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1769, 09
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MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU RO I.
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES.
SEPTEMBRE 1769 .
Mobilitate viget . VIRGILE.
Begnet
A PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire , Rue
Chriftine , près la rue Dauphine.
Avec Approbation & Privilége du Roi.
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C'EST au Sieur LACOMBE libraire , à Paris, rue
Chriftine , que l'on prie d'adrefler , francs de port,
les paquets & lettres , ainfi que les livres , les eftampes
, les piéces de vers ou de profe , la mufique
, les annonces , avis , obfervations , anecdotes
événemens finguliers , remarques fur les
fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
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Lecteur. On prie auffi de marquer le prix des livres
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des amateurs des lettres & de ceux qui les
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sl
.
Singularités de la Nature , in- 8 °. broch . 1 1. 10 f
Dictionnaire de l'Elocution françoiſe , 2 vol .
in-8 °. rel.
9 1.
Repréfentationsfur les commerce des grains, vol .
grand in- 8°. br. 41.
Mémoire de M. le comte de Lauraguaisfur la
Compagnie des Indes , in-4°. 3 I.
'Lettres d'un Fermier de Penfylvanie, in 8° . b.30 f. 30
Parallele de la condition & des facultés de
l'homme acec celles des animaux , in - 8° br . 2 1 .
Le Politique Indien ,
Les deux áges du Goût & du Génie François
in- 8°. rel.
Zingha , Reine d'Angola , br.
i l. 10 f.
51.
21.
Premier & fecond Recueils philofophiques &
litt. br. 2 1. 10 f.
MERCURE
DE FRANCE.
SEPTEMBRE 1769 .
ENINSTALAS JE KULILINDA PETANGEINIZES TENGO SHO
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
EPITRE à M. Duhamel du Monceau ,
infpecteur général de la marine
-
de
l'académie des fciences & de la fociété
royale de Londres. *
SERVIR l'humanité , c'eft la vertu (uprême :
C'eftelle qui , jadis , obtenoit des autels ,
* On fait combien ce célébre académicien a fait
de découvertes , d'expériences & d'ouvrages importans
fur l'agriculture & fur plufieurs arts utiles.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Et plaçoit un grand homme aux rang
tels.
des immor-
La Gréce , avec tranfport , adora Triptolême :
Il avoit mérité ce tranfport glorieux.
C'est lui qui , le premier , d'un bras induftrieux ,
Enfonça dans le tein de la terre docile
Le loc qui la déchire & qui la rend fertile ;
C'est lui qui , de Cérès enſeignant les leçons ,
Couvrit les champs déferts d'innombrables moiffons.
Il ſervit les humains ; ſon nom & ſa mémoire
Par le tems deftructeur n'ont pas été détruits.
Ainfi ton nom fameux revivra dans l'hiftoire :
Nos champs mieux cultivés , nos laboureurs inftruits
,
Et de tes longs travaux cueillant les heureux
fruits ,
Voilà ton ouvrage & ta gloire.
Illuftre Duhamel , écoute mes accens ,
Et connois les deftins que pour toi j'enviſage :
Ole en croire ma mufe : un fi jufte préfage
D'un légitime orgueil peut enivrer tes fens.
Vois les mortels reconnoiflans ,
Aux pieds de ta ftatue , apporter , d'âge en âge ,
Des tributs toujours renaiffans.
De ta noble carriere ô noble perſpective !
Cet amour de l'humanité
SEPTEMBRE . 1769. 7
Qui refpire en ton ame active ,
Te mene à l'immortalité.
Chaque inftant , à ta gloire , ajoute un nouveau
luftre :
Ah ! qui fait des heureux , eſt à jamais illuſtre.
Ce partage fublime eft ton digne attribut :
Tous les fiécles diront ce que ton fiécle en penſe.
La gloire n'étoit point ton but,
Elle fera ta récompenfe.
Eh! d'un titre fibeau qui pourroit s'honorer ,
Eh ! qui done à la gloire oferoit afpirer,
Si tu ne cueilles point fes palmes les plus belles ?
Ira-t- elle plutôt les pofer fur le front
Du vainqueur de Pharfale ou du vainqueur d'Arbelles
,
Et de tous les brigands qui les imiteront ?
Ah! pour l'humanité leur gloire eft un affront.
C'eft en nous accablant que le fort les feconde :
Plus ils paroiffent grands , plus ils font criminels.
Ils ravagent la terre , & tu la rends féconde.
L'homine eft le digne objet de tes foius paternels :
Tu feras mon héros . Les bienfaiteurs du monde
Obtiendront , comme toi , des lauriers éternels,
Eh quoi ! dans les combats où Mars éclate & tonne,
Nous faut-il donc changer en homicides traits
Cefer qui dut fervir à creufer nos guérets ?
Aurions-nous préféré , vrais fils de Tifiphone ,
A iv
8 MERCURE DE FRANCE
Le glaive fanglant de Bellone
Au foc bienfaifant de Cérès !
Perdons le fouvenir de ces crimes célébres
Qu'un vulgaire infenfé nomme de grands exploits.
64
Ces guerriers , dont la terre , en tremblant , ſuit
les loix ,
Ne le font couronnés que de cyprès funebres.
Puiffe l'humanité rentrer dans tous fes droits !
Puiffe un oubli vengeur couvrir de les ténébres
Les fureurs des héros & les haines des rois !
O que des conquérans la fatale démence
Nous devroit infpirer de mépris & d'horreur ?
Dans nos champs dévastés ils fement la terreur.
Ton art y porte l'abondance.
Des ruftiques travaux favant légiflateur ,
C'est par toi qu'aujourd'hui l'heureux cultivateur
De fes riches moiffons voit doubler l'efpérance .
Que , pour un tel bienfait verfé ſur les humains ,
Et nos derniers neveux , & tes contemporains
Te doivent de reconnoiffance !
Pour t'immortalifer , tout va fe réunir.
La véritable gloire eft d'être utile aux hommes :
Qui leur a fait du bien , vit dans leur fouvenir
Et tu jouis déjà , dans le fiécle où nous fommes
Des hommages de l'avenir.
:
SEPTEMBRE. 1769. 9
Qui pourroit t'envier cet avantage infigne ,
Et te difputeroit dans la postérité
Ce rang que tes travaux ont fi bien mérité ?
Pour en être jaloux , il faut en être indigne.
Ce n'eft pas ce vain rang , qu'à leurs petits écrits
Procurent de nos jours nos petits beaux efprits.
De l'immortalité la carriere eft plus ample :
Son immenfe étendue épouvante leurs yeux.
Il faut la parcourir d'un pas audacieux ,
Et , pour qu'avec refpect l'avenir vous contemple,
Pour avoir un grand nom, donner un grand exem-
Au génie étonnant joindre un coeur généreux ,
Et rendre les humains meilleurs ou plus heureux.
}
Mortel , qui veux cueillir des palmes immortelles ,
Fuis le monde frivole & nos cercles galans.
Ne vas point confumer tes fublimes talens
A de pénibles bagatelles .
Sur-tout , n'imite point ce frivole Balbus
Qui , fans cefle écrivant , en dépit de Phoebus ,
Ofe pourtant nous dire & veut nous faire croire
Qu'il méprife fon fiécle & qu'il brave la gloire:
Par cet oubli honteux de l'immortalité
Il veut de fon efprit mafquer la nullité.
Que je plains cet être frivole !
Son ame eft fans reffort , fes écrits fans chaleur.
A v
10 MERCURE
DE FRANCE .
Comment fixeroit- il la gloire qui s'envole ?
Il n'en connoît point la valeur.
Moderne Triptolême , il dédaigne tes veilles ;
Il ne peut concevoir tes utiles merveilles .
Laifle ce bel efprit fi vain de fon néant ,
Et pourfuis ta carriere immenſe,
Un Balbus eft pour toi dans la folle démence ,
Ce qu'eft le Pygmée au géant.
Pour moi , qu'une invincible ivrefle
Et qu'un inftinct , peut être avoué d'Apollon ,
Entraînent malgré moi , dès ma foible jeuneffe ,
Aux bofquets du facré vallon ,
Suivant de tous les arts la troupe enchantereſſe ,
Je t'offre , avec plaifir , un hommage dicté
Par l'amour de la gloire & de la vérité.
Je t'admire ; & fur- tout j'aime ta bienfaiſance :
Ofe encore à Cérès , dans tes nobles travaux ,
Ravir d'autres fecrets & des trésors nouveaux ;
De nos agriculteurs éclaire l'ignorance ,
Et dicte encor long- tems au peuple des hameaux
Les confeils de l'expérience.
Un tél fujet m'enflamme , & j'ai dû le chanter.
Je voudrois encor plus ; je voudrois t'imiter.
J'ai célébré ton zèle , & je fens qu'il m'anime.
J'ai , pour tous les talens , la même paffion ,
1
SEPTEMBRE
. 1769. II
Et la noble émulation
Sans doute dans mon coeur allume un feu fu
bume.
D'un grand homme aifément l'exemple m'enhardit.
Qu'importe qu'il n'infpire une ardeur infenfée ?
En médicant Buffon , mon ame s'aggrandit .
Vers le ciel , avec lui , mon active penlée
Sur des aîles de feu ſemble s'être élancée ,
Et , parmi les mondes divers ,
Cherchant leur origine , obfervant leur ftructure,
Voit dans le fein de Dieu les loix de la nature.
Et la marche de l'univers.
I
Le fagé Montefquieu , l'univerfel Voltaire ,
D'un autre enthouſiaſme échauffent mes efprits.
Tandis que ma raifon lſee pénétre & s'éclaire
Dufeu pur & facré qui brille en leurs écrits ,
Amant de leur génie , & de leur gloire épris ,
Je voudrois prendre alors un eflor téméraire ;
Et , comme eux , de-l'envie étouffant les clameurs,
Interroger nos loix , analyfer nos moeurs ,
Inftruire les humains , duffé - je leur déplaire ,
Vaincre les préjugés , ces tyrans du vulgaire ,
Du fanatifme ardent réprimer les fureurs ;
Célébrer les vertus , détruire les erreurs ,
Penfer comme Socrate & chanter comme Homère.
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
51
Tout écrivain célébre à mon goût fait la loi .
Avec l'un , philofophe , avec l'autre , poëte ,
Illuftre Duhamel , de Cérès , comme toi ,
Je voudrois être l'interprête.
Heureux , fi je pouvois , plein d'un zèle fi beau ,
Plus digne imitateur de ces fameux modèles ,
De leur génie , en moi , rallumer le flambeau 3
Et fi la gloire , un jour , de fes palmes fidéles.
Venoit ombrager mon tombeau !
A mes accens , du moins , accorde ton fuffrage.
It's
célébrent en toi l'homme & le citoïen .
Un tel hommage flatte un coeur tel que le tien.
A te le préfenter ta gloire m'encourage ,
(
Ton nom , placé dans cet ouvrage ,
Peut immortalifer le mien.
Par M. Fr. de Neufchâteau ,
des académies de Dijon , &c.
11
VERS à Madame de M..
LESES Graces , à ce qu'on nous dit
Suivent toujours la reine de Cythere ,
Elles ne cherchent qu'à fui plaire ,
Et la déeffé leur fourit :
Afes côtés elles s'aflemblent ,
I.
SEPTEMBRE. 1769. 13
Etalant à l'envi les plus brillans appas ;
Mais fi les Graces vous reflemblent ,
Vénus doit s'irriter de les voir fur fes pas.
Par M. Sabatier.
CHANSON, A Mile Rofalie B...
Sur l'AIR : Je vais te voir , charmante Life .
MA Rofalie cft la décence -
Que les plaifirs fuivent toujours ;
Elle a les yeux de l'innocence -
Et le fourire des amours.
Le feu dont fon efprit pétille
Anime fes tendres appas ;
Du dieu d'amour elle eft la fille ,
Et pourtant ne le connoît pas.
Quejaloux de fuivre fes traces ,
Mille amans viennent s'engager ;
J'aime fon coeur & non les graces ,
Afin de ne jamais changer.
- Voudrois je une flamme légere,
Mon printems s'eft évanoui.
Quand on n'a plus l'espoir de plaire )
On neveut que le nom d'amico
1.AT Glog abarcac
Ecoute moi , ma Rofalie ,
14. MERCURE DE FRANCE.
Ecoute moi , crains tes appas ;
C'eſt un malheur d'être jolie.
Les dangers naîtront fous tes pas.
Pour triompher des plus cruelles ,
La vanité nous rend conftans ,
Et toujours les tourmens des belles
Font les plaifirs de leurs amans.
N'écoute point de berger tendre ,
Ses difcours pourroient t'enflammer.
L'amour eft bien près de fe rendre
A ceux qui favent l'exprimer.
Pour moi je détefte la flamme ;
Je crains fon aſpect dangereux ;
Il feroit cruel dans mon ame ,
Il n'eft charmant que dans tes yeux.
Par le même.
A Mlle de M.. lejour de fa fête .
On donne de l'encens aux dieux ,
N
Des guirlandes à la bergere.
A vous qui charmez ces beaux lieux
Par le don féduifant de plaire ,
Que puis je offrir en ce grand jour.
Sur ce point , belle Marguerite ,
Je viens de confulter l'Amour ,
SEPTEMBRE. 1769 .
IS
Vous en êtes la favorite.
Au lieu de fleurs , agréez pour fouhait
Ce qui flatte tant au bel âge :
Un bouquet a bien de l'attrait ,
Mais un amant plait encor davantage.
Par M. de M.
COUPLET chanté à Madame de ** , le
jour de Ste Madelaine , fafête.
AIR de M. Rameau :
Si j'voulions être un tantet coquette.
MADELAINE fut bien féduiſante :
Vous réuniflez ſes agrémens.
Elle cut , comme vous , mine piquante ,
Eil fripon , coeur tendre , efprit , talens.
Elle abuſa de tant d'avantage ;
Et vous êtes fage ,
Au fein du plaifir.
Montrez nous du moins quelque foiblefe...
Que la péchereffe ,
N'ait point à rougir.
Par M. Coftard.
16 MERCURE DE FRANCE.
FABLES ORIENTALES.
Le Cadi & fon fils .
LE Cadi Bacht avec peine
Voyant fon fils prefque nain ,
Conçut pour lui du dédain ,
Du dédain vint à la haine.
T
Tous les jours nouveaux rebuts ,
Il le tourmentoit fans cefle ,
Pas la plus mince careffe ,
Mais bien les plus durs refus.
Notre pauvre créature ,
Afon pere qui murmure ,
Dit un jour ce que voici.
O mon pere ! la´nature
Ne me juge pas
Ce
ainfi :
que cette augufte mere
Offre de grand à nos yeux,
Eft-il le plus précieux ?
Fort fouvent c'eft le contraire .
Epargnez -vous ce chagrin
Où ma ftature vous jette ,
La brebis eft blanche & nette ,
L'éléphant fale & vilain.
Par M. B.
SEPTEMBRE. 1769. 17
AUTRE. Le Vifir & le Dervis.
UNN caliphe avoit un viſit
Injufte & cruel par plaifir ,
Il immoloit la cour & la province
A fon caprice , à fon moindre defir :
C'étoit le favori du prince.
Un beau jour , au front d'un dervis ,
De la main il lance une pierre ,
La bleffure en fut légere ,
Un autre eut pouffé bien des cris.
Couvert de fang , le dervis en filence ,
Se baiffe , prend la pierre & l'emporte avec lui.
De mille traits de violence ,
Ou plus méchans ou tels que celui -ci ,
L'excès ne put toujours être impuni ;
On fe mutine , on fe raffemble ,
Et le foible tyran qui tremble
Abandonne fon favori.
On court en foule à fa demeure;
On vous le prend , on vous le lie , & puis
On précipite au fond d'un puits
Le maraud de vifir qui pleure :
Vient le dervis qui lui crie en fon trou ,
Vifir , connois- tu ce caillou ?
Il eft à toi , je m'en vais te le rendre.
Auffi - tôt ajuftant le coup,
18
MERCURE
DE FRANCE
.
Dont il eft prêt à le pourfendre ,
Il dit , l'infracteur de la loi ,
Le mortel qui porte l'effroi
Au fein de la douce innocence ,
Le méchant apprendront de toi
Qu'il eft un jour pour la vengeanae .
Par le même.
LE Papillon & la Chenille. Fable.
E ! bon jour donc , bon jour , mon frere ;
Enfin je te revois. Dieux ! quel heureux deftin ,
Difoit au papillon qui cateffoit le thin ,
Dame Chenille un peu trop familiere :
Papillon mon ami , qui détournes les yeux
Et n'oferois me reconnoître ,
Ne te fouvient-il plus du tems où , fous ce hêtre ,
Tu rampois avec moi . Je partageois tes jeux.
Ce tems n'eft pas fi loin , & l'éclat dont tu brille ,
Et tes aîles & ta beauté ,
N'en déplaife à ta vanité ,
Cachent encore une Chenille.
Apprends à te connoître , & fois moins orgueilleux
.
Le Papillon , tout en colere ,
Vil infecte , dit- il , fois moins présomptueux .
SEPTEMBRE. 1769. 19
Toi- même connois moi. Quoi ! fuis - je donc ton
frere ?!
Eft-ce ainfi quel'on brave un habitant des airs ?
Vois- tu ce Dieu que par- tout on adore ?
Ce fuperbe Soleil , ce Roi de l'univers ,
Il eft mon pere , & ma foeur eft l'aurore ;
Avec elle on me vit éclore ,
fa cour.
Et je parus plus brillant que le jour
Quand l'amant de la jeune Flore ,
Zéphire , enſemble avec l'Amour ,
Entre elle & moi vint partager
Mais je m'abaifle trop au fein de la pouffiere ,
Vois voler dans les cieux le fils de la lumiere ,
Puis le Papillon diſparut.
On voit ſouvent , ainfi qu'en cette fable ,
Un mortel infolent dédaigner fon ſemblable ,
Et fier de ce qu'il eft , oublier ce qu'il fut.
L'HOMME infatiable. Fable.
ENCORE NCORE une fable ! eh ! mais ,
Il eft donc intariffable !
Ne fe taira- t- il jamais ; ...
Tout doux , là , paſſez ma fable ;
Aux fables , moi , je me plais ,
D'autres s'y plairont peut-être ;
Foible écolier d'un grand maître ,

20 MERCURE DE FRANCE .
Je crayonne quelques traits :
Que ton ombre me pardonne ,
La Fontaine ! mes effais ,
S'ils font privés de fuccès ,
Sont des fleurs pour ta couronne.
Le fils d'un riche laboureur ,
Muni , fon pere mort , d'un très - bon héritage ,
Fut curieux de vivre avec honneur ,
( Honneur , comme l'entend le monde en fon langage
, )
A cet effet , il plie un beau matin bagage ,
Serre en lieu fûr fes contrats , fes louis ,
Et vient le fixer à Paris .
Une grande fortune eft un grand efclavage ,
Ce n'eft pas moi qui le dis , c'eft un fage. *
Ce que voyoit notre homme , il en étoit tenté,
( Il n'avoit vu que fon village. )
Et tout ce qui le tente eft fur l'heure acheté .
De bagatelle en bagatelle ,
Une inconftance naturelle
Le fait errer : c'eft cet ameublement ,
C'est ce bijou ci , c'eſt cet autre ,
Ce livre défendu , car il étoit fçavant ,
Ou vouloit l'être au moins ; il manque au bon
apôtre
* Magna fervitus eft magna fortuna.
SENEC.
SEPTEMBRE. 1769. 21
Une maîtreffe... Il l'a : quelle confufion !
Piftoles s'en alloient d'une vîteffe extrême ,
Et piftoles , hélas ! ne revenoient de même.
Il nagcoit pleinement dans la profufion ,
Nouveau fouhait , nouvelle emplette
J'aurai ceci , je veux avoir cela .
Médiocrité vient , bientôt après dilette ,
Il languit , mais fans dire hola !
Jufqu'aux derniers momens cupidité l'affiége :
Au point qu'en expirant il s'écria : que n'ai-je ?
Il faut regler fes defirs fur fon bien ;
Souhaiter tout , c'eft ne polléder rien.
Par M. Guichard.
BOUQUET à Mademoiselle .
EN voyant ce bouquet , je gage
Que votre maman vous dira :
<< Ma fille , avec ces rofes- là
» Souvent un amant nous engage.
» Un ferpent caché fous des fleurs ,
» De la trahifon eft l'emblême ;
»Or , ce ferpent c'eft l'amour même.
Craignez les trompeufes douceurs ,
Et fuycz fa malice extrême .
Répondez- lui : « de ce méchant
·
22 MERCURE DE FRANCE.
»Je redoute peu la colere,
» A- t-on vu jamais un enfant
» Se revolter contre fa mere . »
A Rouen , par un Officier du
régiment de Normandie
ROMANCE.
LA BERGERE délaiffée.
QUAND les amans de ce village
Cherchoient à féduire mon coeur ,
Lindor , tu vias me rendre hommage ,
vainqueur : Et tu fus bientôt le
Tu me difois alors je t'aime ;
Je ne refpire que pour toi ;
Je le crus , & je dis de même.
Hélas ! tu te jouois de moi.
Ah! berger volage ,
Pour mon malheur je t'ai connu .
Ah ! berger volage ,
Rends moi donc ce que j'ai perdu.
Je ne terevois plus qu'en fonge ,
Je crois goûter mille douceurs ;
Mais mon bonheur n'eftqu'un menfonge ,
Et mon reveil eft pour les pleurs :
SEPTEMBRE. 1769 . 2;
Des fleurs de la tendre verdure ,
Autrefois je m'embelliflois ;
Je mépriſe cette parure ,
C'est pour toi que je l'empruntois.
Ah! berger volage ,
Pour mon malheur je t'ai connu .
Ah! berger volage ,
Rends - moi donc ce que j'ai perdu.
D'un défefpoir que rien n'égale ,
Si mon coeur fuivoit le tranſport ,
J'irois aux pieds de ma rivale
Te plaire ou me donner la mort ....
Tu ris encor de ma foiblefle ,
Ma douleur ne te touche pas...
Sans pitié , l'ingrat me délaiffe ,
Et je dirai jufqu'au trépas :
Ah ! berger volage ,
Pour mon malheur je t'ai connu.
Ah berger volage ,
Rends - inoi donc ce que j'ai perdu .
Par M. Moline.
24 MERCURE DE FRANCE.
VERS au bas du portrait de Mlle Victoire
de C *** , deffiné au crayon rouge par
M. D.... célébre Sculpteur.
IMAGE des vertus que mon ame révère ,
Victoire , dans tes yeux on découvre ton coeur.
Tu charmes , fans fonger à plaire.
Ton front majestueux que pare la candeur
Annonce ton doux caractere ,
Et ce n'eft qu'avec toi qu'on goûte le bonheur.
Parle même..
J'AI
A Madame de T *****
'AI vu l'Amour fous les traits de fa mere ,
Qu'il étoit bien fous ce déguifement !
La pudeur fur fon front , fans être trop févère ,
Se mêloit avec l'enjoûment.
Les jeux , à ſes côtés , enchaînoient la décence ;
Les ris autour de lui , fans aucun ornement ,
Chantoient ce trouble heureux que la beauté
commence
Et qu'acheve le fentiment.
Les treffes de Vénus ornoient ſa chevelure ;
Le
SEPTEMBRE. 1769. 25
Le myftere prudent éteignoit fon flambeau.
Son carquois & fon arc pendoient à la ceinture ,
Et le difcernement détachoit fon bandeau
Qu'il remit , en riant , entre les mains des Graces.
Les Plaiſirs empreflés à lui faire la cour
Ne fçavoient pas encore en volant fur les traces
S'ils fuivoient Vénus ou l'Amour.
Je m'approche auffi - tôr de la troupe galante :
» Graces , Plaiſirs , Amours , quelle eft donc votre
> erreur ?
» Reconnoiffez mon adorable amante ,
→ Connoiſſez D* T***** , maîtreffe de mon
> coeur ,
» C'eſt la Beauté faite pour plaire ;
» C'eſt la Divinité , reine de ce léjour ,
" Oui : C'eft Vénus fous les traits de l'Amour,
» Et c'eſt l'Amour fous les traits de la mere . »
53
Par M. de B...
LE RACOMMODEMENT. Conte.
DANS une ville de province où l'on
imite affez bien les grands airs de la capirale
, où l'on préfère habituellement
I'homme enrichi au citoïen fenfé , où ,
B
26 MERCURE DE FRANCE.
grace aux dictionnaires , on fait les mots
de tout , où l'on prend parti pour tel interméde
ou tel auteur , où l'on difpute fur
telle ou telle opinion indifférente en foi ,
jufqu'à fe trouver infupportable , où l'on
ne fait pas plus ce qui perd une femme
que ce qui deshonore un homme , où l'on
ne rougit plus que d'être pauvre , où les
femmes font fans nerfs & les hommes.
fans principes , où l'on balbutie fans ceffe
fur les affaires de l'état en négligeant les
fiennes , où l'on s'affemble fans plaifir, où
l'on foupe fans gaïté ; enfin dans cet aimable
abrégé de la bonne ville , Gervilé
venoit de fe marier fans amour & fans
eftime , par convenance en un mot.
Florife étoit veuve depuis fept mois ; fa
fortune étoit au pair de celle de Gervilé.
Florife d'ailleurs jouoit fupérieurement
les proverbes , voilà tout ce qu'il falloit à
Gervilé. Il fe mit donc fur les rangs &
fut accepté , parce qu'il avoit une place
grave à la ville & un théâtre à la campagne
.
Le lecteur s'attend au portrait de Florife
& de Gervilé pour juger de mon coloris
. Le lecteur fera trompé ; je ne compromettrai
point ici ma palette , ni l'an ni
l'autre ne font les figures avancées de mon
tableau .
SEPTEMBRE . 1769 . 27
Je dirai feulement à l'égard de Gervilé
qu'ayant fait avec fuccès dans fa jeuneſle
des découpures , des pantins & du marly,
fa famille l'avoit déterminé à acheter une
charge de judicature ; que depuis quelques
années il avoit pris un goût vif pour
le théâtre , & qu'il n'avoit jamais fuivi la
chambre criminelle avec tant d'affiduité
que depuis qu'il s'étoit apperçu qu'en y
faifant fon fervice, il pouvoit rencontrer
quelque fajet admirable pour une excellente
comédie à la mode.
Dans le tumulte de fa nôce , à peine '
avoit- il vû que Fervan fon ami lui manquoit
, & qu'il n'avoit pas été un des témoins
, je ne dis pas de fon bonheur
mais de fon goût dans le choix des étoffes
& de fon habileté dans l'ordonnance des
cristaux.
Quitte enfin des repas & des vifites , il
commença à avoir befoin de Fervan qui
étoit à la campagne . Avec le projet nouveau
de jouer à fa terre , dans le fémeftre
prochain , une douzaine d'ingénieux proverbes
qu'il avoit dialogués à fes momens
perdus , il ne pouvoit fe paffer de fon ancien
ami . Il lui écrivoit donc que rien
n'avoit manqué à fa félicité que fa préfence
, & qu'il falloit qu'il vînt au plutôt
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
faire une connoiffance plus particuliere
avec fon époufe dont les talens pour les
fcènes impromptues l'enchanteroient .
Fervan répondit qu'il n'étoit pas difficile
de deviner les raifons qui l'éloigneroient
déformais de fa fociété ; que Dorimene
ayant dû être de fa nôce comme
un peu parente & fur- tout comme intime
amie de Florife , il avoit dû prendre le
parti de s'éloigner d'une femme pour laquelle
il avoit une antipathie égale à celle
qu'il lui avoit infpirée.
Gervilé , naturellement diftrait , fe reffouvint
alors qu'en effet fon ami avoit
fait ce qu'il avoit pu pour le détourner de
fon mariage , & que fa haine pour Dorimene
, inféparable compagne de Florife ,
étoit la fource de fes contradictions à cet
égard : il n'y avoit pas moyen de chercher
à brouiller les deux amies , ou du moins
ce ne fut pas là l'expédient
qu'imagina
Gervilé dans cette affaire délicate .
Un foir qu'il étoit refté feul avec fa
femme , & qu'il la trouva moins endormie
qu'elle ne l'étoit ordinairement dans
leur téte - à - tête de l'après fouper , il lui
parla de Fervan ; lui vanta fon ancien attachement
pour lui , pour fes talens ; & la
néceffité où il fentoit fon coeur d'entrete
t
SEPTEMBRE. 1769. 29
nir une liaiſon tout à fait refpectable ,
puifqu'ils avoient eu long- tems une petite
maifon à frais communs, & qu'ils avoient
plus d'une fois dans leur jeuneffe partagé
les mêmes plaifirs.
Je fens votre embarras , répondit Florife
; car Dorimene ne fauroit le fouffrir,
& affurément je ne vous facrifierai pas
mon amie. Il n'eſt pas queſtion de facrifice,
répond Gervilé. Qui eft- ce qui eft affez
fot pour en demander ou pour en attendre?
Vous avez beau m'aimer, vous ne ferez toujours
que ce qui vous conviendra le mieux ;
auffi ne vous parlé- je point de fuir Dorimene.
Je le crois bien , Monfieur .
Et fans doute , Madame , vous l'aimez
voilà qui eft dit ; elle me convient aflez ;
elle a un genre d'efprit à elle , cela varie
dans la fociété. Mais que prétendezvous
donc ? Si mon amie trouve ici tous
les jours votre ami , elle s'éloignera de
nous. Elle lui a fait fermer une douzaine
de portes dans cette ville pour être en fûreté
contre lui ; elle fe fermera la nôtre ,
& je vous déclare que je ne puis vivre fans
elle . -Parbleu , Madame , vous ne donnez
pourtant pas dans la haute philofophie:
je ne vois pas le rapport de vos goûts .
Biij
'30 MERCURE DE FRANCE.
-Oh! je l'aime.... Parce que je l'aime,
& je vous fupplie de trouver bon...- Je le
trouve excellent , vous dis je ; & fi vous
me donnez le tems de m'expliquer , vous
verrez que je ne demande pas mieux
que de conferver Dorimene & mon ami.
Oh ! voyons donc quel est votre deffein
. Si vous trouvez quelque voie de
conciliation dans cette affaire- là , vous
avez tort de vous borner à juger les pâles
humains ; il faut vous propofer comme
plénipotentiaire à quelque cour un peu
fatiguée de la guerre.
Ne plaifantez pas , ma chere femme ,
dit Gervilé . J'ai dans la tête un plan....
Ecoutez moi ... Je le trouve tout- à - fait
heureux , tout - à - fait théâtral , & peutêtre
dans le loifir de quelque féance . .. .
-Eh voyons , Monfieur , ce projet de
paix. Le voici . Premierement je fais
que Dorimene & Fervan ont eu au moins
un jour ou deux la fantaifie de s'aimer : il
refte toujours quelque chofe de cette premiere
difpofition. Voilà un premierement
fur lequel je vous arrête ; je gage
qu'il n'en refte pas la plus petite trace.
C'eft ce qu'il faudra voir. 2 ° . Sur quoi
eft fondée leur grande antipathie ? Sur des
miféres. Dorimene n'aime pas les vers ,
SEPTEMBRE . 1769. 31
& en cela elle a tort. Mon ami pourroit
bien avoir celui d'en faire trep & de s'acharner
à les lire , d'accord. D'un autre
côté , Fervan qui s'eft perfuadé que l'engoument
philofophique eft la mort des
beaux arts , ne pardonne pas à Dorimene
de citer à tout propos quelques illuftres
dont elle nous fait lire & acheter fort cher
les productions ... Ne voilà t - il pas de
belles raifons pour fe haïr & pour ſe fair
comme ils font tous deux ? Oh ! moi , je
prétends quejfi vous voulez me feconder,
il nous fera très - poffible & très - agréable
de les ramener l'un à l'autre . Et par où,
s'il vous plaît , Monfieur ? -Par où ? par
le reffort univerfel , par l'amour- propre.
Je m'explique .
Vous aurez la bonté de dire , fans trop
d'affectation , à votre amie , que je reçois
des lettres de Fervan où il eft fort
queftion d'elle. La voilà déjà curieuſe .
Elle vous demande ce qu'il en dit , les
chofes les plus flateufes , répondez -vous ;
& le refte , car je vous laiffe imaginer ce
qui fera le plus convenable pour mieux
flatter fa manie. Vous pourrez ajouter
que Fervan ne s'eft retiré à la campagne
que pour y effaier des projets d'agriculture
dont il a la tête remplie. L'agricul
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
ture eft auffi une branche de philofophie
à la mode , & dont votre ame fait déjà prefque
tous les termes , témoin le produit net
dont elle nous parle fi fouvent , & qu'elle
aime de prédilection en attendant qu'elle
parvienne à nous le faire entendre .
De mon côté j'écrirai à Fervan . -Je
vous entends , Monfieur . Voilà donc cette
heureuſe invention dont vous vous
vantiez? Cela eft de toute antiquité.
Et cela réuffira , Madame ; cela réuffira .
Je connois un peu les hommes. Je fais le
défoeuvrement actuel de Fer van ; il -viendra
, n'en doutez point. Tous deux prévenus
par nos foins , tout autrement qu'ils
ne l'étoient d'ordinaire , pafferont peutêtre
nos espérances . Et que fait on ? L'état
du mari de Dorimene eft défefpéré .
Elle fera veuve avant trois mois . C'eft
une chofe contagieufe que le mariage ; celui
de Bermon a fait le mien . Fervan voudra
auffi finir comme moi , & votre amie au
fond lui convient. Voyez fi vous voulez
accepter votre rôle. J'y confens ; mais
je fuis moins perfuadée que vousdu fuccès .
Je vous remercie de la complaifance ,
dit Gervilé , en embraffant fa femme qui
le boudoit , & contre laquelle il avoit un
peu d'humeur depuis quelques jours ; &
SEPTEMBRE . 1769. 33
en l'embraflant il lui ferra la main , &
Florife lui ferra la fienne ; & il étoit tard ,
& Gervilé n'eut cette nuit point d'autre
appartement que celui de Florife . Tant il
eft vrai qu'en ménage les raccommodemens
font plus aifés à faire qu'ils ne le
paroiffoient à l'auteur du préjugé à la
mode.
Plein de fon projet il écrivit dès le lendemain
avec affez d'adreffe , & s'apperçut
bientôt qu'il n'avoit pas conçu de folles
efpérances. Il en fit part à fa femme qui,
de fon côté , croioit auffi avoir gagné du
rerrein fur l'efprit de fon amie. Le goût
fuppofé de l'agriculture avoit opéré des
merveilles. Dorimene avoit imaginé
d'elle - même que c'étoit chercher à la
mériter que d'avoir facrifié , à ce plaifir
nouveau , fa démangeaifon habituelle de
rimer à tout propos . A chaque inftant
elle fe rappelloit la figure de Fervan d'une
maniere moins défobligeante ; enfin tout
alloit à ravir , & l'on n'attendoit plus que
le retour du campagnard pour cimenter
ce raccommodement qui , d'abord , avoit
paru plus difficile à Florife .
Or , il faut à préfent faire connoître im
peu plus particulierement au lecteur &
Fervan & Dorimene.
By
34 MERCURE DE FRANCE.
Celle- ci avoit été belle , & foutenoit
encore la gageure avec un embonpoint un
peu confidérable . On ne comptoit plus
fes hiftoires , parce qu'on fe laffe de tout,
& parce qu'elle s'étoit avifée prudemment
de fe jeter dans les profondeurs de
la fageffe humaine , & de fe faire envifager
fous un autre coup d'oeil que celui
qu'on porte fur les femmes ordinaires.
Elle étoit pour ainfi dire la mere temporelle
de tout ce que la province avoit
de petits philofophiftes. Sa maifon étoit
leur rendez - vous favori ; c'étoit chez elle
qu'on difputoit à outrance , & qu'un faux
enthouſiafme renverfoit fans ménagement
toutes les idées reçues .
Les premiers inftituteurs de Dorimene
l'avoient rendue ennemie déclarée des
arts d'imagination . Ils ne lui avoient
montré dans cette faculté brillante & féconde
de l'ame qu'une effervefcence , un
feu vagabond propre à nous égarer ; &
dès lors la poëfie étoit pour elle le vain
amufement des efprits médiocres & frivoles.
Pour Fervan , c'étoit une de ces figures
de beaux bergers de la Theffalie ... grands
yeux bleus , cheveux cendrés , ton de
voix argentine ; il avoit dû être intéref
SEPTEMBRE . 1769 .. 35
fant à dix- huit ans. Il laiffoit encore mollement
errer fa vue douce , mais peu perçante
fur toutes les femmes ; il minaudoit
, fe mordoit la lévre , fourioit encore
en jeune homme qui fait métier de
plaire ; mais quelques rides , qu'il étoit le
feul à ne pas appercevoir, fe prononçoient
déjà , & toutes fes graces étoient fur le
point de devenir de petits ridicules .
Amoureux fou du bel efprit , & furtout
des vers , il compofoit des ftances &
des madrigaux pour les belles, & des couplets
pour les jolis foupers. Malheureufement
pour plus d'un auditeur , il les
avoit toujours en poche , & gémiffoit
fouvent de ce que la province n'avoit
point de graveurs affez habiles pour en
immortalifer la collection. Il s'étoit élevé
jufqu'à compofer de petits drames qu'il
croyoit intéreflans parcequ'ils étoient trif
tes & lugubres. Du refte toujours complaifant
, toujours louangeur , & n'ayant
jamais d'humeur que lorfqu'il s'appercevoit
de la préférence qu'un nouvel abus
de l'efprit faifoit donner alors à des ouvrages
férieufement inutiles , fur les charmes
divins du langage des neuf foeurs .
Tel étoit l'ami de Gervilé , l'heureux Fervan
, toujours content de lui - même , &
B vj
36 MERCURE
DE FRANCE
.
jouiffant délicieuſement de la réputation
qu'il s'étoit acquife de jouer fupérieurement
les niais .
Il avoit eu en effet pour la groffe Dorimene
une curiofité de paffage dont il
s'étoit bientôt guéri , en foupçonnant
qu'elle n'auroit pas pour fes talens la
haute confidération qu'elle affichoit pour
les brochures vendues fous le manteau.
Depuis ce tems il en avoit toujours parlé
fort légerement , & Dorimene le lui rendoit
par- tout avec uſure.
Voilà les gens que Gervilé vouloit rap.
procher pour les intérêts de fon petit
théâtre de campagne ; car il ne défefpéroit
pas que Dorimene elle-même ne fe laiffât
vaincre un jour fur la répugnance
qu'elle annonçoit pour l'hiftriomanie. On
fondoit alors un nouveau genre de comédie
morale & pathétique , dont quelques
effais fublimes avoient déjà paffé dans la
province , & il y avoit grande apparence
que cette heureuſe richeffe de l'art dramatique
la rendroit moins dédaigneufe
fur l'amufement favori de la fociété.
Il falloit donc que Fervan arrivât ; &
Gervilé , dans une lettre , ayant confié à
fon ami qu'il avoit furpris Dorimene
frédonnant une de fes chanfons qu'il lai
SEPTEMBRE. 1769 . 37
défignoit , il ne put réfifter à cette attaque
& fe détermina à partir fur le champ .
Il arrive . Il a déjà vu fon ami qui lui a
confirmé tout ce qu'il lui avoit écrit. Il
fent bien encore quelques légeres impreffions
d'éloignement qui l'arrêtent ,
mais chaque mot de Gervilé irrite fa vanité
, il eſt décidé à fe préfenter.
Dorimene fait qu'il va paroître . Un
frémiffement qu'elle ne peut définir la
faifit à cette nouvelle ; mais Florife a ofé
l'expliquer en faveur de Fervan , & Dorimene
n'a point eu le courage de la défavouer.
Ce fut un fpectacle affez plaifant de le
voir au premier fouper qu'il vint faire.
chez Gervilé , s'avancer vers Dorimene
d'un air moitié contraint & moitié confiant
, lui faire un compliment apprêté ſur
la fraîcheur & fur les rofes de fon teint ,
& chercher dans fes yeux ce qu'on l'avoit
flatté qu'il y trouveroit ; embarras auquel
"Dorimene crut devoir reconnoître les
difpofitions favorables du coeur de Fervan
pour elle.
Les voilà donc en commerce reglé de
Aatteries matuelles , étonnant tous les
convives de leur intelligence inattendue
dont Gervilé & fa femme avoient feuls le
fecret.
38 MERCURE DE FRANCE .
Les regards de Fervan , toujours prêts
à s'attendrir , rencontrerent plus d'une
fois ceux de Dorimene qui fe difoit en
elle-même : cet homme- là a vraiment les
plus beaux yeux du monde : comment aije
fait pour ne pas le voir jufqu'ici ? Fervan
de fon côté , dont la vue s'égaroit
quelquefois fur le bras & fur le fein de
Dorimene , fe difoit fecretement auſſi :
Il n'y apoint de figure égale à celle - là ; fa
main eft raviffante ; la premiere jeunesse
n'a point cette rondeur , cette noble confiftence
: & puis les minauderies de redoubler
de la part de l'ami de Gervilé , les
fouris complaifans de fe multiplier de la
part de Dorimene : c'étoit un fuccès come
plet pour le maître de la maifon qui
voyoit avec délices une reconciliation
qu'il avoit fi fort defirée , & qui lui promettoit
deux acteurs à la fois.
La converfation tomba fur la campagne...
Fervan qui venoit de la quitter ,
parla avec feu des travaux dont on s'y occupe
& des plaifirs dont on y jouit . Gervilé
ne m'a point trompée , penfoit Dorimene.
Fervan a plus que des rimes dans
la tête ; il devient amant de la nature pour
me plaire . Nouveaux complimens alors de
Dorimene, que Fervan a raifon de prendre
SEPTEMBRE . 1769 . 39
pour des agaceries , & auxquelles il répond
de la meilleure foi du monde .
Comme ils avoient été placés l'un auprès
de l'autre par Gervilé , on croit que
des coudes & des mains fe rencontrerent
prefque fans le vouloir , ou , comme dit
un de nos plaifans conteurs , malgré qu'on
le vouloit bien. Des mouvemens qu'on fe
permettoit , de façon à les faire croire
involontaires , approchoient , on ne fait
comment , le pied de Fervan de celui de
Dorimene. On fe regardoit de côté ; on
baiffoit la vue ; on fe retiroit , & puis
dans la minute le hafard faifoit qu'on
avoit à fe retirer encore ; enfin on alla
jufqu'à feindre d'ignorer qu'on avoit à fe
retirer. Gervilé & fon époufe , en ſpectateurs
intelligens , ne perdoient rien de
tout ce qui fe paffoit , & jouiffoient , en
fe regardant l'un & l'autre , du fruit de
leur petite intrigue .
Le fouper avançoit , & les bougies devenues
plus baffes , rendoient la blancheur
des femmes plus décidée , & faifoient
éclater le feu de tous les yeux .
Dorimene & Fervan y gagnoient plus
que le refte de la compagnie , & n'en
étoient que plus aimables l'un pour l'autre
.
Gervilé , pour porter les chofes encore
40 MERCURE DE FRANCE.
1
plus loin , fit des plaifanteries à fon ami
fur fon éternel célibat. Mon cher Fervan,
lui dit- il , vous vous marierez comme un
autre , je vous le prédis ; cet amour de la
campagne qui vous a gagné depuis quelque
tems annonce une ame fufceptible
des plaifirs vrais & naturels , & voilà ce
qui fait les mariages délicieux. Je ne vous
dis pas d'y penfer aujourd'hui , ni demain ,
mais le tems ..... Le tems eft un grand
maître... Suffit ... Il peut amener des
circonftances tellement favorables ... Je
vous affigne à cette époque . Fervan avoit
alors fes grands yeux bleus langoureuſement
attachés fur la groffeDamequi adouciffoit
tant qu'elle pouvoit fes deux prunelles
noires , tant elle avoit bien entendu
l'ami de Fervan .
Oh ! parbleu , dit alors un des convives
, M. de Fervan , en cas qu'il ſe marie,
ne s'adreffera pas à un autre qu'à lui pour
faire fon épithalame . Il eft vrai , répondit-
il , qu'on connoît ma facilité pour ces
fortes d'ouvrages. Il en revient une à
Gervilé , & je compte bien , avant qu'on
fe fépare , en regaler l'affemblée .
de A ce mot vous euffiez vu les yeux
Dorimene fe retrécir , fe remontrer avec
leur caractere de fermeté naturelle & fe
SEPTEMBRE. 1769. 41
porter du côté de celui qui venoit de
faire reprendre à Fervan fon premier ridicule.
Il n'avoit rien vu de ce changement
fubit , & s'y prit avec tant de grace pour
faire accepter à Dorimene un fruit qu'il
venoit de choisir pour elle , qu'il triompha
de cette altération paffagere. Mon
cher Fervan , lui dit - elle , laiffons - là les
épithalames ; cela eft de l'autre fiécle ,
foyez du nôtre... De l'agriculture , de l'agriculture
, croyez- moi , voilà ce qui honore
l'efprit . Vous trouverez dans ma
bibliothéque tout ce qu'il y a de plus moderne
& de plus délicieux fur cette matiere
; mais ne parlons plus de petits vers,
je vous en conjure.
Fervan , étonné de ce difcours auquel
Gervilé avoit maladroitement oublié de
le préparer , fe pencha machinalement fur
la main de Dorimene , la baifa & reparut
tout - à-fait aimable . Mais un inftant
après , ayant
, ayant été follicité de chanter , il
n'héfita point à préférer ce morceau qu'il
croyoit du goût de Dorimene fur la parole
de Gervilé , & le changement qui fe
fit fur la phyfionomie de cette femme fut
fi confidérable qu'il ne put lui échapper.
Il continua pourtant avec une confiance
42 MERCURE
DE FRANCE
.
qui augmenta l'humeur & le dédain de
Dorimene . On ne chercha plus à s'approcher
: dans l'inftant il y eut entre eux une
diſtance bien prononcée , & Dorimene ne
ceffa de parler affez haut à fon voifin pendant
que Fervan chantoit .
Senfible à l'injure qu'elle venoit de lui
faire , il ne put s'empêcher de lui dire
qu'il s'étonnoit qu'elle eût prêté ſi peu
d'attention à des paroles qu'elle daignoit
quelquefois chanter elle - même. Qui
moi? Moi ? répondit - elle , ah quelle folie
! Eft - ce qu'on chante encore ? Affurément
les petits vers que vous venez de
moduler ne triompheront pas de mon
dégout pour le genre mefquin de la chan .
fon .
On juge de l'embarras de Gerviié à ce
démenti pofitif. Fervan cherchoit inutilement
fes yeux , & Florife , malgré le
fou-rire qui la gagnoit , fit fes efforts pour
faire changer d'objet à la converfation ;
mais le poëte étoit trop outré : fon illufion
tomboit ainfi que celle de Dorimene
.
En vérité , Madame , lui dit- il , d'un ton
précieux & pincé , c'eft grand dommage
qu'en faveur de vos hautes prétentions ,
quelqu'un de nos auteurs n'ait pas tenté de
SEPTEMBRE . 1769. 43
compofer pour la table quelque ronde
amufante fur le vuide ou fur l'attraction ,
cela feroit d'un gout exquis . Je ne vous
confeillerois pas de l'effayer , répondit
Dorimene , laiffez - là l'attraction ; me
voilà bien convaincue que vous n'entendrez
jamais rien à cette matiere.
La bégueule ! avec fa vafte poitrine ,
difoit tout bas Fervan . Le fot ! difoit Dorimene
, avec fes grands yeux fades ! &
puis , fe levant tout-à - coup , elle demande
fes gens , fe jette fur le bras d'un des
convives , defcend & part comme un trait
fans avoir dit un mot à Florife ni à Gervilé
qui , bientôt , fe trouverent feuls
Florife à rire de toute fon ame , & Gervilé
dans la confternation d'avoir manqué
fon projet.
Confolez vous , lui dit fa femme , &
ne vous mêlez plus de traités de paix . Si
Fervan retourne à fa campagne , votre
théâtre ne manquera pas de niais : cette
ville en fourmille . Au refte , je vois à
ceci un petit dédommagement pour vous ,
& je vous trouve , en vérité , plus heureux
que fage . Cette petite piéce que
vous devezarranger , à vos momens perdus
, en va devenir meilleure ; voilà un
dénouement qui vaudra bien celui que
44 MERCURE DE FRANCE .
vous auriez imaginé ; mais n'oubliez pas
que le véritable titre eft le Raccommodement
impoffible.
Par M. B.
VERS à M. de Villeneuve , aide - major
du fort St Jean , à Marseille , & de
l'académie des belles lettres de cette
ville .
TESEs vers font dictés par les Graces .
Les nymphes d'Hélicon te prodiguent ces fleurs
Que moiffonoient jadis les Gallus , les Horaces ,
Tes aimables prédéceffeurs .
Que j'aime la douce impoſture
De ton magique coloris !
Peintre charmant de la nature ,
Sans outrer fa fimple parure ,
Avec quel goût tu l'embellis !
Lorfque ta mufe enchanterefle
Célébre de Bacchus la folâtre gaïté ,
Et , du dieu des amours vantant la douce ivreffe ,
Chante une hymne à la volupté ;
Tu rends à mon oeil enchanté
L'efprit & la délicateffe
1
1
SEPTEMBRE. 1769 : 45
De cet Albane fi vanté
Qui peignit , d'une main légere ,
Les plaifirs enfantins , les amours ingénus ,
Les danfes de Tempé , les fêtes de Cythere
Et la toilette de Vénus.
Ainfi le dieu du goût t'ouvre fon fanctuaire.
O charmant Troubadour , la harpe des Chaulieux
Rend fous tes doigts fçavans des fons mélodieux.
Marche dans leurs routes divines ,
Ofe voler , comme eux , au temple d'Apollon,
Les nymphes du ſacré vallon
Joncheront tes fentiers des rofes purpurines
Qui couronnent Anacréon ,
Et réferveront leurs épines
Pour les cabales clandeftines
De Mævius & de Pradon.
Fils chéri de Phoebus , accepte mon hommage ;
C'eft celui de la vérité,
Par fa libre énergie & la fimplicité ,
Il te retracera l'image
Dufentiment qui l'a dicté .
Qu'un autre aille d'un grand flatter l'altiere
ivrefle ,
4
46
MERCURE DE FRANCE.
Ramper fous fon orgueil & prôner ſes aïeux ,
Que l'intérêt fordide adore la richeſſe ,
Je ne puis à cette baſſeſſe
Proftituer jamais le langage des dieux.
Jamaisje ne faurai , dans une humble préface ,
Careffer d'un Midas la ſtupide grandeur ,
Ni lui prodiguer la fadeur
D'une pefante dédicace.
Je veux que mes écrits partent tous de mon coeur.
Par M. François de Neufchâteau ,
de plufieurs académies.
VERS à Madame D. J. . . que je ne
croyois pas mariée , & qui fit le rôle de
Catau , dans la partie de chaſſe de Henri
IV , oùje faifois celui de Richard ,
fils de Michau.
NA pas long-tems , belle Catau ,
Que chez notre papa Michau
En frere & foeur , tous deux fans nous connoître ,
Nous nous aimions , du moins le faiſions - nous
paroître.
SEPTEMBRE. 1769. " 47
Mais depuis , pénétré d'un ſentiment nouveau
Que dans fon coeur votre beauté fit naître ,
Richard eût oublié fon Agathe peut-être ,
S'il n'eût appris dans le hameau
Qu'un Lucas trop heureux , mais bien digne de
l'être ,
Par un lien plus étroit & plus beau ,
De votre coeur s'étoit rendu le maître.
Lors de l'hymen refpectant le flambeau ,
Richard , dans ce réduit champêtre ,
Ne vit plus de l'amour le féduifant tableau ;
Content d'être, avec vous , ami juſqu'au tombeau,
Il retourneà fon premier être.
Par M. Courtault , avocat.
A ma Soeur , fur le départ du Marquis de
L.fon mari pour fon régiment , quelquesjours
après Jon mariage.
J E vous revois enfin : mais feule & fans L.. ;
Vous n'offrez à mes yeux que la moitié de vous .
En vérité , mafoeur , les guerriers font étranges.
Le héros en tout tems l'emporte fur l'époux.
48
MERCURE DE FRANCE.
Envain par les liens du plus tendre hymenée
Vous croyez pour toujours les avoir enchaînés :
Affidus & conftans la premiere journée ;
La feconde les voit au carnage acharnés.
Plus épris de l'éclat d'un triomphe barbare
Qui les comblant d'honneur , fait mille malheu
reux
Que , touchés des plaifirs que l'amour leur prépare
!
L'état le plus cruel eft le plus doux pour eux.
Tel jadis au milieu des fêtes de Cythere ,
Sitôt qu'il entendoit le fignal des combats ,
Mars quirtoit les amours & le fein de leur mere ,
Et , malgré les regrets , s'arrachoit de les bras.
Vous frémiffez , ma foeur , aux appas de la gloire :
Quoi , dites- vous , un Dieu facrifioit l'amour.
Oui mais fachez auffi que fier de la victoire ,
Il paroiffoit plus vif & plus tendre au retour.
Et tout dieu qu'il étoit , peut- être que l'abſence
Chez lui comme chez nous enflammoit le defir ;
Et qu'il eût éprouvé par trop de jouiflance
Qu'un plaifir continu ceffe d'être un plaifir.
almez donc vos frayeurs , & diffipez vos craintes
, Dans
SEPTEMBRE. 1769. 49

Dans un fombre avenir prêtes à s'éclipfer 3
De l'hymen allarmé les torches prefqu'éteintes
D'un veuvage fubit femblent vous menacer.
D'un époux adoré vous jouiffez à peine ;
Et déjà fur les pas de les nobles ayeux ,
Loin de vous , le devoir & la gloire l'entraîne.
L'honneur , le fombre honneur d'un ton impérieux
L'enleve à vos defirs & le rappelle aux armes.
Les plaifirs à la voix s'envolent éperdus
Et les amours en proie aux plus vives allarmes
Près de l'hymen en pleurs languiflent confondus.
Au rang , à la naiffance ', à la foif des louanges
Prenez - vous en , ma foeur , de ces triftes retours :
Sous un nom moins brillant , auprès de vous L..
Dans les bras du repos pouvoit couler les jours :
Un grand nom n'eft fouvent qu'un fardeau plus
illuftre.
Qu'il en coûte , ma foeur , à qui par les exploite
Eft contraint par état d'en foutenir le luftre !
Et combien en voit on fuccomber fous le poids
Des titres glorieux qu'ont mérité leur pere ;
Indignes de leur rang , roturiers dans le coeur ,
Qu'ils s'en aillent , rendus aux noms les plus
vulgaires ,
D'un beau nom profané cacher le deshonneur,
Ce n'eft que par le fang que la gloire s'achette
Les L..., ma four , l'ont acquife à ce prix
C
༡༠
MERCURE DE FRANCE.
Et tous jufqu'à celui que votre coeur regrette *
Ont fçu vivre , mourir, agir pour leur pays
J'en appelle à ces lieux fameux dans notre hiftoire
Témoins de nos malheurs , témoins de nos fuccès
;
Par-tout yous les verrez au chemin de la gloire
Sceller par leurs exploits l'honneur du nom Français
,
Du fang de ces héros , qu'il prend pour les modeles.
Voyez dans votre époux les effets précieux :
Comme avec joie il fuit les routes immortelles
Où fe font tant de fois fignalés fes ayeux !
Héritier de leur nom , comme de leur courage
Des lauriers maintenant c'eft pour lui la faifon,
Des myrthes à leur tour naiflant ſur ſon paflage
Il viendra près de vous recueillir la moiſon .
Alors ce fera Mars de retour à Cythere
Aufli tendre en amour qu'ardent dans les combats
:
Mais bornant déformais fes fuccès à vous plaire ;
Ramenant les plaifirs enchaînés fur fes pas ,
Venant de fa tendreffe auprès de la conquête
Le marquis de L... J... tué à la bataille de
Lutzelberg, où il donna des preuves du plus grand
courage. Mercure de France.
SEPTEMBRE. 1769. 51
De la main de l'hymen recevoir l'heureux prix ;
Ce fera Mars enfia uniffant fur la tête
Les lauriers de Bellone aux myrthes de Cypris.
Par M. *** Officier à la fuite du régiment
Royal - Picardie , étudiant en philofophie au
collége de Soreze.
QUATRA I N.
Je n'eus jamais le don de prophétie ;
Mais fi j'en crois & l'hymen & mes voeux ,
AL * * ma foeur unie
Ne pourra me donner
que de jolis neveux.
Par M. *** étudiant en troifiéme
au même collége.
LES DRAGONS ANGLAIS ,
Nouvelle Anecdote.
Le régiment de N ** dragons anglois ,
qui avoit très- bien fervi pendant la derniere
guerre , fut envoyé à la paix dans
une province de l'Ecofle , pour fe repofer
de fes fatigues. Les foldats qui fortoient
Cij
$ 2
MERCURE DE FRANCE.
d'une terre étrangere dans laquelle ils
avoient combattu , & s'étoient quelquefois
livrés à leur goûr pour le pillage fur
les peuples ennemis & fur les peuples
neutres , porterent les mêmes difpofitions
dans leurs garnifons. Les habitans de
la campagne fouffrirent de leurs habitades
, & s'en plaignirent ; les feigneurs
touchés des malheurs de leurs vaffaux ,
fongerent à remédier au défordre ; ils
porterent les plaintes des infortunés aux
officers fupérieurs qui répondirent de
leurs foldats pour l'avenir ; ils firent publier
des défenfes à la tête du régiment ,
& employerent avec fuccès les mots de
gloire & d'honneur ; les troupes promirent
d'être fages & tinrent parole . Un
dragon cependant le promenant un jour
dans la campagne , rencontra une jeune
fille qui rapportoit dans la ville du
linge qu'elle avoit blanchi . Il la trouva
aimable , & l'arrêta fans autre defcelui
de caufer un inftant
fein que
vec elle. La vue du linge le tenta ;
il ne put réfifter à l'envie de changer
la chemife qu'il portoit , contre une de
celles qui étoient dans le paquet de la
jeune perfonne ; ce linge eft très beau ,
lui dit il , le foin que vous avez apporté
le blanchir lui donne un nouveau prix ;
SEPTEMBRE. 1769. $$
vous ferez aujourd'hui ma blanchiffeufe.
La fille le remercia , lui demanda fon
adreffe & promit d'aller prendre ce qu'il
voudroit lui confier. Il n'eft pas néceffaire
d'aller filoin , reprit le foldat ; un dragon
n'a pas befoin de toutes ces façons ;
il va lui - même chez fa blanchiffeufe ,
prend une chemife & lui donne celle
qu'il porte ; fi l'ouvriere fait de mauvaifes
difficultés , il va toujours fon chemin:
& s'adreſſe à une autre , la premiere fois
qu'il lui faut de nouveau linge ; je n'en
ufois pas autrement pendant la guerre.
En difant ces mots il choififfoit la chemife
qui lui convenoit , quittoit la fienne
& la donnoit à la blanchiſſeuſe ; il ne répondoit
à fes plaintes & à fes cris , qu'en
lui vantant fa confcience & fa bonne foi,
puifqu'il fe contentoit de faire un échan
ge avec elle , tandis qu'il auroit pu prendre
ce dont il avoit befoin . Dès qu'il fut
habillé , il continua fa promenade : la
vue d'une taverne lui fit fonger qu'il avoit
foif ; il demanda du vin , s'enivra & ſe
retira enfuite fans payer . A peine avoit il
fait quelques pas qu'il trouva un de fes
camarades prefqu'auffi ivre que lui ; celui
ci lui demanda d'où il venoit ; j'efpére
, ajouta- t il que tu n'es
forti pour
pas
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
·
contrevenir aux défenfes qu'on nous a
faites . Cette obfervation fit faire quelques
réflexions au dragon : il fentit des
remords de ce qui lui étoit arrivé ; il
ne put s'empêcher de l'avouer à fon camarade
, & de lui demander fi fon action
étoit innocente ou condamnable : l'autre
exigea un détail très circonftancié du
fait ; après l'avoir écouté avec attention ,
mon ami , lui dit - il gravement , tu viens
de commettre un acte de fripon . -Fripon
! je n'étois pas né pour cela... un dragon
ne peut pas l'être ; je me fuis conduit
comme nous nous fommes tous conduits
en Allemagne. Cela eft vrai , mais nous
n'étions pas dans notre pays ; nous faifions
alors la guerre , nous ulions de nos
droits ; ce qui nous étoit permis avec les
étrangers ne nous l'eft plus avec les fujets
du même fouverain . Tu as raifon ,
mon ami je fuis honteux de mon action ;
il faut la faire oublier , confeille - moi.
Quelles font tes idées à ce fujet ? -Mon
opinion eft de te mettre en pièces , & de
venger fur toi l'honneur du régiment.
-Tu feras bien ; frappe. En même tems
le dragon quitte fon habit & lui préfente
la poitrine ; l'autre tire fon fabre & lui
en porte plufieurs coups ; le malheureux
les reçoit fans pouffer un feul cri , &
SEPTEMBRE. 1769.
55
l'exhorte lui- même à continuer : courage,
lui difoit - il , lave ma honte dans mon
fang. On ne lui répond point ; on conti
nue l'exécution . La victime ne tarda pas à
tomber & à rendre le dernier foupir ; &
le facrificateur , la voyant expirée , efluya
fon fabre , le remit dans fon fourreau , &
fe retira tranquillement .
PORTRAIT DE DAMON.
Sur l'AIR: Dormir eſt un tems perdu.
C'EST le portrait de Damon
Qu'ici je veux faire.
Je le peins dans ma chanſon.
Ce n'eft point une chimere.
Il eft jeune , il eſt charmant ;
Mais il eft indifférent ,
Il plaît , fans vouloir plaire.
Damon a plus d'un talent ;
Il danfe avec grace.
Que fon air eft féduifant ,
Tous les rivaux il efface.
C'eft le ton du fentiment ;
Mais il eft indifférent ,
Son coeur est tout de glace.
Civ
16 MERCURE DE FRANCE .
S'il chante , c'eft Amphion
Que l'on croit entendre.
D'une douce émotion
Quel coeur pourroit fe défendre,
Si , comme un autre Ixion ,
Il en contoit à Junon ,
Elle deviendroit tendre.
Quand fur le facré vallon
Il monte la lyre ,
Quel feu , quelle expreffion ,
C'eft Apollon qui l'inſpire.
Il attendriroit Caron ,
Et Proferpine & Pluton ,
Er tout le fombre empire .
Par-tout où paroît Damon ,
La plus inflexible
D'une tendre paffion
Reflent le charme invincible.
L'Aurore eût quitté Titon ,
Et Diane Endimion ,
Pour le rendre fenfible .
On connoît plus d'un Damon
A cette peinture ,
Et de leurs froideurs , dit-on ,
Plus d'une belle murmure.
Amour , prends tes traits vainqueurs ,
SEPTEMBRE. 1769. 57
$ 7
Punis ces rebelles coeurs
>
C'eſt venger ton injure.
Par Mde D. G. de Montauban.
LE VRAI PHILOSOPHE ,
Ode anacréontique.
TRANQU RANQUILLE & content , fans envie ,
Toujours docile à mes defirs ,
Je vais au terme de la vie
Sous la conduite des plaifirs.
Des vains préjugés du vulgaire
Je ne Luivrai jamais les loix ;
Et malgré le devoir auftere ,
C'est mon goût qui fait mon choix,
Au moment de plaifir qui paffe
Je fais fuccéder un plaifir ;
Et ce dernier céde fa place
Au plus nouveau qui vient s'offrir.
Les philofophes en colere
Défendent les ris & les jeux ;
Je permets tout ce qui peut plaire,
Je fuis plus philofophe qu'eux.
Par M. ****
23 CY
58 MERCURE DE FRANCE.
L'EXPLICATION du mot de la premiere
énigme du volume du Mercure d'Août
1769 , eft rave ; celle de la feconde eft le
foleil ; celle de la troisiéme eſt le tonnerre
; celle de la quatrième eft la fleur de
lys. Le mot du premier logogryphe est
mitaines , dans lequel on trouve mains
fatin , ani , Mai , tifane , étain , mine ,
matine , fein & ami . Celui du fecond eft
la redingotte , dans lequel fe trouve or ,
roi , reine , noir , ré , díné , ton , grote ,
nier , terme , dot , tendre , rien , gêne , gré,
rôti , din , gîte , goitre , dire , tenir , & c.
Celui du troifiéme eft fommeil , où l'on
trouve les mots fuivans , miel , fol , fol
monnoie , fole , lie , fole , place publique ,
mole ,fol , mi , lime , fole , ongle d'animal
, fol or chymique , fel , mil , oie
mole de femme , loi , ail , fol fond de
bâtiment , mie , os , Io , Mome , Somme.
ÉNIGM E.
QUOIQUE de peu de conféquence ,
Des mortels j'ai fait les deftins .
On me trouvepar-tout, en Allemagne , en France;
Page
58
Septemb
1769.
3
Air de Zais.
Que l'amour seul soit votre
maître , Des qu'on respire Il doit
L être ecouté; On ne sçau -
7
roit trop tôt con noi tre , La
route qui conduit A la felici -
-te'; On ne sçauroit trop tôt con :
noi:tre La route qui conduit A
la felici -te'.
De ImprimeriedeRécer,M5 vo Sa Hain.

SEPTEMBRE. 1769. 59
Mon
On me voit aux bals , aux feſtins.
pere eft fils d'une mere féconde ,
Et j'ai des foeurs par tout le monde.
Je fuis chez le berger & je fuis chez le roi ;
Tout le monde fe fert de moi.
Des belles je fuis defirée .
Jadis je fervis un amant ,
Et j'affurai fa deftinée ;
D'un autre je formai le fatal hymenée
Pour fon bonheur & fon tourment :
En de certains climats que j'ai cauſé d'allarmes
On parle encor de ces malheurs.
Que de guerriers prirent les armes !
Que de beaux yeux répandirent de pleurs.
Par Mde D. G. de Montauban.
JE
AUTRE.
Je fuis du genre féminin ,
Et cependant je fais la guerre.
On-me trouve le foir & jamais le matin.
On me voit à Paris , en Prufle , en Angleterre,
Je me plais avec les amours ;
J'habite l'ifle de Cythere.
Il n'eft point fans moi de beaux jours ;
Mais quoique je fois rude & fiere ,
Cvj
65 MERCURE DE FRANCE .
J'aime les ris & les plaifirs.
Dans l'air , je fuis les folâtres zéphirs .
Je fuis les vallons & la plaine ;
Je ne vais jamais chez Climéne .
Cherche- moi bien , ami lecteur,
Tu me trouveras dans ton coeur.
Par la même.
AUTRE.
PAR moi - même , lecteur , je ne puis preſque
rien ;
Mais quand je fuis en bonne compagnie ,
Sans vanité , je m'en tire affez bien.
Mon pere fut , dit - on , un homme de génie ,
Peut-être Grec , Egyptien peut - être ;
Son nom , quoi qu'on en dife , eft affez incertain.
Lecteur , es-tu jaloux de me connoître ?
Orfus , prépare toi , je vais te mettre en train.
Quoique l'indulgente nature
De fept pieds m'ait fait un préſent ,
Je fuis fans aucun mouvement
Et très petite de ftature.
Sans que ce foit mauvais augure ,
En noir je fuis le plus fouvent.
C'en eft aflez fur ma figure ,
Et top fur mon ajuftement.
SEPTEMBRE . 1769. 61
"
Quoique fémelle je te jure
Que c'eft de toute ma peinture
Le trait le moins intéreflant.
Sans être infiniment agile ,
Je fais le ſecret difficile
De me trouver en même tems
Aux champs , dans la cour , à la ville ,
Et dans cent lieux tous différens .
On me trouve dans l'Angleterre ,
Dans l'Allemagne également.
En quels lieux ferois-je étrangere ?
On me voit dans chaque élément.
Mais dans l'eau je fuis davantage.
Colette , y mirant fes attraits ,
M'y voit , je fuis dans fon image ,
Er jufques dans les moindres traits.
Zéphire qui l'a careflée ,
Bientôt vient au jardin , d'une humeur empreffée ,
Conter les nouvelles ardeurs.
Il m'y retouve encor : je fuis au ſein des fleurs.
Amour , par moi toujours commence ,
Par moi commence l'amitié.
Mais d'elle à lui l'on fait la différence ,
L'une vaut mieux que l'autre de moitié .
Auffije fuis long- tems l'Amour , & je le quitte ;
Mais l'Amitié , lecteur , je la ſuis juſqu'au bout.
C'eft affez vanter mon mérite ,
Je ne veux pas vous dire tour.
62 MERCURE DE FRANCE .
Eh bien , me tenez - vous ? Non ... Reprenez courage.
C'eft dans moi qu'il me faut chercher.
Dans vous , pourtant , je ſuis une fois davantage ,
Aurez- vous peine à m'y trouver ?
Mais chut : je finis ma harangue ,
Sans doute vous m'avez fur le bout de la langue.
Par M. L. D. C. V. de Q. en Baffe- Bretagne.
AUTR E.
Tour le jour dans mes trous , pour la nuit je
m'en tire.
La plus fiere beauté dans mes liens refpire.
Par le même.
LOGO GRYPH E.
FORMÉ par les arts mécaniques
Le tems a dévoré le nom de mes ayeux ;
Mais pour me montrer à tes yeux ,
Lecteur , je vais t'offrir des titres magnifiques.
Jadis aux jeux olympiques
Je parus avec fracas
Entraîné dans les combats
SEPTEMBRE. 1769. 63
Armé de glaives tragiques ,
Chargé de chefs héroïques
Je portois la terreur dans le coeur des foldats .
Je fus auffi mis fouvent en uſage
Pour la commodité des habitans des cieux.
Tantôt pour un tendre voyage ,
Tantôt pour affifter à quelque acte pieux.
Connu depuis fous diverfes figures ;
Dans nombre de cités on peut me voir encor
Etalant à l'envi les peintures & l'or
Amufer le public par mes riches parures.
Plus fimple & très- mal équipé
Je fers l'élégante bourgeoife ,
Le petit maître & la fille matoife
Et de l'incognito je couvre maint abbé :
Encore un mot . Suivant le grand chemin ,
Vous me trouvez renfermant dans mon fein
Femmes , moines , guerriers , qui dans leur bigarrure
Sont exposés à plus d'une avanture ;
Enfin pour achever de tracer mon portrait
Sur quatre pieds je marche d'un feul trait.
En me décompofant on a l'arme offenfive
De l'habitant des Sauvages climats ;
Une conjonction fouvent démonftrative ,
Une interjection que la crainte motive ;
Et le fon de la voix lorfqu'on rit aux éclats.
ParJ. R.D. de Montpellier.
64 MERCURE DE FRANCE .
AUTR E.
Je fuis un franc voleur , & fans honte de l'être ; E
Sans quoi les Dieux feroient moins honorés peutêtre
;
Ennemi redoutable , ami rempli de foins ,
Je répens le poifon ou le baume au befoin :
Inconftant à jamais , voilà mon étiquette ;
Et j'obtiens des faveurs au premier tête à tête
Je forme des liens qui préfentent d'abord
Un plaifir qui féduit ; on y trouve la mort.
Sur un char dans les airs , je fournis ma carriere
;
Du foleil , mes rayons imitent la lumiere.
A deux doigts de mon but , j'y vais par mille
tours ,
Et quoi que fatisfait , je murmure toujours.
Combine & tu verras que le nom qu'on me donne
Exprime ce qu'Amour en tout tems environne.
Un prophête vivant , le roi d'un grand état
Et l'objet malheureux du premier attentat ;
Tu verras fans chagrin , déchiffrant ce grimoire
Ce qu'au fond de fon muid , voit triftement Grégoire
,
Et par le même mot tu diras tout d'un trein
Ce que dit un meunier lorfque fon fac eft plein.
J'explique , un Allemand qui tombé de fa rofle
SEPTEMBRE. 1769. 69
Entend qu on lui demande, eft - il bien qu'on vous
broffe ?
Trois de mes pieds te font un remede fâcheuz
Contre les noirs progrès d'un mal contagieux ,
Que fur les deux côtés tu puifle en avoir quatre ,
Tu pourras , fans danger , fur l'Océan t'ébartre ;
Avec cinq tu feias contre un foleil trop beau
D'une douse fraîcheur un aimable berceau.
Deux nomment , fi tu veux t'exercer dans la fable
,
Une nymphe immobile au fein mouvant du fable.
Reprends- en trois encore , un hymen frauduleux
T'apprendra le malheur de deux yeux chaffieux.
Qu'on en revienne à quatre , archevêché l'on
nomme
Dont le pape nouveau tient un prélat à Rome.
Lecteur , ceſſons ce jeu , nous perdons notre tems ,
Honorens notre efprit de foins plus importans :
Méditons notre coeur , c'eft un livre apocrife
Que le vice nous rend le plus long logogriphe.
Par M. l'abbé de Bad.. à Uffel.
66 MERCURE DE FRANCE .
JE
AUTRE.
Efers au ménage , à l'églife ,
(Moins riche qu'au tems de Moïfe )
Je fuis pourtant de cuivre ou d'un plus beau métal
,
En certains lieux , de fer, de bois ou de cristal ,
Ma forme eft par - tout arbitraire ;
Ma baſe ronde , ovale ou bien triangulaire ,
Et mon nom dûment calculé ,
De dix lettres eft composé .
Pour peu qu'on les tranſpoſe , en mille êtres j'abonde
:
Je fuis d'abord , d'un animal immonde ,
Et de plus d'un monftre poiffon ,
Cette graifle qu'on vend par livre , ou carteron ;
Le calife , époux de Fatime ;
Cet arbre à la plus haute cime ;
Un petit golfe ; un rivage , un abri ;
Un mouvement de l'ame en horreur , en décri ;
Une liqueur épaifle ; un terme de marine ,
Ainfique de blafon . Ce qui craint la vermine ;
Un Sillon tracé pas les ans ;
Une boillon , la mefure du tems ;
Une espéce de dent , fouvent hoche appellée ;
Des habitans des airs la demeure élevée ;
Un élément léger ; des fons mélodieux ;
SEPTEMBRE. 1769. 67
Les traits d'une figure ; un tout harmonieux ;
Un animal fauvage ; une plante ; une ville ;
Le défenfeur du maître & de fon domicile ;
Un des fept péchés capitaux ;
Un double endroit du corps , fiége des vilains
maux ;
Le trône des vainqueurs , ou d'un Grec héroïque
Qui remportoit le prix de la courſe olympique ;
Ce premier travail nompareil ,
Ce que l'on blanchit au ſoleil ;
Certain effort de voix , de plainte ou d'allégreffe ;
Ce qui punit le crime & maintient la tendreffe ;
Une mortelle affife au rang des dieux ;
Ce qui gouverne un peuple ; un courfier furieux ;
Une ville en Bourgogne ; un fleuve ; une riviere ;
Ce repas où Je fus fe fervit de l'aiguiere ;
Le vainqueur de Gomez , ce héros Eſpagnol ;
Ce pays où l'on va toujours en parafol ;
Une redoutable fémelle ;
Un oifeau , dont le cri fait peur à Philomelle ;
Le prophéte de Thesbe ; une conjonction ;
Ce qui naît de l'efprit , image , opinion ;
Ce Tiffu délicat , cette enveloppe mole ;
Ce lieu fait pour nourrir de la fainte parole ;
Ce lieu dont les vertus nous ouvrent le chemin ,
Qu'il foit , mon cher lecteur , votre derniere fin .
Par M. de Bouffanelle , Meflre de camp , Capitaine
au régiment du Commiffaire Général.
68 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Contes perfans , par Inatula , de Dehli
traduits de l'anglois . A Amiterdam ;
& fe trouve à Paris chez Vincent , rue
St Severin , 2 part. in 12 .
On doit la traduction angloiſe de ces
contes à M. Alexandre Dow qui a pallé
plufieurs années dans les Indes : dans le
tems qu'il apprenoit le perfan , on lui
mit entre les mains les contes d'Inatula
de Dehli . Le ſtyle métaphorique de cet
écrivain & la variété de fa diction furent
les caufes de cette préférence. M. Dow
les traduifit pour fe familiarifer avec la
langue perfane , & il les a publiés à fon
retour en Angleterre comme un effai original
des compofitions orientales ; il s'eft
attaché à en conferver le ftyle , pour faire
connoître celui des Perfans , & on doit
Jui en favoir gré ; mais il a rendu littéralement
les métaphores & les figures de
l'original , en quoi il a peut- être en tort .
Chaque idiome a fon génie particulier ,
fon ftyle naturel , & fon ftyle figuré qui
lui eft propre , & qui devient rude & gêSEPTEMBRE.
1769. 69
ple
ود
"
Ci
rofes
né loriqu'on le traduit littéralement dans
un autre idiome ; il ne s'agit pas de rendre
les mots par les mots ; il faut rendre
la figure par une figure . Le traducteur
anglois a négligé ce précepte , & ſon ſtyle
en conféquence eft monotone , peiné , diffus
, rempli de redondance ; ces defauts
ont pallé nécellairement dans la traduction
françoife . Nous en citerons un exem-
Je vis le printems aux doigts de
par le liquide miroi : d'un étang
» de cristal , attirer les charmantes filles
qui étaloient leurs robes à replis on-
» doyans , tandis que les zéphirs mur-
» murant l'amour , leur déroboient des
» baifers en paſſant , & du vent de leurs
» aîles rafraichiffoient le vif incarnat de
» ces beautés . Dans d'autres endroits
chaque mor eft chargé d'épithetes. « Ainfi
l'amour , tel que le phénix , bâtiffoir
" fon nid combustible au fond du coeur
» brûlant de J.handar , &c, » Tout cela
peut être très beau dans le Perfan . M,
Dow nous apprend qu'Inatula n'eft point
l'auteur de la plupart de ces contes , &
qu'il les a tirés des étirs des Bramines.
Ils font épifodiques comme ceux des
Mille & une nuit , & entés pour ainfi dire
fur le fond de l hiftoire principale .
""
Jehandar venoit d'être accordé aux
70 MERCURE DE FRANCE.
voeux des peuples de l'Indouftan fur lefquels
il devoit regner. Son éducation
avoit été celle d'un roi ; la chaffe fut
l'exercice de fa jeuneffe . Il y étoit allé un
jour avec fon favori Jewan - Sadit & une
foule de courtifans. L'un de ceux - ci , jaloux
de la faveur de Jewan - Sadit , voulant
le perdre , conduit les chaffeurs près
de la retraite d'un tigre qui , fe réveillant
au bruit , fe jeta fur le prince qui étoit le
plus avancé . Jewan - Sadit s'empreffe de
fauver fon maître , & eft la victime de
fon zèle. Jehandar venge fon favori &
tue le monftre. Quelque tems après , il
rencontre un enfant qui tenoit un perroquet
; il l'achette & le porte à Mherpirwir
fa favorite. Cette femme , fiére de fa
beauté & de la tendrefle du prince , lui
demande fi le peintre inimitable de la
nature a jamais produit un tableau qui
l'égale ; le prince eft étonné de cette vanité
, & le perroquet fait un éclat de rire .
Mherpirwir rougit de colere : le prince
alloit donner fes audiences , lorfque l'oifeau
le fupplia de ne pas abandonner fon
malheureux ami Jewan - Sadit à la vengeance
d'une femme. Jehandar retrouve
avec plaifir fon favori dans fon perroquet
; il lui demande le recit de fes aventures
depuis l'inftant de fa mort ; elles
SEPTEMBRE . 1769. 71
font fondées fur la métempficofe ; il
apprend au prince qu'il a demeuré longtems
dans les jardins du palais de l'empereur
du Catlay , que la princeffe Gulzara ,
la fille de ce monarque , eft la plus belle
princeffe de la terre, Le récit qu'il en
fait enflamme Jehandar qui envoie un
peintre pour en faire le portrait ; la vue
de cette image augmente l'amour qu'il a
déjà conçu ; il engage fon pere à faire demander
Gulzara par des ambaffadeurs ;
l'empereur du Catlay la refufe ; le prince
au défeſpoir tombe malade ; les médecins
ne trouvent point de remede à fon mal ;
les vieux courtifans imaginent de le diftraire
, & d'éteindre fon amour en lui
infpirant de la haine pour les femmes ;
ils lui racontent des hiftoires , dans lefquelles
elles font peintes fous les couleurs
les plus noires . Parmi ces contes il
y en a quelques uns d'agréables , mais
plufieurs font un peu libres. Nous nous
arrêterons à un feul.
·
1-
Un Bramine fort ignorant avoit une
femme très aimable ; la nature n'avoit
rien épargné pour finir l'ouvrage de fes
beautés ; mais dans la lifte de fes perfections
, elle avoit oublié la chafteté . Pour
écarter fon imbécille mari , elle lui dit
qu'on fe mocquoit par- tout de fon igno
72 MERCURE DE FRANCE .
rance & qu'elle avoit fait voeu de réfitter
à fes defirs juſqu'à ce qu'il fût initié
dans les myfteres du facré Beda . Le Bra
mine ainoit fa femme ; il part , voya
ge , confuire les docteurs & parvient
à apprendre les quatre livres , & revient
dans la maiſon , ſa femme ne l'attendoit
pas fitôt ; elle avoit promis un rendezvous
à fon a mant ; elle fonge à éloigner
encore le Bramine . E le le felicite de la
fcience qu'il vient d'acquérir. Vous êtes
initié dans les cinq livres , lui dit - elle ;
-
Il n'y en a que quatre en tout. Qua
tre , jufte ciel ! eh , n'y a t-il pas le livre
de la couverture , le livre de la couture ,
le livre du inge , le livre d'Attarbah & le
Tiria- Beda ? -Qui a jamais entendu parler
de ce dernier ? -Qaoi , vous ne con .
noiffez pas le livre important du myftere
des femmes? Je fuis ruinée ; ma vo fine
a voulu gager vingt mille roupies que
vous n'apprendriez jamais le Tiria - Beda ;
il y alloit de votre honneur , jai foutenu
le pari , nous fommes perdus . Le Brami
ne repart auffi tôr : arrivé dans une ville,
fort embarraffé , il paffe près d'un bain où
iky avoir fix femmes ; elles lui deimandent
le fujet de fon chagrin , il répondí
que c'eft , la difficulté dérouver quelqu'un
qui lui enfeigne le Tiria - Beda ;
elles
SEPTEMBRE. 1769. 73
·
elles fe mettent à rire , & offrent de l'inftruire
; elles lui donnent chacune fucceffivement
une leçon ; & le conduifent alternativement
chez elles , & lui montrent
comment on trompe un mari ; ces fix leçons
qui font très variées reffemblent
beaucoup à la gageure des trois commeres
; la cinquiéme fur- tout femble avoir
donné l'idée du poirier. Le mari eft un
Bramine fçavant ; lorfque fa femme eft
montée ſur l'arbre , qui eſt un amandier
& qu'elle lui a reproché d'être infidéle à
fa vue , il dit : « J'ai long - tems douré
" ma chere , de la vérité des livres du
» Beda , dont la philofophie nous apprend
qu'il n'y a rien de réel ; mais j'en
» fuis aujourd'hui trop bien convaincu .
Oui , nous-mêmes , & tout ce que nous
» voyons , ce ne font que des illufions ;
» le monde n'eft rempli que d'êtres phantaftiques
qui nous amufent de vaines
» ombres , & nous trompent par des apn
"
99

parences de vérités . » Il monte enfuite
fur l'arbre , le jeune Bramine , à qui l'on
donnoit des leçons , étoit caché derriere
une haye ; le vieux fait des reproches à fa
femme qui lui répond que tout ce que
nous voyons n'eft qu'illufion .
lly a apparence que le conte italien du
D
74 MERCURE DE FRANCE ,
poirier eft tiré de l'amandier indien ; la
littérature orientale a paffé de bonne heu- '
re en Italie & en Efpagne ; les Maures , les
croifades n'ont pas peu contribué à en répandre
l'étude dans l'Europe .
Ces contes font fourire Jehandar, mais
ne lui ôtent point fon amour ; il quitte
le palais de fon pere , & déguiſé en Fakir,
il part pour le Caray accompagné de ſon
perroquet. Il s'égare dans un défert ; fon
oifeau le conduit chez un hermite qui lui
annonce encore quelques malheurs qui feront
terminés par la félicité après laquelle
il foupire ; il lui donne des confeils qui ,
rous, font appuyés de quelques contes ; la
maniere dont ils font amenés eft bien commune
; mais dans les ouvrages de cette
efpéce , on n'y regarde pas de fi près.
L'hermite lui dit de ne pas faire telle
chofe , s'il ne veut pas s'expofer au ſort de
telle perfonne, Jehandar ne manque pas
de lui demander l'hiftoire de cette perfonne
, & l'hermite la raconte. Lorfqu'il
a fini fes hiftoires , il lui dit que le ciel
l'a choifi pour terminer le différent de
trois freres , & hériter dés biens qu'ils fe
difputent. Il lui bande les yeux , & le
prince arrive en un inftant au milieu d'un
chemin où trois hommes fe difputent viSEPTEMBRE
. 1769. 75
vement l'héritage de leur pere ; il confifte
en des pantoufles , une écuelle de pauvre
& une bourfe de cuir ; la bourſe ſe remplit
d'or à la volonté de celui qui la poſféde
; l'écuelle fe charge de mets , & les
pantoufles tranfportent en un moment
celui qui les met aux lieux où il veut
être . L'aîné des freres veut choisir le pre.
mier ; les deux autres veulent que le fort
en décide. Le prince les met d'accord ; il
lance trois fléches dans le plus grand éloignement
, leur dit de les aller chercher
& de revenir le plutôt qu'ils pourront ,
que le premier arrivé choifira , enfuite le
fecond. Ils y confentent , fe dépouillent.
& partent. Le prince prend la bourfe
l'écuelle , chauffe les pantoufles & ſe ſouhaite
à Cambalich où il arrive dans l'inf
tant. Ces contes finiffent ici . M. Dow
n'en a pas traduit davantage. L'ouvrage
entier eft très fingulier , & à plufieurs
égards il eft excellent ; il mérite d'être lu
au moins comme une production étrangere
.
-
Lettres de Milady Bedfort , traduites de
l'anglois par Madame de B ... G... à
Paris , chez de Hanfy le jeune , libraire,
rue Saint Jacques.
Dij
76 MERCURE
DE FRANCE
.
Milady Bedfort , élevée par une tante
très riche , mais qui , ayant un fils , ne
peut rien faire pour fa fortune , a été facrifiée
à des idées de grandeur; on l'a mariée
au Lord Bedfort qu'elle n'aime point.
Etant à Londres avec fon mari , elle fait
beaucoup de connoiffances & diftingue
Milord Clare ; celui- ci devient éperduement
amoureux , ofe le dire , & parvient
à perfuader Milady Bedfort qui cependant
ne le lui témoigne pas. Elle reçoit
fes lettres & n'y répond qu'avec politeffe ,
en l'exhortant à la refpecter elle - même
ainfi que fon époux . Milord Bedfort prend
une paffion très- vive pour le jeu , fe ruine
& fe voit contraint de diminuer fa dépenfe.
Sa femine fe foumet fans murmurer.
Milord Clare & fa four lui offrent des
fecours qu'elle refufe ; elle tombe malade
: fon mari profite de la circonftance
pour s'emparer de fes bijoux; en les cherchant
il trouve les lettres de milord Clare ;
elles ne contiennent rien dont un époux
puiffe s'allarmer ; elles juftifient même
fon époufe ; mais comme il a des torts
avec elle , il eft charmé de pouvoir lui
en fuppofer. Dès qu'elle est rétablie , il
lui dit de fortir de chez lui ; elle cede à
cet affront , fe retire chez fa tante qui la
SEPTEMBRE. 1769. 77
reçoit avec affez d'aigreur , & qui finit
enfuite par la plaindre. Milord Clare
prend part à fa fituation , s'accufe d'en
avoir été la caufe , & va enfevelir fa douleur
au fond d'une terre écartée. Quelque
tems après milord Bedfort tombe malade ;
près de mourir il demande fa femme qui
vole fur le champ auprès de lui; elle le trouve
accablé des remords les plus cruels ; il
lui demande pardon de fa conduite & promet
de la réparer autant qu'il eft en fon
pouvoir. Un de fes oncles mort dans les
Colonies , vient de lui laiffer des fommes
confidérables en papiers ; elles font
dans un porte- feuille qu'il a reçu la veille
de fa maladie , qu'il n'a par conféquent
pu entamer encore ; il en fait préfent à fa
femme , & meurt. Milady Bedforr retourne
chez fa tante , y paffe le tems de
fon deuil , & époufe milord Clare auffitôt
qu'il eft fini.
Ce petit roman offre beaucoup d'inté
rêt & des fituations touchantes ; on y
trouve quelques caracteres qui ne font
pas neufs à la vérité , mais dont l'honnê
teté , la bonté , la candeur font toujours
leur effet & attendriffent.
Hiftoire des Philofophes modernes avec
leur portrait ou allégorie par M. Save-

B
2
Diij
78
MERCURE
DE
FRANCE
. rien. A Paris , chez la veuve François ,
rue S. Jacques , à la vieille pofte. Tome
vir in- 12 .
Ce nouveau volume de l'hiftoire des
philofophes modernes , offre les chymiftes
& les cofmologiftes . Les deux fciences
qu'ils ont cultivées font très - anciennes
; fans s'arrêter aux fables mythologiques
, on peut facilement prouver l'antiquité
de la chymie par l'écriture. On fe
rappelle Moyfe calcinant le veau d'or ,
le réduifant en poudre & le faifant boire
aux Juifs coupables d'idolâtrie . « Il n'y
» a perfonne qui ne ſache , ne fache , dit un de nos
"
chymiftes modernes , ( Lefevre ) , que
» l'or ne peut être réduit en poudre par
» la calcination , que cela ne fe falle ou
» par la calcination immerfive qui fe pra-
» tique par le moyen des eaux régales ,
» ou par l'amalgation par le moyen du
» mercure , ou par la projection ; trois
opérations qui , felon la jufte remarque
de ce favant homme , ne peuvent être
comprifes que par ceux qui font con-
» fommés dans la théorie & la pratique
» de la chymie. » Jufqu'à Paracelfe , la
chymie n'avoit point été traitée avec méthode
; il en forma le projet , mais il me
l'exécuta pas ; charmé de fes découvertes
و د
2
SEPTEMBRE. 1769. 79
& de fes nouvelles vues , il ne penfa
qu'à en tirer parti . Lefevre établit des
principes & perfectionna par- là la chymie
: jufques-là on n'avoit eu qu'une pratique
fans théorie ; il l'appliqua à la médecine
, & Kunckel en fit ufage pour la
perfection des arts. Les chymiftes avoient
toujours affecté un langage obfcur & myftérieux
; ils fe faifoient une gloire d'être
inintelligibles. Lemeri fut le premier qui
dépouilla la fcience du voile dont fes prédéceffeurs
l'avoient enveloppée : on com
prit dès lors comment il falloit s'y prendre
pour la rendre plus parfaite. Homberg
entreprit d'en publier les élémens ;
la mort le furprit au milieu de fon travail
, & Boherraave l'exécuta felon fes
vues particulieres . M. Saverien donne
l'hiftoire de ces fix chymites ; il préſente
leurs recherches & leurs découvertes , &
y joint l'analyse de leurs ouvrages . A l'égard
des cofmologiftes , il fe borne dans
ce volume à Burnet , Maillet , Wifthon
& Woodward . Tous ont donné des fyl
têmes au lieu d'une théorie véritable de
la terre , & fe font attachés à les rendre
vraisemblables. Ce feptieme volume de
l'hiftoire des philofophes modernes n'eft
ni moins intéreffant ni moins bien fait
que les précédens. En parlant des philo-
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
fophes , M. Saverien fait une hiftoire
exacte & fuivie de la philofophie , de
fon origine & de fes progrès.
Les Guebres , tragédie par M. D ***
M *** 1769 , in 8 ° , prix 30 fols.
On en trouve des exemplaires chez
Lacombe , libraire , rue Chriftine.
On a fait depuis peu deux éditions
de la tragédie des Guebres , & dans une
de ces éditions la piece eft intitulée , la
Tolérance. En effet l'Empereur Gallien
qui ne paroît qu'à la fin du cinquième
acte , & qui eft le véritable héros de la
piéce , donna le célébre édit de liberté
de confcience que l'Empereur Conftantin
renouvella depuis.
Il eft à defirer qu'on puiffe repréfenter
cette piéce qui n'a pour objet que la morale
la plus pure , & la félicité publique ,
ainfi que la préface l'annonce . Elle eft
dans un goût nouveau qui femble d'abord
oppofé à la tragédie ; car excepté
l'Empereur qui ne paroît qu'à la derniere
fcene , tous les perfonnages font d'une
condition privée , & pour cela même ,
l'ouvrage fe rapproche plus de la nature,
& intéreffe plus tous les états de la vie ,
Ce font deux freres , fimples citoyens
SEPTEMBRE. 1769. 81
romains, dont l'un eft commandant d'une
citadelle fur la frontiere ; l'autre eft fon
lieutenant. C'eft un vieillard qui cultive
un petit héritage ; c'eft la fille de ce vieillard
; c'eſt un foldat de la garnifon ; enfin
ce font des prêtres,payens qui abuſent
cruellement du pouvoir que les Empereurs
précédents leur ont donné. La religion
des Guebres ou Parfis eft défendue
par les loix impériales; les prêtres d'Apamée
condamnent à la mort une jeune
Guebre ; & les deux officiers qui commandent
dans le fort, veulent lui fauver la
vie. Voilà en général le fujet de la piece.
Elle est écrite avec la fimplicité naïve
que demande le fujer ; mais quelquefois
la jeune Guebre s'éleve au deffus de fon
état , quand elle juftifie fa religion aux
yeux des prêtres payens qui la condamnent
; c'est ainsi qu'au premier acte elle
s'explique au grand- prêtre.
Avant de me juger , connoiflez la juftice:
Votre esprit contre nous eft en vain prévenu ;
Yous puniflez mon culte , il vous eft inconnu .
Sachez que ce foleil qui répand fa lumiere,
Ni vos divinités de la nature entiere ,
Que vous imaginez réfider dans les´airs ,
Dans les vents , dans les flots , für la terre , aux
enfers,
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
Ne font point les objets que mon culte enviſage.
Ce n'eft point an foleil à qui je rends hommage
C'eſt au Dieu qui le fit , au Dieu ſon ſeul auteur
Qui punit le méchant & le perfécuteur ;
Au Dieu dont la lumiere eft le premier ouvrage .
Sur lefront du foleil il traça fon image ,
Il daigha de lui - même imprimer quelques traits
Dans le plus éclatant de fes foibles portraits.
Nous adorons en eux fa fplendeur éternelle.
Zoroaftre , embrafé des flammes d'un faint
zèle ,
Nous enfeigna ce Dieu que vous méconnoiflez ,
Que par des dieux fans nombre en vain vous remplacez
,
1 .
Et dont je crains pour vous la juftice immortelle.
Des grands devoirs de l'homme il donna le modèle:
Il veut qu'on foit foumis aux loix de fes parens
,
Fidéle envers fes rois ; même envers fes tyrans
Quand on leur à prêté ferment d'obéiſſance.
Que l'on tremble fur tout d'opprimer l'inno
cence ,
J

Qu'on garde la justice , & qu'on foit indulgents ,
Que le coeur & la main s'ouvrent à l'indigent.
De la haine à ce coeur il défendit l'entrée ;
Il veut que parmi nous l'amitié foit facrée.
Ce font là les devoirs qui nous font impofés..
Prêtres , voilà mon Dieu ; frappez vous l'ofèz.
SEPTEMBRE. 1769. 83
Nous ne toucherons point ici aux fituations
& à l'intrigue de la piéce ; elles
ne peuvent jamais être bien connues que
par la lecture de l'ouvrage même . C'eſt
la maniere dont les chofes font exprimées
qui fait toujours le principal mérite
d'une piece de théâtre ; le ftyle feul
pent les préferver de l'oubli . Nous nous
contenterons de rapporter quelques morceaux
qui nous ont paru exprimer des
vérités touchantes & utiles. Par exemple
un des officiers qui commandent dans le
château d'Apamée , dit en parlant des
perfécutions jufques - là autorifées par
l'Empereur.
Il fe-trompe , un fujet gouverné par l'honneur
Diftingue en tous les tems l'état & fa croyance.
Le trône avec l'autel n'eft point dans la balance :
Mon coeur eft à mes dieux , mon bras à l'empe
reur .
Le gouverneur du fort qui eft Juge
avec les prêtres , leur dit , en parlant de
la jeune Guebre condamnée ;
Pour moi , je vous l'avoue , un pouvoir invin
cible
M'a parlé par fa bouche & m'a trouvé fenfible.
Je céde à cet empire , & mon coeur combatty :
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
En plaignant fes erreurs admire fa vertu.
A fes illufions fi le ciel l'abandonne ,
Le ciel peut fe venger , mais que l'homme par
donne.
Dût , Céfar , me punir d'avoir trop émoulé
Le fer facré des loix entre nos mains laiffé ,
J'abfous cette coupable.
Lorfque le facrificateur , ayant condamné
cette fille , dit au commandant en fe
retirant ;
Je veux bien préfumer que vous ferez fidéle
Aux loix de l'empereur , à l'intérêt des cieux...
Cet officier s'écrie douloureuſement.
Tout au nom de Célar & tout au nom des dieux!
C'eft en ces noms facrés qu'on fait des miſérables
!
Ces vers fi fimples & fi vrais nous paroiffent
au rang des chofes qui doivent
intéreffer le genre humain .
le C'eft avec la même fimplicité que
vieillard qui n'eft qu'un agriculteur , interrogé
s'il a fervi autrefois dans l'armée ,
répond.
Non , Seigneur, & j'abhorre
Ce mercenaire ufage & ces hommes cruels
SEPTEMBRE. 1769. 85
Gagés pour ſe baigner dans le fang des mortels.
Dans d'utiles travaux coulant ma vie obſcure ,
Je n'ai point , par le meurtre , offenfé la nature.
Je naquis vers Emeffe , & depuis foixante ans
Mes innocentes mains ont cultivé mes champs:
Nous ne pouvons nous empêcher de
rapporter le difcours que tient au cinquieme
acte la jeune Guebre qui craint
que toute fa famille ne foit condamnée
avec elle.
J'étois le feul objet qu'un facerdoce inique
Vouloit fur les autels immoler aujourd'hui
Pour n'avoir pu connoître un même Dieu que lui.
L'empereur feroit-il aflez peu magnanime
Pour n'être pas content d'une feule victime ?
Du lang de fes fujets veut-il donc s'abreuver ?
Le Dieu qui , fur ce trône , a voulu l'élever ,
Ne l'a - t- il fait fi grand que pour ne rien connaître
,
Pour juger au haſard en deſpotique maître ?
Pour laifler opprimer fes généreux guerriers,
Nos meilleurs citoyens , fes meilleurs officiers ,
Sur quoi ? Sur un arrêt des miniſtres d'un temple ,'
Eux qui , de la pitié , devoient donner l'exemple;
Eux qui n'ont jamais dû pénétrer chez les Rois
Que pour y tempérer la dureté des loix ;
Eux qui , loin de frapper l'innocent miférable ,..
Devoient intercéder , prier pour le coupable,
86 MERCURE
DE
FRANCE
.

Que fait votre Célar invifible aux humains ?
De quoi lui fert un fceptre oifif entre ſes mains ?
Eft- il , comme vos dieux , indifférent , tranquille ,
Des maux du monde entier fpectateur inutile ?
Mais ce que nous aimons davantage
ce qui nous paroît plus digne de notre
fiécle , & mériter l'attendriffement de
tous les coeurs biens nés , c'eſt le difcours
de l'Empereur à la fin de la piece.
Les perfécutions
Ont mal fervi ma gloire & font trop de rebelles ;
Quand le prince eft clément , les fujets font fidéles.
On m'atrompé long-tems ; je ne veux déformais
Dans les prêtres des dieux que des hommes de
paix ,
Des miniftres chéris de bonté , de clémence ,
Jaloux de leur devoir & non de leur puiflance ;
Honorés & foumis , par les loix foutenus ,
Et par ces mêmes loix fagement contenus ,
.
Loin des pompes du monde enfermés dans leur
temple
Donnant aux nations le précepte & l'exemple ;
D'autant plus révérés qu'ils voudront l'être
moins ,
Dignes de vos refpects , & dignes de mes foins.
C'eſtl'intérêt du peuple , & c'eſt celui du maître,
SEPTEMBRE . 1769. 87
.
Je vous pardonne à tous : c'eft à vous de connaî
tre
>
Si de l'humanité je me fais un devoir ,
´Et fi j'aime l'état plutôt que mon pouvoir.'
Iradan , déformais loin des murs d'Apamée ,
Votre frere avec vous me fuivra dans l'armée ;
Je vous verrai de près combattre fous mes yeux.
Vous m'avez offenfé , vous m'en fervirez mieux.
De vos enfans chéris j'approuve l'hyménée.
(à Arzame & aujeune Arzémon . )
Méritez ma faveur qui vous eſt deſtinée .
( Au vieil Arzémon. )
Et toiqui fus leur pere , & dont le noble coeur
Dans une humble fortune avoit tant de grandeur
J'ajoute à ta campagne un fertile héritage ,
Tu mérites des biens , tu fais en faire ufage.
Les Guèbres déformais pourront en liberté
Suivre un culte fecret long - tems perfécuté.
Si ce culte eft le tien , fans doute il ne peut nuire
Je dois le tolérer plutôt que le détruire.
Qu'ils jouiffent en paix de leurs droits , de leurs
biens , 3
Qu'ils adorent leur Dieu , mais fans bleſſer les
miens.
Que chacun dans fa loi cherche en paix la lng
miere;
Mais la loi de l'état eft toujours la premiére)
88 MERCURE DE FRANCE.
Je pense en citoyen , j'agis en empereur ;
Je hais le fanatique & le perfécuteur.
De tels fentimens feroient le bonheur
du monde , puifque les fentimens contraires
en ont toujours fait le malheur.
Il n'y a point d'exemple que la liberté
de confcience foumife aux loix de l'état
ait jamais caufé le moindre trouble , &
il n'eft aucun tems où le contraire n'ait
fair couler les larmes & le fang. Cette
tragédie a donc fur les autres tragédies
l'avantage d'être utile . Qu'une Cléopatre
affaffine un de fes fils dans l'idée qu'on
n'en faura rien ; que Martian foit ou ne
foit pas le fils de Phocas , ce font des
aventures dans lesquelles perfonne ne ſe
retrouve;mais tout citoyen peut être perfécuté.
Il s'agit ici de l'intérêt de tous les
hommes.
*
Elémens de pharmacie théorique & pratique
, contenant toutes les opérations
fondamentales de cet art , avec leur
définition , & une explication de ces
opérations par les principes de la chymie
; la maniere de bien choisir , de
préparer & de mêler les médicamens ,
avec des remarques & des réflexions
SEPTEMBRE. 1769. 89
fur chaque procédé ; les moyens de reconnoître
les médicamens falfifiés ou
altérés ; les recettes des médicamens
nouvellement mis en ufage ; les principes
fondamentaux de plufieurs arts
dépendans de la pharmacie , tels que
l'art du confifeur & ceux de la préparation
des eaux de fenteur & des liqueurs
de table. Avec l'expofition des
vertus & dofes des médicamens , à la
fuite de chaque article. Par M. Baumé,
maître apothicaire de Paris, & démonftrateur
en chymie. Seconde édition
revue & confidérablement augmentée.
A Paris , chez Lacombe , libraire , rue
Chriftine , près de la rue Dauphine
1769 ; volume grand in - 8 ° de près
de douze cens pages , avec figures. Prix
7 livres relié.
Ce livre a acquis beaucoup de célébrité
, non-feulement parmi les pharmaciens
, mais auffi parmi les phyficiens ,
les chymiftes , les naturaliftes , & les
amateurs des arts , qui tous ont trouvé
fur ces différens objets des vues intéreffantes
, des obfervations nouvelles , des
expériences bien conçues & bien faites.
Il feroit donc inutile de s'attacher à le
faire connoître ; nous devons nous bor༡༠
MERCURE DE FRANCE .
ner à donner une idée des additions qui
rendront cette nouvelle édition plus utile
encore que la premiere.
Jufqu'ici la pharmacie avoit été traitée
fans beaucoup d'ordre ; on s'étoit toujours
contenté de placer enfemble les
chofes de même forte ou à peu prés . M.
Baumé a traité de cette fcience dans un
ordre méthodique ; & aux trois parties
qui en font la divifion ordinaire , c'eſt-
-dire l'élection , la préparation & la mixtion
, il en a ajouté une quatrieme qui
eft la connoiffance des médicamens , partie
auffi importante pour le médecin &
le naturaliſte , que pour le pharmacien :
l'auteur s'eft étendu fur la fophiftication
des drogues fimples & des médicamens ;
mais il a eu foin en même tems d'enfeigner
les moyens de reconnoître ces fraudes
fi dangereufes .
Il a fupprimé de la feconde partie la
déficcation & la confervation des drogues
fimples pour le mettre dans l'article
de la préparation . Après avoir donné
la defcription d'une étuve de la plus
grande utilité pour faire deffécher les
végétaux ; il en fait l'application à la
déficcation du bled , pour le conferver
par ce moyen en bon état pendant plufieurs
fiecles.
SEPTEMBRE. 1769.
Dans les additions faites à la troifieme
partie , on remarquera des expérien.
ces & des éclairciffemens fur le fel connu
fous le nom de fel effentiel d'ofeille,
matiere dont on faifoit un affez grand
ufage en France depuis quelques années ,
fans connoître au jufte fon origine & fa
préparation ; on y trouvera auffi un procédé
pour faire de l'amidon , & la théo
rie de cette opération , théorie dont on
n'avoit point encore de connoiffance &
que M. Baumé a déduite de fes expériences.
La quatrieme partie qui eft la mixtion
des médicamens , eft la plus étendue.
L'Auteur y fait voir que l'efprit recteur
des plantes eft une huile effentielle,
très- ténue , & comparable pour la volatilité
à l'éther le plus rectifié . L'article
des huiles effentielles eft rempli de details
abfolument neufs fur plufieurs de
ces fubftances , & fur la quantité qu'on
en tire de chaque efpéce de plantes . Les
expériences de M. Baumé lui ont fait
connoître qu'il y a des plantes feches qui
en rendent davantage , & qu'il y en a
des vertes qui font dans un cas contraire;
en un mot que cela dépend de l'état de
la fluidité où fe trouve l'huile effentielle
dans les plantes. Celle qu'on retire de la
92 MERCURE
DE FRANCE
.
térébenthine, forme , étant combinée avec
l'alcali fixe , un favon qui a pris le nom de
Starkey fon auteur ; & dont la préparation
a beaucoupoccupé certains chymiftes.
Les expériences que l'on trouve ici , tranchent
toute difficulté fur cet objer.
Les objections faites à l'auteur fur ce
qu'il avoit dit de la putréfaction , l'ont
engagé à de nouveaux travaux , qui conftatent
contre le fentiment reçu jufqu'à
préfent , que la putréfaction fe fait abfolument
fans chaleur , fans gonflement ,
& qu'elle est une analyfe naturelle des
corps qui y font foumis ; nouveauté bien
intereffante en phyfique.
Les phyficiens ne feront pas moins
d'attention à la defcription des deux pefeliqueurs
; l'un pour connoître la quantité
de fel contenu par chaque quintal d'eau ,
& pour donner aux firops leur jufte degré
de cuiffon , afin d'empêcher qu'ils ne fermentent
ou ne candiffent. L'autre pour
déterminer avec la plus grande précision
la quantité de liqueur fpiritueufe contenue
dans un efprit de vin quelconque.
Les réſultats des expériences faites par
l'auteur à ce fujet , font rapportés dans
une table placée à la fuite de cet article.
Une autre découverte importante , c'eft
celle de la véritable nature du principe
SEPTEMBRE. 1769. 93
âcre des plantes antifcorbutiques. M.
Baumé démontre que c'eft du foufre qui
fe criftallife , & que les liqueurs perdent
de leur odeur à mefure que le fouffre s'en
fépare. A l'occafion des eaux fpiritueuſes,
il ajoute plufieurs nouvelles recettes particulieres
, à celles qu'il avoit déjà données
; telles font entr'autres l'eau d'Ardel , '
l'eau de Cologne , l'eau d'Eméraudes . A
l'article du vinaigre , il ajoute les procédés
pour faire l'extrait de faturne , l'eau végeto
minérale de Goulard , le vinaigre
colchique , le firop de framboife au vinaigre
; dans les articles fuivans , les paftilles
de citron , la limonade feche pour
la campagne, le taffetas d'Angleterre pour
les coupures , les bougies pour les carnofités
, plufieurs préparations , foit pour les
yeux , foit pour entretenir & conferver
les dents ; plufieurs remedes particuliers ,
tels que la poudre & l'eau de Villars , la
fameufe tifanne de Feltz pour les maladies
vénériennes , le vin antifcorbutique
de Dumorette , le remede pour la fiévre
connu fous le nom de remede de
Chantilli , & c .
L'ouvrage eft terminé par un vocabulaire
ou explication des termes de pharmacie
, & une table alphabétique des matieres
très complette & très - détaillée ;
94 MERCURE DE FRANCE.
celle des vertus & dofes des médicamens
a été fupprimée , les objets ayant été placés
à la fuite de chaque article pour plus
de commodité & de précifion.
On trouve chez le même libraire la nouvelle
édition du Manuel chymique , par le
même auteur , volume in 12. néceffaire à
ceux qui s'occupent de l'étude de la chymie.
Suite des loifirs d'un foldat. Le Guerrier
d'après l'antique & de bons originaux
modernes , avec cette épigraphe :
*
Sois héros , fois plus , fois citoyen.
VOLT.
A Paris , chez Couturier , fils , libraire ,
quai des Auguftins , & l'auteur , rue des
Bourguignons.
L'auteur de cet ouvrage n'a pas préten
du approfondir toutes les vertus qui concourent
à caractérifer le héros ; il s'eft
borné à raſſembler les traits principaux
qui , de tout tems , l'ont caractérisé . Cette
maniere d'envifager fon objet ne contribue
pas peu à rendre intéreffante la lecture
de fon ouvrage ; il préfente fans
celle des faits ou des anecdotes à l'appui
de fes réflexions ; il les puife indifféremSEPTEMBRE.
1769. 95
ment dans les auteurs anciens & modernes.
Il recommande de prémunir l'efprit
des jeunes militaires contre une infinité
de préjugés abfurdes qu'ils doivent fouvent
à l'éducation . On n'imagineroit peut
être pas que la peur des revenans , des
efprits , &c. fe conferve parmi les foldats.
Expofés fans ceffe à la mort qu'ils
apprennent à braver , il eft bien fingulier
qu'il y en ait qui craignent les morts.
Nous citerons une lettre du duc de S.
Aignan à M. de Lacroix , où après avoir
rendu compte des difpofitions faites pour
mettre le Havre de Grace hors d'infulte .
il ajoutoit : « Il y a encore une choſe
>>
qui m'a fort tenu à l'efprit depuis plus
» d'un mois ; mais laquelle ayant trou-
» véé un peu ridicule , dans l'incertitude
de ce qui pourroit l'avoir caufée , je
» n'ai pas cru devoir vous en importu-
» ner , & me fuis contenté de donner
» mes foins pour la finir. Quelques
offi-
» ciers de la garnifon
ont fait courir le
» bruit qu'il revenoit
des efprits fur l'un
» des baſtions
où l'on fait paffer ordi- » nairement
les déferteurs
par les armes ;
» & cela a été fi avant qu'aucun
foldat » n'a voulu aller feul en ce poſte , ni
» même
en aucun autre plus de quinze
» jours ; enforte que voyant ,
que voyant , difoient- ils,
96 MERCURE
DE
FRANCE
.
"
n
"
»
" tantôt des meches , tantôt des hommes
» d'une forme monftrueufe ; & un capucin
ayant vu une main tenant un
» flambeau , & ayant été jeté du rem-
» part dans le chemin des rondes , ce
» qu'il a affirmé , je crus que cela alloit
» trop loin & en craignis les fuites ; de
forte que je penfai que rien ne pou-
» voit mieux finir les erreurs feintes ou
véritables ,
, que d'aller faire feul deux
heures de faction après minuit fur le
baftion fi redouté , ce que j'exécutai ;
» & n'ayant rien vu , ni entendu , je publiai
que je tiendrai pour les plus lâ-
» ches du monde , ceux qui iroient deux
» enſemble , parce que cela fatigueroit la
» garnifon infiniment , ce qui m'a réuffi ;
» mais depuis quinze jours ils ont re-
» commencé à dire qu'un foldat de Ca-
» dore , forcier & charmé , alloit à eux &
» leur apparoiffoit ; enforte qu'ils l'ont
» tiré cinq à fix fois , & par conféquent
donné cinq ou fix alarmes , auxquelles
» ayant couru des premiers , les fentinelles
m'ont juré l'avoir tiré de deux pas ,
duquel ayant pris une nouvelle peur ,
" ils alloient recommencer une nouvelle
» vie , fi je n'y euffe donné ordre par la
» même voie que la premiere . J'apprens
» même d'aujourd'hui , & le major me
"
"
"
"
l'a
SEPTEMBRE . 1769. 97
3
» l'a confirmé , que cette peur fe répan-
» doit dans la ville , qu'un homme confidérable
avoir été hier trouver le curé
fur cela ; & comme cela peut arriver
» par foibleffe & fans deffein , mais que
» c'est peut - être auffi un artifice des en-
» nemis , ou de ceux qui voudroient les
» favorifer , afin que fi l'on voyoit effec-
» tivement des mêches , ou que l'on tirât ,
» on eût moins de vigilance à courre aux
coups des fentinelles . Je n'oublierai
» rien pour détruire ces folles ou mali-
" cieufes pratiques en leur naiffance ».
En 1763 , un foldat d'un régiment en
garnifon à Suze montra une terreur pareille
& la communiqua à quelques- uns
de fes camarades . Nous ne nous étendrons
pas. fur cet ouvrage dans lequel il
ne faut pas chercher de l'enfemble ; l'auteur
n'a pas prétendu en mettre ; mais il
l'a rendu agréable & utile à lire. par la
variété & le choix des anecdotes .
Anecdotes Germaniques depuis la fondation
de Rome 648 , & avant l'Ere
Chrétienne 106 jufqu'à nos jours . A
Paris , chez Vincent , Imprimeur Libraire
, rue S. Severin , in - 8 ° . 726¸
pages.
E
98 MERCURE
DE FRANCE
...
Ces anecdotes germaniques font def .
tinées à fervir de faire aux anecdotes
françoifes , Angloifes , Italiennes , &c .
qu'on trouve chez le même libraire. Les
hiftoriens allemands fe font moins attachés
à nous faire connoître l'homme en
particulier , qu'à nous tranfmettre les
traits frappans qui tiennent au corps de
l'état. Ce volume eft en conféquence
moins fertile en anecdotes que les précédens
; mais on en eft bien dédommagé
par le tableau intéreffant des moeurs , des
coutumes & des ufages finguliers. Nous
rapporterons quelques traits qui méri
tent d'être cités . Les Frifons s'étoient
établis dans la Belgique , où ils avoient pris
un terrein inculte & défert. Les Romains
leur prefcrivirent de fe retirer, Bojocalus
, le chef des Frifons , fit fentir au
commandant romain combien cet ordre.
étoit déraisonnable . « Toute contrée
82
inculte , dit- il , eft un vol fait à la na-
» ture ; il eft honteux de chaffer les
hommes d'un pays pour l'abandonner
" aux bêtes , & d'aimer mieux laiffer des
terres défertes que de les accorder à
de fideles fujets de l'empire , qui en
» y fixant leur demeure , les rendroient
fertiles. La terre eft le partage des
»
»
SEPTEMBRE . 1769 .
و و
33
99
hommes , comme le ciel le domicile
» des Dieux ; & ce qui n'eft occupé de
perfonne , appartient au premier occu-
» pant . ( Enfuite s'adreffant au foleil &
» aux aſtres) : aftres qui m'écoutez , ajou-
» ta-t - il , vous plairiez vous à éclairer
» des terres qui feroient fans habitans ?
» Non , fans doute , & vous détruitiez
» toute contrée d'où l'on banniroit le
» genre humain . Le droit du plus fort ,
répondit Avitus , a établi dans le mon-
» de le droit de propriété ; mais fi l'empereur
refufe à votre nation les terres
qu'elle demande , il vous accorde par-
» ticulierement en propre une partie du
» terrein qu'elle prétendoit occuper . Je
» n'exige rien pour moi , repartit le chef
» des Ansibariens , mon intérêt eft inféparable
de celui de mes compatriotes ,
& fi nous n'avons point de terres pour
» vivre , nous en aurons du moins pour
39
"
»
כ
» mourir » .
Les Quades offrent une contradiction
bien finguliere dans l'hiftoire de l'eſprit
humain. Certe nation germanique dans
l'espoir d'enlever du butins'éloignoir quelquefois
à so lieues de chez elle ; elle détruifoit
les habitations , & portoit partout
le fer & le feu . S'il venoit un étran-
E ij
100 MERCURE
DE FRANCE
.
3
ger chez les Quades , on s'empreßoit
de
lui donner l'hofpitalité
; on fe difputoit
cet honneur ; on le logeoit ; on prévenoit
fes befoins ; on regardoit comme une faveur
du Ciel le hafard qui l'avoit amené.
« Jufques dans quelles contrées éloignées
le courage des barbares ne les a-
"
2. til pas fait parvenir. L'immenfe
dif-
» tance qui fépare la Grèce de la Ger-
» manie ne la fauva pas de ce déborde-
» ment. Une armée formidable
de Goths ,
» de Gepides & d'Hérules s'empara d'A-
» thènes . Au milieu du fac de la ville ,
» les foldats s'aviferent
de faire un mon-
» ceau de tous les livres qu'ils purent raf
» fembler ; ils étoient près d'y mettre le
» feu , lorfqu'un d'entre eux s'écria : Aveu-
» gles compagnons
, qu'allez- vous faire ?
Les Grecs ne font aifés à vaincre que
» parce qu'ils favent lire «.
Avant Childebert
, Roi d'Auftrafie
, la
loi falique ne prononçoit
qu'une fimple
amende pécuniaire
contre les homicides
,
» Le coupable dont la fortune fe trouvoit
» trop bornée pour acquitter
l'amende
» impofée , s'en exemptoit
en faifant ju-
» rer avec lui douze perfonnes
qui attef
» toient fon impuiffance
; enfuite il ramaffoit
de la terre des quatre coins de
SEPTEMBRE . 1769. idr
» fa maifon , & fe tenant debout à fa
» porte , il jettoit de cette terre fut ſon
plus proche parent ; puis en chemiſe
"
"
"
› fe
pieds nuds & tenant un bâton à la main ,
» il fautoit pat deffus une haie : alors cé-
» lui fur qui la terre avoit été jetée
» trouvoit chargé de l'amende , à moins
qu'à fon tour il ne fît la même cérémonie
fur quelque autre . Cette coutu-
» me finguliere fe nommoit Chrene- Chru-
" da ". Childebert l'abolit , & prononça
la peine de mort contre tous les affaflins ;
& au cas que les parens du mort vouluffent
fe contenter d'une amende , il ordonna
que le coupable feul la payât.
Vers le milieu du huitieme fiécle , il
arriva une révolution finguliere qui penfa
foumettre la Moravie & même la Pologne
à la domination des femmes.
Deux freres chaffés de l'Esclavonie s'établirent
dans la Bohême. Zech y refta ,
& fon frere Leck paffa enfuite en Moravie.
Ulafta , princeffe de cette contrée ,
mécontente de l'adminiftration des hommes
, voulut renouveller l'entrepriſe des
Amazones. Elle infpire fon courage &
» fes fentimens à toutes les femmes du
pays. Elle les raffemble , les aguerrit ,
» livre & gagne des batailles ; tout fuit
» devant elle ; mais enfin preffée vive-
»
"
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
"
99
ود
> ment dans une rencontre , elle fe retire
» dans la ville d'Olmutz où les hommes
» viennent l'affiéger. Ulafta craignoit avec
» raifon que la difette des vivres ne la
forçât de fe rendre . Pour la prévenir &
» faire lever le fiége , elle imagine un
ftratagême qui devoit affermir à jamais
» fon autorité. Elle ordonne aux plus jolies
de fes Amazones d'écrire des bil-
» lets à toute la jeuneffe de l'armée en-
» nemie. Dans ces billets , les jeunes filles
témoignoient l'averfion qu'elles avoient
» pour le fracas & le tumulte des armes ,
» & promettoient de livrer la ville. Le
» piége étoit délicat & pouvoit tourner
» à la perte du parti . Cependant il réuffic
» au- delà de toute efpérance . Flattés de
» rendre fervice à l'état en fatisfaisant
» leurs paffions , les jeunes gens courent
» la nuit au rendez - vous ; ils font intro-
» duits fecrétement dans la place ; mais
» au lieu des plaifirs qu'ils y cherchent ,
» ils trouvent une mort cruelle & promp-
» te ; aucun ne fut épargné. La barbare
» Ulafta ne profita pas long tems de cet
» avantage. Les hommes outragés & hon-
» teux de fuccomber fous des mains fi
» peu propres à manier les armes , rappelerent
leur valeur naturelle , & firent
» de fi grands efforts , que bientôt ils for
"
"
SEPTEMBRE. 1769. 103
cerent les femmes à mettre bas les ar-
» mes , & à reprendre des occupation's
plus convenables à leur fexe «.
ود
Nous terminerons cet extrait par la répo
fe de Waldemar à Frederic . Ce prince étoit
à la fuite de l'Empereur près de Befançon
dans la Franche - Comté , province qu'il
tenoit du chef de fon époufe Beatrix ,
fille de Regnauld , Comte de Bourgogne .
" Waldemar demanda à Frederic qu'il
» ordonnât qu'on lui fournît quelques
rations de fourrages pour fon argent.
» Ce feroit une dépenfe inutile , lui dit
» l'Empereur , d'acheter ce qui ne coûte
» que la peine de prendre ; car toute la
» province eft le patrimoine de l'Impé-
» ratrice. A ces mots Waldemar répon-
» dit qu'il n'étoit pas un voleur , mais
» Roi. Je n'acquerrai jamais , ajouta t- il,
» les chofes dont j'aurai befoin par un auffi
» affreux brigandage ; & je ne puis ap-
» prouver chez l'étranger , ce que je con-
و د
damne dans mes états . Les feigneurs
» allemands qui étoient préfens , s'écrie-
» tent tous : Qu'heureux font les peuples
qui ont le bonheur d'être gouvernés par
» un prince fi équitable ! L'Empereur ne
profita pas de cette leçon «. Ces traits
fullifent pour donner une idée de cet ou
vrage ; nous les avons choifis au hafard;
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
il eft rempli d'une infinité d'autres au
moins auffi curieux & auffi intéreffans .
Nouvelle Démonftration Evangélique , ou
l'on prouve l'utilité & la néceffité
de la révélation chrétienne par l'état
de la religion dans le Paganiſme , relativement
à la connoiffance & au culte
d'un feul vrai Dieu , à une regle de moralité
& à un état de récompenfes & de
peines futures : par J. Leland , Docteur
en Théologie ; ouvrage traduit de
l'Anglois & confidérablement augmen
té de notes & de remarques ; à Paris
chez Defaint , Libraite rue du Foin S.
Jacques ; in- 12 , quatre volumes.
Cette nouvelle démonftration évangélique
a principalement pour objet celui de
répondre aux Déiftes. Leurs raifonnemens
font fondés fur la fuffifance abfolue de
la raifon naturelle , livrée à fa feule force ,
fans aucun fecours fupérieur pour tout ce
qui regarde la religion & le bonheur . Le
Docteur Leland s'étend fur l'infuffifance
de cette raifon naturelle . Il divife fon ouvrage
en trois parties . Dans la premiere
qui eft la plus étendue , il fait voir que
dès le commencement du monde les
hommes furent conduits à la connoiffance
SEPTEMBRE. 1769. 105
de Dieu & au culte qui lui eft dû , par
une révélation qui fe répandit & fe conferva
long- tems parmi les premieres nations
. Lorfqu'elle s'affoiblit les principes
religieux firent place à l'idolâtrie & à toutes
fortes de fuperftitions. Tel fut l'état
de la plupart des peuples les plus polis &
les mieux inftruits malgré les lumieres de
la taifon & de la philofophie . L'auteur
parcourt ces cultes idolâtres , ces cérémonies
abfurdes qui lui fourniffent autant
de preuves de l'infuffifance de la raiſon
& de la néceffité d'une nouvelle révélation
pour ramener les hommes à la connoiffance
& à l'adoration d'un feul vrai
Dieu. Dans la feconde partie il montre
qu'elle n'étoit pas moins néceffaire pour
les éclairer fur la morale , puifque la corruption
payenne avoit réfifté aux lumières
de la raifon . Le dogme d'une vie à
venir n'étoit pas moins effentiel ; les preuves
phyfiques & morales de l'immortalité
de l'ame ne fuffifoient pas , il falloit que
la révélation leur donnât le degré de force
néceffaire pour opérer une conviction parfaite.
Ces détails font l'objet de la troifiéme
partie. Cet ouvrage eſt peut--être un
des meilleurs que nous ayons. Le Docteur
Lelanda enviſagé fon ſujet d'une ma-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
niere neuve & intéreffante ; fes recherches
, fes réfléxions , fes raifonnemens
attachent & fatisfont le lecteur .
Differtation fur les moeurs , les ufages , le
langage , la religion & la philofophie
des Hindous , fuivie d'une expofition
générale & fuccinte du Gouvernement
de l'état actuel de l'Indoftan : ouvrages
traduits de l'Anglois , par M.
B*** ; à Paris chez Pilot , Libraire
Quai de Conti à la defcente du Pont-
Neuf, in- 12 de 214 pages.
Ces deux morceaux font tirés d'une
hiftoire de l'Indoftan en deux volumes
in-4° publiés depuis peu à Londres . L'auteur
, M. Alexandre Dow , a paſſé dans
l'Inde à peu près dans le même tems que
M. Hollwel , qui a donné auffi des détails
fur la religion des Brahmines dans fon
euvrage intitulé : Evénemens hiftoriques ,
relatifs aux Provinces du Bengale , &c.
Il le conrredit dans plufieurs points &
prétend avoir fait avec le fecours d'un
Brahmine très fçavant des études particu
lieres de cette religion . Les conférences
fréquentes qu'il a eues avec lui & avec
quelques Docteurs dans les fciences Indiennes
l'ont mis en état de traiter cette
SEPTEMBRE. 1769. 107
partie d'une maniere fatisfa ifante pour les
lecteurs curieux : il fe propofe de détruire
la plupart des fables que , felon lui , on
a débitées jufqu'ici . Le mystère que les
Brahmines affectent de jeter fur leur
culte , le refpect profond qu'ils ont pour
leurs Livres , & qui leur empêche d'en
permettre la lecture à quiconque n'eft pas
de leur fecte , celui des Indiens des autres
tribus qui leur défend de chercher
à fatisfaire leur curiofité en les lifant ,
quand même ils en auroient la facilité ;
tout concourt à ôter aux étrangers la connoiffance
de leur religion , de leur philofophie
& de leur morale. Les Mahométans
de l'Afie conviennent eux mêmes que
la doctrine des Brahmines eft impénétrable,
& qu'ils n'ont jamais pu percer l'obfcurité
religieufe dont elle eft enveloppée .
La religion des Hindous eft partagée en
deux grandes fectes ; toutes deux révè
rent les Bedas ou livres facrés , & ne different
que dans leurs explications . Le
Shafter ou Commentaire appelé Bédang ,
regle le culte de la premiere , & le Néadirfen
celui de la feconde. Nous citerons
le début du premier chapître du Bedang ;
c'eft un dialogue entre Narud & Brimha.
NARUD. O mon pere ! toi , la premiere
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
29
"
"
production de Dieu , on dit que tu as
» créé le monde , & ton fils Narud étonné
» de ce qu'il voit , defire de fçavoir com
» ment toutes ces chofes ont été faites .
» BRIMHA. Ne te trompe point , mon
» fils , & n'imagine pas que je fus le créa-
» teur du monde , indépendamment du
» divin moteur qui eft la grande eſſence
originale & le créateur de toutes chofes.
» Tu ne vois en moi que l'inftrument de
la grande volonté & une portion de fon
» être qu'il envoya pour exécuter fes
» éternels deffeins . NARUD. Que faut-il
» penfer de Dieu ? BRIMHA. Etant im-
» matériel , il eft au deffus de toute con-
» ception ; étant invifible, il ne peut avoir
» de forme ; mais d'après ce que nous
» voyons dans fes oeuvres nous pouvons
» inférer qu'il eft éternel , tout puiffant
qu'il connoît toutes chofes & qu'il eft
préfent par- tout. »
""
"
Nous citerons encore quelques traits
d'un autre commentaire des Bedas qui
répand une grande clarté fur les dogmes
religieux communs aux deux fectes . Narud
y confulte encore Brimha , & lui demande
quelle eft la reffemblance de
Brimh ou de Dieu. » Il n'a point de ref-
» femblance ; mais pour en imprimer
SEPTEMBRE. 1769. 109
و د
quelqu'idée dans l'efprit des hommes
qui ne peuvent croire à un être imma-
» tériel , on le repréfente fous diverfes
» formes fymboliques . NARUD . Quelle
» image pouvons - nous nous en former ?
» BRIMHA . Si votre imagination ne peut
» s'éleverà la dévotion fans vous en former
» une image , figurez vous que fes yeux
» font femblables au lotos , que la couleur
de fon vifage eft celle d'un nuage ,
» que les vêtemens font compofés des
» éclairs du ciel , & qu'il a quatre mains....
" On compare fes yeux au lotos pour faire
» entendre qu'ils font toujours ouverts ,
» parce que cette fleur n'eft jamais fur-
» mortée par l'eau , quelle qu'en foit la
» profondeur. Sa couleur femblable à celle
» d'un muage eft un emblème de cette
» obfcurité dans laquelle il fe dérobe aux
» yeux des mortels. Les éclairs qui for-
» ment fon habillement , expriment la
» majefté redoutable qui l'environne , &
»fes quatre mains font le fymbole de fa
» force & de fa toute - puiflance . NARUD.
Quelles font les chofes propres à lui
» être offertes ? BRIMHA . Les chofes qui
» font pures & offertes avec un coeur re-
» connoiffant ; mais les chofes déclarées
impures par la loi , ou qui ont été fouil-
» lées par l'attouchement d'une femme
"
"
و د
ود
"
و د
110 MERCURE DE FRANCE .
» dans fes tems critiques , celles que votre
» propre coeur a convoitées , celles qui farent
acquifes par la fraude ou l'oppref-
» fion , ou qui ont quelque tache naturelle
» font des offrandes indignes de Dieu. »
L'ouvrage de M. Dow eft intéreffant
& fe fait lire avec plaifir ; fes réfléxions
font fages , fes explications paroiffent naturelles.
L'expofition générale & fuccinte
de l'état actuel de l'Indoftan eft une notice
de l'Inde , la plus complette que nous
ayons jufqu'ici , la plus exacte & la plus
nouvelle. Il feroit difficile de renfermer
dans un auffi court efpace un plus grand
nombre de faits . L'auteur Anglois termine
ce morceau par fouhaiter que fa nation
faffe la conquête de l'Indoftan ; il lui fait
enviſager les avantages qu'elle en retireroit
, fur tout pour faciliter l'extinction.
de la dette nationale . Il répond enfuite
aux moraliſtes qui craindroient qu'on ne
pût concilier cette entrepriſe avec lajuftice
& l'humanité. » L'Indoſtan aujourd'hui eft
» déchiré par les factions ; toutes les loix
" divines & humaines font foulées aux
pieds ; au lieu d'un tyran comme dans
» le tems de l'empire , le païs gémit fous
» mille tyrans , & les cris dela multi-
» tude opprimée percentjufqu'aux cieux.
» Ce feroit donc fervir la caufe de la juſti-
و د
SEPTEMBRE. 1769. 111
"
"
"
» ce & de l'humanité de précipiter tous
» ces petits tyrans du haut de ces trônes
qu'ils fe font érigés à force de crimes
» & de donner à tant de millions d'hom-
» mes un gouvernement fondé fur les
principes de la vertu & de l'équité . Cet-
» te tâche n'eft pas moins glorieufe qu'elle
» eft facile & coûteroit à peine la moitié
» du fang que l'on prodigue tous les jours
" en Europe pour maintenir le fystême
chimérique d'une balance de puiffan
» ces , ou dans ces guerres de commerce
qui n'offrent ni autant de gloire à re-
» cueillir , ni la perſpective d'avantages
" auffi grands & auffi frappans. » C'eſt
ainfi que M. Dow juftifie cette conquête
mais fes raifons font elles plau- S
fibles ? Les conquérans de l'Amérique en
apportèrent d'auffi fortes ; ils vouloient
samener ces peuples à la religion chrétienne
; on les détruifit pour s'emparer de
leur or les vainqueurs de l'Inde fongeroient
fans doute moins à y établir un
gouvernement fage qu'à profiter auffi de
fes richeffes .
Effais de litterature par M. Leonard à Londres
, & fe trouve à Paris chez Des
Vente de la Doué , libraire , rue Saint
112 MERCURE DE FRANCE.
Jacques, vis- à vis le Collège de Louisle
Grand , in 8 ° , 132 pages.
Ces effais font compofés d'épîtres philofophiques
, d'idiles , de poëmes & de
difcours. Il n'y a d'ouvrages en profe dans
ce recueil , qu'un morceau intitulé les
orages & Rofette , un roman paftoral .
M. Leonard a lu avec foin les ouvrages
de M. Rouffeau , & n'a prefque fait que
mettre en vers fes idées . C'eſt ainfi qu'il
s'adreſſe à un homme dégoûté de la vie ,
& afpirant au repos de la mort.
Jeune homme , il te fied bien de fonger au repos
Pour jouir de ce droit n'as - tu plus rien à faire ?
L'athlète fe repofe au bout de la carriere ,
Et peut aller cueillir le fruit de les travaux ;
Devant l'être vengeur paroîtras-tu fans honte ?
Obferve le préfent , rapproche le paffé.
Qu'as-tu fait dans le pofte où fon choix t'a placé ?
De quelle oeuvre aujourd'hui peux - tu lui rendre
compte ?
Tu crois avoir vecu quand tu prends ton eflor !
Diffipe le fommeil dont la vapeur t'enivre ;
Ami , c'eſt en vivant que l'homme apprend à
vivre.
Regarde autour de toi , ne vois - tu pas encor
Des devoirs à remplir , des modèles à fuivre.
Quede noeuds au bonheur t'attacheront un jour ,
SEPTEMBRE. 1769. 113
Quand , digne d'être époux & pere ,
Tu te reproduiras dans les fruits de l'amour;
Quand , fur l'aile de l'âge emporté fans retour ,
Tu verras tes enfans entrer dans la carriere ,
Et, rivaux de ta gloire , y briller à leurtour !
Il y a beaucoup de facilité dans ces
poëlies . Nous citerons encore une petite
idile où il y a des graces , da fentiment
& de la délicateffe.
Unjour à la bergere , Atis porte un oiſeau ;
Je l'ai pris , lui dit- il , fous le prochain berceau :
J'étois caché fous le feuillage ,
Et je tenois à tous ce gracieux langage.
Venez , c'eſt à Zila que je veux vous offrir.
Eft - il quelqu'un de vous qui veuille être farouche
?
Petits oifeaux , combien elle va vous chérir !
Vous aurez tous les jours des baifers de fa bouche:
Vous ferez nourris de fa main ,
Vous ferez admis dans fa couche
Et vous dormirez fur fon fein.
J'ignore fi ma voix a fçu le faire entendre ;
Mais celui - ci s'eft laiffé prendre :
On eut dit que , charmé d'un auffi beau deſtin ,
Il fe prêtoit à mon deffein
Tant il fembloit peu fe défendre.
114 MERCURE DE FRANCE.
ZILA.
Bel oifeau , tu veux donc habiter pármi nous .
Ah , demeure je t'en conjure ;
Nous t'offrirons une onde , auffi fraîche , auffi
pure
Que l'onde qui s'échappe à travers les cailloux.
Des grains , des fleurs , de la verdure ,
Tous les plaifirs enfin qui flatteront tes goûts.
En lui parlant ainfi , Zila , fur fon plumage
Glifloit légerement la main :
L'oifeau battoit de l'aîle , & de fon eſclavage
Tentoit de rompre le lien.

Zila foupire : hélas ! s'il avoit une amie.
Dit-elle , fans aimer peut-on paller ſa vie ?
Comme nous , n'a - t- il pas un coeur ?
:
Quand tu l'as pris , peut-être en ce moment d'horreur
,
Il venoit de quitter cette moitié chérie ;
Encor rempli de fon bonheur ,
Aveugle & fourd à tout le refte ,
Il couroit au piége funefte
Sans en reconnoître l'erreur ;
Sa compagne l'attend fans doute :
Pour elle quel chagrin amer !
Ah ! mon bien-aimé , qu'il en coûte
Deperdre pourjamais ce qu'on a de plus cher !
Pour un moment , tous deux , mettons nous à la
place.
SEPTEMBRE. 1769. 115
Si l'on vouloit un jour me féparer de toi ,
Atis , quelle affreule diſgrace !
A cet infortuné laiflons prendre l'effor.
Que nous ferons benis ! quels tranfports , quelle
fête ,
Quand le couple amoureux va fe revoir encor!
Atis , que de plaifirs ce retour leur apprête !
Bel oifeau , je te rends à tes premiers liens ;
Pars , tu diras à ton amie ,
Qu'enchaîné , comme toi , fous une loi chérie ,
En faveur de les feux , Atis fit grace aux tiens .
Effai hiftorique & légal fur la chaffe. A
Londres , & fe trouve à Paris chez
Lejay , libraire rue S. Jacques , audeffus
de la rue des Mathurins , au
grand Corneille , in- 12 , 140 pages.
Le titre de cet ouvrage en indique
l'objet ; on a voulu donner l'hiftoire de
la chaffe , & faire connoître la police qui
eft établie actuellement à cet égard. Dans
l'origine, la chaffe étoit univerfelle ; aucun
homme ne la défendoit à un autre; chacun
y avoit droit & en jouilloir ; dans
les commencemens de la monarchie françoife
elle étoit permife généralement ;
les abus qui réfultoient de cette permiffion
, firent fonger à la défendre à plu116
MERCURE DE FRANCE.
Y
heurs : le laboureur quittoit fouvent fa
charrue & négligeoit fon champ pour
courir après le gibier ; le moine abandonnoit
les autels ; les Rois commencerent
par établir des officiers pour veiller à la
défenſe de leurs forêts ; on ne s'occupa
que long-tems après de la réformation
de la chaffe ; la premiere ordonnance qui
parut à ce sujet , eft de 1396. Charles VI
défendit cet exercice aux non nobles ;
il fut toujours permis à ceux qui l'étoient,
parce qu'ils étoient guerriers , & que la
chaffe eft une imitation de la guerre ; à
ce fujet on rapporte un conte affez plai
fant. « Un homme qui n'avoit jamais vu
» d'armée, demandoit avec inftance qu'on
» le fit maréchal de camp. Il alléguoit
» pour raifon , qu'il avoit été chaffeur toute
favie , & que la chaffe , felon Machiavel,
étant un image de la guerre , quarante
ans de chaffe valoient bien pour le moins
» trente campagnes . C'étoit confondre
»l'image avec la réalité ; auffi le miniftre
» éclairé n'y prit- il pas le change.
כ
, د
L'auteur parle enfuite des réglemens
actuellement fubfiftans fur la chaffe ;
c'est ce qui en forme la police & la légif
lation ; comme nos loix à cet égard pa .
roiffent trop féveres à quelques perfonnes
, il les compare à celles des étrangers
SEPTEMBRE. 1769. 117
qui pouffent la rigueur beaucoup plus
loin ; il finit fon ouvrage par les détails
fur la maniere de chaffer des différens
peuples , & par un mémorial des principaux
termes de chaffe ; il y a peu d'ouvrages
plus intéreffans , plus précis , plus
rempli de recherches que ce petit effai ;
il fait connoître tout ce qu'il eft important
de favoir fur l'hiftoire & la police
de la chaffe.
Expériences & obfervations fur la caufe de
la mort des noyés , & les phénomenes
qu'elle préfente , faites publiquement
à l'école royale vétérinaire de Lyon ,
fous les yeux des commiflaires nommés
; approuvées par leur rapport &
le jugement de l'académie royale de
chirurgie ; par MM . Faiffole & Champeaux
,gradués , maîtres en chirurgie de
Lyon , & chirurgiens du Roi en cette
ville , & c. avec cette épigraphe ;
Inventa perficere non inglorium .
PHAD. LIB . IV. FAB. XVII .
à Lyon , de l'imprimerie d'Aimé de
la Roche , & à Paris chez Didot le
jeune , quai des Auguftins ; in- 8 ° , prix
3 livres broché , 4 livres relié.
118 MERCURE DE FRANCE.
Ces expériences ont été faites à Lyon
par MM. Faiffole & Champeaux , pour
prouver le vérité de leur rapport dans
une affaire malheureuſe qui a fait beaucoup
de bruit dans cette ville. Claudine
Rouge , âgée de dix - huit ans , grande ,
bienfaite & d'une jolie figure , diſparut
le 25 Juin 1767. Le 30 on trouva un
cadavre du fexe féminin fur le bord du
Rhône à neuf lieues au - deffous de Lyon ;
un oncle & des voifins de Claudine
Rouge fe tranfportent fur le lieu , & la
reconnoiffent dans ce corps ; le chirur
gien de Condrieu appelé , dreffe un rapport
de l'état du cadavre qu'on enterre
le même jour , & trouve des preuves de
mort violente ; les Juges de Lyon font
des recherches , ordonnent un nouveau
rapport juridique qui fut fait le 10 Juil
let fuivant par MM. Faiffole & Champeaux
qui confirment les preuves de
mort violente ; des perfonnes font accufées
d'avoir violé la jeune fille , de
l'avoir étranglée & jetée enfuite dans la
riviere ; on les conduit en prifon . L'avocat
qui les défend , attaque les chirur
giens des maîtres de l'art les combattent
: ils attendent le jugement de ce procès
avant de répondre à leurs adverfaires
pour qu'on ne les accufe point d'avoir
SEPTEMBRE. 1769. 119
cherché à aggraver cette affaire horrible.
MM . Faillole &
Champeaux , fans entrer
dans les détails étrangers à leur fujer ,
fans s'arrêter àexaminer fi le cadavre qu'ils
ont vu étoit réellement celui de Claudine
Rouge, prouvent qu'il étoit celui d'une per
fonne morte avant que d'être jetée dans
l'eau ; ils adreffent leurs expériences à M.
Louis ; elles répondent aux objections
qu'on leur a faites , & tendent à faire
voir le véritable état des noyés , & les
moyens de déterminer exactement fi le
corps qu'on trouve dans une riviere , eft
celui d'un homme qui y a perdu la vie ,
ou qui n'y a été jeté qu'après la mort ;
on trouve de l'eau écumeufe dans les poulmons
du premier qui l'a reçue par les infpirations
qu'il a faites dans l'eau; il n'y en
a point dans le fecond . Plufieurs expériences
faites fur des aniniaux , atteftent la
vérité de cette affertion . Cette matiere
importante eft traitée à fond dans cet ouvrage
; il peut guider les chirurgiens dans
les rapports juridiques dont ils font chargés
fi fouvefit , & auxquels ils ne fçauroient
apporter trop d'attention ,
Nouveaux Principes de Mufique qui feuls
doivent fuffire pour
l'apprendre par120
MERCURE DE FRANCE.
faitement , auxquels l'auteur a joint
l'hiſtoire de la mufique & de fes progreffions
depuis fon origine jufqu'à pré.
fent , dédiés à M. Duvaucel , cheva-
1ier , confeiller du Roi en fes confeils ,
grand maître enquêteur&général réformateur
des eaux & forêts de France
au département de Paris & Iſle de
France. Par M. Dard , ordinaire de la
mufique du roi , & de l'académie royale
de mufique. A Paris , chez l'auteur
rue Bailleul , la premiere porte à gauche
, en entrant par la rue des Poulies,
& aux adreſſes ordinaire, in - 4° . prix
9 livres.
Ces nouveaux principes de mufique
méritent l'attention des maîtres & des
écoliers ; ce font les mêmes dont M.
Dard fe fert tous les jours avec fuccès
dans fes leçons. Ils font fuivis d'une
courte hiftoire de cet art dans laquelle on
en développe l'origine & les progrès.
L'antiquité de la mufique eft incontef
table ; les peuples les plus anciens l'ont
cultivée ; ce fait eft attefté par tous les
monumens facrés & profanes ; les Grecs fe
diftinguerent fur- tout dans cet art ; il faifoit
partie de l'éducation ; perfonne n'ignore
combien Epaminondas s'y étoit
rendu
SEPTEMBRE. 1769. 121
rendu célèbre , & combien on blâma Thémistocle
pour avoir refufé de pincer la
lyre dans un repas. Socrate en prit des leçons
à l'âge de foixante - douze ans , Les
Grecs admettoient juſqu'à douze modes ;
nous n'en connoiffons plus que deux , le
majeur & le mineur ; c'eft une erreur d'en
ajouter un troifiéme. Cependant les élo-
» ges que l'auteur du dictionnaire de mu-
» fique prodigue à celui qui a propofé le
» mode mixte , nous prouvent clairement
» le cas qu'il en fait ; mais ils n'en font
» pas plus décififs. Qui ne fait que M. R.
» femble prendre plaifir à foutenir les où-
» vrages médiocres & nuifibles , & à cen-
» furer les chefs d'oeuvres généralement
» admirés. De plus doit on en croire cet
» auteur qui , dans fon traité , ofe blâmer
"
39
ouvertement le grand homme que tou-
» tes les nations admirent ; mais tel eft
» le fort de Rameau ; il fert de modele'
aux maîtres de l'art , & de jouer aux
» demi - favans. » La conquête que les Romains
firent de la Grece , n'y détruific
point les beaux arts ; ces peuples y voya
gerent encore pour y prendre des leçons
de politeffe . La mufique ne reçut pas de
grands accroiffemens chez les Romains ;
ce ne fut que vers l'an soo de notre ere
F
122 MERCURE DE FRANCE.
que Bocce combina celle des Grecs avec
celle des Latins , & l'enrichit de plufieurs
découvertes. Jufqu'à S.Grégoire le Grand
elle n'éprouva aucune révolution ; ce fut
enfuite Guy l'Aretin ou d'Arrezzo moine
de S. Benoît qui donna aux fix premieres
notes le nomdes fix fyllabes qu'elles con
fervent encore aujourd'hui ; ce ne fut
qu'un fécle après qu'on trouva lefi qui fait
aujourd'hui notre feptiéme note . La mufique,
lors de la décadencefde l'Empire Romain
& de l'invafion des barbares , fe conferva
dans les églifes . Les morceaux qu'on
exécuta devant Clovis à la cérémonie de
fon facre , lui donnerent du goût pour cet
art ; il ftipula dans le traité de paix qu'il
fit quatre ans après avec Théodoric , Roi
des Goths , que celui - ci lui enverroit des
muficiens & fur- tout un bon joueur de
guitarre ; on fait que le Comte Foulques
alloit fouvent chanter l'office
avec les chanoines de S. Martin de Tours.
Louis IV d'outre- mer , Roi de France
fe moquoit de cette paffion , & le Comte
piqué lui écrivit un jour : Seacher , Sire ,
qu'un Roi , fans aucun goût pour la mufique
, eft un ane couronné. Louis s'irrita
d'abord , s'appaifa bientôt , & convint
que Foulques avoir raifon. Ceux qui fone
T
SEPTEMBRE . 1769. 123
faits pour gouverner , difoit- il , doivent
enfçavoir plus que leursfujets , & ce n'eft
pas mafaute , fi on m'a donné une éducation
à l'angloife.L'auteur continue l'hiftoire
des progrès de la mufique en France
jufqu'à nos jours . Il termine fon ouvrage
par un parallele de Lully & de Rameau
que l'on lit avec plaifir , & qui eft
tracé d'après le fentiment & la réflexion .
Nous en citerons un morceau . « Les ou-
» vertures des opéras de Lully , font fi
analogues au fujet des piéces qu'elles
précédent , qu'elles l'annoncent & le
caractérisent de façon à en déterminer
toute la marche . Celles des opéras de
» Rameau joignent à celles des opéras de
Lully un plus grand effet harmonique.
Si le premier a pour lui l'avantage d'être
créateur , le fecond a tellement enrichi
fur lui en l'imitant , qu'il l'égale
» 8 femble même le furpaffer dans fes
chefs- d'oeuvres . Rameau n'a jamais ba-
» lancé entre la mufique françoife & la
mufique italienne , & cela n'a rien d'étonnant;
il étoit né François : mais
Lully né Italien , vint en France avec
» les principes de fa mufique nationale ;
& cependant le penchant de ce grand
homme pour la nôtre , eft un argument
و د
69
"
ور
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
>>
"
fans réplique à fon avantage. Cet habile
artiſte a travaillé fes baffes , il eft
» vrai , fuivant les régles du contrepoint;
» mais cette partie effentielle de la mu
fique italienne lui doit plus qu'elle ne
» lui a donné , puifqu'en ayant ofé cho-
» quer , en quelque forte , l'ordre précis,
jufque-là fi ftrictement obfervé , il a
rendu fes baffes chantantes , & leur a
donné de l'agrément . Rameau, trop grand
» pour fe fervir d'un bien réputé étran-
" ger , nous a procuré un principe plus
» für & plus certain . La France & même
les étrangers ont adopté le fyftême de
» la baffe fondamentale dont Lully n'a-
» voit eu avant lui qu'un léger preffenti-
32
"
» ment. »
I
Hiftoire univerfelle traitée relativement aux
arts de peindre ou de fculpter ; ou 13-
bleaux enrichis des connoiffances analogues
à ces talens . Par M. DANDRÉ
BARDON , l'un des profeffeurs de l'Académie
royale de peinture & de fcalpture
, profeffeur des éleves protégés
par le Roi , pour l'hiftoire , la fable
& la géographie , membre de l'Académie
des belles lettres de Marfeille ,
affocié aux Académies de Touloufe &
Log
*
1
SEPTEMBRE. 1769. 125
de Rouen , & directeur perpétuel de
celle de peinture & de fculpture établie
en la fufdite ville de Marfeille. 3 vol.
in-12 . A Paris , chez Merlin , libraire,
rue de la Harpe , vis à vis la rue Poupée.
Les artiftes & les amateurs ont lu avec
le plus grand empreffement le traité de
peinture & l'effai fur la fculpture de M.
Dandré Bardon , publiés en 1765. Ces
traités remplis des principes les plus propres
à conduire la main de l'artifte & à
éclairer le goût de l'amateur , peuvent
être regardés comme une excellente introduction
à l'hiftoire univerfelle que
nous annonçons . On defiroit que cette
introduction fût enrichie d'un vocabulaire
pittorefque. M. Dandré Bardon qui
ne veut rien négliger de ce qui peut être
utile à fes lecteurs , a placé ce vocabulaire
à la tête de fa nouvelle hiſtoire.
Ce recueil eft non feulement composé
de mots confacrés aux arts de peindre &
de fculpter , il renferme auffi plufieurs
principes qui rendent la fignification des
termes plus intelligible , & leur application
plus aifée. Ce vocabulaire eft fuivi
d'un difcours prononcé à l'Académie
royale fur l'utilité d'une hiftoire univer-
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
felle , traitée relativement aux arts de pein
dre & de fculpter. Cette hiftoire fera
compofée de quatre parties . La premiere
qui paroît actuellement , préfente les tableaux
de l'hiftoire facrée ; la feconde
contiendra ceux de l'hiftoire profane ;
la troifiéme ceux de la fable ou des Dieux
du Paganifme ; enfin dans la quatrième
on dévoilera le coftume des anciens peuples.
Pour apprécier tout le mérite des tableaux
hiftoriques de l'habile profeffeur,
il ne fuffit pas d'avoir des connoiffances ,
il faut encore fentir dans foi- même quelques
étincelles de ce beau feu qui l'ani
me , & favoir bien diftinguer ce qui vient
du travail d'avec ce que le génie produit.
Lorfque les fujets que fournit l'hiſtoire
font fimples , l'écrivain pittorefque les
environne d'épiſodes choifies , & de traits
qui portent le fentiment au fond de l'ame.
Dans les fujets plus élevés, non - feulement
il décrit l'événement avec la vé
rité & l'énergie que lui prête l'écrivain
facré , en trace les diverfes images avec
des détails circonftanciés , communique
autant qu'il peur à l'éleve les émotions
relatives au fujer ; mais encore il diftribue
les principaux grouppes , indique les
attitudes des figures capitales , & défigné
SEPTEMBRE. 1769. 117
la marche des accidens & le foyer de la
lumiere . Quelquefois il affocie à l'indi
cation générale des grouppes , des attitudes
, des effets , les nuances particulieres
des expreffions , du clair- obfcur & du
coloris. Rigide obfervateur du coftume ,
il affigne le local du fujet , il en fixe les
particularités intéreffantes , & fuggere les
vêtemens convenables . Enfin fa plume
indique tout à la fois au crayon l'art de
tracer convenablement le caractere de
tous les objets , & au pinceau les maximes
qui font mouvoit les grands refforts
du talent .
L'auteur pour mettre toute la variété
poffible dans la maniere de préſenter les
événemens historiques , ne fe contente
pas de parler le langage du peintre , du
deffinateur, il emprunte auffi la voix du
ftatuaire . Ici ce font des efquiffes qu'il
trace , des compofitions de tout gente
qu'il ébauche , qu'il peint & qu'il forme
à grands traits , ou qu'il termine d'un pinceau
foigné. Là des deffeins qu'il crayonne
, de fimples croquis , des projets qu'il
hafarde for le papier . Ailleurs fous un
ébauchoir hardi , il forme une maquette
en cire , ou un modele en argile . Quelquefois
ce font des bas- reliefs de diver
fes espèces , & quelquefois des figures où
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
des grouppes en marbre qu'il fcalpte . I
dévoile, en expofant ces divers morceaux ,
les préceptes analogues aux effets , à l'intelligence
, au méchanifme de la fculpture.
Dans d'autres occafions , il quitte
le pinceau , le crayon , l'ébauchoir & le
cifeau pour fe livrer à l'enthoufiafme de
la poëlie.
A la variété de formes & de nuances
fous lefquelles l'auteur préfente les tableaux
, il a réuni quantité de connoiffances
qui leur font relatives. On trouve
dans le cours de l'ouvrage plufieurs obfervations
fur divers genres de peinture ,
batailles , marines , ruines , camayeux ,
& c. des remarques concernant le choix ,
la décence , le caractere , la nouvauté
la nobleffe des fujets , & c. des réflexions
fur quelques particularités du coftume ,
fur l'utilité des allégories , de l'anatomie
pittorefque , de la perſpective , de l'architecture.
Si l'auteur fixe quelquefois le plan des
compofitions d'une maniere affez préciſe
pour qu'il foit adopté , ce n'eft pas qu'il
ait la prétention d'affervir à fa façon de
penfer le génie de ceux pour qui il écrit.
Il leur laille ordinairement du jour pour
placer des traits nouveaux , des circonftances
particulieres , & leur ménage les
i
SEPTEMBRE . 1769. 129
moyens de prefenter même fa façon de
penfer , fous des tournures qui leur appartiennent.
Souvent il ne retrace une
même catastrophe fous des images différentes
, que pour leur donner la liberté
du choix ou l'exemple de traiter de plufieurs
ftyles un même événement.
Ce fimple expofé fuffit pour faire regarder
l'hiftoire pittorefque de M. Dandré
Bardon , comme le meilleur livre
claffique que l'on puiffe mettre entre les
mains des éleves de peinture & de fculp
ture. Ce fera pour eux une efpéce de rhé
thorique qui les guidera dans l'art fi difficile
de toucher & d'émouvoir , qui leur
indiquera la route qu'ils peuvent fuivre
dans la compofition de toutes fortes de
fujers , leur facilitera les moyens d'entrer
dans cette route , d'en parcourir les fentiers
avec quelque fûreté , de franchir les
obftacles qui s'y rencontrent, & d'y ſubſtituer
les équivalens les plus conformes
à leur génie , & aux maximes de leurs
maîtres.
Mémoire fur la Compagnie des Indes , précédé
d'un difcours fur le Commerce en
général ; par M. le comte de Lauraguais;
brochure in -4° d'environ quinze
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
T
feuilles : prix 3 liv. , fe trouve à Paris ,
chez Lacombe , rue Chriftine , 1769.
M. le comte de Lauraguais a recueilli
de la fucceflion de M. le marquis de Laf
fay , fon oncle maternel , beaucoup d'actions
de la Compagnie des Indes . Atta
ché par goût & par intérêt à cette Com
pagnie , il en a examiné le fyftême & calculé
les forces , pour en prévoir le fort.
Témoin des efforts que l'on a faits en
dernier lieu pour qu'elle continuât fon
commerce à quelque prix que ce fût , il
s'eft déterminé à communiquer au public
les connoiffances qu'il avoit acquifes par
fes recherches & par fes réflexions. Les
circonftances ne lui ont pas permis de
mettre plus de quinze jours à la compofition
de fon Mémoire. L'impreffion en
ayant été fufpendue , M. l'abbé Morellet
a publié , dans cet intervalle , celui dont
nous avons donné l'extrait dans le Mercure
précédent.
M. le comte de Lauraguais n'a pas
trouvé fuffifans les motifs préfentés par
M. l'abbé Morellet pour diffoudre la
Compagnie & rendre libre le commerce
des Indes , & il s'eft hâté de mettre au
jour les preuves particulieres fur leſquelles
il s'appuye pour demander également
1
SEPTEMBRE. 1769. 131
la diffolution de la Compagnie & la liberté
du commerce . Cependant comme
les deux auteurs partent des mêmes prin.
cipes & arrivent aux mêmes réſultats ,
nous ne nous arrêterons pas aux obfervations
critiques contenues dans l'Avertiffe
ment de M. le C. de L. fur le mémoire de
M. l'abbé M.
?
Avant que d'entrer dans le détail des
affaires de la Compagnie , M. le C. de L.
traite dans un difcours affez étendu da
commerce en général. Ce morceau doit
être lu avec attention par ceux qui fentent
que le commerce de la Compagnie des
Indes eft une partie d'un grand tout , &
que la confervation ou l'abolition de fon
privilege influera néceffairement fur le
commerce général & fur la liberté.
L'auteur y attaque divers principes ou
affertions des économistes & particuliérement
de M. Quefnay , leur maître , fur
la richeſſe , l'induſtrie , la concurrence ,
la nature & la balance du commerce.
Néanmoins il reconnoît & conclut avec
eux que le fyftême des taxes , des prohibitions
, & des priviléges de commerce
force la nature des chofes , diminue autant
qu'il eft poffible les productions , rend
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
le commerce auffi onéreux aux peuples
qu'il peut l'être , & auffi avantageux pour
les marchands qu'il eft illégitime , &c ;
& que la liberté de commerce eft récla
mée par l'ordre naturel & embraffée dans
le cercle des droits conftitutifs de la propriété.
Ce difcours , trop profond & trop
ferré pour être fufceptible d'analyſe , eft
femé d'idées fort ingénieufes. Ainfi l'auteur
, en comparant l'état préfent de la
fociété avec l'état de la nature , dit : Nous
fommes actuellement par rapport à cette
mere commune ( la nature ) comme feroit un
jeune homme ardent & vigoureux auxpieds
d'unefemme il ne penje certainementpas
àfa nourrice.
:
Le Mémoire fur la Compagnie des
Indes offre d'abord un difcours prononcé
par M. Panchaud à l'affemblée de la Compagnie
, du 29 Mars dernier, Ce difcours
eft le fruit d'un travail commun de M.
le comte de Lauraguais avec MM. Dupan
, la Rochette & Panchaud . On y expoſe
1º , les états de l'actif & du paſſiƒ de
la Compagnie en 1764 , & les états fuppofés
de l'actif& du paffif en 1771 ; & il
en réfulte que l'augmentation de 57 millions
de l'actif à la feconde époque n'eſt
qu'en éventuel , tandis que l'augmentation
f
SEPTEMBRE. 1769. 133
du paffif fera de 46 millions de réel , engagés
à échéance fixe ; & que cet excédent
de 1 millions, fût -il réel & en caiffe , ne
feroit pas le produit du commerce proprement
dit , puifqu'il proviendroit d'au
tres fources , comme par exemple du
droit du tonneau accordé par le Roi , &
de l'indemnité fur les cafés , article gratuit
de plus de 7 millions & demi .
On obferve en fecond lieu , que pendant
cet efpace le réfultat actif de 42
millions , employés dans le commerce ,
n'a rapporté aucun intérêt , & que près de
120 millions ont couru les hafards de la
mer , fans rapporter aucun bénéfice ; &
la fortune a voulu qu'on ne perdîr qu'un
feul vaiffeau en fix ans !
Enfin on établit qu'année commune ,
les bénéfices fur les envois étant de 25
pour 100 , & fur les retours de 70 pour
100 ; le total , y compris les droits , feroit
de 11 millions : or , les dépenſes &
frais d'armemens , régie & autres montent
à 10 millions : refte un million pour
tenir lieu de tout intérêt des fonds & des
événemens imprévus. Mais puifque le
bénéfice des retours a diminué tous les
ans depuis 1769 , & qu'en 1768 , il n'a
été que de 66 pour 100 , on ne doit pas
134 MERCURE DE FRANCE.
la
s'attendre à bénéficier même d'un million.
Il eft clair que cette diminution progreffive
eft principalement caufée par
révolution arrivée dans le Bengale. La
Compagnie Angloife & fes employés ,
pour réalifer leurs richeffes en Europe ,
ont fait dans l'Inde des demandes exceffives
, d'où augmentation de prix dans
l'Inde & diminution en Europe. Comment
empêcher que les Anglois qui n'employent
dans ce commerce que le produit
de leur revenu territorial , ne réduifent
les bénéfices de la Compagnie au point
où ils le voudront , foit en forçant les
prix dans l'Inde , foit en les baillant en
Europe ?
9
Donc la Compagnie ne peut efpérer
aucun profit du commerce même en
rems de paix & avec la faveur des élémens
& des circonftances : que feroit - ce
donc fi les événemens lui étoient conrraires
, & fi la guerre furvenoit ?
En conféquence , on propofe à la Com
pagnie de difcontinuer fon commerce ,
de réduire les actions à de fimples actions
rentieres de 80 liv . fur les fonds de
180 millions dûs par le Roi au principal
de 1600 liv . , de faire un appel de 600l.
par action , d'établir avec ce nouveau
SEPTEMBRE. 1769. 135
fonds une caiffe d'efcompte , & d'adju
ger aux nouveaux actionnaires , à la char--
ge d'acquitter les dertes de la Compagnie
, toutes fes propriétés , bâtimens ,
effets & autres , le principal de 60 millions
, affecté aux rentes viageres qui s'éteignent
& enfin les profits de l'efcompte.
*
Ce projer , propofé à l'affemblée de la
Compagnie , ne fut pas agréé : la plûpare
des actionnaires voterent pour un emprunt
provifoire : mais la Compagnie n'a
point d'hypothéque à donner pour l'emprunt
de 30 millions néceffaires à la coninuation
de fon commerce.
Suivent les états de fituation de la
Compagnie. Il en résulte que les actionnaires
ne peuvent efpérer que fur l'augmentation
des bénéfices de leurs ventes..
Or , tour leur annonce qu'ils baifferont ;
& M. Law l'a mandé de l'Inde . Si dans le
cours d'un demi -fiécle la Compagnie a
perdu 200 millions , fans que les actionnaires
ayent vu accroître leur dividende
même dans le cours de fes profpérités
que peuvent -ils attendre dans un tems où.
le chef-lieu de fes établiſſemens eft déeruit
fans refource ; où elle n'a plus de
territoire d'où elle puiffe tirer des mar136
MERCURE DE FRANCE.
chandiſes à bon marché , où avec de
fimples comptoirs elle fera en concurrence
& forcée de traiter avec la Compagnie
Angloife , qui a de vaftes poffeffions , & c.
M. le C. de L. termine fon ouvrage par
des réflexions fur le défavantage de ce
commerce pour la nation , fur les avantages
que notre commerce libre prendroit
fur la Compagnie Angloife , fur la
nature de notre Compagnie qui n'eſt ,
dit-il , ni exclufive , puifqu'elle eft fon
dée fur 36,000 actions , ni Françoife ,
puifque ces effets font ou peuvent être
entre les mains des étrangers , &c. Enfin
il conclut par avis fommaire , à la diffo
lution de la Compagnie , à la liquidation
de fes dettes , & à l'établissement d'une
caifle d'efcompte.
Ce Mémoire ne peut que foutenir &
augmenter la réputation que M. le Comte
de Lauraguais s'eft acquife par fon goût
pour les fciences , par l'étendue de fes
lumieres , & par fon zele pour les progrès
de la vérité.
Principes de la langue latine mis dans un ordre
plus clair , plus précis & plus exact ; feprieme
édition refondue entiérement par M. de Wailly
auteur de la Grammaire françoife , in - 12 . Á
Paris , chez Barbou imprimeur-libraire rue des
Mathurins , 1769.
SEPTEMBRE. 1769. 137
On trouve chez le même libraire , M. Tullii
Ciceronis orationes quæ in Univerfitate Parifienfi
vulgò explicantur , cum notis ex optimis quibufque
commentatoribus felectis juxta accuratiffimam
D. Lallemand emeriti rhetorice profefloris
éditionem, 3 vol. in - 12.
Il mettra en vente à la St Remi pour la rentrée
des claffes .
Tite Live, traduit par M. Guerin , 10 volumes.
"
Salufte , traduit par M. Beauzée , in- 12 .
Inftructions de la jeuneſſe & de la pénitence ,
par Gobinet , 2 vol . in - 12.
Tacitus , juxta accuratiffimam D. Lallemand
editionem , in-12 .
Quintilien , traduit par M. l'abbé Gedoyn , 4
vol. iz-12.
Lettre à M. Bauvin fur la tragédie d'Arminius.
M.
J'ai appris qu'on vouloit repréſenter fur plufleurs
théâtres votre tragédie , dans laquelle on
ne peut s'empêcher de reconnoître des caracteres
énergiques , & des beautés propres à la fcène . On
a prétendu que cet enthoufalme pour la liberté ,
fi bien rendu dans votre piéce , pourroit n'avoir
point l'efpéce d'intérêt qui convient à notre forme
de gouvernement ; mais j'ai remarqué que vos perfonnages
s'expriment moins en républicains qu'en
homines pénétrés de l'amour de la liberté . Avec
quel zèle & quelle force Arminius exalte le cou
rage & la fidélité des fujets de Melo , roi des Sicambres
, en exhortant fes concitoyens affemblés
138 MERCURE DE FRANCE.
& leurs alliés à préférer l'alliance de ce roi à ceffe
des Romains qui veulent l'opprimer. Il me femble
qu'il y a dans cet éloge indirect de la mo
narchie , un art qui ne fe trouve pas dans votre
modele , ainfi que la marche de cette tragédie , &
les fituations touchantes & pathétiques du quatriéme
& cinquiéme actes qui vous appartiennent
entiérement , & qui me font croire que votre tragédie
plaira autant qu'elle intéreffera .
L. C. **
Precis hiftorique de la nouvelle méthode d'inocu
ler la petite vérole , avec une expofition abrégéé
de cette méthode , ouvrage destiné à montrer com
ment elle s'est établie en Angleterre , les grands
fuccès dont elle y a été fuivie , & qu'elle est dûe
incontestablement à M. Sutton ; par M. Power
docteur en médecine , & inftruit par l'auteur
même de la méthode . A Amfterdam & fe
trouve à Paris chez le Breton , premier imprimeur
ordinaire du Roi , rue de la Harpe.
Cet ouvrage , qui mérite d'être diftingué de
fa foule des écrits qui ont paru fur cette impor
tante matiere , eſt précédé d'un avant propos
dans lequel l'auteur rend compte des motifs qui
l'ont engagé à le publier. Ik entre enfuite en ma
tiere & expofe d'une maniere également fimple &
précife l'origine & les progrès de la nouvelle méthode
, ou de la méthode Suttonienne. Les fans
qu'il rapporte , & qui font très- frappans , femblent
montrer d'une maniere inconteftable les avantages
de cette méthode ; nous nous contenterons
d'en rapporter un dont tout le comté d'Eſſex a été
témoin , & qui eft un exemple unique en Europe
depuis que l'inoculation y a été pratiquée.
SEPTEMBRE. 1769. 139
Au mois d'Août 1765 , & dans le temps de la
moiffon , M. Daniel Sutton ( fils de l'auteur de la
méthode Yinocula , dans lapetite ville de Malden
en unjour jufqu'à 470 perfonnes de tout âge &
de tout fexe; quifurent toutesparfaitement guéries
fans qu'unefeule de celles qui étoient venues pour
faire la moiffon ait perdu unjour de travail. On
auroit peine à croire un fait fi extraordinaire , s'il
n'étoit revêtu de toutes les preuves qui peuvent
l'établir fans conteftation ; mais rien n'est plus
fort & plus précis que les certificats que M. Power
rapporte à la fin de fon ouvrage , pour confirmer
les faits qu'il a avancés. Quoiqu'il femble qu'on
ne puifle rien ajouter à leur authenticité , comme
il plaide en quelque façon fa propre caufe , &
qu'on pourroit le foupçonner de partialité , ou au
moins d'exagérer les fuccès & les avantages de la
nouvelle méthode , il rapporte en ſa faveur les
paroles même d'un médecin ( le docteur Dimsdale
) devenu célèbre par l'inoculation de l'Impératrice
de Ruffre ; & il eft für qu'on ne peut rica
de plus fort pour prouver les avantages de cette
méthode , que ce qu'en dit ce célèbre inoculateur.
M. Power fuit de cette maniere les progrès
de la méthode futtonienne depuis fon origine ,
qui remonte à l'année 1753 , jufqu'au temps où le
nombre de fes fuccès toujours foutenus , & jamais
démentis , la firent recevoir à Londres en
1766 par les plus célèbres médecins & lui donnerent
une fi grande célébrité que perfonne ne vou
lut plus être inoculé que par cette méthode .
Après avoir fait ainfi l'hiſtoire de la méthode
futtonienne , montré comment elle a commencé .
comment elle s'est établie , enfin que tels ont été
fes fuccès , que Mrs Sutton & leurs difciples ont
inoculé actuellement plus de 70 mille perfonnes
140 MERCURE DE FRANCE.
il expole en quoi elle confifte. Mais lié par fes
engagemens avec M. Sutton , il obferve , à réa
gret , qu'il y a des chofes fur lefquelles il ne peut
s'expliquer entiérement ; cependant il rapporte en
détail tout ce qu'il eft néceffaire de fçavoir fur la
préparation des perfonnes qu'on veut inoculer ;
fur la meilleure maniere de faire l'inferuion ; enfin
fur la néceffité de leur faire refpirer après l'inoculation
un air pur & frais , & de les entretenir
dans l'état qui peut le mieux conferver la fanté ,
fans cependant poufler les chofes à l'excès ; car , dit
M. Power,il nefaut pas à caufe qu'une perfonne eft
inoculée l'expofer à gagner d'autres maladies , qui
ne pourroient que déranger la marche de la naturé
dans le cours de l'inoculation . Il ne nous appari
tient pas de prononcer fur cette partie de l'ou
vrage de M. Power ; c'eft aux gens de l'art. Nous
ne pouvons cependant nous empêcher de parler
d'un avantage qu'il attribue à la méthode futto
nienne , & qui , s'il eft tel qu'il le rapporte (com
me il y a lieu de le croire par les grands fuccès
dont elle a été fuivie ) , doit être du plus grand
prix dans la pratique de cette importante opéra
tion. Voici ce qu'en dit M. Power . Quand unefois
l'inoculation a pris , nous fçavons reconnoître par
lesfymptômes qui accompagnent ce premier période
& affez tôt avant l'éruption , pour prendre les me
fures néceffaires nousfçavons reconnoître , dis -je,
de quelle nature fera la petite vérole , fi elle fera
Légere & bénigne ou abondante & d'une mauvaise
efpèce. Ce point important une fois déterminé fi
nous avons quelque crainte pour le dernier cas ,
nous for mmes en état de le prévenir defaçon à être
parfaitementfür que l malade n'aura qu'une pé
tite vérole légere . Or , notre méthode differe à cet
égard entiérement des autres qui n'enfeignentpoint
SEPTEMBRE. 1769. 141
avec certitude la maniere de prévoir avant l'éruption
, de quelle nature fera la maladie , & encore
moins lorfqu'on craint qu'elle ne foit d'une mau
vaife efpèce , les moyens de l'en emépcher ; aucun
des inoculateurs qui fuivent ces méthodes ne pouvant
prévoir le premier cas , ni prévenir le fecond.
Mais M. Daniel Sutton a parfaitement fenti que
ces deux objets devoient fixer toute fon attention ,
& que tout inoculateur devoit faire tous fes efforts
pour les remplir,fans quoi l'inoculation n'eft plus
entre fes mains qu'une opération hafardeufe , qui
peut lui laiffer toujours des inquiétudes fur les
fuites.
Nous avons rapporté en entier ce que dit M. Power
à ce fujet , parce qu'il nous paroît que ce qu'il
attribue ici à la méthode Suttonienne, forme la véritable
caractériſtique à laquelle on doit reconnoître
la vraie méthode d'inoculer. Enfin , après avoir
répondu àquelques objections que l'on fait encore
fur l'inoculation , l'auteur termine cet ouvrage
par une comparaifon des rifques que tout homme
qui n'a point cu la petite verole court chaque
mois d'en mourir , avec ceux qu'il court en
fe faifant inoculer , & il fait voir par des calculs
qui nous ont paru très-bien fondés , & où il diminue
même les rifques des perfonnes qui attendent
la petite verole , que quiconque l'attend
court tous les mois un rifque d'en mourir & cela
pendant toute fa vie , près defept fois plus grand
que celui qu'il court une feule fois enfe faisant
inoculer.
2
Cette hiftoire de l'origine & des progrès de
la méthode futtonienne , nous a paru très - intéreflante
& l'ouvrage en général bien écrit ; nous?
ne pouvons qu'exhorter à le lire , & fur-tout les
.
142 MERCURE DE FRANCE.
perfonnes que l'inoculation intéreffe , & qui prén
nent part au fuccès d'une pratique qui promet de
fi grands avantages à l'humanité..
Nous venons de lire , ou plutôt de parcourir un
nouvel éloge de M. de Chevert , fait en vers ,
par M. Vallier , colonel d'infanterie , des académies
d'Amiens & de Nancy , avec certe épigraphe
:
Stimulos dedit æmula virtus.
brochure de 24 pag. dont on trouve des exemplaires
chez Lacombe , libraire , rue Chriſtine.
Nous n'avons eu que le tems d'en extraire un
morceau, où le poëte , avec autant de vérité que
de fentiment , peint la vie privée de fon héros .
Nous voudrions pouvoir mettre tout l'ouvrage
fous les yeux de nos lecteurs ; mais ils jugeront par
ce feul trait du mérite du poëme,qui demande à être
Ju en entier , comme nous apprenons qu'il l'a été
à l'académie d'Amiens avec le plus grand fuccès.
L'auteur , en parlant de M. de Chevert , dit :
Il profcrit de chez lui la honteufe indolence ,
L'indécente magnificence
Qui ne fert qu'à nous amolir;
Il vit dans une honnête aiſance ,
Et ce béros aime à faire fentir
Qu'elle eft le fruit , la récompenfe
Dont fes travaux le font jouir.
Sa fortune eft le prix de fa perfévérance ;
Son ame vertueuse en chérit les moyens ,
SEPTEMBRE. 1769. 143
Les amis de l'état feront toujours les fiens.
Tous ceux qui l'ont fervi , tous ceux qui s'y defti
nent
Sont accueillis , font careflés ;
Il parle avec les uns de leurs travaux paffés ,
Les autres attentifs s'inftruiſent , examinenţ
S'ils ont en eux les talens du guerrier,
Le caractere du métier ,
Force , fanté , bravoure , intelligence ,
L'activité , la patience.
Il en fait voir l'utilité,
Il leur en donne des exemples ;
Des lauriers qu'il cueillit , les moilons les plus
amples
En prouvent la néceffité.
En tel endroit , dit-il , j'eus befoin de prudence,
Ici de patience , & là de fermeté ;
Affez grand pour vanter lui-même fa vaillance
En telle occafion fon courage exalté
Vainquit , dit-il , la réſiſtance
D'un pofte qu'il ne dut qu'à la témérité.
Il en fait la peinture avec vivacité :
Là , c'eft un pont qu'il force ; ici , c'eft un fourage,
Un convoi qu'il attaque , un fecours qu'il défit,
Son ame anime fon vilage.
Son vifage peint ce qu'il dit ;
A ce qu'il dit fon gefte ajoute encore.
Il les remplit du feu qui le dévore ,
Il encourage , il étonne , il inftruit,
144 MERCURE DE FRANCE
Occupé du bonheur , du bien de fa patrie ,
Il donne des confeils au défaut de fon fang ;
Aces jeunes guerriers il propoſe ſon rang ,
Ses bienfaits , fes honneurs & l'éclat de fa vie.
Ah !.. je tiens tout , dit- il , du maître bienfaiſant
Dont les bontés encore à mon ame attendrie
Se retracent en vous parlant.
Et dans ce moment même il répandoit des larmes ,
Larmes d'amour , larmes de prix ,
Tous ceux qui l'écoutoient en partageoient les
charmes ;
L'état un jour en cueillera les fruits.
Des vieux guerriers il réveille le zèle :
Il donne de l'audace aux moins ambitieux ,
Les plus jeunes déjà le prennent pour modele ,
Il fe plait à fervir leurs projets courageux.
Amis , crédit , il met tout en uſage ;
Il procure aux uns des emplois;
Il vante ceux dont le courage
Servit à les fuccès , feconda fes exploits.
Il éleve pour eux fa voix. i
Il leur en fait recueillir l'avantage.
Ce font de braves citoyens
Dont il revere encore les liens ;
Il en ranime la conftance.
Il aime à les entretenir
De fiéges , de combats , d'attaques , de défenſe.
Il leur vante fur-tout l'efprit de dépendance ,
La néceffité d'obéir.
3 1 ...
Sa
SEPTEMBRE. 1769. 149
Sa maiſon eft enfin l'école de la France
Oùl'on apprend à la fervir.
La prise de Prague eft un autre morceau où l'au
teur n'a pas mis moins de chaleur que fon héros
en combattant fous les murs de cette ville. On
croit voir M. de Chevert ; on croit l'entendre ; &
pour rendre fi naturellement des actions de ce genre
, il faut être tout à la fois bon poëte & bon
foldat.
On a fait à Euphemie les mêmes honneurs qu'à
Comminge. Cette premiere piéce vient d'être traduité
en vers hollandois par M. Jean Vandick ,
profefleur en théologie & miniftre de l'églife proteftante
à Maëftricht. Cette traduction eft regardée
comme un ouvrage excellent par les perfonnes
qui poflédent l'idiome hollandois. L'auteur a fçu
rendre , avec une énergie finguliere , ce qu'il y a
de plus intéreffant dans l'original , & l'on ne fçauroit
trop encourager fes talens. Il faut peut être
autant de génie pour bien traduite que pour créer,
le plus grand mérite de l'homme de lettres étant
dans l'expreflion .
Le temple du bonheur , ou Recueil des plus excel
lens traités fur le bonheur , extraits des meil
leurs auteurs anciens & modernes ; 3 volume
in7--112 brochés , prix 6 liv.; à Bouillon aux dé
pens de la fociété typographique , & le trouve
à Paris chez Lacombe , libraire rue Chriftine ,
1769.
Le premier volume renferme le traité de l'in-
Auence de la vertu & du vice fur le bonheur &
G
146 MERCURE DE FRANCE.
le malheur , avec des réflexions philofophiques ,
tirées de divers traités de Plutarque , par M. L.
Caftilhon.
Un traité de la vie heureuſe , traduit de Seneque
, par M. de la Métrie,
Deux difcours de Maxime de Tyr , traduits par
M. Formey ; le premier , que la volupté n'eft pas
la fin de l'homme ; le fecond , que la volupté eſt
la fin de toutes chofes.
Les quatre philofophes , ou de la diverfité des
fentimens fur les moyens de rendre la vie heureuſe
, par M. D. Hume.
Effai de philofophie morale , par M. de Mau-
-pertuis.
Réflexions fur le bonheur , par M. de la Cafe.
Dialogues entre un phyficien & un moraliſte
fur les effets de l'état de fécurité néceflaire au
bonheur ; & fur le pouvoir de l'expérience bien
éclairée , par M. de la Cafe,
Penfees fur le bonheur , par M. de Fontenelle.
Réflexions fur le bonheur , traduit de l'italien.
De la nature des fenfations mixies , compofées de
plaifirs & de déplaifirs , par M. Mosès .
¡ On a recueilli dans le fecond tome Le bonheur
ou nouveau fyftême de jurifprudence naturelle
attribué à M. Formey.
Le bonheur & le plaifir , articles extraits de
I'Encyclopédie."
Ellai fur le bonheur , ou réflexions philofophiques
fur les biens & les maux de la vie humaine
, attribué à M. Formey.
> Théorie des fentimens agréables .
Confidérations fur les moyens de fe rendre heu
SEPTEMBRE . 1769. 147
reux dans la fociété en contribuant au bonheur
des autres. Ce morceau eft extrait de la fociété
civile , par le P. Buffier .
On trouve dans le tome troifiéme , un traité
de l'utilité , du choix & de l'ufage des plaifirs ,
extrait du vrai mérite , par M. le maître de
Claville.
Théorie générale du plaifir , par M. de Sulzer.
Des réflexions fur l'origine du plaifir , par M.
Keftner.
Un mémoire fur la durée & l'intenfité du plaifir
& de la peine , par M. de Merian.
Traité du bonheur , par M. de Serres de la
Tour.
Difcours fur la nature du plaifir , par M. de
Voltaire .
Theleme & Macare , conte en vers , par M. de
Voltaire.
Il nous fuffit d'avoir cité les traités renfermés
dans ce recueil pour en faire connoître le mérite
& pour exciter le defir de fe procurer une collection
auffi précieufe & auffi agréable.
On trouve chez le même libraire des exemplaires
du traité de Tactique , ou méthode artificiel
le pour l'ordonnance des troupes , ouvrage publié ,
& imprimé à Conftantinople par Ibrahim Effendi,
officier mutteferrika de la Porte Ottomane , l'an
de l'hégire 1144 , qui eft lá premiere année après
la derniere rébellion & la dépofition du fultan
Ichmet , arrivée l'an 1730 de l'Ere Chrétienne
traduit du turc , 1769 , in- 8 ° broché, prix tliv.
16 fols . 1
Ce traité de tactique eſt curieux dans les cir
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
conftances préfentes. Il contient des préceptes
utiles & des exemples de difcipline que l'on eft
très- aife de comparer avec les détails de l'art de
guerre des autres nations de l'Europe. la
Voyage au temple de la piété & autres oeuvrés
diverfes , par M. Compan , feconde édition corrigée
& augmentée ; petit in- 12 d'environ deux
cens pages; à Paris chez Merigot jeune , libraire ,
Quai des Auguſtins.
On a rendu compte dans le temps de ce recueil
, dans lequel l'auteur a fçu présenter les préceptes
de la morale & de la piété fous les attraits
de fictions ingénieufes.
Lajeune fille féduite & le Courtisan_hermite ,
contes traduits de l'anglois par M. le Tourneur,
brochure de so pag. in- 12 , 15 fols ; in- 8 ° 20 f. ;
à Paris chez Lejay , libraire rue Saint-Jacques.
Le même libraire vient de publier la feconde
édition des Nuits d'Young fous ces deux formats.
M. le Tourneur y a ajouté une traduction
de Jeanne Gray , ou le triomphe de la
Religion fur l'amour , poëme d'Young.
Nous rapporterons à l'occafion de cette nouvelle
édition , une lettre de M. de la Harpe en
réponse à celle de M. de la Borde * au fujet des
Nuits d'Young , & fur le mérite de l'auteur & du
traducteur.
A Meudon ce 24 Juin 1769 .
Je ne reçois qu'en ce moment des mains de M,
de Champfort la lettre que vous n'avez fait l'hon-
* Amateur éclairé des arts & de la littérature,
* connupar fon génie pour la mufique.
!
SEPTEMBRE. 1769. 149
neurde m'adreffer il y a plus d'un mois. Plufieurs
voyages que j'ai faits dans différentes maifons
de campagne l'ont empêché de me la remettre plûtôt
, & c'eft notre excufe à tous deux. Vous aurez
vu dans le Mercure la maniere dont je parle de
la traduction d'Young , à laquelle vous prenez
intérêt. Vous aurez vu qu'on vous avoit allarmé
un peu mal -à-propos fur le compte que j'en
devois rendre , & ce n'eft pas la premiere fois
qu'on m'a prêté des difpofitions dont je fuis fort
éloigné. Vous avez très- bien deviné que les réflexions
critiques que je pourrois faire porteroient
plutôt fur l'auteur anglois que fur la verfion
de M. le Tourneur & fur fes talens . Je me
fuis exprimé à ce fujer de maniere à fatisfaire
ceux qui l'aiment , & peut- être lui - même . Je
puis dire comme vous que je n'ai pas l'avantage
de le connoître ; mais je fuis lié avec plufieurs de
Les amis ; &c'eft fur-tout d'après leurs témoignages
que j'ai eu le plaifir d'imprimer que quand il parle
de la vertu , il a l'air de la fentir. Je vous crois
donc actuellement bien rafluré fur ce qui le regarde
, & je me félicite d'avoir éré de votre avis
fur le mérite de fa traduction avant d'avoir lu
la lettre où vous avez la bonté de le développer
avec tant de juſteſſe & de goût ,
Mais permettez- moi , puifque vous m'en offrez
l'occafion , d'appuyer ici de quelques réflexions
les idées rapides que j'ai hazardées dans le Mercure
fur les Nuits d'Young. Comme ma façon de
penfer fur cet auteur n'eft pas tout à fait la vôtre ;
je me crois intéreflé à la difcuter avec vous . J'ai
fort envie que nos principes fe rapprochent , & fi
c'eft amour - propre en moi , il ne peut tourner
qu'au profit de la vérité,
Je commencerai par vous dire , avec ma fran-
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
chife ordinaire , que je ne regarde point Young
comme un grand poëte , ni fes Nuits comme un
bon ouvrage. Un poëte , un vrai poëte eft l'eniant
de la nature , il eft riche & facile comme
elle. Comme elle , il produit avec cet air d'aifance
& de grandeur qui convient à la puiflance créatrice
: femblable en tout à la nature , il femble
que les ouvrages foient fortis de fa main fans travail
& fans effort. Mais l'effort , le travail paroiffent
à tout moment dans Young. Il s'appefantit
avec une forte d'obftination fur un feul objet ,
& c'est le propre d'un déclamateur dont les idées
font circonfcrites dans un petit efpace , & qui le
replie fans ceffe fur lui-même, comme ces chevaux
de brafferie qui après avoir tourné long- temps ,fe
retrouvent au point d'où ils étoient partis . L'imagination
d'un poëte eft plus active , elle parcourt
avec rapidité les objets qui la frappent , & les
peint à grands traits . Elle ne dit pas tout ce
qu'on pourroit dire , mais elle dit ce qu'il y a
de mieux à dire. C'eft la différence fpécifique
du rhéteur & du grand écrivain . Celui- ci eft plus
riche en dix vers que l'autre en mille . Virgile
Jen cinq ou fix coups de crayon trace bien mieux
une tempête que Lucain qui épuiſe les couleurs
& les entafle fans vérité & fans proportion ; l'un
fait un tableau achevé , l'autre une caricature
ridicule & revoltante . On fouffre avec l'écrivain
qui s'efforce,comme avec un danfeur qui grimace.
La facilité plaît en tout genre , & les hommes qui
ont des organes délicats , ne reconnoiflent pour
poëte que celui qui affecte délicieufement leurs fens
& leur ame fans les avertir jamais qu'il lui en ait
rien couré.C'eftpour celaque les anciens qui étoient
fi fenfibles ont feint que les poëtes étoient inspirés .
Quand ils chantent , la Mufe eft derriere eux qui
dicte,comme le Lutin dictoit les beaux vers de CorSEPTEMBRE.
1769. 151
neille. N'aime-t - on pas cent fois mieux une danſe
on noble , ou voluptueufe , ou gaie , que les tours
de force d'un fauteur ? Lucain , Seneque , Stace ,
Claudien font des tours de force ; Virgile & Horace
fçavent danſer .
En appliquant ces principes à Young , vous
verrez que c'eft une tête exaltée qui au lieu de
laiffer à la douleur fon cours naturel , la pouffe
& la précipite fur une foule d'objets qui
lui font étrangers , la ranime lorfqu'il la fent
épuifée , fait la fatire du monde lorfqu'il ne pleure
plus fa fille , & devient prédicateur lorsqu'il n'eft
plus trifte ; enfin au lieu d'une élégie touchante
ne fait qu'un long fermon fur Dieu , l'éternité
la mort , où l'on trouve quelques grandes idées
qu'il étouffe dans un amas d'idées bifarres ou gigantefques
, & dont un morceau cité peut être
agréable , mais qu'il eft prefque impoffible de lire
de fuite .
Il me femble , Monfieur , qu'une douleur vraie
n'eft ni fibavarde , ni fi rhétoricienne ; elle a plus
de fentimens que de figures , & plus d'effet que de
prétentions. Oferai- je vous dire ce que je penfe ?
J'aime mieux ces deux vers de Virgile fur Orphée
qui pleure Euridice ,
Te , dulcis conjux , te folo in littore fecum ,
Te , veniente die , te , decedente , canebat...
que toutes les Nuits d'Young. Je crois entendre la
douleur elle- même. Chaque fyllabe , chaque fon
la porte dans mon ame , chaque mot la peint. Je
fuis feul avec Orphée & avec le rivage. Je le vois
pleurant le matin , je le vois pleurant le foir, &
toujours pleurant Euridice , & je pleure avec lui .
Il n'y a pourtant que deux vers , mais ces deux
Giy
152 MERCURE DE FRANCE.
vers réveillent cent idées ; le grand art eft d'émouvoir
l'imagination ; le grand défaut eft de la
raffafier. Il fuffit de la mettre en chemin ; elle va
bien plus loin que l'auteur , & fe croit conduite
parlui.
Je vous dis librement mon avis fur un art que
j'idolâtre & qui peid tous les jours parmi nous,
à mesure que nous gagnons d'un autre côté.
Quant à l'autre partie de votre lettre qui regarde
le fuccès que pouvoit avoir la traduction de M.
le Tourneur , il vous a répondu pour moi , &
fûrement vous n'êtes pas fâché que l'événement
Vous ait condamné. Vous prétendez que cet ouvrage
ne pouroit plaire ni aux gens de lettres ,
ni aux femmes , ni au commun des lecteurs . On
en eft à la troifiéme édition . Voilà ce qui s'appelle
répondre.
Vous me direz peut- être que c'eſt à moi auſſi
qu'on a répondu ; mais je vous prierai de faire
réflexion que je n'ai rien dit qui prouvât que l'ou
vrage ne dût pas réuffir , mais feulement qu'il ne
feroit pas relu ; & en ceci le tems eft juge comme
en toute choſe.
Quoiqu'il en foit , Monfieur , je ſuis charmé
que cet ouvrage ait commencé la réputation que
M. le Tourneur paroît devoir acquérir un jour.
Il admire beaucoup Young , mais je fuis perfuadé
qu'il fera mieux que lui. Corneille admiroit Lucain
, & il l'a bien furpaffé .
J'ai l'honneur , & c.
Grammaire générale & raifonnée de Port-Royal ,
contenant les fondemens de l'art de parler expliqués
d'une maniere claire & précife , avec
des remarques de M. DUCLOS , fecrétaire perpétuel
de l'académie françoife , membre de
l'académie des infcriptions & belles – lettres ,
-
SEPTEMBRE . 1769. 153
t. cenfeur royal , & c. Et un fupplément de M.
l'abbé FROMENT , vol . in 12. nouvelle édition,
chez Delalain , rue & près de la Comédie Françoiſe.
Cette grammaire eft trop connue & trop répan
due pour qu'il foit néceffaire d'en relever ici le
mérite. On ne peut avoir recours à un guide plus
fûr , principalement depuis les remarques de M.
Duclos , & les obfervations de M. l'abbé Froment.
Réponse au mémoire de M. l'abbé Morelletfur la
Compagnie des Indes , imprimée en exécution
de la délibération de MM. lcs Actionnaires,
prife dans l'aflemblée générale du 9 Août 1769.
A Paris , de l'imprimerie royale , broch. in-4° .
de 50 pages.
M. Neker , dans cette lettre intéreflante , inftructive
, & bien faite , attaque M. l'abbé Morellet
fur les procédés , fur fes principes & fur les
faits expofés dans fon mémoire. Il examine rapi
dement les fervices rendus à l'état par la compagnie
; les droits des Actionnaires , l'évaluation de
leurs biens , les profits du commerce , la poffibi
lité d'emprunter , la queftion de la liberté du com.
merce des Indes. Son mémoire a obtenu les applaudiflemens
unanimes des Actionnaires opinans
pour la continuation de leur commerce ; il eft
près-propre à les confirmer dans cet avis. Il nous
paroît mériter, quant à la forme , le fuffrage du
public. Quant au fonds , nous ne croyons pas
qu'il ébranle les partfans de la liberté; & M. l'ab
bé M. ne le laiflera pas fans réponſe. L'auteur
nous apprend qu'il a fait cet ouvrage en quinze
jours, quoique diftrait par des occupations indi-
Gy
1
154 MERCURE DE FRANCE.
penfables : c'eſt une preuve de fon zèle & de fes
calens.
Lettre de M. le comte de Lauraguais à M. Godeheu
auteur de lobfervation publiée fur un paffugede
fonMémoire.
fi
Hier au foir , Monfieur , on me donna dans la
rue une feuille imprimée ; je crus recevoir une
feuille antivénérienne ; je les reçois toujours avec
un fentiment très- vénérien : je me fers de cette
expreffion , parce qu'il me paroît bien welche
d'appliquer ce mot rendre & confacré par Catulle
à l'art enchanteur & doux de Lefbie , à l'art cruel
& nouveau que Celfe ne connoilloit pas . Riez fi
vous voulez , mais permettez moi de rire encore
de la furprife oùje fus en voyant qu'on me donnoit
une recette contre une opinion que vous prétendez
honnêtement que je vais accréditer , parce
que je ne la combats Mais , Monfieur ,
pas.
vous prenez la peine de juftifier l'adminiftration
fur toutes les inculpations de M. l'abbé Morellet,
commevous le faites à l'égard des 1,005,661 liv. ,
la feule chofe dont je pourrai douter alors fera de
la reconnoiflance des adminiftrateurs pour vous.
Vous convenez qu'ils n'avoient pour honoraires ,
depuis 1730 jufqu'en 1740 , que pour furle
bénéfice nét de la Compagnie. M. l'abbé Morellet
avance que la Compagnie n'a point fait de bénéfice
dans cet efpace de temps , & cependant que
les Adminiftrateurs fe font répartis 1,005,661 liv.
Au lieu de répondre à cette allégation que le bénéfice
net des actionnaires ayant été de 33,514,063
livres , les directeurs ont dû partager entre eux
1,005,661 liv .; vous me dites que j'aurois dû calculer
que 1,005,661 liv. ne donnoient par an que
SEPTEMBRE. 1769. 155
13967 liv . à chaque directeur ; je calcule comme
vous , Monfieur , mais je ne raiſonne pas de même.
Vous conclucz de cette divifion que les actionnaires
ont eu 33,514,063 l . cetre répartition
fuppofe en effet ce bénéfice . Mais le réalife- t - elle !
Si c'eſt en raiſonɛant ainſi que vous croyez décharger
l'administration d'une imputation odieuse ,
je pense qu'elle peut croire que vous la chargez
d'un fait qui n'étoit qu'une allégation avant votre
aveu. Quoi qu'il en foit je vous fais mon compliment,
deparler à charge & à décharge , au lieu de'
me plaindre que vous ayez mis fur mon compte
un fait que je rapporte avec plufieurs autres
faits , tandis que vous auriez pu remarquer , que
loin de vouloir les accréditer , j'ai fait ufage de
la réponse que l'adminiftration m'a faite , fur
l'imputation la plus grave : il s'en faut bien ,
Monfieur , que j'admette comme vraies toutes les
chofes qu'on ne peut pas démontrer être fauſles ;
il est très - louable à vous de vous élever contre
les foupçons que M. l'abbé M. a jerés dans
fon Mémoire fur la Compagnie , mais il eſt encore
plus cruel de prétendre les rejeter comme
vous le faites. Il falloit prouver que les actionnaires
eurent 33,514,063 liv . de bénéfice net depuis
1730 jufqu'en 1740.
Je fçais bien qu'on peut répondre à cela , que ce
capital fut produit par le commerce , & employé
aux dépenſes néceflaires au commerce ; mais ne
voyez-vous pas que c'eſt prouver en même temps
que les actionnaires n'ont pas eu 33,514,063 liv.
de bénéfice net , ce capital eût - il exifté ; voilà
qui eft net. Mais , il n'y a qu'à s'entendre , &
la vie en devient bien plus douce. Quand vous
nous direz , par exemple , que M. Orry marchoit
Lout bonnement fur les traces du Cardinal de Ri-
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
chelieu , de Sully , de Colbert , & de M. le Régent
lui même; au lieu d'imaginer que vous regardez ,
Sully & le cardinal de Richelieu , comme les fondateurs
de la Compagnie des Indes , & que vous
ignorez que tous ces hommes illuftres fe font tracés
des routes bien différentes ; on fçaura que vous
vouliez dire que M. Orry ne fçavoit laquelle il
devoi : fuivre. On voit nettement , par exemple ,
qu'en parlant de M. le Régent vous ne faviez pas
qu'on trouvoit dans les mémoires du fameux du
Gay Trouin : lapremiere chofe que M. du Gaypropofa
à M. le Régent quivenoit de lui donner laplace
honorable de chefdu confeil des Indes , fut defupprimer
ce confeil , du moins d'en changer la forme
qu'iljugea tropfaftueuse pour une affemblée de commerce
, il croyoit lafimplicité & la confiance que de
mande le commerce peu compatibles avec unfigrand
appareil. Mais je ne fuis pas furpris, Monfieur , qu'après
avoir entrepris autrefois dejuftifier par vos ta-
Tens la Compagnie des Indes fur le fort qu'elle
préparoit à M. Dupleix , vous lui confacriez
aujourd'hui votre éloquence ; vous êtes toujours
occupé de fa gloire. Moi je ne fuis qu'un
imple actionnaire , un négociant ; je m'occupede
nos intérêts ; fi je parois vouloir éteindre l'êtincelle
de la liberté qui nous unit , c'eft que je crains
qu'elle ne nous confume tout à fait lans avoir jamais
produit de flamme. Il ne faut pas croire que
fexcellente marine de la Compagnie fût anéantic,fi
les actionnaires ceffoient un commerce que je crois
excellent en lui- même , mais dont le réfultat eft de
les ruiner: Il est bien évident au contraire que les
moyens qui rendront le commerce profpere font
les feuls qui feront fleurir la marine. Mais la diftance
des lieux , le mêlange d'autorité , la contráriété
d'intérêt, font les caufes d'un changement in
SEPTEMBRE. 1769. 157
>
difpenfable,s'il en eft tems encore.L'adminiſtration
de la Compagnie des Indes a toujours le commiflai
re du Roi entre elle & nous , & le commiflaire du
Roia l'adminiſtration entre la Compagnie &iui.Le
privilege exclufifnous rend des favoris & nous empêche
enfin d'être des marchands : il pourroit fans
doute augmenter notre fortune , mais ne fut il pas
donné à des conditions onéreufes en elles- mêmes , il
eft certain qu'il nous empêche de nous fervir de
nos forces naturelles , & je pense que les action.
naires ne peuvent commencer à faire réellement
le commerce avec avantage que lorsqu'ils renonceront
à ceux dont ils ont cru jouir jufqu'alors.
Je fouhaite que nous n'ayons pas porté l'illu
fion au point qui rend la diffolution de la Compagnie
néceflaire. M. Neker dont vous
verrez bientôt l'oraifon contre l'arufpice M.
n'admet que cinquante millions de bien à la
Compagnie. Je fuppofe que nous engagions nos
30 millions libres fur le contrat de nos rentes
viageres , il nous refte 20 millions , dans lefquels
font compris 17 millions d'immeubles. Or notre
commerce fuppofe le fonds de deux expéditions &
demie , & l'on ne peut pas les porter au deffous de
so,cco, ooo ; il nous manque par conféquent 20
millions pour faire ce commerce . Eft- ce un grand
malheur de ne pas avoir la gloire de rifquer de
tout perdre par un feul événement? Ne doit on pas
le prévoir , & peut- on ne le pas craindre ? Ne ſeroit-
ce pas enfin une chofe inconcevable & même
ridicule de nous voir faire l'impoffible pour parvenir
à nous ruiner fans reflources? Tandis qu'en nous
liquidant , nous conferverons ce que nous avons ,
& nous jouirons d'un fonds que le commercepeut
anéantir d'un moment à l'autre. Mon avis a été
dicté par l'amour de la propriété , & par celui de
la fûreté de cette propriété . Car la caille d'efcomp158
MERCURE DE FRANCE.
te eft une affaire de calcul , qui me paroît avanta
geufe , puifqu'en la formant nous ne ferions pas
foumis au fort des autres rentiers , & que l'efcompte
feroit fructueux pour ceux qui formeroient
cette caifle , indépendamment de l'avantage général
de forcer l'intérêt de l'argent à abaiſler.
Le Comte DE LAURAGUAIS .
CONCERT SPIRITUEL.
LE mardi 15 Août 1769 , jour de l'affomption
, on a donné au Concert Spirituel
une fymphonie fuivie d'un air Italien
de Traetta chanté avec goût par Mile
Leclerc. M. Bezzozi a enchanté par fon
exécution étonnante fur le hautbois . M.
Varin , belle baffe- taille , a chanté Inclina
me , motet à voix feule de M.
Martin . M. Cramer , premier violon de
S. A. S. Mgr l'Electeur Palatin a exécuté
un nouveau concerto de fa compofition.
Il a uni dans fon dernier morceau une
romance agréable à un air de chaffe faillant
, & il a fait briller fon talent fupérieur
, pour rendre également le beau
fimple , & les difficultés propres à fon
inftrument. Mlle Leclerc a chanté un
fecond air Italien . Le Concert a fini pat
in convertendo Dominus , nouveau Moter
SEPTEMBRE. 1769. 159
à grand choeur de M. l'abbé Girouft , cidevant
Maître de Mufique de l'Eglife
d'Orléans , actuellement Maître de Mufique
des SS . Innocens .
O PER A.
L'ACADÉMIE royale de mufique a donné
le 18 Août des fragmens compofés de
la Provençale , d'Anacréon & d'Hippomene
& Atalante, ballet héroïque , dont
M. Brunet a fait les paroles , & M. Vachon
la musique .
La fcène fe paffe dans un bois où l'on
voit le temple de Vénus préparé pour
célébrer la fête qui doit couronner le
vainqueur d'Atalante ; les autres amans
dont elle aura triomphé devant être facrifiés
au lieu même de la courfe dont
elle doit être le prix. Cette fiere princeffe
prie le ciel de ne pas trahir fa gloire,.
& cependant elle craint d'être obligée
d'immoler Hippomene ; ce prince paroît
, elle voudroit le détourner d'un projet
qui peut lui devenir funefte .
Mais l'Amour défend à fon coeur
D'écouter une crainte vaine ,
Quand elle eft le prix du vainqueur ,
La victoire devient certaine.
160 MERCURE DE FRANCE .
La mere d'Hippomene qui eft grande
prêtreffe de Vénus , fort du temple de
cette Déeffe ; elle voudroit auffi faire oublier
à fon fils un deffein téméraire ,
mais Vénus paroît fur fon char & promet
la victoire à Hippomene au moyen
des trois pommes d'or avec lesquelles il
rallentira la courfe de fon amante ; car
Les voeux les plus foumis , Fardeur la plus conítante
Ne rendent pas toujours victorieux.
Hippomene avec ce fecours vole dans
la lice , & fa mere fe met en prieres
avec fes prêtreffes pour le triomphe de
fon fils que les peuples annoucent par
leurs cris , & qui paroît bientôt avec
Atalante qui convient ,
Qu'on fuit avec peine
Quand on fuit un tendre amant.
Leur hymen termine ce ballet , qui n'a
pas eu d'abord tout l'effet qu'on pouvoit
s'en promettre , quoique les rôles d'Atalante
& d'Hippomene aient été bien
rendus par Mlle Beaumenil & M. Legros
, ainfi que celui d'Athenaïs par Mlle
du Plant ; ce perfonnage n'a pas paru affez
intéreffant , & l'on n'a point partaSEPTEMBRE.
1769. 161
gé fes allarmes pour un fils dont le fort
étoit connu d'avance . En général on auroit
defiré que cette fable fût traitée d'une
maniere plus galante que tragique , &
l'on auroit fouhaité que les auteurs fe
fuffent moins appefantis fur un fujet qui
porte pour titre la courfe d'Hippomene
& d'Atalante ; tel qu'il eft , on ne fauroit
difconvenir qu'il ne foit bien écrit
pour les paroles comme pour la mufique ,
& qu'au moyen de quelques retranchemens
faciles & de peu d'importance , on
ne puille s'en promettre plus de fuccès par
la fuite. Mlle Heinel & M.Veftris ont dan.
fé très- noblement dans le ballet allégori
que qui termine cet acte , & qui eft de la
compofition de M. Veftris. Le public n'a
point refusé de juftes applaudiffemens ,
mais il les auroit prodigués fans doute
avec plus d'abondance , s'il ne s'étoit attendu
à voir la courfe qui doit faire
ou le fujet ou l'ornement de la pièce.
Les traits de fable ou d'hiftoire connus
doivent toujours être préfentés du côté
piquant qui les a rendus célébres. Le fpectateur
ne veut point entrer dans la difficalté
qu'il y a de les mettre au théâtre ,
il faut y renoncer ou le fatisfaire.
Cet acte a été précédé de la Provençale
162 MERCURE DE FRANCE.
dont les paroles font de Lafonds & la mufique
de Mouret. Mlle Rofalie , Mile
Duranci & M. Gelin ont très - bien rendu
les rôles de Florine , de Netine & de Cryfante
; le ballet qui l'a terminé d'une
maniere très fatisfaifante , eft de M. Laval
, & M. Trial y a joint quelques airs
du pays, arrangés avec beaucoup de goût
& de gaïté.
Le fpectacle a fini par Anacréon , acte
charmant que l'on doit aux talens réunis
de M. Bernard & du célébre Rameau :
la fcène fe paffe dans la maifon d'Anacréon
, où il paroît au milieu de plufieurs
convives environnés de jeunes efclaves
qui leur verfent à boire , qui les couronnent
de fleurs , & qui forment autour
d'eux des danſes tantôt vives , tantôt voluptueufes
; elles font interrompues par
une prêtreffe de Bacchus qui paroît ſuivie
de Ménades portant des thirfes &
des flambeaux ; elle eft indignée qu'Anacréon
partage avec l'amour un hommage
que Bacchus veut obtenir feul ; les fuivans
de cette prêtreffe livrent un combat
à ceux d'Anacréon . Lycoris fa maîtreſſe
qu'on veut lui enlever , eft pourſuivie
fans ceffe par une Ménade furieufe ; les
Bacchantes triomphent ; Lycoris difpaSEPTEMBRE.
1769. 163.
roît , & l'on brife la ftatue de l'amour.
Anacréon accablé de trifteffe congédie
les convives , il s'affied fur fon lit
& la plus douce fymphonie l'invite au
fommeil : il eft bientôt interrompu par le
bruit du tonnere & par les cris d'un enfant
qui excitent fa pitié ( la fable de
l'amour mouillé eft ici bien ingénieufement
employée ) il paroît fous l'habit
d'un jeune efclave que Lycoris a chaffé
dans la douleur d'avoir été abandonnée
par un ingrat .
ANA CRÉ o N.
Quoi ! Lycoris brûloit d'une ardeur auffi tendre !
L'AMOUR , déguifé en efclave.
Si l'ingrat avoit pu l'entendre !
S'il eut vu fon funefte fort !
Mais longe- t'il à fon amante ,
Dans les bras de l'Amour , Lycoris eft mourante ,
Et dans ceux de Bacchus le parjure s'endort .'
ANA CRÉ ON.
Quel est donc cet amant coupable ?
L'AMOUR.
Ah ! de tous les mortels , il fut le plus aimable.
164 MERCURE DE FRANCE.
Avant ce jour
C'étoit l'Amour
Qui tenoit chez lui ſon empire ;
Les Graces montoient fa lyre ;
Les Jeux venoient à l'entour
Danfer, folâtrer & rire.
Aujourd'hui la fureur d'un bachique délire
Les a bannis de ce féjour.
ANACREON.
Le déclin de l'âge
Peut-être l'engage
A quitter leur cour.
On fuit avec moins de peine
Un vieillard comme Silene
Qu'un enfant comme l'Amour.
L'AMOUR.
L'infidéle , fur les traces ,
Guideroit encor les Graces ;
Et je fais que Lycoris ,
De l'amant qui l'abandonne ,
N'auroit pas donné l'automne
Pour le printems d'Adonis.
SEPTEMBRE . 1769. 165
Anacréon pénétré de regrets , avoue
qu'il eft ce criminel amant : dans cet
efclave mystérieux il reconnoît fon maître
, & fe jette aux pieds de l'amour qui
lui rend fa chere Lycoris ; elle paroît à
l'inftant au milieu des jeux & des ris ,
l'amour les réconcilie avec les fuivans de
Bacchus , & Lycoris préfide à cette fête.
Graces , élégance , délicateſſe , intérêt,
gaïté , tout fe trouve réuni dans ce poëme
délicieux : eh ! qui pourroit faire parler
plus dignement l'Anacréon de la Ġrece
que l'Anacréon de la France .
Le fpectacle eft terminé par un baller
très- agréable de la compofition de M.
Lany , il eft exécuté par Mlle Guimard
qui remplit le rôle de Lycoris avec toutes
les graces qui accompagnent fes pas.
Mlles Allard , Affelin & M. Dauberval
infpirent tous les plaifirs qui font attachés
fur les leurs , & qui fuccédent agréablement
à ceux d'un autre genre qu'ont
fait éprouver Mlle Rofalie dans le rôle
de l'amour , & M. Larrivée dans celui
d'Anacréon ,
166 MERCURE DE FRANCE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE 31 Juillet , avant la repréſentation
d'Iphigénie , un acteur s'avanca & prononça
ce petit difcours :
Meffieurs , nous allons vous préſenter
le dénouement d'Iphigénie en action .
Nous fouhaitons que ce foit varier vos
plaifirs. Cet effai ne peut être regardé
comme téméraire , puifqu'on a employé
& confervé , avec le refpect le plus fcrupuleux
, les mêmes vers de M. Racine ,
& que l'unique changement confifte à
mettre en fpectacle & fous les yeux , ce
qui étoit en récit.
*
Voici ce nouveau dénouement :
Madame , & rappellant votre vertu ſublime, .. :
Euribate , à l'autel conduifez la victime,
e .
En prononçant ces deux derniers vers
de la 3e fcène du se acte , Iphigénie s'avance
aux foldats qu'Euribate a amenés ,
& dont les uns l'entourent ,
tandis que
A l'exception de dix ou douze , abfolument
néceffaires pour lier l'action!
SEPTEMBRE. 1769. 167
les autres ferment le paffage à Clytemneſtre
:
CLYTEM NESTRE.
Ah ! vous n'irez pas feule, & je ne prétends pas ...
Mais on fe jete en foule au devant de mes pas :
Barbares , contentez votre foif fanguinaire.
GINE
Qu'efpérez-vous , Madame , & que pouvez-vous
faire ?
Calcas vient fe placer à l'autel ; il eft
fuivi d'Agamemnon qui fe couvre le vifage
de fes mains. Eryphile & fa confidente
font affez près de lui ,
CLYTEM NESTRE.
Hélas! je me confume en d'impuiflans efforts ,
Et rentre au trouble affreux dont à peine je fors. "
Quel tourment ! quelle horreur ! ô mere infortunée
!
De funébres feftons , ma fille couronnée ,
Tend la gorge aux couteaux par fon pere aprêtés...
C'est le pur fang des dieux.. inhumains , arrêtés, ..
Que vois-je ! Achille accourt , ah ! le fort fe déclare
.
168 MERCURE DE FRANCE.
A CHILL E.
Fuyez , lâches bourreaux : tremble , prêtre barbare.
Le fer à la main , fuivi de cinq ou
fix des fiens , il fe précipite fur les foldats
qui emmenent Iphigénie , les enfonce
& leur arrache cette princeffe; il
la tient par la main ; elle femble faire
quelque réfiftance pour le faivre.
Seigneur...
IPHIGÉNIE.
CLYTEMNESTRE , allant à elle.
C'eft ton époux , c'est notre unique appui ,
Achille eft le feul Dieu qui nous refte aujourd'hui.
Il les place au milieu de fes Theffaliens
qui fe preffent d'arriver & qui fe
rangent fur un côté du théâtre , tandis
que les Grecs arrivent auffi du côté oppofé.
A CHILLE , aux Grecs.
Venez me l'arracher,
ULISSE.
Oui , contre un facrilége ,
Nous
SEPTEMBRE. 1769. 169
Nous fçaurons des autels venger le privilége.
A CHILL E.
De ton zéle affecté , ce fer va dans l'inftant
T'envoyer aux enfers fubir le châtiment.
Eft-ce donc la valeur en toi que l'on redoute ,
Perfide ? ...
Les Theffaliens & les Grecs baiffent
les piques & vont s'attaquer...
CALCAS , s'avançant entr'eux.
1
Vous, Achille, & vous , Grecs , qu'on m'écoute:
Le dieu qui maintenant vous parle par ma voix ,
M'explique fon oracle , & m'inftruit de fon choix.
Un autre fang d'Héléne , une autre Iphigénie ,
Sur ce bord immolée y doit laifler la vie.
Théfée avec Hélene uni fecrétement ,
Fit fuccéder l'hymen à fon enlevement :
Une fille en fortit que la mere a célée :
Du nom d'Iphigénie elle fur appelée :
Je vis moi-même alors ce fruit de leurs amours ;
D'un finiftre avenir je menaçai les jours.
Sous un nom emprunté , fa noire deſtinée ,
Et les propres fureurs ici l'ont amenée :
C'eft d'elle dont les dieux ordonnent le trépas...
C'eft la victime...
Il s'avance pour la faifir .
H
170 MERCURE DE FRANCE.
ERY PHIL E.
Arrête , & ne m'approche pas .
Le fang de ces héros dont tu me fais deſcendre ,
Sans tes profanes mains faura bien le répandre.
Elle prend le couteau fur l'autel , fe
frappe & tombe dans les bras de fa confidente.
Le tonnere gronde , le bucher
s'allume...
CALCAS à Achille.
,
Elle expire , & des dieux refpectant les décrets ;
Allons de votre hymen achever les apprêts.
L'action de ce dénouement eft prife
à l'endroit où elle doit l'être ; c'est- àdire
, lorfqu'on vient attacher Iphigénie
à fa mere. Les acteurs ne difent précifément
que ce qu'ils doivent dire dans la
fituation où ils font ; mais tout dénouement
en action dépend prefqu'entierement
de l'exécution ; elle fut confufe ,
& il est bien difficile que cela n'arrive
pas à une premiere repréſentation où cinquante
perfonnes doivent fe mouvoir
dans un espace peu étendu. Au lieu
de mettre l'autel au milieu du théâtre ,
il falloit le placer au fond fous une tenSEPTEMBRE.
1769. 171
te ouverte. Le mécontentement de ceux
qui paroiffoient trouver fi mauvais qu'on
ofat toucher à ce qu'a fait Racine , étoitil
bien jufte ? D'ailleurs , il feroit trèsfingulier
qu'on s'imaginât que M. de
S **** ait eu quelqu'apparence de prétention
, & qu'il ait attaché quelque petite
gloriole à arranger ce dénouement
qui ne peut pas lui avoir coûté une demie
heure de travail , & qui fut occafionné
par une converfation fur les dénouemens
en action & les dénouemens
en récit , comme nous l'avions marqué
dans un de nos précédens mercures.
Les comédiens François ont remis au
théâtre le Pere defamille , de M. Diderot.
Cet ouvrage a eu beaucoup plus de fuccès
que dans la nouveauté. Les morceaux de
pathétique & les traits de vérité , femés
dans la pièce , ont été vivement fentis. Il
y a long-tems que le jugement des gens
de lettres eft fixé fur ce drame , dont par
conféquent nous ne devons relever ici ni
les beautés , ni les défauts. Ce qui eft inconteftable
, c'eft qu'il eft d'un très -grand
effet au théâtre , que les tableaux en font
frappans. Ce qui prouve que le fond da
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
fujet eft très - attachant , c'eft que l'inté
rêt qui réellement eft diminué depuis le
troitiéme acte jufqu'au cinquième eft
cependant encore affez grand pour fe foutenir
jufqu'à la fin dans une fituation qui
eft toujours la même . C'eſt certainement
un art de l'auteur qui mérite un éloge parti
culier. L'art de l'acteur (M.Molé) qui rem
plit le rôle de St Albin , avec une force &
une fenfibilité qui ne fe démentent pas un
moment pendant cinq actes , eſt au deffus
de tout ce qu'il a fait jufqu'ici , au•
deffus même de Béverlei . C'est un talent
bien rare que celui de réunir dans le mê
me degré de perfection le comique le
plus léger & le plus agréable , & le pathétique
le plus déchirant dans le gente
noble ou larmoyant. Ce genre devient
de plus en plus cher au public. Il est même
néceffaire pour varier fes plaifirs . On
aura beau répéter qu'il eft infiniment inférieur
au yrai tragique & au vrai comique
; eft- ce une raifon pour le profcrire ?
Il eft vrai c'eft ouvrir la porte à la
médiocrité
; que rien n'eft plus facile que
de dialoguer en profe commune un roman
commun , & l'on peut s'attendre
pendant quelques années à une inonda
ion d'ouvrages en ce genre. Mais qu'ime
que
SEPTEMBRE. 1769. 173
porte , pourvu qu'on nous donne quelquefois
des ouvrages comme le Pere de
famille , ou le Philofophe fans le fçavoir ?
Le fieur de la Neuville a débuté fur ce
même théâtre par le rôle d'Egifte , dans
Mérope , & du Marquis dans le François
à Londres. Il paroît avoir beaucoup de
talent dans les deux genres , & les applaudiffemens
qu'il a reçus en font la
preuve. Il feroit à fouhaiter que cet ac
cueil favorable l'engageât à tourner fes
vues vers la fcène Françoife , où les talens
fe perfectionnent fous les yeux de la
critique , & par les avis des gens de lettres
, & qui femble la carriere naturelle
ouverte à ce jeune acteur .
VERS à M. DIDEROT , furfon
Pere de Famille.
MAIAGLRGREÉ les envieux , & malgré la critique ,
Lor fque fur la fcène tragique
Tu peins avec des traits fi beaux & fi touchans
D'un bon pere , & d'un fils , les nobles fentimens ;
Le public attendri verfe un torrent de larmes ,
La critique elle-même abandonne les armes ;
Et tous les fpectateurs deviennent tes enfans .
Par M. Cuffy de Maratray ,
avocat en parlement.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
COMÉDIE ITALIENNE.
ON doit des éloges à Mlle Niel qui
eft entrée à la Comédie Italienne en qualité
de premiere danfeufe. Elle eft d'une
taille haute ; élégante & très-bien proportionnée
. Elle a la jambe brillante , elle
met dans fes pas beaucoup d'élégance &
de précifion ; cette danfeufe qui n'a pas
encore vingt ans , & qui eft d'une figure
agréable & noble , fait des progrès fi
fenfibles , qu'elle ne tardera point à être
au premier rang des virtuofes qui excellent
dans le grand genre de la danfe.
Toulouse , le 28 Juillet 1769 .
M. votre journal étant le dépôt de toutes
les nouveautés qui intéreffent les fpec
tacles , je crois devoir vous faire part de
celle que Mrs les actionnaires du fpectacle
de cette ville ont hafardé fur leur
théâtre dans le mois de Juin dernier , &
qui a eu le plus grand fuccès. Ils ont
donné Athalie , ce chef- d'oeuvre de l'immortel
Racine , avec les choeurs ; la
mufique qui eft d'un amateur de la Ro
SEPTEMBRE . 1769. 175
chelle a fait le plus grand effet ; parfaitement
affortie au fujet & fecondée par
une belle exécution , elle a ravi le fpectateur
qu'une attention fuivie depuis le
commencement jufqu'à la fin ( ce fpectacle
n'ayant pas un moment d'interruption
) n'a point laffé ; la grande quantité
de Lévites qui ornoient la fcène , la beauté
des habits , l'exactitude rigoureuſe du
coftume pour laquelle Mrs les actionnaires
n'avoient rien épargné , tout a contribué
à rendre ce fpectacle intéreffant &
fuperbe , & on a cru voir Athalie pour
la premiere fois . La prophétie de Joad
a fait fur-tout le plus grand effet.
Le concours des fpectateurs à chaque
repréſentation a annoncé le plaifir qu'on
auroit à voir toutes les tragédies , fufceptibles
du même ornement données dans
le même goût. Nous nous rapprocherions
du théâtre des Grecs , & vraisemblablement
il n'y auroit pas à perdre pour
nous.
Mrs les actionnaires fe propofent de
faire ajouter des choeurs à quelques tragédies
qui en font fufceptibles.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Le Régiffeur du fpectacle de Toulouse.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
ACADEMIE FRANÇOISE.
LE 25 Août , fête de St Louis , l'Académie
Françoife a tenu fon affemblée pu
Elique , dans laquelle elle a donné le
prix d'éloquence, dont le fujet étoit ! Eloge
de Moliere , à la piéce qui a pour devife :
Qui mores hominum infpexit ; l'auteur eft
M. de Chamfort.
Le premier acceffit à la piéce qui à
pour devife : Si quando refipifcant.
Le fecond acceffit à la piéce qui a pour
devife : Nec viget quidquam fimile autfecundum.
Le troifiéme acceffit à la piéce qui a
pour devife : Nec pluribus impar.
On a fait une mention honorable de la
piéce qui a pour devife : C'est un homme
qui ah ! un homme ... un homme enfin .
Nous rendrons compte dans le Mercure
prochain du difcours couronné.
L'académie a annoncé pour le fujet du
prix de poëfie , pour l'année 1770 , les
Inconvéniens du luxe. La piéce doit être de
cent versau moins; ou de deux cens au plus.
Et pour le fujet du prix d'éloquence ,
pour l'année 1771 , l'Eloge de François
de Salignac de la Motte- Fenelon.
SEPTEMBRE. 1769. 177 .
M. Watelet a lu un morcau de fa traduction
en vers de la Jerufalem délivrée
du Taffe .
DISTRIBUTION des Prix de
l'Univerfité de Paris.
LES prix de l'Univerfité de Paris formés
des fondations réunies de Mrs le
Gendre , Coignard , Coffin & autres , fe
diftribuent depuis environ vingt ans
dans les écoles de théologie de Sor
bonne , avec autant d'équité dans les jugemens
, que de pompe & d'appareil dans
La cérémonie . Des profeffeurs , dont plu
feurs font déjà retirés , & hors de tout
intérêt , font les Juges des compofitions
dont on ignore les auteurs , puifque les
noms font coupés , dépofés chez le recteur
& remplacés par une devife : les concur
rens font l'élite des dix colléges de l'Univerfité
. Autrefois l'on ne concouroit
qu'en rhétorique , en feconde & en troifiéme
; mais depuis neuf ou dix ans toutes
les claffes font admifes au concours .
La diftribution des prix cft précédée d'une
harangue latine que prononce un profeffeur.
Le Châtelet & le Parlement y
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
affiftent par députés , & le Premier Préfident
donne lui- même le premier prix
de la thétorique qui eft celui d'éloquence
latine il femble que ce devroit être
celui d'éloquence françoife. Quoi qu'il en
foir , ce premier prix , l'objet de l'am
bition de chaque collége , s'appelle le
prix d'honneur , & l'on met dans les papiers
publics le nom du jeune homme
qui l'a remporté. Cette année c'eſt M.
Néel du collège de Lifieux qui a obtenu
cette diftinction . On a remarqué que le
Collége d'Harcourt étoit de tous les colléges
celui qui jufqu'ici avoit eu le plus
fouvent le premier prix . Il l'a eu huit ou
neuffois. Nous ne pouvons mieux faire,
pour donner une idée du fpectacle touchant
de cette diftribution , que de rap.
porter & de traduire ici la peroraifon du
difcours de M. Guyor , profeffeur de rhétorique
à Mazarin , qui a été chargé cette
année de prononcer la harangue , pour
l'ouverture de l'affemblée du 7 d'Août.
Son fujet eft très - philofophique . Il confidère
les abus & les avantages de ce qu'on
appelle l'efprit de corps , & après avoir
parcouru les différentes claffes de l'état ,
il finit ainfi.
Oculos conjicite in circumfufam vobis
SEPTEMBRE. 1769. 179
illam juvenum coronam , in varios ordines
certofque cuneos defcriptorum ; revocate
in memoriam Horatios Curatiofque , Romanorum
& Albanorum exercituum totam
virtutem in paucorum pectoribus collectam
gerentes ; aut fingite vobis illud prælium
in Armoricis annalibus adeò nobilitatum ,.
illos triginta Britones Britannofque totidem,
compofitos in areâ & inter fe commif
fos , in fe invicem , feroci vultu ruentes
ut decernerent , ferro judice , uter utri populus
præftaret , & fuâ quifque virtute gloriam
patriæ manibus fuis benè creditam
fuiffe comprobarent . Hæc imago ad verum
effingit academicos juvenes ,felectos ex omnibus
, qui fuæ quifque domûs nomen decufque
tuerentur; inter fe non corporis , fed
ingenii viribus contenderent , nobilemque
controverfiam dirimerent quæ paleftra familiam
ducat ; & illi quidem quantis viribus
adnixi funt , alii ut proprium decus
tuerentur laudemque jam partam nová acceffione
cumularent ; alii ut inuftam fibi
labem eluerent , rati fæpè victoriam à victoribus
ad victos evolaffe bene transfugam!
Videtis ut omnium vultu decorus pallor
infideat ! ut mille motus alternantes corda
exultantia hauriunt ! ut fpem inter
metumque dubii pendent ! Quàm vellent
domum redire laureati & infignia victoria
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
explicare oculis fodalium , nunc vota facientium
, ad portas hærentium , aut omnes
vias hinc ferentes profpectantium !
macti animis efte , 6 Juvenes ! advenit
tandem ille dies quem præproperus ardor ,
nimis morantem increpitans , vocabat . En ,
adeft hora illa, exoptata fimul & reformidata,
quæ fplendida de vobis jam faciet arbitria.
Ecce duelis fortibus ftat urna fatalis.
Jamque videre mihi videor hinc victo
res inter tubarum clangorem & omnium
fecundos plaufus procedentes , mox exceptos
obviis gratulationibus fociorum , adire
, dextram vidricem contingere geftien- .
tium , & ipfis humeris elatos ad triumphum
oftentantium ; inde victos fram quemque
domum eo vultu habituque redeuntes quo
Romanifubjugum traducti Caudinis è faucibus
evaferunt , defixis in terram oculis , ·
auribus obferatis ad omnia folatia , vix
fuftinentes ipfam lucem intueri & in confpectum
prodire magiftrorum ac fociorum ,
quorum expectationem fruftraverint . Tantùm
valet ad emulationem infitum fingulis
fodalitatibus ingenium !
Jettez les yeux fur cet amphithéâtre
» couvert d'une jeuneffe nombreuſe , &
rappellez-vous les Horaces & les Curia-
» ces portant dans leur fein tout le cou
SEPTEMBRE. 1769. 181
93
» rage des armées de Rome & d'Albe :
» ou repréfentez - vous ce combat fi fa-
» meux dans les annales de Bretagne , où
» trente Anglois contre trente Bretons ,
» defcendus dans la lice , s'avançoient les
» uns contre les autres avec un vilage intrépide
, prêts à décider le fer à la main
» de la prééminence de l'une ou de l'au-
» tre des deux nations , & jaloux d'ho-
» norer le choix de leur patrie qui les
» avoit fait dépofitaires de fa gloire ; c'eſt
l'image fidéle de ces jeunes athlètes
choifis chacun dans la maifon où ils
» ont été élevés , & chargés d'en foutenir
» le nom & les honneurs , qui , dans ce
noble combat d'efprit , vont décider auquel
des colléges appartiendra le triom-
» phe. Quels efforts ils ont faits , les uns
pour fe maintenir dans la poffeffion d'u-
» ne gloire acquife , ou pour y ajouter de
» nouveaux titres ; les autres pour laver
» la honte de leur défaite , & montrer
» que la fortune heureufement transfuge
» palle fouvent des vainqueurs aux vain-
» cus ! voyez fur leur vifage cette pâleur
» intére fante qui peint les divers mon-
» vemens dont leur ame eft agitée ; voyez
les fafpendas entre la crainte & l'ef
pérance. Qu'ils voudroient bien retour-
"
182 MERCURE DE FRANCE.
» ner chez eux couverts de lauriers , dé-
» ployer les monumens de leur victoire.
> aux yeux de leurs compagnons qui main-
» tenant font des voeux pour eux , ſe ré-
» pandent en foule autour des portes ,
» ou promenent leurs regards fur le che-
» min auffi loin qu'ils peuvent les éten
» dre. Courage , jeunes combattans ; il
» eft arrivé ce jour que devançoit votre
» ardeur impatiente ; elle eft venue cette
» heure fi defirée à la fois & fi redou-
» tée ; les Arrêts du deftin vont fortir
» de l'urne fatale. Déjà je crois voir d'un
côté les vainqueurs s'avançant au bruit
» des trompettes & des applaudiffemens
» redoublés , accueillis par les félicitations
» de leurs camarades ; on s'empreffe de les
"
ود
"
voir , on veut toucher leur main victo-
» rieufe , on les porte en triomphe ; & d'un
» autre côté , je vois les vaincus fe reti-
» rer avec le même vifage que les Ro-
» mains après l'affront des fourches Caudines
, les yeux fixés vers la terre , l'oreille
fermée à toute confolation , ſou-
» tenant à peine la lumiere , & tremblant
» de reparoître devant leurs camarades &
leurs maîtres , dont ils ont trompé l'efpérance.
Tel eft l'empire de l'émulaSEPTEMBRE.
1769. 183
» tion aiguillonnée par l'efprit de corps ,
» tel , & c. »
Ce morceau eft plein de fenfibilité.
Il faut fe fouvenir que ces comparaiſons
des Horaces & des Curiaces & de la défaite
de Caudium avec des compofitions
d'écoliers , ces grands objets rapprochés
des prix de claffe , & qui par- tout ailleurs
ne feroient qu'une déclamation hyperbolique
, font très bien placés en parlant
à ces mêmes écoliers aux yeux de
qui l'on ne peut trop aggrandir leur petite
gloire , & à qui d'ailleurs on rappelle
des objets qui leur font familiers .
C'eft dans ces occafions , que parva licet
componere magnis . On ne peut trop exciter
l'enthousiasme , & même en ce genre
il faut fe perfuader que tous les hommes
font un peu enfans. Au refte l'éducation
publique eft un objet affez important
aux yeux de tout bon citoyen , pour
qu'il nous foit permis d'obferver ici , que
ceux de nos jeunes écrivains qui annoncent
les talens les plus décidés , & qui
cultivent les lettres avec le plus de fuccès
, font des éleves de cette même univerfité
, & ont été déco de fes cou
ronnes. M. Thomas à qui tant de triomphes
ont ouvert de fi bonne heure l'en184
MERCURE DE FRANCE.
trée de l'Académie , diftingué par fon
éloquence nerveufe , & qui promet à la
langue françoife un poëme épique après
la henriade ; M. de Champfort couronné
en profe & en vers à l'Académie , applaudi
au théâtre dans fon heureux effai
de la jeune Indienne , & dont les talens en
plus d'ungenre font très prouvés ; M. l'abbé
de Lille connu par d'excellentes piéces
"
de vers,& qui va enrichir notre littérature
d'une traduction des Georgiques , & de l'efai
fur l'homme fi foiblement traduit par
l'abbé Durefnel . L'auteur de cet article *
élevé auffi dans le fein de l'Univerfité ,
n'a point la vanité de fe mettre au nombre
de ceux de fes enfans qui lui ont fait
le plus d'honneur , ni de fe nommer
à côté des grands talens auxquels il rend
juftice avec tant de plaifir ; mais s'il n'a
pas des titres auffi brillans à offrir à l'Univerfité
qui lui a fervi de mere , il ne s'en
croit que plus obligé de témoigner fa reconnoiffance
à ce corps illuftre , à qui il
doit fon éducation , qui infpire plus que
jamais à fes enfans les principes du bon
goût & de laine littérature , qui perfectionne
tous les jours le fyftême de fes
* M. de la Harpe,

SEPTEMBRE . 1769. 185
études , & n'exclud point, comme autrefois
, les lettres françoifes de fes leçons ;
enfin à qui l'on doit ce témoignage fi
Aatteur , qu'il n'a jamais abandonné aucun
de ceux qui n'apportoient dans fon
fein que des talens & de l'infortune , &
qui , après avoir reçu fes couronnes , ont
laiffé leur destinée dépendre de fes bienfaits.
ART S.
COSMOGRAPH I E.
I.
M. l'abbé Dicquemare , profeffeur de
phyfique expérimentale au Havre , & auteur
de plufieurs ouvrages de Cofmographie
, a imaginé un nouvel inftrument de
Cofmographie , qu'il appelle cofmoplane.
Avec fon fecours les perfonnes les
moins inftruites peuvent réfoudre mécaniquement
beaucoup de problèmes d'aftronomie
, de géographie , de géométrie ,
&c. La facilité avec laquelle on peut tranſporter
le cofmoplane , le fufpendre ; la
commodité qu'il donne d'opérer au fambeau
; celle d'y trouver réunis les objets
186 MERCURE DE FRANCE.
célestes & terreftres , & les fignes du Zodiaque
dans le même ordre qu'ils gardent
au firmament , doivent être confidérées
comme un grand avantage. D'ailleurs
les tables , les notes & les démonftrations
qui fe trouvent fur le nouvel inftrument
que nous annonçons , le mettent à la portée
d'un plus grand nombre de perfonnes ,
& le rendent utile à ceux même qui ne,
s'imaginent pas s'en fervir. On foufcrit
pour le cofmoplane à Paris , chez Defnos ,
ingénieur - géographe pour les globes &
fphères , rue Saint Jacques , à l'enfeigne
du globe & de la fphere. Cette foufcription
eſt de IS livres , & eft ouverte jufqu'à
la fin du mois d'Août ; paffé ce
temsle prix du cofmoplane eft de 24
livres. Il fera délivré aux foufcripteurs
dans le courant d'Octobre prochain. Les
amateurs & les curieux peuvent fe tranf
porter chez le fieur Defnos , & prendre
connoiffance par eux-mêmes de cet inftrument
utile.
SEPTEMBRE. 1769. 187
GRAVURE.
I.
Les Villageois àla péche , eftampe de dixhuit
pouces de haut fur quatorze de large
, gravée par R. Gaillard , d'après le
tableau original de M. Boucher , premier
peintre du Roi ; à Paris , chez
l'auteur , rue Saint Jacques , au deffus
des Jacobins , entre un Perruquier &
une Lingere ; prix 3 liv .
Α LA fcène de certe eftampe eft embellie
& animée par deux petites villageoifes
fort gentilles , & par un jeune villageois
qui s'amufe à pêcher à la ligne .Il y a beau
coup de graces & de naïveté répandues
fur ces trois figures. Elles font rendues
par le graveur avec efprit & avec beaucoup
d'arr. M Tilliard grave actuellement
d'après un tableau de M. le Prince ,
peintre du Roi , un fujet qui fervira de
pendant à cete eftampe .
I I.
Septiéme diftribution des planches du
Traité hiftorique des plantes de Lorraine ,
188 MERCURE DE FRANCE .
par M. Buchoz , médecin coafultant ,
& démonftrateur en botanique , au
collège royal des médecins de Nancy.
A Paris chez l'auteur , rue des Cordeliers
, Durand & Cavelier , Libraires ,
rue S. Jacques.
Cette nouvelle diftribution eft de 26
planches , qui jointes à celles qui font
déjà diftribuées , font 201. Elles font tirées
fur papier du même format , afin
que l'on puifle les relier dans un volume
grand in -4° , fi on ne veut pas les plier
dans l'ouvrage.
I I I.
Portrait de Mgr de Malvin de Montazet ;
Archevêque & Comte de Lyon , Primat
de France. Ce portrait d'environ dixhuit
pouces de haut fur quatorze de
large , a été gravé par C. A Littret de
Montigny , d'après le tableau original
de L. Michel Vanloo . On le diftribue
à Paris , chez Quillau , Graveur &
Marchand d'eftampes ; rue S. Jean de
Beauvais , à côté des écoles de droit ;
prix , 6 livres.
Ce portrait intéreffant par les traits d'un
prélat aimé & eftimé , l'eft encore par
SEPTEMBRE. 1769. 189
plufieurs beaux détails qu'offre la gravure.
On remarquera fur-tour la dentelle du
rochet qui eft rendue admirablement par
la magie d'une taille fine & ferrée.
I V.
Portrait de Sa Sainteté Clément XIV
gravé par H. Godin . A Paris , chez Ni
quet ; place Maubert , & chez Dubois ,
rue de Grenelle Saint Honoré , vis àvis
celle des Deux- Ecus .
Ce portrait eft renfermé dans un ovale
de format in 4°. Le S. Pere eft repréfenté
donnant la bénédiction .
Les mêmes marchands diftribuent chez
eux la Bacchante endormie , eftampe d'environ
douze pouces de large fur dix de
haut. Cetteeftampe a été gravée par J. E,
Nochez , d'après Rubens .
On trouve auffi à l'adreffe du fieur Niquet
plufieurs fuites d'études d'après Da
vid Teniers . Ces petites études peuvent
être utiles aux peintres & aux definareurs
qui ont des laboratoires de chymie ,
des cuifines , des baffe cours à repréfen
ter.
Les Fables d'Efope gravées , qui fe
190 MERCURE DE FRANCE .
diftribuent à la même adreffe forment
un petit volume in- 12 . Ce volume peut
être mis entre les mains des enfans ,
d'autant mieux que chaque fable eſt accompagnée
d'un quatrain qui renferme
une maxime ou une réflexion utile.
V.
La Souriciere & l'Egrugeoir , deux eftampes
en pendant d'environ neuf
pouces de haut fur fept de large , gra
vées par le Sieur Martin , d'après les
tableaux du fieur Pajo . A Paris , chez
Niquet , place Maubert , près la rue des
Lavandieres .
Ces deux eftampes font compofées chacune
d'une figure. La première repréſente
un jeune garçon qui tient une fouriciere ;
la feconde une jeune fille qui vient d'égruger
du fel. Ces fujets font fimples &
traités fimplement.
I V.
On diftribue une eftampe d'une allégorie
ingénieufe , qui repréfente la France perfonnifiée
, couronnant le portrait de Henri
le grand , & appuyée fur le tableau de
SEPTEMBRE. 1769. 191
Henri C ... célèbre magiftrat , dont le
zèle & les lumieres ont été fi utiles à la
patrie.
Ces deux vers qu'on lit au bas , & qui
font de M. D.L. P. expliquent avec précifion
& fuffifamment le fujet :
François , des deux Henri tel fut l'illuftrefort ,
L'un vous rendit heureux , l'autre vengea la mort.
Cette eftampe , très - bien gravée par
M. Baron , d'après un beau deffin de M.
Gravelot , a environ 8 pouces de hauteur
fur fix de large. On en trouve des exemplaires
chez M. BRUNET , rue Galande ,
proche la rue du Fouarre.
MUSIQUE.
I.
SINFONIA à piu ftromenti compofta dall
fignor Giuſeppe Toefchi Virtuofo di Ca
mera di S. A. S. l'Eletor Palatino n° 325
prix 2 liv. 8 fols . A Paris chez Venier ,
éditeur de plufieurs ouvrages de mufique
, à l'entrée de la rue S. Thomas du
Louvre , vis-à- vis le château d'eau . A
192 MERCURE DE FRANCE.
Lyon , chez Caltaud , place de la Comédie.
II.
Six quatuor dialogués pour violons baffe
& alto dédiés à M. le baron de Sirkingen
, par l'auteur le Sieur Regel ; à
Paris chez l'auteur rue d'Anjou , Fauxbourg
S. Honoré & aux adrelles ordinaires de
Mufique .
I I I.
Seconde partie de la méthode pour apprendre
àjouer de la mandoline jans maitre
, avec des variations fur douze petits
airs de la Comédie italienne , & fix menuets
pour danfer, fix allemandes , & un
prélude d'Arpegio fur chaque ton de mufique
, dédiée à Madame Pellée , maîtrelle
des comptes , par M. Pietro Denis ;
prix 9 liv. A Paris , chez l'auteur , rue
Poiffonniere , la porte cochere en face de
la croix de fer , & aux adrelles ordinaires
de mufique.
Ceux qui voudront la premiere & la
feconde partie enfemble ne les paye .
ront que i livres,
IV.
SEPTEMBRE. 1769. 193
I V.
Six duo pour deux violons , mandolines
, ou par- deffus de viole , del fignor
Fantiny , Op. Ia ; prix 6 liv . A Paris , au
bureau d'abonnement mufical , cour de
l'ancien grand cerf, rue S. Denis , & des
Deux- Portes S. Sauveur , & aux adreffes
ordinaires de mufique.
V.
Six fimphonies pour deux violons ;
deux hautbois , deux cors , alto & baſſe ,
dédiées à Sa Majesté Chriftian VII , Roi
de Danemarck & de Norwege , par François-
Hippolite Barthelemon , OEuvre premier
; prix 12 liv . , chez Bouin , marchand
de mufique & de cordes d'inftrumens
, rue Saint Honoré , au gagne- petit
, près S. Roch ; Mlle Caftagnery , rue
des Prouvaires & aux adreffes ordinaires.
V I.
Sphère harmonique ou nouveau fyftême
contenant toutes fortes de fugues
& canons ; les mouvemens de contre-
I
194 MERCURE DE FRANCE.
points , de confonances & diffonances
les fept clefs qui marquent la tranfpofition
des diézes & bemols , nom & valeur des
notes ; les mesures qu'on pratique aujourd'hui
; les trois cadences & les trois accords
fondamentaux de la mufique , défigués
par un arbre génératif , d'où dérivent
tous les accords : compofé par M.
Biferi , fils aîné , maître de chapelle , &
Academico Filarmonico de Naples ; prix
2 liv . 8 fols. A Paris chez l'auteur , rue de
Grenelle Saint Honoré , au petit hôtel de
Bourgogne , & aux adreffes ordinaires.
VII.
Trois fymphonies à deux violons , alto
& baffe , & deux cors ad libitum , del
fignor Dune & Ordonne , mifes au jour
& gravées par Mlle Vendôme & le fieur
Moria , rue des Foffés M. le Prince , visà
vis le Riche - Laboureur ; prix 6 liv . A
Paris , aux adreffes ordinaires de Mufique
; à Lyon , chez Caftaud place de la
Comédie ; & à Rouen , chez Magoy , rue
des Carmes.
SEPTEMBRE. 1769. igs
1 X.
Nouvelle méthode pour défigner les !
accords.
Au commencement du dix - feptiéme
hécle les muficiens françois ne compo
foient que dans les modes les plus fim
ples; ils traitoient de chromatiques & de
bizarres les rufiques dans les tos de diézes
& de bémols ; mais inftruits enfin &
animés par les Opéra & autres piéces de
Lambert & Lulli , ils commencerent
à faire des Cantates & des Sonates .
Alors le goût de la Mulique s'étendit
fenfiblement. Les amateurs de cet art ,
en France , parurent fe multiplier de plus
en plus , & après avoir reconnu que l'oc
tave muficale peut fe divifer en douze
femi - tons , fur chacun defquels on peut
établir un mode majeur & un mode mineur
, ce qui donne quatre modes
les plus habiles commencerent à établir
les régles , tant de la mélodie , que de
l'harmonie.
Nous devons à Maltot , Théorbifte de
l'Opéra , & à Campion fon fucceffeur ,
la faculté de connoître la marche ou progreffion
des fons & de leurs accords dans
les différentes octaves , & à l'illuftre Rameau
, la connoiffance de la baffe fonda-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
mentale & la théorie de l'harmonie pour
la fixation , le choix & l'extenfion des
accords ,
Mais l'habitude ancienne de défigner
chacun des différens accords parfaits ou
imparfaits , au nombre de plus de vingtcinq,
par
des chiffres arabes , comme fi
c'étoit une affaire de calcul , a laiffé fubfifter
dans l'enfeignement de la musique
françoife , des obfcurités & des difficultés,
qui ont infenfiblement découragé la plûpart
des amateurs , au point , qu'après
avoir fait quelques progrès , ils ont eftimé,
les uns plutôt , les autres plus tard
devoir renoncer à une étude auffi compliquée.
?
On voit à ce fujet dans la differtation
de l'illuftre Rameau , de l'année
1731 , fur les différentes méthodes d'accompagnement
, que ces chiffres font en
trop grand nombre ; qu'ils font pleins de
confufion , d'équivoques & de contradictions
, & que les différentes méthodes
d'accompagnement par ces chiffres ,
forment un labyrinthe d'autant plus impraticable
, qu'elles ne donnent pas de
moyens sûrs de connoître promptement ,
lę ton & fes acceffoires , dans le moment
précis où il change.
C'eft auffi ce qui a engagé les auteurs
SEPTEMBRE . 1769. 197
de l'Encyclopédie , à s'en expliquer de
même à l'article accord ; ils y ont même
ajouté , qu'il faudroit inventer & y fubftituer
de nouveaux fignes , pour la défignation
des différens accords.
Enfin , M. le Dran , après avoir eu fur
ce fujet divers entretiens avec feu M.
Rameau , a eu le bonheur de remplir le
projet des auteurs de l'encyclopédie , en
fubftituant au grand nombre & à la com
plication des fignes ufités felon les anciennes
méthodes, les trois fyllabes Do ,
Di , Ca , & les fept premieres lettres de
l'alphabeth , relatives aux fept degrés des
octaves musicales.
Les amateurs peuvent voir l'expofition
de cette méthode fi fimple dans l'édition
que l'auteur en a donnée , en 1764 , * der.
niere année de la vie de Rameau , qui
n'y avoit pas oppofé d'objection , fi ce
n'eft que cette nouveauté , fi elle étoit
conçue & adoptée rendroit inutiles
prefque tous les livres & recueils des
compofitions muficales chiffrées felon les
anciennes méthodes ; objection qui n'a
pas empêché M. le Dran de faire au pu
* On trouve des exemplaires de cet ouvrage
chez la Chevardiere , marchand de mufique , rue
du Roule. Prix 3 liv . 12 fols.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
blic le don d'une invention , qui naturellement
doit rendre la fcience & l'exé
cution de la mufique plus facile.
En conféquence M. le Dran a depuis
compofé plufieurs piéces muficales dans
les différens tons avec les fimples fignes
Do , Di , Ca , pour fervir d'exemples
dans l'accompagnement fur le clavecin
& fur les autres inftrumens , & même
dans le jeu des pièces , tant fur la guittare
, que fur le théorbe , dont l'exécution
jufqu'à préfent s'eft faite par tablature
en letites alphabétiques ou en chiffres
arabes,avec beaucoup d'obfcurité dans
les tons accidentels diézés ou bémolifés.
Ces deux méthodes , jointes à ces pièces ,
tant pour la guittare que pont lethéorbe,
donnent l'indication facile des différens
accords dans la pofition de la main fur
ces deux inftrumens par les feuls fignes
Do , Di , Ca , & les fept premieres letties
de l'alphabeth .
L'on voit fur le même fujet dans le
dictionnaire de mufique , donné au public
en 1768 , par M. Rouffeau , à l'article
du mot Accompagnement , ce qui
fuit.
>
» Les fignes dont on fe fert pour chif-
» frer les baffes , font en trop grand nombre
; il
93 fi y a peu d'accords fondamenSEPTEMBRE.
1769. 199
» taux ; pourquoi faut- il tant de chiffres
» pour les exprimer ? Ces mêmes fignes
» font équivoques , obfcurs , infuffifans .
30
Par exemple , ils ne déterminent pref-
" que jamais l'efpéce des intervalles
qu'ils expriment , ou qui pis eft , ils
» en indiquent d'une autre efpéce . On
» barre les uns pour marquer des diézes ;
» on en barre d'autres pour marquer des
bémols ; les intervalles majeurs & les
fuperflus , même les diminués s'expri-
» ment fouvent de la même maniere.
Quand les chiffres font doubles , ils
» font trop confus , quand ils font fim-
» ples , ils n'offrent prefque jamais , que
» l'idée d'un feul intervalle , de forte
qu'on en a toujours plufieurs à fous-
» entendre & à déterminer. »
»
"
SUITE des confeils d'un Pere àfon
Fils fur la mufique.
De
l'Expreffion.
C'eft le but auquel tout doit fe rapporter.
Chants , harmonie ,
accompagnemens
, danſes , habits , décorations , machines
, &c. tout doit , en général , concourir
à peindre la vérité.
Une mufique fans expreffion eft une
mauvaiſe muſique.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Un acteur dénué de cette partie eft médiocre
.
Un ballet qui n'eſt pas relatif au fujet
eft un mauvais ballet.
Une danfe qui peint une autre action
que celle qu'exige le poëme , déplaît aux
connoiffeurs
Celle qui ne caractériſe rien n'eft pas
fupportable ; il vaudroit mieux la fupprimer.
Si Roland jouoit & chantoit fans force
, Atys fans tendreffe , Iffé fans fentiment
, Armide fans paffion , il eft sûr
qu'on révolteroit les efprits , & que la
chûte feroit prochaine. Ce n'eft point
affez que la mufique , les danfes , les habits
, les décorations , les machines peignent
bien le fujet ; il faut fur- tout que
chaque acteur exprime fon caractère par
des traits vrais & frappans. Enfin un ou
vrage fans expreffion eft un corps fans
ame.
Des effets.
On appelle communément effet en
mufique ce qui fait un beau bruit. Ceux
de ce genre font formés par un affemblage
de parties & de traits , où la force
SEPTEMBRE. 1769. 201
E
de l'harmonie eft jointe à l'effort de l'exécution
. Ces effets confiftent dans l'ordre
des parties , dans le choix des accords.
Les autres effets font plus du reffort
du génie , attendu qu'ils peignent
divers fentimens , comme la joie , la trif
teffe , l'efpérance , la crainte , le trouble ,
l'abbatement , la jalouſie , la fureur , la
vengeance , la rage , &c. C'eft par le contrafte
des tons inattendus , des traits ménagés
qui furprennent , & par la différence
d'un goût de mufique à un autre ,
qu'on étonne , qu'on agite & qu'on ſaiſit
le coeur par les effets.
Il ne peut y en trop avoir dans un outvrage
, puifqu'ils tiennent en fufpens
Foreille & l'efprit ; qu'ils réveillent l'ac
tion & qu'ils fauvent la monotonie . Il y
a encore d'autres effets qui peignent les
images. J'en parlerai dans la fuite.
Du Sentiment,
Je n'entreprendrai point de détailler
ici tous les fentimens qu'on peut exprimer
en mufique . Ils font trop étendus
pour les ratfembler , & n'en faire que
Fobjet d'un chapitre . Je crois les avoir
fuffifamment répandus dans le cours de ce
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
petit ouvrage pour qu'on en puiffe faire
l'application relativement au befoin qu'on
en pourra avoir . Je me parlerai que
de celui qui affecte le coeur lorfqu'il exprime
avec délicateffe quelque chofe de
tendre & de noble en même tems.
Je le comparerai au madrigal en poëfie
dont le caractère doit être doux , fuave
, & dont le dernier vers doit renfermer
une penfée agréable & fatisfaifante."
C'eft ainfi qu'en a décidé le célèbre Buileau
, lorfqu'en parlant du madrigal & de
l'épigramme , il dit dans fon art poëtique
:
Le madrigal plus fimple & plus noble en fon tour
Refpire la douceur , la tendreffe & l'amour.
Pour bien rendre ce fentiment en mofique
, il faut que le chant porte fi bien le
caractere du madrigal qu'il le foit , pour
ainsi dire , lui même. Un air dans ce
genre doit débuter par une phrafe de
chant tendre & agréable ; une modulation
heureufe doit rendre fon milieu noble
& élégant . Un trait de chant neuf ;
cependant fimple , doux & paffionné ,
doit déterminer le morceau . C'eft dans la
fenfibilité du coeur qu'il faut chercher
des chants analogues au madrigal.
SEPTEMBRE . 1769. 203
A
ANECDOTES.
I
UN libertin attaqué d'une maladie
mortelle fit fon teftament . Suivant la formule
, il y mit ces mots : Premierement je
donne mon ame à Dieu. Un plaifant s'écria
à ce fujet : Ah , queje crains que Dieu
ne renonce à la fucceffion.
I I.
M. Pope étoit à la campagne chez un
Lord , lorfqu'on vint annoncer à ce Seigneur
la mort d'un banquier de Londres
décrié par fes ufures. On pria M.
Pope de faire fon épitaphe ; il la fit de la
manière fuivante.
Ci git le corps de dix pour cent :
Il y a cent à parier contre dix
Que fon ame ne git pas fi bien.
I I I.
Un particulier ayant été admis à voir
trois jeunes princeffes dans une cour éttau-
I vj
204 MERCURE DE FRANCE..
*
gère , les fixa alternativement. L'une
d'elles s'en étant apperçue , lui demanda
à laquelle il donneroit la préférence . Je
fupplie V. A. , répondit cet étranger
de me permettre de garder le filence fur
un chapitre fi délicat ; je fçais ce qu'il en
a coûté au berger Pâris pour avoir prononcé
fur le mérite des trois divini
tés..
I V.
Le docteur Hough , mort évêque de
Vorcefter , réuniffoit toutes les vertus
d'un citoyen & d'un'eccléfiaftique ; la douceur
faifoit le fond de fon caractère . Un
jeune homme dont la famille étoit trèsconnue
de l'évêque , paffant un jour à
Worceſter , alla lui préfenter ſes refpects;
il arriva à l'heure du dîner ; la falle
étoit remplie de convives ; il fut reçu
avec beaucoup de politeffe & d'amitié . Le
Jaquais qui lui avança une chaife fitromber
un barometre curieux qui avoit coû
té vingt guinées & qui fut brifé en mille
pièces. Le jeune homme affligé de l'accident
dont il avoit été la caufe innocente
cherchoit à excufer le domeftique. Le prélar
l'interrompit. N'en parlons plus , ditîl
en louciant, le tems a été très fecjufqu'à
*
SEPTEMBRE. 1769. 205.
préfent , j'espère qu'enfin nous aurons de la
pluie , car je n'ai jamais vu le barometre
fi bas. Le prélat étoit fort attaché à ce
meuble, il avoit alors quatre - vingt ans ,
& il conferva fa gaîté & la douceur dans
un âge où les infirmités changent ordinairement
le caractere & donnent de l'humeur
aux vieillards.
V.
Un jeune eccléfiaftique d'un grand mérite
& d'un fçavoir profond , mais fans
emploi , prêcha un jour dans la cathédrale
de Worceſter en préfence de l'évêque ,
qui étoit le docteur Hough. Il fit un excellent
difcours & montra des talens rares.
Le prélat curieux de le connoître ,
lui envoya le bedeau de l'églife , avec
ordre de lui demander fon nom , s'il
avoit un bénéfice , & dans quel lieu il
vivoit. Préfentez mes refpects à Mylord,
sépondit le prédicateur ; vous lui direz
que mon nom eft Louis ; que je n'ai point
de bénéfice ; que je demeure dans la Province
de Galles où je ne vis pas , mais où
je meurs de faim. L'évêqué ne fe borna
pas à plaindre cet eccléfiaftique ; il le
plaça fur le champ d'une manière avan
Lageufe.
206 MERCURE DE FRANCE.
V I.
Le docteur King , archevêque de Dublin
, fe diftingua par fon fçavoir & par
fon efprit. A la mort du docteur Lindſey,
primat d'llande , il demanda fa place ,
à laquelle il avoit droit par celle qu'il occupoit
, & par fon mérite perfonnel . Elle
lui fut refufée parce qu'il étoit trop
vieux pour être élevé à la primatie. Cette
raifon de refus le mortifia , & il s'en
vengea ainfi fur le docteur Boulter fon
compétiteur qui avoit été préféré. Le nouveau
primat vint lui faire une vifite.
L'archevêque le reçut dans fa falle à
manger & fans quitter fa chaife . Je fuis
certain que vous m'excuferez , Mylord , lui
dit il froidement ; vous ſçavez bien que
jefuis trop vieux pour me lever.
VII.
L'Iflande fe trouvant opprimée par le
comte de Kildare , fous le regne d'Henri
VII , porta contre lui plufieurs chefs de
plaintes au Roi ; ils étoient terminés par
ces mots : Enfin l'Iflande entière ne peut
gouverner ce comte . C'eft pour cela , obſerva
lexoi , qu'il eft l'homme du monde le
SEPTEMBRE. 1769. 207
plus capable de gouverner l'Iflande , & il
le fit fon lieutenant .
LETTRES PATENTES , ARRÊTS. ·
I.
LETTRES PATENTES du Roi , données à Verfailles
le 10 Janvier 1769 , regiſtrées en parlement
le 6 Juillet fuivant ; portant ratification
d'une convention conclue entre le Roi & le Grand
Duc de Tofcane , pour l'exemption réciproque du
droit d'Aubaine , entre les fujets de Sa Majesté &
ceux de ce prince.
I I.
Lettres- patentes du Roi , données à Verſailles
le 12 Mars 1769 , regiftrées en la chambre des
comptes le 30 Juin fuivant ; fur la liquidation des
papiers du Canada.
I I I.
Lettres patentes du Roi , données à Verſailles
le 18 Mais 1769 , regiftrées en parlement le 6
Juillet furvant ; portant ratification d'une convention
conclue entre le Roi & l'Infant d'F (pagne,
Duc de Parme , pour l'exemption réciproque du
droit d'Aubaine , entre les ſujets de Sa Majeſté &
ceux de ce Prince.
Lettres - patentes du Roi , données à Marli au
I V.
208 MERCURE DE FRANCE .
mois de Mai 1769 , regiſtrées en parlement le rr
Juillet fuivant portant extinction & fuppreflion
de deux vicairies perpétuelles de la Sainte- Chapelle
royale de Vincennes.
V
..
Arrêt du confeil d'état du Roi , du 28 Jun
1769, pour l'ouverture de l'annuel de l'année
1770.
V I.
Lettres- patentes du Roi , données à Versailles
le premier Juillet 1769 regiftrées en parlement le
11 du même mois ; concernant le collège de Louis-
Le Grand , relativement au bureau d'adminiftration
aux droits du principal , aux bourfes & bourfiers ,
aux bourfiers des facultés fupérieures , aux fonda
tions picufes & aux archives de ce collége .
VII.
Lettres-patentes du Roi , données à Versailles
le Juillet 1769 , registrées en parlement le r
Ju même mois ; concernant l'infinuation de tous
dons , en cas de furvie , faits dans les contrats de
mariage..
3
VIII
Lettres patentes du Roi , données à Versailles
Te 3 Juillet 1769 , regiftrées en parlement le 11
du même mois qui attribuent aux baillis & fénéchaux
des généralités de Soiffons , Amiens &
Châlons , la connoifiance en premiere inſtance
de tous délits concernant l'exploitation des terres,
même des incendies.
"
SEPTEMBRE. 1769. 209
I X.
Lettres-Patentes du Roi , données à Versailles
au mois de Juillet 1769 , regiſtrées en parlement
le 11 du même mois ; concernant la perception de
la dixme des Curés en Poitou.
X.
Arrêt da confeil d'état du Roi , du 13 Août 1769;
qui ordonne la fufpenfion de l'exercice du privilége
exclufifde la compagnie des Indes.
A VIS.
I.
LETTRE de M. Pomme , médecin confultant du
Roi , à M. Roux , auteur du Journal de Médecine
, en réponſe à l'extrait qu'il a donné du
Traité des Vapeurs dans fon Journal de Juillet
1769 .
J'avois promis , Monfieur , de ne plus repren
dre la plume , & j'ofois me flater d'avoir fini
pour jamais avec vous ; mais l'extrait que vous
venez de donner de la quatrième édition de mon
traité des vapeurs m'oblige de rompre le filence.
En vous exculant fur les juftes reproches que je
vous ai faits au fujet de la partialité que vous
montrez dans le jugement du procès que mon
fyftême a fait naître , vous rejetez les faits , ce
qui mérite d'être éclairci. Je les reprends & je
210 MERCURE DE FRANCE .
répete , 1.° Que le premier acte de partialité de
votre part dans le recueil des piéces publiées pour
& contre mon fyftême , & l'annonce précoce de la
traduction de l'ouvrage de Robert Whytt ; les
dates citées en font foi : & on ne peut regarder
cette démarche que comme une de celles qu'un intérêt
particulier peut produire.
2º . J'ai avancé enfuite que vous m'aviez fait le
cenfeur ridicule de l'épigraphe placée à la tête de
cet ouvrage Anglois . En effet , pourquoi ditesvous
dans votre extrait que je me plains de cette
épigraphe , tandis que je m'en prends uniquement
à la doctrine meurtriere de cet auteur , & que je
ne cire fon épigraphe que pour me l'approprier.
3 °. J'ai trouvé très-partial que vous ayez annoncé
une nouvelle critique anonyme fans en
avoir obtenu la permiffion , & que vous ayez
ajouté à ma réponſe une apoftille humiliante, &
encore une replique injurieufe de ce même anonyme.
Je reprends les trois articles de cette plainte ,
& je répéte que vous avez annoncé fans permiffion;
& cela eft vrai que cette annonce avoit paru
dans votre journal avant que le magiftrat , qui
veille fur la littérature , vous eût rendu la brochure
en queftion , & qu'il l'eût examinée . Je dis
plus ( & je le tiens de vous ) , je dis que vous l'aviez
envoyée en province avant qu'elle parut à
Paris , dans la cra nte , fans doute , qu'elle y fût
fupprimée .... Vous avez ajouté à ma réponſe une
apostille humiliante . Quoi de plus humiliant , en
effet pour moi , que ces inftantes prieres que
vous dites que je vous ai faites pour vous engager
à inférer ma réponſe , ce que vous avez voulu
prouver par mes trois lettres , lefquelles prouvent
tout au plus quej'ai voulu par là adoucir la violence
qu'où vous a faite en vous obligeant de
SEPTEMBRE. 1769. 211
0
33
l'inférer malgré vous... Quant à la replique injurieuf
; la voici : M. Pomme effrayé de répondre
aux réfléxions fur les vapeurs , &c. Qu'est- ce que
cet effroi , & quelles font ces objections ſi effrayantes
? Somi - elles au -deflus de celles auxquelles
j'ai répondu tant de fois ? Non ; mais elles
font indécentes , pour ne rien dire de plus , puifque
votre anonymne ajoute : « Si M. Pomme peut indiquer
dans fon traité la folution d'une feule
des objections contenues dans les réflexions dont
il s'agit; s'il fait voir qu'il fe foit lavé du reproche
de n'avoir pas connu les maladies dont il
» donne les obfervations , ni les moyens dont il
» s'eft fervi pour les traiter ; d'avoir confondu
avec les vapeurs , des maladies de toute espéce
» qui n'ont pas avec elles le moindre rapport , &c;»
à quoi il pouvoit ajouter que toutes les cures de
M. Pomme , & celles de tous fes profélytes font
toutes dûes au hafard ; & alors l'indécence tombe
pour faire place à une abfurdité vraiment digne
des talens de l'anonyme que vous préconifez.
כ כ
"
4°. Dans ma quatriéme plainte , je vous rappelle
l'aveu que vous m'avez fait d'avoir fait ime
primer vous même ce libelle , ce que vous n'oſez
pas contefter dans votre extrait . Vous vous étayez
enfuite de l'approbation d'un cenfeur royal ; où
eft- elle cette approbation Seroit -elle tacite ? En
ce cas , votre cenfeur cft plus prudent que vous , il
garde l'incognito ; mais pourquoi avez vous été
fallarmé quand il a été question de dépouiller ce
libelle de toutes les ordures Quelles démarches
n'avez-vous pas faites à ce sujet ? Que de courfes
réitétées , que de plaintes en public & à moi.
N'est- ce pas là le partial d'un homme vivement
intéreflé à cette piéce anonyme ?
ƒº. J'omettois à deflein de vous épargner une
212 MERCURE DE FRANCE .
30
כ כ
nouvelle preuve ; mais l'intérêt du public m'o
blige à la divulguer. La voici dans le premier
extrait que vous avez donné de mon traité des
vapeurs , dans votre journal de Septembre 1764 ,
pag. 195 , vous dites :«Il y a près de quatre ans
que M. Pomme publia fur les affections vapo
>> reufes des deux fexes , un effai dont feu M. Van-
» dermonde rendit compte dans le Journal de Médecine
du mois de Mars 1761. Il redonne ausejourd'hui
ce même ouvrage confidérablement
augmenté il y a non- feulement beaucoup
» mieux développé fes idées , mais encore il les a
accompagnées d'un très - grand nombre d'ob
fervations nouvelles qui tendent de plus en plus
» à démontrer l'excellence de la méthode qu'il
propofe. » Et après avoir fait une analyfe apologétique
de toutes les obfervations inférées dans
cet ouvrage , vous finiffez par dire : « M. Pomme
» démontre par une foule d'autres obſervations
l'efficacité de la même méthode dans les affec-
>>tions hypocondriaques , le flux hémorroïdal ex-
» ceffif , ou fupprimé ; la jaunifle hypocondriaque
qu'il faut bien fe garder de confondre avec
» celle qui dépend d'un engorgement primitif du
» foie ; dans la toux convulfive , dans le vomifle-
» ment , le hoquet , les aigreurs & les rapports
» l'hémiplegiefpafmodique que M. Oftman paroît
avoir connu le premier. Il prouve très-bien
auffi , & toujours par des obfervations & des expériences
, que toutes les fois qu'il y a quelque
» chofe de vaporeux compliqué avec la fiévre putride
& même l'intermittente , la vérole , les
Ȏcrouelles , l'affection fcorbutique , la leuco
phlegmatic , la timpanite , les pertes blanches
& rouges , la fuppreffion des lochies , il eft ef
» fentiel d'aflocier les humectans & les adoucif
ל כ

33
59
SEPTEMBRE. 1769. 213
23
S
fans aux reinedes appropriés à chacune de ces
maladies. Si tant d'obſervations ne levent pas
tous les doutes qu'on pourroit former fur la gé-
» néralité de la théorie que M. Pomme propoſe; elles
paroîtront certainement plus que fuffifantes
» pour conftarer l'efficacité de la méthode avec
laquelle il combat ce genre de maladies. Nous
7 croyons même que tous les médecins éclairés
lui donneront la préférence fur les remedes an-
» tifpafmodiques , antihystériques & antihypocondriaques
les plus vantés , en faveur defquels
il feroit difficile de raflembler un auffi grand
» nombre de faits , & auffi concluans que ceux
» dont M. Pomme a enrichi fon livre . » Mais voici
ce qu'un honnête homme ne fçauroit concilier
avec fes idées. Dans le fecond extrait que vous
venez de donner de la quatrième édition de ce
même ouvrage , inféré dans votre journal du mois
de Juillet de cette année 1769 , pag. 3 , vous dites
en propres termes : S'il prenoit fantaisie à M.
Pomme de refondre fon ouvrage , de fubftituer
» à une théorie fauffe & imaginaire une defcription
exacte & précife des différentes efpéces de
20 maladies nerveufes , & des affections qui peu,
vent le compliquer avec elles , ou auxquelles
elles peuvent furvenir , à un traitement pure-
» ment empyrique , une méthode raiſonnée , ар-
pliquée aux différens degrés de ces maladies ;
» enfin , s'il entreprenoit
de corriger tous les défauts
de fon ouvrage , & de reftreindre fa méthode
dans de juftes bornes , en faiſant connoî-
" tre les cas où elle eft applicable , ceux où elle eft
» infuffifante , & ceux où elle eft nuifible ; il peut
alors s'adreffer à moi avec toute confiance, &c . »
Ici je demanderai volontiers fi M. Roux , de
1764 , auteur du Journal de médecine , eſt le
214 MERCURE DE FRANCE.
même que M. Roux de 1969. Oui , fans doute:
mais on fçaura qu'en 1764 il étoit l'apologiſte de
M. Pomme , médecin de Montpellier , réſident à
Arles , en Provence ; & qu'en 1769 il cenfure M.
Pomme , médecin confultant du Roi , appelé à
Paris , y travaillant avec fuccès . Telles font Monfieur
, les preuves de mes accufauions ; c'eſt d'après
elles que je vous ai déclaré juge partial du
procès. Et quel eft ce procès ? Celui qui décide de
la vie des hommes . Cette réflexion me meneroit
trop loin ; c'est pourquoi je finis & vous promers
de garder à l'avenir le plus profond filence avec
Vous & avec tous vos adjoints .
II.
L'ancien courrier qui fe faifoit à Avignon de
puis 35 ans , & que les circonftances de la réunion
du Comtat Venaiffin à la couronne de France
, ontfait fupprimer dans le mois de Juillet dernier
, reparoît à Monaco , & a commencé depuis
le Février 1769 .
Comme le public paroît aujourd'hui beaucoup
plus curieux de nouvelles politiques qu'il ne l'é--
toit autrefois , fur tout dans les parties méridio
vales de la France , quelques particuliers ont tâché
de concourir à leurs vues , & de fixer cet établiffement
dans la ville de Monaco , comme dans
l'endroit le plus à portée.
La protection que S. A. S. Mgr le prince de
Monaco , fouverain de cet état , a daigné leur accorder
, en a facilité les moyens. Ils ont fait en
forte d'engager le même auteur qui le compoſoit ,
dont le ftyle plaît & le mérite eft connu , & ils y
ont réuffi , de forte que fur le profpectus qui parut
en Décembre dernier , l'affluence des abonnés a
SEPTEMBRE. 1769 215
flatté leur tentative ; auffi n'ont ils rien épargné
pour fe procurer des correfpondances sûres dans
les principales villes de l'Europe ; & ils ont monté
une imprimerie toute neuve , afin que tout conla
fatisfaction du public. Ils ne regrettent
pas leurs peines ; & le bon accueil qu'on a
fait à cenouveau courrier , les dédommage amplement.
Courût
Les conditions font les mêmes que celles de
l'ancien Courier d'Avignon , & moyennant 18 livres
par an , ou 9 liv. par femeftre , .on le reçoit
franc de port dans toute la France.
On peut s'abonner en tout tems. On s'adreflera
directement à Monaco , à M. Brun , directeur du
Courier , par une lettre d'avis affranchie , fans
quoi elle refteroit au rebut , & on remettra l'argent
au bureau général de la pofte , à M. Simon
caiffier des envois d'argent , rue Plâtriere , ou à
Mrs les directeurs des Poftes , dans les différens
bureaux du loyaume.
I I I.
On avertit le Public que ceux qui veulent
prendre des degrés dans la faculté de droit , foit
en trois ans par droit commun , foit en fix mois
par bénéfice d'âge , doivent , à la premiere infcription
, repréfenter l'extrait baptiftaire légalité par
le juge royal du lieu , ou par le plus proche ; que
s'ils ne rempliffent pas cette formalité prefcfite
par les déclarations , ils ne feront point admis à
prendre l'infcription , & que par- là ceux qui veulent
faire leur droit en trois ans , feront exposés à
perdre une année entiere .
216 MERCURE DE FRANCE.
I V.
Le Sieur Lecomte , ci- devant vinaigrier diftillateur
ordinaire du Roi , étant mort le 18 du mois
dernier , Sa Majefté a difpofé de fon brevet le 27
fuivant en faveur du Sr Maille , vinaigrier diftillateur
ordinaire de Leurs Majeftés Impériales ,
demeurant à Paris , rue St André. Les talens particuliers
que cet habile diftillateur s'eft acquis
dans la compofition générale de toutes fortes de
vinaigres depuis plufieurs années , ne peuvent pas
Etre mieux certifiés que par le choix que le Roi
en a fait pour être fon vinaigrier ordinaire,
V.
Cuirs & meules à repaſſer,
Le Sr Coué , demeurant à Paris , rue du Carême
prenant , vis-à-vis la Courtille , fabrique avec
fuccès des cuirs appellés cuirs de la Chine , trèspropres
à repaffer les rafoirs. Ces cuirs , que l'on
entretient avec de l'huile , font à deux faces , &
difpenfent de ſe ſervir de la pierre huilée. Le Sr
Coué fabrique auf des meules de la même compofition
que fes cuirs , & qui repaflent très - bien
toutes fortes de lames tranchantes , outils de
tours , de mequiferie , de fculpture , de gravure
&c. Ces fortes de meules opérent fans eau , &
ont une on tuofité très- propre à entretenir le poli
de l'acier, On les diſtribue , ainſi que les cuirs ,
chez le Sr de Voiepierre , marchand bonnetier ,
rue S. Honoré , vis - à - vis l'Oratoire , à la ville
de Londres.
Le
SEPTEMBRE. 1-69 . 217
V 9
Le fieur Rouffel , marchand épicier droguiſte ,
Jemeurant à l'abbaie Saint Germain - des-Prés , en
entrant par la rue Sainte Marguerite à côté de la
fontaine , ayant appris que des perfonnes mal intentionnées
avoient fait courir le bruit qu'il avoit
ceflé de débiter le Chocolat oriental , averti le
public que non-feulement il n'a pas difcontinu de
vendre cet excellent fpécifique dont la vertu eft
reconnue de plus en plus par les bons effets qu'en
reflentent les vieillards , les infirmes & des perfonnes
qui craignent de devenir pulmoniques ,
mais qu'il cft le feul qui en fafle la diftribution
foit à Paris , foit dans les provinces & les païs
étrangers, où il fait fouvent des envois.
VII.
Le Sieur Obry , marchand épicier - Droguiſte,
rue Dauphine , au magafin d'Angleterre , vis-à- vis
le Bottier du Roi , donne avis au Public qu'il vend
par commiffion , avec approbation de M. le doyen
de la faculté de médecine , & permiffion de M , le
lieutenant- général de police , différends remèdes .
des Chimiftes Anglois.
Sçavoir ;
L'eau de perle du Sieur Dubois , pour
blanchir le teint , à
Le taffetas d'Angleterre pour les
bleflures & brûlures , de la compofition
du St Woodcock , à
31. la bout.
24 L. la piéce
K
218 MERCURE DE FRANCE.
Les emplâtres écoffois pour guérir
les cors , à 36 f.la boëte
Les teintures de Greenough pour
blanchir les dents , 36 f. la bour,
36 f. la bout,
à
Une feconde teinture pour guérir le
mal de dents , à
Des broffes d'une nouvelle invention
pour l'ufage de ces teintures qui
fervent à nettoyer les dents audehors
de la machoire & au - dedans
, à 12 f. la piéce
L'élixir de Stougthon d'Angleterre, à 24 ſ. la bout.
L'effence volatile d'ambre gris pour
les vapeurs & maux de tête , à
Des étuis de paille pour l'ufage de ces
flacons , à
Des flacons de cette effence d'une
nouvelle invention avec des étuis
de chagrin à reffort ; les nouveaux
flacons font auſſi , à
Et les nouveaux étuis , à
Les tablettes pectorales , ftomachales
, trouvées par le Sr Archbald
d'Angleterre , pour guérir toutes
fortes de rhumes , à
L'eau de Cologne , à
50
1. le flacon
Ie f. la piécel
so f. la piéce
24 f. la piéce
36 f. la boëte
36 f. la bout,
On trouve chez le même marchand le véritable
élixir de Garus ,
SEPTEMBRE. 1769. 219
VIII.
Papiers tontilles nués .
Ces papiers , biens différens de ceux d'Anglé
terre & de tous ceux qu'on avoit vus jufqu'à préfent,
imitent les plus belles étoffes de la grande
fabrique , & font nués de toutes les couleurs . La
nouveauté des fonds , la richefle & l'élégance des
deflems , tout concourt à leur donner le degré de
fupériorité le plus marqué. L'ufage que des perfonnes
de la première diſtinction viennent d'en
faire dans des appartemens magnifiques eft une
nouvelle preuve de leur mérite , & il eft à peine
poffible d'imaginer une tapiflerie plus noble &
plus galante.
Le dépôt général eft chez Madame la veuve le
Comte , rue des Prouvaires , porte cochère enface
de la rue des Deux - Ecus .

I X.
:
L'établiflement des bains dans la ville de Bru
xelles annoncé dans quelques Gazettes au mois
de Janvier 1768 eft enfin terminé en conféquence
le public eft informé que depuis le mois de
Juillet dernier ils feront ouverts . Ces bains font
à l'imitation de ceux établis fur la Seine à Paris ,
mais plus grands , plus folides , en ce qu'ils font
furterre à dix- huit pieds de la rivière & très -proprement
décorés. La décence & le bon ordre y feront
fcrupuleufement obfervés . On y trouvera les
eaux minérales de Spa & de Selfe , un très beau
jardin pour la promenade , bien découvert & en
·
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
belle vue , indépendamment de la proximité du
rempart au moyen
d'un pont de communication
que l'entrepreneur a fait jetter fur la rivière ; enfin
il ne fera rien épargné pour procurer au public
toutes les facilités qu'il pourra defirer.
X.
M. Valmont de Bomare , docteur en médecine ,
voyant que quantité de perfonnes demandoient
fes fecours à Paris pour différentes maladies , &
notamment pour les vénériennes , a cru devoir
fixer déformais fa réfidence dans cette capitale ,
rue Comtefle d'Artois , vis- à - vis la rue Mauconfeil
, la porte cochere à côté du café.
NOUVELLES POLITIQUES .
De Warfovie , les Juillet 1769.
Le corps des confédérés qui a été pourſuivi &
E
attaqué le 20 du mois de nier , par le comte Branicki
, grand veneur de la Couronne , n'a eu que
deux hommes tués ; les confédérés ont préfenté
les deux cadavres au Grod de Sochaczew , où l'action
s'eft paffée , formalité d'ufage en Pologne
pour conftater un meurtre , & ils y ont publié un
manifefte contre le comte Branicki , comme contre
un aflaffin public.
De Coppenhague , le 10 Juillet 1769:
La petite vérole a fait le printems dernier ,
dans cette capitale , les plus terribles ravages.
Quatre cens quatre-vingt enfans y font morts de
SEPTEMBRE. 1769. 221
cette maladie ; mais de cinq cens trente & une perfonnes
qui fe font fait inoculer , il n'en eft pas
mort une feule ; on a fait la même obfervation à
-Hambourg , dont la population ne différe pas de
beaucoup de celle de Coppenhague ; quatre cens
vingt - deux enfans y ont péri de la petite vérole
naturelle , & de 376 inoculés , tous ont été confervés.
Du 16 Juillet.
L'Impératrice Reine vient de faire placer dans
la falle qui fert de college de médecine à l'univer
fité de cette ville , le bufte du baron Van Swieten
ce bufte eft pofé fur un piédeftal de marbre avec
cette infcription : Gerardi lib baronis Van Swieten
, Archiatrorum facri palatii Comitis , regii ordinis
D. Stephani commendatoris , coll . cenfura
librorum reique medica præfidis , auguftalis biblio
thecæ præfecti , ob procuratam fcientiarum artium.
que inftaurationem obpatria Matrem Auguftamq.
familiam ab ipfo , Artis ope fervatam de univerfà
re Auftria publicâ optimè meriti , effigiem in
exemplu quod pofteri imitentur , pofuit MARIA
THERESIA AUC STA , inque falutaris artis
collegio , ejus confiliisfapienter conftituto illuftratoque
collocarijuffit M DCC LXIX. Antonio
StorkVindobon fludior. univerfitatis rectore. Cet
ouvrage eft du fieur Mefferfch-Midt , membre de
l'académie impériale & royale de peinture , fculpture
& architecture de cette capitale , déjà connu
par d'autres morceaux très -bien exécutés .
De Ratisbonne, le 6 Juillet 1769.
Avant hier le commiffaire principal fit remettre
au miniftre directorial de Mayence un decret de
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
commiffion , par lequel l'Empereur informe les
électeurs , princes & états du Saint Empire qu'il
vient de confirmer le traité conclu le 27 Mai 1768
entre la maifon de Holftein & la ville de Hambourg
, & en vertu duquel tous les princes de cette
maiſon avoient renoncé à leurs droits & prétentions
quelconques fur ladite ville . Sa majefté impériale
, en conféquence de cette renonciation ,
invite les états de l'empire à convenir inceffamment
entre eux des mesures néceffaires pour mettre
la ville de Hambourg , en jouiflance du droit
de voix & de féance à la diéte , droit qui lui appartenoit
, & que la maifon de Holftein avoit enfin
reconnu.
De Rome , le 19 Juillet 1769 .
On a découvert dernierement dans l'imprimerie
du feu cardinal Mofca de Pefaro , un manufcrit
dont le but est de prouver quele Pape ne peut fup.
primer la fociété des jéfuites fans affembler un
concile ; & l'on aflure que le prélat Antonelli ,
affeffeur du faint office , & principal auteur du
bref de Parme , a été reconnu pour être auffi l'auteur
de ce manufcrit.
La République de Venife perfifte à demander
que le provincial des jéfuites de fes états ſoit abfolument
indépendant du Saint Siége. On affure
que le général a jugé à propos , pour éviter l'expulfion
de ces religieux , de déroger en ce point à
l'inftitut de la fociété , & de les foumettre àl'autozité
de la république.
De Londres , le 4 Août 1769.
Les directeurs de la Compagnie des Indes tintent
le 28 une aflemblée générale dans laquelle ils
réfolurent de prendre à leur fervice , pour l'année
SEPTEMBRE . 1769. 223
prochaine , 28 navires . On dit que le chevalier
Fletcher , qui a ci - devant vaincu le Nabab Souja-
Doulah , & conquis tout fon pays , fe rendra dans
l'Inde avec les trois commiffaires de la Compagnie
, & aura le commandement des troupes qui
ferent employées dans une expédition contre la
capitale d'Hider Ali , & qu'on fera venir par mer
de Tillecherria . Dans la derniere aflemblée générale
, on expofa entre autres abus de la part des
autres perfonnes attachées au fervice de la Compagnie
dans l'Inde , celui d'accepter des préfens
des Nababs , contre les engagemens folemnels
qu'elles prennent de n'en point recevoir. Les commiffaires
font chargés de réprimer cet abus , &
celui du monopole fur le falpêtre & fur le coton.
De Compiegne , le 23 Août 1769.
Le Roi a donné l'abbaye de Tholey , ordre de
St Benoît , diocèfe de Trêves , à l'abbé de Salabert
vicaire général du diocèle de Lectoure .
De Paris , le 11 Août 1769.
On a reçu avis par des lettres particulieres de
Warfovie , en date du 22 du mois dernier , que
l'armée du prince Galitzin a paffé le Niefter , qu'il
y a eu pendant trois jours entre cette armée & un
détachement de l'armée Ottomane différens combats
, où les deux partis ont perdu beaucoup de
monde , mais qu'enfin les Rufles ont été forcés de
fe retirer & de repafler le Niefter , & qu'ils ont été
fuivis par les Turcs , dont une partie a paflé le
Niefter après eux . Si cette nouvelle eft vraie ,
comme il y a tout lieu de le croire , elle contrarie ,
ainfi qu'on en a déjà vu quelques exemples , les
relations précipitées qu'on fe plaît à publier fur
cette guerre,
224 MERCURE DE FRANCE.
Du 14 Août.
Le Roi vient d'accorder des lettres de nobleflo
au ficur Abraham Poupart , feigneur & baron de
Neuflife , en confidération de la perfection à laquelle
il a porté la fabrique de fes draps à Sedan ,
& de l'étendue du commerce qu'il en fait.
Du 21 Août.
Le fieur Meffier , aftronome de la marine , a
découvert de l'obfervatoire de la marine , le 8 de
ce mois , vers les onze heures du foir , une nouvelle
comete ; c'eft la dixième que cet aftronome
découvre depuis dix ans ; elle paroiffoit dans la
conftellation du bélier , entre les étoiles 24 , 29 &
31 de cette conftellation fuivant le catalogue Britannique
; on la voyoit foiblement à l'horifon
avec une lunette de deux pieds ; mais plus élevée
elle fe faifoit remarquer à la vue fimple ; le noyau
étoit environnée d'une nébulofité qui avoit plu
fieurs minutes d'étendue . Le ciel , qui a été conltamment
couvert les nuits fuivantes , n'a permis
de la revoir que la nuit du 14 au 15 : on l'appercevoit
très diftinctement à la vue fimple , ayant
une queue d'environ fix degrés de longueur : le
noyau paroilloit affez brillant fans être terminé à
minuit & demi ; fon afcenfion droite étoit de 38 d.
35 m. 2 f. , & la déclinaiſon boréale de 11 d. 49 m.
32 f. Elle a encore été obfervée les nuits fuivantes ;
mais la grande lumiere de la lune a empêché de
voir fi elle s'approche de la terre ou fi elle s'en
éloigne. Cette comète fuit l'ordre des fignes en
s'approchant de l'équateur . Son mouvement eft
très -lent ; en afcenfion droite ,
elle ne fait pas un
degré en 24 heures ; en déclinaiſon elle en fait encore
beaucoup moins,
SEPTEMBRE. 1769. 225
LOTERIES.
Le cent troifiéme tirage de la loterie de l'hôtelde-
ville s'eft fait le 26 du mois de Juillet en la ma
niere accoutumée . Le lot de cinquante mille livres
eft échu au Nº. 9700. Celui de vingt mille livres ,
au No. 8425 , & les deux de dix mille aux numéros
8467 & 19072 .
Le tirage de la loterie de l'école royale militaire
s'eft fait les Août. Les numéros fortis de la
roue de fortune font , 18 , 1 , so , 47 & 24.
Le tirage de la loterie de la compagnie des Indes
, autorisée par arrêt da confeil du 6 Avril
1769 , le fit le 26 & le 27 du mois de Juillet der
nier dans une des falles de l'hôtel de cette compagnie.
Le lot de cent mille livres eft échu au numéro
26 , 624. Celui de cinquante mille livres au u❤
méro 36 , 305 , & celui de vingt mille livres au
numéro , 12 , 678 .
MORTS.
(N) De Lezons , abbé de Saint - Pé de Genères ,
diocèle de Tarbes , & vicaire - général du diocèfe
de Lefcar , eft mort à Lefcar , les Juillet dernier.
Jeanne- Marie de Clermont- Tonnerre , fille du
maréchal de Clermont- Tonnerre , née en 1722 &
mariée le 23 Avril 1743 à Louis-François Antoi
ne de Bourbon - Buffet , maréchal des camps & atmées
du Roi , eft morte le 27 Juillet . Il refte de ce
mariage deux enfans mâles.
Jean Baptifte marquis de Monteffon , brigadier
des armées du Roi, eft mort à Paris le 30 Juil126
MERCURE DE FRANCE .
let dans la quatre - vingt - treiziéme année de for
âge.
Nicole Lerigor , veuve du nommé Duval , pof
tillon , eft morte à Paris le 18 Juillet , âgée de cent
onze ans & neuf mois .
Chriftophe de Klinglin , baron de Hattftat ,
confeiller du Roi en fes confeils & premier préfdent
honoraire du confeil fouverain d'Alface , eſt
mort en fon château d'Oberherghiens le 8 Août ,
âgé de 80 ans.
Bernardin marquis de Mathan , baron d'Auffay
, &c. lieutenant pour le Roi au gouvernement
des ville & château de Caën , chevalier de l'ordre
royal & militaire de S. Louis , eft mort en ſon château
de Beaunay au pays de Caux , le Juillet
dernier, âgé de 84 ans.
PIECES
TABL E.
IECES FUGITIVES en vers & en profe , pages
Epître à M. Duhamel ,
Vers à Madame de M ***
Chanfon à Mile Rofalie ,
>
A Mlle de M *** au jour de fa fête ,
Couplets à Mde de ** au jour de la fête ,
Fables orientales , le Cadi & fon fils ,
Le Vifir & le Dervis ,
Le Papillon & la Chenille
L'Homme infatiable ,
Bouquet à Mile *** ,
La Bergere délaiflée , romance ,
Vers au portrait de Mlle Victoire ,
ibid.
12
13
14
Is
16
17
18
19
21
22
24
SEPTEMBRE , 1769 , 227
4 Mde de T *** ,
Le
Raccommodement , conte,
Wers à Mlle de Villeneuve ,
ibid.
25
44
46
Veis à Mde D. J.
A ma fourfur le départ de fon marià l'armée , 47
Quatrain ,
Les Dragons Anglois ,
Portrait de Damon ,
Le vrai Philofophe , ode anacréontique ,
Air noté ,
ibid.
55
$7
ibid.
Explication des Enigmes ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
58
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
Contes perfans ,
Lettres de Miladi Betford ,
Hiftoire des philofophes modernes ,
59
62
68
ibid.
75
77
Les Guèbres , tragédie, 80
Elémens de pharmacie , 88
Suite des loisirs d'un foldat , 94
Anecdotes germaniques , 97
Nouvelle démonſtration évangélique , 104
Diflertation fur les moeurs , 106
Eflai de littérature ,
III
Effai hiftorique fur la chaffe ,
Expériences fur les noyés , 117
Nouveaux principes de inufique , 119
Hiftoire universelle relativement à la peinture
& à la fculpture ,
124
Mémoire fur la compagnie des Indes ,
Principes de la langue latine ,
Lettre à M. Bauvin fur la tragédie d'Arminius
,
Précis de la nouvelle méthode d'inoculer ,
Eloge en vers de M. de Chevert ,
129
136
137
138
1430
228 MERCURE DE FRANCE.
Le temple du Bonheur , 145
La jeune fille féduire & le courtifan hermite
, 148
Grammaire de Port-Royal , 152
Réponse au méinoire de M. l'abbé Morellet , 154
CONCERT SPIRITUEL ,
158
Opéra ,
159
Comédie françoile ,
165
Comédie italienne , 174
Académie françoile
176
Diftribution des prix de l'Univerfité , 777
ARTS , Cofmographie ,
181
Gravure ,
187
Mufique , 191
Suite des confeils d'un pere à fon fils fur la
mufique ,
199
Anecdotes , 203
Lettres-patentes & ariéis 207
AVIS ,
209
Nouvelles Politiques , 220
Loterics ,
Morts ,
225
ibid.
APPROBATIO N.
J'ATAI lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le volume du Mercure de Septemb. 1769,
& je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
Timpreffion. A Paris , le 30 Août 1769.
GUIROY.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue des Cordeliers,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le