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1768, 10, vol. 1
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MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES.
OCTOBRE 1768.
PREMIER VOLUME.
Mobilitate viget . VIRGILE.
ECOLE
LILLE
LIBRE
Peugnet
A PARISONS
Chez LACOMBE , Libraire , Rue
Chriftine , près la rue Dauphine.
Avec Approbation & Privilége du Roi.

AVERTISSEMENT.
L'EXERCICE du privilége du Mercure ayant été
transporté par brevet au Sr LACOMBE , Libraire ;
c'eſt à lui feul que l'on prie d'adreffer , francs de
port , les paquets & lettres , ainfi que les livres ,
les eftampes , les piéces de vers ou de profe , les
annonces , avis , obfervations , anecdotes , événemens
finguliers , remarques fur les ſciences & arts
libéraux & méchaniques , & généralement tout ce
qui peut inftruire ou amuſer le lecteur.
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
en général des amateurs des lettres & de ceux qui
les cultivent , fans être l'ouvrage d'aucun en particulier
, ils font tous invités à y concourir : on recevra
avec reconnoiffance ce qu'ils enverront au Libraire
; on les nommera quand ils voudront bien
le permettre : & leurs travaux , utiles au fuccès &
à la réputation du Journal , deviendront même un
titre de préférence pour obtenir des récompenfes
fur les produits du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36 fols , mais
l'on nepayera d'avance , en s'abonnant , que 24 liv.
pourfeize volumes , à raison de 30 fols piéce.
Lesperfonnes de province auxquelles on enverra
le Mercure par la pofte , payeront , pour feize
volumes , 32 livres d'avance en s'abonnant , &
elles les recevront francs de port.
A ij
Celles qui auront d'autres voies que la pofte
pour le faire venir , & qui prendront les frais du
port fur leur compte , ne payeront , comme à
Paris , qu'à raifon de 30 fols par volume , c'eftà-
dire, 24 livres d'avance , en s'abonnant pour
feize volumes.
Lesperfonnes & les Libraires des provinces ou
des pays étrangers , qui voudront faire venir le
Mercure , écriront directement au fieur Lacombe.
Onfupplie les habitans des provinces d'envoyer
par la pofte , en payant le droit , le prix de leur
abonnement , & d'ordonner que lepayement enfoit ·
fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affranchis refteront
au rébut.
On prie les perfonnes qui envoient des livres ,
eftampes & mufique à annoncer , d'en marquer le
prix.
MERCURE
DE FRANCE.
OCTOBRE 1768.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LETTRE d'un fils parvenu , à ſon pere
laboureur. Piéce qui a remporté le prix
de l'Académie françoiſe en 1768 ; par
M. l'Abbé de Langeac.
Les mortels font égaux : ce n'eft pas la naiffance ,
C'eſt la feule vertu qui fait leur différence. Voltaire.
NON,
ON , mon pere , jamais votre fils égaré
Par les illufions dont il eft entouré ,
Ne ceffera d'aimer l'auteur de fa naiffance ,
A iij
ة
MERCURE DE FRANCE:
De lui marquer l'excès de fa reconnoiflance ;
Ces fentimens facrés , & nourris avec nous ,
Chaque jour à mon coeur font plus chers' & plus
doux .
Au gré de mes defirs fi le ciel m'eût fait naître ,
S'il m'eût laiflé le choix de l'auteur de mon être,
Ce ciel m'en est témoin , il lit au coeur de tous ,
Je n'aurois point choisi d'autre pere que vous.
J'aime à vous répéter que je vous dois la vie ;
Mon ame ,
aux yeux des grands , en eſt enorgueillie
;
Je me plais à compter dans un nombre d'aïeux
Autant de laboureurs pauvres & vertueux.
De fuperbes tombeaux , dont le néant ſe vante ,
Ils n'ont point furchargé la terre gémiffante ;
Mais , de nobles fueurs humectant les fillons ,
Ils ont fçu la couvrir d'abondantes moiſſons :
C'est là qu'il faut chercher leurs cendres , leur
mémoire ;
Et leurs travaux pour moi font des titres de gloire.
Oh ! quel plaifir je goûte à me faire un tableau
De nos humbles foyers , de mon fimple berceau !
Je me revois encor dans le fein de ma mere ,
Porté par la tendreffe au-devant de mon pere ,
Lui tendant les deux mains pour le mieux careffer;
De vos bras paternels vous veniez me preffer.
Je me rappelle encor ; fouvenir plein de charmes !
Pour mes jours en danger , vos craintes , vos
alarmes.
OCTOBRE . 1768 . 7
Quelle joie a fuivi cette fombre douleur !
Vos baifersfi touchans font reftés dans mon coeur.
Je n'ai point oublié ces champs de l'innocence ,
Où le travail , caché fous les jeux de l'enfance ,
Me faifoit effayer , par un nouveau tranſport ,
De foulever le foc qui trompoit mon effort.
Quand le taureau laffé d'un pénible exercice ,'
Retournoit à pas lents auprès de la geniffe ,
Que la nuit par degré tombant fur nos côteaux ,
Ramenoit fous nos toits & l'ombre & le repos ,
C'étoit moi , c'étoit moi , dont la main emprefléc
Effuyoit la fueur fur votre front tracée ,
Pour vous défaltérer puifoit au clair ruiſſeau ,
Et vous débarraffoit d'un importun fardeau.
C'est moi qui le premier vous appellai mon pere.
Mon ame fe remplit d'une image fi chere.
Mon départ , nos adieux me font toujours préfens:
L'amour & la douleur étouffoient vos accens.
J'étois dans votre fein : en pleurant vous me dites :
Mon fils, c'en eft donc fait , mon cher fils , tu nous
quittes !
Tu quittes ce féjour , où contens de leur fort ,
Tes peres , fous le chaume , ont attendu la mort .
La médiocrité goûté un deftin tranquille ;
Des voeux immodérés t'appellent à la ville :
Je ne fçais quel fantôme a faſciné tes yeux ;
La fortune fouvent nous rend moins vertueux .
Cette immenfe cité , la premiere du monde ,
En tréfors, en orgueil , en crimes fi féconde ,
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Paris , fi j'en dois croire un bruit trop répandu ,
Eft funefte au bonheur ainfi qu'à la vertu .
L'exemple eft dangereux ... s'il alloit te féduire ,
Sites moeurs... Ah ! plutôt que mon enfant
C expire !
Ciel , qui me l'as donné ! ciel , termine fes jours ,
Si le vice devoit en altérer le cours ;
S'il pouvoit oublier ! .. Eloignez cette crainte ,
L'image des vertus dans mon ame eft empreinte.
Je vous l'ai dit : toujours je revois nos hameaux ,
Je partage vos foins , vos innocens travaux ;
Du foleil , avec vous , devançant la lumière ,
Je rentre à vos côtés fous notre humble chaumiere.
Quand pourrai -je , en effet , dans vos embraffemens
,
Retrouver la nature & les doux fentimens ,
Goûter ces plaifirs purs , inconnus à la ville !
. Croyez-moi , le bonheur n'eft que dans votre
afyle :
Mon pere , je connois ce ſéjour ſi vanté ,
Ce féjour dont l'éclat m'avoit d'abord flatté .
Il ne m'étonne plus par tous les vains prodiges :
Les plus flatteurs objets n'y font que des preſtiges ,
Jufqu'aux amuſemens qu'empoisonne l'ennui :
On ne s'y croit heureux qu'au jugement d'autrui :
Tout y prend les couleurs d'une fauffe apparence ;
Un befoin éternel y pourfuit l'opulence :
Rien n'eft vrai dans ces lieux , pas même le plaifirs
OCTOBRE. 1768 . 9
L'art le plus impofteur y vient tout pervertir.
L'intérêt eft le Dieu qu'à Paris on adore ,
Et la feule indigence y bleſſe & deshonore.
L'amitié n'eft qu'un mot à la bouche échappé ,
Le tendre fentiment s'y voit toujours trompé ,
Et la nature même y paroît étrangere ;
Le fang.... ce n'eft pas là qu'on fçait chérir un
pere.
Dans ces murs odieux qui peut donc m'arrêter ?
Un elpoir que mon coeur s'empreffe d'écouter ;
L'efpoir de vous offrir bientôt quelque richelle ,
Fruit d'un travail conftant , & non de la baſſeſſe.
Vous ne rougirez point d'en être poffeffeur ,
Le remords n'en fçauroit corrompre la douceur.
Une induftrie honnête , en ces lieux peu commune
,
M'a fait concilier l'honneur & la fortune.
Auffi- tôt que le ciel aura rempli mes voeux ,
Je quitte fans regret ce féjour faftueux ,
Ses plaifirs turbulens , l'amas de ſes menſonges ;
Je hâterai l'inftant qui détruira ces fonges ,
Où mes yeux jouïront d'un fpectacle réel ;
Je brûle de voler dans le fein paternel .
Oh ! combien ma tendreffe eft- elle impatiente
De voir briller ce jour , l'objet de mon attente !
Qu'avec tranfport mon coeur dans le vôtre épanché
,
Se montrera fenfible , à vous plaire attaché !
Quand la fille du temps , la pefante vieilleffe ,
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Courbera votre corps fous fa propte foibleffe ,
Je ferai votre appui ; par mes foins careflans
Je tromperai le cours & l'ennui de vos ans ;
Vous ne fentirez point s'enfuir vos jours rapides ;
Sous mes tendres baiſers s'effaceront vos rides ;
Aux marches de la tombe.... Ah ! je demande auz
cieux
Que ce foit votre main qui me ferme les yeux !
Oui , plutôt voir la mort , & perdre la lumiere ,
Que d'avoir à pleurer fur la cendre d'un pere !
VERS à M. l'abbé de Langeac.
AVEC
VEC un feu divin , un homme de feize ans
Nous trace le vrai fils , digne d'un tendre pere ;
J'entends , fans m'étonner , fes fublimes accens ;
Il a pillé ces traits dans le coeur de fa mere .
Par Madame Guibert.
BOUQUET préfenté par un jeune enfant
de dix ans , à S. A. S. Monfeigneur le
prince de Conti , prenant les eaux à
Pougues.
DANS ANS ces tems fortunés , où vainqueur de
l'envie ,
OCTOBRE. 11 1768.
: La terreur de ton nom remplifloit l'Italie
Tu fis trembler vers Nice un roi victorieux ,
Sur ces fommets glacés qui menacent les cieux.
Du haut de cet olympe , armé de ton tonerre ,
A des peuples mutins tu fis craindre la guerre.
Le Var audacieux fouleve en vain fes flots ,
Il tremble à ton approche , il contemple un héros ,
Et jaloux des dangers que ton courage affronte ,
Dans fes gouffres profonds il va cacher ſa honte.
Tu t'avance , & bientôt du terrible Annibal ,
Les Alpes , en couroux , admirent le rival.
La Critique aux abois cefle enfin de médire ,
pour chanter ton nom renonce à la Satyre.
Tes projets triomphans font les defleins des dieux :
Leurs autels te font dûs , ta place eſt dans les
Et
cieux.
Mars alors de la main couronna ta Vaillance ,
Et joignit fes lauriers aux armes de la France.
Mais , grand prince , aujourd'hui qu'au nom de
Bienfaifant
Ton grand coeur fait céder celui de conquérant ;
Tandis que des beaux arts encourageant le zèle ,
Ils retrouvent , dans toi , leur appui , leurmodèle
Minerve invite Flore à t'offrir , en préſens ,
Des fleurs dont le parfum le difpute à l'encens
Que l'Equité , l'Amour & la Reconnoiſſance
Offrirent autrefois au vengeur de la France.
Par M. G... à Nevers,
A vj
12
MERCURE DE FRANCE .
COUPLET , chanté & compofé par un
enfant de cinq ans , à l'occafion de la
fête de fon pere :
Sur l'AIR : L'avez-vous vû , mon bien-aimé.
Le voyez- vous mon bien - aimé E
Il eft à cette table ;
Mon petit coeur eft animé
D'un plaifir délectable ;
C'eſt mon papa , c'eſt mon Lubin ,
C'est montréfor , c'est tout mon bien ,
Je fuis ici , mes bons amis ,
Pour célébrer fa fête ;
Chantez auffi , vive Louis ,
Mon coeur , avec vous , le répéte.
A une très jolie Quêteufe.
Qu
UAN une belle veut quêter ,
La quête n'eft pas malheureufe.
Souvent on donne à la Quêteufe
Un peu plus qu'on ne croit donner.
Par M. de Boisbrunet , officier au régiment
d'Angoumois , engarnifon à Marseille.
OCTOBRE . 1768. 13
LES trois Métiers de l'Amour. A trois
foeurs nommées Agathe , Athalie &
Victoire .
DU
u Dieu qui regle & brouille toutes chofes
On connoît les métamorpholes.
L'Amour eft ce qu'il veut ; il s'eft fait BIJOUTIER ,
POETE à la fois & GUERRIER.
Bijoutier , fa plus grande envie
Seroit de mettre en oeuvre une Agathe jolie 3
Il ne s'en déferoit pour un royaume entier.
Poëte , il eft fou d'Athalie.
Guerrier , qu'il médite d'exploits !
Il ne refpire que Victoire. 10
Le volage , à ce triple choix ,
Fixe fes plaifirs & fa gloire.
Par M. Guichard.
A une Demoiselle , pour la remercier
d'une cocarde.
THEMIRE , HEMIRE , je fuis enchanté
De cette parure nouvelle .
Jamais , un guerrier n'eft paré
Mieux que de la main d'une belle .
Par M. deBoisbrunet , officier.
14 MERCURE DE FRANCE.
ROMANCE
CHANTE'E dans une fête qui a été
donnée à Mde la Marquise du S *****
le jour de Ste Marguerite , dont elle
porte le nom.
AIR : De la Romance de la fée Urgèle.
UNNISSONS-nous en ce grand jour
Pour chanter Marguerite.
Que chacun de nous , tour-à-tour ,
Célébre fon mérite ,
Ses beaux yeux , fes artraits vainqueurs
Qui lui foumettent tous les coeurs ;
Son air riant ,
Intéreflant ;
Ce fon de voix qui touche :
Ce coloris ,
Ce doux fouris
Qui brillent fur fa bouche.
Dans fon coeur regne la candeur.
Elle enchante par la douceur;
Par fes talens ,
Ses agrémens ;
Par fon aimable caractere ,
Elle devra toujours plaire.
OCTOBRE. 1768.
"S
Un eíprit délicat , orné :
Du goût , fans y prétendre :
Enjoument & fimplicité :
Ame fublime & tendre.
L'Hymen a comblé fon bonheur ;
Sa flâme fuffit à ſon coeur.
Un fentiment
Vif& conſtant ,
A fon époux l'engage.
Ce doux accord ,
De l'âge d'or ,
Nous retrace l'image.
Par M. Dumas , fecrétaire-généra
des Gardes - Françoiſes .
LES TROIS ÉPREUVES.
ON
Hiftoire Babylonienne.
N commençoit à s'ennuyer moins
dans Babylone. La guerre étoit finie , &
les officiers revenoient chargés de dettes
& avides de plaifirs. Les intrigues fe renouoient
de tous côtés. On rechauffoit
de vieilles paffions , ou l'on en cherchoit
de nouvelles. C'étoit le temps des fêtes
16 MERCURE DE FRANCE .
du foleil ou du carnaval de Babylone .
Tout contribuoit à tourner les têtes . On
danfoit par- tout . On fiffloit les mauvaifes
pièces , malgré les protecteurs & la
garde militaire ; enfin , Babylone étoit un
féjour délicieux .
Ituriel , génie qui , dans tous les temps ,
a eu le département de cette ville , y defcendit
alors avec fon ami Zéblis pour
voir ce qui s'y paſſoit . Zéblis étoit le génie
de l'Egypte . Depuis long - temps il
étoit curieux de voir Babylone . Voilà
donc cette ville dont on m'a raconté des
chofes fi merveilleufes , difoit - il à fon
ami. Je vais voir ces hommes que l'on
dit être fi frivoles & fi aimables , fi amou
reux & fi inconftans , fi . . . . . Zéblis ,
que la lecture des auteurs modernes de
Babylone avoit gâté , alloit enfiler une
fuite d'antithèfes . Ecoutez , lui dit Ituriel
, mes Babyloniens ne font pas plus
extraordinaires que les autres peuples.
Les hommes s'étonnent toujours les uns
des autres ; & je ne fçais trop pourquoi .
Toutes les nations policées fe reffemblent
à - peu - près. Il faut obferver la nature
& non pas les fuperficies . J'aime fort
les femmes de Babylone , & je fuis fâché
qu'on les gâte tous les jours. Vous ferez
OCTOBRE. 1768. 17
témoin de trois épreuves qui ferviront à
vous les faire connoître . Je veux trouver
une femme qu'on ne puiffe pas acheter ;
une autre qui ait de l'amour pour moi
plus que pour le plaifir. Enfin , je veux
éprouver qui des deux fèxes eft le plus
inconftant. Bon , dit Zéblis , voilà de
belles tentatives pour un génie . Vous
parlez d'acheter les femmes , & fi j'en
Trois ce qu'on me dit , ce font les femmes
qui achetent les hommes actuellement ;
quant à vos autres épreuves je n'y entens
rien . Je le crois , dit Ituriel , mais vous
m'entendrez par la fuite. Suivez - moi
feulement , & dans l'occafion faites ce
que je vous dirai . Zéblis le lui promit.
Quoiqu'en général la nation des génies
foit affez bête , cet Ituriel étoit très -fage ;
& c'eft pour cela qu'on lui avoit confié
les Babyloniens qui paffoient pour très fins.
Nos deux génies , inftruits de la confidération
qu'on avoit en ce pays pour les
étrangers , fe déguiferent en feigneurs
égyptiens. Un équipage magnifique , des
livrées brillantes les firent d'abord regar
der comme d'honnêtes gens . Ils furent
reçus dans la bonne compagnie . Le nom
qu'ils avoient pris , extrêmement rude à
prononcer , ne laiffa pas que de leur don
18 MERCURE DE FRANCE.
ner encore du relief. Ituriel eut bientôt
la réputation d'un homme charmant. On
fe l'arrachoit . Pour Zéblis il étoit à
merveille tant qu'il fe taifoit ; mais fon
mérite difparoiffoit dès qu'il ouvroit la
bouche. On le fouffroit comme le complaifant
d'Ituriel. Celui - ci réuffiffoit prodigieufement.
Les honnêtes femmes ambitionnerent
fa conquête ; les courtisan
nes , fa dépouille , & les auteurs lui préparerent
des dédicaces.
Il crut qu'il étoit temps de commencer
fes épreuves. Il avoit eu déjà quelques
bonnes fortunes ; mais c'étoit par pure
galanterie qu'il ne s'y étoit pas refufé.
Ce n'étoit pas ce qu'il cherchoit . Il confulta
la Renommée. Il apprit que la veuve
d'un fatrape de la cour de Babylone , qui
paffoit pour la premiere beauté de l'empire
, s'étoit conduite jufqu'alors de façon
à n'être pas même foupçonnée . La dévotion
& la galanterie la refpectoient également.
Ituriel fe fit aifément introduire
dans fa maifon . Il la trouva charmante
le lui dit ; lui parla d'amour , & ne réuffit
qu'à la faire rire. Enfin il l'amena à
des propos plus férieux . Vous êtes étran
ger , lui dit- elle ; vous êtes aimable , &
fûrement des femmes vous l'ont déjà fait
OCTOBRE . 1768. 19
appercevoir. Croyez - moi , pourfuivez
vos conquêtes , & ne vous arrêtez pas à
moi. Vous perdriez votre temps & me
feriez maudire gratuitement par vingt
femmes qui m'envieroient votre coeur ,
fans fçavoir que je n'en veux pas. Toute
intrigue , loin de me paroître un plaiſir ,
ne me paroît qu'un travers & un ridicule.
Je ne changerai point d'opinion pour
vous. Ituriel loua fa fagefſe , ſe récria fur
fa févérité , voulut mettre des exceptions
dans fa morale . Tout fut inutile. On ne
voulut lui accorder que le titre d'ami ;
mais , comme ami , on le pria à ſouper
pour le lendemain.
Palmire , c'étoit le nom de cette femme
, n'aimoit point le caractere des Babyloniens.
Elle déteftoit ce commerce de
tracafferie qui , chez eux , tenoit lieu d'amour.
Ituriel lui parut plus folide , &
l'honneur de l'arracher à tant de femmes
qui fe difputoient fon coeur , ne laiffoit
pas de piquer fon amour propre . Elle aimoit
la fupériorité en tout genre ; c'étoit
le fond de fon caractere , & voyant que
toutes les femmes trouvoient des amans
elle avoit cru plus beau d'être la feule qui
n'en eût pas. Ce jour même elle fut au
bal. Une femme attira tous les yeux par
la magnificence de fon domino garni de
20 MERCURE DE FRANCE.
diamans elle étoit mafquée ; fa taille
étoit parfaite ; tous les regards tomberent
fur elle , & Palmire fut éclipfée . La
belle inconnue fe démafque . C'étoit une
étrangere de la plus grande beauté. Bientôt
il ne futqueftion que d'elle feule. Ituriel
, qui donnoit le bras à Palmire , s'apperçut
de fon dépit. Voilà bien l'efprit
des Babyloniens , lui dit- elle ; une garniture
de diamans leur tourne la tête. Il eft
vrai , dit le génie ; je fuis fûr que fi vous
en aviez une pareille qui relevât l'élégance
de votre taille , vous l'emporteriez
aifément fur l'étrangere. Palmire ne répondit
rien . Elle avoit vu , du premier
coup - d'oeil , que cette garniture devoit
être d'un prix exceffif , & fa fortune ne
lui permettoit pas d'en acquérir une pareille
. A Babylone les grandes richelles
n'étoient pas généralement le partage
de
la grande naiffance . Ituriel le fçavoit . Le
lendemain il envoya à Palmire un domino
plus riche & plus brillant que celui qu'on
avoit admiré la veille , avec un billet
très galant où il témoignoit qu'il feroit
défefpéré qu'on le refusât.
Palmire fut d'abord éblouie de ce préfent.
L'idée d'effacer le foir même l'étrangere
, qu'on lui avoit préférée la veille
, fe préfentoit à fon efprit avec tout ce
OCTOBRE . 1768. 21
qu'elle avoit de flatteur pour fon orgueil.
D'un autre côté un préfent fi confidérable
l'embarraffoit , il est évident qu'on ne
pouvoit l'accepter fans s'engager aux plus
grandes récompenfes. Entin , elle fe détermina
à le renvoyer , après l'avoir regardé
mille fois . Ituriel vient fur le champ
lui- même avec le domino , fe jette aux
pieds de Palmire , lui témoigne fes regrets
& fa douleur. Je fuis bien malheureux
, lui dit - il , fi mes préfens vous
font fufpects. Ma fortune eft immenfe.
Croyez que cette dépenfe ne peut m'être
onéreufe . J'ai été indigné qu'une vaine
parure vous fit préférer une femme qui
ne peut vous être comparée , & j'ai vu
qu'en ce pays il falloit parer Vénus pour
qu'elle eût la victoire, Je l'ait fait , & fi
vous en craignez les motifs ou les conféquences
, je confens (duffé - je en mourir)
à m'éloigner tout - à - l'heure , pourvu que
vous gardiez ce foible gage qui vous falle
reffouvenir de l'amour que j'eus pour
vous . Palmire fur touchée de ce difcours,
& les diamans qui brilloient à fes yeux
la touchoient bien autant que l'éloquence
du génie . Elle accepta le domino , &
courut le foir étaler fa nouvelle magnifi
cence .
Le génie commençoit à regarder fa
22 MERCURE
DE FRANCE
.

conquête comme fûre , lorfqu'il vit venir
chez lui Zéblis tout efloufflé , & avec
un air triomphant. Eh ! bien , dit - il en
entrant , avec tout votre efprit , je parie
que vous n'avez pas fi bien réuffi que moi.
Vous connoiffez Oliba ? Oui , dit Ituriel.
Eh bien , c'eft la femme incorruptible
que vous cherchez . Comment , Oliba !
-Oui , Oliba , vous dis- je . C'eft la vertu
même que cette femme-là. Si vous fçaviez
ce qui vient de m'arriver. J'ai été
chez elle. Elle est jolie comme vous
fçavez. Oh ! oui , je fçais cela , dit le génie.
Eh ! bien , reprit Zéblis , après quelques
propos de galanterie dont je m'acquitte
affez bien , je lui ai propofé d'acheter
fon honneur pour vingt millions
de dariques. Elle m'a pris pour un fou ;
m'a dit que fon honneur étoit , en effer,
d'un prix inestimable , & que je n'avois
par l'air d'en être l'acheteur. J'ai cru
qu'elle n'étoit pas contente de la fomme
que je lui offrois ; je lui ai promis cent
millions de dariques. Elle s'eft miſe ſérieuſement
en colere ; m'a dit que j'étois
bien infolent de venir me mocquer d'elle,
& m'a mis à la porte fans vouloir m'entendre.
Connoiffez- vous rien de plus admirable
? Pour moi je n'en reviens pas.
Du moins, grace à moi , vous voilà quitte
OCTOBRE. 1768. 23
de votre premiere épreuve. Je la crois
bien avancée , dit le génie . Mais , ditesmoi
, n'avez - vous pas remarqué chez
Oliba une tenture en broderie d'or ? Oui,
dit Zéblis. Eh ! bien , c'est moi qui la lui
donnai il y a huit jours , & le foir - même
je fus payé de mon préfent. Allez , mon
cher Zéblis , n'offrez plus vingt millions
de dariques , parce qu'on fe mocquera de
vous , & fur-tout ne les donnez pas ; car
on vous prendroit pour un forcier , & il
n'y a pas encore long - temps qu'on les
brûloit. Allez- vous divertir chez les cour
tifanes , & laiffez moi faire,
L'orgueil de Palmire la défendoit encore
contre l'amour. Elle n'avoit jamais
eu de vainqueur. Elle alloit en trouver
un , & de plus elle fentoit bien au fond
de fon ame que c'étoit fa générofité qui
le mettoit fi près de la victoire ; cependant
les attentions du génie la détournoient
de ces idées , & ne lui laiffoient
voir qu'un amant rendre & affidu . Cela
étoit affez rare dans Babylone. Le temps
vint où c'étoit la coutume dans cette ville
d'aller briller dans des équipages fuperbes
aux environs d'un temple où il femble
que la religion feule auroit dû raffembler
les Babyloniens ; mais tout étoit faſtueux
chez ce peuple juſqu'à la maniere de
24 MERCURE DE FRANCE .
s'humilier devant Dieu. Iruriel qui vouloit
achever fon entreprife , engagea fon
ami à faire préfent d'une très- belle voiture
à une certaine Julie , qu'il lui vanta
comme une conquête digne de lui , &
comme une femme qui lui feroit hon .
neur dans le monde . Ituriel l'avoit eue
un mois auparavant , & cette femme ne
s'en fouvenoit plus. On étoit convenu.
alors d'oublier fes amans , afin de n'en
pas rougir. Palmire vole avec Ituriel au
rendez- vous général . Elle eft une des premieres
à remarquer cet équipage fomptueux
qui fit le foir l'entretien de tous les
foupers. Palmire foupoit ce jour -là chez
Ituriel avec quelques autres femmes..It
fit enforte que fa voiture arrivât fort card .
Toute la compagnie étoit partie lorfqu'on
entendit un caroffe . C'eft fûrement le
mien , die Palmire . Elle defcend & demeure
étonnée du goût & de la richelle
de cette voiture. C'eft la vôtre , Mada,
me , lui dit le génie. L'ouvrier m'a manqué
d'un jour , & je crains bien que ce
préfent ne foit plus digne de vous . Il faut
bien s'en fervir , dit elle en riant , puif,
que la mienne n'arrive pas. Ituriel demande
la permiffion de la reconduite
jufques chez elle . Après quelques difficultés
il l'obtient. Je ne fçais comment
cela
OCTOBRE . 1768 . 28
cela fe fit ; mais quand ils arriverent ,
l'épreuve étoit finie ; car le génie difparut
comme un éclair , & ce qu'il y a de pis ,
l'équipage avec lui . Palmire ne fçavoit
où elle en étoit. Elle fe remit pourtant.
Je me doutois bien , dit elle , qu'il y avoit
là - dedans de la magie. Il en falloit affurément
pour que je cédaffe à cet homme
ou à ce diable , quel qu'il foit. Elle entra
chez elle , inquiéte du domino : heureufement
elle le retrouva , & cela fervit à
la confoler d'avoir eu affaire à un magicien.
Je vois bien , dit le génie à Zéblis , que
le fafte & la vanité ont anéanti toutes les
vertus dans ce monde brillant , qui en
parle fans ceffe. Tout , jufqu'au plaifir ,
eft devenu vénal . Il faut chercher dans le
peuple un coeur neuf & fenfible , une
jeune perfonne livrée aux premieres impreffions
de la nature. Peut - être trouverai
je l'ame défintéreffée que je cherche.
Il s'en va dans une promenade où il apperçoit
un petit minois charmant qui n'anonçoit
qu'une quinzaine d'années & une
grande vivacité . Cette jeune fille , vêtue
très-fimplement , fe promenoit avec un
jeune homme qui paroiffpit avoir deux
ans plus qu'elle , & leurs parens , qui
I.Vol. B
26 MERCURE
DE FRANCE
.
étoient d'honnêtes ouvriers , marchoient
à quelques pas d'eux. La converfation
paroiffoit animée entre les deux jeunes
gens . Le feu de l'amour brilloit dans les
yeux de Lindor & fur les joues de Rofis.
Le génie fe rend inviſible , les fuit & les
écoute : il fut enchanté. C'étoit cette fenfibilité
naïve & innocente , cette tendreffe
timide , ces épanchemens de deux ames
qui fe cherchent , s'entendent & ont befoin
l'une de l'autre . C'étoit toutes les
délicateffes de cet amour qu'on ne fent
qu'une fois & qu'on regrette dans la fuite
fans pouvoir le retrouver. Le génie
enveloppe Rofis dans un nuage & la tranf
porte dans un palais que fon art fit naître.
fur le champ. Il fe montre aux yeux de
Rofis ; encore interdite & tremblante ; il
lui fait remarquer toutes les beautés de
cette demeure , & lui demande fi cela ne
fuffiroit pas pour lui faire oublier Lindor.
A ce nom , Rofis pleure. Ah ! Lindor!
Ah ! ma mere ! Hélas ! vous regrettez
maintenant votre fille , & votre fille
ne vous voit plus ! Je ne vois plus Lindor .
Que fait il ? Que ferai je loin de lui ? Et
difant cela elle pleuroit toujours. Ituriel
s'efforçoit de la confoler. Que me voulez-
vous , lui dit- elle ? Pourquoi m'avezOCTOBRE
. 1768 . 27
vous amenée ici ? Que vous ai - je fait ?
Que vous a fait Lindor ? Hélas ! s'il ne
me voit plus , il va mourir de chagrin ,
& fûrement je mourrai auffi ; car je ne
puis vivre fans Lindor. Ituriel , pour l'ap.
paifer , fut obligé de lui promettre qu'elle
le reverroit , & fa mere auffi . Il fit fervir
un repas magnifique. Elle ne mangea pas .
On étala devant elle des robes , des ajuftemens
. Ce fpectacle attira fon attention.
Le génie lui promit que fi elle vouloit
l'époufer , toutes ces richelles feroient à
elle. Pour ces étoffes , lui dit- elle , fi vous
voulez me les donner , vous me ferez
plaifir ; car il me femble qu'avec cela je
ferai plus belle , & Lindor fera bien content
de me voir belle. Mais pour vous
épouſer , je ne le peux pas ; car je fuis
promife à Lindor , & je l'aime. Eh ! bien ,
dit le génie enchanté de fon innocence ,
vous aurez Lindor , & tout cela avec lui .
En même temps il la reporta chez fes
parens qui étoient en larmes. Lindor étoit
auprès d'eux dans l'accablement de la
douleur. Il eft impoffible d'exprimer leur
joie en revoyant Rofis . Voilà votre fille,
dit le génie en fe faiſant connoître. Elle
eft fenfible & vertueufe. Puiffe - t'elle
l'être toujours ! Puiffe Lindor être toujours
heureux avec elle ! Si le bonheur
·
Bij
28 MERCURE DE FRANCE:
qu'ils vont goûter enfemble , pouvoit durer
fans ceffe , tout génie que je fuis,j'aimerois
mieux la condition de Lindor que
la mienne. Pardonnez - moi le chagrin
que je vous ai caufé , & recevez ces gages
de mon amitié . Il leur fit des préfens
confidérables , & alla retrouver Zéblis à
qui il conta ce qui venoit de lui arriver.
Quoi ! dit Zéblis , vous avez été feul avec
une jolie fille de quinze ans , & vous ,
génie , vous n'avez pas eu l'efprit de faire
ce qu'un mortel auroit fait ! Vous l'avez
rendue ainfi à fon Lindor ! Je ne fçais ,
dit le génie de Babylone , ce qu'un mortel
auroit fait ; mais je fçais qu'à moins
d'être Lindor , on ne peut avoir été plus
heureux que je ne l'ai été , & je fçais encore
que ce bonheur ne fera jamais connu
de vous. Je l'efpére bien , dit Zéblis ,
riant toujours en lui -même de la fimplicité
d'Ituriel.
Le génie , très - content de fa premiere
épreuve , fe hâta de paffer à la feconde ;
mais fans en efpérer un auffi bon fuccès .
Pour mieux parvenir à fon but il prit la
forme d'un jeune homme doué de la plus
grande beauté. L'efprit ne lui manquoit
pas , & ne cherchant pas les graces ,
avoit celles de la nature & de la jeunefle,
Les femmes , quoiqu'on en ait voulu diil
OCTOBRE. 1768. 29
re , fe prennent prefque toutes par les
yeux , & n'en font pas plus condamnables
. Adonis , c'est le nom que prit le
génie , eut d'abord la plus brillante réputation
. Les voitures s'arrêtoient dans les
promenades publiques , quand il paffoit ,
& les femmes le parcouroient exactement
depuis les pieds jufqu'à la tête avec cette
liberté que le fexe avoit dans Babylone.
Il ne pouvoit perdre à cet examen . Auffi
fut- il comme accablé de fon mérite . Il ne
pouvoit fuffire à fes conquêtes . Il n'ofoit
pourtant en achever aucune , & nous fçaurons
bientôt pourquoi.
Flora , courtisane célébre , le preffoit
vivement & briguoit l'honneur de l'enlever
aux honnêtes femmes . Adonis fur
curieux de fçavoir fi cette Flora , dont on
vantoit les beautés & les reffources , méritoit
fa réputation. Il fe rendit à fes foins
& fe laiffa mener tête à tête avec elle dans
fa petite maifon . Il lifoit dans fes yeux
toutes les efpérances qu'il avoit conçues
pour cette foirée , & il étoit bien fûr que
fa conduite ne feroit pas conforme aux
arrangemens de Flora . Il ne laiffoit pas
d'être embarralé du perfonnage qu'il alloit
jouer. Sa contrainte paroiffoit dans
fes difcours & dans fon maintien . Flora
l'attribuoit à fa jeuneffe & à fon inexpé-
Biij
30 MERCURE DE FRANCE .
rience. Elle fe promettoit bien de le former.
Cependant après le fouper , où tout
fe paffa très- froidement , elle commença
à ne rien concevoir aux procédés d'Adonis.
Heureufement on ne devoit venir le
chercher que fort tard . Elle ne défefpéroit
pas encore. Je comptois , lui dit- elle,
que vous me rameneriez à la ville ; mais
vous êtes d'une humeur & d'une mauffaderie
qui m'ont rendue malade . Je ne
me fens point la force de m'en aller . Je
vais appeller mes femmes & me faire
deshabiller . Je devrois vous renvoyer fur
Je champ , car vous êtes d'un ennui qui
ne reffemble à rien ; mais je fens que je
ne pourrai dormir , autant vaut s'ennuyer
avec vous. En vérité , lui difoit elle , tandis
qu'on la deshabilloit , vous n'êtes pas
concevable ; mais je vous croyois plus
avancé . On ne fçait que faire de vous.
Eft ce comme cela que vous êtes avec les
femmes ? Madame , dit Adonis interdit,
fi vous me connoiffiez ... Mais vous ne
m'en donnez point d'envie , reprit- elle.
Votre éducation me paroît d'un difficile....
Tout en jafant le deshabillé alloit
fon train. C'étoit le défordre le plus
adroit. De temps en temps on expofoit ,
à la vue d'Adonis , des échantillons d'un
corps formé par les Graces . Adonis ne
OCTOBRE. 1768. 31
s'étoit interdit le don de defirer. II
pas
ne put tenir à cette épreuve. Ses regards
devinrent plus animés , fes propos plus
vifs , fes geftes plus paffionnés. Flora
s'apperçut de l'effet qu'elle avoit fait fur
lui . Elle commença à croire qu'on en
pourroit faire quelque chofe. Ses femmes
fe retirerent. Elle s'étendit fur fa chaife
-longue , dans l'attitude la plus voluptueufe.
Elle avoit fa tête appuyée ſur un
couffin , avec un air d'abandon & de nonchalance.
Une de fes mains étoit jettée
négligemment fur elle , l'autre étoit , comme
par oubli , fur les genoux d'Adonis.
Il fut fur le point de fe repentir du talifman
qu'il s'étoit attaché. Il s'abandonnoit
à des tranfports que la réflexion réprimoit
un moment après. Flora étoit
enchantée. Elle triomphoit d'avoir rendų
Adonis fenfible ; mais enfin , s'appercevant
que c'étoit en pure perte , elle devint
furicufe , & tournant fon dépit en
raillerie , vous faites bien , lui dit- elle ,
d'être joli comme une femme. Vous ne
méritez pas d'avoir les traits d'un homme.
Je ne fçais ce que vous prétendez
faire dans le monde avec les grands talens
que vous avez. Ma foi , dit Adonis un
peu piqué , j'ai du moins l'avantage d'avoir
fait échouer les vôtres , malgré toute
Biv
32 MERCURE
DE FRANCE.
leur réputation ; & il la quitta avec de
grands éclats de rire .
Adonis jugea bien que cette aventure
le perdroit dans un certain monde , &
que Flora en feroit fûrement confidence
à cinq ou fix de fes amies . Il n'avoit voulu
que s'amufer. Il fongea férieufement
à fon épreuve. Il apperçut un jour dans
un temple une femme très jolie & trèsbien
faite. Un air de langueur répandu
fur fon vifage la rendoit plus intéreffante .
Il s'informa qui elle étoit . On lui dit
qu'elle étoit mariée à un militaire diftingué
dans fon état . Cet homme avoit environ
cinquante ans. Il avoit été fort à la
mode dans fa jeuneffe & long- temps an
fervice des femmes. Il avoit l'humeur naturellement
dure, & le regret de n'être plus
ce qu'il avoit été l'aigriffoit encore . Il
n'avoit retiré du commerce du monde.
que cette fcience frivole , qu'on appelle
les ufages. Il en parloit fans ceffe , aimoit
à gronder fa femme , afin d'être au moins
fon mari en quelque chofe . Il difoit quelquefois
des vérités utiles ; mais la raiſon
avoit tort dans fa bouche.
D'après ce portrait Adonis jugea que
Cloris ne pouvoit aimer fon mari. Il fe
fondoit fur cet axiôme fi reconnu qu'on
n'aime que ce qui eft aimable . Il fe fit
OCTOBRE . 1768. 33
préfenter chez elle ; la connut & l'eftima .
Elle avoit l'ame noble , & fur tout trèsfenfible.
Il falloit beaucoup d'amour pour
mériter le fien . Elle étoit attachée à fon
devoit bien plus qu'à fon époux ; mais
fon coeur avoit befoin d'un objet qui pût
le remplir. Adonis ne défefpéra pas
d'être
cet objet fortuné. Il mit dans fes démarches
tant de délicateffe , tant d'expreflion
dans fon amour qu'enfin il obtint cet
aveu qui coûte tant à la vertu ou à l'amour
propre , & dont les femmes de Babylone
étoient convenues de fe paffer. Les aveux
n'étoient plus que pour les romans ; mais
. Cloris étoit romanefque ou fenfible , ce
qui eft la même chofe dans la langue des
Babyloniens.

Adonis , fûr d'être aimé , n'en fut que
plus aimable. Tout ce qu'il defiroit étoit
de s'établir de plus en plus dans le coeur
de fon amante & de lui infpirer la paffion
la plus forte. Il y réuffit. Quelquefois
il s'entretenoit avec elle du bonheur
que goûtent deux ames bien attachées
l'une à l'autre , des charmes d'une union
où les fens n'auroient point de part ,
tous les plaifirs feroient pour le coeur.
Cloris étoit enchantée. Elle étoit de
boune foi. Ceux qui ont aimé fçavent

B v
34 MERCURE
DE FRANCE
.
.
qu'il eft un temps où l'on penfe ain
C'eſt une erreur de l'imagination que detruit
bientôt la nature . Leurs entretiens
étoient mêlés de careffes , & ces careffes
étoient quelquefois fi vives qu'Adonis
commença à devenir fombre & rêveur .
Cloris s'en apperçut . Elle voulut en fçavoir
la caufe . Il s'excufa fur la crainte où
il étoit de perdre fon coeur. Elle le raffuroit
, & il devenoit plus trifte . Un jour
enfin que Cloris lui parut plus tendre que
jamais , il s'élança dans fes bras , couvrit
fon vifage de baifers & de larmes , & fe
rejetta dans un fauteuil avec les geftes du
défefpoir. Elle s'imagina que , dans la
crainte de l'offenfer , il luttoit contre fes
defirs , & que l'amour le devoroit . C'étoit
depuis long-temps fa penfée. Elle
eut pitié de lui . Elle lui tendit la main ,
avec un regard plein de tendreffe. Qu'avez-
vous , lui dit- elle ? S'il vous manque
quelque chofe pour être heureux , craignez-
vous de le demander ? Elle rougit en
lui tenant ce difcours . Jamais elle n'avoit
été plus belle. Il fe jetta à fes pieds , & lui
fit un aveu qu'il eft auffi défagréable d'entendre
que de faire. Il lui jura qu'il l'adoresoit
toujours , & qu'il n'efpéroit pas être
affez heureux pour quecet amour fipur & fi
OCTOBRE. 1768. 35
"
tendre pût fuffire au bonheur de fa maîtreffe
. Cloris demeura quelque temps interdite.
Cet événement étoit imprévu .
Les defirs qu'elle fuppofoit à fon amant
avoient allumé les fiens ; mais cette paffion
profonde qu'elle fentoit pour lui ,
l'état où elle le voyoit à fes pieds ne lui
laifferent pas la force de fe plaindre de
lui. Avez - vous pu douter de mon coeur ?
lui dit- elle. Pourquoi ce défefpoir ? N'êtes
vous pas affez heureux fi je vous aime,
& croyez- vous que je veuille autre chofe
que votre amour ? Ce difcours & les fermens
qu'elle lui fit de ne point changer
à fon égard le confolerent & lui firent
croire qu'il avoit trouvé ce qu'il croyoit
chercher en vain. Cependant , de jour en
jour , leurs entretiens devenoient plus
contraints & plus froids , ils parloient de
tendreffe & ne l'exprimoient plus , ou ne
l'exprimoient que bien triftement. Hélas !
tout eft mort chez les humains fans le
defir ou fans l'efpérance. Cloris aimoit
toujours. Elle s'en étoit fait une habitude
:elle n'y pouvoit renoncer. Mais un
chagrin fecret qu'elle ne pouvoit vaincre,
dont elle n'ofait même fe rendre compte,
la confumoit infenfiblement . Elle tomba
dans une langueur qui faifoit craindre
pour les jours. Dans cet état elle ne fai-
"
B
vi
36 MERCURE DE FRANCE.
H
foit aucun reproche à fon amant , & lui
juroit encore qu'elle mouroit toute à lui.
Le génie ne put réûſter à l'attendriſſement
qu'il éprouvoit. Il fut convaincu
que fon épreuve étoit folle , & que la
nature ne pouvoit avoir tort. Il brifa le
talifman , & parut aux yeux de Cloris
fous la forme majeftueufe d'un génie. Je
vous ai trompée , lui dit- il . Adonis n'étoit
point un homme. Je fuis Ituriel , le
génie de Babylone. Je connois votre
coeur. Je vous adore , & j'en fuis plus
digne que je ne l'étois. Ah ! lui dit-elle,
vous n'êtes plus Adonis , & je ne puis aimer
que lui. Eh ! bien , répondit- il , je
reprendrai la forme d'Adonis avec toute
la puiffance d'Ituriel . La métamorphofe
s'exécuta. Cloris fourit , & lui tendit les
bras. Il fut plus heureux qu'un génie ne
l'avoit jamais été. Il fut auffi plus conftant
qu'un mortel . Il vifitoit tous les jours
Cloris , fous la forme qu'elle aimoit , &
fe gardoit bien du talifman.
Je fuis un peu plus content de vous
cette fois-ci, difoit Zéblis à fon ami. Vous
avez du moins fini honnêtement avec
cette femme. Mais que veut dire votre
troifieme épreuve ? Penfez - vous qu'il y
ait rien d'égal à l'inconftance des femmes,
& ne fçavez vous pas qu'un ancien a dit...
OCTOBRE. 1768. 37
Ce mot m'eft échappé . Mais ce qui m'eft,
arrivé vaut encore mieux pour ma thèſe
que ce qu'a dit l'ancien . Ecoutez :
II Y à environ cinq ou fix cens ans que
je devins amoureux d'une jeune fille trèsjolie
& très - fpirituelle ; car elle vint à
bout de me tromper, moi , qui ne fuis pas
un fot . Je lui déclarai mon amour par
écrit , parce qu'en parlant je m'embarra ffe
quelque fois dans ce que je veux dire, au
lieu que par écrit je m'explique beaucoup
mieux . C'eft mon fort que l'écriture ; &
l'écriture en amour .... Eh ! finiffez , dit
le génie de Babylone , finiffez votre hiftoire.
Attendez , dit Zéblis , j'en étois … ..
à ce que je lui écrivis. Je me fervis , pour
rendre ma lettre , d'un petit marmot affez
gentil qui me fervoit de page. Ma jeune
maîtreffe me fit une réponse favorable ,
me permit de lui rendre des foins , & me
donna de l'efpérance. Je continuai de lui
écrire. Je la voyois rarement . Les vifites
lui déplaifoient. Sa modeftie en étoit effarouchée.
Elle me prioit de lui écrire
fouvent & de la voir fort peu. Mes lettres
, difoit- elle , lui faifoient le plus grand
plaifir . C'étoit toujours mon petit page
qui les portoit. Enchanté des progrès de
mon amour & de l'effet que produifoient
mes lettres , j'épuifois mon efprit à lui en
38 MERCURE DE FRANCE .
compofer tous les jours de plus belles.
Un beau matin je lui envoyai dire , par
mon page , que je la verrois le foir , &
pour mériter cette grace , je le chargeai
de la lettre la plus éloquente que j'euffe
encore faite. A peine étoit -il parti qu'il
me prit envie de le fuivre de quelques
momens , & d'arriver à l'improviſte pour
jouir de l'effet que ma lettre devoit faire
fur le coeur de ma maîtreffe . Mon cher
ami , vous ne devineriez jamais ce que
je vis. Je m'en doute , dit le génie .
C'est une chofe inconcevable , reprit Zéblis
. Je la trouvai fi occupée avec mon
petit page , que ma lettre étoit fur une
table encore toute cachetée .... L'infidéle
ne pas lire ma lettre ! Si elle
!
l'avoit lue , elle ne m'auroit jamais fait
cer outrage. Dans la colere où j'étois , je
fus fur le point de les anéantir. Mais
comme j'avois lû quelque part qu'il ne
faut pas qu'un génie fe livre à fa colere ,
je méprifai ces deux marmouzers , & réfolus
de me venger de cette injure fur le
fexe entier & de tromper toutes les femmes
. Vous voyez s'il y a un exemple d'une
plus grande inconftance ; car affurément
cette fille m'aimoit , mes lettres m'en af
furoient ; & un page la rendit inconftan-
1
1
1
1
OCTOBRE. 1768. 39
te ; un page fut préféré à un génie . Cela
n'eft plus rare , lui dit Ituriel , & il le
quitta pour achever ce qu'il avoit commencé.
Il y avoit à Babylone deux jeunes époux,
mariés depuis un an , aimables tous les
deux , & tous les deux cités pour modeles
de la tendreffe conjugale . Le génie les
tranfporta , pendant leur fommeil , dans
une ifle inhabitée , mais dont le féjour
étoit charmant. Il eut foin de les placer
chacun à une extrêmité de l'ifle , & forma
au milieu un bofquet avec un taliſman ,
auquel il donna la puiffance d'attirer dans
ce lieu le premier de ces époux dont l'inconftance
feroit décidée . Il pourvut à ce
qu'il ne manquât pas d'objets pour les
rendre inconftans .
A leur réveil ils éprouverent tous deux
la même furprife . Leurs regrets furent
les mêmes de fe voir féparés fans fçavoir
comment, & peut être pour jamais . Tous
les deux verferent des larmes en abondance.
Quittons un moment Aza pour
voir ce qui arrive à fon époufe. Žilia
pleuroit encore lorfqu'elle vit fortir d'un
bocage un jeune homme d'une figure trèsintéreffante
, qui s'avança vers elle & qui,
à mefure qu'il approchoit , témoignoit
40 MERCURE DE FRANCE.
fon étonnement . Qui êtes - vous ? lui ditil
, & depuis quand ce féjour s'honoret-
il de votre préfence . Hélas ! dit- elle , je
fuis une infortunée . J'ai perdu ce que j'aimois.
Je ne fçais quel pouvoir m'a tranſportée
fur ce rivage . Mais fûrement c'eſt
un dieu malfaifant ; car il m'a féparée de
mon époux , de mon cher Aza ... Ah ! fi
vous êtes la divinité de ces rives , rendezmoi
à mon cher Aza. Je ne fuis point une
divinité , repartit le jeune homme. J'ignore
même qui je fuis. Je n'exifte que
depuis quelques momens . J'ai fait quelque
pas fans deflein , & je vous ai trouvée.
Je fens auprès de vous combien il
eft doux d'exifter. Qu'il eft barbare ce
dieu qui vous afflige ! mais qu'il eft heureux
cet Aza qui caufe vos regrets ! Ah !
reprit Zilia , vous ne connoiffez pas l'amour
, puifque vous nommez heureux
celui qui pleure loin de ce qu'il aime . Je
ne connois point l'amour , dit le jeune
homme , il eft vrai ; mais je fens que je
fais heureux de vous voir , que je le ferois
bien plus , fi vous paroiffiez goûter
auprès de moi le même plaifir que je
goûte auprès de vous , & que je ferois
très malheureux de vous perdre . Si ce
fentiment eft l'amour , je le connois bien .
OCTOBRE. 1768. 41
Ah ! laiffez- là l'amour , dit la déſolée Zilia.
Je ne vois plus Aza , je n'ai plus d'époux
, & elle appuya fa tête fur fes mains
& recommença à pleurer. Le jeune homme
, fans s'oppofer à fa douleur , ne cher-
' cha plus qu'à l'en diftraire. Il avoit pour
elle ces attentions délicates & ingénieufes
que l'amour fuggére , & qui font fes premieres
jouiffances. Peu-à-peu les regrets
de Zilia devinrent moins vifs ; fa douleur
, après s'être exhalée , s'épuiſa. L'idée
d'avoir perdu fon époux l'avoit d'abord
défefpérée ; elle finit par enviſager
cette perte comme un mal irrémédiable,
& Aza comme un homme qui n'exiſtoit
plus pour elle . L'efpérance de le revoir
s'évanouit ; celle de le remplacer s'offroit
tous les jours , graces aux foins de fon
nouvel adorateur. Il ne la quittoit pas
d'un moment , & ne l'ennuyoit pas. Elle
parcouroit fouvent avec lui cette ifle inconnue
où elle étoit . Vous le voyez , difoit-
il ; nous fommes feuls dans ce féjour
; nous y fommes fûrement l'un pour
l'autre. Il n'y a pas d'apparence que nous
fortions jamais de cette ifle . Nous ne devons
fonger qu'à nous y rendre heureux.
Il n'y avoit guères de réponſe à ce raiſonnement.
42 MERCURE DE FRANCE .
Un mois s'étoit écoulé depuis que Zilia
voyoit fans ceffe ce jeune homme , &
qu'elle étoit feule avec lui . Il eft difficile
d'être dans une fituation plus critique . Il
avoit déjà rifqué les plus grandes entreprifes
, & quoiqu'on l'eût repouffé , il
avoit du moins acquis le droit d'en riſquer
de plus légeres impunément. C'eſt
être fort avancé. Un jour , en fe promenant
enſemble & s'attendriffant tous les
deux , ils prirent le chemin de ce bofquet
où , felon le talifman formé par Ituriel
, ils ne pouvoient entrer qu'avec un
projet très- décidé . Ce bofquet avoit été
jufqu'alors invifible pour eux . Ils furent
étonnés de l'appercevoir. Cet endroit eft
charmant , dit le jeune homme : entronsy.
Entrons , dit Zilia ; mais quelle furprife
! elle apperçoit Aza qui entre dans
le bofquet par un autre côté avec une jeune
fille très - jolie. Ces quatre perfonnages
demeurerent immobiles , & fe jugerent
réciproquement avec la derniere exactitude.
Un mouvement involontaire entraîna
les deux époux dans les bras l'un
de l'autre , tandis que le jeune homme &
la jeune fille jouoient un fort fot rôle .
Des careffes on alloit venir aux reproches
, lorfqu'Ituriel parut pour prévenir
OCTOBRE. 1768. 43
la querelle. Vous n'avez pas plus de tort
l'un que l'autre , leur dit- il , & votre inconftance
eft datée de la même minute .
Il n'y a rien d'étonnant dans tout ceci.
Toutes les fois qu'une jeune homme &
une jeune fille fe trouveront feuls dans
une ifle , ils pafferont leur temps comme
vous alliez le paffer dans ce bofquet . Vous
avez fait tous les deux une belle réfiftance
, & vous vous en aimerez davantage.
Les deux êtres fantaſtiques , créés par Ituriel
, difparurent . Il reporta les deux époux
dans leur demeure. Ils ont vécu depuis en
bonne intelligence , fans fe faire de reproches
fur l'aventure du bofquet.
TRADUCTION libre d'une Chanfon
italienne ; par M. Coftard.
St vous fentez , fur le foir , dans la plaine
Un vent plus frais , de plus douces odeurs ;
Vous pouvez dire : ici refpire Helene.
Son fouffle pur a le parfum des fleurs.
Lorfque le ciel s'épure & fe colore ,
Quand fon éclat devient plus radieux ;
Regardez bien la nymphe que j'adore ,
Et vous verrez tout cela dans fes
yeuxa
44 MERCURE
DE FRANCE .
Si vous trouvez bergere au port de reine ,
Au doux fourire , à l'oeil fier & touchant ,
Taille de Nymphe & voix de Syrene ,
Dites : c'eft elle ; on la veit , on l'entend.
Tout eft pouvoir , tout eft charme dans elle .
Fripon d'Amour , tu la formas fur toi!
Mais , fi tu veux faire aimer le modêle ,
Rends-là fenfible & tendre comme moi.
LE Portrait de l'Hymen.
A Certain peintre , l'autre jour ,
Damon , rempli d'impatience ,
(C'étoit avant fon alliance )
Vint commander l'Hymen pour pendant à l'A
mour.
Peignez ce dieu , dit-il , vif, brillant , tendre ,

22 aimable.
Prodiguez-y les ornemens ;
» Plus vous rendrez fes traits charmans ,
Et plus l'art fera vraisemblable. »
On peignit donc l'Hymen comme un dieu plein
d'attraits.
L'époux , une heure au plus après fon mariage ,
Trouva le tableau froid , en blâma teus les traits..
OCTOBRE. 1768 .
45
Il falloit , fuivant lui , fe remettre à l'ouvrage ,
Yjetter du piquant & l'orner davantage.
On n'en fit rien ,
Et l'on fit bien.
Mon homme goûta du ménage ,
Et revint plus expert au bout de quelques mois.
´» Hélas , s'écria-t-il alors , hauffant la voix ,
»Ce n'eſt point là l'Hymen ; vous fardez la na-

ture.
L'Hymen , moins éclatant ,
> Humble dans les regards , fimple dans fa parure,
» Abandonne à l'Amour , dieu coquet & pimpant ,
» Cet air vif& fripon , cet attirail brillant...
Le défeſpoir de l'art eft de rendre en peinture
Un portrait fi changeant.
LE jeune Rat. Fable adreffée à M. le
Marquis de St C... .
UN , N rat , encor dans fon enfance ,
Et n'ayant nulle expérience ,
Ne ceffoit point de repéter
A fa mere , vieille routiere ,
Qu'ilfe moquoit de la ratiere ,
Et qu'il fçauroit bien l'éviter.
Mon fils , lui répondit fa mere ,
Là- deffus j'en fçais plus que toi :
Fuis loin de ce piége , crois - moi ?
46 MERCURE
DE
FRANCE
.
Mais le Rat n'en voulut rien faire.
Qu'arriva-t-il de tout cela ?
La chofe eft facile à comprendre :
Pour négliger cet avis- là ,
Lefot , un jour , s'y laiſſa prendre.
Vous qui faites fi peu de cas
Des bons confeils de la vieillefle ,
Jeune homme ne voyez- vous pas
Quec'eft à vous que je m'adreſſe.
Marie Seyma , à Montpellier.
Aventure angloife.
MISTRISS -W- s , jeune veuve d'Hampshire
, inquiétée par fes créanciers , hors
d'état de les fatisfaire , fe fervit , l'année
derniere , d'un ftratagême affez plaifant
pour fe mettre à l'abri de leurs pourfui- .
tes. Elle fe para un matin plus qu'à l'ordinaire
, & feignit d'aller voir une de fes
foeurs établie à Th ham. Elle en prit réellement
le chemin ; elle rencontra un pauvre
voyageur dans le plus pitoyable équipage
; elle l'invita fans façon à fe rafraîchir
avec elle ; celui - ci fe garda bien de
refufer ; ils s'affirent enfemble fur le bord
du chemin , la Dame tira un flacon de fa
OCTOBRE . 1768. 47
poche & quelques provifions , dont ils
mangerent l'un & l'autre avec appetit.
En caufant de chofes indifférentes elle lui
demanda s'il étoit marié , & apprenant
qu'il ne l'étoit point , elle lui offrit un
habillement honnête & décent s'il vouloit
l'époufer en paffant & continuer enfuite
fon voyage . L'homme n'hésita
point ; Miftrifs W - s le conduifit chez
elle , fe pourvut des difpenfes nécellaires
& leur mariage fut célébré le lendemain
matin en préſence de quelques - uns de fes
parens . Les époux fe féparerent auffi - tôr .
Miftrifs remercia fon mari ; l'équipa de
pied en cap comme elle l'avoir promis
& lui donna en même temps trois guinées
. Enfin je fuis parvenue à mes fins
dit- elle en lui faifant fes adieux : graces
au ciel je puis à préfent braver mes créan
ciers *. Que le ciel vous conferve , répondit
le mari , & qu'il lui plaiſe de me faire
rencontrer une autre femme dans une faroiffe
voifine.
-
* C'eft une coutume en Angleterre , qu'un mari
réponde feul des dettes de fa femme.
48 MERCURE DE FRANCE.
ROSINE & Son Chien. Conte.
Quui n'aime point , aimerait à ſon tour ,
S'il rencontroit ce que fon coeur devine.
En elle - même ainfi penfoit Rofine ,
Et s'ennuyoit de n'avoir point d'amour.
Manto la fée en la voyant un jour ,}
Se dit , « faut- il que cette Colombine
»Soit le jouet de quelque vieux hibou ? »
Elle ajouta , «prends ce petit toutou .
» Le tendre époux que le ciel te deftine ,
» Par ce toutou fe manifeftera.
» Tu choifiras celui qu'il choifira :
» Tu le verras aifément à fa mine. »
Rofine alors comptoit plus d'un galant ;
N'en doutez pas ; car le bouton de roſe
Qui déjà s'ouvre & rougit en s'ouvrant ,
Rofine & lui , c'étoit la même choſe.
Le petit chien de Rofine jaloux ,
Répudioit les amans aux yeux doux.
L'un , trop brutal , lui déchire l'oreille ;
L'autre bruyant , par la fougue l'éveille.
Sur les genoux de la belle couché ,
On le voyoit , au moindre bruit , fâché ,
Montrer les dents , japper à toute outrance ,
Tourner le dos à l'amant qui finance :
Même , il mordoit quiconque trop penché
s'imaginoit
OCTOBRE . 1768. 49
Au
petit
S'imaginoit qu'en ofant on avance.
Jufques ici Rofine , ni ſon chien
Ne carefloient , ne s'attachoient à rien ,
Lorsqu'un amant fe préfente à leur vûe
Pour avancer , ufant de retenue ,'
En fe taifant , exprimant ſon amour.
chien il fait d'abord fa cour.
De la maîtrefle il flatte le caprice.
C'eſt le moyen de s'emparer du coeur ;
Car le caprice eft gardien de l'honneur :
La vertu même eft de moindre fervice .
Le petit chien, d'abord l'air férieux ,
Puis radouci , puis content , puis joïeux ;
En le voyant fur les pattes fe drefle ,
Prend les baifers , les porte à la maîtreffe ,
Et plus chéri les rapporte à l'amant.
Rofine alors en eût bien fait autant.
A cet afpect fon coeur palpitoit d'aiſe ,
Les confondoit dans fes doux mouvemens
De tous leurs jeux faifoit fon pafletems.
Aux coeurs épris eft il rien qui ne plaiſe ?
La bonne Fée avoit dit fenlément ;
» Le petit
chien choiſira ton amant. »
Le choix eft fait. L'amant le fait attendre ;
Puis il revient. Refine d'un air tendre ,
Le petit chien , le coeur vont au-devant.
Il promet tant, qu'il prouve , que fe rendre
Eft la raiſon , le tort de ſe défendre .
I. Vol. C
So MERCURE DE FRANCE 50
Rofine rit : & voilà que foudain
.
Le doux elpoir le coule dans fon fein ;
Puis ferpentant dans fon coeur s'infinue.
Rofine alors , de détourner la vue ,
De foupirer , de gémir doucement ,
De repouffer , d'attirer fon amant ,
De l'accufer en fe voyant vaincue.
La vertu plaît par fon dernier effort.
Le petit chien fort à-propos s'endort.
On voit par-là qu'un coeur rendre & fincere
Eft rarement amoureux, fans retour ;
Et qu'il ne faut , quand on ne fçautoit plaire ,
En accufer les femmes , ni l'amour.
M. Girard- Baigné , à Dieppe.
MADRIGAL à Mademoiselle ***.
A L'AMOUR , m'a-t- on dit , vous craignez de
vous rendre ,
Et fon nom , devant vous , ne fe prononce pas : ;
Malgré votre frayeur , vous avez des appas ,
Que , rarement , l'on a fans être tendre ;
Ce font des yeux malins , un teint plus blanc que
lys ,
Plus frais , plus animé que n'eft la role même ;
Pour moi , je vous trouve , Philis >
Auffi belle que quand on aime."
GAUDET.
A Survilliers , entre Louvres & Senlis.
1
OCTOBRE . 1768. 51
QUATRAIN à une Demoiselle trop
occupée de fa parure .
OUI , UI , croyez- moi , jeune Emilie,
A l'art vous donnez trop de foins ;
Et vous feriez bien plus jolie ,
Si vous cherchiez à l'être moins .
Par le mème.
F
F
EPIGRAMME de Léonidas , tirée
de l'Anthologie.
Q
* Contre une Courtilanne.
UAND Phriné , de l'hymen , le faifoir une
honte ,
Elle avoit bien raiſon ; car , foit dit entre nous
Dans des nouds fi gênans ne trouvant point fon
compre ,
Elle aima mieux avoir vingt galans qu'un époux .
Par le même.
* Cette épigramme grecque a été mife anciennement
en un feul vers latin que voici :
Fugifli thalamos unius , & excipis omnes.
Cij
52 MERCURE DE FRANCE .
Vers latins.
Quid vita eft hominis ? Viridantis flofculus horti ;
Sole oriente oriens , fole cadente cadens .
Traduction.
La vie eft une fleur qu'un matin a vû naître ,
Et que le four voit difparoître.
A Madame Laruette , jouant le rôle de
Marton dans la fée Urgéle.
UNUn chevalier nouveau , prêt à fuivre tes pas , N
Hier , en t'écoutant , te prenoit pour Orphée ,
Non , reprit fon voifin tout bas ,
Cette Marton eft une fée ;
A fes accens , qui ne la connoît pas ?
Par un abonné au Mercure.
Seconde Lettre de Milord Charlemons
à Milord Bélafis.
Tu
U ne penfes pas comme moi ? Je le
fçavois, Charles ; mais nous n'aurons pas
le plus léger débat à ce fujet. Je dis librement
mon avis , parce que je fuis vrai ,
je n'exige jamais qu'on le fuive , parce
OCTOBRE. 1768. $3.
que je fuis jufte . Je hais ces hommes impérieux
, plus attachés à leur opinion qu'à
leur ami , capables de prendre de l'humeur
fi on préfére fa raifon ou fon caprice
à leurs fublimes lumieres . Ne te
dérange pas , mon cher , fuis la route ordinaire
. L'efpéce de ta folie ne peut me
déplaire ni me rebuter. A ton tour fois
indulgent pour la mienne ; car , auffi obftiné
que toi , j'ai réfolu ne n'en point
changer.
Je me plains de ton indifcrétion . Pourquoi
montrer ma lettre à fir George ? Je
reçois , avec la tienne , la plus pédantefque
rapfodie qui foit jamais fortie de fa
lourde plume . J'ai fort envie de l'envoyer
au diable , lui & fes impertinentes
leçons . Il m'accufe de borner mes vues de
peur d'étendre mes foins ; il me nomme
pareffeux ; il ofe me reprocher l'extrême
défintéreffement de mon coeur , qualité propre
, dit- il , à me rendre un être inutile
dans la nature ; elle étouffe en moi cette
activité de l'ame d'où s'élevent les paffions,
fource du bien , principe des nobles efforts
qui conduifent à l immortalité. Pour toute
réponse à fon ennuyeufe épître , je lui
dirois volontiers comme le fou de Charles
11 l'écrivit à milord Rochefter , moi ,
j'aime à vivre de mon vivant.
Ciij
34
MERCURE DE FRANCE.
J'ai beaucoup de refpect pour tes grands
projets , Charles ; je ne veux pas contrarier
tes goûts , mais rien ne peut me les
faire adopter. Paffager fur ce globe , où
j'erre au gré de ma fantaifie , je n'y éle
verai point de monument. De ma vie ,
je ne defirerai l'admiration des hommes;
leur amitié me fuffit , être content de moi ,
ne mériter le reproche de perfonne , obliger,
quand je le puis ; ne nuire jamais , voilà
toute la philofophie de ton ferviteur &
de ton ami .
En attendant qu'un accès de mélancolie
m'engage à répondre à Sir George ,
dis- lui , de ma part , qu'il fe trompe fort
s'il croit me faire renoncer à ma paisible
indolence ; il la nomme en vain une coupable
inaction. Crois- moi , mon ami , de
toutes les qualités dont l'heureux affemblage
forme un bon naturel , le défintéreffement
( foit qu'il naiffe de la réflexion
ou de la pareffe ) eft la plus généralement
eftimée & la moins enviée . Elle ne bleffe
ni l'orgueil ni l'avidité du commun des
hommes ; dans fon ami défintéreffé ,
l'ambitieux voit un concurrent de moins :
l'infenfible , l'avare goûtent un caractere
qui les met à leur aife , & le petit nombre
doué d'une ame noble découvre avec
plaifir , chez les autres , le fentiment qu'il
OCTOBRE. 1768. $5
trouve en lui-même. Au refte , tu peux
affurer le fentencieux baronet que je fuis
incorrigible .
On m'a préfenté ; j'ai vu la cour . Déjà
introduit dans les meilleures maiſons , je
regarde , j'écoute , je compare ; mais je
fuis encore loin de juger . Si je ne craignois
de te faire jetter les hauts cris & de
m'attirer une feconde lettre de Sir George
, je te dirois , qu'en croyant fur fa
bonne foi , fur la tienne , rencontrer ici
des hommes très- différents de mes compatriotes
, je me vois déchu dans mon
attente . Sur mon honneur , foit ineptie ,
foit pénétration , les François me paroiffent
auffi Anglois que moi- même.
Ne te fâches pas , mon ami , tu me traireras
d'habile ou de fot , je t'en laiffe le
choix .
Pendant le cours de mes premiers
voyages , je penfai précisément ce que js
te dis aujourd'hui . Si , en arrivant chez
des peuples dont on cherche à connoître
les moeurs , quelques ufages étonnent &
femblent offrir aux yeux d'un étranger
des hommes nouveaux l'examen fait
bientôt difparoître ces nuances légeres &
ramene tout fous le même point de vue .
Les nations européennes fe vantent en

Civ
36.
MERCURE DE FRANCE.
vain d'une marque diftinctive , elle eſt
dans leurs habitudes , elle n'eft point
dans leurs fentimens. Montre- moi , parmi
ces diverfes nations , un homme agité
par une paffion qui ne puiffe émouvoir
mon coeur , & cet homme fera vraiment
un étranger pour moi.
Tu me demandes fi on s'amufe à Paris?
Modérément , je crois. Ou la nation
françoife eft prodigieufement changée ,
ou nous avons toujours eu d'elle une trèsfaulle
idée . Je cherche en vain , au milieu
de cette immenfe capitale , ces étres
compofés d'air & de feu , toujours en mouvement
, que la faillie , l'enjouement & la
vivacité diftinguent des autres habitans de
la terre ; fi je puis le dire fans bleffer les
loix de l'hofpitalité , je les trouve...
oui , ma foi , Charles , je les trouve auffi
ennuïeux que nous . Raifonneurs , polltiques
, l'adminiftration , l'agriculture , le
commerce & la philofophie font le fujet
des entretiens de tous leurs cercles ; les
femmes même s'en occupent , differtent,
difputent ; chacune eft du párti qui domine
dans la fociété , & malheur à qui
prétendroit en foutenir un autre. Les oùvrages
d'efprit font peu confidérés ; à
peine en parle ton en paffant , s'ils n'ofOCTOBRE.
1768. 57
frent pas une forte de fingularité qui eft
actuellement la folie d'une nation , au
trefois guidée par les graces , le plaifir &
le fentiment.
A Paris la fcène atriftée ne préfente
plus ces agréables intrigues , cette morale
cachée fous les ris , admirée dans tous les
pays , imitée par tous les génies de l'Eu
rope. Qui n'a pas voulu marcher fur les
traces de Moliére ? A préfent on s'en
écarte avec foin. Un genre s'eft introduit
, puis un autre ; puis chaque jour en
fait éclorre un nouveau . Tu vas me de
mander ce que j'appelle un genre ? Je ne
fçais trop comment te l'expliquer . Par
exemple , un bel efprit protégé donne une
piéce au théâtre , elle ne reffemble à rien;
fes amis crient au prodige : après un peu
de réſiſtance le parterre fe laille entraî
ner; la pluralité des voix l'emporte far
fes propres fenfations ; il applaudir. Deux
ou trois fuccès de cette efpéce font une
réputation brillante. Si quelques perfon .
nes fenfées , échapées à la féduction gé .
nérale , ofent juger l'ouvrage , blâmer des
défauts révoltans , on leur impofe filènce,
en difant : c'est le genre de l'auteur sin
Lady Mary eft donc fort empreffée de
fçavoir files Dames françoifes font bien
Cv
58 MERCURE
DE FRANCE
.
coquettes ? Eh ! mais elles le font autant
que celles de la Grande. Je · •
n'acheverai pas , je crains trop les querelles.
Il faut pourtant convenir d'une
vérité , la petite méchante ne m'en fçaura
pas gré : c'est que la coquetterie des Fran .
çoifes eft obligeante : il eft doux d'en
être l'objet , quand on poffède l'art de
n'en pas être la victime . Loin d'affecter,
comme mes cheres compatriotes , un dédain
marqué pour celui dont elles defirent
l'hommage , de le railler , de l'humilier
, de le tourmenter fans celſe ; c'eſt
par la politeffe , les égards , de flateufes
attentions qu'une Françoife cherche à
s'attacher l'homme qu'elle veut rendre
ridicule ou malheureux . En confervant
près d'elle affez de fang froid pour appercevoir
toujours le piége , & n'y jamais
tomber , on jouit long- tems du plaifir
de fe voir préféré , au moins en apparence
of s
Adieu , mon ami ; je fuis forcé de re
laiffer. Je t'apprends que j'ai trois maîtreffes
: la plus jeune a trente -fix ans. Ne
te hâtes pas de rire , encore moins de me
plaindre . Ce font de charmantes créatures.
Une lettre que j'avois à rendre à l'une
d'elles m'a fait devenir le favori de touOCTOBRE.
1768. 59
tes les trois , & je veux mourir fi , de ma
vie , j'ai paffé des momens plus agréables
que
dans leur fociété . Si Lady Mary ne
veut pas abfolument me voir marié avec
une Françoife , qu'elle redouble ſes prieres
; car je fuis en grand danger d'en époufer
trois .
VERS préfentés à M. le comte de Saint-
Florentin avec une Pendule. *
SUR les aîles des vents le temps fuit & s'envole .
De la Prudence le fymbole ,
Ce ferpent , à chaque heure , avertit la raison;
Et ce cadran rapide eft la terrible école
Où tout mortel voit fa leçon.
Heureux qui , banniſſant les guerres inteftines
Que les remords élevent dans nos coeurs ,
De ce cercle effrayant s'en font un de douceurs ;
Mais trop fouvent on fe blefle aux épines ,
Quandon ne veut que moiffonner des fleurs.
Tu ne les comptes point ces heures fugitives ,
Philofophe , infenfible aux vains événemens ;
Maître de ton coeur & du temps ,
* Cette pendule eft un vafe porté fur une co-
Jonne coupée & couronnée d'un ferpent , dont le
dard indique l'heure fur un cadran mobile.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Comme un ruiffeau qui s'échape à fes rives ,
Tu vois s'écouler tes momens :
Er toi , qu'enivre l'efpérance ,
Toi , qu'en les doux liens , amour fçut engager,
Ce fignal du bonheur , cette heure du Berger
Tarde toujours à ton impatience ;
L'art de jouir du temps , c'eft de le partager.
Qui le fçait mieux que vous , fur ce cadran
mobile
Arrêtez vos regards , Miniftre généreux , '
Vous fixez chaque inftant en le rendant utile ;
Vous les confacrez tous en faifant des heureux.
* 21027
Ces vers font de M. Poinfinet.
M.
LETTRE de M. la Condamine.
. EN ouvrant le Mercure , j'ai trouvé
à la premiere page des Vers qui accompagnoient
une branche de taurier , cueillie
fur le tombeau de Virgile , & envoyée par
feu S. A. R. Madame la margrave de Bareith
au roi de Pruffe fon frere. Ces vers
font fuivis de deux autres petites pièces ,
& on remarque dans une note , que l'on
ne peut guère méconnoître dans ces poëfes
, M. Voltaire , à qui elles font attriOCTOBRE
. 1768 .
1
buées. J'en conviendrai volontiers pour
les deux dernieres piéces ; mais je ferois
trop flatté qu'on pût juger aufli favorablement
de celle qui les précede. Les vers
envoyés par Madame la Margrave de Bareith
à ſa majeſté Pruffienne , font de moi .
Cette princefle m'honoroit de fes bontés.
Je lui avois fait ma cour à Avignon ,
en allant en Italie. Je l'avois retrouvée à
Florence , à Rome & à Naples ; & il n'a
tenu qu'à moi de faire le voyage d'Italie
avec elle. Je l'ai fouvent accompagnée
dans la vifite des monumens antiques
& même fur le Véfuve. Il est très- vrai
qu'elle cueillit , fur le tombeau de Virgile
près de Naples , une branche de lau
rier qu'elle me dit qu'elle vouloit envoyer
au roi fon frere. Elle me pria de
faire des vers pour cet envoi . Sur le premier
brouillon , il y avoit fur l'urne de
Virgile ; mais je corrigeai , en les copiant ,
au tombeau de Virgile , pour ôter la cacophonie
defur l'ur. M. de Voltaire pouravec
raifon , trouver mauvais qu'on
lui attribuât des vers de ma façon . Je
vous prie donc , Monfieur , dans le prochain
Mercure , de dire qu'ils lui ont été
attribués pár erreur ; ils ne font affurément
pas dignes de lui , & onlui fait affez
62 MERCURE DE FRANCE.
de mauvais préfens fans que je veuille en
augmenter le nombre. *
* Il nous étoit facile de nous tromper, en lifant
ces vers ingénieux
, & notre erreur eft bien par- donnable
, en connoiffant
le véritable auteur.
L'EXPLICA
' EXPLICATION de la premiere énigme
du Mercure de Septembre eft la neige ;
celle de la feconde eft la mode ; celle de
la troifiéme eft le bé - mol & le diefe ; le
mot de la quatrieme eft cruche. L'expli
cation du premier logogryphe eft raifon ,
où l'on trouve air & fon ; celle du fecond
eft orme , où l'on trouve rome , or, me
mer.
Ji
ÉNIGM E. 1
J fuis tout à la fois économe & prodigue,
J'ai les vertus d'un bon Chrétien ;
M'humilier & donner tout mon bien
Pour moi n'eft pas une fatigue ,
Jamais plus en repos que quand je n'ai plus rien.
De ma demeure parfumée ,
Le féjour eft délicieux .
Moins bruyant que la renommée ,
OCTOBRE. 1768 . 63
Comme elle j'ai cent bouches & cent yeux ,
Je fupplée aux faveurs du maître du tonnere ,
Quand l'ardeur du lion féche & brûle la terre .
Si Flore voit ternir fes plus vives couleurs ,
Je fçais la confoler par un torrent de pieurs.
U
AUTRE.
NE parfaite égalité
Fit toujours mon mérite unique ;
Une fçavante méchanique
Eprouve ma fidélité.
Je brille aux cieux : une déeffe
De me porter fe fait honneur.
Trop fouvent , faute de juftefle ,
Je fuis l'inftrument d'un voleur.
Lorfque j'ai quelque oracle à rendre ,
Sans parler je me fais entendre
Par un figne refpectueux.
Mes deux fuppôts offrent l'image
De ces deux jumeaux fabuleux ,
Dont l'un , de fon frere l'orage ,
Defcendoit au fombre rivage
Quand l'autre remontoit aux cieux.
64 MERCURE DE FRANCE.
AUT RE.
QUOIQUE deftinée à fervir ,
On me porte , & je me fais fuivre.
Chaque nuit on me fait revivre ;
Chaquejour on me fait mourir.
Sans fçavoir & fans éloquence ,
A chaque objet , quand le foir vient ,
Je puis redonner l'apparence
Et la couleur qui lui convient.
que
La graiffe fait ma nourriture ;
Rien pourtant n'eft plus fec
Et dans la plus fiere pofture
Du moindre vent je fuis la loi.
moi ;
Je fuis fans force en ma vieillefle ;
Je fuis pâle & languis toujours ;
Mais coupez le fil de mes jours ,'
Et vous me rendrez ma jeuneffe .
AUTRE.
A Mademoiselle ******* .
O VOUS , qui commencez à plaire ,
Et qui plairez dans tous les temps ;
OCTOBRE. 1768. 65
Car vous joignez aux agrémens
D'une figure à vous , d'une taille légere ,
Les charmes de l'efprit & ceux du caractere !
A deviner je vous préfente un nom ,
Nom fait pour occuper tout le facré vallon , `
Et tous les échos de Cythère ;
...
Sans grand effort vous devez le trouver.
Si quelquefois aux travaux de l'abeille ,
Vous prêtâtes vos yeux , & fur - tout votre oreille,
J'étois là ………. Je vous vois & fourire & rêver :
Rappellez-vous encor l'inftrument d'un apôtre ,
Par le moyen duquel il avançoit chemin ! ....
Ah ! fi jamais l'Amour fe faifoit pélerin ,
Je lui conſeillerois de n'en prendre point d'autre.
Par M. Guichard.
LOGO GRYPH E.
MON
ON langage , quoique muet ,
Eft pourtant facile à comprendre ;
Je m'adreffe au coeur en fecret :
Mais , malheureux qui feint de ne me pas entendre
!
Dans mes dix pieds , ami lecteur ,
Cherche la fille de ta foeur :
Ce bon vieillard rajeuni par Medée ;
La fille de Cadmus , le jour de l'hymenée :
La vache qu'aima Jupiter.
66 MERCURE
DE FRANCE
.
Le précieux travail d'un ver.
Un terme de géometrie ;
De l'animal une dure partie.
L'endroit où plaît un grand acteur ;
Ce qu'il faut pofléder pour être bon auteur.
Ce fourbe adroit dont l'artifice ,
Si funefte aux Troyens , fut aux Grecs fi propice.
Le bruit flateur des inftrumens ;
Un outil néceflaire à plufieurs artifans.
Un terme négatif, un autre de bréviaire ;
Un patriarche , un poids , de France une riviere.
Du faint pere un ambaſſadeur.
Je dois , en finiflant , Lecteur ,
T'avertir que mon témoignage
Tourmente le méchant & raffure le fage.
Par M. B**
(
DANS
AUTRE.
ANS mes fept pieds on pafle les deux jambes
Qui , fans mon bon fecours , ne feroient pas ingambes.
Ma tête eft chair , & le refte eft poiffon ;
Mon tout fert à couvrir la moitié de mon nom.
Par M. B **
AUTRE.
PLUS d'une fois , Lecteur , je t'ai vû dans mes
bras.
du buron
mellestyou.
Andantino
Air du
Si mais 12 prens un poux , je
Deux que la .. mour, que
L'amour me le donne
ww
qu'a La
fete
il vienne a.vec now , et que
main
y cou ron .. ne et
fin
•que
sa main now
cou .. ron..no . Vn choix con.. traire
sirs , de vient une your- ce,u .ne source
nos de .
larmes
Lia li .. ber scule a des charmes, elle est la
་་་
Jour ce des
plai nest ce
pas
au
colur choi . sir L'ob jet qu'il doit
mer Jan ces. se ! On voit bien tot la
Mow son
chai.ne le bles .
sent que sa chai по sa
dacaps
de l'Imprimerie de Recoquilliee rue duFoin StJacques

OCTOBRE. 1768. 67
Peut-être qu'à ce trait tu ne me connois pas :
Eh bien ! ôte ma tête , & fans aucun peine ,
J'offrirai pour lors à tes yeux
Un lieu près de Paris fur les bords de la Seine ,
Qu'illuftra la maifon d'un poëte fameux.
Par Mlle An...
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DICTIONNAIRE claffique de géographie
ancienne pour l'intelligence des auteurs
anciens , fervant d'introduction à celui
de la géographie moderne de Laurent
Echard , ou defcription abregée des
monarchies , des royaumes , des principautés
, des republiques , des tribus ,
des villes grandes , moyennes & petites
, des mers , rivieres , fleuves , lacs,
ports , ifles , prefqu'ifles , caps , montagnes
, volcans & forêts , depuis le
commencement du monde jufqu'à la
décadence de l'empire romain , dans
lequel on donne une idée fuccinte du
génie, des moeurs , de la religion , des
coutumes , du commerce des peuples
de la terre fous les différentes dominations
des Perfes , des Affyriens , des
Grecs & des Romains ; avec un précis
68 MERCURE DE FRANCE.
des principales révolutions qu'ils ont
effuyées . Ouvrage utile pour la lecture
des auteurs claffiques, poëtes, hiftoriens,
orateurs , géographes. A Paris, chez Lacombe
, libraire , rue Chriſtine , grand
in-8 °.1768.vol.de près de 700 p . rel . s 1 .
E Le fond de cet ouvrage eſt du pere J.
M. Y. Q. , d'une congrégation célébre ;
il ne l'avoit entrepris que pour fon ufage
particulier ; il le confia à un ami qui le
fait paroître aujourd'hui avec des augmentations
& des changemens qui en
font un nouvel ouvrage. On ne peut que
le remercier du foin qu'il a pris de le réfondre
& de le perfectionner ; cette production
intérellante manquoit à notre
littérature. Rien n'étoit plus difficile que
de lui donner la perfection néceffaire .
Les anciens géographes laiffent beaucoup
de vuide ; leurs commentateurs qui n'ont
fait que fe copier mutuellement pour la
plûpart , n'ont fait qu'épaiffir les ténébres.
Leurs livres ne font remplis que de
conjectures. Le grand dictionnaire de
la Martiniere ne doit point être compris
dans la profcription genérale des
compilateurs modernes. Quelques cri-
» tiques ont décrié cette fource abondan-
99

1
1
OCTOBRE . 1768. 69
» te , après y avoir puifé fans fcrupule ;
» femblables à ces animaux qui troublent
» l'eau claire dans laquelle ils fe font dé-
» falterés ; mais le Public fçait à quoi
» s'en tenir fur le jugement des écrivains
» ineptes , jaloux , dont la littérature a
» fourmillé dans tous les âges. On eft
incapable de faire un livre , on pille
» celui d'un autre , & on le remercie en
» l'infultant dans la préface ; tel a été le
» fort de la Martiniere , tel pourroit être
» celui de mon ami . Apeine le diction-
» naire de la géographie ancienne aura
» vu le jour , que quelque fçavant y cher-
» chera des fautes , & fous prétexte d'y
» en avoir trouvé un grand nombre , il
» en publiera un fecond , dans lequel il
» jouira du fruit des veilles d'un autre. »
L'effai hiftorique qui eft à la tête de ce
dictionnaire préfente des détails critiques
très intéreſlans ; l'Auteur prouve que
pour parvenir à faire un bon livre , il faut
en confulter beaucoup; il fait voir combien
la plupart des fources font incertaines
pour les ouvrages de recherches & de difcuffions.
Tacite peint les Germains de
maniere à faire penfer qu'ils étoient tous
des Socrates ; ces Socrates étoient des
barbares qui facrifioient des victimes humaines
à la divinité . L'hiſtoire n'offre
70
MERCURE DE FRANCE.
""
pas feule ces difficultés ; la chronologie
en préfente de bien plus étranges encore ;
les différentes manieres de compter parmi
les peuples y ont un peu contribué ,
ainfi que la petite ambition de paroître
fort anciens. Toutes les nations ont voulu
être les premieres ; toutes ou prefque toutes
ont prétendu que le coin de la terre
qu'elles occupoient avoit été habité avant
les autres. « Qui oferoit douter que les
» Suédois defcendent en droite ligne de
Magog , petit- fils de Noé , lorfque tous
les hiftoriens le repétent , & qu'ils don-
» nent la datte préciſe de fon arrivée dans
» le pays ? Ce fut l'an 88 , après le déluge
, le 6 Septembre à cinq heures du
» foir. On a beau dire qu'on ne trouve
» aucune trace du mot de Magog dans
celui de Suéde , & que fa tranflation eft
bâtie fur des chimeres ; la choſe n'en
eft pas moins vraie , & avec les fçavans
il nefaut pasêtre fi difficiles en preuves. »
La manie des étymologies n'a pas été une
des moindres fources d'erreur ; on a voulu
avec ce fil pénétrer dans tous les dédales de
la chronologie ; & on n'a fait que la rendre
plus obfcure & plus impénétrable .
"
L'Auteur , après ces détails qui ne
font point étrangers à fon fujet &
qu'il ramene à la géographie , parle de
OCTOBRE. 1768. 71
fon travail ; il s'eft borné à ce qu'on appelle
la géographie ancienne qu'il a cependant
étendue jufqu'à la décadence de
l'Empire Romain. « Mon ami avoit ex-
» clu de fon dictionnaire une foule de
noms de villes , de forêts qui ne ſub-
» fiftent plus depuis long - temps. Que
» nous importe , dira un petit maître , la
» connoiffance de tant de lieux obfcurs &
» oubliés ? J'avoue fans peine , dit la
"
Martiniere dans la préface de fon dic-
» tionnaire , que cela n'intéreffe guères
» ni le fermier général , dont la géogra
phie fe borne aux bureaux de fes recet-
» tes , ni le chanoine qui mange dans une
» molle oifiveté les revenus d'une pré-
» bende bien fondée ; mais n'y a- t- il donc
» que ces gens - là dans le monde ? L'hom-
» me de lettres qui lit les anciens hifto-
"
riens , le profeffeur qui explique les
» aateurs grecs & latins , font charmés
» de connoître les noms , & quelque vague
que foit l'explication qu'on lui
» fournit , fa curiofité eft plus fatisfaite
» que fi on ne lui difoit rien du tout. »
Ce dictionnaire , quoiqu'il ne forme
qu'un feul volume , contient tous les articles
les plus importans ; il en eft peu
d'effentiels qui foient échappés à l'Auteur
; quant à leurs pofitions il n'étoit pas
**
72
MERCURE DE FRANCE.
poffible de donner des défignations parti
culieres , lorfqu'on n'en trouvoit que de
générales fur les limites des villes & des
contrées anciennes . On a fuivi la terminaifon
françoife dans les noms géographiques
, quand elle ne s'éloigne pas de
la terminaifon latine ; le ftyle en eſt fimple
, précis , & celui qui convient aux
abregés de cette efpéce . L'Auteur a foin ,
en parlant des villes anciennes , d'indiquer
les différens noms qu'elles ont porté
& celui que portent celles qui fubfiftent
encore ; il n'a rien négligé pour lui donner
tout l'intérêt dont il étoit fufceptible.
Proverbes dramatiques. A Paris , chez
Merlin , libraire , rue de la Harpe , visà-
vis la rue Poupée , in- 8 ° . 2 vol. 1768.
Les proverbes font un amufement de
fociété , inventé il y a long- temps , négligé
enfuite , renouvellé depuis peu , &
fort en ufage aujourd'hui . On choifit une
action qui fournit une ou plufieurs ſcènes
qui répondent exactement au proverbe
qui leur fert de titre . L'Auteur de ceux
que nous annonçons en a dialogué trente
trois ; il préfente chacun de ces petits
drames fous un titre particulier , & ne
place le proverbe qu'à la fin du volume
pour
6
"
1
OCTOBRE. 1768. 73
pour laifler au Public le plaifir de le deviner.
- Dans le premier , le comte d'Orville
va trouver M. Dupas , maître de ballets,
pour le confulter fur fa danfe ; celui- ci
qui ne le connoît pas , le prend pour
un figurant qui veut débuter , ne trouve
en lui qu'un danfeur pitoyable ; mais
dès qu'il apprend qu'il a à faire à un homme
de qualité , il ſe retracte & jure qu'il
n'a rien vu de fi merveilleux ; le prover
be eft : Selon les gens l'encens.
Le drame, intitulé le Poulet,offre un M.
d'Orville qui, après une longue diete terminée
par une médecine , eftpreffé de profiter
de la permiflion que lui a donné fon
médecin de manger une aîle de poulet.
Pendant qu'on met fon couvert , il s'endort
; fes gens n'ofent le réveiller , &
mourant de faim , eux-mêmes mangent
le poulet , le pain, & boivent la bouteille
de vin deſtinés au malade ; lorfqu'il fe
reveille , ils lui perfuadent qu'il a mangé
le tout ; le médecin qui arrive & qui en
eft inftruit , étonné de l'intempérance de
M. d'Orville , & en craignant les fuites ,
le condamne à l'eau de poulet pour huit
jours ; le proverbe eft : les battus payent
L'amende. Une aventure arrivée au cardi
I Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
nal Dubois , a vraisemblablement fourni
l'idée de ces fcènes qui font très- plaifanres.
Ce miniftre avoit beaucoup d'affaires.
Pour les expédier plus promptement,
il ne voulut point dîner , & ordonna
qu'on lui tînt feulement un poulet prêt
pour quatre heures après midi. Un chat
déroba ce poulet ; on ne s'en apperçut
qu'au moment où il falloit le porter ; les
domestiques embarraffés perdirent beaucoup
de temps à faire d'inutiles recherches
; le cardinal ne fonna pas avant neuf
heures ; on lui dit qu'il avoit été ſervi à
quatre comme il l'avoit commandé ; il
crut réellement avoir été affez diftrait par
les affaires qui l'occupoient , pour en avoir
perdu le fouvenir ; il racontoit fouvent
cette aventure avec plaifir ; fa bonne foi
la rendait très plaifante , & on fe garda
bien de le détromper.
-
Le Sourd. M. de Lorme doit marier
fa fille à M. Dumont , qu'il n'a jamais vu
& qui doit arriver inceffamment de
Tours. Mirville , paffionnément amoureux
de Mlle de Lorme , eft pris par le
pere pour le gendre qu'il attend , le vieil .
lard , qui eft fourd , n'entendant que quel
ques mots , a foin de les expliquer felon
fes idées ; Mirville a beau parler , le pere
OCTOBR E. 1768. 75
qui fe trompe lui - même , figne le contrat
de mariage. Le proverbe eft : le premier
venu engraine.
Dans le Suiffe malade , le baron de
Rotsberg , capitaine Suiffe , eft indiſpoſé
depuis long-temps ; le major de fa compagnie
lui confeille d'appeller un médecin
; celui - ci ordonne de faire boire
beaucoup le malade & de lui donner une
garde. Le major envoie chercher auffi-tôr
une garde de quatre hommes à qui il configne
la porte de la chambre du capitaine
avec défenſe de laißer entrer perfonne ;
il fait venir en même temps plufieurs
bouteilles de vin . Le capitaine boit avec
fon fergent ; tous deux s'enivrent . Le médecin
revient ; la fentinelle ne veut pas le
laiffer entrer ; le major qui arrive , leve
la configne en faveur du docteur qui eſt
bien étonné de la maniere dont on a pris
fon ordonnance ; il l'explique ; il avoit
dit de donner au capitaine une garde malade
, & de lui faire boire de la ptifanne.
L'entente eft au difeur; voilà le proverbe.
Les faux indifferens. La comteffe & le
chevalier croient ne plus s'aimer;rous deux
craignent de fe l'avouer & le defirent ; ils
prennent le parti de s'écrire ; ces lettres les
éclairent ; leurs regrets leur font connoître
qu'ils s'abufoient ; ils s'épouſent , &
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
le mot du proverbe eft : le feu eft cachéfous
la cendre.
"
Le Portrait forme une petite piéce
très plaifante . La comteffe de Mineville
fait faire fon portrait ; elle en eſt
d'abord enchantée ; plufieurs perfonnes
qu'elle amene en jugent différemment
elle ne s'y reconnoît plus ; elle veut le laiffer
au peintre qui eft défefpéré. Le baron
d'Orban , oncle de la comteffe , vient enfuite
; il en eft très content , l'achette &
confole le peintre . Après la pluie le beau
temps.
Le Seigneur auteur. Le duc veut faire
des vers ; il n'y réuffit pas ; fon válet- dechambre
lui dit de les faire faire ; un
poëte tragique & un poëte d'opéra comique
arrivent ; ils foulagent le duc de fon
embarras , en faifant chacun un vers du
couplet; le duc les écrit & croit les avoir
compofés : unpeu d'aide fait grand bien.
Le Mari abfent. Catherine , pendant
l'abfence de Gros- Jean fon mari , a écouté
les foupirs du bailli ; elle eft fort inquiéte
de ce qu'il penfera à fon retour de
deux enfans dont fa famille eft augmen .
tée ; le bailli la raffure ; il entretient Gros-
Jean , & lui dit que le feigneur du villadans
le deffein d'encourager la popu
ge,
lation , a promis de donner cent écus par
OCTOBRE. 1768. 77
enfant qui naîtroit dans fa terre ; Gros-
Jean défefpéré de fon abfence qui l'a empêché
de profiter de cette générofité , eſt
confolé par le bailli qui lui apprend que
Catherine , en femme d'ordre , a pourvû
à fes intérêts. Gros- Jean qui n'eft pas
bien content de ce zèle , change d'avis en
voyant deux jumeaux dans les bras de fa
femme ; & il la remercie d'avoir doublé
fa récompenfe abondance de biens ne
nuit pas.
: .
Le Diamant. Ikaël , marchand Juif,
apporte un très- béau diamant à Madame
de Gercourt; il vaut douze mille francs;
on le laiffe pour fix. La Dame en eft enchantée
; elle voudroit l'avoir ; elle n'ofe
demander à fon mari la fomme néceffaire
pour l'acheter ; elle fait part de fon embarras
au comte fon amant qui offre de
la lui avancer. Une réflexion arrête Madame
de Gercourt ; que penfera fon mari
quand il lui verta cette bague ? On imagine
de lui envoyer le Juif avec ordre de la
lui laiffer pour cent louis ; le comte paye.
ra le furplus. Le projet paroît admirable.
M. de Gercourt achete le diamant ; un
de fes freres vient lui dire qu'il marie fa
fille ; il eftime le diamant à la véritable
valeur ; il demande qu'on le lui céde ;
M. de Gercourt le donne à condition
Diij
78 MERCURE
DE FRANCE.
qu'on lui rendra les cent louis , & qu'on
n'exigera pas qu'il faffe d'autre préſent à
fa niéce. Il raconte cette bonne fortune à
La femme qui eft défefpérée ; elle maltraite
le comte qui eft obligé de payer le
Juif & de renoncer à l'efpoir qui l'attachoit
à cette Dame ; le proverbe eft le
même que celui du pouler les battus
payent l'amende. Le drame eft bien conduit
& très-gai.....
:
L'abbé de Coure-dîner refufe un excellent
gigot que fa gouvernante lui préparoit
, & va chercher à dîner ailleurs ; il
court dans plufieurs maifons où il croir
faire bonne chere ; dans l'une on ne dîne
pas ; dans l'autre on eft malade ; dans une
troifiéme on a dîné , &c. Il eſt forcé de
revenir chez lui manger fon gigot ; fa
gouvernante qui ne comptoit fur fon retour
que pour le foir, eft abfente ; il prie
fes voisines de lui recommander de tenir
fon fouper prêt de bonne heure , & va
l'attendre à la comédie : qui s'attend à l'écuelle
d'autrui , dine fouvent par coeur..
L'Hiftoire. Plufieurs Dames ne fçavent
que faire de leur après- dîner ; en attendant
l'heure de la promenade , elles s'entretiennent
; elles voudroient fçavoir une
hiftoire qui fait beaucoup de bruit ; elles
la demandent à un abbé qui arrive, il la
OCTOBRE. 1768. 79
fçait mal & laiffe parler un commandeur
qui le fuit ; celui- ci la commence , fait de
fréquentes digreffions qu'il affure être nécellaires
& qui font inutiles , oublie fon
hiftoire & part fans avoir rien dit : promettre
& tenirfont deux.
Le Bal. M. de Clervaut eft amoureux
de Madame d'Orville ; il va à un bal pour
la voir ; fa femme conduite par le chevalier
qui la preffe d'oublier fon mari ,
prend un domino femblable à celui de
Madame d'Orville , entend les galanteries
que lui adreffe fon mari , lui dit
qu'elle n'y croira point qu'il ne lui ait
facrifié le portrait de fa femme. M. de
Clervaut le lui donne ; elle le remet au
chevalier , qu'elle choisit pour fe venger :
il donne des verges pour ſe fouetter.
Le Bavard. Le commandeur de Grifac
vient recommander M. de la Poterniere
, major de Bouchain , (à la comteffe
de Sourville ; celle- ci ne veut s'intéreffer
à lui qu'à condition qu'il ne fera
que préfenter fon mémoire fans parler de
fon affaire . Le major , inftruit de cette condition
, ne la fuit point ; il bavarde beaucoup
, laffe la comteffe qui renonce à le
fervir , & le proverbe eft : trop parler
nuit.
Le Veuf. M. de Grandpré vient de per-
Div
8,0 MERCURE DE FRANCE.
dre fa femme ; fon ami d'Erviere prend
part à fes peines. M. d'Orbel fe propoſe
de le confoler ; il parle de la défunte , il
vante fon art de contrefaire tout le mon
de , l'imite ; le veuf ne trouve pas l'imitation
exacte & montre à d'Orbel comment
elle faifoit ; on imite un rieur , le
veuf rit beaucoup , & pleure auffi - tột
après ; en parlant de la danfe & de la voix
de Madame de Grandpré , il chante &
danfe ; on finit par le conduire à l'opéra :
il n'y a point d'éternelles douleurs.
Nous nous bornerons à ces proverbes ; il
y en abeaucoup d'autres qui mériteroient
des extraits plus détaillés ; le dialogue en
eft fimple , naturel ; l'Auteur a tâché de
conferver le ton de la converſation , &
ce n'eft pas un mérite médiocre ; il y a
beaucoup d'efprit & de facilité. Quelquesuns
plairoient fûrement au théâtre , fi on
les y repréfentoit ; ce feroient de petits
intermedes fort agréables .
Vie du Cardinal du Perron , archevêque
de Sens & grand aumônier de France ;
par M. de Burigny de l'académie royale
des infcriptions & belles - lettres . A
Paris , chez de Bure pere , quai des Au.
guftins , à St Paul , un vol . in 12 .; prix
liv. broché. 3
OCTOBRE. 1768. 8x
Perfonne n'avoit encore écrit la vie du
cardinal du Perron ; cette entrepriſe étoit
difficile par la multitude & la variété des
fources. M. de Burigny vient de l'exécuter
avec fuccès ; une critique fage &
éclairée l'a conduit au milieu de ces difficultés
; il a difcuté la plupart des faits ,
& lorfqu'il étoit impoffible de faire un
choix parmi les fentimens différens , il
s'eft contenté de les rapporter. On n'eft
point d'accord fur le lieu de la naiffance
de du Perron , ni fur fon origine ; les uns
veulent qu'elle foit obfcure ; un petit
nombre qu'elle foit noble ; on le fait naî
tre à Saint- Lo, & dans la Baffe Normandie
; on convient que fes parens étoient
calviniftes , & qu'ils s'expatrierent pour
éviter la perfécution . Davy du Perron leur
fils revint en France il fe fit des protections
& embraffa la religion catholique ;
il ne tarda pas à fe rendre célébre par
plufieurs difcours ; après la mort de Ron
fard, il en prononça l'éloge ; la furdité du
poëte donna lieu à cette exclamation de
l'orateur. Bienheureux fourd qui a don

né des oreilles aux François pour en
tendre les oracles & les myfteris de la
poësie. Bienheureux fourd qui a tiré
" notre langue hors d'enfance , qui lui a
55 formé la parole , qui lui a appris à fe
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
»
» faire entendre parmi les nations étran-
" geres. De fon temps an appelloit cela
de l'éloquence . Du Perron s'appliqua auffi
à la poëfie. Nous citerons quelques vers
du poëme intitulé : l'Ombre de M. l'amiral
de Joyeuse ; il fait parler fon héros
fous le nom de Daphnis , & lui fait faire.
ainfi l'éloge du Roi .
· : J'irai de mes ans contant toute l'hiſtoire ,
Je leur dirai (aux héros fortunés) comment vivant
:: je fus aimé
D'un roi fi généreux , fi grand , fi renommé ,
Qui fe voit adoré de la terre & de l'onde ,
Et qui fert de lumiere aux autres rois du monde :
Prince égal à lui feul , dont le los mérité
Apour lieu l'univers , pour temps l'éternité.
Il ne manque à ces vers que d'avoir eu
Henri IV pour objet ; du Petron ne tarda
point de faire fortune ; il entra dans
l'état eccléfiaftique ; Henri IV , à la follicitation
de Sully , le nomma à l'évêché
d'Evreux. Il ne crut pouvoir mieux témoigner
fa reconnoiffance au roi qu'en
l'exhortant à abjurer le calvinifme . Ce
prince , en effet , confentit à recevoir fecrettement
des inftructions de l'évêque
d'Evreux . Du Perron affifta à la cérémonie
de fon abjuration à Saint- Denis ; la
OCTOBRE . 168. 83
Sorbonne , infectée du poifon de la ligue ,
ne le ménagea pas dans la lettre qu'elle
écrivit contre l'abfolution du Roi ; elle
prétendit que le Pape feul avoit droit
d'abfoudre Henri , mais qu'il ne pouvoit
pas le recatholifer , & que fi d'aventuré il
le faifoit , elle le déclareroit lui - même
hérétique. Du Perron fut envoyé à Rome
pour ménager la grande affaire de l'abfolution
avec le cardinal d'Offat ; on ſçait
quel fut le fuccès de la négociation , & la
maniere dont on en fit la cérémonie. Les
proteftans crierent beaucoup. D'Aubigné
chercha à tourner les ambaffadeurs en ri
dicule. Il a fallu , dit- il , que Henri IV
» fe profternant aux pieds du Pape , ait
» reçu les gaulades en la perfonne de
» M. le convertiffeur & du cardinal d'Of
fat , lefquels deux furent couchés fur
» le ventre à bêchenés , comme deux pai-
» res de maquereaux fur le gril , depuis
miferere jufqu'à vitules. »
39
Les catholiques n'étoient pas plus fatisfaits
; Longuerue , dont le pere pouvoit
avoir vu des gens qui avoient été
témoins de cet événement , en parle ainfi;
« D'Offat & du Perron l'échapperent
belle quand on fçut en France la maniere
de l'abfolution de Henri IV à
"
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
» coups de bâton. Le déchaînement fut
» univerfel , & je ne fçais pas ce qui leur
» feroit arrivé fans M. de Villeroi , qui
» étoit un grand papimane. Le chancelier
» de Chiverni crioit comme un aigle :
on s'eft tant déchaîné contre Henri III
» mon bon maître , qu'a - t il fait d'appro-
» chant ? Tous les gens de robe , tous les
» gens d'épée crioient de même. Henri IV
» voyant que l'affaire étoit faite , la prie
» par le bon côté. » Les railleurs s'égayerent
aux dépens de du Perron ; on fit des
épigrammes contre lui , dans une on s'adreffoit
ainfi au Pape .
D'un fi léger bâton ne doit être battu
LePerron à vos pieds lâchement abbatu ;
Sa coulpe envers fon roi eft par trop criminelle .
Si la verge de fer que Chrift tient en fa main
Vous tenez en la vôtre , ô vicaire romain ,
Rompez-lui tout d'un coup les reins &la cervelle .
Toutes ces plaifanteries n'ôtoient rien
au mérite de du Perron ; il montra du talent
pour les négociations ; il en avoit
pour la controverfe ; il convertit le célé
bre Sancy , général des Suiffes ; les Proteftans
ne manquerent pas de s'en affliger
, & de s'en venger par des fatires ; ils
OCTOBRE . 1768 . 85
ן כ
و د
99
"
la
publierent la confeffion de Sancy dédiée
à l'évêque d'Evreux. « C'eft en votre fein
capable de toutes chofes , Monfieur mon
» confeffeur , que j'ai voulu jetter ce pe-
» tit avorton ; vous ayant oui , par ma-
» niere de paffetems , défendre l'alcoran
» de Mahomet & le talmud des Juifs ,
» avec telle dextérité que les efprits des
» auditeurs furent mi partis , voulant
» fans le long voyage qui les fâchoit, ou
pauvreté qui les étonnoit , les uns
» coëffer un turban , les autres un bonnet
orangé , &c. » Du Perron avoit de la
vanité , il fut fenfible à ces plaifanteries
& s'en confola bientôt en les attribuant à
l'envie , & peut-être il n'avoit pas tort .
Il eut foin de faire fa cour au Pape , &
obtint facilement le chapeau de cardinal
que Henri IV demanda pour lui . Il donnoit
fon loifir à l'étude . L'abbé de Longuerue
difoit qu'il s'étoit fait le colonel .
général de la littérature . Tous ceux qui
sy deftinoient fe faifoient préfenter au
cardinal qui , plein d'admiration pour
Rabelais , ne manquoit pas de demander
aux candidats : avez vous vu l'auteur ?
Sa réputation littéraire n'a pas été ménagée
. Scaliger l'appelloit le charlatan
» de la cour. On lit dans le Scaligerana ?
» ce cardinal a eu une grande ambition ;
»
$6 MERCURE DE FRANCE.
33
» il n'eft pas docte , mais Locutuleïus ( un
babillard ) il plaît aux Dames . » On n'a
pas plus épargné fes moeurs ; M. de Burigny
les juftifie. Il fait confidérer le cardinal
du Perron comme un homme qui
avoit du génie , des connoiffances , une
mémoire prodigieufe ; il étoit bon négociateur
, fes deux voyages en font foi ; il
eut le malheur d'être attaché aux opinions
ultramontaines ; il avoit de l'ambition ,
beaucoup de vanité , mais il ne fe livra
point aux vices groffiers qu'on lui reproche
. Sa vie offre des détails intéreffans
des anecdotes , des recherches & de la
critique.
Oraifon funèbre de la Reine ; par M. l'archevêque
d'Aix.
Ce vieillard refpectable , avant de commencer
la meffe pour la Reine , dit au pié
de l'autel , en s'adreflant au peuple : « C'eſt
» du bord de mon tombeau que j'appelle
vos regards fur celui de l'augufte Reine
» que nous pleurons tous. Nous prions
» pour elle , & nos neveux l'invoqueront
» un jour. Heureux quand je ceffe de pou-
» voir vous inftraire par mes leçons , de
vous laiffer l'exemple de fes vertus ! »
OCTOBRE. 1768 . 87
Oraifon funébre de très haute , très - puiffante
& très- excellente princefle Marie
princeffe de Pologne , reine de France
& de Navarre , prononcée à St Denis
le 11 du mois d'Août 1768 , par mef
fire Jean- Georges Lefranc de Pompignan
, évêque du Puy. A Paris , chez
Guillaume Defprez , imprimeur ordinaire
du roi & du clergé de France ,
rue St Jacques .
L'Orateur a pris fon texte dans le livre
de la fageffe : Invocavi & venit in me fpiritus
fapientia , & præpofui illam regnis
&fedibus... Venerunt autem mihi omnia
bona pariter cum illà. J'ai invoqué le
Seigneur & il m'a donné la fageffe ; je
l'ai préférée aux royaumes & aux trônes,
& tous les biens me font venus avec elle .
C'eft cetre vertu que la Reine a pratiquée
avec le plus d'éclat . On la préfente rempliffant
les devoirs de la religion & foutenant
les épreuves les plus terribles . Nous
nous bornerons à cirer quelques traits de
ce difcours ; il eft beau de voir une grande
reine travaillant de fes propres mains
des les pauvres. « C'est à
vêtemens pour
leur habillement , au fervice & à la dé-
" coration des autels qu'elle confacroit
» le travail , l'une des occupations de fes
88 MERCURE DE FRANCE.
"" journées. Des peintures ordinairement
» faintes , toujours innocentes en étoient
» le délaffement. Cette maniere de fub-
» venir aux befoins des pauvres avoit plus
» de charmes pour elle que tout autre.
» Car en répandant fur eux fes tréfors ,
» elle étoit leur protectrice & leur fou-
» veraine ; en travaillant poux eux elle
» étoit leur fervante ; ou fi ce terme dont
» elle n'eût cu garde d'être bleffée, revolte
» une fauffe délicateffe , elle étoit celle
» de Jefus-Chrift . » On reptéfente la Reine
dans fa vie particuliere, aimant ceux qui
l'entouroient , également éloignée de ces
reprimandes impérieufes qui découragent
les ferviteurs les plus zélés , & de ces rebuts
dédaigneux plus difficiles encore à
Supporter. " Sa vivacité naturelle , ( cat
pourquoi la diffimuler ? Puifqu'il eft du
deffein de Dieu que les juftes ayent des
" combats à foutenir contre eux- mêmes,
» & des victoires à remporter fur leur
tempérament ) fa vivacité naturelle
» s'exhaloit quelquefois par des otages
qui fe diffipoient dans un inftant ; fon
" front n'en paroiffoit enfuite que plus
ferein ; elle réparoit ces impatiences
» par des témoignages d'une bonté fi engageante
, qu'ils euffent pu faire fou-
» haiter qu'elle fortît plus fouvent de fa
99
>>
و د
"2

OCTOBRE . 1768. 89.
E
» douceur & de fa tranquillité ordinai .
» res. » La Reine avoit des amis ; ce mot
feul fi vrai fuffit à fon éloge ; elle étoit
fenfible. « Cette fenfibilité aux dou-
» ceurs de l'amitié n'eſt pas toujours join-
» te à l'amour des hommes en général ;
» elle y eſt un obftacle dans les coeurs re-
» trécis par l'amour propre , idolâtres
» d'eux-mêmes, & portant cette idolâtrie
» dans le commerce de l'amitié. La charité
avoit élargi le coeur de la Reine ;
» elle y mettoit tous les fentimens à leur
place. L'aménité regnoit dans tous
fes difcours ; elle traitoit les abſens avec
autant de bonté que les préfens.
« Elle
» déteftoit la médifance dont les traits
» font plus acérés , & les bleffures plus
incurables dans la bouche des rois que
» dans celle des autres hommes. Elle
» avoit pofé autour defes lèvres une garde
» pour qu'elle ne les fouillât jamais . Ses
» oreilles étoient environnées d'une haie
» d'épines pour ne pas l'écouter avec complaifance
, pour ne pas même la tolérer.
Dans la feconde partie l'Orateur
retrace le tableau des épreuves que la
Reine a foutenues ; il peint fes regrets à
la mort de feu M. le Dauphin . Nous aurions
penfé qu'après une telle défolation
29
33
» Dieu auroit donné quelque relâche à
H
90 MERCURE DE FRANCE.
"
la Reine , & qu'il eût du moins fuf-
» pendu fes coups , s'il devoit lui en por-
» ter de nouveaux ; les hommes l'auroient
» cru , mais leurs penſées ne font pas les
penſées de Dieu ; il avoit réfolu d'unir
» dans cette princeffe le comble des fouf-
» frances à celui des grandeurs humai-
» nes ; il fçavoit toutes les épreuves qu'el-
» le étoit capable de foutenir avec les
graces qu'il lui deftinoit ; & prefque
dans le moment même que fon amour
» maternel venoit d'être crucifié par la
» mort de fon fils , il l'attacha par la mort
» de fon pere à la croix qu'il tenoit toute
prête pour fon amour filial. » Nous .
terminerons cet article par ce morceau ;
M. l'évêque du Puy adreffe la parole à
Monfeigneur le Dauphin ; il préfente
dans fa perte un motif de confolation en
ce qu'elle fera la protectrice de fes fujets
dans le ciel. « Elle fera fur - tout la vôtre ,
Monfeigneur , elle attendoit de vous
» ce que la mort nous a ravi dans votre
augufte pere. Mais quel nom viens- je
» encore de prononcer devant vous? Et y
ajouterai -je celui d'une mere qui a em-
» porté vos regrets & les nôtres dans le
même tombeau que fon époux ? Faut- il
» que mon trifte miniftere vous rappelle
32
"9
39
OCTOBRE . 1768. 91
» aujourd'hui toutes vos pertes & toutes
» vos douleurs ? C'eft ainfi , Monfei-
» gneur , que Dieu inftruit vos premieres
» années. Il accumule autour de vous les
» preuves du néant des grandeurs hùmai-
» nes. Le degré qui vous approche du
» trône vous avertit du terme qu'elles
"
و د
>>
doivent avoir. Dieu fait plus pour vo
» tre inftruction ; il vous enfeigne le véritable
ufage de ces grandeurs par des
modeles qui ne s'effaceront jamais de
votre efprit. D'heureux préfages nous
›› annoncent que vous fçaurez les imiter.
» Daignez , grand Dieu , confirmer ces
préfages. Couvrez de l'ombre de vos
aîles , protégez de votre droite ce pré-
» cieux rejetton de tant de rois . Confer-
» vez- nous & comblez de vos dons avec
» lui les princes fes freres , l'objet , après
» lui , de nos efpérances & de nos voeux .
» Qué ce facrifice que nous allons vous
» offrir pour la délivrance d'une ame que
» vous avez peut - être déjà couronnée
" foit pour la perfonne facrée du Roi ,
» pour fon royaume , pour l'églife de
» France , la fource de vos éternelles bé-
» nédictions . »
Traduction du Cantique Allemand , chanté
par l'affemblée des habitans de Col92
MERCURE DE FRANCE.
mar de la confeffion
d'Augsbourg , au
fervice funébre célébré pour la Reine
dans l'égliſe luthérienne de cette ville,
le 12 Juillet 1768 .
Peuples, profternez- vous ! cachez votre
face dans la pouffiére , voyez l'Ange exterminateur
! Le voici de nouveau prêt à
tirer fon glaive vengeur. Prie , ô patrie !
Demande grace ! Celui dont la main terrible
a frappé le premier- né de Louis ,
menace maintenant les jours de fon
épouſe !
Grand Dieu , le coup eft frappé ! Elle
tombe ! Le plus bel ornement du trône
eft précipité dans la nuit de la mort , fur
le tombeau de fon fils. O France ! ta
reine , ta mere n'eft plus ! Courbée fous
le poids des afflictions , elle vient d'y
fuccomber.
Citoyens , fondez en larmes ! Pleurez
avec les nations les plus éloignées ; car le
regne de la vertu s'étend fur tous les habitans
de la terre. Pleurez une héroïne
formée par la main da Tout- Puiffant , une
héroïne qui , dans un rang moins élevé ,
étoit déjà devenue l'exemple de tous les
peuples .
H
OCTOBRE . 1768. 93
Voyez la Religion ! Elle inonde fa tombe
de fes larmes . Voyez l'Ange Tutelaire
de la France qui cache la face devant fon
trône abandonné. Voyez chaque ami de
l'humanité fondre en larmes avec Louis
notre pere. Voyez fon char funébre environné
de ceux qui formoient fa cour ,
des pauvres en lamentation .
Mort inexorable ! fois fiere d'une proie
à laquelle les peuples prodiguoient leur
encens. Mais que nos coeurs fe transforment
en urnes pour recueillir cette cendre
précieufe. Que la patrie lui éleve un monument
dans la mémoire de nos derniers
neveux , & que fouvent elle le mouille de
fes larmes .
Efprit glorifié ! toi qui , ceint d'une cou
ronne de féraphins, célébres déjà la gloire
de l'Eternel , viens joindre tes prieres à
celles que nous envoyons devant fon trô
ne. Grand Dieu, exauce fes fupplications
& les nôtres , & daigne prolonger les
jours du monarque que ton amour nous a
donné.
Ce cantique a été compofé par M. Pfef
fel de Colmar , & traduit en françois par
M. Baër , aumônier de la chapelle royale
de Suéde , à Paris.
94
MERCURE
DE FRANCE.
<
Mandement de Mgr l'archevêque de Lyon ,
qui ordonne des prieres publiques pour
le repos de l'ame de la Reine. A Lyon,
de l'imprimerie d'Aimé de la Roche ;
à Paris , chez Lottin ; Hériffant fils , rue
St Jacques ; Saillant , rue St Jean de-
Beauvais ; & Simon , imprimeur du
parlement.
Mgr l'archevêque de Lyon , en parlant
de la mort de la Reine , jette un coup d'oeil
rapide fur la vie de cette princeffe ; il
parcourt les viciffitudes de la fortune de
Stanillas le Bienfaifant , & toutes les voies
dont s'eft fervie la providence pour conduire
Marie Lekzinska au trône de Fran
ce. « Voilà , N. T. C. F. une légere efquiffe
des merveilles de providence &
» de grace que le Seigneur a fait éclater
» dans la vie de notre augufte Reine , &
» qui , après lui avoir ſi juſtement mérité
» notre vénération & nos regrets , la ren-
» dront un objet d'admiration pour les
races futures. On dira d'elle non-feule-
» ment ce que dit l'écriture de la femme
» forte , que fon époux a été tout éclatant
» de gloire dans l'affemblée des juges de
» la terre , mais qu'elle a été l'épouse du
» meilleur comme du plus puiffant des
" rois ; que le Roi a reconnu & loué mille
"
:
OCTOBRE. 1768. 95
*
» fois fa vertu ; que les enfans de leurs
» enfans fe fuccédant juſqu'à la fin des fiċ-
» cles font la preuve toujours fubfiftante
» des bénédictions que le Seigneur a ré-
» pandues fur leur alliance , & que Marie
» de Pologne , tige féconde de tant de
" princes & de heros , a été la plus heu-
» reufe de toutes les meres . » Ce mandement
rempli d'éloquence & de piété a été
donné à Paris , où les affaires de fon diocèferetenoient
Monfeigneur l'archevêque
de Lyon .
L'Homme. Difcours contre les beaux efprits
du fiécle , prononcé à Lyon dans
l'églife de St Laurent , le 17 Juillet
1768 , par le R. P. Louis François Chalon-
Gauthier , religieux capucin , ancien
profeffeur de philofophie & de
théologie. A Lyon , chez Aimé de la
Roche, aux halles de la Grenette, in 12.
38 pages , 1768.
Ce fermon eft dédié à M. le comte de
Montjouvent , doyen des comtes de Lyon .
L'Auteur trouve que l'écueil de la philo .
fophie ancienne fut de connoître l'homme
& d'établir fon bonheur. « Les uns
» à la vûe des prérogatives de l'homme
l'élevoient fi haut ; les autres , à la vûe
ود
2
96 MERCURE DE FRANCE.
» de fes miféres , le ravaloient fi bas qu'ils
» étoient également démentis par l'expérience
& par le fentiment ; il n'appar-
» tenoit qu'à notre religion fainte d'expliquer
ce contrafte & d'en montrer le
naud. » Le difcours eft divifé en trois
parties , l'Homme innocent , l'Homme
coupable & l'Homme racheté ; l'Orateur les
oppofe à trois claffes d'impies. « Les pre-
» miers difent que tout eft mal ; nous
» verrons que les maux mêmes de la vie
» font devenus par la rédemption nos
» biens véritables. Les feconds prétendent
>> que tout eft bien ; l'expérience les con
» fond , & nous fait affez fentir que la rédemption
, loin de nous avoir ôté les
»
99
maux , nous les a laiffés pour être la
» matiere de nos fatisfactions & de nos
» mérites. Les troifiémes ne rougiffent
point d'avancer que tout eft fatalité ,
» c'est- à-dire qu'un deſtin aveugle & né-
» ceffaire préfide ici bas à la diftribution
» de biens & des maux ; mais vous con-
» viendrez que fi l'homme jufte peut
» trouver à préfent fa gloire & fa félicité
dans les fouffrances , tous les malheurs
» ne viennent plus que de l'abus de notre
liberté. Bref. Pofez la rédemption, tout
eft un bien. Otez la rédemption , tout
» eſt
OCTOBRE . 1768. 1768.
97
» eft un mal ; remettez
la rédemption
,
» tout devient
bien ou mal à notre choix .
» C'est tout mon projet. » Le P. Chalon-
Gauthier
fuit cette divifion ; chaque
partie
eft traitée
comme
l'exorde
; nous citerons
encore
ce morceau
; c'eſt le debut
de la premiere
partie. « Sortez
chaos :
» lumiere
paroiffez
: firmament
embraſſez
" l'Univers
:: mer , trouvez
un lit : élevez-
» vous, terre , couvrez
vous de fleurs , de
fruits , de verdure
; que l'air embaumé
» de vos parfums
retentiffe
encore
de
» mille chants mélodieux
: enfantez
toute
efpéce
d'animaux
, & que dans votre
» fein , tout ce qui refpire trouve fon élé-
» ment & fa vie. Ainfi parla le Seigneur
,
» & le monde fut : dixit & facta funt. Ou-
» vrier puiffant , pourquoi
ce phénomene
étrange
dans votre immenfité
? Voulez-
» vous faire un effai de vos forces ? Ne
"9
"
"
"
les connoiffez - vous pas ? Ne fuffit- il pas
» à votre gloire de les connoître ? Monde,
" vous êtes donc inutile ; rentrez dans le
» néant , vous fubfifteriez contre les loix.
» de la fageffe éternelle... Mais je vois
fortir du limon le grand prêtre & le roi
» de la nature. L'homme paroît . Reve-
» nez , Univers , vous n'êtes plus inutile ;
» terre , mer , cieux , vous n'êtes plus
I Vol. E
98 MERCURE
DE FRANCE
.

» muets , vous venez enfin de trouver une
» bouche pour chanter votre Auteur . »
Penfées & réflexions morales par un militaire
, avec cette épigraphe : Nihil fine
virtute. A Paris , chez Merlin , libraire ,
au bas de la rue de la Harpe, à St Jofeph,
in-8°. 1768.
L'auteur annonce , dans une préface
très-courte , que le defir d'être utile & celui
de rendre hommage à la vertu l'ont
engagé à publier ces penfées & ces réflexions
morales ; elles font préfentées
fous différens titres , rangées par ordre alphabétique
; on y trouve celles -ci : ENNEMI.
Le moyen de fe bien venger de
» fon ennemi c'eft de lui rendre un fervice
fignalé. Un ennemi vaincu doit être
toujours un objet refpectable. »
39
"
ENVIE . Il n'appartient qu'aux ames
ر د
» balles & vulgaires de porter envie au
bonheur des autres. » Les penfées font
détachées comme celles- ci & auffi
neuves ; elles peuvent être cependant bonnes
pour les jeunes gens qui n'ont encore
rien lu , & à qui elles feront utiles .
Effaifur l'Almanach général d'indication,
d'adreffe perfonnelle , & domicile fixe
OCTOBR E. 1768 . 99
pour
des fix corps , arts & métiers , contenant
, par ordre alphabetique , les noms,
furnoms , état & domicile actuel des
principaux négocians, marchands, agens
d'affaires , courtiers , artiſtes & fabriquans
les plus notables du royaume ,
fervir à l'indication de chacun de
ceux qui , par un mérite diftingué,
cures extraordinaires , innovation d'établiffement
, poffeffion de fecrets approuvés
& autres objets utiles à la fociété
civile , fe feroient acquis des récompenfes
& priviléges de Sa Majeſté,
ou dont les talens fupérieurs auroient
feuls fait la réputation & la célébrité.
A Paris , chez la veuve Duchefne , rue
St Jacques ; Deffain junior , quai des
Auguftins , & Lacombe , rue Chriftine,
in- 8°. 1769.
1
Nous avons peu de chofe à dire de cet
ouvrage
; fon titre en annonce
le but , &
il remplir
tout ce qu'il promet. Le fuccès
de l'almanach
royal a fait entreprendre
celui-ci. On fera bien aife de trouver
facilement
les noms & les adreffes
des
principaux
négocians
, marchands
, courtiers
, artiftes , &c. On a défigné
avec
foin le genre que chacun a particulierement
adopté. Comme
cet ouvrage
exige
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
beaucoup de recherches , on ne peut fe
flatter d'avoir raffemblé tous ceux qui
avoient le droit d'y être admis ; on fuppléera
promptement à cette omiffion , &
on invite tous ceux qui n'ont point de
raifons de refter ignorés d'envoyer au bureau
d'indication , fur une carte , leurs
noms , furnoms , domicile , & c . & tous
les avis qui pourroient tendre à porter ce
livre à un plus haut degré de perfection.
Le prix eft de 3 liv . pour les Soufcripteurs
, & de 4 pour ceux qui n'auront pas
foufcrit.
Traité de la réfolution des Equations en
général , par M. J. R. Mourraille , de
l'academie des fciences & belles lettres
de Marfeille . A Marfeille , chez
Jean Molly , libraire , au coin du parc ;
& à Paris , chez de Bure pere , quai des
Auguftins , à St Paul , in 4° . 2 parties ,
112 liv. relié.
Dans la folution des problêmes , il eft
effentiel de fçavoir réfoudre les équations;
depuis Newton qui , après Defcartes
, a travaillé fur ce fujet , les progrès
ont été très- médiocres. Ce grand homme
reconnoiffant l'impoffibilité de réfoudre
les équations par une méthode à la fois
OCTOBRE. 1768. 1ot
exacte & générale , donna , dans fon fecond
opufcule , une méthode d'approximation.
Il la tire d'un raiſonnement analytique
, & M. Mourraille , qui traite de
cette méthode dans fon ouvrage , la dérive
de la propriété générale des courbes.
Il a reconnu que la régle analytique de
Newton eft infuffifante dans bien des cas ;
il étoit effentiel d'en trouver une autre ;
c'est aux géométres à prononcer fur le
mérite de celle de M. Mourraille . Nous
nous bornons à annoncer fon livre qui eft
divifé en deux parties , l'une fous le titre
des Equations invariables , & l'autre fous
celui des Equations variables ou fluxionnelles.
La même méthode qui fert à réfoudre
les premieres , conduit à la réfolution
des fecondes.
Lettres fur la méthode de s'enrichir
promptement & de conſerver ſa ſanté
par la culture des végétaux exotiques ;
par M. Pierre Jofeph Buchoz , médecin
botaniſte Lorrain & de feu le roi
de Pologne , agrégé au collége royal
des médecins de Nancy & à la faculté
de médecine de Lorraine , démonftrateur
en botanique audit collége , membre
des académies de Mayence , Metz,
Rouen , Châlons , Angers , Dijon ,
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
A
Beziers , Toulouſe , Caën . A Paris ,
chez Cavelier & Durand , rue St Jacques
; Didot & Debure fils aîné , quai
des Auguftins , & Lacombe , rue Chriftine
, in- 8°. 1768 .
Cet ouvrage eft divifé par lettres qui
paroîtront fucceffivement toutes les femaines
. M. Buchoz fe propofe de donner
des éclairciffemens fur la culture des végétaux
& fur les avantages qu'en peut retirer
la fociété civile , tant pour l'économie
champêtre , que pour la médecine
des hommes & des animaux . Occupé depuis
fon enfance de l'étude de l'hiſtoire
naturelle des plantes , témoin des expériences
faites avec fuccès dans la maifon
de fon beau-pere , porté par fon goût particulier
à en tenter de nouvelles , il a voyagé
dans toutes les provinces de la France ; il
a joint à fes obfervations celles des
perfonnes
les plus éclairées ; il a confulté
tout le monde , & l'homine inftruit &
le laboureur qui n'a que des yeux ; il a ramaffé
un fonds précieux de connoiffances
fur ce fujet , dont il fait part au Public
dans l'ouvrage que nous annonçons . Chaque
lettre contiendra une feuille in 8°.
d'impreffion , & fe vendra 15 fols . La
premiere fert de profpectus ou de préface
OCTOBRE . 1768. 103
à fon livre ; il entre en inatiere dans la
feconde , qui traite du cochêne , eſpéce
d'arbre plus particulierement connu fous
le nom de forbier des oifeleurs . A la defcription
qu'il en donne , il joint la maniere
de le cultiver ; il entrera dans le
détail des avantages qu'on peut en tirer ,
foit pour les arts , foit pour la médecine .
Nous ne nous arrêterons pas far cette production
intéreſſante , nous pourrons y revenir
quand le premier volume fera complet.
Le Sommeil d'Aminthe ; par Madame
Guibert. A Amfterdam , & fe trouve
à Paris chez la veuve Duchefne , rue St
Jacques , au temple du goût.
Le fommeil d'Aminthe eft un petit poë
me qui contient une feuille d'impreffion
in- 8 °.Il débute par un éloge du fommeil .
Ce feu qu'ola ravir aux dieux
Le fameux chantre de la Thrace ,"
L'amour des neuf foeurs pour Horace ,
La valeur d'un guerrier heureux ,
L'encens qu'on refpire à Cythère ;
Tout le bien qui nous vient des cieux ,
Vaut-il le calme précieux :
Que le fommeil donne à la terre ?
Aminthe preffée de jouir de cette féli-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
cité préférable à toutes les autres ,
s'endort;
fon amant eft abfent , elle fouhaite
que l'inftant de fon reveil foit éloigné ;
je vois , dit- elle ,
Au travers du rideau pourpré de mes paupières.
(des paupières pourprées ne préfentent pas
ane image agréable ) elle voit le temple
du fommeil ; elle y eft conduite par fon
amant; fuit une defcription de la cour de
ce dieu ; elle n'offre rien de neuf que ce
vers , qui l'eft réellement .
Comme il parloit fort bas , on l'entendoit fans
peinc.
C'eft Morphée qui parloit à l'oreille
du dieu du Sommeil , qui lui vante les
graces , le courage de Valmont amant
d'Aminthe. Elle interrompt Morphée
pour rêver tout haut.
Et lors penfant tout haut , j'exprime ainfi mon
rêve :

Que vois-je ! Quel rayon vient de frapper ma vue?
Mon ame erre dans l'étendue ',
Il m'a femblé revoir le jour ;
C'eft Valmont... Que je fuis émue !
Il tient le flambeau de l'Amour.
I
OCTOBRE. 1768. 105
Doux Sommeil , mon ame afloupie
Croit enfin toucher le bonheur.
Ah ! s'il n'eft qu'un fonge trompeur,
Fais queje refte anéantic .
La rêveufe fatisfaite , s'adreffe à Morphée
, l'oublie pour parler à fon amant.
İls vont enfemble au temple de l'Amour .
Lettres à un ami fur les avantages de la
liberté du commerce des grains & le
danger des prohibitions. A Amfterdam
, & fe trouve chez Defaint , librai
re , rue du Foin , in 12. 168 pag. 1768 .
Les ouvrages économiques fe multiplient
depuis quelque tems ; ils contribuent
à répandre des lumieres néceffaites
& qui intéreffent le bien public ; ils détruifent
par degrés les préjugés qui le cachent
encore à des yeux prévenus . Les
avantages de la liberté du conimerce des
grains , le danger des prohibitions commencent
enfin à être fentis ; ils ne tarderont
pas à l'être dans les endroits où les
anciennes préventions fubfiftent encore .
bientôt on les y verra ceffer , & les habitans
plus éclairés s'étonneront d'avoir pu
méconnoître leur véritable intérêt . Les
lettres à un ami font au nombre de fix ;
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
elles contiennent les mêmes principes
que nous avons déjà vus dans d'autres ouvrages
fur le même fujet ; ils y font développés
avec beaucoup de précifion & de
clarté . La liberté encourage l'agriculture;
le laboureur , fûr de vendre fes grains ,
n'oubliera rien pour fe procurer des moiffons
plus abondantes ; on ne verra plus
de campagnes négligées ; les terreins incultes
feront défrichés ; le prix des grains
fera toujours à un taux modéré ; la con .
currence l'entretiendra fans ceffe fur le
même pied ; on n'aura plus à craindre la
difette , & la cherté exceffive qui en eſt
la fuite. Que tout le monde fe joigne à
» nous pour fupplier le fouverain de favorifer
l'établiffement du prix le plus
» avantageux , par le moyen de la concur-
» rence la plus entiere , & de la liberté
» indéfinie pour l'entrée & pour la fortie,
» & de fupprimer dans l'intérieur toutes
» les gênes qui grévent le commerce ,
» tous les droits qui fe perçoivent à quel-
39 que titre que ce foit fur le bled , la fa-
» rine & le pain , de maniere que le com-
» merce de la premiere denrée ne foit
-59

&
plus déformais gouverné que par ces
» deux maximes , fi fimples , fi conformes
» à l'ordre , fi faciles à ' mettre en pratique
: laiffezfaire & laiffez paffer. » Tels
OCTOBRE . 1768. 107
font les voeux de tous les bons citoyens ;"
il n'en eft aucun qui ne voie avec reconnoiffance
les foins du miniftere pour les
remplir.
Eloge de la Chirurgie , difcours compofé
& préfenté à l'académie royale de chirurgie
avec différens mémoires & obfervations
de chirurgie ; par M. Couanier
Deflandes , ci- devant chirurgienmajor
des hôpitaux du roi d'Efpagne à
Saint-Auguftin de la Floride & àla Havane
, envoyé par la cour de France
pour exercer le même pofte dans nos
hôpitaux à St Domingue , correfpondant
de l'académie royale de chirurgie
de Paris, avec cette épigraphe : artes ac
fcientias , doctofque laudandi numquam
non datur occafio . A Amfterdam , & fe
trouve à Paris chez Dufour, à l'entrée de
la rue de la vieille Drapperie; F. G. Def
champs , rue St Jacques , in 12. 24 pag.
191768.9 .
L'Auteur jette d'abord un coup d'oeil
- fur les viciffitudes qu'a éprouvées la chirurgie.
Les premiers inventeurs de l'art
eurent des autels ; plufieurs princes fe font
fait une gloire & un mérite de l'exercer.
Nous nous contenterons de citer ce mor-
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
ceau. Si nos peres , dans les premiers fié-
» cles , furent moins éclairés , ils avoient
» fur nous l'avantage d'être plus recon-
39

"
noiffans ; ils furent affez fages pour ofer
» croire qu'il étoit plus glorieux & plus
» noble pour l'humanité de foulager fon
» femblable que de le détruire. Pourquoi
» l'intérêt , pourquoi l'ambition ont - ils
» fait naître , parmi les hommes , le cruel
befoin de s'égorger . Aujourd'hui on croit
» devoir trouver étrange que nos peres
ayent été capables de décerner les pre-
» miers honneurs à des chirurgiens qui
foulageoient les hommes , plutôt qu'à
» des téméraires qui , enivrés du defir
d'une fauffe gloire , animés par le phan-
» tôme enthoufiafte de l'honneur , en al-
≫loient chercher la vaine & chimérique
image dans le fang de leurs freres , por-
» tant par-tour avec eux l'horreur , le car-
» nage & la mort. Je ne dis pas que l'on
» ne doive célébrer un héros qui fe facrifie
» pour fa patrie ; mais que l'on ne con-
» fonde pas le patriotifme , & que les
» honneurs que l'on rend aux vrais guer-
» riers ne portent aucune atteinte à ceux
que mérite un chirurgien , lorfqu'il eft
» habile & fçavant. »
99
OCTOBRE. 1768. 109
Principes de Médecine & de grande Chirurgie
, extraits des ouvrages d'Hippocrate
& de Boerrhaave , &c. &c.; par
M. Lanfel de Magny , docteur en mé̟-
decine , &c . avec cette épigraphe :
Præclarè in obeundo fui officii munere verfantur
quorum animo impreffa eft notitia
antecedentium temporum & confequentium
progreffus ; ut cùm morbi hujus ,
aut illius indolis , inciderint , aliquid
novum contigiffe non dicant , & novorum
morborum , tamquam incogniti cujufdam
monftri acceffu ac fronte non terreantur.
Quod iis accidit , qui in diem
vivunt , paulùm admodum fentientes
quid olim adventarit , &c. BAILLOU
MED. PARIS. A Paris , chez Lefclapart
, libraire , quai de Gêvres , in 1 2.
102 pag. 1768.

L'Auteur fe propoſe d'extraire les principes
répandus dans les ouvrages d'Hippocrate,
de Boerrhaave & de quelques autres
célébres médecins ; il a fait des efforts
pour
accorder les anciens avec les modernes
, & ces derniers entre eux fur le temps
de purger , fur lafaignée , &c . &c . & pour
diftinguer principalement les cas où cette
opération guérit d'avec ceux où elle tue.
Les objets principaux für lefquels il s'ak110
MERCURE DE FRANCE .
rête en fuivant les auteurs dont il extrait
les principes , font la phyfiologie , furtout
en tant qu'elle explique les dérangemens
de l'écomie animale ; l'hygiène , la
pathologie en général , la thérapeutique ,
la pathologie médicinale en particulier ,
la pathologie chirurgicale en général & en
particulier, la pharmacie chymique &galénique.
Son but a été d'infpirer aux étudians
en médecine & en chirurgie le defir de lire
les ouvrages d'Hippocrate & de Boerrhaave,&
de leur fauver quelques difficultés qui
auroient pu les arrêter en commençant.
Réfutation de la réfutation de l'inoculation
publiée en 1759 ; par M. A. de Hạën ,
confeiller aulique de L. M. I. , premier
profeffeur en médecine pratique à Vien
ne , & c.; par M. Hertzog , candidat en
médecine . A Strafbourg , chez Chriftmann
& Levrault , in- 12 .
L'inoculation a encore autant d'adverfaires
que de partifans ; elle n'a été reçue
nulle part fans éprouver de fortes oppofitions.
Elles font enfin tombées dans bien
des endroits où l'on a reconnu fes avanta-
En
ges. 1759 M. de Haën fit imprimer un
ouvrage contre cette pratique ; la célébrité
de ce médecin fit d'abord beaucoup de tort
OCTO BR E. 1768. int.
à l'inoculation : ceux qui fermoient les
yeux fur fon utilité , fe félicitoient de fon
fuffrage ; M. Hertzog vient enfin de l'examiner
& d'apprécier fon poids . Le grand
argument de M. de Haën contre l'inocula
tion eſt que l'on peut avoir plufieurs fois
la petite vérole . Dix- huit auteurs anciens ,
huit modernes l'ont obfervé fouvent , pluries
, fæpiùs , multoties . Si ces événemens
ont été réellement fréquens , on ne peut
rien objecter de plus fort ; M. Hertzog
parcourt les vingt- fix auteurs ; quelquesuns
affurent que cette maladie n'attaque
qu'une fois , d'autres ont remarqué avec
furpriſe quelques perfonnes qui l'avoient
eue plufieurs fois. Telles font les autorités
citées par M. de Haën ; on releve les erreurs
qu'il a faites dans le calcul de ceux
qui meurent de la petite vérole artificielle
; il a eu foin de le charger beaucoup ; il
impute à l'inoculation des torts qu'elle n'a
point , & l'accufe de la perte de plufieurs
perfonnes qui avoient péri par d'autres
caufes. M. Hertzog fuit pas- à- pas toutes
les objections de l'Auteur qu'il réfute , &
les réfoud de la maniere la plus fatisfai
fante ; M. de Haën a mis fouvent de l'humeur
dans fes difcuffions, & on lui oppofe
le raiſonnement . C'eſt ainfi qu'il termine
fon ouvrage. « Qu'on ceffe d'avoir de
112 MERCURE DE FRANCE.
» faux préjugés ; qu'on écoute la raiſon ,
» & on ceffera de s'élever contre l'inocu-
» lation ; on la regardera comme un pié-
» fent envoyé du ciel pour nous fouftraire
» à la fureur d'une maladie cruelle. »
De l'ufage des Statues chez les Anciens ,
effai hiftorique , avec cette épigraphe :
Sicque adopinamur de caufis maxima parvis .
LUCRICE.
>
A Bruxelles , chez J. L. Boubers , imprimeur
- libraire ; un vol . in-4° . 1768.
Cet ouvrage eft divifé en trois parties ;
dans la premiere on traite des fimulacres
des dieux & de leur origine ; on commença
par bâtir des monumens ; la tour
de Babel eft le premier ; elle fut celui de
l'union originaire avant la féparation des
familles ; depuis ce temps les hommes en
bâtirent dans les différens endroits de la
terre où ils fe trouverent ; ils leur fervoient
de fignes de ralliement. L'idolâtrie
changea le but de ces monumens , qui
devinrent le type de la divinité , enfuite
des fimulacres avec des traits ou des parties
de figure humaine , & bientôt de ftatues
réelles . L'Auteur entre dans des détails
fatisfaifans fur la progreffion des Ba
OCTOBRE. 1768. 113
tiles , de l'état de fignes informes à celui
de fimulacres à figure humaine ; les progrès
& les avantages de la fculpture & de
idolâtrie furent réciproques. La comparaifon
qu'on fit des ftatues qui ornoient
les lieux publics avec les fimulacres groffiers
qu'on adoroit dans les temples , ne
tarda pas à faire employer le même art en
faveur de la religion. « L'émulation des ar
» tiftes , à animer pour ainfi dire , les images
des dieux, augmenta l'illufion du peu
ple porté à croire que des figures qui pa
» roiffoient vivantes , devoient avoir plus
» de vertu. Plutarque , après avoir dit la
» raifon pourquoi on a donné aux divini-
» tés la figure humaine , ajoute qu'on aggrandît
& embellît leurs images , afin
» que les plus ignorans appriffent par - là
» que c'étoient les images des dieux
ود
"
qu'ils avoient devant les yeux. Voilà
» comme on fit plier les idées fpéculati-
» ves à la morale du temps ; on peut donc » dire
que
fi l'Olympe
peupla
la terre
de
» dieux imaginaires , la terre , par les ef-
» forts de l'art, peupla à fon tour l'Olym-
» pe de nouvelles divinités . » Les copies
de la ftatue d'un dieu adorée dans un
pays
& tranfportée dans un autre , furent une
des caufes principales de la propagation
de l'idolâtrie . La crainte du mal , l'amour
114
MERCURE
DE FRANCE .
du bien dont on s'occupe tour à tour, pafferent
des atteliers dans le fanctuaire .
Lic démone éleva une ſtatue à la peur ,
Rome eut celle de la fiévre , comme le
royaume de Golconde en a une de la petite
vérole. Après avoir parlé de l'origine
locale des ftatues . l'Auteur traite des progrès
que l'art fit vers la perfection ; les
'époques en font difficiles à fixer , parce
que tout art cultivé depuis long - temps
dans un pays & tranfporté dans un autre , y
eft fouvent regardé comme une nouvelle
découverte ; d'ailleurs fes progrès y furent
par tout plus ou moins lents , & eurent
des dates différentes. On s'arrête à l'Afie
qui en fut le berceau ; les différentes matieres
dont on fit d'abord des ftatues , les
devifes dont on les chargea , les prodiges
qu'on leur attribua , fourniffent plufieurs
chapitres intéreffans & remplis de recherches
. Il en eſt de même des marques de
refpect qu'on leur rendoit , & des formalités
en vertu defquelles les ftatues des
hommes diftingués parvenoient aux honneurs
divins ; nous rapporterons une defcription
du culte de Confucius d'autant
plus impartiale qu'elle n'a point été faite
par des miffionnaires. Ce grand homme
a fon temple dans chaque ville ; dans l'endroit
le plus éminent eft fa ftatue enviOCTOBRE.
1768. 115 .
و د
و د
ronnée de celles de plufieurs de fes difciples
, dont l'attitude marque leur reſpect
pour leur maître . Tous les magiftrats de
la ville s'y affemblent aux jours de la nouvelle
& de la pleine lune ; ils y font un
petit facrifice. Celui qu'ils appellent le
folemnel fe fait deux fois par an aux deux
équinoxes ; tous les lettres font obligés
d'y affifter. « Le facrificateur ſe rend au
temple après plufieurs préparations de
» victimes faites la veille , jour où l'on
expofe la ftatue fur l'autel . Après plu-
» fieurs génuflexions , il y invite l'efprit
» de Confucius à venir recevoir les hom-
» mages & les offrandes des lettrés . Il fe
» lave les mains tandis que les autres miniftres
du temple allument des bougies,
» & jettent des parfums dans des brafiers
préparés à la porte du temple. Après
plufieurs cérémonies on découvre la
» chair des victimes , & le maître des cé-
» rémonies dit : Que l'efprit du grand
Confucius defcende. Auffi tôt le prêtre
» éleve un vafe plein de vin , & le répand
» fur une figure humaine faite de paille ,
» en difant : Vos vertusfont grandes , ad-
» mirables , excellentes , ó Confucius !
» nous vous offrons tous ce facrifice ; que
» votre esprit vienne vers nous & nous ré-
10
و د
ود
"
ود
116 MERCURE DE FRANCE.
»jouiffe parfa préſence. Après les offran-
» des du vin & d'une pièce d'étoffe de
» foie , le maître des cérémonies dit :
» Mettons nous à genoux, & peu de temps
après : Levons nous. Le prêtre fe met à
» genoux devant l'autel où l'on fuppofe
» que l'efprit de Confucius réfide , & tan-
» dis que les muſiciens chantent des hym-
» nes en l'honneur de ce philofophe , il
ود
prend la piéce de foie & le vin , les
» éleve & les offre à l'efprit . Il brûle en-
» fuite l'étoffe , en difant : L'efprit de
Confucius eft fupérieur à celui des faints
» du temps paffé ; ces offrandes & cette pié-
» ce defoie font préparées pour cefacrifice;
» ó Confucius , tout ce que nous offrons eft
» peu digne de vous . Le goût & l'odeur de
» ces mêts que nous vous préfentons n'ont
» rien d'exquis ; mais nous vous les of
99
frons afin que votre efprit daigne nous
» écouter. Le facrificateur , après s'être
» profterné plufieurs fois , prend le vaſe
» de vin ; il adreffe encore à Confucius
» deux prieres , dont la ſubſtance eft qu'il
» lui offre avec beaucoup de zèle un ex-
» cellent vin fans mêlange , & de la chair
» de porc & de chèvre , & c. Le maître.
des cérémonies dit à haute voix : Met-
» lez-vous à genoux , approchez - vous du
OCTOBRE. 1768 , 117
19
99
» temple de Confucius , & buvez le vin de la
felicité. Le prêtre boit le vin , & reçoit
» d'un des affiftans les viandes immolées,
» & fait cette priere : Nous vous avons fait
» ces offrandes avec plaifir , & nous nous
perfuadons que nous recevrons toutesfor-
» tes de biens , de graces & d'honneurs . En
» même- temps il diftribue les viandes
" aux affiftans , & le facrifice fe termine
» en conduifant l'efprit de Confucius au
» lieu , d'où l'on ſuppoſe qu'il eſt deſ-
» cendu . »
ود
Dans la feconde partie il eſt queſtion
des ftatues honorifiques ; ce font celles qui
étoient confacrées à des hommes. L'eftime
, l'amour & la reconnoiffance préfiderent
à leur inftitution ; la flatterie prit enfuite
la place de ces fentimens. L'Auteur
préfente celles qui furent érigées dans la
Gréce & à Rome ; on en décerna aux talens
; les cliens firent cet honneur à leurs
patrons , la tendreffe paternelle & filiale
firent auffi élever de pareils monumens ;
les femmes n'en furent pas privées ; l'auftere
Caton fe recria en vain contre cet
ufage , fes déclamations ne l'arrêterent
point dans l'Empire , & Plutarque , qui
étoit auffi philofophe , mais plus galant ,
a fait l'apologie de ces honneurs rendus à
des femmes illuftres . La Gréce étoitrem118
MERCURE DE FRANCE ..
plie de ftatues dédiées au beau fexe , &
toutes les femmes qui en avoient ne le
méritoient peut-être pas; la célébie Afpafie
en eut feule un grand nombre ; elle avoit
forcé Socrate à l'eftimer , & Periclès à l'aimer.
La main même de Praxitelle travailla
deux fois à la repréfentation de
Phrine , fous la figure d'une matrone larmoyante
, & fous celle d'une courtisanne .
Pline dit qu'on voyoit fur le vifage de
cette derniere la paffion de l'artiſte , & le
falaire qui lui avoit été accordé . Elle fut
placée fur une colonne dans le temple de
Delphes; c'eſt à la vue de cette image fcandaleufe
que Crater le Cynique obferva
que l'on voyoit dans le temple une offrande
de l'intempérance des Grecs . Cette
proftitution de l'art eft fans doute bien
finguliere chez un peuple qui aimoit la
vertu ; nous citerons une réflexion de
l'Auteur , qui trouve des raifons politiques
de cet ufage. « On fçait que parmi
les Grecs regnoit un amour que la natu-
» re défavoue , & qui nuit à la propaga-
» tion. Ne fe pourroit - il pas qu'on eût
» cherché à ramener les jeunes gens aux
» intentions de la nature , foit foit par la fo-
» ciété des individus qui en poffédent les
» charmes , foit par la vûe des objets qui
en préfentent les attraits & en juftifient
OCTOBRE. 1768. 119
"9
و د
» en quelque forte l'ufage. C'étoit fans
≫ doute arrêter un abus par un autre abus,
» mais par un abus moins dangereux &
» moins condamnable ; cela nous fait
comprendre en même temps comment
" Socrate , le fage Socrate n'héfitoit point
» de mener le jeune Alcibiade dans la
» fociété de l'enchantereffe Afpafie , &
pourquoi plufieurs femmes de cette efpéce
furent tant en honneur dans les
» villes grecques. C'eft ainfi qu'au Pegu
» une ancienne reine de ce pays , pour arrê
» ter les défordres qui fe commettoient
» entre les hommes, ordonna que les fem-
» mes de la nation paruffent dans un état
capable d'exciter leurs defirs , & en effet
» celles de ce pays paroiffent avoir renon-
» cé à la modeftie naturelle . »
"
و د
"
La troifiéme partie offre des détails
étendus fur les artistes de l'antiquité ;
l'Auteur s'attache fur tout à préfenter les
caracteres des productions de la fculpture
chez les différentes nations qui cultiverent
cet art ; ce font les manieres de toutes
les écoles. Nous ne nous arrêterons
pas fur cette partie qui demanderoit un
extrait trop étendu , & que les amateurs
& ceux qui cherchent à s'inftruire liront
avec plaifir & avec fruit. L'ouvrage entier
120 MERCURE DE FRANCE.
ן כ
forme une hiftoire préciſe & raiſonnée
des ftatues , remplie de recherches & de
diſcuſſions.
Profpectus d'un Journal de législation &
de tout ce qui y a rapport ; par M. Defprez,
avocat, avec cette épigraphe : Erudimini
qui judicatis terram. Psalm.
2 , V. 10. A Paris , chez Guillaume
Défprez , imprimeur du Roi & du bureau
de correfpondance générale .
Ce journal aura pour but d'inftruire tous
les citoyens des loix qui doivent régler la
conduite civile. Elles obligent tous les
hommes fans diftinction , parce qu'aucun
n'eft cenfé les ignorer ; cela fuffit fans
doute pour montrer l'importance de cette
nouvelle production : « Elle contiendra
» tout ce qui fera relatif à fon fujer , &
préfentera fucceffivement tout ce qui
paroîtra à l'avenir dans toute l'étendue
» du royaume : ordonnances , édits , dé-
» clarations , lettres- patentes , arrêts d'enregistrement
de toutes les cours & con-
» feils fupérieurs avec leurs modifications
; ordonnances générales militaires
» ou pour la marine ; arrêts de réglement,
» foit du confeil , foit des cours & con-
» feils fouverains ; ordonnances & régle-
38
"
"9
33
» mens
OCTOBRE. 1768. 121
ود
»
> » mens de police pour la ville de Paris
» émanés du châtelet , du bureau des
finances ; même les arrêts particuliers ,
tant au civil qu'au criminel , qui étant
imprimés par ordre des tribunaux qui
» les auront rendus , feront deſtinés à devenir
publics & de nature à inftruire les
citoyens. A la fin de chaque brochure
on annoncera les nouveaux livres de droit
qui paroîtront & les nouvelles éditions
des anciens. On ne ſe bornera pas aux arrêts
qui émaneront des tribunaux de la
capitale , on raffemblera ceux des différentes
cours du royaume , &c. Le format
de ce journal fera in-4° . « On ne donnera
point en feuilles féparées les piéces qui
compoferont chaque brochure ; elles
feront de fuite & fans aucun blanc ;
peut-être ne feroit- il pas toujours poffi-
» ble de les placer dans l'ordre de leur
date , parce qu'au moment qu'on imprimera
à Paris le journal d'une fe-
» maine ou d'un mois , il pourra arriver
» que dans une province éloignée on en-
» regiftre une loi particuliere , ou qu'on
» rende un arrêt de réglement que les au-
» teurs du journal ne pourront avoir & don-
» ner au Public que la femaine ou le mois
fuivant;on remedieraà cette interverfion
1. Vol.
"
N
""
A
F
122 MERCURE DE FRANCE .
» par une table chronologique & alphabé
» tique. Lejournal.ne commencera qu'au
premier Janvier prochain ; la premiere
brochure pour Paris fera envoyée les premiers
jours de la feconde femaine , & les
brochures pour la province partiront les
premiers jours de Février. Comme cette
année 1768 offre plufieurs loix intéreffantes
, on donnera à la fois toute cette
année fi le Public le defire. Le prix de
l'abonnement , franc de port , fera de
3༠
liv . pour Paris , & de 36 pour la provin
ce ; on le payera d'avance : ceux qui fouhaiteront
de s'abonner s'adrefferont àMM .
les directeurs du bureau royal de correfpondance
, place des Victoires à Paris , &
affranchiront leurs lettres & l'argent . S'ils
foufcrivent pour l'année 1768 , on les
prie d'envoyer leur abonnement avant la
fin de Septembre , & pour l'année 1769
avant la fin de décembre prochain .
LETTRE de M. de Saint-Foix à M. Freron.
Vous avez inféré , Monfieur , dans vos
Feuilles , No. 20 , Juin 1768 , une lettre
de M. de Paltau fur le prifonnier au
mafque de fer. Voici quelques, petites
OCTOBRE . 1768. 113
obfervations fur cette lettre. Le Sieur
de Blainvilliers , dit M. de Paltau , m'a
raconté plufieurs fois que lefort de ce prifonnier
ayant excité fa curiofité , il avoit
pris l'habit & les armes d'un foldat qui devoit
être enfentinelle dans une galleriefous
les fenêtres de la chambre qu'il occupoit
aux ifles Ste Marguerite ; que de là il l'avoit
examiné toute la nuit ; qu'il l'avoit
très-bien vu; qu'il n'avoit pas fon mafque;
qu'il étoit blanc de vifage , grand & bienfait
de corps , ayant la jambe un peu trop
fournie par le bas , & les cheveux blancs ,
quoiqu'il ne fût que dans la force de l'âge;
qu'il avoit paffé cette nuit - là prefque toute
entiere àfe promener dansfa chambre; qu'il
étoit toujours vêtu de brun ; qu'on lui donnoit
de beau linge & des livres ; que le gouverneur
& les officiers reftoient devant lui
debout & découverts jufqu'à ce qu'il les fit
affeoir & couvrir; qu'ils alloient fouvent
lui tenir compagnie & manger avec lui.
Ce recit de M. de Blainvilliers à M. de
Paltau eft bien extraordinaire ; je conviens
qu'il y a quelquefois des chofes
vraies qui ne font pas vraisemblables.
Quel est l'officier qui ofât corrompre un
* Le terme de Sieur eft fingulier .
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
foldat , prendre fes armes , fon habit & ſe
mettre en fentinelle à fa place ? Certainement
cet officier & ce foldat feroient
mis au confeil de guerre , quand même il
ne s'agiroit pas d'une affaire d'état , & il
paroît que celle de ce prifonnier en étoit
une, par toutes les précautions qu'on prenoit
pour qu'il ne fût pas connu . M. de
Blainvilliers l'examina toute la nuit . Les
fentinelles ne font que de trois heures ;
qu'auroit dit le caporal , en allant relever
fon foldat , s'il avoit trouvé un autre homme
à fa place ? Dans toutes les citadelles
ou châteaux où l'on renferme les prifonniers
d'état , outre les rondes ordinaires ,
il y en a encore toujours une de demiheure
en demi -heure. M. de Blainvilliers
, pour fatisfaire fa curiofité , fut donc
obligé de corrompre nombre de perſonnes
qui , toutes , rifquoient beaucoup. It
vit que ce prifonnier étoit grand , bienfait
de corps , mais qu'il avoit lajambe un peu
trop fournie par le bas . Comment une
fentinelle , au- deffous de la chambre d'un
prifonnier , peut- elle lui voir le bas de la
jambe ? D'ailleurs , il falloit que cette
chambre fût bien éclairée cette nuit-là
& que les barreaux de fer * n'en fuffent
* Il eſt certain que ce fut à l'occaſion de çe pris
OCTOBRE . 1768. 125
1
pas ferrés , comme ils le font à toutes les
fenêtres des prifonniers d'état .
Si M. de Blainvilliers étant en fentinelle
fous la fenêtre de ce prifonnier qui
avoit ôté fon mafque , put l'examiner à
fon aife , tous les foldats qui y étoient
tour-a- tour , pouvoient l'examiner de même
, le jour comme la nuit , & le voir
fans fon mafque ; alors pourquoi la précaution
de lui en faire porter un ?
Puifque le gouverneur & les officiers reftoient
debout & découverts devant lui jufqu'à
ce qu'il les fit fe couvrir & s'affeoir ,
c'étoit certainement un homme de la plus
grande diftinction ; comment cet homme
de la plus grande diftinction , étant fi mal
gardé , & pouvant parler aux fentinelles,
puifqu'elles pouvoient lui voir le bas de
la jambe , n'auroit- il pas tenté , par des
promeffes & de belles eſpérances , de corfonnier
que M. de Saint-Mars reçut ordre de
Louis XIV de préparer une prifon bien füre & bien
clofe dans le fort de l'ifle Sainte- Marguerite ; &
M. de Piganiol , dans fa defcription de la France ,
tomeV , pag. 376 , en dit quelque chofe . On montre
par tradition la chambre où il étoit , & l'on
m'a afluré qu'elle n'a qu'une feule fenêtre , qui eft
du côté de la mer , & environ à 14 ou 15 pieds audeffus
du rez de chauffée , & par conféquent des
fentinelles.
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
rompre quelque foldat pour fe mettre en
liberté , ce qui lui auroit été très- aifé , attendu
la contrebande continuelle qui fe
faifoit à l'ifle Ste Marguerite .
M. de Paltau a encore appris de M. de
Blainvilliers que ce prifonnier fut enterré
fecretement à St Paul en 1704 , & qu'on
mit dans le cercueil des drogues pour confumer
le corps. L'abbé Langlet , à qui l'on
faifoit faire de fréquentes retraites à la
Bastille , & qui y étoit alors , dit , dans fon
plan d'histoire de la monarchie françoife,
tom. 3 , p. 269 , qu'il fut enterréaux Céleftins
. On blanchit fa chambre auffi-tôt
après la mort.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur ,
Votre très humbre & trèsobéillant
Serviteur ,
SAINT-FOIX .
L'Hiftoire & les Mémoires de littérature
de l'Académie royale des infcriptions &
belles - lettres , en foixante quatre vol .
in 12. , dont les vingt - huit premiers
paroiffent actuellement , propofés par
foufcription . A Paris , chez Panckoucke
, libraire , rue & à côté de la comédie
françoife ; à Amſterdam , chez
OCTOBRE . 1768. 127
-
Changuion , & chez les principaux libraires
de l'Europe.
Les mémoires de l'Academie des infcriptions
font fi connus, & l'édition in - 4°.
eft fi répandue en France & chez l'étranger
, qu'on peut fe difpenfer d'entrer dans
un grand dérail pour en faire connoître le
mérite & l'utilité. Ce dépôt littéraire
l'ouvrage d'une compagnie fçavante , &
d'un fiécle entier de travaux , eft le plus
riche monument qui exifte en aucune
langue , foit fur la géographie , la chronologie
, l'hiſtoire ancienne , l'hiftoire
moderne ; foit pour les notices de nos anciens
romans ou de nos vieux poëtes ;
foit enfin pour les obfervations & pour
toutes les fingularités qui concernent la
poëfie , l'art dramatique , les théâtres
d'Athènes & de Rome , la mufique & la
danfe , la peinture , la fculpture , la gravure
& tous les arts anciens. Cette collection
, dans le cabinet d'un homme de
lettres , d'un amateur ou d'un curieux , eft
une bibliothéque entiere qui peut lui tenir
lieu de plufieurs milliers de volumes.
La foufcription publiée , l'année der
niere , de l'édition de Paris , qui a aujourd'hui
trente- deux vol . in- 4°. en ayant en
rierement épuifé le fonds , on actu rendre
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
·
fervice au Public , aux gens de lettres , &
à la nation , en acquérant tout le fonds de
l'édition in 12 , imprimée en Hollande
fur celle de Paris . Cette édition commode
& portative confifte aujourd'hui en
vingt-fix volumes in 12 , qui comprennent
les treize premiers vol . in- 4° . Les trentehuit
volumes qui manquent pour mettre
cette édition de pair avec celle de Paris ,
font fous preffe , & par un traité fait avec
les imprimeurs , ils fe font obligés de les
achever d'ici à la fin de l'année 1769. On
a féparé , dans l'édition in - 12 . , l'Hiftoire
des Mémoires , & l'on continuera de
même.
Chaque volume in - 12 , dont plufieurs
ont jufqu'à 35 feuilles d'impreffion , ou
840 pages , coûtera 2 liv . 10 fols ; & les
foixante-quatre volumes , 160 liv . On
payera , en recevant la premiere livraiſon
qui fe fait actuellement en vingt- fix vol. ,
répondans aux tomes 1 à 13 , in-4°., 65
liv. La feconde livraiſon , qui paroîtra en
Mars 1769 , & comprendra les tomes 14
à 22 , in-4° . , formant dix- huit vol. in . 12 ,
coûtera 45 liv. La troifiéme livraiſon >
qui paroîtra en Décembre 1769 , & comprendra
les tomes 23 à 32 , in- 4 °. , qui
formeront vingt vol . in 12 , coûtera sol.
Chaque volume , après la foufcription ,
OCTOBRE. 1768. 129
coûtera 3 liv. 10 fols , qui eft le prix que
ces volumes fe font toujours vendus.
Ceux qui ont pris précédemment les 26
premiers vol. in- 12. , feront également
admis à foufcrire pour la fuite. Ils payeront
les volumes en les recevant. On vend
féparément les éloges des académiciens
contenus dans lefdits mémoires ; ils forment
2 volumes in- 1 2. , où il y a des mor
ceaux qui ne font pas compris dans les 26
vol. qui font annoncés ci- defus.
A differtation onthe Ancient Pagan Myfteries
: wherein the opinions of Bishop
Warburton and Dr Leland on this fubject
are particularly confidered. DIS-
>
SERTATION SUR LES MYSTERES
DES ANCIENS PAYENS dans laquelle
on examine particulierement les
opinions de l'évêque Warburton & du
docteur Lelandfur ce fujet , in- 8° .
L'Auteur de cette differtation commence
par donner un précis de l'opinion
de Warburton. Les myfteres des anciens
Payens étoient de deux efpéces , les grands
& les moindres . Les derniers enfeignoient
l'origine de la fociété & la doctrine d'une
vie à venir ; ils préparoient aux premiers
; on pouvoit les dévoiler à tous les
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
initiés fans exception . Le fecret des grands
myfteres étoit la doctrine de l'unité de
Dieu & la découverte du Polytheiſme
vulgaire. Ce fecret n'étoit pas communiqué
à tous les initiés , il ne l'étoit qu'à
un petit nombre choifi avec foin , qu'on
jugeoit capable de difcrétion & qu'on
avoit éprouvé . On fe croyoit obligé de
faire un myftere de ces découvertes
parce qu'on penfoit que l'anéantiffement ,
ou même la dégradation des fauffes divinités
déconcerteroit ou embrouilleroit
trop le fyftême établi ; on craignoit auffi
d'éprouver de grandes difficultés de la
part de quelques ignorans , trop attachés
à leurs dieux , de la part de ceux qui en
avoient dans leurs familles , ou des ambitieux
qui efpéroient le devenir euxmêmes.
L'Auteur examine enfuite les

deux propofitions que le docteur Leland
oppofe à l'opinion de Warburton ; que
les myfteres ne tendoient pas à détruire
le polythéifme , & qu'ils n'enfeignoient
pas non plus l'unité de Dieu. Il répond
d'une maniere très plaufible au docteur ;
il refoud la plupart de fes objections ; il
des recherches intéreffantes & curieufes
; on trouve même , dans la maniere
dont il combat fon adverfaire , une décence
& une honnêteté qu'on rencontre
OCTOBR E. 1768. 131
rarement dans les écrits polémiques de
ceux qui fuivent le parti de l'évêque de
Glocefter.
LA FALSITA DELLO STATO FERINO
DEGLI ANTICHT UOMINI DIMOSTRATA
COLLA SACRA SCRIT-
1
TURA , &c. La faufferé de l'etar fauvage
des anciens hommes , démontrée
par l'écriture fainte : ouvrage qui peut
fervir d'appendix au livre des principes
du droit de la nature & des gens , de Finetti.
Venife , in-4° . 44 pag. , 1768 .
C'eft Jean- Baptiſte Vico qui , le premier
, a imaginé que les premiers hommes
avoient vécu long-tems dans un état
brat & groffier qui ne les diftinguoit en
aucune maniere des bêtes. M. Rouſſeau,
dans fon difcours fur l'origine & les fondemens
de l'inégalité parmi les hommes,
voulut prouver que c'étoit l'état naturel
de l'homme ; plufieurs écrivains , en France
& en Italie , fe font élevés contre cette
opinion , ce qui n'a pas empêché qu'elle
n'ait été adoptée par quelques perfonnes
en Italie , on compte , parmi les dernieres
, M. Emmanuel Duni , à préfent profeffeur
au collège de la Sapience à Rome;
il a foutenu le fyftême de Vico comme
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
certain , indubitable , & au - deſſus de toutes
les objections. Un anonyme s'eft propofé
de combattre ce fyftême dans une
differtation , que des raifons particulieres
l'ont empêché de faire imprimer ; il s'eft
borné à publier la brochure que nous annonçons
& qui peut marcher à la fuitedu
livre de principiis juris naturæ & gensium
, dans lequel l'Auteur a répondu
d'une maniere très - longue & très- diffuſe
à Vico. On ne trouve dans cet appendix
qu'un fommaire des propofitions de Vico
, oppofées à l'écriture fainte. Il foutenoit
, par exemple , que les hommes s'étoient
difperfés fur la terre un an après le
déluge ; que la confufion de Babel avoit
caufé la diverfité des langues chez les
peuples de l'Orient , mais que dans le
refte du monde cette diverfité avoit eu
une autre caufe. Il prétend que la religion
fur oubliée , & que ce ne fut que deux,
fiécles après que la terreur pannique
qu'infpiroient le bruit & les effets du tonerre,
en firent naître une nouvelle ; il
attribue la croyance univerfelle de l'immortalité
de l'ame à l'ufage d'enterrer les
morts ; la puanteur qui s'en exhaloit donna
feule lieu à cet ufage , &c. L'Auteur ne
fait que rappeller les propofitions de Vico
, auxquelles il en joint de contraiOCTOB
R E. 1768. 133
res , qu'il ne fait qu'extraire de la bible,
fe contentant de préfenter celles - ci
fans réflexions ; cette maniere de répondre
eft bien fimple , bien facile , mais
elle ne fatisfera pas fans doute les partifans
de cette opinion ; elle eſt fi abfurde,
qu'il étoit inutile de la combattre ; mais
puifqu'on l'entreprenoit il falloit le faire
autrement.
SÉANCE PUBLIQUE
DE L'ACADÉMIE FRANÇOISE.
LE 25 Août , jour de St Louis , l'Académie
françoife tint fon affemblée publique
dans la falle du louvre pour la diftribu
tion du prix de poëfie de cette année . M. de
Chateaubrun , directeur , déclara que le
prix avoit été décernéà ce piéce qui a pour
titre: Lettre d'unfils parvenu , àſon pere laboureur
, & dont l'auteur eft M. l'abbé de
Langeac. Il ajouta que l'académie regrettait
vivement de n'avoir pû admettre au
concours une piéce intitulée : les Difputes
, & que les raifons qui avoient fait exclure
cet ouvrage , & que l'auteur luimême
devoit approuver , n'empêchoient
pas que l'académie n'en fentît tout le mé
134 MERCURE DE FRANCE.
rite. L'acceffit fut adjugé indiftinctement
à trois piéces ; fçavoir , l'Epitre aux pau--
vres , de M. Fontaine ; les Mariages fans
inclinations , & le Philofophe . Il fit aufli
une mention honorable de trois autres
ouvrages , dans lefquels l'Académie avoit
trouvé des morceaux dignes d'eftime ,
P'Epitre d'un beau-pere àfon gendre ; les
Ruines ; & la Néceffité d'être utile . M. de
Marmontel fit la lecture de l'ouvrage couronné
, & M. l'abbé de Langeac reçut la
médaille des mains de M. Duclos , fecrétaire
perpétuel , qui annonça pour ſujet
du prix d'éloquence de l'année 1769 ,
l'éloge de Moliére , & qui lut celui de
M. de Fontenelle , morceau écrit avec le
goût , l'efprit & la précifion qui caractérifent
les ouvrages de M. Duclos , & qui
fut extrêmement applaudi. Mais ce qui
rendit cette féance extrêmement agréable
& très- intéreſſante , ce fut la lecture que
fir M. le duc de Nivernois de quelques
Fables qui réunirent tons les fuffrages .
Elles ont paru généralement d'une expreffion
fine & d'une morale profonde , pleines
de délicateffe & de grace , dignes , en
un mot , de leur auteur , qui remplir les
momens que lui laiffe une fanté foible
par des amuſemens littéraires auffi aimables
que fon commerce , & dont on peut
OCTOBRE . 1763. 135

dire qu'il aime les gens de lettres pour
eux- mêmes & qu'il en eft aimé pour lui .
Nous avons mis la piéce couronnée
fous les yeux de nos lecteurs , à l'article
des Piéces fugitives , nous n'en porterons
aucun jugement. Nous ne fçautions lui
donner un plus grand éloge que le fuffrage
de l'académie. Nous obferveront
feulement , à la gloire de M. l'abbé de
Langeac qui n'a que dix-fept ans , qu'il a
été décoré des lauriers académiques plus
jeune qu'aucun autre auteur avant lui , &
que l'on peut eſpérer qu'il tiendra tout
ce que promettent d'auffi glorieux pré-
Lages .
Des trois piéces qui ont obtenu l'ac
ceffit , l'Epitre aux pauvres eft la feule
imprimée. Comme l'Auteur a certainement
de l'ame & du talent , nous nous
croyons obligés d'entrer dans quelque dé
tail fur fon ouvrage.
1
Nous remarquerons d'abord que fon
titre eft vague , & que la piéce ne femble
pas avoir un but affez déterminé. Qu'eſt
ce qu'une Epitre aux pauvres ? Quel peut
en être l'objet ? L'Auteur veut- il nous indiquer
les moyens d'empêcher qu'il n'y
en ait dans un royaume ? Ce deffein feroit
fort beau ; mais ce n'eft pas là un
fujet à traiter en vers. Veut- il nous in136
MERCURE DE FRANCE.
téreffer en leur faveur ? Il n'eſt pas befoin
pour cela de leur adreffer une épître.
D'ailleurs à quel pauvre parle- t-il ? Au
pauvre mendiant ? Au pauvre laboureur ?
Au pauvre caché ? Il ne fpécifie rien dans
la piéce. Pourfuivons.
Je vous falue , ô vous , que le ciel a fait naître
Pour fouffrir la mifére ou pour avoir un maître.
Premierement les humains , fi l'on en
juge par le fait , font prefque tous nés
pour avoir un maître , & n'en font pas
plus pauvres. Il y en a même qui s'en
trouvent fort bien. Que les hommes
ayent un maître ou non , cela ne fait rien
au fujet , à moins que l'auteur n'eût entrepris
de prouver que , dans l'état d'égalité
primitive , il n'y auroit ni pauvre ni
riche , & que l'on ne verroit pas alors un
homme pofféder vingt mille arpens qu'il
ne fçait pas labourer ,
labourer , tandis que celui
qui les fait valoir ne poffède pas en propre
le fillon où il étend fon corps fatigué
; mais ce n'eft point encore là le but
de l'auteur. D'ailleurs pourquoi je vous
falue ? Ce début eft affecté . C'eſt fort mal
fait de méprifer le pauvre , fort bien de
le fecourir. Le faluer , fur- tout en vers ,
eft fort inutile.
OCTOBRE . 1768. 137
Eh ! quoi ! vous baiffez tous un front trifte, abattu!
Sachez que l'infortune ennoblit la vertu .
C'eft au vice à rougir de fa vile opulence.
Pauvreté n'eft pas vice, il y a long temps
qu'on l'a dit. Pourquoi rebattre des chofes
fi communes ? Voilà ce que c'eft que
de choisir un fujet qui n'eſt qu'un lieu
commun .
Je ne viens point armé , d'un coupable dédain ,
Tourmenter lâchement votre horrible deftin.
Quel eft le fens de ces deux vers ? Comment
pourroit- il tourmenter leur deftin ?
Et s'il ne le peut pas , comment fe vante-
t- il de ne le pas faire ? Qu'il eft rare de
s'entendre en écrivant !
C'eft fur-tout en voyant un mortel miſérable
Que je fens à quel point je chéris mon femblable .
Ces deux vers font bien faits . Le fentiment
eft jufte & vrai , & l'expreffion
claire & précife. L'auteur lui - même ne
fent-il pas la différence de ces deux vers à
ce qui précéde ?
Quel fentiment s'éleve en mon ame troublée !
J'éprouve , en abordant cette fimple aflemblée ,
Ce reſpect fi profond , ces nobles fentimens ,
Qu'on n'éprouve jamais en préſence des grands,
138 MERCURE DE FRANCE.
Tout cela n'eft ni juſte , ni naturel . Une
affemblée de pauvres n'infpire point le
refpect . C'eft - là de l'emphafe . Cette affemblée
ferre le coeur de l'homme fenfible
qui ne peut la foulager ; le philofophe
s'en indigne , l'homme indifférent
détourne les yeux , & l'homme riche &
puiffant pouffe fes chevaux au travers ,
comme Tullie fur le corps de fon pere.
Voilà la vérité.
Nous ne porterons pas plus loin ce détail
critique Si l'auteur veut réfléchir , il
achevera mieux que nous. Mais nous ne
nous refuferons point au plaifir de rapporter
ce qui nous a paru digne d'éloge.
Craignez l'or , cet enfant de la terre profonde ,
Et qui fort de fon ſein pour gouverner le monde.
: • · •
Rappellez- vous ce mot d'un publicain barbare.
D'un banquet faftueux il fortoit affligé ,
Traînant le poids des mêts dont il s'étoit chargé.
Un pauvre , de beſoin , périſſoit dans la rue.
L'heureux coquin ! dit- il , en détournant la vûe ,
Et loin de lui donner un fecours généreux ,
L'inſenſible envia la faim du malheureux.
Fameux infortunés & pauvres immortels ,
A qui tout l'Univers a dreflé des autels ,
Parlez : combien d'affronts effuïa votre gloire ,
OCTOBRE. 1768. 139
Et toi , quand tu conduis au temple de mémoire
Cette foule de rois Fameux par tes travaux ,
L'indigence te fuit au milieu des héros.
L'homme illuftre , en dépit de fon grand caractere,
Dépend de la fortune ainfi que le vulgaire.
Lorfqu'entouré des arts , couronné de lauriers ,
Ta voix dans les combats entraînoit les guerriers,
Et les dieux de l'Olympe , & les rois de la terre ,
Lorfque de Jupiter tu lançois le tonnerre ,
Souverain dans les cieux , arbitre des deftins ,
Errant , abandonné , méconnu des humains ;
Trifte , tu promenois ton obscure miſére . . .
Profanes , à genoux : ce pauvre. . c'eft Homére.
Il y a du feu & de la verve dans ces
deux morceaux. Ils fuffifent pour faire
efpérer beaucoup de l'auteur , s'il veut
chercher le naturel plutôt que l'extraordinaire
: former fon goût dans les grands
modéles , & fe fouvenir que rien n'eft
beau que le vrai , & que , fcribendi recte
fapere eft & principium &fons : confeils
qu'Horace & Defpréaux donnent à tous
les écrivains , & que nous n'avons cru devoir
lui repéter ici que parce qu'il nous a
paru valoir beaucoup plus que fon ouvrage
.
Les ruines de M. Cauille font encore un
lieu commun . L'auteur s'étend fort au
140 MERCURE DE FRANCE.
long fur les antiquités romaines , fur les
pyramides d'Egypte , & fur - tout fur la
fragilité des chofes humaines , fur la rapidité
du temps & autres chofes auffi neuves.
Le ftyle eft foible , inégal & diffus.
Il y a quelques vers bien tournés que nous
allons rapporter , ce qui vaut mieux que
de s'appefantir fur des critiques à - peu - près
inutiles.
Du jeune Marcellus le théâtre admiré ,
Semble vouloir cacher fon front défiguré.
Le temple de la Paix n'eft reconnu qu'à peine ,
De tel autre effacé la trace eft incertaine.
Ces Thermes fi vantés , par le luxe embellis ,
Languiffent maintenant fous la mouse avilis ,
Et ces arcs fomptueux qu'érigea la victoire
Dépouillent par degrés les marques de leur gloire.
Rome , Rome n'eft plus la ville des Céfars.
Ce coloffe élevé par la guerre & les arts ,
Et détruit à ſon tour par le temps & la
guerre ,
De fes membres flétris couvre & charge la terre.
Ces derniers vers font trop imités de
ceux-ci de M. de Voltaire .
Vois l'Empire Romain tombant de toutes parts ,
Cegrand corps déchiré dont les membres épars ,
Languiffent difperfèsfans honneur & fans vie.
Il eſt toujours dangereux de rappeller
OCTOBRE. 1768. 14r
une femblable comparaifou. Languiffent
eft bien dans ces vers , parce que des
membres peuvent languir, Il eft mal dans
les vers de M. Couille , parce que des
bains ruinés ne languiffent point.
Tantôt j'obferve un dôme à- demi ruiné ,
D'arbrifleaux verdoyans déjà tout couronné.
Tantôt mon oeil furpris avec plaifir contemple
Un lointain qui fourit au travers d'un vieux
temple.
J'aime à voir le matin de paifibles troupeaux
Paître au bruit des chanfons , bondir fur des tom
beaux ;
Des marbresfigurés fortir du fein de l'herbe ;
L'humble ronce embraffer la colonne fuperbe , & c.
Ce dernier vers eft excellent . Suit une
defcription allégorique du temps , qui eft
vieille comme lui. On y voit des fimulacres
qui pleurent , des lambeaux furannés,
& c. Mais on y remarque avec plaifir ces
deux vers .
Les fiécles , devant lui , les faifons & les jours ,
Se preffent l'un fur l'autre en circulant toujours.
En général l'auteur a de la facilité &
du rythme.
La néceffitéd'être utile , de M. le Prieur,
eft au - deſſous de ces deux pièces. C'eſt
142 MERCURE DE FRANCE
une longue déclamation où l'on redit
vingt fois ce qu'on a dit vingt fois avant
l'auteur. Il y a quelques vers qui font bien
faits ; mais on n'en fçauroit citer beaucoup
de fuite.
Je me transporte au temps où la France expirante ,
Auxportes de la mort ſe traînoit languiſſante.
Quel amas de mots ! fielle étoit expir
rante , elle étoit fûrement languiffanie ;
& quelle faufle image de peindre la France
le traînant aux portes de la mort !. II
falloit la peindre fe débattant contre un
ennemi qui la terraffoit , &c.
D'où vient que je la vois reprenantfa vigueur ,
Plusforte &plus robufte , accabler l'opprefleur.
C'eft que chaque François portoit au fond de l'ame
L'amour de la patrie empreint en traits de flamme,
Sous un rival heureux il femblait abartu ;
Mais il aimoit fon prince... Il n'étoit pas vaincu .
Ce derniers vers a du fentiment & de
la nobleffe.
L'auteur couronné a fait imprimer trois
piéces qu'il avoit envoyées au même concours
: une ode fur la Colere ; une Epitre
d'un fils à fa mere , & une églogue done
le titre eft : Les parens , fur l'amour, l'emportent
au village. Nous allons citer un
OCTOBRE. 1768. 143
morceau de chacune de ces trois piéces
dans lesquelles on retrouve la maniere &
le ftyle de l'épître qui a remporté le prix.
Voici le début de l'ode fur la Colere.
L'Etna dont la bouche fumante
Vomit la flamme & le trépas ;
L'Eridan dont l'onde écumante
Roule fans ceífe avec fracas .
Les coups redoublés du tonnerre
Qui femblent menacer la terre
De l'écrafer du poids des cieux ;
Et les plus terribles ravages ,
Ne font que de foibles images
De la colere & de fes feux.
Il est très - naturel & très - louable à un
jeune poëre de chercher à imiter les
grands modeles . Cette ftrophe, reflemble
au commencement d'une ode de M. de
Voltaire , que nous allons mettre ici fous
les yeux du Lecteur avec d'autant plus de
plaifir qu'elle eft de la plus grande beauté,
& qu'il est toujours heureux d'avoir à citer
de pareils vers ,
L'Etna renferme le tonnerre
Dans les epouvantables flancs.
Ilvomit le feu fur la terre ;
Il dévore fes habitans .
Fuyez , driades gémiflantes ,
144 MERCURE DE FRANCE.
Ces campagnes toujours brûlantes ,
Ces abîmes toujours ouverts ,
Ces torrens de flamme & de fouffre ,
Echappés du fein de ce gouffre
Qui touche aux voûtes des enfers.
Plus terrible dans les ravages ,
Plus fier dans fes débordemens ,
Le Pô renverſe ſes rivages
Cachés fous fes flots écumans ;
Avec lui marchent la ruine ,
L'effroi , la douleur , la famine ,
La mort , les déſolations ,
Et dans les fanges de Ferrare
Il entraîne à la mer avare
Les dépouilles des nations.
Mais ces débordemens de l'onde ,
Et ces combats des élémens ,
Et ces fecoufles qui du monde
Ont ébranlé les fondemens ;
Fléaux que le ciel en colere ,
Sur ce malheureux hémisphère ,
A fait éclater tant de fois ,
Sont moins affreux , font moins finiftres
Que l'ambition des miniftres ,
Et que les difcordes des rois.
L'épître d'un fils à fa mere commence
ainfi .
Soumife
OCTOBR E. 1768. 145
Soumife avec courage aux voeux de la nature ,
Toi , dont le coeur docile à ſon moindre murmure,
T'immolant toute entiere à fon augufte emploi ,
S'eft fait , de le remplir , une ſévère loi ;
Exemple attendriffant d'une fenfible mere ,
Et de la dignité d'un fifaint caractere ;
Mon coeur en fentimens tout entier répandu ,
Ne pourroit t'exprimer le retour qui t'eft dû.
De mes foibles effais puifle au moins cet hommage,
Premier voeu de ce coeur , être l'heureux préfage
De tes defleins fur moi , chaque jour , accomplis ,
Etjufqu'à mon trépas refpectés & remplis .
Voici les premiers vers de l'églogue .
Le roffignol & les autres oiſeaux
Se tenoient tous dans un profond filence.
Déjà l'hiver par ſa naiſlance
Sufpendoit le cours des ruiffeaux .
Affis dans fon humble chaumiere ,
Ménalque le chauffoit à la flamme légere-
3
D'un bois qui répandoit une douce chaleur :
Son front fur fes deux mains , les yeux fixés en
terre ,
Son maintien annonçoit les chagrins de fon coeur,
DE
A M. l'Abbé de Langeac.
E vos heureux talens je vois briller l'aurore ;
I. Vol. G
146 : MERCURE DE FRANCE.
8
&
J'ai lu vos vers , ils font charmans :
Le fentiment qui les colore
Les rend plus précieux encore ,
Et cent fois plus intéreſlans.
On peut dire de votre ouvrage ,
C'eſt le triomphe d'un bon coeur.
On en a couronné l'Auteur ;
L'efprit & la raiſon lui devoient cet hommage.
.Par M. le M. de V.
EPITRE à Madame la M. de L.
MARQUISE , le fort favorable ,
A f'empire de la beauté
Vous donne un droit inconteftable ;
A bien moins l'on s'eft contenté :
Et la féduifante déeffe
Qui , par le charme de fes yeux
Fit tant de jaloufés aux cieux ,
Et mit én feu Troye & la Grèce ,
N'étoit que belle & n'avoit pas
Cet art divin , incomparable ,
De fçavoir joindre à fes appas
Tout ce qui peut rendre adorable.
Comme vous , parmi les enfans ,
Elle pouvoit compter les graces ;
OCTOBRE. 1768. 147
Mais voyoit-elle fur les traces
Autant de coeurs reconnoifans ?
Des neuf foecurs peu confidérée
Pouvoit-elle être déclarée ,
Comme vous , mere des talens !
Et fous fon ombre voyoit- elle
Un rejetton de quetques ans ,
Par les plus rapides élans ,
Elever la tête immortelle ;
Et ceindre les rameaux naiffans
De la couronne la plus belle
Jufques à ces momens flatteurs ,
Dans un âge fi tendre encore
Où , fous l'aftre qui les colore
De tendres & timides fleurs
Semblent tant héfiter d'éclore ,*
A-t-on vu réunir jamais
Auton mâle un coloris frais ,
La force à la délicatelle ,
L'aifance à la fublimité ,
>
Enfin , les fleurs de la jeuneffe
Aux fruits de la maturité ?
Quel hommage , beile Marquife ,
Ne vous doivent pas les mortels ?
Avec reſpect , amour , ſurpriſe
Ils approcheront vos autels.
Heureux ! fi dans la foule immenſe
Qui vous préfente fon encens ,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE
Vous diftinguiez dans les accens
Celui de la reconnoiflance.
Par M. Maucomble.
PRIX d'éloquence pour l'année 1769 .
Le vingt-cinquième jour du mois d'août
1769 , fète de St Louis , l'académie françoiſe
donnera un prix d'éloquence , qui
fera une médaille d'or de la valeur de fix
cents livres. Elle propofe pour fujet ,
l'Eloge de J. B. Poquelin de Moliere: II
faut que le difcours ne foit que de trois
quarts d'heure de lecture tout au plus.
Toutes perfonnes , excepté les Quarante
de l'Académie , feront reçues à compofer
pour le prix . Les auteurs ne mettront
point leur nom à leurs ouvrages , mais
ils y mettront une fentence ou devife ,
telle qu'il leur plaira . Ceux qui prétendent
au prix font avertis que s'ils fe font
connoître avant le jugement , ou s'ils font
connus , foit par l'indifcrétion de leurs
amis , foit par des lectures faites dans des
JIG A
Le prix de l'académie eft formé des fondations
réunies de MM . de Balzac , de Clermont-
Tonnerre , évêque de Noyon , & Gaudron .
OCTOBRE. 1768. 149
maifons particulieres , leurs piéces ne feront
point admiſes au concours. Les ouvrages
feront envoyés avant le premier
jour du mois de Juillet prochain , & ne
pourront être remis qu'à la V. Regnard ,
imprimeur de l'académie françoife , rue
bafle de l'hôtel des Urfins , où grand'falle
du palais , à la providence : & fi le port
n'en eft point affranchi , ils ne feront point
retirés.
Nota. Nous rendrons compte , dans le
Mercure prochain des féances de plufieurs
académies & des fujets de prix propofés .
SPECTACLES.
CONCERT
E
SPIRITUEL .
Le jeudi 8 Septembre , jour de la Nativité
de la Vierge , on a exécuté , au Concert
Spirituel , une fymphonie de M. Sirmen.
MM. Bezozzi , Jadin & Molidor ,
ordinaires de la mufique du Roi , ont fait
entendre un concerto de hautbois , baſſon
& cors-de-chaffe . Le hautbois & le baffon
ont paru admirables. Mde Larrivée
a chanté avec goût , Exultate jufti , & c.
petit motet de la compofition de M. Tif
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
fier , très - jeune compofiteur qui fçait
faire un heureux emploi de la bonne mufique
qu'il a entendue . Mlle le Chantre' ,
connu par fon talent pour le clavecin , a
joué fupérieurement plufieurs piéces de
M. Romain fur un nouveau clavecin ,
piano forte. On a donné beaucoup d'applaudiffemens
à un air italien , chanté
avec tout l'art poffible par. Mile Fel , &
foutenu par l'accompagnement précis &
brillant de M. Bezozzi . Mde Lombardini
Sirmen a enchanté par la maniere dont
elle a exécuté un concerto de M. Sirmen .
Cette charmante virtuofe exprime du
violon des fons brillans & amoureux qui
pénétrent jufqu'au coeur . Ce concert a été
terminé par le grand motet couronné ,
Super flumina Babilonis de M. l'abbé
Girouft .
COMÉDIE FRANÇOISE.
Les deux Freres ou la Prévention wvaincué ,
comédie en cinq actes & en vers ; par
M. de Moiffi , repréfentée par les comédiens
françois ordinaires du Roi ',
le mercredi 27 Juillet 1758 ; chez Hériffant
, imprimeur- libraire, rue Neuve
Notre-Dame .
OCTOBRE. 1768. 151
Nous n'avons dit qu'un mot de cette
piéce dans le dernier Mercure . Elle n'étoit
pas imprimée encore. Elle l'eft aujourd'hui
, & c'eſt aux amateurs à juger fi
la lecture eft plus favorable à cet ouvrage
que la repréfentation . On voit , en lifant
la préface , que l'auteur appelle du jugement
du Public. Un auteur qui s'eft vû
Tur le théâtre & qui a eu le temps de la
réflexion , doit ſe juger lui- même mнeux
que perfonne ; & puifque M. de Moifli
s'eft jugé favorablement , nous ne nous
chargerons point de lui contefter fon opinion
, & la nôtre lui doit être fort indifférente
.
D'ailleurs , nous prenons cette occafion
d'avertir ici que le refpect que nous
ayons pour le Public ne nous permet de
mettre fous les yeux que ce que nous
croyons pouvoir l'intéreffer. Nous ne détaillons
que les ouvrages qui peuvent at
tacher par eux-mêmes ou par ce qu'ils ont
de relatif à des objets importans , ou par
un mêlange de beautés & de défauts qui
annoncent que l'auteur , fur-tout s'il eft
jeune , peut ajouter aux unes ce qu'il peut
orer aux autres. Le plan de cet ouvrage
nous permet de nous étendre ou de nous
refferrer , felon la convenance , & par au
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
principe qu'on ne peut blâmer ; nous par
lons peu lorfqu'il y a peu à louer on à
profiter.
On a donné fur ce théâtre, le mercredi
14 Septembre , la premiere repréfentation
de Laurette , comédie en deux actes & en
vers. Nous reviendrons fur cette piéce
dans le Mercure prochain .
COMÉDIE ITALIENNE.
Lis Comédiens Italiens ordinaires du
Roi ont repréſenté pour la premiere fois,
le 16 Août , les deux Pantalons , comédie
nouvelle italienne , tirée du théâtre
de M. Goldoni.
Pantalon pere eft défolé des déréglemens
de fon fils , ce qui n'empêche point
ce fils libertin de fe livrer à fa påffion
pour le jeu , & d'employer toutes fortes
de moyen, pour emprunter de l'argent , &
faire des dettes qu'il eft hors d'état de
payer. Argentine lui a prêté à gros intérêt
le montant de fes gages , qu'elle ne
tarde point de redemander pour époufer
Arlequin. Pantalon pere eft pourfuivi par
les créanciers de fon fils ; mais il trouve
dans un riche négociant fon ami , des ref
OCTOBR E. 1768. 153
fources qui l'en délivrent , & fon fils , en
époufant la foeur de ce négociant , promet
de renoncer à fes défordres. Cette piéce
eft bien intriguée , & offre des fcènes intéreffantes
& amufantes. Le Sr Colalto ,
qui eft en poffeffion du rôle de Pantalon ,
repréfente lui feul , fous le mafque , le
pere févére , &, à vifage découvert , le fils
débauché ; il a rendu , avec vivacité & fupérieurement
, ces deux rôles contraftés ,
fans que fon double jeu air rallenti ou refroidi
l'action .
On a donné fur ce théâtre , le 20 du
mois d'Août , la premiere repréfentation
du Huron , comédie en deux actes & en
vers mêlée d'ariettes,
ACTEURS :
LE HURON .
Mile DE ST YVES.
M. DE ST YVES . •
M.Caillot.
{ Mde Laruette.
M. Deshayes.
Mlle DE KERKABON . Mlle Deſglands.
M. DE KERKABON fon frere. M. Nainville.
LE BAILLI .
GILOTIN fon fils.
UN OFFICIER .
UN CAPORAL.
Troupe de foldats.
M. Chamville .
M. Laruette .
M. Clairval.
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
Troupe
de gens
du Bailli.
La feène eft en Bretagne. Le théâtre repréfente
un village.
Mlle de Kerkabon & Mlle de St Yves
s'entretiennent enſemble du jeune fauvage
qui eft parti de grand matin pour la
chaffe. Comment le trouvez - vous , dit
Mlle de Kerkabon .
Mlle DE ST Y VES.
Bon enfant tout- à-fait.
Mlle DE KERKABON .
Bon enfant ! l'éloge eſt modeſte.
Il eſt charmant. Comme il eft fait !
Comme il eft gai ! Comme il eſt leſte !
Si jamais il aime , je gage
Qu'il aimera mieux qu'un Français.
Moi , je ne m'y connois pas ; mais
Je crois que pour aimer , rien n'eft tel qu'un
Lauvage ;
Et , par exemple , quel dommage.
Que le fils du bailli ne lui reffemble pas.
Vous feriez bien moins difficile.
Mile DE ST. Y VES..
Ah ! je l'ai vu, cet imbécille , &c.
OCTOBRE. 1768 .
Cet imbécille eft pourtant destiné à la
belle St Yves . Les deux peres font d'accord
; mais elle eft fort réfolue à le réfufer.
Arrive Gilotin. Ila vâ chaffer le Hu
ron. Il en est tout émerveille.
Gilotin parle enfuite de fon mariage.
Il prétend que tout eft arrangé. Comment
, dit Mile de 'St Yves .
GILOTI N.
Comment ! la chofe eft claire ..
Un jour que je revais , j'étois là comme un for
Mon pere eft phyfionomiſte ,
J
Et comme il entendit que je ne difois mot ,
Il devina que j'étois triſte .
Il me regarde entre deux yeux .
Qu'as-tu donc , me fit- il ? Moi , je n'ai rien ,
fis-je.
Tu mens , quelque chofe t'afflige ,
Fit- il. Vous l'avez dit , j'ai de l'amour. Tant
Je dis
mieux !
Voyons , qui t'a donné dans l'aile ?
que c'étoit vous. Oui dà , f
Et tu t'aiges pour cela ?
fit-il , c'eft elle
Va , tu n'es qu'un benêt. Il eſt badin , mon pere.
Eh bien , fit il , demandons -la !
Sitôt dit , fitôt fait. Voilà tout le myftere.
Mlle de St Yves ne le paye pas de ces
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
raifons. Le Huron vient offrir fa chaffe
aux deux Demoifelles. Les liévres font
vivans , il les a pris à la courfe . Mlle de
Kerkabon le fait affeoir pour fe repofer.
Comment , lui dit- elle , fi jeune encore ,
avez-vous pû quitter pere & mere !
LE HUR o N.
On n'a guère
De regret à quitter ce qu'on ne connoît pas.
GILOTI N.
Eft -ce que les Hurons n'ont ni pere ni mere ?
Mlle de St Yves lui demande quelle
eft en Huronie la maniere d'exprimer fon
amour.
LE HURON.
C'eft de faire en aimant quelque belle action
Qui plaife à ce qui vous reffemble.
Elle lui demande encore s'il n'a pas aimé
! Oui , dit- il , là belle Abucaba. Il en
fait le portrait.
Les joncs ne font pas plus droits ,
Elle en avoit la fouplefle :
De la biche , la vîteffe ;
De l'hermine , la fineſſe
Et la blancheur à la fois.
La colombe eft moins fidéle ;
OCTOBRE. 1768. 157
L'aigle n'eſt pas plus fier qu'elle ,
Et les agneaux font moins doux.
Auffi fraîche que la rofe ,
Elle cut même quelque chofe ,
Oui , quelque choſe de vous.
Ces paroles font bien adaptées au caractere
du perfonnage, Elles font un peu
dans le goût de la chanfon de Polyphême
pour Galatée dans les métamorphofes
d'Ovide . Abucaba a fini malheureuſement.
Un ours l'a mangée. Comme on
en eft à plaindre fon fort , Mlle de Kerkabon
remarque deux portraits joints enfemble
qui font au col du Huron . Elle
s'en failit avec vivacité ; paroît dans la plus
grande furprife , & fort précipitamment.
Le Huron , qui eft demeuré avec Mlle de
St Yves & Gilotin , chante cet air :
Vous me charmez ,
Vous enflammez
Jufques à l'air que je refpire , & c.
Mlle de St Yves paroît un peu troublée
de ce que fa bonne amie l'a laiffée avec le
Huron. Gilotin lui dit gravement.
J'y fuis , ne craignez rien.
Mlle de St Yves fort néanmoins pour
aller retrouver Mile de Kerkabon . Gilotin
138 MERCURE DE FRANCE.
#
trouve fort mauvais qu'un Huron fe déclare
le rival du fils d'un bailli. Il faut
dit le Huron , laiffer choifir à Mlle de St
Yves l'époux qui lui plaira.
GILOT IN..
Et fi je plais à ſon pere,
LE HURON.
Son pere t'époufera .
M. de Kerkabon arrive & embraffe le
Haron. Il est fon neven , fils d'un frere
inort en Canada. Les deux portraits ont
fait tout reconnoître . Ce font ceux du
pere & de la mere du Huron , qui a perdu
l'un & l'autre dans fon enfance . On l'amene.
Mlle de St Yves félicite Mlle de
Kerkabon fur le neveu qu'elle a retrouvé.
Mile de Kerkabon la force de convenir
qu'elle a du goût pour le jeune fauvage.
Il n'eft plus queftion que d'engager
M. de St Yves à rompre avec le bailli.
Mile de Kerkabon s'engage à y faire tout
fon poffible ; mais comme elle- même ne
laiffe pas d'avoir quelque goût pour le
Huron , elle trouve qu'il eft un peu défa.
gréable à fon âge de faire le rôle de tante.
Sur cela le Huron revient . Il eft accablé
de queftions de tous les côtés. Il ne fçait
auquel entendre.
OCTOBRE. 1768. 159
Un officier françois paroît avec une
troupe de foldats , & chante :
Vaillans François , courez aux armes ,
L'ennemi menace vos ports.
Si la gloire a pour vous des charmes
Vélez à la voix fur ces bords.
Quand on fert un roi que l'on aime ,
C'est une fête qu'un combat;
Chacun s'enrôle de foi-même ,
Et tout fujet devient foldat.
On veut amener Gilotin . On lui préfente
une épée. Il recule , tremblant de
frayeur.LeHuron prend l'épée , & dit qu'on
renvoie ce poltron . Le fils du bailli enchanté
, prend la fuite , en s'écriant ; Ah!
le charmant Huron ! On marche aux ennemis
, & Mlle de St Yves , en fe ſéparant
de fon amant , lui dit:
Tu me fais trembler , mais je lens
Que je t'en aime davantage.
Au fecond atte , Gilotin vient annon .
cer à Mlle de St Yves que les ennemis
font défaits & rembarqués . Le Huron a
fait des merveilles , mais il ne fçait s'il
eft mort ou vivant. Elle le renvoie pour
s'en informer . Elle demeure feule , &
chante les paroles fuivantes.
160 MERCURE DE FRANCE
Récitatif obligé.
Ah! quel tourment ! peut-être il eft bleffé !
Parmi les morts peut - être on l'a laiſſé !
Sa foible voix appelle fon amante
Sa foible voix m'appelle à fon fecours.
Ah ! je l'entends cette voix défaillante.
Oui , cher amant , je t'entends & j'accours.
Où m'emportent mes allarmes ?
Moi feule , au milieu des armes ,
M'expofer aux yeux de tous !
Il n'eft point mon époux , & je dépends d'un pere.
Devoir , honncur févére ,
Pourquoi m'enchainez -vous ?
Que dis-je ? hélas ! cruelle ,
Peut-être en ce moment
Expire mon amant .
Je l'entends qui m'appelle :
Viens me fermer les yeux ,
» Je meurs , je meurs fidéle ,
Viens , reçois mes adieux . "
AIR :
Ah ! mon coeur fe déchire ,
C'eſt un trop long martyre.
Je céde à mon effroi .
Je dois à ce que j'aime ,
Je dois plus qu'à moi -même ,
Et la douleur extrême
Ne connoît point de loi,
OCTOBRE. 1768. 161
Mon pere lui-même
Aura pitié de moi.
Le Huron , qui n'eft plus le Huron , &
qui s'appelle Hercule Kerkabon , vient
délivrer fa maîtreffe de fes mortelles inquiétudes.
Son oncle & fa tante le preffent
dans leurs bras . M. de St Yves les
félicite d'avoir un pareil neveu. On lui
demande le récit du combat , & comme.
Rodrigue il reprend haleine en le racontant.
M. de St Yves fe décide à lui donner
fa fille. Mlle de Kerkabon lui apprend
cette bonne nouvelle. Il fort tranſporté ,
en difant qu'il va voir fa femme. Gilotin
vient fe plaindre du tour qu'on lui joue.
Il fort fort irrité , & le Huron rentre
défefpéré.
Il apperçoit M. de St Yves , & fort en
tremblant , M. de St Yves eft très - courroucé.
Le Huron a voulu entrer malgré
lui chez fa fille . Il a voulu faire violence
à fes gens. Il a menacé d'entrer par la fenêtre.
Ce crime eft irrémiffible , & le
mariage eft rompu. Il veut envoyer fa
fille au couvent. Le Huron revient & apprend
que fa maîtreffe va dans un séjour
où l'on eft invifible . Il s'écrie dans fa douleur.
162 MERCURE DE FRANCE .
:
Que ne fuis-je encor dans nos bois ,
Loin de ces funeftes rivages !
C'est vous , cruels , vous & vos loix ,
C'est vous qu'ondoit nommer fauvages , &c.
Il fort furieux . M. de St Yves revient .
On s'efforce en vain de l'appaiſer . Gilotin
arrive & annonce que le Huron a voulu
enlever Mlle de St Yves , comme elle
alloit entrer au couvent ; mais qu'on l'a
arrêté. Le Huron paroît lui même , fe débattant
contre les gens du bailli . L'offi .
cier françois , qui a paru au premier acte ,
intercéde pour lui , & repréfente qu'il a
fauvé la patrie. Le bailli veut arrêter le
Huron, M. de Saint Yves prend alors le
parti de lui donner fa fille pour le foultraire
à la rigueur des loix , & le Huron ,
de raviffeur qu'il étoit , devient l'époux
de Mlle de St Yves , malgré le bailli &
fon fils.
L'auteur de la piéce ne s'eft point fait
connoître. L'auteur de la mufique eft
M. Grétry. L'ouvrage a eu un très- grand
fuccès. On y defireroit un peu plus d'intérêt
& un dénouement un peu moins
brufqué. Mais , en général , il y a de l'agrément
& de la variété dans les paroles .
La mufique a paru réunir les fuffrages des.
connoiffeurs. C'eft un coup d'effai heureux
& brillant.
OCTOBRE. 1768. 163
M. Grétry , élevé dans les écoles de
Rome , paroît y avoir puifé les grands
principes des Pergolefe , des Rinaldo, des
Vinci , fans fe laiffer aller au genre en
quelque forte épigrammatique , & plus
faillant que folide de la nouvelle mufique
italienne. Sa compofition eft facile
& riche . Son harmonie n'eft jamais trop
chargée. Il n'étouffe point la partie principale
,ni la voix par un accompagnement
tyrannique & bruyant . Son expreffion eft
jufte & fidéle au fens des paroles , & fes
motifs font toujours diftincts pour l'oreille
& pour l'ame . Sa mufique offre des
contraftes fans confufion . Elle paroît ſe
plier à tous les caracteres ; mais elle femble
faite fur tout pour le pathétique. Le
récitatif du fecond acte , où Mile de St
Yves tremble pour fon amant , eft admirable.
La voix touchante de Mde Laruetté
& fon chant plein d'ame & d'expreffion
ont encore ajouté à l'effet de ce morceau .
L'ariette dans quel canton , & c . eft pleine
de vivacité & d'une vérité pittorefque.
Le récit du combat eft encore au- deffus ,
& l'art du grand acteur qui l'a chanté s'eft
exercé fans doute avec plaifir for des
morceaux aut bien faits. Le rôle de Gilotin
a été très - bien rendu par M. La
ruette. Les traits femés dans l'ouvrage à
164 MERCURE DE FRANCE.
l'honneur de la nation françoife ont contribué
au fuccès .
ARTS.
PRIX DE PEINTURE , SCULPTURE
&
ARCHITECTURE , expofes au louvre
le jour de la fête de St Louis , le 25
Août dernier.
PRIX DE
PEINTURE .
GERMANICUS
appaiſant laſedition des
légions romaines dans
l'Allemagne , eft le
fujet que M. Doyen , profeffeur
de l'Académie
royale de peinture , a propofé aux
Eleves reçus pour concourir au prix de
cette année .
Ce fujet , qui n'avoit été traité
par aucun
maître connu , étoit convenable par
fa nouveauté & par fon énergie. Par fa
nouveauté , il évitoit les reminiscences
auxquelles les jeunes gens ne font que
trop fujets & dans lefquelles ils tombent
quelquefois fans s'en appercevoir.
Par fa noble énergie, ce fujet forçoit les
éleves à une compofition fage que les
fcènes tragiques ne peuvent infpirer à de
jeunes têtes déjà trop exaltées , & qui , encore
excitées par la chaleur de leur action,
OCTOBRE . 1768. 165
ne conçoivent que des idées gigantefques
qu'ils exécutent d'une maniere ridicule ,
ce que les Italiens leur reprochent trèsbien
par ce qu'ils appellent la Fuga Francefe.
Cependant ce fujet a éprouvé des critiques
; quelques - uns l'ont trouvé trop
équivoque & pouvant être appliqué à un
général quelconque qui pardonne à des
mutins cette obfervation qui préfente
d'abord quelque chofe de fpécieux a eu
plus de crédit qu'elle n'en méritoit , parce
qu'en effet on eft plus difpofé à la cenfure
qu'à l'approbation ; mais nous penfons
que le coftume , les aigles & les faif- :
feaux fuffifoient pour indiquer l'action
dans le camp d'une armée romaine , & .
qu'Agrippine tenant par la main le petit
Caligula , faifoit affez connoître que Germanicus
en étoit le chef. Il est vrai que
les artiſtes , ufant du privilege accordé à
la peinture & à la poëfie , auroient pû employer
d'une maniere plus capitale ces
deux perfonnages épifodiques ; la joie renaiffante
fur le vifage d'Agrippine , à me->
fure que la harangue de fon époux en ims :
pofe aux féditieux , & la crainte du petit
Galigula fe ferrant contre fa mere , effrayé
par les figures rebarbatives des foldats ,
n'auroient pû manquéo de jetter beaucoup
166 MERCURE DE FRANCE.
1
d'intérêt & de variété dans le tableau.
Quoi qu'il en foit , fi le fujet a rencontré
quelque contradicteur , la maniere
dont il a été traité par M. Vincent qui a
obtenu le premier prix n'a trouvé que des
apologiſtes .
Une compofition riche , un deffein correct
, un coloris brillant , de l'expreffion:
dans les têtes , de la vérité dans les attitudes
, de la richeffe dans les draperies ,
tout ce qui peut donner de grandes eſpérances
, les connoiſſeurs l'ont trouvé dans
ce tableau , peint d'une maniere large &
d'une touche facile . On a fur-tout admiré
fur le devant un jeune guerrier , dont l'air
diftingué annonçoit un chef de légion ,
anobliffoit la fçène & la rendoit intéreffante
par la fincérité de fon repentir
ce qui prouve fur tout que l'auteur a raifonné
fon fujet , c'eft l'attention qu'il a
eue de tenir plus près de Germanicus.ceux
qui paroiffoient les plus pénétrés , & d'é- .
loigner les autres perfonnages à meſure
de l'effet que fon difcours fembloit produire
fur leurs efprits encore enclins à la -
révolte. Cette réflexion jufte a rendu fa
compofition beaucoup , plus intéreffante ,
en ajoutant néceffairement à la beauté de
la fituation. v beli dan žengi al vo
M. Suvée , qui a obtenu le fecondprix,
OCTOBRE . 1768 : 167
mérite auffi des encouragemens & même
des éloges .
PRIX DE SCULPTURE.
Les prix de fculpture ont encore fait
voir une émulation plus générale ; prefque
tous étoient d'un mérite égal : les
quatre premiers fur- rout annonçoient des
talens diftingués , & fi quelqu'un d'entr'eux
a moins été accueilli du Public ,
c'est celui que l'académie a préféré . On
ne fçauroit difconvenir que la compofition
de ce bas reliefn'ait paru inférieur aux
trois autres ; mais il avoit fans doute des
parties qui ont déterminé cette préférence
, & c'eft aux maîtres des arts à diftribuer
les couronnes qu'ils méritent.
M. Moitte , fils du graveur qui a fait
connoître ce nom d'une maniere avanta
geufe , a obtenu le premier prix .
M. Foucau , dont le bas- relief n'a trouvé
que des admirateurs par la richelle de fa
compofition & la beauté de fon exécu
tion , a eu le fecond , & M. Defchamps
a mérité celui qui n'avoit pas été délivré
l'année derniere.
Le fujet , qui avoit été donné par M.
Adam , étoit le retour de David, rapportant
la tête de Goliath. On a obfervé que
168 MERCURE DE FRANCE.
pour rendre fans doute l'action plus héroïque
, toutes les figures de David avoient
à peine l'air de feize ans , quoique l'écriture
dife qu'il en avoit vingt-deux lors
de cette victoire ; mais ce n'étoit pas affez
de faire cet anacronifme en faveur du
vainqueur. Il falloit , pour rendre la chofe
plus intéreffante , donner encore une taille
plus énorme au vaincu ; auffi n'a- t- on
pas manqué de faire fa tête au moins quatre
fois en proportion de l'autre. Ce n'eft
le Guide a traité le même
pas ainfi que
fujet dans le fuperbe tableau que l'on voit
à Verfailles ; au lieu d'une tête de Goliath,
tous ont fait une tête de Gargantua .
Cette faute générale prouve affez ce que
nous avons dit à l'article de la peinture .
Les fujets gigantefques n'infpirent aux
jeunes gens que des idées ridicules ; le
fujet eft beau fans doute . Le Pouffin en a
fait un tableau magnifique , & l'on n'auroit
eu rien à defirer fi le profeffeur qui ,
l'a indiqué eût voulu le traiter lui - même.
PRIX D'ARCHITECTURE.
L'Académie a donné pour fujet le Plan
général d'une falle de fpectacle ; deux coupes
intérieures , l'unefur la largeur , l'autre
Sur
OCTOBRE. 1768. 169
fur la longueur de l'édifice & l'élévation
extérieure de la principale face d'entrée.
Quoique les différens projets qui ont
été préfentés ne répondiffent qu'imparfaitement
à la grandeur du fujet , l'académie
a adjugé le prix à M. le Moine , dont la
compofition en général eft ſage & les détails
bien fentis . Tous ces divers projets
n'offrent point d'idée neuve , peut être par
ce que les auteurs voulant fe conformer aux
idées de l'académie & aux facilités de l'exécution
pour la dépenfe , ont craint de don
ner l'eflor à leur génie . M. Paillette , qui a
obtenu & mérité le fecond prix , eft le feul
qui ait ofé mettre des bancs au parterre ; aucun
n'a fongé à ménager des entrées à cour
vert , attention indiſpenſable dans un pareil
édifice ; mais nous devons avoir celle
d'avertir les jeunes artiftes qu'en cette
occafion , comme dans toutes les autres ,
ils doivent recevoir les éloges que l'on
accorde à leurs effais , moins comme le
prix de leurs talens , que comme un encouragement
à en mériter de nouveaux . Tout ૩
citoyen eft comptable à fa patrie des avantages
qu'il a reçus de la nature .
AVIS fur un article du courrier du Bas-
Rhin , aufujet des falles desfpectacles de
Verfailles & de Paris .
On ne fçait fur quel fondement & pår
I. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
+
quel motif le courrier du Bas-Rhin , a può
blié dans fa gazette du 2 Juillet 1768 ,
article de Paris , que le chevalier de Chaumont
eft l'auteur du projet de la falle de
fpectacle que le Roi fait conftruire à Verfailles
, & que c'est lui qui eſt chargé des
décorations de la nouvelle falle d'opéra
conftruite à Paris proche le palais royal.
Il faut détromper les étrangers fur un
bruit auffi faux , auffi peu vraisemblable .
Il y a près de lept ans que le projet de la
falle de Verfailles a été donné par M. Gabriël
, premier architecte du Roi , d'après
les ordres de M. le marquis de Marigny,
directeur & ordonnateur général des bâtimens
de Sa Majeſté , commencée alors ,
interrompue plufieurs fois & repriſe définitivement
l'année derniere , toujours fur
le même projet & toujours fous l'infpection
& la conduite de M. Gabriël , qui n'a
jamais confulté le chevalier de Chaumont
dont il n'avoit jamais entendu parler .
Le chevalier de Chaumont n'a pas plus
de part aux décorations de la nouvelle
falle de l'opéra de Paris. M. Moreau , architecte
de la Ville de Paris , a donné le
projet de cette falle qui a été agréé par Sa
Majefté, & il continue, fous les ordres de
MM . les Prevôt des Marchands & Echevins
, cet ouvrage qui touche à fa perfecOCTOBRE
1768. 171
tion , fans que le chevalier de Chaumom
ait été appellé pour aucune partie de cet
édifice , non plus qu'à celui de Versailles.
Le courrier du Bas Rhin doit détromper
lui- même fes lecteurs , & M. le chevalier
de Chaumont ne doit pas fouffrir qu'on
répande de pareilles annonces contraires
à la vérité.
GRAVURE.
L'ECHEC & mat . Une aimable Eſpagnole
joue aux échecs avec un jeune cavalier
, & le fait échec & mat. C'eft le
Injet d'une nouvelle eftampe , gravée par
M. Henriquez d'après le tableau de M.
Amedée Vanloo. L'habile peintre a caracterifé
le moment piquant de l'échec &
mat par la furprife du joueur , le gefte.
mocqueur de ceux qui regardent la partie
& principalement
par l'attitude de la jeune
perfonne qui , d'un air triomphant ,
fe leve en portant fon échec . Ce fujet
avoit été déjà traité d'une maniere trèspittorefque
par Charles de Moor , célébre
peintre flamand , & nous en avons l'eframpe
gravée par Lépicié. La nouvelle
eftampe, non moins intéreffante , eft beaucoup
plus agréable. Elle fait honneur au
Hij
171 MERCURE DE FRANCE.
burin fouple & facile de M. Henriquez .
On la trouve chez lui , maiſon du limonadier
faifant le coin de la rue du Haut-
Moulin , au bas du pont Nôtre Dame ; &
chez Buldet , quai de Gêvres. Elle a 21
pouces 6 lignes de haut furs pouces
lignes de large . Le prix eft de 4 live t
MUSIQUE.
I.
NEUVIEME recueil des récréations de
Polymnie ou choix d'ariettes , pariodies
d'airs à la mode , tendres & légers ; avec
accompagnement de violon , Aure, hautbois
, par- deffus de viole , &c. Ces airs
feront auffi très bien à deux inftrumens de
deffus , au défaut de la voix : dédiés au
beau Sexe , recueillis & mis en ordre par
M. le Loup , maître de flute , éditeur de
ce recueil.
On a féparé par des virgules les phrafes
du chant & de l'accompagnement pour
faciliter la refpitation .
3 Prix 3 liv . 12 f. A Paris , chez l'éditeur ,
au bas du quai Pelletier , à la place de
Gréve , chez M. Henaut , marchand de
vin. On trouve les précédens recueils à la
même adreffe .
OCTOBRE. 1768. 173
Les airs de ces recueils font bien choi
fis , & arrangés avec goût & avec intelligence
pour la voix & l'inftrument.
1 I.
Vingt- quatre fanfares pour deux corsde-
challe à l'ufage des écoliers ; par M.
Rodolphe , ordinaire de la mufique de
S. A. S. Mgr le prince de Conti & de
l'Académie royale . Prixliv . 16 f. chez
l'auteur , rue St Honoré , au coin de la rue
Jean- Saint- Denis & aux adreffes ordinaires
.
Le degré de perfection auquel M. Ro,
dolphe a porté cet inftrument , eft un préjugé
bien favorable pour l'ouvrage qu'il
aunonce.
AVIS AUX MARINIERS .
Un vaiffeau richement chargé & reve.
nant en Angleterre a été en très grand
danger de faire naufrage fur les côtes de
France , par un effet de l'attraction fur la
bouffole. Les papiers anglois rendent com .
pte
de cet accident de cette maniere .
ni Le capitaine étoit fort malade de la
goute ; il n'avoit point de cheminée ,
de place commode pour faire du feu dans
fa chambre ; il fe fabriqua une efpéce de
fourneau de plufieurs piéces de fer qu'il
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
trouva dans fon navire ; il le mit le plus
près de fon lit qu'il lui fut poſſible' ; le
fourneau ſe trouva par -là placé au ftribord
oui à la droite , & immédiatement fous la
bouffole. Il n'y avoit point de fer au basbord
ou à la gauche. L'aimant agit auffitôt
& fi puiffamment qu'il occafionna une
variation de plufieurs points ; on n'y fit
pas attention , on gouverna en conféquence
, & on alloit inévitablement échouer
fur le rivage. Un jeune paffager remar
qua par hafard que le point de l'aiguille
ne faifoit pas face à l'étoile du nord ; il
en parla au capitaine , au pilote & à quelques
autres officiers ; il imputa le dérangement
au fer & demanda qu'on le mir
ailleurs. On fe mocqua d'abord de fon
obfervation;cependant on réfléchit fur fon
raifonnement ; on changea la place du
fourneau qu'on perta au milieu du navire
, & l'aiguille reprit auffi - tôt fa direction
ordinaire. L'expérience convainquit tout
le monde ; on fe félicita de l'avoir tentée;
P'opiniâtreté auroit fait périr près de cent
perfonnes , caufé une perte de plufieurs
millions & celle d'un très beau vaiffeau ,
qui eft arrivé heureuſement au terme de
fon voyage .
OCTOBRE. 1768. 175
BIENFAISANCE ET PATRIOTISME.
LE
E bourg de Bolbec , dans la généralité
de Rouen , ayant été prefqu'entiérement
confumé par un incendie en 1765 , le
fieur le Marcis moins touché des pertes
confidérables que ce trifte événement lui
occafionnoit , que du malheur & de la
défolation de fes anciens compatriotes ,
vola aufi-tôt à leur fecours , facrifia avec
joie une partie des reftes de fa fortune ,
pour procurer à ces infortunés les plus
preflans befoins.
Le Roi , toujours attentif à fe faire
informer de tout ce qui intéreffe l'hon ,
neur & la fortune de fes fujets , connut
bientôt l'action généreufe du fieur le Marcis
, & pour premiere récompenfe des
foins bienfaifans qu'il avoit pris , fa Majefté
lui fit donner , par M. le contrôleur
général , l'honorable commiffion de les
continuer , en fe chargeant de distribuer
aux pauvres incendiés de Bolbec , les fe
cours que la bonté paternelle du Roi leur
faifoit adminiftrer. Cette commiffion a
été fuivie , le 17 Février dernier , d'un
brevêt d'armoiries , deftinées à exprimer
d'une maniere fenfible le zèle patriotique
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
dont elles font le prix ; & le 30 Avril ,
d'une médaille d'or envoyée par le miniftere
de M. Bertin , & portant cette
infcription : Donnépar le Roi à P. J. Le
Marcis , pour les fecours fournis aux habitans
de Bolbec , lors de l'incendie de ce
bourg en 1765 .
Le corps de ville de Rouen , pour faire
paffer à la poſtérité la mémoire de l'action
généreufe du fieur le Marcis , & les
récompenfes dont le Roi l'a honoré , en
a fait régiftre dans fes archives par délibération
du 11 Août dernier ; en arrêtant
en même temps que fa Majefté feroit
très-humblement fuppliée de permettre
que ce zélé patriote jouiffe dans cette ville
de tous les priviléges des citoyens les plus
diftingués.
ANECDOTES.
I.
Anecdote fur Beverley .
Dans le courant du mois de Juillet
dernier , on a joué à Toulouſe la tragedie
de Beverley ; le fuccès de cette piéce
à Paris , fon mérite particulier , l'effet
qu'elle avoit fait à la lecture , faifoient
OCTOBRE . 1768. 177
defirer de la voir au théâtre . Elle fut trèsbien
jouée , & fort applaudie ; on a foutenu
à Paris le fpectacle terrible que préfente
le cinquieme acte ; on en a été effrayé
à Toulouſe ; on ne peut exprimer l'impreffion
qu'a produite la vue d'un pere furieax
& défelpéré , levant le poignard fur
fon fils ; les fpectateurs n'ont pu foute.
nir ce tableau ils font fortis de la comédie
en pouffant un cri d'horreur ; & le petit
nombre qui a attendu la fin du fpectacle
a interrompu l'acteur quand il eft
venu annoncer la feconde repréſentation
pour le jour fuivant . Adouciffez le cinquieme
acte , lui a - t on crié , ou ne nous
donnez plus le même ouvrage. Cer effet
fingulier fur la même nation , & à quelque
distance eft affurément bien fingulier.
Les têtes Parifiennes font- elles plus
fortes que les têtes Méridionales ? c'eft
une queftion que nous nous contentons
de préfenter ; d'autres la réfoudront pour
nous.
I I.
Anecdote Angloife .
3 En 1763 , Guillaume Orrebow fut con .
damné à mort avec quinze autres coupables.
La veille du jour de l'exécution
Orrebow eut envie de voir fa maîtreffe
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
& de lui faire fes adieux. Il n'étoit pas
poffible de l'engager à venir dans la prifon
; il y avoit peu d'apparence qu'il pûc
aller chez elle ; la difficulté éveilla fon
imagination . Il avoit de l'argent ; il fic
venir du vin , & invita le geolier à boire
avec lui ; quand il l'eur à demi enivré ,
il lui expliqua fes defirs , lui demanda la
permiflion de fortir pendant deux heures ,
s'engageant à revenit aufli - tôt par les fermens
les plus forts . Le geolier échauffé
par le vin , incapable de réfléchir , pénétré
de reconnoiffance pour celui qui l'avoit
fi bien régalé , ofa compter fur fa
parole , les portes furent ouvertes . Orrebow
vola chez fa maîtreffe qui fut trèsfurpriſe
de le voir , & qui ne manqua
pas de l'exhorter à profiter de la circonftance
; Orrebow rappelle fa parole , &
attefte la fainteté du ferment; tout ce qu'il
fe permet , c'eft de paffer la nuit avec elle :
le geolier ayant cuvé fon vin , ne voyanc
point revenir fon prifonnier , étoit dans
une inquiétude mortelle ; l'heure de l'exécution
approche ; les chariots font arrivés,
il devoit y avoir feize criminels ; on n'en
trouve plus que quinze ; on le demande
au geolier qui raconte fa trifte aventure .
On fe moque de fa confiance : comme elle
eft de conféquence , on le fait montes
OCTOBRE. 1763. 179
dans le chariot à la place du coupable , &
l'on part pour Tyburn . Orrebow s'étoit
oublié dans les bras de fa maîtreffe ; il
dormoit profondément ; il fe réveille
enfin , s'informe de l'heure ; apprenant
qu'il eft tard , il fe hâte de s'habiller , court
à la prifon ; on eſt déja parti ; il prend
le chemin de Tyburn , rencontre enfin
les chariots , s'approche hors d'haleine de
celui où eft le geolier : defcendez , lui
dit- il , vous avez tenu ma place affez
long- tems ; je viens la reprendre ; fi l'on
s'étoit moins preffé de partir vous n'auriez
pas eu la peine de venir jufqu'ici , & je
ne ferois point fatigué en courant pour
vous rejoindre. Il monte en difant ces
mots , s'affied , reprend haleine , remer,
cie encore le geolier , & fe plaint amere
ment de ce qu'on l'a cru capable de manà
fa parole. quer
NOMS CÉLÉBRES.
M. de Parcieux.
LES fciences ont perdu un academi
cien célébré , l'état un bon patriote , la
fociété un citoyen chéri & eftimé dans la
perfonne de M. de Parcieux que la mort
H vi
180 MERCURE DE FRANCE.
t.
vient de nous enlever. Ce favant naquit
au Clotet de Ceffoux fur le Gardon dans
le diocèle d'Uzès le 28 Octobre 1703 .
La nature lui donna pour toute fortune
le defir de s'inftruire , l'émulation qui
triomphe des obftacles , & un eſprit avide
de connoiſſances utiles. Il reçut les premiers
élémens de l'éducation à Porte &
à Saint-Elorent , deux villages voisins de
celui de fa naiffance. Il a toujours confervé
dans fon coeur fenfible le fouvenir de
ces premiers fecours qu'il obtint dans ces
deux paroiffes , & il a payé après fa mort
la dette de fa reconnoiffance dont la fortune
ne lui permit point de s'acquitter pendant
fa vie. Il a légué une petite fomme ;
mais confidérable pour lui , afin de fonder
des prix en bons livres pour les écoles
de ces paroiffes. M. de Parcieux ayant
épuifé les notions que fon pays pouvoit
lui donner , fut excité par l'amour
de l'étude à voyager. Il fe rendir à Lyon ,
où il rencontra un Jéfuite qui connut fon
ardeur d'apprendre , & qui lui enſeigna
les premiers principes des mathématiques
. L'écolier fe montra bientôt fupérieur
à fon maître ; il vint à Paris , comme
à la fource de toutes chofes. Il rencontra
dans M. de Montcarville , profef
feur au college royal , un bienfaiteur , un
1
OCTOBRE. 1768. 181
ami , un favant , qui le conduifit dans la
carriere des fciences que ce maître profeffe
avec tant de fuccès. M. de Parcieux
avança à grands pas dans la route qui
lui étoit ouverte , & où il étoit fi bien
guidé. Cependant l'impérieufe néceffité
lui dit qu'il falloit tirer parti de fes lumieres
; il choisir l'art qui étoit le plus
près de lui ; il devint conftructeur de cadrans
folaires , & il ne tarda pas à fe diftinguer
dans un métier qu'il exerçoit en
favant. Il traça la belle Meridienne pour
M. le Duc de Nevers au Louvre ; celle
pour M. le Marquis de Bonnel dans la
rue neuve du Luxembourg , & beaucoup
d'autres . Cette pratique excita fon génie
à chercher les loix de fon art ; il en fonda
les profondeurs & donna des preuves
de l'activité de fon efprit dans l'excellent
traité qu'il publia de la trigonométrie
rectiligne , fphérique , & gnomo.
nique en un volume in 4º. Il communiqua
auffi au public fes probabilités fur la
durée de la vie humaine , ouvrage trèsphilofophique
dans lequel il fixe en quelque
forte les regles du jeu de la nature ,
jeu fi conjectural & fi hazardé dont l'homme
eft l'objet & la victime . La feconde
édition de cet ouvrage qui va paroître
en affure le mérite. Il n'y a qu'un pas des
182 MERCURE DE FRANCE.
fciences mathématiques à la méchanique.
M. de Parcieux fe fentit attiré par
cette fcience pratique : & fon utilité dans
les ufages ordinaires de la fociété fut le
motif le plus preffant qui le détermina .
Il y excella : il dut principalement ſa fupériorité
à fon zèle infatigable. Il n'y
avoit pas de machines à vingt . lieues
autour de Paris , point de moulins
dont il ne connût parfaitement la conftruction
, les avantages , les défauts même
, & les effets. On admire la pompe
ingénieufe qu'il conftruifit à Arnouville
terre de M. de Machault. On fait auffi
le fuccès de celle qu'il fit pour élever les
eaux à Crecy , château que Madame de
Pompadour à cédé à Mgr le Duc de
Penthievre Ces pompes font encore les
modèles les plus parfaits , les plus fimples
& les plus puiffans que l'on puiffe
confulter. Cet illuftre méchanicien fut
engagé par les fermiers généraux à leur
procurer une preffe pour la fabrique du
tabac. Son invention furpaffa leurs efpérances
& leurs defirs . M. de Parcieux avoit
acquis la plus haute confidération par fes
travaux , par fes ouvrages , par fes mémoires.
Il étoit confulté de toutes parts.
Son nom célebre dans l'Europe lui donna
entrée dans les plus illuftres académies ; il
OCTOBRE. 1763. 183.
fut recherché par l'academie royale des
fciences de Paris , par celles de Montpelier
, de Lyon , de Metz , d'Amiens , de
Berlin , de Stockolm . Ces titres d'hon-
Leur lui tenoient lieu de fortune & femploient
combler fes voeux . Il n'avoir
quu''un paflion forte , conftante , infatiable
; celle d'être utile à fes concitoyens .
Ce fut ce defir dominant de fon ame qui
lui infpira le magnifique projet de faire
defcendre la riviere d'Yvette à Paris , &
de faire circuler , avec cette eau , la propreté
, la falubrité , l'abondance & mille
autres avantages dans tous les quartiers
de la capitale. Les mémoires qu'il a publiés
pour établir cette belle entreprife
en prouvent la grandeur , la poflibilité ,
P'utilité . Il n'a manqué au bonheur de
M. de Parcieux que de la voir adoptée de
fon vivant , mais il a laiffé du moins
après lui l'efpérance qu'elle fera un jour
réalifée.
Nous ne devons pas oublier l'aréomètre
ou pefe liqueur que M. de Parcieux
imagina pour comparer avec plus de précifion
& de jufteffe , que par aucun inftru
ment connu , la pefanteur fpécifique des
eaux , de rivieres & de fources différentes
avec l'eau de l'Yvette . C'eft un nouveau.
préfent qu'il a fait à la phyfique , & que
184 MERCURE DE FRANCE .
l'academie des fciences a beaucoup ápprouvé
. Il feroit trop long de vouloir rappeller
tous les fervices que M. de Parcieux
a rendus aux arts ; ils font infinis .
Cet excellent homme avoit tous les
grands traits du génie. Il étoit fimple
dans fes moeurs , fans ambition , fans intrigue
, fans vanité . Il étoit défintéreſſé
plus qu'il n'eft permis de l'être . Les perfonnes
en place l'eftimoient , les riches
l'employoient, les favans le confultoient ,
& il fe contenta prefque toujours de leur
amitié fans demander protection , richeffes
, ni louanges . Néanmoins il obtint les
honneurs du Louvre , je veux dire un logement
dans le palais du fouverain , qui eft
auffi le palais des arts & des talens . Une vie
pénible , toute confacrée à l'utilité publique,
lui caufa un thumatifme gouteux, qui
fut d'abord regardé comme une maladie
ordinaire , mais qui le précipita dans le
tombeau le 2 Septembre 1768 , à l'âge
de 65 ans. Il a fait un teftament , & il
donne peu parce qu'il a laiffé peu de
bien , qui n'eft pas même fuffifant pour
élever de jeunes parens auxquels il vouloit
procurer de l'éducation . Mais la réputation
& fes fervices Teur ferviront
d'héritage & de recommendation particuliere
auprès du Pere bien- aimé de tous
les François.
OCTOBRE . 1768. 185
NOTE fur unarticle du dernier Mercure.
Nous avons attribué à M. Pannard ,
( à l'article de la mort de Mademoiſelle
Camille ) un madrigal qu'il lui adreſſa
& qui eft de Bois- Robert. M. Pannard
n'a fait qu'en changer quelques mots.
Voici le madrigal tel qu'il fe trouve dans
un vieux recueil , avec le nom de Bois-
Robert.
Eh ! quoi ! dans un âge fi tendre
"On ne peut déjà vous entendre ,
Ni voir vos beaux yeux fans mourir.
Ah ! foyez , belle Iris , ou plus grande ou moins
belle ,
Attendez , petite cruelle ,
Attendez pour bleffer que vous puiffiez guérir .
Outre le piéces qui ont concouru pour
le prix de l'académie françoife dont nous
avons déjà parlé , M. Mercier a publié une
piéce qui a pour titre , que notre ame peut
fe fuffire à elle même , dont voici un morceau
qui nous a paru digne d'éloge.
Ah ! qui donne au foleil fa chaleur falutaire ,
A l'aftre de la nuit fa beauté folitaire !
186 MERCURE DE FRANCE.
Aux fleurs ce coloris , aux fraits cette faveur
Aux bocages muets leur concert enchanteur?
Ce font tes fens , ami : ces rois de la nature
Sont les dieux créateurs de la volupté pure .
Ton oeil peint cet azur qui colore les cieux ;
Ton oreille a formé ces fons mélodieux :
L'Univers , fans leur douce & puiflance magie
Ne feroit qu'un chaos fans couleur & fans vie.
On a imprimé auffi deux nouvelles piéces
l'une fur la bienfaisance de Henri IV ,
l'autre , Epître d'un pere àfon fils pourfervir
de confentement à un mariage.
Q
QUESTION.
UELS feroient les motifs les plus
preffans qu'on pourroit préfenter aux nations
pour les détourner des guerres de
commerce ?
NB. Nous admettons dans ce Journal des
fyfiêmes & même des paradoxes littéraires ,
fans les adopter , & nous fommes charmés
de pouvoir en publier la réfutation , parce
que c'eft du choc de ces opinions contraires
& combattues que naiſſent ordinairement
la lumiere & la vérité. Voici une réponse
OCTOBRE. 1768. 187
ferme qu'un partifan éclairé de tous les
bons genres dramatiques , fait à la diatribe
très vive d'un ennemi du GENRE LARMOYANT
.
SECONDE RÉPONSE à la queſtion annoncée
dans le fecond volume du Mercure de
Juillet dernier. Ce qu'on entend par Comique
larmoyant ; fçavoir , fi ce genre
eft nouveau; s'il doit être admis, & quelles
font les régles propres de cette espéce de
drame?
" M.
J'ai lu des réflexions fur le Genre lar
moyant, inférées dans le Mercure du mois
d'Août. J'avoue que je fus un peu revolté
de la partialité du critique & du ton peu
mefuré qu'on prend avec un auteur auffi
eftimable que M. de la Chauffée . Toutefois
mon éloignement pour les difcuffions
littéraires m'auroit empêché de relever
cette double injuftice ; mais ayant vú , le
jour même , une repréfentation de l'Ecole
des Meres ; l'effet que cette piéce produifit
fur moi me força de prendre la plume , &
trouvant dans ce feul drame la réponse à
toutes les objections da cenfeur , je ne pus
réfifter à la tentation de le réfuter.
188 MERCURE DE FRANCE.
L'auteur des réflexions auxquelles je
vais répondre eft mort , dit - on , il y a
quelques années, & e'eftpar honnêteté qu'il
n'a point voulu écrire contre le genre larmoyant
, du vivant de M. de la Chauffée.
Je n'examine point s'il eft très honnête
d'attendre la mort d'un auteur pour décrier
fon talent . Le cenfeur n'ayant point
imprimé fa critique , paroît n'avoir écrit
que pour lui-même . L'ami qui a hérité de
fon manufcrit & qui vous l'a envoyé ,
auroit dû , ce me femble , fuccéder à des
intentions fi pacifiques , & au lieu de défavouer
dans un préambule quelques expreffions
dures échappées à fon ami , il
auroit pu les adoucir. Le texte ne me paroît
pas affez précieux pour qu'on ne pût
permettre cette légere altération . La décence
y auroit gagné , & la mémoire du
défunt n'y auroit rien perdu. Le cenfeur
commence par difputer à M. de la Chauffée
le médiocre honneur d'avoir été l'inventeur
de cette efpéce de drames. Il n'eft
inutile de remarquer comment on en
ufa à l'égard de M. de la Chauffée . Quand
il donna fes premieres piéces , on cria contre
des ouvrages dont il n'y avoit pas de
modéle chez les anciens . On répéta cette
affertion , tant qu'on crut pouvoir anéan
tir la nouvelle comédie ; mais quand on
pas
OCTOBRE . 1768. 189.

{
vit qu'elle étoit adoptée par le Public , on
ne voulut plus que M. de la Chauffée en
fût l'inventeur. On cita contre lui l'Hécyre
de Térence & quelques fcènes de l'Andrienne.
Mais M. de la Chauffée ayant un
théâtre complet en ce gente , paffera tou
jours pour en être le véritable createur , &
je défie tout homme de bonne foi de citer
dans l'antiquité une piéce du genre de la
gouvernante. Obfervons que ce mot de
comédie larmoyante fut d'abord pris en
dérition , & que depuis , grace au mérite
des drames de cette efpéce , il ett devenu
la fimple nomination du genre , fans que
les connoiffeurs , ni même le Public , attachent
à ce mot aucune idée défavorable .
}
Croiroit-on que le critique compate les
piécès de M. de la Chauffée aux drames
fades & languillans de l'ancien théâtre
françois ? Quels rapports y at - il entre de
miférables efquiffes dénuées d'intérêt ',
d'intrigue & de ftyle , où les régles du
théâtre , celles de la décence & de la raifon
font également outragées , & des ouvrages
qui intéreffent depuis trente ans un
Public dont le goût eft formé par les chefd'oeuvres
de tant de grands hommes ? Il
étoit réservé au cenfeur de trouver de la
reffemblance entre l'Amour tyrannique &
L'Ecole des Meres.
190 MERCURE DE FRANCE.
Il loue enfuite Scaron d'avoir donné
des comédies qui font rice , & l'on voit
aflez au ton de l'éloge que ce fou burleſque
tient dans l'efprit du critique une
place plus diftinguée que celle de l'auteur
de Melanide. On applaudit à Scaron de
n'avoir pas eu la prétention de ne donner
que de l'excellent. On accufe M. de la
Chauffée d'avoir eu cette prétention , que
tous les auteurs peuvent avoir , à condition
qu'ils auront foin de la cacher. M. de
la Chauffée peut avoir eu la maladreffe de
la laiffer entrevoir ; mais croira - t-on qu'il
ait tenu le propos qu'on lui impute ? Un
jour que l'on donnoit le Préjugé à la mode
& Georges Dandin , il affura , dit on , dans
les foyers , que , fi les comédiens avoient
un fond d'une douzaine de piéces pareilles
au Préjugé à la mode , il ne feroit bientôt
plus queſtion du théâtre de Moliére .
Eft ce ainfi que s'exprime la vanité d'un
homme d'efprit ?, L'amour propre ne fe
trahit guère auffi groffiérement. Il peut s'épancher
dans le fein de l'amitié , ou donner
dans un piége que la malignité lui
tend avec adreffe ; mais il ne met pas le
Public dans fa confidence. Des gens de
lettres , contemporains de M. de la Chauffée
m'ont alluré qu'ils ne connoiffoient
point cette anecdote . Et qui ne voit que
OCTOBRE. 1768. 191
pac'eft
là un de ces propos que l'envie prête
toujours aux auteurs qui réuffiffent ? It
roît que le défunt avoit , quoi qu'on en
dife , une vive animolité contre M. de la
Chauffée , & que fa paſſion lui a fermé les
yeux fur le mérite de cet auteur & fur celui
du genre qu'il avoit adopté.
On fait enfuite une longue critique du
Préjugé à la mode , dont on exagere les
défauts en affectant d'oublier toutes les
beautés. Quoique le Préjugé à la mode foit
une des piéces de M. de la Chauffée qui
ait le plus contribué à fa réputation , &
qui attire encore les plus nombreuſes affemblées
, les connoiffeurs font beaucoup
plus de cas de la Gouvernante , de l'Ecole
des Meres & des belles fcènes de Melanide
; & c'eft principalement fur ces piéces
qu'il faut juger du mérite de M. de la
Chauffée. Le critique , après avoir repréfenté
le genre larmoyant comme le plus
facile à traiter d'une maniere commune , en
quoi il a raifon , le repréfente comme le
plus difficile de tous à bien traiter , en quoi
il me femble qu'il a tort . Quelque mérite
que j'accorde à ce genre , il ne pourra jamais
être comparé , même pour la difficulté
, aux genres du Mifanthrope & d'Athalie.
Pourquoi donc le cenfeur l'éleveMERCURE
DE FRANCE .
t- il fi haut , après l'avoir tant rabaillé ?
C'est qu'il ne fuffifoit pas d'avoir dégradé
ceux qui l'ont traité jufqu'ici , il falloit
encore décourager ceux qui le traiteront
dans la fuite , & le Public doit lui fçavoir
gré de cette attention .
La premiere difficulté , qui femble infürmontable
au critique , c'eft que les évé
nemens de la fable foient vrais , poffibles
ou vraisemblables . Cette condition elt fans
doute très- difficile à remplir ; mais n'eftelle
pas commune à tous les ouvrages
dramatiques ? Pourquoi les événemens ne
pourroient il pas être vraisemblables ? La
plupart des ouvrages de ce genre portent
fur des incidens réels & fur des combinaifons
qui ne font pas fi rares qu'on voudroit
le faire entendre. Le mêlange des
différens états de la fociété , le renverse-
-ment des fortunes , & c. doivent néceffairement
multiplier les fujers. Quelle invraisemblance
peut - on reprocher à la fable
de l'Ecole des Meres ? Qui n'a vu dans
la fociété une mere aveugle facrifier tous
fes enfans à l'ambition d'un fils aîné in-
-digne des bontés de fa famille , & fi un
-pere n'a point fait revenir dans ſa maiſon
fa fille , fous le nom d'une niéce , pour lui
-faciliter les moyens ddee regagner l'amitié
de
OCTOB R E. 1768. 193
de fa mere , en quoi cette combinaifon fi
intéreffante offenfe- t elle la vraisemblance
théâtrale ? On fçait que l'incident qui
a donné lieu à la Gouvernante eft réel ; &
M. de la Faluere , premier préfident au
parlement de Bretagne , a fait véritablement
l'action généreufe qu'on applaudit
dans la fcène du Préfident & de Sainville ?
On affure que ce fils naturel qui , dans
Melanide fe trouve le rival de fon pere
lui demande un état ou veut le forcer à
mettre l'épée à la main , a réellement exifté
, & cette heureufe combinaiſon avoit
donné lieu à quelques romans . J'ai vu un
homme dut & infenfible donner des larmes
à Melanide , après en voir refuſé à
nos tragédies les plus touchantes . Je le
repére , je fuis loin de comparer les deux
genres ; mais enfin cet intérêt pris dans la
fociété avoit touché cette ame dure plus
que les intérêts héroïques de la tragédie
placés dans un trop grand lointain . Dirai-
je tout haut ce que les amateurs du
théâtre fe difent tout bas ? Il faut convenir
que les grands effets dramatiques s'achetent
prefque toujours aux dépen's de
l'exacte vraisemblance . Si j'avois à prouver
cette vérité , ce feroit Moliere & Racine
que je choifirois. Pour me borner au
comique , ce feroit George Dandin , l'EI
Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
*
cole des Maris , l'Ecole des Femmes , qui
me fourniroient mes preuves. Quel eft
donc le terme où l'on doit s'arrêter ? Je
l'ignore , & c'eſt un des grands fecrets du
théâtre. Nous avons vu depuis peu que fi
le défaut de vraisemblance nuit à la perfection
d'un ouvrage , au moins n'en détruit-
il pas l'effet théâtral . Dans le Philofophe
fans lefçavoir , Wandwerck le pére
donne ordre à Antoine d'aller affurer la
retraite de Wandwerck le fils qui va fe battre
en duel . Mon fils verra mal , vois pour
lui. Antoine va , revient , annonce la
mort du jeune homme ; il a donc mal vu,
malgré fa prudence & l'ordre qu'on lui a
donné de bien voir. Cette invraisemblance
marquée détruit- t -elle tout le mérite
de l'auteur ? Non fans doute. Il y en a
beaucoup a avoir prévu que le retour du
jeune homme & le délire de la joie tranſ
porteroient le fpectateur & affureroient
le fuccès de la pièce .
La feconde difficulté eft que les caractè
res foient vrais & pris dans la nature .
Pourquoi cette condition feroit- t - elle
plus difficile à remplir dans le genre larmoyant
que dans les autres ? En prenant
les événemens dans la fociété , les caractères
ne feront pas chimériques. En quoi
les perfonnages de M. de la Chauffée
OCTOBRE. 1768. 195
reflemblent ils donc aux capitans & aux
matamores de l'ancien théâtre ? Durval ,
amoureux de fa femme , & qui n'oſe le
lui dire , eft une critique peut-être outrée
d'un ridicule inconnu jufqu'à notre fiécle;
mais ce léger défaut méritoit-il d'être
cenfuré durement? Si l'on eut fait à M. de
la Chauffée la queſtion que M. de Fontenelle
fait aux auteurs qui introduifoient
des capitans & des matamores fur la fcène
, à qui en voulez - vous ? Il auroit pu
répondre : j'en veux à quelques hommes
dépravés qui rougiffent d'aimer une femme
eftinable qui n'a d'autre tort que de
leur appartenir . Dans l'Ecole des Amis ,
le rôle de Dornane n'a t-il pas réuni tous
les fuffrages ? C'eft un prétendu ami qui
ne fçauroit fecourir fon ami dans l'adver
fité & qui finit par lui demander la préférence
pour un regiment dont celui ci
eft obligé de fe défaire . Plût à- Dien
que
ce caractère ne fût pas dans l'exacte vérité
! M. de la Chauffée auroit un mérite
de moins , & nous aurions quelques ver .
tus de plus . Celui de Sainville , d'un jeune
philofophe qui , pour échaper à une
paffion dont il veut triompher , fe repand
dans le monde , & après l'avoir examiné
, vient rapporter fon coeur à une
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
fille eftimable qui peut feule le rendre
heureux , n'eft- il pas dans la nature ? Et
le charmant rôle d'Angelique ! tous ceux
de l'Ecole des Meres font vrais : fi la comédic
larmoyante eft réduite à préfenter
quelquefois des caracteres peu communs,
c'eft uniquement parce que les caractères
principaux ont été faifis. Quelle eſtime
ne doit on pas à l'auteur qui fçait en trouver
encore de piquans fans fortir de la
nature ? Il eft rare qu'un homme fe défie
affez des vertus humaines pour refufer
d'unir fa fille avec un ami qu'il eftime &
réfifte aux priéres & aux larmes de deux
amans , fous prétexte qu'ils négligeront
fa vieilleffe après leur mariage. Mais un
tel homme peut exifter. Le développement
de ce caractère n'a pas peu contribué
à la réuffite de Dupuis & Defronais.
Qu'auroit dit le cenfeur s'il eût vécu jufqu'en
1763 , & s'il eût vu le fuccès de cet
ouvrage ? C'eſt à l'auteur qu'il convenoit
de défendre le genre qu'on attaque. Il
auroit fait voir que la comédie larmoyante
n'exclut ni les caractères vrais ni les événemens
vraiſemblables. Qui fçait même
fi ces drames ne pourroient s'élever à la
"dignité de piéces de caractère . Il s'agiroit
de difpofer fon plan , de maniere que
OCTOBRE . 1768. 197
l'intérêt même fît fortir le caractère principal.
Je conviens de la difficulté d'un pareil
effai ; mais il mérite au moins d'être.
tenté par un homme de génie.
On s'éleve enfuite contre le mêlange bizarre&
monftrueux du comique &da tragi
que , & comme on ne fçauroit nier que ce
mauvais genre n'arrache quelquefois des
larmes , le critique invente à ce fujet le
mot élégant pleurnicher , expreffion qui
n'étant ni françoife , ni pittorefque , ni
imitative , ne peut avoir de fignification
que pour un efprit auffi prévenu , mais
que le cenfeur déclare être très énergique.
On profcrit à jamais les plaifanteries
qui échapent dans une fcène attendriffante.
Toutefois il m'a femblé qu'elles
ne déplaifoient au théâtre que lorfqu'elles
font d'un comique outré , & non
quand elles naiffent de la fituation . Ce
paffage du rire à l'attendriffement ne sçauroit
, dit- on , être admis fur la fcène , c'eft
un des attributs diftinctifs du Roman , dans
Lequel on a le temps de préparer le coeur à
tous les mouvemens qu'on veut lui faire
éprouver , mais le théâtre refferre trop les
événemens , pour que ce mélange n'y foit
pas défagréable. Ce paffage de l'attendriffement
au rire n'eft point un attribut dif
tinctif du roman ; puifqu'il y a des ro-
I iij
198 MERCURE DE FRANCE .
mans tout entiers dans le genre comique
& d'autres qui font tout entiers dans le
gente attendriflant. Il eft vrai qu'il eft difficile
d'allier ces deux tons fur la scène ;
mais cette difficulté n'eft qu'un mérite de
plus quand elle eft furmontée. Voyez fi
dans l'enfant prodigue , ( car il ne faut
rien moins que le nom de M. de Voltaire
pour en impofer au cenfeur , & il
ne fe contenteroit pas de l'exemple de
Dupuis & Defronais , ) voyez ſi la ſcène
plaifante de Fierenfat , qui furprend fon
frere aux pieds de Life , ne fait pas le
plus grand effet , quoiqu'elle fuccede à
la fcène fi touchante de la reconnoiffance
& de la reconciliation de l'enfant pro ·
digue & de fa maîtreffe . Quand un auteur
eft parvenu à difpofer ainfi du coeur humain
, il eft au-deffus de l'éloge & de la
critique .
On crie fouvent dans cette differtation
à l'ombre de Moliere , & plût à Dieu
que l'évocation réuffit. Mais enfin fi Moliere
eft le feul grand homme qui n'ait
pas été remplacé , s'enfuit- il qu'on doive
outrager ceux qui n'ayant pas fon génie
tirent le plus grand parti de celui qu'ils
ont reçu de la nature , & s'ouvrent une
carriere différente ? On fait intervenir
contre le nouveau genre , une lettre du
OCTOBRE. 1768. 199
Roi de Prufle à M. de Voltaire , au fujet
du fuccès de Nanine. Cette lettre prou
ve feulement que ce grand Prince au fortir
de fon cabinet aime mieux rire que
pleurer , & que Moliere eft inimitable.
Cette longue fatyre fe termine par des
ftances contre le genre larmoyant , où
M. de la Chauffée eft qualifié de Cotin
dramatique. Je cite cette expreffion pour
faire voir à quel point la paflion a pu
aveugler un homme , qui de fon vivant
avoit peut-être beaucoup d'efprit.
Ce ton devroit être interdit à l'égard
d'un auteur qui auroit donné au public .
un feul ouvrage eftimé . Il ne fait tort
qu'à ceux qui le prennent injuftement.
Aufli m'a -t-on paru généralement bledé.
de l'air de mépris & de dénigrement qui
regne dans cette diatribe.
Réfumons à l'exemple du cenfeur. La
comédie larmoyante n'exclud ni la vraifemblance
des événemens , ni la vérité .
des caracteres .
Le genre larmoyant n'eft pas le plus
difficile de tous , même à bien traiter. It
l'eft beaucoup moins que le haut comique
& le grand tragique.
Le mélange du comique & de l'inté
rêt n'eft pas monftrueux , & ce genre mérite
au moins par fa difficulté , d'être mis
I iv
200 MERCURE DE FRANCE ,
au- deffus du genre larmoyant pur & fimple
. Au refte ces diftinctions entre les différentes
efpéces de drames , quoique juftes
, font allez inutiles aux progrès de
l'art . Beverley vient de prouver que le fuccès
d'un ouvrage dépend non de fon genre
, mais de fon mérite.
. Quant à M. de la Chauffée , il tiendra
toujours une place honorable parmi
nos bons auteurs dramatiques. S'il a péché
quelquefois contre la vraisemblance
, au moins a - t - il couvert ce défaut par
un grand intérêt. En général , il conçoit
fes plans avec force , & il embraſſe d'un
coup d'oeil toute l'étendue de fon fujet.
Sa verfification , quoi qu'en dife fon adverfaire
, eft noble , élégante , facile . II
eft vrai qu'elle manque fouvent d'énergie.
Mais peu d'auteurs ont écrit plus
purement , & out mieux fçu l'art de faire
naître le vers heureux . Auffi a- t- on retenu
un grand nombre de fes vers , &
plufieurs font même devenus proverbes.
Puiffe fon cenfeur , quel qu'il foit , nous
laiffer autant de Poëmes auffi intéreſlans
& auffi bien verfifiés. Mais j'oublie que
le frondeur du genre larmoyant eft mort
il y a près de vingt ans , fans rien laiffer
en aucun genre , & que les bons ouvrages
de la Chauffée font immortels .
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , &c.
OCTOB - R E. 1768 , 20
AVIS.
I.
Guérifon de Beftiaux.
UNE maladie épidémique fur les beftiaux s'étant
déclarée dans quelques paroifles du Lyonnois & du
Dauphiné , les habitans ont reclamé les fecours
de l'école royale vétérinaire de Lyon , qui y a envoyé
des éleves , & de 378 bêtes à corne malades
qu'ils ont traitées , il n'en eft mort que deux . Il en
étoit mort 22 dans la feule paroiffe de Marennes
en Dauphiné , avant l'arrivée de l'éleve , le Sr Joli.
On publie la lifte des propriétaires au nombre de
foixante-quatre , dont les beftiaux ont été guéris
ou préfervés dans les parcilles de St Romain det
Popey & de Vaugnerai en Lyonnois ; & dans cellesde
Marennes , St Pierre & St Thomas de Chandieux
, Chaponay , Symandre , Mions & Corbas
en Dauphiné .
Les éleves qui ont opéré ces guérifons font
MAURIN , de la généralité de Bordeaux.
BORELLI , de la province de Dauphiné.
les Srs JOLI ,
Aueis , de la province du Maine.
MEMAIN , de la province de Poitou,
I I.
Hernies.
M. Maget , chirurgien , eft connu depuis longtemps
pour poffeffeur d'une méthode qui opére à
tout âge avec un fuccès des plus conftans, la guéri
fon radicale des hernies ou defcentes , fans être dans
la fuite affujetti au plus léger bandage .M. Gauthier,
médecin des facultés de Paris & Montpellier, ayant
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
vu & fuivi tous les traitemens , eft en état de dépofér
de la certitude de cette méthode . M Maget convient
reconnoiffance
par
les avis de ce docteur
ont beaucoup contribué à donner à ſa méthode
l'évidence morale qu'elle a acquife depuis deux à
trois ans .
que
M. Maget demeure chez M. Lauzeret , maître de
penfion , rue d'Orléans près la barriere du jardin
du Koi , à Paris.
I I I.
Poudre febrifuge.
Le fecret de la poudre royale fébrifuge que M. de
la Jutais tenoit de M. le chevalier de Guillers , n'eft
pas perdu. La veuve de M. de la Jutais & fes filles
continuent de la diftribuer au Public . Le fait eft
affez connu , d'autant qu'on demande tous les jours
de cette poudre pour la province. Elles diftribuent
auffi l'arcane , qui eft un bon ſpécifique. Leur demeure
eft rae de Bourbon- ville- neuve près la rue
St Claude à Paris .
I V.
Inoculation.
Le docteur Power , demeurant à Paris à l'hôtel
de l'ambaffadeur d'Angleterre , avertit que plufeurs
perfonnes qui fe font mêlées d'oculer la
petite vérole , tant en France qu'en Allemagne ,
ont prétendu le faire felon la nouvelle méthode
de M. Sutton, qui eft généralement accréditée en
Angleterre par des fuccès conftans & extrêmement
multipliés ; mais qu'il doit défabufer le
Public fur cet objet , afin qu'on n'attribue point
mal -à-propos à une méthode fi heureufe les accidens
qui peuvent être déjà arrivés ou qui arriveront
aux autres inoculateurs . Il rapporte un certificat
de M. Sutton lui-même, vérifié par M. l'amOCTOBRE.
1768. 203
que
baffadeur de France en Angleterre , d'où il réſulte
le Sr Power est le feul en France qui puiffe
s'annoncer pour être inftruit & avoué par M. Sutton
; & c'eft , felon fes principes , qu'il a déjà inoculé
avec le plus grand fuccès dans les environs de
cette capitale , comme le fçavent plufieurs méde
cins de Paris , & comme des perfonnes de la plus
grande confidération font prêtes de l'attefter.
V.
Affections vaporeufes.
Réponse de M. de Labrouffe , docteur en médecine
de l'univerfité de Montpellier, de lafociété roya
le des fciences de la même ville , aux réflexions
critiques d'un anonymefur le traité des affections
vaporeufes des deux fexes ; par M. P ***
troifiéme édition.
Dans l'analyfe que cet anonyme a faite du traité
des Affections vaporeufes , il ne s'eft pas contenté
de fe répandre en invectives & en perfonnalités
contre fon auteur * ; il a voulu auffi invectiver
les profélytes , à la tête defquels je me fais
gloire d'être. Moins élevé que M. Pomme par une
réputation qui le met bien au- deflus des clameurs
des anonymes , je ne puis me difpenfer de répondre
à la cenfure de celui-ci , au ſujer de mes obfervations
inférées dans l'ouvrage dont il s'agit ; &
ce fera en lui prouvant qu'il a tronqué les faits
qu'il analyfe ; ce qui , en infirmant les objections,
dévoile encore fa manvaife foi.
Il dit , à la page 211 de fa critique , que dans le
même temps que je mets tout en oeuvre pour détendre
les folides dans la vie de préparer des évacuations
falutaires ; j'emplois des moyens cóntra-
* M Pomme.
1
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
dictoires , tels que le quinquina . Telle est fon
óbjection : elle feroit en forme s'il n'y manquoit
le vrai ; car il eft dit dans cette obfervation que la
Demoiſelle Quitard fut faignée deux fois du bras
& une fois du pied ; qu'elle prit enfuite l'émetique
dans le commencement de les accès de fiévre ;
qu'ils furent enfin fixés par le quinquina. Il y eft
dit encore qu'elle retomba , mais qu'elle fut guérie
une feconde fois par le même remède ; & ce fut
après cette rechûte qu'elle fut attaquée de vapeurs;
& c'eft alors que j'employai les feuls humectans qui
la guérirent & non le quinquina . Voilà commefont
ordinairement les anonymes ; faute de bonnes raifons
, ils tranfpofent les citations & les faits.
Si ma ſeconde obſervation lui a fourni matiere ,
c'eft qu'il ne la comprend pas. Auffi s'écrie -t - il à
l'aspect d'un paroxifme hystérique : faut-il relâcher
avec de l'eau chaude ? Faut- il refferrer avec
de l'eau froide? Pour ne pas fe tromper , M. de
Labrouffe , dit-il , prendra les deux partis tout-àla
-fois. A quoi je répondrai que je les prends fucceffivement
& non tout -à- la -fois ; & je viens lui
apprendre que lorfque l'attaque hystérique eſt fi
forte que la circulation générale paroît éteinte ou
fufpendue , j'applique l'eau froide avec fuccès en
guile de ftimulant , & j'ai recours enfuite , après
l'accès, à l'eau tiéde , pour réparer le mal que l'eau
froide a dù faire fur des fibres crifpées ; lequel mal
étoit alors néceflaire , fans vouloir le comparer à
celui qu'auroit fait une potion antifpafinodique
ou tout autre cordial ; & voilà deux contraſtes.
réunis en faveur de la malade , au grand étonnement
de l'écolier .
Je ne prendrai pas la peine de répondre aux réflexions
qu'il fait fur ma troifiéme obfervation ;
elles font trop ridicules . Mais je lui demanderai
pourquoi n'a-t-il pas étayé la critique d'obſerva
OCTOBR. E. 1768. 205
tions contraires aux miennes & à celles de M. Pomme?
C'eft-là où l'auteur fe trouve embarraffé ; à
moins qu'il ne compte pour une obfervation contraire
la cure , citée dans fa brochure , de cette
fille , opérée par la nature & fans remède ; ce qui
plaide bien peu en faveur de fon opinion , mais
au contraire autori fe parfaitement le fyftême de
M. Pomme.
SERVICE folemnel pour la Reine , dans
l'églife de Notre-Dame à Paris.
On célébra , le 6 de ce mois , par ordre du Roi,
dans l'églife métropolitaine de Nôtre-Dame , un
Service folemnel pour le repos de l'ame de la Reine.
Le deuil étoit conduit par Madame Adelaide &
Mefdames Victoire & Louife , accompagnées de
Monſeigneur le Dauphin , de Monfeigneur le
comte de Provence & de Monfeigneur le comte
d'Artois. L'archevêque de Paris officia à la grand'-
mefle qui fut chantée en mufique à grande fymphonie,
& l'ancien évêque de Troyes prononça
l'oraifon funébre de la Reine. Le chapitre de l'églife
de Paris affifta à cette cérémonie , ainfi que
le parlement , qui étoit en robes rouges ( fuivant
Tétiquette obfervée aux obfeques des Rois & Reines
de France feulement ) , la chambre des comptes
, la cour des aides , l'univerfité & le corps-deville
. La vafte étendue du portail de l'églife étoit
couverte d'un drap noir , traverfé par trois litres
de velours chargés d'écuffons aux armes de France
& de la Reine. Toute l'enceinte de la nefétoit tendue
de noir jufqu'à la voûte , avec les armes & les
chiffres de la Reine . La voûte du choeur étoit foncée
de drap noir , cérémonial uſité ſeulement aux
pompes funèbres & aux obfeques de nos Rois &
206 MERCURE DE FRANCE.
Reines. Le catafalque , qui formoit un paralle
logramme dont les angles étoient arrondis
étoit placé au fond du choeur , près de l'entrée
de la nef , & orné de figures de marbre
blanc de grandeur naturelle , repréſentant la Méditation
, la Confiance , la Contemplation fur la
Vie Eternelle, & la Soumiffion aux Volontés du
Ciel. L'eftrade , fur laquelle pofoit la repréfentation
, étoit entourée de fix degrés , nombre fixé
aux maufolées élevés pour les Rois & Reines . Le
farcophage étoit couvert du poële royal porté fur
un aëtique dont le brocard d'or étoit traversé
d'une croix d'argent ; ce poële étoit orné des armes
de la Reine ; le manteau des Rois couvroit la
plus grande partie de la repréſentation & portoit ,
fous un crêpe noir , la couronne des Reines de
France , pofée fur un carreau de velours . Des lampes
funèbres étoient fufpendues à de grandes guirfandes
de cyprès attachées au plafond , & leur
fombre lumiere s'uniffoit à d'autres lampes infé-
Jieures pendantes à des chaînes d'or . L'extérieur de
ce fuperbe maufolée étoit éclairé par un grand
nombre de flambeaux chargés d'un double écuflon
aux armes de France & de la Reine , & portés fur
des chandeliers en argent rangés fur les fix degrés
qui environnoient l'eftrade Le maufolée étoit
couronné par un magnifique pavillon parfemé de
fleurs de lys en or , & dont le plafond , de velours,
étoit traversé d'une croix de moire d'argent avec
les armes de la Reine. De grands rideaux noirs
couverts de fleurs de lys en or & de larmes en argent
fortoient des pentes de ce pavillon , & étoient
retrouffés par des cordons à glands d'or fufpendus
à la voûte. Le fanctuaire étoit féparé du choeur
par trois degrés placés entre deux corps de baluftrade.
Un fuperbe dais de velours noir couronnoit
l'autel qui étoit élevé fur trois degrés au fond du
OCTOB R E. 1768. 207
fanctuaire & dont les gradins portoient vingtquatre
grands chandeliers d'argent garnis chacun
d'un double écuflon aux armes de France & de la
Reine. Cette pompe funébre a été ordonnée , de
la part du Roi , par le duc de Fleury , pair de Fran
ce , premier gentilhomme de la chambre de Sa
Majefté , & conduite par le fieur Papillon de la
Ferté , intendant & contrôleur- général de l'argenterie
, menus plaifirs & affaires de Sa Majefté , fur
les defleins du fieur Mic . Ang. Challe , peintre or
dinaire du Roi , de fon académie , & deflinateur de
fa chambre & de fon cabinet. *
* La defcription de ce lugubre & magnifique édifice ſe
trouve chez Balard , rue des Noyers .
DECLARATIONS , LETTRES-PATENTES
, ARRÊTS , &c.
I.
DECLARATION du Roi , concernant la perception
de la taille , donnée à Verſailles le 7 Février
-1768 ; régiftrée en la cour des aides le 5 Septembre
1768. I I.
Déclaration du Roi & lettres-patentes , portant
réglement pour la comptabilité des deniers communs
, d'octrois & patrimoniaux des villes &
bourgs du royaume , données à Versailles les 27
Juillet 1766 & 13 Février 1768 ; regiſtrées en la
chambre des comptes le 19 Août 1768.
I I I.
Arrêt du confeil d'état du Roi , & lettres -patentes
fur icelui , données à Versailles le 24 Février
1768 ; regiftrées en la cour des aides le 9 Août ;
qui fubrogent Jean- Baptifte Fouache , au lieu de
Julien Alaterre, pour faire l'exploitation des droits
rétablis & réunis. I V.
Lettres - patentes du Roi , qui attribuent à la
208 MERCURE DE FRANCE.
;
grand'chambre du parlement de Paris , toutes les
conteftations nées & à naître , concernant les abbayes
de Saint - Germain - des - Prés & de Châlis
données à Versailles le 19 Juin 1768 3 regiftrées en
parlement le 7 Juillet 1768.
V.
Lettres - patentes du Roi , qui prefcrivent la maniere
dont il en fera ufé à l'avenir à l'égard des
parties qui n'ont pas encore repréfenté leurs titres
nouvels , données à Verfailles le 12 Juillet 1768 ;
registrées en la chambre des comptes le 3 Août
fuivant.
V I.
Arrêt de la cour des aides , du 13 Juillet 1768 ,
qui ordonne que , huitaine après le département ,
les officiers de chaque élection de fon reffort , feront
tenus d'envoyer au greffe d'icelle , tous les
ans ; & les fubftituts du procureur- général du Roi ,
au procureur- général du Roi , auffi chaque année ,
un état certifié d'eux , du montant de la taille , capitation
& autres impofitions accefloires.
VII.
Arrêt du confeil d'état du Roi , du 21 Juillet
1768 , pour l'ouverture de l'annuel de l'année
1769 . VIII.
,
Arrêt du confeil d'état du Roi , du 24 Juillet
1768 , qui cafle & annulle l'arrêt du parlement de
Rouen du 7 Juillet 1768 portant fuppreffion
d'une feuille imprimée , envoyée par l'intendant
& commiffaire départi de la généralité d'Alençon ,
aux curés des paroiffes de cette généralité , pour
leur demander des éclairciflemens fur plufieurs ob.
jets concernant le commerce & la population.
I X.
Arrêt du confeil d'état du Roi , du 1 Août 1768 ,
qui défend l'entrée dans le royaume , des foies
blanches , dites Nankin , autres que celles quifeOCTOBRE.
1768. zog 209
font apportées par les vaiffeaux de la compagnie
des Indes . X.
Edit du Roi , qui ordonne la fabrication de
gros
fous , de demi-fous & liards en cuivre , donné
à Compiegne au mois d'Août 1768 ; regiſtré en
la cour des monnoies le 31 Août.
X I.
Edit du Roi , qui rétablit l'office de lieutenant
de police de la ville du Mans , fupprimé par l'édit
du mois de Juin 1764 , donné à Compiegne au mois
d'Août 1768 ; regiftré en parlement le 17 Août.
X I I.
Déclaration du Roi , concernant les requêtes
civiles , donnée à Compiegne le 7 Août 1768 ; regiftiée
en parlement le 17 du même mois.
X I 1 I.
Arrêt du confeil d'état du Roi , du 10 Août
1768 , qui cafle un arrêt de la chambre des comptes
du 28 Juin 1768 , concernant les rembourſemens
à faire par le tréfor royal & la caifle des
amortiffemens.
X I V.
Arrêt du confeil d'état du Roi , du 19 Août
1768 , lequel ordonne que dans les chapitres de
chacune des provinces des religieux Minimes du
royaume , qui doivent être inceflamment aflemblés
, il fera nommé deux députés , dont l'un fera
pris parmi les fupérieurs , & l'autre parmi les coa
ventuels ; lefquels feront charges , conjointement
avec les provinciaux de chacune defdites provinces
, de procéder à l'exécution des articles V , VII.
& X de l'édit du mois de Mars dernier ; à l'effet :
de quoi lefdits provinciaux & députés feront tenus.
de s'affembler le 2 du mois de Mai de l'année
1769 dans le couvent des religieux Minimes de
Chaillot , en préſence de tels commiffaires que Sa
Majefté jugera à propos de commettre , pour y
aflifter de fa part.
210 MERCURE DE FRANCE .
NOUVELLES POLITIQUES.
De Petersbourg , le 9 Août 1768.
Le lieutenant - général de Soltikow , ci - devant chef des
troupes de l'impératrice en Pologne , & qui fe trouve actuellement
à Moſcou , a , dit où , ordre d'aller reprendre
fon commandement.
De Warfovie le 29 Juillet 1768.
Le trouble & la confufion augmentent chaque jour dans
ce royaume ; à peine une confédération eft elle éteinte qu'on
en voit renatre plufieurs autres. Les palatinats de Sendomir
& de Syradie ont pris les armes ; ceux de Viclan , de Przefmilie
& de Wolhinie , ainfi que celui de Rava à neuflieues
de Warfovie , ont formé une confédération dont le cham
bellan Dzierzanowski eit le chef. Dans le manifefte qu'il a
publié le 21 du mois dernier , il accufe les diffidens d'être la
caufe de tous les malheurs de la république ; il taxe les Staroftes
Goltz & Grabowski , maréchaux refpeâifs des confédérations
de Thorm & de Slack , d'être les auteurs de l'err
levement des évêques & des fénateurs , & d'en avoir même
figné le decret. Il exhorte fes freres à réunir leurs forces pour
exterminer les diffidens , changer la forme actuelle du gouvernement
, & rétablir l'ancienne liberté ; & après avoir
qualifié de rebelles fes adverfaires les partifans des Rulles , il
termine fon manifefté par un trait d'hiftoire concernant le
roi Jean Cafimir , qui , voyant que fon regne étoit funefte
à la république , & défefpérant d'apporter du remède aux
maux de la patrie , aima mieux abdiquer le trône que de
mourir roi de Pologne.
Du 16 Août.
Le bruit fe répand ici que les Rufles fe font rendus maîtres
de Cracóvie ; cependant le prince Repnin n'a point encore:
reçu de nouvelles pofitives à ce fujet.
On parle beaucoup d'une prochaine augmentation de
troupes , tant Rufles qu'étrangeres ; les frontieres de ce
royaume du côté de la Siléfic , de la Hongrie & de la Moravie
,font garnies de troupes Pruffiennes & Autrichiennes .
De Stockholm , le 12 Août 1768.
En conféquence de la demande des directeurs de la banque
, le Roi à rendu une ordonnance par laquelle ils font
autorisés à prêter de l'argent aux particuliers fur des gages
en or ou en argent. Suivant cette ordonnance , l'emprunOCTOBRE.
1768. 211
teur , après s'être fait annoncer à la banque , portera fon
gage à la monnoie & le fera éprouver à fes dépens ; on y
évaluera le degré de fin du métal , & l'on en expédiera un
certificat à l'emprunteur. La banque fera retirer de la mounoie
le gage fur lequel elle prêtera les fept huitiémes de fa
valeur , en ducats d'or de Suéde ou de Hollande , ou en rixdalers
efpéces. L'emprunteur payera fur le pied de fix pour
cent par an l'intérêt de cette fomme , qu'il lui fera libre de
rembourfer dans un mois ; mais qu'il ne pourra garder plus
de fix fans perdre le gage dépofé , dans ce cas , ce gage fera
vendu en la même efpéce de monnoie que la fomme prêtée,
& fi le prix en excéde le capital emprunté , on tiendra
compte de l'excédent à l'emprunteur.
De Coppenhague , le 16 Août 1768 ,
Le Roi a ordonné à l'univerfité de cette ville d'envoyer
deux de fes membres dans les Nordlandes , entre Drontheim
& Warderhuus , pour y obferver le paffage de Vénus fur le
difque du foleil , pendant que le pere Hell , qui a été appellé
de Vienne & qui eft déjà en chemin par Warderhuus, y obfervera
le même paffage Les deux obfervateurs , ainfi que
le Pere Hell , arriveront aux lieux de leur deftination avant
l'hiver pour avoir le temps de fe préparer à faire leurs obfervations
avec toute la précision poffible . Sa Majefté leur
a fait fournir les inftrumens qui leur font néceffaires . Le
profeffeur Kratzenftein fe prépare de fon côté à fe rendre le
printems prochain à Drentheim pour le même objet . Le Sr
Horrebow fera fes obfervations à l'obfervatoire de Coppenhague
; ainfi ce paffage important fera obfervé avec la plus
grande exactitude en quatre différens endroits des états du
Roi.
De Vienne le 24 Août 1768.
Il eſt arrivé ici un courier de Conftantinople , dépêché
le 28 du mois dernier , lequel a rapporté que le grand
Seigneur fait mettre fur pied une armée de quatre vingt mille
hommes , & qu'il en a confié le commandement au pacha
de Coccina , à qui fa hauteffe a déjà fait donner une groffe
fomme d'argent pour le mettre en état de faire les difpofitions
néceffaires pour la réunion & la marche des troupes.
De Hambourg , le 9 Août 1768 .
On apprend de Warfovie que la confédération de Goftin
s'eft diffipée d'elle même, & que le roi de Pologne & le
prince Repnin ont mis à prix la tête du Sr Dzerza Nowski,
chef de cette confédération . Sa Majefté promet , dit- on ,
pour cet objet deux mille ducats , & le prince Repnin en
promet mille.
212 MERCURE DE FRANCE.
De Modene , le 30 Juillet 1768 .
Le 21 de ce mois les Auguftins de Spilimborto , les Bénédictius
de Nonantola , & les Mineurs de Final furent fommés
de fortir deleurs inaifons en trois jours de temps . On
aflure que treize autres petits couvens de ce duché feront
également fupprimés. On donnera à chacun de ces religieux
fix fequins pour les défrayer de leur voyage .
De Rome , le 24 Août 1768 .
On mande de Naples que les eccléfiaftiques & les moines
en particulier ont eu ordre de produire les titres de leurs poffeffions
territoriales , ce qui embarraffera plufieurs maifons
religieufes qui ont acquis dans les temps de troubles des
biens dont il leur fera difficile de juftifier la propriété.
De Londres , le 11 Août 1768.
Le duc de Cumberland qui va voyager en Italie , eft parti
le 8 de ce moisde Spithéad. On ne fçait pas quelle raiſon a
pu obliger ce prince de partir fans attendre l'arrivée du roi
de Dannemarck fon beau-frere.
Du 16 Août 1768 .
La premiere entrevue du Roi & de Sa Majefté Danoife s'eft
faite le 22 après midi au palais de la Reine , où le roi de
Dannemark fe rendit accompagné des principales perfonnes
de fa fuite , & fut reçu avec les plus grandes marques d'honneur;
on s'empieffe à lui donner des fêtes ; beaucoup de
perfonnes de diftinétion qui étoient à la campagne font revenues
dans cette capitale.
De Paris , le 19 Août 1768 .
L'académie des fciences a nommé l'abbé Boflut , examinateur
des ingénieurs , à la place d'adjoint -géométre , vacante
par la promotion du chevalier de Borda à celle d'affotié
; cette élection a été confirmée par Sa Majesté.
Du 26 Août.
On mande de Rouen qu'il fe trouve fur la paroiffe de St
Nicaife une femme âgée de cent quatorze ans , née à Radicatel
dans le pays de Caux, au mois d'Août 1654. Elle fe nomme
Marguerite Couppée , veuve de Richard Martin. Après
avoir fervi pendant plufieurs années , elle a gagné ſa vie à
filer du cotton , ouvrage dont elle s'eft conftamment occupée
jufqu'à 94 ans . Cette femme jouit enocre de tout fon bon
fens ; elle a l'ouie très- bonne , mais elle ne voit point. Elle
accoucha à l'âge de 50 ans & 4 mois d'une fille actuellement
mariée en fecondes nôces à un compagnon toilier.
Du 9 Septembre.
On a reçu de l'ifle de Corfe les nouvelles fuivantes. Le
OCTOBRE. 1768. 213
comte de Marbeuf ayant réfolu d'attaquer Nonza , où s'ế-
toient refugiés les chefs des Corfes échappés de la deroute
du 1 Août , fe mit en mouvement fur trois colonne dans la
nuit du 23 au 24 du même mois. Le pofte d'Olmetta fut
emporté, après quelque réfiftance , par la divifion du centre
fous les ordres de M. de Coigny : celle de la gauche , commandée
par le fieur de Grandmaiſon , força l'ennemi fur des
rochers efcarpés. Les deux colonnes fe porterent enfuite fur
Nonza , d'où les rebelles fe retirerent avec précipitation ;
mais ils furent arrêtés dans leur fuite par la colonne du comte
de Marbeuf, & après avoir perdu beaucoup de monde ,
ils furent contraints de le rendre prifonniers avec trente de
leurs chefs , parmi lefquels fe trouvent les Srs Barbaggio &
Francifchetti , l'un neveu & l'autre beau- frere du Sr Paoli
Les troupes du Roi ont montré , dans ces différentes actions,
la plus grande valeur , & n'ont eu que quatre foldats tués &
quatre bleités.
le
Ona cu avis que le marquis de Chauvelin , qui va prendre
commandement en chef des troupes françoifes en Corfe ,
a mis à la voile de Toulon le 25 du mois dernier , & a débarqué
le 26 à St Florent , d'où il s'eft rendu à la Baftie le 27.
LOTERIES.
Le quatre-vingt-douziéme tirage de la loterie de l'hôtelde-
ville s'eft fait le 23 du mois dernier. Le lot de cinquante
mille livres eft échu au N° . 82549 ; celui de vingt mille
liv . au N°. 8260 ) ; & les deux de dix mille liv . aux numéros
84958 & 85425.
Le tirage de la loterie de l'école royale militaire s'eft fait
les de ce mois ; les numéros fortis de la roue de fortune font
#7 , 11 , 50 , 38 , 71 .
MORT S.
Dominique le Bel , premier valet- de- chambre du Roi ,
concierge du château de Verfailles , & gouverneur de celui
du louvre , eft mort à Compiegne le 16 du mois d'Août , âgé
de foixante -douze ans .
La comteffe de Civrac , mere du marquis de Durfort ,
ambafladeur du Roi auprès de Leurs Majeftés périales &
Royales , eft morte le 16 Août , âgée de 6 ans.
Guillaume- Alexandre de Galard de Bearn , comte de Braffac,
premier gentilhomme de la chambre du feu roi de Pologne
Staniflas 1 , & ancien colonel du regiment de Bretagne,
eft mort dans fes terres , âgé de 74 ans.
214 MERCURE DE FRANCE .
Marie-Marguerite-Louiſe , née comteffe de Millendouck
& du St Empire, marquife du Quefnoy , baronne de Perche
& de la feigneurie fouveraine de Meyell , &c. derriere de la
maifon de Millendouck , eft morte à Paris le 23 Aoûr , âgée
de 77 ans. Comme héritiere des maifons de Millendouck
de Brederode, de Nicawenar & de Meurs , elle a tranfmis à
fon fils unique fes droits fur le comté de Horn. Elle étoit
veuve d'Alexandre Emmanuel , prince de Croy & de l'Empire
, prince de Solre & de Meurs , comte de Buren , Leardam
& Yilenftein , baron de Condé , Maldeghem & autres
lieux , grand vençur héréditaire du Hainault , lieutenantgénéral
des armées du Roi , &c. Elle laiffe pour fils unique,
Emmanuel , duc de Croy , prince de l'Empire& grand d'Ef
pagne de la premiere clafle , Prince de Solre & de Meurs
chevalier des ordres du Roi , lieutenant général de fes armées
, gouverneur de Condé , commandant en Picardie
héritier des titres de fon pere , & de plus de ceux attachés à
l'aîné de la maiſon dont il eft devenu le chef par la mort du
dernier duc de Croy de la branche de Roeux , mort en fon
château du Roeux près Mons , le 19 Avril 1767.

Marie-Magon de la Chipodiere , veuve de Louis- Benoît
d'Auvet , marquis de Maineville , capitaine - lieutenant de la
compagnie des chevaux légers Dauphin & brigadier des armées
du Roi , eft morte à Paris le 20 Août , âgée de 84 ans.
FAUTES à corriger dans le Mercure
de Septembre.
PAGES 1
145,
147 ,
142 , lig. 1
matieres , Lifez métiers.
16. Peut-être , lifez peut être.
21 & 22 , nulle reflource dans la prefeffion
furchargée ; il y a un peuple,
lifez nulle reflource. Dans la profeffion
furchargée, il y a un peuple.
fubitances , lifez ſubſiſtances. 148 ,
OCTOBRE. 1768. 125
1,2
TABLE.
PIECES FUGITIVES en vers & en profe , page
Lettre d'un fils parvenu , à fon pere laboureur. Piéce qui a
remporté le prix de l'Académie françoiſe ,
Vers à M. l'abbé de Langeac
Bouquet préfenté à Mgr le prince de Conti ,
ibid.
10
ibid.
Couplet compofé par un enfant à l'occafion de la fête de
fon pere ,
A une três-jolie Quêteuſe ,
Les trois métiers de l'Amour ,
12
ibid.
13
A une Demoiselle , pour la remercier d'une cocarde, ibid.
Romance ,
Les trois Epreuves. Hiftoire babylonienne ,
Traduction libre d'une chanfon italienne ,
Portrait de l'Hymen ,
Lajeune Rat , Fable.
Aventure angloife ,
Madrigal ,
at Rofine & fon Chien. Conte ,
Quatrain ,
Epigramme de Léonidas ,
Vers latins & la traduction ,
A Madame Laruette ,
Seconde lettre de milord Charlemont ,
Vers à M. le comte de Saint-Florentin ,
Lettre de M. la Condamine ,
Explication des énigmes , &c.
ENIGMES ,
LOGOGRYPHE ,
Air noté ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Dictionnaire claffique de géographie ancienne ,
Proverbes dramatiques ,
Vie du Cardinal du Perron
Oraifons funébres de la Reine
Cantique allemand ; traduction ,
Mandement de Mgr l'archevêque de Lyon ,
L'homme ,
Penfées & réflexions morales ,
Ellai fur l'almanach général d'indication ,
Traité de la réfolution des équations ,
14
15
43
44
45
46
48
50
ibid.
52
ilid.
ibid.
59
60
63
ibid.
66
ibid.
67
72
&a
86
91
94
95
98
ibid.
100
Lettres fur la méthode de s'enrichir & de conferver fa fanté ,
&c. 191
216 MERCURE DE FRANCE .
Lettre de M. de St Foix à M. Fréron ,
Profpectus d'un journal de légiflation ,
Le fommeil d'Aminthe ,
Lettre à un ami ,
Eloge de la chirurgie ,
Principes de médecine & de grande chirurgie ,
Réfutation d'une réfutation de l'inoculation ,
De l'ufage des ftatues chez les Anciens ,
103
105
107
109
110
112
120
122
Hiftoire de l'Académie des infcriptions , in- 12. 126
Diflertation fur les myfteres des Payens , livre anglois , 129
La faufleté de l'état ſauvage des anciens hommes , livre
italien ,
131
SÉANCE PUBLIQUE de l'Académie françoiſe , 133
A M. l'abbé de Langeac ,
A Madame la M. de L.
Prix d'éloquence pour l'année 1769 ,
SPECTACLES.
145
146
148
Concert fpirituel , 149
Comédie françoiſe ,
150
Comédie italienne , 153
ARTS. Prix de peinture , fculpture , & c. 164
Avis fur un article du courier du Bas-Rhin , 169
Gravure ,
Mufique
Avis aux mariniers ,
171
172
173
BIENFAISANCE ET PATRIOTISME ,
Anecdotes ,
175
176
179
185
NOMS CÉLÉBRES . M. de parcieux ,
Note fur un article du dernier Mercure ,
Piéce en vers de M. Mercier ; qne notre ame peut fe fuffire
à elle-même ,
QUESTION ,
Seconde réponſe fur le comique larmoyant ,
Avis ,
Service pour la Reine dans l'égliſe de Nôtre- Dame.
Déclarations , lettres- patentes , & c.
Nouvelles politiques ,
Loteries ,
Morts ,
ibid.
186
187
201
205
207
210
213
ibid.
APPROBATION.
I
' AI lu , par ordre de Mgr le Vice - Chancelier , le 1 vol. du
Mercure d'Octobre 1768 , & je n'y ai rien trouvé qui puiſſe
en empêcher l'impreffion . A Paris , 30 Septembre 1768 .
GUIROY.
De l'Imp. de M. LAMBERT rue des Cordeliers.
I
JOURNAUX & LIVRES qui fe trouvent
chez LACOMBE , Libraire , à Paris .
Ce Libraire fe charge d'envoyer FRANCS DE
PORT en Province les Livres , Eftampes ,
Mufiques , &c. aux particuliers qui lui marquent
leurs intentions en lui faifant remettre
d'avance les fonds néceffaires en argent , ou en
effets à recevoir à Paris.
JOURNAUX ,
Pour lefquels on s'abonne , foit pour Paris , foit
pour la Province , chez LACOMBE , Libraire.
Les Soufcripteurs de Province font priés de remettre
leur argent à la Pofte , avec une Lettre
d'avis , & d'affranchir l'un & l'autre.
MERCURE DE FRANCE ; il en paroît 16 vol .
in- 12 par an ; l'abonnement eſt à Paris de 24 liv.
Et pour la Province, port franc par la pofte, 3 2 liv.
JOURNAL DES SCAVANS , in - 4® ou in- 12 , 14 vol.
à Paris .
Franc de port en Province.
ANNÉE LITTERAIRE , composée de

16 liv.
20 1.4 f.
quarante
cahiers de trois feuilles chacun , à Paris , 24 liv.
En Province , port franc par la Pofte , 32 liv.
L'AVANTCOUREUR , feuille qui paroît le Lundi
de chaque femaine , & qui donne la notice
des nouveautés des Sciences , des Arts libéraux
& méchaniques , de l'Induftrie & de la Littérature.
L'abonnement , foit pour Paris , foit pour
la Province, port franc par la poſte, eft de 12 liv.
a
2
JOURNAL ECCLÉSIASTIQUE , par M. l'Abbé Dinouart
; il en paroît 14 vol. par an . L'abonnement
pour Paris eft de 9 liv. 16 fols.
Et pour la Province , port franc par la pofte , 141.
EPHÉMÉRIDES DU CITOYEN , ou Bibliothéque raifonnée
des Sciences morale & politique , in: 12
12 vol. par an. L'abonnement pour Paris eft
18 liv. de
Et pour la Province , port franc par la pofte , 24 !.
JOURNAL ENCYCLOPÉDIQUE , in - 12 , composé de
24 vol. par an ,, port franc par la pofte , à Paris
& en Province , 33 liv. 12 f.
JOURNAL POLITIQUE , port franc par la pofte à
Paris & en Province ,
LIVRES.
14 liv.
DICTIONNAIRE raifonné univerfel d'HISTOIRE
NATURELLE , par M. Valmont de Bomare , nouvelle
édition , 6 vol . in- 8 ° relié ,
Et en 4 vol . in-4° relié ,
27 liv.
48 liv.
Supplément à la premiere édition du Dictionnaire
d'Hiftoire Naturelle , volume in- 8°.
Dictionnaire claffique de la Géographie ancienne ,
vol. in- 8°, relié's liv.
Dictionnaire de CHYмIE , par M. Macquer, 2 vol.
in- 8° reliés , 9 liv.
Dictionnaire portatif des ARTS ET METIERS , 2
vol . in- 8° reliés , 9 liv.
Dictionnaire de CHIRURGIE , 2 vol . in- 8° rel. 9 liv.
Dictionnaire interpréte de MATIERE MÉDICALE ,
. و ا
&c. vol . in- 8° d'environ 900 pages relié , s liv.
Dict. d'ANECDOTES, de traits caractériſtiques &
finguliers , faillies , bons mots & reparties ingénieufes
, & c . I vol. in-8° relié , 4 liv. 10 f.
Dict . des PORTRAITS HISTORIQUES , anecdotes ,
i
1
& traits remarquables des Hommes Illuftres ,
3 vol.in- 8 ° reliés ,
Is liv.
Dia . ECCLÉSIASTIQUE & CANONIQUE , portatif,
9 liv.
2 vol . in- 8 ° reliés ,
Dict . portatif de Jurifprudence & de pratique
3 vol . in - 8° reliés , Io liv. io f.
Dict . Lyrique , portatif, ou choix des plus jolies
ariettes de tous les genres , difpofées pour la
voix & les inftrumens , avec les paroles Françoifes
fous la Mufique , 2 vol . in-8 ° , 15 liv.
Dict . Typographique , Hiftorique & critique des
livres rares , finguliers , eftimés & recherchés ,
avec les prix , 2 vol . in- 8° reliés . 9 liv.
Dict. Hiftorique , par M. l'abbé Ladvocat , 2 vol.
in - 8° reliés . 10 liv. 10 f.
Dict . Géographique de Volgien , revu par M. l'abbé
Ladvocat , 2 vol . in - 8° , nouv. édit. 4 liv. 10 f.
Dict. de Droit Canonique , par Durand de Maillane
, 2 vol . in 4º reliés . 24 liv.
Dict . de Phyfique , par le Pere Paulian , 3 vol.
in-4° brochés . 27 liv
Dict . univerfel des foffiles propres & des foffiles
accidentels , &c . in- 8 °, par M. Bertrand , relié ,
41.10 1.
Dict . Anglois & François , François & Anglois ,
in - 8° relié .
10 liv. Dict . Allemand & François , & François & Alle- mand , in- 8° relié .
Idem. in-4° relié .
6 liv .
12 liv.
Di&t . de Droit & de Pratiq. 2 vol . in- 4ª relié 20 1 .
Avis aux Meres qui veulent nourrir leurs enfans ,
broché. I liv.
Trois Avis au Peuple fur le blé , la farine & le
pain.
Almanach Philofophique.
2 liv . 12 f.
I liv. 4f.
3 liv.
4 liv.
Anecdotes de Médecine , in- 12 relf .
Anthropologie , 2 vol . in- 12 , broché.
a ij.
Idem in-4 ° broché.
Anatomie du corps humain , par M. J. Profteval ,
in-4° relié.
Almahide , 8 vol . in- 8° reliés.
Le Botaniste François , 2 vol . reliés .
aliv.
12 liv.
32 liv.
s liv.
in-i2
2 liv.
I liv. 16 f.
Le bon Fermier , ou l'Ami des Laboureurs ,
broché.
La bonne Fermiere , broché.
Bocace Italien , édit. de Londres , in- 4°, br. 24 liv.
Bibliothéque des jeunes Négocians , par Jean-
Larue , 2 vol. in-4° relié . 18 liv.
La Sainte Bible, par le Cêne , 2 vol . in fol. rel . 40 l.
Catéch . de Montpell . en lat . 6 vol . in-4 , br 48 1.
Celiane , ou les Amans féduits par leur vertu ›
in- 12 , broché. I liv. 10 f
Le Citoyen défintéreflé , 2 vol . in 80 , br . 41 10 f.
Commentaire des Aphorifmes de Médecine d'Herman
Boerhave , par Wans Wieten en François
, 2 vol. in - 12 , brochés .
4 liv.
Conférence de Bornier , 2 vol . in-4º, reliés . 24 1.
Controverfe fur la Religion Chrétienne & celle des
Mahometans , in- 12 , 1767. broché . í 1. 16 f.
Le Docteur Panfophe, ou Lettre de M. de Voltaire
à M. Hume , in- 12 , broché.
12 f.
Les DELASSEMENS CHAMPÊTRES , 2 vol . in - 12
brochés.
4 liv .
Difputationes ad morborum hiftoriam & curationem
, &c. Albertus Hallerus , 6 vol . in-4° ,
reliés .
60 liv.
Difputationes Chirurgica felecta , Albertus Hallerus,
5 vol. in - 4 ° , reliés . so liv.
Difpenfatorium Pharmaceuticum , in-4º , 2 vol .
brockés.
24 liv.
Differtation fur la Littérature , 4 vol . in- 8 ° . 6 liv.
Elemens de Pharmacie théorique & pratique , par
M. Beaum , Maître Apothicaire de Paris ,
1 vol. in-8 °, grand papier , avec fig. relié. 6 liv .
Examen des faits qui fervent de fondement à la
Religion Chrétienne, 3 vol . in . 12 , par M. l'abbé
François , reliés .
7 liv. 10 f
Effai fur les erreurs & fuperftitions anciennes &
modernes, nouvelle édition, augmentée , 1767 ,
grand in- 8°, relié.
s liv.
Elemens de Philofophie rurale , broché. 2 liv.
Effaisfur l'Art de la Guerre , avec cartes & planches
, par
M. le Comte de Turpin , 2 vol . in 4º,
brochés . 24 iiv.
Expofe fuccinct de la conteftation de M. Rouffeau
avec M. Hume , in- 12 , broché. 24 ር
Effai fur l'Hift. des Belles Lettres , 4 vol . rel . 12 hv.
Entretien d'une Ame pénitente, in 12 broché 2 ¡ iv.
Les Elémens de la Médecine pratique , par M.
Bouillet , in 4º, relié. 7 liv.
Elém. de Métaph . facrée & profane , in 8 ° br 31 .
Hiftoire naturelle de l'Homme dans l'état de maladie
, in-8°, 2 vol . reliés. 9 liv.
Hift. des progrès de l'efprit humain dans les Sciences
exactes , & dans les Arts qui en dépendent ,
c. par M. Savérien , grand in-8 ° relié . S liv.
Hift. de Chrifline , Reine de Suéde , in - 12 , relié.
2 liv 10 f.
Hift. delaPrédication , 1 vol . in- 12, rel , 2 l. 10 f.
Hift . des Empereurs , 12 vol. reliés in - 12 , 36 liv .
Hift. du bas Empire , 10 vol . reliés. 30 liv.
Hift . Eccléf. de Racine, 15 vol . in 12 , relié . 48 liv .
in-4°, 13 vol.
&c.
130 liv.
Hift. de France
de Vely , 18 vol. reliés
, in- 12 .
54 liv.
36 liv.
Hift, moderne , 12 vol . reliés , in- 12 .
Hift . de Lucie Weller , 2 vol . in - 12 , broché. 4 liv .
Hift. des Révolutions de Florence lous les Médicis ,
3 vol. in-12 reliés . 7 liv . 10 1.
Hift. de l'Afrique ( nouvelle ) Françoiſe , 2 vol .
in-12 , reliés. 6 Itv .
9 liv.
Hift. de l'Empire Ottoman , in-4° , relié.
Hift .des Navigations aux Terres Auſtrales , 2 vol. ,
in- 4°, reliés. 24 liv.
Hift . Navale d'Angleterre, 3 vol. in-4 , rel . 27 liv.
Mélanges intéreffans & curieux , contenant l'Hiftoire
naturelle , morale , civile & politique de
l'Afie , de l'Afrique & des Terres Polaires, par
M. Rouflelot de Surgy , 1766 , 10 vol . in-12 ,
reliés.
25 liv.
Mém. de Mlle de Valcourt , 2 vol. broc, 2 liv. 8 f.
Médecine rurale & pratique , rel . in- 12. 21. 10 f.
Henri IV, ou la Réduction de Paris ,
trois Actes.
Poëme en
I liv. 4 C.
nouvelle
2 liv. 10 f.
Manuel de Chimie , par M. Beaumé ,
édition augmentée , in- 12 , relié.
Manuel Lexique , par M. l'abbé Prevôt , 2 vol .
in-8 °, reliés . 9 liv.
ManuelHarmonique , & c. par M. Dubreuil,Maître
de Clavecin , in - 8 ° , 1767 , broché . 1 liv. 16 f.
Mémoires Militaires , & Voyages du Pere de Singlande
, 2 vol. in- 12, 1766 , broc, -2 1. 10 f.
Mémoiresfur l'Administration des Finances d'Angleterre
, in-4° , broché. 6 liv .
Maladies des Gens de mer, par M. Poiffonnier
in-8 °, relié.
Monades de Léibnitz , in 4°, broché.
Mémoire fur le Safran , in - 8 ° , broché.
Notesfurla Lettre de M. de Voltaire , br.
s liv.
9 liv.
1 liv . 4 f.
9 fols.
2 liv.
Euvres Dramatiques, avec des obfervations , par
M. Marin , in- 8° , broché.
Octave ou le jeune Pompée , ou le Triumvirat ,
avec des notes & des inorceaux Hiftoriques ,
1 vol. in-8°, broché. I liv. 16 f.
Les OEuvres de Rouffeau , in- 12 , petit format ,
S
vol. reliés. 10liv.
Les OEuvres de M. d'Héricourt , 4 vol. in -4° ,
7
reliés.
Obfervations fur la mouture des bleds , &
produit.
40 liv.
fur leur
10 f.
La Poétique de M. de Voltaire , 2 part . en un
grand in -8 °, relié.
Penfees & Réflexions morales , nouv .
& augmentée , broché.
*
5 liv.
édit , revue
I liv. 10 f.
Polypes d'eau douce , ou Lettre de M. Romé dé
l'ifle à M. Bertrand , & c . broché. 12 f.
La Paffion de Notre Seigneur Jefus-Chrift , mile
en vers & en dialogues , in - 8 °; broché. 12 f.
Richardet , Poëme héroï comique , en 12 chants ,
dans le goût de l'Ariofte , 1 vol . grand in- 8°,
relié.
s liv.
Les Scythes , Tragédie de M. de Voltaire , nouv.
édition , i7-8", broché. Il. 10f.
Syphilis , ou le mal vénérien , Poëme Latin de
Jerôme Fracaftor , avec la traduction en François
& des notes , 1 vol . in - 8 ° , broché. 1 1. 10 f.
La Sechia Rapita , 2 vol . in-8º reliés . 36 liv.
Table des monnoies courantes dans les quatre
parties du monde , brochés .
Traité de toutes les coliques , in- 12 , 1767
broché.
I
11. 4 f.
I liv. 10 f.
·
Traité des principaux objets de Médecine , 2 vol.
in- 12 , reliés,
Théorie du plaifir , 1 vol . broché.
Traité des Jacinthes , broché.
s liv.
1 liv . 16 f.
1 liv . 4 C.
Traité des Tulipes , broché.
1 liv. 1of.
Traité des Renoncules , broché. 2 liv .
Recueil de divers Traités fur l'Hiftoire Naturelle
de la Terre & des Foffiles , in 4º , broché. 9 liv.
Virgile d'Annibal Carro , 2 vol. in- 8 °, reliés. 36 1.
OUVRAGES fous preffe & qui doivent paroître
incellamment.
Hiftoire du Patriotifme François , ou nouvelle
Hiftoire de France , dans laquelle on s'eft
principalement attaché à décrire les traits de
patriotifme qui ont illuftré nos Rois , la Nobletle
& le Peuple François , depuis l'origine
de la Monarchie , jufqu'à nos jours , 6 vol
in- 12.
Variétés Littéraires , ou choix de morceaux intéreffans
& curieux , concernant les Sciences ,
les Arts & la Littérature , 4 vol . in- 12 .
Dictionnaire de l'Elocution Françoiſe , contenant
les regles & les exemples de la Grammaire , de
l'Eloquence & de la Poéfie , 2 vol . in- 8 ° .
Hiftoire Littéraire des Femmes Françoifes , contenant
une analyſe raiſonnée de leurs ouvrages ,
& c. 5 vol. grand in- 8° .
Hiftoire des Théâtres de la Comédie Italienne &
de l'Opéra-comique , depuis leur établiſſement
en France jufqu'à nos jours , avec l'analyſe
raifonnée , & l'Hiftoire anecdotique de ces
Théâtres , 8 vol . in - 12 .
Les Nuits Parifiennes , ou Recueil de traits finguliers
, d'anecdotes , de penfées , &c. 2 vol.
in-8°.
Les deux âges du Goût & du Génie , ou les efforts
& les progrès du goût & du génie dans
les Sciences , les Arts & la Littérature , fous
les regnes de Louis XIV & de Louis XV , vol.
grand in-8 ° .
Nouvelles recherches fur les êtres microfcopiques ,
& fur la génération des corps organifés , vol.
grand in-8 " , avec figures.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le