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1773, 06
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MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
JUIN ,
1773.
Mobilitate viget.
VIRGILE.
Beugnci
A PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire , Rue .
Chriſtine , près la rue Dauphine.
Avec Approbation & Privilége du Roi, j
AVERTISSEMENT.
les
C'EST au Sieur LACOMBE libraire , à Paris, rue
Chriftine , que l'on prie d'adrefler , francs de port,
& lettres ,
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ainfi que les livres , lès eltampes
, les piéces de vers ou de proſe , la mufique
, les annonces , avis , oblervations , anecdotes
, événemens finguliers , remarques fur les
fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
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que , in- 8 °. br.
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nouy . édition , broch .
Les Odes pythiques de Pindare ,
broche,
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I l. 10 f.
I l. 16f,
in - 8 °.
3 liv.
in - 8 ° .
s liv. Le Philofopheférieux , hift. comique , br. 1 1 : 4 l.
Du Luxe , broché ,
Traité fur l'Equitation , in - 80 br.
12 f.
I 1, 10 f. Monumens érigés en France à la gloire de
Louis XV, &c . in - fol. avec planches ,
rel. en carton , 241.
Mémoires fur les objets les plus importans de
l'Architecture , in - 4° . avec figures, rel . en
carton ,
12 1.
Les
Caractères
modernes
, 2 vol. br.
3 1.
Maximes
deguerre
du C. de Kevenhuller
, 1 1. 10 f.
Airs
choifis
de Maîtres
Italiens
avec
des
paroles
françoifes
,
242166
MERCURE
DE FRANCE.
JUIN , 1773.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
A Mademoiselle de M. . . . . , fille
remplie de talens .
ELIVE d'Apollon , c'eft lui qui vous inſpire
Les beaux vers que vous compofez ;
Il vous apprit encore à manier la lyre .....
Qui ne le connoîtroit à ces tons doux , aifés
Que fous vos doigts légers une harpe loupire !
D'un chaut facile & gracieux ,
L'italienne Polymnic
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Vous enfeigna la mélodie ,
Les accords enchanteurs , les fons harmonieus
Jaloufe de fa foeur , la vive Terpficore
Forma vos pas , vous apprit à danfer ;
Et pour l'art fi charmant de broder , nuancer ,
A vous montrer , Minerve encore,
Par bonté pour le dieu , voulut le furpafler.
Ce n'étoit rien : votre figure
Reftoit encore à façonner ,
Quand l'Amour vint pour terminer
Ce chef-d'oeuvre de la nature.
Sur la toilette de Cypris
Il prend ce fard , dont l'heureuſe impoſture
Fafcina les regards du beau berger Pâris.
La pâleur difparoît & céde au coloris.
Ce jeune enfant alors , tout fier de fon ouvrage ,
S'envole à tire- d'aîle aux céleftes pourpris ,
Tant il craint , que des traits femés fur ce vifage ,
Lui-même il ne fe fente épris !
«Je lui devrai , dit- il , mille & mille conquêtes.
» Elle n'eût fait , fans moi , qu'enchanter les ef-
»prits ,
» Elle fera tourner toutes les têtes . »
Par M. L. D. B.
JUI N. 1773.
ESSAI de traduction du II. Liv. de
PENÉIDE , par M. ****
Je n'ai entrepris cette traduction que pour mé
diftraire dans des momens où j'étois incapable de
tout autre travail , & je ne fongeois pas à la pu
blier ; mais fur ce que j'entends dire à des connoiffeurs
de celle de M. l'Abbé de Lille , je ne
puis me flatter que la mienne foit jamais lue , à
moins qu'elle ne paroiffe la première . Je ferai trèscontentfi
on la trouve auffi exacte , moins diffuſe
& plus correcte que celle de Ségrais , dont on a fait
plufieurs éditions . Je n'afpire point à la gloire de
difputer la vivacité du coloris à un poëte dont je
pourrois être au moins l'ayeul , & qui a déjà fait
Jes preuves en ce genre. J'ai traduit auffi le premier
& le troisième livres de l'Enéide ; mais je me
fuis arrêté au quatrième , fur lequel , fans compter
Ségrais, trois Académiciens François fe font exercés
: Gilles Boileau , frère aîné de Defpréaux , de
la verfion duquel on cite encore aujourd'hui plufieurs
endroits avec éloge ; le préfident Bouhier ,
dont on vient de réimprimer les oeuvres ; enfin M.
de Pompignan , qui dans la tragédie de Didon ,
refiée au théâtre, afait paſſer en françois les plus
grandes beautés defon modèle. Il n'appartient qu'à
M. de Lille d'ofer entreprendre une nouvelle traduc
tion de ce chef-d'euvre de l'antiquité dans lequel
on affure qu'il s'eftfurpaffé lui- même , & qu'il n'est
pas inférieur à fon original : c'est à lui de venger
notre langue& notre verfification de l'impuiffance
dont on les accufe.
Vos ô quibus integer ævi
Sanguis ineſt , ſolidæque ſuo ſtant robore vires , ( 1 )
Pergite , Mufa loqui vobis dedit ore rotundo . (2 )
(1) Firg.En. lib. II.
Hor. art poët.
A iv
MERCURE DE FRANCE.
"
ENEIDOs , lib. II.
CONTICUERE omnes , intentique ora tenebant :
Inde toro pater Æneas fic orfus ab alto :
Infandum , Regina , jubes renovare dolorem ;
Trojanas ut opes & lamentabile regnum
Eruerint Danaï , quæque iple miferrima vidi ,
Et quorum pars magna fui . Quis talia fando ,
Myrmidonum , Dolopumve, aut duri miles Ulyflei
,
Temperet à lacrymis ? & jam nox humida calo
Præcipitat , fuadentque cadentia fidera fomnos.
Sed fi tantus amor cafus cognofcere noftros
Et breviterTroja fupremum audire laborem ;
Quanquam animus meminiffe horret , luctuque
refugit :
Incipiam . Fracti bello , fatifque repulfi
Ductores Danaum , tot jam labentibus annis
Inftar montis equum , divinâ Palladis arte
Ædificant : ſectâque intexunt abiete coftas .
Votum pro reditu fimulant : ea fama vagatur.
Huc delecta virum fortiti corpora furtim
Includunt cæco lateri : penitufque cavernas
Ingentes , uterumque armato milite complent.
Eft in confpectu Tenedos notiffima famâ
JUIN. 1773:
Second Livre de L'ENÉI D È.
CHACUN eft attentif & garde le filence .
Affis près de Didon , Enée ainfi commence.
Reine , vous l'ordonnez ; mais avec quels pin
ceaux
Tracerois-je à vos yeux le tableau de nos maux ?
La chûte des grandeurs de l'opulente Troye,
Que du fer & des feux une nuit fit la proye !
Ah , victime & témoin des plus affreux malheurs,
Aux Grecs , par mon récit , j'arracherois des
pleurs.
Le jour tombe , & la nuit au repos nous invite ;
Mais fi de nos revers vous voulez être inftruite ,
J'en ferai le précis , quoiqu'il coûte à mon coeur ,
Et qu'un tel fouvenir me glace encor d'horreur.
Las de voir le deftin à leurs projets contraire ,
Les Grecs femoient le bruit qu'après dix ans de
guerre
Ils penfoient à quitter un funefte féjour;
Et fefoient à Minerve un vou pour leur retour.
Ils conftruifent en bois un édifice énorme:
Ce colofle effrayant d'un cheval a la forme ;
Et dans les larges flanes le trouvent renfermés
Les plus braves foldats que le fort a nommés .
A l'afpect de nos murs Ténédos fe préfente
Αν
1
до
MERCURE DE FRANCE.
Infula dives opum ,
bant :
Priami dum regna mane
Nunc tantum finus , & ftatio malefida carinis :
Huc fe provecti deferto in littore condunt.
Nos abiiffe rati , & vento petiifle Mycenas.
Ergo omnis longo folvit ſe Teucria luctu :
Panduntur portæ: juvat ire , & Dorica caftra ;
Defertofque videre locos , littufque relictum.
Hic Dolopum manus , hîc fævus tendebat Achilles
:
Claffibus hic locus : hîc acies certare folebant.
Pars ftupet innuptæ donum exitiale Minerva ,
Et molem mirantur equi : prinufque Thymates
Duci intra muros hortatur , & arce locari ;
Sive dolo , feu jam Troja fic fata ferebant.
At Capys , & quorum melior fententia menti ,
Aut Pelago Danaûm infidias fufpectaque dona
Præcipitarejubent ; fubjectifque urere Aammis :
Aut terebrare cayas uteri & tentare latebras.
Scinditur incertum ftudia in contraria vulgus,
Primus ibi ante omnes , magnâ comitante ca
tervâ ,
Laocoon ardens fummâ decurrit ab arce.
Et procul : O miferi , quæ tanta infania cives ?
Creditis avectos hoftes ? aut ulla putatis
Dona carere dolis Danaûm ? fic notus Ulyfles ?
1
JUIN. 1773. TI
Dans les beaux jours de Troye , île riche & puiflante
,
Les Grecs , que nous croyions embarqués pour
Argos ,
Dans un abri peu fûr y cachoient leurs vaiffeaux.
Si long- tems affliégé , le citoyen de Troye
Sort enfin de fes murs & le livre à la joie.
Sur le camp déferté promenant fes regards ,
Là , dit - il , nous voyions briller des étendarts 3)
Plus loin étoit la flotte : Ici campoit Achille :
Voilà le champ fatal en meurtres fi fertile.
L'un admire en tremblant le vou fait à Pallas ,
Ce funefte cheval ſemblable au Mont Atlas .
Il faut le tranſporter dans notre citadelle ,
Dit Thymète , ou trompeur ou trompé par fon
zèle ,
Ah ! plutôt , dit Capys , avec les plus prudens ,
Noyons , brûlons ce monftre ; au moins fondons
fes flancs.
Entre ces deux avis le peuple fe partage :
Laocoon , du fort accourt fur le rivage.
Amis , quelle fureur s'empare de vos lens ?
Ah ! croyez- vous , dit - il , les ennemis abfens ?
Ou que les dons des Grecs foient exempts d'arti
fice ?
I
Ouvrez , ouvrez les yeux,, connoiffez mieux
Ulyfle.
A vj
-12 MERCURE DE FRANCE.
Aut hoc inclufi ligno occultantur Achivi ;
Aut hæc in noftros fabricata eft machina muros ,
Infpectura domos , venturaque defuper urbi ;
Aut aliquis latet error : equo ne credite , Teucri.
Quidquid id eft , timeo Danaos & dona ferentes.
Sic fatus , validis ingentem viribus haftam
In latys , inque feri curvam compagibus alvum
Contorfit : ftetit illa tremens , uteroque recuflo
Infonuere cave gemitumque dedere cavernæ.
Et fi fata Deûm , fi mens non læva fuiflet ,
Impulerat ferro Argolicas foedare latebras:
Trojaque nunc ftares , Priamique arx alta maneres?
Ecce manus juvenem intereà poft terga revinctum
Paftores magno ad regem clamore trahebant
Dardanidæ , qui ſe ignotum venientibus ultro ,
Hoc ipfum ut ftrueret , Trojamque aperiret Achivis
,
Obtulerat: fidens animi , atque in utrumque paratus;
Seu verfare dolos , feu certæ occumbere morti.
Undique vifendi ftudio Trojana juventus
Circumfufa ruit , certantque illudere capto.
Accipe nunc Danaûm infidias , & crimine ab un ●
Difce omnes.
Namque ut confpectu in medio turbatus , inermis
Conftitit , atque oculis Phrygia agmina circumf
pexit :
Heu , quæ nunc tellus , inquit , quæ me æquora
poffunt
Accipere?aut quidjam mifero mihi denique reftatt
JUI N. ∙13 1773 .
Ou ce monftre contient un bataillon preſſé ,
Ou c'eſt un piège adroit contre nos murs dreflé.
Plus haut que nos remparts qu'il peut réduire en
poudre ,
Du fein de ce volcan je vois partir la foudre.
Quoiqu'il en foit , amis , croyez - en mes vieux
ans .
Je redoute les Grecs & fur- tout leurs préfens
Il dit , & lance un dard que guide un oeil féroce .
Le trait s'arrête & branle en frappant le coloffe :
Sa cavité réfonne ; & , fans l'ordre des dieux ,
Le repaire des Grecs s'entrouvroit à nos yeux.
Je te verrois encore , ô ma chère patrie !
Un bruitfe fait entendre au loin dans la prairie:
Un jeune homme enchaîné paroît laifi d'effroi :
Des bergers , à grands cris , l'entraînent vers le
Roi.
L'inconnu s'eft offert fans armes , fans défenſe:
Livrer Troie eft fon but : dans cette confiance
Il brave les dangers où l'expofe le forr:
Intrépide , il attend le fuccès ou la mort.
La jeunefle Troyenne au tour de lui s'empreffe :
On infulte au captif; mais connoiffez la Grèce ,
Reine , & qu'un feul forfait vous peigne les en
fans .
Les yeux du prifonnier parcourent tous nos
rangs.
Il paroît interdit ; & d'une voix débile ,
Quel pays , quelle mer peut m'offrir un anile,
14
MERCURE
DE FRANCE
.
Cui neque apud Danaos ufquam locus ! infuper
ipfi
:
Dardanidæ infenfi poenas cum fanguine pofcunt.
Quo gemitu converfi animi , compreffus & omnis
Impetus hortamur fari , quo fanguine cretus ;
Quidve ferat , memoret ; quæ fit fiducia capto .
Ille hæc , depofitâ tandem formidine , fatur :
Cuneta equidem tibi , Rex , fuerint quæcunque ,
fatebor ;
Vera, inquit : neque me Argolicâ de gente negabo,
Hoc primum nec , frmiferum fortuna Sinonem
Finxit , vanum etiam mendacemque improba
finget.
Fando aliquid , fi fortè tuas pervenit ad aures
Belidæ nomen Palamedis , & inclyta famâ
Gloria quem falla fub proditione Pelafgi
Infontem , infando indicio , quia bella vetabat ,
Demifere neci ; nunc caflum lumine lugent :
Illi me comitem , & confanguinitate propinquum
Pauperin arma pater primis huc mifit ab annis.
Dum ftabat regno incolumis , regnumque vigebat
Confiliis ; & nos aliquod nomenque decufque
Geffimus :invidiâ poftquam pellacis Ulyflei
(Haudignora loquor ) fuperis conceffit ab oris ;
Afflictus vitam in tenebris luctuque trahebam ,
Er cafum infontis mecum indignabar amici.
Nec tacui demens : & me fors fi qua tuliffet ,
Si patrios unquam remeaffem victor ad Argos ,
Promifi ultorem , & verbis odia afpera movi
JUI N. 1773 . 15
Dit - il , quand chez les miens profcrit , perfécuté,
Mon fang fuffit à peine au Troyen irrité ?
Ceton fait naître en nous un fentiment plus tendre.
On l'exhorte à parler. Qu'a- t'il à nous appren
dre ?
2
De quel fang eft- il né ? Qui répond de fa foi ?
Le traître fe raffure , & s'adreflant au Roi ,
Seigneur, la vérité va parler par ma bouche.
Je fuis Grec , je l'avoue ; & file vrai vous touche ,
Soyez für que le fort , de tous mes maux l'auteur ,
De Sinon malheureux n'a pas fait un menteur.
Parmi les noms fameux des chefs de notre are
mée ,
L'un de ceux qu'a le plus vanté la renommée
Le nom de Palamède eft célèbre en tous lieux,
La paix étoit fon voeu : d'un forfait odieux
Ulyffè l'accufa ; la trame eft découverte :
Aujourd'hui qu'il n'eft plus , les Grecs pleurent fa
perte
Le fang nous unifloit : mon père près de lui
M'envoya jeune & pauvre implorer fon appui. ,
Il brilloit au confeil , & , fans m'en faire accroi
re ,
De Palamède heureux je partageois la gloire:
Mais depuis fon trépas , confus , déconcerté,
J'ai vécu dans le deuil & dans l'obscurité.
De me taire du moins fi j'euffe eu la prudence!?
Hélas ! il m'échappa de parler de vengeance.
1
16 MERCURE DE FRANCE.
Hinc mihi prima mali labes : hinc femper Ulyf
fes
Criminibus terrere novis : hinc fpargere voces]
In vulgum ambiguas , & quærere confcius arma.
Nec requievit enim , donec Calchante miniftro ...
Sed quid ego hæc autem nequicquam ingrata re
volvo ?
Quidve moror ? fi omnes uno ordine habetis Achi-
VOS ,
Idque audire fat eft jamdudum ; fumite poenas :
Hoc Ithacus velit & magno mercentur Atridæ.
Tum verò ardemus (citari , & quærere caulas ,
Ignari fcelerum tantorum artifque Pelafge.
Profequitur pavitans , & fito pectore fatur :
Sæpe fugam Danai Trojâ cupiere relictâ
Moliri & longo fefi difcedere bello.
Feciflentque utinam ! Sæpe illos afpera ponti
Interclufit hyems , & terruit Auſter euntes.
Præcipuè , cum jam hic trabibus contextus acernis
,
Staret equus , toto fonuerunt æthere nimbi.
Sufpenfi Eurypylum fcitatum oracula Phoebi
Mittimus : ifque aditis hæc triftia dicta reportat :
Sanguine placaftis ventos , & virgine cæsâ ,
Cum primum Iliacas Danai , veniſtis ad oras :
Sanguine quærendi reditus , animâque litandum
JUI N. 1773 . 17
Delà tous mes malheurs : les foupçons , les bruits
fourds
Répandus par Ulyffe empoisonnent mes jours.
Tout m'effraie , ou m'annonce un avenir finiftre.
Il ne fe lafla point que Calchas fon miniftre....
Mais de pareils détails êtes - vous curieux ?
Je m'arrête ; je lis mon arrêt dans vos yeux.
Je fuis Grec , il fuffit ; ma mort eft légitime :
Les miens vous fauront gré d'immoler leur victi
me.
Ignorant l'art des Grecs & leur duplicité ,
Nous ne foupçonnons point fon ingénuité.
On l'interroge encor : favant en l'art de feindre ,
Il pourfuit fon récit en paroiflant nous craindre.
J'ai vu fouvent , dit- il , tous nos chefs rebutés
Prêts à lever le fiége & toujours arrêtés.
Plût au Ciel ! .. Mais la mer , la ſaiſon des tem≈
pêtes ,
La foudre , les éclairs qui grondoient fur leurs têres
Redoubloient leurs frayeurs ; fur- tout le jour fatal
Qu'ils eurent mis fur pied cet immenſe cheval.
On demeure en fulpens : pour lever tout obſtacle ;
Eurypile eft par eux député vers l'oracle.
Il rapporte l'arrêt par Apollon dicté.
SC
Grecs , apprenez des dieux quelle eft la volonté.
Le fang pur d'une vierge offert en facrifice ,
»A vos voeux en partant rendit le Ciel propice :
»Le fang d'un Grec encor doit couler en ce jour :
»Les dieux à ce feul prix ont mis votre retour. »
18 MERCURE DE FRANCE.
Argolicâ. Vulgi quæ vox at venit ad aures.
Obftupuere animi , gelidusque per ima cucurrit
Ofla tremor, cui fata parent, quem pofcat Apollo ,
Hic Ithacus vátem magno Calchanta tumultu
Protrahit in medios :: quæ fint ea numina Divûm ,
Flagitat: & mihi jam multi.crudele canebant
Artificis fcelus , & taciti ventura videbant.
Bis quinos filet ille dies , tectufque recufat
Prodere voce fuâ quemquam aut opponere morti.
Vix tandem magnis Ithaci clamoribus actus ,
Compofitò rumpit vocem , & me deftinat aræ .
Aflenfere omnes : & quæ fibi quifque timebat ,
Unius in miferi exitium converfa tulere .
Jamque dies infanda aderat : mihi facra parari ;
Et fallæ fruges , & circum tempora vittæ.
Eripui ( fateor ) letho me , & vincula rupi :
Limofoque lacu per noctem obfcurus in ulvâ
Delitui , dum vela darent , fi forte dediflent.
Nec mihi jam patriam antiquam fpes ulla vi
dendi ,
2
Nec dulces natos exoptatumque parentem :
Quos illi fors ad poenas ob noftra repofcent
Effugia , & culpam hanc miferorum morte piabunt.
Quod te , per fuperos & confcia numina veri ;
Per fi qua eft quæ reftat adhuc mortalibus ufquam
Intemerata fides , oro : miferere laborum
Tantorum , miferere animi non digna ferentis.
JUI N. 1773. IN.
19
1
L'armée apprend bientôt la réponſe cruelle.
La foudre va partir ; mais qui menace - t'elle ?
L'horreur glace nos fens ; chacun , faifi d'effroi,
Tremble pour fon ami , mais plus encor pour foi.
Calchas eft par Ulyfle entraîné fur la place :
Du Ciel c'eſt à lui feul d'expliquer la menace ;
Mais en voyant un traître à me perdre acharné ,
On me prédit le fort qui m'étoit deſtiné.
Le grand Prêtre dix jours fe condamne au filence ,
Il le voile , en feignant d'épargner l'innocence :"
Ulyffe enfin l'emporte , & le cruel Calchas
Fait defcendre du Ciel l'arrêt de mon trépas .
Tout le monde applaudit ; chacun fe félicite
De voir un autre en proie au danger qu'il évite
Le jour fatal arrive , & l'autel eft paré :
Mon front étoit déjà ceint du bandeau facré.
J'ofai rompre mes fers un marais , je l'avoue,
M'offrit un abri fûr dans les joncs & la boue.
Delà je vis les Grecs partir au point du jour.
O mon père , ô mes fils , objets de mon amour !
De vous revoir jamais j'ai perdu l'espérance ;
Et peut- être des Grecs l'implacable vengeance,
N'ayant pu s'aflouvir en me perçant
le flanc ,
Étanchera fa foif en verfant votre fang.
Après tant de revers , de craintes & d'alarmes ,
Grand Roi , d'un innocent daignez fécher les larmes.
Si dans les coeurs humains quelque honneur eft
refté ,
Les dieux me font témoins de ma fincérité.
20 MERCURE DE FRANCE.
His lacrymis vitam damus , & miferefcimus ultro
.
Ipfe viro primus manicas atque arcta levari
Vincla jubet Priamus ; dictifque ita fatur amicis :
Quisquis es , amiflos hinc jam oblivifcere Graios ,
Nofter eris : mihique hæc ediffere vera roganti :
Quò molem hanc immanis equi ftatuere ? quis
auctor?
Quidve petunt ? quæ relligio aut que machina
belli ?
Dixerat. Ille dolis inftructus & arte Pelaſgâ ,
Suftulit exutas vinclis ad fidera palmas
Vos , æterni ignes , & non violabile veftrum
Teſtor numen , ait : vos aræ enleſque nefandi ,
Quos fugi , vittæque Deum , quas hoftia geffi :
Fas mihi Graiorum facrata refolvere jura ;
Fas o diffe viros , arque omnia ferre fub auras ,
Si qua tegunt : teacor patriæ nec legibus ullis.
Tu modò promiffis maueas , fervataque ferves
Troja fidem : fi vera feram , fi magna rependam
Omnis fpes Danaûm & coepti fiducia belli
Palladis auxiliis femper ftetit. Impius ex quo
Tydides fedenim , fcelerumque inventor Ulyffes ,
Fatale aggreffi facrato avellere templo
Palladium , cæfis fummæ cuftodibus arcis ,
Corripuere facram effigiem ; manibufque cruentis
Virgineas auf Diva contingere vittas :
t
JUIN. 1773. 21
La pitié dans nos coeurs fuccède à la colère.
Le Roi tout le premier , touché de ſa misère ,
Ordonne qu'il foit libre & le fait délier.
Ne penfe plus aux Grecs : il les faut oublier ,
Dit Priam ; fois Troyen ; mais parle moi fans
feinte.
A quoi bon ce cheval & ſon énorme enceinte ?
Qui l'a conftruit ? pourquoi le laifler en ces lieux?
Eſt-ce un piége , une ruſe ? eft - ce un don fait aux
dieux ?
Le traître inftruit dans l'art dont la Gréce s'honore
,
Dit , en levant fes mains libres à peine encore ,
Ici , je vous attefte , aftres , feux éternels ,
Divinité terrible aux parjures mortels ,
Bandeaux , couteaux cruels , autels vengeurs du
crime,
D'où j'ofai me fouftraire , innocente victime ,
L'injuftice des Grecs m'affranchit de leur loi :
Leurs fecrets , s'ils en ont , ne font plus rien pour
moi.
Je dois tout à Priam , &-, für de fa promeffe ,
Je vais lui dévoiler les fecrets de la Grèce.
Son plus flatteur efpoir , pour foumettre Ilion ;
Fut toujours en Minerve & le Palladion ;
Mais depuis que Tydide & le perfide Ulyſſe
Eurent , fouillant l'autel de notre protectrice ,
Porté fur la déeffe & les bandeaux facrés
Des mains teintes du fang des gardes maflacrés 3 -
22 MERCURE DE FRANCE.
Ex illo fluere ac retrò fublapfa referri
Spes Danaûm : fractæ vires , averla Dex mens ,
Nec dubiis ea figna dedit Tritonia monſtris.
Vix pofitum caftris fimulacrum ; arfere corufcæ
Luminibus flammæ arrectis , falfulque per artus
Sudor iit , terque ipfa ſolo (mirabile dictu )
Emicuit,parmamqueferens haftamque trementem ,
Extemplo tentanda fugâ canit æquora Calchas :
Nec pofle Argolicis exfcindi Pergama telis ;
Omina ni tepetant Argis , numenque reducant ,
Quod pelago & curvis fecum adverere carinis,
Et nunc quod patrias vento petiere Mycenas :
Arma Deofque parant comites , pelagoque remenlo
Improvifi aderunt : ita digerit omina Calchas.
Hanc pro Palladio moniti , pro numine læfo
Effigiem ftatuere , nefas quæ trifte piaret :
Hanc tamen immenfam Calchas attollere melem
Roboribus textis , coloque educere juffit :
Ne recipi portis : aut duci in menia poffit ;
Neu populum antiquâ fub religioné tueri.
Nam fi veftra manus violaflet dona Minerva ;
Tum magnum exitium (quod Di prius omen in
ipfum
JUI N. 1773- 23
Chaquejour vit des Grecs diminuer l'audace ;
Le courroux de Pallas fit tout changer de face.
La déèffe en donna des fignes évidens .
Nous vimes de les yeux partir des traits ardens ,
Et des flots de fucur inonder ſa ſtatue ;
Qui de terre trois fois s'élève à notre vae :
Son armure treffaille & retentit au loin.
Du prodige effrayant tout le camp fut témoin .
Laiflons-là , dit Cálchas , une vaine entre
prife.
Ilion par les Grecs ne peut être conquife ,
$ Si l'image fatale , emmenée en Argos ,
Ne nous fait rapporter des augures nouveaux.
Après avoir des dieux rappelé la clémence ,
A més , pourvus de tout , revenez en filence
Surprendre un ennemi qui ne vous attend pas.
Vous le vaincrez : tel fut le conſeil de Calchas.
Cependant pour calmer Pallas qui nous menace
Il fait , julques aux cieux élever cette maffe ;
Afia que dans vos murs ne pouvant pénétrer,
L'hommage des Troyens ne puifle l'honorer.
Que fi le voeu facré recevoir une injure ,
(Daignent les dieux fur lui détourner cer aus
gure. )
24 MERCURE DE FRANCE.
Convertant ) Priami imperio Phrygibuſque futu
rum :
Sin manibus veftris veftram afcendiffet in urbem;
Ultro Afiam magno Pelopeia ad moenia bello
Venturam , & noftros ea fata manere nepotes .
Talibus infidiis , perjurique arte Sinonis ,
Credita res : captique dolis , lacrymifque coacti ;
Quos neque Tidides nec Lariffæus Achilles ,
Non anni domuere decem , non mille carinæ.
Hic aliud majus miferis multoque tremendum
Objicitur magis , atque improvida pectora tur❤
bat.
Laocoon , ductus Neptuno forte facerdos ,
Solemnes taurum ingentem mactabat ad aras.
Ecce autem gemini à Tenedo tranquilla per alta
(Horrefco referens) immenfis orbibus angues
Incumbunt pelago , pariterque ad litora cendunt ;
Pectora quorum inter fluctus arrecta , jubæque
Sanguineæ exuperant undas ; pars cætera pontum
Ponè legit ,finuatque immenfa volumine terga.
Fit fonitus fpumante falo : jamque arva tene
bant ,
Ardentefque oculos fuffecti fanguine & igni ,
Sibila lambebant linguis vibrantibus ora.
A
JUIN. 1773 . 25
L'empi re de Priam feroit bientôt détruit ,
Au lieu que pas vos mains le colofle introduit
Mettroit un jour les Grecs fous le joug de l'Afie.
Du parjure Sinon les pleurs , l'hypocrific
Surprennent des Troyens la crédule bonté.
Ce que mille vaiffeaux n'ont pas exécuté ,
Ni dix ans , ni vingt Rois , eft l'ouvrage d'un traître
.
Alors Laocoon que le fort fit grand Prêtre
Sur l'autel de Neptune immoloit un taureau
Quand l'aspect effrayant d'un prodige nouveau
,
En troublant tous nos fens , glace notre courage.
On voit de Ténédos arriver à la nage
( Je tremble en le difant ) deux ferpens monf
trueux
Marchant de front , formant des replis tortueux.
Leur tête , leur poitrail & leur crête fanglante
S'élevent fur les flots ; & la mer écumante
Vomit avec fracas le couple menaçant.
Leurs yeux lancent des traits & de flamme & de
fang.
Leurs langues en fiffilant de leurs gueules s'élang
cent
B
26 . MERCURE DE FRANCE .
Diffugimus vilu exangues : illi agmine certo
Laocoonta petune : & primum parva duorum
Corpora natorum ferpens amplexus uterque
Implicat , & miferos morfu depafcitur artus.
Poft , ipfum auxilio Cabeuntem ac tela ferentem
Corripiunt , fpirifque ligant ingentibus : & jam
Bis medium amplexi , bis collo ( quamca circum
Terga dati , fuperant capite & cervicibus altis.
Ille fimul manibus tendit divellere nodos ,
Perfufus fanie vittas atroque veneno :
Clamores fimul horrendos ad fidera tollit
Quales mugitus , fugit cum faucius aram
Taurus , & incertam excuffit cervice fecurim .
At gemini lapfu delubra ad fumma dracones
Effugiunt , fævæque petunt Tritonidis arcem :
Sub pedibusque Dea, clypeique fub orbe teguntur .
Tum verò tremefacta novus per pectora cunctis
Infinuat pavor: & fcelus expendiffe merentem
Laocoonta ferunt , facrum qui cufpide robur
Læferit , & tergo fceleratam intorferit haftam.
Ducendum ad fedes fimulacrum , orandaque Diva
Numina conclamant.
JUIN. 1773 . 27
Tout tremble , chacun fuit , les deux monftres
avancent ,
Et de Laocoon attaquant les deux fils ,
Enveloppent leurs corps par d'énormes replis .
On voit couler leur fang : la lance en main , leur
père
Voloit à leur fecours ; par le double Cerbère
D'in diflolubles noeuds lui - même il eft ferté ,
Son col de leur écaille eft deux fois entouré.
Leur tête le déborde & le menace encore.
Il poufle un cri perçant vers le Ciel qu'il implore.
Malgré tous les efforts , fes membres déchirés
Souillent d'un noir venin les ornemens facrés .
Tel un taureau frappé de nos autels s'arrache ,
Mugit , & chancelant le dérobe à la hache ;
Cependant les dragons fe traînant pas à pas ,
Graviffent en rampant au temple de Pallas ,
Aux pieds de la déefle en traverfant la ville ,
Sous fon égide même ils cherchent un azile .
La frayeur à l'inftant s'empare des efprits .
Du fort de leur pontife ils ne font plus furpris :
Les dieux par fon fupplice ont dû punir l'audace
De trait qu'il a lancé fur la fatale male.
Que ce gage facré foit reçu parmi nous ,
Dilent ils , de Pallas fléchiflons le courroux.
La fuite dans le prochain Mercure.
>
Bij
28
MERCURE
DE FRANCE
.
>
AMURAT ou la Voix de la confcience.
AMURAT , Sultan d'Orient , le juge des
Nations & le difciple de l'adverfité , rapporte
lui- même les merveilles de la vie.
Que l'homme orgueilleux s'humilie &
foit honoré , que le fenfuel fe réforme &
foit heureux .
L'Ange de la mort avoit fermé les yeux
du Sultan Abradin , mon père ; & j'étois
âgé de dix - huit ans , lorfque je patvins à
l'Empire. La douleur fut le feul fentiment
que je connus d'abord ; & il ferma mon
ame à toutes les fenfations de l'orgueil ,
Je fixois l'éclat qui m'environnoit fans en
être ébloui . Je recevois avec dédain les
hommages de la fervitude , & je forçois la
flatterie à rougir de fa propre baffeffe,
Mon père m'avoit toujours infpiré autant
de refpect que d'amour ; j'avois toujours
devant les yeux cette fcène augufte & folennelle
, où fa voix mourante invoquoit
le Ciel en faveur de fon fils , & le prioit
de m'aider à fupporter le poids de l'Empire
, afin qu'il fût moins lourd pour mes
fujers.
Un foir , après avoir paffé tout le jour
JUI N. 1773 . 29
dans la folitude & la douleur , je me rendis
à fon maufolée , & je me profternai
fur fa tombe. Le chagrin dévoroit mon
coeur ; mais un noble orgueil releva mon
courage , & l'afpect majeftueux de ce
tombeau m'infpira l'ardeur d'égaler le
héros dont il renfermoit la cendre , Toutà
- coup j'entendis une voix qui m'appeloit
par mon nom. Je me tournai , & j'apperçus
une figure humaine dont les yeux
étoient auffi perçans que la lumière , &
la barbe auffi blanche que la neige. Je
fuis , me dit- il , le Génie Syndarac , l'ami
d'Abradin ton père , la terreur de fes ennemis
& les délices de fon peuple d'Abradin
, dont le fourire répandoit la joie
comme le flambeau du matin , & dont la
colère étoit auffi redoutable que la tempête.
Soumets- toi à mon influence , & ta
feras femblable à lui. Je m'inclinai profondément
, & il me mit au doigt une
bague d'un feul rubis , dont la couleur
éroit fort brillante . Cette bague , me ditil
, te marquera les bornes du bien & du
mal ; & , fans chercher des conféquences
éloignées , ton efprit pourra voir fur le
champ la nature & la fin de chacune de
tes actions . Sois donc attentif à cet aver
tiffement ſecret ; & , lorſque le cercle d'or
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
te preffera le doigt par une contraction ſybite
, & que le rubis pâlira , renonce à
tes deffeins,& grave dans ta mémoire que
l'action que tu te propofois eft contraire à
la juftice & à l'honneur.
Je pris la bague avec un fentiment de
reconnoiffance que mon étonnement ne
me permit pas d'exprimer. Le Génie s'apperçut
de ma confufion , le tourna vers
moi avec un air de bonté , & difparut
auffi tôt.
Pendant le premier mois je veillai fur
moi même avec tant d'attention , que le
plaifir de voir mon anneau fi tranquille
me fit douter de fa vertu : je m'appliquai
aux affaires publiques , & ma mélancolie
fe diffipa. Je ne voulus pas même fufpen .
dre trop long- tems les plaifirs de ma cour,
& j'ordonnai une chaffe au lion . Je m'y
étois déterminé plutôt par complaifance
que par defir. Cependant mon ardeur
accoutumée le ranima dans la plaine ;
mais elle fut inutile ; la chaffe fut longue
& fans fuccès , & je retournai dans
mon palais , excédé de fatigue & d'ennui.
En entrant dans le férail , un petit chien ,
qui avoit appartenu à mon père , courut
à moi pour m'exprimer ſa joie. J'étois peu
JUI N. 1773 . 31
difpofé à recevoir les careffes ; & dans la
vivacité de mon humeur, je le frappai d'un
coup de pied, & le pouffai fous un fopha.
Au même moment je fentis mon anneau
me preffer le doigt , & regardant le rubis,
je m'apperçus que fa couleur s'obfcurciffoit.
Je fus furpris d'abord ; mais bientôt
l'étonnement fit place au dédain : quoi
donc m'écriai - je ! le Sultan Amurat , qui
reçoit le tribut des Rois de la terre , qui
tient dans fa main la vie des Nations ,
Amurat ne pourra frapper un chien qui
l'importune fans qu'on lui reproche de
bleffer la justice ! Mon anneau preffa de
nouveau mon doigt , & devint plus pâle
encore. Auffi -tôt mon palais fut ébranlé
par un coup de tonnerre , & le Génie Syndarac
fe préfenta devant moi .
Amurat , me dit-il , tu viens d'offenfer
un être qui , comme toi , reçut du Tout-
Puiffant la fenfation de la peine & du
plaifir , du plaifir que ton caprice ne doit
pas fufpendre , de la peine que la juſtice
feule a le droit d'infliger. S'il fuffifoit d'être
puiffant pour accabler des êtres inférieurs
à foi , ne pourrois - je pas t'accabler
toi - même , & mon pouvoir ne juſtifietoit
il pas ma rigueur ? Mais je t'épargne
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
parce que je fuis bon , & je te pardonne
parce que tu peux être docile. N'attends
pas cependant que je réponde à toutes tes
demandes & que je laiffe toujours tenter
ma bonté. Souviens- toi feulement qu'une
faute légère nous conduit fouvent à de
plus grandes , & repofe - toi fur ton anneau
.
La chaffe avoit été malheureufe , je nie
voulus point en recommencer une autre ;
mais j'invitai les premières perfonnes de
l'Empire à un feftin & à un bal . Je voulus
que toute cérémonie fût bannie , & que
l'on oubliât mon tang pour me traiter en
égal ; je donnois moi- même l'exemple de
la liberté. Mais en affectant de dédaigner
l'appareil de la puiffance , je n'avois pas
affez de grandeur d'ame pour y être infenfible.
J'étois flatté du refpect involontaire
que l'on avoit pour moi , & j'étois
intérieurement indigné contre Alibeg
mon vifir, qui vouloit me plaire , en jouiffant
d'un plaifir ordonné par moi- même
& qui me croyoit affez généreux pour ai
mer , du moins quelques momens , la liberté
imaginaire de mes fujets. En cherchant
à s'allurer ma faveur il s'attira ma
colère , & je m'efforçai de le rendre ridicule.
Mon anneau m'avertit je celfai
JUIN. 1773. 33
quelques inftans . Mes courtifans ayant
découvert mes intentions , s'y prêtèrent
& contentèrent à la fois mon reffentiment
& ma vanité . Je me mis à table , & je voulois
oublier dans le vin mon anneau &
fes confeils ; ma fatyre devint plus piquante,
& Alibeg fut plus embarrallé . Mon
anneau me preffoit toujours , mais j'étois
trop heureux de la fouffrance de mon vifir
pour ne pas continuer de l'affliger . Alibeg
avoit découvert ma foibleffe, & la méprifoit.
Amurat , me dit il avec un air tranquille
, file fultan favoit qu'après avoir
invité fes amis au plaifir & à la liberté
qui lui eft néceffaire , vous avez pris fon
autorité & infulté ceux qui ne penſent pas
que la franchiſe & l'amitié vous offenfent
, vous vous feriez certainement attiré
fa difgrace . La févérité de ce reproche ,
que mes infultes avoient arraché d'un
homme échauffé par le vin , me rendit
furieux je me levai , & le pouffant hors
de la table , j'allois le percer de mon poignard
quand mon anneau me ferra plus
fortement. Je vis avec regret que le rubis
étoit extrêmement pâle , & je fis un effort
fur moi-même.
J'aurois dû me réfoudre à prévenir ces
reproches , & je ne cherchai qu'à me dé-
B v
34
MERCURE DE FRANCE.
barraffer de la préfence importune du Génie.
Les défordres de ma conduite augmentèrent
par degrés , & les avertiffemens de
mon anneau devinrent d'autant moins
fenfibles qu'ils étoient plus fréquens ;
bientôt ils m'étoient fi familiers, que mon
coeur & mon doigt ne s'en appercevoient
plus .
Content alors de mon endurciffement ,
je me permis tous les excès de la tyrannie
la fervitude m'environnoir. Je ne
voulois plus de fujets ; je ne voulois que
des efclaves . Je les méprifois même trop
pour daigner les opprimer moi - même;
j'abandonnai le foin de mon empire à des
tyrans fubalternes pour me livrer tout entier
à la débauche : mais je languiffois au
milieu de mon férail . Mes fens connurent
peut- être quelquefois la volupté groffière;
mais mon ame ne connut point l'amour
& elle n'étoit pas digne de le connoître .
Cependant je n'avois pas encore trempé
mes
mains
dans le fang , & je n'avois pas
avili les loix que je négligeois de fuivre.
>
Mon reffentiment contre Alibeg , quoiqu'injufte
, fut inflexible , & me conduific
à la haine la plus violente ; je le dépofai
de fa place , & je le gardai toujours à ma
cour afin d'empoifonner fa vie par de conJUIN.
35 1773.
tinuels outrages , & de l'accabler toujours
par les détails de ma vengeance.
Sélima , fille de ce Prince , m'avoit été
deftinée pour époufe par mon père , &
ce mariage n'avoit été différé que par fa
mort. Alibeg devoit tirer de cette alliance
un nouveau luftre , & ce fut affez pour
changer mes projets. Cependant l'efprit
& la beauté de Sélima me forçoient de
haïr ma vengeance . Je l'aimois ; mais je
ne vis plus dans mon amour qu'un moyen
affreux de fatisfaire ma haine . Je réfolus
de la féduire , de la garder quelques jours
dans mon férail , & de la renvoyer honteufement
quand ſa beauté céderoit aux
charmes de l'inconftance. Ce projet fut
heureufement inutile : elle m'accabla de
reproches , & fit parlet fes larmes . Et quel
feroit le pouvoir de la vertu , fi le vice
lui- même n'étoit forcé de la refpecter ? Le
malheur que je cherchois à porter fur les
autres retomba fur moi . La vertu de Sélima
étoit un triomphe de plus pour fon
père , & une infulte pour fon maître.
Certe idée me fit frémir , mes defirs devinrent
des befoins ; je ne fongeai plus
qu'à les fatisfaire , & je réfolus de foulager
mes tourmens , en forçant Sétima d'abéir
à mes pallions.
B vj
36 MERCURE
DE FRANCE.
Elle occupoit par mon ordre un appar
tement du férail. J'entrai chez elle pendant
la nuit , par une porte particulière .
Mais quelle fur ma furprife? Je n'y trou
vai point Sélima.... Etre ainfi trompé
dans mes projets , au moment où je me
eroyois le plus fûr du fuccès ! .. La rage
s'empara de moi ; je ne cherchai plus à
diffimuler ma conduite , je fis venir les
femmes de Sélima qui parurent devant
moi pâles & tremblantes. Je leur demandai
leur maîtreffe ; elles me fixèrent toutes
avec étonnement , & fe regardèrent
entr'elles avec un morne filence . Je répétai
ma demande avec fureur ; je menaçai :
& pour les intimider davantage , je fis
approcher les miniftres de la mort . Alors
elles tombèrent toutes à mes pieds , & me
déclarèrent , d'une commune voix , qu'elles
ne favoient pas où elle pouvoit être ;
qu'elles l'avoient laiffée le foir affife fut
un fopha , & que certainement elle n'avoit
vu perfonne depuis ce moment : elles
perfiftoient fermement dans ce récit tout
incroyable qu'il étoit . La confuſion ſe
répandit dans le palais , & je fus obligé
de me retirer fans connoître les moyens.
dont on s'étoit fervi pour me braver , &
fans favoir qui je devois punir. Je ne
JUIN. 37 1773 .
trouvai qu'un nouveau prétexte pour me
venger d'Alibeg .
Dès le matin j'ordonnai qu'on le faisît
& qu'on l'amenât devant moi . Tandis
qu'on fe difpofoit à exécuter mes ordres ,
-
vint fe profterner à mes pieds , & me
parla ainfi . Puiffe le Sultan Amurar , dont
l'Ange de la mort fuit la colère , jouis
toujours de la faveur du Ciel ! Je t'ai déplu
; je mérite la mort : je l'attends ; mais
fouviens-toi de Sélima , rends moi ma
fille , daigne avoir compaffion de fa foibleffe
, & ne la punis pas de fa vertu.
Ofes- tu , m'écriai - je , me demander ta
fille que tu m'as enlevée ? Ofes tu implo
rer ma clémence , toi que j'ai épargné
autant de fois que tu m'as outragé? Rendsla
moi dans une heure , ou l'abus de mes
bontés te coûtera la vie. Eh bien , repritil
, nous fommes foibles , tu es puiflant ;
qu'elle expire comme fon père , mais que
du moins nous puiflions mourir enfemble.
Quoique je fuffe alors bien convaincu
qu'Alibeg penfoit que j'avois fait enfermer
fa fille & que je l'avois condamnée
je le renvoyai en lui renouvelant l'ordre
de me la repréfenter dans une heure, fous
peine de mort.
38 MERCURE
DE FRANCE
.
Ma bague , qui pendant toute cette fuite
d'événemens n'avoit point cetfé de m'avertir
de mes fautes , & à laquelle je ne
faifois point attention , me preffa le doigt
avec tant de violence qu'elle me fit beaucoup
de mal . Je me retirai auffitôr , & j'exhalai
ma fureur par ces mots . Amurat eft
donc l'efclave malheureux d'un tyran invifible
qui s'oppofe à fon autorité & qui
lui reproche toates fes actions comme des
crimes ! Soupirerai-je long tems fous cette
oppreflion infupportable ? Cet anneau est
le gage de ma foumiflion & de mon défhonneur
. Celui qui me l'a donné habite
peut- être quelque région éloignée , peutêtre
il roule quelque planette dans fon
orbite , agite l'Océan ou ébranle quelque
monde. Mais quel que foit fon féjour , il
a certainement un emploi plus important
que celui de veiller fur ma conduite : cette
cenfure continuelle me fatigue ; j'ai des
defirs , je veux les fatisfaire , je veux être
heureux . En prononçant ces mois j'ôtai
l'anneau de mon doigt & le jetai avec indignation.
Auffi tôt l'air s'obfcurcit ; le
tonnerre éclata fur ma tête , & Syndarac
jeta fur moi un ceil terrible . Je demeurai
fans voix , & mon fang fe glaça dans mes
veines. Je ne pus ni avouer mes crimes ,
JUIN. 1773
39
ni défarmer la colère , & je l'entendis
prononcer ces mots. Tu as déshonoré le
trône & l'humanité , tu vas caffer d'être
grand pour apprendre à être homme.
Auffi - tôt il me toucha de fa baguette , &
je me trouvai fur le champ tranfporté au
milieu de Golconde , fous la forme &
l'habit d'un esclave . Je confervois le fouvenir
de ma vie paffée ; mais je ne pou
vois en parler , & le Génie m'avoit ôté le
pouvoir d'exprimer mes fentimens . Réduit
à cette condition qui m'avoit paru fi
méprifable , je confervai quelque tems
l'orgueil de mon premier état ; mais bientôt
les befoins renaiffans me firent paffer
par tous les degrés de l'humiliation . Syn .
darac , pour me mieux punir , m'avoit
condamné à vivre , & me privoit de la
liberté de finir des jours qui m'étoient
odieux . Il fallut fe foumettre à l'efclavage
, & je fus acheté par un Emir , ami
d'Alibeg. J'appris bientôt que l'on avoit
trouvé dans mon férail un corps que l'on
avoit jugé être le mien. J'entendis le fon
des inftrumens ; les héraults approchè
tent , & Alibeg fut proclamé Sultan au
milieu des acclamations publiques. On
ne prononçoit mon nom qu'avec mépris.
On auroit voula l'oublier. C'eft alors que
40 MERCURE DE FRANCE.

mon ame fentit toute l'horreur de fa fitua
tion ; c'est alors que je devins fenfible :
les remords déchirans entrèrent dans mon
coeur. Je verfai , pour la première fois , des
larmes. Celles que le repentir arrache
font précieufes pour l'humanité. Hélas !
me dis je alors , fi tous les grands de la
terre pouvoient , comme moi , entendre
quelques momens les jugemens de leurs
peuples s'ils ofoient mafquer leur puiffance
pour chercher eux - mêmes la vérité
qui la fuit , & mefurer leurs droits &
leurs actions fur l'amour de leurs fujets ;
fans doute cet amour paroîtroit préférable
à la terreur , & il s'établitoit un commerce
réciproque de juftice & de reconnoiffance
. Ces réflexions me firent un mo
ment pardonner à moi - même mes crimes
paffés , & cependant le changement de
mon fort m'offroit à chaque inftant de
nouvelles fouffrances . Je vis ce même
férail où je marchois fouverain , & j'étois
maintenant confondu dans la foule de
ces efclaves , qui , quelques jours auparavant
, n'auroient pas ofé lever les yeux fur
leur maître. Quand mon orgueil fut accoutumé
à fentir ces privations , elles lui
devinrent moins cruelles : un fentiment
plus noble s'éleva dans mon ame ; je ne
JUIN. 1773.. 41
regrettai plus l'empire que par le défefpoir
de ne pouvoir réparer mes injuftices .
Mon affliction fut plus vive en devenant
plus légitime. Je croyois , malgré ma difformité,
que tout mon peuple alloit me
reconnoître. Je croyois lire dans tous les
yeux les reproches que je me faifois à
moi même. Mes triftes réflexions me
pourfuivoient la nuit & le jour. Le crime
& l'infortune peuvent être forcés au
fommeil , mais ils ne peuvent goûter
le repos. J'errois triftement autour de
mon férail ; tout me rappeloit mon infortune
, & tout fervoit à l'augmenter.
Un foir je m'étois affis au pied d'un fycomore
; mes fens étoient fatigués & affoupis
, & je m'endormis profondément.
A mon réveil , je me trouvai au milieu
de la nuit dans une campagne ifolée . Je
vis briller de loin une foible lumière ; je
m'approchai , & j'entendis des fons qui
me frappèrent. Je prêtai plus attentivement
l'oreille , & je reconnus la voix de
Sélima . Sélima mon époufe ! Sélima , que
le Ciel & mon père m'avoient deſtinée ,
& dont je me fuis rendu indigne en outrageant
fa vertu . Ah ! fi jamais .... Tout
eft perdu pour moi ! trop heureux encore
de n'avoir pas réuffi dans mes projets ,
42 MERCURE DE FRANCE.
&
j'aurois un crime de plus à me reprocher.
Sélima étoit dans la cellule d'un hermite;
la porte étoit ouverte . Je regardai fans
être vu ; mais je ne connoilfois pas ce fo
litaire. J'écoutai Sélima qui parloit , &
j'entendis ces mots.
J'ignore quel pouvoir inconnu m'a
conduite près de vous , refpectable vieillard
; mais votre préfence rend à mon
coeur la force & le courage qui me
fuyoient. Quoi done ! reprit l'hermite ,
eft- il poffible que l'Etre Souverain , en
vous donnant tant de charmes , ne vous
ait pas donné l'amour de la vertu qui
ajoute encore à la beauté ? Jamais , répondit
Sélima , je n'ai trahi mon devoir ;
mais j'ai ofé m'en plaindre , & j'en fuis
punie. Le Sultan Amurat avoit daigné
regarder ſon eſclave avec complaifance ;
il m'aimoit & je devois être fon épouse.
Un foir , après avoir combattu fes defirs ,
je demeurai feule , & je réfléchis fur ma
paflion . J'accufai fecrettement mon père
dont la conduite , quoiqu'irréprochable ,
avoit dépla à fon maître , j'accufai la nature
qui met fon orgueil à combattre fes
defirs ; & peut être dans ce moment
Amurat auroit triomphé de ma foibleffe ;
mais j'ai tout-à- coup été tranfportée dans
JUI N. 1773. 43
ce défert , où j'ai erré pendant quelques
jours , & fans doute un pouvoir bienfaifant
a dirigé mes pas vers vous pour raffermir
ma vertu chancelante.
Je regardai Sélima , & mon coeur s'enivtoit
de fon amour . Jele connoillois pour
la première fois , cet amour fi tendre dont
j'avois abufé , & que fa foiblefle devoit
me rendre plus refpectable encore . J'entendois
ces fons flatteurs qui paffoient dans
mon ame ; mais je n'étois plus Amurat ,
je n'étois qu'un vil efclave. L'hermite
m'apperçut & me fit entrer dans fa cellule.
Aulli-tôt les voûtes s'ébranlèrent , &
je vis à la place de ce viellard , le Génie
Syndarac. L'afflction , me dit - il , vous a
conduit au bonheur ; c'eft moi qui vous
ai puni tous deux pour vous inftruire ; j'ai
veillé fur Sélima pour l'arracher à fa foibleffe
& à la tyrannie d'Amurat , & j'ai
veillé fur Amurat pour l'arracher au crime.
Toi , Prince malheureux , reprends
tes traits naturels , que la vertu & l'amour
faffent ton bonheur & celui de ton peuple;
fois l'époux de Sélima & le père de tes
fujets . A mon afpe et Sélima refta fans connoiffance
; elle pâlit & tomba dans mes
bras . Lorfquelle eut repris fes fens , le
Génie nous prit tous deux par la main :
2
44 MERCURE DE FRANCE.
Venez, nous dit-il ; j'ai révélé votre histol
re à Alibeg par un fonge ; il vous attend ;
& les chars viennent au- devant de vous :
je proclamerai par- tout : « Amurat , chan-
" gé par le malheur , revient régner fur
» les fidèles. La Sageffe fera affife près
de lui fur le trône , & le Bonheur va fe
fixer dans ces climats. Nous levâmes les
yeux & nous vîmes briller les toîts dorés
de la ville de Golconde . Alibeg nous
reçut avec tous les tranfports de l'amitié,
& Syndarac a foutenu mon trône & a prolongé
mes jours dans l'innocence & dans
la paix.
J'ai rapporté ces évenemens pour l'inf
truction de l'Univers. Toi , qui lis ce récit,
homme foible & préfomptueux , tu as
reçu l'anneau , tu as un ami fidèle qui te
reproche tes erreurs & qui te montre le
chemin de la vertu , ne néglige pas fes
confeils : Cette voix eft plus puiffante que
celle du Génie Syndarac ; y réfifter , c'eſt
te perdre toi même .
}
JUI N. 1773 . 45
1
IDYLL E.
SUR un côteau riant , où la belle nature
Etaloit , à plaifir , fes plus riches bienfaits ;
Près d'un ruiffeau dont l'onde pure
Répétoit de Philis les innocens attraits ,
Comme fon coeur , fans impofture;
Corydon , infenfible à ces objets touchans ,
Faifoit parler une douleur fi tendre ,
Qu'émus de fes triftes accens ,
Tous les bergers accouroient pour l'entendre.
De les yeux inondés de pleurs
S'échappoient des regards qui portoient au Ciel
même
Le fentiment de fes malheurs
Et de fon défefpoir extrême.
Sort barbare , s'écria -t'il ,
Aflouvis enfin ta furie !
Marque la fin de mon exil ;
Pourrois- tu me laifler la vie ?
J'ai tout perdu ! l'amour & l'amitié ,
Ce fentiment fi doux ! celui de la nature ,
Tout m'accablant d'une fauffe pitié ,
Be mon coeur indigné déchire la bleflure.
Sans garde contre les détours
Dont fait ufer la bafle envie ;
46
MERCURE
DE
FRANCE
.
Sous les traits de la calomnie ,
Verrai - je confumer mes jours ! ...
Permets , ô jufte Ciel ! que j'en hâte le cours.
11 fe lève , & déjà de fa rage infenfée
On redoute pour lui les dangereux tranfports ;
Quand Palémon , qui lit dans fa penſée ,
Prévient avec bonté fe criminels efforts .
De toutes les vertus l'organe & le modèle ,
Palémon , l'honneur du hameau ;
Le juge de toute querelle ,
Chef & père adoré de cet heureux côteau.
Arrête , lui dit - il , en arrachant fes armes ;
Jufqu'où peut t'égarer une aveugle fureur !
Laifle- toi fléchir à nos larmes ,
Elles coulent fur ton malheur.
O mon fils ! du fort qui t'opprime
Nous adoucirons la rigueur ;
Nous avons démêlé le cri de ta douleur ;
Ah ! ce n'eft point ainfi que s'exhale le crime !
Infortuné ! viens vivre parmi nous.
La pitié tendre & confolante
Guidera nos foins les plus doux ,
Viens ne trompe point notre attente .
Telle que l'on voit dans nos champs
Brûlés par de cruels orages ,
La douce chaleur du printems
Réparer bientôt les ravages ;
Ainfi l'image du bonheur ,
JUI N. 1773 . 47
Les plaifirs purs de l'innocence
Feront renaître dans ton coeur
La paix , la joie & l'efpérance.
Tes befoins feront prévenus ,
Pour te fervir , tout nous fera facile ;
O mon ami , dans ce champêtre afyle ,
Il eft encore des vertus !
Il l'embrasle à ces mots ; & toute la jeunefle
Applaudit au bon Palémon :
Chacun , plein d'une tendre ivrefle ,
S'emprefle au tour de Corydon ;
On le confole , on le carefle ,
On ménage fon embarras ,
On craint d'irriter fa triftefle ;
Mais quand vers le vallon il eut tourné les pas ,
Alors on entendit mille cris d'alégtefle .
Toutes les filles du hameau
Vinrent fe réunir à la troupe joyeule.
Palémon fur un jeune ormeau
Traça cette aventure heureuſe.
Amis , dit- il , à la poſtérité
Faifons paffer ce jour digne d'envic :
C'eft le plus beau de notre vie ,
Il a fervi l'humanité .
Par M. ** , de Nantes.
2
48 MERCURE DE FRANCE.
A ma Fille qui faifoit fon amusement d'un
Mouton , d'une Fauvette & d'un Chien.
TEs plaifirs pourront mieux que moi ES
Inftruire & régler ton enfance ;
Sur ta brebis modèle-toi ,
Prends fa douceur , fon innocence..
De ta Fauvette la gaîté
Du bonheur t'offrira l'image ;
Evite fa légéreté ,
Et n'imite quefon ramage.
Veux-tu de la tendre amitié
Connoître la douceur extrême ?
De ton chien la fidélité
Te montrera comment on aime.
Cette leçon fur le vrai bien ,
De ta Maman eft le partage :
Son coeur , preflé contre le tien ,
T'en apprendra bien davantage.
Par Mde Rouffeau de la Serandiere ,
à Poitiers.
MADRIGAL.
Pag . 4
Juin
1773.
49
USSY.
aire ,
aire ,
ent fur vos
ut bas :
incol
, en lui
compofi-
¡ère ,
cher.
nyftère
48
ME
A ma Fill
Mouton ,
ES
Inftrui
Sur ta
Prend:
De ta
Du be
Evite
.Et n'i
Veux.
Conn
De to:
Te m
Cette
De ta
Son c
T'en
P
1
JUI N. 1773 . 49
MADRIGA L.
ནོ ,!, ཀ
A Madame la Baronne D'Aussy.
DANS ces jardins que l'oeil admire ,
Lorfqu'on vous voit , belle Thémire ,
Vous promener à petits pas ,
Et vos trois jeunes foeurs qui marchent fur vos
traces ;
Charmé de cet accord , chacun fedit tout bas :
C'eft Vénus que fuivent les Graces.
Par M. Ponçol.
VERS à Mlle Fanny de Tours , en lui
renvoyant des énigmes de fa compofi-
མ་་ ལ་ tion.
Sous le brillant tisu d'une main fi légère ,
J'ai vu tous les objets que tu prétends cacher.
Pour ne pas te trouver dans l'ombre du myſtère
On fe plaît trop à t'y chercher ;
Mais qu'avec un coeur fi fenfible ,
so MERCURE DE FRANCE;
Un efprit fi charmant , & tant d'autres appas ,
L'aimable Fanny n'aime pas ,
C'est l'énigme incompréhensible,
TRIOLET à Madame DESPAUX DE
J₂
B
..... en Picardie.
E ne connoiflois pas l'Amour ;
Un regard me le fit connoître,
: Je vous vis , & devant ce jour
Je ne connoiflois pas l'Amour ;
Hélas ! pour me jouer d'un tour ,
Dans vos beaux yeux s'eft mis le traître ;
Je ne connoiffois pas l'Amour ,
Un regard me le fit connoître.
Par M. L. D. L. V.
L'EXPLICATION du mot de l'énigme géométrique
du Mercure du mois de Mai
1773 , eft la Sphère & le Cylindre,
Cette énigme n'en ferait pas une pour les
Géomètres qui ont très -préfent le célèbre
Théorême , dont la figure eft gravée far le
JUI N. 1773 . SI
tombeau d'Archimède , premier auteur de
la démonftration que la folidité de la fphère
eſt égale aux deux tiers de la folidité
du cylindre circonfcrit , & que la furface
de la fphère eft quadruple de fon grand
cercle , ainfi que la furface du cylindre
circonfcrit , abſtraction faite de fes deux
bafes. Mais ce qui fait que les quatre vers
intitulés , énigme géométrique , peuvent
au premier coup d'oeil , avoir un air énigmatique
pour les Géomètres mêmes , c'eft
que ceux- ci peuvent n'avoir pasfait attention
qu'en joignant les deux bafes circulaires
du cylindre circonfcrit au refte defa
furface , le total eft égal à l'aire de fixe
grands cercles ( tandis que la ſurface de la
Sphère inferite n'eft égale qu'à l'aire de quaare
grands cercles ) ce qui eft un corollaire
de la propofition précédente . D'où il s'enfuit
que la furface de la fphère eft les deux
tiers de la furface totale du cylindre circonfcrit
, comme lafolidité de l'une eft les
deux tiers de l'autre , & conféquemment
que les furfaces de ces deux corps font en
même raiſon que leurs folidités .
1
Le mot de la feconde eft la Girouette ;
celui de la troisième eft Clocher. Le mot
du premier logogryphe eft Orange , où ſe
trouvent dne , orge, Ange & or; celui du
Cij
52 MERCURE DE FRANCE .

fecond eft Fauconneau , où l'on trouve
faucon & eau ; celui du troisième eſt Caroffes
traînés par des roffes ; celui du qua
trième eft Poiffon , où le trouve poifon.

4
i
ENIGM E.
J'AI l'ame ferme avec un corps débile, ΔΙ
Je réunis l'agréable & l'utile.
Dans ma jeuneffe on me recherche peu ;
Mais l'amateur , jaloux de ma vieillefle ,
Quand le commun me croit digne du feu ,
Fait éclater ſa plus juſte tendrefle.
Quand d'un courfier j'emprunte le fecours ,
Je fers les ris , les jeux & les amours ,
Et les fureurs & la fombre triftefle.
Né dans les bois , on m'entend dans les cours;
Je fersaux voeux des galans de la ville ;
J'allége auffi le poids de plufieurs jours
Aux habitans de mon premier aſyle ;
Et pour tant de faveurs n'es - tu pas étonné
Qu'à la corde à jamais j'aie été condamné ?
f
Par M. Lerom..de Lyon.
3
JUI N. 1773 . $3
AUTR E.
NOTRE OTRE Corps , berceau du defir ,
Lecteur , eft d'ovale ftructure :
Il fut formé par la nature
Pour fervir de route au plaifir. *
Nous fommes deux jumeaux toujours d'intelli
gence.
Au pied d'un mont par l'amour confacré ,
Un antre obſcur de duvet entouré ,
Chez les humains eſt notre réfidence .
Tous deux nous agiffons par le même reffort 3
Mais , vois jufqu'à quel point le fort
Envers nous s'eft montré barbare ,
Quoique mon frère & moi foïons toujours d'ace
cord ,
Un obſtacle cruel a jamais nous fépare.
Par M. V. , de Nimes.
LES
AUT RE. TR
Es mortels , de tout tems , ont vécu fous ma
loi.
Mon empire eft le monde , & je ne fuis pas Roi.
A bien m'enviſager , je ne fuis que chimère ,
C iij
34 MERCURE DE FRANCE.
Et, malgré ma frivolité ,
Je change maintefois le deftin de la terre.
Chez les anciens , comme un dieu respecté ,
J'ai caufé les malheurs d'une fuperbe ville :
Le François moins crédule , & non moins abulé ,
Sous mon joug abattu penche fon front docile.
Lecteur , pour me connoître il ne faut que me
lire ;
Mais pour toi , fi mon nom étoit encor caché ,
Confulte un peu ton coeur , il pourra te le dire.
Par M. Boirel de Nerval , à Meaux
en Brie.
AUTR E.
SUSURR le tein de Philis fouvent je me repoſe.
Elle me chafle hélas ! je reflens fes rigueurs!
Je dois m'en confoler , par ma métamorphofe
J'en obtiens des baifers , & lur gagne les coeurs.
Par M. Bouvet , à Gifors.
AUTRE.
JEE ne faurois manquer de plaire
A qui veut jouir du bonheur ;
JUI N. 1773 35
Car c'eft moi, qui pour l'ordinaire ,
Sers de lit aux amans & de verre au buveur.
Pour M. Houllier de St Remi.
LOGOGRYPH E.
LECTEUR ECTEUR , je ne fuis point difficile à comprena
dre ,
Et je plains qui ne peut m'entendre :
Interprète du genre humain ,
J'ai quatre pieds ; en trois , on me voit en latin.
Par le même.
AUTR E.
Jx préfente à tes yeux une divinité
Qui fe trouve , à coup für , dans la mythologie.
Si je voulois la peindre avec naïveté ,
Tu me devinerois fans effort de génie..
Mon nom t'eft fort connu . Sous trois afpects di
vers
Il fe montre fouvent en profe ainfi qu'en vers ;
Mais boîtant fur fept pieds , je vais faire paroître
Un perfide élément , un paflage ou chemin ;
Ce que tu fais la nuit ; l'oeuvre du médecin ,
Civ
36 MERCURE DE FRANCE.
Et , qui plus eft encor , ce que defire un prêtre.
Je pourrois ajouter , avec jufte raiſon ,
Que je t'offre un rempart utile à ta maiſon
Contre le mauvais voifinage ,
Que.... tu n'as pas befoin d'un plus long verbiage.
Par Mlle Fanny, de Tours.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Toni & Clairette ; par M. de la Dixmerie
, 4 parties in 12. prix , 4 liv . 16 ſ.f.
brochées . A Paris , chez Didot l'aînés
libraire imprimeur , rue Pavée , près
le quai des Auguftins .
Le titre de ce roman ne promet prefque
rien ; mais l'ouvrage donne infiniment
plus que ne promet fon titre . Cette
ingénieufe fiction porte avec elle un caractère
qui la diftingue de la foule des
romans ordinaires. L'auteur s'y montre
par- tout fupérieur à fon fujet , fans le
perdre un feul inftant de vue , fans s'éloigner
jamais du ton qu'il exige . On troùve
à la tête de l'ouvrage un difcours fut
JUIN ( 17737 57
l'origine , les progrès & le genre des ro
mans. Ce morceau en contient une hiftoire
rapide , mais détaillée lorsqu'elle
doit l'être. Il est écrit avec autant d'élégance
que de précifion , rempli de traits
faillans , de réflexions judicieuſes & même
de vues nouvelles fur le genre dont ik
traite .
'
Voici un court précis du fond de ce
roman. Un vieillard a pris foin de deux
enfans qui le croyent leur père . Il ne l'eft
cependant pas ; mais il en a pour eux
toute la tendreffe . C'eft un de ces hommes
heureufement nés , & qui ne fem
blent l'être que pour le bonheur des autres.
" Son extraction étoit affez commu
& on le refpectoit comme s'il eûc
mété noble. Il avoit même les vertus que
la nobleſſe ne donne pas toujours ; une
»ame élevée , un efprit jufte , un coeur
bienfaifant. C'étoit un vrai philofophe
pratique. Il faifoit le bien pour le feul
plaifir de bien faire. ; il étoit hors de
fon pouvoir & de fa nature de vouloir
le mal. Sa vertu n'étoit point le fruit
de fes réflexions , mais toutes les ré-
Aexions étoient le fruit de fa vertu .»
3 Toni & Clairette ( c'eft le nom des
deux enfans adoptifs ) n'avoient aucune
+99
Су
58 MERCURE DE FRANCE.

idée de leur véritable origine. Ils avoient
»l'un & l'autre cette heureufe ingénuité
»que la nature donne à ceux qu'elle aime
» & qu'elle veut faire aimer ; cette candeur
qui intéreffe les ames qui en font
le moins fufceptibles ; affez de pénétrastion
pour faifir ce qu'on ne leur cachoit
"pas ; très peu de curiofité pour le refte .
Ajoutons que la nature les avoit formés
pour plaire aux yeux ils avoient tous
»les avantages qu'elle peut donner , & ces
graces naïves que l'éducation du grand
»monde fait fi fouvent dégénérer en ma-
»nières. »
Dartevel, véritable philofophe qui s'eft
exilé volontairement de la capitale , eft
voisin d'Hubert , eftime fes vertus , aime
fa perfonne. I eft enchanté du caractère
heureux & naïf de Toni & Clairette . Le
vieillard , dans un entretien particulier ,
lui révèle une partie de leur hiftoire
c'eft-à-dire la manière dont ils lui ont été
confiés ; ce qui laiffe encore un très- grand
nuage fur leur véritable origine. Dartevel
veut contribuer à leur éducation . La
manière dont il s'y prend paroîtra des
plus nouvelles , & ne pourroit que réuffir
en pareil cas. Mais la philofophie ne peut
empêcher l'inftituteur de faire attention
JUI N. 1773 . 19
aux charmes de fa jeune élève . D'autre
part, Toni & Clairette font un peu tropattention
l'un à l'autre. Ils ne tardent point
à gémir d'être frère & foeur . Le philofophe
devine la fituation de leur ame. Il
en eft touché ; il fait violence à fon propre
penchant , & détermine le vieillard à
les inftruire qu'ils ne font point fes enfans
, & fur-tout qu'ils font étrangers l'un
à l'autre. Hubert ne s'y détermine qu'avec
peine. Entretien touchant que produit
cer aveu. Mouvemens divers qui agitent
l'ame des deux jeunes gens. Vifite imprévue
qui augmente leur trouble. Certain
Baron , qui eft oncle de Toni , le
réclame & veut l'enlever au vieillard fon
bienfaiteur. Toni réfifte , il ne veut point
immoler à l'ambition ce qu'il doit à la
reconnoiẞance. On fent bien que Clai
rette entre auffi pour beaucoup dans cette
réfolution. Ainfi l'Abbé Rapt ( c'eft le
nom de l'envoyé du Baron ) s'en retourne
comme il étoit yenu . La réſiſtance du
neveu n'eft regardée par l'oncle que comme
une infulte. Il a recours à l'autorité
pour n'être plus contredit. Ce Baron joue
dans le cours de l'ouvrage un rôle trèspittorefque.
Voici fous quel afpec l'au
Leur le préfente d'abord. « On ignoroit à
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
la cour l'existence du Baron de la Don-
»joniére. C'étoit lui faire injure . M. le
Baron avoit des titres non moins anciens
»que le château qu'il habitoit , & ce château
avoit été bâti fous Charles V. It
>avoit auffi un domaine & quelques
chiens courans qu'il eftimoit beaucoup ,
des vaffaux & quelques valets qu'il ménageoit
peu ; une centaine de vieux volumes
qu'il relifoit fouvent ; une femme
encore jeune dont il n'aimoit que
la généalogie . Pour ce qui eft de Mada
wine la Baronne , elle repréfentoit affez
bien aux jours de grandes fêtes , & affitoit
régulièrement à la Melle paroiffiale
, tant elle étoit jalouſe du droit de
préféance.
» Il y avoit auffi dans cette maifon un
de ces êtres mixtes , eſpèce inconnue
dans les neuf dixièmes de la terre , mais
très commune dans la portion de l'Earope
que nous habitons . C'est ce qu'on
bnomme vulgairement un Abbé. Celai
»ci avoit choifi cette profeffion pour s'épargner
l'embarras d'en remplir une au
stre. I ne favoit rien ; mais il croyoit la
fcience fort inurile... C'eft le même
qui avoit été chargé d'enlever Toni , &
dont celui - ci fe croyoit délivré. Il re
JUI N. 1773 :
paroit au bout de quelque tems , múni
d'un ordre , & fuivi de quelques archers.
La réfiſtance eût été inutile ; mais la féparation
eft des plus touchantes . D'autre
part , la reception que l'oncle fait au neveu
eft des plus dures. Sa nouvelle de
meure devient pour lui une prifon . Il n'a
point la liberté d'en fortir ; il n'a point
celle d'écrire ni à Hubert , ni à Clairette.
On le deftine même à devenir l'époux
d'une jeune perfonne qu'il ne peut , ni në
veut aimer. Le vieillard & Clairette furpris
& affligés de ne recevoir aucune nou
velle du jeune captif , ſe déterminent &
fe rendre auprès de lui. « Clairette , dit
»l'auteur , n'eût pas , fans doute , ofé en
faire naître l'idée au vieillard ; mais on
»ne garantit pas qu'Hubert ait eu certe
idée avant elle. Que les jours lui pa
»roiffoient longs depuis le moment qui
l'avoit féparée de Toni ! Que de pleurs
elle avoit répandus en fecret ! Tout
fembloit changé pour elle dans la na
ture . Sa retraite , autrefois fi délicieufe
»àà fes regards , ne lui offroit plus qu'une
folitude effrayante. Elle ne pouvoit en
parcourir les moindres détours fans fe
rappeler quelqu'entretien cher à for
fouvenir , fans fonger, en même tems ;
7
62 MERCURE DE FRANCE.
»que ces entretiens ne fe renouvelleroient
plus. Quoi , s'écrioit - elle , c'en est donc
»fait ! je ne dois plus compter ni fur la
"préfence , ni peut-être fur fon coeur ! ...
»Sur fon coeur ! ... Ah ! j'ai peine à le
>>foupçonner ingrat ; mais hélas ! je fuis fi
»malheureufe que je n'ofe efpérer de le
»revoir jamais. »
On préfume bien , d'après ces réflexions
, qu'elle ne s'oppofa point au
voyage projeté par le vieillard .
« Toni , dira quelque prude orgueil-
»leuſe , n'étoit point le frère de Clairette,
»ainfi Clairette alloit chercher fon amant.
»Point du tout , répondrai je ; elle fuivoit
»feulement le vieillard qu'elle regardoit
»comme fon père. D'ailleurs , Clairette
❤n'auroit pu combattre ce projet que par
»amour-propre , & Clairette avoit infini-
»ment moins de vanité que d'amour.»
Ils arrivent , non fans peine , aux portes
du château de la Donjoniere . Il étoit
fermé. Le Baron ne leur parle que d'un
bord du foffé à l'autre. Cette converfation
peut très bien aider à faire connoitre
ici le caractère oppofé du Baron & dụ
vieillard . C'est donc vous , bonhomme ,
»dit le Baron à Hubert , qui avez pris la
peine d'élever le Chevalier mon nevêu,
JUI N. 1773 . 63
C
& qui prétendiez le garder malgré moi?
»Monfieur , lui répondit Hubert , j'ai ſe-
»couru Toni parce qu'il avoit befoin de
l'être. J'aurois fait pour tout autre ce
que j'ai fait pour lui . Je l'élevois com-
»me un de mes enfans , parce que je n'ef-
»pérois pas qu'il dût jamais jouer un au-
»tre rôle. —Il fera Seigneur de Paroiffe.
-Tant mieux ! j'efpère qu'il fera digne
»d'avoir des inférieurs .
»J'ai bien de la peine, reprit le Baron ,
Ȉ lui faire perdre l'air & le ton d'un vaffal
; il s'eft cru fi long - tems votre fils ! ..
» Je voudrois bien qu'il crût l'être encore
, interrompit Hubert , en s'affeyant
fur une grofle pierre qui fe trouvoit à
wcôté de lui : il eft bien plus facile d'être
»humain & modefte quand on ne fe croit
»fupérieur à perfonne.
" Durant cet entretien , Clairette fe
»taifoit & verfoit des pleurs. Elle ou-
»blioit prefque Toni pour ne s'occuper
que de fon père & de la dureté avec la-
»quelle on le recevoit . M. le Baron dai-
»gna tourner les yeux vers elle & la trou-
»ver jolie... C'eft là , fans doute , votre
fille , dit le Baron à Hubert. Non , répondit
- il , & j'en fuis bien fâché.
>>Elle n'eft pas votre fille , ajouta le Baron

11
64 MERCURE DE FRANCE.
-
-
»avec étonnement ? Quel homme ! il raf-
»femblera bientôt auprès de lui tous les
»enfans perdus de cette contrée. Je le
»voudrois bien , reprit le vieillard . -
C'est elle , fans doute , qui faifoit tant
regretter au Chevalier votre humble
»demeure. Elle a pu y contribuer pour
»fa part part.. Elle eft affez bien. Ce qui
»m'étonne , c'eft que fon teint ne foit pas
»brûlé le foleil. Elle trouve les
par
moyens de s'en garantir , & je m'em-
»preffe à lui fournir moi même ces
» moyens. J'ai quelque regret , reprit le
Baron , de ne pas lui laiffer voir le Che-
»valier ; mais il faut qu'elle s'accoutume
à fentir qu'un Chevalier n'eft pas né
"pour elle . Clairette , répliqua Hubert ,
w»eeflt peut être née au - deffus de tous les
»Chevaliers du canton : d'ailleurs , elle
»eft jeune & jolie , & une fille jeune &
jolie vaut bien un Chevalier , fût il même
du tems de Charlemagne .
מ
x
» L'Abbé , qui étoit- là préfent, penfoit
comme le vieillard ; mais M. le Baron
»n'étoit pas du même avis . L'heure s'a-
»vance , dit- il aux voyageurs , vous pouvez
avoir befoin de vous repofer & de
vous rafraîchir ; le village n'eft pas éloi-
»gné. »
"
JUI N. 1773 . 65
» Allons , ma fille , dit le vieillard á
»Clairette , regagnons notre folitude.
»Notre tentative n'eft pas entièrement
»perdue ; nous avons la fatisfaction de
l'avoir faite... Pour vous , Monfieur ,
»dit - il au Baron , uſez bien du pouvoir
»que la loi vous donne fur Toni ; &
puifque vous lui enlevez un fecond
»père , daignez lui rendre d'un côté ce
»que vous lui ôtez de l'autre . Aimez - le
"autant que je l'aime , & n'éprouvez ja-i
mais la douleur que j'éprouve . »
Cette remontrance ne produit rien en
faveur de Toni. Il eft obligé de recourir
à l'entremiſe de Rapt , qui n'ufe de fa
confiance que pour le trahir. Le vieillard
meurt. Moyens dont Rapt fait ufage pour
rendre Toni fufpect à Clairette & pour la
lui enlever. Il eft prêt à réuffir , lorsqu'un
concours de circonftances réunit les deux
amans . Ils fe déterminent à fe rendre dans
la capitale pour fe fouftraire à de nouvelles
perfécutions . Rencontre d'un vieillard
; féjour qu'ils font chez lui . Intérêt
que lui
lui infpire Clairette , uniquement
fondé fur la reffemblance qui fe trouve
entre elle & une fille qu'il a perdue . Ré
cit touchant qui en réfulte ; fcènes non
moins touchantes. Les deux amans fe
66 MERCURE DE FRANCE:
rendent à Paris , malgré les inftances du
vieillard qui vouloit les retenir. Ils font
unis. Un riche financier les attire dans fa
maifon. Motifs de cette générofité. Cette
union eft fuivie d'une rupture affez prompte.
Enlevement de Toni. Il eft conduit
au fonds d'une province & enfermé dans
un couvent. Il s'échappe avec le furveillant
qu'on lui a donné. Une barque les
conduit à l'ifle de Jerfai . Là , il rencontre
l'Abbé Rapt , fon perfide confident
qui avoit changé d'uniforme. Il l'attaque
& le tue ; mais il devient , fans l'avoir
prévu , le protecteur de Lucile , jeune
Françoife que Rapt avoit enlevée en la
trompant. Les fuites de ce combat obligent
Toni & Lucile de fe rendre à Lon-'
dres. Autres aventures qui les contraignent
de paffer en Espagne , & bientôt
de quitter Madrid. Ils parcourent à peuprès
toute la monarchie efpagnole . Obfervations
piquantes & curieufes fur cette
contrée peu connue. Delà nos voyageurs
paffent en Italie. I's féjournent fucceffivement
à Rome , à Florence , à Venife ,
& l'on peut dire que c'est toujours au
profit du lecteur qu'ils voyagent . D'ailleurs
ces différentes tranflations font
toujours motivées par quelque événement
>
).
JUI N. 1773 . 67
qui intéreſſe. Autre voyage à Vienne ; autres
raisons qui obligent nos voyageurs
d'en partir. Ils parcourent une partie de
l'Allemagne ; c'eft à Hambourg que Toni
trouve dans un papier public un avis qui
l'oblige de repaffer en France . Le Baron
eft mort ; fon neveu eft devenu fon unique
héritier. L'ordre qui condamnoit celui
ci à refter captif n'existe plus. Il revient
dans la patrie , malgré les inftances
de Lucile qui a fes raifons pour s'oppofer
à ce projet. Il retrouve Dartevel , fon ancien
& véritable ami . Il retrouve Clai
rette , qu'il croyoit coupable & qui eft
innocente. Il retrouve un fils que Clairette
portoit dans fon fein lorfque luimême
lui fut enlevé de nouveau . Pour
comble d'embarras , il n'a pas voyagé impunément
avec Lucile , & il connoît toute
la tendreffe qu'elle a pour lui. D'un
autre côté , Clairette lui paroît être dans
un état aviliffant ; il la croit réduite à ce
lui de femme- de- chambre. Son coeur ne
balance pas ; mais il eſt eſt déchiré de remords
& accablé de confufion . La générofité
de Lucile abrége cette pofition critique.
Elle fe réfugie dans un couvent &
embraffe la vie religieufe . Clairette eft de
nouveau réclamée par fon époux . Mais
68 MERCURE DE FRANCE.
lorfqu'il croit l'arracher à une fervitude
humiliante , il trouve en elle une perſonne
d'un rang diftingué ; la fille de celle
dont il ne la croyoit que la femme- dechambre
, la petite fille du vieillard qui
les avoit fi bien accueillis lors de leur évafion.
» Toni abjura toutes fes foibleffes &
» fentit tout fon bonheur. Il avoit retrou
» vé un ami , une épouſe , un fils & unè
» fociété délicieufe. Lui & Clairette vifi-
"
toient fouvent la maifon d'Hubert .
» C'étoit , malgré fa fimplicité , leur mai.
» fon de plaifance. Ils n'y firent aucun
changement ; ils vouloient que tout y
rappelâc à leur fouvenir & leur fage
» bienfaiteur & les plaifirs de leur enfan-
» ce. Ils fembloient s'aimer encore da-
» vantage en revoyant les lieux où ils
» s'étoient d'abord aimés. Toni , enfin ,
» difoit fouvent en lui même : il eft des
» liens qu'un coeur né fenfible & vertueux
» ne peut jamais brifer . J'ai long tems erré
» loin de ma patrie & de Clairette . J'a-
» vois cru pouvoir oublier l'ane & l'autre
, & l'une & l'autre ne m'en font de-
» venues que plus chères . »
"
On ne doit point apprécier ce roman
d'après cette efquille ; elle n'en donner
JUI N. 1773 . 69
-
qu'une idée très imparfaite. Il faut le
Lire pour le juger. On y verra les plus riches
détails joints à toute l'effufion du fenti
ment ; des caractères marqués & foutenus;
un intérêt puifé dans le coeur & dans le
développement des paflions; un but mo
ral qui fe fait fentir fans que rien y affi
che la moralité ; des peintures vraies; un
style varié , tantôt brillant , tantôt élevé ,
tantôt fimple , toujours pur , toujours ce
qu'il doit être. L'auteur , à cet égard , á
déjà fait plus d'une fois fes preuves , &
J'accueil que le Public a fait à fes autres
ouvrages devient encore un préjugé en
faveur de celui- ci .
Chymie expérimentale & raifonnée , par
M. Baumé , maître apothicaire de Paris
, démonstrateur en chymie , & de
l'Académie royale des Sciences ; 3 vol .
in 8 ° . A Paris , chez P. Franc. Didot
le jeune , libraire , quai des Auguftins .
Il ne paroît encore de cette chymie expérimentale
que les trois premiers volumes
qui comprennent le règne minéral.
Les deux autres règnes , le végétal & l'animal,
feront renfermés dans trois autres
volumes. M. Baumé a fuivi cette divi-
Tion pour ne pas s'écarter de l'ordre ado70
MERCURE DE FRANCE.
pté par les chymiftes , car,à la rigueur,on
pourroit réduire à deux grandes claffes
tous les corps de la nature, favoir les corps
organifés & les minéraux . En effet les
plantes & les animaux produifant les n êmes
principes dans les analyfes , il ne paroit
pas qu'on doive en faire deux clades
différentes. Cependant la première divifion
eft très commode pour mettre dans
nos connoiffances un ordre qui foulage
la mémoire du phyficien & guide l'oeil du
naturaliſte.
Le règne minéral qui eft traité complettement
dans les trois premiers volumes
que nous annonçons , préſente un
corps d'opérations fondamentales de la
chymie. Ce corps d'opérations eft d'autant
plus précieux qu'il eft le fruit de plus de
vingt-cinq années d'un travail fuivi &
raifonné. L'auteur , obligé d'ailleurs par
état de répéter un grand nombre de fois
prefque toutes les opérations de la chymie
, s'eft mis à portée de fimplifier les
appareils & de faciliter par ce moyen l'étude
de la chymie aux élèves de cette
fcience & aux naturaliftes qui font perfuadés
que fans le flambeau de la chymie on
n'apprend à connoître les corps que trèsimparfaitement.
Un obfervateur qui s'ar
JUIN. 1773. 71
rête à des caractères extérieurs pour diftinguer
les corps, peut être fouvent féduit
par les apparences. Mais le chymiſte
échappe à cette illufion par l'analyſe à la.
quelle il foumet les fubftances. Quelque
défigurées qu'elles puiffent être , il les reconnoît
, & faifit le fecret de la nature.
Toutes les analyfes font ici accompagnées
d'obfervations théoriques , car un mérite
particulier à cette chymie eft d'y voir mar
cher d'un pas égal la théorie & la pratique,
& s'éclairer mutuellement . L'auteur, dans
fes obfervations , porte fouvent fon coupd'oeil
fur les grandes opérations de la nature
; il échauffe , il élève même l'imagination
de fon lecteur par les vues neuves
qu'il lui préfente , par les explications des
grands phénomènes de la nature qu'il lui
donne,& fur- tout par cette fimplicité d'ordre
, de moyens , d'opérations qu'il fuppole
avec beaucoup de vraiſemblance , à la
nature. Nous penfons que les naturaliſtes
feront fur-tout très fatisfaits des vues gé
nérales de l'auteur fur l'organifation intérieure
du globe & fur la formation des
mines & des métaux . « Le globe , nous
dit le favant académicien , devoit être
au fortir des mains du créateur , une
» terre élémentaire pure , homogène &
72 MERCURE
DE FRANCE.
99
"
39
"
par- tout uniforme. L'élément terreux
fait pour confolider les autres élémens
» & pour donner de la confiftance & de
» la folidité aux différens corps que la
» nature avoit en vue de former , a éprou-
» vé & éprouve journellement tous les
changemens & toutes les altérations né
» ceffaires à la production des combinai-
»fons dans lesquelles entre la terre com-
» me principe conftituant. La terre vitri .
fiable élémentaire n'éprouve que peu ou
point d'altération de la part des élémens
» féparés ou réunis ; & quoique les élé-
» mens aient la plus grande difpofition
» pour s'unir , on ne connoît point encore
de compofé qui foit formé de l'union
immédiate des élémens . Si la nature n'a-
» voit point eu d'autres moyens pour com.
biner ces fubftances fimples, le globe fe-
» roit encore ce qu'il devoit être au mo-
» ment de fa création . Mais les corps organifés
, qui , fuivant l'écriture , on été
créés immédiatement après les élémens ,
font les premiers& les principaux inftru-
» mens dont la nature s'eft fervie pour
changer les propriétés de la terre élé-
» mentaire , & la rendre propre à entrer
» dans différentes combinaiſons. Les
corps organifés font encore les inftru-
» mens
JUIN. 1773. 73
ود
29
"
"3
"
» mens dont la nature fe fert pour com-
» biner & fixer à la furface du globe
prefque tout le feu à mesure qu'il nous
» vient du foleil , & pour former ces
» réſervoirs immenfes de matières combuftibles
à la furface de notre globe . Ce
» feu fans action , mais prêt à s'y mettre
à la moindre circonstance , eft enfuite
» porté dans l'intérieur de la terre par le
balancement des eaux , pour être employé
à la formation d'autres corps.
» La nature , qui travaille rarement en pe-
» tit , ne ſe ſert guère que de femblables
» moyens pour diftribuer dans l'intérieur
» de la terre la matière inflammable , que
les corps organifés forment à fa furface.
» Oui , continue l'auteur , ce font les végétaux
& les animaux , qui, à l'aide du
» balancement des eaux , ont changé &
changent journellement la conftitution
» intérieure de notre globe a ce fout: les
» corps organifés qui ont formé ces im-
>> menfes chaînes de pierres calcaires qui
» ont fixé le lit des eaux par des bancs de
glaifes qu'ils ont formés : ce font eux
qui forment le principe combuſtible ,
» & qui le fourniffent enfuite aux fels , au
» foufre , aux bitumes , aux minéraux mé
talliques , & généralement à toutes les
22
"
99
A
MOL DISDap
74 MERCURE DE FRANCE .
83.
» combinaifons qui contiennent peu oy
beaucoup de fubftance inflammable : ce
»font les corps organifés qui font la cauſe
» des volcans , des tremblemens de terre ,
» de toutes lesinflammations fouterreines
» & de tous les météores aériens : ce font
» eux qui méitent & qui entretiennent la
» nature en action , & qui font la cauſe de
»tous les défordres apparens qu'on re-
» marque dans une infinité d'endroits :
fans cux leglobe terreftre redeviendroit ,
» par la fucceffion des tems, un feul cryſtal
» pur , homogène , ou une malle de fable ,
» tel qu'il a pu être au fortir des mains du
Créateur , avant qu'il eût créé les corps
organifés, Ce coup d'oeil général eft
icidéveloppé . Il peut fervir à nous faire
voir les rapports que les fubftances ont
lés unes avec les autres , & nous conduire
à connoître la marche fimple que la nature
obferve dans la génération des corps , l'o
rigine & la formation des veines & des
filons métalliques qu'on rencontre dans
beaucoup d'endroits de la terre .
Notre zélé chymifte , dans la vue de
metirefur la voie ceux qui ont à coeur les
progrès de la chymie , & afin de leur faire
mieux fentir combien il reffe encore d'ex
périences à faire pour compléter autane
qu'il eft en notre foible pouvoir les conJUIN.
1773 . 71
noillances de certaines parties de cette
fcience , leur indique beaucoup de points
de théorie ou de pratique qui n'ont été
qu'entrevus , d'autres qui n'ont été énoncés
qu'à demi , & enfin nombre d'expé
riences capitales qui ne font pas même
commencées. Un feul regard fur ces objets
fuffit pour nous convaincre que la
chymie préfente un champ i vafte à nos
recherches , que cette fcience fournira tou
jours de nouveaux travaux à ceux qui voudront
la cultiver . Combien même de découvertes
enchymie quel'on pourroit.com.
parer à ces éclairs qui ne femblent laire
aux yeux du navigateur étonné que pour
lui offrir le fpectacle effrayant de l'efpace
?
Le premier volume de cette chymie
expérimentale & raifonnée eft précédé
d'un avertiffement où l'auteur rend un
compte clair , pécis & méthodique de fon
ouvrage , fruit da zèle , de l'expérience &
du génie obfervateur & attentif
Les Egarémens réparés , ou Hiftoire de
Mifs Louife Mildmay ; traduction libre
de l'anglois , par Mile Matné de
Morville ; vol. in 12. A Londres ; &
fe trouve à Paris , chez Muſiet , libraire
, quai des Auguftins.
·
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
L'hiftoire de Mifs Louife peut être
une leçon utile pour quelques jeunes
perfonnes qui joignent pour leur malheur
à mille qualités excellentes, une confiance
téméraire en une vertu qui n'a point été
éprouvée. C'eft fous ce point de vue qui
nous a paru vrai , que Mlle Matné de Mor
ville nous préfente ce roman écrit avec
fageffe , & dans le ftyle le plus capable
d'attacher , de plaire & d'inftruire .
Cyrus , tragédie en cinq actes , par M.
Turpin auteur de l'hiftoire du Grand
Condé , de la vie de Choifeuil , & c,
in- 89. A Paris , chez J , P. Coftard , libraite
, rue St Jean - de- Beauvais .
Cette tragédie nous rappelle la cataftrophe
qui fit paffer , l'empire des Mèdes
au pouvoir de Cyrus , avec des changemens
cependant que le poëte à cru néceffaires
pour la fcène . Mais ces changemens
& les reconnaiffances que le poëte a ménagées
, produifent ici peu d'intérêt , &
rendent ce drame plus propre à être la
dans le cabinet qu'à être joué fur le théâtre.
Le ftyle même de cette tragédie qui eft
entièrement découpé en fentences &{en
maximes, empêcheroit l'illufion & montreroit
trop fouvent le poëte à la place de
JUI N. 1773. **
fes perfonnages . Nous rapporterons quelques
- unes de ces maximes pour faire
connoître la verfification de ce drame . Ces
maximes méritent d'ailleurs d'être retenues.
Un coeur jufte ſe croit par -tout en aflurance ,
Et , quand on eft fans crime , on eft fans défiance
;
Mais quiconque a franchi les bornes de l'honneur
,
Croit les autres fouillés des vices de fon coeur.
La gloire d'un foldat eft dans l'obéiſſance.
Quand le thrône & les jours d'un Roi font en dan
ger ,
Tout fujet doit combattre , & non pas le juger.
Prononcer fur les droits , c'est s'ériger en maître ;
Qui fert eft citoyen , qui murmure eft un traître.
Qui triomphe eft heureux ; eft héros qui pardonne.
*
Le penchant de deux coeurs , avoué par un père ,
Imprime fur l'hymen fon plus beau caractère.
Que la haine eft pour l'homme un fentiment pé
nible !
Diij.
78 MERCURE DE FRANCE.
Heureux , & plus heureux , le coeur tendre & fenfible
,
Qui fourit au bonheur , qui compatit aux maux!
Les coeurs durs & Bétris font leurs propres bourreaux
.
Nous rapporterons encore ici ces trois.
vers qui terminent la pièce & qui expriment
fi heureufement les vertueux fentimens
du héros de ce drame,
Moins Roi que citoyen , mon peuple eft ma famille.
Régnons par les bienfaits , fur l'Univers charmé.
Le nom de grand vamt- il celui de bien- aimé ?
Cette tragédie eft précédée d'une lettre
adreffée à M. le Prince Kourakin , gentilhomme
de la chambre de Sa Majeſté Impériale
de toutes les Ruffies . Dans cette
lettre , écrite d'un ftyle élèvé & foutenu ,
M. T. , après avoir expofé quelques caufes
des révolutions dans les lettres , nous fait
obferver que le bon goût n'a plus à
craindre de révolutions , depuis que les
» nations polies , indépendantes les unes
» des autres , font unies par les intérêts du
» commerce & par les refforts de la politique.
Une chaîne invincible n'en for-
» me plus qu'une fociété littéraire . Des
R
C
JUI N. 1773- 79
» hommes , féparés par des fleuves & des
* thers , vivent enſemble & ſe commu-
» niquent leurs lumières. Sédentaires dans
*
*
leurs cabinets , ils font préfens dans
» tous les lieux . Calmes & défarmés , ils
» livrent & foutiennent des combats de
doctrine.Leurs victoires ou leurs défaires
tournent toujours au profit des Nations
qui en deviennent plus éclairées. C'eft
par ce choc mutuel que les préjugés
» nationaux font combattus & détruits ,
que le vice de terroir fe perd ou du
» moins s'adoucit , que les beautés locales
font remplacées par des traits qui plai
fent aux hommes de tous les lieux & de
tous les fiècles."
»
"
Pourquoi les capitales ont elles le pri
vilège exclufif de former les grands ar-
» tiftes ? c'eft qu'elles font en petit ce que
» l'Europe eft en grand. Un mélange
confus de peuples différens vient y dépofer
fa tache originelle . Ils apprennent
à rougir de certaines défe &tuofités qu'ils
» n'auroient jamais apperçues, s'ils étoient
» reftés auprès de leurs foyers , parce
qu'elles étoient communes à tous ; c'eft
» ainfi que des poiffons fangeux ont be
>> foin d'une eau nouvelle pour dépofer
» le vice de leur première nourriture . »
"
4
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
On ne fent pas trop le rapport qu'il peut
y avoir entre un poiffon & un artiſte ;
cette comparaifon eft au moins un de ces
ornemens ambitieux que le bon goût doit
rejeter.
Caufes célèbres , curieufes & intéreffantes,
de toutes les Cours fouveraines du
royaume , avec les jugemens qui les
ont décidées ; vol . in 12. A Paris ;
1773.
-
Le profpectus de cet ouvrage annoncé
dans un de nos précédens Mercures, a expofé
les avantages que l'on pouvoit fe
promettre d'un recueil de Caufes célèbres
rédigé par un Jurifconfulte éclairé , & qui
envifage pour première récompenfe de
fon travail, d'inftruire l'honnête homme
ordinairement dupe de fa bonne foi , fur
les rufes des fripons , les intrigues des
méchants , les fourberies de l'homme cap.
tieux de préfenter ; au citoyen obfervateur
les événemens domeftiques & récens
les plus propres à l'intéreffer , aux juges
des exemples d'erreurs graves dans lefquelles
le défaut d'examen ou la prévention
peut faire tomber l'homme leplus in
tègre ; aux Jurifconfultes enfin des objets
de comparaifon & des autorités pour la
JUI N. 1773. 81
défenſe de leurs cliens. C'eft pour mieux
remplir ce dernier objet que le rédacteur
s'eft attaché à marquer avec beaucoup de
clarté & de précision la véritable eſpèce
des affaires , leur décifion & les motifs
qui ont pu déterminer les juges . Comme
le rédacteur a d'ailleurs foin de nous remettre
devant les yeux les traits les plus
frappans & les difcuffions les plus inftiuctives
des écrits ou des plaidoyers des avocats
, fon recueil contribuera encore à répandre
la réputation des orateurs qui fe
confacrent à la défenfe de leurs concitoyens
, & procurera aux jeunes élèves du
barreau des exemples qu'ils ne peuvent
avoir trop fouvent devant les yeux.
Le volume que nous venons d'annoncer
, & qui eft le premier de ce recueil de
Caufes célèbres , contient quatre caufes.
Il eft queftion , dans la première , de l'affaire
du malheureux Montbailly. Le rédacteur
y a joint la confultation de M.
Louis , chirurgien , & l'arrêt du Conſeil
Supérieur d'Arras. La deuxième caufe
porte en titre : Le mal vénérien eft- il une
caufe de féparation ? La troisième caufe
nous rappelle la deftinée fingulière d'un
individu qui a été l'objet de deux jugemens
contradictoires , & dont le crime fur
Dy
1
82 MERCURE DE FRANCE.
moins celui de la volonté que de la nature
qui l'avoit aveuglé fur fa propre exiſtence.
La quatrième caufe regarde les fabricateurs
de baromètres , contre les fayanciers
& les émailleurs. On fe convaincra de
plus en plus en lifant le réfumé qui nous
eft ici préfenté de cette caufe , combien un
privilège exclufif pourroit nuire aux progrès
des arts & de l'induftrie , fi ceux qui
l'exercent n'étoient retenus dans de juftes
bornes par les lumières & la fageffe des
magiftras. Mais de ces quatre caufes la
plus intéreffante fans doute , & celle qui
nous touche de plus près , eft la caufe du
malheureux Montbailly . Un innocent
condamné est l'affaire de tous les honnêtes
gens qui fouhaiteroient de voir revivre
une coutume établie anciennement à
Venife. Autrefois , dans cette ville , un
boulanger fut trouvé près d'un homme
affaffiné , le couteau étoit resté dans le
corps du malheureux ; une gaine , qui ſembloit
avoir été faite pour ce coureau , fut
trouvée dans la poche du boulanger ; fur
le champ il fut arrêté , condamné & pendu.
Il étoit innocent : on le découvrit
après. Ce malheur , ajoute le rédacteur ,
donna lieu à une coutume qui a duré
Venife pendant plufieurs fiècles, & qu'on
JUI N. 1773 83
auroit dû conferver. Lorsque les juges
étoient far le point de prononcer une fentence
de mort , un officier leur crioit : recordate
vi del povero Fornaro : fouvenezvous
du pauvre Boulanger.
Pendant la nuit une femme eſt maltraitée
par fon époux ; elle crie au meur.
tre , à l'affaffinat , & fes plaintes font entendues
dans le voisinage ; le lendemain
on entre dans la maiſon. Le trouble & l'agitation
du mari , du fang répandu , le
four qui fume encore , la femme qu'on
cherche envain ; que d'indices ! ce n'eft
pas tout. Le mari , appliqué à la queſtion,
avoue qu'il a fait mourir fa femme dans
le four ; il eft condamné au dernier fupplice.
Appel au parlement de Paris. Les
juges font affemblés , opinent , font en
un mot fur le point de rendre leur arrêt ;
dans ce moment la femme fe repréfente...
Elle avoit difparu avec fon amant.
Un homme qui avoit projeté de fe défaire
de fon ennemi , va checher fecrettement
chez fon curé fa foutane & fon collet.
Ainfi déguisé , il court exécuter l'affaffinat
, remet auffi tot l'habit facerdotal
où il l'a pris , & dénonce l'éccléfiaftique ,
en affurant qu'il l'a va commettre le crime.
On fait une vifite; la fourane fe
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
trouve enfanglantée. Sur cet indice vio
lent , fur le témoignage du fcélérat , qui
ne fe dément point , le paſteur innocent
eft condamné .
Ces faits & d'autres que le rédacteur
rapporte en notes , doivent un peu troubler
les partifans de l'optimifme , qui
avoueront du moins qu'il eft trifte de voir
Pinnocence livrée aux châtimens réservés
pour le crime , parce que des juges' intègres
ont été abufés par des circonstances.
fingulières & par des apparences trompeufes
.
L'affaire du malheureux Montbailly
dont il faut voir le récit dans le volume
que nous annonçons , eft une nouvelle
leçon pour les juges qui connoiffent les
dangers de leur ministère , leçon qu'ils ne
doivent jamais fe rappeler qu'en tremblant.
Ce recueil de caufes célèbres fera compofé
, chaque année , de huir volumes in-
12. de dix à onze feuilles chacun . Ces
volumes paroîtront de deux en deux mois.
environ , à commencer du mois d'Avril
prochain. Le prix de l'abonnement eſt de
13 liv. 4 fols pour Paris , & de 4 liv . 10 f
de plus pour la province , pour recevoir
l'ouvrage franc de port.
JUI N. 1773. 83
On s'abonne pour Paris chez le fieur
Lacombe , libraire, rue Chriftine ; & chez
M. Des Effarts , avocat , l'un dés auteurs
de ce Journal , rue St Dominique , fauxbourg
& Germain. Les perfonnes de province
s'adrefferont à M. Des Effarts ; elles
affranchiront le port des lettres & celui de
l'argent.
Chaque volume de ce Journal eft vendu
, chez le même libraire , à raifon de
2 liv. br. pour ceux qui ne feront pas
abonnés.
Hiftoire des Modes Françoifes ; ou Révo
lutions du Coſtume en France , depuis
l'établiſſement de la Monarchie jufqu'à
nos jours ; 2 vol. in- 12 . A Amfterdam ;
& fe trouve à Paris , chez Coftard , libraire
, rue St Jean de Beauvais .
Les hiftoriens & les écrivains qui fe
livrent le plus aux recherches ne nous
ont donné jufqu'à préfent que des effais ,
des anecdotes , quelques traits particuliers
relatifs aux modes des François. Une
hiftoire de ces modes manque abfolument.
C'eft pour remplir en partie ce
vuide qu'un écrivain publie aujourd'hui
l'hiftoire complette & fuivie de la barbe
& des cheveux des François , depuis l'o86
MERCURE DE FRANCE .
*
rigine de la Monarchie jufqu'à préfent.
Ce mot François eft ici pris dans fa plus
étroite acception. Il n'est encore queſtion
dans les deux volumes que nous venons
d'annoncer , que de la tête des hommes.
Celle des Dames aura fon tour une autre
fois. Les perruques jouent maintenant un
rôle trop intéreffant dans l'habillement
des Européens pour les avoir oubliées.
L'auteur leur a confacré un fupplément.
Quelques recherches fur les chevelures
des anciens, quelques pièces juſtificatives
de l'hiftoire des perruques terminent ce
fupplément. L'historien , pour ne laiffer
rien à defirer au lecteur & compléter fon
travail , a cru devoir parler, lorſque l'occafion
s'en eft préfentée , des divers ornemens
de tête dont nos pères ont fait uſage.
Il a eu foin d'en remarquer l'origine,
d'en crayonner la forme , d'en noter la
décadence ou les changemens . Il a réuni
par ce moyen , dans un feul volume
l'hiftoire générale de tout ce qui concerne
l'extérieur de la tête des François . Il ne
s'eft pas ccoonntteennttéé ,, pour remplir cet objer,
de parcourir nos hiftoriens ; cette route
avoir déjà été fréquentée : il a confulté
nos écrivains en divers genres . Les richeffes
qu'il leur a enlevées ne peuvent
JUI N. 1773 .
87
.
manquer de plaire aux amateurs de l'antiquité.
Les loix fomptuaires de nos pè-
´res l'ont anthi éclairé fur les révolutions
dont il expofe le tableau. Les médailles ,
les ftatues , les portraits , en un mot nos
monumens nationaux ont pareillement
fixé fon attention . Il s'eft cependant défié
de leurs avis. Les anciens artiftes , ainfi
que ceux d'à préfent , préféroient un coftume
de convention à celui de leur nation.
Cette bizarre méthode nous prive
des lumières que leurs ouvrages auroient
pu répandre fur les objets que l'on entreprend
ici de détailler . Elle n'aura jamais
les fuffrages d'un amateur des convenances.
A quoi fert , fur- tout dans les mo-
» numens publics , ajoute l'hiftorien , de
donner à nos Princes des habits grees
» ou romains ? Je refpecte infiniment
l'antiquité; mais nos Princes font François
, & c'eft les rendre en quelque for-
» te étrangers à leur nation ,que de ne pas
སྙ les repréſenter avec les ornemens de
» leur fiècle & de leur pays »
* ןכ
Les cheveux , chez nos bons ayeux du
tems de Clodion , étoient regardés comme
un fynbole de la liberté . Le refpect
pour les cheveux étoit même fi grand ,
que la loi des Allemands, qu'on date or88
MERCURE DE FRANCE .
dinairement de l'an 630 , prononce une
amende très - conſidérable contre quiconque
eft affez téméraire pour porter les
cifeaux fur la tête d'un homme libre , fans
fon confentement. C'étoit auffi l'uſage ,
Jorfqu'on embraffoit la profeffion religieufe
, d'abdiquer fes cheveux. Un moine
, par fes voeux , fe rendoit ferf de Dieu.
Il étoit donc jufte qu'il lui fît le facrifice
de ce qui paffoit alors pour le fymbole
de la liberté. On ignore quels étoient les
ornemens de têtes dont nos ayeux fe fervoient
dans ces tems reculés ; mais fi on
en juge par l'élégance avec laquelle ils s'avisèrent
d'arranger leurs cheveux , ils ne
devoient mettre fur leurs têtes que des
ajuftemens fort riches , fort galans : en
effet , les toupets rabattus ceffèrent d'être
en réputation. L'ancien ufage de féparer
les cheveux fur le fommet de la tête , &
de les coucher des deux côtés ſe rétablit.
Bientôt aux coëffures flottantes , aux coëffures
nouées & cordonnées , aux coëffufures
enfin ornées de perles , de plumes
& de paillettes d'or, fuccédèrent les coëffures
en queue. Il eft à préfumer que la
variété des couleurs , la délicateffe des
rubans ou cordons deftinés à former les
queues , ne furent pas épargnées . On peut
JUI N. 1773 . 89
même conjecturer que l'or , les perles &
pierreries entrèrent dans la compofition
de ces coëffures . Ce que l'hiftorien peut
fur- tout affirmer , c'eft que l'on regardoit
comme un ornement d'avoir des queues
extraordinairement longues : d'abord elles
ne paffèrent point la ceinture ; mais , prenant
fans ceffe de nouveaux accroiffemens
, elles defcendirent bientôt plus bas
que les genoux . Cet excès ridicule amena
bientôt une mode contraire. Les longs
cheveux furent profcrits , & chacun arrangea
fa tête fuivant fa fantaisie . Cette
différence , que l'on remarquoit entre les
têtes des premiers Francs , différence qui
empêchoit de confondre le noble & le rôturier
, le ferf d'avec l'homme libre , fut
prefque entièrement abolie. En mêmetems
que nos pères fe dégoûtèrent de leurs
cheveux ,ilsfe prirent de belle paffion pour
le poil des animaux.On fixe ordinairement
l'époque de cette révolution au tems des
conquêtes de Charlemagne en Italie . Non.
feulement ce fut la mode de décorer les
habits avec des fourures , on s'aviſa d'envelopper
la tête dans des peaux garnies
de poil . La dépouille des agneaux fervit
d'abord on lui fubftitua le menu - vair
l'hermine & autres fourures précieuſes .
90 MERCURE DE FRANCE .
s
L'ornement de tête que cette mode produifit
, & qui s'eft perpétué jufqu'à nous,
eft connu fous le nom d'anmuffe. Les uns
prétendent que dans l'origine , ce n'étoit
qu'un bonnet fort court ; peu - àà-- peu il
defcendit jufques far le cou , & enfin for
les épaules . Les autres allurent que l'aqmuffe
n'étoit autre chofe qu'un chaperon
entièrement couvert de poil . Quoi qu'il
en foit , les aumuffes ont été en grande
vogne pendant plufieurs fiècles. L'auteur
a foin, dans le cours de cette hiftoire,d'en
faire obferver les diverfes révolutions. II
nous inftruit également des changemens
qu'éprouvèrent les nitres, les chaperons ,
les mortiers & autres cocffures que nos
pères adoptèrent fucceffivement & qu'ils
rejetèrent pour porter des cheveux longs
& frifés. Cette dernière mode excita le
zèle des rigoriftes . Il s'éleva même à ce
fujet , vers l'an 1644 , une difpute fort
vive parmi les Proteftans. Quelques Miniftres
de Bordeaux défendirent très - expreffément
l'entrée de leurs confiftoires
aus porteurs de cheveux frisés . Quelques
autres Miniftres defcendirenc auffi dans
l'Arène , les uns pour défendre , les autres
pour combattre l'ufage des longs cheveux.
Le Public , fuivant la réflexion de
JUI N. 1773.
l'hiftorien , doit certainement favoir gré
à cés auteurs d'avoir eu la complaifance
de l'enrichir de cinq ou fix traités latins
fur une auffi importante matière. Malgré
ces conteftations, les cheveux , du moins
ceux qu'on avoit épargnés , acquéroient
de jour en jour un nouvel éclat ; les toupets
fur-tout commencèrent à jouer un
rôle intéreflant fur la tête des François.
On les roula fur un fer chaud , & cet expédient
procura des toupets trifés . Une
autre invention apporta un changement
notable fur les têtes chevelues. Depuis
les retours des cheveux flottans , les hommes
s'étoient bornés à fe laver , à fe patfumer
la tête. Les femmes au contraire
fémoient fur leurs cheveux une certaine
poudre blanche , qui n'avoit été inventée
que pour les nettoyer. Les petits- maitres
envièrent aux femmes ce prétendu agrément.
Plafeurs d'entr'eux parurent en
public avec des cheveux poudrés; & cerre
-frivolité eut des approbateurs. D'abord
les hommes fe contentèrent de mêler la
poudre avec les cheveux : peu- à - peu ils
s'accoutamèrent à la répandre avec profufion
fur leur tête , & bientôt cette mode
fat générale. Hommes , femmes , enfans
, vieillards , tous firent ufage de la
92 MERCURE
DE FRANCE
.
poudre ; toutes les têtes devinrent blanches.
Cette révolution influa fur le goût
de la nation relativement à la couleur des
cheveux. On avoit toujours eſtimé en
France , même parmi les hommes , la
couleur blonde , comme la plus douce ,
la plus agréable . Les cheveux noirs offroient
quelque chofe de trop dur ; les
blancs annonçoient la décrépitude , ils
étoient peu eftimés. Depuis l'introduc
tion de la poudre, les cheveux blancs devinrent
en honneur . On vit au commencement
du dix - huitième fiècle les François
applaudir à la poudre , à la frifureaux
beaux toupets ; mais ils ne tardèrent
pas à fe dégoûter des longues chevelures .
Les artifans du luxe , pour les contenter,
n'imaginèrent pas d'autre moyen que de
leur procurer le double avantage de jouir
quand ils voudroient & des cheveux
longs & des cheveux courts . Pleins de ce
projet , ils firent éclore de nouvelles modes.
La première , la plus fimple de toutes
, confiftoit à réunir avec une rofette ,
les cheveux qui flottoient fur les épaules ,
& à les attacher lorfque les circonstances
l'exigeoient. Cette mode , qui procura
les cheveux en cadenette , dura peu ; &
l'on vit arriver pour la chevelure des
JUI N. 1773.
93
hommes ce qui étoit arrivé pour la queue
des chevaux . Les Parifiens , pendant un
tems , fe prirent de belle paffion pour les
chevaux à courte queue : c'est ce qui fit
dite à Baffompierre , lorfqu'en 1642 il
fortit de prifon , où il avoit reſté vingt
ans , qu'il ne trouvoit d'autre changement
dans le monde , fi ce n'eft que les hom ÷
mes n'avoient plus de barbe , & les chevaux
plus de queue. Bientôt les habitans
de Paris fe jetèrent dans l'extrémité oppofée
; les chevaux à la queue large &
Aottante furent recherchés. La girouette .
tourna pour la troisième fois : fa nouvelle
pofition fit defirer en même tems & les
queues longues & les courtes queues. Pour
contenter un goût fi bizarre , on s'avifa de
renfermer la quene des chevaux dans un
étui qu'on étoit libre d'ôter lorfqu'on le
defiroit : l'invention parut commode , les
hommes s'en emparèrent. Ce fut alors
que les François imaginèrent des bourfes,
efpèces de petits facs de taffetas noir dans
lequel ils renfermèrent leurs cheveux , &
d'où il les retiroient lorfque la néceffité
l'exigeoit , ou que les circonftances le
permettoient . Les rofertes ne furent pas
néanmoins abandonnées : el'es s'attachèrent
aux bourfes , dont elles devinrent let
.C.
·
94 MERCURE DE FRANCE .
principal ornement. D'abord les bourfes
ne furent employées quedans les voya
ges , que pour courir le matin en chenille,
ou pendant la pluie : il eût été indécent
de paroître avec cet ajustement devant les
Grands , & fur tout dans les cérémonies.
Avec le tems les bourfes ont acquis quel
que confidération : il leur a été permis de
fe montrer dans les meilleures compagnies;
& les prêtres ont ceffé d'exiger que
dans les cérémonies de mariage , les hommes
le préfentaffent avec des cheveux
Aottans. Les formes des bourfes ont varié
; mais la manière de difpofer les
cheveux fur le devant de la tête & des
deux côtés , a éprouvé & éprouve jour
nellement bien d'autres changemens.
L'invention des perruques avoit porté
l'art de la frifure à un degré de perfection
auquel on n'auroit jamais penfé qu'il pût
parvenir. Libres de donner à des cheveux
poftiches mille formes différentes , las
maîtres perruquiers n'épargnèrent ni peines
, ni foins pour piquer la vanité des
petits maîtres ; & c'eft à leur induftrie
que nous fommes redevables de cette variété
de frifures prétendues élégantes ,
dont il feroir difficile de retenir les noms,
& auxquelles bien des hommes attacheur
une partie de leur mérite.
-
JUIN. 1773 . 95
L'hiftoire de la barbe qui fuit immés
diatement celle de la coëffure des hommes
, vous fait voir que la mode n'a pas
moins exercé fes caprices fur la barbe que
fur la chevelure des hommes. Elle lui a
donné fucceffivement une forme ronde ,
pointue , quarrée . Parurent enfuite les
barbes en évantail , en queues d'hirondelle
, & en cent autres manières différentes.
Des cires préparées , fervoient à
imprimer aux barbes des formes fi extraor
dinaires . L'induftrie , toujours ingénieufe
lorfqu'il s'agit de flatter la vanité , mit
tout à contribution pour fatisfaire les petits
maîtres d'alors. Les cires furent déguifées
, & avec leur fecours chacun eut
la faculté de procurer à la barbe la couleur
& l'odeur qu'il fouhaitoit. Une ordonnance
de Philippe le Bel de 1304, que
l'hiftorien rapporte, ne préfente pas la profeffion
des notaires fous des dehors fort
brillans. Certe profeflion étoit alors fi peu
lucrative , que fouvent ceux qui l'exerçoient
fe livroient à quelqu'autre métier
qui pûr les faire vivre. Mais comme elle
les rendoit dépofitaires des fecrets & des
conventions des familles , on jugea à propos
de leur interdire certains états qui parurene
incompatibles avec de pareilles
96.
MERCURE DE FRANCE.
fonctions. Ce fut depuis cette ordonnance
que les notaires ceffèrent de pouvoir
être barbiers. L'hiftorien , en nous traçant
les révolutions de la barbe , n'omet
pas de nous inftruire des conteftations ridicules
qui s'élevèrent fouvent à fon ſujet.
Quoique la barbe , après avoir difparu
de deflus le vifage des hommes , y
ait été fouvent rappelée , il y a lieu de
croire néanmoins qu'ils ne la reprendront
plus , du moins tout le tems qu'ils vou-.
dront faire ufage de cette poudre , connue
fous le nom de tabac, & qui ne pour..
roit que contribuer à rendre la barbe trèsincommode,
& très - délagréable .
Le fupplément aux recherches fur les
chevelures des François contient l'hiſtoire
des perruques. Les courtifans , les rouf- '
feaux , les teigneux , nous dit-on ici d'après
M. Thiers , furent les premiers qui
portèrent une perruque . Selon cet auteur
les courtifans adoptèrent cet ajuſtement
par délicateffe , les ronffeaux par vanité ,
Îes teigneux par néceffité; & parce que
fouvent ces derniers ne tenoient pas leurs
perruques bien propres , on donna le nom
de teignaffes aux perruques mal- propres ,
ou mal peignées , nom qui leur est resté
jufqu'à ce jour. On rita un peu en voyant
toutes
JUI N. 17734 97
1
toutes les formes que les perruques ont
prifes , & on fera tenté de déclamer contre
ces modes bizarres ; mais, avec un peu
plus de réflexion , on fentira qu'une mode
ne nous paroît
bizarre que parce qu'elle
eft paffée . Tant qu'elle dure , on a raiſon
de la fuivre , puifqu'elle pare & embellit.
Les variations de la mode donnent d'ailleurs
de l'activité au commerce, & aident
l'ouvrier actif & laborieux à marier fes
filles , ce qui eft effentiel pour l'Etat.
Cette hiftoire , pleine de recherches &
écrite avec agrément , intéreffera les pattifans
des modes ; elle fera d'ailleurs utile
aux perfonnes attachées au théâtre , aux
peintres , aux fculpteurs & autres artiftes
qui font perfuadés que l'obfervation
exacte du coftume ajoute au mérite d'uné
compofition pittorefque , & contribue à
rendre l'illufion plus parfaite Cetre hiftoire
pourra encore contribuer à diffipet
les vaines déclamations de certains thé
teurs , contre la diverfité des modes ou
coutumes de leurs contemporains.
Principes du calcul de la Géométrie , ou
courscomplets de Mathématiques élémentaires
, mifes à la portée de tout
le monde , ouvrage en grande partie
E98
MERCURE
DE FRANCE
.
compofé & en partie extrait des Auteurs
les plus intelligibles , par M.
l'Abbé du Para du Phaujas , in- 8° . de
plus de 700 pages avec figures , à Paris
, rue Dauphine , chez Charles-
Antoine Jombert , pere , Libraire du
Roi , pour l'artillerie & le genie , à
F'Image notre Dame , 1773 .
Ces élémens de Mathématiques renferment
neuf traités , quatre fur le calcul,
& cinq fur la géométrie . On trouvera
dans ces neuf traités tout ce que les ma
thématiques élémentaires contiennnent
d'intéreffant & d'utile , avec la manière
de faire ufage des connoiffances qu'elles
donnent. L'Auteur affûre que par le
moyen de la méthode & de la lumière
qu'il a répandues dans toutes les parties
de cet ouvrage , tout efprit mûr & folide
pourra fe mettre au fait feul & fans
maître en moins de trois ans , d'une étu
de modérée , de tout ce qu'il renferme ,
Si nous avions , dit- il , à diriger la marche
dans cette carrière , nous lui confeillerions
de commencer par fe mettre bien
au fait de l'arithmétique , d'en bien faifir
les règles , les démonftratious , les
opérations , en fe donnant lui- même des
exemples , la plume à la main , fug
JUIN. 1773 . 99
chaque règle & fur chaque objet de
paffer de là au traité des proportions , &
de le bien concevoir , jufqu'à l'article
des fractions exclufivement ; de paffer
enfuite de là à la longimétrie , qui ne
fuppofe qu'une fimple connoiffance de
l'arithmétique & de la règle de trois.
Après quoi commençant à voir & à ſentir
l'utilité des mathématiques , il pour
ra indifféremment ou paffer à la planimétrie
, ou revenir fur fes pas pour s'occuper
des autres parties du calcul dont
il aura befoin dans la fuite , foit pour la
géométrie , foit pour la phyfique , foit
pour différens ufages de la vie civile.
La trigonométrie , qui , dans la plupart
des Auteurs , eft très- compliquée & trèsdifficile
, fe trouve ſi ſimplifiée dans cet
ouvrage , qu'elle ne renferme qu'un ſeul
théorême qui foit un peu difficile à
faifir tout le refte n'eft qu'une fimple
application de ce théorême. On trouvera
dans ce traité une méthode pour
transformer les tables ordinaires des finus ,
en tables des finus des fecondes ; methode
dont on fentira l'utilité , & dont l'idéo
appartient à M. l'Abbé Para .
Pour réfoudre les triangles par la trigonométrie
, on a toujours néceffairement
befoin d'une table des finus ; & c'est ce
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
qui a déterminé de la placer à la fin de
ce volume. On aura par là , en un feul
& même ouvrage , tout ce dont on a
befoin dans l'étude de la phyfique & des
mathématiques. Les Géométres & les
Aftronomes de profeffion , qui font habituellement
de grands calculs trigonoanétriques
, ont des tables de finus , jointes
à des tables des Logarithmes , qui
facilitent ces calculs ; mais les perfonnes
qui ne font pas fréquemment des calculs
& qui veulent cependant quelquefois fe
donner la fatisfaction de réfoudre un
triangle par la méthode trigonométti ,
que , feront bien aifes d'avoir ici une
rable des finus qui leur procure la facilité
de réfoudre ce triangle par un calcul
qui leur coûtant un quart d'heure de
plus , les difpenfera de fe procurer des
tables , des logarithmes , & de la peine
d'apprendre à s'en fervir. Ces tables des
finus leur donneront auffi toutes les tangentes
& toutes les fécantes dont elles
pourroient quelquefois avoir befoin ,
avec la même précifion qu'elles ont dans
les tables où elles fe trouvent le plus
exactement calculées .
Dans l'étude des mathématiques on
obfervera que tout l'art de cette fcience
confifte à faire connoître ou trouver des
JUIN. 1773. 101
grandeurs inconnues : ainfi cette fcience.
eft principalement la fcience des rapports.
On obfervera auffi que les démonftrations
mathématiques ont communément
la plus grande généralité poffible : il fant
donc que l'efprit s'accoutume & s'habitue
, en confidérant une figure géométrique
fur le papier , à la tranfporter par la
penfée hors du papier , fur la furface de
la terre , ou dans l'immenfité des cieux ,
eù elle doit conferver toujours les própriétés
qu'on y démontre .
Cette notice eft tirée de la préface
de l'Auteur. Il ajoute l'unique bot
que nous nous fommes propofés dans
cet ouvrage , c'eft de rendre plus fimple ,
plus intelligible , moins épineule &
plus intéreffante la fcience des mathématiques.
Pour parvenir à cette fin nous
avons lu & médité un aflez grand nom .
bre d'ouvrages en ce genre , & nous
avons profité de ce que nous y avons
trouvé de plus fimple & de plu
lumineux
, pour enrichir l'ouvrage dont nous
avions conçu l'idée . Ainfi dans cer ouvrage
la méthode , le cadre , le choix
font de nous le rempliffage fera en
grande partie de nous & en petite partie
des Auteurs les plus éclairés & les plus
intelligibles en genre de mathémati
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
ques. Nous avons emprunté quelquefois
de ces Auteurs quelques mots de proportions
fondamentales que nous avons
éclaircies quand elles avoient befoin
d'éclairciffement ; qu'il importe peu
de démontrer différemment quand elles
font clairement & folidairement démontrées.
Ce volume de mathématiques fe
vendra ou conjointement avec le cours
de phyfique , en quatre volumes , in 8 °.
dont il fait partie ; ou féparément fans le
cours de phyfique , parce qu'il peut en
être détaché, formant lui feul un ouvrage
part.
à
Annales de la ville de Toulouse , dédiées
à Monfeigneur le Dauphin ; ouvrage
propofé par foufcription ; 4 vol. in 4°. -
chez la veuve Ducheſne. A Paris , rue
St Jacques.
Nous avons déjà annoncé les deux pre .
miers volumes de cet ouvrage , intéref
fant par des objets différens que fon
auteur y a raffemblés . Il a fait un travail
utile au Languedoc , en rapprochant
d'époque en époque l'hiftoire de la province,
de celle de fa capitale. Le troisième
volume que l'on publie commence par
JUI N. 1773 . 183
un précis depuis la réunion du Comté à
la Couronne jufqu'au règne de Louis XI.
L'hiftoire de ce Prince mérite d'être remarquée
. Nous nous contenterons de citer
ici le portrait de ce Monarque.
Après tant de travaux multipliés, Louis
mourut le 30 Août 1483. La crainte de
la mort qu'il portoit à l'extrême, lui avoit
infpiré , dans les deux dernières années
de fa vie , des moyens de fe la conferver
affez puériles , & quelquefois même ridi
cules. Mais qu'importoient aux peuples
des foibleffes qui n'empêchoient point
que l'Etat ne fût gouverné avec vigueur ,
& que la France ne fût refpectée au dehors
& formidable au - dedans ? Il faut
toujours , en lifant la vie de ce Prince ,
le voir fous deux afpects , comme homme
d'état & comme particulier. Son coeur
fut peu fufceptible de ces vertus qui ho
norent l'humanité , de ces fentimens qui
font couler les larmes de l'amour filial ,
de la bonté paternelle , & celles de l'amitié
ou de la reconnoiffance. Mais que
l'on le tranfporte en idée dans le fiècle où
il vivoit. Tous les Prir.ces fes contemporains
, à l'exception de deux ou trois
étoient plus barbares , plus perfides qu'il
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
1
1
ne le fut jamais. Louis XI ne fut pas vertueux
; mais pouvoit - il l'être , ayant en
tête un Ferdinand , un Charles le Témé
raire , les traîtres d'Armagnac , un Maximilien
, un Duc d'Alençon & tant d'autres
? Il faut dire , à fa gloire , qu'aucun
Roi de France ne fe trouva environné
d'ennemis auffi puiffans , auffi implaca-.
bles . Il n'eût pas fuffi d'avoir la valeur de
Philippe Augufte , la piété de Louis IX ,
le bonheur de Charles VII , la fageffe de
Charles V. Il falloit moins combattre
que négocier les moyens pouvoient bien
n'être pas toujours conformes aux principes
les plus exacts ; parce qu'il falloit
pour le bien public , oppofer quelquefois
Fa rufe à la rufe. Le travail du cabiner
n'eût pas encore été affez. Il étoit néceffaire
de prouver au befoin du courage &
de la vigueur. On s'eft plu à flérrir la mémoire
de ce Prince . Sans lui , la France
étoit perdue. Il falloit être comme lui ,
fobre , vigilant , peu faftueux , ami du
travail , de ce fens droit que le fage Commines
a tant loué. De quelle utilité ſont
pour l'Etat des vertus obfcures , qu'un
homme ordinaire concentre dans l'intérieur
de fon palais ? On loue ces ames
molles , qui font fans vices à la vérité ,
JUI N. 1773. 105
mais qui fecondent tous ceux des mét
chans qui les approchent. Les vengeances.
de Louis furent quelquefois atroces . Mais
il inftitua les poftes ; mais il écouta le
Parlement, qui par la voix de fon premier
Préfident, lui offroit de mourir plutôt que
de céder à un ordre injufte ; mais il accrut
le royaume du Rouffillon , des deux
Bourgognes , de l'Artois , de la Picardie ,
de la Provence , de l'Anjou & du Maine .
La paix qu'il fit , avant de mourir , fut auffi
utile que glorieufe. Que l'on défigne un
Roi , qui avec d'auffi foibles moyens
dans un fiècle auffi malheureux , entouré
d'ennemis auffi redoutables , ait , projeté
& exécuté d'auffi grandes chofes , il na
fera encore qu'égal de Louis . Mais fi cet
autre Prince a été , outre cela , doux , fenfible
& humain; fi en voulant foulager
fon peuple , il n'a pas été la terreur de la
Nobleffe , Louis XI ne peut être nommé
qu'après lui. N'oublions jamais , nous autres
François , quelle époque fon règne
a fait naître dans la Monarchie. Le gouvernement
féodal fut détruit. Ce feul mot
eft le premier & le plus grand des éloges ,
quant à notre Nation . Pourquoi chercher
à diminuer notre reconnoiffance , en nous,
Occupant des vues du bienfaiteur de la
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
patrie ? Penfons à ce qu'il fit pour nous ;
& fi l'hiftorien de fa vie a dit : Tout mis
en balance , c'étoit un Roi ; ajoutons , tout
efprit fyftematique à part , c'étoit un grand
Roi.
Nos lecteurs ont pu voir , dans le Mercure
du mois d'Avril dernier , comment
la Ville de Touloufe a cru devoir récompenfer
M. de Rozoi de fes travaux , en
lui accordant tous les honneurs qu'un littérateur
puiffe defirer. MM. les Capitouls
ayant délibéré de faire imprimer, aux frais
de la Ville , le difcours qu'il prononça le
jour qu'il fut nommé Affocié & Hiftoriographe
de l'Académie des Arts , nous donnerons
ici quelques morceaux de ce difcours.
Il contient des anecdotes chères.
aux arts .
L'orateur , après avoir peint les diffé
rentes révolutions que Toulouſe avoit
éprouvées , tant fous les Romains que fous
les Vifigoths , & les Rois de France ; après
avoir décrit les droits d'une magiftrature
qui feule n'avoit point été détruite au
milieu de tant de défaftres , il entre dans
les détails de la fondation de l'Académie
des Arts de Touloufe. Le fameux Rivals
en fut le créateur ; & M. Cammas font
élève , le même qui depuis a fait bâtir
JUI N. 1773 : 107
l'hôtel- de-ville de Touloufe , fut , après
la mort de fon maître , le reftaurateur
d'une école , qu'il foutint même quelque
tems de fes propres avances. En 1735 ›
les Capitouls affiguèrent une fomme pour
l'entretien de l'Ecole publique de deffin ,
de peinture & de fculpture. En 1745 , les
mêmes Magiftrats fondèrent des prix ;
enfin , le 10 Mai 1746 , cette Ecole obtint
du Roi des lettres - patentes qui l'érigèrent
en Académie royale ; & Louis le
Bien Aimé s'en déclara le protecteur immédiat
. L'orateur , après avoir loué M.
Cammas , qu'il nomme le Patriarche des
arts , ajoute :
"
་ ་
Admirez , Meffieurs , combien l'idée
» d'un feul homme a produit d'avantages
multipliés . La gloire que Touloufe s'é-
» toit déjà acquife reçut un nouveau luf-
» tre. L'Europe avoit compté au nombre
» des plus illuftres deffinateurs de fon
» fiècle ce Raymond la Fage , né à l'lfle , `
» en Albigeois , élève de Jean - Pierre Ri-
» vals , premier peintre de l'hôtel deville.
Antoine Rivals avoit eu la gloire
» de former ce Subleiras , né à Uzès , &
» mortà Rome ,avec la réputation d'avoir
été , pendant fa vie , le plus grand pein-
» tre de cette capitale des arts. La ville
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
"
» où tant d'artiſtes célèbres avoient puifé
» des connoiffances confacrées par un
» ufage fi glorieux , vit encore fortir de
» l'attelier de M. Cammas , le Catulle des
» peintres de ce fiècle , ce Lagrenée dont
» les ouvrages femblent moins le chefd'oeuvre
de l'art , qu'une glace qui ré-,
» pète fidèlement les contours & l'incar-
» nat des graces & de la beauté. Cet ar-,
»tifte remporta plufieurs prix à l'Acadé-
» mie de Touloufe , & devint un des
préfens les plus chers que cette ville pût
» faire à la capitale. »
99
L'Académicien détaille enfuite une
anecdote précieuse à conferver . C'est que
l'Académie vit , dans la même année , trois
de fes élèves concourir pour le prix à Paris
, à Rome & à Madrid ; les feurs Raymond
& Arnard , architectes , & le fieur
Gaucelin , peintre. Le premier remporta ,.
à Paris , le grand prix d'architecture ; le.
fecond eut, à Madrid , le même honneur;
le troisième obtint , à Rome , le prix du
modèle , & fut le premier qui mérita celai
que le Cardinal Albani a fondé pour
le talent de bien draper.
Nous ne pouvons nous refufer au plaifir
de citer le morceau fuivant , parce qu'il
contient des noms chers aux fciences &
aux arts.
JUI N. 1773 . 109
Au moment où j'ai l'honneur de vous
parler , je vois un homme ( 1 ) honoré par,
fon Roi au nom du Patriotiſme , d'un titre
que tant d'autres ne doivent qu'au hazard
des circonftances , remplir ici la place
de modérateur. J'y vois un célèbre géomètre
, ( 2 ) correfpondant d'une des premières
académies du monde ; littérateur
aimable qui a fu , comme Fontenelle , or
ner de fleurs le compas d'Uranie , & joindre
l'atticifme à la profondeur. J'y vois
un aftronome , (3 ) non moins fameux ,
correfpondant de la même Académie , citoyen
auffi zélé que fçavant éclairé , digne
en un mot, commé littérateur & comme
patriote , de toute fa reputation. .. . . '.
Vous décririez , Meffieurs , bien mieux.
que moi les tableaux & la coupole de cet
artifte (4) qui a décoré vos temples de
tant d'ouvrages eftimables , autant qu'eftimés
, & qui eft dans ce fiécle le Coypel de
Toulouſe.
Vons exprimeriez d'une manière bien
plus frappante combien ce fut une confo-
"
( 1 ) M, le Baron de Puymaurin.
(2 ) M. d'Arquier, fecrétaire de l'Académie.
(3) M. de Garripuy , père. --
(4) M. d'Expaz.
110 MERCURE DE FRANCE. 弗
lation touchante pour les citoyens de voir
unarchitecte ( 1 ) habile, fait pour créer les
plans les plus vaftes , voler au fecours des
malheureux enveloppés dans l'inondation
de l'année dernière , franchir les ruines
des maiſons renversées , expofer fes
jours pour fauver ceux de fes concitoyens.
Chaque état a fon héroïſme ; & le plus
fuperbe ouvrage des Manſards n'égale pas
aux yeux du philofophe la gloire d'étayer
la chaumière du pauvre que l'on conferve
à la patrie.
Nous finirons cet extrait par une anecdote
trop intéreffante pour pouvoir l'ou
blier.
Le fils ( 2 ) d'un négociateur célèbre ,
auffi eftimé que les Préſidens Jeannin &
que les Davaux , avoit commencé par
cueillir des lauriers avant de tenir entre
fes mains l'olive de la paix. Il combattit
à Laufeld fous les yeux du vainqueur de.
Fontenoi ; & la bleffure la plus affreufe
confacra au bonheur de l'humanité des
(1 ) Hardy , ingénieur de la ville.
(2 )M. le Marquis de Bonac , lieutenant - général
des armées du Roi , chevalier de l'Ordre militaire
de St Louis , & de celui de St André de Ruffic
, &c. &c.
JUI N. 1773 . III.
jours , que la gloire eût peut- être employés
à partager les querelles fanglantes
des Rois. La même main qui devoit égor
ger les ennemis de l'Etat , figna des trai
tés qui en firent des Alliés de la France.
Mais Thucidide écrivit fur la guerre ; Fréderic
a faifi la plume de Clio ; Céfar , le
burin de l'hiftoire ; le Repréfentant d'un
des plus grands Rois de l'Europe a manié
également le pinceau , le compas ,
querre & le cifeau.
l'é-
Je ne trahirai point ici , Meffieurs , le
fecret des veilles qu'il a confacrées aux
lettres , & des fruits qui en ont été la fuite
précieufe. Ce digne héritier du génie &
des vues profondes d'un père dont la France
doit chérir à jamais la mémoire , a
voulu mériter une place d'artifte ; & vous
l'y avez nommé , non en faveur de fon
tang & des attributs qui le décorent ,
mais pour prix de talens acquis par un
goût fûr , par des études fuivies , par cette
intelligence frappante qui a fu joindre au
faire énergique du Rimbrant tout le fuave
du Corrège.
Ce difcours méritoit l'honneur que
MM. les Capitouls lui ont fait . Nous ne
pouvons qu'engager nos lecteurs à fe procurer
les annales , où tous les événemens

111 MERCURE DE FRANCE.
qui ont illuftré Toulouſe , tous les bienfaits
dont elle a comblé les arts & les arriftes,
tous les grands hommes qu'elle a
produits,font célébrés avec autant de pariotifie
que de vérité.
Les Bibliothèques françoifes de la Croix
du Maine & de Du Verdier fieur de Vauprivas
; nouvelle édition dédiée au
Roi , revue , corrigée & augmentée
d'un difcours fur le progrès des lettres
en France & des remarques hiftoriques,
critiques & littéraires de M. de la Monnoye
& de M. le Préfident Bouhier de
l'Académie françoife ; de M. Falconet
de l'académie des belles lettres ; par
M. Rigoley de Juvigny , confeiller honoraire
au Parlement de Metz ; tome
quatrième. A Paris , chez Saillant &
Nyon , libraires , rue St Jean- de - Beauvais
, & Michel Lambert , imprimeur,
rue de la Harpe près St Côme , 1773 .
·
·
Ce quatrième volume eft le fecond de
la Bibliothèque françoife de Du Verdier.
Le favant éditeur fatisfait avec exactitude
à fes engagemens envers les foufcripteurs,
& à l'empreffement du Public pour ce bon
ouvrage. Il continue dans ce dernier vo-
Jume à répandre , par fes recherches , la
JUI N. 1773. 113
i
lumière fur les anciens tems de notre littérature
françoife , & à rectifier les erreurs
& les omiffions de Du Verdier. Il
enrichit fouvent fes notes de morceaux
qui caractérisent le génie des auteurs ; il
trouvé auffi dans leurs écrits & dans leurs
moeurs la critique de notre fiècle littéraire
:
La notice de Gabriel Bounin , avocat
commence ce volume. Cet auteur fit plufieurs
tragédies ; il fut le premier qui mit
un fujet Ture fur la fcène. Outre les ouvrages
rapportés par Du Verdier , on a encore
de Boupin une Satyre au Roi contre
les Républicains , imprimée en 1986 , &
l'Alecriomachie ou Joutte des Coqs , autre
fatire obfcure des troubles du tems.
Gabriël le Breton a donné la tragédie
d'Adonis , qui eft une allégorie où la mort
de Charles IX eft déguifée fous celle d'Adonis
Jacques de la Taille de Bondaroy ,
gentilhomme de Beauce , a écrit en vers
les tragédies d'Alexandre & de Daire , imprimées
avec des épigrammes & des quatrains
pour les images des Princes & Princeffes
de France. Il vivoit vers l'an 1573 .
Voici quelques - unes de ces épigrammes .
114 MERCURE DE FRANCE.
D'UN DEVIN.
Quelque Divin , voyant fon fort fatal ,
Dit qu'il étoit à mourir deftiné
L'an quarantième après fon jour natal ;
Mais quand ce vint à l'an déterminé
Il n'en mourut ; dont lui , tout forcené ,
Pour ne mentir , fe mit au col la hart ,
Et s'étranglant , ( O l'homme infortuné )
Eftima moins la vie que løn art.
D'UN LION & D'UN RENARD.
>
Dedans un antre , un Lion d'aventure
Trouve un Renard navré mortellement.
Il s'en approche , & voyant ſa bleſſure ,
Qui t'a , dit-il , outragé tellement?
Sors de ce lieu , & permets feulement
Que je te fèche , alors en moins de rien
Tu feras fain ; tu ne fais pas combien
Ma langue eft bonne & puiflante en cela .
L'autre répond : ami , je le fais bien ;
Mais je crains trop pour les voisins qu'elle a
D'UNE COURTISANNE , dédiant un miroir.

Pour mirer déformais l'éternelle beauté
De ta face ; ô Vénus , je t'offre ce miroir ;
Carje ne m'y vois plus telle que j'ai été ,
Et telle que je fuis je ne m'y veux plus voir.
JUIN. 1773. 115
Jean Aurel Augurel compofa un pcëme
en trois chants , intitulé , Cryfopæia , ou
l'art de faire de l'or. On rapporte que
l'ayant préſenté à Leon X , ce Pape lui
donna une grande bourfe vuide , difant
qu'il feroit fort aisé à l'auteur de la remplir.
Réflexions fur les Comètes qui peuvent
approcher de la Terre ; par M. de la
Lande ; in- 8 °. de 40 pages. A Paris
chez Gibert , libraire , quai des Auguftins
, à la defcente du Pont- neuf.
Ce Mémoire , dit M. de la Lande , étoit
deftiné à l'affemblée publique de l'Acadé
mie des Sciences , le 21 Avril 1773 , & il
faifoit partie d'un travail plus confidérable
fur les Comètes en général . Ce que
j'avois dit à quelques amis , du réſultat de
mes calculs , a paffé de bouche en bouche
, & s'eſt accrû beaucoup plus rapidement
que je ne l'aurois imaginé. Bientôt
on a dit que j'avois annoncé une Comère,
qui dans un an , dans un mois .... dans
huit jours , alloit caufer la fin du monde ,
&c. Ces bruits populaires font venus au
point d'effrayer ; & l'on a exigé de moi
une explication capable de raffurer le Pu
blic : elle a déjà paru en peu de mots dans
116 MERCURE DE FRANCE .
la Gazette de France,mais cela ne fuffifoit
pas pour me juftifier de toutes les chofes
abfurdes qu'on m'imputoit prefque géné.
talement à Paris , & même dans les provinces.
C'eft ainfi qu'un très- petit déran
gemene que j'avois découvert dans le
mouvement de Saturne fit dire publique-.
ment en 1769 que Saturne étoit perdu ;
onl'imprima même dans des papiers publics
. La nouvelle de cette année fembloit
encore plus accréditée ; elle étoit plus effrayante
, & la multitude des lettres que
j'ai reçues , & des queftions que l'on m'a
faites à ce fujet , m'a fait juger qu'il étoit
devenu indifpenfable de publier fans délai
cette partie de mon mémoire. On y
verra que les événemens dont j'ai parlé ne
font point à redouter , parce que le nombre
des combinaifons néceffaires pour les
produire eft immenfe , ainsi que le nom
bre des hafards qui peuvent les éloigner. ,
Depuis la découverte des mouvemens
& du retour des Comètes , les phyficiens
ont compris qu'une multitude de corps
tournant en différens plans autour du
même centre , ils pouvoient quelquefois
fe trouver fort près les uns des autres , &
occafionner des phénomènes très- finguliers.
L'imagination a devancé la nature ,
JUI N. 1773. 117
& l'on a formé des fyftêmes fur la poffi
bilité des plus étranges révolutions que
pouvoient caufer des Comètes. Le fubli
me écrivain de Hiftoire naturelle a montré
que l'état actuel du fyftême folaire
pouvoit être l'effet du mouvement d'une
Comète ; d'autres fe font contentés d'expliquer
le déluge par la proximité d'an
de ces aftres. Whilton , aftronome célèbre
, publia , en 1708 , fa théorie de la
Terre , dans laquelle il tâche d'établir qué
la Comète de 1680 a pu caufer le déluge
2926 ans avant l'ere vulgaire , foit par
fon atmosphère condenfée fur la Terre ,
foit en foulevant les eaux intérieures de
la Terre , & les amenant à la furface ,
D'un autre côté , les philofophes qui donnent
plus aux caufes finales qu'aux combinaifons
fortuites des caufes fecondes , ont
cru que de femblables révolutions ne pou
voient point arriver .
Le catalogue des Comètes qu'on a obfervées
& calculées , de manière à pouvoir
les reconnoître en quelque tems qu'elles
reviennent , eft actuellement de Go , y compris
celle de l'année dernière .
J'ai voulu favoir , ajoute M. de la Lande
, fi dans ce nombre de 60 Comètes il
y en avoit quelques unes dont les noeuds
*
18 MERCURE DE FRANCE.
tombaffent à peu près fur la circonférence
de l'orbite terreftre , & j'ai trouvé que
dans les 60 , il y en a - 8 qui en différent
affez peu ; enforte qu'il eft poffible que
dans la fuite des révolutions de la Terre
& de ces différentes Comètes , il s'en trou .
ve une qui fe rencontrant dans fon noeud ,
lorfque la Terre y paffe , la choque ou la
déplace , l'entraîne , ou en foit entraînée ,
& confomme enfin certe grande révolution
qui feroit pour le genre humain l'accompliffement
des fiècles , la fin du monde
, ou le commencement d'un nouvel
ordre de choſes.
Parmi les 8 Comètes dont les neuds
approchent de l'orbite de la Terre , celles
de 1763 & 1764 n'étoient qu'environ à
un degré de leurs noeuds ; cependant elles
étoient affez éloignées de l'écliptique ,
pour ne produire fur la Terre aucun effet
fenfible ; mais pour faire rencontrer ces
deux globes , il ne falloit changer le noeud
que d'un degré , puifque dès lors la Comète
fe feroit trouvée précisément dans
fon noeud , & fur le palfage même de la
Terre. Or , un changement d'un degré eft
une différence qui arrive néceffairement
par le feul effet des attractions étrangères.
Nous en voyons un exemple dans la CoJUIN.
1773. 119
mère de 1759 , en une feule période de
75 ans.
L'Académicien parcourt les effets que
produisirent les Comètes dans leurs différentes
approximations de la Terre . Ces
recherches font fans doute utiles à la
théorie & aux progrès de l'aftronomie .
Mais après avoir ainfi détaillé les fuites
qu'on entrevoir dans le concours d'une
Comète avec la Terre , aux environs du
noeud , nous voyons , dit il , que le danger
feroit bientôt paffé , & dès lors il diminue
beaucoup .
En effet , la Terre parcourt , dans fon
orbite , fix cent mille lieues en un jour ;
par conféquent , elle ne peut être qu'une
heure de tems à la diftance que je viens
d'affigner pour la Comète ; or , l'inertie
des eaux eft probablement trop grande ,
pour qu'en une heure de tems elles puf
fent être portées à une fi grande élévation ,
On craindra peut- être , qu'une impreffion
auffi violente ne continuât à s'exercer mês
me après que la caufe feroit paffée , &
que le reflux d'une fi terrible marée ne
produisit fur le reste de la Terre , à -peuprès
les mêmes ravages qu'auroit produits
l'élévation même des eaux dans les parties
de la Terre qu'elle auroit furmontées ;
120 MERCURE DE FRANCE.
mais tout cela eft douteux , & nous laiffe
de quoi nous raffurer en partie fur de pareils
événemens.
D'ailleurs , il y a beaucoup à parier
contre toutes les circonstances nécellaires
à de pareils événemens . 1º . Il eft difficile
que la coïncidence exacte du noeud qui
n'eft que pallager , fe trouve arriver dans
le tems où la Comète y pallera . 2º. En
fuppofant que cette coïncidence y foit ,
ces deux Planètes dont les orbites fe con.
pent exactement , fe rencontreront diffici
lement à la fois au même point d'inter
fection . Par exemple , la Terre n'ayant
que 17 fecondes de diamètre , vue du fo
leil , fuivant les dernières obfervations ,
elle n'occupe que la foixante feize millième
partie de la circonférence de fon orbite.
Suppofons qu'une Comète traverse
précisément l'orbe de la Terre ; il y a,
pour le moment où elle fe trouve dans le
naud , 179 mille contre un à parier , que
la Terre ne fe trouvera pas dans un point
de fon orbite où elle puiffe être frappee.
La distance de treize mille lieues , à la
quelle j'ai dit que la Comète pouvoit
fubmerger une partie de la Terre, eft com
prife feize mille fois dans la circonférence
de l'orbite terreftre ;ainfi il y auroit environ
huit
1
JUI N. 1773.
fif
huit mille contre un d'efpérance , même d
chaque fois que la Comère pafferoit dans
fon noeud , & préciſement fur la circonférence
de notre orbite ; mais de plus , ces
paffages font bien rares , puifque les révolutions
de chaque Comète exigent un
ou plufieurs fiècles , & qu'il peut fe paffer
des milliers de révolutions , fans que les
noeuds fe trouvent placés dans l'endroit
où nous les fuppofons.
On ne peut donc regarder ces événemens
& ces dangers que comme des poffibilités
, qui ne fauroient entrer dans l'ordre
moral des efpérances ni des craintes.
Les tables des mortalités nous apprennent
qu'il meurt une perfonne à toutes les fecondes
, ou 3600 par heure , fur la ſurface
de la Terre , peuplée d'environ mille
millions d'habitans ; mais perfonne de
nous ne craint de mourir dans une heure,
parce qu'il y a 277800 contre un à parier
, pour chaque individu , qu'il ne fera
pas du nombre.
Les poffibilités dont je viens de parler,
font encore plus éloignées ; & l'on peur ,
dans l'ordre moral , les regarder comme
nulles:
Nous ne pouvons pas efpérer que jamais
il foit poffible d'en prédire le tems, parce
F
#22 MERCURE DE FRANCE.
f
qu'il y a un trop grand nombre de Comè
tes qui peuvent agir fur chacune de celles
que l'on voudroit prédire , & peut - être
même ne pourra - t'on jamais affurer que
telle Comère rencontrera la Terre.
Lettre à M. de *** fur le dictionnaire
des Bénéfices.
Cette lettre eft une réponſe où l'auteur
obferve qu'occupé depuis plus de douze
ans de fon entreprife , il l'annonça par un
profpectus imprimé en 1764 , fous le titre
de Tableau hiftorique & chronologique de
tous les Etabliffemens Ecclefiaftiques , Religieux
& Hofpitaliers Militaires de la
France.
·
La réflexion ayant fait juger depuis que
la forme d'un dictionnaire feroit plus
commode & plus facile pour trouver , à
l'inftant, un bénéfice quelconque , l'auteur
réforma fon plan , & publia un nouveau
profpectus en 1769 pour un Dictionnaire
des Bénéfices ; mais les frais de typographie
devant en être confidérables , il euc
recours à la voie des foufcriptions , qui
fut ouverte chez Couturier , libraire &
imprimeur de la Gazette de France , & le
premier volume fut annoncé pour le mois
de Janvier fuivant,
JUI N. 1773. IZB
Quelque tems après , des perfonnes en
place proposèrent d'ajouter à ce livre la
Province , le Parlement , l'Intendance , la
Généralité & enfin la Maurife des Eaux
& Forêts , où le trouve fitué chaque Bénéfice.
Ces augmentations firent la matière
d'un Avis publié plufieurs mois après le
profpectus. Enreculant ainfi les limites de
cet ouvrage , on ajoutoit à ſon utilité , à
fon intérêt ; mais il exigeoit bien plus de
tems.
D'autres confidérations obligèrent encore
à différer la publication de ce dictionnaire
; mais il n'eft point abandonné,
comme l'a voulu faire croire l'auteur ,
qui a publié depuis , le profpectus d'un
ouvrage imité en parties de celui du dic
tionnaire , & intitulé : le Clergé de France,
ou Tableau hiftorique & chronologique des
Archevêques , Evêques , Abbés , Abbelfes &
Chefs des Chapitres principaux du Royau.
me , depuis la fondation des Eglifes jufqu'à
nos jours.
Réponse à la Critique de l'opéra de Caftor ;
brochure in 12. de 70 pages. A Paris ,
chez les libraires du Palais royal.
La critique de l'opéra de Caktor à la
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
quelle on répond , a été inférée dans le
Mercure du mois d'Avril 1772 , premier
vol. Cette réponſe , qui eft celle d'un amateur
éclairé , fera accueillie de ceux qui
penfent que des difcuffions en matière de
goût ne peuvent que contribuer à guider
cles amateurs & les artiſtes , & donner plus
de prix aux ouvrages des grands maîtres .
L'apologifte du célèbre Rameau trouve
de bonnes raifons pour juftifier fa mufique
; il paroît avoir fait une étude du
genre propre à l'opéra françois ; du moins
il en admet un relativement au lieu du
fpectacle , au poëme & à la langue . Il entre
dans beaucoup de détails fur la mufique
, & il foutient enfin le mérite de l'o-
'péra de Caftor que perfonne ne contefte ;
mais c'eft parce que c'eft un ouvrage de la
première diftinétion qu'il eft utile d'en
difcuter en quelque forte les beautés &
les défauts. C'eft dans la comparaifon des
deux mémoires qu'il faut joger cette affaire
de goût , & nous ne pourrions qu'affoiblir
les objections & les réponſes en
les analyfant.
Dictionnaire des Maurs , in- 8 ° , d'environ
140 pages , à la Haye , & fe trouve
à Paris , chez Monory , libraire
JUI Ń. 1773 : 129
tue & vis-à- vis la Comédie Françoile ,
1772.
On annonce dans un avis , que cet ou
vrage fait partie de variétés hiftoriques ,
littéraires & galantes , qui paroîtront
dans quelques mois . Je n'ai pas employé ,
dit l'auteur du Dictionnaire , tous les
mots qui appartiennent aux moeurs : plufreurs
ne difent plus que la même chofe ,
quand tout eft corrompu ; & beaucoup
d'autres alors ne fourniffent plus rien d'u-'
tile .
Les définitions des termes qui compo
fent ce Dictionnaire , font elles - mêmes
une critique des moeurs , une leçon , une
maxime , ou un trait de morale. Il y a
plufieurs de ces difinitions qui font heu
reufes & d'autres qui paroîtront énigmatiques
, ou d'un fens obfcur ; on peut en.
juger par celles que nous allons citer.
Enthoufiafme , état de délire où l'on .
eft puni par les fors , du mal que l'on
peut faire aux gens d'efprit .
Envie. Paffion de l'ame , qui eft un di
minutif du vol , & un équivalent de la
haine.
Epanchement. C'eſt la confiance mife
en action par le fentiment , ou la duplicité
mise en évidence par la furprife.
e
F iij
2.26 MERCURE DE FRANCE .
4
Homme. Etre que le tempérament affujettit
& bien aux excès , que l'on pouroit
dire qu'il s'éloigne de la nature , en
s'approchant de la perfection .
Honnête. On eft honnête par ufage ou
par intérêt. L'honnêteté des maximes ,
n'eft pas celle des moeurs ; elle la fait
fuppofer chez les efprits fimples , & elle
y fupplée chez les efprits corrompus. Le
vice à donc des Juges très - commodes , &
des protecteurs très dangereux .
Indulgence . Vertu de caractère chez les
uns & de réfléxion chez les autres . Elle eſt
utile & dangereufe. Malgré l'efprit &
l'expérience , on ne peut guère prédire
l'effet qu'elle produira : il faut donc y
mettre des bornes .
Inertie. Incapacité d'agir , qui n'empê
che pas de mal penfer.
Peuple . Souverain dans fes opinions &
dans fes habitudes , efclave dans fes devoirs
& dans fes travaux .
Valet. Il y en a de deux fortes : la première
eft méprifée , la feconde méprife .
LesMufes chrétiennes , ou petit Dictionnaire
Poëtique , contenant les meilleurs morceaux
des auteurs les plus connus ; à l'afage
des Séminaires, des Communautés.
JUI N. 17735 127
Religieufes , des Colleges , & des Penfions
de jeunes Meffieurs & de jeunes
Demoifelles ; ouvrage dédié à M. le
Curé de Sainte Marguerite ; petit in- 12
d'environ 420 pages , à Paris , chez
Ruault libraire , rue de la Harpe , près
la rue Serpente , 1773 *
Ce Dictionnaire eft compofé de Poë
fies Religieufes , four l'inftruction & l'a
mufement des jeunes gens & des perfon
nes pieufes. L'éditeur a mis à contribution
beaucoup de Poetes François, & leur
a emprunté les vers les plus relatifs à la
religion & à la morale . Il y a beaucoup
de Poëfies de M. de Voltaire , dans ce
recueil ; & il faut avouer que leur éclat no
tarde point à les faire diftinguer . Bonheur
véritable d'un Roi : c'eſt le titre d'un
article tité d'une Ode fur la conftruction
du Chaur de Notre - Dame , par M. DE
VOLTAIRE.
Heureux le Roi que la couronne ·
N'éblouit point de fa fplendeur ;
Qui fidèle au Dieu qui la donne ,
Ofe être humble dans la grandeur 3
Qui donnant aux Rois des exemples
Au Seigneur élève des temples ,
Des afyles aux malheureux *
Fiv
218 MERCURE DE FRANCE.
Dont la clairvoyante juftice
Démêle & confond l'artifice
De l'hypocrite ténébreux .
Affife avec lui fur le trône ,
La Sagefle eft fen ferme appui.
Si la Fortune F'abandonne ,
Le Seigneur eft toujours à lui.
Ses vertus feront couronnées
D'une longue fuite d'années ,
Trop courte encore à nos fouhaits ;
Et l'abondance , dans fes villes ,
Fera germer fes dons fertiles
Cucillis par les mains de la Paix.
DIEU dans fa gloire.
Au milieu des clartés d'un feu pur & durable
Dieu mit avant le tems fon trône inébranlable.
Le Ciel eft fous les pieds ; de mille aftres divers
Le cours toujours reglé l'annonce à l'Univers .
La puiffance, l'amour , avec l'intelligence,
Unis & divilés , compoſent ſon eſſence.
Ses Saints , dans les douceurs d'une éternelle paix,
D'un torrent de plaiſirs enivrés à jamais ,
Pénétrés de la gloire & remplis de lui - même ,
Adorent à l'envi fa Majefté fuprême.
Devantlui font ces dieux , ces brûlans Séraphins ,
A qui de l'Univers il commet les deftins.
Il parle , & de la terre ils vont changer la face.
JUI N. 1773. 129
Des Puiffances du fiècle ils retranchent la race ,
Tandis que les humains , vils jouets de l'erreur
Des confeils éternels accufent la hauteur.
HENRIADE.
Pièces relatives à l'Académie de l'Immaculée
Conception de la Sainte Vierge,
fondée à Rouen , pour les années 1770
& 1771. A Rouen , chez le Boullanger ,
Imprimeur du Roi , rue du Grand
Maulevrier.
Ce recueil eft enrichi de plufieurs difcours
& poëmes , qui ont remporté les
prix que diftribue l'Academie de l'Immaculée
Conception de la Sainte Vierge .
En 1770 , discours fur l'indécence & le
danger de la raillerie , en matière férieuſe
& particulièrement en matière de religion
, par M. Vaffe , vicaire d'Hermival ,
près Lizieux.
Louis XIV. Protecteur des Savans & des
arts en France & dans toute l'Europe, Poëme
, par M. le Menaiffier , Profeffeur de
feconde au Collège du Mont à -Caën .
par
Ode imitée du premier cantique de Moïse,
Mde. de l'Etoille .
L'orgueil de l'homme confondu , Stances
Philofophiques , par M. Nicoleau , direc
F
130 MERCURE DE FRANCE.
teur de l'inftitution de la jeune nobleffe-at
Angers.
Miracula Picture , carmen allegoricum;
auctore D. Buirette de Norval , in Collegio
Marchiano Univerfitatis Parifienfis .
Carmen allegoricum cujus argumentum
eft : REGIA VIRGO CARMELITAN AMA
RELIGIONEM AMPLECTİTUR, auctore
D. L. Guerault , in logica Collegii Rothomagenfis
auctore..
Traduction libre , en vers François , de
l'allégorie latine , dont le fujer eft le fa
crifice de Madame Louife , fur le Carmel ,
par M. l'Abbé Guiot , ancien fécretaire
& Académicien vétéran de la même Acas
démie....
En 1771. Eloges de Mgr. Richier de Ce--
rify , Evêque de Lombez , & de M. le
Marquis de Cany , pat M. l'Abbé Cotton
Defhaulfayes..
Difcours fur l'utilité & les avantages
d'une fociété Académique , confacré en
même temps à la religion & aux lettres
par M. Roffel , Avocat à Paris..
La mort du jufte , Idylle pour le prix
extraordinaire , donné par M. de Crofne ,
Prince, en 1771 , & remporté par M. le
Comte de Laurencin , Chevalier de Saint
Louis , & de l'Académie de Villefranche
La piété filiale , Ode par M. Baieux ,.
JÚ IN. 1773: I 3.1
étudiant en droit , Maître ès -Arts en l'U
niverfité de Caën.
Tircis , Idylle par M. Cloud de Formé ,
Profeffeur au Collège de Moulins en
Bourbonnois.
Le réveil d'Abel, Idylle par Mde . de
l'Etoille.
Juftus ex fide vivir, Ode; auctore D. L.
Gueroult..
Tour eft intereffant dans ce recueil :
nous ne citerons ici que le réveil d'Abel,.
morceau d'une Poëfie agréable , & d'une
fenfibilité douce & attendriffante.
LE REVEIL D'ABELSous
un feuillage frais , au murmure de l'onde
Abel goûtoit un tranquille fommeil
Les premiers rayons du ſoleil ,
A travers les rameaux , doroient fa treffe blonde
Et coloroient fon teint d'un éclat plus vermeil
Up air plus pur que le zéphire
Exhaloit de fon fein doucement palpitants
Sur fa bouche un léger fourire ,
De fes fens agités par un fonge inconftant ,
Exprimoit l'aimable délire .
Affiles près de lui, la timide Pudeur ,
L'Innocence ingénue & la fimple Candeur
Se fixoient avec complaifance.
Tandis que la Yetu , veillant à fon côté,,
E
vi
132 MERCURE DE FRANCE.
D'un regard foudroyant écartoit la Licence ,
Les noires Paffions & le Vice effronté .
Cependant le foleil pénétrant l'atmosphère ,
Découvroit en entier fon difque radieux .
Aux rayons dujour qui l'éclaire ,
Abel languillamment entr'ouvre la paupière
Et bientôt le fommeil s'efface de fes yeux.
Aftre brillant , dit - il , Père de la lumière ,
»Ta voix a prononcé le noin de l'Eternel
L'Univers le répète , & la nature entière
Offre de fes concerts le tribut folemnel .
Ah ! je veux dans fon zèle imiter la nature ,
ב כ
}
Au pied de ton autel que mes mains ont paré ,
» Grand Dieu , j'irai porter un coeur fans impof-
»ture ,
Un coeur plein de l'amour que je t'ai confacré, s
Bientôt vers l'autel il s'avance :
Là , fon ame dans le filence
Contemple de fon Dieu l'augufte majesté ;
Ses yeux mouillés des pleurs de la reconnoiflance
Peignent les mouvemens dont il eft agiré ,”
Et fon coeur enivré s'élance
Dans le fein paternel de la Divinité.
Cependant les mains innocentes
Entrelafloient l'autel de feftons odorans ,
Et répandoient des fleurs naiflantes
Dans le temple ruftique ou nos premiers parens
Adreffoient au Très-Haut leurs hymnes fupplian
tes.
JUIN. 133 1773 .
Adam , devant fon Dieu venoit s'anéantir ;
Un fonge effrayoit fa penſée
Et retraçoit à fon ame opprefléc
Les maux que fur fa tête il voit s'appefantir.
La crainte , le remords , l'auftère repentir
Se peignent fur fon front qu'ombrage la trifteffe ,
Et d'un nouveau malheur qu'il femble prefentir ,
L'image l'impertune & l'affiége fans cefle .
A fes côtés la Mère des humains
Voit & partage fes alarmes.
Ce n'eft plus la beauté rayonnante de charmes ,
Telle qu'au jour fatal od fes coupables mains
Préſentèrent le fruit qui coûta tant de larmés.
Du châtiment & du malheur
Son teint porte la trifte empreinte ,
De fon front obfcurci qu'a flétri la douleur,
Les traits font éclipfés & la gloire eft éteinte.
Abel les voit & vole au- devant de leurs pas.
L'Amour le porte fur les ailes ,
Sa mère avec tranfport le ferre dans les bras,
L'inonde en le bailant des larmes maternelles.
Adam , à fon afpect, prend un front plus ferein.
Sa vue a foulagé l'ennui qui le confume ,
Un rayon de plaifir s'eft fait jour dans fon fein,
Et l'attendriflement en bannit l'amertume .
Toi , dit - il , dont mon crime alluma le cour
» roux ,
» En ma faveur encor ta bonté fe déploie ,
»Dieu clément , ta juſtice a modéré fes coups
134 MERCURE DE FRANCE.
Ce coeur qui t'offenfa s'ouvre encore à la joie r
Et toi que le Ciel m'a donné ,
Cher enfant , dont la vue adoucit ma misère ,s
S'il conferve tes jours , s'il te laiſſe à ton père ,
»Sa juftice eft contenté ; il m'a-tout pardonné .
ALLUSION.
Ainfi lorfqu'au péché la nature affervie
Languifloit fous le poids des vengeances dess
Cieux ,
Vierge , tu vis le jour , & ce jour précieux
Fut, pour les fils d'Adam , l'aurore de la vie ;
L'Eternel épura les flancs qui t'ont porté ,
Le Ciel à ta naiffance applaudit à la Terre ;
La Juftice calme éteignit fon tonnerre
Et la Clémence enfin s'affit à fon côté.
Ordinaire de la Melle avec la manière de
l'entendre , quand on la dit fans chant
& quand on la chante , & la manière
dont elle doit être fervie par les laïcs
On y a joint 1. un Difcours prélimimaire
fur la fainte Melle & fur la manière
de l'entendre.
20. Une Meffe votive en faveur de ceux
qui n'ont pas la Meffe propre du jour.
3. Diverfes prières dont on peut fe fervir
avant & après la Meffe , ou entre
les Offices.
JUIN 1773: F35
4º Le Cérémonial de l'Office divin pous
les laïcs , ou la manière d'entendre les
faints Offices de l'Eglife,
A Paris , chez Aug. Martin Lottin , aînéj-
Imprimeur Libraire ordinaire de Mgr.
le Dauphin & de la Ville , rue faine:
Jacques , au Coq , 1773 .
Le titre de ce livre fuffit pour en faire
connoître. l'utilité.
A
Le Syftême de la Fertilisation , par M..
Scipion Nexon.
Verum & in hoc naturæ majeftas tantò plures
bonos genuit ac frugi , quantò fertilior in iis
quæ juvant aluntque ; quorum æftimatione &
gaudio nos quoque , relictis æftuationi fuæiftis
hominum turbis , pergemus excolere vitam .
PLIN. liv. XVIII. in Proëms
info. d'environ 70 pages , à Nancy',
chez J B. H. Le Clerc , Imprimeur
de l'Intendance , 1773 , avec approba
tion & permiſſion..
L'Auteur adopte avec plufieurs natu
ralifes la fécondation des mauvaiſes tera
res par la chaux ordinaire ; mul engrais ,
dit- il , n'eft plus durable ni plus puiflant
la chaux . Rien ne manque à fes que
.
elfais que d'avoir été faits affez en grand
136 MERCURE DE FRANCE.

pour rendre plus fenfibles fes avan
tages , & pour conftater les indications
de la nature. Il propofe en conféquence
un moyen de calciner la pierre dans
les pays où la chaux manque . Il expoſe
comment par le feu folaire avec le miroir
de M. Buffon , on peut opérer en
grand la calcination de manière à
changer en terre fans prefque aucuns
frais , une quantité de matières calcinables
auffi iminenfes que l'on voudra. Ce
Miroir asbetique , ce qui fignifie Miroir
à calciner , peut être compofé de vingtcinq
ou trente petites glaces de huit
pouces ou un pied en quarré chacune ; il
faut les choifir bien nettes , & garnies
d'un étain bien vif & bien pur : on les
montera dans un chaffts de manière
que celle qui fera au milieu fera comme
le centre de la machine , & décidera de
l'inclinaifon que doivent avoir toutes
les autres pour faire tomber tous leurs
reflets fur l'endroit où la glace centrale
porte le fien. Il ne faut qu'un moment
pour calciner au miroir afbetique une
affez groſſe maffe de pierres. On donne
dans ce mémoire les détails de la conftruction
la plus convenable de ce miroir ,
& les avantages qui en réfulteroient .
C'eft à l'expérience à les confirmer , & à
les multiplier,
2
JUI N. 1773 . 137
Tableau des Maladies , Vénériennes
fuivi de l'expofition des principales méthodes
employées jufqu'ici pour les combattre
Ouvrage fondé fur l'expérience ,
& rédigé d'après les principes des plus
grands Médecins , tant anciens que modernes.
L'on y combat le préjugé de
ceux qui n'admettent qu'une feule &
unique méthode pour la deftruction du
Virus vérolique , taxant toutes les autres
d'infuffifance . L'on y fait voir que les
principaux remèdes préconifes jufqu'à
préfent , comme très énergiques contre
le mal vénérien , ne peuvent point s'arroger
l'avantage de l'univerfalité ; que
prefque tous ont leurs exceptions , &
même leurs cas privilégiés ; enfin , l'on
y affigne les circonftances qui requièrent
L'application de l'un préférablement à
l'autre , par M. C. E. Thion de la Chaume
, Médecin de la Faculté de Paris .
Qui nos precefferunt multùm fecerunt , fed non.
omnia.
SENEQ.
A Paris , chez Louis Jorry , fils , Imprimeur-
Libraire , rue de la Huchette ,
près du petit Châtelet , 1773. 1 Vol.
in 12.
18 MERCURE DE FRANCE.
2
Mémoire dans lequel on cherche à déter
miner quelle influence les moeurs des
François ont fur leur fanté , qui a remporté
le prix au jugement de l'académie
d'Amiens , en l'année 1771 ; par
M. Maret , Docteur en médecine
agrégé au collège des Médecins de
Dijon , & Sécrétaire perpétuel de l'académie
de la même ville ; agrégé honoraire
du collège royal de médecine
de Nancy , des académies de Bor
deaux , Caen & Clermont Ferrand ;
à Amiens , chez la Veuve Godard.
Imprimeur du Roi & de l'Académie ,
1772. in-12.
On fait voir dans ce difcours combien
la dégradation des moeurs des François ,
influe fur leur fanté. Des notes inftructives
accompagnent les propofitions de
Auteur , & les confirment. Nous rapporterons
la péroraifon qui rappelle les
queftions traitées par l'Orateur. « O mes
» concitoyens , vous voyez la fource de
» vos maux , il ne tient qu'à vous de la
tarir. Le defir naturel du bien - être
» vous a égarés ; votre attention à vous
»fouftraire à tout ce qui pouvoit porter
» atteinte à votre fanté , vous a expofés
fans ceffe à la perdre ;, le plaifir vous
JUI N. 1773 . TAG
33
"
fuit , parce que vous le cherchez trop ;
» vous n'avez poli votre furface qu'aux
dépens de votre être ; vous avez enfin
»paffé le but où vous vous efforciez d'at-
» teindre :: retournez fur vos pas ; reve-
» nez au point où étoient nos ancêtres
» dans le milieu du dix-feptième fiécle :
» vous en paroîtrez moins agréables ,
» mais votre commerce en fera plus sûr ;
» il vous reftera des défauts , mais vous,
"
n
aurez peu de vices ; vous pourrez mê
» me , évitant une partie de leurs excès ,
» vous fouftraire à une partie des maux
auxquels ils étoient en proie . Votre
pofition eft cent fois plus agréable que
ne l'a jamais été la leur ; mais fachez
» ufer , & n'abufez pas ; prêtez- vous à
la fociété fans vous y livrer ; fuyez les
repas trop fomptueux , & fur- tout les
foupers , qui ne peuvent flatter vost
goûts qu'aux dépens de ce que vous
» avez de plus précieux ; renonces à
» ces jeux qui n'altèrent pas moins votre
fanté que votre fortune ; évitez les
veillées , même ftudieufes ; rentrez
» dans le fein de vos familles , dont
» l'amour du plaifir vous écarte trop fou
vent , & prévenez par cette conduite
les maux que vous prépare l'avenir ,,
»
140 MERCURE DE FRANCE.
"
"3
» & que la mauvaife éducation de vos
» enfans rend inévitables. Si nous n'a-
» vions pas trop perdu de vue le rapport
qui fe trouve entre notre intérêt &
» celui de l'état , je vous dirois : Songez
qu'en nous énervant , nous préparons
» les fuccès d'une autre horde de Normands
: l'amour de la patrie nous in-
» vite à la réforme de nos moeurs ; mais
» comme le patriotifme eft prefque-
» éteint dans tous les coeurs , comme
l'égoïfme feul peut faire entendre fa
≫ voix , qu'il épure nos moeurs ; leur
» influence alors fera favorable à la
» fanté . »
39
Journal de Mufique , par une fociété d'a•
mateurs , année 1773 , nº. 1. A Paris,
chez Ruault , libraire , rue de la Harpe,
& au bureau du Journal , chez M.lle
la Roche , rue des Prouvaires , vis - àvis
celle des deux Ecus. in 8 °.
On avoit entrepris en 1770 , un Journal
de mufique , mais il fut interrompu
en 1771 , & ne remplit jamais les vues
que fon profpectus avoit annoncées . C'eſt
ce même ouvrage , difent les nouveaux
Entrepreneurs , que nous ofons tenter.
de nouveau , & nous efpérons que le peu
JUI N. 1773. T4T
de fuccès du premier nous apprendra à
éviter les écueils qui l'on fait échouer ;
& à mériter mieux l'attention du public.
On donnera chaque année 12 cahiers
de ce journal , chacun de 60 à 80 pages ,
in 8 , avec des airs gravés. Le prix de
l'abonnement fera de 12 liv. pour Paris ,
& de 15 liv . pour la province , franc de
port.
Il faut s'adrefler pour foufcrire , à Paris
, chez Ruault , Libraire , rue de la
Harpe , & au Bureau du journal , chez
M.lle la Roche , rue des Prouvaires , visà-
vis celle des deux Ecus. Les perſonnes
de province pourront lui envoyer le prix
de leur abonnement par la poſte , en
ayant foin d'affranchir leur lettre d'avis
& le port de l'argent. C'eſt à elle qu'il
faut remettre les ouvrages à annoncer
dans le journal , les avis qu'on voudroit
y faire inférer , & tout ce qu'on voudra
faire parvenir aux amateurs qui le com
polent,
#42 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE de M. Poinfinet de Sivry à
M. Lacombe , auteur du Mercure de
France.
Trouvez bon , Monfieur , que je n'approuve ni
la première , ni la feconde interprétations qui ont
été faites de l'infcription grecque , trouvée fur le
tombeau d'Homère , & qui fe trouvent dans le
fecond Mercure d'Avril de la préfente année.
Cette infcription porte :
ΒΟΥΛΟΣ ΕΠΟΙΕΙ .
ΣΜΥΡΝΕΟΥ
ΕΝΘΑΔΕ ΤΗΝ ΙΕΡΑΝ ΚΕΦΑΛΗΝ ΚΑΤΑΤΑΙΑ
ΚΑΛΥΠΤΕΙ
ΑΝΔΡΩΝ ΗΡΩΩΝ ΚΟΣΜΗΤΟΡΑ , ΘΕΙΟΝ
OMHPON
ΒΟΥΛΟΣ ΕΠΟΙΕΙ
ΜΕΛΙΤΑΣ.
Quant aux deux vers alexandrins qui compofent
l'épitaphe , il n'y a pas deux manières de les
expliquer ; ainfi , d'après le fentiment général
j'eflayerai de traduire ainfi , en deux vers latins :
Sacrum hîc terra caput , divinum condit Homerum
,
Qui canit heroum laudes & fortia facta.
Mais pour ce qui eft du commencement & de
1
146
JUIN. 1773.
la fin de l'infcription , on s'y eft doublement mé
pris jufqu'à préfent , tant ceux qui ont fait de
Smyrneou une épithète d'Homère , contre la conftruction
de la phrafe ; que ceux qui ont interprété
Boulos Smyrneou par Boulos de Smyrne. Dans ce
dernier cas ,
il eft conftant qu'il faudroit Boulos
Smyrnaios. Voici donc une autre explication qui
porte avec elle fon évidence :
A da lettre :
C'est-à-dire;
ΒΟΥΛΟΣ ΕΠΟΙΕΙ
ΣΜΥΡΝΕΟΥ ,
ΒΟΥΛΟΣ ΕΠΟΙΕΙ
MEAITAS .
Bolus faciebat
Smyrnei ;
Bolus faciebat
Melitenfis.
Ce fut fait par Bolus ,
Fils de Smyrnée ;
Ce fut fait par Bolus ,
Natif de Mélite .
On fait qu'un nom propre au génitif , venant
à la fuite d'un autre nom propre au nominatif,
indique le nom du père. C'eft ainfi que dans l'inf
cription grecque rapportée par Pline :
ΝΑΥΣΙΚΡΑΤΗΣ ΤΙΣΑΜΕΝΟΥ ΑΝΕΘΗΚΕΝ
Nauficrates Tifameni dedicavit ,
Tout le monde convient que Tifamenon eft
$44 MERCURE DE FRANCE.
fe nom du père de Nauficrate , & qu'il faut en
tendre :
Nauficrates , Tiſameni filius , dedicavit.
:
Rien de plus commun , chez les Grecs , que
cette fouftraction du mot uios , fils , ou thugater,
fille ; & cet ufage avoit pallé des Grecs aux Latins
ainfi de même que les premiers difoient
Alkibiades , o Kliniou , Alcibiades , fils de Clinias
; Alexandros , o Philippou , Alexandre , fils
de Philippe , &c. de même aufli les Latins difoient
Porcia Catonis , Porcie , fille de Caton ; Tullia
Ciceronis , Tullie , fille de Cicéron , &c. Boulos
Smyrneou fignifie donc très - certainement , ici ,
Boulos , fils de Smyrnée.
J'ai l'honneur d'être , &c.
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITU E L, I
LE Jeudi 20 Mai 1773 , le concert du
Château des Tuileries a été donné en deux
parties. La première a commencé par
une grande fymphonie,
Madame Avolio a chanté un motet
à voix feule , de M. l'Abbé Girouft.
M. Jannfon le jeune a exécuté une fonate
de violoncel.
Motet à trois voix de la compofition
de
JUI N. 1773 . 145
de M. Mereau , chanté par Mad. Lárrivée
, MM. le Gros & Borel.
Dans la feconde partie M. Cambrins
a exécuté une fymphonie concertante
de fa compofition , avec M. Imbault .
M. Nihoul a chanté un air italien .
Concerto de violon exécuté par M.
Phelipeau . Le concert a fini par le Te
Deum de M. Philidor.
Ce concert a fait généralement plaifir ,
& a été fort applaudi.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE royale de Mufique a repris
pour l'ouverture du Théâtre Daphnis &
Alcimadure, paftorale en trois actes , précédée
de fon Prologue . Mlle Rofalie ,
dont nous avons fouvent eu occafion
de célébrer le zèle , le talent , le bel
organe , & le goût dans le chant & dans
le jeu , a repréſenté à la fatisfaction
générale
Alcimadure ; elle a été parfaitement
fecondée par M. Durand qui a
joué Mirtil , & par M. Tirot dans le
rôle de Daphnis .
Le baller des amours de Ragonde a
été remis Pour les
les quatre Jeudi d'après
G
146 MERCURE DE FRANCE,
Pâques. M. Durand repréfentant Ragonde
, a beaucoup amufé par la gaîté de fon
jeu .
Le 11 Mai on a remis fur ce Théâtre
les mélanges ly iques , ballet héroïque
composé d'Ifmène , & de celui de Żelindor
, roi des Silphes . Les Poëmes font
de Montcrif, la mufique eft de MM.
Rebel & Francoeur , Chevaliers de l'Or
dre du Roi, & Surintendants de la mufique
de Sa Majeſté .
La Paftorale d'lfmène , fi tendre , fi
aimable , la musique de cette Paftorale f
délicieufe , feront toujours le même plaifir
aux oreilles délicates , & aux coeurs
fenfibles. Le frectateur répète avec
Daphnis , ou avec M. Larrivée qui chante
ce rôle avec tant de charmes
Zéphirs, aimables fleurs , & vous, claire fontaine,
Vous m'avez vu cent fois fuivie les pas d'Ifmène :
Apprenez - lui mes feux qu'ils puiflent la tou
cher :
Daphnis , dût il nourrir une tendrefle vaine ,
Au penchant de fon coeur ne veut point s'arra
cher.
Viens , vole Amour , parle toi - même ,
Fais triompher l'ardeur dontje fuis enflammé.
Si je ne puis me croire aimé ,
Je ne dirai jamais que j'aime.
JUI N. 1773. 147
Ifmène repréfentée par Madame Larrivée
enchante encore les fpectateurs , qui
lui répèrent avec le choeur , & avec la ;
brillante Cloé , Mlle Rofalie :
Qui vous voit vous adore.
Vous nous enchantez tous .
Peut-on former des voeux encore ,
Quand on est belle comme vous ?
Le même jour ramène parmi nous
La fête d'Ifmène & de Flore.
Nos demi - dieux , avec un foin jaloux ,
Ont placé votre image au temple de l'Aurore.
Qui vous voit vous adore .
Vous nous enchantez tous .
Daphnis peint fon amour dans un
récit fuppofé, que la Nymphe écoute avec
attendrilement , elle ne peut fe défendre
enfin de lui faire l'aveu de fa flamme.
Le ballet de cet acte eft galant & très
agréable , il eft de la compofition de M.
Gardel , qui y danfe avec beaucoup d'applaudiffement
un pas de deux avec Mile .
Guimard.
Zelindor , roi des Silphes , eft joué
avec fenfibilité & chanté avec goût par
M. le Gros ; Zirphé , mortelle aimée de
Zélindor , ne peut être repréfentée avec
plus de grace & d'avantage , & chantée
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
"
avec plus d'expreffion & de volupté que
par Mlle Arnould ; M! le Roſalie fait
valoir les rôles de Nymphe & de Silphide
qu'elle chante ; & M. Durand eft applau
di dans Zulim , Silphe , confident de
Zelindor.
Les paroles & la mufique fi intéreſfantes
de ce ballet , renouvelleront toujours
des idées & des fenfations agréables.
On fe rappelle avec délices ces vers ,
& le chant de Zelindor , fi agréablement
rendu par M. le Gros.
Oui , la jeune Zirphé m'a fixé dans ces lieux.
Par mille enchantemens mon art ingénieux
Prévient les voeux , l'étonne & l'amufe fans celle,
Cent fois , pendant les nuits ,
Les fonges que j'inftruis
Lui peignent mon image , annoncent ma tendrefle.
J'ai loin qu'à la félicité
Tout confpire dans la nature.
Cherche- t'elle fes traits au fein d'une onde pure ;
Elle y voit les Amours couronner ſa beauté.
Ce matin encore
Portant fur ce gazon fes regards enchanteurs ,
Elle lifoit ces mots , formés par mille fleurs
Zirphé , qui vous voit vous adore. …
:
JUI N. 1773 . · 149
Qui n'eft pénétré de l'expreffion vive
& intéreffante avec laquelle Mlle Arnould
chante :
Pourquoi me refufer le plaifir de vous voir ?
Cher enchanteur , volez , remplifiez mon eſpoir.
Dieux ! à mon trouble extrême
Puis je m'accoutumer ?
Quoi , j'aime autant qu'on peut aimer,
Et je n'ai point vu ce que j'aime !
Si j'en crois mon impatience ;
Si j'en crois de mon coeur l'heureux preflentiiment
,
Votre plus doux enchantement
Doit naître de votre préfence.
On ne peut reprocher à ces fragmens
que d'être tellement connus , que le
fpectateur prévient le jeu & le chant des
acteurs.
Le ballet de Zelindor eft de la compofition
de M. Veftris , & d'un deffin
ingénieux & flatteur , il y danfe avec les
plus grands applaudiffemens , ainfi que
Mlle Guimar & Mlle Affelin .
On a revu auffi dans ce ballet Mille
Allard , qui pour raifon de fa fanté n'avoit
point paru depuis long tems . , Elle
a été accueillie avec la joie la plus vive ,
& avec les plus grands applaudiffemens .
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
M. d'Auberval , ce Danfeur fi brillant ,
& fi excellent pantomime , a danſé avec
cette digne rivale de fon talent un pas
de deux , & tous deux fembloient conduire
fur leurs traces les jeux & les plaifirs.
COMÉDIE FRANÇOISE.
MADEMOISE
num
.
ADEMOISELLE Buré a débuté fur.ce
Théâtre le Mercredi 5 Mai , dans le
rôle de Junie , de la Tragédie de Britannicus
; & dans celui de Betti , de la
jeune Indienne. Elle a repréfenté depuis
des rôles d'Eugenie , dans la pièce de ce
de Victorine dans le Philofophe
fans lefavoir , & de Sylvie dans l'Ifle déferte.
Cette jeune Actrice a danſé à l'Opéra
, elle a depuis joué la Comédie fur
des Théâtres de Société ; & c'eft pour la
première fois qu'elle paroît fur un Théâ
tre public. On a applaudi l'intelligence ,
la vérité , la vivacité de fon jeu ; il ne
Tui manque que les moyens phyſiques
pour donner à fon organe & à fon expreffion
plus de feu & d'énergie ; mais
avec du talent & de la fenfibilité , elle
plaira toujours , fur- tout lorfqu'elle fera
JUI N. 1773. Ist
placée ſur un théâtre & dans un fpectacle
moins spacieux.
COMÉDIE ITALIENNE..
LES- Comédiens Italiens ont donné le
8 Mai 1773 , la repréfentation de Sara ,
ou la Fermière Ecoffaife, comedie en deux
actes & en vers , mêlée d'ariettes , par
M. Collet de Melline ; la malique de M.
le Vachon.
Les acteurs de cette Comédie font :
MILORD CLARENS , parent de Sara &
amant de Fanni , M. Clerval.
PETERSON , père de Philips , M. La Ruette.
PHILIPS , Fermier , M. Nainville.
SARA THOMPSON , femme de Philips ,
Mde . Trial.
FANNI & BRIGITTE , filles de Philips & de
Sata , Miles Beaupré & la Buffiere.
GROS GEORGE , valet de la ferme , M.
Trial.
CHARLOTTE , fervante de la ferme , Mde
Moulinghen.
Les habitans du village .
Le fujet de cette Comédie eft tiré d'un
conte charmant qui a pour titre : Sara Th.
de M. de St Lambert.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
La fcène eft en Ecoffe , dans le jardin
d'une ferme.
Nous fuivrons dans cet extrait la marche
de la Comédie.
Fanni fe demande d'où vient qu'elle
foupire ? C'eft qu'elle s'attrifte du prochain
départ de Milord Clarens qui a fû
l'intéreffer ; Sara apprend par une lettre
de Philips la nouvelle de fon retour de
Londres , où il a fait un voyage pour obliger
les habitans de fon canton . Elle s'eft
apperçue de l'amour de Milord , pour ſa
fille , & craint les fuites de cette paffion ;
elle fait part de la joie & de fes inquiétu
des à Peterfon. Milord revient de la promenade
, & il eſt encore dans l'enchante
ment d'avoir vû le lever de l'aftre du
jour.
Mes regards ont vu le foleil,
De la nature exciter le réveil .
Il s'annonçoit de loin par mille traits de flamme.
Je l'ai vu par degrés multipliant les feux ,
Paroître , sélever , dorer l'azur des Cieux ;
En éclairant le monde il embrafoit mon ame :
Dans ce moment délicieux
Tout charmoit le coeur & les yeux .
Les fleurs naifoient dans la prairie ;
Un vent frais agitoit les airs ,
JUIN. 1773. 153
Et les oifeaux , par leurs concerts
Chantoient le père de la vie.
Cetableau intéreffant , eft parfaitement
exprimé par la mufique.
Peterfon , vieillard très - gai , rappelle
les plaifirs de fon jeune âge .
L'homme (age ,
De fes beaux ans doit favoir profiter ,
Et qui les employa ne peut les regretter.
Citoyen , j'ai dès mon jeune âge ,
A mon pays tout prodigué.
Je l'ai , comme foldat , fervi pendant la guerre.
Mes mains pendant la paix ont cultivé la terre .
Auffi, quoiqu'un peu vieux, je n'en fuis pas moins
gai ,
Et je jouis encor par la pensée.
Peterfon va au - devant de fon fils. Le
Lord marque fa furpriſe de la gaîté du
vieillard , Sara reprend :
Et la gaîté fait aimer ſa vertu.
ARIET T E.
Si les viellards ont l'air grondeur ;
Si fouvent un rien les afflige ,
C'est que toujours on les néglige ,
Et qu'on les traite avec rigueur.
Qu'en tout on cherche leur bonheurs
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
Si quelque fête le propofe ,
Qu'on les compte pour quelque chofe ,
Ils n'auront bientôt plus d'humeur.
A les chérir tout nous engage :
L'honneur nous en fait une loi.
Sur les aîles du Tems s'envole le bel âge;
S'occuper d'eux , c'eft travailler pour foi.
Elle ajoute :
Par le plaifir il rajeunit fes ans ,
Et cueille encor dans l'hiver de fon âge
Quelques roles de fon printems .
Clarens feul exprime fes fentimens
pour Fanni.
La préfence de cette jeune beauté , le
détermine à vaincre les préjugés de fa
nailfance Il lui fait l'éloge de ſa beauté ,
& l'invite d'aimer. Le vieillard eft revenu
fur fes pas il éloigne la jeune Fanni , &
marque fon mécontentement à Milord ,
de fon imprudence : il s'excufe . Fanni accourt
annoncer Philips , Sa famille & les
habitans s'empreffent autour de lui , &
lui préfentent des corbeilles de fruits &
de fleurs.Charlotte & Gros George fêtent
auffi fon retour , Philips confent à les marier
, & leur donne une petite dot . Clarens
, Philips & fa famille fe mettent à
JU IN. 759
1773 .
table . Le vieillard égaïe le repas par les
chanfons . Il chante :
Le dieu d'amour , le dieu du vin
Sont les feuls dieux que je révère s
Je ne vois de plaifir certain
Que dans les bras de ma bergère ,
Ou qu'en tenant un verre en main.
Qu'on cherche à briller dans l'hiſtoire:
Pour moi je ne puis eſtimer
Que le héros qui fait bien boire,
Ou le héros qui fait aimer.
Bacchus peut plaire fans l'Amour :
L'Amour feal offre auffi des charmes;
Mais qui veut paffer chaque jour ,
Sans jamais reffentir d'alarmes ,
Doit les mettre en jeu tour -à- tour.
Moi , je fais confifter ma gloire,
Quand le plalfir vient m'animer ,
A favoir aimer pour mieux boire ;
A bien boire pour mieux aimer. &C.
Fanni donne auffi une chanfon fur
Pamour , & Clarens fait un inpromptu à
la gloire de Philips & Sara.
Le vieillard en gaieté s'échappe en
fentimens for Sara , fur fa naiffance & fa
générofité . Sara fait quitter la table , &
emmène le vieillard . Clarens n'hélite plus
G vj
156 MERCURE DE FRANCE .
de déclarer fa paffion à Fanni . Milord
avoue à Sara fon amour pour fa fille ; en
vain Sara veut lui oppoſer l'obſtacle de fa
naiffance ; il a pénétré le fecret de fon origine
, & d'ailleurs il eft libre & peut
difpofer de fa main au gré de fon coeur.
Peterfon fe joint à Milord pour fléchit
Sara ; il lui révèle tout le myſtère de cette
femme généreufe , qui , d'une origine
illuftre , n'a point dédaigné de choisir
Philips , fimple fermier.
La voix des préjugés fe fit entendre en vain
Rien ne put détourner Sara de fon deflein ;
Elle fe fit paffer pour morte en Angleterre ;
Laiffa par teſtament les biens à fon coufin
Et ne le conſervant que le feul néceflaire ,
Au deftin de mon fils veut unir fon deftin..
Clarens fe reconnoît pour ce coufin. Il fe
jette aux pieds de Sara , & lui demande
fa fille , ou protefte qu'il lui rendra tous
les biens qu'il tient de fa générofité. Enfin
Sara preffée par fon beau-père , par Philips
même confent de couronner les voeux
de Milord & de fa fille.
Cette comédie , que l'auteur à refondue
en partie, durant une interruption de quinze
jours , a été fort accueillie à la feconde
repréſentation , & a paru avoir un plein
fuccès. En effet , elle eft bien écrite ,
JUIN. 1773. 357
"
& intéreffante . Le vieillatd , heureux
par le bonheur de tout ce qui l'environne
, la vertueufe Sara , le généreux
Lord , la naive Fanni , tous ces
caractères font bien deffinés & d'un
bon effet . Celui de Philips eft plus foible
, & pourroit être mieux. Les amours
de Gros George & de Charlotte & la
petite fête villageoife font des incidents.
qui coupent & varient l'action . La mufique
eft en général agréable , & d'un chant
naturel & facile. Cette comédie eft parfaitement
repréfentée par M. Clerval ,
qui ajoute par fon jeu à la nobleffe & à
l'intérêt de fon rôle , & qui chante avec
tant d'art & de goût ; par M. la Ruette ,
qui met une vérité fi aimable dans le
perfonnage du vieillard ; par Madame
Trial , qui enchante dans le beau rôle
de Sara ; par Mlle Beaupré , qui a toutes
les graces de la première jeuneffe ; par M.
Trial & Madame Moulinghen , qui fai
fiffent à merveille l'efprit de leur rôle ,
par M. Nainville , d'une gaieté fi franche ;
par Mile la Buffiere , dont les graces
naturelles peuvent lui tenir lieu d'ufage
du théâtre .
&
P
* Cette comédie eft imprimée, & fe vend 30 f.
à Paris , chez Durand Dufrefnoy, libraire , rue
des Noyers , à St Landry.
3
158 MERCURE DE FRANCE.
IMPROMPTU à Madame Triat , après
lui avoir entendu jouer le rôle de Lindor
dans l'Amoureux de quinze ans.
AVANT de t'entendre , Sylvie ,
J'ignorois fi l'Amour avoit plus de quinze ans,
A préfent je puis , (ans folic ,
Le juger d'après tes accens.
Il a tes traits ; il a ton âge ;
Il a ton gefte , ton langage ;
Encore un mot , & je vais te nommer.
Mais , fi pour affurer le pouvoir de les armes ,
Il emprunte ainfi tes attraits ,
Sylvie , avec ces mêmes traits ,
Qui , d'amour fecondent les charmes ,
Sois fenfible , & qu'un doux fourire
Raffure qui fait bien t'aimer
Et craint encor de te le dire.
Par le Marquis d'O ***.
Madame Trial & fon mari ont joué
dans les vacances , à Nancy , où ils ont eu
le plus grand fuccès. Le charme de la
voix , le goût da chant , les graces décentes
, le jeu fenti , & plein d'agrément de
cette aimable actrice , doivent lai conci
1
JUI N. 1773 . 159
lier tous les le fuffrages des amateurs fenfibles
de la Capitale & de la Province.
A CADÉMIES.
I.
Prix de l'Académie royale de Chirurgie.
M. Houftet , ancien directeur de l'Académie
royale de Chirurgie , & chargé de
l'inſpection des écoles , a fondé à perpé
tuité , quatre médailles d'or , de cent livres
chacune , pour être diftribuées annuellement
à quatre étudians , qui parmi
les vingt- quatre , nombre fixé par les lettres
Patentes du mois de Mai 1768 , pour
concourir , auront le plus profité des exer.
cices & des inftructions de l'école pratique
, établiſſement utile & patriotique ,
relativement à une étude qui a pour objet
la fanté des citoyens . Ces médailles ont
éré adjugées cette année , à la rentrée des
écoles , la première au fieur Pierre Cazamajou
, Maître ès Arts , de la Magiftere ,
diocèfe d'Agen ; la feconde au fieur Pierre
Groffier , de Sennelay , diocèle de Chalons
fur Saone ; la troisième au fieur Deffoux
, de Paris; la quatrième, au heur
160 MERCURE DE FRANCE.
Gilles Bobot , de Ségré , diocèfe d'Angers.
On a accordé les quatre acceffit , qui
confiftent en quatre médailles d'argent ,
pareillement fondées par M. Houftet , aux
feurs Jean Laffauzée , de St Georges de
Mons , diocèfe de Clermont ; Jean Pierre
Chovin , de Pontcharras ; diocèfe de Gre--
noble ; Erienne Maurene , de Demu , diocèfe
d'Auch ; Etienne Gaignard de Vildé ,
de Congé für Orne , diocèfe duMans ; &
l'on a jugé que d'autres élèves devoient
auffi participer à l'honneur de la même
récompenfe. Ces élèves font les fieurs
Barthelemi Defpaulx , de Sadeillan , diocèfe
d'Auch ; Pierre Mollié , de Berfac ,
diocèse de Bordeaux , Simon - Etienne
Hugues Morelot , de Beaune , diocèfe
d'Autun ; Barthélemi Poudré , de St Chef,
diocèfe de Vienne en Dauphiné ; François
Feullier , de Foiffiac, diocèfe de Lyon;
Jacob Caprai , d'Agin , François Dulfeme,
de St Brain , diocèfe d'Autun ; Louis Jean
Vincent , de Cande , diocèle de Tours ;
Pierre Pinet , de Marans , diocèle de la
Rochelle ; & Jérôme Luffaut , de St Vincent
de la Chartre , diocèſe du Mans.
JUIN. 1773. 165
1 1.
L'Académie de l'Immaculée Conception
de la Ste Vierge, à Rouen , a remis au
concours pour cette année 1773 , le difcours
qu'elle avoit propofé l'année dernière
1772 , fur le fujet : la religion élève
l'âme & agrandit l'efprit. Les autres prix
qu'elle propoſe en outre pour cette année
1773 , font 10. un discours dont le fujet
fera : rien d'étranger à l'homme de ce qui
intéreſſe l'humanité. 2°. Une ode françoiſe,
3º . Üne Idylle également en vers François
. 4° . Une ode latine . Les fujets de
ces trois piéces de poëfie , font au choix
des auteurs , mais elles doivent être terminées
toutes , fuivant l'inftitution de l'A.
cadémie , par une allufion à l'immaculée
Conception de la Ste Vierge . Les ouvrages
feront adreffés doubles & francs de
port , avant la fin de Novembre , au Révérend
P. Prieur des Carmes de Rouen."
I I I..
Sujets des prixpropofés par l'Académie des
Belles Lettres , Sciences & Arts de Marfeille.
Pour 1774 , un Mémoire qui renferme
les vues les plus utiles pour le commerce
162 MERCURE DE FRANCE.
& la navigation de la Méditerranée , rela
tivement au Port de Marſeille .
Pour 1775 , un Mémoire fur les différentes
espèces d'engrais que la Provence
peur fournir , & les manières de les employer
, fuivant les différentes qualités de
terrein .
Pour 1776 , un Mémoire fur les avantages
& les inconvéniens de l'emploi du
charbon de pierre , ou de bois , dans les
fabriques : ce Mémoire renfermera la defcription
des différentes mines de charbon ,
qui font en Provence , & leurs qualités.
Pour 1777 , un Mémoire fur l'Amandier
; dans lequel on fera connoître les
efpèces qui conviennent au climat de
Provence ; la mailleure culture qu'on peut
leur donner ; & les moyens ( s'il y en a )
de retarder leur fleuraifon , pour les mettre
à l'abri des gelées du printems , fans
nuire à la durée de l'arbre , à l'abondance
de la récolte , & à la qualité du fruit.
Ces prix feront chacun , une médaille
d'or, de la valeur de 300 liv . Les ouvrages
feront adreflés francs de port , à M.
Mourraille , Sécretaire perpétuel de l'Académie
, & ils ne feront reçus que jufqu'au
1 de Décembre des années 1773 ,
177+, £ 775 & 1776 , refpectivement .
JUI N. 1773. 163
I V.
Prix propofé par le Collège des Médecins
de Lyon , pour l'année 1773.
Le Collège des Médecins de Lyon propofe
pour fujet du prix qu'i ! adjugera
dans la femaine qui fuivra la fête de St
Louis , en 1774 , les queſtions fuivantes :
Quelles font les differentes efpèces de
dartres ; queis en font les différens princi
pes ; quels font les moyens de les diftinguer;
quelles font les maladies internes
que les vices dartreux produiſent ; à quels
Symptômes peut - on les reconnoître ; comment
peut on combattre ces différens principes
dans leurs differens états?
Le collége , perfuadé qu'on doit le défier
de la plupart des théories , & que les
efforts de tous les hommes doivent tendre
directement à l'utilité publique , fouhaite
que les auteurs du concours n'admettent
d'autres théories que celles qu'ils
font en état d'établir par des expériences
& des faits ; qu'ils entrent dans tous les
détails des fymptômes paffés & préfens ,
pour conftater précisément les espèces ,
les états & les principes des dartres & des
maladies qui en dépendent ; qu'en fui164
MERCURE DE FRANCE.
vant ces règles , ils fixent les avantages &
les inconvéniens des différens fecours internes
ou externes propofés dans tous les
cas.
Malgré le defir conftant où eft le collége
de ramenet la médecine à fa fimpli
cité naturelle , & d'éloigner l'appareil
inutile & dangereux des mots & des remèdes
, il fouhaite , ( fans en faire une
condition néceffaire ) que les auteurs recherchent
dans les écrivains anciens &
modernes ce qu'ils ont dit d'important
fur les maladies dartreufes ; qu'ils fuivent
les progrès & les défauts de l'art , qu'ils
parcourent tous les noms relatifs à ces
maladies , pour ne conferver que ceux
qui font vraiment utiles à la guérifon ;
qu'ils adoptent par préférence les noms
les plus familiers ; qu'ils banniffent au
contraire tous ceux qui font fynonimes ,
incertains ou inutiles dans la pratique ;
qu'ils n'admettent que les remèdes les
plus fimples & les plus efficaces ; qu'ils
terminent enfin leurs mémoires par un
précis des ſymptomes , des principes, du
diagnoſtic , du prognoftic & de la curation
préfervative , radicale ou palliative
de toutes les maladies dartreufes , dans
la forme de fommaite à fuivre pour leur
traitement.
JUI N. 1773. 165
Conditions.
Le prix eft une médaille d'or , de la
valeur de 72 liv . , & 228 liv. en argent ,
Toutes perfonnes pourront concourir,
excepté les membres du collége ; Les mémoires
feront écrits en françois on en la
tin. Le collége defire que leur ftyle foit
tel qu'il convient à une fcience didacti-*
que & exacte , c'eft-à dire que le fens
figuré , la multiplicité des mots & la diffufion
foient évités autant qu'il fera poffible
, fans nuire à la clarté. L'objet des
auteurs doit être d'inftruire clairement
fimplement & brièvement , & non point
d'émouvoir. On ne prefcrit d'ailleurs aucunes
bornes à la longueur des mémoires ,
Le collége déclare qu'il ne fe déterminera
pas à renvoyer le prix à une autre
année , fans les plus fortes raifons ; qu'il
préféreroir de propofer une feconde fois
le meme fujet , après la publication du
mémoire qui remportera le prix , s'il jugeoit
que les intentions n'euffent pas été
fuffifamment remplies , & que cet objet
important fût fufceptible d'être beaucoup
perfectionné.
Les auteurs ne fe feront point connoître
; mais ils mettront une devife à la tête
de leurs ouvrages : ils y joindront un bil166
MERCURE DE FRANCE.
let cacheté qui portera la même deviſe ,
& qui fera détaché du mémoire. Ce bilet
contiendra leur nom & le lieu de leur
réfidence .
Tous les mémoires feront remis francs
de port , avant le premier Avril 1770 , à
M. RAST , fils , docteur en médecine de
l'Univerfité de Montpellier , profeffeur aggrégé
au Collège des Médecins de Lyon ,
place des Terreaux.
Le prix ne fera délivré qu'aux auteurs
ou à leurs fondés de procuration .
ARTS.
GRAVURES.
I..
PORTRAIT de M. Piron , très- reſſemblant
, & d'un effet pittorefque , du format
des oeuvres de cet auteur ,
quatre vers de M. Guichard .
avec ces
Tout en lui d'un poëte annonce le cerveau ;
Une belle ame encore illuftre la mémoire.
Cet écrivain ingénieux , faillant , toujours nou
veau ,
Fit peu pour nos plaifirs , mais affez pour fa
gloire .
JUIN. 17737 167
Le prix de ce portait eft de 2 liv. 8 f.
A Paris , chez M. Lemire , rue & visà-
vis Saint Etienne -des- Grès .
I I.
Le Temple des Amours , & la Tour des
deux Amans , doux eftampes en pendans
de dix pouces de largeur & fept & demi
de hauteur , dédiées à M. Vallal de Saint
Hubert , Ecuyer , Confeiller , Fermier
Cénéral du Roi , maître d'hôtel ordinaire
Monfeigneur le Comte de Provence ,
gravées d'après deux tableaux de Lantara ,
par Godefroy.
Ces payfages ont des fires gracieax ,
& font rendus avec intelligence. Chacune
de ces eftampes fe vend 24 fols
chez Godefroy , rue des Francs Bourgeois ,
vis - à - vis la rue de Vaugirard ,
Cet artiste fe diſpoſe à donner une
fuite de paylages , de la même grandeur ,
& tirés du même Cabinet.
I I I.
Sufanne au Bain , gravée d'après le
Tableau de J. B. Santerre , appartenant à
l'académie royale de peinture , fculpture ,
& gravure. A Paris , par Porparati , penfionnaire
de S. M. le Roi de Sardaigne ,
pour la réception à l'académie.
168 MERCURE DE FRANCE.
Cette eftampe a eviron 20 pouces de
hauteur & 14 de largeur . Sufanne y eft
eſt
repréfentée dans le moment qu'elle eft
dans le bain , dans une nudité décente ,
& apperçue par les deux vieillards , qui la
regardent de loin . Sufanne eft d'une taille
fvelte & d'une beauté noble & intéreffante.
La gravure eft d'un fini précieux ,
en même tems fuave & moëlleux. Les
travaux en font artiftement variés , &
l'enſemble eft d'un effet doux & pittoref
que. Cette gravure annonce un talent trèsdiftingué
, & du premier ordre,
I V.
Le fuperbe tombeau du Maréchal de
Saxe , exécuté en marbre , par M. Pigalle ,
& destiné à être placé à Strasbourg
a été gravé à l'eau forte , par M. Cochin ,
& terminé au burin par feu M. Dupuis .
Cette eftampe a environ 25 pouces de
hauteur & 17 de largeur . Elle eft dediée
à M. le Comte de Saxe , Lieutenant
Général des armées du Roi .
>
Le Maréchal de Saxe eft repréfenté
debout , & defcen i dans le tombeau ; la
France veut l'arrêter d'une main , & de
l'autre elle repouffe la mort qui attend ſa
victime. Un hercule eft appuyé triftement
fur
JU1 N. 1773 . 169
fur la mallue ; un Génie pleure à l'un des
côtés du tombeau , de l'autre on voit les
animaux qui font l'emblême des nations
combattues par ce général . Des drapeaux ,
une pyramide , fymbole de l'immortalité ,
les armoiries du Maréchal de Saxe , &
d'autres ornemens acceffoires embelliffent
ce riche maufolée . La majefté de cette
compofition , le grand homme qui en eft
Fobjet , la belle exécution de la gravure
doivent faire rechercher cette eftam
pe. Prix 12 liv. A Paris , chez C. N.
Cochin , aux Galleries du Louvre.
MUSIQUE.
I.
SONATES
ONATES pour le violoncel , avec la
baffe continue, dédiées à M. Barbaut de
Glatigny , compofées par M. Canavas
aîné , de la mufique du Roi . Opera II .
prix 7 1.4 f. A Paris chez l'auteur , ruè
Neuve S. Roch , vis à vis le cul -de -fac
de la Corderie , & auxadreffes ord.naires.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
II.
Six fymphonies, deux par J. C. Bach ;
deux par Toëski ; deux par C. Stamitz ;
fix quatuors concertans par C. Stamitz ;
fix quatuors par M. de Saint - George ;
fix quatuors par Haiden . A Paris chez
Sieber , marchand de mufique rueS. Ho
noré , à l'hôtel d'Aligre , près la Croix
du Trahoir , & aux adrefes ordinaires de
mufique .
I I I.
Les fermens de l'hymen , duo italien
avec des parties françoifes & accompagnemens
de deux violons , d'un haurbois
, deux cors & baffe , dédiés aux amans
fidèles ; prix 1 liv . 4 f. avec les parties
féparées. A Paris au Bureau du journal
de mufique , chez Mlle la Roche , rue
des Prouvaires , vis - à - vis celle des deux
Ecus.
GÉOGRAPHIE.
Plan topographique de la Ville de Touloufe
& defes environs , dédié à Mgr de Talleyrand
de Périgord , Gouverneur de
Picardie & des pays reconquis , ComJUIN.
1773. 171
mandant pour Sa Majesté dans la Province
de Languedoc, & c. par MM.
Dupain Triel fils , & de Lalande ,
ingénieur -géographe du Roi.
CETTE catre eft très- détaillée & gravée
avec beaucoup de foin . Elle eft in -folio ,
grand papier , & fe vend 4 liv . A Touloufe
chez M. Monnat Notaire ; & à
Paris chez M. Dupain - Triel père , ingénieur
du Roi , rue du Marché Palu
près du petit Châtelet.
ARCHITECTURE.
L'ESPRIT
I.
'ESPRIT des nouveaux ponts de pierre
de Neuilly , de Moulins & d'Orléans ; du
Pont de bois de Chafhaufen , dont une des'
deux arches fur le Rhin fe foutient à 180 .
piés; plus le pont de bois de J. Claus, pro-i
jeté pour Londondery , d'une feule ar
che de 900 pieds annoncé par l'auteur
comme une huitième , merveille ; prix
3 liv . 12 fols , les trois feuilles , chez
le Rouge rue des Grands - Auguſtins.
I I.
Defcription du Maufolée & de la Pompe fune
bre, faite dans l'Eglife de Nô re - Dame de Paris ,
Hij
172 , MERCURE DE FRANCE.
le 15 Mai 1773 ; pour très-haut , très - puiflant ,
& très - excellent Prince , Charles Emanuel III,
Koi de Sardaigne , Duc de Savoye , &c . Cette
Pompe Funèbre a été ordonnée de la part de Sa
Majefté , par M. le Maréchal Duc de Richelieu ,
Pair de France , Chevalier des Ordres du Roi ,
premier Gentilhomme de fa Chambre , & conduite
par M. Papillon de la Ferté , lntendant &
Gontrôleur Général de l'argenterie , menus plaifrrs
, & affaires de la Chambre de Sa Majesté ; Tréforier
& Intendant des menus plaifirs , de M. le
Comte de Provence , fur les deffins du Sr Michel-
Ange Challe , Chevalier de l'Ordre du Roi , Profeffeur
de fan Académie de peinture , & deffinateur
ordinaire de fa Chambre & de fon Cabinet . La
fculpture eft faite par le fieur Bocciardi , fculp
teur des menus plaifirs du Roi. De l'imprimerie de
P. R. C. Ballard , feul ,imprimeur pour la musique
de la Chambre & menus plaifirs du Roi , & feul
imprimeur de la grande Chapelle de Sa Majefté ;
1773 ; par exprès Commandement de Sa Majesté.
Plufieurs gravures accompagnent la defcripe.
tion de ce Maufolée , dont le deffin fair honneur.
au génie de M. Challe. C'eft dans, cette defcription
très - détaillée , en 16 pag. in- 4° . quel'on peut
prendre une jufte idée de la magnificence de ce
beau monument.
Cours de Phyfiologie confidérée relativement
à toutes les fciences & aux beauxaris.
M. Verdier , Confeiller , Médecin ordinaire
du feu Roi de Pologne , & c . com-.
JUIN 1773. 173
mencera ce cours Vendredi quatrième
jour de Juin , a Paris , au Collège d'Harcourt,
à neufheures du matin , dans la claffe
de Phyfique . Il fe propofe de traiter de
cette fcience en Philofophe plutôt qu'en
Médecin , fuivant le plan qu'il en a donné
dans le troisième recueilfur la perfectibilité
de l'homme.
Nous croyons devoir avertir le public
que ce favant ayant été obligé de s'abfenter
pour des affaires de famille , a été néceffité
de différer l'établiffement de fa maifon
d'éducation phyfique & morale : mais
on va inceffamment diftribuer le Profpectus
littéraire qu'on lui a demandé , & nous
en rendrons compte dans le mois prochain
.
LA ROSE & LE LYS. Fable.
PRE's des bofquets fortunés de Cythère , 2.
Dans un parterre
Que le Printems
Couvroit de fes heureux préfens 3
A l'envi les fleurs les plus belles ,
De leurs couleurs toujours nouvelles ,
Offroient le fpectacle divers ,
Et répandoient leurs parfums dans les airs,
Hiij
$74 MERCURE DE FRANCE.
Vis-à-vis d'une tendre Rofe ,
Sous l'aile du Zéphir éclofe ,
Un Lys brillant , audacieux ,
Elévoit fa tige en ces lieux .
Sur les enfans de Flore il affectoit l'empire,
Et regardoit la Rofe avec dédain .
Ma blancheur , difoit- il , éclate fur le fein
De la jeune Thémire ;
{
Mieuxque vous j'embellis fes charmes qu'on ad
mire.
Avec chagrin fupportant fes mépris ,
La Rofe lui répond : Que prétendez - vous dire
Comptez vous donc pour rien mon coloris ,
Ce vermeil incarnat dont j'anime une belle ,
A qui vous devez tour le prix
Que votre éclat peut avoir auprès d'elle ?
Si je vous quittois un moment ,
Malgré votre injufte bravade ,
Vous n'auriez qu'un mérite fade
Dépourvu de tout agrément.
Le Lys vouloit la préférence ;
Sa rivale , à fon tour , refufoir de céder
Flore parut , & ſa ſentence
Par ces mots fut les accorder.
Vous faites tous les deux la gloire
De la beauté que vous parez ;
Mais pour obtenir la victoire,
Ne foyez jamais féparés .
Chaque talent a fon uſage.
JÚ IN. JUI N. 1773 . 175
Pour l'ornement de la fociété.
Souvent l'on perd fon avantage
En affectant la primauté.
ENVOI A MADAME ***
ENTRE NTRE ces deux enfans de Flore
Le différend eft fini pour jamais .
Aimable Eglé , je les vois dans vos traits
Briller toujours , & s'embellir encore
De tout Féclat de vos attraits.
L'AIGLE & LE HIBOU. Fable
DANS les bois facrés de Nemée
Régnoit un Aigle au tems jadis ,
Qui d'un bon Souverain acquit la renommée.
Satisfait du tribut par les oifeaux promis ,
Jamais fa ferre envenimée
Nefe teignit du fang des grands ni des petits s
Et la majefté fut aimée.
Le bon Monarque à les fujets
Donnoit à toute heure audience :
Il accommodoit les procès
Qui fe plaidoient en fa présence
On facrifioit chaque jour
A Lachefis , à Pluton , à Cerbère ,
Pour préferver du ténébreux féjour
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
Un Souverain fi débonnaire.
L'Aigle Neftor atteignit trois cens ans.
Il faut mourir... 11 mourut fans enfans.
Au même inſtant un Hibou prit fa place .
Un Hibou ! quel excès d'audace !
La gent qui porte plume eut beau fe récrier,
Se dépiter & larmoyer ,

Ce fut en vain ; le terrible Monarque ,
Que dis je ! le tyran , du feu de fes regards ,
Jeta l'effroi de toutes parts.
Son bec tranchant fembloit le cifeau de la Parque.
Le Peuple fe tient coite , & n'oſe en approcher ;
Mais le Sultan ne put effaroucher
Les Mignons du défunt : c'étoient des gens de
marque ,
Forts Emouchets , Eperviers & Faucons.
(De-Mentor autrefois admirant le langage ,
Le bon Roi de Şalente écouta les leçons. )
Le Hibou ne fut pas fi fage:
Comme un fot il bruſqua maint grave perfons
nage ,
Traita maints bons avis de fables , de chanſons ;
Même il ferma fa porte à gens de haut parage.
Il n'en fallut pas davantage.
Une nuit , quc de fon charnier.
Il fortit pour fe mettre en quête ,
Il fentit fondre fur fa tête
JUIN. 17731 177
Quelque Milan peut- être ou bien quelqu'Epervier
Qui lui fit de la ferre un fort vilain collier.
Le pauvre Sire cut beau ſe plaindre ,
Se débattre , pleurer , crier ;
Il ne vint pas un cftafier.
Les oppreffeurs ont tout à craindre.
Par M. Felix Nogaret , de
l'Académie d'Angers.
L'HOMME mordu par un CHIEN
fable imitée de Phedre.
UNN
Quidam fur mordu par un Chien redou
table ,
Et lui jeta du pain imbibé de fon fang.
Mon homme avoit appris , je ne fais fur quel
banc ,
Que ce remède eft immanquable.
Un paflant qui le vit , lui dit : maître Idiot ,
Si tu veux des Limiers éviter les morfures ,
Garde- toi déformais de leur faire un tel lot :
Loin de te préferver de femblables bleffures ,
Tu rendrois de ta peau les autres Chiens friands ;
Tu nous ferois par eux dévorer tous vivans,
De cette fable remarquable ,
Phèdre nous a donné le fens .
1
Hv
178 MERCURE DE FRANCE:
Les heureux fuccès des méchans
Font que leur foule eft innombrable,
Par le même:
COUPLETS fur le Mariage de Mlle de
Genfac avec M. le Comte de Montmorency
-Laval.
AIR: O Filii , &c.
JEUX
EUX , Graces , réjouiſlez- vous.
Plaifirs , Amours ,
accourez tous ;
Car demain pour vous il fera
Jour de gala.
Au doux feu du flambeau pa (cal
Vont s'unir Genfac & Laval ,
Et ce beau couple en redira :
L'Alleluia.
De l'efprit & mille agrémens
A Genlac donnoient mille amans
Mais Montmorency la fixa
Alleluia .
D'un grand Nom , d'un illuftre Nom ,
C'est un bien digne rejeton ,
11 mérite ce tréfor · là
Alleluia.
JUI N. 1773 . 179
Fille auffi d'une autre Pallas ,
La Nymphe marche fur fes pas
En tout elle l'imitera ,
Alleluia
Voulant former des nouds heureux.
Jamais pouvoit- on choifir mieux ?
Sans doute le Ciel s'en mêla ,
Alleluia.
Oui toujours les Montmorencys
Sont bons généraux , bons maris;
Par-tout c'eft le nec plus ultrà,
Alleluia.
Ma Mufe , au fon du carillon
Chante cette belle union ,
Que de Héros il en viendra!
Alleluia.
L'époux , en amant , en guerrier,
Va moiffonner myrthe & laurier
A tous les hauts faits on dira:
Alleluia.
Par Mile Coffon de la Creffonnier
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE de M. l'Abbé Jacquin à l'Auteur
du Mercure de France , en réponſe
aux obſervations d'un Anonyme contre
le lit de cendres chaudes , proposé pour
Supplément à l'établissement de l'Hôtelde
ville de Paris , en faveur des Noyés.
MONSIEUR ,
L'Anonyme qui a fait inférer dans le Mercure
du mois de No embre 1772 , une réponse à la
propofition que j'avois faite d'ajouter le bain de
cendres à l'établiſſement de la Ville de Paris ,
pour rappeler au jour les triftes victimes de
l'eau , s'eft plû à groffir les inconvéniens & les
difficultés , pour empêcher de refpectables Magiftrats
d'ordonner que ce moyen foit adminiftré
lorfque les autres fe trouveront infuffifans ;
mais voyons fi les craintes font auffi bien fondées
qu'il voudroit le perfuader.
Après avoir avancé que les cendres chaudes
employées fructueufement en 1745 , fur une fille
de 18 ans , ne l'avoient point été depuis avec
avantage, il convient cependant qu'ellespeuvent
être citées comme un moyen qui a été utile , &
quelles ont l'avantage de fournir une chaleur
modéréefi utile pour rappeler celle que les Noyés,
en fortant de l'eau , paroiffent avoir perdue.
Si je n'avois pour but que la gloriolle littéraire ,
il me fuffircit , pour faire voir l'inconféquence
de l'Anonyme , de rapprocher ces deux propofi
JUIN. 1773 ..
181
tions l'une de l'autre ; mais le defir de foulager
mes femblables , defir qui m'a toujours foutenu
dans mes veilles , ne me permet pas de donner
pour réponſe un trait de critique : conduit par
ce motif fi puiffant fur mon coeur , je vais fuivre
pas à pas l'Anonyme , & lui rendre l'hommage
' de quelques nouvelles réflexions que je dois à
fes obfervations avec la même franch : fe ,
avec laquelle je tâcherai de faire diſparoître les
difficultés.
Mon objet en propofant à Meffieurs de
l'Hôtel de Ville de Paris , dont la vigilance
mérite notre vénération , d'ajouter à la pratique
preferite dans leur avis , un nouveau moyen ,
n'ayant pas été de faire une differtation , mais
fimplement une invitation dictée par le même
fentiment qui les anime , je ne me fuis pas eru
obligé d'infifter fur l'utilité d'une méthode connue
dans plufieurs de nos Provinces , & employée
avantageufement , il y a plus de 40 ans
en Picardie , c'eft à dire avant que M. Dumoulin,
Médecin de Cluni , eût rendu publique dans les
Annonces & Affiches de l'année 1757 , fa
lettre fur l'éfficacité des bains de cendres. #
Au refte pour raffurer l'Anonyme , je n'ai pas
befoin d'aller chercher bien loin des expériences
favorables à l'efficacité du lit de cendres : je
l'inviterai feulement à avoir la complaisance de
confulter le même volume du Mercure , dans
le quel il m'a adreffé les obfervations : il trouvera
dans l'extrait , des reflexions furle triftefort
des perfonnes qui , fous une apparence de mort ,
ont été enterrées vivantes , &fur les moyens qu'on
doit mettre en ufige pour prévenir une telle méprife
, par. M. Janin , ce célèbre Chirurgien
182 MERCURE DE FRANCE .
Oculifte de Lyon , le lit de cendres chaudes adminiftré
avec fuccès pour rappeler à la vie un
enfant étouffé par la nourice , & un jeune homme
qui s'étoit pendu par defespoir ; heureufes tentatives
dont la réuffite nous préfente un moyen
efficace pour préferver de la mort les perfonnes
fuffoquées foit dans l'eau , foit par toute autre
caufe .
Revenons à préfent aux inconveniens détaillés
par l'Anonyme.
1º. Je ne répondrai rien à la prétendue diffioulté
de fe procurer une affez grande quantité de
cendres de bois neuf pour en fournir dans chacun
des quinze Corps de Gardes des ports & quais
de Paris , environ une demie queue , par la raifon
qu'en moins de huit jours on en trouvera fuffifa
ment & même au delà. Que Meffieurs les Officiers
municipaux faffent propofer aux perfonnes
riches qui brûlent du bois neuf , de contribuer
à ce lonable établiſſement ; & je réponds qu'en
quatre jours d'Hiver la provifion fera faite pour
long temps , puifque ces cendres , loin de s'afer ,
ne peuvent qu'augmenter toutes les fois qu'on
les fera chauffer par la nouvelle méthode que je
41. vais indiquer.
2º. Je ne m'étendrai pas d'avantage fur l'embaras
que cauferoit le tonneau deſtiné à conferver
les cendres dans chaque Corps de Gardes :
malgré leur peu d'étendue on y logera aifément
cette provifion , & je fuis für d'avance que les
-Gardes des ports & quais les recevront avec
plaifir.
3°. Que l'anonyme ceffe d'être effrayé à la vue
de la dépenfe & de l'embarras qu'occafionne--
oient , dans chaque Corps - de - Garde, unc
JUIN 1773 . 183
chaudière , un trépied , &c. D'après les nou
velles réflexions que cette obfervation m'a
fuggérées , tout cet attirail ne fera plus nécef--
faire : il fuffira , pour faire chauffer les cendres ,
de les répandre tout fimplement à terre , hors
du Corps- de - Garde , & de faire deffus un grand'
feu avec des fagots & quelque coterets : par cette :
méthode , que je confeille de fubftituer aux chaudières
, elles prendront plus promptement un
degré plus égal de chaleur. Je remercie avec
empreffement l'Anonyme de m'avoir fait trouver
ce moyen plus fimple , moins embarraſſant , & -
beaucoup moins difpendieux,
4 , 11 eft certain que fi les cendres étoient
continuellement en mouvement , la pouflière
fubtile qui s'en éleveroit , pourroit incommoder
la perfonne noyée , & même celles qui lui donneroient
des fecours ; mais cette crainte difparoîtra
fi l'on fait attention ,qu'en apportant avec précau--
tion lès cendres chauffées hors du Corps - de--
Garde , pour en couvrir le malade , elles ne caus
feront aucun tourbillon nuifible-
5 °. Il ne faut pas être bien favant pour appren
dre quel degré de chaleur il faut donner aux
cendres avant d'y placer une perfonne noyée :
la main feule pent fervir de thermomètre . Rendons
plus de juftice au Gardes des Ports , &
repofons- nous tranquillement fur leur zélé , lorf
qu'on leur aura dit une fois que la chaleur des
cendres doit être affez grande pour chauffer , &
non pour brûler, & qu'elle doit être. fur- tout
autant égale qu'il eft poffible.
6. La crainte que la vapeur du charbon ne
donne le coup de la mort au malade & à ceux qui
le ferviroient , devient abſolument núlle , ca
184 MERCURE DE FRANCE.
prenant le parti de faire chauffer les cendres hors
du Corps-de - Garde , avec un feu de bois.
On pourra fupprimer les réchauds , que j'avois
d'abord confeilié de tenir fous lelit de fangle ,
pour entretenir la chaleur ; précaution qui ne
Teroit tout au plus néceflaire que pendant l'hyver
, tems où il y a moins de noyés que dans la
faifon la plus chaude.
par
Pour conferver plus long-tems la chaleur du
lit de cendres , il faudra , lorfque le malade y
fera placé , étendre deffus une couverture de
laine . Ou font actuellement les inconvéniens &
les difficultés qui épouvantoient l'Anonyme ? En
refte-t-il quelques - uns ? Meffieurs les Officiers
municipaux de Lille , toujours attentifs à tout ce
qui peut foulager l'humanité , n'en ont fans doute
pas foupçonnés , lorfqu'ils ont établi , par leur
Ordonnance du 14 Octobre 1772 , concernant
les perfonnes noyées , dans leur ville , trois dépôts
publics de cendres préparées.
Les affiches de Picardie , en rendant compte de
la difpofition de ce fage réglement , ajoutent
que le Chirurgien de la même ville eft dépositaire
d'une feringue fumiga oire , deftinée non - feulement
au foulagement des noyés , mais encore
de toutes les perfonnes fuffoquées par la vapeur
du charbon , ou par quelqu'autre caufe. Si cette
feringue a quelque chofe de particulier & de
plus commode encore que celle des Anglois ,
dont M. Louis nous a donné , d'après Thomas
Bartholin , la defcription & la figure , dans fes
réflexions fur l'avis public & affiché en 1740 , par
ordre du Roi , dans tout le royaume , & rédigé
par M. de Réaumur, nous l'invitons à la faire con
JUIN. 1773. 184
noître par la voie du Mercure de France ; c'eft
un grand fervice à rendre à l'humanité .
L'Anonyme perfuadé de la néceffité de ranimer
la chaleur naturelle & de rétablir la circulation
du fang dans les noyés ( précaution égale
ment effentielle & fuffifamment indiquée par les
heureufes tentatives de M. Janin , dans les cas
' d'étouffement & de fuffocation ) confeille aux
Magiftrats du Corps -d e- Ville de Paris , d'ajouter
aux fecours généraux preferits , dans l'avis
nouvellement diftribué, des bas drappés de différente
grandeur , dans l'intention de rappeler
plus promptement la chaleur aux parties inférieu
res les plus difficiles à échauffer ; mais il n'a pas
fans doute fait réflexion que les bas les plus fins
& les plus moelleux , propres à entretenir & à
augmenter la chaleur , ne font pas capables d'en
communiquer à des membres qui en font totale
ment deftitués , tels que font les pieds & les jambes
des perfonnes noyées & même de la plupart de
celles qui font faffoquées , fur- tout quand elles
ont été un certain tems fans fecours.
Pour rappeler la chaleur naturelle prefqu'entièrement
perdue par quelqu'accident que ce
foit , on fe fert alfez communément de la peau
d'un mouton écorché fur le champ , dans laquelle
on enveloppe le malade : on a railon : le fuccès
répond quelquefois au but que l'on s'étoit propofé
; mais pourroit - on fe flatter de réuffìr fi l'on
employoit la peau refroidie d'un mouton tyé la
veille ? Non : cette peau à la glace , loin de communiquer
de la chaleur aux membres engourdis
ne feroit au contraire qu'augmenter le froid mortél
qui fufpend toutes les opérations vitales . Une
>
186 MERCURE DE FRANCE.
chaleur douce & égale eft fi effentielle dans tous
les cas , & fur - tout dans celui des noyés , qu'il y
a des exemples de perfonnes noyées , que l'ardeur
du foleil , & même des bains d'eau chaude ,
ont rappelées à la vie .
Vous voyez , Monfieur , que tout parle en
faveur du lit de cendres , non-feulement pour les
noyés , mais pour toutes les perfonnes fuffoquées
ou étouffées par quelqu'autre caufe : auffi j'ofe
me flatter que l'Anonyme ne trouvant plus de difficultés
ni d'inconvéniens à s'en fervir , voudra
bien ne plus s'opposer à un moyen qui , felon ſes
propres expreffions , a été utile. Il paroît trop
équitable , & trop bon citoyen pour ne pas efpérer
de le voir concourt à l'établiſſement d'une
pratique falutaire , la dernière reffource de l'art
& du zèle dans ces circonftances malheureuſes ,
& prier même avec moi Mellieurs les Magiftrats
de l'Hôtel- de - Ville de Paris , fi fenfibles aux
maux qui affligent l'humanité , de l'ajouter aux
autres moyens qu'ils ont déjà fi fagement pref
erits . Confus des éloges qu'il ne prodigue aur
commencement de fa réponſe , je vous demande
en grace d'être perfuadé que la vaine gloire ne m'a
jamais feduit , & qu'en travaillant à être utile
à mes femblables , je n'ai jamais eu d'autre vue
que d'acquitter une dette que tout citoyen con
tracte , en naiffant , eavers la Société.
Je fuis , &c.
JUIN. 1773. 187
USAGES ANCIEN S.
L'Ane de Fay aux- loges.
IL y avoit une Maifon dans la Châtellenie
de Fay - aux - Loges , appelée les
Houllieres . De toute ancienneté les poffeffeurs
de cet héritage étoient fujets à un
droit de cens très fingulier envers le
feigneur de Fay . Tous les ans , le jour de
carême- prenant , ils devoient lui fournir
une âne pour lui donnerplaifir ; en outre
20 deniers tournois ; le jour de Saint-
Remi , une mine d'avoine , une poule &
La fauce.
Par une fentence du Bailly de Fay ou
fon Lieutenant , prononcée le 29 Avril
1599, il appert que le défaut de préfenter
cet âne fe commuoit en 13 deniers-tournois
de cens.
Les héritiers mineurs , d'un Jean Langlois
, propriétaire de ces biens , furent
Condamnés à payer ce devoir feigneurial .
La préfentation de cet âne étoit une
grande cérémonie ; cet animal étoit le
jouer d'une populace qui partageoit les
plaifirs du feigneur . Qu'on fe figure un
188 MERCURE DE FRANCE.
åne conduit en pompe au château , aved
des acclamations de réjouitfance , & te
feigneur de Fay obligé de fe divertir , par
contrat, fuivant l'intention de fes ancêtres ,
enfuite d'aller joyeuſement manger fa
poule , dont la fauce coûtoit deux deniers .
Celui qui changea la préfentation de l'âne
pour percevoir 13 deniers , trouva qu'une
petite fomme d'argent valoit mieux qu'une
plaifanterie .
Acte de piété & de bienfaifance.
UNE Confrairie pieuſe établie à Lyon
depuis 1274 , connue fous le nom de
Compagnie Royale des Pénitens de Notre
Dame du Confalon , s'eft vouée fpécialement
à prier pour le Roi , la famille
Royale & l'Etat, depuis 1583 que Henri
III lui fir l'honneur de s'y agréger , &
après avoir reçu le ferment de fidélité
de chaque Confrère , lui accorda le
titre de Compagnie Royale & la diftintingua
par deux couronnes royales fufpendues
dans la nef de la chapelle . Pour rem
plir le voeu de fon ferment & fatisfaire
l'amour & le refpectueux attachement de
tous les confrères pour la perfonne du
JUI N. 1773 , 189
Roi , elle a fait célébrer une meffe folemnelle
& chanter un Te Deum , le Diman.
che 25 Octobre jour de l'époque de la
révolution de la cinquantième année du
facre & du couronnement de Louis XV.
Le Recteur fit à l'affemblée un difcours
relatif à cette fête ; il infitta fur l'obligation
de prier pour les Rois & ratifia avec
tous les confrères le voeu qu'ils en avoient
fait entre les mains de Henri III , lorfqu'il
s'agrégea à cette confrairie.
La Vice - Recteur fit enfuite un autre
difcours qui avoit pour texte : Dies fuper
dies Regis adjicies. Il tire de ce paffage
une fainte apostrophe à Dieu qui voudra
bien , pour le bonheur de la France , prolonger
les jours du Roi ; il expofe enfuite
l'obligation que fa compagnie a de
prier pour le Roi , à laquelle fe joint l'amour
inné de tous les François pour leur
Souverain ; il parcourt rapidement les
faſtes de la monarchie , & fait voir cque
la France eft le feul Royaume en Europe
qui ait l'avantage d'avoir fur le trône une
fmille qui y règne depuis plus de fept
fiècles ; il peint le bonheur de la France
fous la Maifon de Bourbon , & en caractériſe
les Rois ; il fait l'étendue des ,
branches qui ont donné des Rois à l'Espagne
& à l'Italie ; mais , de tous ces
190 MERCURE DE FRANCE.
avantages , celui de l'intégrité de la Religion
maintenue fur le trône depuis la
converfion de Clovis , eft ce qu'il trouve
de plus beau & de plus confolant ; il
finit fon difcours par une prière affectueafe
à Dieu qu'il remercie du bienfait
du long règne de notre Roi Bien Aimé;
il demande qu'il prolonge les jours de ce
monarque chéri .
Cette compagnie , compofée pour la
plus grande partie de Négocians , a de
tout tems fait le plus de bien qu'elle a
pu , & elle s'eft montrée jaloufe de le
faire fans autre obligation que celle qu'im
pofent la religion & l'humanité ; c'eſt ce
principe qui règle fes bonnes oeuvres : en
Mai 1770 , à l'époque du mariage de
Monfeigneur le Dauphin , elle délivra
14 prifonniers ; en 1771 , elle forma l'établiffement
dans Lyon d'une diftribution
de foupes économiques au riz pour
le foulagement des ouvriers des manufactures
, & principalement de la fabrique
d'étoffes de foie de cette grande ville , qui
fe trouvoient dans les plus grands befoins ,
par une ceffation générale de travail ; &
elle fournit ces fecours pendant fept mois ,
chaque jour de la femaine , à 21544 perfonnes
compofant 3546 familles d'ouriers
indigens répandus fur les 14 pa
JU I N. 1773 , 191
Coiffes de la ville qui , par manque de
travail , étoient dans les plus preffans befoins
accrus par la difette du bled & la
cherté des autres denrées . Cette compa
gnie a fait la même diftribution cette année
pendant cinq mois jufqu'au tems des
moillons,
On peut dire que c'eft bien remplir le
voeu de la Religion ; car ce n'eft pas allez
de la prière pour notre fanctification , fi
elle n'eft accompagnée de la pratique des
bonnes oeuvres.
Meffieurs les Prévôr des Marchands &
Echevins , en approuvant le zèle de ces
confrères , leur firent délivrer une portion
de riz confidérable. La Communauté de
la grande fabrique fournir une fomme; &
plufieurs particuliers accrurent de leurs
deniers les aumônes des Confrères .
Cette année , M. de Fleffelles , Intendant
de Lyon , leur a fait remettre 60
quintaux de riz.
Cette fociété n'a ni rentes , ni revenus ;
la cotisation des confrères a fuffi pour la
foutenir avec honneur depuis près de fept
fiècles qu'elle est établie pour fubvenir aux
charités ordinaires qu'elle fait annuellement
; aux extraordinaires qu'elle fait
dans les cas qui fe rencontrent , & pour
avoir conftruit & pour entretenir une
1
19 MERCURE DE FRANCE.
chapelle qui eft fans contredit une des
plus belles du Royaume , & qui fait un
des principaux monumens de la ville de
Lyon.
ANECDOTES.
I.
LE Cardinal de Retz s'étant jeté aux
pieds du Roi , après fon rappel ; M. le
Cardinal , dit le Roi , en le relevant , vous
avez les cheveux blancs . « Sire , lui iépondit
le Cardinal , on blanchit ailé-
» ment , quand on a le malheur d'être
dans la difgrace de V. M.
39
I I.
Artorius , foldat romain , dans l'embralement
du temple de Jérufalem , monta
au faîte , & cria à fon camarade Lucius
qu'il le laiffoit héritier de tous fes biens
s'il vouloit le recevoir dans fes bras , parce
qu'il alloit fe jeter en bas , pour éviter
les Aammes . Ce dernier accepta l'offre .
Artorius s'étant précipité tomba fur fon
malheureux ami , l'accabla de fon poids
& le tua.
III.
JUI N. 1773 193
I I I.
Charles IX faifoit la fauffe monnoye
avec tant d'induftrie , qu'il trompoit les
plus connoiffeurs ; ce qui lui fit dire par
le Cardinal de Loraine , qu'il étoit bien
heureux de porter fa grace avec lui.
LETTRE fur la prétendue Comète.
QUELQUES
A Grenoble , ce 17 Mai 1773.
UELQUES Parifiens qui ne font pas philofophes
, & qui , fi on les en croit , n'auront pas le
tems de le devenir , m'ont mandé que la fin du
monde approchait , & que ce ferait infailliblement
pour le 20 du mois de Mai où nous fommes.
Ils attendent ce jour- là une Comète qui doit
prendre notre petit globe à revers , & le réduire
en poudre impalpable : felon une certaine prédic
tion de l'Académie des Sciences qui n'a point été
faite.
Rien n'eft plus probable que cet événement ; car
Jacques Bernoulli , dans fon traité de la Comète ,
prédit expreflément que la fameufe Comète de
1680 reviendrait avec un terrible fracas le 17º.
Mars 1719 ; il nous affura qu'à la vérité ſa perruque
ne fignifierait rien de mauvais ; mais que
fa
queue ferait un figne infaillible de la colère
du Ciel . Si Jacques Bernoulli fe trompa , ce ne
peut-être que de cinquante - quatre ans & trois
jours.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
9
Or
une erreur
auffi peu confidérable
étant
regardée
comme
nulle
dans l'immensité
des fiècles
par tous
les Géomètres
, il eft clair
que rien
n'eft plus raifonnable
qu: d'efpérer
la fin du mond:
pour le 20 du prétent
mois
de Mai 1773 ,
ou dans
quelqu'autre
année
. Si la choſe
n'arrive
pas , ce qui eft différé
n'eft pas perdu.
Il n'y a certainement nulle raifon de le moquer
de M. Triflotid , tout Triflotin qu'il eft , lorsqu'il
vient dire à Madame Philaminte :
Nous l'avons cette nuit , Madame , échappé
belle.
Un monde auprès de nous , en paflant tout du
long ,
Eft chu tout à travers de notre tourbillon .
Et s'il eût , en paflant , rencontré notre terre ,
Elle eût été brisée en morceaux comme verre,
Une Comète peut à toute force rencontrer
notre globe dans la parabole qu'elle peut parcourir.
Mais alors qu'arrivera- t'rl ? ou cette comère
fera d'un diamètre égal au nôtre , ou plus
grand , ou plus petit. Si égal , nous lui ferons
autant de mal qu'elle nous en fera , la réaction
étant égale à l'action . Si plus grand , eile nous
entraînera avec elle ; fi plus petit , nous l'entraî
*nerons.
Ce grand événement peut s'arranger de mille
manières , & perfonne ne peut affirmer que la
terre & les autres planettes n'aient pas éprouvé
plus d'une révolution par l'embarras d'une Comete
rencontrée dans fon chemin.
Le grand Newton nous a donné de plus fortes
JUI N. 1773 . 195
1
alarmes que M. Triflotin ; car il a prétendu que
la Comète de 1680 , s'étant approchée du foleil
à la diftance d'un demi diamètre de cet aftre , duţ
acquérir une chaleur deux mille fois plus forte
que celle du fer embrafé ; M. Le Monnier dit
trois mille . Mais fuppofons que cetre Comète
eût été de fer , pourquoi aurait elle acquis à cent
cinquante mille lieues du foleil une chaleur deux
ou trois mille fois plus forte que le fer ne peur
en acquérir dans nos forges ? Les folides comme
les fluides ont chacun leur dernier degré de chaleur
qui ne peut augmenter. L'eau bouillante ne
peut jamais s'échauffer davantage ; l'huile de mê
me , les métaux de même. Le fer , le cuivre qui
coulent dans nos forges en fleuves de feu ne s'em
brafent jamais plus que leur nature ne comporte.
Le feu d'une forge eft le même que celui du foleil.
Cet aftre étant plus grand embrafera les
corps plus vite ; mais il ne les embrafera pas avec
une plus grande intenfité que celle qu'ils peuvent
fouffrir.
Newton , dans fon calcul , a fuppofé que l'em
bralement du fer pourrait augmenter , & a calculé
fuivant cette hypothèſe. Mais comment un
corps , quel qu'il foit , paflant rapidement à cent
cinquante mille lieues du foleil, peut-il s'embrafer
deux mille fois plus que le fer qui eft pénétré
de feu dans une fournaife ardente , & qui eft par
venu à fon dernier degré de chaleur ? Il femble
que Newton pouvait réferver cette aventure de
l'inflammation pour fon commentaire de l'Apocalipfe.
Quand au retour des mêmes Comètes , c'èft
une opinion très raisonnable ; mais elle n'eft pas
démontrée : & elle eft fi peu démontrée que tous
ceux qui ont prédit leur apparition , ont été pris
poar duppes.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Il eft beau , fans doute , d'en favoir aflez pour
fe tromper ainfi . Mais attendons encore quelques
milliers de fiècles pour avoir la démonſtration.
Nous fommes parvenus lentement à connaître
quelque chofe de la nature ; la poftérité achevera
le refte lentement.
On prétend que les anciens favaient comme
nous que les Comètes font des planettes qui ont
un cours régulier autour du foleil , & on cite en
preuve des Pitagores , des Philolaüs , des Senè- .
ques , des Plutarques , & c. & c.
Oui , ils le favaient d'une fcience confule , incertaine
, qui n'était point une ſcience ; ils connaiflaient
la circulation des Comètes comme Hippocrate
connaillait la circulation du fang ; fans
T'avoir définie , fans l'avoir prouvée , fans l'avoir
enfeignée.
Jamais il n'y eut aucune école qui enfeignât
méthodiquement la courfe de la terre , des autres
planettes , & des Comètes au tour du foleil dans
leurs orbites ; c'était un foupçon jeté au hasard ,
une idée philofophique tombée dans quelques
têtes , & non développée. C'eſt à - peu - près ainſi
que Bacon avait annoncé une gravitation , une
attraction univerfelle : les vrais inventeurs font
ceux qui prouvent,
M. le Monnier , dans fes inſtitutions aftronomiques
, a raison de citer Senèque le philofophe ,
qui dit , non exiftimo Cometem fubitaneum effe
ignem , fed inter opera æterna natura . Je ne crois
pas les Comètes des feux fubitement allumés ,
mais des ouvrages éternels de la nature.
Il faut louer , honorer Senèque d'avoir deviné
que le tems viendrait où la poftérité ferait
étonnée que fon fiècle cût ignoré des choles fi
fimples. Veniet tempus quò pofteri tam aperta
nos nefciffe mirabuntur. Mais cela même prouve
que de fon tems on n'en favait rien,
JUI N. 1773 . 197
C'était le fort des Senèques de prédire l'avenir
par de fimples conjectures , d'une manière toute
contraire à celle des autres prophètes . Senèque le
tragique prédit ainfi dans un choeur de fon
Thiefte , la découverte d'un nouveau monde.
Mais fi on voulait en inférer que Senèque doit
partager avec le Génois Colombo la gloire de la
découverte , on ferait non - feulement injufte ; on
ferait ridicule .
Nous ne trouvons point dans Plutarque de
témoignage plus fort en faveur de l'antiquité que
dans Senèque. Quelques Pitagoriciens , dit - il ,
penfent qu'une Comète est un Aftre qui ne fe montre
qu'après un certain tems . D'autres affurent
qu'une Comète n'eft qu'un effet de la vifion, comme
les apparences de ce qu'on voit dans un miroir.
Anaxagore & Démocrite difent que c'est un
concours d'étoiles mêlant leur lumière enfemble.
Ariftote prétend que c'est une exhalaifon du fec
enflammé , &c.
Or , je demande fi l'exhalaiſon du fec , les apparences
du miroir , & le concours des deux lumières
donnent une idée bien nette de la théorie
des Comètes ?
L'opinion du Peuple de Paris qu'une Comète
qui apparaîtrait le 20 ou le 21 de Mai 1773 , nous
amenerait la fin du monde , a quelque chofe de
plus pofitif que le difcours de Plutarque . Mais
cette idée n'eft pas neuve. Il y a long - tems que
les gens qui favaient comment le monde a été fait,
favaient auffi comment il devait finir. Jupiter luimême
dit , dès le premier livre des Métamorphofes
, que le monde doit périr par le feu .
* Des opinions des Philofophes , liv. 13 .
1 iij
198
MERCURE
DE FRANCE
.
Effe quoque infatis reminifcitur adfore tempus
Quo mare, quo tellus corruptaque regia coeli
Ardeat & mundi moles operofa laboret.
Mais Jupiter ne dit point que ce fera l'effet
d'une Comète. Cette idée de la fin du monde dura
depuis Jupiter jufqu'à notre treizième fiècle. Nos
Moines en profitèrent. On fait que plus d'un acte
de donation à ces -pauvres gens commençait par
ces mots , la fin du monde étant proche , & moi
N.... ne voulant pas être rangé parmi les boucs,
je donne pour le remède de mon ame , & c. & c.
mais les Comètes n'eurent aucune part à ces
dévotions.
Le Jacq. Pudding qui prédit à Londres en 1756
un tremblement de terre , & la deſtruction de la
ville , ne mit aucune Comère de moitié avec lui
dans le pari , & cependant le peuple épouvanté
fortit de la ville au four marqué par ce mage.
Les Parifiens ne déferteront pas leur ville , le
vingt Mai ; ils feront des chanfons , & on joue
ra la Comète , & la fin du monde à l'Opéra comique
, &c. &c.
AVIS.
I.
Pompes pour les Incendies.
LES incendies multipliés , dont les papiers
publics font mention depuis quelque reins ,
engagent les fieurs Thillaye pere & fils
privilégiés du Roi , pour la conftruction & le
débit des pompes pour les incendies & tous les
autres ufages des citoyens , à renouveler les
>
JUIN. 1773 199
annonces de ces machines hidrauliques , dont la
parfaite conftruction & leur grand effet , leur ont
mérité en différens tems , par leurs progrès dans
des produits plus confidérables , les approbations
téitérées de l'Académie Royale des Sciences de
Paris ; & en dernier lieu le prix remporté par le
fils fur la differtation.propofée en Dannemark , par
l'Académie de Copenhague , fur la manière de
conftruire les pompes les plus folides, produifant
le plus grand effet , & les plus commodes pour les
incendies.
Outre ces approbations , très- capables de garan
tir la confiance publique , ces pompiers en ajou→
tent encore ici une nouvelle d'autant plus avan
tageufe qu'elle part du vu de tous les membres
en corps , de la plus célèbre compagnie du 10yaume
, capable d'en juger , tant par ésat que par
exercice continuel de leur art .
Nous fouffignés Architectes , Experts , Jurés du
Roi , certifions à tous qu'il appartiendra , que
le fieur Thillaye , Pompier privilégié du Roi ,
nous ayant requis d'être préfens à la manoeuvre
de fes pompes à incendies , nous nous fommes
tranfportés , le Mercredi dix Février mil fept cent
foixante- treize , aux Feuillants , rue Saint Hono
ré , où eft fon magafin , afin d'en voir les effets .
Le fieur Thillaye fit d'abord l'expérience d'une
pompe double , dont le diamètre des corps eft de
trente- neuflignes , & celui de l'ajuftage de cinq
lignes , les piftons font de cuivre enveloppés
d'un cuir que l'on groffit ou diminue par le moyen
d'un coin que l'on viffe ; les foupapes font tout de
cuivre , fe démontent auffi à vis , & ne font pas
fujettes aux engorgemens ; la caiffe de cette poinpe
contient fix pieds cubes d'eau ; nous en avons
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
évalué le débit à un muid par minute ; elle a
porté l'eau d'un jet foutenu , à foixante pieds de
hauteur , fans l'aide d'aucuns boyaux de cuir : fix
hommes la faifoient agir.
Il fit enfuite l'expérience d'une pompe double
plus forte ; les corps de quatre pouces & demi
de diamètre , & le trou d'ajuftage de fix lignes.
Elle eft du même mécanifine que la première ;
cette pompe a porté l'eau d'un jet foutenu à
quatre-vingt pieds , & même au- delà , fans l'aide
d'aucuns boyaux de cuir ; l'on a viſſé ſur
cette pompe quarante pieds de boyaux de cuir , &
l'on a trouvé que l'eau , au fortit du tuyau d'ajuftage
, avoit été auffi loin que fans boyau . La caiffe
contient dix pieds cubes d'eau , elle peut dépenfer,
en une minute , un muid & demi d'eau ,
hommes la faifant agir.
huit
Ces pompes nous ont paru très- bien conditionnées
, & d'un excellent ufage , & préférables
à celles dont on s'eft fervi jufqu'à préfent.
Lefquels Experts ont figné , MOUCHET , Syndic.
Les SrsThillaye fabriquent & tiennent magaſin
de ces pompes, tant pour les incendies que pour les
puits & autres ufages . Le pere demeure à Rouen ,
rue des Bons-Enfans ; & le fils à Paris , rue St Honoré
, vis-à- vis la rue St Roch. Ils donneront des
expériences de leurs pompes à ceux qui voudront
les acheter ou fimplement les connoître.
I I.
Tabatiere de cuir de toutes couleurs.
Le Sieur Compigné, Tabletier du Roi, annonce
qu'il vient de donner aux Tabatières de Cuir
qu'il fabrique , une nouvelle beauté. Il en faiz
JUI N. 1773 .
201
préfentement de toute couleur comme grifes ,
vertes , bleux , jaune - lilas , & généralement de
telle couleur qu'on defirera ; elles feront d'autant
mieux reçues du Public que ces couleurs font
fans aucun verni , & ne font point fufceptibles de
changer ; elles ont encore l'avantage de la folidité
; & les nouveaux deffeins dont elles font
ornés ne s'effaceront plus comme ci - devant , ayant
trouvé l'art de pouvoir les nétoyer fans altération .
Les Tabatières noires de la même eſpèce
ont acquis la même conſiſtance.
Sa Fabrique & fon Magafin font toujours rue
Greneta , au Roi David.
II I.
Farine d'orge préparée.
Le Bureau Royal de Correſpondance rue des
deux Portes Saint Sauveur , vient de recevoir
un nouvel envoi de la Farine d'orge préparée
pour la guérifon des maux de poitrine. Les perfonnes
qui en defirent, peuvent y envoyer ; elle
fe vend 3 liv . la livre avec le fucre préparé ,
2 liv. f. la livre fans fucre . & S
NOUVELLES POLITIQUES.
De Conftantinople , le 4 Avril 1773.
L
E Gouvernement prend les mefures les plus
efficaces pour pouffer la guerre avec vigueur. On
ne cefle de travailler à l'équipement de la flotte ,
& l'on fait partir , continuellement , pour l'armée,
différens corps de troupes , tirés de toutes les proiv
202 MERCURE DE FRANCE .
vinces de l'Empire. Le premier de ce mois , on vit
fortir de ce port une grande galère , plufieurs de
mi-galères , des galiotes & d'aurres bâtimens char
gés de provifions . Cette divifion eft destinée pour
Oczakow. Elle fera efcortée par un vaiffeau de
ligne. Un vaiffeau de cinquante canons a fait
voile pour les Dardanelles , & il fera fuivi par
d'autres auxquels on travaille avec activité. Les
membres du Divan s'aflemblent , prefque tous les
jours , ou chez le Muphti ou à la Porte; mais on
ignore les objets qu'on traite dans ces conférences
. On fait que l'Ulhema ( le corps des Gens de
Loix ) refule conftamment de confentir à l'indé .
pendance de la Crimée & à la ceffion des ports de
Kerché & de Jeni- Kalé . Quoique l'armiftice foit
expiré, on n'a fait encore sucun acte d'hoftilité , ni
fur terre , ni fur mer . On prétend même que les
Plénipotentiaires entretiennent toujours entr'eux
une correfpondance fuivie , & qu'ils pourroiene
reprendre leurs conférences .
De Vienne, le 8 Mai 1773 .
L'Empereur partit pour la Tranfyivanie , accompagné
du Général Pélégrini & des Comtes de
Noftitz & de Siskowicz Une indifpofition empêche
le maréchal de Lacy d'être de ce voyage. Le
général de Loudon ne doit joindre Sa Majesté Impériale
qu'au camp de Peft.
L'Impératrice - Reine fit , le 3 de ce mois , une
promotion de quatre-vingt-trois Dames dans l'Or
dre de la Croix Etoilée . Les Dames Françoiſes ,
comprifes dans cette nomination , font Marie-
Marguerite-Thérefe Comtefle de Saint - Pierre de
Montfalcon , née Comtefle de Franc -d'Anglure ;
Laurence-Augufte Princeffe de Chimay , née Comteffe
de Fitz-James ; Antoine Comteſſe de SaintJUIN.
1773.
203
Belin , née Comtefle de Ragni ; la Marquife de
Laubefpin , née Comtetle de Scorrailles ; Marie-
Armande Marquile de Chateney , née Comtefle
de Hume ; Jeanne - Henriette Marquise de Jouffroi
d'Abbans , née marquife de Fons Rennepont ;
& Françoife - Parfaite Thais Comtefle de Montba
rey , née Comtefle de Mailli Nefle.
De Coppenhague , le 27 Avril 1773 .
Le Baron de Bernstorff vient d'être nommé Miniftre
des Affaires Etrangères , & il garde , en
même tems , la place de premier Député du Col
lége des Finances .
De Stockolm , le 6 Avril 1773.
Les inquiétudes caufées par de faux bruits de
guerre , font entièrement diffipées , & l'on jouir
ici d'une grande tranquillité.
De Berlin , le 24 Avril 1773.
Le Juif Ephraïm , après avoir rendu compte
de fes opérations , eft retourné en Pologne pour
etlayer d'y faire adopter différens projets de commerce.
Un de ceux dont il eft principalement
chargé , c'eft de faire une convention pour la
fourniture exclufive des cires & du tabac.
De Warfovie, le 14 Avril 1772.
Les Autrichiens le font emparés de Vlodzimir
& du Diftric de Luck , fitués dans le Palatinat de
Lublin . On dit qu'ils doivent occuper cette ville
& tout le Palatinat . Ils font des marches & des
contre-marches en Pologne , dont on ne peut deviner
l'objer, Les Ruffes fe font retirés de l'autre
côté du Wieprz & vendent leurs magaſins aux
Autrichiens qui font fceller les granges pous em
pêcher l'exportation des grains."
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Les Pruffiens occupent actuellement la rive gau
che de la Viftule , debuis Blonie jufques vers
Thorn , les Rufles , la rive droite , & les uns & les
autres exigent des fourrages immenfes. Il y a ,
dans la ville de Sochaczew , des Ingénieurs Pruffiens
, & l'on croit qu'on va la fortifier.
On écrit de Samogitie qu'une armée de quatorze
mille Ruffes eft en marche vers Riga.
La Confédération dont le plan a été formé par
le Baron de Stackelberg , envoyé de Ruffie , &
approuvé par les trois Cours , doit avoir lieu . Elle
s'eft ouverte chez le Grand Chancelier. Le Roi , le
Sénat & toute la Noblefle doivent y entrer ; ainfi
les affaires feront traitées à la Diete , à la pluralité
des voix. Les articles les plus remarquables des
inftructions des Nonces font le maintien de la Re-
Higion Catholique Romaine & de la liberté ; la
fortie des troupes étrangères du royaume ; la
fixation des limites de la République ; la recherche
des auteurs & des complices de l'attentat commis
contre le Roi ; un nouvel arrangement touchant
les impôts ; la réforme de l'Etat Militaire ;
l'établiſſement d'une Commiffion pour réparer le
tort que le Duc Pierre de Courlande a fait à ſon
frère le Prince Charles , après la mort de leur père;
enfin l'examen de l'attentat commis contre la Da
me Potocka , née Komorowska.
Des Frontières de la Pologne , le 26 Avril.
1773 .
Les Miniftres des trois Cours ont fenti que ,
malgré leur crédit & les troupes dont la capitale
eft environnée , ils ne parviendroient jamais à
obtenir l'unanimité ; ils ont , en conféquence ,
conçu le projet de former une confédération
JUIN. 1773 208
!
parce qu'alors le Liberum Veto cefle , & les affai
res fe décident à la pluralité. Cette confédération
s'eft ouverte chez l'Evêque de Posnanie , Grand
Chancelier de la Couronne; plufieurs Gentilshommés
& quelques Sénateurs l'ont fignée .
De Dantzick, le 20 Avril 1773-
Les dernières lettres que le Magiftrat a reçues
de Petersbourg portent que la Cour de Ruffie ,
après avoir rédigé les inftructions du Comte Golow
kin qui doit venir examiner les droits de notre
port & de notre commerce , lui a ordonné de
partir.
De la Haye , le 6 Mai 1773.
Des lettres de Batavia , datées du mois de Septembre
1772 , font mention des ravages affreux ,
caufés par l'éruption d'un volcan dans la province
de Cheribou . Cette province , dont la capitale
eſt ſituée à environ quarante lieues à l'eft
de Batavia , fur la côte feptentrionale de Java ,
eft une des plus précieufes poffeflions de la Compagnie
Hollandoife dans cette Ifle , où elle a établi
le centre de fon commerce & de fa puiflance
& la feule peut- être qui ne lui ait coûté ni guerres
ni intrigues pour s'en emparer & pour s'y
maintenir.
De Cartagene , le premier Mai 1773 .
Cette ville vient de fournir , dans toute l'étendue
de fa juriſdiction , vingt-fept hommes de recrue
pour les troupes réglées du royaume . Les
autres villes & lieux de cette province ont également
fourni le nombre d'hommes prefcrit ; mais
aucun François ou Etranger n'a été compris
dans ces levées militaires , fuivant les ordres de
Sa Majefté Catholique.
206 MERCURE DE FRANCE.
De Rome , le 21 Avril 1773 .
Le Roi de Prufle a rappelé les Elèves de peinture
, fculpture & architecture qu'il entretenoit
dans cette ville. Ils font chargés de porter à Berlin
des modèles des ouvrages les plus précieux de
l'antiquité.
De Londres, le 4 Mai 1773.
Hier , le Lord North ayant fait remettre une
feconde fois à huitaine l'aſſemblée extraordinaire
de la Chambre des Communes , on tint un grand
Comité pour délibérer fur les affaires de la Compagnie
des Indes . Ce Lord propofa un bill concernant
divers réglemens pour les actionnaires , tant
dans l'Europe que dans l'Inde , parmi lesquels il
y en a un qui porte qu'au lieu d'élire vingt- quatre
directeurs chaque année , il en fera élu fix pour
une année , fix pour deux années ,
fix pour trois
années & tix pour quatre années , & que , pour
donner la voix dans les élections des Directeurs ,
il faudra prouver la propriété , depuis un an
d'un capital de roco liv . fterl. au lieu qu'aupara.
vant , fix mois de propriété d'un capital de seo liv.
fterl. étoient fuffifans.
De Marfeille , le 6 Mai 1773.
On écrit de Ville - Franche que , le 26 du mois
dernier , le tonnerre tomba fur la tour du fanal ,
pénétra dans l'intérieur & mit le feu au magaſin à
poudre ; que la cafemate & la batterie fauterent en
l'air ; que la foudre & l'explofion firent périr plufieurs
perfonnes , entre autres le Comte de Saint-
Agnès , le Capitaine Turat & le fieur Bukaland ,
& que les foldats de la garnifon , qui fe trouvoient
dans la tour ou aux environs , ont été dangereu
fement bleflés par les débris de l'édifice.
JUIN.
207
1773.
De Versailles , le 16 Mai 1773 .
Le 13 de ce mois , le Roi fit , dans la Plaine des
Sablons , la revue de fes Gardes Françoifes & Suiffes.
Sa Majefté , accompagnée de Monfeigneur
le Comte de Provence , du Duc de Chartres , du
Prince de Condé & du Duc de Bourbon , pafla devant
ces deux régimens , & fut reçue & faluée , à
la tête de celui de fes Gardes Suifles , par Monſeigneur
le Comte d'Artois , en la qualité de Colonel
Général des Suifles & Grifons . Ces deux régimens ,
après avoir fait l'exercice , défilerent devant Sa
Majefté Madame la Dauphine , Madame la Com.
teffe de Provence , Madame , Madame Elifabeth
& Madame Sophie affiſtèrent à cette revue Monfeigneur
le Dauphin a eu une légère indifpofition
qui a empêché ce Prince d'y accompagner le Roi.
De Paris , le 17 Mai 1773.
Le capitaine Obier , commandant le navire le
Sévère , venant de la Côte de Guinée & de Saint-
Domingue , arrivé à Saint - Malo , le 12 du mois
dernier , y a débarqué l'équipage de Lendeavour
qu'il avoit recueilli , le ro , à vingt- cinq lieues
oueft nord oueft d'Oueflant. Ce pavire Anglois ,
de foixante-dix tonneaux , commandé par le fieur
Samuel Miller , étoit parti de Pool & alloit fur
fon left à Saint Julien , côre de Terre Neuve. Il
avoit été aflailli d'une tempête qui l'avoit mis en
grand danger. Depuis deux jours , on pompoit
jour & nuit fans fuccès , & le capitaine n'avoit plus
d'efpérance de falut lorsqu'il fut reçu , avec les
neufhommes de fon équipage , à bord du Sévère,
d'où il vit foo navire couler à fond . A leur arrivée
à Saint - Malo , on a diſtribué à ces Anglois de
l'argent & des vivres , & on leur a procuré les
moyens de retourner dans leur patrie , fur un bâci;
208 MERCURE DE FRANCE.
ment de leur nation , qui étoit de relâche à Cancale.
NOMINATIONS.
Le Roi a accordé l'Evêché de Quimper à l'Abbé
de Saint- Luc , ancien vicaire - général de Rennes,
& l'Abbaye de St André- le - Haut , diocèſe & ville
de Vienne , à la Dame de Virieu de Beauvoir
Religieufe profeffe du Prieuré de Tulins , en Dauphiné.
"
Le 2 Mai , le Comte de Chaftellux prêta ferment
entre les mains du Roi , pour la furvivance
de la place de Chevalier d'honneur de Madame
Victoire.
Le Grand Maître de Malte ayant fait remettre,
par le Bailli de Saint - Simon , à la Comteffe de
Valentinois , Dame d'honneur de Madame la
Comteffe de Provence , une bulle par laquelle il
la nomme Grand - Croix de l'Ordre de Malte , le
Roi lui a permis d'en porter les marques.
Le 23 de ce mois , le Roi a donné le Gouver
nement du Château Dif en Provence , vacant par
la mort de M. Dopfonville , à M. le Marquis de
Viennay , maréchal de camp & premier capitaine
du régiment des Gardes-Françoifes .
PRESENTATIONS.
>
Le Chevalier d'Aigremont , miniftre plénipotentiaire
du Roi auprès de l'Electeur de Trèves
retournant à Goblentz , a eu l'honneur de prendre
congé de Sa Majeſté , à qui il a été préſenté
par le Duc d'Aiguillon , miniftre & fecrétaire
d'état , ayant le département des affaires étrang
gères .
Les Comtefles d'Affry , de Diesbach , de Chaftellux
, la Marquife de la Queville , la Comteffe
de Bourbon- Buffet & la Vicomtefle de Damas
JUIN. 1773. 209
ont eu l'honneur d'être préfentées au Roi & à la
Famille Royale , les deux premiêres , par la Marquife
de Durfort , Daine d'Atours de Meldames ;
la troisième , par le Marquife de Chaſtellux ; la
quatrième , par la Comtefle de Lillebonne ; la
cinquième , par la Marquife de Gouffier , & la
dernière , par la Comteffe de Damas , Dame pour
accompagner Madame la Comtefle de Provence.
Les Députés des Etats de Bourgogne furent admis
, le 2 Mai , à l'audience du Roi. Ils furent
préfentés à Sa Majefté par le Prince de Condé ,
gouverneur de la province , & le Duc de la Vrillière
, miniftre & fecrétaire d'état , ayant le départemert
de cette province , & conduits par le
Marquis de Dreux , grand - maître , le fieur de
Nantouillet , maître , & le fieur de Watronville ,
aide des cérémonies. La Députation étoit compofée,
pour le Clergé , de l'Abbé de Luzines , Abbé
de Saint - Seine , qui porta la parole ; pour la Noblefle
, du Comte de Jaucourt , maréchal des
camps & armées du Roi , & pour le Tiers - Etat ,
du fieur Roux , maire de la ville d'Autun .
La Comtefle de Montmorency-Laval & la Mar
quife de Serans ont eu l'honneur d'être préſentées ,
Te 9 Mai , au Roi & à la Famille Royale , la première
par la Duchefle de Laval , & la feconde par
la Comtefle de Serans .
Le premier Mai , la Comteffe de Chaftellux cut
l'honneur d'être préſentée au Roi , par Madame
Victoire , en qualité de Dame pour accompagner
cette Princefle.
La Baronne de Seran à eu l'honneur d'être préfentée
au Roi & à la Famille Royale , le 14 Mai ,
par la Duchefle de Bourbon , en qualité de Dame
pour accompagner cette Princefle . Elle avoit été
préfentée , le 9 Mai , parla Comtefle de Serans.
210 MERCURE DE FRANCE.
Les Députés des Etats de la Province d'Artois
furent admis le 16 Mai , à l'audience du Roi. Ils
furent préfentés à Sa Majefté par le Marquis de
Levis , lieutenant - général de fes armées , capitai
ne des Gardes- du- Corps de Monfeigneur le Comte
de Provence , gouverneur de cette Province , &
par le Marquis de Monteynard , fecrétaire d'état,
ayant le département de la même province. Ils
furent conduits à cette audience par le marquis de
Dreux , grand maître , par le fieur de Nantouillet,
maître , & par le fieur de Watronville , aide des
cérémonies. La Députation étoit compofée , pour
le Clergé , de l'Abbé d'Aumale , chanoine & vicaire
général du diocèfe de Saint-Omer , qui porta
la parole ; pour la Nobleffe , du Marquis de Mailly-
Couronnel , & , pour le Tiers - Etat , da fieur
Grofle d'Oftrel , ancien échevin de la ville & cité
d'Arras.
MARIAGES.
Louis-Adelaïde -Anne-Jofeph de Montmorency-
Laval , comte de Laval , commandant au régiment
de Mgr le Dauphin , cavalerie ; petit fils da
dernier maréchal de Montmorency , & fils unique
de feu comte de Laval , menin de Mgr le Dauphin
, colonel du régiment d'infanterie de Guyenne
, tué à la bataille d'Haftembeck , failant les
fonctions d'aide- maréchal · général des logis de
l'armée ; & de Renée Elifabeth de Maupeou ,
Dame de Madame , a époufé , le 28 du mois d'Avril
, à la paroille St Sulpice , Anne - Jeanne- Therefe-
Jofeph de la Roche de Genfac , fille unique
de Jacque de la Roche , marquis de Genfac , & de
Dame Anne Jeanne - Amabe de Colet de Gramont.
-
·
Le Baron de Créquy , fecond fils du marquis
JUIN. 1773.
de Créquy , baron de St Germain , Retzs & Craon,
Seigneur du Pleffis , de la Roche , la Fuiyonnière
& autres lieux , chef d'une branche de cette Maifon
établie en Anjou , a époufé , à Lizieux , Demoifelle
de Prie , nièce du feu Marquis de Prie ,
chevalier des Ordres du Roi , marquis de Plane ,
Courbe- épine , & c .
Le Roi , ainsi que la Famille Royale , a figné
les contrats de mariage du Vicomte de Virieu
avec Demoiselle de Maletefte , & du Comte de
Montfaucon de Rogles , chevalier de l'Ordre royal
& militaire de St Louis , maréchal des logis de la
compagnie des Grenadiers à cheval de Sa Majefté
& écuyer de Madame Adelaïde , avec Demoiſelle
de Bury.
NAISSANCE S.
La Princefle de Liftenois eft accouchée d'un
garçon .
Anne Thibault , femme d'André Mongla , eft
accouchée , vers la fin du mois de Mars dernier ,
dans la ville de Beaugé , en Aujou , de trois garçons
, qui font tous vivans & le portent trèsbien.
La mère eft entièrement rétablie de cette
coache laborieufe.
MORT S.
Le 7 Février , le nommé Joſeph Solera , tail.
leur de profeffion , eft mort dans la province de
la Manche , à l'âge de cent huit ans .
Le Comte Burzynski , Palatın de Mynsk , epvoyé
du Roi & de la République de Pologne , à
la Cour de Londres , chevalier des Ordres de l'Ai212
MERCURE DE FRANCE.
gle Blanc de Saint Alexandre-Newski & de Saint
Staniflas , eft mort à Paris , le 22 Avril , dans la
trente - unième année de fon âge.
Il eft mort dernièrement à Rotterdam une Juive
nommée Rachel Solomon , veuve de Lévi Philips ,
âgée de cent deux ans. Elle a confervé l'ufage
de tous les fens jufqu'aux derniers inftans de la
vie. Elle laifle neuf enfans , trente - deux petits
enfans & vingt- cinq arrière- petits enfans.
Charles du Trouffet d'Héricourt d'Obſonville,
maréchal des camps & armées du Roi , gouver
neur pour Sa Majefté du Château d'If , eft mort à
Paris , le 28 Avril , dans la foixante - cinquième
année de fon âge.
Claude-Humbert Piarron de Chamouffet , cidevant
confeiller du Roi , maître ordinaire en fa
chambre des Comptes , citoyen eftimable , qui a
paflé fa vie à exercer des actes de charité & à
former des projets utiles à l'humanité , eft mort ,
le 27 Avril , âgé de cinquante fept ans .
Le nommé Pierre Chlifter , habitant du village
de Mouffey , près de la ville de Vic , y eft mort ,
le 18 Avril , âgé de cent huit ans.
Le fieur Saint - Halles eft mort à Londres , dans
les derniers jours d'Avril , dans la cent quatrième
année de fon âge.
Le nommé William Waton eſt mort , il y a
quelque tems, près de Williamsbourg , en Virginie
, à l'âge de cent onze ans . Il avoit fervi dans
la Milice fous différens Rois d'Angleterre depuis
Charles II , & il portoit encore les armes à l'àvénement
du Roi règnant au trône.
Emilie de Mailly - Dubreuil , veuve de Jean-
François Marquis de Creil , lieutenant - général ,
grand-croix de l'Ordre de St Louis , gouverneur
de Thionville , commandant en chefdans les trois
JUI N. 1773 . 213
Evêchés , eft morte à Paris , le 13 Mai , dans la
foixante-dix huitième année de fon âge.
Françoile Comtefle d'Eltz , Abbefle de l'Eglife
collégiale & féculière de Notre- Dame de Bouxières
, eft morte à Nancy , le 7 Mai , âgée de cinquante-
trois ans. Le Chapitre noble de Bouxières
, compofé d'une Abbefle & de treize Chanoinefles
, eft fitué à une licue & demie de la ville de
Nancy.
Louis de la Nauze , Académicien penfionnaire
de l'Académie royale des Infcriptions & belles .
lettres , eft mort , le 2 Mai , à l'âge de foixantedix-
huit ans .
Le Père aimé de Lamballe , Miniftre général des
Frères Mineurs Capucins , eft mort à Paris , au
couvent de St Honoré , le 17 Mai , dans la foixan,
te- dix - huitième année de fon âge . C'est le premier
Général François qu'ait eula Réforme depuis deux
cent quarante huit ans qu'elle eft établie.
Marie Dolonne , fille d'un laboureur de Voves ,
bourg fitué à cinq lieues de Chartres , eft morte à
Chartres , à l'âge de cent huit ans & onze jours.
-
LOTERIES.
-
Le cent quarante - huitième tirage de la Loterie
de l'hôtel de ville s'eft fait , le 26 Avril, en la
manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
livres eft échu au No. 12653. Celui de vingt mille
livres au N°. 16316 , & les deux de dix mille ,
aux numéros 797 , & 12371.
Le tirage de la loterie de l'Ecole royale militaire
s'eft fait le s Mai . Les numéros fortis de la roue
de fortune ,font 40 , 11 , 23 , 84 , 28. Le prochain
tirage le fera le 5 Juin, 7
214 MERCURE DE FRANCE.
PIECES
TABL E.
IECES FUGITIVES en vers & en proſe , pages
A Mlle de M... , fille remplie de talens ,
Eflai de traduction du fecond livre de l'Enéide
, par M ***
Amurat , ou la voix de la confcience ,
Idylle ,
A ma Fille qui faifoit fon amuſement d'un
Mouton , d'une Fauvette & d'un Chien ,.
Madrigal à Madame la Baronne d'Auffy ,
Vers à Mile Fanny de Tours , en lui envoyant
des énigmes de fa compofition ,
Triolet à Madame Deſpaux de B ………, en Pi- .
cardie ,
ibid.
7.
28
45
48
49
ibid.
50
Explication des Enigmes & Logogryphes , ibid.
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Toni & Clairette ,
Chymie expérimentale & raifonnée , par
M. Baumé ,
Les égaremens réparés , ou hiftoire de Mils
Louife Mildmay ; traduction libre de l'anglois
, par Mlle Matné de Morville ,
Cyrus ,
Caules célèbres ,
Hiftoire des Modes françoifes ,
Principes du calcul de la Géométrie ,
Annales de la ville de Toulouſe ,
52
ss
56.
ibid.
69
75
76
80
85
97
102
Les Bibliothèques françoiles de la Croix du
Maine & de Du Verdierfieur de Vauprivas, 112
JUIN.
1773. 215
Réflexions fur les Comètes qui peuvent approcher
de la Terre , par M. de la Lande , 115
Lettre à M. de *** , fur le dictionnaire des
Bénéfices ,

122
Réponse à la critique de l'Opéra de Caftor , 123
Dictionnaire des Moeurs , 124
Les Mufes Chrétiennes , ou petit Dict . poët . 126
Pièces rélatives à l'Acad. de l'Imm . Conception
de la Ste Vierge , fondée à Rouen
Ordinaire de la Mefle , &c.
129
134
Le Syftême de la fertilifation par M. Scipion-
Nexon ,
135
Tableau des Maladies vénériennes , 137
138
Mémoire dans lequel on cherche à déterminer
quelle influence les moeurs des François
ont fur leur fanté ,
Journal de Mutique ,
Lettre de M. Poinfinet de Sivry à M. Lacombe,
auteur du Mercure de France fur de faußes
interprétations qui ont été faites de l'infcription
grecque , trouvée fur le tombeau
d'Homère ,
SPECTACLES , Concert fpirituel ,
Opéra ,
Comédie Françoife ,
Comédie italienne ,
Impromptu à Mde Trial , &c.
140
142
144
145
15a
158
159
ACADÉMIES ,
ARTS , Gravures , 166
Mufique ,
169
Géographie ,
170
Architecture , 171
Cours de Phyfiologie , &c. 172
La Rofe & le Lys
L'Aigle & le Hibou , fable ,
373
175
216 MERCURE DE FRANCE.
L'Homme mordu par un Chien , fable imitée
de Phèdre ,
177
Couplets fur le Mariage de Mlle de Genfac
avec M. le Comte de Montmorenci- Laval , 178
Lettre de M. l'Abbé Jacquin à l'Auteur du
Mercure de France , ou réponſe aux obſervations
d'un Anonyme contre le lit de cendres
chaudes , & c.
Ulages anciens. L'Ane de Fay- aux - loges ,
Actes de piété & de bienfaifance ,
Anecdotes ,
Lettre fur la prétendue Comère ,
Avis ,
Nouvelles politiques ,
Nominations , Préſentations ,
Mariages ,
Naiflances ,
Morts ,
Loteries ,
180
187
188
192
193
198
201
208
210
21I
ibid.
213
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Mgr le Chancelier , le
volume du Mercure du mois de Juin 1773 , & je
n'y ai rien trouvé qui m'ait paru devoir en empêcher
l'impreffion .
A Paris , le 1 Juin 1773.
LOUVEL.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le