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1768, 10, vol. 2
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MERCURE
DE FRANCE,
DÉDIÉ
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
OCTOBRE 1768.
SECOND VOLUME.
Mobilitate viget. VIRGILE.
A
PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire , Rue
Chriftine , près la rue Dauphine.
Avec Approbation & Privilége du Roi,
AVERTISSEMENT.
1
L'EXERCICE EXERCICE du privilége du Mercure ayant été
tranfporté par brevet au Sr LACOMBE , Libraire ;
c'eft à lui feul que l'on prie d'adreffer, francs de
port , les paquets & lettres , ainfi que les livres ,
les eftampes , fes piéces de vers ou de profe , les
annonces , avis , obfervations , anecdotes , événemens
finguliers , remarques fur les fciences & arts
libéraux & méchaniques , & généralement tout ce
qui peut inſtruire ou amuſer le lecteur.
Ce Journal davant être
principalement l'ouvrage
en général des amateurs des lettres & de ceux qui
les cultivent , fans être l'ouvrage d'aucun en particulier
, ils font tous invités à y concourir : on recevra
avec reconnoiffance ce qu'ils enverront au Libraire
on les nommera quand ils voudront bien
le permettre : & leurs travaux , utiles au fuccès &
à la réputation du Journal , deviendront même un
titre de préférence pour obtenir des récompenfes
fur les produits du Mercure.
Leprix de chaque volume eft de 36fols , mais
l'on ne payera d'avance , en s'abonnant , que 24 liv.
pourfeize volumes , à raifon de 30 fols piece.
Les perfonnes de province auxquelles on enverra
le Mercure par la pofte ,
payeront , pour feize
volumes , 32 livres d'avance en
s'abonnant , &
elles les
recevront francs de port.
A ij
Celles qui auront d'autres voies que la poke
pour lefaire venir , & qui prendront les frais du
port fur leur compte , ne payeront , comme à
Paris , qu'à raifon de 30 fols par volume , c'eftà-
dire , 24 livres d'avance , en s'abonnant pour
feize volumes.
Les perfonnes & les Libraires des provinces qu
des pays étrangers , qui voudront faire venir le
Mercure, écriront directement aufieur Lacombe.
- Onfupplie les habitans des provinces d'envoyer
par la pofte , en payant le droit , le prix de leur
abonnement , & d'ordonner que lepayement enfoit
fait d'avance au Bureau,
Les paquets qui ne feront pas affranchis refteront
au rebut.
On prie les perfonnes qui envoient des livres ,
eftampes & mufique à annoncer , d'en marquer le
prix.
MERCURE
DE FRANCE.
OCTOBRE 1768 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSÉ.
LES Volcans. Ode. *
ECLAIRE , échauffe mon génie ,
Mufe de la terre & des cieux :
Conduis-moi , fublime Uranie
Vers ces abîmes pleins de feux ,
De l'enfer foupiraux horribles ,
*Cette ode a été compofée pour l'académie de
Marſeille qui avoit propofé ce fujet ; mais étant
arrivée quelques jours trop tard , elle n'a pu être
admife au concours.
Aiij
MERCURE DE FRANCE.
Arfenaux profonds & terribles
? Où , dans un chaos éternel ,
Des élemens la fourde guerre
Forme , allume , lance un tonnerre
Plus affreux que celui du ciel .
Quels torrens épais de fumée
La terre ouverte fous mes pas
Vomit une cendre enflammée ;
L'antre mugit.... Dieux , quels éclats
Des roches dans l'air élancées --
Retombent , roulent difperfées .
Je m'arrête glacé d'effroi ;
Un fleuve de feux , de bitume
Couvre d'une bouillante écume
Leurs débris pouflés jufqu'à mor
Monts altiers , voifins des orages ,
Qui recelez dans votre fein
Les fleuves , enfans des nuages
Et les rendez au genre humain ,
C'eſt dans vos cavernes profondes
Que, du feu , de l'air & des ondes ,
Fermente la fédition.
Au fond de cet abîme immenſe
Je vois la nature en filence
Méditer fa deftruction.
L'esclave qui brife la pierre
Et qui cherche l'or dans vos flanes ,
MA
OCTOBRE . 1768 .
Sent les fondemens de la terre
S'ébranler fous fes pas tremblans
Il palpite , écoute , friffonne : ...
Mais le trépas en vain l'étonne
La ranime fes fens :
rage
$
Il pardonne au fléau terrible o di
Qui va , fous un débris horrible LO
Ecrafer fes cruels tyrans.
ODieu ! quelle audace intrépide !
L'antre pouffe un refte de feux :
Uue foule imprudente , avide ,
Accourt d'un pas impétueux.
Voyez-les d'une main tremblante ,
Sous une lave encor fumante ,
Chercher ces métaux déteſtés ;
Et fur le falpêtre & le foufre
Des ruines mêmes du gouffre ,
Bâtir de fuperbes cités.
Mortel qui , du fort en colere.
Gémis d'épuifer tous les coups ,
Sans doute le ciel moins févere
Pouvoit te voir d'un oeil plus doux.
Mais de la nature en furie
Tu furpaffes la barbarie ;
De tes maux déplorable auteur
C'eft ta rage qui les confomme ;
Et l'homine eft à jamais pour l'homme
Le fléau le plus deftructeur.
A iv
MERCURE DE FRANCE.
1
1
Quand ce globe a craint fa ruine ;
Quand des feux voifins des enfers
Grondoient de Lisbonne à la Chine
Et foulevoient le fein des mers ;
Les affaffinats de la guerre
Défoloient , faccageoient la terre ;
Vous enfanglantiez des volcans ,
Et vous égorgiez vos victimes
Sur les bords fumans des abîmes
Qui vous engloutifloient vivans:
Eh quoi ! tandis que je friffonne ,
Vous alluméz pour les combats
Ces volcans , effroi de Bellone ,
Ces foudres cachés fous fes pas!
Contre la terre conſternée ,
Quand la nature cft déchaînée
Vous l'imitez dans fes horreurs
Et le plus affreux phénomêne ,
Dont frémiffe la race humaine ,
Sert de modèle à vos fureurs !
Que ne puis-je , arbitre des ambres
Forçant les porres du trépas ,
Evoquer des royaumes fombres
Tous les morts de tous les climats !
A chacun d'eux , fi j'ofois dire :
Un Dieu t'ordonne de m'inftruire
Qui t'a conduit au noir féjour 2
OCTOBRE. 1768 .
Prefque tous, homme impitoyable !
Ils répondroient , c'eft mon femblable
Dont la main m'a privé du jour.
Ah! jettez ces coupables armes ,
De vous-même prenez pitié ;
Connoiflez , éprouvez les charmes
De l'amour & de l'amitié ;
Que la force, que la puillance ,
Nobles foutiens de l'innocence,
Ne fervent plus à l'opprimer.
Ecartez la guerre inhumaine ,
Et.ne vouez plus à la haine
Le moment de vivre & d'aimer.
Par M. Champfort.
LE Laurier & le Myrthe. Fable . A Sa
Majefté le roi de Pruffe.
ENTRE le myrthe & le laurier
Survint un jour une querelle ;
Le laurier débutant fur un tón de guerrier :
Ofes-tu bien , dit- il , arbrifleau de ruelle *
Venir ici te comparer à moi ?
Apprend que je fuis fait pour te donner la lof ;
Que le laurier jouit d'une gloire immortelle ,
Qu'il couronne le front du fier dieu des combats;
Et moi celui de l'Amour , de la mere ,
Interrompit le myrthe avec colere ,
Av
fo MERCURE DE FRANCE.
Ils valent bien le dieu que fuit le noir trépas.
Un mot , ami , te fera taire ,
Pourfuit le laurier arrogant ,
Je fuischéri de ce roi triomphant ja
Qui , de l'Europe entiere , enleveles hommages...
Je n'ai jamais orné , répond l'arbre amoureux ,
Le front de ce heros fameux , an LI
Mais je couronne fes ouvragesi alap
A Madame la comteffe de C. qui m'avoit
demandé ma généalogie, Par M. le M.
D. V.
ANS le monde on cherche à paroître ,
Ou par le rang ou par l'efprit ;
L'un & l'autre éleve notre être ,
Le fort , en vous , les réunit.
*
Que votre juftice aprécie
Ce que je fuis , ce que je vaux
Si nos rangs ne font point égaux ,
Ce n'eft pas ce qui m'humilie.
Sur ce point , foit dit entre nous
Mon amour- propre fe repoſe ,
On peut être au-deffous de vous ,
Et pourtant être quelque chofe.
Brillante de traits ingénus,
Aimable , fenfible & fidéle ,
OCTOBRE. 1769. 1
Sans prétendre égaler Vénus ,
Une nymphe peut être belle.
A Madame de
qui m'avoit prié
de lui donner un portier.
UN honnête & loyal portier
Vous offre un fervice fidéle.
Je vous réponds qu'il a du zèle
Et les talens de fon métier.
Pour tout fâcheux , dur & fevére ,
Sa porte ne fçait point s'ouvrir :
Il ne l'ouvre qu'au doux plaifir ,
Aux jeux , à l'Amour , à leur mere.
Caché dans leur troupe légere ,
Je pourrois entrer avec eux.
12
Pour moi , plus doux & moins auftere ,
Bafile fermeroit les yeux.
Il faut des amis en tous lieux ;
Un , à la porte , eft néceffaire :
Celui- ci me convient au mieux ,
Feroit-il auffi votre affaire?!
Par le mème.
Le Vau & le Defir. A Madame de
Ja dès long- temps , ont mon ame liée
A
Doar & you , tous les deux, tour- tour ,
A vj
42
MERCURE
DE
FRANCE
Inceffament occupent ma penſée :
C'est mon plaifir , & le fera tout jour.
Quant eft du væu , c'eft celui- là tant doux
De vous aimer, mais d'amitié bien tendre
Et le defir eft d'être aimé de vous :
Que file fuis , veuillez , à mes jaloux ,
Souvent le dire & me laiffer l'entendre.
Par le même.
JUSTIFICATION de M. l'abbé de l'Attaignant
à Mde la Marquife de G***
Sur l'AIR De tous lès. Capucins du monde.
CHAQUE auteura fon héroïne ,
Celle d'Ovidé fut Corine,
G *** n'a pas moins d'attraits
< "C'eft- elle qui monte ma lyre ,
Et dans tous les vers que je fais
C'eft- elle feulé qui m'infpire.
:
Sipar fois Thémire ou Lifette
Veut de moi vers ou chanfonnette ,
Ou que je falle fon portrait ,
J'en fais d'abord le parallele
Et pour peu qu'elle en ait un trait ,
Je l'arrange fur mon modele.
* G *** , en elle raſſemble
Tout ce qu'ont les autres enfemble
OCTOBRE. 1768. 17
De vertus , d'appas , de beautés :
C'eft la Vénus de Praxitelle ;
Il avoit pris de tous côtés
Tout ce qu'on admiroit en elle.
Sije veux peindre la fageffe
Unic avec la gentillefle ,
G *** m'en fournit les traits
S'il faut rendre d'une fyrene
La tendre voix & les attraits
Je ne célébre que la fienne
.
On dit donc à tort que ma mufe,
Quand elle la chante , l'abuſe ,
Et lui donne du réchauffé :
C'est pour les autres au contraire
Qui , de moi , n'ont pas triomphé
Que je la pille pour leur plaire.
Dans chaque beauté que j'ai peinte
Elle peut reclamer fans crainte
Tous les charmes par- tout épars ,
L'efprit , la taille , le vifage ,
Son fouris , fes tendres regards ,
Pour y retrouver fon image.
14 MERCURE DE FRANCE.
L'ENTRE CHIEN & LOUP.
ENFIN le jour baifle
L'aftre qui nous luit
Après lui ne laiffe
Qu'un éclat qui fuit.
Clartés paflageres ,
De brillans éclairs ,
Des vapeurs légeres
Enflamment les airs.
Le dieu que je fers
Fait de nos fougeres ,
Sous ces berceaux verds
Le lit des bergeres.
L'ombre le répand ,
L'Amour moins timide
Livre , en foupirant ,
A ma main avide
Ces biens précieux ,
Ces charmes fans nombre
Que la nuit plus fombre
Refufe à nos yeux.
Moment favorable !
Couché fur les fleurs ,
Un objet aimable
N'a plus de rigueurs.
Mais déjà tout céde
OCTOBRE. 1768. IS.
Au plus doux repos
A de longs travaux
Le fommeil fuccéde ;
Et volage encor→ 1 .
Dans les bras de Flore
Attendant l'Auvórej
Zéphire, s'endort.
Sommeil favorable !
Ton charme agréable
Diffipe nos maux..
Autour des pavots
Les fonges voltigent :
Des fonges menteurs
Les folles erreurs
Confolent , affligent ,
Raffurent nos coeurs.
Le berger fommeille
Gardant fon troupeau :
Le plaifir feul veille . !
Près de ce ruiffeau.
Bientôt le filence ,
Enfant de la Nuits
Dans ces bois devance
L'Amour qui les fuit ;
Plus loin le Myftere ,
Puiffant féducteur ,
Raffure & fait taire
L'auftere Pudeur .
Youlant le défendre,
16 MERCURE DE FRANCE.
Philis va le rendre
Au preffant defir,
Déjà le plaisir
Fléchit la cruelle ,
Badine autour d'elle ,
N'attend qu'un foupir.
Que le Jour fe leve ,
Témoin de nos feux ;
Pour combler mes voeux ,
Douce nuit acheve
De me rendre heureux.
Par M. G. de M.
A M. FAV ART , en lui envoyant un
livre de marbre.
Jato Ja t'offi t'offre un livre auffi froid que pefanty
Tel oeuvre eft peu rare à préfent :
Son poids garantira des larcins de Borée ,
Les fruits de ta muſe adorée , R
Et je ne ferois point furpris :
Qu'il s'échauffât du feu de tes écrits .
Guerin de Fremicourt.
OCTOBRE. 1768. 17
EPIGRAMME , imitée de l'Anglois
de Prior. La double Crainte.
TRISTEMENT étendu fur le litde la mort ,
Butler , à ſoixante ans , va donc remplir fon fort !
Fanni , la jeune épouſe , eft là toute penfive,
Et du pauvre Butler rend la douleur plas vive :
Mais différens motifs les font tous deux fouffrir ;
Et voici , franchement , quelle idée eft la mienne :
Du mal qui le pourfuit , Butler craint de mourir ,
Et Fanni craint qu'il n'en revienne.
Par M. Gaudet.
UN
LE BRAMIN. Conte.
N Bramin devant fon idole lui faifoit
un jour cette priere : « Tu m'as donné la
»fcience , tu m'as donné la fagelle & le
» bien qu'on trouve à l'aimer . Mais fuf-
» fit- il d'être heureux pour foi ? Peut- on
» même fe croire tel au monde quand il
» eft des infortunés ? Ne nous devonsnous
point des fecours mutuels , &
» l'homme n'est - il pas né pour effuyer
» les pleurs de l'homme ? O divin Para-
» bram ! toi qui lis dans le coeur de ton
18 MERCURE DE FRANCE.
斗
"
$5
fidèle miniftre , & qui connois le zèle
» dont tu l'enflammes , il eft , fans doute,
marqué dans tes décrets qu'une fi noble
» ardeur ne fçauroit demeurer oifive ;
opére donc en fa faveur les merveilles
que j'ai droit d'attendre pour l'inftruetion
, la gloire & la félicité de mes
» femblables.»
Dans la ferveur de fon oraiſon , le Bra
min crut que , par un figne , l'idole approuvoit
fa demande & l'inftruifoit de fa
volonté. Dès ce moment il fe mit à crier
dans les temples & les places publiques :
O vous tous , qui que vous foyez , qui
confumez vos jours dans les regrets , venez
à moi ; Parabram m'a choifi pour
éclairer vos coeurs & pour les confoler.
Le premier qui fe préſenta fut un Raja
de Vilapour , que les révolutions avoient
chaffé du trône. J'ai perdu, lui dit- il , tous
les plus grands biens de la vie. J'avois un
favori dont on me fépare ; j'avois une
maîtreffe qui m'eft enlevée , j'étois monarque
& ne le fuis plùs ; donnez - moi
des confolations. Le Bramin lui prouvoit
qu'un favori n'eft rien quand on n'a
plus de fceptre , qu'une maîtreffe voit
tout dans l'éclat de la pourpre , & qu'un
trône à ce prix ne vaut pas la peine d'être
regretté. Mais vous êtes plus que rot ,
1
OCTOBRE. 1768. 19
continua-t-il , vous perdez une couronne
& trouvez un ami fincere . Epanchez votre
ame dans la fienne. Oubliez près de
lui que vous eures des courtifannes , des
efclaves & des Alatteurs. Sacrifiez au vrai
repos les chimeres de l'opinion . Comprez
votre bonheur du moment où vous me
voyez . Paifons le charme de la vie dans
la vertu qui nous doit unir. Ne refpirons
que pour Parabram , & ne ceffons de lui
rendre graces .
L'homme eft flexible dans le malheur
& fe prête aifément aux confolations
qu'on lui donne. Le Raja ſe diſoit tout
bas : Béni foit le moment qui m'a fait
trouver ce Bramin ! Le Bramin , content
de lui- même , fe glorifioit dans l'oeuvre
de fon zèle , & béniffoit les fruits de fa
morale.
›
Une femme éplorée vint un jour à lui .
Son vifage trempé de larmes annonçoit
la plus vive douleur. Vous voyez , ditelle
, la fameufe Olinde , dont tant de
bouches ont célébré les charmes. Tour
reffentoit l'empire de ma beauté. Un regard
fuffifoit pour m'affervir les coeurs .
Faite pour plaire aux maîtres du monde ,
je dédaignai les conquêtes communes .
Bientôt les fceptres furent à mes pieds ;
20 MERCURE DE FRANCE.
je devins fouveraine de ceux qui les por
toient. L'art ne me coûtoit rien pour les
enchaîner à la fois . Ma vanité fe complaifoit
dans le nombre de mes triomphes
, & la tendreffe de mes esclaves
m'étoit bien moins fenfible que le plaifir
de regner fur eux . Nous pouvons jouir
quelque temps du fuccès de nos artifices ;
nos agrémens les autorifent & cachent
facilement nos torts aux regards de ceux
qui nous aiment . Mais l'inftant vient où
livreffe des ames fe diffipe , où le dégoût
éteint la flamme & fuccéde à l'adoration .
J'en fis l'épreuve humiliante . J'eus des
rivales & des rivales heureuſes. Je mis
en vain tout en ufage pour regagner les
coeurs que je perdois. L'hommage d'un
feul me reftoit encore , l'amour - propre
& le dépit me confeillerent de m'en conrenter.
On croit aifément ce qui Alatte .
Mon dernier amant s'applaudit du parti
qu'il me voyoit prendre , & regarda comme
une préférence la néceffité qui m'y
réduifoit. Cet amant fi facile étoit Raja
de Vifapour. Son amour plus ardent ne
donna point de bornes à fes complaifances.
J'eus lieu d'être flattée de l'enchantement
où je le retenois. Mais le bonheur
fait des jaloux, Ma beauté devint funefte
OCTOBRE. 1768. 21
à celui qui l'idolâtroit. Un rival dange
reux qu'elle lui fufcita le contraignit de
łui céder le trône , & me força d'écouter
fes voeux. C'eft une folie de vouloir lut
ter contre la fortune. Je me refignai , fans
combattre , aux caprices des événemens.
Mais voilà qu'une nouvelle amante
éblouit les yeux de mon raviffeur. Le
cruel me dédaigne & me facrifie fans pitié
mes pleurs en ont coulé de rage. Le
défefpoir égaroit ma raifon. Je fus tentée
d'abord de me venger dans le fang du
perfide . Toutefois mes tranfports s'épuiferent
en menaces vaines. Dévorée par la
honte , & confumée par la douleur , je
n'emporte en fuyant que les regrets où je
m'abandonne , & je viens chercher des
confolations .
:
C'eft Parabram , s'écrioit le Bramin ;
c'eft Parabram qui vous appelle. Il a permis
l'orage qui vous conduit au port ; il
veut lui- même effuyer vos larmes . Il eſt
jaloux de vos foupirs & des hommages
de votre beauté, L'encens des hommes
étoit au - deffous d'elle . Lui feul mérite
de fixer le vôtre . Venez dans fon temple
où fa voix vous guide. Il eft temps qu'il
obrienne ce qu'il vous demande. Il eft
temps qu'il jouiffe du prix de fes bienMERCURE
DE FRANCE
faits , & que les charmes dont vous brillez
immortalifent fon triomphe dans le
plus beau de fes ouvrages. Ainfi l'adroit
confolateur , en donnant le change aux
defits , intéreſſoit le penchant d'Olinde
& ménageoit avec art un aliment à fa
tendreffe.
La belle Olinde , courbée devant l'idole
, montroit en l'adorant combien fon
coeur avoit befoin, d'aimer ; tandis que le
Bramin difoit : après cette victoire je ne
vois plus rien d'impoffible. Parabram ne
dément point mon attente , & c'est de
moi fans doute que dépend le bonheur du
monde.
Un homme l'aborda quelque temps
après. Son front humilié faifoit pour lui
l'aveu de fes difgraces. J'étois , dit- il , un
favori de roi , autrefois comblé d'honneurs
, de richelles & de voluptés. Maintenant
rejeté dans la foule ; en butte aux
dérifions de ceux qui me fêtoient ; trahi
par ceux que j'obligeal , traînant mes
jours dans la détreffe en mangeant mon
pain dans les larmes. On juge qu'en cet
état l'homme a befoin de confolations ;
le Bramin charitable ne les épargnoit pas.
Ses fuccès redoubloient fon zèle , & je
confirmoient de plus en plus dans l'idée
OCTOBRE. 1768. 23
favorable qu'il avoit conçue de luimême.
1
Un auteur manquoit pour couronner
l'oeuvre. Il ne tarda point à s'offrir. Mipiftre
de Parabram , toi , dit - il , dont
chacun revere la fcience , la fageffe &
l'humanité , parmi ceux qui t'implorent
nul n'eſt plus digne que moi de ta com
paffion. Tu vois un favori des mufes
que
fes meres abandonnent à fon mauvais
deftin . Ma carriere fut femée de quelques
jours heureux ; j'ai vu mes talens accueillis
faire tous les plaifirs d'une cour brillante.
Ma complaifance n'eut point de
bornes , & fe plioit à tous les goûts . J'étois
l'oracle des toilettes ; l'Apollon des
petits myfteres , & le chanfonnier des
feftins. Je foudroyois mes concurrens dès
qu'ils avoient l'audace d'entrer en lice ,
& le tribunal des beautés ne décidoit jamais
qu'en ma faveur. Mais un revers
priva du trône le monarque qui me protégeoit
; adieu crédit , louanges , mérite ,
honneur , fortune ; je perdis tout en le perdant.
L'ufurpateur m'oppofa des rivaux' ;
je combattis contre eux avec les traits de
la fatyre. Je donnai des ridicules ; je prodiguai
les bons mots , les couplets ; les
épigrammes. Je ne trouvai plus de rieurs,
fus contraint de quitter la place. Anéan
24
MERCURE
DE FRANCE
.
ti fous le coup qui m'aſſomme , je me
cherche en vain depuis ce moment. L'aviliflement
, l'opprobre , la difette m'ont
enlevé le peu d'efprit que j'avois. Sans
idée , fans courage , fans émulation , fans
efpoir ; dégoûté , rebuté de mon exiftence
, je végéte triftement dans les langueurs
de la mélancolie & je te demande
des confolations .
O Parabram ! s'écria le Bramin tour
émerveillé , tu paffes les efpérances de ton
ferviteur; tu m'accordes cent fois plus que
je ne demandois ! Puis , embraffant l'auteur
avec tranfport , c'eſt à préfent , ditil
, que vos talens trop méconnus vont
briller dans tout leur éclat. Les caprices
d'un vulgaire profane n'auront fervi qu'à
les rendre illuftres . Vous regnerez , mon
frere , fur tous vos concurrens , comme
un palmier s'éleve au- deffus des rofeaux
timides. Il manquoit à mes triomphes un
organe qui les célébrât ; ma renommée
confirmera la vôtre , & ma gloire vous
répond de l'immortalité.
Eft ce donc là votre fage , diront quelques
cenfeurs ? Quoi ! ce devot Bramin ,
fi plein de zèle & de charité , vous en
faites un mondain fuperbe , un coeur ivre
de faufle gloire , qui n'a de vertus que
par faſte , & qui ne ſemble agir que pour
vivre
OCTOBRE. 1763.
25
.
vivre dans l'efprit des hommes. Eh!
Meffieurs , il eft ici tant de gens modeftes
; c'eſt une eſpèce de fages fi commune
parmi nous ! Voudriez-vous qu'ils fuffent
par-tout les mêmes , & que j'euffe peint un
fage des Indes comme un fage de notre
pays ?
Quoiqu'il en fait le Bramin joyeux
détailloit déjà fes heureux travaux . Il ranimoit
du feu de fes recits la muſe expirante
de l'auteur. Ne voyant rien de
mieux à faire , pour le confoler, que de
vaincre les fcrupules d'une humilité trop
rigide & de s'offrir lui - même gratuitement
pour le héros d'un poëme épique .
Mais qui peut compter fur nos coeurs &
fur la durée de nos fentimens ? Tandis
que le Bramin raconte fes merveilles , &
redonne l'effor à ſa verve , le Raja paroît
devant eux , fuivi d'Olinde & du favori.
Bon-homme , dit - il au Bramin , la fortune
a changé de face ; je n'ai plus à répandre
que des pleurs d'allégreffe. Plaifirs
, grandeurs , amour , tout me rappelle
à mon premier fort , & me rend à la fois ,
mon fceptre , mon favori , ma maîtreſſe
& mon poëte même , s'écria - t-il , en montrant
l'auteur qui , l'ayant reconnu d'abord
, fe précipitoit au - devant de lui .
II. Vol.
B
26 MERCURE DE FRANCE .
Malheureux ! difoit le Bramin , quelle
erreur vous égare tous ? Que faites - vous?
Où courez -vous ? Qu'efpérez - vous ? Quel
fera le prix de mes foins ? Quel eft le
fruit de vos malheurs , fi l'expérience du
paffé ne vous fait trembler pour l'avenir ?
Qu'est- ce que l'empire du monde & tous
fes biens fragiles , près du repos que vous
quittez ? Eft il d'autre bonheur que celui
qu'il vous préfentoit ? Ingrate ! feroit - ce
en vain que Parabram..... Il parloit
encore , & le Raja & fa fuite étoient déjà
bien loin. Celui- ci difoit : courons regner
avec ce que j'aime. Renaiffons , difoit
l'autre , pour l'amour & pour les grandeurs.
Le favori ne fonge qu'à venger fes
outrages , & le poëte femble avoir des
aîles pour aller au plus vite humilier fes
rivaux .
Le Bramin , plein de douleur , de dépit
& de confufion , erroit loin de la ville
fans fçavoir où porter fes pas. Il s'arrêta
fur le bord d'un ruiffeau , & fe mit à verfer
des larmes . Un vieillard , près de- là
contemploit , d'un front ferein , les beautés
naiffantes du printems. Il chantoit le
bonheur des hommes & les bienfaits de
l'Etre fuprême. Il fut interrompu par les
gémiffemens du Bramin . Qu'avez - vous ,
mon frere , lui dit- il d'une voix douce &
OCTOBRE . 1768. 27
+
confolante ? Tout eft perdu , répondit
le Bramin ; tout eft perverti ; tout eft corrompu
fans retour. Un défordre effroya-"
ble étouffe dans tous les coeurs le germe
des vertus. Ce n'eft plus fur la terre qu'orgueil,
ingratitude , menfonge , hypocrifie...
A ces mots , redoublant fes pleurs,
il lui fit part du fujet de fon affliction.
N'eft -ce que cela , dit le vieillard ?
Voyez ce peu de fange que cette onde
emporte dans fon cours , fon criſtal en
eft-il moins pur ? Quelques légers nuages
effacent- ils l'azur des cieux ? Quelques
ronces parmi les fleurs rendent elles leur
éclat moins beau ? Les maux divers que
l'on déplore nous privent - ils de tous les
biens ? Et n'eft - il point de vertus parce
qu'il eft des erreurs au monde ? J'eus autrefois
, comme vous , la manie de prêcher
les hommes . J'imaginai que la nature
m'avoit formé pour les inftruire
je criai contre leurs abus ; je m'acharnai
contre leurs vices ; j'enfantai de gros livres
pour leur prouver qu'ils étoient audeffous
des bêtes ; je me frayai des routes
loin des fentiers battus ; j'eus des opinions
& des fyftêmes à moi . Qu'arriva-t il
de mes déclamations ? Ma franchife plût
à quelques- uns , d'autres y découvrirent.
les prétentions que je déguifois. Tous fe
Bij
18 MERCURE DE FRANCE.
réunirent de concert pour admirer le moraliſte
, en ſe riant du myfantrope. O mon
frere ! reconnoiffez l'homme ; fi pour goûter
le fruit de vos leçons , un monarque
eut quitté le trône ; une amante , les VOC
luptés ; un favori , les honneurs ; un poëte
, les éloges & les diſtinctions , vous au
riez lieu d'applaudir à votre morale & de
pouvoir compter fur fes prodiges ; mais
les difgraces font recourir à vous. Le deftin
change & l'on vous laiffe, Que la paix
de votre ame n'en foit point altérée ,
Qu'une douce commifération vous apprenne
à plaindre nos foibleffes fans chercher
à les condamner. Mortels , fupportez
vos femblables : quelques chimeres qui
les flattent ; quelques fonges qui les abufent
, c'est trop préfumer de foi - même
que de prétendre à les détromper. A l'abri
de leurs illufions , jouiffez des biens
qu'ils ignorent. Béniffez l'auteur de leur
être & confolez- vous dans votre fageffe ,
Le vieillard finit de parler & continua de
chanter fon hymne .
Le Bramin , convaincu des preftiges de
fon zèle & de la fauffeté de fon opinion ,
courut abjurer devant fon idole la vanité
qui l'avoit féduit . L'indulgence étouffa
fes plaintes , & , fans rien reprocher aux
hommes , il fe contenta de prier pour eux,
!
OCTOBRE. 1768. 19
ODE fur la Mort de la Reine , lue à
l'affemblée publique de la fociété royale
des fçiences & belles-lettres de Nancy ,
le 25 Août.
LONGTEM ONGTEMPS fur ce palais dans un fombre nuage
Il a grondé ce coup qui fond avec l'orage.
Quel lugubre tableau !
La foudre eft en ces lieux le flambeau qui m'éclaire
;
J'y vois changer la pourpre en voile mortuaire,
Et le trône en tombeau .
Quels longs gémiflemens à travers les ténébres !..
Qui languit , au milieu de ces regrets funébres ,
Sur ce lit de douleurs ?
Reine augufte eft-ce toi , mere , épouſe adorée ,
Qu'entourent ton époux , ta famille éplorée ?
Ils t'embraflent , tu meurs !
Tu meurs ! ... Durant neuf mois tout l'état en
alarmes ,
Aux pieds de nos autels tant de voeux & de lermes
N'ont pu changer ſon fort.
Notre amour, tes vertus n'ont pu fermer ta tombe.
Rang , mérite , pouvoir , majefté , tout fuccombe
Sous la faulx de la Mort.
B iij
30 MERCURE DE FRANCE
Sur ta famille entiere épuilant fa furie
N'avoit- elle donc pas à ton ame fiétrie
Affez porté de coups ?
N'étoit-ce pas aflez , qu'aveugle en fa colere
En deux ans à ton fils elle eut rejoint ton pere ,
1. L'époufe à fon époux ?
Faut- il ! ... Mais de nos jours quand l'Arbitre
ſuprême
Nous la ravit , d'un Dieu qui nous punit & l'aime
Adorons l'équité.
Pour hâter fon bonheur il abrege fa vie ,
Et d'un féjour de mort l'appelle à la patrie
De l'immortalité.
Qui pourroit y compter tous fes droits légitimes ?
Treize luftres entiers dont cent vertus fublimes
Signalerent le cours ;
Cette ame , d'un Dieu bon la plus touchante image
Dont , le bien qu'elle fait, les maux qu'elle foulage
Ont rempli tous les jours ;
Au creufet des revers épurant fon enfance ,
Le ciel la vit des moeurs y puiſer l'innocence ,
Le mépris des grandeurs .
Un pere fugitif, une mere éperdue ,
Témoins de fes progrès , conſolés à fa vue
Oublioient leurs malheurs.
1
Ils la voyoient fans cefle au printems de ſon âge
OCTOBRE. 1768. 31
Joindre aux traits les plus doux , aux graces, fon
partage ,
Les vertus , les talens.
Satisfaite des dons que lui fit la nature
,
Ils ne la virent point dans l'art & la parure
Chercher des agrémens.
Heureux tous deux par elle , en leur paisible afyle
Ils formoient de concert cette fille docile ,
Seul refte de leur fang :
Quand le plus grand des rois touché de fon mérite
,
Pour prix de fes vertus , & des fiennes , l'invite
A partager fon rang.
Epoufe de Louis , douce , tendre & fidéle ,
Pour la France & fon Roi dès lors pleine de zèle ,
Modele de fa cour ;
A l'hommage , aux reſpects rendus à fa couronne ,'
Des peuples elle vit s'unir pour fa perfonne
Et l'eftime & l'amour.
Tu connus tout le prix de ce tréfor infigne ,
Monarque digne d'elle ; elle te parut digne
De tes voeux , de ton coeur.
En rejettons nombreux leur union féconde
Diffipant notre effroi , de la France & du monde
Aflura le bonheur,
Sous la pourpre des Rois , fimple , affable & ma
deſte ,
Le poifon des flatteurs , de cette ame céleſte
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
1
Ne put ternir l'éclat .
Toujours les feuls objets de fa tendreffe extrême,
De fesfoins , de les voeux furent l'Etrefuptême ,
Sa famille & l'état.
Dans cette région de projets & d'intrigues ,
Son nom dans les complots , les cabales, lesbrigues
Ne fut jamais cité.
C'eft parmi les enfans , qu'il faut , ou dans un
temple
La chercher , des devoirs leur y donnant l'exemple
Qu'ils ont tous imité.
Par l'orgueil ou le vice en tant de coeurs éteinte ,
Tu cherchois tes enfans , ô Religion fainte,
Et ne les trouvois plus !
Viens dans lacour des Rois , & fous le diadême ,
Yoir une Reine offrir , dans leur éclat fuprême ,
Ton culte & tes vertus.
O vous qui gémillez , ſon trône eft votre aſyle¸
Au pauvre , àl'opprimé l'accès en eft facile ;
Tous partagent les foins.
Par fes immenfes dons verfés fur l'indigence ,
Elle- même on la vit fouvent , dans l'abondance,
Connoître des befoins.
Quelprix dans fes bienfaits ! Son coeur fenfible &
tendre
Semble avec ſes tréſors lui- même ſe répandre
Dans le fein du malheur.
1
OCTOBRE. 33 1768 .
Ses graces ,fon accueil font bénir fon empire ,
Sa famille , la cour , près d'elle tout refpire
La paix & le bonheur.
Telle, près d'un grand Roi fon pere & fon modele,
Les Lorrains comme en lui , voyant s'unir en elle
Au pouvoir la bonté ;
Saifis à fon aſpect de la plus douce ivrefle
La virent , avec lui , partager fa tendreffe
De fon peuple enchanté. (1 )
O jours chers à fon coeur ! ô momens pleins de
charmes !
Ah ! faut-il que fi-tôt de mortelles alarmes
En troublent la douceur ;
Que la mortde fon fils,d'un fils la vertu même, (z)
Livre , avec tout l'état , une mere qui l'aime
En proie à la douleur ?
A peine elle rouvroit les yeux à la lumiere ,
Bientôt quel coup fatal ! STANISLAS ! ... Quoi ,
fon pere !
Ce monarque adoré!
It périt !... ( 3 ) Ah ! comment. La pitié , la
nature ,
*
( 1 )Voyage de la Reine à Commercy , en Septembre
1765.
( 2 ) Mort du Dauphin , au mois de Décembre
fuivant.
(3 ) Mort du Roi de Pologne , en Février 1766.
Ry
34
MERCURE DE FRANCE.
Son amour , tout s'unit pour aigrir la bleſſure
De fon coeur déchiré.
O Reine , tu cédois à des coups fi funeftes ;
Ces malheurs de tes jours empoifonnant les reftes,
Précipitoient leur fin , ( 1 )
Quand de tous les François & les voeux & les
larmes.
Semblerent de la mort avoir brifé les armes ,
Et fléchi le deftin.
Mais dans ton fein , hélas ! la douleur obſtinée ,
Ofille trop fenfible ! ômere infortunée !
Renaît à chaque inftant :
Elle defléche en toi les fources de la vie ,
Et pourtant le trépas , dans ton ame attendrie ,
En hâte le moment. '
LOUIS tendre, empreffé, partage en vain la peine ;
Vers toi fon coeur en vain fans ceffe le ramene ,
Ses foins font fuperflus.
Si fon amour, les voeux n'ont pû toucher la Parque ,
Ils ont prouvé du moins & le coeur du monarque ,
O Reine , & tes vertus .
Tu meurs ! .. Ah ! dans fon deuil profond & légitime
,
Quel fublime motif le confole & l'anime ?
(1 ) Maladie dangereufe de la Reine peu de mois
après.
i
OCTOBRE. 1768. 135
C'eft ce prix immortel ,
Qu'à l'épouse fidéle , à la mere attentive ,
A l'ame la plus pure , à la foi la plus vive ,
A réfervé le ciel . ( 1 )
Là , du fein de ton Dieu , jouiflant de lui -même ,
Reine , en faveur d'un Roi qui te regrette & t'aime
Signale ton pouvoir !
Qu'ilfoit long- temps encor l'appui de l'innocence,
Le foutien des autels ; du monde & de la France
Et l'amour & l'espoir.
Veille du haut des cieux fur ta famille auguſte ,
Sur ces princes chéris , cette race du juſte ,
Ton fils & notre amour :
Demande , obtiens pour eux , avec lui réunie ,
Qu'ils vivent pour combler les voeux de la patrie
Et nous le rendre un jour.
(1) La vive douleur que je reffens de la mort de
la Reine mon époufe ne peut être foulagée que par
la ferme efpérance dans laquelle je fuis que la
Providence a voulu couronner la haute vertu & la
conftante piété qui ont accompagné toutes les actions
de fa vie. Lettre du Roi aux évêques de
fon royaume , pour faire ordonner des prieres pour
la Reine.
B vj
36 MERCURE
DE FRANCE
.
LA BIENFAISANCE ;
Pour être mife en mufique.
A Madame la C. de T. , pour le jour de
La fête.
I.
FILLE du Dieu de l'univers ,
Qu'en tous les climats on adere ,
Bienfaifance , daignez favoriler mes vers
Ce n'eft point pour vos dons divers,
Pour vousfeule je vous implore.
II.
La nature.ordonne
Que le verger donne
Des fleurs au printems ,
Des fruits en automne.;
Mais à tous . inftans ,
Les coeurs bienfaifans.
De Flore & Pomone
Joignent les préfèns..
I II.
La déeffe , autrefois , dans le coeur des mortel's
Avoit placé fon temple, & leurs voeux folemnek
Etoiege toujours fuivis de fes regards propices.
OCTOBRE . 1768 .
37
> Nous l'avons exilée , en brifant fes autels
Par nos forfaits & par nos vices,
Devons-nous murmurer des rebuts éternels.
De nos indignes facrifices.
I V.
Avez- vous àjamais abandonné la terre
Dont vous faifiez les plus beaux jours ?
O Déeffe , quittez le ſéjour du tonnerre
Et volez à notre ſecours.
V.
Soyez fenfible à nos malheurs,
Ils reclament votre préfence.
Nous fouffrons trop de votre abfence ,
Voyez nos befoins & nos pleurs.
Anos
lamentables accens
Daignez vous rendre favorable
Vous n'êtes pas inexorable
A la voix de maux fi prellans..
V I.
Sur l'aile d'un zéphir lá déeſſe revole
Vers le peuple empreffé dont elle entend les cris.
Mais , ô Dieux quel fuccès ! lui dit le fil; d'Eole ;
Julqu'ici rien ne nous confole
Des travaux par nous entrepris.
A d'outrageans refus par- tout on vous immole :
38 MERCURE
DE FRANCE
.
Tout coeur eft barbare ou frivole ,
Vous ne trouvez donc point d'amis ?
VII.
Jupiter irrité , d'un accueil fi perfide ;
Menace , tonne , éclate & fon bras intrépide
Va punir , des méchans les mépris & les voeux ?
Tout tremble. La déeffe , en ces inftans affreux,
Se montre ce qu'elle eft , pardonne fon offenfe ,
Fléchit le Roi des dieux , défarme ſa vengeance
Conçoit l'efpoir flatteur d'adoucir le deſtin
En prenant un nouveau chemin.
VIII.
Habitans fortunés des rives de la Seine ,
Vous , dontj'ai tant de fois prévenu les fouhaits ;
Je n'efpére qu'en vous , faites ceffer ma peine ,
Donnez - moi quelqu'accès dans vos vaftes palais .
Je n'y ternirai point l'éclat de votre gloire ,
J'illuftre les héros , les grands & la grandeur,
Ma main grave les noms au temple de mémoire ,
Ilfaut vivre avec moi pour fentir le bonheur.
I X.
On aime la Bienfaiſance
Pour fes dons & fes faveurs
Mais fon augufte prélence
A peu d'attraits pour les coeurs
On la dédaigne , on l'évite ,
OCTOBRE. 1768. 39
Par-tout elie eft éconduite ;
Par- tout on craint fes leçons
Plus fûres & plus fertiles ,
Plus nobles & plus utiles
Que fes faveurs & fes dons;
X.
Puifqu'on ne trouve ici que des coeurs odieux ,
Partons , dit la déeffe & retournons aux cieux:
A ces mots , elle entend une voix qui l'appelle.
Elle approche , elle voit une aimable mortelle
Qui l'engage à fuivre fes pas .
Vous voyez ce féjour , dit- elle ,
Je l'ai conftruit pour vous , ne me refuſez pas 3
Faites-en votre temple & que j'en fois prêtreffe ,
C'est le feul bien qui m'intéreſle
De vous fervir jufqu'au trépas .
Non, vous ne mourrez pas , répond la Bienfaid
fance ,
Je vous éleve au rang de l'immortalité.
Je le puis , ce haut rang , vous l'avez mérité j
Je le dois à vos foins , à ma reconnoiſſance.
Vivons , regnons d'intelligence
Pour le bien de l'humanité.
40
MERCURE
DE FRANCE
LE DÉJEUNE TROUBLE.
T
MADAME JAQUINET , jeune encore &
de complexion amoureuſe , n'avoit jamais
i bien fenti les ennuis du veuvage
que depuis qu'elle avoit vu le bel Ifidore;
feul il pouvoit les adoucir , & il ne s'en
appercevoit point. La tendre veuve éprouvoit
le plus étrange embarras ; il lui falloit
abfolument un époux ; l'amour en
avoit fait le choix ; l'honneur de fa famille
le combattoit ; lui pardonneroit-on
de fe méfallier ? Elle étoit marchande
fripiere , & l'objet de ſes voeux n'étoït
qu'un garçon cordonnier qui travailloit
dans la boutique de fon pere. Sa fupériotité
dans fa profeffion , & plus que tout
de
cela peut- être une figure intéreffante ,
grands yeux noirs l'avoient mis à la mode
les Dames ne vouloient plus être
ei
chauffées que par lui. Cette célébrité défoloit
Madame Jaquinet ; après bien des
réflexions , elle crur avoir enfin trouvé le
*moyen d'accorder l'honneur avec l'amour;
elle fongea à élever fon amant à un état
qui le rapprochât du fien ; il falloit lui
déclarer les vues , obtenir fon aveu ; elle
OCTOBRE . 1768. 45
l'invita pour cet effet à déjeuner avec
elle.
Cette partie ne put être fecréte ; Ma
dame Sechard furnommée , à caufe de fa
mauvaiſe langue , le Tocquefin de fon
quartier, parente de Madame Jaquinet &
fauffe devote , en fut informée ; elle en
vit les préparatifs ; ils lui firent regretter
de n'y être point admife ; piquée de cette
exclufion , elle foupçonna du myftere.
Pour l'éclaircir elle féduifit la fervante de
fa coufine , fe fit donner la clef d'un cabinet
dont la porte vîtrée donnoit dans la
falle à manger ; elle s'y pofta , curieufe de
tout voir & de tout entendre , & réfolue
de gronder quoiqu'il arrivât ; car le rendez-
vous pouvoit avoir des conféquences
, & s'il n'en avoit pas on s'étoit expofé
; elle attendit long- temps. Ifidore
parut enfin l'impatiente veuve le gronda
amicalement de venir fi tard ; elle le fit
affeoir vis -à- vis d'elle.
La rable étoit fi étroite , que les genoux
fe touchoient. Ifidore s'éloignoit
par égard ; Madame Jaquinet le faifoit
rapprocher par politeffe . Les premiers
momens furent confacrés à un combat de
foins & d'attentions , qui ne laiffoient pas
de fatiguer Ifidore. On couvrait fon al42
MERCURE DE FRANCE.
fiete , on lui choififfoit les morceaux les
plus délicats , on le preffoit de boire , on
l'invitoit à fe livrer à la joie , on le follicitoit
à parler avec confiance ; fur - tour
l'on mangeoit & on le regardoit avec un
appétit dévorant. Cependant , comme
tout cela ne paffoit pas jufqu'à un certain
point les bornes que la vieille Toquefin
avoit prefcrites dans fon idée , elle
commençoit à craindre de ne recueillir
aucun fruit de fa curiofité quoiqu'elle
eût plié plus d'une fois les épaules des
noms mignards que fa coufine donnoit au
jeune homme , le cas ne lui paroiffoit pas
alfez grave pour faire un éclat. Elle attendoit
que les chofes vinffent au pire ,
afin de la couvrir de honte avec plus de
fuccès. Mais le coeur de Madame Jaquinet
, enflammé par la fenfuelle fermenta
tion du déjeûner , par la préſence de fon
amant , fit éclatter fon ardeur , de maniere
à entretenir l'attente de la fauffe dévote.
Elle prit l'air contraint d'Ifidore
pour de la timidité ; & croyant le mettre
à fon aife par de petites familiarités , elle
fe leva , palla derriere fa chaife , lui couvrit
les yeux de l'une de fes mains , lui
donna à deviner fi c'étoit la droite ou la
gauche , le menaça d'une pénitence s'il
OCTOBRE. 1768. 43
ne rencontroit pas jufte . Il devina mal ,
elle lui ordonna de baiſer le parquet de
la cheminée , ou telle autre chofe qu'il
lui plairoit. Madame Séchard frémit
d'indignation , elle trembla pour le choix
que le jeune homme alloit faire . Il la tira
de fon fouci , en accompliſlant ponctuellement
la peine impofée , fans uſer de
l'infidieuſe liberté qu'on lui avoit donnée.
La veuve fe mit à rire aux éclats ,
fans en être plus contente intérieurement.
Quelle nigauderie ! dit - elle , de
baifer du bois ; il valoit mieux baiſer
mon oreiller , il auroit été plus tendre.
-Je n'aurois pas ofé prendre cette liberté
, répondit Ifidore un peu déconcerté
par les ris immodérés de Madame Jaquinet
, qu'elle continua en fe raffeyant . Elle
approcha fa chaife avec tant de vivacité,
qu'il fe leva avec précipitation , & s'éloigna
, corame s'il eût été queftion d'éviter
un précipice . Son filence , fa rougeur
& fon air embarraffé , loin d'exciter
la confufion de la veuve , furent interprétés
conformément à fes difpofitions.
-Où allez vous donc , lui dit- elle ? Eftce
que vous avez peur de me gêner ?
comme le proverbe dit , je ne fuis pas fi
44 MERCURE DE FRANCE
diable que je fuis noire ; nous fommes
voifins , devons - nous chercher tant de
cérémonies enfemble . Affurément
Madame : & le refpect qui eft dû à votre
fexe ? -Oh ! le fefque n'y fait rien . Tenez
, Monfieur Ifidore , vous êtes bien
poli , mais vous êtes trop façonnier ; allons
, mettez vous- là... Eh bien , faut-il
Vous y apporter ! Je vais m'y placer ,
Madame , puifque vous le voulez. Lá
donc , voilà qui eſt bien ; çà trinquons ,
cela vous mettra en gaïté.... A votre
fanté , à la fanté de tout ce qui vous fait
plaifir . Je vous fuis très-obligé . -De
rien ; Monfieur Ifidore : vous me remercierez
l'an prochain à pâques. Je bois à
vos plaifirs ; qu'est- ce qui vous en fait le
plus ? Pour moi je n'en ai jamais tant que
quand je vous vois. Vous êtes bien
honnête. -Dame ! fije fuis honnête ! on
ne peut me reprocher gros comme un
grain de millet fur mon honneur ; & fi
je fonge à vous , ce n'eft que pour le bon
fujet. Vous me faites beaucoup de graces
; mais -Mais ! je fçais bien ce que
vous voulez dire : on peut fe fréquenter
en attendant , fe voir , s'amufer , rire , çà
eft permis quand on a envie de faire une
-
-
OCTOBRE . 1768 . 45
: bonne fin il faut fe divertir quand on
eft jeune , çà ne fait tort à perfonne ....
pas vrai , mon petit chat ? ajouta t - elle en
le mignardant par de petits foufflets ....
Cette careffe , toute innocente qu'elle pas
roiffoit à la veuve , bouleverfa le fang à
Madame Sechard : elle craignit , & efpéra
Piffue que fon efprit de charité lui avoit
fait préfumer.
J'ai beau vous parler , reprit Madame
Jaquinet , en lançant des regards intelligibles
pour tout autre que le modefte &
indifférent ifidore ; vous êtes férieux comme
un enterrement. Je ne fuis pas comme
çà , moi ; je fuis tout coeur quand j'aime
les gens . Je le fçais , Madame, & toutes
les preuves d'amitié que vous avez
données à ma mere. Votre mere ! c'eft
une brave femme ; mais , entre vous &
moi , je ne l'aime que parce qu'elle vous a
fait. Qu'elle est heureufe d'avoir un beau
garçon comme vous , fi fage ! Vous ferez
un bon mari : tenez , je crois qu'une fem
me feroit en paradis avec vous .... Vous
êtes fi doux , fi bon . Vous êtes trop
obligeante , & je ne mérite pas...-Oh !
je ne dis pas le quart de ce que je penſe...
Mais à propos de çà , nous ne faifons
rien... Un petit verre de ce ratafiat à la
46
MERCURE DE FRANCE.
---
fleur d'orange c'eft moi qui l'ai fait .
-Dès qu'il eft ainfi , je ne vous refuferai
pas. Bon , velà comme j'aime qu'on
aille à la franquette. Ah- çà puifque nous
fommes en train , je veux d'abord vous,
dire quelque chofe qui vous touche : enfuite
pour ce qui eft à l'égard de mont
endroit , nous en dirons un petit mot.
-Auriez - vous quelque affaire où je puffe
vous être utile ? -Dame ! j'ai de bons
defleins pour vous ; mais il faut fçavoir,
avant tout , fi vous ferez ce que je veux .
-De quoi s'agit-il ? -D'un bel emploi:
à la barriere de la Courtille : vous l'aurez
de hier en huit ; & la perfonne qui vous
le fait avoir m'a promis de vous avancer:
c'est le protecteur de ma famille. Il a
marié ma mere , il m'a marié avec le pau ,
vre défunt ; & fi Dieu lui prête vie &
fanté , il pourroit faire ma feconde nôce :
& puis fi nous avions une fille , que fçaiton
, il pourroit bien encore lui chercher
un bon parti . Voyez- vous , Monfieur Ifidore
, il fait bon être protégé par des
hommes riches , çà fait que toutes les filles
d'une pauvre famille ne restent jamais .
à marier. Par ainfi je veux me conferver
l'amitié de M. Fonclout ; n'ai- je pas raifon
? Madame , c'eft fuivant vos vues :
(
OCTOBRE. 1768 . 47
quant à moi je vous rends mille graces
de l'intérêt que vous prenez à ma fortune;
mais je ne puis profiter de vos offres :
j'affligerois mon pere de prendre un autre
état que le fien. Votre pere radote avec
fon vilain métier. Eft - ce que vous êtes
fait cà? Votre mere ne s'en eft pas
pour
cachée avec moi : elle ne demande pas
mieux que vous faffiez votre chemin. Il
faut fonger pour foi ; vous êtes pour plus
long- temps dans ce monde , que M. Godin
; & fi vous voulez faire un mariage
un peu comme il faut... Je fuis
trop
jeune pour y penfer. Qu'appellez - vous
trop jeune ? Je vous dis que vous êtes
dans le bon âge. M. Jaquinet , Dieu
veuille avoir fon ame ! il n'avoit que dixfept
ans quand je l'ai époufé , & vous
avez bientôt quatorze mois de plus : vous
êtes grand , bien fait , vous vous portez
comme le Pont- Neuf, vous avez l'air fort;
effayez voir de me porter , je verrai bien
fi vous êtes auffi robufte que le pauvre
défunt.
L'impudente , l'effrontée ! fe difoit tout
bas la fauffe dévote ; à quel deffein veutelle
fe faire porter? Ah Dieu ! à quelle tentation
elle expofe fon aimable innocence !
il fera plus que Jofeph , s'il lui réfifte ; c'eſt
un faint !
48 MERCURE
DE
FRANCE
.
Ifidore embarraffé & confus de l'extravagante
idée de Madame Jaquinet , demeuroit
immobile à fa place , ne pouvant
fe réfoudre à fe charger d'un fardeau qui
ne lui fembloit rien moins que précieux :
il n'ofoit lever les yeux fur elle. Ah ! vous
ne voulez pas , dit-elle en riant à gorge
déployée ; vous avez peur de me laiffer
tomber eh bien , buvons du parfait
amour , cela vous donnera des forces; &
puis n'en parlons plus , fi vous ne vous en
fouciez pas . Je crains les liqueurs , je
ne puis en boire, -Tant pis , c'eft comme
une jeune fille. Mais puifque vous
me refufez tout , il faut que vous me promettiez
d'exercer l'emploi que je vous ai
obtenu . Je ne puis m'engager fans le
confentement de mon pere , -Voulezvous
que je lui en parle ? Comme il
vous plaira ; Velà qui eſt bien , j'ai votre
parole , çà fuffit... Allons , une pêche à
l'eau-de- vie dans ma cuillere.
Ifidore alloit jetter de l'eau fur fa euillere.
Que faites - vous donc ? laiffezçà
; n'ai - je pas raifon de dire que
Vous êtes un révérencieux . Allons
avallez -moi cela . Il m'eft impoffible ;
j'ai beaucoup mangé , je vous en remercie.
OCTOBRE. 1768. 49
cie. Je veux que vous en preniez la
moitié, & moi l'autre. --Vous n'auriez pas
bonne opinion , de ma politeffe , fi vous
penfiez que je fille une chofe comme celle
-là . Toujours des complimens : vous
nefaites argent de rien... Mais à -propos,
je ne vous ai pas vu toucher à ces paftilles
: c'eft un préfent de M. Fonclout : elles
font ambrées , ça vous laiffe un goût
à la bouche , ah dame ! ça vous embaume....
Et pour convaincre Ifidore , elle
approcha fon vifage du fien fort près ,
afin de ne lui laiffer aucun doute fur l'excellence
du parfum qu'elle vantoit . Ifdore
paroifoit ému , & cependant détournoit
la tête ; mais la veuve le pourfuivoit
en riant , & de fi près , que Madame
Sechard friffonna de tout fon corps;
fes levres pâlirent , & tremblerent avec
des mouvemens convulfifs ; toutes fes arteres
battoient ; les mufcies de fon cou
étoient dans une tenfion effrayante ; elle
n'étoit foutenue en ce moment que fur
l'extrêmité du pied ; tout fon corps étoit
penché & allongé du côté ou fe paffoit la
fcène que fes yeux dévoroient.
•
Cependant Ifidore fe leva ; il marcha
d'un pas languiffant & incertain du côté
de la porte. Ah ! je refpire , dit intérieurement
la béate. Je me trouve mal;
II. Vol. C
So
MERCURE DE FRANCE.
où allez-vous , dit d'un ton de voix foible
Madame Jaquinet , fans cependant
changer de couleur : tenez , voilà ma clef,
cherchez dans cette petite armoire de
l'eau- de- vie , il n'y a que ça qui me foulage.
Ifidore lui donna ce qu'elle demandoit
; il lui propofa d'aller appeller fa
mere ou la fervante. Elle prétendit qu'il
falloit bien s'en garder ; qu'elle pourroit
fe trouver plus mal , pendant qu'elle feroit
feule. Il fe raffit fort éloigné d'elle .
L'impatience la gagna : elle fit plufieurs
tours dans la chambre ; & chemin faiſant,
elle dénoua les rubans de fon corfet qui
lui étreignoit l'eftomac , fiége du mal. Le
défordre n'étoit point apparent , fon manteau
le cachoit ; ainfi le chafte lecteur ,
non plus que la dévote , ne doit point s'en
fcandalifer ; & fans doute qu'on n'auroit
rien eu à reprocher à la veuve fur la décence
de fon habillement , fi la violence
du mal qui la tourmentoit n'eût épuisé fes
forces. Elles l'étoient au point , que fi par
un bonheur inoui elle n'eût rencontré les
genoux d'Ifidore pour la foûtenir , elle eût
peut-être fait une chûte mortelle. Je me
meurs , dit-elle , en paſſant ſa main machinalement
autour de fon cou , & laiffant
tomber la tête fur fon épaule, de façonqu'un
homme plus expérimenté qu'Ifidore , auOCTOBRE
. 1768. St
roit pûcroire qu'elle fe trouvoitréellement
mal. Il voulut parler , il ne put articuler
deux mots de fuite ; ce qui communiqua
une commotion ſi brûlante à Madame Sechard
, l'indigna tellement contre tour ce
qu'elle voyoit , qu'elle abandonna ſon pofte.
Elle parut aux amans comme une furie
menaçante , envoyée par le ciel en courroux
pour les couvrir d'opprobre , & les punic
du délire où ils alloient peut- être tomber.
Cettefcène naïve eft tirée du roman d'AGATHE
& ISIDORE ; par Madame BENOIT
; & c'eft le meilleur extrait que nous
puiffions donnerpourfaire connoîtrefa maniere
&fon talent en ce genre. Ce ròman ſe
trouve à Paris , chez Durand , rue Saint-
Jacques.
L'Invention de la Flute. Stances .
SUR les bords d'une fontaine
Le dieu Pan cherchoit Syrinx.
Elle rioit de fa peine ;
3
Mais fon attente étoit vaine :
L'amour a des yeux de Linx
Pour fuir la flamme indocile
Du dieu qu'elle aime à ſon tour ,
La nymphe , d'un pas agile ,
Gij
52
MERCURE
DE FRANCE
.
Se gliffe & cherche un aſyle.
En eft-il contre l'amour ?
Où fe cacher? Le temps preffe:
Tout eft à craindre en ce lieu.
Sa rougeur & fa foibleſſe
Vont feconder fa tendreſſe.
L'amant qu'elle aime eſt un dieu .
Des rofeaux fur fon paſſage
Se penchent pour la couvrir.
Mais leur inconftant ombrage
De fa foibleffe eft l'image.
Pourront-ils la fecourir ?
Le dieu près de la fontaine
Ne voit point cette beauté :
Mais il entend fon haleine.
On la retient avec peine ,
Quand le coeur eft agité.
Par quelle étrange aventure
Syrinx trompant fon effort ,
Change foudain de figure ?
C'eft un rofeau qui murmare ,
Sans doute , contre le fort.
Le dieu que l'amour inſpire ,
S'en empare avec courroux ;
Et pour charmer fon martyre
Veut l'obliger à redire
Ce qu'a fait le ciel jaloux.
OCTOBRE. 1768 . 53
Sur cette écorce vivante
Ses doigts vont cherchant fon coeur :
Et fa bouche plus brûlante ,
Sur celle de fon amante
Pourfuit une douce erreur.
La nymphe n'eft point farouche t
Elle répond par ſa voix.
Au doux fouffle de fa bouche ;
S'anime , lorfqu'il la touche ,
Et foupire fous fes doigts.
Sur le rofeau qu'il embraſſe
Ses baifers forment un jour ;
Ses doigs y laiflent leur place ;
Et la flûte nous retrace
Ce miracle de l'amour.
LES TROIS AVIS. Conte.
PLUS
LUS l'arbre a duré , plus il a jetté de
profondes
racines , & plus difficilement
il tombe fur la terre ; c'eft ainfi que dans
l'homme
l'amour de la vie croît avec les
années ; c'est au bout de fa carriere qu'il
fe montre avec plus de force ; les peines
qui l'environnent
, les maladies
qui l'accablent
, fes fouffrances
journalieres
, rien
ne peut le réfoudre à fa fin. De tout temps
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
on a fait cette obfervation ; elle est encore
confirmée par ce conte.
Dobfon alloit s'unir à Sufanne ; le jour
de fon bonheur étoit arrivé ; ſa paſſion
lui faifoit attendre avec impatience la
nuit qui devoit le fuivre ; l'hymen , nouveau
pour lui , avoit toute la vivacité ,
tous les charmes de l'amour. Il touchoit
enfin au moment que fon imagination
lui peignoit avec tant d'agrémens ; le lit
nuptial étoit dreffé ; on y conduifoit fon
époufe ; il attendoit dans un appartement
voifin le fignal qu'on devoit lui donner ;
la mort vint l'y trouver & lui dit , en le
regardant d'un air grave , car elle n'en a
jamais d'autre : Il faut quitter vos plaifirs
& me fuivre. Vous fuivre , s'écria- t - il !
Abandonner ma chere Sufanne ! A mon
âge , & dans cet inftant ! Je n'y fuis point
préparé ; un foin plus flatteur & plus doux
occupe mon ame ; voici la nuit de mon
mariage , vous le fçavez .
Je n'ai point entendu ce qu'il ajouta ;
les motifs de fa réfiftance ne pouvoient
être plus juftes ; il fupplia la Mort de le
laiffer vivre encore un peu . Celle- ci jetta
fur lui un regard terrible , & le radouciffant
bientôt , adieu , lui dit - elle , je veux
bien ne pas troubler tes plaifirs ; pour la
premiere fois je confens à relâcher ma
OCTOBRE . 1768. .55
proye , afin qu'on ne m'accufe plus de
cruauté ; comme on le fait ordinairement,
& rarement avec juftice. Pour te laiffer
le temps de te préparer à me fuivre , je te
donnerai trois avis fucceffifs qui t'annonceront
que tu dois defcendre au tombeau.
Je t'accorde du relâche jufqu'à ce que tu
aies reçu le dernier. J'efpére que tu n'auras
rien à repliquer quand je reviendrai ,
& qu'il te plaira de quitter le monde .
Dobfon n'avoit point à fe plaindre de
ces conditions ; il s'y foumit volontiers ;
& tous deux fe féparerent fatisfaits l'un
de l'autre. Je ne m'arrêterai pas fur ce qui
arriva à Dobſon , fur la durée de la vie ,
fur l'emploi qu'il en fit. Le plaifir ne tarda
pas à lui faire oublier la mort ; il négocia
, il achetta , il paya ; fes amis ne furent
point faux , fon époufe ne fut point
grondeufe ; il gagna beaucoup , eut peu
d'enfans , vieillit fans s'en appercevoir ,
& ne fongea jamais au trépas comme prochain.
Pendant que fes biens augmentoient
, qu'il fe preffoit de jouit des jours
qui lui étoient accordés , le Temps qui
n'épargne aucuns mortels , dont le cours
eft fi lent pour les uns , fi rapide pour les
autres , le conduifit à fa quatre-vingtdixième
année .
Un foir Dobſon étoit ſeul , & méditoit
Civ
56 MERCURE DE FRANCE .
profondément ; le Spectre qu'il avoit déjà
vu une fois fe préfente devant lui , à demi-
mort de furpriſe & d'effroi , il s'écrie :
Quoi , fi - tôt de retour ! fi - tôt , reprit la
mort ! En vérité , mon ami , tu veux plaifanter
; il s'eft écoulé au moins foixante
ans depuis que je fuis venue ici ; n'en astu
pas quatre - vingt - dix ? -Cela ne fe
peut pas , je ne fuis point fi vieux ? -EAce
à moi que tu veux cacher ton âge ?
Penfes-tu que je fois fi facile à tromper ?
O Mort! tu es bien terrible , qui t'oblige
à venir tourmenter les mortels ?
Quels font tes droits , d'où vient ton autorité
? Mais au moins fois jufte ; tu m'avois
promis trois avis ; je les ai vainement
attendus foir & matin ; cette attente &
cette idée ont quelquefois troublé mon
repos ; accorde moi quelques années encore
pour m'en dédommager , & enfaite
tu me donneras ces avis que je devois recevoir.
Tu ne les as donc pas eus , reprit
la Mort ; je fuis coupable ; je conviens
que je ne fuis jamais bien venue nulle
part ; mais toi , qui veux vivre encore , tu
trouves donc de grands charmes dans la
vie ! Tu es fans doute en état de cultiver
tes champs , de prendre foin de tes étables
& de tes bergeries ? Ton âge eft avancé ,
mais tu as des forces, je fouhaite que tu
OCTOBRE. 1768. 57
$
en jouiffes long-temps . Je les ai perdues
avec mes jambes depuis quatre ans.
-Cela ne m'étonne point , mais tu as
confervé tes yeux , tu peux voir ta maîtreffe
, tes amis ; ce plaifir te dédommage
des bras & des jambes que tu n'as plus.
J'ai perdu la vue dernierement . - Gela
eft trifte , du moins il te refte un fens qui
t'en confole ; tes amis viennent te tenir
compagnie , t'amufer par leurs converfations
, te conter les nouvelles , les hiftoires
du jour , & tu prends plaifir à les entendre.
Encore moins , je fuis devenu
fourd. Fort bien , reprit la Mort , & comment
peux tu dire que tu n'as pas reçu
mes avis puifque tu es paralytique , aveugle
& fourd? Elle dit & le perça de fon
dard meurtrier ; Dobfon mourut , & mon
conte finit . *
*Ce conte eft d'Anne Williams , Dame
Angloife qui a beaucoup d'efprit , de philofophie
& de connoiffances ; & qui fçait
profiter de la lecture de nos bons auteurs.
Ce conte , en particulier , paroît emprunté
de la fable ( la Mort & le Mourant) de la
Fontaine.
" I
C v
$ 8 MERCURE
DE FRANCE
.
H
+
1
VERS à M. Grétry , auteur de la mufique
du Huron.
ILL n'eft pour toi qu'un cri flateur !
Ton pinceau fécond en images ,
Cher Grétry , du Public emporte les fuffrages ,
A chaque paffion tu donnes fa couleur ,
Ta mufique eft à toi , fimple , facile , pure ,
Elle eft de tout pays , ainfi que la nature.
D'un accompagnement au chant fubordonné
L'efprit eft fatisfait , au lieu d'être étonné,
Tel un ruiſſeau modefte , & fage dans ſa courſe ,
Laifle briller les fleurs qu'il mouille doucement ,
Tandis qu'un fleuve altier , & bruyant dès fa
fource ,
Se fait , du ſeul ravage , un fol amuſement.
Ton premier pas dans la carriere
T'offre l'efpoir de la remplir;
Vois de lauriers tout prêts une moiffon entiere :
Trop heureux fije puis t'aider à les cueillir ! *
Par M. Guichard.
* Ce muficien a entre les mains une pièce de
l'auteur de ces vers , qui eft auteur du Bücheron,
OCTOBRE. 1768. 59
LA Vendange ; par M. de S. A.
HONNEUR ,
ONNEUR , triomphe , victoire.
Au dieu qui remplit nos tonneaux;
Chantons Bacchus , célébrons fa gloire ,
Mais en partageant ſes travaux.
Mille nymphes joyeuſes
Ont quitté les hameaux ;
Sylvains & vendangeuſes ,
Volent fur les coteaux ;
Tous d'une main agile
Servent le dieu du vin ;
Et fous un fer docile
Font tomber le raiſin.
La grappe entaffée
Bientôt
eft preffée
D'un pié vigoureux
;
La troupe qui foule
Rit ; & boit des yeux
Le nectar qui coule
Au gré de fes voeux ;
Soudain
dans la tonne
Ecume & bouillonne
La liqueur des dieux.
Entre l'amour & la bouteille ,
Heureux qui peut partager fon deftin ;
Avec l'amour , à l'ombre d'une treille ,
Mon coeur brave le noir chagrin.
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Loin de moi , la foule importune
Qui cherche l'or & la grandeur ;
Tous les préfens de la fortune
Brillent d'un éclat impofteur.
Honneur , trioniphe , victoire , &c.
VERS de M. de la Faye.
CACHE ta vie ; au lieu de volér , rampe ,
A dit un Grec : je tiens qu'il eut raiſon .
Du coeur humain il connoiffoit la trempe.
Bonheur d'autrui n'eft pour lui qu'un poifon.
L'homme eft injufte , envieux fans relâche ;
Il fouffre à voir fon ſemblable eftimé.
Mérite un nom ; mais pour être heureux , tâche,
Avant ta mort , de n'être point nommé .
Quelle énergie ! Que de fens dans ce peu de yers ?
LES Torts de l'Abfence. Conte.
ABSENS BSENS ONT TORT. Chez une Toulouzaine ,
Maillac , un temps , fut domicilié.
Maillac partit feulement pour quinzaine.
Un autre vint. Maillac fut oublié.
Maillac revint. Quoi , dit-il , infidéle !
C'est donc ainfi que ton coeur inconſtant! ..
Món grand ami , j'ai tous les torts , dit- elle ;
Gronde-moi vîte , & finiffons querelle ;
OCTOBRE. GI 1768.
Car , entre nous , l'autre eft là qui m'attend.
Ce conte , d'une préciſion rare & peu commune ,
eft de feu M. de la Popliniere.
L'EXPLICATION de la premiere énigme
duler vol . du Mercure d'Octobre et l'arrofoir
; celle de la feconde eft balance ;
celle de la troisiéme eft la flame d'une
chandelle ; le mot de la quatrième eft
bourdon. L'explication du premier logogryphe
eft confcience , dans lequel on
trouve niéce , efon , ino , nôce , Io , foye ,
cône, os , fcéne , Science , finon , fon , fcie ,
non , none , ofee , once , feine , nonce ;
celle du fecond eft culotte ; celle du troifiéme
eft fauteuil , dont ôtant l'f, refte
Auteuil , village où Boileau avoit une
maiſon.
ENIGM É.
Du plus noir caractere on me trouve formé,
Je meplais à tromper l'oeil qui , fur moi , s'arrête.
Tel ne voyant que queue où tu ne vois que tête ,
Soutient , non fans raifon que tu m'as mal
nommé :
Il metrouve , en effet , moitié plus de puiſſance .
Si , pour vous accorder , un tiers mal - aviſé
62 MERCURE DE FRANCE
1
Retranché tête ou queue ; en ce cas mutilé ,
Et réduit à mon corps , je perds toute exiſtence
F.... C….... , au greffe de l'hôtel-de-ville deParis.
AUT RE.
DANS ANS le pofte élevé que m'affigne le fort ,
Je m'offre aux yeux ſous plus d'une figure ,
Lion , ferpent , dragon , fans changer de nature ;
Docile également , je céde au moindre effort ;
Souvent en mouvement fans fortir de ma place ,
Quand je me fens contrarier ,
Auffi-tôt je fais volte face ,
Et quelque fois ce n'eft pas fans crier.
Je fuis d'une utile reſſource ,
Et libre , quoiqu'aux fers mon deſtin ſoit fié ,
De l'aurore au couchant je dirige ma courſe ,
Sans pour cela bouger mon pić.
Lecteur, à me nommer je vais t'aider moi- même ;
C'eſt affez te faire languir ,
Duflai -je ici me découvrir ,
Tête femelle eft aflez mon emblême.
Par M. Davefnes.
AUTRE
Iz fuis le plus mauffade original du monde ; -
OCTOBRE. 1768. 63
Je ne furviens jamais qu'auffi- tôt je ne gronde.
Eft-ce fort étonnant ? Je fuis plein de vapeurs :
Ce n'eft pas le moyen de gagner bien des cours.
A mon abord auffi tous d'effroi je les glace.
Sous un lugubre habit j'en impoſe à l'audace ;
* Et , ne diſtinguant rien dans les rangs des mortels
,
Je renverle fouvent les trônés , les autels.
Par fois je batifolle avec l'humble houlette ,
Pulvérisant le fer , j'épargne la baguette ;
Et , fur le fein d'Iris , fans flétrir fes couleurs ,
Je dérobe l'épine à la reine des fleurs.
Malgré ces jeux peu fûrs , l'homme avec moi
* s'amufe ;
Il imite mon ton pour ennoblir fa muſe ;
Certain vin , en un mot , foudroyant fa raiſon ,
A , par un tel effet , de lui reçu mon nom .
E
F. C. au greffe de l'hôtel-de- ville de Paris .
LOGO GRYPH E.
Jx fuis un ennemi fubtil & fort à craindre ,
Offrant à qui voudroit me peindre
Mille formes , mille couleurs.
Si vous ne voulez point éprouver mes rigueurs ,
Méfiez-vous , Lecteur , de ma trompeuſe mine.
On ne fçaittrop quelle arme employer contre moi.
Marchantà petit bruit , pour ôtergout effroi ,
64
MERCURE DE FRANCE.
Je prends toujours mon homme à la fourdine ,
En lui cachant la main qui l'affaffine.
Les plus braves guerriers ne font points mes vainqueurs.
Tout céde à mes efforts : en vain on ſe mutine :
Mes
coups font toujours fürs , car je les porte aux
coeurs.
Si l'on coupe ma tête , on me donne la vie 3
Auffi -tôt je deviens malheureux amphibie ,
Qu'un peuple villageois expofe affez ſouvent
Un jour de patronale fête ,
Pour devenir cruellement
A fa rustique adreſſe un objet de conquête.
J'en ai trop dit , Lecteur , Vous devinez mon nom .
Cependant à ces traits qui m'auront fait connoître,
J'en joins d'autres encor : délaflemblant mon être,
Les deux tiers de mon corps fe vendent au litron ,
Et mes trois derniers pieds engraiffent le cochon .
Rofiere , à Melun.
AUTRE.
HELAS ! quel changement produit mon anagrame
!
Je ne fais plus , Lecteur , ce que j'étois alors
Que tu venois chez moi pour y nourrir ton ame :
Je fers de nourriture au corps.
Par le même.
OCTOBRE. 1768. 65
DE
A UT RE.
De nature , Dame Coquette ,
Nous fommes trois à parer les attraits ;
Moi , je lui donne cet air frais
Qui fent à peine la toilette ;
Cet éclat brillant & vermeil
D'une beauté naïve & pure
Au fortir des bras du fommeil ,
Prefque auffi belle à fon reveil
Que dans fa plus riche parure :
Enfuite fous une autre main
Elle brille encor davantage ;
Une autre acheve mon ouvrage...
Mais , ô trifte & cruel deftin ! ...
Pour la rendre plus raviffante
Quand nous voulons nous furpaffer ,
Une main ridée & pefante
Vient auffi-tôt tout effacer :
C'est toujours à recommencer.
En eft-ce affez pour me faire connoître ?
Je ne fuis pas beaucoup myſtérieux ;
Mais fi tu veux , Lecteur , m'entendre mieux ,
Prends un crayon , décompofe mon être.
Tantôt je fuis l'oiſeau charmant
Que Philis retient dans fa cage ,
Dont elle forme le ramage
Par le fon d'un doux inftrument.
H
66 MERCURE DE FRANCE.
Tantôt d'un pied impitoyable
Je renverſe un fragile airain :
Car , c'est ainsi que de la main
M'a voulu dépeindre la fable :
Tantôt , ouvrage de l'enfer
Trop ufité dans les batailles
Plus redoutable que le fer ,"
Je terrafle forts & murailles.
Fouilles encore dans mon fein ;
Tu vas trouver deux notes de mufique ;
Puis une mefare de vin ,
Puis une graine afiatique ;
Un figne für de la gaïeté ;
Un fynonime de vifage ,
Un arbre réfineux de grande utilité
Pour paffer la liquide plage.
Plus , un comparatifde mal ;
Ce qu'au bon fens fouvent un poëte préfére ,
Et l'action d'un pefant animal
Qui traîne la charrue en fillonant la terre ;
D'un faint archevêque le nom ;
Ce que fait la jeune bergere
Qui regarde les traits dans une eau pure & claire ;
Je fuis enfin ces charmes raviflans
Que nous voile fouvent la gaze tranſparente ,
Et qui n'en font que plus piquans ,
Qui nous tentent à quatorze ans
Et ceffent de plaire à cinquante.
Par M. C.D. M.
OCTOBRE. 1768. 67
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
CONSTANCE de la Reine dans les difgraces
, fujet qui a remporté le premier
prix d'éloquence françoife en rhétorique
, au jugement de l'univerfité dé
Paris le 3 Août 1768 ; par M. J. J.
Fillaffier , rhetoricien nouveau du collége
de Montaigu . A Paris , chez Dufour
, libraire , rue de la Vieille Draperie
, vis - à- vis Sainte Croix , in - 8 °.
16 pages.
Ce petit ouvrage doit intéreffer tous les
coeurs françois ; il fait voir quels font les
fentimens que l'univerfité de Paris infpire
à fes éleves ; l'orateur eft jeune ; fon
difcours l'annonce ; mais il mérite d'être
encouragé. Nous en citerons un morceau .
"
Que n'ai je l'éloquence des Fléchiers ,
» ou le génie fublime des Boffuets ! Je
» m'efforcerois de montrer cette grande
princeffe , telle qu'elle s'eft montrée à
» l'Univers je peindrois avec les plus
» vives couleurs cette piété fi ardente ,
» cette foi fi animée , cette charité fi compatiffante
, cette modeftie fi fincere, cer
- 29
68 MERCURE DE FRANCE.
93
» amour fi tendre pour fes fujets , & tou-
» tes ces qualités heureufes qui lui ont
gagné l'eftime & les refpects de toute
» la terre , l'amour & la reconnoiffance
» de fes peuples . Mais foible difciple de
» ces grands maîtres , on ne doit point
» attendre de moi que je trace le tableau
» complet d'une fi belle vie : une feule
» de ces vertus fublimes qui l'ont rendue
» à jamais mémorable , fera pour moi
» une abondante matiere . Heureux en-
» core fi je puis l'exprimer dans tout fon
» jour & parler de la conftance de Marie
» comme en parle l'Univers.
"
-
Oraifon funebre de très- haute , très- puiffante
& très excellente princeffe Ma
rie , princeffe de Pologne , Reine de
France & de Navarre , prononcée dans
l'églife de Nôtre Dame de Paris le 6
Septembre 1768 , par Meffire Mathias
Poncet de la Riviere , ancien évêque
de Troyes. A Paris , chez Guillaume
Defprez , imprimeur ordinaire du Roi
& du Clergé de France , rue St Jacques ,
in 4° . 40 pages.
·
L'orateur a pris pour fon texte ces paroles
du livre de Judith , chap. 11 , v. 18
& 19 : Mirabantur fapientiam ejus , & diOCTOBRE
. 1768. 69
"
"
cebant alter ad alterum : non eft talis mulier
fuper terram . Ils admiroient fafageffe,
& ils fe difoient l'un à l'autre : Il n'eft
pointfur la terre de femme comparable à
elle. Après quelques réflexions que ce
paffage lui fournit , il poſe ainfi fa divi-
Gon. « J'ai à vous peindre un caractere
formé par les qualités qui méritent de
» regner fur les hommes , qui honorent
» la fouveraineté , que Dieu feul peur
dignement récompenfer. Tel étoit celui
» de l'augufte princeffe que nous pleu-
» rons. Le trône avoit été pour elle le
prix de la vertu , fon regne fut l'exem-
» ple de la vertu , fa mort a été le triom-
» phe de la vertu . Vertu éprouvée & re-
» cherchée , produite & admirée , ſouf-
»frante & couronnée ; c'eft fur ce plan ,
» & fous ces trois points de vue que je
» vais vous repréſenter très- haute , trèspuiffante
& très - excellente princeſſe
Marie , princeffe de Pologne , reine de
» France & de Navarre. » M. Poncet de
la Riviere commence par faire voir , dans
la premiere partie , que Dieu fe plaît quelquefois
à frapper la vertu foumife à fes
volontés ; il fuit le cours des épreuves de
Staniflas & que fa fille partagea , il préfente
cette princeffe affife fur le trône de
ود
70
MERCURE DE FRANCE .
que
France recevant la récompenfe de fa vertu
; elle n'en fat point éblouie. Ah !
je crains , dit- elle à fon ayeule , que cette
couronne qu'on me préfente , ne me prive
de celle du ciel. Dans la feconde partie il
s'attache fur- tout à peindre fa piété. « Pié-
» té tendre : elle l'étoit dans tous les
temps ; mais quels nouveaux degrés de
force ne paroiffoit - elle pas acquérir
dans ces jours faints & lugubres , où
» l'appareil de la paffion de Jefus Chrift ,
»
repréſentée dans nos temples , femble
»la reproduire à nos yeux ! Qui pourroit
»compter les larmes qu'elle verfoit alors
» au pied de la croix ? Son attendriffe-
» ment & fa confufion étoient extrêmes
à la vue du diadême qu'elle portoit & "
" des épines dont fon Dieu étoit couron-
» né ; quelle impreffion ne faifoit pas fur
elle le contrafte du calvaire & dutrône ,
de la créature élevée , & du Créateur
anéanti ? Coeur adorable de ce Dieu
» Sauveur , coeur percé pour notre falut
» fur la croix , coeur ouvert fur l'autel à
nos befoins & à notre amour , c'eſt à la
» tendre vénération dont le fien étoit pé-
♡ nétré pour vous , c'eſt à fon zèle , à fes
» follicitations & à fes foins que nous
fommes redevables de l'augufte : fère
19
19
OCTOBRE. 1768. 71
"
CC
» inftituée dans tout le royaume à votre
» honneur. » La Reine avoit toutes les
vertus , chacune fournit un trait à ſon éloge.
Quelle fermeté , quelle conftance ,
quelle réfignation n'a- t'ellepas montrées
dans tous les coups funeftes qui , en attaquant
ce qu'elle avoit de plus cher , font
toujours retombés fur elle ! Nous citerons
encore un trait de ce difcours ; l'orateur
parle de la maladie de la Reine & de la
maniere dont elle fe préparoit à fa fin.
L'image de la mott étoit expofée dans
» fon oratoire avec celle des faints qui
» en ont triomphe ; fes mains l'y ont pla-
» cée ; elle y attache fes regards , fon efprit
en eft occupé ; elle la contemple,,
dirai je fans horreur ? Oui , Meffieurs,
» & j'ajouterai ; avec une forte de fatisfaction;
elle s'y contemple elle- même
» dans l'état où elle fera réduite , dirai-
»je fans effroi ? Je dirai plus , avec plaifir,
Cefpectacle & ces réflexions, loin de
l'attrifter, la confolent ; fon coeur n'é-
» prouve aucune des inquiétudes que fon
» état nous infpire ; la religion triomphe
» où la nature s'épouvante ; tout ce qui
fufpend le dernier moment de fa vie
» lui femble retarder celui de fa félicité;
"
"
»
& fi les foins que l'on prend de fes
» jours ne lui devenoient pas précieux ,
72 MERCURE DE FRANCE.
» parce qu'ils prolongent ceux de fes
fouffrances ; elle les trouveroit impor-
» tuns , parce qu'ils différent celui de fon
» bonheur. »
Oraifon funebre de très haute , très-puiffante
& très excellente princeffe Marie
Lekzinska , Reine de France & de Navarre
, prononcée le 11 du mois d'Août
de l'année 1768 dans l'églife paroiffiale
de la ville de Bâgé en Brefle , par
M. Gacon , curé de la même ville. A
Mâcon , de l'imprimerie de J. P. Goety,
imprimeur du Roi . ma
Le plan de ce difcours eft fage , noble
& très bien rempli . L'éloquence , fans en
être faftueufe , eft douce , fimple & touchante.
C'est l'éloge de la vertu qui devient
celui de la Reine. O vertu ! don
fublime des ames pures , c'eft vous , bui ,
c'est vous feule qui faites l'excellence
» de notre nature , l'ornement & le char-
» me de notre vie.
» Mais fi la vertu de tous les hommes
a droit de prétendre à nos hommages ,
» combien ne les mérite- t - elle pas quand
placée fur le trône elle a de plus influé
» fur notre bonheur ? C'eft - là que fes
exemples ont plus de dignité & d'in-
» fluence ,
OCTOBRE. 1768. 73
fluence , plus de prix & d'étendue ; les
» devoirs qu'elle a à pratiquer , plus de
» difficultés & plus de gloire. Quel objet
plus digne de notre admiration que la
» vertu dans le rang fuprême ! C'eft au-
» tant que ce peut l'être l'image de la Di-
» vinité fur la terre. »
"
Vous faire l'éloge de la vertu , c'eft
vous tracer celui de l'augufte Reine que
nous pleurons. Elevée dans le fein de la
fageffe , elle porta fur le trône , non les
erreurs & les préjugés de fon rang , mais
les vertus les plus parfaites du chriftianif
me. Vous verrez dans le fein de fa vie.
les épreuves & le triomphe de la vertu .
Difcours prononcé à l'ouverture de la
féance publique de la fociétéroyale des
fciences & belles lettres de Nancy , le
25 du mois d'Août 1768 , fête de St
Louis ; par M. le chevalier de Solignac,
fecrétaire perpétuel . A Nancy , chez la
Veuve & Claude Lefeure, imprimeur
ordinaire du Roi , petit in- 8° . 14 pag.
C
La féance publique de la fociété royale
des fciences & belles lettres de Nancy fe
tenoit auparavant le premier jeudi d'après
les rois ; la rigueur de la faifon retenoit
IIVol Ꭰ
74 MERCURE DE FRANCE.
auprès de leurs foyers , les citoyens qui
prenoient le plus de part aux travaux de
cette fociété , cette féance étoit ordinairement
trifte , peu de perfonnes y affiftoient
; on a jugé à - propos d'en changer
le temps & de l'affigner au jour de la St
Louis. M. de Solignac ne néglige pas
cette occafion pour parler du monarque
dont ce nom rappelle les vertus ; il parle
de la Reine que la France vient de perdre
& du choix qu'elle avoit fait de Luneville
pour y dépofer fon coeur. Heureufe
» Auftrafie , combien de fois ton fouve-
» rain vá- t il tourner fes regards vers toi,
» dès que tu poffédes le gage le plus pré-
» cieux de fon amour ? Mais auffi , toi
» que les fiécles ont toujours diftingué
» par ton ardente affection pour tes maî-
» tres , combien dois tu chérir le monar-
» que que la providence t'a donné , lorf-
» qu'il te confie ce qu'il aimoit le plus
» un coeur qu'il voudroit ranimer , &
» dont il defire du moins que les grands
» fentimens vivent à jamais dans la mé-
» moire des hommes : un coeur toujours
» exempt de paflions , maître de fes de-
» firs , image de la grandeur de Dieu , ca-
" pable de contenir autant de vertus que
"
>
la fageffe & la piété peuvent en infpiOCTOBRE.
1768. 75
ter , & qui , toujours conſtant dans fes
» devoirs , jouiffoit de cette précieuſe
fermeté que rien n'ébranle dans les ac
cidens même les plus cruels , dans les
» événemens les moins précieux & les
» moins fenfibles. »
»
A
99
Difcours prononcé dans l'affemblée pu
blique de la fociété littéraire de Châ
lons -fur-Marne le mercredi 13 Avril
1768 , avec deux articles , l'un fur l'amour
de foi , l'autre fur le bonheur
par M. L. Millot , anmonier du feu
Roi de Pologne , de la fociété littéraire
de Châlons- fur-Marne , & c. A Bar-le-
Duc , de l'imprimerie de Fr. L. Chrif
tophe; & fe trouve à Paris chez Delalain
, libraire , rue Saint- Jacques ; & à
Nancy chez Henry , libraire , près de la
porte royale , in- 4° . 32 pag.
M. L. Millot ayant été reçu le 11 Avril
1768 par MM. de la fociété littéraire de
Châlons - fur -Marne au nombre de leurs
affociés externes , vint prendre féance le
13 du même mois dans leur aſſemblée
publique , & prononça ce difcours pour
les remercier ; il entre dans le détail des
devoirs des académiciens ; elle leur im
Dij
76 MERCURE
DE
FRANCE
.
pofe fur tout celui de ne rien écrire qui
ne foit digne de paffer à la poftérité , Nous
ne doutons pas que chaque académicien
en particulier ne fente l'étendue de ce
devoir , & ne fe croie en état de le remplir;
l'exemple de la plûpart de leurs prédéceffeurs
ne les décourage point ; ils fe
flattent qu'ils feront plus heureux , & nous
le fouhaitons . A la fuite de ce difcours
M. Millot lut deux articles de morale traités
par les principes de la métaphyfique :
l'un fur l'amour de foi & l'autre fur le
bonheur . Dans le premier il cherche
quelle eft cette puiffance invincible qui
nous porte
à nous aimer. I examine
l'homme dès l'inftant de fa naiffance ; fes
premiers fentimens font les befoins des
chofes néceffaires à fa confervation ; fes
befoins augmentant avec les années , il
trouve du plaifir à les fatisfaire . C'eft ce
qui l'attache à l'exiſtence ; il eft jaloux de
la conferver , de - là les foins qu'il prend
pour le garantir du mal , la crainte qu'il
témoigne à leur approche. Ces mouvemens
de l'ame dans l'homme s'appellent
inſtinct dans les animaux , & devroit s'ap
peller amour d'eux-mêmes ; il eft inutile
de fuppofer en eux un principe inconnu .
M. Millot diftingue enfuite l'amour de
OCTOBRE. 1768. 77
foi de l'amour- propre , ce qu'il vient de
dire fuffifoit ; après cette définition il eft
difficile de les confondre.
Dans l'article du bonheur , il commence
par examiner fi l'homme peut en
jouir dans l'état de fociété . Cette queftion
, qui n'en eft plus une , n'eft remiſe
fur la fcène que pour combattre M. Rouffeau
de Genève , auquel on a répondu fi
fouvent & fi longuement ; on ne manque
pas de prouver encore pour la millieme
fois peut-être contre lui , que les fciences
n'ont pas des effets auffi pernicieux
que ceux qu'il leur attribue ; on en vient
enfuite au bonheur , on dit qu'il n'eft ni
dans les richeffes ni dans les honneurs ,
ni dans les plaifirs , ce qui n'eft pas neuf.
On termine cet article par ce morceau
qui a de la chaleur , & qui eft bien fair .
« Ceffe donc de te plaindre de ta condi-
» tion , homme injufte ; elle n'eft malheureufe
que par ta lâcheté. Toi feul es
l'auteur de tes infortunes ; leur princi-
» pe eft dans les égaremens de ton ima-
» gination ; dans ton luxe , ta vie molle
» & l'oubli de tes devoirs . Les maux t'ac-
» cablent , non parce que tu es homme ,
mais parce que tu n'as jamais eu le cou
33
Diij
28. MERCURE DE FRANCE.
1
}
rage de le devenir. Romps tes liens
» arrache - toi à tes préjugés ; ouvre les
» yeux aux lumieres de la raifon ; connois
» la jufte valeur des chofes , non par le
" prix que leur donne l'opinion , mais par
» leur relation à tes befoins réels. Aux
» atteintes des peines qui t'environnent,
"
oppofe , comme un bouclier , la patien
» ce ; déploye les forces de ton ame , ar-
» me-toi de fermeté. Vois tes reffources
» contre l'emportement & la tyrannie de
» tes paffions propres ; apprends à triompher
d'elles par elles- mêmes ; qu'aucune
ne te domine quelque honnête qu'el
» le foit ; tiens l'équilibre entr'elles , fois
» leur maître ; ufe des plaifirs fans en
abufet ; ton bonheur eft à ce prix , &
» ne pense pas que l'entrepriſe foit aus
» deffus de tes forces. »
Difcours de la nature & des effets du luxe;
par le P. G. B. A Turin chez les freres
Reycends , libraires , au coin de la rue
Neuve , 1768 , in- 8ª. 109 pag.
Il a paru depuis quelque temps une
multitude d'ouvrages fur le luxe ; il n'eft
peat-être point de fujets fur lequel il foir
plus facile de parler pour & contre ; tour
OCTOBRE. 1763. 79
ce qu'on en a dit n'a encore fixé généralement
les idées de perfonne ; le nombre
de ceux qui le croient nuifible eft égal à
celui des hommes qui le trouvent avantageux
; dans ce difcours on s'attache à
l'envisager du côté où il eft dangereux ;
on fe propofe de faire voir , par la raifon
& par l'expérience , que ce que l'évangile
condamne eft toujours pernicieux à la fɑciété.
Cette vérité n'eft pas neuve , mais
il n'eft pas inutile de la reproduire de
temps en temps. Le luxe , felon l'auteur ,
tend à détruire les liens de l'union focia
le , à corrompre les moeurs , puifque fon
effet eft de rendre honorable ce qui ne
devroit être que lucratif; dès qu'il eft introduit
dans un état , eft- il facile d'empêcher
qu'on y encenfe les richeffes ? Le.
P. G. B. ne penfe point que la perfection
des arts dépende du luxe . Lorfque les
arts commencerent à paroître les peuples
n'étoient point encore amollis ; la magnificence
de Charles - Quint , de François
I , de Henri VIII , de Léon X , dit
M. de Voltaire , n'étoit que pour les
jours d'éclat & de folemnité ; on ignoroit
cette magnificence générale , ces commo .
dités d'ufage , fi fupérieures à la pompe
d'un jour , & fi communes aujourd'hui,
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Les prodiges de l'art ne fe font donc pas
élevés du fein du luxe ? Il ne forma pas H
les Michel- Ange , les Raphaels , les Cor
rége , les Titiens ; il n'infpira ni Ariofte ,
ni le Taffe. Il n'influa point fur les découvertes
de Galilée , de Malpighi , &
dans ces derniers temps que lui doivent
Corneille , la Fontaine , Boffuet , Locke ,
Newton , Mallebranche ? Une nation peut
être fouverainement voluptueufe & fouverainement
barbare. L'auteur examine
les raifonnemens de M. Melon en faveur
du luxe dans fon effai politique fur le
commerce , & y répond ; ces détails rentrent
dans ce qu'on a déjà obfervé fi fouvent
, qu'il eft aifé de foutenir les deux
opinions contradictoires. Cet ouvrage eft el :
écrit facilement , mais avec négligence ;
il prouve que l'auteur a beaucoup lu &
beaucoup retenu .
Zophilette , conte de M. Marmontel ,
mis en scènes & en ariettes , & repréfenté
le 17 Mai 1765 , avec cette épigraphe
:
Furto latamur in ipfo.
A Paris , in- 8 °. 1768 , 39 pages.
C'eft le joli conte de Laurette qui pa
roît aujourd'hui en drame fous le titre de
OCTOBRE. 1768. 81
Zophilette ; il a été repréfenté dans une
fociété ; les ariettes font faites fur des airs
italiens . Nous en préfenterons la marche.
Le chevalier de Saint Juft , feigneur de
Champlai , eft amoureux de Zophilette
fille de Legrand fon fermier ; il s'entretient
de fa paffion , & rappelle , on ne
fçait pourquoi , celle qu'il a reffentie pour
Life qui lui a été infidéle.
Life dormoit fur la fougere ,
Je crus voir Vénus repofer ;
Je m'affis près de la bergere
Et je lui ravis un baifer .
Près de Pfiché l'amour s'oublic ,
Life étoit bien plus belle encor ;
Un moment de tendre folie
Vaut mieux que les ans de Neftor.
Ce couplet étoit au moins inutile ; le
fouvenir de Life ne doit pas fe préfenter
à l'efprit du chevalier rempli d'un nouvel
amour , avec des idées agréables ; il at-'
tend Zophilette & ne doit s'occuper que
d'elle ; elle vient ; il lui propofe de le
fuivre à Paris ; il lui peint les plaifirs qui
s'offriront à elle ; Zophilette ne veut point
partir fans la permiffion de fon pere ; le
chevalier lui fait fentir que ce n'eft pas
lui qu'il faut confulter , & fuit à la vue
Dy
82 MERCURE DE FRANCE .
de Legrand , qui annonce à fa fille qu'il
va la marier à Charlot , fils d'un fermier
voiſin ; il la laiffe avec fon prétendu,après
avoir chanté cet air :
Il me femble
Que c'eft jouer un mauvais tour
A deux amans qu'amour raflemble ;
De ne pas les laiſſer enſemble :
Toujours un tiers gêne l'amour.
Ces mots ne devoient peut - être pas fe
trouver dans la bouche de Legrand . Zophilette
prie Charlot de différer d'un mois
leur mariage , & de faire enforte qu'il
paroiffe que ce délai vient de lui feul ;
elle le charge auffi de lui faire un bouquet
pour la fête du chevalier ; feule elle
fe plaint de l'hymen qui la menace ; le
chevalier qui en eft inftruit la preffe
encore de fuir , Zophilette y confent ;
Charlot vient lui apporter le bouquet
qu'elle a demandé. Il s'éleve un orage ;
le tonnerre gronde , la grêle tombe ; Legrand
arrive quand le ciel s'eft éclairci ;
toute la récolte eft détruite , il fe plaint
de la mifére qui les menace. Le chevalier
qui arrive le confole ; il lui fait la
remife de cette année , lui donne la bourfe.
Legrand eft pénétré de reconnoiffamOCTOBRE.
1768. 83
ce; il lui avoue qu'il n'eft
pas né labou
reur , qu'il a fervi , qu'il a été ruiné par un
procès , reformé dans le même temps &
qu'il s'eft établi dans ce village. Dès que
le chevalier eft éloigné , il ouvre la bour.
fe; furpris de ce qu'elle contient , il croit
que fon maître s'eft trompé ; il envoie fa
fille après lui pour lui rendre fon argent;
il le bénit dans un court monologue , ine
terrompu par Charlot fuivi d'une troupe
de payfans qui ramenent Zophilette que
le chevalier alloit enlever fans eux. Le
grand accable le chevalier de reproches.
Je n'aurois jamais attendu de votre part
» un trait auffi cruel. Ah ! fi vous avez
» crû par vos dans payer le prix de fon
» 'honneur , reprenez les , ils font trop
» dangereux . Vous choififfez encore
pour me ravir le feul bien qui ma
» refte , vous choififfez le moment où
je vous admire , où je vous comble de
» bénédictions. Hélas ! je demandois au
ciel qu'il accomplît tous vos voeux ; &
» tous vos voeux tendoient à fuborner ma
» fille. Que dis je? Je vous l'ai livrée moi.
» même ; je l'ai engagée à courir après
» vous , à la vérité pour vous rendre cet
» or , ce poifon avec lequel vous croyjez
» me corrompre : il fembloit que le ciel
99
ور
ཧཱུྃ
·
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
» m'avertir que c'étoit un don pernicieux.
» La main que j'aurois bailée , que j'aurois
arrofée de mes larmes , fe prépa-
» roit à m'arracher le coeur ! Le chevalier
s'excufe fur l'amour ; il offre de tout
réparer en époufant Zoplitette ; Legrand
refufe ; il craint un repentir qui viendroit
trop tard & qui rendroit da fille malheureufe
; à la fin il confent. Cette derniere
fcène auroit pû être plus pathétique , plus
touchante ; l'auteur auroit dû la refferrer,
faire parler Zophilette qui ne dit prefque
rien pendant ces reproches . Le fujer eſt
fort intéreffant , le conte offroit des détails
dont on n'a pas fçu profiter ; il indiquoit
des fituations à traiters on n'en a
pas tiré le parti qu'on pouvoit en tirer. It
falloit donner à Zophilette , la naïveté de
Laurette & le fentiment qui l'anime enco
re ; ici elle a trop d'efprit. amov
14403
Les Filles à marier ; comédie en un acte
en vers ; par Madame Guibert . A Amf
terdam ; & fe trouve à Paris chez la
veuve Duchefne , tue St Jacques , au
temple du goût , & la veuve Lefclapart,
quai de Gêvres , in- 8 ° . 40 pag. 1768
prix 20 fols.
M. Broton a trois, filles Cathis , Lolotte
OCTOBRE . 1768. 85
& Victoire. Toutes trois ont grande envie
de fe marier ; elles fe plaignent d'être
toujours enfermées dans la maifon' ; les
époufeurs ne fe preffent point tant qu'ils
ne les verront pas. Le pere fe moque de
leurs plaintes. Léandre eft un jeune homme
amoureux de Victoire ; il ne peut pas
fe flatter de l'obtenir de M. Broton avant
que les aînées foient mariées , la foubrette
Babet lui confeille de faire fa cour à M.
Broton , il réaffira à lui plaire , s'il va boire
avec lui au cabaret où il paffe fa vie .
Léandre rejette d'abord cette propoſition ;
Pamour l'y fait confentir ; il gagne l'amitié
du pere de fa maîtreffe qui lui permet
de choisir entre les trois filles ; il fait
tout ce qu'il peut pour déplaire à Cathis
& à Lolotte ; des filles qui veulent abfolument
fe marier ne font pas difficiles ;
il eft aimé malgré lui ; il prend le parti
d'avancer qu'il aime Victoire , ce qu'il
pouvoit faire dès le commencement . Les
aînées piquées renoncent à lui ; on leur
fait efpérer de meilleurs établiffemens ,
elles y comptent & font confolées. Outre
ces perfonnages , il y en a encore deux ;
une certaine Clorinde , locataire de M.
Broton , & un chevalier Damis , ami de
cette dame , qui ne font pas trop liés à
Faction & qui ne fervent qu'à infpirer
86 MERCURE DE FRANCE.
des airs fuffifans & coquets à Cathis & à
Lolotte.
Nous ne dirons rien de cette Comédie,
le Lecteur la jugera facilement fur ce
précis. L'auteur a de la facilité , nous l'exhortons
à foigner davantage fes vers ,
mieux choifir fes fujets , à être plus difficile
fur fes plaifanteries , à étudier le
monde & le ton de la bonne compagnie.
L'Infortune ou Mémoires de M. de ***
avec cette épigraphe :
Malheur à ces cours durs & nés pour les forfaits
Que les malheurs d'autrui n'ont attendris jamais .
A Amfterdam, & fe trouve à Paris chez
J. B. Gogué , libraire , quai des Auguftins
; N. A. Delalain , libraire , rue Sc
Jacques , in- 12 , 245 pag. 1768 .
"1
M. de *** parle lui- même dans fes mémoires
; il eft François , né de parens nobles
riches & honnêtes . A l'âge de trois ans
il perd fon pere qui perit fur un échaffaud;
fa mere le conduit en Amérique
chez un de fes , parens nommé Girac jui
devient amoureux d'elle , & la force de
fe rendre à fes deftrs , elle ne veut pasi
voir égorger fon fils ; elle cede & meurt
M. De *** eft confondu parmi les efcla- 1
OCTOBRE . 1768 .
ves de Girac ; il vit avec eux fans connoître
fon fort , éprouvant toute la barbarie
d'un maître féroce ; Sara , niéce de
fon perfécuteur lui infpire une paffion
très-vive. Olinor , valet de chambre de
Girac , lui apprend fa naiffance & les crimes
de fon maître ; il fe porte à l'affaffiner
, & va s'accufer auffi-tôt. M. de ***
jetté dans un cachor , eft délivré par Sara
qui l'aime , mais qui , le croyant coupa
ble , ne veut plus le voir , & lui ordonne
de fuir; il s'embarque , fait naufrage , fe
fauve fur un rocher avec deux autres perfonnes
; conftruit une barque des débris
du vaiffeau , fe rembarque , eft reçu dans
un navire qui le rencontre fur fa route ;
pris enfuite par un corfaire d'Alger , vendu
à Mazulem , efpéce de philofophe
turc qui lui apprend mille chofes qu'il
ignoroit , & répare fa mauvaiſe éduca
tion ; il a le bonheur de fauver la vie à
Mazulem que fon frere vouloit affaffiner
; pour prix de ce fervice , on lui pramet
fa liberté ; il s'avife de faire de mémoire
le portrait de Sara , il fe trouve
qu'elle reffemble à une efclave de Mazulem
; celui ci eft jaloux ; il appefamic
les fers de*** , il voit par hafard cette
belle esclave ; il outrage: fon maître
Mazulem meurt én lui donnant la liberté,
38 MERCURE DE FRANCE.
T
>
Ibrahim , fon fils , en fait fon ami ; ils
voyagent enſemble en Europe ; ils fe
rendent d'abord en Efpagne ; une femme
prend de l'amour pour le jeune Algérien
qui n'y répond point ; piquée de fes refus
, elle le dénonce à l'inquifition . M.
de*** parvient à le tirer des prifons du
faint office ; ils vont en France avec Floria
, jeune françoife établie en Eſpagne ,
qu'ils enlevent en partant. Ibrahim joue
il fe ruine , rétablit fes affaires , eft tué
un foir en fortant d'une académie ; l'un
des affaffins eft arrêté , M. de *** le reconnoît
pour Risbeck , frere de Mazulem
; c'est un homme couvert de crimes ,
l'autre meurtrier eft auffi pris , c'eſt Olinor
le valet de chambre de Girac. M.
de*** furieux à fa vûe , le tue d'un coup
d'épée & eft mis à fa place dans le ca
chot avec Risbek qui trouve le moyen
d'en fortir avec lui : il va en Angleterre
; il s'y fait des amis , il y trouve un
de fes parens qui lui fait préfent d'une
habitation en Amérique ; il s'embarque
pour s'y rendre , dans le deffein de voir
Sara ; fes deux amis le fuivent ; l'un eft
tué en chemin en combattant contre un
corfaire qui eft pris ; on trouve Sara dans
fon vaiffeau ; ils font enfemble le voyage
de l'Amérique ; ils s'y marient ; Risbek
A
OCTOBRE . 1768. 89
vient les y joindre; il montre de fi grands
remords qu'on en fait un ami ; il découvre
que Rocheſter , qui a ſuivi M.de***
eft amoureux de Sara ; il lui propofe de
Fenlever ; le projet eft exécuté , & il l'enleve
lui- même à Rochefter , qui rendu à
lui-même , le pourfuit , reprend Sara &
la rend à fon époux : quelque temps après
Risbek revient; il tue lefils de M. de ***
tue Sara & fe perce enfuite du même poignard.
Telles font les aventures de ce roman ;
c'eſt une fuite de malheurs & de crimes
atroces , fans vraiſemblance , fans fondement
, & qui intéreffent peu .
De tout un peu , recueil de contes , chez
le Jay , libraire , quai de Gèvres , au
grand Corneille .
L'abondance des matieres nous a forcé
de retarder jufqu'à préfent la fuite de cet
Ouvrage , dont on a commencé de rendre
compte dans le Mercure de Mai .
Le bon tuteur ou l'éducation de l'amitié.
Deux peres , en mourant , chargent un
ami d'élever leurs enfans ; cet ami philofophe
, loin de heurter les paffions du
jeune homme & de la jeune demoiſelle
90 MERCURE DE FRANCE.
qui font confiés à fes foins , les flatte , leur
facilite les moyens de les fatisfaire , &
parvient à les faire tourner au profit de
leur éducation : comme les deux caracte❤
res font directement oppofés , il les tempere
l'un par l'autre , les rapproche , les
unit , fait leur bonheur , & en jouit en le
partageant .
L'auteur qui s'avoue redevable de ce
fujet à M. le Duc de N ... de l'académie
françoife , l'indique comme propre à four
nir un drame intéreffant ; nous penfons
comme lui , & nous invitons ceux qui tra
vaillent dans ce genre , à l'employer pour
le théâtre .
Les heureux accidens , ou l'enfant de l'amour
; avec cette épigraphe.
Fecit amor , mittit pictas , fortuna reducet."
Un tableau de M. Baudouin , expofé au
falon dernier, a fourni le fujet de ce conte
intéreffant; c'eft ainfi que tous les arts, qui
ne font qu'une même famille , devroient
s'enrichir mutuellement.
Valville & Conftance avoient plus
fuivi les difpofitions de leurs coeurs , que
celles de leurs parens. Elevés enfemble
, l'habitude de fe voir & de paffer des
jours entiers familiérement n'avoit
fait qu'accroître une paffion devenue dan◄
›
OCTOBRE . 1768. 91
gereuse pour Conftance ; elle avoit trop
compté fur fa vertu & fur la fagefle de
Valville toujours foumis & refpectueux ;
avec un amant moins délicat elle aurois
couru moins de danger , elle en fit la fatale
expérience ; & de refpects en refpects,
de facrifices en facrifices , elle n'eut bientôt
plus rien à facrifier à fon amant . Elle
porte des fruits non équivoques de fa coupable
complaifance. Il eft impoffible de
la cacher davantage à fa mere ; cependant
la honte l'empêche de la lui découvrir ;
elle a recours à une amie compatiffante ,
qui reçoit les amans chez elle , & les dérobe
aux premiers tranfports de leurs parens.
Leur fuite étoit néceffaire , elle eft
bientôt fuivie de l'accouchement de Conf
tance.
Les amans éprouvent de la part de leurs
parens les plus vives perfécutions , auxquelles
l'amitié vigilante de leur amie les
fait toujours échapper ; mais pour comble
d'infortune , cette amitié bienfaiſante
fe change en un fentiment plus vif. Ma
dame Dumontier aime Valville , Conftance
s'en apperçoit ; elle s'abreuve longsems
en fecret des poifons de la jaloufie ;
mais ne pouvant plus foutenrir la violence
de fon état , elle oblige fon amant à quit
ter la retraite commode que fa rivale leur
92 MERCURE DE FRANCE.
avoit procurée. Ils fe fauvent & fe
cachent dans une maifon écartée , ou ,
fans autres fecours qu'un très - foible talent
pour la peinture , l'affiduité de leur
travail ne peut fuffire à leur fubfiftance .
Les peines qu'entraîne une fituation fi
malheureuſe , n'étoient pas les feuls chagrins
qu'éprouvoit Valville .
» Conftance refufoit abfolument fes
» careffes , elle lui avoit déclaré la réfo
» lution ferme & inébranlable qu'elle
» avoit formée d'être avec lui commeune
» foeur , jufqu'à ce qu'elle pût y vivre
» comme une épouſe «.
Cependant l'eftime & l'admiration que
les vertus de Conftance infpiroient à Valville
, le dédommagoient des plaifirs que
fa délicateffe lui refufoit.
» Une nuit que Valville n'avoit pu
» dormir , il s'étoit livré à fes réflexions ,
» & attendri fur fon fort . Il s'étoit levé
» de meilleur heure qu'à l'ordinaire, pour
» aller épancher fon coeur avec Conftance
» auffi - tôt qu'elle feroit éveillée ; mais il
» ne la trouva point , elle étoit déjà fortie,
pour aller , felon fon ufage , de-
» mander au pied des autels la protec-
» tion du ciel, le prier de recevoir les mar
» ques finceres de fon repentir , & de
toucher le coeur de fes parens , finon
"
OCTOBRE . 1768. 93.
pour elle qui étoit coupable , au moins
» en faveur d'une créature innocente .
"
Après avoir offert fon coeur à Dieu ,
» elle revenoit préfenter fon fein à fon
» enfant , & fe mettre au travail «.
» Valville ne l'ayant donc pas trouvée ,
» avoit pris fa petite fille dans fes bras ;
» réuniffant fur elle toute la tendreffe "
» que fon coeur pénétré venoit partager
» avec fa chere Conftance , il lui prodiguoit
les noms les plus tendres , & les
» carreffes les plus vives » .
30
"
» Enivré de tendreffe , il fautoit comme
» un fou au milieu de fa chambre , en .
» ferrant fon enfant contre fon coeur ; dans
» ce moment de délire il apperçoit de
» loin Conftance qui revenoit au logis ;
» il s'approche de la fenêtre pour hater
» fon retour, en lui montrant leur cher en-
ود
fant , qu'il faifoit danſer dans ſes bras,
» O ciel elle échappe de fes mains , &
» tombe par la fenêtre « .....
"
» Je me hâte d'apprendre au lecteur le
» miracle qui a préfervé ce cher enfant ,
auquel il eft difficile de ne pas s'inté-
» reffer. Un cloud qui s'eft trouvé à la
» muraille , a accroché fes langes , & l'a
» foutenue à dix pieds de terre.
و د
Valville doute s'il doit en croire fes
il refte immobile entre la douyeux
,
94 MERCURE DE FRANCE.
» leur & la joie ; fon coeur n'ofe fe livrer
» ni à l'une ni à l'autre , mais Conſtance
» lui apprend ce qui a fauvé leur chere
» fille , & vient à fon tour ſçavoir ce qui
» a cauſé le danger dont elle vient de la
» délivrer «‹•
Après plusieurs autres événemens , la
bonne Dame Dumontier , qui avoit eu
honte de fe laiffer furprendre à l'amour,
retrouve les amans , les reconcilie avec
leurs parens , & partage avec eux fa fortune
& leur bonheur .
Cette hiftoire eft de l'intérêt le plus
preffant. On trouve de tous les genres dans
ce recueil , avec le ton , le ftyle & le goût
propres à chaque gente . Tant de variétés
dans le même Ouvrage ne peut qu'en rendre
la lecture extrêmement agréable :
nous invitons l'auteur à publier promp
tement le troifiéme volume qu'il promet,
& que celui - ci fait defirer avec empreſſement
.
Réfultats de la liberté & de l'immunité du
commerce des grains , de la farine & du
pain. A Amfterdam ; & fe trouve à Paris
, chez Defaint , libraire, rue du Foin
St Jacques ; Lacombe , rue Chriſtine
& le Moine , au palais , in- 12 , 48 pag.
L'auteur, pour décider fi la liberté par
OCTOBRE. 1768. 95
faite & l'immunité totale du commerce
des grains , de la farine & du pain , font
réellement l'objet le plus effentiel à la
profpérité de l'Etat , examine les effets
qui réfulteroient de cette liberté & de
cette immunité . Ses réſultats font au
nombre de fix , la communication des
provinces entr'elles & du royaume
avec les pays étrangers entretiendra nos
denrées à leur prix naturel , ce prix eft
naturellement fupérieur d'un quart à celui
où il étoit tombé avant la déclaration
de 1763. Cette augmentation cauferoit
infailliblement un accroiffement dans le
revenu des terres , & conféquemment
dans celui du Roi.
On ne voit dans l'augmentation du prix
des grains que l'augmentation de celui du
pain. Le commun des hommes s'imagine
que la liberté ne produit pas d'autre
effet ; il ne juge pas qu'elle rend ce pain
moins variable & prefqu'uniforme ; tel
étoit l'effet des prohibitions dans les années
abondantes ; le grain ne valoit
pas les frais ; il fe gâtoit dans les greniers,
Les revenus des propriétaires
ceux du Roi fouffroient ; la culture étoit
négligée. Dans les mauvaifes années , il
montoit à un prix exceffif ; les gens de
96 MERCURE DE FRANCE.
la campagne n'en profitoient pas ; la récolte
actuelle étoit trop mauvaiſe pour
être vendue ; les anciennes avoient été
perdues faute de débit , ou achetée à vil
prix par des monopoleurs.
Les revenus des particuliers & ceux du
Roi étoient augmentés d'un quart ; il ne
faut pas
pas croire que le pain vendu augmen
te à proportion ; cet accroiffement n'eft
que d'un cinquieme ou d'un fixiéme ;
on pourroit encore l'empêcher. On a démontré
par une multitude d'expériences
en grand , qu'en perfectionnant les deux
arts nourriffiers la mouture & la boulangerie
, on peut gagner dans la plus grande
partie des provinces du royaume , un cinquiéme,
un quart , & même jufqu'au tiers
fur la quantité & le prix du pain , fans
en altérer la qualité . On entre dans des
détails fatisfaifants fur ce fujet intéreffant
, & qu'il faut lire dans l'ouvrage même.
Les propriétaires des moulins retirent
un grand avantage de la liberté du
commerce des grains. On commence à
payer la bonne mouture en argent ; la
mauvaife mouture ancienne fe payoit en
nature ; ce produit valoit peu dans les
années abondantes,faute de débit ; il étoit
onéreux
T
OCTOBRE . 1763. 97
onéreux au peuple dans les tems de cherté;
on moudra davantage , parce qu'on
aura plus à fournir, Cela entre dans l'au
gmentation du revenu des terres.
les
L'auteur examine enfuite l'état du royaume
, lorfqu'on aura établi la liberté abfolue.
Chaque particulier comme confommateur
du pain n'auroit plus qu'à fe
connoître en cette denrée , ce qui n'eft
pas bien difficile ; quoiqu'il fût libre de
faire lui-même fon prix , il auroit plus de
profit à.l'acheter tout cuit ; parce que
frais de route efpéce font moindres pour
une grande boulangerie que ' pour une
cuiffon particuliere ; le boulanger qui embrafferoit
librement cette profeffion , fans
avoir rien payer que la farine & les frais
les plus indifpenfables , ne pourroit s'affurer
un bon débit qu'en donnant de bon
pain ; fon étude effentielle feroit de fe
connoître en farine ; le vendeur de cette
nouvelle denrée chercheroit le meilleur
bled , la meilleure mouture , &c. pour
s'affurer une bonne vente .
Le dernier réfultat de l'immunité des
grains est , qu'elle entraîne la fuppreffion
de toutes les exactions que cette denrée
précieufe fouffre dans le royaume , & qui
retombent toutes fur le prix du grain . Ces
obfervations font l'ouvrage d'un homme
II Vol. E
୭୫ MERCURE
DE
FRANCE
.
très-profond dans les matieres économiques
, & qui depuis long- tems confacre
fes études & fes travaux au bien de fa
nation,
Nouveaux Principes de la langue allemande
, à l'ufage de l'école royale militaire;
par M. Junker , docteur en philofophie
, profeffeur de grammaire à l'école
royale militaire , membre ordinaire de
l'académie royale allemande de Gættingen
; troifiéme édition . A Paris ,
chez J. B. G. Mufier fils , libraire , quai
des Auguftins au coin de la rue Pavée ,
à St Etienne , in- 8 ° . , 1768. t
Cette troifiéme édition des nouveaux
principes de la langue allemande eft trèsfupérieure
aux précédentes . On y a fait
des changemens confidérables fur- tout
dans la partie qui traite de la conftruction .
On a eu fain de ne pas toucher au fond
des chofes ; les principes font toujours
les mêmes ; mais on en a fimplifié plufieurs
, on les a rendus avec plus de précifion
, & on les a rangés dans un ordre
plus naturel. M. Junker prévoit que cette
grammaire pourra paroître trop longue.
bien des gens ; mais ceux qui pourroient
s'en plaindre , ne méritent guère de ré
OCTOBRE . 1768. 99
ponfe ; ils ne veulent prendre que la fuperficie
des chofes , & ne fçavoir rien ,
ou fçavoir mal. Rien de plus aifé fans
doute que de faire des rudimens abrégés ;
mais va- t- on loin avec de pareilles méthodes?
Pour fe rendre maître de toutes
les difficultés de la langue allemande , il
faut prendre pour guide une grammaire
qui entre dans tous les détails néceffaires,
ou recourir à la voie longue de l'ufage ,
paffer huit ou dix ans dans le pays ', & n'y
parler qu'allemand ; il n'y a que ces deux
moyens. L'Ouvrage de M. Junker eft divifé
en trois parties ; la premiere contient
l'étymologie ; la feconde la fyntaxe ;
& la troifiéme un abrégé de la profodie
allemande. On y a joint un fupplément
dans lequel on trouve trois articles ; l'un
eft l'exercice pruffien ; l'autre enfeigne à
former les dérivatifs , & traite des fubftantifs
, des adjectifs & des verbes dérivatifs
; le dernier offre des remarques fur
quelques politeffes que les Allemands obfervent
dans la converfation , & fur- tout
dans le commerce des lettres ; nous ne nous
arrêterons pas fur le mérite de cette grammaire
; les éditions qu'on en a déjà données
, l'on fait connoître ; elle eft néceffaire
à tous les
commençans , & peutdon
ner une connoiffance parfaite de la lan-
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
"
gue àceux qui ont déjà une légere teinture
des principes. Elle fera fur- tout fort utile
aux maîtres , dont la plûpart ont befoin
d'être dirigés.
*
Nouvelle Méthode allemande , felon le traité
de la maniere d'apprendre les langues;
par M. Gerau de Palmfeld , profeffeur
de la langue allemande de MM . les Pages
du Roi , de la Reine , de Madame
la Dauphine , & à l'école de MM . les
Chevaux Légers ; feconde partie . A Paris
, chez la veuve Regnard , grand'falle
du palais ; & à Verfailles , chez Fournier
, rue Satory & au Château , in 8°.
1768 .
Cette nouvelle méthode allemande
peut fervir de fuite au traité de la maniere
d'apprendre les langues. M. Gerau
de Palmfeld a fuivi les principes qui font
établis dans ce traité ; il commence par
préfenter des morceaux allemands , il place
fous chaque mot de cette langue le
mot françois qui y répond , & au- deffous
la phrafe françoife avec la conftruction
qui lui eft propre . Quand l'écolier s'eſt
rendu ces premiers morceaux familiers,
il lui offre les phrafes allemandes & les
françoifes féparées ; & à la fin du volume
OCTOBRE. 1768. 101
des extraits de quelques ouvrages allemands
fans y joindre la traduction , que
Pécolier doit être en état de faire feul
après avoir étudié avec foin tout ce qui
précéde. Il feroit à fouhaiter qu'on nous
fit des méthodes pareilles pour toutes les
autres langues ; ces livres élémentaires
vaudroient bien la plupart de ceux qu'on
ne ceffe de publier depuis long - temps
d'après la vieille routine , & qu'on ne lit
jamais fans dégoût.
Expériences fur les longitudes , faites à la
mer en 1767 & 1768 , publiées par ordre
du Roi. A Paris , de l'imprimerie
royale , in- 8 °. 72 pages , 1768 .
Cet ouvrage contient le réfultat des
obfervations que M. de Charnieres a faites
fur les longitudes ; on n'auroit jamais
pu efpérer de les découvrir à la mer à un
demi- degré , avec le fecours de l'atronomie
, fi l'on n'avoit perfectionné les tables
lunaires & l'inftrument dont on fe
fert pour mesurer la diftance de la lune
aux étoiles. M. de Charnieres a ſubſtitué
à l'octant qui ne donnoit ces diftances
qu'avec des peines infinies , & prefque
toujours avec quelque incertitude , le mégametre
de fon invention. Il confirme
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
pleinement dans fon ouvrage l'exactitude,
de ces diftances avec fon, inftrument , par
plufieurs recherches fur les longitudes à la
mer. Le travail qu'il a fait fur cet élément
fert à diffiper les doutes qu'un jugement
délicat pouvoit encore faire naître.
Il obtint pour cet effet de M. le duc de
Praflin , la permiffion de s'embarquer fuc
un des vaiffeaux du Roi deftiné à paffes
quelques mois dans différens ports de
l'Amérique . Son mémoire contient les
expériences qu'il a faites dans cette campagne
; elles rempliffent le double objet
de fervir de preuve aux marins & de leur
éclaircir les procédés que contenoit , le
premier mémoire qu'il a déjà publié. Il
répond dans fon difcours préliminaire à
quatre objections principales contre l'inftrument.
La premiere fe réduit à demander
fi l'on peut obferver facilement à la
mer avec le mégametre ; nous ne repéterons
pas les détails de l'auteur fur la fupériorité
qu'il lui a donnée fur l'octant ;
il ajoute que M. Thomé de Keridec , lieutenant
de vaiffeau , qui , à peine , s'étoit
exercé avec le mégametre , a très bien déterminé
la longitude à la mer le 25 Janvier
1768 , en allant du Cap François à
St Domingue , à la baie de Manfenille.
On objecte encore que la lune eft rareOCTOBRE.
1768. 103
*
ment à portée de quelque belle étoile
pour en mefurer la diſtance ; M. de Charnieres
répond qu'il ne fe borne pas à celles
de la premiere & de la deuxième
grandeur , mais qu'il fe fert très bien des
étoiles zodiacales de la troifiéme & de la
quatriéme grandeur , & que dans fa traverfée
, à peine a t- il trouvé deux jours où
la lune ne fut pas à la portée de quelqu'une
de ces étoiles . La troifiéme objection
fe confond avec celle - ci ; la derniere
roule fur la longueur des calculs , ce qui
eft plutôt un éloge de l'inftrument qu'une
critique ; les calculs ne font devenus longs
que parce qu'il n'eſt plus permis , en me--
furant les arcs de diftance , de négliger
les élémens qui entraînent une précision
des fecondes. Cet ouvrage ne peut qu'être
très- utile aux navigateurs ; il eft précédé
de deux jugemens très - flatteurs de
l'académie royale des fciences , extraits
de fes regiftres du 24 Février & du 2 Juillet
1768 .
Opufcules mathématiques ; par M. l'abbé
de Rochon , aftronome de la marine &
correfpondant de l'académie royale des
fciences. A Breft , chez Romain Malaffis
, imprimeur ordinaire du Roi &
de la Marine , 1768.
Eiv
104 MERCURE DE FRANCE.
On trouve ici fix mémoires , dont le
premier roule fur les moyens de perfectionner
les inftrumens dioptriques. Dans
le fecond , l'auteur propofe une méthode
d'obferver facilement en mer les éclipfes
des Satellites de Jupiter , pour en déduire
les longitudes . C'eft dans ce niémoire
que
M. l'abbé de Rochon donne la defcription
de l'inftrument qu'il a imaginé pour
conferver l'aftre dans la lunette , malgré
l'agitation du vaiffeau ou du moins pour
le retrouver avec une extrême facilité.
Le troifiéme offre les moyens de rendre
l'héliometre de M. Bouguer propre à mefurer
des angles confidérables , afin de faciliter
les obfervations de diftances d'étoiles
à la lune.
que
Le quatriéme préfente les obfervations
l'auteur a faites fur mer, tant d'éclipfes
de Satellites de Jupiter , que de distances
d'étoiles à la lune , & une théorie nouvelle
& générale de tous les inftrumens
qui peuvent fervir utilement à la mer
pour la mefure des angles . A la fin il propofe
un inftrument de fon invention ,
qu'il nomme Mégametre à réflexion , pour
Je diftinguer du mégametre de M. de
Charnieres , avec lequel celui- ci n'a qu'un
rapport éloigné.
Un mémoire fur le pilotage , pour ferOCTOB
R E. 1768. 105
vir de fupplément à quelques articles du
traité de navigation de M. Bouguer , rédigé
par M. l'abbé de la Caille , eft le cinquiéme
que l'on rencontre dans ce volume
; il eft fuivi d'une differtation fur l'art
de tailler & polir les verres & les miroirs
des télescopes dioptriques & catoptriques
. Cet ouvrage eft terminé par des tables
pour calculer le lieu du foleil & celui
de la lune. Les mémoires intéreflans
qu'il contient étoient definés la plupart
à faire partie du recueil des mémoires des
fçavans étrangers , que l'académie publie;
mais le voyage que M. l'abbé de Rochon
va faire aux Indes , par ordre du miniftere
, l'a déterminé à les mettre au jour
avant fon départ. Ils ont été imprimés
avec l'approbation & fous le privilege de
l'académie.
Effai fur la Peinture en mofaïque ; par M.
le V *** : Non norunt hæc monimenta
mori: Enfemble une differtation fur la
pierre fpéculaire des anciens ; par le
même. A Paris , chez Vente , libraire ,
au bas de la montagne Ste Genevieve,
1768 ; brochure in- 12 . de 166 pag.
L'auteur paroît avoir été conduit à la
compofition de cet effai , par les recher
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
ches qu'il a été obligé de faire pour un
Traité hiftorique & pratique de la Peinture
fur verre , dont il s'occupe depuis longtemps.
Les verres colorés par des matieres
minérales & métalliques , & taillés
enfuite en petits rubis , font , en effet , la
matiere dont on fe fert par préférence
pour la peinture en mofaïque ; art précieux
par la précifion avec laquelle il imite
les grandes compofitions des meilleurs
maîtres , par l'immortalité qu'il leur donne
, & très- étonnant par la patience qu'il
fuppofe dans ceux qui s'en occupent. M. le
V *** fuit cet art fingulier depuis fa
naiffance chez les Perfes jufqu'à fon renouvellement
en Italie , où il eft encore
exercé aujourd'hui avec le plus grand fuc
cès. Les principaux autels de St Pierre de
Rome , la vafte coupole qui a plus de quatre
cent pieds de tour , & la lanterne de
ce magnique édifice , font ornés de ces
peintures en mofique. Le coup d'oeil en
eft d'autant plus frappant , que tous les
ornemens & les figures font fur un fond
de cristal doré au feu . Après le détail des
procédés de cette peinture , l'auteur parle
de la mofaïque en placages de marbres &
en cubes de pierres colorées , plus difficile
encore à exécuter à caufe de la dureté
& du prix des matériaux , qui font
OCTOBR E. 1768. 107 .
fes agathes , les grenats , les fardoines, les
coraux , les nacres de perles , le lapis - lazuli
, les jafpes , l'émeraude & la topaze.
Auffi cette mofaïque , qui ne ſe fait qu'à
Florence , n'eft- elle compofée que pour
des ouvrages qui appartiennent au grand
Duc , & dont il fait des préfens. La nature
donne feule les nuances employées
de cette mofaïque ; l'art multiplie à fon
gré celles de la mofaïque en pierres colorées
; il a porté le nombre des nuances
à plus de trois mille , & malgré cela on ne
peut s'en fervir que pour des figures dont
les proportions font grandes & dont la
touche eft large ; les piéces de rapport dont
elle eft compofée ne peuvent fe prêter à
la délicateffe des petits objets.
ว
་ ་
Les recherches fur la pierre fpéculaire
des anciens qui terminent ce volume , ne
font pas moins curieufes . Les Naturaliſtes
ont toujours penfé que c'étoit toujours let
talc ou le Gypfe , l'auteur fe détermine
pour ce dernier fentiment.
Profpectus de l'hiftoire de l'ordre de la Toi
fon d'or; par Meffire F. J. de Bors d'Overen
, chevalier maître aux requêtes
de S. M. I. R. & A. , & confeiller en
fon grand confeil féant à Malines.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
La premiere partie de cette hiftoire en
deux volumes in-fol. contiendra les ftatuts
& les privileges de l'ordre , avec 165
grandes planches en taille douce , repréfentant
les armoiries , infcriptions & emblèmes
copiés fur les originaux qui exiftent
encore des anciens chapitres de l'ordre.
Cette partie fera encore composée
de plufieurs eftampes , répréfentant les
différentes cérémonies de l'ordre.
La feconde partie feta compofée des
tableaux généalogiques & héraldiques des
chevaliers , & formera cinq volumes .
La troifiéme & derniere partie renfer
me l'abregé de l'hiftoire de tous les chevaliers
en particulier. Cette partie fera
ornée des portraits des chevaliers autant
qu'il fera poffible de les recouvrer . Les
auteurs invitent les hiftoriens & les feigneurs
de leur fournir des mémoires .
La foufcription propofée aujourd'hui
pour les deux premieres parties en 7 vol.
in-fol. , eft de trente deux louis d'or , dont
les deux tiers payables en foufcrivant , &
le dernier tiers en recevant le 4 volume.
Cette édition , imprimée fur le plus beau
papier & avec le plus grand foin , fera or
née de toutes les richeffes de la gravure
& de la typographie . La ſouſcription eſt
OCTOBRE . 1768. 109
ouverte depuis le premier Avril 1768
jufqu'au premier du même mois 1769 .
Comme l'ouvrage fera en françois & en '
latin , les foufcripteurs font priés de fe:
détertainer pour l'une ou l'autre langue .
Les noms des foufcripteurs formeront
une liste imprimée à la tête du Ir . volume.
On fouferit à Paris chez Mollini , libraire
, quai des Auguftins .
P. Virgilii Maronis opera , interpretatione
& notis illuftravit Carolus
Ruzus Juffu Chriftianiffimi Regis ad
ufum fereniffimi Delphini nova editio
accuratè recognita, 3 vol . in 12. Parif. ,
typis J. Barbou , viâ Mathurinenfium ,
1768 .
Ce Virgile fait partie des auteurs latins
commentés ad ufum Delphini , & il·
eft un des plus eftimés de cette belle collection
. Il a été réimprimé pluſieurs fois
dans toute l'Europe littéraire . C'est donc
un fervice eflentiel que BARBOU , libraire
, rend aux lettres que de l'avoir réimprimé
pour la commodité des colléges &
des jeunes gens. Cette nouvelle édition
eft en trois vol. in- 12 ; prix 7 liv . 10 fols
relié. Il y a , comme dans l'in 4°. , le texte '
avec l'interprétation en profe , & les no-
3
i
110 MERCURE DE FRANCE.
tes diftribuées & arrangées avec beaucoup
d'intelligence. On y trouve même , au
commencement, l'appendix de Jouvency,
pour l'intelligence des poëtes. On vend
auffi chez Barbou la belle édition in- 4° .
avec l'index vocabulorum à la fin..
Harangues d'Efchine & de Démofthenefur
la couronne , traduites du grec ; par M.
Auger prêtre , maître- ès- arts en l'univerfité
de Paris & profeffeur de rhétorique
au collège royal de Rouen. A
Paris , chez Brocas & Humblot , rue St
Jacques.
M.Tourreil & M. l'abbé Millot avoient
déjà traduit ces deux harangues fameufes
dans l'antiquité , & qui le font encore
parmi nous . Le nouveau traducteur , en
rendant juſtice au mérite de ceux qui l'ont
précédé , foutient que ni l'un ni l'autre
n'a faifi le vrai ftyle , ni revêtu le caractere
de Démofthene. Il croit s'en: être
pénétré davantage . Sa traduction eft nette
& fidéle , mais nous devons obferver
ici qu'il ne faut point fe flatter que
tous ces beaux monumens de l'antiquité
ne perdent pas beaucoup de leur mérite
en perdant leur couleur propre , & en s'éloignant
du lieu pour lequel ils étoient
faits. Les difcours d'Efchine & de Démof
OCTOBRE. 1768. 111
thene qui intéreffoient toute la Gréce ,
font aujourd'hui bien froids pour nous.
Ce genre d'éloquence judiciaire a cet inconvénient
qu'il ne peut attacher que ceux
qui poffédent la caufe qu'il faut décider.
Quand la caufe eft oubliée , les plaidoyers
font peu de chofe.
Le traducteur , dans une préface aſſez
due , compare à Démofthene le célébre
citoyen de Genêve ; ce philofophe ,
dit-il , fi éloquent , fi naturel, fi égal &fi
vrai dans fonftyle. Cette comparaifon ne
nous paroît point fondée , & ces éloges mé
ritent d'être fort reftreints . Nous croyons
M. Rouffeau fort fupérieur à Démofthene
, finon pour le génie ( dont il feroit
difficile de déterminer la mefure des deux
côtés , à moins d'être à la fois Athénien
& François ) du moins pour le gente d'ouvrages
qu'il a traités qui , ordinairement,
intéreffent l'humanité , la morale & la
raiſon , & remnent les paffions de l'ame.
Mais avec cette chaleur qui eft fa qualité
diſtinctive , il étoit égal & naturel , it
feroit le premier des écrivains . Très fouvent
il n'eft point naturel , très - fouvent
il n'eft point vrai , & jamais il n'eft égal.
On peut dire au contraire de lui qu'il eſt
tantôt au - deffus & tantôt au - deffous de
lui-même. Du refte M. Auger n'a rien
>
112 MERCURE DE FRANCE.
négligé pour l'inftruction des jeunes gens ,
en faveur defquels il dit lui - même qu'il a
principalement travaillé. Il donne un détail
très- clair & très- exact des événemens
dont la connoiffance eft néceffaire pour
l'intelligence des deux harangues qu'il
traduit. Ily joint une notice alphabétique
des lieux , des villes , royaumes , & c . dont
les deux orateurs font mention . Enfin il
a employé tous fes foins à faire un bon
livre claflique , & il paroît y avoir réuffi .
Remarques fur un livre intitulé : Obfervations
fur l'architecture , par M. l'abbé
Laugier ; par M. G *** , architecte ;
brochure in - 8°. de 84 pages. A Patis ,
chez de Hanfy le jeune , libraire , rue
St Jacques , près les Mathurins.
Ceux qui ont lu les Obfervations de M.
l'abbé Laugier , publiées en 1765 , ne doivent
pas manquer de fe procurer les remarques
qui paroiffent aujourd'hui fur ce
bou & utile ouvrage. On applaudira fou .
vent aux remarques de M. G *** , & on
fe convaincra foi-même
par
que l'archi
tecture est un art beaucoup plus difficile
qu'on ne penfe communément. La nature
offre aux fculpteurs des modèles déterminés
; les objets de leurs études font autour
OCTOBRE. 1768. 113
d'eux mais où l'architecte trouvera - t-il
les belles proportions qu'il recherche s'il
n'eft né avec le fentiment du beau? L'auteur
recommande avec raiſon aux éleves
d'architecture qui ont la noble ambition
d'étendre les bornes de leur art , de deffiner
la figure . Un architecte qui ne deffine
point la figure pourra bien compofer de
l'architecture réguliere & pure ; mais elle
fera toujours froide , & fouvent il placera
mal fes ornemens . Comme il fera obligé
d'avoir recours à la main d'un autre pour
les deffiner, & même pour les compofer,
fon projet n'aura plus cette unité qui fait
le grand mérite de toutes les productions
de l'efprit . C'eft l'étude du deffein de
figure qui apprend à connoître & à employer
de belles formes dans tant d'occafions
où la ligne droite ne produiroit qu'un
mauvais effer. C'est elle qui apprend à juger
des proportions avec l'ail & non avec
le compas , méthode très fautive pour
les chofes qui doivent être exécutées en
grand. En un mot le deffein de figure eft
lé germe du fublime en architecture .
Mofes and Bolingbrooke , a dialogue . Moyfe
& Bolingbroke , DIALOGUE ; PAR
SAMUEL PYE , in - 4°.
t
114 MERCURE DE FRANCE
»
Parmi les écrivains qui ont attaqué la
divinité des livres faints , il en eft peu qui
ayent la réputation du lord Bolingbrooke;
fes connoiffances profondes ne l'empêcherent
point de s'égarer ; M. Samuel Pye
s'eft propofé de répondre à fes objections ;
il a pris une route nouvelle pour y parvenir
, & il n'y en avoit pas de plus fûre &
de plus fatisfaifante ; ille met en conférence
avec l'écrivain facré. « Pour juger
qui des deux a raifon , dit- il dans fon
» introduction , il faut les entendre eux-
» mêmes ; les argumens & les réponſes
auront plus de force dans leur bouche ;
» on ne m'accufera pas d'avoir affoibli
» les unes pour fortifier les autres ; je ne
fuis ici que leur fecrétaire ; je com-
» mence par établir une efpéce d'égalité .
» entr'eux ; tous deux font morts , tous
deux ont laiflé des écrits dans lefquels
» on puifera leurs fentimens , leurs opi-
» nions ; ce fera les préfenter tous deux
» dans leur véritable caractere . » Telle
eft l'idée générale de ce dialogue ; Moyfe
parle pour lui - même , Bolingbroke n'a
pas befoin d'interpréte ; il a expliqué dans
différens endroits de fes ouvrages , fa
maniere de penfer. On lit dans fes cnvres
pofthumes : Zoroaftre , Zamolxis , Minos ,
Charondas , Numa & Pythagore ( il n'eft
"
ม
ןכ
OCTOBRE. 1768. 115
· ·
pas néceffaire d'en nommer davantage , &
je ne ferois pas un crimefij'ajoutois Moyfe
à cette lifte , ) feignirent des révelations.
qu'ils fçavoient être fauffes. Il demande
ailleurs de quels mémoires Moyfe s'eft fervi
pour écrire le livre de la Genéfe , ou du
moins le premier chapitre de ce livre dans
lequel il raconte la création avec des détails
fi circonftanciés. Une hiftoire , pour
être authentique , ajoute-t- il , doit avoir
été écrite par un auteur contemporain ou
fur des mémoires contemporains.
Telles font les prétendues difficultés dont
on donne la folution dans ce dialogue.
Moyfe ne fe borne pas à prouver qu'il
étoit infpiré lorfqu'il écrivit l'hiftoire de
la création , il fait voir que ce recit n'eft
ni puérile , ni abfurde , ni fans philofophie
, comme l'ont prétendu les efprits
forts ; il l'éclaircit encore , & releve les
erreurs & les critiques de fes commentateurs
. Nous cirerons un trait de ce dialo.
gue ; nous nous arrêterons au fameux
paffage de la création de la lumiere avant
le foleil , qui a donné lieu à tant d'argumens
& de plaifanteries déplacées . Le lord
Bolingbrooke, dans le cours de la difpute,
ne manque pas de comparer l'hiftoire de la
création avec le fyftême actuel & démon116
MERCURE DE FRANCE.
»
"
tré de l'Univers . C'eft un paffage du cinquieme
volume de fes oeuvres pofthumes
qui fert de fondement à l'argument fuivant
. C'eft Bolingbrooke qui parle : « On
dit , Moyfe, que vous étiez divinement
infpiré , & cependant vous ignoriez le
» vrai fyftême de l'Univers , comme tous
les peuples de votre temps ; pour af-
» foiblir cette objection , on nous dit que
» vous vous conformâtes aux opinions
groffieres de vos Hébreux ; que vous
» n'écriviez point pour les inftruire dans
» la philofophie naturelle , mais pour
imprimer fortement dans leurs ames la
" croyance d'un Dieu créateur de toutes
chofes . Etoit - il néceffaire pour cela
» ajoute - t- on , que vous leur expliquaffiez
le fyftême de Copernic ; non , fans
» doute ; mais il n'étoit pas néceffaire
» non plus que vous leur donnaffiez une
idée abfurde de la création de notre fyf
» tême phyfique , & j'ofe ajouter de notre
» fyftême moral ; il n'étoir pas nécellaire
» de leur dite , par exemple , que la lumiere
fut créée ; que la diftinction du
jour & de la nuit , du matin & du foir ,
fut faite avant le foleil , la lune & les
» étoiles , qui furent placés dans le firma-
» ment pour diftinguer le jour de la nuit,
»
:
"?
>
1
OCTOBRE. 1768. 117
و د
"
""
» & pour fervir de fignes pour les fai-
» fons , pour les jours & pour les jours & pour les années .
» Il n'étoit pas néceffaire de leur dire que
» notre fyftême moral fut détruit prefqu'auffi
- tôt qu'il eût été créé , par la
» rufe d'un ferpent , & par une pomme
qui fut mangée , contre l'intention &
» l'ordre du Créateur. En réponſe à cette
objection & à quelques autres , Moyfe
entre dans un détail curieux & travaillé
de la création du fyftême folaire , ce qui
lui fournit l'occafion d'expliquer le paffage
dont nous avons parlé au fujet de la
formation prétendue antérieure de la lumiere.
Il répete les expreffions de Bolingbrooke
, qui prétend qu'il étoit inutile
de le dire aux Hébreux . « Au contraire ,
Mylord , ma doctrine eft précisément
» celle -ci . Le foleil , la lune , les planet-
» tes , les cometes du fyftême furent créés
» avant la lumiere ; ce fut au commen-
» cement des temps , au commencement
» du premier jour , qu'ils fortirent avec
» la terre des mains du Créateur ; c'étoit
de pures maffes de matiere , un chaos
» fluide & diftinct , fans forme , fans
» mouvement , fans lumiere & fans cha-
» leur. Le premier acte de l'être fuprême,
» en formant ces corps , fut de leur com-
»
ر و
118 MERCURE DE FRANCÉ .
ود
23
1
muniquer un mouvement violent au
» tour de leurs axes. Le fecond , qui fur
» effectué dans le moment , fut la for-
» mation de la lumiere , quand Dieu dit :
» que la lumiere foit , & la lumiere fut :
c'eft ce paffage , Mylord , dont vous
avez vanté la grandeur & la fublimité;
il feroit bien étrange qu'il fût à la fois
» fublime & abfurde. Mais , je vous prie ,
Mylord , en quoi faites- vous confifter
la fublimité de ce paffage ? Ce n'eft pas
» affurément dans les expreflions , car il
n'y en a pas de plus fimples ; c'eft donc
dans le fens. Si j'avois dit aux Ifraëli-
» tes : Dieu dit que la lumiere foit , & la
» lumiere fut avant que le foleil , la lune
» & les étoiles fuffent créés ; au lieu de ,
» avant qu'ils fuffent placés dans le firma.
» ment , &c. La diction auroit été la mê-
» me , mais le fens très - abfurde . Lorfque
» le fens eft réellement fublime , la fimplicité
de l'expreffion y ajoute encore ;
» par exemple , s'il y avoit : Dieu dit que
"
33
la lumierefoit,& le corps immenfe dufoleil
» devint auffi tôt un globe defeu , & la lu
» miere fut. L'expreflion ne feroit qu'af-
» foiblir l'idée , & il n'en eft aucune qui
puiffe exprimer la majefté , la fublimi-
» té de celle- là . Moyfe ajoute que
»
» c'eft
OCTOBRE. 1768. 119
là le véritable fens de ce paffage dont on
a fi fort abufé ; il répond à toutes les objections
, & fatisfait ceux qui regardent
le foleil comme un globe de feu ; il rappelle
à ce fujet ces mots de Platon : Deus
ipfe folem quafi lumen accendit. Son explication
ne contentera pas moins les Cartéfiens
qui peuvent exifter encore . « Ainfi,
» Mylord , continue - t- il , Dieu prépara
la lumiere ou le foleil. En donnant en
» même temps aux planetes , un mouve-
» ment autour de leurs axes , il fépara la
» lumiere des ténebres , l'une fut appellée
'97
jour , les autres nuit , & le foir & le ma-
» tin firent le premier jour dans chaque
»planete. Trois jours fe fuccéderent fur
» notre terre avant que Dieu eût imprimé
-» 'aucun nouveau mouvement aux corps ,
mais le quatrieme jour de la création
» notre fyftême folaire ou planetaife fut
» fini. Il commença par un fpectacle trop
» grand , trop magnifique pour pouvoir
» être exprimé; il ne s'agit pas moins que
» du monde entier ou du fyftême de l'U .
nivers ! Dieu dit qu'ily ait des luminaires
dans le firmament pour séparer la
nuit d'avec le jour , & qui fervent de fignes
pour les faifons , les jours & les années
, & qu'ils foient pour luminaires
3
120 MERCURE DE FRANCE .
!
19
» dans le firmament afin d'éclairer la ten-
» re , ( & chaque planete) & cela fut ainfi.
733 Que la lumiere foit , & qu'il y ait des
» luminaires dans le firmament , & c. ren-
» ferment des idées auffi différentes que
les mots ténèbres & lumiere. Lorfque
» Dieu fit le premier commandement ,
les ténébres étoient répandues fur l'Univers
entier , & ne fe diffiperent que
lorfque le foleil devint à fon ordre un
globe de feu. Mais lorsque cet aftre eût
» été créé pendant le premier jour, que
» dans le fecond , Dieu eût fait le firma-
» ment ou les athmofpheres de chaque
"
"
"
corps du fyftême , & qu'il dit enfuite
» au quatrieme , qu'il y ait des luminai
» res , & c. le grand luminaire le foleil ,
» & les petits luminaires ou lunes dans
» le fyftême , furent alors placés dans
les différens firmamens ou athmofpheres
des planetes qui ont une ou
plufieurs lunes ; ils y feroient demeu-
» rés jufqu'à préfent , fans divifer le jour
» d'avec la nuit , fans marquer les faifons
» & les années , fi Dieu n'avoit en mê
me temps imprimé à la terre & à chaque
planete les mouvemens néceffaires
» pour produire ces effets. Si la divifion
» des temps , la différence des faifons , la
variété
OCTOBRE . 1768. 125
"
99
» variété des jours & des nuits fur cha-
» que planete dépendent abfolument du
» mouvement annuel de ces mêmes pla-
» netes dans leurs orbites refpectifs au
» tour d'un grand & même luminaire
» ( le foleil ) . Ce mouvement compofé &
» cet arrangement des luminaires font les
» effets d'un feul acte du pouvoir divin .
» Ils tiennent l'un à l'autre ; mon recit eſt
précis , mais il eft exact ; & vous con-
» viendrez , Mylord , qu'il mene naturellement
aux détails plus étendus dans
lefquels je viens d'entrer avec vous. »
Le lord Bolingbrook avoit dit : « on
pourroit regarder Moyfe comme un
» écrivain infpiré de Dieu- même , s'il
» avoit écrit non - feulement pour fon fié.
» cle , mais pour tous les fiécles à venir ,
pour le plus éclairé comme pour le plus
ignorant. Il faudroit , en ce cas , que
» fon hiftoire , en répondant aux deffeins
de l'éternelle fageffe , eût été propor
» tionnée à la groffiere ſtupidité des If-
» raëlites , auffi peu capables d'entendre
un fyftême de philofophie qu'aucun
autre, fans donner cependant , aux peuples
mieux inftruits , lieu de le croire
» auffi ignorant que le pouvoit être un
» écrivain qui n'étoit pas infpiré. » Moy-
Le rappelle ce paffage , le corrige & fe
II. Vol.
»
23
F
122 MERCURE DE FRANCE .
l'applique. Bolingbroke eft convaincu ;
il gémit des erreurs dans lefquelles il eft
tombé , & regrette l'emploi qu'il a fait
de fes talens. Il y a quelques longueurs ,
quelques repétitions dans ce dialogue ;
mais plufieurs font néceffaires ; celles qui
ne le font pas fervent à jetter plus de
clarté dans les raifonnemens . L'Auteur a
confervé le caractere d'impartialité qu'il
s'étoit impofé.
Offervazioni intorno alla maladia della
rabbia, &c. Obfervations fur la maladie
de la rage , & fur les différens remedes
dont on fe fert pour la guérir , à
Milan .
M. Antonio Arrigoni , Médecin , eſt
l'auteur de ce livre ; il rend compte de
ce qu'il a vu lui - même en donnant fes
foins à plufieurs perfonnes attaquées de
cette maladie. Le 21 Novembre 1765,
une louve enragée mordit treize perfonnes
. On en conduifit huit à l'hopital
les cinq autres parmi lefquels étoit une
femme le trouvant bleffés en plufieurs
endroits , & en très- grand danger , furent
confiés à un Chirurgien , M. Fornaini , qui
les guérit par le moyen des frictions mer
curielles. Un feul mourut dans le mois
d'Octobre de l'année fuivante , dix mois
après avoir été mordu . Une inflammation
OCTOBRE . 1768. 123
des poumons caufa fa mort qu'on ne
peut point attribuer à la rage dont il étoit
radicalement guéri . On rappelle dans
cet ouvrage différens exemples des bons
effers du mercure dans cette maladie
entre autres les cures que M. Bertrand ,
médecin de Marſeille fit avec ce reméde
en 1744 , & qui font rapportées par M.
de Sauvage. Il conclud que le mercure
eft le feul fpécifique contre ce mal terrible
, qu'il eft infaillible lorsqu'on l'adminiftre
à propos & avec les précautions
néceffaires.
Vite de pittori , fcultori, e architecti Genovefi
, di Raffaelle Soprani con note , e
continuazione , &c . Vies des peintres
fculpteurs & architectes Genois , par
Raphaël Soprani , avec des notes &
une fuite in- 40 . 1768.
Cet ouvrage de Raphaël Soprani parut
quelques années après fa mort ; il avoit
ramatlé pendant fa vie toutes les notices
qui y font contenues ; mais il n'avoit
pas eu le temps d'y mettre la derniere
main. Ses héritiers céderent à l'empreffement
du public qui defiroit cette production
; ils confierent le foin de la publier
à leur ami Cavanua qui n'étant pas en
état d'y faire des corrections , la fit inprimer
telle qu'elle étoit en y joignant
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
feulement un précis de la vie de l'auteur.
Cette édition peu nombreufe fut bientôt
épuifée. Ivon Gravier , Libraire François
établi à Gênes , s'étant propofé d'en donner
une pour laquelle il n'a rien voulu
épargner, s'eft adreflé au Pere Dominique
Baffignani, directeur des écoles pies , pour
mettre en ordre les matériaux informes de
Soprani , & pour en retoucher le ftyle .
C'eft cette édition que nous annonçons ;
elle eft augmentée de plufieurs morceaux
intéreffans. Le peintre Charle Jofeph Batti
lui a fourni un grand nombre de nottes
qui ne pouvoient être bien faites que
par un homme de l'art ; il à même raffemblé
des matériaux pour former un
fecond volume qui contiendra les vies
des artiftes Gênois morts depuis Soprani ,
Cette édition ne laiffe rien à défirer pour
l'exécution.
Inftituzione pratica dell' architectura civile
per la decorazione dei publici e privati
edifici , & c. Inftitution pratique de l'architecture
civile pour la décoration des
édifices publics & particuliers , précédée
de quelques détails de géométrie
pratique , à l'ufage des deffinateurs &
des artiftes ; par Paul Fréderic Biauchi,
Architecte Milanois . A Milan , 2 volumes
, in 4°. 1763 .
OCTOBRE . 1768. 125
Le but principal de cet ouvrage eft de
faciliter la théorie & la pratique de l'architecture.
Cet art entraîne des connoiffances
mathématiques avec l'étude appro.
fondie des monumens des anciens & des
regles ; M. Bianchi s'eft propofé de raffembler
tous ces objets dans les deux volumes
que nous annonçons. Le premier
contient les préceptes ; le fecond offre
cent foixante planches très-bien gravées,
plufieurs obfervations fur chacune de ces
planches , & le recueil d'une infinité d'autres
trés- intéreffantes & très - inftructives ,
répandues dans différens livres françois &
italiens , qu'il feroit difficile de fe procurer
& de lire , vu le prix & le nombre des
volumes. L'auteur , en parlant des édifices
quels qu'ils foient , s'attache principalement
àfaire remarquer la folidité, les graces
& la majefté qu'on doit leur donner.
Ses préceptes embraffent toujours ces trois
parties.
ACADÉMIE S.
LYON .
L'ACADÉMIE des fciences , belles- lettres
& arts de Lyon , propofe pour le prix de
physique , fondé par M. CHRISTIN , &
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
3
confiftant en une médaille d'or de la valeur
de 300 liv . , qui fera diftribué à la
fête de St Louis 1770 , le fujet fuivant :
Déterminer quelsfont les principes qui conftituent
la lymphe ; quel eft le véritable organe
qui la prépare ; fi les vaiffeaux qui la
portent dans toutes les parties du corps ,
font une continuation des dernieres divifions
des arteres fanguines , ou fi ce font des canaux
totalement différens & particuliers à
ce fluide ; enfin quel eftfon ufage dans l'économie
animale .
Toutes perfonnes pourront afpirer à ce
prix. Il n'y aura d'exception que pour les
membres de l'académie , tels que les académiciens
ordinaires & les vétérans . Les -
affociés réfidant hors de Lyon , auront la
liberté d'y concourir. Ceux qui enverront
des mémoires font priés de les écrire en
françois ou en latin , & d'une maniere lifible.
Ils adrefleront leurs ouvrages francs
de port à Lyon :
A M. de la Tourrette , confeiller à la
cour des monnoyes , fecrétaire perpétuel
pour lá claffe des fciences , rue Boiffac.
Ou à M. Bollioud Mermer , fecrétaire
perpétuel pour la claffe des belles - lettres ,
rue Duplat.
Ou chez Aimé de la Roche , libraireimprimeur
de l'académie , aux Halles de
la Grenette .
OCTOBRE. 1768 127
Les fçavans étrangers font avertis qu'il
ne fuffit pas d'acquitter le port de leurs
paquets jufqu'aux frontieres de la Frances
mais qu'ils doivent auffi commettre quelqu'un
pour affranchir ces paquets ,
ces paquets , depuis
la frontiere jufqu'à Lyon , fans quoi leurs
mémoires ne feroient point admis au concours.
Aucun ouvrage ne fera reçu après le
premier Avril 1770 .
j
La même académie demande auffi des res
cherches fur les caufes du vice cancéreux
qui conduisent à déterminer fa nature , fes
effets , & les meilleurs moyens de le combattre.
M. Pouteau le fils , chirurgien gradué,
de l'académie royale de chirurgie de Paris
, de celle de Rouen , & l'un des membres
de l'académie de Lyon , après s'être
occupé à traitet ce fujet dans des lettres
qu'il eft fur le point de publier, n'a pas
crû l'avoir épuifé , & pénétré de l'impor
tance dont il eft pour l'humanité , il a defiré
de le voir foumis à de nouvelles recherches.
En conféquence il s'eft engagé
vis à - vis de l'académie des fciences , belles
- lettres & arts de Lyon , à donner la
fomme de 600 1. à l'auteur qui aura compofé
fur ce fujet le meilleur ouvrage , au
jugement de la même acadéinie. Cette
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
compagnie a agréé l'engagement de M.
Pouteau, & s'empreffe d'annoncer ce nou .
veau prix pour l'année 1770 .
Obfervation. L'ancienne médecine pazoiffoit
avoir décidé que tout cancer
qu'on ne peut extirper , eft d'une nature
incurable. On a introduit depuis quelques
années l'ufage interne de quelques plantes
, jufques- là réputées vénéneufes . On
a effaïé de la belladonna ; la ciguë lui a
fuccédé , & l'Europe entiere en a conçu les
plus grandes efpérances . D'autres médica
mens inconnus ont obtenu des fuffrages ,
mais les fuccès des uns & des autres n'ont
pû réunir les efprits & décider la queftion .
Les auteurs qui voudront concourir doi.
vent donc s'attacher fpécialement à fixer
les bornes de la poffibilité phyfique de détruire
par des médicamens , tant internes
qu'externes , les caufes & les effets du vice
cancéreux , confidération faite de l'âge ,
du fèxe , du tempérament du fujet & des
divers degrés d'acrimonie dont ce virus eft
fufceptible. L'académie exige que les auteurs
qui auront des guérifons à rapporter,
entrent dans le détail de toutes les circonftances
, & que fans néanmoins fe faire
connoître , ils ne négligent rien pour donner
aux faits toute l'autenticité poffible.
Le fujet du prix de mathématique de
OCTOBRE . 1768. 129
la même académie pour l'année 1769 fera
de déterminer les moyens les plus convenables
de moudre les bleds néceffaires à lafubfiftance
de la ville de Lyon.
On ne rapportera pas ici le programę
tel qu'il fut publié l'année derniere . On
fe contentera de rappeller aux auteurs qui
veulent concourir que , quels que foient
les moyens qu'ils propofent , ils doivent
en faire une application précife à la fitua
tion de la ville de Lyon . Le prix est une
médaille d'or de 300 liv . à laquelle MM .
les prévôt des marchands & échevins de
cette ville fe font engagés de joindre une
pareille fomme de 300 liv. Les mémoires
ne feront pas reçus après le premier
Avril 1769.
L'académie avoit propofé pour le prix
des arts qui devoit être donné en 1765 ,
de trouver le moyen de durcir les cuirs ,
&c. Elle continua le même fujet pour la
préfente année 1768 , le prix étant double
; mais aucun des mémoires qui lui ont
été adreffés n'ayant rempli fes vues , elle
fe trouve dans le cas de réferver un prix
triple pour l'année 1771. Cette confidé
ration l'a engagé à délibérer , dès à préfent
, de ne fixer dans cette occafion aucun
fujet déterminé aux fçavans & aux at-
F v
130 MERCURE DE FRANCE .
tiftes qui voudront concourir ; elle a arrê
ré en conféquence de décerner en 1771 ,
le prix à celui qui , fous la forme des mémoires
qu'on adreffe aux académies , lui
aura communiqué la découverte la plus
utile dans les arts , en établiſſant que cette
découverte lui appartient , & n'eft pas antérieure
à la publication du préfent programe.
M. Jofeph Lubofmirski , prince Pololonois
, a été reçu affocié étranger , le 13
Septembre 1768 , en l'académie des fciences
, belles lettres & arts , établie en la
ville de Lyon.
·
La fociété royale d'agriculture de Lyon
propofe le prix d'une médaille d'or de 300
liv. au meilleur mémoire , concernant l'u
tilité réſultante actuellement de la libre exportation
des grains , à la forme autorifee
par l'édit du mois de Juillet 1764 , & fur
les inconvéniens ou les avantages ultérieurs
qui pourroient réfulter d'une exportation
indéfinie.
Ce prix , dont on eft redevable à la libéralité
de M. de Fletlelles , intendant de
la généralité , doit être adjugé par la fociété
dans le courant de Novembre 1769 ;
& le nom de l'auteur couronné fera proclamé
dans l'affemblée publique , qui fe
OCTOBRE. 1768. 13F
tiendra le premier vendredi du mois fuivant
les feules perfonnes ayant droit de
fuffrage pour l'adjudication du prix , font,
exclues de la liberté de concourir. Les mémoires
feront remis francs de port avant
le premier Août prochain à M. Noyel de
Belleroche , fecrétaire- perpétuel de la fociété
, rue neuve de la Charité à Lyon.
II.
Befançon.
L'académie des fciences , belles- lettres
& arts de Befançon , diftribuera le 24 Août
1769 , trois prix différens.
Le premier , fondé par feu M. le duc
de Tallard , eft deftiné pour l'éloquence ;
il confifte en une médaille d'or de la valeur
de 350 liv . Le fujet du difcours fera : Le
danger de cette fauffe maxime , L'ESPRIT
SUPPLÉE A TOUT. Le difcours doit être
d'environ une demi - heure de lecture .
Le fecond prix , également fondé par
M. le duc de Tallard , eft destiné à une dif
fertation littéraire ; il confifte en une médaille
d'or de la valeur de 250 liv . L'académie
continuera à le donner au meilleur
mémoirefur l'hiftoire d'une des villes ou abbayes
du comté de Bourgogne. Il fera de trois
quarts d'heure de lecture, fans y compren
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
dre les preuves. Les auteurs qui auront à
faire quelques digreffions de certaine
étendue , font invités à les renvoyer au
chapitre des preuves , & ceux qui citeront
des chartres non encore imprimées , ou
quelques monumens inconnus du moyen
âge , font priés de les tranfcrire & d'indiquer
le dépôt où ils fe trouvent, pour met
tre l'académie à portée de mieux apprécier
les preuves qui en réſulteront .
Le troifiéme prix , fondé par la ville de
Befauçon , eft deftiné pour les arts ; il confifte
en une médaille d'or de la valeur de
200 liv. L'académie propofe pour fujet
Lis embelliffemens dont la ville de Besançon
feroit fufceptible. Les ouvrages feront adreffés,
francs de port, à M. de Grandfontaine,
fecrétaire perpétuel de l'académie avant le
premier Mai 1769.
I I I.
Bordeaux.
L'académie de Bordeaux avoit , cetre
année , deux prix à diftribuer ; l'un double
, & l'autre fimple.
Pour fujet du premier qu'elle avoit réfervé
en 1766 fur la même queftion , elle
avoit redemandé que l'on établit le genre,
&que l'on développát les caracteres effenOCTOBRE.
1768. 133
tiels des maladies épidémiques qu'occafionne
ordinairement le defféchement des marais
dans les cantons qui les environnent; qu'on
indiquât les précautions néceffaires pour
prévenir ces maladies , & les moyens d'en
garantir les travailleurs ; & qu'on donnát
une méthode curative , fondée fur l'expérience
, que l'on pût mettre en pratique avec
fuccès.
Et pour fujet du fecond , elle avoit demandé
, Quelle eft la meilleure maniere d'analyfer
les eaux minérales ; &fi l'analyse
fuffit feulepour pouvoir en déterminer exactement
la vertu & les propriétés.
Ses defirs n'ont pas été mieux remplis
fur le premier de ces fujets , qu'ils ne l'avoient
été en 1766. Le mémoire qui , pour
lors , avoit particulierement fixé fon attention
, & dont elle avoit invité l'auteur
à perfectionner fon travail , ne lui a préfenté
, en reparoiffant fous fes yeux , aucun
nouveau motif qui pût déterminer
fes fuffrages ; & dans les autres piéces foumifes
à fon examen , elle n'a trouvé que
de fimples compilations qui , quoiqu'eftimables
à bien des égards , & ne pouvant.
être que le fruit d'un travail long & pénible
, ne lui ont paru rien ajouter à des
connoiffances déjà répandues , mais qui
Laiffent de nouvelles recherches à defirer.
134 MERCURE DE FRANCE.
Obligée encore une fois de réferver ce
prix , & néanmoins pénétrée de l'impor
tance & de l'utilité du fujet , elle n'a point
défefpéré que les auteurs qui peuvent
avoir déjà concouru, ne puffent enfin plus
parfaitement répondre à fes vues , ou que
d'autres en fe mettant auffi fur les rangs ,
ne puffent lui fournir quelque ouvrage
plus fatisfaifant ; & elle s'eft déterminée
àle repropofer dans les mêmes termes ,
pour l'année 1770 .
A l'égard de l'autre prix , elle s'eft trouvée
dans la néceffité de fufpendre , jufques
à l'année prochaine , fa déciſion fur les
piéces qui lui ont été envoyées. Elle a cru
ne devoir point négliger le fecours des
nouvelles recherches qu'elle efpére de
trouver dans des fupplémens qui lui ont
été annoncés .
Avec ce prix , cette compagnie aura
auffi , l'année prochaine , à diftribuer les
deux qu'elle annonça l'année derniere ; &
pour fujets defquels elle a demandé : pour
l'un , qui fera double , Quels font les
principes qui conftituent l'argile , & les dif
férens changemens qu'elle éprouve , & quels
feroient les moyens de la fertilifer ; & pour
l'autre , s'il n'y auroit point de moyens
phyfiques pour détruire les lichen & la mouf
fe des arbres , & pour les garantir des rayaOCTOBRE.
1768. 135
ges que leur caufe cette espéce de maladie ; &
quels font les meilleurs de ces moyens ?
Pour le prix courant de l'année 1770 ,
qu'elle aura à donner , outre celui qu'elle
a deftiné pour la même année , fur les maladies
épidémiques occafionnées par le def
féchement des marais , elle demande au
jourd'hui : Quelle eft la meilleure maniere
de mefurer fur mer la viteffe ou le fillage
des vaiffeaux , indépendamment des obfervations
aftronomiques , & de l'impulfion
ou de la force du vent ; & fi à défaut de
quelque méthode nouvelle & meilleure que
celle du lock ordinaire , il n'y auroitpoint
quelque moyen de perfectionner cet inftrument,
au point de pouvoir en faire ufage
lorfque la mer eft agitée , & d'empêcher la
ficele de s'alonger ou de fe raccourcir ,
moins fenfiblement ; & s'il ne feroit pas
poffible de mesurer par quelque inftrument
également fimple & peu coûteux , le temps
de trentefecondes , que dure ordinairement
l'obfervation , plus exactement que l'on ne
fait avec les fabliers dont on a coutume de
fe fervir.
du
L'académie , en propofant ce fujet , annonce
que les differtations qui ne contiendroient
même que quelqu'une de ces
corrections , ou autres dont on pût tirer
quelque avantage , & qui feroient fondées
136 MERCURE DE FRANCE.
l'on
fur de bonnes expériences , & que
pût faire a fément , feront également reçues
au concours .
L'académie n'admet au concours ni les
piéces qui fe trouvent fignées par leurs.
auteurs , ni celles qui font écrites en d'au
tres langues qu'en françois ou en latin .
Les paquets doivent être affranchis de port,
& adreffés avant le 1º Mai de l'année pour
laquelle cesfujetsfont propofés, à M. de Lamontaigne
fils , confeiller au parlement &
fecrétaire de l'académie ,fur les foffés de la
Vifitation.
I V.
Académies étrangeres.
L'académie royale des beaux arts de
Parme a couronné cette année , dans la
peinture , le tableau ayant pour devife :
Si quafata afpera rumpas. Une compofition
fimple & vraiment hiftorique , un
choix de draperies convenables au fujet
repréſenté , un deffein élégant , une perf
pective bien entendue dans les fonds de
chaque figure , un coloris brillant & vrai,
& une décoration fuffifamment riche
dans l'enſemble du tableau font le mérite
de cet ouvrage . On auroit cependant deles
extrêmités de chaque figure
fire
que
OCTOBRE. 1768. 137
euffent été mieux rendues & plus finies.
L'auteur de ce tableau eft M. J. B. Bagutti
, Luganois , demeurant à Rome , jadis
élève de cette académie & écolier de M.
Jofeph Baldrighi , académicien - profeffeur
& peintre royal.
Le deffein d'architecture , avec la devile
: Defuper afcende , novaque videbis ,
a été couronné par l'académie , & a eu
onze fuffrages en fa faveur. Ce deſſein
préfente d'abord une idée vafte & trèsétendue
dans fon plan. Une marche affez
fimple & commode , une diftribution raifonnée
pour fervir d'introduction à un
affez grand édifice , en font le principal
mérite. L'académie auroit cependant voulu
que l'arc qui fupporte le dernier repos
de l'efcalier propofé , n'eût point été foutenu
per des colonnes , mais qu'il eut été
pris dans le mur des rempants de cet efcalier
. Ce changement auroit donné une
forme plus fimple , plus mâle & plus folide
à cette partie de décoration , qui faic
les deux principales entrées de cet efcalier.
L'auteur eft M. Jean Ferrari , Parmefan
, premier maçon approuvé , élève
de M. le Chevalier Petitor , académicien
& architecte royal.
Les deffeins & les bas- reliefs de compoftion
, & les deffeins du nud , n'ont
138 MERCURE DE FRANCE.
mérité dans cette diftribution ,ni l'approbation
, ni le prix de l'académie.
L'année prochaine 1769 , elle diftribuera
les prix ordinaires , & elle propofe
pour la peinture , un tableau dans lequel
on verra la campagne qui borde les rives
du Scamandre ; le dieu du fleuve fe préfentera
à Achille fous une forme humaine
avec les attributs d'un dieu des fleuves
; il fera couroucé , & effaïera de réprimer
, par des menaces , la fureur d'Achille.
Ce héros fera repréfenté au moment
où , après avoir fait un horriblecarnage
des Troyens , il a fait choix de
dix jeunes prifonniers pour les facrifier
fur le tombeau de Patrocle . On verra les
eaux du Scamandre , forties de leur lit ,
environner Achille avec impétuofité pour
le fubmerger le héros fera repréfenté
dans une pofition intrépide & en action
de les repouffer , fans craindre les menaces
du fleuve , ni la fureur de fes eaux .
:
On pourra faire voir dans le lointain le
carnage qui vient d'être fait , & quelques
morts répandus fur l'une des rives : fur
l'autre , quelques uns des jeunes gens deftinés
pour victimes , couchés à terre les
main liées derriere le dos . Voy. P'Illiade
d'Homère au liv. 21 : Le tableau aura quatre
palmes romaines de hauteur & fix de
OCTOBRE. 1768. 139
largeur . Il fera peint par le travers , en
huile & non autrement .
On propofe à l'architecture les plans ,
les diftributions & les élévations d'un
magnifique repofoir pour le jour de la fête
du St Sacrement. Cette décoration doit
être d'ordre corynthien & exécuté en bois,
avec tous les reliefs , & elle doit fe pouvoir
facilement démonter & remettre pour
fervir chaque année dans le même lieu &
dans la même occafion .
Lors de l'éxécution de cet ouvrage , les
marbres , les métaux & les ornemens les
plus riches feront imités dans tous les
endroits où ils feront placés dans le deffein
, & les figures de fculpture pourront
s'exécuter en bois ou en carton .
L'académie exige que l'autel foit placé
entre deux grandes arcades pour le paffage
commode des caroffes & du public :
elle veut qu'on monte à cet autel par un
nombre convenable de gradins , afin que
le public puiffe jouir de tous côtés de la
vue d'une fi fainte & fi augufte cérémonie;
elle veut auffi que cette décoration ait des
tribunes & des orcheftres capables de contenir
une mufique nombreuſe.
Cette décoration n'aura qu'une façade
principale , devant être adoflée aux maifons
voisines . Sa longueur fera de 20 toifes
140 MERCURE DE FRANCE.
en tout. Il doit y avoir 11 toifes & demidu
milieu d'une arcade au milieu d'une
autre , & la largeur du vuide de l'arcade
fera , pour le moins de douze pieds par le
milieu , ou , ce qui eft la même chofe , de
deux toifes .
Pour l'inſtruction de ceux qui ne connoiflent
pas la longueur de la toife royale ,
on fait fçavoir qu'elle contient 6 pieds de
roi , & que 20 toifes de long valent 173
palmes pouces romains . Ceci fuffira pour
qu'on connoille & forme aifément l'échelle
de la toife , comme l'académie le defire .
Le prix de peinture & d'architecture ſera
une médaille d'or de cinq onces , qui portera
pour empreinte les noms auguftes du
fouverain & les emblêmes convenables à
chacun de ces arts. Les concurrens obferveront
exactement les conditions fuivantes
.
1°. Ils donneront avis de l'intention ,
où ils font de concourir , à M. l'abbé Frugoni
, fecrétaire perpétuel de l'académie
royale , qui les informera s'ils font admis
ou non.
20. Après l'admiffion ils fe préfenteront
aux académiciens députés dans les villes
étrangeres par l'académie , lefquels feront
indiqués par le fecrétaire lorfqu'il avertira
les concurrens de leur admiffion , pour les
OCTOBRE. 1768. 141
précautions qu'ils auront à prendre fur
leurs ouvrages ; & , dans les villes où il
n'y aura point de délégués , l'académie s'en
rapportera à la bonne foi & à l'honnêteté
defdits concurrens.
3º. Les tableaux & les deffeins d'architecture
s'enverront directement au fecrétaire
, dans le courant du mois de Mai ,
pour être jugés dans le mois de Juin ; &
ils feront exposés au public huit jours avant
& huit jours après la diftribution des prix .
4°. Chaque concurrent mettra à fon tableau
ou deffein , une fentence pour fa devife
, dont il fera part au feul fecrétaire ,
par une lettre qu'il lui écrira , de maniere
qu'en cas qu'il ait remporté le prix , ledit
fecrétaire puiffe , par la confrontation du
tableau & de la lettre , connoître l'auteur
couronné. Ceux qui fe feront connoître à
d'autres perfonnes qu'audit fecrétaire &
qui fe feront recommander , feront exclus
du concours .
5 °. Chacun , outre fon nom , informera
le fecrétaire , dans la lettre qu'il lui écride
fon pays & du maître fous lequel
il a étudié ; & aucun des concurrens ne
pourra s'exempter de cetre obligation .
ra ,
Les tableaux & les deffeins s'enverront
à Parme aux frais des concurrens . Ceux
de ces ouvrages qui n'auront pas obtenu
142
MERCURE
DE FRANCE
.
le prix , feront renvoyés aux dépens de
l'académie , qui gardera le tableau & le
deffein couronnés.
L'académie propofe pour le deffein &
le bas-reliefde compofition , la tente d'Achille
dans le camp des Grecs fous Troyes.
On verra cette tente enceinte & munie
tout autour d'une forte palilfade , laquelle
fera ouverte dans le milieu & préfentera
Achille avec deux guerriers fes amis
dans l'action de charger le corps d'Hector
, qu'il a tué , fur un char à quatre roues
pour le rendre au roi Priam , venu luimême
le redemander. Ce corps fera enveloppé
dans un voile ; & pour montrer
que cette action s'eft paffée la nuit , on
pourra ajouter une quatrième figure aux
trois fufdites , qui fera celle d'un efclave
tenant un flambeau allumé , pour répandre
la clarté au milieu des ombres de la nuit.
Les éleves concurrens , dont tous les
ouvrages ont été rejettés cette année , ' ne
doivent épargner ni peines , ni foins pour
réparer cette honte : l'académie efpére de
les trouver dignes de fes louanges & de fes
couronnes dans le prochain concours,
V.
Hambourg.
La fociété établie à Hambourg pour l'aOCTOB
R E. 1768. 143
vancement des arts & profeffions utiles ,
à proposé cette année un prix de cent ducats
pour quiconque découvrira la compofition
d'une véritable couleur verd - prépropre
à peindre des cotons , & qui nefoit pas
plus coûteufe que les autres couleurs ; un
femblable prix pour celui qui inventera
& produira la meilleure pompe à feu facile
à tranfporter dans des paffages étroits , &
dont les frais de conftruction & de manauvres
ne foient pas plus confidérables que
ceux des pompes ordinaires .
2
V I.
ECOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE
DE PARIS.
Le 20 Septembre 1768 , les éleves de
l'école royale vétérinaire de Paris ſe diftinguerent
de nouveau dans un concours
que
M. Bertin , miniftre & fecrétaire d'état
, honnora de fa préfence ; il y préſida .
L'affemblée fut très nombreufe , & compofée
de beaucoup de perfonnes de diftinction
.
Les parties principales du cheval confidérées
extérieurement furent les objets
que les éleves envifagerent de maniere à
ne laiffer rien à defirer à cet égard. Ceux
144 MERCURE DE FRANCE .
:
qui furent admis à ce concours font : les
Sieurs Flandrin , de Lyon , entretenu par
le Roi ; Simon , d'Hirfinghen en Alface ,
entretenu par la province ; Thiébaud , de
Bourgogne , entretenu par les états ; Becquemie
& Gervi , du Bourbonnois , entretenus
par la province ; Perret, du Mans,
entretenu par M. le comte de la Suze ;
Tilleul , de Normandie , entretenu par
Mgr le prince de Monaco ; Genfon , de
Verſailles , entretenu par l'école royale
militaire ; Maillard , Lamaniere & Gar→
nier, de Picardie , entretenus par la provin
ce ; Cambray , de Valenciennes , entretenu
par la ville ; la Cueille , du Périgord, entretenu
par M. l'abbé Bertin , confeiller
d'état ; Bravi , de Montargis , entretenu
par la province d'Orléans ; Gengon , de
Bretagne , entretenu par M. Poulletier de
Périgni ; Plantier , du régiment dragons
de la Légion de Hainault , entretenu par
M. le comte de Vioménil ; Thorel , du
régiment des carabiniers , entretenu par
M. le marquis de Poyanne ; Godin , maréchal
des- logis du régiment dragons
d'Autichamps , entretenu par M. le marquis
d'Autichamps.
Le St Chanut qui , de tous les chefs de
brigade de l'école , eft celui qui a mis le
plus
OCTOBRE. 1768. 145
plus d'éleves en état de fatisfaire le Public
prononça le difcours fuivant :
Monfeigneur & Meffieurs ,
» Se perfuader que l'habitude des ob
» jets fuffit pour en faifir les différentes
» faces , & pour en démêler toutes les
» circonftances & tous les points , c'eſt
» fe livrer à une erreur fans doute féduifante
; puifque , d'une
part , elle peut
» Alatter & fervir l'amour propre, & que,
de l'autre , elle femble difpenfer des
» veilles & des efforts inféparables de
toute étude approfondie.
">
ود
» On a beaucoup vû , on a vû longtems
& l'on voit chaque jour ; voila
» les fondemens fur lefquels le plus grand
nombre étaye fon favoir & fes lumie-
» res ; cependant que peuvent les yeux
feuls & dénués de tout fecours ? Mais
on fe départ mal aifément d'une forte
» de réputation quelque peu méritée
qu'elle foit ; on croit qu'il feroit humi-
» liant de convenir en public de ce que
» l'on eft dans une infinité d'ocafions forcé
de s'avouer en fecret , & rien n'eft
» plus difficile que cet aveu , parce que.
» rien n'eft plus rare que l'amour du vrai,
» fupérieur à l'amour de foi-même.
II. Vol. G
1
C
93
146 MERCURE DE FRANCE,
» Cette réflexion ne découvriroit- elle
pas la fource des obftacles , qui ont re-
» tardé les progrès de notre art , & ne
» donneroit elle pas lieu de préfumer ,
pourquoi la connoiffance extérieure du
» cheval fi familiere , fi générale en ap-
" parence , & néanmoins encore purement
nominale , fur tout pour la mul-
» titude qui fe vante de la pofféder , eft de-
» meurée au même point où les fiécles
précédens l'ont laiflée ?
"
»
» On ne doit pas s'y tromper MM. ,
» une confiance aveugle qui met la mé-
» diocritéau niveau & même au deffus des
» vrais talens , étouffe le plus fouvent
ceux- ci ; car on n'a pas toujours le courage
de faire le bien pour le bien feul ,
» & lorfqu'on fe voit moins avancé dans
» l'opinion des hommes que ceux dont
» le nom s'eft établi fur la crédulité , il
» n'arrive que trop fréquemment que le
dégoût prend la place du zéle.
» Celui qui nous anime ne fe rallenti-
» ra jamais ; vous nous l'infpirez , Mgr ;
» vous avez daigné le foutenir , M. M. ,
» par vos fuffrages : & les reffources infi-
» nies que nous offre chaque jour cette
école , nous fauvent de tout découravgement
, & nous portent à aimer même
OCTOBR E.
1768. 147
ce qui coute le plus à apprendre & à
» favoir.
10
» Des
démonftrations
raifonnées nous
» rendent en effet aifées les vérités les
plus difficiles ; elles nous éclairent fur
» celles qui font les plus obfcures ; elles
tirent du néant à nos yeux la plupart de
» celles qui font encore
inconnues , & les
impreffions que reçoivent ici nos fens
»
conftamment
accompagnées de l'évi-
» dence des principes , fe lient néceſſai-
» rement dans l'efprit de chacun de nous,
» & ne peuvent être que fures & durables.
"
"
» Nous vous devons ,
Monfeigneur ,
» tous ces avantages : Ils nous devien-
» nent auffi toujours plus
précieux , par
l'efpérance qu'ils nous donnent de remplir
un jour l'objet que vous vous êtes
propofé dans un
établiſſement , dont la
» création vous étoit refervée ; en con-
» facrant les fruits de nos travaux à l'u- ;
tilité publique , nous les
confacrerons à
» votre gloire
و د
" .
Parmi les dix- huit éleves qui concou
rurent ,
Les fieurs Flandrin , Simon , Godin ,
Perret ,
Thiébaud & Tilleul furent jugés
également dignes d'obtenir le prix . Le
fort
l'accorda au fieur Perret qui cut
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
l'honneur de le recevoir de la main du Miniftre.
Les fieurs Becquemie , Cambray ,
Genſon , Gervi & la Cueille obtinrent
l'acceffit. Les applaudiffemens que les autres
reçurent ne peuvent qu'exciter leur
émulation & leur zéle.
VII.
Académie d'Ecriture.
Le 25 Août dernier , fête de St Louis ,
l'académie royale d'écriture , a tenu une
féance publique. Après la diftribution des
médailles à M. Poiret ancien directeur
& à Mrs Thiré , Pollard & Paillaffon ,
anciens profeffeurs , M. Goulin , profeffeur
actuel , a lu un diſcours fur l'arithmétique
& les mathématiques . M. Collier
auffi profeffeur actuel en a lu un fur
la grammaire françoife, & M. Blin , fecrétaire
termina la féance par la lecture du
remerciment de M. Dubourg , ancien
fyndic des maîtres écrivains-vérificateurs
de la ville de Bayonne , & agréé par l'Académie
, en qualité d'amateur.
OCTOBRE. 1768. 149
SPECTACLES.
OPERA.
Il y a eu quelques débuts , & quelques
eflais dans les dernieres repréfentations
de l'opera d'ALCIMADURE . On a fur- tout
fait attention à Mlle Floquet , jeune actri
ce qui a exécuté plufieurs fois le role
d'Ifaure dans le prologue. Elle a une voix
agréable & fonore , que l'habitude du
chant peut encore fortifier & perfectionner
: elle acquerra auſſi du jeu , loríque
la timidité ne mettra point de contrainte
dans toute fon action. Elle articule trèsbien
, & fait du moins entendre les
paroles
qu'elle chante ; mérite rare & qui doit
être remarqué. On fe plaint avec raifon
que les plus celèbres cantatrices négligent
cette partie. Toutes occupées de la
mufique elles prononcent à peine les
mots; elles font de leur voix un inftrument
qui ne rend que des fons. Ce qui ôre à l'auditeur
le plaifir de fuivre l'action , & de
comparer lefensdupoëme avec l'expreffion
du chant. On affifte en quelque forte à une
mufique fans Parole , comme à l'opéra de
Caracalla dans la comédie de la nouveauté.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
.
L'académie royale de mufique a dortné
le mardi 4 Octobre , la premiere repréfentation
de la repriſe de la Reine de
Golconde , ballet en 3 actes dont les paroles
font de M. Sedaine , & la mufique
de M. Moncini . Nous ne reviendrons
point fur le mérite de cet opéra , qui a
été jugé , & loué dans fon origine . On
a fait quelques légers changemens à
cette reprife. Les ballets en font charmans.
On s'amufe , & on applaudie
beaucoup au pas fi pantomime , fi naïf
fi Pittorefque de Mademoiſelle Allard &
du fleur d'Auberval. Ces deux danfeurs
out introduit fur le théâtre la danfe dramatique.
Ils font acteurs , ils jouent , ils
expriment par leurs pas & par leurs geftes
les différentes affections de l'ame ; ils
parlent aux yeux , ils ont cette véritable
éloquence du corps , qui fait tant d'impreffion
fur nos fens & fur notre coeur !
Cet art étudié , exercé , pratiqué , nous
donneroit les fpectacles pantomimes
dont les Romains étoient enchantés . C'eft
un genre dont le fieur d'Auberval & la
Dile,Allard auront été les fondateurs &
les plus excellens modèles.
640
OCTOBRE . 1768. 151
( COMÉDIE FRANÇOISE.
LESES
I.
Es gens de lettres & les amateurs du
théâtre , ont fu bon gré aux comédiens
françois,d'avoir remis, ces deux mois derniers
, un grand nombre de piéces de Mo
liere , & de les avoir jouées les grands
jours. Le public a fait voir par fes applaudiffemens
qu'on ne fe laffe point des
chef- d'oeuvres , & a rendu un jufte hommage
à ce grand écrivain , l'un des auteurs
les plus originaux du fiécle dernier
qui n'a rien dû aux anciens , & à qui nous
devons la gloire de les avoir furpaffés.
Le 14 Septembre on donna la premiere
repréfentation de Laurette , comédie
en deux actes & en vers. Comme elle
n'eft point imprimée , nous rendrons
compte en peu de mots de la fenfation
qu'elle a paru faire.
Le fujet eft tiré , comme l'on fait ,
d'un des meilleurs contes de M. Marmontel
, qui femblent êrre devenus le fupplément
de l'imagination de nos anteurs
dramatiques. Le jeune Comte de Luzi a
quitté Madame de Clancé pour Laurette,
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
fille de Bafile , honnête laboureur. Il a
fait remettre à ce Bafile des préfens confidérables
.
Le bon homme vient l'en remercier ,
& lui apprend qu'il a eu l'honneur de fervir
en qualité d'officier & qu'il a été réformé.
Il a perdu une époufe chérie . Laurette
eft le feul bien qui lui refte , & fait
la confolation de fes derniers jours . Tous
ces détails attendriffans font fort peu d'ef
fet fur le jeune Luzi . Il conçoit le projet
d'enlever à ce vieillard fon unique bien
fa Laurette. Il difcute très froidement &
très- légérement ce qui en peut arriver ,
le défeſpoir du pere , le déshonneur de la
fille , & c. tous deux pleureront , tous deux
fe confoleront. C'eſt ainfi qu'il raiſonne ,
& dès- ce moment il eft vil & odieux.
Laurette lui a donné un rendez - vous. II
fait tout ce qu'il peut pour l'engager à le
fuivre. Ses refus le mettent au défefpoir ,
& ce défefpoir devient fi effrayant , que
Laurette s'évanouit . Il appelle fon valet ,
quoiqu'il pût fort bien la fecourir luimême
, & ce valet lui confeille de profiter
de cet inftant. Il exécute lui- même
fon confeil , & charge Laurette fur fes
épaules. Affurément il eft difficile d'imaginer
rien de moins théatral & de moins
intéreffant.
OCTOBRE . 1768. 153
>
La fcène eft à Paris au fecond acte.
Laurette gémit , mais elle fe confole
lorfqu'elle apprend qu'on a écrit à ſon
pere & qu'il doit venir. Il vient en effet ;
mais c'eft le feigneur de fon village , qui
lui en a fourni les moyens , & qui l'a
mis fur la voie des raviffeurs . Nous paffons
une fcène de toilette , priſe de Ninette
à la cour & une autre fcène de
couturiere qui vient prendre la meſure
de Laurette , une femme de chambre qui
chante une ariette , &c . le public n'a rien
voulu entendre de ces fcènes poftiches ,
qui fembloient faites exprès pour arrêter
Faction & étouffer l'intérêt . La fcène du
pere avec Laurette & Luzi eft la scène
principale de l'ouvrage . Deux mouvemens
qui appartiennent à l'auteur du conte
, ont été applaudis ; mais ils font gâtés
par les longues déclamations de Bafile ,
qui ne dit prefque rien de naturel , &
fur-tout par la joie indécente qu'il faic
éclater , lorfque Luzi lui propofe d'époufer
fa fille. Ce n'eft pas ainfi que l'on conferve
la dignité d'un pere outragé , &
l'auteur du conte étoit en ce point un excellent
modele pour l'auteur de la piece.
Le rôle de Laurette n'eft pas mieux fait
que le refte. Son ignorance eft exceffive
& invraifemblable ; il ne lui vient ja
Gr
154 MERCURE DE FRANCE.
mais en tête une feule réponſe aux féductions
de Luzi , qui ne font pourtant pas
fines. En général il regne dans cet ouvrage
une inexpérience abfolue du théâtre &
du coeur humain . Ce qui a eu le plus de
fuccès dans cette repréfentation , c'eſt une
Allemande danfée par Melle Luzi avec
autant de grace que de légèreté.
I I.
Les veuves Créoles , comédie en trois actes
& en profe , chez Merlin , rue de la
Harpe .
Il y a du naturel & de la facilité dans
cet ouvrage , où l'on peint les moeurs &
les ridicules de nos colonies : l'auteur
pourroit réuffir dans le comique , s'il
veut appliquer à nos propres moeurs , &
à un fujet plus intéreffant l'efprit d'obſervation
& de fineffe qui paroît le caracté
rifer .
ARTS.
GRAVURES.
I.
ON diftribue actuellement les douze
premieres eftampes allégoriques , des
principaux événemens des regnes de nos
OCTOBRE . 1768. IS
S
Rois , gravées par M. Prévot , d'après les
deffeins de M. Cochin . Cette fuite eft
principalement faite pour orner la nouvelle
édition de l'abregé chronologique
de l'hiftoire de France in - 4°. , par M. le
Préfident Henault . Elle peut auffi être recueillie
à part , & retracer aux yeux leš
principaux événemens de l'hiftoire , par
une allégorie facile & très - intelligible .
On y a joint les principaux traits hiftoriques
qui en donnent l'explication . Nous
ne releverons pas le mérite de l'exécution :
les noms des Auteurs fuffifent pour y
donner toute confiance. Cette fuite fe
trouve chez M. Cochin , garde des deffeins
du cabinet du Roi , aux galeries du
Louvre , & chez M. Prévot , graveur ,
rue S. Thomas , Porte S. Jacques .
..
I I.
Portrait du Roi gravé , & imprimé en
couleur , & c. imitant le tableau . Cette
gravure repréfente très-bien la peinture.
C'est le chef- d'oeuvre de cet art nouveau ,
d'être parvenu au point de multiplier le
portrait de Louis bien-aimé , & d'avoir
fçû rendre fi parfaitement les traits de
reffemblance avec les nuances & le coloris
, propres à la chair & aux étoffes . Cet
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
te eftampe , ou plutôt ce tableau fe trou
ve chez le fieur Gautier fils aîné , place
du Quai de l'Ecole ; chez le fieur de la
Voipiere , marchand papetier , rue du
Roulé , & le fieur Tremblin , marchand de
tableaux , pont Notre Dame. Le prix eft
de 24 livres monté fur chaffis .
Le fieur Gautier , fils ainé, a entrepris
de graver dans le même genre des tableaux
d'hiftoire , & des payfages d'après
les meilleurs maîtres de l'académie .
III.
La gravure nous a procuré plufieurs
portraits de François I , Roi de France :
mais il n'y en a peut-être pas de plus intéreffant
pour les amateurs & les gens de
fettres , que celui qui vient de fortir du
burin de M. Chenu . Ce portrait a été gravé
d'après une miniature de Nicolo dell
Abbate , éleve du Primatice . L'eftampe
de la grandeur du tableau porte neuf pouces
de haut fur fix de large. Elle a été préfentée
à Sa Majefté & à la famille royale.
On la trouve chez l'auteur , rue de la Harpe
vis-à- vis le café de Condé.
La compofition de ce portrait qui eft
orné de différens emblêmes eft des plus
ingénieufe. Nicolo a cherché à exprimer
dans une feule & même figure , les prinOCTOBRE.
1768. 197
cipales vertus & les principaux traits du
Monarque François ; ce qui ne pouvoit
s'exécuter qu'avec le fecours de l'allégorie
. Ce Prince eft repréfenté de bout , &
ayant la tête couverte du cafque de Mi
nerve . Il tient de la main droite l'épée
de Mars , & de la gauche le caducée de
Mercure. On voit fur fa poitrine l'égide
de Minerve , & fur fon épaule gauche le
carquois de Diane . Son habillement , tel
que celui de cette Déeffe de la chaffe, eft
négligemment agrafé fur l'épaule par un
mufle de lion & retrouffé fur la hanche
par une ceinture .Une draperie légere tombe
en franges fur fes jambes , chauffées de
brodequins , auxquels font attachées les
taloniéres de Mercure. On lit au bas de
ce portrait ces vers de Ronfard qui expliquent
affez bien la penfée du peintre
par
es
FRANÇOIS en guerre eft un Mars furieux ,
En paix Minerve , & Diane à la chafle
A bien parler , Mercure copieux 5
A bien aimer , vrai amour plein de grace.
O France heureufe , honore donc la face
De ton grand Roi , qui furpaffe nature :
Car l'honorant , tu fers en même place
Minerve , Mars , Diane , Amour , Mercure.
La gravure de ce morceau curieux faite
L
158 MERCURE DE FRANCE.
d'après une miniature , eft elle- même
une miniature . M. Chenu a cherché à
rendre par un travail fini & foigné , le
caractere de l'original qu'il copioit , &
on peut affurer qu'il y a réuffi . Cet original
eft aujourd'hui dans le cabinet des
eftampes de la bibliotheque royale . Il
avoit auparavant apartenu àM.le comte de
Caylus , qui demanda que ce tableau précieux
fut placé dans l'endroit qu'il occupe
aujourd'hui . Un Monarque qui fut le refftaurateur
des lettres & leur protecteur
méritoit bien que l'on vit fon portrait
dans le temple des Mufes. Auffi le comte
de Caylus , dans une de ces faillies que
lui fuggéroit fouvent fon vifamour pour
les lettres , dir un jour en voyant ce portrait
en place ce portrait a auffi bonne
grace à la tête de ce riche cabinet , qu'avoit
François I lui même à la journée de Marignan,
3
~
IV .
M. Moitte , graveur du Roi , fidele
à répondre à l'empreffement des amateurs,
vient de publier le troifieme cahier faifant
la fuite des habillemens , fuivant le
།།
coftume d'Italie , d'après les deffeins originaux
de M. Greuze . Cette fuite qui ,
ainfi que les précédentes, eft compofée de
OCTOBRE . 1768. 159
fix eftampes , nous offre une Florentine
coëffée en papillon , & tenant une chauffrette
, la bourgeoife Florentine avec une
petite coëffe , la Florentine habillée à la
dragone , une femme du peuple des envitons
de Pife , la payfanne des environs
de Lucques avec l'anneau d'accordée , &
une femme du peuple Napolitaine . Ces
fuites d'eftampes occupent agréablement
l'amateur par la variété des figures , les
graces du deffein , la richeffe des fonds.
Elles lui font faire en quelque forte connoiffance
avec les nations étrangeres , &
l'inftruifent de plufieurs de leurs ufages.
Il apprendra , par exemple , que c'eft la
coutume parmi les Lucquois , que le futur
donne à fa prétendue un anneau entouré
de piquans , fymbole affez agréable
& qui nous indique qu'une belle, ainfi
que la rofe , doit être armée d'épines
pour repouffer la témérité des amans .
moux , fe
V..
Les amateurs qui font l'oeuvre de Gri
procureront une nouvelle eftampe
que M. Bradel vient de publier
d'après ce peintre de l'école Françoife,
Certe eftampe qui a dix pouces de haut
fur huit de large , repréfente un jeune
homme qui joue du galoubet avec accom
160 MERCURE DE FRANCE .
pagnement du tambourin de Provence.
On y reconnoît le goût pittorefque de
Grimoux , pour coëffer & habiller fes portraits
; car il paroît que la nouvelle eftampe
en eft un. Elle fe diftribue chez
M. Bradel , graveur , rue S. Jacques dans
la maifon-neuve des Dames de la Vifitation
.
GÉOGRAPHIE.
Le Sr le Rouge , ingénieur -Géographe
du Roi , à la croix d'or, quai St Bernard ,
vient de publier l'ifle de Corfe, levée fous
les ordres de feu M. le maréchal de Maillebois
, en trois feuilles à un pouce pour
lieue ; prix 3 liv . en blanc & 6 liv. lavées.
Le plan de Warfovie , par Ricaud , vérifié
par le Starofte Schmidt , en une feuille
& demie ; prix 3 liv. en blanc & 6 liv .
lavé .
Le Comtat d'Avignon , en une carte ;
prix une liv.; Et les maufolées érigés pour
les obféques de la Reine ; prix z liv .
Ces cartes , intéreffantes dans les circonftances
actuelles , fe trouvent chez
l'auteur & chez Lacombe , libraire , rue
Christine près la rue Dauphine.
OCTOB R E. 1768. 161
MUSIQUE.
DEUX concerto à violon principal
premier & fecond deffus alto & baffo
flutes ou hautbois , & deux cors ad libitum
, dédiés à M. de Fontenet , fecrétaire
des commandemens & du cabinet de S.
A. S. le duc regnant des Deux - Ponts ;
compofés par M. J. Franzl , premier violon
de S. A. S. Mgr l'électeur Palatin
oeuvre premiere ; prix 7 liv. 4 f. A Paris,
chez Bailleux , rue St Honoré , à la regle
d'or.
La mufique des concerto répond parfaitement
au goût que ce Virtuofe met
dans l'exécution. Ils plairont aux amateurs
par un chant agréable , & aux muficiens
, par une compofition fçavante &
pleine d'effets.
EST- CE
QUESTION.
I.
ST- CE un moyen de rendre les hommes
meilleurs que de leur reprocher fans ceffe
leurs défauts ?
162 MERCURE DE FRANCE.
Nous avons demandé dans le Mercure
d'Août , fi l'inftitution des caftes ou tribus
établies dans l'Orient eft politiquement bon-
& s'il feroit avantageux dans tous les
états defixer ainfi chaque citoyen à la condition
de fes peres.
La réponſe , inférée dans le mois de
Septembre , a démontré tous les dangers,
les torts & les inconvéniens d'une pa
reille inftitution .
On a fait dans plufieurs écrits la même
demande par rapport aux corporations
d'arts & métiers. On trouve une réponſe
déciſive à cette queſtion importante dans
CHINKI , hiftoire cochinchinoife qui peut
Servir à
d'autres pay
Londres , 1768 .
Ce n'est
pas d'aujourd'hui
qu'on a reconnu
les abus de ces corporations
&
qu'on s'eft plaint des entraves qu'elles
donnoient
à l'induftrie
: ils n'ont pas
échappé à l'auteur de l'Effai fur le commerce
& les finances ( M. Melon ) & depuis
il a paru fur le même objet d'excel- lens traités , entr'autres
celui intitulé :
Confidérations
fur les compagnies
, fociétés
& matrifes
. Mais ces ouvrages purement
fpéculatifs
& de raifonnement
ne font lûs
OCTOBRE. 1768. 163
que par peu de perfonnes , & le plus
grand nombre , en entendant fe récrier
contre les jurandes , ne foupçonnoit pas
même ce qui y donnoit lieu. L'auteur de
Chinki , par la maniere dont il a fçu encadrer
dans cette petite brochure un détail
de leurs abus & des abfurdités de leurs réglemens
, a mis tout le monde à portée
de les connoître & de juger du préjudice
qu'ils portent à l'induſtrie.
Il fuppofe que Chinki vivoit en Cochinchine
dans la province .de Bulocambi
, où les terres étoient divifées en une
infinité de petits colons , & où il trouvoit
dans la culture du riz , du mahis , &c. le
néceffaire & l'aifance pour lui, pour deux
femmes qui partageoient fes travaux &
fa tendreffe , & pour douze enfans qu'elles
lui avoient donnés en fix ans de mariage.
L'augmentation du tribut occafionnée par
les befoins de l'état , fa converfion en
argent au lieu du payement qui s'en fai
foit précédemment en nature , l'agran
diffement des propriétés des feigneurs
territoriaux , & leurs vexations vinrent
troubler la profpérité de Chinki & le
forcerent à fe retrancher , & à ſa famille
qui fe trouvoit augmentée dans l'intervalle
de douze autres enfans , toute ai
164 MERCURE DE FRANCE:
fance, & mêmeà prendre fur le néceſſaire .
Convaincu que la terre ne fuffifoit plus à
la fubfiftance & au bonheur de ceux qui
la cultivent , il tourna les yeux fur les arts
pour y placer fes enfans & leur fournir
les moyens de vivre ; ayant ouï dire qu'ils
fleuriffoient dans la capitale , il s'y rendit
avec Naru le plus âgé de fes fils qui avoit
douze ans , & Dinka ſa fille aînée qui en
avoit quatorze.
L'auteur , dans cette premiere partie ,
s'annonce comme un bon citoyen &
ami de l'humanité , & c'eſt une juſtice
qu'on ne peut s'empêcher de rendre à la
droiture de fes vues ; mais il paroît en
même temps qu'il les a puifées dans l'Eu
topie ou la république de Platon , ou , ce
qui eft la même chofe , dans les fonges
de quelques- uns des oeconomistes moderdes
, plûtôt que dans les principes d'une
adminiftrarion poffible ; le partage égal
des terres entre de petits colons pouvoit
convenir à Rome dans fon berceau , mais
eft une chimère dans un grand état. L'im
pôt en nature effayé & trouvé impratica
ble par mille inconvéniens , le feroit par
la raifon feule de l'incertitude & des variations
de fon produit qui ne permet-
T
OCTOBRE. 1768. 165
troient pas d'arrêter aucun plan fixe de
dépenfes , & qu'il n'en eft pas d'un état
comme d'un particulier , celui - ci pouvant
, en cas d'avarie , regler fa dépense
fur fon revenu , & l'état au contraire devant
regler fon revenu fur les dépenfes
néceffaires à fa confervation , d'où il réfulte
que ce revenu doit être certain ;
admettre , comme fait l'auteur & avec
fondement , malgré les raifonnemens métaphyfiques
qu'on y oppofe , les impofitions
fur les confommations qui ne font
pas de premiere néceffité & blâmer celle
fur le tabac , &c. blâmer les bureaux indifpenfables
pour affurer la perception de
çes impofitions , c'eft une contradiction à
laquelle fans doute il n'a pas fait attention
: il n'a pas fait attention non plus
que la liberté de la chaffe néceffaire à un
peuple fauvage , dont elle fait un des
principaux moyens de ſubſiſtance , convertiroit
, chez un peuple policé , le laboureur
& l'artiſan en braconnier , & l'arracheroit
au travail, Que les fiefs & les
feigneuries tiennent à notre conftitution;
que
les loix du fouverain affurent la liberté
& les propriétés des vaffaux contre
l'oppreffion des feigneurs particuliers,
& que , loin que leur féjour dans leurs
terres entraîne des inconvéniens , c'en eft
166 MERCURE DE FRANCE.
un qu'ils n'y réfident pas habituellement
ou plus fréquemment , & qu'ils n'y confomment
pas leur revenu .
9
Quoi qu'il en foit , Chinki arrivé dans
la capitale , s'empreffe de remplir l'objet
de fon voyage . Il préfente fon fils Naru
pour être apprentif dans les différens métiers
, tailleurs , boulangers , pâtiffiers ,
cordonniers , bonnetiers , vinaigriers , vitriers
, ménuifiers , ferruriers , & c. Partout
des obftacles & de l'impoffibilité.
Les uns lui oppofent que , felon leur réglement
, fon fils eft étranger , parce qu'il
n'eft pas né dans la ville , & qu'il payera
des droits triples ; les autres , qu'il ne
pourra être reçu maître , n'êtant pas fils
de maître , comme fi c'étoit par la naiffance
& non par l'ouvrage qu'on dût juger
l'ouvrier ; un autre demande fi Naru
eft fils de maître ou fils à maître , diftinction
ridicule que Chinki ne comprend
pas , & que beaucoup d'autres n'auroient
pas mieux compris . On lui explique que
le fils à maître eft celui qui eft né avant
l'admiffion de fon pere à la maîtriſe , &
le fils de maître celui qui eft né après ;
que le premier paye des droits doubles de
Fautre , mais cependant beaucoup moindres
que celui qui n'auroit ni l'une ni
Fautre qualité. Ceux - ci refafent Nary
OCTOB R E. 1768. 167
parce qu'ils ont déjà un apprentif, & que
les réglemens défendent d'en avoir plus
d'un à peine d'amende ; ceux là parce que,
fuivant leurs réglemens , il ne peut y
avoir qu'un certain nombre d'apprentifs
par an dans la communauté , & que ce
nombre efl rempli ; un vinaigrier , parce
qu'il ne compte que quatre ans de maîtrife
, & que , fuivant le réglement, il lui.
en faut fept pour avoir droit de former
un apprentif; dans des métiers dont quelques
uns peuvent aifément s'apprendre
en fix mois , on exige dix & douze ans
d'apprentiffage & compagnonage , ce qui
en dégoute Chinki par la réflexion toute
naturelle , que le terme de l'apprentiffage
doit être celui où l'on n'a plus betoin
d'inftruction ; d'autres infpirent à Chinki
le même dégoût , parceque n'étant ni fils
de maître , ni fils à maître , la feule reffource
pour parvenir à la maîtrife eft d'époufer
une veuve ou une fille de maître .
Les métiers les moins inacceflibles le deviennent
à Chinki pour fon Naru , par
l'énormité de l'argent qu'il en coûte , &
auquel il eft dans l'impoffibilité de ſubvenir.
Le hafard conduit Chinki dans une
falle de maîtres aflemblés pour juger des
chef- d'oeuvres . Il voit deux ouvriers préfenter
les leurs qui étoient très défec
1
168 MERCURE DE FRANCE.
tueux . Ils n'en font pas moins admis à la
maîtriſe , parce que , felon les ftatuts , on
pouvoit racheter les chef - d'oeuvres pour
de l'argent. Un autre , dont le chef d'oeuvre
étoit fans reproche , eft exclu , parce
qu'il avoit des enfans & qu'ils auroient
été au moins fils à maître & exempts de
certains droits que la communauté ne
vouloit pas perdre. Chinki fe trouve conduit
au tribunal des arts : là toutes fortes
de procès bifarres entre les communautés.
Les tourneurs , les tabletiers , les corroyeurs
, cordiers , doreurs , peintres &
verniffeurs difputent à un miférable le
droit de gagner fon pain & celui de fa
famille , en faifant des fouets ; les tourneurs
en reclament la fabrication par rapport
à la verge & à la poignée ; les tableriers
, par rapport au bois étranger qu'on
y emploie ; les corroyeurs , fous prétexte
de la courroie ; les cordiers , de la ficelle ;
les doreurs , peintres & vernifleurs , des
divers enjolivemens . Le tribunal des arts
adjugea à chacun fa demande. Autres procès
entre les éventailliftes & les tabletiers
pour la fabrication des éventails , que les
uns revendiquoient à cauſe du papier , les
autres à caufe du bois , &c. Ce qu'on au
roit peine à croire , c'eft que ce tableau
n'eft point chargé ; & que fi on feuilletoit
OCTOBRE . 1768. 169 .
>
toit les registres des greffes & des communautés
, on y en trouveroit mille autres
plus bifarres encore , & qui leur ont coûté
des frais immenfes. Chinki conclud à
ne point expofer fon fils à des profeflions
fi litigieufes. Il retourne au tribunal des
arts. D'habiles ouvriers s'y étoient pourvus
pour être reçus à la maîtriſe ; mais les
maîtres qui , par la raifon qu'ils étoient
habiles les craignoient pour concurrens
oppofoient , à l'égard des uns , le défaut
de qualité , c'est- à- dire , fuivant les réglemens,
qu'ils n'avoient pas fait leur apprentiffage
dans la ville , & allaient jufqu'à
prétexter à l'égard des autres de la différence
de religion , comme fi la religion
avoir quelque chofe de commun avec le
commerce & l'exercice des métiers , & fi
on ne commerçoit pas avec toutes fortes
de nations & l'on ne faifoit pas ufage de:
leurs ouvrages & de leurs fabriques.
Chinki , défefpérant de placer fon fils
dans aucun métier , fe réfour de le ramener
partager farmifere , & ne s'occupet
plus que de l'établiffement de fa fille ,
Dinka , penfant qu'on aura donné plus
de facilité à ce fexe qui eft moins compté
dans les arts que dans les foins domestiques
, & qui paroît mériter toute la
II. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
faveur lorfqu'il réunit les deux parties .
Mais ce font encore bien d'autres obftacles
; une fille ne peut travailler pour fon
compte , ni faire le commerce des modes
à moins qu'elle ne trouve un mari
qui lui apporte la maîtrife pour 1800
taëls ; enforte que ce ne font pas les femmes
qui font marchandes de modes , ce
font les hommes ; ce qui , & non fans
raiſon , paroît étrange à Chinki qui
voyoit d'un autre côté des veaves de
charrons , de charpentiers , de ferruriers
refter maître charron , maître charpentier
, maître ferrurier , &c. Les mêmes
entraves fe rencontrent à l'égard des filles
dans tous les arts les plus analogues à leur
fexe , tels que les éventails , les rubans , la
plumafferie , les fleurs artificielles , & c.
Chinki , pour derniere reffource , fe
trouve réduit à confier fa fille à une vieille
femme pour en faire une marchande
de ces menues pâtifferies qu'on appelle
en Europe , croquets ou plaifirs , & fon
fils pour être placé domeftique.
Ne pouvant fournir au néceffaire des
vingt - deux enfans qui lui reſtoient , la
mifére les chaffa de la maiſon paternelle
pour embraffer des métiers qui ne demandent
ni formalités , ni frais , ni quaOCTOBRE.
1768. 171
lités , ni maîtriſes . L'un apprit à contrefaire
les fignatures ; l'autre , la monnoie
du prince ; celui - ci à dominer le hafard
dans les jeux défendus ; celui-là à mettre
à contribution les paffans fur les grands
chemins ; un autre devint très-habile dans
l'art des poifons. Naru , pour fe tirer de
la fervitude en brufquant la fortune , affaffina
fon maître : tous périrent dans les
fupplices. Les filles n'eurent pas un meilleur
fort. Dinka ne fuivit pas long- temps
fon perit commerce. La Débauche fe préfenta
l'argent à la main ; elle y fuccomba ,
attira fes foeurs qui finirent , ainfi qu'el
le , dans une maifon de force confumées
par le crime. La cadette de toutes , qui
avoit préféré , à la conduite de fes foeurs,
la fervitude d'une grande Dame , fut tentée
d'une robe pour en revêtir la malheureuſe
Dinka ; le larcin fut reconnu , &
elle périt par la corde.
Pendant tous ces déſaftres que Chinki
ignoroit dans le vallon de Kilam , la langueur
de l'agriculture & les réglemens
bifarres des métiers fe préfentoient fouvent
à fon efprit. Un matin qu'il étoit
défoccupé , il prit la plume & peignit en
traits énergiques les maux qui couloient
de ces deux fources . L'ambition de ren-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
dre fon ouvrage public le fit retourner à
la ville royale , où il le mit au jour. Sa
lecture excita une fermentation à laquelle
il ne s'étoit point attendu . Toutes les
maîtrifes , tous les membres du tribunal'
des arts crierent au libelle , & qu'il falloir
le flétrit & punir l'auteur. Chinki
fut emprisonné , & on travailloit à inftruire
fon procès , lorfqu'un mandarin , à
qui tant de chaleur étoit fufpecte & éclairé
par l'ouvrage même, en fit le rapport au
Roi & y joignit l'hiftoire tragique de la famille
de l'accufé, fur lequel le prince étendit
fa main protectrice , & confidéra que la
difficulté de vivre par la charrue ou par l'in
duſtrie avoit caufé la perte d'une famille
précieufe à l'état que les mêmes caufes
annonçoient généralement les mêmes effets
, & que le premier befoin de l'état
étoit que tout le monde pût vivre.
Quant aux arts & aux métiers , fources
du commerce , toutes les maîtriſes furent
fupprimées. Il n'y eut plus de maîtres
que les bons ouvriers . On laiffa au
Public le foin de corriger les autres , en
rejettant leurs ouvrages . Toutes les formalités
, les longueurs , la perte du temps ,
les vexations intéreffées d'apprentiffage &
de compagnonage difparurent..
1
OCTOBRE . 1768. 173
On ne diftingua plus , pour exercer un
art , le fujet fans qualité de celui qui a
qualité ; le fils du maître ; l'enfant de la
ville de celui des champs ; l'étranger du
national. On exempta même l'étranger
du droit d'aubaine , droit barbare qui
deshonoroit une nation policée . On ne
diftingua plus la fecte de Fo de celle de
Somonakondom relativement à l'induftrie.
Le Banian partagea ainfi la même
protection , & quiconque voulut apporter
des talens & des richeffes dans le royaume
fut naturalifé.
On fupprima les chef- d'oeuvres comme
fuperflus dans les arts purement méchaniques
& méme onéreux , puifqué les
communautés ne les exigeoient plus ,
pourvû qu'on les rachetât .
On établit la plus grande liberté dans
les manufactures. On profcrivit toute
amende & confifcation , parce que la marchandiſe
ſe vend toujours à raifon de fa
qualité ; on obligea feulement le fabricant
à tiffer , fur le bout de chaque piéce
qu'il met en vente , fon nom & fa demeure
: le fceau de l'ouvrier fert à l'accréditer
s'il fait bien , & à le décréditer s'il
fait mal ; la loi puniffoit feulement l'ouvrier
qui ufurpoit le nom d'un autre : lar .
Hijj
174 MERCURE DE FRANCE
cin qui méritoit un châtiment rigoureux
.
Enfin toutes les communautés , corporations
ou jurandes furent changées en
fimples affociations en forme de récen
fement , fans bleffer en aucune façon la
liberté la plus entiere .
›
Il n'y eut qu'une légere différence entre
l'ancienne inftitution qui avoit fair
fleurir tous les arts & celle- ci , parce que
la pofition l'exigeoit. Les communautés
avoient contracté des dettes qui devenoient
éternelles ; il étoit jufte de les acquitter
; la loi ordonna que tout afpirant
qui voudroit exercer ne le pourroit
que fur un brevet qui lui feroit expédié
en payant au prince un droit modique
fixé au dixiéme de ce qu'il en coutoit
auparavant pour l'admiffion aux maîtrifes
& ce droit modique fut deſtiné à
éteindre les dettes des communautés , à
rédimer des péages & autres droits onéreux
au commerce , à creufer des canaux
& à foutenir des manufactures ou des
négocians malheureux prêts à tomber ;
par là tout reprit vigueur dans les arts
& le commerce , & c.
L'hiftoire de Chinki eft celle des abus
des jurandes & de leurs réglemens , &
OCTOBRE. 1768. 175 •
de ce qu'il feroit à defirer qu'on exécutât
enfin pour l'avantage & la profpérité
du Royaume ; le tableau qu'il trace de
ces abus paroîtroit chargé ou digne de
la Cochinchine , fi l'on n'en voyoit la vérité
, non feulement à Paris , mais prefque
dans toutes les villes , & encore pourroit-
on y ajouter de nouveaux traits . La
cataſtrophe de la famille de Chinki- eft la
fuite naturelle qui doit réfulter des difficultés
& de la forte d'impoffibilité que
trouve l'indigent à fe procurer les moyens
de vivre par fon travail & fon induſtrie :
une mifere forcée dans les deux fexes
doit néceflairement donner lieu au libertinage
, aux mendians , aux vagabons ,
aux gibers.
2
Les jurandes préfentant des inconvéniens
fi réels & fi multipliés , n'ont- elles
pas d'un autre côté quelqu'utilité qui com.
penfe cet inconvénient , & pour raifon de
laquelle il eft bon de laiffer fubfifter cet
établiffement ? C'eſt la réflexion à laquelle
conduit naturellement la lecture
de Chinki.
On ne peut envifager dans les jurandes
que deux fortes d'utilités , celle dont
elles pourroient être au commerce & à
l'avancement des arts , & celle dont elles
Hiv
f 176 MERCURE
DE FRANCE
.
.
peuvent être à l'état , envifagées comme
reffource de finance .
Quant au commerce & aux arts , pour
fe convaincre que les jurandes & leurs
réglemens ne peuvent avoir aucune forte
d'utilité pour les rendre floriflans , il ſuffiroit
de jetter les yeux fur l'Angleterre
& la Hollande où ces bifarreries ne font
point connues , & dont l'une emporte
fur nous la concurrence , & l'autre nous
la difpute. Si elles ont élevé l'induftrie
au- deffus de la France , ce n'eft affurément
pas à leurs avantages naturels qu'elles
en font redevables , puifqu'à cet égard
la France leur eft infiniment fupérieure : &
l'on ne reprochera point à la nation Françoife
de n'être pas induftrieufe & laborieufe
: ce ne peut donc être qu'à ce que
l'induftrie eft chez elle dans une plus
grande activité qu'en France . Or quels
font leurs moyens pour la faire parvenir
à ce degré d'activité , l'y maintenir &
l'accroître ? La liberté générale de cette
même induftrie . Celui des jurandes adopté
chez nous , loin de pouvoir être d'aucune
forte d'utilité , eft donc vicieux ,
puifqu'il n'a pas produit des effets à beaucoup
près auffi efficaces.
Mais , dira - t - on , les formalités de
OCTOBRE. 1768. 177
T'apprentiffage , compagnonage & du chefd'oeuvre
ne font- elles pas utiles pour faire
des ouvriers habiles , & s'affurer de leur
capacité ? Et n'admettre à la maîtriſe que
ceux qui ont paffé par ces épreuves , n'eftce
pas le moyen de foutenir & d'accroître
la perfection des arts & de l'induftrie
?
En le fuppofant , cela ne pourroit regarder
que les fabriques & les arts mécha
niques , & ne pourroit être aucunement
applicable aux profeffions mercantiles . Si
dans un inftant , dit M. Melon , il ceffoit
d'y avoir des marchands boutiquiers ,
les manufacturiers n'auroient qu'à envoyer
leurs commis ou leurs valets avec
leurs marchandifes étiquetées de la fabrique
& du prix & tout rentreroit dans
l'ordre. Nous ne prétendons pas par là
dégrader la profeffion de marchand , mais
feulement faire voir que les formaltiés
& les longueurs d'apprentiffage & compagnonage
ne préfentent aucune forte
d'utilité pour une profeffion dont l'exercice
demande des connoiffances fi faciles
: quant aux fabriques & aux arts , on
convient qu'ils exigent un apprentiffage ;
mais à quoi fervent des réglemens pour
qu'on apprenne un métier avant de l'exer-
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
cer , & qu'on ne l'exerce que quand on
le fçait ? Peut-il en être autrement dans
l'ordre des choſes ? & celui qui exerceroit
un mêtier fans l'avoir apris & fans s'y
être perfectionné ne feroit - il pas puni
par la non- vente de fes ouvrages , & réduit
à l'abandonner ? On peut s'en repofer
fur la néceffité où la concurrence met
l'ouvrier d'être habile pour réuffir , & confulter
les autres pays où l'on ne connoŝt
point d'autres principes.
De plus , s'il est néceffaire d'être ap
prentif d'un métier avant de l'exercer ,
ce n'est pas une raifon pour qu'il foit utile
que le temps de l'apprentiffage foit fixé
& qu'on en allonge le terme au - delà de
celui où l'on n'a plus befoin d'inftruction
; en effet , ces longueurs du temps
d'apprentiffage , outre qu'elles font ridicules
pour des métiers dont on peut être
au fait en fix mois , font abfurdes en ce
qu'elles fuppofent que les apprentifs n'ont
pas plus d'aptitude les uns que les auares
, enforte que celui dont le talent n'a
befoin que de fix mois pour fe perfectionner
à la même perfpective de fervitude
que
le plus inepte . Ce qu'on vient
d'obferver fur l'apprentiffage peut s'appliquer
à bien plus forte raifon au come
OCTOBRE. 1768. 179
pagnonage ; quelle forte d'utilité peut - on
envifager pour l'avancement des arts, dans.
l'obligation impofée à des ouvriers qui
fçavent leur métier , de facrifier fix ans .
de leur vie à travailler pour le profit des
maîtres , & même toute leur vie s'ils ne
font pas en état de payer la maîtriſe ,
tandis qu'ils pourroient travailler pour
leur propre compte ? N'est- ce pas plutôt
un fujet de dégoût , comme l'expérien
ce ne le prouve que trop , quand on
connoît l'objet de cette prétendue reffource.
C'est dans le dernier fiécle qu'on
y a eu principalement recours fans
doute parce que les befoins preffans de
l'Etat occafionnés par de longues guerres
ne permettoient pas le choix des
moyens.
"
En 1691 , on créa en titre d'offices des
gardes & jurés dans toutes les communautés
; en 1694 , des auditeurs & examinateurs
de leurs comptes ; en 1702 , des
tréforiers , receveurs de bourfe commune ;
en 1704 , des infpecteurs & vifitents des
poids & mefures ; la même année des
greffiers d'enregistremens des brevets d'apprentiffages
; en 1709 , des gardes , des
archives des maîtrifes ; en 1710 , des
payeurs des gages attribués ausdites con
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
munautés ; en 1745 , des infpecteurs &
contrôleurs ; en 1758 , des augmentations
de gages . Qu'à ces créations on en
ajoute trois ou quatre de lettres de maîtrifes
, & le droit de confirmation au
joyeux avénement , & l'on aura à peu de
chofe près un tableau exact de toutes les
reffources qu'on a tirées des communautés.
Les offices des gardes &
jurés. 3682672 liv .
Les auditeurs des comptes . 4926915
Tréforiers de bourſe commune.
Vifiteurs de poids & mefures
.
3216260
• 4000000
Greffiers d'apprentiffages .. 684082
Gardes des archives & maîtrifes.
-Payeurs des
gages .
Infpecteurs.
• ·
2147805
600000
6718049
• 1000000
Augmentations de gages ,
environ.
Maîtrifes 1722 & 1725.. 9764752
Droit de confirmation pour
'ce qui concerne les communautés
, environ. . . 6ooo000
Total. ·
42750525
liv.
OCTOBRE. 1768. 181
On obfervera même que le montant
de toutes ces finances n'a pas été payé en
totalité par les communautés d'arts & métiers
, que la création des offices d'auditeurs
& examinateurs des comptes , les
tréforiers de bourfe commune , les gardes
des archives s'étendoit , non - feulement
à elles , mais encore à toutes les
communautés d'officiers faifant bourfe
commune , qui y ont contribué en bonne
partie.
Ainfi l'objet de reffource de finance des
communautés , en quatre - vingt ans , a été
d'environ quarante millions , & encore
cette reffource n'a pas été gratuite pour
l'état , il y avoit des gages attribués aux
différens offices qu'elles ont réunis , que
l'état leur a payés à titre d'intérêt juſqu'au
remboursement , & dont il paye encore
partie pour ce qu'il n'a pas rembourfé ;
enforte que s'il a touché quarante millions
, il lui en a couté quatre- vingt en
arrérages ; d'un autre côté les communautés
en réuniffant ces différens offices , ont
réuni différens droits qui leur étoient attribués
, & qui forment autant d'impofitions
fur le commerce & l'induftrie , foit
qu'ils fe perçoivent fur les denrées directement
, foit fur les maîtres , foit fur les
182 MERCURE DE FRANCE.
apprentifs & les afpirans à la maîtriſe
à quoi il convient d'ajoûter le prétexte
de fe libérer de leurs emprunts , qui a
donné lieu à des augmentations exceffives
& arbitraires des frais de réception ,
& à l'énormité , dont ils font fur- tout
pour ceux qui ne font pas fils de maîtres ,
fans parler de ce qu'exigent les Jurés pour
leur propre compte , & qui n'entre point
dans la caille des communautés . On ne
croit pas s'écarter du vrai , en évaluant à
huit millions par an ces différentes impofitions
directes ou indirectes fur l'induftrie
, ce qui en quatre- vingt ans forme
un total de fix cent quarante millions .
Conféquemment pour une reffource de
quarante millions , dont le Roi a payé &
paye encore en partie l'interêt , le commerce
a contribué en pure perte pour
l'état , d'une fomme de fix cens millions
, qui eft tournée au profit des
communautés & qui s'eft diffipée en repas
, en procès & en mangeries d'autre
nature. Quand cette évaluation feroit fufceptible
de quelque réduction , elle ne
le feroit jamais affez pour qu'elle ne préfentât
pas toujours un objet effrayant ,
& capable de faire fentir combien la foible
reffource que l'état a tirée des com
OCTOBRE . 1768. 183
munautés lui a été , & lui eft pernicieu
fe. Qu'en fuivant le plan de Chinki on
eût fuprimé toutes les mangeries & toutes
les entraves , & qu'on y eût fubftitué
la fimple formalité d'un brevet , en fuppofant
le taux commun de la finance à so
livres , une fois payées , & qu'il fe fûtléta
bli année commune dans le royaume ,
vingt mille nouveaux maîtres en tour
genre de profeffion , de commerce , arts
& métiers , l'état auroit eu un revenu
annuel d'un million , & en quatre- vingt
ans , un total de quatre- vingt millions
dont il n'auroit payé aucuns arrérages ,
ce qui auroit fait encore pour lui une
différence de prefqu'autant ; un capital
immenfe gafpillé par les communautés
& perdu pour l'induftrie , lui auroit été
laillé & , en fructifiant entre fes mains , auroit
procuré une augmentation de richeffes
; & la confommation , cette fource féconde
des revenus de l'état , fe feroit accrue.
Un nombre infini de nos ouvriers
qui , pour pouvoir vivre , ont porté leurs
talens ailleurs , auroient auffi contribué à
fon accroiflement en reftant dans le royaume
ainfi que les étrangers que les avan
tages naturels de la France auroient pû
attirer , & dont l'induftrie naturalisée au184
MERCURE DE FRANCE.
roit augmenté la fomme de nos richeffes
& de notre induſtrie nationale. Il paroît
donc bien démontré qu'on ne pourroit
rien faire de plus avantageux pour l'état ,
que de fubftituer un plan auffi fimple à un
fyftême d'entraves & deftructif de l'induftrie,
& qui fous quelque point de vue qu'on
l'envisage , ne préfente aucune forte d'utilité
qui puiffe , on ne dit pas en compenfer
, mais en rendre les inconvéniens
tolérables.
AGRICULTURE.
I.
Découverte de la premiere efpéce du bled.
M.GASSELIN à qui nous devons la machine
dont nous allons parler pour la deftruction
des fouris , occupé de l'agriculture
depuis long-tems , a fait des découvertes
intéreffantes qu'il s'eft empreffé de
publier. Il avoit remarqué que la plus
grande partie des bleds qui croiffent en
France ont la paille de l'épi blanche ; parmi
ceux-là il y a quelques épis roux ; les
grains que donnent ces derniers , ont une
fupériorité marquée. Il effaya de faire trier
OCTOBRE . 1768. 185
les épis roux ; il en tira un volume de
grain pefant environ 80 livres. Il le fema
, la faifon fut peu favorable ; mais le
grain qu'il recueillit fut très- beau ; il le
refema , & l'année fuivante , il en eut
affez pour en vendre. Il le fit porter au
marché , c'étoit à Roye ; les marchands
& les connoiffeurs s'attrouperent pour le
voir ; M. Gaffelin le fit s livres par fac
plus cher que le courant ; on le prit au
mot. Huit jours après il en fit conduire
encore de femblable au marché , il en
augmenta le prix de 5 livres au deffus de
celui qu'il avoit établi la premiere fois,
dans l'efpérance qu'on ne le prendroit pas
au mor; on ne lui laiſſa pas le temps de
diminuer. On ne peut pas avoir une preuve
plus complete de la fupériorité de
cette espéce de bled fur le blanc pour la
qualité ; ce n'eft pas qu'il vaille 10 livres
par fac plus que l'autre ; la nouveauté feule
le fit payer ce prix ; mais il vaut toujours
3 livres de plus ; cet article n'eft
point à négliger. Le bled roux a encore
l'avantage d'être plus abondant en paille
& en grain que le bled blanc ; il croît
trois ou quatre pouces plus haut que l'autre
; la paille en eft plus forte , plus roide.
Il produit communément un fixieme en
186 MERCURE DE FRANCE.
gerbe plus que le blanc , & les gerbes rendent
ordinairement plus de grains.
La force de la paille du bled roux eſt
une fource inapréciable d'avantages.
Cette paille étant plus forte que l'autre ,
réfifte mieux aux vents & aux pluies ; les
bleds ne font pas conféquemment fi fujets
à verfer ; mais c'eſt encore ce qu'il y
a de moins effentiel dans cette paille , il
faut pour la confommer un plus grand
nombre de beftiaux , delà plus de laine ,
plus de viande , plus de graiffe. La plus
grande quantité de beftiaux fait une plus
grande quantité de fumier , & la paille
du bled roux a cela de particulier & de
propre , à caufe de fa force , qu'elle ne fe
réduit point fous les beftiaux , comme la
paille du bled blanc ; le fumier qui en fort
quand il eft expofé dans les balfe cours à
la pluie & au foleil , ne fe conſomme
pas comme le fumier du bled blanc , d'où
il réfulte une bien plus grande quantité
de voitures à reverfer tous les ans dans
les terres . Et c'eft- là le vrai fecrer de l'agriculture
; le principe de la fécondité ,
c'est le fumier , ce font les engrais. Les
terres font fufceptibles d'une amélioration
d'un quart , pour ne pas dire d'un
tiers par ce feul moyen ; le bled roux le
OCTOBRE. 1768. 187
fournit. Il y a encore d'autres avantages
qu'il eft bon de faire connoître .
Quand il furvient , pendant la moiſſon ,
des pluies qui durent plufieurs jours , le
bled blanc qui eft fcié & couché par terre ,
fouffre beaucoup , & perd prefque toute
fa qualité ; le roux au contraire fe foutient
beaucoup plus long- tems & s'altere
moins , parce que le grain eft plus fort &
plus vigoureux que le blanc. Cette efpé
ce de bled eft auffi beaucoup moins fujette
au noir que le blanc. M. Gaffelin après
de longues expériences , a reconnu que
le bled roux eft la premiere efpéce de
bled ; il dégénere avec le temps ; la couleur
s'affoiblit , il pâlit d'abord & devient
enfuite tout-à-fait blanc. Pour remédier
à cet inconvénient , M. Gaffelin eft dans
l'ufage de renouveller fes femences tous
les fept à huit ans , en faifant trier les
plus beaux épis roux pour former environ
un demi-fac de bled ; il le feme , 87
l'année fuivante le produit lui fert à renouveller
fa femence .
On prend tous les jours des précautions
pour encourager à défricher les terres
incultes ces précautions font furement
très- louables , mais il eft bien plus
fimple de tirer des terres cultivées tout le
188 MERCURE DE FRANCE.
produit dont elles font fufceptibles. L'ufage
du bled roux eft la voie fûre d'y par
venir ; on ne court aucun rifque en adoptant
cette efpéce de bled ; on ne peut qu'y
gagner , il n'en coute pas plus de frais de
culture , cela n'occafionne point de dépenfe;
la terre , en produifant beaucoup ,
s'améliore par le retour des fumiers plus
abondans ; le propriétaire s'affure d'avantage
le revenu de fon bien , & le laboureur
trouve dans fon travail de quoi fubfifter.
M. Gaffelin a trouvé encore le moyen
de féparer fans frais le bled noir , lorfqu'il
en croît , d'avec le bon grain , fans
endommager ce dernier ; il offre de donner
le détail de cette opération à ceux qui
le lui demanderont . Son adreffe eft à M.
Gaffelin à Puzeaux en Picardie , par Ham
& Néelle ; ou à M. Gaffelin , procureur au
parlement de Paris , rue des Mauvais-
Garçons S. Jean .
I I.
Defcription d'une machine pour la deftruction
des fouris de la Campagne.
Ceux qui s'intéreffent à l'agriculture ,
fçavent que plufieurs provinces de France
ont beaucoup fouffert cette année des fouOCTOBR
E. 1768. 189
ris ou mulots ; la Picardie & l'Artois en
ont été finguliérement endommagés. M.
Gaffelin , qui demeure à Puzeaux , dans
la premiere de ces Provinces , fe voyant
menacé d'un grand dommage pour la récolte
prochaine, exécuta une machine dont
il avoit conçu le projet depuis long- tems .
C'eſt un fouffler avec lequel on infinue
dans les trous des fouris de la fumée de
foufre , qui les fait périr fur le champ ;
ce foufflet a la forme des foufflets ordinaires
; il y a deux vents , pour qu'il puiffe
fouffler toujours ; le bout ou le canon eſt
long d'environ deux pieds , il eft gros com.
me un petit canon à fufil ; vers le milieu
de ce canon , qui eft coupé en deux , on
pratique une boëte de taule , quarrée de
quatre pouces de long , fur huit pouces de
haut , ayant par deffus une petite porte
qui fert pour y introduire les matieres
qu'on veut y placer. La porte a un couvercle
de fer qui joint bien ; on place en dedans
de la boete une petite grille de fer
vis-à - vis du trou qui recoit la fumée , pour
empêcher les matieres combuſtibles d'entrer
dans le trou & de le boucher ; quand
on veut faire ufage de la machine , on met
dans le fond de la boëte de vieux linges
ou quelques vieux chiffons qu'on ferre'
190 MERCURE DE FRANCE .
bien ; on emplit la boëte jufqu'à la hau.
teur du trou du canon , & on y met le feu
avant de partir pour l'opération ; il faut
avoir foin de laiffer la porte un peu ouverte
pour ne pas éteindre le feu . Quand
on eft arrivé dans la campagne , on cherche
oùfont les terriers des fouris , car elles
font de véritables terriers , qui ont plufieurs
bouches répondant toutes au même
centre ; quand on les a trouvés , on ouvre
la boëte; on y jette quelques petits morceaux
de bois fciés de court & bien fecs
on donne quelques coups de foufflet pour
les faire enflammer , après quoi on jette
dans la boëte un peu de foufre concaffé ,
& on referme bien la porte . On introduit
auffi-tôt le foufflet dans un des trous , la
fumée s'infinue par tout , & va fortir par
routes les bouches qui fe communiquent;
une feconde perfonne va boucher exactement
& promptement tous ces trous que
la fumée lui indique ; quand ce terrier eft
bien rempli de fumée , ce qui n'eft pas
long,on retire le foufflet, on ferme le trou
où il étoit placé, & on va aux autres terriers.
Cette vapeur de foufre eft fi violente ,
que les fouris meurent fur le champ ; M.
Gaffelin a fouillé plufieurs terriers après
cette opération , & n'y en a point trouvé
OCTOBRE. 1768. 191
de vivantes ; la machine eft très - fimple ,
très-facile à faire , d'un ufage certain , &
avec une feule , un homme qui auroit 600
arpens de terrein pourroit aifément le purger
de ces animaux ,
FÊTE FOR A IN E.
Le fieur Torré a établi ſur le Boulevard ,
proche la porte faint Martin , un lieu d'af
femblée très agréable ; c'eft un grand emplacement,
où il a reuni les plaifirs du bal
& la décoration d'une foire ; il y a des caffés
, des falles de Traiteurs , des boutiques
de Confifeurs , de Bijoutiers , de Marchandes
de modes , de Fruitieres , &c . Au
milieu de l'emplacement s'éleve un grand
mát de cocagne , dont le bois eft poli & lif
fé , ce qui rend ce mât très- difficile à eſcalader,
& ce qui occafionne maintes gliffades
rifibles ; celui qui parvient à la hauteur
, peutchoifir parmi les différentes piéces
degibier , attachées aun cercle orné de
fleurs au tour du mât . Tout le lieu de l'affemblée
est éclairé par une infinité de petites
lanternes de diverfes couleurs , & par
des luftres & des lampions qui forment différens
deffeins. Il y a des fallons très ornés,
192 MERCURE DE FRANCE.
où l'on eft à couvert , des loges , des am
phithéatres , un valte promenoir. La mufique
, les danfes & l'affluence d'un monde
brillant rendent cette fête charmante : c'eft
une imitation embellie des Wauxall de
Londres.
MODES OU NOUVEAUTÉS.
L'induftrie & le goût des François fournif
fent fans ceffe des reffources à l'inconftance
& aux caprices de la mode. Plufieurs
de nos Abonnés , enprovince , demandent
qu'on ne leur laiffe pas ignorer
les nouveautés les plus remarquables en ce
genre , & nous tâcherons de lesfatisfaire .
LES Dames ont adopté , depuis quelque
temps , un déshabillé qu'on nomme Caraqueau
ou l'Appollon ; c'eſt un manteau
de lit , taillé en pointe par le dos , au - deffus
d'un jupon rond , garni de mouffeline
ce désabillé eft élégant & brillant , lorfqu'on
le fait en tulle , ou en marli doublé
de taffetas , ou de fatin en couleurs vives.
Les Dames portent à la campagne &
dans des fêtes, des chapeaux ornés d'agrémens
OCTOBRE . 1768. 193
mens de blonde , de fleurs , de plumes ;
elles ont auffi des tabliers anglois , faits
de gaze de diverfes couleurs , & ornés de
grands volans.
Les fichus à la mode font faits de blondes
bouillonnées l'une dans l'autre , avec
un ruban auffi bouillonné , & qui doit
être aſſorti à l'ajuſtement.
On fait pour le fervice de table de petites
truelles d'argent à manche d'ébenne ,
dont la lame eft percée de petits trous ,
pour couper le poiffon par tronçons , l'enlever
& le fervir à fec.
Il y a nouvellement des falieres de vermeil,
enchaffées dans de petites corbeilles
d'argent à anfes , & travaillées dans la façon
du jonc.
On a imaginé des theyeres en argent
dont le bec eft garni d'une pince dans laquelle
eft paffé un petit pannier d'argent
a grille , pour empêcher les feuilles infufées
de s'échaper .
On fait des tabatieres de forme applatie
, & qui n'ont que le double de hauteur
de la gorge , parce qu'elles font moins
embarraffantes dans la poche .
II Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
TALENS PRECOCES D'UN ENFANT.
a
Chrétien Henri Heinecken qui nâquit
en 1721 à Lubec , & y mourut fçavant
en 1725 parloit à l'âge de dix mois ;
il fçavoit à un an les principaux événemens
du Pentateuque ; à treize mois tou
te l'hiſtoire de l'ancien teftament ; à quatorze
mois toute celle du nouveau ;
deux ans & demi , la géographie & l'hif-
Loire ancienne & moderne , juſqu'à répondre
pertinemment à toutes les queftions
qu'on lui faifoit fur ces matieres.
Il parloit latin alors avec facilité , & françois
paffablement. Parvenu à fa troifiéme
année , il connoiffoit les généalogies des
principales maifons de l'Europe ; & quand
il eut atteint l'âge de quatre ans , il voya
gea en Danemarck où il harangua , avec
une grace furprenante , le Roi & les Princes
de la famille royale. A fon retour ,
qui fut dans fa quatrième année , il apprit
à écrire , pouvant à peine tenir fa
plume. C'étoit un enfant délicat , infirme
, fouvent malade. Il haïffoit tout autre
aliment que le lait de fa nourrice .
Il ne fut fevré que peu de mois avant fa
OCTOBRE. 1768. 195
mort , qui arriva dans fa cinquième année
le 27 Juin , & qu'il enviſagea avec
une fermeté encore plus étonnante que
fes progrès. M. Chrétien de Schoneich ,
précepteur de cet enfant , a écrit fa vie.
ANECDOTES.
I.
UN pauvre paveur écoffois établi à Lordres
écrivit il y a quelques moisa fa mere ,
& data fa lettre de Silver Street ( rue d'argent
) près de Gorden -fquare ( place d'or }
où il
demeuroit. Sa foeur , jeune fille
très- fimple , en lifant cette Lettre ne fit
attention qu'à l'adreife ; elle ne douta
pas que fon frere ne fût très riche puifqu'il
logeoit dans un fi beau quartier.
Preffée de faire fortune elle -même , elle
réfolut d'aller dans une ville dont les
rues étoient d'argent & les places d'or.
Son impatience ne lui permit pas de différer
. La crainte de partager les richeſſes
qu'elle trouveroit , avec quelques- unes de
fes
compatriotes ,
l'empêcha de faire part
de fon deffein à perfonne ; elle arriva à
Londres , & fut bien furpriſe de trouver
fon frere auffi miferable qu'il l'étoit dans
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
la maifon paternelle ; elle examina cette
rue d'argent & cette place d'or qui ne
répondirent point à l'idée qu'elle s'en
étoit formée ; elle retourna auprès de fa
mere qui avoit befoin de fes fecours ,
bien convaincue que l'or & l'argent ne
fe trouvent pas plus aifément dans les
rues de Londres que dans celles de fon
village.
.
I I.
Un gafcon qui étoit à Paris venoit
d'acheter un cotteret & le portoit caché
fous fon manteau , il apprehendoit toujours
qu'on ne s'en apperçût : voyant un
crocheteur qui s'approchoit de trop près ,
retire- toi , lui dit- il , tu cafferas mon
luth. Le crocheteur s'écarta & le gafcon
avoit à peine marché dix ou douze pas ,
qu'une pièce de fon cotteret tomba. Le
crocheteur cria auffitôt au gafcon : » Mon.
fieur ramaffez une corde de votre
luth qui vient de tomber ,
93 ›
I I I.
Anecdote de l'Opéra Comique.
A la répétition des Fêtes Publiques ,
opéra comique , Mademoiſelle S... connue
fous le nom de Mamie Babichon
OCTOBRE. 1768. 197
fe gliffa derriere le banc des fymphoniftes
qui étoient rangés fur une ligne
dans l'Orchestre. Babichon attacha aux
perruques des muficiens des hameçons qui
fe réuniffoient à un fil de rappel attaché à
une des troifiémes loges.Cette jeune efpiègle
y monte & attend le fignal de l'ouverture.
Au premier coup d'archet la toile fe
léve , en même tems les perruques s'envo →
lent. Grande rumeur , on cherche l'auteur
de cette efpiéglerie. Un grave muficien qui
préfidoit à la répétition veut en avoir raifon.
Cependant Babichon avoit eu le tems
de defcendre , elle s'étoit placée auprès
du plaignant , & crioit plus fort que lui .
Mais elle fut bientôt reconnue à fon
air hypocrite & malin . Elle avoùa ſa
faute s'adreffant au fermoneur : helas
Monfieur , lui dit- elle , je vous fupplie de
me pardonner ; c'eft un effet de l'antipathie
infurmontable quej'ai pour les perruques ;
& même au moment que je vous parle , malgré
le refpect que je vous dois , je ne puis'
m'empêcher de me jetter fur la vôtre
qu'elle fit en prenant la fuite auffi -tôr.
On voulut venger l'honneur des têtes à
perruque ; on porta plainte . Babichon fut
mandée devant un commiffaire ; mais
elle raconta fi plaifamment fon hiſtoire ,
que le juge , l'accufée , les accufateurs
; ce
I-iij
198 MERCURE DE FRANCE.
& les auditeurs étoufferent de rire , &
terminerent gaiement ce procès burlefque.
I V.
Anecdote fur Galilée.
-La fentence de l'inquifition contre Gafilée
, la retractation qu'on exigea de lui ,
font des monumens curieux & devenus
rares ; nous les mettrons fous les yeux de
nos lecteurs avec leurs longueurs & leurs
repétitions , pour confeiver la forme dans
laquelle ils font conçus . Nous extraitons
feulement la premiere piéce , qui eft plus
étendue & moins intéreffante , c'eſt la fentence
: elle commence ainſi :
"Nous Gafpard Borgia , Guido Benti
voglio , &c. &c. par la grace de Dieu ,
» cardinaux de la fainte Eglife Romaine,
» inquifiteurs généraux pour la foi dans
» tout le monde chrétien , & députés ſpé-
» cialement par le faint Siége apoftolique
contre l'héréfie , &c. &c. »ן כ
Ici l'on trouve un détail très- long des
crimes de Galilée ; on lui adreffe la parole
, & on lui rappelle qu'en 1615 il fur
décreté par les officiers du faint office ,
affemblés en préfence du pape Paul V
que le cardinal Bellarmin lui enjoignit de
OCTOBRE . 1768. 199
quitter la fauffe doctrine , & qu'on le relâcha
fur la promefle qu'il fit d'obéir ; on lui
reproche d'avoir oublié cette promeffe , en
continuant de foutenir le mouvement de
la terre autour du foleil , & en faiſant
imprimer fes dialogues qui contiennent
cette doctrine impie , ce qui a forcé l'inquifition
de le décreter de nouveau , de
lui faire fon procès ; & les juges continuent
;
66
Après avoir invoqué le très-faint nom
» de Ñ. S. Jefus- Chrift , celui de ſa trèsglorieufe
mere Marie , toujours vierge,
» ayant pris les avis des refpectables maî-
» tres de la théologie facrée , des docteurs
» des deux loix nos confeillers ; après avoir
» fur - tout pefé attentivement les raifons
» déduites par le magnifique Charles Sin
» cere docteur des deux loix , procureur-
» fiſcal de ce faint office d'une part, & d'au.
tre part vous ayant interrogé , examiné
» Galileo Galilei ; & , après avoir reçu
» vos aveux , nous déclarons qu'en vertu
» de vos confeffions & de toutes les cho-
» fes mentionnées au procès , vous vous
» êtes rendu fortement ſuſpect d'héréſie ,
» c'eſt- à - dire que vous avez cru & foute-
» nu une doctrine fauffe & contraire aux
faintes & divines écritures , en préten-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
ود
>>
»
"
» dant que le foleil eft au centre de l'Univers
; qu'il ne fe meut pas d'Orient en
Occident ; que c'eft la terre elle - même
qui a le mouvement , & que cette fup-
» pofition impie peut fe défendre & fe
foutenir comme une opinion probable ,
>> tandis que l'écriture fainte nous enfei
» gne formellement le contraire. En conféquence
nous décidons que vous avez
» encouru toutes les cenfures & toutes
les punitions portées par les facrés ca-
» nons , & par les autres conſtitutions
générales & particulieres contre les délits
de cette efpéce. Cependanr nous
daignerons vous abfoudre , pourvû que
» d'un coeur fincere , d'une foi réelle ,
» vous vouliez , fans feinte & dans la
forme
que nous vous prefcrirons , ab-.
» jurer , maudire & détefter les fufdites
» erreurs & héréfies , & toute autre erreur
» & héréfie contraires à l'Eglife catholi-
» que , apoftolique & romaine .
"
>>
"
39
"
» Mais comme vos erreurs font d'une
efpéce trop grave pour demeurer im-
" punies , pour vous apprendre à être
plus circonfpect à l'avenir , & pour que
» vous puiffiez fervir aux autres d'un
exemple utile qui les préſerve d'imiter
» vøtre impiété , nous arrêtons que votre
"
OCTOBRE . 1768. 201
19
» livre , intitulé : Dialogues de Galileo
» Galilei , fera défendu par un édit pu-
» blic ; nous vous condamnons vous-
» même à refter enfermé , dans les pri-
» fons du faint office , pendant un temps
qui fera limité felon notre volonté , &
» nous vous ordonnons , comme une pé-
» nitence qui vous fera falutaire , de reciter
, une fois par femaine , pendant
» trois ans de fuite , les fept pleaumes
» de la pénitence ; nous réfervant le port~
» voir de modérer , d'augmenter , d'an-
» nuller le fufdit châtiment & la fufdite
pénitence .
"
» Ainfi , nous cardinaux inquifiteurs
» fufdits & fouffignés , prononçons , &
» par cette fentence déclarons , appoin-
» tons , condamnons , réfervons en cette
» forme & maniere , & en toute autre
» meilleure , ainfi que nous le devons &
» que nous le pouvons de droit , &c.
» & c . »
Galilée fe foumit à la retractation qu'on
exigeoit de lui ; les inquifiteurs drefferent
celle- ci , & il la lut & la figna devant
eux .
« Moi , Galileo Galilei de Florence ,
» fils de feu Vincent Galilée , actuelle
» ment âgé de foixante- dix ans , & placé
» perfonnellement en jugement & à ge-
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
» noux devant vous , très-refpectables fei
» gneurs cardinaux , inquifiteurs- généraux
» de la republique chrétienne univerfel.
» le , ayant devant mes yeux les très-
» faintes écritures que je touche de mes
» propres mains , je jure que j'ai toujourscru
, que je crois aujourd'hui , & qu'a-
» vec la grace de Dieu , je croirai à l'ave-
» nir tout ce que la fainte Eglife catholique
, apoftolique & romaine foutient,
prêche & enfeigne.
"
39
Mais voyant, qu'après avoir été averti
juridiquement par le St office de quit
» ter entierement la fauffe opinion qui
prétend que le foleil eft au centre du
» monde & immobile ; que c'est la terre qui
fe meut autour de lui , de ne plus foute-
" nir ni défendre en aucune maniere la
» fufdite doctrine fauffe & abfurde , &
qu'après qu'on m'eut notifié qu'elle
» étoit contraire aux faintes écritures , je
» n'ai pas laiffé d'écrire & de faire imprimer
un livre dans lequel je traite
de la fufdite abfurde doctrine qui vient
» d'être condamnée nouvellement , & ou
j'apporte de fortes preuves en fa fa-
» veur , fans cependant donner des folutions
qui puiffent en rien fatisfaire les
» véritables fçavans , voyant , dis je , que
je fuis fortement foupçonné d'héréfie
29
"
33
OCTOBRE. 1763. 203
» pour avoir cru ou foutenu que le foleil
ל כ
eft au centre du monde , que la terre
» tourne autour de cet aftre , & voulant
» arracher des ames de vos éminences &
» de celle de tout autre chrétien catholique
ce violent foupçon juftement
» conçu contre moi ; moi , Galileo Ga-
» lilei , d'un coeur fincere , d'une foi vé-
">
ritable , j'abjure , maudis & déteſte les
» fufdites erreurs & héréfies , & généra
lement toute autre héréfie & fecte con-
» traires à la fufdite fainte églife ; je jure
» de ne jamais foutenir déformais par
» parole ou par écrit , aucune chofe qui
puiffe me rendre pareillement fufpect
» à l'avenir. Je promets , au contraire ,
» que fi je viens à connoître quelque hé-
"3
rétique , ou quelque perfonne foupçon-
» née d'héréſie , je la denoncerai à ce faine
» tribunal ou à l'inquifiteur , & à l'ordi-
» naire du lieu que j'habiterai . Je jure en
» outre de remplir & d'obſerver exacte-
» ment toutes les pénitences que le faint
office m'a impofées ou m'impoſera en-
» Core ; & s'il arrive que j'agille d'une
» maniere contraire à mes promeffes , mes
proteftations & mes fermens , ce que
» je prie le feigneur de ne pas permettre,
» je me foumets à toutes les peines & à
toutes les punitions portées par les Sts
>>
I vi
204 MERCURE DE FRANCE.
>> canons & les autres conftitutions géné-
» rales & particulieres contre ceux qui fe
» rendent coupables du crime d'hérélie.
» Je le jure devant Dieu qui m'entend
» & par les faints évangiles que je touche
»de mes propres mains.
"
>
» Moi , Galileo Galilei ci -deffus nommé
, ai abjuré , juré , promis , tout ce
» que deffus , & m'oblige à refpecter tour-
» te ma vie les fermens que je fais , &
» j'ai figné de ma propre main le préfent
» écrit qui contient mon abjuration que
» j'ai recitée mot à mot & à genoux , à
» Rome dans le couvent de Minerve , ce
» 22 Juin 1633 .
"
» Moi , Galileo Galilei , ai abjuré tout
» ce que deffus , écrit de ma propre
» main . «
L'inquifition fit rentrer Galilée dans
fes prifons après cette abjuration , & ordonna
qu'il y refteroit enfermé durant
trois ans ; mais après un an elle lui rendit
la liberté ; on lui permit de retourner
dans fa patrie où il paffa le reſte de ſes
jours dans une maifon de campagne auprès
de Florence.
2
OCTOBRE. 1768. 205
A VIS.
I.
COURS DE MATHÉMATIQUES.
M.DUPONT , profeffeur de mathématiquess
recommencera le 20 Octobre 1768 , dans fon
école , rue Neuve- Saint -Méderic , les cours fuivans
: fçavoir;
1°. L'arithmétique ; 2 °. la géométrie , la trigonométrie
rectiligne & fphérique ; 30. l'algébre
, fon application à l'arithmétique , à la géométrie
, & les fections coniques ; 4º. la méchanique
& fon application au calcul différentiel &
intégral .
Il donnera fes leçons tous les jours d'oeuvres
fans interruption , depuis deux heures après-midi
jufqu'à fept heures du foir , & lorſqu'un des cours
fera fini il le recommencera , & toujours à la
même heure. Il fera des opérations pratiques
campagne toutes les fêtes , le matin .
Il donnera auffi , trois fois par femaine , le ma
tin , un cours de pilotage ou de manoeuvre de
vaiffeaux & un d'hydraulique ; les trois autres
jours feront employés au deflein pour le paysage
& la carte topographique , & c. Il a pour cet
effet un excellent maître de deflein , lequel fait
des opérations à la campagne pour les vues , genre
dans lequel il excelle. Le prix de fes leçons eft de
12 liv par mois , fans y comprendre le maître de
deffein.
3
It continue fes leçons gratuites de calcul & de
géométrie pour les ouvriers , tous les dimanches
}
266 MERCURE DE FRANCE.
depuis fept jufqu'à huit heures & demie le matin.
Il ne reçoit aucun élève que les parens ne luš
certifient leur conduite.
Le nombre des fujets qu'il a formés depuis 1754
font garans de fes maximes & de fon affiduité.
L'utilité de cette ſcience , dans tous les états de
la fociété , & principalement dans ceux des militaires
& matins , doit rendre fon zèle agréable au
Public.
I I.
Traité des affections vaporeufes des deux fexes,
où l'on a taché de joindre à une théorie folide
une pratique fure , fondée fur des obfervations
par M. Pomme , docteur en médecine de la fa
culté de Montpellier , médecin confultant du Roi
& de la Fauconnerie , quatrieme édition en deux
volumes in- 8 °. , dans laquelle on trouve le
recueil des piéces publiées pour l'inſtruction
du procès que le fyftême de l'auteur a fait naître
parmi les médecins , & la réponſe à toutes
les objections des anonymes.
Cet ouvrage intéreflant eft actuellement fous
prefle.
III.
Remède de M. de la Richardie pour la
guérifon des pertes blanches.
On rapporte plufieurs écrits & plufieurs certi
ficats de perfonnes guéries, qui prouvent l'effica
cité de ce reméde pour lequel on doit s'adreffer à
M. de la Richardie lui - même il demeure rue
S. Honoré au Mont d'or , à côté de la rue des
Poulies.
:
OCTOBRE. 1768 , 207
I V.
Le fieur Level , maître chauderonnier à Paris ,
rue des Mauvais - Garçons , Fauxbourg S. Germain
, inventeur des baignoires en fauteuil , annoncées
dans le premier volume du Mercure de
Juillet , a trouvé le moyen de faire chauffer le
bain à meilleur compte que par la flamme de
l'efprit - de - vin. Il a adapté dans l'intérieur de ces
baignoires une machine qui peut contenir un de
mi boiffeau de braife de boullanger , fuffifant
pour chauffer l'eau ; il y a des conduits pour
faire échapper à l'extérieur ou dans le tuyau
d'une cheminée les vapeurs de la braife.Cette machine
peut s'adapter féparément , ou avec cellé
où l'on brule de l'efprit-de - vin . Le fieur Level a
adopté en général une forme de construction , qu'il
peut cependant varier fuivant le local , ou la
commodité des perfonnes,
NOUVELLES POLITIQUES.
De Warfovie le 28 Août 1768.
La réduction de Cracovie , quelque importante
qu'elle foit , ne fait pas encore efpérer la fin des
troubles ; il n'y a plus de confédération confidérable
, mais il exifte de petites ligues dans la grande
& petite Pologne qui caufent de grands dégats
dans les terres de la noblefle diffidente .
Du 31 Août.
Des lettres de Conftantinople portent que la
Porte Ottomane a augmenté là paye des Jannif
faires , & qu'on a arboré un drapeau à la porte du
palais de Sa Hauteile , figne ordinaire d'une décla
ration de
guerre,
208 MERCURE DE FRANCE.
Du 7 Septembre.
Deux nouvelles confédérations viennent de fe
former à Kaven & à Wilkomir ; la premiere , fous
les ordres du maréchal Coftakowski , & la feconde
fous ceux du maréchal Epenis. Avant de fe déclarer
elles ont achetté toutes les armes à feu qui fe
trouvoient dans le grand duché de Lithuanie.
Le Roi a fait publier l'univerfal qu'il a rendu
pour la convocation de la diette ordinaire dont Sa
Majefté a indiqué l'ouverture , fuivant les dernieres
conftitutions , au 7 Novembre prochain ;
celle des diétines qui doivent la précéder eft fixée
au 27 Septembre , & celle de la diétine générale
de la Pruffe Polonoife au 10 Octobre.
De Stockholm , le 16 Septembre 1768 .
L'académie royale des fciences de cette ville a
nommé le Sr Mallec , profefleur à Upfal , & le Sr
Plauman , profeffeur à Abo , pour aller obferver
le paflage de Vénus fur le difque du foleil , & ces
deux fçavans font partis pour remplir cette commillion.
Le Sr Mallec ira dans la Laponie , au- deffus
de Torneo , où les académiciens françois fe
rendirent en 1736 , & parcourra en même- temps
les côtes du golfe de Bothnie pour en dreffer ume
carte maritime. Le Sr Plauman s'arrêtera à Cajanebourg
en Finlande , vers les confins de la Laponie
Ruffe.
=
De Vienne le 25 Septembre 1768.
Les archiducs Maximilien & Ferdinand & l'ar
chiduchefle Théreſe qui ont été inoculés le ro pas
le Sr Ingenhaufs , ' ont eu la petite vérole la plus légere
& la plus benigne , & font actuellement dans
la plus parfaite fanté. Ce fuccès a renouvellé nos
regrets fur la perte des perfonnes auguftes que
cette cruelle maladie nous a enlevées l'année der
OCTOBRE. 1768. 209
niere ; on les auroit fauvées fans doute par la pratique
falutaire de l'inoculation , dont les préjugés
de quelques médecins ont retardé l'introduction
dans cette capitale , où un grand nombre d'expériences
heureules & récentes en démontrent chaque
jour l'utilité.
De Rome , le 6 Septembre 1768.
Les milices de la Romagne fe font mises en
en marche , conformément aux ordres de fa fain
teté. On mande qu'à cette occafion les femmes
de Faenza , défolées du départ de leurs maris ,
& attribuant aux Jéfuites les troubles dont l'état
eccléfiaftiques eft affligé , s'étoient rendues en
foule au couvent de ces religieux , dans le deflein
d'y mettre le feu elles avoient même déja lan→
cé dans ce couvent , à travers les fenêtres , des matieres
enflammées ; mais l'Evêque du lieu eft venu
à bout d'appaifer leur fureur.
De Florence , le 3 Septembre 1768 .
Le grand Duc par une édit du 30 du mois
dernier , a aboli la ferme générale ; tous les re
venus à commencer du premier Janvier 1769
feront adminiftrés au nom de fon alteffe royale.
Le fénateur Serriftori , le fieur Garard des Pierets
& le fieur Simonetti font les fur -intendans
de cette nouvelle adminiſtration .
De Venife , le 12 Septembre 1768.
Le fénat vient de publier un décret qui contient
de nouveaux réglemens concernant les ordres religieux.
Il exhorte les patriarches , archevêques
& évêques à rentrer dans le libre & entier exercice
de leur puiffance fur tous les religieux de leurs
diocèfes refpectifs ; il confirme & maintient les
fupérieurs des ordies réguliers , dans l'inspection
& le gouvernement de tout ce qui appartient à
210 MERCURE DE FRANCE.
la difcipline du cloître , leur permet d'employet
les mortifications & autres peines catholiques
envers les religieux de leurs couvens , leur défend
de faire le procès d'aucun de ces religieux ,
de les mettre en prifon , de les punir corporelle
ment , & leur ordonne de recourir aux tribunaux
; ils pourront le faire en fecret . Il fixe l'â
ge où l'on pourra entrer dans les couvens , à 25
ans , & celui des voeux à 25 .
De Londres , le 9 Septembre 1768 .
Il eſt arrivé dernierement fur un des navires
de la compagnie des Indes , un Chinois qui , diton
, a fait connoître le fecrêt de la compofition
de la fabrique de la porcelaine de la Chine.
Du 16 Septembre.
On a fait embarquer à Corck , en Irlande , les
64 & 65e régimens , qui ont ordre de fe rendre
fans retard à Bofton . Quoique le gouvernement
paroiffe réfolu d'employer la force , on croit
qu'on ne fera ufage de ce moyen qu'à la derniere
extrémité,
Du 30 Septembre.
On dit que le Roi accompagnera fa majefté
Danoife , aux courfes de chevaux à Newmar
ket ; ces courfes pour lesquelles on fait les plus
grands préparatifs , commenceront le 3 du mois
prochain .
Sa Majefté a envoyé par terre & par mer des
exprès au duc de Cumberland , pour l'inviter à
repaffer inceffamment en Angleterre , & à ne pas
continuer le voyage qu'il fe propofoit de faire en
Italic.
OCTOBRE. 1768. 211
FRANCE.
De Verfailles , le 21 Septembre 1768 .
Le Sieur de Lamoignon, chancelier de France, &
le Sieur de Maupeou , vice-chancelier, ayant donné
la démiffion de leurs places , le Roi a nommé
chancelier de France & garde des fceaux le Sieur de
Maupeou , premier préfident du parlement de Paris
, qui eſt remplacé par le préſident d'Aligre.
Du 1 Octobre.
Le Roi a nommé à la place de contrôleur géné
ral de fes finances le Sieur Mainon - d'Invaux , con
feiller d'état , ci -devant intendant d'Amiens.
De Paris , le 27 Septembre 1768.
On a reçu les détails fuivans des opérations des
troupes du Roi dans l'ifle de Corfe ; le marquis
de Chauvelin ayant fait fes difpofitions pour at
taquer à la fois plufieurs poftes occupés par les
Rebelles en avant de fa communication , fit met
tre les troupes en mouvement , le 5 de ce mois , à
la pointe du jour fur trois colonnes ; leur valeur
jointe aux bonnes difpofitions , fit réuffir complettement
les différentes attaques : on s'eft emparé
, par la droite , des poftes d'Oletta & d'Ol
metta; & par la gauche , de ceux de Bibuglia &
de Fufiani. Dès le commencement de l'action , le
Sr Paoli , qui étoit à Olmetta , en fortit précipi
tamment & s'éloigna . Ces fuccès ont été ſuivis de
la loumiflion de la province du Nebbio & de la
Pieve de Cafinca , & ont déterminé les Rebelles à
abandonner les tours de Formali & de la Mortella.
L'expérience du docteur Spalanzani fur les limaçons
de terre a été repétée & vérifiée en France ;
le fieur l'Avoifier , de l'académie royale des fcienses,
a coupé la tête à un limaçon qu'il a enfuite
212 MERCURE
DE FRANCE.
gardé & obfervé très - foigneufement , & à qui il
eft revenu , au bout de quelques jours , une nouvelle
tête entierement femblable à la premiere ,
la couleur près , qui n'eſt pas de la même nuance
que le reste du corps.
Du 30 Septembre.
EXTRAIT d'une lettre écrite de Tain , dans la
Bretagne feptentrionale.
à
>
Il y a à Ammat près de Tain , une fille âgée de
24 ans qui a une fi grande averfion pour toutes
fortes d'alimens , que depuis environ deux ans
il n'a pas été poffible de lui en faire prendre ; il y
a déjà plufieurs mois qu'elle eft obligée de gar
der le lit ; elle conferve l'ufage de l'ouie , & a le
vilage coloré ; mais fes joues & tous les membres
font décharnés & retirés . Ce fait extraordinaire
qui eft connu de tous les gens du pays , a attiré
la curiofité de plufieurs étrangers qui ont voulu
en être témoins oculaires , & qui en atteſtent la
vérité.
Le
LOTERIES.
quatre- vingt-treizieme tirage de la loterie
de l'hôtel-de-ville s'eft fait le 26 Septembre. Le
lot de cinquante mille liv . eft échu au Nº. 14260 ;
celui de vingt mille livres , au N ° . 3887 , & les
deux de dix mille aux numéros 3093 & 6446.
Le tirage de la loterie de l'école royale militaire
s'eft fait le s de ce mois. Les numéros fortis
de la roue de fortune font , 9 , 80 , 84 , 74 , 85.
MORT S.
Jofeph -Nicolas Delifle , aftronome- géographe
de la marine , doyen de l'académie royale des
OCTOBRE. 1768. 213
feiences , lecteur , profeffeur & doyen des profeffeurs
royaux , membre de la fociété royale de
Londres , des académies de Berlin , Petersbourg ,
&c. eft mort à Paris , le 11 Septembre , âgé de
quatre- vint & un ans.
Marie Laurent , veuve de Pierre Laurent Ménager
, eft morte le 10 Août à Saint-Jean , dans la
terre & feigneurie de Pardaillan , diocèle de Saint-
Pons , âgée de 107 ans. Elle a confervé , juſqu'au
dernier moment de la vie , un jugement fain ; elle
n'avoit perdu aucune de fes dents , & ayant éprouvé
que fon eftomac ne pouvoit digérer la mie de
pain , elle n'en mangeoit que la croute.
Philippe -Jules - François Mazarini Mancini ,
duc de Nivernois & de Donziois , pair de France ,
grand d'Espagne de la premiere clafle , prince du
St Empire , noble Vénitien , baron Romain, gou.
verneur & lieutenant-général pour le Roi defdites
provinces de Nivernois & Donziois , ville & bailliage
, ancien reffort & enclave de Saint - Pierre- le-
Moutier, eft mort à Paris le 14 du mois de Septembre
, âgé de quatre -vingt- douze ans .
Le Sieur Lecat , écuyer , docteur en médecine
& chirurgien en chef de l'Hôtel -Dieu de Rouen ,
membre de la fociété royale de Londres , des académies
de Petersbourg , Madrid , Berlin , &c. fecrétaire
perpétuel de l'académie des fciences de
Rouen , eft mort en cette ville , le 2e du mois
dernier.
Touffaint le Maître , ancien doyen & chanoine
honoraire de l'églife cathédrale de Châlons-fur
Marne , grand- archidiacre & vicaire- général de
ce diocèle , & abbé commandataire de l'abbaye
de Touflaint , eft mort à Châlons le 18 du mois
dernier , dans la quatre-vingt-douzieme année de
fon âge,
214 MERCURE DE FRANCE.
Coursdes Effets Commerçables , le 8 Octobre.
·
о
ACTIONS des Indes . . 1190 liv . 1192 .
Promeffes à 4 pour cent.
Actions des Fermes.
Annuités.
42 P .. P.
.862.65.62 ,
308 •
Coupons.
61
Lot de la 3. Lot. Royale. 3 P.. P
4. Loterie Royale Epoq.
4. à II .
17 P.. P
go millions.
Emprunt de trente millions
fur Strasbourg..
Billet de Nouette..
Billets de la Loterie de la
Compagnie des Indes.
4° P.o. P.
41 p. p.
40.40.40P. PA
se . tirage.
Dupl. d'Ac. de la Caifle.
336
$9.60.
Les autres Effets fans prix fixe .
P
TABLE.
IECES FUGITIVES en vers & enprofe, page
Les Volcans , ode ,
Le Laurier & le Myrthe . Fable ,
AMadame la Comtefle de C ***
A Madame de **,
Le Væu & le Defir "
Juftification de M. l'abbé de l'Attaignant ,
L'entre Chien & Loup ,
ibid.
9
10
II
ibid.
19
14
A M. Favart,en lui cavoyantun livre de marbre, 16
Epigraminie ,
Le Bramin. Conte ,
Ode fur la mort de la Reine
La
Bienfailance , cantate,
Le Déjeuné troublé ,
17
ibid.
2.9
36
OCTOBRE . 1768. 215
L'invention de la flute , ftances , 52
Les trois Avis . Conte , 54
Vers à M. Gretry , 58
La Vendange $9
Vers de M. de la Faye ,
60
Les Torts de l'abſence . Conte en vers , ibid.
Explication des Enigmes , & c.
61
ibid.
ENIGMES ,
LOGOGRYPHE ,
63
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
67
Conftance de la Reine dans les difgraces , ibid.
Oraiſon funébre par M. Poncet ,
68
Autre , par M. Gacon , 72
Difcours de M. le Chev . de Solignac , 73
Autre , par M. Millot ,
75
Autre fur le luxe , 78
Zophilette . Conte mis en scènes ,
Les Filles à marier , comédie ,
84
L'Infortuné ou mémoires , &c.
86
De tout un peu , recueil de contes ,
Refultats de la liberté du comm. des grains ,
89
94
N. princip . de la langue allem . par M. Junker , 98
Nouv. méthode allemande , par M. Palmfeld , 100
Expériences fur les longitudes ,
Opufcules mathématiques ,
Ellai fur la peinture en mofaïque ,
IOF
103
105
Profp. de l'hift . de l'ordre de la Toiſon d'or , 107
P. Virgili maronis opera ,
Harangues d'Efchine & Demofthene ,
Remarques fur les obferv. d'architecture ,
109
110
1124
Mofes and Bolingbrooke , 113
Offervaz , intorno alla maladia della Rabbia , 122
Vite de Pittori Genovefi ,
Inftituzione pratica dell ' architectura
123
124
ACADÉMIES ,
Lyon ,
Besançon
125
Libid
727
216 MERCURE DE FRANCE.
Bordeaux , 132
Parme , 136
Hambourg ,
142
Ecole royale vétérinaire de Paris , 143
Académie d'écriture 148
?
SPECTACLES ,
149
Opéra ,
ibid.
Comédie françoiſe ,
151
Les Veuves Créoles , 154
ibid.
ARTS ,
ibid.
155
156
Eftampes allégoriques de l'hift de France ,
Portrait du Roi gravé en couleur ,
Portrait de François I. ,
Suite des habillemens dans le coftume d'Italie, 158
Portrait d'après Grimoux ,
159
Geograph. Cartes de Corſe , deWarſovie,&c. 160
Mufique. Concertos ,
QUESTION ,
Chinki ,
Agriculture. Premiere eſpéce du blé ,
Deftruction des fouris de la campagne ,
Fête foraine ,
Modes ou nouveautés ,
161
ibid.
162
184
188
191
192
194 Talens précoces d'un enfant ,
Anecdotes ,
Anecdote fur Galilée ,
AVIS ,
Nouvelles Politiques ,
Loteries ,
Morts ,
Cours des Effets publics ,
APPROBATION.
156
198
205
207
212
ibid.
214
J'ai lu , par ordre de Mgt le Vice -Chancelier , le 2 vol. du ΑΙ
Mercure d'Octobre 1768 , & je n'y ai rien trouvé qui puiſſe
en empêcher l'impreffion. A Paris , 14 Octobre 1768.
GUIROY .
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue des Cordeliers,
JOURNAUX & LIVRES qui fe trouvent
chez LACOMBE , Libraire , à Paris.
•
Ce Libraire fe charge d'envoyer FRANCS DE
PORT en Province les Livres , Eftampes
Mufiques , &c. aux particuliers qui lui marquent
leurs intentions, en lui faifant remettre
d'avance les fonds néceffaires en argent , ou en
effets à recevoir à Paris.
JOURNAUX ,
Pour lefquels on s'abonne , foit pour Paris , foit
pour la Province , chez LACOMBE , Libraire.
Les Soufcripteurs de Province font priés de remettre
leur argent à la Pofte , avec une Lettre
d'avis , & d'affranchir l'un & l'autre.
MERCURE DE FRANCE ; il en paroît 16 vol .
in-12 par an ; l'abonnement eft à Paris de 24 liv.
Et pour la Province, port franc par la pofte, 3 2 liv.
JOURNAL DES Sçavans , in -4° ou in- 12 , 14 vol.
à Paris .
16 liv.
Franc de port en Province. 20 1.4 f.
ANNÉE LITTERAIRE
, compofée de quarante
cahiers de trois feuilles chacun , à Paris , 24 liv.
En Province , port franc par la Pofte , 32 liv.
L'AVANTCOUREUR , feuille qui paroît le Lundi
de chaque femaine , & qui donne la notice
des nouveautés des Sciences , des Arts libéraux
& méchaniques , de l'Induftrie & de la Littérature.
L'abonnement , foit pour Paris , foit pour
la Province, port franc par la pofte, eft de 12 liv.
2
JOURNAL ECCLÉSIASTIQUE , par M. l'Abbé Di
nouart ; il en paroît 14 vol. par an . L'abonnęment
pour Paris eft de 9 liv. 16 fols.
Et pour la Province , port franc par la pofte , 141 .
EPHÉMÉRIDES DU CITOYEN , Ou Bibliothéque raifonnée
des Sciences morale & politique , in 12
12 vol. par an. L'abonnement pour Paris eft
18 liv.
Et pour la Province , port franc par la pofte , 241.
JOURNAL ENCYCLOPEDIQUE , in - 12 , compofé de
24 vol. par an , port franc par la pofte , à Paris
& en Province , 33 liv. 12 f.
JOURNAL POLITIQUE , port franc par la poſte à
Paris & en Province ,
de
LIVRES.
14 liv.
DICTIONNAIRE raifonné univerfel d'HISTOIRE
NATURELLE , par M. Valmont de Bomare , nouvelle
édition , 6 vol . in 8 ° relié ,
Et en 4 vol. in-4° relié ,
27 liv.
48 liv.
Supplément à la premiere édition du Dictionnaire
d'Hiftoire Naturelle , volume in - 8 ° .
Dictionnaire claffique de la Géographie ancienne ,
vol. in 8º, relié´s liv .
Dictionnaire de CHYMIE , par M. Macquer, 2 vol.
in 8 ° reliés ,
9 liv.
liv.
Dictionnaire portatif des ARTS ET METIERS , 2
vol. in-8° reliés ,
Dictionnaire de CHIRURGIE , 2 vol. in- 8 ° rel . 9 liv.
Dictionnaire interpréte de MATIERE MÉDICALE ,
&c. vol . in- 8 ° d'environ 900 pages relié , 5 liv.
Dict . d'ANECDOTES , de traits caractériſtiques &
finguliers , faillies , bons mots & reparties ingénieufes
, &c. I vol. in- 8° relié , 4 liv. 10 f.
Dict. des PORTRAITS HISTORIQUES , anecdotes ,
3
& traits remarquables des Hommes Illuftres ,
3 vol.in- 8 ° reli's ,
Dia . ECCLES ASTIQUE & CANONIQUE , portatif,
2 vol . in- 8° reliés ,
Is liv.
9 liv. Dict . portatif de Jurifprudence & de pratique
3 vol in 8 ° reliés , 10 liv. 10 f.
Dict. Lyrique , portatif , ou choix des plus jolies
ariettes de tous les genres , difpofées pour la
voix & les inftrumens , avec les paroles Françoifes
fous la Mufique , 2 vol . in- 8 ° , Is liv.
Dict Typographique , Hiftorique & critique des
livres rares , finguliers , eftimés & recherchés ,
avec les prix , vol . in- 8 ° reliés . 9 liv.
Dict . Hiftoriq ie , par M. l'abbé Ladvocat , 2 vol.
in-8° reliés . 10 liv. 10 f.
Dict . Géographique de Volgien , revu par M. l'abbé
Ladvocat , 2 vol . in - 8 ° , nouv . édit . 4 liv . IO
Dict . de Droit Canonique , par Durand de_Maillane
, 2 vol in 4° relés.
Dict . de Phyfique , par le Pere Paulian ,
in 4° brochés .
f.
24 liv.
3 vol.
27 liv
Dict . univerfel des foffiles propres & des foffiles
accidentels , & c. in 8 ° , par M. Bertrand , relié ,
4 1. 10 f.
Dict . Anglois & François , François & Anglois ,
in 8º elié. 10 liv.
Dict . Allemand & François , & François & Allemand
, in- 8° relié .
Idem , in 4° relié .
6 liv .
12 liv.
Dict . de Droit & de Pratiq . 2 vol . in- 4° relié 20 1 .
Avis aux Meres qui veulent nourrir leurs enfans ,
bioché.
Trois Avis au Peuple fur le blé , la
pain.
Almanach Philofophique.
Anecdotes de Medecine , in- 12 relié .
Anthropologie , 2 vol. in - 12 , broché.
I liv.
farine & le
2 liv. 12 f.
I liv. 4 f. 4f.
3 liv.
4 liv.
a ij
4
Idem in-4° broché.
Anatomie du corps humain , par M. J. Proſteval ,
in-4º relié .
Almahide , 8 vol . in- 8 ° reliés.
Le Botaniste François , 2 vol . reliés.
6 liv .
12 liv.
32 liv.
s liv. Le bon Fermier , ou l'Ami des Laboureurs , in- 12
broché.
2 liv.
1 liv. 16 f.
La bonne Fermiere , broché .
Bocace Italien , édit . de Londres , in-4°, br. 24 liv.
Bibliothéque des jeunes Négocians , par Jean
Larue , 2 vol. in -4® relié . 18 liv.
La Sainte Bible, par le Cêne, 2 vol . in fol. rel. 40 1.
Catéch. de Montpell . en lat . 6 vol . in-4", br. 48 1.
Celiane , ou les Amans féduits par leur vertu
in- 12 , broché. I liv. Iof,
Le Citoyen défintéreffé , 2 vol . in - 8 ° , br . 4 1. 10 f.
Commentaire des Aphorifmes de Médecine d'Herman
Boerhave , par Wans Wieten en François
, 2 vol. in - 12 , brochés 4 liv.
Conférence de Bornier , 2 vol . in- 4º, reliés. 24 1 .
Controverfe fur la Religion Chrétienne & celle des
Mahometans , in- 12 , 1767. broché. 1 1. 16 f.
Le Docteur Panfophe, ou Lettre de M. de Voltaire
à M. Hume , in- 12 , broché. 12 1.
Les DELASSEMENS CHAMPÊTRES , 2 vol. in- 12
brochés. 4 liv.
Difputationes ad morborum hiftoriam & curationem
, &c. Albertus Hallerus , 6 vol . in-4º,
reliés .
60 liv.
Difputationes
Chirurgica
felecta , Albertus Hal- lerus, vol . in - 4°, reliés.
so liv.
Difpenfatorium
Pharmaceuticum
, in-4º, 2 vol . brockés.
24 liv. Differtation
fur la Littérature , 4 vol . in- 8 ° . 6 liv. Elémens de Pharmacie
théorique
& pratique
, par
M. Beaumé , Maître Apothicaire
de Paris , 1 vol . in 8 °, grand papier, avec fig. relié, 6 liv.
Examen des faits qui fervent de fondement à la
Religion Chrétienne , 3 vol . in - 12 , par M. l'abbé
François , reliés . 7 liv. 10 f
Effai fur les erreurs & fuperftitions anciennes &
modernes, nouvelle édition , augmentée , 1767 ,
grand in- 8°, relié .
Elémens de Philofophie rurale , broché . 2 liv.
Effais fur l'Art de la Guerre , avec cartes & planches
, par M. le Comte de Turpin , 2 vol . in 4",
s liv.
24 liv
brochés .
Expofe fuccinct de la conteftation de M. Rouffeau
avec M. Hume , in-12 , broché. 241.
Effaifur l'Hift . des Belles - Lettres, 4 vol . rel . 12 liv .
Entretien d'une Ame pénitente , in- 12 broché . 2 liv .
Les Elémens de la Médecine pratique , par M.
Bouillet , in-4°, relié.
7 liv.
Elém . de Métaph . facrée & profane , in-8 ° br. 3 1 .
Hiftoire naturelle de l'Homme dans l'état de maladie
, in- 8 ° , 2 vol. reliés. 9 liv.
Hift. des progrès de l'efprit humain dans les Sciences
exactes , & dans les Arts qui en dépendent ,
&c. par M. Savérien , grand in- 8 ° relié. s liv.
Hift. de Chrifline, Reine de Suéde , in - 12 , relié.
2 liv. 10 f.
Hift. de la Prédication , 1 vol . in- 12 , rel . 2 l. 10 f.
Hift. des Empereurs , 12 vol . reliés in - 12 , 36 liv.
Hift, du bas Empire , 10 vol . reliés. 30 liv.
Hift. Ecclef. deRacine , 15 vol . in- 12 , relié . 48 liv.
in-4°, 13 vol.
130 liv.
Hift. de France de Vely , 18 vol . reliés , in - 12 .
54 liv.
36 liv.
Hift. moderne , 12 vol . reliés , in- 12 .
Hift . de Lucie Weller , 2 vol . in- 12 , broché . 4 liv į
Hift. des Révolutions de Florence lous les Médicis ,
7 liv . 10 f. vol. in- 12 reliés.
Hift . de l'Afrique ( nouvelle ) Françoiſe , 2 vol .
in-12 , reliés . 6 liv.
1
Hift. de l'Empire Ottoman , in-4° , relié. 9 liv.
Hift . des Navigations aux Terres Auftrales , 2 vol.
in-4°, reliés. 24 liv.
Hift . Navale d'Angleterre, 3 vol . in- 4°, rel . 27liv.
Mélanges intéreffans & curieux , contenant l'Hiftoire
naturelle , morale , civile & politique de
l'Afie , de l'Afrique & des Terres Polaires , par
M. Rouflelot de Surgy , 1766 , 10 vol . in -12 ,
reliés. 25 liv.
Mém.de Mlle de Valcourt , 2 vol . broc. 2 liv. 8 f.
Médecine rurale & pratique , rel in- 12 , 21 of.
Henri IV, ou la Réduction de Paris , Poëme en
trois Actes . I liv . 4 f.
Manuel de Chimie , par M. Beaumé , nouvelle
édition augmentée , in- 12 , relié. 2 liv . 1of.
Manuel Lexique , par M. l'abbé Prevôt , 2 vol.
in-8°, 9 liv.
Manuel Harmonique , &c. par M. Dubreuil ,Maître
de Clavecin , in 8º , 1767 , broché . 1 liv . 16 f.
Mémoires Militaires , & Voyages du Pere de Singlande
, 2 vol. in 12 , 1766 , broc. 2 l. 101.
Mémoiresfurl'Adminiftration des Finances d'Angleterre
, in 4 ° , broché.
reliés.
6 liv.
Maladies des Gens de mer , par M. Poiffonnier ,
in- 8°, relié.
Monades de 1 éibnitz , in 4° , broché.
Mémoire fur le Safran , in 8º , broché.
s liv.
9 liv .
I liv . 4 f.
9 fols.
Notesfur la Lettre de M. de Voltaire , br.
Euvres Dramatiques, avec des obfervations , par
M. Marin , in 8º, broché. 2 liv.
Octave ou le jeune Pompée , ou le Triumvirat ,
avec des notes & des inorceaux Hiftoriques ,
1 vol. in- 8°, broché. 1 liv. 16 f.
Les Euvres de Rouffeau , in - 12 , petit format ,
S
vol . reliés . Io liv .
Les OEuvres de M. d'Héricourt , 4 vol. in-4º ,
7
reliés.
40 liv.
Obfervations fur la mouture des bleds , & fur leur
produit.
La Poétique de M. de Voltaire , 2
grand in 8 , relié.
Penfees & Réflexions morales , nouv
& augmentée , broché.
,
10 f.
part . en un
s liv.
édit . revue
I liv. 10 f.
12 f
Polypes d'eau douce , ou Lettre de M. Romé de
l'fle a M. Bertrand , & c . broché.
La Paffion de Notre Seigneur Jefus-Chrift , mile
en vers & en dialogues , in- 8 °, bioché. 12 f.
Richardet , Poëme héroï comique , en 12 chants ,
dans le goût de l'Ariofte , I vol . grand in- 8°,
relié.
sliv.
La Sageffe
de Charron
, 2 vol . in- 12 broché
3 1.
Les
Scythes
, Tragédie
de M. de Voltaire
, nouv
.
édition
, in-8", broché
.
11. 10f
Syphilis
, ou le mal
vénérien
, Poëme
Latin
de
Jerome
Fracaftor
, avec
la traduction
en François
& des notes
, 1 vol
in 8 ° , broché
. 1 1. 10f
La Sechia
Rapita
, 2 vol. in- 8 ° 1eliés
.
36 liv.
Table
des monnoies
courantes
dans
les quatre
parties
du monde
, brochés
.
Traité de toutes les coliques , in - 12
broché.
11.46.
31767
I liv. 10
Traité des principaux objets de Médecine , 2 vol.
in 12 , reliés.
Théorie du plaifir , 1 vol . broché.
I
Trané des Jacinthes , broché.
Traité des Tulipes , broché
Traité des Renoncules , broché.
s liv.
I liv. 16f
1 liv. 4 C
1 liv. 10f
2 liv.
Recueil de divers Traités fur l'Hiftoire Naturelle
de la Terre & des Foffiles , in 4º, broché. 9 liv.
Virgile d'Annibal Carro , 2 vol . in- 8 ° , reliés. 36 Į.
OUVRAGES fous preſſe & qui doivent paroître
incelamment.
Hiftoire du Patriotifme François , ou nouvelle
Hiftoire de France dans laquelle on s'eft
principalement attaché à décrire les traits de
patriotifine qui ont illuftré nos Rois , la Nobleffe
& le Peuple François , depuis l'origine
de la Monarchie , jufqu'à nos jours , 6 vol
in -12.
Variétés Littéraires , ou choix de morceaux intéreflaus
& curieux , concernant les Sciences ,
les Arts & la Littérature , 4 vol. in- 12.
Dictionnaire de l'Elocution Françoife , contenant
les regles & les exemples de la Grammaire , de
l'Eloquence & de la Poéfie , 2 vol . in-89.
Hiftoire Littéraire des Femmes Françoiſes , contenant
une analyfe raiſonnée de leurs ouvrages ,
&c. f vol. grand in- 8 °.
Hiftoire des Théâtres de la Comédie Italienne &
de l'Opéra-comique , depuis leur établitlement
en France jufqu'à nos jours , avec l'analyſe
raifonnée , & l'Hiftoire anecdotique de ces
Théâtres , vol. in- 12 .
Les Nuits Parifiennes , ou Recueil de traits finguliers
, d'anecdotes , de penſées , &c . 2 vol.
in-8°.
Les deux âges du Goût & du Génie , ou les efforts
& les progrès du goût & du génie dans
les Sciences , les Arts & la Littérature , fous
de Louis XIV & de Louis XV , vol. les
regnes
grand in- 8°.
Nouvelles recherches fur les êtres microscopiques ,
& fur la génération des corps organifés , vot.
grand in-8°, avec figures.
DE FRANCE,
DÉDIÉ
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
OCTOBRE 1768.
SECOND VOLUME.
Mobilitate viget. VIRGILE.
A
PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire , Rue
Chriftine , près la rue Dauphine.
Avec Approbation & Privilége du Roi,
AVERTISSEMENT.
1
L'EXERCICE EXERCICE du privilége du Mercure ayant été
tranfporté par brevet au Sr LACOMBE , Libraire ;
c'eft à lui feul que l'on prie d'adreffer, francs de
port , les paquets & lettres , ainfi que les livres ,
les eftampes , fes piéces de vers ou de profe , les
annonces , avis , obfervations , anecdotes , événemens
finguliers , remarques fur les fciences & arts
libéraux & méchaniques , & généralement tout ce
qui peut inſtruire ou amuſer le lecteur.
Ce Journal davant être
principalement l'ouvrage
en général des amateurs des lettres & de ceux qui
les cultivent , fans être l'ouvrage d'aucun en particulier
, ils font tous invités à y concourir : on recevra
avec reconnoiffance ce qu'ils enverront au Libraire
on les nommera quand ils voudront bien
le permettre : & leurs travaux , utiles au fuccès &
à la réputation du Journal , deviendront même un
titre de préférence pour obtenir des récompenfes
fur les produits du Mercure.
Leprix de chaque volume eft de 36fols , mais
l'on ne payera d'avance , en s'abonnant , que 24 liv.
pourfeize volumes , à raifon de 30 fols piece.
Les perfonnes de province auxquelles on enverra
le Mercure par la pofte ,
payeront , pour feize
volumes , 32 livres d'avance en
s'abonnant , &
elles les
recevront francs de port.
A ij
Celles qui auront d'autres voies que la poke
pour lefaire venir , & qui prendront les frais du
port fur leur compte , ne payeront , comme à
Paris , qu'à raifon de 30 fols par volume , c'eftà-
dire , 24 livres d'avance , en s'abonnant pour
feize volumes.
Les perfonnes & les Libraires des provinces qu
des pays étrangers , qui voudront faire venir le
Mercure, écriront directement aufieur Lacombe.
- Onfupplie les habitans des provinces d'envoyer
par la pofte , en payant le droit , le prix de leur
abonnement , & d'ordonner que lepayement enfoit
fait d'avance au Bureau,
Les paquets qui ne feront pas affranchis refteront
au rebut.
On prie les perfonnes qui envoient des livres ,
eftampes & mufique à annoncer , d'en marquer le
prix.
MERCURE
DE FRANCE.
OCTOBRE 1768 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSÉ.
LES Volcans. Ode. *
ECLAIRE , échauffe mon génie ,
Mufe de la terre & des cieux :
Conduis-moi , fublime Uranie
Vers ces abîmes pleins de feux ,
De l'enfer foupiraux horribles ,
*Cette ode a été compofée pour l'académie de
Marſeille qui avoit propofé ce fujet ; mais étant
arrivée quelques jours trop tard , elle n'a pu être
admife au concours.
Aiij
MERCURE DE FRANCE.
Arfenaux profonds & terribles
? Où , dans un chaos éternel ,
Des élemens la fourde guerre
Forme , allume , lance un tonnerre
Plus affreux que celui du ciel .
Quels torrens épais de fumée
La terre ouverte fous mes pas
Vomit une cendre enflammée ;
L'antre mugit.... Dieux , quels éclats
Des roches dans l'air élancées --
Retombent , roulent difperfées .
Je m'arrête glacé d'effroi ;
Un fleuve de feux , de bitume
Couvre d'une bouillante écume
Leurs débris pouflés jufqu'à mor
Monts altiers , voifins des orages ,
Qui recelez dans votre fein
Les fleuves , enfans des nuages
Et les rendez au genre humain ,
C'eſt dans vos cavernes profondes
Que, du feu , de l'air & des ondes ,
Fermente la fédition.
Au fond de cet abîme immenſe
Je vois la nature en filence
Méditer fa deftruction.
L'esclave qui brife la pierre
Et qui cherche l'or dans vos flanes ,
MA
OCTOBRE . 1768 .
Sent les fondemens de la terre
S'ébranler fous fes pas tremblans
Il palpite , écoute , friffonne : ...
Mais le trépas en vain l'étonne
La ranime fes fens :
rage
$
Il pardonne au fléau terrible o di
Qui va , fous un débris horrible LO
Ecrafer fes cruels tyrans.
ODieu ! quelle audace intrépide !
L'antre pouffe un refte de feux :
Uue foule imprudente , avide ,
Accourt d'un pas impétueux.
Voyez-les d'une main tremblante ,
Sous une lave encor fumante ,
Chercher ces métaux déteſtés ;
Et fur le falpêtre & le foufre
Des ruines mêmes du gouffre ,
Bâtir de fuperbes cités.
Mortel qui , du fort en colere.
Gémis d'épuifer tous les coups ,
Sans doute le ciel moins févere
Pouvoit te voir d'un oeil plus doux.
Mais de la nature en furie
Tu furpaffes la barbarie ;
De tes maux déplorable auteur
C'eft ta rage qui les confomme ;
Et l'homine eft à jamais pour l'homme
Le fléau le plus deftructeur.
A iv
MERCURE DE FRANCE.
1
1
Quand ce globe a craint fa ruine ;
Quand des feux voifins des enfers
Grondoient de Lisbonne à la Chine
Et foulevoient le fein des mers ;
Les affaffinats de la guerre
Défoloient , faccageoient la terre ;
Vous enfanglantiez des volcans ,
Et vous égorgiez vos victimes
Sur les bords fumans des abîmes
Qui vous engloutifloient vivans:
Eh quoi ! tandis que je friffonne ,
Vous alluméz pour les combats
Ces volcans , effroi de Bellone ,
Ces foudres cachés fous fes pas!
Contre la terre conſternée ,
Quand la nature cft déchaînée
Vous l'imitez dans fes horreurs
Et le plus affreux phénomêne ,
Dont frémiffe la race humaine ,
Sert de modèle à vos fureurs !
Que ne puis-je , arbitre des ambres
Forçant les porres du trépas ,
Evoquer des royaumes fombres
Tous les morts de tous les climats !
A chacun d'eux , fi j'ofois dire :
Un Dieu t'ordonne de m'inftruire
Qui t'a conduit au noir féjour 2
OCTOBRE. 1768 .
Prefque tous, homme impitoyable !
Ils répondroient , c'eft mon femblable
Dont la main m'a privé du jour.
Ah! jettez ces coupables armes ,
De vous-même prenez pitié ;
Connoiflez , éprouvez les charmes
De l'amour & de l'amitié ;
Que la force, que la puillance ,
Nobles foutiens de l'innocence,
Ne fervent plus à l'opprimer.
Ecartez la guerre inhumaine ,
Et.ne vouez plus à la haine
Le moment de vivre & d'aimer.
Par M. Champfort.
LE Laurier & le Myrthe. Fable . A Sa
Majefté le roi de Pruffe.
ENTRE le myrthe & le laurier
Survint un jour une querelle ;
Le laurier débutant fur un tón de guerrier :
Ofes-tu bien , dit- il , arbrifleau de ruelle *
Venir ici te comparer à moi ?
Apprend que je fuis fait pour te donner la lof ;
Que le laurier jouit d'une gloire immortelle ,
Qu'il couronne le front du fier dieu des combats;
Et moi celui de l'Amour , de la mere ,
Interrompit le myrthe avec colere ,
Av
fo MERCURE DE FRANCE.
Ils valent bien le dieu que fuit le noir trépas.
Un mot , ami , te fera taire ,
Pourfuit le laurier arrogant ,
Je fuischéri de ce roi triomphant ja
Qui , de l'Europe entiere , enleveles hommages...
Je n'ai jamais orné , répond l'arbre amoureux ,
Le front de ce heros fameux , an LI
Mais je couronne fes ouvragesi alap
A Madame la comteffe de C. qui m'avoit
demandé ma généalogie, Par M. le M.
D. V.
ANS le monde on cherche à paroître ,
Ou par le rang ou par l'efprit ;
L'un & l'autre éleve notre être ,
Le fort , en vous , les réunit.
*
Que votre juftice aprécie
Ce que je fuis , ce que je vaux
Si nos rangs ne font point égaux ,
Ce n'eft pas ce qui m'humilie.
Sur ce point , foit dit entre nous
Mon amour- propre fe repoſe ,
On peut être au-deffous de vous ,
Et pourtant être quelque chofe.
Brillante de traits ingénus,
Aimable , fenfible & fidéle ,
OCTOBRE. 1769. 1
Sans prétendre égaler Vénus ,
Une nymphe peut être belle.
A Madame de
qui m'avoit prié
de lui donner un portier.
UN honnête & loyal portier
Vous offre un fervice fidéle.
Je vous réponds qu'il a du zèle
Et les talens de fon métier.
Pour tout fâcheux , dur & fevére ,
Sa porte ne fçait point s'ouvrir :
Il ne l'ouvre qu'au doux plaifir ,
Aux jeux , à l'Amour , à leur mere.
Caché dans leur troupe légere ,
Je pourrois entrer avec eux.
12
Pour moi , plus doux & moins auftere ,
Bafile fermeroit les yeux.
Il faut des amis en tous lieux ;
Un , à la porte , eft néceffaire :
Celui- ci me convient au mieux ,
Feroit-il auffi votre affaire?!
Par le mème.
Le Vau & le Defir. A Madame de
Ja dès long- temps , ont mon ame liée
A
Doar & you , tous les deux, tour- tour ,
A vj
42
MERCURE
DE
FRANCE
Inceffament occupent ma penſée :
C'est mon plaifir , & le fera tout jour.
Quant eft du væu , c'eft celui- là tant doux
De vous aimer, mais d'amitié bien tendre
Et le defir eft d'être aimé de vous :
Que file fuis , veuillez , à mes jaloux ,
Souvent le dire & me laiffer l'entendre.
Par le même.
JUSTIFICATION de M. l'abbé de l'Attaignant
à Mde la Marquife de G***
Sur l'AIR De tous lès. Capucins du monde.
CHAQUE auteura fon héroïne ,
Celle d'Ovidé fut Corine,
G *** n'a pas moins d'attraits
< "C'eft- elle qui monte ma lyre ,
Et dans tous les vers que je fais
C'eft- elle feulé qui m'infpire.
:
Sipar fois Thémire ou Lifette
Veut de moi vers ou chanfonnette ,
Ou que je falle fon portrait ,
J'en fais d'abord le parallele
Et pour peu qu'elle en ait un trait ,
Je l'arrange fur mon modele.
* G *** , en elle raſſemble
Tout ce qu'ont les autres enfemble
OCTOBRE. 1768. 17
De vertus , d'appas , de beautés :
C'eft la Vénus de Praxitelle ;
Il avoit pris de tous côtés
Tout ce qu'on admiroit en elle.
Sije veux peindre la fageffe
Unic avec la gentillefle ,
G *** m'en fournit les traits
S'il faut rendre d'une fyrene
La tendre voix & les attraits
Je ne célébre que la fienne
.
On dit donc à tort que ma mufe,
Quand elle la chante , l'abuſe ,
Et lui donne du réchauffé :
C'est pour les autres au contraire
Qui , de moi , n'ont pas triomphé
Que je la pille pour leur plaire.
Dans chaque beauté que j'ai peinte
Elle peut reclamer fans crainte
Tous les charmes par- tout épars ,
L'efprit , la taille , le vifage ,
Son fouris , fes tendres regards ,
Pour y retrouver fon image.
14 MERCURE DE FRANCE.
L'ENTRE CHIEN & LOUP.
ENFIN le jour baifle
L'aftre qui nous luit
Après lui ne laiffe
Qu'un éclat qui fuit.
Clartés paflageres ,
De brillans éclairs ,
Des vapeurs légeres
Enflamment les airs.
Le dieu que je fers
Fait de nos fougeres ,
Sous ces berceaux verds
Le lit des bergeres.
L'ombre le répand ,
L'Amour moins timide
Livre , en foupirant ,
A ma main avide
Ces biens précieux ,
Ces charmes fans nombre
Que la nuit plus fombre
Refufe à nos yeux.
Moment favorable !
Couché fur les fleurs ,
Un objet aimable
N'a plus de rigueurs.
Mais déjà tout céde
OCTOBRE. 1768. IS.
Au plus doux repos
A de longs travaux
Le fommeil fuccéde ;
Et volage encor→ 1 .
Dans les bras de Flore
Attendant l'Auvórej
Zéphire, s'endort.
Sommeil favorable !
Ton charme agréable
Diffipe nos maux..
Autour des pavots
Les fonges voltigent :
Des fonges menteurs
Les folles erreurs
Confolent , affligent ,
Raffurent nos coeurs.
Le berger fommeille
Gardant fon troupeau :
Le plaifir feul veille . !
Près de ce ruiffeau.
Bientôt le filence ,
Enfant de la Nuits
Dans ces bois devance
L'Amour qui les fuit ;
Plus loin le Myftere ,
Puiffant féducteur ,
Raffure & fait taire
L'auftere Pudeur .
Youlant le défendre,
16 MERCURE DE FRANCE.
Philis va le rendre
Au preffant defir,
Déjà le plaisir
Fléchit la cruelle ,
Badine autour d'elle ,
N'attend qu'un foupir.
Que le Jour fe leve ,
Témoin de nos feux ;
Pour combler mes voeux ,
Douce nuit acheve
De me rendre heureux.
Par M. G. de M.
A M. FAV ART , en lui envoyant un
livre de marbre.
Jato Ja t'offi t'offre un livre auffi froid que pefanty
Tel oeuvre eft peu rare à préfent :
Son poids garantira des larcins de Borée ,
Les fruits de ta muſe adorée , R
Et je ne ferois point furpris :
Qu'il s'échauffât du feu de tes écrits .
Guerin de Fremicourt.
OCTOBRE. 1768. 17
EPIGRAMME , imitée de l'Anglois
de Prior. La double Crainte.
TRISTEMENT étendu fur le litde la mort ,
Butler , à ſoixante ans , va donc remplir fon fort !
Fanni , la jeune épouſe , eft là toute penfive,
Et du pauvre Butler rend la douleur plas vive :
Mais différens motifs les font tous deux fouffrir ;
Et voici , franchement , quelle idée eft la mienne :
Du mal qui le pourfuit , Butler craint de mourir ,
Et Fanni craint qu'il n'en revienne.
Par M. Gaudet.
UN
LE BRAMIN. Conte.
N Bramin devant fon idole lui faifoit
un jour cette priere : « Tu m'as donné la
»fcience , tu m'as donné la fagelle & le
» bien qu'on trouve à l'aimer . Mais fuf-
» fit- il d'être heureux pour foi ? Peut- on
» même fe croire tel au monde quand il
» eft des infortunés ? Ne nous devonsnous
point des fecours mutuels , &
» l'homme n'est - il pas né pour effuyer
» les pleurs de l'homme ? O divin Para-
» bram ! toi qui lis dans le coeur de ton
18 MERCURE DE FRANCE.
斗
"
$5
fidèle miniftre , & qui connois le zèle
» dont tu l'enflammes , il eft , fans doute,
marqué dans tes décrets qu'une fi noble
» ardeur ne fçauroit demeurer oifive ;
opére donc en fa faveur les merveilles
que j'ai droit d'attendre pour l'inftruetion
, la gloire & la félicité de mes
» femblables.»
Dans la ferveur de fon oraiſon , le Bra
min crut que , par un figne , l'idole approuvoit
fa demande & l'inftruifoit de fa
volonté. Dès ce moment il fe mit à crier
dans les temples & les places publiques :
O vous tous , qui que vous foyez , qui
confumez vos jours dans les regrets , venez
à moi ; Parabram m'a choifi pour
éclairer vos coeurs & pour les confoler.
Le premier qui fe préſenta fut un Raja
de Vilapour , que les révolutions avoient
chaffé du trône. J'ai perdu, lui dit- il , tous
les plus grands biens de la vie. J'avois un
favori dont on me fépare ; j'avois une
maîtreffe qui m'eft enlevée , j'étois monarque
& ne le fuis plùs ; donnez - moi
des confolations. Le Bramin lui prouvoit
qu'un favori n'eft rien quand on n'a
plus de fceptre , qu'une maîtreffe voit
tout dans l'éclat de la pourpre , & qu'un
trône à ce prix ne vaut pas la peine d'être
regretté. Mais vous êtes plus que rot ,
1
OCTOBRE. 1768. 19
continua-t-il , vous perdez une couronne
& trouvez un ami fincere . Epanchez votre
ame dans la fienne. Oubliez près de
lui que vous eures des courtifannes , des
efclaves & des Alatteurs. Sacrifiez au vrai
repos les chimeres de l'opinion . Comprez
votre bonheur du moment où vous me
voyez . Paifons le charme de la vie dans
la vertu qui nous doit unir. Ne refpirons
que pour Parabram , & ne ceffons de lui
rendre graces .
L'homme eft flexible dans le malheur
& fe prête aifément aux confolations
qu'on lui donne. Le Raja ſe diſoit tout
bas : Béni foit le moment qui m'a fait
trouver ce Bramin ! Le Bramin , content
de lui- même , fe glorifioit dans l'oeuvre
de fon zèle , & béniffoit les fruits de fa
morale.
›
Une femme éplorée vint un jour à lui .
Son vifage trempé de larmes annonçoit
la plus vive douleur. Vous voyez , ditelle
, la fameufe Olinde , dont tant de
bouches ont célébré les charmes. Tour
reffentoit l'empire de ma beauté. Un regard
fuffifoit pour m'affervir les coeurs .
Faite pour plaire aux maîtres du monde ,
je dédaignai les conquêtes communes .
Bientôt les fceptres furent à mes pieds ;
20 MERCURE DE FRANCE.
je devins fouveraine de ceux qui les por
toient. L'art ne me coûtoit rien pour les
enchaîner à la fois . Ma vanité fe complaifoit
dans le nombre de mes triomphes
, & la tendreffe de mes esclaves
m'étoit bien moins fenfible que le plaifir
de regner fur eux . Nous pouvons jouir
quelque temps du fuccès de nos artifices ;
nos agrémens les autorifent & cachent
facilement nos torts aux regards de ceux
qui nous aiment . Mais l'inftant vient où
livreffe des ames fe diffipe , où le dégoût
éteint la flamme & fuccéde à l'adoration .
J'en fis l'épreuve humiliante . J'eus des
rivales & des rivales heureuſes. Je mis
en vain tout en ufage pour regagner les
coeurs que je perdois. L'hommage d'un
feul me reftoit encore , l'amour - propre
& le dépit me confeillerent de m'en conrenter.
On croit aifément ce qui Alatte .
Mon dernier amant s'applaudit du parti
qu'il me voyoit prendre , & regarda comme
une préférence la néceffité qui m'y
réduifoit. Cet amant fi facile étoit Raja
de Vifapour. Son amour plus ardent ne
donna point de bornes à fes complaifances.
J'eus lieu d'être flattée de l'enchantement
où je le retenois. Mais le bonheur
fait des jaloux, Ma beauté devint funefte
OCTOBRE. 1768. 21
à celui qui l'idolâtroit. Un rival dange
reux qu'elle lui fufcita le contraignit de
łui céder le trône , & me força d'écouter
fes voeux. C'eft une folie de vouloir lut
ter contre la fortune. Je me refignai , fans
combattre , aux caprices des événemens.
Mais voilà qu'une nouvelle amante
éblouit les yeux de mon raviffeur. Le
cruel me dédaigne & me facrifie fans pitié
mes pleurs en ont coulé de rage. Le
défefpoir égaroit ma raifon. Je fus tentée
d'abord de me venger dans le fang du
perfide . Toutefois mes tranfports s'épuiferent
en menaces vaines. Dévorée par la
honte , & confumée par la douleur , je
n'emporte en fuyant que les regrets où je
m'abandonne , & je viens chercher des
confolations .
:
C'eft Parabram , s'écrioit le Bramin ;
c'eft Parabram qui vous appelle. Il a permis
l'orage qui vous conduit au port ; il
veut lui- même effuyer vos larmes . Il eſt
jaloux de vos foupirs & des hommages
de votre beauté, L'encens des hommes
étoit au - deffous d'elle . Lui feul mérite
de fixer le vôtre . Venez dans fon temple
où fa voix vous guide. Il eft temps qu'il
obrienne ce qu'il vous demande. Il eft
temps qu'il jouiffe du prix de fes bienMERCURE
DE FRANCE
faits , & que les charmes dont vous brillez
immortalifent fon triomphe dans le
plus beau de fes ouvrages. Ainfi l'adroit
confolateur , en donnant le change aux
defits , intéreſſoit le penchant d'Olinde
& ménageoit avec art un aliment à fa
tendreffe.
La belle Olinde , courbée devant l'idole
, montroit en l'adorant combien fon
coeur avoit befoin, d'aimer ; tandis que le
Bramin difoit : après cette victoire je ne
vois plus rien d'impoffible. Parabram ne
dément point mon attente , & c'est de
moi fans doute que dépend le bonheur du
monde.
Un homme l'aborda quelque temps
après. Son front humilié faifoit pour lui
l'aveu de fes difgraces. J'étois , dit- il , un
favori de roi , autrefois comblé d'honneurs
, de richelles & de voluptés. Maintenant
rejeté dans la foule ; en butte aux
dérifions de ceux qui me fêtoient ; trahi
par ceux que j'obligeal , traînant mes
jours dans la détreffe en mangeant mon
pain dans les larmes. On juge qu'en cet
état l'homme a befoin de confolations ;
le Bramin charitable ne les épargnoit pas.
Ses fuccès redoubloient fon zèle , & je
confirmoient de plus en plus dans l'idée
OCTOBRE. 1768. 23
favorable qu'il avoit conçue de luimême.
1
Un auteur manquoit pour couronner
l'oeuvre. Il ne tarda point à s'offrir. Mipiftre
de Parabram , toi , dit - il , dont
chacun revere la fcience , la fageffe &
l'humanité , parmi ceux qui t'implorent
nul n'eſt plus digne que moi de ta com
paffion. Tu vois un favori des mufes
que
fes meres abandonnent à fon mauvais
deftin . Ma carriere fut femée de quelques
jours heureux ; j'ai vu mes talens accueillis
faire tous les plaifirs d'une cour brillante.
Ma complaifance n'eut point de
bornes , & fe plioit à tous les goûts . J'étois
l'oracle des toilettes ; l'Apollon des
petits myfteres , & le chanfonnier des
feftins. Je foudroyois mes concurrens dès
qu'ils avoient l'audace d'entrer en lice ,
& le tribunal des beautés ne décidoit jamais
qu'en ma faveur. Mais un revers
priva du trône le monarque qui me protégeoit
; adieu crédit , louanges , mérite ,
honneur , fortune ; je perdis tout en le perdant.
L'ufurpateur m'oppofa des rivaux' ;
je combattis contre eux avec les traits de
la fatyre. Je donnai des ridicules ; je prodiguai
les bons mots , les couplets ; les
épigrammes. Je ne trouvai plus de rieurs,
fus contraint de quitter la place. Anéan
24
MERCURE
DE FRANCE
.
ti fous le coup qui m'aſſomme , je me
cherche en vain depuis ce moment. L'aviliflement
, l'opprobre , la difette m'ont
enlevé le peu d'efprit que j'avois. Sans
idée , fans courage , fans émulation , fans
efpoir ; dégoûté , rebuté de mon exiftence
, je végéte triftement dans les langueurs
de la mélancolie & je te demande
des confolations .
O Parabram ! s'écria le Bramin tour
émerveillé , tu paffes les efpérances de ton
ferviteur; tu m'accordes cent fois plus que
je ne demandois ! Puis , embraffant l'auteur
avec tranfport , c'eſt à préfent , ditil
, que vos talens trop méconnus vont
briller dans tout leur éclat. Les caprices
d'un vulgaire profane n'auront fervi qu'à
les rendre illuftres . Vous regnerez , mon
frere , fur tous vos concurrens , comme
un palmier s'éleve au- deffus des rofeaux
timides. Il manquoit à mes triomphes un
organe qui les célébrât ; ma renommée
confirmera la vôtre , & ma gloire vous
répond de l'immortalité.
Eft ce donc là votre fage , diront quelques
cenfeurs ? Quoi ! ce devot Bramin ,
fi plein de zèle & de charité , vous en
faites un mondain fuperbe , un coeur ivre
de faufle gloire , qui n'a de vertus que
par faſte , & qui ne ſemble agir que pour
vivre
OCTOBRE. 1763.
25
.
vivre dans l'efprit des hommes. Eh!
Meffieurs , il eft ici tant de gens modeftes
; c'eſt une eſpèce de fages fi commune
parmi nous ! Voudriez-vous qu'ils fuffent
par-tout les mêmes , & que j'euffe peint un
fage des Indes comme un fage de notre
pays ?
Quoiqu'il en fait le Bramin joyeux
détailloit déjà fes heureux travaux . Il ranimoit
du feu de fes recits la muſe expirante
de l'auteur. Ne voyant rien de
mieux à faire , pour le confoler, que de
vaincre les fcrupules d'une humilité trop
rigide & de s'offrir lui - même gratuitement
pour le héros d'un poëme épique .
Mais qui peut compter fur nos coeurs &
fur la durée de nos fentimens ? Tandis
que le Bramin raconte fes merveilles , &
redonne l'effor à ſa verve , le Raja paroît
devant eux , fuivi d'Olinde & du favori.
Bon-homme , dit - il au Bramin , la fortune
a changé de face ; je n'ai plus à répandre
que des pleurs d'allégreffe. Plaifirs
, grandeurs , amour , tout me rappelle
à mon premier fort , & me rend à la fois ,
mon fceptre , mon favori , ma maîtreſſe
& mon poëte même , s'écria - t-il , en montrant
l'auteur qui , l'ayant reconnu d'abord
, fe précipitoit au - devant de lui .
II. Vol.
B
26 MERCURE DE FRANCE .
Malheureux ! difoit le Bramin , quelle
erreur vous égare tous ? Que faites - vous?
Où courez -vous ? Qu'efpérez - vous ? Quel
fera le prix de mes foins ? Quel eft le
fruit de vos malheurs , fi l'expérience du
paffé ne vous fait trembler pour l'avenir ?
Qu'est- ce que l'empire du monde & tous
fes biens fragiles , près du repos que vous
quittez ? Eft il d'autre bonheur que celui
qu'il vous préfentoit ? Ingrate ! feroit - ce
en vain que Parabram..... Il parloit
encore , & le Raja & fa fuite étoient déjà
bien loin. Celui- ci difoit : courons regner
avec ce que j'aime. Renaiffons , difoit
l'autre , pour l'amour & pour les grandeurs.
Le favori ne fonge qu'à venger fes
outrages , & le poëte femble avoir des
aîles pour aller au plus vite humilier fes
rivaux .
Le Bramin , plein de douleur , de dépit
& de confufion , erroit loin de la ville
fans fçavoir où porter fes pas. Il s'arrêta
fur le bord d'un ruiffeau , & fe mit à verfer
des larmes . Un vieillard , près de- là
contemploit , d'un front ferein , les beautés
naiffantes du printems. Il chantoit le
bonheur des hommes & les bienfaits de
l'Etre fuprême. Il fut interrompu par les
gémiffemens du Bramin . Qu'avez - vous ,
mon frere , lui dit- il d'une voix douce &
OCTOBRE . 1768. 27
+
confolante ? Tout eft perdu , répondit
le Bramin ; tout eft perverti ; tout eft corrompu
fans retour. Un défordre effroya-"
ble étouffe dans tous les coeurs le germe
des vertus. Ce n'eft plus fur la terre qu'orgueil,
ingratitude , menfonge , hypocrifie...
A ces mots , redoublant fes pleurs,
il lui fit part du fujet de fon affliction.
N'eft -ce que cela , dit le vieillard ?
Voyez ce peu de fange que cette onde
emporte dans fon cours , fon criſtal en
eft-il moins pur ? Quelques légers nuages
effacent- ils l'azur des cieux ? Quelques
ronces parmi les fleurs rendent elles leur
éclat moins beau ? Les maux divers que
l'on déplore nous privent - ils de tous les
biens ? Et n'eft - il point de vertus parce
qu'il eft des erreurs au monde ? J'eus autrefois
, comme vous , la manie de prêcher
les hommes . J'imaginai que la nature
m'avoit formé pour les inftruire
je criai contre leurs abus ; je m'acharnai
contre leurs vices ; j'enfantai de gros livres
pour leur prouver qu'ils étoient audeffous
des bêtes ; je me frayai des routes
loin des fentiers battus ; j'eus des opinions
& des fyftêmes à moi . Qu'arriva-t il
de mes déclamations ? Ma franchife plût
à quelques- uns , d'autres y découvrirent.
les prétentions que je déguifois. Tous fe
Bij
18 MERCURE DE FRANCE.
réunirent de concert pour admirer le moraliſte
, en ſe riant du myfantrope. O mon
frere ! reconnoiffez l'homme ; fi pour goûter
le fruit de vos leçons , un monarque
eut quitté le trône ; une amante , les VOC
luptés ; un favori , les honneurs ; un poëte
, les éloges & les diſtinctions , vous au
riez lieu d'applaudir à votre morale & de
pouvoir compter fur fes prodiges ; mais
les difgraces font recourir à vous. Le deftin
change & l'on vous laiffe, Que la paix
de votre ame n'en foit point altérée ,
Qu'une douce commifération vous apprenne
à plaindre nos foibleffes fans chercher
à les condamner. Mortels , fupportez
vos femblables : quelques chimeres qui
les flattent ; quelques fonges qui les abufent
, c'est trop préfumer de foi - même
que de prétendre à les détromper. A l'abri
de leurs illufions , jouiffez des biens
qu'ils ignorent. Béniffez l'auteur de leur
être & confolez- vous dans votre fageffe ,
Le vieillard finit de parler & continua de
chanter fon hymne .
Le Bramin , convaincu des preftiges de
fon zèle & de la fauffeté de fon opinion ,
courut abjurer devant fon idole la vanité
qui l'avoit féduit . L'indulgence étouffa
fes plaintes , & , fans rien reprocher aux
hommes , il fe contenta de prier pour eux,
!
OCTOBRE. 1768. 19
ODE fur la Mort de la Reine , lue à
l'affemblée publique de la fociété royale
des fçiences & belles-lettres de Nancy ,
le 25 Août.
LONGTEM ONGTEMPS fur ce palais dans un fombre nuage
Il a grondé ce coup qui fond avec l'orage.
Quel lugubre tableau !
La foudre eft en ces lieux le flambeau qui m'éclaire
;
J'y vois changer la pourpre en voile mortuaire,
Et le trône en tombeau .
Quels longs gémiflemens à travers les ténébres !..
Qui languit , au milieu de ces regrets funébres ,
Sur ce lit de douleurs ?
Reine augufte eft-ce toi , mere , épouſe adorée ,
Qu'entourent ton époux , ta famille éplorée ?
Ils t'embraflent , tu meurs !
Tu meurs ! ... Durant neuf mois tout l'état en
alarmes ,
Aux pieds de nos autels tant de voeux & de lermes
N'ont pu changer ſon fort.
Notre amour, tes vertus n'ont pu fermer ta tombe.
Rang , mérite , pouvoir , majefté , tout fuccombe
Sous la faulx de la Mort.
B iij
30 MERCURE DE FRANCE
Sur ta famille entiere épuilant fa furie
N'avoit- elle donc pas à ton ame fiétrie
Affez porté de coups ?
N'étoit-ce pas aflez , qu'aveugle en fa colere
En deux ans à ton fils elle eut rejoint ton pere ,
1. L'époufe à fon époux ?
Faut- il ! ... Mais de nos jours quand l'Arbitre
ſuprême
Nous la ravit , d'un Dieu qui nous punit & l'aime
Adorons l'équité.
Pour hâter fon bonheur il abrege fa vie ,
Et d'un féjour de mort l'appelle à la patrie
De l'immortalité.
Qui pourroit y compter tous fes droits légitimes ?
Treize luftres entiers dont cent vertus fublimes
Signalerent le cours ;
Cette ame , d'un Dieu bon la plus touchante image
Dont , le bien qu'elle fait, les maux qu'elle foulage
Ont rempli tous les jours ;
Au creufet des revers épurant fon enfance ,
Le ciel la vit des moeurs y puiſer l'innocence ,
Le mépris des grandeurs .
Un pere fugitif, une mere éperdue ,
Témoins de fes progrès , conſolés à fa vue
Oublioient leurs malheurs.
1
Ils la voyoient fans cefle au printems de ſon âge
OCTOBRE. 1768. 31
Joindre aux traits les plus doux , aux graces, fon
partage ,
Les vertus , les talens.
Satisfaite des dons que lui fit la nature
,
Ils ne la virent point dans l'art & la parure
Chercher des agrémens.
Heureux tous deux par elle , en leur paisible afyle
Ils formoient de concert cette fille docile ,
Seul refte de leur fang :
Quand le plus grand des rois touché de fon mérite
,
Pour prix de fes vertus , & des fiennes , l'invite
A partager fon rang.
Epoufe de Louis , douce , tendre & fidéle ,
Pour la France & fon Roi dès lors pleine de zèle ,
Modele de fa cour ;
A l'hommage , aux reſpects rendus à fa couronne ,'
Des peuples elle vit s'unir pour fa perfonne
Et l'eftime & l'amour.
Tu connus tout le prix de ce tréfor infigne ,
Monarque digne d'elle ; elle te parut digne
De tes voeux , de ton coeur.
En rejettons nombreux leur union féconde
Diffipant notre effroi , de la France & du monde
Aflura le bonheur,
Sous la pourpre des Rois , fimple , affable & ma
deſte ,
Le poifon des flatteurs , de cette ame céleſte
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
1
Ne put ternir l'éclat .
Toujours les feuls objets de fa tendreffe extrême,
De fesfoins , de les voeux furent l'Etrefuptême ,
Sa famille & l'état.
Dans cette région de projets & d'intrigues ,
Son nom dans les complots , les cabales, lesbrigues
Ne fut jamais cité.
C'eft parmi les enfans , qu'il faut , ou dans un
temple
La chercher , des devoirs leur y donnant l'exemple
Qu'ils ont tous imité.
Par l'orgueil ou le vice en tant de coeurs éteinte ,
Tu cherchois tes enfans , ô Religion fainte,
Et ne les trouvois plus !
Viens dans lacour des Rois , & fous le diadême ,
Yoir une Reine offrir , dans leur éclat fuprême ,
Ton culte & tes vertus.
O vous qui gémillez , ſon trône eft votre aſyle¸
Au pauvre , àl'opprimé l'accès en eft facile ;
Tous partagent les foins.
Par fes immenfes dons verfés fur l'indigence ,
Elle- même on la vit fouvent , dans l'abondance,
Connoître des befoins.
Quelprix dans fes bienfaits ! Son coeur fenfible &
tendre
Semble avec ſes tréſors lui- même ſe répandre
Dans le fein du malheur.
1
OCTOBRE. 33 1768 .
Ses graces ,fon accueil font bénir fon empire ,
Sa famille , la cour , près d'elle tout refpire
La paix & le bonheur.
Telle, près d'un grand Roi fon pere & fon modele,
Les Lorrains comme en lui , voyant s'unir en elle
Au pouvoir la bonté ;
Saifis à fon aſpect de la plus douce ivrefle
La virent , avec lui , partager fa tendreffe
De fon peuple enchanté. (1 )
O jours chers à fon coeur ! ô momens pleins de
charmes !
Ah ! faut-il que fi-tôt de mortelles alarmes
En troublent la douceur ;
Que la mortde fon fils,d'un fils la vertu même, (z)
Livre , avec tout l'état , une mere qui l'aime
En proie à la douleur ?
A peine elle rouvroit les yeux à la lumiere ,
Bientôt quel coup fatal ! STANISLAS ! ... Quoi ,
fon pere !
Ce monarque adoré!
It périt !... ( 3 ) Ah ! comment. La pitié , la
nature ,
*
( 1 )Voyage de la Reine à Commercy , en Septembre
1765.
( 2 ) Mort du Dauphin , au mois de Décembre
fuivant.
(3 ) Mort du Roi de Pologne , en Février 1766.
Ry
34
MERCURE DE FRANCE.
Son amour , tout s'unit pour aigrir la bleſſure
De fon coeur déchiré.
O Reine , tu cédois à des coups fi funeftes ;
Ces malheurs de tes jours empoifonnant les reftes,
Précipitoient leur fin , ( 1 )
Quand de tous les François & les voeux & les
larmes.
Semblerent de la mort avoir brifé les armes ,
Et fléchi le deftin.
Mais dans ton fein , hélas ! la douleur obſtinée ,
Ofille trop fenfible ! ômere infortunée !
Renaît à chaque inftant :
Elle defléche en toi les fources de la vie ,
Et pourtant le trépas , dans ton ame attendrie ,
En hâte le moment. '
LOUIS tendre, empreffé, partage en vain la peine ;
Vers toi fon coeur en vain fans ceffe le ramene ,
Ses foins font fuperflus.
Si fon amour, les voeux n'ont pû toucher la Parque ,
Ils ont prouvé du moins & le coeur du monarque ,
O Reine , & tes vertus .
Tu meurs ! .. Ah ! dans fon deuil profond & légitime
,
Quel fublime motif le confole & l'anime ?
(1 ) Maladie dangereufe de la Reine peu de mois
après.
i
OCTOBRE. 1768. 135
C'eft ce prix immortel ,
Qu'à l'épouse fidéle , à la mere attentive ,
A l'ame la plus pure , à la foi la plus vive ,
A réfervé le ciel . ( 1 )
Là , du fein de ton Dieu , jouiflant de lui -même ,
Reine , en faveur d'un Roi qui te regrette & t'aime
Signale ton pouvoir !
Qu'ilfoit long- temps encor l'appui de l'innocence,
Le foutien des autels ; du monde & de la France
Et l'amour & l'espoir.
Veille du haut des cieux fur ta famille auguſte ,
Sur ces princes chéris , cette race du juſte ,
Ton fils & notre amour :
Demande , obtiens pour eux , avec lui réunie ,
Qu'ils vivent pour combler les voeux de la patrie
Et nous le rendre un jour.
(1) La vive douleur que je reffens de la mort de
la Reine mon époufe ne peut être foulagée que par
la ferme efpérance dans laquelle je fuis que la
Providence a voulu couronner la haute vertu & la
conftante piété qui ont accompagné toutes les actions
de fa vie. Lettre du Roi aux évêques de
fon royaume , pour faire ordonner des prieres pour
la Reine.
B vj
36 MERCURE
DE FRANCE
.
LA BIENFAISANCE ;
Pour être mife en mufique.
A Madame la C. de T. , pour le jour de
La fête.
I.
FILLE du Dieu de l'univers ,
Qu'en tous les climats on adere ,
Bienfaifance , daignez favoriler mes vers
Ce n'eft point pour vos dons divers,
Pour vousfeule je vous implore.
II.
La nature.ordonne
Que le verger donne
Des fleurs au printems ,
Des fruits en automne.;
Mais à tous . inftans ,
Les coeurs bienfaifans.
De Flore & Pomone
Joignent les préfèns..
I II.
La déeffe , autrefois , dans le coeur des mortel's
Avoit placé fon temple, & leurs voeux folemnek
Etoiege toujours fuivis de fes regards propices.
OCTOBRE . 1768 .
37
> Nous l'avons exilée , en brifant fes autels
Par nos forfaits & par nos vices,
Devons-nous murmurer des rebuts éternels.
De nos indignes facrifices.
I V.
Avez- vous àjamais abandonné la terre
Dont vous faifiez les plus beaux jours ?
O Déeffe , quittez le ſéjour du tonnerre
Et volez à notre ſecours.
V.
Soyez fenfible à nos malheurs,
Ils reclament votre préfence.
Nous fouffrons trop de votre abfence ,
Voyez nos befoins & nos pleurs.
Anos
lamentables accens
Daignez vous rendre favorable
Vous n'êtes pas inexorable
A la voix de maux fi prellans..
V I.
Sur l'aile d'un zéphir lá déeſſe revole
Vers le peuple empreffé dont elle entend les cris.
Mais , ô Dieux quel fuccès ! lui dit le fil; d'Eole ;
Julqu'ici rien ne nous confole
Des travaux par nous entrepris.
A d'outrageans refus par- tout on vous immole :
38 MERCURE
DE FRANCE
.
Tout coeur eft barbare ou frivole ,
Vous ne trouvez donc point d'amis ?
VII.
Jupiter irrité , d'un accueil fi perfide ;
Menace , tonne , éclate & fon bras intrépide
Va punir , des méchans les mépris & les voeux ?
Tout tremble. La déeffe , en ces inftans affreux,
Se montre ce qu'elle eft , pardonne fon offenfe ,
Fléchit le Roi des dieux , défarme ſa vengeance
Conçoit l'efpoir flatteur d'adoucir le deſtin
En prenant un nouveau chemin.
VIII.
Habitans fortunés des rives de la Seine ,
Vous , dontj'ai tant de fois prévenu les fouhaits ;
Je n'efpére qu'en vous , faites ceffer ma peine ,
Donnez - moi quelqu'accès dans vos vaftes palais .
Je n'y ternirai point l'éclat de votre gloire ,
J'illuftre les héros , les grands & la grandeur,
Ma main grave les noms au temple de mémoire ,
Ilfaut vivre avec moi pour fentir le bonheur.
I X.
On aime la Bienfaiſance
Pour fes dons & fes faveurs
Mais fon augufte prélence
A peu d'attraits pour les coeurs
On la dédaigne , on l'évite ,
OCTOBRE. 1768. 39
Par-tout elie eft éconduite ;
Par- tout on craint fes leçons
Plus fûres & plus fertiles ,
Plus nobles & plus utiles
Que fes faveurs & fes dons;
X.
Puifqu'on ne trouve ici que des coeurs odieux ,
Partons , dit la déeffe & retournons aux cieux:
A ces mots , elle entend une voix qui l'appelle.
Elle approche , elle voit une aimable mortelle
Qui l'engage à fuivre fes pas .
Vous voyez ce féjour , dit- elle ,
Je l'ai conftruit pour vous , ne me refuſez pas 3
Faites-en votre temple & que j'en fois prêtreffe ,
C'est le feul bien qui m'intéreſle
De vous fervir jufqu'au trépas .
Non, vous ne mourrez pas , répond la Bienfaid
fance ,
Je vous éleve au rang de l'immortalité.
Je le puis , ce haut rang , vous l'avez mérité j
Je le dois à vos foins , à ma reconnoiſſance.
Vivons , regnons d'intelligence
Pour le bien de l'humanité.
40
MERCURE
DE FRANCE
LE DÉJEUNE TROUBLE.
T
MADAME JAQUINET , jeune encore &
de complexion amoureuſe , n'avoit jamais
i bien fenti les ennuis du veuvage
que depuis qu'elle avoit vu le bel Ifidore;
feul il pouvoit les adoucir , & il ne s'en
appercevoit point. La tendre veuve éprouvoit
le plus étrange embarras ; il lui falloit
abfolument un époux ; l'amour en
avoit fait le choix ; l'honneur de fa famille
le combattoit ; lui pardonneroit-on
de fe méfallier ? Elle étoit marchande
fripiere , & l'objet de ſes voeux n'étoït
qu'un garçon cordonnier qui travailloit
dans la boutique de fon pere. Sa fupériotité
dans fa profeffion , & plus que tout
de
cela peut- être une figure intéreffante ,
grands yeux noirs l'avoient mis à la mode
les Dames ne vouloient plus être
ei
chauffées que par lui. Cette célébrité défoloit
Madame Jaquinet ; après bien des
réflexions , elle crur avoir enfin trouvé le
*moyen d'accorder l'honneur avec l'amour;
elle fongea à élever fon amant à un état
qui le rapprochât du fien ; il falloit lui
déclarer les vues , obtenir fon aveu ; elle
OCTOBRE . 1768. 45
l'invita pour cet effet à déjeuner avec
elle.
Cette partie ne put être fecréte ; Ma
dame Sechard furnommée , à caufe de fa
mauvaiſe langue , le Tocquefin de fon
quartier, parente de Madame Jaquinet &
fauffe devote , en fut informée ; elle en
vit les préparatifs ; ils lui firent regretter
de n'y être point admife ; piquée de cette
exclufion , elle foupçonna du myftere.
Pour l'éclaircir elle féduifit la fervante de
fa coufine , fe fit donner la clef d'un cabinet
dont la porte vîtrée donnoit dans la
falle à manger ; elle s'y pofta , curieufe de
tout voir & de tout entendre , & réfolue
de gronder quoiqu'il arrivât ; car le rendez-
vous pouvoit avoir des conféquences
, & s'il n'en avoit pas on s'étoit expofé
; elle attendit long- temps. Ifidore
parut enfin l'impatiente veuve le gronda
amicalement de venir fi tard ; elle le fit
affeoir vis -à- vis d'elle.
La rable étoit fi étroite , que les genoux
fe touchoient. Ifidore s'éloignoit
par égard ; Madame Jaquinet le faifoit
rapprocher par politeffe . Les premiers
momens furent confacrés à un combat de
foins & d'attentions , qui ne laiffoient pas
de fatiguer Ifidore. On couvrait fon al42
MERCURE DE FRANCE.
fiete , on lui choififfoit les morceaux les
plus délicats , on le preffoit de boire , on
l'invitoit à fe livrer à la joie , on le follicitoit
à parler avec confiance ; fur - tour
l'on mangeoit & on le regardoit avec un
appétit dévorant. Cependant , comme
tout cela ne paffoit pas jufqu'à un certain
point les bornes que la vieille Toquefin
avoit prefcrites dans fon idée , elle
commençoit à craindre de ne recueillir
aucun fruit de fa curiofité quoiqu'elle
eût plié plus d'une fois les épaules des
noms mignards que fa coufine donnoit au
jeune homme , le cas ne lui paroiffoit pas
alfez grave pour faire un éclat. Elle attendoit
que les chofes vinffent au pire ,
afin de la couvrir de honte avec plus de
fuccès. Mais le coeur de Madame Jaquinet
, enflammé par la fenfuelle fermenta
tion du déjeûner , par la préſence de fon
amant , fit éclatter fon ardeur , de maniere
à entretenir l'attente de la fauffe dévote.
Elle prit l'air contraint d'Ifidore
pour de la timidité ; & croyant le mettre
à fon aife par de petites familiarités , elle
fe leva , palla derriere fa chaife , lui couvrit
les yeux de l'une de fes mains , lui
donna à deviner fi c'étoit la droite ou la
gauche , le menaça d'une pénitence s'il
OCTOBRE. 1768. 43
ne rencontroit pas jufte . Il devina mal ,
elle lui ordonna de baiſer le parquet de
la cheminée , ou telle autre chofe qu'il
lui plairoit. Madame Séchard frémit
d'indignation , elle trembla pour le choix
que le jeune homme alloit faire . Il la tira
de fon fouci , en accompliſlant ponctuellement
la peine impofée , fans uſer de
l'infidieuſe liberté qu'on lui avoit donnée.
La veuve fe mit à rire aux éclats ,
fans en être plus contente intérieurement.
Quelle nigauderie ! dit - elle , de
baifer du bois ; il valoit mieux baiſer
mon oreiller , il auroit été plus tendre.
-Je n'aurois pas ofé prendre cette liberté
, répondit Ifidore un peu déconcerté
par les ris immodérés de Madame Jaquinet
, qu'elle continua en fe raffeyant . Elle
approcha fa chaife avec tant de vivacité,
qu'il fe leva avec précipitation , & s'éloigna
, corame s'il eût été queftion d'éviter
un précipice . Son filence , fa rougeur
& fon air embarraffé , loin d'exciter
la confufion de la veuve , furent interprétés
conformément à fes difpofitions.
-Où allez vous donc , lui dit- elle ? Eftce
que vous avez peur de me gêner ?
comme le proverbe dit , je ne fuis pas fi
44 MERCURE DE FRANCE
diable que je fuis noire ; nous fommes
voifins , devons - nous chercher tant de
cérémonies enfemble . Affurément
Madame : & le refpect qui eft dû à votre
fexe ? -Oh ! le fefque n'y fait rien . Tenez
, Monfieur Ifidore , vous êtes bien
poli , mais vous êtes trop façonnier ; allons
, mettez vous- là... Eh bien , faut-il
Vous y apporter ! Je vais m'y placer ,
Madame , puifque vous le voulez. Lá
donc , voilà qui eſt bien ; çà trinquons ,
cela vous mettra en gaïté.... A votre
fanté , à la fanté de tout ce qui vous fait
plaifir . Je vous fuis très-obligé . -De
rien ; Monfieur Ifidore : vous me remercierez
l'an prochain à pâques. Je bois à
vos plaifirs ; qu'est- ce qui vous en fait le
plus ? Pour moi je n'en ai jamais tant que
quand je vous vois. Vous êtes bien
honnête. -Dame ! fije fuis honnête ! on
ne peut me reprocher gros comme un
grain de millet fur mon honneur ; & fi
je fonge à vous , ce n'eft que pour le bon
fujet. Vous me faites beaucoup de graces
; mais -Mais ! je fçais bien ce que
vous voulez dire : on peut fe fréquenter
en attendant , fe voir , s'amufer , rire , çà
eft permis quand on a envie de faire une
-
-
OCTOBRE . 1768 . 45
: bonne fin il faut fe divertir quand on
eft jeune , çà ne fait tort à perfonne ....
pas vrai , mon petit chat ? ajouta t - elle en
le mignardant par de petits foufflets ....
Cette careffe , toute innocente qu'elle pas
roiffoit à la veuve , bouleverfa le fang à
Madame Sechard : elle craignit , & efpéra
Piffue que fon efprit de charité lui avoit
fait préfumer.
J'ai beau vous parler , reprit Madame
Jaquinet , en lançant des regards intelligibles
pour tout autre que le modefte &
indifférent ifidore ; vous êtes férieux comme
un enterrement. Je ne fuis pas comme
çà , moi ; je fuis tout coeur quand j'aime
les gens . Je le fçais , Madame, & toutes
les preuves d'amitié que vous avez
données à ma mere. Votre mere ! c'eft
une brave femme ; mais , entre vous &
moi , je ne l'aime que parce qu'elle vous a
fait. Qu'elle est heureufe d'avoir un beau
garçon comme vous , fi fage ! Vous ferez
un bon mari : tenez , je crois qu'une fem
me feroit en paradis avec vous .... Vous
êtes fi doux , fi bon . Vous êtes trop
obligeante , & je ne mérite pas...-Oh !
je ne dis pas le quart de ce que je penſe...
Mais à propos de çà , nous ne faifons
rien... Un petit verre de ce ratafiat à la
46
MERCURE DE FRANCE.
---
fleur d'orange c'eft moi qui l'ai fait .
-Dès qu'il eft ainfi , je ne vous refuferai
pas. Bon , velà comme j'aime qu'on
aille à la franquette. Ah- çà puifque nous
fommes en train , je veux d'abord vous,
dire quelque chofe qui vous touche : enfuite
pour ce qui eft à l'égard de mont
endroit , nous en dirons un petit mot.
-Auriez - vous quelque affaire où je puffe
vous être utile ? -Dame ! j'ai de bons
defleins pour vous ; mais il faut fçavoir,
avant tout , fi vous ferez ce que je veux .
-De quoi s'agit-il ? -D'un bel emploi:
à la barriere de la Courtille : vous l'aurez
de hier en huit ; & la perfonne qui vous
le fait avoir m'a promis de vous avancer:
c'est le protecteur de ma famille. Il a
marié ma mere , il m'a marié avec le pau ,
vre défunt ; & fi Dieu lui prête vie &
fanté , il pourroit faire ma feconde nôce :
& puis fi nous avions une fille , que fçaiton
, il pourroit bien encore lui chercher
un bon parti . Voyez- vous , Monfieur Ifidore
, il fait bon être protégé par des
hommes riches , çà fait que toutes les filles
d'une pauvre famille ne restent jamais .
à marier. Par ainfi je veux me conferver
l'amitié de M. Fonclout ; n'ai- je pas raifon
? Madame , c'eft fuivant vos vues :
(
OCTOBRE. 1768 . 47
quant à moi je vous rends mille graces
de l'intérêt que vous prenez à ma fortune;
mais je ne puis profiter de vos offres :
j'affligerois mon pere de prendre un autre
état que le fien. Votre pere radote avec
fon vilain métier. Eft - ce que vous êtes
fait cà? Votre mere ne s'en eft pas
pour
cachée avec moi : elle ne demande pas
mieux que vous faffiez votre chemin. Il
faut fonger pour foi ; vous êtes pour plus
long- temps dans ce monde , que M. Godin
; & fi vous voulez faire un mariage
un peu comme il faut... Je fuis
trop
jeune pour y penfer. Qu'appellez - vous
trop jeune ? Je vous dis que vous êtes
dans le bon âge. M. Jaquinet , Dieu
veuille avoir fon ame ! il n'avoit que dixfept
ans quand je l'ai époufé , & vous
avez bientôt quatorze mois de plus : vous
êtes grand , bien fait , vous vous portez
comme le Pont- Neuf, vous avez l'air fort;
effayez voir de me porter , je verrai bien
fi vous êtes auffi robufte que le pauvre
défunt.
L'impudente , l'effrontée ! fe difoit tout
bas la fauffe dévote ; à quel deffein veutelle
fe faire porter? Ah Dieu ! à quelle tentation
elle expofe fon aimable innocence !
il fera plus que Jofeph , s'il lui réfifte ; c'eſt
un faint !
48 MERCURE
DE
FRANCE
.
Ifidore embarraffé & confus de l'extravagante
idée de Madame Jaquinet , demeuroit
immobile à fa place , ne pouvant
fe réfoudre à fe charger d'un fardeau qui
ne lui fembloit rien moins que précieux :
il n'ofoit lever les yeux fur elle. Ah ! vous
ne voulez pas , dit-elle en riant à gorge
déployée ; vous avez peur de me laiffer
tomber eh bien , buvons du parfait
amour , cela vous donnera des forces; &
puis n'en parlons plus , fi vous ne vous en
fouciez pas . Je crains les liqueurs , je
ne puis en boire, -Tant pis , c'eft comme
une jeune fille. Mais puifque vous
me refufez tout , il faut que vous me promettiez
d'exercer l'emploi que je vous ai
obtenu . Je ne puis m'engager fans le
confentement de mon pere , -Voulezvous
que je lui en parle ? Comme il
vous plaira ; Velà qui eſt bien , j'ai votre
parole , çà fuffit... Allons , une pêche à
l'eau-de- vie dans ma cuillere.
Ifidore alloit jetter de l'eau fur fa euillere.
Que faites - vous donc ? laiffezçà
; n'ai - je pas raifon de dire que
Vous êtes un révérencieux . Allons
avallez -moi cela . Il m'eft impoffible ;
j'ai beaucoup mangé , je vous en remercie.
OCTOBRE. 1768. 49
cie. Je veux que vous en preniez la
moitié, & moi l'autre. --Vous n'auriez pas
bonne opinion , de ma politeffe , fi vous
penfiez que je fille une chofe comme celle
-là . Toujours des complimens : vous
nefaites argent de rien... Mais à -propos,
je ne vous ai pas vu toucher à ces paftilles
: c'eft un préfent de M. Fonclout : elles
font ambrées , ça vous laiffe un goût
à la bouche , ah dame ! ça vous embaume....
Et pour convaincre Ifidore , elle
approcha fon vifage du fien fort près ,
afin de ne lui laiffer aucun doute fur l'excellence
du parfum qu'elle vantoit . Ifdore
paroifoit ému , & cependant détournoit
la tête ; mais la veuve le pourfuivoit
en riant , & de fi près , que Madame
Sechard friffonna de tout fon corps;
fes levres pâlirent , & tremblerent avec
des mouvemens convulfifs ; toutes fes arteres
battoient ; les mufcies de fon cou
étoient dans une tenfion effrayante ; elle
n'étoit foutenue en ce moment que fur
l'extrêmité du pied ; tout fon corps étoit
penché & allongé du côté ou fe paffoit la
fcène que fes yeux dévoroient.
•
Cependant Ifidore fe leva ; il marcha
d'un pas languiffant & incertain du côté
de la porte. Ah ! je refpire , dit intérieurement
la béate. Je me trouve mal;
II. Vol. C
So
MERCURE DE FRANCE.
où allez-vous , dit d'un ton de voix foible
Madame Jaquinet , fans cependant
changer de couleur : tenez , voilà ma clef,
cherchez dans cette petite armoire de
l'eau- de- vie , il n'y a que ça qui me foulage.
Ifidore lui donna ce qu'elle demandoit
; il lui propofa d'aller appeller fa
mere ou la fervante. Elle prétendit qu'il
falloit bien s'en garder ; qu'elle pourroit
fe trouver plus mal , pendant qu'elle feroit
feule. Il fe raffit fort éloigné d'elle .
L'impatience la gagna : elle fit plufieurs
tours dans la chambre ; & chemin faiſant,
elle dénoua les rubans de fon corfet qui
lui étreignoit l'eftomac , fiége du mal. Le
défordre n'étoit point apparent , fon manteau
le cachoit ; ainfi le chafte lecteur ,
non plus que la dévote , ne doit point s'en
fcandalifer ; & fans doute qu'on n'auroit
rien eu à reprocher à la veuve fur la décence
de fon habillement , fi la violence
du mal qui la tourmentoit n'eût épuisé fes
forces. Elles l'étoient au point , que fi par
un bonheur inoui elle n'eût rencontré les
genoux d'Ifidore pour la foûtenir , elle eût
peut-être fait une chûte mortelle. Je me
meurs , dit-elle , en paſſant ſa main machinalement
autour de fon cou , & laiffant
tomber la tête fur fon épaule, de façonqu'un
homme plus expérimenté qu'Ifidore , auOCTOBRE
. 1768. St
roit pûcroire qu'elle fe trouvoitréellement
mal. Il voulut parler , il ne put articuler
deux mots de fuite ; ce qui communiqua
une commotion ſi brûlante à Madame Sechard
, l'indigna tellement contre tour ce
qu'elle voyoit , qu'elle abandonna ſon pofte.
Elle parut aux amans comme une furie
menaçante , envoyée par le ciel en courroux
pour les couvrir d'opprobre , & les punic
du délire où ils alloient peut- être tomber.
Cettefcène naïve eft tirée du roman d'AGATHE
& ISIDORE ; par Madame BENOIT
; & c'eft le meilleur extrait que nous
puiffions donnerpourfaire connoîtrefa maniere
&fon talent en ce genre. Ce ròman ſe
trouve à Paris , chez Durand , rue Saint-
Jacques.
L'Invention de la Flute. Stances .
SUR les bords d'une fontaine
Le dieu Pan cherchoit Syrinx.
Elle rioit de fa peine ;
3
Mais fon attente étoit vaine :
L'amour a des yeux de Linx
Pour fuir la flamme indocile
Du dieu qu'elle aime à ſon tour ,
La nymphe , d'un pas agile ,
Gij
52
MERCURE
DE FRANCE
.
Se gliffe & cherche un aſyle.
En eft-il contre l'amour ?
Où fe cacher? Le temps preffe:
Tout eft à craindre en ce lieu.
Sa rougeur & fa foibleſſe
Vont feconder fa tendreſſe.
L'amant qu'elle aime eſt un dieu .
Des rofeaux fur fon paſſage
Se penchent pour la couvrir.
Mais leur inconftant ombrage
De fa foibleffe eft l'image.
Pourront-ils la fecourir ?
Le dieu près de la fontaine
Ne voit point cette beauté :
Mais il entend fon haleine.
On la retient avec peine ,
Quand le coeur eft agité.
Par quelle étrange aventure
Syrinx trompant fon effort ,
Change foudain de figure ?
C'eft un rofeau qui murmare ,
Sans doute , contre le fort.
Le dieu que l'amour inſpire ,
S'en empare avec courroux ;
Et pour charmer fon martyre
Veut l'obliger à redire
Ce qu'a fait le ciel jaloux.
OCTOBRE. 1768 . 53
Sur cette écorce vivante
Ses doigts vont cherchant fon coeur :
Et fa bouche plus brûlante ,
Sur celle de fon amante
Pourfuit une douce erreur.
La nymphe n'eft point farouche t
Elle répond par ſa voix.
Au doux fouffle de fa bouche ;
S'anime , lorfqu'il la touche ,
Et foupire fous fes doigts.
Sur le rofeau qu'il embraſſe
Ses baifers forment un jour ;
Ses doigs y laiflent leur place ;
Et la flûte nous retrace
Ce miracle de l'amour.
LES TROIS AVIS. Conte.
PLUS
LUS l'arbre a duré , plus il a jetté de
profondes
racines , & plus difficilement
il tombe fur la terre ; c'eft ainfi que dans
l'homme
l'amour de la vie croît avec les
années ; c'est au bout de fa carriere qu'il
fe montre avec plus de force ; les peines
qui l'environnent
, les maladies
qui l'accablent
, fes fouffrances
journalieres
, rien
ne peut le réfoudre à fa fin. De tout temps
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
on a fait cette obfervation ; elle est encore
confirmée par ce conte.
Dobfon alloit s'unir à Sufanne ; le jour
de fon bonheur étoit arrivé ; ſa paſſion
lui faifoit attendre avec impatience la
nuit qui devoit le fuivre ; l'hymen , nouveau
pour lui , avoit toute la vivacité ,
tous les charmes de l'amour. Il touchoit
enfin au moment que fon imagination
lui peignoit avec tant d'agrémens ; le lit
nuptial étoit dreffé ; on y conduifoit fon
époufe ; il attendoit dans un appartement
voifin le fignal qu'on devoit lui donner ;
la mort vint l'y trouver & lui dit , en le
regardant d'un air grave , car elle n'en a
jamais d'autre : Il faut quitter vos plaifirs
& me fuivre. Vous fuivre , s'écria- t - il !
Abandonner ma chere Sufanne ! A mon
âge , & dans cet inftant ! Je n'y fuis point
préparé ; un foin plus flatteur & plus doux
occupe mon ame ; voici la nuit de mon
mariage , vous le fçavez .
Je n'ai point entendu ce qu'il ajouta ;
les motifs de fa réfiftance ne pouvoient
être plus juftes ; il fupplia la Mort de le
laiffer vivre encore un peu . Celle- ci jetta
fur lui un regard terrible , & le radouciffant
bientôt , adieu , lui dit - elle , je veux
bien ne pas troubler tes plaifirs ; pour la
premiere fois je confens à relâcher ma
OCTOBRE . 1768. .55
proye , afin qu'on ne m'accufe plus de
cruauté ; comme on le fait ordinairement,
& rarement avec juftice. Pour te laiffer
le temps de te préparer à me fuivre , je te
donnerai trois avis fucceffifs qui t'annonceront
que tu dois defcendre au tombeau.
Je t'accorde du relâche jufqu'à ce que tu
aies reçu le dernier. J'efpére que tu n'auras
rien à repliquer quand je reviendrai ,
& qu'il te plaira de quitter le monde .
Dobfon n'avoit point à fe plaindre de
ces conditions ; il s'y foumit volontiers ;
& tous deux fe féparerent fatisfaits l'un
de l'autre. Je ne m'arrêterai pas fur ce qui
arriva à Dobſon , fur la durée de la vie ,
fur l'emploi qu'il en fit. Le plaifir ne tarda
pas à lui faire oublier la mort ; il négocia
, il achetta , il paya ; fes amis ne furent
point faux , fon époufe ne fut point
grondeufe ; il gagna beaucoup , eut peu
d'enfans , vieillit fans s'en appercevoir ,
& ne fongea jamais au trépas comme prochain.
Pendant que fes biens augmentoient
, qu'il fe preffoit de jouit des jours
qui lui étoient accordés , le Temps qui
n'épargne aucuns mortels , dont le cours
eft fi lent pour les uns , fi rapide pour les
autres , le conduifit à fa quatre-vingtdixième
année .
Un foir Dobſon étoit ſeul , & méditoit
Civ
56 MERCURE DE FRANCE .
profondément ; le Spectre qu'il avoit déjà
vu une fois fe préfente devant lui , à demi-
mort de furpriſe & d'effroi , il s'écrie :
Quoi , fi - tôt de retour ! fi - tôt , reprit la
mort ! En vérité , mon ami , tu veux plaifanter
; il s'eft écoulé au moins foixante
ans depuis que je fuis venue ici ; n'en astu
pas quatre - vingt - dix ? -Cela ne fe
peut pas , je ne fuis point fi vieux ? -EAce
à moi que tu veux cacher ton âge ?
Penfes-tu que je fois fi facile à tromper ?
O Mort! tu es bien terrible , qui t'oblige
à venir tourmenter les mortels ?
Quels font tes droits , d'où vient ton autorité
? Mais au moins fois jufte ; tu m'avois
promis trois avis ; je les ai vainement
attendus foir & matin ; cette attente &
cette idée ont quelquefois troublé mon
repos ; accorde moi quelques années encore
pour m'en dédommager , & enfaite
tu me donneras ces avis que je devois recevoir.
Tu ne les as donc pas eus , reprit
la Mort ; je fuis coupable ; je conviens
que je ne fuis jamais bien venue nulle
part ; mais toi , qui veux vivre encore , tu
trouves donc de grands charmes dans la
vie ! Tu es fans doute en état de cultiver
tes champs , de prendre foin de tes étables
& de tes bergeries ? Ton âge eft avancé ,
mais tu as des forces, je fouhaite que tu
OCTOBRE. 1768. 57
$
en jouiffes long-temps . Je les ai perdues
avec mes jambes depuis quatre ans.
-Cela ne m'étonne point , mais tu as
confervé tes yeux , tu peux voir ta maîtreffe
, tes amis ; ce plaifir te dédommage
des bras & des jambes que tu n'as plus.
J'ai perdu la vue dernierement . - Gela
eft trifte , du moins il te refte un fens qui
t'en confole ; tes amis viennent te tenir
compagnie , t'amufer par leurs converfations
, te conter les nouvelles , les hiftoires
du jour , & tu prends plaifir à les entendre.
Encore moins , je fuis devenu
fourd. Fort bien , reprit la Mort , & comment
peux tu dire que tu n'as pas reçu
mes avis puifque tu es paralytique , aveugle
& fourd? Elle dit & le perça de fon
dard meurtrier ; Dobfon mourut , & mon
conte finit . *
*Ce conte eft d'Anne Williams , Dame
Angloife qui a beaucoup d'efprit , de philofophie
& de connoiffances ; & qui fçait
profiter de la lecture de nos bons auteurs.
Ce conte , en particulier , paroît emprunté
de la fable ( la Mort & le Mourant) de la
Fontaine.
" I
C v
$ 8 MERCURE
DE FRANCE
.
H
+
1
VERS à M. Grétry , auteur de la mufique
du Huron.
ILL n'eft pour toi qu'un cri flateur !
Ton pinceau fécond en images ,
Cher Grétry , du Public emporte les fuffrages ,
A chaque paffion tu donnes fa couleur ,
Ta mufique eft à toi , fimple , facile , pure ,
Elle eft de tout pays , ainfi que la nature.
D'un accompagnement au chant fubordonné
L'efprit eft fatisfait , au lieu d'être étonné,
Tel un ruiſſeau modefte , & fage dans ſa courſe ,
Laifle briller les fleurs qu'il mouille doucement ,
Tandis qu'un fleuve altier , & bruyant dès fa
fource ,
Se fait , du ſeul ravage , un fol amuſement.
Ton premier pas dans la carriere
T'offre l'efpoir de la remplir;
Vois de lauriers tout prêts une moiffon entiere :
Trop heureux fije puis t'aider à les cueillir ! *
Par M. Guichard.
* Ce muficien a entre les mains une pièce de
l'auteur de ces vers , qui eft auteur du Bücheron,
OCTOBRE. 1768. 59
LA Vendange ; par M. de S. A.
HONNEUR ,
ONNEUR , triomphe , victoire.
Au dieu qui remplit nos tonneaux;
Chantons Bacchus , célébrons fa gloire ,
Mais en partageant ſes travaux.
Mille nymphes joyeuſes
Ont quitté les hameaux ;
Sylvains & vendangeuſes ,
Volent fur les coteaux ;
Tous d'une main agile
Servent le dieu du vin ;
Et fous un fer docile
Font tomber le raiſin.
La grappe entaffée
Bientôt
eft preffée
D'un pié vigoureux
;
La troupe qui foule
Rit ; & boit des yeux
Le nectar qui coule
Au gré de fes voeux ;
Soudain
dans la tonne
Ecume & bouillonne
La liqueur des dieux.
Entre l'amour & la bouteille ,
Heureux qui peut partager fon deftin ;
Avec l'amour , à l'ombre d'une treille ,
Mon coeur brave le noir chagrin.
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Loin de moi , la foule importune
Qui cherche l'or & la grandeur ;
Tous les préfens de la fortune
Brillent d'un éclat impofteur.
Honneur , trioniphe , victoire , &c.
VERS de M. de la Faye.
CACHE ta vie ; au lieu de volér , rampe ,
A dit un Grec : je tiens qu'il eut raiſon .
Du coeur humain il connoiffoit la trempe.
Bonheur d'autrui n'eft pour lui qu'un poifon.
L'homme eft injufte , envieux fans relâche ;
Il fouffre à voir fon ſemblable eftimé.
Mérite un nom ; mais pour être heureux , tâche,
Avant ta mort , de n'être point nommé .
Quelle énergie ! Que de fens dans ce peu de yers ?
LES Torts de l'Abfence. Conte.
ABSENS BSENS ONT TORT. Chez une Toulouzaine ,
Maillac , un temps , fut domicilié.
Maillac partit feulement pour quinzaine.
Un autre vint. Maillac fut oublié.
Maillac revint. Quoi , dit-il , infidéle !
C'est donc ainfi que ton coeur inconſtant! ..
Món grand ami , j'ai tous les torts , dit- elle ;
Gronde-moi vîte , & finiffons querelle ;
OCTOBRE. GI 1768.
Car , entre nous , l'autre eft là qui m'attend.
Ce conte , d'une préciſion rare & peu commune ,
eft de feu M. de la Popliniere.
L'EXPLICATION de la premiere énigme
duler vol . du Mercure d'Octobre et l'arrofoir
; celle de la feconde eft balance ;
celle de la troisiéme eft la flame d'une
chandelle ; le mot de la quatrième eft
bourdon. L'explication du premier logogryphe
eft confcience , dans lequel on
trouve niéce , efon , ino , nôce , Io , foye ,
cône, os , fcéne , Science , finon , fon , fcie ,
non , none , ofee , once , feine , nonce ;
celle du fecond eft culotte ; celle du troifiéme
eft fauteuil , dont ôtant l'f, refte
Auteuil , village où Boileau avoit une
maiſon.
ENIGM É.
Du plus noir caractere on me trouve formé,
Je meplais à tromper l'oeil qui , fur moi , s'arrête.
Tel ne voyant que queue où tu ne vois que tête ,
Soutient , non fans raifon que tu m'as mal
nommé :
Il metrouve , en effet , moitié plus de puiſſance .
Si , pour vous accorder , un tiers mal - aviſé
62 MERCURE DE FRANCE
1
Retranché tête ou queue ; en ce cas mutilé ,
Et réduit à mon corps , je perds toute exiſtence
F.... C….... , au greffe de l'hôtel-de-ville deParis.
AUT RE.
DANS ANS le pofte élevé que m'affigne le fort ,
Je m'offre aux yeux ſous plus d'une figure ,
Lion , ferpent , dragon , fans changer de nature ;
Docile également , je céde au moindre effort ;
Souvent en mouvement fans fortir de ma place ,
Quand je me fens contrarier ,
Auffi-tôt je fais volte face ,
Et quelque fois ce n'eft pas fans crier.
Je fuis d'une utile reſſource ,
Et libre , quoiqu'aux fers mon deſtin ſoit fié ,
De l'aurore au couchant je dirige ma courſe ,
Sans pour cela bouger mon pić.
Lecteur, à me nommer je vais t'aider moi- même ;
C'eſt affez te faire languir ,
Duflai -je ici me découvrir ,
Tête femelle eft aflez mon emblême.
Par M. Davefnes.
AUTRE
Iz fuis le plus mauffade original du monde ; -
OCTOBRE. 1768. 63
Je ne furviens jamais qu'auffi- tôt je ne gronde.
Eft-ce fort étonnant ? Je fuis plein de vapeurs :
Ce n'eft pas le moyen de gagner bien des cours.
A mon abord auffi tous d'effroi je les glace.
Sous un lugubre habit j'en impoſe à l'audace ;
* Et , ne diſtinguant rien dans les rangs des mortels
,
Je renverle fouvent les trônés , les autels.
Par fois je batifolle avec l'humble houlette ,
Pulvérisant le fer , j'épargne la baguette ;
Et , fur le fein d'Iris , fans flétrir fes couleurs ,
Je dérobe l'épine à la reine des fleurs.
Malgré ces jeux peu fûrs , l'homme avec moi
* s'amufe ;
Il imite mon ton pour ennoblir fa muſe ;
Certain vin , en un mot , foudroyant fa raiſon ,
A , par un tel effet , de lui reçu mon nom .
E
F. C. au greffe de l'hôtel-de- ville de Paris .
LOGO GRYPH E.
Jx fuis un ennemi fubtil & fort à craindre ,
Offrant à qui voudroit me peindre
Mille formes , mille couleurs.
Si vous ne voulez point éprouver mes rigueurs ,
Méfiez-vous , Lecteur , de ma trompeuſe mine.
On ne fçaittrop quelle arme employer contre moi.
Marchantà petit bruit , pour ôtergout effroi ,
64
MERCURE DE FRANCE.
Je prends toujours mon homme à la fourdine ,
En lui cachant la main qui l'affaffine.
Les plus braves guerriers ne font points mes vainqueurs.
Tout céde à mes efforts : en vain on ſe mutine :
Mes
coups font toujours fürs , car je les porte aux
coeurs.
Si l'on coupe ma tête , on me donne la vie 3
Auffi -tôt je deviens malheureux amphibie ,
Qu'un peuple villageois expofe affez ſouvent
Un jour de patronale fête ,
Pour devenir cruellement
A fa rustique adreſſe un objet de conquête.
J'en ai trop dit , Lecteur , Vous devinez mon nom .
Cependant à ces traits qui m'auront fait connoître,
J'en joins d'autres encor : délaflemblant mon être,
Les deux tiers de mon corps fe vendent au litron ,
Et mes trois derniers pieds engraiffent le cochon .
Rofiere , à Melun.
AUTRE.
HELAS ! quel changement produit mon anagrame
!
Je ne fais plus , Lecteur , ce que j'étois alors
Que tu venois chez moi pour y nourrir ton ame :
Je fers de nourriture au corps.
Par le même.
OCTOBRE. 1768. 65
DE
A UT RE.
De nature , Dame Coquette ,
Nous fommes trois à parer les attraits ;
Moi , je lui donne cet air frais
Qui fent à peine la toilette ;
Cet éclat brillant & vermeil
D'une beauté naïve & pure
Au fortir des bras du fommeil ,
Prefque auffi belle à fon reveil
Que dans fa plus riche parure :
Enfuite fous une autre main
Elle brille encor davantage ;
Une autre acheve mon ouvrage...
Mais , ô trifte & cruel deftin ! ...
Pour la rendre plus raviffante
Quand nous voulons nous furpaffer ,
Une main ridée & pefante
Vient auffi-tôt tout effacer :
C'est toujours à recommencer.
En eft-ce affez pour me faire connoître ?
Je ne fuis pas beaucoup myſtérieux ;
Mais fi tu veux , Lecteur , m'entendre mieux ,
Prends un crayon , décompofe mon être.
Tantôt je fuis l'oiſeau charmant
Que Philis retient dans fa cage ,
Dont elle forme le ramage
Par le fon d'un doux inftrument.
H
66 MERCURE DE FRANCE.
Tantôt d'un pied impitoyable
Je renverſe un fragile airain :
Car , c'est ainsi que de la main
M'a voulu dépeindre la fable :
Tantôt , ouvrage de l'enfer
Trop ufité dans les batailles
Plus redoutable que le fer ,"
Je terrafle forts & murailles.
Fouilles encore dans mon fein ;
Tu vas trouver deux notes de mufique ;
Puis une mefare de vin ,
Puis une graine afiatique ;
Un figne für de la gaïeté ;
Un fynonime de vifage ,
Un arbre réfineux de grande utilité
Pour paffer la liquide plage.
Plus , un comparatifde mal ;
Ce qu'au bon fens fouvent un poëte préfére ,
Et l'action d'un pefant animal
Qui traîne la charrue en fillonant la terre ;
D'un faint archevêque le nom ;
Ce que fait la jeune bergere
Qui regarde les traits dans une eau pure & claire ;
Je fuis enfin ces charmes raviflans
Que nous voile fouvent la gaze tranſparente ,
Et qui n'en font que plus piquans ,
Qui nous tentent à quatorze ans
Et ceffent de plaire à cinquante.
Par M. C.D. M.
OCTOBRE. 1768. 67
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
CONSTANCE de la Reine dans les difgraces
, fujet qui a remporté le premier
prix d'éloquence françoife en rhétorique
, au jugement de l'univerfité dé
Paris le 3 Août 1768 ; par M. J. J.
Fillaffier , rhetoricien nouveau du collége
de Montaigu . A Paris , chez Dufour
, libraire , rue de la Vieille Draperie
, vis - à- vis Sainte Croix , in - 8 °.
16 pages.
Ce petit ouvrage doit intéreffer tous les
coeurs françois ; il fait voir quels font les
fentimens que l'univerfité de Paris infpire
à fes éleves ; l'orateur eft jeune ; fon
difcours l'annonce ; mais il mérite d'être
encouragé. Nous en citerons un morceau .
"
Que n'ai je l'éloquence des Fléchiers ,
» ou le génie fublime des Boffuets ! Je
» m'efforcerois de montrer cette grande
princeffe , telle qu'elle s'eft montrée à
» l'Univers je peindrois avec les plus
» vives couleurs cette piété fi ardente ,
» cette foi fi animée , cette charité fi compatiffante
, cette modeftie fi fincere, cer
- 29
68 MERCURE DE FRANCE.
93
» amour fi tendre pour fes fujets , & tou-
» tes ces qualités heureufes qui lui ont
gagné l'eftime & les refpects de toute
» la terre , l'amour & la reconnoiffance
» de fes peuples . Mais foible difciple de
» ces grands maîtres , on ne doit point
» attendre de moi que je trace le tableau
» complet d'une fi belle vie : une feule
» de ces vertus fublimes qui l'ont rendue
» à jamais mémorable , fera pour moi
» une abondante matiere . Heureux en-
» core fi je puis l'exprimer dans tout fon
» jour & parler de la conftance de Marie
» comme en parle l'Univers.
"
-
Oraifon funebre de très- haute , très- puiffante
& très excellente princeffe Ma
rie , princeffe de Pologne , Reine de
France & de Navarre , prononcée dans
l'églife de Nôtre Dame de Paris le 6
Septembre 1768 , par Meffire Mathias
Poncet de la Riviere , ancien évêque
de Troyes. A Paris , chez Guillaume
Defprez , imprimeur ordinaire du Roi
& du Clergé de France , rue St Jacques ,
in 4° . 40 pages.
·
L'orateur a pris pour fon texte ces paroles
du livre de Judith , chap. 11 , v. 18
& 19 : Mirabantur fapientiam ejus , & diOCTOBRE
. 1768. 69
"
"
cebant alter ad alterum : non eft talis mulier
fuper terram . Ils admiroient fafageffe,
& ils fe difoient l'un à l'autre : Il n'eft
pointfur la terre de femme comparable à
elle. Après quelques réflexions que ce
paffage lui fournit , il poſe ainfi fa divi-
Gon. « J'ai à vous peindre un caractere
formé par les qualités qui méritent de
» regner fur les hommes , qui honorent
» la fouveraineté , que Dieu feul peur
dignement récompenfer. Tel étoit celui
» de l'augufte princeffe que nous pleu-
» rons. Le trône avoit été pour elle le
prix de la vertu , fon regne fut l'exem-
» ple de la vertu , fa mort a été le triom-
» phe de la vertu . Vertu éprouvée & re-
» cherchée , produite & admirée , ſouf-
»frante & couronnée ; c'eft fur ce plan ,
» & fous ces trois points de vue que je
» vais vous repréſenter très- haute , trèspuiffante
& très - excellente princeſſe
Marie , princeffe de Pologne , reine de
» France & de Navarre. » M. Poncet de
la Riviere commence par faire voir , dans
la premiere partie , que Dieu fe plaît quelquefois
à frapper la vertu foumife à fes
volontés ; il fuit le cours des épreuves de
Staniflas & que fa fille partagea , il préfente
cette princeffe affife fur le trône de
ود
70
MERCURE DE FRANCE .
que
France recevant la récompenfe de fa vertu
; elle n'en fat point éblouie. Ah !
je crains , dit- elle à fon ayeule , que cette
couronne qu'on me préfente , ne me prive
de celle du ciel. Dans la feconde partie il
s'attache fur- tout à peindre fa piété. « Pié-
» té tendre : elle l'étoit dans tous les
temps ; mais quels nouveaux degrés de
force ne paroiffoit - elle pas acquérir
dans ces jours faints & lugubres , où
» l'appareil de la paffion de Jefus Chrift ,
»
repréſentée dans nos temples , femble
»la reproduire à nos yeux ! Qui pourroit
»compter les larmes qu'elle verfoit alors
» au pied de la croix ? Son attendriffe-
» ment & fa confufion étoient extrêmes
à la vue du diadême qu'elle portoit & "
" des épines dont fon Dieu étoit couron-
» né ; quelle impreffion ne faifoit pas fur
elle le contrafte du calvaire & dutrône ,
de la créature élevée , & du Créateur
anéanti ? Coeur adorable de ce Dieu
» Sauveur , coeur percé pour notre falut
» fur la croix , coeur ouvert fur l'autel à
nos befoins & à notre amour , c'eſt à la
» tendre vénération dont le fien étoit pé-
♡ nétré pour vous , c'eſt à fon zèle , à fes
» follicitations & à fes foins que nous
fommes redevables de l'augufte : fère
19
19
OCTOBRE. 1768. 71
"
CC
» inftituée dans tout le royaume à votre
» honneur. » La Reine avoit toutes les
vertus , chacune fournit un trait à ſon éloge.
Quelle fermeté , quelle conftance ,
quelle réfignation n'a- t'ellepas montrées
dans tous les coups funeftes qui , en attaquant
ce qu'elle avoit de plus cher , font
toujours retombés fur elle ! Nous citerons
encore un trait de ce difcours ; l'orateur
parle de la maladie de la Reine & de la
maniere dont elle fe préparoit à fa fin.
L'image de la mott étoit expofée dans
» fon oratoire avec celle des faints qui
» en ont triomphe ; fes mains l'y ont pla-
» cée ; elle y attache fes regards , fon efprit
en eft occupé ; elle la contemple,,
dirai je fans horreur ? Oui , Meffieurs,
» & j'ajouterai ; avec une forte de fatisfaction;
elle s'y contemple elle- même
» dans l'état où elle fera réduite , dirai-
»je fans effroi ? Je dirai plus , avec plaifir,
Cefpectacle & ces réflexions, loin de
l'attrifter, la confolent ; fon coeur n'é-
» prouve aucune des inquiétudes que fon
» état nous infpire ; la religion triomphe
» où la nature s'épouvante ; tout ce qui
fufpend le dernier moment de fa vie
» lui femble retarder celui de fa félicité;
"
"
»
& fi les foins que l'on prend de fes
» jours ne lui devenoient pas précieux ,
72 MERCURE DE FRANCE.
» parce qu'ils prolongent ceux de fes
fouffrances ; elle les trouveroit impor-
» tuns , parce qu'ils différent celui de fon
» bonheur. »
Oraifon funebre de très haute , très-puiffante
& très excellente princeffe Marie
Lekzinska , Reine de France & de Navarre
, prononcée le 11 du mois d'Août
de l'année 1768 dans l'églife paroiffiale
de la ville de Bâgé en Brefle , par
M. Gacon , curé de la même ville. A
Mâcon , de l'imprimerie de J. P. Goety,
imprimeur du Roi . ma
Le plan de ce difcours eft fage , noble
& très bien rempli . L'éloquence , fans en
être faftueufe , eft douce , fimple & touchante.
C'est l'éloge de la vertu qui devient
celui de la Reine. O vertu ! don
fublime des ames pures , c'eft vous , bui ,
c'est vous feule qui faites l'excellence
» de notre nature , l'ornement & le char-
» me de notre vie.
» Mais fi la vertu de tous les hommes
a droit de prétendre à nos hommages ,
» combien ne les mérite- t - elle pas quand
placée fur le trône elle a de plus influé
» fur notre bonheur ? C'eft - là que fes
exemples ont plus de dignité & d'in-
» fluence ,
OCTOBRE. 1768. 73
fluence , plus de prix & d'étendue ; les
» devoirs qu'elle a à pratiquer , plus de
» difficultés & plus de gloire. Quel objet
plus digne de notre admiration que la
» vertu dans le rang fuprême ! C'eft au-
» tant que ce peut l'être l'image de la Di-
» vinité fur la terre. »
"
Vous faire l'éloge de la vertu , c'eft
vous tracer celui de l'augufte Reine que
nous pleurons. Elevée dans le fein de la
fageffe , elle porta fur le trône , non les
erreurs & les préjugés de fon rang , mais
les vertus les plus parfaites du chriftianif
me. Vous verrez dans le fein de fa vie.
les épreuves & le triomphe de la vertu .
Difcours prononcé à l'ouverture de la
féance publique de la fociétéroyale des
fciences & belles lettres de Nancy , le
25 du mois d'Août 1768 , fête de St
Louis ; par M. le chevalier de Solignac,
fecrétaire perpétuel . A Nancy , chez la
Veuve & Claude Lefeure, imprimeur
ordinaire du Roi , petit in- 8° . 14 pag.
C
La féance publique de la fociété royale
des fciences & belles lettres de Nancy fe
tenoit auparavant le premier jeudi d'après
les rois ; la rigueur de la faifon retenoit
IIVol Ꭰ
74 MERCURE DE FRANCE.
auprès de leurs foyers , les citoyens qui
prenoient le plus de part aux travaux de
cette fociété , cette féance étoit ordinairement
trifte , peu de perfonnes y affiftoient
; on a jugé à - propos d'en changer
le temps & de l'affigner au jour de la St
Louis. M. de Solignac ne néglige pas
cette occafion pour parler du monarque
dont ce nom rappelle les vertus ; il parle
de la Reine que la France vient de perdre
& du choix qu'elle avoit fait de Luneville
pour y dépofer fon coeur. Heureufe
» Auftrafie , combien de fois ton fouve-
» rain vá- t il tourner fes regards vers toi,
» dès que tu poffédes le gage le plus pré-
» cieux de fon amour ? Mais auffi , toi
» que les fiécles ont toujours diftingué
» par ton ardente affection pour tes maî-
» tres , combien dois tu chérir le monar-
» que que la providence t'a donné , lorf-
» qu'il te confie ce qu'il aimoit le plus
» un coeur qu'il voudroit ranimer , &
» dont il defire du moins que les grands
» fentimens vivent à jamais dans la mé-
» moire des hommes : un coeur toujours
» exempt de paflions , maître de fes de-
» firs , image de la grandeur de Dieu , ca-
" pable de contenir autant de vertus que
"
>
la fageffe & la piété peuvent en infpiOCTOBRE.
1768. 75
ter , & qui , toujours conſtant dans fes
» devoirs , jouiffoit de cette précieuſe
fermeté que rien n'ébranle dans les ac
cidens même les plus cruels , dans les
» événemens les moins précieux & les
» moins fenfibles. »
»
A
99
Difcours prononcé dans l'affemblée pu
blique de la fociété littéraire de Châ
lons -fur-Marne le mercredi 13 Avril
1768 , avec deux articles , l'un fur l'amour
de foi , l'autre fur le bonheur
par M. L. Millot , anmonier du feu
Roi de Pologne , de la fociété littéraire
de Châlons- fur-Marne , & c. A Bar-le-
Duc , de l'imprimerie de Fr. L. Chrif
tophe; & fe trouve à Paris chez Delalain
, libraire , rue Saint- Jacques ; & à
Nancy chez Henry , libraire , près de la
porte royale , in- 4° . 32 pag.
M. L. Millot ayant été reçu le 11 Avril
1768 par MM. de la fociété littéraire de
Châlons - fur -Marne au nombre de leurs
affociés externes , vint prendre féance le
13 du même mois dans leur aſſemblée
publique , & prononça ce difcours pour
les remercier ; il entre dans le détail des
devoirs des académiciens ; elle leur im
Dij
76 MERCURE
DE
FRANCE
.
pofe fur tout celui de ne rien écrire qui
ne foit digne de paffer à la poftérité , Nous
ne doutons pas que chaque académicien
en particulier ne fente l'étendue de ce
devoir , & ne fe croie en état de le remplir;
l'exemple de la plûpart de leurs prédéceffeurs
ne les décourage point ; ils fe
flattent qu'ils feront plus heureux , & nous
le fouhaitons . A la fuite de ce difcours
M. Millot lut deux articles de morale traités
par les principes de la métaphyfique :
l'un fur l'amour de foi & l'autre fur le
bonheur . Dans le premier il cherche
quelle eft cette puiffance invincible qui
nous porte
à nous aimer. I examine
l'homme dès l'inftant de fa naiffance ; fes
premiers fentimens font les befoins des
chofes néceffaires à fa confervation ; fes
befoins augmentant avec les années , il
trouve du plaifir à les fatisfaire . C'eft ce
qui l'attache à l'exiſtence ; il eft jaloux de
la conferver , de - là les foins qu'il prend
pour le garantir du mal , la crainte qu'il
témoigne à leur approche. Ces mouvemens
de l'ame dans l'homme s'appellent
inſtinct dans les animaux , & devroit s'ap
peller amour d'eux-mêmes ; il eft inutile
de fuppofer en eux un principe inconnu .
M. Millot diftingue enfuite l'amour de
OCTOBRE. 1768. 77
foi de l'amour- propre , ce qu'il vient de
dire fuffifoit ; après cette définition il eft
difficile de les confondre.
Dans l'article du bonheur , il commence
par examiner fi l'homme peut en
jouir dans l'état de fociété . Cette queftion
, qui n'en eft plus une , n'eft remiſe
fur la fcène que pour combattre M. Rouffeau
de Genève , auquel on a répondu fi
fouvent & fi longuement ; on ne manque
pas de prouver encore pour la millieme
fois peut-être contre lui , que les fciences
n'ont pas des effets auffi pernicieux
que ceux qu'il leur attribue ; on en vient
enfuite au bonheur , on dit qu'il n'eft ni
dans les richeffes ni dans les honneurs ,
ni dans les plaifirs , ce qui n'eft pas neuf.
On termine cet article par ce morceau
qui a de la chaleur , & qui eft bien fair .
« Ceffe donc de te plaindre de ta condi-
» tion , homme injufte ; elle n'eft malheureufe
que par ta lâcheté. Toi feul es
l'auteur de tes infortunes ; leur princi-
» pe eft dans les égaremens de ton ima-
» gination ; dans ton luxe , ta vie molle
» & l'oubli de tes devoirs . Les maux t'ac-
» cablent , non parce que tu es homme ,
mais parce que tu n'as jamais eu le cou
33
Diij
28. MERCURE DE FRANCE.
1
}
rage de le devenir. Romps tes liens
» arrache - toi à tes préjugés ; ouvre les
» yeux aux lumieres de la raifon ; connois
» la jufte valeur des chofes , non par le
" prix que leur donne l'opinion , mais par
» leur relation à tes befoins réels. Aux
» atteintes des peines qui t'environnent,
"
oppofe , comme un bouclier , la patien
» ce ; déploye les forces de ton ame , ar-
» me-toi de fermeté. Vois tes reffources
» contre l'emportement & la tyrannie de
» tes paffions propres ; apprends à triompher
d'elles par elles- mêmes ; qu'aucune
ne te domine quelque honnête qu'el
» le foit ; tiens l'équilibre entr'elles , fois
» leur maître ; ufe des plaifirs fans en
abufet ; ton bonheur eft à ce prix , &
» ne pense pas que l'entrepriſe foit aus
» deffus de tes forces. »
Difcours de la nature & des effets du luxe;
par le P. G. B. A Turin chez les freres
Reycends , libraires , au coin de la rue
Neuve , 1768 , in- 8ª. 109 pag.
Il a paru depuis quelque temps une
multitude d'ouvrages fur le luxe ; il n'eft
peat-être point de fujets fur lequel il foir
plus facile de parler pour & contre ; tour
OCTOBRE. 1763. 79
ce qu'on en a dit n'a encore fixé généralement
les idées de perfonne ; le nombre
de ceux qui le croient nuifible eft égal à
celui des hommes qui le trouvent avantageux
; dans ce difcours on s'attache à
l'envisager du côté où il eft dangereux ;
on fe propofe de faire voir , par la raifon
& par l'expérience , que ce que l'évangile
condamne eft toujours pernicieux à la fɑciété.
Cette vérité n'eft pas neuve , mais
il n'eft pas inutile de la reproduire de
temps en temps. Le luxe , felon l'auteur ,
tend à détruire les liens de l'union focia
le , à corrompre les moeurs , puifque fon
effet eft de rendre honorable ce qui ne
devroit être que lucratif; dès qu'il eft introduit
dans un état , eft- il facile d'empêcher
qu'on y encenfe les richeffes ? Le.
P. G. B. ne penfe point que la perfection
des arts dépende du luxe . Lorfque les
arts commencerent à paroître les peuples
n'étoient point encore amollis ; la magnificence
de Charles - Quint , de François
I , de Henri VIII , de Léon X , dit
M. de Voltaire , n'étoit que pour les
jours d'éclat & de folemnité ; on ignoroit
cette magnificence générale , ces commo .
dités d'ufage , fi fupérieures à la pompe
d'un jour , & fi communes aujourd'hui,
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Les prodiges de l'art ne fe font donc pas
élevés du fein du luxe ? Il ne forma pas H
les Michel- Ange , les Raphaels , les Cor
rége , les Titiens ; il n'infpira ni Ariofte ,
ni le Taffe. Il n'influa point fur les découvertes
de Galilée , de Malpighi , &
dans ces derniers temps que lui doivent
Corneille , la Fontaine , Boffuet , Locke ,
Newton , Mallebranche ? Une nation peut
être fouverainement voluptueufe & fouverainement
barbare. L'auteur examine
les raifonnemens de M. Melon en faveur
du luxe dans fon effai politique fur le
commerce , & y répond ; ces détails rentrent
dans ce qu'on a déjà obfervé fi fouvent
, qu'il eft aifé de foutenir les deux
opinions contradictoires. Cet ouvrage eft el :
écrit facilement , mais avec négligence ;
il prouve que l'auteur a beaucoup lu &
beaucoup retenu .
Zophilette , conte de M. Marmontel ,
mis en scènes & en ariettes , & repréfenté
le 17 Mai 1765 , avec cette épigraphe
:
Furto latamur in ipfo.
A Paris , in- 8 °. 1768 , 39 pages.
C'eft le joli conte de Laurette qui pa
roît aujourd'hui en drame fous le titre de
OCTOBRE. 1768. 81
Zophilette ; il a été repréfenté dans une
fociété ; les ariettes font faites fur des airs
italiens . Nous en préfenterons la marche.
Le chevalier de Saint Juft , feigneur de
Champlai , eft amoureux de Zophilette
fille de Legrand fon fermier ; il s'entretient
de fa paffion , & rappelle , on ne
fçait pourquoi , celle qu'il a reffentie pour
Life qui lui a été infidéle.
Life dormoit fur la fougere ,
Je crus voir Vénus repofer ;
Je m'affis près de la bergere
Et je lui ravis un baifer .
Près de Pfiché l'amour s'oublic ,
Life étoit bien plus belle encor ;
Un moment de tendre folie
Vaut mieux que les ans de Neftor.
Ce couplet étoit au moins inutile ; le
fouvenir de Life ne doit pas fe préfenter
à l'efprit du chevalier rempli d'un nouvel
amour , avec des idées agréables ; il at-'
tend Zophilette & ne doit s'occuper que
d'elle ; elle vient ; il lui propofe de le
fuivre à Paris ; il lui peint les plaifirs qui
s'offriront à elle ; Zophilette ne veut point
partir fans la permiffion de fon pere ; le
chevalier lui fait fentir que ce n'eft pas
lui qu'il faut confulter , & fuit à la vue
Dy
82 MERCURE DE FRANCE .
de Legrand , qui annonce à fa fille qu'il
va la marier à Charlot , fils d'un fermier
voiſin ; il la laiffe avec fon prétendu,après
avoir chanté cet air :
Il me femble
Que c'eft jouer un mauvais tour
A deux amans qu'amour raflemble ;
De ne pas les laiſſer enſemble :
Toujours un tiers gêne l'amour.
Ces mots ne devoient peut - être pas fe
trouver dans la bouche de Legrand . Zophilette
prie Charlot de différer d'un mois
leur mariage , & de faire enforte qu'il
paroiffe que ce délai vient de lui feul ;
elle le charge auffi de lui faire un bouquet
pour la fête du chevalier ; feule elle
fe plaint de l'hymen qui la menace ; le
chevalier qui en eft inftruit la preffe
encore de fuir , Zophilette y confent ;
Charlot vient lui apporter le bouquet
qu'elle a demandé. Il s'éleve un orage ;
le tonnerre gronde , la grêle tombe ; Legrand
arrive quand le ciel s'eft éclairci ;
toute la récolte eft détruite , il fe plaint
de la mifére qui les menace. Le chevalier
qui arrive le confole ; il lui fait la
remife de cette année , lui donne la bourfe.
Legrand eft pénétré de reconnoiffamOCTOBRE.
1768. 83
ce; il lui avoue qu'il n'eft
pas né labou
reur , qu'il a fervi , qu'il a été ruiné par un
procès , reformé dans le même temps &
qu'il s'eft établi dans ce village. Dès que
le chevalier eft éloigné , il ouvre la bour.
fe; furpris de ce qu'elle contient , il croit
que fon maître s'eft trompé ; il envoie fa
fille après lui pour lui rendre fon argent;
il le bénit dans un court monologue , ine
terrompu par Charlot fuivi d'une troupe
de payfans qui ramenent Zophilette que
le chevalier alloit enlever fans eux. Le
grand accable le chevalier de reproches.
Je n'aurois jamais attendu de votre part
» un trait auffi cruel. Ah ! fi vous avez
» crû par vos dans payer le prix de fon
» 'honneur , reprenez les , ils font trop
» dangereux . Vous choififfez encore
pour me ravir le feul bien qui ma
» refte , vous choififfez le moment où
je vous admire , où je vous comble de
» bénédictions. Hélas ! je demandois au
ciel qu'il accomplît tous vos voeux ; &
» tous vos voeux tendoient à fuborner ma
» fille. Que dis je? Je vous l'ai livrée moi.
» même ; je l'ai engagée à courir après
» vous , à la vérité pour vous rendre cet
» or , ce poifon avec lequel vous croyjez
» me corrompre : il fembloit que le ciel
99
ور
ཧཱུྃ
·
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
» m'avertir que c'étoit un don pernicieux.
» La main que j'aurois bailée , que j'aurois
arrofée de mes larmes , fe prépa-
» roit à m'arracher le coeur ! Le chevalier
s'excufe fur l'amour ; il offre de tout
réparer en époufant Zoplitette ; Legrand
refufe ; il craint un repentir qui viendroit
trop tard & qui rendroit da fille malheureufe
; à la fin il confent. Cette derniere
fcène auroit pû être plus pathétique , plus
touchante ; l'auteur auroit dû la refferrer,
faire parler Zophilette qui ne dit prefque
rien pendant ces reproches . Le fujer eſt
fort intéreffant , le conte offroit des détails
dont on n'a pas fçu profiter ; il indiquoit
des fituations à traiters on n'en a
pas tiré le parti qu'on pouvoit en tirer. It
falloit donner à Zophilette , la naïveté de
Laurette & le fentiment qui l'anime enco
re ; ici elle a trop d'efprit. amov
14403
Les Filles à marier ; comédie en un acte
en vers ; par Madame Guibert . A Amf
terdam ; & fe trouve à Paris chez la
veuve Duchefne , tue St Jacques , au
temple du goût , & la veuve Lefclapart,
quai de Gêvres , in- 8 ° . 40 pag. 1768
prix 20 fols.
M. Broton a trois, filles Cathis , Lolotte
OCTOBRE . 1768. 85
& Victoire. Toutes trois ont grande envie
de fe marier ; elles fe plaignent d'être
toujours enfermées dans la maifon' ; les
époufeurs ne fe preffent point tant qu'ils
ne les verront pas. Le pere fe moque de
leurs plaintes. Léandre eft un jeune homme
amoureux de Victoire ; il ne peut pas
fe flatter de l'obtenir de M. Broton avant
que les aînées foient mariées , la foubrette
Babet lui confeille de faire fa cour à M.
Broton , il réaffira à lui plaire , s'il va boire
avec lui au cabaret où il paffe fa vie .
Léandre rejette d'abord cette propoſition ;
Pamour l'y fait confentir ; il gagne l'amitié
du pere de fa maîtreffe qui lui permet
de choisir entre les trois filles ; il fait
tout ce qu'il peut pour déplaire à Cathis
& à Lolotte ; des filles qui veulent abfolument
fe marier ne font pas difficiles ;
il eft aimé malgré lui ; il prend le parti
d'avancer qu'il aime Victoire , ce qu'il
pouvoit faire dès le commencement . Les
aînées piquées renoncent à lui ; on leur
fait efpérer de meilleurs établiffemens ,
elles y comptent & font confolées. Outre
ces perfonnages , il y en a encore deux ;
une certaine Clorinde , locataire de M.
Broton , & un chevalier Damis , ami de
cette dame , qui ne font pas trop liés à
Faction & qui ne fervent qu'à infpirer
86 MERCURE DE FRANCE.
des airs fuffifans & coquets à Cathis & à
Lolotte.
Nous ne dirons rien de cette Comédie,
le Lecteur la jugera facilement fur ce
précis. L'auteur a de la facilité , nous l'exhortons
à foigner davantage fes vers ,
mieux choifir fes fujets , à être plus difficile
fur fes plaifanteries , à étudier le
monde & le ton de la bonne compagnie.
L'Infortune ou Mémoires de M. de ***
avec cette épigraphe :
Malheur à ces cours durs & nés pour les forfaits
Que les malheurs d'autrui n'ont attendris jamais .
A Amfterdam, & fe trouve à Paris chez
J. B. Gogué , libraire , quai des Auguftins
; N. A. Delalain , libraire , rue Sc
Jacques , in- 12 , 245 pag. 1768 .
"1
M. de *** parle lui- même dans fes mémoires
; il eft François , né de parens nobles
riches & honnêtes . A l'âge de trois ans
il perd fon pere qui perit fur un échaffaud;
fa mere le conduit en Amérique
chez un de fes , parens nommé Girac jui
devient amoureux d'elle , & la force de
fe rendre à fes deftrs , elle ne veut pasi
voir égorger fon fils ; elle cede & meurt
M. De *** eft confondu parmi les efcla- 1
OCTOBRE . 1768 .
ves de Girac ; il vit avec eux fans connoître
fon fort , éprouvant toute la barbarie
d'un maître féroce ; Sara , niéce de
fon perfécuteur lui infpire une paffion
très-vive. Olinor , valet de chambre de
Girac , lui apprend fa naiffance & les crimes
de fon maître ; il fe porte à l'affaffiner
, & va s'accufer auffi-tôt. M. de ***
jetté dans un cachor , eft délivré par Sara
qui l'aime , mais qui , le croyant coupa
ble , ne veut plus le voir , & lui ordonne
de fuir; il s'embarque , fait naufrage , fe
fauve fur un rocher avec deux autres perfonnes
; conftruit une barque des débris
du vaiffeau , fe rembarque , eft reçu dans
un navire qui le rencontre fur fa route ;
pris enfuite par un corfaire d'Alger , vendu
à Mazulem , efpéce de philofophe
turc qui lui apprend mille chofes qu'il
ignoroit , & répare fa mauvaiſe éduca
tion ; il a le bonheur de fauver la vie à
Mazulem que fon frere vouloit affaffiner
; pour prix de ce fervice , on lui pramet
fa liberté ; il s'avife de faire de mémoire
le portrait de Sara , il fe trouve
qu'elle reffemble à une efclave de Mazulem
; celui ci eft jaloux ; il appefamic
les fers de*** , il voit par hafard cette
belle esclave ; il outrage: fon maître
Mazulem meurt én lui donnant la liberté,
38 MERCURE DE FRANCE.
T
>
Ibrahim , fon fils , en fait fon ami ; ils
voyagent enſemble en Europe ; ils fe
rendent d'abord en Efpagne ; une femme
prend de l'amour pour le jeune Algérien
qui n'y répond point ; piquée de fes refus
, elle le dénonce à l'inquifition . M.
de*** parvient à le tirer des prifons du
faint office ; ils vont en France avec Floria
, jeune françoife établie en Eſpagne ,
qu'ils enlevent en partant. Ibrahim joue
il fe ruine , rétablit fes affaires , eft tué
un foir en fortant d'une académie ; l'un
des affaffins eft arrêté , M. de *** le reconnoît
pour Risbeck , frere de Mazulem
; c'est un homme couvert de crimes ,
l'autre meurtrier eft auffi pris , c'eſt Olinor
le valet de chambre de Girac. M.
de*** furieux à fa vûe , le tue d'un coup
d'épée & eft mis à fa place dans le ca
chot avec Risbek qui trouve le moyen
d'en fortir avec lui : il va en Angleterre
; il s'y fait des amis , il y trouve un
de fes parens qui lui fait préfent d'une
habitation en Amérique ; il s'embarque
pour s'y rendre , dans le deffein de voir
Sara ; fes deux amis le fuivent ; l'un eft
tué en chemin en combattant contre un
corfaire qui eft pris ; on trouve Sara dans
fon vaiffeau ; ils font enfemble le voyage
de l'Amérique ; ils s'y marient ; Risbek
A
OCTOBRE . 1768. 89
vient les y joindre; il montre de fi grands
remords qu'on en fait un ami ; il découvre
que Rocheſter , qui a ſuivi M.de***
eft amoureux de Sara ; il lui propofe de
Fenlever ; le projet eft exécuté , & il l'enleve
lui- même à Rochefter , qui rendu à
lui-même , le pourfuit , reprend Sara &
la rend à fon époux : quelque temps après
Risbek revient; il tue lefils de M. de ***
tue Sara & fe perce enfuite du même poignard.
Telles font les aventures de ce roman ;
c'eſt une fuite de malheurs & de crimes
atroces , fans vraiſemblance , fans fondement
, & qui intéreffent peu .
De tout un peu , recueil de contes , chez
le Jay , libraire , quai de Gèvres , au
grand Corneille .
L'abondance des matieres nous a forcé
de retarder jufqu'à préfent la fuite de cet
Ouvrage , dont on a commencé de rendre
compte dans le Mercure de Mai .
Le bon tuteur ou l'éducation de l'amitié.
Deux peres , en mourant , chargent un
ami d'élever leurs enfans ; cet ami philofophe
, loin de heurter les paffions du
jeune homme & de la jeune demoiſelle
90 MERCURE DE FRANCE.
qui font confiés à fes foins , les flatte , leur
facilite les moyens de les fatisfaire , &
parvient à les faire tourner au profit de
leur éducation : comme les deux caracte❤
res font directement oppofés , il les tempere
l'un par l'autre , les rapproche , les
unit , fait leur bonheur , & en jouit en le
partageant .
L'auteur qui s'avoue redevable de ce
fujet à M. le Duc de N ... de l'académie
françoife , l'indique comme propre à four
nir un drame intéreffant ; nous penfons
comme lui , & nous invitons ceux qui tra
vaillent dans ce genre , à l'employer pour
le théâtre .
Les heureux accidens , ou l'enfant de l'amour
; avec cette épigraphe.
Fecit amor , mittit pictas , fortuna reducet."
Un tableau de M. Baudouin , expofé au
falon dernier, a fourni le fujet de ce conte
intéreffant; c'eft ainfi que tous les arts, qui
ne font qu'une même famille , devroient
s'enrichir mutuellement.
Valville & Conftance avoient plus
fuivi les difpofitions de leurs coeurs , que
celles de leurs parens. Elevés enfemble
, l'habitude de fe voir & de paffer des
jours entiers familiérement n'avoit
fait qu'accroître une paffion devenue dan◄
›
OCTOBRE . 1768. 91
gereuse pour Conftance ; elle avoit trop
compté fur fa vertu & fur la fagefle de
Valville toujours foumis & refpectueux ;
avec un amant moins délicat elle aurois
couru moins de danger , elle en fit la fatale
expérience ; & de refpects en refpects,
de facrifices en facrifices , elle n'eut bientôt
plus rien à facrifier à fon amant . Elle
porte des fruits non équivoques de fa coupable
complaifance. Il eft impoffible de
la cacher davantage à fa mere ; cependant
la honte l'empêche de la lui découvrir ;
elle a recours à une amie compatiffante ,
qui reçoit les amans chez elle , & les dérobe
aux premiers tranfports de leurs parens.
Leur fuite étoit néceffaire , elle eft
bientôt fuivie de l'accouchement de Conf
tance.
Les amans éprouvent de la part de leurs
parens les plus vives perfécutions , auxquelles
l'amitié vigilante de leur amie les
fait toujours échapper ; mais pour comble
d'infortune , cette amitié bienfaiſante
fe change en un fentiment plus vif. Ma
dame Dumontier aime Valville , Conftance
s'en apperçoit ; elle s'abreuve longsems
en fecret des poifons de la jaloufie ;
mais ne pouvant plus foutenrir la violence
de fon état , elle oblige fon amant à quit
ter la retraite commode que fa rivale leur
92 MERCURE DE FRANCE.
avoit procurée. Ils fe fauvent & fe
cachent dans une maifon écartée , ou ,
fans autres fecours qu'un très - foible talent
pour la peinture , l'affiduité de leur
travail ne peut fuffire à leur fubfiftance .
Les peines qu'entraîne une fituation fi
malheureuſe , n'étoient pas les feuls chagrins
qu'éprouvoit Valville .
» Conftance refufoit abfolument fes
» careffes , elle lui avoit déclaré la réfo
» lution ferme & inébranlable qu'elle
» avoit formée d'être avec lui commeune
» foeur , jufqu'à ce qu'elle pût y vivre
» comme une épouſe «.
Cependant l'eftime & l'admiration que
les vertus de Conftance infpiroient à Valville
, le dédommagoient des plaifirs que
fa délicateffe lui refufoit.
» Une nuit que Valville n'avoit pu
» dormir , il s'étoit livré à fes réflexions ,
» & attendri fur fon fort . Il s'étoit levé
» de meilleur heure qu'à l'ordinaire, pour
» aller épancher fon coeur avec Conftance
» auffi - tôt qu'elle feroit éveillée ; mais il
» ne la trouva point , elle étoit déjà fortie,
pour aller , felon fon ufage , de-
» mander au pied des autels la protec-
» tion du ciel, le prier de recevoir les mar
» ques finceres de fon repentir , & de
toucher le coeur de fes parens , finon
"
OCTOBRE . 1768. 93.
pour elle qui étoit coupable , au moins
» en faveur d'une créature innocente .
"
Après avoir offert fon coeur à Dieu ,
» elle revenoit préfenter fon fein à fon
» enfant , & fe mettre au travail «.
» Valville ne l'ayant donc pas trouvée ,
» avoit pris fa petite fille dans fes bras ;
» réuniffant fur elle toute la tendreffe "
» que fon coeur pénétré venoit partager
» avec fa chere Conftance , il lui prodiguoit
les noms les plus tendres , & les
» carreffes les plus vives » .
30
"
» Enivré de tendreffe , il fautoit comme
» un fou au milieu de fa chambre , en .
» ferrant fon enfant contre fon coeur ; dans
» ce moment de délire il apperçoit de
» loin Conftance qui revenoit au logis ;
» il s'approche de la fenêtre pour hater
» fon retour, en lui montrant leur cher en-
ود
fant , qu'il faifoit danſer dans ſes bras,
» O ciel elle échappe de fes mains , &
» tombe par la fenêtre « .....
"
» Je me hâte d'apprendre au lecteur le
» miracle qui a préfervé ce cher enfant ,
auquel il eft difficile de ne pas s'inté-
» reffer. Un cloud qui s'eft trouvé à la
» muraille , a accroché fes langes , & l'a
» foutenue à dix pieds de terre.
و د
Valville doute s'il doit en croire fes
il refte immobile entre la douyeux
,
94 MERCURE DE FRANCE.
» leur & la joie ; fon coeur n'ofe fe livrer
» ni à l'une ni à l'autre , mais Conſtance
» lui apprend ce qui a fauvé leur chere
» fille , & vient à fon tour ſçavoir ce qui
» a cauſé le danger dont elle vient de la
» délivrer «‹•
Après plusieurs autres événemens , la
bonne Dame Dumontier , qui avoit eu
honte de fe laiffer furprendre à l'amour,
retrouve les amans , les reconcilie avec
leurs parens , & partage avec eux fa fortune
& leur bonheur .
Cette hiftoire eft de l'intérêt le plus
preffant. On trouve de tous les genres dans
ce recueil , avec le ton , le ftyle & le goût
propres à chaque gente . Tant de variétés
dans le même Ouvrage ne peut qu'en rendre
la lecture extrêmement agréable :
nous invitons l'auteur à publier promp
tement le troifiéme volume qu'il promet,
& que celui - ci fait defirer avec empreſſement
.
Réfultats de la liberté & de l'immunité du
commerce des grains , de la farine & du
pain. A Amfterdam ; & fe trouve à Paris
, chez Defaint , libraire, rue du Foin
St Jacques ; Lacombe , rue Chriſtine
& le Moine , au palais , in- 12 , 48 pag.
L'auteur, pour décider fi la liberté par
OCTOBRE. 1768. 95
faite & l'immunité totale du commerce
des grains , de la farine & du pain , font
réellement l'objet le plus effentiel à la
profpérité de l'Etat , examine les effets
qui réfulteroient de cette liberté & de
cette immunité . Ses réſultats font au
nombre de fix , la communication des
provinces entr'elles & du royaume
avec les pays étrangers entretiendra nos
denrées à leur prix naturel , ce prix eft
naturellement fupérieur d'un quart à celui
où il étoit tombé avant la déclaration
de 1763. Cette augmentation cauferoit
infailliblement un accroiffement dans le
revenu des terres , & conféquemment
dans celui du Roi.
On ne voit dans l'augmentation du prix
des grains que l'augmentation de celui du
pain. Le commun des hommes s'imagine
que la liberté ne produit pas d'autre
effet ; il ne juge pas qu'elle rend ce pain
moins variable & prefqu'uniforme ; tel
étoit l'effet des prohibitions dans les années
abondantes ; le grain ne valoit
pas les frais ; il fe gâtoit dans les greniers,
Les revenus des propriétaires
ceux du Roi fouffroient ; la culture étoit
négligée. Dans les mauvaifes années , il
montoit à un prix exceffif ; les gens de
96 MERCURE DE FRANCE.
la campagne n'en profitoient pas ; la récolte
actuelle étoit trop mauvaiſe pour
être vendue ; les anciennes avoient été
perdues faute de débit , ou achetée à vil
prix par des monopoleurs.
Les revenus des particuliers & ceux du
Roi étoient augmentés d'un quart ; il ne
faut pas
pas croire que le pain vendu augmen
te à proportion ; cet accroiffement n'eft
que d'un cinquieme ou d'un fixiéme ;
on pourroit encore l'empêcher. On a démontré
par une multitude d'expériences
en grand , qu'en perfectionnant les deux
arts nourriffiers la mouture & la boulangerie
, on peut gagner dans la plus grande
partie des provinces du royaume , un cinquiéme,
un quart , & même jufqu'au tiers
fur la quantité & le prix du pain , fans
en altérer la qualité . On entre dans des
détails fatisfaifants fur ce fujet intéreffant
, & qu'il faut lire dans l'ouvrage même.
Les propriétaires des moulins retirent
un grand avantage de la liberté du
commerce des grains. On commence à
payer la bonne mouture en argent ; la
mauvaife mouture ancienne fe payoit en
nature ; ce produit valoit peu dans les
années abondantes,faute de débit ; il étoit
onéreux
T
OCTOBRE . 1763. 97
onéreux au peuple dans les tems de cherté;
on moudra davantage , parce qu'on
aura plus à fournir, Cela entre dans l'au
gmentation du revenu des terres.
les
L'auteur examine enfuite l'état du royaume
, lorfqu'on aura établi la liberté abfolue.
Chaque particulier comme confommateur
du pain n'auroit plus qu'à fe
connoître en cette denrée , ce qui n'eft
pas bien difficile ; quoiqu'il fût libre de
faire lui-même fon prix , il auroit plus de
profit à.l'acheter tout cuit ; parce que
frais de route efpéce font moindres pour
une grande boulangerie que ' pour une
cuiffon particuliere ; le boulanger qui embrafferoit
librement cette profeffion , fans
avoir rien payer que la farine & les frais
les plus indifpenfables , ne pourroit s'affurer
un bon débit qu'en donnant de bon
pain ; fon étude effentielle feroit de fe
connoître en farine ; le vendeur de cette
nouvelle denrée chercheroit le meilleur
bled , la meilleure mouture , &c. pour
s'affurer une bonne vente .
Le dernier réfultat de l'immunité des
grains est , qu'elle entraîne la fuppreffion
de toutes les exactions que cette denrée
précieufe fouffre dans le royaume , & qui
retombent toutes fur le prix du grain . Ces
obfervations font l'ouvrage d'un homme
II Vol. E
୭୫ MERCURE
DE
FRANCE
.
très-profond dans les matieres économiques
, & qui depuis long- tems confacre
fes études & fes travaux au bien de fa
nation,
Nouveaux Principes de la langue allemande
, à l'ufage de l'école royale militaire;
par M. Junker , docteur en philofophie
, profeffeur de grammaire à l'école
royale militaire , membre ordinaire de
l'académie royale allemande de Gættingen
; troifiéme édition . A Paris ,
chez J. B. G. Mufier fils , libraire , quai
des Auguftins au coin de la rue Pavée ,
à St Etienne , in- 8 ° . , 1768. t
Cette troifiéme édition des nouveaux
principes de la langue allemande eft trèsfupérieure
aux précédentes . On y a fait
des changemens confidérables fur- tout
dans la partie qui traite de la conftruction .
On a eu fain de ne pas toucher au fond
des chofes ; les principes font toujours
les mêmes ; mais on en a fimplifié plufieurs
, on les a rendus avec plus de précifion
, & on les a rangés dans un ordre
plus naturel. M. Junker prévoit que cette
grammaire pourra paroître trop longue.
bien des gens ; mais ceux qui pourroient
s'en plaindre , ne méritent guère de ré
OCTOBRE . 1768. 99
ponfe ; ils ne veulent prendre que la fuperficie
des chofes , & ne fçavoir rien ,
ou fçavoir mal. Rien de plus aifé fans
doute que de faire des rudimens abrégés ;
mais va- t- on loin avec de pareilles méthodes?
Pour fe rendre maître de toutes
les difficultés de la langue allemande , il
faut prendre pour guide une grammaire
qui entre dans tous les détails néceffaires,
ou recourir à la voie longue de l'ufage ,
paffer huit ou dix ans dans le pays ', & n'y
parler qu'allemand ; il n'y a que ces deux
moyens. L'Ouvrage de M. Junker eft divifé
en trois parties ; la premiere contient
l'étymologie ; la feconde la fyntaxe ;
& la troifiéme un abrégé de la profodie
allemande. On y a joint un fupplément
dans lequel on trouve trois articles ; l'un
eft l'exercice pruffien ; l'autre enfeigne à
former les dérivatifs , & traite des fubftantifs
, des adjectifs & des verbes dérivatifs
; le dernier offre des remarques fur
quelques politeffes que les Allemands obfervent
dans la converfation , & fur- tout
dans le commerce des lettres ; nous ne nous
arrêterons pas fur le mérite de cette grammaire
; les éditions qu'on en a déjà données
, l'on fait connoître ; elle eft néceffaire
à tous les
commençans , & peutdon
ner une connoiffance parfaite de la lan-
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
"
gue àceux qui ont déjà une légere teinture
des principes. Elle fera fur- tout fort utile
aux maîtres , dont la plûpart ont befoin
d'être dirigés.
*
Nouvelle Méthode allemande , felon le traité
de la maniere d'apprendre les langues;
par M. Gerau de Palmfeld , profeffeur
de la langue allemande de MM . les Pages
du Roi , de la Reine , de Madame
la Dauphine , & à l'école de MM . les
Chevaux Légers ; feconde partie . A Paris
, chez la veuve Regnard , grand'falle
du palais ; & à Verfailles , chez Fournier
, rue Satory & au Château , in 8°.
1768 .
Cette nouvelle méthode allemande
peut fervir de fuite au traité de la maniere
d'apprendre les langues. M. Gerau
de Palmfeld a fuivi les principes qui font
établis dans ce traité ; il commence par
préfenter des morceaux allemands , il place
fous chaque mot de cette langue le
mot françois qui y répond , & au- deffous
la phrafe françoife avec la conftruction
qui lui eft propre . Quand l'écolier s'eſt
rendu ces premiers morceaux familiers,
il lui offre les phrafes allemandes & les
françoifes féparées ; & à la fin du volume
OCTOBRE. 1768. 101
des extraits de quelques ouvrages allemands
fans y joindre la traduction , que
Pécolier doit être en état de faire feul
après avoir étudié avec foin tout ce qui
précéde. Il feroit à fouhaiter qu'on nous
fit des méthodes pareilles pour toutes les
autres langues ; ces livres élémentaires
vaudroient bien la plupart de ceux qu'on
ne ceffe de publier depuis long - temps
d'après la vieille routine , & qu'on ne lit
jamais fans dégoût.
Expériences fur les longitudes , faites à la
mer en 1767 & 1768 , publiées par ordre
du Roi. A Paris , de l'imprimerie
royale , in- 8 °. 72 pages , 1768 .
Cet ouvrage contient le réfultat des
obfervations que M. de Charnieres a faites
fur les longitudes ; on n'auroit jamais
pu efpérer de les découvrir à la mer à un
demi- degré , avec le fecours de l'atronomie
, fi l'on n'avoit perfectionné les tables
lunaires & l'inftrument dont on fe
fert pour mesurer la diftance de la lune
aux étoiles. M. de Charnieres a ſubſtitué
à l'octant qui ne donnoit ces diftances
qu'avec des peines infinies , & prefque
toujours avec quelque incertitude , le mégametre
de fon invention. Il confirme
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
pleinement dans fon ouvrage l'exactitude,
de ces diftances avec fon, inftrument , par
plufieurs recherches fur les longitudes à la
mer. Le travail qu'il a fait fur cet élément
fert à diffiper les doutes qu'un jugement
délicat pouvoit encore faire naître.
Il obtint pour cet effet de M. le duc de
Praflin , la permiffion de s'embarquer fuc
un des vaiffeaux du Roi deftiné à paffes
quelques mois dans différens ports de
l'Amérique . Son mémoire contient les
expériences qu'il a faites dans cette campagne
; elles rempliffent le double objet
de fervir de preuve aux marins & de leur
éclaircir les procédés que contenoit , le
premier mémoire qu'il a déjà publié. Il
répond dans fon difcours préliminaire à
quatre objections principales contre l'inftrument.
La premiere fe réduit à demander
fi l'on peut obferver facilement à la
mer avec le mégametre ; nous ne repéterons
pas les détails de l'auteur fur la fupériorité
qu'il lui a donnée fur l'octant ;
il ajoute que M. Thomé de Keridec , lieutenant
de vaiffeau , qui , à peine , s'étoit
exercé avec le mégametre , a très bien déterminé
la longitude à la mer le 25 Janvier
1768 , en allant du Cap François à
St Domingue , à la baie de Manfenille.
On objecte encore que la lune eft rareOCTOBRE.
1768. 103
*
ment à portée de quelque belle étoile
pour en mefurer la diſtance ; M. de Charnieres
répond qu'il ne fe borne pas à celles
de la premiere & de la deuxième
grandeur , mais qu'il fe fert très bien des
étoiles zodiacales de la troifiéme & de la
quatriéme grandeur , & que dans fa traverfée
, à peine a t- il trouvé deux jours où
la lune ne fut pas à la portée de quelqu'une
de ces étoiles . La troifiéme objection
fe confond avec celle - ci ; la derniere
roule fur la longueur des calculs , ce qui
eft plutôt un éloge de l'inftrument qu'une
critique ; les calculs ne font devenus longs
que parce qu'il n'eſt plus permis , en me--
furant les arcs de diftance , de négliger
les élémens qui entraînent une précision
des fecondes. Cet ouvrage ne peut qu'être
très- utile aux navigateurs ; il eft précédé
de deux jugemens très - flatteurs de
l'académie royale des fciences , extraits
de fes regiftres du 24 Février & du 2 Juillet
1768 .
Opufcules mathématiques ; par M. l'abbé
de Rochon , aftronome de la marine &
correfpondant de l'académie royale des
fciences. A Breft , chez Romain Malaffis
, imprimeur ordinaire du Roi &
de la Marine , 1768.
Eiv
104 MERCURE DE FRANCE.
On trouve ici fix mémoires , dont le
premier roule fur les moyens de perfectionner
les inftrumens dioptriques. Dans
le fecond , l'auteur propofe une méthode
d'obferver facilement en mer les éclipfes
des Satellites de Jupiter , pour en déduire
les longitudes . C'eft dans ce niémoire
que
M. l'abbé de Rochon donne la defcription
de l'inftrument qu'il a imaginé pour
conferver l'aftre dans la lunette , malgré
l'agitation du vaiffeau ou du moins pour
le retrouver avec une extrême facilité.
Le troifiéme offre les moyens de rendre
l'héliometre de M. Bouguer propre à mefurer
des angles confidérables , afin de faciliter
les obfervations de diftances d'étoiles
à la lune.
que
Le quatriéme préfente les obfervations
l'auteur a faites fur mer, tant d'éclipfes
de Satellites de Jupiter , que de distances
d'étoiles à la lune , & une théorie nouvelle
& générale de tous les inftrumens
qui peuvent fervir utilement à la mer
pour la mefure des angles . A la fin il propofe
un inftrument de fon invention ,
qu'il nomme Mégametre à réflexion , pour
Je diftinguer du mégametre de M. de
Charnieres , avec lequel celui- ci n'a qu'un
rapport éloigné.
Un mémoire fur le pilotage , pour ferOCTOB
R E. 1768. 105
vir de fupplément à quelques articles du
traité de navigation de M. Bouguer , rédigé
par M. l'abbé de la Caille , eft le cinquiéme
que l'on rencontre dans ce volume
; il eft fuivi d'une differtation fur l'art
de tailler & polir les verres & les miroirs
des télescopes dioptriques & catoptriques
. Cet ouvrage eft terminé par des tables
pour calculer le lieu du foleil & celui
de la lune. Les mémoires intéreflans
qu'il contient étoient definés la plupart
à faire partie du recueil des mémoires des
fçavans étrangers , que l'académie publie;
mais le voyage que M. l'abbé de Rochon
va faire aux Indes , par ordre du miniftere
, l'a déterminé à les mettre au jour
avant fon départ. Ils ont été imprimés
avec l'approbation & fous le privilege de
l'académie.
Effai fur la Peinture en mofaïque ; par M.
le V *** : Non norunt hæc monimenta
mori: Enfemble une differtation fur la
pierre fpéculaire des anciens ; par le
même. A Paris , chez Vente , libraire ,
au bas de la montagne Ste Genevieve,
1768 ; brochure in- 12 . de 166 pag.
L'auteur paroît avoir été conduit à la
compofition de cet effai , par les recher
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
ches qu'il a été obligé de faire pour un
Traité hiftorique & pratique de la Peinture
fur verre , dont il s'occupe depuis longtemps.
Les verres colorés par des matieres
minérales & métalliques , & taillés
enfuite en petits rubis , font , en effet , la
matiere dont on fe fert par préférence
pour la peinture en mofaïque ; art précieux
par la précifion avec laquelle il imite
les grandes compofitions des meilleurs
maîtres , par l'immortalité qu'il leur donne
, & très- étonnant par la patience qu'il
fuppofe dans ceux qui s'en occupent. M. le
V *** fuit cet art fingulier depuis fa
naiffance chez les Perfes jufqu'à fon renouvellement
en Italie , où il eft encore
exercé aujourd'hui avec le plus grand fuc
cès. Les principaux autels de St Pierre de
Rome , la vafte coupole qui a plus de quatre
cent pieds de tour , & la lanterne de
ce magnique édifice , font ornés de ces
peintures en mofique. Le coup d'oeil en
eft d'autant plus frappant , que tous les
ornemens & les figures font fur un fond
de cristal doré au feu . Après le détail des
procédés de cette peinture , l'auteur parle
de la mofaïque en placages de marbres &
en cubes de pierres colorées , plus difficile
encore à exécuter à caufe de la dureté
& du prix des matériaux , qui font
OCTOBR E. 1768. 107 .
fes agathes , les grenats , les fardoines, les
coraux , les nacres de perles , le lapis - lazuli
, les jafpes , l'émeraude & la topaze.
Auffi cette mofaïque , qui ne ſe fait qu'à
Florence , n'eft- elle compofée que pour
des ouvrages qui appartiennent au grand
Duc , & dont il fait des préfens. La nature
donne feule les nuances employées
de cette mofaïque ; l'art multiplie à fon
gré celles de la mofaïque en pierres colorées
; il a porté le nombre des nuances
à plus de trois mille , & malgré cela on ne
peut s'en fervir que pour des figures dont
les proportions font grandes & dont la
touche eft large ; les piéces de rapport dont
elle eft compofée ne peuvent fe prêter à
la délicateffe des petits objets.
ว
་ ་
Les recherches fur la pierre fpéculaire
des anciens qui terminent ce volume , ne
font pas moins curieufes . Les Naturaliſtes
ont toujours penfé que c'étoit toujours let
talc ou le Gypfe , l'auteur fe détermine
pour ce dernier fentiment.
Profpectus de l'hiftoire de l'ordre de la Toi
fon d'or; par Meffire F. J. de Bors d'Overen
, chevalier maître aux requêtes
de S. M. I. R. & A. , & confeiller en
fon grand confeil féant à Malines.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
La premiere partie de cette hiftoire en
deux volumes in-fol. contiendra les ftatuts
& les privileges de l'ordre , avec 165
grandes planches en taille douce , repréfentant
les armoiries , infcriptions & emblèmes
copiés fur les originaux qui exiftent
encore des anciens chapitres de l'ordre.
Cette partie fera encore composée
de plufieurs eftampes , répréfentant les
différentes cérémonies de l'ordre.
La feconde partie feta compofée des
tableaux généalogiques & héraldiques des
chevaliers , & formera cinq volumes .
La troifiéme & derniere partie renfer
me l'abregé de l'hiftoire de tous les chevaliers
en particulier. Cette partie fera
ornée des portraits des chevaliers autant
qu'il fera poffible de les recouvrer . Les
auteurs invitent les hiftoriens & les feigneurs
de leur fournir des mémoires .
La foufcription propofée aujourd'hui
pour les deux premieres parties en 7 vol.
in-fol. , eft de trente deux louis d'or , dont
les deux tiers payables en foufcrivant , &
le dernier tiers en recevant le 4 volume.
Cette édition , imprimée fur le plus beau
papier & avec le plus grand foin , fera or
née de toutes les richeffes de la gravure
& de la typographie . La ſouſcription eſt
OCTOBRE . 1768. 109
ouverte depuis le premier Avril 1768
jufqu'au premier du même mois 1769 .
Comme l'ouvrage fera en françois & en '
latin , les foufcripteurs font priés de fe:
détertainer pour l'une ou l'autre langue .
Les noms des foufcripteurs formeront
une liste imprimée à la tête du Ir . volume.
On fouferit à Paris chez Mollini , libraire
, quai des Auguftins .
P. Virgilii Maronis opera , interpretatione
& notis illuftravit Carolus
Ruzus Juffu Chriftianiffimi Regis ad
ufum fereniffimi Delphini nova editio
accuratè recognita, 3 vol . in 12. Parif. ,
typis J. Barbou , viâ Mathurinenfium ,
1768 .
Ce Virgile fait partie des auteurs latins
commentés ad ufum Delphini , & il·
eft un des plus eftimés de cette belle collection
. Il a été réimprimé pluſieurs fois
dans toute l'Europe littéraire . C'est donc
un fervice eflentiel que BARBOU , libraire
, rend aux lettres que de l'avoir réimprimé
pour la commodité des colléges &
des jeunes gens. Cette nouvelle édition
eft en trois vol. in- 12 ; prix 7 liv . 10 fols
relié. Il y a , comme dans l'in 4°. , le texte '
avec l'interprétation en profe , & les no-
3
i
110 MERCURE DE FRANCE.
tes diftribuées & arrangées avec beaucoup
d'intelligence. On y trouve même , au
commencement, l'appendix de Jouvency,
pour l'intelligence des poëtes. On vend
auffi chez Barbou la belle édition in- 4° .
avec l'index vocabulorum à la fin..
Harangues d'Efchine & de Démofthenefur
la couronne , traduites du grec ; par M.
Auger prêtre , maître- ès- arts en l'univerfité
de Paris & profeffeur de rhétorique
au collège royal de Rouen. A
Paris , chez Brocas & Humblot , rue St
Jacques.
M.Tourreil & M. l'abbé Millot avoient
déjà traduit ces deux harangues fameufes
dans l'antiquité , & qui le font encore
parmi nous . Le nouveau traducteur , en
rendant juſtice au mérite de ceux qui l'ont
précédé , foutient que ni l'un ni l'autre
n'a faifi le vrai ftyle , ni revêtu le caractere
de Démofthene. Il croit s'en: être
pénétré davantage . Sa traduction eft nette
& fidéle , mais nous devons obferver
ici qu'il ne faut point fe flatter que
tous ces beaux monumens de l'antiquité
ne perdent pas beaucoup de leur mérite
en perdant leur couleur propre , & en s'éloignant
du lieu pour lequel ils étoient
faits. Les difcours d'Efchine & de Démof
OCTOBRE. 1768. 111
thene qui intéreffoient toute la Gréce ,
font aujourd'hui bien froids pour nous.
Ce genre d'éloquence judiciaire a cet inconvénient
qu'il ne peut attacher que ceux
qui poffédent la caufe qu'il faut décider.
Quand la caufe eft oubliée , les plaidoyers
font peu de chofe.
Le traducteur , dans une préface aſſez
due , compare à Démofthene le célébre
citoyen de Genêve ; ce philofophe ,
dit-il , fi éloquent , fi naturel, fi égal &fi
vrai dans fonftyle. Cette comparaifon ne
nous paroît point fondée , & ces éloges mé
ritent d'être fort reftreints . Nous croyons
M. Rouffeau fort fupérieur à Démofthene
, finon pour le génie ( dont il feroit
difficile de déterminer la mefure des deux
côtés , à moins d'être à la fois Athénien
& François ) du moins pour le gente d'ouvrages
qu'il a traités qui , ordinairement,
intéreffent l'humanité , la morale & la
raiſon , & remnent les paffions de l'ame.
Mais avec cette chaleur qui eft fa qualité
diſtinctive , il étoit égal & naturel , it
feroit le premier des écrivains . Très fouvent
il n'eft point naturel , très - fouvent
il n'eft point vrai , & jamais il n'eft égal.
On peut dire au contraire de lui qu'il eſt
tantôt au - deffus & tantôt au - deffous de
lui-même. Du refte M. Auger n'a rien
>
112 MERCURE DE FRANCE.
négligé pour l'inftruction des jeunes gens ,
en faveur defquels il dit lui - même qu'il a
principalement travaillé. Il donne un détail
très- clair & très- exact des événemens
dont la connoiffance eft néceffaire pour
l'intelligence des deux harangues qu'il
traduit. Ily joint une notice alphabétique
des lieux , des villes , royaumes , & c . dont
les deux orateurs font mention . Enfin il
a employé tous fes foins à faire un bon
livre claflique , & il paroît y avoir réuffi .
Remarques fur un livre intitulé : Obfervations
fur l'architecture , par M. l'abbé
Laugier ; par M. G *** , architecte ;
brochure in - 8°. de 84 pages. A Patis ,
chez de Hanfy le jeune , libraire , rue
St Jacques , près les Mathurins.
Ceux qui ont lu les Obfervations de M.
l'abbé Laugier , publiées en 1765 , ne doivent
pas manquer de fe procurer les remarques
qui paroiffent aujourd'hui fur ce
bou & utile ouvrage. On applaudira fou .
vent aux remarques de M. G *** , & on
fe convaincra foi-même
par
que l'archi
tecture est un art beaucoup plus difficile
qu'on ne penfe communément. La nature
offre aux fculpteurs des modèles déterminés
; les objets de leurs études font autour
OCTOBRE. 1768. 113
d'eux mais où l'architecte trouvera - t-il
les belles proportions qu'il recherche s'il
n'eft né avec le fentiment du beau? L'auteur
recommande avec raiſon aux éleves
d'architecture qui ont la noble ambition
d'étendre les bornes de leur art , de deffiner
la figure . Un architecte qui ne deffine
point la figure pourra bien compofer de
l'architecture réguliere & pure ; mais elle
fera toujours froide , & fouvent il placera
mal fes ornemens . Comme il fera obligé
d'avoir recours à la main d'un autre pour
les deffiner, & même pour les compofer,
fon projet n'aura plus cette unité qui fait
le grand mérite de toutes les productions
de l'efprit . C'eft l'étude du deffein de
figure qui apprend à connoître & à employer
de belles formes dans tant d'occafions
où la ligne droite ne produiroit qu'un
mauvais effer. C'est elle qui apprend à juger
des proportions avec l'ail & non avec
le compas , méthode très fautive pour
les chofes qui doivent être exécutées en
grand. En un mot le deffein de figure eft
lé germe du fublime en architecture .
Mofes and Bolingbrooke , a dialogue . Moyfe
& Bolingbroke , DIALOGUE ; PAR
SAMUEL PYE , in - 4°.
t
114 MERCURE DE FRANCE
»
Parmi les écrivains qui ont attaqué la
divinité des livres faints , il en eft peu qui
ayent la réputation du lord Bolingbrooke;
fes connoiffances profondes ne l'empêcherent
point de s'égarer ; M. Samuel Pye
s'eft propofé de répondre à fes objections ;
il a pris une route nouvelle pour y parvenir
, & il n'y en avoit pas de plus fûre &
de plus fatisfaifante ; ille met en conférence
avec l'écrivain facré. « Pour juger
qui des deux a raifon , dit- il dans fon
» introduction , il faut les entendre eux-
» mêmes ; les argumens & les réponſes
auront plus de force dans leur bouche ;
» on ne m'accufera pas d'avoir affoibli
» les unes pour fortifier les autres ; je ne
fuis ici que leur fecrétaire ; je com-
» mence par établir une efpéce d'égalité .
» entr'eux ; tous deux font morts , tous
deux ont laiflé des écrits dans lefquels
» on puifera leurs fentimens , leurs opi-
» nions ; ce fera les préfenter tous deux
» dans leur véritable caractere . » Telle
eft l'idée générale de ce dialogue ; Moyfe
parle pour lui - même , Bolingbroke n'a
pas befoin d'interpréte ; il a expliqué dans
différens endroits de fes ouvrages , fa
maniere de penfer. On lit dans fes cnvres
pofthumes : Zoroaftre , Zamolxis , Minos ,
Charondas , Numa & Pythagore ( il n'eft
"
ม
ןכ
OCTOBRE. 1768. 115
· ·
pas néceffaire d'en nommer davantage , &
je ne ferois pas un crimefij'ajoutois Moyfe
à cette lifte , ) feignirent des révelations.
qu'ils fçavoient être fauffes. Il demande
ailleurs de quels mémoires Moyfe s'eft fervi
pour écrire le livre de la Genéfe , ou du
moins le premier chapitre de ce livre dans
lequel il raconte la création avec des détails
fi circonftanciés. Une hiftoire , pour
être authentique , ajoute-t- il , doit avoir
été écrite par un auteur contemporain ou
fur des mémoires contemporains.
Telles font les prétendues difficultés dont
on donne la folution dans ce dialogue.
Moyfe ne fe borne pas à prouver qu'il
étoit infpiré lorfqu'il écrivit l'hiftoire de
la création , il fait voir que ce recit n'eft
ni puérile , ni abfurde , ni fans philofophie
, comme l'ont prétendu les efprits
forts ; il l'éclaircit encore , & releve les
erreurs & les critiques de fes commentateurs
. Nous cirerons un trait de ce dialo.
gue ; nous nous arrêterons au fameux
paffage de la création de la lumiere avant
le foleil , qui a donné lieu à tant d'argumens
& de plaifanteries déplacées . Le lord
Bolingbrooke, dans le cours de la difpute,
ne manque pas de comparer l'hiftoire de la
création avec le fyftême actuel & démon116
MERCURE DE FRANCE.
»
"
tré de l'Univers . C'eft un paffage du cinquieme
volume de fes oeuvres pofthumes
qui fert de fondement à l'argument fuivant
. C'eft Bolingbrooke qui parle : « On
dit , Moyfe, que vous étiez divinement
infpiré , & cependant vous ignoriez le
» vrai fyftême de l'Univers , comme tous
les peuples de votre temps ; pour af-
» foiblir cette objection , on nous dit que
» vous vous conformâtes aux opinions
groffieres de vos Hébreux ; que vous
» n'écriviez point pour les inftruire dans
» la philofophie naturelle , mais pour
imprimer fortement dans leurs ames la
" croyance d'un Dieu créateur de toutes
chofes . Etoit - il néceffaire pour cela
» ajoute - t- on , que vous leur expliquaffiez
le fyftême de Copernic ; non , fans
» doute ; mais il n'étoit pas néceffaire
» non plus que vous leur donnaffiez une
idée abfurde de la création de notre fyf
» tême phyfique , & j'ofe ajouter de notre
» fyftême moral ; il n'étoir pas nécellaire
» de leur dite , par exemple , que la lumiere
fut créée ; que la diftinction du
jour & de la nuit , du matin & du foir ,
fut faite avant le foleil , la lune & les
» étoiles , qui furent placés dans le firma-
» ment pour diftinguer le jour de la nuit,
»
:
"?
>
1
OCTOBRE. 1768. 117
و د
"
""
» & pour fervir de fignes pour les fai-
» fons , pour les jours & pour les jours & pour les années .
» Il n'étoit pas néceffaire de leur dire que
» notre fyftême moral fut détruit prefqu'auffi
- tôt qu'il eût été créé , par la
» rufe d'un ferpent , & par une pomme
qui fut mangée , contre l'intention &
» l'ordre du Créateur. En réponſe à cette
objection & à quelques autres , Moyfe
entre dans un détail curieux & travaillé
de la création du fyftême folaire , ce qui
lui fournit l'occafion d'expliquer le paffage
dont nous avons parlé au fujet de la
formation prétendue antérieure de la lumiere.
Il répete les expreffions de Bolingbrooke
, qui prétend qu'il étoit inutile
de le dire aux Hébreux . « Au contraire ,
Mylord , ma doctrine eft précisément
» celle -ci . Le foleil , la lune , les planet-
» tes , les cometes du fyftême furent créés
» avant la lumiere ; ce fut au commen-
» cement des temps , au commencement
» du premier jour , qu'ils fortirent avec
» la terre des mains du Créateur ; c'étoit
de pures maffes de matiere , un chaos
» fluide & diftinct , fans forme , fans
» mouvement , fans lumiere & fans cha-
» leur. Le premier acte de l'être fuprême,
» en formant ces corps , fut de leur com-
»
ر و
118 MERCURE DE FRANCÉ .
ود
23
1
muniquer un mouvement violent au
» tour de leurs axes. Le fecond , qui fur
» effectué dans le moment , fut la for-
» mation de la lumiere , quand Dieu dit :
» que la lumiere foit , & la lumiere fut :
c'eft ce paffage , Mylord , dont vous
avez vanté la grandeur & la fublimité;
il feroit bien étrange qu'il fût à la fois
» fublime & abfurde. Mais , je vous prie ,
Mylord , en quoi faites- vous confifter
la fublimité de ce paffage ? Ce n'eft pas
» affurément dans les expreflions , car il
n'y en a pas de plus fimples ; c'eft donc
dans le fens. Si j'avois dit aux Ifraëli-
» tes : Dieu dit que la lumiere foit , & la
» lumiere fut avant que le foleil , la lune
» & les étoiles fuffent créés ; au lieu de ,
» avant qu'ils fuffent placés dans le firma.
» ment , &c. La diction auroit été la mê-
» me , mais le fens très - abfurde . Lorfque
» le fens eft réellement fublime , la fimplicité
de l'expreffion y ajoute encore ;
» par exemple , s'il y avoit : Dieu dit que
"
33
la lumierefoit,& le corps immenfe dufoleil
» devint auffi tôt un globe defeu , & la lu
» miere fut. L'expreflion ne feroit qu'af-
» foiblir l'idée , & il n'en eft aucune qui
puiffe exprimer la majefté , la fublimi-
» té de celle- là . Moyfe ajoute que
»
» c'eft
OCTOBRE. 1768. 119
là le véritable fens de ce paffage dont on
a fi fort abufé ; il répond à toutes les objections
, & fatisfait ceux qui regardent
le foleil comme un globe de feu ; il rappelle
à ce fujet ces mots de Platon : Deus
ipfe folem quafi lumen accendit. Son explication
ne contentera pas moins les Cartéfiens
qui peuvent exifter encore . « Ainfi,
» Mylord , continue - t- il , Dieu prépara
la lumiere ou le foleil. En donnant en
» même temps aux planetes , un mouve-
» ment autour de leurs axes , il fépara la
» lumiere des ténebres , l'une fut appellée
'97
jour , les autres nuit , & le foir & le ma-
» tin firent le premier jour dans chaque
»planete. Trois jours fe fuccéderent fur
» notre terre avant que Dieu eût imprimé
-» 'aucun nouveau mouvement aux corps ,
mais le quatrieme jour de la création
» notre fyftême folaire ou planetaife fut
» fini. Il commença par un fpectacle trop
» grand , trop magnifique pour pouvoir
» être exprimé; il ne s'agit pas moins que
» du monde entier ou du fyftême de l'U .
nivers ! Dieu dit qu'ily ait des luminaires
dans le firmament pour séparer la
nuit d'avec le jour , & qui fervent de fignes
pour les faifons , les jours & les années
, & qu'ils foient pour luminaires
3
120 MERCURE DE FRANCE .
!
19
» dans le firmament afin d'éclairer la ten-
» re , ( & chaque planete) & cela fut ainfi.
733 Que la lumiere foit , & qu'il y ait des
» luminaires dans le firmament , & c. ren-
» ferment des idées auffi différentes que
les mots ténèbres & lumiere. Lorfque
» Dieu fit le premier commandement ,
les ténébres étoient répandues fur l'Univers
entier , & ne fe diffiperent que
lorfque le foleil devint à fon ordre un
globe de feu. Mais lorsque cet aftre eût
» été créé pendant le premier jour, que
» dans le fecond , Dieu eût fait le firma-
» ment ou les athmofpheres de chaque
"
"
"
corps du fyftême , & qu'il dit enfuite
» au quatrieme , qu'il y ait des luminai
» res , & c. le grand luminaire le foleil ,
» & les petits luminaires ou lunes dans
» le fyftême , furent alors placés dans
les différens firmamens ou athmofpheres
des planetes qui ont une ou
plufieurs lunes ; ils y feroient demeu-
» rés jufqu'à préfent , fans divifer le jour
» d'avec la nuit , fans marquer les faifons
» & les années , fi Dieu n'avoit en mê
me temps imprimé à la terre & à chaque
planete les mouvemens néceffaires
» pour produire ces effets. Si la divifion
» des temps , la différence des faifons , la
variété
OCTOBRE . 1768. 125
"
99
» variété des jours & des nuits fur cha-
» que planete dépendent abfolument du
» mouvement annuel de ces mêmes pla-
» netes dans leurs orbites refpectifs au
» tour d'un grand & même luminaire
» ( le foleil ) . Ce mouvement compofé &
» cet arrangement des luminaires font les
» effets d'un feul acte du pouvoir divin .
» Ils tiennent l'un à l'autre ; mon recit eſt
précis , mais il eft exact ; & vous con-
» viendrez , Mylord , qu'il mene naturellement
aux détails plus étendus dans
lefquels je viens d'entrer avec vous. »
Le lord Bolingbrook avoit dit : « on
pourroit regarder Moyfe comme un
» écrivain infpiré de Dieu- même , s'il
» avoit écrit non - feulement pour fon fié.
» cle , mais pour tous les fiécles à venir ,
pour le plus éclairé comme pour le plus
ignorant. Il faudroit , en ce cas , que
» fon hiftoire , en répondant aux deffeins
de l'éternelle fageffe , eût été propor
» tionnée à la groffiere ſtupidité des If-
» raëlites , auffi peu capables d'entendre
un fyftême de philofophie qu'aucun
autre, fans donner cependant , aux peuples
mieux inftruits , lieu de le croire
» auffi ignorant que le pouvoit être un
» écrivain qui n'étoit pas infpiré. » Moy-
Le rappelle ce paffage , le corrige & fe
II. Vol.
»
23
F
122 MERCURE DE FRANCE .
l'applique. Bolingbroke eft convaincu ;
il gémit des erreurs dans lefquelles il eft
tombé , & regrette l'emploi qu'il a fait
de fes talens. Il y a quelques longueurs ,
quelques repétitions dans ce dialogue ;
mais plufieurs font néceffaires ; celles qui
ne le font pas fervent à jetter plus de
clarté dans les raifonnemens . L'Auteur a
confervé le caractere d'impartialité qu'il
s'étoit impofé.
Offervazioni intorno alla maladia della
rabbia, &c. Obfervations fur la maladie
de la rage , & fur les différens remedes
dont on fe fert pour la guérir , à
Milan .
M. Antonio Arrigoni , Médecin , eſt
l'auteur de ce livre ; il rend compte de
ce qu'il a vu lui - même en donnant fes
foins à plufieurs perfonnes attaquées de
cette maladie. Le 21 Novembre 1765,
une louve enragée mordit treize perfonnes
. On en conduifit huit à l'hopital
les cinq autres parmi lefquels étoit une
femme le trouvant bleffés en plufieurs
endroits , & en très- grand danger , furent
confiés à un Chirurgien , M. Fornaini , qui
les guérit par le moyen des frictions mer
curielles. Un feul mourut dans le mois
d'Octobre de l'année fuivante , dix mois
après avoir été mordu . Une inflammation
OCTOBRE . 1768. 123
des poumons caufa fa mort qu'on ne
peut point attribuer à la rage dont il étoit
radicalement guéri . On rappelle dans
cet ouvrage différens exemples des bons
effers du mercure dans cette maladie
entre autres les cures que M. Bertrand ,
médecin de Marſeille fit avec ce reméde
en 1744 , & qui font rapportées par M.
de Sauvage. Il conclud que le mercure
eft le feul fpécifique contre ce mal terrible
, qu'il eft infaillible lorsqu'on l'adminiftre
à propos & avec les précautions
néceffaires.
Vite de pittori , fcultori, e architecti Genovefi
, di Raffaelle Soprani con note , e
continuazione , &c . Vies des peintres
fculpteurs & architectes Genois , par
Raphaël Soprani , avec des notes &
une fuite in- 40 . 1768.
Cet ouvrage de Raphaël Soprani parut
quelques années après fa mort ; il avoit
ramatlé pendant fa vie toutes les notices
qui y font contenues ; mais il n'avoit
pas eu le temps d'y mettre la derniere
main. Ses héritiers céderent à l'empreffement
du public qui defiroit cette production
; ils confierent le foin de la publier
à leur ami Cavanua qui n'étant pas en
état d'y faire des corrections , la fit inprimer
telle qu'elle étoit en y joignant
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
feulement un précis de la vie de l'auteur.
Cette édition peu nombreufe fut bientôt
épuifée. Ivon Gravier , Libraire François
établi à Gênes , s'étant propofé d'en donner
une pour laquelle il n'a rien voulu
épargner, s'eft adreflé au Pere Dominique
Baffignani, directeur des écoles pies , pour
mettre en ordre les matériaux informes de
Soprani , & pour en retoucher le ftyle .
C'eft cette édition que nous annonçons ;
elle eft augmentée de plufieurs morceaux
intéreffans. Le peintre Charle Jofeph Batti
lui a fourni un grand nombre de nottes
qui ne pouvoient être bien faites que
par un homme de l'art ; il à même raffemblé
des matériaux pour former un
fecond volume qui contiendra les vies
des artiftes Gênois morts depuis Soprani ,
Cette édition ne laiffe rien à défirer pour
l'exécution.
Inftituzione pratica dell' architectura civile
per la decorazione dei publici e privati
edifici , & c. Inftitution pratique de l'architecture
civile pour la décoration des
édifices publics & particuliers , précédée
de quelques détails de géométrie
pratique , à l'ufage des deffinateurs &
des artiftes ; par Paul Fréderic Biauchi,
Architecte Milanois . A Milan , 2 volumes
, in 4°. 1763 .
OCTOBRE . 1768. 125
Le but principal de cet ouvrage eft de
faciliter la théorie & la pratique de l'architecture.
Cet art entraîne des connoiffances
mathématiques avec l'étude appro.
fondie des monumens des anciens & des
regles ; M. Bianchi s'eft propofé de raffembler
tous ces objets dans les deux volumes
que nous annonçons. Le premier
contient les préceptes ; le fecond offre
cent foixante planches très-bien gravées,
plufieurs obfervations fur chacune de ces
planches , & le recueil d'une infinité d'autres
trés- intéreffantes & très - inftructives ,
répandues dans différens livres françois &
italiens , qu'il feroit difficile de fe procurer
& de lire , vu le prix & le nombre des
volumes. L'auteur , en parlant des édifices
quels qu'ils foient , s'attache principalement
àfaire remarquer la folidité, les graces
& la majefté qu'on doit leur donner.
Ses préceptes embraffent toujours ces trois
parties.
ACADÉMIE S.
LYON .
L'ACADÉMIE des fciences , belles- lettres
& arts de Lyon , propofe pour le prix de
physique , fondé par M. CHRISTIN , &
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
3
confiftant en une médaille d'or de la valeur
de 300 liv . , qui fera diftribué à la
fête de St Louis 1770 , le fujet fuivant :
Déterminer quelsfont les principes qui conftituent
la lymphe ; quel eft le véritable organe
qui la prépare ; fi les vaiffeaux qui la
portent dans toutes les parties du corps ,
font une continuation des dernieres divifions
des arteres fanguines , ou fi ce font des canaux
totalement différens & particuliers à
ce fluide ; enfin quel eftfon ufage dans l'économie
animale .
Toutes perfonnes pourront afpirer à ce
prix. Il n'y aura d'exception que pour les
membres de l'académie , tels que les académiciens
ordinaires & les vétérans . Les -
affociés réfidant hors de Lyon , auront la
liberté d'y concourir. Ceux qui enverront
des mémoires font priés de les écrire en
françois ou en latin , & d'une maniere lifible.
Ils adrefleront leurs ouvrages francs
de port à Lyon :
A M. de la Tourrette , confeiller à la
cour des monnoyes , fecrétaire perpétuel
pour lá claffe des fciences , rue Boiffac.
Ou à M. Bollioud Mermer , fecrétaire
perpétuel pour la claffe des belles - lettres ,
rue Duplat.
Ou chez Aimé de la Roche , libraireimprimeur
de l'académie , aux Halles de
la Grenette .
OCTOBRE. 1768 127
Les fçavans étrangers font avertis qu'il
ne fuffit pas d'acquitter le port de leurs
paquets jufqu'aux frontieres de la Frances
mais qu'ils doivent auffi commettre quelqu'un
pour affranchir ces paquets ,
ces paquets , depuis
la frontiere jufqu'à Lyon , fans quoi leurs
mémoires ne feroient point admis au concours.
Aucun ouvrage ne fera reçu après le
premier Avril 1770 .
j
La même académie demande auffi des res
cherches fur les caufes du vice cancéreux
qui conduisent à déterminer fa nature , fes
effets , & les meilleurs moyens de le combattre.
M. Pouteau le fils , chirurgien gradué,
de l'académie royale de chirurgie de Paris
, de celle de Rouen , & l'un des membres
de l'académie de Lyon , après s'être
occupé à traitet ce fujet dans des lettres
qu'il eft fur le point de publier, n'a pas
crû l'avoir épuifé , & pénétré de l'impor
tance dont il eft pour l'humanité , il a defiré
de le voir foumis à de nouvelles recherches.
En conféquence il s'eft engagé
vis à - vis de l'académie des fciences , belles
- lettres & arts de Lyon , à donner la
fomme de 600 1. à l'auteur qui aura compofé
fur ce fujet le meilleur ouvrage , au
jugement de la même acadéinie. Cette
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
compagnie a agréé l'engagement de M.
Pouteau, & s'empreffe d'annoncer ce nou .
veau prix pour l'année 1770 .
Obfervation. L'ancienne médecine pazoiffoit
avoir décidé que tout cancer
qu'on ne peut extirper , eft d'une nature
incurable. On a introduit depuis quelques
années l'ufage interne de quelques plantes
, jufques- là réputées vénéneufes . On
a effaïé de la belladonna ; la ciguë lui a
fuccédé , & l'Europe entiere en a conçu les
plus grandes efpérances . D'autres médica
mens inconnus ont obtenu des fuffrages ,
mais les fuccès des uns & des autres n'ont
pû réunir les efprits & décider la queftion .
Les auteurs qui voudront concourir doi.
vent donc s'attacher fpécialement à fixer
les bornes de la poffibilité phyfique de détruire
par des médicamens , tant internes
qu'externes , les caufes & les effets du vice
cancéreux , confidération faite de l'âge ,
du fèxe , du tempérament du fujet & des
divers degrés d'acrimonie dont ce virus eft
fufceptible. L'académie exige que les auteurs
qui auront des guérifons à rapporter,
entrent dans le détail de toutes les circonftances
, & que fans néanmoins fe faire
connoître , ils ne négligent rien pour donner
aux faits toute l'autenticité poffible.
Le fujet du prix de mathématique de
OCTOBRE . 1768. 129
la même académie pour l'année 1769 fera
de déterminer les moyens les plus convenables
de moudre les bleds néceffaires à lafubfiftance
de la ville de Lyon.
On ne rapportera pas ici le programę
tel qu'il fut publié l'année derniere . On
fe contentera de rappeller aux auteurs qui
veulent concourir que , quels que foient
les moyens qu'ils propofent , ils doivent
en faire une application précife à la fitua
tion de la ville de Lyon . Le prix est une
médaille d'or de 300 liv . à laquelle MM .
les prévôt des marchands & échevins de
cette ville fe font engagés de joindre une
pareille fomme de 300 liv. Les mémoires
ne feront pas reçus après le premier
Avril 1769.
L'académie avoit propofé pour le prix
des arts qui devoit être donné en 1765 ,
de trouver le moyen de durcir les cuirs ,
&c. Elle continua le même fujet pour la
préfente année 1768 , le prix étant double
; mais aucun des mémoires qui lui ont
été adreffés n'ayant rempli fes vues , elle
fe trouve dans le cas de réferver un prix
triple pour l'année 1771. Cette confidé
ration l'a engagé à délibérer , dès à préfent
, de ne fixer dans cette occafion aucun
fujet déterminé aux fçavans & aux at-
F v
130 MERCURE DE FRANCE .
tiftes qui voudront concourir ; elle a arrê
ré en conféquence de décerner en 1771 ,
le prix à celui qui , fous la forme des mémoires
qu'on adreffe aux académies , lui
aura communiqué la découverte la plus
utile dans les arts , en établiſſant que cette
découverte lui appartient , & n'eft pas antérieure
à la publication du préfent programe.
M. Jofeph Lubofmirski , prince Pololonois
, a été reçu affocié étranger , le 13
Septembre 1768 , en l'académie des fciences
, belles lettres & arts , établie en la
ville de Lyon.
·
La fociété royale d'agriculture de Lyon
propofe le prix d'une médaille d'or de 300
liv. au meilleur mémoire , concernant l'u
tilité réſultante actuellement de la libre exportation
des grains , à la forme autorifee
par l'édit du mois de Juillet 1764 , & fur
les inconvéniens ou les avantages ultérieurs
qui pourroient réfulter d'une exportation
indéfinie.
Ce prix , dont on eft redevable à la libéralité
de M. de Fletlelles , intendant de
la généralité , doit être adjugé par la fociété
dans le courant de Novembre 1769 ;
& le nom de l'auteur couronné fera proclamé
dans l'affemblée publique , qui fe
OCTOBRE. 1768. 13F
tiendra le premier vendredi du mois fuivant
les feules perfonnes ayant droit de
fuffrage pour l'adjudication du prix , font,
exclues de la liberté de concourir. Les mémoires
feront remis francs de port avant
le premier Août prochain à M. Noyel de
Belleroche , fecrétaire- perpétuel de la fociété
, rue neuve de la Charité à Lyon.
II.
Befançon.
L'académie des fciences , belles- lettres
& arts de Befançon , diftribuera le 24 Août
1769 , trois prix différens.
Le premier , fondé par feu M. le duc
de Tallard , eft deftiné pour l'éloquence ;
il confifte en une médaille d'or de la valeur
de 350 liv . Le fujet du difcours fera : Le
danger de cette fauffe maxime , L'ESPRIT
SUPPLÉE A TOUT. Le difcours doit être
d'environ une demi - heure de lecture .
Le fecond prix , également fondé par
M. le duc de Tallard , eft destiné à une dif
fertation littéraire ; il confifte en une médaille
d'or de la valeur de 250 liv . L'académie
continuera à le donner au meilleur
mémoirefur l'hiftoire d'une des villes ou abbayes
du comté de Bourgogne. Il fera de trois
quarts d'heure de lecture, fans y compren
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
dre les preuves. Les auteurs qui auront à
faire quelques digreffions de certaine
étendue , font invités à les renvoyer au
chapitre des preuves , & ceux qui citeront
des chartres non encore imprimées , ou
quelques monumens inconnus du moyen
âge , font priés de les tranfcrire & d'indiquer
le dépôt où ils fe trouvent, pour met
tre l'académie à portée de mieux apprécier
les preuves qui en réſulteront .
Le troifiéme prix , fondé par la ville de
Befauçon , eft deftiné pour les arts ; il confifte
en une médaille d'or de la valeur de
200 liv. L'académie propofe pour fujet
Lis embelliffemens dont la ville de Besançon
feroit fufceptible. Les ouvrages feront adreffés,
francs de port, à M. de Grandfontaine,
fecrétaire perpétuel de l'académie avant le
premier Mai 1769.
I I I.
Bordeaux.
L'académie de Bordeaux avoit , cetre
année , deux prix à diftribuer ; l'un double
, & l'autre fimple.
Pour fujet du premier qu'elle avoit réfervé
en 1766 fur la même queftion , elle
avoit redemandé que l'on établit le genre,
&que l'on développát les caracteres effenOCTOBRE.
1768. 133
tiels des maladies épidémiques qu'occafionne
ordinairement le defféchement des marais
dans les cantons qui les environnent; qu'on
indiquât les précautions néceffaires pour
prévenir ces maladies , & les moyens d'en
garantir les travailleurs ; & qu'on donnát
une méthode curative , fondée fur l'expérience
, que l'on pût mettre en pratique avec
fuccès.
Et pour fujet du fecond , elle avoit demandé
, Quelle eft la meilleure maniere d'analyfer
les eaux minérales ; &fi l'analyse
fuffit feulepour pouvoir en déterminer exactement
la vertu & les propriétés.
Ses defirs n'ont pas été mieux remplis
fur le premier de ces fujets , qu'ils ne l'avoient
été en 1766. Le mémoire qui , pour
lors , avoit particulierement fixé fon attention
, & dont elle avoit invité l'auteur
à perfectionner fon travail , ne lui a préfenté
, en reparoiffant fous fes yeux , aucun
nouveau motif qui pût déterminer
fes fuffrages ; & dans les autres piéces foumifes
à fon examen , elle n'a trouvé que
de fimples compilations qui , quoiqu'eftimables
à bien des égards , & ne pouvant.
être que le fruit d'un travail long & pénible
, ne lui ont paru rien ajouter à des
connoiffances déjà répandues , mais qui
Laiffent de nouvelles recherches à defirer.
134 MERCURE DE FRANCE.
Obligée encore une fois de réferver ce
prix , & néanmoins pénétrée de l'impor
tance & de l'utilité du fujet , elle n'a point
défefpéré que les auteurs qui peuvent
avoir déjà concouru, ne puffent enfin plus
parfaitement répondre à fes vues , ou que
d'autres en fe mettant auffi fur les rangs ,
ne puffent lui fournir quelque ouvrage
plus fatisfaifant ; & elle s'eft déterminée
àle repropofer dans les mêmes termes ,
pour l'année 1770 .
A l'égard de l'autre prix , elle s'eft trouvée
dans la néceffité de fufpendre , jufques
à l'année prochaine , fa déciſion fur les
piéces qui lui ont été envoyées. Elle a cru
ne devoir point négliger le fecours des
nouvelles recherches qu'elle efpére de
trouver dans des fupplémens qui lui ont
été annoncés .
Avec ce prix , cette compagnie aura
auffi , l'année prochaine , à diftribuer les
deux qu'elle annonça l'année derniere ; &
pour fujets defquels elle a demandé : pour
l'un , qui fera double , Quels font les
principes qui conftituent l'argile , & les dif
férens changemens qu'elle éprouve , & quels
feroient les moyens de la fertilifer ; & pour
l'autre , s'il n'y auroit point de moyens
phyfiques pour détruire les lichen & la mouf
fe des arbres , & pour les garantir des rayaOCTOBRE.
1768. 135
ges que leur caufe cette espéce de maladie ; &
quels font les meilleurs de ces moyens ?
Pour le prix courant de l'année 1770 ,
qu'elle aura à donner , outre celui qu'elle
a deftiné pour la même année , fur les maladies
épidémiques occafionnées par le def
féchement des marais , elle demande au
jourd'hui : Quelle eft la meilleure maniere
de mefurer fur mer la viteffe ou le fillage
des vaiffeaux , indépendamment des obfervations
aftronomiques , & de l'impulfion
ou de la force du vent ; & fi à défaut de
quelque méthode nouvelle & meilleure que
celle du lock ordinaire , il n'y auroitpoint
quelque moyen de perfectionner cet inftrument,
au point de pouvoir en faire ufage
lorfque la mer eft agitée , & d'empêcher la
ficele de s'alonger ou de fe raccourcir ,
moins fenfiblement ; & s'il ne feroit pas
poffible de mesurer par quelque inftrument
également fimple & peu coûteux , le temps
de trentefecondes , que dure ordinairement
l'obfervation , plus exactement que l'on ne
fait avec les fabliers dont on a coutume de
fe fervir.
du
L'académie , en propofant ce fujet , annonce
que les differtations qui ne contiendroient
même que quelqu'une de ces
corrections , ou autres dont on pût tirer
quelque avantage , & qui feroient fondées
136 MERCURE DE FRANCE.
l'on
fur de bonnes expériences , & que
pût faire a fément , feront également reçues
au concours .
L'académie n'admet au concours ni les
piéces qui fe trouvent fignées par leurs.
auteurs , ni celles qui font écrites en d'au
tres langues qu'en françois ou en latin .
Les paquets doivent être affranchis de port,
& adreffés avant le 1º Mai de l'année pour
laquelle cesfujetsfont propofés, à M. de Lamontaigne
fils , confeiller au parlement &
fecrétaire de l'académie ,fur les foffés de la
Vifitation.
I V.
Académies étrangeres.
L'académie royale des beaux arts de
Parme a couronné cette année , dans la
peinture , le tableau ayant pour devife :
Si quafata afpera rumpas. Une compofition
fimple & vraiment hiftorique , un
choix de draperies convenables au fujet
repréſenté , un deffein élégant , une perf
pective bien entendue dans les fonds de
chaque figure , un coloris brillant & vrai,
& une décoration fuffifamment riche
dans l'enſemble du tableau font le mérite
de cet ouvrage . On auroit cependant deles
extrêmités de chaque figure
fire
que
OCTOBRE. 1768. 137
euffent été mieux rendues & plus finies.
L'auteur de ce tableau eft M. J. B. Bagutti
, Luganois , demeurant à Rome , jadis
élève de cette académie & écolier de M.
Jofeph Baldrighi , académicien - profeffeur
& peintre royal.
Le deffein d'architecture , avec la devile
: Defuper afcende , novaque videbis ,
a été couronné par l'académie , & a eu
onze fuffrages en fa faveur. Ce deſſein
préfente d'abord une idée vafte & trèsétendue
dans fon plan. Une marche affez
fimple & commode , une diftribution raifonnée
pour fervir d'introduction à un
affez grand édifice , en font le principal
mérite. L'académie auroit cependant voulu
que l'arc qui fupporte le dernier repos
de l'efcalier propofé , n'eût point été foutenu
per des colonnes , mais qu'il eut été
pris dans le mur des rempants de cet efcalier
. Ce changement auroit donné une
forme plus fimple , plus mâle & plus folide
à cette partie de décoration , qui faic
les deux principales entrées de cet efcalier.
L'auteur eft M. Jean Ferrari , Parmefan
, premier maçon approuvé , élève
de M. le Chevalier Petitor , académicien
& architecte royal.
Les deffeins & les bas- reliefs de compoftion
, & les deffeins du nud , n'ont
138 MERCURE DE FRANCE.
mérité dans cette diftribution ,ni l'approbation
, ni le prix de l'académie.
L'année prochaine 1769 , elle diftribuera
les prix ordinaires , & elle propofe
pour la peinture , un tableau dans lequel
on verra la campagne qui borde les rives
du Scamandre ; le dieu du fleuve fe préfentera
à Achille fous une forme humaine
avec les attributs d'un dieu des fleuves
; il fera couroucé , & effaïera de réprimer
, par des menaces , la fureur d'Achille.
Ce héros fera repréfenté au moment
où , après avoir fait un horriblecarnage
des Troyens , il a fait choix de
dix jeunes prifonniers pour les facrifier
fur le tombeau de Patrocle . On verra les
eaux du Scamandre , forties de leur lit ,
environner Achille avec impétuofité pour
le fubmerger le héros fera repréfenté
dans une pofition intrépide & en action
de les repouffer , fans craindre les menaces
du fleuve , ni la fureur de fes eaux .
:
On pourra faire voir dans le lointain le
carnage qui vient d'être fait , & quelques
morts répandus fur l'une des rives : fur
l'autre , quelques uns des jeunes gens deftinés
pour victimes , couchés à terre les
main liées derriere le dos . Voy. P'Illiade
d'Homère au liv. 21 : Le tableau aura quatre
palmes romaines de hauteur & fix de
OCTOBRE. 1768. 139
largeur . Il fera peint par le travers , en
huile & non autrement .
On propofe à l'architecture les plans ,
les diftributions & les élévations d'un
magnifique repofoir pour le jour de la fête
du St Sacrement. Cette décoration doit
être d'ordre corynthien & exécuté en bois,
avec tous les reliefs , & elle doit fe pouvoir
facilement démonter & remettre pour
fervir chaque année dans le même lieu &
dans la même occafion .
Lors de l'éxécution de cet ouvrage , les
marbres , les métaux & les ornemens les
plus riches feront imités dans tous les
endroits où ils feront placés dans le deffein
, & les figures de fculpture pourront
s'exécuter en bois ou en carton .
L'académie exige que l'autel foit placé
entre deux grandes arcades pour le paffage
commode des caroffes & du public :
elle veut qu'on monte à cet autel par un
nombre convenable de gradins , afin que
le public puiffe jouir de tous côtés de la
vue d'une fi fainte & fi augufte cérémonie;
elle veut auffi que cette décoration ait des
tribunes & des orcheftres capables de contenir
une mufique nombreuſe.
Cette décoration n'aura qu'une façade
principale , devant être adoflée aux maifons
voisines . Sa longueur fera de 20 toifes
140 MERCURE DE FRANCE.
en tout. Il doit y avoir 11 toifes & demidu
milieu d'une arcade au milieu d'une
autre , & la largeur du vuide de l'arcade
fera , pour le moins de douze pieds par le
milieu , ou , ce qui eft la même chofe , de
deux toifes .
Pour l'inſtruction de ceux qui ne connoiflent
pas la longueur de la toife royale ,
on fait fçavoir qu'elle contient 6 pieds de
roi , & que 20 toifes de long valent 173
palmes pouces romains . Ceci fuffira pour
qu'on connoille & forme aifément l'échelle
de la toife , comme l'académie le defire .
Le prix de peinture & d'architecture ſera
une médaille d'or de cinq onces , qui portera
pour empreinte les noms auguftes du
fouverain & les emblêmes convenables à
chacun de ces arts. Les concurrens obferveront
exactement les conditions fuivantes
.
1°. Ils donneront avis de l'intention ,
où ils font de concourir , à M. l'abbé Frugoni
, fecrétaire perpétuel de l'académie
royale , qui les informera s'ils font admis
ou non.
20. Après l'admiffion ils fe préfenteront
aux académiciens députés dans les villes
étrangeres par l'académie , lefquels feront
indiqués par le fecrétaire lorfqu'il avertira
les concurrens de leur admiffion , pour les
OCTOBRE. 1768. 141
précautions qu'ils auront à prendre fur
leurs ouvrages ; & , dans les villes où il
n'y aura point de délégués , l'académie s'en
rapportera à la bonne foi & à l'honnêteté
defdits concurrens.
3º. Les tableaux & les deffeins d'architecture
s'enverront directement au fecrétaire
, dans le courant du mois de Mai ,
pour être jugés dans le mois de Juin ; &
ils feront exposés au public huit jours avant
& huit jours après la diftribution des prix .
4°. Chaque concurrent mettra à fon tableau
ou deffein , une fentence pour fa devife
, dont il fera part au feul fecrétaire ,
par une lettre qu'il lui écrira , de maniere
qu'en cas qu'il ait remporté le prix , ledit
fecrétaire puiffe , par la confrontation du
tableau & de la lettre , connoître l'auteur
couronné. Ceux qui fe feront connoître à
d'autres perfonnes qu'audit fecrétaire &
qui fe feront recommander , feront exclus
du concours .
5 °. Chacun , outre fon nom , informera
le fecrétaire , dans la lettre qu'il lui écride
fon pays & du maître fous lequel
il a étudié ; & aucun des concurrens ne
pourra s'exempter de cetre obligation .
ra ,
Les tableaux & les deffeins s'enverront
à Parme aux frais des concurrens . Ceux
de ces ouvrages qui n'auront pas obtenu
142
MERCURE
DE FRANCE
.
le prix , feront renvoyés aux dépens de
l'académie , qui gardera le tableau & le
deffein couronnés.
L'académie propofe pour le deffein &
le bas-reliefde compofition , la tente d'Achille
dans le camp des Grecs fous Troyes.
On verra cette tente enceinte & munie
tout autour d'une forte palilfade , laquelle
fera ouverte dans le milieu & préfentera
Achille avec deux guerriers fes amis
dans l'action de charger le corps d'Hector
, qu'il a tué , fur un char à quatre roues
pour le rendre au roi Priam , venu luimême
le redemander. Ce corps fera enveloppé
dans un voile ; & pour montrer
que cette action s'eft paffée la nuit , on
pourra ajouter une quatrième figure aux
trois fufdites , qui fera celle d'un efclave
tenant un flambeau allumé , pour répandre
la clarté au milieu des ombres de la nuit.
Les éleves concurrens , dont tous les
ouvrages ont été rejettés cette année , ' ne
doivent épargner ni peines , ni foins pour
réparer cette honte : l'académie efpére de
les trouver dignes de fes louanges & de fes
couronnes dans le prochain concours,
V.
Hambourg.
La fociété établie à Hambourg pour l'aOCTOB
R E. 1768. 143
vancement des arts & profeffions utiles ,
à proposé cette année un prix de cent ducats
pour quiconque découvrira la compofition
d'une véritable couleur verd - prépropre
à peindre des cotons , & qui nefoit pas
plus coûteufe que les autres couleurs ; un
femblable prix pour celui qui inventera
& produira la meilleure pompe à feu facile
à tranfporter dans des paffages étroits , &
dont les frais de conftruction & de manauvres
ne foient pas plus confidérables que
ceux des pompes ordinaires .
2
V I.
ECOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE
DE PARIS.
Le 20 Septembre 1768 , les éleves de
l'école royale vétérinaire de Paris ſe diftinguerent
de nouveau dans un concours
que
M. Bertin , miniftre & fecrétaire d'état
, honnora de fa préfence ; il y préſida .
L'affemblée fut très nombreufe , & compofée
de beaucoup de perfonnes de diftinction
.
Les parties principales du cheval confidérées
extérieurement furent les objets
que les éleves envifagerent de maniere à
ne laiffer rien à defirer à cet égard. Ceux
144 MERCURE DE FRANCE .
:
qui furent admis à ce concours font : les
Sieurs Flandrin , de Lyon , entretenu par
le Roi ; Simon , d'Hirfinghen en Alface ,
entretenu par la province ; Thiébaud , de
Bourgogne , entretenu par les états ; Becquemie
& Gervi , du Bourbonnois , entretenus
par la province ; Perret, du Mans,
entretenu par M. le comte de la Suze ;
Tilleul , de Normandie , entretenu par
Mgr le prince de Monaco ; Genfon , de
Verſailles , entretenu par l'école royale
militaire ; Maillard , Lamaniere & Gar→
nier, de Picardie , entretenus par la provin
ce ; Cambray , de Valenciennes , entretenu
par la ville ; la Cueille , du Périgord, entretenu
par M. l'abbé Bertin , confeiller
d'état ; Bravi , de Montargis , entretenu
par la province d'Orléans ; Gengon , de
Bretagne , entretenu par M. Poulletier de
Périgni ; Plantier , du régiment dragons
de la Légion de Hainault , entretenu par
M. le comte de Vioménil ; Thorel , du
régiment des carabiniers , entretenu par
M. le marquis de Poyanne ; Godin , maréchal
des- logis du régiment dragons
d'Autichamps , entretenu par M. le marquis
d'Autichamps.
Le St Chanut qui , de tous les chefs de
brigade de l'école , eft celui qui a mis le
plus
OCTOBRE. 1768. 145
plus d'éleves en état de fatisfaire le Public
prononça le difcours fuivant :
Monfeigneur & Meffieurs ,
» Se perfuader que l'habitude des ob
» jets fuffit pour en faifir les différentes
» faces , & pour en démêler toutes les
» circonftances & tous les points , c'eſt
» fe livrer à une erreur fans doute féduifante
; puifque , d'une
part , elle peut
» Alatter & fervir l'amour propre, & que,
de l'autre , elle femble difpenfer des
» veilles & des efforts inféparables de
toute étude approfondie.
">
ود
» On a beaucoup vû , on a vû longtems
& l'on voit chaque jour ; voila
» les fondemens fur lefquels le plus grand
nombre étaye fon favoir & fes lumie-
» res ; cependant que peuvent les yeux
feuls & dénués de tout fecours ? Mais
on fe départ mal aifément d'une forte
» de réputation quelque peu méritée
qu'elle foit ; on croit qu'il feroit humi-
» liant de convenir en public de ce que
» l'on eft dans une infinité d'ocafions forcé
de s'avouer en fecret , & rien n'eft
» plus difficile que cet aveu , parce que.
» rien n'eft plus rare que l'amour du vrai,
» fupérieur à l'amour de foi-même.
II. Vol. G
1
C
93
146 MERCURE DE FRANCE,
» Cette réflexion ne découvriroit- elle
pas la fource des obftacles , qui ont re-
» tardé les progrès de notre art , & ne
» donneroit elle pas lieu de préfumer ,
pourquoi la connoiffance extérieure du
» cheval fi familiere , fi générale en ap-
" parence , & néanmoins encore purement
nominale , fur tout pour la mul-
» titude qui fe vante de la pofféder , eft de-
» meurée au même point où les fiécles
précédens l'ont laiflée ?
"
»
» On ne doit pas s'y tromper MM. ,
» une confiance aveugle qui met la mé-
» diocritéau niveau & même au deffus des
» vrais talens , étouffe le plus fouvent
ceux- ci ; car on n'a pas toujours le courage
de faire le bien pour le bien feul ,
» & lorfqu'on fe voit moins avancé dans
» l'opinion des hommes que ceux dont
» le nom s'eft établi fur la crédulité , il
» n'arrive que trop fréquemment que le
dégoût prend la place du zéle.
» Celui qui nous anime ne fe rallenti-
» ra jamais ; vous nous l'infpirez , Mgr ;
» vous avez daigné le foutenir , M. M. ,
» par vos fuffrages : & les reffources infi-
» nies que nous offre chaque jour cette
école , nous fauvent de tout découravgement
, & nous portent à aimer même
OCTOBR E.
1768. 147
ce qui coute le plus à apprendre & à
» favoir.
10
» Des
démonftrations
raifonnées nous
» rendent en effet aifées les vérités les
plus difficiles ; elles nous éclairent fur
» celles qui font les plus obfcures ; elles
tirent du néant à nos yeux la plupart de
» celles qui font encore
inconnues , & les
impreffions que reçoivent ici nos fens
»
conftamment
accompagnées de l'évi-
» dence des principes , fe lient néceſſai-
» rement dans l'efprit de chacun de nous,
» & ne peuvent être que fures & durables.
"
"
» Nous vous devons ,
Monfeigneur ,
» tous ces avantages : Ils nous devien-
» nent auffi toujours plus
précieux , par
l'efpérance qu'ils nous donnent de remplir
un jour l'objet que vous vous êtes
propofé dans un
établiſſement , dont la
» création vous étoit refervée ; en con-
» facrant les fruits de nos travaux à l'u- ;
tilité publique , nous les
confacrerons à
» votre gloire
و د
" .
Parmi les dix- huit éleves qui concou
rurent ,
Les fieurs Flandrin , Simon , Godin ,
Perret ,
Thiébaud & Tilleul furent jugés
également dignes d'obtenir le prix . Le
fort
l'accorda au fieur Perret qui cut
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
l'honneur de le recevoir de la main du Miniftre.
Les fieurs Becquemie , Cambray ,
Genſon , Gervi & la Cueille obtinrent
l'acceffit. Les applaudiffemens que les autres
reçurent ne peuvent qu'exciter leur
émulation & leur zéle.
VII.
Académie d'Ecriture.
Le 25 Août dernier , fête de St Louis ,
l'académie royale d'écriture , a tenu une
féance publique. Après la diftribution des
médailles à M. Poiret ancien directeur
& à Mrs Thiré , Pollard & Paillaffon ,
anciens profeffeurs , M. Goulin , profeffeur
actuel , a lu un diſcours fur l'arithmétique
& les mathématiques . M. Collier
auffi profeffeur actuel en a lu un fur
la grammaire françoife, & M. Blin , fecrétaire
termina la féance par la lecture du
remerciment de M. Dubourg , ancien
fyndic des maîtres écrivains-vérificateurs
de la ville de Bayonne , & agréé par l'Académie
, en qualité d'amateur.
OCTOBRE. 1768. 149
SPECTACLES.
OPERA.
Il y a eu quelques débuts , & quelques
eflais dans les dernieres repréfentations
de l'opera d'ALCIMADURE . On a fur- tout
fait attention à Mlle Floquet , jeune actri
ce qui a exécuté plufieurs fois le role
d'Ifaure dans le prologue. Elle a une voix
agréable & fonore , que l'habitude du
chant peut encore fortifier & perfectionner
: elle acquerra auſſi du jeu , loríque
la timidité ne mettra point de contrainte
dans toute fon action. Elle articule trèsbien
, & fait du moins entendre les
paroles
qu'elle chante ; mérite rare & qui doit
être remarqué. On fe plaint avec raifon
que les plus celèbres cantatrices négligent
cette partie. Toutes occupées de la
mufique elles prononcent à peine les
mots; elles font de leur voix un inftrument
qui ne rend que des fons. Ce qui ôre à l'auditeur
le plaifir de fuivre l'action , & de
comparer lefensdupoëme avec l'expreffion
du chant. On affifte en quelque forte à une
mufique fans Parole , comme à l'opéra de
Caracalla dans la comédie de la nouveauté.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
.
L'académie royale de mufique a dortné
le mardi 4 Octobre , la premiere repréfentation
de la repriſe de la Reine de
Golconde , ballet en 3 actes dont les paroles
font de M. Sedaine , & la mufique
de M. Moncini . Nous ne reviendrons
point fur le mérite de cet opéra , qui a
été jugé , & loué dans fon origine . On
a fait quelques légers changemens à
cette reprife. Les ballets en font charmans.
On s'amufe , & on applaudie
beaucoup au pas fi pantomime , fi naïf
fi Pittorefque de Mademoiſelle Allard &
du fleur d'Auberval. Ces deux danfeurs
out introduit fur le théâtre la danfe dramatique.
Ils font acteurs , ils jouent , ils
expriment par leurs pas & par leurs geftes
les différentes affections de l'ame ; ils
parlent aux yeux , ils ont cette véritable
éloquence du corps , qui fait tant d'impreffion
fur nos fens & fur notre coeur !
Cet art étudié , exercé , pratiqué , nous
donneroit les fpectacles pantomimes
dont les Romains étoient enchantés . C'eft
un genre dont le fieur d'Auberval & la
Dile,Allard auront été les fondateurs &
les plus excellens modèles.
640
OCTOBRE . 1768. 151
( COMÉDIE FRANÇOISE.
LESES
I.
Es gens de lettres & les amateurs du
théâtre , ont fu bon gré aux comédiens
françois,d'avoir remis, ces deux mois derniers
, un grand nombre de piéces de Mo
liere , & de les avoir jouées les grands
jours. Le public a fait voir par fes applaudiffemens
qu'on ne fe laffe point des
chef- d'oeuvres , & a rendu un jufte hommage
à ce grand écrivain , l'un des auteurs
les plus originaux du fiécle dernier
qui n'a rien dû aux anciens , & à qui nous
devons la gloire de les avoir furpaffés.
Le 14 Septembre on donna la premiere
repréfentation de Laurette , comédie
en deux actes & en vers. Comme elle
n'eft point imprimée , nous rendrons
compte en peu de mots de la fenfation
qu'elle a paru faire.
Le fujet eft tiré , comme l'on fait ,
d'un des meilleurs contes de M. Marmontel
, qui femblent êrre devenus le fupplément
de l'imagination de nos anteurs
dramatiques. Le jeune Comte de Luzi a
quitté Madame de Clancé pour Laurette,
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
fille de Bafile , honnête laboureur. Il a
fait remettre à ce Bafile des préfens confidérables
.
Le bon homme vient l'en remercier ,
& lui apprend qu'il a eu l'honneur de fervir
en qualité d'officier & qu'il a été réformé.
Il a perdu une époufe chérie . Laurette
eft le feul bien qui lui refte , & fait
la confolation de fes derniers jours . Tous
ces détails attendriffans font fort peu d'ef
fet fur le jeune Luzi . Il conçoit le projet
d'enlever à ce vieillard fon unique bien
fa Laurette. Il difcute très froidement &
très- légérement ce qui en peut arriver ,
le défeſpoir du pere , le déshonneur de la
fille , & c. tous deux pleureront , tous deux
fe confoleront. C'eſt ainfi qu'il raiſonne ,
& dès- ce moment il eft vil & odieux.
Laurette lui a donné un rendez - vous. II
fait tout ce qu'il peut pour l'engager à le
fuivre. Ses refus le mettent au défefpoir ,
& ce défefpoir devient fi effrayant , que
Laurette s'évanouit . Il appelle fon valet ,
quoiqu'il pût fort bien la fecourir luimême
, & ce valet lui confeille de profiter
de cet inftant. Il exécute lui- même
fon confeil , & charge Laurette fur fes
épaules. Affurément il eft difficile d'imaginer
rien de moins théatral & de moins
intéreffant.
OCTOBRE . 1768. 153
>
La fcène eft à Paris au fecond acte.
Laurette gémit , mais elle fe confole
lorfqu'elle apprend qu'on a écrit à ſon
pere & qu'il doit venir. Il vient en effet ;
mais c'eft le feigneur de fon village , qui
lui en a fourni les moyens , & qui l'a
mis fur la voie des raviffeurs . Nous paffons
une fcène de toilette , priſe de Ninette
à la cour & une autre fcène de
couturiere qui vient prendre la meſure
de Laurette , une femme de chambre qui
chante une ariette , &c . le public n'a rien
voulu entendre de ces fcènes poftiches ,
qui fembloient faites exprès pour arrêter
Faction & étouffer l'intérêt . La fcène du
pere avec Laurette & Luzi eft la scène
principale de l'ouvrage . Deux mouvemens
qui appartiennent à l'auteur du conte
, ont été applaudis ; mais ils font gâtés
par les longues déclamations de Bafile ,
qui ne dit prefque rien de naturel , &
fur-tout par la joie indécente qu'il faic
éclater , lorfque Luzi lui propofe d'époufer
fa fille. Ce n'eft pas ainfi que l'on conferve
la dignité d'un pere outragé , &
l'auteur du conte étoit en ce point un excellent
modele pour l'auteur de la piece.
Le rôle de Laurette n'eft pas mieux fait
que le refte. Son ignorance eft exceffive
& invraifemblable ; il ne lui vient ja
Gr
154 MERCURE DE FRANCE.
mais en tête une feule réponſe aux féductions
de Luzi , qui ne font pourtant pas
fines. En général il regne dans cet ouvrage
une inexpérience abfolue du théâtre &
du coeur humain . Ce qui a eu le plus de
fuccès dans cette repréfentation , c'eſt une
Allemande danfée par Melle Luzi avec
autant de grace que de légèreté.
I I.
Les veuves Créoles , comédie en trois actes
& en profe , chez Merlin , rue de la
Harpe .
Il y a du naturel & de la facilité dans
cet ouvrage , où l'on peint les moeurs &
les ridicules de nos colonies : l'auteur
pourroit réuffir dans le comique , s'il
veut appliquer à nos propres moeurs , &
à un fujet plus intéreffant l'efprit d'obſervation
& de fineffe qui paroît le caracté
rifer .
ARTS.
GRAVURES.
I.
ON diftribue actuellement les douze
premieres eftampes allégoriques , des
principaux événemens des regnes de nos
OCTOBRE . 1768. IS
S
Rois , gravées par M. Prévot , d'après les
deffeins de M. Cochin . Cette fuite eft
principalement faite pour orner la nouvelle
édition de l'abregé chronologique
de l'hiftoire de France in - 4°. , par M. le
Préfident Henault . Elle peut auffi être recueillie
à part , & retracer aux yeux leš
principaux événemens de l'hiftoire , par
une allégorie facile & très - intelligible .
On y a joint les principaux traits hiftoriques
qui en donnent l'explication . Nous
ne releverons pas le mérite de l'exécution :
les noms des Auteurs fuffifent pour y
donner toute confiance. Cette fuite fe
trouve chez M. Cochin , garde des deffeins
du cabinet du Roi , aux galeries du
Louvre , & chez M. Prévot , graveur ,
rue S. Thomas , Porte S. Jacques .
..
I I.
Portrait du Roi gravé , & imprimé en
couleur , & c. imitant le tableau . Cette
gravure repréfente très-bien la peinture.
C'est le chef- d'oeuvre de cet art nouveau ,
d'être parvenu au point de multiplier le
portrait de Louis bien-aimé , & d'avoir
fçû rendre fi parfaitement les traits de
reffemblance avec les nuances & le coloris
, propres à la chair & aux étoffes . Cet
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
te eftampe , ou plutôt ce tableau fe trou
ve chez le fieur Gautier fils aîné , place
du Quai de l'Ecole ; chez le fieur de la
Voipiere , marchand papetier , rue du
Roulé , & le fieur Tremblin , marchand de
tableaux , pont Notre Dame. Le prix eft
de 24 livres monté fur chaffis .
Le fieur Gautier , fils ainé, a entrepris
de graver dans le même genre des tableaux
d'hiftoire , & des payfages d'après
les meilleurs maîtres de l'académie .
III.
La gravure nous a procuré plufieurs
portraits de François I , Roi de France :
mais il n'y en a peut-être pas de plus intéreffant
pour les amateurs & les gens de
fettres , que celui qui vient de fortir du
burin de M. Chenu . Ce portrait a été gravé
d'après une miniature de Nicolo dell
Abbate , éleve du Primatice . L'eftampe
de la grandeur du tableau porte neuf pouces
de haut fur fix de large. Elle a été préfentée
à Sa Majefté & à la famille royale.
On la trouve chez l'auteur , rue de la Harpe
vis-à- vis le café de Condé.
La compofition de ce portrait qui eft
orné de différens emblêmes eft des plus
ingénieufe. Nicolo a cherché à exprimer
dans une feule & même figure , les prinOCTOBRE.
1768. 197
cipales vertus & les principaux traits du
Monarque François ; ce qui ne pouvoit
s'exécuter qu'avec le fecours de l'allégorie
. Ce Prince eft repréfenté de bout , &
ayant la tête couverte du cafque de Mi
nerve . Il tient de la main droite l'épée
de Mars , & de la gauche le caducée de
Mercure. On voit fur fa poitrine l'égide
de Minerve , & fur fon épaule gauche le
carquois de Diane . Son habillement , tel
que celui de cette Déeffe de la chaffe, eft
négligemment agrafé fur l'épaule par un
mufle de lion & retrouffé fur la hanche
par une ceinture .Une draperie légere tombe
en franges fur fes jambes , chauffées de
brodequins , auxquels font attachées les
taloniéres de Mercure. On lit au bas de
ce portrait ces vers de Ronfard qui expliquent
affez bien la penfée du peintre
par
es
FRANÇOIS en guerre eft un Mars furieux ,
En paix Minerve , & Diane à la chafle
A bien parler , Mercure copieux 5
A bien aimer , vrai amour plein de grace.
O France heureufe , honore donc la face
De ton grand Roi , qui furpaffe nature :
Car l'honorant , tu fers en même place
Minerve , Mars , Diane , Amour , Mercure.
La gravure de ce morceau curieux faite
L
158 MERCURE DE FRANCE.
d'après une miniature , eft elle- même
une miniature . M. Chenu a cherché à
rendre par un travail fini & foigné , le
caractere de l'original qu'il copioit , &
on peut affurer qu'il y a réuffi . Cet original
eft aujourd'hui dans le cabinet des
eftampes de la bibliotheque royale . Il
avoit auparavant apartenu àM.le comte de
Caylus , qui demanda que ce tableau précieux
fut placé dans l'endroit qu'il occupe
aujourd'hui . Un Monarque qui fut le refftaurateur
des lettres & leur protecteur
méritoit bien que l'on vit fon portrait
dans le temple des Mufes. Auffi le comte
de Caylus , dans une de ces faillies que
lui fuggéroit fouvent fon vifamour pour
les lettres , dir un jour en voyant ce portrait
en place ce portrait a auffi bonne
grace à la tête de ce riche cabinet , qu'avoit
François I lui même à la journée de Marignan,
3
~
IV .
M. Moitte , graveur du Roi , fidele
à répondre à l'empreffement des amateurs,
vient de publier le troifieme cahier faifant
la fuite des habillemens , fuivant le
།།
coftume d'Italie , d'après les deffeins originaux
de M. Greuze . Cette fuite qui ,
ainfi que les précédentes, eft compofée de
OCTOBRE . 1768. 159
fix eftampes , nous offre une Florentine
coëffée en papillon , & tenant une chauffrette
, la bourgeoife Florentine avec une
petite coëffe , la Florentine habillée à la
dragone , une femme du peuple des envitons
de Pife , la payfanne des environs
de Lucques avec l'anneau d'accordée , &
une femme du peuple Napolitaine . Ces
fuites d'eftampes occupent agréablement
l'amateur par la variété des figures , les
graces du deffein , la richeffe des fonds.
Elles lui font faire en quelque forte connoiffance
avec les nations étrangeres , &
l'inftruifent de plufieurs de leurs ufages.
Il apprendra , par exemple , que c'eft la
coutume parmi les Lucquois , que le futur
donne à fa prétendue un anneau entouré
de piquans , fymbole affez agréable
& qui nous indique qu'une belle, ainfi
que la rofe , doit être armée d'épines
pour repouffer la témérité des amans .
moux , fe
V..
Les amateurs qui font l'oeuvre de Gri
procureront une nouvelle eftampe
que M. Bradel vient de publier
d'après ce peintre de l'école Françoife,
Certe eftampe qui a dix pouces de haut
fur huit de large , repréfente un jeune
homme qui joue du galoubet avec accom
160 MERCURE DE FRANCE .
pagnement du tambourin de Provence.
On y reconnoît le goût pittorefque de
Grimoux , pour coëffer & habiller fes portraits
; car il paroît que la nouvelle eftampe
en eft un. Elle fe diftribue chez
M. Bradel , graveur , rue S. Jacques dans
la maifon-neuve des Dames de la Vifitation
.
GÉOGRAPHIE.
Le Sr le Rouge , ingénieur -Géographe
du Roi , à la croix d'or, quai St Bernard ,
vient de publier l'ifle de Corfe, levée fous
les ordres de feu M. le maréchal de Maillebois
, en trois feuilles à un pouce pour
lieue ; prix 3 liv . en blanc & 6 liv. lavées.
Le plan de Warfovie , par Ricaud , vérifié
par le Starofte Schmidt , en une feuille
& demie ; prix 3 liv. en blanc & 6 liv .
lavé .
Le Comtat d'Avignon , en une carte ;
prix une liv.; Et les maufolées érigés pour
les obféques de la Reine ; prix z liv .
Ces cartes , intéreffantes dans les circonftances
actuelles , fe trouvent chez
l'auteur & chez Lacombe , libraire , rue
Christine près la rue Dauphine.
OCTOB R E. 1768. 161
MUSIQUE.
DEUX concerto à violon principal
premier & fecond deffus alto & baffo
flutes ou hautbois , & deux cors ad libitum
, dédiés à M. de Fontenet , fecrétaire
des commandemens & du cabinet de S.
A. S. le duc regnant des Deux - Ponts ;
compofés par M. J. Franzl , premier violon
de S. A. S. Mgr l'électeur Palatin
oeuvre premiere ; prix 7 liv. 4 f. A Paris,
chez Bailleux , rue St Honoré , à la regle
d'or.
La mufique des concerto répond parfaitement
au goût que ce Virtuofe met
dans l'exécution. Ils plairont aux amateurs
par un chant agréable , & aux muficiens
, par une compofition fçavante &
pleine d'effets.
EST- CE
QUESTION.
I.
ST- CE un moyen de rendre les hommes
meilleurs que de leur reprocher fans ceffe
leurs défauts ?
162 MERCURE DE FRANCE.
Nous avons demandé dans le Mercure
d'Août , fi l'inftitution des caftes ou tribus
établies dans l'Orient eft politiquement bon-
& s'il feroit avantageux dans tous les
états defixer ainfi chaque citoyen à la condition
de fes peres.
La réponſe , inférée dans le mois de
Septembre , a démontré tous les dangers,
les torts & les inconvéniens d'une pa
reille inftitution .
On a fait dans plufieurs écrits la même
demande par rapport aux corporations
d'arts & métiers. On trouve une réponſe
déciſive à cette queſtion importante dans
CHINKI , hiftoire cochinchinoife qui peut
Servir à
d'autres pay
Londres , 1768 .
Ce n'est
pas d'aujourd'hui
qu'on a reconnu
les abus de ces corporations
&
qu'on s'eft plaint des entraves qu'elles
donnoient
à l'induftrie
: ils n'ont pas
échappé à l'auteur de l'Effai fur le commerce
& les finances ( M. Melon ) & depuis
il a paru fur le même objet d'excel- lens traités , entr'autres
celui intitulé :
Confidérations
fur les compagnies
, fociétés
& matrifes
. Mais ces ouvrages purement
fpéculatifs
& de raifonnement
ne font lûs
OCTOBRE. 1768. 163
que par peu de perfonnes , & le plus
grand nombre , en entendant fe récrier
contre les jurandes , ne foupçonnoit pas
même ce qui y donnoit lieu. L'auteur de
Chinki , par la maniere dont il a fçu encadrer
dans cette petite brochure un détail
de leurs abus & des abfurdités de leurs réglemens
, a mis tout le monde à portée
de les connoître & de juger du préjudice
qu'ils portent à l'induſtrie.
Il fuppofe que Chinki vivoit en Cochinchine
dans la province .de Bulocambi
, où les terres étoient divifées en une
infinité de petits colons , & où il trouvoit
dans la culture du riz , du mahis , &c. le
néceffaire & l'aifance pour lui, pour deux
femmes qui partageoient fes travaux &
fa tendreffe , & pour douze enfans qu'elles
lui avoient donnés en fix ans de mariage.
L'augmentation du tribut occafionnée par
les befoins de l'état , fa converfion en
argent au lieu du payement qui s'en fai
foit précédemment en nature , l'agran
diffement des propriétés des feigneurs
territoriaux , & leurs vexations vinrent
troubler la profpérité de Chinki & le
forcerent à fe retrancher , & à ſa famille
qui fe trouvoit augmentée dans l'intervalle
de douze autres enfans , toute ai
164 MERCURE DE FRANCE:
fance, & mêmeà prendre fur le néceſſaire .
Convaincu que la terre ne fuffifoit plus à
la fubfiftance & au bonheur de ceux qui
la cultivent , il tourna les yeux fur les arts
pour y placer fes enfans & leur fournir
les moyens de vivre ; ayant ouï dire qu'ils
fleuriffoient dans la capitale , il s'y rendit
avec Naru le plus âgé de fes fils qui avoit
douze ans , & Dinka ſa fille aînée qui en
avoit quatorze.
L'auteur , dans cette premiere partie ,
s'annonce comme un bon citoyen &
ami de l'humanité , & c'eſt une juſtice
qu'on ne peut s'empêcher de rendre à la
droiture de fes vues ; mais il paroît en
même temps qu'il les a puifées dans l'Eu
topie ou la république de Platon , ou , ce
qui eft la même chofe , dans les fonges
de quelques- uns des oeconomistes moderdes
, plûtôt que dans les principes d'une
adminiftrarion poffible ; le partage égal
des terres entre de petits colons pouvoit
convenir à Rome dans fon berceau , mais
eft une chimère dans un grand état. L'im
pôt en nature effayé & trouvé impratica
ble par mille inconvéniens , le feroit par
la raifon feule de l'incertitude & des variations
de fon produit qui ne permet-
T
OCTOBRE. 1768. 165
troient pas d'arrêter aucun plan fixe de
dépenfes , & qu'il n'en eft pas d'un état
comme d'un particulier , celui - ci pouvant
, en cas d'avarie , regler fa dépense
fur fon revenu , & l'état au contraire devant
regler fon revenu fur les dépenfes
néceffaires à fa confervation , d'où il réfulte
que ce revenu doit être certain ;
admettre , comme fait l'auteur & avec
fondement , malgré les raifonnemens métaphyfiques
qu'on y oppofe , les impofitions
fur les confommations qui ne font
pas de premiere néceffité & blâmer celle
fur le tabac , &c. blâmer les bureaux indifpenfables
pour affurer la perception de
çes impofitions , c'eft une contradiction à
laquelle fans doute il n'a pas fait attention
: il n'a pas fait attention non plus
que la liberté de la chaffe néceffaire à un
peuple fauvage , dont elle fait un des
principaux moyens de ſubſiſtance , convertiroit
, chez un peuple policé , le laboureur
& l'artiſan en braconnier , & l'arracheroit
au travail, Que les fiefs & les
feigneuries tiennent à notre conftitution;
que
les loix du fouverain affurent la liberté
& les propriétés des vaffaux contre
l'oppreffion des feigneurs particuliers,
& que , loin que leur féjour dans leurs
terres entraîne des inconvéniens , c'en eft
166 MERCURE DE FRANCE.
un qu'ils n'y réfident pas habituellement
ou plus fréquemment , & qu'ils n'y confomment
pas leur revenu .
9
Quoi qu'il en foit , Chinki arrivé dans
la capitale , s'empreffe de remplir l'objet
de fon voyage . Il préfente fon fils Naru
pour être apprentif dans les différens métiers
, tailleurs , boulangers , pâtiffiers ,
cordonniers , bonnetiers , vinaigriers , vitriers
, ménuifiers , ferruriers , & c. Partout
des obftacles & de l'impoffibilité.
Les uns lui oppofent que , felon leur réglement
, fon fils eft étranger , parce qu'il
n'eft pas né dans la ville , & qu'il payera
des droits triples ; les autres , qu'il ne
pourra être reçu maître , n'êtant pas fils
de maître , comme fi c'étoit par la naiffance
& non par l'ouvrage qu'on dût juger
l'ouvrier ; un autre demande fi Naru
eft fils de maître ou fils à maître , diftinction
ridicule que Chinki ne comprend
pas , & que beaucoup d'autres n'auroient
pas mieux compris . On lui explique que
le fils à maître eft celui qui eft né avant
l'admiffion de fon pere à la maîtriſe , &
le fils de maître celui qui eft né après ;
que le premier paye des droits doubles de
Fautre , mais cependant beaucoup moindres
que celui qui n'auroit ni l'une ni
Fautre qualité. Ceux - ci refafent Nary
OCTOB R E. 1768. 167
parce qu'ils ont déjà un apprentif, & que
les réglemens défendent d'en avoir plus
d'un à peine d'amende ; ceux là parce que,
fuivant leurs réglemens , il ne peut y
avoir qu'un certain nombre d'apprentifs
par an dans la communauté , & que ce
nombre efl rempli ; un vinaigrier , parce
qu'il ne compte que quatre ans de maîtrife
, & que , fuivant le réglement, il lui.
en faut fept pour avoir droit de former
un apprentif; dans des métiers dont quelques
uns peuvent aifément s'apprendre
en fix mois , on exige dix & douze ans
d'apprentiffage & compagnonage , ce qui
en dégoute Chinki par la réflexion toute
naturelle , que le terme de l'apprentiffage
doit être celui où l'on n'a plus betoin
d'inftruction ; d'autres infpirent à Chinki
le même dégoût , parceque n'étant ni fils
de maître , ni fils à maître , la feule reffource
pour parvenir à la maîtrife eft d'époufer
une veuve ou une fille de maître .
Les métiers les moins inacceflibles le deviennent
à Chinki pour fon Naru , par
l'énormité de l'argent qu'il en coûte , &
auquel il eft dans l'impoffibilité de ſubvenir.
Le hafard conduit Chinki dans une
falle de maîtres aflemblés pour juger des
chef- d'oeuvres . Il voit deux ouvriers préfenter
les leurs qui étoient très défec
1
168 MERCURE DE FRANCE.
tueux . Ils n'en font pas moins admis à la
maîtriſe , parce que , felon les ftatuts , on
pouvoit racheter les chef - d'oeuvres pour
de l'argent. Un autre , dont le chef d'oeuvre
étoit fans reproche , eft exclu , parce
qu'il avoit des enfans & qu'ils auroient
été au moins fils à maître & exempts de
certains droits que la communauté ne
vouloit pas perdre. Chinki fe trouve conduit
au tribunal des arts : là toutes fortes
de procès bifarres entre les communautés.
Les tourneurs , les tabletiers , les corroyeurs
, cordiers , doreurs , peintres &
verniffeurs difputent à un miférable le
droit de gagner fon pain & celui de fa
famille , en faifant des fouets ; les tourneurs
en reclament la fabrication par rapport
à la verge & à la poignée ; les tableriers
, par rapport au bois étranger qu'on
y emploie ; les corroyeurs , fous prétexte
de la courroie ; les cordiers , de la ficelle ;
les doreurs , peintres & vernifleurs , des
divers enjolivemens . Le tribunal des arts
adjugea à chacun fa demande. Autres procès
entre les éventailliftes & les tabletiers
pour la fabrication des éventails , que les
uns revendiquoient à cauſe du papier , les
autres à caufe du bois , &c. Ce qu'on au
roit peine à croire , c'eft que ce tableau
n'eft point chargé ; & que fi on feuilletoit
OCTOBRE . 1768. 169 .
>
toit les registres des greffes & des communautés
, on y en trouveroit mille autres
plus bifarres encore , & qui leur ont coûté
des frais immenfes. Chinki conclud à
ne point expofer fon fils à des profeflions
fi litigieufes. Il retourne au tribunal des
arts. D'habiles ouvriers s'y étoient pourvus
pour être reçus à la maîtriſe ; mais les
maîtres qui , par la raifon qu'ils étoient
habiles les craignoient pour concurrens
oppofoient , à l'égard des uns , le défaut
de qualité , c'est- à- dire , fuivant les réglemens,
qu'ils n'avoient pas fait leur apprentiffage
dans la ville , & allaient jufqu'à
prétexter à l'égard des autres de la différence
de religion , comme fi la religion
avoir quelque chofe de commun avec le
commerce & l'exercice des métiers , & fi
on ne commerçoit pas avec toutes fortes
de nations & l'on ne faifoit pas ufage de:
leurs ouvrages & de leurs fabriques.
Chinki , défefpérant de placer fon fils
dans aucun métier , fe réfour de le ramener
partager farmifere , & ne s'occupet
plus que de l'établiffement de fa fille ,
Dinka , penfant qu'on aura donné plus
de facilité à ce fexe qui eft moins compté
dans les arts que dans les foins domestiques
, & qui paroît mériter toute la
II. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
faveur lorfqu'il réunit les deux parties .
Mais ce font encore bien d'autres obftacles
; une fille ne peut travailler pour fon
compte , ni faire le commerce des modes
à moins qu'elle ne trouve un mari
qui lui apporte la maîtrife pour 1800
taëls ; enforte que ce ne font pas les femmes
qui font marchandes de modes , ce
font les hommes ; ce qui , & non fans
raiſon , paroît étrange à Chinki qui
voyoit d'un autre côté des veaves de
charrons , de charpentiers , de ferruriers
refter maître charron , maître charpentier
, maître ferrurier , &c. Les mêmes
entraves fe rencontrent à l'égard des filles
dans tous les arts les plus analogues à leur
fexe , tels que les éventails , les rubans , la
plumafferie , les fleurs artificielles , & c.
Chinki , pour derniere reffource , fe
trouve réduit à confier fa fille à une vieille
femme pour en faire une marchande
de ces menues pâtifferies qu'on appelle
en Europe , croquets ou plaifirs , & fon
fils pour être placé domeftique.
Ne pouvant fournir au néceffaire des
vingt - deux enfans qui lui reſtoient , la
mifére les chaffa de la maiſon paternelle
pour embraffer des métiers qui ne demandent
ni formalités , ni frais , ni quaOCTOBRE.
1768. 171
lités , ni maîtriſes . L'un apprit à contrefaire
les fignatures ; l'autre , la monnoie
du prince ; celui - ci à dominer le hafard
dans les jeux défendus ; celui-là à mettre
à contribution les paffans fur les grands
chemins ; un autre devint très-habile dans
l'art des poifons. Naru , pour fe tirer de
la fervitude en brufquant la fortune , affaffina
fon maître : tous périrent dans les
fupplices. Les filles n'eurent pas un meilleur
fort. Dinka ne fuivit pas long- temps
fon perit commerce. La Débauche fe préfenta
l'argent à la main ; elle y fuccomba ,
attira fes foeurs qui finirent , ainfi qu'el
le , dans une maifon de force confumées
par le crime. La cadette de toutes , qui
avoit préféré , à la conduite de fes foeurs,
la fervitude d'une grande Dame , fut tentée
d'une robe pour en revêtir la malheureuſe
Dinka ; le larcin fut reconnu , &
elle périt par la corde.
Pendant tous ces déſaftres que Chinki
ignoroit dans le vallon de Kilam , la langueur
de l'agriculture & les réglemens
bifarres des métiers fe préfentoient fouvent
à fon efprit. Un matin qu'il étoit
défoccupé , il prit la plume & peignit en
traits énergiques les maux qui couloient
de ces deux fources . L'ambition de ren-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
dre fon ouvrage public le fit retourner à
la ville royale , où il le mit au jour. Sa
lecture excita une fermentation à laquelle
il ne s'étoit point attendu . Toutes les
maîtrifes , tous les membres du tribunal'
des arts crierent au libelle , & qu'il falloir
le flétrit & punir l'auteur. Chinki
fut emprisonné , & on travailloit à inftruire
fon procès , lorfqu'un mandarin , à
qui tant de chaleur étoit fufpecte & éclairé
par l'ouvrage même, en fit le rapport au
Roi & y joignit l'hiftoire tragique de la famille
de l'accufé, fur lequel le prince étendit
fa main protectrice , & confidéra que la
difficulté de vivre par la charrue ou par l'in
duſtrie avoit caufé la perte d'une famille
précieufe à l'état que les mêmes caufes
annonçoient généralement les mêmes effets
, & que le premier befoin de l'état
étoit que tout le monde pût vivre.
Quant aux arts & aux métiers , fources
du commerce , toutes les maîtriſes furent
fupprimées. Il n'y eut plus de maîtres
que les bons ouvriers . On laiffa au
Public le foin de corriger les autres , en
rejettant leurs ouvrages . Toutes les formalités
, les longueurs , la perte du temps ,
les vexations intéreffées d'apprentiffage &
de compagnonage difparurent..
1
OCTOBRE . 1768. 173
On ne diftingua plus , pour exercer un
art , le fujet fans qualité de celui qui a
qualité ; le fils du maître ; l'enfant de la
ville de celui des champs ; l'étranger du
national. On exempta même l'étranger
du droit d'aubaine , droit barbare qui
deshonoroit une nation policée . On ne
diftingua plus la fecte de Fo de celle de
Somonakondom relativement à l'induftrie.
Le Banian partagea ainfi la même
protection , & quiconque voulut apporter
des talens & des richeffes dans le royaume
fut naturalifé.
On fupprima les chef- d'oeuvres comme
fuperflus dans les arts purement méchaniques
& méme onéreux , puifqué les
communautés ne les exigeoient plus ,
pourvû qu'on les rachetât .
On établit la plus grande liberté dans
les manufactures. On profcrivit toute
amende & confifcation , parce que la marchandiſe
ſe vend toujours à raifon de fa
qualité ; on obligea feulement le fabricant
à tiffer , fur le bout de chaque piéce
qu'il met en vente , fon nom & fa demeure
: le fceau de l'ouvrier fert à l'accréditer
s'il fait bien , & à le décréditer s'il
fait mal ; la loi puniffoit feulement l'ouvrier
qui ufurpoit le nom d'un autre : lar .
Hijj
174 MERCURE DE FRANCE
cin qui méritoit un châtiment rigoureux
.
Enfin toutes les communautés , corporations
ou jurandes furent changées en
fimples affociations en forme de récen
fement , fans bleffer en aucune façon la
liberté la plus entiere .
›
Il n'y eut qu'une légere différence entre
l'ancienne inftitution qui avoit fair
fleurir tous les arts & celle- ci , parce que
la pofition l'exigeoit. Les communautés
avoient contracté des dettes qui devenoient
éternelles ; il étoit jufte de les acquitter
; la loi ordonna que tout afpirant
qui voudroit exercer ne le pourroit
que fur un brevet qui lui feroit expédié
en payant au prince un droit modique
fixé au dixiéme de ce qu'il en coutoit
auparavant pour l'admiffion aux maîtrifes
& ce droit modique fut deſtiné à
éteindre les dettes des communautés , à
rédimer des péages & autres droits onéreux
au commerce , à creufer des canaux
& à foutenir des manufactures ou des
négocians malheureux prêts à tomber ;
par là tout reprit vigueur dans les arts
& le commerce , & c.
L'hiftoire de Chinki eft celle des abus
des jurandes & de leurs réglemens , &
OCTOBRE. 1768. 175 •
de ce qu'il feroit à defirer qu'on exécutât
enfin pour l'avantage & la profpérité
du Royaume ; le tableau qu'il trace de
ces abus paroîtroit chargé ou digne de
la Cochinchine , fi l'on n'en voyoit la vérité
, non feulement à Paris , mais prefque
dans toutes les villes , & encore pourroit-
on y ajouter de nouveaux traits . La
cataſtrophe de la famille de Chinki- eft la
fuite naturelle qui doit réfulter des difficultés
& de la forte d'impoffibilité que
trouve l'indigent à fe procurer les moyens
de vivre par fon travail & fon induſtrie :
une mifere forcée dans les deux fexes
doit néceflairement donner lieu au libertinage
, aux mendians , aux vagabons ,
aux gibers.
2
Les jurandes préfentant des inconvéniens
fi réels & fi multipliés , n'ont- elles
pas d'un autre côté quelqu'utilité qui com.
penfe cet inconvénient , & pour raifon de
laquelle il eft bon de laiffer fubfifter cet
établiffement ? C'eſt la réflexion à laquelle
conduit naturellement la lecture
de Chinki.
On ne peut envifager dans les jurandes
que deux fortes d'utilités , celle dont
elles pourroient être au commerce & à
l'avancement des arts , & celle dont elles
Hiv
f 176 MERCURE
DE FRANCE
.
.
peuvent être à l'état , envifagées comme
reffource de finance .
Quant au commerce & aux arts , pour
fe convaincre que les jurandes & leurs
réglemens ne peuvent avoir aucune forte
d'utilité pour les rendre floriflans , il ſuffiroit
de jetter les yeux fur l'Angleterre
& la Hollande où ces bifarreries ne font
point connues , & dont l'une emporte
fur nous la concurrence , & l'autre nous
la difpute. Si elles ont élevé l'induftrie
au- deffus de la France , ce n'eft affurément
pas à leurs avantages naturels qu'elles
en font redevables , puifqu'à cet égard
la France leur eft infiniment fupérieure : &
l'on ne reprochera point à la nation Françoife
de n'être pas induftrieufe & laborieufe
: ce ne peut donc être qu'à ce que
l'induftrie eft chez elle dans une plus
grande activité qu'en France . Or quels
font leurs moyens pour la faire parvenir
à ce degré d'activité , l'y maintenir &
l'accroître ? La liberté générale de cette
même induftrie . Celui des jurandes adopté
chez nous , loin de pouvoir être d'aucune
forte d'utilité , eft donc vicieux ,
puifqu'il n'a pas produit des effets à beaucoup
près auffi efficaces.
Mais , dira - t - on , les formalités de
OCTOBRE. 1768. 177
T'apprentiffage , compagnonage & du chefd'oeuvre
ne font- elles pas utiles pour faire
des ouvriers habiles , & s'affurer de leur
capacité ? Et n'admettre à la maîtriſe que
ceux qui ont paffé par ces épreuves , n'eftce
pas le moyen de foutenir & d'accroître
la perfection des arts & de l'induftrie
?
En le fuppofant , cela ne pourroit regarder
que les fabriques & les arts mécha
niques , & ne pourroit être aucunement
applicable aux profeffions mercantiles . Si
dans un inftant , dit M. Melon , il ceffoit
d'y avoir des marchands boutiquiers ,
les manufacturiers n'auroient qu'à envoyer
leurs commis ou leurs valets avec
leurs marchandifes étiquetées de la fabrique
& du prix & tout rentreroit dans
l'ordre. Nous ne prétendons pas par là
dégrader la profeffion de marchand , mais
feulement faire voir que les formaltiés
& les longueurs d'apprentiffage & compagnonage
ne préfentent aucune forte
d'utilité pour une profeffion dont l'exercice
demande des connoiffances fi faciles
: quant aux fabriques & aux arts , on
convient qu'ils exigent un apprentiffage ;
mais à quoi fervent des réglemens pour
qu'on apprenne un métier avant de l'exer-
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
cer , & qu'on ne l'exerce que quand on
le fçait ? Peut-il en être autrement dans
l'ordre des choſes ? & celui qui exerceroit
un mêtier fans l'avoir apris & fans s'y
être perfectionné ne feroit - il pas puni
par la non- vente de fes ouvrages , & réduit
à l'abandonner ? On peut s'en repofer
fur la néceffité où la concurrence met
l'ouvrier d'être habile pour réuffir , & confulter
les autres pays où l'on ne connoŝt
point d'autres principes.
De plus , s'il est néceffaire d'être ap
prentif d'un métier avant de l'exercer ,
ce n'est pas une raifon pour qu'il foit utile
que le temps de l'apprentiffage foit fixé
& qu'on en allonge le terme au - delà de
celui où l'on n'a plus befoin d'inftruction
; en effet , ces longueurs du temps
d'apprentiffage , outre qu'elles font ridicules
pour des métiers dont on peut être
au fait en fix mois , font abfurdes en ce
qu'elles fuppofent que les apprentifs n'ont
pas plus d'aptitude les uns que les auares
, enforte que celui dont le talent n'a
befoin que de fix mois pour fe perfectionner
à la même perfpective de fervitude
que
le plus inepte . Ce qu'on vient
d'obferver fur l'apprentiffage peut s'appliquer
à bien plus forte raifon au come
OCTOBRE. 1768. 179
pagnonage ; quelle forte d'utilité peut - on
envifager pour l'avancement des arts, dans.
l'obligation impofée à des ouvriers qui
fçavent leur métier , de facrifier fix ans .
de leur vie à travailler pour le profit des
maîtres , & même toute leur vie s'ils ne
font pas en état de payer la maîtriſe ,
tandis qu'ils pourroient travailler pour
leur propre compte ? N'est- ce pas plutôt
un fujet de dégoût , comme l'expérien
ce ne le prouve que trop , quand on
connoît l'objet de cette prétendue reffource.
C'est dans le dernier fiécle qu'on
y a eu principalement recours fans
doute parce que les befoins preffans de
l'Etat occafionnés par de longues guerres
ne permettoient pas le choix des
moyens.
"
En 1691 , on créa en titre d'offices des
gardes & jurés dans toutes les communautés
; en 1694 , des auditeurs & examinateurs
de leurs comptes ; en 1702 , des
tréforiers , receveurs de bourfe commune ;
en 1704 , des infpecteurs & vifitents des
poids & mefures ; la même année des
greffiers d'enregistremens des brevets d'apprentiffages
; en 1709 , des gardes , des
archives des maîtrifes ; en 1710 , des
payeurs des gages attribués ausdites con
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
munautés ; en 1745 , des infpecteurs &
contrôleurs ; en 1758 , des augmentations
de gages . Qu'à ces créations on en
ajoute trois ou quatre de lettres de maîtrifes
, & le droit de confirmation au
joyeux avénement , & l'on aura à peu de
chofe près un tableau exact de toutes les
reffources qu'on a tirées des communautés.
Les offices des gardes &
jurés. 3682672 liv .
Les auditeurs des comptes . 4926915
Tréforiers de bourſe commune.
Vifiteurs de poids & mefures
.
3216260
• 4000000
Greffiers d'apprentiffages .. 684082
Gardes des archives & maîtrifes.
-Payeurs des
gages .
Infpecteurs.
• ·
2147805
600000
6718049
• 1000000
Augmentations de gages ,
environ.
Maîtrifes 1722 & 1725.. 9764752
Droit de confirmation pour
'ce qui concerne les communautés
, environ. . . 6ooo000
Total. ·
42750525
liv.
OCTOBRE. 1768. 181
On obfervera même que le montant
de toutes ces finances n'a pas été payé en
totalité par les communautés d'arts & métiers
, que la création des offices d'auditeurs
& examinateurs des comptes , les
tréforiers de bourfe commune , les gardes
des archives s'étendoit , non - feulement
à elles , mais encore à toutes les
communautés d'officiers faifant bourfe
commune , qui y ont contribué en bonne
partie.
Ainfi l'objet de reffource de finance des
communautés , en quatre - vingt ans , a été
d'environ quarante millions , & encore
cette reffource n'a pas été gratuite pour
l'état , il y avoit des gages attribués aux
différens offices qu'elles ont réunis , que
l'état leur a payés à titre d'intérêt juſqu'au
remboursement , & dont il paye encore
partie pour ce qu'il n'a pas rembourfé ;
enforte que s'il a touché quarante millions
, il lui en a couté quatre- vingt en
arrérages ; d'un autre côté les communautés
en réuniffant ces différens offices , ont
réuni différens droits qui leur étoient attribués
, & qui forment autant d'impofitions
fur le commerce & l'induftrie , foit
qu'ils fe perçoivent fur les denrées directement
, foit fur les maîtres , foit fur les
182 MERCURE DE FRANCE.
apprentifs & les afpirans à la maîtriſe
à quoi il convient d'ajoûter le prétexte
de fe libérer de leurs emprunts , qui a
donné lieu à des augmentations exceffives
& arbitraires des frais de réception ,
& à l'énormité , dont ils font fur- tout
pour ceux qui ne font pas fils de maîtres ,
fans parler de ce qu'exigent les Jurés pour
leur propre compte , & qui n'entre point
dans la caille des communautés . On ne
croit pas s'écarter du vrai , en évaluant à
huit millions par an ces différentes impofitions
directes ou indirectes fur l'induftrie
, ce qui en quatre- vingt ans forme
un total de fix cent quarante millions .
Conféquemment pour une reffource de
quarante millions , dont le Roi a payé &
paye encore en partie l'interêt , le commerce
a contribué en pure perte pour
l'état , d'une fomme de fix cens millions
, qui eft tournée au profit des
communautés & qui s'eft diffipée en repas
, en procès & en mangeries d'autre
nature. Quand cette évaluation feroit fufceptible
de quelque réduction , elle ne
le feroit jamais affez pour qu'elle ne préfentât
pas toujours un objet effrayant ,
& capable de faire fentir combien la foible
reffource que l'état a tirée des com
OCTOBRE . 1768. 183
munautés lui a été , & lui eft pernicieu
fe. Qu'en fuivant le plan de Chinki on
eût fuprimé toutes les mangeries & toutes
les entraves , & qu'on y eût fubftitué
la fimple formalité d'un brevet , en fuppofant
le taux commun de la finance à so
livres , une fois payées , & qu'il fe fûtléta
bli année commune dans le royaume ,
vingt mille nouveaux maîtres en tour
genre de profeffion , de commerce , arts
& métiers , l'état auroit eu un revenu
annuel d'un million , & en quatre- vingt
ans , un total de quatre- vingt millions
dont il n'auroit payé aucuns arrérages ,
ce qui auroit fait encore pour lui une
différence de prefqu'autant ; un capital
immenfe gafpillé par les communautés
& perdu pour l'induftrie , lui auroit été
laillé & , en fructifiant entre fes mains , auroit
procuré une augmentation de richeffes
; & la confommation , cette fource féconde
des revenus de l'état , fe feroit accrue.
Un nombre infini de nos ouvriers
qui , pour pouvoir vivre , ont porté leurs
talens ailleurs , auroient auffi contribué à
fon accroiflement en reftant dans le royaume
ainfi que les étrangers que les avan
tages naturels de la France auroient pû
attirer , & dont l'induftrie naturalisée au184
MERCURE DE FRANCE.
roit augmenté la fomme de nos richeffes
& de notre induſtrie nationale. Il paroît
donc bien démontré qu'on ne pourroit
rien faire de plus avantageux pour l'état ,
que de fubftituer un plan auffi fimple à un
fyftême d'entraves & deftructif de l'induftrie,
& qui fous quelque point de vue qu'on
l'envisage , ne préfente aucune forte d'utilité
qui puiffe , on ne dit pas en compenfer
, mais en rendre les inconvéniens
tolérables.
AGRICULTURE.
I.
Découverte de la premiere efpéce du bled.
M.GASSELIN à qui nous devons la machine
dont nous allons parler pour la deftruction
des fouris , occupé de l'agriculture
depuis long-tems , a fait des découvertes
intéreffantes qu'il s'eft empreffé de
publier. Il avoit remarqué que la plus
grande partie des bleds qui croiffent en
France ont la paille de l'épi blanche ; parmi
ceux-là il y a quelques épis roux ; les
grains que donnent ces derniers , ont une
fupériorité marquée. Il effaya de faire trier
OCTOBRE . 1768. 185
les épis roux ; il en tira un volume de
grain pefant environ 80 livres. Il le fema
, la faifon fut peu favorable ; mais le
grain qu'il recueillit fut très- beau ; il le
refema , & l'année fuivante , il en eut
affez pour en vendre. Il le fit porter au
marché , c'étoit à Roye ; les marchands
& les connoiffeurs s'attrouperent pour le
voir ; M. Gaffelin le fit s livres par fac
plus cher que le courant ; on le prit au
mot. Huit jours après il en fit conduire
encore de femblable au marché , il en
augmenta le prix de 5 livres au deffus de
celui qu'il avoit établi la premiere fois,
dans l'efpérance qu'on ne le prendroit pas
au mor; on ne lui laiſſa pas le temps de
diminuer. On ne peut pas avoir une preuve
plus complete de la fupériorité de
cette espéce de bled fur le blanc pour la
qualité ; ce n'eft pas qu'il vaille 10 livres
par fac plus que l'autre ; la nouveauté feule
le fit payer ce prix ; mais il vaut toujours
3 livres de plus ; cet article n'eft
point à négliger. Le bled roux a encore
l'avantage d'être plus abondant en paille
& en grain que le bled blanc ; il croît
trois ou quatre pouces plus haut que l'autre
; la paille en eft plus forte , plus roide.
Il produit communément un fixieme en
186 MERCURE DE FRANCE.
gerbe plus que le blanc , & les gerbes rendent
ordinairement plus de grains.
La force de la paille du bled roux eſt
une fource inapréciable d'avantages.
Cette paille étant plus forte que l'autre ,
réfifte mieux aux vents & aux pluies ; les
bleds ne font pas conféquemment fi fujets
à verfer ; mais c'eſt encore ce qu'il y
a de moins effentiel dans cette paille , il
faut pour la confommer un plus grand
nombre de beftiaux , delà plus de laine ,
plus de viande , plus de graiffe. La plus
grande quantité de beftiaux fait une plus
grande quantité de fumier , & la paille
du bled roux a cela de particulier & de
propre , à caufe de fa force , qu'elle ne fe
réduit point fous les beftiaux , comme la
paille du bled blanc ; le fumier qui en fort
quand il eft expofé dans les balfe cours à
la pluie & au foleil , ne fe conſomme
pas comme le fumier du bled blanc , d'où
il réfulte une bien plus grande quantité
de voitures à reverfer tous les ans dans
les terres . Et c'eft- là le vrai fecrer de l'agriculture
; le principe de la fécondité ,
c'est le fumier , ce font les engrais. Les
terres font fufceptibles d'une amélioration
d'un quart , pour ne pas dire d'un
tiers par ce feul moyen ; le bled roux le
OCTOBRE. 1768. 187
fournit. Il y a encore d'autres avantages
qu'il eft bon de faire connoître .
Quand il furvient , pendant la moiſſon ,
des pluies qui durent plufieurs jours , le
bled blanc qui eft fcié & couché par terre ,
fouffre beaucoup , & perd prefque toute
fa qualité ; le roux au contraire fe foutient
beaucoup plus long- tems & s'altere
moins , parce que le grain eft plus fort &
plus vigoureux que le blanc. Cette efpé
ce de bled eft auffi beaucoup moins fujette
au noir que le blanc. M. Gaffelin après
de longues expériences , a reconnu que
le bled roux eft la premiere efpéce de
bled ; il dégénere avec le temps ; la couleur
s'affoiblit , il pâlit d'abord & devient
enfuite tout-à-fait blanc. Pour remédier
à cet inconvénient , M. Gaffelin eft dans
l'ufage de renouveller fes femences tous
les fept à huit ans , en faifant trier les
plus beaux épis roux pour former environ
un demi-fac de bled ; il le feme , 87
l'année fuivante le produit lui fert à renouveller
fa femence .
On prend tous les jours des précautions
pour encourager à défricher les terres
incultes ces précautions font furement
très- louables , mais il eft bien plus
fimple de tirer des terres cultivées tout le
188 MERCURE DE FRANCE.
produit dont elles font fufceptibles. L'ufage
du bled roux eft la voie fûre d'y par
venir ; on ne court aucun rifque en adoptant
cette efpéce de bled ; on ne peut qu'y
gagner , il n'en coute pas plus de frais de
culture , cela n'occafionne point de dépenfe;
la terre , en produifant beaucoup ,
s'améliore par le retour des fumiers plus
abondans ; le propriétaire s'affure d'avantage
le revenu de fon bien , & le laboureur
trouve dans fon travail de quoi fubfifter.
M. Gaffelin a trouvé encore le moyen
de féparer fans frais le bled noir , lorfqu'il
en croît , d'avec le bon grain , fans
endommager ce dernier ; il offre de donner
le détail de cette opération à ceux qui
le lui demanderont . Son adreffe eft à M.
Gaffelin à Puzeaux en Picardie , par Ham
& Néelle ; ou à M. Gaffelin , procureur au
parlement de Paris , rue des Mauvais-
Garçons S. Jean .
I I.
Defcription d'une machine pour la deftruction
des fouris de la Campagne.
Ceux qui s'intéreffent à l'agriculture ,
fçavent que plufieurs provinces de France
ont beaucoup fouffert cette année des fouOCTOBR
E. 1768. 189
ris ou mulots ; la Picardie & l'Artois en
ont été finguliérement endommagés. M.
Gaffelin , qui demeure à Puzeaux , dans
la premiere de ces Provinces , fe voyant
menacé d'un grand dommage pour la récolte
prochaine, exécuta une machine dont
il avoit conçu le projet depuis long- tems .
C'eſt un fouffler avec lequel on infinue
dans les trous des fouris de la fumée de
foufre , qui les fait périr fur le champ ;
ce foufflet a la forme des foufflets ordinaires
; il y a deux vents , pour qu'il puiffe
fouffler toujours ; le bout ou le canon eſt
long d'environ deux pieds , il eft gros com.
me un petit canon à fufil ; vers le milieu
de ce canon , qui eft coupé en deux , on
pratique une boëte de taule , quarrée de
quatre pouces de long , fur huit pouces de
haut , ayant par deffus une petite porte
qui fert pour y introduire les matieres
qu'on veut y placer. La porte a un couvercle
de fer qui joint bien ; on place en dedans
de la boete une petite grille de fer
vis-à - vis du trou qui recoit la fumée , pour
empêcher les matieres combuſtibles d'entrer
dans le trou & de le boucher ; quand
on veut faire ufage de la machine , on met
dans le fond de la boëte de vieux linges
ou quelques vieux chiffons qu'on ferre'
190 MERCURE DE FRANCE .
bien ; on emplit la boëte jufqu'à la hau.
teur du trou du canon , & on y met le feu
avant de partir pour l'opération ; il faut
avoir foin de laiffer la porte un peu ouverte
pour ne pas éteindre le feu . Quand
on eft arrivé dans la campagne , on cherche
oùfont les terriers des fouris , car elles
font de véritables terriers , qui ont plufieurs
bouches répondant toutes au même
centre ; quand on les a trouvés , on ouvre
la boëte; on y jette quelques petits morceaux
de bois fciés de court & bien fecs
on donne quelques coups de foufflet pour
les faire enflammer , après quoi on jette
dans la boëte un peu de foufre concaffé ,
& on referme bien la porte . On introduit
auffi-tôt le foufflet dans un des trous , la
fumée s'infinue par tout , & va fortir par
routes les bouches qui fe communiquent;
une feconde perfonne va boucher exactement
& promptement tous ces trous que
la fumée lui indique ; quand ce terrier eft
bien rempli de fumée , ce qui n'eft pas
long,on retire le foufflet, on ferme le trou
où il étoit placé, & on va aux autres terriers.
Cette vapeur de foufre eft fi violente ,
que les fouris meurent fur le champ ; M.
Gaffelin a fouillé plufieurs terriers après
cette opération , & n'y en a point trouvé
OCTOBRE. 1768. 191
de vivantes ; la machine eft très - fimple ,
très-facile à faire , d'un ufage certain , &
avec une feule , un homme qui auroit 600
arpens de terrein pourroit aifément le purger
de ces animaux ,
FÊTE FOR A IN E.
Le fieur Torré a établi ſur le Boulevard ,
proche la porte faint Martin , un lieu d'af
femblée très agréable ; c'eft un grand emplacement,
où il a reuni les plaifirs du bal
& la décoration d'une foire ; il y a des caffés
, des falles de Traiteurs , des boutiques
de Confifeurs , de Bijoutiers , de Marchandes
de modes , de Fruitieres , &c . Au
milieu de l'emplacement s'éleve un grand
mát de cocagne , dont le bois eft poli & lif
fé , ce qui rend ce mât très- difficile à eſcalader,
& ce qui occafionne maintes gliffades
rifibles ; celui qui parvient à la hauteur
, peutchoifir parmi les différentes piéces
degibier , attachées aun cercle orné de
fleurs au tour du mât . Tout le lieu de l'affemblée
est éclairé par une infinité de petites
lanternes de diverfes couleurs , & par
des luftres & des lampions qui forment différens
deffeins. Il y a des fallons très ornés,
192 MERCURE DE FRANCE.
où l'on eft à couvert , des loges , des am
phithéatres , un valte promenoir. La mufique
, les danfes & l'affluence d'un monde
brillant rendent cette fête charmante : c'eft
une imitation embellie des Wauxall de
Londres.
MODES OU NOUVEAUTÉS.
L'induftrie & le goût des François fournif
fent fans ceffe des reffources à l'inconftance
& aux caprices de la mode. Plufieurs
de nos Abonnés , enprovince , demandent
qu'on ne leur laiffe pas ignorer
les nouveautés les plus remarquables en ce
genre , & nous tâcherons de lesfatisfaire .
LES Dames ont adopté , depuis quelque
temps , un déshabillé qu'on nomme Caraqueau
ou l'Appollon ; c'eſt un manteau
de lit , taillé en pointe par le dos , au - deffus
d'un jupon rond , garni de mouffeline
ce désabillé eft élégant & brillant , lorfqu'on
le fait en tulle , ou en marli doublé
de taffetas , ou de fatin en couleurs vives.
Les Dames portent à la campagne &
dans des fêtes, des chapeaux ornés d'agrémens
OCTOBRE . 1768. 193
mens de blonde , de fleurs , de plumes ;
elles ont auffi des tabliers anglois , faits
de gaze de diverfes couleurs , & ornés de
grands volans.
Les fichus à la mode font faits de blondes
bouillonnées l'une dans l'autre , avec
un ruban auffi bouillonné , & qui doit
être aſſorti à l'ajuſtement.
On fait pour le fervice de table de petites
truelles d'argent à manche d'ébenne ,
dont la lame eft percée de petits trous ,
pour couper le poiffon par tronçons , l'enlever
& le fervir à fec.
Il y a nouvellement des falieres de vermeil,
enchaffées dans de petites corbeilles
d'argent à anfes , & travaillées dans la façon
du jonc.
On a imaginé des theyeres en argent
dont le bec eft garni d'une pince dans laquelle
eft paffé un petit pannier d'argent
a grille , pour empêcher les feuilles infufées
de s'échaper .
On fait des tabatieres de forme applatie
, & qui n'ont que le double de hauteur
de la gorge , parce qu'elles font moins
embarraffantes dans la poche .
II Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
TALENS PRECOCES D'UN ENFANT.
a
Chrétien Henri Heinecken qui nâquit
en 1721 à Lubec , & y mourut fçavant
en 1725 parloit à l'âge de dix mois ;
il fçavoit à un an les principaux événemens
du Pentateuque ; à treize mois tou
te l'hiſtoire de l'ancien teftament ; à quatorze
mois toute celle du nouveau ;
deux ans & demi , la géographie & l'hif-
Loire ancienne & moderne , juſqu'à répondre
pertinemment à toutes les queftions
qu'on lui faifoit fur ces matieres.
Il parloit latin alors avec facilité , & françois
paffablement. Parvenu à fa troifiéme
année , il connoiffoit les généalogies des
principales maifons de l'Europe ; & quand
il eut atteint l'âge de quatre ans , il voya
gea en Danemarck où il harangua , avec
une grace furprenante , le Roi & les Princes
de la famille royale. A fon retour ,
qui fut dans fa quatrième année , il apprit
à écrire , pouvant à peine tenir fa
plume. C'étoit un enfant délicat , infirme
, fouvent malade. Il haïffoit tout autre
aliment que le lait de fa nourrice .
Il ne fut fevré que peu de mois avant fa
OCTOBRE. 1768. 195
mort , qui arriva dans fa cinquième année
le 27 Juin , & qu'il enviſagea avec
une fermeté encore plus étonnante que
fes progrès. M. Chrétien de Schoneich ,
précepteur de cet enfant , a écrit fa vie.
ANECDOTES.
I.
UN pauvre paveur écoffois établi à Lordres
écrivit il y a quelques moisa fa mere ,
& data fa lettre de Silver Street ( rue d'argent
) près de Gorden -fquare ( place d'or }
où il
demeuroit. Sa foeur , jeune fille
très- fimple , en lifant cette Lettre ne fit
attention qu'à l'adreife ; elle ne douta
pas que fon frere ne fût très riche puifqu'il
logeoit dans un fi beau quartier.
Preffée de faire fortune elle -même , elle
réfolut d'aller dans une ville dont les
rues étoient d'argent & les places d'or.
Son impatience ne lui permit pas de différer
. La crainte de partager les richeſſes
qu'elle trouveroit , avec quelques- unes de
fes
compatriotes ,
l'empêcha de faire part
de fon deffein à perfonne ; elle arriva à
Londres , & fut bien furpriſe de trouver
fon frere auffi miferable qu'il l'étoit dans
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
la maifon paternelle ; elle examina cette
rue d'argent & cette place d'or qui ne
répondirent point à l'idée qu'elle s'en
étoit formée ; elle retourna auprès de fa
mere qui avoit befoin de fes fecours ,
bien convaincue que l'or & l'argent ne
fe trouvent pas plus aifément dans les
rues de Londres que dans celles de fon
village.
.
I I.
Un gafcon qui étoit à Paris venoit
d'acheter un cotteret & le portoit caché
fous fon manteau , il apprehendoit toujours
qu'on ne s'en apperçût : voyant un
crocheteur qui s'approchoit de trop près ,
retire- toi , lui dit- il , tu cafferas mon
luth. Le crocheteur s'écarta & le gafcon
avoit à peine marché dix ou douze pas ,
qu'une pièce de fon cotteret tomba. Le
crocheteur cria auffitôt au gafcon : » Mon.
fieur ramaffez une corde de votre
luth qui vient de tomber ,
93 ›
I I I.
Anecdote de l'Opéra Comique.
A la répétition des Fêtes Publiques ,
opéra comique , Mademoiſelle S... connue
fous le nom de Mamie Babichon
OCTOBRE. 1768. 197
fe gliffa derriere le banc des fymphoniftes
qui étoient rangés fur une ligne
dans l'Orchestre. Babichon attacha aux
perruques des muficiens des hameçons qui
fe réuniffoient à un fil de rappel attaché à
une des troifiémes loges.Cette jeune efpiègle
y monte & attend le fignal de l'ouverture.
Au premier coup d'archet la toile fe
léve , en même tems les perruques s'envo →
lent. Grande rumeur , on cherche l'auteur
de cette efpiéglerie. Un grave muficien qui
préfidoit à la répétition veut en avoir raifon.
Cependant Babichon avoit eu le tems
de defcendre , elle s'étoit placée auprès
du plaignant , & crioit plus fort que lui .
Mais elle fut bientôt reconnue à fon
air hypocrite & malin . Elle avoùa ſa
faute s'adreffant au fermoneur : helas
Monfieur , lui dit- elle , je vous fupplie de
me pardonner ; c'eft un effet de l'antipathie
infurmontable quej'ai pour les perruques ;
& même au moment que je vous parle , malgré
le refpect que je vous dois , je ne puis'
m'empêcher de me jetter fur la vôtre
qu'elle fit en prenant la fuite auffi -tôr.
On voulut venger l'honneur des têtes à
perruque ; on porta plainte . Babichon fut
mandée devant un commiffaire ; mais
elle raconta fi plaifamment fon hiſtoire ,
que le juge , l'accufée , les accufateurs
; ce
I-iij
198 MERCURE DE FRANCE.
& les auditeurs étoufferent de rire , &
terminerent gaiement ce procès burlefque.
I V.
Anecdote fur Galilée.
-La fentence de l'inquifition contre Gafilée
, la retractation qu'on exigea de lui ,
font des monumens curieux & devenus
rares ; nous les mettrons fous les yeux de
nos lecteurs avec leurs longueurs & leurs
repétitions , pour confeiver la forme dans
laquelle ils font conçus . Nous extraitons
feulement la premiere piéce , qui eft plus
étendue & moins intéreffante , c'eſt la fentence
: elle commence ainſi :
"Nous Gafpard Borgia , Guido Benti
voglio , &c. &c. par la grace de Dieu ,
» cardinaux de la fainte Eglife Romaine,
» inquifiteurs généraux pour la foi dans
» tout le monde chrétien , & députés ſpé-
» cialement par le faint Siége apoftolique
contre l'héréfie , &c. &c. »ן כ
Ici l'on trouve un détail très- long des
crimes de Galilée ; on lui adreffe la parole
, & on lui rappelle qu'en 1615 il fur
décreté par les officiers du faint office ,
affemblés en préfence du pape Paul V
que le cardinal Bellarmin lui enjoignit de
OCTOBRE . 1768. 199
quitter la fauffe doctrine , & qu'on le relâcha
fur la promefle qu'il fit d'obéir ; on lui
reproche d'avoir oublié cette promeffe , en
continuant de foutenir le mouvement de
la terre autour du foleil , & en faiſant
imprimer fes dialogues qui contiennent
cette doctrine impie , ce qui a forcé l'inquifition
de le décreter de nouveau , de
lui faire fon procès ; & les juges continuent
;
66
Après avoir invoqué le très-faint nom
» de Ñ. S. Jefus- Chrift , celui de ſa trèsglorieufe
mere Marie , toujours vierge,
» ayant pris les avis des refpectables maî-
» tres de la théologie facrée , des docteurs
» des deux loix nos confeillers ; après avoir
» fur - tout pefé attentivement les raifons
» déduites par le magnifique Charles Sin
» cere docteur des deux loix , procureur-
» fiſcal de ce faint office d'une part, & d'au.
tre part vous ayant interrogé , examiné
» Galileo Galilei ; & , après avoir reçu
» vos aveux , nous déclarons qu'en vertu
» de vos confeffions & de toutes les cho-
» fes mentionnées au procès , vous vous
» êtes rendu fortement ſuſpect d'héréſie ,
» c'eſt- à - dire que vous avez cru & foute-
» nu une doctrine fauffe & contraire aux
faintes & divines écritures , en préten-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
ود
>>
»
"
» dant que le foleil eft au centre de l'Univers
; qu'il ne fe meut pas d'Orient en
Occident ; que c'eft la terre elle - même
qui a le mouvement , & que cette fup-
» pofition impie peut fe défendre & fe
foutenir comme une opinion probable ,
>> tandis que l'écriture fainte nous enfei
» gne formellement le contraire. En conféquence
nous décidons que vous avez
» encouru toutes les cenfures & toutes
les punitions portées par les facrés ca-
» nons , & par les autres conſtitutions
générales & particulieres contre les délits
de cette efpéce. Cependanr nous
daignerons vous abfoudre , pourvû que
» d'un coeur fincere , d'une foi réelle ,
» vous vouliez , fans feinte & dans la
forme
que nous vous prefcrirons , ab-.
» jurer , maudire & détefter les fufdites
» erreurs & héréfies , & toute autre erreur
» & héréfie contraires à l'Eglife catholi-
» que , apoftolique & romaine .
"
>>
"
39
"
» Mais comme vos erreurs font d'une
efpéce trop grave pour demeurer im-
" punies , pour vous apprendre à être
plus circonfpect à l'avenir , & pour que
» vous puiffiez fervir aux autres d'un
exemple utile qui les préſerve d'imiter
» vøtre impiété , nous arrêtons que votre
"
OCTOBRE . 1768. 201
19
» livre , intitulé : Dialogues de Galileo
» Galilei , fera défendu par un édit pu-
» blic ; nous vous condamnons vous-
» même à refter enfermé , dans les pri-
» fons du faint office , pendant un temps
qui fera limité felon notre volonté , &
» nous vous ordonnons , comme une pé-
» nitence qui vous fera falutaire , de reciter
, une fois par femaine , pendant
» trois ans de fuite , les fept pleaumes
» de la pénitence ; nous réfervant le port~
» voir de modérer , d'augmenter , d'an-
» nuller le fufdit châtiment & la fufdite
pénitence .
"
» Ainfi , nous cardinaux inquifiteurs
» fufdits & fouffignés , prononçons , &
» par cette fentence déclarons , appoin-
» tons , condamnons , réfervons en cette
» forme & maniere , & en toute autre
» meilleure , ainfi que nous le devons &
» que nous le pouvons de droit , &c.
» & c . »
Galilée fe foumit à la retractation qu'on
exigeoit de lui ; les inquifiteurs drefferent
celle- ci , & il la lut & la figna devant
eux .
« Moi , Galileo Galilei de Florence ,
» fils de feu Vincent Galilée , actuelle
» ment âgé de foixante- dix ans , & placé
» perfonnellement en jugement & à ge-
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
» noux devant vous , très-refpectables fei
» gneurs cardinaux , inquifiteurs- généraux
» de la republique chrétienne univerfel.
» le , ayant devant mes yeux les très-
» faintes écritures que je touche de mes
» propres mains , je jure que j'ai toujourscru
, que je crois aujourd'hui , & qu'a-
» vec la grace de Dieu , je croirai à l'ave-
» nir tout ce que la fainte Eglife catholique
, apoftolique & romaine foutient,
prêche & enfeigne.
"
39
Mais voyant, qu'après avoir été averti
juridiquement par le St office de quit
» ter entierement la fauffe opinion qui
prétend que le foleil eft au centre du
» monde & immobile ; que c'est la terre qui
fe meut autour de lui , de ne plus foute-
" nir ni défendre en aucune maniere la
» fufdite doctrine fauffe & abfurde , &
qu'après qu'on m'eut notifié qu'elle
» étoit contraire aux faintes écritures , je
» n'ai pas laiffé d'écrire & de faire imprimer
un livre dans lequel je traite
de la fufdite abfurde doctrine qui vient
» d'être condamnée nouvellement , & ou
j'apporte de fortes preuves en fa fa-
» veur , fans cependant donner des folutions
qui puiffent en rien fatisfaire les
» véritables fçavans , voyant , dis je , que
je fuis fortement foupçonné d'héréfie
29
"
33
OCTOBRE. 1763. 203
» pour avoir cru ou foutenu que le foleil
ל כ
eft au centre du monde , que la terre
» tourne autour de cet aftre , & voulant
» arracher des ames de vos éminences &
» de celle de tout autre chrétien catholique
ce violent foupçon juftement
» conçu contre moi ; moi , Galileo Ga-
» lilei , d'un coeur fincere , d'une foi vé-
">
ritable , j'abjure , maudis & déteſte les
» fufdites erreurs & héréfies , & généra
lement toute autre héréfie & fecte con-
» traires à la fufdite fainte églife ; je jure
» de ne jamais foutenir déformais par
» parole ou par écrit , aucune chofe qui
puiffe me rendre pareillement fufpect
» à l'avenir. Je promets , au contraire ,
» que fi je viens à connoître quelque hé-
"3
rétique , ou quelque perfonne foupçon-
» née d'héréſie , je la denoncerai à ce faine
» tribunal ou à l'inquifiteur , & à l'ordi-
» naire du lieu que j'habiterai . Je jure en
» outre de remplir & d'obſerver exacte-
» ment toutes les pénitences que le faint
office m'a impofées ou m'impoſera en-
» Core ; & s'il arrive que j'agille d'une
» maniere contraire à mes promeffes , mes
proteftations & mes fermens , ce que
» je prie le feigneur de ne pas permettre,
» je me foumets à toutes les peines & à
toutes les punitions portées par les Sts
>>
I vi
204 MERCURE DE FRANCE.
>> canons & les autres conftitutions géné-
» rales & particulieres contre ceux qui fe
» rendent coupables du crime d'hérélie.
» Je le jure devant Dieu qui m'entend
» & par les faints évangiles que je touche
»de mes propres mains.
"
>
» Moi , Galileo Galilei ci -deffus nommé
, ai abjuré , juré , promis , tout ce
» que deffus , & m'oblige à refpecter tour-
» te ma vie les fermens que je fais , &
» j'ai figné de ma propre main le préfent
» écrit qui contient mon abjuration que
» j'ai recitée mot à mot & à genoux , à
» Rome dans le couvent de Minerve , ce
» 22 Juin 1633 .
"
» Moi , Galileo Galilei , ai abjuré tout
» ce que deffus , écrit de ma propre
» main . «
L'inquifition fit rentrer Galilée dans
fes prifons après cette abjuration , & ordonna
qu'il y refteroit enfermé durant
trois ans ; mais après un an elle lui rendit
la liberté ; on lui permit de retourner
dans fa patrie où il paffa le reſte de ſes
jours dans une maifon de campagne auprès
de Florence.
2
OCTOBRE. 1768. 205
A VIS.
I.
COURS DE MATHÉMATIQUES.
M.DUPONT , profeffeur de mathématiquess
recommencera le 20 Octobre 1768 , dans fon
école , rue Neuve- Saint -Méderic , les cours fuivans
: fçavoir;
1°. L'arithmétique ; 2 °. la géométrie , la trigonométrie
rectiligne & fphérique ; 30. l'algébre
, fon application à l'arithmétique , à la géométrie
, & les fections coniques ; 4º. la méchanique
& fon application au calcul différentiel &
intégral .
Il donnera fes leçons tous les jours d'oeuvres
fans interruption , depuis deux heures après-midi
jufqu'à fept heures du foir , & lorſqu'un des cours
fera fini il le recommencera , & toujours à la
même heure. Il fera des opérations pratiques
campagne toutes les fêtes , le matin .
Il donnera auffi , trois fois par femaine , le ma
tin , un cours de pilotage ou de manoeuvre de
vaiffeaux & un d'hydraulique ; les trois autres
jours feront employés au deflein pour le paysage
& la carte topographique , & c. Il a pour cet
effet un excellent maître de deflein , lequel fait
des opérations à la campagne pour les vues , genre
dans lequel il excelle. Le prix de fes leçons eft de
12 liv par mois , fans y comprendre le maître de
deffein.
3
It continue fes leçons gratuites de calcul & de
géométrie pour les ouvriers , tous les dimanches
}
266 MERCURE DE FRANCE.
depuis fept jufqu'à huit heures & demie le matin.
Il ne reçoit aucun élève que les parens ne luš
certifient leur conduite.
Le nombre des fujets qu'il a formés depuis 1754
font garans de fes maximes & de fon affiduité.
L'utilité de cette ſcience , dans tous les états de
la fociété , & principalement dans ceux des militaires
& matins , doit rendre fon zèle agréable au
Public.
I I.
Traité des affections vaporeufes des deux fexes,
où l'on a taché de joindre à une théorie folide
une pratique fure , fondée fur des obfervations
par M. Pomme , docteur en médecine de la fa
culté de Montpellier , médecin confultant du Roi
& de la Fauconnerie , quatrieme édition en deux
volumes in- 8 °. , dans laquelle on trouve le
recueil des piéces publiées pour l'inſtruction
du procès que le fyftême de l'auteur a fait naître
parmi les médecins , & la réponſe à toutes
les objections des anonymes.
Cet ouvrage intéreflant eft actuellement fous
prefle.
III.
Remède de M. de la Richardie pour la
guérifon des pertes blanches.
On rapporte plufieurs écrits & plufieurs certi
ficats de perfonnes guéries, qui prouvent l'effica
cité de ce reméde pour lequel on doit s'adreffer à
M. de la Richardie lui - même il demeure rue
S. Honoré au Mont d'or , à côté de la rue des
Poulies.
:
OCTOBRE. 1768 , 207
I V.
Le fieur Level , maître chauderonnier à Paris ,
rue des Mauvais - Garçons , Fauxbourg S. Germain
, inventeur des baignoires en fauteuil , annoncées
dans le premier volume du Mercure de
Juillet , a trouvé le moyen de faire chauffer le
bain à meilleur compte que par la flamme de
l'efprit - de - vin. Il a adapté dans l'intérieur de ces
baignoires une machine qui peut contenir un de
mi boiffeau de braife de boullanger , fuffifant
pour chauffer l'eau ; il y a des conduits pour
faire échapper à l'extérieur ou dans le tuyau
d'une cheminée les vapeurs de la braife.Cette machine
peut s'adapter féparément , ou avec cellé
où l'on brule de l'efprit-de - vin . Le fieur Level a
adopté en général une forme de construction , qu'il
peut cependant varier fuivant le local , ou la
commodité des perfonnes,
NOUVELLES POLITIQUES.
De Warfovie le 28 Août 1768.
La réduction de Cracovie , quelque importante
qu'elle foit , ne fait pas encore efpérer la fin des
troubles ; il n'y a plus de confédération confidérable
, mais il exifte de petites ligues dans la grande
& petite Pologne qui caufent de grands dégats
dans les terres de la noblefle diffidente .
Du 31 Août.
Des lettres de Conftantinople portent que la
Porte Ottomane a augmenté là paye des Jannif
faires , & qu'on a arboré un drapeau à la porte du
palais de Sa Hauteile , figne ordinaire d'une décla
ration de
guerre,
208 MERCURE DE FRANCE.
Du 7 Septembre.
Deux nouvelles confédérations viennent de fe
former à Kaven & à Wilkomir ; la premiere , fous
les ordres du maréchal Coftakowski , & la feconde
fous ceux du maréchal Epenis. Avant de fe déclarer
elles ont achetté toutes les armes à feu qui fe
trouvoient dans le grand duché de Lithuanie.
Le Roi a fait publier l'univerfal qu'il a rendu
pour la convocation de la diette ordinaire dont Sa
Majefté a indiqué l'ouverture , fuivant les dernieres
conftitutions , au 7 Novembre prochain ;
celle des diétines qui doivent la précéder eft fixée
au 27 Septembre , & celle de la diétine générale
de la Pruffe Polonoife au 10 Octobre.
De Stockholm , le 16 Septembre 1768 .
L'académie royale des fciences de cette ville a
nommé le Sr Mallec , profefleur à Upfal , & le Sr
Plauman , profeffeur à Abo , pour aller obferver
le paflage de Vénus fur le difque du foleil , & ces
deux fçavans font partis pour remplir cette commillion.
Le Sr Mallec ira dans la Laponie , au- deffus
de Torneo , où les académiciens françois fe
rendirent en 1736 , & parcourra en même- temps
les côtes du golfe de Bothnie pour en dreffer ume
carte maritime. Le Sr Plauman s'arrêtera à Cajanebourg
en Finlande , vers les confins de la Laponie
Ruffe.
=
De Vienne le 25 Septembre 1768.
Les archiducs Maximilien & Ferdinand & l'ar
chiduchefle Théreſe qui ont été inoculés le ro pas
le Sr Ingenhaufs , ' ont eu la petite vérole la plus légere
& la plus benigne , & font actuellement dans
la plus parfaite fanté. Ce fuccès a renouvellé nos
regrets fur la perte des perfonnes auguftes que
cette cruelle maladie nous a enlevées l'année der
OCTOBRE. 1768. 209
niere ; on les auroit fauvées fans doute par la pratique
falutaire de l'inoculation , dont les préjugés
de quelques médecins ont retardé l'introduction
dans cette capitale , où un grand nombre d'expériences
heureules & récentes en démontrent chaque
jour l'utilité.
De Rome , le 6 Septembre 1768.
Les milices de la Romagne fe font mises en
en marche , conformément aux ordres de fa fain
teté. On mande qu'à cette occafion les femmes
de Faenza , défolées du départ de leurs maris ,
& attribuant aux Jéfuites les troubles dont l'état
eccléfiaftiques eft affligé , s'étoient rendues en
foule au couvent de ces religieux , dans le deflein
d'y mettre le feu elles avoient même déja lan→
cé dans ce couvent , à travers les fenêtres , des matieres
enflammées ; mais l'Evêque du lieu eft venu
à bout d'appaifer leur fureur.
De Florence , le 3 Septembre 1768 .
Le grand Duc par une édit du 30 du mois
dernier , a aboli la ferme générale ; tous les re
venus à commencer du premier Janvier 1769
feront adminiftrés au nom de fon alteffe royale.
Le fénateur Serriftori , le fieur Garard des Pierets
& le fieur Simonetti font les fur -intendans
de cette nouvelle adminiſtration .
De Venife , le 12 Septembre 1768.
Le fénat vient de publier un décret qui contient
de nouveaux réglemens concernant les ordres religieux.
Il exhorte les patriarches , archevêques
& évêques à rentrer dans le libre & entier exercice
de leur puiffance fur tous les religieux de leurs
diocèfes refpectifs ; il confirme & maintient les
fupérieurs des ordies réguliers , dans l'inspection
& le gouvernement de tout ce qui appartient à
210 MERCURE DE FRANCE.
la difcipline du cloître , leur permet d'employet
les mortifications & autres peines catholiques
envers les religieux de leurs couvens , leur défend
de faire le procès d'aucun de ces religieux ,
de les mettre en prifon , de les punir corporelle
ment , & leur ordonne de recourir aux tribunaux
; ils pourront le faire en fecret . Il fixe l'â
ge où l'on pourra entrer dans les couvens , à 25
ans , & celui des voeux à 25 .
De Londres , le 9 Septembre 1768 .
Il eſt arrivé dernierement fur un des navires
de la compagnie des Indes , un Chinois qui , diton
, a fait connoître le fecrêt de la compofition
de la fabrique de la porcelaine de la Chine.
Du 16 Septembre.
On a fait embarquer à Corck , en Irlande , les
64 & 65e régimens , qui ont ordre de fe rendre
fans retard à Bofton . Quoique le gouvernement
paroiffe réfolu d'employer la force , on croit
qu'on ne fera ufage de ce moyen qu'à la derniere
extrémité,
Du 30 Septembre.
On dit que le Roi accompagnera fa majefté
Danoife , aux courfes de chevaux à Newmar
ket ; ces courfes pour lesquelles on fait les plus
grands préparatifs , commenceront le 3 du mois
prochain .
Sa Majefté a envoyé par terre & par mer des
exprès au duc de Cumberland , pour l'inviter à
repaffer inceffamment en Angleterre , & à ne pas
continuer le voyage qu'il fe propofoit de faire en
Italic.
OCTOBRE. 1768. 211
FRANCE.
De Verfailles , le 21 Septembre 1768 .
Le Sieur de Lamoignon, chancelier de France, &
le Sieur de Maupeou , vice-chancelier, ayant donné
la démiffion de leurs places , le Roi a nommé
chancelier de France & garde des fceaux le Sieur de
Maupeou , premier préfident du parlement de Paris
, qui eſt remplacé par le préſident d'Aligre.
Du 1 Octobre.
Le Roi a nommé à la place de contrôleur géné
ral de fes finances le Sieur Mainon - d'Invaux , con
feiller d'état , ci -devant intendant d'Amiens.
De Paris , le 27 Septembre 1768.
On a reçu les détails fuivans des opérations des
troupes du Roi dans l'ifle de Corfe ; le marquis
de Chauvelin ayant fait fes difpofitions pour at
taquer à la fois plufieurs poftes occupés par les
Rebelles en avant de fa communication , fit met
tre les troupes en mouvement , le 5 de ce mois , à
la pointe du jour fur trois colonnes ; leur valeur
jointe aux bonnes difpofitions , fit réuffir complettement
les différentes attaques : on s'eft emparé
, par la droite , des poftes d'Oletta & d'Ol
metta; & par la gauche , de ceux de Bibuglia &
de Fufiani. Dès le commencement de l'action , le
Sr Paoli , qui étoit à Olmetta , en fortit précipi
tamment & s'éloigna . Ces fuccès ont été ſuivis de
la loumiflion de la province du Nebbio & de la
Pieve de Cafinca , & ont déterminé les Rebelles à
abandonner les tours de Formali & de la Mortella.
L'expérience du docteur Spalanzani fur les limaçons
de terre a été repétée & vérifiée en France ;
le fieur l'Avoifier , de l'académie royale des fcienses,
a coupé la tête à un limaçon qu'il a enfuite
212 MERCURE
DE FRANCE.
gardé & obfervé très - foigneufement , & à qui il
eft revenu , au bout de quelques jours , une nouvelle
tête entierement femblable à la premiere ,
la couleur près , qui n'eſt pas de la même nuance
que le reste du corps.
Du 30 Septembre.
EXTRAIT d'une lettre écrite de Tain , dans la
Bretagne feptentrionale.
à
>
Il y a à Ammat près de Tain , une fille âgée de
24 ans qui a une fi grande averfion pour toutes
fortes d'alimens , que depuis environ deux ans
il n'a pas été poffible de lui en faire prendre ; il y
a déjà plufieurs mois qu'elle eft obligée de gar
der le lit ; elle conferve l'ufage de l'ouie , & a le
vilage coloré ; mais fes joues & tous les membres
font décharnés & retirés . Ce fait extraordinaire
qui eft connu de tous les gens du pays , a attiré
la curiofité de plufieurs étrangers qui ont voulu
en être témoins oculaires , & qui en atteſtent la
vérité.
Le
LOTERIES.
quatre- vingt-treizieme tirage de la loterie
de l'hôtel-de-ville s'eft fait le 26 Septembre. Le
lot de cinquante mille liv . eft échu au Nº. 14260 ;
celui de vingt mille livres , au N ° . 3887 , & les
deux de dix mille aux numéros 3093 & 6446.
Le tirage de la loterie de l'école royale militaire
s'eft fait le s de ce mois. Les numéros fortis
de la roue de fortune font , 9 , 80 , 84 , 74 , 85.
MORT S.
Jofeph -Nicolas Delifle , aftronome- géographe
de la marine , doyen de l'académie royale des
OCTOBRE. 1768. 213
feiences , lecteur , profeffeur & doyen des profeffeurs
royaux , membre de la fociété royale de
Londres , des académies de Berlin , Petersbourg ,
&c. eft mort à Paris , le 11 Septembre , âgé de
quatre- vint & un ans.
Marie Laurent , veuve de Pierre Laurent Ménager
, eft morte le 10 Août à Saint-Jean , dans la
terre & feigneurie de Pardaillan , diocèle de Saint-
Pons , âgée de 107 ans. Elle a confervé , juſqu'au
dernier moment de la vie , un jugement fain ; elle
n'avoit perdu aucune de fes dents , & ayant éprouvé
que fon eftomac ne pouvoit digérer la mie de
pain , elle n'en mangeoit que la croute.
Philippe -Jules - François Mazarini Mancini ,
duc de Nivernois & de Donziois , pair de France ,
grand d'Espagne de la premiere clafle , prince du
St Empire , noble Vénitien , baron Romain, gou.
verneur & lieutenant-général pour le Roi defdites
provinces de Nivernois & Donziois , ville & bailliage
, ancien reffort & enclave de Saint - Pierre- le-
Moutier, eft mort à Paris le 14 du mois de Septembre
, âgé de quatre -vingt- douze ans .
Le Sieur Lecat , écuyer , docteur en médecine
& chirurgien en chef de l'Hôtel -Dieu de Rouen ,
membre de la fociété royale de Londres , des académies
de Petersbourg , Madrid , Berlin , &c. fecrétaire
perpétuel de l'académie des fciences de
Rouen , eft mort en cette ville , le 2e du mois
dernier.
Touffaint le Maître , ancien doyen & chanoine
honoraire de l'églife cathédrale de Châlons-fur
Marne , grand- archidiacre & vicaire- général de
ce diocèle , & abbé commandataire de l'abbaye
de Touflaint , eft mort à Châlons le 18 du mois
dernier , dans la quatre-vingt-douzieme année de
fon âge,
214 MERCURE DE FRANCE.
Coursdes Effets Commerçables , le 8 Octobre.
·
о
ACTIONS des Indes . . 1190 liv . 1192 .
Promeffes à 4 pour cent.
Actions des Fermes.
Annuités.
42 P .. P.
.862.65.62 ,
308 •
Coupons.
61
Lot de la 3. Lot. Royale. 3 P.. P
4. Loterie Royale Epoq.
4. à II .
17 P.. P
go millions.
Emprunt de trente millions
fur Strasbourg..
Billet de Nouette..
Billets de la Loterie de la
Compagnie des Indes.
4° P.o. P.
41 p. p.
40.40.40P. PA
se . tirage.
Dupl. d'Ac. de la Caifle.
336
$9.60.
Les autres Effets fans prix fixe .
P
TABLE.
IECES FUGITIVES en vers & enprofe, page
Les Volcans , ode ,
Le Laurier & le Myrthe . Fable ,
AMadame la Comtefle de C ***
A Madame de **,
Le Væu & le Defir "
Juftification de M. l'abbé de l'Attaignant ,
L'entre Chien & Loup ,
ibid.
9
10
II
ibid.
19
14
A M. Favart,en lui cavoyantun livre de marbre, 16
Epigraminie ,
Le Bramin. Conte ,
Ode fur la mort de la Reine
La
Bienfailance , cantate,
Le Déjeuné troublé ,
17
ibid.
2.9
36
OCTOBRE . 1768. 215
L'invention de la flute , ftances , 52
Les trois Avis . Conte , 54
Vers à M. Gretry , 58
La Vendange $9
Vers de M. de la Faye ,
60
Les Torts de l'abſence . Conte en vers , ibid.
Explication des Enigmes , & c.
61
ibid.
ENIGMES ,
LOGOGRYPHE ,
63
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
67
Conftance de la Reine dans les difgraces , ibid.
Oraiſon funébre par M. Poncet ,
68
Autre , par M. Gacon , 72
Difcours de M. le Chev . de Solignac , 73
Autre , par M. Millot ,
75
Autre fur le luxe , 78
Zophilette . Conte mis en scènes ,
Les Filles à marier , comédie ,
84
L'Infortuné ou mémoires , &c.
86
De tout un peu , recueil de contes ,
Refultats de la liberté du comm. des grains ,
89
94
N. princip . de la langue allem . par M. Junker , 98
Nouv. méthode allemande , par M. Palmfeld , 100
Expériences fur les longitudes ,
Opufcules mathématiques ,
Ellai fur la peinture en mofaïque ,
IOF
103
105
Profp. de l'hift . de l'ordre de la Toiſon d'or , 107
P. Virgili maronis opera ,
Harangues d'Efchine & Demofthene ,
Remarques fur les obferv. d'architecture ,
109
110
1124
Mofes and Bolingbrooke , 113
Offervaz , intorno alla maladia della Rabbia , 122
Vite de Pittori Genovefi ,
Inftituzione pratica dell ' architectura
123
124
ACADÉMIES ,
Lyon ,
Besançon
125
Libid
727
216 MERCURE DE FRANCE.
Bordeaux , 132
Parme , 136
Hambourg ,
142
Ecole royale vétérinaire de Paris , 143
Académie d'écriture 148
?
SPECTACLES ,
149
Opéra ,
ibid.
Comédie françoiſe ,
151
Les Veuves Créoles , 154
ibid.
ARTS ,
ibid.
155
156
Eftampes allégoriques de l'hift de France ,
Portrait du Roi gravé en couleur ,
Portrait de François I. ,
Suite des habillemens dans le coftume d'Italie, 158
Portrait d'après Grimoux ,
159
Geograph. Cartes de Corſe , deWarſovie,&c. 160
Mufique. Concertos ,
QUESTION ,
Chinki ,
Agriculture. Premiere eſpéce du blé ,
Deftruction des fouris de la campagne ,
Fête foraine ,
Modes ou nouveautés ,
161
ibid.
162
184
188
191
192
194 Talens précoces d'un enfant ,
Anecdotes ,
Anecdote fur Galilée ,
AVIS ,
Nouvelles Politiques ,
Loteries ,
Morts ,
Cours des Effets publics ,
APPROBATION.
156
198
205
207
212
ibid.
214
J'ai lu , par ordre de Mgt le Vice -Chancelier , le 2 vol. du ΑΙ
Mercure d'Octobre 1768 , & je n'y ai rien trouvé qui puiſſe
en empêcher l'impreffion. A Paris , 14 Octobre 1768.
GUIROY .
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue des Cordeliers,
JOURNAUX & LIVRES qui fe trouvent
chez LACOMBE , Libraire , à Paris.
•
Ce Libraire fe charge d'envoyer FRANCS DE
PORT en Province les Livres , Eftampes
Mufiques , &c. aux particuliers qui lui marquent
leurs intentions, en lui faifant remettre
d'avance les fonds néceffaires en argent , ou en
effets à recevoir à Paris.
JOURNAUX ,
Pour lefquels on s'abonne , foit pour Paris , foit
pour la Province , chez LACOMBE , Libraire.
Les Soufcripteurs de Province font priés de remettre
leur argent à la Pofte , avec une Lettre
d'avis , & d'affranchir l'un & l'autre.
MERCURE DE FRANCE ; il en paroît 16 vol .
in-12 par an ; l'abonnement eft à Paris de 24 liv.
Et pour la Province, port franc par la pofte, 3 2 liv.
JOURNAL DES Sçavans , in -4° ou in- 12 , 14 vol.
à Paris .
16 liv.
Franc de port en Province. 20 1.4 f.
ANNÉE LITTERAIRE
, compofée de quarante
cahiers de trois feuilles chacun , à Paris , 24 liv.
En Province , port franc par la Pofte , 32 liv.
L'AVANTCOUREUR , feuille qui paroît le Lundi
de chaque femaine , & qui donne la notice
des nouveautés des Sciences , des Arts libéraux
& méchaniques , de l'Induftrie & de la Littérature.
L'abonnement , foit pour Paris , foit pour
la Province, port franc par la pofte, eft de 12 liv.
2
JOURNAL ECCLÉSIASTIQUE , par M. l'Abbé Di
nouart ; il en paroît 14 vol. par an . L'abonnęment
pour Paris eft de 9 liv. 16 fols.
Et pour la Province , port franc par la pofte , 141 .
EPHÉMÉRIDES DU CITOYEN , Ou Bibliothéque raifonnée
des Sciences morale & politique , in 12
12 vol. par an. L'abonnement pour Paris eft
18 liv.
Et pour la Province , port franc par la pofte , 241.
JOURNAL ENCYCLOPEDIQUE , in - 12 , compofé de
24 vol. par an , port franc par la pofte , à Paris
& en Province , 33 liv. 12 f.
JOURNAL POLITIQUE , port franc par la poſte à
Paris & en Province ,
de
LIVRES.
14 liv.
DICTIONNAIRE raifonné univerfel d'HISTOIRE
NATURELLE , par M. Valmont de Bomare , nouvelle
édition , 6 vol . in 8 ° relié ,
Et en 4 vol. in-4° relié ,
27 liv.
48 liv.
Supplément à la premiere édition du Dictionnaire
d'Hiftoire Naturelle , volume in - 8 ° .
Dictionnaire claffique de la Géographie ancienne ,
vol. in 8º, relié´s liv .
Dictionnaire de CHYMIE , par M. Macquer, 2 vol.
in 8 ° reliés ,
9 liv.
liv.
Dictionnaire portatif des ARTS ET METIERS , 2
vol. in-8° reliés ,
Dictionnaire de CHIRURGIE , 2 vol. in- 8 ° rel . 9 liv.
Dictionnaire interpréte de MATIERE MÉDICALE ,
&c. vol . in- 8 ° d'environ 900 pages relié , 5 liv.
Dict . d'ANECDOTES , de traits caractériſtiques &
finguliers , faillies , bons mots & reparties ingénieufes
, &c. I vol. in- 8° relié , 4 liv. 10 f.
Dict. des PORTRAITS HISTORIQUES , anecdotes ,
3
& traits remarquables des Hommes Illuftres ,
3 vol.in- 8 ° reli's ,
Dia . ECCLES ASTIQUE & CANONIQUE , portatif,
2 vol . in- 8° reliés ,
Is liv.
9 liv. Dict . portatif de Jurifprudence & de pratique
3 vol in 8 ° reliés , 10 liv. 10 f.
Dict. Lyrique , portatif , ou choix des plus jolies
ariettes de tous les genres , difpofées pour la
voix & les inftrumens , avec les paroles Françoifes
fous la Mufique , 2 vol . in- 8 ° , Is liv.
Dict Typographique , Hiftorique & critique des
livres rares , finguliers , eftimés & recherchés ,
avec les prix , vol . in- 8 ° reliés . 9 liv.
Dict . Hiftoriq ie , par M. l'abbé Ladvocat , 2 vol.
in-8° reliés . 10 liv. 10 f.
Dict . Géographique de Volgien , revu par M. l'abbé
Ladvocat , 2 vol . in - 8 ° , nouv . édit . 4 liv . IO
Dict . de Droit Canonique , par Durand de_Maillane
, 2 vol in 4° relés.
Dict . de Phyfique , par le Pere Paulian ,
in 4° brochés .
f.
24 liv.
3 vol.
27 liv
Dict . univerfel des foffiles propres & des foffiles
accidentels , & c. in 8 ° , par M. Bertrand , relié ,
4 1. 10 f.
Dict . Anglois & François , François & Anglois ,
in 8º elié. 10 liv.
Dict . Allemand & François , & François & Allemand
, in- 8° relié .
Idem , in 4° relié .
6 liv .
12 liv.
Dict . de Droit & de Pratiq . 2 vol . in- 4° relié 20 1 .
Avis aux Meres qui veulent nourrir leurs enfans ,
bioché.
Trois Avis au Peuple fur le blé , la
pain.
Almanach Philofophique.
Anecdotes de Medecine , in- 12 relié .
Anthropologie , 2 vol. in - 12 , broché.
I liv.
farine & le
2 liv. 12 f.
I liv. 4 f. 4f.
3 liv.
4 liv.
a ij
4
Idem in-4° broché.
Anatomie du corps humain , par M. J. Proſteval ,
in-4º relié .
Almahide , 8 vol . in- 8 ° reliés.
Le Botaniste François , 2 vol . reliés.
6 liv .
12 liv.
32 liv.
s liv. Le bon Fermier , ou l'Ami des Laboureurs , in- 12
broché.
2 liv.
1 liv. 16 f.
La bonne Fermiere , broché .
Bocace Italien , édit . de Londres , in-4°, br. 24 liv.
Bibliothéque des jeunes Négocians , par Jean
Larue , 2 vol. in -4® relié . 18 liv.
La Sainte Bible, par le Cêne, 2 vol . in fol. rel. 40 1.
Catéch. de Montpell . en lat . 6 vol . in-4", br. 48 1.
Celiane , ou les Amans féduits par leur vertu
in- 12 , broché. I liv. Iof,
Le Citoyen défintéreffé , 2 vol . in - 8 ° , br . 4 1. 10 f.
Commentaire des Aphorifmes de Médecine d'Herman
Boerhave , par Wans Wieten en François
, 2 vol. in - 12 , brochés 4 liv.
Conférence de Bornier , 2 vol . in- 4º, reliés. 24 1 .
Controverfe fur la Religion Chrétienne & celle des
Mahometans , in- 12 , 1767. broché. 1 1. 16 f.
Le Docteur Panfophe, ou Lettre de M. de Voltaire
à M. Hume , in- 12 , broché. 12 1.
Les DELASSEMENS CHAMPÊTRES , 2 vol. in- 12
brochés. 4 liv.
Difputationes ad morborum hiftoriam & curationem
, &c. Albertus Hallerus , 6 vol . in-4º,
reliés .
60 liv.
Difputationes
Chirurgica
felecta , Albertus Hal- lerus, vol . in - 4°, reliés.
so liv.
Difpenfatorium
Pharmaceuticum
, in-4º, 2 vol . brockés.
24 liv. Differtation
fur la Littérature , 4 vol . in- 8 ° . 6 liv. Elémens de Pharmacie
théorique
& pratique
, par
M. Beaumé , Maître Apothicaire
de Paris , 1 vol . in 8 °, grand papier, avec fig. relié, 6 liv.
Examen des faits qui fervent de fondement à la
Religion Chrétienne , 3 vol . in - 12 , par M. l'abbé
François , reliés . 7 liv. 10 f
Effai fur les erreurs & fuperftitions anciennes &
modernes, nouvelle édition , augmentée , 1767 ,
grand in- 8°, relié .
Elémens de Philofophie rurale , broché . 2 liv.
Effais fur l'Art de la Guerre , avec cartes & planches
, par M. le Comte de Turpin , 2 vol . in 4",
s liv.
24 liv
brochés .
Expofe fuccinct de la conteftation de M. Rouffeau
avec M. Hume , in-12 , broché. 241.
Effaifur l'Hift . des Belles - Lettres, 4 vol . rel . 12 liv .
Entretien d'une Ame pénitente , in- 12 broché . 2 liv .
Les Elémens de la Médecine pratique , par M.
Bouillet , in-4°, relié.
7 liv.
Elém . de Métaph . facrée & profane , in-8 ° br. 3 1 .
Hiftoire naturelle de l'Homme dans l'état de maladie
, in- 8 ° , 2 vol. reliés. 9 liv.
Hift. des progrès de l'efprit humain dans les Sciences
exactes , & dans les Arts qui en dépendent ,
&c. par M. Savérien , grand in- 8 ° relié. s liv.
Hift. de Chrifline, Reine de Suéde , in - 12 , relié.
2 liv. 10 f.
Hift. de la Prédication , 1 vol . in- 12 , rel . 2 l. 10 f.
Hift. des Empereurs , 12 vol . reliés in - 12 , 36 liv.
Hift, du bas Empire , 10 vol . reliés. 30 liv.
Hift. Ecclef. deRacine , 15 vol . in- 12 , relié . 48 liv.
in-4°, 13 vol.
130 liv.
Hift. de France de Vely , 18 vol . reliés , in - 12 .
54 liv.
36 liv.
Hift. moderne , 12 vol . reliés , in- 12 .
Hift . de Lucie Weller , 2 vol . in- 12 , broché . 4 liv į
Hift. des Révolutions de Florence lous les Médicis ,
7 liv . 10 f. vol. in- 12 reliés.
Hift . de l'Afrique ( nouvelle ) Françoiſe , 2 vol .
in-12 , reliés . 6 liv.
1
Hift. de l'Empire Ottoman , in-4° , relié. 9 liv.
Hift . des Navigations aux Terres Auftrales , 2 vol.
in-4°, reliés. 24 liv.
Hift . Navale d'Angleterre, 3 vol . in- 4°, rel . 27liv.
Mélanges intéreffans & curieux , contenant l'Hiftoire
naturelle , morale , civile & politique de
l'Afie , de l'Afrique & des Terres Polaires , par
M. Rouflelot de Surgy , 1766 , 10 vol . in -12 ,
reliés. 25 liv.
Mém.de Mlle de Valcourt , 2 vol . broc. 2 liv. 8 f.
Médecine rurale & pratique , rel in- 12 , 21 of.
Henri IV, ou la Réduction de Paris , Poëme en
trois Actes . I liv . 4 f.
Manuel de Chimie , par M. Beaumé , nouvelle
édition augmentée , in- 12 , relié. 2 liv . 1of.
Manuel Lexique , par M. l'abbé Prevôt , 2 vol.
in-8°, 9 liv.
Manuel Harmonique , &c. par M. Dubreuil ,Maître
de Clavecin , in 8º , 1767 , broché . 1 liv . 16 f.
Mémoires Militaires , & Voyages du Pere de Singlande
, 2 vol. in 12 , 1766 , broc. 2 l. 101.
Mémoiresfurl'Adminiftration des Finances d'Angleterre
, in 4 ° , broché.
reliés.
6 liv.
Maladies des Gens de mer , par M. Poiffonnier ,
in- 8°, relié.
Monades de 1 éibnitz , in 4° , broché.
Mémoire fur le Safran , in 8º , broché.
s liv.
9 liv .
I liv . 4 f.
9 fols.
Notesfur la Lettre de M. de Voltaire , br.
Euvres Dramatiques, avec des obfervations , par
M. Marin , in 8º, broché. 2 liv.
Octave ou le jeune Pompée , ou le Triumvirat ,
avec des notes & des inorceaux Hiftoriques ,
1 vol. in- 8°, broché. 1 liv. 16 f.
Les Euvres de Rouffeau , in - 12 , petit format ,
S
vol . reliés . Io liv .
Les OEuvres de M. d'Héricourt , 4 vol. in-4º ,
7
reliés.
40 liv.
Obfervations fur la mouture des bleds , & fur leur
produit.
La Poétique de M. de Voltaire , 2
grand in 8 , relié.
Penfees & Réflexions morales , nouv
& augmentée , broché.
,
10 f.
part . en un
s liv.
édit . revue
I liv. 10 f.
12 f
Polypes d'eau douce , ou Lettre de M. Romé de
l'fle a M. Bertrand , & c . broché.
La Paffion de Notre Seigneur Jefus-Chrift , mile
en vers & en dialogues , in- 8 °, bioché. 12 f.
Richardet , Poëme héroï comique , en 12 chants ,
dans le goût de l'Ariofte , I vol . grand in- 8°,
relié.
sliv.
La Sageffe
de Charron
, 2 vol . in- 12 broché
3 1.
Les
Scythes
, Tragédie
de M. de Voltaire
, nouv
.
édition
, in-8", broché
.
11. 10f
Syphilis
, ou le mal
vénérien
, Poëme
Latin
de
Jerome
Fracaftor
, avec
la traduction
en François
& des notes
, 1 vol
in 8 ° , broché
. 1 1. 10f
La Sechia
Rapita
, 2 vol. in- 8 ° 1eliés
.
36 liv.
Table
des monnoies
courantes
dans
les quatre
parties
du monde
, brochés
.
Traité de toutes les coliques , in - 12
broché.
11.46.
31767
I liv. 10
Traité des principaux objets de Médecine , 2 vol.
in 12 , reliés.
Théorie du plaifir , 1 vol . broché.
I
Trané des Jacinthes , broché.
Traité des Tulipes , broché
Traité des Renoncules , broché.
s liv.
I liv. 16f
1 liv. 4 C
1 liv. 10f
2 liv.
Recueil de divers Traités fur l'Hiftoire Naturelle
de la Terre & des Foffiles , in 4º, broché. 9 liv.
Virgile d'Annibal Carro , 2 vol . in- 8 ° , reliés. 36 Į.
OUVRAGES fous preſſe & qui doivent paroître
incelamment.
Hiftoire du Patriotifme François , ou nouvelle
Hiftoire de France dans laquelle on s'eft
principalement attaché à décrire les traits de
patriotifine qui ont illuftré nos Rois , la Nobleffe
& le Peuple François , depuis l'origine
de la Monarchie , jufqu'à nos jours , 6 vol
in -12.
Variétés Littéraires , ou choix de morceaux intéreflaus
& curieux , concernant les Sciences ,
les Arts & la Littérature , 4 vol. in- 12.
Dictionnaire de l'Elocution Françoife , contenant
les regles & les exemples de la Grammaire , de
l'Eloquence & de la Poéfie , 2 vol . in-89.
Hiftoire Littéraire des Femmes Françoiſes , contenant
une analyfe raiſonnée de leurs ouvrages ,
&c. f vol. grand in- 8 °.
Hiftoire des Théâtres de la Comédie Italienne &
de l'Opéra-comique , depuis leur établitlement
en France jufqu'à nos jours , avec l'analyſe
raifonnée , & l'Hiftoire anecdotique de ces
Théâtres , vol. in- 12 .
Les Nuits Parifiennes , ou Recueil de traits finguliers
, d'anecdotes , de penſées , &c . 2 vol.
in-8°.
Les deux âges du Goût & du Génie , ou les efforts
& les progrès du goût & du génie dans
les Sciences , les Arts & la Littérature , fous
de Louis XIV & de Louis XV , vol. les
regnes
grand in- 8°.
Nouvelles recherches fur les êtres microscopiques ,
& fur la génération des corps organifés , vot.
grand in-8°, avec figures.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères