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1772, 08-09
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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU RO I.
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES.
A O UST , 1772 .
د د ع و د ر
Mobilitate viget . VERGENTE DU
R
LIBRAR
RK
A PARIS
Chez LACOMBE , Libraire
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12 1.
1770 ,
201.
31.
Maximes deguerre du C. de Kevenhuller , 1 1. 166
MERCURE
DE FRANCE.
A O UST , 1772 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
DISPUTE D'AJAX & D'ULYSSE ,
au fujet des armes d'Achille , traduite
du XIII livre des Métamorphofes d'O .
vide.
DISCOURS d'Ajax , lú à l'Acad. Françoife
dans l'affemblée publique du 6 Juillet , par
M, de la Condamine.
ES Les chefs étoient affis , les foldats en filence :
Dans ce lénat guerrier le fier Ajax avance ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Armé d'un bouclier de fept peaux revêtu ,
L'oeil enflammé , le bras vers le port étendu,
De ce débat , grands dieux ! ce rivage eft la lice ;
A l'afpect de la flotte , on me compare Ulyſſe !
Lui qu'on vit n'oppofer que d'impuiflans efforts
Aux feux dont les Troyens menacèrent nos bords ;
Tandis que bravant feul Hector , le fer , la fame
,
Ajax les repouffoit jufqu'aux murs de Pergame.
Un bras vainqueur eft donc un trop foible fecours
,
Il vaut mieux pour combattre employer les difcours
!
Mais d'un langage orné j'ignore l'artifice,
Comme l'art de la guerre eft ignoré d'Ulyſſe :
Parler eft fon talent ; il peut le figualer ;
Haranguer le Troyen qu'Ajax feroit trembler.
Pourquoi ferois- je ici le pompeux étalage
Des périls qu'à vos yeux affronta mon courage ?
D'un grand appareil Ulyffe a feul befoin :
Il n'eut de fes exploits que la nuit pour témoin.
Je l'avouerai , le prix flattoit mon espérance ;
Mais il perd fon éclat par cette concurrence.
Pour Ulyffe déjà , c'eft l'avoir emporté :
Ne publîra- t'on pas qu'il me l'a diſputé ?
>
Mes droits font la valeur ; mais je les abandonne
,
Et je réclame ici ceux que le fang me donne.
A O UST. 1772. 7

Mon père , fur les pas d'Hercule & de Jafon ,
Télamon, foumit Troie & conquit la toifon.
Il nâquit d'Éacus , juge & terreur des ombres ,
Arbitre de leur fort dans les royaumes fombres ,
Ou ton ayeul Sifyphe expiant fes forfaits ,
Roule un roc qui retombe & gémit fous le faix.
Petit fils d'Éacus dont Jupiter fut père ,
J'ai pour troisième ayeul le maître du tonnerre.
Je ne me vante ici d'être du fang des dieux ,
Qu'autant qu'Achille & moi les avons pour
ayeux:
Le fang nous unifloit ; je demande ſes armes.
Pour Ulyffe , la rufe & la fraude ont des charmes
,
Nos droits font-ils douteux ? feroient- ils fufpendus
Entre un fils de Sifyphe & le fils d'Éacus ?
Sans uſer comme toi d'une bafle induſtrie ,
Je m'offris le premier pour fervir la patrie ;
Mais de quel front prétend au divin bouclier
Celui qui dans nos camps fe montra le dernier ?
Qui , par le trait honteux d'une lâche prudence ,
Aux yeux de tous les Grecs affecta la démence ,
Quand Palamède hélas ! que l'on pleure aujourd'hui
,
Guerrier plus malheureux , mais plus adroit que
lui ,
Par un piége innocent dévoila fa bafleſſe
Et l'amena tremblant au ſecours de la Gréce?
A iv
MERCURE DE FRANCE.
Tel qui n'ofa s'armer par la crainte abattu ,
Des armes d'un héros ſe verroit revètu ;
Et je ſcrois fruftré de ce noble héritage ,
Pour avoir le premier fignalé mon courage !
Ah ! plût au Ciel qu'Ulytle , encor loin de ces lieux,
Eprouvât ou feignît un tranſport furieux !
Philoctère à Lemnos , innocente victime ,
Ne pourroit aujourd'hui nous reprocher un crime.
Au fond d'un antre obfcur ſes lamentables cris
Ne feroient point gémir les rochers attendris :
Il accufe da Ciel la trop lente juftice ;
Mais les dieux ( s'il en eft ) le vengeront d'U
lyЛe.
Cher Prince , ami d'Hercule & fon digne héritier ,
Toi , qu'au ferment des Grecs on a vu ſe lier ,
Epuilé par la faim & par la maladie ,
Faut- il , pour te vètir & conſerver ta vie ,
Qu'à percer des oifeaux tes traits foient profanés
,
Ces traits contre Ilion par le Ciel deſtinés ?
Mais tu vis ; tes malheurs ne font pas fans remède,
Et tu jouis d'un fort qu'enviroit Palamède,
Sans Ulyffe il vivroit ; un infame foupçon
En perdant l'innocent n'eût pas flétri fon nom ;
Et cet or , qu'un perfide enfouit dans fa tente
N'eût pas d'un crime faux fait la preuve apparente.
A O UST. 1771 .
Ainfi combat Ulyffe , ainfi , perfide & vil ,
Il trama de nos chefs ou la mort ou l'exil :
Mais , dût-il de Neftor furpafler l'éloquence ,
Fera - t'il oublier qu'il laifla ſans défenſe ,
Au milieu des Troyens , fur un cheval bleflé ,
Cet augufte vieillard par les ans affaillé ?
Qu'on ne m'impute pas de fuppofer un crime ;
Diomède t'a vu livrer cette victime :
La voix de ton ami , honteux de ton affront ,
De tout autre qu'Ulyfle eut fait rougir le front.
Mais admirons des dieux la juftice fuprême ;
Ce fecours qu'il refuſe, il l'implore lui - même :
Ulyfle en ce moment doit être abandonné :
Ha dicté l'arrêt , l'exemple en eft donné ,
Il appelle , j'accours ; je vois le Roi d'Itaque
Renverfé fous le bras du Troyen qui l'attaque ,
Pâliffaut à l'afpect de l'homicide acier :
J'oppose à l'ennemi cet épais bouclier :
Je t'en fais un rempart : perdons -en la mémoire ,
Sauver les jours d'un lâche , eft - ce un fujet de
gloire ?
Ofes-tufur le prix lever encor les yeux ,
Digne rival d'Ajax ? retournons fur les lieux ,
Vois l'ennemi , reprends ta pâleur & ton trouble
:
Tu vois couler ton fang & ta frayeur redouble :
Viens fous monbouclier rappeller tes efprits ;
Viens t'y cacher; & là difpute- moi le prix.
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
Mais que vois-je ? celui qu'accabloit ſa foibleſſe
Aretrouvé pour fuir la force & fa vîteſle.
Hector paroît & mène au combat tous les
dieux .
Tout tremble à fon afpect ; la foudre eft dans fes
yeux :
Le plus brave frémit ; je te pardonne, Ulyfle.
Vainqueur , couvert de fang , au milieu de la
lice ,
Hector , le fier Hector eft par moi renversé ,
D'un éclat de rocher que mon bras a lancé .
Il défie au combat tous les chefs de la Gréce ;
A défigner Ajax chacun de vous s'emprefle :
Enfin la voix du fort me nomme fon rival ,
Et l'honneur du combat entre nous fut égal.
Par le fer & le feu la flotte eft menacée ,
Et la langue d'Ulyffe à l'inftant s'eft glacée ;
Son bras eft engourdi : le mien a dans ce jour
Sauvé mille vaifleaux ,feuls garants du retour.
J'en demande le prix : cette armure immortelle
A plus befoin d'Ajax , qu'Ajax n'a befoin d'elle :
J'ole dire du moins que de cette faveur
Le vainqueur & le prix partageront l'honneur.
Rhéfus , Dolon vaincus , Hélénus & ſa priſe,
Et du Palladium la nocturne entrepriſe ,
Tels font les faits qu'Ulyffe ofe oppoſer aux
miens.
Mais font - ce des exploits ? font - ils même les
fiens ?
A O UST.
II
1772 .
Qu'a-t'il fait au grand jour , & qu'a- t'il fait fans
aide ?
Toujours il a fuivi les pas de Diomède :
Toujours d'un bras plus fûr il implora l'appui ,
Et Diomède au prix a plus de droit que lui.
Les armes d'un héros entre les mains d'Ulyffe !
Jamais en connut- il d'autres que l'artifice ?
De ce casque doré l'éclat étincelant ,
Dans l'ombre de la nuit le feroit voir tremblant.
Tu plîrois fous le faix de l'armure d'Achille ;
La lance qu'il porta veut un bras moins débile :
Cette égide divine , en paffant dans le tien ,
Seroit bientôt la proie &le prix du Troyen :
Son poids affoibliroit , en retardant fa courſe ,
Celui dont l'art de fuir eft l'unique reffource.
Tu vois que mille traits criblent mon bouclier ;
Il m'en faut un nouveau ; le tien eſt tout entier.
Mais nous perdons le tems en des difcours frivoles
;
J'en appelle aux effets , laiflons- là les paroles :
Lançons ce bouclier dans les rangs ennemis ,
De qui l'en tirera qu'il devienne le prix.
AVERTISSEMENT
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
AVERTISSEMENT de l'Auteur de la
pièce précédente.
En confentant que ce morceau foit publié
dans le Mercure , je dois , pour ne pas
m'expofer au reproche de plagiat , prévenir
le lecteur que feu M. le Chevalier de Cogolin
, lieutenant des vaiſſeaux du Roi ,
donna au Public en 1751 , une traduction
en vers de la difpute d'ajax & d'Ulyffe
dans Ovide , imprimée chez le Prieur , &
dont l'extrait fe trouve dans les lettres fur
quelques écrits de ce tems , Année 1751 .
tome V , pag. 118.
$
Onpeut y remarquer quelques vers femblables
aux miens , mais il doit m'être
permis de dire que j'avois remis un an
auparavant, au Chevalier mon ami depuis
vingt ans , un effai de traduction de ce mé.
me morceau , que j'avois ébauché dans ma
jeuneffe je le lui avois abandonné , en
l'invitant à terminer l'ouvrage ; ce qu'ilfit.
Environ dix ans après & depuis la mort
du Chevalier, me trouvant à la campagne,
fa traduction me tomba fous la main ,je la
relus. J'y trouvai beaucoup de négligences,
jejugeai que l'auteur avoit abufé de la faAOUST.
1772 . 13
cilité avec laquelle il faifoit des vers &furtout
rempliffoit des bouts rimés au cours de
la plume.
J'entrepris de corriger fa traduction ;
bientôt je m'apperçus qu'il me feroit plus
aifé de la refondre en entier. Si j'en ai confervé
quelques vers , je puis affurer qu'ils
font de moi ; mais pour l'acquit de ma confcience
, je dois avouer que dans la harangue
d'Uliffe que j'ai traduite auffi , & de
laquelle il n'eft pas ici question , j'ai confervé
de propos délibéré , un vers de génie
qui appartient à mon ami , & dont il eft
bien jufte de faire honneur à fa mémoire
c'eft , ce me femble , le plus beau de la piè
ce. Ulyffe fe vante d'avoir déterminé Agamemnon
à facrifier fa fille aux intérêts de
la Grèce , & après l'énumération des motifs
qu'il avoit employés pour perfuader le
père , ilfinit par ce vers où il enchérit de
beaucoupfurfon original , laudem ut cum
fanguine penfet.
Je fis parler l'honneur & taire la nature,
*
14 MERCURE DE FRANCE .
VERS de Mlle de Lubert à M. de la Condamine
, fur les vers qu'il lut à l'Académie
Françoife , le 6 Juillet.
D'AJAX impétueux & du fubtil Ulyfle
Vous avez chanté les débats :
Ovide courut cette lice ,
Et de près vous fuivez les pas.
Dans l'âge où tout s'éteint votre feu femble craître :
Homère , comme vous , brava le froid des ans.
Le vrai génie a le droit de renaître ,
Et pour lui la vieillefle eft un nouveau printems.
Mais quand vous rempliſſez fi bien tous vos momens
Par les talens nouveaux que vous faites paraître
;
Je vous trouve un défaut , vous l'ignorez peutêtre
;
Vous êtes par trop fourd aux applaudiffemens.
AOUST. 1772.
RÉPONSE de M. de la Condamine ,
OUI, je
du 7 Juillet.
renais en ce moment ;
Mufe & Grace me rend la vie.
Mon coeur s'ouvre à la mélodic
De fon aimable compliment ,
Sur la nouvelle rapfodie ,
Qu'une vieille Muſe engourdie
Lut hier témérairement
A la Françoiſe Académie ,
Qui le reçut bénignement
Et but le tout jusqu'à la lie.
On dit affez communément
Que la pitié nous humilie ,
Et qu'il vaut bien mieux faire envie:
J'oſe penfer différemment .
Je dois à la pitié l'indulgence publique ;
Et je me fens flatté de ce doux fentiment ,
Qu'on s'avoue à loi - même & qui m'eſt ſympathique.
D'Alembert élégant , non moins que pathétique ,
Annonça le vieux débutant :
L'auditeur fe difoit peut-être en m'écoutant ;
« Il a le fens commun , fourd & paralytique !
* Sobriquet ineffaçable que Mile de Lubert a
reçu de M. de Voltaire,
16 MERCURE DE FRANCE.
» Cela fe gagne en Amérique;
» Il peut m'en arriver autant.
» Comme lui d'un chef- d'oeuvre antique
Je traduirai les vers , fût - ce en ftile gothique ;
»Comme lui je pourrai braver l'événement :
» Je ſerai ſourd a l'applaudiffement ,
» Et plus encore à la critique.
לכ
OSMAN ou la Récompenfe à la mode ,
Nouvelle.
OSMA
SMAN , le généreux
Oſman , ſe diftinguoit
dans Conftantinople
, par des
vertus auffi rares que fublimes
; mais le
préjugé , ce tyran du monde , empêchoit
qu'on ne lui rendît toute la juftice qu'il
méritoit . Il poffédoit
les qualités ſolides
qui conftituent
le grand homme , ou pour
mieux dire , l'homme
jufte. Satisfait de
lui - même , il dédaignoit
également
les
adulateurs & les comtempteurs
. Ses voyages
( car il avoit parcouru
l'Europe )
avoient poli , orné fon efprit , fans corrompre
fon coeur; de retour dans fa patrie,
il fit un réfumé de ce qu'il avoit vû , & il fut
fe faire des principes
fûrs , dont il ne s'écarta
jamais. La vie qu'on mene à Conftantinople
, le dégoûta bien - tôt , il fe retira
dans une maifon de campagne
à quelques

A O UST. 1772. 17
milles de cette capitale : là , il fe forma
une fociété , qu'il compofa d'Européens .
Ses amis en murmurèrent , le tournèrent
en ridicule : il les laiffa dire , & ne changea
rien à la façon de vivre .
Le jeune Ergafte , François , dont l'enjouement
annonçoit le caractère le plus
aimable , devint bien tôt fon confident .
Son âge , fa vivacité lui plûrent : il n'étoit
pas riche ; la fortune l'avoit maltraité
: c'étoit un titre au près du fenfible
Mufulman. Cette légéreté, cet air enchanteur,
ces dehors aimables qui caractériſent
les François , charmèrent Ofman : il fe
livra tour entier à fon penchant pour le
jeune étranger. On verra comment cette
amitié fut récompenſée.
On vendit à Ofman une efclave d'une
beauté admirable . Il avoit l'ame trop élevée
pour la facrifier à fes défirs. Son coeur
fe révoltoit à la feule idée de rendre malheureux
des êtres qu'il adoroit . Son goût
& plus encore l'ufage , lui faifoient entretenir
un magnifique férail aux environs.
de Conftantinople ; mais les beautés qui
l'habitoient étoient auffi libres que luimême.
Ce lieu étoit l'afyle des malheureux
, & le féjour de plaifirs innnocens :
l'entrée en étoit permife à tous ceux qu'il
18 MERCURE DE FRANCE .
honoroit du nom de fes amis. L'efclave
qu'on lui préfenta l'éblouit ; il fentit dès
cet inftant qu'il étoit enchaîné pour toujours.
Cette aimable perfonne étoit Françoife
; on lui avoit donné le nom de Fatime
: le chagrin dont elle étoit accablée ,
les larmes qu'elle répandoit ne furprirent :
point Ofman : il fe promit de diffiper ce
nuage par fes foins , fon amour , fes préfens.
La jaloufie fuivit de près l'amour :
il déroba fa nouvelle maîtreffe aux yeux
de fes amis : lui même devint inacceffible.
Toujours près de Fatime , il paffoit
les jours à la voir , à l'adorer , fans ofer
lui parler des fentimens qu'elle lui inſpiroit.
Preffé par fon amour , il chercha l'inſtant
qu'il crut le plus favorable & lui parla
ainfi : " Oferai je , belle Fatime , vous
parler des fentimens que vous m'infpi-
"
"
» rez ? Votre beauté les fit naître , &
» votre efprit , votre caractère , tout en
» vous les augmente . Mon refpect a fu
m'impofer filence ; mais mon amour
plus fort que ma raifon me force à vous
laiffer voir toute mon ardeur . Vous
» avez ici un pouvoir abfolu ; comman-
» dez , difpofez de mes biens , de ma
» vie même ; Ofman ne faura qu'obéir .
33
A O UST. 1772. 19
» Vous baiffez les yeux , belle Fatime ;
» ferois - je affez malheureux pour vous
» avoir déplu ? Je ne veux vous devoir
»
"
qu'à vous- même ; mes foins , ma conf-
» tance feront les feules armes que j'employerai
pour vaincre un coeur dont je
connois tout le prix . Vous feule pou-
» vez faire mon bonheur . Si je fuis affez
» malheureux pour être haï , j'en mour-
» rai , il eft vrai ; mais mon amour me
» fuivra au- delà du tombeau . » La belle
efclave ne lui répondit que par de profonds
foupirs. Ofman qui l'examinoit ne
vit aucune marque de haine dans fes
yeux , il en fut tranfporté ; il fe promit
de vaincre , avec le temps , tous les fcrupules
qui pouvoient empêcher cette belle
perfonne de répondre à fa tendreffe .
Peu à peu l'efpérance fe gliffa dans le
coeur d'Ofman . Il voyoit la trifteffe de
Fatime diminuer : une douce mélancolie
y fuccéda : la complaifance avec laquelle
elle l'écoutoit ; la douceur , les égards
qu'elle mettoit dans fes réponfes, augmentoient
& fon amour & fon efpoir. Ofman
connoilloit les moeurs Européennes ; il favoitqu'il
faut fouvent bien des complaiſances
, bien du temps avant d'entendre dire
ce je vous aime. Ce fut en vain qu'il atten20
MERCURE DE FRANCE .
dit cet heureux moment : Fatime étoit
toujours la même & n'avoit encore fait
parler que fes foupirs . Fatigué du rôle
d'amant , Ofman voulut parler en maître ;
ce ton ne lui réuffit pas ; la haine , le mépris
le plus marqué , prirent la place de
la confiance , & le firent repentir de fon
audace . Il eut recours aux prières , aux
larmes elles ne lui attirèrent qu'une compaffion
ftérile . Il remarqua quelques larmes
dans les yeux de fa belle captive ,
lorfqu'il lui peignoit la force de fa paffion.
Ce fut en vain qu'il s'efforça d'en
pénétrer le fujet. Sûr de n'être point aimé
, il fe détermina à finir leur peine
mutuelle. Il courut dans l'appartement
de Fatime pour lui annoncer une nouvelle
qui alloit décider de leur fort à tous
deux .
29
« Belle Fatime , lui dit- il , je viens vous
» faire un facrifice proportionné à la grandeur
de mon amour ; je vous rends la
» liberté . J'ai parlé à un Capitaine François
qui met demain à la voile , il vous
prendra fur fon bord & vous retourne-
» rez dans votre patrie , comblée de mes
» bienfaits. Souvenez - vous quelquefois
» d'un amant que vous rendez le plus
» infortuné des hommes. Partez , je ne
"
A O
UST. 1772. 21
» fai fi ma réſolution tiendroit long- tems
» contre l'amour que vous m'inſpirez.
» Ah Dieu ! puiffiez- vous ne pas oublier
» un homme que votre froideur met au
" tombeau ? »
Fatime changea de couleur : fon étonnement
égaloit la générofité d'Ofman. Il
lût dans fes yeux toute la reconnoillance
que lui infpiroit fon procédé ; mais il n'y
apperçut aucune joie pour la liberté qu'il
offroit . Il étoit en peine de concilier ces
deux fentimens , lorfque Fatime ſe jetta à
fes pieds , & lui dit tout ce que la gratitude
lui inſpira . Ofman voulut la relever .
Non , généreux Olman , cette poſture convient
à ma fortune , & à ce que j'exige de
vous . Je n'accepte pas la liberté que vous
m'offrez . Qu'en ferois je ? ... Je vous conjure
de me garder chez vous , de me
traiter comme votre efclave , & d'avoir
pour moi toute l'indifférence , & s'il ſe
peut , toure la dureté d'un maître .
La prière de Fatime replongea Ofman
dans une douce erreur . Fatime s'en apperçut
& fe preffa de l'en tirer. Elle connoiffoit
la grandeur de ſa verru ; elle hafarda
de fe découvrir à lui . Elle lui laiffa
voir une amitié à l'épreuve du temps ,
des circonstances ; & lorſqu'elle l'eût pré22
MERCURE
DE FRANCE
.
paré à l'entendre , elle lui confia qu'elle
étoit mariée; & que fon mari étoit efclave
à Conftantinople. Elle lui peignit leur
amour mutuel , dit qu'il lui étoit impoflible
d'abandonner un lieu où fon
époux gémiffoit dans les fers , & elle le
conjura de tout faire pour les réunir. Of
man pâlit , il fallut tout fon courage pour
foutenir un coup aufli cruel . Il jetta un
regard fur Fatime ; fes yeux couverts de
larmes , fa pâleur , le touchèrent . Il lui
promit de s'employer pour délivrer
Dorimont , ainfi fe nommoit l'époux
de Fatime . Ofman lui dit- elle , je ne prétends
pas me fouftraire à ton pouvoir , je
refufe ma liberté & ne demande que la
permiffion de te fervir avec mon époux .--
Vous oubliez , Madame , que votre tendrelle
pour votre époux ne peut que m'être
cruelle vous ignorez ce qu'il m'en
coûtera pour vous rendreà lui . Quelle fera
la récompenfe de tout ce que je ferai pour
vous ? .... un martyre continuel qui ne
finira qu'avec ma vie ! ... n'importe , Madame
, vous ferez fatisfaite , quoiqu'il puiffe
m'en coûter. Je vous promets votre
époux ; mais daignez m'aflurer qu'après
lui , j'aurai place dans ce coeur qui fe refufe
à mes voeux. » Un regard de Fatime ,
AOUST. 1772.
23
la main qu'elle lui tendit , l'affurèrent
qu'elle confentoit à ce traité.
Dès l'inſtant , il s'informa quel étoit le
maître de M. Dorimont . Il donna toute
liberté à Fatime , un
appartement particulier
, des efclaves , & tout ce qui pouvoit
lui rendre ce féjour agréable . Leurs
entrétiens n'étoient que fur M.Dorimont.
Ils lièrent bien- tôt une tendre amitié.
Mais ces honneurs , cette vie douce ,
n'empêchèrent pas la malheureuſe Fatime
de tomber dans une profonde mélancolie ,
Ofman , pour la diftraire , y ména fes
amis. Ergafte fut un des premiers . Non
content de ces foins , il voulut chercher
dans un nouvel amour , de quoi diffiper
les craintes de fon amie . Selime fut celle
qu'il choifit pour la remplacer. Ofman
avoit enfin découvert qne l'époux de Far
time étoit à cinquante mille de Conftantinople.
Il chargea un Eunuque affidé de
traiter de fa rançon ; mais avec le plus
grand fecret. Tout paroiffoit fe réunir
pour la félicité de Fatime. Trompeufe
apparence ! l'inftant approchoit où
le crime fous le voile de la vertu l'entraînoit
elle même à fa perte .
peu
Le jeune Erafte s'infinua peu à
dans l'efprit de Fatime . Bien- tôt elle
24 MERCURE DE FRANCE.
n'eut plus rien de caché pour lui . Cette
femme étoit belle : fes inquiétudes lui
donnoient un air touchant , auquel le jeune
françois re put réfifter. Il l'aima , vit
toutes les difficultés qu'il auroit à s'en
faire écouter ; mais trop amoureux pour
renoncer à cette entréprife , il attendit da
temps & de fes foins , un remede au mal
qu'il reffentoir. I cacha fa paiſion ſous
l'apparence de la plus rendre amitié.
L'occafion facilita , à cet homme dangéreux
, les moyens de parvenir au but
qu'il s'étoit propofé.
Ofman , que quelques affaires occupoient
, voyoit moins fouvent Madame
Dorimont : peu à peu la froideur fuccéda
à l'attachement qu'il lui avoit témoigné.
Elle n'ofa s'en plaindre ; mais elle s'en
affligea , croyant que la mort de fon mari
en étoit le fujet . Cette froideur alla fi
loin , qu'elle ne put s'empêcher de lui en
faire quelques reproches . Il y répondit en
homme embaraffé , qui craint d'en trop
dire. Elle lui demanda des nouvelles de
fon mari : une réponſe peu précife augmenta
fes alarmes. Ergafte entra un
inſtant après. » Réjouiffez- vous , Mada-
» me , lui dit - il , le Ciel exauce vos
voeux , votre époux eft vivant , dans
» peu
A O UST. 1772. 25
» peu vous le reverrez . Encore quelques
» jours , & cet heureux mortel vous fera
rends. Cette nouvelle annoncée avec
رد
l'air de la fatisfaction , s'accordoit fi peu
avec l'embarras d'Ofman , que Fatime n'ofoit
fe livrer à la joie . Elle fit
part de fon
inquiétude à Ergafte . Il penfa dans l'inftant
à fe fervir de l'occafion ; il lui dit
qu'Ofman tenoit la même conduite avec
lui ; mais qu'une lettre qu'il avoit trouvée,
l'avoit éclairci fur le fort de fon époux.
Ils raifonnèrent beaucoup fur le fecret
qu'Ofman en vouloit faire , & ils convinrent
qu'ils garderoient le filence
qu'Ergafte chercheroit à pénétrer le motif
de celui d'Ofman .
&
Madame Dorimont attendit avec impatience
l'effet des promeffes du jeune
François . Il revint bien- tôt & lui apporta
la lettre dont il lui avoit parlé . Elle la
lut , & fon coeur s'abandonna à la joie la
plus parfaite. Ergafte l'interrompit au
milieu de fes tranſports , & lui fit naître
des doutes fur la vertu d'Ofman . Mille
circonftances , qu'il lui rappella , lui prouvèrent
qu'Ofman l'aimoit encore. Elle fe
fouvint de la promeffe qu'il avoit exigée.
d'elle. Elle en frémit. Ergafte augmenta
Les craintes : fi Olman eft un traître , lui
B
26 MERCURE DE FRANCE.
dit-il , votre époux n'eft pas en fûreté , &
vous - même deviendrez le prix de fon
forfait. Abandonnez vous à mon zèle ;
mon coeur intéreflé au répos du vôtre, faura
vous fouftraire aux loix de ce barbare . Je
ferai plus , je fauverai votre époux , &
j'expoferai ma vie pour votre félicité. Il
la quitta ; la laiffant dans un défeſpoir
facile à concevoir.
Quelques jours fe pafsèrent fans que
Fatime revit fon confident. Elle ne goûtoit
pas un inftant de répos. Le péril de
de fon époux , le fien propre , la trahison
d'Ofman , tout portoit à fon ame des
coups mortels . Il vint chez elle ; elle
effaya de l'émouvoir , & le pria de lui
permettre d'aller partager l'esclavage de
fon époux : il lui répondit avec vivacité
qu'il n'y confentitoit jamais ; mais qu'avec
le temps il efpéroit adoucir fes malheurs.
Ergafte furvint , & par fes fignes
lui fit connoître qu'il avoit quelque chofe
d'important à lui dire . Ofman fortit ; &
Fatime conjura Ergafte de ne lui rien.
cacher . Ah ! Madame , que me demandezvous
? lui dit - il , en foupirant . Puis -je
vous révéler la barbarie d'un homme qui
nous fut cher à tous deux ? N'importe ,
votre fûreté l'exige , j'obéis.
A O UST. 1772. 27
» que fon
» rendre.
» faire ?
» Sachez donc, épouſe infortunée , qu'Of.
» man a fait délivrer votre mari ; mais
deffein n'eft pas de vous le
Le barbare ! qu'en veut - il
--- Azor favori d'Ofman ,
» a ordre d'aller au devant de M. Dorimont
, & de le facrifier à l'amour
» que fon maître a conçu pour vous . J'ai
gagné ce jeune homme , il m'a promis
» de conduire votre époux juſqu'à Brif-
» fa , petite ville près Conftantinople.
» Il ne vous refte plus qu'à me fuivre ;
» vous n'êtes point gardée : Ofman igno-
» re que je fuis au fait de fes deffeins .
» Partons , mais partons fans différer ; un
» inftant , un feul inftant fuffit
"
»
perdre tous. "
pour nous
Fatime après s'être abandonnée aux
pleurs , confentit enfin à ce départ , qu'elle
croyoit fi néceffaire . Elle fortit de la maifon
d'Ofman , conduite par Ergafte , &
fuivie d'une jeune Françoife qu'elle
avoit prife en amitié. Ils fe déguisèrent ,
& pritent toutes les précautions poffibles
pour n'être point reconnus. Tout fembla
facile à la tendre Fatime : que n'auroitelle
point fait pour rejoindre un époux
qu'elle adoroit , & pour fe fouftraire à la
cruauté d'un barbare qui l'avoit fi long-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
tems abufée ? Ils marchèrent jours & nuits,
& atteignirent Briffa en trois jours. Quelle
émotion s'empara de Fatime , lorfqu'elle
apperçut le lieu où fon époux s'étoit refugié.
Elle brûloit de volerdans fesbras . Vain
efpoir ! le fort lui refervoit des traverſes
qui ne devoient finir qu'avec elle . Ce fut
envain qu'elle chercha fon époux & qu'elle
l'attendit pendant deux jours . De triftes
preffentimens s'emparèrent d'elle , & ne
lui laifsèrent pas un moment de répos .
Elle ne put refter dans la ville , elle conjura
Ergafte d'aller audevant de M. Dorimont
: il y confentit , ils fe remirent en
marche. Un bruit de chevaux les obligea
de fe jetter dans un bois fort épais . Ciel ,
c'eft Ofman s'écria Fatime ! ils le perdirent
bien - tôt de vue , & ne fongèrent
qu'à continuer leur recherche. La nuit qui
furvint les obligea de s'arrêter fur un
côteau qui dominoit une plaine immenſe,
La lune fe leva fi belle , qu'ils craignirent
d'être découverts ; ce qui les obligea de
fe cacher dans un buiffon . A peine s'y
furent-ils arrangés qu'ils entre - virent une
troupe de Cavaliers. Leur effroi redoubla
quand ils diftinguèrent parmi eux le terrible
Ofman . Ils l'entendirent menacer &
Fatime & Ergafte . Il defcendit de cheval ,
A O UST. 1772. 29
fe fit amener un prifonnier à qui il fit les
reproches les plus fanglans. Fatime & la
jeune Françoiſe frémirent . Ofman s'éloigna
enfin , ce qui raffura un peu les Dames
; elles le fuivirent des yeux , & le
virent s'arrêter dans la prairie. L'infortuné
qui le fuivoit fe jetta à fes pieds ; l'éloignement
empêchoit d'entendre fes paroles
; mais fon air humilié , fa pofture ,
laifoient voir qu'on en vouloit à fa vie.
C'est mon époux , s'écria Fatime ! elle dit
& s'oubliant elle - même , elle vola pour
fe jetter aux pieds d'Ofman . A peine eûtelle
fait quelques pas , qu'elle vit ce cruel
tirer fon cimeterre , & abattre la tête de
fon prifonnier. A cette vue Fatime s'èvanouit.
Ergafte étoit dans un furieux embarras
. Il craignoit qu'Ofman ne le découvrît,
ce qui l'empêchoit de fecourir Madame
Dorimont. Ofman partit après avoir commandé
à fes gens , de couvrir de terre le
corps de celui qu'il venoit d'immoler à fa
colère . Ergafte avec le fecours de la
jeune Françoife , rappella Fatime à la vie.
Elle fe plaignit de leur cruauté , ſe traina
à l'endroit où étoit fon époux , couvrit la
terre de fes larmes , & conjura Ergafte
de la laifler en ce lieu , pour y pleurer
B iij
30 MERCURE DE FRANCE .
fon époux , maudire le perfide Ofman ,
& jufqu'à fon existence. Ergafte lui fit
envifager le péril qu'elle couroit en reftant
en cet endroit , & lui proteſta qu'il
ne l'abandonneroit jamais. La crainte
d'expofer la vie de fon ami , celle de la
jeune Françoife qui l'accompagnoit , la
fit refoudre à les fuivre . Ils abandonnèrent
cette terre malheureuſe, & arrivèrent
à Conftantinople. Ergafte mit les Dames
chez l'Ambaffadeur François , dont
il étoit connu , & fut s'aflurer d'un vaiffeau.
Fatime entiérement livrée à la douleur ,
ne s'appercevoit pas des foins que lui
rendoit Ergafte. Elle le croyoit généreux
, & c'étoit ce qui l'avoit fait confentir
à retourner en France , quoiqu'elle fût
bien que fa douleur la fuivroit par tour.
Le jour auquel ils devoient s'embarquer
parur. Ils fe rendirent fur le port , & furent
frappés de terreur en y appercevant
Ofman. Ils fe cachèrent & retournèrent
chez l'Ambaffadeur , défefpérés de cette
rencontre .
Fatime fe retira dans fa chambre , où
elle fe livra à toute fa douleur . Elle entendit
frapper à la porte , elle ouvrir ,
croyant que ce fût Ergafte. Ciel ! quel
A O UST. 1772 . 3.5
"
fat fon effroi en voyant paroître Ofman ,
Ofman , l'affaffin de fon mari , fon perfécuteur.
Elle fe couvrit le vifage pour
ne pas voir ce perfide . Ofman s'avança
vers elle ; fes yeux la parcoururent avec
dédain ; quelques larmes fe firent paffage ,
il voulut les lui dérober ; mais il ne put y
réuffir. » Ma préfence vous étonne , Madame
, lui dit il , d'un ton chagrin ; je
» l'avois bien prévu ; mais la vertu , l'amitié....
Ce début excita la colère de
Fatime. Tyran ! s'écria - t - elle , comment.
ofe-tu paroître devant moi ? Toi ! te fervir
des noms facrés de vertu , d'amitié......
Leve le mafque , je connois tous tes forfaits
acheve , que ta main , cette main
cruelle qui a ravi le jour à mon époux ,
me donne la mort , ce fera le feul bienfait
que j'aurai reçu de toi . Je mépriſe tes
ménaces , tes tourmens , il n'en eſt point
que je ne préfére à l'horreur de te
voir. Ofman pâle , interdit , l'écoutoit
les yeux baiffés , fans avoir la force de
l'interrompre. Fatime l'examinoit & tiroit
, de fa confufion , une preuve de fes
crimes . Elle lui dit tout ce que la
rage &
le défefpoir lui fuggèrerent .
Ofman , qui avoit eu le temps de fe
remettre , la pria de l'écouter à fon tour.
B iv
32
MERCURE DE FRANCE.
Je venois vous faire des reproches , lui
» dit-il , & c'est vous qui m'en accablez .
» Vous m'accufez de la mort d'un époux ,
» que vous feule réduiſez au tombeau par
» votre infidélité. Comment avez - vous
» pû vous laiffer féduire jufqu'au point
de quitter la maifon d'un ami , & d'a-
» bandonner un époux qui paroifloit vous
être fi cher. Je vous vis hier fur le port.
je favois que vous deviez vous embar-
» quer : l'intérêt que je prends à votre
» époux , ne me permit pas de foufftir
» votre fuite. Je viens, malgré lui , je viens
"
"
"
ود
»
eflayer de vous rappeller à vous- même.
» La manière dont vous m'avez reçu , m'a
fi fort étonné que je n'ai pu vous interrompre
. Ah ! Fatime , Fatime , que
» vous récompenfez mal mon zèle . Je
» connois votre coeur , Madame ; il fur ,
» un temps , noble ; mais vous êtes bien
changée .
"9
Il feroit difficile d'exprimer le défordre
de Madame Dorimont.. fon époux
vivant , Ofman vertueux , elle feule
coupable ! .. Que des chofes qu'elle défiroit
& n'ofoit efpérer . Traitre lui
répondit elle , tu ne peux m'abufer : je l'ai
vu tomber fous tes coups. Il vit Mada.
me , & feroit trop heureux fi fon épouſe
--
A O UST. 1772. 33
lui fut restée fidèle . Venez & voyez les
effets de votre cruauté.
Fatime tremblante , incertaine , oublia
tout ce qu'elle laiffoit & fe difpofa à fuivre
Ofman : le défir de revoir M. Dorimont ,
écarta toute autre idée . Ofman n'omit
rien pour la raffurer , & l'engagea de lui
expliquer tout ce mystère & de lui raconter
ce qui s'étoit paffé entr'elle & Ergafte
; ce qu'il fit avec ingénuité. « Vous
» me rendez la vie , lui dit - il , je ne
» doute plus de votre innocence : Er-
"
»
gafte eft un perfide qui nous a trahis
» tous deux. Je vous jure que dès
» l'inftant où vous vous êtes fait con-
» noître , je n'ai pensé qu'à vous facrifier
» mon amour & à faire votre bonheur.
» Je ne vous dis point ce que cette vic-
» toire m'a coûté ; mais enfin je l'ai ob-
» tenue. Vous n'avez pas connu Ofman .
eſt
Il est trop fier pour s'abaiffer à tromper.
» Tout mon plaifir étoit de vous rendre
» votre époux , fans vous en prevenir . Je
» comptois tous les inftans & je ſavois
» celui où je jouirois de vos larmes , de
» ce défordre enchanteur & touchant qui
» fait la félicité des coeurs fenfibles. J'a-
» vois confié mon deffein à Ergaſte : je
» le croyois mon ami ; il s'eft fervi de
Bv
34
MERCURE DE FRANCE .
» mes bienfaits pour me plonger le poi-
ود
gnard dans le fein. Une lettre qu'on
» me remet m'apprend que vous êtes dif-
» parue avec Ergafte ; ce traitre me l'é-
» crit lui-même . Furieux , défefpéré , je
» vole fur vos traces , je rencontre
Azor , je le vois feul , je le force à
» m'avouer tous fes crimes. Il fut joindre
» votre époux , lui infpira de la défiance
& lui promit , s'il vouloit fe fier à lui,
» de le fauver . M. Dorimont crut ce
» malheureux , s'abandonna à fa con-
» duite & revint par un autre chemin.
Azor qui le conduifoit défarmé , le
» vendit à des marchands qu'il rencontra.
» J'eus le bonheur de le rencontrer moi-
» même : je le délivrai & le vengeai en
» donnant la mort à mon eſclave . »
"
39
Madame Dorimont fut touchée du
recit d'Ofman : l'air de vérité qui accompagnoit
fes paroles , la probité qu'elle lui
connoiffoit , ne lui permirent pas de
douter de ce qu'il venoit de lui dire.
Arrivée chez Ofman , il la fit paffer dans
une chambre écartée , fombre ; ce qui ,
malgré elle , lui caufa une forte d'inquié
tude. Je vous tiens enfin , Madame , tui
dit- il , vous ne pouvez plus m'échapper !
ces paroles redoublèrent fa frayeur. Of
AOUST. 1772.
35
man l'entraîna dans un cabinet , où le
premier objet qui frappa fa vue , fut M.
Dorimont , pâle , languiffant & prefqu'inanimé.
Elle fe précipita dans fes
bras , le ferra contre fon coeur . Mais que
devint elle , lorſqu'elle s'en vit repouffée
& qu'elle l'entendit prier Ofman de le délivrer
de cette femme odieufe . Elle n'y
put tenir : elle regarda Ofman , & tomba
évanouie . Pendant qu'on s'empreffoit de
la fecourir , ce turc généreux défabufoit
M. Dorimont ; fon témoignage , celui
de la jeune Françoife défillèrent les yeux
de cet époux prévenu. Il frémit de l'état
où fon injuſtice avoit réduit Fatime , &
malgré fa foibleffe , ſe joignit à ceux qui
la fecouroient . On y parvint , elle ouvrit
les yeux & fe vit dans les bras de fon
époux . Ils fe livrèrent tous deux aux tranf
ports de la joie la plus vive . Ofman les
regardoit en filence , fon vifage étoit
baigné de larmes ; mais ces larmes étoient
douces , & partoient de la volupté la plus
pure .
M. Dorimont guérit . La fuite de fa
femme l'avoit mis fur le bord du tombeau
; fon retour , fon innocence , fes careffes
lui rendirent la vie. Ofman toujours
généreux les combla de préfens , les pria
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
de refter quelques femaines , voulant les
accompagner jufquen France , afin de les
voir hors de tout péril. Pendant que l'amour
, l'amitié leur procuroient mille
plaifirs , Egafte , qu'Ofman n'avoit pas
daigné punir , leur préparoit des maux
plus grands que tous ceux qu'ils avoient
évités.
Ce traitre , furieux de n'avoir pu enlever
Fatime , fe rendit chez le Vizir , &
par des calomnies , que lui feul étoit capable
d'inventer , il le porta à perdre Ofman
. Les préparatifs du départ de cet
homme généreux , ne purent être fi fecrets
que le grand Vizir n'en fût informé. Il
obtint un ordre pour faire étrangler Ofman.
:
Un jour qu'il fe promenoit avec Fatime
, qu'ils fe juroient une amitié éternelle
, on apporta une lettre à Olman : il
la lûr , pâlit , & fe tournant vers Fatime ,
ah Madame ! nous fommes perdus . Ergafte
fe venge cruellement le grand
Vizir eft mon ennemi , il le fait , ils ont
juré ma perte & la vôtre . On m'accufe
de trahifon le grand Vizir arrive dans
l'inftant , mon malheur eft au comble ,
Ofman laiffa les cris , les pleurs à Fatime
& envoya toutes fes pierreries à M. DoA
O UST. 1772. 37
rimont , que quelques affaires avoient
retenu à Conftantinople. Ne craignez rien
pour votre époufe , lui écrivoit - il , je
Laurai la défendre , j'employerai tout pour
fauver fon honneur. Il voulut faire fauver
Madame Dorimont ; mais le grand
Vizir qui parut , ne lui en donna pas le
temps.
Ce barbare jetta les yeux fur Madame
Dorimont , il la trouva à fon gré & commanda
qu'on la conduifit dans fon ferail.
Il lui fit quelques complimens , qu'elle
n'entendit affurement pas , & fit figne
aux muets de fe faifir d'Ofman . Celui ci
voyant qu'il n'y avoit plus d'efpoir , demanda
la grace de dire un mot à Fatime.
On n'ofa le refufer ; les gardes fe retirè
rent. Ofman s'approcha d'elle , la prit
dans fes bras , lui donna un baiſer & tirant
un poignard ; c'est ainsi , lui dit - il , que
je protège l'innocence & la vertu. Il dit &
lui enfonça fon poignard dans le fein . La
malheureuſe Fatime tomba dans les bras
de fon aflaffin qu'elle couvrit de fon fang :
fes yeux mourans le remercièrent , elle le
fixa , lui ferra la main & paffa.
:
Ofman tendit le col aux muets , qui
exécutèrent l'ordre du Vizir. Il mourut ,
haï de fes concitoyens , parce qu'il s'étoit
moqué de leurs préjugés , & qu'il avoir
38 MERCURE DE FRANCE.
voulu les corriger. Ses amis le blamèrent
, l'appellèrent barbare ; & M. Dorimont
, qui poffédoit fes effets les plus
précieux , fut le premier à dégrader fa
mémoire. Il ne fentit que la mort de fon
époufe , & non la circonftance qu'il l'avoit
occafionnée . C'eft ainfi qu'Ofman
fut récompenſé du bien qu'il avoit fait ,
& de la vertu qu'il avoit conftament pratiquée
pendant la vie . Mais Ergafte , l'infame
auteur de tous ces maux , n'échappa
point à la vengeance des remords qui
poursuivent le crime : fon affreufe perfidie
fut reconnue ; un nouveau Vilir rendit
bientôt juftice à la vertu , en honorant
la mémoire du généreux Ofman , en plaignant
la tendre Fatime & puniffant Ergafte
de fes forfaits.
Traduit de l'allemand par Mlle Matné
de Morville.
STANCES ALLEGORIQUES
ou Ode à une Rofe.
O
ΤΟΙ que la prochaine aurerc
Espéroit encor embellir ,
Role , qui ne fais que d'éclore ,
Déjà je pense à te cueillir.
A O UST. 1772. 39
De ton fort la faveur fufpecte
M'inspire ce hardi deflein ,
Demain peut-être un vil infecte
Oferoit deverer ton fein .
Je crains qu'un zéphir ne s'envole
Tout parfumé de ton odeur.
Je crains qu'un autre enfant d'Eole
Ne te renverſe en fa fureur.
Comme les plus cruels outrages ,
Je crains les foins que l'on te rend.
Témoin jaloux de tant d'hommages ,
Je céde à mon emportement.
Ah ! fima main impatiente
T'ofe placerà mon côté ,
Ta couleur douce & féduifante
Excufe ma témérité.
Demain tu languirois meurtrie ;
J'aurois formé de vains defirs .
Puisque tu dois être flétrie ,
Seche à l'ardeur de mes foupirs.
Par M. Felix Nogaret , affocié
de l'Académie d'Angers,
40 MERCURE DE FRANCE.
POUR
ROMANCE.
OUR objet de fa tendreſſe
Daphné n'avoit qu'un moineau...
Mais il aitoit fa maîtrefle ,
Et de plus il étoit beau ,
Daphné le voyoit fans cele
Avec un plaifir nouveau.
Aux rigueurs de l'esclavage
Il n'étoit point condamné :
Dès qu'il fortoit de fa cage
Il alloit bailer Daphné.
Daphné le rendit volage
En le rendant fortuné.
De fes pareils , dans les plaines ,
Il crut le fort plus heureux ;
Il crut qu'ils vivoient fans peines ,
Plus aimés , plus amoureux.
Dans ces espérances vaines
L'ingrat s'envola vers eux.
O défertion! ô crime !
Daphné le voyant trahir ,
A O UST. 1772. 41
S'écria : «Qu'il foit victime
»De fon coupable defir ;
"
Qu'il céde au goût qui l'anime
» Et meure de repentir !
» Mais non... la perte me touche ,
» Il fut careffant & doux ,
J'eus l'ingrat , j'eus le farouche
» Sur mon ſein , fur mes genoux :
» Il baiſa cent fois ma bouche
» Devant les amants jaloux. 30
»Que de machines mortelles
»Peuvent terminer fon fort!
Envain fes légères aîles
»Précipitent fon effor ;
»Hélas ! les fléches cruelles
20 Fendent l'air plus vite encor. »
Tandis que maint noir préfage
A Daphné coûte des pleurs ,
Que fans force &fans courage
Elle aggrave fes douleurs ;
Loin d'elle l'oifeau volage
Eft inftruit par les malheurs.
Sous les yeux un de fes frères
Revient du piége échappé.
D'un vautour il voit les ferres;
De terreur il eft frappé.
42 MERCURE
DE FRANCE
.
La faim détruit les chimères ,
Il connoît qu'il s'eft trompé.
O bonheur que je regrette !
(Se dit-il trifte & confus. )
» Vous ! ô vous que j'inquiette ,
29
»
Daphné que je ne vois plus.
Ah ! fouffrez que je rachette
» Vos bailers que, j'ai perdus.
» Hier vos mains délicates
M'avoient trois fois careflé.
30
Trois fois vous vous abusâtes...
Mon projet fut inſenſé .
Je revole à mes penates
Où mon coeur m'a devancé.
Il dit , & revint fidèle
Abjurer fa fole erreur.
Daphné, tendre autant que belle
Le rechauffa fur fon coeur.
Ilfut , il eft aimé d'elle.
Amans , briguez fon bonheur.
Par le même.
A O UST. 1772. 43
EPITH ALAME à Madame T. . ..
U
la jeune .
NE Mufe agrefte & fauvage
...
Qui ne chanta jamais que dans les bois
Au tendre hymen , pour la première fois ,
Voulut tenter de rendre hommage.
Mais une Mufe de cité
Qui la connut à fon air de village,
L'abordant d'un ton irrité ,
Lui tint cet orgueilleux langage :
Où portes-tu tes pas audacieux ,
Imprudente & jeune indifcrete ,
Pour bien chanter l'hymen que l'on fête en ces
lieux
Il faut ma lyre & non pas ta mufette .
Petite chanteuse à pipeau
Vas croafler fur la fougère ,
Et ne penfes pas , téméraire ,
Célébrer un fujet fi beau.
A ces mots la timide mufe
S'en retournoit interdite & confuſe ,
Lorsque d'un jeune enfant elle entendit la voix ,
C'étoit l'amour : je défendrai tes droits ,
Lui dit- il , ne crains point ta rivale jalouſe ;
Tes accens font mieux faits ponr cette belle
épouse ,
44 MERCURE
DE FRANCE
.
Tu n'as chanté que l'amour des oiſeaux ,
Les troupeaux , les bergers , le murmure des
eaux ,
Tu ne changeras pas aujourd'hui de langage ;
Le tendre objet à qui tu rends hommage ,
De la bergère a la candeur ,
La douce voix de Philomèle ,
De Flore l'aimable fraîcheur ,
Et le coeur de la tourterelle.
ENVO I.
L'AMOUR , en formant vos appas ,
Ne vous donna point d'art pour plaire.
L'art fe cache, & ne paroît pas ,
Quand la nature a fçu tout faire.
DIALOGUE entre SCAPIN &
E
ARLEQUI N.
ARLEQUIN , appercevant Scapin.
Je crois que je parle à Scapin . Oui , c'eft
lui. J'avois de la peine à te reconnoître.
Il y a près d'un fiécle que nous ne nous
fommes vus .... Mais quel changement !
A O UST. 1772 . 45
quelle trifteffe comme tes joues font
fillonnées ! où eft donc cette vivacité qui
te rendoit le plus aimable des valets ?
SCAPIN.
Ah ! cher Arlequin , les hommes font
fujets aux viciffitudes des tems. Le fiécle
paflé je ne refpirois que la gaîté . Mes paroles
, mes geftes , mon filence même
infpiroientla joie. Aujourd'hui mes yeux
font comme deux fources d'eau vive . Je
pleure nuit & jour. Ah ! cher ami , qu'on
reffent de plaifir à verfer des larmes !
ARLEQUI N.
Je t'affure que je ne te comprends pas.
SCAPIN.
Ton ame eft trop étroite pour me comprendre.
ARLEQUI N.
Eh ! depuis quel tems , je te ptie , la
tienne s'eſt- elle fi fort élargie ?
SCAPI N.
Depuis que j'ai du fentiment.
46 MERCURE
DE FRANCE
.
ARLEQUI N.
-
Du fentiment ! mes idées fe confondent.
Du ſentiment ! qu'entends – tu pat
dufentiment ? Quel profit ça te rapporte ?
SCAPIN.
O Arlequin puifque tu ne connois
pas le fentiment , il vaudroit mieux pour
toi n'être jamais né. Oui , mon ami , lorfqu'au
jour de ta naiſſance , ton père te
prit dans fes bras & t'offrit à l'Etre Suprême
, le Ciel auroit ufé envers toi de
clémence , s'il t'avoit écrafé de fa foudre.
ARLEQUI N.
Tu me fais trembler . Le diable en perfonne
ne m'a jamais fait tant de peur .
Bons dieux , quel langage !
SCAPI N.
Le fentiment a produit cette révolution.
J'ai abandonné toutes ces railleries
qui font deshonneur à l'efprit humain ,
j'ai pris l'effor , & ...
ARLEQUI N.
Et moi je te prie de te mettre à ma porA
O UST. 1772. 47
tée , de reprendre ton ancien langage , tes
anciennes moeuis.
SCAPI N.
Les moeurs ! ah , le beau mot ! je m'apperçois
que tu as auffi refpiré l'air du fiécle
; tel elt le fort des révolutions que
leurs fecouffes fe font fentir par- tout !
ARLEQUIN , vivement.
Laiffe donc ce jargon , ou tu vas déclamer
tout feul.
SCAPIN.
Ta prière eft exaucée . J'ai abaiſſé mes
regards jufqu'à toi , j'ai vu tes larmes ,
elles ont touché mon ame ; parle donc ,
qu'exiges-tu ?
ARLEQUI N.
Je veux que tu changes cette figure qui
m'affadit le coeur.
SS API N.
Fort bien. Je fuis en poffeffion de prendre
toutes les formes.... Me voilà , je
crois dans l'état où tu me demandes .
48
MERCURE
DE
FRANCE
.
ARLEQUI N.
Non pas , tout- à - fait . Ce côté de vifage
eft encore fort mélancolique .
SCAPI N.
C'est l'effet d'une habitude que j'ai contractée
; il faut dans mon nouveau métier
rire & pleurer prefqu'en même tems,
& il arrive qu'une joue offre un air riant ,
tandis que l'autre eft encore baignée de
larmes. Mais , n'en fois point troublé , il
me fera auffi facile d'avoir toute la face
riante que la moitié... Je crois y être.
ARLEQUI N.
Ah ! pour le coup je te reconnois . Embraffe
moi , mon cher Scapin , & racontenous
l'hiftoire de cette métamorphofe .
SCAPIN.
Tu fais que j'étois autrefois un maître.
fourbe.
ARLEQUI N.
Oui , & tu devenois fi habile que je
difois à Colombine qu'Arlequin mettroit
bientôt pavillon bas devant toi .
SCAPIN.
A O UST. 1772. 49
SCAPI N.
Tu fais que j'excellois fur tout à duper
les pères & les tuteurs. Je les regardois
comme des hommes que le Ciel avoit
fait tomber dans mon lot , & j'ai tellement
fait connoiffance avec ces Meffieurs
qu'ils ne m'oublieront jamais.
ARLEQUI N.
un
Pourquoi donc n'avoir pas continué
rôle qui te faifoit tant d'honneur . Je connois
beaucoup de ces tuteurs qui fe donnent
les airs de mener une vie tranquille.
SCAPIN.
J'en conviens . Mais j'ai épuifé à peuprès
tous les tours de fourberie , & ceux
que j'ai faits font & connus qu'il n'eſt pas
poffible de les mettre en jeu une feconde
fois.
ARLEQUI N.
Quel blafphême prononces tu. Quoi !
tu te lattes d'avoir parcouru la carrière.
Ah ! Scapin , tant que les hommes auront
de l'amour - propre , on pourra toujours
les tromper. Dis plutôt que ton efprit
épuifé....
C
of
MERCURE DE FRANCE .
SCAPIN,
Tu devines ce que j'avois la foibleffe
de te cacher . Oui , cher Arlequin , je fuis
devenu timide , les galères font fur moi
une impreffion que jadis je ne connoiſſois
pas. Mon efprit d'ailleurs baiffe de jour
en jour avoue auffi que les hommes de
notre fiécle font plus fins , & qu'il eft plus
difficile de lire dans leur ame.
ARLEQUI N.
AinfiScapin vit tranquille à l'ombre de
fes lauriers .
SCAPIN.
Tu ne me verras jamais languir dans
une honteufe oifiveté. Je me fuis contenté
d'embraffer un métier plus facile.
Je me produis en public fous des noms
plus nobles. J'affecte des vertus éclatantes
, un noble défintéreffement , une tendre
pitié pour les malheureux , je ſtyle
les élèves que l'on me confie à fe pénétrer
des mêmes fentimens . Je leur apprends
à fe plaindre , à gémir, à verfer des pleurs ;
& j'ai réuffi . Pour la moindre chofe ils
prennent le ton de la triftefle , tépandent
des larmes , & mettent tant de graces &
d'intérêt dans leur douleur que les pères
ne peuvent réfilter à ce trifte fpectacle.
AOUST .
St 1772 .
ARLEQUI N.
C'est - à - dire qu'à leur tour les pères
larmoyent , fangiotent ... Tout cela ne
produit que des pleurs , & les pleurs n'ont
rien de bien folide.
SCAPI N.
Ceux- ci doivent être exceptés ; avec
eux nous appaifons les querelles , nous
attendriffons l'ame des Harpagons , &
nous marions la foubrette avec l'héritier
de la maison.
ARLEQUI N.
Ces exploits ne cédent guères à tes anciens
; mais on a du trouver étrange ce
changement. Comment des efprits accoutumés
à tes bouffoneries ont- ils pu toutà
coup applaudir à tes larmes ?
SCAPI N.
Je t'avoue que cette difficulté m'a
paru
d'abord infurmontable. Je l'ai vaincue
& c'eft là le chef- d'oeuvre de ma vie. J'ai
commencé par prendre le ton d'enthoufialte
& d'infpiré , j'ai lancé des anathêj'allois
criant : Malheur aux ames
infenfibles , malheur aux ames que les pleurs
mes ;
Cij
52
MERCURE DE FRANCE.
ne touchent pas , malheur aux hommes qui
aiment les ris. Ces anathèmes ont jetté
l'effroi dans tous les coeurs. On a cru que
ceux - là étoient nés fous un aftre perfide
qui n'aimoient pas les pleurs ; on a infenfiblement
oublié qu'il y avoit du plaifir à
rire j'étois au comble de la joie , lorfqu'il
eft furvenu un incident qui a penſé
tout détruire , contre lequel j'ai lutté longtems
, & je lutte encore.
ARLEQUI N.
Je me doutois bien que cette manoeuvre
ne plaitoit pas à tout le monde .
SCAPIN.
Elle a fort déplu à Céfar , Pompée ,
Agamemnon , & mille , autres de cette
efpèce . Ces Meffieurs ont prétendu que
je me moquois de leurs majeftés , & cela
, parce que je prenois leur ton , leur
démarche , & que je me fervois de leurs
expreffions. Ils difoient qu'il n'appartenoit
pas à des fubalternes & des valers
comme Scapin & fes pareils de débiter
des maximes, de fe fervir de l'apoftrophe
& de la profopopée , de marcher comme les
grands Seigneurs ; que c'étoit aux Rois ,
aux Princes à gémir , à pleurer , & que le
4
AOUST. 1772.
$3
peuple n'avoit que le droit de rire. J'ai
répondu à tout. J'ai de nouveau lancé
des anathêmes , car ils me font d'un
grand fecours. J'ai enfuite reproché à ces
Meffieurs que leur héroïfme avoit dégénéré
, & que s'il leur étoit permis de
prendre le ton du peuple , celui- ci à fon
tour avoit droit de fe monter au leur.
Au refte , après les avoir regardés d'un air
de mépris , ce fiècle , leur ai- je dit , eft le
fiécle de la philofophie , il n'y a plus de
peuple , nous fommes tous des héros & des
grands hommes. Plufieurs m'ont cru , &
je continue mon rôle avec fuccès .
ARLEQUI N.
Il faudra m'initier dans tes myftères.
SCAPIN.
J'y confens , mais ce fera dans une autre
féance . Je dois pleurer ce foir . Voici
un hôtel , allons y boire du jus de la vigne
. Je ne pleure jamais mieux qu'après
avoir bien ri.
Par M. l'Abbé de Gr. du Havre.
C iij
34
MERCURE DE FRANCE .
A un Ami qui me follicitoit de faire imprimer
mon recueil de poëfies.
Je n'ai point la trifte manie E
De prétendre au vain nom d'auteur ,
Dans l'âge aimable du bonheur
Voudrais-je confumer ma vie
Pour les fruits tardifs du génie ?
Les ris , les plaifirs font mes dieux ;
Je leur confacre ma jeuneſſe ,
Et j'aime à voltiger fans ceffe
Entre les amours & les jeux.
Mes vers , gentilles bagatelles ,
Faites pour amufer les belles ,
Sont les enfans de mon loifir ;
Eloigné de m'en faire accroire ,
Peut-être en cherchant le plaifir ·
Je pourrai rencontrer la gloire .
A O UST. 1772. 55
A M. de la Lande , à l'occafion de fon
mémoire fur le paffage de Vénus préfenté
au Roi , & de fa promotion à la place
de Penfionnaire de l'Académie des
Sciences.
ΤουOuτr vous rit & tout vous prospère
A la Cour , à Paris ainfi que dans les Cicux ;
Vous êtes fêté par les dieux ;
Si vous revenez fur la terre
Tout applaudit à votre docte effor ,
En dépit de la jalouſie ,
La chafte & divine Uranie
Met dans vos mains un compas d'or .
Dans
Je vois tous les amours fourire à votre ouvrage :
peu fans doute ils combleront vos voeux.
Vous avez de leur mère obfervé le paffage ,
Quel préfage pour être heureux !
En gravant votre nom au temple de mémoire ,
Uranie aujourd'hui couronne vos travaux ;
Et Vénus vous tirant de votre obſervatoire ,
Vous conduit par la main dans celui de Paphos.
Par M. D. Jannin .
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
L'EXPLICATION du mot de la première
énigme du fecond volume du mois de
Juillet 1772 , eft Diamant ; celui de la
feconde eft la Nuit ; celui de la troisième
eft l'Ombre ; celui de la quatrième eft les
Cartes à jouer. Le mot du premier logogryphe
eft Livre , où fe trouve vie ; celui
du fecond eft Bierre ( boiſſon ) & bierre
(fépulture ) ; celui du troisième eft If,
où le trouve fi.
ÉNIGM E.
PALE , blonde , vermeille ;
J'ai rarement la dernière couleur.
Je fuis à nulle autre pareille ,
Et ma forme varie ainfi que ma hauteur.
Commente qui voudra fur ma beauté factice ;
Si mon éclat n'eft qu'emprunté ,
Il n'eft
pas aux humains de moindre utilité ;
Je fçais les garantir du précipice.
Plus d'onze fois par an je viens les viſiter ,
Je leur offre long- tems un affez beau ſpectacle ;
En mainte occafion je deviens leur oracle ,
Et chacun croit devoir me confulter.
Pag. 56.
L'Heureuse Sécurité .
ParM. la Comtesse de Vidampierre.
Amoroso.
Aoust,
1772.
On dit me
que
L'amour me
+ +
guette , Pour me voler mon plus cher
+
bien; A moi qui n'ai que ma hou :
lette Mes tendres agneaux et mon
chien ; Mais cet amour est un en
en fant
Et mon Colin qui
me
deffand
Ne me laisse jamais seulet: te , Ne me
3
laisse
jamais
seu :let : te .

A O UST. 1772. 57
Mais ô revers fatal ! je fers la terre entière ,
Et je la vois , contre les intérêts ,
En m'opposant une épaifle barrière ,
Rejetter mes bienfaits ,
Et ternir tout- à- coup ma brillante carrière.
Par M. le Général des B...
AUTRE .
ÉCESSAIRE ÉCESSAIRE à la fociété ,
Ma forme eft des plus régulières ;
J'y fuis par mon égalité
Utile en cent manières.
A la ville , au hameau , chez les Grands , chez le
Roi ,
A mille emplois divers il a fallu me mettre ;
Maint ouvrier , artifte , géomètre ,
Ne peuvent le paffer de moi.
Que dis-je ? d'être à la terre utile ,
J'ai bien une autre fonction :
Je rends l'ordre des cieux facile ;
Et j'exiftois lors de la création.
Certains docteurs , curieux fans mefure ,
Veulent abfolument renverser ma ſtructure ,
Et s'arrogeant le droit de très hauts jufticiers ,
Prétendent me tirer tous à quatre quartiers ;
Су
$ 8 MERCURE DE FRANCE.
Vainement contre moi leur ſcience ſe grippe ,
Je marche rendement fans nulle appréhenfion ;
Qui fçait bien calculer ne voit dans leur principe
Qu'erreurs , chimère & pure vifion.
Tel propos , diras - tu , lecteur , font des formettes
,
Il faut te tirer d'embarras.
Tu ne me vois donc pas ?
Eh ! bien prends des Lunettes.
Par le même.
QUOIQUE
AUTR E.
je fois de toute antiquité ,'
Je n'en parois ni plus vicil , ni plus jeune ;
Condamné par état au plus rigoureux jeune ,
L'on ne s'apperçoit point de mon auſtérité.
Plus fort qu'Alcide & plus lefte qu'Achille ,
Je renverſe fous moi les plus rudes guerriers ,
Et fans vouloir flétrir leurs fuperbes lauriers ,
Sont-ils vaincus ? je demeure tranquille .
Ils deviennent enfin mes illuftres vainqueurs ;
Mais je les abandonne à toutes leurs fureurs .
Je me trouve par - tout , fur la terre & fur l'onde ;
J'exerce mon pouvoir ſur la brune & la blonde ,
Sur les jeunes & fur les vieux ,
Jeles aveugle & leur laiffe les yeux
A O UST. 1772. 59
Voilà bien une autre merveille ,
Je les rends lourds ,
Je les rends fourds :
Ah ! mon règne eft paflé , j'ai la puce à l'oreille .
Par M. Sauvageot.

AUTRE.
E me bien définir il feroit difficile ;
Je ne fuis point un corps , encor moins un ef
prit.
Je n'habite ni l'air , ni les champs , ni la ville ,
Tout au plus me voit-on dans un pauvre réduit.
Le forçat qui , plié fous le poids de la chaîne ,
Expie en murmurant fes funeftes forfaits ,
Le courtisan déchu , victime de la haine ,
Celui que de Thémis ont profcrit les arrêts ,
Veulent que de leur fort je fois l'unique caufe.
Il eft vrai , le mortel qui jamais ne repole ,
Ne trouve qu'hors de moi ce futile bonheur ,
Ce faux éclat , ces biens dont s'enivre fon coeur.
Mais qui m'a ne craint point , je veille à ſa dé
fenſe .
Il peut d'un pole à l'autre aller en affurance ,
La tempête , le feu , l'ennemi , les fléaux ,
Les brigands ne fçauroient lui caufer aucuns
maux.
C vi
60 MERCURE DE FRANCE.
Lecteur , fi d'Apollon tu brigues les carefles ,
Si d'un art délicat tu connois les finefles ,
Tu me cherches en vain , je ne fuis point ton
lot.
Il faut pour me favoir être un ſtupide , un fot.
Par le même.
LOGO GRYPHE.
Le voile qui m'entoure eft affez amusant , E
J'ai de divers tableaux orné ſa contexture ,
La fable en a fourni plus d'un intéreflant ,
J'en dois un feul à la vérité pure
Si l'hiftoire des Grecs en eſt un bon garant.
Examinez mon voile , & dans chaque peinture
Vous trouverez des traits qui foigneufement vus
Vous rendront tous les miens comme s'ils étoient
nuds .
Voyez-vous de Cypris cette jeune prêtreffe
Que l'amour précipite au fein de l'Hellespont ?
Ici c'eft l'inftrument cher au dieu du Permefle
Qu'on n'apprend à toucher qu'en fe grattant le
front.
Dans un pli de Moab on voit l'idole infame ;
D'un côté c'eſt le dieu qui foulant fur les eaux
Du nocher à ſon gré glace ou rechauffe l'ame ,
A O UST. 61 1772 .
Et fait le deftin des vaifleaux ;
C'eſt le fleuve fameux où le fils de Dédale
D'un téméraire eflai fut puni par la mort ;
Cette jeune époufée eft le prix d'un effort
Fait contre le héros qui fila pour Omphale ,
Bias fut le plus fin s'il ne fut le plus fort ;
Cette figure coloffale
C'eſt un géant à qui la terreur des mortels
Fit jadis en Phrygie élever des autels ;
Des enfans de Priam regardez la nourrice ;
L'oifeau que dans les mains Hercyne tient tou
jours ;
Ce qui pour Danaë comme pour une actrice
Fut plus éblouiflant que les plus beaux difcours ,
Cette habile efclave de Créte
Dont le pieux Enée à Sergefte fit don ;
Un mont de Theffalie , une jument d'Admete ,
Bien connus fous le même nom .
Le dernier cadre , nous y fommes ,
Représente une Reine au regard dédaigneux
Qui difoit d'un ton ſérieux ,
La feule Spartiate au monde met des hommes. »
Tu connois le détail , recule quelques pas ,
Tous ces traits raffemblés font un portrait unique
Qui doit paroître au point d'optique ;
Regarde en haut , plus haut ; tu me tiens , n'eft- ce
pas ?
Eh bien ! je fuis dans ma boutique.
Par M. S. de V.
62 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE.
De neuf pieds feulement qui compoſent mon
tout ,
Six donneront un fruit très- agréable au goût ;
Deux offriront un arbre ; & quatre , une rivière ;
Tu trouveras dans cinq un bitume odorant ,
Un grand marché public , une arme meurtrière ;
Dans trois , ce que jamais on n'excite en pleurant
;
Et dans huit , pour tout dire , un Père de l'Egliſe ,
Ou , fitu l'aimes mieux , certaine chole exquife
Qu'on fervoit , nous dit - on ... Je n'acheverai
pas ;
Il faut te laifler feul franchir ce mauvais pas .
Après quoi , cher lecteur , combinaiſon nou
veile ,
Et nouveaux efforts de cervelle .
J'ai des villes à te montrer
En Touraine , en Auvergne , & jufqu'en Italie.
Chemin faifant , falut à la nymphe jolic
Qui de Jupin s'étant fait adorer,
Paya cher cet honneur par fa métamorphoſe:
Souffre encor que l'on te propofe
Trois notes de mufique , un mois , un fouverain ,
L'un des membres du corps humain ,
A O UST. 1772 .
63
Un élément , un nom commun de femme ,
Un oiſeau , des Romains autrefois respecté ;
Et qu'on te dife enfin , par pure bonté d'ame ,
Que le mot que tu cherche eſt un fruit de l'été.
Par M. Gelhay.
EN
AUTRE.
N profitant du voisinage
D'une bête & d'un élément ,
Vous en ferez facilement
Un outil propre au jardinage.
Par le même
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Choix de Contes & de Poëfies Erfes , traduits
de l'Anglois , à Amfterdam , &
fe trouve à Paris , chez le Jay , Librai
re , rue S. Jacques . 2 vol . in- 12 .
La première partie de ce recueil , contient
une fuite de contes que l'on peut
regarder comme autant de leçons de mo64
MERCURE DE FRANCE.
rale , mifes en action . Les morceaux qui
fuivent nous donnent une idée plus particulière
des anciennes poëlies écrites
dans la langue Erfe , langue que parlent
les Montagnards d'Ecoffe , & qui eft une
dialecte de la langue Irlandoife . Cette
poëfie a les défauts de la poële orientale;
elle en a anffi les beautés. Elle peint les
objets avec les couleurs fimples , naïves
& quelquefois fublimes que donne la
nature ; mais elle eft privée de cette
variété de traits , que la poëfie moderne
a empruntée des progrès de la raison &
des arts.
Les anciens EcoTois honoroient un
guerrier , qui loin de craindre la mort
voyoit fon approche d'un air riant . Un
morceau intitulé lAmour & l'Amitié , &
plufieurs autres de ce recueil nous peignent
ce mépris de la mort , naturel ' aux
anciens peuples.
Tofcar & Dermid
n'avoient qu'un même coeur . Ils moif-
» fonnoient enfemble les lauriers de l'a
victoire dans les champs de bataille .
» Leur amitié étoit forte comme l'acier
de leur armure . Ils combattoient toujours
à côté l'un de l'autre. La mort
marchoit entr'eux deux . La mort même
» ne put les défunir. Comala , dont ils
avoient tué le père dans un combat
A OUST . 1772 .
64
"
» étoit jeune & belle. Tous deux la virent
» & en furent épris : chacun d'eux l'ai- ´
» moit autant que fa gloire. Ils vouloient
» la pofféder , ou mourir ; mais le coeur
» de la belle étoit arrêté fur Tofcar. Eile
» aima fa main parricide : elle oublia que
» cette main avoit verfé le fang de fon
» père . Tofcar , dit Dermid , j'aime ,
j'aime cette belle . Je vois bien que fon
» coeur ne s'ouvre qu'à toi ; mais rien ne
» peut guérir la plaie dont je fuis atteint.
» Tofcar , perce - moi le fein ici . Tofcar,
» mon ami , foulage moi avec ton épée .
Qui , moi , répond Tofcar , que mon
épée foit teinte du fang de mon ami ?
" Oui Tofcar , & quel aurre que toi eft
» digne de trancher le fil de mes jours ?
Envoye moi dans la tombe avec hon-
» neur : je ne veux plus vivre . Il faut
» combattre . He bien , prends ton épée
» & mets -toi en défenfe. Puiffé- je tomber
avec toi ! ils combattent au pied
de la colline. La mouffe fe teint de
leur fang . Dermid tombe , & fourit
» au milieu des ombres du trépas . Tof-
» car , après fa fatale victoire , va retrou-
» ver l'objet de fon amour . Il veut enfer-
» mer dans fon ame le chagrin dont il eft
pénétré mais Comala s'apperçoit de
»
»
»
·
66 MERCURE DE FRANCE.
» fa triſteſle , & le force à parler . Il veut
» la tromper par un menfonge. Je fuis
» mal fatisfait de moi , dit il. Là - bas
ود
»
près d'un ruiffeau , j'ai ſuſpendu à un
» arbre le bouclier du vaillant Gomar
» que j'ai tué : j'ai voulu le percer de
» mes flèches ; mais j'ai perdu tout le
» jour en vains efforts . Où eft donc mon
» adreffe ? Et moi , dit Comala , je veux
» faire l'effai de la mienne : mes mains
» ont appris à bander l'arc. Ils vont en-
» femble. Tofcar fe tient derrière le bou-
» clier : Comala bande fon arc ; la flèche
» vole & lui perce le fein . Heureufe
» main , s'écria t il , je te rends
ور
»
11
grace .
m'eft doux de périr de tes coups . Cou-
» che moi fur la terre à côté de mon ami.
» J'ai vengé mon père , lui dit Comala :
» maintenant la mort me plait. Je c'ai-
» mois. Elle va finir mes peines . A ces
» mots elle fe perce le fein . La belle
chancéle , tombe , expire .
"
Ce choix de poësie eft terminé par des
lettres Angloifes , qui nous préfentent
plufieurs maximes de morale- pratique.
Dans la dernière lettre où il eft question
de la médifance , on lira avec fatisfaction
quelques refléxions très - propres à faire
fentir la perfidie & la lâcheté de ceux
A O UST . 1772 . 67.
qui s'occupent à diffamer les femmes.
On a fouvent répété que la femme paroiffoit
avoir été formée , pour adoucir
les paffions violentes de l'homme , &
pour repandre un peu de charme & d'allegement
fur les foins & les inquiétudes
qu'il eft fujet à éprouver dans les embarras
de la vie. On a dit qu'ayant un corps
plus foible , & moins de fermeté dans
l'ame , la nature l'a pétrie de charmes , &
l'a douée d'un coeur tendre , enforte que
le plaifir le plus délicat pour notre fexe ,
doit être l'idée qu'elle eft entiérement
livrée à notre difcrétion , & qu'elle eft
abandonnée fans referve à la générosité
de notre protection. Auffi voir on que
cette aimable & foible moitié de l'efpèce
humaine a reçu les hommages de l'autre
à proportion que les nations fe font plus
éloignées de l'état fauvage & de la barbarie
. La chafteté & la fidélité font les
deux vertus dont leur réconnoiffance puiffe
payer la générofité de notre fexe ; car
pour la beauté , elle eft fi loin de pouvoir
feule nous fatisfaire , que dès que nous
pourrons foupçonner que d'autres en partagent
avec nous la jouiffance , nous ne
la voyons plus qu'avec dédain & colère .
Quiconque ravit donc à une femme fa
68 MERCURE DE FRANCE.
réputation , depouille une foible créature
fans défenſe du feul bien qui pourroit la
rendre eſtimable , change fa beauté en
objet de dégoût , la perd fans reffource ,
& la laiffe fans amis dans un affreux abandon.
Il en eft dont l'ame eft fi tendre & fi
douce , que la plus légère calomnie leur
caufe une peine qu'elles n'ont pas la force
de fupporter. Elles reftent en proie à
mille craintes effrayantes , font obfédées
de mille noires penfées , qui les jettent
dans la plus profonde mélancolie . Qu'il eft
fauvage & cruel , l'homine qui peut immolerdans
une raillerie , dans un bon mot,
le repos d'une ame fi foible & fi fenfible!
le barbare qui fe joue fi légèrement
de la paix d'une femme infortunée , confidére
un moment quelles femences de
difcorde il jette dans les familles ; combien
de fois il a déchiré le coeur d'une
mère en cheveux blancs , foufflé la fureur
dans le coeur d'un mari jaloux ; combien
il a reçu de malédictions de la malheureufe
qu'il a défhonorée par fes farcasmes ,
& qui dans l'amertume de fon ame , lui
reproche en fecret les malheurs de fa vie.
Quelles armes a t elle pour repouffer cet
outrage ? Que lui fervira d'oppofer la
douceur & fa fimplicité à l'impudence
que
A O UST. 1772. 69
effrontée d'un lâche qui a foulé fous fes
pieds un être foible qui ne peut lui refifter ;
à la cruauté du mauvais plaifant qui calomnie
fon innocence , pour exciter la
rifée d'une troupe de fous ; & qui , après
avoir donné le coup de la mort , ſe dit
tout content en lui - même : ne fuis je
pas un homme bien gai & bien plaiſant ?
Digreffions académiques ou effais fur quelques
fujets de phyſique , de chymie &
d'hiftoire naturelle ; par M. Guyton de
Morveau, avocat- général au parlement
de Dijon , honoraire de l'académie des
fciences , arts & belles lettres de la
même ville , correfpondant de l'académie
royale des fciences de Paris. A
Dijon , chez Frantin , imprimeur du
Roi , & à Paris , chez Didot le jeune ,
libraire , quai des Auguftins , volume
in- 1 2.
M. de Morveau qui regarde l'étude des
fciences phyfiques comme un délaffement
plus utile & plus fatisfaifant que les vains
amuſemens d'une fociété de gens oififs &
incapables de la moindre application
nous donne dans ce volume plufieurs differtations
, fruits de fon loifir ftudieux.
Ces differtations roulent fur différens ob70
MERCURE DE FRANCE.
jets de chymie , de phyſique & d'hiſtoire
naturelle. Le phlogistique eft confidéré
dans la première comme corps grave , &
par rapport au changement de pefanteur
qu'il produit dans les corps auxquels il eſt
uni. Le phlogistique , ou principe inflammable
, eft une fubftance qui échappe à
tous nos fens , que jufqu'à préfent nous
n'avons pu obtenir feule & dégagée de
toute autre matière , dont nous n'avons
enfin apperçu l'existence & foupçonné les
propriétés que par le grand rôle qu'elle
joue dans la nature & les phénomènes
qu'elle offre tous les jours à nos obfervations
: elle eft matière , donc elle eft grave
; c'est une conféquence certaine qui ,
faute d'une détermination exacte où du
moins comparée , n'a ferviqu'à nous jetter
dans l'erreur , & à nous y entretenir ,
malgré une multitude de faits qui ne ceffoient
de nous rappeller à la vérité . L'un
de ces faits & celui auquel M. de Morveau
s'arrête principalement comme étant
le plus propre à nous donner les lumières
defirées , eft l'augmentation de poids
les métaux acquièrent par la calcination.
L'auteur s'attache d'abord à raffembler
toutes les expériences qui ont annoncé
ce phénomène , à déterminer le
que
A O UST. 1772. 71
degré de confiance qu'elles méritent , à
pofer des principes pour les concilier &
s'allurer de leurs réfultats . Il donne enfuite
une hiftoire critique abregée des
différentes folutions que l'on a propofées
jufqu'à préfent de ce problême intéreffant.
Il établit dans un chapitre féparé ,
par de nouvelles expériences prifes nonfeulement
dans la calcination , mais dans
toutes les opérations de la chymie , que
la préſence ou l'abfence du phlogistique
eft la caufe unique de la variation de pefanteur
des terres métalliques , & que
l'on peut en rendre l'effet fenfible cumulativement
par l'analyſe & la finthèſe
fans même qu'il foit befoin de les faire
paffer par l'état de chaux , de précipité, ni
de fufion . Enfin après avoir rectifié les
calculs de Stahl , Brândt & Cramer fur
les parties compofantes du foufre , il propofe
quelques vues pour la formation
d'une table qui , en eftimant la quantité
de phlogistique des corps qui l'admettent
dans leur compofition par la raifon de la
pefanteur qu'ils ont avec lui & fans lui ,
donneroit de leur denfité propre une me.
fure plus exacte que toutes celles qui ont
été tentées jufqu'à préfent , même par la
comparaifon des gravités fpécifiques , &
72
MERCURE
DE
FRANCE
.
qui , en allignant dans les différens compofes
la proportion de cette fubftance que
l'on reconnoît être l'intermède ou l'agent
principal de toutes les diffolutions & fufions
, pourroit conduire à la découverte
des vrais principes de ces opérations .
Cette differtation eft fuivie de deux
effais phyfico chymiques fur la diffolution
& la cryftallifation . M. de Morveau:
y difcute une matière bien importante
dans la chymie & dans le fyftême général
de la nature . Il fait voir que tous les
corps s'uniffent en vertu de l'attraction ,
& que les molécules des corps prennent
entre- elles des figures fimétriques qui font
relatives à la nature des corps. Il prouve
que ces deux opérations que l'on avoit
regardées comme féparées & comme diftinctes
l'une de l'autre fe font par le même
mécanisme & qu'elles font également
affujetties aux loix de l'attraction . Ce
mémoire offre d'ailleurs de très belles
expériences fur lefquelles l'auteur a établi
fa doctrine toujours conforme aux princi
pes de la plus faine phyfique.
·
L'obfervation fur une nouvelle efpèce
de Guhr qui termine ce volume , en annonçant
aux Naturaliftes une fubftance
qui n'avoit point encore été décrite , &
qui
A O UST. 73 1772 .
qui peut fervir à l'hiſtoire de la formation
des bitumes , leur fera de plus en plus
fentir la néceffité d'abandonner les formes
extérieures & de recourir aux moyens
chymiques pour claffer fûrement & pour
rendre l'étude de l'hiftoire naturelle également
utile aux fciences & aux arts .
Efprit de Leibnitz, ou recueil de penſées
choifies , fur la Religion , la morale ,
l'hiftoire , la philofophie , &c . extraites
de toutes les oeuvres latines & françoifes
; 2 vol . in 12. A Paris , chez J.
P. Coftard ; Saillant & Nyon , libraires
, rue St Jean - de - Beauvais ; & à
Lyon , chez Jean - Marie Bruyfet , rue
St. Dominique,
Ceux qui nous ont donné des recueils
de penfées fous le titre d'efprit & de génie
n'ont pas toujours fait attention que
ces fortes de compilations ne font eftimables
qu'autant qu'elles ont été puifées
dans des ouvrages volumineux ou qu'il
eft difficile de fe procurer , & que ces
ouvrages ne forment point un corps organifé
& qui puiffe perdre de fon prix à
être diftribué en petites parties . Un lecteur
judicieux fouffre d'ailleurs impa-
D
74 MERCURE DE FRANCE.
tiemment qu'un écrit qui eft entre les
mains de tout le monde & où l'efprit de
l'auteur éclate dans le deffin & dans
l'enſemble foit découpé , haché , pulvérifé
par un compilateur mercenaire. Mais
fi les ouvrages dont on fe propofe d'extraire
différentes penfées ne peuvent ainfi
que ceux de Léibnitz , être raffemblés
qu'avec beaucoup de dépenfes ; fi la lecture
en eft pénible , foit par la difficulté
des matières qui y font traitées , foit par
la diverfité des langues dans lefquelles
ces matières font écrites , on doit ſavoir
gré à ceux qui nous épargnent ce travail
& qui nous offrent de ces ouvrages un
extrait fubftantiel dans un ou deux volumes
portatifs . Léibnitz , fi l'on excepte la
Théodicée & fes nouveaux Effais fur l'entendement
humain , n'a donné au Public
que des opufcules très courts , compofés
a de grands intervalles les uns des autres,
qui ne forment point de fuite & où fe
trouvent par conféquent beaucoup de répétitions.
Ce défaut , bien fenfible furtout
dans les derniers volumes de la col
lection de fes oeuvres en fix gras volumes
in-4°. & qui renferment fes lettres
eft une raifon de plus pour faire agréer
au Public , le recueil de penfées choifies
$
"
A O UST. 1772. 75
que l'on vient de publier. Ces penfées
font diftribuées par claffes , & ces claffes
font très- variées ; car le philofophe Allemand
avoit cultivé la plus grande partie
des connoiffances humaines .
Léibnitz examine dans une de fes lettres
ce qui a pu donner lieu aux préjugés
répandus en France contre les Allemands .
Il avoue que les préjugés des François
contre les Allemands doivent principalement
leur origine aux défauts & au ridicule
des jeunes gens d'Allemagne , qui
tout fraîchement fortis du collége , fans
connoiffance encore & fans ufage du
monde , font , contre toutes les règles de
la prudence , envoyés par leurs parens en
France , où ils retombent une feconde
fois dans l'enfance , dont ils étoient à
peine fortis . Car on peut en quelque forte
regarder comme un enfant , un homme
qui ne fait pas parler , ( Infans eft quifari
nefcit . ) Ainfi ou ils font forcés de garder
le filence , ou s'ils ouvrent la bouche , ils
excitent des éclats de rire ; fans compter
les différens tours que leurs jouent les
efcrocs ; & voilà quels font les Allemands
qui ont fondé les proverbes françois , vous
me prenez pour un Allemand ; vous me
faites une querelle d'Allemand. Au fond
Dij
76
MERCURE
DE
FRANCE
.
que peut- on attendre de grave & de judicieux
de la part des jeunes gens fans expérience
, & qui font tout - à - coup tranfportés
chez une Nation étrangère, comme
dans un nouveau monde ?
Un homme qui n'entend point encore
un art eft , fuivant la remarque de Léibnitz
, plus propre à y faire des découvertes
que ceux qui l'entendent , & celui qui
marche feul , plutôt que celui qui marche
fous la conduite d'un guide . La raiſon en
eft que les premiers pénétrent fouvent
par une porte , & s'ouvrent une route inconnue
aux autres : les chofes fe préfenteront
donc à eux fous une autre face . Il
y a plus , c'eft que tout étant nouveau pour
eux , tout excite leur admiration ; ils creufent,
ils enfoncent dans des fujets fur lef
quels les autres paffent légèrement , comme
fur des matières rebattues.
Le philofophe Allemand penſe , ainſi
que plufieurs phyficiens , que notre globe
a été la proie du feu , & que les rochers
qui font la bafe de cette écorce de terre ,
font des fcories reftées d'une grande fufion
. On trouve en effet dans leurs entrailles
des productions de métaux & de
minéraux qui reffemblent fort à celles qui
viennent de nos fourneaux ; & la mer- enA
O UST. 1772 . 77
tière peut être une espèce d'oleum per deliquium
, comme l'huile de tartre le fait
dans un lieu humide . Car lorfque la furface
de la terre s'étoit refroidie après le
grand incendie , l'humidité que le feu
avoit pouffée dans l'air , eft retombée fur
la terre , en a lavé la furface , & a diffous
& imbibé le fel fixe refté dans les cendres
, & a rempli enfin cette grande cavité
de la furface de notre globe pour
faire l'Océan plein d'une eau falée . Mais
après le feu , on peut croire que la terre
& l'eau n'ont pas moins fait de ravages.
Peut- être que la croute formée par le réfroidiflement
, qui avoit fous elle de
grandes cavités , eft tombée , de forte que
nous n'habitons que fur des ruines . Plufieurs
déluges & inondations ont laiffé
des fédimens , dont on trouve des traces
& des reftes , qui font voir que la mer a
été dans les lieux qui en font les plus éloi.
gnés aujourd'hui . Mais ces boulever femens
ont enfin ceffé , & le globe a pris la
forme que nous voyons. Moïfe infinue
ces grands changemens en peu de mots :
la féparation de la lumière & des ténèbres
indique la fufion caufée le feu ;
par
& la féparation de l'humide & du fec
marque les effets des inondations ,
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
1
L'éditeur de cet Efprit de Léibnitz s'eft
principalement appliqué à réunir fous un
même point de vue, les grandes maximes
de morale du philofophe Allemand , &
fes fentimens en matière de religion . Un
écrivain célèbre tire une forte préfomption
en faveur des dogmes du Chriftianifme
de ce que Defcartes les a prouvés
& Newton les a crus. Mais la quantité
de cette préfomption , ajoute l'auteur de
ce recueil de penſées , doit notablement
croître par l'addition de toute l'autorité
de Léibnitz , qui eft bien à celle de Defcartes
ou de Newton en raifon d'égalité.
Le fuffrage du philofophe Allemand pourroit
même être ici d'un plus grand poids ,
parce qu'il avoit foigneufement étudié
les dogmes de la Religion Chrétienne ,
& difcuté les monumens fur lefquels elle
eft fondée. Plufieurs opinions théologiques
de ce
de ce philofophe fereffentent un peu
des préjugés de la communion dans laquelle
il a été élevé ; mais malgré ces préjugés
il parle toujours avec la plus grande
modération & de l'Eglife Romaine & du
Pape .
Une partie très- confidérable des penfées
qui forment ce recueil a été traduite
du latin ; & pour rendre cette colA
O UST. 1772. 79
lection à la portée du plus grand nombre
des lecteurs , l'éditeur a eu foin d'en écar
ter les matières trop abftraites telles que
la partie mathématique , & même la métaphyſique
excepté quelques morceaux de
plycologie. Mais il a eu foin , en faveur
de ceux qui voudroient prendre une idée
générale de la philofophie de Léibnitz ,
de donner à la fin du fecond volume de
ce recueil une courte analyfe que Léib
nitz avoit faite lui - même de fa philofo
phie.
Elémens de minéralogie docimaftique , par
M. Sage , de l'Académie royale des
Sciences ; vol . in - 8° . A Paris , chez P.
de Lormel , imprimeur - libraire , rue
du Foin.
M. Sage nous prévient au commencement
de fon ouvrage que dans les cours
de chymie qu'il a faits publiquement , il
s'eft principalement occupé de la minéralogie
; & que les expériences qu'il a repé
tées l'ont conduit à des découvertes dont
il s'eft affuré par des travaux particuliers.
L'auteur rend compte dans fes élémens de
ces prétendues découvertes ; mais il ne
fait point part au lecteur des faits parti-
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
culiers , ni des principes fur lefquels il
les appuye. Ses nouvelles propofitions
méritoient cependant d'autant plus d'être
accompagnées de toutes les preuves , qui
peuvent les établir que plufieurs font abfolument
contrairesà la doctrine des chymiftes
les plus accrédités . On aura même
lieu quelquefois d'être furpris que M.
Sage , qui devoit connoître le différentes
expériences du célèbre Margraf, & les
conféquences que ce chymifte en a tirées ,
conféquences abfolument oppofées à plu
fieurs propofitions renfermées dans cette
minéralogie docimaftique , ne les ait pas
citées quelquefois pour les combattre.
L'auteur penfe- t'il que les phyficiens s'en
rapporteront plus à de fimples opinions
énoncées d'un ton dogmatique , qu'aux
expériences exactes & préciſes d'un chymifte
qui a toujours été perfuadé que des
élémens de phyfique ou de chymie qui
ne font pas fondés fur des principes démontrés
par les faits les plus inconteftables
ne font bons tout au plus qu'à former
des difcoureurs ignorans.
Exercices fpirituels de St Ignace , traduits
en françois ; par M. l'Abbé Clément ,
abbé de Marcheroux , aumônier & préAOUST.
81
1772
dicateur ordinaire du Roi de Pologne ,
Duc de Lorraine & de Bar ; prédicateur
du Roi , & doyen de l'infigne Eglife
collégiale de Ligny. A Paris , chez
Saillant & Nyon ; vol . in 12 .
Cet ouvrage eft une traduction littérale
& fidèle de l'efpagnol . St François de
Sale en recommandoit très- fort la lecture
; il le regardoit comme très - propre à
nourrir & à éclairer la piété par la fageffe
des règles qui y font prefcrites & par la
tendre onction qui y eft répandue partout.
Le Tripot comique , ou la Comédie bourgeoife
, comédie en profe , en vers &
en trois actes , repréfentée fur les théâ
tres de Nantes, la Rochelle , Bordeaux ,
& c.; par M. Detheis . A Paris , chez
Cailleau , libraire , rue des Mathurins;
brochure in- 12.
Cette comédie bourgeoife eft une efpèce
de facetie où le poëte s'eft égayé à
préfenter fous les traits d'un comique burlefque
la manie de quelques fociétés bourgeoifes
de vouloir jouer la comédie . Si
ce penchant pour la repréfentation dramatique
eft louable chez des gens riches
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
qui ont du loifir & regardent ce délaſſement
comme un moyen de plus de paffer
le tems agréablement & de fe former le
goût , il eft certainement déplacé chez
des bourgeois occupés parce qu'il leur ôte
l'efprit de leur profeffion , les dérange de
leurs affaires , les jette dans des tracafferies
inévitables & infpire à leurs enfans
un éloignement invincible pour toutes
les occupations férieufes. L'auteur du
Tripot comique a frappé fur quelques - uns
de ces objets ; mais d'une manière fi triviale
que fa petite pièce dégénère en parade
, fon comique eft purement extérieur
& porte le plus fouvent fur des quolibets,
des jeux de mots , des calembours . Nous
faifons cette remarque parce que l'auteur
paroît confondre la boufonnerie avec le
vrai comique , le comique de Molière.
Dans fa préface il reproche au Public
d'être étrangement brouillé avec le vis
comica, & lui demande pardon du comique
exceffif de fa pièce.
Effais hiftoriques fur la morale des Anciens
& des Modernes , par M. le Pileur
d'Apligny . A Paris , chez les Frères
Etienne , libraires , rue St Jacques , à
la Vertu .
A O UST. 1772. 83
La colombe amollit dans fon eftomac
les grains dont ellé nourrit fes petits ; &
un tendre père affaiſonne les leçons de
morale qu'il donne à fes enfans d'apophtegmes
, de fentences & de traits hiftoriques
propres à leur rendre ces leçons
plus agréables , plus faciles à retenir . M.
le Pileur d'Apligny s'eft acquitté de cé
devoir ; il a raffemblé pour l'inftruction
de fes enfans plufieurs maximes de conduite
, plufieurs inftructions relatives aux
divers événemens de la vie ; il a penfé
que ce recueil , fruit de fes lectures & de
fes réflexions pourra encore être utile à
la jeuneffe , & il s'eft pour cette raifon
déterminé à le publier.
Connoiffance analytique de l'homme , de
la matière& de Dieu ; par M. Lacroix,
profeffeur de philofophie , à Toulouſe,
au collège de l'Efquille ; vol . in 3 2. A
Paris , chez la Veuve Defaint , rue du
Foin.
Les queftions les plus importantes de
la métaphyfique rempliffent cet ouvrage
divifé en trois livres , dont le premier
traite de l'homme ; le fecond , de la matière,
le troisième , de Dieu. L'auteur ,
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
dans un difcours préliminaire , diftingue
bien des fortes de métaphyfiques plus capables
d'égarer ceux qui les étudient que
de les éclairer ;mais la métaphyfique dont
il fait l'éloge & qui l'a guidé dans cet ouvrage
eft celle qui joint une fage retenue
à une confiance raifonnable , & s'attache
aux vérités claires qu'elle apperçoit , quoiqu'elle
ne puiffe pas les concilier enfemble
, ou qu'il y ait au tour d'elles quelques
ténèbres répandues ; qui , pour connoître
l'homme , obferve avec attention ce qui
fe paffe au- dedans de lui ; qui , pour connoître
la matière , en examine les proprié
tés effentielles , & ne lui attribue point .
des facultés contradictoires , ou defquelles
on ne peut fe former aucune idée
qui , après avoir conclu de nos fenfations
& de la contingence du monde vifible
l'existence d'un Etre tout - puiflant & néceffaire
, n'entreprend point de pénétrer
tous les deffeins de la Divinité , ni de
fixer des loix à fa fageffe & à fa puiffance;
une métaphyfique enfin qui , perfuadée
de la foibleffe de l'efprit humain , &
en même tems pleine d'ardeur pour la
vérité , a recours au flambeau de la révélation
, foit pour fortifier la lumière de
la raifon , foit pour diffiper les ténèbres
;
A O UST. 1772. 83
contre lefquels celle- ci eft impuiffante.
Les réponfes de cette faine & utile métaphysique
font exposées dans cet ouvrage
avec beaucoup de clarté , de méthode &
de précision ; elles ne peuvent que contribuer
à nous familiarifér de plus en plus
avec les vérités fondamentales de la philofophie
& de la Religion .
Hiftoire du vénérable Dom Didier de la
Cour , Réformateur des Bénédictins de
Lorraine & de France , tirée d'un manufcrit
original de l'abbaye de Saint-
Vanne , avec une apologie de l'état
monaftique ; par un Religieux Bénédictin
de la Congrégation de Saint-
Maur.
Curavit gentem fuam & liberavit eam à
perditione.j
Ecclefiaftici , cap. so v. 4.
vol . in- 8 °. A Paris , chez Quillau , libraire
, rue Chriftine.
Le manufcrit original de cette hiftoire
étoit conſervé dans l'abbaye de Șt Vanne;
mais il demandoit un écrivain inftruit &
éclairé pour lier les faits , corriger le ftyle
& retrancher pluſieurs détails inutiles.
86 MERCURE DE FRANCE.
Des notes hiftoriques , géographiques &
critiques ajoutées à cette hiftoire contribuent
à la rendre plus inftructive . Les
ordres religieux y trouveront un grand
exemple d'obéiffance & de zèle pour la
pratique des devoirs monaftiques , pratique
fi nécellaire pour l'édification de la
fociété , le maintien & la gloire même
de l'état monaftique. L'apologie de cet
état ne pouvoit être mieux placée qu'à la
fuite de la vie d'un pieux Réformateur
qui n'a ceffé d'honorer par fes fentimens
fes actions l'ordre religieux qu'il
&
par
avoit embraffé .
Le libraire chez lequel fe trouve l'hiftoire
que nous venons d'annoncer , tient
le Magafin littéraire pour la lecture par
abonnement à 24 livres par an ou à trois
livres par mois. Ce magafin eft compofé
de livres en différens genres propres à
fatisfaire le goût de plufieurs claffes de
lecteurs ; comme il eft facile de s'en convaincre
, par le catalogue qui fe diftribue
aux Abonnés. On trouve dans ce même
magafin une collection d'eſtampes gravées
d'après le Moine , Carles Vanloo ,
Boucher , Vernet , Greuze & autres peintres
célèbres provenant en partie du fond
de Laurent Cars , graveur du Roi.
AOUST . 1772. 87
Recherches fur les habillemens des femmes
& des enfans , ou examen de la maniè
re dont il faut vêtir l'un & l'autre fexe;
par M. Alphonfe le Roi , médecin de
la Faculté de Paris . A Paris , chez le
Boucher , libraire , quai des Auguftins ;
vol. in- 12 .
Ces recherches préfentent une fuite
d'obfervations bien développées . L'auteur
confidère en phyficien la forme de
notre corps & le mécanifme des différentes
parties que nos vêtemens peuvent
gêner: il indique non- feulement les dangers
de ces vêtemens , mais encore les
avantages de ceux qu'on pourroit adopter.
Il jette un coup - d'oeil fur les habits
de nos ancêtres & fur ceux des autres Nations
, ce qui rend la lecture de cet ouvrage
plus variée , plus inftructive , préfente
au lecteur des objets de comparaifon
& lui rend les obfervations qui lui
font ici offertes plus faciles à faifir . Les
femmes que l'on . peut regarder comme
de grands enfans , du moins quant à leur
façon de s'habiller , trouveront dans cet
ouvrage d'excellentes réflexions contre
l'ufage des corps ; elles fe convaincront
par elles mêmes que ces efpèces de cui88
MERCURE DE FRANCE.
1
ralles ne font pas moins nuifibles à la fanté
& même au développement des graces
que les maillots adoptés pour les enfans.
La refpiration n'eft pas la feule fonction
importante que les corps gênent , la nutrition
eft troublée . L'auteur fait à ce ſujet
plufieurs réflexions néceffaires , & pour
nous convaincre de plus en plus de la vérité
de ce qu'il avance , il nous fait inter
roger le Sauvage même au milieu de fes
déferts. Ce Sauvage parcourt quelquefois
pendant plufieurs jours d'immenfes forêts
, fans découvrir fa proie ; l'a -t'il trouvée
, il la pourfuit long- tems. Que faitil
pour n'être pas importuné , même pour
ne pas périr par le befoin ? il ferre de plus
en plus fa ceinture. Un étranger , égaré
parmi les Caraïbes , expiroit prefque de
befoin & de fatigue . L'un d'eux s'offrit
à fa vue ; il lui demanda du fecours , le
Sauvage lui préfente un fruit , en lui difant
, que c'eft le feul qui lui refte , le
voyageur le refufe , mais le Caraïbe le
force à l'accepter , en lui difant : prends ,
prends , tu ne fais pas comme moi réfifter
à la faim , je ferrerai un peu plus ma
ceinture. Cet acte généreux , comme l'obferve
l'auteur , en même tems qu'il nous
fournit un beau trait de vertu , nous prouA
O UST. 1772.
89
ve que la nature fe ménage des reffources
pour toutes les circonstances.
L'auteur termine fes recherches par
des réflexions concernant l'influence des
vêtemens fur la fanté & fur les moeurs. Il
expofe comment les vêtemens ont concouru
avec d'autres cauſes à la dégénérefcence
de l'efpèce humaine , & quels feroient
les moyens d'y remédier.
Lettres provinciales , ou examen impar
tial de l'origine , de la conftitution &
des révolutions de la Monarchie Françoife
; par un Avocat de province , à
un Avocat de Paris . A Paris , chez
Merlin , libraire , rue de la Harpe ; vol .
in-8°.
Cet ouvrage prefente plufieurs queftions
importantes du droit public de la
France. Les réponſes à ces queftions font
appuyées fur les anciens textes des loix &
des conftitutions du royaume. L'auteur
. pour éviter le reproche que l'on pourroit
peut-être lui faire que l'interprétation
qu'il donne de ces anciens textes n'eft pas
conforme à la lettre , les rapporte en entier
en latin & en François avec un com
mentaire.
༡༠ MERCURE
DE FRANCE.
Sargines , nouvelle par M. d'Arnaud . A
Paris , chez Lejay , libraire , rue Saint-
Jacques , au - deffus de celle des Mathurins
, in- 8 °.
Si on pouvoit douter combien le véritable
amour a d'empire fur les inclinations
des jeunes gens , combien le choix
d'une maîtrefſe ſage , vertueuſe & qui a
de la fierté dans l'ame peut contribuer à
élever les fentimens & les inclinations de
celui qu'elle s'eſt attachée , il fuffiroit de
jetter les yeux fur les hauts faits de notre
bonne & ancienne chevalerie & fur cette
nouvelle que l'on peut regarder comme
un tableau abregé des avantages de cette
louable inftitution. Le peintre du fentiment
nous repréfente le jeune Sargines
infenfible à la gloire de fes ancêtres &
aux exhortations d'un père qui brûle de
revivre dans fon fils & de lui tranfmettre
fes vertus & fon nom ; il nous le dépeint
indifférent aux marques les plus fignalées
de bienveillance qu'il reçoit de la main
même de fon Prince. Mais c'eſt pour
mieux nous faire fentir tout le pouvoit
de la vertu unie à la beauté. Le jeune Sargines
, qui languilfoit dans une lâche oifiveté
, aime & dès ce moment devient
A O UST. 1772 . 91
"
»
un héros. Quelles leçons pouvoient paroître
plus touchantes , plus perfuafives à
ce jeune homme que celles qui fortoient
d'une bouche qu'il adoroit & qui lui répétoit
fans ceffe ces maximes de l'ancienne
chevalerie : « Office de Chevalier
» eft de maintenir femmes , veuves & or-
» phelins , & hommes méfaifés & non puif
fants. La magnanimité eft la première
» des qualités du vrai héros ; le chevalier
eft raviffeur des biens d'autrui , qui les
» vaillances d'autrui tait ; & celui eft ré-
» prouvé vanteur qui révéle les fiennes.
Largeffe & courtoifie font les ailes fur
lefquelles l'ardeur du chevalier doit être
portée. Avoir une horreur décidée pour
» l'apparence même du menfonge ; facri-
» fier jufqu'à fon orgueil pour fon Roi ,
» pour fa patrie , pour fon Dieu ; s'abaif-
» fer fans rougir , quand il s'agit de leurs
» intérêts voilà le fondement de la
99
"
"
"
grandeur où vous devez prétendre .
» Plutôt la mort que la moindre foiblef-
» fe , & toujours prêt à offrir fa vie pour
conferver celle de fes concitoyens &
» des malheureux ; ce font les principes
qui doivent vous animer jufqu'au der-
» nier foupir. N'oubliez pas fur-tout que
» l'amour n'a de droits qu'après ceux de
n
n
92 MERCURE DE FRANCE.
» la Religion , de l'amitié , de la fidélité
» & du zèle qu'on doit au Souverain . "
Ces leçons & le regard d'une maîtreffe
fenfible à la gloire de fon amant fuffifent
pour porter le jeune Sargines à affronter
tous les dangers & difputer le laurier de
la victoire à tous fes rivaux . O femmes
vous pourriez encore former parmi nous
des héros , fi vous ne préfériez pas de devoir
à vos charmes un empire qu'il vous
feroit plus glorieux de recevoir des mains
de la vertu !
Cette dernière nouvelle de M. d'Arnaud
termine le fecond volume de fes
épreuves du fentiment . Elle intéreffera
tous les lecteurs François , la jeune nobleffe
fur-tout par l'éloge qui s'y trouve
d'une ancienne inftitution qu'elle doit
regretter , par la peinture de cette aimable
courtoifie qui en eft le fruit , & par les
graces d'une diction ornée & fleurie . M.
d'Arnaud a inféré dans cette même nouvelle
une hiftoire écrite dans le langage
naïf & enjoué du bon vieux tems . Elle
eft intitulée , Force d'amour. Elle forme
une épiſode ingénieufe dans cette nouvelle
qui est toute confacrée à nous rendre
fenfibles les heureufes influences d'un
amour vertueux.
A O UST. 1772. 93
L'Elévation de la Raifon & de la Foi ; 2
vol . in- 12 . Au Mans , chez Charles
Monnoyer, & à Paris , chez Humblot,
libraire , rue St Jacques près St Yves .
L'auteur nous prévient dans fa préface
qu'il n'écrit point pour les théologiens &
gens de lettres ; il écrit pour ceux de
quelqu'état & condition qu'ils foient qui
n'ont ni les connoiffances néceffaires , ni
la commodité , ni le loifir de lire beaucoup
de livres ; mais qui ont de la foi ,
du bon fens , de l'amour pour la vérité ;
qui lifent pour apprendre des vérités utiles
& en devenir meilleurs. L'auteur
adreffe principalement la parole aux femmes.
Le beau fexe , dit - il , fupérieur à
» nous pour la délicateffe des penſées , &
» chargé ordinairement de l'éducation
» des enfans , leur tranfmettra par ce canal
le vrai culte , & le perpétuera ainfi
de race en race . Cet honneur est réfer-
» vé aux Dames , & leur eft dû , puif-
» qu'elles enrichiffent le public de leurs
» ouvrages , perfuadées qu'elles font ,
» qu'une belle femme fans lecture , eft
» femblable à une décoration de théâtre,
» dont la perfpective eft belle , mais de
loin. Sans les flatter , je me trouve
94
MERCURE DE FRANCE,
obligé de leur rendre cette juftice ,
» & c. »
Efprit des Coutumes du Bailliage de Senlis
; & les textes tant de la première
compilation de ces coutumes & des ordonnances
faites en 1493 , que des rédactions
de 1506 , & réformations de
1539 , conférées enfemble ; avec des notes
élémentaires qui déterminent le
fens des articles & des mots obfcurs .
Par M. P. F. Pihan de la Forêt , avoeat;
vol. in- 12. A Paris , chez Butard,
imprimeur-libraire , rue St Jacques.
Il règne beaucoup de méthode dans
cet ouvrage. Les notes élémentaires que
l'auteur y a ajoutées & dont pluſieurs
contiennent des queftions neuves avec
les arrêts qui les ont décidées rendront
cette rédaction des coutumes de Senlis
plus utile aux praticiens & plus intelligible
aux citoyens qui ont befoin qu'on
leur applaniffe l'étude du texte des anciennes
coutumes .
L'Homme content de lui -même , ou l'Egoïfme
de la Dunciade , avec des ré-
Hexions fur la littérature ;
A O UST.
95 1772 .
Ut nemo in fefe tentat defcendere.
PERSE.
brochure in 8°. A Berne ; & fe trouve
à Paris , chez Lejai , libraire , rue St
Jacques.
L'égoïfme , mot adopté depuis quelque
tems dans notre langue , défigne le
défaut de ces perfonnes qui , remplies de
leur prétendu mérite & croyant jouer un
rôle dans la fociété , fe citent perpétuellement
& parlent d'elles avec complaifance.
L'auteur de cet écrit paroît ici
quelquefois confondre l'égoïfme avec
l'amour -propre , du moins à en juger par
la peinture qu'il nous fait de l'égoïlme au
commencement de cet écrit. L'égoïfme
eft un ridicule , mais l'amour - propre , qu'il
faut bien diftinguer de l'amour de foimême
, fentiment naturel à tout ce qui
refpire , eft un vice qui porte chaque individu
à faire plus de cas de foi que de
tout autre & infpire aux hommes tous les
maux qu'ils fe font mutuellement . L'auteur
s'eft borné dans cet écrit à des généralités
& à un feul exemple d'égoïfme
littéraire .
96 MERCURE DE FRANCE.
Mémoire hiftorique , concernant les droits
du Roi fur les bourgs de Fumay & de
Reven , avec les pièces juftificatives ;
vol. in fol. Prix , 7 liv . 4 f. A Paris , rue
St Jacques , chez Hériflant père , imprimeur
du Cabinet du Roi .
Les bourgs de Fumay & de Revin font
fitués fur la Meufe , entre Charleville &
Givet , à trois petites lieues de Rocroy ,
fur l'ancienne frontière de la France &
du pays de Liége . La fouveraineté de ces
deux terres a long - tems été paisiblement
exercée par les Comtes de Haynaut , fubrogés
aux droits des Seigneurs particuliers
dont le titre fe perd dans les ténè
bres du moyen âge . Il ne leur en falloit
point d'autre pour juftifier leur poffeffion ,
que cette poffeffion même exempte de
doutes & de réclamation , & confacrée
dans beaucoup d'actes folemnels . Ce n'eſt
que depuis un fiécle & demi qu'on a vu
le ministère de Trèves attribuer à fes
maîtres ces droits antiques des Comtes
de Haynaut , & fonder fur une fimple
feigneurie foncière qui leur appartient
incontestablement , un fyftême d'indépendance
& de fouveraineté imaginaires .
L'auteur de ce mémoire démontre la frivolité
A O UST. 1772. 97
volité de ce fyftême & metdans leur vrai
jour les titres refpectables qui affurent à la
France la fouveraineté de ces bourgs . Com.
me l'Eglife de Trèves a formé des prétentions
fur cette fouveraineté aux droits de
l'abbaye de Prum qui a été unie & incorporée
à cet archevêché en 1579 , ce mémoire
eft partagé en deux parties. Dans
la première font rapportés les faits antérieurs
à cette incorporation , qui conftatent
l'état public des terres de Famay &
de Revin fous l'adminiftration des Abbés
de Prum. On examine dans la feconde
partie les faits poftérieurs à l'année 1579 ,
qui conftatent les droits acquis aux Electeurs
de Trèves , au moyen de l'union de
l'abbaye de Prum à leur manfe archiepif
copale . Cette divifion marque l'époque
à laquelle ont commencé les tentatives
multipliées, mais conftamment réprimées
des feigneurs particuliers de Fumay & de
Revin , de s'ériger en fouverains de ces
terres , & de changer en fupériorité territoriale
la feigneurie foncière la plus reftreinte
& la plus dépendante.
Guérifon de la Paralyfie , par l'électricité,
ou cette expérience phyfique employée
avec fuccès dans le traitement de cette
E
58
MERCURE
DE
FRANCE
. maladie regardée jufques à préfent
comme incurable . Dédiée à Mgr le
Duc de Noailles ; par M. l'Abbé Sans ,
chanoine , profeffeur de phyfique expérimentale
, en l'Univerfité de Perpignan
; avec figures ;
Saliet ficut cervus Claudus & aperta erit
lingua mutorum.
Ilaïx , cap 35-
brochure in 12. A Paris , chez Cailleau
, rue & vis - à - vis des Mathurins .
L'application de l'électricité à la guérifon
de la paralyfie a été tentée par plufieurs
phyficiens , mais avec peu de fuccès.
M. Sans néanmoins , obligé par état
de confidérer depuis plus de vingt ans les
phénomènes électriques , ne put fe diffimuler
que ce Auide devoit néceffairement
jouer un grand rôle dans l'économie
animale. Les expériences lui avoient
déjà appris que l'électricité accélèroit la végétation
des plantes , accroiffoit la viteſſe
des liquides dans les tubes capillaires , augmentoit
la tranfpiration & fe manifeftoit
d'une infinité de manières dans le corps
animal . Ce phyficien a en conféquence
effayé de nouveau d'employer les effets
AOUST. 1772. 99
de l'électricité pour la guérifon de plufieurs
paralytiques. L'écrit qu'il publie
aujourd'hui peut être regardé comme un
journal détaillé de tous les effets furvenus
aux différens paralytiques foumis à
fes expériences . Les degrés de la chaleur
& de la pefanteur de l'air avec la direction
des vents qui régnoient dans l'atmosphère
font exactement marqués dans
ce journal . On peut conjecturer en lifant
les détails que nous donne ici M. l'Abbé
Sans que ce phyficien épargne à fes malades
les expériences douloureufes de l'électricité,
fupprime dans bien des cas l'at
traction des étincelles & évite la commotion
que produit l'expérience de Leyde.
Mais comme ce phyficien ne publie
point encore la méthode qu'il a fuivie ,
on ne peut régler le degré de confiance
qu'il faut donner à fon électrecité médicale
. Il feroit cependant néceffaire que
M. l'Abbé Sans publiât cette méthode
pour défabufer ceux qui font portés à
croire que les guérifons attribuées par ce
phyficien à l'électricité ne font que les
effets de l'émotion ou de la crainte que
l'apprêt des expériences peut occafionner
chez les malades.
Eij
100 MERCURE DE FRANCE :
Avis aux Grands & aux Riches fur la
manière dont ils doivent fe conduire
dans leurs maladies ; par M. Mahon
docteur en médecine ; & fe trouve à
Paris , chez Ph . D. Pierres, imprimeurlibraire
, rue St Jacques , & Edme , rue
St Jean-de- Beauvais , in- 8 °.
Un homme riche & qui jouit de la
fanté ne s'amufe guère à calculer les biens
& les maux qui peuvent lui arriver ; encore
moins à fe procurer les inftructions
néceffaires pour le préferver des maladies
auxquelles il peut être fujet . Il fe livre
aux jouiffances du moment & n'eft difpofé
à écouter les confeils des médecins
que lorfqu'il s'agit de rétablir une ſanté
délabrée. On peut donc efpérer que les
grands & les riches s'intérefferont à la
lecture d'un écrit qui leur expofe les
moyens les plus fûrs pour recouvrer la
fanté & fut lefquels ils prennent fi fouvent
le change faute d'en être fuffifamment
inftruits . Ces moyens peuvent fe
réduire à trois ; le choix d'un bon médecin
, une affiduité fuffifante de fa part auprès
des malades , & une exactitude éclairée
dans l'exécution de fes ordonnances .
Ces trois moyens font développés chacun
dans un article féparé.
AOUSг. 1772. 101
L'auteur , en expofant quelles font les
qualités d'un bon médecin , éclaire les
grands & les riches fur le choix qu'ils
doivent faire. Une vertu bien rare dans
un médecin , vertu cependant que l'on a
droit d'exiger de lui , eft qu'il foit affez
généreux pour facrifier à l'utilité de fes
malades jufqu'à fa propre réputation . Les
grands & les riches courent fouvent les plus
grands dangers , dans leurs maladies , parce
qu'un médecin habile qu'ils ont appellé
appréhende de compromettre fa réputation
. Il juge par exemple un remède utile
à un homme de nom ; mais il craint que
fon malade ne meurt & que fa mort ne
foit regardée comme une fuite de ce remède
: il ne le donne point. Dans une
autre circonftance , il juge qu'un remède ,
qu'il eft d'ufage d'employer dans telle efpèce
de maladie , ne convient pas au nialade
, pour quelque caufe particulière ;
mais il prévoit que fa famille , fes amis,
le Public attribueront fa mort , en cas
qu'elle arrive , à l'omiffion de ce remède
: il le donne. Ce même médecin traite
une femme de qualité dont le fuffrage
eft d'un grand poids dans le public..Il
voit que la nature faifant pour la guérifon
tout ce qu'on peut defirer de mieux ,
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
les remèdes proprement dits ne pourroient
que lui nuire , mais il fait que s'il
n'en fait aucun , le public , la inalade ellemême
qui ignorent que l'habileté d'un
médecin confifte au moins autant à favoir
ne rien faire qu'à favoir faire ce qui convient
, ne lui áttribueront point l'honneur
de la cure. Comme il veut envahir
cet honneur , il ſe permet de preferire ,
foir & matin , des remèdes . Il est vrai
qu'ordinairement ils font de nature à ne
pas faire grand mal . Mais eft - ce affez
pour excufer le férieux & l'appareil avec
lequel on ordonne , comme remèdes , des
drogues au moins inutiles ?
Les conditions expofées dans cet écrit
pour être bien gouverné dans les maladies
pourroient alarmer ceux , & c'eſt le
plus grand nombre , que leur fortune ne
met pas en état de fe procurer des fecours
fi recherchés. L'auteur a donc penſé qu'il
étoit jufte de modérer leur inquiétude &
le premier confeil qu'il leur donne eſt
d'abandonner le fuccès de leur maladie à
la Providence ; confeil affurément trèschrétien
& qui nous difpenfe de citer les
autres.
A O UST. 1772. 103
Bibliothèque d'un homme de goût , ou avis
fur le choix des meilleurs livres écrits
en notre langue fur tous les genres de
fciences & de littérature , avec les jugemens
que les critiques les plus impartiaux
ont porté fur les bons ouvrages
qui ont paru depuis le rétabliſſement
des lettres jufqu'en 1772 ; par L.
M. de V. bibliothécaire de Mgr le Duc
de **.
Paretur quantùm fatis fit librorum , nihil in
apparatum .
SENEC . de tranq.
2 vol. in 12. petit format. A Paris ,
chez Coftard , libraire , rue St Jean - de-
Beauvais.
A mefyre que les livres fe multiplient,
les avis fur leur choix femblent être plus
néceffaires ; mais qui peut fe flatter de
donner fur cet objet des inftructions claires
, préciſes & fuffifantes ? un bibliographe
peut fans doute s'aider des obfervations
& des jugemens des littérateurs qui
l'ont précédé ; mais ceci demande encore
beaucoup de lectures , un travail affidu ,
une critique faine , & ce qui eft encore
plus difficile à réunir un goût fûr & éclai
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
ré. Une bibliographie bien faite devroit
même nous préfenter une hiftoire fuivie
des fciences & des arts ; mais ce projet
n'étoit pas celui de l'auteur de la nouvelle
bibliothèque que nous annonçons. Il s'eft
feulement contenté de donner des notices
courtes & faciles fut les écrivains
François qui fe font acquis quelque répu
tation dans la république des lettres , c'eft
pourquoi il a écarté de fa nomenclature
cette foule de rimailleurs dont l'Abbé
Gouger avoit furchargé fa Bibliothèque
françoife . Le nouveau bibliographe s'eft
peu arrêté fur les livres de fciences &
d'arts. Il ne fait le plus fouvent que les
indiquer. Il nous entretient avec plus de
complaifance des poëtes , des orateurs
des hiftoriens & des autres écrivains qui
ont contribué aux progrès de la littérature
en France . Ses notices font fouvent
affaifonnées de remarques & de critiques
& on peut les regarder comme des confeils
propres à éclairer fur le choix des
livres qui doivent compofer la bibliothèque
d'un homme de goût.
Les Bibliothèques françoifes de la Croix du
Maine & de du Verdier Sieur de Vauprivas
; nouvelle édition , dédiée au
A O UST. 1772. 105
Roi , revue , corrigée & augmentée
d'un difcours fur les progrès des lettres
en France & des remarques hiftoriques,
critiques & littéraires de M. de la
Monnoye & de M. le préfident Bouhier
, de l'Académie Françoife ; de M.
Falconet , de l'Académie des belleslettres.
Par M. Rigoley de Juvigny ,
confeiller honoraire au parlement de
Metz. Deux volumes , in- 4°. A Paris,
chez Saillant & Nyon , libraires , rue
St Jean de Beauvais ; Michel Lambert
, imprimeur , rue de la Harpe.
·
Une nouvelle édition des bibliothè
ques françoifes de la Croix du Maine &
de du Verdier doit intéreffer tous les littérateurs
. Ces monumens de notre an
cienne littérature étoient devenus rares
dès l'année 1724. Leur rareté avoit infpiré
à Bernard de la Monnoye , de l'académie
françoife , le deffein de les faire
revivre ; mais accompagnées de corrections
néceffaires & des remarques critiques
qu'il avoit faites , foit fur les auteurs
, foit fur les ouvrages cités dans
ces bibliothèques . Le grand âge de ce
littérateur , il avoit alors quatre vingtquatre
ans , l'empêcha d'exécuter fo
·
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
projet. Son manufcrit , entièrement de fa
main , fut vendu à fa mort & s'eft trouvé
long tems après entre les mains d'un li
braire en Hollande , duquel M. Paris de
Meyzieu , bon juge de la valeur de ce
manufcrit , l'acheta. Ce citoyen qui cultive
en paix les lettres , a bien voulu
pour l'avantage de notre littérature fe défaifir
de ce manufcrit en faveur de l'éditeur
de ces bibliothèques qui a fenti en
même tems que les recherches de Bernard
de la Monnoye étoient fufceptibles
d'être perfectionnées ; foit en ajoutant de
nouvelles recherches aux fiennes , foit en
corrigeant quelques erreurs qui lui font
échappées. M. de Juvigny a bien voulu
fe charger de ce travail pénible dans lequel
il s'eft aidé des lumiéres de plufieuts
littérateurs diftingués.
On ne publie encore que les deux
volumes de la bibliothèque de La Croix
du Maine , dont le nom de famille eft
François Grudé. Il fut furnommé la Croix
du Maine , d'une terre qu'il avoit dans le
Maine , appellée la Croix. Il nâquit au
Mans en 1552. De tous les recueils que
ce laborieux bibliographe avoit faits , fa
feule bibliothèque françoife nous reſte .
Dorat en a parlé très - avantageufement ,
A O UST. 1772. 107
ce qu'il n'a pas fait des autres recherches
de cet auteur. Le mérite & l'utilité de fa
bibliothèque , ainfi que de celle de du
Verdier font appréciées par l'éditeur. La
bibliothèque de la Croix du Maine eft
eftimée , parce qu'elle a l'avantage d'être
écrite avec précifion , & qu'on y trouve
fouvent des particularités fur la naiſſance
& la mort des auteurs. Du Verdier s'eft
plus attaché à les faire connoitre par leurs
ouvrages , en rempliffant fa bibliothèque
d'extraits , quelque fois trop longs , mais
intéreffans pour le lecteur qui cherche
à s'inftruire . Ces extraits d'ailleurs nous
mettent au fait d'une multitude de livres
finguliers , épargnent la peine de recourir
à l'original , lorfqu'il ne s'agit que d'en
prendre une idée , & diminuent le regret
de ne pouvoir confulter l'ouvrage même ,
quand on n'eft pas à portée de l'avoir . A
l'égard de l'érudition , elle étoit très - fuperficielle
chez l'un & l'autre bibliographe.
Peu vertés dans la langue grecque ,
ils fe contentèrent d'acquérir la facilité
de s'exprimer en latin . La Croix du
Maine & du Verdier poffédoient affez
cette langue pour pouvoir compoſer , le
premier , fa bibliothèque latine ( qu'il
n'a point donnée ; ) & le ſecond ſon ſup-
E
vi
108 MERCURE DE FRANCE.
plément de Gefner. Quant à la diction
françoife , quoique celle de la Croix du
Maine foit très - incorrecte ; elle eſt plus
fupportable que celle de du Verdier , lequel
, outre les vices du terroir , gâtoit
encore le pea de ftyle qu'il avoit , par
fes lectures latines & italiennes , & par
fon affectation à inventer pour les livres
des titres grecs , qu'il ne favoit pas même
orthographier.
Pour mieux faire connoître cette bibliothèque
de la Croix du Maine , nous
en citerons quelques articles tirés du premier
volume.
"
»
" Claude Fauchet , Parifien , Préfident
» en la Cour des Monnoyes à Paris , l'an
1581 , homme fort bien verfé en la
» connoiffance de l'hiftoire , & entr'au-
» tres , de celle de notre France , de laquelle
il a écrit plufieurs livres , dont il
il y en a d'imprimés , comme nous di-
» rons ci - après . Il a fait imprimer un re-
» cueil de l'origine de la langue & poëfie
françoife , rythme & romans ; plus les
noms & fommaires des oeuvres de cent
vingt -fept anciens poëtes François , vi-
» vants avant l'an 1300 ; le tout imprimé
par Mamert Patiffon , l'an 1,81 , à Pa
ris. Il promet audit livre d'écrire un
"
"
A O UST. 1772.
109
t
و د
"
ود
"
» autre volume des poëtes François qui
» ont vécu depuis l'an de falut 1300 jufqu'à
notre fiécle . Ce livre n'eft encore
imprimé. Les antiquités gauloifes &
» françoifes , imprimées à Paris chez Jac-
» ques du Puis ; traité du duel ou combat
fingulier non imprimé. Il a traduit fort
doctement , & avec un travail infini ,
» l'hiftoire de Corneille Tacite , impri-
» mée à Paris chez Abel l'Angelier , l'an
» 1582 , 1583 & 1584 , tant in-fol. que
» in- 4°. & in- 8 °. fans y avoir mis fon
» nom , non plus qu'en fon livre des antiquités
gauloifes , dont nous avons
parlé ci- devant , tant il eft peu curieux
» de gloire , mais feulement defireux de
» profiter au public. Il florit à Paris cette
année 1584 , non fans travailler à illuf-
» trer la France & les Gaules de fes plus
» belles antiquités , avec délibération de
» faire imprimer plufieurs beaux volumes
» écrits à la main , lefquels font en fa
» bibliothèque , tant pour l'hiftoire de
» France que pour la poëfie , dont il a un
» nombre infini , qu'il a recouvrés de
> toutes parts avec une diligence merveil
» leufe. »
"
"
39
"
Cet article eft accompagné de plufieurs
notes. On nous dit dans une de ces notes
110 MERCURE DE FRANCE.
que Fauchet étoit de très- belle repréſentation
avec une grande barbe. Henri IV
étant à St Germain , l'envoya chercher.
Lorfqu'il fut arrivé , il le montra du bout
du doigt à un homme qui étoit à côté de
lui , difant : Voilà ce qu'il vous faut. Cet
homme emmena Fauchet , & fit fur fon
modèle la figure d'un fleuve . Fauchet ne
s'attendoit pas à l'ufage que le Roi vouloit
faire de lui , fur quoi il compofa ces
vers.

J'ai reçu dedans Saint-Germain ,
De mes longs travaux le ſalaire :
Le Roi , de bronze m'a fait faire ,
Tant il eft courtois & benin ,
S'il pouvoit auffi - bien de faim
Me garantir que mon image ,
Oh ! que j'aurois fait bon voyage !
J'y retournerois dès demain :
Viens Tacire , Sallufte , & toi
Qui as tant honoré Padoue ,
Venez ici faire la moue
En quelque recoin comme moi .
« François de Valois , premier du nom ,
» très chrétien , Roi de France . il a été
» appelé le pere des lettres , pour y avoir
employé toute fon induftrie à les met-
» tte en leur perfection , & n'a jamais
30
AOUST . 1772 . III
99
"
n
"
épargné or ni argent pour entretenir
» les hommes doctes & pour recouvrer
» livres de toutes parts , pour enrichir
» cette fuperbe & magnifique bibliothé-
» que royale , dreffée à Fontainebleau .
» Il étoit fort docte & très - éloquent ,
» ayant connoiffance de plufieurs langues ,
» & entr'autres de la latine & françoife,
» en laquelle il a écrit plufieurs livres ,
» favoir , eft , la réponſe aux Proteftans
d'Allemagne , plufieurs Epîtres Françoifes
, faites Latines par Meffire Guil-
» laume du Bellay , fieur de Langey , &
plufieurs Latines qu'il a miſes en François
; plufieurs poëmes très éloquens ,
» Sonnets , Epigrammes , & autres gen-
» res de poëfies Françoifes , defquels
» Salmon Macrin de Loudun en Poitou ,
» fait mention , & lefquels il a traduits
» en Latin , & quelques vers touchant le
» labourage, defquels parle Jean Liebault,
» au commencement de fa Maifon rufti-
» que ; traité touchant la difcipline mi-
» litaire de fes légionaires , lefquels fu-
» rent affis en fept diverfes provinces
» du royaume de France , l'an 1523 , à
» l'imitation des Romains. Il fe lit quel-
» ques vers dudit Roi , à la louange de
» Madame Laure d'Avignon , tant célé
ود
112 MERCURE DE FRANCE.
39
brée par Pétrarque. Il mourut l'an 1547,
» au Château de Rambouiller en Beauffe,
» au grand regret de tous les hommes de
» lettres , & autres de fes fujets . »
François premier avoit le don de s'exprimer
heureufement & fur le champ.
On cite ici ce petit diftique qu'il grava
avec fou diamant , dans un moment de
rêverie , fur une fenêtre du Château de
Chambort , & que l'on y a lu longtemps
,
Souvent femme varie ,
Bien fol eft qui s'y fic.
« Guillaume Rondelet , Docteur en
» médecine & Chancelier de l'Univer-
» fité de Montpellier , en laquelle ville
il nâquit le vingt- feptiéme jour de
Septembre , l'an 1507. Il a écrit l'hif-
» toire de Soiffons , tant en Latin qu'en
François , imprimée à Lyon. Sa vie a
» été décrite par Laurent Joubert , fon
» Succeffeur à Montpellier , &c. Il mou-
ور
"
rut l'an 1566 , le troifiéme jour de Juil-
» let , l'an de fon âge 58. Il a écrit plu-
» fieurs doctes OEuvres en Latin , étant
» eftimé le premier de fon temps pour
» la médecine & recherche des fecrets en
» nature . »
A O UST. 1772. 113
C'est lui que par une allufion boufon
ne , Rabelais , dans fon troifiéme livre ,
a nommé Rondibilis , de quoi celui - ci
fe plaignant . » Bon ! lui dit Rabelais , fi
» je vous avois eu en vue , aurois - je fait
» dire à Rondibilis , en parlant de Tinteville
, Evêque d'Auxere , que le noble
Pontife aimoit le vin comme fait tout
"
"
» homme de bien . Je n'ai pas fi peu de
» jugement que j'euffe fait parler de la
forte un buveur d'eau comme vous . >>
Il fallut que Rondelet fe payât de cette
excufe.
»
Alexandre de Bernay furnommé de
Paris , ancien Poëte François , eft cité
dans cerre Bibliothéque. Il a traduit du
Latin en François , le Roman d'Alexandre
le Grand. Ce Poëte employoit volontiers
les vers de fix pieds , & parce qu'il fe
nommoit Alexandre , Fauchet a cru que
ces vers ont été nommés pour cette raifon
vers Alexandrins ; mais il y a plus lieu
de croire que ces vers ont reçu cette
dénomination , parce que quatre Poëtes
contemporains s'en étoient fervi pour
écrire la vie d'Alexandre le Grand , Ces
quatre Poëtes du douziéme fiécle , étoient
Lambert Li cors , Alexandre de Paris ,
Pierre de Saint Cloct & Jean Li nivelois ,
114 MERCURE DE FRANCE.
tous quatre fous le règne de Louis le
Jeune .
Cette Bibliothéque , & celle de du Verdier
, qui eft actuellement fous preffe, méritent
d'autant plus d'être accueillies , que
ce font les écrits les plus propres à nous
donner le véritable tableau de l'ancienne
littérature françoife . Les deux volumes qui
viennent d'être publiés font précédés d'un
difcours où l'Editeur expofe dans un kyle
orné & fleuri , les progrès des lettres en
France .
99
»
« Les lettres font la gloire d'un Empire
, lorfqu'elles y font floriffantes , &
» les Citoyens qui les cultivent avec fuccès
, par amour pour elles , & pour l'u-
» tilité publique , ont droit à notre re-
» connoiffance autant qu'à notre eſtime .
» Il ne fuffit pas alors qu'ils foient plus
» éclairés , plus inftruits ; il faut encore
qu'ils foient les plus honnêtes , les plus
» vertueux des hommes. La fcience fans
» la fageffe , n'eft qu'un vain nom , une
» erreur bruiante , une folie même , dont
» l'éclat est toujours dangereux , & les
» écarts fouvent funeftes ! nous n'en avons
» que trop d'exemples dans cette multi-
"
tude d'écrits ténébreux , enfans de la
» nuit, du menfonge & de l'orgueil , déA
O UST. 1772. IIS
19 favoués en naiffant par leurs propres
» auteurs à cauſe de leur honteufe origine .
» Si de pareils ouvrages démontrent affez
» la dépravation des moeurs & la démence
» des efprits , ils n'anoncent que trop
la
» décadence des lettres & la corruption
»
"
"
du goût. Depuis que , mécontens de
»> nous mêmes , nous nous fommes pris
» d'enthouſiaſme & d'admiration pour
» tout ce qui eft étranger ; depuis que
l'Anglomanie s'eft emparée de nous , il
» femble qu'on veuille , à quelque prix
» que cefoit, renverfer toutes idées reçues.
u Les vapeurs des marais d'Albion , ont
engendré cette Epidémie philofophi-
» que , qui tue le genie , fait fermenter
» les efprits & produit ce goût antina-
» tionnal , dont les ravages ne font que
» trop fenfibles. Plus d'éloquence , plus
» de poësie , plus de mufique . Celle de
» toutes les langues qui approche le plus
» de la langue Grecque , la langue Françoife
, adoptée par toutes les nations ,
claire , précife , énergique , fublime ,
pleine de douceur & d'harmonie , fusceptible
des plus grands effers , n'eft
plus qu'une langue fourde & monotone,
» peu propre aux chants de Polymnie.
" Ainfi Lulli , Rameau & tant d'autres
"
29
"
"
116 MERCURE DE FRANCE.
>>
"
ود
» célébres Muficiens ont travaillé envain ;
» leurs chef- d'oeuvres font anéantis pour
» toujours. Ce font des étrangers incapables
d'apprécier , de juger notre
langue , qui ont femé les premiers
parmi nous nous ces finguliers parado-
» xes , & ce font des François incapables
» de la bien écrire , qui les ont accueillis ,
» foutenus & autorifés ! Ouï fans doute ,
» à juger notre langue d'après quelques
» ouvrages & quelques drames modernes,
» elle est en effet dure , barbare & monoto-
» ne ; mais qu'on la juge d'après les poëmes
» d'Armide , de Roland , d'Amadis , & c.
qui ofera fans injuftice , lui reprocher
» ces défauts ? La mufique de Lulli , de
Deftouches , de Rameau , étoit faite
» pour elle ; & elle gémit aujourd'hui
» de fe voir défigurée , déchirée impitoyablement
& mife à la torture fous
» des fons peu analogues à fon génie &
» à fa profodie. Enfin ce fiécle raifon-
» neur a tout dégradé , tout altéré ,
» tout détruit. Nous abandonnons les
» véritables fources du goût , pour en
» chercher de nouvelles ; & devenues fté-
» riles par notre faute , nous nous abaiſ-
" fons jufqu'à devenir les imitateurs &
» les copiftes ferviles de tout ce qui porte
» le caractère étranger. »
"
"
"
"
A O UST. 1772. 117
L'Orateur s'élève dans plufieurs autres
endroits de ce difcours contre le goût qui
règne dans notre littérature. Mais les reproches
qu'il nous fait font - ils tous
bien fondés ? plufieurs font - ils même
particuliers à notre fiécle ? L'auteur ne
peut fe diffimuler que ces fortes de
plaintes ne fe trouvent jufques dans les
Ouvrages de nos anciens écrivains.
Il cite à l'article d'Antoine Alaigre , une
Epître dédicatoire où ce traducteur reproche
aux Littérateurs fes contemporains
, de ne pas affez cultiver leur langue.
Dans cette même épître Alaigre fe plaint,
ainsi que l'Auteur du difcours , de la frivolité
de fon fiècle , & du goût exceffif pour
les Romans , fur- tout parmi les gens de la
Cour , chez lesquels , dit - il , on ne voit
guères d'autres livres qu'Amadis , Philocopes
& Rolands.
Les Bibliothèques françoifes de la
Croix du Maine & de du Verdier , fieur
de Vauprivas font compofées de fix volumes
in 4 ° . Les deux premiers qui fe
diftribuent actuellement , & qui ont plus
de 700 pages ,, contiennent la bibliothèque
entière de la Croix du Maine.
Les quatre autres volumes contiendront
celle de du Verdier , Sr de Vauprivas.
118 MERCURE DE FRANCE .
On fera admis à ſouſcrire juſqu'à la fin
de Décembre prochain , aux conditions
fuivantes.
On payera en foufcrivant pour le papier
ordinaire & en recevant les deux premiers
volumes en feuilles. • · 33
liv.
( Ceux
qui
ont
déjà
payé
12
liv . n'auront
que
21
liv. à payer
en
recevant
les
deux
premiers
volumes
, qui
leur
feront
délivrés
par
Michel
Lambert
, imprimeur
- libraire
, rue
de la Harpe
. )
En recevant le tome troifième en Novembre
1772 , on payera.. 10 l. 10 f.
En recevant le tome quatrième en
Mars 1773.
• 101. 10 f.
En recevant le tome cinquième en
Juillet 1773 .

9 1.
En recevant le tome fixième & dernier
en Novembre 1773 .
· 4 1. 10 f.
Les Soufcripteurs
payeront
pour le grand
papier , dont on a tiré fort peu d'exemplaires
, 108 liv. Sçavoir
,
En foufcrivant & rece vant les deux pre.
miers volumes en feuilles. • 60 liv.
En recevant le tome troifième en Novembre
1772 ,
• 151.
A O UST. 1772. 119
En recevant le tome quatrième en
Mars 1773.
Is
1. En recevant le tome cinquième en Juin
12 l. 1773.
En recevant le tome fixième & dernier en
Novembre 1775 . 61.
Les Gradations de l'Amour , par M. Baſ
tide. A Amfterdam ; & fe trouve à Paris
, chez Merigot , libraire , quai des
Auguftins près la rue Pavée , in- 8 °. 1
Les foupirs , l'aveu , les fermens , les
defirs , les délais , les faveurs , les détails ,
les foupçons , l'infidélité , la rupture , le
racommodement forment une fuite de
tableaux dans ce petit poëme qui eft heureufement
terminé par cet éloge de la tendreffe
.
Tous les plaifirs de ce monde volage
Ne valent pas un fentiment du coeur ;
L'illufion n'eft jamais qu'un malheur ;
Le véritable amour est un plus doux partage.
S'il s'affoiblit , il devient de l'eftime ;
Le coeur à cent plaiſirs eſt encor diſpoſé. '
D'un monde faux dont l'art eft la maxime ,
Que refte- t'il , quand cet art eft ufé z
120 MERCURE DE FRANCE .
On définit , & l'on regrette ;
La vanité déchire le bandeau ;
Avec dépit on penfe à la retraite ;
On y trouve un chagrin nouveau...
Nous jouirons d'un fort plus beau ;
Nous avons connu la tendreЛle .
Quand les beaux jours de la jeuneſſe
S'éclipferont comme un beau jour d'été ,
Nous aurons la délicatefle ,
Les foins, l'amitié , la gaîté ,
Les fouvenirs : nous puiferons fans cefle
Dans les trésors de la variété ,
Pour ranimer le froid de la vieilleffe :
Tous les tems ont leur volupté.
Ainfi la chaîne qui nous lie
N'aura point de cours limité :
Avant- coureurs de l'immortalité ,
Nos plaifirs dureront autant que notre vie :
L'amour , en nous donnant la fenfibilité ,
fit avec nous ce doux traité ,
Et la raiſon le ratifie ,
L'Affurance du Commerce , par L. L. P.
A Paris , chez Valade , libraire , rue St
Jacques vis- à- vis celle de la Parcheminerie
; brochure in- 8 ° .
Quelques réflexions préliminaires tendent
à faire voir que c'eft en vain que l'on
prétend
A O UST. 1772. 121
prétend pouvoir & devoir rétablir en
France la Compagnie des Indes , fous le
même titre , fur le même pied & avec les
mêmes priviléges . L'auteur ne fe diffimule
cependant pas l'avantage & même
la néceffité de mettre un commerce étranger
tel que celui des Indes qui a beſoin
de protection entre les mains d'une Com .
pagnie , parce que la force unie eft toujours
la plus puiffante. Mais il demande
en même tems que ce commerce foit libre.
Comment concilier ces deux objets
effentiels ? C'eft ce problême de commerce
que l'on fe propofe de réfoudre dans
cet écrit.
Difcours prononcé par M. le Préfident de
Montefquieu,à la rentrée du parlement
de Bordeaux , le jour de la St Martin
1725. A Genève ; & fe trouve à Paris ,
chez le Jay , libraire , rue St Jacques.
Tout ce qui eft forti de la plume de
l'auteur de l'Esprit des Loix a droit d'être
recueilli. Dans ce difcours que l'on a fait
imprimer depuis peu afin qu'il puiffe être
joint à fes oeuvres , M. de Montesquieu
donnne cet avis utile aux Avocats qui
abufent de la plus noble des fonctions
F
122 MERCURE DE FRANCE.
22
pour jouer le rôle d'un turlupin ou d'un
Tatyrique. « Avocats , vous avez du zèle
pour vos parties & nous le louons ;
» mais ce zèle devient criminiel , lorfqu'il
» vous fait oublier ce que vous devez à
vos adverfaires. Je fais bien que la loi
» d'une jufte défenfe vous oblige fouvent
de relever les chofes que la honte avoit
» enlevélies , mais c'eſt un mal que nous
» ne tolerons que lorfqu'il eft abfolument
» néceffaite. Apprenez de nous cette
"
39

maxime, & fouvenez vous en toujours.
» Ne dites jamais la verité aux dépens de
votre vertu . Quel'trifte talent que celui
» de fçavoir dechirer les hommes ! lés
faillies de certains efprits font peutêtre
les plus grandes épines de notre
» ministère ; & bien loin que ce qui fait
rire le peuple , puifle mériter nos ap.
plaudiffemens , nous pleurons toujours
fur les infortunés qu'on deshonore .
Quoi ! la honte fuivra tous ceux qui
approchent de ce facré Tribunal ! hẻ-
las ! craint on que les graces de la Juftice
ne foient trop putes ? Que peut- on
faire de pis pour les parties ? On lês
fait gémir fur leur fuccès même , & on
2 leur rend , pour me fervir des termes
» de l'Ecriture les fruits de la Justice
"
>
A O UST. 123 1772.
"
"
"
7.
amers comme de l'abfinthe. Eh ! de bon-
» ne foi que voulez - vous que nous répondions
, quand on viendra nous dire :
» nous fommes venus devant vous , &
» on \nous y a couverts de confufion &
d'ignominie ; vous avez vu nos piaies ,
» & vous n'avez pas voulu y mettre de
" l'huile ; vous vouliez réparer les outra-
» ges qu'on nous a faits loin de vous , &
» on nous en a fait fous vos yeux de plus
» réels ; & vous n'avez rien dit , vous que
fur le tribunal où vous étiez , nous regardions
comme les dieux de la terre ;
» vous avez été muets comme des ftatues
» de bois & de pierre. Vous dites que vous
» mettez en fûreté notre vie : fi vous n'avez
pas la force d'arrêter les faillies
» d'un orateur emporté , indiquez - nous
du moins quelque tribunal plus jufte
que le vôtre. Que favons nous fi vous
» n'avez pas partagé le barbare plaifir
que l'on vient de donner à nos parties
adverfes ? fi vous n'avez pas joui de
> notre défeſpoir ? & fi ce que nous vous
» reprochons comme une foibleffe , nous
» ne devons pas plutôt vous le reprocher
» comme un crime ? Avocats , nous n'au-
» rons jamais la force de foutenir de fi
cruels reproches , & il ne fera jamais
"
»
»
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
» dit que vous ferez plus prompts à manquer
aux premiers devoirs , que nous à
» vous les faire connoître , & c. »
Précis fur la manière d'élever les faifans
& les perdreaux. A Paris , chez P. G.
Simon , imprimeur , rue Mignon St
André-des- arçs ; brochure in- 12 .
L'auteur s'eft exactement renfermé
dans la feule opération néceffaire à quiconque
veut , foit pour fon fimple amufement
, foit dans l'intention de peupler
fes terres , entreprendre d'élever des faifans
& des perdreaux . Des inftructions
trop détaillées n'auroient pu convenir à
une eſpèce de manuel fait pour être journellement
entre les mains de gardes ou
de gens de campagne qui , feuls , peuvent
être employés à ces foins économiques .
L'auteur s'eft mis en conféquence à leur
portée & a peint à leurs yeux plus qu'à leur
efprit la marche qu'ils doivent tenir. I
fe flatte que ceux qui fuivront fa méthode
auront l'agrément de voir leurs opérations
réuffir, Cependant quelque exactitude
que l'on apporte pour obferver une
fuite de préceptes , on ne doit jamais ,
pour la première fois , fe promettre un
fuccès complet. Ce fuccès eft dû à la feule
A O UST. 1772. 125
pratique & à l'expérience qui , dans une
feconde tentative nous dédommagent &
nous mettent à l'abri des erreurs involon- .
taires d'une première année .
Le Zodiaque mystérieux , ou les Oracles
d'Etteilla.
Spiritus enim vita erat in rotis,
EZECH.
A Amfterdam ; & fe trouve à Paris ,
chez l'Esclapart , libraire , quai de Gêvres
; vol. in-8°.
Ces Oracles font diftribués par mois
& on doit les confulter fuivant les règles
que le ſcientifique auteur a dictées à la fin
de fon ouvrage. Il feroit peut - être plus
fimple d'ouvrir le livre au hafard & de
lire les premières réponfes qui fe préfentent.
Mais comme le but de ces fortes
d'amuſemens eft de tuer le tems , il a fallu
néceffairement établir certaines règles
pour rendre l'opération plus longue.
Hiftoire de Tacite en latin & en françois ;
avec des notes fur le texte . Par J. H.
Dotteville , de l'Oratoire ; 2 vol . in-
12. A Paris , chez Moutard , libraire ,
rue du Hurepoix .
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
le
Le mérite particulier de Tacite ,
premier des hiftoriens pour quiconque
fait refléchir & penſer , eft apprécié depuis
long- tems. Auffi le traducteur s'eft
contenté de faire quelques réflexions fur
le morceau hiftorique dont il donne la
traduction. Cette hiftoire nous offre quatre
révolutions , en moins de dix- huit
mois dans le plus puiffant empire . Les
armées les plus braves , les mieux expérimentées
font anéanties par la difcorde ;
nos ancêtres font des tentatives pour la
liberté & leur chefs pour la royauté ; &
cependant , malgré la diverfité des événemens
, tout femble rendre à une même
moralité , comme dans un poëme épique ,
& prouver que la renommée , la valeur
la fcience militaire , l'étendue des poffe f
fions , les richelfes font une bien foible
reffource pour un peuple , quand il n'eft
pas foutenu par la fagelle de ceux qui le
gouvernent .
On a accufé Tacite d'avoir été un mi
Lantrope fombre qui n'a porté fes obfervations
que fur les vices des hommes .
Son traducteur fait voir que ce reprache
n'eft pas auffi bien fondé qu'il le paroît
d'abord ; & que fi ce préjugé s'eft élevé
contre Tacite , c'est parce que les traits.
A O UST. 1772, 1,27
dont il s'eft fervi dans fes tableaux frappent
vivement , & que le malheur des
tenas l'a forcé d'éctice plus de crimes que
d'actions vertueules .
La traduction eft ici placée à côté du
texte. Cette traduction confirme la repu
tation que le pere Dotteville s'eft déja
acquife par ce le de Salufte. Elle a de la
fidélité , de l'exactitude & de la préci
fon. Le traducteur s'eft moins appliqué
à rendre les tournures de phrafes & les
métaphores de la langue latine , qu'à faire
paffer dans fa verfion le genie même de
Thiftorien. Des notes hutoriques & critiques
accompagnent cette traduction
& facilitent l'intelligence du texte , que
différens éditeurs ont purge des fautes
des premiers copiftes . Le pere Dotteville
s'eft néanmoins fait un devoir
d'examiner la partie qu'il donne , avec
toute l'attention dont il étoit capable .
Nous voudrions faire connoître tout le
mérite de ce travail ; mais ceci demanderoit
une longue difcuffion . Nos lecteurs
préféreront fans doute de lire un morceau
de la traduction , afin de pouvoir l'apprécier.
Nous choifirons pour cet effer ce
difcours patriotique que Tacite fait tenir
à Galba , lorfque cet Empereur adopta
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
"
Pifon & l'affocia à l'Empire. » Si n'étant
qu'un homme privé , je vous adoptois
» en vertu d'une loi des Curies , fous les
» yeux des Pontifes , fuivant l'uſage , ce
» feroit une gloire pour moi de faire
» entrer , dans ma maifon , un defcen-
» dant des Pompées & des Craffus ; & ,
» pour vous , d'ajouter à votre nobleffe
» l'illuſtration des Sulpicius & des Craf
» fus. Mais aujourd'hui , celui que les
» Dieux & les hommes ont appelé de
» concert à l'Empire , s'eft déterminé fur
» votre excellent naturel , & par amour
» de la patrie , à vous offrir , fans qu'il
» vous en ait coûté de démarches , une
place que nos ancêtres fe font difputé
» par les armes , & qu'il n'a lui- même
» obtenue que par la guerre . J'imite en
» ce point le Divin Augufte , qui plaça
» fucceffivement au premier rang après,
» lui , Marcellus fils de fa foeur , Agrippa
» fon gendre , fes petits fils , enfin Tibe-
» re , fils de fon époufe . Augufte cher-
» choit un fucceffeur dans fa maiſon ; moi
je l'ai cherché dans la république : ce
» n'eft pas que je manque de parens ou
» de compagnons de guerre ; mais je n'ai
» pas confulté l'ambition méme en ac-
» ceptant l'Empire . On peut fe convain-
"
"9
AOUST. 1772. 129
ןכ
"
"
» cre que je n'écoute ici que la raifon,
» en voyant que je vous préfére non-
» feulement à mes parens , mais même
>> aux vôtres. Vous avez un frere : il a
plus d'âge , autant de nobleffe : il eft ,
après vous , le plus digne de cette
» haute fortune . L'âge où vous êtes fuffic
» pour vous garantir des paffions de la
» jeuneſle , & la vie que vous avez menée
jufqu'à préfent eft exempte de reproches.
Vous n'avez encore fupporté que
» l'adverfité . La profpérité fait fubir de
plus fortes épreuves , parce que les
» malheurs exercent l'ame , & que la
profpérité l'énerve . Vous confervérez
» avec la même conftance la bonne foi,
« la liberté , l'amitié , biens les plus précieux
de l'homme ; mais le defir de vous
plaire affoiblira ces vertus dans les au-
» tres . L'adulation , la flatterie, l'intérêt ,
poifon le plus deftructeur de l'amitié ,
» vous alfailliront de toutes parts .
» nous parlons encore vous & moi ,
» avec franchife . Le refte des hommes
» s'entretient plus volontiers avec notre
» fortune qu'avec nous . Il en coûte trop
» pour donner des confeils utiles au
» Prince. Quelqu'il foit , on fe.range à
» fes avis fans l'aimer .
""
"
»
39
,
Fr
Nous
130 MERCURE DE FRANCE.
"
Si le corps immenfe de l'Etat pou-
» voit fubfifter , & garder fon équilibre
» fans avoir de chef , j'étois digne de faire
» renaître la république . Mais la fituation
» du peuple Romain , depuis long - temps,
» eft telle que je ne puis lui procurer rien
» de mieux , dans mon âge avancé, qu'un
» bon fucceffeur à l'Empire ; ni_vous ,'
» dans votre jeuneſſe , qu'un bon Empe-
» reur. Rome fous Tibere , Caius & Clau-
» de , étoit comme le bien héréditaire
» d'une famille unique . La coutume qui
» s'établit d'élire les Princes , tiendra lieu
» de la liberté. Les règnes des Jules &
» des Claudes , étant finis, l'adoption faura
» choifir les meilleurs : car defcendre ou
» naître d'un Prince , eft l'effet du hafard .
>> On ne confidére rien au delà ; mais on
» peut tout examiner dans l'adoption ; &
» fi l'on veut faire un choix , la voix
publique le dirige. Que la chûte de
» Neron , qui fe prévaloit de cette lon-
» gae fuite de Cefars , fes Ancêtres , foir
» fans ceffe devant vos yeux : ce n'eſt
» point Vindex , à la tête d'une province
» défarmée , ni moi , qui commandoit
» une feule légion ; mais fes débauches
» & fa cruauté , qui nous ont délivré de
» fon joug. On n'avoit cependant pas
"
A O UST. 1772 . 131
»
» encore d'exemple pour s'autorifer à
profcrire un Prince par un Arrêt . Quant
» à moi , que les armes & le choix de la
» nation on fait parvenir à l'Empire , ma
» mémoire , malgré l'envie ne reftera pas
fans honneur. Ne vous effrayez cepen-
» dant pas de ce que
deux légions ne font
» pas encore, remifes d'une agitation qui
» leur étoit commune avec l'Univers . Le
» trouble étoit plus grand quand j'ai com
» mencé. On ceffera de me regarder com-
» me trop âgé , feul reproche qu'on me
» faffe , dès qu'on apprendra votre adop-
» tion . Neron fera toujours regreté des
" méchans ; c'eft à vous & à moi d'em-
» pêcher qu'il ne le foit auffi des bons .
» De plus longs avis feroient déplacés :
» mon projet eft rempli fi j'ai fait un bon
choix. La maniere de délibérer la plus
»
מ
courte, & en même temps la plus utile.
» dans la profpérité comme dans le malheur
, eft de fe rappeller ce qu'on bla-
» moit ou ce qu'on approuvoit fous un
» autre Prince : car ce n'eft point ici comme
parmi les autres nations , où tout ,
» hormis la maifon règnante,, naît pour
» l'esclavage vous allez commander à
des hommes qui ne favent vivre ni dans
» une entière fervitude , ni dans une en-
» tière indépendance . »
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Recherches Critiques , Hiftoriques & Topo
graphiques fur la ville de Paris , depuis
fes commencemens connus , jufqu'à préfent
, avec le plan de chaque quartier
par le fieur Jailliot , Géographe ordinaire
du Roi.
Quid verum.. curo , rogo , & omnis in hoc fum.
HORAT. lib. 1 , épiſt. 1 .
Premier quartier. La Cité , vol , in- 8 °. A
Paris chez l'Auteur , Quai des Auguftins
, & chèz Lottin , aîné , Imprimeur-
Libraire , rue Saint Jacques , au Coq.
On pourroit former une Bibliothéque
de tous les écrits qui ont été publiés fur
la ville de Paris , fur fes antiquités , fur
fon hiftoire . M. Jaillot les rappelle dans
un difcours préliminaire & en fait la
critique. Il n'aura point de peine à perfuader
aux Lecteurs , que les Auteurs de
la plupart de ces defcriptions , pour éviter
des recherches pénibles & laborieuſes , ſe
fontfouvent copiés lesuns & les autres & ont
en quelque forte par ce moyen multiplié
les erreurs des premiers Topographes de la
ville de Paris . L'Hiftoire du Diocèfe de ta
ville de Paris , que l'Abbé le Beuf , écriA
O UST. 1772 . 133
vain laborieux , & très- verfé dans l'antiquité
, donna en 1754 , eft fans doute
remplie de recherches de toute efpèce ;
mais ne pourroit on point lui reprocher
dene les avoir pas toujours affez approfon
dies , d'avoir quelquefois lu avec trop de
précipitation , & fouvent d'avoir ſubſtitué
des conjectures à des opinions graves &
généralement reçues. Il s'eft borné , dans
les deux premiers volumes , aux feules
Eglifes Collégiales on Paroiffiales , &
aux anciens Monaftères : il eût été à fouhaiter
qu'il ne le fût pas contenté d'indiquer
feulement les noms des autres , &
d'en fixer l'époque ou l'origine par des
dates qui ne méritent pas toute notre
confiance. On peut porter le même jugement
fur les notes qu'il a données fur les
rues anciennes de Guillot ; il n'a pointtoujours
reconnu celles qui ont changé de
nom , ou bien il les a confondues avec
d'autres .
Si les ouvrages de ceux qui ont écrit
fur Paris , ne font pas fans défauts , on eft
forcé de convenir que nous n'avons pas
plus à nous louer des plans qui nous ont
été donnés de cette Capitale. Le public
feroit même en droit de fe plaindre de
la multiplicité de ceux qu'on a mis au
134 MERCURE DE FRANCE.
jeur depuis le commencement de ce fié
cle , & de l'abus qu'on fait tous les jours
de fa confiance, en lui préfentant de vieux
plans , fous une date moderne. Il y en a
cependant qui ne méritent pas d'être confondus
dans la foule , & M. Jaillot cite
volontiers ceux de Gombouft , de Bullet ,
de Jouvin , de Rochefort , de Delifle , de
Rouffet , de Lagrive , &c . Le plus ancien
plan que l'on connoifle eft celui qui eft
confervé à l'Abbaye de Saint Victor , &
que le fieur Dheulland a gravé il y a
quelques années ; il n'eft guères différent
de celui dont on voit un deffin à la Bibliothéque
du Roi , & qui paroît avoir
été fait fous le règne de Louis XII . Ce
plan , quoique peu correct , nous donne
toujours une idée de ce qu'étoit la ville
de Paris , au milieu du XVI . fiécle . Mais
quel étoit l'état antérieur de cette ville ?
Par quel degré eft- elle parvenue au point
de grandeur & de magnificence où nous
la voyons aujourd'hui ? Cette progreffion
néceffaire ne fe trouve pas même décrite
dans l'histoire: Les notions qu'elle nous
donne des différensaccroiflemens de Paris
fe confondent par la multiplicité des fait s
qui les ont précédés ou fuivis : l'imagination
fe perd dans les détails ; il falloit
A O UST. 1772. 139
pour la fixer préfenter aux yeux des plans
qui nous montraffent , pour ainsi dire ,
cette ville de fiécle en fiécle . Le Commiflaire
Lamare l'entreprit ; il inféra dans
le premier Tome du Traité de la Police ,
qu'il publia en 1705 , une defcription.
Topographique de cette ville , confidérée
dans les différens états par lefquels
elle a paffé , & il y joignit huit plans différens.
Mais les erreurs & les omiffions
repandues dans ces plans , & dans tous les
écrits topographiques , publiées jufqu'à
préfent fur la ville de Paris , ne peuvent
que contribuer à rendre l'ouvrage de M.
Jaillot plus utile , plus néceffaire . L'Auteur
s'étoit d'abord propofé de donner
une notice abrégée de différens accroiffemens
de Paris , fur lefquels il auroit tracé
les rues avec les noms qu'elles ont portés ,
& les différens monumens facrés ou profanes
, qui exiftoient alors , & qui ne
ſubfiftent plus . Il n'a point abandonné ce
plan ; mais il a été obligé d'y changer quel
que chofe & de l'étendre davantage.L'Auteur
expofe ici les raifons qui l'ont porté
à faire précéder fa notice Topographique du
développement des plans qui l'accompagneront.
Dans l'ouvrage qui contient ce
développement & dont l'Auteur publie
136 MERCURE DE FRANCE.
aujourd'hui le premier cahier , les rues &
culs de facs qui s'y trouvent , font indiqués
par ordre alphabétique . M. Jaillot
en donne les vrais tenans & aboutiſfans ,
l'origine , les différens noms qu'elles ont
portés ; leur étimologie , les faits hiſtoriques
qui s'y font paffés , les monumens
facrés ou profanes qui ont exifté , & ceux
qui fubfiftent actuellement. Il rapporte à
ce fujet les dates des évenemens , l'époque
des établiffemens & les différentes
opinions des hiftoriens qui en ont parlé.
L'Auteur pour mieux s'affuter de la vérité
,, ne s'en eft pas feulement rapporté
aux hiftoriens de France , ni à ceux qui
ont écrit fpécialement fur la ville de
Paris : il a confulté les titres originaux .
Cet Ouvrage qui aura autant de Parties
que de quartiers , c'est - à - dire vingt , fera
diftribué de façon qu'à commencer du
premier Septembre , il paroîtra chaque
mois , un volume ou quartier & qu'en
vingt mois l'Ouvrage fera complet. Quoi.
que la différence des quartiers , & l'irrégularité
de leur figure autoriffaffent M.
Jaillot à fuivre l'exemple de la Caille &
autres , qui ont fait graver des plans particuliers
, il a cru devoir leur conferver
à tous l'uniformité du point d'échelle : &
A O UST. 137 1772 .
chacun
cette uniformité eft fi préciſe , qu'on
pourra ,
fi on le defire , ne former qu'un
ſeul plan , en réuniffant les vingt Parties.
Du refte , l'Auteur a choifi pour
des vingt quartiers , un point d'échelle
affez grand pour s'être trouvé à portée
de les enrichir , non -feulement des monumens
publics ; mais encore d'une infinité
d'hôtels qui contribuent à la décoration
de la ville . Il ofe fe flatter que les
Propriétaires ou Architectes voudrone
bien y contribuer par la communication
des deffins qui en ont été faits. Ce parti
eft difpendieux & forcera l'Auteur à multiplier
les planches. Mais fon objet eft de
fe rendre utile à fes concitoyens & de leur
préfenter un Ouvrage qui puiffe mériter
leur approbation .
ACADEMIES
.
I.
Académie Françoise .
Difcours prononcés dans l'Académie Fran
goife , le Lundi 6 Juillet , à la réception
de Meffieurs Beauzée & de Bréquigny:
à Paris , chez Brunet , Imprimeur de
138 MERCURE DE FRANCE.
l'Académie Françoife , au Palais , à la
Providence , & rue baffe de l'Hôtel des
Urfins.
M. Beauzée après avoir payé un tribug
de reconnoiffance à l'académie françoife
& déploré la perte qu'il avoit faite dans
la perfonne de M. Duclos fon ami , entre
dans les détails intéreflans fut la vie,
& les ouvrages de cet Académicien fi
eftimable & fi regretté.
22
39
1
La fortune fembloit préparer M, Du-
» clos , dès fon enfance , aux fonctions,
» académiques. Un de vos confrères ,
également diftingué par fa naiffance ,
» par fes lumières , & par l'ufage louable
n qu'il favoit en faire , M. l'Abbé de,
Dangeau , dirigeoit alors une penfion ,
qui a été comme le gerine & le modèle,
» à quelques égards , de l'école royale
» militaire . Seize gentilshommes pau-
» vres y recevoient gratuitement une édu-
» cation digne de leur nailfance ; & ils
» en fortoient chevaliers de l'ordre de
» Saint Lazare , par la faveur de M. le
"
"
"
marquis de Dangeau , frère de l'Abbé ,
» fon confrère à l'acadèmie , & grand-
» maître de l'ordre depuis 1693. D'autres
jeunes gens choifis , y recevoient »
A O UST. 139.
1772.
» les mêmes leçons ; & la famille du jeune
» Duclos , qui fentoit tout le prix d'une
» éducation confiée à de pareils hommes,
» follicita & obtint pour lui une place
dans cette école.
» C'eft là qu'il puifa ce goût pour les
» lettres , qui l'a mis depuis en état d'en
» parcourir la carrière avec tant de célé-
» brité , & qui lui a ouvert les portes des
», académies les plus diftinguées de la
», capitale , des provinces & des royau-
» mes étrangers . Celle des infcriptions.
» l'adopta en 1739; & fes précieux recueils
y ont acquis d'excellens mémoires
, dignes de fervir de modèle en
» ce genre. On y remarque l'exactitude
» d'un obfervateur attentif , le difcerne-
» ment d'un philofophe qui refléchit , &
la difcrétion d'un fage qui refpecte
» ceux qu'il inftruit , ceux même qu'il
» cenfure. La féchereffe de l'érudition y
» eft temperée par la fineffe des réflexions ,
» par les agrémens de l'efprit , par un
» ftyle clair , aifé , correct , & toujours
» proportionné à la matière : les décifions
» n'y font jamais énoncées avec cette
» morgue qui dépare trop fouvent le ton
dogmatique : elles y prennent commu.
anément le ton modefte du doute , &
C
140 MERCURE DE FRANCE.
" n'en ont que plus sûrement l'éfficacité
» de la démonftration.
">
«
$9
"
Après d'autres ouvrages d'une compofition
plus légère , peut - être même
plus délicate , qui avoient annoncé de
» bonne heure le talent de l'écrivain ; des
» mémoires travaillés avec tant de goût ,
prefque fous les yeux de l'académie
» françoife , & dont quelques- uns avoient
beaucoup d'analogie avec l'objet de ſes
» travaux , procurèrent à l'auteur en
» 1747 , l'honneur d'y fuccéder à M. l'ab- ´
» bé Mongault ; & il vous auroit confo-
» lés , Meffieurs , de la perte de ce ſavant
" confrère , fi de tels hommes n'étoient
pas dignes en effet de laiffer des regrets'
» éternels. »
>
Voici comme M. Beauzée a apprécié
le livre des confidérations fur les moeurs .
33
» Les confiderations fur les moeurs de ce
fiécle , fuffiroient feules pour affurer à
l'auteur une réputation immortelle . "
» Une philofophie tout à la fois hardie
» & difcréte , aimable & auftère , lumi-
» neufe & profonde ; une fagacité qui
pénétre dans tous les replis du coeur
humain , qui développe toutes les rufes
» des paffions , qui apprécie les hommes
و د
23

A O UST. 1772. 141
:
"
"
» dans tous les états ; un goût de probité ,
qui cenfure les vices fans commettre les
perfonnes, qui fronde les ridicules fans
» lever les mafques , qui ménage les foi-
» bleſſes fans les aurorifer , qui reſpecte
» les préjugés fans les épargner , qui péſe
» les devoirs fans les affoiblir ni les exagérer
tels font les titres qui ont mérité
» à ce livre le glorieux avantage d'être
» confacré par l'eftime publique . Des édi-
» tions multipliées , des traductions faites
» en des langues étrangères fur la foi des
éloges publics , l'ont mis au deffus des
» traits de la cenfure . Les fages dans tous
» les tems , placeront dans leurs cabinets ,
» & fur la même ligne , Platon & Théophrafte
, Epictete & Marc Antonin ,
Montagne & Charon , la Rochefou
» cault , la Bruyère , & Duclos. »
"J
"
"
M. Duclos en 1744 , quoique domicilié
à Paris , avoit été élu maire de Dinan ,
& en 1755 , il fut anobli par des lettrespatentes
du Roi , en récompenfe du zèle
qu'avoient montré pour fon fervice les
états de Bretagne . Cette province avoit
eu ordre de défigner les fujets les plus
dignes des graces du Souverain , & M.
Duclos avoit été unanimement désigné
par le tiers état.
142 MERCURE DE FRANCE.
M. de Bréquigny chargé de l'éloge de
M. Bignon qu'il remplace , a rappelé les
fervices que cet Académicien avoit rendu
à la bibliothéque du Roi .
" Au foin de communiquer les tréfors
» qui lui étoient confiés , M. Bignon
» joignit celui de les accroître. Non feu
lement les vaftes pays , où les Grecs &
les Romains avoient porté le goût des
» Lettres avec la gloire de leurs armes ;
»' mais les parties de l'Afie les plus recu-
» lées , où l'on ignora jufqu'au nom de
» ces peuples , qui fe croyoient les con-
ل و د
quérans du monde : la Chine même ,
» la plus ancienne Patrie & des fciences
» & des arts , toutes ces contrées étoient
déjà tributaires de la bibliothéque du
Roi : elle étoit devenue le dépôt com-
» mun des connoiffances de l'Univers .
-
» L'Inde cependant receloit encore des
» richeffes littéraires juſqu'alors inaccef-
» fibles . Mais eft il rien . d'inacceffible
» aux paffions fortes ; & pourquoi l'amour
» des Lettres ne les infpireroit - il pas ?
» Un Savant * , fans autre motif que l'ar-
» deur de s'inftruire , fans autres reffour-
* M. Anquetil , de l'Académie des Belles-
Lettres.

A O UST. 1772. 143
» ces que fon courage , furmonta des ob-
» ftacles qui paroilloient invincibles . Il
» revint chargé des plus curieux manufcrits
de l'Inde : la bibliothèque du Roi ,
» en fut bien-tôt enrichie , & M. Bignon
jouir du plaifir de les y placer . On vit
>> avec une forte de refpect , parmi ces
précieufes dépouilles , les livres fi van-
» tés & fi peu connus , attribués à ce fameux
Zoroastre , qui donnoit des loix
» aux Perfes , à peu près dans le même
temps que Confucius dictoit fa morale
» aux Chinois , que les fept fages illuf-
» troient la Grèce , que Numa ébauchoit
» le premier fyftêne politique de Rome
naiffante , & que la plupart des régions
» de l'Europe , qui s'en orgueillitlent aujourd'hui
de la gloire & de la puiffance
» de tears Souverains , n'étoient encore
» que des forêts habitées par des fau-
»
و د
"
» vages .
Nous voudrions pouvoir tranfcrire
dans leur entier les réponfes de M. le
Prince de Beauvau , aux deux récipiendaires
: ce font des modèles de l'éloquence
qui convient à ce genre de difcours . La
dignité , la politeffe & la ſageſſe , du goût
& de l'efprit font les caractères qu'on y
remarque. Tout ce qui regarde M. Duclos
eſt fupérieurement traité.
144 MERCURE DE FRANCE .
"
39
» Les Confidérationsfur les Maurs font
» un des derniers Ouvrages que M. Du-
» clos ait donnés au public. Il y a peu de
» livres de morale , où l'on trouve un plas
» grand nombre d'obfervations juftes , fi-
» nes & profondes . C'eft un recueil de ma-
" ximes vraies , & de définitions exactes :
» c'eft fur-tout dans cet ouvrage , digne
» d'un Philofophe , que M. Duclos a mis
» fon caractère. On y remarque toute la
pénétration , la jufteffe , la précision de
» fon efprit & le tour énergique ou plai-
» fant qu'il donnoit à fes idées dans la
» converfation . La fienne étoit toujours
agréable , parce qu'elle étoit toujours
» inftructive & gaie . On étoit sûr d'en-
» tendre de lui des vérités neuves & in-
» téreffantes ; elles lui échappoient com-
« me des faillies . Ses maximes étoient
» fouvent prouvées par des anecdotes
» bien choilies . Ses plaifanteries du mo-
≫ment , étoient des bons mots , dont
plufieurs ont furvêcu aux occaſions qui
"
"
39
» les avoit fait naître .
99
» Dans fa jeuneffe il ne haiffoit pas la
difpute : il y portoit une fineffe de dif-
» cuffion qu'il devoit à fa fagacité naturel-
» le & à l'étude Philofophique
de la Grammaire.
Il fut fouvent auffi le cenfeur
» févère
A O UST. 1772. 145
"
» févére de tout ce qui avoit des préten-
» tions fans avoir des titres . L'âge , l'expérience
, un grand fond de bonté lui
» avoient appris à devenir indulgent pour
» les particuliers & à ne plus dire qu'au
public des vérités dures.
"
13
15
"
Il avoit ce caractère d'humanité , cet
» amour propre généreux , qui attachent
» les hommes aux fociétés dont ils font
» les membres. Il étoit particuliérement
zèlé pour les académies qui l'avoient
adopté ; mais rien n'approche de l'attachement
qu'il eut pour la province où
» il étoit né , fi ce n'eft les regrets dont
» cette province l'honore . Sa bienfaifan-
» ce envers fes concitoyens , ne pourra
» jamais être mieux célébrée que par les
» larmes que fa mort leur a fait répan-
» dre.
"
» Dans fa place de fécrétaire de l'académie
françoife , il donna de fréquentes
" preuves de fon amour & de fon reſpect
» pour les lettres . Attaché fcrupuleufe-
» ment à maintenir les priviléges de
» l'académie , fa dépendance immédiate
» du Roi , & l'égalité entre fes membres,
» il ne tenta jamais de faire prévaloir
» fon fuffrage fur celui de fes confrères :
il ne cherchoit point à s'appuyer pour »
G
146 MERCURE DE FRANCE.
"
»
» cela du crédit des gens en place , qu'il eft
plus aifé de féduire qu'il ne l'eft de méri-
» ter l'eftime & la confiance de fes égaux :
» il favoit trop que les gens de lettres
» font les plus intéreffés à ne donner la
préférence dans leur choix qu'au mérite
» reconnu . C'eſt parmi les gens de lettres,
» qu'il avoit formé les liaifons les plus
» intimes : il connoiffoit les devoirs &
» le prix de l'amitié : il favoit fervir cou-
» rageufement fes amis , & le mérite oublié
; il avoit alors un art dont on ne
» ſe défioit pas & qu'on n'auroit pas mê-
» me attendu d'un homme qui aima
» mieux toute fa vie montrer la vérité
» avec force , que l'infinuer avec adrefle .
و د
"
La réponſe à M. de Bréquigny , n'eft
pas d'un ton moins noble ni moins
heureux nous n'en citerons que le
compliment par lequel il la commence ,
& un trait d'éloge de M. Bignon , qui la
termine .
L'académie rendoit depuis long-
» temps juſtice à vos lumières , à vos ou-
» vrages & à vos moeurs . Les gens de
» lettres qui la compofent , s'étonnoient
» que votre modeftie ne vous permît pas
» de montrer le defir d'être leur confrère.
» Ils efpéroient que l'occafion le préfen- ſe
A O UST.´¯ 1772. 147
99
» teroit de vous adopter un jour , & lorfqu'il
ne leur a pas été libre de recevoir
» le mérite qui avoit demandé leurs fufftages
, ils ont penſé d'abord à en faire
jouir le mérite qui s'oublioit lui - mê-
13
»
מ
» me.
» Les rapports de M. Bignon avec la
» Cour & fes liaiſons de parenté & d'amitié
avec plufieurs Miniftres , ne lui
» infpirèrent jamais le goût de l'intrigue ,
ni cette envie de dominer dans l'acadé-
» mie , qu'on avoit pu reprocher à un
» de fes oncles : il conferva toujours cette
pureté d'intention & cette fimplicité
de conduite fi récommandables dans la
fociété en général , peut être plus rares
» & plus néceffaires encore dans les compagnies
littéraires , où l'égalité & la
» liberté doivent faire le bonheur & la
» gloire de ceux qui les compoſent. »
Cette féance a été terminée par la lecture
que M. de la Condamine a faite du difcours
d'Ajax pour les armes d'Achille ,
rapporté au commencement de ce volume.
"
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
1 I.
Jeux Floraux .
L'Académie des Jeux Floraux fera, fuivant
l'ufage , la diftribution des prix le
troisième de Mai de l'année prochaine
1773. Elle en a tous les ans cinq à diftri
buer.
Ces prix font une amarante d'or de la
valeur de quatre cens livres , qui eft deftinée
à une ode.
Une églantine d'or de la valeur de
cent cinquante livres deftinée à un diſcours
d'un quart d'heure ou d'une demiheure
de lectute .
L'Académie des Jeux floraux avoit propofé
l'éloge de Bayle pour fujet du difcours
de l'année prochaine ; mais des rai .
fons particulières qu'elle ne pouvoit prévoir
, l'ont engagée à changer ce fujet , &
à donner l'Eloge de St Exupère , évêque
de Toulouſe .
Une violette d'argent de la valeur de
deux cens cinquante livres , deſtinée à un
poëme de foixante vers au moins , ou de
cent vers all plus , qui doivent être alexandrins
, & dont le fujet doit être héroïque,
N
AOUST . 1772. 149
ou dans le genre noble , ou a une épître
de cent cinquante vers , alexandrins ou de
dix fyllabes à rimes fuivies ou croifées ,
au choix des auteurs ; en obfervant, comme
dans les autres genres d'ouvrages , de
s'y abftenir de tout ce qui peut blefler la
religion , les bonnes moeurs ou l'état .
Un fouci d'argent de la valeur de deux
cens livres , qui eft deftiné à une élégie ,
à une idyle ou à une églogue , ces trois
genres d'ouvrages concourant pour le même
prix. Les vers en doivent être auffi
Alexandrins , fans mêlanges de vers d'autre
meſure.
Un lys d'argent de la valeur de foixante
livres , pour un fonnet ou une hymne à
l'honneur de la Vierge .

La façon , le contrôle , & autres frais ,
font compris dans la fomme qui énonce
la valeur de ces prix .
Les fujers de tous les ouvrages de poëfie
font au choix des auteurs.
Les ouvrages qui ne font que des traductions
ou des imitations ; ceux qui trai
tent des fujets donnés par d'autres académies
; ceux qui ont quelque chofe de burlefque
, de fatyrique , d'indécent , font
exclus du prix.
&
Les ouvrages qui auront déjà été pré-
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
fentés aux jeux floraux ou à d'autres académies
; ceux qui auront paru dans le
Public ; ceux dont les auteurs fe feront
fait connoître avant le jugement , ou pour
lefquels ils auront follicité ou fait folliciter
, en feront auffi exclus.
Les auteurs qui traitent des matières
théologiques , doivent faire mettre au
bas de leurs ouvrages l'approbation de
deux docteurs en théologie , fans quoi ces
ouvrages ne feront pas mis au concours.
Les auteurs feront remettre , pendant
les quinze premiers jours du mois de Février
de l'année 1773 , par des perfonnes
domiciliées à Touloufe , trois copies lifibles
de chaque ouvrage , à M. le marquis
de Belefta , fecrétaire perpétuel de l'académie
, logé rue Bouquieres. Son regiſtre
devant être barré le feizième jour de Fé
vrier , on ne fera plus à tems à lui remettre
des ouvrages dès que ce jour fera expiré.
Cette loi fera exécutée à la rigueur.
Les ouvrages qui feront adreffés par la
pofte en droiture à M. le fecrétaire , ne
feront pas préfentés à l'académie .
Les ouvrages feront défignés , non-feulement
leur titre , mais encore par par
une devife ou fentence , que M. le fecrétaire
écrira dans fon regiftre , auffi - bien
AOUST. 1772. 151
que le nom , la qualité ou la profeffion &
la demeure des perfonnes qui les lui auront
remis.
M. le Secrétaire avertira les perfonnes
qui auront remis les ouvrages que l'académie
aura couronnés , afin que les auteurs
viennent eux - mêmes préfenter le
récépiflé de leurs ouvrages , l'après - midi
du 3me Mai , à l'affemblée publique que
l'académie tient dans le grand confiftoire
de l'hôtel-de -ville , où elle fait la diftribution
des prix. Si les auteurs font hors
de portée de fe préfenter , ils doivent en.
voyer à une perfonne domiciliée à Toulouſe
une procuration en bonne forme ,
où ils fe déclarent auteurs de l'ouvrage
couronné , & cette perfonne retirera le
prix des mains de M. le Secrétaire , fur
la procuration de l'auteur , & fur le récépiffé
de l'ouvrage . Le jour d'après la diftribution
, les auteurs ou les procureurs
fondés fe rendront dans l'hótel de M. le
Secrétaire , qui leur remettra les prix .
On ne peut remporter que trois fois
chacun des prix que l'académie diftribue.
Les auteurs des ouvrages qu'elle découvrira
avoir enfreint cette loi , feront privés
du prix.
Ceux qui auront remporté trois prix ,
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
l'un defquels foit celui de l'ode , pourront
obtenir , felon l'ancien ufage , des
lettres de maître des Jeux floraux , qui
leur donneront le droit d'opiner , dans les
affemblées générales & particulières des
Jeux floraux , & d'affifter aux féances
bliques .
pu-
Depuis les dernières lettres - patentes
du Roi , qui autorifent l'augmentation du
prix du difcours , les auteurs qui auront
remporté trois fois ce prix , pourront auffi
obtenir des lettres de Maître des Jeux
floraux , fans qu'il foit néceffaire qu'ils
aient remporté de prix de Poësie .
Après que les auteurs fe feront fait
connoître , M. le Secrétaire leur donnera
des atteftations , portant qu'un tel , une
telle année , pour tel ouvrage par lui com
pofé , a remporté un tel prix , & l'ouvrage
en original fera attaché à ces atteſtations,
fous le contre-fcel des Jeux .
M. l'Abbé Taverne eft l'auteur de l'ode
qui a pour titre l'Humanité , & pour devife
, le règne de la Paix eft celui du bonheur
, qui a remporté le prix .
M. Cairol s'eft déclaré l'auteur du difcours
, ayant pour devife : Sic itur ad aftra
, qui a été couronné .
A O UST. 1772. 153
M. Pilhes , avocat en parlement , eft
l'auteur de l'épître à Zulir , dont la devife
eft : Femmes femmes. L'académie lui a adjugé
le prix de ce genre.
Il eft auffi l'auteur de l'épître à Chloé ,
ayant pour devile : N'eft il pas le plus pur
ainfi que le plus doux penchant dela nature
, à laquelle l'académie a adjugé un prix
réfervé de ce genre.
M. l'Abbé Taverne eft encore l'auteur
de l'Hymne ayant pour devife : Ainfi que
moi mes vers échappés au naufrage , qui a
remporté le prix .
I I I.
De Montauban .
L'Académie a tenu , le jeudi 9 Avril
1772 , dans la falle de l'hôtel-de - ville ,
une féance publique pour la reception de
M. Morel Demons de Villeneuve , chevalier
de l'Ordre royal & militaire de St
Louis , ancien capitaine au régiment de
Piémont , nommé à la place de feu M.
Temple de St Béart , académicien ordinaire
, & de M. le Baron Dupuy - Montbrun
, capitaine de Dragons dans la Légion
Royale de Corfe , nommé à la place
Gr
154 MERCURE DE FRANCE.
de feu M. l'Abbé Vattin , académicien
affocié.
M. l'Abbé Bellet , fecrétaire perpétuel ,
lut l'éloge hiftorique de feu M. de St
Béart. Il en fit un portrait reffemblant ,
en traçant le tableau d'un citoyen aimable
, d'un homme de goût & d'un littérateur
éclairé : & l'on vit que M. de St
Béart , par la douceur de fes moeurs &
par fon amour pour les lettres , avoit mérité
d'être un des premiers fondateurs de
l'ancienne fociété littéraire , érigée en
académie en 1744.
M. le Chevalier Demons prononça
enfuite fon difcours ; & après avoir expofé
les plus nobles motifs de fa reconnoiffance
, il s'attacha à décrire & à peindre
la diverfe fortune des arts dans le
cours des âges ; les excès révoltans des
Nations qui leur firent la guerre ; les qua.
lités eftimables les hommes ont acque
quifes fous leurs aufpices ; les fervices
qu'ils ont rendus aux plus grands Princes ,
en fauvant leur mémoire d'un oubli injurieux
; les avantages que la Nation Françoife
en particulier a retirés de l'habitude
qu'elle a heureufement prife de les cultiver;
les prodiges qu'ils enfantèrent dans
le dernier fiécle & dont les monumens
A O UST. 1772. 155
qui nous en reftent feront autant l'admiration
que l'inftruction de la postérité ;
tous les genres de beautés dont la langue
s'eft enrichie entre leurs mains ; les différens
moyens dont les académies les ont
mis à portée de faire ufage , pour humani .
fer le docte favoir qui autrefois paroiffoit
prefque inacceffible ; le fecret admirable
qu'ils ont eu de ramener dans leur fanctuaire
jufqu'à la précieufe égalité de l'âge
d'or , en banniffant de ces heureux afyles
les prétentions de l'orgueil , ainfi que ces
diftinctions arbitrairement furajoutées au
mérite perfonnel , & enfin le bonheur
qu'ils ont de s'attirer les regards favorables
des grands Rois & des grands Minif
tres . Ces divers objets devinrent fenfibles
& frappans fous le pinceau mâle & rapide
du nouvel académicien .
M. le Baron Dupuy- Montbrun prononça
auffi un difcours où il paya le tribur
de louange juftement dû à l'érudition
& aux talens de fon prédeceffeur ; & en
foumettant , difoit - il , fes vues aux lumières
de la compagnie qui daignoit l'adopter
, il développa d'une manière neuve
& élégante , ingénieufe & profonde , les
vrais principes de la faine littérature , en
marquant finement à côté les paradoxes
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
·
licencieux & ce qu'il appelloit les héréfies
ittéraires , capables , ajoutoit- il , de troubler
la paix & de ternir la gloire du Parnaffe.
Une analyfe fage & exacte des compolitions
que le caprice du moment enfante
& que la feule mode accrédite , fuffiroit
quelquefois pour détromper le peuple
des lecteurs qui s'y laiffe trop fouvent
tromper. Mais , continua t'il , il feroit à
defirer que comme les feuls bons ouvrages
font dignes d'un examen approfondi ,
les Académies vouluffent bien examiner
à fond les ouvrages excellens . C'eft dans
le fein de ces corps qu'on peut efpérer de
trouver les lumières , le goût & l'impartialité
néceffaires dans une opération fi
délicate ; & en rapportant à trois chefs
principaux , c'est-à - dire , aux penfees , au
Style & à la langue , fes judicieufes obfervations
, qu'il préfenta dans toute l'étendue
convenable ; mais fans s'appéfantic
fur rien , M. Dupuy Montbrun' donna
lieu d'en conclure qu'il apportoit à l'Académie
toutes les connoiffances requifes
dans un bon juge , en cette matière , auffibien
que l'élégance & l'aménité qu'on
exige dans un parfait académicien : & afin
qu'il ne parût manquer d'aucune qualité
eftimable dans ce genre il ne perdit pas
AOUST. 1772. 157
l'occafion de parler deux fois le langage
de la plus noble & de la plus tendre amitié.
Son difcours qu'il termina par un
brillant éloge du Roi & du Miniftre
protecteur de l'Académie , M. le Duc de
la Vrilliere , fut regardé comme un excellent
abrégé des leçons & des exemples
de nos plus grands maîtres , mais fans en
avoir le ton ni la forme , que la touche
académique fit difparoître fous fa
main.
M. de St Hubert , directeur de quartier
, répondit aux deux nouveaux Acadé
miciens fur le ton léger & plein de graces
qui caractériſe un militaire académicien.
M. l'Abbé Bellet fit la lecture d'un poë
me fur le Triomphe des Arts chez les François
par l'établissement des Académies.
M. le directeur termina la féance par
des vers qui avoient le caractère ingénieux
de fa profe .
158 MERCURE DE FRANCE.
SPECTACLES.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE royale de mufique a donné
le 17 juillet dernier , la premire repréſentation
de la repriſe du prologue des Indes
Galantes , qu'elle continue de repréſenter
avec l'acte d'Oliris , & la paftorale d'Eglée
, dont nous avons parlé dans le dernier
volume .
Fufelier eft l'auteur des paroles , &
Rameau a compofé la mufique de ce pro .
logue .
Hebé invite la jeuneffe , aux plaifirs ,
& Bellonne à la gloire des armes .
HE BÉ.
Vous qui d'Hébé ſuivez les loix ,
Venez , raſſemblez - vous , accourez à ma voix.
Vous chantez dès que l'aurore
Eclaire ce beau féjour :
Vous commencez avec le jour
Les jeux brillans de Terpficore ;
Les doux inftans que vous donne l'amour
Vous font plus chers encore.
A O UST. 1772. 159
BELLON NE.
La gloire vous appelle , écoutez fes trompettes
Hâtez- vous , armez - vous & devenez guerriers.
Quittez ces paisibles retraites ;
Combattez , il eft tems de cueillir des lauriers.
HEBÉ.
Pour remplacer les coeurs que vous ravit Bellone
Fils de Vénus lancez vos traits les plus certains ;
Conduilez les plaiſirs dans les climats lointains
Quand l'Europe les abandonne.
La musique de prologue eft brillante
& expreffive . Mademoiſelle Rofalie joue
& chante avec un fuccès bien mérité le
rôle d'Hebé.
Le ballet eft ingénieux & de la compofition
de M.d'Auberval . Mademoiſelle
Peflin & M. d'Auberval y danfent un pas
de deux , d'un genre noble & de caractère,
qui a été fort applaudi.
160 MERCURE DE FRANCE.
COMÉDIE
FRANÇOISE.
Les Comédiens François ont donné le
Lundi 27 Juillet , la première repréfentatation
de Romeo & Julliette , tragédie
nouvelle de M. Dully , auteur de celle
d'Hamlet.
Cette pièce traitée par Shakespear ,
célébre tragique anglois , a été embellie
par le poëte françois , qui a fu éviter les
défauts de fon modèle , y ajouter des beau
tés , & créer en quelque forte en imitant.
Nous donnerons dans le Mercure fuivant
un compte détaillé de cette tragédie .
COMÉDIE ITALIENNE.
Les Comédiens Italiens ont donné le
22 Juillet , la première repréfentation de
la repriſe de Silvain , comédie en un acte
& en vers les paroles font de M. de
Marmontel , & la mufique eftdeM.Gretry.
On fe rappelle la fable de ce drame
qui offre des fituations fi intéreffantes
AOUST. 1772. 161
auxquelles la mufique ajoute encore de
nouveaux charmes avec plus de force &
de pathétique *.
Madame Trial exécute le rôle d'Helene
, joué originairement par Madame
la Ruette ; Madame Billioni repréfente
Pauline , ou la nouvelle mariée ; Lucette
eft encore rendue à cette repriſe , par
Mademoiſelle Beaupré ; ainfi que Silvain
par M. Cailleau ; M. Julien remplace M.
Clairval dans le rôle de Bafile . M. Suin
continue de jouer le rôle de vieillard.
Tous ces rôles ont été très- bien remplis.
Celui de Silvain ne pourra jamais l'être
mieux que par M. Cailleau , acteur inimitable
, qui joue d'après un fentiment vif
& sûr qui l'infpire.
ARTS.
GRAVURES.
I.
Glaucias , Roi d'Illyrie , prend Pyrrhus
fous fa protection . Eftampe d'environ
* Nous avons rendu compte de ce drame dans
le premier volume d'Avril de 1770.
162 MERCURE DE FRANCE.
21 pouces de large fur 18 de haut ,
gravée par Jean Charles le Vaffeur ,
Graveur du Roi , d'après le tableau
original de cinq pieds fur fix de large,
peint par M. Colin de Vermont , Peintre
du Roi . A Paris , chez le Valleur ,
rue des Mathurins , vis- à , vis celle des
Maçons.
LE Peintre a choifi le moment que
Pyrrhus enfant embraffe les genoux de
graces
Glaucias. Ce Prince touché par les
de cet enfant & par les prières des officiers
qui l'ont conduit à fa cour , pour le
dérober à la fureur des Molaffes , le prend
fous fa protection . Cette fcène intéreffante
par elle même , l'eft encore par la
richeffe & la beauté de l'Ordonnance.
L'eftampe qui nous la repréfente , fait
honneur à M. le Vaffeur qui a confacré
fon burin au genre noble & élevé de
l'hiftoire.
swe
A O UST. 1772. 163
I I.
François - René Molé , dans la Scène V,
Acte V de Béverlei , eftampe d'environ
vingt pouces de haut fur quinze de large
, deflinée par le Clerc & gravée par
Elluin. A Paris chez l'auteur , rue S.
Jacques , vis à-vis celle des Mathurins.
Le lieu de la fcène repréſente une prifon
. Beverlet qui y eft détenu n'écoute
plus que fon affreux défefpoir ; il s'eft ſaiſi
de la liqueur empoisonnée qui doit terminer
fa vie & femble prononcer ces mots
que le poëte lui fait réciter fur le Théâtre :
Nature , tu frémis ... Le jeune Tomi , fon
fils aflis dans un fauteuil paroît endormi .
Le deffinateur fans nous faire perdre de
vue les traits de l'acteur qui a rempli ce
rôle , a cherché à caractérifer par l'expreffion
du vifage & par l'attitude du joueur
la fureur fombre & farouche qui le porte
à s'ôter la vie. Les amateurs applaudiront
au travail du graveur qui a fçu varier fon
burin & ménager fes lumières avec intelligence
.
164 MERCURE DE FRANCE.
MUSIQUE.
I.
Méthode nouvelle pour apprendre le plainchant
, avec quelques exemples d'hymnes
& de profes : ouvrage utile à toutes perfonnes
chargées de gouverner l'office
divin , ainfi qu'aux organiftes , ferpens
& baffes- contres , tant des églifes où
il y a mufique que de celles où il n'y
en a point. par M. Oudoux , chapelain ,
ponctoyeur & muficien de l'églife de
Noyon . vol. in-12. A Paris chez Lottin
l'aîné Libraire - Imprimeur , rue Saint
Jacques.
CETTE méthode eft rédigée par demandes
& par réponſes. La valeur attribuée à
chaque figure de note adoptée pour la copie
du chant eft expliquée dans cet onvrage
afin que l'on puiffe diftinguer le
terme ou la durée de chaque fon , & établir
par ce moyen un ſyſtème de mefure
fans laquelle il n'y a point de vrai plainchant
. L'auteur a donné tous les faux - bourA
O UST . 1772. 165
dons propres à être chantés à l'uniffon les
uns des autres , & a fait des changemens
& des transpofitions utiles dans la diftribution
des tons qui fervent à la pfalmodie ,
fans cependant toucher aux différentes ter
minaifons . Ses inftructions fur la manière
de bien rendre le plain - chant font trèspropres
à exciter l'émulation parmi ceux
qui préfident aux chants des églises , &
porter les fidèles à célébrer les louanges
du Seigneur avec toute la décence & toute
la majefté qu'exige ce faint exercice.
I I.
Troifiéme recueil d'airs choifis dans les plus
beaux Opéra- comiques , avec un accom
pagnement ajusté pour la flûte , ou le
par deffus de viole. , par M. Bordet ;
prix 6 livres en blanc. A Paris chez
Bordet , auteur & marchand de Mufique
, rue Saint Honoré , vis - à - vis le
Palais Royal , à la Mufique moderne ,
& aux adreffes ordinaires.
Le choix de ces airs eft d'une variété
agréable & amusante.
166 MERCURE DE FRANCE.
III
Sei Duetti à Duc Violini , dedicati a illuftriffimo
Seigneur de la Rive , Officiale
Nel Regimento di facio al Servizio di S.
M. Şarda Compofti del Signor Giuſeppe
de Machi , primo violino della Capella è
Citta d'Alellandria , prix 7 livres 4 fols.
fe vend à Lyon chez Caftaud , marchand
de mufique & libraire , éditeur de cet ouvrage
, & afforti dans tous les genres de
mufique fans exception . A Paris chez M.
Danvin rue Saint Paul , hôtel Bazin , &
aux adreffes ordinaires de mufique.
I V.
Sei Trio à tre Violini , dedicati al Illuftriffima
Signora Marchefa di Saint Maurice
, compofti dal Signor de Machi
Maeftro di concerto è primo violino della
Cathédrale d'Alefandria. Opéra cinquiéme
, prix 9 livres , gravés par Mile S.
Scherrer. A Genève chez Scherrer , vis- àvis
l'Hôpital . A Aléxandrie chez l'auteur ,
& à Paris chez M. Danvin , rue S. Paul ,
&aux adreſſes ordinaires de muſique.
AOUST. 1772. 167
V.
Sei Divertimenti per Due flauti , dedicati
al Signor *** di Mattia Stabingher ,
Opéra prima , prix fix livres , fe vend á
Lyon , chez Caftaud libraire & marchand
de mufique , éditeur de cet ouvrage.
A Paris chez M. Danvin , Receveur
des Diligences , Port Saint Paul , & aux
adreffes de inufique.
Emplacement de la nouvelle Salle de Comédie
Françoife.
On a deux objets en vue en reconſtruifant
le Théâtre François ; d'en faire un
monument de décoration pour la capitale
; d'économiser le plus qu'il eft poffible
fur la dépense . Cela ne paroît pas trop conciliable.
On croit cependant qu'il ne s'agit
quede bien choisir l'emplacement . L'ancien
ne remplira jamais le premier point de
vue. Un grand édifice doit être fur une
place , ou au moins en face d'une rue
large , comme , par exemple , le Luxembourg
Faire une place exprès , cela coûteroit
cher.
168 MERCURE DE FRANCE.
Pour tout concilier autant qu'il eft poffible
, on penfe qu'il faudroit conftruire le
nouveau Théâtre au coin de la même rue
& de la rue de Buffy. Le Carrefour y forme
naturellement une forte de place qui
pourroit être agrandie , ou du moins décorée
à mefure de la reconftruction des
maifons, & l'édifice feroit perfpective dans
les rues Dauphine , Mazarine & Saint
André des Arcs. La dépenfe ne feroit vraifemblablement
pas beaucoup plus confidérable
en cet endroit, car la maiſon du
coin tombe presqu'en ruine . D'ailleurs la
vente de l'ancien terrein feroit compenfa.
tion . On invite Mrs les Architectes à examiner
cette idée. Il feroitfâcheux que l'occafion
qui fe présente de donner de la
nobleffe à notre Théâtre , n'eût fervi qu'à
faire naître des projets fort beaux , mais
impratiquables dans les circonftances du
tems actuel.
a
D
MORT
A O UST. 1772. 169
MORT de Madame FAV ART.
MARIE -Juftine - Benoiſte du Ronceray
époufe de M. Favart , nâquit à Avignon
le 15 Juin de l'année 1727 , & fut baptifée
à la paroiffe de Saint Agricole ; elle vint
enLorraine avec fon père & fa mère , qui
étoient attachés à la mufique du Roi de
Pologne. Dès l'âge le plus tendre elle fit
concevoir les plus grandes efpérances pour
le théâtre ; dès qu'elle y fut , elle y eut les
fuccès les plus éclatans . Elle débuta aux
Italiens les Août 1749. Il n'y avoit pas
encore eu d'exemple d'une réuffite plus
brillante & mieux méritée ; elle fut
elle fut reçue
à part entière le 18 Janvier 1752 par Mgr
le duc de Fleury. Ce furent les comédiens
qui la demandèrent même unanimement.
Elle fut forcée de quitter pendant quelque
tems , & quand elle reparut elle eut
les mêmes applaudiflemens dont elle avoit
été comblée à fon début. On fait que pendant
pluſieurs années elle a joui conftamment
de la faveur du public , occupant les
premiers emplois dans la parodie , la comédie
, les piéces à ariettes , en un mot
H
170 MERCURE DE FRANCE .
dans tous les genres & tous les caractères ,
dansant & chantant dans les divertiffemens
, & fe prêtant avec un zèle infatigable
à tout ce qui étoit utile pour le fervice
du théâtre . Comme elle lifoit beaucoup
de mufique italienne , & qu'elle
l'aimoit fort , ce fut elle qui dans la charmante
piéce de Ninette à la Cour & dans
la Bohémienne , indiqua à fon mari la
plûpart des ariettes qu'il a parodiées fi
heureusement. Elle fit beaucoup de chofes
dans les piéces qui ont paru fous fon nom .
Elle fut attaquée vers la fin de l'année
dernière d'une maladie de tortures qu'elle
fupportée avec une patience & même
une gaîté incroyables jufqu'au 20 Avril ,
jour auquel elle a été enlevée au public qui
la chérifoit , à fon mari qui l'adoroit , & à
fes amis qui ne cefferont jamais de la regretter.
A O UST. 1772. 171
A. M. B. L.
·fur la mort de Madame Favart.
V Ous qui favez fémer des fleurs
Sur les épines de la vie ,
Paiffiez - vous ne jamais éprouvernos malheurs !
Nos jours liés aux jours de la plus tendre amie ,
Sembloient du Ciel épuifer les faveurs.
Du tems qui détruit tout & qui nous l'a ravie ,
L'irrévocable arrêt nous condamne à des pleurs
Dont la fource jamais ne peut être tarie .
Favart , hélas ! Favart , par les Muſes nourrie ,
Devoit- elle du fort éprouver les rigueurs ?
Chère Ombre ne crains point que jamais on t'oublic
:
Non , tes heureux talens du tems feront vainqueurs
,
Et vingt ans de fuccès font ton apologie.
Ton nom , ce nom fi cher , la gloire de Thalie ,
Au temple de mémoire , au temple des neuf
foeurs ,
Sera toujours gravé comme il l'eft dans nos coeurs.
Par M. Guerin de Fremicourt.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
BIENFAISANCE.
Le fils d'un riche négociant de Londres
s'étoit livré dans fa jeunefle à tous les
excès ; il irrita fon père dont il méprifa
les fages avis . Le vieillard , prêt de finir
fa carrière , fait un acte par lequel il deshérite
fon jeune fils , & meurt. Dorval ,
inftruit de la mort de fon père , fait de
férieuſes réflexions , rentre en lui - même
& pleure fes égaremens paffés. Il apprend
qu'il eft deshérité ; cette nouvelle n'ar
rache de fa bouche aucun murmure injurieux
à la mémoire de fon père ; il le
refpecte jufques dans l'acte le plus défavantageux
à fes intérêts ; il dit feulement
ces mots je l'ai mérité. Cette modération
parvient aux oreilles de Jeuneval
fon frère ; qui , charmé de voir le changement
des moeurs de Dorval , va le trouver
, l'embraffe & lui adreffe ces paroles
à jamais mémorables, « Mon frère , par
» un teftament que voici , notre père
» commun m'a inftitué fon légataire uni-
» verfel ; mais il n'a voulu exclure que
» l'homme que vous étiez alors , & non
A O UST. 1772. 173
» celui
que vous êtes aujourd'hui je vous
» rends la part qui vous eft due.
ANECDOTES.
MADAME DE
I.
> *** furieufe de la paffion
que fon mari avoit pour Ninon , ne
pouvoit diffimuler fa haine contre elle .
Un jour qu'elle avoit grande compagnie
chez elle , quelques - unes de fes amies
ayant demandé à voir un fils qu'elle aimoit
tendrement ; il parut accompagné
de fon précepteur qui ne le quittoit point.
Des éloges de la figure on pafla à ceux de
l'efprit , & Madame de *** , enchantée
des careffes qu'il recevoit , s'avifa de
vouloir donner quelques preuves de fa
bonne éducation . Interrogez mon fils ,
dit- elle , fur les dernières chofes qu'il a
apprifes. Allons M. le Marquis , dit
auffi tôt le grave précepteur , avec une
prononciation italienne qu'il avoit un
peu communiquée à fon élève : Quem ha
buit fuccefforem Belus Rex Affyriorum ?
Ninum , répondit le jeune Marquis . A
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
l'inftant Madame de ... , fans s'informer
de ce qu'avoit demandé le précepteur &
frappée feulement de la parfaite reffemblance
du mot qu'on venoit de prononcer
avec le nom de celle qui lui avoit
enlevé le coeur de fon mari , fe mit dans
une fureur horrible. Voilà de belles inftructions
, dit- elle , à donner à mon fils ,
de l'entretenir des folies de fon père ; je
juge par la réponſe du Marquis de l'impertinence
de la queftion . Le précepteur
eut beau protefter qu'il ne concevoit rien
au courroux de Madame , & que M. fon
fils n'avoit pas dû répondre autre choſe
que Ninum;que ce fait étoit trop connu de
tout le monde , rien ne put lui faire entendre
raiſon , & quelques efforts que
Ton fit pour rendre le calme à cette femme
jalouſe , ils furent inutiles . Elle poufla
le ridicule de cette fcène auffi loin qu'il
pouvoit aller. Le bruit s'en répandit par
toute la ville & parvint bientôt à Ninon
qui en rit long tems avec fes amis & même
avec le mari de cette Dame.
A O UST. 1772. 375
I I.
Le Préfident Jeannin fut envoyé Ambaffadeur
en Elpagne ; ce qui lui a valu
depuis le nom de Jeannin de Caftille. Les
fiers Efpagnols qui connoiffoient l'extrac
tion de ce grand homme , fe plaignirent
à leur Roi que les François avoient tant
de mépris pour eux qu'ils lui envoyoient
un Ambaſſadeur qui n'étoit pas feulement
Gentilhomme. Le lendemain de certe
plainte l'Ambaffadeur eut fon audience .
Le Roi en conféquence lui demanda :
Etes vous Gentilhomme ? il répondit ,
oui , fi Adam l'etoit . De qui êtes - vous
fils ? continua le Roi : le Préfident répliqua
, de mes vertus . Ces paroles pleines
de nobleffe & de vérité frappèrent le
coeur du Roi , qui l'honnora d'un accueil
favorable & l'écouta. Il acquit dans la
fuite l'eftime parfaite de S. M. & la vénération
des Grands , & il traita avec fuccès
à cette Cour : où il fut généralement
regretté.
I I I.
Le fils d'un Gentilhomme , avant d'aller
à la guerre , étoit autrefois appellé
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
Domicellus , & pendant qu'il faifoit fes
premières campagnes Valetus. Affez fouvent
même dans les anciens romans le
mot de Valet fignifie Prince , delà vient
que dans le jeu de cartes, le Valet eft après
le Roi & la Dame , & qu'on voit écrit
fur ces peintures : Hector de Troyes, Ogier
le Danois.
I V.
M. *** avoit acheté une terre où il
fit bâtir , à grands frais , un fuperbe château
& une magnifique chapelle qu'il réferva
pour le dernier bâtiment. Quand elle
fut achevée , il manda à fes enfans : « Enfin ,
» mes chers enfans , notre chapelle eft
finie , & j'espère que nous y ferons tous
» enterrés , fi Dieu nous prête vie. »
"
V.
St Thomas d'Aquin , qui eft mort en
1274 , entrant un jour dans la chambre
du Pape Innocent IV , pendant que l'on
comptoit de l'argent ; le Pape lui dit :
Vous voyez que l'Eglife n'eft plus dans le
fiécle où elle difoit : Je n'ai ni or ni argent.
Le Docteur angélique répondit : I/
AOUST. 1772. 177
eft vrai,St Père; mais auffi elle ne peut plus
dire au boûteux , leve- toi & marche.
V I.
Un homme voyoit un tableau de St
Bruno très-bien fait . On lai demanda ce
qu'il en penfoit : il répondit , fans fa règle
, il parleroit.
LETTRE de M. *** , Avocat au
parlement , à l'Auteur du Mercure ,
les contrefactions de livres .
Sur
Je viens de lire dans le Journal des Sçavans ,'
(Juillet 1772 ) une Lettre de M. Caftilhon , par
laquelle il fe plaint avec chaleur des contrefactions
de tous les bons Livres que l'Europe &
fur- tout notre Capitale imprime , que quelques
pays étrangers fe permettent. Les inconvéniens ,
les préjudices qui en réfultent pour les arts , les
fciences , le commerce , & en général pour la
République des Lettres y font fortement démontrés
. Toutes ces vérités bien fenties , devroient
fans doute engager les Souverains à ne pas fouf
frir qu'en imprimant dans leurs Etats des ouvrages
qu'une Nation voifine vient de faire paroître,
on lui enlevât ainfi le fruit de fes travaux & de
fes découvertes , & qu'on coupât une branche
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
confidérable de commerce , ce qui les expofe euxmêmes
aux incurfions de la repréfaille. Mais
devons nous attendre des étrangers , des égards ,
qu'ils voyent qu'on brave dans la Nation &
Amfterdam , Berne , Neufchâtel , Genêve , s'abſtiendront-
ils d'être injuftes, lorfque Rouen , Lyon,
Bordeaux , Nantes , Touloufe, & c. leurs donnent
tousles jours l'exemple du plus affreux brigandage.
Un Livre paroît : fi le public paroît l'accueillir,
à peine eft il annoncé qu'il eft déjà contrefait dans
cinq ou fix villes ; non contentes d'en inonder
leurs provinces , par tous les petits canaux qni
font àleurs difpofitions , elles en furchargent les
pays Etrangers dont elles font limitrophes. L'auteur
, l'éditeur , munis de leurs priviléges , accablés
de leurs frais , ont beau crier que leur édition
matrice eft la feule véritable , que les contrefaites
font remplies de fautes , d'omiffions , le public
rebattu de ces plaintes achette toujours la contrefaction
, & court au meilleur marché . Cependant
, l'Auteur ou l'Editeur ont un privilége , ce
privilége eft très - pofitif , les défenfes ne font
point équivoques ; malgré les inhibitions les plus
plus refpectables, le vil intérêt brave les défentes,
vole le bien d'un concitoyen , s'enrichit par des
voies illicites . Il eft vrai que les voies judiciaires
font ouvertes , qu'on peut demander vengeance ,
fuivre & faire punir le délit. Mais comment y
parvenir les contrefactions fe font dans le plus
grand mystère , l'édition fe compofe , s'affemble ,
fe ploye , s'emballe , fans qu'on puifle s'en douter;
milles canaux la difperfent : ordinairement , le contrefaifeur
n'en débite point ; il a toujours en cas
de furprise un petit nombre d'exemplaires de la
véritable édition qu'il eft prêt à repréſenter ; il
A O UST. 179 1772
parvient aisément à faire perdre la trace du délit ,
en forte que ce n'eft fouvent qu'au bout de fix
mois , un an ou deux , que le hazard fait découvrir
à fon Auteur que fon livre a été contrefait .
Il tente alors quelques démarches pour la vengeance
, mais il eft tant arrêté qu'il faut prefque
toujours qu'il l'abandonne . Jugez - en par les obftacles.
Les Intendans de province font les Commiffaires
du Confeil en cette partie ; il faut d'abord
que fur l'avis vrai ou faux qu'il reçoit , l'Editeur
fe tranfpo te fur les lieux ; il préfente Requête ,
elle eft répondue d'une Ordonnance portant permiffion
de faifir ; eft- il affez heureux pour couvrir
la marche , dérober les projets aux regards
curieux d'une ville de province où tous les yeux
font ouverts fur l'étranger qui arrive : il faut
qu'il efpionne , qu'il s'aflure de la vérité des avis ,
enfuite qu'il fe confie à des inconnus ; fa Requête
paffe par tant de mains qu'il eft bien difficile que
le contrefaifeur ne foit pas averti : on fe piéfen e
pour laifir , tout eft diſparu ; la chance tourne ,
le coupable devient aggrefleur , il a é é toupçonné
, infulté , il eft compromis dans fo honneur
, la réputation , par une faifie injuriule ,
tortionnaire & déraisonnable , il lui faut dix
'mille livres de dommages , intérêts , réparation
authentique , affiches ... Plus il eft coupable, lus
il eft intraitable. Il dédaigne les accommode .
mens , donne la loi , & le lezé doit fe trouver
heureux fi on l'en tient quitte pour les immenfes
faux -frais.
Ce n'eft pas feulement pour l'intérêt particu
lier de quelques Auteurs , que j'élève la voix .
Croyez , Monfieur , que ce font ces contrefaiteurs
journaliers qui ne fe font pas fcrupule d'enlever à
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
leurs concitoyens leurs propriétés , qui font im
primer tous ces Livres obfcènes qui font rougir
les moeurs , gémir la religion & l'humanité , que
cefont eux qui le permettent de faire paroître ces
infâines libellesqui attaquent & déchirent la réputation
des citoyens , & qui olent quelquefois par
des écrits féditieux , fouffler le feu de la difcorde
jufques aux pieds des trônes , & fur les marches
des autels. Toutes ces productions ténébreuſes ne
fortent que des arfenaux où le fabriquent les contrefactions.
Leurs criminels auteurs veulent s'enrichir
; rien n'eft facré pour eux.
On verroit bientôt difparoître ces coupables
audacieux , fi l'on fuivoit dans les villes de province
l'exemple de la capitale ; rien ne s'y imprime
que fous les yeux & de l'aveu du Magiftrat de
la Police ; on furveille fans cefle les Imprimeurs
quoique leur honnêteté foit très- connue ; & pour
que les Imprimeurs & Libraires de province , ne
puiflent rien dérober à la vigilance de leurs Magiftrats
, il feroit peut- être néceflaire de faire rendre
un réglement par lequel aucun ne pourroit
mettre en vente dans fa ville aucun ouvrage nouveau
, sans en avoir fait fa déclaration , qui
fignée de lui , juftifieroit d'où il tient l'ouvrage ,
& par quelle voie il lui eft parvenu ; en outre
qu'il fût fait défenſes à aucun Imprimeur Libraire
de faire aucun envoi , fans y joindre quatre factures
conformes & fignées. La première feroit
pour lui , la feconde refteroit au Bureau du départ
, la troisième au bureau de l'arrivée. ( Les
deux Directeurs de ces bureaux les remettroient
dans les vingt- quatre heures au Magiftrat de leur
ville chargés de la police ) & la quatrième par
viendroit au Correfpondant .
AOUST. 1772. 181
Par ce moyen la marche des contrefaiseurs feroit
bientôt découverte. Tout Libraire qui vendroit
un livre contrefait seroit tenu de déclarer
d'où il le tient , d'en juftifier par sa facture : faute
de la représenter , il seroit réputé lui-même le
contrefaiſeur , & comme tel condamné aux dépens
, dommages , intérêts de l'éditeur , qui
feroient portés à la valeur d'une édition conforme
à l'édition originale de trois mille exemplaires ,
& en outre en l'amende , sauf fon recours de droit
contre fon Correfpondant qui lui auroit envoyé
l'exemplaire frauduleux . L'éditeur auroit ce droit
de fuite pendant 30 ans , à compter du jour de
la date de fon privilége , quoiqu'il fût expiré ; on
fupposeroit alors que l'édition a été contrefaite
dans le tems qu'il en jouifloit ; le terme de trente
ans étant celui que la Loi donne pour preferire le
crime.
Mais dira - t- on , c'eft gêner la liberté que de
mettre ainfi des entraves au commerce ; je répons
que la liberté eft définie par la Loi , Naturalis
facultas ejus , quod cuique facere libet , nifi fi quid
vi aut jure prohibetur. Que la liberté confifte à
faire tout ce qu'on veut , à la réſerve de ce qui eft
défendu , que c'eſt au contraire donner une trèsgrand
reffort au commerce que d'empêcher la
concurrence fur certains objets , qu'il eft jufte
qu'un Editeur qui met à très-grands frais fon ouvrage
aujour , ait au moins la facilité de vendre
fen édition , ce qui arrivera prefque toujours
lorfqu'il n'y aura que lui , qui pourra le diftribuer
& que c'est ainsi qu'on verra les fciences & les
arts marcher rapidement à la perfection.
Peut - être feroit-il à defirer qu'on eût dans les
182 MERCURE DE FRANCE.
provinces , & vice verfá , dans la Capitale , la
faculté de faire venir par la voie de la poſte toutes
fortes de livres , sur tout les in 8º . & les in- 12 ,
& que Meffieurs les Adminiftrateurs Généraux
des Poftes réglaffent pour ces objets un prix modéré
, ils ouvriroient une nouvelle source à la
circulation , & arrêteroient par- là les contrefactions.
Il paroît même qu'ils fe prêtent à des
abonnemens : quelques livres & notamment un
excellent ouvrage qui vient de paroître fur les
aris du Peintre , Doreut , Verniſleur , par le fieur
Warru , qu'il annonce franc de port par tout le
Royaume, le fupplément joint , moyennant 3 liv.
12 fols , prouvent qu'ils accordent des modéra
tions, Surement la crainte des contrefactions auront
déterminé cet artiſte à faire des facrifices
pour qu'on ne lui enlêve pas le fruit de fes travaux
, en fe chargeant vis - à - vis de la province
des frais du transport , ce qui n'empêchera peutêtre
pas , Rouen , Rennes ou Lyon de le contrefaire
, & de le débiter à quarante ou cinquante
fols , pour ôter l'envie de l'avoir de la première
main.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A O UST. 1772. 183
LETTRE fur le remède employé pour
les Noyés.
MONSIEUR ,
Je viens de lire dans votre dernier Mercure ;
avec ce fentiment délicieux qu'excite dans l'ame
des citoyens occupés de foulager leurs femblables
tout ce qui peut contribuer à l'avantage de
l'humanité & au bonheur de la fociété , l'Avis
concernant les perfonnes noyées , qui paroiffent
mortes , & qui , ne l'étant pas , peuvent recevoir
des fecours pour être rappellées à la vie. Ce fage
réglement , renouvellé au commencement d'un
été dont les chaleurs invitent beaucoup de perfonnes
à fe baigner , fait l'éloge du Corps municipal
de la ville de Paris , & en particulier du
Magiftrat qui y préfide.
Après une inftruction prudente & éclairée , fuivant
laquelle les particuliers & les gens publics ,
tels que les foldats de la garde de Paris & leurs
fergens doivent fe conduire auffi - tôt qu'ils s'ap :
perçoivent & qu'ils apprennent qu'il y a quelqu'un
de noyé , on y donne un détail des fecours
& de l'ordre dans lequel ils doivent être adminiftrés.
Je ne puis qu'applaudir à la gradation de ces
fecours indiqués. S'il eft effentiel , dans ces malheureux
, de chercher à rappeller , fur- tout en hiver
, la chaleur du corps afin d'entretenir la cir
184 MERCURE DE FRANCE.
culation du fang , fans laquelle les autres fecours
feroient inutiles , il ne l'eft pas moins d'introduire
de la fumée de tabac dans le fondement ,
& d'employer les fternutatoires & les chatouillemens
dans le nez , par la raifon que les noyés
périflant , non pour avoir avalé trop d'eau , mais
fuffoqués par la fuppreffion totale & fubite de la
refpiration , tout ce qui peut ranimer le mouvement
de la poitrine & exciter la reſpiration eſt
capable de les fauver.
En approuvant les fecours détaillés dans l'Avis
de Meffieurs les Prévôt & Echevins , j'aurois voulu
qu'il en eût annoncé un , dont l'efficacité eft
reconnue par un grand nombre d'expériences , &
qui a fouvent réuffi après les autres tentés fans
fuccès. Il confifte à mettre le plutôt poflible la
perfonne noyée dans un lit de cendres chaudes.
Les préparatifs néceflaires pour former un lit
de cette efpèce dans chacun des corps - de - garde
près de la rivière , ne demandent pas une grande
dépenfe. Meffieurs les Officiers Municipaux font
trop attentifs à tout ce qui peut foulager l'humanité
, pour ne pas s'y prêter avec ce zèle patriotique
, dont ils nous donnent aujourd'hui un fi
bel exemple. Il ne s'agit que de faire conferver
dans chacun de ces corps-de - garde un lit de fangle
, un tonneau toujours rempli de cendres , une
chaudière de fer avec fon trépied & deux rechaux
de fer. Pour économiler , on pourra fe fervir de
chaudières de taule à fond rapporté ; elles auront
en outre l'avantage de faire chauffer plus prom-
´ptement la cendre.
Pour employer efficacement ce fecours , pendant
qu'une partie du corps-de-garde , ira chercher
A O UST. 1772. 185
la personne noyée , deux gardes y resteront pour
allumer un grand feu , & placer deflus la chaudiere
pleine de cendres. Auffi- tôt que la perfonne
noyée fera transportée dans le corps - de- garde ,
on lui donnera les fecours indiqués dans l'Avis
fur tout la fumigation de tabac dans le fonde
ment : pendant ce tems - là les cendres chaufferont
fuffifamment. Si les premiers fecours n'ont aucun
fuccès , on étendra environ quatre à cinq pouces
de cendres fur le lit de fangle , & l'on y placera
fur le côté droit ou gauche à volonté , la per
fonne noyée , que l'on enveloppera & recouvrira
totalement , même la tête , à l'exception du vifa
ge , de cendres , de telle forte qu'il y en ait environ
quatre pouces fur le corps . On aura loin
d'entretenir la chaleur de la cendre , en mettant
deffous le lit de fangle deux rechaux remplis d'un
feu très-doux , & fur la cendre pofée fur le corps,
des fers ou des briques chauds qu'il faudra changer
, ainfi que les rechaux , très- fouvent de places
.
Pendant que la perfonne noyée fera dans le lit
de cendres on continuera de lui fouffler dans la
bouche de l'air , de lui "chatouiller le dedans du
nez avec une barbe de plume , de lui préfenter
fous le nez de la fumée de tabac , de l'efprit de
fel ammoniac , compofé de parties égales de fel
ammoniac & de chaux vive pulvérisés léparément
, qu'on appelle fel d'Angleterre , de l'eau de
Luce , & de lui fouffler dans le nez du tabac ou de
la poudre fternutatoire .
La cendre de gênet ou de farment eft préférable
à celle de bois ordinaire : celle de bois flotté ne
vaudroit rien : elle eft trop dépouillée de fels.
186 MERCURE DE FRANCE.
Dans quelques provinces , au lieu de cendres on
fe fert de fel fec & chaud , dans lequel on enterre,
pour ainsi dire , les perfonnes noyées ; ce qui en
rappelle plufieurs à la vie.
Soit que l'on enveloppe les perfonnes noyées
dans des convertures chaudes , foit qu'on les place
dans le lit de cendres , il eft effentiel de les pofer
fur le côté , & non pas fur le dos , parce que
cette dernière pofition feroit capable de provoquer
ou de prolonger la fuffocation au lieu de la diffiper.
Ces obfervations m'ont paru trop importantes
pour ne pas vous prier de les inférer dans vorrę
prochain Mercure.
Je fuis, &c.
JACQUIN.
A VIS.
I.
Pommade pour le teint.
LA Dame de Beaufort continue à diftribuer
avec fuccès la pommade pour le teint.
C'est un fecret dont elle eft feule en poffeffion.
La propriété de cette pommade eft de rendre la
peau plus belle & plus fraîche ; d'éteindre promprement
les rougeurs de la petite vérole & d'ôter
les boutons & malques ; comme auffi de réparer
A O UST .
187
1772.
les dommages qu'auroient pu caufer d'autres
pommades.
Il faut s'en fervir matin & foir , & s'efluyer
avec un papier brouillard .
Le prix des pots eft de 2 liv . On les délivrera
chez ladite Dame Beaufort , même maifon de M.
Jacquin , quai de l'Ecole ; s'adreffer au portier.
On la trouvera tous les jours . Ceux qui voudront
lui écrire font priés d'affranchir leurs lettres
.
I I.
Le Sr Rouffel donne avis au Public qu'il a un
remède efficace pour les cors des pieds . L'expérience
lui a fait trouver ce topique audi für contre
le mal , qu'il eft ailé de l'employer Un mor
ceau de toile noire , ou de foie , enduit du medicament
dont il s'agit , a la vertu d'ôter trèspromptement
la douleur des cors , de les amollir
& de les faire mourir par fucceffion de tems. On
en forme une emplâtre un peu plus large que le
mal, que l'on enveloppe d'une bandelette après
avoir coupé le corps. Au bout de huit jours on
peut lever ce premier appareil , & remettre une
autre emplatre pour autant de tems.
Un grand nombre de perfonnes ont été parfaitement
guéris par l'ufage de ce topique.
Le prix des boëtes à douze mouches eft de 3 liv.
Celui des boëtes à fix mouches eft de Ii liv. 10 f.
Le St Rouflel demeure à Paris , rue Jean de l'Epine,
chez l'épicier en gros , la porte cochère à
côté du taillandier , au deuxième fur le derrière.
188 MERCURE DE FRANCE.
Il débite auffi avec permiffion des bagues , dont
la propriété eft de guérir la goutte. Ces bagues ,
qu'il faut porter au doigt annullaire , guérillent
les perfonnes qui ont la goutte aux pieds & aux
mains , & en peu de tems celles qui en font
moyennement attaquées. Quant à celles qui en
font fort affligées , elles doivent les porter avant
ou après l'attaque de la goutte , & pour lors elle
ne revient plus . En les portant toujours au doigt,
elles préfervent d'apoplexie & de paralyfie. Plufieurs
Princes , Seigneurs & Dames ont été guéris
de ce mal , & l'on en donnera les noms lorſqu'il
´en fera néceflaire.
Le prix de ces bagues , montées en or , eft de
36 livres , & celles en argent , de 24 liv.
On trouve tous les jours le Sr Rouflel , excepté
les fêtes & dimanches. On prie les perfonnes
d'affranchir leurs lettres.
BREVET du Roi , qui permet aux Chanoines
Comtes de Brioude , de porter
un Cordon & une Croix.
Le neuf du mois de Juin 1772 , le Roi étant à
Versailles , fur ce qui a été repréſenté à Sa Majefté
, que le Chapitre de St Julien de Brioude en
Auvergne , eft de fondation royale , que les places
de Chanoines Comtes , font affectées à des
Nobles de race par la poffeffion la plus ancienne
qui remonte au tems de la primitive inftitution
dudit Chapitre ; qu'entr'autres prérogatives , il

=
A O UST. 1772. 189
jouit de celle d'avoir Sa Majesté pour premier
Chanoine ; qu'il a eu l'honneur de donner des
Souverains Pontifes à l'Eglife , des Cardinaux au
Sacré Collège , & un grand nombre d'Evêques au
Clergé de France ; que ce Chapitre s'eft d'ailleurs
toujours maintenu dans la pureté de la foi & dans
une exacte discipline , Sa Majefté auroit confidé .
ré qu'il étoit autant de fa juftice que de fes bontés
, d'ajouter aux graces & diftinctions qu'elle a
déja accordées , ainfi que les Rois fes prédéceffeurs
, aux Chanoines- Comtes de ladite Eglife.
Defirant en conféquence donner auxdits Chanoines
de nouveaux témoignages de fon affection
particulière & de fa protection royale , en les dé--
corant par une marque extérieure qui réponde
tant à la noblefle & à la dignité dudit Chapitre ,
qu'au titre de Comte qui appartient à chacun des
Membres qui les compofe ; Elle a accordé aux
Prévôt , Doyen , & à chacun des Chanoines- Comtes
de ladite Eglife de St Julien de Brioude, préfents
& avenir, le droit de porter par - tout une
croix d'or émaillée à deux fâces , für l'une defquelles
fera repréfentée l'image de St Julien , pa
tron de ladite Eglife , avec la légende Ecclefia
Comitum Brivatenfium ; & fur l'autre face , l'ima
ge de St Louis , protecteur & bienfaiteur de ladite
Eglife , avec la légende Ludovicus decimus
quintus inftituit ; laquelle croix fera fufpendue
au col par un ruban moëré bleu céleste de quatre
pouces de large ; lizéré de chaque côté en couleur
rouge moëré de deux lignes de largeur.
190 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Conftantinople , le 3 Juin 1772.
On vient d'annoncer ici une nouvelle importante.
Si elle eft vraie , comme ou ne paroît pas
en douter, la Porte fera délivrée d'un ennemi redoutable.
Nous avons parlé des différentes entreprifes
d'Ali- Bey & de fes fuccès , & nous avons
prévu les fuites funeftes que pouvoient avoir
pour lui fes querelles avec Mehemet Aboudaab.
Ce dernier Bey s'étoit retiré dans le Saydi ( la
Haute Egypte où les partifans font venus le
joindre , & ont fortifié fon parti . Ali - Bey n'ayant
pu fe défaire de ce rival dangereux par toutes les
voies qu'il a fucceffivement tentées , a cru devoir
employer enfin la force ouverte ; il a marché à la
tête d'une armée confidérable contre Mehemet
qui , de fon côté , eft venu à la rencontre . Ils fe
font livré une bataille (anglaute , dans laquelle
Ali-Bey a été entierement défait ; il a perdu fes
meilleures troupes & la plupart de fes officiers
& s'eft vu forcé de prendre la fuite ; il s'eft fauvé
auprès du Cheïk Daher dans la Syrie. La Porte
inftruite de cet heureux événement , a envoyé un
Firman à Aboudaab pour le nommer Commandant
en Egypte , & elle a donné ordre en mêmetems
aux Pachas de la Syrie de pourfuivre Al-
Bey dans fa retraite & d'attaquer le Cheik Daher
qu'on croit trouver peu diffofé à le défendre Ce
Cheik a plus de quatre vingt ans , & il a confervé
à cet âge une vigueur & un courage incroyables .
AOUST. 1772. 191
On n'a point encore annoncé dans cette ville
la fignature de l'armiftice. Les Plénipotentiaires
de la Porte fe difpofent cependant à partir. Le
Miniftre de Vienne eut dernièrement une audien
ce du Grand Seigneur , en fa nouvelle qualité
d'Internonce ( Envoyé extraordinaire ) & l'on re
marqua , comme une circonftance particulière ,
que les deux fils du Sultan afſiſtèrent à cette cérémonie
, ce qui n'étoit point arrivé depuis la
dépofition de Sultan Achmet III , père du Grand
Seigneur. Sa Hautefle fit revêtir , à cette occafior
le Miniftre de Vienne , d'une pelifle de Samour
(de martre zibeline . )
·
D'Alexandrie , le 4 Mai 1772.
Ali Bey fut enveloppé , à trois jonrnées du
Caire , par une troupe de trois mille Arabes , par
tifans d'Aboudaab : il vint à bout de s'en dégager
par la réſiſtance opiniâtre qu'il leur oppola , &
par des largefles confidérables avec lesquelles il
corrompit les principaux Cheïks . On dit qu'il va
raffembler les garnifons de Seyde , de Rama & de
quelques autres poftes fur la côte de Syrie. Il
compte les réunir aux fix mille hommes qu'i
avoit envoyés au Cheik Daher , & de ces troupes ,
jointes à celles de ce Cheik & aux levées qu'il
pourra faire chez les Drufes , il formera une armée
avec laquelle il tentera de rentrer en Egy.
pre.
Mehemet Bey voit , de fon côté , ſon parti ſe
fortifier de tous les mécontens du royaume : tour
le peuple s'eft joint à lui , & la plupart des Beys
Je l'Egypte lui ont déjà fait leurs foumiffions. Il
affecte de n'agir qu'au nom du Grand Seigneur ;
192 MERCURE DE FRANCE.
il a déclaré Aly- Bey rebelle à la Porte , & a expédié
des perfonnes de confiance vers les Pachas de
la Syrie , pour les engager à le réunir contre leur
ennemi commun . Il a eu la prudence de donner des
ordres pour que les piaftres frappées par Ali Bey ,
à un titre extrêmement bas , continuaflent d'avoir
le même cours . Cette ordonnance a rétabli le calme
dans le commerce , qu'une réduction fubite de ces
efpèces auroit ruiné.
De Tripoli de Barbarie ,, le 24 Mai 1772.
Le Pacha vient de raffembler des troupes , &
s'eft déterminé à marcher contre les Weledi Suleiman.
Un des chefs de ces derniers eft allé folliciter
les habitans de la Montagne du Galian ,
diftante de deux journées de Tripoli , au fud de
cette ville , de les recevoir fur leur territoire , &
ils ont en même tems député au Pacha un de
leurs Marabouts ( faints ou dévots ) pour traiter
avec lui ; mais cette double démarche ne leur a
pas réuffi. On vient d'apprendre , par un exprès,
que la plus grande partie de cette Tribu s'eft retirée
au Sud dans le défert , & qu'il n'en refte que
trois cens hommes qui font quelques ravages dans
la
campagne.
De Warfovie, le 25 Juin 1772.
L'armistice entre les Turcs & les Rufles , dont
on a parlé précédemment , a été figné de la part
de la Ruffie par le Sieur Simolin , ci -devant Miniftre
de cette Puiflance auprès de la Diéte générale
de l'Empire , & de la part du Grand Vifir par
Seid Abduckerim Effendi Mukabedlezy , grand
Notaire du Divan. On prétend que le congrès ne
tardera
1
A O UST. 1772. 193
tardera pas à s'ouvrir ; que le comte Orlow et
déja arrivé à Yaffi , qu'Ofman Effendi a dû partir
de Conftantinople pour fe rendre à l'armée du
Grand Vifir; qu'il fera accompagné par le fieur Jacowaki
, ci - devant maître des cérémonies de
l'Hospodar de Valachie , & qu'on eft convenu que
le congrès le tiendroit à Focchiani.
Des Frontières de la Pologne , le 3 Juillet
1772.
Le Roi de Prufſe a fait fignifier aux Receveurs
de la capitation établie dans les villes de la Pruffe
Polonoife , de ne plus verfer de fonds dans les
caifles de l'armée de la Couronne. Le régiment
de Goitze , qui fait partie de cette armée & qui
levoit dans la Staroftie de Tauchel les impôts
deftinés à fon entretien , a reçu des Généraux
Pruffiens un ordre , par écrit , de s'abstenir déformais
de toute perception de deniers publics , attendu
que le pays faifoit partie des domaines de
Sa Majefté Piuffienne . Depuis le 25 du mois dernier
, on a cellé de vendre du fel dans les villes
occupées par les troupes Pruffiennes , & la gabelle
a été mife dans la forme ufitée au royaume de
Prufle. D'un autre côté , on a défendu au Receveur
de l'Economie Royale de Marienbourg de
remettre aucun argent au Tréfor de la Cour de
Pologne , & par ces différens arrangemens , le Roi
le trouve privé de tous les tevenus .
Les travaux du canal de la Notetz avancent
avec une rapidité furprenante. Comme il s'agit
principalement d'élargir & de rende navigable
la petite rivière de Breda , qui tombe dans la Notetz
auprès de Naklo & de raflembler les eaux
I
194 MERCURE DE FRANCE.
.
des marais qui s'étendent jufqu'à Bromberg , on
croit que ce canal fera achevé dans quelques
mois . On prétend que , pour tirer parti des avantages
que la jonction de la Viftule & de l'Oder
pent procurer au commerce , Sa ajefté Pruffienne
fera contraire un nouveau port à Camin
dans la Pomeranie Brandebourgeoiſe , à l'embouchure
de l'Oder dans la Mer Baltique . Cet établiflement
, très utile au Roi de Prutle , ne feroit
pas également avantageux à la Pologne , dont
toutes les denrées prendroient ce nouveau débouché
, & il auroit confidérablement à la ville de
Dantzick.
De Warfovie, le 8 Juillet 1772 .
Le Général Haddick a publié une ordonnance,
fuivant laquelle tous les habitans des Diftricts ,
où font actuellement les troupes Autrichiennes ,
qui ont des revenus dans le pays , doivent le
rendre à Eperies , avec les piéces juftificatives de
leurs poffeffions.
On a fait fufpendre , julqu'à nouvel ordre , les
travaux commencés pour le canal que le Roi de
Prufle faifoit creufer , ainfi que les édifices qu'on
élevoit à Bromberg pour des magafins , & l'on
ignore les motifs de ces changemens . La Noblefle
vient cependant d'être contrainte de fournir de
nouvelles contributions de vivres & d'argent.
De Dantzick , le 20 Juin 1772.
Les Autrichiens , après avoir occupé Wielicza ,
Hieu oùfont les fameufes Salines de Pologne , out
enjoint à l'Adminiftrateur d'en mettre le produit
dans une caifle féparée , avec défente de rendre
A O UST. 1772. 195
déformais aucun compte à la Chambre des Finances
du Roi de Pologne , & d'envoyer le fel à Cra-
-covie , permettant à ceux qui en auroient befoin ,
-de venir en acheter fur les lieux . Ces circonſtan-
-ces ont obligé le fieur Branicki , qui commandoit
les troupes du Roi de Pologne contre les Confésidérés
, & notamment au fiége du Château de
Cracovie de ramener une partie de ſes foldats à
Wartovic.
33
10
De Stockolm , le 30 Juin 1772.
Plufieurs des Gouverneurs des Provinces & autres
Officiers publics , qu'on accuſe de s'être mê •
lés illégalement des élections des Députés à la
- Diere , le difpofoient à vendre leurs emplois ,
pour le fouftraire aux pourfuites des Etats , mais
bles trois Ordres inférieurs ont arrêté unanimement
que le Roi feroit fupplié de leur enjoindre
d'attendre la décision de la Diete fur les délits
qu'on leur impute.
De Copenhague, le 15 Juillet 1772.
Le fieur de Romeling , lieutenant de vaiſleau
* &- fils'du' Miniftre d'Etat de ce nom , vient d'ap
porter la nouvelle de la conclufion & de la fignatute
de la paix entre le Danemarck & la Régence
~ Alger. On dit que l'ancien traité eft renouvellé
> & confirmé , & que les chofes font remiſes fur
le pied où elles étoient avant la rupture. Le fieur
de Romeling a été fait , à cette occafion , capitaine
de haut bord.
De Berlin , le 4 Juillet 1772.
Malgré les nouvelles qui annoncent la paix
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
I
vingt- cinq mille Albanois fe font joints depuis
peu de temps à l'armée Turque. On prétend que
la Porte ne veut entendre parler d'accommodement
, qu'à condition qu'on lui reftituera la Crimée
, & que les Rufles n'auront point la navigation
libre fur la Mer Noire. On craint même que
la flotte de ces derniers , qui eft à Kilia , & celle
des Turcs , partie du port de Conftantinople ,
ne faflent quelque mouvement qui renouvelle.la
guerre.
De Vienne , le 19 Juillet 1772 .
Il vient de paroître une ordonnance de l'Impératrice.
Reine , touchant les corvées feigneuriales
cette loi confirme aux feigneurs fonciers le
droit d'exiger des corvées dans les lieux où le
nombre en est déterminé par des conventions ou
par l'ufage ; mais elle défend d'en demander aucune
au- delà du nombre fixé ; & dans les endroits
où ces Seigneurs ont joui jufqu'ici des corvées illimitées
, on les a bornées à deux par lemaine.
Ce réglement renferme encore d'autres difpofitons
, dans lesquelles on reconnoît l'humanité
& la bienfaifance de fa Majefté Impériale &
Royale.
On prétend qu'une jeune fille , originaire du
village de Suben- fur- Linn , dans la Haute- Bavière
, a le même talent que le jeune Parangue , pour
découvrir les fources d'eau dans le fein de la terre.
Plufieurs obfervateurs inftruits ont attefté le
fait , & leur témoignage a engagé un grand nombre
de phyficiens de cette ville à fe rendre fur les
lieux , pour examiner la vérité & les circonftances
de ce phénomène. On a cité, à cette occafion,
A O UST. · 1772 . · 197
l'exemple de la Dame Gamache , femme d'un négociant
établi à Lisbonne , qu'on difoit être douée
de la faculté de voir les chofes cachées , à une
grande profondeur , dans la terre , au fein de laquelle
elle découvrit , à ce que l'on prétend , fur
la route de Villa Alva , à Evora , un obélisque
qu'on voit encore dans le palais de l'Inquifition
à Lisbonne , & fur lequel on lit une inscription
qui conftate le fait.
De Francfort , le 2 Juillet 1772 .
Suivant l'accommodement conclu , le 28 du
mois dernier , entre l'Electeur de Baviere & la
Ville de Ratisbonne , & en conféquence duquel
les bureaux de péage , nouvellement établis aux
environs de cette ville , ont été fupprimés , les
denrées & marchandifes deftinées pour Ratisbonné
& venant du dehors paieront les droits ordinaires
pour le tranfit par la Baviere ; les marchandifes
allant de la Baviere à Ratisbonne & celles
que les Négocians de cette ville enverront en
Baviere , acquitteront les droits d'entrée & de fortie
à la douane générale que les Electeurs ont
eue anciennement au milieu de la ville de Ratifbonne.
Il paroît ici un projet de réglement pour la
Chambre Impériale , dans lequel on propofe de
févir , avec la plus grande rigueur , contre tous
les officiers fupérieurs ou inférieurs de ce Tribunal
, qui fe rendroient coupables de prévarication
dans l'adminiftration de la juftice , ou qui recevroient
des préfens. Pour veiller efficacement à
leur conduite , on propoſe auffi de rétablir les Vi- a
* fitations triennales que les anciennes loix avoient
1 iij
198 MERCURE DE FRANCE.
fagement introduites , & qui ont eu lieu pendant '
plus de cent ans & jusqu'à la guerre de 1618.
De la Haye , le 17 Juillet 1772.
*
On vient de faire l'expérience des reffources i
de la nature & de la facilité avec laquelle le
multiplie les productions les plus néceflaires à
l'homme. On voit à Leyde , dans le jardin d'une
particulier , un grain d'orge d'hiver , qui donne
foixante-deux épis , dont chacun contient quatrevingt-
dix grains ; ainfi ce feul grain en à produit
cinq mille cinq cens quatre- vingt . Un grain de..
froment , femé le 20 Juin 1771 , produifit , au
mois d'Août , quinze plantes avec des racines ;
ces plantes féparées au mois d'Octobre , en donneront
foixante - deux nouvelles. La plus forte
porte maintenant quatre - vingt - deux épis , & la
plus foible quarante fept. Si on les compte à
foixante épis chacune , & l'épi à foixante- dix ou
quatre-vingt grains , on aura pour produit d'un
feul grain un réfultat de plus de deux cens mille
grains.
·
De Londres , le 28 Juillet 1772.
La gazette de la Cour , du 1-1 des ces moist, a
publié un édit du Roi qui porte que , quoique la
maladie épidémique qui a fait , l'année dernière,
tant de ravages à Mofcow & dans les autres par
ties de la domination Ruffe , ait beaucoup dimi
nué pendant l'hiver , cependant , comme elle peut
le manifefter de nouveau & faire de plus grands
ravages pendant l'été , Sa Majesté juge qu'il fo
roit poffible que la contagion s'introduisit dans
AOUST. 1772 . 199
les royaumes ou dans les Illes de Jerſey , Guernefey
, Aurigny , Sark ou Man par les vaiffeaux .
qui viennent d'Archangel , de Petersbourg , de
Narva , de Riga , ou de quelque autre place ou
port de la Ruffie. En conféquence , Sa. Majefté
aflujettit à la quarantaine tous les bâtimens qui
en arrive ont..
La Société de Dublin pour l'encouragement de
Agriculture & des autres Arts utiles en Irlande,
a nommé des Commiflaires , qu'elle charge de
prendre, des informations fur l'ancien état des
arts , de la littérature & de toutes les autres matières
relatives aux antiquités de ce royaume ,
comine auffi d'examiner & de traduire les manuf
crits , d'où ils croiront pouvoir tirer quelques
éclairciffemens, fur les lois , les.coutumes , & fur.
T'hiftoire de ce pays , dans les tems les plus reçulés.
Comme la Société préfume qu'il exifte , chez
l'étranger , divers manulerits & autres monumens
de l'antiquité Irlandoife , confervés dans les bibliothèques
publiques , où dans les cabinets des
curieux , elle fe ferr de la voie des papiers publics
pour s'adreffer aux Sçavans de France , d'Elpagae
, d'Italie , d'Allemagne & des autres Etats de
Europe : elle les prie de raflembler les matériaux
dont ils peuvent avoir connoiflance , & de vouloir
bien lui en donner la notice afin de la mettre
en état de fe procurer la copie de ceux que la Société
n'auroit pas dans fa poffeffion. Tous les
frais que ces recherches.pourront occafionner fe
ront rembourlés par la Société , & elle prie d'adrefier
les let res qui feront écrites à ce fujet à la
Société de Dublin , à Dublin , en Irlande.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Le Lord Townshend , Vice - Roi d'Irlande , a
fait diftribuer aux pauvres familles de Dublin
une quantité confidérable de viande ,
de pain &
pommes de terre. Il s'eft tenu , au château de
cette ville , un grand confeil , où l'on a délibéré
fur un projet d'ordonnance contre l'exportation
des denrées d'Irlande , excepté pour l'Angleterre .
La cherté des bois de conftruction , qui commanquer
pour la Marine Royale , a
dit on , engagé le Gouvernement à donner ordre
à la Compagnie des Indes de faire fervir les vaiffeaux
pour un plus grand nombre de voyages que
par le paflé. Ils feront auffi moins grands , & d'ici
à quelque tems, elle en emploiera la moitié moins
qu'à l'ordinaire , parce que les marchés de l'Inde
& de l'Europe font abondamment fournis .
mencent à
Le Roi a fait préfent à la bibliothèque de l'Univerfité
du Dublin de la collection des Journaux
des deux Chambres du Parlement d'Angleterre ,
confiftant en 49 vol . in-fol.
De Paris , le 24 Juillet 1772.
Le fieur Grignan , correfpondant de l'Académie
des Sciences , en faifant creufer dernièrement
fur la petite montagne du Châtelet , fituée entre
Joinville & Saint - Dizier , à trois lieues de l'une
& de l'autre ville , découvrit les fondemens d'une
ancienne fortereffe Romaine , où il trouva des
médailles depuis Augufte jufqu'à Conftance , fils
de Conftantin , des inscriptions , des inftrumens.
de facrifice & d'autres morceaux d'antiquité Des
fouilles plus étendues & plus profondes donneront
plus de lumières fur cette place qui n'eſt
-A O UST . 201 1771.
connue par aucun monument hiftorique . Le Sr ,
Grignan a lu , dans l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles Lettres , une diflertation dans
laquelle il donne des conjectures fur cette décou- ,
verte .
· Arman , Wallis , Bonnet & d'autres auteurs
nous avoient prouvé , dans le dernier fiécle , la
poffibilité d'apprendre à des fourds & muets à
former des fons & des paroles diftinctes , & de .
leur donner des connoiflances dont on ne les
croyoit pas fufceptibles. Cet art confolant pour.
l'humanité a été beaucoup perfectionné de nos
jeurs par le fieur Pereire , penfionnaire du Roi ,
& qui doit à fon génie , la méthode dont il a fait ,
ufage. Le fieur Abbé de l'Epée , dans la vue de
fe rendre utile à la fociété , s'eft livré au même
travail , & il eft parvenu à fe former , d'après fes
propres réflexions , une méthode pour le même
objet. Ses élèves ont foutenu , les mardi 30 Juin
dernier , jeudi 2 & famedi 4 Juillet , des exercices
publics , dans lefquels ils ont répondu en
différentes langues à diverfes queftions fur les
matières les plus difficiles à faire entendre à des
enfans privés de l'ouie. Le nombre des fourds &
muets eft plus confidérable qu'on ne penfe . On .
en a compté à Paris près de cent cinquante , &
en combinant la population de la capitale avec,
celles des provinces , il réfulteroit qu'il y en auroit
dans le royaume environ deux mille deux cens
cinquante.
L'établiffement formé par le Bureau de la ville
de Paris pour donner des fecours aux noyés , confinue
d'avoir les plus heureux fuccès . Le 13 de
1 v
202 MERCURE DE FRANCE.
ce mois , le nommé Serf, âgé de dix-fept ans';
garçon d'office chez le Duc d'Orléans , coula à
fond en fe baignaut & me put être retiré de l'eau
qu'un quart- d'heure après. Il avoit tous les ſymptômes
de la mort ; mais les fecours qui lui furent
donnés au corps - de-garde de l'iffe des Cygnes
pendant plufieurs heures le rappellerent à la vie.
Le lendemain , un accident pareil arriva au nommé
du Bray , marchand mercier de cette ville. Il
ne donnoit aucun figne de vie lorsqu'il fut porté
au corps-de - garde du port de l'Ecole où il reçur
des fecours pendant une heure & demie & reprit
connoillance. Il eut même aflez de force pour re
tourner à pied à la maiſon .
NOMINATIONS.
L'Evêque de Beauvais & celui de Glandèves
ont prêté ferment entre les mains de Sa Majeſté ,
le 16 Juillet.
A
Le Comte de Flavigny , maréchal des camps
& armées du Roi , commandeur de l'Ordre royal
& militaire de St Louis , ci - devant miniſtre extraordinaire
de Sa Majefté à Liége , vient d'être
nommé miniftre plénipotentiarre auprès de l'In
fant Duc de Parme. Il a eu l'honneur de faire ,
cette occafion , fes remercimens au Roi , le 19
Juiller , & de lui être préfenté par le Doc d'Aiguillon
, miniftre & fecrétaire d'Erat au département
des affaires étrangères.
Le Roi a accordé les grandes entrées de fa chambre
à la Comtefle de Valentinois , Dame d'Atours
Je Madame la Comtefle de Provence.
A O UST. 1772. 203
PRESENTATIONS.
Le 19 Juillet , L'Affemblée du Clergé de France
eur une audience du Roi à qui elle fut préfentée
par le Duc de la Vrillière , Miniftre & fecrétaire
d'Etat , chargé des affaires du Clergé ; elle fut
conduite à cette audience par le Marquis de
Dreux , Grand Maître des Cérémonies : l'Archevêque
d'Aix porta la parolę.
Le Comte de Marbeuf, maréchal des camps &
armées du Roi , commandeur de l'Ordre royal &
militaire de St Louis , commandant à l'if de
Corfe , eft arrivé à Compiegne , le 23 Juillet. Il
a eu l'honneur d'être préfenté à Sa Majeftó , ain
qu'à la Famille Royale.
Le fieur de Kerguelen , lieutenant de vaiffeau ,
eft de retour du voyage qu'il a été chargé de faite
pour la découverte des Terres Auftrales. Il a eu
T'honneur d'en rendre compte au Roi , à qui il a
été préfenté , aujourd'hui , par le fieur de Boynes ,
fecrétaire d'état , ayant le département de la Marine.
Sa Majefté a examiné la route que cer officier
a fuivie dans la navigation & pour Tui
marquer fa fatisfaction de la manière dont il a
rempli cette commiffion , Elle a eu la bonté de lui
déclarer , Elle-même , qu'Elle le faifoit Capitaine
de Vaiffeau .
-
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
MARIAGES.
Le 20 Mai , fut célébré à Clermont en Auvergne
le mariage de Charles - Jofeph Marquis de
Scoraille , & de Louile Victoire de Langhac ,
fille de Gilbert Ailire , Antoine Marquis de Langhac
, grand Sénéchal d'Auvergne , & de Louife-
Elifabeth de Melun , veuve de Théodore Alexandre
Comte de Melun , dit le Prince d'Epinoy .
fon coufin-germain , & mère de Louife Elifabeth
de Melun , aujourd'hui Princefle de Ghiſtell.
La Maifon de Scoraille tire fon nom du château
de Scoraille en Haute Auvergne , qu'elle a
poffédé de tems immémorial , & que l'on trouve
dans Eghinard & dans les apnales de St Bertin
avoir été l'une des forterelles dont , en 767 , s'em .
para Pepin , père de Charlemagne , dans la guerte
qu'il eut contre Gayffre , Duc d'Acquitaine .
>
La filiation des Seigneurs de Scoraille , connus
dès le commencement du Xe fiécle , felon la vie
MS. de St Mary crue du même tems ne fe
prouve par titres que depuis Begon , Seigneur de
Scoraille , qui tefta le jeudi avant la Saint André
1030. Raymond , l'aîné de fes fils , qualifié Chevalier
dans un titre de 1088 , fut père de Guy &
de Raoul , qui fe croisèrent en 1096 au Concile
de Clermont. Begon II , fils de Guy , & qui tefta
en 1168 , fut père par Almodie de Caftelnau ,
entre autres de Raoul II , qui de Dauphine , fille
d'Archambauld V , Vicomte de Comborn , & de
Jourdaine de Périgord , laifla deux fils , Gui II ,
Raoul III.
Algaye de Scoraille , fille unique de l'aîné ,
AOUST. 1772. 205
mariée avant 1212 à Henri Comte de Rhodez ,
fils d'Hugues III & d'Agnès d'Auvergne , tranfigea
le 20 Mai 1254 au nom d'Hugues IV , fon
fils avec les enfans de Raoul III fon oncle , rous
confeigneurs de Scoraille , rant fur les droits &
devoirs de cette terre qui demeureroient en commun
, que fur les fiefs , hommages & gardes d'Eglifes
qui leur appartenoient. La portion qui ,
depuis , fous la dénomination des honneurs de
Scoraille , échut à la poſtérité de la Dame Algaye ,
fut portée en 1295 par Beatrix de Rhodez , dent
elle fut la trifayeule à Bernard Seigneur de la
Tour , qui la tranfmit à Bertrand IV , Comte
d'Auvergne & de Boulogne , fon arrière petitfils
. Ifabeau , fille de celui-ci & mariée à Guillaume
dit de Bretagne , Comte de Penthyevre , fut
mère de Françoife femme d'Alain , Sire d'Albret,
père de Jean , Roi de Navarre , bifaïeul d'Henri
IV..
y
Par le même partage , ce fut aux enfans de
Raoul III , oncle de la Comteffe de Rhodez , que
demeura le chateau de Scoraille , dont les Seigneurs
, en vertu de l'afyle que leurs vaffaux
trouvoient , à l'abri de fa force & de leur puiffance
, avoient droit de les faire compter de leurs
revenus par forme de fubvention felon l'exigence
des cas; delà le titre de Comptour , Compulator,
pris fouvent & mal à propos pour nom propre ,
& jadis particulièrement affecté aux Seigneurs
dpchon & de Senneterre , ainfi qu'aux Seigneurs
de Scoraille.
Raymond II , le quatrième des enfans de
Raoul III , & qui , après avoir partagé avec fes
205 MERCURE DE FRANCE.
frères en 1250 en préfence de la Comteffe de
Khodez leur coufine germaine , eſt auſſi nommé
dans la tranfaction de 1254 avec tous les autres
confeigneurs de Scoraille , fut trifaïeul de Raimond
IV , celui - ci mort en 1399 , & qui eut pour
frère Mondon , auteur des Seigneurs de Sangruere
en Agenois , fut père par Marie de Montclar (a
femme de Louife , tige des Seigneurs de Roufille
en Auvergne , de Samuel qui s'étant attaché à
Jean Duc de Berry , acquit dans cette province
la Terre de la Gybaudiere , & de Pierre qui fuc
céda a ce dernier dans ladite Terre , & fit branche
rapportée ci - après.
·
De celle formée par Louis & du premier rameau
encore fubdivifé depuis qu'en 1658 y étoit
rentré la Terre de Scoraille , font aujourd'hui
Marie Charlotte qui l'a portée à ſon mari M.
d'Humières , les Seigneurs de la Vialle en Limoufin
, ceux de Fontenille , où il n'y a que des
filles & ceux de Chanterelle. Du deuzième rameau
dont étoient Marie -Angélique de Scoraille ,
créée Duchefle d Fontange & Catherine- Galpard
(a cur , femme première de Sebastien de
Rofmade Marquis de Molac , puis d'Henri dè
Chabannes , Marquis de Curton il ne reste que
Marie- Charlotte , Chanoinefle de Remiremont.
Pierre de Scoraille , le quatrième des fils de
Raymond IV , & dont la poflérité qui d'abord
pofféda la Terre de la Gibaudiere , s'eft depuis ,
par différentes alliances , tranfplantée en Bourgo→
gne , d'Agnès de Chalas , fa feconde femme , eut
pour fils unique Louis qui époufa Marguerite de
Thyanges , fille de Guillaume & de Belle- aflez
A O UST. 1772. 207
de Sully , & fut bifaïeul de François ; celui- ci de
fa feconde femme Marguerite de la Platiere , petite
niéce d'Imbert de la Platiere , Seigneur de
Bourdillon , Maréchal de France , fut père de
Charles & de Jourdain . Le premier auteur des
Seigneurs de Torcy en Bourgogne , dont Antoine,
Comte de Scoraille , père de Jean- Euſtache ,
& de la Comtefle de Bufleuil .
Le fecond , dont le fils François par Jeanne-
Claude de la Balme devint Seigneur de cette Terre
, fut bifaïeul d'Etienne- Marie Marquis de Scoraille
, mort en 1758 , lieutenant des armées du
Roi , & Elu de la Noblefle des Etats de Bourgogue
; c'est du mariage de ce dernier avec Char-
Forte - Louife de Fortia , que font illus Charles-
Fofeph qui a donné lieu à cet article , & Emilie
de Scoraille fa foeur ; ils ont pour coufines ger
maines , fille de Claude , Comte de Scoraille leur
oncle , & d'Anne Dorothée de Pons Rennepont ,
Elifabeth Caroline , J'abord Chanoinefle de Remiremont
, puis mariée à J. François Gabriël de
Mouchet Battefort , Comte de Laubelpin , &
Marie-Anne , mariée à Ferdinand Comte de Grame
mont , Maréchal de
camp.
NAISSANCE S.
La Comtefle de Dillon eft accouchée , ces jours
derniers , d'un garçon .
On apprend de Montbeillard que la Princefle
époufe du Prince Frédric de Wirtemberg , qui
séfide en cette ville , y eft accouchée d'un Prince,
208 MERCURE DE FRANCE.
MORT S.
Guillaume de Lamoignon , Chancelier de France
, eft mort à Paris , le 12 Juillet , dans la quatre-
vingt-dixième année de fon âge. Après avoir
été quelque tems confeiller au parlement , il
exerça les fonctions d'avocat général , & enfuite
celles de premier avocat - général , jufqu'en 1723 .
Il fut préfident à mortier pendant trois ans , &
pendant dix , premier préfident de la Cour des
Aides: il fut nommé chancelier de France en 1750,
& donna fa démiſſion en 1768 .
Magdeleine-Simon eft morte , le 27 Juin , fur
la paroiffe de St Euſtache , à l'âge de cent ans &
dix mois.
Le Capitaine Rogers eft mort à Londres , le 26
Juin , âgé de cent quatre ans. Il avoit fervi dans
toutes les campagnes du Duc de Malboroug , &
il avoit eu une jambe emportée par un boulet de
canon.
Claudine Gerard eft morte , le 28 Juin , à Saint-
Mihiel , en Lorraine , âgé de cent cinq ans .
en
Alexandre Gordon eft mort , le 17 Juin , à Invertronne
, dans le District de Banedoch
Ecofle , âgé de cent huit ans.
>
Anne Marguerite de Ligneville , veuve de Marc
de Beauveau , Prince de Craon , Grand d'Eſpagne
de la première clafle , Grand Ecuyer des Ducs de
Lorraine Léopold & François III , eft morte en
AOUS г. 209 1772.
fon château de Craon en Lorraine , le 12 Juillet ,
dans la quatre - vingt - cinquième année de fon
âge,
Nicolas Judde , Chevalier , Seigneur de Grainville
, Confeiller du Roi en fes Confeils , Grand-
Maître des Eaux & Forêts de la Généralité de
Soitlons , eft mort à Compiegne , le 22 du mois
dernier , âgé de quarante- quatre ans.
Le Sieur Antoine Maréchal , propriétaire depuis
quatre cents ans de père en fils de la baronie,
de Courfer en Boullonnois , eft mort en Juillet
dans la centième année de fon âge , fans jamais
avoir eu de maladie.
LOTERIES.
Le cent trente neuvième tirage de la Loterie de
l'hôtel de ville s'eft fait , le 24 Juillet , en la
maniere accoutumée. Le lot de cinquante mille
livres et échu au Nº . 29765. Celui de vingt mille
livres au Nº. 31333 , & les deux de dix mille aux
numéros 25,484 & 27356.
EXTRAIT des preuves de la Maifon
de Néel.
A Maiſon de Néel a une origine très- ancienne
: ce nom le trouve dans les hiftoriens julqu'à
Guillaume le Conquérant ; il a été porté par des
Seigneurs Vicomtes du Cotentin , qui lui ont
210 MERCURE DE FRANCE.
donné une grande célébrité. Leurs exploits mili
taires ont accoutumé la Nobleſſe & le peuple de
Normandie à porter une vénération particulière à
cette famille.
Richard Néel , Seigneur de Fontenay- le- Paynel
, avoit époufé Colette du Bois : il étoit mort,
en 1300. Son fils ,
Pierre Néel , Ecuyer , épouſa vers ce tems Marguerite
fille de Jean le Veneur , qui lui donpa une
Tomme d'argent pour faire le retrait de la Terre
de Fontenay - le- Paynel , qui avoit été engagée,
quelque tems auparavant. Cette alliance honora
ble donne aux Néel une tige commune par les
mères avec la Mailon de Lorraine . ( Voy. le P.
Anfelme , hift. gén des Grands Offic
Simon Néel (on fils étoit auffi Seigneur de
Fontenay le Paynel . On a des preuves de la filiation
, par les différentes recherches qu'on a faites
fur la Nobleffe dans la Normandie. En 1414 iil
exiftoit encore : il avoit alors quatre fils , favoir,
1. Raoul Néel , mort avant 1453 , dont le fils,
Guillaume Néel , Seigneur de Magni - le Freulle &
d'Aguerni eft nommé dans la recherche rigoureuſe
de Monfaut en 1463 .
2. Anthoine Néel , Vicomte de Conches & de
Breteuil , auffi confe rvé dans Monfaut.
3. Jean Néel , Vicomte d'Auge , enfuite d'Orbec,
célèbre par les commiffions importantes dont
il fut chargé & les guerres où il eut l'honneur
d'être employé.
4. Enfin Olivier , qui fuit.
Olivier Néel , écuyer , Vicomte de Verneuil ,
A O UST. 1772. 211-
de Conches , Seigneur de Fontenay - le - Paynel
Ouillé - le - Vicomte , de Neuville , &c . honoré
d'emplois & de commiffions militaires importans,.
gratifié de plufieurs grandes feigneuries par les
Rois d'Angleterre alors enFrance ; devintfujet fidéle
dernos Rois , à qui il rendit hommage de fes ter
res en 1450 : époux de Guillemette de Gondouin ,
qui lui apporta une partie de la Seigneurie de
Neuville ; mort vers 1467 .
Alexandre Néel , écuyer , fon fils époufa Marie
de Grosparmi , maiſon très - illuftre en Nor
mandie: il eut entr'autres enfans ,
Robert Néel , Seigneur de Neuville & de Fontenay-
le- Paynel : il époufa Perrette de Miaulny ,,
Dame de Tierceville: Il fut chargé de recouvrer ,
les deniers que la Noblefle de l'Élection de Vire
accordoir gratuitement pour la délivrance de
François I , du Dauphin & da Duc d'Orléans ,
ôtages pour leur père en Espagne. Il eut pour
fils .
Pierre Néel , Seigneur de Neuville, étant mort,
en- 1571 . Le Roi donna à Catherine de la Bigne,
fon époule , la Garde Noble de fes enfans , afin.
de les élever conformément à la grandeur de leur
maiſon.
François Néel , leur fils aîné , étoit Chevalier
de l'Ordre du Roi , capitaine de cinquante bom
mes d'arines de fes ordonnances , gentilhomme
ordinaire de fa chambre , gouverneur de la villedé
Coutances , feigneur de Tierceville , de Greftain
, de Corbigny , de Loreur. Le Roi érigea en
fa faveur la Terre de Valencey en Baronie. Il
avoit époulé Jeanne d'Angerville. Henri IV & le
212 MERCURE DE FRANCE.
Prince de Condé lui écrivirent dans les tems difficiles
de, la Ligue plufieurs lettres que la famille
poffède encore.
Gédeon , fon fecond fils , fervit au fiége de la
Rochelle Il étoit Seigneur de Corbigny & de Ste
Marie - Laumont ; il avoit époufé Elifabeth le
Servoifier , Dame de Bernieres , la Maloifelière ,
& c. Une de fes niéces , fille de Robert Néel ,
marquis de Tierceville , nommée Jeanne - Angélique
Néel , épouſa Gabriel de Roncherolles ,
Seigneur & Patron de Planquery , &c. frère du
marquis de Roucherolles , gouverneur de Landrecies
, &c.
Jean Néel , Ecuyer , Seigneur de Ste Marie-
Laumont , fils de Gedeon Néel , épousa Marie de
la Roche - Breſlay : fon fils ,
: Robert - Conftantia Néel , Ecuyer , Seigneur
dudit lien , époufa Jeanne Hue , de la Maiſon de
Mirosmenil : enfin ,
Robert- Pierre Néel , Vicomte de Néel , Seigheur
de Ste Marie - Laumont & de Lignieres , d'abord
Page de la grande Ecurie du Roi , & enfuite
capitaine dans le régiment de Marfan , a époufé
Madelaine- Marie Gabrielle Henriette Jacqueline
Daumefnil , vicomtefle de Néel , préfentée le 3
Juillet 1772 , par la Marquife de Clermont d'Amboife
, au Roi & à la Famille Royale & foeur d'Aimée
Marguerite d'Aumefnil , époufe du Meffire
François -Jean d'Orceau . baron de Fontette , chevalier
marquis de Tilly d'Orceau , maître des
requêtes honoraire , intendant de la généralité de
Caen , & Chancelier de Mgr le Comte de Provence
, d'une famille dont la nobleffe étoit déjà
AOUST. 1772. 213
2
connue dans le 13 me fiécle , & eftimée dans la
province de Normandie , dont elle eft originaire
.
On nous a engagé d'imprimer la notice
Juivantefur la Maiſon de Hue de Dicy , &
s'il exifte encore quelque rejetton de cette
Mailon , il eft prié de fe faire connoître .
Hüe de Dicy ( Ditiaco ) Confeiller au parlement
de Paris , frère de Marguerite de Dicy Dame
d'Atilly , mariée vers l'an 1400 à Guillaume
de Culant , écuyer Seigneur de Bernay , tige des
barons de Ciré en Aunis , des feigneurs de Savins
; & de Bureau de Dicy , premier écuyer du
Corps du Roi en 1406 , & maître de l'écurie ,
c'est à dire , Grand Ecuyer de France en 1411 :
tous trois avoient pour père Jean de Dicy, écuyer
feigneur de Montgermont , capitaine de Corbeil
en 1384; & pour mère , Marie de Pacy. Leur
ayeul Guillaume de Dicy , deuxième du nom ,
amena au Roi Charles V , l'an 1361 , quatre chevaliers
& treize écuyers , & defcendoit en droite
ligre par Pierre de Dicy & Guillaume de Dicy ,
bailli de Bourges , en 1324 de Pierre de Dicy ,
armé, chevalier par le Roi en 1395.
214 MERCURE DE FRANCE .
"
PIECES
TABLE.
IECES PUGITIVES en vers & en profe , page s
Difpute d'Ajax & d'U!yfle ,
Vers de Mlle de Lubert à M. de la Condamine
, fur les vers qu'il lut à l'Académie Françoife
, le 6 Juillet ,
Réponse de M. de la Condamine ,
ibid.
14
Olman ou la Récompenfe à la mode , nouvelle , 16
-Stances allégoriques ou ode à une Role ,
- Romance ,
» Epithalame à Madame I……. la jeune , ༣
>Envoi ,
-Dialogue entre Scapin & Arlequin ,
› A un ami qui me follicitoit de faire imprimer
mon recueil de poëfies ,
A M. de la Lande , à l'occaſion de fon mémoire
fur le paflage de Vénus préſenté au
Roi ,
38
40
43
-44
ibid.
14
Explication des Enigmes & Logogryphes , 56
3
D ENIGMES ,
-LOGOGRYPHES ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Choix de contes & de poëfies Erfes , traduits
de l'anglois ,
Digreffions académiques par M. Guithou ,
Elprit de Léibnitz ,
Elémens de minéralogie docimaſtique , par
M. Sage ,
Exercices fpirituels de St Ignace , traduits
en françois par M. l'Abbé Clément ,
Le Tripot comique ,
ibid.
61
163
ibid.
69
73
79
80
81
A O UST. 1772. 215
Elais hiftoriques fur la motale des Anciens
& des Modernes , par M Pileur d'Apligny , Sz
' Connoiffance analytique de l'Homme , de la
* matière & de Dieu , par M. Lacroix ,
Hiftoire du vénérable Dom Didier de la
Cour ,
Recherches fur les habillemens des femmes
& des enfans , par M. Alphonfe le Roi ,
1
3
Lettres provinciales ,
* Sargines , par M. d'Arnaud ,
L'élévation de la raifon & de la foi ,
Efprits & coutumes du bailliage de Senlis ,
L'Homme content de lui même ,
Mémoire hiftorique ,
re
Guérilon de la Paralyfie , par l'électricité ,
Avis aux Grands & aux Riches fur la maniède
fe conduire dans leurs maladies ,
Bibliothèque d'un homme de goût ,
Les Bibliothèques de la Croix du Maine &
de du Verdier Sieur de Vauprivas , par
"M. Rigoley de Juvigny , confeiller honoraire
au parlement de Metz ,
Les gradations de l'Amour ,
L'affurance du Commerce ,
83
85
87
89
90
93
94
ibid.
96
97
Difcours prononcé par M. le Préfident de
Montefquieu à la rentrée du parlement
de Bordeaux ,
Précis fur la manière d'élever les faifans &
les perdreaux
Le Zodiaque myltérieux ,
Hiftoire de Tacite en latin & en françois ,
Recherches critiques ; hiftoriques & topographique
fur la ville de Paris , par le
Sieur Jaillot ,
ACADÉMIES ,
SPECTACLES , Opéra ,
100
103
105
119
120
123
124
725
ibid.
132
137
158
216 MERCURE DE FRANCE.
Comédie françoise ,
Comédie italienne ,
ARTS , Gravure ,
Mufique ,
Emplacemens de la nouvelle falle de la Comédie
françoife ,
Mort de Madame Favart ,
A. M. B. L. fur la mort de Mde Favart ,
Bienfaisance ,
Anecdotes ,
Lettre de M. *** , avocat au parlement ,à
l'Auteur du Mercure ,
160
ibid.
161
164
167
199
171
172
173
177
Lettre furles remèdes employés pour lesnoyés, 183
AVIS ,
Brevet du Roi , & c.
Nouvelles politiques ,
Nominations ,
Préfentations ,
Mariages ,
Naiflances ,
Morts ,
Loteries ,
186
188
190
262
203
204
207
208
209
Extrait des preuves de la Maifon de Néel , ibid.
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre ' de Mgr le Chancelier , le AI
volume du Mercure du mois d'Août 1772 , & je
n'y ai rien trouvé qui m'ait paru devoir en empêcher
l'impreffion .
A Paris , le 30 Juillet 1772.
LOUVEL.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES:
SEPTEMBRE
, 1772 .
Mobilitate viget . VIRGILE.
A
PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire
Chriſtine , près la rue Dauphine.
Rue
Avec Approbation & Privilège du Roi..
AVERTISSEMENT.
C'EST au Sieur LACOMBE libraire , à Paris , rue
Chriftine , que l'on prie d'adrefler , francs de port,
les paquets & lettres , ainfi que les livres , les eltampes
, les piéces de vers ou de profe , la mufique
, les annonces , avis , obſervations , anecdotes
événemens finguliers , remarques fur les
fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peut inftruire ou amufer le
Lecteur. On prie auffi de marquer le prix des livres
, eftampes & piéces de mufique .

Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
des amateurs des lettres & de ceux qui les
cultivent , ils font invités à concourir à la perfection
; on recevra avec reconnoiffance ce qu'ils
enverront au Libraire ; on les nommera quand
ils voudront bien le permettre , & leurs travaux
utiles au Journal , deviendront même un titre de
préférence pour obtenir des récompenfes fur le
produit du Mercure.
L'abonnement du Mercure à Paris eft de 24 liv
que l'on paiera d'avance pour feize volumes rendus
francs de port.
L'abonnement pour la province eft de 32 livres
pareillement pour feize volumes rendus francs de
port par la pofte.
On s'abonne en tout temps .
Le prix de chaque volume eft de 36 fols pour
ceux qui n'ont pas foufcrit, au lieu de 30 fols
ceux qui font abonnés .
pour
On fupplie Meffieurs les Abonnés d'envoyer
d'avance le prix de leur abonnement franc de port
par la pofte , ou autrement , au Sieur Lacombe,
libraire , à Paris , rue Chriftine.
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MERCURE
DE FRANCE.
SEPTEMBRE , 1772.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
TRADUCTION libre de l'Ode 24 du
premier livre d'Horace.
Au cours éternel de vos larmes
Ne mettrez-yous aucune-1-fin ?
Voulez-vous , au cruel deftin ,
Contre vous-même offrir des armes ,
Et fur vos propres jours , enfin ,
Donner à vos amis les plus vives alarmes ?
Mule , qui préfidez aux lugubres chansons ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Melpomène , venez chafler la fombre ivreffe ,
Oùlanguit triftement l'un de vos nourriffons ;
Yenez allier aux doux fons
De votre lyre enchantereffe ,
Les fortes , les mâles leçons
Que fait entendre la fagefle.
Quintilien n'est plus : où l'honneur , l'équité ,
La foi , la bienfaifance & la fincérité ,
Où toutes les vertus , tous les talens enfeinble
Trouveront- ils un coeur qui lui reflemble ,
Avec tant de mérite & de fimplicité ?
Il n'eft plus ; fa perte intérefle
Rome & la cour tout-à-la fois ;
Elle afflige le peuple , & les Grands & les Rois ;
Mais , Virgile , je le confefle ,
Perfonne plus que vous n'en doitfentir le poids.
Vous devez le pleurer , oui ; mais votre triſteſſe ,
Vertu , parfon objet , devient une foiblefle
Par l'excès où vous la portez.
Vous reprochez aux dieux de s'être trop hâtés
De trancher une trame & fi belle & fi chère :
( Combien dans les propos la douleur eft légère ! )
Ne la pouvoient-ils pas trancher plutôt encor !
Priam , l'heureux Pelée & le fage Neftor
SEPTEMBRE. 1772. 7
Ont fourni , je le fçais , la plus longue carrière :
Mais Pyfiftrate , Achille & le vaillant Hector
Ont vu terminer leur effor ,
Presque au fortir de la barrière.
Ceflez donc d'irriter les dieux
Par une plainte injufte , & d'ailleurs inutile .
De l'époux d'Euridice cuffiez - vous , cher Virgile
,
Le talent rare & merveilleux ,
Ici pour vous ce don feroit vain & ftérile :
L'infenfible Pluton , fur fon trône, immobile
N'entendroit pas vos accens douloureux.
De tous les månes malheureux
Que Mercure conduit fur la rive infernale ,
Hélas ! aucun n'échape à fa verge fatale
Et ne revoit la lumière des cieux .
Trifte condition ! j'en conviens ; mais le fage ,
Quand la néceffité le condamne à fouffrir ,
De fa raiſon connoît l'uſage ,
Et tempère par fon courage
Les maux que l'art ne
peut guérir.
* Fils de Neftor , mort jeune dans un combat.
Par un Chanoine de Melun.
A iv
$ MERCURE DE FRANCE.
LE ROI DÉSABUS É.
DANS le climat où naît ce métal qu'on revêre
,
Source de crimes & de maux
Qui , donnant aux humains un bien imaginaire ,
Les affervit à des befoins nouveaux.
Un Roi croïoit que les richeſſes
N'exiftoient que dans un trélor :
Le ftupide plaifir de contempler fon or ,
Remplaçoit dans fon coeur les amis , les maî
treffes ;
Il puniffoit comme des attentats
L'activité , les arts & l'induftrie :
L'esclavage & la barbarie
4
En déferts changeoient les états ;
Tandis que tout un peuple , au fond d'un précipice
,
Ramafloit le brillant poifon
Qui , de fon fouverain , nourrifloit l'avarice ;
Le laboureur trembloit en traçant un fillon .
Le cri des malheureux partout fe fait entendre ,
Et de la reine émeut la fenfibilité .
Les femmes fur le trône ont une ame plus tendre
Et fentent mieux l'humanité,
SEPTEMBRE. 1772. 9
Un jour le Roi , fatigué de lui - même ,
Voyage par défoeuvrement ;
L'ennui , comme on ſçait , eſt ſouvent
Le lot de la grandeur ſuprême.
A fon retour on fert un repas fomptueux
Où , graces à des mains fçavantes ,
L'or imite des mets les formes différentes.
Ce fpectacle nouveau d'abord charme les yeux ;
Bientôt la faim le tourmente & le preſſe ,
Et ce vain étalage excite fon dégoût .
J'ai cru , lui dit la Reine avec finefle ,
Que l'or devoit vous tenir lieu de tout.
Cette fage leçon fut un trait de lumière
Qui pénétra jufqu'au fonds de fon coeur.
O Ciel ! s'écria - t'il , quelle étoit mon erreur !;
Oui je veux , mes fujets , devenir votre père ,
Mon tréfor le plus cher fera votre bonheur .
Que j'étois intenfé ! c'eſt par la bienfaiſance
Que l'or des Rois s'épure & devient précieux ;
Ils font toujours dans l'indigence
Quandleurs fujets ſont malheureux.
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
LE BONHEUR DES AMANS.
Idille imitée de Gefner.
La foleil étoit prêt de quitter l'hémiſphère ,
Quand Licas & Cloé , couple jeune & charmant ,
Vinrent s'affeoir au bord d'une onde folitaire
Qui , parmi des rofiers , s'échappe en murmurant.
Licas prenant la main de fa bergère
Et la ferrant contre fon coeur ,
D'une voix facile & légère ,
Ainfi chantoit l'amour & le bonheur.
LICAS .
Verdoyante colline & vous vallon paisible
Ma Cloé qui fait tout mon bien ,
Ma bien-aimée à ma flamme eſt ſenſible ,
Il n'eft point de bonheur auffi grand que le mien
Quand le foleil du fommet des montagnes
Apporte un jour pur & ferein
Aux habitans de nos campagnes ,
Les oifeaux vont en choeur faluer le matin ;
A ce brillant aſpect de la clarté naiflante
Tous les bergers font attendris ,
Eh bien à mes regards ravis ,
Cloé paroît plus belle & plus touchante.
SEPTEMBRE. 1772. II
CLO É.
Quand l'hyrondelle a fenti le printems ,
Les verger's d'alentour entendent les accens.
Chantons , mes compagnes , dit - elle ,
Chantons de la faifon nouvelle
Et le retour & les prélens.
Moi , dans mon tranfport je m'écrie :
Mes compagnes , mon ame eft cent fois plus ravie
,
D'un berger vertueux je pofléde le coeur :
Les charmes du printems valent- ils ce bonheur ?
LICAS.
Couché fous ces épais ombrages
J'aime à voir de loin les troupeaux
Qui , d'un pas lent , defcendent des coteaux
Et vont errer dans de fombres bocages.
J'aime encor mieux , Cloé , la guirlande de feurs
Qui dans tes cheveux bruns ferpente ;
J'aime à voir d'un ciel pur éclatter les couleurs ,
Ton fouris plus flatteur m'enchante.
Oui , l'oifeau , charmé de fon nouveau léjour,
Chérit la liberté quand il fort d'esclavage,
O ma chère Cloé ! crois ca mon tendre amour ,
Je t'aime encore davantage ,
A vi
12
MERCURE DE FRANCE
CLO É.
Dernièrement je me mirois
Dans une onde lympide & claire,
En foupirant je me difois :
A Licas fi je pouvois plaire !
Quelqu'un en ce moment jetta de fleurs fur moi ,
Et je vis vaciller mon image incertaine :
Troublée & regardant à peine ,
Je me détourné... c'étoit toi.
Quelle fut ma furpriſe extrême !
Hélas ! t'écrias -tu , me preffant fur ton fein :
Le Ciel m'eft témoin que je t'aime ,
Plus que l'abeille n'aime à moiffonner le thin.
LICAS .
O ma Cloé , quel moment plein de charmes
Lorfque m'enlaçant dans tes bras ,
Tu me dis : je t'aime Licas .
Alors j'élève au Ciel des yeux mouillés de larmes
A travers le feuillage épais ,
Et je m'écrie ô Dieu ! toi , notre commun père
Qui m'as donné Cloé , Cloé qui m'ft fi chère ,
Dois -je aflez bénir tes bienfaits.
Puis tombant fur ton fein par excès de tendreffe ,
Je trouve à pleurer des douceurs :
Ta main auffi tôt me careffe
Et tes baiſers (échent mes pleurs;
SEPTEMBRE. 1772 . 13
CLO É.
Mais bientôt , mon ami , nos larmes fe confondent
.
Nos foupirs font communs dans des momens fi
doux.
Ah , Licas ! ... Ah , Cloé ! ... Nos ames fe répondent
Et l'écho répète après nous.
C'eft ainfi que Licas & fa jeune maitreffe
A l'amour confacioient leurs chants.
Mirtil les entendit & fentit leur ivrefle :
Jouiflez , leur dit- il , ô fortunés enfans ,
D'une mutuelle tendrefle !
Vos tranfports m'ont appris le bonheur des amans.
LE TRIOMPHE DE LA RAISON.
Nouvelle provinciale.
Issu d'une famille ancienne & quelquefois
illuftrée ; Nervile , après avoir fourni
une longue & pénible carrière dans les
armes , s'étoit retiré avec honneur dans
la Terre de fes pères , où il vivoit , non
pas dans ces principes barbares qui tiennent
encore du vieux fyftême féodal ,
14 MERCURE DE FRANCE.
mais en homme fage qui avoit réfléchi
qu'un gentilhomme dans fes poffeflions
feigneuriales n'étoit qu'un chef dont la
famille est beaucoup plus étendue que celle
des autres particuliers.
Le fainéant , le fripon & l'ivrogne
trouvoient en lui un cenfeur vigilant , &
l'infirme , le pauvre , le vieillard , l'orphelin
, un père attentif & généreux .
Le bonheur de fes derniers jours repofoit
fur un fils heureuſement né , qui déjà
s'étoit montré avec éclat à Raucoux & à
Lawfelt , & dont la conduite brillante
dans ces deux affaires avoit forcé la main
au ministère dans la diftribution des récompenfes
que malgré fa grande jeuneffe
il avoit fallu répandre fur lui .
L'établiflement du jeune Nervile étoit
pour fon père une chofe de la plus grande
importance ; & il voyoit avec une fatisfaction
entière qu'il eut jeté fes premiers
regards fur la fille d'un de fes voifins qui ,
dans fa petite Terre , jouiffoit de cette
eftime générale qu'on ne parvient à ſe
concilier que par des vertus douces & fociales.
A peine Emilie touchoit- elle à fa quinzième
année , & déjà on lui voyoit pour
le véritable efprit & pour la raifon , la
SEPTEMBRE . 1772. 15
maturité d'un âge plus avancé . On pouvoit
être exactement plus belle , mais il
étoit difficile de réunir plus de ces graces
faciles & naturelles qui féduifent & qui
fouvent font un effet plus doux & plus fûr
que la beauté.
Dès que Nervile eut apperçu dans fon
fils le penchant qu'il avoit pour l'aimable
Emilie , il ne redouta plus quelques légers
defirs qu'il lui avoit vus d'aller chercher
dans la capitale un établiffement qui
le mit à portée d'attirer fur lui plus particulièrement
les regards de la Cour.
Sage ennemi de l'ambition , Nervile le
père n'avoit point ceffé d'en découvrir à
fon fils les redoutables écueils ; mais Emilie
d'un regard avoit plus fait que toutes
fes leçons , & tout fembloit devoir favorifer
fes voeux , lorfque la mère d'Emilie
y apporta des obftacles qu'il ne prévoyoit
pas.
Enuuyée depuis long- tems du féjour
de la campagne , Mde Dalbizy nourriffoit
en fecret le projet d'en fortir par le
mariage de fa fille , qu'elle ne vouloit
donner qu'à quelqu'un qui la conduifit à
Paris . Des efpérances affez grandes de fortune
qu'elle avoit de fon côté étoient le
fondement de fes prétentions , & dès
16 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle apperçut que Nervile le fils cherchoit
à plaire à ſa fille , elle la conduifit
à une abbaye voisine de fa Terre , dans le
deffein de l'y laiſſer juſqu'à ce qu'il ſe préfentât
un parti tel qu'elle le defiroit : car
elle connoiffoit affez Nervile le père pour
être fûre qu'il fe bornoit à faire de fon
fils un honnête gentilhomme campagnard
comme lui.
Cette espèce d'enlevement imprévu
étonna Meffieurs de Nervile , & tous deux
en reffentirent la peine la plus vive . Le
père ne reconnut point à ce trait fon ami
Dalbizy , qu'il s'empreffa d'aller voir pour
apprendre ce qui avoit pû donner lieu à
l'éloignement de fa fille.
Embarraffé en le voyant defcendre dans
fa cour , Dalbizy courut cependant vers
fon ami : mon cher Nerville , lui dit - il ,
en l'embraffant , faites moi le plaifir de
ne vous expliquer qu'avec moi du changement
qui vient d'arriver dans ma maifon
, & pour cela attendons le moment où
nous puiffions être feuls .
Nervile lui repondit par un ferrement
de main & fe laiffa conduire chez Mde
Dalbizy qui fut d'abord un peu déconcertée
, mais que l'air indifférent de Ner- :
vile remit à fon aife. Une partie de chaffe
1
SEPTEMBRE . 1772. 17
fut propofée fans affectation , acceptée de
même , & nos deux amis fe trouvèrent
bientôt dans un bouquet du bois voifin où
ils purent le parler librement ; ce fut Dalbizy
qui , le premier , rompir le filence .
-
Mon cher Nervile , vous & moi nous
avions laiflé jufqu'ici à la nature le foin
de combler nos defits , & tout les fervoit
heureufement. J'avois vu avec transport
votre fils s'empreffer de voir , de chercher
mon Emilie , & j'avois apperçu plus d'une
fois que fon goût naiflant pour elle vous
faifoit autant de plaifir qu'à moi . —Vous
ne vous trompiez point Dalbizy , mais
par quel événement... Laiffez - moi
pourfuivre de grace . Une façon de voir
qui rous eft commune nous a guéri l'un
& l'autre de cet enivrement général pour
une ville où l'on a tant de faux befoins ,
tant de faux amis , où l'on paie fi cher
tant de faux plaifirs & où l'on ne connoît
le plus fouvent qu'un faux honneur . Nous
trouvons tous deux dans nos Terres une
jouiflance douce & paifible de nous - mêmes
; mais ce que nous avons dit mille
fois là - deflus devant Mde Dalbizy n'a
point produit d'effet fur elle , & je ne
dois qu'à une vertu pénible & toujours
combattue les efforts qu'elle fe fait pour
18 MERCURE DE FRANCE.
que
>
cap .
habiter avec moi la campagne. Il est vrai
la médiocrité de notre fortune a été
auprès d'elle une raifon pour moi , à làquelle
il étoit difficile qu'elle opposât
quelque chofe d'affez fort pour me contraindre
à la fatisfaire fur fon amour pour
Paris :mais les efpérances qu'elle conçoit
de la fucceffion d'un de fes oncles qui paffe
pour être très- riche , lui ont fait concevoir
qu'un jour elle pourroit voir finir fa
tivité en mariant fa fille à quelqu'un de
cette ville que nous redoutons avec tant
de raifon. Une de fes amies , qui y de-
Ineure étoit chargée depuis quelque
tems de lui chercher un gendre à qui ces
efpérances rendiffent allez confidérable la
dor que nous pouvons donner , & derniè
rement elle reçut une lettre de cette amie
qui lui annonce qu'inceffamment il paffera
chez elle un jeune Comte qui veut
voir la figure d'Emilie avant de fe déterminer
. C'est d'après cette nouvelle fatale
qu'elle vint me propofer, il y a quelques
jours , de mettre ma fille à l'abbaye où
elle eft , pour arrêter , me dit - elle , un
penchant qui contrarieroit fes vues. Je
m'emportai , Nervile , je trouvai très fingulier
qu'on eut fait , fans mon aveu, des
démarches pour difpofer d'Emilie ; mais,
SEPTEMBRE . 1772. 19
mon ami , des prières , des torrens de latmes
, des défefpoirs , des foibleffes fréquentes
qui me firent tout craindre pour
la fanté de ma femme , m'arrachèrent un
confentement qui me fépara de ma fille ,
& qui jette fur ma vie une amertume inconcevable.
Ne croïez pas cependant , mon cher voifin
, que je marie jamais ma fille contre fon
gré ; fi votre fils a fait fur elle une impreffion
auffi vive que je le fouhaite , c'eſt à
elle à m'aider dans cette circonstance par
fes refus. Je lui en fis hier donner l'avis
par quelqu'un dont je fuis fûr & que n'a
point corrompu ma femme ; car je vous
avouerai qu'elle a pour elle tout ce qui
me fert , tout ce qui m'environne. Vous
connoiffez fa conduite & fa vertu ; mais
elle eft ambitieufe & vaine fans doute
& le manége qu'elle emploie ne lui paroît
qu'un moyen innocent & permis
pour s'échapper , dit- elle , de l'odieufe
prifon qui la renferme.
Je vous plains , mon cher Dalbizy ,
répondit Nervile , & je plains mon fils
s'il aime autant que je le crois ; mais s'il
étoit aimé , repliqua Dalbizy , fi ma fille
refufe ce Comte que je ne connois point
& qui m'alarme. Situation romanef-
-
?
201 MERCURE DE FRANCE.
que où votre fille & vous , mon fils &
moi nous nous trouvons , & dont j'appréhende
les longueurs & les tourmens.
Je vous l'avouerai , je vais faire mon pofble
auprès de mon fils pour détourner
fon coeur de l'efpoir qu'il peut avoir
conçu. Vous êtes raifonnable Dalbizy ,
& vous devez fentir que malgré l'amitié
que je ne cefferai d'avoir pour vous , le
procédé de votre femme eft fait pour blef
fer mon fils & moi , & pour nous éloigner
d'ici quelque tems.
A ces mots Dalbizy embraffant Nervile
avec tendreffe , répandit des larmes ,
& fon ami n'en conçut que plus fortement
combien il avoit à redouter l'ambitieufe
mère à laquelle il devoit être facile
d'établir fa domination fur un caractère
aufi foible que celui de fon mari. Cependant
il prit affez fur lui pour reparoî.
tre auprès d'elle fans altération , & pour
s'y conduire honnêtement le reste de la
journée .
• Son fils qui l'attendoit avec impatience
, apprit avec douleur tout ce qu'il avoit
à craindre de la fituation des chofes. Ah !
mon père , s'écria t'il , fi vous alliez vous
établir à Paris ... Ecoute-moi , mon ami ,
interrompit le père ; la circonftance où tu
SEPTEMBRE, 1772. 21
te trouves doit te faire enviſager ce que
tu me propoſes , comme un remède à tes
maux .
J'entrevois comme toi que ce parti
pourroit rendre à Dalbizy la force dont
il a beſoin dans fon ménage pour difpofer
de fa fille à fon gré ; mais rappelletoi
tout ce que je t'ai dit d'une ville où
tu perdrois bientôt tes principes & tes
moeurs , où cette eftime de toi même qui
doit feule faire ton bonheur ne pourroit
fe foutenir long- tems , où tu aurois peutêtre
la douleur de voir changer le caractère
heureux d'Emilie , où la
corruption
fe glifle
imperceptiblement dans les
meilleures ames ; enfin où ton père ne
fe
confoleroit pas de te favoir moins
heureux & moins fage . M'en croirastu
, Nervile , vas paffer quelques mois
en Angleterre , vas oublier une paffion
encore naiffante ; obéis au
deftin
qui nous afflige ; parts ; non , non mon
père , s'écria Nervile , non je ne le puis
un ami m'eft trop néceffaire & je ne dois
point vous quitter.
En effet le jeune Nervile accablé de ſa
peine , refta près de fon père qui s'effor
çoit fans ceffe de le rendre à lui même
randis qu'il cherchoit les moyens de voir
Emilie dans fa retraite , pour favoir d'elle
fon fentiment fur les idées de fa mère.
22 MERCURE DE FRANCE.
Une de ces femmes pour qui , fans la
moindre idée du vice , la jeuneffe eft tou
jours fi intéreffante , offrit à Nervile de
le fervir fur ce qu'il fouhaitoit fi ardemment
. Madame de Séras , déjà fur le retour
de l'âge , mais la meilleure femme
du monde , avoit une niéce dans le cou
vent d'Emilie , elle propofa à Nervile de
l'accompagner à une vifite qu'elle feroit à
fa niéce , & dans laquelle elle demanderoit
la fille de M. Dalbizy fon amie : on
peut juger avec quelle ardeur & quelle reconnoiffance
cette partie fut acceptée.
Déjà Nervile tranfporté eft au parloir
avec la conductrice qui , après avoir cauſé
un inftant avec fa niéce , fait demander
Emilie ; elle arrive. L'agitation des deux
amans , en fe voyant , auroit dévoilé leur
coeur à Mde de Séras fi elle n'avoit pas été
au fait.
A peine s'étoient - ils fait en balbutiant
les politeffes d'ufage qu'on voit entrer un
jeune homme d'un air avantageux & lefte.
Il s'avance avec confiance à la grille ,
& jetant un coup d'oeil apprêté ſur la
-niéce de Mde de Sé.as ... C'eſt vous fans
doute , Mademoiſelle , lui dit - il , à qui je
dois me préfenter de la part de Madame
votre mère ? Ma mère ? répond la jeune
·
SEPTEMBRE. 1772. 23
perfonne étonnée , hélas ! je l'ai perdue
depuis longtems. C'eft Madame que
vous voyez à côté de vous qui m'en tient
lieu. Quoi , reprit- il d'un air minaudier,
je me trompe ? ... En vérité vous avez
tort de n'être point Emilie , puis jetant
la vue fur Mile Dalbizy , il lui fait un
falut de la tête & des épaules , éloigne
fans façon Nervile qui s'étoit levé , prend
fon fiége & annonce à Emilie qu'il va être
affez heureux pour lui rendre une liberté
toujours bien prétieufe à fon fexe. Je fens
qu'il faut fe décliner , dit - il , je fuis , Mademoifelle
, le Comte de Cévin , & le
mortel fortuné qui doit faire tomber des
chaînes.... que je potte fans peine , interrompit
Mlle Dalbizy . Façon de parler
, reprend le Comte , nous favons ce
qui en eft ; mais dites moi de grace, Mademoiselle
, qu'il vous feroit doux que ce
fût ma main qui les fit tomber... A mon
égard , belle Andromède , je regarderai
comme un bonne fortune d'être destiné à
devenir votre libérateur .
Satisfait de ce petit trait d'érudition ,
il regarde fon auditoire en fe fouriant à
lui- même. & voit à fes côtés Nervile qu'il
avoit cavalièrement déplacé . Monfieur
eſt de vos parens , dit- il à Emilie ? Non,
24 MERCURE DE FRANCE .
Monfieur , répondit Nervile avec un peu
de féchereffe... Il est peut- être pis , reprend
le Comte en ricannant ; oh ! cela
feroit affreux que je troublaffe une converfation
à laquelle je n'étois pas appelé :
Monfieur voudra bien m'avertir fi je fuis
de trop ici . Puifque vous me demandeż
mon avis , Monfieur. -Oh ! je vous
le demande comme çà ; car je ne fuis pas
trop habitué à en recevoir. On fe fait
à tout . -Peut-être au village . Par tout,
M. le Comte , & je vous dirai franchement
que je ferois fort furpris que la
bonne manière de plaire fut celle d'annoncer
à une jeune perfonne , lorfqu'on
la voit pour la première fois , qu'on eft
deftiné à faire fon bonheur. C'eſt- àdire
que ce ne feroit pas la vôtre . -Oh
non, Monfieur le Comte. -Vraiment je
fuis fort humilié de n'avoir pas votre fuffrage
à cet égard.
Le ton s'élevoit par degré , les propos
s'aigriffoient comme on vient de le voir ,
& fur un figne de la tante les deux témoins
du dedans s'étoient brufquement
évadés après avoir tiré le rideau . Mde de
Séras , alors prenant Nervile par le bras ,
l'entraînoit vivement & malgré lui . Oh!
point d'effroi , Madame , lui dit le Comte
,
SEPTEMBRE. 1772. 25
te , cette petite fcène- ci ne veut rien dire ;
Monfieur n'avoit fûrement pas deffein
de la rendre dangereufe . Si vous êtes
encore curieux de mon avis là - deffus , je
demeure au château de Nerville , à une
lieue d'ici . Je fuis auffi curieux qu'un
autre , & j'espère que vous voudrez bien
my tenir votre réponſe prête .

Ce fut après cette converfation un peu
animée que Nervile remonta dans la voiture
de la bonne tante qui fe trouvoit
prefque mal de faififfement. Ah ! mon
Dieu , dit- elle , en voyant partir fes chevaux
: j'étois enchantée , Nervile, de vous
obliger , & je vous ai rendu là un bien
cruel fervice . Moins cruel que vous ne
penfez , dit Nervile ; je fais trop heureux
d'avoir vu que mon rival n'eft pas fait
pour me difputer le coeur d'Emilie . Oh
pour cela non , dit la tante , c'eſt un vrai
fat que ce beau Comte -là ; & vous , mon
cher Nervile , oh que vous êtes vif! comme
vous lui répondiez ! comme vous
m'effraïez ! peut- être moins que lui , reprit
Nervile ; j'ai déjà le bonheur de connoître
allez bien les hommes , & je parierois
prefque , malgré la curiofité dont
il s'eft vanté devant vous , qu'il ne vienpas
chercher ma réponſe qui feroit à
dra
B
26 MERCURE
DE FRANCE.
la vérité un peu plus vive que ce que vous
avez vu . Eh mais tant mieux , répliqua
Mde de Séras ; je ferois vraiment caufe
d'une belle fcène ... Et votre père... il
ne me pardonneroit jamais d'avoir eu la
foibleffe de céder à l'empreffement que
vous m'aviez témoigné de voir Mlle
Dalbizy.
De retour chez fon père , Nervile ne
dit rien de ce qui s'étoit paffé , & reſta
deux jours de fuite chez lui fans voir Cévin
, qu'il avoit bien jugé ; mais qui avoit
paru moins ridicule à d'autres yeux que
ceux d'Emilie , de la tante & les fiens.
Ce qui perpétue fans doute la race infupportable
des fats , c'eft le fuccès qu'ils
ont auprès de quelques jeunes perfonnes
chez qui leurs ridicules paffent pour des
graces & des talens de plaire . La niéce
de Mde de Séras avoit pris en effet le ba-
'bil indécent du Comte pour de l'efprit ,
fes fanfaronades pour du courage : & une
affez jolie figure , un habit élégant, peutêtre
cette étourderie , qui d'abord l'avoit
fait prendre pour Emilie , étoient la fource
de cette illufion.
Arrivé chez Mde Dalbizy , Cévin , de
tout ce qui lui étoit arrivé , ne fe fouvint
que de cette méprife qui lui parut devoir
SEPTEMBRE. 1772 . 27
être très agréable pour la niéce . Emilie
ne la vaut pas affurément , fe difoit - il ,
cette petite niéce eft dix fois plus piquante....
J'ai vu de fa part certain coupd'oeil...
Oui je gage que la friponne n'eft
pas tranquille depuis mon départ... Eh
bien voyons - la... Il y a grande apparence
que je ne réuffirai point auprès de la
prude Emilie , & j'aurois fait un voyage
en blanc .... Cela feroit d'un ridicule
épouvantable ... Il faut fe retourner , &
faire ici quelque coup de ma tête pour me
défennuyer fur la route.
Plein de cette belle idée , le Comte
s'empreffe dès le lendemain matin d'aller
demander au parloir Mlle de Séras , randis
que Mde Dalbizy ne foupçonnoit
dans un fi prompt retour à l'abbaye, qu'une
preave fans replique de l'impreffion que
fa fille avoit faite fur lui.
Cévin , en fe préfentant , annonça fans
détour le motif qui le ramenoit , & Mile
de Séras ne perdit guère plus de tems à
lui témoigner combien elle étoit flattée
de la préférence qu'il lui donnoit . Une
fi rapide intelligence entre eux conduifit
en moins d'une heure les chofes au point
de convenir que Cévin emmeneroit avec
lui la jeune niéce pour la conduire dans
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
quelque Couvent de Paris ; car il n'y avoit
pas moyen que le Comte , arrivé dans le
pays pour époufer Mlle Dalbizy , reſtât
plus long tems chez fes parens avec la
paffion extrême , difoit- il , qu'il reffentoit
pour une autre .
Les mesures furent fi bien prifes que
Cévin étoit prêt à voir fa proie dans fes
mains , lorfque Nervile , que fes inquiétudes
conduifoient fans ceffe au tour des
murs de l'abbaye , parut , Mlle de Séras ,
fortie par une porte de derrière , alloit
monter en voiture ; il s'en approche , la
reconnoît , la faifit d'une main & s'arme
de l'autre , tandis que Cévin enfoncé dans
fa chaife , mais que Nervile avoit entrevu
, crie à fon poftillon de fuir à toutes.
jambes ; ce qu'il fit en effet , enforte que
la province fut bientôt délivrée du lâche
raviffeur que l'ambition de Mde Dalbizy
y avoit attiré .
par
Dans la confufion d'avoir été furpriſe
l'ami de fa tante , Mlle de Séras s'étoit
arrachée des mains de Nervile &
's'étoit rejettée dans fon couvent où on la
fit garder à vue pendant plus d'une année
, mais où fa conduite & les remords
lui méritèrent d'être admife
pour y
confa-
1
crer les jours ,
SEPTEMBRE 1772: 29
Cependant M. Dalbizy , inftruit de cet
odieux roman , fit rougir fa femme du
choix qu'elle avoit fait , & crut obtenir
fon Emilie qui lui fut encore refuſée
parce que la mère n'avoit pas perda l'efpérance
de retrouver quelqu'un qui méritât
mieux fa fille que l'indigne Comte
de Cévin ; mais elle prit des précautions
pour que Nervile ne pût la revoir fous
quelque prétexte ou avec quelque perfonne
que ce fût .
Six mois s'étoient écoulés fans que que Nervile
pût avoir la moindre nouvelle d'Emilie
qui fembloit s'effacer de fa mémoi
re par toutes les diffipations qu'il cherchoit
à fe procurer . Un nouveau voifinage
de la terre de Nervile vint les multiplier
encore & les rendre plus dangereufes
pour Mile Dalbizy qui , dans le
filence & dans la retraite , lui reftoit toujours
conftamment attachée.
Un Particulier de Paris , devenu extrêmement
riche , venoit d'acheter une terre
confidérable qui touchoit à celle de
Nervile . La prife de poffeffion fut pour
tout le pays la fête la plus brillante & la
plus coûteufe qu'on y eût encore vue ;
tous les amuſemens , ou plutôt toures les
folies de Paris s'y réunirent , & Nervile
B iij
30 MERCURE
DE FRANCE.
qui s'étoit préfenté des premiers aux maîtres
du château , fut bientôt l'idole de
toutes lesfemmes qui l'habitoient . C'eſt
ici le lieu de faire le portrait de notre
héros , parce que les avantages de fa figure
n'avoient encore été nulle part auffi
bien vus , auffi bien examinés , auffi bien
appréciés.
Nervile étoit d'une taille svelte & noble
en même - temps ; des cheveux abondans
& d'une couleur douce paroient un
front ouvert ; de grands yeux , des dents
perlées , de belles mains , une jambe parfaite
, voilà ce qui fautoit aux yeux de
nos Dames de Paris , & ce qu'elles ne ceffoient
de louer du matin au foir.
On fe l'arracha , on fe le prêta , on fe lé
rendit ; il fut de tout & par- tout ; les mères
fe l'approprièrent , & leurs filles trèsdifpofées
à leur reflembler , fe tinrent
fous les armes pour le captiver ; en un
mot malgré le préjugé qu'on avoit apporté
contre ces pauvres provinciaux , il
fut décidé qu'il étoit d'excellente compagnie
& tout- à-fait un homme comme il
faut.
Nervile le père , témoin affez ſouvent
des fuccès rapides & variés de ſon fils ,
& qui avoit defiré qu'il pût oublier EmiSEPTEMBRE
. 1772. 31
lie , fentit pourtant que cet oubli trop
fûr dans une pareille maifon , alloit l'entraîner
à un ton de vie dangereux pour
fa raifon & pour fes moeurs. Il voulut
quelquefois lui faire remarquer l'extravagance
de la vie qu'il menoit ; mais
l'illufion étoit dans fa force : on ne l'écouta
point, ou du moins on profita peu de
fes obfervations. Nervile le fils avoit
plié fon efprit jufqu'à fe laiffer charmer
du jargon des caillettes & des fots qui
l'entouroient du matin au foir . En trèspeu
de tems il fit à miracle des pointes ,
des charades , des calembourgs , joua comme
un Ange des parades , des proverbes
& de petits intermèdes , & ce génie du
fiécle ne lui coûta rien à acquérir. Nervile
, enfin , l'honnête & fenfé Nervile
étoit à jamais perdu pour fon père , fans
l'événement qui le lui ramena.
Cet oncle riche dont Mde Dalbizy
attendoit la fucceffion , venoit de mourit
fubitement , & l'on venoit d'apprendre
que toute fa fortune étoit en viager
& qu'il laiffoit affez de dettes pour dévorer
fon . mobilier . Rien ne fut égal au
chagrin qu'en reffentit d'abord cette mère
ambitieufe , que la joie de fon mari à cette
nouvelle.
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
·
Il vole chez fon ami Nervile , l'embraffe
& lui dit qu'il va de ce pas retirer
fon Emilie de la captivité ; que la perte
des efpérances de fa femme l'a vaincue &
changée entièrement , & qu'enfin il va
déformais devenir le maître chez lui.
Mais , votre fils , ajouta - t'il , qu'eſt devenu
fon amour ? Les fociétés dans lefquelles
il s'eft répandu n'en ont elles pas
éteint jufqu'au fouvenir ? Mon cher voifin
, interrompit Nervile , je ne puis vous
tromper , je ne connois plus mon fils . Les
vicesque nous nous fommes efforcés d'écar.
ter de nos enfans font venus nous chercher
jufqu'ici... Mais , je l'eſpère , oui la vue
d'Emilie , fes graces , fa raifon deffilleront
les yeux de Nervile ... Ah ! je vous
en conjure , conduiſez la- bientôt chez ces
gens qu'il ne quitte plus , & qui travaillent
à le corrompre... Oui , le fort heureux
qui vous rend votre fille , doit me
rendre mon fils par elle .
Dalbizy promit à fon ami de faire ce
qu'il defiroit à cet égard & de le prévenir
du jour auquel, avec fa fille & fa femme,
il rendroit à ces nouveaux voifins une
vifite qu'il leur devoit , afin qu'il jugeât
lui-même de ce qu'il pouvoit encore attendre
de fon fils . Ce jour arrive , & la
SEPTEMBRE. 1772 . 3.3
jeune Emilie , conduite par fa mère , fe
préfente avec tant de modeftie & tant de
nobleffe devant un cercle de fous & de
folles à la mode , que le ton de raillerie
qu'on prenoit toujours à l'annonce de toutes
les vifites, en fut déconcerté .
• Nervile le fils fur-tout en fut un moment
confterné ; deux ou trois femmes
étoient alors occupées à lui effayer un
traveftiffement bouffon pour une farce
qui devoit être l'amufement du foir ; il
rougit , s'effraya de lui- même en fe regardant
, & s'enfuit pour reparoître bientôt
dans fes habits ordinaires. On le gronda
d'abord de s'être deshabillé fans la permiffion
de fes femmes de chambre ; mais
il n'écoutoit plus qu'Emilie qui n'ouvrit la
plus agréable bouche du monde que pour
dire des chofes d'une raifon & d'un fens
inconnus dans le fallon où elle fe trouvoit.
Il avoit fendu la preffe des curieux qui
entouroient Mde Dalbizy & fa fille , &
fa joie fut inexprimable lorsqu'il les vic
l'une & l'autre répondre avec douceur
aux politeffes qu'il leur faifoit . L'air careffant
de Mde Dalbizy l'étonnoit furtout
, & lui infpira le courage de lui offrir
fa main lorfqu'elle termina fa vifite :
Bv
34
MERCURE DE FRANCE .
furprife encore plus grande de fa part ,
puifqu'elle l'accepta & qu'elle lui offrit
même de le jetter en paffant à Nervile ; à
quoi il confentit fans fonger aux projets
d'amuſement de la fociété qu'il abandonnoit
d'une façon affez brufque.
Nervile le père & fon ami Dalbizy
étoient au coin du fallon à confidérer
tout ce qui fe paffoit , & dès que le premier
vit fon fils dans le carroffe de la
mère d'Emilie , Nervile eft fauvé , dit- il ,
& le vrai mérite a triomphé des preftiges
du faux .
En effet il n'apperçut pas plutôt fon
père qui rentroit au château quelques
minutes après lui , qu'il courut fe jetter
dans fes bras , en le fuppliant d'oublier
les momens d'erreur qu'il venoit de paffer
, & dont il rougiffoit depuis qu'il
avoit revû Emilie . Nervile le père enchanté
verfa des larmes dans le fein de fon
fils , & dès le lendemain le conduifit au
château Dalbizy , où l'on ' prit toutes les
mefures convenables pour accélérer le
bonheur de deux perfonnes que la nature
avoit faites l'une pour l'autre.
On murmura beaucoup contre Nervile
chez le nouveau Seigneur , qu'il fe promit
de ne plus voir que très rarement ,
·
SEPTEMBRE. 1772. 35
puifque fa raifon , fon penchant pour la
bienféance & fon amour pour Emilie
avoient couru chez lui les plus grands
dangers. On crut fe venger de lui en ne
paroiffant point à fon mariage , malgré
les invitations que la politeffe avoit exigé
qu'on fit , & notre couple heureux n'en
fentit que mieux un bonheur qui n'eut
pour témoins que des parens & des amis
faits pour l'augmenter.
Par M. Bret.
ODE à Son Alteſſe Séréniſſime Mgr le
Prince de Naffau - d'Orange , Colonel
du régiment Royal - Allemand , fur
fes bienfaits envers les Pauvres de Dôle
en Franche - Comté , pendant l'affreufe
difette arrivée en cette ville au mois de
Juillet 1770.
USE , qui des Héros confacrant la mémoire ,
De leurs exploits fameux fçais garantir la gloire
Du naufrage des tems ,
Clio, quitte en ce jour les rives du Permefle
Et viens , des feux facrés du chantre de la Grèce ,
Echauffer mes accens . 10
B vj
36 MERCURE
DE FRANCE.
Quel Dieu propice enfin veut calmer nos alarmes
?
Quel héros fortuné , pour effuyer nos alarmes
S'avance dans ces lieux !
Tout eft divin dans lui , tout brille fur fes traces
;
Jamais tant de grandeur unie à tant de graces
N'a paru fous nos yeux.
Peuple , n'en doutons point , c'eft Naſſau , c'eſt
lui-même ;
Déjà de toutes parts la difette au teint blême ;
Si terrible aux humains ,
A fon afpect heureux s'enfuit avec vîteffe ;
Et l'on voit fuccéder au deuil , à la triſteſle ,
Des jours purs & fereins.
Tel
f ..
que l'aftre éclatant qui brille fur nos têtes ;
Qui chafle devant lui les vents & les tempêtes
Au bout de l'Univers ,
Par fes feux bienfaifans & fa douce influence
Echauffe , anime tout & répand l'abondance
En cent climats divers.
Tel aux yeux des mortels fur cet heureux ri
vage ,
Ce Prince magnanime , au printems de ſon âge ,
Brille par les bienfaits ;
SEPTEMBRE. 1772. 37
Tel fon coeur généreux , en l'ardeur qui l'infpire
,
De fa douce préfence à tout ce qui reſpire
Fait fentir les effets.
L'Univers du cahos femble fortir encore ,
Et de fon fein fécond la terre fait éclore
Ses préfens les plus doux.
Tout rit dans la nature ; & les beaux tems de
Rhée ,
Où regnoit ici -bas Thémis avec Aftrée ,
Renaiflent parmi nous.
Mais quel efprit divin de ſa céleſte flâme
Dans le fombre avenir vient éclairer mon ame
Pour la remplir d'effroi ?
Où fuis-je ? quel fpectacle à mes yeux fe préfente
?
Quels objets effrayans fur la terre fanglante
Paroiffent devant moi !
Je vois de toutes parts la difcorde fatale ,
Vomiffant les poifons de la bouche infernale ,
Embrafer tous les coeurs.
Je vois de toutes parts fon flambeau fur la terre
Allumer les combats , éclairer de la guerre
Les horribles fureurs.
38 MERCURE DE FRANCE .
Quelle gloire , grand Prince , au milieu de l'o
rage ;
Quelslauriers immortels à ton noble courage
Sont alors préparés !
Quels hauts faits de vaillance, en ces affauts terribles,
Vont t'élever au rang des héros invincibles
Dans l'hiftoire admirés !
C'est alors que fuivant les traces héroïques ,
Les exemples fameux de ces guerriers antiques
Auxquels tu dois le jour ;
Tu feras voir aux yeux du grand Roi qui t'honorc
,
Du couchant aux climats où ſe lève l'aurore ,
Ton zèle & ton amour.
Que de fois , emporté par ta vertu guerrière ,
Qn te verra , couvert de fang & de pouffière ,
Affronter les hafards ;
Et parmi les fureurs de Mars & de Bellone
Echauffer , animer tout ce qui t'environne
Du feu de tes regards !
·
Mais , muſe , que fais tu par un effort coupable
,
Ofes -tu dérobér du fort impénétrable
Les fecrets éternels ?
SEPTEMBRE. 1772. 39
Modère ces tranfports , & d'une aîle orgueil
leufe
Ne va point comme Icare , en fa chûte fameu:e ,
Etonner les mortels.
Penfes- tu qu'un héros au-deflus du vulgaire
A befoin des lauriers dont le dieu de la guerre
Couronne les travaux ?
N'eft-ce pas la fagefle & l'honneur véritable ,
La bonté dans un coeur généreux , équitable ,
Qui font les vrais héros ?
En vain aux conquérans parmi tous les grands
hommes ,
D'une commune voix , dans le fiécle où nous
lommes ,
L'on veut donner le pas.
Ils ont beau fe couvrir d'une apparence vaine ,
Je ne vois que vertu meurtrière , inhumaine ,

Où l'équité n'eft pas . ·
Cet Empereur fameux dont la main bienfaisante
Autrefois dans les murs de Rome triomphante
Fit adorer fa loi ,
Eft plus grand à mes yeux que le vainqueur du
Gange
Qui remplit l'Univers , en fa folie étrange ,
De carnage & d'effroi,
40
MERCURE DE FRANCE .
Grand Prince , fuis toujours un modèle fembla
ble ;
C'eſt ainfi qu'on s'aflure une gloire durable
Dans la postérité .
Mieux que tous les lauriers d'un conquérant injufte
,
La bonté nous conduit au fanctuaire augufte
De l'immortalité.
C'eſt par cette bonté , cette aimable tendreffe
Que tes foins paternels font éclater fans cefle
Envers les malheureux ,
Quetu pourras toi- même égaler dans le monde
Ce que Rome & la Gréce en héros fi féconde
Ont vu de plus fameux.
Déjà tout retentit de tes bienfaits célèbres ,
Puiflent- ils à jamais , dérobés aux ténèbres
Des fiécles à venir ,
T'attirer des mortels le refpect & l'eftime ,
Et confacrer chez eux de ta vertu fublime
L'immortel fouvenir !
Par M. Magdelaine , étudiant en philofophie
au collège de Navarre.
SEPTEMBRE . 1772. 41
LA VIGNE & L'ORMEAU.
CERTAIN
Fable.
„ERTAIN Ormeau ( c'étoit un philoſophe,
Sage à la mode , hardi cenfeur des cieux )
Qui , comme gens de fon étoffe ,
Etoit loin de trouver que tout fût pour le mieux.
Quand il me fit , Jupiter étoit ivre ,
Difoit le mécréant , il m'a fait grand & fort ;
Cent ans & plus il m'a créé pour vivre ,
Et des fiers aquilons pour confondre l'effort ;
Mais de tous ces prélens pas un ne m'eſt utile ;
Ce poirier nain & ce frêle efpalier
Donnent des fruits à plein panier ,
Et moi je ne produis qu'une graine stérile .
Eft- ce là , Mons Jupin , favoir bien fon métier ?
Tout près du Sire étoit dans le creux d'un vieux
chêne
Une Dryade ; elle oüit ces propos :
Faquin , finis ta plainte auffi (otte que vaine ,
Dit -elle , écoute quatre mots :
Tu crois donc que le Ciel t'a donné par caprice
La taille & la vigueur ,
Et qu'il a fait une grande injuftice
S'il n'a pas fur toi feul épuifé fa faveur ?
Vois à tes pieds cette vigne timide
42 MERCURE DE FRANCE.
Qui craint de foulever fon pampre humilié ;
Son fruit n'eft qu'un verjus acide ,
Il feroit du raifin , s'il étoit appuyé .
Sers fa foibleffe & rends ta force utile ,
Soutiens cette vigne fertile ;
La gloire eft attachée à cet heureux accord ;
C'eſt pour la mériter que le Ciel te fit fort.
Converti tout-à-coup par cette vefperie ,
L'Ormeau confus , repentant , enchanté ,
Soufcrivit d'abord au traité .
Il s'offrit pour époux à la Vigne fleurie ,
Et fon préfent fur accepté.
Quel fut le réſultat d'une union fi chère ?
Sa tige fe para de fruits délicieux.
L'Ormeau convint que tout eft bien & néceſſaire
Et de fon fort il rendit grace aux dieux.
Par M. Br.... de Rouen.
SEPTEMBRE. 1772. 43:
VERS à M. de Belloy , Citoyen de Calais
, l'un des Quarante de l'Académie
Française.
Da l'Etranger , de ton Roi , de la France ,
Après avoir reçu pour prix de tes talens ,
D'immortels applaudiffemens ,
D'un mortel à fon tour , qu'ont ravi tes accens ,
Daigne accepter l'hommage & la reconnoiffance.
De tes drames intéreflans
Je m'occupe & m'inftruis prefqu'à tous les inftans.
De ton Titus , à qui , malgré l'envie ,
J'espère voir un jour le retour d'Athalie ;
De Gabrielle en pleurs ;
De Zelmire en alarmes ;
D'Euſtache , de la mort préférant les horreurs ,
Plutôt que d'avilir fa patrie & les armes ;
De l'immortel Bayard , le Coclès des Français ;
En unmot de tous les portraits ,
Qu'avec tant d'art tu viens d'étaler fur la scène ,
Je ne puis me laſſer d'être l'admirateur.
Des fons de Melpomène
Que tu fçais bien faifir le talent enchanteur !
Combien j'aime à te voir , dans ta belle carrière ,
De ta patrie entière
44 MERCURE DE FRANCE.
Entraînant l'admiration ,
Nous rappeller l'honneur & la valeur guerrière
Des héros de la Nation ,
Perdus dans la pouffière!
Nous reveiller leur cendre ! & par les beaux re
cits
De leurs fages exploits, enlever les efprits !
C'est ainsi que Tyrtée , échauffant ſon génie ,
De la nouvelle patrie
Sçut autrefois enchanter les ſujets .
Il fut l'amour de Sparre , & tu l'es de Calais .
A ce titre patronymique ,
D'après la couronne civique ,
Dont un illuftre corps vient de te décorer ,
Qui peut ne pas te déférer
Et fon eftime & fon (uffrage?
Ah : s'il me reste un avantage ,
C'eſt d'avoir vu le jour fous le ciel où les feux
Pour la première fois éblouirent tes yeux !
Et de féliciter le lieu de ma naiſlance ,
D'avoir produit en toi , pour la gloire à jamais ,
Un citoyen cher à la France
Et le chantre des Français .
Par M. Sardine , imprimeur libraire à
Saint-Flours Haute-Auvergne.
SEPTEMBRE. 1772. 45
TRADUCTION du premier choeur d'Edipe,
tyran ; tragédie de Sophocle.
O voix du Ciel , douce voix * de Jupiter
qui , de l'opulente Python , êtes
venue à la grande ville de Thebes , que
nous allez- vous annoncer ?
Je ne me pofféde plus. Je fuis hors de
moi. Tous mes fens font agités par la
crainte !
O Dieu de l'arc , ô Roi de Délos , puiffant
Apollon , je tremble en vous adorant
!
Quel nouveau crime avons nous commis?
Eft-ce une ancienne dette dont vous
renouvellez le fouvenir après plusieurs
années révolues , & que vous nous ordonnez
enfin d'acquitter ?
Parlez , voix divine , doux fruit de l'aimable
eſpérance !
Fille de Jupiter , immortelle Minerve,
c'est vous que j'invoquerai la première,
* Le bruit vient de fe répandre dans Thèbes ,
que la réponse de l'Oracle eft enfin arrivée . Le
choeur s'adrefle à la Renommée qui a répandu ce
bruit, ou à l'oracle même,
46 MERCURE DE FRANCE.
C
"
J'invoque auffi Diane votre four , la
grande Diane , qui fe plaît à habiter fur
la terre , & qui fur un trône glorieux , fur
un autel de ronde ftructure , eft affife au
milieu de la place publique de Thèbes .
J'invoque enfin le dieu qui lance loin
fes traits , le redoutable Apollon .
Venez , fecourables dieux , venez tous
trois , montrez- vous , apparoiffez - moi !
Si jamais dans les tems paffés , lorfque
la colère du Ciel a élevé fur cette ville
une femblable tempête , vous avez éloigné
de ces lieux le feu de la vengeance
célefte , venez encore aujourd'hui ,
grands dieux , venez à notre fecours.
Je fouffre des maux infinis . Je vois
toute ma vie languiffante & abbatue.
La prudence humaine ne nous fournit
aucunes armes pour repouffer l'ennemi
qui nous attaque.
La terre la plus fertile ne produit rien qui
profpère , rien qui ne meure en naiffant.
Les femmes enceintes ne peuvent
foutenir les travaux douloureux de l'enfantement.
La ville fe dépeuple. Une multitude
innombrable de citoyens périt, tous les
jours. Ils expirent ; ils tombent. l'uo fur
L'autre. Tels que des oifeaux fugitifs , on
SEPTEMBRE. 1772. 47
les voit continuellement voler vers le
fombre rivage de Pluton , avec une rapidité
plus prompte que celle de la flamme
qui les confume.
Citoyens infortunés , étendus fur la
terre infectée & couverte de morts , ils
gifent indignement privés de fépulture
& abandonnés de leurs plus proches parens
.
Cependant de toutes parts fur la rive
voifine des faints autels , les jeunes époufes
& les mères à cheveux blancs demandent
au Ciel la fin de leurs cruels travaux.
Au fon éclatant de l'hymne facrée fe
mêle un lugubre concert de voix lamentables.
Fille du Dieu qui réjouit les mortels
par fon heureux afpect , prêtez - nous d'en
haut une force falutaire : faites que ce
Mars infernal qui vient à notre rencontre
armé , non d'une pique ou d'un bouclier
d'airain , mais d'un feu dangereux : faires
, dis- je , que ce brûlant démon retourne
fur fes pas , & que, par une fuite précipitée
il courre fe jetter , ou dans le vaſte
abyme d'Amphitrite , ou dans les flots
orageux de la Mer de Thrace , vers ces
fauvages bords où l'hofpitalité eft ignorée
!
48 MERCURE
DE
FRANCE
.
Le cruel ne nous donne aucun relâche.
Le jour emporte ce que la nuit a laiffé.
O toi qui guides le cours violent des
éclairs enflammés , père des Dieux , grand
Jupiter , frappe ce Dieu barbare ! qu'il
périffe fous ta foudre !
Roi de Lycie , Apollon vengeur , puiffent
tes fléches indomptables , s'envolant
de dellus la corde de ton arc bandé pour
nous fecourir , réunir fur ce fier ennemi
leurs coups redoublés !
Rayons de Diane , rayons étincelans
que cette déelle a coutume de lancer lorfqu'elle
parcourt les hautes montagnes de
Lycie , j'implore votre fecours.
J'implore enfin le fecours du Dieu
qui porte fur la tête une thiare d'or , le
fecours de l'aimable Bacchus au teint vif
& enflammé . Puiffe - t'il , ce dieu tutélaire
, qui partage avec nous le nom de notre
commune patrie ; puiffe - t'il , armant
fa main d'une torche lumineufe , fuivi
d'un efcadron de Ménades , réduire en
cendres un dieu , l'opprobre & l'horreur
des autres dieux !
* Tranſition qui manque dans le grec & qu'il
eft néceflaire de fuppléer dans une traduction
françoiſe.
Second
SEPTEMBRE . 1772. 49
Second Entre - Acte.
Quel est donc ce criminel: que l'oracle
prophétique de Delphes vient de dénoncer
; cet affaffin dont les mains fanglantes
ont commis le plus exécrable de tous les
forfaits ? Il eft tems que, par une prompte
fuite,il précipite fes pas avec plus de violence
que les plus rapides courfiers .
Armé de foudres & d'éclairs , le fils de
Jupiter fond fur lui , traînant après foi les
Parques terribles & le trépas inévitable .
Une voix divine qui part des plus hauts
fommets du Parnaffe , & qui fe répand en
tous lieux ; une voix éclatante nous ordonne
à tous de découvrir au plutôt les
traces de cet homme obfcur.
Tel qu'un malheureux taureau qui a
perdu fa compagne , erre folitaire marche
à pas incertains : tel il s'égare , il fuit,
il court fe cacher au fond d'un bois fanvage
, dans quelque antre obfcur , fous
quelqu'affreux rocher. Il éloigne le plus
qu'il peut de fes yeux les oracles divins
établis dans le centre de l'Univers . Mais
les oracles immortels le fuivent par- tout,
& volent au tour de lui.
Cependant le fçavant Augure jette un
C
MERCURE DE FRANCE.
horrible trouble dans mon ame . Incertain
fi je dois croire ou ne pas croire , je ne
fçai que dire ni que penfer. Mon eſprit ,
comme fur l'aîle de l'Espérance , Hotte ,
voltige & ne fçait ou s'arrêter. De quelque
côté que je me tourne , rien ne fixe
mes regards.
Quel démêlé pourroit avoir eu le fils
de Polybe avec les Princes de la Maiſon
de Labdacus ? Jamais je ne l'ai ſçu juſqu'ici
, & j'ignore encore à préfent par
où commençant ma recherche , vengeur
zèlé de la mort obfcure de Laïus , je pourrai
parvenir à connoître la vérité de ce
qui vient d'être avancé publiquement
contre Edipe.
Il n'en eft pas des Dieux comme des
hommes ; Jupiter & Apollon font infaillibles
dans leurs jugemens. Ils voient
l'un & l'autre tout ce qui fe paffe chez
les mortels , Pour ce qui eft des hommes ,
il n'eft pas certain qu'un devin ait plus
de lumières que moi ni le vulgaire . Tout
ce que l'on peut affurer , c'eft que l'homme
peut furpaffer l'homme en fagelle &
en connoillance ,
Non , je ne fouscrirai jamais à la condan
nation d'Edipe , que je ne voie l'ac
SEPTEMBRE . 1772 . St
cufation vérifiée . Lorfque la fille aîlée *
apparut & fe rendit vifible en ces lieux ,
on vit éclater en même tems la profonde
fagefle d'Edipe . Cette ville a depuis
éprouvé la douceur de fon gouvernement
& fa clémence. Jamais un Prince fi vertueux
ne paffera dans mon efprit pour
criminel.
LE SINGE CHARLATAN.
UN
Fable.
N Singe un jour ſe mit en tête
De tenter du Public la curiosité ,
D'éprouver fa crédulité ;
309
Et, dans ce deflein, il s'apprête ,
A raflembler les animaux ;
Il leur dit à-peu- près ces mots :
Cette cau prodait une merveille
Qui mettra fin à tous vos maux ;
> En vous en frottant bien l'oreille
» Vous entendrez venir de loin ,
» Et fans vous donner d'autre foin ,
» Les chaffeurs qui vous font la guerre ,
» Fuflent- ils au bout de la terre. »
* Le Sphynx.
C ij
52
MERCURE DE FRANCE.
A peine eut-il dit fon fecret
Que chaque auditeur lui demande
L'eau qui produit ce bel effet:
A fes voifins chacun le mande ,
Et par-tout le bruit s'en répand.
Un vieux Lion , ſage & favant ,
Qui connut bientôt l'imposture,
Dit :«Vous croyez cet infolent !
» Commande - t'il à la nature ?
» Elle feule a formé nos ſens ,
Scule elle a preferit l'étendue
» De notre voix , de notre vue ;
» Et s'il paroît des impudens
30
Qui veulent en favoir plus qu'elle,
Ce n'eft jamais qu'à vos dépens ;
» Il faut enfermer la fequelle
כ כ
»De çes effrontés charlatans ,
» Et plaindre tous les ignorans
Dont ils ont brouillé la cervelle. »
Par M. Leclercde la Motte , capitaine au
rég. d'Orléans Infanterie.
SEPTEMBRE. 1772 . 53
CHANSON préfentée par une fille , enfant
d'onze mois & demi , à fa mère ,
IS Août , jour de fa fète. le
Sur l'AIR : Que ne fuis - je la fougère.
V OICI ta première fête
Que je vois , chère maman ,
Reçois par mon interprète
Le bouquet du fentiment.
Si ma langue embarraflée
Ne peut encor s'exprimer ,
Je t'adrefle ma penſée ,
Et je fçais déjà t'aimer.
Ma vive reconnoiſſance
Pourroit- elle éclater moins ?
Dès l'inftant de ma naiflance
Je fus l'objet de tes foins.
Ta prévoyante tendrefle
M'en prodigue nuit & jour ,
Jufqu'à ta moindre carefle ,
Tout m'annonce ton amour.
Que t'offrir en témoignage
De ce que reffent mon coeur ?
C iij
54
MERCURE DE FRANCE.
La foiblefle de mon âge
M'interdit cette douceur.
Mes efforts très- volontaires ,
Pour m'élancer juſqu'à toi ,
Sont des preuves trop légères
De ce qui fe paffe en moi .
Souvent ma main ſe promene
Sur ton viſage ou ton ſein ;
Ma bouche cherche la tieune ,
J'y relpire un air plus fain :
Dans mes bras fi je t'enlaffe ,
Le plaifir en eſt le fruit ,
Quel mouvement que je faſſe ,
C'estmon coeur qui le conduit .
Quand ta bonté maternelle
M'offre ton lait bienfaiſant ,
Je careffe ta mammelle ,
Je la preffe en la baifant.
Si je préfére la gauche ,
J'y trouve un fouverain bien ;
C'est qu'alors mon coeur s'approche ,
Je le fens plus près du tien.
L'enfant a l'habitude de ne vouloir têtèr que
du côté gauche , à moins que le befoin ne le force
d'accepter le droit.
SEPTEMBRE. 1772. 55
Grace à toi , ma tendre mère ,
Je u'ai rien pris d'étranger ;
Jamais d'un lait mercenaire
Je n'ai couru le danger.
Il eft un foin plus utile ,
Mon coeur te refte à former;
Ce coeur te fera docile
Pour t'imiter & t'aimer .
L'EXPLICATION du mot de la première
énigme du volume du mois d'Août 1772 ,
eft la Lune ; celui de la feconde eft le
Cercle ; celui de la troisième eft le Sommeil
; celui de la quatrième eft Rien . Le
mot du premier logogryphe eft Logogryphe;
on y trouve Hero , lyre , Phegor , ( le
priape des Moabites , ) Eole , Po , Pero ,
( fille de Nelée & de Cloris ) Og , ( géant
adoré comme un dieu chez les Phrygiens )
Phyrgo , ( nourrice des enfans de Priam)
oye , or , Pholoë , ( brodeufe Crétoife )
Pelio ( Mont de Theffalie ) Gorgo , ( temme
de Léonidas , Roi de Sparte) ; celui du
fecond eftFramboife , dans lequel on trou
vefraiſe , if, oife , ambre ,foire , ſavre , ris ,
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Ambroife , ambrofie , Amboife , Riom
Rome , io , re , mi , fa , mai , Roi , bras ,
air , Marie , oie ; celui du troiſième eſt Rateau
, dans lequel on trouve rat & eau.
EN
ÉNIGM E.
N Mars dernier je complettai cent ans ,
Et ma vigueur ne s'eft pas démentie.
Si je voulois , je montrerois des dents
Qu'avec grand foin je retiens en-dedans
Pour ne pas exciter l'envie.
Pour de l'efprit , j'ai celui de mon tems ,
Mémoire heureufe & bien fournie ,
Allez de goût , peu de génie :
Tout ce qu'on dit j'aime à le raffembler ,
Mais tu me tiens , lecteur , c'eft trop parler.
Par M. B.J
DE
AUTRE.
E mes foeurs je fuis la première.
Nous fommes deux fois douze . Un prince eft notre
père.
Veux-tu fçavoir, lecteur , où tu dois me chercher?
Je fuis en Allemagne , & tu peux m'y trouver.
Page
56.
A unejolie Femmejalouse.
Paroles de M.Sim...et musique deM.Tes...
Septembre
1772 Un coeur dans vos fers arrete,
Doit l'être pour toute la vi- - e
Bien- tôt son infideli -te
Du
repen?
-tir du repentir du repentir se: roit sui:
vi.....e , Et ce n'estpointala beau
-te etce n'est point à la beaute A connoi
tre lajalousie à connoi tre la
jalousi
De l'imprimerie de Recoquille, rue de la Hachette

SEPTEMBRE . 1772. 57
Je fuis toujours le Turc ainfi que la Ruffie ;
Mais cependant tu peux me voir en Dalmatic.
Je fuis utile à tous ; car , fans moi , point de pain
Je commence l'amour ; j'aide beaucoup au gain ;
Je préfère Paris au féjour de province ,
Cependant je ne fuis à la cour d'aucun Prince ;
Je ſuis toujours au camp & dans tous les combats
,
C'est ma valeur qui fait fubfifter les états .
Par M. de Boify.
RIEN
AUTR E.
IEN n'eſt égal à ma misère .
Un homme me fait & me vend ;
Un autre m'achete & me pend ,
Une corde , un clou font l'affaire.
Quand j'ai demeuré long- tems
Dans l'oubli , dans la pouffière ,
Je parois à la lumière
Pour fouffrir des maux plus grands.
Sur le carreau l'on m'expofe ;
L'on m'ouvre endeux ; & de la même main
Dans un foyer l'on cherche , l'on difpofe
Cent parcelles de feu qu'on verfe dans mon fein.
Pourconfommer enfin ce fupplice bizarre ,
Cv
58
MERCURE
DE
FRANCE
. On me traîne , on me poufle en un réduit obſcur
;
Après quoi mon maître barbare
De nouveau m'accroche à fon mur.
Par M. Gelhay.
AUTRE.
TANTÔT ronde , tantôt quarrée ,
En fer , en bois artiftement murée ,
Sombre ; en un mot , féjour de peur ,
D'inquiétude & de douleur :
Julqu'au moment de leur fupplice
Je fers à renfermer des êtres malfaifans
Qui ne cherchoient qu'à vivre avant que je les
prifle ,
Et qui vont à la mort alors que je les rends.
Par le même.
LOGO GRYPH E.
DES Des mortels inconftans frivole & vaine
idole ,
Je règne & je reçois de l'encens en tous lieux.
SEPTEMBRE . 1771. 59
Si l'on tranche mon chef, c'est moi qui l'offre aux
dieux ,
Et qui , très-dignement , leur porte la parole.
Par M. le Général.
AUTRE.
ENTIÈRE , lecteur , on me chanse ;
De mes lept pieds , les trois premiers
Sont livrés à la faux tranchante ;
On rafe les quatre derniers .
Par M. Houllier de S. Remi.
JE
AUTR E.
E fuis , chez l'écolier , d'aflez fréquent ufage :
Des douze pieds que j'ai , lecteur , fais le partage
;
Pour entrer & fortir cinq font d'un grand fecours
;
Le refte , en renaiflant , annonce les beaux jours.
Par M. G. D. R. Vicaire d'Effay.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE.
ENFANT d'un animal dont utile eſt l'eſpèce ,
J'ai fix pieds ; avec trois je fuis laid & mordant.
Avec quatre , lecteur , la brebis craint ma dent ;
Non ſeulement je mords , mais j'emporte la pièce .
Magueule jufqu'ici fait feule tout le mal :
Mais changez quelques piés , l'Afrique eft ma
contrée ,
Et je deviens alors un féroce animal
Dont la griffe & la dent font enſemble curée.
Par M. Bouvet , à Gifors
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Le Dépofitaire , comédie en vers , en cinq
actes ; par M. de Voltaire . A Genève ;
& fe trouve à Paris , chez Vallade , libraire
, rue St Jacques , vis - à - vis celle
des Mathurins , à St Jacques .
LE fonds de cette comédie est tiré des
mémoires du tems . Rien n'eft plus connu
SEPTEMBRE. 1772.
que l'hiſtoire du dépôt nié par un homme
très -grave & rendu par la célèbre Ninon.
Deux enfans naturels que Gourville a
eus d'une union fecréte & qui n'a point
eu le fceau des loix , ont été élevés chez
Ninon dans une maifon qui fait partie de
leurs biens . Douze mille francs qu'elle a
entre les mains , & deux cent mille laiflés
à M. Garant par un fidéi - commis compofent
la fortune de ces deux jeunes gens.
L'aîné , gâté par un pédant qui a étouffé
dans lui toutes les qualités fociales , enfeveli
dans l'étude & dans la retraite , en .
nemi du monde & des plaifirs , mène la
vie d'un mifantrope farouche , & en a le
ton & l'humeur. Le cadet au contraire eft
auffi gai , auffi diffipé , auffi livré à tous
les goûts de la fociété & de la jeuneſfe
que fon frère en eft éloigné . Il eft amoureux
de Sophie , fille de Mde Armand ,
logée dans une maifon voifine : Mde Armand
& fon mari font de bons bourgeois
de l'efpèce antique ; l'un ivrogne & affez
bon homme , l'autre acariâtre & pourtant
bonne femme . Gourville , pour plaire à la
fille,fait fa cour aux parens. Ninon le loue
de cette complaifance.
Ondoit (dit- elle) ſe plier à fouffrir tout le monde,
62 MERCURE DE FRANCE .
Les plats & lourds bourgeois dont cette ville
abonde ,
Les grands airs de la cour , les faux airs de Paris
Et nos bruyans feigneurs & nos faux beaux cfprits.
C'eſt un mal néceflaire , & que fouvent j'efluye.
Pour ne pas trop déplaire il faut bien qu'on s'ennuye
.
Ninon , qui goûte affez le caractère du
jeune Gourville , approuve fon inclination
pour Sophie , & lui prêche d'ailleurs
une morale douce & facile.
Changez de volupté , ne changez point d'amis .
Soyez homme d'honneur , d'efprit & de courage ,
Et livrez- vous fans crainte aux erreurs du bel
âge.
Quoiqu'en dife l'Aftrée & Clélie & Cyrus ,
L'amour ne fut jamais dans le rang des vertus.
L'amour n'exige point de raifon , de mérite.
J'ai vu des fots qu'on prend, des gens d'efprit qu'on
quite.
Je fus , & tout Paris l'a fouvent publié
Peu fidèle en amour , fidèle en amitié.
Elle rappelle les obligations qu'elle eat
autrefois à Gourville qui arrangea fon
bien. Elle voudrait affurer celui des deux
SEPTEMBRE. 1772 . 63
jeunes gens , dont M. Garant eft dépofitaire
; elle voudrait tirer de fes mains les
deux cent mille francs qui doivent être
partagés entr'eux . Mais M. Garant ne pa .
raît pas preflé de fe deffaifir . Le jeune
Gourville fe plaint & de fes lenteurs & de
ſes fermons.
Directeur d'hôpitaux , fyndic & marguillier ,
Il n'a daigné jamais avec moi s'égayer.
Il prétend que je fuis une tête légère ,
Un jeune diffolu , fans moeurs , fans caractère .
:
Oui , je fuis libertin , mais parbleu j'ai des moeurs.
Je ne dois rien , je fuis fidèle à mes promefles ;
Je n'ai jamais trompé , pas même mes maîtrelles.
Je bois fans m'ennivrer ; j'ai tout payé comp
tant.
Je ne vais point jouer quand je n'ai point d'argent.
Tout marguillier qu'il eft , ma foi je le défe
De mener dans Paris une meilleure vie.
Ninon lui répond :
Tout réuffit aux gens qui font doux & joyeux.
Pour Monfieur votre aîné , c'eſt un foux férieux.
Un précepteur maudit maîtriſant la jeunefle ,
Chargea d'un joug pelant fa docile faiblese ;
64
MERCURE
DE
FRANCE
.
De fombres vifions tourmenta fon efprit ,
Et l'âge a confervé ce que l'enfance y mit.
Il s'eft fait à lui- même un bien trifte esclavage
Malheur à tout efprit qui veut être trop fage !
J'ai bonne opinion , je vous l'ai déjà dit ,
D'un jeune écervelé , quand il a de l'efprit.
Mais un jeune pedant , fût -il très - eftimable ,
Deviendra , s'il perfifte , un être infupportable.
Ce qu'elle craint le plus , c'eſt l'afcen
dant qu'a pris M. Garant fur l'aîné .
J'aime les gens de bien ; mais je hais les cagots ,
Et je crains les fripons qui gouvernent les fots .
Elle n'a pas une extrême confiance dans
la probité du Marguillier . C'eft un homme
lourd , froid , compaffé , répétant toujours
des fentences triviales & mettant
toujours en cent paroles ce qu'on pourroit
dire en une. Il paraît ; on le preffe d'acquitter
enfin la promeffe qu'il a faite à fon
ami mourant , & de partager entre les
deux Gourville la fomme qui lui a été
remife. Il tergiverfe , ne nie point le dépôt
, ne l'avoue pas non plus , & prétend
que rien ne peut fe faire fans les gens des
loix . Ninon , impatientée , veut lui faire
voir comment on acquite un fidéi - commis
fans que les de loix s'en mê gens
SEPTEMBRE . 1772 .
lent. Elle envoie chercher une caffette où
font les douze mille francs de Gourville
le père; elle en envoie une partie chez l'aîné
de ces enfans , & l'autre chez le cadet.
M. Garant la tire à part , & lui fait entendre
qu'il y a du danger à remettre une
telle fomme entre les mains de jeunes
gens. Il lui dit du mal du jeune Gourville ,
& veut lui faire un crime auprès de Ninon
d'avoir féduit la petite Sophie . Ninon
, comme on s'en doute bien , trouve
le cas irrémiffible . Garant fort , & Lifette
qui revient de chez l'aîné Gourville , fait
un récit très -plaifant de l'accueil qu'elle
en a reçu.
Oh ! les fçavans font d'étrange nature.
Quel étonnant jeune homme & qu'il eft trifte &
fec !
Vous l'euffiez vu courbé fur un vieux livre grec.
Un bonnet fale & gras qui cachoit fa figure ,
De l'encre au bout des doigts compoſait ſa parure.
Dans un tas de papier il était enterré ,
Il fe parlait tout bas comme un homme égaré.
De lui dire deux mots je me fuis hafardée.
Madame , il ne m'a pas feulement regardée.
J'apporte de l'argent , Monfieur , qui vous eft dû.
Monfieur, c'eft de l'argent. Il n'a rien répondu.
66 MERCURE DE FRANCE.
Il a continué de feuillete :, d'écrire.
J'ai fait avec Picard un grand éclat de rire.
Ce bruit l'a reveillé . Voilà deux mille écus ,
Monfieur, que ma Maitreffe avoit pour vous reçus.
Hem ? qui ? quoi ? m'a t'il dit . Allez chez les notaires.
Je n'ai jamais , ma bonne , entendu les affaires.
Je ne me mêle point de ces pauvretés - là.
Monfieur , ilsfont à vous , prenez-les , les voilà.
Il a repris foudain papier , plume , écritoire.
Picard , l'interrompant , a demandé pour boire,
Pourquoi boire , a t'il dit è fi : rien n'eſt fi vilain
Que des'accoutumer à boire fi matin .
Enfia il a compris ce qu'il devoit entendre.
Voilà les facs , dit il , & vous pouvez y prendre
Tout ce qu'il vous plaira pour la commiffion .
Nous avons pris , Madame , avec difcrétion .
Il n'a pas un moment daigné tourner la tête ,
Pour voir de nos cinq doigts la modeſtic honnête
,
Et nous fommes partis avec étonnement ,
Sans recevoir pour vous le moindre compliment.
Avez-vous vu jamais un mortel fi bizarre ?
Gourville déclare en confidence à Ninon
qu'il écrit à Sophie fous le nom de
fon frère , des billets moraux qui puiflent
Homper la mère , fi hafard ils tompar
SEPTEMBRÈ. 1772. 67
boient entre fes mains. Ninon craint que
le mystère ne foit découvert : elle en rit
pourtant , & le quitte .
Les deux frères ouvrent enſemble le
fecond acte . L'aîné eft en habit noir , la
perruque de travers , l'habir mal boutonné
& un livre à la main . C'eſt le cadet qui
prêche fon frère.
N'es-tu donc pas honteux , en effet , à ton âge,
De vouloir devenir un grave perſonnage ?
Fu forces ton inftinct par pure vanité ,
Pour parvenir un jour à la ſtupidité.
Qui peut donc contre toi t'inſpirer tant de haine ?
Pour être malheureux tu prends bien de la peine .
Qui dirais tu d'un fou qui , des pieds & des
mains ,
Se plairait d'écraſfer les fleurs de fes jardins
De peur d'en favourer le parfum délectable ?
Le Ciel a formé l'homme animal fociable .
Pourquoi nous fuir pourquoi te refuſer à tout !
Etre fans amitié , fans plaifir & fans goût ,
- C'est être un homme mort. O la plaifante gloire
Que de gâter fon vin de crainte de trop boire !
Comme te voila fait ? le teint jaune & l'oeil creux !
Penfes-tu plaire au Ciel en te rendant hideux ?
Au monde en attendant foit très - fûr de déplaire.
Le jeune mifantrope reçoit fort mal les
leçons de fon frère , & lui en fait de très68
MERCURE DE FRANCE.
dures . Il débite gravement toute la morale
de M. Garant , & déclare qu'il eft
déterminé, plus quejamais , à fuirle monde.
Son frère l'embraffe en plaignant fa
folie & le quitte. Refté feul , le philofophe
Gourville relit le manuel d'Epitecte ,
& , comme Memnon , forme le deffein d'être
parfait.
C'eft bien dit ; oui , voilà le plan que je fuivrai.
Du fentier des méchans je me retirerai.
J'éviterai le jeu , la table , les querelles ,
Les vains amuſemens , les fpectacles , les belles.
Quel plaifir noble & doux de hair les plaifirs !
De le dire en fecret , me voilà fans defirs !
Je fuis maître de moi ; je ſuis bon , juſte , lage ,
Et mon ame eft un roc au milieu de l'orage.
Nous verrons bientôt que le projet
d'être fage ne réuffit pas mieux à Gourville
qu'à Memnon . Son ami M. Garant
vient le trouver, & l'engage d'abord à lui
remettre les deux mille écus qu'il vient
de recevoir ; ce que Gourville lui accorde
d'autant plus volontiers que l'argent
eft très- inutile aux fages . Enfuite le bon
M. Garant lui fait entendre que Ninon
donne du fcandale dans la maifon , & qu'il
faudroit l'en faire déguerpir. Il va jufqu'à
lui donner des foupçons fur les liaiSEPTEMBRE.
1772. 69
fons de Ninon avec le jeune Gourville,
Cependant l'aîné ne peut pas fe réfoudre
à chaffer de la maiſon une femme qui a
pris foin de leur enfance & de leur éducation
. Garant , toujours fertile en expédiens
, propofe de prendre fur lui tout
l'odieux de cette démarche , fi Gourville
veut lui faire une donation de la maifon
dont il promet de lui rendre l'acte quand
Gourville le voudra. Celui- ci accepte la
propofition , & Garant , qui a toujours en
poche encre , plumes & papier , la lui fait
figner fur le champ , & prend la clef de
l'appartement. Puis il l'envoie dîner chez
une Mde Aubert , qui eft la perle du
quartier , chez qui fe raffemblent des
docteurs , des fçavans & des gens vertueux.
Pendant qu'il y court , le bon M.
Garant prend ce moment pour le détruire
dans l'efprit de Ninon. Il lui apprend
qu'elle va être renvoyée de la maison . Il
paraît indigné de l'ingratitude de Gourville
l'aîné , & de la mauvaife conduite du
cadet. En conféquence il propofe à Ninon
un petit plan tout-à- fait louable. D'abord
il déshérite de fa pleine autorité les deux
jeunes gens qui ont encouru fa difgrace.
Enfaite il imagine qu'avec ces deux cent
mille francs , joints à fa fortune & à celle
70
MERCURE DE FRANCE.
de Ninon , on pourroit tenir une affezbonne
maifon dans Paris ; que Ninon , qui a du
crédit à la cour , pourroit lui obtenir un
brevet de fermier général , & il conclud
de tous ces arrangemens , qu'elle ne pour
roit rien faire de mieux que de l'époufer.
Ninon diffimule l'impreffion que fait fur
elle ce projet atroce & ridicule , & feint
même d'y confentir. Elle n'a pas beaucoup
de peine en impofer à M. Garant
qui , tout frippon qu'il eft , n'est qu'un
fot. 11 la quitte en lui difant : adieu, belle
Ninon . Elle répond fur le même ton .
Adieu , cher Marguillier.
C'eft la fin du ſecond acte.
Au troisième , Gourville l'aîné rentre
défefpéré. Mde Aubert , chez qui il devait
fe trouver des docteurs , des fçavans
& des gens vertueux , était encore au lit
quand il eft arrivé chez elle pour y dîner.
M. Aubert , en attendant qu'elle fe levât,
a propofé un trictrac au philofophe : celui-
ci qui a une haine effroyable pour
tous les jeux , a joué néanmoins & a perdu
tout fon argent & mille écus fur la
parole.
Aubert a reçu un billet de Garant qui
SEPTEM BRE. 1772. 71
lui marque que les docteurs ne viendront
que le lendemain , & qu'il l'attend chez
pour affaire preffée . Aubert eft forti
en faifant des excufes à Gourville . Il faut
l'entendre lui-même achever le recit de
fon défaftre .
lui
Madame Aubert paraît avec un air modeſte ,
Bien coëffée en cheveux , un deshabillé leſte ;
Un négligé brillant , mais qui paraît fans art .
* On a dîné par tout , dit-elle , il eft bien tard .
»Je vous propoſerais de dîner tête-à- tête ;
» Mais je vous ennuyerais. » J'accepte cette fête.
Le repas était propre & très- bien ordonné ,
Elle avait d'un vin grec dont je me ſuis donné.
C'eſt devant Lifette & Picard qu'il fait
cette confeffion . Lifette l'interrompt.
Vous avez oublié votre philofophie.
GOURVILLE.
Hélas ! oui. Ce vin grec la rendait plus jolie.
Madame Aubert tenait des propos enchanteurs ,
Que je n'ai jamais lus dans tous mes vieux auteurs.
Je l'écoutais parler ,je la voyais fourire
Avec un agrément que l'on ne peut décrire.
Le poifon le plus doux dans mes veines glifait.
72
MERCURE
DE FRANCE
.
J'étais hors de moi- même ; elle s'attendriſlait
, Nous nous attendriffions
. M. Aubert arrive.
Mde Aubert s'enfuit , a l'air d'être craintive ,
Comme une femme enfin prile avec un amant.
Moi , neuf en pareil cas , que faire en ce moment
?
Aubert eft un brutal , & craignant quelqu'efclan
dre ,
J'ai pris , fans dire un mot , le parti de defcendre
. Je fors en maudiflant
les Aubert , les Garants , Et donnant de bon coeur au diable les ſçavans. Ah Lifett:! ah Picard ! le fage eft peu de choſe !
pour
Un moment
après arrive le jeune Gourville
tout effrayé , implorant
le fecours
de Lifette
& demandant
pardon
à fon
frère. Il confie à Lifette
que Sophie
, per- fécutée
par fa mère , & mêine maltraitée
avoir refufé de fe marier
avec l'avocat
Placet , vient chercher
un afyle chez Ninon . L'avocat
Placet vient lui - même
quelques
momens
après , & s'adreſſe
à Gourville
l'aîné qui eft refté feul fur la fcène. Il lui demande
fa femme
qu'il prétend
s'être refugiée
dans la maifon
Gourville
ne fçait ce qu'on lui veut dire. L'avocat
Placet lui apprend
que Mlle Sophie
Armand
lui eft promife
; qu'on a découvert
les billets doux que lui Gourville
SEPTEMBRE . 177.2. 73
ville écrivait à Sophie en ftyle philofophique
; qu'on fçait que Sophie eft retirée
chez lui , & que s'il ne la rend à fa mère
& à fon futur , on va lui intenter un procès
criminel . Gourville , à qui la tête eft
prête à tourner , l'envoie à tous les diables
, & l'avocat fort en menaçant. Gourville
, demeuré feul , fait quelques réflexions.
Que voilà pour m'inftruire une bonne journée !
J'étais charmé de moi . Ma fagefle obſtinée
Se complaifait en elle , & j'admirais monvoeu
De fuir l'amour , le vin , les querelles , le jeu.
J'ai fort bien réuſſi . Je crois que mes bêtifes ,
Des plus grands libertins égalent les fottifes ."
Je suis , fans avoir tort , de tout point confondu ;
C'est là payer l'amande , ayant été battu .
Un bavard d'avocat , dans cette conjoncture ,
Veut me perfuader que j'ai pris fa future ,
Et me vient menacer d'un procès criminel .
Garant peut me tirer de cet état cruel ;
Garant ne paraît point , il me laille , il emporte
Jufqu'aux clefs de ma chambre , & je reſte à la
porte ,,
N'ofant dans mes terreurs ni fuir ni demeurer.
O lageffe , à quel fort as - tu pu me livrer !
Voilà donc le beau fruit d'une étude profonde!
Ah ! fij'avais appris à connaître le monde ,
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Je ne me verrais pas au point où je me voi ;
Mon libertin de frère eft plus fage que moi.
On entend un grand bruit dans la maifon
, & Picard vient lui dire que M. &
Mde Armand arrivent en fureur, & redemandent
leur fille à grands cris . Gourville
ne fçait où fe cacher, & Picard lui
confeille de s'enfuir au grenier : il y court
pour fe jeter , dit- il , par la fenêtre.
Le 4. acte nous repréfente Gourville
l'aîné , qu'apparemment on a découvert
dans fa retraite , pourfuivi par M. & Mde
Armand & par l'avocat Placet. Tous l'ac
cablent de reproches . Le jeune Gourville
fait affecir M. Armand auprès d'une table,
& lui fait apporter du vin. Le bonhomme
eft dès ce moment tout prêt à
verbalifer. Cependant les affaires s'embrouillent
de plus en plus . Le jeune
Gourville joue le rôle de conciliateur. Il ,
fait fortir fon frère pour le dérober à la
fureur de Mde Armand. Il repréfente à
cette femme le danger qu'il y aurait à
donner trop d'éclat à la fuite de fa fille.
Il convient de toutes les fautes de fon
frère , & pour les réparer, il offre d'époufer
Sophie . Mde Armand lui objecte qu'il
n'a rien. Il répond que de ce jour même ,
SEPTEMBRE. 1772 75.
il fçait de Ninon qu'il eft propriétaire de
cent mille francs qui font entre les mains
de M. Garant. A ce mot de cent mille
francs Mde Armand , tranfportée , lui ju .
re que Sophie eft à lui , & l'avocat Placet
eft éconduit avec des huées. Le jeune
Gourville fort pour aller tout préparer.
Comme M. Armand eft encore à boire ,
& fa femme à fe féliciter de fa bonne
fortune , arrive M. Garant qui lui parle
de fon mariage avec Ninon . Il lui en
fout compliment, & lui parlent à leur tour
du mariage de leur fille avec le jeune
Gourville , & des cent mille francs qu'il
doit lui remettre . M. Garant fe mocque
d'eux & de leur crédulité , & foutient que
les cent mille francs font imaginaires.
Mde Armand fort furieufe & fon mari
la fuit.
Ninon rentre au cinquième acte. Elle
fait tout ce qui s'eft paffé dans la maiſon ,
& prétend remédier à tout. L'aîné Gourville
, revenu de fes erreurs paffées , &
bien défabufé fur le compte de M. Garant
, demande excufe à Ninon des mauvais
procédés qu'il a eus à fon égard , &
qu'on lui avoit fuggérés.
1
Dij
76 MERCURE
DE FRANCE
.
NINON.
Ah ! vos yeux font ouverts .
Vous démêlez enfin ces elprits de travers ,
Ces cagots infolens , ces fombres rigoriftes ,
Qui penfent être bons quand ils ne font que trif
tes.
Allez , les gens
fens ,
du monde ont cent fois plus de
D'honneur & de vertus comme plus d'agrémens .
M. & Mde Armand reparaiffent , toujours
pour redemander leur file , & pour
éclaircir l'hiftoire des cent mille francs .
Les deux Gourville & M. Garant font
en même tems fur la fcène , & le dénoument
approche. Ninon tire à part M. Garant
qui est toujours dans l'erreur & plein
de confiance en elle. Elle lui repréſente
qu'il faur payer de paroles Mde Armand ,
& le conjure de fe prêter pour un moment
à l'expofé qu'elle va faire. Il y confent.
Alors elle rappelle que Gourville le père
ne pouvant , par la forme , rien laiffer à
fes deux fils qui n'étoient pas reconnus ,
avoit choisi pour légataire un homme de
bien , un homme d'honneur qu'il avoit
engagé, par une promeffe fecréte , à remettre
cent mille francs à chacun des
SEPTEMBRE . 1772 . 77
deux Gourville , elle ajoute que ces fortes
de dépôts , nommés fidéi cominis , font dé
fendus par les loix , & qu'il faut dans ce cas
que le légataire jure de garder la fomme
pour lui . Elle réclame le témoignage de
M. Garant qui jure en effet qu'il gardera
le tout . Alors Ninon inftruit la compagnie
de l'intention où était M. Garant, de
s'approprier la fortune des deux pupilles ,
& de l'offre qu'il lui avoit faite de l'époufer.
Garant commence à être troublé .
Ninon acheve , & leur apprend à tous que
Gourville le père , fur l'avis d'un de fes
amis , foupçonnant la bonne foi de Garant
, avait fait un fecond teftament qui
caffait le premier , & qu'il avait déposé
chez un notaire . Elle montre ce teftament
qu'elle vient de retirer , & où elle est nommée
légataire. Garant fort confondu : le
jeune Gourville eft promis à Sophie avec
cent mille francs , & Lifette & Picard
ont cinquante louis pour fe marier.
Tel - eft le plan de cette comédie . On
retrouve dans les morceaux que nous
avons cités , & dans plufieurs autres , la
main de fon illuftre auteur , dont le génie
& les longs travaux ont tant de droits
à nos refpects & à la reconnaiffance du
Public.
Diij
78
MERCURE
DE
FRANCE
.
Voyage en Californie pour l'obfervation
du Paffage de Vénus fur le difque du
Soleil , le 3 Juin 1769 , contenant les
obfervations de ce phénomène , & la
defcription hiftorique de la route de
l'auteur à travers le Mexique , par feu
M. Chappe d'Auteroche , de l'académie
royale des fciences ; rédigé & publié
par M. de Caffini fils , de la mêine
académie , directeur en furvivance de
l'Obfervatoire royal de Paris , & c.
vol . in- 4° . de 170 pag. avec des planches
gravées. A Paris , chez Charles-
Antoine Jombert , libraire , rue Dauphine.
Le voyage de M. Chappe à la Californie
fixoit depuis long tems l'attention
des fçavans . L'obfervation du paffage de
Vénus fur le Soleil , faite dans cette partie
de la Mer du Sud , était une des plus
importantes & des plus favorables pour
la détermination de la parallaxe du Soleil
. La nouvelle du fuccès complet des
opérations arriva enfin ; mais les fentimens
qu'elle devoit caufer furent bien
alterés par celle de la mort de cet aftronome
, que l'on apprit en même tems ,
& qui avoit fuivi de près l'époque de
D
SEPTEMBRE. 1772 . 79
l'obfervation. Les papiers de M. Chappe
ne parvinrenten France que vers la finde
l'année 1770. M. Pauly , à qui M. Chappe
les avoit confiés en mourant , les re-
• mit entre les mains de M. de Caffini le
7 Décembre , & le même jour ils furent
dépofés à l'académie. L'impatience du
Public à connoître le réfultat d'une obfervation
fi intéteffante , ne permit pas
de différer plus long- tems à l'en inftruire.
M. de la Lande publia dans la gazette
du 14 Décembre 1770 la parallaxe du
foleil déduite de l'obſervation faite à San-
Jofeph. Par cet empreffement à fatisfaire
la curiofité du monde fçavant , l'Académie
ne fe crut point difpenfée de faire
connoître & de mettre fous les yeux du
Public les détails circonftanciés d'une
obfervation fi importante à difcuter . M.
de Caffini fils fut chargé en conféquence
de mettre en ordre , de rédiger & de calculer
les obfervations que M. Chappe
avoit faites à San - Jofeph ; enfin de tirer
de fes manufcrits originaux tout ce qui
méritoit d'être publié. C'eft de cette commiffion
que M. de Caffioi s'acquitte
dans cet ouvrage.. Il nous donne d'abord
une relation du voyage de l'auteur . Ce
que le rédacteur a trouvé de relatif à cet
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
objet dans les papiers de M. Chappe , qui
lui ont été remis , étoit fi peu de chofe ,
qu'il n'auroit guère pu donner ici qu'un
journal itinéraire très - ftérile , fans les fecours
de MM. Noël & Pauly. Il a donc
fait ufage de ce qu'a pu lui fournir la
mémoire de ces deux compagnons de
voyage de M. Chappe , qui ont eu de
plus l'avantage de faire deux fois la même
route en allant & en revenant. L'on conçoit
la difficulté qu'il y a de décrire d'une
manière intéreffante des objets qui n'ont
point été fous nos yeux . On lira néan
moins avec fatisfaction plufieurs endroits
de cette relation . Le peu de féjour que
nos voyageurs firent à Mexico , capitale
du Mexique , les a empêchés d'en donner
une defcription un peu étendue . Cette
ville eft fituée fur le bord d'un lac & bâtie
fur un terrein marécageux traversé
d'un grand nombre de canaux ; toutes les
maiſons , en conféquence , y font bâties
fur pilotis. Le terrein s'affaiffe en plufieurs
endroits , & l'on y remarque quelques
édifices qui fe font enfoncés de plus
de fix pieds , fans que le corps du bâtiment
en ait été dérangé de ce nombre
eft la cathédrale. Les rues du Mexico
font très larges , tirées au cordeau , & fe
SEPTEMBRE . 1772.
81
coupent prefque toutes à angles droits .
Les maifons y font affez bien bâties , mais
peu décorées tant à l'intérieur qu'à l'exté
rieur ; leur forme , d'ailleurs , eft la même
qu'en Espagne . Il n'y point à Mexico
d'édifice fort remarquable. Le palais
du Vice-Roi donne fur une grande place
affez régulière , au milieu de laquelle eft
une fontaine . Ce palais eft bâti très folidement
; c'eft là fon feul mérite : il n'y
faut point chercher de décorations : fon
enceinte renferme trois cours aflez`belles
; dans le milieu de chacune eſt une
fontaine. L'hôtel de la monnoie qui eft
fitué derrière ce palais , eft un bâtiment
fort confidérable ; plus de cent ouvriers
y font occupés à convertir en piaſtres ,
pour le compte du Roi d'Efpagne , les
lingots & maffes énormes d'argent que
les particuliers, poffeffeurs des mines, vien- .
nent y apporter & échanger contre de
l'argent monnoyé . Ce qu'il y a de plus
fuperbement bâti font les églifes , chapelles
& couvents. Il y en a beaucoup à
Mexico qui font très- richement ornés ,
entre autres la cathédrale . On y remar
que au tour du maître- autel, nne baluftra .
de d'argent maffif ; & ce qui eft encore
plus précieux , une lampe dont le corps.
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
d'argent eft d'une fi grande forme , qu'il y
entre trois hommes pour la nettoyer :
cette lampe eft enrichie de figures , de
têtes de lion , & de différens ornemens d'or
pur. Les piliers de l'intérieur de l'égliſe
font tapiffés d'un fuperbe velours cramoifi
bordé d'une large franche d'or.
L'extérieur de la cathédrale du Mexico
n'eft point fini ; on craint en l'achevant
d'augmenter la maffe du bâtiment , qui
commence à s'affaiffer. On remarque trois
places principales dans la ville du Mexico
: la première eft la place Maïor , fur
laquelle donne la façade du palais ; celle
de la cathédrale , & le marché , qui eft un
doublé carré entouré de bâtimens . Cette
place eft au centre de la ville ; la feconde,
immédiatement à côté de celle - ci , eft
celle del Volador , où fe donnent les combats
de taureaux ; la troisième eft celle
del Santo Domingo : ces places font affez
regulières ; au milieu de chacune eft une
fontaine. Au nord de la ville , vers les
fauxbourgs , eft la promenade publique
ou l'Alameda : un ruiffeau coule au tour
en formant un carré affez vafte , au milieu
duquel est un baffin à jet d'eau , où
viennent fe réunir en étoile huit allées
d'arbres qui font en fert mauvais état , le
SEPTEMBRE. 1772. 83
terrein du Mexico y étant peu propre.
Cette promenade eft la feule qu'il y ait à
Mexico ; tous les environs de la ville
font marécageux & coupés d'un nombre
infini de canaux. A quelque pas & en face
de l'Alameda , eft le Quemadero ; c'eſt
l'endroit où l'on brûle les Juifs & autres
malheureuſes victimes du redoutable
Tribunal de l'Inquifition . Ce Quemade ;
ro forme une enceinte de quatre murailles
, qui renferment des fours , & pardeffus
lefquelles on jete ceux qui font
condamnés à être brûlés vifs par des juges
qui profeffent une religion dont la charité
eft le premier précepte.
L'Indien a le teint olivâtre , les yeux
& les cheveux noirs , la taille médiocre ,
la jambe groffe & fortement deffinée , le
nez écrasé. Les femmes ont à peu- près la
même couleur , & n'ont point la figure
agréable. Elles fe marient communément
à 9 ou dix ans , & ont des enfans jufqu'à
35 ou 40 ans ; il eft rare néanmoins qu'elles
en élèvent un grand nombre. La petite
vérole & la rougeole font deux maladies
très -communes dont il en réchap
pe très- peu , fur tout lorfque , pour les gué .
rir , les Indiens leur font prendre des bains
de fueur qui les font mourir prefque aufli .
Dvj
84
MERCURE
DE
FRANCE
.
tôt. Les mauvais traitemens des maîtres
de ces Indiens contribuent, autant que les
maladies , à détruire cette race ; & les mines
, à l'exploitation defquelles cn les
emploie, font tous les ans le tombeau d'un
nombre infini de ces malheureux . Les travaux
immenfes que l'on a faits à Mexico
pour faire écouler les eaux du lac , en ont
auffi fait périr plufieurs milliers ; de forte
que le Mexique n'eft plus maintenant
qu'un défert , en comparaifon de ce qu'il
étoit du tems de Montézuma , dernier
Empereur du Mexique .
Če Journal donne plufieurs autres notions
curieufes fur différens endroits de
la route fuivie par M. Chappe ; mais le
lecteur verra toujours avec peine la relation
de ce voyage fe terminer à l'endroit
où elle eût été la plus intéreffante , par les
lumières & les connoiffances nouvelles
qu'elle eût pu nous donner fur la Californie
. Il a été impoffible au rédacteur
de fuppléer ici , non plus que dans bien
d'autres endroits de cette relation , au
filence de l'auteur. Les perfonnes qui
l'ont accompagné n'ont pu lui donner à
ce fujet aucune notion particulière . Le
feul reffouvenir qu'elles aient apporté de
ce pays fi fatal, eft celui du trifte événeSEPTEMBRE.
1772. 85
ment de la mort de M. Chappe . Le récit
qu'on nous en donne ici ne pourra
manquer d'intéreffer le lecteur & rerouveller
des regrets bien mérités & bien
flatteurs à la mémoire de M. Chappe. 11
"
C
regnoit depuis quelque tems au village
» de San - Jofeph en Californie ( lieu
» choifi pour l'obfervation ) une maladie
"
contagieufe , qui avoit enlevé déjà un
» tiers des habitans , lorfque M. Chappe
» y arriva. Il eût été peut- être facile de fe
fouftraire à la contagion en fuyant de
» ce lieu , & allant s'établir plus loin vers
» le Cap San Lucas : c'eft ce que MM .
» les Officiers Efpagnols proposèrent
» d'abord ; mais il ne reftoit plus que peu
» de jours jufqu'au moment de l'obferva-
» tion , & l'on eût perdu , dans un nou-
» veau tranfport , des inftans infiniment
précieux . M. Chappe , moins fenfible
» au danger de fa vie qu'au malheur de
manquer fon obfervation ou de la faire
» incomplette , fignifia qu'il refteroit à
" San - Jofeph quoiqu'il dût en arriver.
» Chaque jour cependant , la mort moif-
» fonnant au tour de lui , l'avertiffoit du
danger qu'il couroit ; mais chaque jour
l'approchoit du terme de fes voeux , &
» M. Chappe n'étoit fenfible qu'à cet
>>
"
"9
"
"
86 MERCURE DE FRANCE.
» objet. La joie qu'il eur de l'avoir rem-
» pli fut , à la vérité , bientôt altérée par
» la vue du triſte ſpectacle dont il com-
» mença à être le témoin. Dès le 5 Juin ,
» c'eſt - à - dire , deux jours après l'obſerva-
» tion du paſt ge de Vénus , MM . Doz ,
» Medina , & tous les Efpagnols de leur
» fuite , au nombre de onze perfonnes
» tombèrent malades . Ce ne fur plus
» alors qu'une.conſternation générale : les
plaintes des mourans , le défefpoir de
» ceux qai fe voyoient frappés à leur tour
» de la maladie , & qui n'eſpéroient que
» le fort cominus ; tout confpiroit à ren-
» dre le village de San - Joſeph un lieu
» d'horreur . Quiconque a connu particu-
» lièrement M. Chappe n'a jamais re-
" marqué en lui que deux fentimens ;
» l'amour de la gloire & celui de l'hu-
» manité. Quelle fituation que celle où
» il ſe trouva alors , pour un coeur com .
» me le fien ! prefque le feul , entre tous ,
que la contagion fembloit refrectet
jufqu'à ce moment , il fe faifoit un
» bonheur de partager fes foins entre
tous les malheureux qui l'environ
» noient ; mais bientôt il fut lui - même
frappé de la maladie . Réduit à avoir
➡ beſoin de ces mêmes fecours qu'il don-
39
39
SEPTEMBRE. 1772. 87
>>
»
,
» noit un moment auparavant aux au-
» tres , M. Chappe ne trouva perfonné
" pour les lui adminiftrer. MM . Pauly
» & Noël étoient tombés malades avant
» lui , & fe trouvoient à toute extrêmité ;
» le feul domeftique de confiance étoit ·
» dans le même état : tout le monde en
» un mot , Indiens , Efpagnols & François
, ou le voyoit aux portes de la
» mort , ou bien s'y fentoit entraîné . M.
Chappe avoit apporté de France une
petite pharmacie & des livres de méde
» cine. Devenu médecin par occafion
» il avoit examiné les fymptômes de la
» maladie , & feuilletant enfuite dans ces
» livres , il y avoit cherché les remèdes
» convenables . Mais il fe trouva bientôt
» dans le même embarras que ceux qui
» confultoient autrefois les oracles , dont
» la réponſe obfcure renfermoit plufieurs
» fens fouvent contraires,, & ne les ren-
» doit pas plus éclairés qu'auparavant . En
» effet , M. Chappe fentant un point de
» côté violent , & ayant de tems en tems
» le tranfport au cerveau , les livres con-
» fultés ordonnoient la faignée ; mais ils
» la défendoient expreffément , & indi-
» quoient les purgatifs , dans le cas où la
» maladie feroit produite par un amas
88 MERCURE DE FRANCE .
»
"
">
» de bile : c'étoit précisément le plus dif-
» ficile à diftinguer. M. Chappe , à tout
» hafard , fe décida pour les purgatifs.
» Dans les momens de relâche , il étoit
obligé de préparer lui - même fes dro-
" gues : il n'ofoit fe fier à la feule per-
»fonne qui reftoit en fanté , parce que
quelques jours auparavant elle avoit
penfé empoifonner M. Noël , en pre-
» nant une drogue pour une autre. Telle
» étoit la fituation aftreufe de M. Chap-
» pe. Après trois jours d'accès confécutifs
, il prit deux médecines qui lui
firent les plus grands effets , & le foulagèrent
infiniment . Mais trop
en hardi
» par ce fuccès , pouffé d'ailleurs par un
zèle que nous oferons blâmer ici , puif-
» qu'il étoit imprudent , M. Chappe vou-
» lut , le même jour de fa feconde méde-
» cine , obſerver l'éclipfe de lune du 18
» Juin. Il eft inconcevable comment M.
»
93
ود
Chappe languiffant , accablé par les
» fouffrances , affoibli par les accès qu'il
» venoit d'effuyer , a pu donner à ce phé-
» nomène une attention fuivie , còmme
» l'auroit pu faire le plus habile obferva-
» teur dans la fanté la plus parfaite. M.
Chappe , à la vérité , put à peine ache-
» ver cette obfervation . Il lui prit une
SEPTEMBRE. 1772. 89
» foibleffe, ainfi qu'un mal de tête, qui ne
» le quitta plus ; fon tempérament ro-
» bufte combattit encore quelque tems ,
» mais ne fit que prolonger fes fouffran-
» ces : il voulut fe faire faigner ; fon in-
» terprète , chirurgien peu exercé , &
» d'ailleurs en mauvaife fanté , le man-
» qua ; mais , encouragé par M. Chappe
» lui - même , il réuffit à lui tirer quelques
» palettes de fang. Cette faignée ne fit
qu'augmenter le mal. Le foir même
» M. Chappe crut fentir une obſtruction ;
» il effaya de monter à cheval , & fut un
» peu foulagé : mais bientôt les accès de
» fièvre le reprirent , & le réduifirent
» dans l'état le plus fâcheux ; il fouffroit
» les douleurs les plus aigues , & man .
quoit de tour adouciffement. Le village
» de San-Joſeph n'étoit qu'un défert ; les
» trois quarts des habitans étoient morts,
» le refte avoit pris la fuite pour aller
» chercher un air moins empefté : mais
"
la contagion s'étoit déjà répandue au
» loin. C'eft dans cet abandon total que
» M. Chappe paffa les derniers momens
» de fa vie. Il expira enfin le premier
» Août 1770 , au milieu de MM . Pauly,
» Noël, & des autres perfonnes de fa
» fuite , qui avoient à peine elles-mêmes
"
90 MERCURE DE FRANCE .
» la force de fe traîner auprès de lui , de
» lui tendre les bras & de recevoir fon
32
"
dernier foupir. M. Chappe vit la mort
s'approcher avec la fermeté & la féré-
» nité d'un vrai philofophe. Le but de
» fon voyage étoit rempli , le fruit de fon
obfervation affuré ; il ne vit plus rien
» à regretter , & mourut content. Le Pu-
» blic & fes amis furent les feuls qui per-
» dirent à fa mort. Leurs regrets font au-
» jourd'hui fon plus digne éloge , & la
récompenfe la plus flatteufe de fes tra-
"
» vaux . »
Le détail des obfervations aftronomiques
que M. Chappe a faites à San - Jofeph
, relativement au pallage de Vénus ,
qui étoit le principal objet de fon voyage ,
eft placé à la fuire de la relation de ce
même voyage. M. de Caffini n'a rien
épargné pour donner à cette partie aftronomique
de l'ouvrage , la clarté , la précifion
& l'étendue que l'on pouvoit defirer.
Le volume eft terminé par un expoſé
curieux & inftructif des travaux qu'a occafionnés
depuis deux fiécles la recherche
de la parallaxe du foleil . Cerre parallaxe
eft la différence du lieu où le foleil nous
paroît, vu de la furface de la terré , au lieu
SEPIEMBRE. 1772 .
où il paroîtroit s'il étoit vu du centre du
globe ; ou , fi l'on veut , c'eft l'angle fous
lequel paroît le rayon de la terre , vu du
centre du foleil . Or l'on fent parfaitement
que cet angle doit être d'autant plus
petit que le foleil eft plus éloigné de
nous.
Ce même volume nous préfente l'extrait
d'un lettre de Don Jofeph - Antoine
de Alzate y Ramirez , adreffée à l'Académie
royale des fciences de Paris , & contenant
des obfervations intéreffantes fur
l'hiftoire naturelle des environs de la ville
de Mexico . Ces obfervations peuvent
fuppléer à celles que M. Chappe n'auroit .
pas manqué de faire . Don Alzate fait
mention à la fin de fa lettre , d'un fait fingulier
qui lui paroît avoir un grand rapport
avec les expériences électriques .
93
Dans une terre , nous dit - il , de feu
» Don Alonze de Gomez , fecrétaire du
» Vice - Roi , fiſe en la juriſdiction de
Singiuluca , au nord - eft de cette capi-
» tale , dont elle eft diftante d'environ .
» vingt - deux lieues , il y avoit an domeftique
perclus de fes deux bras , je
» ne fais fi c'étoit de naiffance. On l'occupoit
à garder des ânes . Revenant un
foir des champs à la maiſon , il fut fur-
"
99
--
92 MERCURE
DE FRANCE
.
"
"
pris par un orage furieux , & fe refugia
fous un arbre pour fe mettre à couvert
» de la pluie. Là il fut frappé d'un coup
» de foudre qui le laiffa quelque tems
» évanoui . Il ne fut point bleffé d'ailleurs ;
» au contraire , revenu à lui , il eut la fatisfaction
de fe trouver le libre ufage
» de fes bras & de fes mains . Le fait eft
fûr ; je le tiens d'un Eccléfiaftique d'une
probité reconnue , qui en fut témoin ,
» & auquel on doit d'autant plus ajouter
» foi , qu'il ignore abfolument ce que
» c'eft qu'électricité , matière électrique :
» il raconte le fait uniquement par fa
2 fingularité , fans prétendre l'appliquer
» à aucun fyftême phyfique. Les partifans
de l'électricité médicale pourront citer
ce fait en leur faveur : mais nous
croyons qu'il leur reftera toujours à prouver
que la guérifon obtenue par le paralytique
dont il eft ici queftion , eft entière.
ment due à l'action de la matière électrique,&
non à l'agitation ou à la forte émo
tion qu'à dâ produire chez le malade la
crainte du tonnerre .
28
Dictionnaire vétérinaire , & des animaux
domeftiques ; contenant leurs moeurs ,
leurs caractères , leurs defcriptions
SEPTEMBRE . 1772. 93
anatomiques , la manière de les nourrir
, de les élever & de les gouverner ,
les alimens qui leur font propres , les
maladies auxquelles ils font fujets , &
leurs propriétés , tant pour la médecine
& la nourriture de l'homme , que pour
tous les différens afages de la fociété
civile , auquel on a joint un fauna gallicus.
Par M. Buchoz , médecin - botanifte
de M. le Comte de Provence , &
médecin de quartier furnuméraire de
Sa Maifon , ancien médecin ordinaire
du feu Roi de Pologne , docteur agré
gé du collège royal , & de la faculté de
médecine de Nanci ; affocié de plufieurs
académies . A Paris , chez J. P.
Coftard , libraire rue St Jean - de-
Beauvais ; tome III , in 8 ° . petit format.
>
Le premier projet de M. Buchoz , en
publiant ce dictionnaire , étoit de donner
par ordre alphabétique l'hiftoire naturelle
de tous les animaux que la France nourit ,
afin
que ce dernier ouvrage pût fervir de
fuite à fon dictionnaire des plantes , arbres
& arbustes du royaume . L'auteur n'a
point abandonné ce projet ; mais il y a
⚫ fait des changemens pour la plus grande
utilité de ceux qui font leur occupation
94 MERCURE DE FRANCE.
de l'économie rurale. !! s'eft particuliètement
appliqué à donner des articles étendus
& fatisfaifans fur les animaux domef
tiques & fur ceux dont on peut tirer quel
que avantage pour la fociété. Ces articles
préfentent tout ce qui peut avoir rapport
à l'art vétérinaire , à la chaffe , à la pêche
& en général à toutes les connoiffances
néceffaires dans l'économie domeſtique.
Comme M. Buchoz n'a point négligé de
confulter tous les bons écrits publiés fur
ces différens objets , l'on peut regarder
ce dictionnaire comme un répertoire utile
de toutes les infuctions économiques
relatives aux animaux. L'auteur , pour
rendre ce dictionnaire auffi complet qu'il
peut l'être , s'eft réſervé de faire connoître
dans un fauna gallicus , placé à la fin
du dernier volume , les différens animaux
dont il n'aura pas été parlé dans le corps
de l'ouvrage .
Le libraire qui débite ce dictionnaire ,
prévient le Public que le troifième volame
que nous venons d'annoncer fe diftribue
gratis à ceux qui ont acquis les deux
premiers ; mais les avantages de l'acquifi .
tion actuelle n'auront plus lieu à la diſtri
bution du quatrième volume qui va pa- .
roître inceffamment.
SEPTEMBRE.. 1772. 95
Le Vignole moderne , ou Traité élémentaire
d'Architecture ; première partie
où font expliqués les principes des cinq
Ordres de J. B. de Vignole , compofés
& gravés par J. R. Lucotte ; vol . -in4°.
Vignole eft , de tous les auteurs qui
ont écrit fur l'architecture , celui dont on
a adopté en France , de préférence , les proportions
: fon traité des ordres eft regardé
comme un ouvrage claffique pour nos
jeunes architectes ; & il en a été publié
une multitude d'éditions de toutes fortes
de formats , parmi lesquelles on diftingue
celle donnée par Daviler qui a fait de cet
ouvrage un cours complet d'architecture ,
à l'aide des commentaires & des additions
qu'il y a joints. La différence entre le Vignole
de M. Lucotte & les autres , confifte
principalement en ce qu'il a diviſé en
trois parties l'ouvrage de cet auteur , que
jufqu'ici on ne s'étoit point avifé de ſéparer.
La première partie , qui eft celle
que nous annonçons , n'a pour objet que
l'ordonnance pure & fimple des cinq ordres
Tofcan , Dorique , Ionique , Corin
thien & Compofite , avec tous les détails
de leurs profils & de leurs moulures , développés
en 36 planches : & les deux au96
MERCURE
DE
FRANCE
.
tres parties comprendront leur applica
tion , c'est - à - dire , les proportions des
entre colonnes & des portiques , foit fans
piédeftaux , foit avec piédeftaux . Outre
ces explications particulières de chaque
planche , on trouve à la tête de ce livre ,
un difcous fur l'origine de l'architecture ,
où l'auteur a raffemblé à- peu - près ce qui
a été dit de mieux fut cette matière . On
y fait paffet en revue les divers procédés
employés jufqu'ici pour bâtir ; mais ce
qu'on y remarquera de fingulier , c'est que
M. Lucotte parle de toutes les anciennes
manières de bâtir que
Vitruve , architecte
d'Augufte , difoit être en ufage de fon
tems chez les différens peuples , comme
fi elles avoient lieu encore aujourd'hui :
on y lit qu'au royaume de Pont dans la
Colchide , on élève perpendiculairement
quatre arbres en carré qu'on garnit de terre
graffe , & qu'on lie enfuite avec des
pièces diagonales... Que les Phrygiens
creufent des folles circulaires au tour defquelles
ils élèvent des perches qu'ils lient
enfemble par le haut à la manière de nos
glacières... Que l'on fait voir encore
maintenant à Athènes les toits de l'Arcopage
faits de terre graffe , & dans le Capitole
à Rome , la cabane de Romulus
couverte de chaume , & c . & c .
Au
SEPTEMBRE. 1772. 97
Au furplus ce livre élémentaire , tel
qu'il eft , ne peut manquer d'être utile aux
jeunes élèves en architecture , d'autant
plus que les planches en font fort bien
gravées , & qu'elles nous ont paru cottées
avec exactitude . Il fe vend 3 liv. broché ,
à Paris , chez Quillau , libraire , rue du
Fouare ; chez l'auteur, rue St Honoré près
St Roch ; Bulder , marchand d'eftampes
quai de Gèvres , & Joullain , quai de la
Mégifferie.

Hiftoire des Ordres Royaux , Hofpitaliers-
Militaires de Notre Dame du Mont-
Carmel & de St Lazare de Jérufalem ;
par M. Gautier de Sibert , de l'académie
royale des infcriptions & belleslettres
; hiftoriographe defdits Ordres ;
vol. in 4°. de l'imprimerie royale ; &
fe trouve à Paris , chez Panckoucke ,
libraire , rue des Poitevins , hôtel de
Thou .
L'hiftoire d'un Ordre religieux-militaire
dévoué par état aux fonctions de
l'hofpitalité & au foulagement d'un peuple
d'infortunés qu'une maladie contagieufe
retranchoit de la fociété , doit pré- *
fenter peu de faits extraordinaires & pro
E
48
MERCURE DE FRANCE.
pres à fixer l'attention d'un lecteur avide
d'actions d'éclat . Cependant , quoique
l'efprit de bienfaifance dont cet Ordre
étoit animé lui fit fouvent préférer l'exercice
des vertus hofpitalières à la profeffion
des armes , qui , dans les circonftances
mêmes les plus légitimes , entraîne
les hommes à la deftruction de leurs femblables
, on verra fouvent les chevaliers
de St Lazare fignaler par des actions de
bravoure la confiance que les Rois de
Jérufalem leur avoient accordée . L'hiftoire
des premiers fiécles de cet Ordre fe
trouve liée avec celle des Rois de Jérufa
lem & des Croifades . L'hiftoriographe a
fçu profiter de cette liaifon pour jeter
plus d'intérêt dans fon tableau hiftorique
; mais il a eu foin d'éviter tous les
détails inutiles , & il a mis beaucoup de
précision dans ceux qu'exigeoient l'ordre
& l'objet de fon travail .
Quoique le mérite & le luftre de l'Or
dre de St Lazare n'empruntent rien de la
date plus ou moins reculée de ſon établiffement
, l'hiftorien n'a cependant pas
négligé ce qui a rapport à fon origine ,
parce que , parmi les inftitutions du même
genre , la prééminence du rang eft at
tachée à l'ancienneté. Il réfulte des faits qui
SEPTEMBRE . 1772 . 99
font ici rapportés , que l'exiftence del'Ordre
St Lazare , comme religion hofpitalièremilitaire
, a précédé l'inftitution de tous
les autres Ordres femblables ; ce qui eſt
confirmé par le recit de Panvinus. Nous
lifons , dans fon hiftoire chronologique
fous l'an 1119 , qu'alors il y avoit à Jérufalem
quatre Ordres de milices hofpitalières
; fçavoir , les Chevaliers de Saint
Jean , ceux du Temple , les Teutoniques
& ceux de St Lazare beaucoup plus anciens
que les précédens . On objectera
peut-être que ni les hiftoriens contemporains
, ni les chartres de ces tems ne donnent
le titre deChevaliers aux Hofpitaliers de St
Lazare; mais cette objection tombera d'el
le-même fi on fe rappelle , que l'ufage de
ces fiécles étoit de nommer fimplement
Hofpitaliers ou Frères ceux qui compofoient
les Religions militaires : c'eft ainfi
qu'étoient défignés les Chevaliers de St
Jean dans des tems poftérieurs , quoique
certainement on ne doutât pas qu'ils ne
faffent Chevaliers , en même tems qu'ils
étoient Hofpitaliers. Au furplus il exifte
des lettres patentes données en faveur de
l'Ordre par Henri II , Duc de Normandie
, depuis Roi d'Angleterre , dans lefquelles
ce Prince qualifie les Frères de St
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
Lazare , de Chevaliers de St Lazare de
Jérufalem .
Les lépreux ont toujours regardé St Lazare
comme leur protecteur , parce que ce faint
employoit fes biens principalement à faire
foigner ceux qui étoient affligés de la lépre
: c'eft aufli pour cette raifon que l'Or.
dre inftitué pour fe livrer au fervice & au
foulagement des lépreux , a pris le nom
de St Lazare. L'hiftoire qu'on nous donne
aujourd'hui de cet Ordre eft divifé en
quatre époques. La première , commençant
avec l'Ordre , finit en l'année 1254 ,
remarquable par la tranflation du grand
Maître & du chef-lieu de l'Ordre en France.
Le Pape Innocent VIII voulut unic
cet Ordre à celui de St Jean de Jérufalem
, & donna une Bulle en conféquence .
Les Chevaliers François s'y opposèrent :
l'union n'eut lieu que pour l'Italie . L'année
1489 , année où cette bulle fur don
née , termine la feconde époque . La troifième
s'étend depuis 1489 jufqu'en 1608 .
L'inftitution de l'Ordre de Notre Dame
de Mont Carmel par Henri IV , & fon
union avec l'ancienne Milice & Religion
de St Lazare , commencent la quatrième
époque qui renferme tous les événemens
des deux Ordres réunis depuis 1608 jul
SEPTEMBRE. 1772. JOU
qu'à nos jours. Le Roi rappelle & confirme
dans le brevet d'union , le droit
qu'ont les Chevaliers , quoique mariés ,
de jouir des penfions qu'il lui plaira de
leur accorder fur les évêchés , abbayes &
autres bénéfices à la nomination , confor
mément aux bulles des Papes . Dépais ce
tems , les Ordres de St Lazare & de Notre
Dame de Mont Carmel on continué d'ê .
tre réunis , fans cefler de fubfifter l'un &
l'autre , de manière que les graces qui
leur ont été accordées ont toujours été
communes , que le titre de grand Maître
de l'un a toujours été inféparable de celui
de grand Maître de l'autre , & que les
Chevaliers font également Chevaliers de
St Lazare & de Notre Dame du Mont-
Carmel. Cette union procure à l'Ordre
de St Lazare le double avantage d'être le
plus
plus ancien des Ordres militaires regu
liers de la Chrétienté , & d'être fpécialement
l'Ordre de l'augufte Maifon de
Bourbon. Les Papes concourant aux deſfeins
de nos Rois , ont reconnu & approuvé
de fait & de droit l'union de ces
deux Ordres , & la prérogative qu'ont les
Chevaliers de participer aux priviléges de
l'un & de l'autre. Henti IV s'étoit porté
d'autant plus volontiers à inſtituer l'Or-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
dre de Notre-Dame du Mout Carmel &
à le réunir à celui de St Lazare, que ce bon
Prince trouvoit dans les priviléges & les
prérogatives rendus communs à ces deux
Ordres,un moyen de plus de récompenfer
les Gentilshommes de fon royaume dévoués
à fon fervice & fideles à remplir
leurs devoirs. Les Rois , fucceffeurs de
Henri IV ont continué d'accorder leur
protection à ces ordres religieux - militaires
; mais la faveur la plus fignalée que
ces Ordres aient jamais obtenue , eft celle
dont Sa Majefté a bien voulu les honorer
en leur donnant en 1757 , pour grand
Maître , Mgr le Duc de Berri , aujour
d'hui Monfeigneur le Dauphin , & en
nommant pour gérent & adminiſtrateur ,
M. le Duc de la Vrilliere. L'Ordre de St
Lazare a repris fous le magiftère de cet
augufte Prince , un éclat nouveau , une
nouvelle confiftance . Les deux Puiffances
eccléfiaftique & féculière , dirigées par
des vues fages , lui ont uni & appliqué
les biens & les revenus des Ordres du St
Efprit de Montpellier & de St Ruf. Le
droit qu'ont fes membres de pofféder des
penfions fur les bénéfices , & tous leurs autres
priviléges ont été confirmés par des
lettres patentes. Monfeigneur le DauSEPTEMBRE
. 1772. 103
phin , après avoir honoré de fa bienveillance
les Ordres de Notre Dame du
Mont Carmel & de St Lazare , & leur
avoir faitobtenir plufieurs graces fignalées,
s'eft démis du titre de Grand Maître . Sa
Majefté voulant perpétuer la gloire & le
bonheur des deux Ordres , leur a accordé
un nouveau bienfait , en donnant cette
dignité à Mgr le Comte de Provence . Le
fçavant hiftoriographe nous prévient que
l'ouvrage étoit fini , & l'impreffion achevée
, lorfque le Roi a déclaré cette nomination
qui fixera le commencement d'une
nouvelle époque .
Cette hiftoire , écrite d'un ftyle noble
& foutenu , contient plufieurs recherches
hiftoriques ; elle eft accompagnée de pièces
juftificatives très propres à faire connoître
l'exactitude de l'hiftorien , & à donner
plus de confiance au lecteur fur les
principaux faits relatifs à l'Ordre qui lui
font ici préfentés . L'ouvrage eft très bien
imprimé & enrichi de gravures exécutées
avec foin. On voit en tête le portrait de
Mgr le Comte de Provence , grand Maître
actuel des Ordres de Notre Dame du
Mont-Carmel & de St Lazare de Jérufalem
, qui a bien voulu accepter la dédicace
de leur hiftoire.
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Mémoire fur la meilleure manière de faire
& de gouverner les vins , foit pour l'ufage
, foit pour leur faire paffer la mer,
qui a remporté le prix au jugement de
F'Académie de Marfeille en 1770 ; par
M. l'Abbé Rozier , chevalier de l'Eglife
de Lyon , de l'académie des fciences,
beaux arts & belles lettres de Lyon , de
Villefranche ; de la fociété impériale
de physique & de botanique de Florence
; de la fociété économique de Berne,
affocié à celle de Lyon , de Limoges ,
d'Orléans ; ancien directeur de l'Ecole
royale de médecine vétérinaire. A Paris
, chez Ruault , libraire , rue de la
Harpe ; 1 vol. in 8°. 3 liv. 10 f. br . ·
Il eft aifé de concevoir comment M.
l'Abbé Rozier a remporté le prix propofé
par l'académie de Marfeille , après avoir
obtenu deux ans auparavant à Limoges
la même couronne littéraire pour fon
mémoire fur la manière de brûler ou diftiller
les vins (1 ) . L'auteur développe
dans ce dernier ouvrage quels font les
* On trouve cet ouvrage à Lyon , chez les
Frères Périffe ; à Paris , chez Bailly , & Didot le
jeune , libraires , quai des Auguftins .
SEPTEMBRE . 1772. 105
principes conftitutifs des vins , & comment
l'art peut les convertir en efprit ardent
; & dans celui que nous publions , il
fait l'application des principes de cette
favante théorie à la manière de faire le
vin . Il y démontre vifiblement qu'il eft
aifé de bonnifier tous les vins , en fuivant
les procédés qu'il indique ; comment on
parviendroit à en rendre quelques- uns de
qualité fuperieure ; enfin qu'elles font les
précautions que l'on doit avoir & comment
reconnoître fi un vin n'a aucune
tendance à l'acidité ou à la pouffe , avant
de lui faire paffer la mer. Ces objets font
exactement difcutés & remplis dans les
neufchapitres qui compofent ce traité.
M. l'A. R. parle , dans le premier , du
terrein &de l'expofition convenables por
une vigne ; dans le fecond , du choix de
raiſins ; dans le troisième , du tems le plus
convenable pour vendanger ; dans le quatrième
, des foins néceffaires en mettant
le railin dans la cuve; dans le cinquième,
du tems auquel on doit tirer le vin de la
cuve , des moyens d'en connoître le point
préfixe , avec des expériences faites fur la
chaleur du vin en fermentation au moyen
du thermomètre ; dans le fixième , de la
manière de tirer le vin de la cuve , du
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
choix des tonneaux & de leur rempliffage
; dans le feptième , de la conduite du
vin depuis que le tonneau eft bouché juf
qu'en Mars ; dans le huitième , de l'action
de l'air fur le vin , des qualités qui conftituent
une bonne cave , & des moyens
d'y perfectionner le vin , même avec économie
; dans le neuvième enfin , des foins
qu'exigent les vins deftinés à paffer la
mer.
:
Cette marche eft fimple & naturelle ;
l'expérience eft toujours à côté du précep
te la chymie , la phyfique , l'agriculture
fe tiennent , pour ainfi dire , par la main.
dans cet excellent ouvrage mis à la portée
du cultivateur le moins inftruit.
Le zèle de M. l'A . R. mérite qu'on l'en .
courage , & qu'on lui fourniffe les moyens
de perfectionner une culture prefque igno.
rée en France , quoique fon produit forme
une principale branche de fon commerce.
On lit , page 24.
« L'abus & la variété prodigieufe des
différentes dénominations des raifins font
que , d'un village à un autre , les cultivateurs
ne s'entendent plus , & après cela ,
comment les auteurs qui traitent de la
vigne , prétendent ils qu'on les entendra ?
Les meilleurs ouvrages en ce genre feSEPTEMBRE
. 1772. 107
ront toujours inutiles tant que nous n'aurons
pas une nomenclature rapprochée
pour tous les raifins cultivés dans le royau
me. J'avois commencé cette pénible entrepriſe
lorfque je demeurois en province;
je comptois pouvoir la terminer pendant
mon féjour à Paris , & pour cela faire venir
, de tous les pays de vignobles , des
plans de chaque efpèce , & prier qu'on
m'envoyât avec foin les noms de chacune
féparément. Mon projet étoit de placer
tous ces ceps dans une même enceinte ,
de comparer leurs formes , de deffiner
leurs bois , leurs feuilles , leurs fleurs
leurs fruits , leurs grappes , enfin tout ce
qui pouvoit affigner un caractère botanique
& fixe. Alors chaque efpèce , après
avoir été confrontée avec toutes les autres
, auroit été défignée & caractérisée
par une phraſe latine; on lui auroir donné
le nom françois le plus généralement con.
nu , auquel on auroit réuni tout les noms
triviaux adoptés dans les différens cantons.
Par ce moyen unique , les vigne
rons fe feroient entendus & compris d'un
bout du royaume à l'autre , & alors les or
vrages fur la vigne feroient devenus uriles
. Je m'étois imaginé trouver des ref
fources auprès de quelques Seigneurs aux-

· E vj
105 MERCURE DE FRANCE.
quels je ne demandois qu'un arpent de
terrein dans les environs de Paris & dans
une bonne expofition ; mais mes espéran .
ces ont été trompées : j'attendrai que des
circonftances plus heureufes me fourniffent
les moyens de réalifer un projet que
je n'abandonne pas. »
Ce volume contient encore trois differtations
; la première eft fur les moyens
employés pour renouveller une vigne. Si
on fuivoit la méthode indiquée par l'auteur
, on ne feroit jamais dans le cas de
l'arracher ; M. l'A . R. le démontre par le
raifonnement & par l'expérience . Dans la
feconde il examine les ufages économiques
des différentes parties de la vigne.
C'est le phyficien qui apprend aux vignerons
à connoître l'ufage de ce qu'ils voient
toute l'année fans fe douter de fon utilité.
Dans la troifième enfin , M. l'Abbé
Rozier traite des vaiffeaux propres à renfermer
le vin. Tout propriétaire qui fait
cultiver par lui même, lira avec plaifir ces
trois differtations . Elles font très - inftructives
, & elles renferment des détails &
des points de vues économiques & curieux
.
On fouferit actuellement chez Ruault,
libraire , rue St Jacques , pour le Journal
SEPTEMBRE . 1772. 109
d'Obfervation fur la phyfique , fur l'hiftoire
naturelle , & fur les arts & métiers.
Le prix de la foufcription eft de 30 liv.
pour Paris , & de 36 pour la province ,
port franc. Ce recueil eft enrichi de gravures
en taille douce , & il en paroît 12
vol. par an. Nous lui avons fouvent donné
les éloges qu'il mérite.
Géographie élémentaire moderne & ancienne
, contenant les principes de la géographie
; une defcription générale du
globe , & une détail particulier de
l'Europe & de la France. Par M. Buache
de la Neuville ; 2 tom. in- 12. A
Paris , chez d'Houry , imprimeur - libraire
de Mgr le Duc d'Orléans , rue
Vieille Bouclerie , au St Efprit , 1772.
Cette géographie eft préfentée avec
beaucoup de méthode , écrite avec beaucoup
de clarté , très- inftructive & trèspropre
à l'éducation de la jeuneffe . Elle a
l'avantage , qui lui eft particulier , d'être
revêtue de l'approbation de l'Académie
des fciences , & l'on ne peut mieux faire
connoître & annoncer ce bon livre
qu'en rapportant le jugement même qu'en
ont porté les Commiffaires , MM . de
Montigni & de Caffini fils.
110 MERCURE DE FRANCE.
Le manufcrit de cet ouvrage ( difent
les Commitfaires ) avoit déjà été
examiné en 1766 , par MM . Bezout &
Pingré , qui en avoient rendu un jugement
favorable. Différentes circonftances
en ayant fufpendu l'impreſſion jufqu'à ce
jour , l'auteur a profité de ce délai pour
étendre & perfectionner fon ouvrage ;
fans changer l'ordre des matières , & la
méthode qu'il avoit fuivie d'abord , il eſt
entré dans de plus grands détails, lorſqu'il
les a cru néceffaires pour l'intelligence .
Dans la première partie , qui comprend
la géographie aftronomique , on trouve
les notions préliminaires de l'aftronomie
applicable à la géographie. L'auteur y indique
les fecours que cette dernière fcience
emprunte de l'autre , & donne en même
tems une idée générale du monde entier
& des différentes parties qui le compofent.
Dans la feconde partie , qui comprend
la géographie phyfique , l'auteur confidère
la terre en elle - méme , fait voir la difpofition
naturelle des terres & des mers ,
les fuites ou chaînes de montagnes , leur
rapport avec les différens fleuves & riviè
res , le partage des continens en différen •
tes parties de terreins inclinés vers les
mers & vers les fleuves , & de même le
SEPTEMBRE . 1772 . II[
partage des mers en différens baffins .
L'auteur n'avoir donné , dans fon manuf
crit , qu'une idée générale de cette confidération
géographique ; mais dans l'ouvrage
imprimé , il la développe avec plus
de clarté & de précision .
La troisième partie , que l'auteur défigne
fous le nom de géographie politique,
eft celle où il il a fait le plus d'augmentation
, fur- tout dans le fecond volume, qui
comprend l'Europe & la France , qui nous
font les plus intéreffantes à connoître .
L'auteur a fuivi ici la méthode de Gordon
dans fa géographie angloiſe , & lui a donné
la préférence fur la forme de voyage
qu'il avoit d'abord adoptée . Cette métho
de de Gordon confifte à traiter féparément
les différens objets qu'il y a à expofer
fur chaque pays , tels que fa fituation ,
fes qualités , fes productions , & c . en indiquant
à la tête de chaque article ce dont
il y eft queſtion.
L'auteur a auffi ajouté dans fa géographie
l'article des révolutions , pour fervir
d'explication à la mappemonde hiftorique
, chronologique & généalogique de
M. Barbeau de la Bruyère. Enfin , pour
rendre fon traité complet , & principalement
utile aux jeunes gens pour qui il est
112 MERCURE DE FRANCE.
compofé , M. Buache y a joint un traité
abrégé de la géographie ancienne , qui eft
l'explication de l'Orbis vetus , & du Theatrum
hiftoricum de M. de Lifle.
Les augmentations que nous venons
d'expofer, & dont M. Buache à enrichi
fes élémens de géographie , ne peuvent
que confirmer le témoignage avantageux
que les Commiffaires de l'Académie en
avoient déjà porté , & auquel nous nous
empreffons de foufcrire.
Lucie , ou les Parens imprudens , drame
en cinq actes & en profe , repréſenté
fur le théâtre de Bordeaux , le 14 Mars
1772. Par M. Collot d'Herbois , Comédien
du Roi , dans la troupe de
Mgr le Maréchal Duc de Richelieu . A
Bordeaux , chez Chappuis & Phillippot
, imprimeurs libraires , far les Foffés
vis -à- vis l'hôtel de ville.
Un jeune Officier , nommé Fronteuil ,
prend le nom de Germain , & fe préſente
pour domestique chez les parens de Lucie
qu'il aime & dont il eſt aimé. Il fe flatte
qu'à la faveur de ce déguifement il fera
plus à portée d'écarter les obftacles qui
pourroient s'oppofer à fon mariage avec
fa chère Lucie. Il eft favorisé dans fon
SEPTEMBRE. 1772. 113
· ·
intrigue par Francoeur grenadier , qui a
fervi fous lui , & qui , après avoir reçu
fon congé , s'eft vu dans la néceffité, pour
De pas planter des choux ( c'eft fon expreffion
) d'être valet de chambre de
M. de Franceval , père de Lucie . Tout
fembloit d'abord favorifer les efpérances
des deux jeunes amans , lorfque Lucie apprend
que fes père & mère lui ont deſtiné
pour époux M. de Saint- Fleuriffe , auquel
ils ont les plus grandes obligations. Madame
de Franceval , qui regarde Lucie
moins comme fa fille que comme fon
amie , veut l'inftruire des motifs de fa
conduite. Comme cette confidence fait le
noeud de la pièce ; comme elle peut faire
connoître jufqu'à un certain point le degré
d'intérêt qui y eft répandu ; nous la
mettrons fous les yeux du lecteur . Lucie ,
prévenue par fa paffion pour Fronteuil ,
n'a point appris , fans une vive émotion ,
fon union projetée avec M. de Saint- Fleuriffe
. Il faut , lai dit fa mère , t'inftruire
» des raifons qui nous preffent de conclu-
» re ce mariage : Oui , ma chère enfant ,
» je vais te dévoiler des myftères éronnans
; puiffes- tu fans ceffe te les retra-
» cer , pour te garantir des foibleffes de
» notre fexe! Je t'ai donné des inftructions
14 MERCURE DE FRANCE.
n
que l'on refufe ordinairement aux filles
» deton âge; que ma confiance ferveàte pré-
» ferver des piéges dans lefquels le défaut
» d'expérience engage les jeunes perfonnes
» auxquelles on fait un mérite d'une igno-
» rance défavouée par la nature : puiffe
» enfin mon exemple re fervir de leçon !
» Ce n'est point une mère , c'eſt une amie
» qui va te faire partager tous les chagrins
» qu'elle à effuyés; c'eft de toi que dé-
» pend fa félicité ; c'eſt toi qui vas déci-
» der le destin d'un père & d'une mère
» qui t'adorent..... Affeyons nous. Tu
» croiste connoître , mon enfant , & cepen-
» dant tu ignores le fecret de ton exiſten-
» ce . Le nom que tu portes , le mien ,
» celui de ton père , font des voiles arti-
» ficieux employés par le crime , pour
» nous dérober aux juftes pourfuites des
» loix & de la nature.
LUCIE , avec candeur , par le crime !
Maman , vous en êtes incapable .
·
Mde DE FRANCEVAL , fait tous les dé-
» tails fuivans avec attendriffement . Ecou
" te moi , je te pie , avec attention : l'a-
» veu qu'il faut que je te faffe demande.
» de ma part un recueillement & des ré-
» flexions qui me coûtent , aie de moi
» affez de pitié pour ne pas m'en diftraire.
"
SEPTEMBRE. 1772. 115
Le vrai nom de ton père eft Vorcelles;
» il étoit au fervice il y a dix - huit ans ;
» il vint en fémeftre dans notre provin-
» ce , chez un de fes oncles . Le château
""
»
qu'il habitoit , & celui de mon père
» étoient voisins . La chaffe , les amufe-
» mens , rendirent bientôt Vorcelles &
» mon père inféparables ; il ne quittoit
» pas notre maifon ; plufieurs petites fè-
» tes , des cadeaux de peu de valeur , éta-
» blirent d'abord entre lui & moi une
» liaifon de galanterie , qui avoit l'air d'un
badinage : le coeur y prit infenfiblement
intérêt ce qui n'etoit qu'un jeu , devint
une habitude que nous n'aurions pu
rompre qu'avec douleur . Mon père
étoit charmé des attentions que Vor-
» celles avoit pour moi , il s'amufoit de
»l'inclination que nous prenions l'un
n pour l'autre. Il m'ordonnnoit d'aimer
" Vorcelles , je ne lui obéis que trop fa-
» cilement. Nous paffions des journées
» entières fans nous quitter ; Vorcelles ,
» auffi retenu que tendre , auffi prudent
» que paffionné , me faifoit connoître un
refpect égal à fon amour. S'il lui échapoit
une indifcrétion , il s'en punifloit
» rigoureufement le premier. Une mala-
» die légère qui lui furvint , l'avoit éloi-
"
"
116 MERCURE DE FRANCE.
19
gné plufieurs jours ; fa fanté rétablie , il
» parut. Ce moment fut le premier oùje
» fentis combien il étoit néceflaire à mon
» bonheur. Un doux raviffement s'em-
» para de tous mes fens , lorfque je le re
» vis ; il me confolait des inquiétudes
» qu'il m'avoit données : les efforts que je
faifois pour lui cacher tout le plaifir que
» me caufoit fon rétabliſſement , lui décé
loient un trouble & one palpitation de
» coeur qu'il fembloit partager... Nos re
gards , animés par la volupté , fe ren-
» controient pour fe confondre ; nos ames
» tremblantes , & réunies par le fenti-
» ment , laiffoient échapper des foupirs
qui fe concertoient pour ma défaite...
» Le délire de l'amour nous failit... Vor-
» celles s'égara.. je devins foible ... &
» ma fenfibilité me coûta ma vertu.
"
"
LUCIE , avec douceur , Ah! ma mère.
" Mde DE FRANCEVAL . Les regrets ,
» les remords auxquels nous fumes en
proie , ne peuvent fe dépeindre ; je t'é
pargnerai les détails du défefpoir qui
fuivit notre imprudence ; là honte
» ſembloit attachée aux pas de Vorcelles
» & aux miens ; nous n'ofions nous ren-
» contrer; il redoutoit ma préfence , & je
fuyois la fienne . Mon malheur n'étoit »
SEPTEMBRE. 1772. 117
"
"
pas aux comble ; deux mois pallés dans
» la douleur , n'avoient point expié ma
» faute ; je m'apperçus avec effroi des
fuites cruelles qu'elle devoit avoir : l'inf-
» tant fatal de notre égarement m'avoit
» rendu mère. Epuifée de larmes , acca-
» blée de déſeſpoir , j'invoquai mille fois
» la mort : j'étois refervée à des tourmens
*
plus cruels ; mes maux devoient aug-
» menter , & j'étois deſtinée à les foure-
» nir. L'oncle de Vorcelles réveilla un
» procès que mon père avoit mal terminé
; l'entrée de notre maifon fut défen-
» due à fon neveu ; mon père crut le pu-
»> niren difpofant de ma main ; un de fes
» amis qui lui en avoit fait la demande ,
» fut choisi pour mon époux ; je fus fa-
» crifiée à la vengeance ; le mariage alloit
» fe conclure ; ma fituation étoit affreufe;
Vorcelles étoit inftruit de mon état;
» fon honneur , fon amour , lui infpirè-
» rent un deffein que la néceffité me fit
approuver. Il vendit fa compagnie , &
» me propofa fecrétement d'aller dans
un climat étranger unir notre deſti-
» née & nos malheurs : féduite , touchée
de fon procédé , forcée par les
» circonftances , j'abandonnai mon père
» pour fuivre mon amant... Nous
"
·
118 MERCURE DE FRANCE.
» voulions paffer en Angleterre ou en
Hollande ; mais des obftacles que nous
prévîmes , nous firent décider pour l'Ef-
» pagne ; nous y arrivâmes heureuſe-
"
» ment. »
Cette fcène eft interrompue par Francoeur
, qui veut faire tenir à Lucie une let
tre de fon amant. On le fait fortir..
,
LUCIE , Continuez , ma tendre mère
» je vous ai cauſé bien des chagrins dès
» ma naifance.
" Mde DE FRANCEVAL , Tu peux tout
» reparer , ma chère fille ; je t'ai dit , je
» crois , que nous fumes en Eſpagne ; no-
» tre premier foin fut de rendre légitime
une union jufqu'alors criminelle ; ton
père prit le nom de Franceval ; nous
» étions à Cadix ; un négociant rechercha
» notre connoiffance , ( c'étoit le frère de
» Saint Fleuriffe. ) Tu l'as vu plufieurs
» fois . L'amitié & les foins de cet honnête
» homme nous founirent des moyens
» avantageux de faire valoir les fonds qui
» nous étoient reftés. Le Ciel parut enfin
» touché de nos peines ; tout nous devint
profpère ; nous nous trouvâmes au bout
de quelque tems à la tête d'une fortune
confidérable. Rien n'auroit manqué à
» notre contentement , fi les remords
19
SEPTEMBRE. 1772. 119

«
» nous euffent laitfé jouir en paix des
» biens de la fortune ; mais l'idée de mon
père , fi cruellement abandonné , me
perfécutoit. Les pourfuites qu'il fit con.
» tre nous , mirent le comble à ma dou-
» leur. Nos précautions continuelles nous
» confervèrent ignorés .
"
» LUCIE , Mais maman , mon père ne
» ceffa donc pas un inftant de vous ai-
» mer... Ses fentimens furent toujours
» les mêmes ; ne vous a -t'il jamais donné
» les chagrins que doit caufer l'inconftan-
» ce? Vous a - t'il toujours chérie autant
» que vous méritez de l'être ?
"
ود Mde de FRANCEVAL, S'il eût changé
, ma fille , je n'aurois pu foutenir la
» vie ; nous ignorons encore l'amertume
» & l'embarras d'un reproche ; je ne lui
» en ai jamais fait , il n'en a jamais mé-
» rité . Depuis feize ans , la conftance de
» notre union n'a point été altérée . Tu
» fais qu'il y a un an que nous avons quit-
» té Cadix ; Saint Fleuriffe étoit venu
» voir fon frère , ton père fe confia à lui ;
» c'eſt le premier qui ait partagé nos pei-
» nes , & il nous a prouvé qu'il en étoit
digne : il nous a acheté le château où
» nous fommes, il s'eft chargé d'aller lui-
→ même chez mon père , il s'y eft annon-
"
"
120 MERCURE DE FRANCE.
39
33
» cé comme notre gendre , nos intérêts
» font devenus les fiens. Il a follicité une
» réconciliation dont tu dois être le prix ,
» il vient réclamer un bien dont il a déjà
» pris le titre : oui , ma chère fille , c'eft
» toi qui dois cimenter une paix de laquelle
dépend ma tranquillité ; mon
père , jufqu'à préfent inexorable , eft
déjà provenu de tes charmantes quali-
» tés , il ne pourra réfifter à tes careffes ;
» il ignore que nous fommes en France ;
» tu faifiras , pour le lui apprendre , le
» moment où il te ferrera dans fes bras.
"
ود
"
Les larmes de fa joie deviendront le
» fceau de mon pardon ; le charme de la
» nature , ranimant fa vieilleffe , ne lui
laiffera pas la force de fe rappeller mon "
» crime.
"
LUCIE , avec attendriffement. Ah !
» maman , puillé- je être digne...
»
» Mde DE FRANCEVAL. Adieu , ma fille,
je fuis trop émue pour t'en dire davan-
» tage , & tu dois avoir befoin de ré-
Alexions. Embraffe-moi , ma chère en-
» fant ; fi l'amour a caufé nos malheurs ,
fonge que c'est toi qui dois nous les
faire oublier.
30
"
»
"
LUCIE ,feule. Et je pourrois trahir fa
» tendreffe , je pourrois réfifter à des fol
» licitations
SEPTEMBRE. 1772. 121
" licitations auffi touchantes ... Ah ! Ger-
» main... Germain... par quel enchan-
» tement as- tu pu me conduire à douter
» de mon obéiſſance ? Ces foins dange-
>> reux que tu me rends avec tant d'empreffement...
ces complaifances que je
» me reproche , & dont je fens la confé-
» quence... ce langage touchant dont tu
» fais depuis quatre mois ton étude , ces
» charmes que tu emploies , pour me féduire
, pourroient - ils me faire oublier
» des devoirs fi chers , fi refpectables ?
Lucie les oublie cependant ces devoirs
, & s'éloigne avec fon amant de la
maifon paternelle. Elle fait voir par fon
exemple que le plus grand malheur qui
puiffe arriver à une jeune perfonne eft de
retirer fa confiance à fes père & mère , &
d'avoir pour eux des fecrets . Privée par
ce moyen des confeils des perfonnes les
plus intéreffées à fon bonheur , comment
fe préfervera -t - elle de tous les piéges
tendus à fa vertu ? L'auteur du drame n'a
cependant point rendu la faute de Lucie
auffi funefte pour elle , que cette faute
pouvoit l'être. La fidélité de fon amant ,
la générosité de Saint- Fleuriffe qui ne
ceffe de fe montrer l'ami de la famille
la rendre le des père & mère de Lucie
F
122 MERCURE DE FRANCE.
tout femble concourir à réparer l'impru
dence de cette jeune perfonne, La conduite
que M. & Mde de Franceval tiennent
ici envers leur fille eft une excellente
leçon pour ces pères & mères qui , oubliant
qu'ils ont eu eux - mêmes befoin
de l'indulgence de leurs parens , fe refufent
conftamment au plaifir le plus ſenſi
ble pour un coeur paternel , celui de pardonner
à un enfant qui reconnoît fa
faute.
Il y a des fituations dans ce drame ,
fituations que l'auteur auroit pu rendre
plus intéreffantes en écartant de fa fable
tous les acceffoirs qu'il y a fait entrer
pour donner plus d'embonpoint à ſa pièce,
& qui ne fervent le plus fouvent qu'à
rendre l'action plus compliquée , & a dif
traire le fpectateur de la peinture des
fentimens qu'on lui offre. Les caractères
d'ailleurs font foutenus & affez bien variés
. Celui de Francoeur , qui joue un des
principaux rôles dans ce drame , plaira
par quelques traits d'une touche originale.
C'est un vieux foldat , brufque , téméraire
; mais plein de franchiſe , & dont
les manières rudes inſpirent néanmoins
la confiance.
L'auteur a diftingué par des guillemets
SEPTEMBRE. 1772. 123
plufieurs endroits de fa pièce qui ont été
retranchés à la repréſentation ; le goût auroit
dû lui confeiller de les fupprimer pareillement
à la lecture.
Le Spectateur François . On foufcrit pour
cet ouvrage , chez Lacombe , libraire ,
rue Chriftine. La foufcription eft de
9 liv . pour Paris , & de 12 liv . pour la
province pour quinze cahiers francs de
port . Les perfonnes qui n'ont pas foufcrit
, & qui voudront avoir les quatrè
volumes , déjà publiés , les recevront
moyenant 12 liv . francs de port .
Il fembloit qu'une nation légère dans
fes idées , aimable dans fes plaifirs
enjouée jufque dans fes peines , ne pût
être obfervée que par des efpions ; en
effet nous avons vu l'Efpion Turc , l'Efpion
Chinois , jouir d'une célébrité humiliante
; de tous les auteurs qui ont
pris le Spectateur Anglois pour modè
le , M.
de
Mariveaux
eft
le
feul
dont
on
ait
lu
l'ouvrage
; fa
plume
étoit
dans
fes
mains
un
pinceau
fi
délié
qu'elle
a
toujours
féduit
l'oeil
du
goût
. Néanmoins
fon
Spectateur
est
peut
- être
encore
de
toutes
les
productions
celle
qui
a
eu
le
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
moins de fuccès . C'étoit , comme on le
voit , une entrepriſe bien téméraire que
la continuation d'un ouvrage que fon
nom feul fembloit retenir dans l'obfcurité.
Combien de gens ne le regardoientils
pas comme un de ces végétaux qui
dégénèrent lorfqu'ils font tranfplan: és
fous un autre climat? Les auteurs n'en ont
:
été que plus ardens , que plus attentifs à le
cultiver ; leurs foins n'ont pas été infruc
rueux , ils ont vu fortir du fein d'un fol
aride cette plante fi long- tems malheureufe
& inconnue. Pas un de ceux que le
goût conduit dans le champ de la littérature
ne l'a dédaignée . M. de Voltaire
après l'avoir obfervée , en a fait l'éloge.
On a lieu de croire que les auteurs ne
poferont pas de long-tems la plume, puifqu'ils
annoncent qu'ils ne cefferont d'écrire
que lorfque les hommes cefferont
d'être inconféquens , frivoles & infenfés.
Un ouvrage qui porte fur la folie humai
ne doit avoir une durée éternelle : il ne
manquera jamais par le fondement . Nous
voudrions pouvoir donner ici un extrait
des quatre premiers volumes qui paroiffent
; mais les fujets font fi variés , les perfonnages
qui agiffent & écrivent font fi
oppofés , fi originaux qu'il faudroit tranſSEPTEMBRE.
1772. 125
crire une multitude de lettres & de difcours
pour faire connoître avec quelle
abondance & quelle vérité les nouvaux
Spectateurs favent créer & peindre les acteurs.
Nous ne rapporterons que le difcours
fuivant, qui nous a paru amener avec agrément
une maxime très- philofophique .
« Un Seigneur de cainpagne qui prenoit
les débris de fon château pour les
» ruines d'un palais , qui comparoit fon
» curé à un Pontife , fes valets à des fa-
""
"
voris , fes femmes de baffe- cour à des
» courtifannes , fes deux chiens à une
» meute , fa cuifine où étoient fufpen-
» dues fes armes rouillées , à un arfenal ;
qui , en voyant paffer la petite troupe
» de fes payfans , difoit tout bas : voilà
» mon peuple ; qui exigeoit que fes villageois
l'appellaffent mon Seigneur , mit
» le jour de Pâques fon ancien habit
» écarlate à gros boutons d'or , à grands
» paniers , à larges manches ; après avoir
» été encenfé , afpergé , il fe promenoit
» gravement fous fes noyers : un Empe-
» reur revêtu de la pourpre n'avoit pas une
» démarche plus fière. Tout ce que j'ap-
» perçois , fe difoit - il , eft à moi. Pour
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
"
"
» refter dans cette heureufe idée , il avoit
» l'attention de ne pas trop allonger fa
promenade. Lorfqu'un de fes payfans
paffoit près de lui , il s'arrêtoit pour
» jouir plus long - tems de fon reſpect.
» Dans un moment où fes idées étoient
» les plus élevées , il vit venir un homme
» dont la tête étoit couverte d'un chapeau
» à larges bords , des cheveux liffes s'é-
» tendoient fur fon cou rembruni , un ha-
» bit gris, une vefte noire le diftinguoient
de la troupe des mercenaires .
» Monfieur le Bailli , lui dit l'orgueil-
» leux perfonnage , il m'eft revenu que
» vous ne rendiez pas trop exactement la
juftice; cependant , Monfeigneur , répondit
le praticien , nous faifons ce
» que nous pouvons pour contenter tout
» le monde. N'oubliez jamais , Bailli ,
» reprit gravement le Seigneur que c'eft
moi qui vous ai donné le pouvoir de
» rendre la juftice ; mais gardez - vous
» d'en abufer ; que l'or fur tout ne puiffe
» vous corrompre. Hélas ! s'écria le Bail-
"
li , qui voulez-vous qui m'en donne ?
» Ne m'interrompez - pas , répliqua le
Seigneur avec dignité , fongez que lorf-
» que je vous parle , vous devez m'écou-
» ter en filence : vous ignorez peut- être
SEPTEMBRE . 1772. 127
encore la diftance qui nous fépare : fa-
» vez-vous , homme de loi , que je fuis
» l'image du Roi ; que le Roi eft l'image
» de Dieu , & que par conféquent il n'y
a pas loin de moi à la Divinité? »
Le Bailli, qui avoit vu autrefois ce Monarque
dont l'air eft fi noble, leregard fi fier ,
la démarche fi impofante , en contemplant
la figure mefquine de fon Seigneur , étoit
étonné que les images reflemblaffent fi
peu à leurs modèles.
.99
و د » Vous voyez , continua- t - il avec quel
refpect votre Pafteur vient m'offrir ,
» comme les Mages au Roi des Juifs , la
myrte & l'encens : vous , que j'ai élevé
» aux nobles fonctions de Bailli , ren-
>> dez-vous digne de ma faveur , & ap-
» prenez à tous mes habitans , que leur
Seigneur et d'une efpèce bien diffé-
» rente de la leur ; que fa perfonne doit
» être
pour eux prefqu'auffi facrée que
» celle du Prince .»
»
Le Bailli s'éloigna en baiſſant ſa tête
jufqu'à terre , & répéta à tous ceux qu'il
vit ce que lui avoit dit fon Seigneur.
Quelques jours après cet entretien , le
Seigneur faifoit le tour de fes foffés dans
une mauvaiſe nacelle ; il croyoit être
monté fur un navire , & comparoit l'eau
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
Croupie qui baignoit fes murs , à l'Océan.
Dans un moment de délire , comme il fe
balançoit de l'air d'un conquérant , la nacelle
le renverfa , & le Seigneur fut plon.
gé dans le bourbier. Il appelloit da fecours
de toutes fes forces : plufieurs payfans
accoururent à fa voix ; mais l'un
d'eux , plus malin que les autres , les arrêta
, en leur criant : Malheureux ! qu'al
lez vous faire? M. le Bailli ne vous a til
pas dit que la perfonne de Monfeigneur
étoit facrée? Nous ne pouvons pas y toucher.
Pendant ce difcours le pauvre homme
tendoit les mains , & s'agitoit dans la
boue ; il y feroit refté , fi le Curé , qui
vint à paffer , n'eût permis qu'on l'èn retirât.
Alors il comprit que pour vivre
avec tes hommes , & en obtenir quelques
fecours , il ne falloit pas trop s'élever audeffus
d'eux ...
La lettre d'un homme qui feint d'être
imbécile , parce que l'efprit expofe à l'importunité
des fots , nous a femblé trèsplaifante
; celle d'un nouvellifte n'eft pas
moins pitorefque.
Galerie poëtique , renfermant , en plufieurs
parties de cinquante planches chacune,
une fuite de fujets gravés à l'eau- forte,
SEPTEMBRE. 1772. 129.
dans lesquelles on préfente aux yeux
les différens tableaux qu'offre à l'efprit
la lecture des plus beaux poëmes anciens
& modernes ; avec une courte
explication en vers de chacun des fujets
, & une espèce de glofe contenant
l'analyfe des poëmes , des éclairciffemens
fur l'hiftoire , la mythologie , la
géographie des différens âges, &c . & c.
Dédiée à Mademoiſelle de B. Méta.
morphofe d'Ovide. II . partie . Prix , 4 l .
10 f. broch. A Paris , chez Coſtard
rue St Jean - de- Beauvais , & chez Valade
, rue St Jacques , 1772 .
Nous avons rendu compre de la première
partie de cet ouvrage lorfqu'elle
parur à la fin de l'année dernière . Dans
un profpectus publié alors , les auteurs de
la Galerie poëtique en promettoient un
volume tous les fix mois. Il paroît qu'ils
font exacts à remplir leurs engagemens.
Cette feconde partie eft précédée d'un
court avertiſſement , dans lequel les auteurs
rendent compte de certains changemens
qu'ils ont été obligés de faire en
continuant leur ouvrage . Ils ont eu tous
pour objet la perfection du livre & la faisfaction
du Public. On a diminué le
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
prix de ce livre , qui ne fe vendra plus
que 4 liv. 10 f. le volume au lieu de 6 l .
qu'il fe vendoit auparavant ; & pour que
les perfonnes qui ont payé le premier volume
6 liv. n'aient pas à fe plaindre & ne
foient pas lézées ; on avertit qu'il n'y aura
qu'à produire au libraire ce premier volume
pour qu'il foit diminué i liv. 10 f.
fur le fecond. Il fuit de cette opération
que les 200 planches des Métamorphofes
avec leurs explications , & les notes
ne reviendront qu'à 18 liv. , prix auffi
modique qu'on puiffe le defirer pour un
ouvrage qui eft un des plus utiles en ce
genre , & dont l'entreprife mérite les encouragemens
les plus marqués .
Nous allons tranfcrire ici quelques - unes
des nouvelles pièces de vers .
LEUCOTHOÉ aime APOLLON , qui avoit
pris la figure d'Eurynome fa mère.
Sur la Perfe , ou plutôt ſur l'antique Affyrie ,
Orchame , en fouverain , donnoit jadis des loix ;
Les filles de ce Roi , Leucothoé , Clitie ,
Surpaffoient en beauté les beautés de l'Afie.
Du tendre amour méconnoiffant les droits ,
La première , docile aux leçons de fa mère ,
Se refuſoit fans ceffe au doux plaifir de plaire :
;
SEPTEMBRE. 1772. 131
L'autre , au contraire , à des tranſports nailfans
,
Donnant un libre effor , du tumulte des fens
Nourifloit en fecret la fougue impétueuſe ,
Et croyoit qu'amour feul la pouvoit rendre heureufe.
Mais dieux ! quelle étoit fon erreur !
Apollon , qu'elle aimoit , idolâtroit fa foeur.
Pour n'effaroucher pas fa timide innocence ,
Des ombres de la nuit choififlant le filence ,
Sous l'habit d'Eurynome il parvient aisément
Jufques à fon appartement.
C'est alors que le dieu lui peint toute fa flame ,
Leucothoé réfifte vainement ;
L'amour & la vertu combattoient dans fon ame.
Mais enfin pour ce dieu tendre , jeune , charmant
,
Elle impofe filence à fa raifon févère ,
Et par un doux retour paie une ardeur fi chèrc.
LEUCOTHOÉ , enterrée vive par ordre
de fon père.
Leucothoé , fenfible aux foins d'un tendre amant ,
Ne goûta pas long-tems un bonheur fi charmant ;"
Clitie , au défefpoir de fe voir méprisée
Par un Dieu qui trouvoit le fuprême bonheur
Dans la tendreffe de fa four ,
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Et par fon propre amour fauffement abufée ,
Va , court , vole à fon père ; & l'inftruit avec
foin
Des amours d'Apollon , dont feule elle eſt témoin.
Orchame , furieux , barbare en la colère ,
Sans pitié pour fon fang , pour cette fille en
pleurs
Qu'embellifloit encor l'excès de les malheurs,
Fait ouvrir devant lui la terre ;
Et , dans fon cbâtiment , moins père que boureau
,
La condamne vivante aux horreurs du tombeau..
CLITTE , changée en tourne-fol.
Quoiqu'amour eût caufé le crime de Clitie ,
L'amour n'excufa pas fa lâche trahifon ;,
Objet d'horreur pour Apollon ,
Après l'avoir haïe ,
Enfin ce dieu l'oublie.
Séduite vainement par un refte d'efpoir ,
Cette amante infenfée erre dans les campagnes ;
Er , feule , loin de les compagnes ,
Contemple du matin au foir
Le dieu qui , de fon char , craint encor de la voir.
Afin d'éternifer cette folle conftance ,
Les dieux changèrent la fubftance ;
Et Clitie en fleur , dans nos champs ,
Y cherche encor l'objet de les premiers penchans.
SEPTEMBRE. 1772. 133
Chacune de ces pièces , auffi- bien que
toutes celles de ce volume , font accompagnées
de notes inftructives ; & par- tout
la fable eft éclaircie par la géographie &
par l'histoire , enforte que cet ouvrage
peut être utile aux artiſtes ainsi qu'à ceux
qui aiment à s'inftruire des connoiffances
de l'antiquité .
Hiftoire des Philofophes anciens , jufqu'à
la renaillance des lettres , avec leurs
portraits. Par M. Saverien. A Paris ,
chez Didot l'aîné , libraire & imprimeur
, rue Pavée , près du quai des Au
guftins ; tomes trois , quatre & cinq
in. 12.
Ces trois derniers volumes terminent
l'hiftoire des philofobhes anciens , hiftoire
qui doit être placée à la tête de celle.
des philofophes modernes , publiée par le
même auteur. Ces deux ouvrages réunis
préfentent le tableau le plus fidele , le plus
inftructif & le plus fatisfaifant des progrès
de l'efprit humain dans la morale &
dans les fciences . M. Saverien a , dans ces
derniers volumes , fuivi la méthode qu'il
s'étoit impofée dans les premiers . Il a eu
moins d'égard à l'ordre chronologique ,
qu'au caractère particulier de chaque phi
134 MERCURE DE FRANCE.
lofophe , & à fa qualité diftinctive . Le
troifième & le quatrième volume préfen.
tent la fuite des philofophes métaphyficiens
, moraliftes & légiflateurs . Celle
des philofophes mathématiciens , phyĥciens
, chymiftes & naturaliftes eft renfermée
dans le cinquème & dernier vo
lume.
Epictète , dont M. Saverien nous donne
l'hiftoire dans le quatrième volume , fut
·
fage que l'on pourroit propofer pour
modèle à ceux qui , tous les jours , ufarpent
ce beau nom. Il précha pendant toute
fa vie le mépris des honneurs & des
richeffes , l'amour de la pauvreté & de la
vie cachée , le pardon des ennemis , & il
pratiqua cette doctrine avec la plus grande
exactitude . Très attaché à la fecte
Stoïque , qui étoit la plus auftère de ce
tems -là , il vécut dans la pauvreté , quoiqu'il
fût chéri des Empereurs & des
Grands. Sa philofophie confiftoit princi
palement dans ces deux préceptes : fuftine
& abftine, fapportez & abftenez- vous.
Il eut fouvent befoin de metre ces préceptes
en pratique , lorfqu'il fut efclave
d'Epaphrodite , capitaine des gardes ducorps
de Néron. Il prit un jour fantaisie
à cet homme barbare de s'amufer à tordre'
SEPTEMBRE 1772. 135
la jambe de fon eſclave . Epictète , s'appercevant
qu'il y prenoit plaifir , & qu'il recommençoit
avec plus de force , lui dit ,
en fouriant & fans s'émouvoir : « Si vous
ود
continuez , vous me cafferez infailli-
» blement la jambe . » En effet , cela étant
arrivé ; Eh bien , ne vous l'avois - je pas
» bien dit , reprit tranquillement Epic-
» tète. » Celfus , ayant oppofé ce trait de
modération aux Chrétiens , en difant :
« Votre Chrift a - t-il rien fait de fi beau à
» fa mort ? Oui , dit St Auguſtin , il s'eft
» tu. »
"
» Nous fommes tous en ce monde des
» acteurs , difoit Epictète. Chacun de
» nous doit faire le perfonnage que le
» maître de la comédie lui a donné. Si
» votre rôle eft court , vous le jouerez
» court ; s'il eft long , vous le jouerez
long. Quoiqu'il en foit de fa durée , fi
» vous devez repréſenter le perfonnage
» d'un pauvre , foutenez ce rôle le mieux
qu'il vous fera poffible . Si on vous don-
» ne celui d'un Prince , d'un artiſan , d'un
eftrapié , acceptez le tel qu'il puiffe
« être. Votre devoir eft de bien repréfenter
votre perfonnage ; mais il appar-
» tient à un autre de choisir le rôle que
» vous devez jouer . » Le poëte Rouffeau
"
99 -
136 MERCURE DE FRANCE.
a parodié cette penfée dans cette épigramme
connue : Ce monde- ci n'eft qu'une oeuvre
comique , &c.
On faura gré à M. Saverien de n'avoir
pas , à l'exemple des hiſtoriens de la philofophie
, oublié de nous entretenir de
Confucius. L'article de ce philofophe
Chinois n'eft pas un des moins intéreffans
de cette hiftoire. Il eft fans doute
bien furprenant, comme le remarque l'hif
torien , que Confucius ait été contemporain
des Sages de la Gréce fans les avoir
connus, qu'il ait joui , dans une partie confidérable
du monde, de la plus grande célébrité
, fans que ces Sages aient entendu
parler de lui. Ils avoient cependant entrepris
de grands voyages pour converfer
avec les favans les plus éclairés , & profiter
de leurs lumières : mais leurs plus
longues navigations dans la Mer des Indes
fe bornoient au Golfe de Bengale ,
& ils ne s'engagèrent jamais dans le Détroit
de Malaca . De fon côté Confucius
habitoit un pays qui fe fuffifoit à lui- même.
Les Chinois ne commerçoient point
avec leurs vorfins ; ainfi les Grecs ne purent
connoître la Chine que d'une manière
très - confufe , & par des rapports
vagues que leur en faifoient les Scythes
SEPTEMBRE. 1772. 137
qui trafiquoient fur leurs frontières . Aucun
philofophe n'a peut être eu autant
de difciples que Confucius . On voit encore
aujourd'hui dans toutes les villes de
la Chine des colléges magnifiques qu'on
a bâtis en fon honneur , avec ces infcrip
tions : Au grand Maître , au Saint , à l'illuftre
Roi des lettres. Quoiqu'il y ait deux
mille ans que ce philofophe a vécu , on a
une fi grande vénération pour fa mémoire
, que les magiftrats ne paflent jamais
devant ces colléges qu'ils ne faffent arrêtere
les chaifes fuperbes où ils font portés
par diftinction ; ils en defcendent , &
après s'être profternés quelques momens ,
ils continuent leur chemin en faifant
quelques pas à pied . Les Rois &les Empereurs
mêmes fe font un honneur de vifiter
ces édifices où font gravés les titres
de ce philofophe. Je vénère le précepteur
des Rois & des Empereurs , di-
» foit l'Empereur Yumlo. Les Empe
» reurs & les Rois font les feigneurs &
ex
les maîtres des peuples , mais Confu-
» cius a propofé les véritables moyens de
» conduire ces mêmes peuples . Il eſt donc
" à propos que j'aille au grand collége
» & que j'offre des préfens à ce grand
maître qui n'eft plus , afin que je falfe
30
138 MERCURE DE FRANCE.
» connoître combien j'honore les lettrés ,
» & combien j'eftime leur doctrine . »
Paroles remarquables , & qui font voir
l'hommage que les Princes de la Chine
rendent aux fciences & à ceux qui les cultivent.
Eloge militaire de Louis de Bourbon Second
du Nom , Prince de Condé , premier
Prince du Sang , furnommé le
Grand.
Made , nová virtute , puer ! fic itur ad aftra
Dis genite & geniture Deos.
VIRG . Æn. Ix.
A Dijon , chez Edme Bidault ; & à
Paris , chez Saugrain jeune , libraire ,
quai des Auguſtins , brochure in- 8 °.
Cet élogeeft écrit avec une forte d'enthou
Giafme . Il peut être regardé comme l'hemmage
d'un coeur qui connoît tout le prix
des vertus militaires , & fe plaît à les célébrer
dans un Prince qui a mérité le nom
de Grand en les réuniſfant.
Mémoires pour fervir à l'hiftoire eccléfiaftique
, civile & militaire , de la pro.
vince du Vermandois ; par M. LouisSEPTEMBRE.
1772. 139
Paul Colliette , doyen du doyenné de
Saint - Quentin , curé de Gricourt dans
la même Chrétienté , & chapelain de
l'Eglife royale de Saint - Quentin .
Hiftoria quoquo modo fcripta delectat.
PLIN. lib. 5 , epif. s.
Tome fecond , in- 4 ° . A Cambrai , chez
Berthoud; & à Paris , chez Saillant &
Nyon , rue St Jean - de Beauvais.
Ces mémoires raffemblent les inftructions
les plus étendues fur la province de
Vermandois . L'auteur s'eft particulièrement
appliqué à faire connoître l'origine
de tous les lieux du Vermandois , & à détailler
ce qui regarde les établiſſemens
pieux de cette province. Le premier volume
de ces mémoires a été publié l'année
dernière , & l'ouvrage entier aura trois
volumes qui ſe vendront 36 liv .
Tractatus de verá Religione , &c . Traité
de la vraie Religion , à l'ufage des féminaires
& des étudians de théologie ;
par M. Louis Bailly , profeffeur de
théologie ; nouvelle édition , corrigée
& augmentée par l'auteur ; 2 vol . in-
12. Prix , 6 liv , reliés . A Dijon , chez
140 MERCURE DE FRANCE.
Bidault ; & à Paris , chez Saugrain ,
Barbou , Humblot , Defpilly , Moutard
, Cellot & Crapart , libraires.
Ce traité est déja bien connu par la
première édition qui en a été publiée .
Cette nouvelle édition eft beaucoup augmentée.
L'auteur a eu foin d'écarter tou
tes les queftions fubtiles de la méthaphyfique
pour donner plus d'étendue aux matières
importantes de la théologie. Le
ftyle en eft clair & précis ; & fuivant le
temoignage même des Docteurs de Sorbonne
, chargés d'examiner l'ouvrage , les
preuves y font bien préfentées & les réponfes
auffi fatisfaifantes qu'il eft poſſible
de le defirer. Ce traité peut donc être regardé
comme un livre claffique pour les
féminaires & les écoles de théologie ; auffi
plufieurs l'ont déjà adopté. Ce traité fera
encore utile aux Curés , pères de famille,
& à tous ceux qui , par devoir ou par état ,
veulent infpirer à ceux qui font fous leur
direction de bons principes en faveur de
la Religion.
SEPTEMBRE.
1772. 141
ACADÉMIES.
I.
Séance
publique de
l'Académie
Françoiſe,
Le 25 Août 1972 , jour de St Louis.
M.
D'ALEMBERT
,
Secrétaire perpé
tuel , a
annoncé que
l'Académie renvoyoit
à
l'année
prochaine , le prix de
poësie qui devoit être adjugé cette année.
Il a expofé les
défauts des pièces qui ont
été
envoyées au
concours ; il a fait , au
nom de
l'Académie , une
mention honorable
de deux de ces pièces , &
indiqué ,
en louant les
beautés qu'elles
renferment ,
ce qui leur manque encore pour être dignes
de la
couronne
académique . M. d'Alembert
a
déclaré que
l'Académie , jufqu'ici
trèsindulgente
, étoit refolue d'être
févère à
l'avenir.
L'indulgence , dit
» cet
illuftre
académicien ,
prévient le
dégoût ; mais la
févérité
prévient le
»
fommeil .
Enfin , il a
confeillé , aux
auteurs qui ont
beaucoup de talent , de fe
défier de leur
facilité , & de ne pas
qu'il fuffife , pour
emportet la palme ,
croire
"
""
64
142 MERCURE DE FRANCE .
d'être fupérieurs à ceux de leurs concurrens
dont la médiocrité eft le partage ,
lorfque d'ailleurs leur négligence les rend
inférieurs à eux- mêmes.
M. Watelet a fait enfuite la lecture
d'une épiſode en vers , de fa compofition,
intitulée , Olinde & Sophronie . Il en a fait
connoître le fujet dans un court préambule
, plein d'une modeftie à laquelle on
a juſtement applaudi , ainſi qu'aux beautés
de fon ouvrage.
ques
M. Dalembert a lu enfuite le programme
pour l'année 1773. Il a ajouté quelréflexions
verbales , adreffées à ceux
qui voudront concourir , foit pour le prix
de poëfie , foit pour celui d'éloquence ; il
s'eft plaint de ce que , malgré les avertif
femens fans ceffe réitérés dans les programmes
, plufieurs auteurs fe faifoient
connoitre avant le jugement , d'autres
envoyoient leurs ouvrages trop tard , &c.
& c. & c.
Après la diftribution du programme ,
M. Dalembert a lu une épître de M. Saurin
à un jeune favori d'Apollon qui vouloit
renoncer à la poëfie ; ouvrage bien
écrit , plein d'idées philofophiques , de
traits faillans , & de vers heureux qui
tous , ont été fentis & applaudis .
SEPTEMBRE. 1772. 143
M. Dalembert a terminé la féance par
la lecture de fa préface de l'hiftoire de
l'Académie Françoife , qu'il a entrepriſe
pour répondre aux vues qu'avoit à cet
égard feu M. Duclos , fon prédéceffeur
dans la place de fecrétaire perpétuel de
l'Académie Françoife. Ce morceau , rem .
pli de goût , de raifon & de philofophie ,
traite avec éloquence plufieurs questions
intéreflantes , foit pour l'académie , foit
pour la littérature en général . M. Dalembert
a faili cette occafion pour donner
à la mémoire de M. Duclos , des regrets
dictés par l'amitié , & exprimés avec une
fenfibilité à laquelle le Public a pris beaucoup
de part.
Prix d'Eloquence & de Poëfie , pour
l'année 1773.
Le vingt - cinquième jour du mois
d'Août 1773 , fête de S. Louis , l'Académie
Françoife donnera un prix d'Eloquence
, qui fera une médaille d'or de la
valeur de fix cens livres * . Elle propoſe
de
* Ce prix , ainfi que le prix de poëfie , eft formé
des fondations réunies de MM . de Balzac ,
Clermont-Tonnerre , évêque de Noyon , & Gau
dron .
144 MERCURE DE FRANCE.
pour fujet l'Eloge de Jean - Baptifle Colbert
, Miniftre d'Etat . Ce fujet a été aŋnoncé
d'avance dans le programme de
l'année dernière 1771 , pour donner aux
auteurs le tems de faire les recherches néceffaires
.
Conformément aux ordres du Roi , on
ne recevra aucun difcours qui ne foit
muni d'une approbation fignée de deux
Docteurs en théologie de la Faculté de
Paris , & y réfidans actuellement .
L'Académie ayant cru devoir remettre
à l'année prochaine le prix de Poësie
qu'elle avoit proposé pour la préfente année
1772 , elle donnera , le même jour 25
Août 1773 , ce prix de poëfie , qui fera une
médaille d'or de la valeur de cinq cens liv.
Le fujet , le genre du poëme & la meſure
des vers , font au choix des auteurs. La
pièce fera de cent vers au moins & de
deux cens au plus . Les auteurs pourrent
envoyer les mêmes pièces que cette année
, avec des changemens , ou envoyer
des pièces nouvelles .
Toutes perfonnes , excepté les Quarante
de l'Académie, feront reçues à compofer
pour chacun de ces prix .
Les auteurs mettront leur nom dans un
billet cacheté , attaché au difcours ou à la
prèce
SEPTEMBRE. 1772. 145-
pièce de poësie qu'ils enverront ; & for ce
billet fera écrite la fentence qu'ils auront
mife à la tête de leur ouvrage.
Ceux qui prétendent au prix , font
avertis que s'ils fe font connoître avant
le jugement , ou s'ils font connus , ſoit
par l'indifcrétion de leurs amis , foit par
des lectures faites dans des maifons particulières
, leurs pièces ne feront point
admifes au concours .
Les ouvrages feront envoyés avant le
premier jour du mois de Juillet prochain,
& ne pourront être remis qu'au fieur Brunet
, imprimeur de l'Académie Françoife
, rue baffe des Urfins ou grand'falle
du palais , à la Providence ; & fi le port
n'en eft point affranchi , ils ne feront point
retirés .
Académie des Infcriptions & Belles-
Lettres.
L'Académie royale des Infcriptions &
Belles-Lettres , dans fa fcéance du 4 de
ce mois , a élu pour affocié libre Etranger
Mgr le Prince Maffalski , Evêque de
Wilna , premier Sénateur de Lithuanie :
Prélat auffi diftingué par fon amour éclairé
pour les lettres , par la protection dont
G
146 MERCURE DE FRANCE.
il a toujours honoré ceux qui les cultivent,
par l'ardeur avec laquelle il les a cultivées
lui - même , & par les efforts qu'il a faits
pour répandre dans le Nord des lumières
qui , fi elles euffent été générales, auroient
prévenu les malheurs dont la Pologne eft
affligée , que par fa haute naiffance qui
remonte authentiquement jufqu'à Ruric ,
premier fouverain de la Ruffie,
Séance publique de la Société littéraire
d'Arras , tenue le 25 Avril 1772.
M. le Baron Deslyons fit l'ouverture
de cette féance par le commencement
d'une defcription géographique de l'Artois
ancien & moderne , où il examine ,
entr'autres chofes , en quoi confiftoit le
canton de la Gaule Belgique , connu ſpécialement
fous le nom de Belgium.
M. Denis , avocat , lut une Differtation
fur la question de fçavoir fi Baudouin ,
Comte de Flandres & de Hainaut , Empereur
de Conftantinople , fait prifonnier
par les Bulgares en 1205 , reparut vérita
blement en France , vingt ans après cette
époque ; ou fi celui qui fe donnoit pour
tel , & que la Comteffe Jeanne , fille de
Baudouin , fr pendre à Lille , étoit un
1
SEPTEMBRE. 1772. 147
impofteur . M. Denis foutient ce dernier
fentiment, contre l'auteur anonyme d'une
lettre adieffée à M. le Maréchal de Brif
fac , & imprimée en 1771 , dans le Journal
des Sçavans .
Ce morceau fut fuivi d'un écrit fur
l'ame des bêtes , par M. Wartel , chanoine
régulier de l'abbaye de St Eloi , aſſocié
honoraire , qui entreprend d'y faire
voir , par plufieurs raifonnemens , & par
beaucoup de faits curieux & intérelfans
que les bêtes ne peuvent être de pares machines.
>
M. Hardouin , avocat , fecrétaire perpétuel
de la fociété , termina cette féance
par la lecture d'un mémoire concernant le
Comte de Vermandois , fils légitimé de
Louis XIV , que l'on croit communément
avoir été enterré à la cathédrale d'Arras
; mais que certaines perfonnes voudroient
faire paffer pour le fameux prifonnier
mafqué , mort en 1703 à la Baftille.
L'objet du mémoire n'eft pas de
décider fi ce prince eft réellement inhumé
à Arras , mais de rapporter ce qui ſe paſla
lors de fon inhumation , vraie ou fuppofée
, le détail des obféques , les fondations
faites à ce fujer par Louis XIV , & c.
L'auteur ajoute cependant quelques ob-
Gij
148 MERCURE DE FRANCE .
fervations , qui lui font regarder comme
peu vraisemblable l'opinion contraire à la
réalité de cet enterrement , opinion miſe
au jour , pour la première fois en 1749 ,
dans un ouvrage intitulé : Mémoires fecrets
pourfervir à l'hiftoire de Perfe.
SPECTACLES.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE royale de Muſique a donné ,
le dimanche 23 Août , pour la dernière
fois , Eglé , ballet héroïque , précédé du
prologue des Indes Galantes , & du premier
acte des Fêtes de l'Amour & de l'Hymen.
Mlle Rofalie a joué dans les dernières
repréſentations avec beaucoup d'intelligence
, & chanté avec goût & fentiment
le rôle brillant d'Eglé ; elle a eu
tous les fuffrages du Public , enchanté de
fon zèle , & de fes heureux talens auxquels
elle femble ajouter tous les jours .
On a remis , fur ce théâtre , le mardi
25 Août , la Cinquantaine , paftorale en
trois actes , dont la mufique eft de M. de
la Borde , & le poëme de M. Desfontaines.
Nous parlerons de cette reprife dans
le prochain Mercure.
SEPTEMBRE. 1772. 149
COMEDIE FRANÇOISE.
ES Comédiens François continuent
avec fuccès les repréſentations de Romeo
& Juliette , tragédie nouvelle de M.
Dacis.
ACTEURS :
MONTAIGU , père de Roméo , M. Brifart.
ROMÉO , M. Mole.
CAPULET, père de Juliette , M. Dalinval.
JULIETTE , Mlle Sinval.
Sa Confidente , Mde Molé.
Le Duc DE VERONNE , M. Montvel.
La divifion des Maifons des Montaigu &
des Capulet avoient excité , dans Veronne ,
des haines , des factions & des troubles
qui n'avoient para fe calmer que par l'èloignement
de Montaigu , qui s'étoit retiré
de la ville avec quatre de fes enfans .
Un cinquième fils , abandonné fort jea
ne par fon père fugitif , avoit été élevé ,
fans être connu , par les foins de Capulet ,
le plus cruel ennemi de fa famille ; il
s'étoit diftingué de bonne heure par fés
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
fervices militaires & par fes vertus. Il
étoit dans la plus grande faveur auprès
de Ferdinand , Duc de Véronne , & méritoit
encore fes bienfaits & fa reconnoif.
fance par la victoire qu'il venoit de remporter
contre les Mantouans , ennemis de
la patrie. La haine des pères rivaux n'avoit
point paffé à leurs enfans . Roméo ,
fils de Montaigu aimoit avec paffion Juliette
, fille de Capulet ; & ces deux amans
goûtoient en paix le plaifir de fe voir , à
la faveur du mystère qui cachoit la naiſfance
de Roméo .
ACTEI. Juliette découvre à fa confiden.
te le fecret de la naiffance de Roméo , fes
raintes & fes efpérances. Elle aime Roméo;
mais peut - elle fe flatter que fon
père confentira de l'unir à un inconnu ,
ou au fils de fon ennemi ? Cependant elle
apprend avec effroi qu'un vieillard , dont
on ignore encore le nom & le projet , eft
defcendu des montagnes de l'Apennin ,
& qu'il vient dans Véronne . Elle foupçonne
que ce vieillard eft l'implacable
Montaigu qui amene à pas tardifs la
vengeance en ces lieux, Roméo vient faire
hommage à fa maîtreffe des trophées de
fa victoire ; ces deux amans tremblent
que leur bonheur ne foit troublé ; en efSEPTEMBRE.
1772. 151
fet Capulet propofe à fa fille de l'unir au
Comte Pâris , dont le crédit , la richeffe
& la puiffance peuvent être utiles au foutien
de fon parti . Juliette , interdite &
retenue par le refpect & la timidité , n'oppofe
qu'une foible réfiftance qui alarme
Capulet , mais fans le faire changer de
réfolution . Roméo , refté feul avec Juliette
, lui reproche fa foibleffe & fon indifférence
: ah ! fi vous aviez mon coeur ,
lui dit- il , que vous auriez montré dans
vos refus , plus de force & d'averfion ! Juliette
lui répond : J'ai moins d'emportement
, ingrat , j'ai plus d'amour.
Les craintes de Juliette ne font que trop
bien fondées . On annonce que le vieillard
defcendu de l'Apennin eft Montaigu
lui - même. Sa préfence a déjà reveillé
l'audace de fon parti ; le Comte Pâris s'eft
uni à lui , & a renoncé à l'hymen de Juliette.
Roméo , tranſporté à la nouvelle
de l'arrivée de fon père , veut aller le voir
.& fe faire reconnoître. Juliette l'arrête ;
elle exige fon ferment de ne découvrir fa
naifance que lorfqu'il fera certain que ce
vieillard n'a plus de haine contre les Capuler,
ACTE II. Ferdinand , Duc de Véronne,
trop foible pour enchaîner , par fon auto-
Giv
112 MERCURE DE FRANCE.
rité , la haine de deux factions qui divifent
fes fujets , veut employer tous les
moyens de conciliation pour réunir ces
deux maifons rivales . Il a affemblé les
Capulet & leurs partifans ; il fait venic
Montaigu. Ce vieillard eft entraîné devant
le Duc de Véronne , & paroît avec
les traits de la fureur & avec les habits
d'un fauvage habitant des montagnes . Il
rejete avec fierté les offres & les faveurs
de fon fouverain . Il laiffe éclater fa haine
contre les Capulet ; il ne refpire que la
vengeance. La préſence de fon ennemi &
de fa fille ne fait que l'irriter. Il fe répand
tellement en menaces que le Duc le fait
obferver par fes gardes , & ordonne qu'il
foit conduit à la tour , s'il ne prend des
fentimens plus doux. Montaigu devient
encore plus violent , & frémit de rage.
Roméo fon fils , mais toujours inconnu ,
obtient la permiffion de refter quelques
inftans avec fon père. Il intéreffe ce vieillard
aigri par les malheurs , &ne peut parve
nir à changer fa haine . Ce jeune homme ſe
montre fenfible. Montaigu lui dit : je te
plains , tu vivras malheureux. C'eſt cette
fenfibilité qui le rend fi infortuné. On emnene
le vieillard à la tour . Roméo, confter.
né, reproche à Julliette le ferment qu'elle a
SEPTEMBRE. 1772. 153
exigé de lui , & qui l'a empêché de fe
faire connoître à l'auteur de fes jours.
Cependant on vient lui dire que le parti
de Montaigu veut forcer fa prifon , & que
Capulet eft déjà armé pour s'y oppofer. Il
court défendre fon père .
ACTE III. Roméo déplore l'horreur de
fon deftin qui l'a armé pour fauver les
jours de fon père , mais qui a conduit fon
épée dans le fein de Thebaldo fon ami ,
frère de Juliette. C'eſt par fa mort feulemeut
qu'il a pu fauver fon père . Cependant
on ne le connoît point pour l'auteur
de ce meurtre . Juliette ignorant encore
fes malheurs , fe livre à la douce efpérance
de voir fléchir la haine de Montaigu,
& de pouvoir être unie à fon amant.
Elle s'alarme & s'étonne du fombre d'éfefpoir
de Roméo ; elle apprend la mort de
fon frère. Roméo veut fuir ; Julietre l'arrê
te ; il frémit ; fon amante gémit de trouver
en lui le meurtrier de Thebaldo , & s'intéreffe
encore à fa vie. Auffi tôt le malheuteux
Capulet vient demander vengeance
contre Montaigu â Roméo lui-même , fur
lequel il a tant de droits par fes bienfaits.
Roméo l'étonne par fon filence & fon
effroi. Il l'accufe de lâcheté. Julliette n'eft
pas moins épouvantée . Capulet foupçon-
Gr
154 MERCURE DE FRANCE.
ne alors leur amour , & fait éclater fon
indignation . Roméo , au comble du malheur
, découvre à la fin le fecret de fa
naiffance
; il avoue fon meurtre , fon
amour , & fe préfente au fer de Capuler.
Juliette fe précipite entre fon père & fon
amant ; Capulet épargne Roméo défarmé.
ACTE IV. Le Duc de Véronne veut
encore être médiateur entre les deux maifons
ennemies. Il confole Capulet de la
mort de fon fils ; il le comble de fes faveurs
, & l'invite de facrifier fa haine aux
intérêts de fon fouverain & de la partie ;
de fe réconcilier avec Montaigu ; enfin ,
de cimenter leur amitié par l'union de
leurs enfans. Montaigu vient avec fon fils
qui s'est fait reconnoître. Il paroît confentir
aux voeux du Duc de Véronne , & les
deux rivaux doivent jurer leur amitié ſur
les tombeaux de leurs ancêtres . On annonce
alors que les Mantouains , inftruits des
nouveaux troubles de Véronne , viennent
fe préfenter devant la ville. Le Duc & Capulet
fortent pour les combattre. Capulet
porte la générosité jufqu'à livrer fts
intérêts les plus chers , fa fille , fa famille
, & fon palais à la difcrétion de Montaigu.
Roméo fe réjouit devant fon père
SEPTEMBRE. 1772. 155
de cette union fi intéreffante à fon amour.
Mais Montaigu , jetant fur lui un regard
menaçant , loi dit , d'une voix effrayante,
Es tu mon fils , & l'avertit enfuite de
s'armer de courage pour entendre le recit
horrible de fes malheurs. Ecoute , lui
dit - il , tes quatre frères ne font plus.
Obligé de céder à la faction de mon ennemi
, je me fuis refugié chez les Pifans;
je comptois y mener des jours tranquiles ,
y élever en paix ma famille , mais la
haine implacable de Roger Capulet m'y
a pourfuivi . Je fus accufé par cet homme
cruel d'un complot contre l'Etat ; &
je fus enfermé dans une tour avec mes
quatre fils . Nous languiffions depuis trois
jours dans la privation de toute nourritu
re, lorfqu'après un fommeil agité de fonges
effrayans , j'entends du bruit , je crois
que c'eft de l'aliment qu'on nous apporte
; rien ne paroît , & la porte de notre
priſon eft changée en un mur épais . Enfermés
dans ce vafte tombeau , mes enfans
m'offrent , en expirant , tout leur
fang pour leur conferver un vengeur. Ils
meurent dans la rage & les longs épuiſemens
de la faim. Nos cris rempliffent la
prifon ; je rencontre fous mes pas les cadavres
de mes enfans. Enfin mes amis
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
viennent forcer ma priſon . Eh ! vous êtesvous
vengé de votre perfécuteur , lui demande
Roméo: Il n'avoit pas d'enfans ,
s'écrie Montaigu. Le cruel eft mort heureux
& tranquile , tandis que je traînois ma
mifére dans les antres de l'Apennin ; mais
Capulet fon frère refpire , il a une fille
qu'il chérit , & c'eft la victime qu'il fanc
frapper fous les yeux de fon père. Roméo
frémit an recit de ces atrocités , & refufe
d'être le miniftre du crime & de la haine.
Il vent adoucir fon père ; il lui repréfente
la générofité & la confiance de Capulet
; ce n'eft pas lui qui eft l'auteur de
les maux , il a perdu fon fils ; votre vengeance
doit être fatisfaite . Montaigu ne
lui répond que par ces cris tertibles : mes
enfans , mes enfans ! Roméo ne quitte
point fon père , & s'efforce de l'adoucir.
ACTE V. On voit les tombeaux fur
lefquels Capulet & Montaigu doivent
venir jurer leur réconciliation. Juliette y
arrive la première. Roméo vient lui ap
prendre , avec joie , qu'enfin il a fléchi fon
père ; Juliette , pour toute réponſe , lui
préfente une lettre qu'elle a furpriſe.
Roméo reconnoît la main de Montaigu ;
il lit , non fans frémir , les ordres que
cet inflexible vieillard donne à fon parti
E
SEPTEMBRE. 1772. 357
de mallacrer Capulet & fa fille dans le
moment même marqué pour fceller leur
réconciliation . Son fils veut arrêter le
complot ; mais Juliette le retient , en lui
difant que puifque fa mort feule peut
éteindre fa haine & terminer la divifion
de deux maifons rivales , elle a fait le facrifice
de fa vie au repos de cet homme
implacable & aux intérèts de fa patrię.
Déjà le poiſon l'affoiblit ; elle demande
au moins à Roméo la confolation de
mourir avec le titre de fon époufe ; elle
expire , en lui donnant la main . Roméo
ne peut lui furvivre , & fe plonge le poignard
dans le fein . Ces deux amans ne
font pas apperçus par Montaigu & Capulet
qui viennent jurer leur réconciliation en
préfence du Duc. Capulet prononce fon
ferment ; Montaigu s'approche de lui , &
veut le poignarder. On l'arrête . Capulet,
en fuyant , rencontre le corps de ſa fille ;
Montaigu l'infulte encore dans fon défef
poir. Capulet apperçoit alors Roméo expirant
, & le montre à fon père , qui ne
peur foutenir ce trifte fpectacle . Ainfi la
mort deRoméo & deJuliette ne laiſſe plus
de victimes à la haine , & anéantit l'efpoir
& l'existence de deux maiſons rivales.
158 MERCURE DE FRANCE.
7
Cette tragédie a eu quinze repréfentations
de fuite dans la faifon la moins avantageufe
au fpectacle . L'auteur a mis en oeu
vre les refforts de la tragédie , la terreur &
la pitié. Il eût peut être produit encore plus
d'effet , en les multipliant moins , en confultant
& ménageant davantage les convenances
& la vraisemblance. Mais ce
drame fera toujours diftinguée par fes
fituations fortes & intéreffantes , par des
fentimens profonds , par de grands traits
de caractère , par l'énergiedu ftyle , & par
l'appareil du fpectacle .
Les principaux rôles de Montaigu , de
Roméo & de Juliette font parfaitement
joués par MM. Brifart & Molé , & par
Mlle Sinval.
COMÉDIE ITALIENNE.
LEE Samedi
22 Août , les Comédiens
Italiens
, ont donné la première
repréfentation
de la Refource
comique
ou la pièce
à deux Acteurs , Comédie
en un acte ,
mêlée d'Ariettes
, précédée
d'un Prologue.
Un Marquis a promis un divertiſſeSEPTEMBRE.
1772. 159
ment à une Comteffe avec qui il fe trouve
à la Campagne ; mais toutes les perfonnes
fur lefquelles il comptoit , lui
manquent à la fois : le décorateur a repréfénté
un temple au lieu d'un payſage
qu'on lui demandoit. Un Poëte , chargé
des paroles du divertiffement , n'a encore
rien fait. Arrive le Muficien ivre qui
gourmande le Poëte fur fa pareffe & qui
fe dit auteur lui feul des paroles & de
la mufique : mais quand le Marquis & la
Comteffe lui demandent fon ouvrage ,
il fe trouve que ce n'eft qu'one , Ronde.
La Rancune , Comédien de campagne ,
ayant le bras en écharpe , vient annoncer
dans un recit en vers tragiques , parodié
fur celui de Theramène dans Phèdre , que
la charrette des Comédiens s'eft emboutbée
, que Ragotin a péri , & que la plupart
des acteurs font eftropiés. Le Marquis
eft défefpéré , lorfqu'un laquais ,
repréſenté par M. Julien , - & une foubrette
, repréfentée par Mde Blois s'offrent
de jouer une pièce intitulée l'Armoire ,
dans laquelle ils ont autrefois eu chacun
un rôle; la difficulté eft qu'il y en a fix,
& qu'il manque quatre acteurs ; mais
comme ils favent la pièce par coeur , ils
fe propofent de prendre chacun trois
160 MERCURE DE FRANCE.
rôles , & jouent la Refource comique , dont
une Armoire fait effectivement l'intrigue.
Les acteurs font , Valere , Lucile , ſa maîtrelle.
Madame Argante, tante de Lucile.
Lifette, fuivante. Frontin , valet de Valere
, introduit au fervice de Madame Ar
gante. L'Avocat Platinet , rival de Valere.
Frontin & Lifette introduifent Valère
dans la maifon de Madame Argante , où
il a une entrevue avec Lucile , qui le fait
cacher dans une armoire en voyant arriver
l'Avocat Platinet , fon prétendu , qui
l'ennuie de fes fadeurs . Après la fortie de
ce rival importún , plufieurs autres incidens
retardent la delivrance de Valère :
enfin Mde Argante fe doutant de quelque
tour , ouvre l'armoire , & le furprend.
Il s'enfuit , & bientôt après l'Avočat
Platinet vient annoncer à Mde Arganté
que Valère enlève Lucile , & déclaré
qu'il y renonce . Valère revient & appaife
Madame Argante , qui lui accorde fa
niéce .
L'idée de cette pièce a paru ingénieufe
; mais l'intrigue a du être néceffairement
un peu gênée , à caufe
de la difficulté de faire jouer fix rôles
par deux acteurs. Le fujet eft imité en
SEPTEMBRE. 1772. 161
partie d'une ancienne pièce de Panard ,
donnée à la foire , & intitulée la Niéce
vengée , précédée d'un prologue où l'on a
pris en entier l'épifode de la Rancune.
La mufique où il y a des airs agréables ,
& bien adaptés aux fituations & aux caractères
des perfonnages , eft de M. Melo
Organite . La Comédie eft de M. Anfeaume.
On a justement applaudi l'organe bril.
lant de M. Julien , & le goût de fon
chant , ainfi que l'art qu'il met dans lá
repréſentation de trois rôles différens ,
qu'il rend tous d'une manière piquante.
COLISÉE.
LE Colifée a excité la curiofité par la
beauté de fon édifice & de fes décorations,
Le Public s'y eft porté en foule ; les joutes
fur l'eau , les illuminations , la mufique
, les danfes , les feux d'artifice , &
principalement le fpectacle d'une aflemblée
nombreufe & choifie ont paru fuffire
d'abord à fa fatisfaction . Elle a été enfuite
réveillée par des concerts , par des panto
mimes, & par des repréfentations comi
162 MERCURE DE FRANCE.
ques . C'eſt la variété & la nouveauté qui
peuvent fur tout attirer le Public à un
fpectacle muet , où il faut toujours voir
& ne rien entendre , c'est - à - dire rien qui
affecte l'efprit ou le fentiment. Un particulier
a propofé d'ajouter à ce Colifée
d'agrément un Colifée d'utilité , & d'y
établir en conféquence les jeux des Anciens
& des Modernes , & des exercices
propres à la fanté. Il confeille de remplic
le baffin du Colifée d'une eau courante de
la Seine ; d'y former une Ecole de Natation
, & des bains pour l'un & l'autre fexe
dans les tems , & avec les précautions con
venables ; d'y placer le dépôt général des
eaux minérales dans cet endroit , où les
malades iroient , dans la matinée , les
prendre , & où ils trouveroient les chofes
propres à leur fanté en tout tems , l'hiver
& l'été , avec les avantages de la promenade
dans le jardin ou dans une gallerie
fermée, & où ils pourroient s'amufer à des
jeux d'exercice de routes efpèces tels que
le billard , la paume , la courfe à pied ,
la courfe de chevaux , la danfe , l'équitation
, les armes , l'arquebuſe , le jeu de
l'arc , & c. & c. En effet , l'emplacement
du Colifée paroît difpolé à adopter & à
réunir beaucoup d'objets d'agrément &
SEPTEMBRE. 1772. 163
d'utilité qui en rendroient l'ufage & la
fréquentation , en quelque forte , perpé
tuels.
SPECTACLE méchanique , rue Bailleul ,
à l'Hôtel Carignan , entre les rues des
Poulies & de l'Arbre -fec. L'enfeigne eft
au grand Druide Automate.
CE
E Spectacle fe donne en quatre repréfentations
; le Jeudi & le Dimanche font
les mêmes : chaque repréfentation eft
d'une grande heure .
On commence à fix heures tous les
jours , excepté les Mardis & Vendredis ,
à moins qu'ils ne foient jours de Fêtes.
Les places font de 3 liv. & de 1 liv. 4fols.
Ceux qui veulent foufcrire moyennant
12 livres , auront leur entrée à ce Spectacle
pendant toute l'année.
Ceux qui ne veulent que l'amufement
d'Horoſcope , viendront hors les repréfentations
, payeront 12 fols , & feront
au moins cinq perfonnes . On repréſente
en tout temps pour les Compagnies qui font
prévenir.
164 MERCURE DE FRANCE.
Outre le Spectacle , on tient au Cabinet
de Monfieur Rabiqueau , une école
d'amuſemens phyſiques , méchaniques ,
( pratique bien fupérieure aux livres de
Récréations , qu'on entend très - peu fans
Maitre . )
La Leçon eft de 3 livres.
On donne auffi des femaines phyfiques
; fommaire fuffifant pour avoir une
notion de ce qu'on doit au moins favoir
dans cette partie . On fouferit pour 24 liv.
On delivre au Cabinet pour fix fols ,
une Lettre fur l'Electricité médicale , précédée
de deux proſpectus littéraires d'un
Ouvrage intitulé , le Microfcope moderne,
pour dévoiler la nature , & un du Détail
du Cabinet de M. Rabiqueau , & le Traité
d'Electricité avec figures , volume in - 8 ° .
qu'on trouve au Cabinet .
Onfournittoujours les lampes optiques
d'une lumière égale , fans fatiguer la
vue , pour les cabinets , antichambres ,
& c. & on entreprend les cabinets de
phylique , de méchanique & d'amufement.
SEPTEMBRE. 1772. IGS
LETTRE de Dom Noël à M. Jean
Bernoulli.
MONSIEUR ,
J'ai lu , en préfence du plus grand nombre de
Meffieurs les Aftronomes de l'Académie royale
des fciences de l'Ecole royale militaire , & autres
fçavans , l'article de vos Lettres aftronomiques ,
qui concerne le P. Noël, pag. 173 * . Ces Meffieurs
étoient affemblés pour faire des obfervations , à
Paffi , à l'hôtel du cabinet de phyfique & d'optique
du Roi , où je demeure. Tous s'étonnèrent
que vous ayez pris fi peu de peine pour vous in-
* Lettres aftronomiques où l'on trouve une
idée de l'état actuel de l'Aftronomiepratique
dans plufieurs villes . A Berlin
, 1771.
IL eft dit , dans ces lettres , « Un autre amateur
d'optique , le Père Noël , a entrepris un ouvrage
hardi & bien confidérable , il s'eft engagé à
faire un télescope , fi je ne me trompe , grego
rien , de 23 pieds , pour la fomme de 50 à
80000 francs . On m'a dit que l'ouvrage a été
» commencé , & une partie de la fomme payée ;
» mais je ne lais fi on peut efpérer de voir jamais
tous les articles du contrat remplis , j'ignore
» même avec qui le Père Noël a fait cet accord.
166 MERCURE DE FRANCE.
former des choles rares qui pouvoient mériter vos
recherches , & que vous vous foiez énoncé ɓi inconfidérement
fur mon compte , fans vous être
fait inftruire auparavant .
Le cabinet de phyfique & d'optique du Roi eft
un établiflement formé par Sa Majesté près le
château royal de la Muette , à une demie lieu de
Paris ; Elle m'a fait l'honneur de m'en rendre le
garde & le démonſtrateur par un brevet . Les fonds
en font fixés depuis 176c , & les dépenfes qui font
confidérables , fe font depuis 22 ans.
t
Le Roi, la Famille Royale & toute la Cour
f'ont honoré , nombre de fois , de leur préfence.
Le Roi de Suéde , les Seigneurs & les Sçavans
étrangers en ont fait autant . M. Ferner , précep
teur du Prince Royal de Suéde , affocié à différentes
académies , & plufieurs autres aftronomes ,
y ont obfervé le paflage de Vénus fur le difque
du Soleil. Les mémoires de l'Académie , fi vous
les avez lus , en font mention ; & vous feul ,
Monfieur , qui parcourez les Cours étrangères
comme un fçavant diftingué & un habile obfervateur
, qui avez defiré le faire fçavoir à toute
l'Europe , en rendant publiques vos lettres d'obfervations
vous avez non - feulement ignoré
qu'il y avoit près de Paris un établiſſement royal
& un cabinet pourvû des plus beaux & des meilleurs
inftrumens ; mais encore vous avez affecté
d'en confondre l'auteur avec quantité d'ouvriers
inconnus , & de jeter des doutes & du ridicule fur
un télescope de 24 pieds 4 pouces de long qui
porte 22 pouces d'ouverture ,
dont l'effet prodigieux
, au rapport de Meffieurs les Aftronomes
que je vous ai cités , furpafle tout ce qu'on a vu
jufqu'à préfent , & leur fait croire qu'il fera diffiSEPTEMBRE.
1772. 167
cile , pour ne pas dire impoffible ,d'en conftruire
un fupérieur. Le pourrois , dans cette lettre vous
faire la defcription d'une quantité prodigicule
d'inftrumens qui attirent l'admiration , parce
qu'il n'y en a pas dans l'Europe avec lefquels ,
pour la plupart , on puiffe les comparer. Si d'ailleurs
ce cabinet du Roi n'étoit célèbre ; pas
fi on
n'avoit pas déja fait graver , à grands frais , une
partie de ces inftrumens , ce que je me propoſe de
publier pour l'utilité des artiftes ; Vous auriez
pu , Monfieur , apprendre que le Roi a fait &
continue de faire avec une magnificence royale
, les dépenfes néceflaires. Les quatre - vingt
milles livres que vous citez dans vos lettres
comme une fomine exorbitante , n'ont pas luffi , à
plus de moitié près, pour le feul emplacement de
cet établiflement.
Vous êtes cependant venu à Paris ; vous y avez
féjourné quelque tems ; wous y avez obſervé le
paflage de Vénus ; vous avez vu les aftronomes ,
les fçavans , & vous avez ignoré tout cela. Que
penferont les Etrangers ? Que penfent actuellement
vos amis & vos corefpondans , en lifant vos
lettres aftronomiques , & qui connoiffant l'ufage
& les mesures de tous les inftrumens remarquables
, font étonnés de trouver dans vos obfervations
, dans vos defcriptions & dans vos mesures ,
& mème dans quelques calculs beaucoup de méprifes
Nc croiront-ils pas que vous n'avez rien
vu ni méfuré par vous- même ? que vous n'avez
pas compofé vos lettres , & que c'eft votre nom
qu'on a voulu emprunter ; ou, fi vous convenez
vous- même de les avoir données , ne diront- ils
pas que vous ne les avez écrites que fur des annonces
de marchands & d'ouvriers , comme cela
Le pratique à Paris & ailleurs dans une feuille pé168
MERCURE DE FRANCE.
riodique , qu'on appelle , petites Affiches , dans
letquelles les ventes , qui le font publiquement ,
font annoncées avec la qualité & le prix des mar
chandiſes dont on veut le défaire ? On y fait auffi
quelquefois la defcription de certaines machines
pour mieux les vendre. Voilà , Monfieur , ce que
vos lettres d'obfervations annoncent pareillement
à chaque page , & voilà ce qu'on penſe &
ce qu'on dit généralement à Paris de votre ou
vrage.
J'ai l'honneur d'être , &c.
ARTS.
GRAVURE S.
I.
Galerie univerfelle, contenant les Portraits
de perfonnes célèbres , de tout pays ,
actuellement vivantes , gravés en couleurs
, par Mrs Gautier Dagoty , père
& fils aîné ; avec des notices hiftoriques
relatives à chaque portrait , par
une fociété de gens de lettres : ouvrage
in-folio , propolé par foufcription . A
Paris , de l'imprimerie de Ph. Denis
Pierres , rue St Jacques.
LES Portraits qui compoferont cette
galerie feront gravés & imprimés en couleurs.
SEPTEMBRE. 1772. 169
leurs. Ce genre de gravure & d'impreffion
doit beaucoup à M. Gautier Dagoty
père , qui l'a perfectionné & l'a rendu
précédemment utile dans plufieurs objets
intéreffans d'anatomie & d'hiftoire naturelle.
Des notices hiftoriques accompa
gneront ces portraits . Le premier cahier
de cette galerie fe diftribue actuellement;
il est compofé de quatre portraits qui
font ceux de Sa Majesté Louis XV , de
Sa Majesté Pruffienne , de M. de Maupeou
, Chancelier de France , & de M. de
Voltaire. Les notices hiftoriques ont été
dictées par MM. Dagoty fils aîné , Linguet
& de la Harpe .
Le fecond cahier fe diftribuera dans le
courant du mois d'Août. On y verra le
portrait coloré de l'Impératrice Reine ,
Marie-Thérefe , tiré des appartemens de
Madame la Dauphine ; les portraits éga
lement colorés du Roi de Sardaigne , de
M. le Duc de la Vrilliere & de M. d'Afembert
.
On fouferit préfentement pour la collection
entière , ou pour les portraits de
l'année 1772 aux conditions ci- après . II
fera diftribué tous les deux mois , à commencer
du mois d'Août 1772 , quatre
portraits & leurs notices hiftoriques .
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Chaque cahier fera toujours compofé de
quatre portraits , & coûtera aux foufcripteurs
12 livres , laquelle fomme ils payeront
en recevant le cahier , fans faire aucune
avance . Ils figneront feulement leurs
engagemens , & ſouſcriront pour une année
ou pour toute la collection , en donnant
leur nom & leur adreffe. On reçoit
les foufcriptions à Paris , chez Pierres , à
l'adreffe ci - deffus ; & au bureau royal de
Correfpondance générale , rue des Deux-
Portes St Sauveur.
Après la foufcription , les quatre por
traits fe vendront is liv.
I I.
La Marchande d'oeufs & la Marchande de
noiſettes , deux eftampes en pendant ,
& de format in-folio ; prix , i liv . 4 f.
chaque eftampe . A Paris , chez Hemery
, graveur , rue Caffette , maifon du
fellier,
Ces espèces de bambochades plairont
par la gaîté avec laquelle elles font traitées
. Le Sr Hemery les a gravées d'après
les deffins de J. Touzé.
SEPTEMBRE. 1772. 171
I I I.
Mars & Vénus , eftampe d'environ 18
pouces de haut fur 13 de large , gravée
par L. Bonnet , d'après le de fin de M.
Lagrenée , peintre du Roi , profeffeur
de fon académie royale . A Paris , chez
Bonnet , rue Gallande place Maubert ;
prix , 2 liv. 8 fols.
Cette eftampe , gravée dans la manière
du deffin au crayon rouge , fait pendant
à l'Infomnie , autre eftampe gravée par le
même artifte & publiée précédemment.
Celle qui vient de paroître eft une allégorie
galante fur la paix. Mars & Vénus
font couchés dans un même lit. On fou
rit à la pensée du deffinateur , qui a repré
fenté les colombes de Vénus faifant leur
nid dans le cafque du dieu de la guerre .
Le fieur Bonnet vient auffi de graver
une tête de vieillard , deffinée à Rome par
Michel - Ange Slos , d'après le Guide.
fols . Prix , 15
Une tête de Pontife & une tête d'Evêque
, d'après les deffins de M. Vien , peintre
du Roi ; prix , 15 fols chaque tête.
Plus une tête de jeune fille , d'après
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Coypelle; prix , 12 fols. Toutes ces têtes
font grandes comme nature , & exécutées
dans la manière du deffin au crayon
rouge.
I V.
Portrait de Jean Jacques Flipart , graveur
du Roi , deffiné & gravé par Ingouf le
jeune , fon élève . A Paris , chez l'auteur
, rue de la Parcheminerie , vis- àvis
le paffage St Severin ; prix , 1 liv.
4 fols.
4
I
Ce portrait , qui eft un hommage de
l'amitié & de la reconnoiffance , flattera
les amateurs par la délicateffe du burin &
a vérité de la reffemblance.
V.
·
Vue intérieure & plan du Vauxhal' de
la Foire de St Germain des Prez . Prix ,
2 liv. en blanc , 6 liv . lavée ; chez le Sr le
Rouge ingénieur géographe du Roi , rue
des grands Auguftins.
SEPTEMBRE . 1772. 173
MUSIQUE.
I.
Elémens de Mufique , avec des leçons à
une ou deux voix ; dédiés à Mademoi
felle Lebel ; compofés par M. Cajon ,
maître de mufique, Prix , 9 liv, A Paris ,
chez l'auteur , quai de la Mégifferie ,
aux trois Pillons d'or , près le Pontneuf,
& aux adreffes ordinaires de mufique.
A Lyon , chez Caftaud , place de
la Comédie ; & Serière , place des Cordeliers.
CES Elémens font préſentés avec beaucoup
de méthode , de précifion & de clar.
té ; & les leçons compofées avec intellice
& avec goût.
I I.
Deuxième Livre d'Ariettes choifies ,
avec accompagnement de harpe , fuivies
de plufieurs petites pièces & Menuets ;
dédié à Mademoiſelle de Vezien par J.
G. Bürckhoffer , oeuvre 1x . Prix , '6 liv,
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
A Paris , chez l'auteur , rue des Foffés-
Monmartre , la 2º . porte cochère au- deffus
du pâtiffier , entrant par la rue Monmartre
, au bureau d'abonnement , cour
de l'ancien grand Cerf , rue St Denis &
des Deux Portes St Sauveur ; & aux adref
fes ordinaires de musique.
LETTRE en réponse à celle de M. Gauthey
, inférée dans le Mercure de Juin,
relativement à la conftruction du Dôme
de Ste Ginevieve.
Ce n'est qu'à ceux qui ne connoiffent point fon
ouvrage , que M. Gauthey pourroit faire croire
que les affertions que j'y ai relevées ,foient dénuées
de tout fondement ; de même que ce n'eft qu'à ceux
qui ignorent les premiers élémens de la conftruction
,qu'il pourroit perfuader qu'il feroit aiſé d'exécuter
le dôme de Ste Genévieve , fans piliers , en fou
tenant la baflecule des pendentifs, par des arc-boutans
, & en employant des colonnes ifolées pour
contreforts : auffi me ferois je bien gardé de répon
dre à fa lettre , s'il ne s'étoit avifé d'alléguer que
c'eft moi qui me fuis écarté des formules reçues jul•
qu'à doubler, dit-il , leurs réſultats. J'avois déja lu
cette imputation dans fon ouvrage , & comme
elle eft démentie par le fait , je ne l'avois pasjugé
digne d'être relevée dans ma replique. Que l'on
ouvre en effet mon mémoire , on verra que je n'ai
fait qu'ajouter aux quatre pieds fix pouces trouSEPTEMBRE.
1772. 175
vés pour l'épaifleur de la tour du dôme en quef
tion , feulement dix- huit pouces , tant pour met
tre la puiflance réfiftante en force au deffus de
rout effort occafionné par le taflement , lors du
déceintrement , que par rapport au poids de la
lanterne que j'avais négligé . Son erreur eft prove.
nue de ce qu'il s'eft imaginé que les colonnes deftinées
à décorer les dehors de la tour d'un dôme
devoient faire partie de l'épaifleur indiquée par
les formules , & de ce qu'il a ignoré qu'une colonne
n'eft faire que pour porter d'a plomb , & non
pour réfifter à un effort oblique , tel que celui
d'une voûte. Pour faire fentir en deux mots la
faufleté de cette application , il fuffit de réfléchir
qu'en admettant la faillie des demi- colonnes avec
leurs bafes, dans l'épaifleur de la tour du dôme de
Ste Génevieve , fon mur n'auroit réellement que
2 pieds ; & qu'une pareille épaifleur paroît à la
fimple infpection n'avoir aucune analogic avec un
dôme de 63 pieds de diamètre , qui doit être élevé
à plus de 180 pieds , & chargé d'un poids confidérable
fur fon fommet.
M. G. allégue encore que j'ai prononcé contre
moi , en réformant un de fes calculs , parce que ,
fuivant lui , le poids porté fur le panache tendra
à renverser le pilier du côté de l'intérieur du dôme
, tandis que l'effort de la pouflée des arcs tendra
au contraire à le renverfer du côté de l'extérieur
; par conféquent , continue - til , ces deux
actions étant oppofées ne doivent point être ajoutées
, & devroient être retranchées l'une de l'autre
: Mais où a - t-il donc jamais vu qu'un poids
porté fur un anneau conique ou fur une zone (phé
rique , ait attiré ou renverfé fes fupports en - dedans
? Eft ce que leurs vouloirs qui font toujours
HAV
175 MERCURE DE FRANCE,
taillés en coin peuvent , en aucun cas , agir autrement
qu'en pouflant , ou qu'en écartant leurs foutiens
en dehors ? D'ailleurs , fi le contraire avoit
lieu , comme il l'imagine maintenant , tout le
fyftême des forces qu'il a prétendu tirer des parties
adjacentes de fon pilier pour le roidir , fe trouve.
roit abfolument détruit : car alors toutes les platebandes
& les arcs- doubleaux diſpoſés fuivant la
longueur des nefs de l'Eglife en queſtion , le réu
niroient avec le poids porté fur le panache pour
poufler le pilier en- dedans ; & il ne resteroit pour
s'oppofer à ces puiffances réunies , que les feuls
arcs doubleaux des nefs qui s'appuyeroient fur
les piliers : il s'en fuit donc delà que M. G. n'a pas
fenti qu'il le mettoit évidemment en oppofition
avec lui - même par cette hypothèſe , & que le
poids porté , tant fur le panache que fur les arcs
doubleaux des nefs ne pouvant tendre qu'à renverfer
le pilier en dehors , j'ai eu très - grande raiſon
de rectifier fon calçul .
Quant aux piliers du dôme de Ste Genevieve ,
que M. G. dit être dans une proportion plus forte
, relativement à la pouffée des arcs , que ceux
des dômes de la Sorbonne , du Val - de- Grace à
Paris , & de St Paul de Londres , après être convenu
, page 27 de fon ouvrage que par comparaifon
avec ces derniers ils paroiffoient extrêmement
petits , il ne faut que jeter les yeux fur les plans
de ces différens piliers qui font gravés en paralelle
dans mon mémoire , pour juger de leur énor
me différence , & que fous quelque rapport qu'on
veuille les confidérer , il n'y a pas de piliers des trois
dô nes cités , qui n'aient proportionellement au
moins trois fois plus de force que ceux de l'églife dé
Ste Genevieve : & certe différence paroîtra encore
SEPTEMBRE. 1772. 177
bien plus frappante fi l'on fait réflexion que les
dômes de la Sorbone , du Val -de- Grace & de St
Paul , font couverts de charpente , & n'ont qu'une
feule voûte , tandis que le dôme de Ste Genevieve
aura deux voûtes joint à des grouppes de figures
fur fa partie fupérieure .
Jugez , Monfieur , par le choix des preuves de
M. Gauthey , du degré de confiance que l'on doit
avoir à ſon mémoire ; & combien il a eu raiſon
de dire qu'il ne vouloit pas me convaincre. Au
furplus , il faut eſpérer qu'enfin l'architecte de Ste
Geneviève expofera publiquement les moyens de
conftruction de fa coupole , ainfi qu'il l'a promis
dans votre Mercure de Juillet 1770 ; ce fera alors
que les fçavans & les conftructeurs feront en état
de les apprécier , & de décider fi en effet on peut
efpérer une coupole fur les piliers déjà exécutés .
J'ai l'honneur d'être , & c .
PATTE.
Sur la Baguette divinatoire .
>
RELATION des Expériences faites à Angers ,
le 26 Juin 1772 , fur la vertu de la Baguette , dite
divinatoire , tenue par une perfonne du fexe
laquelle a été jugée pofléder ce don de la nature
au fupreme degré par tous les curieux qui ont
affifté à ces expériences.
Les baguettes , au nombre de huit , étoient de
différens bois ; fçavoir , d'ormeau , de prunier , de
noyer , de chataigner d'Indes , de charme , de
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
laurier - fauce , de fureau , & de tronc d'artichau ;
coupées & feparées de leurs troncs feulement 36
heures avant les épreuves ; excepté le tronc
d'artichau , qui étoit un peu vieux couppé & àdemi
-fec : ells étoient toutes forchues ; & chaq e
branche , ouverte & éloignée de l'autre d'environ
60 à 70 degrés , avoit de longueur entre 9
à 10
pouces ; & le tronc commun étoit d'environ 2
pouces.
Ces différentes efpèces de bois n'ont apporté aucune
différence dans les opérations. Elles ont toutes
opéré également dans la main de cette Dame,
& tout auffi bien que le bois fec dont elle fe fert
ordinairement ; quoique leurs fibres duflent être
gonflées par la téve , excepté le fureau qui n'a produit
aucun effet ; apparemment que c'eſt un bois
trop moëlleux .
Les expériences ont été faites fur tous les métaux
fucceffivement ; d'abord fur une petite quantité
de chacun , & enfuite fur de plus gros volumes
il n'a paru de différence qu'en ce que le plus
gros volume rendoit la baguette fenfible de plus
loin . On a fufpendu au plancher un double louis,
avec un fil fin de 5 à 6 pieds de long , pour voir fi
dans l'approche & l'opération de la baguette on
s'appercevroit de quelque attraction ou répulfion
dans ce métal , mais il n'y a paru rien de fenfible,
nonobftant l'agitation violente de la baguette.
Cette baguette tourna dans le même fens fur
l'or , l'argent, le cuivre , le plomb , l'étain & le fer.
La Dame tenoit chaque branche d'une main , les
ongles en haut & fortement ; & toute la baguette
étoit dans une pofition à très peu près horiſontale
; & venant à s'approcher du métal , & préſentant
le gros bout de cette baguette , auffi- tôt que
SEPTEMBRE. 1772. 179
les mains paroifloient avoir un peu echauffé les
deux branches , le gros bout partoit en haut ,
comme pour s'élever à la perpendiculaite ; mais
fi violemment qu'il faifoit vivement le tour entier
de dehors en - dedans , & forçoit les mains de
lâcher la prife : il fe rompit plufieurs de ces baguettes
, fur lesquelles les mains tinrent aflez ferme
pour n'être pas forcées .
Sur le mercure , le mouvement de la baguette
fe fit dans un fens contraire à celui qu'elle prenoit
fur les autres métaux : on répéta plufieurs
fois l'expérience fur ce métal imparfait , & la mê
me chole arriva toujours ; le gros bout de la baguette
le portoit vers le bas , & violemment à faire
le tour de dehors en dedans.
On fit enfuite lexpérience fur 4 à 5 pintes d'eau
à découvert , contenues en un vaifleau de terre ;
là la baguette parut s'agiter encore avec plus de
violence que fur les métaux ; enfuite fur une bou
teille vide de verre ordinaire , mais la baguette
refta immobile , cette bouteille ayant été remplie
d'eau , elle agit puiflamment deffus , tant débouchée
que bouchée fortement : on ne s'attendoit
pas à cela , après cette dernière précaution , dans
l'idée que l'eau ne feroit pas fenfible pour la baguette
au travers des pores du verre.
Dans toutes ces expériences l'agitation de la baguete
eft fi violente qu'elle donne quelquefois de
grands coups dans la poitrine & même dans le vifage
de la perfonne , fi elle n'y prend bien garde
en allongant les bras.
On occupa enfuite cette Dame à chercher de
l'argent caché ; fçavoir , de l'or dans un endroit,
& de l'argent en un autre fous des tapifleries ; elle
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
le découvrit dans les deux endroits ; on obſerva
alors que lorsqu'elle s'éloignoit de ces métaux ,
ou à droit ou à gauche , le gros bout de la ba→
guette le retounoit vers le métal , comme pour
indiquer précisément où il étoit.
Ces opérations furent fuivies & examinées de fi
près que tous les fpectateurs déposèrent bientôt
toure défiance , & furent intimement convaincus
qu'il ni'y avoit ni adrefle , ni fubtilité , ni coup de
main pour aider à la paguette . D'ailleurs cette
Dame n'auroit pas encore eu le tems de dreffer fa
baguette à des mouvemens forcés à deflein de
tromper, puifqu'il n'y a qu'environ deux mois &
demi qu'elle s'eft appeçue avoir ce don de dature.
Elle tenoit par hafard des deux mains un morceau
de bois en forme des baguettes ci - defies
pour le mettre au feu : dans un inftant , ce bois tourna
malgré elle à l'approche des chenets , de la
pelle & des pinces de fer , & lui apprit qu'elle
avoit le don de la baguette. Elle s'eft pourtant
fouvenue , à cette occafion , qu'à l'âge de ans ,
étant avec son frère chez le Seigneur du lieu qui
s'impatientoit beaucoup de ne point trouver de
fources pour un puits nouveau qui étoit déjà profond
; ce Seigneur lui fit prendre , comme par manière
de plaifanterie , une baguette qui tourna
effectivement fur l'ouverture de ce puits : fur cet
événement ayant fait creufer environ 3 pieds plus
bas, il trouva des fources abondantes . Cette aventure
fit alors fur elle fi peu de fenfation , qu'elle
ne s'en étoit fouvenue jufqu'ici que comme un
jen d'enfant qu'on lui avoit fait faire dans la jeunefle.
Enfin , la baguette de cette Dame tournant fur
SEPTEMBRE. 1772. 181
tous les métaux & fur l'eau , elle refteroit à chaque
fois dans l'incertitude fur l'efpèce qui cauleroit
ce phénomène , fi elle ne fe fervoit du moyen
Luivant qui lui procure la connoillance fûre de
l'efpèce fur laquelle elle tourne : c'eſt une choſe
bien fingulière & bien remarquable. Elle connoîtra
, par exemple , que l'eſpèce cachée fera de l'or,
fi , après que la baguette aura tourné fur l'objet
caché , elle met un anneau d'or dans une de fes
branches ; car alors la baguette ne tournera plus;
mais elle restera en repos & comme en équilibre ;
par la raifon apparemment que l'émanation qui
vient de l'anneau , pofé fur la baguette même ,
opère dans un fens contraire de celle qui vient de
la mafle extérieure , & que dans ce cas l'une détruifant
l'autre , la baguette ne fe trouve plus affectée.
Si , fur de l'argent caché , on vient à mettre
un anneau d'or , cet anneau n'empêchera point
la baguette de tourner fur l'argent ; mais un anneau
d'argent l'empêchera , & ainfi des autres métaux
, dont une partie appliquée fur la baguette
en empêchera l'effet : c'eft là un bon moyen pour
connoître l'espèce fur laquelle cette baguette vient
à tourner. Un petit linge mouillé d'eau , mis fur
la baguette , l'empêchera également de tourner
fur l'eau: c'eft ce que nous avons obſervé avec
bien de l'attention .
Il y a environ 300 ans qu'on a commencé à
parler de la vertu de la baguette ; par conféquent
ce phénomène n'eft pas nouveau : cependant la
moitié , au moins , de MM. les Phyficiens regardent
cette vertu comme imaginaire ; & en effet ,
il femble qu'elle foit de nature à n'être crue que
quand on l'a bien vue de fes propres yeux , aink
que bien d'autres faits dans la nature , dont la
182 MERCURE DE FRANCE.
fimple relation , quelque autentique qu'elle foit ,
ne peut jamais produire autant de motifs de crédibilité
que la fimple vue de ces même faits Tel
eft , par exemple , le talent inoui de Jean - Jacques
Parangue qui voit tous les cours d'eau fouterrains,
& les fuit auffi facilement que s'ils étoient ſur la
furface de la terre.
Nous ajouterons encore 1 ° . qu'elle s'eſt ſervie
de baguettes droites d'une feule tige , qui ont
également opéré ; 2 ° . Que la baguette n'a point
tourné fur plufieurs matières qu'on s'eſt aviſé de
lui préfenter , excepté fur une petite ardoiſe pefant
S 6 onces.
Après rous ces effets furprenans que nous avons
fuivis avec attention , nous ne doutons point que
ce don de la nature , au point fur-tout que cette
Dame nous a paru le pofléder , ne foit très - utile
pour faire d'heureufes découvertes , foit fur les
fources d'eau , ſoit fur les différentes mines des
métaux , même far des carrières d'ardoiſes .
Le nom de cette Dame eft , Eléonore Feraud ,
native de Rouanne , diocèle de Lyon , épouse du
fieur Dupré , horloger , rue St Laud , à Angers.
Entre tous les fpectateurs qui fuivoient ces
expériences d'un oeil phyficien , les principaux
étoient , MM . l'Abbé de Mouggon , grand vicaire
d'angers & doyen du Chapitre royal de St Laud ;
I'Abbé Cotelle , doven du Chapitre , auffi royal
de St Martin , membre de l'Académie royale dudit
Angers , & fecrétaire perpétuel du bureau d'Agriculture
de ladite ville ; l'Abbé Allory , chanoine
dudit St Laud , & moi Gabory , prêtre , chargé
de rédiger la préfente rélation.
SEPTEMBRE. 1772. 183
BIENFAISANCE.
Extrait d'une Lettre de Nifmes en Languedoc ,
au mois de Juin 1772 .
PAR les arrangemens pris par notre
Prélat , & fecondé des tous les habitans ,
tant Catholiques que Proteftans , nous ne
voyons plus de mendians dans notre ville
; on a commencé par chaffer tous les
mendians étrangers qui étoient ici fans
nombre. M. notre Evêque a nommé enfuite
des commiffaires de quartiers , qui,
chacun dans leur quartier, ont eu foin de
s'informer de tous les néceffiteux qu'ils
pouvoient avoir , tant des mendians de
profeffion que de pauvres infirmes , des
pauvres honteux . On fait une quête tous
les mois dans chaque quartier , que chaque
commiffaire porte à l'hôtel de ville .
Le premier du mois M. de Nifmes y
préfide avec deux confuls , chaque commiffaire
prend l'argent qu'il doit employer
dans le mois , & le refte eft mis
dans un coffre pour les néceffités de l'hyver.
Voici deux mois paffés , & le troifié184
MERCURE DE FRANCE,
me qui commence , fans importunité de
la part des mendians. S'il paroît quelque
étranger dans la ville , il eft conduit à
l'hôpital général , où on le garde pendant
trois jours au pain & à l'eau. Il feroit à
fouhaiter qu'un fi beau projet fubfiftât tou
jours. Nous nous Aatons du moins qu'il
durera autant que notre Prélat . On devroit
fuivre par tout un plan fi utile pour la
tranquité publique.
ANECDOTES.
I.
M. Chriftophe Stephens , marchand de
tabac à Reading , avoit gagné beaucoup
dans fon commerce ; n'ayant point d'enfans
, il fit venir auprès de lui un de fes
neveux à qui il deftina fon héritage . Le
jeune homme arriva , & fe fit connoître
bientôt pour aimer les plaifirs . Le miniftre
de Reading , qui avoit un grand afcendant
fur l'efprit du vieillard , lui parlant
un jour de la méchanceté du fiécle ,
prit occafion de lui dire quelque chofe
contre fon neveu. « Vous fçavez , lui ditSEPTEMBRE.
1772. 185 .
"9
» il , quel est fon caractère , & vous lui
» deſtinez votre bien ; ne vaudroit- il pas
» mieux l'employer à des uſages charita-
» bles , que de le laifler à un jeune liber-
» tin qui ne s'en fervira que pour fatisfaire
fon goût pour la débauche ? » .
Monfieur , répondit Stephens , ce que
» vous me dites peut être excellent en
chaire ; mais ce n'eſt pas ma doctrine :
j'ai toujours pensé que nos parens doi.
» vent être les premiers objets de notre
charité ; mon neveu n'aura jamais tant
» de plaifir à dépenfer mon argent que
j'en ai eu à le gagner ; je ne lui laifferai
» pas un fchelling de moins parce qu'il
» eft libertin ; plus il diffipera , plus it
» aura befoin. » Le miniftre , qui ne s'attendoit
pas à cette réponſe , changea foudain
de difcours , mais le vieux marchand
ne le vit plus de bon oeil .
"
»
33
I I.
Le Roi Jacques I ' avoit coutume de
s'entretenir avec fes courtifans , pendant
le Service divin. L'Evêque Laud , qui of
ficioit un dimanche , s'appercevant que
Sa Majefté étoit difpofée à caufer , interrempit
fon fermon , chaque fois qu'il la
186 MERCURE DE FRANCE.
vit occupée à parler . Le Roi lui demanda
après le fervice , pourquoi il s'étoit arrêté
fi fouvent. J'ai craint , répondit le prélat ,
de manquer au refpect que je dois à Votre
Majefté , en interrompant fa converfation .
Vous êtes bien bon , reprit le Roi , je vous
promets , à mon tour , queje ne vous interromprai
plus dans vos fermons.
I I I.
M. Law , auteur du fameux fyftême ,
étoit, comme l'on fçait, un gentilhomme
Ecoffois , dont la fortune étoit bornée, &
l'ambition très étendue ; il avoit voyagé
dans la plus grande partie de l'Europe , &
fubfité uniquement par le jeu ; il avoit
fur- tout gagné des fommes contidérables
en Italie ; ce fut là qu'il conçut l'idée du
fyftème qui a fait tant de bruit & ruiné
tant de perfonnes. Il le propofa d'abord
au Roi de Sardaigne , qui lui dit que
fes
états étoient trop petits pour un projet
aufli vafte. Je connois bien les François ,
ajouta til , je ne doute point qu'ils ne
l'embrassent avec transport Law reflechit
fur l'avis de ce Prince , vint en France ,
& fe fit goûter du Régent . En Décembre
1719, il abjura la religion proteftante , &
SEPTEMBRE. 1772. 187
fut fait contrôlear genéral des finances le
mois de Janvier fuivant. Il ménagea fi
bien les affaires , qu'il fit paffer , en peu de
tems , prefque tout l'argent du royaume
dans les coffres du Roi , & qu'il amaſſa
lui- même une fortune de 500000 livres;
mais n'ayant pas eu la prévoyance d'en
rien mettre à l'abri dans les banques étrangères
, il fut obligé d'abandonner fon tréfor
l'année fuivante , & de fuir fecrétement
de la France pour éviter d'être mis
en pièces par un peuple furieux . Peu
d'hommes ont fait une chûte pareille à la
fienne ; il defcendit du plus haut rang à
l'état d'un pauvre vagabond , méprifé de
tout le monde. Après avoir erré dans
différens pays , il mourut à Munich dans
la plus extrême indigence . Sa veuve palla
fes jours à Utrecht dans la plus profonde
obfcurité ; fon fils regarda comme une
bonne fortune , le bonheur d'obtenir une
cornette dans un régiment de cavalerie
hollandoife. Sa fille , qui étoit très - aimable
, époufa le Lord Wallingford , fils dų
Comte de Banbury.
188 MERCURE DE FRANCE.
I V.
Philippe de Crevecoeur , Seigneur des
Guerdres , étoit paffé du fervice de Bourgogne
à celui de France. Comme il avoit
reçu des fommes confidérables pour exécuter
plufieurs entreprifes , Louis XI
ayant exigé qu'il lui rendît compte de
l'emploi de cet argent , des Guerdres mit
tant de différens articles , que la dépenſe
furpaffoit la recette ; le Roi , ne trouvant
pas le compte exact , vouloit examiner &
difcuter chaque article. Des Guerdres
ennuyé d'une recherche fi fcrupulenſe , lui
dit : «Sire , j'ai acquis pour cet argent les
» villes d'Aire , d'Aras , de St Omer , Be
thune , Bergue , Dunkerque , Graveli-
» nes , & quantité d'autres : s'il plaît à V.
" M. de me les rendre , je lui rendrai
» tout ce que j'ai reçu . » Le Roi , compre
nant que des Guerdres avoit voulu fe
payer un peu par lui -même de fes fervices,
lui répondit : par la páques Dieu , Maréchal
, il vaut mieux laiffer le mouftier où il
eft.
SEPTEMBRE, 1772. 189
AVIS.
I.
Calendrier perpétuel dreflé par Jofeph
Criftin . A Paris , chez Tiffot , rue des
Deux - Portes St Severin , à l'hôtel d'Orféans.
EC Calendier eft exécuté en caractères gravés
avec beaucoup de foin & de netteté fur une
feuille d'environ 26 pouces de haut fur 21 de large.
Il eft formé d'une fuite de calendriers relatifs
aux différens jours où la fête de Pâques peut arriver.
Comme cette fête n'arrive jamais plus tard
que le 25 Avril , ni plutôt que le 12 Mars , ce
calendrier contient autant de calendriers particu
liers qu'il y a de jours depuis le 22 Mars inclufivement
jufqu'au 25 Avril exclufivement , ce qui
fait 35 calendriers . L'auteur à rangé dans fon
tableau fous deux colonnes les mois de l'année.
Deux autres colonnes ayant pour titre , Anni
Chrifti, indiquent les lettres dominicales , les
épactes , le nombre d'or , le cycle ſolaire , & l'indiction
de chaque année depuis 1582 jufqu'à
2100. Tous les dimanches & fêtes mobiles font
rangés par nom & par nombre. Il y a dans ce
même calendrier d'autres calculs utiles à ceux qui
veulent vérifier les anciennes dates , & fçavoir
quel jour de la femaine ou quelle fête étoit ce
même jour - là.
190 MERCURE DE FRANCE.
I I.
Magafin de Tabletteries & de bijoux faits
au tour , rue Greneta , au Roi David.
Les perfonnes qui recherchent dans les arts le
picquant de la nouveauté , trouveront , dans tout
le cours de l'année , de quoi fatisfaire leur goût &
leur fantaisie , chez le fieur Compigné , tablettier
du Roi , artiste inépuifable en inventions utiles
& amufantes . Si l'on vifite fa fabrique , l'on y trou.
vera des boîtes d'une forme neuve & agréable ;
elles imitent parfaitement les pierres fines , telles
que les éméraudes , les rubis , les topafes , les
turquoifes , & c. : toutes ces couleurs font tranfparentes
, & laiflent voir les plus beaux deffins
que le tour puifle produire. Il en eft d'enrichies de
payfage , de marines , d'architectures , & c . exécutées
auffi par le tour , & qui n'ont d'autres glaces
que le vernis , que l'on pourroit prendre pour
de l'émail par la dureté & la beauté de fon poli.
Plufieurs de fes boîtes font garnies en or ou en
vermeil folide. Elles peuvent recevoir des médail
lons ou des portraits peints , qui font un très bel
effet. Il y en a de toutes grandeurs , au choix des
curieux.
Il a mis au jour la vue du château de Verfailles
& celle de Paris , prife au Pont Royal .
Ces deux tableaux ont été préſentés au Roi & à
la Famille Royale , par cet artifte , auquel Sa Majefté
a fait l'accueil le plus favorable , en lui faifant
l'honneur de les accepter. Il vient de donner
SEPTEMBRE. 1772. 191
auffi la vue des Tuilleries & celle du Luxembourg
ces quatre vues font auffi exécutées
fur le tour & qui font le plus bel effet , & , ce qui
mérite fur tout attention , c'eft que le prix n'eftarouche
point les acquéreurs ; & , afin que l'utile
fe trouve avec l'agréable , il a trouvé l'ait de mettie
fur les tabattières les plus nouvelles , toutes
ces vues , lesquelles deviennent tranſparentes , &
de mêmes couleurs que les boîtes .
On trouve dans ce même magafin des boîtes de
toutes espèces , comme bonbonnières , en écaille ,
en carton , garnies ou non garnies , étuits , fouvenir
, & mille autres ouvrages de tabletteries
dont le magafin du fieur Compigné eft confidérablement
garni.
Ceux qui voudront faire mettre des portraits de
famille ou autres fur des boîtes , de quelques efpèces
qu'ils le defireront , feront promptement
fervis , & à très - bon compte.
La grande collection des tableaux propres à orner
les cabinets que le fieur Compigné a entrepris
d'exécuter fur le tour , eft enrichie de quantité de
fujets nouveaux & de vues charmantes .
Son magafin eft toujours , rue Greneta , au Roi
David,
192 MERCURE DE FRANCE
I I I.
Guirifonfingulière d'une goutte Sereine.
La Demoiselle Pinadier , demeurant rue aux
Fers , chez M. Groune , marchand de galons , à
PEfpérance , étoit attaquée de cette maladie depuis
dix ans.
Le fieur Babelin , oculifte , recu à St Cofme ,
demeurant rue de Savoye , a commencé à traiter
cette Demoiſelle de cette maladie , le premier Mai
1772 , & le 30 du même mois , la maladie à été
entièrement guerie fous les yeux de MM. Pajon ,
de Moncers , docteurs de la Faculté , & de la Yerle
chirugien. Quoiqu'il foit reconnu par tous les
auteurs que cette maladie eft incurable ; & que
Antoine Me. Jean aie dit , pag. 306 , de fon
Traité fur les maladies des yeux , volume in - 12.
que c'eft chercher la pierre philofophale que d'entreprendre
cette guérison.
Pour lever les doutes des incrédules , il annonce
en même tems la guérifon de deux gouttes fereines
guéries , il y a cinq à fix ans à la femme du
Coureur de feu Son A. S. Mgr le Comte de Clermont
, & fous les yeux de MM. Ninin , médecin
confultant du Roi , & Dufouart, chirurgien major
des Gardes . Il en donnera plufieurs autres dans
la diflertation qu'il doit donner au Public à ce
fujer.
Le fieur Babelin , auteur de cette cure extraordinaire
, doit donner , à cet égard , des obfervations
détaillées dans les journeaux . Le zele que
cer
SEPTEMBRE. 1772. 193
cet artiſte a toujours montré pour tout ce qui intéreſſe
l'humanité , eft un fûr garand de ce que le
Public attend de lui.
I V.
* Académie du Roi hippodrome & hippiatrique
, tenue par M. le Chevalier de
la Pleigniere , Ecuyer du Roi , gendre
de M. de la Guerinière , à Caën , capitale
de Baffe Normandie.
PENSIONNAIRES.
·
f
Première année , pour un Gentilhomme , fes meubles
fans ferviettes de chambre , ni couvert de
table , entrées , étriers , écuyer , maître d'armes
, mathématiques , deffin , danfe , ſuiſſe &
palfreniers , montants à 245 livres payées avec
le premier quartier , en tout , 1565 liv.
Deuxième année & autres , pour tout , 1320
Pour un gouverneur tout meublé ,
Pour le logement d'un domestique par an, 80
Le cidre eft la boiflon ordinaire du pays :
ceux qui veulent boire du vin , payent
à raison d'une bouteille par jour , par
an ,
• 909
· 292
* La réputation de cette académie & de l'habile
écuyer qui la dirige , nous engage de publier fon
programme , & de le faire connoître à la Noblefle
Françoile & Etrangère,
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Ceux qui n'ont pas de domeftique , font
fervis moyennant quarante fois par
mois.
On paye au Suifle, pour gaules par mois , 30 fols.
Les domestiques ne font point nourris .
On ne fournit ni bois ni chandelle.
On ne fouffre point de chiens dans l'académie.
EXTERNE S.
Premier mois , pour tout , non compris les
gaules ,
Mois fuivans ,
!
, 124liv.
Les penfionnaires payent de quartier en
quartier d'avance.
Les externes payent de mois en mois d'avance.
Pour coutre la bague , on paye une fois
pour tout ,
Pour courre les têtes , par mois ,
So
20
20
Les meilleurs, maîtres en tout genre ont feuls la
permiffion d'enfeigner à l'Académie..
f
Règles ordinaires de l'Académie.
Le déjeuner à huit heures du matin , le dîner à
une heure , le fouper à neuf , & la retraite à onze.
Le lundi , mardi , jeudi & vendredi , manéges
jufqu'à une heure.
SEPTEMBRE. 1772. 195
Le maître d'armes donne fes leçons depuis huit
heures du matin juſqu'à neuf ; à deux heures après
midi le deffin , à trois heures les mathématiques ,
& à quatre heures la danfe jufqu'à cinq.
Le mercredi & famedi , jours de congé , depuis
neufheures du matin jufqu'a dix , le chef de l'académie
explique les parties relatives à l'art de l'Equitation.
Ceux qui ne fe contentent pas des quatre maîtres
que le chef de l'académie fournit , peuvent s'en
procurer d'autres en particulier , aux heures qui
leur conviennent , felon les prix ci après ; fçavoir,
Maîtres de mathématiques , de violon & de
flûre , chacun par mois , 12 livres.
Maîtres d'armes , de danfe & de deffin , chacun
par mois , 6 liv.
Si un gentilhomme veut apprendre la langue
françoife & la rhétorique, M. Moifant, profeffeur,
demeure dans l'académie & donne fes leçons
tous les jours pendant une heure,

Il prend par mois , 24 liv .
Il eft de la prudence des parens , dont les enfans
ne font pas fur leur propre compte , de charger un
banquier à Caen de payer exactement & directe.
ment au maître de l'académie le montant de ce
qui le regarde. Il paroîtroit également à propos
que ledit banquier reftât chargé du détail de leurs
mémoires de dépenfe.

I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
V.
Liqueurs de table. Pommade pour le teint.
Le fieur Dardelie , gendre & fuccefleur du fieur
la Faveur , connu pour les excellentes liqueurs ,
tient , dans fon magafin , rue St Honoré , hôtel
des Américains , près l'Oratoire , toutes fortes de
nouveautés en ce genre ; outre la Crême de Moka ,
il a encore inventé la Nymphe des bois , l'Iroquoife
, le Cacosbon , &c. toutes liqueurs agréables
bien faites . Il compofe de plus une pommade
de Limaçon , excellente pour le teint, qui le
rafraîchit & répare l'altération que produit fur les
Dames le rouge & les veilles .
NOUVELLES POLITIQUES.
De Damiete ,, le 15 Mai 1772.
MEHEM EHEMET Aboudaab , maître du Caire par la
fuire d'Ali , a rétabli la tranquillité dans l'Egyp
te , & l'on diroit , à voir le calme qui y règne ,
qu'il n'y a point eu de révolution dans ce royaume.
Ce Bey n'agit qu'au nom du Grand Seigneur.
Il a laiflé dans les emplois tous ceux qu'Ali Bey
y avoit placés . Il ne trouve de l'oppofition qu'à
l'égard de la monnoie frappée par l'ancien Caïmacan
& que les Egyptiens refufent d'accepter.
De Saint-Jean-d'Arc , le 13 Mai 1772 .
C'eft avec, le plus grand étonnement qu'on a
SEPTEMBRE. 1772. 197
appris ici qu'Ali Bey avoit été chaflé du Caire par
Mehemet Bey. Il eſt arrivé à Gaza , depuis fix à
fept jours , avec les munitions de guerre & fon
tréfor, Il étoit accompagné du Cheïk Ottoman
fils de Daher notre commandant , qui avoit été
envoyé au Caire dans le mois de Mars . Daher eft
parti , le to , avec plufieurs Cheïks des Mutualis
& quatre mille hommes , pour aller recevoir
Ali , & prendre avec lui des arrangemens fur les
fuites de la révolution arrivée en Egypte .
De Copenhague, le 4 Août 1772.
Le tems de la minorité du Grand Duc de Ruffie
, Duc de Holftein- Gottorp , étant fur le point
d'expirer , on s'attend à voir exécuter les arrangemens
qui intéreflent le Duché de Holſtein , &
qui ont été faits , dit on , il y a cinq ans , entre
la Cour de Pétersbourg & celle de Copenhague ,
pour terminer les différens qui fubfiftent , depuis
plus de cinquante ans , entre les deux branches de
la Maifon de Holſtein.
La Norwege n'eſt point encore délivrée du
fléau de la famine. Le gouvernement vient d'y
faire transporter des provifions : on fe flatte de
pouvoir adoucir , par ces fecours , les maux des
habitans , qui , dans leur fituation affreuſe , ſe lont
porrés à des horreurs que le défeſpoir même ne
peut juftifier. Comme on craignoit également la
difette dans cette ville , & les fuites qu'elle entraîne
après elle , on a tiré des magafins de la Marine
une grande quantité de feigle qu'on diftribuc
au peuple , à un prix modéré.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
De Stockolm , le 17 Juillet 1772 .
Le Roi a fait , ce matin , l'inftitution de l'Ordre
de Vala on y a obfervé les cérémonies d'uſage
aux chapitres des autres ordres . Les Chevaliers
avoient , felon le nouvel inftitut , un manteau de
velours verd , doublé de damas blanc . Le Roi
leur a donné l'acolade en prononçant ces mots :
«Nous Roi de Suéde , des Goths & des Vanda-
» les , nous vous recevons Chevalier de notre
refpectable Ordre de Vala . Soyez - en digne.
Sa Majesté a dîné en public , dans la falle des
Etats.
De Vienne , le 4 Août 1772 .
L'Impératrice - Reine vient de publier une ordonnance
pour le paiement de la folde des foldats
invalides nationnaux qui ont obtenu la permiffion
de fe retirer dans leurs provinces ; elle déclare
en même tems que fon intention n'étant pas
que les militaires qui font en état de fervir profitent
des fonds deſtinés aux véritables invalides
Elle ordonne qu'on fafle la vifite des foldats qui
ont obtenu des brevets de retraite , & qu'on emploie
dans les corps qui fervent à former les cordons
des frontière , ceux qui pourront y être
utiles .
Des Frontières de la Pologne , le 25 Juillet
1772.
On prétend que les conditions auxquelles les
Rufles confentent de conclure la paix avec les
Turcs font , 1 °. Que la Porte paiera à la Ruffie
les frais de la guerre ; 2°. Qu'elle accordera la liberté
de commerce fur la Mer Noire & le pallage
SEPTEMBRE. 1772. 199
par le Détroit des Dardanelles ; 3 ° . Qu'elle con
fentira à l'indépendance de la Crimée , de la Valachie
& de la Moldavie , & que cette indépendance
fera garantie par les Cours de Petersbourg,
de Vienne & de Berlin ; 4° . Qu'elle reftituera à
l'Autriche la Servie & la Bofnie. On croit que la
Ruffie n'a fait ces demandes que pour difputer
le terrein , & pouvoir fe relâcher fur quelques ar
ticles.
De Warfovie , le 28 Juillet 1772 .
La fituation de la Pologne , dont le fol étoit fi
fécond avant les troubles qui la déchirent , reffemble
aux provinces dévaftées autrefois par les
guerres civiles , & où l'on défrîche encore d'anciens
champs de bataille . Ce trifte (pectacle étonne
les étrangers & attendrit les nationaux . De
Warfovie à Rava , fi l'on en excepte quelques terres
voisines de la Capitale , toute la contrée eft
fans culture , fans habitations & fans habitans ,
à quelques châteaux près à demi ruinés , qu'on
rencontre entre des villages ou règne le filence
des déferts. De Rava à Siradie fur la Wartha ,
après avoir reconnu encore , dans une petite étendue
de terrein , les traces du travail & les veftiges
des hommes , on n'apperçoit plus qu'une folitude
couverte de débris & de cendres : de Siradie julqu'en
Siléfie , on ne traverfe que des ruines . Il
n'y a pas trois mille ames difperfées fur une furface
très étendue , où il y avoit auparavant une
nation nombreufe & une culture abondante . Il
faudra des fiécles entiers pour réparer les malheurs
d'un petit nombre d'années , & peut - être encore
ne fuffiront- ils pas pour rétablir ce trifte royaume
dans l'état où il étoit auparavant L'exemple
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
de tant de pays autrefois floriflans , demeurés incultes
& dépeuplés , malgré les efforts de l'induftrie
, doit effrayer cette Nation illuſtre , que tant
de calamités ont affligée.
La pofition des armées étrangères dans la Pologne
n'a point éprouvé de changement confidérable
depuis huit ou dix jours. Les troupes Pruffiennes
fe replient fur la Siléfie ; elles ont quitté
quelques poftes de la Prufle Polonoife ; mais il
eft entré de forts détachemens dans les deux Terres
de Tauroggue & de Serrey , que le Roi de
Prufle pofféde en Lithuanie. Les travaux du canal
de Bromberg font entièrement abandonnés , &
J'on a renvoyé tous les pionniers qui avoient été
raflemblés pour y travailler.
Les nouvelles de la Moldavie annoncent l'ouverture
du Congrès. Le Maréchal Romanzow a
raffemblé trente - fix mille hommes à Huíz , & le
Prince Dolgorouki campe avec vingt- cinq mille
vers Falczin .
La pefte s'eft manifeftée de nouveau dans la
Moldavie & la Valachie , & l'on apprend de Kaminiec
qu'elle fait des ravages dans la Pocutie ,
fur-tout à Sayatin & à Staniſlawa.
De Dantzick, le premier Août 1772 .
On mande de Grodno que le nombre des Ruffes
eft fi confidérable dans cette ville , qu'on eft
obligé d'en loger quinze dans la même maison.
On y attend cependant encore le général Wolf
avec fon détachement & des recrues.
On a publié une nouvelle ordonnance du géné
ral Haddick , datée du 30 Juin dernier , & inférée
dans le Grod (chancellerie) de Premiflie. Elle
SEPTEMBRE. 1772. 201
porte en fubftance que tous les Diftrics renfermés
dans le cercle formé par les troupes Autrichiennes
, font fous la protection immédiate de
l'Impératrice Reine , que tous les revenus , impôts
& contributions , fous quelque dénomina
tion que ce foit , à dater du jour de l'entrée defdites
troupes en Pologne , ne peuvent appartenir
qu'à Sa Majefté Impériale & Royale ; qu'il eft par
conféquent défendu très- expreflément à tous receveurs
, officiers & habitans quelconques de rien
payer àqui que ce foit , & de ne livrer ces revenus
qu'à la caiffe militaire de l'armée Autrichienne
; de n'obéir déformais qu'aux ordres du général
commandant , & de ne s'adreffer qu'à lui pour
toutes les affaires publiques.
De Cartagene , le premier Août 1772 .
On a publié , avant - hier , en cette ville , une
ordonnance , relativement à la refonte & réforme
générale de la monnoie en Espagne ; on donne
deux années pour rapporter les anciennes espèces
d'or & d'argent , & fix pour celles de cuivre . Chaque
monnoie fera uniforme dans fon efpèce , &
aura la même valeur dans toute l'étendue de la
monarchie , au lieu qu'il y a aujourd'hui des monnoies
qui ont cours dans une province , & qui ne
font
pas reçues
dans d'autres .
De la Haye , le 31 Juillet 1672 .
On affure que les conditions du Traité de paix
fait entre le Dannemarck & les Algériens font les
mêmes que celles du Traité de 1746 , fuivant lequel
les préfens annuels montoient à vingt - cinq
ou trente mille rixdales ; mais les Danois ne paieront
rien pour le tems qu'a duré la guerre. La
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Suéde s'eft également arrangée avec l'Empereur
de Maroc. Ce Prince recevra , par un vaifleau qui
doit mettre à la voile , pendant ce mois , un préfent
évalué à quatre ou cinq tonnes d'or.
Les Etats de Hollande , après avoir pris l'avis
du Prince Stathouder & Amiral - Général , ont publié
, le mois dernier , une ordonnance fur les
naufrages , non moins utile au commerce que
conforme à l'humanité. Cette loi ordonne de remettre
, en préfence du Commiflaire ou Juge du
lieu , les effets naufragés au capitaine qui les réclamera
; elle défend aux officiers , chargés de
l'infpection fur les côtes , de s'ériger en gardiens
de ces effets ; en cas d'abfence des capitaines, ceux
qui fauveront ces effets ,font tenus de les dépofer
chez l'officier de la province : celui - ci , de donner
promptement connoiflance du fait aux Membres
du Confeil des Etats , & même d'en avertir le Public
par la voie des gazettes ; enfin , de remettre
ces effets fans délai , lorfqu'ils feront réclamés.
Les autres articles contiennent des difpofitions relatives
aux premières .
On embarqua , le 15 Juin dernier , pour Petersbourg
, fur le navite le Jouge Bouke , un diamant
acheté par l'Impératrice de Ruffie . Il a été
afluré à Amfterdam pour 550 , oco florins & pour
une pareille fomme à Londres. Un marchand
Grec , nommé Grégoire Suffras , l'apporta d'Ifpahan
, il y a plus de cinq ans . On a piétendu qu'il
pefoit 779 karats. Le plus beau diamant du Grand
Mogol étoit , fuivant Tavernier , de 179 karats.
Le Sanci en pefe , dit on , 105. Le Pitre ou Pits,
du nom de l'Anglois qui le vendit à M. le Régent,
eft de 547 grains , dont environ 3 poids de Paris
font un karat, On a donné au diamant du Grand
SEPTEMBRE . 1772. 203
Duc de Tolcane le poids de 139 karats. On igno
re celui du diamant qui fut le premier taillé en
Europe pour le dernier Duc de Bourgogne , lequel
paffa , après la mort , entre les mains de quelques
marchands qui le vendirent à Henri VIII , Roi
d'Angleterre . Marie la fille le céda à fon époux
Philippe II , Roi d'Espagne , qui recueillit par ce
moyen cet effet,diftrait de l'héritage de la Maifon
de Bourgogne , échu à fes pères. On ne peut oppofer
au diamant de Suffias celui qui eft déposé
dans le tréfor du Roi de Portugal , & qu'on dit
pefer 1680 karats. Il a été tiré des mines du Bréfil
, & on met une grande différence entre les diamans
orientaux & ceux de ce royaume. Celui
dont il eft queſtion fut déposé à la Banque d'Amfterdam
, en attendant qu'on trouvât un acheteur.
L'Impératrice de Ruffie vient d'en faire l'acquifition
pour douze tonnes d'or , environ deux millions
& demi de France , outre une penfion annuelle
de 4000 roubles faite au vendeur. Tous
les connoifleurs conviennent de la parfaite beauté
de ce diamant ; mais on n'eft pas entièrement
d'accord fur fon poids. L'opinion publique & les
différentes gazettes lui donnent 779 karats ; mais
quelques perfonnes qui l'ont vu afurent qu'il ne
pele que 779 grains , c'eft - à - dire , environ 194
karats , ce qui eft plus vraisemblable.
De Tunis , le premier Juillet 1772 .
L'efcadre Danoife , compofée d'un vaiffeau &
de deux frégates , fous les ordres da Contre- Amiral
Hooglant , de retour d'Alger , vint mouiller
ici le 4 de ce mois. Notre Bey , en renouvellant
les traités avec cette Nation , a exigé la valeur du
préfent accordé au Bey d'Alger. Le Plénipoten-
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
tiaire Danois a accédé à cette demande au nom
de fa Cour ; il a fourni des sûretés pour cet engagement
, & a obtenu , le 9 , audience du Prince . Il
a fait enfuite une vifite aux Confuls étrangers &
leur a donné une fête le lendemain ; il s'eft rendu
à bord de fon eſcadre qu'il remene en Dannemarck.
Le Bey a fait embarquer hier , fur un bâtiment
François freté pour fon fervice , le préfent qu'il
envoie à Sa Majefté Très - Chrétienne . Il confifte
en chevaux , lions , tigres , armes , harnois , broderies
fur maroquinis , & différentes étoffes d'or ,
de foie & de laine travaillées dans le goût & par
les ouvriers du pays.
De Londres , le 27 Juillet 1772.
On vient de confacrer à la poſtérité un acte de
bienfaisance d'un citoyen de cette ville. On a gravé
, à la porte du bureau de la Société de Marine ,
fur une plaque de cuivre , encadrée dans une magnifique
bordure de marbre , l'infcription fuivante
: cc En 1763 , le fieur William Hicks a donné à
»la patrie une preuve de générofité digne de paffer
à la postérité : il a légué à cette fociété 300 1.
fterlings de rentes , dont la moitié eſt deſtinée
à faire embarquer de pauvres garçons , en qualité
d'apprentis , au fervice des bâtimens mar-
» chands , & l'autre à faire apprendre à de pauvres
»filles des métiers pour les faire fubfifter honnê-
»tement. Ce monument a été élevé par le fieur
»Thomas Nash , citoyen de Londres . »
ל כ
מ
59
55
On plaidoit dernièrement une cauſe à Lewes ,
dans le Comté de Kent. Lorfque l'avocat eut don
né les conclufions , les douze Juges fe retirèrent ,
felon l'ufage , pour le concerter fur l'avis qu'ils
SEPTEMBRE. 1772. 205
devoient donner. Ils rentrèrent enfuite dans la
falle d'audience , & déclarèrent au juge qu'il y
avoit parmi eux une telle diverfité d'opinions qu'il
leur étoit impoffible d'arrêter aucune décifion . Le
juge ordonna aux officiers du bureau de les enfermer
fans leur donner ni à manger ni à boire jufqu'à
ce qu'ils fuffent convenus d'un jugement
quelconque , & il remit la caufe au lendemain. Ce
jour-là , l'audience étant ouverte , on les fit rentrer
dans la falle , & ils dirent qu'ils n'étoient pas
plus d'accord que la veille , & qu'il n'y avoit pas
d'apparence que leurs avis divifés puflent jamais
fe rapprocher. Le juge crut alors devoir exhorter
les parties à s'accommoder ; ce qu'elles firent fur
le champ.
Le capitaine Hammond , arrivé de la côte d'A
frique à Philadelphie , dans le mois de Juin , y a
donné la nouvelle que la faifon avoit été fi malfaine
fur la rivière de Gambie , que le Sr de Beft ,
gouverneur , & tous les marchands du fort James,
fur cette rivière étoient morts , & qu'il ne reftoit
que le médecin.
De Hambourg , le 14 Juillet 1772 .
Les lettres de Saxe portent qu'on reffent déjà ,
par la diminution du prix des grains , les effets de
l'abondante récolte que la terre promet. Des négocians
, qui étoient allés acheter des provifions
confidérables pour cet Electorat , jufqu'à Archan
gel , ont reçu ordre de les vendre ici même à perte.
Il nous eft arrivé plufieurs gros commerçans de
Dantzick , qui abandonnent cette dernière place ,
perfuadés qu'elle perdra bientôt fon commerce &
peut-être fa liberté,
206 MERCURE DE FRANCE.
D'Alicane , le 28 Juillet 1772 .
Il n'y a encore rien de décidé au ſujet des diffé
rends furvenus entre l'Empereur de Maroc & la
Hollande. On ne pourra avoir des nouvelles préciles
à ce fujet , qu'au retour du Conful de cette
République , qui eit parti de Larrache pour le rendre
à la Cour de l'Empereur . Suivant les dernières
lettres de Gibraltar , il y avoit déja onze corfaires
de Salé prêts à mettre à la voile .
De Rome , le 22 Juillet 1772.
On va décorer extérieurement le Muſeum que
le Saint Père forme au Vatican d'une colonnade
fous laquelle on placera les ftatues célébre d'Apollon
, d'Antnoüis , de Laocoon , &c.
De Compiegne , le 19 Août 1772.
Le 13 de ce mois , on fit , au Collège Royal ,
la diftribution folemnelle des prix accordés par
Sa Majesté. Le fieur Thyrial foutint à cette occafion
, par les foins du fieur Dolys , profeffeur de
troifième , en préfence de l'Evêque de Souflons
un exercice dont le programme avoit été préſenté
au Roi , à Monfeigneur le Dauphin , à Mgr le
Comte de Provence & Mgr le Comte d'Artois ,
par le Sr Mathieu , principal du collège & doyen
de la collégiale de Saint Clément . Monfeigneur le
Dauphin cut la bonté d'accorder un prix particu
lier au fieur Thyrial.
De Paris , le 27 Août 1772 .
Le 26 Juillet , vers les fix heures du foir , on
pofa la dernière clef du nouveau pont de Neuilly
SEPTEMBRE. 1772. 207
près Paris . Le fieur Mignot , curé da lieu , s'y rendir
proceffionnellement , avec fon clergé , & bénit
cet édifice . On chanta enfuite , dans l'Eglife , un
Te Deum , auquel affiftèrent tous les ingénieurs
& les ouvriers , au nombre de fept cens. La première
pierre de ce pont , conftruit fous la direction
des fieurs Peyronnet & de Chezy , ingénieurs
des ponts & chauffées de France & remarquable par
la ftructure & la hatdieffe de fes voûtes plates ,
fut pofée le 19 Août 1768. Sa Majefté doit s'y
rendre , dans le mois de Septembre , pour en voir
ôter les ceintres qui font un chef d'oeuvre de charpente.
Le fieur Walsh , membre du parlement d'Angleterre
pour le Comté de Glocefter , s'eft rendu
à la Rochelle pour examiner le poiffon nommé la
Torpille , qui a la propriété d'engourdir les perfonnes
qui le touchent. Il a prouvé que ce poifion
eft doué d'une force électrique extraordinaire
qu'il a mefurée avec l'électromètre & comparée
avec l'électricité de tous les corps connus . Il a fait
placer de front neuf perfonnes fur un fil d'archal
pofé fous leurs pieds , chacune ayant les mains
dans des leaux d'eau. Du bout de ce fil il toucha
le poiffon qui nagoit dans un baquet d'eau , &
aufi - tôt chaque perfonne fentit une commotion
aufli forte que dans l'expérience de Leyde . Il a fait
fur ce poiflon plufieurs autres expériences dignes
de l'attention des phyficiens ..
Le capitaine Trebuchet , commandant le navire
la Sévre , arrivé , ces jours derniers , de Saint-
Domingue , dans la rivière de Nantes , à éprouvé,
dans fa traversée , un événement extraordinaire .
Le feizième jour de la navigation , il fentit , à
208 MERCURE DE FRANCE
onze heures du foir , une forte ſecoufle , qui ſe
croire à l'équipage que le bâtiment avoit touché
fur des rochers . On fit agir la pompe , & l'on trouva
beaucoup d'eau dans le fond de calle , ce qui
caufa une alarme générale. Lorfque le jour parut
, on apperçut un poiffon monftrueux qui paroifloit
avoir 30 à 40 pieds de long , & qui étoit
attaché au corps du navire , à quelques pieds audeflus
de la quille. Le fieur Trebuchet fit faifir ce
poiffon avec un fort cordage , fur lequel on frappa
un palan ; mais il fut impoffible de le détacher.
Le capitaine prit le parti d'arriver fur un
navire qu'il avoit fous le vent à la diſtance d'envi
ron trois lieues , en lui faiſant ſignal d'incommodité.
C'étoit un bâtiment Anglois , commandé par
le fieur Smith . Ce dernier vint à fon fecours , &
l'on parvint enfin , après beaucoup de peine & de
travail , à couper ce poiffon monftraeux . Le feur
Trebuchet n'a pu en donner aucune idée , parce
que ce n'étoit plus qu'une mafle informe lorsque
le jour parut. Les requins qui l'environnoient en
avoient déjà dévoré une partie . On n'oſa pas même
faire defcendre les plongeurs , pour visiter la
voie d'eau , dans la crainte qu'ils ne devinflent la
proie de ces animaux voraces. Le lendemain , on
vérifia que le corps du navire étoit percé en deux
endroits , à quatre pieds environ au - deflus de la
quille,& à un pied de diftance l'un de l'autre , & que
ces trous étoient bouchés par deux efpèces de cornes
qui paroifloient avoir trois pouces de diamètre
à leur orifice. On a été obligé de pomper,jour &
nuit , & le capitaine Anglois a eu l'attention de
fuivre & d'obferver de près le navire François pour
lui donner les fecours néceflaires juſqu'à ſon arrivée
.
SEPTEMBRE. 1772. 209
Les vaifleaux arrivés , en dernier lieu , de l'Ifle
de France , ayant rapporté que l'ouragan qu'à effuyé
cette colonie , à la fin de Février dernier , a
fait périr la plus grande partie des bâtimens qui
fervoient au cabotage continuel qu'elle eft obligée
d'entretenir avec les Ifles de Bourbon , de
Madagascar & autres Ifles voisines , & endommagé
les autres , au point qu'on appréhendoit de ne
pouvoir les remettre en état de reprendre la mer ;
le Miniftre vient d'y fuppléer , en ordonnant d'armer
à l'Orient , en toute diligence , deux flûtes &
trois autres bâtimens de ce port , qu'on juge pro.
pres à ce fervice. A la réception de cet ordre , on
a mis des ouvriers fur ces cinq bâtimens pour
Jes difpofer à partir , fans délai , pour cette defti
nation .
Le 11 de ce mois , on fit au Neuf- Brifack la réception
des Vétérans du régiment de Bourbon ,
cavalerie. On chanta enfuite , dans l'églife , un
Te Deum en mufique ; & il y cut , le foir , un repas
qui fut terminé par un bal.
Le 17 de ce mois , dans l'aflemblée générale du
Corps- de-Ville de Paris , les fieurs Sprote , Quar
tinier , & Quarremere de Lepine on été élus Echevins.
Le 31 Juillet , vers deux heures quarante minutes
après- midi , on reflentit , à là Rochelle , une
légère fecoufle de tremblement de terre. Elle fut
accompagnée d'un bruit affez fort , femblable à
celui d'une voiture qui roule avec vîtefle . La direction
étoit du fud au nord. On croit qu'il y
avoit eu , le matin du même jour , vers onze heures
& demie , une première fecoufle très - peu fenfible.
230 MERCURE DE FRANCE.
NOMINATIONS.
Le Roi a accordé les Entrées de la chambre , à
la Duchelle de Laval.
La Duchefle de Caumont , Dame pour accɔmpagner
Madame la Comtelle de Provence , ayant
donné la démiſſion de cette place , le Roi a nommé
, pour lui fuccéder , la Comtefle de la Tourd'Auvergne.
Le Roi vient d'accorder les Honneurs du Louvre
, au fils du Comte de la Tour- d'Auvergne.
Sa Majesté a accordé l'abbaye regulière d'Efcurey
, ordre de Citeaux , diocèfè de Toul , à Domi
de Moyria , procureur & vicaire - général de fon
ordre ; & celle de Beaurepaire , même ordre , diocèle
de Vienne , à la Dame du Fay - Maubourg ,
religieufe à Courpière , diecèfe de Clermont.
Le Roi a accordé la place de Commandeur de
T'Ordre royal & militaire de St Louis , vacante
par la mort du Comte de Montlouet , chef- d'ef
cadre , au Marquis de Saint Aignan , lieutenantgénéral
des armées navales .
PRÉSENTATIONS.
Le Chevalier de Monteil , capitaine de vailfeau
, dont on a annoncé le retour dans la gazette
du 27 Juillet , a eu l'honneur d'être préſenté au
Roi par le Sr de Boynes , fecrétaire d'état au département
de la Marine .
Le 4 Août , le Comte Oginski , grand - général
de Lithuanie , eût l'honneur d'être préfentéau Roi
& à la Famille Royale.
SEPTEMBRE. 1772. 211
La Marquife de Montalembert a eu, le 15 Août ,
l'honneur d'être préfentée au Roi , ainfi qu'à la
Famille Royale , par la Duchefle d'Aiguillon.
NAISSANCES.
Lu Ducheffe de Bourbon eft accouchée , le z
Apût , à Chantillı , d'un Prince qui portera le nom
de Duc d'Enghien.
La Vicomtefle de Tavannes eft accouchée , le 4
Août , d'un garçon.
On mande de Vernon , ville dépendante de la
généralité de Rouen , que la femme du nommé
Pierre Lavice , journalier demeurant à Fourneaux ,
hameau de Vernonet près cette ville , eft accouchée
, le 31 Juillet , de trois garçons , dont deux
font morts , le troisième jour de leur naiflance , &
le troifième paroît ne devoir pas vivre long - tems.
Ils avoient , en naifiant , quinze à feize pouces de
hauteur , & une groileur proportionnée.
MORTS.
Nicolas Deche , habitant de la paroifle de Mor
becq , en Flandre , diocèfe de Saint - Omer , y eft
mort , à l'âge de cent trois ans .
Louife -Elifabeth de Rochechouart , époufe de
Henri de Lambert , Marquis de Thibouville , eft
morte , le 31 Juillet , en fon château de Montigny
, en Beauce , dans la foixante- neuvième année
de fon âge.
Nicolas-Jofeph Foucault , Marquis de Magny,
212 MERCURE DE FRANCE.
lieutenant de la Grande Vénerie du Roi , lieutenant
général de Sa Majefté Catholique & gentilhomme
d'entrée de fa Chambre , ci - devant majordome
de la Reine d'Efpagne , & ancien introducteur
des Ambaffadeurs & Princes Etrangers à
la Cour de France , eft mort dans fon château de
Magny , en Bafle Normandie , dans la quatrevingt
-feizième année de fon âge. On pouvoit le
regarder comme le plus vieux militaire de fon
tems & le plus ancien magiftrat ; car il avoit été
avocat du Roi au châtelet en 1699 , & intendant
de Caën en 1704.
Le nommé Ralph Port , de Rainow , eft mort à
Presbury , dans le Comté de Cheshire , à l'âge de
cent trois ans.
·
Frère Piere Louis de Brevendent de Sahurs ,
Grand'Croix de l'Ordre de St Jean de Jérufalem ,
grand'Bailly de la Morée , & commandeur d'Etrepigny
& de Hauteavefne , eft mort en fon château
de Sahurs , le 5 Août , dans la foixante - dixhuitième
année de lon âge.
, Armand Comte d'Arros Baron de Vivens ,
chevalier de l'Ordre royal & militaire de St Louis ,
lieutenant -général des armées du Roi , eft mort au
château de la Grange , près Metz , à l'âge de quatre-
vingt- quatre ans.
Marie Françoife d'Efparbès de Luffan Bouchard
de Sainte- Maure d'Aubeterre de Jonſac , femme
de Jofeph Henri d'Efparbès de Luflan- Bouchard ,
marquis d'Aubeterre , chevalier des Ordres du
Roi , lieutenant- général de les armées , eſt morSEPTEMBRE
. 1772. 213
te à Aix- la- Chapelle , le 9 Août , âgée de cinquante-
trois ans.
Maximilien- Daniel Baron de Balincourt , brigadier
des armées du Roi , chevalier de l'Ordre
royal & militaire de St Louis , ancien capitaine des
Gardes du- Corps du feu Roi de Pologne , Duc de
Lorraine & de Bar , ancien grand'Bailli du bailliage
royal de Chambourg , eft mort à Lunéville , le
2 de ce mois , âgé de quatre-vingt - huit ans.
LOTERIES.
Le tirage de la loterie de l'école royale militaire
s'eft fait les Août. Les numéros fortis de la roue
de fortune font , 74 , 78 , 61 , 56 , 5. Le prochain
tirage fe fera le s Septembre.
114 MERCURE DE FRANCE.
PIECES
TABLE.
IECES FUGITIVES en vers & en profe , pages
Le Roi défabulé ,
Le bon heur des Amans ,
Le Triomphe de la Raifon , conte ,
Ode à Son A. S. Mgr le Prince de Naſlaud'Orange
, fur les bienfaits envers les pauvres
de Dole en Frache Comté ,
La Vigne & l'Ormeau , fable ,
Vers à M. de Belloy , Citoyen de Calais ,l'un
des Quarante de l'Académie- Françoife ,
Traduction du premier choeur d'Edipe , Ty . -
ran , tragédie de Sophocle ,
Le Singe Charlatan , fable ,
Chanfon préfentée par une fille , enfant
d'onze mois & demi , à fa mère,lers Août,
jour de la fête ,
Explication des Enigmes & Logogrypkes ,
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
8
10
13
35
41
43
45
SI
53
$5
56
58
60 NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Le Dépositaire , comédie en vers , en cinq
acte ; par M. de Voltaire ,
Voyage en Californie pour l'obfervation du
paflage de Vénus , &c.
ibid.
78
SEPTEMBRE. 1772. 115:
Dictionnaire vétérinaire & des animaux
domestiques ,
Le Vignole moderne ,
Hiftoire des Ordres Royaux , hofpitaliersmilitaires
de Notre-Dame de Mont Carmel
& de St Lazare de Jérufalem ; par
M. Gautier de Sibert ,
Géographie élémentaire moderne & ancienne ;
par M. Buache de la Neuville ,
Lucie , ou les Parens imprudens , drame en
cinq actes & en profe ,
Le Spectateur François ,
Galerie poëtique ,
Eloge militaire de Louis de Bourbon fecond
du Nom ,
Mémoires pour fervir à l'hiftoire eccléfiaftique
civile & militaire ,
Tractatus de verrá Religione,
ACADÉMIES ,
Académie Françoiſe ,
92
95
97
109
112
123
128
138
ibid.
139
141
ibid.
143
Prix d'Eloquence & de poëfie pour l'année
1773 ,
Académie des infcriptions & belles -lettres , 145 .
Séance publique de la Société littéraire d'Arras
, tenue de 25 Avril 1772,
SPECTACLES , Opéra ,
Comédie françoiſe ,
Comédie italienne ,
146
148
149
158
216 MERCURE DE FRANCE.
Colifée ,
Spectacle mécanique ,
Lettre de Dom noël à M. Jean Bernoulli ,
ARTS , Gravures ,
Mulique ,
Lettre en réponse à celle de M. Gothey , fur
fa baguette divinanoire ,
Bienfailance ,
Anecdotes ,
AVIS ,
161
163
165
168
173
177
183
184
189
196
210
Nouvelles politiques ,
Nominations ,
Préſentations ,
ibid.
Naiflances ,
Morts ,
Loteries ,
211
ibid.
213
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Mgr le Chancelier , le
volume du Mercure du mois de Septembre 1772 ,
& je n'y ai rien trouvé qui m'ait paru devoir en
empêcher l'impreffion.
A Paris , le 30 Août 1771.
LOUVEL.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le