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1772, 11
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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES;
NOVEMBRE , 1772 .
Mobilitate viget. VIRGILE.
Revere
A PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire , Rue
Chriſtine , près la rue Dauphine.
Avec Approbation & Privilége du Roi.
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, les piéces de vers ou de profe , la muſique
, les annonces , avis , obfervations , anecdotes
événemens finguliers , remarques fur les
ſciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peut inſtruire ou amufer le
Lecteur. On prie auffi de marquer le prix des livres
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,
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
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Airs choisis de Maîtres Italiens avec des
paroles françoiſes , 366.
MERCURE
DE FRANCE.
NOVEMBRE , 1772 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ODE A LICINIUS 13 , liv. 2 .
Rectius vives , Licini , &c.
VOULEZ-VOUS être heureux ? voulez - vous être
lage?
Evitez tout excès .
Malheur à qui trop loin s'écarte du rivage ,
Ou le ſuit de trop près !
LeCiel entre le faſte & la triſte indigence
Plaça la fûreté.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Quiborne ſes defirs , ſait trouver l'abondance
Dans la ſobriété.
Sur les monts foudroyés les pins offrent leurs
têtes
Aux coups des aquilons ,
Tandis que les roſeaux , à l'abri des tempêtes ,
Croiſlent dans les vallons .
1
Le vrai ſage , aux deſtins qui maîtriſent ſa vie ,
Se foumet ſans effort ;
Malheureux , il eſpère ; heureux , il ſe défie
Des caprices du fort.
Ce jour vous eſt funeſte ; un autre jour peut- être
Finira vos revers ;
Ainſi que le printems fait fuir & diſparoître
Les rigoureux hivers .
Le Dieu cher aux neufs ſoeurs n'eſt pas armé ſans
cefle
D'un arc & d'un carquois ;
Il accorde ſouvent ſa lyre enchantereſſe
4
Aux accens de leurs voix.
Quand la tempête gronde , en pilote intrépide
Affrontez les dangers ;
Si le beau tems renaît , devenez plus timide
Et craignez les rochers.
ParM L. R.
NOVEMBRE. 1772 . 7
P
LA MARIEUSE ,
Comédie en un acte , en vers.
PERSONNAGES
THRASIMON , père .
Mde MARIANTE , parente de Thraſiinon
& tutrice de Sophie.
SOPHIE , pupille.
THRASIMON , fils ; amant de Sophie .
FARDET, laquais de Mde Mariante.
MANON , fuivante de Mde Mariante &
confidente de Sophie,
La Scène est à Paris , dans une fallebaffle
de la maison deMde Mariante.
L'Amour n'eſt pas toujours une folie.
SCÈNE PREMIERE.
THRASIMON père , THRASIMON fils ,
& MANON , qui eft occupée à ranger la
Salle.
BON
THRASIMON père .
ON jour , Manon . Eſt -il jour chez Madame ?
MANON.
Oh! je l'ignore ; &je crois , fur mon ame ,
A iv
8. MERCURE DE FRANCE.
Qu'elle pourra dormirjuſqu'à demain
Sans que je fois ſon reveille - matin .
L
THRASIMon père.
Eh! qu'as-tu donc ? tu parois en colère .
MANON.
Ma fol , Monfieur , ce train me déſeſpère.
Toujours en l'air , toujours en action !
Qui vit jamais une telle maiſon ?
Eh ! que chacun ſe marie à ſa guiſe ,
Sans nos avis & fans notre entremife !
Mais non. Il faut que , de tous les pays ,
Chez nous il pleuve & Robins & Marquis ,
Jeunes & vieux , & laides & gentilles ,
Bref; jouvenceaux , barbons , veuves & filles
Qui , s'ennuyant du poids du Célibat ,
Sont cauſe ici d'un éternel ſabar .
THRASIMон père.
Là là , ma bonne , eſt- ce donc à ton âge
Qu'on crie ainfi contre le mariage ?
MANON.
He non , Monfieur. Je ſuis de bonne foi ;
Le mariage eſt choſe bonne en foi !
Mais permettez que je m'impatiente
Lorſque je vois Madame Mariante ,
(Ce nom pour elle eſt , je crois , fait exprès )
Quand je la vois , dis-je , le mettre en frais
NOVEMBRE . 1772 .
و
Pour marier & la cour & la ville ,
Souvent ! ... Mais chut.
Bas à Thrafimon fils .
Monfieur , foyez tranquille ,
Ferme fur-tout ; car je me doute bien
Que fi matin...
THRASIMO n père .
Que lui dis -tu là ?
MANON.
Rien.
Je dis , Monfieur , qu'il ſera tard , peut- être ,
Quand ma maîtreſle ici pourra paroître .
De l'éveiller! ... j'irois bien ... mais .
THRASIMon père .
..
Non , non.
Fais ton affaire . Etnous , dans ce ſallon ,
En attendant notre digne parente ,
Nous jaſcrons .
MANON.
Je ſuis votre ſervante.
SCÈNE II .
THRASIMON père & TTHASIMON fils.
THRASIMON père .
Ehbien, mon fils , je vous l'avois bien dit ;
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
Notre coufine a le plus grand crédit .
L'eſprit , les biens , les talens , la naiſſance ,
Le goût , l'amour... rien n'a de conſiſtance ,
S'il n'eſt muni du ſceau de ſon aveu .
Tout aſſortir , pour elle n'est qu'un jeu.
Dans l'Univers il n'eſt point ſa pareille .
Seule pour tous il ſemble qu'elle veille.
(Bien entendu qu'il eſt des favoris . )
Tout grand qu'il eft , ce gouffre de Paris
Recèle- t- il une pupille riche ?
En vrai furet , elle vous la déniche.
Cette trouvaille eft faite , mon ami :
C'eſt pour cela que l'on nous mande ici .
L'on me prévient qu'il faut bruſquer l'affaire ;
Et que , ce foir ... qu'avez-vous donc ?
THRASIMON fils .
Sans la connoître !
Mon père !
THRASIMON père .
Oh! nous la connoîtrons.
Cefoir , parbleu! ce ſoir , nous la verrons.
Etpuis , mon cher , la dot , la dot eſt ſûre.
On la connoît celle-là. Pour conclure ,
C'eſt ce qu'il faut.
THRASIMON fils .
Ne faut- il rien de plus?.
Les agrémens , la douceur, les vertus ,
NOVEMBRE. 1772. II
Conformité d'humeurs , de caractères ...
N'est-ce donc là que de vaines chimères ?
THRASIMом père.
Oh ! non , mon fils . Mais tout cela ſe ſuit.
Primò , ſçavoir ce que la dot produit ,
Voilà le centre : à la circonférence
Le reſte , ami , de ſoi- même s'agence ;
Et l'on ne vit jamais cent mille écus
Sans agrémens , ſans eſprit , ſans vertus .
SCÈNE III .
Les Acteurs précédens & MANON.
MANON , à Thrafimon père .
Monfieur...
Eh bien !
THRASIMOon père .
MANON .
Madame vous ſupplie...
THRASIMon père.
J'entends ; j'y cours ... ( Il fort. )
SCÈNE IV.
THRASIMON fils , MANON.
:
THRASIMON fils ..
As-tu dit à Sophie ? ...
Avi
12 MERCURE DE FRANCE:
MANON , ironiquement .
Oh ! que non ... quoi ? ... que vous êtes ici ? ..
J'aurois été lui donner ce ſouci !
J'aurois été , confidente zélée ,
A fon réveil , l'aſſaſſiner d'emblée ,
En l'aſſurant que Meſſieurs Thrafimon
Cherchant fortune...
THRASIMON fils .
Ah! quelle trahiſon !
MANON.
Entendons-nous , Monfieur. J'en ſuis certaine ,
Pour épouſer , ici l'on vous amène .
Qui ? je l'ignore. Et vous , qu'en penſez -vous ?
THRASIMON fils .
Puifle du Ciel l'implacable courroux
M'anéantir , fi du fort qu'on m'apprête
Je fais le mot ! mais, quoique l'on projette ,
Je le fais bien , rien ne réuflira .
Je t'en réponds ; & ina mort préviendra.
Tu ris , cruelle ! ...
MANON.
Oui , de ce grand courage:
De tout amant voilà le beau langage .
Les gêne- ton ? vite , ils veulent mourir.
Ne mourons point. Et, ſans tant diſcourir ,
Allons au but. Yous almez donc Sophic
NOVEMBRE. 1772 . 13
THRASIMON fils .
Ah ! fi je l'aime !
ANON.
Eh bien , on la marie.
THRASIMON fils .
Elle y conſent!
MANON.
Qui vous a dit cela ?
Non , non , jamais ; &fa mort préviendra ...
J'avois grand tort d'oublier ce beau ſtyle !
THRASIMON fils .
Elle me tue avec ſon air tranquille.
Eh bien enfin ?
MANON.
Oh ! daignez m'écouter.
Voilà la mine ; il la faut éventer.
De vos amours a- t'on eu connoiffance ?
A-t'on eu vent de notre intelligence ?
Je n'en fais rien. Mais je ſais qu'à tous deux,
Pour ce ſoir même , on prépare des noeuds .
(avec emphase )
Pour vous , Monfieur , pupille jeune , belle ,
Riche fur-tout , noble , ſpirituelle...
C'eſt votre lot. On me l'a dit ainfi .
Quant à Sophie , on n'a rien éclairci.
14 MERCURE DE FRANCE.
Mais que je crains un tour de ſa tutrice !
THRASIMON fils .
Je ſouffrirois un pareil ſacrifice !
Le penſes-tu ?
ΜΑΝΟΝ.
Non... mais ...
THRASIMON fils .
Chère Manon ,
Connois- tu bien le fils de Thrafimon ?
Qu'une parente , avide de fortune ,
Exerce ailleurs ſa manie importune .
Qu'elle marie , à ſon gré , l'univers .
A les tréſors je préfère mes fers .
Sansbien , ſans dot , ſi l'aimable Sophie
Se ſouvient bien du beau noeud qui nous lie ,
Quile rompra , ce noeud délicieux ?
Ah! ne pourrois-je , un moment , à ſes yeux ,
Lui proteſter...
MANON .
Calmez un peu votre ame
Et ſongeons tous à dénouer la trame
Desgrands projets que l'on ourdit là haut.
Je ſuisà vous , dans l'inſtant.
NOVEMBRE . 1772. 15
SCÈNE V.
THRASIMON fils , feul.
Peu s'en faut
Que , ſur ſes pas , je n'échappe à l'attente
Et de mon père & de fa mariante.
Vit- on jamais une telle fureur ?
Unir les gens en dépit de leur coeur !
Amour , Amour , quelle eſt donc ta puiſſance ? >>
Impunément est- ce ainſi qu'on t'offenſe ?
Et juſqu'à quand , à beaux deniers comptans ,
Prétendra - t'on traiter des ſentimens ?
Des fentimens! quoi ! l'or en feroit naître !
Abus , abus , qu'entends -je ?
:
SCÈNE VI .
THRASIMON fils , MANON.
:
Dieux ! ...
MANON.
On va paroître.
THRASIMON fils .
ΜΑΝΟΝ.
Mais ſur- tout point de fadeurs d'amans.
Avecprudence employez les momens.
Bientôt enfin quelqu'un pourroit deſcendre .
Et fi tous deux on alloit vous ſurprendre! ...
Voilà Sophie. Ici faiſons le guet.
16 MERCURE DE FRANCE.
Elle va au fond du théâtre. Elle y rencontre
Fardet , qu'elle veut arrêter.
SCÈNE VII .
THRAS. fils , SOPHIE , FARDET , MANON.
MANON.
La male- peſte ! eh ! que veut Mons Fardet ?
FARDET.
Oh , oh ! bijou , quelle mouche te pique ?
Tu m'as fait peur .
THRASIMON fils , à Sophie.
• Que votre coeur s'explique ,
Belle Sophie ; à quoi ? ...
SOPHIE , à demi bas.
Paix , Thraſimon ;
Entendez- vous le bruit que fait Manon ?
FARDET , en pouffant Manon.
Oh ! j'entrerai , Tu nous la donnes belle .
(En appercevant Thrafimon & Sophie. )
Ha ha ! Monfieur avec Mademoiselle !
Ouje me trompe , ou cette viſion
S'accorde mal avec ma miffion.
THRASIMON fils.
Quedis-tu là?
:
NOVEMBRE . 1772. 17
Je dis...
FARDE T.
Je dis ... Monfieur... Excuſe .. :
THRASIMON fils.
Eh bien ?
FARDET .
Qu'ici quelqu'un s'abuſe.
MANON , à Fardet,
Hé! qui s'abuſe ici , ſi ce n'eſt toi ?
Finira-t'il ?
FARDET , vivement.
Est - ce ma faute , à moi ,
Si ma maîtrefle eut , hier , la migraine ,
Et m'ordonna d'aller chez Célimene ,
Pour l'aflurer que Monfieur , que voici ,
Seroit , ce foir , ſon très-humble mari ?
Eſt ce ma faute...
THRASIMON , fils .
Arrête...
FARDET.
Oh ! Je vous prie ,
Cen'eſt pas tour. Pour Mamzelle Sophie
J'étois chargé d'arrêter , pour époux ,
Certain Monfieur... comment... la nommezvous...
18 MERCURE DE FRANCE..
De... de.. for.. fant . oui de Forfanteville.
Pour le trouver j'ai fait toute la ville.
C'eſtunNormand; mais plus fin qu'un Galcon ,
Qui joue ici le rôle de Baron...
Mais entre nous...
MANON.
De tous ces beaux meſſages
Quel eſt le fruit enfin ?
SOPHIE , àpart.
Dieux ! quels préſages !
FARDET.
Le fruit ,, ma foi , c'eſt que l'on vient , ce ſoir ,
Dans le deſſein , chacun , de ſe pourvoir .
Et , s'il te plaît , nous en ferons , ma mic.
SOPHI E.
Cher Thrafimon !
THRASIMON fils.
Adorable Sophie !
MANON.
N'allez- vous point faire les langoureux ?
Viens- çà , Fardet ; ſoyous termes pour eux ,
Il faut partir. Cours , fans reprendre haleine ,
Chez ton baron & chez ta Célimene.
Dis-leur tout net que , par un qui- pro quo ,
Tu fus chez eux. Que tout eſt a-van-leau.
NOVEMBRE. 1772. 19
Mais...
FARDE T.
ΜΑΝΟΝ.
Point de mais.
FARDE T.
Voudra ſavoir...
Madame Mariante
MANON.
Bon ! elle eſt ſi changeante !
Toi- même , ami , la vistu quelquefois
Ou raisonnable , ou ferme dans ſes choix ?
Tout est égal , pourvu qu'elle marie.
Sans barguigner , va , cours , vole , expédie.
Je prends ſur moi le reſte du roman..
Ecoute encor. Je l'oubliois vraiment ,
Reviens fur-tout ; &puis tu diras comme
Le cher Baron eſt parti pour... pour Rome.
FARDET.
EtCélimene?
MANON .
Oh !Dame celle-là
Nous pourrions bien la mettre . , à l'opéra .
THRASIMON fils .
A l'opéra !
20 MERCURE DE FRANCE.
MANON.
Pourquoi non ?
THRASIMON fils .
Le croira- t'elle?
Ta maîtrefle
ΜΑΝΟΝ.
Eh bien , cette Lucrece
Plaçons- là mieux. Dis que ſubitement ,
Elle eſt , d'hier , envolée au couvent.
Es-tu parti ?
FARDET.
Je crains bien...
Decette manigance
ΜΑΝΟΝ.
Va , j'en prends ſur moi la chance:
SCÈNE VIII.
THRASIMON fils , SOPHIE , ΜΑΝΟΝ.
MANON.
Vous maintenant , voyez . Votre contrat
Est- il bien fait ?
(Elle retourne au fond du théâtre. )
SOPHI E.
Hélas ! le coeur me bat.
Comment m'y prendre , ignorant l'artifice ,
1
NOVEMBRE. 1772 .. 21
Pour échapper aux loix de ma tutrice ?
Ah ! Thrafimon , vous connoiflez ce coeur ;
Il eſt à vous. L'amour , d'un trait vainqueur ,
Pour Thraſimon le bleſſa , pour la vie.
Parlez . Que peut , que doit faire Sophie
Pour prévenir , pour arrêter les coups
Que nous prépare un caprice jaloux ?
Je le ſens bien ; Madame Mariante
Pour me forcer n'eſt pas aſſez puiſlante;
Et ce ſera toujours , toujours en vain
Qu'elle voudra diſpoſer de ma main.
Mais que je crains ſon humeur , ſa colère !
Et vous , comment diſpoſer votre père ?
Vous le ſavez , la fortune , pour moi ,
Fit peu de choſe...
THRASIMON , fils .
Ah ! que ne ſuis- je Roi !
Vous vous verriez auſſi riche que belle.
Mais feriez- vous plus tendre , plus fidelle ?
Vous avez tout ; & mon coeur , près de vous ,
Ne connoît rien de plus grand , de plus doux
Que d'être aimé; que de l'entendre dire
Par une bouche où la candeur reſpire.
SOPHIE , un peu bas.
Que penſez- vous du manége ? ..
THHRRAASIMON ( idem.)
Ah , vraiment !
22 MERCURE DE FRANCE.
Il eſt hardi . J'avoûrai franchement
Qu'il m'en coûtoit un peu poury ſouſcrire.
(Plus haut) Mais avouez auſſi que le délire
De votreArgus eſt à tel point monté ,
Que...
MANO N.
(Faifantfigne de la main , &fe rapprochant
des Acteurs . )
Paix- là, paix.
(à Sophie ) Fuyez de ce côté.
SCÈNE IX.
Mde MARIANTE , THRASIMON fils .
Mde MARIANTE. (d'un air important.)
Long-tems , Monfieur , l'on vous a fait attendre.
J'ai cru , vra ? ment , ne pouvoir pas deſcendre.
Lorſque l'on veut faire un arrangement ,
Ce font toujours des pourquoi , des comment ?
Pour chaque Saint il faut nouvel office.
Et quoiqu'ici , l'on n'y ſoit pas novice ,
Adire vrai , j'en ai tant ſur les bras ,
Queje m'admire en n'y fuccombant pas.
Croiriez-vous bien que la Cour , la province ,
Le Citadin , le Magiftrat , le Prince ,
Lorſqu'il s'agitde faire un choix bien sûr ,
N'ont pas toujours le jugement trop mûr ?
Graces au Ciel , on n'eſt point ſans reſſource.
Des bons conſeils on trouve ici la ſource ;
NOVEMBRE. 1772.
23
Nous y laiſſons puiſer à pleines mains ,
Par charité pour les foibles humains.
D'ailleurs , Monfieur , combien de jeunes têtes ,
Combien de coeurs ſimples autant qu'honnêtes ,
D'un petit maître en rabat , en plumet ,
Sans mon fecours , deviendroient le jouet ?
A certain âge , on ſait aſlez qu'aux filles ...
Je préviens tout. A toutes les familles
J'étends mes ſoins & mon inſpection ,
Et rien n'échappe à ma direction.
Vous voyez bien qu'on a plus d'une affaire.
MANON , à part.
Cen'eſt pas mal , pour un préliminaire .
THRASIMON fils .
Je vois , Madame , avec étonnement ,
Comment , pour vous , il vous refte un moment.
Vingt magiſtrats , à tête bonne & faine ,
Atant de foins fuffiroient avec peine.
Mde MARIANTE .
Le cher enfant ! .. vous ne l'entendez pas.
Ce ſont des jeux que tous ces embarras .
Je conçois bien qu'en ſuivant les rubriques
De nos Regnaults & de nos Angéliques ,
S'il nous falloit filer le pur amour ,
J'en ferois moins en dix ans , qu'en un jour.
Mais tous ces preux du bon Roi Charlemagne ,
Nous leur laiſſons leurs châteaux en Eſpagne.
1
24
MERCURE DE FRANCE .
Et fi je veux unir brune & blondin ,
Un jour , une heure en fixe le deſtin.
?
THRASIMON fils .
Aux deux époux , ſans doute que Madame ,
D'un amour tendre inſpire aufli la flamme?
Mde MARIANTE.
Bon ! cela vient . Parlons un peu raiſon :
Vous êtes jeune & fort joli garçon ;
Mais , ſi j'en crois ce qu'en dit votre père ,
Votre eſprit tient encore à la chimère.
Monfieur ne veut que rendres ſentimens ,
Que pur amour. grands mots vuides de ſens ! ..
Soyons ſolide. Il vous faut une femme;
Ici , ce ſoir , vous la prendrez .
THRASIMON fils .
Madame ...
Mde MARIANTE .
Allons , allons , cent mille écus au bout..
Vous marchandez ! ..
THRASIMON fils .
Madame , pointdutout.
Mde MARIANTE .
Ah! bon , cela . Je ſavois bien.. ton père..
Il eſt ſi ſimple !
THRASIMON
NOVEMBRE. 1772 . 25
THRASIMON fils.
Et moi , je ſuis ſincère ,
Et jene puis , Madame , conſentir ...
Mde MARIANTE .
Je vous conſeille ! .. encore ?. ſans mentir ,
Je ſuis bien folle ?. Il veut m'en faire accroire !
Mais , patience ; une petite hiſtoire
Abrégera , je penſe , le roman.
Menez Monfieur à mon appartement ;
Et , tout de ſuite , envoyez - moi Sophic.
SCÈNE X.
( àManon)
Mde MARIANTE , feule.
Eſt - ce bien moi qu'ainſi l'on contrarie ?
* Je ſuis ſincère... & ne puis conſentir...
Oh ! tu fauras du moins t'en repentir.
De ces blancs- becs écouter le délire !
Que deviendroient ma gloire & mon empire?
Il ne fait pas , cegalant Paladin ,
Que, ſans avoir recours au grand Merlin ,
Je puis d'un mot enchanter ſa Sophie.
Ce mot eſt dit. Ce ſoir , je la marie.
Les ſots enfans ! on pouvoit les unir.
Je l'ai voulu. Mais eux me prévenir !
Sans mon aveu , s'aviſer de ſe plaire !
Le trait eft noir. Auſſi prétends je en faire
A l'inſtant même , un exemple frappant
B
26 MERCURE DE FRANCE.
4
Qui puifle apprendre à vivre à tout amant.
Touteft d'accord avec Thraſimon père.
Je lui promets une riche héritière.
A dire vrai , je la connois fort peu ;
Mais je ne puis retirer mon en-jeu .
La choſe eſt ſimple . Hier , l'après- dînée ,
Je n'apperçois de certaine menée
Entre Sophie & le fils Thraſimon ..
Ah! m'écriai- je , ils s'aiment ! trahifon !
Sans déshonneur , je ne puis , ſous filence ,
Laiſler paſſer une telle inſolence.
Je fais mon plan. Je donne ordre à Fardet...
Mais le faquin qu'a t'il dit ? qu'a-t'il fait ?
Il ne vient point.. Que n'ai je pu voir comme
L'aura reçu notre bon gentilhomme
Qui , de Sophie , aura tantôt la main.
Je crois le voir , quoique ſur ſon déclin ,
Comme un cabri , faire un ſaut en arrière.
Mais quel échec pour notre aventurière ,
Qui , pleine encor du doucereux jargon
Dont l'endormeit ſon tendre Céladon ,
N'entendra plus parler que de la guerre ,
Que de la chafle ou bien du miniſtère !
Mais elle- même ici ne ſe rend pas !
Manon , je gage , en ce dangereux pas ,
De ſes avis lui prête la bouſſole.
Pour Thraimon , Di u fait qui le conſole !
Son père & lui font à préſent aux mains .
Toujours faut-il quej'en vienne à mes fins.
NOVEMBRE. 1772 . 27
SCÈNE X I.
Mde MARIANTE , SOPHIE .
Mde MARIANTE , d'un air indifférent.
Ha , ha ! c'eſt vous ? je vous croyois perduc.
Mais vous voilà: ſoyez la bien venue.
Depuis hier , je m'occupe du ſoin
De vous trouver un époux au bon coin .
Chacun le fait : grace à l'expérience ,
J'ai le tact ſûr pour faire une alliance;
Et je prévois que, ſans difficulté ,
Vous agréerez ce que j'ai projeté.
SOPHIE.
Ainſi que moi , vous le ſavez , Madame ,
D'un vain détour je connois peu la trame.
Toujours foumiſe aux voeux de votre coeur
De vous aimer le mien fit ſon bonheur.
Privée hélas ! dès ma plus tendre enfance ,
Des chers auteurs de ma foible exiſtence ,
Je fus remiſe à vos loins généreux.
Je leur dois tout; je ne vis que par eux.
Mais ſi je mis quelque prix à mon être ,
Ah ! ce ne fut que pour les reconnoître.
Mde MARIANTE .
On ne peut mieux , ma fille ; & je vois bien
Qu'il eſt flatteur de vous vouloir du bien .
(àpart) Dans mes soupçons me ſerois-je déçue ?
:
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Monbut eſt donc de vous voir bien pourvue.
Mon choix eſt fait ; & , bientôt , en ces lieux ,
Votre futur va prévenir vos voeux.
Mais qu'est- ce donc ? vous changez de viſage ?
Le nom d'époux fait- il peur, à votre âge ? (àpart)
Ils s'entendoient; oui , rien n'eſt plus certain,
Eh quoi ! l'on veut fixer votre deſtin ;
Et vous pleurez !
SOPHI E.
Ah ! Madame , ah ! ma mère ,
Avotre coeur ſi jamais je fus chère...
SCÈNE ΧΙΙ.
Mde MARIANTE , SOPHIE , FARDET.
FARDET , au fond du théâtre.
(Il est un peu pris de vin , &entrefans
regarder les acteurs. )
Lapeſte ſoit... des courtiers de Vénus !
Vive , morbleu , le vin .. & faint Bacchus!
Holà , Manon. ,
Mde MARIANTE,
Holà , toi-même , approche,
D'où reviens tu , Maraut ?
FARDET.
Pointde reproche..
Pardon , Madame.. On ne vous voyoit pas,
NOVEMBRE. 1772 . 29
Si vous ſçaviez.. combien Fardet eſt las !
Mde MARIANTE.
Il y paroît i .. malheureuſe cervelle !
Que t'a - t'on dit ?
FARDET.
Que diable ! .. je chancelles ?
C'eſt de foibleſſe ...
:
Mde MARIANTE.
Oh ! va , nous t'en croïons.
Mais qu'as-tu fait de tes commiſſions ?
FARDET.
Commiſſions ? .. ſi j'en faisde la forte ,
DuGuet , ma foi , .. je veux prendre l'eſcorte.
Par la corbleu ! .. me faire aflommer .. moi !
J'aime mieux vivre.. &boire.. auſſi , pourquoi
Cette Manon ? ..
Mde MARIANTE.
Mais , que vient- il nous diret
SOPHIE , en regardant Fardet.
Le pauvre enfant I il eſt dans le délire.
FARDET.
Un peu gaillard.. Mais chut ; remettons-nous.
Or, cit il vrai qu'une grêle de coups ?.
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
Mde MARIANTE.
De coups de vin.. le belître d'ivrogne !
Et c'eſt donc là le fruit de ta befogue ?
Mais, s'il te reſte un ſeul grain de raiſon ,
Peut- on ſavoir ce qu'a dit le Baron ?
Ce qu'a promis la jeune Célimene ?
FARDET.
Ah! s'il lui plaît , .. qu'un bon vent les ramene !
Il eſt ſi fort changé.. depuis tantôt ..
Queje les crois .. noyés .. ou peu s'en faut.
Mde MARIANTE.
Depuis tantôt? .. Mais les as-tu vus , traître ?
FARDE T.
On a vraiment l'honneur .. de les connoître..
Et , ſaufreſpect.. Mais on ne dit pas tour..
Mde MARIANTE.
As-tu juré de me pouffer à bout ?
SOPHIE.
Mon cher Fardet , vous manquez à Madame.
FARDET.
Voilà t'il pas? .. c'eſt Fardet que l'on blâme !
Fardet a tort ! .. & ce Fardet , pourtant ,
Abien fait voir.. qu'il n'eſt pas un enfant.
Ventre- fin -gris ... comme la péronelle..
Et ce Normand...
NOVEMBRE. 1772 . 31
Mie MARIANTE.
Je n'y tiens plus.
Sortons , Mademoiselle ;
SCÈNE XIII.
FARDET , feul.
Et j'aurois tenu , moi ,
Contre l'enfer ! .. oh ! que nenni. Ma foi ,
Voyantnos gens faire lediable à quatre ,
Chez Ramponneau , .. de crainte de me battre ,
Et puis un peu ... de peur d'être battu ,
J'ai retranché mon dos .. & ma vertu .
Pour diffiper .. la fatigue & la crainte ,
Il a fallu boire là quelque pinte.
Legrand malheur !. en at je moins d'eſprit ?
Tantôt , pourtant , j'avois preſque tout dit.
Oh ! que Manon auroit fait beau tapage !
Mais elle-même ett - elle bien plus ſage ?
Le fruit enfin de tous ces mouvemens ?
Nouveaux travers .. nouveaux accouplemens ,
Plus ſots peut être.. & plus déraisonnables
Que les premiers.. pourtant infoutenables !
Belle Sophie , à qui re livroit - on ?
Et quel tréſor s'offroit à Thrafimon ?
Pauvres enfans qu'ainſi l'on facrifie !
Oui , malgré moi , jen ai l'ame attendrie.
Que diable ! on s'aime , & l'on s'épouſe après ;
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
1
Le coeur eſt là. N'eſt- il pas fait exprès
Pour s'y connoître ? oh ! non , dit ma maîtrefle ,
Il faut brider la fougueuſe jeuneſſe.
Expliquons-nous. Bridez-moi maintes gens ;
Ces faux marquis , ces blondins élégans ,
Qu'on voit courir de toilette en toilette.
Bridez encor la prude & la coquette ,
Dont l'art trompeur , par différens chemins ,
Egalement fait aller à ſes fins;
Ce Financier , fléau de l'innocence ;
Cegrand Seigneur , qui croit que la puiſſance
Conſiſte à vivre & ſans loix , & fans moeurs :
Que fais -je , moi ? tant d'autres ſéducteurs
De toute eſpèce & de toute encolure ;
Bridez - les bien ; j'en rirai , je vous jure.
Mais deux amans jeunes & vertueux ,
Qui de l'amour ſentent les premiers feux ,
Qui de s'unir ont une égale envie;
Voilà les gens qu'il faut que l'on marie .
Tout au rebours . On fait tout de travers ,
Et ma maîtreſſe , au bout de l'Univers ,
Je le parie , iroit chercher querelle
A deux amans qui s'uniroient fans elle.
Oh ! j'en ſuis las. Et le train d'aujourd'hui
Amis enfin le comble à mon ennui.
Je n'ai pas bu pour en perdre la tête.
Tout bien compté , Fardet n'eſt pas ſi bêto;
Si j'ai battu la campagne tantôt ,
Je ſentois bien qu'il étoit à- propos.
NOVEMBRE. 1772 . 33
Quoique Valer , de mentir il m'en coûte.
Mais il falloit mettre tout en déroute.
J'ai réufli . Reſte à voir ſi Manon...
SCÈNE XIV.
FARDE MANON.
ΜΑΝΟΝ.
Ha-ha , l'ami , l'on vous dit beau garçon !
FARDET .
Non pas autant que l'on voudroit bien l'être.
MANON.
Qui dà ?
FARDE T.
Sans doute. En te voyant paroître
Leſte , fringante.. On voudroit , fur ma foi ,
Etre plus beau , pour approcher de toi .
MANON , affectueusement.
Dis-nous un peu : quelle eſt ton aventure ?
On m'a parlé de coups , de meurtriflure;
Es- tu bleflé ?
FARDET ,
Moi ? non , graces au Ciel ,
Ton cher Fardet aime peu le duel
Je t'avoûrai pourtant , avec franchiſe ,
Que tu m'as mis en dangereuſe crife.
By
34 MERCURE DE FRANCE.
Tu conviendras auffi que le goujon ,
Pour le porteur , ſentoit fort le bâton .
Mais brifons- là. J'ai découvert , ſans peine ,
Le non, l'état de notre Célimene.
Tu la plaçois tantôt à l'opéra .
Elle en revient , ma chère ; & catera.
Quant au Baron , c'eſt un franc eſcogriffe
Indéchiffrable autant qu'un logogryphe.
Ce qu'on m'a dit , au reſte , en mots exprès ,
C'eſt qu'il eſt chefdu régiment des Grecs .
Voilà les coups de Dame Mariante !
Dieu ! quelle femme ! ..
ΜΑΝΟΝ.
Elle eft extravagante.
Si tu ſavois comme elle t'en promet!
FARDET.
Je ſuis , ma foi , ſon très-humble valet.
Mais point de bruit ; &, fi tu veux m'en croire ,
Il eſt aisé d'abréger cette hiſtoire.
Tu me connois . Je t'aime ....
MANON .
Oh! nous verrons.
Songeons d'abord à ce que nous ferons
Pour Thraimon , pour l'aimable Sophie.
Pour ces enfans je donnerois ma vie.
Ils font fi bons! il me vient un projet :
Je voudrois bien que notre ami Fardet
NOVEMBRE. 1772 . 35
Pût s'expliquer avec Thrafimon père.
Tu lui dirois ce qu'il faut de l'affaire.
Lui détrompé , c'eſt là le noeud gordien ;
Et je prévois que le reſte iroit bien .
Je vais là -haut dire qu'on le demande.
Et , ſur le champ , ſi j'obtiens qu'il deſcende ,
Je reviendrai t'avertir .
FARDET .
Va , mon coeur .
Mais ſonge un peu toi-même , à mon bonheur.
SCENEXV.
FARDET , feul.
Oh ! tout de bon , ſi j'en juge à ſa mine ,
Au dénoûment notre amour s'achemine .
:
Puifle le Ciel , de nos jeunes amans ,
Finir de même , en ce jour , les tourmens !
Quel coup fatal pour notre Marieuſe !
Je crois la voir outrée & furieufe.
Quoi ! ſous les yeux , quatre coeurs , en un jour ,
S'aimant par choix , s'uniflant par amour !
Juſqu'à tantôt ne chantons pas victoire ;
Je me défie encor de fon grimoire.
J'en ai tant vu de ſes tours ! ..
B-vj
36 MERCURE DE FRANCE .
SCENE XVI.
SOPHIE , MANON , FARDET.
MANON , à Fardet.
Thrafimon
Va ſe trouver dans le petit ſallon .
Souviens- toi bien...
FARDET .
Compte ſur moi , ma mie.
SCENE XVII.
SOPHIE , MANON , FAR DET.
ΜΑΝΟΝ.
Je veux dreffer auſſi ma batterie.
Je veux qu'ici le père furieux ,
Sans y fonger , vous trouve lous ſes yeux.
SOPHIE.
Le beau moment pour m'offrir à ſa vue !
Tu vois hélas ! qu'interdite , éperdue ,
Je puis à peine articuler deux mots.
ΜΑΝΟΝ.
Il eſt encor du remède à vos maux ;
Je vous l'ai dit. Seulement ,je vous prie ,
Dépêtrez vous de cette rêverie ;
Et n'allez pas rendre vains mes efforts.
:
NOVEMBRE. 1772 . 37
Que Thrafimon , découvrant les reforts
Qu'a mis en jeu Madame Mariante ,
Ecoute encor ſa très - chère parente ,
Le penſez- vous ? pour moi , je n'en crois rien.
Après?
SOPHI E.
MANON.
Après ! ce que je crois très-bien ,
C'eſt que ſon fils , profitant de la criſe ,
Peut dire tout , oui tout , avec franchife.
SOPHIE.
Ah !tu veux dene nous perdre !
MANON.
Conft.mment,
Vous affurer la main de votre amant ,
C'eſt à tous deux faire un tour bien perfide !
Oh ! décidons ; & foiez moins timide.
SOPHI E.
Mais lui ,Manon , comment le prévénis ?
ΜΑΝΟΝ.
C'eſt l'embarras.
38 MERCURE DE FRANCE.
SCENE XVIII.
SOPHIE , MANON , THRASIMON père ,
FARDET.
THRASIMON père .
Je n'en puis revenir.
Sans fûreté , ſans connoiſlance aucune ,
Leurer les gens d'une dot peu commune ,
Faire entrevoir l'état le plus brillant ,
Etfur le tout , l'objet le plus charmant !
Etcela , , rien , moins que rien ! mais peut- être
Tu t'es mépris ?. Ainfime compromettre !
Non , je ne puis le penſer.. Des jaloux
T'auront ſéduit ?
FARDET .
Ah ! Monfieur , croyez - nous .
(En montrant Manon. )
Daignez l'entendre, & , bientôt , je l'eſpère ,
Vous verrez clair à cette étrange affaire .
MANON , hauſſant les épaules.
Il me fait rire ! étrange ! .. eh ! tous les jours ,
Ne voit - on pas , ici , de pareils tours ?
Interrogez dix mille infortunées
Sous leurs tyrans à gémir condamnées ;
Interrogez plus encor de maris
Par leurs moitiés , ruinés ou trahis ;
NOVEMBRE . 1772 . 39
Ce font , Monfieur , le fruit de tant d'intrigues ,
De tant de foins & de tant de fatigues
Que , malgré nous , par fois nous partageons ;
Mais dont , hélas ! toujours nous enrageons .
Oui , c'en eft fait , & je leve le maſque :
N'en doutez point , c'eſt à quelque bouraſque
Que vous devez l'aſſortiment exquis
Qu'on préparoit à Monfieur votre fils .
SOPHIE.
Chère Manon , la colère t'emporte.
Convient-il donc de parler de la ſorte ?
C'eſt ta maîtrefle enfin ...
MANON.
Et le boureau
De maintes gens qu'elle envoie au tombeau.
Croiriez- vous bien que l'aimable Sophie
Etoit , Monfieur , auſſi de la partie ?
Croiriez- vous bien qu'un ſoi-difant Baron ,
En bon François , un eſcroc , un fripon ,
Par un effet du plus ſanglant caprice ,
Dût l'obtenir, ce ſoir , de ſa tutrice ?
THRASI Mon père .
Il ſe pourroit que la mauvaiſe humeur ! ..
MANON.
Dites plutôt , dites que la fureur
D'anéantir tour penchant raiſonnable
Lui ſuggéra la méthode dainnable
40 MERCURE DE FRANCE.
De marier & ab boc & ab hac ,
Etde brafler tant d'énormes mic-mac.
THRASIMon père.
En vérité , je la croïois plus ſage.
Mais , après tout , que faire ? du tapage ?
J'en rougirois le premier. Ses remords
La puniront micux que nous , de ſes torts.
Mais le moyen d'avoir mon fils ſanselle ?
Que , de ma part , cependant on l'appelle.
Lui deſcendu , je pars , ſans dire adieu;
Manonfortpour aller chercher le fils Thrafimon.
Elle est censée le prévenirde tout.
Pour ne revoir jamais ce triſte lieu
Qù l'on manqua d'empoiſonner ma vie. (àpart.)
Pourquoi faut - il que la jeune Sophie
N'ait pas de biens , autant qu'elle a d'appas ?
Fortune aveugle ! .. (haut) Eh bien ? l'on ne vient
pas?
FARDET.
J'entends quelqu'un , ce me ſemble...
SCENE ΧΙΧ.
THRASIMON père , SOPHIE , THRASIMON
fils , MANON , FARDET .
TARASIMON fils . i
Ah ! mon père ,
NOVEMBRE. 1771 . 4
Au nom des dieux , calmez votre colère ;
Ou qu'à l'inſtant , elle tombe ſur moi !
THHRRAASIMON père .
Héquoi , mon fils , l'on agit contre toi !
C'eſt toi qu'on mène au bord du précipice ;
Et contre toi tu veux que je ſéville !
Fayons , fuyons.
THRASIMON fls .
Daignez m'entendre encor ;
1
De votre fils vengez- vous , s'il atort .
Il eſt aiſe de réparer la perte...
TARASIMON père.
J'entends : Madame eſt à la découvertes
Et, pour ne point avoir le démenti ,
Offre à tes voeux quelque nouveau parti.
Ainsi , Monfieur , une autre Célimène ! ..
Ypenſez- vous ? .. ( Il veut fortir. )
THRASIMON fils.
Souffrez qu'on vous retienne.
C'eſt moi , c'eſt moi qui , par un choix heureux ,
Aime un objer..
THRASIMON père.
Mais..
THRASIMON fils .
Il eſt en ces lieux.
42
MERCURE DE FRANCE.
THASIMON père.
D'un air plus tendre que courroucé.
Qu'avez-vous fait ? cet amour téméraire ,
L'avoir conçu ſans confulter un père !
Fût-il encor plus merveilleux , cent fois ,
Ce rare objet dont ton coeur a fait choix;
Te crois- tu donc atlez d'expérience
Pour combiner les traits de convenance ,
Et la fortune , & l'état & le nom ,
Sur quoi ſe fonde enfin une maiſon ?
Il nous manquoit ce coup d'étourderie !
THRASIMON fils , ſe jetant à genoux,
Grace , mon père ; & regardez Sophie.
SCENE X X. & dernière .
Mde MARIANTE , & les Acteurs
précédens .
Mde MARIANTE , ( avec humeur.)
Hé bien , Meffieurs , là-haut je vous attends ,
Et vous reſtez , par choix , avec mes gens !
Mais qu'est- ce done ? Et quelle contenance !
Il s'agiffoit d'affaires d'importance ;
A vos genoux j'ai trouvé votre fils .
THRASIMon père.
Sans lui , parbleu , vous nous trouviez partis .
NOVEMBRE. 1772 . 43
De vos projets la bifarre tournure
Me donne ici bien de la tablature.
Mde MARIANTE .
Quevoulez-vous ?
Ellemontre Fardet & Manon.
Ils nous fervent fi malt
Ai -je pu faire à ce franc animal
Articuler tantôt une parole ?
MANON .
Il avoit beau pourtant.
Mde MARIANTE .
Taiſez-vous , folle.
Vous parlerez , quand on vous parlera , à Fardet.
Dieu fait enfin fi Monfieur répondra !
Pourquoi , Maraur, ne nous vient il perſonne!
FARDET.
Oh! Dame! moi , des ordres qu'en me donne ,
Comme je peux , je m'acquitte ; & bon foir .
Vos Epouleurs , ne comptez pas les voir.
Ils ont , vraiment , d'autre fil à retordre.
Mde MARIANTE .
Une autre fois , nous y mettrons bon ordre,
à Thrasimon père.
On peut encor réparer tout cela .
44 MERCURE DE FRANCE.
THRASIMON père .
On peut auffi , Madame , en refter là.
Et c'eſt le mieux , fi vous voulez m'en croire.
Mde.MARIANTE .
(d'un air de dépit. )
Auſſi , voyez: ſans leur chienne d'hiſtoire ,
Tout étoit dit ; & tout étoit en paix .
Car l'un pour l'autre enfin ils ſemblent faits.
De les unir je nourriſſois l'idée.
J'allois parler. L'entrevue halardée
D'hier au foir , excite mon courroux...
THRASIMON père .
Quelle entrevue : &de qui parlez- vous ?
Mde MARIANTE .
( En montrant Sophie & Thrafimon fils )
Deces enfans , dont le coeur téméraire
Amon empire a voulu ſe ſouſtraire .
It's ont ofé s'aimer , à mon inſçu.
MANON , à part.
Voilà le noeud ; je l'avois bien prévu.
THRASIMON père.
Et voilà donc ce qui formoit la chaîne
Qui dût unir mon fils & Célimene ?
Mde MARIANTE .
Oui.
NOVEMBRE. 1772 . 45
THRASIMON. père.
Mais enfin la connoiſſiez-vous bien ?,
La vites-vous , cette fille de bien ?
Jamais .
Mde MARIANTE .
THRASIMON père .
Jamais ? vous m'étonnez , Madame,
Et ceBaron ſans foi , ſans moeurs , lansame..
Mde MARIANTE .
Tout-beau , Monfieur,,
THRASIMON père .
Vous le connoiſfiez mieux ?
Mde MARIANTE .
Je ne l'ai vu qu'une fois , ou bien deux ;
Mais ..
THRASIMON père.
Mais , Madame , on oſe vous le dire ,
Abandonnez pour toujours un empire ,
Où la raiſon n'exerce point ſes droits ;
Où du ſang mêne on étouffe la voix ;
Dont le caprice eſt le vrai baromètre ;
Qui de malheurs..
THRASIMON fils .
Ah! daignez le permettre;
46 MERCURE DE FRANCE.
Que ſous vos yeux , mon père , que , ce foir ,
Madame exerce encore ſon pouvoir !
Vous l'entendez : elle- même eut envie
D'unir , un jour , Thrafimon & Sophie .
Tout , aujourd'hui , parle en notre faveur.
Nous nous aimons ; & vous avez un coeur..
Mde MARIANTE.
Vous vous aimez ! c'eſt ce qui m'humilie.
Mais je vous cède , &je me facrifie.
(à la cantonade. )
Sans marier , j'allois perdre ce jour.
Mieux vaut encore écouter leur amour.
(à Thrafimon père.)
Votre boutade annonce quelque choſe ,
Dont j'aurois peine à deviner la cauſe ,
Si , tous les jours , en dépit de mes foins..
Mais votre emplette eſt ſûre de tous points.
Quant à la dot , ſur- tout , ſoyez tranquile.
(Elle va pour fortir. )
FARDE T.
Chère Manon , puiſqu'on eſt ſi facile ,
Ne veux tu pas profiter du moment ?
Mde MARIANTE.
Quoi ! vous auſſi ? .. fans mon conſentement !.
(En se radouciffant . )
Cela nous donne au moins deux mariages ;
Quitte à chercher ailleurs des gens plus ſages .
NOVEMBRE. 1772. 47
MANON , au Parterre .
Vous qui traitez tous les amans de foux ,
Je foutiens , moi , qu'ils le ſont moins que vous.
L'ENTHOUSIASME VERTUEUX ,
Conte du temps passé.
ELEVÉ LEVÉ par un père honnête & ſage ,
Lifidor , en entrant dans le monde , ne
promettoit rien moins que de ſe rendre
auſſi eſtimable que ſon guide. Diflipé ,
léger & volage , il s'étoit précipité vers
les plaiſirs qui ne détruiſent que trop aifément
les germes d'une bonne éducation.
Heureuſement le véritable amour s'en
mêla, & Lifidor ſuſpendit la courſe de ſes
premiers égaremens .
Il avoit vu Lucile , & les regards qu'il
avoit portés ſur elle , lui avoient fait trouver
dans la beauté,ce qu'il n'y avoit point
encore apperçu , la modeſtie , la décence ,
une certaine nobleſſe qui , fans ôter à nos
deſirs ce qu'ils ont de vivacité & de feu ,
les plie au reſpect de la perſonne aimée ,
&fur- tout au beſoin de s'en faire eſtimer,
pour être digne de lui plaire.
Attentifà la conduite de fon élève ,
43 MERCURE DE FRANCE.
Liſidor le père s'étoit apperçu plutôt que
ſon fils même du changement qui venoit
de s'opérer en lui. Il en chercha la cauſe;
il la découvrit , & s'occupa dès - lors des
moyens de l'unir à l'objet qui venoit de
lui rendre ſes moeurs.
Il connoiſſoit peu le père de Lucile ,
& il apprit avec peine qu'un eſprit d'intérêt
groſſier étoit le mobile de toutes ſes
actions. Cependant,comme leurs fortunes
étoient affez égales , il ne déſeſpéra de
rien , & chercha à négocier en faveur de
fon fils.
Un ami commun facilita l'entrevue
des deux pères , & il fut convenu que Lifidor
le fils pourroit venir voir Dorimon ;
que celui -ci,en le préſentant à Lucile, étudieroit
le coeur de ſa fille , pour ſe déterminer
enſuite au parti qu'il auroit à prendre.
Lifidor étoit jeune , bien fait , & d'une
figure agréable ; il fut embelli par le deſir
de plaire , & Lucile en fut frappée. Leur
première converſation fut auffi timide ,
auſſi embarraffée que s'ils s'étoient déjà
confié ce qui ſe paſſoit dans leur ame ;
c'eſt à ceux qui ſe voyent avec plus d'indifférence
à ſe montrer mutuellement plus
d'eſprit & d'aifance au premier coupd'oeil
.
La
NOVEMBRE. 1772 . 49
La convenance ſe découvrit fi évidemment
entre les jeunes gens , que bientôt
il ne fut plus queſtion entre les pères que
de la ſtipulation des intérêts réciproques ;
mais un revers de fortune , arrivé tout à
coup à Liſidore le père , changea les diſ.
poſitions favorables de Dorimon , & vint
empoiſonner les douceursdontjouilloient
nos deux amans .
DeslettresdeCadix annoncèrent à Lifidor
qu'une des plus fortes maiſons de
commerce de cette ville faifoit une faillite
conſidérable , & que les fonds qu'il
avoit confiés à un ancien ami , principal
aſſocié de cette maiſon , couroient les plus
grands riſques .
Cette nouvelle fatale ne fut que trop
tôt confirmée , & Lifidor , en l'apprenane
à fon tils, ne lui diſſimela point qu'il n'éroit
plus en étatde répondre aux demandes
de Dorimon trop avare & trop dur
pour n'exiger au nom de fa fille que l'a
mour pour dot,
Le jeune Lifidor fentit toure la peſanteur
de ce coup affrenx ; il pafla deux jours
dans un abbattement & dans un filence effrayans;
mais il s'apperçut qu'il affligeoit
encore plus un père qui avoit beſoin de
confolation ; il revint à lui- même , & ,
C
150
MERCURE DE FRANCE .
par un premier effort de vertu dont on
l'auroit cru peu capable , il ſe détermina
àneplus prononcer le nom de Lucile , à
laquelle il ne pouvoit être uni.
La ſeule foibleſſe qu'il crat pouvoir ſe
permettre , futde lui faire tenir ſans myftère&
ſans cachet le billet ſuivant.
Mademoiselle, vousfavez, fans doute, les
malheurs du plus honnête , du plus tendre ,
du plus vertueux des pères. Il entraînefon
fils dansſa perte , & ce fils infortuné , que
vous ne verrez plus , n'a désormais rien à
demander aux Dieux que de vous deſtiner
un époux qui aitpour vous & fon coeur
&fesyeux.
Liſidor ne s'étoit point flatté ; il n'attendoit
aucune réponſe ; cependant deux
jours après il reçut avec auſſi peu de pré
caution qu'il en avoit employée , un billetdans
lequel Lucile lui écrivoit quedans
la dépendance où elle étoit d'un père ,
elle ne pouvoit faire à ſes adieux la réponſe
qui lui conviendroit , mais que ce
qu'elle avoit pû faire , elle l'avoit fait ;
qu'elle lui écrivoit du Couvent où elle
s'étoit retirée, pour mettre à l'abri de toures
fortes de perfécution, un coeur qui lui
avoit été ſi vainement deſtiné.
Les idées incertaines & confuſes de
NOVEMBRE. 1772 . 1
Liſidor , après la lecture de ce billet inate
tendu, l'entraînèrent dabord à vouloir s'informer
du Couvent dont elle avoit fait
choix ; mais cette vertu que l'amour &
le malheur lui avoient fait connoître ,
s'arrêta bientôt dans ſes recherches ; il
rentra chez lui pour confulter ſon pere ,
qui lui fit ſentir que ſon premier projet
de fuir Lucile étoit ſeul digne d'un ga.
lant homme , dans la circonstance où il ſe
trouvoit. Il ſe rendit,en frémiſſant,à cette
déciſion qu'il avoit déjà trouvée dans
fon propre coeur.
Son infortune s'accrut encore par la
perte qu'il fit d'un père qu'il adoroit , &
qui s'étoit laillé conſumer par les chagrins
qu'il venoit d'éprouver.
Après avoir recueilli les foibles débris
de ſa fortune , il prit avec fermeté le
parti de ſe retirer à la campagne dans un
petit bien qu'heureuſement il avoit été
en état d'acheter.
Triſte cultivateur d'une ferme médiocre
, toujours occupé intérieurement de
Lucile , la pleurant chaque jour ſans faire
aucune démarche pour ſavoir de ſes nouvelles
, il imaginoit quelquefois qu'elle
n'avoit pu ſe défendre d'obéir à ſon père ,
& qu'elle faiſoit le bonheur d'un rival
plus heureux que lui .
Cij
53 MERCURE DE FRANCE.
Cette image cruelle ,en paſſant dans
un coeur qui s'étoit impoſé de ne conferver
aucun eſpoir , le déchiroit cependant
, & l'effet involontaire qu'elle produiſoit,
le forçoit alors de ſe cacher à tous
les regards , parce que l'agitation qu'il
éprouvoit fembloit tenir quelque choſe
de la frénéfie.
Des torrents de larmes, qui ſuccédoient
à ce trouble , à ce défordre de ſes ſens ,
lui rendoient un peu de tranquillité. Le
travail des mains & le plaiſirtoujours certain
que procurent les ſoins de ſeçonder la
nature dans les efforts qu'elle fait pour
fubvenir à nos beſoins , étoient encore
une ſource de calme pour lui ; c'étoit
fur-tout ce qui réparoit ſes forces.
Déjà deux années s'étoient écoulées
danscette fageffe & ce trouble fucceffifs ,
lorſqu'un Notaire lui écrivit qu'un de ſes
oncles , nommé Germain , qui paffoit
pour très-peu riche , lui laiſſoit , par une
mort fubite , une fucceffion conſidérable
en argent qui s'étoit trouvé chez lui.
Son premier mouvement futde s'étonper
qu'un particulier qui avoit eu peu de
patrimoine & peu d'induſtrie , laiſſat à ſa
mort autant d'argent qu'on lui en annonfoit
, & , lorſqu'il arriva dans la maiſon
NOVEMBRE. 1772 .
53
du défunt pour recueillir ſa ſucceffion ,
il neput ſe perfuader que fon oncle avoit
eu , comme on le diſoit , le ſecret de la
pierre philofophale .
A peine eut - il jeté les yeux fur les
cinquante mille écus qui étoient effecti
vement ſous les ſcellés de Germain , que
ſon coeur, qui du premier moment s'étoit
tourné vers Lucile , s'enflamma du deſit
d'apprendre ſi elle étoit encore libre.
Agité par cette incertitude qui ôtoit
à ſa nouvelle fortune tout ce qu'elle aus
roit eu de charmes pour un autre , il alloit
riſquer de s'informer de ce qu'elle
étoit devenue , lorſqu'il vit entrer Dorimon
chez lui ..... Le père de Lucile , Dorimon
lui- même.
Le bon homme , quoi qu'infirme depuis
quelque tems , avoit voulu fortir de
fon lit pour s'aſſurer par lui - même du
bruit arrivéjuſqu'à lui que Liſidor venoit
d'hériter. Le jeune homnte entrevit bientôt
ſa curiofité , & mit ſous ſes yeux les
cinquante ſacs de mille écus que lui laifſoit
le frère de ſa mère,outre un patri.
moine de vingt cinq a trente mille livres ,
Dorimon , transporté du riche ſpectacle
qu'on lui offroit , ne levoit ſes re
gards de deſſus les ſacs comptés & fou-
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE .
peſés par lui plus d'une fois , que pour
fourire à Lifidor , auquel il ferroit tendrement
la main par intervales. O mon
ami ! s'écria-t-il , bientôt il ne tiendra
donc qu'à vous de me rendre ma fille !
Depuis les malheurs de votre père.....
honnête homme , & c'étoit grand dommage
qu'il reſtât preſque ſans pain.... On
l'eſtimoit , mais c'eſt un pauvre bien que
cette eſtime ; cela ne donne pas à vivre ,
n'eſt-il pas vrai ?..... Pour revenir donc ;
depuis ce déſaſtre , ma Lucile s'obſtine à
reſter chez les Dames deC.... Et me prive
dela douceur de l'établir richement avant
ma mort. En vain lui ai je fait dire que
je m'affoibliſſois chaque jour , & qu'il
falloit que mes yeux fuſſent fermés par
un gendre & par elle ; rien n'a pu l'engager
à fortir de la maudite retraite
qu'elle a choiſie. Lifidor , mon cher Lifidor
, vous n'êtes point marié ? Non ,
Monfieur. -C'eſt bien fait à vous , on
l'eſt toujours trop tôt.... Mais n'importe ;
écoutez - moi ; vous avez aimé ma fille ?
-Avec fureur, comme je l'aime encore ,
comme je l'aimerai toujours.-Fortbien ;
voilàce que je ſouhaitois ; vous êtes riche
aujourd'hui , Lucile vous plaît ; vous ne
lui êtes pas déſagréable , j'en ſuis sûr ;
-
NOVEMBRE . 1772 . 55
je vais de ce pas lui faire écrire tout cela ;
car , voyez- vous , j'ai une paralyſie ſur le
bras droit qui ne me permet plus d'écrire
une quittance , & cela est bien cruel,qu'il
faille faire paſſer ſes affaires ſous les yeux
&lamaind'autrui ..... Ordonc ma Lucile
va ſavoirdès aujourd'hui votre nouvelle
fortune & vos diſpoſitions pour elle ; je
la reverraibientôt chez moi ,je n'en doute
point; ne différez pas de l'y venir revoir.
Oubliez,de grace,tout ce qui s'eſt paſſé de
ma part , & nous reprendrons les chofes
où nous les avions laiſſées chez leNotaire,
avant la déroute de votre pauvre père.
On imagine bien que Liſidor ne tarda
pas à aller chez Dorimon s'informer ſi ſa
fille étoit revenue. Elle y étoit rentrée
depuis une heure au plus , lorſqu'il ſe fit
annoncer à elle. Que de vivacité ! quede
feu dans leurs regards mutuels ! Cette
avidité avec laquelle un tendre fils , après
avoir cru ſon père enſeveli , le verroit tout
à coup rendu à la vie , ſe peignoit vivement
dans les yeux de Liſidor , & même
dans ceux de Lucile , qui ſe vit adorée
& qui crut devoir permettre à Lifidor de
ſe croire aimé. Cependant à peine avoientils
prononcé quelques mots l'un & l'autre
; mais ils s'étoient dit tout ce que la
Civ
36 MERCURE DE FRANCE
tendreſſe a de plus animé ,de plus expreffif.
Geſt dans ces filences que l'amour déploie
avec ſuccès ce qu'il a de plus éloquent.
Un tiers même entendroit ce muet
&doux langage.
Dorimon , pouffé par l'eſpoir de voir
transporter chez lui tout l'argent qu'il
avoit vû au pouvoir de Liſidor , fur le premier
à pretler nos deux amans de conclure
le plutôt qu'ils le pourroient. Il ne
ſe ſentoit pas de joie de revoir ſa fille à
ſes côtés : & quoiqu'il eût pû peut-être ,
( à ce qu'il leur dit ingénument) trouver
un gendre encore plus riche , il vouloit
bien , ajoutoit il , en faveur du goût de
Lucile , ſe contenter du bien que Lifidoravoit.
Ce qu'il y avoit de fingulier dans le caractère
de Dorimon , c'eſt qu'il ne croyoit
pas qu'aucune raiſon d'intérêt l'eût dé
terminé à accorder Lucile à Lifidor , &
qu'il ne connoiſſoit pas de meilleur père
de famille que lui , puisqu'il alloit ſe dépouiller
d'une petitepartie de fon bien en
mariant ſa fille.
Le temps des formalités préliminaires
abrégé autant qu'il fut poſſible , on prit
jour pour les ſignatures. Ce moment , fi
defirépar l'un& l'autre des amans , alloit
NOVEMBRE. 1772 . 57
arriver , lorſque Lifidor le prévint , & fe
préſenta ſeul chez Lucile , qu'il effraya
par la pâleur & la conſternation de fon
viſage. Liſidor , s'écria- t- elle , que venez .
vous m'apprendre ? Que s'eſt il paffé de
nouveau ? Je ne retrouve en vous ni les
traits de mon ami , ni ceux de mon époux .
-Tout eſt perdu , Lucile , je tombe
dans mon premier crime , & les Dieux
ne m'offroient l'image du plus grand bond
heur que pour la retirer tout à coup , &
pour me rendre mille fois plus malheureux
. - Quoi ! Lifidor , quelque difficulté
de la part de mon père..... -
cune. Il n'eſt point encore mon ennemi ,
mais mon infortune va le forcer à le devenir
.- Quelle infortune ? Expliquezvous
; feriez vous volé ? Non , Lu-
-
-
Aucile.
On vous diſpute donc l'héritage
de votre oncle , & c'eſt un procès que
vous aurez à foutenir ? Hélas ! je connois
mon père : fans doute tout va ſe différer ;
il ne ſignera point avant l'événement ....
Mais enfin vos droits font incontestables ,
vous n'avez pas eu beſoin de teſtament ,
vous êtes l'héritier naturel de votre parent,
l'événement ne peut être douteux : vous
triompherez , Liſidor , de l'avide chicanne.-
Ecoutez-moi , Lucile , ecou
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
tez - moi. Si dans une fucceffion qui vous
feroit échue , le haſard vous faifoit trouver
des preuves que le bien qu'on vous
tranſmet n'appartient pas à celui qui vous
le laiffe , que ce bien a d'autres propriétaires
vrais & facrés , qu'une ..... négli .
gence peu pardonnable..... l'a confervé
chez la perſonne au nom de laquelle vous
en ſeriez revêtue , & qui n'en étoit que
dépoſitaire ; parlez , vertueuſe Lucile ,
quelle feroit votre conduite ?
Liſidor , qui avoit baiffé les yeux en
découvrant le crime de ſon oncle , ne s'étoit
pas apperçu que Lucile s'étoit preſque
évanouie. Il ſe lève , il s'écrie , il voit
Dorimon qui entre dans ce moment , &,
par un côté oppoſé , il fuit ſans être vu...
Le père de Lucile étoit accompagné de
quelques parens & d'un Notaire , qui ſe
met ſur le champ en devoir d'écrire; tandis
que Lucile , revenue à elle même , &
ne voyant plus Lifidor , ſupplie fon père ,
pour éviter un plus grand éclat , de remettre
, au jour fuivant , une affaire que
l'abſence d'une des parties ne permettoit
pasdeconclure.
Il eſt affez fingulier, ditDorimon irrité,
que ce foit Lifidor qui manque à notre
rendez- vous , & je ne conçois pas , ma
NOVEMBRE . 1772 . و 5
fille , qu'il foit auſſi peu reconnoiſſant
de vos bontés & des miennes .
Après pluſieurs propos de cette nature ,
on ſe ſépara ; & Lucile , reſtée ſeule ,
après avoir réfléchi douloureuſement que
le vertueux Liſidor alloit ſe dépouiller
d'un bien qu'il avoit cru d'abord pofféder
légitimement , qu'il n'en feroit point miftère
à Dorimon , & que dès lors toute
union entre eux , devenoit impoſſible ,
prit le parti de ſe retirer, le même ſoir ,
dans ſon couvent , après avoir écrit à fon
père que Liſidor , retombé dans ſa pauvreté
, alloit , ſans doute , eſſuier encore ,
de ſa part , les mépris dont il l'avoit couvert
autrefois , qu'elle ne pouvoit en être
témoin , & qu'elle le ſupplioit de la laifſer
dans la retraite qu'elle avoit choiſie.
Dorimon , affligé de la nouvelle diſpa .
rition de ſa fille , ſe contraignit , dans la
crainte qu'elle ne mît pour condition de
fon retour , ſon mariage avec Liſidor redevenu
pauvre comme auparavant. Il
n'avoit garde auſſi de trop faire valoir fon
autorité de père pour la ramener à lui,dans
la crainte de la pouffer au point de lui
demander compte du bien de ſa mère ,
dont il ne vouloit pas ſe deſſaiſir.
Elle put donc , en liberté , s'abreuver
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE .
de ſes larmes dans le triſte ſilence de ſa
retraite , tandis que Lifidor , déchiré par
la paffion la plus vive , mais foutenu par
l'honneur & la vertu , s'immoloit généreuſement
à cette dernière .
En quittant Lucile , il étoit revenu à la
maiſon de fon oncle pour y lire encore
fon arrêt. Il reprend la lettre fatale qu'il
avoit trouvée , le matin même , dans une
armoire fecrette , &que peut-être on n'eût
jamais découverte ; il llaarelit; aucuneobf.
curité n'en enveloppe le ſens ; c'étoit à
fon oncle qu'elle avoit été adreſſée, il y
avoit plus d'un an . La voici :
A M. Germain , à.... le 15 Août 16 ....
«Prêt à quitter la vie, mon cher& vieux
> ami Germain , c'eſt à toi que j'ai recours
>>pour réparer mesinjustices fans compro-
> mettre cependant l'honneur de ma fa-
> mille. Par des intrigues inutiles à te
» révéler , j'ai dépouillé de leur fortune
>> deux malheureux orphelins , & leur
>>mère. Ils refpirenttous trois dans votre
> ville , pauvres & miférables . Leur nom
>> eſt Gerard. Le moyen für de les décou-
>> vrir eſt de s'adreſſer aux Curés des pa-
>> roiſſes , à la charité deſquels ils doivent
>> fûrement leur ſubſiſtance.Je re fais paf
>> fer de S.... où je ſuis mourant , cin-
>quante mille écus , qui feront remis à
NOVEMBRE. 1772 . 61
>> ton adreſſe. Dès que tu les auras touchés ,
>> mon cher Germain , remets- les aux in-
>> fortunés que je t'indique , en exigeant ,
>> de leur part , le ſecret. Ta probité m'eſt
>> connue , & je meurs tranquile. L.....
, Rien n'eſt plus poſitif , dit Lifidor
voilà cette pierre philofophale dont les
voiſins de mon oncle lui fuppofent le
fecret. Voilà les cinquante mille écus dont
il n'étoit que fidei - commiffaire. Mais
comment ? ... Ô ciel ! depuis un an ....
Ah ! c'eſt à moi de réparer fa faute horrible....
Courons aux ſources qu'on m'indique
pour trouver les indigens à qui cet
or appartient. Lucile ! ah , Lucile !
je vous perds .. & moi - même , je travaille
à vous perdre.... Oui , je le veux , je le
dois , je ſerois indigne de vous , & du
jour , & je balançois un inſtant.
...
La bienfaiſance , la Juſtice éternelle
guidoient les pas du vertueux Lifidor. Le
premier Pasteur auquel il s'adreſſa le
conduifit affez près de chez lui , à un
fixième étage, où ils trouvèrent une femme
languiffante , couchée ſur un grabat , &
entourée de deux jeunes fils , travaillant
auprès d'elle , à enluminer des papiers
communs.
La vue du charitable paſteur répandit
quelque ſérénité ſur le front de la bonne
62 MERCURE DE FRANCE.
1
femme & de ſes enfans. Ainsi , lorſque
ſous la zône brûlante un vent frais s'élève ,
on voit les hommes reſpirer plus à l'aiſe
& porter au ciel des yeux fatisfaits &
pleins de reconnoiſſance.
Vous le voyez , Monfieur , dit au Pafteur
un des deux fils , nous cherchons , par
notre travail , à foutenir notre mère & à
nous mettre en état de folliciter moins
ſouvent les généreux ſecours que vous
aimés à répandre ſur ceux qui n'ont ni la
force, ni les occafions de travailler.
Je vous connois , répondit le Paſteur ,
& je vous reſpecte tous trois. Ecoutezmoi
, ajouta- t- il , en montrant Lifidor ,
voici quelqu'un qui veut ſavoir qui vous
êtes , & auquel il vous eſt important de
ne rien cacher.
Monfieur , dit alors l'aîné des frères,
nous nous appellons Gerard , nous naquimes
à Léogane ; à peine ſortis du berceau
nous perdîmes notre père. Il avoit ſur ſon
habitation un aſſocié qui s'empara de
tout , qui fut ſe ſervir des loix même pour
chaſſer notre mère de chez elle , & pour
la faire repaſſer en France avec nous , où ,
depuis ce tems-là , elle vécut dans l'opprobre
& dans la mifère .
Honnêtes indigens , malheureuſes victimes
de l'intérêt & de l'injuftice , s'écria
NOVEMBRE. 1772 . 63
Liſidor , c'en eſt aſſez , vos malheurs vont
finir. Une chaiſe à porteur peut tranſporter
votre mère , venez , deſcendons- la ;
mais , avant tout , promettez moi reli
gieufement de jouir de la fortune qui va
vous être remiſe , ſans en rechercher la
ſource , ſans parler jamais de rien , & furtout
de moi.
On donna cette parole qu'exigeoit Lifidor
, entre les mains du Paſteur étonné ,
& l'on ſe tranſporta dans la maison de
Germain , où l'on remit aux deux frères ,
& à leur mère , les cinquante mille écus
qui leur appartenoient .
Vous ſavez nos conventions , dit Lifidoraccablé
des témoignages de reconnoiffance
des trois indigens. Vous ne me devez
rien , & je ne ſuis ici que l'inſtrument de
la Providence qui veilloit fur vous .
Liſidor , seſté ſeul , bien loin de ſentir
quelque altération fâcheuſe de ce qu'il
venoit de faire , n'avoit jamais paffé de
momens plus délicieux que ceux qui fuccédèrent
à ſa ruine. Lucile ſe préſenta à
ſon idée , mais ſans y apporter de trouble ;
il n'étoit plus au pouvoir des maux de
l'humanité de frapper ſur une ame qui
venoit de s'aggrandir & de s'élever aux
plus hauts facrifices que demande la vertu .
L'action de Lifidor n'étoit que juſte en
64 MERCURE DE FRANCE .
foi ; mais les circonstances la rendoient
fublime.
Sans ſavoir la retraite de Lucile , il
l'imita , il revint à fon hermitage. Le petit
patrimoine de ſon oncle le mettoit en
état d'être bienfaiſant , & l'épreuve qu'il
avoit faite de ces délices dont une ame
eſt payée après une bonne action , le décida
bientôt à le devenir. Perſonne , avec
une fortune auffi bornée , ne s'enivra plus
ſouvent du plaifir d'obliger.
Le reſpect qu'il ſe concilia dans ſon
village , & dans tous les environs , le fit
rechercher de tout le monde ; mais il tint
fermement au projet qu'il avoit formé de
ne fortir de ſa retraite que pour être utile
On lui propoſa quelques partis allez avantageux
; c'eſt alors que l'image de Lucile
ſe repréſentoit à ſa vue & défendoit fon
coeur de toute féduction .
Telle étoit la vie de Liſidor lorſque la
paraliſie de Dorimon le détacha , malgré
lui , & pour toujours , des biens de la
terre. Lucile , devenue libre , laiſſa paſſer
les tems que la décence conſacroit à la
douleur ; mais dès qu'elle pur , fans trop
de précipitation , diſpoſer d'elle-même ,
elle pria une de ſes amies de l'accompagner
à un petit voyage qu'elle avoit à
faire.
NOVEMBRE. 1772 . 65
Curieuſe de ſavoir , par elle même , de
quelle façon Liſidor vivoit dans ſa petite
ferme , elle s'y préſenta , mais fans annoncer
, par ſon deuil , qu'elle eût perdu fon
père.
Eronné de cette démarche , Liſidor , en
la voyant , ne putque prononcer fon nom .
Lucile , ô ciel ! s'écria- t - il , eſt ce vous ,
Lucile ? Moi - même , répondit- elle. Ah !
reprit Liſidor , je ne vous ai jamais vue
que pour vous perdre . Ce tems n'eſt plus ,
dit Lucile attendrie ; mon père vous fit
eſſuyer des mépris que j'ai dû réparer , &
c'eſt ce qui m'amène. Il ne vit plus , je
fuis libre , & ne fais point eſtimer les
hommes par leur fortune. En un mot ,
Liſidor , je ſuis à vous ſi votre coeur eſt
encore à moi.
Litidor , aux pieds de Lucile , y mérita
qu'elle lui renouvellât l'affûrance de ſon
bonheur. En effet, ils furent bientôt unis,
& Lifidor fut le plus heureux des époux :
mais ce bonheur ne l'emporta jamais fur
celui que lui avoit procuré le moment
d'enthouſiaſme qui avoit décidé ſa ruine
en faifant la félicité de trois infortunés .
B...
66 MERCURE DE FRANCE.
STANCES à Madame de C **.
LL'ÉCLLAATT de ta naiſflante aurore
Brilla fur mon heureux printems.
J'eſlayais mes faibles talens ,
Quand tes appas venaient d'éclorc,
Cet inſtinct de nos jeunes ans
Qui nous éclaire & nous enflamme ,
Grava tes attraits dans mon ame,
Et plaça ton nom dans mes chants .
Dirigeant mes premières veilles,
Ton goût me preſcrivit des loix.
Lespremiers accens de ma voix
Ont voulu flatter tes oreilles .
Nous étions dans l'âge brillant
Et des projets & des conquêtes.
Tes yeux tournaient toutes les têtes ,
Ma muſe en voulait faire autant.
Je l'avoûrai ſans jalouſie ;
Tu fus plus heureuſe que moi.
Tes charmes , pour donner la loi ,
En ſavaient plus que mon génie.
NOVEMBRE. 1772 . 67
Le bonheur qui ſuit la beauté
Ne ſe fixe point ſur nos traces ,
Et les Muſes , en vérité ,
Ont plus d'ennemis que les Graces
Les mortels , les héros , les dieux
Sont tous aux pieds de Cythérée.
Elte eſt triomphante , adorée ;
Apollon eſt challé des Cicux.
L'ignorance nous perſécure ;
La haine veut nous avilır .
Un lecteur chagrin nous diſpute
Etnos talens& ſon plaifir.
Mais l'amour veille à votregloire.
Deux beaux yeux n'ont point de cenſeur ;
Et nous chantons notre bonheur ,
Quand nous chantons votre victoire.
Amis , s'il faut être rivaux ,
Soyons- le aux genoux de Glycère.
Sur le Pinde on trouve la guerre ,
Et les fêtes font à Paphos .
Deux jeunes hôtes des bocages ,
Brouillés afiez mal- à-propos ,
Se querellaient dans leurs ramages ;
Leurs chants affligeaient les échos.
68 MERCURE DE FRANCE.
Flore parut fraiche & brillante ,
Pour elle ils unirent leur voix.
Leur voix alors fut plus touchante ,
Etla paix revint dans nos bois.
Qu'à jamais elle nous enchaîne ,
Puiſqu'elle a ſu nous défarmer.
A-t'on des momens pour la haine?
On en a fi peu pour aimer !
Par M.de la Harper
Ames Amis , au retour de la campagne.
JEvous retrouve enfin ,je vous vois réunie,
Douce ſociété que mon coeur a choiſfie ,
O mes guides ! Ô mes amis !
Dans le tourbillon de Paris ,
Où l'on porte au milieu de la foule étrangère,
Et l'ennui d'être ſolitaire ,
Et le beſoin de s'attacher ,
Qu'il eſt doux de ſe rapprocher
De ceux qu'on aime & qu'on préfère !
L'été nous avait tous diſperſés dans les champs.
La nature alors eſt ſi belle !
Pour des beſoins nouveaux elle éveille nos ſens ;
Son règne eft commencé; l'on eſt heureux par
.elle ;
: NOVEMBRE. 1772. 69
Pour elle l'on veut tout quitter ;
Et, tranquille , on ſe livre au plaifir d'exifter.
Croyez moi cependant , quelque ivreſſe qu'inf
pire
Le ſpectacle enchanteur des beaux jours renailfans
,
Quand je trouvais l'air pur , les ombrages char
mans ,
Il manquait à mon coeur de pouvoir vous le dire,
Queje fuis heureux avec vous !
N'en vaut on pas bien mieux , lorſque l'on eft enſemble?
N'a- t'on pas , quand on ſe raflemble ,
Plus d'eſprit , de gaîté , des ſentimens plus doux
Le travail a ſon prix ; j'en eſtime l'uſage.
Je veux bien de mes jours lui laiſſer la moitié.
S'il les occupe tous , il devient eſclavage;
Il ôte trop à l'amitié.
Je fais qu'il nourrit l'ame & qu'il la fortifie.
Mais ſi l'on n'entremêle aux travaux de l'eſprit,
Ccs noeuds intéreſſans qui font chérir la vie ,
L'ame ſe ſéche & s'endurcit.
Le coeur ne peut pas ſe ſuffire,
Il faut qu'un autre coeur vienne le ranimer.
On ſe laſſe ſouvent de penſer & d'écrire ;
Se lafſe t- onjamais de ſentir & d'aimer !
Par leméme.
:
79
MERCURE DE FRANCE.
* STANCES fur la Mort de Tircis.
TIRCIS n'eſt plus ; la faulx du fort
Atranché cette roſe à peine épanoüic.
Hélas ! au matin de ſa vie ,
Tircis n'eſt plus , Tircis eſt mort !
Je ne te verrai plus , homme ſublime & tendre ,
Que j'admirais , que j'adorais ;
Je ne te verrai plus ; je n'aurai déſormais
Que des larmes à répandre ;
Des ennuis & des regrets.
Je n'aurai plus la douceur de t'entendre ,
D'entendre cette voix qui pénétrait mon coeur ;
Dans tes embraſſemens j'avois mis mon bonheur ;
Je ne dois plus y prétendre.
Leglaive de la mort m'a ſéparé de toi ,
C'étoit pour toi que j'oſois vivre,
Viens donc , ô mort ! & me délivre ,
Du fardeau de mesjours ; viens , anéantis-moi.
* Ces ſtances & l'ode ſuivante ayant été confondues
& mal imprimées dans le dernier Mercure,
on les donne ici telles qu'elles doivent
être.
NOVEMBRE. 1772 71
Que fais- je ſur la terre ? enſeveli dans l'ombre ,
Méprilé des humains , témoin de leurs travers ;
Malheureux , j'augmente le nombre
De tantd'infortunés errants dans l'Univers ,
Dont l'orgueil inexorable ,
Qui , de ſes dédains amers ,
Sans relâche , les accable ,
En riant ferre les fers .
Où luis- je ? .. dans les murs dema chère patrie...
O de mon père , amis tendres &généreux ,
Venez , conſolez- moi des horreurs de la vie ,
Soulagez mon fort rigoureux .
Que vois- je ? où courez - vous , ingrats ! de ma
mifère ,
Sourds à ma timide prière ,
Vous détournez vos regards effrayés ,
Vous êtes mes amis , traîtres , & vous fuyez !
Des Cieux où t'a placé l'éternelle Juſtice ,
Daigneun moment jeter les yeux
Sur ce mortel audacieux
Qui d'un oeil ſec regarde mon fupplice ,
Ce faux ami dont l'artifice ,
Enchanta ſi long-tems ta crédule amitié...
Tu n'es plus , avec toi ton fils eſt oublić.
Où fuir ? .. où porter ma misère ?
La douce confolation
72 MERCURE DE FRANCE.
N'habite point ce ſauvage hémisphère ,
Tout les coeurs ſont fermés à la compaffion.
La voix du malheur importune ;
Le pauvre humble & plaintif choque par-tout les
yeux ,
Etpar-tout règne la fortune.
mon père ! & c'eſt là ce ſéjour odieux ,
Qui , dans ſon ſein contagieux ,
Produit le crime audacieux ,
Et l'implacable tyrannie ;
Ce dédale artificieux

Oùdoit couler ma languiſſante vie?
L'honneur ſera mon guide & conduira mes pas ;
Quand l'honneur a parlé , que m'importe le reſte ?
:
Du haut de la voûte céleſte ,
D'un regard tu m'animeras.
Environné de ta lumière ,
Tranquille , paflant au travers
Des écueils dangereux dont ces bords ſont couverts
,
Je finirai ma fatale carrière ,
Heureux , fi je revois au ſéjour de la paix ,
Le père qui m'aima, l'anti que j'adorais !
Par M. Latour de la Montagne.
Imitation
NOVEMBRE. 1772. 73
Imitation des vers de Catulle à Lesbie.
Vivamus , mea Lesbia , &c.
A ,
Aimons-nous , vivons pour aimer ;
Me de mon ame ô Lesbie !
C'eſt à l'amour que nous devons la vie ,
C'eſt l'amour qui doit nous charmer.
L'aſtre brillant qui nous éclaire ,
De ſes rayons naiſſans peins , échauffe les Cieux ,
Tout renaît ; bientôt ſa lumière
Pâlit , tombe , meurt à nos yeux.
Mais à peine la jeune Aurore
Voit fuir l'ombre devant ſes feux;
Il s'élève , il paroît encore
Dans ſon éclat majestueux .
Pour nous , ô ma chère Lesbie ,
Dès que le ciſeau du deſtin
Acoupé le fil de la vie ,
Pour retourner au jour il n'eſt plus de chemin!
Donne-moi deux baiſers , donne m'en deux en
core,
Donne-m'en mille , & mille après ,
Lesbie... hélas ! .. mon coeur brûle... il t'adore...
Viens , de nos bras unis ferrons- nous à jamais ;
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Que l'envieux nous regarde & frémiſle ;
C'eſt de notre bonheur que naîtra ſon ſupplice.
Par le même.
L'EXPLICATION du mot de la première
énigme du ſecond volume du mois d'Octobre
1772 , eſt le Bouquet; celui de la
feconde eſt le Masque ; celui de la troiſième
eſt la Note de Muſique ; celui de la
quatrième eſt Papier. Le mot du premier
logogryphe eſt Lit; celui du ſecond eſt
Marbre , où on trouve arbre ; celui du
troiſième eſt Liard , où se trouve lard.
QUOIQUE
ÉNIGME.
leplus ſouvent je reçoive mon être ,
Des jeux de l'amour- propre & de la vanité ,
Je ne ſuis point flatteur ; quand on me fait paroître
,
Au peuple , comme aux grands,je dis la vérité.
Mille jeunes Laïs , & cent nouveaux Therfites ,
Viennentà tous momens , fans ſavoir bien pourquoi
,
Me rendre, en grimaçant, viſites furviſites; ۱
NOVEMBRE. 1772. 75
Souvent ons'en retire , en boudant contre moi.
Quelque fois j'habite dans l'onde :
Mes traits ſont ſans ceſle changés :
Je pleure avec les affligés :
Je m'accommode à tout le monde:
Contre les irrités je memets en fureur ;
Mais avec ceux de bonne humeur ,
Je ris toujours de bonne grace.
Si pourtant quelques impudens
Viennent àme faire grimace
Je leur montre les dents.
Par Mlle V. N.Gd'Angers.
AUTRE.
LECTEUR ,
Mais comme tout enfin dégénère en abus ,
Je ſers à ménager , dans une alcove obſcure ,
D'un mutuel amour les clandeſtins tributs .
Quand la nuit a fait place aux rayons de l'au-
ECTEUR , je ſuis un meuble utile à la nature :
rore
Pour vous , lecteur , peut- être , il ſeroit trop matin
,
L'artiſan m'abandonne , & rentre dans mon ſein
Quand le jour est fini , pour me quitter encore.
ParM. M... étudiant . :
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE.
FILS d'un Etre puiſſant révéré des mortels ,
Et pour qui même encore , en certain coin du
monde,
On dreſſe des autels ,
Je répands ſes bienfaits ſur la terre & ſur l'onde.
Si pour les uns mon cours eſt limité ,
Ils jouiflent en paix du fruit de mon abſence ;
Pour les autres bientôt je ſuis reſſuſcité ,
C'eſt un nouveau plaiſir pour eux que ma nailſance
;
De mon éclat enfin , l'Univers eſt frappé.
Il ſe peut , & tel eſt le fort de la beauté ,
Que je montre aux mortels par fois de l'inconftance.
Par M. le Général des B...
J
AUTRE.
E fuis de la couleur du lis ,
Et ma compagne eſt noire
Au - delà de ce qu'on peut croire.
Etant faite pour moi , nous ſommes aſſortis.
Ce n'est qu'en m'offenfant qu'elle m'eſt enlevée ,
Tant elle eſt dans mon ſein profondément gravés
!
NOVEMBRE. 1772. 77
Avec elle j'ai du pouvoir ,
Je mets chacun dans ſon devoir.
Je condamne , & je juſtifie ;
J'accélère la mort & prolonge la vie.
Je dis le bien , le mal également .
Tout ce que l'on peut dire , & ce que l'on doit
taire.
De la maîtreſſe & de l'amant
Je garde les ſecrets , j'en ſuis dépofitaire.
Je fais pleurer , je divertis ;
Je fais des gueux & j'enrichis.
Je conſole l'amant éloigné de la belle ,
J'en rends l'abſence moins cruelle .
Je tiens enfin de très jolis propos .
Sans ma compagne hélas ! je ne dis pas deux
mots.
Par M. Bouvet , à Gifors.
LOGOGRYPH Ε.
Je ſuis un inſtrument d'un néceflaire uſage ,
Petit , pointu , long , poli , délié ,
Et n'ai qu'un oeil , par où je ſuis toujours lié :
On me trouve à la ville , on metrouve au village
Ici , je joins la laine , & là la foie à l'or.
Aplus d'une beauté , je fais faire grimace ,
Quand je bleſſe par fois un doigt rempli de grace.
Dij
78 MERCURE DE FRANCE.
Lecteur , que te dirai- je encor ?
Qui que tu fois , &, ſans quitter la place ,
Où que tu jettes tes regards
Sur toi , tu vois toujours , en mille endroits épars,
De mon paſlage , & l'ouvrage & la trace.
Dans la première des trois parts
Dont tu diviſeras mon être ,
Tu trouveras le cri qu'arrache la douleur.
Fais deux moitiés d'une égale valeur
De mes deux autres tiers , & tu vas me connoître.
Mon triple & nouveau chef vient offrir à tes yeux
La plante qu'honoroient les Gaulois , nos ayeux .
Veux-tu mon tout à ſa place remettre ?
Fouille en mon ſein , & tu verras paroître
Cette puiſſante faction
Qui méconnut un Roi cher à ta nation ;
Ce qu'il faut pour aller chaffer à la pipée ;
L'oiſeau de Jupiter , la femme de Pompée ,
Un Calife fameux , révéré du Perſan ;
Cet oiſeau ſi commun , auffi ſot que fuperbe ,
Quivoulut ſe parer du plumage du Paon ;
Un mets cher au Gaſcon , ſi l'on croit le proverbe;
Mais je reprends mon petit inſtrument ,
C'eſt bien aſlez pour paſſer un moment.
Par Mile H. Watelin de Rieux.
NOVEMBRE. 1772 . 79
AUTRE.
QUOIQUE je ne fois qu'un , je luis quelquefois
deux:
Lecteur , tu dois à l'art cet aſſemblage heureux ;
Quoique être inanimé , ſans ame , ſans courage ,
Jedéfends , au beſoin , les jours dans un voyage.
Je ſuis rarement ſeul , nous ſommes deux jus
meaux ,
Petits , moyens ou grands , tantôt laids , tantôt
beaux.
Quand armé par l'honneur , je termine une affaire
,
Je fuis ſouvent forcé d'être contre mon frère.
Je ſoutiens l'attaqué , je ſoutiens l'aggrefleur ,
Et ſoudain ſur leur front j'imprime la terreur.
D'après ce beau début , lecteur , tu t'épouvante ,
Crois - moi , c'eſt une erreur , je trompe ton attente
;
Semblable aux habitans d'un chaume ou d'un
guéret ,
Jeperds tont mouvement ſous un chien en arrêt.
Huit lettres font mon nom , fi tu me décompoſes ;
Combine-moi par trois , que de métamorphoſes !
Je deviens un autel où le dieu du repos ,
Dans les ſens des humains fait couler les pavots.
Div
80 MERCURE DE FRANCE,
Un oiſeau babillard ; une pièce courante ;
L'eſpoir du laboureur pour la moiſlon préſente;
Ce qui fut autre fois favorable aux Romains ;
Un vent impétueux , inutile aux marins ,
Erdonton ne parla jamais fur la bouflole ;
De la mort d'un parent , ce qui ſouvent conſole;
Prends moi par quatre & cinq, on me trouve à l'inftant
Un pays entouré d'un fluide élément ;
Je couvre les palais , je couvre la chaumière ;
Sérieux dans Young , élégant dans Voltaire ;
Agréable aux amans , commode aux voyageurs ;
Un inſtrument ſur tout utile aux arpenteurs ;
Change-moi de nouveau , je ſuis avec aiſance
Ce qu'un vil animal trame de ſa ſubſtance;
Uneville étrangère ; un bout de l'Univers ;
Combine- moi par fix ; je brave ſur les mers
Les vagues & les flots , les rochers , la tempête;
Je deviens un poignard que la fureur apprête.
Par un Citoyen d'Auxonne.
AUTRE.
Je ſuis une herbe potagère.
Neuflettres compoſent mon nom ;
Je n'y fais point d'autre myſtère ;
Je n'y vois point d'autre façon.

LEBAISER
Ariette,
ParMadame la Comtesse deVidampierre ).
Novembre D
2772.
3 Volup
te!douce erreur !
Toi ,que mon coeur que mon coeur ap =
:pelle! Viens sur les levres d'Isabel-
-le,Etablir ton trône enchanteur:
A
el-le ne sera point cruelle;Un bai:
+ +
ser fera mon bonheur, un baiser
fe:ra mon bon = heur , un bai = sër
fezra mon bòn = =heur
NOVEMBRE. 1772 . 81
Unede mes moitiés ne change point d'eſpèce ,
Et l'autre a pour tombeau le ſein de ta maîtrefle.
Par le méme.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
* Lettre Amoureuse d'Héloïse à Abailard ,
traduction libre de M. Pope , par M.
Collardeau : nouvelle édition , revue
& corrigée par l'auteur . A Paris , chez
la veuveDucheſne , rue Saint Jacques ,
au Temple du goût .
IL n'en eſt pas de cette nouvelle édition
comme de tant d'autres où il n'y a de
nouveau que le titre que l'on a réimprimé
,artifice uſé dont il y a fort peu de
dupes , mais qui pourtant eſt une eſpèce
de dédommagement pour ceux qui ne
pouvant avoir beucoup de lecteurs , veulent
au moins avoir beaucoup d'éditions.
L'ouvrage de M. Collardeau a été ſouventréimprimé,
parce qu'il a été beaucoup
lû . Comme il y a ajouté des mor-
* Cet Article & le ſuivant font de M. de la
Harpe.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
ceaux qui n'avoient point encore paru ,
nous entrerons dans quelques détails critiques
, d'autant plus convenables aujourd'hui,
que peut-être après quelques années
le jugement du public eft mieux établi
fur les productions diftinguées qui dans
leur naiffance n'ont guères que des cenfeurs&
des panégyriſtes.En effet, aumilieu
des juſtes éloges donnés à la traduction
de la lettre d'Héloïſe , il n'y a perſonne
qui ait eu le courage de relever les défauts
qui la déparent. C'eſt pourtant cette
manière de louer qui ſeule prouve une
véritable eſtime , & l'intérêt ſincère que
l'on prend à la gloire de l'auteur & à la
perfection de l'ouvrage. M. Collardeau ,
né avec le talent le plus heureux pour
les vers , auroit , fans doute , retouché les
fiens , ſi on lui en eût démontré la né
ceffité.
D'abord nous applaudirons avec plaifir
au début de l'ouvrage.
Dans ces lieux habités par la ſimple innocence ,
Où règne , avec la paix , un éternel tilence ,
Où les coeurs , aſlervis à de ſévères loix ,
Vertueux par devoir , le font auſſi par chois ;
Quelle tempête aftreuſe , à mon repos fatale ,
S'élève dans les lens d'une faible veſtale !
De mes feux mal éteints , qui tanime l'ardeur ?
NOVEMBRE. 1772 . 83
Amour , cruel amour , renais-tu dans mon coeura
Hélas ! jeme trompais ; j'aime , je brûle encore.
Onom cher & fatal ! Abailard ! .. je t'adore .
Gette lettre , ces traits , à mes yeux fi connus ,
Je les baiſe cent fois , cent fois je les ai lus.
De ſa bouche amoureuſe Héloïſe les prefle , &c .
Ces vers font naturels , doux & faciles ,
&naiſſent les uns des autres , ce qui eſt
un des ſecrets du ſtyle aujourd'hui les plus
méconnus ; mais le morceau qui le ſuit
eſt il digne de ce commencement ?
Priſons , où la vertu , volontaire victime ,
Gémit & ſe repent , quoiqu'exempte de crime ;
Où l'homme , de ſon être imprudent destructeur ,
Ne jette vers le Ciel que des cris de douleur ;
Marbres inanimés , & vous , froides reliques ,
Que nous ornons de fleurs , qu'honorent nos cantiques
,
Quandj'adore Abailard , quand il est mon époux ,
Que ne ſuis-je inſenſible & froide comme vous ?
Mon Dieu m'appelle en vain du trône de ſa gloire :
Jecéde à la nature une indigne victoire.
Les cilices , les fers , les prières , les voeux ,
Tout eſt vain , & mes pleurs n'éteignent point mes
feux.
Quoiqu'exemple de crime , n'est - il pas
un hémiſtiche beaucoup trop foible ? &
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
ne falloit- il pas peindre par une combinaiſon
de termes plus forte & plus heureuſe
, cette alliance ſi étrange de l'innocence
&du repentir ? Defon être imprudent
deftructeur offre un concours de fons
qui bleffent l'oreille . Imprudent n'eſt - il
pas d'ailleurs une épithète un peu déplacée
? N'y a - t'il pas plus que de l'imprudence
à détruire fon être ? Quand j'adore
Abailard , quand il est mon époux , que ne
fuisje infenfible , &c . Y a-t- il entre ces
deux vers une connexion bien marquée ?
Ne falloit il pas , au contraire :
Quand je perds Abailard , quand je n'ai plus d'époux
,
Que ne ſuis-je inſenſible , &c.
En effet , ce n'eſt pasdepuis qu'elle adore
Abailard qu'elle doit deſirer d'être infenfible
, c'eſt depuis qu'elle l'a perdu . D'ailleurs
quand il est mon époux , dit moins
que quandj'adore Abailard , ce qui eft
encore un défaut de ſtyle . Mes pleurs n'éreignent
point mesfeux. Cette antithèſe ,
petite & meſquine , eſt de mauvais goût .
Il eſt évident qu'il falloit retoucher tout
ce morceau .
Ecris-moi , je le veux: ce commerce enchanteur ,
Aimable épanchement de l'eſprit & du coeur ;
NOVEMBRE. 1772 . 85
Cet art de converſer , ſans fe voir , fans s'entendie
,
Ce muet entretien , ſi charmant & fi tendre ,
L'art d'écrire , Abailard , fut , ſans doute , inventé
Par l'amante captive & l'amant agité.
Tout vit par la chaleur d'une lettre éloquente ,
&c.
L'amant agité eſt un terme impropre
qui finit mal une peinture intéreſlante du
commerce de deux amans. Tout vit par
la chaleur , manque abſolument d'elégance;
mais le morceau qui fuit eſt admirable
, à un ſeul vers près .
Quand tu m'offris l'amour ſous le nom d'amitié ;
Tes yeux brillaient alors d'une douce lumière ;
Mon ame dans ton ſein ſe perdit toute entière.
Je te croyais un dieu , je te vis ſans effroi.
Je cherchais une erreur qui me trompât pour toi.
Ah ! qu'il t'en coûtait peu pour charmer Héloïſe !
Tu parlais... à ta voix tu me voyais foumiſe ,
Tu me peignais l'amour bienfaiſant , enchanteur...
La perſuaſion ſe gliſſait dans mon coeur.
Hélas ! elle y coulait de ta bouche éloquente ,
Tes lèvres la portaient fur celles d'une amante ,
Je t'aimai ... je connus , je ſuivis le plaiſir ;
Jen'eus plus de monDieu qu'un faible ſouvenir.
86 MERCURE DE FRANCE.
Jet'ai tout immolé , devoir , honneur , ſagefle ; )
J'adorais Abailard ; & , dans ma douce ivrefle ,
Le reſte de la terre était perdu pour moi :
Mon univers , mon Dieu , je trouvais tout dans
toi.
Voilà des vers charmans , pleins de ſenſibilité
, de grace & d'harmonie. Une erreur
qui me trompât pour toi, n'eſt ni
clair , ni exact. Il faudrait abſolument
changer ce vers , ainſi que celui-ci qu'on
trouve quelques vers après .
Ne cherchons en un mot que l'amour dans l'amour.
Phraſe qui paroît recherchée.
Quels mortels plus heureux que deux jeunes
amans
Réunis par leurs goûts & par leurs ſentimens
Que les ris & les jeux , que lepenchant raſſemble
Qui penſent à la fois , qui s'expriment enſemble',
Qui confondent lajoie au ſein de leurs plaiſirs ,
&c.
Cesvers ne font ni aſſez corrects , ni aſſez
travaillés. Il n'y a point d'amans que le
penchant ne raffemble. Ainſi cet hémiſtiche
ne dit rien. Il faudrait retrancher les
NOVEMBRE. 1772 . 87
ris & lesjeux , expreſſions trop vagues &
trop uſées pour le ſentiment. Confondent
lajoie eft beaucoup plus blamable ; c'eſt
une phrafe qui n'eſt pas françoiſe. Voici
une tranfition qui ne paroît pas heureuſe :
Mais quelle eſt la rigueur du deſtin qui nous
perd?
Nous trouvons dans l'abime un autre abime ouvert.
Et quelques vers après :
On vit une victime immoler la victime ,
Ne vaut pas mieux que l'abime ouvert dans
l'abyme. Ces métaphores trop générales ne
conviennent pas au langage de la paſſion
qui doit toujours ou dire la choſe même ,
ou trouver des figures qui aillent au delà ,
bien loin de l'affaiblir.
Du templetout-à-coup les voûtes retentirent,
Le ſoleil s'obſcurcit&les lampes pâlirent :
Tant leCiel entendit avec étonnement
Des voeux qui n'étaient plus pour mon fidèle
amant!
Tant l'Eternel encor doutait de ſa victoire !
Je tequittais... Dieu même avaitpeine àle croire
Ce dernier vers , qui même n'en eſt pas
un , eſt d'une faibleſſe inexcufable. C'est
88 MERCURE DE FRANCE.
répéter , dans une proſe languiſſante, ce
que le vers précédent diſoit très-bien.
Mais , pour oublier ces fautes qu'il eſt
facile à l'auteur de faire diſparoître , citons
encore ces morceaux dignes de ſa
muſe aimable , & que tous les amateurs
ſenſibles ſaventpar coeur .
Chères ſoeurs , de mes fers compagnes innocen
tes,
Sous ces portiques ſaints , colombes gémiſlantes ,
Vous qui ne connaiſſez que ces froides vertus ,
Que la Religion donne... &queje n'ai plus ;
Que vos ceoeurs ſont heureux , puiſqu'ils font inſenſibles!
Tous vosjours ſont ſereins , toutes vos nuits paifibles
.
Le cri des paſſions n'en trouble point le cours.
Ah! qu'Héloïſe envie & vos nuits & vos jours !
Héloïle aime & brûle au lever de l'aurore ,
Aucoucher du ſoleil elle aime & brûle encore ,
Dans la fraîcheur des nuits elle brûle toujours.
Elle dort pour rêver dans le ſein des amours .
Apeine le ſommeil a fermé mes paupières ,
L'Amour , me careflant de ſes aîles légères ,
Me rappelle ces nuits chères à mes deſars ,
Douces nuits qu'au ſommeil diſputaient les plaifirs
:
Abaikard, mon vainqueur , vient s'offrir à ma
vuc;
NOVEMBRE. 1772 . 89
Je l'entends ... je le vois... & mon ame eſt émue.
Les ſources du plaiſir ſe rouvrent dans mon coeur ;
Je l'embrafle , il ſe livre à ma brûlante ardeur.
La douce illuſion ſe gliſle dans mes veines ;
Mais que je jouis peu de ces images vaines !
Sur ces objets flatteurs , offerts par le ſommeil ,
La raiſon vient tirer le rideau du réveil .
Non , tu n'éprouves plus ces ſecoufles cruckles,
Abailard ; tu n'as plus de flammes criminelles.
Dans le funeſte état où t'a réduit le fort ,
Ta vie eſt un long calme , image de la mort.
Ton ſang , pareil aux eaux des lacs & des fontaines
,
Sans trouble , ſans chaleur , circule dans tes veines.
Ton coeur glacé n'eſt plus le trône de l'Amour.
Ton oeil appeſanti s'ouvre avec peine au jour :
On n'y voit point briller le feu qui me dévore.
Tes regards ſont plus doux qu'un rayon de l'aurore.
Viens donc , cher Abailard ! que crains tu près de
moi?
Le flambeau de Vénus ne brûle plus pour toi .
Déſormais inſenſible aux plus douces careſſes ,
T'eſt- il encor permis de craindre des faibleſſes !
Puis-je eſpérer encor d'être belle à tes yeux ?
Semblable à ces flambeaux , à ces lugubres feux ,
१० MERCURE DE FRANCE.
Qui brûlent près des morts ſans échauffer leur
cendre ,
Mon amour ſur ton coeur n'a plus rien à prétendre.
L'auteur a traduit , dans cette nouvelle
édition , des endroits de l'original qu'il
avoit d'abord paffés . Il y a joint , à propos
decette omiffion , une note un peu chagrine.
Quelques perſonnes ont regretté
>>dans cetre lettre des morceaux de l'ori-
>>ginal Anglois. M. de la Harpe ,ſenſible
>> encore à cet oubli , a traduit l'un de ces
- endroits , & l'a inférédans les réfléxions
>> critiques qui précédent ſes héroïdes ;
>>ce qui a déterminé l'auteur à donner
» lui - même dans cette édition ce qu'il
>> avoit retranché volontairement , foit
» comme retour des mêmes idées , foit
> comme des beautés étrangères au génie ,
>de notre langue. Le public jugera s'il a
>>>eu tort ou raifon. »
Il paroît par le ton de cette note que
c'eſt M.Colardeau lui-même qui a étéun
peu trop ſenſible à la liberté qu'on a priſe
de relever un oubli qu'il ne juſtifie pas
trop bien. Il n'y a dans les moréeaux qu'il
avait omis , ni retour des mêmes idées , ni
beautés étrangères au génie de notre Langue.
M. Colardeau a répondu beaucoup
mieux en donnant une traduction des
NOVEMBRE. وہ . 1772
vers qu'il avait dabord ſupprimés , bien
ſupérieure à celle qu'en avait faite , avant
lui , l'auteur de cet article. Malgré cette
différence , on mettra ici les deux verfions
que le public jugera. Voici celle de
M. Colardeau.
Une nuit... je veillais à côté d'un tombeau ;
La torche funéraire , obfcur & noir flambeau,
Pouflait par intervalle un feu mourant & fombre.
Apeine il s'éteignit & diſparut dans l'ombre ,
Que du creux d'un cercueil , des cris , de longs
accens ,
Ontportéjuſqu'à moi cette voix que j'entends.
Arrête , chère ſoeur ; arrête , me dit- elle !
Ma cendre attend la tienne , & ma tombe t'appelle.
Du repos qui te fuit c'eſt ici le ſéjour.
J'ai vécu, comme toi , victime de l'amour.
J'ai brûlé , comme toi , d'un feu ſans eſpérance.
C'eſtdans la profondeur d'un éternel ſilence ,
Quej'ai trouvé le terme à mes affreux tourmens.
Ici l'on n'entend plus les ſoupirs des amans.
Ici finit l'amour , ſes ſoupirs & ſes plaintes.
La piété crédule y perd auſſi ſes craintes.
Meurs , mais fans redouter la mort ni l'avenir.
CeDieu , que l'on nous peint armé pour nous pus
nir ,
Loind'allumer ici des flammes vengereſles ,
Afloupirnos douleurs , & pardonne aux faibleſſes.
92 MERCURE DE FRANCE.
P
Voici maintenant l'autre verſion .
Dans l'ombre de la nuit , au milieu des tombeaux
,
Je veillais à genoux ſous ces voûtes fatales
A la pâle lueur des lampes ſépulcrales.
De leur dernier rayon la funèbre clarté
Mourait dans une ſombre & vaſte obſcurité.
Je priais , & mon front s'inclinait ſur la pierre.
Une voix juſqu'à moi s'éleva de la terre.
Viens ma ſooeur , diſait - elle , & deſcends près de
moi.
!
Cet aſyle éternel eſt préparé pour toi .
Viens , ô ma triſte ſcoeur. Briſe un joug qui t'opprime;
Comme toi, de l'amour je fus long-tems victime.
J'ai tremblé , j'ai gémi , j'ai répandu des pleurs.
La mort a dans ſon ſein endormi mes douleurs.
Du malheur en ces lieux on n'entend point les
plaintes.
Le ſcrupule timide y dépoſe ſes craintes ;
La clémence y fait grace au coeur infortuné ,
Et Dieu pardonne ici , quand l'homme a condamné
, &c .
Il s'en faut de beaucoup que l'héroïde
ſuivante , Armide à Renaud, ſoit comparable
à la Lettre d'Héleïſe . Si M. Colardeau
a lutté heureuſement contre Pope ,
il eft reſté bien au deſſous du Taſſe & de
NOVEMBRE. 1772 . 93
Quinaut. Quel début , par exemple , que
celui dArnde ?
Farouche Furopéen qui , des rives du Tibre ,
Viens au ſein de la paix troubler un peuple libre ,
Et qui , dans tes fureurs nous préparant des fers ,
Veux à tes préjugés ſoumettre l'Univers ,
Déteftable Croiſé , Chrétien lâche & perfide ,
Tremble, cruel Renaud, &c .
Cette emphafe périodique , ce peuple
libre que l'on ne connoît pas ( car les Sarrafins
n'étaient pas libres ) ces préjugés
dont il eſt ici queſtion fort mal à propos ,
ce titre de croise , qui n'eſt rien moins
que poëtique , tout cela eſt également oppoſé
à la nature , à la vraie paflion & au
bon goût. Armide parle enſuite du pouvoir
de ſon att magique , elle rappelle les
jardins qu'elle a ſu créer.
Quoi! ſous le Ciel épais des plus affreux climats ,
Sur des monts couronnés par d'éternels frimats ,
Sous ces pôles glacés où , froide & moins féconde ,
La nature languit aux limites du monde ,
J'aurais pû , dans des lieux ſauvages &déſerts ,
Créer pour mon amant un nouvel Univers , &c .
Quand cette poëſie deſcriptive ſerait
bonne , elle ferait encore très- déplacée au
94
MERCURE DE FRANCE.
commencement d'une piéce paſſionnée ;
mais la nature qui est moinsféconde , eſt
une expreſſion bien impropre en cet endroit.
Armide paſſe tout d'un coup des
menaces & de la fureur à l'attendriſſement&
à l'amour.
Moi me venger ! de qui ? d'un mortel que j'adore,
Qui me fuit ; mais hélas ! quej'idolâtre encore.
Non , Renaud , ne crois pas qu'Armide, en ſa fureur
,
Achete la vengeance au prix de ſon bonheur.
Ce paſſage bruſque & fans gradation ,
cette douceur langoureuſe ſont une pein.
ture bien infidèle des ſentimens que doit
éprouver Armide. Ce n'est pas là la douleur
d'une amante ; ce n'est pas ainſi que
dans le Taffe & dans Quinaut , Armide
paſſe des éclatsde la rage&du déſeſpoir à
la faibleſſe involontaire , à l'attrait invincible
qui l'entraîne vers Renaud.
Ah! lorſqu'abandonnant le ſeindeta patrie ,
Tu portais le ravage au ſein de la Syrie ,
Quandlesouffle infecté de ta noire fureur ,
D'unefureur égale empoisonnait mon coeur,
Aurais-je pu penſer que , pour toi plus humaine ,
J'allumerais l'amour au flambleau de la haine ?
NOVEMBRE. 1772 . 95
Combien ce ſtyle eſt vague& incorrect !
Armide doit elle dire qu'elle a été plus
humaine pour Renaud ? Etqu'eſt ce que
lesoufle infecté de la noire fureur ? Mais
voici des vers où l'on retrouve le talent
de M. Colardeau .
Tant d'attraits brillent- ils au front d'un ennemi ?
Je crois te voir encor ſous un myrte endormi ,
Les yeux appesantis fermés à la lumière ,
Mêlant au doux zéphir ton haleine légère ,
Sur un tapis de fleurs négligemment couché ,
Tel qu'un jeune arbriſſeau vers la terre penché ,
Le front àdécouvert , la bouche demi-cloſe ,
Charmant , ſemblable enfin at Amour qui repole,
Peut être n'y a-t- il à reprendre dans ces
vers que les yeux appesantis . Armide en
cet endroit ne doit ſe rappeller ſon amant
que ſous des traits agréables & fous des
circonstances que l'amour ait dû remarquer
; elle a dû voir ſes yeux fermés .
Elle n'a pas dû les voir appesantis ; ce ſont
là de ces nuances que le goût doit diſtinguer.
Cependant tout ce tableau a de l'intérêt
& de la grace. Le dernier trait furtout
est très heureux . Mais comment l'auteur
a t- il pu faire les vers qui ſuivent
immédiatement cette peinture agréable ?
96 MERCURE DE FRANCE.
Tes blonds cheveux flottaient à l'aventure épars.
Un dieu ſemblait alors s'offrir à mes regards .
Sans parler de ce mauvais hémiſtiche ; a
l'aventure épars , n'eſt ce pas une faute
grave d'être revenu à ces blonds cheveux ,
après avoir terminé ce tableau par ce
trait?
:
Semblable enfin à l'Amour qui repoſe.
Et l'auteur devait- il ajoûter à ce vers celuici
qui eſt ſi faible :
Un dieu ſemblait alors s'offrir à mes regards.
Les vers ſuivansqui retracent la fameuſe
ſituation d'Armide le poignard à la main ,
prête à frapper Renaud , offrent encore
de nouvelles fautes.
..
Dans mes mains cependant le poignard étincelle;
Je m'élance vers toi . je frémis... je chancelle.
Déjà je ne veux plus ni frapper , ni punir :
J'aime Renaud... je l'aime ! .. ai -je pu le haïr ?
Reçois , mon cher Renaud , ce doux baifer d'Armide.
Ce n'eſt plus la fureur , c'eſt l'amour qui la guide.
Il dort ! .. Vents , taiſez- vous ; respectezfonfommeil
,
Dicux,
NOVEMBRE . 1772 . 97
Dieux , qu'il ſera charmant à l'inſtant du reveil !
Il va me préférer à l'Europe , à la terre.
Il eſt fait pour l'amour , & non pas pour la guerre.
Le talent ſe manifeſte toujours , même
dans les endroits où il s'oublie le plus .
Dieux ! qu'il ſera charmant à l'inſtant du reveil
eſtun très beau vers. Mais d'ailleurs étoitil
permis de traiter ſi froidement cette
ſituation après le célèbre monologue de
Quinaut ? Devait- on y trouver ces vers
d'Opéra : Vents , taiſez- vous ; respectezfon
fommeil ? Comme fi c'étoit aux vents
qu'Armide doit parler dans un pareil moment.
Doit- elle dire que l'amour la guide
? Le doux baifer n'eſt il pas encore trèsdéplacé
?
Il eſt fait pour l'amour , & non pas pour la guerre .
Eſt mot à mot dans Quinaut. Mais qu'il y
eſt bien mieux , & que les vers qui le précèdent
ſont pleins d'une ſenſibilité pénétrante!
:
Ah ! quelle cruauté de lui ravir le jour !
A ce jeune héros tout cede ſur la terre.
Qui croirait qu'il fût né ſeulement pour la guerre?
Il ſemble être fait pour l'amour.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
Voilà l'accent de l'amour & la voix
du poëte qui l'a ſenti. Cet accent ſe retrouve
- t - il dans des vers tels que ceux- ci ?
L'amour, dans nos embraſſemens ,
De deux fiers ennemisfait deux tendres amans.
L'ardente activité deses rapides flammes
Fond nos coeurs , les unit , &concentre nos ames.
D'unseul & d'un même étre ilvient nous animer ,
Renaud vit de ma vie , & je vis pour l'aimer.
Eſt ce bien la muſe de M. Colardeau qui
parle ce jargon mystique & entortillé ?
Combien le goût eſt néceſſaire au talent !
On ne pouflera pas plus loin cet examen
qui ne peut intéreſſer que les lec
teurs qui aiment la poësie , & les jeunes
gens qui s'en occupent. Il ne ferait pas
inutile , s'il pouvait engagerM. Colardeau
à travailler ſes vers avec plus de ſévérité.
Il doit avoir le courage d'aimer la
vérité , & l'on doit avoir celui de la lui
dire.
On trouve dans ce Recueil une réponſe
d'Abailard à Héloïſe , dont pluſieurs
morceaux nous ont paru pleins de
mérite & de talent , témoin celui- ci .
Je reverrai ces lieux , par mon zèle élevés ,
A l'innocence ouverts , par tes ſoins cultivés ;
NOVEMBRE . 1772 . ११
Ces lieux où la vertu , fière de ſon ſup plice ,
S'impoſe le tourment & la peine du vice.
Oui , je puis de tes ſoins foulager le fardeau ,
Diriger de tes ſoeurs le timide troupau ,
Ecarter les dangers que leur ame redoute ,
Et du triſte devoir leur applanir la route.
Dans ce réduit obſcur , ſéjour du repentir
Elles verront briller les rayons du plaifir.
Malheureux ! à ce mot, je ſens croître ma rage.
Puis-je réaliſer une ſi douce image ?
Moi , j'irais dans des lieux où d'innocens appas
Livreraient à mon coeur d'inutiles combats !
Labeauté gémiſlante affiégerait ſans ceſſe ,
Sans ceſſe irriterait ma honteuſe faibleſſe ;
Je reverrais l'objet des plus tendres amours ,
Et , ſans jamais jouir , je brûlerais toujours !
Ah ! tout fuirait plutôt un mortel déplorable ,
Que le deſirdévore , & que fon être accable ;
Et toi-même , évitant la trace de mes pas ,
Déteſterais l'amour expirant dans mes bras.
Sous un chêne briſé par les coups du tonnerre ,
Voit-on ſe repoſer la timide bergère ?
Voit-on dans la prairie un eſſain attaché
Sur le pavot mourant ou le lys defléché ?
Voilà des vers très -bien faits ; mais fi
l'auteur revoyoit ſon ouvrage , il s'apper;
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
cevrait que le ſujet n'eſt pas rempli , & il
eſt digne de le remplir. On aurait fait
quelques obſervations fur cette réponſe ,
ſi cet article ſur des ouvrages réimprimés
n'était pas déjà trop long .
Réflexions fur les Sermons nouveaux de
M. Boffuet , par M. l'abbé Maury , vicaire
général , chancine & official de
Lombez . A Avignon , chez François
Mérande , libraire , & ſe trouve à Paris,
chez Antoine Bouder , imprimeur du
Roi , rue St. Jacques.
« L'évêque de Meaux parut oublier ſes
» Sermons pendant les vingt-cinq derniè-
» res années de la vie , & , quoiqu'il dût
» à la chaire une partie de ſa célébrité , il
>> ne prêcha plus que par occaſion ; il ne
» daigna pas même mettre ſes Sermons
>> au net , & il avait coutume de dire qu'il
> ne les avait point écrits. Eſt ce écrire en
>> effet que de jeter rapidement ſes idées
>>> fur des feuilles volantes qu'on remplit
>> enſuite de ratures , de renvois , de cor-
>> rections & d'interlignes ? C'eſt dans cet
>> état informe que les Sermons de M. de
>> Meaux , dont M. Boſſuet , évêque de
>> Troyes , & M. le préſident de Chazot ,
>> furent ſucceſſivement dépoſitaires , font
NOVEMBRE. 1772. 101
>> enfin parvenus aux éditeurs de la col-
» lection .
>> A la mort de M. de Chazot , on a
>> trouvé ces feuilles éparſes dans un mon .
> ceau de papiers de toute eſpèce , fans
>> que perſonne s'y attendit , & vraiſem-
>> blablement ſans que ce dernier héritier
> des Boſluets ait jamais ſu qu'il poffédait
>> un tréſor ſi précieux , ou du moins fans
> qu'il ait eu le courage de débrouiller ce
>> chaos » .
Voilà ce que nous apprend l'auteur de
ces réflexions , qu'on dit avoir été jetées
rapidement dans une lettre que l'auteur
écrivait à un de ſes amis . On le croira
volontiers , à voir l'enthouſiaſme qui les
anime. M. l'abbé Maury ſemble profon .
dément pénétré du mérite de Boffuet , &
fon admiration , qui peut être exagère
quelque fois , s'explique toujours avec
élopmence.
« Ces Sermons doivent être regardés
» comme la véritable rhétorique de la
>> chaire. En effet , le jeune orateur qui
>>ſaura ſe pénétrer du génie de Boffuet ,
>>ſentir , penſer , s'élever avec lui , n'aura
» pas beſoin de ſe deſſécher ſur les pré-
>> ceptes des théteurs pour ſe former à
> l'éloquence. Il n'y aurait aucun mérite
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
» à relever les incorrections & les répé-
» titions de ce grand homme ; ce ferait
» dire d'un grand général , qu'il fait ga-
>> gner des batailles , mais qu'il ne connaît
>>pas l'art de l'eſcrime. Le goût qui
>>admire les beautés , eſt plus rare & plus
>>utile que le miſérable métier de borner
> ſes découvertes à indiquer des fautes de
» grammaire . Celui qui aurait étudié
>>toutes les poëtiques de la chaire , je
>>dirai plus , celui qui les aurait toutes
> compoſées , ferait beaucoup moins
>>avancé , dans la carrière de l'éloquence ,
>> que le lecteur qui aurait profondément
>> ſenti une feule page de ces diſcours . Ce
> que les autres ont dit , Boſſuet l'a fait.
M. l'abbé Maury a bien raiſonde faire
peu de cas du puriſme vétilleux qui cherche
des fautes de grammaire dans ces productions
du génie. Mais on pourrait obſerver
que ce n'eſt pas ſeulement des fautes
de grammaire que l'on reproche à
Boffuet ; ce font des inégalités marquées ,
des chofes ou trop bifarres ou trop communes
, enfin du mauvais goût. Voilà ce
que des critiques ont cru appercevoir
même dans ſes plus belles harangues.
Nous n'en applaudiſfons pas moins à la
peinture forte que trace M. l'abbé Maury
NOVEMBRE.. 1772. 103
des effets que produit la lecture de Bofſuet
, & à la manière dont il analyſe la
compoſition fublime de ce grand écrivain .
« Dès ſon exorde , dès ſa première
> phrafe , vous voyez ſon génie en ac-
» tion , vous ne rencontrez ni formules
» oratoires , ni commentaires des pen-
>> ſées d'autrui , ni lenteurs , ni ſtéri-
>» lité , ni redondances ; il ne marche
» pas ,
il court dans un ſentier nou-
>> veau que ſon imagination lui décou-
>> vre ; il ſe précipite vers ſon but , &
vous emporte avec lui . Lorſqu'une vé-
> hémence rapide entraîne ce grand hom-
» me , on ſe ſent tranſporté dans une
>> région inconnue , on ne fait plus où il
>>prend ſes expreſſions & ſes idées ; fon
>> ſtyleſepaſſionne & s'enflamine , fon en-
>> thouſiaſme porte de toute part la con-
» viction & la terreur , & alors il n'eft
>>plus poſſible de le lire ; il faut qu'on le
» déclame. Voilà le triomphe de l'élo-
> quence écrite.
>>On a beſoin de revenir pluſieurs fois
>> fur ces morceaux fublimes pour étudier
>> les règles de l'art. Il faut que le lecteur
>> ému , troublé , horsde lui même , laiſſe
>> refroidir ſon imagination en revenant
>> ſouvent ſur ſes pas , s'il veut refpirer
Eiv
104 MERCURE DE FRANCE.
>> quand Boffuet lui a fait perdre haleine .
» Qu'il contracte , par l'analyſe , une cer-
>>taine familiarité avec les élans impé-
>> tueux de l'orateur , & il maniera , pour
>> ainſi dire , tous les refforts qui ont pro-
>>duit de ſi grands mouvemens. Ces effets
>> extraordinaires ſont toujours le réſultat
>> des traits véhémens & rapides qui par-
>> tent du génie de Boffuet. Que voit on
>> lorſqu'on obſerve le méchaniſme de fon
→ éloquence ? Il établit d'abord ſon ſujet ,
>> il s'empare de votre attention par la
>> nouveauté ou par l'intérêt de ſon plan :
> c'eſt le moment de la raiſon. Il poſe
>>enſuite les principes , il donne de l'au-
>> torité à ſes preuves ; vous êtes bientôt
>>convaincu. Tout à coup fon génie prend
>> l'effor , & un grand tableau tiré , foit
23 de l'hiſtoire ſainte , ſoit de la peinture
» des moeurs , vous rend ſpectateur de
» ſes vaſtes penſées . Votre imagination ,
>>devenue toute puiſſante par le ſecours
>> de la ſienne , crée & voit tout ce qu'on
>>>lui préſente ; l'orateur écarte tout rai-
>> fonnement abſtrait , toute diſcuſſion ré-
>> fléchie ; il n'aſpire qu'à vous émouvoir ;
>> bientôt il s'arrête à une maxime grande
» & neuve , & cette fentence , gravée
> fortement dans votre eſprit , ne vous
NOVEMBRE.
1772. τος
>> paraît à vous-même que le réſultat de
» vos propres penſées ; je dis les vôtres ,
>> parce que tout ce que l'orateur doit faire,
>> quand il vous a touché , c'eſt de vous
>> interpréter ce qu'il vous ſuggère , de
>> vous raconter ce qu'il vous infpire , &
> de faire paſſer dans votre ame tout l'en-
>>thouſiaſme dont il était tranſporté lui-
» même au momentde la compoſition.
C'eſt peut- être louer beaucoup Bourdaloue
que de dire qu'ilfera éternellement
le désespoir des prédicateurs. Peut-être n'entend
on pas trop bien l'éloge qu'on lui
donne, lorſqu'on dit : « Jelui rends grâce
>> de ce qu'il n'a pas connu ce miſérable
>>jeude la phraſe qui dégraderait le génie ,
> ſi le génie pouvait s'y abaiſſer , & de ce
>> qu'il n'a jamais écrit que pour le beſoin
> de ſa penſée . On ne fait trop ce que
c'eſt que ce jeu de la phrase. Si c'eſt la
combinaiſon ſymétrique des tournures
froides & petites , l'auteura , fans doute ,
raifon. Si c'eſt l'élégance de la diction ,
élégance qui manquoit à Bourdaloue &
qu'avait Cicéron , il ne faut pas trop lui
en rendre graces. Nous nous rapprocherons
bien davantage de l'avis de l'auteur fur
l'aimable & heureux rival de Bourdaloue ,
Maffillon.
E
106 MERCURE DE FRANCE.
•Cet éloquent Maffillon, abuſant quel.
» quefois de la facilité qu'il a d'écrire ,
>> commente & paraphrafe peut- être trop
>>ſes idées. Son petit Carême , ſi juſte-
>> ment célèbre , & qui me paraît cepen-
>> dant fort inférieur à ſon grand Carême
» & à fon Avent , offre , à chaque page ,
>> la preuve de mon obſervation. Prenez le
>> à l'ouverturedu livre , vous verrez qu'on
>> ne trouve fouvent , dans chaque alinéa ,
>> qu'une feule penſée différemment &
» élégamment énoncée. Sans cette élocu-
>> tion enchantereſſe qui a toujoursde nou-
>> veaux charmes pour les lecteurs fenfi-
>> bles , on ne lirait Maſſillon qu'une fois,
» & l'on fe contenterait enfuite de ſes
>> analyſes; mais ſes Sermons font ſi ſupé-
➤ rieurement écrits , ſi touchans ,fi affec-
>> tueux , qu'on les trouve trop courts :
>> c'eſt un ami qui vous embraſle en vous
>> reprochant vos fautes , &, malgré cette
>> ftérilité de penſées , dont l'eſprit mur-
>> mure quelquefois , le coeur eſt tellement
>> fatisfait , que Maffillon vivra autant
» que la langue françaife. »
On voit , par ce morceau plein de goût ,
que l'admiration de M. l'abbé Maury pour
Boffuet ne ferme point fes yeux fur le
mérite des orateurs qui'ont eu une manière
NOVEMBRE. 1772. 167
différente. C'eſt encore le goût qui lui
dicte les éloges qu'il donne à Boffuet
pour ne s'être point trop enfoncé dans les
arides diſcuſſions de la controverſe . «Mal
>> gré ſon penchant pour la dialectique ,
» dit M. l'abbé Maury , il fort de l'école ,
» & , toujours théologien , ſans affecter de
>> le paraître , il met plus de religion dans
» ſes Sermons que de théologie. » Μ.
l'abbé Maury donnerait il le même éloge
à Bourdaloue ? Et quand il dit un moment
après , des larmes ! des larmes ! voilà
les ſeuls applaudiſſemens dignes des orateurs
; s'eſt- il ſouvenu que Bourdaloue ,
qu'il appelle le désespoir des orateurs chrétiens
, ne fait pas verſer beaucoup de
larmes?
Mais nous croyons que tous les gens
de goût ſe rangeront à l'avis de M. l'abbé
Maury dans la définition qu'il donne du
ſtyle , appliquée à Boſſuer.
« J'ai connu des gens de lettres qui
» n'ayantjamais lu un volume de ce grand
homme , regardaient comme un dogme
>> fondamental , en matière de goûr , que
>> c'eſt un écrivain ſans ſtyle. Si par ſtyle
on entend la froide monotonie des
>> antithèſes , les énigmes qu'on appelle
» réticences , le ton du madrigal , les
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
>> petites phraſes épigrammatiques , la
>>prétention de montrer par- tout de l'ef-
>>prit, le néologiſme à la mode, les grands
>> mots alembiqués , & cette phrénéſie
» épileptique qu'on eſt convenu d'appel-
>> ler chaleur oratoire ; il faut avouer que
>> Boſſuet n'a point de ſtyle , car il n'a
>> certainement pas celui- la : mais ſi l'on
>> attache à ce mot la ſignification qu'il
> doit avoir , c'eſt-à dire , ſi le ſtyle n'eſt
>> autre choſe que l'arrangement naturel
>>des idées : s'il fuffit , pour bien écrire ,
>> d'être clair , ſimple , noble , pur , précis ,
>> varié , nombreux , pittoreſque , rapide ,
>> véhément , harmonieux , paffionné, pé.
>> riodique : s'il ne faut que donner aux
> expreſſions le ton du ſujet , aux méta-
>>phores la couleur de l'image , aux tours
oratoires le caractère de la paffion & le
>>trait du ſentiment : fi le ſtyle , en un
» mot , n'eſt que la repréſentation de la
>> penſée avec tous ces caractères divers ;
>> contempteurs de Boffuet , humiliez-
» vous , & lifez ſes écrits juſqu'à ce que
>> vous ſoyez dignes de les admirer. Vos
>> yeux , accoutumés à l'élégante ſymétrie
» de nos jardins , ne ſauraient- ils donc
> plus contempler l'antique majeſtié des
» forêts ?
Il eſt vrai qu'on pourrait demander à
NOVEMBRE. 1772. 109
M. l'abbé Maury quels font les plaifans
critiques qui diſent que Boffuet n'a point
de ftyle. On le compte généralement parmi
ceux de nos écrivains qui ont donné
à notre langue un caractère plus grand &
une expreffion plus mâle. Le plus grand
reproche qu'on puiſſe lui faire , & celui
que lui ont fait de très- bons eſprits , c'eſt
peut- être qu'on ne trouve pas aflez , dans
ſes ouvrages , cette raiſon ſupérieure &
ce fonds de vérités utiles & générales qui
s'adreffent à tous les âges & à toutes les
nations.
P. S. Au furplus , c'eſt par une mépriſe
de nom qu'on a dit , dans le dernier
Mercure , que le Panégyrique de St Louis,
qui parut ſous le nom de M. l'abbé Segui ,
érait de M.de Voltaire. Ce Panégyrique ,
qui eft fort au deſſous de la réputation
qu'il eut dans ſa nouveauté , n'eſt point
l'ouvrage de M. de Voltaire. Il eſt bien
vrai que ce grand homme en a compofé
un qui a été prononcé , mais il eſt inutile
de nommer celui à qui on en fit préfens.
C'eſt une anecdote connue des gens de
lettres.
Hiftoire véritable & merveilleuse d'une
jeune Angloise , précédée de quelques
circonfiances concernant l'Enfant hy110
MERCURE DE FRANCE.
droſcope ,&debeaucoup d'autres traits
&phénomènes les plus finguliers dans
ce genre : ſuivie d'un parallèle des rap .
ports que ces phénomènes paroiffent
avoir entre eux , de quelques vues patriotiques
à ce ſujet , & d'une maniè
re , rien moins que phyſique , d'envifager
ces miracles de la nature Ouvrage
foumis aux lumières des ſavans
Naturaliſtes , Phyſiologiftes , Chymiltes
, à celles des Sociétés & Académies
des Sciences ; enfin aux obſervations
des curieux & amateurs d'hiſtoire naturelle
; avec les autorités & pièces
jultificatives.
Felix qui potuit rerum cognofcere caufas !
Virg. Georg . 11 , V. 489 .
Brochure in- 12 . imprimée à Phyficopolis;
& ſe trouve à Paris , chez Lottin
le jeune , libraire , rue St Jacques ,
vis-à-vis la rue de la Parcheminerie .
Lesobſervationshydroſcopiquesdujeune
Parangue n'ont point été rapportées dans
les nouvelles publiques avec cette exactitude
que demandent de pareils faits ,
&parce que quelques écrivains ont mis
dans leur recit du merveilleux , pluſieurs
lecteurs ont conclu que ce jeune homme
1
NOVEMBRE. 1772. IF
étoit un impoſteur , & qu'il vouloit
abufer de la crédulité publique ; d'autres
, plus modérés ou plus crédules ont
penſé qu'il avoit un don furnaturel. 11
étoit plus ſimple de croire que s'il y avoit
du merveilleux dans tout ceci , ce merveilleux
n'exiſtoit que dans le récit de
ceux qui le faifoient agir. La plupart des
hommes font flattés d'exciter l'admiration
de ceux qui les écoutent , & fe portent
volontiers à exagérer les faits qu'ils
rapportent. Le plus ſur moyen , ſans doute
, de les corriger de ce défaut, eſt d'employer
les armes du ridicule , & de leur
montrer la caricature de leurs exagérations
; & c'eſt le parti qu'a pris l'auteur
ingénieux de cette brochure contre les
Hydroſcopiſtes . Vraiſemblablement tous
les recits merveilleux que l'on a faits jufqu'à
préſent , & que l'on fera par la ſuite,
des Hydroſcopes &Introfcopes , difparoîtront
devant l'hiſtoire de cette jeune fille
Angloiſe que l'on nous repréſente dans
cette brochure , comme ayant la faculté
non- feulement de voir à travers les terres
&de diftinguer tout ce qui s'y rencontre,
mais encore de pouvoir porter la vue
juſques dans l'intérieur du corps humain ,
& d'y confidérer toutes les parties qui
compoſent ſon mechaniſme. Cette fille
112 MERC URE DE FRANCE.
pénètre même dans la ſubſtance du cerveau
, y découvre la glande pinéale , y
lit diſtinctement les penſées de l'individu
, de manière , ajoute t'on , qu'elle vous
dira vos deſſeins , vos réflexions , vos premières
idées mêmes , avec la préciſion &
dans l'ordre qu'elles y naiſſent & s'y rangent.
M. de Maupertuis , dans ſa Venus Phyfique
, demande que l'on accouple certaines
eſpèces d'animaux pour avoir de nouvelles
races; l'auteur de la brochure contre
les hydroſcopiſtes s'eſt ſaiſi de cette idée.
Il propoſe de raſſembler les hydroſcopes
mâles & femelles dont parlent aujourd'hui
les journaux , & deles marier enſemble
afin d'avoir une race de lynx , ou de téleſcopes
vivans , que l'on pourroit dreſſer
tout jeunes , & employer enfuite chacun
fuivant leur goût & leurs talens. « L'état
>> en tirera des ſervices réels dans le gou-
>> vernement civil, dans la politique , &
رد
,
même dans le ſpirituel. Par rapport à
> la police , quand ce ne ſetoir que pour
»découvrir & réprimer les défordres &
>> les fraudes nocturnes : perfidus hic
>> caupo ... Ce fripon de cabaretier qui , la
>> nuit ne s'endort pas , & le lendemain
» vous vend le vin de Bourgogne fait la
>> veille ; pour découvrir cet imprimeur
NOVEMBRE. 1772 . 113
» des inarons & des éditions de Hollande
>> faites à Paris ; chez cet apothicaire ,
>> chez cet épicier , comment s'y fabrique
» le véritable quinquina & café moka , &c .
>> alors que de délinquans découverts ! &
» combien la ſeule crainte de l'être ne
>> corrigetoit-elle pas mieux que toutes
" les ſentences & édits contre le dol ?
>> Pour le ſpirituel , je voudrois que les
>> premiers titulaires , ceux qui ont à leur
>> nomination & diſpoſition les plus forts
» bénéfices du royaume , euffent effecti-
> vement à leurs gages & fervices un de
>> ces hommes linx . Par leur moyen , res
» bénéfices , c'eſt à-dire , graces ou récom-
>> penſes de ſervices rendus à l'état , ne
>> feroient plus dorénavant que le prix du
>> mérite & de la vertu. Il ſeroit enjoint
>> aux fupérieurs temporels des maiſons
religieuſes d'en avoir auſſi un à leur
>> ſuire ; par ſes yeux ils verroient que
> tout ce qui ſe paſſe dans ces maiſons de
>> retraite & de pénitence n'eſt pas toujours
> exemplaire ni religieux. Un nombre de
>> ces yeux clairvoyans , introscopes , ne
>> ſeroient point inutiles à la Cour , cù
>> les complimens font faux comme les
» éloges académiques , où les ſouhaits ne
>> ſont pas plus vrais , où tout eſt platré
114 MERCURE DE FRANCE.
» & recouvert. » Ce n'eſt pas qu'il n'y ait
à la Cour de belles ames & pleines de
franchiſe , & l'auteur en cite quelquesunes
que le lecteur avoit nommées avant
lui . Mais ces exemples , ajoute t-il , font
>> rares . Que de gens ſe trouveroient dé-
» maſques & fots ! D'un autre côté , la
>> vertu& le vrai mérite brilleroient datis
>> tout leur jour & dans tout leur éclat.
>>O vous ! Princeſſe auguſte , que je ne
>> nommerai point, &dont quelques traits
>> groſſièrement crayonnés de ma main ,
>> ſuffiront pour vous faire connoître ; vous
>>qui , dans cette cour , tenez la première
>> place auprès du thrône par toutes fortes
>> de droits , par vos vertus , par la naif-
>> fance , par le rang, par l'amour de Louis
» & de ſes peuples ; vous qui avez été
> quelque tems l'objet de l'admiration ,
>> puis des regrets de toute une nation ,
>>pour faire les délices de la nôtre ; Prin-
> ceſſe admirable , que de vertus , que de
>>bienfaits cachés aujourd'hui à tous les
>> yeux par trop de modeſtie , ſe trouve-
>>roientalors , malgré vous , en évidence !
>>>Alors cette circonſtance défavorable à
>>beaucoup d'autres , ne feroit que confir.
> mer mes ſentimens à votre égard ; &
> elle prouveroit àtout l'univers que cette
NOVEMBRE. 1772. 119
» phyſionomie , où brillent la douceur ,
>> l'affabilité , la ſérénité , l'hilarité même,
>> eſt le miroir de votre ame , où règnent
» l'humanité & la bienfaiſance . Son au-
>> guſte époux mérite les mêmes éloges .
Di lei digno egli , è digna ella di luc ,
Nè Meglio s'accopiaro unqu'altri dui.
>>On verroitque parmi ce tourbillon , qui
>> entraîne tour , il n'en est point emporté ;
» qu'aumilieu de l'abondance & des plai-
> ſirsde la cour la plus brillante, il a réflé-
>> chi plus d'une fois ſur le fort des habi-
>> tans de nos campagnes , ce peuple , bien
> différent des gens de cour , ces hommes
>> quiarroſentdeleurs ſueurs ,quelquefois
>> de leurs larmes , les moiffons qu'ils ar-
>> rachent à la terre. On fauroit que ce
>> Prince a deſiré d'adoucir leur mifère ;
>> on verroit qu'il ne fonge qu'au bonheur
>> d'une nation fur laquelle il a déjà des
>> droits affurés par l'empire qu'il a fur les
>> coeurs François, dont il fait la plus douce
» eſpérance . » Tous les lecteurs applaudiront
à ces éloges , & n'auront pas beſoin ,
pour en appercevoir l'application & la
vérité , d'avoir les yeux de l'introſcope
angloiſe dont parle cette brochure ingénieuſe.
116 MERCURE DE FRANCE.
Histoire générale d'Allemagne , depuis l'an
de Rome 604 , juſqu'à nos jours ; par
M. Montigny . A Paris , chez J. P. Coftard
, rue St Jean-de-Beauvais .
On ne publie encore que les deux premiers
volumes de cette importante hiftoire
, qui en aura douze , ſuivant que
l'auteur nous l'annonce dans ſa préface.
Mais cet auteur , en entreprenant d'écrire
l'hiſtoire d'allemagne , s'eſt propoſé un
objet plus vaſte encore. Comme c'eſt de
ſon ſeinque ſont ſortis la plupartdes peuples
dominateurs de l'Europe moderne ,
il eſpère montrer comment ſe ſont formées
leurs monarchies des débris de celle
de Rome.On verrad'abord les Allemands,
ſous le nom de Germains , attaquer cette
ſuperbe république & laffer tout ce qu'elle
eut de chefs importans. Ces mêmes peuples
, après avoir oppoſé unedigue à l'ambition
des Céfars , ſe partagèrent le ſceptre
deleurs fucceſſeurs . Ceci forme la matière
du premier volume , qui , à quelques
égards , contient l'hiſtoire univerſelle de
l'Europe, depuis la magiſtrature de Marius
juſqu'à celle d'Auguſtule , en qui s'éteignit
l'empire d'occident. Le deuxième
volume commence au partage des états
NOVEMBRE . 1772 . 117
deClovis , entre le fils de ce conquérant ;
c'eſt , à proprement parler , l'hiſtoire des
guerres civiles des Germains . Ce peuple ,
qui avoit des armes pour vaincre les
Céſars , n'en avoit pas pour ſe défendre
contre les Pepin. Charles , deuxième du
nom , iſſu de cette illuſtre race , force
tout le corps germanique à lui rendre
hommage , & , par une fuite continuelle
de ſuccès , il parvient à fonder une des
plus puiſfantes monarchies. La mort de
cet Empereur termine le ſecond volume
de certe hiſtoire , dont le ſtyle n'eſt pas
dépourvu de chaleur dans les endroits
qui en font ſuſceptibles. L'hiſtorien a
quelquefois , à l'exemple des anciehs
prêté à de grands perſonnages ſes propres
penſées. Cette eſpèce d'infidélité , tolérable
peut- être lorſqu'elle est néceſſaire pour
peindre les moeurs du tems , & lorſque
les mémoires contemporains gardert un
filence abſolu , ſeroit ſupportée impatiemment
dans toute autre circonstance. Auffi
le nouvel hiſtorien ſe promet bien de ne
point uſer de cette liberté en traitant l'hiftoire
moderne . Les héros de cette hiſtoire
font trop voiſins de nous ; ils nous intéreffent
trop patticulièrement pour les voir
traveſtis , au gré de l'hiſtorien , en perſonnages
dramatiques.
2
11S MERCURE DE FRANCE.
Cours d'études des jeunes demoiselles ,
ouvrage non moins utile aux jeunes
gens de l'autre ſexe , & pouvant ſervir
decomplement aux études des collèges ;
avec des cartes pour la géographie , &
des planches en taille -douce pour le
blaſon , l'aſtronomie , la phyſique &
l'hiſtoire naturelle ; par M. l'abbé Fromageot
: prix 3 liv. le vol. in - 12 , relié.
A Paris , chez Vincent , imprimeurlibraire
, rue des Mathurins , hôtel de
Clugny.
Il ne paroît encore que deux volumes
de ce cours d'études. A la tête du premier
eſt un diſcours préliminaire où l'auteur
rend compte de ſes vues , & fait , fur
l'éducation des jeunes demoiſelles , des
réflexions utiles qu'il appuie de celles de
pluſieurs de nos écrivains moraliſtes , de
M. de Fenelon principalement , qui a
écrit un traité ſur cet objet important. Ce
premier volume nous offre des élémens
degéographie clairs , méthodiques & précis,&
le ſecond des élémens d'histoire,
L'inſtituteur , après avoir , dans une introduction
, fait connoître le but moral &
philoſophique que doit ſe propoſer l'hif.
toire , & celui qui s'adonne à l'étude de
NOVEMBRE
1772. 119
l'hiſtoire , trace , en peu de mots , les différentes
formes de gouvernementadoptées
parmi les hommes formant des ſociétés ;
un abrégé de l'hiſtoire fainte , accompagné
d'un extrait du diſcours de l'abbé
Fleury , fur les moeurs des Ifraëlites , précède
les hiſtoires des Egyptiens , des Babyloniens
, des Médes & des Perſes. Le
volume eſt terminé par un parallele des
moeurs & uſages des anciens Perſes , avec
les moeurs & uſages des Perſes modernes.
Nous exhortons M. l'abbé Fromageot à
nous donner promptement la ſuite de ce
cours d'études , propre à la jeuneſſe , &
fur-tout aux jeunes demoiselles , dont
l'éducation eſt toujours trop négligée . Le
plus ſouvent on leur laiſſe ignorer que
l'empire qu'elles peuvent obtenir par
leurs charmes , eſt de peu de durée ; que
l'eſtime ne s'accorde qu'aux vertus & aux
talens ; qu'appellées par la nature à être
mères , elles doivent inſpiter de bonne
heure à leurs enfans le goût des choſes
honnêtes , & qu'une femme ignorante ne
parvient ordinairement qu'à les rendre
infolens ou craintifs , parce qu'elle ne fait
que les flatter ou les menacer.
120 MERCURE DE FRANCE.
Supplément à la Diplomatique de M. Lemoine
, contenant une méthode ſûre
pour apprendre à déchiffrer les anciennes
écritures , & arranger les archives ;
avec cinquante - trois planches , tant des
alphabets , abbréviations , que des titres
anciens & gothiques ; par MM.
Batteney & Lemoine , archiviſtes aſſociés.
A Paris , chez Deſpilly, libraire ,
rue St Jacques , à la Croix d'or ; vol .
in 4°. Prix , 7 liv. 4 f. broché.
Deux auteurs , ſouvent ſans s'être communiqué
leurs deſſeins , parcourent une
même carrière: c'eſt ce qui est arrivé à
MM. Lemoine & Batteney. Le premier
travailloit , en 1765 , à faire imprimer à
Merz ſa Diplomatique pratique , lorſque
M. Batteney faiſoit graver à Paris , à ſes
frais , un grand nombre de planches pour
joindre à un livre qui l'occupoit depuis
quelques années. L'édition de la diplomatique
ayant paru avant la ſienne , il
ſuſpendit ſon travail , pour ne point multiplier
inutilement les traités ſur la même
matière. Cependant les conſeils de quelques
perſonnes éclairées , qui ont vu que
les deux auteurs ne tendoient au même
but qu'en partie , & par des voies différentes
,
NOVEMBRE. 1772. 121
rentes , ont levé ſes ſcrupules. Au mois
d'Août 1769 , il publia le Profpectus d'un
ouvrage qui devoit être intitulé , l'Archiviste
François . Le livre alloit ſe diſtribuer
, lorſque M. Lemoine propoſa à M.
Batteney de joindre les deux ouvrages
pour n'en former qu'un ſeul corps , avec
l'attention de ſéparer les augmentations
en forme defupplément, en faveur de ceux
qui auroient la première édition de la
Diplomatique - pratique. C'eſt ce ſupplément
qui vient de paroître. M. Lemoine
eſpère que les ſouſcripteurs de fon onvrage
ne lui oppoſeront point la promefle
qu'il leur avoit faire en 1764 , par fon
proſpectus , de leur donner le fupplément
gratis. Il n'avoit point prévu la jonction
des travaux de M. Batteney , qui ne lui
appartiennent point , & l'augmentation
de près de 60 planches .
Il ſe trouve encore chez le libraire cideſſus
nommé , quelques exemplaires de
laDiplomatique-pratique de M. Lemoine,
du prix de 12 liv . in 4 ° . broché .
Préceptes de Santé , ou Introduction au
Dictionnaire de Santé , contenant tous
les moyens de corriger les vices de ſon
tempérament & de le fortifier par le
F
122 MERCURE DE FRANCE.
ſeul fecours du régime & de l'exercice ;
ou l'art de conſerver ſa ſanté & de
prévenir les maladies . A Paris , chez
Vincent , Imprimeur Libraire , rue des
Mathurins .
L'étude propre de l'homme eſt l'homme.
Cette penſée de Pope n'eſt pas moins
vraie au phyſique qu'au moral. C'eſt en
étudiant notre tempérament; c'eſt en connoiſſant
toutes les reſſources que nous
pouvons trouver dans l'exercice , le régime
, la gaîté , que nous parviendrons plus
fûrement que par les conſeils de tous les
médecins, à conſerver notre ſanté, ce bien
ſi deſirable , ſi néceſſaire même à notre
bonheur , & fans lequel tous les plaiſirs
perdent leur faveur. L'ouvrage que nous
annonçons eſt très- propre à nous donner
cette connoiſſance physique de l'homme ;
à nous mettre du moins fur la voie pour
y parvenir. L'auteur procède avec ordre ;
il considère l'homme dans ſes différens
âges , il le ſuit dans toutes les époques &
dans les différentes circonstances de ſa
vie , en ſanté comme en maladie . Mais ,
en expoſant les maladies particulières à
chaque temperament & aux différens
âges , il s'eſt contenté de donnerdes préceptes
pour les prévenir ; il a renvoyé
NOVEMBRE. 1772 . 123
pour le traitement au Dictionnaire de
Santé , qui ſe diſtribue chez le même Libraire
, que chacun s'eſt empreſlé de ſe
procurer , & auquel l'ouvrage actuel devient
une introduction néceſſaire .
Réflexions fur le triſteſortdes perſonnes qui,
Sous une apparence de mort , ont été enterrées
vivantes , &fur les moyens qu'on
doit mettre en usage pour prévenir une
telle méprise ; ou Précis d'un Mémoire
fur les cauſes de la mort fubite & violente
: danslequel on prouve que ceux
qui en font les victimes , peuvent être
rappellésàla vie. Par M. Janin , maître
en chirurgie , oculiſte de la ville de
Lyon & du Collége royal de chirurgie
de Paris , ancien chirurgien aide- major
des armées du roi, membre de pluſieurs
académies royales .
Tous les hommes y ont un égal intérêt.
Le Chancelier BACON.
Brochure in - 12. A la Haye , & fe
trouve à Paris chez J. Fr. Didot le jeune
, libraire quai des Auguſtins .
Ces réflexions ſont celles d'un bon
citoyen , d'un phyſicien éclairé , d'un ob-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
ſervateur attentif , qui voyant beaucoup
d'analogie entre le noyé , qui meurt faute
de pouvoir reſpirer , & l'homme étouffé
par quelque cauſe que ce ſoit , voudroit
que l'on adminiſtrâtà celui- ci des ſecours
pareils à ceux qu'une ſage prévoyance a
réglés pour le premier. Comme les faits
frapperont encore plus le commun des
lecteurs que les raiſonnemens , nous rapporterons
cet exemple d'un enfant étouffé
, & que M. Janin a rappellé à la vie.
« Une nourrice , nous dit-il , eut le mal-
>>>heur d'étouffer dans ſon lit fon nour-
>>riſſon. Je traitois cette femme depuis
>>quelque tems pour une maladie des
>> yeux. Déſeſpérée du funeſte accident
» qui venoit de lui arriver , elle me fait
>>appeller à ſon ſecours; fon mari ac-
>>court , me raconte leur triſte ſituation ;
>>il n'y avoit pas un inſtant à perdre , vu
>>que cet homme ne pouvoit m'apprendre
» depuis quel tems cet enfant avoit péri.
» J'arrive , je trouve la petite victime
>dans ſon berceau , fans aucun ſigne de
» vie , nul pulſation dans les artères ,
>> point de reſpiration , le viſage livide ,
>>les yeux ouverts & ternes , le nez plein
» de morve , la bouche béante ; enfin il
>>étoit preſque froid. Tandis qu'on ſe hâ
NOVEMBRE. 1772 . 125
toit de chauffer des linges d'une part &
>> descendres de l'autre ,je le fis démailloter
, & le plaçai dans un lit trèschaud,
& fur le côté , on le frictionna
» par- tout le corps avec du linge très-
» fin , de crainte d'écorcher ſa peau ten-
>> dre& délicate. Dès que les cendres furent
prêtes , je l'enterrai dedans , ex-
» cepté le viſage , & le plaçaiſur le côté
» oppoſé où je l'avois mis dabord , & on
" le couvrit d'une couverture de laine .
Je m'étois muni d'un flacon d'eau-de-
» luce ; je lui en préſentai au nez de tems
en tems , &, dans les intervalles, on lat
>> ſouffloit dans les narrines quelques gor-
» gées de fumées de tabac: à ces moyens
" on faifoit ſuccéder celui de ſouffler dans
» ſa bouche en lui ferrant le nez . La cha-
>> leur ſe ranima peu-a-peu ; bientôt les
> pulſations de l'artère temporal ſe firent
ſentir , la reſpiration devint toujours
»plus fréquente & plus libre ; les yeux
>> ſe fermèrent & s'ouvrirent alternative-
>> ment. L'enfant finit par jetet des cris
>> en cherchant le mammelon ; on le lui
>>donna , il le prit avec avidité , & têra
>> comme s'il ne lui fût arrivé aucun ac-
>> cident. Moins de demi heure de ſoins
>> furent fuffiſans pour rappeller à la vie
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
>> ce pauvre innocent. Quoique les pulfa-
>>>tions des artères fuflent très bien rétablies
, & que le tems fût chaud , je laif-
>>ſai encore pendant trois quarts d'heu-
>> res , ſous les cendres , le petit malade ; on
>>l'emmaillota enſuite; ur ſommeil doux
y fuccéda , il ne furvint aucun accident :
>> l'enfant eſt encore plein de vie & de
>> vigueur. Il me feroit difficile de dépein-
>> dre le déſeſpoir dans lequel étoit cette
>>nourrice lorſque j'arrivai chez elle ,
>> encore moins de pouvoir décrire l'ex-
>> cès de joie auquel elle ſe livra lorf.
>> qu'elle vit ſon nourriffon rappellé à la
» vie. Que les larmesqu'elle verſoit dans
>> ce moment étoient délicieuſes ! Elles
>> fuccédoient à des larmes d'amertume &
>> de douleur. »
L'auteur cite encore l'exemple d'un
jeune homme qui s'étoit pendu de défefpoir
, & auquel il a adminiſtré des ſecours
également efficaces . Ces exemples
prouventévidemment la poſſibilité de rappeler
à la vie , non- feulement les noyés ;
mais encore les perſonnes étouffées & les
pendus. Ceci doit done nous faire concevoir
des eſpérances flatteuſes ſur les fuccèsdes
ſecours à adminiſtrer aux perfonnes
frappées de mort ſubite , ou par tour
NOVEMBRE. 1772. 127
autre accident. M. Janin n'admet que
deux caufes générales qui peuvent nous
priver de la vie . La première , la perver.
fion ou putridité totale des humeurs ; la
ſeconde , la deſtruction de quelque vifcère
ou organe principal , ou bien une
grande léſion dans ces parties , enfin l'embarras
où elles peuvent être par quelle que
cauſe que ce ſoit. L'auteur conclut de là
que toutes les fois qu'une de ces cauſes
n'a pas lieu , il eſt poſſible de faire reſpirer
de nouveau un homme qui a perdu le jeu
des organesde la reſpiration.Or, on conçoit
d'après ce principe ( principe que l'auteur
ſe réſerve de démontrer dans le mémoire
dont cet écrit n'eſt que le précis )
on conçoit , diſons - nous , qu'une multitude
d'infortunés ont dû être les victimes
de la précipitation avec laquelle ils ont
été enterrés . Parmi les traits hiſtoriques
relatifs à cet objet, contenus dans cet écrit ,
on n'a point omis de rapporter la triſte
fin du cardinal Spinofa , malade depuis
quelque tems, à la ſuite de bien des chagrins.
Il tombe en ſyncope , on le croit
mort; on s'empreſſe de l'ouvrir pour l'embaumer.
Les poumons étoient à peine
découverts qu'on s'apperçoit que fon
coeur palpite , & cet infortuné , revenu à
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
lui , eut affez de force pour porter la
main juſques ſur le ſcapel du Chirurgien
qui le difféquoit , &de le repoulfer.
Mais il n'étoit plus tems, le coup mortel
étoit porté.
Combien d'autres faits pareils qui font
frémir l'humanité , & ne ceffent d'accufer
notre négligence à ſeconder les reffources
de la nature ! L'écrit de M. Janin
eft bien capable de réveiller notre
attention fur cet objet , & de nous porter
à étendre les ſecours déjà préparés
avec ſuccès pour les noyés , ſur les infortunés
chez qui le mouvement vital
eſt arrêté par des indigestions , des ſyncopes
, ou la gène des organes de la refpiration
. Ce bienfait procuré à la ſociété
eſt la plus grande récompenſe que l'auteur
attend de ſes recherches & de ſes
travaux.
Le Clergé de France , ou Tableau hiſtoririque
& chronologique des Archevêques
, Evêques , Abbés , Abbeſſes , &
des chapitres principaux du royaume ,
depuis la fondation des Egliſes juſqu'à
nos jours. Dédié à S. A. Monſeigneur
le Prince Ferdinand de Rohan , archevêque
de Bordeaux , grand prevôt de
NOVEMBRE. 1772. 129
l'Egliſe de Strasbourg , &c. Par M.
l'Abbé Hugues du Tems , docteur de
la maifon & fociété de Sorbonne , vicaire
général de Bordeaux , & d'Acqs ,
&chanoine de St Emilion . Cinq volu .
me mêmes format , caractère & papier
que le Profpectus . Ouvrage propoſé
par ſouſcription ; pour laquelle on
on n'exige qu'une foumiſſion , & le
payement du prix de chaque volume à
mefure qu'ils paroîtront.
Depuis long tems le Clergé de France
defiroit une histoire qui renfermât l'origine
de ſes Eglifes particulières & la fucceſſion
de ſes Evêques , lorſque Jean Chenu
, natif de Bourges , & avocat au parlement
de Paris , jeta les premiers fondemens
de cette vaſte entrepriſe : ce fut en
1621 , que parut l'ouvrage intitulé , Archiepifcoporum
& Epifcoporum Gallie
Chronologica Hiftoria , Parifiis apud Robertum
Fouet , in .
Un eſſai auſſi défectueux dans fon exécution
, que louable dans ſon obiet , ne
pouvoit pas remplir l'attente du Public &
fatisfaire ſa curiofité. Claude Robert , prê .
tre du diocèſe de Langres ,& grand archidiacre
de Châlons-fur- Saone , oſa travailler
à la perfection d'un livre dont il con
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
noufoit toute l'importance , & publia , en
1626 , le fruit de ſes veilles in - folio :
mais la gloire du ſuccès étoit réſervée à
des mains plus habiles. Les deux célébres
jumeaux , Scevole & Louis de
Ste Marthe , entrerent courageuſement
dans le dédale obfcur des cartulaires ,
poury porter le lambeau de la critique.
Leur Gallia quadripartita parut enfin en
1656 , muni du glorieux fuffrage de l'afſemblée
du Clergé , & déjà la mort les
avoit enlevés à la religion & aux lettres.
Une édition plus ample & plus correcte ,
demandoit des écrivains laborieux qui
vouluſſent s'appliquer à de nouvelles recherches
. Dom Denis de Ste Marthe ,
depuis fupérieur général des Bénédictins
de St Maur , ſe conſacra tout entier à un
travail auffi intéreſſant , & ſe montra le
digne héritier du nom de ceux dont il
entreprit de perfectionner l'ouvrage. Un
ſiècle ne lui eût pas ſuffi pour mettre la
dernière main à l'édifice immenſe qu'il ſe
propoſa de réparer & d'agrandir. La favante
Congrégation dont il étoit le Chef,
lui fournit des ſucceſſeurs capables d'achever
ce monument , le plus précieux ,
fans doute , que les lettres aient élevé à
l'Egliſe Gallicane. Déjà leur zèle infatigable
les a conduits juſqu'au douzième
NOVEMBRE. 1772. 131
vol . in - fol. & laiſſe encore à defirer fix
provinces que le Public attend avec l'impatience
dont il honore les productions
utiles.
L'ouvrage que nous annonçons remplit
en notre langue l'objet de celui des Bénédictins.
Quoique l'auteur les ait fouvent
pris pour guides ; éclairé néanmoins
pardes techerches particulières , il a quel .
quefois ofé les contredire . On trouvera ,
ens volumes in - 8 ° . , l'hiſtoire abrégée
des Archevêques , Evêques , Chefs des
Eglifes principales , Abbes & Abbetfes
du royaume , diviſée par provinces , par
diocèſes & par articles , felon l'ordre alphabétique
des Métropoles , contenant
leur fucceffion chronologique depuis la
fondation des fiéges & des abbayes jufqu'à
nos jours ; les faits les plus remarquables
de leur vie ; les noms des fondateurs
& des bienfaiteurs de leurs Eglifes ;
les révolutions eccléſiaſtiques & civiles
arrivées dans les lieux de leur territoire ;
les réformes introduites dans le Clergé
féculier & régulier du royaume . On a indiqué
, autant qu'il a été poſſible , le lieu
de la naiſſance des Evêques , leur famille
, leurs écrits , & le jugement qu'on en
doit porter , le rang qu'ils ont mérité par-
F vj
1
132 MERCURE DE FRANCE.
mi les dignes ſucceſſeurs des Apôtres ;
les habiles Théologiens & les célèbres
Jurifconfultes , leurs travaux pour la défenſe
de la foi & pour la gloire de l'Etat ;
les titres facrés en vertu deſquels ils pofsèdent
leurs biens &leurs privilèges , &c.
Chaque volume fera terminé par la notice
des chartres , bulles , diplomes du
Gallia Chriftiana , & par la bibliothèque
des écrivains qui ont travaillé ſur toutes
les parties de l'hiſtoire eccléſiaſtique de
France.
On n'a rien négligé pour répandre dans
le Tableau du Clergé tout l'intérêt dont
il eſt ſuſceptible , & pour viviher ſa nomenclature
par les traits des grands perſonnages
. L'auteur peut dire , avec vérité
, qu'il fait revivre une foule d'hommes
illuſtres qui ont été leſoutien de la Religion
, l'ornement de leurfiècle , & la gloire
de leur maison. Il a cru que , quoique di .
gnes des regards de tous les âges , ils auroient
couru le riſque de reſter dans l'oubli
, s'il ne décernoit pas lui - même les
honneurs dus à leur mémoire. Le devoir
toujours preſſant de la reconnoiſſance ne
lui a point permis d'en laiffer le foin à
l'auteur du Profpectus du Dictionnaire des
Bénéfices , dont le projet , annoncé depuis
NOVEMBRE. 1772. 133
trois ans , n'a donné juſqu'ici , au Public ,
que les regrets de l'inexécution. Un feul
exemple de cette forte fuffiroit,ſans doute,
pour juſtifier le difcrédit des ſouſcriptions.
Aufli M. l'Abbé du Tems , jaloux
de mériter la confiance du Public , ne s'eft
déterminé à publier ce profpectus , qu'après
avoir entièrement achevé l'ouvrage
qu'il propofe , & dont le volumineux
manufcrit a déjà été entre les mains d'un
cenſeur éclairé & judicieux. Pour mieux
mériter encore cette confiance , & penſant
, que fi c'eſt une faute de manquer à
ſa parole envers un particulier , c'eſt un
crime puniſſable de ſe jouer des engagemens
folemnels contractés avec le Public
, il a pris le parti de n'exiger le payement
de la ſouſcription , qu'à la livraiſon
de chaque volume ; ſe contentant , de la
part des perfonnes qui voudront ſe procurer
l'ouvrage au bénéfice d'un tiers ,
d'une foumiffion pure & fimple , qui fera
adreſſée à l'un de ceux qu'on indiquera
dans les conditions ci après. On eſpère
que les Prélats , & autres Eccléſiaſtiques ,
prendront intérêt à un ouvrage qui les
mettra à portée de connoître , à peu de
frais , l'origine , les progrès & l'état actuel
de toutes les Eglifes particulières de leurs
134 MERCURE DE FRANCE.
diocèſes & de leurs pays; que les Abbés
& Abbeſſes , Religieux & Religieuſes
verront avec plaiſir dans un petit nombre
de volumes l'hiſtoire de leurs Monastères
, & de ceux ou de celles qui les ont
gouvernés , qu'enfin un grand nombre de
maiſons & de familles ſe plairont à contempler
un Tableau où l'on a raffemblé ,
comme dans une galerie , tous les Prélats
du premier & du ſecond Ordre qu'elles
ont donnés à l'Egliſe de France .
Conditions de la Soufcription.
1º . Le prix des cinq volumes , dont
chacun contiendra environ 700 pages ,
format in ১০. petit romain , & à deux colonnes
, ferade 21 liv . pour les perſonnes
qui ſouſcriront avant le premier Janvier
1773 , & de 30 liv. pour celles qui n'auroient
pas fouſcrit avant ce tems .
2 ° . On adreſſera à M. l'Abbé du Tems,
rue du Regard , hôtel de M. le Prince
Ferdinand ; ou au ſieur Gueffier , libraire
à Paris , au bas de la rue de la Harpe, une
foumiſſion ſimple de prendre l'ouvrage ,.
& de payer 4 liv. 4 fols à la livraiſon de
chaque volume dont on donnera avis à
MM. les Soufcripteurs. Cette ſoumiffion
fera conçue en ces termes :
NOVEMBRE . 1772. 135
Jepromets& m'engage deſouſcrirepour
le livre intitulé le Clergé de France , &c .
& de faire retirer d'entre les mains de M.
chaque volume moyen-
-nant lafomme de 4 liv. 4 fois queje ferai
remettre alors à mondit fieur
dès qu'il m'aura prévenu de la publication
de chacun desdits volumes . A
1772 . Signé ,
le
3º . Toutes les lettres relatives à cette
foufcription , & qui feront adreſſées à
lui parviendront franches
de port , ainſi que le prix de chaque
volume à retirer .
Μ.
Nota . L'auteur inférera avec plaiſir dans
fon ouvrage les mémoires ſuccincts qui
lui feront envoyés , francs de port, dans le
cours de l'impreffion , par Nofſeigneurs les
Archevêques & Evêques , par les Abbés ,
Abbelles & Chapitres ; il les prie même
de vouloir bien concourir à la plus grande
perfection d'un monument qui réunit tant
de titres pour les intéreſſer. S'il recevoit
un grand monbre de mémoires , il en formeroit
un ſixième volume que les ſouſcripteurs
payeroient comme les précédens.
136 MERCURE DE FRANCE.
Dictionnaire raiſonné - univerſel des Arts
& Métiers , contenant I hiſtoire , la def.
cription , la police des fabriques &
manufactures de France & des pays
étrangers : ouvrage utile a tous les citoyens.
Nouvelle édition , revue , corrigée
& confidérablement augmentée ,
dédiée à M. de Sartine. Cinq volumes
in 8 °. propoſés par ſouſcription. A Paris
, chez P. Fr. Didot jeune , libraire
de la Faculté de Médecine de Paris ,
quai des Auguſtins ; 1772. avec approbation
& privilege du Roi .
Le travail & l'industrie naiſſent avec
la ſociété , ils s'accroiſſent avec elle ; plus
une ſociété eſt policée , plus elle enfante
d'arts , & plus on voit s'approcher de la
perfection ceux auxquels elle a donné
naiſſance.
On ne peut douter que pluſieurs peuples
célèbres de l'antiquité n'aient joui de
tous ces avantages ; les monumens de leur
induſtrie , que le tems & la barbarie ont
reſpectés , nous prouvent qu'ils ont porté
à un très haut point les arts néceſſaires ,
&même pluſieurs arts de commodité &
d'agrément. Mais leurs ouvrages nous
laiſſent preſque toujours dans l'ignorance
fur les procédés que ſuivoient leurs arcifNOVEMBRE.
1772. 137
tes. Lorſque l'éclat de la littérature &
des ſciences vint diſſiper les ténèbres où
l'Europe avoit été plongée pendant les
ſiècles d'ignorance , on trouva peu de ſecours
dans les écrits des Anciens : mais
on voyoit leurs chefs -d'oeuvre , on tâcha
de les imiter ; & l'induſtrie s'animant par
le feu dugénie , tout fut inventé de nouveau.
Ce n'eſt que dans ces derniers temps
qu'on a fenti combien il feroit utile au
progrès des arts de configner dans des
écrits publics les moyens que l'induſtrie
emploie pour fatisfaire nos goûts & nos
beſoins . L'Académie royale des ſciences
ne fut pas plutôt établie , qu'elle s'occupa
ſérieuſement de ce projet ; & depuis ce
tems elle l'a toujours ſuvi , comme on le
voit dans les mémoires de cette illuſtre
compagnie , & dans les ouvrages que pluſieurs
de ſes membres ont compoſés . Enfin
elle a entrepris depuis quelques années
de publier des deſcriptions complettes de
tous les arts; celles qui font déjà imprimées
font la preuve des utilités fans nombre
qu'on pourra retirer d'un ouvrage où
la pratique la plus détaillée & la plus
étendue eſt éclairée par les lumières d'une
théorie ſavante, & où des planches exactes
138 MERCURE DE FRANCE.
& préciſes mettent ſous les yeux tous les
inſtrumens & la manière de les employer.
Les auteurs de l'Encyclopédie ont cru
devoir faire de la deſcription des arts&
métiers , un des principaux objets de leur
travail : la manière ſavante dont ils ont
traité cette partie mérite certainement les
plus grands éloges .
Dès le commencement de ce ſiècle ,
&même dès la fin du ſiècle dernier , pluſieurs
écrivains particuliers nous avoient
donné aufli des notions utiles fur les arts
& métiers . On peut nommer, entre autres,
la Marre , dans ſon excellent Traité de la
Police , & Savari , dans ſon Dictionnaire
du Commerce . Nous attendons avec la
plus grande impatience la nouvelle édition
de ce dernier ouvrage , que M. l'Abbé
Morelet , écrivain très diſtingué , eſt bien
en état de rendre plus précieuſe , & qu'il
nous promet depuis ſi long-tems.
Mais les ouvrages dont nous venons
de parler font très- volumineux , & ne
font pas à la portée de tout le monde . Ils
renferment d'ailleurs une multitude de
choſes abſolument étrangères aux arts &
métiers ; & toutes ces différentes parties
ne peuvent avoir le même degré de perfection
, parce que l'éditeur ne peut don
NOVEMBRE. 1772. 139
ner tous ſes ſoins à tant d'objets différens.
Il eſt vrai que les deſcriptions de l'académie
ſe bornent uniquement à cet objet ;
mais elles exigent un ſi grand travail &
le concours d'un ſi grand nombre de favants
& d'artiſtes , qu'elles ne peuvent
être remplies que par la ſuite des tems ,
comme le porte l'avertiſſement de ce magnifique
ouvrage.
Toutes ces confidérations ont fait
penſer que le Public pourroit recevoir
avec plaifir un ouvrage moins étendu ,
dans lequel il trouveroit des notions
exactes fur les arts & métiers qui font la
gloire & la richeſſe de la Nation.
Tel a été le but que l'on s'étoit propoſé
en donnant la première édition de ce
dictionnaire en deux volumes in -8 ° .
L'empreſſement du Public à ſe procurer
un ouvrage auffi utile , nous a bientôt engagés
à en préparer une nouvelle édition
.
Pluieurs Particuliers ont remis des
mémoires ; beaucoup d'artiſtes vouloient
bien aider de leurs conſeils , & procurer
des éclairciſſemens , des corrections &
des augmentations abſolument néceſſaires
: mais il falloit trouver une perſonne
en état de rédiger & de mettre en ordre
tous les matériaux ; qui , auſſi laborieuſe
140 MERCURE DE FRANCE.
que capable de faire de bonnes obſervations
, voulût ſe donner la peine de voir
travailler les ouvriers dans leurs atteliers,
leur demander des mémoires , les queftionner
ſur les uſages des machines &
des outils , rectifier ce qu'ils auroient
mal expliqué ; qui pût ſaiſir le méchanifme
& l'eſprit de chaque invention , leur
apprendre même quelque fois une manière
plus avantageuſe de procéder , leur
donner enfin des moyens pour épargnet
la main d'oeuvre , ſans rien diminuer de
la qualité , de la folidité & de l'agrément
de leurs ouvrages .
M. l'Abbé Jaubert , de l'académie des
fciences de Bordeaux , connu parpluſieurs
ouvrages , a bien voulu ſe charger du ſoin
decette nouvelle édition ; c'eſt donc à fon
zèle infatigable , & aux recherches auffi
pénibles qu'exactes qu'il a faites , que l'on
doit le degré de perfection auquel cet ouvrage
eſt parvenu .
M. Baumé , célèbre apothicaire de Paris
, dont nous avons pluſieurs mémoires
imprimés parmi ceux des Sçavans étrangers
, & différens ouvrages de chymie, de
pharmacie , qui lui affurent pour toujours
une réputation ſi bien méritée , a revules
arts qui dépendent de la chymie & de la
NOVEMBRE. 1772. 141
phyſique dontil avoit traité la plus grande
partie dans la première édition,
Les ouvrages ſavans de MM. de Réaumur,
Macquer , Hellot , Duhamel , Geof.
froy , Bourgelat , la Guérinière , & d'une
infinité d'autres , ont été du plus grand
fecours.
Pluſieurs arts ont été traités exprofeſſo.
L'article Imprimerie fatisfera ceux qui
voudront avoir une idée de ſes opérations,
& on ſuivra facilement,par le ſecours des
figures,le méchaniſme de cet art fi utile.
Les ouvrages techniques étant ordinairement
plus propres à inſtruire qu'à amuſer
, on a eu grand ſoin de joindre l'utile
à l'agréable , en donnant l'hiſtorique de
chaque art , fon origine , ſon inventeur ,
ſes degrés de perfection , les matières qui
lui font propres & en quels lieux elles ſe
trouvent ; leur préparations , les moyens
de diſtinguer les bonnes ou mauvaiſes
qualités de chacune , quels font les principaux
ouvrages que l'on en fait , & comment
on y procède. On y a joint la defcription
des outils & des machines les
plus néceſſaires ; la notice des réglemens,
auquels les différens arts ſont ſoumis dans
le royaume , & enfin la deſcription de
pluſieurs atts étrangers dont le travail rou.
142 MERCURE DE FRANCE.
le ſur des productions que la nature a refuſées
à notre climat.
Pour ne rien négliger dans un ouvrage
auffi intéreſlant, l'éditeury a ajouté un nombre
conſidérable d'arts qui manquoient
dans la première édition , ya joint les arts
& les procédés nouveaux que l'on a inventés
, & a corrigé & augmenté pluſieurs
articles dont il paroiſſoit que l'on n'avoit
pas éré allez inſtruit. C'eſt ainſi qui'il a refondu
entièrement l'article Agriculture ,
d'après ce que les diverſes ſociétés d'agriculture
ont donné de nieux au Public , &
les manufcrits que pluſieurs artiſtes ont
bien voulu lui communiquer. Eofin il n'y
arien de curieux & d'intéreſſant dans tous
les arts , dont il n'ait fait mention .
Comme pluſieurs outils & machines ,
dont la figure & l'uſage font totalement
différens , ont ſouvent les mêmes noms ,
on a cru faire plaiſir au Publicen lui donnant
une nomenclature de tous les mots
techniques avec leur explication , & on a
eu foin à chaque mot technique de renvoyer
à l'art auquel il appartient. Cette
nomenclature générale , qui manquoitabfolument
dans notre largue , étoit defirée
depuis très longtems ; elle ne pouvoit
mieux convenir qu'à la ſuite de ce dice
NOVEMBRE. 1772. 143
'tionnaire , puiſqu'en renvoyant à l'act
même qui en donne la deſcription , elle
fera éviterbien des erreurs dans leſquelles
on étoit tombé juſqu'à préſent.
Ce dictionnaire peut faire ſuite à un
Dictionnaire raiſonné - univerſel des trois
règnes de l'Histoire Naturelle , qui s'imprime
actuellement des même- format & mêmes
caractères. Les deux premiers volumes
du règne végétal paroîtront inceffam.
ment. Le Dictionnaire de Chymie par M.
Macquer , que l'on trouve auſſi chez le
même libraire , peut- être regardé comme
une ſuite & comme le complément de
l'hiſtoire de la Nature & des Arts , puifqu'il
en explique les agents ſecrets , les
refforts & les principes. C'eſt dans cet ouvrage
que l'on trouvera l'analyſe de la
Nature , qui , dans le dictionnaire des trois
règnes , eſt préſentée telle qu'elle ſe mon--
tre à nous , & , dans le Dictionnaire des
Arts & Métiers , telle que nous l'aſſujettiffons
& façonnons pour nos beſoins &
pour nos plaiſirs.
Conditions de la Souſcription .
Cet ouvrage , dont les premiers volumes
ſont imprimés , formera cinq volu
mes in- 8 °.
144 MERCURE DE FRANCE.
Les perſonnes qui deſireront s'af.
furer d'un exemplaire payeront en
foufcrivant.
En retirant l'exemplaire complet
en feuilles à la fin de cette année , 1.5
Total. •
La ſouſcription n'aura lieuquejuſqu'au
jour que l'ouvrage paroîtra ,
paflé lequel tems, ceux qui n'auront
pas fouſcrit payeront l'ouvrage
complet en feuilles. • • •
sliv.
20liv.
2.4liv.
Méthode pour étudier l'Histoire , avec un
catalogue des principaux Hiſtoriens ,
accompagné de remarques ſur la bonté
de leurs ouvrages , & fur le choix des
meilleures éditions ; par M. l'Abbé
Lenglet du Freſnøy . Nouvelle édition,
revue , corrigée & conſidérablement
augmentée , par M. Drouet , bibliothécaire
de MM. les Avocats . A Paris ,
chez Debure père , & N. M. Tilliard ,
libraires , quai des Auguſtins. Quinze
volumes in- 12 . du prix de 48 livres ,
reliés . On vendra ſéparément les neuf
premiers volumes , qui contiennent les
inſtructions ſur l'hiſtoire , 27 liv. rel .
Les différentes éditions qu'on a faites
de
NOVEMBRE. 1772. 145
de cet ouvrage de l'Abbé Lenglet ; les
traductions que les Allemands , les Italiens
& les Anglois ſe font empreſſés d'en
donner en leur langue , prouvent fuffiſamment
l'eſtimedont il eſten poffeffion .
On l'a toujours regardé comme un des
meilleurs livres élémentaires ſur l'hiſtoire
: on peut même dire que c'eſt le ſeul
qui ait l'avantage de préſenter , d'une manière
inſtructive , toutes les parties de
l'hiſtoire dans l'ordre où elles doivent
être étudiées , en indiquant les auteurs
qui les ont traitées , &qui en ont éclairci
les difficultés avec plus ou moins de fuccès
. Le catalogue qui accompagne l'ouvrage
fait connoître plus en détail les auteurs
qui ont écrit ſur l'hiſtoire , & fur
toutes les parties qui y ont rapport. Si ce
n'eſt point un catalogue univerſel , dont
le détail ſeroit immenfe , c'eſt encore
moins le catalogue d'une bibliothèque
dreſſée ſuivant les vues d'un particulier ,
qui pouroit être très abondante ſur certains
objets , & très- peu fournie ſur d'autres
; c'eſt véritablement un catalogue de
choix , qui indique les principaux livres;
mais qui ne peut manquer d'être conſidérable
, puiſqu'il embraſſe l'hiſtoire univerſelle
& toutes ſes dépendances.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
Le ſuccès qu'ont eu les éditions qu'on a
déjà données de cet ouvrage , & la répu,
tation dont il jouit encore , & qui le fait
rechercher comme un livre vraiment utile
, ont fait naître l'idée d'en entreprendre
une nouvelle édition , dans laquelle , en
refondant le ſupplément dans le corps de
l'ouvrage , on s'eſt propoſé de corriger
tout ce qui ſe trouveroit d'inexact , &
d'ajouter ce qui pourroit contribuer à le
rendre plus complet & plus intéreſſant.
Les obſervations générales ſur l'hiſtoire
, répandues dans la Méthode & dans le
Supplément , ont été réunies de ſuite. Elles
compoſent la première partie , & forment
un traité dogmatique , dans lequel on érablit
la certitude de l'hiſtoire , & l'on poſe
les règles de critique qui fervent à diſtinguer
les faits faux des véritables.
Ce qui regarde l'hiſtoire ancienne a été
revu & conféré ſur le manufcrit d'un
homme célèbre , dontl'Abbé Lenglet s'eft,
en grande partie , approprié l'ouvrage , &
à qui on l'a reſtitué , comme il étoit juſte,
On a placé les canons chronologiques à la
fuite de cette partie : ils en font une dépendance
néceſſaire.
L'hiſtoire moderne,traitée avecbeaucoup
moins d'exactitude , a été corrgée ſur les
NOVEMBRE. 1772. 147
meilleurs auteurs , & conduite juſqu'à nos
jours . On n'aura pas de peine à s'appercevoir
que cette partie a été conſidérablement
augmentée , &qu'on n'a point négligé
d'indiquer tous les bons auteurs qui
ont écrit fur l'hiſtoire moderne , à meſure
que l'occaſion s'eſt préſentée de faire connoître
leurs ouvrages .
Le Catalogue des principaux Hiſtoriens,
corrigé en une infinité d'articles , & difpoſé
dans un ordre plus exact , eſt augmenté
de tous les livres qui , depuis quarante
ans , ont été donnés ſur l'hiſtoire &
fur les matières hiſtoriques. Dans les jugemens
qui accompagnent la notice de
ces derniers , on s'eſt abſtenu de toute per.
fonalité . Ordinairement on ſe contente
d'indiquer en peu de mots le principal
objet de l'ouvrage , ſuivant ce qu'en ont
dit les Journaliſtes les plus éclairés. Ce
catalogue n'ayant rien omis d'eſſentiel ,
devient une bibliothèque hiſtorique , la
plus complette , la plus étendue même qui
ait encore étédonnée.C'eſt un ſupplément
néceſſaire à la bibliothèque historique de
Struvius , dont la dernière édition , augmentée
par Buder , eſt déja ancienne .
Deux articles intéreſſans , qui man
quoient au catalogue, ont été ajoutés dans
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
cette nouvelle édition : l'un concerne
l'Histoire des Sciences & des Arts; l'autre
regarde l'Histoire littéraire. Unetroiſième
addition conſidérable , eſt le détail de tous
les morceaux contenus dans les trentecinq
volumes qui compoſent l'Histoire
& les Mémoires de l'Académie des Infcriptions
& Belles Lettres . On a penſé que ce
détail ne feroit pas moins bien reçu , que
celui que l'Abbé Lenglet avoit donné des
collections de Grævius , de Gronovius ,
&c.
La Table générale & raisonnée des auteurs
& des Matières indiqués dans le catalogue
, en forme ſeule le ſixième volume
. C'eſt une vraie bibliographie hiſtorique
, diſpoſée dans l'ordre alphabétique.
On n'a pas craint de lui donner l'étendue
dont elle étoit fufceptible , parce qu'on
l'a regardée comme la partie la plus intéreffante
du catalogue ; celle qui pouvoit
être d'un plus grand ſecours aux gens de
lettres, à ceux fur- tout qui conſacrent leurs
travaux à enrichir la littérature de leurs
productions .
Dans legrand nombrede perſonnes qui
font de l'hiſtoire l'objet de leurs études ,
il en eſt , ſans doute , pluſieurs qui , contentes
des inſtructions fur l'hiſtoire qui
NOVEMBRE. 1772. 149
2
compoſent les neuf premiers volumes ,
&de la notice qu'on donne des meilleurs
auteurs , dans le cours de ces inſtructions,
&dans le petit catalogue qui les termine ,
ſe trouveroient furchargées qu'on les obli .
geât d'acheter les quinze volumes , qui
forment la totalité de l'ouvrage. C'eſt en
faveur de ces perſonnes ,& pour leur donner
les facilités de s'inſtruire à moins de
frais , que l'on donne à part les neuf premiers
volumes. Quelqu'intéreſſant que
puiſſe être ce catalogue, on fent qu'il n'eſt
abſolument néceſſaire , qu'aux perſonnes.
que des études profondes ou un goût particulier
pour la bibliographie , met dans
la néceſſité de connoître un très - grand
nombre de livres .
On trouve chez les mêmes libraires
trois autres ouvrages de l'Abbé Lenglet ,
dont on ne peut ſe paſſer , quand on veut
faire des progrès réels dans l'étude de
l'hiſtoire.
La première eſt ſa Méthode pour étudier
la Géographie , dont la dernière édition ,
en dix volumes in- 12. a paru en 1768 .
Cette géographie eſt la plus complette
qu'on ait encore donnée en France. Indépendamment
de la deſcription des pays ,
elle contient une géographie ancienne ,
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
1
comparée avec la moderne; un difcours
intéreſſant fur l'étude de la géographie ;
un catalogue des principaux ouvrages far
la géographie& les voyages , &un autre
catalogue fort étendu de toutes les bonnes
cartes .
Les deux autres ſont ſes Tables & fes
Tablettes chronologiques de l'Histoire universelle
, qui ont été ſuffisamment annoncées
dans le public , & qui font eſtimées.
Les premières , amenées juſqu'à l'année
1770 , forment deux grands tableaux
chronologiques , qu'on doit toujours
avoir ſous les yeux , quand on étudie
l'hiſtoire . Les Tablettes chronologiques ,
dont la dernière édition en deux volumes
in-8 °. a paru en 1763 , renferment des
instructions étendues ſur l'étude de la
chronologie ; différens canons néceſſaires
pour fixer les dates anciennes & modernes;
une ſuite chronologique des événemens
remarquables , & les fuites de tous
les Souverains. C'eſt en petit , pour l'hiſtoire
univerſelle , ce qu'eſt l'Art de vérifier
les Dates , pour l'hiſtoire moderne.
La méthode pour étudier la géographie,
dix volumes in- 12 . rel. ſe vend 30 liv.
Les tables chronologiques quatre feuilles
gravées en taille douce , 6 liv .
NOVEMBRE. 1772. 138
Les tablettes chronologiques , deux volumes
in 8 ° . reliés , 13 liv. 4 fols .
Principes de l'hiſtoire pour l'éducation
de la jeuneſſe , ſix volumes in 12. 1 ) 1.
Les Malheurs de l'Inconstance , ou Lettres
de la Marquiſe de Syrcé & du Comte
de Mirbelle , par l'auteur des Sacrifices
del'Amour, paroîtront chez Delalain dans
le courant du mois de Novembre.
J
VERS de M. de Voltaire , adreſſés au
Roi de Suéde.
IUNE & digne héritier du grand nom de Guf
tave ,
Sauveur d'un peuple libre , & Roi d'un peuple
brave ,
Tu viens d'exécuter tout ce qu'on a prévu ;
Guſtave a triomphe ſitôt qu'il a paru.
On t'admire aujourd'hui , cher Prince , autant
qu'on t'aime ;
Tu viens de reſaiſir les droits du diadême .
Et quels font en effet ſes véritables droits ?
De fairedes heureux en protégeant les loix ,
Derendre à ſon pays cette gloire paffée
Que la difcorde obfcure a long-tems éclipſéc
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
De ne plus diftinguer ni bonnets , ni chapeaux ,
Dans un trouble éternel infortunés rivaux ;
De couvrir de lauriers ces têtes égarées
Qu'à leurs diffenfions la haine avoit livrées ,
Et de les réunir ſous un Roi généreux .
Un état diviſé fut toujours malheureux ;
De ſa liberté vaine il vante le preſtige ;
Dans ſon illuſion ſa miſére l'afflige ;
Sans forces , ſans projets pour la gloire entrepris ,
De l'Europe étonnée il devient le mépris.
Qu'un Roi ferme & prudent prenne en ſes mains
les rênes ,
Le peuple avec plaiſir reçoit ſes douces chaînes ;
Tout change , tout renaît , tout s'anime à ſa voix.
On marche alors fans crainte aux pénibles exploits.
ACADÉMIES.
De Villefranche.
MARDI 25 du mois d'Août , l'Académie
de Villefranche a tenu ſa ſéance
publique ; le Panégyrique de S. Louis fut
prononcé le matin , par l'Abbé Deſſertine
, Chantre , Chanoine du Chapitre .
M. Pefant , Directeur , a ouvert la
NOVEMBRE. 1772 . 153
ſéance par des réflexions ſur l'utilité des
Académies , qui dans les Provinces éloignées
de la capitale , fiége principal de
la République des Lettres , en font comme
les colonies ; répandent inſenſiblement
dans toute une Nation les ſciences,
les arts , la politeſſe & le bon goût ; détruiſent
les préjugés , excitent l'émulation
& fervent à développer des talens ,
qui ſans elles ſeroient demeurés enfouis.
,
M. Briffon , Inſpecteur du commerce
de la Généralité , alu un Mémoire intéreſſant
qu'il a ſimplement annoncé
comme un eſſai ſur l'éloge de J. B. Colbert
, Miniſtre d'Etat , & Contrôleur Général
des Finances , ſous Louis XIV.
Après avoir tracé un tableau de la ſituation
des peuples , au moment de l'entrée
de Colbert dans le ministère , l'Auteur a
rappelé ce que ce grand homme fit de
plus important pour le rétabliſſement ,la
conſervation , ou le progrès des ſciences ,
des arts , du commerce , des manufactures
& de la Marine ; il a tâché de remonter
aux principes que ſuivit Colbert ,
d'en exprimer les effets , d'en calculer les
réſultats; il a fait admirer ce Miniſtre , il
l'a fait aimer.
M. Deffertine , ancien Avocat du Roi,
G
154 MERCURE DE FRANCE.
a lû un Difcours , dont le ſujet eſt l'in-
Auence des femmes fur les moeurs des
-peuples. L'Auteur, pour ne point s'égarer
dans le labyrinte d'une vaine métaphifique
, ouvre les faſtes de l'Hiſtoire , &
parcourt les annales des Nations. Il paroît
réſulter de ſes recherches hiſtoriques &
philofophiques , que les femmes influent
fur les moeurs à raiſon du climat & du
gouvernement. M. Deſſertine a fini ſon
Diſcours par invitet les femmes à ne
jamais employer qu'au profit de la vertu ,
l'aſcendant que les graces & la beauté
leur donnent fur les hommes .
La ſéance a été terminée par une Ode
addreſſée à M. l'Evêque de Châlons , &
par une Fable que lut M. l'Abbé Dereche
, Archidiacre de l'Académie de Châlons
fur Saône .
SPECTACLES.
OPERA.
L'ACADÉMIE royale de Muſique a donné
le Mardi 27 Octobre , la repriſe des
Fraginens compoſés des Actes de Pigura
lion, de Tyrté , & du Devin du Village,
ま、
NOVEMBRE. 1772 155
Ces Fragmens ſont bien remis. Mlle
Dervieux a fait plaiſir dans la repréſention
de la Statue animée , par le double
talent qu'elle a du chant & de la danſe.
M. Muguet a joué le rôle de Pygmalion
, & Mile Durancy celui de la femme
jalouſe.
Les rôles de l'Acte de Tyrté ont été
bien remplis par M. Gelin & Mile Duplant.
M. Gardel , Mlle Heinel , Mlle
Aflelin, ont danſé dans le divertiſſement ,
& ont reçu des applaudiſſemens malheureuſement
interrompus par l'accident qui
a empêché Mlle Heinel de continuer fon
pas. Mais on eſpère qu'il n'aura point de
fuite.
La muſique ſi naïve , ſi intéreſſante du
Devin du Village, fait un plaiſir toujours
nouveau. Elle eft parfaitement rendue
par M. le Gros , qui met beaucoup d'ame
& de goût dans le rôle de Colin , par
Mile Durancy , qui joue & chante à
merveille le rôle de Colette , & par M.
Gelin , qui a très bien ſaiſi l'eſprit du rôle
du Devin. Les danſes de ce divertiffement
font très- agréables : on ne peut
trop applaudir Mlle Guimard , M. Gardel
, Mlle Affelin , ſi ſupérieurs dans
leur art. Il faut auſſi encourager le talent
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
& les progrès de Mlle Hidou , de Mlle
Compain , & c .
COMÉDIE FRANÇOISE.
Les Comédiens François ordinaires du
Roi ont donné le Samedi 17 Octobre ,
la première repréſentation de la repriſe
de Manlius Capitolinus , Tragédie de la
Foffe . Ce Drame fut joué pour la première
fois le 18 Janvier 1698 , & eut
alors beaucoup de ſuccès; on le reprend
encore quelquefois , il fait toujours plaifir.
Le ſujet eſt imité de la conjuration
de Veniſe , de S. Réal . Il eſt traité &
conduit avec beaucoup d'art; les caractères
en font bien deſſinés , fur-tout celui
deManlius, qui eft noble , grand,fier, généreux.
Il manque à cette traglie le charme
du ſtile , & plus d'intérêt. Le ſpectateur
s'attache involontairement au chef de la
conjuration , parce que c'eſt le perſonnage
qui eſt ſur le premier plan , & c'eſt
celui qui eft trahi , offenſé , & puni. Au
reſte cette Tragédie eſt un ouvrags trèsdiftingué.
La Foſſe eût été bien étonné
lui même , de la manière dont Manlius
NOVEMBRE. 1772. 117
eſt joué par M. le Kain ; il eût admité
dans ce rôle des beautés tragiques qu'il
n'avoit pas ſoupçonnées , il eût fremi
avec tous les ſpectateurs du ſilence terrible
de Manlius , qui approche de ſon ami ,
pour le convaincre de trahifon ou d'imprudence.
Quel Acteur ! comme ſes attitudes
, ſes geſtes , ſes regards , ſon viſage,
ſes tons , ſa voix font expreffifs , font
éloquents ! Il a été auſſi très bien ſecondé
par M. Molé , par M. Brizart , par Madame
Veftris , par M. Dauberval .
A Madame VESTRIS , jouant le rôle de
Thuſſenelde dans la tragédie des Chérufques.
QUEUE cet habit guerrier fied bien à ta figure !
Est- ce l'Amour , eft ce Mars qui t'attend ?
Je vois Pallas ſous ton armure ,
Mais tu leras Vénus en la quittant.
A Madame VESTRIS , jouant le rôle
d'Amenaïde.
DE Tancrède amoureux la mort eſt lefeul prix.
Tout le monde le plaint d'un fort auſſi rigide ;
I158 MERCURE DE FRANCE.
Sans doute il eſt affreux ; mais en voyant Veſtris
Chacun voudrait mourir pleuré d'Amenaïde.
Par M. le Chevalier de B.
COMÉDIE ITALIENNE.
DEBUT.
,
LE Mercredi 21 Octobre , M. Narbonne
, âgé de vingt- un ans & demi
Elève de M. Trial Comédien du Roi , a
débuté dans le rôle de Silvain ; il a joué le
même rôle le dimanche ſuivant , & le
mercredi 28 , il a joué le rôle de Werſtern
ou du Chaffeur , dans Tom-Jones . Cet acteur
eſt excellent muſicien, ayant exercé la
muſique des ſa plus tendre enfance . Il a
chanté fort jeune le rôle de Colin , dans
le Devin du Village à l'Opéra . Mais il
n'avoit pas encore paru dans le genre des
Comédies en muſique , & il a débuté par
le plus fort rôle qui ſoit peut - être dans
les nouveaux intermèdes. Graces aux
ſoins & aux bons avis de M. Trial , qui
a lui - même beaucoup de talent avec
tout le zèle poſſible pour ſon état , M.
Narbonne a pu entreprendre ce qu'il n'au
,
NOVEMBRE. 1772. 159
roit point ofé ſans un guide expérimenté
; il a joué Silvain avec feu , il a
rendu ce rôle pathétique avec ſenſibilité;
& il a mis beaucoup de vivacité
dans le rôle du Chaſſeur de Tom- Jones
. Le public eſpère beaucoup de ſon
jeune talent, & lui a prodigué ſes applaudiſſemens.
Cet Acteur a déjà eu plufieurs
voix mais l'âge paroît enfin lui donner
un concordant , genre de voix très- précieux
, parce qu'il participe des fons graves
de la baſſe-taille , & des ſons élevés
de la taille. Son organe eſt flatteur , étendu
& fenfible. Nous l'invitons à ne jamais
forcer , parce que le cri n'eſt pas un ton ;
&d'ailleurs quand on eſt bien partagé par
la nature , il ne faut pas la contraindre .
: ERNELIN DE ,
Opéra donné à Bruxelles.
LES Entrepreneurs du ſpectacle de Bruxelles
ſe firent un devoir & un honneur
de célébrer le jour de Ste Thérèſe , fête
de l'Impératrice Reine de Hongrie , par
quelque ouvrage dont la célébrité répondît
à leur zèle. Ils choiſirent l'Opéra d'Ernelinde
, de M. Philidor , Drame qu'il
160 MERCURE DE FRANCE.
ſuffit de nommer , pour rappeler le ſtile
énergique de la muſique. Cet Opéra fut
mis avec magnificence en douze jours ,
au théâtre . M. Wisthunne , Muſicien célèbre
par ſon exécution brillante , & par
ſes compoſitions ſavantes , s'étoit chargé
de tout l'enſemble muſical. Rien ne fut
négligé , le ſuccès ne démentit pas l'attente
du public & le mérite de cet Opéra
François. La muſique a été entendue avec
tranſport. L'Orcheſtre , qui jouit de la réputation
la plus décidée & la mieux méritée
, l'a rendue avec beaucoup d'intelli .
gence , de goût & de préciſion , ſans rien
y ajouter ni ôter dans une exécution fage&
fidèle. Les repréſentations ſe ſoutiennent
&ſe continuent avec le plus grand fuccès;
& M. Philidor a été invité d'aller jouir
lui -même des applaudiſſemens donnés à
ſon Opéra. C'eſt une Anecdote qui prouve
qu'on peut faire de bonne muſique fur
des paroles Françoiſes , & que les Etrangers
ſavent la distinguer , l'apprécier & y
applaudir. C'eſt auſſi une raiſon d'encourager
un Artiſte célèbre , dont le génie
fécond peut relever l'honneur de la muſique
Françoiſe , ou de la muſique faite fur
des paroles françoiſes. On fait que les
ouvrages de M. Gretry & de nos autres
habiles Compoſiteurs , font pareillement
NOVEMBRE. 1772. 161
accueillis & admirés par les Etrangers
qui ne connoiſſent qu'un genre , celui de
labonne muſique.
ARTS.
PEINTURE.
Peinture de la coupole de la chapelle de
Saint Grégoire de l'Hôtel Royal des
Invalides.
L'EGLISE de l'Hôtel Royal des Invalides
a été décorée des peintures des plus célèbres
artiſtes de notre Ecole. Les ſujets de
ces peintures ont été gravés & expliqués
dans la Defcription historique de l'Hôtel
Royaldes Invalides , publiée en un volume
in-folio en 1735 , & réimprimée en
1756. Lorſqu'on donnera une nouvelle
édition de ce volume , on ne manquera
pas d'y ajouter la deſcription hiſtorique des
nouveaux tableaux dont la chapelle de
SaintGrégoire vient d'être décorée . Cette
chapelle , qui eſt la première du côté de
l'évangile , entre le ſanctuaire & la chapelle
de la Vierge , avoit été dabord confiée
à Perfon pour y peindre les principaux
162 MERCURE DE FRANCE .
traits de la vie de Saint Grégoire. Cet
artiſte fit de vains efforts pour répondre
aux eſpérances que l'on avoit conçues de
lui. Lorſque ſes peintures furent achevées ,
il y eut ordre pour tout effacer , ſans même
que l'artiſte en fût prévenu ; & un ſoir que
Perſon vint , avec un de ſes amis , revoir
fon ouvrage , il ne vit pas toutes les murailles
blanchies ſans une émotion trèsvive
, & qui faillit lui donner le coup
de mort. Louis XIV, inſtruit de cette
circonſtance , ne conſulta que la bonté de
ſon coeur. Ce Prince , attentif à récompenſer
les efforts mêmesinfructueux qu'on
avoit faits pour lui plaire , gratifia Perſon
de la place de Directeur de l'Académie
Royale de Peinture à Rome. Michel
Corneille avoit été choisi pour lui fuccéder
dans la décoration de la chapelle de
Saint Grégoire . Cet artiſte ne manquoit
pas de génie , ſes penſées avoient de la
noblefle , & il poſſédoit ſupérieurement
l'intelligence du clair - obfcur ; mais il
étoit peu au fait des travaux de la peinture
à freſque , & ſes tableaux , exécutés
dans ce genre , ont été dégradés en peu
de tems. Carle Vanloo, dont le pinceau
enchanteur favoit répandre de la grace &
de la nobleſſe ſur tous les ſujets qu'il trai
NOVEMBRE. 1772. 163
toit , étoit bien capable de nous dédommager
de la perte de ces peintures , & de
répondre à la confiance du Miniſtre qui
l'avoit chargé de décorer de nouveau cette
chapelle . On voit de lui différentes ef
quiſſes qu'il avoit préparées à cet effer.
Celles qu'il ſe propoſoit d'exécuter ont
été expoſées au ſalon du Louvre en 1763 .
Ces eſquiſſes , que l'Impératrice de Ruffie
a acquiſes pour ſervir d'étude à fon Académie
de Peinture , ont été gravées par les
plus habiles artiſtes François . Ces gravures
forment une ſuite de ſept eſtampes. Elles
nousrappelentbien agréablement des com
poſitions qui auroient élevé Vanloo au niveau
des plus grands maîtres de l'Ecole
Françoiſe , ſi la mort ne l'eût pas furpris au
milieu des études qu'il avoit déjà faites
pour ce grand ouvrage. Ces compoſitions
méritent d'autant plus d'être recueillies ,
qu'elles font abſolument différentes de
celles que M. Doyen , élève de ſon propre
génie , & de Vanloo vient d'exécuter
dans cette même chapelle . Il ſemble
même que M. Doyen , en choiſiſſant des
ſcènes qui n'avoient point été traitées par
Vanloo , ait voulu éviter tout objet de
comparaiſon avec un maître qu'il n'a
jamais ceflé d'aimer & d'eſtimer. Nous
1
164 MERCURE DE FRANCE.
aurions pu rendre compte plutôt de ces
nouvelles peintures expoſées aux yeux du
public depuis le mois de Juin dernier ;
imais nous avons voulu auparavant attendre
le jugement des artiſtes & des amateurs
éclairés , de ceux ſur-tout qui font
inſtruits des travaux & des études nécefſaires
pour ces fortes d'ouvrages , & des
fatigues qui les accompagnent. Leur jugement
, pour cette raiſon , ne peut être que
très favorable . Ils applaudiront à cet en.
thouſiaſme du talent qui a élevé l'artiſte
au deſſus des petites idées du vulgaire des
peintres , & lui a fait concevoir ſon ſujet
en poëte dramatique.
La première ſcène , ou le premier tableau
, nous repréſente Saint Grégoire
retiré ſous la voûte d'un rocher , près la
forêt de Viterbe , & tenant une tête de
mort ſur laquelle il méditoit. Une colombe
plane dans l'air & indique la
retraite du Saint au clergé & aux principaux
citoyens de la ville de Rome . Cette
colombe forme ici un épiſode d'autant
plus heureux , qu'elle peut être regardée
comme un ſymbole du Saint Eſprit qui
avoit inſpiré au clergé & au peuple Romain
le deſſein de choiſir Grégoire pour
remplir la chair de Saint Pierre. Le beau
NOVEMBRE. 1772. 165
caractère de tête du Saint , ſa ſurpriſe de
ſe voir découvert , & le mouvement expreffif
de fon attitude , attirent les preiniers
regards du ſpectateur , qui prend
enſuite plaifir à détailler les plantes , les
eaux , les arbres , les rochers , & tous les
acceſſoirs dont l'artiſte a enrichi ce lieu
folitaire.
Le clergé de Rome fait une proceffion
générale pour demander au Tout- Puiffant
la ceſſation de la peſte qui affligeoit la
ville. Grégoire, à la tête de cette proceffion
, adreſſe au ciel ſes voeux , qui font
exaucés . Déjà un ange de paix paroît audeſſus
du Mole d'Adrien , appellé depuis
le Mont Saint Ange , & chaffe devant lui
le Aléau redoutable. C'eſt le ſujet du ſecond
tableau , qui produit l'intérêt le plus pathétique
, par le choix qu'a fait l'artiſte de
préſenter , fur le devant de la ſcène , de
triftes victimes de la peſte , & de placer
la proceſſion ſur un plan plus éloigné. On
applaudira M. Doyen d'avoir pris ce parti
qui lui donnoit les moyens de déployer
tous les refforts de ſon art ſur le commun
des ſpectateurs , toujours plus frappés de
ce qui peut cauſer leur deſtruction que de
ce qui doit leur procurer la ſanté , &
chez qui le phyſique a toujours plus d'ac
1.66 MERCURE DE FRANCE
tion que le moral . Quel effet d'ailleurs
auroit pu produire une proceſſion qui ,
étant néceſſairement réſerrée par lagrande
proportion des figures & par le ſite même
du tableau , qui eſt en hauteur , n'auroit
point répondu à la pompe & à la magni
ficence que pouvoit s'en former le ſpectateur
! Mais , en mettant cette proceffion
dans l'éloignement , il y avoit une difficulté
à furmonter; il falloit éviter de faire
voir le Saint en face à cauſe du peu d'in.
térêt que ſa figure , vue dans l'éloignement
, auroit produit , fur- tout après la
ſcène effrayante qui ſe paſſe ſur le devant
du tableau ; & c'eſt ce que l'artiſte a
ſagement fait en donnant à cette figure
un mouvement compoſé qui cache la tête
du Saint & laiſſe , par un trait de génie ,
à l'imagination du ſpectateur , le ſoin de
ſe repréſenter quelle pouvoit être alors
la ſituation de ce Pontife tendre & com
patiffant aux maux de ſes frères.
L'hiſtorien de la vie de Saint Grégoire
nous le repréſente , lors du ſiége de Rome
en 595 , par Agiluphe , Roi des Lombards
, affrontant les plus grands dangers
pour porter des ſecours aux alliégés bleffés
. On voit , dans ce troiſième tableau ,
le Saint Pontife occupé à panfer la bleſNOVEMBRE.
1772. 167
fure mortelle d'un officier général. Cet
officier a la tête panchée vers ſon épouſe ,
tombée évanouie à ſes côtés. Cette vue
le pénètre , Ce n'eſt plus la vie qu'il regrette
, mais une épouſe ſi fidèle & fi
ſenſible. Le ſpectateur partage cette fituation
, que l'artiſte lui a rendu préſente par
l'art avec lequel il a ſu animer ſa compo.
fition , & exprimer , ſur le viſage de
l'officier & dans toute ſon attitude , le
plus tendre ſentiment de l'amour conjue
gal. Grégoire , qui panſe la plaie de l'officier
au milieu du tumulte des armes &
des feux de la place , annonce , par un
air ferein & par une tranquillité fublime ,
le calme de fon ame , fa confiance dans
ļa protectionduTrès- Haut , & l'efpérance
où il eſt de la guériſon de l'officier & du
falut de la ville aſſiégée. Cette ville eſt
repréſentée dans le loingtain. Les formes
variées des plans & des fortifications ſemblent
ajouter encore au mouvement répandu
dans ce tableau , dont le devant ne
pouvoit être mieux rempli que par le
bel exemple d'humanité , de générosité ,
de devoir même envers les défenſeurs de
la patrie , que nous offre Saint Grégoire ,
&qui nous rappelle , avec tant d'intérêt ,
la vettubienfaiſante qui a porté LouisXIV
à ériger l'Hôtel Royal des Invalides,
163 MERCURE DE FRANCE .
Le Saint Pontife , couronnéde la thiare,
paré de ſes habits pontificaux , & accompagné
des Cardinaux , eſt repréſenté , dans
le tableau ſuivant , affis fur le thrône pontifical
. Il reçoit le tribut d'hommage &
de reconnoiffance de Recarede , Roi des
Gots d'Eſpagne , qui lui envoie un Ambaf.
ſadeur pour le remercier des ſoins paternels
qu'il a pris pour convertir à la foi
les peuples d'Eſpagne . On remarque , à
côté de l'Ambaſladeur , un jeune page qui
porte une caffette très-riche , & que l'on
peut fuppofer renfermer des pierres précieuſes.
L'artiſte n'ayant pu répandre ,
dans cette compoſition fort ſimple , l'intérêt
du mouvement & de l'action , a
cherché à fixer l'oeil du ſpectateur par le
ſtyle noble de l'architecture , le grand
goût de la décoration , la pompe & là
magnificence des habits pontificaux , la
richeffe & l'élégance de l'habit eſpagnol ,
& par une fage diſtribution de lumièré
& une intelligence de clair-obſcur qui
rendent , en quelque forte , ce tableau un
trophée d'ornemens & de couleurs .
Il eſt affez ordinaire aux hommes , dans
leur vieilleſſe , de former des projets d'édifices
& de conſtructions pour ſe diſtraire
de la penſée qu'ils vont eux- mêmes bien-
τότ
NOVEMBRE. 1772. 169
tôt finir. L'artiſte auroit il voulu nous faire
faire cette réflexion , en nous repréſentant,
dans ce cinquième tableau qui précède
immédiatement celui de la mort de StGrégoire
, ce Pontife occupé de la reconftructionde
l'égliſe de St Pierre ? Grégoire eſt
au milieu des ouvriers. L'architecte répond
aux objections que lui fait le Saint
Père ſur un plan que tient un des piqueurs
qui , par reſpect , s'eſt mis à genoux. La
ſcène eſt éclairée par un ſoleil couchant.
C'eſt , en effet , le ſoir que l'on a coutume
d'aller voir les travaux & de viſiter les
ouvriers. Les yeux du ſpectateur font
agréablement fixés par le pittoreſque de
la compoſition , l'harmonie des lignes de
la perſpective , le charme & la vigueur
ducoloris.
La mort de Saint Grégoire eſt le ſujet
du ſixième tableau. Le Saint eſt expoſé
à la vue du peuple dans une chapelle
de Saint Pierre. Le corps du pontife ,
revêtu des habits pontificaux , eſt placé
fur un lit de parade ; mais ce lit étant
vu en deſſous , on n'apperçoit que les
pieds du Saint. Il ſemble que l'artiſte
ait voulu éviter de nous montrer le ſilence
de la mort chez un homme qui
pendant ſa vie fut toujours en action. Le
H
170 MERCURE DE FRANCE.
vient
peuple , accoûtumé à recevoir les plus
douces confolations de Gégoire ,
encore implorer ſes reſtes inanimés. Une
mère lui préſente ſon fils mourant . Sa
vive confiance dans les vertus de cet
ami de Dieu , lui fait eſpérer la guérifon
qu'elle implore. Des anges annoncent au
peuple que fon eſpérance n'est point
vaine , & que fon bienfaiteur va prendre
fa place au ciel ; ce qui lie cette dernière
ſcène avec celle qui eſt peinte dans l'endroit
le plus élevé de la coupole , & repréſente
l'apothéoſe de S. Grégoire .
Dans ce dernier tableau , que l'on nous
permetre cette comparaiſon : le Saint ,
tel que la chrifalide , a quitté ſon enveloppe
, & s'éleve dans la région céleste .
Les anges qui l'accompagnent arborent
les uns les attributs de ſa dignité , d'autres
tiennent un rouleau où ſont tracés
des caractères de muſique qui nous rappellent
que Grégoire régla le chant de
l'égliſe , appelé depuis Chant Grégorien ,
dunom de fon auteur. Toutes les figures ,
tous les objets plafonnent avec ſuccès &
paroiffent s'élever perpendiculairement.
Lemanteau dont eſt couvert le perfonnage
principal , eſt développé ; il ſemble
lui prêter des aîles ,& il étend la maſſe
L
NOVEMBRE. 1772. 171
d'une figure , qui , ſans cette reſſource de
l'art , auroit pu paroître trop maigre.
On voit par la deſcription que nous
venons de donner des différentes ſcènes
qui compoſent ce poëme dramatique ſur
la vie de Saint Grégoire , que M. Doyen
a enviſagé ſon ſujet ſous le point- de- vue
du génie. Le ſpectateur qui aura luimême
quelques étincelles de ce génie qui
a animé l'artiſte , trouvera dans ces compoſitions
des pensées fortes & fublimes ,
mais qui par leur grandeur & leur nouveautépourront
déplaire quelques eſprits
froids & méthodiques. Tous les ſpectateurs
applaudiront du moins à l'art avec
lequel cet habile maître a ſu ſurmonter
les vices du local pour cadencer ſes groupes
, varier les formes pyramidales de ſes
tableaux , & aggrandir, en quelque forte,
le lieu de la ſcène , en offrant au ſpectateur
des objets qui étendent la compofition.
Ils loueront l'exacte vérité quel'artiſte
a mise dans les plans ; & le parti ,
qu'il a pris , en ſuivant l'exemple des
plus grands artiſtes italiens , de s'écarter
du ſyſtême adopté par Boulogne , la
Foſſe , Coypel , Vanloo , qui n'ayant
point toujours égard à la place occupée
par le ſpectateur , lui préſentoient fou
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
vent des objets vus en deffus , quoiqu'il
ne pût les voir qu'en deſſous.
Tous ces tableaux font exécutés à
l'huile. Les fix premiers ont onze pieds
de large ſur ſeize de haut. Le plafond a
foixante pieds de circonférence fur fix
pieds de Aèche. Ces peintures vont être
confiées à la gravure, qui eft leſeul moyen
de fairepaſſer à la poſtérité la plus reculée
le ſouvenirde nos monumens modernes .
L'eſtampe , en effet , quoi qu'une matière
bien tendre & bien débile , devient , par
la facilité qu'il y a de la multiplier , &
par le ſoin que l'on prend pour la conſerver
, victorieuſe du bronze même &
de l'airain.
C'eſt M. Parizeau , deſſinateur exact
& précis , & très bon graveur , qui a été
chargé de ces gravures qu'il doit exécuter
fur les deſſins qu'il a faits d'après les
tableaux originaux. Ces deſſins ont été
préſentés par M M. Doyen & Parizeau au
Roi étant à Choiſi. Sa Majesté a bien
voulu honorer de fon approbation encourageante
les compoſitions de M.
Doyen , & accepter la dédicace des gravures,
NOVEMBRE. 1772. 173
GRAVURES .
I.
&Annete Annete à l'âge de quinze ans ,
à l'âge devingt ans , deux eſtampes
en pendans , d'environ neuf poucès de
large fur huit de haut , gravées par F.
Godefroy , d'après les tableaux originaux
de M. Fragonard , Peintre du
Roi. A Paris , chez le Graveur , rue
des Francs-Bourgeois Saint Michel
vis- à-vis la rue de Vaugirard. Prix
24 fols chaque eſtampe.
Le fond de chacune de ces eſtampes
nous repréſente un payſage. Dans la première,
Annete , jolie bergère , qui n'a que
quinze ans , paroît moins occupée de la
garde de ſes moutons que d'un jeune
berger qu'elle voit accourir de loin . Dans
la ſeconde eftampe Annere a ce berger à
côté d'elle , & un petit enfant ſur ſes
genoux. Ces estampes paroiſſent avoir été
gravées d'après des tableaux peints chau.
dement. La gravûre , qui eſt d'une taille
fine & ferrée , eſt très-colorée.
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
I I.
Zémire& Azor, eſtampe d'environ quinze
pouces de haut far douze de large ,
gravée par Ingouf le jeune , d'après le
tableau peint à gouache par Ingouf
l'aîné. A Paris chez Elluin , graveur ,
rue des Noyers , maiſon de M. Surugue,
la première porte - cochère à droite
enentrant par la rue S. Jacques.
On ſe rappellera , en voyant cette eftampe
, une des ſcènes les plus intéreſfantes
de la Comédie -Ballet de Zémire &
Azor , repréſentée au mois de Décembre
1771 ſur le Théâtre de la Comédie Italienne.
La gravure en eſt exécutée avec
foin.
III.
Groupes d'Anges & Leda , deux eſtampes
gravées dans la manière du deſſin au
crayon rouge ; par Demarteau, graveur
&Penfionnaire du roi. A Paris , chez
Demarteau , rue de la Pelleterie. Prix
quinze ſols chaque eſtampe.
Cesdeux eſtampes ſont gravéesd'après
les deſſins de François Boucher , qu'au
NOVEMBRE. 1772. 175
cun graveur n'a jamais mieux rendus que
M. Demarteau , dans le genre de gravure
qu'il a perfectionné.Ces nouvelles eſtampes
forment les numéros 344 & 345 de
l'oeuvre de cet artiſte .
I V.
Vertumne& Pomone , & Les Amusemens
de la Campagne , deux eſtampes d'environ
quatorze pouces de haut fur
onze de large , gravées dans la manière
dudeffin au crayon rouge ; par L. Bonnet
, graveur , demeurant à Paris , rue
Galande , place Maubert. Ptix t liv . 4
ſols chaque eſtampe .
:
Ces deux eſtampes font pendant. Les
compoſitions qu'elles préſentent font
renfermées dans des ovales.Ces compofitions
font agréables, & offrent pluſieurs
acceſſoires que le graveur a exécutés avec
foin . Les Amuſemens de la campagne
font traités dans le costume Ruſſe , coſtume
que M. le Prince nous a rendu fami..
lier par pluſieurs autres compoſitions pareilles
.
On distribue chez le même Graveur
une étude d'animaux , gravée d'après un
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
deffin de M. Loutherbourg , peintre du
roi , & une académie d'homme d'après
Carle- Vanloo; c'eſt la dix - ſeptième figure
gravée par M. Bonnet. Prix une livre la
première eftampe , & quinze ſols la ſeconde.
V.
Portrait de Mic. J. Sedaine , né à Paris ,
ſecrétaire perpétuel de l'académie
royale d'architecture. A Paris , chez
Bligny , Cour du Manége , aux Tuileries.
Ce portrait eſt de format in 8°; il eſt
vu des trois quarts ,& renferme dans un
médaillon . Il a été gravé avec intelligence
par P. C. Leveque , d'après celui
peint par J. L. David. Il ſera très - bien
placé à la tête des Comédies & Intermèdes
de M. Sedaine .
VI.
Les Femmes taborieuses , vue de Rome ;
eſtampe de 12 pouces de haut fur 17 de
large ; le tableau peint par Salvator Ro.
ſe , & gravé d'après , par Mde Maugein.
Prix , 2 liv . 8 fols.
Cette eſtampe repréſente un riche pay
NOVEMBRE. 1772. 177
ſage ; à droite ſont de ſuperbes ruines ,
éloignées par un grouppe d'arbres diſtribués
de manière qu'on apperçoit entre
eux le Ciel & un lointain à perte de vue ,
ce qui fait un effet très piquant: les côtés
font terminés par de grands arbres ; derrière
, à gauche , eſt une cascade quiforme
un ruiſſeau , dont les eaux arroſent cette
campagne ; les bords font occupés par des
femmes qui lavent , par d'autres qui portent
des corbeilles de linge & par un pêcheur
en repos; uneterraſſe ſur le devant
acheve le tableau .
MUSIQUE.
I.
Nouvelle méthode pour apprendre à jouer
du violon , & à lire la musique , enrichie
de pluſieurs eſtampes en tailledouce
, dédiée à M. Gaviniez , par M.
Labadens ; prix 12 livres , gravée par
Gerardin . Se vend à Paris aux adreſſes
ordinaires de Muſique ; & à Toulouſe,
chez l'auteur , rue du Poids de l'Huile ,
& chez Brunet & Defprez , marchands
demuſique .
CETTE Méthode eft faite avecbeaucoup
d'intelligence , d'art & de préciſion , &
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
mérite d'être diftinguée . Elle est très-utile
pour ceux qui veulent apprendre les bons
principes de la muſique & le jeu du violon.
C'eſt letalent éclairé par l'expérience
qui offre un guide sûr aux amateurs .
:
:
II.
:
Six Sonates à violon seul & baſſe,
compolées par Frédérich Muller , muacien
de la chambre de S.A. R. le prince
Henri de Pruffe , frère du roi ; prix 6 liv .
A Paris , au bureau d'abonnement musi
cal , cour de l'ancien Grand Cerf , rues
Saint Denis & des Deux Portes Saint
Sauveur ; & aux adreſſes ordinaires. de
mufique . A Lyon , chez Caſtaud , libraire
, place de la Comédie .
4
GÉOGRAPHIE.
Carte généralede la Pologne démembrée ,
dreffée par M. Brion de la Tour , in.
génieur - géographe du roi , & maître
de géographie & d'hiſtoire. A Paris ,
chez l'auteur , rue de Sorbonne , maifon
de M. Ride , & chez Deſnos ,
ingénieur-géographe & libraire, rue S.
)
:
J
NOVEMBRE. 1772. 179
Jacques , & Vignon , rue Dauphine ,
vis à- vis celle d'Anjou .
Cette carte eſt de format grand in - 4 ° ;
elle eſt exécutée avec ſoin . L'auteur dit ,
dans une note , que l'on conjecture que
la guerre , la peſte & les émigrations , durant
les derniers troubles de la Pologne ,
lui ont enlevé près de la quinzième partie
de ſes habitans , dontle nombre montoit
à fix millions.
Lorsque Madame la Comteſſe de Provence
, arrivant en France , paſſapar Lyon ,
l'éloquent Archevêque de cette ville lui fit
un compliment trop peu connu , & que l'on
nous faura gré de conſerver ici , parce qu'il
renferme des faits curieux habilement rappelés
, heureusement exprimés , & qu'il est
un modèle précieux dans ce genre délicat
d'orner la vérité.
MADAME ,
Il n'eſt point d'événemens plus intéreſſans pour
la France , que ceux qui font deſtinés à donner ,
au Trône de nouveaux appuis , & à perpétuer le
ſceptre dans la main de ſes Maîtres. Ce n'eſt pas
le ſeul bien , Madame , que nous atendions de vo-
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
tre glorieux hymenée. Le Ciel vous a fait naître
de cette antique & royale Maiſon qui , depuis une
longue ſuite de ſiècles , remplit l'Europe de l'éclat
de ſes vertus. Vous tenez preſque immédiatement
le jour d'un Roi que ſa haute ſageſſe , ſa piété
ſolide , ſa juſtice éclairée , &toujours agiffante ,
ſa tendre humanité ont rendu l'admiration des
Etrangers , & l'amour de ſes Peuples. Vous avez
recu avec ſon ſang , le germe de toutes ſes perfections
, & il les a encore cultivées par ſes leçons &
par ſes exemples. Vos premières années ſe ſont
écoulées au milieu d'une Cour où tout a contritribué
à développer , à embellir en vous les dons
de la nature & ceux de la Religion. Il ne nous a
été donné , Madame , de vous pofféder encore
qu'un moment , & déjà nous ſentons ſe vérifier ce
que la Renommée nous avoit annoncé , que vous
remplaceriez auprès du Trône cette aimable &
vertueuſe Princeſſe qui fit nos délices pendant la
vie , & qui fait encore aujourd'hui notre bonheur,
puiſque nous lui devons le Monarque chéri qui
nous gouverne.
Si la France eſt heureuſe par vous , Madame ,
nous ofons vous promettre que vous le ferez auffi
par eile. Vous y trouverez un Roi qui fait confifter
une partie de ſa grandeur à être le plus tendre&
le meilleur de tous les pères ; un époux ſage
avant le teins&qui n'eſt jamais forti de ſon caractère
de modération & de douceur , que pour
manifeſter la plus vive impatience de voir ſa deftinée
unie à la vôtre; une Famille Auguſte qui ,
en vous chériſſant autant que celle que vous
pleurez , méritera d'avoir la même place dans votre
coeur. Vous y trouverez enfin une Nation que
la reconnoiſſance lie déjà à votre Sang , & à qui
NOVEMBRE. 1772. 181
il ne manque que d'être réunie ici toute entière ,
pour vous vouer , comme nous , tout l'amour
qu'elle a pour ſes Princes.
Cette Eglife , Madame , ſi célèbre par l'ancienneté
& la conſtance de ſa foi , ſi vénérable par
cette multitude de Martyrs dont vous foulez ici
la cendre , a des titres particuliers pour s'intéreſſer
à votre félicité ; elle compte dans le nombre
de ſes illuſtrations les plus précieuſes , celle d'avoir
eu deux de vos auguſtes Ancêtres pour Pontifes
& pour Souverains ; elle eft , plus que tout
autre, comblée des bienfaits du Roi ; Elle jouit de
l'honneur fingulier de l'avoir pour le premier de
ſes Membres ; elle va s'honorer encore d'avoir
été la première de ce royaume à vous marquer
fon zèle &à recueillir les témoignages de votre
piété : ne doutez donc pas , Madame , qu'elle ne
foit auſſi la plus empreſſée & la plus ardente à
demander à Dieu debenir &de ſanctifier vos liens,
d'y répandre tous les jours de nouvelles douceurs ,
&decombler enfin votre joie & la nôtre , en vous
donnant bientôt des Princes qui vous reſſemblent.
Réponse à M. Jacquin fur la propofition
qu'ilafaite d'ajouter le bain de cendres
à l'établiſſement que la ville de Paris
vient defaire en faveur des Noyés.
S'I'ILL eſt dû à un citoyen zélé pour le bien de
l'humanité des éloges & des remercîmens lorfqu'il
témoigne ſeulement le defir d'être utile à ſa
t
182 MERCURE DE FRANCE.
patrie , M. Jacquin eſt doublement dans le cas
d'en mériter. Il vient de donner , dans le Mercure
du mois d'Août 1772 , une lettre par laquel
le , non - ſeulement il approuve l'établiſſement
que la ville vient de faire en faveur des perſonnes
noyées , mais il ajoute encore à cette approbation
un moyen qu'il croit plus efficace pour
entrer dans les vues patriotiques de la ville. Il
propoſe de ſe ſervir des cendres comme ayant
réuſſi , dit-il , dans une infinité d'occaſions à rap- .
peller à la vie un très grand nombre de noyés.
1
Il faut en convenir avec M. Jacquin ; les cendres
ont eu le ſuccès le plus complet ſur une fille
de dix-huit ans , dont M. Iſnard rapporte le traitement;
mais ce fait , qui est arrivé en 1745 ,
étoit encore unique en 1762 , lorſque M. Iſnard
publia un mémoire intitulé , le Cri de l'humanité
en faveur des personnes noyées , &c. & l'on n'a
pas de connoiſlance que ce moyen ait été pratiqué
depuis avec avantage. Peut- être , comme le
dit M. Ifnard dans fon mémoire , cette curation
doit elle être attribuée à la jeuneſſe & à la vigueur
du ſujet; d'ailleurs les Hollandois , qui ont fait
un pareil établiſſement qui a ſervi de modèle à
celui de la ville de Paris , ne ſe ſont pas même
avifés d'adopter les cendres, & les autres moyens
leur ont ſauvé des centaines de noyés . La ville
de Paris a de plus l'avantage , ſans avoir eu beſoin
de cendres , d'avoir rappellé à la vie fix noyés
retirés de l'eau fans connoiflance depuis le mois
de Juin dernier , époque à jamais mémorable du
commencement de la préſidence de M. de la Michodière
, à qui l'on eft redevable de cet établiſſement
, & qui nous en promet un fecond non
moins utile en ce qu'il fournira au Public la fa-
1
NOVEMBRE. 1772. 183
cilité de ſe baigner gratuitement , & par- là diminuera
les occafions de ſe noyer. Quelles obligations
n'aura t'on pas à ce digne magiſtrat qui ,
depuis qu'il eſt Prevôt des Marchands, ne s'eſt occupé
que du bien de ſes concitoyens !
Maintenant il eſt néceſſaire , après avoir fait à
M. Jacquin tous les remercimens qu'il mérite , de
lui démontrer une partie des inconvéniens qui réſultent
du moyen qu'il propoſe .
Les cendres n'ont pour elles que l'avantage de
fournir une chaleur inodérée ſi utile pour rappeller
celle que les noyés , en ſortant de l'eau , paroiſſent
avoir perdue ; & fi , comme le remarque
très bien M. Jacquin , on doit donner la préférence
aux cendres de bois neuf fur celles de boîs
flotté , c'eſt parce que les premières contenant
beaucoup de ſels dont les dernières ſont preſque
privées , elles font par - là plus ſufceptibles de
prendre un degré conſidérable de chaleur que les
parties falines communiquent à la cendre pour
l'entretenir plus long-tems chaude.
Mais la ſomme des inconvéniens qui accompagnent
l'uſage de la cendre eſt trop conſidérable
pourque la ville puiſſe admettre ce moyen. Voici
en quoi confiftent ces inconvéniens .
1 °. La difficulté de ſe procurer une aflez grande
quantité de cendres de bois neuf pour en fournir
dans chacun des quinze corps de garde des
ports & quais de Paris , enviren une demie queue.
Les cendres de ſarment ou celles de geneſt que
propoſe M. Jacquin ne ſont pas admiffibles pour
Paris , il feroit trop difficile de ſe les procurer ,
&d'ailleurs elles ne feroient pas plus utiles que
cellesde bois neuf.
184 MERCURE DE FRANCE.
2º. L'embarras que cauſeroit un tonneau qu'il
faudtoit dans un lieu auſſi étroit que le ſont tous
les corps de garde .
3° . L'apparcil que le moyen des cendres exige
&qui conſiſte en ungrand trépied , une ou plu
fieurs chaudières pour faire chauffer les cendres ,
un lit de ſangle ( peu commode pour cet ulage,)
des réchauds pour mettre ſous le lit & entretenir
la chaleur des cendres ſous le noyé , des fers &
des briques que l'on feroit chauffer pour mettre
fur les cendres qui couvriroient le noyé , &c.
&c. &c .
4°. La pouſſière ſubtile qui s'éleveroit de ces
cendres d'autant moins inevitable que pour les
chauffer à-peu-près également , il faudroit les remuer
continuellement , & cette pouſſière qui contient
beaucoup de ſel alkali ſeroit ſuſceptible
d'incommoder les aſſiſtans & le noyé ; il y auroit
àcraindre que , s'infinuant dans la bouche & dans
les narrines , & s'attachant ſur les bords des yeux,
elles n'y fiflent autant de cautériſations , ce qui
ſeul ſeroit ſuffisant pour faire profcrire ce moyen.
5°. Il faut obſerver que ces ſecours ſont adminiſtrés
par des gens qu'on ne mettroit pas aifément
au faitdu degré de chaleur convenable ,
& que par cette raiſon on pourroit brûler les malades
au point de leur faire venir des cloches par
tout le corps , ce qui eſt d'autant plus vraiſemblable
que le volume prodigieux de cendres néceflaire
feroit fort long à chauffer , &, à-coup fûr,
cellesdu fonds ſeroient rouges pendant que celles
de la ſurface feroient à peine tièdes ; ce ne
feroit qu'en les agitant continuellement , & avec
beaucoup de précision que l'on pourroit leur donner
une chaleur à peu près égale ; mais alors la
NOVEMBRE. 1772. 185
pouſſière qui s'en éleveroit feroit , comme on
vient de le dire , dangereuſe & pour le malade &
pour ceux qui le foigneroient.
6°. La vapeur du charbon allumé , indiſpenſable
pour faire chauffer les cendres , feroit fuffi
ſante pour donner le coup de mort au malade , &
ceux qui le ſecourroient feroient exposés au
même danger ; il est vrai qu'on pourroit parer à
cet inconvénient en faiſant chauffer les cendres
horsdu corps de garde ; mais on aura toujours à
craindre les réchauds placés ſous le lit de ſangle
pour entretenir la chaleur , car les émanations redoutables
du charbon allumé , en ſi petite quantité
qu'elles fuflent , ſeroient toujours très - préjudicia
bles , vû l'eſpèce d'état de mort dans lequel le trou
vent lesnoyés.
Nota. Il n'est pas hors de propos de faire obſerver
ici que l'état dans lequel font les noyés étant
à- peu-près lemême que celui des perſonnes ſuffoquées
par la vapeur du charbon , ainſi que par
eellequi réfulte de l'ouverture d'une fofle oud'un
puits , les moyens employés pour les premiers ,
c'est-à-dire , particulièrement la fumigation du tabac
par le fondement , pourroient bien être auffi
efficaces pour les derniers . C'eſt d'après des expériences
connues que l'on ſe croit obligé de faire
cette obſervation. 4
Cependant , malgré tous les inconvéniens que
l'on vient de combattre , les cendres peuvent être
citéescommeun moyen qui a été utile , & par la
même raiſon l'on pourroit auffi propoſer les bains
chauds dont on a fait avantageuſement l'expérience;
mais la Ville de Paris peut s'en tenir à
l'établiſſement qu'elle vient de faire avec d'autant
186 MERCURE DE FRANCE.
plus de raiſon qu'il paroît moins compliqué que
tout autre , que llaaboîte- entrepôt étantd'un trèspetit
volume , eft facile à tranſporter par- tout , &
contient effentiellement tous les ſecours néceflaires
, & que d'ailleurs les ſuccès en ſont ſatisfaifans.
On pourroit ſeulement ajouter aux ſecoursgénéreux
&gratuits que la Ville préſente , des bas
drapés de différente grandeur ; par ce moyen les
extrémités inférieures , qui font toujours plus difficiles
à échauffer , recouvreroient plus prompte-,
ment la chaleur qui leur est néceſſaire.
On pourroit également ajouter aux récompenſes
propoſées , une médaille allégorique en argent.
A l'exemple de toutes les Nations qui ont
fait un ſemblable établiſſement , elle ſeroit le prix
de celui qui ſe ſeroit le plus diſtingué dans l'adminiſtration
des ſecours , & , quoique de peu de
valeuren elle - même , elle exciteroit une émulation
d'autant plus louable , qu'en favoriſant les
ſentimens & les actes d'humanité , elle rendroit
les ſecours plus utiles & l'établiſſement de la
ville plus célèbre ; elle feroit auſſi un monument
éternel de la gloire de la Ville de Paris , en tranſmettant
à la poſtérité ſon amour & ſa ſenſibilité
pour les concitoyens.
Le particulier qui s'eſt chargé de répondre à
M. Jacquin ſe flatte que le Bureau de la Ville ne
l'improuvera pas ; il a étudié les différentes pratiques
favorables aux noyés , & c'eſt d'après les
connoiſſances qu'il a tirées des recherches qu'il a
faites à ce ſujet & des différens avis qui lui ont été
donnés, qu'il a cru devoir développer ſa manière
de penſer ſur le projet de M. Jacquin , dont on
NOVEMBRE. 1772. 187
doit cependant lui ſavoir gré ; le même particulier
ne doute pas auſſi que la Ville ne reçoive avec
plaifir les obſervations que l'on pourroit faire par
lafuite ſur ſon établiſſement , & qu'elle n'en profire
avec la reconnoiflance la plus empreſlée pour
le conduire à une plus grande perfection . :
BIENFAISANCE .
I.
DES Citoyens riches de Dreſde ont
formé entre eux une aſſociation , pour ſecourir
l'humanité ſouffrante , & fournir
du travail aux Pauvres de la Ville & de
l'Electorat ; ces hommes généreux ayant
déjà épuisé leurs fonds , ſe ſont dépouillés
volontairement de leurs bijoux , de
leurs tableaux , objers de leur curiofité ,
de leur goût & de leur attachement ; ils
enont fait une Lotterie, qui leur a fourni
de nouveaux moyens de fatisfaire leur
bienfaiſance.
11.
M. Salhgren , Directeur de l'ancienne
Compagnie des Indes de Suéde , Commandeur
du nouvel ordre de Vaſa , a
18.8 MERCURE DE FRANCE.
donné une partie de ſes biens pour fon
der un Hôpital d'Orphelins à Gothenbourg.
Ce fentiment patriotique a été
confacré par une médaille que l'ordre de
la Nobleffe a fait frapper.
III.
Marie Evrard , ancienne domeſtique
d'un citoyen de Rheims , avoit amaffé
une ſomme de 1200 liv. fruit pénible de
fes longs ſervices. Elle pria en mourant ,
fon maître , de diſtribuer cette ſomme à
ſa pauvre famille. Les parens font affemblés;
onleur expoſe l'argent , & le maître
offre de le partager. Ceux qui étoient
très-pauvres , mais en état de travailler ,
ne voulurent pas y toucher & demanderent
que l'argent fût diftribué entre les
autres parens qui étoient vieux ou infirmes.
ANECDOTES.
I.
Dans la dernière guerre de Flandres ,
le Poëte Young ſuivit l'armée Angloiſe
NOVEMBRE. 1772. 189
en qualité d'Aumonier. Un jour qu'il
étoit fort appliqué à la lecture des Tragédies
d'Eſchyle , il entra par diſtraction
dans le camp des ennemis. Il fut étonné
de ſe voir arrêter; on le prit pour un
eſpion , & on le conduifit devant le Général
. Young dit ſon nom , qui étoit bien
connu , raconta naïvement ſon aventure .
fe juſtifia ; il fut accueilli avec diſtinction
, & eut bientôt la liberté de retour
ner dans le camp des Anglois.
I I.
M. N. homme diſtingué & devenu
fort riche par fon travail , étant en Angleterre
où la curiofité l'avoit conduit ,
donnoit à dîner à pluſieurs des plus grands
Seigneurs de la Cour de Londres. Un
valet vint annoncer qu'un payſan demandoit
à lui parler. M. N. fort , va à lui ,
& reconnoît fon frère qu'il n'avoit pas vu
depuis long- temps. C'étoit un payſan
Allemand , couvert des habits groffiers
de la pauvreté & de ſon état. M. N.
l'embraſſe , le prend par la main , le con,
duit dans la ſalle où l'on dineit , le préſente
aux convives, & leur dit ; Meſſieurs ,
voici mon frère , c'eſt un honnête Labou
190 MERCURE DE FRANCE.
reur ; auffi tôt tous les grands Seigneurs
ſe lèvent , on embraſſe le payſan , & on
lui fait les honneurs de la table.
III.
Raoul de Lannoi étant monté à l'affaut
à travers le fer & la flamme au fiége
de Queſnoy , Louis XI , qui avoit été
témoin de ſon ardeur , lui paſſa au col
une chaîne d'or de soo écus , en lui difant
, » par la Pâques-Dieu , mon ami ,
» vous êtes trop furieux en un combat;
>> il vous faut enchaîner , car je ne vous
>> veux point perdre , deſirant me ſervir
>> de vous plus d'une fois ». Les deſcendans
de Lannoi ont porté long-tems une
chaîne autour de leurs armes , en mémoire
de cette action .
I V.
Marguerite d'Ecoſſe , premiere femme
de Louis XI , mourut d'une pleurélie , &
peut-être encore plus de chagrin , des
calomnies que du Tellay avoit débitées
contre elle . Elle eut beaucoup de peine à
lui pardonner en mourant , & fes dernières
paroles furent , fi de la vie , qu'on
ne m'en parle plus.
NOVEMBRE. 1772. 19 I
V.
Moliere , avant de finir ſa pièce , ne
ſavoit quel nom donner à fon Impoſteur ,
lorſqu'un jour étant chez le Nonce avec
deux Eccléſiaſtiques dont l'air mortifié ,
mais faux , rendoit aflez bien l'idée du
caractère qu'il vouloit peindre , on vint
péſenter des truffes à acheter. Un de ces
Eccléſiaſtiques , qui ſavoit un peu d'italien
, à ce mot de truffes , ſembla , pour
les conſidérer , fortir tout-à coup du filence
qu'il gardoit ; & , choiſiſſant les plus
belles , il s'écria , d'un air riant : Tartoffali
, tartoffali , Signor Nuntio ! Moliere,
qui étoit toujours un ſpectateur attentif
par-tout , prit delà l'idée de donner à fon
Impoſteur le nomde Tartuffe que la ſcène
qui venoit de ſe paſſer ſous ſes yeux , lui
faifoit trouver très -plaifant.
CHAR VOLANT,
M. DESFORGES , Chanoine de Ste Croix d'Eftampes
, propoſe de réaliſer le projet du Cabriolet
volant de laComédie. Il annonce donc avec confiance
& fans plaiſanter qu'il a un moyen de faire
192 MERCURE DE FRANCE.
:
voler les hommes dans un char en l'air ; & voici
ſa propoſition qui est trop fingulière pour n'être
pas rapportée. Elle pourra plaire aux imaginations
vives , qui ainment à voyager avec les lylphes
.
J'ai toujours penſé , dit M. l'Abbé Desforges ,
que ma découverte étonnera plus qu'elle ne perſuadera
, & avant que l'expérience en démontre
la réalité , je ſerois ſurpris de ne pas trouver des
incrédules . Pluſieurs ſavans ont dit que l'air étoit
un corps capable de recevoir d'autres corps , &
que l'art pouvoit imiter le mécaniſme des oiſeaux.
D'après cette affertion , M. L. D. s'eſt occupé des
moyens imitatifs de ceux que les habitans de l'air
employent pour s'élever & ſe ſoutenir dans cet
élément ; il a cru pouvoir les adapter , proportion
gardée , à un machine d'un voluine & d'un poids
plus conſidérables que n'a le corps des plus gros oiſeaux.
Le char volant qu'il fabrique à préſentn'eſt
que pour une ſeule perſonne ; mais il ne croit pas
impoffible d'en faire un qui pût en contenir deux.
On pourra avoir dans ce char une valiſe de 15 à
20 livres peſant. La forme de cette voiture aërienne
eſt à peu - près celle d'une gondole; elle eſt
longuede ſept pieds , & large de trois & demi, non
compris les acceſſoirs volatils. La machine complette
peſera au plus 48 livres , le conducteur environ
150 livres , la valiſe 15 , ce qui fait en totalité
un poids de 213 livres à élever. On a vu des
cerfs- volans élever de pareils poids & plus . Enfin
il croit avoir trouvé de bons procédés pour l'y
foutenir & l'y mouvoir ; il regarde le ſuccès de
fon projet comme aſſuré. Quant aux moyens de
faire en l'air , ſans s'égarer , une longue route , il
les indiquera àceux qui feront uſage de lavoiture.
NOVEMBRE. 1772. 193
ture. Ce qu'il peut dire à préſent, c'eſt que la
bouflole & la carte ne feront pas inutiles pour les
voyages aëriens de longs cours , & que l'on s'orientera
en l'air auffi facilentent que ſur les autres
élémens; mais il conſeiliera à ſes voyageurs de
ne pas s'expoſer la nuit. Cetre voiture , ajoute
M. l'Abbé Desforges , eſt conſtruite de telle manière
que les grands vents & les orages ne peuvent
ni la briſer ni la culbuter , & l'on pourra
fans rien craindre , s'en ſervir par un tems de
pluie. Cette voiture eſt ſi ſure par elle- même que,
A l'on parvenoit à enlever d'un coup de canon les
moyens employés pour la faire voler , elle retomberoit
très lentement à terre , & trois fois
moins vite qu'en volant ; & fi c'étoit fur fur l'eau,
de char-volant elle deviendroit bateau. L'entretien
& les réparations n'en ſeront point confidérables
; ce qui fatiguera le plus font quatre charnières
de fer ; que l'on aura ſoin de remplacer
après une courſe de 36 mille lieues au moins
c'est- à- dire de trois cent lienes par jour pendant
quatre mois. La conſtruction de la voiture eſt
telle qu'on pourra la démonter en grande partie.
Il nn''yy a rien de cloué, pas même les charnières
defer. M. l'Abbé donnera des préſervatifs contre
la trop grande affluence de l'air. L'uſage de fon
char aërien ne peut être contraire à la ſanté , ilfera
au contraire un moyen de guériſon dans certaines
maladies. On pourra planer cinq cent pas
dans les airs , refter preſque immobile à ſa volonté
& s'arrêter où l'on voudra .
M. l'Abbé Desforges avoit annoncé qu'il feroit
un char volant pour quiconque voudroit le payer
cent mille livres . L'argent n'étant nulle part com.
mun, il n'eſt pas ſurpris de n'avoir pas encore eu
,
AI
194 MERCURE DE FRANCE.
ر
de ſouſcripteurs. Il fait une autre propoſition ; il
déclare qu'il conſtruira un char volant pour la
ſomme de dix mille livres dont on payera mille
livres d'avance pour les matériaux , & neuf mille
livres quand le char ſera fini ; mais il déclare
qu'il ne mettra pas la main à l'oeuvre qu'il n'ait
trente ſouſcripteurs. Alors , avec beaucoup d'ouvriers
, il commencera les trente chars en mêmetems
, & au bout de ſix ſemaines il les livrera tous
lemême jour. Au ſurplus il prie ceux qui lui écrivent
d'afranchir leurs lettres , & de les adreſſer au
Sr Lanceleux , marchand épicier , près l'Hôtel-
Dieu à Etampes .
Enfin on dit qu'il s'eſt trouvé un riche particulier
de Lyon qui a mandé à M. Desforges que
les cent mille francs qu'il demandoit étoient prêts,
& qu'il l'attendoit dans ſon char- volant. En effet
le Chanoine , très - joyeux , finit ſa machine , y
entre comme dans un char de triomphe , la fait
élever par quatre hommes à une certaine hauteur
pour prendre ſon vol ; mais les aîles de ce char ,
au lieu de le faire planer dans l'air , le précipitent
vers la terre , & vraiſemblablement l'inventeur
demeurera perfuadé , par la propre expérience ,
qu'il ne faut point vouloir prendre un vol trop
haut.
NOVEMBRE. 1772. 195
LETTRE de M. Verdier , docteur en médecine
à Paris , &c. fur un nouvel art
de guérir les boſſes & les autres difformi .
tés des os & de leurs articulations .
Le nouvel art que je vous annonce , opère par
des principes directement contraires à ceux de
toutes les machines qu'on a propoſées juſqu'à ce
jour. Il a pour objet la conſtruction & l'uſage des
refforts dont l'invention eſt due à M. Tiphaine ,
Chirurgien Herniaire de Paris . Voulez- vous en
avoir une idée juſte ; repréſentez - vous - les comme
de vrais muſcles artificiels , au moyen deſquels
l'art opère d'un côté d'un membre , tout ce que
la nature a opéré de l'autre , par le moyen des
vrais muſcles. Il n'a d'autre objet que d'enlever
aux muſcles trop contractés , l'excès de leur contractilité
, pour la donner à leurs antagoniſtes
trop relâchés . Ces reſſorts font ordinairement
courbes : leur convexité s'applique ſur la boſſe,&
leurs extrémités , ſur les parties voiſines ou éloignées
, qui offrent des points d'appui commodes
&capablesdedonner la force ſuffilante au reſſort.
Les mouvemens de celui qui les porte , augmentent
ou diminuent leur courbure , diminuent ou
augmentent leur longueur. Par cette action continue
ou alternative , la convexité du reſſort faiſant
l'office du ventre ou de la partie contractive
du muſcle , preſſe la boſſe: les liens attachés à ſes
extrémités , faiſant l'office du tendon , attirent
les extrémités de l'os courbé , & par cette mécanique
ſon effort ſe trouve également réparti ſur
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
tout l'arc qu'on veut redreſſer. Sa force eſt telle
que dans la première application de la machine ,
ondonne à unboflu depuis un juſqu'à vingt-deux
lignes de hauteur par l'élévation de l'épine ; &
anfi continuant trop long temps ſon uſage , on
pourroit courber un membre quelconque en ſens
contraire à celui de ſa courbure contre nature.
Un autre avantage propre à ces muſcles artificiels
, &qui eft de la plus grande imporrance ;
c'eſt que l'Artiſte en meſure les forces avec le
pefon , de manière qu'il eſt toujours libre d'en
proportionner l'emploi , de les continuer avec
égalité , de commencer par des forces légères , de
les graduer au beſoin , d'habituer inſenſiblement
le malade aux forces les plus énergiques , de voir
l'effort que chaque âge & chaque conftitution
peut fupporter , & de ſavoir à la fin de la cure ,
combien de forces il a été obligé d'employer pour
Topérer.
Quand l'artn'est qu'une imitationde la nature ,
il ſçait imiter juſqu'à la fécondité. Ce n'eſt point
en effet l'épine ſeule qui peut être redreffée par
les nouveaux muſcles artificiels ; l'épaule , les
bras , les mains , les hanches , les cuifles , les
jambes , les pieds , les doigts , en un mot tous
les membres peuvent recevoir leur action. Lorfque
la difformité vient des ligamens ; on en peut
efpérer de bons effets dans tous les âges de la vie ;
moins pourtant à mesure que le ſujet eſt plus
voiſin du terme de la vieilleſle . Ce nouvel art
ne ſe borne pas aux difformités actuelles : il promet
de nouveaux ſecours dans le traitement des
luxations & des fractures ; en un mot dans tous
les cas où leChirurgien, le Médecin & linſtituteur
ont de réſiſtances à vaincre de la part des
muſcles naturels.
NOVEMBRE. 1772. 197
Mais , quelle que ſoit l'efficacité des machines
mobiles , leur action peut être conſidérablement
augmentée par des exercices induſtrieux , & par
des remèdes extérieurs & intérieurs qui tendent à
diminuer le reſſort dans les muſcles & les ligaments
trop tendus ; à l'augmenter dans ceux qui
font trop relâchés , & à diſtribuer à tous les organes
du membre , le ſuc nourricier le plus propre
à leur développement. L'Inſtituteur , le Chirurgien&
le Médecin , peuvent donc puiflamment
concourir avec l'orthopédiste à la cure des difformités.
Il n'eſt pas beſoin de réflexions bien profondes ,
pour fentir le prix de ce nouvel art , aufli fécond
qu'efficace. La confufion que les courbures des os
mettent dans toutes les parties molles , cauſe de ſi
grands dérangemens dans leurs fonctions , que
ceux qui ont ces difformités , font ordinairement
condamnés à mener une vie foible , languiflante ,
& très pénible , s'ils ne périflent pas après des
douleurs plus ou moins aigues & longues. L'Auteur
m'ayant confié la théorie de cet art , je vais
me hâter d'en faire part au public , par la voic
du Journal Economique. Pour juger de l'efficacité
de ces refforts avec une certitude phyſique ,
vous n'aurez beſoin comme tous les maîtres de
l'art , que des connoiſſances ſur la nature & le jeu
des os & des muſcles : mais pour en convaincre
tout le monde , j'y joindrai l'hiſtoire des principales
merveilles que cet art tout nouveau a déjà
opéré , ſur des difformités conſidérables de l'épine&
des membres . Non- ſeulement elles ſe ſont
faites ſous les yeux de Médecins & Chirurgiens de
cetteCapitale; mais encore l'Artiſte a foin de faire
deffiner la difformité; de la faire atteſter par des
I iij
192२
MERCURE DE FRANCE .
gens de l'art & par les parens ; & cette précaution
le met en état de ſuivre la cure à l'oeil , & de la
faire ſuivre par les eſprits les plus prévenus .
Je ne vous diſſimulerai pourtant pas qu'un
habile médecin de Paris vient de donner une idée
défavorable des inventions de M. Tiphaine , dans
un traité ſur le Rachitis : Il en parle comme d'un
corps qui a pour effet de comprimer des boffes par
le moyen de rembourremens ou par celui de refforts
larges, étendus & bien recouverts; & qui quand
ålferoit auſſi commode qu'il eſt gênant , & auffi
fimple qu'il est compliqué , ne pourroit cependant
jamais redreffer les courbures contre nature de la
colonne vertébrale , d'une maniere complette&fatisfaisante.
Dans tout ceci , il n'y a pas un ſeul
mot applicable aux machines de M. Tiphaine ; &
fans doute on aura fait illuſion à ce ſavant docteur
, en lui préſentant quelque mauvaiſe machine
ſous le nom de celui - ci .
la
En effet , le corps , le collier , le ſoulier ou le
gantdont ſe ſert cet artiſte , ne ſont que des parties
acceſſoires à ſon art , comme les attèles à
reſtauration. Les refforts qu'ils ſoutiennent font
larges ou étroits , plats ou ronds , courbes ou
droits , ou figurés de mille manières , ſuivant
l'exigence des cas. Leur action ne ſe borne pas à
une compreſſion ſur les boſles ; elle s'étend ſur
toute la partie , par une compreſſion & deux attractions.
Ils ont le fingulier avantage qui leur
eſt entièrement propre , de recevoir leur efficacité
des mouvemens qu'opère celui qui les porte ; & ,
par une ſuite néceſſaire , ce ſont , de toutes les machines
, les moins gênantes & les plus actives. Un
reffort fait toute la machine . En est- il donc de
plus fimple ? Il est vrai que les difformités étant
NOVEMBRE. 1772. 199
preſque toujours compliquées , l'artiſte applique
fur un membre difforme autant de muſcles artificiels
qu'il y croit reconnoître de fauſſes directions
; mais il a la nature pour garant. Si toutes
ſes puiſſances contribuent à déformer un membre ,
peut- on trouver mauvais que l'art leur en oppoſe
autant pour le redreſler ?
Je ſuis tout à vous , &c .
VERS pour mettre au bas du Portrait de
M. Perronet , à l'occaſion du ſuperbe
Pont de Neuilly.
Hic mediis furgens fummus velut arbiter
undis
Imponit certa fluctibus artejugum.
Barbarus eſt olim Pontem indignatus Araxes,
Lætus & egregium Sequana lambit opus .
Par M. l'Abbé Coſſon , profeſſeur de belleslettres
au collège de Mazarin.
AVIS.
I.
Nous avons annoncé précédemment la ſoufcription
des Campagnes de M. le Maréchal de
Maillebois , miſes en ordre parM. le Marquis de
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Pefay, meſtrede camp de Dragons , aide maréchal
- général des logis , des camps & armées du
Roi. Cette fonſcription , qui le fait à Paris chez
Delalain , libraire , rue & à côté de la Comédie
Françoiſe , devoit être fermée , ſuivant le Profpectus
, au premier Septembre dernier. Mais le
Sieur Delalain , vu l'absence de MM. les Militaires
, & pour avoir le tems de terminer les négociations
relatives à cette entrepriſe, entamées avec
les libraires étrangers , continuera la foufcription
jusqu'au premier Décembre prochain. Les
plans de ces campagnes font preſque tous gravés.
On imprime actuellement le ſecond volume.
La prolongation annoncée ci- deſſus n'empêchera
point que l'ouvrage ne ſoit livré au mois de Mai
1773 , tems preſcrit par le profpectus. Le prix de
la foufcription eſt de 96 livres, dont 60 feront
payées en ſouſcrivant , & le ſurplus en retirant
l'exemplaire Ceux qui n'auront pas ſouſcrit paieront
l'ouvrage 144 livres.
1 1 .
Le Sieur Obry , marchand épicier - droguiſte ,
rue Dauphine , au magaſin d'Angleterre , vis-àvis
la Botte d'or , continue de vendre avec ſuccès
différens remèdes qu'il tire des chymiſtes Anglois;
SÇAVOIR ,
Le taffetas d'Angleterre pour les bleſſures , coupures
& brûlures.
Les emplâtres écoſloiſes pour guérir & déraciner
toutes fortes da cors .
L'eau de perle du Sr Dubois , pour blanchir la peau
& en ôter les rougeurs.
NOVEMBRE. 201 1772 .
Les teintures pour blanchir les dents & en guérir
lemal.
Des brofles à l'uſage de ces teintures .
L'eflence volatil d'ambre gris pour les vapeurs &
maux de tête.
Les tablettes pectorales d'Archbald , pour les rhumes
opiniâtres.
L'élixir du docteur Stougthon , d'Angleterre, pour
les fièvres & maux deſtomacs .
La véritable moutarde d'Angleterre , qui ſe prépare
au moment de ſe mettre à table.
La véritable eau de Cologne à 36 1. la bouteille.
Le véritable élixir de Garrus , fi connu pour ſes
rares vertus ; il y a des bouteilles de 3 , 6 &
12 liv.
La nouvelle cire d'Angleterre propre à noircir les
fouliers , les bottes , &tous autres ouvrages de
cuir & de maroquin.
Cette cire ne tache ni les mains ni les bas , eft
fans odeur ; elle entretient le cuir mol & flexible,
donne un beau noir que l'on peut rendre , à
fon gré , mat ou luifant. Cette cire ne ſe vend que
12 fols la tablette , qui fait une chopine de cire
liquide.
III.
Le ſieur Moreau , marchanden gros , rue St
Martin , vis- à- vis celle de Montmorency , qui a
découvert un rouge onctueux , nommé Rouge à
la Dauphine , donne avis que pluſieurs Dames
qui font ulage de fon rouge , lai ont obſervé que
la qualité en étoit très- bonne , mais qu'il pouvoit
tendre à une plus haute perfection.
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
Le Sieur Moreau s'eſt appliqué , depuis un mois,
à lui donner la qualité que toutes les Dames defirent
, qui eſt de prendre facilement ſur la peau &
dene point ſe détacher. C'eſt à quoi il eſt parvenu
par l'onction incorruptible dontil ſe fert ; cette
oction plus préparée s'infinuera plus facilement
dans les porres , en conſervant toujours l'uni , la
finefle & la douceur de la peau.
Les Dames peuvent être aſſurées qu'elles en ſeront
très- fatisfaites préſentement. Le Sr Moreau
ne demande le paiement qu'après que les Dames ,
par un uſage répété , ſeront convaincues de la perfection
de ce rouge.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Constantinople , le 17 Août 1772 .
ONN vient d'apprendre par des lettresde Salonique
, datées du premier de ce mois , que le Sr
Broche , conful de France , y eſt mort de la peſte.
On a été informé , par la même voie , que l'amiral
Spiritow a fait publier à Scopoli ( Scopelus )
ifle de l'Archipel , l'armiſtice ſigné à Paros , le 13
Juillet , ſuivant lequel on rend aux Grecs la liberté
de la navigation , en leur défendant ſeulement
d'introduire dans les ports du Grand Seigneur
des munitions de guerre & du bled. On ne
peut cependant concilier cet avis avec ceux qu'on
reçoit de Smyrne , d'une date poſtérieure. Ces
derniers portent que depuis la concluſion de l'armiſtice
, les Armateurs Rufles arrêtent tous les
NOVEMBRE. 1772. 203
jours des bâtimens neutres , chargés de café &
d'autres denrées.
De Petersbourg , le 18 Septembre 1772 .
Le Chambellan de Taube , qui a apporté à
l'Impératriceune lettre du Roi de Suéde , par laquelle
il lui fait part de la révolution arrivée dans
ce royaume , eft reparti pour Stockolm. Sa Majeſté
Impériale l'a chargé d'une lettre pour le Roi,
àqui Elle témoigne le defir qu'elle a de conferver
la bonne intelligence qui règne entre les deux
Nations , & la part qu'Elle prendra toujours à ce
qui pourra arriver d'heureux à Sa Majesté Suédoite.
Des Frontières de la Pruſſe , le 23 Septembre
1772 .
,
2
Les raiſons que les Pruſſiens ont fait valoir ,
en s'emparant de l'entrée du port de Dantzick
c'eſt qu'elle ſe trouve ſituée dans un terrein qui a
originairement appartenu à l'abbaye d'Oliva , laquelle
pafle , avec toutes ſes dépendances , au
pouvoirdu Roi de Prufle. C'eſt par le même motifque
trois des fauxbourgs de la ville même
ſçavoir , Slotzemberg , Schottland & Schidlitz
ont été occupés par les Pruſſiens , comme appartenans
à l'Evêché de Cujavie. Dans tous les cridroits
, dont ils ont pris pofleſſion , ils ont exigé
un dénombrement des habitans & un état de leurs
biens. On ignore encore quel ſera le fort des Staroſties
& des autres biens royaux , & à quel taux
on réduira le revenu de l'Evêque de Warmie &
des Chanoines de Frawenbourg.
Les Pruffiens ſe ſont emparés des Districts de
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Thorn & de Dantzick , & ces deux villes , dont
l'indépendance a été réſervée dans le Traité de
partage figné à Petersbourg , les Août dernier ,
ont eu la douleur de voir leurs fauxbourgs & toutes
leurs anciennes dépendances aſſujettis à la
nouvelle domination . Le port de Dantzick, ou,
pour parler plus exactement , le Fahr - Waſſer ,
c'est- à -dire , le canal de jonction entre ce port &
la Mer Baltique , eſt entièrement occupé par les
Pruffiens , & leurs Préposés aux Douanes y levent
, pour le Roi , les mêmes droits qu'on eſt encore
obligé de payer à la ville. Il en réſulte un
impôt de 10 pour 100 fur tout ce qui entre dans
le port & fur ce qui en fort. Les Confuls d'Angleterre
, de Danemarck & de Hollande n'ayant
pu obtenir que ces droits fuſſent ſuſpendus , ont
donué ordre aux Patrons des navires de leur Nation
de les acquitter , en proteftant contre cette
exaction .
Le Roi de Pruffe vient d'établir , pour ſa nouvelle
acquifition , une Chambre des Guertes &
des Domaines & une Cour Sauveraine qui fiégera
à Marienwerder. On s'attend à voir paroître un
réglement concernant les Staroſties de l'ancienne
Prufle Polonoiſe , dont le revenu eſt évalué à 100,
coo ducats ( environ un million cinquante mille
livres.)
1 On apprend de Thorn que les Pruffiens ont
érendu leurs-frontières fort au-delà de la Netzava
, ancienne limite de la Prufle & de la Cuja vie,
& qu'ils ont enfermé dans leurs pofleffions une
grande partie de la Terre Dobrzyn & quelques dépendancesdu
Palatinat de Plocko.
NOVEMBRE. 1772. 205
De Warfovie , le 24 Septembre 1772 .
On a été conſterné ici des déclarations publiées
par les trois Pusulances qui viennent de s'emparer
d'une partie de la Pologne , & plus encore de leur
priſe de poffeffion. Par ce partage , la Prufſe prend
neuf cens lieues quarrées d'une heure à la lieue ;
l'Autriche , deux mille ſept cens , & la Ruſſie ,
trois mille quatre cens quarante , ainſi ce démembrement
enleve à la Pologne ſept mille quarante
lieues quarrées . Les portions les plus eflentielles
font celles échues aux Prufſiens & aux Autrichiens.
Les Rufles ont un terrein plus étendu
mais moins important. Les tirres cités dans le manifeſte
du Roi de Prufle ont donné occaſion à quelques
recherches hiftoriques .
Des Frontières de la Pologne , le 9 Octobre .
1772 .
Toute la Nobleſle des Pays reconquis , comme
les appellent les Autrichiens , eſt dans la confternation
, & voudroit être diſpenſé de prêter le
ferment de fidélité qu'on doit exiger de tous les
habitans . On ne permet pas aux Gentilshommes
revêtus de quelques charges d'en exercer les fonctions;
pluſieurs ont voulu le retirer chez l'Etrangèr
, mais on leur a refuſé des paſle- ports .
Le Roi de Pruſſe fait procéder , avec la plus
grande célérité , à la prite de poſleſſion de toutes
fes nouvelles acquifitions. Par-tout où ſes Prépofes
arrivent , ils s'emparent des archives des villes
, des égliſes & des couvens. Tous les papiers
de Culm ont été enlevés. On croit qu'ils feront
tranſportés à Berlin. Ce greffe contenoit une ſuite
206 MERCURE DE FRANCE.
٦
précieuſe de titres & d'actes originaux concernant
la Prufle Royale , relativement à la République.
Déjà on perçoit le péage établi ſur la Viftule à
Verdan , petite ville éloignée de quatre lieues de
Thorn. On parle d'en établir un ſeul ſur la même
rivière , au deſſous de Dantzick , dans l'ifle de
Platten, qui eſt vis - à- vis de la riche abbaye d'Oliva.
Les Autrichiens ont pris poſſeſſion de Wilicza ,
&ont traité les Ruſſes , qui ont voulu s'y oppoſer
, avec la même rigueur qu'ils ont éprouvéedu
général Suwarow , à l'affaire de Tynieck. Le général
d'Alton s'eſt fait remettre , le 24 , la caiffe
des Salines de cette ville , qui étoit très conſidérable
. On n'y travaille plus que pour le compte de
Sa Majesté Impériale. On dit que les Autrichiens
ne pouvant , ſous aucun prétexte , garder les fom.
mes perçues avant leur priſe de poſſeſſion , les
tiendront en réſerve pour la ſûreté des dettes contractées
, par les Confédérés , dans les pays reconquis.
Au reſte , leurs armées éprouvent une déſertion
à laquelle il n'y a point de remède dans un
pays ouvert de toutes parts. Un ſeule compagnie
aperdujuſqu'à vingt- quatre hommes .
De Coppenhague , le 26 Septembre 1772 .
Tous les régimens de troupes reglées de ce
royaume viennent d'être réduits à deux bataillons
de cinq compagnies. Les régimens repartis dans
leHolſtein ont reçu ordre de ſe tenir prêts à marcher
. Le Prince Charles de Hefle Caffel , beaufrère
du Roi , doit ſe rendre en Norwege pour
prendre le commandement des troupes de ce
royaume.
NOVEMBRE. 1772. 207
De Stockolm , le 18 Septembre 1772 .
Le Roi , accompagné du Prince Frederic , fe
rendit , le 12 de ce mois, à l'hotel de- ville où le
Magiſtrat & la Bourgeoiſie s'étoient aſſemblés par
ſes ordres ; pour leur témoigner la fatisfaction
qu'Elle avoitdes marques de zèle qu'ils lui avoient
données dans les dernières circonstances , Sa Majeſté
permit aux officiers de la Milice Bourgeoiſe
de porter l'épée & la cocarde , & accorda à ceux
qui s'étoient le plus diſtingués des médailles d'or &
d'argent qu'ils attacheront à leurs habits. Le corps
de la Bourgoiſie , pénétré de reconnoiſſance , offrit
au Roi d'équiper à les frais vingt-cinq vaiſlaux de
guerre ou de lever un régiment.
De Vienne , le 30 Septembre 1772 .
Le nouveau bâtiment de la Douane eſt entièrement
achevé. Cet hôtel augmente le nombre des
fuperbes édifices publics dont cette ville a été embellie
pendant le règne de l'Impératrice - Reine ;
tels que ceux de l'Univerſité de la Chancellerie de
Bohême , de celle de Hongrie& la maiſon de la
Banque & du Commerce .
Le Conte Nicolas de Bethlen a été nommé, par
Leurs Majeftés Impériales & Royale , Grand Tré
forier de la Principauté de Tranſylvanie.
De Ratisbonne , le 21 Octobre 1772 .
Le Commiſſaire de Sa Majeſté Impériale & le
Miniſtre Electoral de Brunswick ont fait ſavoir
aux Miniſtres Comitiaux qui ſont reſtés ici pendant
les vacances , que l'affaire du ſicur Falcke ,
208 MERCURE DE FRANCE.
qui avoir fait tant de bruit , étoit arrangée à la fatisfaction
des deux parties , & que les léances de
Subdélégués- Viſiteurs de la Chambre de Wetzlar
recommenceroient le premier de Novembre .
De Francfort , le 6 Octobre 1772 .
On vient d'apprendre qu'un nouveau corps de
troupes Autrichiennes , venant des Pays - Bas , va
déboucher de Luxembourg ſur le Pays de Trèves ,
pour ſe rendre en Souabe , &delà en Autriche.
De la Haye, le 2 Octobre 1772 .
Toutes les lettres arrivées de Danzick annoncent
la ruine du commerce de cette ville , & les
principaux Négocians font des diſpoſitions pour
l'abandonner. La domination du nouveau Souverain
de la Pruſſe Polonoiſe s'étend juſques aux
portes de Dantzick. Pluſieurs vaiſſeaux qui étoient
fur la cóte n'ont eu permiffion d'entrer dans le
port qu'après avoir payé des droits de havre ajoutés
à ceux qu'on payout précédemment. Ils n'ont
pu en fortir avec des chargemens de grains qu'en
acquittant de nouveaux droits .
On ne peut pas encore deviner lebut des armemens
ni des emprunts projetés par le Danemarck.
On a peine à concevoir les motifs qui ont déterminé
la Ruſſie à recommencer la guerre puiſqu'elle
n'a plus l'intégrité de la Pologne à garantir- comme
dans l'origine des troubles , & qu'elle ne pourra
plus tirer , des provinces actuellement détachées
de la Pologne , les ſecours de toute eſpèce ,
auxquels elle a dû , en grande partie , le ſuccèsde
ſes campagnes pallées. :
NOVEMBRE. 1772 . 209
Les ſieurs Soermans , Commiflaire des Provinces
- Unies , Kut , Réſident de Danemarck , & Heriot
Cotifon , Conſul d'Angleterre à Dantzick ,
ont fait de fortes repréſentations ſur les nouveaux
droits qu'on veut impoſer aux navires de leurs
Nations , & n'ayant point été écoutés , ils ont
dreflé un procès- verbal , contenant les demandes
qu'ils ont faites, & le refus qu'ils ont efſuyé de la
part des Prèpoſés à la Régie Pruffienne , & ils ont
envoyé cet acte à leurs maîtres reſpectifs .
Ce qui ſe paſſie à Dantzick attire principalement
l'attention du commerce. Le 30 du mois dernier ,
il y avoit dans le port de cette ville plus de cinquante
navires , tant Hollandois qu'anglois &
Danois , que le Roi de Pruſſe vouloit aſſujettir aux
nouveaux péages. On dit que le Peuple a arraché
à Schonec ,les armes du Roi qu'on venoit d'y pla
cer , & qu'un gros détachement Prufſien y a été
envoyé. Le parti oppoſé au parti prétend que les
Rois de Pologne ne peuvent ſouſcrire , même tacitement
, aux invaſions du territoire ſoumis à
leur Couronne , ſans violer le ferment fondamental
qui leur ouvre le chemin du Trône .
On a appris , par la voie des Colonies Angloiſes
, qu'il y avoit eu , cet été , à Surinam , un nouveau
foulevement de Négres. C'eſt un fléau qui
afflige preſque habituellement cette habitation
Hollandoiſe , où le nombre des Blancs ſemble diminuer
dans la même proportion que s'augmente
celui des Noirs .
De Londres , le 16 Octobre 1772 .
Les Matelots Anglois employés à la marine
marchande ont commis quelques déſordres aux
210 MERCURE DE FRANCE.
portesdeLondres. Ils ont voulu forcer les Arma
teurs à leur donner une augmentation de paie , &
ils ont chailé & maltraité les matelots étrangers ,
qui ſerventà meilleur marché qu'eux,
En vertu d'une proclamation du Conſeil du
Roi , le parlement s'aſſemblera le 26 du mois prochain.
On croyoit que la rentrée des chambres
n'auroit lieu que le 20 Janvier ; mais les affaires
de la Compagnie des Indes ont obligé le Gouvernement
à les convoquer plutôt.
De Bastia , le 13 Septembre 1772.
Il eſt entré dans ce port , pendant le cours du
mois dernier , cent ſoixante- lept bâtimens , tant
bateaux que pinques & tartanes ; il en eſt ſorti
centvingt-fept, chargés de diverſes marchandi-
Les,
De Tripoly , le 14 Juillet 1772 .
LeGrand Emir des Druſes , tranquille du côté
de Baruth , a fait une incurfſon ſur quelques hordes
deMutualis établis du côté de Gébail (Giblis )
dansle lieu de la dépendance , &foupçonnés d'entretenir
des intelligences avec leurs compatriotes.
Environ trois cents de ces malheureux ont été
mafiacrés , & une quarantaine de familles ſe ſont
retirées à Tripoly où on leur a donné aſyle.
De Rome , le 30 Septembre 1772 .
La petite vérole a fait , cette année , de grands
ravages dans cette capitale. Il eſt mort de cette
maladie , dans le ſeul hôpital du Saint - Eſprit ,
onze cens Enfans-Trouvés.
NOVEMBRE. 1772. 211
De Civita- Vecchia , le 18 Septembre 1772 .
Les deux galères de Sa Sainteté , après avoir
pourſuivi dans les parages de Toſcane & de Gênes
, deux galiotes Barbareſques , ſans avoir pu
les joindre , ont relâché à Baftia , en Corſe , pour
prendre des proviſions . Le Chevalier Ranieri ,
chargédu commandement de ces galères , y a été
reçu avec tous les honneurs dûs à fon rang. Le
Comte de Narbonne , commandant de l'Iſſe de
Corſe, lui adonné un repas ſplendide que le Chevalier
Ranieri lui a rendu. On apprend qu'une
frégate du Grand- Duc a pris l'une des deux galiotes
Barbareſques , & que l'autre s'eſt ſauvéeà
la faveur de ſes voiles & de ſes armes .
De Marseille , le 2 Octobre 1772 .
On a appris , par un bâtiment venu d'Alexandrette
(Alexandrie de Syrie ) que le Cheïk Daher
& Ali-Bey ſe diſpoſoient à faire le fiége de Jaffa
(Joppé ) dont le Cheïk de la Naploufe ( Sichem )
s'eſt emparé.
De Paris , le 26 Octobre 1772 .
Le 18 de ce mois , le ſieur d'Hallot , major du
régiment de Mgr le Comte de Provence , fit au
Havre-de-Grace, avec tout l'appareil militaite ,
la réception des Vétérans .
On a découvert , auprès des murs d'Arnay- le-
Duc , pluſieurs pièces d'or de Henry VI , Roi
d'Angleterre , & de Charles VII , Roi de France.
1
212 MERCURE DE FRANCE.
NOMINATION S.
Le Roi a nommé le Baron d'Eſpagnac Exempt
de ſes Gardes , compagnie de Luxembourg , fur
la démiſſion du Chevalier de Tillet.
Sa Majesté a accordé l'Evêché de Sagone , en
Corſe , à l'Evêque de Nebbio , & celui de Nebbio,
à l'Abbé Citadella , Vicaire Général de Sagone.
Le Roi a donné au Marquis de Marigny la
place de Conſeiller d'Etat d'Epée , vacante par la
démillion du Comte de Bafchy. Le Marquis de
Marigny a prêté ferrment , le 20 Octobre , & pris
ſa féance au Conſeil .
Sa Majesté vient d'accorder les Entrées de ſa
Chambre à l'Archevêque d'Aix .
Le Roi vient d'accorder l'adjonction à la place
d'Inftituteur des Enfans de France , dont eſt pourvû
l'Abbé Berthelot , à l'Abbé de Lezines , chanoine
Curé de Vivonne , en Poitou.
NAISSANCES.
Le 31 du mois dernier , une jeune femme, de la
province d'Upland , accoucha d'une fille , & dixhuit
heures après , elle accoucha d'un garçon &
d'une fille; ces enfans furent baptiſés ſur le champ.
Il vivent tous les trois , & la mère a repris ſes for.
ces. Cette même femme avoit mis au monde , le
7 Février de l'année dernière , quatre enfans ; ainſi
dans l'eſpace de dix neuf mois , elle a été mère de
ſept enfans; ſavoir , de trois garçons &de quatre
filles .
NOVEMBRE. 1772. 213
MORT S.
Le nommé Armand Patrouilleur , ſurnommé
Rabion , est mort au commencement du mois
d'Octobre , à l'âge de cent fix ans , dans la paroifles
de Saint- Martin de Haux , près de Langoiran.
Il n'a ceffé de travailler à la terre que fix
jours avant la mort. Peu de tems auparavant un
habitant de la même paroifle , nommé Michel
d'Anguygue , y étoit mort à l'âge de cent ans.
Marie Roulland , de la paroiſle de St Martin de
Montbertrand , diocèſe de Bayeux , vient d'y moutir
dans la cent deuxième année de ſon âge.
La Dame Redrick eſt morte dernièrement à
Shrensbury , à l'âge de cent cinq ans Elle avoit
recouvré l'uſage de la vue dont elle avoit été
longtems privée. Ce qu'il y a de remarquable
dans cet événement , c'eſt qu'il a été l'ouvrage de
la nature ſeule , & que la Dame Redrick n'y avoit
employé aucun ſecours de l'art.
Jeanne Léonard , veuve d'Antoine Colette , eſt
morte à Sainte- Marie- aux Mines , en Lorraine ,
à l'âge de cent trois ans. Jacqueline Louvet, veuvede
Chriftophe Loiſel , eſt morte à Séez , généralité
d'Alençon , âgé de cent un ans & treize
jours. Ces deux femmes n'avoient jamais été malades
pendant leur vie , & ont joui de leur raiſon
juſqu'au dernier moment.
Henriette - Roſalie de Baylens de Poyanne ,
épouſe de Maximilien-Alexis de Bethune , Duc de
Sully , eſt morte à Paris , le 14 Octobre , dans la
vingt- troiſième année de ſon âge.
214 MERCURE DE FRANCE .
Urſelina Leftring , veuve de Jean Van Tongeren
, née a Ower Yffel , eft morte à la Haye, dans
la cent feptième année de ton âge.
TABLE.
PIECES FUGITIVES en vers & en proſe , pages
Ode à Licinius ,
La Marieule , comédie en un acte , en vers ,
L'Enthouſiaſme vertueux ; conte du tems
pallé ,
Stances à Madame de C. ,
Ames amis , au retour de la campagne ,
Stances ſur la mort de Tircis ,
Imitation des vers de Catulle à Lesbie ,
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ibid.
7
47
66
68
70
73
74
ENIGMES , ibid.
LOGOGRYPHES , 77
NOUVELLES LITTÉRAIRES , 81
Lettre amoureuſe d'Héloïſe à Abailard , par
M. Collardeau , ibid.
Réflexions ſur les ſermons nouveaux de
M. Boffuet par M. l'Abbé Maury , 100
Hiſtoire véritable & merveilleuſed'unejeune
Angloiſe , 109
Hiſtoire générale d'Allemagne , 116
Cours d'études des jeunes Demoiſelles ; par
M. l'Abbé Fromageot , 118
NOVEMBRE. 1772. 215
Supplément à la Diplomatique de M. Lemoine
,
Préceptes de ſanté ,
Réflexions ſur le triſte ſort des perſonnes
qui , ſous une apparence de mort , ont été
enterrées vivantes , & ſur les moyens de
prévenir une telle mépriſe ,
Le Clergé de France ,
Dictionnaire raiſonné-univerſel des Arts &
Métiers ,
Méthode pour étudier l'Hiſtoire ,
Vers de M. de Voltaire , adreſſés au Roi de
120
121
123
128
136
144
Opéra ,
Suéde ,
ACADÉMIE de Villefranche ,
SPECTACLES ,
Comédie françoiſe ,
ISI
152
154
154
156
A Madame Veſtris , 157
Comédie italienne , 158
Ernelinde , opéra donné à Bruxelles ,
ARTS , Peinture ,
159
161
Gravures , 173
Muſique , 177
Géographie , 178
Compliment adreſſé à Mde la Comtefle de
Provence , à ſon arrivée en France , par
M. l'Archevêque de Lyon ,
Réponſe à M. Jacquin , ſur ſa propoſition
des bains de cendres pour les Noyés ,
179
181
216 MERCURE DE FRANCE.
Bienfaiſance ,
Anecdotes ,
Char- volant par M. Desforges , chanoine de
SteCroix d'Etampes ,
187
188
II
Lettre de M. Verdier , ſur un nouvel art de
guérir les boſles , &c . 195
Vers pour mettre au bas du Portrait de M.
Perronet , à l'occaſion du ſuperbe Pont de
Neuilly , 199
AVIS, ibid
Nouvelles politiques , 202
Nominations , 212
Naiſlances , ibid.
Morts, 213
J'AI lu
APPROBATIΟΝ.
, par ordre de Mgr le Chancelier , le
volume du Mercure du mois de Novembre 1772 ,
&je n'y ai rien trouvé qui m'ait paru devoir en
empêcher l'impreſſion .
A Paris , le 30 Octobre 1772 .
LOUVEL.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harps.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le