Je trouve des plaiſirs nouveaux ;
Tout dort , l'amour & les oiſeaux ,
Etje n'entends dans la prairie
Que le murmure des ruiſſeaux.
Oui , pour l'homme fimple &paiſible
La nature offre mille appas ;
Mais l'homme riche eſt inſenſible
Aux plaifus qu'il n'achette pas.
Les élémens même obéiſſent
Ace tyran impérieux.
Les feux brillent , les caur jailliſſent
Là , le ſalpètre audacieux , -
Soumis à l'art , gronde , s'élance ,
Sa prifon vole avec ſes feux ;
On lui preſcrit ſa réſiſtance ,
Sa route , ſon bruit , ſa couleur
Et l'on calcule fa puiſlance
Pour s'amuler de ſa fureur.
Ici les ſources enchaînées
Defcendent d'un mont orgueilleur,
JUILLET. 1773 . 69
Un jet rapide , impétueux
S'élève , & les eaux étonnées
Cherchent leur niveau dans les Cieux.
Plutus empriſonne Pomone ;
Le Printems voit avec regrets
Les fruits que mûriſſoit l'Automne.
Les prés ſe changent en boſquets ,
Et Flore cueille ſa couronne
5
Où devroit moiſſonner Cérès.
Pour moi , Damis , quand j'enviſage
Ces foux brillans , ces lourds Craſſus,
Qu'un vil métal a corrompus ,
Je crois les haïr davantage.
Mais à l'inſtant où je t'écris ,
Quand je ſonge à mon opulence ,
Je dois te l'avouer , Darmis ,
Jedoute encor de ma conſtance.
Je ne ſais : ce nouveau deſtin ,
Tout cet éclat ... cette fortune...
Tout me trouble , tout m'importune...
J'étois plus heureux ce matin.
Mais.. qui m'écrit ? Ciel quel naufragel
Mes vaiſſeaux péris... près du port.
? E
h bien.. c'eſt l'inſtant du courage...
Damis , je pardonne à mon ſort ,
Puiſqu'enfin ma raiſon ſurnage,
70
MERCURE DE FRANCE.
L'EXPLICATION du mot de la première
énigme du Mercure du mois de Juin
1773 , eſt le Violon ; celui de la ſeconde
eſt les yeux ; celui de la troiſième eſt
l'Amour; celui de la quatrième eſt la
Mouche ; celui de la cinquième eſt la
Fougère. Le mot du premier logogryphe
eſt la Voix , où ſe trouve le mot latin vox;
celui du ſecond eſt Mercure , où ſe trouvent
mer , rue , réve , cure , mur.
ÉNIGME.
Nous ſommes des millions de frères ,
Fort peude fatisfaits , nombre de mécontens ,
De timides , de téméraires ,
Peu de diſcrets & beaucoup d'imprudens.
Mais comment pouvoir nous connoître !
Comment pouvoir nous définir !
Lemême inſtant qui nous fait naître
Eſt celui qui nous voit mourir.
Nous aimons beaucoup à nous plaindre.
En vain l'on voudroit nous contraindre.
Pour avoir notre liberté ;
Nous échappons ſans qu'on ypenſe;
JUILLET . 1773. 71
Et trahir un ſecret , gardé dans le filence ,
Prouve notre légéreté.
Tout paſſe , tout change de mode ,
Un ſeul de nous jadis pouvoit combler tes voeux ;
Apréſent on ſe rend heureux
Par une route plus cominode.
Celles qui nous trouvoient charmans
Ne nous rendent plus de juſtice ,
Nous ſommes rélégués , par un fatal caprice,
Dans la muſique & dans les vieux romans.
CELUI
AUTRE.
P
ELUI qui près d'une ouverture
Se tient , tout ainſi qu'un hibou ,
Sans cefle niché dans ſon trou
Wa- t'il pas excité quelquefois ton murmure ?
Le plaideur le maudit , l'amant , le créanciers
Ils l'invitent pourtant à boire ,
Ales placer dans ſon grimoire ,
Quoiqu'il ne ſoit pas grand forcier,
Quelquefois il porte les armes ,
Et toutes les couleurs qu'on voit dans l'Univers;
On le trouve par-tout , aux Chartreux , chez les
Carmes ,
Enfinjuſques dans les Enfers,
72 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE.
Je ſuis un logis ambulant ;
Celui de l'eſcargot ne m'eſt pas comparable:
Je ſers au Prince , à l'opulent ,
Au porte-faix , au miférable :
Chez ceux- ci , j'ai pour fondemens
Undouble rang defer qui ſouvent m'environne.
Chez ceux-là , l'or , l'argent , même les diamans
S'élèvent ſur mon toît en forme de couronne.
Lorſque j'offre un facile accès ,
Celui que je reçois ne s'en repent jamais.
Mais ſi quelqu'un meforce à lui faire ouverture ,
Il eſt bientôt puni de ſa témérité ;
Je le tiens en priſon , & même a la torture.
Quoique je lois de grande utilité,
Onme traite affez mal: ſouventje me deſſole ;
Mais enfin ce qui me conſole ,
C'eſt que mon propre frère eſt auſſi maltraité.
Traite reflource , hélas ! .. j'ai beau faire merveilles
,
Mon fort , je le répère , eſt très -diſgracieux ;
Mon maître tous les jours me tire les oreilles .
Me trépigne étant jeune , & me jette étant vieux :
C'eſt alors que je change & de nom & de ſexe ,
Et que , pour me ſouſtraire au tyran qui me vexe ,
Je
AMadame la Dauphine .
LesParoles parM. l'abbéde l'Attaignant,et
LaMusiqueparM. l'abbé de Lacassagne.
Allegro.
Juillet,
3
Est- il
un en= cens plusflat =
= teur , Que l'hom - ma=ge libre du
coeur, Et que d'etre a = do = rée ?
Voyer tout ce peu =plejo = yeux,
Qui croit voir descendre des cieux,
Une nouvelle as - tre - e .
r
/
JUILLET. 1773. 73
Je cherche un pauvre maître , & je m'en trouve
mieux ;
Il eſt quelquefoisbonde vivre avec lesgucux.
Par M. Catimini , de Rouen.
LOGOGRYPH Ε.
Je jette par-tout l'épouvante.
Qu'on me coupe la tête , hélas ! c'eſt encorpis!
La moitié de mon corps eſt un objet qui tente:
L'autre augmente nos jours , &ſouvent nos loucis.
Par le même.
TOUT
AUTRE.
Our flatte en moi , le goût , l'oderat&les
yeux.
Joffre dès ma naiſſance une acur agréable ,
Etje deviens enſuire un fruit délicieux :
Auſſi me trouve- t'on, en tout tems préſentable.
Lamoitiédemon corps eſt toujours en crédit ,
Et l'autre eſt tout elprit.
3 1. Vol.
Parlemêmes
D
:
74 MERCURE DE FRANCE.
DE
AUTRE. i
:
E tous les animaux je ſuis l'unique eeſpèce
En qui la conſonne S
Réunifle a , e , i , o , u.
Men nom , d'ailleurs , vous eſt aſſez connu.
Par le même,
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Notice des Poëtes Latins , contenant la
vie de chaque poëte , les jugemens fur
fes ouvrages , avec un choix des plus
beaux morceaux , traduits ou imites en
vers françois , en 4 vol. in 12. Par
M. Mi avec cette épigraphe :
Dulces ante omnia Musa
-
Quarum facra fero.
:
VIRG.
AParis , chez Fetil , libraire , rue des
Cordeliers , près celle de Condé,
L'AUTEUR préſente dans cet ouvrage un
tableau des différentes révolutions de la
poësie latine, depuis le ſiècle des Scipions
JUILLET. 1773. 75
juſqu'à la fin du règne de Théodofe. Il
offre , ſous un ſeul point de vue , tout ce
qui concerne les grands poëtes qui ont
illustré l'Italie. On ne s'y borne pas aux
faits hiſtoriques : on examine les ouvra
ges de ces modèles dans tous les genres
de poëfie; on en choifit les plus beaux
morceaux , qu'on accompagne de réflexions
ſur la poëtique , &c. Les amateurs
y verront avec plaiſir les modernes
en parallèle avec les anciens. « A côté
>>d'un endroit délicat & ingénieux , d'une
> penſée neuve & fublime , &c. on a eu
> ſoin de placer une imitation libre , une
>>élégante paraphrafe , ou des vers qui
> expriment , ou les mêmes images , ou
> ſeulement le fond des idées. Ces paf-
> ſages peuvent être utiles au goût , qui
» s'épure par la comparaiſon. Les jeunes
>>poëtes verront de quelle manière nos
» célèbres auteurs ont fait paffer dans
>>leurs écrits les penſées des poëtes an-
> ciens. Ils ne pourront lire ces paſſages
» ſans reſſentir quelques étincelles du feu
>>divin qui les enflammoit, & fans cher-
>>cher à les imiter. C'eſt une choſe , dit
» Longin , bien glorieuſe & bien digne
>>d'une ame noble , de combattre pour
>>l'honneur & le prix de la victoire, avec
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
» ceux qui nous ont précédés , puiſque
> dans ces ſortesde combats, on peutêtre
>> vaincu ſans honte , &c.
» On a beau avoir un heureux génie ,
» une imagination vive & féconde , ce
» n'eſt pas aſſez; il faut encore puiſer aux
• ſources célèbres. Le jeune peintre qui
» veut exécuter de grands tableaux , ne
>> deſſine- t'il pas de tems en tems d'après
>> les Michel-Ange & les Raphaël ? C'eſt
» en enrichiſſant leur langue des beautés
>de la langue latine; c'eſt en luttant ſans
»ceſſe avec les beaux génies d'Athènes
» & de Rome , que les Corneille , les Mo-
» lière , les Racine , les Lafontaine , les
» Boileau , les Rousseau , les Voltaire
>>leurs dignes émules , ont mis à leurs
>>ouvrages le ſceau de l'immortalité
•&c. &c.
6
Livius Andronicus , Ennius, Pacuvius,
Plaute , Térence , Lucilius , &c. &c . forment
le premier âge des Poëtes Romains,
Lucrèce , Catulle , &c. &c. compoſent le
ſecond. « Ennius s'éleva au - deſſus de
» tous les écrivains de ſon tems , & fer-
> tiliſa le champ encore ſtérile de la poé-
» fie latine. La nature l'avoit doué d'une
>> imagination forte & abondante. Créateur
àbien des égards , il ne copiapoint
JUILLET. 1773. 77
>> auſſi ſervilement les écrits des Grecs
>> que la plupart de ſes prédéceſſeurs. Ho.
» mère étoit le grand modèlequ'il ſe pro-
>> poſoit d'imiter. Il marcha ſur ſes pas,
>> emboucha la trompette héroïque,chan-
> ta la guerre d'Etolie , & les actions écla-
>> tantes de Scipion l'Afriquain. Des figu-
» res hardies , des images frappantes , un
>>ſtyle véhément , un ton guerrier , voilà
>> ce qu'on distinguoit dans ſes célèbres
» annales de Rome , compoſées en vers
>>héroïques,&fi eſtiméesde l'antiquité ,
» &c. »
Pacuvius chanta le cothurne d'Efchyte
&de Sophocle , & fit paſſer dans ſes piècesune
partie des richeſſes de ces herreux
genres. Il ouvrit au théâtre latin
>> une route nouvelle. Il ſut peindre Atrée
»& fes fureurs avec des traits élevés &
>>> hardis : il déployoit ſupérieurement
>> l'ame des grands perſonnages qu'il mer
>> toit fur la ſcène. Tout brilloit dans ſes
>> mains , tour ſurprenoit , tout attendrif-
>> ſoit. La mâle vigueur de ſon ſtyle dom-
>> proit l'eſprit ; la force de ſes expref-
>> fions , la nobleſſe de ſes ſentimens ,
>> l'enthousiasme de ſa poëſſe enlevoient
>> l'ame des ſpectateurs . Pacuvius fut ſans
>>doute le plus grand poëte tragique qui
Diij
78
MERCURE DE FRANCE.
ait paru à Rome : perſonne ne l'égala
> dans la ſuite , &c . »
La langue latine reçut ſes premiers
charmes de la plume de Plaute & deTérence.
Le premier porta la comédie latine
Lau point de perfection où elle étoit capable
d'arriver. « Il avoit bien étudié l'hom .
» me , & poſſédoit à fonds les moeurs de
fon tems... Il n'y a qu'une voix fur la
>> beauté de ſes comédies. Tout eft plein
> d'action , de mouvement & de feu ; fon
»génie aifé ,riche & fécond ne laiſſe ja-
>> mais languir le théâtre; ſes intrigues font
>>>biens nouées&conformes àla qualitédes
>>perſonnages ;ſes incidens ſont très- variés;
il a letalent de faire plus agir que
>>parler. Son ſtyle eſt pur,ſerré,nombreux;
>> fon tour eſt aifé & naturel; ſesexpreſſions
>> vives & brillantes ; ſes penſées fines
>>> & remplies de ce ſel attique , ſi propre
à la raillerie & fi difficile à attraper ,
» &c. »
L'auteur , après avoir tracé le caractère
de Plaute , repréſente l'état de la comédie
lorſque ce poëte parut , donne un jugement
rapide fur chacune de ſes pièces , &
en choiſit quelques ſcènes piquantes.
Gallus , Virgile , Tibulle , Properce ,
Horace , Ovide , &c. rempliſſent le troi
JUILLET. 1773 . 79
ſième âge. La poëſie brille alors danstoute
ſa pureté. C'eſt l'âge d'or de la littérature
romaine. Ce qui doit attacher dans les
notices que l'on donne fur ces grands
hommes , ce ſont les imitations faites
par nos poëtes ; quelques - unes rendent
les images , les ornemens , les graces,
la douceur & la délicateſſe des originaux
: on ſe contentera d'en citer deux
ou trois exemples. M. Ducis a très bien
rendu cette belle comparaiſon de Virgile:
Qualis populed mærens Philomela ,&c.
Telle à l'écart , près de ſon nid perchée,
Une colombe , au fond d'un bois cachée ,
Demande , appelle & rappelle toujours
Ses chers petits , doux fruits de ſes amours,
Qu'un dur Pasteura , de ſa main groſſière ,
Tremblans & nuds , arrachés ſous leur mère.
Sur un rameau , là , ſeule en ſa douleur ,
La nuit l'entend lamenter ſon malheur;
L'ombre s'enfuit , tout s'éveille , & l'aurore
Sur ſon rameau l'entend gémir encore .
:
Ce morceau , traduit des Georgiques ,
par M. l'Abbé Deliſle , renferme toute
la force & toute la chaleur de l'original :
l'auteur peint la courſe des chevaux.
Leſignal eſt donné. Déjà de la barrière,
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Centchars précipités fondent dans la carrière;
Tout s'éloigne , tout fuit : lesjeunes combattans
Treſſaillans d'eſpérance& d'effroi palpitans ,
A leurs bouillans tranſports abandonnent leur
ame ;
Il preſſent leurs courfiers : l'effieu fiffle & s'enflamme.
Onles voit ſebaiſſer , fe dreſſer tour- à- tour ;
Des tourbillons de fable ont obcurci le jour.
On ſe quitte , on s'atteint , on s'approche, on
s'évite;
Des chevaux haletans le crin poudreux s'agite ,
&c.
L'ode d'Horace , qui commence ainſi :
Beatus ille , &c.aconſervé dans notre langue
ſa fimplicité , ſa délicateſſe & fes
graces. L'illuftre imirateur de l'ami de
Mécène a ſu joindre la paſſion à la vérité :
c'eſt la nature elle- même , & la nature de
l'âge d'or. Heureux , dit le poëte , celui
qui fillonne le champ de ſes pères !
De la trompette ſanguinaire
Il oſe mépriſer la voix ;
De la fortune mercenaire
Il ignore les dures loix.
Il rit du frivole avantage
Doht le courtiſan cit épris,
JUILLET. 1773 .
S
Et l'intrigue au double viſage
N'obtient de lui que des mépris.
Fidèle aux loix de la mature ,
Seule , elle fait tous ſes plaiſirs;
Et ſes beſoins ſont la meſure
De ſes goûts &de ſes defirs.
Tantôt , à ſa vigne naiſſante
IN unit de jeunes ormeaux ;
Tantôt , d'une main bienfaifante;
Il en élague les rameaux.
Tantôt, à l'ombre de ſa treille,
Hcompte ſes troupeaux naiſſans ;
Il ſerre les dons de l'abeille
Htond les agneaux bondiflans.
Lorſque Pomone , en fes contrées,
Amûri ſes dons précieux ,
Il charge ſes mains épurées
Des prémices qu'il offre aux dieur.
Sous un vieux chêne il fait attendre
Le déclin du brûlant ſoleil;
Duis fur- un gazon frais &tendre
Il va chercher un doux ſommeil
Alorsmille rivaux d'Orphée..
Bardeau léger des arbriſſeaur,,
:
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
S'uniflent , pour hâter Morphée ,
Au gafouillement des ruiſſeaux .
(M. le Duc de N..... )
Le quatrième âge de la poëſie latine eſt
annoncé par Sénèque le Tragique . « Lorf-
>>qu'il parut,le laurierd'Apollon commen-
>>ça à ſe flétrir. La poësie perdit ſapremière
>> beauté : on préféra le brillant au folide,
» le merveilleux au vrai , les ſaillies d'une
• folle imagination à la juſteſſe du bon
>>goût. On courut après les tours bril-
>> lans , les pointes , les jeux de mors . Cet
>> arrangement heureux de mots , ce nom-
» bre , cet éclat , cette harmonie enchan-
>> terelle , ce bon ſens admirable , &c . voi .
→ là ce qu'on facrifia au bel eſprit , qui de
>> tout rems a été funeſte à la poëfie ...
» Sénèque s'étoit tellement emparé de
» l'eſprit des jeunes littérateurs de fon
>> tems,qu'il en fut le Coriphée& l'oracle.
» Il imita la politique de ces hommes
>>dont parle Corneille , qui déſeſpérant
>> d'arriver aux premières places par leur
» mérite ,.
Si tout n'eſt renverſé , ne peuvent ſubſiſter , &c.
L'auteur , après un examen des beautés
&des défauts de Sénèque , conclut avec
JUILLET. 1773 . 83
raiſon que cet auteur fait plutôt confifter
>>l'excellence de la tragédie dans les ſen-
>>tences que dans les mouvemens des
>>paſſions & dans la peinture des carac-
>> tères . Il affoiblit les ſentimens, en vou-
>> lant les orner par des traits de rafine-
>> ment , par des métaphores ampoulées ,
>> par de faſtueuſes hyperboles. C'eſt un
>>beau parleur qui remplit l'oreille & ne
>>dit preſque rien au coeur , &c. »
Perfe , Lucain , Juvenal , Martial ,
Stace , Aufone , &c. font du 4. âge.
On fait remarquer les éclairs de génie qui
brillent de tems en tems dans les ouvrages
de ces poëtes , qu'on doit lire avec
difcernement & avec choix. Leurs articles
font très-étendus , & l'on a tâché d'y
réunir tous les morceaux qui annonçoient
un talent marqué , & qui avoient été heureuſement
imités .
Claudien , qu'on peut appeler le dernier
des Romains , couronne la vie des
Poëtes . La facilité , la force , la majesté
>> ſe font remarquer dans la plupart de ſes
>>ouvrages . Il s'élève quelquefois vers la
> ſphère de Virgile , & lui dérobe quel-
>> ques étincelles de ſon divin génie.
» L'enlevement de Proferpine eſt pleinde
> verve& d'enthouſiaſme . Les caractères
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
5
>> en font vrais & bien deſſinés ;les inra-
>> ges vives&heureufes; les penſées juſtes
»&ſages , les deſcriptions intéreſſantes..
>> Le troiſième livre eſt tout dramatique
» & plein de mouvemens tendres & paf-
>>ſionnés. S'il y a des morceaux où le faux
>> goût de ces tems s'eſt un peu mêlé, ils
>> font rachetés par des beautés fublimes,
>>&c . » On les trouve preſque toutes dans
cette collection .
Tels font à peu près le plan& la marche
de la notice des Poëtes Latins , qui
n'eſt qu'une fuite de l'Eſſai , publié en
1771 , fur les Poëtes Grecs. Cette eſpèces
d'hiſtoire de la Poësie ettde la compoſision
d'un jeune homme attaché à la bibliothèque
du Roi : fon deſſein eſt de
donner ainfi fucceffivement une idée rapide
des Poëtes Italiens , Eſpagnols , Anglois,&
de finir par les François. On
Finvite à la continuer , & fur-tout à veiller
plus exactement à la correction des
épreuves de fon ouvrage , qui eſt malheuseufementrempli
de fautes d'impreſſion.
Apollonii Sophifta Lexicon Homericum
gracè& latinè , duobus tomis. Le Lexique
d'Apollonius,grec& latin, en deux
names, chez Molini ,rue de la Harpe..
JUILLET . &
1773 .
Le Lexique grec d'Apollonius , qui paoît
aujourd'hui pour la première fois , eſt
tiré d'un manufcrit unique du dixième
ſiècle, qui a paſſé de la bibliothèque Coisline
dans celle de l'abbaye St Germain
des Prés. C'eſt un ouvrage compofé du
tems d'Auguſte , par Apollonius , Sophifte
d'Alexandrie , pour l'intelligence d'Homère.
Il esttrès- curieux & très important
de voir comment les Grecs , certainement
beaucoup plus inſtruits que nous dans
leur propre langue , entendoient les ouvages
de ce grand poëte , qui ayant vécu
dans des tems fort reculés , s'eſt ſervi des
expreſſions de l'ancien grec , & de termes
qui enſuite ont été pris dans des acceptionsfortdifférentes
. C'eſt le but qu'Apol--
lonius s'eſt proposé , & qu'il remplit fupérieurement.
Il nous rapporte tout ce
que les anciens critiques ont dit de plus
intéreſfant ſur les mots& fur les vers les
plus difficiles d'Homère. A fon propre
ſentiment il joint toutes les déciſions de
la fameuſe école d'Alexandrie . On retrouve
dans ſon ouvrage les commentaires de
plus de vingt ſçavans, dont on ne connoît
aujourd'hui que le nom. Non-feulement
il nous dit le ſens que les anciens
attachoient aux paſſages les plus obfcurs
de. I'lliade & de l'Odiffée , mais encore iil
$6 MERCURE DE FRANCE .
nous retrace la manière dont ils les lifoient;
& comme il cite une foule prodigieuſe
de vers d'Homère,d'une manière
différente de la leçon généralement reçue ,
il nous fournit un grand nombre de variantes
très - importantes. Enforte qu'il
peut ſervir tout à la fois à nous procurer
une édition plus correcte , & une traduction
plus fidèle de ce grand auteur ſi maltraité
par ſes copiſtes & par ſes interprètes.
De plus Apollonius nous aide à reſtituer
d'un bout à l'autre les anciens Lexiques
grecs , tels que ceux d'Heſychius , de
✓ Suidas , de l'Etymologus Magnus , &c.
dontil eſt la ſource. Faut-il donc s'étonner
que le célèbre Montfaucon ait dit de
*ce précieux manufcrit , qu'il fuffit ſeul
pour donner à la bibliothèque Coiſline
une très -grande ſupériorité ſur toutes les
bibliothèques de l'Europe ?
Ce qui avoit retardé juſques à préſent
la publication de cet ouvrage important ,
c'eſt qu'on l'avoit regardé comme indéchiffrable.
En effet chaque mot étoit une
abbréviation , & n'étoit repréſenté que
par une ou deux lettres très fines , preſque
imperceptibles , & ſouvent à moitié effacées.
Ordinairement c'eſt la connoiſſance
des mots qui mène à celle des choſes : ici
c'eſt celle des choſes qui a conduit M. de
JUILLET . 1773 . 87
Villoifon à l'intelligence des mots. A
force de combinaiſons , il a ſurmonté toutes
ces difficultés ; & pour épargner aux
autres la peine qu'il s'eſt donnée , il a mis
àla tête de ſon ouvrage , neuf planches
gravées en partie de ſa main , & il a calqué
lui-même ſur le MS toutes les formes
de lettres bizarres & fingulières , toutes
les terminaiſons & toutes les abbréviations
preſque indéchiffrables , dont ce
MS étoit hériſſé , & il a donné l'explication
à côté en caractères grecs ordinaires ,
& à la fin de la 8 & 9º planches il a placé
un ample Specimen Lectionis qui ſuffit
pour faire juger de toute la difficulté de cet
utile & pénible travail . Ces planches fervent
infiniment pour la Palæographie , &
avec leur fecours on peut aisémentdéchiffrer
tous les MSS du 9 & 10 fiècles . M.
de Villoifon a mis une verſion latine de ſa
compofition en regard du texte grec d'Apollonius
, & il y a joint des notes , où il
corrige tous les paſſages corrompus du
-Scholiaste d'Homère, d'Apollonius, d'Héſychius
, de Suidas , de l'Etymologus Magrus
, & des autres Lexicographes Grecs .
Il ſupplée aux omiſſions , éclaircit les difficultés
, apporte les exemples néceſſaires ,
donne des règles générales de critique ,
indique les variantes d'Homère, pèſe &
88 MERCURE DE FRANCE.
diſcute les différentes leçons , corrige les
différentes traductions & verſions , compare
les explications des interprétes , va
chercher la ſource & l'étymologie des
mots grecs dans les langues hébraïques,
cheldaïques , ſyriaques , arabes & éthiopiennes
, & montre le rapport de l'ancien
grec avec le grec vulgaire. Comme Apollonius
a cité dans ſon Lexique une foule
prodigieuſe de vers d'Homère , ſans ſpécifier
l'endroit où ils font placés , M. de
Villoifon a ſoin d'indiquer exactement
le poëme , le livre , & le nombre du vers.
Il fait remarquer les fragmens juſqu'ici
inconnusd'Alcman , de Sophocle , d'Anacréon
, &des autres , qui fe trouvent dans
fon ouvrage , & donne à la fin une table
de tous les auteurs cités par Apollonius ,
&une autre des mots expliqués dans ce
Lexique. Il fait auſſi uſage de pluſieurs
MSS de la bibliothèque du Roi , & de la
bibliothèquede St Germain-des-Près,dont
il publie des morceaux précieux. A la fin
de ce Lexique il donne encore un morceau
très-neuf& très-curieux . C'eſt la traduction
en proſe grecque du 3. livre de
I'lliade , d'après deux Mss. du Roi , dont
ildonnne auſſi les variantes. Cette verſion
très- littérale ſert à nous montrer la
manière dont lesGrecs entendoient leur
JUILLET. 1773 .
Homère , nous donne une idée jufte &
préciſe de la valeur de chaque mot grec,
& nous montre la différence totale qui ſe
trouve entre la langue de la proſe & celle
de la poëfie ; en meme tems qu'elle nous
apprend quel eſt le vrai terme proſaïque
qui répond exactement au terme poëtique.
On ſent aisément qu'une traduction
grecque ſe calque plus aisément ſur un
original grec , qu'une verſion latine , ou
une traduction en langue vulgaire. A la
tête de fon ouvrage M. de Villoifon a
placé des prolégomènes fort amples, pleins
de recherches critiques , philologiques &
hiſtoriques. il y donne la vie de plus de
vingt Grammairiens de l'antiquité , qui
ne ſe trouvent plus que dansApollonius ,
&renduncompte fort exact de ſontravail
quieſt immenfe.
Cet ouvrage , qui eſt fort bien imprimé
, & dont toutes les épreuves ont été
revues excluſivement par l'auteur, ſe vend
chez Molini , libraire italien , rue de la
Harpe , vis à- vis la rue de la Parcheminerie.
Le prix des 2 vol. in 4º. eſt de dix
écus . En faveur des curieux on en a tiré
un très-petit nombre d'exemplaires petit
in-folio , qui ſe vendent 42 livres ,&une
pareille quantité de grand in - folio,de
)
90 MERCURE DE FRANCE.
1
A
même format que le bel Homère de Glafcow
, dont ils font ſuite; prix 20 écus.
Cours de Géométrie - pratique , d'Archites.
ture militaire , de Perspective &de Payfage,
avec un dictionnaire des termes
de l'Architecture , dirigés rélativement
aux connoiſſances eſſentielles , que doivent
avoir dans ces quatre premiers
genres d'étude du deſſin , les jeunes
Gentils-hommes deſtinés à l'état militaire.
Par C. Dupuis , profeſſeur d'architecture
à Versailles , Maître de defſin
de MM. les Pages de Mgr le Comte
de Provence , &de la jeune Nobleſſe ;
vol. in-4°. avec des planches. AParis ,
chezJombert , libraire , rueDauphine ;
Knapen & Delaguette , libraires - imprimeurs
, au bas du pont St Michel .
L'auteur de ce cours , dans la vue de le
rendre plus utile à la jeuneſſe qui fait plus
d'attention à des inſtructions préciſes &
méthodiques qu'à des explications en difcours
, s'eſt appliqué à raſſembler dans un
volume , d'environ uue centaine de pages,
les élémens de la Géométrie - pratique ,
de la Fortificarion , de la Perſpective & de
l'étude du Payſage. L'auteur a accompagné
ces élémens de planches ; & ces planches ,
JUILLET. 1773. 91
gravées avec beaucoup d'exactitude , deviennenticinéceſſaires
pour la démonſtration
claire & ſenſible de l'objet.
NouvellesEspagnoles, traduitesde différens
auteurs par M. d'Uſſieux ; deux volumes
in- 12. A Madrid ; & ſe trouve à
Paris , chez Ruault , libraire , rue dela
Harpe.
Ces nouvelles nous retracent pluſieurs
événemens domeſtiques propres à nous
éclairer fur la connoiflance du coeur humain&
fur les intrigues des petites paffions.
Elles pourront diſtraire agréablement
le lecteur par la vérité des détails. Le
ſtyle de ces nouvelles eſt d'ailleurs foutenu&
approprié aux perſonnages qui agiffent.
Mais ces perſonnages ſont preſque
toujours tirésde conditions élevées , & le
cercle des ſituations qu'on leur fait parcourir
eſt un peu étroit ; & c'eſt ce qui répand
une forte de monotonie ſur le recueilde
ces nouvelles .
Choix de Poëfies italiennes , traduites en
françois , avec des obſervations ſur les
éliſions , les licences poëtiques , les diverſes
terminaiſons , & les différentes
parties du diſcours ; augmenté d'un
92 MERCURE DE FRANCE.
commentaire inſtructif touchant la pocfie;
avec un vocabulaire italien - françoisdes
mots anciens & des expreffions
néologiques employées par les poëtes ,
&une differtation ſur les vers italiens.
Ouvrage deſtiné à faciliter la lecture
&l'intelligence de la poëſie italienne.
Pour fervir de ſuite à l'abrégé de la langue
Toſcane ; dédié à Mgr le Comte
deProvence ; par M. Palomba , profefſeur
des langues italienne & eſpagnole
; tome troiſième in 8°. A Paris , chez
Tillard, quai des Auguſtins ; Delalain,
rue de la Comédie Françoiſe ; Coftard,
rue St Jean-de- Bauvais , Ruault , rue
dela Harpe
Cenouveauvolume qui doitfaire ſuite
àl'Abrégé de la Langue Toscane , publié
par M. Palomba en 1768 , eſt particulièrement
destiné à faciliter la lecture des
poëtes Italiens. Cette lecture eſt toujours
ce qui arrête le plus ceux qui étudient la
langue italienne , à cauſe des inverſions ,
des métaphores , des éliſions & des licences
que ſe permettent les poëtes Italiens.
Le zélé profeſſeur , pour mieux remplir
l'objet qu'il s'eſt proposé , a fait un choix
agréable de morceaux de poësie qu'il a
accompagnés d'une traduction françaiſe.
JUILLET. 1773. 95
Ils'eſt moins attaché dans cette traduction
à l'élégance qu'à l'exactitude , afin de faire
mieux connoître à l'élève le ſens précis
de l'italien. Des notes grammaticales &
hiſtoriques , & un commentaire utile expliquent
les paſſagesdes poëtes les plus difficiles
à entendre , & ajoutent à l'utilité
que l'on peut retirer des obſervations de
M. Palomba ſur les élifions , les licences
poëtiques &les différentes parties de l'oraiſon.
Ce profeſſeur a de plus enrichi ce
ſupplément à ſa grammaire italienne ,
d'unediffertation ſur les différentes eſpèces
de vers italiens , & d'un vocabulaire
italien- françois très- ample qui fait connoître
les expreſſions qui ont vieilli , &
cellesqui font aujourd'hui employées par
les bons écrivains.
Placideà Maclovie , ſur les ſcrupules.
Ne ſoyez pas trop juſte , ni plus ſage qu'il
n'eſt néceflaire , de peur que vous ne deveniez
ftupide.
Noli eſſejuſtus multùm, nequeplusſapias quàm
necesse est, ne obftupefcas.
Ecclef. cap. 7 v. 17 .
Vol. in- 12 . A Paris , chez J. A. Durand
Dufrenoy , libraire , rue des
Noyers.
24
MERCURE DE FRANCE.
Les règles qui font ici propoſées d'après
les Pères de la Vie ſpirituelle , contre les
ſcrupules , regardent ſeulement ces ames
timorées qui cherchent Dieudans la droizure
de leur coeur , & que la crainte de
l'offenſer jette dans des perplexités conti
nuelles. L'objet de l'auteur dans cet ouvrage
eſt de travailler à diſſiper leurs alarmes&
affurer leur confiance. Il commence
par leur expoſer la nature , le danger &
les cauſes principales des ſcrupules , pour
les mettre plus en étatde juger leurs infirmités
ſpirituelles , & les engager par- là à
en chercher le remède avec plus d'empreſ
ſement.
こIl rapporte , d'après les Caſuiſtes , les
moyens qu'elles doivent employer pour
s'en délivrer. Il inſiſte particulièrement
ſur l'obéiſſance au Confeſſeur , comme le
remède ſans lequel tous les autres , quel
que bons qu'ils foient eux-mêmes , deviennent
inutiles.

Il oppoſe à tous leurs troubles quelques
vérités conſolantes , propres à les tranquil.
liſer & à leur rendre la paix de la conſcience
, pour peu qu'elles veuillent s'en
occuper.
Il s'applique enſuite à diſfiper les illuſions
de leur eſprit à l'égard de certaines
matières , fur leſquelles elles ne paroiſſent
:
JUILLET. 17730 95
pas aſſez inſtruites , ou du moins , auxquelles
elles ne portent pas affez leur attention.
Il fait enſuite l'applicationde ſes principes
à quelques ſcrupules pris entre les
plus communs , pour en rendre l'uſage
plus facite.
Enfin il termine ce petit ouvrage par
pluſieurs règles , qui ont pour objet de
leur rendre la confeffion facile & aifée .
Cet écrit , qui a été composé pourune
Demoiselle ſcrupuleuſe qui craint Dieu ,
a été rendu public , parce qu'il peut être
très utile à toutes les perſonnes tourmentées
de fcrupules,&aux directeurs chargés
du ſoin de leur confcience. L'auteur n'avance
rien que d'après les écrivains canoniques&
les auteurs les plus reſpectables ;
&il cite ſes autorités pour aller au devant
de la délicateſſe des perſonnes ſcrupuleuſes
qui font toujours en garde contre les
conſeils qu'on leur donne , comme fi on
vouloit leur élargir la voie du ſalut. Il a
penſé qu'en leur montrant les ſources pures
où il a puiſé ſes principes , il trouveroit
en elles plus de docilité à s'y confor
mer.
La Femme dans les trois états de fille ,
d'épouse & de mère ; hiſtoire morale
96 MERCURE DE FRANCE.
comique & véritable; 3 parties in- 12.
A Londres ; & ſe trouve à Paris , chez
de Hanſy le jeune , libraire , rue St Jacques.
Des intrigues , des tracafferies , des
événemens domeſtiques écrits d'un ſtyle
de converſation enjoué& ſouvent coupé
par des dialogues, rendent ce roman, ſi non
intéreſſant , du inoins propre à occuper un
moment les perſonnes qui aiment les petits
faits & fort peu les réflexions. On
pourra peut être reprocher à l'auteur de
n'avoir pas toujours fait un choix heureux
des événemens qu'il préſente , d'avoir accompagné
ces faits de circonſtances lingulières,
quelquefois même bizarres ;& d'avoit
négligé de les diſpoſer de la manière
la plus propre à l'inſtruction qu'il s'eſt propoſée.
Mais il répondra que c'eſt une hiftoire&
non un roman qu'il donne,& qu'il
n'a point été le maître de changer le plan
de ſon ouvrage.
L'auteur fait ſur le danger des romans
une réflexion qui mérite d'être ici rapportée.
Il ne parle point de ces romans qui
attaquent les moeurs ; ils portent leur con.
damnation avec eux ; mais de ceux où
l'auteur s'eſt plu à ſubſtituer les idées giganteſques
JUILLET . 1773. 97
ganteſquesde ſon imagination aux vérités
ſimples de la nature. Il remarque avec
raiſon que le moindre dangerde ces fortes
de lectures eſt de jeter les jeunes perſonnesdans
une forte d'ivreſſe. Les chofes
qui les environnent ne leur paroiffent
plus les mêmes ; elles ſe ſentent emportées
hors de la ſimple nature; elles ne ſe
plaiſent qu'avec les chimères de l'imagination
; à tout momentelles penſent voir
l'image de l'objet qu'elles voudroient aimer
; & trop ſouvent elles croient le trouver
dans celui qui en approche le moins
par les qualités du coeur & de l'eſprit.
Dans la troiſième partie de cet ouvrage
intitulée la Mère , l'auteur fait voir par
un exemple qu'il rapporte &dont il a été
lui- même témoin , que ſi l'on pouvoit accoutumer
les jeunes filles à prendre une
haute idée de celui qu'on leur deſtine , &
que l'époux fût enſuite l'entretenir , tous
les mariages ſeroient heureux. « Deux
>> jeunes amans , qui vivoient à cinquante
>> lieues l'un de l'autre , ſe ſont éperdue-
» ment aimés , ſans ſe voir , durant plu-
>> ſieurs années. Leurs parens ſe propo-
>> ſoient de les unir; la jeune perſonne
>> étoit à Paris , l'amant en Bourgogne :
> on vanta de bonne heure au dernier le
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
"
13
mérite , les graces de Mile Robert ; on
„ l'excitoit à remplir ſes devoirs , à devan,
>> cer tous ſes émules dans les claſſes , par
>> l'eſpoir de ſe rendre digne de ſa jeune
» promife ; on lui faisoit bien entendre
» que ſans cela , point d'affaires avec les
>> parens , qui ne voudroient point enten-
>> dre parler d'un gendre ignorant & pa-
>> reſſeux : cette conduite produiſit des
» merveilles . D'un autre côté , l'on s'en-
" trenoit fouvent devant Mile Robert des
» progrès du jeune Lorris , & l'on ſe per-
>> mettoit quelquefois de louer ſa bonne
» mine , mais en paſſant ; parce qu'on le
>> faiſoit moins pour donner une baſe ſi
>> fragile au goût de la jeune perſonne ,
> que pour l'empêcher d'en remarquer
>> d'autres , &de ſe laiſſer prendre par les
>> agrémens extérieurs. Qu'arriva-t'il ? les
>> deux jeunes gens , mieux ſervis par leur
>> imagination , qu'ils ne l'euſſent été par
>> leurs yeux & par leur eſprit , éprouvè-
>> rent mutuellement une paffion épurée.
» Lorſqu'ils approchèrent du dénoue-
>> ment , on leur permit de s'écrire ; nou-
» velle amorce ; leurs lettres furent char-
> mantes , leur éducation ayant été trèsſoignée
: tous deux redoublèrent d'efforts
pour ſe rendre plus dignes l'un de
JUILLET. 1773 .
وو
>> l'autre : jamais jeune homme ne fut
> plus rangé ; l'on ne vit jamais de fille
>>plus retenue , plus ſoumiſe ; leurs yeux
>> ſe fermoient naturellement fur tous les
» objets qui euſſent pu les ſéduire , ſans
>> recommandation de la part des parens .
» Ces jeunes amans ſe diſoient : Il est un
» objet qui doit remplir mon coeur , &je
» n'ai que faire de le chercher ; tout le refte
» du monde doit m'être indifférent. Il faut
> pourtant convenir que cette conduite ,
> pour être efficace , exige que les parens
>> jouiſſent de toute la confiance & de
> l'eſtime de leurs enfans; que ceux - ci
>> les regardent comme leur Dieu viſible,
» qui ne peut ni les tromper , ni l'être ;
* & pour l'exciter, cette confiance , il faut
>> être des modèles de bonté , de tendreſſe
éclairée , de pureté de moeurs. Quand
>> Lorris fut entièrement formé , qu'il fur
>> ſur le point de prendre un état , ſes pa-
>> rens le conduifirent à Paris; mais ils
>> ne deſcendirent pas chez M. Robert ;
>> ils voulurent que leur jeune homme
>> eût auparavant perdu ce qui pouvoit
>> lui reſter du duvet provincial. Ils le
>> mirent avec goût , le conduiſirent aux
> ſpectacles , aux promenades ; le père le
* mena dans les meilleures compagnies ;
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
»en un mot il lui fit tout voir. Un jour
>> ils étoient aux François; l'on donnoit
» Eugénie & la Fauffe Agnès. Le tendre
» roman de la première pièce émut pro-
>> digieuſement Lorris. Dans la loge d'à
>>côté ſe trouvoit une jeune perſonne ,
>> d'une figure très intéreſſante , dont le
>> coeur devoit être ſenſible , car elle ne
>>>contraignoit pas de groſſes larmes
qu'on voyoit briller ſur ſes joues. Le
>> jeune-homme ne manqua point de la
>> remarquer ; il ſentit dans ſon coeur un
>> mouvement inconnu : puis auſſi-tôt ſe
>> rappelant Mlle Robert , il s'efforça de
» détourner ſes yeux & ſa penſée de cer
>> objet ſéduifant : mais un certain point
>>de conformité l'y ramenoit toujours ;
» l'aimable Robert avoit eu la petite vé-
>>>role; on avoit écrit aux parens de Lorris
>> que la beauté de la jeune perſonne en
» étoit devenue plus piquante, Lorris
>> voit dans celle qu'il admire ce charme
>> inexprimable , qui change un défaut en
>> grace; & fon coeur eſt plus remué par-
>> là , que par tous les autres attraits. D'un
>> autre côté , la jeune fille avoit auſſi dé-
»mêlé ſon admirateur ; & ſes timides
» regards s'étoient quelquefois arrêtés
fur lui. Les parens obſervoient tout du
JUILLET. 1773 . 101
> coin de l'oeil , & dès le lendemain on
>> fit voir à Lorris le portraitdeMile Ro-
» bert; on montra de même à certe der-
> nière un braſſelet pour elle , où l'image
>> de fon amant étoit enchaſſée . Mais , dit
>> lejeune homme, j'ai vu le charmant ori-
> ginal de ce portrait ! hier, à la comédie,
> elle étoit... C'eſt elle ! on ne l'éclaircit
>> point. Mademoiſelle Robert dit à- peu-
>> près la même choſe. Enfin ,ils ſe virent :
>> l'art des préparations avoit augmenté le
> charme ; ils s'adorèrent , & leur union
>>eſt encore inaltérable. »
Cet événement ſert encore à nous faire
voir que l'amour honnête eſt le plus chaſte
de tous les liens , & qu'il conſerve ſur les
inclinations des jeunes gens un pouvoir
dont un inftituteur habile ne doit pas
manquer de ſe ſervir pour perfectionner
leur éducation .
Quoique nous n'ayons fait que parcourir
les trois parties de cet écrit , nous en
avons cependant affez lu pour reconnoî .
tre l'auteur ingénieux de quelques idées
fingulières publiées en 1770 , en deux vol .
in- 8°.
Le Porte-feuille amusant , ou nouvelles
variétés littéraires. Par l'auteur de l'EA
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
lève de la Nature ; vol. in- 12 .A Paris,
chez Coſtard , rue St Jean de-Bauvais .
Ce porte- feuille renferme des corrections
, des variantes & des additions qui
peuvent ſervir de ſupplément à l'ouvrage
intitulé l'Elève de la Nature , & même au
cours d'hiſtoire naturelle en 7 vol . publié
par le même écrivain .
Ce porte- feuille contient de plus des
entretiens d'une mère avec ſa fille ſur le
bonheurde la campagne, unconte moral
& une hiſtoire intitulée la Nymphe Europe
enlevée& confolée. Cette hiſtoire que
l'on nous donne pour traduite d'un trèsancien
manufcrit latin, eſt très -moderne.
L'auteur , après avoir fait uſage de ce que
la fable nous dit d'Europe , nous montre
dans le fils aîné de cette Princeſſe le père
des Rois d'un grand peuple nommé les
Francs , & dans le ſecond fils de cette mê
me Princeſſe la tige d'une autre race immortelle
de grands Rois. Jupiter , au milieu
des careſſes qu'il prodigue à ſes enfans
, dévoile l'avenir à la belle Europe.
« Le deſtin , lui dit il , veut que les hom-
» mes foient encore barbares pendant
>>pluſieurs fiècles , & que les deſcendans
de nos deux fils foient long-tems en
> guerre ; mais il m'a promis qu'après le
JUILLET. 1773. 103
>> nombre des ſiècles preſcrits dans le
>>grand livre , les hommes commence-
>>ront à être paiſibles & heureux , & que
> l'aurore de cette révolution ſera une
>> alliance ſolide , immuable , formée entre
les deſcendans de nos deux fils aînés .
» Cette alliance commencera par le ma-
>> riage du petit - fils d'un Roi adoré de ſes
>> ſujets , avec la fille d'une Reine ... Que
>> de choſes j'aurois à dire , ſi le deſtin me
>> le permettoit! »
L'auteur a réuni dans ce même portefeuille
quelques dialogues dramatiques
qu'il nous donne pour des eſquiſſes de
drames. Mais on n'y trouve point cette
marche rapide d'action , cette chaleur de
penſées&de ſentimentquidoit caractériſer
l'eſquiſſed'un drame propre à produire
de l'effet ſur le théâtre .
Le volume eſt terminé par quelques fables
, qui étantdépourvues des agrémens
de la poëſie , paroîtront un peu froides &
monotones .
La douzième , intitulée lejeune Moineau
&fonPère, nous enſeigne l'exercice de
la bienfaiſance comme un moyen de nous
rendre heureux ; mais l'auteur,dans cette
même fable, nous a attriſtés par la mauvaiſe
opinion qu'il veut nous donner de nos
Eiv
104 MERCURE DE FRANCE.
femblables. Voici cette fable qui pourra
donner au lecteur une idée des autres contenuesdans
ceporte- feuille : " Après avoir
>>bien tendu ſon trébuchet , un enfant ré-
>> pandit des miettes de pain tout au tour.
>> Un jeune Moineau qui le voyoit &
>> croyoit lui devoir pour tant de ſoins ,
>> beaucoup de reconnoiffance , dit à fon
>> père : que j'aime cet enfant ! j'irois vo-
>>>lontiers le careffer . Comment avons-
>> nous mérité ce qu'il fait là pour nous? ...
>> Mon fils , reprit triſtement l'autre moi-
>>neau , quand tu voltiges au tour d'une
>> mouche , fi elle croyoit que tu ne veux
geamufer par l'agitation de tes aîles ,
elle fe tromperoit certainement beau-
» coup. Eh bien , tu te trompes de même .
Cet enfant cherche à nous attirer dans
>> un piége... Crois moi , mon ami , je
>> connois le monde : je vais t'apprendre
>> une choſe dont je ne ſçaurois trop te
> recommander le ſouvenir. Rarement un
>> homme fait du bien à ſon ſemblable , à
>>moins qu'il n'eſpère que ce bien lui re-
>> viendra d'une ou d'autre forte. Mais à
» l'égard des animaux , preſque jamais un
>>homme ne leur fait du bien pour eux-
>> mêmes . Ainſi tu ne faurois trop crain-
>>dre les hommes ! .. Un enfant t'attra
JUILLE Τ. 1773. 1ος
» pera peut- être . S'il te traite bien, aimele,&
tu trouveras dans les douceurs de
>> l'amitié , de quoi te conſoler de l'eſclavage,
S'il te fait ſouffrir , nele hais pas;
>> la haine eſt un tourment : meurs plutôt
> fans te plaindre , &que ton dernier re-
>> gard tendre lui diſe : deviens humain ,
>> deviens bon , fais des heureux ; c'eſt là le
>moyen de l'être.
NouvelleGrammaire, contenant en abrégé
tous les principes de la langue françoiſe
, où l'on a fait uſage des différens caractères
déjà connus , pour faciliter la
.: prononciation ; par B. A. Bertera , in-
: terprète du Roi ; in 12. Prix , 1 liv.
{
:
10f. br. AParis , chez la Ve. Vallat- la-
Chapelle , perron de la Ste Chapelle ;
Edme rue St Jean- de- Beauvais, & l'auteur
, rue Pot de fer , faub . S. G.
Il y a plus de cinquante ansque M. Bertera
étudie la langue françoiſe, dont plus
de quarante-deux en France , avec toute
l'application dont il eſt capable.Or on ne
poſſede jamais bienune langue que quand
on joint à la pratique de cette langue l'étude
des règles preſcrites par le goût & la
réflexion. Cette étude ſuivie eſt ſans doute
lameilleure réponſe que l'on pourroit
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
faire à ceux qui marqueroient leur furpriſe,
ſur ce qu'un étranger entreprend d'enſeigner
les élémens d'une langue qui n'eſt
pas ſa langue maternelle , à ceux - même
quiparlent cette langue dès leur berceau.
Cette nouvelle grammaire commence
par un abrégédes règles de la prononciation
, règles plus curieuſes qu'utiles& qui
ne ſuppléerontjamais à l'inſtruction orale.
Un étranger , par exemple, qui ignoreroit
laprononciation du Z, ne ſeroit guères
plus avancé quand il liroit dans cette
grammaire que cette lettre ſe prononce
duboutde la langue en touchant la racine
desdents ſupérieures,avec un bruit nazal.
Mais ces règles peuvent mettre ſur la voie
& fixer quelques doutes ; & c'eſt tout ce
que l'on a droit d'exiger.
La déclinaiſon est généralement bien
traitée dans cette grammaire. L'auteur a
fimplifié la conjugaiſon , principal reffort
de la langue. On le trouvera peu difficile
fur l'orthographe. Il défaprouve feulement
la fubſtitutionde la diphtongue aià
la place d'oi. Sa ſyntaxe eſt très- courte. If
s'eſt contentéde corriger les fautes où l'on
tombe le plus fouvent , &d'expofer fuccinctement
les règles & les principes de
grammaire les plus néceſſaires. L'applica
JUILLET. 1773. 107
tion qu'il en fait à langue françoiſe eſt
conforme au génie& au caractère de cette
langue.
Recherches critiques , hiſtoriques & topographiques
fur la ville de Paris , depuis
fes commencemens connus juſqu'à préſent
; avec le plan de chaque quartier ;
par le St Jaillot , géographe ordinaire
duRoi.
Quid verum... curo & rogo , & omnis in hoc
Sum.
HOR.
Huitième & neuvième cahiers, à Paris ,
chez l'auteur , quai & à coté des grands
Auguftins ; & chez Lottin ainé , imprimeur
- libraire , rue St Jacques.
Le même eſprit de recherche & de critique
a dicté ces cahiers. Le huitième nous
préſente lequartier des Halles , & le neuvième
celui de Saint Denis, avec des plans
très- nets & très détaillés. L'auteur nous
prévient que l'impreſſion de ce dernier
cahier étoit achevée lorſque M. le Prevôt
des Marchands & MM. les Officiers Municipaux
ont fait agréer au Roi le plande
conſtruction de pluſieurs hôtels fur des
terreins ſitués rue Poiſſonnière , entre le
Evj
108 MERCURE DE FRANCE .
boulevard& le clos Saint Lazare . Cet ef
pace ſera coupé tranſverſalement par deux
rues ; l'une portant le nom d'Enghien ,
fera la prolongation de la rue Bergère au
fauxbourg St Denis; l'autre fous le nom
de la Michodiere , procurera un débouché
de la rue baſſe St Denis juſqu'à la rue de
Paradis. Cet utile projet , approuvé par Sa
Majesté , & autorisé par lettres patentes
de 14 octob . 1772 , s'exécute actuellement
fur les deſſins& ſous l'inſpection d'un des
Entrepreneurs des Bâtimens du Roi .
L'Art de bien parler & de bien écrire en
françois , ou les règles de l'éloquence ,
développées par les principes de la rhétorique
latine ,& foutenues d'exemples
choiſis , tirés des poëtes & des écrivains
les plus célèbres. Avec deux traités
, l'un du ſtyle épiſtolaire , l'autre des
paſſions examinées dans leurs rapports
avec la réthorique ; par M. Beauvais.
Inſtruepræceptis animum , nec difcere ceſſes ;
Namfine doctrina , vita eft quasi mortis imago.
Vol. in 12. AParis , chez Valade , libraire
, rue St Jacques , vis- à-vis celle
desMathurins .
Cette rhétorique, claire, préciſe& méJUILLET.
1773. 109
thodique , ſera très-bien placée entre les
mains des jeunes perſonnes. Le bon choix
& la variété des exemples écartent la ſéchereſſe
des règles , les rendent plus ſenfibles
& offrentdes modèles propres à former
le goût & à inſpirer le deſir de l'étude.
L'ouvrage eſt dédié par l'auteur à MM.
les Maires & Echevins de la ville de Calais.
Le Moyen d'être heureux , ou les bienfaiſans;
traits hiſtoriques mis en drame ,
en vers & en trois acts. Par M. Armand
, auteur du Cri de la Nature , &
privilégié du Roi pour les ſpectacles de
Fontainebleau ſuivant la Cour. Repréfentée
pour la première fois à Fontainebleau
, le 6 Novembre 1770 ; in 8 °. A
Fontainebleau ; & ſe trouve à Paris ,
chez Cailleau , imprimeur- libraire , rue
St Severin.
Les traits hiſtoriques que l'auteur a mis
en ſcènefont bien capables de faire naître
dans l'ame du ſpectateur
Ces tendres mouvemens de tout homme qui
penſe
Quetout n'est pas borné dans ſa ſeule exiſtence;
Qui voit tous les humains ſous un alpest égal ,
110 MERCURE DE FRANCE.
Et de qui l'ame honnête &généreuſe ,
S'attendrit aiſément , & ne ſe croit heureuſe
Que par le bonheur général.
Ces vers de la pièce en font afſez connoître
le but moral. Nous ferons ſeulement
quelques obſervations ſur la penſée
qui eſt ici exprimée. Le poëte ne s'eſt
pas fans doute appliqué à la rendre avec
toute l'exactitude du moraliſte qui nous
exhorte à conferver un tendre ſentiment
pour tous les hommes , mais non à les regarder
ſous un aſpect égal. Notre Prince,
nos parens , nos amis doivent ſans doute
avoir les premières places dans notre
coeur.
Nous remarquerons encore que ce ſeroit
fortir des bornes de la raiſon que de
ne ſe croire heureux que par le bonheur
de tous. Ce bonheur général eſt ſouvent
fi éloigné que l'on ne doit point l'eſpérer.
Mais une ame honnête & bienfaiſante
remplit ſa journée à foulager les malheureux
qui font autour d'elle , & goûre cette
joie douce & pure , inconnue à ceux qui
achettent leurs plaiſirs.
Recueil d'Arrêts du Parlement de Paris,
pris des mémoires de feu Me Pierre
JUILLET. 1773. 111
Bardet , avocat en la Cour avec les
notes & differtations de Me Claude
Berroyer , avocat au même Parlement;
nouvelle édition revue & augmentée
de pluſieurs notes , obſervations & arrêts
contenantde nouvelles déciſions ;
par Me C. N. Lalaure , ancien avocat
au Parlement , & cenſeur royal , 2 vol .
in-folio. Prix , 30 liv . reliés en un ſeul .
AAvignon , chez Joſeph Roberty , libraire-
imprimeur de la Ville ; & à Pa
ris , chez Valade , libraire , rue St Jacques
, à St Jacques.
Perſonne n'ignore la réputation que
MM. Bardet & Berroyer , fameux Jurif
conſultes , s'étoient acquiſe à ſi juſte titre.
Le ſoin avec lequel M. Bardet avoit
recueilli les arrêts les plus célèbres rendus
depuis 1617 juſqu'en 1642 , au nombre
de 785 , auroit été infructueux , & le Public
auroit été privé de cette utile collection
, fi M. Berroyer n'avoit pris ſoin ,
après la mort de M. Bardet , non - ſeulement
de les faire paroître , mais encorede
les enrichir de notes & d'obſervations
d'autant plus importantes qu'elles étoient
relatives aux changemens furvenus dans
laJurisprudence depuis l'époque de 1642
12 MERCURE DE FRANCE .
juſqu'en 1690 que M. Berroyer donna
cet ouvrage au Public.
Le vifaacccueil que l'on fità cette édition
auſſi -tôt qu'elle parut , l'eut bientôt
épuiſée , de forte que ce recueil d'arrêts
étoit devenu ſi rare qu'il ne ſe trouvoit
plus que dans quelques cabinets deJurifconfultes.
Le Sr Roberty, libraire àAvignon,s'eft
déterminé à en donner au Public une nouvelle
édition. Mais ayant fenti que les
nouvelles ordonnances , édits & déclarations
depuis 1690 juſqu'en 1770 avoient
apporté des changemens conſidérables
dans la Jurisprudence ,&qu'au moyen de
cette variation , le Public ni les Juriſconſultes
ne tireroient point de cette nouvelle
édition tout l'avantage qu'ils en pourroient
defirer, il a engagé M. Lalaure, ancien avocat
au parlement & cenſeur royal , à faire
des notes& obſervations ſur les arrêts rapportés
par Bardet,&dont lesdiſpoſitionsne
cadroient plus avec la Jurisprudence actuelle.
M. Lalaure a bien voulu ſe charger de
l'entrepriſe ; & en adoptant ce plan, lorfqu'il
a trouvé quelqu'arrêt dans le nombre
de ceux recueillis par Bardet , qui contenoit
des maximes contraires aux ordonnances
, édits &déclarations rendus pof
JUILLET. 1773. 113
térieurement , ila eu ſoin d'en faire l'obſervation
, & d'oppoſer à ces arrêts d'autres
jugemens récemment rendus ſur de
ſemblables queſtions , &dont les difpolitions
conformes à la nouvelle Jurifprudence
, font connoître le changement que
les nouvelles loix y ont apporté.
M. Bardet avoit rapporté l'eſpèce de
pluſieurs affaires importantes , mais n'en
avoit point préſenté la déciſion , parce
qu'il avoit ignoré ce qui avoit été jugé
ſur ces queſtions , dont quelques - unes
avoient été appointées ; M. Lalaure , autant
qu'il lui a été poſſible , a ſuppléé à
ces omiffions .
Ses notes & obſervations , au nombre
de plus de 200 , répandues dans les deux
volumes du Bardet , compoſent près de
trente feuilles d'augmentation . Cet ouvrage
n'eſt point de nature à pouvoir
ſouffrir une analyſe .
Cependant pour faire prendre une légère
idée du travail de M. Lalaure , on ſe
contentera de préſenter une de ſes obfervations.
Bardet , chapitre 68 du livre II , rapporte
un arrêt ſous le titre ſuivant :
Alimens fournis par un Créancier àfon
Débiteur emprisonné , neſe répètent.
Voici l'eſpèce.
114 MERCURE DE FRANCE.
Jacques Robillard , fermier de Simon
Deſieure , ne payant point ſes fermages ,
Deſieure fit empriſonner Robillard , qui
pour ſe procurer la liberté , demanda à
être reçu au bénéfice de ceſſion & abandon
de ſes biens. Deſieure s'y oppofa ,
attendu le privilège de ſa dette qui ne
permettoit pas de recourir au bénéfice de
ceffion. Ce que voyant Robillard , il conclut
à ce que Deſieure fût condamné à lui
fournir une certaine ſomme par jour pour
ſes alimens , ne periret. Ces conclufions
lui furent adjugées , & Deſieure fut condamné
à fournir vingt deniers parjour &
par avance, tant &fi longuement que Robillard
feroit détenu prisonnier à sa requête.
Deſieure , eu exécution de cet arrêt ,
paya effectivement les vingt deniers pat
jour , juſqu'au tems que Robillard ayant
ramaſſé la ſomme de 120 liv . ( faute du
paiementde laquelle Deſieure l'avoit fait
conſtituer prifonnier) en fit faire des offres
à Deſieure , qui les refuſa , ſoutenant
qu'elles étoient inſuffiſantes , parce que
Robillard devoit en même tems les alimens
qu'il lui avoit fournis , & les frais
degeole.
Le Bailly d'Amiens , devant qui cetre
affaire fut portée , adopta le ſyſtème de
JUILLET. 1773. 115
Deſieure ; & en conféquence,fans avoir
égard aux offres de Robillard , de payer le
principal pour lequel il étoit emprisonné ,
il le condamna à rembourser les alimens
qui lui avoient été fournis par Defieure
dans la prifon , enſemble le gîte & geolage,
ou de donner caution : autrement qu'il tiendroitprison.

Sur l'appel interjeté par Robillard de
ce jugement , en la Cour , intervint le 30
Janvier 1626 , à l'audience de relevée ,
arrêt par lequel l'appellation & ce furent
mis au néant, émandant , ilfut ordonné
que RobillardJeroit mis hors des priſons ,
en payant le principal , fans que l'Intimé
pût répérer les alimens ni le geolage.
M. Lalaure prétend que le titre donné
pat M. Bardet à cet arrêt , n'en remplit
point l'objet. Voici les réflexions qu'il
faità cet égard
« Si l'on s'en rapportoit , dit- il,à l'an-
>> nonce de l'arrêt ci deſſus , il ſembleroit
>>que l'on dût poſer pour principe que le
>>créancier qui fait empriſonner ſon dé-
> biteur ne pourroit répéter contre lui les
> alimens qu'il auroit été contraint de lui
> fournir. Cependant l'arrêt ne paroît pas
>juger précisément cette queſtion.
>>Apartir des faits , tels que les rap116
MERCURE DE FRANCE .
>>>porte Bardet, on voit que Deſieure avoit
>fait empriſonner Robillard à défaut de
>> paiement du prix de ſon bail ; que Ro-
>>billard n'ayant pu réuffir dans la de-
>> mande qu'il avoit formée à l'effet d'être
admis au bénéfice de ceſſion , attendu
>> la nature de ſa dette , fit condamner
» Simon Deſieure à lui fournir des ali-
>>>mens ; qu'enfuite étant parvenu à raf-
>> ſembler des fonds ſuffiſans pour payer
» le principal , il avoit offert & avoitde-
>> mandé ſon élargiſſement : que Deſieure
» s'y étoit oppoſé fous prétexte que Ro-
» billard devoit en même tems offrir de
>> rembourſer les frais de geole & les ali-
» mens qui lui avoient été fournis ; &
>> que la Cour ordonna que Robillardfe-
> roit mis hors des prifons en payant le
>> principal,&fans que Deſieure pût répéter
» les alimens & le geolage.
>>Mais par cette diſpoſition , l'arrêt a-
>> t'il déchargé entièrement le débiteur
>> des alimens & des frais de geole , ou
>> biena t'il jugé ſimplement qu'au moyen
>> du paiementdu principal , le créancier
>> ne pouvoit retenir le débiteur en pri-
>>fon , pour raiſon des frais de geole &
» des ſommes qu'il avoit fournies pour
•alimens au débiteur ?
JUILLET. 1773. 117
>>Si l'on conſulte les arrêts qui ont été
>>rendus poſtérieurementà celui- ci , il eſt
>>vraiſemblable que la Cour n'a pas en-
>>tendu décharger le débiteur de ce qu'il
>>devoit à fon créancier pour alimens ,
>>mais qu'elle avoit ſimplement jugé
> qu'on ne pouvoit retenir le débiteur en
>>priſon faute de paiement de ces ali-
>> mens , puiſque , par arrêt du 20 Juillet
» 1675 , rapporté par Boniface , tom . 4 ,
» liv . 8 , tit. 3 , chap 3 , le parlement
>> d'Aixa décidé qu'un créancier qui avoit
>> fourni les alimens à ſon débiteur pri-
>> fonnier , étoit préférable à tous crean-
» ciers , même à la femme pour ſa dot.
>> D'un autre côté , les faits ſur lequels
>> eſt intervenu l'arrêt rapporté parM. Bar-
>>det , donnent lieu à une autre réflexion
>> affez intéreſſante .
>>Ils établiſſent que Deſieure fut con-
>> damné à payer vingt deniers par jour
>> pour alimens de ſon fermier qu'il avoit
>> fait empriſonner , quoique ſa créance
>> provînt du prix des fermages non payés;
» & enſuite M. Barder , tom 2 , ch. 36 ,
>> rapporte un arrêt du 31 Mai 1633 , qui
>> déboutá un fermier emprisonné , non-
>> ſeulement de ſa demande en bénéfice
>> de ceſſionde biens, mais encore en celle
IIS MERCURE DE FRANCE.
>de provifions & alimens , parce que ,
>> eſt-il dit , le fermier emprisonné pour
>> raiſon de ſes fermages , ne pouvoit être
> admis à former de ſemblables deman-
» des . Or , fi Deſieure , ſuivant ce der-
>> nier arrêt , n'étoit pas dans le cas de
>> fournir des alimens à ſon débiteur , c'é-
>>>toit un motifde plus pour condamner
» Robillard à rembourſer les alimens à
>> lui fournis par Deſieure.
>>Au ſurplus , quelqu'interprétation
>> que l'on donne à cet arrêt , ſi la queſtion
>> ſe préſentoit actuellement , elle n'en
>> ſeroit plus une . Elle ſe trouve décidée
>> par l'article 23 du tit. 13 de l'ordon-
>> nance de 1670 , qui veut que les créan-
» ciers qui auront fait arrêter ou recom-
» mander leur débiteur , foient tenus de lui
>> fournir des alimens , & desquels exécu-
» toire fera délivré aux créanciers & à la
» partie civile , pour être remboursésfur les
» biens des prifonniers,parpréférence àtous
>>créanciers.
>>Auſſi à préſent il n'y a plus à douter
>> que le créancier qui a fait empriſonner
>> ſon débiteur ne ſoit dans le cas de ré-
>>péter contre lui les alimens qu'il lui au-
>> ra fournis , & même d'en être payés
>> ſur ſes biens par préférence à tous au
JUILLET.
1773. 119
>> tres. Mais ils n'ont d'action pour le
>> recouvrement de ces alimens que fur
>> les biens de leur débiteur , & non fur
>> leur perſonne. Et ce fut conformément
» à ce principe que le parlement de Dijon,
>> par arrêt du 27 Juin 1705 , décida que
» quoique des créanciers euſſent fourni
>> comme contraints des alimens à leur
>>débiteur , ils n'avoient pas le droit de
>>le retenir en prifon pour en être rem-
» bourſés.
>>>L'Annotateur de M. Bornier , fur
» l'art . 23 du titre 13 de l'ordonnance de
» 1670 , obſerve même que le débiteur
» prifonnier qui a reçu les alimens defon
» créancier , ne seroit pas recevable à la
» ceffion des biens pourſe diſpenſer de les
» reftituer ; que cela a étéjugé par arrêts du
» 26 Février 1605 , & 11 Décembre 1606,
» rapportés par M. le Prêtre , cent. 1 , chap.
» 99 .
>> Enfin , la faveur des alimens a tant
» de force , que dans les lettres de fur-
>>féance accordées aux débiteurs , lesider-
>> tes qu'ils ont contractées pour alimens
>> ou qui en tiennent lieu , font toujours
>> exceptées du bénéfice de ces lettres .
» A l'égard des frais de geole , l'art. 30
» du tit. 13 de la même ordonnance, fait
120 MERCURE DE FRANCE.
>> défenſe aux geoliers , greffiers de geole ,
>> guichetiers & cabaretiers d'empêcher l'é-
» largiſſement des prisonniers pour frais de
>>> nourriture , gîte & geolage. Et l'auteur de
>> l'inſtruction criminelle dit que non-
>>feulement lesfrais& autres dépenses dont
» il est parlé dans cet article , ne peuvent
> être des causes suffisantes pour empêcher
n les élargiſſemens , mais que les geoliers ne
» peuvent pas même s'en faire un titre pour
» retenir les hardes des prisonniers , ni en
>>faire la compensation avec les ſommes
» qui auroient été données pour la déli-
» vrance de ces prisonniers. Que c'est la
» difpofition de l'article 26 du réglement
» du premier Septembre 1717 , fuivant le-
>> quel ils peuvent seulement exiger de ces
» prifonniers des obligations pourſe pour-
» voirfur leurs biens .
>> La Jurisprudence , bien avant l'or-
>> donnance de 1670 , & le réglementde
>> 1717 avoit établi ce principe relative-
>> ment aux geoliers,par un arrêt rapporté
» ci-après par Bardet, liv. 3 , ch. رو . 18
Jebornerai à cette obſervation, quime
paroît très-judicieuſe , le détail des notes
de M. Lalaure , dont on pourra prendre
une plus ample connoiſſance .
Le nouvel auteur & commentateur a
dédié
JUILLET. 1773 121
dédié cet ouvrage à M. de Sartine , Conſeiller
d'Eat , Lieutenant - Général de
Police , par une épître noble & vraie , où
il célèbre , avec les François & les Etrangers
, les vertus & les qualités précieuſes
de ce digne Magiſtrat dans la partie importante
de l'adminiſtration qui lui a été
connée.
Le Phasma ou l'apparition , hiſtoire grecque
, contenant les aventures de Néocles
, fils de Thémiſtocle. Ouvrage tiré
d'un manufcrit trouvé à Smyrne , &
traduit par M. Poinſinet de Sivry , de
la Société royale des ſciences & belleslettresde
Lorraine ; vol. in 12. A Paris,
chez Lacombe, libraire , rue Chriſtine .
Il ſeroit aſſez inutile de diſcuter i l'hiſ.
toiregrecqueque nous venons d'annoncer
eſt réellement tirée d'un ancien manufcrit.
Quece roman foit traduit du grec ou qu'il
ait été compofé en françois , il ſera également
neufpour le lecteur. Il ſuffit qu'il
reconnoiſſe le costume antique , & qu'il
ytrouve un ſujet d'inſtruction & d'amuſement
dicté avec cette ſimplicité élégante
, & affaifonné de ces graces naïves
qui caractériſent les productions les plus
I. Vol.
y
F
4
122 MERCURE DE FRANCE.
eſtimées des écrivains de l'antiquité. Plufieurs
de ces écrivains regardèrent le ſujet
qui fait le fond de cette hiſtoire comme
très propre à la ſcène,& ambitionnèrent
la gloire de le traiter ; auſſi le Phasma ,
mot qui ſignifie l'apparition , ou le phan .
tôme, fut un titre de pièces bien connu
des anciens. Le fond du ſujet étoit chez
les différens auteurs qui entreprirent de
ſe l'approprier a- peu- près tel que celui-ci.
«Une veuve aimable , recherchée en ma-
>> riage , croit devoir cacher à ſon ſecond
>> mari une jeune fille qu'elle a du pre-
» mier lit ; & par la ſuite elle n'oſe ledé-
>> ſabuſerde fon erreur. En conféquence ,
>> elle fait conſtruite dans l'intérieur de
>> ſon logis une chapelle privée qu'elle
>> conſacre à une divinité tutélaire , pour
» laquelle elle affecte une grande dévo-
» tion. Par ce moyen , elle éleva en cet
>> endroit même ſa fille dans le plus grand
> myſtère. Un jeune homme du voiſinage
>> voyant la porte de ce petit ſanctuaire
>> ornée chaque jour de feſtons &de guir-
>> landes , juge que l'intérieur mérite la
>> peine d'être vu ; il ſuit le mouvement
» de ſa curioſité , eſſaie d'ouvrir la porte,
» & en vient à bout. Mais il ne l'a pas
plutôt ouverte , qu'il eſt ravi en extafe
JUILLET. 1773. 123
par l'apparition inattendue de la jeune
> perſonne élevée ſecrètement en ce lieu .
» Stupéfait à la vue de ſa rare beauté , il
> la prend dans ſa ſurpriſe pour la divi-
>> nitéde ce temple. Au cri d'étonnement
» qui lui échappe , on accourt ; ce qui
>donne lieu au mari de découvrir l'erreur
où l'entretenoit ſa femme. Il lai
>>pardonne , touché des graces naïves de
> cette charmante perſonne , qu'il adopte
» pour ſa fille , & qu'il marie au jeune
>> homme , qui dès cette première vue a
> conçu pour elle un violent amour. »
On conçoit que ſiun pareil ſujet prête
beaucoup à la ſcène par le pathétique de
fituation &la naïvetédes ſentimens, il ne
doitpas être moins intéreſſant,étant peint
fur la toile plus vaſte du romancier. L'intrigue
du Phaſma ſemble même exiger
un développement d'une certaine étendue;
& ce développement eſt ici rendu
dans une ſuitede tableaux , qui par la naïveté
des expreſſions & la vérité du coloris,
fixent agréablement l'attention du lecteur.
L'auteur du manufcrit , enpeintre habile ,
s'eſt encore appliqué à relever la dignité
de fon ſujet en liant les principaux événemens
de la vie de Thémiſtocle , général
desAthéniens & le vainqueur de Sala-
Fij
1
124 MERCURE DE FRANCE.
mine , avec les principales circonstances
du plan rapporté plus haut.
Les anciens voyoient toujours avec in
térêt la ſcène du Phaſma ; & ce ſujet ne
plaira pas moins aux lecteurs François qui
préfèrent les tendres émotions d'un coeur
ſimple & pur, aux mouvemens convulfifs
de ces paſſions factices qui remplittent la
plupart de nos romans modernes ,
Détail des fuccès de l'établiſſement que la
Ville de Paris a fait en faveur des per-
Jonnes noyées , avec les différentes inftructions
qui y ſont relatives , & la
manière dont on doit faire uſage des
objets contenusdans la boîte où ſe trou.
yentréunis les principaux ſecoursqu'on
doit adminiſtrer aux Noyes. Onya
joint une notice chronologique des
différens ouvrages publiés ſur cette
matière depuis 1700. Par M. P. Α .
Ampliat ætatem fuam vir bonus , quando longe
vitați confortium prodeft.
brochure in- 12 , A Amſterdam ; & fe
trouve à Paris , chez Lottin l'aîné, im
primeur- libraire , rue St Jacques.
Si l'établiſſement que la Ville de Paris
a publié au mois de juin dernier en
faJUILLET.
1773. 125
veur des Noyés , a , comme l'obſerve le
rédacteur du détail que nous venons d'anhoncer
, paru faire une ſenſation agréable
fur le Public , le bureau de la Ville
n'a pas été moins fenfible aux ſuccès qui
l'ont ſuivi de très- près . Les changemens
utiles qu'on a cru devoir y faire ; la pratique
& l'uſage dans l'adminiſtration des
fecours propoſés, ſoutenus par la vigilance
qu'y apporte le bureau de la ville ; la viſite
queleBureau a annoncée&qu'il réaliſe tous
les mois dans les corps-de garde où ſont
déposés les ſecours , pour s'aſſurer s'ils
font toujours en bon état ; la répétition
qu'on y fait faire chaque mois de la manière
dont ces ſecours doivent être adminiſtrés
, contribueront encore par la
ſuite à reſtituer à la patrie un plus grand
nombre de citoyens. On donne ici , pour
la première fois , le tableau des Noyés
morts , & de ceux qui ont été , pour ainſi
dire , reſſuſcités , pour mettre le Public à
portée de juger de l'avantage inestimable
de cette inſtitution. Ce tableau qu'on
donnera tous les ans , dans le tems que
la Ville renouvellera fon ordonnance en
faveur des Noyés , ſera diviſé en trois
claſſes . La première contiendra le nombre
des Noyés rappelés à la vie par les
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
fecours qui leur auront été adminiſtrés ,
la nature des ſecours qu'ils auront reçus ,
le tems qu'ils auront reſté dans l'eau , le
tems qu'on aura employé pour les faire
revenir ; & enfin , autant qu'il ſera poffible
, le détail de tous les moyens qui auront
été employés. Dans la ſeconde claffe,
on placera par date de fubmerfion , ceux
qui retirés de l'eau , auront reçu les ſecours
fans ſuccès. Et enfin la troiſième
comprendra le nombre des perſonnes
noyées ſur leſquelles on n'aura fait aucunes
tentatives , parce qu'elles auront paru
évidemment inutiles. D'après un tel expofé
, il fera facile de juger combien de
victimes de l'eau ont été ſacrifiées avant
cet établiſſement.
Le tableau des perſonnes noyées &retirées
de l'eau , depuis le 16 Juin 1772 ,
juſques & compris le mois de Mars 1773 ,
eſt ſuivi de différentes pièces publiées fur
les moyens de ſecourir les Noyés, & d'une
notice chronologique des livres , opufcules&
avis imprimés fur les Noyés , &
fur les ſecours qu'on peut leur donner.
Cet écrit eſt terminé par un avis que
nous croyons devoir inférer ici . On s'eſt
>>fait un devoir de rendre compte au Pu-
>>blie des ſuccès que la Ville de Paris a
JUILLET. 1773. 127
>> eus dès le commencement de cet éta-
>> bliſſement , & on ſe propoſe de ſatis-
» faire à ce même devoir tous les ans , en
>>admettant l'ordre qui a été ſuivi cette
» année , s'il n'eſt pas contredit ; on tâ-
>> chera de rendre ce compte le plus clai-
> rement qu'il fera poſſible , & en même
» tems de la manière la plus circonftan-
» ciée , afin qu'il foit plus utile. On in-
>>vite les Provinces à faire part des fuc-
» cès qu'on y aura éprouvés ; les faits
>dont on ſera inftruit feront inférés avec
» ceux de Paris ; mais on en fera un ar-
>>ticle ſéparé pour chaque Province , &
>> ils feront rapportés avec la plus grande
> exactitude. On s'adreſſera à M. Pia ,
>> ancien Echevin de la Ville de Paris ,
>> qui ſe fera un véritable plaifir de pu-
>>blier les ſuccès & les obfervations
>> qu'on lui fera parvenir. C'eſt , de ſa
>>part, une ſuite de l'obligation qu'il a
>> contractée en acceptant la charge de
>> directeur des ſecours en faveur des
>>Noyés , & il s'eſtimeroit trop heureux ,
» ſi , par le zèle empreſſé qu'il mettra à
>> cette publicité , & par la manière dont
>> il s'en acquittera , il pouvoit ſe flatter
>> de mériter les fuffragesde tous les hon-
>> nêtes gens , & leur faire interpréter en
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
:
» ſa ſaveur le ſens de l'épigraphe placée
>> au frontiſpice de cette brochure . »ر د
Examen de la Poudre , traduit de l'italien
par M. le Vicomte de Flavigny ;
in - 8°. avec figures. A Paris , chez
Ruault , libraire , rue de la Harpe , &
Jombert fils , rue Dauphine , 1773 .
Ce livre eſt traduit de M. d'Antoni ; il
préſente une théorie ſolide appuyée ſur
des expériences exactes. On y traite des
propriétés & de la force de la poudre ,
foitdans ſes élémens , ſoit dans ſon com.
poſé. Le même auteur a fait un Traité de
l'Artillerie pratique , des Inſtitutions phy.
fiques & méchaniques , & l'Artillerie militaire
que M. de Flavigny ſe propoſe également
de traduire. Il faut lire dans l'ouvrage
même cette ſavante théorie de la
poudre qui demande le ſecours du calcul
&des figures .
Le Chemin du Ciel , ou la Vie du Chrétien
, ſanctifiée par la Prière , par M.
l'Abbé Heſpelle , docteur de Sorbonne
&Curé de Dunkerque .
Nos vero orationi... inſtantes erimus.
Аст. 6.
JUILLET. 1773. 129
A Paris , chez Berton , rue St Victor ,
au Soleil levant ; Hériſſant , rue Neuve
Notre-Dame.
Cet ouvrage eſt dédié aux Dames Carmelites
de St Denis. Dans la crainte ,
>> dit M. l'Abbé Heſpelle , de bleſſer la
> modeſtie de l'Auguſte Princeſſe , qui
* par ſa retraite au Carmel , a donné à la
>>> France & à l'Univers étonné l'exemple
>>du plus parfait facrifice , je n'ai pas ofé
>>la ſupplier de laiſſer paroître ſous ſes
>>aufpices le livre que je prends la liber.
>> té de vous offrir. Ce livre eft extrait
• d'un grand nombre de recueils de ce
>>genre , & compoſé des prières les plus
affectueuſes , & les plus capables de fai-
» re naître & d'entretenir la piété de ceux
» qui defirent ſincèrement de travailler à
>> leur ſanctification . »
1
"
Catechisme d'Agriculture , ou Bibliothe
quedesGens de la campagne , danslaquelle
on enſeigne par des procédés
très fimples l'art de cultiver la terre ,
dela faire fructifier&de rendre les hommes
qui la cultivent meilleurs & plus
heureux . On y ajoint l'art de cultiver
les fleurs & les jardins potagers. A Paris
, chez Valade , libraire , rue St Jac
Fy
1301 MERCURE DE FRANCE.
ques , vis à vis la rue des Mathurins,
1773 .
On enſeigne dans ce livre par demandes.&
réponſes ce qu'il eſt le plus important
de ſavoir pour l'exploitation des
biens de campagne. Ony enſeigne encore
les devoirs du Chrétien en même tems
queles principes d'agriculture. C'eſt , dit
>>l'auteur , c'eſt donc à vos enfans , habi-
>>tans de la campagne , hommes que j'ef
>> time&que j'aime , que vous donnerez
>>ce petit livre. Je ne dis pas qu'il faille
>>le remettre entre les mains des maîtres,
nidans les écoles publiques pour le
>>f>aire enſeigner; il me ſemble qu'un
>>étranger s'acquitte trop mal de cette
>>fonction refpectable de donner à un
enfant de l'inſtruction & de la bonne
>> conduite. C'eſt au père à remplir ce
>> devoir qui eſt pour lui fi doux & fi im-
>>portant.
>>M>ais vous liſez peu,bons laboureurs,
>> braves gens : vous ne faurez peut être
>> ſeulement pas que ce livre exiſte ; &
>>quand vous le ſauriez , quelquefois la
>> dure néceffité ne vous réduit- elle pas à
>> vous retrancher juſqu'au néceſſaire & à
>>craindre la plus petite emplette ?»
Ilefpère du moins que MM. les Curés
JUILLET. 1773. 131
s'emploieront à répandre cet ouvrage, dont
M. Guettard , cenſeur royal , dit dans ſon
approbation que les principes en ſontbons
& fages , & qu'ils peuvent former unbon
laboureur , & un laboureur honnête homme.
:
Le Gage touché , hiſtoires galantes & comiques
, nouvelle édition revue , corrigée
, conſidérablement augmentée &
ornée de figures en taille-douce ; 2 parties
in 12. A Londres ; & fe trouve à
Paris , chez Muſier fils , libraire , quai
des Auguſtins , 17730
Une compagnie s'amuſe à la campagne
à de petits jeux , où l'on donne des gages;
&pour les retirer il faut conterune hiftoire.
Chacun dit fa nouvelle , & ces nouvelles
compoſent ce recueil, qui a été augmentéà
cette nouvelle édition. Cet ouvrage
eft connu & a été ſouvent réimprimé.
On trouve chez le même libraire les
aventures d'Abdalla , ou fon voyage à
l'iſſe de Borréo , traduction de l'arabe ;
nouvelle édition ornée de figures entailledouce;
2 vol. in 12 .
L'éditeur dit dans un avis que cette édi
tion , enrichie denouvelles figures , eſt la
Evj
132 MERCURE DE FRANCE.
traduction complette du manufcrit arabe
trouvé à Batavia par M. Sandiſſon . Elle eſt
augmentée de la ſuite des aventures d'Abdalla
pour arriver à Borréo , de ſa découverte
de la fontaine merveilleuſe dont
l'eau fait rajeunir , &de ſon retour à Delly,
où il rapporte àChah Jehan, ſon Souvrain
, de cette eau admirable,& s'embarque
de nouveau, par ſes ordres , pour Bathavia
, où il termine ſes courſes & fa
vie.
Cet ouvrage trouvera encore des lecteurs
qui s'amuſeront de récits , d'avenrures,
de génies, de fées, de géans & autres
hiſtoires merveilleuſes où l'imagination
aime quelquefois à s'égarer.
Fables nouvelles dédiées à Madame la
Dauphine par M Imbert , in 8 °. bien
imprimées &ornées.AParis , chez Delalain
, rue de la Comédie Françoiſe ,
-
1773 .
M. Imbert , avantageuſement connu
par ſon poëme élégant du Jugement de
Paris , entre dans une nouvelle carrière .
Le Public jugera du rang qu'il doit occuper
a côté de Lafontaine dans ce genre
d'autant plus difficile qu'il faut tous les
talens du počte , depuis le ſimple juſqu'au
JUILLE 1. 1773. 133
fublime , pour n'être jamais au- deſſus ni
au- deſſous du ſujet qu'il traite. Quelques
fables que nous allons rapporter donneront
au moins une légère idée de ce nouveau
recueil .
LES DEUX TORTUES.
Qui l'eûr penſé ? qui ne ſeroit ſurpris ?
Une Tortue & ſa commère ,
7
De la courſe un beaujour ſe diſputoient le prix.:
Des juges avoient été pris
Pour couronner la plus légère.
Bientôt las , ennuyé , le Tribunal bailla ;
Puis, fans mot dire , il s'en alla.
Elles courroient encore , ( autant qu'une Tortue
Peut courir ) fi tout près , la I inotte abattue
N'eût crié par deux fois .holà !
Arrêtez , arrêtez donc là.
Vos juges ont quitté l'arène;
Voulez- vous donc , vous , y coucher ?
Croyez- moi , reprenez haleine;
Mais avant de courir , apprenez à marcher.
LE CERF- VOLANT & LA COMÈTE.
Un Cerf-volant illuminé ,
Qui ſe croyoit au moins une Planète ,
Vit ſur ſa tête un jour une ardente Comète ,
Deſon corps lumineux fendre l'air étonné,
A
34 MERCURE DE FRANCE.
Attends ma ſoeur, attends, cria-t'il: c'eſt ton frère.
Je ſuis à toi ; je monte au hautdes cieux;
Je ſuis auſſi moi- même un afſtre radieux ;
De nos feux réunis enflammons l'atmosphère.
Alors , aidé du vent , il trace maints fillons ,
Monte , & rompant enfin le fil qui le feconde ,
Le nouvel aftre , en un marais immonde ,
Va pour jamais éteindre ſes rayons.
Mes amis , plaignons ſa ſottiſe ;
L'orgueil qui le perdit eſt auſſi notre écueil ,
Etj'ai toujours vu que l'orgueil
Etoit voiſin de la bêtiſe.
L'HOMME & L'ESPALIER.
Un mal-adroit particulier
Avoit, dans un enclos fertile ,
Des arbres qu'il vouloit unir en eſpalier.
Mais fitôt qu'il trouvoit une branche indocile ,
Il la coupoit fur l'heure , au lieu de la plier.
Enfin ſa ferpe indiſcrète
Coupe tant ſoir & matin ,
:
1
Qu'il voit bientôt mourir ſes arbres qu'il regrette,
Etqui pouvoient fans peine embellir fon jardin.
Tous ces rameaux , que du tronc il ſépare ,
Que l'étourdi vient arracher ,
Avec nos paffions , lecteur, je les compare
Il faut les diriger & non les retrancher
JUILLET. 1773. 135
RÉPONSE à la Lettre d'une Dame de
Picardie au sujet de l'Eſſai ſur le caractère
, les moeurs & l'eſprit des Femmes
parM.Thomas.
J'AI lu , Madame , la lettre que vous avez fait
inférer dans le premier volume de Janvier du
Journal Encyclopédique , au ſujet de l'ouvragede
M. Thomas , qui ne m'étoit pas encore tombé
entre les mains. Vous m'avez d'abord impoſé ,
peu s'en eſt fallu même que je ne précipitafle mon
jugement; tant la peinture que vous faites de votre
bonheur &de l'intégrité de vos droits avois
féduit mon imagination. Il étoit ſimple que je
crufſe que M. Thomas avoit attaqué cette égalité
entre les deux sexes ſur laquelle vous infiſtez
avec tant de complaiſance , &j'étois loin d'imaginer
que vous n'aviez pas lu fon ouvrage , ou
que vousy aviez vu précisément le contraire des
vérités qu'il y établit.
4 Une choſe ſeule m'a étéun peu ſuſpecte; j'ai
eru voir percer de tems à autre dans votre lettre
un peu d'orgueil de domination ; il m'a ſemblé
que vous aviez plus à coeur de faire connoître votre
époux par ſon aveugle dévouement à votre
égard que par les traits caractéristiques de
l'homme; & toutefois , Madame , il y a longe
tems que je tiens pour certain que les vertus fortesde
l'homme ne léparent ſes droits des vêtres.
que pour éviter qu'ils fe choquent en ſe rapprochant,
ou qu'ils ſe dénaturent enſe confondan,t
136 MERCURE DE FRANCE.
Chaque sexe a une deſtination morale parti
lière qui dérive évidemment de fon organiſation
phyſique ; & de ces heureuſes différences naît
T'harmonie ſociate , enforte qu'on ne peut pas
dire que l'homme ſoit plus parfait que la femme ,
ni réciproquement : il paroît au contraire que
leur perfection eſt purement relative ,& que les
deux sexes , quoique ſéparés en deux individus
phyſiques , ne forment pourtant qu'un tout moral
: d'où il ſoit que , plus ils chercheront à ſe
reffembler , plus ils perdront de leurs droits &de
leurs graces , & que le gain que chacun croira
faire ſera une perte réelle pour le bonheur & le
mérite de chacun , ainſi que pour la ſociété.
De la différence des sexes part le premier trait
moral qui ſépare le caractère de la femme de celui
de l'homme : il donne naiſſance à un faisceau
de linéamens qu'il appartenoit à M. Thomas de
fuivre au travers des routes ſinueuſes de l'ordre
politique où ils ſe ſont ſucceſſivement brifés ,
renforcés , voilés , dénaturés , fans qu'on pût
néanmoins les méconnoître entièrement ; je veux
dire que la femme, dans le premier voeu de la
nature , tient ſon pouvoir de ſes charmes & de fa
pudeur , & l'homme de ſa force & de ſon audace :
en quoi la femme paroît au premier coup-d'oeil
bien mieux partagée que l'homme .
Placée aufli près de la pudeur , la volupté ne
pouvoit s'expliquer que par la voix charmante
de cette douce&utile coquetterie , bien différentede
celle en vogue de nos jours , fi deſtructive
des plaiſirs &des vertus. J'oſe même ſoupçonner
, Madame , que la première a été un des charmesqui
vous a fi fort attaché votre époux.
Le ſentiment du plaifir , plus délicat dans les
JUILLET. 1773 . 137
femmes, a produit cette ſenſibilité exquiſe qui les
diftingue , & qui eft en elles l'origine detant de
vertus douces & fécondes en biens , qui conſolent&
embelliffent l'humanité , tandis que les vertus
vigoureuſes des hommes , & celles purement
négatives , la déſolent par l'autorité ou la fiétrif
fent par l'ennui.
Le peu de force phyſique départie à la femme
par la nature , la pudeur même dont elle lui a
fait préſent , devoient la rendre timide , & la
circonferire dans une vie paiſible & fédentaire.
Les couches , l'allaitement , les premières
années de l'enfance confiées à ſes ſoins , ne ponvoient
pas être compatibles avec une activité impatiente
, que le ſentiment d'une plus grande
forceque la fienne l'eût portée à exercer. Ainfi ,
j'oſerai répéter ce mot qui vous choque tant ,
Madame : oui , l'homme est né pour protéger la
femme , pour lui faire une enceinte de fon courage,
& pour raſſembler autour d'elle tous les
fecours qu'elle ne peut aller chercher au - dehors.
Mais la nature , en vous donnant dans votre
défenſeur un ami tendre & un amant soumis, n'at'elle
pas ménagé fuffisamment votre amourpropre
? La reconnoiſiance pourroit - elle vous
peler , tandis que vous avez entre les mains le
précieux dépôt des délices domestiques & les liens
facrés de la famille ? Oh ! quelle gloire & quelle
Latisfaction pour une femme lorſqu'elle peut le
dire :j'ai fait de ma maiſon un temple décoré de
mes mains , & j'y fuis adorée comme une divinité
bienfaifante ; j'ai mis à portée de mon mari
les plus touchans plaiſirs de la nature , le raviflement
de l'amour, les larmes de la tendreſſe , la
douceur & la fûreté de l'amitié , l'effuſion de la
138 MERCURE DE FRANCE.
confiance ! Que je fixe mes yeux ſur cet époux aimé,
je ſaiſis dans les fiens l'expreffion d'un tendre
reſpect; queje me retire en moi- même , j'y repofe
dans le fanctuaire d'un coeur pur ; que je m'éveille
fur mon exiſtence extérieure , du ſein de la félicité,
j'entends les traits de l'envie qui ſe brifent contre
les murs ſacrés de ma maiſon : ſi j'en fors , je vois
le defir même qu'éveille ma beauté ſe cacher lous
un reſpect timide , la licence ſe déconcerter , la
vertu ſeule ofer me fourire , & , ce qui peut- être
eſt plus fatisfaiſant encore , je marche aux cris de .
bénédictions des malheureux dont j'ai effuyé les
pleurs amers , & qui répandent des larmes de
joie&de reconnoiffance .
Ah! que ſous cet aſpect le lot de la femme paroît
préférable à celui de l'homme l'une jouit
d'un paradis qu'elle a créé & d'une gloire qui n'eſt
qu'à elle ; l'autre , emporté dans le tourbillon des
affaires , en eſt toujours froiflé , ſans toujours
avancer vers le but; ou s'il y parvient , ce n'eſt
qu'au prix de ſon bonheur & de ſon repos : loumis
en tout aux fantaiſies de la renommée , ſouvent
elle ne ſe fait qu'un jeu de dérober le bien
qu'il a fait&degroffir ſes fautes les plus légères :
s'il viſe au rang ſuprême , que de malheurs , que
de dévaſtations , que de ſang marquent les traces
de fon courage ambitieux !
Le premier phénomène politique que l'on obſerve
, en ſuivant les femmes dans l'hiſtoire, c'eſt
leur ſenſibilité exaltée , triomphant de leur timidité
naturelle : ainſi dans ces gouvernemens ſérieux
où les moeurs domeſtiques ſe ſont confervées
pures , enhardies par l'amour à défendre ce
qu'elles avoient de plus cher , on les a vues tremper
leurs mains délicates dans le ſang , & frémir
JUILLET. 1773. 139
de leur victoire : dans les Républiques où le courage
militaire a été pouflé à l'excès , toujours avides
d'eſtime & capables d'élévation , n'ont - elles
pas ſouvent renvoyé leurs maris & leurs enfans à
une mort certaine qu'elles ſe réſervoient en fecrer
? A Sparte , où le législateur avoit fu fondre
dans l'intérêt de l'état non- feulement le moi individuel
, mais encore le moi domeſtique , les femmes
n'étoient pas moins que les hommes dévouées
àce renoncement héroïque. Lorſque le Roi Agis
tenta de rétablir la difcipline de Lycurgue , elles
furent des premières à laifir ce projet avec ardeur.
Quel plaifir de les voir , dans les annales romaines
, porter le deuil de Brutus, défarmer Coriolan ,
&donner à Brennus leur or & leurs bijoux pour
la rançon de leur patrie !
Ainsi un coeur ſenſible , de concert avec une
vive imagination , a pu inſpirer à des étres foibles
ce courage que les hommes tiennent du ſentimentde
leur force ; avec cette différence , à l'avantage
des femmes , que celui des hommes altier&
féroce ne cherche ordinairement à s'exercer
quepour ſe rendre compte de ſon pouvoir, & que
celui des femines , toujours animé par le bien de
la famille ou celui de l'état , n'a eu pour objet
que de ſemer les fleurs de la paix fur le champ
d'une noble réſiſtance .
Mais fi la ſenſibilité des femmes n'a produit
que d'excellens fruits , ou du moins fi elle ne s'eſt
altérée que difficilement , il n'en eſt pas de même
du ſentiment de pudeur qui l'accompagne. Obligées
de feindre le mépris pour ce qu'elles priſent
le plus , & de n'attaquer qu'en fuyant , cette coquetterie
naïve , mais délicate , étoit tout près de
ſecorrompre: la néceſſité de cacher ſes deſirs con.
140 MERCURE DE FRANCE.
duit à cacher ſes penſées , & porte enfin àdéguifer
les unes & les autres. Telle est la diſſimulation
tant reprochée aux femmes , ce n'eft que la dépravation
de leur inſtinct originel ; dépravation
qui a ſa ſource dans nos brillantés ſociétés tant
vantées par M. de Montesquieu ; leur coeur s'y
eſt gâré , leur imagination s'eſt égarée ; il a fallu
voiler ſes erreurs , paroître reſpecter des noeuds
qu'on outrageoit, & ménager l'orgueil d'un mari ,
lors même qu'on ne craignoit plus rien de ſa tendreſſe:
l'amour mutuel des sexes a perdu en intenſité
ce qu'il a gagné en ſurface; le bonheur a
fui avec la vertu ; ce n'est jamais impunément
qu'on trompe la nature.
A Rome , on vit la corruption de l'Etat & celle
des familles marcher du même pas : elle fut à ſon
comble ſous les Empereurs; & les loix fur la
ſainteté des mariages que des Princes philoſophes
tentèrent de faire revivre , échouèrent, faute
de priſedans les moeurs générales ; d'ailleurs les
abus étoient fi multipliés que l'exécution de ces
loix eût paru plus atroce que ne paroiffoientdangereux
des vices qui le déguiſoient dès lors ſous
de beaux noms , & qu'on pardonnoit déjà dans
les autres pour ſe les faire pardonner à ſoimême.
Cependant parmi les Barbares qui ſortirent du
Nord , on peut déjà remarquer le germe de cette
folie fublime appelée Chevalerie , qui a fi longrems
ſuppléé en Europe à des principes plus ſages
ou plus naturels qui n'exiſtoient plus. Le reſpect
religieux que les hommes pertèrent aux femmes
honora les uns & les autresS: les divinités parurent
dignes de l'encens qu'on leur prodiguoit :
dette courtoiſie fondue dans nos moeurs en fut
JUILLET. 1773 . 141
long-tems la fauve-garde; mais l'eſpritde fociété
introduit par François Premier , par ce Prince
qui tenoit encore à la partie héroïque de la Chevalerie
, commença de donner atteinte à la galanterie
qu'elle avoit fait naître on la voit ſe perdre
peu à- peu dans les règnes ſuivans ; & c'eſt
dans les fêtes galantes & romaneſques de Louis
XIV qu'on en ſaiſit les dernières nuances ; le mor
eſt reité , la choſe a diſparu , & ce commerce
froid, léger& perfide qui l'a remplacée, eſt autant
propre à deflécher & à avilir les ames , qu'elle
devoit les épurer , les nourrir & les élever .
Oferois- je le dire , Madame Dans ce ſiècle- ci
faire l'éloge de la femme , eſt peut être la ſatyre
des femmes; c'eſt ce que M. Thomas ne pouvoit
éviter : j'admire plutôt l'art qu'il a mis à adoucit
certains traits qui auroient pu choquer, ſans énerver
ceux qui forinent la phyſionomie du beau
tableau qu'ilnous préſente ,
1
Loin donc , Madame , que M. Thomas , ni
qu'aucun homme raisonnable prétendent condamner
les femmes à l'ignorance , par - tout il
démontre que nous gagnerons à les éclairer, mais
il y a des lumières ſures &des lumières qui éga.
rent , des connoiſſances vaines & des connoiſlan
ces utiles , une philofophie ſage & une philofophie
folle , & il n'eſt rien de bon que la raiſon
perfectionnée ; ſon premier pas ſe dirige vers
l'utile; ſa première réflexion le préſente comme
inſéparable de la deſtination du sexe : les femmes
ne doivent donc rien ignorer de ce qui est relatif
au genre de vie que la nature & la ſociété leur
ont affligné ; ſcience précieuse & plus étendue
qu'on ne croit , qui conduit à la félicité par la
route des vertus , & ne ſe borne pas uniqueneng
àune théorie babillarde & d'oftentation,
142 MERCURE DE FRANCE.
Voilà, ce me ſemble , Madame , la borne qu'on
ne doit pas perdre de vue , quand on veut ne pas
s'égarer dans cette importante queſtion , toujours
fi embarraſlante ou ſi frivole , lorſqu'on ne s'appuie
ſur rien; mais ſi ſimple en effet , quand on
l'examine ſéricuſement & lans préjugé.
Cette distinction même entre les genres des
connoiflances de l'eſprit n'eſt pas moins importante
pour les hommes que pour les femmes ; le
principe eſt ſtable , il n'y a que les objets qui
changent. Lafemme n'a jamais qu'un état , celui
d'épouse&de mère : l'homme au - contraire eft
appelé à différens emplois ; mais celui qui néglige
des lumières précieuſes pour courir après ces
bluettes qui luiſent ſans éclairer , & après des
riens qu'on traite ſérieuſement , n'eſt pas moins à
blâmer que ces femmes dont le Ménandre François
a ſaiſi le ridicule , qui paſloient , à diſtiller la
métaphyſique de l'amour, un tems qu'elles déroboient
à des devoirs reſpectables .
Il paroît maintenant aſſez inutile d'examiner:
ſi les femmes ſont capables ou non , de l'esprit
philofophique qui médite , de l'esprit d'imaginazion
qui crée ,&de l'esprit politique ou moral qui
gouverne;puiſqu'engénéral il eſt très vrai qu'el
les n'ont àméditer que leurs devoirs , à raffembler
de faits que ceux qui les touchent de plus
près , àimaginer que le bonheur dans la vertu ,
&àgouverner que leur maiſon. Si la nature les
a auffi heureuſement bornées , avouons - le de
bonne foi , elles lui en doivent de la reconnoiffance;
fur- tout fi elles conſidèrent qu'en privant
leur eſprit d'un eſſor qui les eût tranſportées
horsde la ſphère du bonheur , elle a doué leur
ame de toute l'énergie qui pouvoit les élever audeſlusde
leur sexe &même au-deſſus du nôtre.
JUILLET. 1773. 143
Ce n'eſt pas , Madame , qu'il ne me reſte quelquedoute
ſurla meſure de leur eſprit. Pour qu'on
pût la connoître , il faudroit qu'il eût été auffi fortement
ſecoué , auſſi vivement intéreſſe; en un
mor , qu'il eût ſubi les mêmes épreuves que leur
ſenſibilité. Comme épouses , comme citoyennes ,
elles ne pouvoient échapper aux mouvemens qui
agitoient le corps ſocial; ainſi dans les Républiques
leur ame agrandie a connu l'héroisme; mais
leur eſprit a t'il eu la même part dans celle des
lettres? Ne ſemble - t'il pas même qu'on ait pris
ſoin de les en écarter , comme autrefois elles éloignoient
les hommes des myſtères de la bonne
déeſſe: Et lorſque de tems à autre elles ont ofe
pénétrerdans letemple des arts , ne les yavonsnous
pas accueillies d'une politefle de protection &
de ſupériorité plus propre à intimider leur émulation
qu'à fatisfaire leur vanité ?
Si pluſieurs femmes ſavantes ont reçu des éloges,
ils paroiflent dictés par une admiration qui
tient de l'étonnement : on ne leur en ajamais plus
accordé qu'au tems de la renaiſſance deslettres ,
c'est- à-dire, lorſque l'eſprit même des hommes
n'étoit guère que de l'eſprit de mémoire. Les progrès
incroyables que les femmes ont faits alors
dans les langues & l'érudition , ſemblent prouver
qu'elles ont au moins la plénitude de cette forte
d'eſprit. De ce qu'elles n'ont pas fait une tragédie
comme celle de Phèdre , un poëme comme celui
de Milton , un ſyſtême comme celuide Newton ,
un livre comme l'eſprit des loix , &de ce qu'elles
n'on pas donné des Miniſtres comme les Sugers &
lesSulli, onne peut rien en conclurede certain.
Pour diffiper nos doutes à cet égard , il faudroit
qu'elles fortiffent & voyageaflent allez pour re
cueillir des images fortes, que les lectures vigou
$44 MERCURE DE FRANCE.
reuſes leur fuſſent autant permiles qu'elles ſemblent
leur être interdites , qu'elles ſe trouvaſſent
àportée d'éprouver ce mêlange de paſſions qui
rend quelquefois l'amour ſi terrible & fi théâtral ,
jeveux parler de l'ambition &de la vengeance qui
naiſſent des poſtes & des honneurs auxquels il
n'eſt pas permis aux femmes d'aſpirer : il faudroit
encore qu'on leur confiât plus ſouvent les rêues
du gouvernement , qu'elles entraſſent dans les
conſeils &dans les ſénats , & fur- tout qu'en leur
ouvrant la lice des arts , on les admît à l'égalité
deconcurrence , qu'on lesy encourageât avec aurant
de zèle que peut-être nous mettons de rue
à lesy faire trébucher. Alors ſeulement on ſausoit
avec quelque préciſion ce dont leur eſprit eſt
capable. Mais que l'expérience ſeroit dangereuſepour
elles&pour nous ! Tout le mal vient de ce
qu'elles fortent de leurs maisons , & nous les ferions
fortir de leur sexe.
Ici , Madame , je dois vous prévenir... Vous
alliez peut- être m'accuſer de vouloir cloîtrer les
femmes : mais , de grace , les faire régner chez
elles , ſeroit- ce les cloîtrer ? Leur faire chérir le
commerce ſocial dans leur famille , ſerait- ce leur
interdire la ſociété ? Ce ſeroit plutôt les ramener
dans ſon ſein ; & n'eſt - ce pas un abus révoltant
d'honorer de ce beau nom ces aflemblées froides ou
tumultueuſes où l'ennui ſe dévore fous le maſque
incommode de la gaieté.
Voilà , Madame , ma manière de voir ſur la
fameuſe thèſe des femmes. Je pourrois dépeindre
les agrémens de ma vie domeſtique , comme vous
avez dépeint ceux de la vôtre mais de ce que
yousjouillez en Picardie du bonheur que je goûte
dans un coin de l'Auſtrafie , il ne réſulte rien qui
puids
JUILLET . 1773. 145
puiffe atténuer des principes généraux. Je vous
félicite , comme ſans doute vous me félicitez ;
mais donnons notre ſecret au Public : nous ferons
plus heureux , quand nous ne le ſerons pas ſeuls . Il
n'y avoit guère qu'un homme du vol de M. Thomas
, & un provincial agreſte comme moi , qui
puflent, quoique par des raiſons bien différentes ,
s'expliquer auffi librement. Je ne me pique pas
d'avoir adouci mes teintes avec autant d'art que
lui. Je vous avoue pourtant ,Madame que j'aurois
eſlayé de répandre une nuance de galanterie dans
de ſtyle de cette lettre , ſi la célèbre aventure de
Mlle de la Vigne ne m'avoit fait craindre de perdre
les frais d'une voix de fauſſet &d'un air dou-
-cereux , pour ne parler qu'à un homme.
Quoiqu'il en ſoit , Madame , ou Monfieur , je
dois vous le dire, & c'eſt par où j'aurois dû commencer
; toute votre lettre ne ſuppoſe que la lecture
des deux premières pages du livre de M.
Thomas , & encore vous êtes- vous mépris ſur leur
vrai fens : cette légèreté & cette inattention qui
vousontfait prendre pour principes ce qui n'étoit
que purement hiſtorique , m'éclairent peu fur votre
vrai sexe , dans un tems où les hommes ne lifent
pas mieux que les femmes. Je vous ſupplie
de relire ces deux pages: vous y verrez que M.
Thomas ouvre la ſcène par une peinture fortede
l'eſclavage des femmes en Orient , de leur dur afſerviſſement
chez les Sauvages , & même des entraves
que nos loix leur ont données : mais s'il
s'écrie alors qu'elles paroiſſent placées entre le
mépris & le malheur , ayez la complaiſance de
tourner le troiſième feuiller , vous y verrez le
beau sexe réclamer la liberté & l'égalité par des
raiſons triomphantes. Cette juſtice ſeroit ſans
I. Pol.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
doute undes meilleurs fruits de la philoſophie;
mais avouez qu'il faudroit d'abord que les femmes
en paruſſent dignes , en un mot , qu'elles
reſſemblaiſent davantage à ce portrait ſublime de
la femine , telle qu'elle devroit être dans ce ſièr
cle-ci ; portraitqui termine l'ouvrage de M. Thomas
, & fur lequel je vous prie de jeter les yeux :
yous vous y reconnoîtrez ſans doute , ſi vous
n'êtes pas un homme , & dans ce dernier cas , à
moins que vous ne ſoyez dévoué à l'aride exiſtence
d'un célibataire , vous reconnoîtrez à coup- fûr
la compagne que vous choiſiriez , & dont votre
eſprit adore déjà l'image.
Au refte , Monfieur , s'il y a un reproche à faire
àM. Thomas , au ſujetdeſoneflai fur lleecaractè.
redes femmes , que je viens de lire deux fois de
fuite avec raviſſement , c'eſt qu'il a traité cette
matière plutôt en orateur qu'en philoſophe moralifte:
il est vrai qu'une marche didactique eût
moins plu , & que l'air de cenſeur eût choqué.
Après - tout , ſon charmant ouvrage en dit allez
pour un lecteur ſenſé comme vous l'êtes , & at
tentif comme vous pourtiez l'être , qui voit la
conféquence dans le principe , le principe dans les
faits,&la chaînedes idées à travers l'agrément qui
les couvre. Selon moi , ce livre contient les germesde
pluſieurs excellens ouvrages; il me paroît
très propre à mettre les eſpritsen fermentation
furun ſujet qui étoit preſque neuf, quand M.
Thomas a olé le traiter.
J'ai l'honneur d'être , &c.
!
Le Baron DE T,
JUILLET. 17736 147
-
ACADÉMIE
DE LA ROCHELLE.
L'Académie royale des Belles - Lettres
de la Rochelle tint ſon aſſemblée publique
les Mai ; M. Raoult, Directeur ,
en fit l'ouverture par un Difcours dans
lequel il fit voir combien la protection qus
les Souverains accordent aux Lettres & aux
Arts influentfur leur réputation.
M. de Longchamp lut enſuite un Effai
furnos moeurs comparées avec celles de nos
peres. Ce morceau fut fuivi d'un difcours
de M. Bernon de Salins , dans lequel it
prouve que la mobilité des usages relat fs
aux habillemens tient effentiellement à la
conftitution des Etats Monarchiques. M.
Delairelutenfuite desRemarquesfur l'introduction
de l'inoculation à Nantes par
M. de Montaudouin, Négociant à Nantes ,
affocié. M. Arcere , correſpondantdel'Acai
démie royale des Inſcriptions & Belles
Lettres, a terminé la féance par la lecture
d'une Ode fur le luxe du fiècle.
L
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
SPECTACLES.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE royole de muſique continue
avec ſuccès les repréſentations de
Zelindor , Roi des Silphes. Mlle Arnould
fait toujours le plus grand plaifir par le
charme de ſon chant, & par les graces &
l'expreffion de ſon jeu. Il faut rendre également
juſtice au goût & aux talens de
M. le Gros . Mlle Heinel , de retour de
Londres , où elle a été très applaudie , a
été accueillie avec tranſport lorſqu'elle a
reparu ſur ce théâtre. Elle ſemble avoir
encore perfectionné ſon talent , & elle
paroît avoir acquis plus de fûreté , de
force & d'élévation dans ſa danſe . Elle a
exécuté pluſieurs entrées, ſeule & avec M.
Veftris .
On a ſubſtitué à l'acte d'Iſmène le prologue
de Platée , muſique de Rameau ;
& Théonis , ballet en un acte très- connu ,
dont les paroles ſont de Poinſinet , & la
muſique de MM. Trial , Berton & Garnier.
Les principaux rôles ſont parfaitement
remplis dans cet acte par M. & Mde
JUILLET. 1773. 149
2
Larrivée. Le ballet eſtde la compoſition
très - ingénieuſe de M. Gardel , & il y
danſe lui-même avec beaucoup d'applaudiflement.
Monſeigneur le Dauphin & Madame
la Dauphine ont aſſifé à ce ſpectacle à
Paris le mardi 1s Juin , & l'on peut dire
qu'ils formoient eux- mêmes le ſpectacle
le plus intéreſſant & le plus délicieux
pour le Public , empreſſé de jouir de
l'honneur de leur préſence , & de leur
rendre ſes hommages.
COMÉDIE FRANÇOISE.
On a donné, fur ce théâtre , quelques
repréſentations d'Hylas & Sylvie , paltorale
en vers de M. Rochon de Chabannes
, qui a été revue & applaudie avec le
même plaiſir que dans ſa nouveauté.
Les Comédiens ontdonné une repré
ſentation du Siége de Calais , tragédie de
M. de Belloi , &de la petite comédie du
Legs, le 23 Juin 1773. Monſeigneur le
Dauphin & Madame la Dauphine ont
honoré & embelli de leur préſence ce
ſpectacle , qui n'a jamais été vu avec plus
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
d'empreſſement, & qui n'a jamais paru
plus intéreſſant&plus brillant.
Op a remarqué avec ſenſibilité que
Monſeigneur le Dauphin & Madame la
Dauphine ont été principalement affectés
dans cette tragédie des traits qui développent
leurbienfaiſance& leur attachement
pour le Roi & la Nation. Ils ont particulièrement
applaudi ces vers .
Rendre heureux qui nous aime eſt ur ſi doux
devoir!
Pour te faire adorer tu n'as qu'à le vouloir.
• • •
Etcesvers fi bien adaptésà la circonf.
tance.
Le François dans ſon Prince aime à trouver un
frère
Qui , né fils de l'Etat , en devienne le père.
Er cet avertiſſement adreſſé à tous les
Souverains.
Veillez ſur vos ſujets dans lerang le plus bas;
Tel qui , ſous l'oppretleur , loin de vos yeux cxpire
,
Peut- être quelque jour eût ſauvé votre empire.
-L'extrême ſenſibilité que Monseigneur
:
JUILLET. 1773. ist
le Dauphin a marquée , quand on a prononcé
ces trois derniers vers,fait trop l'éloge
de fon ame pour que toute la Nation
n'en ſoit pas inſtruite .
Le Siége de Calais a été remis au théâ
tre depuis quelque tems ; le Public y eſt
venu avec affluence , & il a étérevu avecun
plaiſir nouveau. C'eſt à cette occafion que
Monſeigneur le Dauphin & Madame la
Dauphine ont demandé cette pièce. L'au .
teur , M. de Belloi , a eu l'honneur de
leut être préſenté après la repréſentation ;
& il a reçu de ces auguſtes Epoux des
louanges & des témoignages de leur fatisfaction
, qui font la récompenſe la plus
flatteuſe des travaux & des ſuccès d'un
homme de lettres François.
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ordinaires du
Roi ont donné , le lundi 14 Juin , la première
repréſentation de l'Erreur d'un moment
, ou la Suite de Julie , comédie nouvelle
en un acte , mêlée d'ariettes.
Catau , fille de Michaux , & le jeune
Lucas , que l'on a vu dans la comédie de
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Julie , heureux époux , ont perdu leur père
qu'ils regrettent; ils ont un enfant que Catau
berce & endort par ſon chant, en attendantle
retourdefon mari. Elle lui prépare
ſon petit repas ; il revient plein de joie . Le
plaiſir de revoir ſa femme &d'embrafler
ſon fils lui fait oublier toutes ſes fatigues.
Ils déjeûnent avec gaîté. Mais Lucas
fort bientôt pour aller ſecourir le fermier
voiſin qui a été réduit à la misère
par le feu , & qu'un propriétaire avare
pourfuit avec rigueur. Il lui porte tout
fon argent , fruit de ſon travail. Durant
fon abfence , la Fleur , valet de chambre
du Comte de St Alme , vient trouver Catau
de la part de ſon maître qui en eſt
fort amoureux. Il lui laitle un biller plie
avec élégance. Catau interdite veut en
vain lui rendre ſon papier. Il est déjà bien
loin. Lucas arrive, tranſporté du plaifir
d'avoir foulagé une famille malheureuſe
. Il faut l'entendre faire la deſcription
de ce fermier , de ſa femme & de
ſes petits- enfans d'abord accablés de douleur
, & reffufcitant enſuite à l'eſpoir &
au plaiſir, par le ſecours imprévu que Lucas
leur préſente. Catau ne diffimule pas
à ſon mari le meſſage de M. de St Alme ;
elle lui donne ſon billet qu'elle n'a pas
JUILLET. 1773. 153
même déployé . Lucas augure mal de ce
billet lorſqu'il n'y voit pas de ſignature
; il le lit avec indignation. Il conçoitdes
ſentimens de vengeance ; mais ,
plus calme enſuite , il penſe que l'étourderie
ſeule peut lui avoir inſpiré cet
amour : il engage ſa femme à lui répondre
,& dicte lui-même la lettre. Il lui fait
interpréter bien différemment ſes fentimens
; elle le remercie de ſa bienveil
lance &de ſa protection. Elle lui donne
même le rendez- vous qu'il demande , en
choiſiſlant l'heure où fon mari doit être
abſent. Cette réponſe écrite , Lucas lá
tortille ſans façon , & fa femme fort pour
la faire porter à M.le Comte deStAlme.
Tandis qu'il eſt feul , arrive Julie ou Mde
la Comteffe , avec ſa femme-de chambre;
elle n'oſedire le ſujer de ſon inquiétude
Lucas la laiffe quelques momens dans
l'incertitude , & lorſqu'elle eſt prête de
fe retirer , pleurant l'infidélité de fon mari
, cet honnête payfan la raſſure en lui
contant tout ce qui s'eſt paffé , en faiſant
connoître les ſentimens de Catar , bien
éloignée d'un amour criminel. Catauellemême
netarde pas à la délivrer de toutes
fes peines. Cependant on apperçoit le:
Comte deSt Alme qui s'empreffe deve
154 MERCURE DE FRANCE.
Dir au rendez-vous que lui a donné Catau.
On projette fur le champ qu'elle le
recevra ſeule , & qu'elle avertira , quand
elle voudraque Lucas & Julie paroiffent.
Le jeune Comte déclare fon amour à la
jeune payſanne. Elle lui repréſente combien
il eſt injuſte & cruel de trahir une
femme aimable qui a fait ſon bonheur
malgré ſes parens , & de vouloir défunir
deux époux heureux . Le Comte tente inutilement
de l'éblouir par l'éclat de ſes
promeſſes. Il veut l'embraſſer ; elle jette
un cri. Lucas ſurvient. Le Comte eſt interdit&
confus. Le mari lui repréſente
les ſuites affreuſes de fon procédé qui canferoit,
fi la vertueuſe Catau avoit la foibleſſe
de l'écouter , le malheur & la mort
de Julie ſa bienfaitrice , le défefpoit &
Ja perte de lui Lucas , & l'abandon d'un
enfant, qui né de leur amour , n'auroit
plus d'appui . Le Comte veut prendre un
ton impoſant : Lucas le confond en lui repréſentant
fon billet , & lui déclare que
s'il lui doit le reſpect, il ne lui doit pas fa
femme. Il lui rappelle que ce n'étoit point
là ce qu'il leur avoit promis , lorſqu'avec
Jeur bon père Michaux,ils avoient été au
château de Marfange,& avoient détermi
népar leur rufe& par leur zèle le père de
JUILLET. 1973. 155
Julie àcombler ſes voeux. Le Comte s'attendrit
, & ſe repent de ſa faute. Julie paroît
: ilſe jette à ſes pieds& reprend l'engagement
de réparer ſes torts, & de lui
faire oublier l'erreur d'un moment.
Julie , aſſurée déſormais des ſentimens
&de la tendreſſe de ſon époux , promet
d'obtenir de ſes parens la liberté d'aller
enſemble jouir des plaiſirs de la capitale.
Julie & St Alme promettent à leur tourde
partager avec Lucas &Catau le bonheur
&l'aiſance qu'ils doivent à leurs vertus
&à leur zèle.
Cette comédie * eſt de M. de Monvel,
acteur de la Comédie Françoiſe,qui montre
beaucoup de talent pour la ſcène , &
de génie pour legenre dramatique. Cette
pièce fait honneut à fon efprit & à fon
coeur. Elle est très-bien écrite ; c'eſt une
école des moeurs : le caractère de Lucas
eſt parfaitement deſſiné& foutenu avec
beaucoup d'art& de vérité . Il y a un mêlange
de morale , de comique & de pathétique
qui excitent le ſentiment , les
ris & les pleurs. Cette fuite n'eſt pas fi
gaieque la comédie de Julie , ce qui a pu
*Cette comédie eft imprimée, & fevend 24L.
chez la V. Duchesne,libraire ,rue St Jacques,
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE
1
faire dire par un amateur de la comédie:
Monvel renonce à faire rire
Et donne dans le larmoyant : -
Faſle le Ciel que ce délire
Ne ſoit que l'erreur d'un moment!
:
Cependant l'auteur ſemble avoir plus
approfondi ſon ſujet dans certe comédie
&être deſcendu plus avant dans le coeur
humain.
La muſique , qui eſt de M. Deſaides
abeaucoup de chants agréables ; & pluſieurs
grands airs ſont d'une excellente
facture..
Cette comédieeſt ſupérieurementjoué.e
par M. Clairval qui repréſente Lucas. Il
ajoute encore par ſon jeu au pathétique ,
à l'intérêt & à l'expreſſion de ſon rôle.
Mde Trial rend , avec des graces naïves
&beaucoupde ſenſibilité , le rôle de Catau.
Mde Billioni eſt applaudie dans le.
rôle de Julie , & M. Julien dans le rôle
du Comte. Les autres rôles font auſſi très.
bien remplis par M. Trial & par Mde.
Moulinghen..
L On a revu avec plaifir fúr ce théâtre.
pluſieurs repréſentations de la repriſe des
deux Avares , opéra bouffon de M. de
Falbert, & muſique de M. Gretry . On ſe
rappelle avec plaiſir , avec quelle vérité
JUILLET.. 1773. 25.7
& quelle expreſſion admirable MM. Laruette
& Nainville rendent les rôles trèscomiques
& très - pittoreſques des deux
Avares. Ce drame a beaucoup gagné par
les changemens heureux & les retranchemens
que M. de Falbert a faits dans le
poëme , & par une muſique neuve & expreſſive
que M. Gretry a ajoutée à cette
repriſe. Il a augmenté ſa partition d'environ
trente planches de gravure . Ce fupplément
a principalement contribué au
ſuccès de cette repriſe , & complette la
muſique ſi délicieuſe , ſi originale, ſi pantomime
de cette compoſition . On trouve
la partition nouvelle- aux adreſſes ordinaires
de musique.
On a encore revu avec plaiſir à ce théâ
tre Toinon & Toinette , comédie en deux
actes , de feu M. Desboulmiers , muſique
de M. Goffec ; & Raton & Rofette , paro
die de M. Favart.
Le mardi 29 Juin , les Comédiens Italiens
donnèrent Arlequin & Scapin rivaux
, pièce italienne , & le Déserteur
comédie avec ariettes que virent Mgr le
Dauphin & Madame la Dauphine. Dans
leDéserteur, le vive le Roi de la fin dela
comédie fut applaudi par Monſeigneur le
Dauphin &Madame la Dauphine , & res
138 MERCURE DE FRANCE.
pris en chorus par le Public qui partageoit
leurs ſentimens & leur piété filiale pour
Louis le Bien- Aimé.
M. Caillot , célèbre acteur , malheureuſement
retiré de ce théâtre , y eſt reparu
par extraordinaire pour rendre le
ſpectacle plus complet , & a joué le rôle
duDéferteur.
ARTS.
GRAVURES.
I.
Lepetit Pont ruiné.
Le petit Rocher.
Deux estampes en pendant de fix pou
ces de hauteur , & de 8 de largeur. Elles
repréſentent des payſages on vues agréables
gravées avec délicateſle d'aprèsZingg,
par P. J. Decret. Prix , 12 f. chacune , à
Paris , chez l'auteur , rue du Fouare.
II.
Portrait de J. B. Poquelin de Molière."
Ce portrait , nouvellement acheté par
la Coinédie Françoiſe , eſt peint par le
JUILLET.
1773. 159
célèbre Sébastien Bourdon , & peut être
mis au rang des chefs - d'oeuvres de ce
maître , qui, comme on le fait , a excellé
dans pluſieurs genres de peintures, & notammentdans
le portrait.
Molière eft repréſenté à l'âge d'environ
trente ans , ( qu'il s'adonna au travail du
théâtre) méditant dans ſon cabinet : la
vivacité de ſes yeux ſemble manifeſter
le feu que ce grand poëte avoit dans
l'ame.
Ce tableau eſt deſtiné àorner le foyer
de la Comédie Françoiſe dans le nouvel
hôtel qui va être inceſſamment conſtruit ,
les Comédiens n'ayant pas de place commode
pour l'expoſer dans la ſalle qu'ils
occupent actuellement. Il étoit depuis
long tems dans le cabinet de M. l'Abbé
Allary , & c'eſt depuis ſa mort qu'il eſt
parvenu à la Comédie Françoiſe . On ſe
Hatte , avec raiſon , que les amateurs accueilleront
la nouvelle gravure de ceportrait
, qui eſt d'un travail précieux & fini ,
avecd'autant plus de plaiſir, qu'elle eft faite
par le fieur Beauvarlet , dont le burin a
déjà fon fuffrage Elle est dédiée à MM.
Les premiers Gentilshommes de laCham
bre.
Lagravure porte 17 pouces de haut fur
13 de large. Cette grandeur a été adoptée
166 MERCURE DE FRANCE.
comme étant d'une proportion amie de
l'oeil & propre à décorer les cabinets des
gens de lettres.
Le prix eft de 6 liv. A Paris , chez le
ſieur de Mailly , peintre en miniatureemail
, quai de ! Ecole , maiſon de M..
Dupont , près le Louvre.
II.
Les Préfens du Berger.
Les Sermens du Berger.
Deux eſtampes en pendant de 18 poucesde
largeur& 14de hauteur. Elles font
d'une compoſition agréable & galante ;
l'une de M. Boucher,l'autre de M. Pierre,
premier peintre du Roi ; & gravées avec
beaucoup de talent , de préciſion & de
fini par M. l'Empereur , graveur du Roi
& de Leurs Majeſtés Royale & Impériale
, qui en a fait l'hommage àMadame
la Duchefle de Villeroy & à Madame la
Ducheſſe de Villequier. C'eſt le même
attiſte qui a mis au jour les deux belles
gravures du Jardin de l'Amour de Rubens
, & du Feſtin Eſpagnol de Stewenst
Ces eſtampes ſe trouvent à Paris , chez
l'Empereur , rue & Forte St Jacques.
JUILLET. 1773. 161
MUSIQUE.
I.
Les quatre Saiſons Européennes.
PRREEMMIIEERR Récueil contenant les meilleurs
morceaux de chant , avec leurs parties
d'accompagnement qui ont été données
l'année dernière ſur les théâtres d'Italie
, d'Allemagne , d'Angleterre & de
Paris , & notamment ſur le théâtre de la
Comédie Italienne,avec des parties d'accompagnemens
faits pour lesdifférens inftrumens
, comme Harpe , guitarre , mandoline
& flûte ; terminé par le commencementd'un
traité de compoſition muficale
, le meilleur qui ait encore paru en
ce genre , qui mettra en deux ans de tems
tin amateur ou muſicien en état de compofer
parfaitement bien. Le tout ſuivant
le prospectus quia paru l'année dernière.
Dédié à Mgr le Duc de Caylus , Grand
d'Eſpagne de la première Claſſe , &c . Par
le ſieur Pietro Denis. Prix , 8 live A
Paris , chez M. Garnier , baflon de l'opé
, rue Saint-Honoré , même maiſon de
162 MERCURE DE FRANCE .
l'apothicaire près la Croix du Trahoir ,
aux adreſſes ordinaires de muſique .
1 1.
Traité de compoſition muſicale fait par
le célèbre Fux. On peut , en l'étudiant
avec attention , parvenir à bien compoſer
en très-peu de tems. Il fut entrepris par
ördre & aux dépens de l'Empereur pour
les Elèves d'Allemagne ; depuis il a été
adopté par M. Caffro , maître de muſique
du Roi & de la Reine de Naples , & du
Confervatoire royal ; il l'a traduit en italien
, & c'eſt aujourd'hui le ſeul livre
élémentairede compofition que l'on mette
entre les mains des Elèves de ce Confervatoire
; dédié à M. le Comte de Montaufier
- Cruffol , colonel du régiment
d'Orléans , &c . C'eſt ce même traité traduit
en françois par le ſieur Pietro Denis,
qui eſt préſenté au Public. Prix , 7 liv.
4 f. aux adreffes ci deſſus.
IIL
Ariette d'Orphée aux Enfers , avec ac
compagnement de harpe & clavecin , &
le choeur des Furies , par le fameux Clux
de Vienne , repréſentée ſur le théâtre de
JUILLET. 1773. 163
Florence en 1772. Prix , 3 liv. 12 f. aux
mêmes adreffes ci deffus.
I V.
Variations ajoutées à pluſieurs airs d'opéra
comiques pour le piano - forte & le
clavecin , dédiées à Madame la Marquiſe
de Grolier par M. Neveu , maître de
clavecin. Prix , 3 liv. 12 f. A Paris , chez
l'auteur , rue Royale, dans l'allée du Marchandde
tabac ;chez M. Bonin,marchand
de muſique &de cordes d'inſtrumens,rue
St Honoré près St Roch , & aux adreſſes
ordinaires.
: V.
Quatrième livre d'Ariettes choiſies,avec
accompagnement de harpe , foivies de
pluſieurs menuets & petites pièces pour
le même inſtrument ; dédié à Madame
de Bonneuil par J. C. Burkheffer , oeuvre
xr . Prix , 7 liv. 4 f. AParis , chez l'auteur
, rue des Foffés - Montmartre , la feconde
porte cochère en entrant par la tue
Montmartre , au Bureau d'abonnement
muſical rue des Deux- Portes St Sauveur ,
& chez Nadermann , Luthier ordinaire
de Madame la Dauphine , rue d'Argenteuil
St Honoré.
164 MERCURE DE FRANCE .
On trouve auſſi chez le ſieur Burkheffer
, à Colmar en Alface , les ouvrages du
fieur Burkheffer ſon frère , &la muſique
nouvelle dont il tient magaſin .
VI.
Addio de Londra alla Signora Heinel.
Adieuxde Londres à Mlle Heinel , le vendredi
3 Juin 1772 , après qu'elle eut
danſé la dernière fois au théâtre de
l'opéra dans Hey Marffet , cantate de
Jean Gualbert Bottarelli .
La muſique par M. Thomas Giordani ,
maître deChapelle Napolitain.
Cette cantate , dit M. Bottarelli ,n'eſt
pasunmonument vénal de flatterie , c'eſt
un hommage pur &dû à la vérité , à la
vertu , & au vrai goût ; c'eſt la voix publique
& véridique de l'Angleterre qui
honore les qualités perfonnelles & morales
de Mlle Heinel plusencore que ſes
talens.
2
Les paroles font italiennes & très- ingénieuſes.
La louange en eſt délicate , &
L'expreſſion poëtique & gracieuſe. La mu
ſique de M. Giordani eſt d'un chant délilieux
, piquant & varié.
JUILLET. 1773. 165
Cette cantate eſt gravée en grande partition
avec accompagnement & baffe
chifrée. Outre la gravure des paroles ſans
la muſique , on délivre encore un imprimé
à part qui renferme les vers italiens
& la traduction françoiſe. Le prix eſt de
3 liv. On en trouve des exemplaires chez
Lacombe , libraire à Paris , rue Chriftine.
ARCHITECTURE.
:
Cours de Géométrie- pratique , d'Architecture
militaire , de Perspective & de Payfage
, avec un dictionnaire des termes
d'Architecture , dirigés relativement
aux connoiffances eſſentielles que doivent
avoir dans ces quatre premiers
genres d'étude de deſſin , les jeunes
Gentilshommes deſtinés à l'état militaire
, par C. Dupuis , profeſſeur d'architecture
à Versailles , maître de deſ.
fin de MM. les Pages de Mgr le Comte
de Provence , & de la jeune Nobleſſe,
vol . in -4°- A Paris , chez Jombert ,
libraire , rue Dauphine ; Knapen &
166 MERCURE DE FRANCE.
Delaguette , libraires -imprimeurs , au
bas du pont St Michel ,
Les planches qui accompagnent ce livre
élémentaire d'environ 90 pages , ſont au
nombre de 14. La gravure en eſt préciſe,
exacte & convenable pour l'intelligence
des principes expoſés dans ce traité , &
pour guider l'artiſte qui veut opérer z
s'apprendre lui-même.
I I.
M. Caqué , Secrétaire du Roi , Archi
tecte du Domaine , & expert des bâtimens
du Roi , publie un projet pour la conftruction
d'un nouvel Hôtel Dieu,
Il propoſe de placer cet édifice dans
l'iſle des Cygnes; il fait connoître tes
avantagesde cette poſition ; il détaille fon
plan , il en fait voir la poſſibilité & la
diſtribution.
Les calculs faits de cette grande entrepriſe
la portent à dix millions ; l'auteur
s'eſt réuni à un citoyen verſé dans la parzie
des finances, qui a imaginé , dit- il, un
moyen de fonds pour ſubvenir à cettedé.
penſe,ſans exiger des ſecourstrop onéreux
du Roi &de ſes ſujets,
JUILLET. 1773. 167
III.
M.Dumont, Profeſſeurd'Architecture,
vientd'ajoûter à ſa collection des différens
théâtres, le pland'un Wauxhal en colonades
, portiques & galeries propres à tous
les genres d'amuſemens uſités dans ces
fortes de monumens. La gravure de ce
plan , ainſi que celle de deux pièces de
mécanique , propres à arrêter les progres
dufeu dans les falles de ſpectacles , peuvent
s'acquérir ſéparément à Paris , chez
T'auteur , rue des Arcis , maiſon du Commiſſaire
; & chez Joulain , pere & fils ,
quai de la Mégiſſerie , à la ville de Rome,
ENTRÉE de Monseigneur le Dauphin &
de Madame la Dauphine à Paris.
Le mardi 8 Juin Monseigneur le Dauphin
Madame laDauphine vinrent dans cette capitale,
Ils étoient accompagnés du Maréchal Duc de Richelieu
, premier Gentilhomme de la Chambre du
Roi en exercice ; de la Comteſſe de Noailles , Da
me d'Honneur; de la Duchefle de Coflé , Dame
d'Atours ; des Dames de Madame la Dauphine , de
pluſieurs autresDames de la Cour qui avoient été
invitées ,&de leurs principaux Officiers . Ils furent
168 MERCURE DE FRANCE.
ſalués , à leur arrivée & à leur départ , par le canon
de la Baſtille , par celui de l'Hôtel Royal des
Invalides & par celui de la Ville. Le Corps deVilde,
conduit par le ſieur de Nantouillet , maître
des Cérémonies , en ſurvivance du ſieur Deſgranges,
& prélenté par le Maréchal Duc de Briflac ,
Gouverneur de Paris , les reçut à l'endroit où étoit
anciennement la porte , appelée de la Conférence.
Le ſieur de Sartine , conſeiller d'état & lieutenantgénéral
de police , s'y trouva également. La portière
du cariofle ayant été ouvene , le ſicur de la
Michodiere , conteiller d'état & Prévôt des Marcands
, eut l'honneur de les complimenter. Monſeigneur
le Dauphin & Madame la Dauphine
étoient montés , en arrivant , dans un des ſix car
roffes de parade qui les attendoient &qui furent
remplis par les Seigneurs & les Dames de leur
fuite. Celui qu'occupoient le Prince & la Princefle,
étoit précédé & ſuivi par un détachement
des Gardes du Roi , & trois Ecuyers ſe tenoient
aux portières . Arrivés à Notre-Dame , à midi &
un quart, ils furent reçus & complimentés , à la
porte de l'Eglife , par l'Archevêque de Paris , revêtu
de ſes habits pontificaux & à la tête desChanoines
. Après avoir fait leur prière dans le Choeur,
ils entendirent , à la Chapelle de la Vierge , la
Meſſe qui fut dite par l'Abbé Solon, Abbé de Tonnay
- Charente , chapelain du Roi , pendant laquelle
la muſique de Notre Dame exécuta un
motet. Ils virent le Tréſor de l'Egliſe , furent reconduits
, en ſortant , avec les cérémonies obfervées
à leur arrivée ; en paſſant devant l'Hôtel-
Dieu , l'Abbé de Tudert , Doyen de l'Egliſe de
Paris , eut l'honneur de leur préſenter la Mère
Prieure de cet hôpital & les autres Religieuſes.
Parvenus
JUILLET. 1773. 169
Parvenus à l'Egliſe de St Geneviève , l'Abbé , accompagné
des Chanoines Réguliers de cette Abbaye
, eut l'honneur de les recevoir & de leur
adreſſer un difcours. Après avoir fait leur prière
dans cette Eglife , Monseigneur le Dauphin &
Madame la Dauphine virent , en paſſant , le portail
de la nouvelle Bafilique de Ste Geneviève ,
& allèrent defcendre au palais des Tuileries où
ils dînerent , à une table de vingt-ſept couverts ,
avec les Dames de Madame la Dauphine & les
Dames de la Cour invitées. A une ſecondetable ,
tenue par le Maréchal Duc de Richelieu, premier
Gentilhomme de la Chambre , étoient les premiers
Officiers de Madame la Dauphine , lesMe.
nins de Monſeigneur leDauphin & les Seigneurs
nommés pour l'accompagner. Ilyeut enſuitejeu.
On avoit pratiqué dans la ſalle une galerie pour
le paſſage & pour donner au Public la facilité de
voir le Prince & la Princeſſe. Ils ſe promenèrent,
l'après-midi , dans le jardin , & fortirent de ce palais
, vers les huit heures du ſoir , pour retourner
à Verſailles. La garde à pied de Paris étoit diſtribuée
ſur la route pour y entretenir le bon ordre ;
la garde à cheval ſe portoit dans tous les lieux ,
&une partie précédoit & ſuivoit le cortége. Le
Gouverneur de Paris , le Lieutenant - Général de
Police & le Prevôt des Marchands ſe ſont trouvés
dans tous les endroits où le Prince& la Princefle
ſont defcendus , & où les Gardes Françoiles
& Suifles étoient ſous les armes , ayant leurs
Officiers à leur tête. Monſeigneur le Dauphin &
Madame la Dauphine rencontrèrent , ſur la route,
les quatre compagnies des Gardes de la Ville endehors
de la Porte de la Conférence & les Gardes
duGouvernement en-dedans , & , à leur départ ,
les Gardes de la Ville , à la Porte St Honoré ; le
I. Vol, H
1
170 MERCURE DE FRANCE.
Prevôt de la Monnoie , avec ſa compagnie à cheval
, ſur le Quai de Conti , & le Lieutenant-Griminel
de Robe Courte avec ſa compagnie ſur le
Pont - Neuf, devant la Statue de Henry IV. En
allant à Ste Geneviève , ils furent complimentés ,
àla porte du Collége de Louis-le-Grand , par le
Recteur de l'Univerſité à la tête des quatre Facultés.
Le Peuple , accouru en foule à leur paſſage ,
faiſoit retentir les airs de ſes acclamations . On
connoît l'amour des François pour leurs auguſtes
Maîtres. Les habitans de cette capitale , qui partagent
ce ſentiment aver le reſte de la Nation ,
ont donné , dans cette occafion , des témoignages
ſignalés de leur tendrefle. Ils ne crurentpoint
manquer au reſpect qu'ils doivent à la Princefle ,
en ſe permettant de faire retentir à ſes oreilles
l'éloge des agrémens extérieurs qui ajoutent un
nouveau prix à ſes vertus. Lorſque Monſeigneur
le Dauphin & Madame la Dauphine daignèrent
ſe montrer fur la galerie qui domine la terraſle
des Tuileries , ce fut un ſpectacle bien intéreſſant
de voir le Peuple innombrable répandu dans le
jardin, faire éclater ſa joie par des battemens de
mains&par les cris mille fois répétés de Vive le
Roi , Monseigneur le Dauphin & Madame la
Dauphine. Des larmes d'attendrillement ſe joignirent
à ces élans d'alegreſſe , quand le Prince
Princeffe eurent la bonté de donner à ces
Citoyens , heureux de les voir , des marques de
leur fatisfaction .
&
t
la
Il a regné dans cette fête le plus grand ordre ;
&par les précautions qu'on avoit priſes , malgré
l'affluence du Peuple , il n'eſt arrivé aucun
eccident.
Monseigneur le Dauphin & Madame la Dau
JUILLET. 1773. 171
phine defirant que leur voyage à Paris fût marqué
par quelque bienfait appliqué particulièrement
au foulagement du Peuple , ont approuvé la propoſition
qui leur a été faite par le Duc de la
Vrillière , miniſtre & ſecrétaire d'état , ayant le
département de Paris , de délivrer tous les priſonniers
détenus faute de paiement des mois de
nourrice de leurs enfans. Sa Majesté ayant bien
voulu agréer cette bonne coeuvre , a fait donner
ordre au Lieutenant-Général de Police de remplir
les vues bienfaiſantes de Monſeigneur le Dauphin
&de Madame la Dauphine.
Compliment de l'UNIVERSITÉ.
MONSEIGNEUR ,
Vous voyez ſe renouveller , en votre faveur,
>>> le ſpectacle attendriſſant dont notre illuftre
>>Monarque a été plus d'une fois & l'objet & le
témoin. Nos faſtes en conſervent précieuſement
le ſouvenir. Vous appercevez juſqu'à quel point
la France chérit les Princes dont elle eſt aimée.
Occupé de notre bonheur , vous étudiez , dans
>>le filence , le grand art de perpétuer nos glo-
>>>>rieux deſtins. Ne ſoyez donc pas furpris de voir
>>>tous les coeurs voler au- devant de vous , &
s'empreſſer de mettre à vos pieds leurs hommages.
Pour vous , Madame , héritière des traits
& des vertus d'une Princeſſe , l'admiration de
>> l'Europe & le prodige de nos jours , vous re-
>> trouvez ici ce qu'elle éprouve elle-même dans
ſa capitale. Si , d'un côté, l'Allemagne ne peut
>> rien ajouter aux ſentimens qu'elle doit à Marie-
>>T>héreſe ; d'un autre, la Francene peut porter
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
plus loin le reſpect & la tendre affection que
>>lui inſpirent les dons du Ciel répandus ſur vos
tre auguſte perſonne. L'Univerſité de Paris, dont
*le zèle pour ſes Princes remonte juſqu'au ber
ceau de la Monarchie , oſe ſe promettre votre
>>>bienveillance & votre protection. »
Compliment de l'Abbé de Ste Geneviève.
MONSEIGNEUR ,
«Quel gage plus certain de votre pitié que le
motif qui vous conduit en ce jour aux pieds de
nos Autels ! Redevable à l'Etre Suprême , vous
>> venez dépoſer dans ſon ſein tous les témoigna-
>>ges de votre reconnoiſſance,& rendre au Roi des
>>Ro>is , lejuſte tribut de vos hommages. Quelle
>>c>onſolation plus ſenſible pour les Miniſtres du
Seigneur ! Quel exemple plus édifiant pour un
>>Pe>uple innombrable qui accourt en foule ſur vos
>>pas pour unir ſes prières aux vôtres , exprimer,
>> par des acclamations réitérées , tous les ſenti-
>> mens de ſa joie & de ſon reſpect , & admirer
* en vous des vertus qui aſſurent de plus en plus
>>fon repos& ſa félicité. Uni par des liens facrés
à une auguſte Princefle qui fait le bonheur de
>> la France& l'admiration de l'Europe , tout con-
>> court en ce jour à l'alegreſſe commune. Les
voeux que vous venez porter , l'un & l'autre ,
>en nos Temples , ſont ceux de la Nation en-
>>tière. Allons en demander au Seigneur l'accom-
>> pliſſement par l'interceſſion de la glorieufe Sain.
te dont les cendres précieuſes , preſque auffi an-
*ciennes que la Monarchie Françoiſe , repoſent
en ce lieu, & y ſont révérées depuis tant de fic
cles.»
JUILLET. 1773. 173
Le mardi , Is de Juin , Monseigneur le Dauphin
& Madame la Dauphine vinient à Paris pour
affifter à l'Opéra. Les Citoyens accoururent à ce
ſpectacle , devenu ſi intéreſlant & fi beau ; & le
Peuple ſe répandit en foule , avec la joie la plus
vive , & le plus grandempreſſement ſur le paſlage
de ces auguſtes Epoux .
La même fête ſe renouvela pour les habitans
de Paris , le 23 de Juin , lorſque Mgr le Dauphin
& Madame la Dauphine vinrent à la Comédie
Françoiſe ; & le mardi 29 , lorſqu'ils honorèrent
de leur préſence le ſpectacle de la Comédie Italienne
, où l'on donna Arlequin & Scapin rivaux
, pièce italienne , & le Déferteur.
Le François , ivre de plaifir , de tendreſſe &
d'admiration à la préſence de ſon Maître & de
ſon auguſte Famille , a ſignalé , avec tranſport ,
fon zèle & ſes ſentimens toutes les fois que Mgr
le Dauphin & Madame la Dauphine ſont venus
àParis. Ces jours ont été pour la capitale comme
autant de fêtes. Il ſeroit difficilede peindre l'alégreſſe
publique , &d'exprimer cet enthouſiaſme
d'amour & de reſpect , & tout ce que la préſence
de la grandeur , des vertus , de la beauté&de la
bienfaiſance imprime à tous les ordres de citoyens
.
A Madame LA DAUPHINE.
EST-IL un encens plus flatteur ,
Que l'hommage libre du coeur
Et que d'être adorée ?
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
Voyez tout ce peuple joyeux
Qui croit voirdeſcendre des Cieux
Une nouvelle Aſtrée .
Non , non , cette jeune beauté
N'eſt point une Divinité ,
Non , c'eſt une mortelle ;
Nos Déeſſes ont moins d'appas ,
Et les Graces même n'ont pas
Autant de graces qu'elle.
Defcendez ſouvent parmi nous ,
Princeſſe , jugez qu'il eſt doux
De ſavoir par foi - même ,
Qu'on nous vante ſans nous flatter ,
Qu'il eſt aiſé de contenter
Un Peuple qui vous aime.
Vous triomphez par- tout , lansart ,
D'un ſeul ſouris , d'un ſeul regard ,
Bien digne d'être Reine :
Héritière des traits vainqueurs
Qui rendirent de tous les coeurs .
Thérèſe Souveraine.
Les paroles ſont de M. l'Abbé de Lattaignant ,
& la muſique , gravée dans ce volume , eſt de
M. l'Abbé de Lacaflagne.
JUILLET. 1773. 175
LE DANUBE , A LA SEINE.
Orgueilleuse & brillante Seine !
:
Je te pardonne tes plaiſirs.
Ils ont long-tems causé ma peine ,
Etdans ma grotte ſouterreine
J'en poufle encor de longs ſoupirs.
Fille dune Reine immortelle ,
Et née au palais des Céſars ,
Marie eſt loin de mes regards ,
C'eſt pour toi ſeule qu'elle eſt belle.
Je ne vois plus ſes doux attraits
Répétés dans mon onde pure ,
En la voyant , je m'écriais :
C'eſt un prodige de nature.
Orez-lui ſa vaine parure ,
Elle en ſera plus belle après.
De ſa mère elle a tous les traits
Elle aura ſa belle ame encore ;
Et c'eſt pour vous , heureux Français,
Que cette Nymphe vient d'éclore ?
Pour former d'auguſtes liens
Mes bords la cédèrent aux tiens.
J'en foulevai mes flots de rage ;
Mais j'apprends que ſur ton rivage,
Charmé de ſes divins appas ,
Hiv
A
176 MERCURE DE FRANCE .
Le Français la ſuit & l'adore ,
Se jette en foule ſur ſes pas ,
La voit , veut la revoir encore :
Eh bien , ma foeur , ſoions unis
..
Comme les Aigles & les Lys :
Quoiqu'elle ſoit toujours extrême,
Je te pardonne ma douleur ,
A ta gloire j'applaudis même ,
En approuvant ta vive ardeur ,
Et je me fais l'effort ſuprême
De croire , fi ton Peuple l'aime ,
Qu'il eſt digne de fon bonheur.
Par M. Bret.
COUPLETS poiſſards ſur l'entrée de
Monseigneurle Dauphin&de Madame
la Dauphine dans Paris.
AIR: Dans les Gardes Françoises.
VIENS , chantons , ma voiane ,
Puifque j'ons l'coeur joyeux ;
Puiſque d'not' jeun' Dauphine
J'ons vu les beaux yeux bleus.
L'aſpect d'Monfieu ſon Homme
Auli combla nos voeux ,
Ma foi ſuçons l'rogomme
Ala ſanté d'tons deux.
JUILLET. 1773. 177
Dam' ç'a fait eun' bell' paire
D'agréiables époux ;
C' pays qu'on nomm' Cyrthère
N'a point d'minois ſi doux :
I' ſont v'nus en grand' ſuite
Nous voir ben galamment.
Faut ben qu'i faſſent viſite
Aux gens qui l'z'aimont tant .
Droit à la Conférence
La Vill' fut les ricevoir ,
Et d' ſa fine éloquence
Fit bien là le devoir .
Monfieu Briflac de d'même
Sut bien les accueillir ,
I' fentoit par lui- même .
Comm' ça nous froit plaifir.
L'heureux Couple fidèle
Arrivé dans ce lieu ,
Va t' proſterner plein d' zèle
Aux pieds d' la Mer' de Dieu ;
Puis chacun d'eux ſe r'lève
Et vont , comm' de raiſon ,
A la bonn' Saint' Gen'viève
Fair' leux douce oraifon.
En ch'min , l'Recteur ſuprême
Yeut les complimenter ,
Η ν
178 MERCURE DE FRANCE.
Not' Dauphine elle- même
Fait figne d'arrêter ;
D'un air de complaiſance
Ils l'écoutent long-tems ,
C'eſt qu'i z'aim' la ſcience ,
Puis encor les Savans .
Senſible à leux hommage,
Qu'la patronn' de Paris
Donne à c'bon p'tit menage
Des faveurs de haut prix !
Quand époux de jeune âge
Vont en dévotion ,
Toujours de c' pelrinage
Gni vient queut' chos' de bon.
Ah ! comm' ſus la terraffe
J'les ont vus dans l'jardin !
I' r'luiſoient comm' cun'châſſe
De diamans & d'or fin ,
D'là , la Dauphine d'France
Et l'Dauphin ſon vainqueur ,
Nous f'foient des révérences
Qui nous alloient au coeur.
Tout remplis d'alegrefle
Nous battions tous des mains ,
On étoit dans l'ivreſſe
Des plus heureux deſtins ;
Enfuite leux char s'ouvre
;
JUILLET. 1773. 179
C
I vont revoir Louis ;
Mais en quittant le Louvre ,
D'nos coeurs i fur' ſuivis .
J'crois que d'not' politefle
Le Roi s'ra ben content.
Aux objets d'ſa tendrefle
On la d'voit ben , vraiment.
Quel coeur ſeroit de marbre
Voyant ces tourtereaux ?
Et puis quand on z'aim' l'arbre
On z'aim' ben les rameaux.
ParMile Coffon de la Creſſonniere.
VERS faits aux Tuileries durant la pro-
S
menade de Madame la Dauphine , le
mardi & Juin 1773 .
I par votre préſence il n'étoit excité ,
Du Parifien la curioſité
Auroit l'air de l'extravangance.
Couple aimable , eſpoir de la France ,
Vous le ſavez déjà , vous le direz un jour :
Il eſt fou du plaiſir quand il peint ſon amour.
Par un Parifien.
:
1
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
VERS ſur l'Entrée dans Paris de Mon-
Seigneurle Dauphin & de Madame la
Dauphine.
0N annonçoit une comère
Qui devoit brûler l'Univers ;
L'eſprit troublé , l'ame inquiete ,
Chacun craignoit un tel revers ;
Mais à ce mal imaginaire
Succéde l'alegreſſe : il n'eſt plus de frayeur.
Deux Aftres bienfaiſans , d'un regard falutaire ,
Répandent à Paris l'eſpoir & le bonheur.
ParM. Jauvin , ancien Greffier
au parlement.
IMPROMPTU à Madame la Dauphine,
parM. P. Bance de Rio- Janeire, ce
8 Juin 1773 .
LI coeur en fait toujours plus que n'en dit la
langue.
Nos docteurs vous ont fait mainte belle harangue
,
Madame ,j'en conviens; mais aprèstout, je crois
JUILLET . 1 1773. 181
Que nos coeurs ont parlé beaucoup mieux que
leurs voix.
Quand vous avez paru du haut de la terrafle ,
Centmille citoyens , de leur regard vorace ,
Contemploient vos beaux yeux , où règnent la
bonté ,
La douceur & la dignité :
Comme un brillant éclair , leur grace enchanterefle
Nous a tous embraſés d'une vive tendrefle.
Nos mains vous béniſſoient en vous applaudiflant,
Et vous nous répondiez d'un coup d'oeil caref
fant;
Ceque l'on vous diſoit vous ſembliez le dire ,
Nous le liſions du moins dans votre doux fourire.
Nos concerts répétés , mais fans confufion ,
De nos ames rendoient toute l'effuſion .
Non , jamais on ne vit plus ſublime éloquence ,
Chaque bouche parloitjuſques dans ſon filence !
La nuit rompit enfin le fil intéreſſant
D'undialogue attendriflant ,
Où l'affabilité , le reſpect & l'hommage
D'un ſentiment muet avoient pris le langage.
Pour des François quel heureux jour !
Nous en garderons la mémoire !
Cebeau moment de votre gloire
Doit produire un ſiècle d'amour
182 MERCURE DE FRANCE .
VERS préſentés àMonseigneur le Dauphin
& à Madame la Dauphine le jour de
leur entrée dans Paris.
QUE UEL bruit frappe les airs ? quels cris ? quelle
alégreſle !
Sur les bords de la Seine un peuple entier s'emprefle.
Quelles divinités embelliſſent ces lieux ?
Paris les apperçoit, & Paris eſt heureux.
Je vois par- tout les coeurs voler ſur leur paſſage.
Ah ! je n'en doute plus : à ce ſincère hommage ,
Aceschants de triomphe , à cette émotion ,
C'eſt un Dieu qui s'avance , ou bien c'eſt un Bourbon
:
C'eſt lui-même , c'eſt lui : c'eſt le pur ſang d'un
maître
Adoré des François ,& qui doit toujours l'être.
Tous les titres du père ont palléjuſqu'au fils ;
Les noms de Bien-Aimés font faits pour les Louis.
En guerriers conquérans leur race eſt trop féconde.
Ah ! qu'ils foient déſormais les bienfaiteurs du
monde.
Leur auguſte préſence eſt un premier bienfait.
L'aſpect des Souverains eſt doux pour un ſujer.
JUILLET. 1773. 183
Qu'il eſt flatteur de voir les dieux que l'on révère
Deſcendie de leur trône & conſoler la terre !
Je crois voir Apollon , je crois auſſi voir Mars.
C'eſt le dieu des combats , ou c'eſt le dieu des arts .
Déja ſa noble audace annonce une victoire ,
François , voyez ces traits , & courez à la gloire.
Mais non: ne cherchez point ces lauriers, ces honneurs
,
Qui coûtent trop ſouvent des larmes aux vainqueurs.
Que les arts , dans le ſeind'une paix bienfaiſante,
Faſſent briller leur luxe & leur pompe ſavante ,
Que le dieu de la guerre éteigne ſon flambeau.
Jouiflons d'un triomphe & plus doux & plus beau.
Que ces chars ſont brillans ! quels ſuperbes ſpectacles
!
Legoût,pour nous charmer,prodigue fes miracles.
Je reconnois Briflac , Briflac qui dans ce jour ,
Enthouſiaſte heureux, diſpute à tous d'amour.
Quand Paris voit ſes Rois aſſiſter à ſes fêtes
Ces jours pour les Briſſac ſont des jours de conquêtes.
Il en eſt un pour moi. Qu'il eſt doux pour mon
coeur
De ſervir d'interprète aux accens du bonheur!
Tous les coeurs font émus : tous les yeux font en
larmes.
Qu'avec raviſlement l'oncontemple vos charmes,
184 MERCURE DE FRANCE.
Jeune & divin objet dont la faveur des Cieux
Enrichit ces climats que vous rendrez heureux !
Ainſi que le plaiſir, le bonheur ſuit vos traces.
Pallas par les talens , & Vénus par les graces.
Idole de la ville , idole de la Cour
Vous lavez étonner & charmer tour- à-tour.
Citoyens fortunés .
elle ,
.... qui l'êtes tous pour
Dans le ſein de vos murs quel intérêt l'appelle ?
Elle vient , dites-vous , ſoumiſe à l'Eternel ,
Le prier dans ſon Temple , embraſſer ſon Autel.
Princefle , vous avez tous ces dons en partage.
De les propres bienfaits préſentez lui l'hom
mage. :
Ne formez plus de voeux : ils ſeroient ſuperflus.
Il vous a donné tout , un trône & des vertus.
Digne prix de l'amour qui vous unit enſemble,
Sans doute il vous deſtine un fils qui vous ref
ſemble;
Béniſlez le tous deux ; venez , tendres Epoux :
Mais laiflez- nous le ſoin de l'invoquer pour vous.
JUILLET. 1773. 185
USAGES ANCIENS.
La Cantine du Bich.
Les enfans & les nouveaux mariés du
Port de Châteauneuf ſur la Loire , faifoient
tous les ans des joûtes publiques ,
le jour de la Pentecôte. Le matin ils pafſoient
la rivière , & ils alloient demander
au Seigneur du Bich la permiſſion de
couper un Mai & de le planter dans la
Loire : ils lui préſentoient enſuite au fon
du tambourin la première perche à rompre
dans la courſe ; après cette cérémonie
on lui offroit la collation.
Cet uſage, qui ſe nommoit la Cantine,
eſt aujourd'hui un peu changé , parce que
le fief du Bich eſt réuni au Duché de la
Vrillière .
Le même jour , les Mariniers vont au
château de la Vrillière demander permif
ſion à M. le Duc , ou à ſes Repréſentans ,
de couper deux Mai ; ils en plantent un à
la grille de l'avant - cour , & l'autre dans
larivière.
Le lendemain ils font élection d'un
Roi parmi eux , & de ſes principaux offi186
MERCURE DE FRANCE.
ciers ; après ils marchent ſous les armes ,
ayant les chefs à leur tête avec leurs enſeignes
déployés& lestambours battans ;
ils paſſent la Loire , ils arrivent à l'autre
bord dans l'ancien manoir du Bich , ils
fonttrois fois le tour de la cour : le Fermier
de la métairie du Bich leur donne
fur fon fumier, qui eſt bien relevé ce jour.
là, un jambon cuit peſant huit livres , &
huit pintes de vin. Auſſi tôt ils retournentdans
le même ordre au château de la
Vrillière pour offrir la collation aux officiers
; elle eſt compoſée du jambon , du
vin& d'un gâteau qu'ils ont fait préparer
: delà ils retournent au port , où ils
s'embarquent dans les batelets pour
aller à leur Mai planté dans la rivière.
Etant arrivés, leRoi ſe plonge dans l'eau
le premier , enſuite le reſte de ſes Mariniers.
Le mardi , le Roi avec ſa troupe revien
nent à midi , dans le même ordre , au
château de la Vrillière pour tirer à bale
une oye élevée ſur une perche : ils invitent
M. le Duc ou ſon agent à prendre
part àleur divertiſſement&à tirer le premier
coup de fuſil ; le prix eſt adjugé au
plus adroit , qui porte l'oye à M. le Duc :
cette cérémonie ſe termine par un ſouper;
JUILLET. 1773. 187
le mercredi les gens ſobres retournent à
leurs ouvrages accoutumés .
ANECDOTES.
I.
AMASIS MASIS ayant ufurpé l'Egypte , & fait
mourir le Roi Apries , endevint paiſible
pollefleur. Comme il étoit de balle naif
fance , les peuples , dans le commencement
de ſon règne , en faisoient peu de
cas ,& avoient même du mépris pour lui ..
Il n'y fut pas inſenſible ; mais il voulut
ménager les eſprits avec adreffe,& lesrappeler
à leur devoir par la douceur & par
la raiſon . Il avoit une cuvette d'or , où
lui & tous ceux qui mangeoient à ſa table
ſe lavoient les pieds: il la fit fondre
&en fit faire une ſtatue qu'il expoſa à la
vénération publique. Les peuples accou
rurent & rendirent hommage à la nouvelle
ſtatue. Le Roi les ayant aſſemblés
leur expoſa à quel vil uſage cette ſtatue
⚫ avoit d'abord ſervi , ce qui ne les empêchoit
pas de ſe proſterner devant elle par
un culte religieux. L'application de cette
parabole étoit aiſée à faire. Elle eut tout
188 MERCURE DE FRANCE .
le ſuccès qu'il en devoit attendre. Les
peuples , depuis ce jour , eurent pour lui
tout le reſpect qui eſt dû à la majeſté
royale.
1 1.
LeGrandCondé , lejourd'une bataille,
avoir un Page dont ſes camarades ſe noquoient
, parce qu'il n'étoit pas ferme. Le
Prince lui dit de ſe retirer , s'il avoit
peur. Le Page convint qu'il n'étoit pas à
ſon aile ; mais en même-tems il affura
ſon maître qu'il le ſuivroit par-tout , tel
péril qu'il pût courir. M. le Prince lui
dir : " Page , s'il eſt ainſi , je ne fuis pas
>> plus brave que toi. >>
111.
Le Comte d'Angoulême étoit Grand
Maître de la maiſon de Louis XII . II
jouoit à la paume à Coignac , lorſque
Boiſſy vint en poſte lui apprendre la mort
du Roi. Il entra dans le jeu de paume &
Aéchiſſant le genou , dit au Comte d'Angoulême
: je vous ſalue Roi de France. Le
Roi lui répondit : levez-vous M. le Grand.
Maître.
JUILLET. 1773. 189
I V.
Louis XIV diſoit un jour à Madame
la Dauphine : vous ne m'avez pas dit ,
Madame , que vous aviez une ſoeur qui
étoit très-belle : il parloit de Madame la
grande Ducheſſe de Toſcane. Il eſt vrai ,
Şire , répondit Madame la Dauphine.
>>>J'ai une ſoeur qui a pris toute la beauté
» de la famille , maisj'en ai tout le bon-
>>heur,
V,
M. T ** étoit Intendant. Sa femme
mourut , il deſiroit fort que la ville de
Montpellier lui fit un ſervice. Les Magiſtrats
le refusèrent , à cauſe que cela
n'étoit pas d'uſage & pouvoit tirer à conſéquence;
ils ajoutèrent , ſi c'étoit pour
» vous , Monfieur , ce ſeroit avec le plus
>>grand plaiſir du monde, »
VI.
Mademoiſelle de l'Enclos diſoit d'un
homme minucieux par exactitude dars
fon extérieur & dans ſes difcours , juſqu'à
en être incommodé : cet homme eſtpone
qué& virguli,
:
190 MERCURE DE FRANCE.
ÉDITS , ARRÊTS , &c.
I.
EDIT du Roi , portant établiſſement des droits
de Ferme dans la Principauté d'Enrichemont &
de Boisbelle , & création d'un Grenier à ſel dans
la ville d'Enrichemont.
I I.
Edit du Roi , qui réduit les Offices des Notaires
de la ville de Riom au nombre de douze.
III.
Edit du Roi , portant fuppreffion des Compagnies
de Marchands fréquentant les rivières de
Loire , Attier , & autres qui s'y déchargent, pour
rendre plus libres la navigation & le commerce
de ces rivières .
I V.
Arrêt du conſeil d'état du Roi , par lequel Sa
Majesté , enviſageant toujours ſes Sujets comme
les membres d'une grande famille , qui ont un
droit de préférence ſur les produits de leurs récoltes
reſpectives , & voulant que , lorſque les
circonstances exigent le tranſport des grains d'un
port du royaume à un autre , la vérité de leur
deſtination ſoit juftifiée & leur rentrée aflurée ,
JUILLET. 1773. 191
ordonne l'exécution des ſages règlemens qu'elle a
faits àce ſujet.
V.
Arrêt du conſeil d'état du Roi , fixant les différens
droits auxquels feront ſoumis déſormais , à
toutes les entrées du royaume, les lins & les chanvres
, ſoit apprêtés , peignés & non filés , ſoit
fités & teints , venant de l'Etranger .
VI
Arrêt du conſeil d'état du Roi , portant un
règlement pour lever les difficultés qu'éprouvent
les Receveurs de la Capitation des Bourgeois &
Habitans de Paris dans le recouvrement des rôles
de cette impoſition.
VII.
Arrêt du conſeil d'état du Roi , qui ordonne
que les droits d'acquits feront perçus dans les
provinces de Bretagne , Dauphiné , Franche-
Comté & Rouffillon , puiſqu'aucun privilège ne
les en exempte.
VIII .
Arrêt du conſeil d'état du Roi , qui confirme
les Communautés religieufs de la ville & fauxbourgs
de Paris dans la jouillance des ſommes
qui leur ont été accordées pour leur tenir lieu de
Fexemption des droits aux entrées de cette ville ,
fur les vins de leur consommation ; & ordonne ,
en conféquence , qu'elle paieront la totalité de
ces droits comme les autres habitans.
:
192 MERCURE DE FRANCE.
1 Χ.
Arrêt du conſeil d'état du Roi , qui porte que
les 8 (ols pour liv. créés & prorogés par un Edit
du mois de Novembre 1771 , feront & continueront
d'être perçus enſus du principal du droit de
•Pontonage qui ſe lève au port de Belleville , généralité
de Lyon , & que les deniers qui en proviennent,
ſeront verlés dans la caifle de l'Adjudicatairedes
Fermes générales , pour en compter
àSaMajeſté.
X.
Arrêt du conſeil d'état du Roi , qui ordonne
que ces mêmes ſols pour livre feront également
levés , tant fur le principal de l'octroi des Marchands
de Rouen que ſur le vingtième qui ſe
perçoit enſus de cet octroi , au profit delaChambre
de Commerce de cette ville , & qu'à partir
du jour de la fignification de l'Arrêt , le produit
de cet impôt ſera compté à l'Adjudicataire des
Fermesgénérales.
XI.
Arrêt du conſeil d'état du Roi , qui porteque
les rôles des vingtièmes & 4 ſols pour livre des
biens - fonds &de l'induſtrie continueront d'être
arrêtés par les Intendans & Commiflaires départis
dans chaque province , ainſi que ceux des of
fices & droits pour l'année 1774& les ſuivantes.
ΧΙΙ,
Lettres-patentes du Roi , qui caflent&annul-
Jent la venteou conceffion faite par la Confrairie
de
1
JUILLE Τ. 17736 193
de Saint - Julien des Ménestriers , de toutes les
charges des lieutenans - généraux & particuliers
duRoidesViolons dans toute l'étendue du royaume
, révoquent les pouvoirs que ces lieutenansgénéraux
avoient accordés aux lieutenans- particuliers
qui les repréſentoient ; leur interdiſene
toutes fonctions , & ordonnent que cette Confrairie
, & ceux qui la compoſent , feront tenus
de ſe conformer aux diſpoſitions de l'Edir du
mois de Mars 1767 , concernant les Arts &
Métiers ,&de faire régler leurs prétentions par le
bureau établi à cet effet.
XIII.
Deux Arrêtsduconſeil d'étatdu Roi, qui fixent
les droits de Mare d'or à payer pour les Offices
de la Cour Souveraine de Lorraine & pour ceux
de la Chambre des Comptes , Cour des Aides c
Cour des Monnoies de Nancy , qui ne le payoient
pas avant l'Edit de 1770.
XIV.
Arrêt du conſeil d'état du Roi , concernant les
liquidations des Offices ſur les Cuirs , Offices municipaux
, Offices & droits domaniaux fupprimés
par Edit d'Août 1759 , Août 1764 , Mai 1765 ,
Avril 1768 , & Déclaratior du is Décembre
1770.
X V.
Arrêt du conſeil d'état du Roi , qui déſigne les
Bureaux par lesquels les dentelles fines ou grofles
de Suifle & autres pays étrangers , venant par la
Tome I.
194 MERCURE DE FRANCE .
Lorraine , pourront entrer dans la Franche-Comté,
en payant to liv. par livre peſant , & qui indique
également les bureaux par leſquels elles
pourront paſler de cette province dans celle des
cinq grofles Fermes , en payant pour les fines 20
fols , & les groffes cinq fols par livre , & exempte
de ces derniers droits celles qui pafferont debout
par la Franche - Comté , deſtinées pour les cinq
grofles Fermes , & qui auront payé 10 liv. à l'entréc.
:
XVI.
Arrêt du conſeil d'état du Roi , qui maintient
le Duc de la Vrillière , miniſtre & ſecrétaire d'état,
dans la poſleſſion&jouiſſance du droit de péage à
Yevre- le-Châtel , généralité d'Orléans,
:
XVII.
Arrêt du conſeil d'état du Roi , qui porte que ,
pour tenir lieu des 8 ſols pour livre des Octrois
des villes de la province de Hainaut , il fera payé
annuellement & par abonnement , à compter du
premier Janvier de cette année , une fomme de
126 , 202 liv. 15 ſ. dont le quart ſera verlé dans
lacaifle de Jean-Baptiste Fouache , chargé de la
régie des 2 fols pour liv. de 1760 & 1763 ,&les
trois autres quarts dans celle de l'Adjudicataire
des Fermes générales , pour en être compté , &
déclare que les droits de péage , pontonage & autres
, déſignés dans cet Artêt , ne ſont point compris
dans l'abonnement & continueront d'êrre
aflujettis à ces 8 fols pour livre , ſur le pied de la
recette effective du principal, :
:
...
JUILLET.
17730 195
XVIII .
!
Arrêt du conſeil d'état du Roi , qui ordonne
que l'entretiendes bâtimens ſervant à l'adminiftrationde
la Juſtice , ſera déſormais à la charge
des villes , où les Cours & Jurisdictions ſont établies
, fans en excepter celles de Paris & de
Lyon.
ΧΙΧ.
EditduRoi,qui crée uneCapitaineriedesChafſes
pour le Parc de Meudon , à l'inſtar de celle
de la Varenne du Louvre , Vincenne , & autres
Capitaineries royales , & qui unit , à perpétuité ,
l'Office de Capitaine des Chaſſes à celui de Capitaine-
Concierge de Meudon ; l'Office de Lieutenant-
général de Robe - Longue à celui du Bailli de
Meudon ; & l'Office de Procureur , à celui de Procureur
du Roi de ce baillage .
X X X.
Arrêt du conſeil d'état du Roi , qui ordonne
que les Fermiers des droits de péage , paſlage ,
langueyage de porcs & parquet de l'élection de
Loches , dans la généralité de Tours , dénommés
au préſent arrêt , paieront le montant des 8 fols
pour livre qu'ils ont perçus ou dû percevoir , à
partir du jour de la ſommation qui leur en a été
faite en ſus du principal des droits de péage , paffage
, &c. & en verſeront le produit dans la caiſſe
del'Adjudicataire des Fermes générales.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
AVIS.
I.
Leçons dephysique , hiſtoire naturelle, &c.
M. DUBOIS , correſpondant de pluſieurs Académies
, connu par nombre d'obſervations ſur la
phyſique , l'hiſtoire naturelle&les arts,, ſſee propoſe
de donner des leçons où feront réupies la
phyſique , l'hiſtoire naturelle & la géographie. Il
le tranſportera chez les perſonnes qui voudront
bien l'honorer de leur confiance. On s'adreſſera ,
rue Croix des Petits- Champs , au Café Allemand.
II.
Education & étude des langues par
M. le Bel.
Nous croyons rendre ſervice aux parens qui
font dans l'intention de faire une dépenſe honnête
pour procurer une éducation folide à leurs
enfans ,de les prévenir que M. le Bel , avocat , ſe
propoſe de donner ſes ſoins à une demi - douzaine
d'enfans penſionnaires : c'eſt pourquoi il a pris un
établiſſement en bon air dans une maiſon rue de
Sève , vis-à-vis celle St Romain .
Les moeurs & l'honnêteté de M. le Bel font
connues : & quantà ſes talens , outre qu'il eſt l'av.
teur de l'Anatomie de la Langue latine & d'ung
Rédaction de l'art poëtique d'Horace,où l'on peut
JUILLET . 1773. 197
remarquer une étude approfondie du génie des
langues , particulièrement de la langue latine ,
M. le Bel peut réclamer le témoignage des Savans
du premier ordre , qui le garantiront en
état de donner la ſolution des quatre problemes
ſuivans qui renferment tout le ſyſtême de l'édacation;
& il s'offre d'en donner des preuves à
ceux qui voudront s'en aſſurer par eux-mêmes .
1º. Trouver un art d'apprendre les langues
plus court& plus facile que celui adopté juſqu'à
préſent.
2º. Appliquer cet art fur le latin.
3º. L'y étendre de manière à pouvoir y renfermer
un cours d'éducation .
4°. En rendre l'avenue affez facile pour mettre
toutes les perſonnes raiſonnables à portée d'y
marcher ſans guide , & même d'en pouvoir fervir
preſqu'auſſi- tôt aux enfans qu'elles voudront le
donner la peine d'y introduire avec elles.
III.
Pompes.
Adreſſe pour les Pompes des ſieurs Thillaye
père & fils , pompiers privilégiés du Roi ; le père
à Rouen , rue des bons Enfans , & le fils , à Paris,
rue St Honoré , vis-à-vis St Roch. Ils ont
chacun un magafin de pompes pour les incendies,
ils fabriquent également toutes les autres
elpèces de Pompes pour les différens beſoins des
particuliers , tant pour les châteaux de campagne
que pour les maiſons privées dans les villes.
!
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
I V.
Effence virginale.
GermainCattinée, marchand parfumeur&diftillateur
à Paris , ci devantdans leTemple, actuellement
enclos du Prieuré St Martin- des- champs ,
vis-à-vis du nouveau paſlage de la boucherie ,
chez le ſieur Duboſt , ſon aſſocié , &dans le Châ
teau de Versailles au bas de l'eſcalier des Princes ,
déjà connu par ſon Effence virginale , a pouſté
cette compoſition à undegré ſupérieur , de façou
que l'on pourroit ſe raſer ſans eau. Les Valet-de-
Chambre-Barbiers du Roi l'ont décidée préférable
à tout ce qui eſt connu à l'uſage de la barbe ; ils
l'ont nommée Savonnette de la Cour : non-feulement
elle procure un tranchant doux aux raſoirs ,
ne ſéche point comme font les eſſences de ſavon ,
mais encore elle adoucit la peau.
Pours'en ſervir utilement , verſez en pleinun
dez dans deux cuillerées d'eau , trempez - y un
pinceau avec lequel vous vous ſavonnerez .
Ses bouteilles ſeront cachetées portant ſon
nom , & les étiquettes ſur les bouteilles , ſignées
de la main.
Ilya des bouteilles depuis 1 liv. 10 fols jufqu'à
6 liv .
Lesperſonnesqui ne voudront pas ledonner la
peined'aller chercher elles- mêmes ladite eſſence ,
pourront écrire aux ſieurs Cattinée & Duboſt , &
affranchir leurs lettres ; ils ſe chargeronr de leur
en faire pafler la quantité qu'elles ſouhaiteront. Ils
enfont des envois dans la Province , en envoyanc
des fonds d'avance.
JUILLET. 1773. 199
V.
Syrop pectoral.
Le Sr Valade , auteur du Béchique Souverain ou
Syrop pectoral , approuvé par brevet du 24 Août
1750 , pour les maladies de poitrine , comme
rhume, toux invétérées , oppreſſion , foibleſle de
poitrine , &afthime humide , donne avis que fon
Béchique ne ſe débite que chez lui , afin que les
perſonnes qui ſeront dans le cas d'en faireuſage
puiſſent le conſulter comme elles ont paru le defirer.
Ce Béchique , en tant que balfamique , a la
propriété de fondre &d'atténuer les humeurs engorgées
dans le poumon , d'adoucir l'acrin onie
de la limphe ; & , comme parfait reſtaurant , il
rétablit les forces abattues , rappelle peu - à - peu
l'appétit & le ſommeil , produit en un mot des
effets ſi rapides dans les maladies énoncées, qu'une
bouteille ,taxée à 6 livres , ſcélée de fon cachet
& éticquetée de ſa main , ſuffit pour en faire
éprouver toute l'efficacité avec ſuccès.
Le ſieur Valade demeure toujours au Temple;
dans le bâtiment neuf , à gauche en entrant , la
dernière allée du côté du boulanger , vis-à -vis le
ferrurier , au deuxième , No. 10 , à Paris. Il continue
le débit de ſes liqueurs fines & étrangères ,
& les donne à l'eſſai; on le trouve journellement
, & en cas d'abſence il faudra s'adreſſer chez
Mde Barilles , fabricante de manchons de plume,
la porte à côté , N°. 9 .
?
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
VI.
r
Rougefuperfin & Eau blanche , &c .
Le fieur Dubuiffon , ancien maître perruquiercoëffeur
, fabrique un beau Rouge ſuperfin qui
ne gâte point la peau. * Il a auffi , depuis quelque
tems ,porté au plus haut degré de perfection
une Eau blanche ou de Beauté , qui blanchit la
peau ſur le champ , ſans laiſſer aucunes traces de
Tart. Cette eau , qui n'eſt point nuifible comme
le ſont beaucoup de choſes qui blanchiffent ,
donne à la peau le plusbel éclat , que la chaleur
n'altère point ; elle ſe conſerve pluſieurs années.
:
Le Sr Dubuillon demeure toujours rue des Cifeaux,
près l'Abbaye St Germain , àParis.
* Ce Rouge , extrait de fleurs &dont lecolo
ris eſt par gradation celui de la roſe , a été approuvé
, en 1770 , par M. le Doyen de la Faculté.
Voyez leMercure d'Avril 1772. Ilvient de l'être
tout récemment par la Commiſſion royale deMé
decine, ainſi que l'Eau blanche.
On en trouvera chez le fieur Dubuiſion à 3 liv.
&à6 liv. le pot.
:
VI.
Cors , Pommade , Bague , &c.
Le Sieur Rouflel coupe les cors, les guérit avec
un peu d'onguent , &coupe les ongles des pieds.
Il aune pommade pour les hémorroïdes , les
foulage & les guérit .
Ilauneautre poinmade pour guérir les brûluJUILLET.
1773. 201
res , approuvée par M. le Doyen & Préſident de la
Commiſſion Royale de Médecine.
Onguent pour les Cors ; manière de s'en
Servir.
On les coupe un peu,& on met une emplâtre un
peu plus large que le mal , & que l'on enveloppe
avecunebandelette , &, au bout dehuit jours on
peut lever ce premier appareil,& remettre une autre
emplâtre pour autant de tems. Grand nombre
de perſonnes ont été guéries.
Leprix des boîtes , à douze mouches , eſt de 3 1.
Celui des boîtes , à ſix mouches, eſt de 1 1. 10f.
Pommade pour les Hémorroïdes ; manière
de s'en fervir.
On prend gros comme une noiſette , que l'on
met ſur un petit linge , & que l'on poſe ſur le mal:
on ſe trouve ſoulagé & guéri en peu de tems.
Il ya des pots à 3 liv . & à 1 1. 4 ſ.
Pommade pour les Brûlures ; manière
de s'en fervir.
Onenprenddans une bouteille avec une plume
que l'on met ſur la brûlure , & une feuillede papier
brouillard que l'on met deſſus , & une bande par
deflus.
Le prix de bouteilles eſt de s liv.&de 1 1. 4 f.
Le Sieur Rouſſel demeure à Paris , rue Jean-del'Epîne
, chez l'épicier en gros , la porte cochère
àcôté du Taillandier , au deuxième appartement
102 MERCURE DE FRANCE .
furledevant près de laGrève. Il donne auſſi avis au
Public qu'il débite , avec permiffion , des bagues,
dont la propriété eſt de guérir de la Gourte. On
portoit autrefois cette bague au doigt annullaire;
lagrande expérience a fait voir qu'on peut la porterà
la maindroite comme à la main gauche ;
au petit doigt , comme au doigt annullaire , &
que c'eſt du côté où l'on a le plus de mal que l'on
doit porter ladite bague : qu'elle guérit les perſonnes
qui ont la goutte aux mains & aux pieds , &
en peu de tems celles qui en ſont moyennement
attaquées. Quant à celles qui en ſont fort affligés
, elles doivent la porter avant ou après l'attaque
de la goutte , & pour lors elle ne revient plus.
En la portant toujours au doigt , elle préſerve
d'apoplexie & de paralyfie. Pluſieurs Seigneurs &
Dames ont été guéris de ce mal , & l'on donnera
les noms des perſonnes, lorſqu'il en ſera néceflaire.
Le prix de ces bagues , montées en or , eſt
de 36 liv. & celles en argent , de 24.
On le trouve tous les jours , excepté les fêtes
&dimanches. On prie les perſonnes d'affranchir
leurs lettres.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Constantinople , le 3 Mai 1773 .
ONN ne ſavoit pourquoi tous les interprètes des
Miniſtres étrangers avaient été mandés au Sérail,
&l'on a appris qu'on leur a remis le manifeſte
que la Porte a envoyé aux Cours amies pour leur
prouver qu'il n'a pas dépendu d'elle de donner la
JUILLET. 17738 203
paix à les Peuples. L'eſcadre deſtinée pour la Mer
Noire a mis à la voile ; le Vice - Amiral qui la
commande a pris congé duGrand Seigneur, ſelon
l'uſage , à Joli - Kiosk , maiſon de plaiſance ,
fituée fur le Canal , & ſa Hauteſſe l'a revêtu d'une
peliſſe d'honneur. Cette eſcadre eſt compoſée de
30 voiles ; ſavoir , de ſept gros vaiſſeaux , cinq
chebecs , cinq galères & pluſieurs demi - galères
& frégates. Le Gouvernement a acheté , au prix
de 25 , 500 piaſtres , un gros bâtiment étranger
qui mouille , depuis long-tems, dans ce port , &
qui pourra être armé de 24 pièces de canon. Dès
qu'il ſera caréné & qu'on y aura fait les changemens
néceflaires pour lui donner la forme Turque,
on le fera partir pour la Mer Noire. Sur la
nouvelle qu'il étoit arrivé dans certe mer , une
eſcadre Rufle, compoſée de quelques frégates &
d'un grand nombre de bateaux plats , & qu'elle
avoit été apperçue à la hauteur du Caverna , près
de Varna , où ſont nos magaſins , on a renforcé
la flotte Ottomane de ſept navires tirés de l'efcadre
qui doit ſe rendre aux Dardanelles , & qui
mouille entre Thérapin & Bujukder , où elle attend
un vent favorable pour mettre à la voile.
De Vienne , le 19 Mai 1773 .
Les lettres que l'on reçoit ici de Tranſylvanie
confirment la nouvelle de l'avantage remporté ,
le 16 du mois dernier , par Fefoullah Pacha fur
un corps de cinq mille Ruſſes , qui avoit paflé le
Danube auprès de Siliſtrie. Elles parlent encore
d'autres petits combats où les Turcs ont eu l'avantage
, entr'autres ſur un corps de Coſaques ,
qui vouloit pafier leDanubbeedu côté de Nicopolis.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Il paroît un réglement de l'Impératrice-Reine,
qui établit définitivement la manière dont íes
troupes ſe recruteront déſormais. Suivant cette
ordonnance qui doit avoir force de Loi perpétuelle
en Bohême , en Autriche , en Stirie , enCarinthie
, en Carniole , en Siléſie , en Moravie &
dans les Comtés de Gorice & de Gradiſca , tous
les Sujets dont l'exemption n'est pas formellement
exprimée dans ce réglement , ſeront enclaf-
Iés &deſtinésà l'Etat Militaire , chaque régiment
aura , en même tems , un diſtrict affecté , dans
lequel on lui fournira les hommes dont il aurabefoin,
en le conformant aux formalités preſcrites
par cette ordonnance. Parmi les titres que l'Impó
ratrice a pris à la tête de ce réglement , on remarque
ceux de Reine de Galicie & de Lodomerie,
&de Ducheffe d'Oswieczim & de Zator.
De Warfovie, le 18 Mai 1772.
On écrit du Palatinat de Lublin &de Samogi
tie que les Autrichiens & les Coſaques y ont levé
de fortes contributions , & que les Pruffiens ,de
leur côté , continuent à en exiger dans tous les
lieux qu'ils occupent. L'Agriculteur , épuisé par
les troubles précédens , eſt obligé d'abandonner
fes foyers. Une grande partiedes villages eſt à
moitié déferte.
On mande de la Crimée que les mouvemens
dont on s'eſt apperçu dans cette province , ont
déterminé le Prince Profokowski , qui en eſt
Gouverneur , a févin contre les Chefs des mécontens
, &qu'il en a fait mourir près de 900. Ces
actes de rigueur n'ayant pu rétablir le calme
l'Impératrice de Ruffie a donné ordre de raſſembler
l'armée de Dolgorowki , qu'on avoit diſper
JUILLET. 1773. 205
2
ſée en Pologue , dans l'Ukraine & la Severie , &
de la faire marcher vers Précop , où le Prince
Dolgorowki doit fe rendre pour prévenir , avec
les régimens dont il prendra commandement , les
entrepriſes de la Flowe Ottomane.
De Bas-Danube , le 29 Mai 1773 .
On fait actuellement en quoi confifte l'affaire
du 28 du mois dernier , fur laquelle on a reçu
tant d'avis contradictoires . Des lettres authentiques
s'accordent à annoncer que le général Potemkin
pafla une feconde fois le Danube , replia
&repoufla les poſtes avancés des Ottomans jufqu'à
dix lieues du rivage; qu'il fut fuivi par un
corps confidérable de Rufles commandés par le
général Weiſlmann ; que ces deux corps réunis
attaquèrent & mirent en déroute un Pacha qui
s'étoit avancé au devant d'eux avec un corps de
trois mille Turcs ; mais que le Grand Viſir étant
venu lui -même au ſecours de ce dernier , battit ,
àſon tour , le Général Weiſlmann, lui tua beaucoup
de monde & le repoufla juſqu'au Danube.
Ces lettres ajoutent que le général Weiſlmann a
étédangereuſement bleflé dans cette action qui
s'eſt paflée près de Babadagh .
DeDantrick , le 25 Mai 1773 .
Les troupes Pruffiennes viennent de s'emparer
de nouveau du Canton nommé la Scharpau , de
la dépendance de cette ville , qu'elles avoient
évacué il a deux mois. Elles ſe diſpoſent d'ailleurs
à conſtruire & à établir une Douane fur le.
port deDantzick.
206 MERCURE DE FRANCE .
DeCoppenhague , le 11 Mai 1773 .
Les deux vaiſſeaux de ligne & les fix frégates
qui compoſent l'eſcadre Danoiſe , ſont actuellement
àla rade devant cette ville , & le Vice-Amiral
Kaas , qui la commande , arbora hier ſon
pavillon , ſur le vaiſleau le Superbe , de quatrevingtcanons.
Le Gouvernement vient de ſupprimer unpri
vilége qu'il avoit accordé en 1771 , pour fix ans ,
àune Compagnie qui s'étoit chargée d'établir une
loterie ſemblable à celle de Gênes , & qu'on tiroit
trente- ſept fois par an, alternativement,dans cette
ville&à Altena. Le Roi rembourſe chaque action
ſur le pied de400 écus ( 1800 liv. ) & les tirages
ſe feront déſormais pour le compte de Sa Majefté.
On mande de Norwege , que malgré les ſoins&
les ſecours duGouvernement Danois, les habitans
de la Province d'Hedemarken , une des plus fertiles
de ce royaume , y éprouvent une misère ſi
grande qu'ils n'ont pu enſemencer leurs terres, &
qu'ils font obligés de s'y nourrir d'écorce d'arbte
&de paille dont on vend le boiſſeau juſqu'à 20
ſchellings. On ajoute que la diſette eſt encore plus
affreuſedans la contrée d'Oſterdalen .
De la Haye, le 8 Juin 1773 .
Les troupes que la République avoit envoyées
àSurinam pour y rétablir l'ordre & la tranquillité
, vont revenir en Europe. Tout eſt pacifié
dans cette Ifle ,& le Gouvernement n'a plus rien
àycraindre.
JUILLET. 1773. 207
D'Amsterdam , le 20 Juin 1773 .
Le prix des bleds avoit conſidérablement augmenté
ici , pendant quelques jours ; mais les
grains qu'on attend des différens Ports de la Mer
Baltique & l'apparence d'une récolte abondante
l'ont fait diminuer preſqu'auffi-tôt.
De Madrid , le 18 Mai 1773 .
Le Commandant Général d'Oran cut avis ,
le 25 du mois de Mars dernier , que les Maures
devoient , ſelon leur coutume , commencer la
guerre de religion & qu'ils avoient, pour cet effer,
tiré de la Moſquée ll''éétteennddaarrdddeMahomet. Ilfit
placer des embuſcades dans les lieux par où ils
devoient paffer , &le lendemain, les Maures s'étant
avancés vers la Citadelle , furent furpris &
mis en fuite par les fuſiliers poſtés ſur leur chemin.
Unegrande partie fut tuée & l'on enleva leur dra
peau. Les Eſpagnols n'ont perdu que deux ou
trois hommes. Le drapeau a été envoyé en Eſpagne
& placé , par ordre de Sa Majesté , à Aranjuez
dans le monastère royal de St Pafchal , &
déposé dans la chapelle de l'Immaculée Conception.
Dom Joſeph Voraca , lieutenant - colonel
gradué , qui l'avoit apporté , a reçu la paie en
tière de lieutenant- colonel .
De Lisbonne , le premier Juin 1773 .
Le Roi , pour faire ceſſer les inconvéniens qui
réſultoient de la diſtinction qu'on étoit dans l'ulage
de faire dans ſes Etats , entre ce qu'on appeloit
les anciens & les nouveaux Chrétiens
vient de rendre une ordonnance qui établit ſur ce
point une parfaite égalité entre ſes Sujets,
208 MERCURE DE FRANCE .
De Rome , le 2 Mai 1773 .
Le Pape vient d'acheter les ſtatues d'Héliogabale
, d'Ottacılia , de Jules Célar , de Zenon ,de
Lyſimaque & d'Adrien. Elles ſont deſtinées à orner
le Mufaum du Vatican.
En creuſant aux environs de Prattica ( lieu où
l'on croit qu'étoit la maiſon de campagne de
Pline , & qui eſt aujourd'hui un fief appartenant
au Prince Borghese ) , on a trouvé , entr'autres
monumens antiques , une très-belle ſtatue repréfentant
Orphée & bien conſervée.
,
De Florence , le 23 Avril 1773 .
Ily a au château de Poggio Imperialeune tour
haute de vingt-deux brafles & large de fix environ.
Elle eft ornée de tableaux du célèbre Matthieu
Roſelli , qui repréſentent divers faits hiſtoriques;
mais comme ſa ſituation nuifoit au plan des
grands édifices qu'on y conſtruit , ſous la direction
de Nicolas Paoletti , & que le Grand - Due
vouloit d'ailleurs conſerver un monument aufli
précieux , il témoigna à cet Architecte le defir
qu'il avoit de le laiſſer ſubſiſter. Après un mûs
examen , le ſieur Paoletti aſlura qu'on pouvoit
tranſporter la touren entier & fans danger dans
un autre endroit convenable aux nouveaux bâ
timens , par le moyen d'un méchaniſme dont il
donna l'idée au Grand- Duc. Ce Prince , malgré
les obſervations des perſonnes de ſa Cour , qui
jugeoient l'entrepriſe impoffible , ordonna au ficur
Paoletti de mettre la main à l'oeuvre. Cet architecte
fit travailler avec tant d'activité & avec une
adrefle fi merveilleuſe , que la tour fut tranſporrée
, le 13 de ce mois , dans l'endroitdefiré , en
JUILLET. 1773. 209
préſence de Leurs Alteſſes Royales qui en marquerent
leur fatisfaction , & comblèrent de préſens
cet artiſte & les ouvriers .
De Londres, le 12 Juin 1773 .
La Chambre des Communes , après avoir entendu
la troiſième lecture du bill relatif aux affaires
de la Compagnie des Indes & les débats
qu'il a occaſionnés , a décidé , à la pluralité de
cent trente-une voix contre vingt- une , que ce
bill ſeroit porté à la Chambre Haute. Le Lord
Nort qui a parlé le dernier , a ramené les fuffrages
, en affurant que les intentions du Gouvernement
étoient favorables aux Actionnaires , &
qu'on étoit réſolu de faire , par la ſuite , à cette
loi , toutes les nouvelles modifications que l'ex-
As
périence feroit juger néceſſaires. La Compagnie
des Indes a arrêté ſur le champ , qu'il tetoit préſenté
requête contre ce bill à la Chambre des
Lords ,& que celle des Communes ſeroit ſuppliće
de faire cefler les délibérations de leur Comité
fur le bill contcernant les 1 , 400 , 000 liv. ſterl .
qu'on doit prêter aux Actionnaires. Ce ſentiment
a été adopté d'une voix unanime.
De Paris , le 14 Juin 1773 .
Onmande deSaulieu , en Bourgogne, qu'à l'ouverture
d'une foſle creuſée dans l'Egliſe de cette
ville où les enfans de la paroiſſe étoient aflemblés
au nombre de ſoixante pour recevoir la première
Communion, il s'éleva des exhalaiſons ſi ſuneſtes ,
que le Curé , le Vicaire , quarante Communians &
deux cens particuliers en ſont morts dans l'eſpace
de quinze jours , & l'on ajoute que plufieurs autres
perſonnes enfontdangereuſement malades.
210 MERCURE DE FRANCE.
-
NOMINATIONS.
Le Roi a accordé l'abbaye de Billon , Ordre de
Citeaux , diocèſe de Belançon , au Père de Muly,
Supérieur général de l'Oratoire.
Le Grand-Maître de Malte ayant fait remettre,
par le Bailli de Saint -Simon , à la Marquiſe de
Fleury , Dame de Madame Adélaïde , une Bulle
par laquelle il la nomme Grand-Croix de l'Ordre
de Malte , le Roi lui a permis d'en porter lesmarques.
Le Comte de Bieſançois prêta ſerment, lepremier
Juin , entre les mains du Roi , pour la ſurvivance
du gouvernement du Havre , dont eſt
pourvu le Duc de Saint-Aignan.
PRÉSENTATIONS .
Les Comtefles de Forcalquier &de Bourbon-
Buffet ont eu l'honneur de faire leurs remercîmens
au Roi , la première pour la place de Dame d'honneur
de Madame la Comteſle d'Artois ; la ſeconde
pour celle de Dame d'atours de cette Princeſſe ,
que Sa Majesté leur a accordées .
La Marquiſe de Brachet a eu l'honneur d'être
préſentée au Roi & à la Famille Royale , par la
Marquiſe de Pons , Dame pour accompagnerMadame
la Comtefle de Provence.
Le Sicur Feydeau de Marville , conſeiller d'état
ordinaire & au conſeil royal , ayant été nommé
par le Roi à la place de Directeur général des
Economats , a eu l'honneur de faire les remercimens
à Sa Majesté , à qui il a été préſenté par le
Duc de la Vrillière , miniſtre & ſecrétaire d'état.
La Marquiſe de Tourdonnet a eu l'honneur
d'être préſentée au Roi & à la Famille Royale par
JUILLET . 1773 . 211
la Comtefle de Noailles , Dame d'honneur de
Madame la Comteſle de Provence.
MARIAGES .
Le Roi & la Famille Royale ont ſigné le conde
mariage de Dom Vincent de Souza de Coutinho
, Ambafladeur de Portugal , avec Demoi
ſelle de Canillac.
Le Roi & la Famille Royale ont ſigné le contrat
de mariage du Marquis de Courbon de Blenac,
Enſeigne de vaiſſeau , avec Demoiſelle de
Verdelin.
NAISSANCE .
La Marquiſe de Noailles eſt accouchée , le 24
Juin , d'un garçon.
MORTS.
Hugh Moran , ſoldat de l'hôpital de Londres,
eſt mort âgé de cent treize ans. Un autre ſoldat
du mêmehôpital y eſt mort à l'âge de cent trois .
Anne-Louiſe de Noailles , veuve en premières
nôces de François Macé le Tellier , Marquis de
Louvois , capitaine-colonel de la compagnie des
Cent-Suifles de la Garde Ordinaire du Corps du
Roi , meſtre de camp du régiment d'Anjou , cavalerie;
& en ſecondes nôces , de Jacques-Hypolite
Marquis de Mancini , Prince Romain &
Noble Vénitien , eſt morte à Paris dans la 78. année
de ſon âge .
Jean Houly eſt mort dans la paroiſſe de Tortrès
, jurisdiction de Tombeboeuf, ſubdélégation
de Marmande , ddaanns la généralité de Bordeaux ,
le 30 Avril , âgé de cent quatre ans ; & Jean
212 MERCURE DE FRANCE.
Marſeller, de la même paroiſſe , eſt mort , le 3
Mat, à l'âge de cent deux ans.
Louiſe-Magdeleine de Baglion de la Dufferie ,
veuve de Joſeph François Marquis de Scépeaux ,
chevalier de l'Ordre royal & militaire de St Louis,
eſt morte à Paris dans la cinquantième année de
fon âge.
Marie Libaud , veuve en troisième , nôces de
Jean Thouard , meunier , eſt mort à Poitiers , à
l'âge de cent ſept ans .
La nommée Marie Vorſley eſt morte , le 18
Mai, à Apſley en Angleterre , dans la cent cinquième
année de lon âge.
Louis- Jacques - Charles Marquis du Barail ,
lieutenant général des armées du Roi , chevalier
de l'Ordre royal & militaire de St Louis , & cidevant
commandant pour Sa Majesté dans la
Flandre Maritime , eſt mort , le 4 Juin , à ſa Terre
de Villers - Hellon , près de Soiflons , dans la
ſoixante-cinquième annéede ſon âge.
Guy-Michelde Durfort de Lorge , Duc de Lotge
, maréchal de France , chevalier des Ordres du
Roi , gouverneur du Château- Trompette de Bor.
deaux,lieutenant général du Comté de Bourgogne,
commandant en chef dans cette province ,
eſt mort à Courbevoie , près de Paris , le 6 Juin ,
dans la foixante huitième année de ſon âge .
Bénigne Corferet , maître Charron , eſt mortà
St Jean-de- Lône , le 20 Mai , âgé de cent un ans.
Il avoit été marié cinq fois , & avoit eu cinq enfans
de ſa dernière femme , qu'il avoit époulée à
l'âge de quatre- vingt-un ans .
Bengt Liungberg , ci-devant enſeigne dans le
régiment d'Oſtrogothie , eſt mort , le 28 Avril ,
dans laparoiſſede Hyklinge , fiefde Link -Sping,
JUILLET.
1773. 213
en Suéde, à l'âge de cent trois ans. Il avoit ſervi
ſous Charles Xil , en qualité d'enſeigne dans le
régiment de Halland.
Marguerite Triboult , veuvede Thomas Roſe,
voiturier , eſt morte dans la paroifle de Pacé ,
élection d'Alençon , dans la cent huitième année
de ſon âge.
La nommée Suzanne Evilon eſt morte , dernièrement
à Summoſtone , dans le Comté de Lancaſter
, âgée de cent huit ans. Elle a toujours
conſervé l'uſage de ſes ſens , ainſi que de ſa mémoire
, & a continué de vaquer elle- même aux
ſoins de fon ménage juſqu'a la dernière maladie,
Anne Pager , veuve du Comte de Cheriſey ,
lieutenant- général des armées du Roi , Grand-
Croix de l'Ordre royal & militaire de St Louis ,
Gouverneur du Fort Saint- Jean de Marſeililllee ,, eft
morte à Metz , le 22 Mai , dans la ſoixante-dix.
hutième année de ſon âge.
LOTERIES.
Le cent quarante-neuvième tirage de la Loterie
de l'hôtel - de - ville s'eſt fait , le 26 Mai , en la
manière accoutumée. Le lot de cinquante mille,
livres eſt échu au No. 35889. Celui de vingt mille
livres au N°. 38512 , & les deux de dix mille
aux numéros 30739 , & 33587 .
Le tiragede la loterie de l'Ecole royale militaire
s'est fait les Juin. Les numéros ſortis de la roue
de fortune , ſont 33 , 32 , 70 , 83 ,40. Le prochain
tirage le fera les Juillet,
214 MERCURE DE FRANCE.
PIECES
TABLE.
IECES FUGITIVES en vers&en proſe , pages
Imitation de l'hymne de Cliante , diſciple de
Zenon ,
Suite du ſecond livre de l'Enéïde ,
Flavilla ou la Frivolité , conte anglois ,
Lettre de M. de la Harpe à M. Lacombe ,
Vers d'un Ruſſe à M. de la Harpe , à l'occaibid.
9
24
48
ſiond'unfragment de ſon épître ſur leLuxe, 49
AMadame L *** , en lui envoyant deux
Roſiers- nains ,
A M. de Chenevières , qui m'invitoit à l'aller
so
voirà ſa campagne , SI
Hymne à Délos 5.2
Le Teſtament de ma Raiſon , &c. 61
Explication des Enigmes & Logogryphes , 70
ENIGMES , ibid.
LOGOGRYPHES , 73
NOUVELLES LITTÉRAIRES , 74
Notice des Poëtes latins , contenant la vie de
chaque poëte , &c . ibid.
Apollonii Sophiſtæ Lexicon Homericum
græcè & latinè , 84
Cours de géométrie-pratique d'architecture
militaire , &c. १०
Nouvelles eſpagnoles ,
Choix de Poësies italiennes ,
Placide à Maclovie , ſur les ſcrupules ,
La Femme dans les trois états de fille , d'é-
* pouſe& de mère ,
Le Porte-feuille amuſant ,
Nouvelle grammaire françoile ,
91
ibid.
93
95
ΙΟΙ
1ος
JUILLET. 1773. 215
Recherches critiques , hiſtoriques & topographiques
ſur la ville de Paris ,
L'Art de bien parler & de bien écrire en françois
,
Le Moyen d'être heureux ,
Recueil d'Arrêts du Parlement de Paris ,
Le Phaſma ou l'Apparition , &c. par M. Poinfinet
de Sivry ,
Détail des ſuccès de l'établiſſement que la
Ville de Paris a fait en faveurdes perſonnes
noyées , &c.
107
108
109
110
121
124
Examen de la Poudre , 128
Le Chemin du Ciel , ibid.
Cathéchiſme d'Agriculture , 129
Le Gage touché , 131
Fables nouvelles dédiées à Madame la Dauphine
par M. Imbert . 132
Réponſeala lettre d'une Dame de Picardie au
ſujet de l'Effai fur le caractère , les moeurs
&l'esprit des Femmes par M. Thomas , 135
ACADÉMIE , 147
SPECTACLES , Opéra , 148
Comédie Françoiſe , 149
Comédie italienne , I56
ARTS , Gravures , 158
Muſique ,
161
Architecture , 165
Le Danube , à la Seine ,
Entrée de Mgr le Dauphin & de Madame la
Dauphine à Paris ,
Compliment de l'Univerſité pour Mgr le Dauphin
& Madame la Dauphine ,
De l'Abbé de Ste Geneviève ,
AMadame la Dauphine ,
Couplets poiſſards ſur l'entrée de Mgr.le
167
171
172
173
175
216 MERCURE DE FRANCE .
Dauphin & de Madame la Dauphine dans
Paris,
Vers faits aux Tuileries durant la promenade
de Madame la Dauphine , le mardi 8 Juin
1773 ,
Vers ſur l'entrée dans Paris de Mgr le Dauphin&
de Madame la Dauphine ,
Impromptu a Mde la Dauphine par M. P. Bancede
Rio Janeire le 8 Juin 1773 .
Vers préſentés à Mgr le Dauphin & à Mde
la Dauphine le jour de leur entrée dans
176
179
180.
ibid.
Paris, 182
Ulages anciens. La Cantine du Bich , 185.
Anecdotes , 187
Edits , Arrêts , &c. 190
AVIS , 1961
Nouvelles politiques , 202
Nominations, Préſentations, 210
Mariages, 211
Naiflances , Morts , ibid.
Loteries , 213
APPROBATION.
J'AATl lu , par ordre de Mgr le Chancelier, le
premier vol. du Mercure du mois de Juillet 1773 ,.
&je n'y ai rien trouvé qui m'ait paru devoir en
empêcher l'impreffion.
A Paris , le 30 Juin 1773 .
LOUVEL.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES.
JUILLET , 1773 .
SECOND VOLUME .
Mobilitate viget. VIRGILE.
Peugne
A PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire ,
Chriſtine , près la rue Dauphine.
Rue
Avec Approbation & Privilège du Roi.
AVERTISSEMENT.
CEST au Sieur LACOMBE libraire , à Paris, rue
Chriſtine , que l'on prie d'adreſler , francs de port,
les paquets & lettres , ainſi que les livres , les eftampes
, les piéces de vers ou de proſe , la muſique
, les annonces , avis , obſervations , anecdoévénemens
finguliers , remarques ſur les
ſciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peut inſtruire ou amuſer le
Lecteur . On prie auffi de marquer le prix des livres
, eſtampes & pièces de muſique.
tes
,
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
des amateurs des lettres & de ceux quiles
cultivent , ils font invités à concourir à ſa perfection
; on recevra avec reconnoiffance ce qu'ils
enverront au Libraire ; on les nommera quand
ils voudront bien le permettre , & leurs travaux ,
utiles au Journal , deviendront meine un titrede
préférence pour obtenir des récompenſes ſur le
prodait du Mercure.
L'abonnement du Mercure à Paris eſt de 24 liv,
que l'on paiera d'avance pour ſeize volumes rendus
francsde port .
L'abonnement pour la province eſt de 32 livres
pareillement pour ſeizevolumes rendus francs de
port par la poſte.
On s'abonne en tout temps.
Le prix de chaque volume eſt de 36 ſols pout
ceux quin'ont pas louſcrit,au lieu de 30 fols pour
ceux qui font abonnés.
On ſupplie Meſſieurs les Abonnés d'envoyer
d'avance le prix de leur abonnement franc de port
par la poſte , ou autrement , au Sieur LACOMBE,
libraire, à Paris , rue Chriftine.
On trouve auffi chez le même Libraire
les Journaux fuivans.
JOURNAL DES SÇAVANS , in-4° ou in-12 , 14 vol.
paranà Paris. 4
Francdeporteenn Province ,
16 liv.
20 1.4f.
L'AVANTCOUREUR , feuille qui paroît le Lundi
de chaque ſemaine. L'abonnement , foit à Paris,
ſoit pour la Province , port franc par la
** pofte , eſt de 12liv.
JOURNAL ECCLÉSIASTIQUE par M. l'Abbé Di
nouart ; de 14 vol . par an , à Paris , 9 liv. 16 f.
En Province port franc par la poſte ,
GAZETTE UNIVERSELLE DE LITTÉRATURE ; port
franc par la poſte; à PARIS , chez Lacombe ,
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JOURNAL DES CAUSES CÉLÈBRES , 8 vol. in 12 .
par an , à Paris ,
En Province ,
131.46.
17 1.14 1.
JOURNAL ENCYCLOPÉDIQUE , 24 vol. 33 liv.12 .
JOURNAL hiſtorique & politique de Genève ,
36 cahiers par an , 18 liv .
JOURNAL de muſique des Deux-Ponts, partition
imprimée, 24 cahiers par an , franc de
port , 30 liv.
LE SPECTATEUR FRANÇOIS , Is cahiers par an ,
• àParis , وliv.
EnProvince , 12 liv.
LA NATURE CONSIDÉRÉE , vingt- cinq cahiers
*par an , 14liv.
En Province , 18 liv.
LA MUSE LYRIQUE ITALIENNE avec des paroles
françoiſes , baſle chifrée & accompagnement ,
12 cahiers par an , à Paris , 18 liv,
Enprovince, 24 live
A ij
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FABLES nouvelles parM. Boisard , in- 8° .
orné de gravures , br. 21. 101,
Annales de la Bienfaisance , 3 vol . in-8 °.
brochés , 61.
'Lettres du Roi de Pruſſe , in- 18 . br. 11. 161,
Eloge de Racine avec des notes, par M. de
la Harpe , in - 8 ° . br.. 11, 101.
Réponse d'Horace en vers , 121.
Fables orientales , par M. Bret , 3 vol. in-
8°. brochés , 3 liv.
21.101.
'Lettres d'Elle & de Lui , in 8 ° . b .
que , in- sº. br .
'LesMufes Grecques , in-8 ° . br.
La Henriade de M. de Voltaire , en vers la
tins &françois , 1772 , in - 8 ° . br .
Traité du Rakitis , ou l'art de redreſſer les
enfans contrefaits , in 8º br. avec fig. 41.
Le Phasma ou l'Apparition , hiſtoire grec
1 1.4 1.
11. ref.
11.166.
Les Nuits Parifiennes , 2 parties in - 8 ° .
nouv. édition , broch . 3 liv.
Les Odes pythiques de Pindare , in - 8 ° .
broche , sliv.
Le Philoſopheférieux , hift. comique ,br. 1 1. 4 1.
Du Luxe , broché , 12 f.
Traité fur l'Equitation , in- 8 °. br. 11.10 1,
Monumens érigés en France à la gloire de
Louis XV, & c , in - fol. avec planches ,
rel . en carton , 241,
Mémoires fur les objets les plus importans de
l'Architecture , in -4°. avec figures, tel . en
carton , 121.
Les Caractères modernes, 2 vol. br. 31.
Maximes deguerre du C. de Kevenhuller , 11, 106.
MERCURE
DE FRANCE.
JUILLET , 1773 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ODE A APOLLON , 6 liv. 4.
Dive , quem proles Niobaa , &c.
Tor , qui d'une mère orgueilleuſe
Punis les diſcours outrageans ,
Et l'audace préfomptueule
Du plus effréné des géans ,
Ce n'eſt pas en vain qu'on t'offenſe;
Grand Dieu ; de ta juſte vengeance
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
1
Achille éprouva les effets ,
Et ce héros invulnérable
Eſt un exemple mémorable
Querien ne réſiſte à tes traits.
:
Auteur de mille funérailles
Déjà ſes coupables exploits
Alloient renverſer ces murailles
Que tu conſtruiſis autrefois ;
De Thétis ce fils ſi terrible ,
Rendu par le Styx invincible ,
En tous lieux répandoit l'effroi ;
Mais ſon audace meurtrière ,
Qui ne trouvoit point de barrière ,
Alla ſe briſer contre toi.
Tel qu'un pin du haut Erymanthe
Qui cède au fer des Bucherons ,
Du bruit de ſa chûte effrayante
Fait retentir les environs ,
Ou tel qu'un peuplier ſuperbe
Se defléche étendu ſur l'herbe ,
Victime des vents en courroux.
Tel on vit le fils de Pélée ,
Victime à rahaine immolée ,
Tomber ſous le poidsde tes coups.
Jamais ce héros intrépide ,
Ennemi des lâches détours ,
N'eût , par une ruſe perfide ,
JUILLET. 1773 . 78
Des Troyens renversé les tours ;
Mais on eût vu ſon fier courage,
S'ouvrant par la force un paſſage
Juſques ſous leurs toits enflammés,
Livrer aux flammes dévorantes
Dans le ſein des mères ſanglantes
Les enfans à demi- formés .
Vainqueurs de la fameuſe Troye ,
Les Grecs , ſur ſes débris fumans ,
Auroient vu périr avec joie
Tous ſes malheureux habitans ,
Si Vénus , Vénus en alarmes,
A tes voeux uniſſant ſes larmes
N'eût fléchi les cruels deſtins ,
Et conduit par ſes ſoins propices ,
Sous de plus fortunés auſpices ,
Son fils aux rivages latins.
Dieu , dont la beauté floriſſante
Du tems ne craint point les affronts ,
Qui ſouvent dans les eaux du Xanthe
Baignes l'or de tes cheveux blonds;
Des fublimes chants de la Grèce ,
Si la douceur enchantereſſe
Fut l'heureux fruit de tes leçons ,
Daigne aux Muſes de l'Aufonie
Inſpirer la même harmonie ,
Er préſider à leurs chanfons.
Par M. T. G.
Aiv
1
MERCURE DE FRANCE.
ÆNEIDOs , lib . II.
Hic primum ex alto delubri culmine telis
Noftrorum obruimur , oriturque miferrima cæ
des ,
Armorum facie , & Graiarum errore jubarum.
Tum Danaigemitu , atque ereptæ virginis ira ,
Undique collecti invadunt : acerrimus Ajax ,
Et gemini Atryde , Dolopumque exercitus om
nis.
Adverſi rupto ceu quondam turbine venti
Confligunt , Zephyruſque , Notuſque & lætus
Eois
Eurus equis ; ſtridunt ſylvæ ſavitque tridenti
Spumeus , atque imo Nereus ciet æquora fundo.
INi etiam , fi quos obſcurâ nocte per umbram
Fudimus infidiis , totâque agitavimus urbe ,
Apparent : primi clypeos , inentitaque tela
Agnofcunt , atque ora ſono diſcordia fignant.
Ilicet obruimur numero , primuſque Choræbus
Peneleï dextrâDivæ armipotentis ad aram
JUILLET. 1773 . १
Suite du fecond Livre de L'ENÉIDE.
Par M. D. L. C.
TOUOTUETEFFOOISchèrement nous payons notre ruſe:
Du haut des temples ceux que l'apparence abuſe ,
Nous accablent de traits ; Hypanis & Dymas
Des mains de leurs amis reçoivent le trépas : *
Le Grec , au premier choc s'eſt vu ravir ſa proie ;
Il veut s'en reſſaiſir , ſa fureur ſe déploie ;
Ajax & les deux Rois guident leurs bataillons.
Tels des vents oppoſés croifant leurs tourbil
lons ,
Renverſent les forêts & ſoulèvent les ondes :
Nérée en eſt émû dans ſes grottes profondes.
Par l'accent Phrygien déjà déſabuſés
Juſqu'aux fuyards , par nous rompus & divilés ;
Reviennent ſur leurs pas : leur nombre nous accable.
Chorébus le premier , par un fort déplorable ,
Tombe aux pieds de Pénèle atteint d'un coup
mortel ,
Et tous deux de Minerve enſanglantent l'autel.
* J'ai tranſpoſé de quelques vers la mort
d'Hypanis & Dymas , & elle le trouve placée au
moins auſſi naturellement que dans le texte.
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
Procumbit: cadit & Ripheus juſtiſſimus unus
Qui fuit in Teucris & fervantiſſimus æqui .
Diis aliter viſum: pereunt Hypaniſque Dymafque,
Confixi à fociis: nec te tua plurima , Pantheu ,
Labentem pietas , nec Apollinis infula texit..
Iliaci cineres , & flamma extrema meorum ,
Teſtor , in occafu veſtro ,nec tela ,nec ullas
Vitaviſſe vices Danaum ; & fi fata fuiffent
Utcaderem , meruifle manu. Divellimur inde ,
Iphitus&Pelias mecum : quorum Iphitus ævo
Jam gravior , Pelias&vulnere tardus Ulyffei.
Protinus ad ſedes Priami clamore vocati.
Hic verò ingentempugnam ceu cetera nufquam
Bella forent , nulli totâ morerentur in urbe :
SicMartem indomitum, Danaoſque ad tecta ruentes
Cernimus , obſeſſumque actâ teſtudine limen.
Hærent parietibus ſcalæ , poſteſque fub iplos
Nituntur gradibus : clypeoſque adtela finiftris
Protecti objiciunt , prenſant faſtigia dextris .
Dardanidæ contra turres ac tecta domorum
Culmina convellunt : his ſe , quando ultima cernunt
,
Extremâ jam inmorte parant defendere telis :
Auratafque trabes , veterum decora alta parentum
,
Devolvunt : alii , ftrictis mucronibus , imas
Obſedere fores , has ſervant agmine denfo.
1
JUILLET. 177361 11
Modèle des Troyens , juſte & ſage Riphée , r
Le Ciel t'avoit proſcrit , & toi, pieux Panthée ,
Nites voiles ſacrés , ni tes dieux dans tes bras ,
Pontife d'Apollon, ne te ſauvèrent pas.
Ocendres d'Ilion , ô toi flamme funette ,
Et vous , mânes Troyens , ici je vous atteſte
Que je briguai l'honneur , ſi le Ciel l'eût permis ,
De mourir pour les miens dans les rangs ennemis.
Le vieillard Iphitus eſt encor ſur la lice;
Suivi de Pélias , bleſſé d'un trait d'Ulyffe..
Aupalais de Priam , où nous guide le bruit ,
Se concentre l'horreur de cette affreuſe nuit.
Là, comme ſi le reſte étoit exempt de trouble,
L'ennemi fe raffemble& ſa fougue redouble.
Je vois des bataillons , l'un par l'autre preflés,
Eſcalader les tours & combler les foflés .
T
Couverts de boucliers qui protégent leur tête ,
Des murs en graviflant ils atteignent le faîte.
Nos Troyens affiégés arrachent les lambris,
Des toîts & des crénaux leur lancent les débris :
Tout fert à les armer , juſqu'aux pourres dorées
Qui paroient de nos Rois les demeures lacrées.
Tels font les derniers traits que , dans leur déſeſpoir
,
Sur les bataillons Grecs leur rage fait pleuvoir;
D'autres , le fer en main , arrêtent les cohortes
Qui des cours du palais inveſtiſſent les portes;
,
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
Inftaurati animi regis ſuccurrere tectis ,
Auxilioque levare viros , vimque addere victis .
Limen erat , cæcæque fores : & pervius uſus
Tectorum inter ſe Priami , poſteſque relicti
Atergo: infelix quâ ſe , dum regna manebant ,
Sæpiùs Andromache ferre incomitata ſolebat
Ad foceros , & avo puerum Astyanacta trahebat.
Evado ad ſummi faſtigia culminis , unde
Tela manu miſeri jactabant irrita Teucri.
Turrien in præcipiti ſtantem , ſummiſque ſub
aſtra
Eductam tectis , unde omnis Troja videri,
Et Danaûm ſolitæ naves , & Achaïca caſtra ,
Aggreffi ferro circum , quâ fumma labantes
Juncturas tabulata dabant , convellimus altis
Sedibus , impulimuſque. Ea lapſa repente ruinam
Cum ſonitu trahit , & Danaum ſuper agmina latè
Incidit : aſt alii ſubeunt , nec faxa , necullum
Telorum intereà ceſſat genus.
Veſtibulum ante ipfum primoque in limine Pyrrhus
Exultat , telis & luce coruſcus ahena.
Qualis ubi in lucem coluber , mala gramina paf
tus,
JUILLET. 1773. 13
Ace terrible aſpect je m'emflamme , je cours
A ces braves amis , offrir quelque ſecours.
Il étoit au palais une ſecrète iſſue ,
Que de ſombres détours déroboient à la vue :
C'eſt par- là que ſans ſuite Andromaque autre
fois
Paſſoit de fa retraite au palais de nos Rois ,
Portant Aſtyanax, le fruit de ſa tendreſſe,
Et venoit de Priam conſoler la vieilleſſe.
Je me fraye un chemin ſur une antique tour
Qui dominoit la ville & les lieux d'alentour ;
D'où la flotte & le camp dans Pergame affiégée
Se découvroient au loin juſqu'au port de Sigée :
Du haut de cette tour les Trøyens déſormais
Ne pouvoient plus lancer que d'inutiles traits :
J'en ébranle le comble & la vaſte charpente :
Nous frappons , le ſuccès ſurpafle notre attente :
Tout le toît ſur les Grecs s'écroule avec fracas ,
Et de ſon poids immenſe accable leurs ſoldats.
Les marbres , le ciment , la brique pêle-mêle
Deviennent pour les Grecs une funeſte grêle ;
Mais leurs rangs éclaircis , leurs morts & leurs
bleflés
Par de nouveaux renforts bientôt ſont remplacés.
A leur tête brilloit l'auteur de nos alarmes ,
Pyrrhus , on le diftingue à l'éclat de ſes armes.
Je crois revoir Achille : ainſi pendant l'hiver,
Le ferpent , que la terre & la neige ont couvert ,
12 MERCURE DE FRANCE.
Inftaurati animi regis ſuccurrere tectis ,
Auxilioque levare viros , vimque addere victis.
Limen erat , cæcæque fores : & pervius uſus
Tectorum inter ſe Priami , poſteſque relicti
Atergo: infelix quâ ſe , dum regna manebant ,
Sæpius Andromache ferre incomitata ſolebat
Ad foceros , & avo puerum Astyanacta trahebat.
Evado ad ſummi faſtigia culminis , unde
Tela manu miſeri jactabant irrita Teucri.
Turrien in præcipiti ſtantem , ſummiſque ſub
aſtra
Eductam tectis , unde omnis Ttoja videri,
Et Danaûm ſolitæ naves , & Achaïca caftra ,
Aggreffi ferro circum , quâ fumma labantes
Juncturas tabulata dabant , convellimus altis
Sedibus , impulimuſque. Ea lapſa repente ruinam
Cum ſonitu trahit , & Danaum ſuper agmina latè
Incidit : aſt alii ſubeunt , nec faxa , nec ullum
Telorum intereà ceſſat genus .
Veſtibulum ante ipfum primoque in limine Pyrrhus
Exultat , telis & luce coruſcus ahena.
Qualis ubi in lucem coluber , mala gramina paf
tus ,
JUILLET. 1773. 13
Ace terrible aſpect je m'emflamme , je cours
A ces braves amis , offrir quelque ſecours .
Il étoit au palais une ſecrète iſſue ,
Quede ſombres détours déroboient à la vue :
C'eſt par-là que ſans ſuite Andromaque autre
fois
Paſſoit de fa retraite au palais de nos Rois ,
Portant Aſtyanax, le fruit de ſa tendreffe,
Et venoit de Priam conſoler la vieilleſſe.
Je me fraye un chemin ſur une antique tour
Qui dominoit la ville & les lieux d'alentour ;
D'où la flotte & le camp dans Pergame affiégée
Se découvroient au loin juſqu'au port de Sigée :
Duhaut de cette tour les Trøyens déſormais
Ne pouvoient plus lancer que d'inutiles traits :
J'en ébranle le comble & la vaſte charpente :
Nous frappons , le ſuccès ſurpafle notre attente :
Tout le toît ſur les Grecs s'écroule avec fracas ,
Et de ſon poids immenſe accable leurs ſoldats.
Les marbres , le ciment , la brique pêle-mêle
Deviennent pour les Grecs une funeſte grêle ;
Mais leurs rangs éclaircis , leurs morts & leurs
bleflés
Par de nouveaux renforts bientôt ſont remplacés.
A leur tête brilloit l'auteur de nos alarmes ,
Pyrrhus , on le diftingue à l'éclat de ſes armes.
Je crois revoir Achille : ainſi pendant l'hiver,
Le ferpent , que la terre & la neige ont couvert ,
14
MERCURE DE FRANCE
Frigida ſub terrâ tumidum quem bruma tegebat :
Nunc poſitis novus exuviis , nitiduſquejuventa ,
Lubrica convolvit fublato pectore terga
Arduus ad ſolem , & linguis micat ore trifulcis.
Una ingens Periphas, & equorum agitator Achillis
Armiger Automedon , unà omnis Scyria pubes
Succedunt tecto , & flammas ad culmina jactant.
Ipſe inter primos , correptâ dura bipenni
Limina perrumpit , poſteſque à cardine vellit
Eratos : jamque excisa trabe firma cavavit
Robora & ingentem lato dedit ore feneftram.
Apparet domus intus , & atria longa pateſcunt :
Apparent Priami , & veterum penetralia regum :
Armatoſque vident ſtantes in limine primo.
At domus interior gemitu , miſetoque tumultu
Miſcetur , penituſque cavæ plangoribus ædes
Fæmineis ululant , ferit aurea ſidera clamor.
Tum pavidæ tectis matres ingentibus errant :
Amplexæque tenent poſtes , atque ofcula figunt.
Inſtat vi patriâ Pyrrhus : nec clauſtra , nec ipſi
Cuftodes ſufferre valent : labat ariete crebro
Janua , & emoti procumbunt cardine poſtes .
Fiat via vi: rumpunt aditus, primoſque trucidant
Immiſſi Danai , & latè loca milite complent.
Non fic , aggeribus ruptis cum ſpumeus amnis
Exiit , oppoſitaſque evicit gurgite moles ,
Fertur in arva furens cumulo , campoſque per
omnes
Cum ſtabulis armenta trahit . Vidi ipſe furentem
Cæde Neoptolemum , geminoſque in limine Atridas.
JUILLET. 1773 . 15
Se ranime au ſoleil fous une peau nouvelle:
Il ſe drefle , & le feu dans ſes yeux étincelle :
Ses brillantes couleurs attirent nos regards :
Sa gueule nous menace en préſentant troisdards.
1
Je vois Automedon, l'écuyer d'Eacide ,
Conduiſant de Scyros la jeuneſſe intrépide ,
L'énorme Périphas lancer autoît des feux :
Pyrrhus, la hache en main , s'avance au milieu
d'eux.
De la porte éclatée une large ouverture
Fait voir le veſtibule , &déjà l'oeil meſure
Les portiques ſacrés du palais de nos Rois ,
Et leur garde combat pour la dernière fois.
Sous leurs lambris dorés les reines éperdues
De lamentables cris font retentir les nues .
Par-tout ledéſeſpoir porte leurs pas errans ,
Et leur raiſon s'égare à l'aſpect des tyrans.
Sous l'effort du bélier la porte eſt renverſée ,
Par l'Achille nouveau la garde eſt enfoncée ;
Il force la barrière & tout cède à ſes traits .
Déjà les Grecs vainqueurs inondent le palais.
Avec moins de fureur on voit , rompant la digue ,
Un fleuve impétueux ,&de ſes eaux prodigue ,
Entraîner à la fois cabanes & troupeaux .
Mes yeux ont vû Pyrrhus au milieu des bourreaux,
Infulter aux vaincus , ſe ſouiller de carnage,
Et les deux Rois jaloux lui diſputer de rage,
16 MERCURE DE FRANCE.
Vidi Hecubam , centumque nurus , Priamumque
peraras
Sanguine fædanrem , quos ipſe ſacraverat ignes.
Quinquaginta illi thalami , ſpes tanta nepotum ,
Barbarico poſtes auro ſpoliiſque ſuperbi ,
Procubuere : tenent Danai , quâ deficit ignis.
Forfitan & Priami fuerint quæ fata requiras.
Urbis ubi captæ caſum , convulſaque vidit
Limina tectorum , & mediis penetralibus hof
tem ,
Arma diù ſenior deſueta trementibus ævo
Circumdat nequicquam humeris , & inutile ferrum
Cingitur , ac denſos fertur moriturus in hoftes.
Ædıbus in mediis , nudoque ſub ætheris axe
Ingens ara fuit , juxtaque veterrima laurus ,
Incumbens aræ , atque umbra complexa Penates.
Hic Hecuba , & natæ nequicquam altaria circum
,
Præcipites atrâ ceu tempeſtate columbæ
Condenſæ , & Divum amplexæ fimulacra tenebant.
Ipſum autem (umptis Priamum juvenilibus armis
Ut vidit : quæ mens tam dira , miferrime conjux ,
Impulit his cingi telis , aut quò ruis ? inquit.
Non tali auxilio , nec defenforibus iftis
Tempus eget : non , ſi ipſe meus nunc afforet
Hector.. :
JUILLET. 1773 . 17
J'ai vu la Reine en pleurs , j'ai vu le feu ſacré
S'éteindre par le ſang de Priam maſſacré.
Cinquante fils liés par autant d'hymenées
Promettoient à ſes voeux de hautes deſtinées :
Il périt , & cet or dont brillent ſes lambris
Des feux & du vainqueur eſt la proie ou le
prix.
De la fin de Priam dois-je auſſi vous inſtruire ?
Voyant nos ennemis maîtres de ſon empire
Il ne peut plus ſurvivre à ſon affreux deſtin ,
Et veut du moins mourir les armes à la main.
Il couvre d'un harnois , dont il n'a plus l'uſage ,
Ses membres affoiblis , déjà glacés par l'âge.
Priam marche à la mort : Au milieu d'une cour
Etoit un grand autel qu'ombrageoit à l'entour
Un ſuperbe laurier , dont les rameaux antiques
Formoient un ſanctuaire à ſes dieux domeſtiques.
Hécube & fes enfans, fuyant le coup mortel ,
Conduits par la terreur, embrafſoient cet autel.
Tel s'abat un eſſaim de colombes tremblantes
Qu'un orage ſubit chaſſe & pourſuit mourantes.
Priam paroît , armétel qu'un jeune guerrier.
Cher époux , dit Hécube , à quoi bon cet acier ?
Que peut un ſeul vengeur quand Pergame eſt en
cendre?
MonHector même , hélas ! ne pourroit nous défendre.
18 MERCURE DE FRANCE.
Huc tandem concede : hæc ara tuebitur omnes,
Aut moriêre ſimul . Sic ore effata , recepit
Ad ſeſe , & facra longævum in ſede locavit.
Ecce,autem , elapfus Pyrrhi de cæde Polites',
Unus natorum Priami , per tela , per hoftes
Porticibus longis fugit , & vacua atria luſtrat
Saucius : illum ardens infeſto vulnere Pyrrhus ,
Inſequitur,jam jamque manu tenet &premit haſta;
Ut tandem ante oculos evafit & ora parentum ,
Concidit , ac multo vitam cum ſanguine fudit.
Hic Priamus , quanquam in mediâ jam morte tenetur
,
Nontamen abſtinuit , nec voci , iræque pepercit :
At tibi pro ſcelere , exclamat , pro talibus aufis
Dii ( ſi qua eſt cælo pietas , quæ talia curet )
Perſolvant grates dignas , & præmia reddant
Debita: qui nati coram me cernere lethum
Feciſti , & patrios fædaſti funere vultus.
At non ille , ſatum quo te mentiris , Achilles
Talis in hofte fuit Priamo : ſedjura fidemque
Supplicis erubuit , corpuſque exangue ſepulchro
Reddidit Hectoreum, meque in mea regna remifit .
Sie fatus ſenior , telumque imbelle fine ictu.
Conjecit : rauco quod protinus ære repulfum ,
Et ſummo clypei nequicquam umbone pependit.
Cui Pyrrhus : Referes ergo hæc , & nuncius ibis
Pelidæ genitori : illi mea triſtia facta ,
Degeneremque Neoptolemum narrare memento.
Nunc morere. Hæc dicens , altaria ad ipfa trementem
Traxit , & in multo lapſantem ſanguine nati ,
Implicuitque comam lævâ , dextrâque corufcum
JUILLET. 1773. 19
Viens ici : cet autel nous protégera tous ;
Ou du moins nous mourrons tous deux des mêmes
coups.
Elle dit, & fait place au vieillard vénérable.
Polite en ce moment , ( o ſpectacle effroyable! )
Jeune fils de Priam, que Pyrrhus a bleſlé ,
Se déroboit au fer dont il étoit preflé.
Le vainqueur le pourſuit ,&déjà de ſa lance
La pointe l'atteignoit : le tendre enfant s'élance;
Il tombe, expire aux pieds de la Reine & du Roi,
Priam , déjà mourant de douleur & d'effroi ,
Ne peut ſe contenir : s'il eſt quelque juſtice ,
Dieux vengeurs, au forfait meſurez le ſupplice.
Et toi , qui de mon fils viens de percer le flanc,
Qui ſur le corps d'un père en fais jaillir le ſang ,
Tu te vantes à faux qu'Achille fut ton père,
Achille fut humain : touché de ma misère
Il me rendit Hector , il reſpecta ſa foi ,
Et juſqu'à mon palais me fit conduire en Roi.
En achevant ces mots , Priam , d'un bras débile ,
Lance un trait impuiſſant contre le fils d'Achille ;
Trait dont le bouclier eſt à peine effleuré.
Eh bien , répond Pyrrhus , ſi j'ai dégénéré ,
Meurs , & cours à mon père en porter la nou
velle.
Il entraîne à l'autel le vieillard qui chancelle ,
Et dont les pas gliſſoient dans le ſang de ſon fils.
Il ſaiſt ſes cheveux , que le tems a blanchis:
Tandis qu'à cet exploit la gauche eſt occupée ,
:
20 MERCURE DE FRANCE.
Extulit , ac lateri capulo tenus abdidit enſem.
Hæc finis Priami fatorum : hic exitus illuna
Sorte tulit,Trojam incen ſam,&prolapſa videntem
Pergama, tot quondam populis terriſque ſuperbum
Regnatorem Afiæ : jacet ingens littore truncus ,
Avulſumque humeris caput ,& fine nomine corpus.
At me tum primum ſævus circumſtitit horror :
Obſtupui : fubiit cari genitotis imago
Ut Regem æquævum crudeli vulnere vidi
Vitam exhalantem : fubiit deferta Creüſa ,
Et direpta domus , & parvi caſus lüli .
Reſpicio , & quæ fit me circum copia , luſtro .
Deſeruere omnes defefſi ,& corpora ſaltu
Ad terram miſere , aut ignibus ægra dedêre.
Jamque adeò ſuper unus eram , cùm limina Veſtæ
Servantem , & tacitam ſecretâ in ſede latenrem
Tyndarida afpicio : dant clara incendia lucem
Erranti , paſſimque oculos per cuncta ferenti.
Illa ſibi infeſtos everſa ob Pergama Teucros ,
Et poenas Danaum , & deſerti conjugis iras
Permetuens Trojæ & patriæ communis Erinnys ,
Abdiderat ſeſe , atque aris inviſa ſedebat.
Exarſere ignes animo : ſubit ira cadentem
Ulcifci patriam , & ſceleratas ſumere pænas.
Scilicet hæc Spartam incolumis , patriaſque Mycenas
Afpiciet ? partoque ibit Regina triumpho ?
Conjugiumque domumque , patres , natoſque vi-
'debit
Iliadum turbâ, & Phrygiis comitata Miniſtris !
JUILLET. 1773 . 2 г
Sa droite au ſein du Roi ſe plonge avec l'épéc.
Ainfi finit Priam dont l'Afie autrefois
Redouta la puiſlance & reſpecta les loix.
Il voit ſa ville en feu , Pergame anéantie ,
Il perd en une nuit la couronne & la vie :
Sa tête eſt ſur le ſable , & fon corps étendu
Dans la foule des morts demeure confondu .
D'un vieillard égorgé la douloureufe image
Me rappelle à l'inftant & mon père & ſon âge.
Les Grecs dans mes foyers occupent mes eſprits
Du danger de Cretile & d'Afcagne mon fils.
Mes ſuivans ont péri par le fer ou la flamme,
De mes jours Atropos a reſpecté la trame.
Reſté feul , à l'entour je portois mes regards.
Ala faveur des feux brillans de toutes parts ,
Quand Hélène , fléau de ſa double patrie ,
Des Troyens & des Grecs la commune Furie
Ames yeux étonnés ſoudain ſe préſenta
Dans un réduit ſecret du temple de Veſta :
Du fond de ſon palais , par la crainte arrachée ;
A l'ombre des autels elle s'étoit cachée,
Dans le premier moment , de fureur tranſporté,
De venger Ilion je lens mon bras tenté.
Quoi , me dis -je , elle va revoir Sparte & Mycène,
Ses foyers , ſes enfans ? là je la vois en Reine
Heureuſe , triomphante . & du milieu des ſiens
Dédaignant à ſes pieds les femmes des Troyens.
Les femmes des Troyens , Hélène , tes eſclaves !
22
MERCURE
DE FRANCE .
Occiderit ferro Priamus ? Troja arferit igni ?
Dardanium toties ſudarit ſanguine littus ?
Non ita : namque etfi nullum memorabile nomen
Fæmineâ in pæna eſt , nec habet victoria laudem;
Extinxifle nefas tamen , & fumpfiffe merentis
Laudabor pænas , animumque expleſſe juvabiz
Ultricis Hammæ , & cineres ſatiafle meorum.
Talia jactabam , & furiatâ mente ferebar;
Cùm mihi ſe , non ante oculis tam clara , viden
dam
Obtulit , & purâ per noctem in luce refulſit
Alma parens , confefla Deam , qualiſque videri
Coelicolis & quanta ſolet ! dextrâque prehenfum
Continuit , toleoque hæc infuper addidit ore :
Nate , quis indomitas tantus dolor excitat iras ?
Quid furis ? aut quonam noſtri tibi cura receffit ?
Non priùs afpicies , ubi feſſum ætate parentem
Liqueris Anchiſen , ſuperet conjuxne Creüſa ,
Aſcaniuſque puer ? quos omnes undique Graiz
Circumerrant acies , &, ni mea cura reſiſtat ,
Jam flammæ tulerint , inimicus & hauferit enſis.
Non tibi Tyndaridis facies inviſa Lacæne ,
Culpatuſve Paris : verum inclementia Divûm
Has evertit opes , ſternitque à culmine Trojam.
Alpice : namque omnem quæ nunc obducta
tuenti
Mortales hebetat viſus tibi , & humida circum
Caligat , nubem eripiam : tu ne qua parentis
Julla time , neu præceptis parere recula,
JUILLET. 1773 . 23
Toi qui , d'un oeil ferein , dans ce moment nous
braves ,
Pour qui ſeule Priam vient d'être poignardé ,
Et du ſang Phrygien ce rivage inondé !
Ah plutôt ... mais pourrais -je immoler une femme?
Oui : l'on m'applaudira d'avoir vengé Pergame ,
Monbras d'un monſtre impur doit purger l'Uni
vers.
J'héſitois , agité de mouvemens divers ,
Quand Vénus tout à coup entrouvrant une nue
Sort plus brillante encor que je ne l'avois vue ;
Telle que dans l'Olympe elle ſe montre aux dieux,
Sans voiler ſes attraits , elle s'offre à mes yeux;
Elle me tend la main , & ſes lèvres de roſe
Font entendre ces mots : Mon fils , quelle eſt la
caufe
Du trouble de vos ſens &de ce grand courroux ?
Avez- vous oublié que je veille ſur vous ?
Quoi vous abandonnez un vieillard , votre père!
Sachez que votre fils & Creiſe ſa mère ,
Entourés d'ennemis , ſans moi , ſans mon fecours,
Par le fer ou la flamme auroient fini leurs jours .
Mon fils , de tes malheurs n'accuſe point Hélène ,
N'accuſe point Pâris , des dieux connois la haine,
Les faſtes du deſtin pour toi vont être ouverts .
J'arrache le bandeau dont tes yeux ſont couverts,
Un grand ſpectacle ici le découvre à ta vue ;
Ecoute mes conſeils , je réponds de l'iſlue,
Lereste du IIc. livre dans le prochain Mercure,
24 MERCURE DE FRANCE.
ALMERINE & SELIMA ,
ou les dangers de la beauté , conte oriental.
Dans les tems où les hommes croyoient
recevoir , par les ſecours de la féerie , le
bien & le mal , que les générations ſuivantes
n'attribuèrent qu'à des caufes naturelles
, Soliman régnoit ſur mille provinces
dans les régions éloignées de l'Orient.
Parmi les Grands de ſa cour , il chériffoit
plus particulierement Omoraddin
qui avoit été miniſtre ſous ſon père. Omoraddin
avoit deux filles , Almérine& Sélima.
La Fée Urgande avoit préſidé à la
naiſſance d'Almerine ; & pour fatisfaire
aux prières importunes de ſes parens , elle
lui avoit accordé toutes les qualités du
corps & de l'eſprit,& avoit prédit qu'elle
ſeroit demandée en mariage par unPrince
fouverain.
Quand l'épouse d'Omoraddin fut enceinte
de Sélima , la Fée Urgande fut encore
invoquée ; mais Méluſine, autre puif.
fance du royaume Aërien, en fut offenſée.
Elle réſolut de jeter la première ſon influence
ſur Sélima ,&prononça l'enchantement.
JUILLET. 25 1773 .
tement qui déterminoit le fort de cet
enfant. Elle voulut que cette innocente
victime de ſa malignité fût mépriſée généralement
, & continuellement tourmentée
par les autres & par elle - même. Pour
cet effet elle décida que ſa perſonne feroit
hideuſe&difforme , & que tous les defirs
produiroient un effet contraire.
Urgande , qui ne pouvoit changer cet
arrêt , en fit part aux parens de Sélima. Ils
rédoutoient d'être pères , & dès qu'ils le
farent , ils ne fongèrent qu'à cacher leur
enfant à tous les yeux. Ils ne s'intéreſfoient
point à ſon bonheur& ne voulurent
pas être les témoins de fa misère. On re
légua la malheureuſe Sélima, avec un ſeul
domeſtique, dans un château fort éloigné
&caché dans l'épaiſſeur d'une forêt.
CependantUrgande n'abandonna point
l'innocence opprimée ;& pour contrebalancer
les chagrins qui ſuiventl'obſcurité,
l'abandon & la laideur , elle décida que
Sélima trouveroit un goût exquis dans la
plus groſſière nourriture , que les haillons
auroient à ſes yeux l'éclat de la dorure ,
qu'elle préféreroit une cabane aux plus
fuperbes palais , & que ſon coeur ne connoîtroit
point l'amour. Il paroiffoir plus
difficile de prévenir le tourment pénible
II. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE .
P
d'une contradiction continuelle à ſes deſirs
; mais elle y réuſlit parfaitement en lui
accordant une continuelle fatisfaction.
Tandis que Sélima,négligée & oubliée
de l'univers, étoit renfermée dans ſon château
, toutes les villes de la domination
de Soliman contribuoient à décorer la
perſonne& à cultiver l'eſprit d'Almérine .
La maiſon de ſon père étoit remplie des
plus excellens maîtres dans toutes les
ſciences , & comme ſon eſprit égaloit fa
beauté , ſes connoiſſances égalèrent bientốt
ſon eſprit.
Avec ces qualités elle devint l'objet de
l'admiration univerſelle. Tous les coeurs
palpitoient à fon approche , & le pied
d'une biche eſt moins prompt que ceux
qui voloientà fon commandement. Mais
cetteAlmérine,à qui l'ambition étoit foumiſe,
que la ſageſſe même des vieillards
reſpectoit , à qui la, vivacité de la jeuneſſe
s'empreſloitde payer le tribut qu'elle doit
àla beauté ; cette même Almérine étoit
la plus malheureuſe de ſon ſexe. Une flatterie
continuelle l'avoit rendue altière &
dédaigneuſe . Des imperfections qui
échappoient aux plus clairvoyans blefſoient
ſa pénétration& ſa délicatefle. Son
coeur étoit rongé par la haine , quand les
JUILLET.
1773. 27
autres étoient attendris par la pitié. Le
défaut d'exercice la privoit des douceurs
dufommeil , & l'habitude de la ſenſualité
lui faiſoit perdre le goût des mêts les plus
délicieux. Son malheur s'accrut encore
par ſa ſenſibilité &par une paſſion que
l'on regarde trop ſouvent comme le bonheurde
la vie.
Nouraffin , médecin de Soliman , étoit
d'un naiſſancediſtinguée ,& ſa ſcience le
rendit célèbre dans tout l'Orient. Il étoit
dans la vigueurde l'âge. Sa figure étoit aimable,&
les moeurs douces &infinuantes.
Soit par le caprice ordinaire aux pafſions
violentes, foit par l'effet d'unepotion
queNouraffin fit prendre à ſon élève , Almérine
fentit toutes les fureurs d'un amour
effréné. Plus d'ambition , plus de douceur
dans l'eſpoir d'être demandée par unPrince
puiſſant. Elle redoutoit cet honneur ,
jadis l'objet de tous ſes voeux . C'étoit la
coutume parmi les Nobles ,'de préſenter
leurs filles à l'Empereur , lorſqu'elles entroient
dans leur dix-huitième année : ce
moment , que le tems amenoit avec une
rapidité filencieuſe & irréſiſtible , arriva .
La curiofité de Soliman étoit excitée par
les éloges adroits d'Omoraddin , dont
l'ame éprouvoit tout le trouble d'une am-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
e
bitiondéſordonnée. Le père s'apperçut de
J'embarras de ſa fille , &il crut que l'importance
d'un événement ſi prochain produiſoit
en elle les effets qu'il éprouvoit
Jui - même : il lui rappeloit les promeſſes
de la Fée , & tâchoit de lui inſpirer la confiance
à laquelle il oſoit à peine s'abandonner.
Mais il vit avec douleur que ce
qui devoit diminuer ſa crainte ne ſervoit
qu'à l'augmenter. Il ne fut que plus impatient,
diſpoſa tout; &Almérine, couverte
de tous les ornemens dont l'art peut embellir
la nature, fut introduite en préſence
de l'Empereur .
Soliman étoit alors dans ſa trentième
année. Il étoit aſſis ſur le trône depuis dix
ans ,& la vertu lui avoit mérité le ſurnom
de Juſte ; il avoit mépriſé la ſatisfaction
des ſens comme une jouiſſance baffe &
attachée à la foibleffe , & ne faifoir conſiſter
que dans l'execice des vertus héroïques
la félicité qui convient à la grandeur
-de l'ame. Il ne renfermoit pas dans les
murs d'un ſérail une multitude de beautés
malheureuſes, parmi leſquelles le defit
n'a point de choix & l'affection point
d'objet , qui ſont ſucceſſivement rejetées
après une jouiſſance momentanée que la
force leur arrache , & qui deſcendent en
JUILLET . 1773 . 29
fin dans le tombeau , ſans emporter d'autre
gloire que celle d'avoir fatisfait le ca→
price , & aflouvi la brutalité d'un tyran
dont l'aſpect n'inſpire que la crainte , fi
même il n'inſpire pas la haine.
Soliman , après avoir fixé quelques inf.
tans Almérine dans un filence d'admira
tion , ſe leva , & ſe tournant vers les Princes
qui l'environnoient : demain , leur
ditil, je fatisferai aux demandes que vous
m'avez faites ſi ſouvent. Demainje placerai
la beauté ſur le trône , & par elle je
tranſmettrai ma puiſſance à la poſtérité,
Demain la fille d'Omoraddin ſera mon
épouſe.
La joie avec laquelle Omoraddin entendit
cette déclaration, fut diminuée par
l'effet qu'elle produifit fur Almérine , qui ,
après avoir combattu inutilement toutes
les paſſions qui l'agitoient, tomba entre les
mains de ſes ſuivantes & fondit en larmes .
Soliman fit fortir ſes courtiſans , la prit
entre ſes bras & lui demanda le ſujet de
ſa douleur. L'orgueil & la crainte ne permirent
pas à Almérine de découvrir le
fecret de fon ame. Elle gardoit toujours
Jefilence,&paroiſſoit inconfolable. Quoique
ſes pleurs fiſſent ſoupçonner à Soliman
quelque attachement ſecret,il affecta
Biij
30
MERCURE DE FRANCE .
d'être fatisfait des prétextes du père qui
n'attribuoit l'émotion de ſa fille qu'à la
ſenſation naturelle à ſon ſexe dans les
événemens inattendus. Il commanda à ſes
femmes de retirer Almérine dans un appartement
particulier du palais,& de lui
faire donner par ſon médecin les ſecours
néceſſaires .
Nouraffin étoit inſtruit de tout ce qui ſe
paffoit. La douceur de revoir fon amante
foulagea ſon déſeſpoir. Cependant ces
amans ne pouvoient ni ſe plaindre , ni
partager leurs chagrins. Ils étoient envi
ronnés de témoins toujours redoutables
pour l'amour. Nouraſſin, en s'en allant,mit
une petite phiole dans la main d'Almérine
, & lui dit qu'elle contenoit un cor
dial qui lui rendroit la force & la paix, fi
elle s'en ſervoit à propos. Ces paroles furent
entendues par tous les aſſiſtans. Mais
Almérine ſeule les comprit. Elle jugea
que la phiole contenoit du poiſon qui
guériroit ſa douleur ſi elle pouvoit en détruire
la cauſe , & le donner à Soliman
avant fon mariage. Nouraffin fortit , &
Almérine ne s'occupa plus que de fon
malheur & des moyens de le finir. Ses
réflexions fur les terribles événemens du
lendemain la menèrent bien avant dans
JUILLET. 1773. 31
la nuit. Enfin épuisée de laſſitude, & de
douleur , elle ſe jeta ſur un ſopha & s'endormit
profondément.
Soliman, tout occupé d'Almérine , n'a
voit point goûté la douceur du ſommeila
il ſe leva dès la pointe du jour & fit venir
fon premier officier auquel il avoit donné
ordre de veiller dans la chambre de la
Princeſſe . Il s'informa de ſa conduite , &
demanda ſi ſa ſurpriſe étoit diſſipée . On
lui apprit qu'elle venoit de s'endormir ;
que Nouraſſin lui avoit laiſſé un cordial
dont il attendoit de fûrs effets , mais
qu'elle avoit différé de le prendre. Soliman
tira de nouvelles eſpérances de cette
découverte , ſe félicita de ſon bonheur
prochain, &, ſans faire d'autres queſtions,
donna ordre qu'on mêlât la liqueur avec
tout ce qu'elle prendroitdans la matinée.
Almérine ſe réveilla avec une violente
agitation. Son palais deſléché ſentit lafoif
que produit une fièvre dévorante , & fur
le champ elle demanda du ſorbet. L'officier,
ſuivant l'ordre de l'Empereur , verſa
la liqueur de la phiole dans une coupe
qu'Almérine vuida ſur le champ. Lorfqu'elle
ſe fut rappelé les projets quelle
avoit à remplir, elle fur ſurpriſe de ne
plus trouver ſa phiole , & bien plus en-
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
core en apprenant l'uſage qu'on en avoit
fait. La terreur dont elle fut ſaiſie hâta
les effets de poïfon;bientôt un feu rapide
s'alluma dans ſes veines. Son déſordre
étoit viſible , quoiqu'on ne pût en ſoupçonner
la cauſe. Nouraffin fut encore introduit.
Ilapprit la mépriſe & prépara un
antidote qu'il lui fit prendre. Almérine
attendoit l'événement avec effroi& ſentoit
tous les tourmens du corps &de l'eſprit.
Une chaleur fubite fuccédoit à un froid
infupportable. Ses cheveux tombèrent; fa
tête s'enfa , & tous les traits de ſon viſage
furent défigurés . Nouraſſin ſortit pour ſe
dérober à ſa confuſion . Almérine ignorant
que ces terribles changemens étoient
les préſages de fa guérifon & annonçoient
que la mort fortoit de ſon coeur , crut
qu'elle n'avoit plus que quelques inſtans à
vivre. La crainte amena le repentir,& elle
demandaSoliman . L'Empereur vint auſſitôt
, & vit les ruines de ſa beauté avec un
étonnement qui croiſſoit à mesure qu'elle
lui découvroit le crime quelle avoit préparé
contre lui , & dont elle étoit ellemême
la victime .
Lorſque Soliman fut revenu de ſa furprife,
il ſe retira dans ſon appartement ,
il ſe recueillit en lui-même,reconnut que
JUILLE Ι . 1773 . 33
le defir qu'avoit fait naître la beauté l'a-
'voit détourné du chemin dela justice , &
qu'ilauroitdû renvoyer une perſonne qu'il
ſoupçonnoit de ſentir un premier amour.
Cependant il ne fit point mourir Nouraſſin
pour un crime dont il lui avoit donné
la penſée ; mais comme il étoit juſte
de punir un homme qui avoit violé la loi ,
il le condamna à un banniſſement perpétuel
. Almérine fut renvoyée à ſon père
afin que le reſte de ſa vie lui rappelât la
folie de ſon amour , & l'Empereur réfolut
de réparer , s'il étoit poſſible,les erreurs
de fon premier projet par un autre plus
raiſonnable. Il chercha les moyens de
donner à un précepte général une force
active, en l'appuyant d'un exemple frappant
qui pût pénétrer les coeurs. Le bonheur
réel de fon peuple lui ſembloit préférable
à l'avantage ſtérile & imaginaire
de lui laiſſer un ſouverain de fon fang. II
ſe détermina enfin à faire publier la proclamation
ſuivante dans toutes les villes
de ſa domination : " Soliman, dont le ju-
>> gement a été ſéduit , & dont la vie a été
>> en danger, par la trahifon d'une beauté
>>ſans égale , ſe détermine à placer ſur le
20 trône la plus déſagréable difformité ,
→ pour apprendre à l'univers que le vice
Bv
34 MERCURE DE FRANCE .
>> peut rendre la beauté plus odieuſe que
>>la laideur , & que l'on doit à ſon exein-
>> ple mépriſer cette beauté , qui , ſans la
>> vertu n'est qu'un malheur ſpécieux , un
>> reproche pour celles qui la poſſédent &
>> un danger pour ceux qui l'admirent. »
Sélima ,pendant ces divers événemens ,
éprouvoit un fort bien différent. Elle reſta
juſqu'à l'âge de treize ans dans fon château
où la perſonne que l'on avoit chargée
d'elle, mourut après une courte maladie.
Sélima, qui n'avoit aucune idée de la mort,
imagina d'abord que fa compagne ſommeilloit
; mais voyant qu'elle eſſayoit en
vain de l'éveiller & que ſes provifions
étoient épuiſées , elle ouvrit ſa porte , fortit&
s'égara dans les bois. Elle s'y raſfaſia
de légumes & de fruits ſauvages & s'endormit
près d'un buiffon. Le lendemain
un payſan l'apperçut, ne fut point rebuté
pat ſa difformité , en eut compaffion &la
réveilla. Cet homme lui fit pluſieurs queftions
, mais ſes réponſes ne ſervirent qu'à
augmenter ſa cutioſité. Il la mit ſur ſa
monture,& la conduiſit à ſa maiſon dont
il étoit éloigné de douze milles. Dans le
village, Sélima ſervoit de jouet aux uns ,
excitoit la pitié des autres , & n'étoit employée
qu'aux plus vils exercices. Cette
JUILLET.
1773 . 35
fituation malheureuſe en apparence ne l'étoit
point pour Sélima. Elle goûtoit les
plaiſirs de la table & les douceurs du repos.
Comme elle ne formoit aucun de
fir elle n'étoit jamais contrariée , ſon
corps étoit fain& fon eſprit tranquille.
Elle avoit paffé quatre ans dans cet état
quand les héraults arrivèrent avec la proclamation
de Soliman . Elle courut avec
tout le peuple pour voir ce ſpectacle. Elle
écouta avecgrande attention ,& lorſqu'on
eut ceffé de parler,elle s'apperçut que tous
les aſſiſtans avoient les yeux fixés fur elle.
Undes cavaliers deſcendit à l'inſtant de
cheval , & la pria avec beaucoup de ſoumiſſion
de monter dans le char qui le fuivoit.
C'eſt vous fans doute, lui dit-il , que
la nature avoit deſtinée pour être notre
fouveraine & l'épouſe de Soliman . Je n'ai
pas un deſir fi élevé , répliqua Sélima en
fouriant ; mais ſi vous êtes véritablement
les interprètes de Soliman , je me réjouis
de pouvoir fervir de leçon au genre humain,&
à cette condition je defire fincèrement
être la plus difforme de mon ſexe.
Au moment qu'elle eut prononcé ce
fouhait, l'enchantementde Méluzine produifit
un effet contraire. Sa peau quitta ſa
rudeſſe & fa couleur olivâtre , & deving
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
unie comme l'yvoire & blanche comme
la neige. Sa taille devint mince & légère.
Ses cheveux noirs formèrent des boucles
longues& épaiſſes qui flottoient avec graçe
ſur ſes épaules. Ses joues étoient teintes
de la rougeur de l'aurore dont la rofée humectoit
ſes lèvres. Tous ſes traits étoient
nobles & réguliers , tous ſes mouvemens
étoient gracieux. Une robbe blanche fut
jetée ſur elle par une main inviſible ; tout
le peuple étoit dans l'extaſe de la ſurpriſe,
& regardoit avec une curioſité infatiable
cette beauté dont on n'avoit jamais vu le
modèle. Sélima n'étoit pas moins étonnée
que ceux qui l'admiroient. Elle reſta un
moment immobile , les yeux fixés fur la
terre : mais ſa confuſion augmenta,& elle
voulut ſe retirer en filence . Les héraults la
prévinrent : elle fut obligée de céder à
leur importunité & de monter dans le
char pour ſe rendre à la capitale. On la
préſenta à Soliman que l'on inſtruiſit de
toutes les circonstances de ce prodige .
Soliman jeta les yeux fur l'aſſemblée
qui l'environnoit , incertain s'il devoit
abandonner ou pourſuivre ſon deſſein ,
quand Abbaran , prince reſpectable par fa
fagelſe& ſes années, s'approche de l'Empereur
, &proſternant ſa tête àſes pieds.:
J
JUILLET. 1773 . 37
• que Soliman , dit- il , accepte la récom-
>> penſe de la vertu , & aſſocie Sélimaà
>> ſon trône.Dans quel ſiècle &dans quelle
>>> nation la beautéde Sélima ne ſera- t'elle
>> pas honorée ? Dans quels lieux ſa mé-
>> moire ne ſera - t'elle pas tranſmiſe ?
» L'hiſtoire de l'épouſe de Soliman ne
>> ſera- t'elle pas auſſi célèbre que le nom
>> de ſon époux ? Ne fera- t'elle pas con-
> noître que les deſirs qu'inſpire la beauté
»n'ont été fatisfaits qu'après avoir été
>> vaincus ? Que pour punition d'un def-
>> ſein injuſte la beauté eſt devenue hideu-
>> ſe , que le vice l'a couverte de ſa hon-
>> teuſe difformité , & que pour récom-
>> penſe d'un deſſein généreux, la
>> fait diſparoître la laideur, pour lui don-
>> ner tous les charmes de la beauté ? »
vertu a
Soliman, qui ne ceſſoit de regarder Sélima
, découvrit ſur ſon viſage un mêlange
de joie & de confufion, qui détermina
fon choix, & fut un garant de ſa félicité.
L'amour , qui par la défenſe d'Urgande
avoit été inconnu à Sélima pendant
tout le tems de fa laideur , entra paiſiblementdans
fon ame pour achever leur bonheur
; la cérémonie nuptiale ne fut pas
long-tems différée ; Urgande l'honora de
ſa préſence , &lorſqu'elle partit,elle mit
38 MERCURE DE FRANCE.
entre les mains de Sélima un petit écrit
en parchemin , avec ces mots gravés en
lettres d'or.
• Souviens-toi , Sélima , du fort d'Al-
>> mérine qui vit encore pour ſon fupplice
»& celui de fes parens; fouviens-toi d'Al-
>>mérine qui a perdu foneſprit&fa beauté.
> Que fon exemple & ta propre expérien-
>> ce t'apprennent que l'eſprit , la beauté,
>>les ſciences , l'abondance & les hon-
>> neurs ne font point eſſentiels au bon-
>> heur de l'homme. Tous ces biens , Almérine
les poſſédoit , & elle étoit mé-
>> contente : tu en étois privée , & tu te
> trouvois heureuſe. C'eſt à toi déſormais
>>àte procurer toi ſeule les avantages que
>> je t'ai accordés juſqu'à ce jour. C'eſt la
>> tempérance &la ſobriété qui donnent du
>>goût aux plus groſſières nourritures, c'eſt
>> l'humilité qui fait voir d'un oeil égal les
✔ vêtemens d'un laboureur & le riche ap-
> pareil d'un Prince ; c'eſt la docilité qui
>> rend le coeur toujours fatisfait , & qui
>>>foumetl'eſprit à l'ordre éternel qu'il ne
>> peut ni changer ni prévoir. Profite de
» cette leçon , que ton exemple inſtruiſe
>> les mortels, & leur apprenne à ne point
>> infulter à la nature , & à connoître leur
>>propre foibleſſe. »
JUILLE Γ. 1773 . 39
L'Empereur , à qui Sélima fit part de
ces préceptes de la Fée , les fit tranfcrire ,
y ajouta le récit des événemens qui y
avoient donné lieu,&le fit diſtribuer dans
fes états. Ges préceptes ainſi appuyés eurent
une influence immédiate & extenfi
ve , & le bonheur de Soliman &de Sélima
fut commun aux peuples qu'ils gouvernoient.
DISCOURS en vers fur les dangers de la
Gloire , lu à la féance publique de la
Société royale & littéraire de Nancy ,
le 8 Mai 1773. Par M. François .
J''AAVVOOIISS juré de fuir les rivesdu Permefle.
Pourquoi donc , aujourd'hui , trahiflant ma promefle
,
،
Vais-je reprendre encer , dans le ſacré vallon ,
Ma lyre ſuſpendue au temple d'Apollon ?
Quel démon , trop jaloux du repos que je goûte,
De ce temple oublié me rappelle la route ?
Tout rimeur , je le vois , eſt pareil aux amans
Dont les zéphirs légers emportent les ſermens.
LaGloire eſt ſa maîtreſſe.Ales charmes fidèle,
Enjurant de la fuir , il ſe rapproche d'elle.
Ala Syrène en vain croit- il défobéir ;
T
I
7
1
ر
40 MERCURE DE FRANCE.
Il l'aime d'autant plus qu'il la voudroit haïr.
Souvent nous l'accablons d'éloquentes injures ,
Nous déteſtons ſonjoug ; mais nos rimes parjures
Rendent à ſes attraits un hommage forcé.
Le vrai poëte a bu la coupe de Circé.
Malgré lui , de la Gloire il reſpire l'ivreſle.
Eh ! qui pourroit braver ſa voix enchantereſſe ?
Qui pourroit étouffer un tranſport indiſcret ?
Chaque jour , je l'entends qui me dit en ſecret :
Quoi ! tant d'autres ont pu , dans ce ſiècle commode
,
Habiller la Raiſon & la Rime à leur mode !
Sur l'Hélicon françois , de nouveaux conquérans
Auront preſcrit des loix , auront fixé les rangs!
Tant d'autres , d'un vain tas d'oeuvres afloupiffantes
,
Fatiguent , à l'envi , les preſſes gémiſſantes !
Et toi , de leur ſuccès ſpectateur indolent ,
Tu vondrois , ſans pudeur , enfouïr ton talent !
Quoi ! la palme t'invite , & tu crains d'y prétendre?
Celui- ci , cependant , crie à qui veut l'entendre ,
Que la ſcène tomboit , ſi , par un heureux fort ,
Il n'eût , d'un nouveau genre , inventé le reffort.
L'autre , d'une brochure alongeant la préface ,
Veut prouver qu'aujourd'hui perſonne ne l'efface.
Chacun de la Raiſon croit hâter les progrès ,
Chacun , duDieu du Goût, croit dicter les arrêts
Grains-tu de t'égaret ſur des traces ſi bellesa
JUILLET. 1773 . 41
Ah! que ſans vouloir plaire àdes lecteurs rebelles,
J'aime mieux ma parefle &mon obſcurité !)
Que mon humble filence a de ſécurité !
Je pourrois , enivré d'un charme pindarique ,
Comme un autre , étaler ma vaine rhétorique.
Eſt- il ſi malaiſé d'en impoſer aux fots ?
On ſait trop que le peuple eſt dupe des grands
mots ;
Qu'il prodigue à l'Emphaſe , à la Cacophonie ,
Cette admiration qu'il refuſe au Génie ;
Et que tout griffonneur , ou de proſe , ou de vers ,
Obtient de lui le droit d'écrire de travers .
Je pourrois donc paſter , dans ma verve légère ,
Sur ces difficultés que le Goût exagère.
Je pourrois... Mais je crains un honneur dangereux
:
S'il eſt beau d'être illuſtre , il eſt doux d'être heureux.
>
La Gloire eſt un tourment plus qu'une récompenfe.
Dans le retraite obſcure où je vis & je penſe ,
Aloiſir , enfoncé dans mes rêves ſavans ,
Je puis , avec les morts , oublier les vivans ,
M'éclairer , en ſecret , au flambeau de l'Etude ,
Ecrire fans affiche & ſans inquiétude ,
Et , ſans craindre jamais de me voir dénigré ,
Raiſonner à ma guiſe & rimer à mon gré.
Des auteurs de nos jours la couronne éphémère,
42 MERCURE DE FRANCE.
Au prix de cebonheur , n'eſt rien qu'une chimète.
Mes écrits , j'en conviens , ne ſeront pas loués ,
Nimes talens connus , ni mes drames joués ;
Par un crayon flatteur ma tête deſſinée
N'ira pas d'un ſallon parer la cheminée ;
Jen'enchaînerai pas , en auteur courageux ,
Le tumulte & les flots d'un parterre orageux.
Mais est- il un triomphe , un ſuccès, que n'altère
Dequelqu'ennui ſecret le mélange adultère?
Compterai-je pour rien lesdédains , qu'un rimeur
Dévore , en rougiſſant , chez un fot imprimeur ?
Etdes pédans ſans goût l'abſurde rigorifme ?
Et des demi - cenſeurs le pointilleux puriſme ?
Et la fièvre , fur-tout , d'un poëte troublé
Qu'attendent les dégoûts du Public aflemblé?
Avant que l'on me fiffle ou que ma pièce amène
Unpeuple admirateur aux jeux de Melpomène ,
Irai -je , careflant d'orgueilleux embrions ,
Me proſterner , ſans honte , aux pieds des Hif
trions?
Verrai- je , ſans frémir , qu'au gré d'un Journaliſte
,
Mon nom des noms proſcrits aille groſſir la
liſte?
Oubien qu'un faux dévot , prompt à ſe déchaîner,
Commente mes écrits pour les empoilonner ?
Pourrai -je ſupporter que mon enthoufiafme
Excitedes méchans le ſtupide ſarcaſime ,
JUILLET. 1773 . 43
Et qu'un ſot , pour tout prix de manoble ferveur,
Décide impunément queje ſuis un rêveur ?
Eh! s'il ſe cache encor , dans l'ombre &dans la
fange,
Quelqu'Arétin moderne ou quelqu'autre laG... ,
Me croirai -je à l'abri d'être perſécuté
Pour un libelle affreux , qui peut m'être imputé ?
Combien d'écueils évite une obſcure prudence ?
Oui. Je reſte à jamais dans mon indépendance.
Au charme libre & pur de mes amuſemens ,
Quepeuvent de la Gloire oppoſer les amans ?
Quelle est de leurs travaux la ſuite accoutumée
Pourloyer de leur vie , ils ontde la fumée.
Nous pleurons leur misère en admirant leurs
vers ;
,
Etle fortles punit d'éclairer l'Univers.
Etcet Univers même où , par la Renommée,
Tout modeſte rimeur croit ſa gloire ſemée ,
Cet immenfe théâtre où ſes vers font connus ,
Qu'est- il à des regards unpeu moins prévenus!
Chacun voit l'Univers dans ſa petite ſphère.
L'Ecrivain le plus lourd & le plus fomnifère
Qui brille , par haſard,dans un mauvais ſoupé ,
Croit que de ſes talens le monde eſt occupé.
Lepauvre Abbé Cotin , prêchant fans auditoire ,
Se peignoit tout Paris enivré de ſa gloire ;
Etd'un bord afriquain le Monarque tout nu ,
Ala Cour de Louis crut ſon nom parvenu.
Onconnoîtces bureaux de vers &de formetres,
1
44 MERCURE DE FRANCE.
Ces doctes Sanhedrins de pédans en cornettes ,
Où de petits auteurs à leurs minces ſaphos ,
Prodiguent tout l'encens du Pinde & de Paphos ;
Cercles ambitieux , dont l'abſurde manie
Eſt d'uſurper le nom debonne compagnie !
Eh! bien , dans ces ramas de têtes à l'envers ,
UnMyrmidon lettre croit voir tout l'Univers.
Ecoutez ſes diſcours , pleins d'orgueil & de fafte :
Il embraſſe , il remplit la lice la plus vaſte ;
Même il peut ſe nommer , ſans excéder ſes droits ,
Le précepteur du monde & l'Oracle des Rois .
On nourrit ſa folie ; on l'entoure , on le prône ;
De la littérature on lui dreſſe le trône;
Aux beaux vers , aux bons mots que forge cet oifon
,
Les Dames du logis tombent en pamoifon .
Qu'arrive-t'il ? Sa gloire , à ſon cercle bornée ,
Diſparoît au grand jour & meurt comme elle eft
née :
Dans les ſociétés tout s'excuſe &tout plaît.
Pour s'y rendre célèbre , il ſuffit d'un couplet ;
L'auteur d'un calembour paſſe pour un oracle :
Il dit une bêtiſe & l'on crie au miracle.
Le Public eſt ſévère. Il s'inquiére peu
Qu'un Seigneur , pour vos vers , ſe montre plein
de feu.
Il berne également , tel eſt ſon privilège ,
Le protégé qui tampe & le grand qui protège ;
Car ce n'eſt pas un titre à la célébrité
JUILLE Τ. 1773. 45
:
Que la vaine amitié d'un ſot de qualité.
C'eſt pourtant chez les Grands que le bon goût
: reſpire !
Oui , ſans doute , il en eſt qu'Apollon même inf
pire
Et que n'éblotit point un frivole vernis.
L'Europe , ainſi que nous , rend hommage àBera
nis.
Nivernois , dans ſon luftre , a conſervé la gloire
D'un nom , cher dès long-tems aux Nymphes de
Mémoire.
Le vainqueur de Minorque eſt l'appui des talens,
Mais que de lourds Midas , protecteurs info
lens ,
Ont le front d'étayer la moindre rapſodie ,
Que la Sottiſe écrit , que la faim leur dédie !
Que d'importans , flattés de ſe connoître à tout ;
Careſſent l'Ignorance & heurtent le vrai Goût !
Il eſt , dans ce vain tas d'amateurs fanatiques ,
Plus de fots louangeurs que de ſages critiques :
Corneille avoit pitié de ſes admirateurs ,
Et Voltaire a ſouvent rougi pour les flatteurs,
Toutesfois , j'y conſens. Soyez , à juſte titre
Du Parnaſle françois & l'idole & l'arbitre.
Voyez , voyez alors quelle fatalité
Pourſuit les afpirans à l'immortalité !
Dans ce ſiècle fameux que les arts enrichirent ,
Sous le joug du malheur que de Talens fléchirent }
Ala courd'Apolion , ccoombien d'infortunes
T
!
46
Desoutragesdu fort furent importunés !
: Si des aftres plus doux préſident à leur vie ,
Qu'ils redoutent alors les flèches de l'Envie !
Ici , Racine eſt mort , trifte & découragé.
Là , Paſchal expira , par les ſots outragé.
Lesméchans démaſqués tourmentent la Bruyère.
Tartuffe ofe inſulter au talent de Molière.
Deſpréaux vainement fait craindre ſes bons mots;
Cet apôtre du goût eſt le martyr des ſots.
Ainſi donc , quoiqu'on faffe , on ne peut
MERCURE DE FRANCE.
vie
dela
Raflafier la Haine ou déſarmer l'Envie .
Hélas! on ne rencontre , après de longs travaux,
Que de foibles amis ou de lâches rivaux.
Dès qu'un mortel s'élève au-deſſus du vulgaire,
Ce vulgaire inſenſé lui déclare la guerre ,
Tandis qu'il devroit voir les Zoïles rempans
Enchaînés à tes pieds de leurs propres ferpens .
Ode l'eſprit humain déplorable délire !
On nous dit qu'autrefois , aux accens de la
lyre,
Les rochers attentifs & les marbres émus
Venoient environner la ville de Cadmus .
Ce ſiècle eſt loin de croire à des fables pareilles;
Aujourd'hui l'homme même à peine a des oreilles.
Il a tout corrompu. Grace à lui , les neuf Soeurs
N'ont plus qu'un miel perfide & de faufles douceurs.
Malheureux , qui, ſéduit par leurs feintes carefles,
JUILLET. 1773 . 47
Crédule & ſans détour , ſe livre à leurs tendreffes!
Malheureux qui ſe fie à leurs traits ingénus !
Telles , depuis Colomb fi funeſte à Vénus ,
De timides beautés , des nymphes (éduiſantes
Afſaffinent ſouvent de leurs faveurs cuiſantes
Lejeune homme imprudent , trop facile à ſaifir
La lueur de l'amour & l'éclair du plaiſir .
Oferez-vous encor condamner ma penſée ,
Aveugles partiſans d'une gloire inſenſée ?
En vain me direz- vous que la Poſtérité
Tôt ou tard , en ſon jour place la vérité ;
Quedes contemporains les jugemens peu lages
Ne corrompent jamais la juſtice des âges ,
Et qu'en ceſſant de vivre , on ceſſe d'irriter
Ces haines , qu'il eſt beau d'avoir pu mériter.
:
Dépouillés du préſent , l'avenir nous demeure ;
Pour déſarmer l'Envie , il ſuffit que l'on meure :
Je le ſais; mais pourtant , le plus doux de mes
voeux
Sera- t'il donc de plaire à nos derniers neveux ?
Voulez -vous qu'un auteur d'avance ſe conſume
Sur l'eſpoir incertain d'une gloire pofthume ?
Cet eſpoir fût- il sûr , quel en ſera le fruit ?
De ma gloire future entendrai-je le bruit ?
Au fond de mon tombeau , la vaine Renommée
Viendra- t'elle flatter ma cendre inanimée ?
Verrai- je les lauriers croître ſur mon cercueil ?
Le terme de la vie est celui de l'orgueil, 4
48 MERCURE DE FRANCE.
Et que ſert de nourrir cette eſpérance altière
De ne pas exhaler ſon ame toute entière ,
Ce ſouhait orgueilleux de commander au ſort ,
De ſe ſurvivre un jour & de tromper la mort ?
Dans la tombe autrefois , Pradon ſerein &
calme ,
DuThéâtre François crut emporter la palme ,
Et Racine , au contraire , expira convaincu
Quepour ſa renommée il avoit trop vécu.
Qued'exemples pareils , opprobre de nos faſtes ,
Viendroient ſervir de preuve à ces affreux contraſtes
?
De ſes concitoyens Milton fut dédaigné.
Il vécut malheureux ; il mourut indigné.
Les autels qu'à fon ombre élève l'Angleterre ,
L'eſtime des humains , les reſpects de la terre ,
Aſongénie enfin tant d'hommages rendus
Ne confoleront point les manes éperdus.
D'ailleurs ,qui vous a dit que l'implacable Envie
Ne me pourſuivroit point au-delà de ma vie ?
Quelquefois , je l'avoue , un tropjuſte remords
Força ce monſtre affreux de reſpecter les morts.
Mais croyez - moi : jamais l'envieux ne tolère
L'audace de penſer , ni le talent de plaire ,
Er fi les noms fameux dans les ſiècles paſlés
De la jalouſe main ne font pas effacés ,
Il regrette ſans doute un ſi triſte avantage ,
Semblable à ces oiſeaux , dont l'horrible partage
Eft
JUILLET. 1773. 49
Eſt de ſe diſputer de funèbres lambeaux ,
Et de chercher leur proie au milieu des tombeaux.
Qu'un tel penſer m'afflige & qu'il me décourage
!
Ne vit- on pas Zoile , aveuglé par la rage ,
Dans le ſein du trépas perſécuter encor
Le chantre harmonieux & d'Achille & d'Hector ?
N'avons- nous pas oüi des clameurs frénétiques
Offenſer de Boileau les mânes poëtiques;
Et le fatal ciſeau des infernales loeurs
A-t'il ravi Corneille à ſes lâches cenſeurs ?
La Vertu qui n'eſt plus eſt encor déchirée.
Le Peintre mâle & fier des vengeances d'Atrée
Etoit dans le ſépulcre à peine renfermé ,
Qu'un critique impudent contre lui s'eſt armé.
N'étoit- ce pas aſſez que tous ces vils corſaires
Des enfans d'Apollon fuſſent les adverſaires ?
Hélas ! trop peu contens d'éprouver tant d'horreurs,
Nous nous aviliſſons par nos propres fureurs.
On nous voit, ſans relâche , ardens à nous dé
truire ,
Jouets des Nations que nous devions inſtruire ,
Dans la boue & le fiel des écrits venimeux
Traîner de nos débats le ſcandale fameux.
Quel est le triſte fruit de ces guerres cruelles
Qu'allumentdes auteurs les haines mutuelles ?
Témoin de leurs débats , le Public en ſuſpens
II. Vol. C
SO MERCURE DE FRANCE,
Ne ſait auquel entendre& rit à leurs dépens,
Il n'eſt point de remède àcette diſcordance.
Quand même d'un édit la ſévère prudence
Défendroit à ces fots , orateurs des caffés ,
D'uſer , en difputant , leurs poumons échauffés
Etvoudroit ramener l'union ſur la terre ,
L'édit n'y feroit rien : l'homme est né pour la
guerre.
Du temple de la Paix les Talens ſont exclus ;
L'eſprit , pour la diſcorde eſt un titre de plus,
Ah! que d'un fol eſpoir une Muſe enivrée
Coure une mer perfide aux aquilons livrée !
Je dérobe à l'éclat de ces triſtes revers
Le papier indulgent qui recevra mes vers.
Voulez- vous que plutôt , victime de l'Envie ,
J'aille , pour un vain nom , empoiſonner ma vie,
Au Public implacable expoſer mes travers ,
Suppléer , par l'intrigue , au décri de mes vers ,
Mendier le ſuffrage & l'appui d'un inſecte ,
Honorer des grimauds , pour me faire une ſecte,
Et, pour comble d'horreur , d'ennuis &de dégoûts
Choquer tous les pastis , en voulant plaire à tous ?
Ah! plutôt briſons- là. Ma mule , dans ces ris
mes ,
N'a que trop rappelé de malheurs &de crimes..
Idole des Guerriers , Reine des Ecrivains ,
OGloire , je renonce à tes preſtiges vains.
Tu peux nous éblouir ; mais toujours tu nous
trompes,
JUILLE Τ. 1773 . S
Le néant eſt caché ſous l'amas detes pompes.
Je les fuis , & j'immole à mes pavots chéris
Tes lauriers , que la foudre a trop ſouvent flétris!
AINSI , des doctes ſoeurs oubliant la mémoire,
J'olois apprécier le ſonge de la Gloire.
Ainſi couloient mes vers ſans ſoins , fans ornemens
D'un travail ſérieux légers délaſſemens ;
Lorſque, pouſſant à bout ſa rigueur ennemie ,
La Parque , ſourde aux voeux de notre académie,
Frappoit de Staniſlas l'antique ſerviteur.
Solignac , ô mon maître , ônom cher à mon coeur!
Eh ! quoi ! toute ta gloire , ô vieillard vénérable
N'a donc pu déſarmer la Parque inexorable !
Tu meurs ! & nos regrets , nos pleurs ſont ſuperflus.
Je te cherche en ces lieux , &ne t'y trouve plus.
Hélas ! je me rappelle , ombre chère & ſacrée ,
Quedu templedes Arts ta main m'ouvrit l'entrée,
Et que de tes lauriers reſpectés par le tems ,
L'ombrage protecteur couronna mon printems.
Ah! fi du ſeindes morts , tu peux encor m'entendre
,
Si mes triſtes accens peuvent toucher ta cendre ,
Reçois , reçois enfin de ma tendre amitié ,
Un tribut qui du moins ne peut être envié.
Non Non. Ce n'étoit point d'une palme ordinaire
Cij
52 MERCURE DE FRANCE .
Qu'Apollon couronnoit ta tête octogénaire.
Quand du Sarmate altier tu peignis les deſtins ,
Clio même remit ſes pinceaux dans tes mains.
Fontenelle autrefois t'inſtruifit , & , peut- être ,
L'élève fut depuis le rival de ſon maître.
Reſpectable en tes moeurs , aimable en tes écrits,
Près du Neftor des Rois , Neſtor des beaux efprits
,
Confident & témoin de ſa vertu divine ,
Sous un nouveau Trajan tu fus un nouveau Pling.
Mais où va m'égarer l'orgueil de mes crayons ?
Leur éclat s'obſcurcit au feu de tes rayons .
Tu rejettes les ſons de ma foible harmonie,
Le génie a ſeul droit de chanter le génie.
Qu'une main , plus ſavante à peindre nos re
grets ,
Aille prner ton tombeau de fleurs & de cyprès !
Un ſeul trait me ſuffit pour louer ta mémoire;
Tu connus l'Amitié qui vaut mieux que la gloire ,
Et ton nom , tes vertus & tes talens divers ,
Revivront dans nos coeurs bien mieux que dans
mes vers,
JUILLET. 17738 53
VERS adreſſés à Mile Arnould , jouant
le rôle de Zirphé dans l'acte de Zelindor.
N'en déplaiſe au Sylphe enchanteur ,
Montcrif , à ta Muſe charmante , :
A
A vous Rebel , à vous Francoeur
Dont la lyre jumelle enfante
Tant de concerts harmonieux ;
Et des chants ſi mélodieux ,
C'eſt Zirphé ſeule qui m'enchante ;
Et ſa magie eſt plus puiſſante
Que votre art n'eſt ingénieux.
Arnould , le charme eſt dans tes yeux.
J'y vois briller ces traits de flamme ,
L'impatience , le defir ,
L'eſpoir , l'amour & le plaifir.
Tu fais , en faiſant de mon ame
Mouvoir à ton gré le reflort ,
La maîtriſer en ſouveraine.
Tu m'agites de ton tranſport ,
Tu me fais ſoupirer ta peine';
Malheur à l'homme au coeur d'airain
Qui , fier de ſavoir ſe défendre
Du pouvoir de ton jeu divin
Sans ſourciller oſe t'entendre ! ..
Ciij
34 MERCURE DE FRANCE.
De mes yeux ont coulé ces pleurs ,
Délices de toute ame tendre ,
Ces pleurs , qu'en dilatant nos coeurs,
L'excès du plaifir fait répandre.
Que Zélindor fait dejaloux
Alors qu'embraſlant tes genoux
Tu lui prodigues ta tendrefle !
Mais que ſa voix enchantereſſe ,
Malgré ſes ſuperbes accens ,
Divine Arnould , eſt loin encore
D'exprimer , comme je le ſens ,
Zirphéqui vous voit vous adore!
Par M. * .....
LE MOINEAV & LE SERIN.
U
Fable.
Nmalheureux Moincau fut pris au trébu
chet:
Adieu tous les plaiſirs , adieu vaſte bocage
Où ſon léger effor à ſon gré le portoit
Sous l'ombre épaiſſe d'un feuillage ,
Puis juſqu'à la hauteur des nuages errants.
Il ſongea , dès qu'il fut en cage ,
A retrouver la clef des champs.
Dela griffe &du bec il s'eſcrimoit fans cefle
JUILLET. 1773. 55
Sur le maudit treillis qui bornoit ſes ébats ;
Le pauvre oiſeau ne dormoit pas.
Un Serin fut témoin de ſes tours de ſoupleſſe.
Que n'es - tu , lui dit- il , tranquile comme moi t
Suis-je plus fortuné que toi ?
Tous deux également n'avons-nous pas un mat
tre ?
Il eſt trop vrai ,dit le Moineau ;
Mais ta priſon fut ton berceau....
Hélas ! je ſuis né libre ,&je ceſſe de l'être.
LE PERROQUET & LE PIGEON.
Fable.
Un joli Perroquet , un Pigeon plein d'honneur
,
Et de prudence &de candeut
Eurent Thémire pour hôtefle.
L'un , réduit à la baſſe- cour ,
Ne reçut de ſa vie une ſeule careffe.
L'autre , adoré de ſa jeune maîtreſſe ,
Etoit comme un Vert- vert careſlé tout le jour.
Thémire , Eglé , Doris le flattoient tour- à-tour.
Le Pigeon ſe plaignit : quoi ! ma rare ſagefie
Des Dames n'aura pu me mériter l'amour !
Ace fat fans vertu les Dames feront fête !
Mon cher , lui dit le Perroquet ,
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Tu n'as pas ce qu'il faut pour leur tourner la
tête ,
Mon beau plumage & mon caquet.
LE TIGRE & LA TOURTERELLE.
Fable.
Encore tout baigné du ſang
Qu'avoit verſe ſa dent cruelle ,
LeTigre , au fonddes bois , paſſoit en rugiſſant
Sous les yeux de la Tourterelle.
Monſtre impitoyable , dit-elle ,
Ne ceſſeras-tu point de me pourſuivre ainſi ?
-Eh quoi ! ſuis- je ton ennemi ?
Que crains- tu ? -Grace aux dieux , répond l'oiſeau
paiſible ,
Tu ne peux rien ſur moi. Mais l'aſpect du méchant
,
Ton ſeul aſpect eſt un tourment
Pour une ame douce & ſenſible.
L'EXPLICATION du mot de la première
énigme du Mercure du mois de Juillet
1773 , eſt les Soupirs; celui de la ſeconde
eſt le Portier; celui de la troiſième eſt
JUILLET. 1773 . 57
le Soulier. Le mot du premier logogryphe
eſt Orage , où se trouvent or , rage &
age; celui du ſecond eſt Orange , où l'on
trouve or & Ange; celui du troiſième eſt
Oiseau .
ÉNIGME.
:
DESTINÉE à l'obscurité ,
Je ſuis faite pour la lumière ;
Et , ſans ténèbres , fans clarté,
Inutile eft mon miniſtère.
A l'aveugle qui ne voit rien
Je ne ſuis d'aucun avantage ;
Et recourir à mon uſage
C'eſt être fou , quand on voit bien.
Quoique je ſois toujours incapable d'entendre
Toujours ſourde je ne ſuis pas ,
Je ne le ſuis qu'en certain cas,
: Choſe difficile à comprendre.
J'ai quelquefois un oeil , & je ne vois jamais.
J'en ai trop dit , lecteur : tu me tiens , je metaisa
Par M.... , à Noe , prèsSensa
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE.
D'une lettre de l'alphabet
J'ai vraiment la figure ;
Quoique diſcret de ma nature ,
En me voyant , je mets au fait
D'une très-bonne choſe
Dont je fuis le ſignal.
La jeune Agnès au teint de rofe
Apeine écloſe ,
Touve à me poſléder un plaifir ſans égal.
M'a- t'elle , hélas ! quelle métamorphofe !
On ne voit plus cette fraîcheur de roſe ;
Son teint s'efface , adieu l'air virginal.
4
Par M.... , de Paris.
Q
AUTRE.
UAND j'ailecul enl'air , la tête décoëffée;
Quemon ventre ſe vuide... oh ! la belle équi
pée !
Tel eſt pourtant l'état où l'on aime à me voir ,
C'eſt même auſſi qu'alors j'exerce mon pouvoir:
Pouvoir , aſſurément, qui n'eſt point chymérique,
JUILLET. 9 رو . 1773
Carje bannis toujours l'humeur mélancolique.
En doutez-vous , lecteur ? Prenez moi par le col ,
Haut l'bras , haut I'nez , goûtez ma vertu ſans
pareille ;
Je réjouis le coeur , quelquefois je rend fol ,
Je donnede l'eſprit , & je rime à merveille.
Par M. Catimini , de Rouen.
AUTRE.
=
QUOUIOIQQUUEE je tienne au c
terre.
ciel , je deſcends juſqu'à
Pour exercer mon miniſtère ,
Je fais , deux fois le jour ,
Quelquefois plus ſouvent , mon grand ou petit
tour.
Mais quel est donc ce tour ? font-ce ici des fornettes
?
Non; car j'ai , comme les planettes ,
Un cours fixe & déterminé.
Je ſuis toujours en l'air , quelquefois en déroute ;
Je vas , je viens , je tiens ſouvent la même route
Pour me rendre à mon pofte , où je ſuis deſtiné
A faire obferver la décence
Que la pudeur exige en mainte circonſtance.
Ce n'eſt pas là tout mon emploi ;
Je préſide au fommeil, je réunis enmoi,
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE
Chez le riche ſur-tout , l'agréable & l'utile.
On me trouve par- tout , au village , à la ville,
Au louvre , & même à l'hôpital.
Malgré tous mes talens , on me traite affez mal ,
On me tire , on m'houſpille ,
Ni plus , ni moins qu'une vieille guenille.
Avez- vous mis le nez deſſus ? non , c'eſt la main,
Et l'y mettrez encore , & ce foir ,&demain.
Parlemême:
LOGOGRYPΗ Ε.
JEFE. fuisun fruit affez connu ;
Mais ſil'on veut mieux me connoître,
Qu'on arrange a , e , i , o, u ,
Avec une conſonne on me verra paroître.
Parlemême.
AUTRE.
JeE ſuis belle ,&pure fanstache ,
Compatiſlante ſans relâche.
Unique en tout , & que rien n'égala
Car j'enfantai celui qui me forma .
Ofez-vous cependant changer mon être auguſte ?
JUILLET. 1773. 61
Je ſuis dans Rheims , en cendre , en buſte :
Un gouffre ; une manie ; un eſpace ; un poiflon;
Un aliment ; un bois ; un homme heureux ou non;
Une autre eſpèce d'homme auſſi chère que rare ;
Ce qui défend un ſage , &peuple le Tartare ;
Un élément ; un ſouffle admirable , immortel ,
Quej'aime à rapporter au ſein de l'Eternel .
ParM. de Boufſanelle , brigadier
des armées du Roi.
POUR
AUTRE.
m'annoncer , lecteur , & pour ſuivre
l'uſage,
Je te dirai d'abord : huit pieds ſont mon partage.
Veux- tu ſavoir mon tout ? .. C'eſt une obſcurité
Dont l'éclairciſſement fait la difficulté.
Décompoſe mon être , & j'offre à ton génie
Unefigure ronde ; un fleuve d'Italie ;
Un métal précieux ; le balai du bareau ;
Ce que l'on dit errer ſur le Styx ; un oiſeau;
Ce pays fi fertile en diſcurs d'horoſcope ;
Undrame de l'auteur le plus grand de l'Europe
62 MERCURE DE FRANCE.
Unmal fort renommé chez le Peuple de Dieu ;
Un inſtrument toujours de bout auprès du feu ;
"Un arbre , l'un des bouts de la machine ronde ;
Une ville autrefois louveraine du monde ;
Ce qui fait deshéros , des Rois pour un moment;
Celle à qui tudois l'érre ; un perfide élément;
Un habitant d'Afrique ; une drogne arrondie;
La figure d'un homme après la maladie ;
Cequ'on nete peut voir ſans te briſer les os;
Un terrein toujours vert &chéri des troupeaux;
Contre les noirs frimats un meuble néceflaire ;
Cequ'ouvre la chaleur& que le froid reſſerre ;
Un bijou dont jadis on faiſoit très-grand cas;
Un être ſans lequel tu n'exiſterois pas ;
Un corps qui perd ſon nom quand on le met en
profe.
Es-tu content , lecteur ? Te faut- il autre choſe
Je garde prudemment un filence obſtiné ,
Carje ne ſuis plus rien, ſi tu m'as deviné.
ParM. Boutroue fils , de Bonneval.
1
JUILLET. 17730 63
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
* OEuvres de M. Thomas de l'Académic
française , nouvelle édition revue, corrigée&
augmentée. AParis, chezMoutard,
libraire de Madame la Dauphine,
rue de Hurepoix , à St Ambroife.
Les deux premiers ES volumes de cette
nouvelle édition contiennent un Effai fur
les Eloges, fait pour précéder les Parnégyriques
couronnés à l'Académie Françaiſe,
qui ont commencé la réputation de M.
Thomas. Cet ouvrage doit l'achever. Le
plan en eſt fécond& étendu. L'auteura fu
raffembler dans un très beau cadre toures
les époques remarquables de l'hiſtoire
littéraire, qui , par un rapport infaillible ,
fonttoujours attachées aux grandes époques
de l'hiſtoire politique. Il confidère
Puſage , l'abus & les effets de la louange
dans tous les états policés où elle a été
'réduite en ait , & même chez les Nations
groffières & fauvages qui n'avaient que
des chants de guerre faits pour célébrer le
2
Extrait de M. delaHarpe. :
64 MERCURE DE FRANCE.
vaillant homme qui avait ſu triompher
ou mourir. Il conſidère la louange , lorſque,
pure encore comme les vertus qu'elle
récompenſe , elle eſt un tribut unanime
&libre, préſenté par l'orateur de la patrie
au citoyen utile ou généreux qu'elle doit
honorer ou regretter ;&tranſportés alors
dans les champs de Marathon , nous entendons
la voix de l'Eloquence républicaine
s'élever près des tombeaux érigés
aux victimes de la liberté ,& invoquer
leurs oſſemens couverts de fleurs ; nous
paſſons près des Thermopyles , & Sparte
croit payer affez le ſang de ſes citoyens
en apprenant à la poſtérité dans quelques
lignes gravées ſur des rochers que ces citoyens
font morts pour leur pays ; nous
voyons ſur les bords du Nil les Prêtresde
l'Egypte interroger la cendre des Rois ,
juger leur mémoire qui n'a plus de flatteurs
,& leur décerner pour récompenſe,
dans la pouſſière de la tombe , le témoignage
de leur peuple & l'expreſſion de ſes
regrets. Tel eſt l'âge d'or de la louange ,
lorſque des hommes ſenſibles louaient
avec ſimplicité des hommes qui avaient
été grands , lorſque l'éloquence du Panégyrique
n'était pas encore une étude d'exagération
& d'artifice, où l'orateur déploie
JUILLET. 1773. 65
d'autant plus de mérite que ſon héros en
a montré moins,& lorſque le talent d'orner
des menſonges n'entrait point dans
les travaux du génie. Mais il arrive bientôt
un tems où la louange perd de ſa pureté
& de fon luftre , où l'on commence
à flatter le pouvoir , à célébrer avec de
grands mots de petites choſes & des talens
médiocres , où l'eſprit des Sophiſtes
Grecs inſpire les panégyriſtes des tyrans
de Rome & de Byzance. L'auteur confidère
la louange dans cet état de dégradation
& d'aviliſſement , lorſqu'elle n'eſt
plus qu'un trafic infame entre la baſſeſſe
à gages & le crime tout puiſſant , lorſque
des tyrans abrutis , entourés de bourreaux
& d'eſclaves , écoutent avec tranquillité
des éloges qui feraient rougir l'homme
qui les aurait mérités.
C'eſt au milieu de ces peintures qui
conſternent & humilient le lecteur fenfible
à l'honneur de l'humanité , que l'hiſtorien
de la louange place le tableau du
Génie deTacite proſterné devant leGénie
d'Agricola , adorant en lui les derniers
veſtiges des vertus antiques ,& remerciant
les dieux d'avoir permis qu'un ſage pût
échapper aux tyrans. Ce portrait , l'un de
ceux qui font le plus d'honneur au pin66
MERCURE DE FRANCE.
ceau de l'écrivain , conſole & charme le
lecteur qui va reſpirer entre Agricola &
Tacite , comme un voyageur , dans un
pays frappé par le courroux du Ciel &
déſolé par la contagion , entrerait dans
l'aſyle de deux amis vertueux que la colère
céleste aurait reſpectés , & qui au
milieu d'une atmosphère empoisonnée
ſeraient ſeuls entourés d'un air pur.
Acedéluge de panégyriques auſſi plats
que vils dont lacour de Bizance fut inondée
ſous des Princes faibles ou barbares ,
ſuccède le long filence des lettres dans les
ſiècles d'ignorance , & l'on traverſe un
déſert juſqu'au ſeizième ſiècle où la louan
ge reparaît , bigarrée des couleurs du latin
moderne. C'eſt dans le ſiècle ſuivant que
s'élèvent enfin parmi nous les dignes rivaux
des grands orateurs de la Gréce &de
Rome. Ne nous arrêtons qu'au plus célèbre.
Il faut entendre M. Thomas parler de
Boffuet.
>>On a dit que c'était le ſeul homme
> vraiment éloquent ſous le ſiècle de
» Louis XIV . Ce jugement paraîtra fans
>> doute extraordinaire . Mais ſi l'éloquen-
>> ce conſiſte à s'emparer fortement d'un
>>ſujet , à en connoître les reſſources , à en
→ mefurer l'étendue,à enchaîner toutes les
JUILLET. 1773. 67
>> parties, àfaire ſuccéder avec rapidité les
>>> idées aux idées , & les ſentimens aux
>> ſentimens , à être pouffé par une force
>> irréſiſtible qui vous entraîne , & à com-
>> muniquer aux autres ce mouvement ra-
>> pide & involontaire ; ſi elle conſiſte à
>> peindre avec des images vives, à agran-
>> dir l'ame , à l'étonner , à répandre dans
>>lediſcours un ſentiment qui ſe mêle à
>> chaque idée & lui donne la vie ; ſi elle
>> conſiſte à créer des expreffions profon-
>> des & vaſtes qui enrichiſſent les lan-
>> gues , à enchanter l'oreille par une har-
>> monie majestueuſe , à n'avoir ni un ton
>> ni une manière fixe, mais à prendre tou-
>> jours le ton&la loi du moment , à mar-
>> cher quelquefois avec une grandeur
>>impoſante&calme , puis tout-à- coup
» s'élancer , à s'élever , à deſcendre , às'é-
> lever encore , imitant la nature qui eſt
* irrégulière & grande , & qui embellit
>>quelquefois l'ordre de l'Univers par le
>déſordre même ; ſi tel eſt le caractère de
>la ſublime éloquence : qui,parmi nous,
>a jamais été auſſi éloquent que Boffuet? »
L'auteur fuit la marche du génie de
Boffuet , & nous la fait obſerver dans ſes
plus belles oraiſons funèbres. Il s'arrête
fur tout à celledu grand Condé. « Si ja
68 MERCURE DE FRANCE .
>> mais il parut avoir l'enthouſiaſme&
» l'ivreſſe de ſon ſujet , & s'il le commu-
» niqua aux autres, c'eſt dans l'éloge funèbre
du Prince de Condé. L'orateur s'é-
> lance avec le héros. Il en a l'impétuo-
> ſité comme la grandeur. Il ne raconte
>>pas. On diroit qu'il imagine & conçoit
>>lui-même les plans. Il eſt ſur les champs
>>de bataille. Il voit tout , il meſure tour.
>Ila l'airde commander aux événemens .
>>Il les appelle , il les prédit. Il lie en-
>> ſemble & peint à la fois le paſlé , le
> préſent , l'avenir. Tous les objets fe
>>ſuccédent avec rapidité ; tant ils s'entaf-
>> fent& ſe preffent dans fon imagination!
>>Mais la partie la plus éloquente de cet
>> éloge en eſt la fin. Les ſix dernières pa-
>> ges fontun mélange continuelde pathé-
> tique & de fublime.... Dans cette pé-
>> roraiſon touchante on aime à voir l'ora-
>>teur paraître & ſe mêler lui-même ſur
>>la ſcène. L'idée impoſante d'un vieil-
>>lard qui célèbre un grand homme , ces
> cheveux blancs , cette voix affaiblie , ce
>> retour ſur le paſſé , ce coup- d'oeil ferme
> & triſte ſur l'avenir, les idées de vertus
> & de talens , après les idées de gran-
>> deur & de gloire , enfin la mort de l'o-
>> rateur jetée par lui même dans le loin.
JUILLET. 1773 . 69
> tain & comme apperçue par les ſpecta-
>> teurs , tout cela forme dans l'ame un
>> ſentiment profond qui a quelque choſe
>> de doux , d'élevé , de mélancolique &
> de tendre. Il n'y a pas juſqu'à l'harmo-
> nie de ce morceau qui n'ajoute au fen-
>> timent , & n'invite l'ame à ſe recueillir
» & à ſe repoſer ſur ſa douleur. »
M. Thomas , en rendant ce bel hommage
aux talens de Boſſuet , ne s'aveugle
point ſur ſes défauts. On a dit , il y a
>> long- tems , que Boſſuet était inégal.
>>Mais on n'a point dit affez combien il
>> eſt long & froid & vide d'idées dans
> quelques parties de ſes diſcours. Per-
>> ſonne ne ſaiſit plus fortement ce que
>> fon fuiet lui préſente ; mais,quand fon
>>ſujet l'abandonne,perſonne n'y ſupplée
» moins que lui. Ce font alors des para-
>> phraſes& des lieux communs de la mo-
» rale la pluscommune. On croit voir un
>> grand homme qui fait le catéchiſme à
>> des enfans. A la vérité il ſe relève,mais
il faut attendre. Ce genre d'éloquence
>> reſſemble au mouvement d'un vaiſſeau
> dans la tempête, qui tour à tour monte,
>> retombe& diſparaît , juſqu'à ce qu'une
» aurre vague vienne le reprendre & le
>> repouſſe encore plus haut qu'il n'était
70
MERCURE DE FRANCE.
» d'abord. Ce défaut , comme on voit ,
> tient à de grandes beautés, Car l'eſprit
>> humain eſt borné par ſes perfections
> même. On ſouhaiteraitcependantqu'un
>> ſi grand orateur fût quelquefois plus
>> foutenu, ou du moins lorſqu'ildeſcend,
» qu'il remplaçat ſon élévation par des
>> beautés d'un autre genre. En général il
> a bien plus de mouvemens que d'idées,
» & l'on dirait preſque de lui comme un
>> reproche , qu'il ne fait qu'être éloquent
& fublime »
Après ces détails d'une critique judicieuſe
, M. Thomas revientà la ſupériorité
de Boffuer , & analyſe toutes lesbeautés
qui caractériſent ce grand homme.
«Malgré ces imperfections il a été dans
› le ſiècle de Louis XIV , & reſte encore
>> aujourd'hui à la tête de nos orateurs. Il
» eſt dans la claſſe des hommes éloquens
» ce qu'eſt Homère & Milton dans celle
» des poëtes ; une ſeule beauté de ces
>>grands écrivains fait pardonner vingt
» défauts. Jamais fur- tout orateur n'a
» parlé de Dieu avec tantde dignité &de
>> hauteur. Boffuet ſemble déployer aux
>> hommes l'intérieur de la Divinité& la
>> ſecretre profondeur de ſes plans. La
>> Divinité eſt dans ſes diſcours , comme
JUILLET. 1773 . 71
>> dans l'Univers , remuant tout , agitant
> tout. Cependantl'orateur ſuit de l'oeil cet
> ordre caché. Dans ſon éloquence ſubli-
> me il ſe place entre Dieu & l'homme, il
• s'adreſſe à eux tour à tour. Souvent il
→ offre le contraſte de la fragilité humaine
» & de l'immutabilité de Dieu qui voit
» s'écouler les générations & les ſiècles
>>>commeunjour. Souvent il nous réveille
>>par le rapprochement de la gloire & de
> l'infortune , de l'excès des grandeurs&
»de la misère. Il traîne l'orgueil ſur les
>> bords des tombeaux ; mais après l'avoir
>> humilié par ce ſpectacle , il le relève
> tout- à-coup par le contraſte de l'hom-
» me mortel & de l'homme entre lesbraş
>de la Divinité. Qui mieux que lui a
» parlé de la vie , de la mort , de l'éter
>> nité &du tems ? Ces idées par elle-
>mêmes inſpirent à l'imagination une
>> eſpèce de terreur qui n'eſt pas loin du
» ſublime. Elles ont quelque choſe d'in-
>> défini & de vaſte où l'imagination ſe
> perd. Elles réveillent dans l'eſprit une
>> multitude innombrable d'idées. Elles
>> portent l'ame à un recueillement auſtè-
>> re qui lui fait mépriſer les objets de ſes
paffions comme indignes d'elles , &
>>ſemble la détacher de l'Univers. Bof-
1
72
MERCURE DE FRANCE.
> ſuet s'arrête tantôt ſur ces idées ; tantôt
> àtravers une foule de ſentimens qui
>> l'entraînent , il ne fait que prononcer
de tems en tems ces mots , & des mots
> alors font friſſonner , comme les cris
>> interrompus que le voyageur entend
» quelquefois pendant la nuit dans le
> ſilence des forêts , & qui l'avertiſſent
> d'un danger qu'ilne connaît pas. Boffuet
» n'a preſque jamais de route certaine ,
» ou plutôt il la cache. Il va , il vient , il
>> retourne ſur lui-même , il a le déſordre
• d'une imagination forte& d'un ſenti-
> ment profond. Quelquefois il laiſſe
» échapper une idée ſublime ,& qui ſé-
>> parée , en a plus d'éclat. Quelquefois
> il réunit pluſieurs grandes idées qu'il
>> jette avec la profuſion de la magnifi-
> cence& l'abandon de la richeſſe. Mais
>> ce qui le diſtingue le plus , c'eſt l'ardeur
>de ſes mouvemens , c'eſt ſon ame qui
> ſe mêle à tout. Il ſemble que du ſom-
> met d'un lieu élevé il découvre de
> grands événemens qui ſe paſſent ſous
> ſes yeux&, qu'il les raconte à des hom-
> mes qui ſonten bas. Il s'élance , il s'é-
>> crie , il s'interrompt. C'eſt une ſcène
>dramatique qui ſe paſſe entre lui & les
❤perſonnesqu'il voit , &dont il partage
JUILLET. 1773 73
> ou les dangers ou les malheurs. Quel-
>> quefois même le dialogue paſſionné de
>> l'orateur s'étend juſqu'aux êtres inani-
» més , qu'il interroge comme complices
» ou témoins des événemens qui le frap-
>> pent. Comme le ſtyle n'eſt que la re-
>> préſentationdes mouvemens de l'ame,
>> fon élocution eſt rapide &forte . Il crée
>> ſes expreſſions comme ſes idées. Il for-
→ ce impérieuſement la langue àle ſuivre,
> & , au lieu de ſe plier à elle , il la do-
» mine & l'entraîne. Elle devient l'eſcla-
» vede ſon génie , mais c'eſt pour acqué-
>> rir de la grandeur. Lui ſeul a le ſecret
>> de ſa langue ; elle a je ne ſçais quoi
>> d'antique & de fier & d'une nature in-
> culte , mais hardie. Quelquefoiselle at-
» tire même les choſes communes àla hau-
>> teur de ſon ame , & les élève par la
>> vigueur de l'expreſſion. Plus ſouvent il
>>joint une expreſſion familière à une idée
>>grande , & alors il étonne davantage ,
>> parce qu'il ſemble même au- deſſus de
>> la hauteur de ſes penſées. Son ſtyle eſt
>>une ſuitede tableaux. On pourrait pein-
>> dre ſes idées , ſi la peinture étoit auſſi
>> féconde que ſon langage. * Toutes ſes
Cette phrafe a- t'elle un ſens bien clair ?
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRA NCE .
>> images font des ſenſations vives on ter
»ribles. Il les emprunte des objets les
>> plus grands de la nature, & preſque toujours
d'objets en mouvement. Il faut
>> que les hommes ordinaires veillent fur
» eux. Il faut que dans l'impuiſſance
» d'être grands , ils ſoient du moins tou-
>>jours nobles. Ils ſe voient fans ceffe en
préſence des ſpectateurs ; ils n'ofent fe
„ fier à la nature , & craignent les repos,
>>> Boſſueta la familiarité des grandshommes
qui ne redoutent pas d'être vus de
>> près. Il eſt ſûr de ſes forces& faura les
» retrouver au beſoin. Il ne s'apperçoit
>> ni qu'il s'éleve ni qu'il s'abaiſſe ,& dans
»ſa négligence jointe à ſa grandeur , il
»ſemble ſe jouer même de l'admiration
» qu'il inſpire. Tel eſt cet orateur célèbre
» qui par ſes beautés&ſes défauts, a le
>>plus grand caractère du génie , & avec
>> lequel tous les orateurs anciens & modernes
n'ont rien de commun. »
Nous avons tranfcrit ce morceau tout
entier , quoiqu'un pen étendu , entraînés
par le plaifirqu'il nous faiſait. Aquelques
répétitions près , il eſt d'une beauté fupé
rieure. On a dit avec raifon que notre
ſiècle mettait une grande partie de fon
travail & de fa gloire à parler du ſecle
JUILLET. 1773 . 75
paſſé. Mais on ne loue point ainſi le gé.
nie ſans en avoir , & c'eſt alors qu'on a le
droit de dire avec Crémutius Cordus :
Nec deerunt qui non modò Caffii & Bruti
fed etiam mei meminerint.
Le plan que M. Thomas s'eſt propofé
amène naturellement ſous ſes pinceaux
les portraits de tous les hommes célèbres
dans tous les gentes, des Rois , des Généraux
, des Miniſtres , des Ecrivains , de
tous ceux qui ont paru avec éclat ſur la
ſcène du monde par leur rang ou par leurs
talens , par leurs vertus ou par leurs crimes.
Le secteur inſtruit revoit avec plaiſir
tous les grands traits de l'hiſtoire , tous
les grands perſonnages qu'il conna ſlait.
L'auteur ſait varier ſon ton ſuivant les
-ſujets , & quand il parle de Cicéron , ſon
ſtyle n'eſt pas le même que lorſqu'il peint
Tacite ; plein d'élévation & de grandeur ,
quand il nous entretientde Platon&de
Socrate; pleinde fineſſe&d'eſprit, quand
il nous rend compte de celui de Fontenelle.
On peut quelquefois n'être pas
baſolument de fon avis ; mais on voit
qu'aucun de ſes jugemens n'a été dicté
par la paffion , & qu'aucune partie de fon
ouvrage n'a été négligée. Il nous eft impoſſible
de ſuivre ici la multitude des ob
19
Dij
7.6 MERCURE DE FRANCE.
jets que l'auteur fait paſſer rapidement
fous nos yeux. Il n'en eſt aucun qu'il n'ait
marqué d'un trait de génie, Il n'y a point
de chapitre qui ne mérite des éloges. Liſez
le morceau ſur la Louange , qui com.
mence l'ouvrage. Ce début eſt d'une nobleſle
frappante. Voyez un peu plus bas
le tableau des monumens que la Gréce
élevoit à ſes héros , & vous admirerez la
forme dramatique que l'auteur a ſudonner
à ce qui n'offrait qu'une ſimple defcription.
Voyez plus loin le portrait de Xenophon,
celui de Julien&tant d'autres. Vous
-trouverez par- tout une érudition éclairée
par le goût , appliquée à la morale & à la
philofophie. Par tout la grandeur des objets
vous attache & le ſtyle de l'écrivain
vous élève.
7 Si l'on mêlait à ces juſtes éloges quel
ques obſervations critiques , ce ne ſerait
pas pour confoler l'envie; ce ſeroit par
reſpect pour la vérité& pour le talent qui
doit l'entendre. Mais quand les beautés
ſepréſentent en foule , a-t'on le courage
dedifcuter quelques phrases incorrectes ,
quelques mots hazardés ou déplacés , de
compter les expreffions trop fouventrépé
tées ?Dans un ouvrage qui ſuppoſe un fi
grand travail , ces fautes, qu'il eſt ſi facile
de faire difparaître, font faciles à pardond
JUILLET . 1773. 77
ner. Si ces juges ſévères que rien ne déſarme
, toujours prêts à vous demander
compte de vos louanges d'autant plus que
vous les prodiguez moins , exigeaient
qu'on recherchât avec une curiofité inflexible
les défauts qui peuvent ſe mêler à
tant de mérite , on avoueroit que la diction
de M. Thomas procède peut - être
d'une manière un peu trop uniforme ,
qu'il emploie trop ſouvent l'analyſe , &
&qu'il l'épuiſe trop ſouvent , qu'il ſe fert
quelquefois de termes de ſcience &d'art
qui préſententà l'eſprit des idées trop va
gues , comme les mots de calcul , de choc,
de réſiſtance , de frottement , expreffions
qui ſemblent d'ailleurs un peu sèches ,
lorſqu'il s'agit de morale&de littérature;
que quand il dit par exemple que les
grandshommes pèſentſur l'Univers & l'Universfur
eux , cette idée , à force de vouloir
être grande, peut n'être pas très-claire ,
&préſentant pluſieurs ſens , ne vous arrête
ſur aucun ; que choiſiſſant de préférence
le terme abſtrait , diſant , par exemple
, l'eſclavage au lieu de l'eſclave , &
la vertu au lieu de l'homme vertueux , il
donne trop ſouvent à ſes phraſes une forme
métaphysique qui peut fatiguer l'attention
du lecteur d'autant plus que les
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
idées ſont plus accumulées ; qu'il place
quelquefois des tournures &des expreffions
familières , qui , entourées de phraſes
du ton le plus noble , ont un air étranger
à ſa diction . Voilà ce que la cenfure,
pouffée auffi loin qu'elle peut aller , reprocherait
peut- être à M.Thomas,& ce qu'on
n'a pas voulu diſſimuler , de peur que les
louanges données par une admiration fin.
cère ne fuſſent accuſées de quelque partialité.
Mais on doit ajouter que ces
défauts n'affaibliſſent point l'impreſfion
que doit faire l'ouvrage , & ne nuiſent
point au plaiſit continu qu'il procure;
que ce plaifir tient non- ſeulement au
grand talent de l'écrivain & à l'énergie de
ſon ſtyle , mais au ſentiment de la vertu,
à l'enthouſiaſme de la gloire , à l'amour
des lettres & de l'humanité, qui reſpirent
dans tout ce qu'il écrit ; enfin il nous
paraît difficilede nier que cet ouvrage, qui
honore la littérature,ne ſoit plein de connaiſſances
en plus d'un genre,&d'une éloquence
toujours noble & ſouvent ſublime.
Les éloges académiques qui le ſuivent
ont tous été revus avec ſoin . Celui du
Maréchal de Saxe fur-tout a gagné beaucoup
àce nouveau travail .
JUILLET. 1773 . 79
On trouve chez Piffor , quai de Conty,
la cinquième édition du Poëme des Saifons
, revue&corrigée.
:
Traité des Délits &des Peines , traduit de
l'italien d'après la fixième édition , re
vue , corrigée & augmentée de pluſieurs
chapitres par l'auteur ; auquel on
a joint pluſieurs pièces intéreſſantes
pour l'intelligence du texte. Par M. C.
D. L. B.; vol. in- 12. AParis,chez Baftien
, libraire , rue du petit Lion , F.
S. G.
:
Les éditions multipliées de ce traité
entrepris particulièrement pour nous rappeler
les droits de l'humanité , ont fuffifamment
fait connoître la marche & le
but de cet écrit. Nous nous bornerons
donc à donner , d'après les inſtructions
que nous trouvons à la tête de la traduction
françoiſe , quelques détails ſur l'eftimable
Juriſconſulte Italien , & nous finirons
pat faite connoître les avantages de
cettenouvelle traduction .
M. le MarquisCéſar Beccatia Bonefano,
l'un des ſavans les plus diftingués de
Milan , n'avoit que vingt- ſept ans lorfqu'il
publia le traité des délits & des peines.
Il le fit imprimer à Monaco en 1764.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
L'érudition & le jugement dont ce livre
eſt rempli , donnèrent à ſon auteur la plus
granderéputation&la mieux méritée.Zélé
défenſeur de l'humanité , il s'acquit pour
lors des droits immortels à la reconnoiffance
desNations. La Suiſſe s'empreſſa la
premièrede lui en donner des preuves.
Quelque tems auparavant il s'étoit formé
àBerne une ſociété de citoyens reſpectables
, dont l'unique objet eft de concourir
àrépandre les lumières les plus utiles aux
hommes. Cet ouvrage parut fi conforme
aux vues de cette ſociété , qu'elle offrit
une médaille de vingt ducats à l'anonyme;
elle le pria de ſe nommer , &lui fit
un complimentpublic fur la bonté de fon
livre. L'impératrice Reine, Princeſſe qui
règne pour le bonheur de ſes peuples &
qui fait ſi bien apprécier les talens de ſes
ſujets , lui adonné des marques de fon
eſtime , & a créé en ſa faveur une chaire
d'économie politique dans l'univerſité de
Milan. Pluſieurs Souverains ont été fi fatisfaits
du Traité des Délits &des Peines
qu'ils ont conſulté l'auteur fur différens
objets de légiflation. Mais la récompenſe
la plus agréable ſans doute pourun écrivain
vertueux, eſt d'être témoin des heureux
changemens que ſes écrits ont produits.
On vient de voir en Suéde le nou-
4
JUILLET. 1773 . 81
veau Roi comfirmer les réforines que fon
père avoit faites dans la légiſlation , &
fupprimer de nouveau la Chambre des,
Roſes , où l'on exerçoit une torture rigoureuſe.
On peut ſe rappeler encore ici le
bel exemple de ſageſſe &d'humanité que
Charles - Fréderic Margrave, regnant de
Bade & de Dourlach,a donné à l'Europe .
Ce Prince ayant réuni ces deux principautés,
a apporté tous ſes ſoins pour établir
dans ſes états la meilleure forme de gouvernement
poffible & la plus heureuſe
pour ſes peuples. Il a fupprimé les peines
de mort , & a fait bâtir une maiſon de
force pour les criminels que les loix condamnoient
à perdre la vie. On les y renferme
pour le reſte de leurs jours , & on
les. occupe à des travaux utiles pour la
ſociété; telle eſt une manufacture de quincaillerie
angloiſe que le Prince a formée
depuis peu pour cet objet. Quelques ouvriers
, qu'il a fait venir d'Angleterre,ont
mis ces malheureux en état de travailler
avec tant de ſuccès , que les ouvrages fortis
de leurs mains ont paſſé dans le commerce
pour être véritablement anglois ,
avec la ſeule différence qu'ils étoient à
meilleur marché .
Depuis 1764 il y a eu ſix éditions ita-
Dv
82 MERCURE DE FRANCE
liennes du Traité des Délits &des Peines.
Ladernière , donnée à Paris en 1766 , eſt
plus complette & plus ſoignée que les
précédentes. Elle eſt beaucoup plus confidérable
par les additions que l'auteur a
faitesdans le corps de l'ouvrage,& par les
deux morceaux qu'il a mis à la ſuite. Il y
aauſſi ajouté une préface qui a donné
l'idée au traducteur de la faire précéder
d'un diſcours préliminaire ſur le même
objet &fur l'hiſtoire des loix. La nouvelle
traduction , faite d'après la fixième
édition, fera préférée à toutes celles qui ont
déjà paru , par ſa fidélité & ſon exactitude.
L'on y a confervé le même ordre
qui ſe trouve dans l'original. Un homme
de lettres ſe permit de l'intervertir dans
ſa traduction imprimée vers la fin de
1765 , & faite d'après la troiſième édition
. Cette liberté ne plut pas à tout le
monde , & la ſixième édition italienne ,
poſtérieure à cette eſpèce de réforme , ne
prouve pas que l'auteur l'ait trouvénécef.
faire, puiſqu'il n'a rien changé au premier
plan de fon ouvrage.
Parmi les différentes réflexions que M.
Beccaria fait ſur l'abus de la queſtion ,
nous citerons celles - ci comme les plus
propres à opérer l'abolition de cette maJUILLET
. 1773 . 83
nière barbare de découvrir la vérité. La
» Question , dit cet écrivain , eſt un mo-
> nument de l'ancienne & fauvage légif-
> lation où l'on honoroit de Jugemens de
» Dieu les épreuves du feu, celles de l'eau
>> bouillante , & le fort incertain des ar-
» mes : comme ſi les anneaux de cette
> chaîne éternelle qui repoſe dans le ſein
>>de la cauſe première , devoient à cha-
>>que inſtant fe déranger & ſe déſunir
>> pour les frivoles établiſſemens des hom-
>> mes ! La ſeule différence que je trouve
» entre la queſtion & les épreuves du feu
» ou de l'eau bouillante , c'eſt que l'iffue
>>de l'une ſemble dépendre de la volonté
>> du coupable , tandis que le ſuccès des
>> autres tientà un fait purement phyſique
» & extérieur. Encore cette différence
>> n'eſt elle qu'apparente ; l'accuſé n'eſt
>>pas plus le maître de dire la vérité, dans
» l'horreur des tourmens de la torture ,
>>qu'il ne l'étoit alors d'empêcher , ſans
>> fraude , les effers des épreuves qu'il ſu-
>> biſſoit. Tous les actes de notre volonté
>> ſont proportionnés à la force de l'im-
>> preſſion ſenſible qui les cauſe , & la
> ſenſibilité de chaque homme ne vaque
> juſqu'à un certain degré. Or , ſi l'im-
- preſſion de la douleur atteint ce degré ,
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
>> celui qui fouffre ſera forcé de choiſir le
>> moyen le plus court pour faire ceffer fon
>> malactuel.Alors ſa réponſe ſera néceſſai-
>> re , comme les impreſſions du feu ou de
>> l'eau ; alors l'innocent s'écriera qu'il eſt
>> coupable , pour mettre fin à des tour-
>> mens qu'il ne pourra plus fupporter ,
»&ce qu'on cherche à découvrir devien-
>> dra plus obfcur par les moyens mêmes.
>> qu'on veut employer pour le connnoî-
» tre. Il eſt inutiled'ajouter à ces réflexions
>> les exemples fans nombre des innocens
»qui ſe ſont avoués coupables dans les
>> convulfions de la douleur. Quelle na-
» tion , quel fiècle ne cite pas les fiens ?
>>Mais les hommesne changent point,&
>> voient les faits fans en tirer de confé-
>> quences. Le réſultat de la Question eft
>> donc une affaire de tempérament&de
>>calcul qui varie dans chaque homme
>> en proportion de fa force&de ſa fenfi-
>>bilité. On peut donc prévoir ce réſultat
>>en réſolvant le problême ſuivant , plus
>>digne d'un mathématicien que d'un ju-
» ge : la force des muscles & laſenſibilité
>> des fibres d'un innocent étant connues ,
» trouver le degré de douleur qui le fera
» s'avouer coupable d'un crime donné. »
On a fenti en France tous les inconvé
JUILLET. 1773 . 84
niens de la Question , & l'on n'a confervé
de cet uſage barbare que ce qui étoit indiſpenſable
pour la conviction d'un crime
& pour en connoître les complices.
Les ſages diſpoſitions de l'ordonnance
criminelle de 1670 , comme l'obſerve le
traducteur dans une note , ont remédié
en grande partie , à la plupart des abus
qu'on reprochoit à la torture , & prévenu
ceux qui en pouvoient réſulter. On ne
peut l'ordonner contre un malfaiteur que
lorſqu'il eſt plus qu'à demi convaincu de
fon forfait , & que tout ſemble dépoſer
contre lui . Si les précautions établies par
cette loi ne font pas diſparoître abſolumentledangerde
punir l'innocent au lieu
du coupable , du moins le rendent elles
moins fréquent& moins à craindre depuis
cette époque. Il ſeroit à defirer , continue
le même écrivain , qu'on y eût ſtatué
quelque indemnité & accordé des
dommages & intérêts pour l'innocence
qui a été condamnée à la queſtion. Il feroit
auſſi à defirer qu'on n'employât jamais
celle qui rend un citoyen inutile àla
ſociété pour le reſte de ſes jours. Quelqu'avantage
que nos criminaliſtes trouvent
à conferver les tortures , l'exemple
de l'Angleterre , de la Suéde , &c. prou85
MERCURE DE FRANCE .
vera toujours que l'on peut s'en paffer, &
que le bon ordre & la fûreté publique &
particulière n'en dépendent en aucune
manière.
Le traducteur a joint à la traduction du
Traité des Délits & des Peines le jugement
qu'ena porté un célèbre profeſſeur,
&la réponſe que M. Beccaria a faite à
une ſatire amère publiée contre lui . Cette
réponſe eſt ſage , modeſte , digne enfin
d'un écrivain qui connoît tout le prix des
vertus ſociales & fait les mettre en pratique.
La Vie d'Isabelle de France , ſoeur de St
-Louis , vol. in- 8 °. A Paris , chez Brocas
, rue St Jacques ; 1772 .
Ondoit fans doute , dit l'approbateur ,
des éloges au zèle & au talent de l'auteur
(M. l'abbé Couturier , Chanoine de St
Quentin , Prédicateur du Roi , ) d'avoir
publié tant de rares vertus cachées dans la
folitude ; mais ne lui doit-on pas auffi des
éloges pour avotr ſçu joindre les faits les
plus intéreſfants du règne de St Louis , à
ceux de la viede fa fainte fooeur ? Il'arrive
trop ſouvent que nos agiographes , ou rebutés
ſans doute par les difficultés , ou
stop pareſſeux pour faire les recherches
:
JUILLET. 87 1773 .
, néceſſaires ne nous préſentent qu'un
fquélette décharné , couvert de quelques
lambeaux , ramaffés à la hate , & maladroitement
coufus. M. E. C. a ſçu rendre
intéreſſant un ſujet qui paroiffoit ne pas
promettre beaucoup. Voici comment en
hiſtorien impartial , il rappelle un événement
alors fameux : on reconnoît avec
plaifir le pinceau du panégyriſte de Se
Louis, ſijuſtement applaudi. «Toute l'Eu-
>> rope retentiffoit alors de la fameuſe
>> diſſention entre l'Empereur Frédéric IF
» & Louis IX. Ce prince fi fage & fi éclairé
, ſouhaitoit la terminer avec une ar-
>> deur digne de fon zèle &de ſa piété ,
>> ayant appris que le Pape venoit en Fran.
» ce , comme il l'en avoit prié , & s'étoit
>> rendu àl'abbaye de Clugny , il s'y rendit
>>aufli accompagné de la Reine ſa mère ,
» & d'Iſabelle fa ſeoeur. Après une longue
>>conférence , trouvant le Pape inflexi-
>> ble , ne faut- il pas , lui dit-il , tendre
» une main fecourable à celui qui deman-
>> de miféricorde , comme nous l'ordonne
>> l'Evangile ? Mabelle enchériſſant encore
>> ſur l'expreſſion de ſon frère ,& voulant
>> déterminer le Pape : recevez un Prince
» qui s'humilie , dit- elle à Alexandre ,&
>> imitez la bonté de celui dont vous êtes
88 MERCURE DE FRANCE.
» le Vicaire ſur la terre Heureux les
» peuples , heureux le ſouverain Pontife
» lui même , ſi de telles invitations euf-
> ſent pu le déchir ! Le glaive des Pontifes
>>& le glaive des Céfars , tournés ſi long-
> tems l'un contre l'autre , n'auroient pas
>> rempli l'Europe de ſang , de crimes &
>> de ſcandales..
A meſure que l'auteur avance , il fait
remarquer les coutumes , les loix , les
abus , les préjugés , les erreurs de ces tems
éloignés. Il peint dans ſa marche les principaux
perſonnages qui parurent alors fur
la ſcène dumonde. S'il joint quelques réflexions,
elles ſont courtes &tirées du ſujet.
On y voit avec plaiſir le portrait de
Frédéric II , ce grand & malheureux Empereur
, ceux des Papes , des perſonnes
illuſtres par leurs talens , leur piété , ou
leurs malheurs ; tels qu'Urbain IV , qui
d'une place d'enfant de choeur de l'Eglife
de Laon , parvint au ſouverain Pontificat;
de Guerin , Evêque de Senlis , Chancelier
de France , honoré de la faveur de
Philippe Auguſte , & de Louis VIII. de
Clément IV , ( Guyfulcodi ) natifde Provence
, d'abord avocat, honorédu nomde
loyalhomme, cequen'avoientpointalors les
gens de son métier , enſuite conſeiller
JUILLET. 1773. 89
d'état , Archevêque de Narbonne & enfin
Pape . Ony trouve auſſi les noms de pluſieurs
familles diftinguées qui ont illustré
l'abbaye de Longchamps dès ſon berceau.
Après avoir montré la liaiſon néceflaire
entre la vie d'Iſabelle & les intérêts de la
Cour & de l'Etat , M. L. C. nous repréſente
cette Princeſſe renfermée dans la ſolitude
qu'elle avoit choiſie , où dès lors
>>elle ne parut , dit- il , prendre d'intérêt
>> aux grands évenemens qui ſe paſſoient
>>ſur la terre , que pour apprendre à bien
apprécier ces chocs continuels de l'am-
> bition ou du caprice des Rois , qui don-
» nent des ſecouſſes à la terre , & la cou-
>> vrent de malheureux. Il nous la peint
telle qu'elle étoit. " Ennobliſſant les dons
» que lui faiſoit le Roi ſon frère , en les
» employant au profit de l'humanité fouf-
>>frante;généreuſe ſans oftentation , &
> laiſſant ignorer la ſource de ſes bien-
> faits à ceux qui s'en voyoient comblés .
» Par cette généroſité , ajoute l'auteur ,
>>elle ouvroit ſouvent la porte du Sanc-
> tuaire à ceux que leur pauvreté ſembloit
>> en exclure ; car dès ce tems , par un
>>malheur dont la piété n'a ceſſé depuis de
>>gémir , la pauvreté commençoit à être
>> untitred'exclufion , où elle devoit être
90 MERCURE DE FRANCE.
>> un mérite. » Le voeu du Pablic & les
ſages ordonnances de nos Rois n'ont encore
pu remédier à un abus que la néceffité
des circonstances paroît rendre inévitable.
Dans le cours de cette hiſtoire M. L.
C. s'eft cru obligéde combattre l'impreffion
trop communément défavantageuſe
àl'état religieux. «En paroiffant ne pas
>>approuver les exemptions des réguliers,
> toujours attaquées , dit- il , toujours dé-
> fendues , &toujours tolérées en France,
> il n'omet pas les avantages , les dangers
> de cet engagement facré, mais auſtère ,
>> de ce ſerment qui effraye la nature&
» qui eſt un des plus grands efforts de
> l'homme ſur la terre. >>
Les anecdotes bien choifies dans les
hiſtoires particulières ne peuvent que
plaire & inſtruire : celles d'où les filles de
nos Rois ont pris le nom de Mesdames ,
eſt de ce genre ; il faut la lire dans l'ouvrage
même , ainſi que les époques où les
Roisde France ont pris , conſervé , perdu
le titre de Rois de Navarre , titre glorieux
qu'ils ont recouvré , dit l'auteur ,
Au règne fortuné
Itcommencé trop tard& trop tôt terminé.
JUILLET. 1773. 91
1
Selon l'immortel auteur de la Henriade
, où la France enfin ,
Reconnut ſon vrai Roi , ſon vainqueur & for
père.
•Ainſi ſe paſſoient , dit M. L. C. en
> parlant d'Iſabelle dans ſa ſolitude , dans
>> une correfpondance mutuelle d'amitié ,
>> d'eſtime & de confiance,des jours voués
• à la piété , où la Princeſſe , renfermée
> dans l'enceinte de cette maiſon (Long.
>> champs , ) admirée de la France , à qui
>> elle ne ceffoit d'être utile , regrettée de
• ſa famille qui la pleuroit en louant
>> fon courage& ſes vertus , faifoit les
>délices& l'ornement d'une communaц
>> té qu'elle honoroit de ſa familiarité. Par
>> toute fa conduite il paroît que la ſenſi
>> bilité étoit la baſe de fon caractère; on
>> admiroit en elle cette douce égalité qui
>> va chercher les coeurs :elle ſe ſouvenoit
>qu'elle n'étoit plus à la cour , & que
>>dégagée des entravesde l'étiquetre , elle
>> pouvoit marcher avec confiance. Toutes
>> ſes compagnes lui étoient égales , tou-
>> tes étoient à elles ; avec tout l'agrément
» d'une ſimple particulière , & toute la
>> difcrétion d'une Princeſſe , elle n'avoit
>>pas beſoin de ſes vertus pour faire par-
>> donner fon rang. »
ود MERCURE DE FRANCE.
En lifant ce portrait on croit que les
tems ſe ſont rapprochés ; il n'eſt perfonne
qui n'en faffe l'application à l'auguſte
princeſſe qui vient de donner à l'Univers
un ſi grand exemple de renoncement &
de piété.
Recueil des ouvrages de Poësie & d'Eloquence,
préſentés à l'Académie des Jeux
Floraux de Toulouſe en l'année 1773 .
Cette Académie eſt une de celles qui
doivent le plus exciter l'émulation des
gens de lettres , par le nombre & la valeur
des prix qu'elle propoſe à leurs travaux. *
Elle laiſſe aux auteurs la liberté du choix
des ſujetsde poësie. Elle ne ſe réſerve que
le choixdu ſujet du diſcours ; elle a pro-
* Elle diſtribue , chaque année , cinq prix ,dont
l'un eſt une amaranthe d'or , de la valeur de 400 1 .
deſtinée à une ode; l'autre eſt une églantine ,
auſſi d'or , de 450 liv. qu'elle adjuge au meilleur
diſcours ſur le ſujet qu'elle propoſe une année
d'avance ; le troiſième eſt une violette d'argent ,
de 250 liv. deſtinée àun poëme de ſoixante vers
au moins , & de cent au plus , ou à une épître
d'environ 150 vers ; la quatrième eſt un ſouci
d'argent , de 200 liv. pour une élégie , ou une
idyle , ou une églogue ; enfin un lys d'argent
pourun ſonnet ou une hymne à l'honneur de la
Vierge.
JUILLET. 1773 . 93
poſé pour le prix de ce genre , qui fera
diſtribué le 3º. de Mai de l'année prochaine
, l'Eloge de Cujas. Cet éloge exige
dans l'orateur , la connoiſſance des ouvrages
de ce grand homme , celle de l'état où
Cujas trouva la ſcience du droit lorfqu'il
entreprit de frayer aux Jurifconfultes
un chemin ſûr dans le dédale des loix
Romaines , & l'hiſtoire des progrès que
Cujas a mis cette ſcience à portée de
faire.
:
L'Académie avoit donné pour ſujet du
diſcours de cette année , l'éloge de St Exupère,
Evêque de Toulouſe, au lieu de celui
deBayle , que des circonstances particulières
l'ont obligée de changer. M. l'Abbé
Boſcus, Doyen du chapitre de Vernon fur
Seine , s'eſt déclaré l'auteur du diſcours
couronné & d'une épître fur le bonheur
d'un Philofophe , à laquelle le prix de ce
genre avoit été adjugé. Il avoit déjà remporté
d'autres prix dans cette académie ,
Nous allons eſſayer de donner une idée
de ce diſcours , dans lequel l'auteur préſente
St Exupère comme un des plus
grands héros de la Religion , " comme un
>> citoyen vertueux qui réforma les moeurs
>>de ſon ſiècle , eſſuya les larmes de l'in-
>>fortune , rétablit l'harmonie dans la
94
MERCURE DE FRANCE.
» ſociété , &qui ne fut occupé que de la
→félicité publique. Il célèbre fur- tout ſa
bienfaiſance éclairée par ſes talens.
Ce ſujet, qui pourroit paroître ſtérile à
ceux qui ne leconnoiffent point , eſt dans
les mains de l'orateur plus abondant &
plus heureux peut-être que celui de Bayle,
que l'Académie avoit d'abord propoſé ;
parce qu'Exupère ne s'eſt pas contenté de
bien écrire tur la vertu & fur la morale ,
mais qu'il a commencé par les mettre en
pratique , & qu'il en a fait la baſe des
inſtructions touchantes qu'il faiſoit a fon
peuple. Exupère avoit reçu de la nature
une ame ſenſible & grande , & un génie
vaſte ; l'éducation , l'étude , le ſiècle qui
le vit naître , * l'épiſcopat où il fut appelé
, développèrent en lui ces dons précieux.
La cité des Techoſages , déjà célèbre
par fon amour pour les lettres , avoit recueilli
dans ſon ſeinpluſieurs ſcavans que
les perfécutions d'un gouvernement tyrannique
avoient éloignés de Rome ; ils
enrichirent de leurs connoiſſances , les
ſciences & les arts qu'ils y trouvèrent
comme naturaliſés. Exupère , placé dans
*Ilmourutau commencementdu så fiècle,
JUILLET. 1773 . 95
ces circonstances ſur le Siege Pontifical ,
ſe ſervit de l'étude des ſciences profanes
pour mieux faire goûter la morale évangélique
& pour faire éclore mille vertus
dont il donna l'exemple, Celle qu'il porta
le plus loin fut la charité bienfaiſante.
Comme elle étoit éclairée par la ſageſle ,
il ne l'exerça jamais qu'au profit de l'humanité
; ſa libéralité ne s'étendoit ni fur
l'oiſiveté deſtructive , ni ſur le luxe corrupteur
; il combattit la mendicité par le
travail , & foulagea par lui-même les befoins
réels de l'infirme &du pauvre qui
manquoient des moyens phyſiques de remédier
à leurs maux : « Aufſi ne tourna-
» t'il point ſes vues , comme l'obſerve
» l'orateur , vers ces établiſſemens perpé-
» tuels , qu'invente l'altière &dure opu-
>>>lence , pour ſouſtraire à ſes regards le
> ſpectacle attendriſſant de l'infortune.
Etabliſſemens , qui ſelon Montesquieu ,
ne font qu'augmenter la pauvreté générale&
particulière , en inſpirant l'eſprit
deparelle.
«Animé d'une étincelle de ce feu facré
dont l'ame d'Exupère étoit embra-
>> fée pour ſes contemporains , j'oſe , s'é-
>>crie l'orateur, attaquer des préjugés refpectables.
Armé des traits d'une injufte
96 MERCURE DE FRANCE.
i
» cenſure , je ne m'éleverai point contre
>> la ſage adminiſtration de ces citoyens
vigilans qu'un noble patriotiſme rend
>>les appuis de ces retraites de la pauvre.
» té ; mais la raiſon craindroit- elle d'é-
» clairer le Corps politique ſur ſes véri-
>>tables intérêts ? Dirigé par ſes leçons,il
>> apprendra que le droit naturel ne per-
» met de retrancher de la ſociété que le
* crime infracteur de ſes loix ; que ces
-> ſuperbes édifices inconnus à nos pères,
» élevés par une aveugle généroſité , en
>>accroiffant la misère qu'ils recèlent, ne
>> font que les vaſtes tombeaux des viti-
> mes prématurées de la mort ; il ſe con-
>> vaincra que le feul moyen d'étouffer
» les cris du beſoin &de la douleur , c'eſt
>> de pénétrer dans les retraites des ci-
> toyens,de répandre dans le ſein des fa-
»milles infortunées , ces ſecours , qui en
>> foulageant leurs maux , fervent encore
>> à refferrer les noeuds ſacrés de la natu-
>>> re. L'auteur fait un tableau touchant
de ces malheurs, relativement à certaines
claſſes de citoyens, &de la ſenſibilité avec
Jaquelle le St Prélat y répandoit ſes bienfaits.
Il peint fa tendreſſe généreuſe & fes
follicitudesdans un tems de difette. « Le
>> danger devient tous le jours plus pref-
»fant
JUILLE Τ. 1773 . 97
;
>> ſant , & les ſources où le Pontife pui-
>> ſoit ſes largeſſes tariffent. Victime lui-
» même de la difette , comment pourra-
> t'il arrêter ſes funeſtes progrès ? ... II
>> accourt dans les Temples du Dieu vi-
> vant; ils les dépouille des ornemens
- qui les décorent : il prend ſur ſes autels
>> ces coupes , ces vaſes ſuperbes qui ſer-
> vent aux ſaints Sacrifices , & ces tréfors
>> ſtériles, échangés avecles objetsdu pre-
>> mier beſoin , deviennent pour les mal-
>> heureux le ſoutien de leurs jours , &c . »
Ce trait de générosité eſt fort célébré
par St Jérôme , contemporain d'Exupère,
dans ſa lettre àRuſtice. Auſſi l'orateur
a-t'il fait paffer avec art dans ſon diſcours
les expreffions enflammées du Père de
P'Egliſe dont les ouvrages , dit-il , au-
>> toient honoré les plus beaux jours de
» Rome & d'Athènes , & dont l'austérité
> reconnue imprime le ſceau de la vérité
>> ſurles monumens qu'il élève à la gloire
>> des grands hommes. L'éloge que fait St
Jérôme , de l'Evêque de Toulouſe , eſt
trop beau pour ne pas le rapporter ici .
Non, s'écriet- il dans ſa lettre à Ruftice,
>> il n'eſt rien de plus riche qu'Exupère ,
• ce fidèle imitateurdela veuve deSarepta,
» qui pâle & livide , affoibli par les ri-
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
>> gueurs de la diſette , ne s'occupe que du
>> beſoin de ſes ſemblables * .... Il n'eſt
> rien de plus riche que celui qui porte
> le Corps de notre Rédempteur dans un
>>panier d'ozier , ſon ſang dans une coupe
>> de verre ; qui décore l'épiſcopat - par
l'humilité& la pauvreré , & qui ſans
>> recourir à l'âpreté des reproches , ou à
>> la dureté des menaces , bannit du Sacer-
>> doce l'ambition & la cupidité par la
>> force impérieuſe de ſon exemple. » On
fait que St Jérôme , admirateur des talens
d'Exupère , lui a dédié ſes commentaires
fur Zacharie .
Nous terminons cet extrait par un autre
fait qui prouve la bienfaiſance d'Exupère
, & par les ſages réflexions de l'orateur
fur ce fait rapporté par St Jérôme.
« La voix de la renommée publie que
» l'Afrique éprouve les ravages d'une famine
meurtrière. Dans cette partie du
> monde eſt une vaſte contrée que le Nil
fertiliſe en l'arroſant de ſes eaux : mais
>> il eſt pour cette région des tems malheureux
où le fleuve ſe renfermant dans
* Fame torquetur aliend , expreffion du texte
de St Jérôme , que notre langue ne rendroit jamais
dans toute ſon énergie.
JUILLET. 1773. 99
4
>> ſon lit , abandonne aux ardeurs d'un
>> aftre brûlant , les moiſſons qu'elles def.
>> sèchent.Ladiſette s'établit alorsdans ces
>> arides plaines ; elle accabloit les habi-
>>tans lorſque les richeſſes qu'Exupère y
>>fait répandre , en réparant la cruelle ava-
> rice du Nil , arrachent à la mort un grand
>> nombre de ſes victimes. A ce trait
l'orateur ajoutela reflexion ſuivante .
८९
१८
Il eſt une loi fainte , gravée par la na-
» ture dans le coeur de tous les hommes,
»qui leur ordonne de ſe ſecourir mutuel-
>> lement,ſans égard aux différens climats
» qu'ils habitent. L'Evêque de Toulouſe
>>en obſerve fidèlement les ſages diſpoſi-
» tions. Son ame grande & forte n'étoit
>> point aſſervie au joug de ce préjugé
» barbare qui réſerve aux ſeuls habitans
>> d'une contrée lesproductions qu'elle fait
»naître. Puifſe ſon exemple apprendre
> aux dépoſitaires de l'autorité publique ,
>>que les habitans d'un pôle ont le droit
» de ſe rendre propre dans leurs beſoins ,
» l'abondance qui fertiliſe l'autre extré-
» mité de la terre ! Puiſſent - ils ſe con-
>>vaincre que , lorſque par de funeſtesen-
» traves , ils arrêtent cette libre circula-
» tion établie par la nature , ils ne font
>>que hâter , par un engorgement homi-
E ij
190 MERCURE DE FRANCE,
> cide , le dépériſſement d'une partie de
» l'eſpèce humaine ! J'entends Exupère
» qui dit du haut des Cieux à tous les ci-
>> toyens du monde ; l'Univers eſt une
>>famille , dont les membres épars, créés
>> par le même Dieu , éclairés par le mê-
» me foleil , habitent le même globe. La
>> nature les afſimila tous ; la conformité
>> de leur être les rapproche , & l'intérêt
»doit les unir. »
M. l'Abbé Boſcus préſente encore St
Exupère détruiſant avec les ſeules armes
de l'éloquence &de la raiſon , ſansrecourir,
comme l'annonce St Jérôme , à la perfécution
& aux châtimens , * les facrifices
ſanglans , reſtes impurs de la religion fuperſtitieuſe
des anciens Gaulois ; renverfant
leurs idoles , & des débris de leurs
temples élevant des autels au vrai Dieu ;
monumens qui ſubſiſtent encore , & dans
toute leur majeſté. ** L'orateur repréſente
ſon héros repouſſant le fanatifme
*Absque funiculo & increpatione.
** Les Etrangers admirent l'égliſe de St Saturnin
, Apôtre de Toulouſe , baſilique vaſte d'une
folidité inébranlable , quoique l'architecture n'ait
riende lourd; elle fut commencée par St Sylve ,
évêque de Toulouſe, & achevée par St Exupére ,
fon ſucceſſeur immédiat,
JUILLET. 1773. tot
qui veut l'armer de ſon glaive , & l'enthouſiaſme
qui cherche à lui inſpirer ſes
fureurs contre une multitude d'incrédules
qui tefuſent d'ouvrir les yeux à la vérité
qu'il leur annnonce. La douceur de fon
caractère , l'austérité de ſes moeurs , la
bienfaiſance ſont les premières armes qu'il
emploie pour vaincre leur répugnance : il
commence par ſe faire aimer ,il inſpire
la confiance , il ne demande à ces coeurs
indociles que d'être écouté : il patle ,&
ToulouſeChrétienne abjure l'idolâtrie.
Mais à peine at'il délivré ſa patrie de
ces erreurs groffières , que l'héréſie vient
l'infecter encore. Exupère ſavoit que le
ſouverain Pontife aimoit la douceur & la
paix ; il lui confie ſa ſollicitude,& Inno,
cent lui indique les fources où ſon peuple
doit puiſer les principes de ſa croyance; il
détermine les objets de la diſcipline eccléſiaſtique.
L'inſtruction , foutenge par
_ l'exemple d'Exupère , diſſipe encore les
nuages que Vigilance avoit amaſſes ſur le
berceau du Chriftianiſme .
Cediſcours,dans lequel M. l'Abbé Bofcus
fait marcher toujours de front la Reli.
gion& la ſageſſe , annonce dans l'auteur
&dans fes juges une parfaite connoiffan
sede l'une&de l'autre .
Eiij
102 MERCURE DE FRANCE .
L'abondance des matières ne nous permet
pas de nous arrêter fur toutes les pièces
qui compoſent ce recueil ; il y en a
deux que nous regrettons de ne pouvoirpas
faire connoître : ce font deux épîtres que
l'Académie a couronnées ; l'une , intitulée
, le Bonheur du Philofophe , eſt de
M. l'Abbé Bofcus. Il s'élève contre l'opinion
prefque générale qu'il n'eſt point de
bonheur pour l'homme .
e
Quoi ! ce mortel dont la courſe paiſible
• Ne fut jamais expolée aux remords ,
2.Et dont le coeur généreux & ſenſible
Al'indigent prodigua ſes tréſors,
D'un plaifir pur ne goûte point les charmes ? &c.
Lorſque le ſage , au gré de fon génie ,
Peut s'élever & planer dans les cieux ,
De l'Univers admirer l'harmonie ,
Et les beautés qu'elle étale à ſes yeux ;
Dés corps divers meſurer la distance ,
Les rapprocher , les comparer entr'eux ,
Ne ſent- il pas le prix de fexiſtence ?
1.7
T
}
..Il combat avec force ceux qui préten
dent que l'homme trouve dans ſes paffions
un obstacle invincible au bonheur.
Il ne faut que les ſavoir diriger au bien ;
elles en deviennent la ſource . La raiſon
JUILLET. 1773. 103
les épure , les ennoblit. Par elle l'amour
ceffe d'être dangereux ; c'eſt une volupté
pure qui me tranſporte ſans m'égarer .
Je te bénis , principe de tout être ,
Toi , qui des maux fais éclore les biens ,
Pour être heureux ta bonté me fit naître,....
Et tu daignas m'en offrir les moyens .
Eh ! que ſeroient les plaiſirs ſans les peines?
Cemalheureux dont on briſe les chaînes,
Avec plaifir ſe voit en liberté.
Le plus beau jour naît du fein de l'orages
Par les revers la fortune volage ..
Prépare l'homme à la félicité.
La ſeconde épître couronnée eſt deM.
la Touloubre ; elle a pour titre les avantages
de l'Adverſité. L'auteur ou du moins
celui qu'il fait parler, vient de perdre tour,
juſques à l'efpérance. Il eſt au comble du
malheur. Il invoque les ſecours de la fageffe.
Avec elle peut- on être malheureux ?
Eſt-il ſans elle de vrais biens fur la terre?
Le véritable bonheur , s'il en eſt , eſt le
fruit de l'infortune.
1
Du dernier des Valois rappelons-nous l'hiſtoires
Ce Prince malheureux , long- tems couvert de
gloire ,
Rempliſſoit l'Univers du bruit de ſes exploits ;

4
1
Eiv
104 MERCURE DE FRANCE .
Lespeuples s'empreſſoient de vivre ſous ſes loix,
Ses voeux ſont exaucés : il règne ſur la France ;
De ſes ſujets bientôt , il trompe l'eſpérance.
Sans ceſſe réclamant ſes premières vertus ,
Ils cherchent le héros & ne le trouvent plus.
Accablé ſous le poids d'un fardeau qui l'étonne ,
D'un bras foible & tremblant il ſoutient la couronne.
Victime de la Ligue , il vit peu redouté;
Sous ſes coups aſſaſſins it meurt peu regretté.
Henri ſon ſucceſſeur , aumilieu de l'orage ,
N'avoit pour tout ſecours que ſonbras , fon courage.
Intrépide héros& modeſte vainqueur ,
Digne chef des Bourbons , inſtruit par le malheur,
Il mérita toujours des hommages fincères ;
Son règne fut celuidu plus tendre des pères.
Juſques aux derniers tems gravé dans tous les
cooeurs ,
Son nom , cher aux François , fera verſer des
pleurs.
Causes célèbres , curieuses & intéreſſantes
de toutes les Cours ſouveraines du
royaume , avec les jugemens qui les ont
décidées ; tome ſecond. :
Le ſecond volume de ce recueil n'eſt
pas moins intéreſſant que le premier , &
il eſt encore plus varié. Toutes les cauſes
JUILLET. 1773. 105
qu'il renferme ne ſont pas célèbres , mais
il n'y en a aucune qui ne roule ſur une
queſtion intéreſſante pour les Jurifcone
ſultes , & même pour des lecteurs d'une
autre claſſe.
La première établit le caractère des
preuves néceſſaire pour qu'une veuve
dont le mari s'eſt expatrié , ſans avoir
donnéde ſes nouvelles depuis le premier
moment de ſon abſence ou de ſa diſparition
, puiſſe ſonger à former d'autresliens
&choifir un nouvel époux. Les loix fur
cet article n'accordent rien au penchant n
à l'impatience , ni aux préſomptions : il
faut pour les déterminer des preuves au
thentiques & completes.Cefont des principes
qui doivent être connus des Curés ,
à qui il importe de ne pas ſervir d'intrumens
àdes mariages abuſifs.
La ſeconde preſcrit aux femmes maltraitées
de leurs maris la route qu'il leur
convientde ſuivre pour en obtenir la réparation.
Le filence eſttoujours pour elles le
parti le plus décent ,& ſouvent la vengeance
la plus efficace; mais ſi le reſſenti
mentde l'outrage , ou le danger de la téeidive
eſt plus grand que le degré de leur
rendreffe, elles ne font pas encore diſpenfées
de tous les égards qu'elles doiventà
106 MERCURE DE FRANCE.
leur mari : la procédure la plus douce eſt
la ſeule qui leur foit permife , & les loix
leut refuſent l'odieuſe faculté de prendre
contre un honsme qu'elles ont aimé &
qu'elles doivent reſpecter, la forme d'inf
truction qui conduit les criminels, dans
des cachors , & des cachots à l'échafaut.
Cette queſtion nous a paru ſolidement
difcutée & écrite du vrai ſtyle qui convient
àfongente.
La plus célèbre de toutes eſt la troiſiè
me qui tint long-tems en ſuſpens l'atten
zion de la capitale. Une jeune fille , qui
joint les graces de la beauté au titre touchant
de mère , & qui fe plaint d'avoir
été indignement ſéduite & trompée , of
frira au Public un objet digne de fon attention.
A l'attrait touchant qui naiſſoit
de la ſituation où se trouvoit cette jeune
-perfonne, ſe joignoit encore l'intérêt de
la curiofité. Par l'adreſſe avec laquelle on
préſenta toutes lescirconstances duprocès,
il n'étoit guères poſſible de décider que
par conjecture ſi le mariage étoit réel ou
-n'étoit que fuppofé. Mais ce qui échauffa
fur tout les eſprits , c'eſt qu'il s'y mêla ún
peu d'efprit de parti par le ſoin qu'on eut
de lier pour ainſi dire d'intérêt les Proteftans
, à la cauſe de la Dile No.li nousa
va
JUILLET. 1773. 107
femblé que les rédacteurs n'avoient rien
négligé de tout ce qui mettoit dans le plus
grand jour le véritable état de la queftion.
Ils ont enfuite adroitement ſuivi
les défenſeurs dans l'emploi qu'ils ont fait
de leurs moyensou de leurs reſſources , de
forte qu'ils mettent en quelque forte le
lecteur dans la confidence des avocats, en
lui montrant, avec la plus grande clarté,la
route qu'ils onttenue. Toute l'hiſtoire de
cette cauſe nous a paru faite avec ſagacité
& écrite avec élégance. Nous nous con
tenterons d'en citer ce morceau .
« On reproche aux Proteſtans d'être
•des eſprits rebelles & opiniâtres . S'ils
>> ne font pas libres , dit-on , de ſecouer
>> une erreurqu'il ne dépend toujoursd'eux
>> de reconnoître , du moins ils peuvent
>> montrer une docilité qui eſt toujours
>> en leur pouvoir. Nos Temples ne font
» pas ſi bien fermés , qu'ils ne puiffent ,
>> avec des précautions , ſe les faire ouvrir.
>> En faveur de leur obéiſſance , on a fou-
>> vent fermé les yeux ſur leur aveugle.
» ment , & leurs mariages proſpèrent à
→ l'abri de nos autels.
•A-t'on bien réfléchi à ce qu'on leur
>>demande ? On ne veut donc leur faire de
grace qu'à des conditions qu'ils ne peu-
Evj
108 MERCURE DE FRANCE,
>vent accepter. Si la foumifſion qu'on
>>exige ne dépendoit que de leur fortune,
>ou même de leur vie , d'après les fa-
>>crifices qu'on leur a vn faire, on ne peut
douter qu'ils ne vouluſſent en cela ſe conformer
au reſte desfidèles. Maisla Reli
>>gion eſt d'une conſidération ſupérieure à
tour. Tous les intérêts humains Aéchif-
>> ſent devantelle ;& pour cela malheureuſement
il n'eſt pas beſoin qu'elle foie
vraie ; il ſoffit qu'elle ſoit ſincère . Alors
plus de ménagemens , plus de conciliastions
poſſibles. Cette fille duCiel , qui
tend ſes bras aux enfans de la terre , eſt
pourtant inexorable. On leur demande
un acte d'obéiſſance ; dans tous les rapsports
, quelqu'étendus qu'ils puiffent
>être,d'eux à leur maître, ils la ſuivent ſans
my vouloir de bornes & de reſtrictions.
>>Mais , avant d'exiger davantage , qu'on
wétabliſſe donc quelque proportion entre
>Dien& ce qui n'eſt pas à lui . »
La quatrième cauſe préſente une queftion
importante , & qui intéreſſe Thonneur&
la vie des citoyens. Dans quel cas
undénonciateur peut être condamné en des
dommages & intérêts. Dans l'orde civil ,
diſent les auteurs du Journal , il n'eſt
point de délit qu'il ſoit plus important
JUILLET. 1773. 109
de punir qu'une dénonciation calomnieufe
. Cette eſpèce de crime eſt d'autant
plusdangereuſe,qu'elle eſt ordinairement
enveloppée de ténèbres,& que le malheureux
qui en eſt l'objet ne peut connoître
ſon dénonciateur qu'après avoir effuyé
les épreuves cruelles d'une procédure criminelle.
On n'en peut donc rappeler trop
ſouvent les principes ſagement établis
par nos loix & par notre jurisprudence
pour arrêter un abus qui entraîne à ſa ſuite
tous les malheurs d'une inquifition fouvent
funefte àl'innocence.
Onvoit dans la cinquième cauſe l'hif
toire plaiſante d'un Magicien foi-difant,
qui prétendoit être en liaiſon intimeavec
le Diable , & qui ſe faiſoir un fort joli
revenu de l'imbécillité des payſans ſes
voiſins; il prétendoit avoir le donde faire
tourner , & d'arrêter les moulins à fon
gré. Pluſieurs fariniers qui auroient bien
voulu que le vent n'eût ſoufflé que pour
eux,nemanquèrent pas d'être ſes dupes;
mais ce qui paroît plus étonnant , c'eft
qu'un notaire , qu'on doit ſuppoſer plus
difficile à tromper ſurl'article de l'intérêt,
l'ait pourtant bien payé pour recouvrer
des papiers , qui malgré les contorfions&
fortiléges duMagicien,ne ſe retrouvèrent
point..
:
110 MERCURE DE FRANCE. -
La fixième contient l'hiſtoire d'un Bigame
condamné depuis peu au fupplice
qu'on inflige aux coupables de ce crime.
Cette cauſe , écrite avec intérêt , offre aux
lecteurs des anecdotes fingulières fur la
manière dont on punit ce crime chez les
Suiffes.
La ſeptième eſtune ſuppoſitionde part.
Une malheureuſe femme s'imagine que
fon mari l'aimera davantage , fielle le
rend père. Elle feint une groſſeffe , & ,
après avoir pris toutes les précautions poffibles
pour tromper ſon époux , elle adopre
un de ces inforrunés que la misère ou
la honte relèguent dans des hôpitaux.
Dans quels cas un père peut- il ſubſtituer
la légitime de ſon fils ? C'eſt la queſ
tion qui ſe trouve développée dans la
dernière cauſe de ce volume auſſi inté
reflant par la variété des queſtions qui y
font traitées , que par l'élégance du ſtyle
des auteurs de cet ouvrage .
Ce recueil eſt compoſé , chaque année,
de 8 volumes in- 12. de dix à onze feuilles
chacun . Ces volumes paroiffent de
deux en deux mois environ , à commencer
du mois d'Avril dernier ; le prix de
l'abonnement eſt de 13 liv. 4 f. pour Paris,
&de 17 liv. 14 f. pour la province , franc
de port par la poſte
JUILLET. FFF
1773 .
On s'abonne à Paris , chez M. Defeffart
, avocat , rue St Dominique , taub.
StGermain ; & chez Lacombe , libraire ,
rue Chriftine .
i
On trouve des volumes ſéparément
chez Lacombe , libraire.
On Youfcrit en tout tems . Les perfonnes
qui veulent foufcrire font priées d'af
franchir leurs lettres d'avis & le port
d'argent.
Traitement de lapetite Vérole des enfans,
asà l'uſage des habitans de la campagne
2 &du peuple, dans les provinces méridionales
; auquel on a joint la méthode
:: actuelle d'inoculer la petite vérole ,
avec des expériences , faites dans la
vue de conſtater les effets de cette méthode
appliquée au traitement de la
petite vérole naturelle ; ouvrage tra
duit de l'Anglois de M.le Baron Tho
mas Dimsdale , docteur en médecine ,
&augmenté des notes de la traduction
italienne ,&de quelques obſervations
tirées des manuscrits de M. Thomas
Houlſton , médecin Anglois. Par M.

Henri Fouquet , docteur en médecine
- de l'Univerſitéde Montpellier , méde-
- cin de l'hôpital royal & militaire , &
# 2 MERCURE DE FRANCE.
:
de la citadelle de la même ville , mem.
bre de la Société royale des ſciences ,
de l'académie de Padoue. 2 vol. in-12,
AMontpellier , chez Rigaud , Pons ,
la V. Gontier & Faure , libraires. On
en trouvedes exemplaires à Paris, chez
Cavelier , rue St Jacques. Prix , 3 liv.
12 fols broché .
:
Cet ouvrage , quoique deſtiné particulièrement
aux enfans des payſans &du
peuple , ſera encore utile en bien des
points aux enfans des habitans des villes
&des gens riches à qui les préjugés des
pères , la tendreſſe peu éclairee de mères
oudes nourrices,& les conſeils inconadérésde
beaucoup de bonnes femmes , font
également funeſtes & dans l'éducation &
dans le traitement des maladies. Mais ,
pour mieux faire connoître cet écrit ,un
des plus intéreſſans pour l'humanité & la
médecine , nous croyons devoir tranſcrire
ici le jugement qu'en ont porté MM. Lamure
& Venel , commiſſaires nommés
par la Société royale des ſciences deMontpellier
pour l'examiner. " L'auteur expoſe
>>dansune préface très étendue, mais trèsutile&
fervant d'introduction à tout
l'ouvrage, les motifs qui l'ont déter-
*minéàécrire ſur la petite vérole. Le
JUILLET. 1773. 11
>> principal , c'eſt la mémoire récente de
> l'épidémie de 1770 , qui a fait des rava
» ges conſidérables à Montpellier. Il dif
>>cute à ce propos , les grands & nom-
>> breux avantages , & les légers & rares
> inconvéniens de l'inoculation trop peu
> adoptée dans cette ville. Il rapporte ce-
> pendant l'hiſtoire de l'emploi de cette
>>falutaire pratique , dans Montpellier&
>> dans les environs , & cela en difcutant
>> chaque fait avec autant de fidélité que
>> d'impartialité. Dans le traité propre-
>> ment dit , l'auteur , après avoir expofé
>> clairement &doctement les principaux
>>ſymptomes de la petite vérole , & avoir
>> raſſemblé dans une eſpèce de table tout
> ce que l'obſervation la mieux ſuivie a
>> reconnu juſqu'à préſentde plus conſtant
> & de plus précis ſur le diagnoſtic &le
> pronoftic , fait remarquer toutes les
» variétés dont cette maladie eſt ſuſcepti-
>>ble relativement aux tempéramens, à la
>> conſtitution de l'air , & àpluſieurs au-
>> tres circonstances qui en déterminent
» les complications. La deſcription de
>> l'épidémie dernière que l'auteur place
» ici très-à propos , & qu'il expoſe avec
>> beaucoup d'exactitude , étendra avec
> avantage les connoiſſances de cet ordre,
114 MERCURE DE FRANCE.
1
>>
>> qui pofent , comme le favent les gens
> de l'art , les vrais fondemens de la mé.
decine-pratique. L'auteur applique enſuite
, d'après ſa propre expérience &
➡ d'après la lecture des meilleurs auteurs,
>> les obſervations particulières que lui a
>> fourni l'épidémie dont il s'agit , aux
>> notions générales les mieux établies fur
>> la nature & le traitement de la petite
vérole dans les pays méridionaux. En-
> fin après avoir propoſé la distinction
>>importante de la petite vérole bénigne
» qui n'a pas beſoin des fecours de lamé-
>> decine , de la petite vérole grave qui eft
>> ſeule un objet vraiment medicinal , il
>> en vient au traitement de cette derniè
* re , fubordonné à la nature du climat
> méridional ; dirigeant principalement
> les inſtructions utiles & lumineuſes qu'il
donne fur cette matière, aux chirurgiens
>> de campagne , aux garde- malades , aux
>>Curés & à toutes les autres perſonnes
» qui ſe chargent du traitement de cette
- maladie dans les lieux où il n'y a point
» de médecins. Il entre là-deſſus dans les
>>plus grands détails , & s'applique fur-
>> tout à détruire cette erreur populaire ſi
>>funeſte qui engageà interdire l'air frais
*&libre aux malades de la petite véro
JUILLET. 1773. 11
>> le , tandis que des dogmes déjà anciens
>> dans la médecine , & la pratique rencu.
>> velée , principalement dans ces der
>> niers tems , ſoit dans le traitement de
>> la petire vérole naturelle , ſoitdans ce-
>> lui de l'inoculée , ont démontré que le
>grand air, quelle que fût ſa conſtitution,
ود
non- feulement n'étoit pas nuiſible à
>> ceux qui étoient atteints de cette mala-
>>die, mais même qu'il leur étoit émi-
>>nemment ſalutaire.Cette vérité eſt portée
au plus haut degré d'évidence dans
le traité fur l'inoculation de M. le Ba
ron de Dimfdale , dont on trouve à la
>> fin de ce traitement de la petite vérole ,
une traduction fort exacte , & qui peut
être regardée comme un vrai ſervice
renduà la pratique de l'inoculation en
>France.
de i
Hiftoirefommaire de la Ville de Bayeux,
précédée d'un discours ſur le dioceſe
de ce nom. Par M. Beziers , chanoine
du St Sepulchre , & membre del'Aca
démie royale des belles lettres de
Caën.
Nofce patriam , peſteà viator eris.
vol. in- 12 . A Caen , chez J. Manoury
père , libraire , rue St Etienne .
:
7
116 MERCURE DE FRANCE.
L'hiſtorien a porté ſes principales te.
cherches ſur les antiquités eccléſiaſtiques
deBayeux . Lorſqu'il nous décrit les diffétentes
originesdes monaſtères&des égliſes
de la ville ,& les changemens qu'ils
ont éprouvés , il n'omet point de nous
entretenirde quelques coutumes& uſages
propres à nous rappelet ceux de la primitive
Eglife. Les chanoines de Bayeux ſe
levoient autrefois la nuit pour chanter les
vigiles , depuis appelées matines. Cer
uſage étoit encore en vigueur à Bayeux au
commencement du XIV ſiècle : ils le reformèrent
en 1352. Leschanoines avoient
une façon bien fingulière de punir celui
de leurs membres qui demeuroit au lit
pendant les matines des grandes fêtes.
Immédiatement après l'office, les habi
tués de l'Eglife alloient avec la croix , la
bannière & le bénitiet , au logis du cha.
noine abſent , & faifoient par cette forte
deproceſſion , une eſpèce de reprimande
publique à la pareſſe. Un mémoire manufcrit
que cite l'hiſtorien fait mention
que le chanoine de Merville eſſaya une
pareille réprimande , & qu'il fut encore
condamné à perdre cent ſols de ſes rétributions.
L'auteur de ces recherches penſe
que cet ancien uſage a donné lieu à cette
JUILLET. 177 1773. 117
:
1
1
façon de parler proverbiale , lorſqu'on
parle de quelqu'un qui ſe fait attendre
long tems : qu'ilfaut aller le chercher avec
la croix & la bannière.
L'auteur a fait imprimer à la fuite de
cette hiſtoire ſommaire deux pièces qui
'n'avoient point encore été publiées . La
première eſt le procès-verbal des ravages
commis par les Proteſtans en 1562 &
1563 dans la ville & fur-tout dans la cathédrale.
La ſeconde pièce contient l'état
de tous les bénéfices du diocèſe avec leur
revenu, leur taxe ou décimes,& les noms
de leurs préfentateurs , tels qu'ils exifroient
dans le XIV . fiècle. Ce pouillé ,
connu ſous le nom de livre pelu , à cauſe
de la couverture faited'une peau d'animal
avec ſon poil , eſt le plus ancien du diqcèſe
de Bayeux. Il eſt déposé au ſecrétas
riat de l'Evêché de Bayeux.
Les heureux Malheurs , ou Adelaïde de
Wolver; par M. B *** , vol . in- 12 .
ACologne; & fe trouve à Paris , chez
Valade , libraire , rue St Jacques , visà-
vis la rue des Mathurins,
Un amant déſeſpéré de ne pouvoir pof,
feder ſa maîtreſſe , s'abandonne au déſefpoir
; il veut s'empoisonner. Va domeſti
IIS MERCURE DE FRANCE.
:
que fidèle feint d'approuver cette réſolution
, mais c'eſt pour mieux réuſſir à ſauver
les jours de fon maître. Il lui fait
avaler une liqueur qu'il lui préſente comme
un poiſon très fubtil , & dont l'effet
ſe borne à afloupir les ſens pendant trois
ou quatre jours. La prétendue mort de ce
jeune homme & celle d'Adelaïde fon
amante qui avoit pris le même breuvage
pourſe ſouſtraire à la tyrannie de ſes parens
qui vouloient forcer ſon inclination,
occafionnent bien des malheurs. Mais
c'eſt de ces malheurs mêmes que naît leur
bonheur mutuel. Ce roman eſt chargé
d'incidens , de catastrophes , d'aventures
qui peuvent au moins exciter la curiofité
du lecteur , s'ils ne réuſſiſſent pas toujours
àl'intéreſſer.
Le vrai Philofophe , ou nouveau Syſtême
ſur la vertu , ſon origine , ſes rapports
particuliers & généraux , avec une critique
des ouvrages qui en ont traité , &
qui ont paru juſqu'à nos jours ; vol . in-
12. A Paris , chez Dupuis, libraire ,
rue St Jacques. :
Cet écrit , qui eſt de M. William Jameſon
, Miniſtre de Rerick , a été traduit
de l'anglois par M. E. , & publié en
JUILLET. 1773. 119
françois pour la première fois en 1770 ,
ſous le titre d'Effai fur la vertu & l'harmonie
morale dans lequel on entreprend
de concilier les différens ſentimens des Auzeurs
au sujet de l'obligation morale.
Les écrivains moraliſtes ont employé
différentes méthodes pour montrer la différence
qu'il y a entre la vertu & le vice ,
& prouver les obligations morales. L'auteur
de cet Eſſai ne rejette point abſolument
ces diverſes méthodes ; mais il reproche
en général à ces écrivains d'avoir
pris pour baſe de leurs ſyſtèmes une partie
de la morale , au lieu de prendre le
corps en entier. Il penſe avec raiſon qu'un
ſyſtême qui s'éloigne de la nature , à quelque
égard que ce puiſſe être , ou qui préfente
dans ſon plan plus ou moins d'éten
due que n'en a la vertu , eſt faux , & que
que le meilleur&le plus fûr eſt celui qui
s'accorde avec la nature & qui eſt fondé
fur la morale. L'auteur remonte en conſéquence
à l'origine de la vertu; il examine
fon harmonie, & le rapport qu'elle
a avec la nature de l'homme en particulier,
l'univers en général , & le modèle
originel & la cauſe de tout ce qui exiſte ,
la Divinité.
120 MERCURE DE FRANCE.
Hiſtoire naturelle du thé , avec des obfervations
fur fes qualités médicales , &
les effets qui réſultent de fon uſage ,
par Jean Coakley , M. D. F. S. A.
Ad utilitatem vita omnia confilia,factaque noftra
dirigendafunt.
TACIT.
brochure in- 12. A Paris , chez Lacombe,
libraire , rue Ghrſtite.
Pluſieurs botaniſtes nous ont entretenu
de l'arbriſſeau du thé , de quelques circonſtances
relatives à fon hiſtoire naturelle
, de la boiffon qu'il procure par l'infufion
deſes feuilles,& de la préparation de
cette boiffon. Mais ces inſtructions font
fi éparſes , & les détails publiés juſqu'à
préſent ſur les vertus du Thé ſont ſi contradictoires
& a dépourvues de bonnes
obſervations médicales,que cette nouvelle
hiſtoire naturelle ne peut manquer d'être
accueillie par les Botaniſtes , par ceux qui
fontdeſtinésàveillerfur la ſantédes hommes,&
par les perſonnes même qui font
pſagede l'infuſion du thé.
Cette hiſtoire naturelle contientunprécis
de la differtation de Linnæus ſur l'ufage
du thé , & un très-bon traité du docteur
Jean Coakley , publié depuis peu en
anglois
JUILLET. 1773 . 121
ار
anglois à Londres , & traduit par M. Trochereau
de la Berlière . Ce traité eſt diviſé
en deux parties. La première contient la
deſcription botanique de la plante , fes
différentes dénominations , ſon origine ;
elle traite en outre des terreins &de la
culture qui lui conviennent , de la récolte
de ſes feuilles , de ſes variétés , de ſes uſages
, des plantes qui peuvent la remplacer
, & de la manière de conſerver ſes
ſemences. La ſeconde partie préſente les
différentes expériences faites par l'auteur ;
les bons & les mauvais effets que le thé
produit ; l'hiſtoire de quelques maladies ,
dont il peut être regardé en Angleterre
comme la vraie cauſe ; on y fait mention
auſſi de l'uſage immodéré &de la conſommation
qu'en fait cette Nation.
En réſumant les obſervations du docteur
Coakley ſur les vertus médicales du
thé , il paroît très - probable qu'on doit
interdire cette infuſion aux enfans & aux
jeunes perſonnes ; elle affoiblit leur eſtomac
, altère la faculté digestive,& engendre
pluſieurs indiſpoſitions. « Il eſt rare ,
» ajoute ce Docteur , que nous rencon-
>> trions ailleurs les principes des mala-
>>dies ſcrophuleuſes auſſi ſouvent que
>>chez la poſtérité foible & languiſſante
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
>> des habitans des villes , dont tout le
» déjeûner & le ſouper conſiſtent , la plû-
» part du tems , en une foible boiffon du
>> the ordinaire avec l'aſſaifonnement d'u-
» ſage : des familles plus éclairées ſe con-
>> duiſent avec plus de difcrétion. La con-
>> noiffance de ſes dangereux effets l'a dé-
>>crédité parmi pluſieurs d'entr'elles. Elle
>> ne doit point entrer dans le régime or-
> dinaire des colléges &des penfions . Si
> on l'accorde quelquefois comme un ré-
>>>gal , on doit en même tems inſtruire
>> les enfans que le conſtant ufage de cette
>> liqueur nuit à la ſanté , flérrit les forces,
>& altère en général le tempérament. »
Il eſt faitmention dans ce même traité
depluſieurs tentatives faites en Europe
pour naturalifer cet arbriſſeau. Si ces tentatives
réuffiffent,elles contribueront plus
efficacement que toutes les obfervations
des médecins , à diminuer la conſommationde
cettedentée quine nous paroît ſi
falutaire&fi agréableque parcequ'elle nous
vient des pays éloignés. Cette confom.
mation eſt aujourd'hui très - conſidérable
fur tout en Angleterre & en Hollande.
On peut évaluer à huit ou dix millions de
livres peſant le débit du thé qui fe fait
on Europe & dans les Colonies par les
JUILLET. 1773. 123
différentes compagnies de commerce.
L'Angleterre ſeule,d'après un calcul trèsmodéré,
en conſomme annuellement trois
millions de livres.
:
Ona joint à cette hiſtoire naturelle une
liſte des auteurs qui ont écrit ſur le thé ,
&la deſcription d'une planche gravée
qui repréſente cet arbriſſeau avec tous les
détails néceſſaires pour lebien connoître.
:
Recherchesfur les fièvres , ſelon qu'elles
dépendent des variations des ſaiſons ,
&telles qu'on les a obſervées à Londres
, ces vingt dernières années - ci ;
avec des obſervations de pratique fur
la meilleure manière de les guérir. Par
M. Guillaume Grant , D. M. traduit
de l'anglois , par M. le Febvre , de V.
2 vol. in- 12 . A Paris , chez Vincent ,
imprimeur - libraire , rue des Mathurins
, hôtel de Clugny .
Il eſt traité dans cet ouvrage des épidémies
ordinaires , telles qu'elles ont lieu
ſucceſſivement pendant le cours de l'année.
Tous les auteurs , ſuivant l'obſervation
du traducteur , qui depuis Hippocrate
ont traité de ces maladies , ou qui
ont commenté les oeuvres de ce grand
T
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
maître , n'ont confidéré ces maladies ,
même celles qu'ils ont appelées ſimples ,
que comme la conféquence des écarts conſidérablesde
la nature dans la température
de l'air ou des ſaiſons. En ce cas , ce
ſont les aphorifmes 11 , 12 , 13 , 14 de
la troiſième ſection qu'il faut conſidérer ,
& c'eſt auſſi là le fond des détails épidémiques
d'Hippocrate. Ce n'eſt point là
le plan du Docteur Anglois. Il ne confidère
ces maladies , ou plutôt les fièvres
ordinaires , qu'autant qu'elles font l'effet
des différentes conſtitutions ſucceſſives de
l'année. En ce cas , il a dû appeler épidémies
, des maladies qui attaquent un certain
nombre de ſujets , comme par une
cause commune. Mais ces maladies étant
Je réſultat ordinaire des conſtitutions annuelles
, on voit que c'eſt d'après les aphorifmes
20 , 21 , 22 , 23 , qu'il faut enviſager
ſon plan . Le traducteur, pour mieux
faire fentir la vérité des aſſertions du
Médecin Anglois , a donné dans un difcours
préliminaire un précis de la doctrine
d'Hippocrate , tous les jours cité , peu
lu& encore moins étudié. Ce précis très
bien fait remplit les vues du traducteur ,
qui pour rendre ces recherches ſur les
fièvres plus inſtructives , a cru devoir pré.
JUILLET. 1773. 125
fenter au lecteur la comparaiſon des gratides
vues de pratique du Docteur Anglois
avec celles du plus habile maître de tous
les médecins ......
Lettre de Pekin fut le génie de la langue
chinoiſe & la nature de leur écritute
ſymbolique , comparée avec celle des
anciens Egyptiens , en réponſe à celle
de la Société royale des ſciences de
Londres ſur le même ſujet. On y a joint
l'extrait de deux ouvrages nouveaux de
M. de Guignes , de l'Académie des infcriptions
& belles- lettres de Paris, relatifs
aux mêmes matières ; par un Père
de la Compagnie de Jeſus , miſſionnai .
re à Pekin ; 1773. A Bruxelles , chez
de Boubers , imprimeur-libraire' ; &
Paris , hôtel de Thou , rue des Poitevins.
Cet ouvrage eſt précédé d'un avis de
M. Needham , de la Société royale des
ſciences de Londres , & directeur de l'Académie
de Bruxelles , dans lequel il rend
compte de ſa découverte ſur l'identité des
anciens caractères Egyptiens & Chinois ,
démontrée tant par la confrontation qu'il
a fait faire des caractères hiéroglyphiques
ou égyptiens avec les caractères des Chi
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
nois , que par le ſentiment de M. deGuignes
qui a prouvé que les Chinois font
une colonie des Egyptiens , & qu'ils tenoient
originairement leurs caractères de
cet ancien peuple .
Le ſavant Miſſionnaire, ſans approuver
ni rejeter ces opinions , penſe que la
connoillance qu'on a des caractères chinois
pourroient ſervir à débrouiller le
chaos des hiéroglyphes d'Egypte. Mais il
penſe que les traits d'une inſcription de
l'Iſis de Turin , rapportée par M. Needham
,n'ont point une analogie réelle avec
les caractères chinois.
Cette lettre eſt un des morceaux les
plus instructifs , publiés juſqu'à préſent
fur la langue chinoiſe, fon hiſtoire & fa
nature , ainſi que ſur l'écriture de cette
Nation. Il remarque dans une note que
l'on connoît peu en Europe les ſciences
cultivées par les Chinois , & il dit qu'ils
ont beaucoup d'excellens ouvrages ſur les
loix , le gouvernement , les arts,l'hiſtoire
naturelle, dont on pourroit profiter.
Traité de l'Exploitation des Mines, où
l'on décrit les ſituations des Mines ,
l'art d'entailler la roche & la ſubſtance
des filons , de former les puits & les
JUILLET. 1773. 127
galeries , de procurer de l'air aux fouterreins
, d'en vuider les eaux , d'élever
les roches & les mines au jour , &
de percer la terre: avec un Traité particulier
ſur la préparation & le lavage
des mines; traduit de l'Allemand par
M. Monnet , Viſiteur des Mines , des
Académies royales de Stockholm &de
Turin, &c . 1 vol. in 4. avec 24 planches
. Prix , relié , grand papier , 24 1.
petit papier , 15 liv. A Paris , chez F.
Amb. Didot , aîné , libraire & imprimeur
, rue Pavée , près du quai des
Auguſtins , à la Bible d'or ; 1773 , avec
approbation & privilege du Roi .
Nousdonnerons inceſſamment une plus
grande connoiſſance de cet ouvrage importantque
nous nous empreſſons d'annoncer
, & qui doit ſervir de guide fûr
dans le travail des Mines .
LeGuide du Fermier, ou inſtructions pour
élever , nourrir , acheter & vendre les
bêtes à cornes , les brebis , les moutons
, les agneaux & les cochons ; contenant
les ſymptômes de leurs maladies
; les remèdes pour les guérir ; le
choix de leur nourriture , de leurs på-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
turages , la manière de leur en former
de convenables ; les moyens de faire
le meilleur beurre & différentes eſpèces
de fromages; la façon d'élever la
volaille , les dindons , les oies , les canards
, les pigeons , & même les outardes
, les paons , les faifans , les perdrix&
les lapins domeſtiques. Avecla
manière de former des viviers , & d'y
nourrir& entretenir le poiffon ; & autres
particularités néceſſaires àun Fermier
&à toutes perſonnes qui font valoir
des biens de campagne ; traduit de
l'Anglois fur la quatrième édition ;
nouvelle édition . Prix , 3 liv. les deux
volumes brochés. A Paris , chez Coftard
fils , & Compagnie , rue St Jeande-
Beauvais ; 1773 , avec approbation
& privilége du Roi .
Une étude réfléchie , une expérience
conſtante , & plus que tout cela , quatre
éditions ſucceſſivement faites à Londres ,
&trois autres à Paris , doivent diſpenſer
d'entrer dans aucun détail ſur le mérite &
ſur l'utilité de cet ouvrage.
, La Physique des Dames ou les quatre
Elémens ; ouvrage utile pour diſpoſer
à l'intelligence des merveilles de la naJUILLET..
1773. 129 .
1
1!
ture par M. de Roſnay. Prix , 2 liv.
10 f. relié . A Paris , chez Stoupe , libraire
, rue de la Harpe , vis - à - vis la
rue St Séverin ; 1773 .
1
L'objet de l'auteur a été de faire un
abrégé de phyſique à l'uſage des Dames ,
& proportionnée à la capacité & auxbeſoins
de tous ceux qui veulent s'inſtruire
en peu de tems non ſeulement de ces
phénomènes journaliers qui naiſſent de
l'aſſemblage fortuit des élémens diverſement
modifiés , & dont la fingularité furprend
la plupart des hommes ; mais encore
des propriétés & des effets de ces
mêmes élémens , ainſi que des avantages
que nous pouvons en retirer tant pour
nous-mêmes que pour le bien de la fociété.
On s'eſt donc borné à n'expoſer ,
dans ce volume , qu'une ſomme de faits
&d'expériences ſur chaque élément, avec
quelques principes pour diſpoſer àl'intelligence
des merveilles de la nature .
Cet ouvrage eſt terminé par une expofition
du ſyſtême de Copernic , & par la
diviſion du globe terreſtre pour ſervir
d'introduction à la géographie .
وم
Toutes ces matières ſont traitées avec
beaucoup d'ordre & de clarté; l'auteur-a
130 MERCURE DE FRANCE.
ſu ſegarantirde la ſéchereſſe des ſimples
élémens, & des épines de la ſcience. Il a
mis la phyſique à la portée de tous fes lecteurs
; il la leur préſente comme un beau
ſpectacle qui doit les amufer & les intéreffer.
On ne peut point définir les élémens
dans leur première cauſe ou leur origine;
car qui peut dire ce que c'eſt que l'air, le
feu , l'eau , la terre? Mais on les fait connoître
par leurs propriétés particulières.
Celles de l'air reconnues &prouvées par
l'expérience, ſont ſa fluidité, la peſanteur,
fon reffort. On ne peut douter de la fuidité
de l'air puiſqu'il eſt le véhicule des
fons , des odeurs &de la lumière. Sa Anidité
eft abſolument néceſſaire pour l'entretien
de la vie des animaux & pour la
végétation. Les expériencesde la machine
du vuide démontrent aux yeux que l'animal
ou le végétal auxquels on ôte l'air
périflent auffi tôt.
La peſanteur de l'air n'eſt pas moins
démontrée par les expériences du mercure
dans le tube d'an baromètre . On a évalué
le poids des colonnes d'air qui peſent fur
notre corps à la ſomme de 21 mille livres;
&nousn'en ſommes pas écrasés parce que
le peu d'air qui eft en nous fait un effort
JUILLET. 1773. 131
ſuffifant contre le poids de l'air extérieur.
Le reffort de l'air n'est pas moins certain
que ſa peſanteur , puiſque tout prouve
qu'il eſt ſuſceptible de compreffion &
dedilatation . Le reffort de l'air eſt bien
ſenſible dans les vents , dans le jeu des
pompes foulantes & afpirantes ; il l'eſt
dans une canne ou fufil à vent , il l'eſt
d'une manière bien puiſlante dans l'exploſion
des météores ,du tonnerre , des tremblemens
de terre .
LeFeu eſt un fluide répandu dans toute
la nature ; il eſt perméable , il circule librement
dans tous les corps; il ne devient
ſenſible que par ſon action. Il eſt le principe
de toute fluidité ; il pénètre tous les
corps ; il ſe propage , il s'infinue dans les
métaux; il les fait entrer en fuſion. Les
effets auxquels on reconnoît ordinairement
ſa préſence ſont la chaleur , la lumière
, la couleur , la dilatation ou raréfaction
; la combustion .
L'Eau eſt dans un état de liquidité, ou
en glace folide ou en vapeurs ; elle eſt
toujours de l'eau ſous ces différentes formes
, mais ſes effets font bien différens .
Elle eſt , dans ſa pureté , liquide , tranfparente
, fans couleur , fans odeur , fans
faveur ; mais dans ſa combinaiſon avec
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
4
les corps elle ſe charge de leurs principes,
& s'altère . L'eau eſt incompreſſible. Elle
eſt néceſſaire pour la ſanté & la vie des
animaux , & pour la végétation . L'eau qui
bout à l'air libre ne prend jamais qu'un
degré de chaleur déterminé ; mais renfermée
dans un vaſe de métal affez fort,elle
peut y rougir à blanc .
La Terre pure eſt une ſubſtance ſéche ,
folide , ſans couleur , fans odeur , ſans
faveur. Elle est le plus folide & le plus
peſant de tous les élémens , celui qui
donne la conſiſtance , la folidité & la pefanteur
aux corps dans la compofition
deſquels il entre .
C'eſt de la combinaiſon de ces élémens
que fontformées les autres ſubſtances matérielles
de la nature ; c'eſt de leur concours
que naiſſent tous les êtres , & c'eſt
ce que cette phyſique expoſe avec les détails
ſuffiſans & avec autant de netteté
que de précifion.
ERREURS d'histoire & de chronologie.
L'auteur de l'Année littéraire , en parlant
d'un petit Roman qui vient de paroître
, & qui a pour titre Clémence d'En
tragues ou le Siége d'Aubigni , fait entenJUILLET.
1773. 13.3
dre que tout ce qui eſt rapporté dans ce
Roman forme anecdote hiſtorique ; il n'y
a de faits vrais que celui du ſiége d'Aubigni
, défendu contre la Châtre.
La veuve du Comte d'Aubigni qui dé
fendit la ville d'Aubigni , en 1591 , ne
s'appeloit pas Clémence , mais Catherine
d'Entragues.
Elle n'étoit point fille de Charles de
Balfac d'Entragues , tué à la bataille d'Ivri
; mais fille de Guillaume de Balſac
d'Entragues , qui étoit mort dans ſon lit
pluſieurs années avant cette bataille .
Henri IV ne vint point fecourir la ville
d'Aubigni , & n'entra jamais dans le
Berri ; ce fut Montigni qui fit lever le ſićge
de cette ville à la Châtre.
Henri IV ne put pas donner le cordonbleuà
Mde. d'Aubigni , puiſqu'il ne l'avoit
pas lui- même , & qu'il ne put commencer
de le porter que le 28 de Février
1594 , le lendemain de fon Sacre , près
de quatre ans après le ſiége d'Aubigni &
la vigoureuſe défenſe de Mde d'Aubigni .
La Châtre ne reconnut Henri IV , &
ne ſe ſoumit qu'en 1594 , &àcondition
que ce Prince le conſerveroit dans le gonvernement
du Berri , & le gratifieroit
d'une ſomme de neuf cent mille livres.-
134 MERCURE DE FRANCE.
ACADÉMIE.
Séancepublique del'Académie des Sciences,
Belles- Lettres & arts de Rouen , du mercredi
& Août 1772 .
M. Haillet de Couronne , ſecrétaire per.
pétuel pour la partie des belles-lettres &
des beaux arts , ouvrit cette ſéance par les
regrets de la Compagnie qui a perdu cette
année MM. de Beyer , Duclos & Bréant.
Il rendit compte enſuite des travaux académiques
de fon département , & les élè
ves de l'école de deſſin furent publiquement
couronnés.
Le grand prix des belles lettres a été
adjugé à une pièce intitulée : Satyre fur le
Luxe, conſidéré par rapport au bonheur
des particuliers. L'auteur eſt M. l'Abbé de
Lille , profeſſeur au collège de la Marche,
à qui l'on doit l'élégante traduction des
Géorgiques de Virgile .
L'acceffit a été accordé à une autre pièce
recommandable par la beauté des vers &
pas les ſentimens tendres qui y règnent.
Elle a pour titre : Leture d'un Père ,furfon
JUILLEΤ. 1773. 135
1
Fils unique , mort à l'âge de dix ans des
fuitesde l'inoculation. L'auteur,qui depuis
s'eſt fait connoître , eſt M. le Comte de
Laurencin , de Lyon .
M. l'Abbé Neveu , vice-directeur , lut
une differtation ſur la pourpre des Anciens
, ſur ſa couleur , & l'uſage que leurs
poëtes ont fait de quelques expreſſions qui
en rappellent l'idée ; mais principalement
àl'occaſion du vers 2558. du poëme de
Claudien ſur l'enlevementde Proferpine.
Oftrofundit aquas.
M. l'Abbé Auger , profeſſeur de thétorique
au collège de Rouen , lut un morceau
de la harangue d'lſocrate intitulée ,
le Panegyrique, laquelle fera partie d'un
coursd'éloquence ancienne que M. Auger
ſe propoſe de publier inceſſamment.
C'eſt une traduction de tous les orateurs
Grecs , avec des diſcours choſis de Cicéron
mis en paralelle. Cet ouvrage , qui
manquoit à notre littérature , formera 16
volumes in 12. dont le premier paroîtra
au mois de Janvier prochain, & fera ſuivi
des autres , preſque ſans interruption .
M. l'Abbé Yart a lu ſes remarques ſur
Perſe & Juvenal , avec des imitations en
vers françois , de pluſieurs morceaux de
ces poëtes. Il les termine par le jugement
136 MERCURE DE FRANCE.
1 qu'il porte fur les plus célèbres ſatyriques,
& par les devoirs qu'il preſcrit aux jeunes
poëtes leurs imitateurs . « Un Satyrique ,
>>homme de bien , ne ſera ni ſéditieux ,
» ni délateur . Pénétré de tendreſſe pour
>> la vertu , d'horreur pour le vice , ſes
> ſentimens paſſferont de fon ame dans
>> ſes vers énergiques , & fes vers volant
>>de bouche en bouche , iront graver cette
>> tendreſſe & cette hotreur dans tous les
» coeurs .»
;
Des deux fables en vers françois , envoyées
par M. de Machy , l'on a lu celle
qui a pour titre , l'Ane & le petit Chien.
Ce titre eſt le même que celui de la fable
5. du livre 4 de Lafontaine ; mais la
moralité différente eſt exprimée dans ces
trois derniers vers .
Mériter de nouveau les bienfaits de ſon maître,
Voilà comme on doit reconnoître
Tous ceux qu'on a déjà reçus .
Les autres ouvrages préſentés pendant
l'année académique , & dont M. le Secré
taire rendit compte , ont été :
Une pièce en vers , intitulée Hortatio
ad juvenes , ut Fontanium legant &perlegant.
Elle eſt de M. Giraud , prêtre de
l'Oratoire , & doit être imprimée en tête 1
JUILLET. 1773. 137
F
de la traduction qu'il vient d'achever de
toutes les tables de la Fontaine en vers
latins.
Un eſſai hiſtorique & philofophique
fur l'Origine de la Nobleffe , par M. Rouxelin
, ſécretaire perpétuel de l'Académie
de Caën .
Les Délices du Genre humain , ou l'Amour
de ſes ſemblables , par D. l'Abbé ,
religieux Bénédictin .
L'Automne , ydille , par M. Duchemin
de la Cheſnaye,lieutenant général à Mortagne.
Trois fables en vers françois , traduites
de l'allemand ; une ode , intitulée l'Etude
; Un Effai fur les Plaisirs , ou l'art
d'être heureux rappelé à ſes vrais principes
, par D. Gourdin , Religieux Bénédictin
à Beaumont en Auge .
Un Effaifur les Loix rurales & agrico
les , par M. Dornax .
L'Idée du Sacerdoce, poërne en + chants,
par M. Belfin , Curé de Plainville.
• Le Prospectus des Principes de la Gram
maire générale & raiſonnée , appliqués aux
élémens des langues latine &françoise,mis
àportée de la Jeuneſſe , par M. l'Abbé
Froment, principal du collége de Vernon.
Deux estampes ,gravées par M. Bache
138 MERCURE DE FRANCE .
:
ley , ont été expoſées à cette féance. L'une
eſt une vue de la Meuſe , d'après le tableau
de Bonaventure Peeters . L'autre
repréſente la vue des environs d'Utrecht ,
peinte par Rhuysdaal .
Indépendamment de ces ouvrages des
titulaires & aſſociés, on a fait une mention
honorable des ſavans , qui ſans appartenir
à l'Académie , lui ont préſenté quelques
portions de leurs travaux .
M. de Couronne lut l'éloge hiſtorique
deM. Bréant, aſſocié titulaire , auteur d'un
nouveau poëme françois ſur l'art de peindre
,& l'analyſe raiſonnée de ce pоёте.
M. Dambournay , ſecrétaire perpétuel
pour les ſciences &arts, rendit compte
d'un mémoire de M. de Bernieres , fur la
conſtruction d'un canot infubmergible,&
l'application de ſa découverte aux vaifſeaux
& bâtimens de mer.
D'un projet de M. Chef-d'hôtel , pour
faire durer le mouvement d'une horloge
à poids , auſſi long tems qu'on le jugera
àpropos fans être obligéde le remonter.
Du procès- verbal d'expériences ordonnées
par l'Académie, pour vérifier lesbons
effets du laminoir ſur le plomb , leſquelles
ont été favorables à cet établiſſemenr.
D'unmémoire de M. de Marigues , fur
JUILLET. 1773. 139
1
a
لا
l'évaporation de la glace,&de ſes obfervations
anatomiques ſur pluſieurs eſpèces
de vices dans les organes du coeur & de la
circulation du ſang.
Des expériencesde M. l'Abbé Dicquemarre
, ſur la réproduction des patties en
apparence effentielles à la vie , retranchées
aux diverſes eſpèces d'anémones de mer.
Du mémoire de M. l'Abbé Bacheley ,
ſur une pierre fingulière , trouvée trèschaude
, & en partie enfoncée en terre
après un coup detonnerre violent.
Des obſervations théoriques & pratiques
de M. le Chandelier , directeur , fur
le bleu de Pruſſe. Le but de l'auteur eft
d'économifer les dépenſes dans la compoſition
, & principalement dans l'avivage
de cette belle couleur.
Du procès- verbal deMM. Pinard&le
Chandelier ſur l'analyſe des cidres ſoupçonnés
d'être lithargiriſés , ou adoucis par
le mêlange de la cérufe ,&les moyens de
dévoiler cette ſophistication par quelques
gouttes de diſſolution de chaux & d'orpiment.
D'un mémoire de M. Muſtel , ſur le
danger de l'uſage du cuivre dans les cuifines.
D'un mémoire de M. de la Follie , né140
MERCURE DE FRANCE.
gociant à Rouen , qui prouve que le blen
d'émail , connu dans le commerce ſous le
nom de bleu d'argent,n'eſt abſolument dû
qu'au cuivre. Les nombreuſes expériences
que l'auteur a faites en conféquence
fur l'argent , l'ont conduità en extraire un
métal de couleur citrinne , très extenſible
ſous le marteau , même ſans être écroüi.
Ce nouveau métal ne céde à aucun des
diffolvans connus , & ne perd rien aux
eſſais de coupelle les plus violens . MM.
Macquer & Cadet ont été chargés par
l'Académie des Sciences à Paris de répéter
ces eſſais , & ont reconnu la vérité des
alfertions de l'auteur.
On a préſenté au Publicles modèlesde
quatre machines, dont trois ſont deſtinées
à puifer de l'eau. La première eſt un mou
lin àvent qui enlève un chapelet à goders,
dont la chaîne ne peat ſe tordre , quelque
longue qu'elle foit. La ſeconde eſt un
treuil qui n'expoſe à aucun danger l'homme
qui le fait agir , quand même les forces
lui manqueroient tout - à- coup . La
troiſième eſt un moulin à vent qui peut
faire agir une pompe à une très- grande
diſtance du lieu où l'expoſition au vent
oblige de l'établir. M. Scanégatty a ajouté
ces perfections à ces trois pièces déjà inJUILLET.
1773. 141
:
ventées ; mais la quatrième qui lui appartient
uniquement , eſt exécutée en grand,
par ſes ſoins , & fert à polir les aiguilles.
M. David a fait voir un nouvel inftrument
qu'il a inventé ,&dont il s'eſt ſervi
avec ſuccès , pour lier &faire tomber par
fuite de mortification les polypes utérins.
M. de la Malthiere a préſenté un petit
quarré de toile , ou plutôt de papier trèsfort
& très - flexible , que les femmes de
l'Ifle deThaïty ſavent extraire de l'écorce
d'un arbre du lieu ,& dont elles ſe ſervent
pour ſe voiler ou ſe parer au lieu de mouffeline.
Ce morceau a été coupé d'un voile
entier que M. de Bougainville a rapporté
de ſon voyage.
M. le Chevalier d'Angols a donné fon
obſervation de l'éclipſe de lune du 23
Octobre 1771 , qui préſenta pendant environ
trois minutes le ſpectacle du ſoleil
&de la lune ſur l'horizon , & ce dernier
aſtre éclipſé dans ſa partie auſtrale; phé
nomène dû à la réfraction .
M. l'Abbé Dicquemarre a envoyé un
exemplaire de ſa nouvelle édition d'une
carte plate du grand banc de Terre neuve ,
&promet inceffſamment celle des dedans
&des dehors de la Manche .
On diftribua enſuite les prix fondés par
142 MERCURE DE FRANCE.
le Corps Municipal , pour l'anatomie , la
chirurgie , l'art des accouchemens , la botanique
, les mathématiques & l'hydrographie.
Les élèves qui les avoient méri
tés furent couronnés publiquement .
M. Dambourney lut les éloges hiſtori .
ques de M. de Boisduval , médecin ,& de
MM. Thibaut & Auran , chirurgiens, que
l'Académie a perdus cette année.
Legrand prix pour les ſciences ſera adjugé
dans la ſéance publique du mois
d'Août 1773 à un mémoire phyſiologique
fur le méchaniſme de la fécrétion des
urines , avec une deſcription des organes
qui opèrent& qui concourent àla façon
prompte dont s'exécute cette ſécrétion.
Ce prix , donné par M. le Duc d'Harcourt
protecteur de l'Académie , eſt une
médaille d'or de la valeur de trois cents
livres. Les ouvrages ſeront adreſſés, francs
de port , àM. L. A Dambourney, négo
ciant à Rouen , fecrétaire perpétuel,& ne
ſeront reçus que juſqu'au premier Juillet
inclufivement. Les auteurs ſont avertis de
ne ſe point faire connoître , maisde joindre
ſeulement à leurs mémoires un billet
cacheté qui contiendra la répétition de
l'épigraphe ou ſentence miſe entête , &
leur nom ainſi que leur adreſſe.
JUILLET. 1773. 143
SPECTACLES.
OPERA.
L'ACADÉMIE royale de muſique continue
les repréſentations des Fragmens ,
compoſés du prologue de Platée , de
l'acte de Théonis , &de celui de Zélindor.
Mile Duval , qui joint les agrémens
de la figure au charme d'une belle voix ,
débuta le 4 Juillet dans l'acte de Théonis ,
par le rôle de l'Amour ,
Quoique cette jeune actrice parût fur le
Théâtre pour la première fois , elle ſe
tira fort bien de ce moment critique. Elle
deſcendit dans le char, ſans paroître décon
certée , elle chanta avec intérêt , avec
action, &de manière à ne point démentir,
à ſurpaſſer même les eſpérances que l'on
avoit conçues de fes talens.
On a loué la juſteſſe de ſes intonations,
la fraîcheur & la rondeur de ſa voix ,
l'éclat & la beauté de ſes cadences , ſa
prononciation nette & franche , & l'agré.
ment de ſes traits qui s'embelliffene
encore lorſqu'elle chante. Mile Duval
peut eſpérer , avec le travail & l'étude ,
144 MERCURE DE FRANCE.
raiſonnée de ſon art , de parvenir au
premier rang. Elle fut interrompue pluſieurs
fois & ſuivie juſque dans les nues
où ſon char l'enlevoit , par les aplaudisſemens
des Spectateurs, qui voulurent
d'abord l'encourager , & qui finirent par
lui donner le témoignage d'une véritable
fatisfaction.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Samedi 3 Juillet les Comédiens
François ont repréſenté l'Amour à Tempé,
Paftorale Érotique , en deux actes en
profe.
L'Auteur a voulu mettre ſur le Théâtre,
dansle ſtyle de l'églogue , ou de l'idylle ,
l'image antique de la vie paſtorale , &
de l'Amour des Bergers. Les Spectateurs
n'ont pu foutenir les comparaiſons
continuelles & champêtres & le langage
innocent de deux jeunes Bergers , qui
n'ont que le ſentiment ou l'instinct en
quelque fortede leuramour,&qui ſemblen
ignorer les choſes les plus communes.
Un Berger riche prétend à ce titre avoir
la préférence ſur ſon rival aimé. Il
vante
JUILLET. 1773. 145
vante ſon opulence , mais le Berger
amoureux ignore même ce que c'eſt que
la richeſſe ; il ne ſçait qu'aimer ; il ne
comprend pas, dit-il, comment unBerger
peut être plus riche qu'un autre , &
comment ayant des portions aude-là du
beſoin, il n'en fait pas un partage à ceux
qui en manquent. Le Berger riche ne
peut foutenir les refus de la Bergere qui
lui préfere ſon amant : il menace de
traverſer leurs voeux ; mais l'Amour s'étant
déguisé ſous un habit paſtoral ,
qui lui a été donné en offrande, interroge
les jeunes amans , ſe plaît à les entendre,
s'amuſe de leur innocence ; il les protége
contre leBerger jaloux & courone leur
tendreſſe.Cette paſtorale a été interrompue
par l'impatience du Public,avant la finda
premier acte. On l'imprime; & peut être
en ſoutiendra-ton la lecture plus facilement
que la repréſentation .
VERS à Mademoiselle RAUCOUR ,
par M. de V.
RAUCOUR , tes talens enchanteurs
Chaque jour te font des conquêtes,
II. Vol. G
145 MERCURE DE FRANCE
:
:
Tu fais ſoupirer tous les coeurs ,
Tu fais tourner toutes les têtes.
Tu joins au preſtige de l'art
Lecharme heureux de la nature ,
Et la victoire toujours fûre
Se range ſous ton étendard.
:
Es-tu Didon ? es-tu Monime ?
Avectoi nous verſons des pleurs,
Nous gémiſlons de tes malheurs
Et du ſort cruel qui t'opprime.
L'art d'attendrir & de charmer
Aparé ta brillante aurore ;
Mais ton coeur n'a rien dit encore,
Defends ce coeur des vains defirs
De richeſle & de renomméc :
L'amour ſeul donne les plaiſirs,
Et le plaiſir eſt d'être aimée.
Déjà l'amour brille en tes yeux :
Il naîtra bientôt dans ton ame ;
Bientôt un mortel amoureux
Te fera partager ſa flamme.
Heureux , trop heureux cet amant
Pour qui ton coeur deviendra tendre ,
Şi tu goûtes le fentiment
Comme tu fais sibien le rendre !
1
JUILLE Γ. 1773. 147
1
TRADUCTION du commencement de
l'histoire de Tacite , par M. du Clofel
d'Arnery.
JEE commence cet ouvrage au premier
Conſulat de Vinius qui fut le ſecond de
Galba: les faſtes des ſept cent vingte
années qui ont ſuivi la fondation de la
ville font affez connus , & les grandes
actions du Peuple Romain ont été célé
brées avec autant d'éloquence que de
liberté. Mais lorſque après la perte de
la bataille d'Actium , la neceſſité de la
paix eut ſoumis le Peuple & le Sénat à
Initium mihi operis Ser. Galba iterum , T. Vinius
confules erunt. Nam poſt conditam urbem
DC c & xx prioris ævi annos multi auctores
retulerunt : dùm res populi Romani memorabantur
, pari eloquentiâ ac libertate. Poſtquàm
bellatum apud Actium , atque omnein poteftatem
ad unum conferri pacis interfuit ; magna
illa ingenia ceſſere. Simul veritas pluribus modis
infracta ; primum inſcitiâ Reip. ut alienæ ,
mox libidine aſſentandi , aut rursus odio adverſus
dominantes. Ita neutris cura pofteritatis
, inter infenfos vel obnoxios . Sed ambitionem
ſcriptoris facilè adverſeris : obtrectatio &
A
af
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
un Prince , les hommes d'un génie
vraiment fublime ceſſerent d'écrire. Dèslors
la vérité ne fut plus l'ame de l'Hi
toire, qui ſe vit à la fois dégradée ou
par la baſſeſſe de l'adulation , ou par la
haine du Gouvernement & plus ſouvent
par l'ignorance des affaires publiques de.
venues étrangères aux citoyens ; ainſi la
poſtérité fut ſacrifiée à l'intérêt ou au
reſſentiment. Néanmoins l'écrivain qui
ſe vend à la faveur trouve peu de parrifans;
on ne voit en lui qu'un vil eſclave
qui ſe proſtitue , mais l'oreille s'ouvre
aiſément à la Satire & à la Calomnie ;
la licence la plus effrénée ne paroît alors
qu'un excès de liberté. Galba , Othon
& Vittellius n'ont rien fait pour con
tribuer ou pour nuire à ma fortune : je
dois , & je l'avoue avec plaiſir , à Veſpa-
Gen mon élévation , a Titus de nouvelles
livor pronis auribus accipiuntur : quippè adulacioni
foedum crimen ſervitutis , malignitati falſa
ſpecies libertatis ineft. Mihi Galba ,Otho , Vi
tellius , nec beneficio nec injuriâ cogniti. Diggnitatem
noftram à Vefpafiano inchoatam , à
Tito auctam , à Domitiano longius provectam
non abnuerim; fed incorruptam fidem profeffis
, nec amore quiſquam , & fine odio dicendus
eft. Quod fi vita fuppeditet , principatum divi
Nerva & imperium Trajani , uberiorem ſecurio
JUILLET. 1773. 149
graces: Domitien à comblé leurs bien
faits . Mais unHiſtorien dévoué tout entier
à la vérité , ne doit conſultet ni la haine
ni la reconnoiſſance.
Je réſerve pour ma vieilleſſe , ſi je par
viens à ce terme, un travail moins dange
reux & plus agréable ; lesrègnes de Nerva
& de Trajan , jours heureux & rares , où
nos difcours & nos ſentimens ne craignent
plus la recherche des délateurs.
Cet ouvrage préſente les événemens
les plus intéreſſants, des combats terribles ,
des ſéditions multipliées , le carnage
même au ſein de la paix , quatre Empéreurs
égorgés , trois guerres civiles , des
guerres étrangèrs , les unes & les autres à
la fois , des victoires dans l'Orient , des
revers dans l'Occident , des troubles dans
P'Illirie un foulèvement presque géné

remque materiam ſenectuti ſepofui : rarâ tema
porum felicitate , ubi fentire quæ velis , & quæ
ſentias dicere licet .
II. Opus aggredior plenum variis cafibus, atrox
præliis , difcors ſeditionibus , ipsâ etiam pace ſævum.
Quatuor principes ferro interempti. Tria
bella civilia , plura externa , ac plerumque permixta
: profpere in Oriente , adverfæ in Occidente
res. Turbatun Illiricum ; Galliæ nutan-
3
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
ral dans les Gaules , la Bretagne auffi- tôt
révoltée que ſoumiſe , nos Frontières
attaquées par le Sarmate & le Sueve , le
Dace plus glorieux de nos défaites qu'humilié
par les ſiennes , le Parthe près de
ſe raſſembler ſous les étendards d'un faux
Néron.
Dans l'Italie des déſaſtres presque
inouis juſqu'à ce jour; les fertiles contrées
de la Campanie dévaſtées , les
villes détruites ou englouties , Rome en
proie aux incendies , ſes plus anciens
Temples brûlés , le Capitole livré aux
flammes par la fureur du citoyen , nos
cérémonies profanées, les adultères publics.
• La mer couverte d'exilés , les rivages
fouillés de meurtres , dans la ville des
ernautés plus affreuſes encore.
tes; perdomita Britannia , & ftatim miſsâ cohorte
in Sarmatarum ac Suevorum gentes , nobilitatus
cladibus mutuis Dacus. Mota etiam propè
Parthorum arma falſi Neronis ludibrio. Jam verò
Italia novis cladibus , vel poſt longam fæcuculorum
ſeriem repetitis , afflicta. Hauſtæ aut
obrutæ urbes: fecundiffima Campaniæ ora,& Urbs
incendiis vaſtata , conſumptis antiquiſſimis delubris
, ipſo Capitolio civium manibus incenfo.
Pollutæ cærimoniæ : magna adulteria : plenum
exfiliis mare : infecti cædibus ſcopuli : atrocius
i
1
JUILLET. 1773. 158
La nobleſſe , l'opulence , l'exercice
des charges , le refus même regardés
comme des crimes , la vertu comme le
préſage infallible d'une mort funeſte.
Nous verrons les délateurs , non moins
odieux par leur élévation que par leurs
forfaits , partager comme des dépouilles
qui leur ſont acquiſes le Sacerdoce , le
gouvernement , les Provinces & le conſulat
; tout entreprendre &tout renverſer.
Lahaine& la terreur armer les Eſclaves
contre leurs maîtres , les affranchis contre
leurs patrons , & au défaut d'ennemis les
amis contre leurs propres amis .
:
Néanmoins la dépravation de ces
tems n'eſt point telle que la vertu n'y
puiſſe trouver de grands modèles ; des
mères qui ſe ſont dévouées à la fuite
avec leurs enfans , des épouſes qui ont
in urbe ſævitum. Nobilitas , opes , omiffi geftique
honores pro crimine , & ob virtutes certiflimum
exitium. Nec minus præmia delatorum
inviſaquam ſcelera : cùm alii facerdotia & confulatus
ut fpolia adepti , procurationes alii &
interiorem potentiam , agerent, ferrent cuncta .
Odio & terrore corrupti in dominos ſervi , in
patronos liberti :& quibus deerat inimicus , per
amicos oppreffi .
II I. Non tamen adeò virtutum fterile fæculum
, ut non&bona exempla prodiderit. Comi
Giv
152 MERCURE DE FRANCE
partagé l'exil de leurs maris , des parens
qui ont tout ofé , des gendres qui ont
tout facrifié , des Eſclaves d'une fidélité
à l'épreuve des tourmens , des hommes
illuſtres réduits à ſe donner la mort ,
cette mort ſupportée avec une noble fermeté
, bravée même avec l'intrépidité
héroïque de nos ancètres.
Outre les révolutions communes à
rous les fiècles, celui- ci nous offre encore
pluſieurs préſages. Le Ciel , la terre &
la foudre réunirent tous leurs prodiges ,
pour nous annoncer nos fuccès & nos
malheurs. Enfin les calamités les plus
déſaftreuſes n'ont que trop appris au
Peuple Romain qu'il avoit tout à redoutatæ
profugos liberos matres , fecutæ maritos
in exfilia conjuges , propinqui audentes , conftantes
generi ; contumax etiam adverſus tormenta
ſervorum fides. Supremæ. clarorum virorum
neceffirates; ipſa neceffitas fortiter tolerata
, & laudatis antiquorum mortibus pares exitus.
Præter multiplices rerum humanarum caſus,
cælo terrâque prodigia , & fulminum monitus,
& futurorum præſagia , læta , triſtia , ambigua
, manifeſta. Nec enim unquàm atrocioribus
populi Romani cladibus , magiſve juſtis
judiciis approbatum eft , non effe curæ deis ſecuritatem
noftram , eſſe ultionem.
IV. Cæterum antequam deftinata componam, 1
JUILLET. 177.3. 153
ter de la vengeance des Dieux , & rien à
eſpérer de leur bienfaiſance . ( * ) .
Avant de commencer , je crois devoir
rappeler quelle étoit la diſpoſition des
citoyens dans Rome , des Soldats dans
les armées, des eſprits dans les Provinces,
de nos forces & de nos ennemis dans les
différentes contrées de l'Univers , car la
connoillance des cauſes & des reſſorts
fecrets n'eſt pas moins intéreſſante que
celledes évenemens trop ſouvent décidés
par le hazard.
repetendum videtur,qualis ſtatus urbis , quæ mens
exercituum , quis habitus provinciarum , quid in
toto terrarum orbe validum , quid ægrum fue-
Fit : ut non modò cafus eventuſque rerum , qui
plerumque fortuiti funt , fed ratio etiam caufle
que nofcantur. Finis Neronis ut lætus primo
gaudentium impetu fuerat ; ita varios motus
animorum , non modò in urbe apud Patres
apud populum , apud urbanum militem, fed om
nes legiones duceſque conciverat , evulgato im.
* Ainſi Tacite au lieu d'accuſer , juſtifie la Providence ;
jen'ignore pas néanmoins que MM. Guerin , d'Alembert
&le Père Brolier ont donné à ce paſſage un ſens bien différent
, mais je ſuis perfuadé qu'ils ſe ſont trompés. Leur
erreur vient de ce que dans les mots de fecuritatem noftram
ils ont cru que Tacite vouloit comprendre tous les
hommes. Les termes de Populi Romani qui précédent
immédiatement , me paroiſſent indiquer qu'il n'entendoit
parler que des Romains feuls , & qui fe regardoient com
me l'unique objet de l'attention des Dieux..
G
j
54 MERCURE DE FRANCE.
L'Empire n'avoit retenti que de cris
de joie aux premières nouvelles de la
mort de Néron ; mais lorſque Rome eut
enfin appris que nos armées pouvoient
ſans la confulter lui donner un Empereur ,
le ſecretde cette nouvelle route à la puiffance
ſuprême fut l'unique objet des ſpéculations
de tous les ordres de l'Etat. Les
Sénateurs s'empreſſoient de ſe ſaiſir &
même d'abufer de la liberté. Les Chevaliers
Romains ſe félicitoient avec eux de
l'abfence & de l'élévation du nouveau
Prince , les mêmes eſpérances étoient
dans l'ame de tous les Citoyens honnêtes ,
de ceux fur- tout que leur état & leur alliance
attachoient à de grandes maiſons ,
& à d'illuſtres patrons , exilés ou profcrits;
mais une inquiétude morne & féditieuſe
agitoit cette vile populace accoutumée
à l'oiſiveté du Cirque & du
perii arcano , poffe principem alibi quam Romæ
fieri. Sed patres læti , ufurpata ſtatim libertate,
licentius ut erga principem novum & abfentem
: primores equitum proximi gaudio patrum
: pars populi integra, & magnis domibus
annexa; clientes libertique damnatorum & exulum,
in fpem erecti : plebs fordida & Circo ac
theatris fueta , fimul teterrimi ſervorum , aut
qui adeſis bonis , per dedecus Neronis alebanaur
, mæſti & rumorum avidi.
JUILLET. 1773. 155
• Théâtre ces eſclaves livrés à la débauthe
, tous ceux enfin qui n'avoient eu
d'exiſtence que par les crimes de Néron.
Le Prétorien attaché depuis long-tems
aux Céfars par la Religion du ſerment ,
moins diſpoſé qu'entraîné à la révolte ,
avoit plutôt abandonné que trahi Néron,
Mais voyant qu'on ne leur diſtribuoit pas
la gratification promife au nom duPrince,
qu'à la guerre ſuccédoit la paix , qui n'offriroit
ni récompenfes ni occafion de les
mériter,&que les graces de l'Empereur ne
fe répandroient que fur les ſeules Légions
qui l'avoient proclamé , ils s'excitent ,
ils s'irritent , & bientôt ils ſe livrent à
P'audaceduPréfet NimphidiusSabinus, qui
ofoitauſſi aſpirer l'Empire.Et quoique ce
dernier attentat eût été plutôt puni que
V. Miles urbanus longo Cæfarum facramento
imbutus , & ad deftituendum Neronem arte magis
& impulſu, quam ſuo ingenio traductus , poſtquam
neque dari donativum fub nomineGalbæ
promiffum , neque magnis meritis ac præmiis
eumdem in pace qui in bello locum , præventamque
gratiam , intelligit apud principem à legionibus
factum , pronus ad novas res ; fcelere
infuper Nymphidii Sabini Præfecti imperium fibi
molientis agitatur .EtNymphidius quidem in ipfo
conatu oppreffus. Sed quamvis capite defectio
nis ablato , manebat plerifque militum conf
1
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
conſommé , ils ſont moins intimidés par
la perte de leur Chef, qu'animés par le
remords d'avoir été ſes complices .
Lesuns neceſſoientd'inſulter à la vieilleſſe
& à l'avarice de Galba , les autres
ſous prétexte de vanter ſes exploits rappeloient
ſa ſévérité , & effrayoient les
foldats par le ſouvenir de l'ancienne difcipline.
Les quatorze années du dernier
règne les avoient tellement familiarifés
avec les vices de Néron , qu'ils les préféroient
aux vertus ſi reſpectées autrefois
par eux mêmes ; ils oſoient même s'indigner
contre cette maxime de Galba , je
choisis,je n'achettepoint lefoldat, maxime
digne de la République , mais elle annonçoit
une grandeur & une énergie qui
manquoient au nouveau gouvernement.
T Vinius & C. Laco , l'un le plus ſcélérar
, l'autre le plus vil des hommes ,
cientia ; nec deerant fermones ,fenium atque ava
ritiam Galba.increpantium. Laudata olim & militari
famâ celebrata ſeveritas ejus , angebat coaf
pernantes veterem diſciplinam , atque ita x 1 v
annis à Nerone aſſuefactos , ut haud minus vitia
principum amarent , quam olim virtutes vesebantur.
Acceffit Galbæ vox pro Republ. honeſta
, ipfi anceps , legi à ſe militem, non emi.
Nec enim ad hanc forinam cætera erant.
.
1
JUILLET. 1773 257
है
chargeoient encore de la haîne de leurs
forfaits , ce vieillard que ſon inertie avoit
déjà livré au mépris plublic : ce Prince
ſembloit ne ſuſpendre ſa marche que
pour l'enfanglanter. Varron , Conſul défigné
, & Turpilianus Conſulaire , tous
deux égorgés l'un comme complice de
Nimphidius , l'autre comme ayant voulu
foutenir le parti de Néron , mais fans
aucun jugement , ſans nulle défenſe de
leur part , étoient tous deux regardés comme
innocens : fon entrée dans la Ville
avoit été arroſéedu ſangde plufieurs milliers
de ſoldats déſarmes , & ce préſage
funeſte faiſoit trembler ceux mêmes qui
les avoient maſſacrés . Rome enfin étoit
étonnée de ſe voir peuplée de ſoldats;outre
la Légion d'Eſpagne , & celle que Néron
avoit voulu tirer des flottes , on y voyoit
VI. Invalidum ſenem T. Vinius & Corne
☑hus Laco , alter deterrimus mortalium , alter
ignaviffimus , odio flagitiorum onerabant , contemptu
inertiæ deſtruebant. Tardum Galbæ iter
&cruentum , interfectis Cingonio Varrone confule
defignato , & Petronio Turpiliano confulari
. Ille ut Nymphidii focius , hic ut dux Nerenis
, inauditi atquè indefenſi , tamquam innocentes
perierant. Introitus in urbem , truci
datis tot millibus inermium militum , infaustus
omine, arque ipfis etiam qui occiderant,for
158 MERCURE DE FRANCE.
encore l'élite des Légions de la Bretagne,
de l'Allemagne , & de l'Illirie. Néron les
avoit raſſemblées aux portes Cafpiennes ,
dans le deffein de les oppoſer aux Albaniens
, mais pour accabler plus prompte.
ment Vindex , il avoit appelé auprès de
lui toutes ces cohortes , fource féconde de
révolutions. La moindre fermentationdevoit
livrer ces troupes ſans chef au plus
audacieux.
Tout- à- coup on annonce le double
meurtre de Macer & de Capiton. L'in
tendant Trébonius fur les lettres de l'Em
pereur , avoit fait mettre à mort Macer
convaincu de vouloir foulever l'Afrique ;
mais Capiton ne pouvoit être que fufpect
, & cependant Aquinus & Valens
midolofus. Inductâ legione Hiſpanâ,remanente
câ quam è claſſe Nero confcripferat , plena urbs
exercitu infolito : multi adhoc& innumeri è Germania
ac Britannia & Illyrico , quos idemNero
electos præmiſſoſque ad clauftra Caſpiarum, &
bellum quod in Albanos parabat , opprimendis
Vindicis coeptis revocaverat : ingens novis rebus
materia , ut non in unum aliquem prono
favore, ita andenti parata.
VII. Fortè congruerat ut Clodii Macri &
Fonteii Capitonis cædes nuntiarentur. Macrum
inAfrica haud dubiè turbantem , Trebonius Gazicianus
procurator, juffu Galba ; Capitone
JUILLET. 1773. 159
l'avoient fait périr ſans avoir reçu aucune
eſpèce d'ordre . Quoiqu'il ſe fût avili par
fes débauches & par ſon avarice fordide ,
on ſoupçonna que les deux Lieutenans
étoient ſeuls coupables du projet de révolte
dont ils l'accuſoient , que n'ayant
pu le corrompre , ils l'avoient immolé
au danger d'être trahis , & que Galba
foit irréſolution , foit crainte de découvrirde
plusgrands crimes, avoit approuvé
ce qu'il ne pouvoit plus empêcher ; au
reſte ces deux morts ſi différentes excirèrent
la même indignation. Dès qu'une
1 fois ces Princes font odieux , la haîne pu
blique imprime fa malignité fur toutes
leurs actions juſtes ou injuftes.
1
1
ا
V
,
Déjà les affranchisdiſpoſoient detoutes
les charges qu'ils livroient à une honin
Germania , cum fimilia coeptaret , Cornelius
Aquinus & Fabius Valens legati legionum interfecerant
, antequamjuberentur. Fuere qui cre
derent , Capitonem , ut avaritia & libidine foedum
ac maculofum , ita cogitatione rerum novarum
abſtinuiſſe :fed à legatis bellum fuadentibus
, poſtquàm impellere nequiverint , crimen
ac dolum compoſitum ultro : & Galbam mobilitate
ingenii , an ne altius ſcrutaretur , quoquomodo
acta , quia mutari non poterant , comprobaſſe.
Cæterum utraque cædes ſiniſtrè accepta :
& inviſo ſemel principe , ſeu benè ſeu malè
160 MERCURE DE FRANCE.
reuſe enchère; la main des eſclaves , quoique
chargée de préſens s'ouvroit encore
àde nouvelles largeſſes , ils croyoient ne
pouvoir trop ſe hâter de dévorer le
règne d'un vieillard *.
Mêmes déſordres , mêmes vices dans
la nouvelle Cour que dans l'ancienne;
mais ils n'étoient pas vûs avec la même
indulgence ; enfin le peuple accoutumé
àne priſer ſes Souverains que par la grandeur
de la taille& la majeſté du port , ſe
plaifoit à dégrader Galba par le contraſte
mépriſant de ſa décrépitude avec la jeunefle
de Néron .
Telle étoit dans Rome & dans les mi
lices qui y étoient raſſemblées , la diſpofition
générale des eſprits.
facta premunt. Jam afferebant venalia cuncta
præpotentes liberti. Servorum manus ſubitis avidæ,
& tanquam apud ſenem feſtinantes : eademque
novæ aulæ mala , æque gravia , non
æquè excufata. Ipſa ætas Galbæ , & irrifui &
faftidio erat , aſſuetis juventæ Neronis , & Imperatores
formâ ac decore corporis ( ut eſt mor
vulgi ) comparantibus .
* Et tous trois à l'envi s'empreſſer ardemment
Aqui dévoreroit le règne d'un moment.
Corn, trag. Othor
JUILLET. 1773. 16
Dans les Provinces , l'Eſpagne avoit
pour Proconful Flavius Rufus , homme
éloquent ; mais plus propre à gouverner
pendant la paix qu'à commander des armées.
Dans lesGaules , Galba pour s'acquit
ter envers la mémoire de Vindex. avoit aecordé
le droit de bourgeoifie , & l'exemption
perpétuelle d'une partie du tribut;
mais les villes frontières des armées d'Allemagne
étoient traitées avec moins d'e
gards , quelques-unes même dépouillées
d'une partie de leur territoire , & à la jaloufie
des graces qu'elles ne partageoient
point , elles ajoutoient le reſſentiment
de leurs propres pertes.
Les armées d'Allemagne redoutables
par leurs propresforces ,également fières
VIII. Et hic quidem Romæ , tanquam ir
tanta multitudine , habitus animorum fuit. E
provinciis Hifpaniæ præerat Cluvius Rufus , vir
facundus ,&pacis artibus , belli inexpertus. Galliæ,
fuper memoriam Vindicis , obligatæ recenti
dono Romanæ civitatis , & in pofterum tributi
levamento. Proximæ tamen Gerinanis exerciti-
Bus Galliarum civitates , non eodem honore habitæ
, quædam etiam finibus ademptis , pari dolore
commoda aliena ac fuas injurias metiebantur.
Germanici exercitus , quod periculoſiſſimum
162 MERCURE DE FRANCE.
&inquiétes de leur dernière victoire, craignoient
& s'irritoient d'être regardées
comme ennemies ; elles n'avoient abandonnéNéron
qu'à regret , on étoit même
inſtruit qu'elles avoient offert l'Empire à
Virginius,& comme ce dernier ne s'étoit
pas empreſſé de ſe déclarer pour Galba ,
on le ſoupçonnoit d'avoir eu l'ambition
d'y prétendre. Enfin le meurtre de Capiton
indignoit juſqu'à ſes propres ennemis
, mais l'armée n'avoit point de chef :
l'Empereur qui avoit rappelé Virginius ,
ſous prétexte de récompenſer ſes ſervices ,
le retenoit à la Cour , les ſoldats fe regardoient
comme accuſés dans la perſonne
& dans l'absence de leur Général.
in tantis viribus , ſolliciti , & irati ſuperbiârecentis
victoriæ , & metu , tamquàm alias partes
foviſſent . Tardè à Nerone deſciverant : nec ſtatim
pró Galba Verginius , an imperare voluifſet
dubium : delatum ei à milite imperium conveniebat.
Fonteium Capitonem occifum , etiam
qui queri non poterant , tamen indignabantur .
Dux deerat , abducto Verginio per fimulationem
amicitiæ : quem non remitti, atque etiam reum
eſe , tamquam ſuum crimen accipiebant.
JUILLET. 1773. 163
ARTS.
GRAVURES.
I.
BonsAmis , Eſtampe d'environ II pou
ces de haut , ſur 8 de large , gravée
d'après un tableau d'Adrien Oftade ,
par J. G. Wille , Graveur du Roi ,
de Sa Majesté Impériale & Royale ,
&deSa Majesté le Roide Danemarck;
à Paris chez l'Auteur , Quai des Auguſtins.
La ſcène de cetteEſtampe eſt composée
de deux bons Hollandois , qui paroiffent
moins occupés d'affaires d'état que de
leurs pipes & d'un pot de bierre qui eſt
à côté d'eux . Il y a une vérité de moeurs
bien ſaiſie dans cette Eſtampe , que le
burin ſupérieur de l'Artiſte fera recher
cher de tous les Amateurs .
I I.
Le jeudi 22 Juillet on publira une Eſtampe
nouvelle , la Cruche Caffée , d'après un
tableau de M. Greuze , gravée par M.
Maſſard , dédiée à Mademoiselle So
164 MERCURE DE FRANCE:
phie Arnould ; cette eſtampe à environ
19 pouces de hauteur & 14 de largeur.
Une jeune fille très-jolie eſt repréſentée
tenant fous fon bras une cruche caffée ,
&femble rever innocemment au malheur
quilui eſt arrivé; cette expreſſion ſidélicate
a été parfaitement peinte parM. Greuze
dans un tableau charmant , de la compofition
la plus ingénieuſe , & du coloris
le plus feduiſant. M. Maflard a tendu
avec beaucoup d'intelligence &de talent
P'eſprit & l'effet de ce tableau. On trouvera
l'Eſtampe, prix 6 liv. à Paris chez M.
Greuze , Peintre du Roi , rue Tibautodé.
MUSIQUE.
AVIS AUX AMATEURS
La Société d'Amateurs qui s'eſt établie
depuis peu dans la ville des Deux Ponts ,
animée du déſir de contribuer aux progrès
de l'Art agréable qui fait l'objet de leur
affociation , a formé le deſſein de rendre
publique , par la voie de l'impreffion ,
unegrande quantité d'excellente Muſique
qui n'a jamais été gravée ; elle en for
JUILLET. 1773. 165
mera une eſpèce de journal dont elle diftribuera
tous les jours un numéro; ce nu.
méro ſera de deux & quelquefois de trois
feuilles , même format & même caractère
que ce Proſpectus. Pour rendre ce
recueil intéreſſant non-feulement pour les
Amateurs , mais même pour les Muſiciens
de profeffion , il ne contiendra que
des morceaux qui n'auront pas encore
paru , des plus grands Compoſiteurs de
I'Italie , de l'Allemagne , de la France
& de tous les autres pays de l'Europe,
Les Correſpondans que la Société a dans
ces différens pays , la mettront en état de
remplir exactement ſes engagemens . Pour
donner auſſi plus de variété à ce Journal ,
elle aura attentionque les numéros foient
alternativement compoſés d'Ariettes Italiennes
avec des paroles Italiennes &
Françoiſes , d'Ariettes Françoiſes ,de concertos
de clavecin , de trios , de quatuors
à violons alto & baſſe, ou à une Aûte ou
hautbois , violons , alto baſſe , &c. D'airs ,
Ariettes & Chanfons , avec préludes &
accompagnemens de harpes &c.
Conditions de la fſouſcription.
Le prix de l'abonnement ſera de 30 liv.
parannée , francdeport. On foufcrit aux
166 MERCURE DE FRANCE.
Deux-Ponts , à l'Imprimerie Ducale , &
à Paris , chez LACOMBE Libraire , rue
Chriſtine,
GÉOGRAPHIE.
:
Plan de la Forêt de Compiegne & de ſes
environs , préſenté à Sa Majesté en
1772 , levé par le ſieur Buffa; & fe
vend à Paris chez le ſieur Aldring ,
Graveur , rue Perdue , place Maubert ,
& chez Mérigot l'aîné , Libraire Quai
des Auguſtins.
CETTE ETTE carte eſt très détaillée , &gravée
avec beaucoup d'exactitude & de netteté.
MECHANIQUE.
M. DUPRÉ DE RETONFEY , Chevalier
de St Louis , ancien capitaine au régiment
de Montmorin , a trouvé le moyen
de diviſer , en autantde portions égales
qu'on le deſirera , un terrein de la forme
la plus irrégulière , par un procédé trèsſimple
, dont voici l'explication :
JUILLET. 1773. 167
Ayez une boëte carrée affez grande
pour recevoir le plan tracé du terrein
qu'on veut diviſer ; que les bords en
foient aſſemblés & maſtiqués de manière
à contenir l'eau ſans en laiſſer perdre
, & que l'épaiſſeur des bois & leur
aſſemblage puiſſe empêcher que le fond
ne ſe voile & fléchiſſe dans l'opération.
A la diſtance d'un pouce du fond pratiquez
ſur les bords une rainure de l'épaiſſeur
de la glace polie , qui doit y
entrer & fermer entièrement la boëte
de ce côté.
Tracez ſur une planche de l'épaiſſeur
d'un pouce , le plan figuré du terrein
qu'on veut diviſer ; découpez proprement
cette planche d'après les contours , ( il
eſt vraiſemblable qu'il faur oindre ces
bords avec de l'huile ou de l'eau , fuivant
la matière qu'on emploiera ) , &
poſez-la fur le fond de votre boëte cidevant
préparée : rempliſſez alors , avec
de la terre glaiſe bien pêtrie & foulée ,
ou avec de la cire en fuſion , tout l'efpace
qui reſtera entre la planche découpée
& les bords de la boëte , juſqu'à la
hauteur de la rainure indiquée : enlevez
la planche découpée , & les bords ſeuls
de la glaiſe ou de la cire indiqueront
168 MERCURE DE FRANCE.
par leurs contours , la figure du terrein
àdivifer : coulez alors laglace dans la
rainure , & l'y fixez à demeure en la
maſtiquant, après vous être allure qu'elle
porte bien également par- tout , & qu'il
n'y a point d'iſſue par où l'eau puitſe ſe
perdre : dreſſez alors cette bacte fur un
des petits côtés ; emplifez le vuide avec
de l'eau , au moyen d'un conduit qu'on
aura ménagé à travers la glaiſe ou la
cite , vers l'une des parties ſaillantes du
plan figuré.
Ayez alors un gros tube de verre ,
d'un calibre égal & affez grand pour
contenir l'eau qu'on a introduite dans la
la boëte ci-deſſus décrite. Il faut ajuſter
& fouder à ſa partie inférieure un perit
robinet qui ſervira à en faciliter la vuidange
graduelle. Il doit être garni dans
ſa hauteur de deux ou quatre bandes
de papier ſur leſquelles on puiſſe tracer
des diviſions : au moyen d'un entonnoir
adapté à l'orifice ſupérieur du tube ,
vous y ferez entrer l'eau employée dans
L'opération précédente , & vous diviſerez
toute la hauteur qu'elle occupera en
autant de parties égales que l'on aura
deſſein de faire de portions du terrein,
Après cette opération , lâchez , par le
moyen
JUILLET. 1773. 169
1
1
moyen du robinet , une de ces parties
dans la boëte , & deux bandes de papier
collées fur les bords ſerviront à marquer
fur l'un & l'autre côté , la hauteur où
l'eau ſera parvenue ; & faiſant écouler
ſucceſſivement chaque portion d'eau du
tube dans la boëte , & continuant de
faire des marques , vous aurez alors
en autant de tranches parallèles , le
nombre de portions deſuré , puiſqu'il eſt
certain que le plan propoſé ſe trouve
repréſenté par un volume d'eau d'une
furface qui lui eſt parfaitement égale ,
&dont l'épaiſſeur est un pouce.
,
Il eſt inutile d'obſerver qu'il faut
avoir l'attention de ne pas laiſſer perdre
l'eau dans ces différentes tranſvaſions ,
puiſque de là dépend la juſteſſe de l'opération
, ainſi que de tenir & le tube
& la boëte parfaitement de niveau ,
lorſqu'on veut tracer les diviſions ſur
les bandes de papier.
Ce procédé très fimple & dont l'application
eſt générale , peut ſervir fur- tout
pour régler des coupes de bois en portions
égales:: l'invention a été approuvée
par l'Académie Royale des Sciences-de
Paris , & par celle de Metz , dont l'Auteur
eſt membre.
II. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
L'épreuve de cette machine a été faite
en préſence de Mgr le Duc d'Orléans ,
qui a changé l'auteur de lui en procurer
une ſemblable ; le ſieur Baradelle , fils ,
a été choiſi pour l'exécution , qui a
parfaitement répondu aux idées de l'Auteur
, tant pour l'exactitude , que pour
la commodité , dans l'uſage de cet inftrument.
Leſieur Dupré de Retonfey a auſſi imaginé
un bon Alidade pour lever les plans
fur la planchette , & il a trouvé le moyen
d'obtenir , avec préciſion , les points
correfpondans d'où partent les alignemens
& les angles,
Cet alidade eſt compoſé de deux regles
bien dreſſées & bien parallèles , à
L'extrémité deſquelles s'élève une portion
de cercle pour pouvoir les élever &
baiſſer à volonté. L'une de ces règles
porte deux lunettes d'approche à contreſens
, qui , étant allignées ſur deux jallons
ou deux objets en ligne droite , donnent
&tracent fur la planchette leur juſte
direction réduite au plan de l'horizon. Cet
inſtrument a reçu auſſi l'approbation de
l'Académie Royale des Sciences,
2
JUILLET. 1773. 171
11
USAGES ANCIENS .
Sur l'esclavage imposé à des Citoyens par
une vieille coutume.
LAA Franche- Comté eſt réunie depuis environ un
ſiècle à la France. Cette province avoit ſes loix ,
ſes coutumes , ſa jurisprudence , ainſi que fon
gouvernement particulier.Cescirconſtances civiles
jointes aux circonstances politiques de ta dépendance
de la Maiſon d'Autriche , tenoient les ſujets
Franc - Comtois éloignés des François dont ils
étoient peu connus. Aufſi les loix , les coutumes
& les auteurs Franc-Comtois ſont très-peu cités
par les auteurs François ; & même depuis que par
la réunion , cette province partage les charges&
les honneurs du nom François , qu'elle participe
aux loix & aux maximes du droit Public de la
Nation , on n'a point examiné fi les Comtois ont
cu le bonheur d'être jugés ſuivant ces maximes.
Occupons -nous un moment d'un article de la coutume
de Franche -Comté , contradictoire avec le
nomde cette province , & avec les maximes les
plus chères à la Nation Françoiſe ſur la liberté.
Etre François , c'eſt être libre ; ce nom ſeul eſt
le ſigne de la propriété de ſa perſonne. Cependant
lamoitié des Franc- Contois eſt privée de cette
propriété qu'un étranger acquiert en entrant en
France , quoique depuis un ſiècle , cette moitié ſe
glorifie avec l'autre moitié de porter le nom François
. Cer abus tient à la coutume de cette Provin
ce. Il faut prévenir bien ſérieusement le lecteur
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
qui daignera s'occuper un moment de cettediſcuſ.
fion, que nous partons d'une province de l'Empire
François , d'une coutume exiſtante dans ſa
force la plus vigoureuſe , coutume appuyée d'une
Jurisprudence auffi terrible qu'elle , & d'un vaſte
commentaire plus terrible encore.
Cette coutume donc, cette jurisprudence établiſſent
l'eſclavage ſur environ la moitié du peuple
Comtois. Le commentateur de cet eíclavage
Je faitdefcendre de l'eſclavage chez les Romains;
il en recherche &développe curieusement les rapports
, les reflemblances , les modifications , les
différences.
Diftinguons avec l'auteur & fa coutume, deux
eſpèces demain morte ou d'efclavage. L'un proprementdit
eſt celui de la perſonne , l'autre eft ces
Jui des fonds.
La condition de la perſonne conſtituée en mainmorte,
c'eſt le terme de la coutume , eft telle que
le leigneur est néceflairement fon héritier fi elle
meurt ſans que les enfans ou proches parens vivent
& demeurent avec elle dès la naiſſance ,
fans interruption & ufent du même pot & feu,
Un enfant ne peut donc s'occuper d'un établiſle.
ment ni d'aucune fonction qui exigeroit la léparation
d'avec fon père; il faut que dans l'indo.
lence il attende la ſucceſſion paternelle au con
de ſon feu , finon elle eſt dévolue au Seigneur.
Voilà une des cauſes du peu d'induſtrie , de l'inertie
, de la rufticité d'une partie du peuple Comtois.
Que feroit - il des arts qui embelliflent la
vie , & du commerce qui nous enrichit nous &
notre poftérité ? Un Seigneur , un Moine inconnu
en recueilleroit le fruit . CeCointois végète donc,
un inftant, péniblement , fur un fol ou des loix 1
JILLET. 17730 エブず
1
مرا
barbares l'ont attaché,& y meurt inutile à lui , à la
triſt,e postérité qu'il eſt ſi doux de ſervir ,même
ingrate , & à la nation qu'il aime,
L'héritage main mortable eſtainſi nomméparce
que celui qui le tient ne peut en diſpoſer. Son
titre de propriété le réduit àune eſpèce de bail
perpétuel , ſous la condition de ne pouvoir Phyb
poréquer ni aliéner , & a charge de retour au
Seigneur en cas de mort ou de paſlage du poflef
ſeur a la liberté. L'imperfection de certe tenure
n'est pas le foul vice,qui affecte, l'héritage mainmortable
; il y a la fatale propriété d'engloutir la
liberté de celui qui vient l'habiter ; au bout d'un
an l'homme libre y meurt eſclave. C'est ainſi que
ce piége toujours tendu, renouvelle l'efclavage &
leperpétue. 1 uba
Le lecteur ſe récrie furosette double chaînep
foulageons-le d'une examinons la perfonnelle.
M. Duno , qui a pu traiter froidement&
indifféremment , dans un volume in-49 , cette
partie du code d'Attila, torme habilement un
chaînon entre la main-morte & l'eſclavage
chez les Romains , il croit fémieulement la jufa
tifier en citant les loix de cette fameule Répu
blique. Les loixRomaines ſur les eſclaves , nous
importent auffi peu que celles ſur les veftales,
Où eft le rapport entre un citoyen François &
fa poffeffion,& l'état d'un ennemi des Romains
faitprifonnier ou eſclave ?
Mais paſſez au Commentateur deux eſclaves
il les fera peupler de façon à couvrir de petits
esclaves par naiſſance, toure une province,
tout un royaume. Ajoutez à ce moyen quel
ques baraques bâties fur le fond peftilentiel de
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
la main-morte; tous ceux qui les habiteront
pendant untan, même par hafard , feront efclaves
Comtois par habitation , fuffent- ils Turcs
ou Hébreux ; & leur maladie inhérente aux os ,
(ce font les termes de l'Auteur ) , réſiſte à tous
les remèdes de Keifer & d'Agironi. On peut
donc être main- mortable par la naiſſance ou
par un an d'habitation ſur la main- morte; &
voilà une qualité plus tenace que la nobleſſe ;
on ne peut plus la perdre ni ne pas la communiquer.
Un bâtard , qui a été fait en paſſant
fur la main-morte , gagne leſtement l'infirmité,
& la garde pour lui & les fiens , bâtards ou
non. L'Auteur a grand ſoin de dire que par le
mot defcendans on doit entendre les defcendans
àl'infini ; c'eſt , dit-il , le ſens du mot postérité
qui eſt celui de la coutume : enfin il fait de
lamain-morte un ſecond péché originel.
Non content du ſecret double & toujours
fécond de faire des eſclaves , l'Auteur demande
s'il n'y auroit pas moyen d'en faire auffi par
convention. Aidé de quelques lambeaux des
pandectes & d'un chapitre de Grotius , il conelut
que c'eſt un troiſième moyen très-fûr.
Mais comment un Seigneur peut- il prouver
la main- morte & l'esclavage ? Comme il prouve
un cens de deux gros par fon terrier.
Un homme franc qui va demeurer dans l'ha
bitation de ſa femme main-mortable , eſt pris
au trébuchet , & devient eſclave comme elle.
La femme franche qui épouſe un mari mainmortable
, obligée de ſuivre ce mari pour obéit
aux loix naturelles , divines & humaines , fera
eſclave comme fon mari,
ןיי
4
JUILLET. 1773: 175
4
Ces déciſions ſont appuyées par Menochius
Baldus , la loi Julia , & vingt textes des loix
Romaines , jointes à Grivellius. Il reſte cependant
à la femme la reſſource d'enterrer ſon
' mari & de fuir diligemment en lieu franc.
Le malheur d'être dans l'humiliation de l'ef
clavage n'eſt pas le ſeul qui pourſuit , juſques
dans les générations les plus reculées , les malheureux
Comtois , régis par un vieux livreHuns
qu'ils n'entendent pas : ils peuvent laiſſer la
lèpre de l'eſclavage à leurs enfans , & ſouvent
ne peuvent les conſoler ni ſe conſoler euxmêmes
, fi toutefois la conſolation eſt poſſible ,
en leur tranſmettant les fatales propriétés qui
leur ont coûté la liberté .
Un Prêtre qui va demeurer dans un bénéfice
à réſidence; une fille qui eſt obligée de ſuivre
ſon nouvel époux ; des freres ou autres parens ,
même le père & le fils , forcés de fe ſéparer
pour l'humeur intolérable d'un d'eux , ou pour
caufe d'établiſſement , ou qui , demeurant en
même maiſon , font bourſe, commerce ou pot
à part , par goût , économie , délicateſſe , n'importe
, s'ils meurent , le Seigneur eſt leur héritier.
Une mere qui , paſſant à de ſecondes noces ,
ne peut emmener ſon enfant ; s'il meurt , le
Seigneur eſt ſon héritier.
Un enfant , indigné de la fervitude, uſe-t- il
du remède que la loi lui accorde pour acquérir
la liberté ? Il perd le droit de fuccéder à fon
père; le Seigneur prend ſa place.
Un garçon ſe inariant à un parti convenable ,
Η iv
176 MERCURE DE FRANCE
va chez ſon beau-père ; il perd , lui & fes
enfans , le droit d'hériter de ſon propre père :
confolons- nous , il n'y aura rien de perdu , le
Seigneur recueillera en place de ceux qui n'auront
pu recueillir .
Comme les ſucceſſions ſont réciproques, la perte
du droit de ſucceſſion eſt double , parce que
ceux àqui on ne peut fuccéder ne peuvent fuccéder
nonplus.
Voilà le ſommaire d'une partie des maux de
main- morte ou eſclavage perſonnel. Voici ce qui
tient au réel..
Tous les actes civils font également grevés
chez ces malheureux. Ils ne peuvent vendre ni
échanger , ſans le conſentement du Seigneur ,
à peine de confiſcation. Ceconſentement le fait
payer au tiers de la choſe : le droitd'hypothéque
ie vend au même prix. On ne peut même hypothéquer
une dot , un titre clérical , le prix de la
vente, les deniers prêtés pour l'acquiſition. Surdus
&Bouvot font les cautions de Dunod & de ſa
coutume. Un homme riche meurt ſubitement ; le
Seigneur prend le bien & ne paye pas les dettes
qu'un débiteur fuffifant & debonne- foi , prévenu
de mort, n'a pas pu payer. La dot de la femme
n'eſt point rendue par le Seigneur héritier du
mari. Un vieillard infiume , fans enfans , ne pouvant
faire valoir fon bien , ne peut ni vendre ni
emprunter pour ſe ſecourir.
Ces écueils ne ſont pas les ſeuls qui ſoient
ſemés ſous les pas de ces malheureux : les actes
entr'eux préſentent autant de difficultés que de
circonſtances. Les tribunaux font chargés de procès
inextricables , occaſionnés par des loix & une
jurilprudence de barbares , deſtructives de tous
JULL LET. 1773. 177
principes. Les Seigneurs ſe diſputent entr'eux les
Jucceſſions; l'un ſe dit Seigneur de l'origine ,
l'autre du domicile du mort. Avides & diligens
à Fexercice de leurs prétendus droits , ils vont
réclamer des fucceffions échues dans les pays &
provinces éloignées : le Parlement de Paris les a
des lang tems refuſés ; ils ont éré refuſés auſſi
en Lorraine , anciennement & récemment. Le
commentateur voit avec bien du regret la rebellion
des tribunaux étrangers à la petite coutume
qu'il a priſe ſous ſa protection .
Gontre tant de maux la coutume laiſſe une ref-
-fource que le commentateur appelle une faveur;
c'est l'affranchiſſement par défaveu. L'efclave peut
renoncer fon Seigneur en laifiant tous les biens
qu'il dient en main morte & les deux tiers de fes
meables. Cela ſe fait par Sentence ; il peut ſe
faireaufi par convention. Le commentateur trouve
beaucoup d'obstacles à ces deux actes . Enſuite
ajl demande fi le Sacerdoce, les grades , les offiaces
affranchiſient : ilIdit que non ſi l'épifcopat ,
des dignités , l'angblissement affranchiſlent :
cette fois il dit qui , ce n'eſt cependant pas fans
ay trouver quelques difficultés, bu
7
- Faut- il dire enfin que ce Profefleur d'eſclavage
-s'éronne de ce que les auteursfrançois nesefont
2pas appliqués à approfondir , comme ils ont fait
-iheureusement tant d'autres matières , celle de la
main morte, leplus érendu desdroitsfeigneuriaux ,
qui &des principes généraux qui peuvent être expliqués
utilement...
- C'eſtadans cet étrange livre imprimé en 1733 ,
qu'on lit page 222 que lemain mortable neperz
preſcrire la liberté ; que la preſcription de cent ans ,
ou d'un tems immémorialnefuffit pas , qu'il faut
1
1
Hy
178 MERCURE DE FRANCE:
7
un titre valable ou une poſſeſſion accompagnée
d'actes éclatans& manifeſtes L'auteur est un peu
difficile en liberté , il n'en eſt pas l'Apôtre. Mais
en revanche , page 221 , il met à l'aiſe leSeigneur,
&déclare que celui- ci peut acquérir la preſcription
contre l'homme franc , par 40 ans ; comme
je l'aifait voir , ajoute- t- il , dans mon traité des
prefcriptions , part. 3 , chap. 11 , pag . 390.
Cet écrivain conduit ainſi ſon lecteur de ſurprifes
en ſurpriſes. Dans une queſtion entre le Seigneur
& le ſujet , il prend la négative , parce que ,
dit-il , l'affirmative tendroit à l'anéantſement ,
oudu moins à la grandediminution des main-morses
personnelles.
Quand on a lu la coutume & l'ouvrage dont
on vient de voir un petit précis , quand on a vu
leshommesplantes qui en font la matière , on eft
affligé qu'à leur égard , le droit qu'a la France
de rendre libre , ſoit inutile , tandis qu'il ne l'eſt
pas pour les nègres de Guinée. Nos maximes
faintes fur la liberté , briſent leurs fers; elles
briſent ceux des eſclaves, des deſpotes de l'Orient,
& l'on dérobe , on ſouſtrait à leur protection la
moitié des citoyens d'une province , qui , depuis
•un ſiècle , le battent ou payent ceux qui ſe battent
pour l'heureux empire qui ſe vante de ſes maximes.
On eſt indigné qu'il y ait des Jurifconfultes
pour entretenir , par leurs difcuffions , unecoutume
auffi cruelle , auſſi indécemment folle.
* Les anciens ſouverains de la Franche Comté ,
les Archiducs Albert & Iſabelle , donnerent ,
dans leurs terres , il y a deux fiècles , un exemple
d'humanité & de raiſon , en affranchiflant
tous leurs ſujets. Pluſieurs Seigneurs illuſtres les
imitèrent. Mais ni les moines ni plufieurs gens de
JUILLET. 1773. 179
2
l'Egliſe n'ont été touchés des reſpectables motifs
quidéterminoient les ſouverains & fle; ils
ont conſervé leur fceptre de fer ; ils ... appefanti
& prolongé les chaînes ; on les a vu pourſuivre à
Metz & àParis un Secrétaire du Roi , foouuss prétexte
de ſon origine , ou du domicile qu'il avoit
eu dans ſa jeuneſſe ſur un fond mainmortable ;
on lesa vu refuſer le prix que des habitans leur
offroient pour être déclarés libres .
On va demander comment des ſujets fi nombreux
n'ont pas réclamé contre cet abus. La réponſe
eſt fimple ; les tribunaux du pays s'oppofoient
par leurs jugemens aux efforts inutiles de
ces victimes enveloppées d'arrêts que les Jurifconfultes
interprétoient &juftifioient dans le barreau.
Ces malheureux n'ont pas vu la poſſibilité .
Ajoutons l'ignorance où leur état les retient , &
les chaînes que les caſuiſtes (car la main- morte a
les ſiens ainſi que ſes juriſconſultes ) impoſentencore
aux confciences. Mais ſi des juges avoient
dit : « Nous ne prononcerons plus que nos freres
>> font des eſclaves tels que ceux des Romains ,
* des Czars & de quelques Princes Teutsck ,
>> nous informerons notre Roi bien-aimé , dont
>>>nous ſommes les bien- aimés ſujets qu'il exiſte
dans ſes états un vieux livre dont un ſeul feuillet
fait le malheur de trois cens mille de ſes ſujets
les plus utiles en les reléguant dans la clafle
>> du bétait qu'ils nourriflent , des champs qu'ils
>> cultivent & un peu au deflous des negres ; nous
>> lui dirons que cet aviliflement & les gênes que
>> ce déreſtable feuillet répand ſur eux & autour
>> d'eux , étouffe à la fois leur coeur , leur induf-
>> true & leur poſtérité ; ſi , après cet expoſé ils
>> cuffent dit : nous vous demandons pardon ,
H vj
185 MERCURE DE FRANCE.
>> Sire , de ne vous avoir pas dénoncé plutôt
cette exécration ; l'habitude de la voir nous a
>> long-tems empêché de la voir ; » cette démarche
cût fans doute étouffé la mainmorte , & en cût
été le terme.
Il ſeroit poſſible de laiſſer ſubſiſter le droit de
retour des fonds aux Seigneurs à l'extinction des
familles , de laiſſer les lods & ventes & autres
droits ſemblables. Mais de quel droit un Lorrain ,
unChampenois , un Alfacien , qui achette un fief
en Franche-Comté , vient il s'emparer de la fuc..
ceffion d'un Comtois , au préjudice de ſon frere ,
de ton fils , de ſes créanciers , de fa femme ? La
coutume&les coutumiſtes répondent : cela eſt
juſte: cela eft de droit : c'eſt la loi : c'eſt la jurif
prudence : c'eſt l'opinion , l'avis , l'autorité des
jurifconfultes , tyrans unanimes en ce point , qui
ftatuent & prononcent que le cultivateur Comtois
, qui fur 365 nuits s'eſt couché environ la
moitié , ( car les autres il les pafle aux champs )
dans une baraque en main-morte , est devenu
comme le boeuf ou la jument de fon Seigneur , à
qui fon travail & fa Poftérité appartiennent.
Cette réponſe ayant été faite devantun étranger
qui voyageoit en Franche Comté, il fit brider
fes chevaux à l'inſtant où on alloit lui fervir à
fouper , & partit auffi tôt avec ſa femme.
On a réformé toutes les coutumes; tous les
jours le légiflateur change des loix qui deviennent
dangereufes; la jurisprudence s'eſt ſouvent
réformée ſurbien des points;Lockevoulut que les
loix , toures juſtes qu'elles étoient , perdiffent
leur autorité après un fiècle. Pourquoi héfiteroiton
de réformer les abſurdités des Goths ou des
Vandales ? Il falloit donc craindre de renverſer
JUILLET. 1773 . 181
leurs huttes , pour bâtir en leur place des maiſons
commodes. La législation eſt l'art du bonheur
&de la sûretédes peuples; des loix qui s'y oppo-
-fent fonten contradiction avec leur objet, elles
doivent donc être abandonnées. Les coutumes
n'ont force de loi que par l'autorité du Souverain;
il peut à chaque inſtant la retirer , & la
coutume tombe.
Si les Seigneurs de Main- morte difoient : la liberté
ſeroit pernicieuſe à des hommes qui ne
peuvent proſpérer que par leur réunion & par
l'adhéſion perpétuelle à leur fol , on leur répondra
: ves ſouverains , il y a deux fiècles , ont
penſé différemmert; avec la liberté ils firent
préfent de Vinduftrie & de la profpérité aux fojets
deleurs Domaines. La France enrieredontle nom,
l'aspect , l'induſtrie & le bonheur excitentlajalouſie
des nations , ne tient ces avantages que
depuis lesjours de fa liberté. La Lorraine , foulagée
par leDuc Léopold des reſtes de l'eſclavage ,
eſt devenue , decette époque , le champ des arts
&de l'activité.
L'esclavage eſt bon aux animaux que l'on engraiffe;
mais on fait que se ne font pas leurs
fujets que les Seigneurs Moines engraiflent.
Si d'autres Seigneurs difoient ces droits de
Main -morte réelle , de perfonne & de fuite , font
noue patrimoine, ils font noue fief; ce ſeroic
détruite ce fief que,d'en abreger les droits , &
nous priver de la propriété de ee fief;
On pourroit leur répondre qu'un fief n'estpas
une propriété ; qu'il faut le poſleder comme le
ſouverain le donne. Mais n'entamons point de
diſcuſſion ſur cet objet, & diſons à l'homme au
182 MERCURE DE FRANCE.
,
firef qu'il l'a cu à charge de ſervice militaire ,
qu'aujourd'hui il eſt déchargé de ce ſervice
qu'ainſi il n'a pas beſoin d'avoir des hommes pour
les mener à la guerre; que le paylan au contraire
paye l'homme au ffef pour aller faire la
guerre , qu'il eſt payé deux fois ; la première par
le fief, &la ſeconde par le prêt auquel le paylan
contribue; qu'en conféquence il n'a que faire
d'eſclaves pour le ſuzerain , lorſque l'état le paye
& ne lui demande point d'hommes.
Au ſurplus les loix & la jurisprudence ſur la
Main-morte , nées en même tems que fur la magie
, les fortiléges , les poſleſſions du diable &
le cuiſſage , doivent finir comme elles.
Les lémures & le ſabbat fuyoientà l'apparition
du jour ; la Main morte doit diſparoître devant
la raiſon, la religion , la justice & la politique.
Enfin l'état des perſonnes eſt une matiere du
droit public françois. La France ne connoît point
d'eſclaves; elle eſt l'aſyle & le ſanctuaire de la
liberté; c'eſt là qu'elle eft indeſtructible , & que
toute liberté perdue retrouve la vie. La France
ouvre ſon ſein : quiconque y eſt reçu eſt libre.
Les maximes de ſon droit public s'étendent fur
ſes conquêtes ; ainfile ſeul fait de la conquête de
la Franche- Comté a anéanti l'aviliſſante coutume
qui tiendroit eſclaves ceux que Louis XIV a
fair François.
Puifle cette courte expoſition & re le germe de
la liberté d'une clafle nombreuſe , laborieuſe ,
humiliée , avilie, de croyens dignes d'un meilleur
fort Puiffent les Jurifconfultes François armés
contre l'Hydre de l'eſclavage , dans une Province
de la France , la frapper avec vigueur , & leurs
coups retentir juſqu'au trône , on notre Pere &
Monarque achevera leur ouvrage !
ILLET. 1773. 183
ODE en l'honneur de Monseigneur : le
Dauphin & de Madame la Dauphine
fur leur entréedans Paris.
MUSES ,
:
filles des Cieux , j'entends déjà les
heures;
Venez , que vos concerts annoncent leur retour.
L'aurore va quitter ſes humides demeures
Pour vous donner le plus beau jour.

1
Chantez: elle paroît. Que ſa cour eſt brillante!
Les dieux vont- ils former un nouvel Universa
Sur un char de rubis la déeſle riante
Deſcend & parfume les airs.
De ſes rayons épars le ſaphir & l'opale
Melangent tour à tour leurs mobiles couleurs.
Flore , préparez-vous ; l'amante de Céphale
Veut aujourd'hui s'orner de fleurs .
Que l'ambre le plus pur s'exhale des campagnes,
Et qu'aux chants des oiſeaux les Faunes plus
joieux , 1
S'éveillent tout- à-coup & preſſent leurs compagnes
De venir embellir ces lieux.
184 MERCURE DE FRANCE.
Quel beau jour en effet ! conſole-toi , Lutèce ,
Tu vas jouir enfin des enfans de ton Roi.
Tu vas voir dans tes murs Auguſte & fa Princefle
Prouver l'amour qu'ils ont pour toi.
Sous les trais glorieux d'an héros magnanime ,
Mars ſe fait un honneur de diriger leurs pas ;
Non ; c'eſt Briflac lui-même : au zèle qui l'anime
Qui ne le reconnoîtroit pas ?
La valeur du guerrier , les dons de l'homme ai-
1
mable
Brillent plus que jamais fur fon front , dans ſes
yeux. f
Il partage avec nous le plaiſir délectable
De voir laDauphine en ces lieux .
Citoyens,la voici ! volons... Dieux ! qu'elle est
belle!
011 .
Quel air noble & touchant quel regard plein
d'attraits !
Son eſprit , ſa gaîté , ſes graces , tout en elle
Répond à l'éclat de fes traits .
Prince, daigne avancer; oui , c'eſt en ta préſence
"Que mes chers citoyens veulent faire leurs voeux.
Viens jouir du plaiſir de voir toute la France
Se raſſembler deflous tes yeux.
JUILLET. 1773. 185
Ecoute ces accens. Quelle ſcène touchante !
Que cet épanchement peint bien notre candeur!
Nos Princes ſont nos Dieux; couple qui nous
enchante ,
Nous vous aimons du fond du coeur,
1
Louis peut en répondre , il connoît notre zèle ;
Il ſait que ſes ſujets chériſſent ſa bonté.
Tranſmiſe à ſes enfans , nous nous verrons par
* elle
Jouir de la félicité.
Puifle à jamais Louis , au ſein de ſa famille,
Partager le bonheur qu'elle répand ſur nous!
Oui , Thérèſe forma ſon adorable fille ,
Heureux François , exprès pour vous !
Viens donc nous honorer ſouvent de ta préſence ,
Viens faire le bonheur d'un peuple qui t'adore.
Chacun impatient demande en ton abſence :
La verrons - nous bientôt encore ?
Et toi, notre Dauphin, puifle cette journée
Tinſpirer , t'éclairer dans tes nobles projets !
D'un Prince vraiment grand l'heureuſe deſtinée
•Tient à l'amour de ſes Sujets.
Par M. Croi**.
186 MERCURE DE FRANCE.
ENVOI.
JÉtors juſqu'à ce jour reſté dans le filence,
Je ſervois en ſecret & mes Dieux & mon Roi.
Que n'ai-je , me diſois- je , affez de véhémence ,
L'art heureux d'exprimer ce qui ſe paſſe en moi !
Et tel que le ſoleil par la vive influence
Fit raiſonner l'airain en l'honneur de Memnon , *
Princeffe , tes regards ; ta divine préſence
Soudain m'ont animé ; j'ai célébré ton nom.
Daigne donc m'écouter. Au nom de ma patrie
Daigne agréer l'encens que je brûle pour toi.
Ah ! qu'il eſt doux de dire une fois dans ſa vie ,
J'ai vu , j'ai célébré la fille de mon Roi !
Par le meme.
VERS préſentés à Madame la Dauphine.
MADAME ,
Dans les jardins qui décorent Cythère ,
Vénus un jour vit les ris & les jeux ,
* La ſtatue de Memnon , fils de Titon & de
l'Aurore , étant frappée des premiers rayons du
Soleil , rendoit des ſons très-agréables.
JUILLET. 1773. 187
1
Troupebrillante, & folâtre , & légère ,
Qui , raſſemblés dans ces aimables lieux ,
Ne penſant plus à la contrainte auſtère ,
Où le travail les retenoit chez eux ,
Par des plaiſirs purs &délicieux ,
Manifeſtoient leur alégreſſe entière
Et déployaient cet heureux caractère
Cet air riant , & ce maintien joyeux
Qui fied ſi bien aux jeunes demi-dieux.
Quela beauté , quand elle est bienfaiſante ,
Aplus grands traits ſe grave dans les coeurs !
Lorſque Vénus les combla de faveurs ,
Vénus alors leur parut plus touchante...
«Allez , (dit-elle ) allez , tendres enfans ,
>> Ne ſoyez reint gênés parmapréſence :
>>Continuez vos plaiſirs innocens ;
>>Ah ! les plaiſirs ſont les dieux de l'enfance.
>>Nous ſommes cinq : >> ( Quatre Graces alors
Avec des fleurs enchaînaient la Déefle )
Je vous accorde , ô brillantejeuneſſe ,
Pour revenir folâtrer ſur nos bords
>>C>inqjours entiers de plaiſirs , d'alegreſſe. »
Les ris , les jeux de retour une fois ,
De raconter leur joyeuſe aventure :
Mais le Mentor qui leur donne des loix ,
Crut que l'hiſtoire étoit une impoſture ;
Point ne voulut s'en fier à leurs voix.
Que faire , hélas ! quel parti doit- on prendre
L'un deux me dit : « Si le ſacré vallon
188 MERCURE DE FRANCE.
» A retenti de ton luth noble & tendre
>>>Voici le jour où Vénus doit l'entendre :
>> Le Sentiment ſera ton Apollon.
>>Demande- lui quelque marque certaine
* Pour détromper l'incrédule Mentor ,
دمQui,lefaifant unjeude notrepeine,
>> Nous croit menteurs & nous accuſe a tort.
>Dis lui fur- tout , dis- lui qu'en traits de flammes ,
> Notre reconnaiſſance égalant ſes bienfaits ,
>>Avec tranſport gravera dans nos ames
Et les faveurs & ſes attraits. »
Par M. André ,
Dela partdes Ecoliers du Collège d'Harcourt.
REMERCIMENT à Madame
LA DAUPHINE.
MADAME ,
OBLIGERles humains , c'eſt reſſembler aux
Dieux:
On vous élève un temple où l'on vous déifie ,
On m'en nomme le Prètre : & ce choix glorieux ,
Par un tribut & d'encens & de voeux
Semble exiger que je le juftifie.
L'encens que je vous offre eſt bien pur à vos yeux!
5
Puiſque nos coeurs font les temples heureux
Où chacun de nous facrifie.
Parlemême:
JUILLET. 1773. 189
1
A Madame LA DAUPHINE,
JEUNE DAUPHINE , Aftre brillant
Dont l'éclat embellit la France ,
Combien Paris fut triomphant
D'être orné par votre préſence!
Le canon qu'on tira pour vous ,
Avos grandeurs rend témoignage;
Mais n'eſt point le plus doux hommage
Que vous reçûtes parmi nous.
Que de coeurs ſur votre paflage ?
Un peuple entier vous fit ſa cour ;
Dans ce jardin de vaſte ombrage
Dont vos graces firent le tour ,
Vous pouviez ſur chaque viſage
Lire les tranſports de l'amour.
Par la Muse Limonadière.
LE CURIEUX DUPĖ ,
Conte qui n'est que trop vrai,
Le 8 de Juin.
QUEL démon ou quel enchanteur
Adonc pu m'affliger dans un jour de bonheur ?
190 MERCURE DE FRANCE.
Orné de ce ruban , l'honneur d'un militaire ,
Et, par les ans , forcé de quitter les hafards
Je venois au temple de Mars
Finir doucement ma carrière ,
Lorſque j'entends redire aux échos attendris :
Des Nymphes la plus belle eft enfin dans Paris !
Au même inſtant une ardeur ſans pareille
Me fait voler à ce palais ,
Où brilloient les touchans attraits :
J'y voulois voir une merveille :
J'avance avec la foule , & , près d'y parvenir ,
Un filou , ſans que je m'en doute ,
De ma bourſe vient ſe ſaiſir.
AuxCurieux , dit- il , quelquefois il en coûte,
Ah ſi ſi le drôle , à fon defir,
Ne fit pas capture aſſez bonne ,
Dumoins il eut le tout ; je n'avois rien de plus:
On fait qu'un amant de Bellone
N'eſt pas toujours un mignon de Plutus.
Dans un léger filet , doux préſent d'une Abbefle,
Douze louis formoient ce jour- là mon tréſor ;
Les perdre n'étoit rien encor
Si j'avois pu percer la preſle.
Mais las ! pouflé , volé , repouſlé tour- à-tour ,
J'ai perdu mon or fans retour ,
Et des François n'ai point vu la Déeſſe !
Par Mlle Coffon de la Creſſonnière,
JUILLET. 1773. 1
Envoi à Madame la Dauphine.
PRINCESSE , qu'embellit la gaîté la plus pure ,
Si ce récit naïf vous amuſe un moment ,
Pour le héros * de l'aventure
Quel plus doux dédommagement ?
ANECDOTES.
I.
EN lifant ,Meſſieurs, votre Mercure du
mois de Marsder , article des annales de
la bienfaisance , page 100 , je partageois
vos regrets d'ignorer le nom de ce brave
ſoldat qui préſentoir , lors de la ſurpriſe
de la ville de Breda , fon poignard à
ſes camarades , préférant une mort certaine
à la crainte de les faire découvrir.
Le haſard m'a fait trouver , Meffieurs ,
le nom de ce Héros dans des Mémoires
intitulés , « les guerres de Naſſau , dé-
* M. de Narbonne , Chevalier de St Louis ,
retiré à l'Hôtel royal des Invalides.
192 MERCURE DE FRANCE.
>> crites par Guillaume Baudart , de
>>Deinfe en Flandre , imprimés à Amfterdam
en 1616. » J'ai l'honneur de
vous envoyer l'extrait de ce Mémoire.
• Mathias de Heldt, natifde Dilem-
» bourg , étoit tellement tourmenté de
> la toux qu'il ne la ſavoit réprimer ,
»& préſenta pourtant fon poignard à
>> ſes camarades, afin qu'ils lui en per-
>> çâſſent le coeur ou coupaſſent la gorge ,
>> aimant mieux de mourir lui ſeul que
>> d'expoſer à la mort, pour ſa cauſe ,
> tant de braves foldats , & faire que
>> l'entreprinſe fût découverte ; mais les
> matelots menèrent un ſi grand bruit à
vuider l'eau de la pompe & autre-
> ment , qu'ils diſſimulèrent la toux de
>> leurs tourbes . »
Il ſe trouveroit , je penſe , Meſſieurs ,
dans nos hiſtoires , plus de preuves de
courage héroïque , fi les faits militaires
en étoient foigneufement recueillis.
On aura fans doute ſoin de tranfmettre
à la poſtérité le nom de cet
Officier du régiment d'Auvergne , qui ,
allant vinter la nuit les ſentinelles ,
tombe au milieu de cinquante grenadiers
Hannovtiens qui venoient furprendre
ſon poſte ces grenadiers tui
préſentang
JUILLET. 1773. 193
6
:
)
préſentant leurs bayonnettes , lui annoncent
qu'il va périr s'il dit un ſeul mot:
il préfère l'honneur de ſon corps à cette
mort certaine , & expire en diſant :
>>à moi , Auvergne , nous sommes fur-
> pris . » L'héroïſme de cet Officier a
pu contribuer à la gloire dont ce
régiment ſe couvrit à cette bataille ,
ainſi que Monfieur le Marquis de
Caſtries qui commandoit l'armée. Trop
jeune encore pour être digne de faire
l'éloge de ce Héros & du corps où il
ſervoit , je ſens aumoins , avec une reconnoiſlance
infinie , votre attention à
répandre dans vos ouvrages des traits fi
dignes de notre admiration & de nos
ſentimens françois : je vous offrirois
avec plaiſir l'hommage de ma reſpectueuſe
vénération, mais je dois plus
ſoigneuſement encore vous cacher le
nom d'un Officier qui , n'ayant que 18
ans , ne peut avoir que le deſir ſincère
de s'inſtruire.
I I.
Un Empereur de la Chine , fou ,
entêté des ſciences occultes , fut perſuadé
par un impoſteur de boire un
élixir qu'il lui préſentoit, lui promettant
II. Vol. 1
194 MERCURE DE FRANCE.
que ce breuvage le rendroit immortel.
Un des Miniſtres de ce Souverain , ayant
tenté inutilement de le déſabuſer , prit
la coupe & but la liqueur, Le Monarque
irrité de certe hardieſſe, condamna a
mort ſon Mandarin ; mais celui ci peu
effrayé de cette menace , lui dit d'un
air tranquile : « fi ce breuvage donne
» l'immortalité , vous ferez de vains
>> efforts pour me faire mourir ; & s'il
-ne la donne pas , auriez - vous l'in-
» juſtice de m'oter la vie pour un fi
>> frivole larcin ? Ce diſcours calma
l'Empereur , qui ne put s'empêcher de
louer la prudence & la ſageſſe de ſon
Miniſtre,
د
III,
Aurengzeb Roi du Mogol , fit publier
dans ſes Etats que tous les faquirs
euſſent à ſe rendre , à un jour marqué ,
dans une plaine qu'il leur indiqua , afin
d'avoir le plaifir de manger avec eux.
Après le repas , Aurengzeb fit apporter
des caſaques neuves qu'il avoit fait faire
exprès , & en fit préſent à chacun des
faquirs , ordonnant en même tems de
s'emparer des vieux habits & de les
mettre en un tas. Les faquirs firent beauJUILLET.
1778. 195
coup de difficulté pour quitter leurs
haillons & pour accepter un habit neuf ,
mais il fallut obéir. Aurengzeb fit en-
Tuite brûler toutes ces hardes , & lorfqu'elles
furent brulées , on trouva quantué
d'or & d'argent. Ce Prince n'ignoroit
pas les rufes de ces prétendus moines
; il ſavoit qu'ils recevoient beaucoup
par le moyen des aumônes , & que cet
argent étoit couſu dans les replis de leurs
habits; c'eſt ce qui l'engagea à ſe rendre
maître des vieilles hardes , fous prétexte
qu'il vouloit gratifier les mendians d'un
habit neuf. :
IV.
Diodore de Sicile rapporte qu'il naquit
plus de 1700 enfans mâles en
Egypte, le même jour qui donna naiffance
au fameux Séſoftris ; que le père
de ce Monarque ordonna que l'on fir
mener tous ces jeunes enfa sà la Cour ,
& qu'on leurdonnât la même éducation
qu'à fon fils , perfuadé qu'élevés avec
le Prince dès leur plus tendre enta ce ,
il ſeroient ſes amis, ſes généraux &
ſes ſoldats les plus fidèles & les plus
affectionnés.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
V..
L'adreſſe des Quakers à l'avénement
de Jacques II. à la couronne , eſt trèsfingulière
, la voici ; « Nous ſommes
» venus témoigner notre triſteſſe pour la
» mort de notre bon ami Charles . On
>> nous a dit que tu n'étois pas de l'Eglife
>> Anglicane , non plus que nous ; ainſi
>> nous eſpérons que tu nous accorderas
>>la même liberté que tu t'accordes à toi
» même ; & fi tu le fais , nous te ſouhai-
>> tons toute forte de bonheur, »
VI.
Un Magiſtrat dit à un Abbé qui l'importunoit
pour une grace : « On n'a
jamais perſécuté perſonne à ce point là:
»je quitterois ma place demain s'il y
>> avoit encore un homme comme vous
>dans le royaume. » Eh! bien , dit- il ,
Monſeigneur , je m'en vais le chercher,
1
JUILLET. 1773. 197
۱
ARRÊTS , ÉDITS , &C.
I.
ARRÊT du conſeil d'état du Roi , qui fixe
àla ſomme de 600 liv . l'Abonnement annuel à
payer par le Duc de la Vrillière , pour la jouiffance
, depuis le premier Mars de cette année ,
juſques & y compris 1780 , des 8 f. pour liv.
en ſus du principal des droits de Péage & autres
de pareille nature , dependans du Duché
de la Vrillière , terres & ſeigneuries y annexées.
I I.
Arrêt du conſeil d'état du Roi , qui déboute
les Officiers municipaux des villes de Metz ,
Verdun , & autres de la Généralité de Metz ,
de leurs oppoſitions ; & qui porte que l'Arrêt
du 13 Septembre 1772 , aura ſa pleine & entière
exécution ; & qu'à compter du jour de
la fignification du préſent Arrêt , les 8 f. pour
liv. feront & continueront d'être perçus , en
fus , tant du principal des Octrois de ces villes,
que du vingtième ou fol pour liv. de ces
Octrois , attribué aux Offices de Receveur &
de Contrôleur , & en ſus des 4 f. pour liv.
etablis fur ces Octrois , pour former les Octrois
municipaux ; & fupprime en outre un Imprimé
ayant pour titre : Mémoire des Maire , Echevins
& Notables de la ville de Verdun , contrelAdjudicataire
des Fermes Générales.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
:
III.
Arrêtdu conſeil d'état du Roi , qui ordonne.
que tous les Huiffiers & Sergens - Royaux feront
tenus de ſe ſervir de papier marqué , & de faire
contrôler leurs Exploits , pour quelque choſe
&matière que ce puiſſe être ; même pour le
recouvrement des Tailles , Vingtièmes , Capitation
, Impoſitions & autres deniers , à peine
de nullité de l'Amende fixée par les Règlemens.
I V.
Arrêt du conſeil d'état du Roi , qui ordonne
que l'Arrêt da conſeil du 29 Novembre 1772 ,
fera exécuté ſelon ſa forme & teneur , & que ,
conformément à cet Arrèt , les habitans des ville
& Prévôté de Vaucouleurs , ainſi que les autres
Communautés quijouiſſent d'une diminution fur
le prix primitif du ſol , feront tenus de payer
les & f. pour liv.
V.
Arrêt du conſeil d'état du Roi , qui porteque
ſa Majesté , voulant donner aux Officiers des
Bureaux des Finances des marques de la fatisfaction
de leur zèle , modère aux deux tiers
le droit de Marc d'or à payer , en exécution
de l'Edit de Décembre 1770 , pour les lettres
d'honneur de ces Offices , ſans qu'elles foient fu
jettes au droit de Marc d'or de noblefie,
JUILLET. 1773. 199
VI.
Arrêt du conſeil d'état du Roi , qui attribue
aux Intendans & Commiffaires départis ,
privativement à tous autres , la connoiſſance de
tout ce qui peut intéreſſer le nettoiement du lit
des rivières de Loire , d'Allier , & autres qui s'y
déchargent , ainſi que des diſcuſſions qui pourroient
naître avec les Seigneurs propriétaires
& riverains; tant pour ce qui concerne le che
min de Hallage , que les péages . fauf l'appel
au Confeil.
VII.
Arrêt du conſeil d'état du Roi , qui ordonne
que les droits de marque & aunage , & autres
perçus dans la ville de Laval , fur les Toiles
de toute eſpèce & qualité , ſous quelque dénomination
& quelque titre , en quelque cas ,
&au profit puiſſe être , feront &
demeureront affujettis à
des & f. pour liv.
VIII.
Arrêt du conſeil d'état du Roi , qui porte
qu'à la pourſuite & diligence du Contrôleur
des Bonsd'Etat du Conſeil , le triple des droits
ordonnés par cet Edit , & les 8 f. pour & en
ſus ſeront payés par tous ceux qui n'auront
pas fatisfait aux droits de Marc'd'or , avant
le ſceau des lettres ou brevets ſujets à ces droits .
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Ι Χ.
Arrêt du conſeil d'état du Roi , qui ordonne.
qu'à compter du jour de la fignification du préſent
Arrêt , les habitans , Bourgeois & Communautés
privilégiées des villes du Havre de-grace ,
Harfleur, Fecamp , Saint- Valery , en Caux , Dieppe
, Montfleur & Treport , en la Généralité de
Rouen , de Saint-Valery ſur Somme , &du Bourg
d'Ault, en la Généralité d'Amiens , ainſi que des
lieux & Paroiſſes qui participent au Privilège
de la franchiſe du ſel , dont ces villes ont obtenu
la jouiſſance , feront tenus d'acquitter , pour
be ſel qui leur ſera délivré en franchiſe , les 8 f.
pour liv. de tous les droits principaux qui ſe
perçoivent dans les greniers de ces villes , fur
le ſel délivré en vente ordinaire.
Χ.
Arrêt du conſeil d'état du Roi , qui porte que
les Officiers municipaux & de Police de la ville
de Saint-Quentin continueront de percevoir
un ſ. pour la marque de chaque pièce de toile ,
de quelque qualité qu'elle puiſſe être ; & que ,
pour tenir lieu des 8 f. pour liv. il ſera perçu ,
au profit de ſa Majesté , trois deniers ſeulement
pour chaque pièce de toile , dont le produit ſera
verſédans la caiſſe de l'Adjudicataire des Fermes
Générales.
X I.
Déclaration du Roi , qui permet à tous les
Riverains de cueillir , ramaffer , & couper le
Varech,
JUILLET. 1773. 201
ΧΙΙ .
Arrêt du conſeil d'état du Roi , qui porte injonction
aux Notaires , Tabellions , & Greffiers
qui ne font mention ſur les groſles & expéditions
des Actes qu'ils délivrent , que de la date
du Contrôle & de l'infinuation , d'énoncer dans
leur entier les quittances ou relations des droits ;
telles qu'elles ſont portées ſur les minutes , de
manière que les Contractans ſoient inſtruits de
la quotité des ſommes qui ont été perçues , &
qui ordonne que l'Edit du mois de Mars 1693 ,
la Déclaration du 14 Juillet 1699 , & les
Arrêts du Conſeil des vingt-deux Mars 1695 ,
23 Février 1706 , & 21 Mars 1119 , feront exécutées
felon leur forme & teneur , & qu'en conſéquence
, les Notaires , Tabellions , Greffiers &
autres , feront tenus de tranſcrire exactement
& dans leur entier , ſur les expéditions ou extraits
des Actes qu'ils délivreront , les quittances
ou relations des droits qui auront été miſes
ſur les minutes ; & qu'ils y feront mention
du nom du Commis qui les aura contrôlées &
infinuées , de celui du bureau , du montang
des ſommes qui auroient été payées , & de la
date du Contrôle & de l'infinuation , ſous peine
de deux cent livres d'amende pour chaque omiffion.
202 MERCURE DE FRANCE .
AVVEERRTTIISSEMENT.
Journal historique & politique des principaux
événemens des différentes Cours
de l Europe.
C'eſt actuellement chez Lacombe
Libraire , rue Chriſtine , à Paris , que
MM. les Souſcripteurs font priés de
s'adreſſer pour le Journal Historique &
Politique.
Ce Journal a commencé le 10 Octobre
1772 ; il raſſemble & fixe , en
quelque forte , les principaux événemens
de l'hiſtoire fugitive françoiſe & étrangère
de notre temps; il eſt compoſéde
36 cahiers par an, chacun de deux feuilles
&demie, ou de 60 pag. & paroît très-exactement
les 10,20 & 30 de chaque mois.
On eſt libre de ſouſcrire à telle époque
que l'on veut ; pour une année entière.
Le prix de la ſouſcription eſt de 18 liv.
franc de port pour toute la France.
MM. les Soufcripteurs ſont priés
d'affranchir le port de leur lettre d'avis
& de leur argent , & de donner leur
nom & leur adreſſe d'une écriture très.
liſible.
JUILLET. 1773. 203
L
AVIS.
I.
e ſieur Taconet invite MM. les Graveurs à
lui faire part de leurs ouvrages avant qu'ils
paroiffent : il fouhaiteroit placer des vers ſous
les différens ſujets que l'on grave d'après
MM. les Peintres; c'eſt ſans autre intérêr que
celui de célébrer l'objet gravé & le mérite des
habiles burins de notre ſiècle.
Sa demeure est rue & vis-à-vis le Templo,
chez M. Deville , Marchand de vin en gros.
I I.
Rouge à la Dauphine.
Le Sr Moreau , marchand en gros , demeurant
actuellement rue Saint-Martin ,vis-à- vis la fontaine
Maubuée , a trouvé , pour les Dames , le ſecret
d'un rouge onctueux , ( nommé Rouge à la
Dauphine ) , qui ne deflèche point la peau & qui
eſt incapable de lui faire contracter la moindre ride,
& d'en altérer les couleurs naturelles.
&la
Ce rouge a l'avantage d'adoucir la peau , d'en
conſerver l'uni , la finefle douceur;; & lorfqu'ileſt
appliqué légèrement , d'imiter, às'y tromper
, la plus vive carnation : il ne diſparoît ni au
vent , ni au grand air ; il devient plus beau encore
peu de tems après qu'on l'a appliqué ; il prend des
nuances graduées , de manière que la circonfé
1 vj
104 MERCURE DE FRANCE.
rence eſt infiniment moins éclatante que le milieu.
Les rouges dont on a fait uſage jusqu'ici,ne peu
vent réunir ces avantages.
Ce rouge ſe fond&s'unit parfaitement ſur la
peauà mmeeſure qu'on le mer. Le ſieur Moreau l'a
beaucoup perfectionné , principalement par une
jolie couleur vive dans chaque nuance. On l'applique
avec du coton renfermé dans un morceau
de moufleline claire , uſée , dont on forme une
pelote ; on l'étend enſuite& on l'adoucit avec le
doigt.Ce rouge est compoſé de huit nuances différentes;
celui qui eſt le plus éclatant commence
par le No. 3 , le plus pâle eſt le No. 10.
Le ſieur Moreau n'en demande le payement
qu'après que les Dames l'auront éprouvé &qu'elles
en feront fatisfaites.
Le prix de chaque pot eſt de 3 liv.
III.
Nouvelles inventions économiques.
,
Le ſieur , Juvigni , Ingénieur du Roi en chef,
a déjà annoncé au Public pluſieurs machines
entr'autres , différens moulins économiques ;
mais comme il s'apperçoit que la plupart des
perſonnes craignent de ſe conſtituer endépenſes,
il donne aujourd'hui avis pu'il vient d'inventer
deux nouveaux moulins ; ſavoir :
1. Un moulin ſervi par deux boeufs , qui
moud environ 240 livres de bled par heure.
Ce moulin eſt très-folide dans toutes fes parzies
; il blute & crible en même- temps.
20. Un moulin qui va fans eau , ſans vent ,
fans hommes & fans aucun fecours d'animaux ;
JUILLET. 1773. 205.
il moud nuit & jour , & deux hommes ſuffiſent
pour ſervir quatre moulins de cetre eſpèce.
Ces moulins n'occupent pas la moitié du
terrein néceſſaire aux précédens ; & les deux
hommes payés , le reſte eſt en bénéfice ner. Ces
quatre moulins enſemble moulent 240 livres
debled par heure: on peut n'en faire conſtruire
qu'un ou deux , leſquels produiſent à proportion .
Le ſieur Juvigny a auſſi inventé un nouveau
battoir à bled à 12 fléaux , lequel crible en
même- tems ; un ſeul homme le fait mouvoir
ſans effort; il eſt ſupérieur à ceux qui ont été
annoncés ci- devant.
Il a aufli rectifié ſes curemoles : l'épreuve
en ayant été faite ſur la riviere de Seine , on
voit que le plus petit curemole enlève, à cha
que curage , quatre pieds de terre cube , moyennant
deux hommes ſeulement ; le ſecond enlève
huit pieds de terre cube par curage , moyennant
quatre hommes; & le troisième , 12 pieds
de terre cube , moyennant fix hommes,
Ces méchaniques font uniques dans leur
genre; l'Auteur ne ceſſe point de s'occuper de
recherches utiles au Public; il demeure rue du
petit carreau à côté de la rue du Bout- dumonde
, chez le premier Perruquier , Hôtel
de Bourgogne.
Les perſonnes qui lui feront l'honneur de
fui écrire , fönt priées d'affranchir le port des
lettres. Il enverra des plans & des modèles à
ceux qui defireront s'en procurer , moyennant
des arrangemens , où l'on traitera avee les per
fonnes en ſociété.
:

206 MERCURE DE FRANCE .
NOUVELLES POLITIQUES.
L
De Constantinople , le 10 Juin 1773 .
EGrand Seigneur vient d'être délivré du
plus dangereux ennemi que la Porte ait eu à
combattre depuis longtems. Le fameux Ali Bey
a été enfin battu& fait prisonnier , le 7 dumois
dernier. On avoit annoncé ſon départ de la
Syrie avec les troupes qu'il amenoit avec lui ,
& le ſuccès qu'il avoit déjà eu par la priſe du
Château de l'Aris. Sa marche n'avoit point été
troublée, & il étoit arrivé , à quelque diftance
du Caire , à la tête de treize mille hommes. Mehemes
Abou-Daab , qui s'étoit préparé de longue
main à le recevoir, après avoir aſſemblé le Divan,
&pris des Gens de Loi un Fetfa ( une Sentence )
deproſcription contre lui , alla à ſa rencontre
avec ſoixante mille hommes. Les deux armées
s'étant trouvées en préſence , un Vendredi , jour
conſacré à la Priere parmi les Muſulmans
Abou-Daab différa le combat juſqu'au lendemain;
mais Ali-Bey , moins ſcrupuleux, voulut livrer la
bataille ,& cette action lui devint d'autant plus
funeſte , que toutes ſes troupes furent détruites,
àl'exceppttiioonndecinq censhommes , &qu'il perdit
lui-même la liberté , après avoir reçu pluſieurs
coups de fabre , ainſi que trois Beys attachés à
fonparti. Conduit priſonnier au Caire , & introduit
dans le Divan qu'on aſſembla le meme jour,
il ſe ſeta aux pieds d'Abou- Daab , en lui demandant
la vie & l'appelant ſon fils. Le vainqueur
lui répondit qu'il ne lui feroit aucun mal ;
,
1
JUILLET. 1773. 207
3
mais que ſon ſort dépendoit du Grand-Seigneur,
Il dépêcha , en effet, ſur le champun courier à
la-Porte qui vientde lui expédier l'ordre de faire
couper la tête à ce fameux rebelle. On aſſure
qu'il y avoit dans ſon armée quatre cens Ruſſes,
Albanoisou Grecs qui ont été écharpés, à l'exception
de vingt priſonniers. On a trouvé dans le
camp vingt pièces de canon avec leſquelles ces
quatre cens hommes ont fait , pendant l'action ,
un feu très-vif. Le fils & le neveu du Chéik
Daher , qui l'ont accompagné , ainſi que nous
l'avons dit , & quatre autres Beys font reſtés ſur
le champ de bataille. Quatre Vaiſſeaux Ruffes
avoient paru , dans le même temps , devant
Alexandrie&ſe diſpoſoient à attaquer cette ville;
mais ils ont pris le large auſſi- tôt après la nouvelle
de la défaite d'Ali-Bey.
:
De Tripoli de Barbarie , le 11 Mai 1773 .
Le is du mois dernier , le Pacha reçut d'un
Capidgi Bachi de la Porte , arrivé à Tunis , une
lettre par laquelle cette Officier demande , conformément
à la commiſſion dont il eſt chargé ,
que ce Prince envoie inceſſammentà Conſtantinople
des Canonniers, des Reys ou Capitaines
Corfaires & cing à fix cens Matelots. On doute
ici qu'on puiffe fournir ce ſecours , la Marine
étant réduite àquatre petites Galiotes mal équipées
Tripoli n'eſt plus tel qu'il étoit autrefois
lorſque le nombre & les entrepriſes de ſes Cotfaires
lui avoient acquis une réputation juſtement
méritée.
D'Elveddin , le 16 Juin 1773.
Dagheſtan Ali Pacha , ayant été informéqu'un
Corps de Ruffes paſſoit le Danube, à deux licues
208 MERCURE DE FRANCE.
au- deſſus deGieurgewo , ſur vingt-une grandes
Barques , ſe mit en marche pour les recevoir.
Quatorze étoient déjà parvenues à la rive droite.
Le Pacha tomba fur les ennemis avec tant d'impétuofité
, qu'ils les força à chercher leur ſalut
dans la fuite. Ils tenterent de ſe rembarquer , &
firent , dans cette occafion , une perte conſidérable.
Les Turcs fitent fix cens priſonniers , parmi
leſquels ſe trouve le Prince Repnin. Des
Bateaux Turcs , arrivés à la hâte de Ruſſug , en
ont pris quatre des Ruſſes , & les dix autres ont
été coulés à fond. Le Grand Viſir a récompenfé
la bravoure des vainqueurs par pluſieurs aigrettes
qu'il a envoyées aux Officiers , & environ cent
bourſes ( cent cinquante mille livres ) qu'il a fait
diſtribuer aux Soldats , outre des gratifications
particulieres qu'il a données lui-même . Cet avantage
n'est pas le ſeul que les Ottomans aient
remporté.
De Vienne , le 24 Juin 1773 .
"
L'Empereur paroiſſoit avoir renoncé au projet
de faire , cette année , un voyage en Pologne ;
mais il eſt actuellement bien décidé qu'il ira
viſiter ſes nouvelles poffeffions. Après avoir
achevé de parcourir la Tranſylvanie , au lieu de
ſe rendre à Peſt Sa Majeſté Impériale ira à
Léopol où Elle ſe propoſe d'arriver le 27 du mois
prochain. Elle vient d'en prévenir l'Impératrice-
Reine qui a fait expédier ſur le champ les ordres
néceſſaires. Les camps qu'on devoit former, tant
en Hongrie qu'en Bohême & en Moravie
n'auront pas licu , excepté celui de Luxembourg
qui ne ſeraplus compoſé que d'un Régiment de
Carabiniers.
2
JUILLET. 1773. 209
!
1
:
DeDantrick , le 15 Juin 1773 .
La ſituation de cette Ville devient , de jour
en jour , plus fâcheuſe , & l'on commence à
craindre que la médiation de la Ruffie ne lui
foit plus nuiſible qu'avantageuſe. Le feur Reichard
vient de donner l'Ultimatum du Roi de
Pruſſe , par lequel la Ville doit reconnoître la
Souverainetédece Prince ſur le Port de Dantzick,
&le ComteGolowkin a fait remettre , en même
temps , au Magiftsat , une Note dans laquelle il
déclareque cette reconnoiſſance doit former la
baſede la négociation dont il eſt chargé. Cette
condition préliminaire qui préjuge ce qui étoit
en queſtion , ruine le commerce de Dantzick en
livrant celui de la Pologne entre les mains des
Compagnies Pruffiennes.
De Stockolm , le 8 Juin 1773 .
Le Roi vient de fixer l'établiſſement d'une
caiſſe d'eſcompte pour laquelle la Banque fera
les premieres avances & qui ſera ſous la direction
des perſonnes que Sa Majesté jugera à propos de
commettre àcet effet. Son objet ſera de ſouſtraire
- les négocians , les cultivateurs , les patrons des
mines, les propriétaires des forges& autres , au
joug del'ufure , en leur fourniſſant des reſſources
àun intérêt modique & fur des hypothèques
invariables.
ا

De Copenhague , le 8 Juin 1773 .
Le 2.9 Août 1771 , quelques Groenlandoisde
Hottembourg écrivirent à notre Compagnie de
Commerce pour demander qu'on leur procurât
une Eglife. Ils avoient déjà envoyé , à cet effet ,
210 MERCURE DE FRANCE.
foixante tonnes de graiſſe de baleine , & promettoient
d'en faire parvenir davantage , l'année
ſuivante , fi la pêche étoit abondante. Cette
Compagnie a fait embarquer , en conféquence ,
fur le Navire l'lstande , commandé par le Geur
Mogen Sannis Alling, une Egliſe conſtruite en
bois , dont les parties pourront facilement ſe
rejoindre. Elle a vingt aulnes de long fur onze
de large , avec un clocher & un cloche , & peut
contenir cent cinquante perſonnes. Elle fera le
premier lieu public ou nos Miſſionnaires poursont
faire le Service Divin. On y a joint un
Autel avec des Chandeliers , une Chaire , des
Fonts Baptifmaux & pluſieurs autres choses qui
fervent d'embelliſſemens .
De Venise, le 23 Mai 1773 .
On mande de Corfou , capitale de l'Ifle de ce
nom appartenante à la République, que le tiers de
cette ville a été renverlé de fond en comble par
untremblement de terre. On attend denouveaux
détails fur cet événement.
De Stockolm , le 16 Juin 1773 .
LeConre Bianconi Miniſtre de Saxe , a eq
Thonneur de préſenterà Sa Sainteté , de la part
de l'Electrice Douarriere , fix vaſesd'une nouvelle
porcelainede Saxe qui amite parfaitement le lapis
lazuli.
De Londres , le 12 Juin 1773 .
Les lettres de Colebrooke-Dale , dans la Prevince
de Shropshire , font mention d un événement
extraordinaire. Le 27 du mois dernier , entre
trois&quatre heures du matin , un terrein d'une
JUILLET. 1773. 211
1 étendue affez conſidérable fut tout à coup emporté
vers la Severne , rivière qui arrofe & traverfe
ce canton Une petite portion de ce terrein,
formant un taillis où ilyavoit plus de vingt chênes
, fur jetée entièrement dans la rivière fans
éprouver aucun dommage , & l'on diroit que les
arbres ont toujours été au milieu des eaux. Cette
commotion violente changea le cours de la Severne
qui alla fe creufer un nouveau canal à travers
une prairie voiſine. Ce phénomène avoit été prérédé
d'un vent impétueux dont l'action ſur les
fenêtres reſſembloit à celle de la grêle la plus forte.
Pluſieurs bateaux ont été fubmergés , &un
plus grand nombre d'autres s'eſt trouvé hors d'é
tatde remonter la rivière. Un particulier qui occupoir
unemaiſon à quelque diſtance de la Severne
, s'étant levé à trois heutes du matin , entendit
un grand bruit , & ſentit en même teme ,la terre
trembler ſous ſes pas. Il courut éveiller fa famille;
mais il ne ſavoitde quel côté prendre la
Auite avec elle.Ils ſe refugièrent par haſarddans
unbois voiſfin , & à peine l'eurent- ils atteint que
le terrein qu'ils abandonnoient , ſe détacha de celui
fur lequel ils venoient de pafler. Les mêmes
nouvelles portent qu'il eſt arrivé un événement
preſque ſemblable a un mille deCol brooke-Dale,
&qu'undemi-arpent de terre a été emporté dans
la Severne.
*On écrit de Bombay , le 26 Novembre 1772
que nos troupes ſe ſont approchées de Broach , à
peudediſtance de Surate, vers leNord; que la mauvaiſe
foi du Nabab les a miſes dans la néceffité
indiſpenſable de marcher contre lui , & qu'elles
ont formé le ſiége de cette place. Le généralWedderburne
& le fieur Watſon , ſurintendant de la
Marine , à la tête de mille Européens &de deux à
212 MERCURE DE FRANCE.
trois milleCipayes , dirigeaient cette expédition.
Mais ce Général étant allé lui-même à la découverte
, fut remarqué parl'ennemi & reçut un coup
de fuſil dont il mourut ſur le champ. Cependant ,
le 19 Novembre , nos trompes livrèrent un afſaut
violent , & la place fut forcée de ſe rendre quelques
jours après ; les mêmes nouvelles ajoutent
que nous n'avons perdu que le Général & fix Officiers
,& que le nombre des bleſlés n'excède pas
eclui dedix.
De Versailles , le 2 Juillet 1773 .
Le 24 du mois dernier , deux filles de douzeà
treize ans failoient paître quatre vaches & une
géniffe fur une creupe de montagne appelée le
Côteau du Rofe , dans le territoire d'Afpres , élection
deGrenoble , & traverſée par la grande routede
cette ville aBriançon. Aquatre heures aprèsmidi
, les vaches prirentprécipitamment la fuite ,
&une des bergères les ſuivit pour les arrêter ;
l'autre étoit alors occupée à donner du pain àla
génifle; mais , dans le moment , on entendit un
bruit fourd , & tout le terrein que les vaches
avoient quitté , dans l'étenduede qquuaarraannte toifes
de longueur (ur vingt de largeur , s'écroula. On
afait inutilement des fouilles pour trouver la
fille & la genifle qui ont été englouties dans les
terres. L'autre bergère a été ſauvée par l'inſtinct
des vaches qui avoient preſſenti& évité le danger
une minute avant l'éboulement.
De Paris, le 15 Juillet 1773 .
L'Académie royale des inſcriptions & belleslettres
, dans ſon aſlemblée du is du mois dernier,
élut pour Académicien aſſocié le ſieurDuf
JUILLET. 1773. 213
fauls , ancien commiſſaire de la Gendarmerie &
membre de l'Académie royale de Nancy , a la
place vacante par la promotion du ſieur d'Anville
au rang des penfionnaires.
PRÉSENTATIONS .
La Duchefle de Mortemar a eu l'honneur d'être
préſentée au Roi & à la Famille royale par la
Duchefle de Mortemar mère. Elle a pris le tabouret
le même jour.
La Vicomteſte de Bourdeilles a eu l'honneur
d'être préſentée au Roi & à la Famille royale,par
la Comteſſe de Bourdeilles , Dame pour accompagner
Madame,
Le 6 Juillet , le ſieur d'Arget fut préſenté au
Roi & à la Famille royale , en qualité de Miniftre
du Prince-Evêque de Liège.
28
LOTERIES.
Le cent cinquantième tirage de la Loterie de
l'hôtel - de - ville s'eſt fait , le 25 Juin , en la
manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
livres eſt échu au No. 48046. Celui de vingt mille
livres au N°. 42844 , & les deux de dix mille ,
aux numéros 50814 , & 57906.
Letiragede la loteriede l'Ecole royale militaire
s'eſt fait les Juillet. Les numéros ſortis de la rou
defortune,font49 , 60 , 15 , 17,75. Le prochain
tirage le fera le sAoûr.
214 MERCURE DE FRANCE.
PIECES
TABLE.
IECES PUGITIVES en vers& enprofe,pages
Ode d'Horace à Apollon ,
Suitedu ſecond livre de l'Enéide par M. D.
L. C.
ibid.
Almerine &Selima , conte, 24
Diſcours envers ſur les dangers de la Gloire,
parM. François , 39
Vers adreſſés à Mile Arnould , jouant le rôle
deZirphé, dans l'acte de Zélindor , 53
LeMoineau&le Serin , fable ,
Le Perroquet & le Pigeon ,fable ,
LeTigre& la Tourterelle, fable ,
St
55
56
Explication des Enigmes& Logogryphes , ibid.
ENIGMES , 157
LOGOGRYPHES , 60
NOUVELLES LITTÉRAIRES , 63
OEuvres de M. Thomas de l'Académie Françoile,
ibid.
Traité des Délits &des Peines , &c. 79
LaVie d'Ilabelle de France , foeur de St Louis , 86
Recueil des ouvrages de Poësie & d'Eloquence
, préſentés à l'Académie des Jeux Floraux
deToulouſe en l'année 1773 , 92
JUILLET. 1773. 215
Caufes célèbres , curieuſes & intéreſſantes ,
& c. 104
Traitement de la petite Vérole des Enfans , 11
Hiſtoire (ommaire de la Valle de Bayeux , &c. 115
Les heureux Malheurs , &c. 117
Le vrai Philoſophe , IIS
Hiſtoire naturellé du Thé , 120
Recherches ſur les Fièvres ,
123
Lettre de Pékin ſur le génie de la Langue
Chinoile , & c.
127
Traité de l'Exploitation des Mines ,
126
Le Guide du Fermier ,
127
La Physique des Dames , 128
Erreurs d'histoire & de chronologie, faites par
l'auteur de l'Année Littéraire ,
134
ACADÉMIE ,
134
SPECTACLES , Opéra ,
143
Comédie Françoile ,
144
Vers â Mlle Raucourt, par M. de V. ,
145
Traduction du commencement de l'hiſtoire
de Tacite par M. du Cloſel d'Arnery ,
147
ARTS , Gravures ,
Muſique ,
Avis aux Amateurs ,
Géographie, :
Méchanique ,
163
164
ibid.
166
ibid,
Ulages anciens ſur l'esclavage impoſe à des
citoyens par une vieille coutume ,
Ode en l'honneur de Mgr le Dauphin & de
171
216 MERCURE DE FRANCE.
Madame la Dauphine ſur leur entrée à
Paris, 183
Envoi , 186
Vers préſentés à Madame la Dauphine ,
Remerciment à Madame la Dauphine ,
ibid.
188
A Madame la Dauphine , 189
Le Curieux Dupé , conte , ibid.
Envoi àMadame la Dauphine, وا
Anecdotes , ibid.
Arrêts, Edits, &c. 197
Avertiſſement , 202
AVIS , 203
Nouvelles politiques , 206
Préſentations, 213
Loteries ibid.
:
APPROBATION.
ΑΙ par ordre de Mgrle Chancelier , le
iccond vol du Mercure du mois de Juillet 1773 ,
&je n'y di rien trouvé qui m'ait paru devoir en
empêcher l'impreſſion .
A Paris , le 15 Juillet 1773 .
i
LOUVEL.
De l'Imp. de M. LAMBERT, rue de la Harpe
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le