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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES.
SEPTEMBRE 1768 .
Mobilitate viget. VIRGILE .
A PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire , Rue
Chriſtine , près la rue Dauphine
Avec Approbation & Privilége du .
-
AVERTISSEMENT.
L'E'EXXEERRCCIICCEE du privilégeduMercure ayant été
tranſporté par brevet au Sr LACOMBE , Libraire ;
c'eſt à lui feul que l'on prie d'adreſſer , francs de
port , les paquets & lettres , ainſi que les livres ,
les eſtampes , les piéces de vers ou de proſe , les
annonces , avis , obſervations, anecdotes , événemens
finguliers , remarques ſur les ſciences & arts
libéraux & méchaniques , &généralement tout ce
qui peut inſtruire ou amuſer le lecteur.
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
en général des amateurs des lettres & de ceux qui
les cultivent , ſans être l'ouvrage d'aucun en particulier
, ils font tous invités à y concourir : on recevra
avec reconnoiſſance ce qu'ils enverront au Libraire;
on les nommera quand ils voudront bien
le permettre : & leurs travaux , utiles au ſuccès &
àla réputationdu Journal , deviendront même un
titre de préférence pour obtenir des récompenfes
fur les produits du Mercure.
Leprix de chaque volume eft de 36 jols , mais
l'on ne payera d'avance , en s'abonnant , que 24 liv.
pourſeize volumes , à raiſon de 30 fols piéce.
Lesperſonnes deprovince auxquelles on enverra
le Mercure par la poſte , payeront , pour ſeize
volumes , 32 livres d'avance en s'abonnant , &
elles les recevrontfrancs de port.
A ij
Celles qui auront d'autres voies que la poſte
pourlefaire venir , & qui prendront les frais du
port fur leur compte , ne payeront , comme à
Paris, qu'à raiſon de 30 fols par volume , c'està-
dire, 24 livres d'avance , en s'abonnant pour
feize volumes.
Lesperfonnes & les Libraires des provinces ou
des pays étrangers , qui voudront faire_venir le
Mercure , écriront directement aufieur Lacombe.
OnSupplie les habitans des provinces d'envoyer
par laposte , en payant le droit , le prix de leur
abonnement , & d'ordonner que lepayement enſoit
fait d'avance au Bureau.
Lespaquets qui ne feront pas affranchis resteront
au rebut.
Onprie les perſonnes qui envoient des livres ,
estampes & musique à annoncer , d'en marquer le
prix.
Les volumes du nouveau choix des piéces
tirées des Mercures & autres Journaux , se trouvent
auffi au Bureau du Mercure.
!
--
MERCURE
DE FRANCE .
SEPTEMBRE 1768 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE .
VERS qui accompagnoient une branche
de laurier , cueillie fur le tombeau de
Virgile , & envoyée parla margrave de
Bareith au roi de Pruffe , fon frere.
SUR l'urne de Virgile un immortel laurier
De l'outrage des temps ſeul a ſcû ſe défendre
Toujours vert & toujours entier.
Je voulois le cueillir , & n'oſois l'entreprendre ;
Prévenant mon effort , je l'ai vu ſe plier :
Et cette voix s'eſt fait entendre.
Aiij
MERCURE DE FRANCE .
>> Approche , auguſte ſoeur du rival d'Alexandre :
>> Frederik , de ma lyre eſt le digne héritier ;
* J'y joins un nouveau don que lui ſeul peut
prétendre ;
:
> Déjà ſon front, par Mars, fut cinq fois couronne;
Qu'aujourd'hui , par ta main il ſoit encore erné
* Du laurier qu'Apollon fit naître de ma cendre.
AMadame de S. J. furfon départ de
Ferney.
DES contraires bel affemblage ,
Vous qui , ſous l'air d'un Papillon ,
Cachez les ſentimens d'un ſage ;
Revolez de mon hermitage
A votre brillant tourbillon .
Allez chercher l'illuſion
Compagne heureuſe du bel âge.
Que votre imagination ,
Toujours forte & toujours légere
Entre Bouflers & Voiſenon ,
Répande cent traits de lumiere.
Que Diane , que vos amours
Partagent vos nuits& vos jours.
S'il vous refte en ce train de vie ,
Dans un temps ſi bien employé ,
Quelques momens pour l'amitié ,
Ne m'oubliez pas , je vous prie ;
SEPTEMBRE. 1768 . 7
J'aurois encor la fantaiſie
D'être au nombre de vos amans ;
Je céde ces honneurs charmans
Aux doyens de l'Académie ;
Mais , quand j'aurai quatre vingts ans ,
Je prétends , de ces jeunes gens
Surpaſſer la galanterie ,
S'ils me paſſent en beaux talens.
A Madame la M. du C.
Un voyageur qui ne mentit jamais ,
Pafle à Cirey , l'admire , le contemple :
Il croit d'abord que ce n'eſt qu'un palais ;
Mais il voit Emilie... Ah ! dit-il, c'eſt untemple!*
La Bourse pleine de fens. Vieux conte.
UN riche marchand d'Epernay en
Champagne nommé Renier , marié à une
honnête Dame qu'il chériſſoit affez , aimoit
toute fois une courtiſannee. Sa
femme s'appercevant qu'il portoit hors la
*Ces poëſies ſont attribuées à M. de Voltaire ,
&l'onne peut guères l'y méconnoître.
Aiv
8 MERCURE DE FRANCE.
maiſon ce qui lui appartenoit , & néanmoins
le connoiffant pour homme affez
fimple , un jour qu'il délibéroit aller à la
foire de Troyes , (lors fort eſtimée ) le
pria de lui apporter une bourſe de la valeur
d'un denier , pleine de ſens. Le tems
de la foire approchant , Renier partit de
ſa maiſon , & venu à Troyes , fait trèsgrand
profit de ſa marchandise , laquelle
il remploya en d'autres eſpéces. Puis ſe
ſouvenant de Mabille ſa maîtreſſe , il lui
va acheter une belle robe , & encore ne
voulant oublier ſa femme , il s'informa
où l'on vendoit les bourſes pleines
de ſens. Celui auquel il s'adreſſa , qui n'étoit
pas plus habile que lui , le renvoya à
un épicier ou vendeur de drogues ; & ce
lui ci , non plus ſage que l'autre, le renvoya
à un gentilhomme Eſpagnol qui ſe
promenoit ſur la place , lequel ſçut ſi bien
interroger Renier , qu'il lui confeſſa être
marié à une honnête femme qui l'avoit
prié de lui apporter une bourſe pleine de
fens , & ſa maîtreſſe une robe. L'Eſpagnol
lui remontra la faute qu'il commettoit
de s'attacher à une courtiſane
ayant épousé une ſi ſage Dame ; toutefois
s'il vouloit s'aſſurer de l'amitié
de l'une & de l'autre , enſemble connoître
celle qui lui portoit plus vraie affection ,
2
SEPTEMBRE 1768 . 9
qu'il falloit qu'il devançat ſes chariots
d'un jour ou deux , & ſe couvrant de méchans
habits , qu'il fit courir le bruit qu'il
avoit été volé ; après cela, qu'il vint voir
ſa maîtreſſe , puis ſa femme , &, felon
la réception qu'elles lui feroient , il pourroit
juger de leur amitié. Le ſage avertiſſement
de l'Eſpagnol ayant ouvert à
Renier les yeux de l'entendement , il
commanda à ſes gens de n'arriver à Epernay
qu'à certain jour qu'il leur marqua &
non plutôt. Cependant il les devance , &
avantque d'entrer dans la ville, ayant ôté
ſes vêtemens accoutumés , comme s'il fût
échappé des brigands , il vint, qu'il étoit
nuit , heurter en la maiſon de Mabille ,
laquelle lui ouvrit l'huis ; mais le voyant
en ſi pauvre état , lui demanda qui il
étoit. Renier répondit qu'il avoit tout
perdu & venoit ſe cacher chez elle , ne
voulant pas que ſes créanciers le trouvaffent.
Mabille lui dit qu'il allât donc
autre part , & nonobſtant que Renier la
fit ſouvenir des biens que jadis il lui avoit
faits ; ſur l'heure-même elle le chaſſa
hors de ſa maiſon. De- là il vint à la
ſienne , & huchant ſa femme , elle qui
entendit ſa voix deſcendit incontinent&
vint ouvrir la porte. Renier , entré &
joyeuſement reçu, ne fut pas fi tôtmonté
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
en ſa chambre que ſa femme lui demanda
la cauſe de ſondéſordre , à quoi il répondit
: ma mie , j'ai tout perdu ma marchandise
, & il y a plus , je dois plus que
je n'ai vaillant. La Dame lui dit qu'elle
avoit bien encore dix mille francs de fon
patrimoine , qu'elle lui abandonnoit volontiers
pour payer ſes dettes; qu'en attendant
il falloit qu'il prît des forces.
Puis l'ayant fait manger , ils ſe coucherent.
Le lendemain la nouvelle de Renier
fur ſçue par toute la ville ; car Mabille l'avoit
publiée , de forte que fa maiſon ſe
trouva remplie de créanciers ou cautions;
mais fur ce point , voici arrivé fon varlet
avec ſon pallefroy , érant ſuivi des chariots
qui portoient ſes marchandiſes . Lors
ayant conté , en préſence de la compagnie,
l'occaſionde ſa feinte perte , ſa femme
lui dit qu'il avoit trouvé la bourſe
qu'elle demandoit ; & Renier , aſſuré de
l'affection de ſa chere moitié , lui bailla
la robe promiſe à Mabille , ayant , par la
ſageſſe d'autrui , appris à connoître la différence
d'une vraie& feinte amitié.
SEPTEMBRE 1768. II
Traduction du commencement dupremier
livre de Lucréce.
SOURCE du bonheur des hommes & des
dieux !
Qui fécondes la terre, & les mers & les cieux ,
Par toi ſeule , ô Vénus ! tout reçoit l'exiſtence ;
L'orageux aquilon s'enfuit à ta préſence ;
La terre ſous tes pas ſe tapifle de fleurs;
Le ciel répand au loin les plus vives couleurs ,
Et le calme s'étend ſur les liquides plaines .
Sitôt que les zéphirs raniment leurs haleines ,
Les ſens pleins de res feux , les habitans des airs
Annoncent ton retour dans leurs tendres concerts;
Les troupeaux bondiſſans négligent leur pâture .
Ainſi , par tes ardeurs , tu fais que la nature
Aime à ſe reproduire au fein des voluptés .
Si tout n'eſt gouverné que par tes volontés ,
Si jamais rien , ſans toi , ne peut voir la lumiere ,
Si rien, ſans ton ſecours, ne peut prétendre à plaire,
Fais paſſer dans mes vers tes graces , tes attraits .
Je veux , à la nature arrachant ſes ſecrets ,
Eclairer , par mes chants , un héros dont la vie,
De tes plus rares dons fut toujours embellie.
Si Memmius t'eſt cher , daigne rendre aujourd'hui.
Par un charme immortel , mes vers dignes de lui.
Quela paix ſur tes pas revienne ſur la terre :
A vj
12 MERCURE DE FRANCE .
Tu peux , ſeule , arrêter les fureurs de la guerre
Souvent le Dieu cruel qui préſide aux combats ,
Enchaîné par l'amour , ſoupire dans tes bras ;
Satête , fur ton fein , ſe penche languiſſante,
Il laiſſe errer fur toi la vue impatiente ,
Et ſon ame à ton ame eſt prête de voler.
Des flammes du deſir , quand tu le vois brûler ,
Qu'en tes bras amoureux , tendrement tu le preſſes,
Que la paix ſoit le prix de tes douces careſſes.
Puis - je , en ces jours d'horreur , veiller à mes -
defſeins ,
QuandMemmius ſe doit au ſalut des Romains ?
Cher ami , dégagé de ce fardeau pénible ,
Prêtez , à mes leçons , une oreille paiſible :
Fruits de mes longs travaux , que ces profonds
écrits
Ne ſoient pas rejettés avant d'être compris.
Des mouvemens des cieux expliquant le ſyſtême ,
Je vous découvrirai ce que ſont les dieux même
Par quels refforts cachés les êtres ſont produits ,
Elevés , ſoutenus , ébranlés & détruits ;
Quels font les corps premiers , ſimples , élémentaires
,
De tous les autres corps principes néceſſaires.
Par l'Auteur de la traduction de l'Eſſai fur
l'art de traduire en vers.
SEPTEMBRE. 1768. 13
Le Papillon & la Chandelle. Fable.
Un petit Papillon de chambre ,
Sans bigarrure , fans éclat ,
N'ayant jamais pompé de Flore le doux ambre,
Ni careſſé la roſe au globe délicat ;
Bref, faifant ſon unique état
De ſucer les rideaux d'une obſcure anti-chambre,
Se diſoit fils du dieu qui raſfemble en Septembre
Le feude ſes raïons pour meurir le mufcat :
Pleinde ſa brillante origine ,
Unfoir , en la chantant , il quitte ſon réduit ,
Découpe l'air & vole à la cuiſine;
Frappé de la clarté d'un faux aftre qui luit
Il approche , il s'écrie : ô ſoleil ! ô mon pere ! ...
>>Petit inſecte à la tête légere
(Dit le coton filamblant ) >> calme tes ſens émus;
→Mon éclat t'a ſéduit , je ne ſuis point Phoebus.
Eh! bien , vous êtes donc ma mere ?
Il dit , s'élance & l'inſecte n'eſt plus.
Deux vices trop communs , amour-propre , igno
rance
Ont moiſſonné, fur-tout en France ,
Biende petits talens &de foibles vertus.
PAPELART DUPRESSOIR.
14 MERCURE DE FRANCE.
Epitaphe de mon Coq.
Dans ANS le filence ici gift mon vieux coq ,
En ſon vivant , héros dans ſon eſpéce ;
De ſa floriflante jeuneſſe
Il ſignala la gloire & de taille & d'eſtoc ;
De ſes belles alors il avoit la tendreſſe :
Chacune briguoit ſa faveur ,
Dans fon nombreux férail ce nouveau grand
ſeigneur
Recevoit conftament careſſe pour carefle ;
Mais dès que la froide vieilleſſe
Vintdéplumer fon corps aride & ſans vigueur ,
De chacune qui le délaiſſe ,
Bientôt il vit tomber l'ardeur ;
Plus de ces coups de bec dont la feinte rigueur
Etoit de leurs deſirs une amoureuſe adreſſe ;
Il devint un objet de dégoût , de triſteſſe ;
Le chagrin & l'ennui dépêcherent ſa mort
Qu'annoncerent les chants des joyeuſes poulettes;
Vieux époux de jeunes coquettes ,
Voilà quel ſera votre forr .
DE SAULX.
SEPTEMBRE. 1768. Is
Le Danger des Epreuves. Conte.
CHACUN de nous a ſa chimère. Celle
de Verneuil étoit de ne croire qu'aux vertus
champêtres , àla fidélité paſtorale , à
ce bonheur tant de fois décrit , tant de
fois vanté ; mais qui n'exiſte que dans
l'églogue ou dans quelques romans. Tout
contribuoit àſéduire Verneuil. Il étoit encore
dans cet âge où l'imagination s'exhalte
, où le coeur & l'eſprit exagerent ,
où l'on voit mieux ce qui n'eſt pas que
ce qui eſt , où l'on s'étaye plus volontiers
des ſentimens d'autrui que des ſiens propres.
Il aimoit , ou du moins , il croyoit
aimer la jeune Sophie , & Sophie , née à
la campagne , élevée avec toute la amplicité
de l'âge d'or , ne trouvoit point
mauvais qu'on l'aimât : elle écoutoit Verneuil
& lui répondoit. En peu de tems ,
ilne leur reſta preſque aucune confidence
à ſe faire. Voilà , diſoit Verneuil , la nature
toute ſimple ; mais l'amour est d'accord
avec elle. Ailleurs , on voit des femmesqui
accordent tout à l'une , ſans attendre
qu'elles en ſoient preſſées par l'autre.
C'étoit , fur- tout , des femmes de Paris
queVerneuil prétendoit parler , & il en
16 MERCURE DE FRANCE.
parloit d'après certain roman ſatirique.
Îl ſe félicitoit de ce que ſa chere Sophie
ne reſpiroit point l'air empoisonné de la
capitale , & encore plus de ce qu'elle refpiroit
l'air du Valais même : car , felon
lui , on n'aimoit bien que dans cette contrée
, & il proteſtoit que rien ne pourroit
le ſéduire ailleurs .
Qu'il eſt doux de parler d'amour au
pied de ces formidables montagnes ! difoit
Verneuil. Que la nature eſt majeftueuſe
dans ſa ruſticité ! Peut- être ma Sophie
, elle même , paroîtroit-elle un peu
ruſtique à des yeux prévenus. Elle n'offre
aux miens que des graces naïves & touchantes
: de la beauté ſans preſtige , des
roſes qui font des roſes , des lys qui font
des lys. Une taille comme devoient l'a
voir les nymphes de Diane; une démarche
comme elles l'avoient ; beaucoup de
choſes qu'elles n'avoient pas. En un mot,
elle réunit tout& croit ne rien poſſeder.
La ſituation de ces deux amans ne pouvoit
être plus favorable. Ils s'aimoient ,
ils ſe parloient tous les jours , ils habitoient
le même château . C'étoit celui
d'une vieille tante , qui voyoit en eux fes
ſeuls héritiers , & qui brûloit de les unir
au plutôt; non parce qu'ils s'aimoient ,
non parce qu'ils ſembloient nés l'un pour
SEPTEMBRE. 1768. 17
l'autre ; mais parce qu'au moyen de cette
union , ſes biens , après ſa mort , ne ſeroient
point diviſés. Voilà le ſeul motif
qui la déterminoit à favorifer le penchant
du jeune couple ; & le jeune couple ,
content duréſultat , s'inquiétoit peu du
motif.
Unincident vint embarraſſer & la tante
& les neveux. On venoit de porter au
conſeil une affaire des plus intéreſſantes
pour la baronne. Il s'agiſfoit de voir augmenter
ou diminuer beaucoup ſa fortune.
Elle jugea ſa préſence& ſes follicitations
néceſſaires. Il faut , mes enfans , dit- elle
à Verneuil & à Sophie , il faut nous rendre
au plutôt à Paris.... A Paris ! s'écria
Verneuil d'un air agité ; ſans doute , reprit
la baronne : qu'est- ce donc que Paris
adefi effrayant pour votre âge ? Il n'eſt
pas ici queſtion de moi repliqua Verneuil
; mais Sophie...-Hé bien croyezvous
que Sophie ne ſoit pas elle-même
charmée de voir la cour & la capitale ?
-Quoi ! vous voulez qu'elle aille refpirer
cet air contagieux , cet air empoifonné
?-Préventions que tout cela. L'air
de Paris n'eſt pas plus dangereux qu'un
autre. Je m'en ſuis très bien trouvée autrefois
. -Ah ! vous ne m'entendez point!
-Je doute que vous vous entendiez
و
4
18 MERCURE DE FRANCE.
<
vous-même.-Sophie vous dira...-Sophie
ne me dira rien. Vous voyez que
fon filence parle pour elle. Une jeune fille
n'a pas d'autre maniere d'approuver. Mais
briſons là- deſfus. Je vais tout diſpoſer
pour notre départ.
Elle fortit, & Verneuil reſta ſeul avec
Sophie , que ce prochain départ ne paroiſfoit
pas inquiéter. Je vois , lui dit Verneuil
, que votre ſilence étoit en effet une
approbation réelle. On ne m'a pas même
confultée , répondit Sophie. Ah ! reprit
Verneuil , la baronne pouvoitbien compter
ſur votre ſuffrage ! -En avoit - elle
beſoin ? -Ne pouviez-vous pas témoigner
quelque répugnance ?-Pourquoi témoigner
ce qu'on n'éprouve pas ? -C'eſt àdire
que Paris a de quoi vous plaire ?-Je
n'en ſçaisrien. Je vous en inſtruirai mieux
dans quelque tems .
Ces difcours , ou d'autres à-peu près
ſemblables , ſe répéterent durant tout le
voyage. La vieille baronne y faifoit peu
d'attention , & ne parloit que des refforts
qu'elle alloit employer pour accélérer fon
retour. Ah ! diſoit - elle , ſi mon vieux
duc exiſte encore je puis bien compter
fur lui ; car , autrefois , nous avons toujours
compté l'un fur l'autre .
Hélas ! oni , diſoit Verneuil , nous al
SEPTEMBRE. 1768. 19
lons dans un pays peuplé de protecteurs .
Auſſi- tôt que Sophie va paroître , chacun
d'eux voudra être le ſien. Tant mieux ,
diſoit la baronne. Tantpis,reprenoit Verneuil.
Qu'est- ce que cela fait ? Ajoutoit
naïvement Sophie... Oh! rien du tour ,
interrompit Verneuil avec impatience .
Vous verrez qu'un homme de cour protége
une jolie perſonne uniquement' par
généroſité. Cela me ſemble tout naturel ,
diſoit encore Sophie. Voilà une ingénuité
délicieuſe , reprenoit Verneuil ; mais
elle n'eſt de ſaiſon qu'au pied des montagnesduValais.
On arrive. Il étoit encore grand jour.
La baronne trouvoit Paris bien changé
depuis quarante ans. Quelques maiſons
à la grecque lui parurent fort biſarres.
Elle regretoit fon cher gothique. Bon
Dieu , quelles fenêtres ! diſoit-elle : une
ſeule ſuffiroit pour éclairer tout mon
château.
Sophie n'en croyoit point la baronne.
Le goût grec étoit fort de ſon goût. Elle
promenoit avec avidité ſes regards fur
tout ce qui l'environnoit , & trouvoit fort
beaux des palais qui ne reſſembloient
point au château de ſa tante. Pour Verneuil
il n'étoit étonné de rien , excepté de
l'attention & de l'étonnement de Sophie.
20 MERCURE DE FRANCE.
Nos voyageurs furent deſcendre à l'hôtel
de la comteſſe de.... leur parente.
Ils y étoient attendus , & y trouverent
nombreuſe compagnie ; autre ſujet d'inquiétude
pour Verneuil. Son air , un peu
déconcerté , donna lieu à quelques plaifanteries
dites à l'oreille . Les femmes
trouverent , cependant , qu'il méritoit
d'être formé , & quelques-unes d'entreelles
en euſſent volontiers pris la peine.
Tous les hommes ſe ſentoient le même
zèle pour Sophie , & ne doutoient pas
qu'elle ne fit honneur à leurs foins. On
trouvoit dans ſes réponſes les plus naïves ,
un agrément que l'ingénuité ſeule ne peut
jamaisdonner.
Quelques jours s'écoulerent fans que
Verneuil parut ſe réconcilier avec la ſuperbe
ville qu'il habitoit. Il vit , cependant
, avec joie que Sophie étoit toujours
la même. Ses yeux , il eſt vrai , ſembloient
s'occuper de tout , mais fon coeur ne s'occupoit
que de lui.
Voilà , diſoit la comteſſe leur parente ,
au marquis de Séricourt , voilà deux enfans
bien faits pour s'épouſer en province.
Ils ſe ſuffiront à eux-mêmes ; choſe trèsnéceſſaire
quand on ne peut avoir mieux.
Celui à qui elle parloit ainſi n'étoit
pas d'humeur à la déſavouer. Il regardoit
SEPTEMBRE. 1768 . 21
le monde comme un parterre immenfe
où l'on ne doit entrer que pour cueillir
des fleurs , & l'amour comme un jeu où
l'on doit gagner & perdre gaïement.
C'étoit fur ce ton qu'il rendoit depuis
quelque tems des ſoins à la conteſſe. Il
eût rougi d'être ſubjugué par une femme.
Il n'ambitionnoit pas non plus la gloire
d'aſſervir ſon coeur. Il croyoit peu à ce
genre de triomphe , & le beſoin que luimême
avoit de changer lui rendoit en elle
ce beſoin fort excuſable.
Cette maniere d'aimer convenoit fort
àla comteſſe, jeune veuve de vingt deux
ans ; belle autant qu'elle vouloit le paroître
; ayant tout l'eſprit qu'elle vouloit
avoir : enjouée par humeur , étourdie par
ſyſtême , coquette par uſage. Elle traitoit
l'amour , comme tout le reſte , légerement.
Son goût ſe bornoit à de ſimples
préférences. Elle n'avoit pas toujours intention
de changer ; mais elle changeoit
ſans intention. L'amour , enfin , n'étoit
pour elle qu'une affaire de mode , & un
amant une parure de fantaiſie qui devoit
faire place à quelque autre.
Ce couple brillant trouvoit fort comique
l'amour ſérieux de nos jeunes Valaifains.
Il ne vient une idée que vous approuverez
, diſoit la comteſſe au marquis.
22 MERCURE DE FRANCE.
Voilà deux pauvres victimes qu'il faudroit
ſouſtraire au ſacrifice . Ces gens - là
s'aiment à faire compaffion. Reuniffonsnous
pour leur apprendre à s'aimer moins ,
&beaucoup mieux.
Voilà un projet délicieux , impayable !
s'écria le marquis . La gloire de l'invention
vous appartient , mais j'aurai celle
de vous bien ſeconder . Chargez - vous de
Verneuil : je me charge de Sophie. Nous
aurons beaucoup à faire l'un & l'autre ;
mais ce travail eſt amusant , & c'eſt tout
que de ſçavoir s'amufer.
Cependant , marquis , ajouta la comteſſe
, vous entendez qu'une Valaiſaine ,
ſans expérience , exige plus d'égards que
n'en eût le cynique Saint - Preux pour ſa
Julie. Oh ! Madame , reprit- il , je ne ſuis
point cynique. Sophie ſera reſpectée
comme elle doit l'être. Mais , pourſuivitil
, en riant , j'ai auſſi mon fcrupule .....
Eh ! quel eſt- il , Monfieur ? interrompit
la comteſſe. -Madame , cela ſe devine.
Saint-Preux nous annonce que les Valaiſains
font expéditifs. Raſſurez vous , reprit-
elle d'un air auſſi peu ſérieux , nous
n'avons pas ici de chalet.
Les épreuves ne tarderent pas à commencer.
Le marquis n'échappoit aucune
* Cabane retirée dans les montagnes , où l'on
faitdesfromages,
SEPTEMBRE. 1768. 23
occaſion d'entretenir Sophie , & lui parloit
toujours ſur le ton qui lui étoit propre.
Elle lui répondoit avec la franchiſe
qui formoit ſon caractere. Il s'amuſoit
S de ſon ingénuité . Elle ſe divertiſſoit de
ſes ſaillies. Mais , lui diſoit- il un jour ,
vous aimez Verneuil ? Cela eſt vrai , répondit-
elle. -Et il le ſçait ? -Il la ſçu
dès les premiers jours. -Tant pis !
Qu'est- ce que cela fait ? -Beaucoup de
mal. Je ſuis fûr qu'il vous en aime un
peu moins. -Je ne m'en ſuis pas apperçue.
-Tant mieux ! Vous euſſiez redoublé
d'empreſſement , marqué de l'inquiétude
, & voilà comme on perd ſes avantages.
Tout cela , reprit Sophie , me paroît
bien étrange.-Oh ! je vous l'expliquerai
à loiſir , & la leçon vous ſera utile,
-Je veux bien la recevoir, ſi elle doit me
faire encore plus aimer de Verneuil.
Celui - ci avoit , de ſon côté , de fréquens
entretiens avec la comteſſe. Il s'y
plaifoit , parce qu'il étoit difficile de ne
pas s'y plaire. Ses converſations avec Sophie
devenoient plus rares ſans qu'il s'en
apperçut , & Sophie , diſtraite par les
propos enjoués de Séricourt , oublioit de
l'en faire appercevoir.
La comteſſe avoit une maiſon de campagne
àdeux lieues de Paris. La préſence
de la vieille baronne l'autoriſoit à y rece
24 MERCURE DE FRANCE .
voir Séricourt & Verneuil. Le départ ne
fut différé que juſqu'au retour d'un voyage
que celui -ci , la baronne & fa niéce
firent à la cour. On partit le jour même
de leur arrivée .
Là regnoit encore beaucoup plus de
liberté que dans Paris ; ce qui favorifoit
le deſſein que la comteſſe avoit formé .
Elle & Séricourt en faifoient une affaire
importante. Verneuil , ſans le ſçavoir ,
s'y prêtoit de lui-même. Il ne démêloit
plus riendans ſes propres idées. Il contrarioit
Sophie preſque toujours mal-àpropos
, & regrettoit ſouvent qu'elle n'eût
pas tort.
Eh bien ! Verneuil , lui diſoit la comteſſe
, que ſignifie cet air fombre & rêveur
? Vous êtes revenu de la cour auffi
morne qu'un folliciteur de graces qui n'a
pas eu d'audience.-Je n'avois pourtant
nulle grace à demander , & j'ai obtenu
plus d'audiences que je n'en demandois.
-La baronne me paroît bien enchantée
de ſon vieux duc. -Il m'a paru encore
plus enchanté de Sophie.-Est- ce là
ce qui vous inquiéte ? -Madame,tout
inquiéte quand on aime. -Quoi ? lui !
un vieillard ? -Ce vieillard eſt duc &
non moins chargé d'honneurs que d'années
. -Tout cela n'eſt rien aux yeux
d'une
SEPTEMBRE. 1768. 25
1
d'une perſonne de dix- sept ans. -Mais ,
Madame , ce vieillard a un fils encore
jeune& qui ne me paroît pas moins officieux
que ſon pere. -Oh ! quant au fils
ce pourroit être quelque choſe. -Et vous
voulez que je fois tranquille ? Je veux
que vous ſoyez raiſonnable. Je veux que
l'amour ſoit pour vous une douceur &
non pas un fupplice. Par exemple , nous
nous aimons le marquis & moi. -Vous
vous aimez ?-Sans doute. Quoi vous ne
le ſçavez pas ? Vous êtes donc le ſeul qui
l'ignoriez ? -Madame , j'avoue que je
l'ignore. -Mais ce n'eſt plus un myſtere .
A quoi bon en faire un d'une choſe qui
doit devenir authentique ?-Je croyois le
myſtere une des principales douceurs de
l'amour.-Préjugé que tout cela. On ne
doit cacher que la haine. C'eſt un autre
point que j'ignorois. Juſqu'à préſent
j'ai manifeſté la haine & caché l'amour.
-Voilà le fruit de la province , & furtout
d'une province telle que la vôtre.
Mon cher Verneuil , il y a beaucoup à
rectifier en vous . Je me charge de vous
rendre tel que vous devez être ; mais il
faut de la docilité. -Madame , l'offre eſt
trop flatteuſe. Il ſeroit difficile de n'en
pas ſentir le prix. -Voilà qui promet.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Au-reſte , pourſuivit - elle , en ſouriant
avec grace , je vous déclare que mes ſoins
feront abfoluiment déſintéreſſés . Votre
fidélité n'en doit prendre aucun ombrage.
-Madame , je ne ſuis point préſomptueux.
-Je vous ai déja déclaré que j'aimois
le marquis. Il le ſçait , il eſt ſans
inquiétude ſur mon compte ; je n'en ai
aucune fur le ſien. -Vous avez bien de
quoi vous raffurer , Madame. Avec de
pareils attraits on ne craint aucune rivale....
Ah ! bon Dieu , interrompit la
comteffe , vous me faites ſouvenir queje
dois faire horreur. Je ſuis dans tout le négligé
d'une matróne. -Madame
voyez d'ici une fontaine qui vous prouvera
que ce négligé a bien des graces .
-Poinnttdu tour. Voyez plutôt , dit- elle
en tirant de ſa poche un petit miroir
voyez ſi des yeux peuvent paroître ſous
cet embeguinage ? -Oui , Madame , ils
paroiſſent à merveille. -Ils n'ont aucun
jeu, vous dis-je ( & tandis qu'elle parloit
ainſi , ils jouoient beaucoup ) . Il me
ſemble auſſi que j'ai le teint morne. --Ah !
Madame , ce ſont toutes les roſes & tous
les lys du printems . -Cela ſe dit en
poëfie ; mais les poëtes ſont des flatteurs .
Je ferai très bien d'aller trouver mes fem-
د
vous
و
SEPTEMBRE. 1768 . 27
mes qui s'impatientent , & qui répareront
un peu ce que ma figure a de mauf-
Jade aujourd'hui.
Verneuil proteſta de nouveau qu'il n'y
avoit rien à réparer ; que l'art devenoit
inutile quand la nature avoit tout prévu .
Et moi , dit la comteſſe , je veux vousréconcilier
avec lui. Venez juger de ſes
opérations ; elles vous paroîtront moins
déplacées.
Verneuil l'accompagna ; mais il lui
répugnoit d'aſſiſter à une toilette ſi compliquée.
Ah ! Madame , s'écria-t- il , combien
vous allez perdre en vous cachant
ſous des traits d'emprunt ! Vous verrez ,
lui dit- elle , que je n'y perdrai rien. Mes
cheveux font dans un défordre effroyable
: commençons par les rétablir. Ellemême
en détache les longues treſſes . Elles
tomberent fur ſes épaules & arteignirent
juſqu'à terre. C'étoient des cheveux d'un
blond cendré. Verneuil admiroit & leur
belle couleur& leur quantité prodigieufe .
Il oſa y porter une main timide , & bientôt
il y porta l'autre. Les deux fuffifoient
à peine pour les contenir. Comment donc,
reprit la comte vous êtes prompt à
vérifier les choſes mais ce qui reſte à
faire eſt au- deſſus de votre expérience.
Laiſſez agir mes femmes.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
Verneuil reſta fort étonné &de la hardieſſe
qu'il venoit d'avoir , & de la ſenſation
qu'il avoit éprouvée en touchant ces
beaux cheveux . Hé bien , ajouta la comreſſe
, quel genre de coëffure adopteraije
? la Romaine, la Sultane ou la Grecque?
Je crains fort que vous ne m'indiquiez la
Gertrude. -Moi , Madame ? Je ne prefcris
rien , & j'avoue même que j'ignorois
juſqu'à l'existence de ces noms. --C'eſt
ce qu'il ne faut point ignorer. Cette va
riété produit une illuſion qui tourne entierement
au profit des curieux. Ils peuvent
croire avoir parlé en un même jour
& dans un même lieu à des femmes de
différens ſiécles &de différens pays. Mais
je m'apperçois que je vais devenir Sutzane.
Il faudra , pour aujourd'hui , vous
confoler de cette mépriſe.
Verneuil trouva que cette mépriſe n'a
voit rien d'affligeant , & que puiſque les
femmes vouloient ſe coëffer , une coëffure
à la Sultane pouvoir en valoir une
autre. Je crois pourtant , diſoit - il , que
des fleurs toutes ſimples vaudroient bien
cette riche aigrette & ces aiguilles de diamans
. Point du tout , Monfieur , les
leurs ſe terniffent en un inſtant , & ces
diamans feront toujours les mêmes .-Ce
pendant , Madame , il ne faut point trop
SEPTEMBRE. 1768. 20
s'éloignerde la nature .-Hé ! bien , n'eſtce
pas la nature qui produit les diamans
comme les fleurs ? -C'étoit pourtant
avec des fleurs que d'Urfé paroît fon Aftrée.
C'eſt que les bords du Lignon ne
produiſent ni diamans , ni perles. Mon
pauvre Verneuil ,, vous êtes bien romaneſque
dans vos opinions. C'eſt vous qu'il
faut exhorter à mieux connoître la nature.
En même tems , la comteſſe demanda
ſon rouge. Ah ! Madame , s'écria Verneuil
, ſouvenez- vous que Roxelane ignoroit
l'uſage du carmin. -Elle avoit tort,
Monfieur- Voyez ſi cette légere teinte ne
produit pas un effet merveilleux ? Verneuil
fut étonné du brillant que les yeux
de la comteſſe venoient d'acquérir. Au
moins , ajouta-t- il , point de mouches.
Pourquoi des taches dans le Soleil ? Ces
raches , reprit la comteſſe , ont leur mérite.
Je prétends que vous m'appliquiez
vous-même cette afſaffine.-Madame , je
ferai maladroit. -Il faut ceſſer de l'être
Monfieur. Voyons comment vous vous y
prendrez . Il s'y prit mal. On l'aida à ſe
rectifier . La main de la comteſſe conduifit
la fienne , & cette main lui trembloit
lorſqu'il la retira. Il lui parut auſſi que
Paſſaffine jouoit aſſez bien ſon rôle.
J
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
Allons voir la baronne & Sophie , dit
la comteſſe enpréſentant la main à Verneuil.
Il la ſaiſit avec empreſſement. Je
gage , lui dit- elle , que le marquis préſide
, en ce moment , à la toilette de Sophie.
En tout cas , lui dit Verneuil , la
ſéance n'aura pas été longue. Sophie conſerve
ici toute la ſimplicité de nos uſages
champêtres. Mais , poursuivit- il , après
un moment de réflexion , il me ſemble ,
Madame , que nous avons pris le change.
C'étoit à la vôtre qu'il devoit préſider.
Je n'en vois pas bien la raifon , reprit-
elle. En un mot , repliqua Verneuil,
vous vous aimez ?-Sans contredit;mais
eft ce qu'on s'obſéde quand on s'aime ?
-J'imagine qu'on ne sçauroit ſe voir
trop ſouvent , & que l'inſtant de la toilette
n'eſt pas un inſtant à négliger.
-Voilà encore une de vos préventions
champêtres. Vous ne ſoupçonnez rien
au-deſſus du plaifir d'ajuſter vous- même
les cheveux de votre bergere. Elle n'y
placeroit pas un fouci , pas une marguerite
ſans vous conſulter. C'est toujours
votre goût qui la décide. Moi , je ne me
décide que d'après le mien. Je ménage
au marquis une ſurpriſe toujours agréable
; je parois toujours nouvelle à ſes
yeux : votre Sophie n'eſt jamais que la
SEPTEMBRE. 1768. 31
même aux vôtres. Mais , enfin , elle y
paroît comme je l'ai voulu. -C'eſt encore
ce qu'il faut éviter. Vous la ſçavez
toujours par coeur. Nulle fantaiſie qui
vous réveille , nul défordre qui vous pique.
Vous arrangez tout pour le mieux ,
&cemieux eſt ſouvent mauſſade. C'eſtà-
dire , Madame , que le goût du marquis
n'influe en rien , à cet égard , fur le
vôtre ?-Pardonnez moi. Il ne me prefcrit
rien ; mais j'ai pour bat de lui plaire,
& c'eſt pour lui que vous avez travaillé.
Ces derniers mots piquerent ſenſiblement
Verneuil. Il fut étonné de l'impreffion
qu'ils lui faisoient. Quoi! difoit- il ,
cette mouche que j'ai placée moi-même
n'eſt là que pour agacer le marquis ? J'avois
eû d'abord une autre idée , & il eſt
toujours fâcheux de ſe méprendre .
On approchoit du pavillon qu'occupoient
la baronne & Sophie . Le marquis
en fortoit. Hé ! bien , lui dit la comteſſe,
avez-vous déterminé Sophie à déroger au
coſtume du Valais ? Nous y avons , ditil
, fait quelques changemens. Il ne faut
attaquer certains uſages qu'avec circonfpection.
Mais vous , Madame , pourfuivit-
il , vous voilà comme un ange. Verneuil
at il contribué à ce chef-d'oeuvre ?
-Oui . C'eſt lui qui m'a appliqué cette
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
affaffine. Est - elle placée à votre goût.
-Comme fi je l'euſſe placée moi-même .
lui dois de la reconnoiſſance. Et moi
auſſi , ajouta la comteffe , puiſque le fuccès
répond ſi bien à mes vues.
En vérité , diſoit Verneuil à part , je
crois que ces gens- là s'aiment. Cela ſeroit
fingulier , & le rôle que l'on me fair
jouer ici ne l'eſt pas moins. Cette réflexion
l'affligeoit ſans qu'il en pût bien
approfondir la raiſon.
Sophie & la baronne parurent. Verneuil
trouva , en effet , dans l'ajuſtement
de Sophie plus d'élégance & d'aprêt qu'à
l'ordinaire . Dans tout autre tems il en
eût murmuré ; mais lui - même étoit un
peu confus de ce qui ſe paſſoit dans fon
ame. Il ne parloit à Sophie qu'en héſitant.
La comteſſe le remarqua & s'en applaudit.
Elle s'étoit bien apperçue que ſes
rets n'avoient pas été tendus à faux , &
que le tourtereau fidèle n'en ſortiroit pas
fans ſe débattre .
La baronne s'amuſoit à critiquer l'élégance
du jardin , qui ne reſſembloit pas à
fon potager. Le marquis cherchoit à reprendre
la fuite des inſtructions qu'il
avoit déjà données à Sophie. Eh ! laiſſez
en paix ces enfans , lui dit la comteſſe : à
peineſe ſont- ils encore parlé aujourd'hui .
SEPTEMBRE. 1768 . 33
N'avons nous rien à nous dire ? Pardonnez-
moi , Madame , reprit- il. Auprès de
vous je ſuis toujours en fonds de ſentimens
& d'idées. Ils s'aiment , diſoit encore
tout bas Verneuil , ou du moins le
marquis eſt aimé. J'avoue que juſqu'à préſent
je ne l'aurois pas crû .
Il ne parloit pas à Sophie , c'étoit Sophie
qui lui parloit , & il ne lui répondoit
que pour la contredire. Mais , lui
dit-elle , nous étions toujours d'accord
autrefois . -C'eſt qu'autrefois nous n'avions
qu'une même façon de voir & de
penfer. -Pourquoi ne l'aurions nous
plus ? -C'eſt que les objets qui nous environnent
influent toujours beaucoup fur
elle. Par exemple , cette parure vous eût
ſemblé exceſſive au pied de nos montagnes
: ici , vous la trouvez peut- être encore
trop fimple. -Qu'eſt ce que fait la
parure aux fentimens ? Ne peut on pas
aimer ſous les perles comme ſous les
fleurs ? La comteſſe ne ſe pare-t- elle pas
pour plaire au marquis ? Cela eſt vrai ,
reprit Verneuil en rougiſlant un peu ;
mais avouez que ce n'étoit point pour me
plaire que vous vous pariez ? Non ; mais,
en me parant , j'ai craint de vous déplaire.
,
L'air froid & conſterné de Verneuil
Bv
34 MERCURE DE FRANCE.
n'échappa point à la comteſſe. Elle en pé.
nétra facilement la vraie cauſe ; & cette
cauſe la flattoit plus qu'elle ne l'avoit
prévu d'abord. Il eſt peu de femmes à
qui ce genre de triomphe ſoit indifférent ;
même lorſqu'elles ont le mieux réfolu de
refter indifférentes .
Le dîner rendit la converſation plus
générale. On parloit beaucoup alors d'un
nouvel opéra qui n'étoit point calqué ſur
les anciens. C'eſt Silvie. Il faut , dit la
comteffe , que Verneuil vienney prendre
des idées plus juſtes &plus vraies de no
tre muſique. On en juge dans le Valais
aufli peu favorablement que de nos Pariſiennes
: je prétends le guérir de ce double
préjugé. La moitié de cette befogne
eſt déjà faite , Madame , reprit Verneuil;
mais je doute que l'autre vous ſoit auffi
facile.
Dès la premiere ſcène du prologue ,
Verneuil parut un peu étonné. Avouez ,
lui dit la comteſſe , que cette muſique eſt
pittoreſque & pleine d'énergie ? Avouez
que ces prétendus chiffons , dont ſe moque
affez trivialement votre oracle du
Valais , opérent une agréable illufion ?
Verneuil n'avoua rien ; mais il écoutoit &
regardoit fort attentivement.
Labaronne trouvoit àredire que Diane
SEPTEMBRE. 1768 . 35
& Silvie euflent oublié leurs vaſtes paniers
, leurs plumets en pyramides , leurs
hauts talons & leurs gants. Sophie approuvoit
tout , excepté la morale auſtere
de Diane. Elle trouvoit le fond de ſes
diſcours trop dur, quoique les vers qu'elle
débitoit lui paruſſent très-doux. Elle s'intéreſſoit
vivement au fort d'Amintas &
de Silvie , & approuva fort que le tonnerre
de la fin les eût épargnés. Que vous
ſemble de ce dénouement , lui demanda
le marquis ? J'en ſuis bien contente , répondit-
elle. Je regrette ſeulement que
cette farouche Diane ne ſoit pas encore
plus humiliée. Conſolez- vous , reprit le
marquis. Endimion n'eſt pas loin ; il va
bientôt lui faire changerde langage .
On voit que Sophie foutenoit la naiveté
de fon caractere , & il ne lui en coûtoit
rien pour la foutenir. On ſe niontra ,
ſelon l'uſage , dans la grande allée des
Tuileries au fortir du ſpectacle. Verneuil
admiroit , malgré lui , l'immenfe
variété de ce tableau. Je ne ſçais pas ,
diſoit- il , où notre ſage avoit les yeux
lorſqu'il n'a vû que de la laideur chez les
Françoiſes . Afſurément il n'avoit pas vu
la comteſſe que je vois ſi bien , nila majeſtueuſe
de B.... , ni la piquante d'E ... ,
ni l'intéreſſante de C... , ni la belle de
1
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE .
L... , ni tant d'autres qui ne font point
ici ; mais qui ſe font bien remarquer partout
où elles daignent ſe laiſſer voir.
Il lui ſembla que Sophie étoit un peu
trop éclipſée par la foule brillante qui
l'environnoit , & que le marquis auroit
pu reſpecter beaucoup moins le coſtume
du Valais . Le marquis faifoit à l'inſtant
même une réflexion toute oppoſée. Il
trouvoit dans l'air & l'extérieur négligés
de Sophie un attrait que l'ingénuité de
ſes difcours augmentoit encore. De fon
côté , Sophie regardoit tout , ſans intention
décidée ; mais, de tous les élégans
qui l'avoient lorgnée à l'opéra & qui croifoient
ſa marche aux Tuileries , le marquis
lui parut le mieux fait& le plus intéreſlant.
Devinez, belle Sophie , lui difoit- il >
de quoi s'entretiennent toutes ces perſonnes
qui vous regardent ? Je penfe , répondit-
elle , que tout ce qu'on dit m'eſt
fort étranger. -Pardonnez- moi . Les
femmes trouvent qu'il manque quelque
choſe à la forme de votre parure , & les
hommes , qu'il ne manque rien aux charmes
de votre perſonne. Les femmes , reprit-
elle , peuvent avoir raiſon ; mais les
hommes font trop indulgens.-Les hommes
vous rendent justice , & je ſuis le
SEPTEMBRE 1768 . 37
garant de tout ce qu'ils pourront dire de
mieux. C'eſt beaucoup hafarder . Je
ſens mieux que jamais tout ce qui me
manque . -Ah ! gardez - vous bien de
vouloir trop acquérir.-J'en ſuis encore
bien loin. Par exemple , cette franchiſe
que vous m'avez reprochée ... -J'avois
tort. Elle est délicieuſe. -On dit , pourtant,
qu'elle n'est pas du bel uſage. --Vous
ferez regretter qu'elle n'en ſoit pas.-Je
n'ai jamais dit que ce que je penſois.
--Verneuil doit bien aimer à vous entendre
; car vous ne lui diſſimulez rien .
-Pourquoi lui taire ce qui paroît lui
faire plaifir ? Je vous l'ai déjà dit , les
femmes ſe conduiſent ici tout autrement.
Preſque toujours le ſentiment qu'elles
affichent le plus , eſt celui qu'elles éprouvent
le moins. Elles ſe plaiſent à nourrir
chez nous la crainte autant que l'eſpérance.
Elles ſe perfuadent qu'on les aimera
beaucoup mieux quand on appréhendera
de n'être pas aimé. C'eſt ce
qu'elles regardent comme un des plus
grands ſecrets de l'art . -Eſt- ce que l'amour
en eſt un ?-Elles ſont parvenues
àle rendre tel . Il a ſes reſſorts, ſes moyens,
ſes fineſſes. Il devient ſouvent un travail,
une étude , une complication de ſoins
fatigans , au lieu d'être un adouciffe
38 MERCURE DE FRANCE.
ment aux autres ſoins que l'ambition ou
certains uſages nous impoſent. -Il me
femble que voilà bien du tems perdu ,
ajouta naïvement Sophie. Je vous parle
ſeulement , reprit Séricourt , des femmes
qui font de l'amour une affaire ſérieuſe.
La plupart le traitent comme un enfant
qu'il faut accueillir tant qu'il amuſe , &
renvoyer quand il ennuye. Il me ſemble
aufli , ajoure encore Sophie , qu'un enfant
ne doit jamais ennuyer .
Le marquis s'apperçut , un peu tard ,
qu'il débitoit une morale toute oppoſée
à ſon premier plan , & qu'au lieu d'indiquer
à Sophie des modèles à ſuivre , il
faifoit lui même la critique de ces modèles.
Son coeur le menoit plus loin que ſa
volonté , & il étoit bien ſurpris d'être
mené par ſon coeur. Je vois , diſoit- il ,
que je remplirai ma miffion , & que c'eſt
l'écoliere qui va rectifier le maître .
On retourna à la campagne. Les jours
fuivans donnerent lieu à de nouveaux
entretiens , & chaque entretien ajoutoit
à l'embarras de nos quatre perſonnages.
La comteſſe ne ſoutenoit plus que difficilement
le ton qu'elle avoit pris avec
Verneuil. Elle lui parloit moins fouvent
du marquis & plus ſouvent de lui-même.
Elle voyoit , avec plaiſir , qu'il lui parloit
SEPTEMBRE 1768 . 39
ال
plus rarement de Sophie : elle trouvoit ,
enfin , dans les progrès de ſon entrepriſe
une ſatisfaction qui ſurpaſſoit de beaucoup
le ſimple amuſement.
Verneuil, ſans ſe croire inconſtant , le
devenoit de jour en jour. Sophie , en
croyant toujours aimer Verneuil , trouvoit
le marquis des plus aimables. Celuici
trouvoit que le naturel de Sophie valoit
bien le brillant de la comteffe . Tous
quatre avoient cru pouvoir s'en tenir à
un ſimple amusement de l'eſprit ; mais
le coeur ne rallentiſſoit point ſa marche.
Il arriva même que nos deux guides
s'accuſoient réciproquement de maladreſſe.
Hé bien , marquis , diſoit la comteſſe
à Séricourt , êtes-vous bien fatisfait
de vos ſoins ? Il me ſemble que votre
éléve auroit pu mieux profiter .-Et moi,
Madame , j'avoue que j'augurois mieux
de la docilité du vôtre .-On pourroit en
faire quelque choſe; mais cette Sophie
ne le perd pas de vue. -Il me ſemble ,
à moi , qu'il regarde bien ſouvent Sophie .
-En vérité , marquis , je vous croyois
plus adroit ! -En vérité , Madame , je
croyois Verneuil plus clairvoyant ! -Mais
vous avez tant ſubjugué de cruelles !
-Vous avez tant captivé d'indifférens !
-Le coeur d'une petite Valaiſaine réſiſte
40 MERCURE DE FRANCE.
roit à vos attaques ? -Celui d'un provincial
de vingt ans ne prévient pas toutes
les vôtres ?-Encore une fois , Monfieur,
je Tuis mal ſecondée. Vous n'employez ,
ſans doute , ici qu'une foible partie de
votre expérience.-Pour moi , Madame,
je ne m'en prends qu'à l'inexpérience de
Verneuil . Oh ! je m'apperçois que vous
n'avouerez rien , ajouta la comtelle; mais
le voilà qui parle à Sophie. Voyez avec
quelle attention elle l'écoute. - Remarmarquez
bien , Madame , que ce n'eſt pas
Sophie qui lui parle. Approchons - nous
un peu plus , dit la comteſſe , nous pourrons
mieux ſçavoir à quoi nous en tenir.
La charmille qui nous ſépare d'avec eux
les empêchera de nous appercevoir. Cette
ſituation eſt un peu uſée , reprit Séricourt ;
mais le motif m'en paroît entierement
neuf.
Ils s'approcherent & n'entendirent que
des propos affez indifférens . Avouez, difoit
Verneuil à Sophie , que le ſéjour de
la capitale vous plaît mieux que celui du
Valais ? Avouez , reprenoit - elle , que
vous vous êtes réconcilié avec Paris ? --Je
conviens qu'on peut s'y faire. --Je l'avoue
de même. --On ſe prévient ſouvent fur
le rapport d'autrui , & l'on a tort. Il vaut
mieux ne ſe décider que ſur ſa propre
SEPTEMBRE 1768 . 41
expérience. --Je vous l'avois bien dit....
Apropos , interrompit Verneuil , le marquis
s'entretient ſouvent avec vous. -Auſſi
ſouvent que vous vous entretenez avec la
comteffe. Il a du brillant , de l'eſprit.
-Elle a des attraits , des charmes. -Il
feroit difficile de ne pas ſe plaire avec
lui . Je me rappelle , ajouta Verneuil, que
la comteſſe doit me faire voir un tableau
du voluptueux Boucher. -Le marquis
doit me lire des vers du gentil Bernard.
Il ne faut pas , ajouta encore Verneuil ,
que ni l'un ni l'autre nous attendent.
Séricourt & la comteſſe , entendant ces
derniers mots , s'éloignerent. Cette converſation
les avoit raſſurés ſur le ſuccès
de leur entrepriſe. J'aurois été bien étonné
, lui diſoit- il , que vos charmes euffent
manqué leur coup. -Et moi encore plus
qu'on eût réſiſté à vos préceptes.
On ſe rejoignit , & à l'inſtant ſurvint
la baronne , portant fur toute ſa figure
l'empreinte de la douleur & du déſeſpoir.
On lui annonçoit par une lettre la perte
de ſon procès , comme inévitable. Que
vontdevenir ces deux enfans , diſoit elle?
J'eſpérois leur laiſſer une grande fortune,
&ils feront réduits à la médiocrité . Hélas
! peut-être même n'auront ils pas l'avantage
d'habiter mon château !
42 MERCURE DE FRANCE.
Cette nouvelle affligea ſenſiblement
Verneuil& Sophie ; mais tous deux cherchoient
à ſe déguiler à eux - mêmes le
principal motifde leur douleur. Verneuil
ſe joignit , cependant , à Séricourt & à la
comteſſe qui eſſayoient de raſſurer la baronne.
Confolez- vous , Madame , lui difoit-
il ; je ſuis jeune ; j'ai de la naiſſance;
j'aurai de l'ambition : avectous ces moyens
on parvient à corriger la fortune .
La nuit leur fournit , à tous , bien des
réflexions. Ce pauvre Verneuil ! diſoit la
comteſſe : il n'eſt point fait pour vivre
dans un état borné . Il eſt d'une naiſſance
diſtinguée , jeune , bienfait , réfléchi ; il
peut arriver à tout. Enterré au pied de ſes
montagnes , il n'arriveroit à rien. C'eſt
donc à moi de corriger , à fon égard , l'injuſtice
du fort. Mes engagemens avec le
marquis ne font pas indiſſolubles. Ou les
apparences me trompent , ou lui - même
eſt diſpoſé à faire pour Sophie ce que je
prétends faire pour Verneuil.
Les apparences ne la trompoient nullement.
Le marquis faiſoit à peu près les
mêmes réflexions , & par le même morif.
Après tout , diſoit - il , mon projet eſt
louable. C'eſt un trait de générofité , de
grandeurd'ame. Jedonne ici unbel exem
i
SEPTEMBRE. 1768 . 43
ple à la comtefle. Je fais plus ,je lui épargne
l'embarras de me le donner.
Mais elle- même prenoit ſes meſures
pour n'être pas prévenue. Dès le jour ſuivant
elle eut avec Verneuil un entretien
fur ce ſujer. Elle y employa d'abord cer
art fi familier aux femmes , cet art de dire
tout ce qu'elles veulent , en paroiffant
vouloir ne rien dire. Verneuil eut une
pénétration qui l'étonna lui même. Ildevina
tout ce qu'on lui laiſſoit à deviner ,
& entendit très-bien ce qu'on lui diſoit.
Il étoit ému , flatté , indecis. Mais pouvoit-
il renoncer à Sophie dans de pareilles
circonstances. ? L'abandonnera-t- il à
Finſtant même que la fortune l'abandonne
? Quelle infigne lâcheté ! Cette réflexion
le foutint. L'orgueil fit en lui ce
que n'eût point fait la conſtance ; & ce
n'eſt pas la premiere fois que l'orgueil
vient au ſecours de la vertu.
Il eſt vrai , Madame, diſoit- il à la comreſſe
, nous vivrons , Sophie& moi, dans
un état obfcur : mais que diroit - on de
nous ſi cette crainte ſervile &baſſe nous
forçoit à nous ſéparer ? On diroit , reprit
la comteſle , que vous cédez à la deſtinée
àqui tout céde. Que ſcavez- vous , d'ailleurs
, ſi Sophie elle - même.... Oh !
Madame , interrompit Verneuil , je ré
44 MERCURE DE FRANCE .
ponds du courage de Sophie . En tout cas,
je n'aurois plus de reproche à me faire.
Je dirai plus , l'effort que je fais en ce
moment ne me laiſſe déſormais nulle autre
épreuve à craindre. Oui , Madame ,
pourſuivit- il , en tombant à ſes genoux ,
je n'ai que trop ſenti l'extrême pouvoir
de vos charmes . Je vois que labeauté de
votre ame y répond. Jugez des combats
qu'il me faut rendre , & combien va me
coûrer la victoire !
Cet aveu appaiſa la comteſſe que les
plus ſolides raiſonnemens n'euffent pas
appaiſée. Peu fufceptible d'une grande
paſſion , elle eût craint , fur- rout , de voir
mortifier ſon amour propre , & cet amour
propre étoit fatisfait. Vous y fongerez
plus à loifir , dit- elle à Verneuil , & fi vos
idées reſtent les mêmes , regardez ce qui
s'eſt paflé comme non avenu. Mais, pourſuivit
elle , j'apperçois dans la galerie Sophie
avecle marquis... Que vois je? Une
lettre que Sophie lui donne? Une lettre !
Madame , reprit Verneuil , je ne puis le
croire. Ce font plutôt les vers du gentil
Bernard . Je ſerois bien curieuſe de lire
ces vers , ajouta la comteſſe .
Aces mots , elle releva Verneuil ; mais
Sophie l'avoit apperçu à ſes genoux. Elle
s'éloigna d'un air troublé. Le marquis
SEPTEMBRE 1768. 45
paroiſſoit l'être encore davantage en lifant.
Il étoit ſi profondément occupé que
la comteſſe l'aborda ſans qu'il reconnut
que ce fût elle. Ah ! cruelle Sophie ! s'écría-
t- il , croyant parler à elle - même ,
quoi ? Vous rejettez ainſi l'hommage le
plus pur & le plus fincere ? Elle a tort !
lui dit la comteſſe avec le ton de l'ironie
; elle devroit me conſulter : vous en
ſeriez plus fatisfait.
Le marquis reſta pétrifié de cette mépriſe.
Verneuil , qui n'avoit rien entendu,
étoit fort curieux de voir ce que venoit
de lire le marquis . Sophie paroiffoit toujours
inquiéte. Elle fut long-tems ſans répondre
aux queſtions de Verneuil , qui
lui-même n'étoit pas fans confufion. Enfin
, elle redemanda ſa lettre & la lui remit.
Il la lut aſſez haut pour étre entendu
de la comteſſe. Elle étoit conçue en ces
termes :
Je n'ai pû me résoudre , Monfieur , à
vous répondre de vive voix. Je prends le
parti de vous écrire , & ce n'est peut être
pas leplus convenable. Mais queſçais-jefi
j'aurois eû la force de dire ce que j'écris ?
Il n'en estpas moins vrai , Monfieur , que
l'état d'infortune qui nous menace , Ver
46 MERCURE DE FRANCE.
neuil & moi , est une raiſon de plus qui
m'attache à lui ; & que rien ne pourra m'en
Séparer ,fur- tout lorſqu'ilfera malheureux .
Aufurplus je ſens tout le prix de l'offre
que vous daignez me faire de votre coeur &
de votre main. A l'égard de votre fortune,
quoique très - conſidérable , elle feroit le
moindre des motifs qui m'euſſent déterminée.
Hé bien , Madame , dit Séricourt à la
comteffe , vous voyez de quoi il s'agit. Je
n'ai pu me réfoudre à voir Sophie menacée
d'un état peu fait pour elle. Si c'eſt là
un crime , je ſuis coupable ; je me livre à
tous vos reproches .
Je n'en ai point à vous faire , lui dit la
comteffe ; j'ajouterai même , pour vous
raſſurer , que ma généroſité alloit feconder
la vôtre.
Sophie & Verneuil reſtoient interdits
Et rêveurs. Je ſens tout le prix du ſacrifice
, lui dit enfin Verneuil. Il y auroit ,
cependant , quelque choſe à reprendre
dans ce que vous écrivez au marquis.
Peut-être moins , reprit-elle , que dans ce
que vous difiez étant aux genoux de la
comtefle.
C'étoit à-peu-près la même choſe , lui
SEPTEMBRE 1768. 47 .
dit cette derniere ; &quant au refle, Verneuil
faifoit pour vous précisément ce
que vous faifiez pour Ini .
Grande nouvelle ! s'écria la baronne
d'auſſi loin qu'on put l'entendre & la voir.
Mon vieux duc m'apprend par un exprès
que tout eſt décidé à mon avantage.
Il m'a bien ſervi , & il me charge d'en inftruire
Sophie la premiere .
Enfin , mes chers enfans , dit encore la
baronne à Sophie & à Verneuil ; vous ferez
riches , vous ferez unis , & mon château
vous reſtera .
Séricourt & la comteſſe féliciterent la
baronne , & ne fongerent plus à déranger
aucun de ſes projets. Ils ſentirent que
deux amans , diſpoſés à s'unir , malgré
l'indigence , ne devoient pas être ſéparés
dans la fortune. Tous quatre reprirent
leurs premiers liens , & les ferrerent publiquement
quelque tems après. Mais tous
quatre avouent aujourd'hui encore qu'il eſt
dangereux de badiner avec le coeur.
Par M. DE LA DIXMERIE.
L
48 MERCURE DE FRANCE.
La Porte du Bonheur.
0N ne croit plus au ſiècle d'or ,
Sur la terre naiſſante il ne fit que paroître ;
Le crime a pris ſa place,il s'en eſt rendu maître,
Et ſon empire dure encor.
Quand le ciel , aux humains , eut ceſſéde ſourire,
Du fiécle d'or la porte ſe ferma ;
A la félicité ſeule elle cut pû conduire ;
Une autre , aux environs , à l'inſtant s'éleva.
L'homme trompé la crut la même ;
Avide de bonheur , hélas ! il y frappa ....
Elle céda ſous ſa main indiſcrette.
Parmi des nuages épais
On vit fortir tous les forfaits ;
L'Intérêt marchoit à leur tête ;
LaHaine le ſuivoit & précédoit l'Orgueil ;
La pâle Ambition portoit une couronne ,
Elle s'aſſeyoit ſur un trône
Qui s'élévoit fur un cercueil.
La noire Ingratitude avançoit après elle ,
Monſtre , qui , des bienfaits , perdant le ſouvenir,
Arme ſouvent ſa main cruelle ,
Pour déchirer le ſein qui vient de le nourrir.
La Terreur conduiſoit la peſte avec la guere ,
Et la Mort , ſur leurs pas , s'empreſſoit de courir.
Tous s'étendirent ſur la terre ,
Et ſeule , ſur le ſeuil ,l'Eſpérance reſta.
On
SEPTEMBRE 1768. 49
On dit qu'un Dieu propice , en ce lieu la poſta ,
Pour montrer le ſentier qui mene à l'autre porte ;
Humains , foibles humains , on va bienjuſque là,
Le grand art c'eſt d'entrer ; qui de vous l'ouvrira ?
L'homme puiſſant , ſecondé d'uneeſcorte ,
Voulant l'enfoncer , échoua.
Avec un crochet d'or & d'une main accorte ,
Le riche , qui peut tout, en riant eſſaya ;
Sous les doigts deCréſus le reſſort réſiſta:
Dans un char élégant l'important s'y tranſporte :
Guvrez au marquis tel .... Envain il s'annonça .
Traîné par les Amours , bercé par la Mollefle ,
L'homme de plaiſir s'avança ,
Et le croyant chez ſa jeune maîtrefle ,
A la porte il grata .
D'Apollon , les brillans apôtres
Défilerent leurs patenôtres ;
Mais vainement chacun chanta.
Le Bienfaiſant enfin ſe préſenta :
Il venoit demander le bonheur pour lesautres ,
Ettout bonnement il entra.
Vers mis au bas d'un portrait de
Louis XV.
ENTRE les rois que l'on renomme ,
Notre poſtérité doit diftinguer Louis ;
Au comble de la gloire , & fur le trône afſis ,
Il ſe ſouvint qu'il étoit homme.
C
50
MERCURE DE FRANCE.
Autres
CEST en rendant ſon peuple heureux
Que Louis , de nos jours , fignale ſa puiſſance ;
Il reſſembleà ces rois que la Reconnoiſſance
Plaça jadis au rang des Dieux.
Lettre de Milord Charlemont à Milord
Charles Belafis , fon ami.
N
Paris , Mercredi 10 Août 1768.
E vérité , Charles , tu te mocques de
moi avec tes ridicules queſtions . Me
crois- tu auſſi imbécille, aulli menteur que
Smolet ( 1 ) . Avant de parler d'un pays il
faut au moins le connoître . Te donner de
juſtes idées du pays où je ſuis depuis onze
jours , ce ſeroit être fort habile : attends,
mon ami , attends. Quand j'aurai vu les
François , je te dirai ce que je penſe d'eux.
Mon premier ſéjour ici ne m'apprit rien ;
(1 ) Ecoſſois , autrefois chirurgien , écrivain du
plus inauvais ton. Il a fait des romans pitoyables;
&un voyage de France & d'Italie rempli de faufſetés&
d'injures.
SEPTEMBRE. 1768 . SL
:
j'étois trop jeune alors pour en profiter .
On fait , à dix - huit ans , de plaifantes
obſervations ! Je t'aſſure qu'après avoir
parcouru les différentes cours de l'Europe
, je revins dans la maiſon paternelle
tout auffi fot qu'auparavant.
Remercie Lady Mary de ſes bonsfouhaits
, & dis-lui quefa pitié eſt très-déplacée.
Elle prie pour moi , tendre fille !
Elle me tourmentoit à Londres , & fes
voeux m'accompagnent à Paris. Hâte-toi
d'épouſer la malicieuſe petite femelle ;
elle te garantira du ſpléen ( 1 ) , ſur maparole
; te rendra moins grave , peut - être
un peu colérique; mais tu auras des momens
heureux , très- heureux même ; raffure
ta charmante maîtreſſe ſur ſes craintes
. J'eſpére conſerver mon coeur ; mais
fi une jolie Françoiſe s'en emparoit , je
ne ſçais pourquoi j'aurois beſoin des con-
Solations de Lady Mary ?
Par ma foi , Charles , nos femmes font:
bien crédules , bien folles ! de froids prologues
, de mauvais romans , d'infipides
journaux leur diſent , leur répetent qu'elles
font les plus belles du monde. Elles
ſe le perfuadent; elles en jureroient ! La
(1 ) Spléen ou la conſomption , maladie mélan
colique.
4
i
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
plus mauſſadeGalloiſe penſe être une di.
vinité quand elle ſe compare à ces Italiennes
au grand nez , à ces homaſſes Germaines
, à ces noires Eſpagnoles , à ces
Françoises toutes rouges ... Si on écoute
mes cheres compatriotes , Vénus prit naiffance
dans la Tamiſe , & ſes eaux ont le
don d'embellir les trois royaumes.
Il faudroit faire voyager nos Dames
mais en prenant leur ferment qu'elles
n'emprunterdient point les yeux de Lady
Montague , qui , dans la cour la plus auftere
de l'Europe , vit la galanterie la plus
indécente : à Conſtantinople , des bains
qu'on n'auroit pu trouver a Sparte; en France
, une malpropreté dégoutante , & partout
ce qu'aucun voyageur n'ajamais apperçu.
Cet aveu eſt la ſeule vérité qui lui
foit échappée dans les plus jolies lettres
du monde. Mais laiſſons ces miféres .
Comment te portes-tu , Charles ? Es- tu
toujours rêveur ? Toujours occupé des inrérêts
de la nation ? Toujours dévoré du
généreux deſir de faire le bien public ? Je
ris de ta chimère , & toi de mes caprices.
Tu me crois un peu fou , tu te crois fort
raiſonnable ; & je veux être deshonoré ,
ſi ces deux opinions ne forment pas une
erreur complette.
Je ne doute pas plus de ton coeur que
1
SEPTEMBRE 1768 . 53
dumien; tes intentions ſont admirables;
tu es ſenſible , libéral : ta fortune te
met en état de ſuivre le plus noble des
penchans ; mais , tiens mon ami , tu
prends une route déteſtable pour remplir
tes projets d'humanité ; tu étends trop tes
vues ; tu n'a pas le ſens commun.
Comment un particulier ſe foure-t- il
dans l'eſprit d'embraſſer les intérêts du
genre humain , de l'univers entier ! Aimer
les hommes ! Extravagante idée ! Sçaistu
qu'en les aimant tous , on n'en aime
aucun. Tu veux voir en gros , je te conſeille
de regarder en détail. C'eſt aux
rois , à leurs ininiſtres , aux chefs des
états à tout réunir ſous un même point
de vue : le bien général dépend d'eux , ils
ont les moyens & le pouvoir de le procurer.
Mais nous , Charles , bornons la
perſpective. Fixons nos regards autour de
nous. Si tout homme s'applique à remplir
les devoirs que la nature& la ſociété
lui impoſent , le bien public ſe trouvera
fait fans que vous autres révaſſeurs ayez
jamais penſé à la plus ſimple façon d'opérer.
Réponds - moi , Charles , peux- tu
conſoler tous les affligés , foulager tous
les miſérables , retnédier à tous les abus?
Non. Pourquoi donc t'occuper d'un projet
inutile ? N'as-tu pas des parens , des alliés,
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
des amis , des voiſins , des vaffaux , quarante
pauvres diables qui te ſervent ! Eh
bien , mon ami , rends rout cela heureux.
Aime tes parens , fers tes amis , aide tes
voiſins , protége tes vaſſaux , affure à tes
valets diligens & fidéles une ſubſiſtance
honnête ; prête ton appui à l'indigent laborieux
, mais toujours de proche en proche
; donne à un mille de toi , plutôt qu'à
cinquante. Si tout le monde adoptoit
cette règle de conduite , tu me permettras
de croire qu'elle vaudroit mieux que
tes ſyſtèmes.
Te rappelles-tu ,Sir Henry , mon grand
oncle maternel ! J'étois à la campagne
avec lui depuis trois jours. Un foir , fes
cris , le bruit le plus terrible , me firent
courir dans fon cabiner. Je le trouvai
pourſuivant , àgrands coups de canne , un
fort joli petit négre que j'aimois beaucoup.
Je le ſauvai de la rage de fon maître
, & m'informai du crime qui lui attiroit
un ſi rude châtiment. Devine un
peu ? ... Le pauvre enfant avoit , fans
le vouloir, verſé un peu d'eau ſur les pa
piers du ſçavant Sir Henry. Eh ! de quoi
traite donc ce cahier précieux , demandai-
je à mon oncle ? C'eſt , me dit- il , un
ouvrage qui m'a coûté des peines infinies.
L'ouvrage favori de mon coeur. Il m'eft
SEPTEMBRE 1768 .
dicté par l'humanité. J'y prouve la dureté
de nos planteurs ; l'injuftice des blancs
qui s'arrogent le droit barbare , infâme , de
maltraiter de malheureux habitans , qu'ils
ont dépouillés de leurs poffeffions. La compaffion
que me font ces noirs infortunès ....
A votreplace , mon oncle , interrompis- je ,
je commencérois par ne pas aſſommer le
feul dont le fort dépendroit de moi. Je ne
te donne pas ce propos comme un trait
d'eſprit ; tu ne le priſeras pas ce qu'il me
coûte. Le bonhomme m'ota trente mille
livres ſterling ; mais , comme ma foeur
en a profité , il s'eſt trompé , s'il a cru ſe
venger. Je te jure que jamais je ne les ai
regretées.
Donne-moi des nouvelles de ta ſanté ,
de tes amuſemens , de tes amours : tout
ce qui te touche m'intéreſſe , excepté tes
maudits calculs. Bon jour , Charles; affure
tous nos amis de mon tendre ſouvenir.
Je t'écrirai ſouvent. Je n'ai vu encore
que notre ambaſladeur & quelques
Anglois . Ces derniers m'ont parléde leurs
bonnes fortunes; mais je ſçais de quelle efpéce
elles font, &fuis bien loinde les leur
envier. Les gens d'affaires m'ennuyent ;
Mais Dieu me préſerve des filles d'affaires!
Le perit conte que je t'envoie , t'expliquera
cette expreſſion. Adieu mon
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
ami , je t'aime , je te regrette , je t'embraffe
de tout mon coeur . *
* Nota . Ce milord Charlemont ou fon
interpréte a afſfurément beaucoup d'esprit ,
& il estfi bon obfervateur que le Publicfera
flattéd'entrer dansſa confidence.
Epitalame pour Mde la Princeffe de B.
ΟN dit que vous aimez ; certes , je m'en étonne.
Qu'eſt devenu ce coeur qu'on ne pouvoit dompter?
Le voilà donc ſoumis ! ſa fierté l'abandonne !
Après cela ſur qui compter ?
Vous me direz que , par- devant Notaire ,
Votre époux vous a fait ferment
Qu'il vous aimeroit conſtamment.
Le beau ferment ! la belle affaire !
Sansprêtre& fans témoins,qui n'en eûtdit autant?
Apparamment , princeſſe aimable ,
C'eſt la vertu du ſacrement
Qui rend la vôtre ſi traitable.
Du ciel , béniſſons les deſſeins ,
De nos coeurs lui ſeul eſt le maître.
Le facrement a des effets divins
Que vous pourrez bientôt connoître..:
Chut ! n'entends-je pas quelque bruit ?
Oui , dans les ombres de la nuit ,
SEPTEMBRE 1768. 57
C'eſt le Mystere qui s'avance ;
Le choeur des Graces le conduit ,
En gardant un profond filence.
Près d'eux la Malice ſourit ,
Tandis que la ſimple Innocence
Soupire , ſe cache & rougir.
D'un air devot , à l'ordinaire,
L'Hymen , de ſes devoirs inſtruit ,
Ferme tout , éteint la lumiere ,
Et tire les rideaux du lit ;
Mais l'Amour eſt caché derriere...
Odieux ! qui préſidez à des momens ſi doux !
Dieux charmans que j'adore ! écoutez ma priere ,
Et dans neuf mois révélez -nous
Quelques mots des ſecrets que ce jour doit nous
taire.
1
Vers à M. de Voltaire , fur le vaiſſeau
qui portefon nom.
POEOETTEE aimable , ôVoltaire enchanteur ,
Comme l'amour , tu regnes ſur nos ames :
Tantôt tes vers charmans , pleins de douceur ,
Du tendre dieu nous font ſentir les flammes ;
Tantôt prenant un ton plus ſérieux ,
Et répandant de tragiques allarınes ,
Ainſi que lui , tu ſçais , des plus beaux yeux
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
Quand tu le veux , faire couler des larmes :
Tu plais aux rois , aux belles , aux héros ;
Ta muſe avoit l'empire de la terre ;
Il te manquoit de regner ſur les flots .
Enfin , je vois le célébre Voltaire
Sortir du port , prêt à fendre les eaux.
Gentil vaiſſeau , glorieux à la France ,
Si d'autres mains t'ont donné la naiſſance ,
Puiffé-je au moins joindre quelque ornement
A cet heureux & nouveau monument !
Que des Nantois l'habileté ſuprême
Prenne le ſoin de ta conſtruction !
Et qu'on te rende ou birème ou trireme ,
Je ne m'en mêle en aucune façon.
Ta route auffi ſera peu mon affaire.
En trop beaux vers , Voltaire a ſçu tracer
Vers quelle plage , & ſous quel hémisphère ,
Aidé des vents tu pourrois t'avancer.
Eh! quel feroit le climat ſi ſauvage,
Où l'on pourroit méconnoître ton nom ?
Lorſque l'on a Voltaire pour patron ,
On peut , ſanscrainte , aborder tout rivage,
Et l'on doit plaire à chaque nation.
Mais je voudrois , d'une double couronne ,
Orner d'abord ton gouvernail brillant ;
L'une feroit celle que Vénus donne ,
Dont à Catulle elle fit un préſent :
L'autre feroit de ces fleurs immortelles
SEPTEMBRE رو . 1768
Dont on a vu le dieu de l'Hélicon
Ceindre Virgile ou le divin Milton ;
Je les voudrois même encore plus belles!
Là , d'Alvarès on graveroit le nom :
Plus loin feroit un portrait de Zaïre.
D'Horace , enfin , que n'ai -je ici la lyre!
Je fais pour toi tous les voeux qu'il formoit
Pour le navire où Virgile montoit.
Que le bonheur , ſur la plaine profonde ,
Te fillonnant la ſurface de l'onde ,
Guide toujours ton pilote chéri !
Que l'aquilon te céde la victoire :
Sois , dans ton cours , précédé par la gloire ,
Et des zéphirs deviens le favori .
Réponse de M. de Voltaire à l'Ameur.
E
27 Juillet , à Ferney.
Ne jugez pas , Monfieur , de ma fenfibilité
, par le délai de ma réponſe. Je ſuis
quelquefois un malade affez gai ; mais
quand mes fouffrances redoublent , il n'y
a plus moyen de badiner avec ſon vaiffeau
, ni de remercier aufli-tôt qu'on le
voudroit , ceux qui , comme vous , venlent
bien lui ſouhaiter un bon voyage. Je
ſuis vieux: je fais quelques gambades fur
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE .
:
le bord de mon tombeau , mais jene peux
pas toujours remplir mes devoirs ; c'en
eſt un pour moi de vous dire combien vos
vers font agréables & à quel point j'en
fuis reconnoiffant.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Chanson de M. ** à Madame Benoît.
Sur l'AIR : L'avez-vous vû mon bien-aimé.
Tu veux des vers pour l'amitié ;
En chanfon que lui dire ?
C'eſt un ſentiment oublié ,
Dès qu'on te voit fourire.
On n'a pas d'amis à vingt ans :
Flore , Hébé n'ont que des amans!
Laiſſe aux zéphirs , laille aux plaiſirs
Le ſoinde ta couronne.
Du printems goutons les loiſirs
Avant ceux de l'automne.
Veux-tu que je chante l'amour
Je le chanterai nuit &jour.
Auprès de toi , nul mieux que moi ,
N'aura , n'aura fon doux langage.
J'adore , entoi , ſon image.
Madame L. D. de M. ayant demandé
àvoir des vers faits pour Madame Benoît,
SEPTEMBRE 1768 .
un anonyme lui a envoyé les vers ſuivans
.
Benoît peint bien , je le ſoupçonne ;
L'abbé l'a dit , & l'abbé s'y connoît .
Mais c'eſt à l'art qu'elle doit ſa couronne :
BelleEglé , ton triomphe eft cent fois plus parfait.
J'aime mieux Vénus en perſonne
Que les tableaux que l'on en fait.
LE
Le Buveur content.
E fuperflu rend l'homme eſclave ;
Les Dieux au néceſſaire attachent le repos ;
Je n'ai pour maiſon qu'une cave ,
1
Et pour meubles que deux tonneaux.
L'ennui n'entra jamais dans ce réduit aimable ,
J'y bois le jour , j'y repoſe la nuit ,
J'y fais d'un tonneau plein mon buffet & ma
table ,
3
J'y fais d'un tonnneau vuide & mon fiége&mon
lit.
Morphée & le Dieu de la treille
Tour à tour y réglent mon fort ;
1
Je cours au tonneau plein quand la foif me
réveille ,
Au vuide quand le vinm'endort.
62 MERCURE DE FRANCE.
L
Vers à M. de la Harpe.
Adéeſſe aux cent voix publie
Que, trompant tes nobles deſtins ,
La palme de l'académie
Echappe aujourd'hui de tes mains.
Le Parnaffe a peine à le croire ;
Il cherche en vain , dans tes rivaux,
Unfeul compagnon de ta gloire ;
Tu n'as qu'un maître & point d'égaux.
Réponse de M. de la Harpe.
Vous êtes trop modeſte ,& (çavez trop ſéduire;
Envain, ſur mes rivaux , vous m'accordez l'empire
,
Vos vers m'ont défendu d'une auſſi douce erreur.
Jeconçois aiſément , quand je viens à les lire ,
Que je puis avoir un vainqueur.
Je ſuis loin d'imiter un plaideur intraitable
Qui, content de Thémis dans un jour de ſuccès,
Ne la trouve plus équitable
Lorſqu'il a perdu ſon procès.
Nous ſommes cent amans de la même maîtreſſe.
C'eſt la Gloire que nous ſervons .
Il n'en eſt point de plus traîtreſle ;
Un fourire flatteur , un mot ,unecareffe,
SEPTEMRRE. 1768. 63
Nous fait oublier vingt affronts .
Detant de courtiſans , cette belle entourée ,
Prodigue d'eſpérance , avare de faveurs ,
Toujours capricieuſe & toujours adorée ,
Trompe ſes plus chers ſerviteurs.
Il eſt quelques élus qui portent ſes couleurs ;
La foule n'a que ſa livrée.
Malheur à qui ſent trop ſes dangereux attraits
Il n'échappera plus à ſon charme funefte ,
Souvent on la maudit , ſouvent on la déteſte ;
Mais on ne la quitte jamais.
L'EXPLICATION de la premiere énigme
du Mercure d'août eſt le fon ; celle de la
ſeconde, horloge; celle de la troiſième ,
l'amour. L'explication du logogryphe eſt
mariage , dans lequel on trouve age , mer,
air , raie , marge , mai , rage , rame , gare,
aga , Remi , mari.
ÉNIGM Ε. 4
JEvole augrédes vents , & fi je prends repos ,
Iln'eſt pas de beaux lis que ma blancheur n'efface
Des campagnes alors , je change la ſurface :
Le laboureur me voir ſeconder ſes travaux ;
Tantôt poufſiére&tantôt corps folide ,
64 MERCURE DE FRANCE .
Je perds mon nom , ma force & ma couleur.
Je me diffipe, ou je deviens liquide ,
Et des fleuves tardifs je hâte la lenteur.
Par M. **
AUTRE.
INCONSTANTE & légere ,
Je me fais aimer conftamment ,
Et le plus agréable amant ,
Sans moi ne ſçauroit plaire .
Fille de roturier ,
Des plus nobles galans je reçois les hommages
Je céde aux fous , & je commande aux ſages.
Je ne fais rien , & fuis de tout métier.
La raiſon , contre moi , n'eſt jamais la plus forte.
Les rois ont bien ſouvent reconnu mon pouvoir.
Jedécidede tout , quoique ſans rien ſçavoir ,
Et, malgré les ſçavans, mon fuffrage l'emporte.
On ne ſçauroit compter mes ans ,
Et mon extrême vicilleſſe
Egale celle du tems :
Je plais pourtant par ma jeuneſſe:
P
AUTRE.
EUT-ON ſi peu reſſembler à ſon frere
Par la figure & par le caractère ?
:
SEPTEMBRE 1768. 65
11 .... Il eſt ce qu'il eſt : je ſuis ce que je ſuis ;
Sur la figure il faut ſe taire ,
On nous reconnoîtroit ; & puis ,
Adieu tout le myſtere.
Parlons plutôt de notre miniſtere.
Pour moi , c'eft comme je le dis ,
J'abaiſſe , & voilà tout. Mon frere , d'ordinaire ,
Fait , s'il vous plaît , tout le contraire .
En un mot , notre effet eſt tel ,
Que jamais , avec nous , rien ne fut naturel.
AUTRE.
Si pour faire fortune il faut beaucoup d'eſprit ,
A réuffir j'aurois tort de m'attendre ;
Je ſuis bête , chacun le dit ,
<
Du moins on le fait bien entendre.
Pourtant , quoi qu'on diſe de moi ,
Je m'acquite fort bien de mon petit emploi.
Pour reafermer le doux jus de la treille ,
Chacun n'a pas une bouteille...
Ouf... C'en est trop , je me trahis.
La peſte ſoit de l'indifcrete ;
On me connoît , l'affaire eſt faite,
Ou bien on eft ce que je fuis.
66 MERCURE DE FRANCE.
St
LOGOGRYPΗ Ε.
Si l'on me prive d'air je ne ſerai que ſon ,
Avec l'air qui me manque on me rend la raiſon.
F... C.. augreffe de l'hôtel-de- ville de P......
AUTRE.
ATTRAPE-MOI , lecteur,je fais comme Prothée ,
Qui , pour ſe jouer d'Ariſtéc ,
Employeit , de ſon art , les magiques refforts ,
Et changeoit , à ſon gré , la forme de ſoncorps.
Je commence : & me voilà ville ,
Ville auſſi belle que Séville ;
Pour me faifir redouble tes efforts .
Soudain , je perds la moitié de moi-même ,
Mes quatre pieds ſe réduiſent à deux ,
Jedeviens métal précieux ;
Oubien je finis le carême ;
Lecteur , encor un changement.
Puiſque tu veux m'avoir à toute force ,
Je vais , dangereux élément ,
Environner l'ifle de Corſe .
Mais , comment me ſouſtraire au bras d'un bucheron
Qui veut me livrer au charron ?
Romance pag.67 .
Quelle est
dou.ce tou.....chante et vi ve
,
La Beau
te
qui
m'a fcù char mer
2
mais, hélas !
elle est fi nai .ve
que je
crains de la trop
ai. mer Ah! com
me mon ame est crain.ti..ve ! mais, hè.las : elle est
na .. ive la Beau.te qui mafcù char ..
mer,
que 10
crains de la trop ai mer,
de la
trop
P
ai mer fon doux re gard
vient me dire :
ai me je Jens les poir me ra ne mer
mais à
je
cha cun
ame
il dit de meme et moi
;
me laisse en fla mer Ah! com..me mon
cot crainti ve ! mais, he las : elle est si nai
ve,
la Beaute qui ma fou char cu mer
de l'Imprimerie de Récoquilliée, ruedu Foin .
LW
SEPTEMBRE 1768. 67
Q
ROMANCE.
Premier couplet.
U'ELLE eſt douce , touchante & vive
La beauté qui m'a ſçû charmer ;
Mais , hélas ! elle eſt ſi naïve
Queje crains de la trop aimer !
Ah! comme mon ame eſt craintiye;
Mais , hélas ! elle eſt ſi naïve ,
La beauté qui m'a ſçû charmer ,
Que je crains de la trop aimer.
Soń doux regard vient me dire , aime...
Je ſens l'eſpoir me ranimer ;
Mais à chacun il dit de même ,
Et moi , je me laiſſe enflammer.
Ah! comme mon ame eſt craintive , &c.
Second couplet.
Sur ſes lévres j'ai vu ſourire
Le malin petit dieu d'Amour ,
Vouloit- il finir mon martyre ?
Vouloit- il mejouer un tour ?
Ah ! comme , &c .
Souvent ſa main touche la mienne ,
Et mon coeur brûle de defir;
Souvent ma main touche la ſienne ,
Yſent-elle un même plaifir ?
Ah! comme , &c .
68 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
PRINCIPES DU DROIT DE LA
NATURE ET DES GENS ; par J. J.
Burlamaqui , avec la fuite du droit de
la nature qui n'avoit point encore paru :
' le tout conſidérablement augmenté par
M. le profeffeur de Félice , tomes III ,
IV& V, in 8 °. Iverdon , 1767 .
JEAN-JACQUES BURLAMAQUI , conſeiller
d'état , & auparavant profeſſeur en
droit naturel & civil à Genève , avoit
compoſé un abregé du droit naturel , dont
il faifoit uſage dans ſes leçons. Comme
chacun s'empreſſoit de ſe procurer des
copies de cet abregé utile , M. Burlamaqui
ſe détermina à le confier à l'impreſfion
, & il en publia les deux premieres
parties vers 1747 , ſous le titre de Principesdu
Droit naturel. L'Auteur y traite des
principes généraux du droit. Il fait voir
comment les loix naturelles ſont véritablement
fondées ſur la nature de l'homme
; il donne l'application de ces principes
au droit naturel & particulier , &
prouve que les loix naturelles dérivent
de lanature même de l'Etre ſuprême . Ces
SEPTEMBRE 1768. 69
deux premieres parties , dont M. le profeſſeur
de Félice a publié , l'année derniere
, une nouvelle édition avec des obſervations
& des remarques , ont été fi
favorablement reçues du public , qu'il a
cru devoir , par reconnoiſſance , lui donner
les parties ſuivantes. Ces dernieres
parties forment les volumes III , IV &
V , que nous annonçons aujourd'hui .
L'une de ces parties , qui eſt la troiſiéme
du traité complet , renferme un examen
plus particulier des états primitifs de
l'homme conſidéré comme ſujet à la loi
naturelle. Elle traite des différens droits
de l'homme dans ces divers états , & des
obligations que la loi naturelle lui impoſe.
La quatrième partie , qui eſt la
derniere de l'ouvrage , entre dans le détail
des principales loix de la ſociabilité
&des devoirs qui en réſultent. La baſe
de tous les devoirs de cette ſociabilité
eſt , dit l'Auteur , l'égalité naturelle ou
la forte perfuafion dans laquelle tous les
hommes doivent être , qu'ils font naturellement
égaux , & qu'ils font obligés
de ſe traiter comme tels. Des hommes
en place qui uſent , envers ceux qui leur
font foumis , de manieres dures ou tyranniques
, péchent donc manifeſtement
contre le devoir fondamental de l'éga-
۱
A
70 MERCURE DE FRANCE.
lité. L'empereur Trajan , dit Pline fon
panegyriſte , ſe regardoit comme un de
ſes propres ſujets , en cela d'autant plus
grand & plus élevé au - deſſus de tous ,
qu'il ne ſe diftinguoit point d'eux , dans
l'idée qu'il ſe faisoit de lui-même ; il ſe
ſouvenoit toujours , & qu'il étoit homme
&qu'il commandoit à des hommes.
M. le profeſſeur de Félice a enrichi ces
dernieres parties du traité de Burlamaqui
, ainſi que les premieres de notes , &
d'obſervations utiles. Si on trouve que
fes commentaires abſorbent le texte , il
répondra qu'il a voulu faire un ouvrage
où l'on pût prendre une connoiffance
complette des devoirs de l'homme & du
citoyen. Ce profeſſeura , d'ailleurs , écrit
pour les jeunes gens qu'il faut aider à
penfer ; ce qui demande des développemens
un peu étendus.
TRAITE' DES ARBRES FRUITIERS,
extrait des meilleurs auteurs , par la
fociété æconomique de Berne , traduit de
l'allemand & conſidérablement augmenté
par un membre de cette fociété , 2
vol. in- 12 . Iverdon , 1768 .
TRAITE DU PLANTAGE & de la
culture des principales plantes potagéSEPTEMBRE
1768 . 71
res , traduit de l'allemand , 1 vol. in- 12 .
Iverdon , 1768 .
Cedernier traité eſt également dû aux
ſoins de la ſociété economique de Berne
, & le traducteur , membre de cette
ſociété qui a cru ce petit traité néceſſaire
à nos cultivateurs , a inféré dans le texte
de l'ouvrage des additions utiles. Ces
traités font recueillis pour la plus grande
partie du dictionnaire anglois du ſçavant
jardinier Philippe Miller. Dans le traité
des arbres fruitiers , l'article important
des diverſes manieres de greffer eſt emprunté
des expériences phyſiques de M.
Duhamel ſur la végétation des arbres .
Les auteurs ont aufli fait uſage de l'écrit
excellent de M. Thierriat fur la culture
des arbres à haute tige , & ils en ont extrait
la maniere de traiter les maladies
des arbres. On trouve des exemplaires de
ces deux bons traités de la ſociété economique
de Berne, à Paris , chez Deſaint,
libraire , rue du Foin .
INSTRUCTIONS IMPORTANTES
AU PEUPLE SUR LES MALADIES
CHRONIQUES , pourfervir de fuite à
l'avis au Peuple de M. Tiffot , fur les
maladies aiguës ; par M. Fermin , doc-
:
1
72
MERCURE DE FRANCE.
teur en médecine : 2 vol. in- 12 . à Paris,
chez Defaint , libraire , rue du Foin.
L'excellent ouvrage de M. Tiffor , fur
les maladies aiguës , a fait naître celui
que nous annonçons . M. Fermin , animé
du même zèle que ſon illuſtre confrere ,
offre , comme lui , des ſecours aux gens
de la campagne qui languiſſent ſouvent
pluſieurs années , tant par l'ignorance de
ceux qu'ils croient en état de les ſecourir
que par la leur propre. L'Auteur , pour
ne pas repéter le traitement des mêmes
maladies dont parle M. Tiffor , & dont
on ne ſçauroit preſcrire une pratique plus
fondée que la fienne, ne fait mention dans
ſon ouvrage que des maladies paſſées entierement
fous filence. M. Fermin renferme
ces maladies dans la claſſe des
chroniques ; c'est - à-dire , des maladies
invétérées, qui durent long-tems,& dont
on ne ſçauroit fixer la guériſon ſans avoir
au préalable une parfaite connoiſſance de
la conſtitution du corps humain. C'eſt ce
qui a déterminé l'Auteur à commencer
fon ouvrage par un traité complet ſur
toute l'économie animale , à la portée de
lintelligence du peuple , parce qu'il eſt
impoffible , ſelon lui , de difcerner quelle
eſt la véritable partie affectée , fi l'on
ignore
SEPTEMBRE. 1768. 73
ignore la ſtructure & la ſituation de ces
mêmes parties.
On a imprimé à Francfort fur le Mein,
en quatre langues , latine , allemande, italienne
& françoiſe , un livre qui étoit
- devenu rare , intitulé : l'Esprit de Don
Antonio de GUEVARA , évêque prédicateur
& historiographe de l'empereur Charles
V , ou quatre tents Maximes & traits
d'Histoire choisis dansſes lettres ou differtations
: ouvrage utile & agréable , dédié à
Mdelamaréchale ducheſſe de Broglie ; vol.
in- 12. d'environ 220 pages.
Cet ouvrage renferme des adages, ſentences
, obfervations & traits d'hiſtoire
dont voici quelques-uns .
Un philoſophe , interrogé pourquoi il
ne ſe marioit pas , répondit , pour vivre
plus tranquillement; car , ſi je trouve une
bonne femme , je craindrai de la perdre ;
ſi c'eſt une méchante , j'aurai peine à la
ſupporter ; ſi elle eſt pauvre , elle aura des
beſoins à fatisfaire ; ſi elle eſt riche , elle
exigera des déférences ; ſi elle est belle ,
il faudra la garder ; & ce qu'il y aufa de
pire , elle ne me ſçaura aucun gré du ſacrifice
de ma liberté.
Pour être cenfeur à Rome il falloit
avoir quarante ans , êettrre marié& avoir
D
74 MERCURE DE FRANCE.
des enfans , être en bonne réputation ,
n'être pas trop riche , être exempt de tout
ſoupçon d'avarice & avoir géré d'autres
emplois dans la république.
Alors les hommes ne choiſiſſoient pas
les emplois qui leur convenoient, mais on
choiſiſfoit les hommes qui convenoient
aux emplois.
Lactance Firmian attribue la durée de
la république de Sicyone au-delà de celle
des Lacédémoniens , des Egyptiens &
des Romains mêmes , à ce que les premiers
, en ſept cent quarante ans , n'établirent
aucune loi nouvelle & n'abroge.
rent aucune loi ancienne.
La ſoixante - troiſième année de l'âge
de l'homme , appellée climactérique , lui
eſt dangereuſe , par la raiſon que le nombre
de ſoixante - trois eſt formé par les
nombres fept & neuf multipliés l'un par
l'autre , leſquels ſont précisément les jours
critiques dans les maladies .
La ſageſſe eſt contente du néceſſaire ;
la vanité a un beſoin de plus , c'eſt celui
duſyperflu. 97
La demande eſt fille de l'ignorance , la
réponſe doit être celle de la ſageſſe .
Il faut aider ſon ami promptement de
fon argent ,& lentementde ſes conſeils.
Le grand art eſt de ſçavoir être riche
C
SEPTEMBRE. 1768 . 75
dans la pauvreté & pauvre dans les ri
cheſſes.
Alexandre le Grand étant interrogé
pourquoi il defiroit de ſe rendre maître
de l'univers , répondit ; comme toutes les
guerres , parmi les peuples de la terre ,
naiſſent principalement de ces trois cauſes
, parce qu'ils ont des dieux différens ,
des rois différens , ou différentes loix , je
voudrois que , pour le bien de tous les
hommes , il n'y eût qu'un dieu , qu'un
roi & qu'une loi .
Demande. Quelles choſes voit-on plutôt
manquer que d'être raſſaſiées?Réponse.
Les oreilles pour écouter , les mains pour
recevoir , la langue à parler & le coeur à
defirer.
RECUEIL D'OPUSCULES LITTERAIRES
, avec un discours de LouisXIV
àMonseigneur le Dauphin , tirés d'un
cabinet d'Orléans , & publiés par un
Anonyme. A Amſterdam, chez E. van
Harrevelt , 1767 .
L'Editeur de ce recueil invite tous les
particuliers qui, dans leurs bibliothéques ,
peuvent avoir de pareilles piéces originales
, à imiter le ſçavant Orléanois qui
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
enrichit la littérature de cinq morceaux,
dont quatre étoient encore inconnus.
Le premier eſt un ouvrage en deux
parties de 92 pages , attribué au célébre
Péliſſon , & qui a pour titre : Discours de
Louis XIV à Monseigneur le Dauphin,
On nous dit que la minute de ce difcours
, écrite entierement de la main du
premier hiſtorien de l'académie françoiſe
, eſt conſervée à Paris dans la bibliothéque
du roi; cela paroît ne devoir laiffer
aucun doute ſur l'auteur de cet ouvrage ;
cependant que répondre aux réflexions
ſuivantes.
On ſçait l'anecdote de l'empriſonnement
de M. Péliſſon , qui travailla luimême
à ſe faire comprendre dans ladifgrace
du ſurintendant , pour lui apprendre
habilement , dans la confrontation , que
les papiers dont il avoit le plus àcraindre
l'existence , étoient brulés ,
Quelque célébrité littéraire que M. Ρέ-
liffon ait acquiſe , ce trait ſupérieur de
fon ame lui fait encore plus d'honneur ,
parce que la gloire qui vient de la vertu
s'élevera toujours au-deſſus de toutes les
autres gloires. Mais , comment concevoir
que ce même M. Péliſſon qui devoit
tout au ſurintendant , & qui avoit tout
:
fait pour lui , eût mis dans la bouche de
SEPTEMBRE 1768. 77
Louis XIV. le diſcours ſuivant , pag. 35,
pour Fouquet on pourra trouver étrangeque
j'aie voulu mefervir de lui, quand onsçaura
que dès ce temps- làſes voleries m'étoient
connues. Il nous ſemble qu'il faut renon+
cer pour Péliſſon au brillant de l'anecdo
te précédente , ou ne pas le croire auteur
dudiſcoursde LouisXIV.
Le ſecond article de ce recueil eſt
compoſé de fix lettres de M. l'abbé d'Olivet
à M. le préſident Bouhier. C'eſt
pour les conſerver ſans doute qu'on les
fait reparoître ici. La premiere ſera toujours
intéreſſante pour ceux à qui la mémoire
du fameux Rouſſeau eſt chere. Sa
juftification y paroît preſque démontrée .
La ſeconde lettre contient des mémoires
fur la vie particuliere de l'abbé Geneſt ,
auteur de la tragédie de Pénelope reſtée
au théâtre. La troiſiéme lettre expoſe
les raiſons qui ont empêché l'auteur de
continuer l'hiſtoire de l'académie . La quatriéme
lettre a pour objet l'opini on dans
laquelle on eſt que l'académie françoiſe
exige néceffairement des viſites de la part
de ſes récipiendaires. La cinquiéme lettre
combat les rêveries de la Motte fur notre
počſie françoiſe. L'exemple & le précepte
de M. de la Faye prouvent plus fur cette
matiere qu'une difcuffion en profe. La
1
1
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
ſixiéme enfin , eſt preſque toute employée
àla propre défenſe de l'auteur contre la
critique de l'abbé Desfontaines.
Le troifiéme morceau de ce recueil eſt
une diſſertation encore inconnue , fur le
Goût, par l'abbé Gédoin. Son enthouſiaſme
pour les anciens lui fait haſarder des
jugemens légers , tels que celui qu'il porte
fur le Poëme de la Ligue.
C'eſt avec la même prévention qu'il
avance , p . 246 , qu'on ne lui montrera
pas une penſée ingénieuſe dans Homère ,
dans Virgile , dans Horace , ni dans Térence
, & pour parler de nos modernes ,
dans Péliffon , ni dans Racine.
Le dernier article du recueil renferme
des poëſies ignorées de l'abbé Reynier
Deſmarais. Pluſieurs fables , dont les acteurs
font des êtres moraux , ſemblent
avoir ſervi de modèle au fabuliſte Houdard.
Pouvoir & Bonne Intention
Vécurent autrefois en bonne intelligence , &c.
Cela ne rappelle-t-il pas cette fable de
la Motte , qui commence par
Don Jugement , dame Mémoire ,
Et demoiselle Imagination , &c .
Nous finitfons cet extrait par le morceau
le plus naturel que nous aïons remarqué
SEPTEMBRE 1768. 79
dans ce ſupplément aux poëfies de l'abbé
Regnier.
Sur le Jubilé.
Il eſt fâcheux , le jubilé ,
Il met les amours en déroute;
Je ne puis être confolé
De trois maîtreſſes qu'il me coûte.
7
J'aimois depuis long-tems Climène ;
Je haïffois Zoïle au ſuprême degré;
Le jubilé venu , l'on veut bon-gré-malgré ,
Quej'étouffe , enmon coeur,& l'amour & la haine.
Il ne faut rien faire à demi ,
Puiſque je l'ai promis , je tiendrai ma promefſse ;
Mais qu'on quitte aisément une ancienne maîtrefle
!
Qu'on embraſle avec peine un ancien ennemi !
Le jubilé m'ôte Amarille ,
Il me rend , pour ami , Zoïle ;
Il eſt fâcheux également ,
Quand il m'ôte & quand il me rend.
Je veux faire mon jubilé.-
Il ne faut donc plus voir l'objet qui vous en-
; Aamme..
Je m'y réſoud , mon pere ,& j'en ſuis confolé ;-
Mais ce n'eſt pas le tout, il faut voir votre femme,
4 Je ne fais plusmon jubilé.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
: Principes de la Religion&de laMorale,
extraits des ouvrages de Jacques Saurin ,
miniſtre du ſaint évangile.AParis , chez
Vente , libraire , au bas de la montagne
Ste Geneviève : 2 vol . in 12. 1768 .
Le titre de cet ouvrage en annonce le
mérite. Jacques Saurin , né à Nîmes en
1677 , & mort à la Haye en 1730 , a été
le plus grand orateur qu'ayent eu les
Proteftans . On a de lui un recueil en
huit volumes in- 12 , & fix volumes infol.
dediſcours ſur la bible avec de belles
figures de Picard. Les extraits qu'on préfentedans
ces deux volumes ſont tirés de
ſes différens ouvrages ; on a fur-tout réuni
les articles dans lesquels M. Saurin a
difcuté , avec le plus d'avantage , les fublimes
vérités de la religion , & ceux où
il a peint les vertus ſociales : dans les uns
&les autres on trouve de l'éloquence &
de la philofophie. Le morceau , par lequel
on termine ce recueil , contient des
réflexions ſcavantes ſur la diverſité des
langues , & en particulier ſur l'antiquité
de la langue hébraïque. Ces détails font
très-fimples , très- précis &préſentés avec
beaucoup de clarté. M. Saurin en conclud
» que la langue chaldaïque , ſyriaque ou
>>chananéenne fut celle que parlerent
>>Héber & ſes deſcendans; qu'Abraham
SEPTEMBRE. 1768. 1
> apprit le chananéen ,&le tranfmità ſa
>> poſtérité ; que le chananéen eſt le véri-
>> table hébreu , qui eſt appellé la langue
>> de Chanaan dans nos écritures. Mais
>>rien ne prouve que la langue chaldaï-
>> que , que parloit la famille d'Héber ,
>>fût cette langue qui étoit ſeule connue
>> avant la conſtruction de la tour de Ba-
>>bel ; peut- être cette langue unique fat-
» elle confondue alors , & ne ſe conferva-
t-elle dans aucune nation ni dans
> aucune famille . »
Plaidoyer pour & contre J. J. Rouffeли
& le docteur D. Hume , l'historien Anglois ,
avec des anecdotes intéreſſantes , relatives
ausujet : ouvrage moral & critique pour
ſervir de ſuite aux oeuvres de ces deux
grands hommes. ALondres , & ſe trouve
à Lyon , chez Pierre Cellier , libraire ,
quaiStAntoine ;& à Paris , chez Dufour,
ci-devant au cabinet littéraire , à préſent
rue de la vieille Draperie au bon Pasteur,
in- 12 . 1768 .
Ce plaidoyer pour & contre M. Roufſeau&
M. Hume ne contient que ce que
l'on ſçait déjà de la querelle de ces deux
hommes célèbres. L'Auteur ne les épargne
ni l'un ni l'autre; il ſeroit inutile d'entrer
dans un long détail fur cet ouvrage ,
Dv
S2 MERCURE DE FRANCE .
où l'on trouve peut- être autant d'injures
que de réflexions; nous nous bornerons à
en citer les dernieres phrases. « Voici ce
>> qu'a prononcé un très-honnête hom-
>> me , après avoir parcouru l'expoféfuc-
>> cinct. Rouſſeau n'eſt que malade& non
>>pas méchant ; M. Hume eſt malade &
>> méchant tout - à- la- fois. Je fais des
>> voeux pour la guériſon de tous deux ,
»& particulierement pour la conſerva-
» tion de celui qui, dans cette affaire , a
>>témoigné plus d'oſtentation , d'animo-
>> ſité & de vengeance que de générofité
»& de grandeur d'ame. « L'Auteur ne
trouve que du galimatias , de la déraifon
, & peu d'éloquence dans la grande
lettre de M. Rouſſeau àM. Hume ; il accuſe
l'éditeur de l'expoſé fuccinct , de
manquer de charité & de difcernement ;
&ce qu'il y a de fingulier , c'eſt qu'il le
fait à la fin d'un ouvrage qui n'annonce
pas l'ombre de cette premiere qualité ;
c'eſt aux lecteurs à prononcer s'il a du
moins la derniere.
>
Eloge de Henri le Grand , roi de France
& de Navarre ; par M. de Sapı , avec
cette épigraphe :
Parcere fubjectis&debellare ſuperbos.
VIRGIL.
SEPTEMBRE 1768. 83
A Lyon , chez Pierre Cellier , libraire ,
quai St Antoine ; & à Paris , chez Du--
four , libraire , ci- devant au cabinet littéraire
, à préſent rue de la Vieille-Draperie
au bon Paſteur , du côté du pont Notre-
Dame , vis- à - vis Ste Croix , in- 12 .
58 pages , 1768 .
L'éloge de Heuri le Grand a été propoſé
, par l'académie de la Rochelle ,
pour le prix qu'elle doit diſtribuer cette
année; ce ſujet intéreſſe tous les bons
François , & on attend avec impatience
le diſcours qui fera couronné. Celui-ci ,
qui paroît imprimé , auroit peut- être mérité
d'entrer au concours ; on y peint
l'ame guerriere & intrépide de Henri ;
on préſente enſuite en lui le politique
profond. Toute la premiere partie eſt
hiſtorique ; l'Auteur auroit pu tracer plus
fortement le tableau du fiécle , ce qui auroit
mieux fait reſſortir le héros. Dans
un difcours académique , il ne faut pas ſe
borner à fuivre l'hiſtoire & à la femer de
réflexions ; l'Orateur , au lieu de s'aſſujettir
à cette marche ſimple & réglée , doit
fe livrer un peu plus à fon imagination .
Il doit ſe ſouvenir qu'il n'écrit pas une
hiſtoire , mais un éloge. Nous citerons
un traitde celui-ci. Le terme des con
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
>> cuſſions qu'avoit autoriſées la foibleſſe
>> des Valois n'étoit point expiré. Le la-
>> boureur , que ſes ſervices n'ont pû faire
>> reſpecter , que la baſſeſſe & l'orgueil ,
>> d'accord avec nos préjugés , daignent à
>> peine mettre au rang des hommes , de-
>> venoit coupable à mesure que ſes
>> champs ſe fertiliſoient : fa riche ré-
>>colte étoit un appas ſéduisant pour la
>> barbare avarice; ſouvent il ſe voyoit
>> réduit à partager une nourriture grof-
>> fiere avec les plus vils animaux. Ce
>> n'étoit plus ce mortel heureux que les
>>poëtes ont peint nageant dans la joie
» & les délices d'une vie innocente , qui ,
>> après avoir arrosé les ſilions de ſes
>> fueurs , venoit ſe repoſer dans les bras
>> d'une famille chérie , reprendre ſes
>> forces épuiſées par les fatigues du
>>jour ; mais plutôt une malheureuſe vic-
>> time , dévouée au chagrin & au défef-
>> poir , condamnée à être, à ſon retour des
>> champs , le témoin du ſpectacle le plus
>> attendriſſant qui fut jamais , celui d'une
» épouſe éplorée , aux priſes avec la faim,
» & d'une foule d'enfans manquant de
>> pain , & fe débartant contre la rigueur
>> de leur fort. Il n'en falloit pas tant pour
>> émouvoir le coeur ſenſible de Henri ;&
SEPTEMBRE. 1768. 85
>>déjà l'humanité apperçoit en lui le ven-
>> geur de ſes droits.>>> رد
Eloge de M. Maſſillon , évêque de Clermont
; prononcé à Toulouſe , par M.
l'abbé Marquez , profeſſeur d'éloquence
au collége royal de la même ville . A Paris
, chez Paul-Denis Brocas , rue St Jacques
, au chef St Jean , 1768 , in -8 ° . 24
pages.
Lesouvragesdu célèbre Maſſillon font
ſon éloge ; c'eſt dans leur lecture que M.
l'abbé Marquez a puiſé celui-ci ; il préſente
d'abord les talens& le génie du prélat
pour l'éloquence ; il fait voir enſuite
les vertus d'un grand évêque dans le plus
pathétique des orateurs; telle eſt la diviſion
de ce difcours. M. Maſſillon , rempli
d'admiration pour Bourdaloue , prit
une route différente. Il employa cette
tendre onction qui ſaiſit le coeur , ce ton
d'une ame pénétrée qui convient ſi bien
àla chaire, cet art d'intéreſſer le ſentiment,
que l'on chercheroit en vain dans Bourdaloue.
Il livra les plus vives attaques
aux malheureux prétextes fuggérés par la
paffion pour enfreindre la loi. Il mérita
ce beau mot de Louis XIV : » J'ai en-
>>tendu pluſieurs grands orateurs dans
>> ma chapelle ; j'en ai été fort content ;
86 MERCURE DE FRANCE.
>> mais toutes les fois que je vous ai en-
>> tendu , j'ai été très mécontent de moi-
» même. » Le mérite de l'orateur le porta
à l'évêché de Clermont ; il s'attacha au
bonheur des peuples , dont le ſalut étoit
confiéà ſes ſoins; il entretint la paix dans
ſon diocèſe , tandis qu'elle étoit bannie
de tous les autres. Il abattit le mur de
ſéparation que la rivalité de leurs profeffions
élevoit entre des perſonnes vouées
à l'utilité publique. Il eût voulu que tous
les chrétiens n'euſſent eû qu'un même.
coeur & qu'un même eſprit ; il ſe plaifoit
à raſſembler à la campagne des oratoriens
&des jéſuites ; il faiſoit diſparoître la diviſion
qui regnoit entr'eux , & les engageoit
ſouvent à jouer enſemble. L'orateur
entre dans le détail des occupations de
l'évêque de Clermont, de ſes oeuvres pieuſesjuſqu'au
moment de ſa mort. Les gens
de lettres s'empreſſerent de jetter des
fleurs fur fon tombeau , & fes diocéſains
l'arroferent de leurs larmes.
Effaifur les moeurs du tems , avec cette
épigraphe :
Video meliora....
OVIDE.
ALondres ; & ſe vend àParis , chez VinSEPTEMBRE.
1768. 87
cent , imprimeur-libraire , rue St Séverin,
1768 , un vol . in 12 .
Ce font des avis ſur différens ſujets
qui compoſent cet eſſai. L'Auteur commence
par en adreſſer aux ſociétés d'agriculture
: il ne doute point de l'utilité de
leurs expériences ; mais il penſe que le
cultivateur a plus beſoin d'encouragemens
que d'inſtructions ; il voudroit , en
conféquence , qu'elles propoſaſſent des
récompenfes au laboureur qui auroit le
mieux exploité tel terrein , nourri de plus
beaux moutons , engraiffé plus de cochons
, & recueilli de meilleurs fromens;
il cite l'exemple de M. Colombet , curé
de St Denis-fur- Sarthon , qui diſtribue
ainſi ſa dîme par parties aux fermiers de
ſaparoiſſe qui ont réuſſi dans chacun de
ces objets. Comme il faut des fonds pour
ces prix , l'Auteur voudroit que l'humanité
riche payât un tribut à l'humanité
pauvre& fouffrante; il demande que ceux
que le roi décore d'un cordon , que ceux
àqui il accorde un évêché , une abbaye ,
un gouvernement , une intendance , &c.
contribuentd'une petite ſomme pour ces
récompenfes ; que les bureaux d'agricultures
s'aſſocient les grands&les riches da
royaume qui , à leur réception , paye88
MERCURE DE FRANCE.
!
roient chacun un droit léger qui ne feroit
point fixé , mais qui dépendroit de la généroſité
ou des moyens de chaque aggrégé.
Il faudroit en faire payer un à tout
garçon aiſé qui ne ſe marieroit point : ce
droit remplaceroit ſon inutilité dans l'état.
L'Auteur s'adreſſe enſuite aux riches
en faveur des pauvres ; il leur montre
tout le bien qu'ils ont le pouvoir de faire,
& combien peu il leur coûteroit. L'éducation
attire auſſi ſon attention ; il rappelle
tout ce qu'on a dit contre celle qu'on
donne communément ; il ſe plaint furtout
de celle des colléges ; il deſireroit
que les hommes de tous les états n'y envoyaſſent
pas leurs enfans ; un valet , un
artiſan fait élever ſon fils comme ceux
des perſonnes du premier rang ; il en arrive
qu'il mépriſe la profeſſion de ſes
peres , & qu'il ſe fait moine ou auteur.
>> A voir l'étonnante fourmilliere d'étu-
>>dians qui végétent dans Paris , il ſem-
>>bleroit que nous avons des eſclaves
>>pour cultiver nos terres , pour faire les
>>gros ouvrages des artiſans , pour ſervir
>> fur terre & fur mer , & que nous autres
>>François , nous devons paſſer notrenon-
>> chalante vie à faire des vers ou des ro-
»mans. » Dans l'avis aux meres , l'Au
SEPTEMBRE. 1768. 89
teur traite principalement de l'éducation
des filles ; les détails qu'il préſente forment
une fatire agréable des uſages reçus;
il s'attache ſur - tout à montrer les
dangers d'un union mal- aſſortie. Une
fille , dont le coeur eſt déjà engagé , ſe
voit ſouvent forcée d'épouſer un homme
qu'elle n'aime point & qu'elle ne connoît
pas. On cite un exemple d'un mariage de
cette eſpéce ; l'héroïne ſe conduit avec
une décence qu'on ne doit pas ſe flatter
de trouver dans beaucoup de femmes qui
feront dans ſa ſituation.En parlantde nos
moeurs , & fur-tout de nos erreurs , l'Auteur
n'a eu garde d'oublier le luxe ; il en
fait voir le danger ; il préſente quelques
moyens d'en arrêter les progrès. Cette
queſtion intéreſſante a déjà été traitée pluſieurs
fois; on a fait ſentir ſes avantages
comme ſes déſavantages ; mais on n'a
point encore fixé les opinions ſur ce ſujer :
les réflexions de l'Auteur de cet ouvrage
n'ajoutent rien à ce qui a été dit avant lui ,
& l'incertitude dure encore. Le dernier
avis eſt adreſſé aux modernes ſur les anciens;
il en réſulte que nous avons dégénéré
, que nous avons acquis beaucoup de
vices qu'ils n'avoient pas ,& que ſi nous
ſommes plus inftruits , nous ne ſommes
१० MERCURE DE FRANCE.
pas devenus meilleurs. On compare nos
anciens homines d'armes aux nouveaux ;
les premiers ne faifoient ni piéces d'éloquence
, ni petits vers , mais ils ſe bartoient
bien ; quand ils avoient ſervi leur
roi & leur pays , ils ſervoient l'amour.
>> Je crois bien qu'ils faifoient gauche-
> ment leur cour aux belles , & qu'ils
>>n'avoient point l'art d'affaiſonner leurs
>> complimens de fleurettes &de petits
> vers ; mais les hiſtoires galantes de ces
>> vieux tems ne nous laiſſent point dou-
>> ter que les belles n'ayent été auſſi loïa-
>> lement fervies que de nos jours. Oh ! fi
» ma maîtreſſe me voyoit , diſoit il y a
▸ quelques centaines d'années , un galant
en montant à la tranchée , Oh ! fi ma
>> mie le ſçavoit , diſoit un ancien preux
» en plantant l'étendart françois ſur une
» terre ennemie... Aujourd'hui , quand
>> nous ſommes bien friſés , ou que nous
>> avons un habit de bon goût, nous diſons
» auſſi : Oh !fi ma maîtreffe me voyoit ! «
Hiftoire des troubles du Béarn , aufujet
de la religion dans le XVII fiècle , avec
des notes hiſtoriques & critiques , où l'on
voit les principes des maux que les difputes
de religion ont caufés à la France ;
SEPTEMBRE. 1768. 91
par le P. Miraſſon , barnabite , avec cette
épigraphe :
NonhacveraDeifecit reverentia ,fecit
Caca fuperftitio ....
Anti-Lucret. LIB. I.
A Paris , chez Humaire , libraire , rue du
Marché- Pallu , vis-à vis la Vierge de l'hôtel-
dieu , & au coindu petit-pont,in- 12 .
428 pages , 1768 .
L'académie de Pau avoitpropoſé l'an.
née derniere , pour le ſujet du prix qu'elle
devoit donner, l'hiſtoire des troubles de
Béarn , au ſujet de la religion pendant le
ſeiziéme fiécle. Le P. Miratfon , abuſé
par fa mémoire , ſe trompa fur le fiécle ,
&prit le dix- feptiéme pour le ſeiziéme ;
il envoya fon ouvrage à l'académie , qui
réſerva le prix pour une autre année. Ille
fait imprimer tel qu'il l'a fait; il enviſage
les troubles du Béarn fous trois époques
; il examine ceux qui précéderent ,
ceux qui accompagnerent& ceux qui fuivirent
le voyage de Louis XIII dans cette
province. Ces détails rempliffent 96 pag .
de ſon volume; le reſte contient des notes
hiſtoriques & critiques , dont quelques-
unes font curieuſes. Nous nous arrêterons
à la huitième. L'Auteur parle des
92 MERCURE DE FRANCE.
partis que les Proteſtans formerent en
France pendant la minorité de Louis XIII ,
& des embarras que cauſa la main-levée
des biens eccléſiaſtiques du Béarn . En
1615 le clergé s'aſſembla ; l'évêque de
Beauvais fut choiſi pour haranguer le roi
au ſujet de cette main levée , qui ne put
pas avoir lieu. Deux ans après il y eut une
nouvelle aſſemblée. Gaſpard Diner , évêque
de Mâcon , en fut l'orateur ; voici le
debut de fon diſcours au roi. « Sire , la
>> religion & la juſtice ſont deux ſoeursju-
>> melles qui s'entr'aiment uniquement ;
>> parce que , dit un ancien , elles ont un
>> même ventre , ſont nées en même jour,
>> en même figure , au même point ; c'eſt
>> pourquoi elles ont même horoscope ,
>> mêmes aſpects , heureuſes enſemble ,
> malheureuſes enſemble , un bien com-
>> mun , un mal commun , participantes,
>> par ſociété de nature , à même félicité
>> & infortune ; elles ont mêmes amis &
>> ennemis. Il eſt de la juſtice &de la re-
>>ligion ce que de la lune& de la mer.
>> Si la lune eſt au plein , la mer eſt auſſi
>>au plein ; ſi elle eſt à ſon décours , la
>> mer eſt de même. C'eſt comme du ſo-
>> leil & du foulci ; quand le ſoleil com-
>mence à paroître , le ſoulci s'éclot &
» s'épanouit ; eſt-il enſon midi, le ſoulci
SEPTEMBRE. 1768 . 93
>>fait auſſi paroître le midi de ſa beauté ,
>>ouvrant ſon petit ſein& éparpillant ſes
>> feuillettes , comme autant de petits
>> rays. Mais ſi le ſoleil eſt en ſon occi-
>> dent , cette fleur , naturellement amie
>> de cet aſtre , ſeclot , ſe ferme& ſe cou-
» che avec lui . Ce morceau ſuffit pour
donner une idée de l'éloquence du tems,
ou plutôt de l'orateur : il ſe plaint vivement
de l'oppreſſion des Catholiques du
Béarn ; il demande qu'on leur rende leurs
égliſes & leurs biens , & cite l'exemple
des Turcs qui , dans Conſtantinople même
, laiſſent ſubſiſter quelques égliſes où
ils permettent aux Chrétiens de s'aſſembler.
A la fin du volume , on trouve une
deſcriptiondu Béarn, & une épître en vers
ſur les plaiſirs de l'eſprit , qui a concouru
auſſi pour le prix de la même académie ,
qui a été donné à un autre ouvrage ; la
maniere dont le P. Miraſſon parle de ſes
vers , nous diſpenſe de les juger ; nous ne
ſerions pas ſi ſévéres que lui.
Dictionnaire pour l'intelligence des auteurs
claſſiques Grecs & Latins , tantfacrés
que profanes ; contenant la géographie ,
l'hiſtoire , la fable & les antiquités ; dé
dié à M. le duc de Choiſeul , par M.
Sabathier , profeſſeur auCollège de Châ
94 MERCURE DE FRANCE.
,
lons- fur-Marne , & fecrétaire perpétuel
de la Société Littéraire de la même ville.
A Châlons - fur- Marne chez Seneuze
imprimeur du Roi , & à Paris chez de
Lalain , rue Saint- Jacques ; Barbou , rue
des Mathurins ; Hériſſant fils , rue Saint-
Jacques. in 8 ° 1768 .
Ce Dictionnaire intéreſſant & ſçavant
ſe continue avec le plus grand ſuccès ;
le quatriéme volume que nous annonçons
a le mérite des précédens ; ce ne
font pas des précis ſecs & decharnés
comme dans la plupart des Dictionnaires
hiſtoriques ; ce ſont des vies raiſonnées
des hommes ,& des détails de leurs
ouvrages. Dans celles qui n'ont pas des
écrivains pour objet , & qui regardent
l'hiſtoire , la fable , la géographie & les
antiquités , on remarque des recherches
profondes & pénibles ,des diſcuſſions fages
& critiques qui éclairciſſent les matieres
, multiplient la ſomme des connoiſſances
& y jettent toute la certitude
dont elles font ſuſceptibles. On ne peut
que deſirer la ſuite de cet ouvrage. M.
Sabathier ſe propoſe de ne pas faire languir
long tems le public dans cette attente
; le travail immenfe auquel il ſe
livre est déjà bien avancé : il eſpere dans
quelques années avoir fourni la carriere
SEPTEMBRE. 1768. 95
qu'il a entrepriſe ; le ſuccès avec lequel il
a fait les premiers pas doit l'encourager à
la continuer. 1
Coup d'oeil rapide fur les progrès & la
décadence du commerce & desforces d'Angleterre
, ouvrage attribué àun membre
du parlement. A Amſterdam chez Arkſtée
& Merkus , & à Paris chez de Hanſy le
Jeune , rue Saint-Jacques. 1768.in- 12de
100 pages .
Cet ouvrage eſt adreſſé à l'aſſemblée
de la nation ; l'auteur s'efforce de diſſiper
l'yvreſſe des Anglois qui s'applaudiſſent
encore de leurs derniers ſuccès ,&
de les éclairer ſur de prétendus avantages
dont ils croient jouir. Il leur montre
que leurs richeſſes & leurs forces s'évanouiffent
, que leur commerce eſt prefque
paſſif par tout , que leurs marchandiſes
ne leur rapportent en retour que
des denrées& peu d'or , qu'ils riſquentde
perdre bientôt leurs profits fur le Portugal
, où l'induſtrie aſſoupie pendant long
tems , commence à ſe réveiller , & qui
ne tardera pas à ſe débarraſſer de l'eſpéce
dejoug qu'ils lui ont impofé ; l'auteur
parcourt toutes les différentes branches
ducommerce d'Angleterre ; il le ſuit dans
tous les pays du monde où il s'étend ; il
96 MERCURE DE FRANCE.
compare les exportations & les importa
tions , calcule les bénéfices , & fait voir
* qu'ils diminueront encore. La France ,
parexemple , tire de la Grande Bretagne
du tabac , de l'étaim , quelques flanelles
&du bled dans les tems dediſette ; mais
les récoltes ſi long-tems incertaines dans
ce Royaume , vont enfin y entretenir ſans
ceſſe l'abondance. Autrefois le tranſport
des grains d'une province à l'autre étoit
défendu ; le laboureur en conféquence
ne cultivoit ſes terres qu'à raiſon des débouchés
qu'il pouvoit ſe procurer dans
les marchés du voisinage ; depuis que le
tranſport eſt devenu libre par tout le
Royaume , qu'on a permis l'exportation
étrangere , l'agriculture a repris une nou
velle vigueur , les terroirs les plus ſtériles
ſont devenus féconds : » il ne faut
>donc plus compter que la France vienne
enlever nos grains ,& fi l'on y to-
„ leroit la culture du tabac , nous ferions
» réduits à ne lui fournir uniquement
>>que de l'étaim , dont la conſommation
>'>en est très-médiocre depuis que la
>> fayance yyeſt devenue d'un uſage uni-
» verfel ». L'auteur préfente enſuite le
détail des marchandiſes que la France
fournit à l'Angleterre , le vin , l'eau-devis,
les dentelles , les batiſtes , leslinons,
les
PTEMBRE. 1768: 97
les étoffes d'or , d'argent , de foie , de velours
, les modes , &c. La plupart de ces
marchandiſes ſont proſcrites à leur entrée
ou ſujettes à des droits conſidérables;
mais les contrebandiers ſe jouent des prohibitions
, ils les vendent à Londres audeſſous
du prix des droits ; ce qui rend
ce commerce très- ruineux pour les Anglois
, c'eſt que les contrebandiers payent
cesdenrées comptant , & c'eſt undes plus
grands écoulemens de l'or & de l'argent
de la nation. Les Indes orientales offrent
des débouchés avantageux ; mais
toute la nation n'en profite pas ; la Compagnie
qui y fait le commerce en retire
tous les profits ; tout le reſte en eſt exclus.
Les établiſſemens de l'Amérique commencent
à ſe ſuffire à eux-mêmes ; il n'y
a plus d'émulation parmi les Colons ;
la tyrannie des gouverneurs détruit en
eux tout principe d'activité ; » le vulgaire
>> des François s'imagine que le commer-
>> ce en Angleterre eſt au comble de la
>>proſpérité; qu'ils font heureux , difent-
» ils en parlant de nous ! Ils ne ſçavent
>> pas que c'eſt chez eux que nous de-
>> vrions aller chercher les ſources de
» ce bonheur : oui , la France devroit
>> nous fervir d'exemple. Quelle éten-
» due n'a pas fon commerce de ſucre !
E
1
98 MERCURE DE FRANCE.
» Sa conſommation particuliere eſt im-
>> menſe , & elle en fournit encore à
>> toute l'Europe; ne pouvons-nous donc
→ étendre nos plantationsde cannes » ?&c.
L'auteur évalue à deux millions cinq cens
vingt mille liv. ſterling les objets qui
confument les bénéfices que font lesAnglois
ſur le commerce de Hollande ,
d'Eſpagne , de Portugal , d'Afrique &
des Indes. La dette nationale eſt portée
actuellement à 132 millions de livres
ſterling , cette dette ne peut qu'augmenter
; on ne peut gueres lever par an
que cinq millions ſterling en Angleterre
fans ſurcharger le peuple & le ren.
dre miférable ; il y faut ajouter deux millions
d'impôts particuliers , deſtinés à
ſervir de fonds d'amortiſſement , ce qui
forme ſept millions. Il eſt accordé au
Roi 1,300,000 ; l'intérêt de la dette
nationale , à trois pour cent , monte à
3,960,000 ; il ne refte en conféquence
qu'un million ſept cens quarante mille
liv.; fur cette ſomme il faut entretenit
la marine , les troupes réglées , la milice
&toutes les autres charges de l'Etat, qui
ſont ſans nombre ; l'impoſſibilité eſt phyſique
; on eft obligé d'emprunter annuellement
un million & demi , & fouvent
les deux millions ; les fonds d'amortiſſeSEPTEMBRE.
1768. 99
ment , toujours conſommés par le beſoin
du moment , ne vont jamais à leur deftination
; l'Etat au ſein de la paix augmente
ſa dette de deux millions , & les
impôts ne diminuent point. C'eſt par ce
tableau effrayant que l'auteur termine
ſon ouvrage ; il paroît connoître à fond
la ſituation préſente de l'Angleterre , ſes
intérêts , ſes défavantages ; il préſente
fur-tout les derniers avec les couleurs
les plus fortes , & il eſt obligé de finir
par dire qu'il y a peut-être des ſecours à
de ſi grands maux , mais qu'ils font incertains
, & qu'il faudroit faire de trop
grands changemens pour les tenter.
Des Causes du bonheurpublic , ouvrage
dédié à Mgr. le Dauphin , par M. l'abbé
Gros de Beſplas , docteurde llaamaiſon&
ſociété de Sorbonne , prédicateur du Roi .
A Paris chez Jorri , imprimeur libraire
rue de la Comédie- Françoiſe. 1768
Monfieur l'abbéde Beſplas ſuppoſe que
des ſauvages , après avoir erré long-tems
dans les bois , viennent demander des
loix à un ſage ; celui-ci n'a trouvé que
des hommes dans les anciens législateurs ;
il
a ouvert le livre de l'Evangile ; il en
a vu fortir toutes les vertus comme de
leur fource ; ſeul il peut rendre les hom-
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
mes heureux ; il propoſe aux ſauvages
d'embraſſer cette morale & cette religion
; après ce préliminaire il leur indique
trois cauſes du bonheur public : le caractère
national , la religion , & les qualités
du fouverain. Il s'adreſſe enfuite à M.
le Dauphin : » un ſujet , lui dit- il , qui
>> cache la vérité à ſes maîtres eſt coupa-
>> ble de trahifon. Je vous la mettrai ſou-
>> vent ſous les yeux ( un roi ne peut trop
» la contempler & l'entendre ) je vous
la retracerai même ; pardonnez , fi je
>>m'exprime ainſi avec cet enthouſiaſme
>> d'une ame paſſionnée pour la vertu ,
» avec la libertéd'un citoyen reſpectueux
» & ſenſible , qui parle pour la premiere
» fois du bonheur des hommes & des
vertus d'un bon roi » . L'auteur entre
dans des détails ſur la premiere cauſe du
bonheur. Il fait voir en quoi le caractère
national y peut contribuer ; il indique
ce qu'il faudroit faire pour le perfection.
ner, & pour le tourner entiérement du
côté du bonheur public. Il donne le plan
d'une école publique qui n'auroit pour
objet que de former des éleves à la vertu.
La religion eſt la ſeconde cauſe ; l'au
teur la peint comme la bienfaittice de
l'humanité ; il la montre telle qu'elle doit
être dans les rois , dans les miniſtres deş
SEPTEMBRE. 1768. for
autels , dans les moraliſtes , dans les prédicateurs
, dans les monastères de l'un &
de l'autre ſexe , dans les colléges , dans les
armées , dans les magiſtrats , dans les gens
de lettres & dans le peuple. Il en vient
enſuite à la derniere cauſe du bonheur ,
le caractère des princes ; il peint avec
chaleur la ſageſſe dans l'eſprit & dans le
coeur des rois , montre les dangers & les
malheurs qui accompagnent néceſſairement
la colère & l'ambition ; il parlé
enfuite de l'amour qu'un prince doit à
ſes ſujets , & termine ſes inſtructions par
une proſopopée ſublime qu'il met dans la
bouche de feu M. le Dauphin. Le public
trouvera le diſcours qu'on lui attribue
digne de ſon génie & de ſon ame. On
y remarque avec piatur ieloge des deux
ſages inſtituteurs de M. le Dauphin ; ils
méritoient la reconnoiſſance de l'illuſtre
pere de leurs éleves , & l'on ſçait gré à
l'auteur d'avoir payé , à l'exemple de ce
grand prince , le tribut d'éloges que la nation
doit à M. le duc de la Vauguyon , & à
M. l'ancien évêque de Limoges. »
>>mez le ſage qui éclaire & guide votre
>> enfance ; c'eſt mon coeur qui vous l'a
>> choiſi ; ſes vertus me l'ont rendu cher,
>> parce que , ſemblables à celles que je
>> cultivois , elles aiment le filence. Ses
1 19/1
Ai
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
>>difcours , pleins de vérité &de modef-
>> tie , vous offrent ce déſintéreſſement ,
>> cette candeur , cette ſimplicité noble
>>qui diſtingue les ames ſinceres & droi-
>> tes ; il a les regards du ciel , comment
>> ne fixeroit-t- il pas les vôtres ? Le digne
>>pontife , que l'ingénuité de ſes vertus
>> a placé auprès de vous ; ce pontife ,
→ étranger au milieu de la cour , ſera auffi
> l'objet de votre tendreſſe ; pere d'un
>>ſaint troupeau qui le chériſſoit , il n'a
>> conſenti à le quitter que pour vous ap-
>> prendre à vous-même à être le pere de
» vos ſujets. » Cet ouvrage mérite les
plus juſtes eloges , par les vérités qu'il
préſente &par la maniere dont elles ſont
exprimées ; ce ſont des leçons utiles aux
princes quis
s ne ſcanreient trop érndie-
&où les autres hommes en trouveront
encore qui leur conviennent à tous.
3
Premier cri d'un coeur françois fur la
mort de la reine ; par M. Dagues de Clairfontaine
, de l'académie royale d'Angers.
Stances lyriques fur la mort de Stanislas ,
ou la Reconnoiſſance Lorraine ; par M.
de ***. A Paris , chez Saugrain le jeune,
libraire ordinaire de Mgr le comte d'Artois
, quai des Auguſtins , in 4º. 20 pages,
1768 .
SEPTEMBRE. 1768. 103
Ces deux ouvrages font réunis dans la
même brochure ; le premier Cri d'un
coeur françois , eſt un éloge rapide de la
reine ; le ſentiment l'a dicté. « Fille uni-
>> que d'un grand roi , dont l'ame s'étoit
>> agrandie , fortifiée , affermie au ſein
>> même des adverſités ; fille d'un roi phi-
>> loſophe , bienfaiſant , dont les vertus
»& les écrits immortaliſent le nom dans
>>la poſtérité , elle profita de ſes fublimes
>> leçons, &ces précieuſes ſemences fruc-
>>tifierent dans un coeur né généreux ,
>> tendre & compatiſſant. » On rappelle
divers traits de ſa bienfaiſance; les vaſes
d'or dont lui firent préſent les Juifs de
Metz , & qu'elle envoya fur le champ à
l'évêque pour en faire diftribuer le prix
aux pauvres ; on la préſente étendant les
exercices de fa charité , & travaillant de
ſa propre main à faire du linge pour les
indigens. Sa conduite , ſes actions com
me reine , épouſe , mere & fille , offrent
un ſpectacle attendrillant& fublime .
Les ſtances qui ſuivent cet éloge font
d'une autre main. Le poëte ſe tranſporte
tout-à- coup au temple de la gloire; il y
cherche vainement les conquérans.
J'y vois les princes , nés pour le bonheur du
monde;
DEF
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Ils laiſſent repoſer dans une paix profonde
Leurs foudres deſtructeurs ;
Sans aſſervir les rois , ils leur ſerventd'exemples...
Elevent , vers le ciel , des autels & des temples ,
Ils en ont dans les coeurs.
Le poëte fait un éloge heureux de Léopold
I, duc de Lorraine & de Bar , roi de
Jérusalem , qui mourut en 1729 .
Ici , ſont des héros ſous la pourpre romaine ;
Là , paroît Léopold , ſi cher à la Lorraine
Par ſes bienfaits divers ;
Pere de ſes ſujets avant d'être leur maître ,
Il ne régit qu'un peuple , &méritoit de naître
Pour régir l'univers.
S'il n'eût point , ſous ſes loix , l'un & l'autreNep
tune ,
Lamort , deſesmépris , fait rougir lafortune,
Et le place à ſon rang ;
Autour de Léopold ſont les héros de Rome,
Et la Gloire , à leurs yeux , fait placer le grand
:
homme
Entre Tite & Trajan .
1
: : :
Le ſuperbe empereur (Auguſte) du duc n'eſt point
le guide...
Vers le grand ſanctuaire , où la Gloire préſide,
Il marche en le ſuivant.
L'un cultiva les arts , l'autre en prit la défenſe;
1
SEPTEMBRE . 1768. 105
Augufte , dans ſa cour , protégea la ſcience,
Léopold fut ſçavant.
: :
Prince , diſoit Trajan , tu balançois ma gloire ,
Quand ta main , jeune encor , captivoit la victoire
Enchaînée à ton char ;
Quand l'Orient te prit pour le dieu de la Guerre,
Quand le fier Ottoman , frappé de ton tonnerre ,
Fuyoit à Temelwar.
Lettres fur la nouvelle Traduction de
Tacite ; par M. L. D. L. B. , &c. par Simon-
Nicolas-Henri Linguet. A Amſterdam
, 1768 .
M. Linguet ſe plaint , dans la préface
de ſes lettres , d'avoir été infulté parM.
l'abbé de L. B. Il emploie , pour lui répondre
, plus de pages d'injures qu'on
n'avoit écrit contre lui de lignes : Nardi
parvus onix eliciet cadum. Les eſprits
modérés voudroient qu'il ſe fût contenté
d'avoir raiſon fur les fautes qu'il reproche
au traducteur de Tacite , comme,en
effet , il l'a preſque toujours : & les gens
de goût voudroient que ſa brochure für
moins longue de la moitié; que fes plaifanteries
ne portaſſent pas continuellement
fur le même objet , & ne fuffent
pas répétées juſqu'au dégoût , & far-tout
1
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
qu'en critiquant le ſtyle d'autrui , le ſien
fût plus égal & plus pur. Qu'on n'y trouvât
pas des phrases comme celles - ci :
il n'avoit pas sans doute étéménagé par
les exécuteurs des ordres de ce pere déchiré
par la vue du cadavre de fa fille... Un
mari , ennuyé deJafemme apparemment ,
s'en débarrasse comme d'un meuble à charge
: pour s'épargner les frais du transport,
il lajette par la fenêtre. Il y a vingt plaifanteries
d'un auſſi mauvais ton . M. Linguet
, qui a de l'eſprit & du talent , devroit
ſçavoir que , dans le genre plaiſant,
on ne ſçauroit mettre trop de préciſion
&de fobriété. Que la gaïté eſt légere &
vive , &non prolixe &pefante. Souvent
chez lui la même idée occupe deux ou
trois pages. Qu'il reliſe M. de Voltaire,
qu'il affecte d'imiter & peut-être trop , il
apprendra à s'arrêter.
A l'égard de la traduction de Tacite ,
qui a donné lieu à cet écrit polémique ,
nous devons remarquer combien il eſt
difficile de nous rendre en françois les
beautés originales & pittoreſques de ce
fublime écrivain , & combien l'on a tort
dedéfier tous les traducteurs paſſés , préſens
&à venir , lorſqu'on n'eſt pas für de
faire mieux , & même quand on en fe
roit fûr. Si quelqu'un ( écrivoit , il y a
SEPTEMBRE. 1768. 107
quelque temps , M. de Voltaire) pouvoit
donner à notre langue foible & traînante
l'énergie & la précision de Tacite , c'étoit
M. d'Alembert. Quand ſes morceaux de
Tacite parurent , ils furent très- critiqués.
Aujourd'hui l'on defireroit qu'il en traduisît
d'avantage , & c'eſt- là la véritable
critique de la nouvelle traduction .
THE REASONABLENESS OF REPENTANCE
, WIT A DEDICATION
TO THE DEVIL , AND AN ADRESS
TO THE CANDIDATES FOR HELL.
La néceſſité de faire pénitence , avec une
dédicace au Diable & une adreſſe aux Candidats
de l'enfer ; par le Rév. James Penn,
vicaire de Clavering , 1768 .
C'eſt un recueil de fermons qui porte
ce titre ; la dédicace & l'adreſſe burlefques
qui l'annoncent ſont réellement à la
tête ; en parcourant ces diſcours , nous
avons été étonnés de les voir précédés.
par des plaiſanteries ; ils font écrits avec
décence , & préfentent une morale ſage.
Le prédicateur Henley répondoit à ceux
qui lui demandoient pourquoi il ſe permettoit
des bouffonneries , qui font peu
faites pour la chaire , que s'il n'avoit pas
pris ce parti , il n'auroit point eu d'audi
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
teurs. Peu importe , ajoutoit t- il , comment
la vérité ſe faffe entendre , pourvû qu'on
l'écoute ; peut- être que M. Penn a eu le
malheur de manquer d'auditeurs , & qu'il
a voulu , par le même moyen , ſe procurer
aumoins des lecteurs .
t
THE HISTORY OF ENGLAND FROM
THE REVOLUTION , TO THE ACCESSION
OF THE BRUNSWICK LINE :
Histoire d'Angleterre , depuis la révolution
,jusqu'à l'avènement de la maison de
Brunswick au trône. ParM. John. Wilkes
in-4° 1768 .
L'auteur de cette hiſtoire eſt le célébre
M. Wilkes qui a fait tant de bruit en
Angleterre , & dont l'affaire vient d'être
jugée ; ce qu'il vient de publier comme
l'hiſtoire de l'Angleterre n'en eſt qu'une
introduction. » La révolution , dit-il, eſt
>>la grande ere de la liberté angloife;
>> depuis cette époque la liberté a regné
>> fans interruption dans notre heureuſe
>>patrie ; les droits de la Couronne &
>> ceux du peuple ont été reconnus & fi-
>> xés par les trois branches de la légiſla-
>> tion. Les diſputes ſur les prérogatives ,
>> fur les priviléges , ſur la liberté ont
>> été anéanties; l'attention publique s'eſt
SEPTEMBRE. 1768. 109
tournée ſur d'autres objets , tels que les
> différens changemens faits dans l'inté-
>> rieur du gouvernement , & les événe-
>> mens remarquables du continent ; car
>>après avoir établi ſa tranquillité parti-
- culiere , la nation porta ſes regards au
>> loin , & commença à reprendre fon
> poids & fon influence parmi les puiſ
>> ſances de l'Europe » . Les amis de M.
Wilkes ne font pas difficulté de le mettre
à côté de Tacite & de Tite Live ; ſes
ennemis lui refuſent le moindre mérite
comme hiſtorien ; les lecteurs ſans partialité
, lui reconnoiffent de l'élégance
& de l'eſprit , mais ils le trouvent fuperficiel
; dans bien des endroits il parle
d'une maniere tout à fait oppofée à ce
qu'ont publié les hiſtoriens qui l'ont précédé
, & il cite rarement des autorités ;
il perd un peu trop de tems à prouver
l'efpéce de haine & de jalouſie que Guillaume
III avoit conçue contre Louis XIV.
Il n'y a perfonne qui ne ſcache combien
on craignoit les projets de ce monarque ;
cet article n'exigeoit pas beaucoup de
diſcuſſions ; les faits ſuffifoient ; on eft
bien étonné de voir l'auteur citer comme
une autorité à ce ſujet , le morceau
du remercîment de Deſpreaux à fa reception
à l'Académie françoiſe, où il ap
1
H
1
110 MERCURE DE FRANCE.
,
comme
pelle le prince d'Orange : cet opinidtre
ennemi defa gloire , ( de Louis XIV ) cet
induſtrieux artifan de ligues & de querelles ,
qui travailloit depuisfi long-tems à remuer
contre lui toute l'Europe. Il termine fon
introduction par un éloge de la liberté
qui fut , ſelon lui , le grand principe des
Anglois lors de la révolution
elle fut le but des Romains lorſqu'ils
chafferent les Tarquins ; il copie ce que
Tacite a dit ſur la liberté , & ce que
Monteſquieu a répété enſuite. Ses jugemens
ſont quelquefois précipités , fes
connoiffances ſuperficielles & bornées ,
ſon ſtyle en récompenſe eſt facile , animé
& rempli de chaleur ; il attache ,
il plaît , quoiqu'il n'ait ni l'énergie , ni
la dignité qui conviennent à l'hiſtoire.
TRAVELS THROUGH GERMANY :
Voyage en Allemagne , contenant des obfervationsfur
les coutumes , les moeurs
la religion , le gouvernement, le commerce,
les arts & les antiquités , dans une
fuitede lettres à un ami par Thomas Nugent.
2 vol. in- 8° 1768 .
Le voyage d'Allemagne fut entrepris
par l'auteur pour vérifier pluſieurs articles
qu'il avoit mis dans ſon hiſtoire de
SEPTEMBRE. 1768. IIF
1
:
la Germanie ; il lui a fervi à corriger
pluſieurs erreurs dans lesquelles il étoit
tombé. Les obſervations qu'il a faites
font exactes ; on trouve qu'il a trop prodigué
les deſcriptions de monumens ,
leurs inſcriptions , & les citations des
Poëtes Latins & Anglois. Il paroît avoit
pris quelquefois leur ſtyle pour exprimer
les choſes les plus fimples . Nous
en citerons un exemple: l'auteur eſt dans
une ferme où il a couché ; » le matin
>>ſuivant , auſſi-tôt que le fidéle héraut
>> du jour commença à faire rétentir les
>> airs de ſa voix perçante , je me levai ,
>>& je trouvai toute la famille en mou-
>> vement ; le bon vieux fermier & fon
» épouſe préparoient le déjeûner , quel-
>>ques ſervantes enfermoient le lait
>> d'autres en tiroient la crême , les la-
» boureurs partoient avec leurs attelages
» & leurs charrues pour ſe rendre dans
>> les champs , les troupeaux bèlans paif-
>> foient déjà l'herbe tendre, encore mouil-
>> lée par la rofée » ; toutes ces deſcriptions
ne conviennent gueres à un voyageur
; l'obſervation , la ſimplicité , la
clarté , voilà ce qu'on lui demande; il décrit
dans ſes dernieres lettres la cour de
Mecklembourg dont il paroît être trèst
fatisfait. Nous rapporterons le portrait
12 MERC URE DE FRANCE.
qu'il fait du duc : » le duc regnant de
>>Mecklembourg - Strelitz , Adolphe-
>> Frederik IV, eſt âgé de vingt- huit ans ,
>> bien fait dans ſa perſonne , d'une taille
> moyenne & bien proportionnée , il a
>> un grand front , des yeux gris & très-
>> vifs , ſon port eſt noble , majestueux ,
>>plein de grace ; on ne peut être plus
>>affable que lui : quoiqu'il paroiſſe très-
>> robuſte , ſa conſtitution ne laiſſe pas
>> d'être délicate ; il ne peut foutenir
>> longt-tems la fatigue ; fon régime de
>> vie eſt très- réglé , ſa table très- fobre ;
>>>rarement il boit à fon repas au - delà
>> d'une pinte de vin ; il donne un exem-
>>ple de chaſteté , très-rare à ſon âge ;
>> il n'a ni amours ni intrigues ; il ne
>> permet rien à ſes paſſions aux dépens
»
>>
de la vertu ; cela eſt d'autant plus
extraordinaire , qu'il eſt dans l'âge le
>>plus bouillant , &qu'il n'eſt pas inſenſi-
>>ble à la beauté. Il reſpecte ſa religion ; &
» ſa piété eſt raiſonnée ; ſa magnificence
>> eſt ſans profuſion ; ſon économie ne
-> reſſent point l'épargne , &c.
DELLA ILIADE D'OMERO TRASPORTATA
IN OTTAVA RIMA DA
GIOVANNI TURCO , tomo primo , &c.
Iliade d'Homere , mise en octaves par
Giovanni Turco, Florence in-4°
SEPTEMBRE. 1768. 113
On prévient au commencement de
cet ouvrage que chaque chant de l'Iliade
coutera deux pauls , le diſcours prélimiminaire
autant , & qu'il faut s'adreſſer à
l'auteur pour ſe les procurer. Ce diſcours
contient un examen des poëmes d'Homére
, & quelques réflexions ſur la traduction
qu'on préſente au public , & dont
il ne paroît encore que le premier chant.
On trouve de la facilité dans la verſification
du poëte italien , elle rend avec
exactitude le ſens du grec. Il y a déjà pluſieurs
verſions de l'Iliade & de l'Odiffée ,
mais aucune n'eſt en octave ; on ne compte
pas celle que Gregorio Redi a donnée
de l'Odiſſée . Un Napolitain , Nicolas
Capaſſe , eſſaya auſſi de traduire l'Iliade
en octaves , mais il employa l'Idiome
napolitain , & ne ſongea qu'à traveſtir le
poëme dans le goût de l'Eneïde travestie
par Lalli , & fe borna uniquement à fix
livres qui n'ont jamais été imprimés &
dont quelques curieux confervent le manufcrit.
LETTERE DI NICOLO MACHIAVELLI
, CHE SI PUBLICANO PER LA
PRIMA VOLTA , & c. Lettres de Nicolas
Machiavel , publiéespour la premierefois ,
& dédiées à mylord Naſſau - Clavering ,
114 MERCURE DE FRANCE.
comte de Cowper, &c. Par M. Foffi. A
Florence. in- 8° 298 pages.
On connoiffoit Machiavel comme un
écrivain , un hiſtorien eſtimé , mais on
ne le connoiſſoit point comme négociateur.
Les Florentins l'employerent cependantauprès
de quelques cours étrangeres ,
où il fut chargé d'affaires importantes
depuis l'année 1502 juſqu'à l'année 1506.
Ces lettres ont rapport à ces mêmes affaires
; elles font adreſſées à la ſeigneurie
de Florence , à laquelle il rend compte
de ce qu'il fait conformément à ſes inftructions
; pour les bien goûter il eſt
néceſſaire de prendre une connoiſſance
préliminaire de l'état de la République
pendant ce tems ; l'éditeur M.
Foffi en a bien donné une idée dans ſa
préface & dans quelques notes qu'on
trouve au bas des pages , mais elle ne
fuffit pas ; ce recueil eſt très- précieux ; on
eſt bien aiſe de voir comment agiſſoit
un homme qui avoit des idées ſi ſingulieres
en politique; il ménagea les intérêts
dont il avoit éré chargé avec beancoup
de ſuccès ; c'eſt un vrai préſent
que M. Foſſi a fait à la littérature .
SEPTEMBRE . 1768. 115
ACADÉMIES .
Prix académiques.
I.
Manheim.
L'A'ACCAADDÉÉMMIIEE des ſciences deManheim
vient de propofer un prix de vingt- cinq
ducats , pour le mémoire qui contiendra
la meilleure ſolution de la queſtion fuivante
: En quoi conſiſtent la nature & les
qualités du haneton , conſidéré depuis l'oeuf,
qui eſtſa premiere origine ,jusqu'àſa mort,
&quel est le moyen le plus efficace pour
parvenir à la deftruction de cet infecte.
I I.
Stockholm .
Une ſociété , connue sous le nom de
Société patriotique , établie à Stockholm ,
apropoſé pour le ſujet d'un prix qui conſiſte
en une médaille d'or , la ſolution de
la queſtion ſuivante : Ya- t-il , dans l'oeconomie
de la Suède , un principe général
qui puiſſe être adopté comme axiome politique
pour toutes les parties de l'adminiftration
? La ſociété demande réponſe à
16 MERCURE DE FRANCE.
cette queſtion pour le mois de Juin
1769 .
III.
L'académie des ſciences de Stockholm
a propoſé , pour ſujet du prix de l'année
1769 , la queſtion ſuivante : De quelle
maniere un pays , qui a peu de cultivateurs
, peut- il tirer le plus grand avantage
du petit nombre de ſes habitans ? Et pour
ſujet du prix de 1770 , d'indiquer quels
font les moyens qu'on doit employerpour
l'encouragement de l'agriculture , relative
ment à lafituation préſente de la Suéde.
IV.
Vienne.
Parun édit du premier Juiller dernier
l'impératrice reine de Hongrie promet
une récompenſe de mille ducats à quiconque,
ſoit ſujet , ſoit étranger , ſçaura épurer
le cuivre du pays , & donner au métal
la qualité la plus fine dont il eſt ſuſceptible
, ſans en augmenter le prix. Il faut
que la découverte ſe faſſe pendant l'efpace
d'un an , à compter du jour de la publication
de l'édit , & que le cuivre , ainſi
travaillé , juſtifie par les eſſais , tant en
grand qu'en petit, qu'il a acquis la qualité
qu'ondefire.
SEPTEMBRE. 1768. 117
!
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL .
Le lundi , 15 Août 1768 , jour de l'afſomption
, on a exécuté au Concert ſpitituel
: Diligam te, Domine , &c. motet à
grand choeur , de Gilles. Enſuite M. BEzozzı
, de la muſique du roi , a joué un
concerto de hautbois. Les ſons flatteurs
qu'il tire de cet inſtrument ingrat , la précifion
& les graces de ſon exécution , l'élégance
de ſa muſique , tout lui a mérité
les juſtes & vifs applaudiſſemens de l'affemblée
. M. l'abbé Durais , baſle-taille
ordinaire de la muſique de St Germainl'Auxerrois
, a chanté avec ſuccès , Cæli
enarrant , &c. , nouveau motet à voix
feule de M. l'abbé Dugué , maître de
muſique de la même égliſe. M. & Mde
SIREMEN ont exécuté un concerto à deux
violons , de leur compoſition . Mde Siremen
eſt une éleve du fameux Tartini :
elle a parfaitement ſaiſi le jeu de cet habile
maître ; elle a même , dans l'exécution
, des graces qui lui font particulieres,
C'eſt une muſe qui touche la lyre d'Apollon,
& les charmes de faperſonne
118 MERCURE DE FRANCE.
ajoutent encore à la ſupériorité de ſon talent.
Mile FEL a chanté avec le goût ,
l'art & la voix qu'on lui connoît , des airs
italiens très bien choiſis & accommodés
àdes paroles latines. M. BEZOZzi a accompagné
un de ces airs avec beaucoup
d'intelligence . Ce beau motet a été terminé
par Exultate jufti in Domino , &c.
motet d'un grand effet de l'abbé Dugué.
Madame Larrivée a été applaudie dans
pluſieurs recits.
OPERA.
PLUSIEURS rôles de l'opéra d'Alcimadure
ont été parfaitement doublés. Mademoiſelle
REICHE a remplacé , dans le
prologue , Clémence Ifaure. Sa voix a paru
très-bien répondre à la muſique impoſante
de ce rôle.
Mile ROSALIE a joué avec beaucoup
d'intelligence dans Alcimadure ; elle a
rendu pluſieurs airs avec fineſſe & avec
goût ; on a donné auſſi de juſtes applaudiſſemens
à la voix franche & fonore , &
au jeu du Sr DURAND , dans le rôle de
Mirtil. Le St Legros continue de jouer
Daphnis , & de recevoir les applaudiffemens
des amateurs. Les principaux talens
SEPTEMBRE. 1768. 119
de ladanſe ſoutiennent toujours , par leur
brillante exécution, les ballets pittorefques
, voluptueux &gais de cette paſtorale.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES Comédiens François ordinaires du
Roi ont donné , ſur leur théâtre , le mercredi
27 Juillet dernier , une repréſentation
des Deux Freres , ou la Prévention
vaincue , comédie en cinq actes & en vers
de M. Moiſſi , avantageuſement connu
par pluſieurs piéces qui ont réuſſi, principalement
à la comédie italienne , la nouvelle
Ecole des Femmes .
Deux freres , nommés Dorigni , ſéparés
dès leur plus tendre enfance , ont été
élevés , l'un chez ſon pere à la ville , l'autre
à la campagne chez ſon aïeul. Le
Dorigni de la ville eſt un petit maître ;
Celui de la campagne a des moeurs &de
la vertu. Deux coufines , l'une coquette ,
l'autre pleine de ſentiment , doivent apporter
une dot conſidérable , léguée par
leur rateur pour celle qui épouſera un
Dorigni . Le petit maître , amant intéreffé
& léger , adreſſe ſes voeux à la jeune
beauté qui conſidére le mariage comme
120 MERCURE DE FRANCE .
un lien ſans conféquence. Cependant
l'aïeul vient à Paris , & amene ſon élève ,
mais qui ne paroît pas à ſon frere devoir
être un rival redoutable. Il eſt annoncé
fous le nom de Dorancé. C'eſt un ſtratagême
de l'aïeul pour jouir plus fûrement
de l'impreſſion que la préſence de fon
petit - fils doit faire dans un monde fi
étranger pour lui. Dorancé ades converſations
avec ſon pere & fon frere dont il
n'eſt pas connu. Il gagne leur eſtime &
leur amitié . Il a auſſi le bonheur de rencontrer
une maîtreſſe dans ſon aimable &
vertueuſe couſine. L'aïeul fait réuffir leur
union , qu'il avoit projettée ſans être inftruit
de leur inclination ; & il fait revenir
le pere & le frere de leur prévention
contre une éducation de campagne , en
leur découvrant que Dorancé eſt Dorigni
ſon élève. Par cette alliance le legs appartient
à la couſine qui l'épouse ; mais
elle a la généroſité de ne vouloir que la
moitié de la donation , & d'engager ſa
ſoeur à donner la main au frere de fon
amant.
Il y a quelques traits qui ont été applaudis
, ainſi que pluſieurs vers heureux
&de ſentiment; cependant cette piéce
n'a eu qu'une repréſentation ,&il eſt ſans
doute inutile ici de relever les défauts
de
SEPTEMBRE. 1768. 121
de vraiſemblance , de ſtyle , d'action &
d'intérêt qui ont nui à ſon ſuccès.
Les comédiens françois ſe diſpoſent à
donner Laurette , comédie , dont le ſujet
eſt tiré d'un conte de M. Marmontel.
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ont continué
de donner le Jardinier de Sidon. Cette
comédie a eu douze repréſentations dans
la ſaiſon la plus défavorable pour les
ſpectacles. Le Public a remarqué pluſieurs
endroits de cette piéce qui lui étoient
échapés. Les paroles de l'ariette des Hirondelles
, & celles du vaudeville , ont
éré fur-tout entendues avec plaiſir. On a
découvert de nouvelles beautés dans la
muſique de M. Philidor , qui demandeà
être détaillée. Les connoiffeurs ont
trouvé qu'il avoit foutenu la nobleſſe du
ſujet par celle de ſa compoſition.
Les Sr & Dame Renaud ont debuté
fur ce théâtre , le dimanche 31 Juillet
dernier , par un ballet intitulé , Acis &
Galatée. Leur ſuccès a été brillant. On a
éré également ſatisfait de la compoſition
ingénieuſe & galante du ballet , & de la
belle exécution des danſeurs; il a été facile
de reconnoître dans leur danſe le
F
122 MERCURE DE FRANCE .
genre du célèbre Novere , dont le Sr Re
naud est élève.
Les comédiens ont joué , pour la premiere
fois, avec ſuccès , le ſamedi 20aoûr,
le Huron , comédie en deux actes mêlée
d'ariettes. Nous en rendrons compte dans
le Mercure prochain .
ASTRONOMIE DES INDIENS .
M. COUANNIER DESLANDES , chirur
gien-major des hôpitaux , ayant été pris
dans la derniere guerre par les Indiens
Utchiſes , peuple de la Floride , a fait dif.
férentes obſervations curieuſes parmi ces
ſauvages. On a rapporté , dans l'Avant-
Coureur du 13 Juin dernier , la maniere
finguliere dont ils exercent la médecine .
On pourra prendre une idée de leur connoiſſance
dans l'aſtronomie d'après l'obſervation
ſuivante qui nous a été pareillement
cornmuniquée par M. Couannier
Deflandes .
Le plus ſçavant aſtronome & le plus
habile navigateur de l'iſle paſſa la nuit
du 15 Mars 1762 à obſerver les aſtres ;
il formoit des calculs , fixoit les nombres
par le moyen de certains petits morceaux
de bois , diftingués les uns des autres par
la diverſité de la taille; il les plaçoit tan
SEPTEMBRE 1768. 123
tot en cercle , tantôt en quarré , en angle,
&dans différentes formes irrégulieres. Il
avoit , devant lui un vaiſſeau de terre
noire rempli d'eau , qu'il contemploit
fur-tout avec beaucoup d'attention &
d'un air de myſtere . Il paſſa ainſi la plus
grande partie de la nuit. Le matin il ſe
leva avant le ſoleil , monta fur la cime
d'un arbre , & delà , tourné à l'Orient ,
contempla le ſoleil ſur l'horifon , tandis
qu'un autre Indien faifoit la même obfervation
du côté de l'Occident. Les deux
obſervateurs ſe rapprocherent enfuite , &
firentenſemble descalculsdont ilsparurent
fortcontens. Ces pilotes aſtronomes s'embarquerent;
& vers les trois heures après
midi, le temps étant calme & ferein , aucun
nuage ne paroiſſant dans le ciel , le
maître pilote annonça qu'il falloit gagner
la terre; il fit fortir toutes les pelleteries
&les autres marchandises , & fit éloigner
tout l'équipage , étonné de tant de précautions.
Mais bientôt il s'éleva un vent
furieux , & une tempête horrible agita la
mer. Les Indiens inſulterent à la mer , en
foulant l'eau & lui montrant leur libérateur.
Les obfervations deM. Couannier Deflandes
feront plus détaillées dans l'hiſtoire
de ſes voyages qu'il doit donner au Public.
Fij
:
124 MERCURE DE FRANCE.
MEDECINE.
Remède contre la Pierre.
Le feul defir d'être utile à l'humanité
m'engage à publier une guérifon regardée
comme miraculeuſe .
Un de mes amis , attaqué d'une maladiedangereuſe
, que l'on traitoit de coli.
que néfrétique , a pris en conféquence
beaucoupdedrogues & fur-tout les bains,
fans beaucoup de ſuccès ; au contraire ,
des douleurs très-aiguës qui ſe ſont fait
ſentir dans les reins , ont déterminé la
maladie & ont fait croire indubitablement
que c'étoit la pierre; les urines ,
d'ailleurs , étoient rouges comme du ſang
&dépofoient beaucoup de graviers. La
famille & le malade , au déſeſpoir d'être
obligés d'avoir recours à une opération
cruelle , ont cherché des remèdes plus
doux; on leur a enſeigné l'uſage des coquerettes
; le malade en a pris habituellement&
s'eſt trouvé foulagé au bout de
quelques jours ; mais il n'en eût pas bû
quinze jours qu'il reſſentit des douleurs
extraordinaires , occafionnées par uneretention
d'urine : nouvel effroi : unjour ſe
SEPTEMBRE 1768. 125
paſſedans cette criſe; enfin , le malade
défolé s'aviſe de boire une pinte de fa
tiſanne , qui lui fait rendre , par les utines
, pluſieurs petites pierres qui , molles
encore, en avoient fans doute formé une
plus groſſe que l'acidité du remède avoit
diffoure.
Le malade continue d'en boire une
chopine par jour , moitié le matin à jeun,
& l'après -midi avant de ſouper , n'obfervantd'autre
régime que de vivre fobrement:
il ſe porte très-bien actuellement.
La coquerette eſt une eſpéce de cerife
fauvagequi ſe vend très-bon marché chez
P'herboriſte ; on en fait une infufion dans
de l'eau, ſemblable à du thé.
Ce 21 Juillet 1768.
HENRI .
DU TRAITEMENT ET DE L'EXTINCTION
DELA VARIOLE ET DE
LA ROUGEOLE , fuivi d'un Discours
auxhommes fur leurfanté , in- 12.; à
Lyon, chez J. Regnault , 1768; & fe
vend à Paris , chez Saillant.
Cet ouvrage contient deux traités ,
dont le premier eſt ſur la variole ,autrement
petite vérole.
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
L'Auteur fait part au Public de la méthode
qu'il a employée heureuſement
pendant vingt-deux ans dans le traitement
de cette maladie; l'expérience lui
a prouvé qu'elle étoit conforme à la nature
de ce mal. Il s'attache à faire voir
que la cauſe propre & matérielle de la
variole eſt un levain que tous les hommes
apportent en naillant , & qui doit être
auſſi ancien que le monde ; la variole
étant une maladie nouvelle , ce levain
devoit ſe diſſiper par d'autres voies que
celle de la fupputation. L'Auteur cherche
quelle eſt cette voie ; comment la
nature a été forcée de la changer. Il prétend
enfin qu'il eſt poſſible de l'y ramener
& de détourner la maladie par les
mêmes moyens qu'il employe pour la
guérir.
Le ſecond traité eſt un diſcours divifé
en deux parties ; dans la premiere on effaïe
de prouver l'utilité , & plus encore
la néceſſité indiſpenſable des remèdes
évacuans pour la guériſon radicale de
preſque toutes les maladies. On examine
les caufes morbifiques ; la maniere dont
elles agiffent & produiſent les maladies ;
la marche que ſuit la nature pour s'en
délivrer ; les criſes & les jours critiques ,
&l'on fait voir en même tems que l'ad
SEPTEMBRE 1768. 127
miniſtration de ces remèdes découle néceſſairement
des principes & de la doctrine
d'Hippocrate& des anciens. La derniere
partie de ce diſcours eſt employée
à démontrer que ces remèdes , adminiftrés
ſuivant les régles que l'Auteur établit
, ne sçauroient avoir rien de pernicieux.
:
CHIRURGIE.
INSTRUCTION POUR LES PERSON
NES ATTAQUÉES DE DESCENTES
; par M. Dobremès , expert reçu
au collège de Chirurgiepour les bandages
des hernies. Brochure de 68 pages , qui
ſe diſtribue à Paris , chez l'Auteur, rue
St André-des-arts , au coin de celle de
la Comédie françoiſe.
CET ET ouvrage paroît traité avec ſoin . Il
eſt facile , en le lifant , d'y remarquer la
capacité de l'Auteur , & d'augurer que
cette inſtruction ſera très-utile aux perſonnes
pour leſquelles elle est compofée.
Les cauſes , les progrès & les accidens des
hernies ; la deſcription , les effets & la
main - d'oeuvre des bandages , tout y eſt
développé avec ordre , netteté & préciſion.
On trouve , à la fin de cette bro-
1
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
:
chure , une lettre de M. Louis , fecrétaire
perpétuel de l'Académie royale de chirurgie,
profeffeur & cenſeur royal , chiturgien
confultant des armées du roi , membre
de la ſociété royale de Montpellier ,
dans laquelle ce célèbre chirurgien fait
l'élogedes bandages élastiques de M. Dobremès.
Cet herniaire , en effet , dont la
réputation eſt connue àParis , n'a pas peu
contribué à la perfection de l'art des bandages
, en leur communiquant un nouveau
degré d'élaſticité qui les rend infiniment
plus commodes que tout ce qu'on
avoit imaginé encegenre.
LETTRES fur la Lithotomie , pour
prouver lafupériorité du Lithotome cachépour
l'opération de la taillefur tous
les autres inftrumens qui ont étéproposés
jusqu'à ce jour ; lesquelles contiennent
pluſieurs obfervations très- eſſentielles à
la chirurgie, & particulier à l'opération
de la taiile; par M. Chaſtanec,
ancien chirurgien- aide major descamps
&'armées du roi. A Londres , & fe
trouve à Paris , chez d'Houri, rue vieille
Bouclerie , in 8°. 1768 .
Le titre de ce livre en indique Pobjet.
SEPTEMBRE. 1768. 129
La ſupériorité du Lithotome caché pour
l'opération de la taille , eft reconnue;
vraiſemblablement il auroit fait difparoître
tous les autres inftrumens , fi de
petites jalouſies n'avoient pas fermé les
yeux fur fes avantages. C'eſt à ce propos
que l'auteur d'un traité ſur les abus de la
faignée , a fait cette remarque judicieuſe :
>>Lorſque le frere Coſme employa , dit-
>> il , ſadivine méthode de la taille, tout
>>jugement devoit être ſuſpendu jufqu'a
>> la vérification du fait; mais , au lieu
>> d'une conduite fi ſage , la baſſe jalouſie
> ſe déchaîna contre lui. Elle alla même
>> juſqu'à machiner contre ſa liberté . Un
>>citoyen , à qui Athènes & Rome au-
>> roient élevé des autels , des chrétiens
>> voulurent le facrifier au demon de
» l'Envie. » En effet, loin de vouloir
adopter cet inſtrument , lorſqu'il eût été
inventé , on parut préférer les anciens;
on aima mieux en imaginer de nouveaux;
on corrigea celui qui , ſur des épreuves
mal faites , avoit donné des réſultats auſſi
mauvais ; mais , enfin , ils ont tous diſparu
, il ne reſte plus que quelques partiſans
de la vieille méthode de tailler ; le nombre
en diminue tous les jours. C'eſt ce
qu'on verra clairement dans l'ouvrage
F
130 MERCURE DE FRANCE .
que nous annonçons. Il contient la dé
fenſe du lithotome caché contre les attaques
de M. Vandergracht & de quelques
autres lithotomiſtes. Cette apologie eſt
accompagnée d'une liſte nombreuſe de
tailles faites en Flandres avec cet inſtrument
, &foutenue de certificats qui prouvent
comment les choſes ſe ſont paſſées.
Les deux premieres lettres de ce recueil
avoient déjà paru en différens temps ; l'édition
en étoit épuiſée. L'Auteur a cru
devoir les faire reparoître avec une troiſiéme
, dans laquelle il ſe juſtifie des imputations
que M. Vandergracht lui avoit
faites , ainſi qu'à l'Auteur du lithotome
caché& à d'autres partiſans de cet inftrument.
Il termine ſa juſtification , en prouvant
que M. Vandergracht , qui l'avoit
attaqué , étoit lui même dans le cas de
l'être , puiſqu'en parcourant toutes les
tailles qual a faites ſelon ſa méthode ,
fes ſuccèsne peuvent être mis en parallèle
avec ceux des partiſans du frere Cofme.
NAVIGATION.
I
L ne manque à la ville de Paris , pour
devenir la plus belle capitale de l'univers ,
que de jouir du fpectacle de navires qui
:
SEPTEMBRE. 1768. 131
viennent orner & enrichir les bords de
la Seine. Peut- être ce projet n'eſt il pas
impoſſible à l'effort du travail , de la
conſtance ,de la richeſſe& du génie. Quoi
qu'il en ſoit, le capitaine Berthelot , commandant
le navire le Saint- Ouen , donne
déjà un échantillon de ce ſpectacle à la
curioſité des Parifiens , par un très- petit
bâtiment à voiles ; & il annonce que
tous les mois il mettra à la voile au Havre-
de-Grace en droiture pour Paris , où
il apportera , & d'où il remportera des
marchandiſes ; il prendra juſqu'à huit pafſagers
ſur ſon bord , qui pourront être
nourris & logés commodément
GÉOGRAPHIE .
Cours Elémentaire d'histoire & de géographie
, par M. l'abbé Serane , profefſeur
d'hiſtoire , à l'Hôtel de Picardie
rue de la Harpe , près du Collége
d'Harcourt.
C
,
E cours a été ouvert le 16 du mois
d'Août 1768. L'abonnement eſt de 12 liv.
par mois. On peut ſe faire inſcrire chez
l'auteur ou chez le Sr Deſnos , ingénieur
Fvj
32
MERCURE DE FRANCE.
Géographe , rue Saint Jacques, au Globe,
où ſe débite l'analyſe de fon ouvrage ;
prix 24 fols. Le public eſt invité à confultet
ce tableau de l'histoire. On ne prendra
point d'élève après l'âge de 18ans.
MUSIQUE.
:
I.
Avertiſſementausujet desprixde Muſique ,
proposés dans le premier volume de Juil.
letdernier.
On aexigé dans l'annonce de ce prix,
qu'il y eût au moins un choeur en fugue ,
tant dans le motet que dans l'Ode miſe
en muſique; mais ſur les repréſentations
de quelques perſonnes , on s'eſt déterminé
àreſtreindre cette condition au motet
feul ; il ne fera pas néceffaire qu'aucun
des choeurs de l'ode ſoit en fague. Les
autres conditions font d'ailleurs les mêmes.
I I.
Mufette nouvelle & perfectionnée
Le ſieur Luzzi , facteur d'inſtrumens ,
a trouvé le moyen de perfectionner la
mufette , de luidonner lefonde la clari.
nette & de la voix humaine , & de la
SEPTEMBRE 1768. 135
rendre docile au goût de l'exécuteur : on
peut imiterdeſſus la vivacité & lanetteré
du coup de langue comme dans la flûte
Haverfiere , ou le hautbois; y exécuter
destraits vifs&détachés ,& terminer les
finales par un jeu précis&coupé.
Cette muſette ſe joueà volonté , avec
bourdon ou fans bourdon .
Le ſieur Luzzi demeure rue Mazarine ,
proche le carrefour de Bafli.
III.
Les petites recréations de la campagne ,
xlivre , contenant vi duetti à deux violons
, par-deſſus , ou Mandolines; compofte
da Varri autori. On peut les exéeuter
fur la flûte , les faiſant accompagaer
d'un violon. Prix 2 liv. 8 fols.
Aux adreſſes ordinaires de muſique ,
avec privilége du Roi.
I V.
Troisfonatines à deux mandolines ou
violons, par Antoine Teleſchi ; prix i liv.
10 ſols , aux adreſſes ordinaires.
GRAVURE.
I.
LES Solon & les Diofcoride chez les
Grecs ,non contens d'avoir obtenu par
134 MERCURE DE FRANCE.
les compoſitions ingénieuſes de leur gravure
l'eſtime des amateurs des beaux
arts , cherchoient à mériter leur reconnoiſſance
, en leur offrant les traits des
artiſtes chéris de la nation . M. Cochin
à leur exemple conſacre une partie de
ſes loiſirs à nous tracer au crayon les por
trairs de nos plus célébres artiſtes . Cette
ſuite déjà très précieuſe vient encore d'être
enrichie du portrait en médaillon de
notre fublime peintre en muſique , M.
Mondonville ; & d'un autre portrait aufli
en médaillon de M. Cars , graveur du
Roi , & bien connu des amateurs par les
belles eſtampes qu'il a gravées d'après
François le Moine. Ces deux portraits
deſſinés avec tout l'eſprit poſſible font
du format in - 8 ° , & ont été gravés avec
beaucoup de ſoin & d'intelligence par
M. Auguſtin de Saint-Aubin. On les
trouve chez lui , rue des Mathurins au
petit hôtel de Clugny , & aux adreſſes
ordinaires de gravure.
Le même graveur publie auſſi depuis
quelque tems le portrait de feu M. Languet
de Gergy , curé de Saint-Sulpice.
M. de Saint-Aubin l'a deſſiné & gravé
d'après le beau buſte fait en 1748 , par
M. Caffiery , fculpteur du Roi. Le prix
de chacunde ces portraits eſtde 1 liv.46.
SEPTEMBRE. 1768. 135
:
II.
RECUEIL DE PLANCHES SUR LES
SCIENCES , ARTS , MÉTIERS , MANUFACTURES
, &c. Cinquieme li
vraiſon faisant lefixieme volume de ce
recueil.
Ce ſixieme volume renferme les planches
avec une explication détaillée des
objets les plus intéreſſans des trois regnes
de l'hiſtoire naturelle. Il contient deux
cens quatre vingt- quatorze planches :
c'eſt-à dire , qu'il excede les volumes
précédens de quarante- quatre planches :
il a exigé beaucoup plus de ſoins & de
dépenſe ; c'eſt pourquoi on a été forcé
d'en augmenter le prix . Il vaut pour les
ſouſcripteurs 72 liv . en feuilles , & 73 liv.
10 f. broché. Pour ceux qui n'ont pas
foufcrit ce volume coute 120 liv. Le
nombre prodigieux de gravures , les re.
cherches faites ſur toutes les parties des
ſciences & des arts , la collection précieuſe
de ce que la nature & l'induſtrie
offrent de plus curieux & de plus rare ;
la commodité d'avoir reuni en un petit
nombre de volumes , tout ce que le génie
dans tous les tems , a inventé pour
136 MERCURE DE FRANCE.
nos beſoins & nos plaiſirs , tout.concourt
à rendre ce recueil un des plus beaux
monumens de notre littérature & de
nos arts.
Les ſouſcripteurs font priés de retirer
ce volume qu'ils trouveront chez Lebreton,
imprimeurdu Roi , rue de la Harpe ,
& Briatlon , libraire rue Saint-Jacques.
,
LETTRE de M. de Lalande , fur la
Manufacture royale d'horlogerie, établie
àBourg en Breffe.
Ily a quelques années que M. de Villeneuve
, aujourd'hui lieutenant- civil à
Paris , étoit intendant des provinces de
Bourgogne & Breffe. Il s'occupoit alors
avec le zèle & l'intelligence d'un grand
magiftrat de tout ce qui pouvoit contribuer
au bien des peuples qui lui étoient
confiés ; & il étoit ſecondéde la maniere
la plus efficace , parM. Vincent , premier
ſyndic général du tiers état de la province
de Breffe , le citoyen le plus inſtruit , le
plus laborieux & le mieux intentionné
qu'il foit poſſible d'imaginer. Parmi tous
les projets qui paroiſſsient devoir tirer
EPTEMBRE. 1768. 137
cepays de fon ancienne & profonde léthargie
, un des meilleurs parut être celui
d'une manufacture d'horlogerie. La ville
de Bourg eſt ſituée aſſez près de Genève
pour pouvoir participer aux avantages
qui ont rendu ſi vaſte le commerce d'hor
logerie dans cette république ; &les fre-
FeSCASTEL qui s'y étoient retirés , après
avoir travaillé avec ſuccès dans Paris ,
étoient en état de diriger efficacement
l'exécution de ce projet.
Cela étoitd'autant plus important pour
l'état,que l'on eſt infecté,dans toutes les
provinces , de montres de Genève , vendues
à la groſſe , faites fans ſolidité ni
préciſion , que l'on donne à vil prix , parce
que le travail en eſt plus vil encore , &
dont on fe plaint fans ceſſe, quoiqu'on
ne ceffe d'en acheter; la France ne pouvant
en fournir affez dans le commerce.
La province de Breſſe ayant fait les
premiers fonds , on a conſtruit les bâtimens
néceſſaires pour l'établiſſement ; on
a pris des élèves , au nombre de plus de
trente , à qui l'on donne tous les motifs
imaginables d'encouragement ; on a fait
venir des ouvriers néceſſaires pour les
conduire ,des finiffeurs ,des cadraturiers:
quelques années ſe ſont paffées dans les
premierseffortsde l'établiſſement. Mef-
2
I138 MERCURE DE FRANCE.
ſieurs.Caſtel ſe ſont aſſociés MM. Goif
fon , horlogers de Bourg , qui revenoient
également de Paris , où ils avoient fait
leur apprentiſſage , & , tous enſemble ,
ont continué de coopérer au bien général
de la nouvelle manufacture .
MM. Caſtel , conjointement avec M.
Vincent de Montpetit ( connu par ſes talens
dans la peinture éludorique) avoient
conſtruit diverſes machines propres à arrondir
les dentures , à faire les piliers ,
les barillets , & d'autres parties de mon
tres ; ils ont perfectionné ces inſtrumens
de maniere à faire eſpérer , dans la fabri
cation des montres , une célérité extraor
dinaire & une préciſion bien ſupérieure
àcelle de tous les ouvriers ordinaires. On
ſçait que les Anglois & les Genevois ont
tiré de leurs machines les plus grands ſe
cours ; les uns pour la perfection, les autres
, pour la promptitude de leurs ouvra
ges : ceux dont je parle eſpérent réunis
l'une & l'autre.
Enfin , le roi , inſtruit par M. Amelot,
intendant actuel de la province , des progrès
&de l'état de cette nouvelle manu
facture , a bien voulu la décorer du titre
de Manufacture royale & des privileges
qui y font attachés.
C'eſt dans de pareilles circonstances
SEPTEMBRE. 1768. 139
que les directeurs de cette manufacture
ſe croient au moment de devoir annoncer
au Public les efforts qu'ils ont faits
pour le ſervir , & les conditions auxquelles
chacun peut s'adreſſer à eux.
aboë
Les montres d'or , ſimples , dont les
boëtes font gravées ſur les bords , feront
de 12 louis , & les repétitionsde 24 .
Lesmontres d'argent , ſimples ,
tes unies ,gravées ſur les bords , feront de
6louis,&les repétitions en argent , de 18.
Ceux qui defireront des montresà ſecondes
, des montres à quantiemes , des
échapemens à repos de différentes conftructions
, tels que l'échapement à cylindre
de Graham , celui de M. le Paute ,
&c. pourront les demander , & ils ſeront
ſervis à ſouhait. Il en ſerade même de la
partie des ornemens &du goût. La manufacture
fournira des boëtes garnies de
diamans , émaillées , gravées , cizelées ,
guillochées ; il eſt difficile d'établir des
prix fur ces différens objets. La ſeule choſe
que les directeurs peuvent promettre
au Public , c'eſt de mettre plus d'exactitude
& de préciſion dans leurs ouvrages
qu'on n'en met à Geneve , & de les donner
à un prix beaucoup moindre que l'on
ne fait dans Paris , à pareil degré de mé
rite.
140 MERCURE DE FRANCE.
un
Cet établiſſement allant toujours en
croiffant , l'on eſt en état de propofer, aux
ouvriers qui voudront y travailler ,
parti avantageux ; ils y feront payés comme
chez les meilleurs maîtres de Paris ,
quoique dans un pays où tous les beſoins
de la vie font à beaucoup meilleur marché.
Ils y trouveront même une reffource
&un objet d'émulation bien rare dans
une pareille maiſon ; c'eſt un profeſſeur
de mathématiques que je connois perfonnellement
, &dont je puis garantir les
talens ; il a formé pluſieurs élèves pour le
génie ; il a pour les méchaniques un goûr
particulier , & il eſt en état de guider les
praticiens dans les ſpéculations de leur
art , d'une maniere qui ne pourroit que
leur être très-avantageuſe.
L'attachement que j'ai pour ma patrie,
autant que l'intérêt général de la France ,
me porte à inſtruire le Public , d'un établiſſement
unique en France juſqu'à ce
jour, qui deviendra d'autant plus utile
qu'il feraplus connu , &qui peut procurer
àla France un accroiffement très- ſenſible
dans cette branche de commerce.
QUESTION.
Quelle feroit la méthode la plus proSEPTEMBRE
1768. 141
.
pre à découvrir , à développer & à exciter
le goût & les talens d'un élève , pour
les arts , les ſciences , & les différens
états de la vie , en l'amusant , & fans
l'aſſujettir à aucune étude pénible ?
QUESTION proposée dans leMercure
d'août , ſçavoir , Si l'inſtitution des caftes
ou tribus , établies dans l'Orient , eftpoliti
quement bonne , & s'il feroit avantageux
dans tous les états defixer ainſi chaque citoyen
à la condition defes peres .
RÉPONSE.
S'il étoit poſſible que chaque homme
ſe ſuffît à lui-même & pourvût à tous fes
beſoins , par fon travail ſeul & fans le
ſecours des échanges &des ſervices d'autrui
, il n'y auroit point de ſociété , même
au milieu de la ſociété.
Il ne ſe peut que le même homme exploite
la mine , fonde le fer , forge des
outils , fabrique des étoffes , taille des
pierres , façonne un meuble , laboure la
terre , &c. il faut que les différens gentes
de travaux ſe partagent & qu'il s'établiſſe
différentes profeſſions.
142 MERCURE DE FRANCE.
La diſtribution naturelle des matieres
donna , ſans doute , aux législateurs des
Indes & de l'Egypte , l'idée de l'inſtitution
des caſtes. Il y avoitdes laboureurs ,
il falloit qu'il y en eût : rendre leurs familles
cultivatrices à perpétuité , n'étoitce
pas perfectionner & fixer à perpétuité
l'ordre naturel ? Il n'y a pas plus d'abfurditédans
ceraiſonnementt qu'à dire
puiſque la nature veut que tout le monde
vive , elle veut auſſi que le grain ſoit
àbas prix.
, que
Je croirois encore volontiers que ces
philoſophes - rois ſe perfuaderent que le
droit de travailler ou de vivre étoit un
droit royal , & que tout , dans un empire
étant fait pour le chef, comme tout dans
l'univers eſt fait pour l'homme , la répartition
des emplois n'étoit qu'une diſtribution
de graces abandonnée au libre arbitre
du ſouverain . Cette conjecture n'eſt
pas ſans fondement ; car dans l'Inde &
ailleurs les ſujets n'étoient que les fermiers
, les commis , les employés , les
valets de leurs ſouverains.
Ainſi ces législateurs aſſignerent généreuſement
aux enfans pour héritage l'ufu-
Fruit ou plutôt l'uſage des outils de leurs
peres. Je ne ſçais s'ils penſerent avoir
implicitement engagé la nature à tranfSEPTEMBRE
. 1768. 143
mettre de générations en générations , les
mêmes talens & les mêmes goûts dans
les familles : c'eſt un doute qu'il eſt peutêtre
poſſible d'éclaircir dans les pays où
les fils des maîtres ſont admis dans les
corps de métiers , ſans être aſtreints à
prouver leur capacité , comme les étrangers.
Quels bons effets ces fages pouvoient
ils ſe promettre de l'immutabilité des
conditions ? que chacun recevroit l'éducation
propre de ſon état & qu'on en
prendroit de bonne heure les ſentimens ;
que l'ambition des citoyens ſeroit renfermée
dans la ſphère de leur claſſe , &
qu'elle accélereroit infailliblement les
progrès des arts; que les états ne ſe confondroient
point , que la fubordination
ſe maintiendroit , & que le luxe ſeroit
aiſément borné par des réglemens. Ces
conſidérations m'avoient preſque ſéduit
autrefois, je m'en repens. Il m'eſt prefque
échappé d'écrire qu'elles justifioient
L'inſtitution des caſtes , je le retracte.
L'autorité humaine eſt eſſentiellement
circonfcrite par les droits de la liberté ;
elle eſt ufurpation & tyrannie lorſqu'elle
paſſe ces bornes. Si un citoyen n'a pas
le choix des moyens honnêtes de gagner
fa vie (j'appelle moyens honnêtes tous
144 MERCURE DE FRANCE.
ceux qui ne bleſſent point ledroit nare
rel d'autrui ) il eſt privé de l'uſage le plus
précieux de la liberté , car de ce choix
dépendent ſa fortune , fon repos , fon
bonheur , fon exiſtence.
Comment la loi qui ne diſtribue pas
les talens , pourroit- elle régler & déter.
miner l'emploi des hommes juſqu'à la
poſtérité la plus reculée ? Que le légiflateur
le demande , s'il eſt en ſon pouvoir
de faire à ſon gré un bon peintre , un habile
négociant , un brave foldat : s'il ne
le peut , comment oſe - t - il affecter au
hafard àtelle on telle famille, les armes,
le négoce , la peinture ? Il eſt évident
qu'il déplacera les talens , qu'il étouffera
l'émulation , qu'il énervera l'induſtrie ,
qu'il arrêtera les progrès des arts , qu'il
bouleverſera les élémens de la ſociété , à
moins que la nature ne lui confie le ſecret
ou ladiſtribution de ſes dons. Il veut faire
un monde avec de la matiere & du mouvement
, il ne fait qu'un chaos.
Dès que la loi par une aveugle toure-
puiſſance , diſpoſera immuablement
de la condition des citoyens , l'adminiſtration
de la justice ſera déposée
dans des mains faites pour manier l'épée;
la ſubſiſtance des hommes appellés par
leurs facultés perſonnelles à des travaux
particuliers ,
SEPTEMBRE. 1768. 145
コ
1
particuliers , fera envahie & dévorée par
l'inhabilité & l'ignorance ; une foule
d'hommes qui , ſi leur vocation avoit été
remplie , auroient rendu des ſervices à
l'état, deviendroient , par une fauſſe combinaiſon
, des ſujets inutiles ,de mauvais
citoyens ; celui qui auroit trouvé mille
reſſources pour exiſter agréablement ,
n'en aura point pour exiſter , parce qu'il
n'en aura qu'une ; il ſera condamné à
la mortpar la loi & pour le crime de la
loi : confuſion générale .
Il n'y a point d'autre politique que la
justice , & le corps de la nation n'a pas
d'autre intérêt que l'intérêt particulier.
Parce que chacun eft en droit& peut- être
dans la néceſſité de gagner ſa vie , de la
maniere qu'il lui conviendra le mieux ,
fans nuire à autrui , il eſt du devoir du
fouverain , & il eſt avantageux pour l'état
, de tenir toutes les voies du travail ,
de la fortune , du bonheur , ouvertes ,
applanies , libres de toutes parts à l'induſtrie&
à la circulation des talens.Voyez
les effets des réglemens de nos communautés
d'arts & métiers , effentiellement
contraires à cette regle infaillible. En
exigeant du pauvre qu'il paye le beſoin
qu'il a de travailler , ils le réduiſent à
G
146 MERCURE DE FRANCE.
l'impuſſance de travailler & à l'indigence;
fource d'oiſiveté , de mendicité , de
brigandage. En mettant à haut prix la
participation au privilége exclufif , ils
dérobent au mercénaire plus intelligent
que le maître , le fruit de ſon habileté ;
l'ouvrier s'expatrie & l'art dégénere. En
accumulant les frais d'apprentiſſage& de
réception , les taxes , les charges de toutes
les eſpéces ſur le droit de maîtriſe ,
enbornant la concurrence, en favoriſant le
monopole , en captivant l'induſtrie , ils
ajoutent un furcroît de prix exceffif au
prix naturel des ouvrages , impôt que la
pation paye , & que l'étranger refuſe de
payer , d'où naît la langueur des arts &
du commerce. Si nos corporations ſont ſi
funeſtes , que fera ce donc des Caftes
?
La loi ne peut juger de la quantité
d'hommes qu'il eſt poſſible & utile d'employer
à chaque profeffion ; ce nombre eſt
déterminé par le beſoin & les moyens de
la nation : & le beſoin & les moyens varient.
Lorſqu'on ne veut pas être plus
ſage que la nature ,& plus éclairé que l'intérêt
particulier , les chofes ſe mettent
d'elles-mêmes en équilibre, les profeſſions
comme les marchandises & les denrées ;
SEPTEMBRE 1768. 147
on fouille la mine tant qu'elle paye le
travail avec uſure ; on ferme la carrière
lorſqu'elle ne reſtitue plus les frais. Le
ſpéculateur a toujours un thermometre
infaillible , la conſommation . Si la marchandiſe
ſe vend bien , les marchands
abondent ; fi elle manque de débit , leur
nombre diminue en proportion , ſans que
la loi s'en mêle : il en eſt de même de toutes
les eſpéces de productions & d'arts .
Mais ſi le légiſlateur qui n'a , ni ne peut
avoir la meſure journalière des beſoins &
des moyens , s'aviſe de déterminer le volume
de chaque claſſe , ſans qu'il puiſſe ,
ſuivant les circonstances être augmenté&
diminué , tous les rapports font détruits
plus d'harmonie , plus de balance , plus
d'équilibre. Là il y aura furabondance
ici rareté , dans chaque claſſe excès ou
défaut , miſere & calamité de toutes
parts , nulle reſſource dans la profeſſion
furchargée ; il y a un peuple de miférables
, la loi les égorge. Par la dépopulation
d'une autre claſſe , la nation ſouffre
un renchériſſement de marchandiſes ou
de ſervices , ſuivi de mille inconvéniens ;
la loi la ſacrifie à quelques citoyens. Et
ſi c'étoit malheureuſement la claſſe agricole
, qui ne fût pas aſſez conſidérable
,
Gij
1.48 MERCURE DE FRANCE .
pour fournir des ſubſtances à la popula
tion , & des matieres premieres aux arts ,
la loi auroit ſemé dans tout l'empire la
langueur , la faim , la mifere , la rage &
la mort.
,
C'eſt ſur cette derniere claſſe , la pre.
miere de toutes par l'utilité , que doit
veiller le gouvernement , non pour taxer
le nombre de ſes agens qui ne peut pas
être plus taxé que la fertilité de la terre
mais pour protéger , honorer , exciter ,
promouvoir l'art par excellence , qui feul
établit les rapports entre les moyens &
les beſoins , les hommes & les travaux
de tout genre. La dépenſe de la nation
eſt en raiſon de ſon revenu , la population
en raiſon des ſubſiſtances , la fomme
des arts en raiſon des matieres premieres
, des ſubſiſtances & du revenu
libre & diſponible , produits de la culture.
La vérité eſt démontrée ; abrégeons. Il
feroit aifé de prouver que ces tribus dif.
tinguées par des priviléges excluſifs , font
comme autant de tourbillons particuliers
qui mûs en ſens contraires ſe croiſent ,
ſe heurtent , ſe briſent réciproquement ,
&détruifent l'ordre ſocial . Nos commu
nautés d'arts & de métiers ſont ſans ceſſe
SEPTEMBRE 1768. 149
en procès les unes avec les autres ; les
Caſtes feront donc entr'elles dans une
éternelle guerre. Elles n'auront que l'ambition
de ſe nuire , de ſe ſupplanter , de
s'opprimer mutuellement. Auſſi les voiton
aux Indes ſe haïr, s'abhorrer & ſe traiter
comme de mortels ennemis , au point
que ceux des Caſtes hautes aſſaſſinent
de ſang- froid , pour s'amufer & exercer
leur adreſſe , les malheureux des Caſtes
inférieures qu'ils appellent infâmes , comme
s'il y avoit d'autre infamie que celle
du crime. Comment auroient- elles d'autres
ſentimens , avec des moeurs , des
manieres , des goûts , des ſoins , des préjugés
, des privileges , des intérêts différens
ou oppoſés à jamais& de tous les
temps ? Est-ce une nation , eſt- ce un corps
de nation , que cet amas de peuples féparés
depuis leur origine , ſéparés juſqu'à
leur extinction par des barrieres infurmontables
? Est- ce une loi que ce qui déſunit
, déchire & diſſout ainſi la fociété?
Par M. l'Abbé Roubaud.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
Exemples & traits de bienfaisance.
I.
L'agriculture le premier & le plus néceffaire
des arts , a beſoin d'être encouragé
, & ne peut l'être plus puiſſamment
que par l'exemple d'un Prince bienfaifant
quihonore le travail du cultivateur.
C'eſt le ſpectacle intéreſlant &, nous pouvons
le dire , édifiant que Monſeigneur
le Dauphin vient de donner le 15 Juin
dernier. Ce Prince choiſit pour ſa promenade
un champ qu'on labouroit ; il contempla
la manoeuvre ſimple & néceſſaire
par laquelle on rend la fécondité à la
terre qui demande ce ſecours. Il examina
enfuite la méchanique de la charrue ; il
raifonna fur fon uſage ſi utile. En pallant
bientôt de la théorie à la pratique , Monſeigneur
le Dauphin voulut auffi être
laboureur ; il le fut , & fe montra maître
dans cet exercice , auquel la nature
ſemble porter & former l'homme. Ce
Prince traça avec autant de force que d'adreſſe
un fillon non moins profond ,
& auffi bien dirigé que les ſillons parallèles.
Les ſpectateurs ne purent retenir
SEPTEMBRE 1768. 15.1
leurs applaudiſſemens & leur raviffement.
Le laboureur étonné , marquant
ſa joie & fon admiration , reprit avec
tranſport le timon de ſa charrue ennoblie
par les mains auguſtes qui venoient de la
conduire.
I I.
Monſeigneur le Dauphin avec les
Princes ſes freres ſuivoient la chaſſe : on
entend fonner la mort du cerf. Les Princes
par un empreſſement naturel , s'écrient
voilà thalaly , courons , courons : on
court , & le cocher , pour abréger le chemin
, veut couper par un champ de blé.
Monſeigneur le Dauphin s'en apperçoit ,
ſe précipite à la portiere , donne ordre
d'arrêter , &de changer de route . Ce bled ,
dit ce Prince , ne nous appartient pas ,
nous ne devons point l'endommager. On
obéit. Monfeigneur le Comte d'Artois
frappé de ce cri d'un cooeur bienfaiſant ,
manifeſte auſſi des ſentimens généreux ,
en regardant fon frere avec attendriflement&
s'écriant , Ah ! que la France doit
Seféliciter d'avoir un Princefijuſte !
,
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Extrait d'une lettre d'AMBOISE du 10
Août 1768 .
Un pauvre cultivateur eſt mort dans
ce pays , après une maladie de trois
jours ; il a laiſſé une femme dans la mifere
avec quatre enfans en bas âge ; cette
femme tombe malade peu de tems après ;
& fuit fon époux au tombeau. La famille
s'affemble & ſe partage les trois enfans
les plus âgés ; mais perſonne ne veut
ſe charger du quatriéme âgé de quatre
mois. On députe un des parens pour aller
confulter un eccléſiaſtique vertueux
qui , dans un château voifin , préſide à
l'éducation de deux enfans auxquels un
père éclairé , rempli de religion , demeurant
à Paris , n'a pas voulu laiffer
reſpirer l'air dangereux de la capitale.
L'eccléſiaſtique ne voit d'autre refſource
que d'envoyer le malheureux orphelin
à l'Hôtel- Dieu de Blois , ou aux
Enfans-trouvés de Tours : mais l'un de
ſes élèves , âgé d'environ douze ans ,
témoin de la confultation & de la réponſe
, s'écrie : je me charge de l'enfant ,
allons le voir. Son gouverneur lui repréſente
, pour l'éprouver , que ſes moyens
ne pourront fuffire à la dépenſe , & que
SEPTEMBRE. 1768. 153
d'ailleurs M. fon pere eſt déjà accablé
d'une multitude de pauvres. » Quoi, mon
» bon maître , répond-il avec vivacité ,
>> ce laboureur , qui vient vous confulter
» avec la plus grande confiance , & qui
>> peut à peine faire vivre une mere in-
>> firme , trouve dans ſa miſére des ref-
>> ſources pour ſe charger d'un de ces
>> malheureux orphelins , & moi fils d'un
>> pere riche , je n'en trouverois pas pour
>> ſecourir ce petit enfant encore plus in-
> fortuné ? Je facrifierai avec la plus
>>>grande fatisfaction tous mes menus
>>plaiſirs , & je demanderai à mon bon
>> papa une culture pour fournir aux be-
ود ſoinsdu petit innocent : partons pour
>> raſſurer au plus vite ſa famille. » On
court auſſi-tôt , on arrive à la cabanne ,
on trouve l'enfant; il tend ſes petits bras
vers fon bienfaiteur , il le careſſe ; on eût
dit que le ciel le lui déſignoit. Le jeune
homme l'embraſſe de tout ſon coeur , &
dit aux plus proches parens : " n'ayez
>> plus d'inquiétude ſur cet enfant , je
>> m'en charge , il eſt à moi ; cherchez
>> une bonne nourrice le plus près
>> que vous pourrez du château , je veux
>> être à portée de veiller à ſes beſoins . «
Depuis ce tems il n'eſt occupé dans
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
fes récréations que de fon charmant enfant
qu'il appelle fon fils. Il entre dans
le détail de tout ce qui lui est néceſſaire
, & le lui fournit avec une joie extrême
, c'eſt là ſa grande récréation après
l'étude. Que ne doit on pas attendre de
ce jeune- homme bien né ? Il ſera ſurement
digne de fon pere , que l'on peut
appeller le modéle de la bienfaiſance.
ANCIEN USAGE.
Rien n'a plus varié que la forme de
I'habillement , & la mode a dans tous les
fiécles aſſujetti l'homme à fon inconftant
&deſpotique empire. Par exemple , combien
de changemens & de forts différens
la barbe n'a-t-elle pas éprouvés ; l'art n'a
point autant diverſifié la tonte des arbres
que celle de la barbehumaine. Il a été un
tems que la barbe étoit regardée comme
un luxe condamnable .
Un évêque de Séez , zélé prédicateur en
1105 , prêcha avec tant de vehemence contre
les longues barbes &les longues chevelures
, qu'il convertit Henri ler Roi
d'Angleterre , préſent à ſon ſermon. Ce
monarque donna un exemple public &
prompt de fon repentir , en confentant
SEPTEMBRE 1768. 155
d'être raſé ſur le champ par le prédicateur .
Ce qui fut imité par le reſte de l'auditoire.
Le cardinal d'Angennes ayant été nomméen
1556 à l'Evêché du Mans , on ne
voulut pas l'admettre avec ſa longue barbe
qu'il n'étoit pas alors d'uſage de porter
, & il fut obligé , pour la conferver ,
d'obtenir des lettres de juſſion .
JEU RENOUVELLÉ
La citation ſuivante , tirée des nouvelles
de Michel Cervantes , fait voir
que le jeu de cartes , appellé le vingt un ,
& fi fort à la mode aujourd'hui , eſt trèsancien
, puiſqu'on le jouoit déjà en Efpagne
vers la fin du ſeiziéme ſiècle .
>> Je choiſis ces cartes avec leſquelles
» j'ai gagné ma vie dans les cabarets & les
>>hôtelleries en jouant au vingt-un. Quoi-
» que vous les voyez ſi graſſes & fi mal
>>traitées , elles ont tant de vertus pour
>> celui qui les entend , qu'il ne coupera
>>jamais fans prendre un as deſſous . * Pour
* Les Eſpagnols donnent les cartes
mençant par celles de deſſous .
,
en com-
:
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
>>
» peu que vous connoiſſiez ce jeu , vous
comprendrez aisément quel avantage
>> il y a d'avoir toujours à la premiere car-
>> te , un as qui peut compter un point
» & onze point ; de forte qu'avec cette
>>>carte on eſt aſſuré de faire venir l'ar-
>> gent dans la poche. Michel Cervantes ,
troisième nouvelle , Rinconet & Cortadille,
ANECDOTES.
I.
Un payſan s'étoit vu enlever une portionde
terre par un moine qui régifſoit
la ferme d'une abbaye. Il vint trouver le
Procureur du monastère , & le pria de
lui faire rendre ſon champ ; » Je n'ai en
» cela aucune autorité , reprit le Procu-
» reur , il faut en parler au Prieur ». Le
Payſan s'adreſſe donc à ce dernier , qui
le renvoya au Provincial. » Cette affaire ,
>> répond celui- ci , paffe mon pouvoir ;
>> elle doit être décidée dans un chapitre
» général. Eh ! quoi , s'écrie alors le
payſan , il n'a fallu qu'un moine pour
prendre mon champ , & ilfaut toute la communautépour
le rendre ?
SEPTEMBRE 1768. 157
II1I.
L'abbé Pellegrin , auteur de la tragédie
de Pélopée , ſe promenant au Luxembourg
avec un de ſes amis , vit devant
lui une feuille de papier qui contenoit
un modéle d'écriture , ſur lequel il n'y
avoit que des P. L'ami ramaffe cette
feuille , & dit à l'abbé , devinez ce que
veulent dire toutes ces lettres. C'eſt , répondit
l'abbé , la leçon qu'un maître à
écrire a donnée à ſon éléve , & que le
vent a fait voler à nos pieds. Vous vous
trompez , dit ſon ami : voici le ſens de
cette longue abréviation ; tous ces P fignifent
, Pélopée , Piéce Pitoyable , Par Pellegrin
, Poëte , Pauvre Prêtre Provençal.
III.
Les comédiens promettoient depuis
long-tems une pièce nouvelle où la vertu
étoit perſonnifiée. Le public impatient
la demandoit tous les jours. Pourquoi
donc ne la repréſentez- vous pas , dit une
dame à un comédien ? Nous ne pouvons ,
lui répondit-il , la donner avant fix femaines
, parce que mademoiselle *** qui
eſt chargée du rôle de la vertu , vient
d'accoucher.
د
158 MERCURE DE FRANCE.
IV.
On demandoit à M. de V. archevêque
de Paris , commentil avoit pû faire pour
conſerver toujours la paix avec ſon chapitre
; c'est quej'ai toujours eu pour maxime
, répondit ce prélat , qu'il n'y a
que les maris de village qui battent leurs
femmes.
V.
Une femme avare n'eſt guères ſuſceptible
d'aucune autre forte d'attachement.
L'exemple qui ſuit le prouve. Il fait voir
en même temps , qu'il eſt facile de ſe
méprendre ſur les ſignes de la mort. Il y
a au plus deux mois qu'un aubergiſte des
environs de Phalsbourg tomba en léthargie.
On le crut mort , & au bout de
quelque tems on l'enſevelit. Sa femme ,
tout en pleurant , s'apperçut qu'on avoit
employé à cet effet un drap tout neuf
& trés fin . Ce drap , dit- elle , eſt trop
beau pour un mort ; il ſervira beaucoup
mieux à moi qui fuis vivante. Elle
avoit dans ſa maiſon un habit d'Arlequin
qu'une troupe de bateleurs lui avoient laiffé
pour payement à leur paſſage. Elle s'enferme
dans la chambre du mort , décou
SEPTEMBRE 1768. 159
1
:
vre le cercueil , reprend ſon drap , habille
le cadavre en farceur , & à cela près ,
retablit les choſes dans leur premier état .
L'heure du convoi étant arrivée , quatre
hommes emportent la bierre fur leurs
épaules , felon l'uſage du pays. Le prétendu
mort ſe reveille de ſa léthargie ,
s'agite , ſe débat. Les porteurs s'effrayent.
Ils laiſſent tomber le cercueil , qui ſe
brife , & l'on en voit forrir un arlequin .
NOMS CÉLÉBRES.
Nous nous proposons de faire connoître
, autant qu'il fera poſſible , les perfonnes
célèbres de toutes les nations , que la
mort enlevé à la ſociété. C'est un hommage
que nous devons aux grands talens , aux
vertus héroïques , aux fervices rendus à
l'humanité ; & nous ofons espérer que les
familles , l'amitié ou la reconnoiffance
voudront bien , dans l'occaſion , nous mettre
à portée de donner des détails intéreffans.
THOMSON , poete Anglois.
THOMS HOMSON eſt connu , en France ,, par le
160 MERCURE DE FRANCE.
poëme des taiſons , dont la traduction a
paru , il y a quelques années ; on feroit ,
ſans doute , bien aiſe de connoître plus
particulierement l'auteur , & de ſçavoir
quels font les autres ouvrages qu'il a compoſés
; un abrégé de ſa vie auroit fatisfait
ces deux objets ; on l'attendoit du traducteur
; nous nous empreſſons du fuppléer
à fon omiffion , perſuadés que le Public
nous en ſçaura quelque gré .
Jacques Thomfon étoit le fils d'un miniſtre
Ecoffois ; il naquit , le 11 Septembre
en 1700 , à Ednam dans le comté de
Roxburg ; il donna , de bonne heute , des
marques de génie , qu'on difcernoit facilement
à travers les imperfections de
ſes premiers eſſais. Ses parens le deſtinerent
à l'état eccléſiaſtique ; ils l'envoyerent
à l'univerſité d'Edimbourg . La mort
de ſon pere interrompit ſes études pendant
quelque tems ; ce ne fut pas fans
peine qu'il trouva les moyens de les continuer;
ſa famille étoit nombreuſe , & fa
fortune très-médiocre. Il ſe diſtingua par
fon génie ; quoique le goût de la poëfie
fût alors général en Ecofle , il n'y trouva
pas des encouragemens ;le goût avoit fait
peu de progrès parmi ſes compatriotes;
:
SEPTEMBRE 1768. 161
ils connoiſſoient les règles ; un ouvrage ,
dans lequel elles étoient obſervées , recevoit
leurs éloges ; capables de difcerner
les incorrections , ils ne ſentoient pas ce
que c'eſt que le feu & l'enthousiasme .
Thomſon méritoit de meilleurs juges ; il
fongea à ſe rendre à Londres ; une petite
circonſtance , qui mérite d'être rapportée,
l'y détermina. Il ſuivoit , depuis un an ,
les leçons de M. Hamilton , qui remplifſoit
la chaire de théologie à Edimbourg.
Ce profeſſeur lui propoſa de s'exercer fur
un pſeaume qui célèbre la puiſſance& la
grandeur de Dieu. Thomson en donna
une explication & une paraphrafe comme
on l'exigeoit ; mais le ſtyle en
étoit ſi élevé & ſi poëtique , qu'il étonna
tous ceux qui l'entendirent. M. Hamilton
lui en fit compliment. Mais , ajouta-
t- il en même temps , ſi vous voulez
être utile dans les fonctions eccléſiaſtiques
, livrez- vous moins à votre imagination
, allez un peu plus terre- à- terre ,
& tâchez de prendre un langage plus ſimple
& qui puiſſe être entendu de tout le
monde.
Thomſon conclut , de cet avis , que
l'état eccléſiaſtique ne lui convenoit pas ;
162 MERCURE DE FRANCE.
il accepta les offres de ſervices que lui fit
une dame de qualité , amie de ſa mere ,
& partit pour Londres. Quoiqu'il ne
comptât pas beaucoup fur ces promeſſes ,
il fut charmé de trouver du moins un
prétexte qui pouvoit fermer la bouche à
ceux qui le regarderoient comme trèsimprudent
d'entreprendre un pareil voyage
tans but, fans protection & fans amis .
Il ſe trouva , pendant quelque temps,dans
une ſituation fort défagréable à Londres .
Son mérite le fit enfin connoître. Dans le
mois de Mars 1726 , il ſe hafarda à publier
fon hiver. Ce poëme eut le plus
grand ſuecès. Le docteur Rundle , qui fut
depuis évêque de Derry en Irlande , rechercha
la connoiſſance de Thomſon , &
ſe lia avec lui de l'amitié la plus tendre ;
il le produifit dans beaucoup de maiſons,
le préſenta au lord chancelier Talbot , &
quelques années après , le lui recomman.
da vivement comme le meilleur compagnon
de voyage qu'il pût donner à fon fils
aîné.
Avant fon départ Thomſon publia le
reſte de fon poëme des ſaiſons. L'été parut
en 1727 ; le printems , en 1728 , &
l'automne en 1730. L'année précédente ,
SEPTEMBRE 1768. 163
il avoit donné ſa tragédie de Sophonisbe,
qui avoit été repréſentée avec les plus
grands applaudiſſemens. En 1727 , il
avoit aufli fait imprimer un poëme à la
mémoire de Newton, qui étoit mort depuis
peu ; dans le même tems il en avoit
écrit un autre , intitulé , l'Angleterre , dans
lequel il exhortoit ſa nationàſe vengerdes
Eſpagnols , qui avoient porté quelques
obstacles à fon commerce en Amérique.
:
Son voyage n'interrompit point ſes travaux
poëtiques ; Thomson , auffi philoſophe
que poëte , fit d'excellentes obfervations
, dont fon jeune compagnon tira
les plus grands avantages ; il le perdit peu
de tems après fon retour en Angleterre.
Le lord Talbot le fit ſon fecrétaire des
brevets , emploi facile qui l'occupoit peu,
&dont les émolumens ſuffifoient à ſes
beſoins . Ii mit alors la derniere main à
fon poëme fur la liberté. La mort de fon
bienfaiteur le replongea dans l'infortune;
il exprima fes regrets de cette perte dans
une élégie très touchante. Il demeura
long tems ſans reſſource & fans emplois .
S. A. R. le prince de Galles lui fit une
penfion , à la follicitation de Mylord Littletton
, qui lui procura , dans la ſuite , la
164 MERCURE DE FRANCE.
place d'intendant des iſles du Vent,qu'il
remplit pendant les deux dernieres années
de fa vie. Il continua de travailler
avec ſuccès ; fa rragédie d'Agamemnon
fut jouće en 1738. L'année ſuivante il en
donna une autre , intitulée : Edouard &
Eléonore , qui ne fut point repréſentée.
Le prince de Galles lui demanda un drame
, qu'il vouloit faire exécuter dans ſon
palais d'été de Clefden. Thomſon fit le
maſque d'Alfred , & ſe fit aider dans cet
ouvrage par M. David Mallet ſon compatriote&
fon ami ; cette production tint
une place parmi les fêtes que le prince
donna , en 1740 , le jour de la naiſſance
de la princeſſe Auguſte , l'aînée de ſes filles
, qui a été mariée en 1764 , au prince
héréditaire de Brunswick .
En 1745 , ce poëte donna encore au
Public Tancrede& Sigifmonde , tragédie
tirée d'une nouvelle de Gilblas ; il finit
auſſi ſon palaisde l'Indolence , poëme allégorique
en deux chants ; ce fut le dernier
ouvrage qu'il publia lui - même. Il
avoit préparé la tragédie de Coriolan , &
il ſe diſpoſoit à la faire paroître au théâtre,
lorſqu'il fut attaqué d'une fiévre violente
, qui le conduiſit au tombeau le 27
Août 1748. Son corps fut déposé dans
SEPTEMBRE 1768. 165
l'égliſe de Richmond , fous une pierre
très - ſimple& fans aucune inſcription .
Quelque mérite qu'ayent , en général ,
les ouvrages de M. Thomſon , ſon poë
me des ſaiſons eſt celui qui a le plus de
réputation ; il eut des amis , & n'eut aucun
ennemi ; il ne prit point de part aux
querelles littéraires de fon temps ; & tous
les partis reſpecterent un écrivain qui ne
difoit du mal de perſonne.
Le lord Littletion & M. Mitchell furent
ſes exécuteurs teftamentaires ; ils
firent jouer le Coriolan , qui eut beaucoup
de ſuccès , & qui rendit une ſomme
conſidérable ; ce produit , & celui de la
vente de ſes manufcrits & de ſes autres
effets , acquitterent toutes ſes dettes , &
le ſurplus fut remis à ſes ſoeurs. En 1762,
on imprima une collection de ſes oeuvres
avec ſes dernieres corrections ; on en fit
deux éditions , l'une en quatre volumes
in - 12 , & l'autre en deux volumes in 4°.
Celle- ci ſe vendit par ſouſcription. On
en deftinoit le profit à l'érection d'un mo
nument , à la mémoire de l'auteur , dans
l'abbaye de Westminster. Son compatriote
M. Patrick Mardock préſida à ces
éditions , & plaça à la tête un précis de fa
yie , dont nous avons extrait celui- ci .
166 MERCURE DE FRANCE.
Le monument qu'on avoit projetté fut
exécuté dans la même année d'une maniere
, à la fois , élégante & ſomptueuſe.
M. Thomſon y eſt repréſenté dans toute
ſa grandeur & affis ; fa main droite eſt
appuyée ſur un livre ouvert , & fon bras
gauche ſur une urne ornée au bas de
quatre figures en relief; d'un côté , on
voit une petite figure aîlée , foûtenantde
la main droite , au-deſſus de l'urne , une
couronne de lauriers .
CAMILLE , Actrice Italienne.
UNE des plus grandes pertes que la
ſcène italienne pouvoit faire eſt celle
qu'elle vient d'éprouver dans la perſonne
de la Dile Jacoma - Antonia Veronese ,
connue ſous le nom de Camille. Née à
Veniſe en 1735 , elle étoit venue en
France en 1744 avec la Dlle Coraline ſa
foeur & leur pere Carlo Veronese , qui a
long-tems joué les rôles de Pantalon ſur
le théâtre italien , & s'y eſt diſtingué par
un grand nombre de pieces , dont la plûpart
eurent le plus grand ſuccès.
Apeine âgéede neuf ans ,Camille debuta,
pour la danfe , le 21 Mai 1744 dans
SEPTEMBRE 1768. 167
un pas de deux , qui faisoit partie du divertiſſement
de Coraline , Esprit folet .
piéce qui , pour lors , étoit extrêmement
à la mode : cet enfant unit , dans cette
danſe , des graces & une expreſſion fort
au deſſus de ſon âge ; dès ce moment elle
fut adoptée par le Public , qui n'a ceſſé
depuis de la chérir , & ne ceſſera de la regretter.
Ses talens ne firent qu'augmenter
avec fon âge , & le burin tranfmit à la
poſtérité ſes graces naïves dans une eftampe
qui la repréſente,avec le Sr Dubois,
dans une des ſcènes du ballet des Enfans
vendangeurs , au bas de laquelle on lit ces
vers ;
Ces deux danſeurs , preſqu'en naiſſant ,
Par leur danſe ingenue embellifſſent la ſcène ,
Et dans l'âge , où l'on ſent à peine ,
Ils expriment tout ce qu'on ſent.
Après avoir , dans un grand nombre de
ballets , attiré tout Paris au théâtre italien
, Camille y débuta pour la comédie
le premier Juillet 1747 , à l'âge de douze
ans , dans le canevas , intitulé : Les deux
Soeurs rivales , que ſon pere avoit compoſé
exprès pour fon début , & dont elle
fit le ſuccès par ſon jeu vif & fpirituel.
Elle accrut encore ſa double réputation de
168 MERCURE DE FRANCE.
comédienne & de danſeuſe dans la co
médie des Tableaux de Panard , qui fir
pour elle ce joli madrigal qui indique ſa
jeuneſſe d'une manière très-flatteuſe.
Objetde nos deſirs , dans l'âge le plus tendre ,
Camille , ne peut- on-vous voir ou vous entendre ,
Sans éprouver les maux que l'amour fait ſouffrir ?
Trop jeune à la fois & trop belle ,
En nous charmant ſitôt , que vous êtes cruelle !
Attendez , pour bleſſer , que vous puiſſiez guérir .
Un volume fuffiroit à peine pour recueillir
tous les jolis vers qui furent infpirés
par les graces de la jeune Camille ,
&qui ſervirent à conſtater ſes talens ;
mais elle les fit connoître d'une maniere
ſupérieure après la retraite de ſa ſæoeur , &
merita pour lors la réputation d'actrice
du premier ordre dans le Fils d'Arlequin
perdu & retrouvé , comédie du célèbre
Goldoni , à qui elle fit verſer des larmes
à la repréſentation de ſa propre piéce.
Quoique le ſpectateur fût inſtruit du fort
de fon fils , il étoit impoſſible de ne pas
prendre part àſes craintes, àſes allarmes,
lorſqu'à travers les flâmes elle alloit le
chercher & revenoit ſans l'avoir trouvé ;
ſa voix étoit le cri de la nature ; ſa douleur,
l'expreſſion du ſentiment; ſes ſanglots
SEPTEMBRE. 1768. 169
glots fuffoquoient le ſpectateur attendri ,
que des larmes abondantes foulageoient
à peine; dans les amoursde Camille , les
jalouſies d'Arlequin , les inquiétudes , les
nôces d'Arlequin , elle ne faifoit pas
éprouver un intérêt moins preſſant *.
Rappeller tous les rôles & toutes les piéces
dans leſquelles elle faiſoit les délices
du Public , ce ſeroit multiplier ſes regrets;
la meilleure preuve que nous puiffions
donner de ſes talens , c'eſt ſa modeſtie
toujours inſéparable du vrai mérite ;
fans ambition comme ſans jalouſie , elle
ne connoiſſoit point ces rivalités qui
diviſent preſque toujours ceux de fon
état; ſon caractère ſe peignoit ſur ſa figure
, où l'on voyoit la nobleffe & la franchiſe
, l'eſprit & la gaïré ; elle avoit l'ame
bienfaiſante & le coeur tendre , qualités
preſque toujours inféparables, & fi-la fenſibilité
lui permir quelques foibleſſes, elle
fçût les faire pardonner par la conſtance
de ſon attachement; qualité rare dansune
*Mademoiselle Camille avoit le geſtedu fentiment
, qui ne s'apprendpoint devant un miroir , &
letonde la nature que l'art ne peut donner ; mais
que lecoeur donnequand iill eſtpénétré.
H
1
170 MERCURE DE FRANCE.
ſituation où la multitude des goûts n'énerve
que trop ſouvent la force du ſentiment
, en détruiſant le charme de la délicateffe.
EDITS , LETTRES - PATENTES ,
ARRÊTS .
E
I.
DIT du roi , donné à Marli au mois
de juin , enregiſtré au parlement le 26
juillet dernier , portant établiſſement de
dix nouvelles parties de rentes ; & créa
tion de vingt offices de payeurs , & de
vingt offices de contrôleurs deſdites rentes.
1-18
Arrêt de la cour des Aides, du 23 juin
1768 , qui confirme une ſentence de l'élection
de Châteaudun , par laquelle Joſeph
Lebas, collecteur de la ville deCloye,
pour l'année 1766 , a été condamné à être
blâmé pour prévarications par lui commiſes
pendant ſa collecte , & en cent livres
d'amende envers le roi . s . 1sp
Arrêtde la cour des aides , dus juillet
SEPTEMBRE. 1768. 171
1768 , qui infirme une ſentence de l'élection
de Paris qui condamnoit le heur
Pierre Nicolas Sommé , marchand Orfévre
de cette ville , à être pendu. Faifant
droit ſur l'appel dudit Sommé , le décharge
de l'accufation des faux poinçons
contre lui intentée; lui fait main-levée
des effets & argenterie ſur lui faifis
ainſi que de ſon poinçon de maître ; déboure
Jean-Jacques Prevoſt , adjudicataire
général des fermes , & le ſieur Duruſſel
ſon directeur , de leur demande en
ſuppreſſion des mémoires dudit Sommé ;
condamne Jean - Jacques Prevoſt en fix
mille livres de dommages & intérêts envers
ledit Sommé , & en tous les dépens ;
ordonne l'impreſſion & l'affiche du préfent
Arrêt.
I V. :
Arrêt du confeil d'état du roi , du 7
juillet 1768 , qui autoriſe les bureaux
diocéſains , juſqu'à ce que la prochaine
aſſemblée générale du clergé y ait pourvu
, à répartir ſur les curés & vicaires ,
tant perpétuels qu'amovibles , auxquels
il ſera donné des ſupplémensde portions
congrues en conféquence de l'édit du
mois de mai dernier , les impoſitions
dont il ſera juſte de décharger les gros
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
décimateurs , relativement à la diminution
de leurs revenus , opérée par ces
ſupplémens.
V.
Lettres patentes du roi , données à
Verſailles le 8 juillet dernier , enregiſtrées
au parlement le 17 du même mois ,
qui ordonnent l'exécution de l'édit du mois
de décembre 1764 , des arrêts & lettres
patentes du 21 du même mois , & des
déclarations du roi des 21 juin 1765 &
11 mars 1766 : En conséquence , que les
propriétaires des contrats & effets fufceptibles
d'être liquidés à un denier au- deffus
du denier vingt , qui n'ont point fatisfait
à ce qui a été preſcrit par la déclaration
du 11 mars 1766 , ne pourront
être admis , ſous quelque prétexte que
ce foit , à demander leur liquidation &
remboursement ſur un pied plus fort que
le denier vingr.
V I.
Lettres parentes du roi , en forme d'édit
, données à Compiegne aumois d'août
1768 , regiſtrées au parlement le 17 du
même mois , qui accordent la nobleſſe
aux officiers du Châtelet , après un cerrain
tems d'exercice de leurs fonctions ,
SEPTEMBRE. 1768. 173
ÉVÉNEMENT REMARQUABLE.
Origine & caufe des prétentions des
Diſſidens , en Pologne.
LaA Pologne , proprement dite, ne fut
chrétienne qu'à la fin du Xe fiécle. Boleſlas
, en l'an 1001 de notre ére vulgaire,
fut le premier roi chrétien.
Le grand duché de Lithuanie , vaſte
pays , qui fait preſque la moitié de la Po
logne entiere , ne rec le chriftianiſme
que dans le XVe fiécle , après que Jagel.
lon , grand duc de Lithuanie , eût épousé
la princeſſe Edvige en 1387 , à condition
qu'il feroit de la religion de la princefle,
&que la Lithuanie feroit jointe à la Pologne.
L'héréſie pénétra dans ce royaume
au XVIe fiécle ; il y avoit déjà beaucoup
de ſchiſmatiques Grecs dans la Lithuanie
; la réforme y fit des progrès ; on chercha
les moyens de les arrêter ; on excom
munia tout gentilhomme du rite grec &
dela communion proteſtante ; cette excommunication
les privoitdans les diéres
de voix active & paffive. SigifmondAu
guſte , le dernier des Jagellons, comprit
1
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
que l'oppreffion ne pouvoit faire naître
que des guerres civiles entre des gentilshommes
égaux ; il fit plus , dans la diéte
folemnelle de Vilna , le 16 Juin 1563 ,
il anéantit toute différence qui pourroitjamais
naître entre les citoyens pour cause de
religion. Voici les paroles eſſentiellesde
cette loi devenue fondamentale...
>> A compter depuis ce jour , non- feu-
>>lement les nobles & ſeigneurs avec
>> leurs defcendans qui appartiennent à la
>> communion romaine , & dont les an-
>> cêtres ont obtenu auſſi des lettres de no-
>> bleſſe dans le 1 yaume de Pologne ,
>>mais encore en général tous ceux qui
>> font de l'ordre équestre & des nobles ,
>> foit Lithuaniens , ſoit Ruſſes d'origine,
» pourvû qu'ils faffent profeſſion du chrif-
> tianisme , quand même leurs ancêtres
>> n'auroient pas acquis les droits de no-
>> bleſſe dans le royaume de Pologne ,
>> doivent jouir dans toute l'étendue du
>> royaume , de tous les privileges, liber-
>> tés & droits de nobleſſe à eux accordés,
» & en jouir à perpétuité en commun.
» On admettra aux dignités du fénat &
» de la couronne , à toutes les charges
>> nobles , non - ſeulement ceux qui ap-
>>partiennent à l'égliſe romaine , mais
SEPTEMBRE. 1768. 175
> auffi tous ceux qui ſont de l'ordre
» équestre , pourvu qu'il foient chré-
>> tiens..... Nul ne ſera exclus pourvû
>> qu'il ſoit chrétien.>.>
La diéte de Grodno , en 1568 , confirma
folemnellement ces ſtatuts , & elle
ajouta , pour rendre la loi , s'il étoit poffible
, encore plus claire , ces mots effentiels
: de quelque communion ou confeffion
que l'on foit. Enfin ,dans la diéte d'union
encore plus célèbre , tenue à Lublin en
1569 , diéte qui acheva d'incorporer pour
jamais le grand duché de Lithuanie à la
couronne , on.renouvella , on confirmade
nouveau cette loi.
Après la mort de Sigismond Auguſte,la
république entiere , confédérée en 1573
pour l'élection d'un nouveau roi , jura de
ne reconnoître que celui qui feroit ferment
de maintenir cette paix des chrétiens.
Henri de Valois ne balança pas à
jurer devant le Dieu tout - puiſſant , de
maintenir les droits des diffidens.Ce ferment
de Henri de Valois fervit de mo
dèle à ſes ſucceſſeurs. Etienne ne lui fuc
céda qu'à cette condition. Ce fût une loi
fontamentale & facrée. Tous les nobles
furent égaux par la religion comme par la
nature .
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
C'eſt ainſi , qu'après l'union de l'Angleterre
& de l'Ecoſſe , les pairs d'Ecoffe
prefbytériens ont eu féance au parlement
de Londres avec les pairs de la communion
anglicane. Ainsi , l'évêché d'Ofnabruck
en Allemagne appartient tantôt à
un évangélique , tantôt à un catholique
romain. Ainfi , dans pluſieurs bourgs
d'Allemagne , les évangéliques viennent
chanter leurs pfeaumes dès que le curé
catholique a dit ſa meſſe. Ainſi les cham
bres de Vetzlar &de Vienne ont des afſeſſeurs
luthériens . Ainsi , les réformés
de France étoient ducs & pairs & généraux
des armées ſous le Grand Henri IV.
Un roi de Pologne , nommé auſſi Sigifmond
, de la race de Guſtave Vaſa ,
voulut détruire ce que le Grand Sigifmond
, le dernier des Jagellons , avoit
établi : il étoit , à la fois , roi de Pologne
& de Suéde ; mais il fut déposé en Suéde
par les états affemblés en 1592. Les états
du royaume élurent fon frere Charles ,
qui avoit pour lui le coeur des foldars &
la confeffion d'Augſbourg. Les Jéſuites ,
qui gouvernerent Sigifmond , lui ayant
fait perdre un royaume , le firent haïr
dans l'autre. Il ne put , à la vérité , révo
quer une loi devenue fondamentale, conSEPTEMBRE.
1768. 177
firmée par tant de rois & de diétes ; mais
il l'éluda , il la rendit inutile. Plus de
charges , plus de dignités données à ceux
qui n'étoient pas de la communion de
Rome.
Cependant la loi fut toujours refpectée.
Tous les rois , à leur couronnement,
firent le même ferment que leurs prédéceffeurs.
Ladiflas VI , fils de Sigifmond
le Suédois , n'oſa s'en diſpenſer. Son frere
Jean Caſimir , qui avoit été d'abord jéfuite&
enfuite cardinal , fut obligédes'y
foumettre. Michel Vieſnoviski , l'illuftre
Jean Sobieski , vainqueur des Turcs,
n'imaginerent pas de l'éluder. L'électeur
de Saxe Auguſte , en montant ſur le trône
de Pologne , après avoir embraſſé la religion
catholique , jura de maintenir cette
loi . L'Europe ſçait combien fon regne
fut malheureux ; il fut détrôné par les armes
d'un roi luthérien ,& rétabli par les
victoires d'un Czar de la communion
grecque.
La protection que Charles XII avoit
accordée aux Polonois réformés fit peutêtre
leur matheur; en 1717 , dans une
diéte on limita la loi qui étoit trop facrée
pour pouvoir être abolie. On ne permit
aux non conformiſtes le libre exercicede
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
leur religion , que dans leurs égliſes précédemment
bâties. On prononça des peines
pécuniaires , la priſon&le banniſſement
contre ceux qui ne ſe conformeroient
pas à cette nouvelle diſpoſition .
Elle ne paſſa qu'avec des difficultés'; pluſieurs
prélats s'y oppoſerent quelque tems;
enfin , elle eut lieu en partie ; mais le roi
Auguſte la détruiſit en la ſignant. Il donna
un diplôme , le 3 Février 1717 , dans lequel
il s'exprime ainſi : " Quant à la re-
>>>ligion des diffidens , afin qu'ils ne pen-
>> fent point que la communion de la
>> nobleſſe , leur égalité & leur paix ayent
>> éré léfées par les articles inférés dans
>>le nouveau traité ; nous déclarons que
>> ces articles inférés dans le traité ne doi-
>> vent déroger en aucune manière aux
>>confédérations des années 1573,1632 ,
» 1648 , 1669 , 1674 , 1697 , & à nos
Pacta conventa , en tant qu'elles font
>>utiles aux diſſidens dans la religion.
>>>Nous conſervons leſdits diſſidens en
ود
fait de religion , dans leurs libertés
» énoncées dans toutes ces confédérations,
>>felon leur teneur , ( laquelle doit être
>> tenue pour inférée & exprimée ici , )
»& nous voulons qu'ils foient confer-
>> vés par tous les états , officiers & tribu-
VI
SEPTEMBRE. 1768. 179
>>naux ; en foi de quoi nous avons or-
»donné de munir ces préſentes fignées
>> de notre main , &ſcellées du ſceau du
>>Royaume . Donné à Varſovie les Fé-
>> vrier 1717 , & le 20 de notre régne ».
Ce diplome n'empêcha pas de ſuivre
dans toute leur rigueur les articles du nouveau
traité : on ne tarda pas à démolir des
égliſes , des écoles , des hôpitaux de diſſidens.
On leur fit payer une taxe arbitraire
pour leurs batêmes & pour leurs communions
, tandis que 250 Synagogues juives
chantoient leurspſeaumes hébraïques ſans
bourſe délier. Les eſptits s'aigrirent , des
troubles ſurvinrent, on en punit les auteurs;
quelques- uns furent privés de leurs
biens , on coupa la tête à quelques autres ;
dans différens endroits la perſécution s'allumoit
, on la craignoit du moins; les difſidens
s'aſſemblèrent , ils invoquèrent les
loix de leur patrie , & les puiſſances garantesde
ces loix .
Il faut ſçavoir que leurs droits avoient
été ſolemnellement confirmés par la Suéde
, une partie de l'Empire d'Allemagne ,
la Pologne entière , & particulièrement
par l'Electeur de Brandebourg dans le trai
té d'Oliva en 1660. Ils l'avoient été plus
expreſſement encore par la Ruffieen 1686,
H vj
180 MERCURE DE FRANCE .
quand la Pologne céda l'ancienne Kiovie,
la capitale de l'Ukraine à l'Empire Ruſſe .
La religion Grecque eſt nommée la religion
orthodoxe dans les inſtrumens ſignés
par le grand Sobieski.
Ces nobles ont donc eu recours à cequ'il
ya de plus ſacré ſur la terre , les ſermens
de leurs pères , ceux des Princes garans ,
les loix de leur patrie & les loix de toutes
les nations . Ils s'adreſſerent à la fois àl'Impératrice
de Ruſſie , Catherine ſeconde ,
à la Suéde , au Danemarck , à la Pruffe ;
ils implorerent leur interceffion. C'étoit
un bel exemple dans des Gentilshommes
accoutumés autrefois à traiter dans leurs
dietes des affaires de l'état le ſabre à la
main , d'implorer le droit public contre
la pérfécution.
Le roi Staniſlas Poniatosky , fils de ce
célébre comte Poniatosky , fi connu dans
les guerres de Suede , élu du confentement
unanime de ſes compatriotes , ne
démentit pas dans cette affaire délicate ,
l'idée que l'Europe avoitde fa prudence ;
ennemi du trouble , zelé pour le bonheur
& la gloire de fon pays , tolérant par
humanité & par principe , religieux fans
fuperftition , citoyen ſur le trône , homme
éclairé & homme d'eſprit ; il pro
SEPTEMBRE. 1768. 181
poſa des tempéramens qui pouvoient
mettre en fûreté tous les droits de la religion
catholique romaine , & ceux des
autres communions. Le tout devoit en
faire fentir l'importance & l'utilité.
,
Cependant les gentils-hommes diffidens
ſe confédérerent en pluſieurs endroits
du royaume ; ils ſe réunirent pour demander
juſtice : on ne leur oppoſa qu'une
feule raifon c'eſt qu'ils reclamoient
l'égalité & que bientôt ils affecteroient la
ſupériorité ; qu'ils étoient mécontens &
qu'ils troubleroient une République déjà
trop orageuſe. Ils répondoient : nous ne
l'avons pas troublée pendant cent années ;
mécontens , nous ſommes vos ennemis ;
contens , nous ſommes vos défenſeurs .
Les puiſſances , garantes de la paix
d'Oliva , prenoient hautement leur parti
&écrivoient des lettres preſſantes en leur
faveur. Le roi de Pruſſe ſe déclaroit pour
eux. Le jeune roi de Danemarck né
bienfaiſant , & ſon ſage ministère parloient
hautement.
Maisde tous les potentats , nul ne ſe
ſignala avec autant de grandeur & d'efficace
que l'impératrice de Ruffie. Elle prévit
une guerre civile en Pologne , & elle
envoya la paix avec une armée. Cette
182 MERCURE DE FRANCE.
armée n'a paru que pour protéger les diffidens
, en cas qu'on voulût les accabler par
la force; on fut étonnéde voir une armée
ruſſe vivre au milieu de la Pologne avec
beaucoup plus de diſcipline que n'en
eurent jamais les troupes polonoifes.
Les politiques ordinaires s'imaginerent
que l'impératrice ne vouloit que
profiter des troubles de la Pologne pour
s'aggrandir. On neconſidéroit pas que le
vaſte empire de Ruſſie qui contient onze
cens cinquante mille lieues quarrées qui
eſt plus grand que ne fût jamais l'empire
Romain , n'a pas beſoin de terreins nouveaux
, mais d'hommes , de loix , d'arts
&d'industrie . :
Catherine II , lui donnoit déjà des hom.
mes , en établiſſant chez elle trente mille
familles qui venoient cultiver les arts néceffaires.
Elle lui donnoit des loix en
formant un code univerſel pour ſes provinces
qui touchent à la Suéde & à la
Chine.
Si l'impératrice avoit voulu fortifiet
ſon empire des dépouillesde la Pologne ,
il ne tenoit qu'à elle , il ſuffifoit de fomenter
les troubles au lieu de les appaiſer.
Elle n'avoit qu'à laiſſer opprimer les
Grecs , les Evangéliques & les Réfor
SEPTEMBRE 1768. 183
més , ils ſeroient venus en foule dans
fes états. C'eſt tout ce que la Pologne
avoit à craindre. Le climat ne différe
pas beaucoup ; & les beaux arts , l'eſprit ,
les plaiſirs , les ſpectacles , les fêtes qui
rendent la Cour de Catherine II , une des
des plus brillantes de l'Europe, invitoient
tous les étrangers. Elle forme un empire
&un fiécle nouveau , &-on iroit chez
elle de plus loin pour l'admirer.
Tandis qu'elle parcouroit les frontieres
de ſes états , & qu'elle paſſoit d'Europe
en Aſie pour voir par ſes yeux les beſoins
&les reffources de ſes peuples , fon armée
, au milieu de la Pologne , fit naître
long- tems des ſoupçons , des craintes ,
des animoſités. Mais enfin quand on fut
bien convaincu que ces ſoldats n'étoient
que des miniſtres de paix , ce prodige
ouvrit les yeux à tout le monde. L'évêque
deCracovie & le nouveau primat , tous
deux génies ſupérieurs , entrerent par cela
même dans des vues ſi ſalutaires ; mais il
ne falloitpas moins qu'un roi philofophe,
un primat , des évêques ſages , une impératrice
qui ſe déclaroit l'apôtre de la tolérance
, pour détourner les malheurs qui
menaçoient la Pologne. La philofophie a
juſqu'ici prévenu dans le nord le carnage
184 MERCURE DE FRANCE.
dontle fanatifmea fouillé long tems tant
d'autres climats .
Il ſemble , par la diſpoſition des efprits
, que les trois communions plaiguantes
rentreront dans tous leurs droits ,
fans que la communion romaine perde
les fiens.
AVIS.
I.
M. BOUCHER , premier peintre du
Roi , & directeur de l'academie royale de
peinture , & M. VIEN , profeffeur de la
même academie , préviennent ceux des
amateurs , à qui l'on pourroit préſenter
des tableaux revêtus de leurs certificats ,
qu'ayant moins de loiſir & d'habiiude de
voir des tableaux originaux , que les
marchands & brocanteurs , qui par état
font de cesfortes d'examens & de ces comparaiſons
, leur unique affaire, ilsſe croient
obligés d'avouer qu'ils pourroient bien s'être
trompés dans le jugement qu'ils ont
porté. Ils n'enfont pas moins d'avis que
ces tableauxfont dignes des maîtres à qui
ils les ont attribués .
:
SEPTEMBRE. 1768. 185
I I.
M. Thiéri , marchand épicier droguifte
, rue Montmartre , au coin de celle de
Saint- Pierre , a un ſpécifique , reméde uni
que contre la goutte. M. Davi nous écrit
pour nous informer que ce reméde l'a
beaucoup foulagé & même guéri de la
goutte.
III.
M. Vincent de Bourdigue , compofiteur
des eaux chimiques antifcorbutiques ,
connues ſous le nom d'eaux ſuiſſes , approuvées
& permiſes , ainſi que d'un reméde
unique & ſpécifique contre les fiftules
à l'anus , annonce une eau minérale
antifcorbutique & antivénérienne.
Sa demeure eſt , rue Saint- Denis , maiſon
de M. Vitaſſe , proche la rue Greneta à
Paris . Les perſonnes qui écriront ou qui
enverront un état de leurs incommodités
, auront le ſoin d'affranchir les lettres.
I V.
Le ſieur Level , naître chaudronnier ,
rue des Mauvais Garçons , Fauxbourg S.
Germain , inventeur d'une nouvelle bai-
ره
186 MERCURE DE FRANCE.
,
gnoire que nous avons annoncée dans
le premier volume de Juillet dernier
donne avis qu'il a trouvé le moyen d'adapter
à l'intérieur de ſa baignoire , une
machine pour y faire brûlerde la braiſe ,
enforte qu'à peu de frais on chauffe l'eau
dubain , ſans que la vapeur du charbon
incommode , la faiſant échaper au-déhors
par des conduits menagés à cet effet.
En calculant la dépenſe d'un bain avec
cette nouvelle baignoire , elle ne peut
aller au delà de 10 à 12 f.
V.
Lettre fur la poudre fébrifuge de M. de
laJutais.
Ayant lu , Monfieur , dans le Mercure
de ce mois , la lettre de M. *** , docteur
en médecine à Avignon , au ſujet de la
poudre fébrifuge de feu M. de Guillers ,
je me ſuis rappellé ce que M. d'Aubenton
, commiffaire général de la Marine ,
ci-devant premier commis au département
de la Marine m'en avoit raconté ,
j'ai été le voir à ſon Château du Bois-Jofſe
près Verneuil au Perche , & voici ce
qu'il m'a dit de nouveau.
SEPTEMBRE. 1768. 187
Le pere de M. le Chevalier de Guillers
demeuroit à Paris , il étoit garde des
rôles de France , on lui ſuſcita des affaires
qui lui firent prendre le parti de paſſer
à Anvers avec ſa famille. Après ſa mort
le Chevalier de Guillers ſon fils , paſſa
au ſervice des Vénitiens , où il obtint
une compagnie de cavalerie. Etant en
Dalmatie dans l'armée , qui étoit commandée
par le général Delfin , un jour
que ſon ſervice exigeoit qu'il fit la viſite
des prifonniers du camp , pour en rendre
compte à ce général , il trouva dans le
nombre des prifonniers , un vieillard qui
lui dit qu'il étoit arabe & médecin de
profeſſion , qu'ayant paffé de l'armée
Ottomane dans celle desVénitiens , pour
y exercer fon art , il avoit été arrêté comme
eſpion , mais que ne s'étant jamais
mélé que de ce qui concernoit ſa profeffion
, il le prioit d'engager le général , à
faire informer de ſa conduite , & de lui
rendre la liberté s'il étoit trouvé innocent
du crime dont il étoit accuſé . Le Chevalier
de Guillers s'acquita de la commiffion
, & fur les informations qui furent
faites , lemédecin Arabe fut élargi . Quel.
ques jours après le Chevalier de Guillers
vit entrer dans ſa tente ce Médecin
188 MERCURE DE FRANCE .
۱
Arabe , qui venoit le remercier du fervice
qu'il lui avoit rendu , & pour marque
de ſa reconnoiſſance , il lui offrit le
ſecret d'une poudre fébrifuge , qu'il diſoit
infaillible . Le Chevalier de Guillers l'accepta
, & en ayant fait uſage , il en reconnut
l'efficacité. L'amour qu'il avoit
conſervé pour ſa patrie lui inſpira d'en
faire part à la France , il s'adreſſa au ſieur
le Blond , conſul de France à Veniſe ,
qui en écrivit à M. de Pont-Chartrain ,
ſon ſupérieur. Ce Miniſtre lui demanda
que M. de Guillers n'auroit qu'à envoyer
un paquet de ſes poudres , qu'on en feroit
l'épreuve ; que ſi elles étoient telles
qu'il le prétendoit , on prendroit des ordres
du Roi , pour le faire venir en Fran .
ce. Le paquet de poudre reçu , on le fit
remettre à M. Fagon , qui après en avoir
fait l'épreuve , rapporta que le reméde
avoit effectivement guéri pluſieurs fébricitans
; mais qu'il en avoit manqué plufieurs
autres , que par conféquent on pouvoit
s'en paffer , puiſqu'on avoit le quin .
quina , dont l'uſage étoit plus certain .
On manda à M. le Blond de remercier
M. de Guillers de fon zele , que fon
reméde n'ayant pas été trouvé auffi général
qu'il le prérendoit , le Roi n'étoit pas
SEPTEMBRE 1768. 189
dans l'intention de l'acquérir ; fur quoi
M. de Guillers dit à M. le Blond , qu'apparamment
le paquet qu'il avoit envoyé
avoit été mouillé en route , ou mal appliqué
, puiſqu'il ne pouvoit douter de
ſon effet, par les expériences réitérées qu'il
en avoit faites. Le tout étoit reſté dans
l'oubli , lorſqu'au bout detrois ans , M.
de Guillers ſe préſenta au bureau de M.
d'Aubenton , premier commis de M. de
Pont-Chartrain. M. de Guillers lui dit
qu'il étoit l'homme, qui avoit fait propofer
par M. le Blond , une poudre admirable
contre la fiévre , & que ſuivant la
réponſe de ce conful, il voyoit bien que
ſon reméde avoit été mal appliqué , ou
qu'il s'étoit gâté dans la route. Qu'étant
venu en France pour ſes affaires , il deſiroit
d'être utile à ſa patrie , qu'il apportoit
ſon reméde , pour qu'il fût éprouvé
ſous ſa direction , & qu'il étoit
fûr de la réuſſite . M. Daubenton en rendit
compte à M. de Pont- Chartrain , qui le
chargea de voir M. Fagon à ce ſujet.
M. Fagon lui dit qu'il ne falloit pas négliger
d'en faire une nouvelle épreuve ,
& qu'il le prioit de lui amener le chevalier
de Guillers , ce qu'il exécuta. M.
Fagon fit nommer Meſſieurs Boudin ,
190 MERCURE DE FRANCE.
Morand , Dalibourg , & le Dran ; pour
quede concert enſemble , ils fiſſent l'épreuve
du reméde. Ils rapporterent qu'il
étoit infaillible , ayant guéri dans les hôpitaux
toutes les eſpéces de fiévres. M.
Fagon étant convaincu de ſon efficacité ,
dit à M. de Guillers qu'il falloit que le
roi l'achetât. M. deGuillers répondit que
fon projet n'étoit pas de vendre ſon reméde
, qu'il l'offroit fans aucun intérêt &
qu'il étoit trop heureux de pouvoir être
utile à ſa patrie. M. Fagon rendit compte
au roi , & de la bonté du reméde ,
&du déſintéreſſement du chevalier de
Guillers ; le roi le fit chevalier de ſaint
Lazare; lui fit donner 1500 livres pour les
frais du paſſage dans cet ordre , & lui
accorda le privilége excluſif de faire débiter
le reméde . M. de Guillers en chargea
un marchand mercier , qui demeuroit
dans la place Ste Opportune à Paris .
M. de Guillers , ayant été produit par
M. Daubenton , il lui donna par écrit la
compoſition de ce reméde , il penſe que
eet écrit eſt dans les papiers de fa maifon
de Paris. Il ſe propoſe d'en faire la recherche
, ſans être certain de le retrou
ver , ayant perdu cela de vûe depuis bien
dutenis. Il ſe ſouvient que M. de Guil.
SEPTEMBRE. 1768. 191
lers le mena à Clagny pour lui faire con.
noître la plante febrifuge : il dit qu'elle
croiſſoit dans le voiſinage des eaux ,
qu'elle reſſembloit au Bouton d'Or ; car
M. Daubenton n'eſt point Botaniſte ;
mais ſuivant la déſcription qu'il a faite
très- imparfaitement à M. de Chambray ,
celui- ci penſe que ce pouvoit être le Pied
bot, appellé Ranunculus hirfutus. Il a même
entendu dire , que cette plante pilée
&appliquée aux petits doigts des mains
guériſſoit de la fiévre , ce qui a beaucoup
de rapport à l'indication de M. Daubenton
. M. de Guillers étoit chymiſte , puifqu'il
a eu l'honneur de travailler avec M.
leRégent à la compoſition des différentes
pierres, à laquelle ce princes'amuſoit quelquefois.
Il fut connu du czar Pierre , qui
le fit ſon envoyé à Paris . On ne ſçait pas
fi M. de la Jutais étoit ſon gendre , ou
le gendre de fonfils . Voici , monfieur ,
ce que j'ai appris ſur la poudre fébrifuge
que l'on deſire de retrouver.
Э
うLe Marquis de Chambray ,
auBois-Joffe le 20juillet 1768.
c 5
८
192 MERCURE DE FRANCE.
FÊTE célébrée en l'honneur du Roi ,
par les éleves de la penſion militaire de
MM.. Chocquart & Noirmant , rue &
barriere Saint- Dominique , le 25 Août
1768 .
C'EST un hommage que de jeunes mi .
litaires rendent tous les ans à Louis le
Bien- aimé. On avoit élevé , au centre
d'un boſquet , un temple , au milieu duquel
étoit la ſtatue du roi environnée
d'une troupe d'éleves fous les armes. Une
ſymphonie guerriere ſe fait entendre ;
ces jeunes guerriers ſe rendent ſur la ſcène
, où l'un d'eux prononce l'éloge du
maréchal de Luxembourg. Après l'éloge ,
cette brillante jeuneſſe fir différens exercices
qui prouvent le zele des maîtres &
les diſpoſitions des éleves.
Enſuite vient undrame állégorique , en
trois petits actes , mêlé de chants & de
danſes ; & de poëſies agréables , heureufement
contraſtées .
Le Genie de la Guerre debute aing :
Trompettes éclatez , frapez , percez les airs ,
De Louis , annoncez la fête ,
Que
SEPTEMBRE 1768. 193
Quevos chants belliqueux animent les concerts.
Qu'en ce jour notre zele apprête !
Jeuneffe , impatiente
De guider ſes drapeaux ,
Lagloire vous préſente
L'exemple des héros.
L'enfance la plus tendre
D'Achille & d'Alexandre
Préſageoit leurs ſuccès :
Comme eux vous devez être.
Louis eſt votre maître ,
Et vous êtes François .
Le Génie de la Paix chante ces vers ,
dictés par la reconnoiſſance envers un
miniſtre , protecteur de cette maiſon.
Par une clarté douce & pure ,
L'Aſtre bienfaiſant du matin
Annonce à toute la nature
Un beaujour , un calme certain ;
Ainſi préſide à votre aurore
Un ſage , un miniſtre éclairé. *
Des faveurs d'un roi qu'on adore ,
Sa voix eſt ungage afſuré.
Dans un âge ſi foible encore ,
Par ſes ſoins vous êtes conduits ,
*M. le comte de Saint-Florentin .
:
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Devos talens , qu'il fait éclore ,
L'honneur doit reueillir les fruits.
LesGénies de la Guerre &de laPaix s'uniſſent
pour célébrer enſemble les triomphes
des arts ſous le regne de Louis XV.
Regnez , beaux arts ; brillez , heureux talens ;
A Louis rendez votre hommage ;
Uniſſez vos efforts , uniflez vos accens ,
Votre ſplendeur eſt ſon ouvrage ;
Et le droit d'annoncer tant de ſoins bienfaiſans
Eſt votre plus noble partage.
Le Génie de la Paix continue :
Ainfi , lorſquedu haut des airs ,
L'aſtre éclatant des cieux a diſſipé l'orage ,
Onn'entend plus gronder les mers ;
L'onde careffe le rivage .
L'oiſeau , cache ſous le feuillage ,
Ranime fes brillans concerts ,
Tout célébre dans ſon langage
Le bienfaiteur de l'univers.
Nous devons encore citer ces ſtances
adreſſées aux villageois.
Conſolez-vous , peuple ſimple & champêtre ,
Dans votre aſyle on voit moins de ſplendeur ;
Mais ſous le chaume , à l'ombrage d'un hêtre,
Avecla paix vous fixez le bonheur,
SEPTEMBRE. 1768.
و ر
Par vos chanſons , au lever de l'aurore ,
Vous ſoulagez vos ſoins & vos travaux.
Le jour finit& vous chantez encore ;
La nuit , pour vous , eſt un tendre repos.
A vos deſtins votre roi s'intéreſſe ;
De ſes regards il couvre vos guérets ;
Par ſes bienfaits jugez de ſa tendrefle ;
Par votre amour méritez ſes bienfaits.
,
Les chants , les jeux & les danſes ont
été accompagnés d'une grande fymphonie
&terminés par un feu d'artifice.
Une gloire, placée derriere le buſte du roi,
éclairoit tout le temple ; des gerbes accompagnoient
cette gloire , & le ſon des
tambouts & des inſtrumens militaires ,
confondus avec le bruit des boëtes & de
la poudre , donnoient l'image d'une bataille.
L'Eloge précis , &bien fait du célébre
maréchal de Luxembourg , a reçu des applaudiſſemens
juſtement mérités. Cette
fête a paru parfaitement ordonnée , ingénieuſe
, & propre à donner une idée avanrageuſe
de l'éducation & des talens des
éleves capables d'exécuter un ſpectacle
auffi varié.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Le ſentiment de la reconnoiſſance a
inſpiré l'épithalame que nous préſentons
ànos lecteurs. Ledeſſein en a été exécuté
par M. Moreau , habile deſſinateur &
graveur.
LE DIEU DE L'HYMENÉE
Uniffant les Graces avec l'Amour.
EPITHALAME EN MÉDAILLON.
L'action ſe paſſe dans le temple de l'Hy.
men ; ce dieu , couronné de fleurs & tenant
fon flambeau , eſt vis-à- vis d'un autel
où il préſente l'Amour aux Graces. Le fils
de Cythère vole avec empreſſement audevant
d'elles : ces divinités ſont repréſentées
avec les attributs que la mythologie
leur donne. Aglaë , qui figure la beauté ,
eſt, comme ſes ſoeurs ,couronnée de myrthe.
Thalie , repréſentant l'Eſprit , tient
une lyre à la main. Euphroſine , repréſentant
le Courage , eſt coëffée d'un cafque.
L'Amour , au comble de ſes deſirs ,
prend la main de la belle Aglaë , & s'unit
avec elle & à ſes aimables ſoeurs . Sur le
devant & au bas de l'autel on voit deux
enfans aîlés , qui uniſſent enſemble leurs
SEPTEMBRE 1768. 197
Aambeaux , & figurent ceux de l'Amour
& du dieu de l'Hymen . Il eſt aifé de concevoir
, par cette allégorie , que l'image
de l'Amour caractériſe la fatisfaction du
plus tendre & du plus fortuné des époux :
comme le portrait des Graces peint l'union
de toutes celles qui ſe trouvent réunies
dans l'objet qui les préſente ſous les
traits intéreſſans de l'aimable P.......
L'Hymen vient ſur la terre unir l'Amour aux
Graces ,
L'Amour vole toujours fur leurs aimables traces .
Pour l'heureux A..... l'Hymen qui s'intéreſſe ,
De ſon aimable épouſe a fait une maîtreſle ;
D'un ſi beau ſentiment , avec raiſon jaloux ,
L'Amour fait pour P....... un amant d'un époux.
Dédié aux Graces ;
Par le SrDE VERNON ,
Penſionnaire du Roi.
:
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
POMPE FUNEBRE
DE LA REINE.
LE 11 de cemois, on célébra , dans l'égliſe
de l'abbaye royale de Saint-Denis , le ſervice ſolemnel
qui devoit précéder les obteques de la
reine. Le corps qui , depuis le tranſport à Saint-
Denis , étoit refté en dépôt dans la chapelle haute
de l'égliſe , fur mis ſur un magnique carafalque
élevé au milieu du choeur de la faufle
égliſe qu'on avoit conſtruite. Toute l'enceinte
intérieure de la nef étoit tendue de noir juſqu'à
la voute , avec les armes de la reine. Le choeur
étoit auſſi entierement tendu de noir. Le manfolée,
qui formoit un parallélograme au ſommet
duquel s'élevoit un ange en or , de grandeur naturelle,
étoit placé à l'entrée du choeur & ornéde
quatre principales figures ſymboliques , de marbre
blanc, de grandeur naturelle, repréſentant,
l'une , la Piété Royale , l'autre , la Sageffe Chretienne
, la troifiéme , la Méditation fur la Vie
Eternelle , & la quatrieme , la Foi Catholique.
Le mauſolée étoit couvert d'un magnifique pavillon
d'où ſortoient quatre grands rideaux de
drap noir ornés de fleurs-de- lys brodées en or &
de larmes en argent. L'architecture qui décoroit
lechoeur étoit compofée d'arcades partagées par
des arriere- corps & des pilaftres d'ordre ionique.
Tout l'édifice étoit auſſi orné de pluſieurs figures
ſymboliques , avec les armes de la reine. Le jubé
formoit un grand amphithéatre dont les degrés
SEPTEMBRE. 1768. 199
étoient couverts de drap noir. Trois cordons de
Lumiere regnoient autour du choeur. Le ſanctuaire
étoit diviſé par cinq degrés entre deux corps de
balustrades de marbre &de bronze , & l'autel élevé
ſur quatre marches étoit couvert d'un dais richement
décoré , dont la queue étoit traverſée par
une croix d'étoffe d'argent avec les armes de la
reine. Les pentes de velours étoient garnies de
franges&de galons d'argent,& chargées auffi endedans
& en- dehors des armes de ſamajeſté. Cette
pompe funebre a été ordonnée , de la part du roi ,
par le duc de Fleury , pair de France , premier
gentilhomme de la chambre de ſa majesté , & conduite
par le ſieur Papillon de la Ferté , intendant
&contrôleur-général de l'argenterie , menus plaifirs
& affaires du roi , ſur les deſſins du ſieurMic.
Ange Challe , peintre ordinaire de ſa majesté &
deffinateur de ſa chambre & de ſon cabinet. Le
clergé, le parlement , la chambre des comptes ,la
cour des aides , la cour des monnoies , l'univerfité
, le châtelet , le corps-de-ville & l'élection ,
qui avoient été invités , de la part du roi , par le
grand-maître des cérémonies , arriverent vers les
onze heures du matin. Le parlement , l'univerſité,
le châtelet& l'élection furent placés à droite. La
chambre des comptes , la cour des aides , la cour
des monnoies & le corps-de-ville eurent leurs pla
ces à gauche. Lorſque Madame Adelaïde & Me (-
dames Victoire & Sophie , qui étoient les princefſes
du deuil , &Monſeigneur le Dauphin , Monſeigneur
le comte de Provence &Monſeigneur le
comte d'Artois , qui devoient mener les princefſesà
l'offrande , eurent pris leurs places , l'évêque
de Chartres , premier aumônier de la reine , ler
quel avoit officié la veille aux vêpres des morts ,
célébra pontificalement la meſſe qui fut chantéc
Liv
200 MERCURE DE FRANCE.
par la muſique du roi : il étoit aſſiſté des évêques
deMontpellier , de Meaux , de Saint-Pol-de-Léon
&de Saintes. A l'offertoire & après les ſaluts ordinaires
fairs par le marquis de Dreux , grand-mattre
, par le ſieur de Nantouillet , maître , & par le
ſieur de Watronville , aide des cérémonies , les
princeſſes allerent à l'offrande : Madame Adelaïde
y fut menée par Monſeigneur le Dauphin , & la
queue de ſa mante étoit portée par le baron de
Montmorency , le marquis de Civrac & le inarquis
d'Eſcars ; Madame Victoire y fut menée par
Monſeigneur le conite de Provence , & la queue
de ſa mante étoit portée par le comte de Rochechouart
, lebaron de Talleyrand & le marquis de
Noailles ; Madame Sophie y fut menée par Monſeigneur
lecomte d'Artois ; la queue de ſa mante
étoit portée par le marquis de Bethune , le comte
de Choiſcul & le comte de Montmorin. Après
cette cérémonie , pendant laquelle la muſique du
roi exécuta , ſous la conduite du ſieur Blanchard,
maître de muſique de ſa majesté & chevalier de
l'ordre du roi , un Deprofundis de ſa compoſition,
l'évêquedu Puy prononça l'oraiſon funebre,
&, la meſle étant finie , l'évêque de Chartres &
les quatre évêques aſſiſtans deſcendirent de l'autel
&firent les abſoutes , les prieres & les encenſemens
ordinaires autour du corps , lequel fut enſuite
levé par les gardes du corps du roi & porté
au caveaude la ſépulture de la maiſon royale : le
corps étoit précédé du ſieur de Monſpé , exempt ,
&ſuivi du duc de Noailles , capitaine des gardes
ducorps du roi , qui étoit accompagné des ſieurs
du Pujol , Hebert & de Rochefort , lieutenans des
gardes-du-corps ; les quatre coins du poële étoient
tenus par les fieurs de Maupeou , premier préſident
, d'Aligre , d'Ormeflon & de Saron , pré
SEPTEMBRE. 1768 . 201
dens du parlement ; le comte de Saulx , chevalier
d'honneurde la reine , portoit la couronne , & le
comte de Teflé , premier écuyer , portoit le manteau
royal. Lorſque le corps fut defcendu dans le
caveau , le comte de Saulx apporta la couronne
&le comte de Teflé le manteau royal ; le vicomte
de Talaru , premier maître d'hôtel en ſurvivance,
&les maîtres d'hôtel de la reine apporterent leurs
bâtons ,& le roi d'armes de France (le fieur Bronod
de la Haye ) fit la proclamation ordinaire . La
maiſon de la reine& ſes dames ont afliſté à la cérémonie.
Le comte Danès , gouverneur pour le
roi de la ville de Saint-Denis , s'eſt trouvé à la
porte de l'abbaye à l'arrivée de Monſeigneur le
Dauphin ,deMonſeigneurle comte de Provence ,
deMonſeigneur le comte d'Artois , de Madame
Adelaïde&deMesdames Victoire &Sophie.
Après la cérémonie , le clergé , les cours & les
autres corps qui y avoient aſſiſté furent magnifiquement
traités. Le prince de Condé , grand-maître
de France , avoit nommé les officiers du roi
pour le ſervice des tables , & d'autres , pour conduire
les compagnies dans les différentes falles ott
les tables avoient été préparées ; celle du clergé
étoit dreſſée dans la ſalle capitulaire de l'abbaye,
& elle étoit de quarante couverts ; celle duparlement
, de la chambre des comptes & de la cour
des aides , dont la premiere étoit de quatre- vingt
couverts ; la ſeconde ,de ſoixante, & la troiſieme
de quarante , étoient placées dans une grande
falle vis-à- vis de celle du chapitre , celle de la
cour des monnoies , de l'univerſité, du châtelet ,
du corps-de-ville & de l'élection , toutes de vingt
couverts chacune , étoient dreſſées dans le grand
réfectoire . Les évêques officians , les officiers de
cérémonie avoient auſſi , ſelon l'uſage , une table
de trente couverts . On avoit placé dans le jar
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
din, ſous unetente , une tablede cent vingt cou
verts pour la muſique du roi. Toutes ces tables
furent ſervies , à la même heure , avec magnificence
,& il y régna le plus grand ordre & la plus
grandedécence. Les tables ordinaires de la reine
furentſervies enmême-temps , ainſi qu'une table
d'honneur qui fut tenue par la comteſſe deNoailles&
à laquelle furent invitées toutes lesperfonnes
qui avoient accompagné Madame Adelaide ,
Meldames Victoire & Sophie , Monseigneur le
Dauphin , Monseigneur lecomte de Provence &
Monſeigneur le comte d'Artois, & qui avoient
porté la queuedes mantes des princeſſes.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Petersbourg le 25 Juin 1768.
L'Impératrice ſe propoſe d'envoyer dans les
provinces de Ruffie & de Sibérie , une ſociéré
de gens éclairés , pour y examiner l'état où ſe
trouvent l'agriculture , les manufactures & fabriques
, les mines & autres objets importans.
L'académie de cette ville a nommé pour cet effet
les profeſſeurs Gmelin & Pallas , & les docteurs
le Pechin,Guldenſtadt & Falck ; quatre d'entr'eux
font déjà partis. Les ſieurs Pallas & Falck vifiteront
les diſtricts ſitués le long du Volga , le
gouvernement d'Orensbourg & les jurifdictions
de Catherinebourg & de Cafan ; & les fieurs
Gmelin &Guldenſtadt examineront tous les pays
fitués fur le Don & le Doniec ,juſqu'au Dnieper ,
& depuis Aftracan juſqu'aux frontieres de Perſe.
Is ont ce qui leur est néceſſaire pour leur voya
SEPTEMBRE. 1768. 203
ge, &des chaſſeurs &des foldatspourleur fervir
d'eſcorte.
De Warfovie le 2 Juillet 1768 .
On affure que le colonel Bock a envoyéun exe
près au prince Repnin , pour l'informer qu'il ne
voyoit d'autre moyen de ſe rendre maître de
Cracovie que de bombarder la ville , il lui demande
en même-tems ſes ordres à cet égard. Il
s'eſt retiré à deux millede Cracovie ; on ajoute
que le Roi & pluſieurs Magnats ſe ſont extrêmement
oppoſés au projet ducolonel Bock , & ont
déterminé le prince de Repnin à ne pas y confentir.
Du 5 Juillet.
Oneſt informé que les Grecs de l'Ukraine &
de la jurisdiction de Kiovie ſe ſont ſoulevés
contre les Catholiques & tes Juifs , ſous prétexte
de concuſſion exercée ſur-tout par ces derniers
à qui tout le pays eſt affermé; le nombre
des révoltés va , dit-on , à plus devingtmille
hommes; ils ont déjà dévasté pluſieurs ftarofties,
villes& villages.
Du 13 Juillet.
Les Confédérés toujours maîtres de Cracovie ,
font de fréquentes ſorties , & fatiguent jour &
nuit les Ruſſes. Le régiment d'artillerie de la couronne
eſt arrivé le 10 de ce mois ; il a ordre de ſe
tenit prêt à marcher avec le régiment du roi . Le
comte de Bruhl , chefdu premier de ces régimens ,
a demandé ſa démiſſion au cas que la commiffion
de guerre lui commanderoit de ſe joindre aux
Ruſles pour attaquer les Confédérés.
Onmande des confins de la Pologne , que toute
lanobleſſe prend les armes , que tous les Palati-
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
nats font confédérés , & que les Grands ſeuls
reſtent dans l'inaction . Les confédérés de Podolie
ſont entrés le ſabre à la main dans Bar ; avant
le combat qui a précédé cette action , le ſieur
Pulawski , maréchal de l'armée de la confédérationde
la couronne , adreſſa le diſcours ſuivant à
ſes troupes:Voici le jour où nous devons vaincre
>> ou mourir;unmoment va combler notre bonheur
ou notre malheur. Nous avons formé , vous le
ſçavez , la plus juſte & la plus ſainte des en-
→→→ trepriſes ; nous ne nous propoſons d'autte but
que de fervir Dieu & la patrie , & l'on nous
traite de brigands , de rebelles , de perturba-
>>> teursdu repos public ! & l'on nous juge & l'on
nous condamne ! Il faut donc mourir , ou de la
>> mort des ſcélerats , ſur un échaffaud , ou de la
mort des héros , au champ de bataille. Ya-t-il
à balancer ? Nous avonstrop long-tems gémi
fous le joug de l'étranger ; hatons-nousd'effa-
१
cer la tache qui deshonore notre nom , &de
montrer à toute l'Europe qu'il eſt encore des
Polonois. Nous périrons , eh bien ! la patrie vivra
! trop heureux , fi en répandant notre fang
>> pour elle , nous afſfurons fonbonheur. Vous qui
>>êtes ici raſſemblés , fi vous n'avez point le cou
rage de défendre au péril de votre viela religion
& la liberté , retirez-vous ;; il eneſt tems , vous
pouvez échapper encore au danger , & à votre
ennemi , l'ennemi de Dieu & de la patrie. Vous
alleguerez pour excufe que nous vous avons
féduits ; pour nous , qui ſommes les chefs de
cette ligue fainte & politique , le maréchal
Krafinski ,le comte Potocki & moi , nous n'avons
point de grace à eſpérer ; ne croyez pas
cependant que ce foit le déſeſpoirqui nous ani--
20me , il y a long tems que nous avons tout
prévu ,& que nous nous attendons àtout,c'eſt
ככ
دنا
:
SEPTEMBRE. 1768. 205
e
>> l'amour de Dien &de la nation qui a mis au fond
>> de nos coeurs le courage & la magnanimisé
>> dont nous vous donnons l'exemple . Allons donc,
>>>hommes illuftres , hommes pleins de valeur ,
>> de religion & de fermeté , allons au devant de
>>de la mort : nous avons déjà tout perdu pour
>> défendre la religion & la liberté : la vie nous
reſte , perdons encore la vie , que la poſtérité
-- >> diſe que fi nous n'avons pu ſauver notre patrie ,
>> nous avons ſçu du moins mourir pour elle .
>>Que s'il en eſt parmi vous d'afiez lâches pour
>> préférer la conſervation de leurs jours à celle de
>>>la religion & de la patrie , qu'ils fuyent , &
>> qu'en nous abandonnant ils hâtent le moment
>> de notre perte ; nous craignons la ſervitude &
>> non pas la mort ».
Du 20 Juillet.
Lundi dernier le colonel Ingelſtroom fut dépêché
au camp devant Cracovie , pour remettre
au commandant des troupes Rufſes un ordre par
lequel il lui eſt enjoint de réduire la place à quelque
prix que ce ſoit.
De Vienne le 13 Juillet 1768 .
Le 13 du mois dernier , l'on a inoculé dans l'hô
pital établi à Meydling , cinq filles de l'âge de
quatorze àquinze ans ; le 25 , fix ſujets de deux
ans & demi juſqu'a trente-cing ; le 27 , trois de
deux à dix ; le 2 Juillet , huit de deux à huit ; &
le 7, un de dix ans . De ces trente-neuf ſujets ,
tous ceux qui ont prix la maladie , l'ont éprouvée
benigne& en ſont guéris ou fur le point de
l'être ; mais onze d'entr'eux n'en ont point été
attaqués , quoiqu'on les ait inoculés juſqu'à quatre
différentes repriſes , ce qui a fait croire qu'ils
avoient cu précédemment la petite verole & c'eſt
206 MERCURE DE FRANCE.
ce qu'on a vérifié à l'égard de pluſieurs. Hier on
inocula quinze nouveaux ſujets.
DeBerlin le 13 Juillet 1768 .
Il paroît une ordonnance du roi , par laquelle
la majesté défend l'importation des ouvrages en
cuivre , en fer & en fer-blanc, ainſi que celledes
cloux de fer & d'autres connus ſous le nom de
cloux de Nuremberg , ſous peine de cent rixdahlers
d'amende par quintal , à moins qu'on ne
ſoit muni d'un paſſeport expédié par le département
des mines , au directoire général. Par une
-autre ordonnance , il eſt auſſi défendu d'importer
aucune eſpéce de fer-blanc étranger dans les provinces
& pays ſitués depuis les bords du Weſer ,
en deçà du fleuve , juſqu'en Pruſle & en Silefie
incluſivement, à peine,contre les contrevenans ,
de deux cens rixdahlers d'amende pour livre.
De Sarbruck le 24 Juillet 1768 .
Le prince Guillaume-Henri de Naſlau-Ufingue-
Sarbruckeſt mort ce matin ; il étoit né le 14
Mars 1718 , & avoit épousé le 28 Février 1742
la comtefle Sophie-Chriſtine d'Erbach ; il laifle
de ce mariage un prince & deux princeſſes .
De Lisbonne le 12 Juillet 1768 .
Le roi vient de faire publier une bulle que le
feu pape Benoît XIV accorda à ſa majeſté en 1756,
pour lever le tiers du revenu de toutes les égliſes
paroiffiales & collégiales , des dignités , canonicats
, prébendes , chapelles & bénéfices qui
Lout ſitués dans cette ville , ſans exception ,
dant l'eſpace de quinze ans , & dont le produit
doit être uniquement employé à la reconftruction
, réparation & décoration des égliſes de
Lisbonne.
penSEPTEMBRE.
1768. 207
De Madrid le 19 Juillet 1768 . :
Le 21 du mois dernier l'Ordre de St. François
d'Aſſiſe tint un chapitre , dans lequel le pere Fr.
Paſchal de Varés , de la Province de Milan , fut
élu général de l'ordre ; le 14 de ce mois il cut
Thonneur de ſe couvrir devant le roi , en qualité
de grandd'Eſpagne de la premiere clafle , & eut
pour parrain à cette cérémonie , le marquis de
Guevara -y-Quintana , comte de Laredes.
DeNaples le 6 Juillet 1768 ..
Le 14 du mois dernier on a publié un édit rendu
par fa majeſté Siciliene le 4, portant fuppreffion
du bref contre les états de Parme , & de la bulle
in coena Domini. La chambre royale de Sainte
Claire avoit adreſlé au Roi des repréſentations
pour en obtenir cet édit.
Du , Juillet 1768 .
La reine ayant refuſé le don gratuit de vingt
mille ducats que la ville de Naples a coutume
d'offrir à la nouvelle épouſe de ſon ſouverain ,
on a employé cette ſomme à marier deux cens
pauvres filles de la ville. Hier elles ont été admiſes
à l'honneur de baifer la main de leurs majeſtés
; elles ont été conduites au bruit d'un grand
nombre d'inſtrumens dans douze chars , repréſentant
les quatre ſaiſons de l'année , les quatre
élémens , les quatre principaux arts liberaux ;
elles étoient diviſées en différentes bandes , dont
chacune étoit diftinguée par un uniforme particulier.
Le Roi a adreſſé aux citoyens & habitans de
Ponte-Corvo un édit , dans lequel rappellant que
la ville de Ponte-Corvo a toujours fait partie du
royaume des Deux-Siciles , fans interruption ,
208 MERCURE DE FRANCE.
ſous ſes prédéceſleurs , depuis les Normandsjul
qu'aux Arragonnois ,& que c'eſt ſeulementdans
les derniers tems que la cour de Rome s'en eſt
emparée ſans aucun titre légitime , il l'a réunie
à ſon domaine , & envoye don Tobie Longi
, capitaine de ſes armées royales pour en
prendre poffeffion en fon nom , & recevoir le
ferment de fidélité.
و
>
De Colorno le 16 Juillet 1768 .
Il vient de paroître un édit du duc de Modéne
en date du II de ce mois , qui ſoumer
les biens eccléſiaſtiques , acquis depuis une certaine
époque , aux mêmes charges que ceux de
ſes autres ſujets laïques , afin de libérer l'état
des dettes conſidérables que des circonstances facheuſes
l'ont obligé de contracter .
De Londres le 26 Juillet 1768 .
Quoique tout paroiſſe tranquille à l'occaſion
du fieur Wilkes , la cour a jugé à propos d'entretenir
à la porte de ſa priſon une garde de so
foldats , pour maintenir l'ordre & le repos public.
On mande de Boſton , dans la nouvelle Angleterre
, que les Officiers de la douane ayant
vifité un navire dans le port , la populace s'eſt
attroupée tumultuairement , a expulsé de la ville
tous les commiflaires ,& pillé leurs maifons ; on
ajoute que pour échapper aux ſuites de cesviolences
, les commifaires ſe ſont réfugiés ſur une
frégate du roi qui mouilloit dans le port. Les
miniſtres font partagés ſur les moyens qu'on
doit employer pour foumettre les Américains aux
loix établies par le parlement de la Grande Bretagne.
Les uns font d'avis d'employer la force ;
les autres veulent qu'on difcute cet objet au parlement.
En attendant la cour a donné ordre aux
SEPTEMBRE . 1768 . 209
:
gouverneurs de prendre les meſures néceſſaires
pour protéger les officiers du roi dans les fonctions
de leur charge .
Du 2 Août.
Les habitans de Boſton ont envoyé des inftructions
aux Sieurs Jacques Otis , Thomas Cufbind
, Samuel Adams & Jean Hamock leurs
agens en cette capitale. Ils ſe plaignent de ce que
la révocation de l'acte du timbre n'a pas rétabli la
tranquillité ; le principe ſur lequel il étoit fondé
-ſubſiſte encore ; on exige , toujours d'eux , un revenuqui
leur appartient. Les actes du parlement
leur impoſent ſucceſſivement des taxes dont on
leur demande le payement en vertu d'une autorité
à laquelle ils n'ont point de part; les vaifſeaux
qu'on leur annonce , les troupes dont on
les menace , nuiſent à leur commerce , &c. Après
avoir détaillé les ſujets de leurs plaintes , ils
exhortent leurs agens àne rien oublier de tout ce
qui pourra leur faire obtenir le redreſſement de
leurs griefs : ils leur recommandent fur- tout de
s'oppoſer à toute eſpéce d'enrôlement forcé de matelots
, &c.
Le 25 du mois dernier il arriva de Lisbonne
pluſieurs dépêches , par leſquelles on eft informé
que les différens qui s'y ſont élevés , relativemeut
au commerce des deux nations , ſont preſqu'entierement
terminés .
Du II Août.
Le roi de Dannemarck vient d'arriver ici , &
s'eſt rendu fur le champ à l'appartement qui lui
avoit été préparé au palais de St James.
De Bruxelles , le 28 Juillet 1768 .
Le roi de Dannemarck arriva ici le 24 de ce
210 MERCURE DE FRANCE.
mois ſous le nom de prince de Travendahl. Le
lendemain il ſe rendit àTervueren , où il dîna chez
le prince Charles , gouverneur de cet état. Le ſoir,
ſa majeſté ſe rendit à la comédie & alla ſouper chez
le miniſtre plénipotentiatre de la cour de France.
On s'empreſſe ici à procurer , à ce prince , tous les
amuſemens qui peuvent lui rendre ce ſéjour agréable.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
De Compiegne , le 28 Juillet 1768 .
Le 25 de ce mois le Roi eſt arrivé ici , où Monſeigneur
le Dauphin , Monseigneur le comte de
Provence& Monſeigneur le comte d'Artois font
venus rejoindre la majesté aujourd'hui,
Du 3 Août.
Hier , Dom Remacle Morand , religieux de
l'abbaye de St Hubert des Ardennes , eut l'honneur
d'offrir au roi un préſent de chiens de chaſſe
&de faucons. Ce préſent , que l'abbé de StHubert
eſtdans l'uſage de faire à ſa majeſté , fut reçu
par le marquis d'Entragues , grand fauconnier de
France , enſurvivance du duc de la Valliere.
Du 10 Août.
Le chevalier de St Prieft , ambaſladeur du roi
auprès de la Porte Ottomane , & le chevalier de
Clermont , miniſtre plénipotentiaire de ſa majeſté
à la cour de Lisbonne , ont pris congé de ſa majeſté
le 7 ; ils ont eû l'honneur de lui être préſentés
par le duc de Choiſeul , ainſi quele comte du
Buat , miniſtre du roi à Ratisbonne , qui a obtenu
la permiffion de faire un voyage en France.
De Paris , le 27 Juillet 1768 .
Le Sieur Beauzée , des académies royales de
SEPTEMBRE. 1768. 211
Rouen & de Metz , des ſociétés littéraires d'Arras
& d'Auxerre , & profefleur de grammaire à
l'école royale militaire , lequel avoit eu l'honneur
d'envoyer à l'impératrice reine de Hongrie & de
Bohême , un exemplaire de la Grammaire générale
, reçut , le 18 de ce mois , de la part de ſa
majeſté impériale & royale , une médaille d'or du
poids dedeux onces , portant , d'un côté , le buſte
de cette princeffe , &de l'autre celui du teu empereurFrançois
I.
Le 21 de ce mois le régiment d'infanterie de la
Reine a fait célébrer , dans l'égliſe paroiſſiale de
St Louis à Brest , un ſervice pour la Reine , auquel
ont été invités & ont affittés les officiers de la
Marine , ceux du régiment de Béarn , & les différens
corps de magiftraturede cette ville , ainſi
que tout le clergé ſéculier & régulier. Au milieu
de l'ègliſe étoit un eatafalque compofé d'une
eſtrade de dix gradins couverts de douze cents
cierges , cette eftrade étoit un piédeſtal de marbre ,
revêtu d'ornemens funebres &de trophées militaires
, garnis d'attributs de deuil. Če piédeſtal
portoit untombeau avec des attributs de la royautés
aux quatre coins de l'eſtrade étoient quatre
urnes ſépulchrales , montées chacune ſurun piédeſtal
de marbre. Le catafalque étoit ſurmonté
d'un baldaquin noir , garni d'armoiries & d'écuffons
aux armes de la Reine , & portant quatre rideaux
ſemés de larmes , & renowés aux quatre
coins de l'égliſe, laquelle étoit tendue de noir.
Les deux compagnies de grenadiers entouroient le
catafalque , & le régiment étoit rangé en bataille
dans les deux bas côtés de l'égliſe , dont le milieu
étoit occupé par les dames de la ville & la principalenobleffedes
environs , qui s'étoit rendue à la
cérémonie; l'oraiſon funebre a été prononcée par
T'abbéde la Porte , & après la meſſe qui a été
212 MERCURE DE FRANCE .
chantée en muſique , le régiment a fait trois décharges
de mouſqueterie , & le corps a fait diſtribuerde
l'argent aux pauvres.
Extrait d'une lettre de Lachen , dans le canton
de Zurich , du 26 Juin 1768 .
La ſemaine derniere , la barque qui va d'ici à
Zurich ayant été ſubmergée par un ouragan qui
s'éleva ſur le lac , vingt-cinq perſonnes , la plûpart
de ce bourg , eurent le malheur de périr. Une
femme , qui étoit dans le ſixieme mois de ſa grofſeſſe
, ayant eu avis de cet accident , ne douta pas
que ſon mari , qu'elle attendoit de Zurich , ne fût
du nombre de ceux qui avoient perdu la vie ; &
cette idée fit fur elle une impreſſion ſi forte , qu'elle
accoucha fur le champ de fix enfans tous bien
formés , leſquels furent baptifés le lendemain
dans notre égliſe paroiffiale , & moururent quelques
jours après. Aujourd'hui la mere ſe porte
auffi bien que ſon état le permet ; ſes inquiétudes
ont été diſſipées par la préſence de fon mari qui ,
s'étant arrêté à Zurich pour quelques affaires ,
revint ici trois jours après l'accident dont on vient
de parler.
Du 15 Août.
Les troupes du roi qui ſont en Corſe dans les
villes de la Baſtie & de St Florent , n'ayant point
de communication entr'elles , quoiqu'il n'y ait qu
trois lienes d'une ville à l'autre , le comte de Marbeuf
écrivit au ſieur Paoli qu'il étoit néceſſaire
d'établir cette communication. Le Sr Paoli , fans
répondre à cette lettre , fit attaquer les troupes
françoiſes au moment qu'il apprit qu'elles ſe mettoient
en mouvement; lecomte de Marbeuf, dans
la partie de la Baſtie , & le ſieur de Grandmaiſon ,
maréchal de camp , dans la partie de St Florent,
3
SEPTEMBRE. 1768. 213
enleverent , l'épée à la main , ſept redoutes que
les Corſes avoient élevées ſur les montagnes. Le
village de Patrimonio & celui de Barbaggio furent
pris en même temps. Cette opération s'eſt faite
avec 1200 hommes des troupes de ſa majeſté. Les
Corſes étoient environ au nombre de quatre mille.
Nous avons cu vingt hommes tués & quarante
blefiés.
LOTERIES.
Le quatre-vingt- onzieme tirage de la loterie
de l'hôtel-de- ville s'est fait le 26 du mois de Juillet
en la maniere accoutumée. Le lot de cinquante
mille livres eſt échu au No. 64433 ; celui de vingt
mille livres , au No. 79600 , & les deux de dix
mille aux numéros 60696 & 62086 .
Le tirage de la loterie de l'école royale militaire
s'eſt fait les du mois d'Août. Les numéros
fortis de la roue de fortune ſont , 48 , 53 , 43 , 20 ,
78 .
MORTS.
Jacques -Bernard Darey de Noinville , maître
des requêtes honoraire , préſident honoraire au
grand confeil , académicien de l'académie royale
des inſcriptions & belles-lettes , honoraire de l'académie
de Dijon & membre de la ſociété royale
de Londres , eſt mort à Paris le 20 Juiller.
Charles -Henri de Saulx-Tavannes , marquis de
Saulx , ancien capitaine des gendarmes d'Anjou ,
eſt mort ici , le 21 Juillet , âgé de 71 ans .
Pierre-Armand , comte de Jaucourt , l'aîné de la
maiſon de Jaucourt , eſt mort ici lett du mois de
Juillet , dans la quarante- deuxieme année .
L'abbé Gagne , vicaire général de Dijon & abbé
commendataire de l'abbaye royale de SteMargue
rite , ordre de St Augustin , dioceſe d'Autun , eft
mort à Dijon le 25 Juillet , âgé de 65 ans,
214 MERCURE DE FRANCE.
Jean-Joſeph- Joachim de Gabriac , vicaire-général
& archidiacre de l'égliſe de Sens , & abbé
commendataire de l'abbaye royale de Beaulieu ,
ordre de St Benoît , eſt mort àPuteau le 30 Juillet,
âgédequarante- neuf ans .
Meffire Charles Blaiſe Meliand, chevalier, conſeiller
d'érat, eſt mort à Paris le 13 août 1768 , âgé
de 65 ans. Il étoit le dermer de ſon nom.
PIE
TABLE.
IECES FUGITIVES en vers&en proſe , pages
Vers qui accompagnoient une branche de laurier ,
cueillie fur le tombeau de Virgile ,
AMadame de S J. fut fon départ de Ferney ,
▲Madame la M. duC.
La bourſe pleine de ſens. Vieux conte ,
ibid.
6
7
ibid.
Traduction en vers du commencement du premier
livre de Lucréce ,
Le papillon & la chandelle. Fable ,
Epitaphe de mon coq ,
Le danger des épreuves. Conte ,
La porte du bonheur ,
Vers mis au bas d'un portrait de Louis XV.
Autres,
Lettre deMilord Charlemont , &c.
Epitalame pour Madame la Princefle de B.
Vers à M. de Voltaire fur fon vaiſſeau ,
Réponſe de M. de Voltaire ,
Chanfon à Madame Benoît ,
Vers à M. le D. D. M.
Le Buveur content ,
Vers àM. de la Harpe ,
Réponſe de M. de la Harpe ,
Explication des Enigmes , &c.
II
13
14
15.
48
49
ibid.
56
57
59
60
61
ibid.
62
ibid.
63
SEPTEMBRE. 1768. 215
ENIGMES , ibid.
LOGOGRYPHE , 66
ROMANCE en Muſique , 67
NOUVELLES LITTÉRAIRES , 68
Principes du droit de la nature , & c . ibid.
Traité des arbres fruitiers , 70
Traité du Plantage , ibid.
Inſtructions importantes au peuple ,
L'Eſprit de Don Antonio de Guevara ,
Recueil d'opuſcules littéraires ,
Plaidoyer pour & contre J. J. Rouſſeau ,
Eloge de Henri le Grand ,
Eloge de Maffillon ,
Ellai ſur les moeurs du temps ,
Hiſtoire des troubles du Béarn ,
Dictionnaire pour l'intelligence des auteurs ,
Coup d'oeil ſur l'Angleterre ,
Des cauſes du bonheur public,
Premier cri d'un coeur françois ,
Lettres ſur la nouv . traduction de Tacite ,
Lanéceſſité de faire pénitence , liv. anglois ,
71
73
75
81
82
85
86
90
93.
95
99
103
105
107
108 Hiſtoire d'Angleterre , par Wilkes ,
Voyage en Allemagne , par Th. Nugent ,
L'Iliade d'Homere , miſe en octave , 112
Lettres de Nicolas Machiavel , 113
PRIX ACADÉMIQUES de Manheim , de Stockholm
, de Vienne ,
S.CTACLES ,
Concertfpirituel,
Opéra ,
Comédie françoile ,
Comédie italienne ,
115
117
ibid.
118
119
121
Astronomiedes Indiens ,
Remede contre la pierre ,
Inſtruction pour les defcentes ,
122
124
Du traitement de la variole , &c . 125
127
Lettres fur la Lithotomie , 128
216 MERCURE DE FRANCE.
Navigation ou vaiſſeau à Paris ,
Cours de géographie ,
130
131
Avertiſſement au ſujet des prix de muſique , 132
Muſette nouvelle & perfectonnée , ibid.
Gravure , 133
Recueil de planches ſur les arts , &c. 135
Lettre ſur une manufacture d'horlogerie ,
Queſtion ſur une méthode d'éducation ,
Réponſe à la queſtion ſur les Caſtes ,
Exemples & traits de bienfaiſance ,
Ancien uſage,
136
141
ibid.
I SO
154
Jeu renouvellé ,
Anecdotes ,
155
156
NOMS CÉLÉBRES ,
Thomſon , poëte Anglois ,
Camille , actrice ,
Edits , Lettres- Patentes , &c .
EVENEMENT REMARQUABLE ,
Origine & caufe des prétentions des Diffi-
159
ibid.
166
170
173
dens, ibid.
AVIS , 184
Fêre en l'honneur du Roi , 192
Médaillon épithalame , 196
Pompe funébre de la Reine , 198
Nouvelles Politiques , 202
Loteries , 213
Morts ,
ibid.
J'AI
APPROBATION.
AI lu , par ordre de Monſeigneur le Vice-
Chancelier,le vol. du Mercure de Septembre 1768 ,
& je n'y ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher
l'impreffion. A Paris, le 30 Août 1768 .
GUIROY.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue des Cordeliers.
JOURNAUX & LIVRES qui ſe trouvent
chez LACOMBE , Libraire , à Paris.
1
Ce Libraire se charge d'envoyer en Province les
Livres , Estampes , Muſiques , &c. aux particuliers
qui lui marquent leurs intentions en lui
faifant remettre d'avance les fonds néceffaires
en argent , ou en effets àrecevoirà Paris.
JOURNAUX ,
04
Pour lesquels on s'abonne , foit pour Paris , foit
pour la Province , chezLACOMBE , Libraire.
Les Soufcripteurs de Province ſont priés de remettre
leur argent à la Pofte , avec une Lettre
d'avis, & d'affranchir l'un & l'autre.
MERCURE DE FRANCE ; il en paroît 16 vol.
in- 12 par an ; l'abonnement eft à Paris de 24 liv.
Etpour la Province, port franc par la poſte, 32 liv.
JOURNAL DES SÇAVANS , in-4 ou in-12 , 14 vol.
àParis. 16liv.
Franc de port en Province. 201.41.
ANNÉE LITTÉRAIRE , composée de quarante
cahiersde trois feuilles chacun , àParis , 24liv.
En Province , port franc parlaPoſte , 32 liv.
L'AVANTCOUREUR , feuille qui paroît le Lundi
de chaque ſemaine , & qui donne la notice
des nouveautés des Sciences , des Arts libéraux
&méchaniques , de l'Induſtrie & de la Littérature.
L'abonnement , ſoit pour Paris , ſoit pour
laProvince,port franc par la poſte, eſtde 12 liv.
a
JOURNAL ECCLÉSIASTIQUE , par M. l'Abbé Di
nouart ; il en paroît 14 vol. par an. L'abonnement
pour Paris eſt de 9 liv. 16 fols.
Et pour la Province , port franc par la poſte , 141.
EPHÉMÉRIDES DU CITOYEN , Ou Bibliothéque raifonnée
des Sciences morale & politique , in 12 ,
12 vol. par an. L'abonnement pour Paris eft
de 18 liv.
Et pour la Province , port franc par la poſte , 241 .
JOURNAL ENCYCLOPEDIQUE , in - 12 , compoſé de
24 vol. paran , port franc par la poſte , à Paris
&en Province , 33 liv. 12 £.
JOURNAL POLITIQUE , port franc par la poſte à
Paris & en Province , 14liv.
LIVRES.
DICTIONNAIRE raiſonné univerſel d'HISTOIRE
NATURELLE , par M. Valmont de Bomare , nouvelle
édition , 6 vol. in- 8º relié , 27 liv.
Et en 4 vol. in-4º relié , 48 liv.
Dictionnaire de CHYMIE , par M. Macquer, 2 vol.
in- 8 ° reliés , 9 liv.
Dictionnaire portatif des ARTS ET METIERS , 2
vol. in-8° reliés , 9 liv.
Dictionnaire de CHIRURGIE , 2 vol . in-8º rel . 9 liv.
Dictionnaire interpréte de MATIERE MÉDICALE ,
&c. vol. in-8 ° d'environ 900 pages relié , s liv .
Dict. d'ANECDOTES , de traits caractériſtiques &
finguliers , faillies , bons mots & reparties ingénieuſes
, &c . I vol. in-8 ° relié , 4liv. 10 1.
Dict. des PORTRAITS HISTORIQUES , anecdotes ,
&traits remarquables des Hommes Illuftres ,
3 vol.in-8° reliés , 15liv.
Dict. ECCLÉSIASTIQUE & CANONIQUE , portatif,
2 vol. in- 8º reliés , liv.
JOURNAUX & LIVRES qui ſe trouvent
chez LACOMBE , Libraire , à Paris .
Ce Libraire se charge d'envoyer en Province les
Livres , Estampes , Muſiques , &c. aux particuliers
qui lui marquent leurs intentions en lui
faiſant remettre d'avance les fonds néceffaires
en argent , ou en effets à recevoir à Paris.
JOURNAUX ,
Pour lesquels on s'abonne , foit pour Paris , foit
pour la Province, chez LACOMBE , Libraire.
Les Soufcripteurs de Province font priés de remettre
leur argent à la Poſte , avec une Lettre
d'avis , & d'affranchir l'un & l'autre.
MERC
:
16 liv.
201.4f.
ERCURE DE FRANCE ; il en paroît 16 vol.
in- 12 par an ; l'abonnement eſt àParisde2244 liv.
Et pour la Province, port franc par la poſte, 32 liv.
JOURNAL DES SÇAVANS , in-4° ou in- 12 , 14 vol.
à Paris .
Francde port en Province.
ANNÉE LITTÉRAIRE , compofée de quarante
cahiers de trois feuilles chacun , à Paris , 24 liv.
En Province , port franc par la Poſte , 32liv.
L'AVANTCOUREUR , feuille qui paroît le Lundi
de chaque ſemaine , & qui donne la notice
des nouveautés des Sciences , des Arts libéraux
&méchaniques , de l'Induſtrie & de la Littérature.
L'abonnement , foit pour Paris , ſoit pour
la Province, port franc par la poſte, eſtde 12 liv .
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も
21
JOURNAL ECCLÉSIASTIQUE , par M. l'Abbé Di
nouart ; il en paroît 14 vol. par an. L'abonnement
pour Paris eſt de 9 liv. 16 fols.
Et pout la Province, port franc par lapoſte , 141.
EPHÉMÉRIDES DU CITOYEN , Ou Bibliothéque raifonnéedes
Sciences morale & politique , in- 12 ,
12 vol. par an. L'abonnement pour Paris eſt
de 18 liv.
Et pour la Province , port franc par la poſte , 241 .
JOURNAL ENCYCLOPEDIQUE , in - 12 , compoſéde
24 vol . paran , port franc par la poſte , à Paris
& en Province , 33 liv. 12 L.
JOURNAL POLITIQUE , port franc par la poſte à
Paris & en Province ,
LIVRES.
14liv.
DICTIONNAIRE raiſonné univerſel d'HISTOIRE
NATURELLE , par M. Valmont de Bomare , nou-
27 liv.
48liv.
Dictionnairede CHYMIE , par M. Macquer, 2 vol.
و liv.
Dictionnaire portatif des ARTS ET METIERS , 2
velle édition , 6 voi. in- 8º relié ,
Et en 4 vol. in-4º relić ,
in-8° reliés ,
vol. in-8° reliés ,
Dictionnaire de CHIRURGIE, 2 vol. in-8° rel. 9 liv .
Dictionnaire interpréte de MATIERE MÉDICALE ,
&c. vol. in-8° d'environ 900 pages relié , s liv.
Dict. d'ANECDOTES , de traits caractériſtiques &
finguliers , faillies , bons mots & repartiesingénieuſes
, &c. I vol. in- 8 ° relié ,
9 liv.
4liv. 10 1.
Dict. des PORTRAITS HISTORIQUES , anecdotes ,
&traits remarquables des Hommes Illuſtres ,
-3 vol.in-8 ° reliés , Isliv.
Dict. ECCLÉSIASTIQUE & CANONIQUE , portatif ,
2vol. in- 8º rcliés ,
وliv.
JOURNAUX & LIVRES qui ſe trouvent
chez LACOMBE , Libraire , à Paris .
Ce Libraire fe charge d'envoyer en Province les
Livres , Estampes , Muſiques , &c. aux particuliers
qui lui marquent leurs intentions en lui
faiſant remettre d'avance les fonds néceſſaires
en argent , ou en effets à recevoir à Paris.
JOURNAUX ,
Pour lesquels on s'abonne , foit pour Paris , foit
pour la Province, chez LACOMBE , Libraire.
Les Soufcripteurs de Province font priés de remettre
leur argent à la Poſte , avec une Lettre
d'avis , & d'affranchir l'un & l'autre.
MERE
:
ERCURE DE FRANCE ; il en paroît 16 vol.
in- 12 par an ; l'abonnement eſt à Paris de 24 liv.
Et pour la Province, post franc par la poſte, 32 liv.
JOURNAL DES SÇAVANS , in-4° ou in- 12 , 14 vol.
.à Paris.
Franc de port en Province.
16 liv.
201.4 .
ANNÉE LITTÉRAIRE , compofée de quarante
32liv.
cahiers de trois feuilles chacun , à Paris , 24liv.
En Province , port franc par la Pofte ,
L'AVANTCOUREUR , feuille qui paroît le Lundi
de chaque ſemaine , & qui donne la notice
des nouveautés des Sciences , des Arts libéraux
&méchaniques , de l'Induſtrie & de la Littérature.
L'abonnement , ſoit pour Paris , ſoit pour
la Province, port franc par la poſte, eſt de 12 liv .
a
4
LeBotaniste François , 2 vol. reliés. s liv.
Le bon Fermier, ou l'Ami des Laboureurs , in-12
broché.
• La bonne Fermiere , broché .
2liv .
I liv. 16(.
*Bocace Italien , édit. de Londres , in-4°, br. 24 liv.
Bibliothéque des jeunes Négocians , par Jean
Larue , 2 vol. in-4º relié. 18 liv.
La Sainte Bible, par le Cêne, 2 vol. in fol. rel. 40 1.
-Catéch.deMontpell. en lat. 6 vol . in-4 °, br . 48 1.
Celiane , ou les Amans séduits par leur vertu ,
in- 12 , broché. r liv. 10 .
4liv.
Le Citoyen déſintéreſſé , 2 vol . in-80, br. 41 10f.
Commentaire des Aphorismes de Médecine d'Herman
Boerhave , par Wans Wieten en François
, 2 vol. in- 12 , brochés
Conférence de Bornier , 2 vol . in- 4°, reliés . 24 1.
Controversefur la Religion Chrétienne & celledes
Mahometans , in- 12 , 1767. broché. 1 1. 16 f.
LeDocteur Panſophe, ou Lettre de M. de Voltaire
à M. Hume , in- 12 , broché. 121.
Les DELASSEMENS CHAMPÊTRES , 2 vol. in- 12
brochés. 4liv.
Difputationes ad morborum hiftoriam & curationem
, &c. Albertus Hallerus , 6 vol . in-4°,
reliés . 60 liv .
Difputationes Chirurgicæ ſelectæ , Albertus Hal-
1
lerus, s vol . in- 4° , reliés . so liv.
:
Diſpenſatorium Pharmaceuticum , in-4°, 2 vol .
brochés. 24liv.
Diſſertation ſur la Littérature , 4 vol. in- 8 °. 6 liv .
Elémens dePharmacie théorique &pratique , par
M. Beaumé , Maître Apothicaire de Paris ,
1 vol. in 8 °, grand papier , avec fig. relié. 6 liv.
Examendes faits qui fervent de fondement à la
Religion Chrétienne, 3 vol. in- 12, par M. l'abbé
François , reliés . 7 liv . 10 £
Effai fur les erreurs & fuperftitions anciennes &
Dict. portatif de Jurisprudence & de pratique
3 vol. in-8º reliés , 10oliv. 110f.
Dict. Lyrique , portatif, ou choix des plus jolies
ariettes de tous les genres , diſpoſées pour la
voix & les inſtrumens , avec les paroles Françoiſes
ſous la Muſique , 2 vol. in- 8 ° , 15 liv.
Dict. Typographique , Historique & critique des
livres rares , finguliers , estimés & recherchés ,
avec les prix , 2 vol. in-8 ° reliés . 9 liv.
Dict . Historique , par M. l'abbé Ladvocat , 2 vol.
in-8º reliés . 10 liv. 10 f.
in-4º brochés.
24 liv.
Dict. de Phyſique , par le Pere Paulian , 3 vol.
27 liv.
Dict.univerſel des foſſiles pprroopprreess & des foſſiles
accidentels , &c. in-8°, par M. Bertrand , relié,
Dict. Géographique de Voſgien, revu par M. l'abbé
Ladvocat , 2 vol . in-8 °, nouv, édit. 4 liv . 10 (.
Dict. de Droit Canonique , par Durand de Maillane
, 2 vol. in- 4º reliés.
41.101.
Dict . Anglois & François , François & Anglois ,
in-8° relié . 10 liv.
Dict. Allemand & François , & François & Allemand
, in - 8 ° relié. 6 liv.
-Idem. in - 4º relié . 12 liv.
Dict. de Droit &de Pratiq. 2 vol. in-4º relié 20 1 .
Avis auxMeres qui veulent nourrir leurs enfans ,
broché. I liv.
Trois Avis au Peuple fur le blé , la farine & le
pain. 2 liv. 12 f.
Almanach Philofophique. I liv.4f.
Anecdotes deMédecine , in- 12 relié. 3 liv.
Anthropologie , 2 vol. in- 12 , broché. 4liv.
-Idem in-4º broché. 6 liv .
Anatomie du corps humain , par M. J. Proſteval ,
in -4º relié. 12liv.
Almahide, 8 vol . in- 8º reliés . 32liv.
a ij
4
LeBotaniste François , 2 vol. reliés. s liv.
Lebon Fermier , ou l'Ami des Laboureurs , in- 12
broché. 2 liv .
La bonne Fermiere , broché . 1 liv. 16(.
* Bocace Italien , édit. de Londres , in-4°, br. 24 liv.
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Larue , 2 vol . in-4º relié. 18 liv.
La Sainte Bible, par le Cêne, 2 vol. in fol . rel. 40 1.
Catéch. de Montpell. en lat . 6 vol . in-4°, br. 48 1 .
Celiane, ou les Amans féduits par leur vertu ,
in-12 , broché. 1 liv. 10 .
Le Citoyen déſintéreſlé , 2 vol. in-80, br. 41 10f.
Commentaire des Aphorismes de Médecine d'Herman
Boerhave , par Wans Wieten en François
, 2 vol . in- 12 , brochés 4 liv.
Conférence de Bornier , 2 vol . in - 4°, reliés . 24 1.
Controverfefur la Religion Chrétienne & celle des
Mahometans , in- 12 , 1767. broché. 1 1. 16 f.
LeDocteur Panſophe, ou Lettre de M. de Voltaire
à M. Hume , in- 12 , broché. 121.
Les DELASSEMENS CHAMPÊTRES , 2 vol. in - 12 .
brochés . 4liv.
Difputationes ad morborum hiftoriam & curationem
, &c. Albertus Hallerus , 6 vol . in-4°,
reliés . 60 liv .
Difputationes Chirurgicæ ſelectæ , Albertus Hallerus,
s vol . in- 4°, reliés . so liv.
Diſpenſatorium Pharmaceuticum , in-4°, 2 vol .
brochés. 24 liv.
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Elémens de Pharmacie théorique & pratique , par
M. Beaumé , Maître Apothicaire de Paris ,
1 vol . in 8 °, grand papier , avec fig. relié. 6 liv.
Examen des faits qui fervent de fondement à la
Religion Chrétienne, 3 vol. in- 12, par M. l'abbé
François , reliés . 7 liv. 10 (.
Effai fur les erreurs & fuperftitions anciennes &
3
Dict. portatif de Jurisprudence & de pratique,
3 vol . in - 8º reliés , 10 liv. 10 f.
Dict. Lyrique , portatif, ou choix des plus jolies
ariettes de tous les genres , diſpoſées pour la
voix & les inſtrumens , avec les paroles Françoiſes
ſous la Muſique , 2 vol . in- 8 ° , 15 liv.
Dict. Typographique , Historique & critique des
livres rares , finguliers , estimés & recherchés ,
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Dict . Historique , par M. l'abbé Ladvocat , 2 vol .
9 liv.
in-8º reliés . 10 liv. 10 f.
Dict. Géographique de Voſgien, revu par M. l'abbé
Ladvocat , 2 vol . in-8 °, nouv, édit. 4liv. 10 (.
Dict. de Droit Canonique , par Durand de Maillane
, 2 vol . in -4º reliés.
1
24 liv.
Dict. de Phyſique , par le Pere Paulian , 3 vol.
in-4º brochés. 27 liv.
Dict . univerſel des foſſiles propres & des foſſiles
accidentels , &c. in-8°, par M. Bertrand , relié,
41.101.
Dict . Anglois & François , François & Anglois ,
in-8° relié. 1o liv.
Dict. Allemand & François , & François & Allemand
, in-8º relié. 6 liv.
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Dict. de Droit &de Pratiq. 2 vol . in-4º relié 20 1.
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broché. I liv.
Trois Avis au Peuple fur le blé , la farine & le
pain. 2liv. 12f.
Almanach Philofophique. I liv.4f.
Anecdotes de Médecine , in- 12 relié. 3 liv.
Anthropologie , 2 vol.in - 12 , broché. 4liv.
-Idem in-4º broché. 6liv .
Anatomie du corps humain , par M. J. Proſteval ,
in -4° relié. 12liv.
2
Almahide , 8 vol . in- 8º reliés. 32 liv.
aiy
6
Hiſt Navale d'Angleterre, 3 vol. in-4 rel. 27liv.
Mélanges intéreſſans &curieux , contenant l'Hiftoire
naturelle , morale , civile & politique de
l'Afic , de l'Afrique & des Terres Polaires , par
M. Rouflelot de Surgy , 1766 , 10 vol. in-12 ,
reliés.
trois Actes.
25 liv.
Mém. de Mlle de Valcourt , 2 vol . broc. 2 liv. 8 [.
Médecine rurale & pratique , rel. in- 12 . 21.10 .
Henri IV, ou la Réduction de Paris , Poëme en
1 liv.4f.
Manuel de Chimie , par M. Beaumé , nouvelle
édition augmentée , in- 12 , relié. 2 liv . 10f.
Manuel Lexique , par M. l'abbé Prevôt , 2 vol.
in 8°, reliés. و liv.
ManuelHarmonique,&c. par M. Dubreuil , Maître
de Clavecin , in 80, 1767 , broché. 1 liv . 16 .
Mémoires Militaires , & Voyages du Pere de Singlande
, 2 vol in 12 , 1766 , broc. 21. τοί.
Mémoiresfur l' Administration des Finances d' Angleterre
, in -4 ° , broché . 6liv.
Maladies des Gens de mer , par M. Poiffonnier ,
in-8 °, relié. sliv.
Monades de Léibnitz , in-4°, broché. و liv.
Notesfurla LettredeM.
Mémoire fur le Safran , in- 8 °, broché. I liv . 4 (.
deVoltaire
OEuvres Dramatiques, avec des obſervations , par
M. Marin , in - 8 ° , broché .
,br.. 9 ſols.
2liv.
Octave ou le jeune Pompée , ou le Triumvirat ,
avec des notes & des inorceaux Hiſtoriques,
I vol . in - 8 °, broché. 1 liv. 16 .
Les OEuvresde Rouſſeau , in- 12 , petit format ,
s vol. reliés. 10 liv.
Les OEuvres de M. d'Héricourt , 4 vol. in -4° ,
reliés. 40 liv.
Obfervations furla mouture des bleds , & fur leur
produit. 10 .
La Poétique de M. de Voltaire, 2 part. en un
1
s
modernes,nouvelle édition, augmentée , 1767,
grand in- 8 °, relié. " 5 liv.
Elémens de Philofophie rurale , broché. 2 ιν.
Effaisfur l' Art de la Guerre , avec cartes & planches
, parM. le Comte de Turpin , 2 vol . in4 ,
brochés . 24 liv.
Expofe fuccinct de la contestation deM. Rouffeau
24 Γ. avec M. Hume , in- 12 , broché.
Effai ſur l'Hift . des Belles-Lettres, 4 vol. rel. 12 liv .
Entretien d'une Ame pénitente,in 12 broché.2 liv.
Les Elémens de la Médecine pratique , par M.
Bouillet , in - 4°, relié. 7 liv.
و liv.
Elém . de Métaph. facrée & profane , in 8 ° br 31 .
Hiſtoire naturelle de l'Homme dans l'état de maladie
, in - 8 ° , 2 vol. reliés .
Hift. des progrès de l'eſprit humain dans les Sciences
exactes , & dans les Arts qui en dépendent ,
&c. par M. Savérien , grand in-8º relié. s liv.
Hift. de Christine , Reine de Suéde , in- 12 , relié.
2 liv. 10 f.
Hift. de la Prédication , 1 vol. in - 12 , rel. 2 1. 10 f.
Hilt. des Empereurs , 12 vol. reliés in- 12 , 36 liv.
Hift, du bas Empire , 10 vol . reliés .
Hift. Ecclef. de Racine, 15 vol . in 12 , relić. 48 liv.
30 liv.
in-4°, 13 vol . 130 liv.
Hift. de France de Vely , 18 vol . reliés , in- 12.
54 liv.
Hiſt, moderne , 12 vol. reliés , in- 12 . 36 liv.
Hift. de Lucie Weller , 2 vol . in - 12 , broché. 4 liv.
Hift. des Révolutions de Florence ſous les Médicis,
3 vol . in- 12 reliés . 7 liv . 10 1 .
Hist. de l'Afrique ( nouvelle ) Françoise , 2 vol.
in- 12 , reliés . 6 liv.
Hiſt. de l'Empire Ottoman , in-4° , relié. 9 liv .
Hift. des Navigations aux Terres Auſtrales , 2 vol .
in-4°, reliés. 24liv.
6
Hiſt Navale d'Angleterre, 3 vol. in-4°,rel. 27 liv.
Mélanges intéreſſfans & curieux , contenant l'Hifreliés
.
toire naturelle , morale , civile & politique de
l'Afic , de l'Afrique & des Terres Polaires , par
M. Rouflelot de Surgy , 1766 , 10 vol. in- 12 ,
25 liv.
Mém. de Mlle de Valcourt , 2 vol. broc. 2 liv. 8 Г.
Médecine rurale & pratique , rel. in - 12 . 21.10 .
Henri IV, ou la Réduction de Paris , Poëme en
1 liv.4f.
Manuelde Chimie , par M. Beaumé , nouvelle
édition augmentée , in- 12 , relié , 2 liv . 10 f.
Manuel Lexique , par M. l'abbé Prevôt , 2 vol.
in 8 °, reliés .
trois Actes .
و liv.
ManuelHarmonique, &c. par M. Dubreuil,Maître
de Cl vecin , in 80, 1767 , broché. 1 liv . 16 f.
Mémoires Militaires , & Voyages du Pere de Singlande
, 2 vol in 12 , 1766 , broc . 21. τοί.
Mémoiresfur l' Administration des Finances d'Angleterre
, in -4°, broché.
Maladies desGens de mer , par M. Poiffonnier ,
6 liv.
in- 8 ° , relié . sliv.
Monadesde Léibnitz , in-4°, broché. و liv.
Mémoire fur le Safran , in- 8 °, broché. I liv . 4 .
Notesfur la Lettre de M. de Voltaire , br.. 9 ſols.
OEuvres Dramatiques, avec des obſervations , par
M. Marin , in - 8 ° , broché. 2liv.
Octave ou le jeune Pompée , ou le Triumvirat ,
avec des notes & des inorceaux Hiſtoriques ,
I vol. in - 8 °, broché. 1 liv. 16 f.
Les OEuvresde Rouſſeau , in- 12 , petit format ,
s vol. reliés . 10 liv.
Les OEuvres de M. d'Héricourt , 4 vol. in-4 ° ,
reliés. 40 liv.
Obfervations fur la mouture des bleds , & fur leur
produit.
10f.
La Poétique de M. de Voltaire, 2 part. en un
modernes, nouvelle édition, augmentée, 1767,
grand in-8 °, relié . 5liv.
Elémens de Philofophie rurale , broché. 2 ιν.
Effaisfur l' Art de la Guerre , avec cartes & planches
, par M. leComte de Turpin , 2 vol. in 4 ,
brochés. 24 liv.
Expofé fuccinct de la contestation deM. Rouffeau
avec M. Hume , in- 12 , broché. 241.
Eſſai fur l'Hift . des Belles-Lettres, 4 vol. rel . 12 liv.
Entretien d'une Ame pénitente, in 12 broché. 2 liv .
Les Elémens de la Médecine pratique , par M.
Bouillet , in - 4°, relié. 7liv.
Elém. de Métaph. facrée & profane , in 8 ° br 31 .
Histoire naturelle de l'Homme dans l'état de maladie
, in- 8 ° , 2 vol. retiés .
Hift. des progrès de l'eſprit humain dans les Sciences
exactes , & dans les Arts qui en dépendent ,
&c . par M. Savérien , grand in-8 " relié. s liv.
Hift. de Christine , Reine de Suéde , in- 12 , relié.
2 liv. 10 f.
9 liv.
Hift. de la Prédication , 1 vol. in- 12, rel. 2 1. 10 f.
Hilt. des Empereurs , 12 vol . reliés in- 12 , 36 liv .
Hiſt, du bas Empire , 10 vol. reliés . 30 liv.
Hift. Ecclef. de Racine, 15 vol. in 12 , relić. 48 liv .
in-4°, 13 vol. 130 liv.
Hift. de France de Vely , 18 vol. reliés , in- 12 .
54 liv.
Hist . moderne , 12 vol. reliés , in- 12 . 36 liv .
Hift. de Lucie Weller , 2 vol.in- 12 , broché. 4 liv .
Hift. des Révolutions de Florence ſous les Médicis,
3 vol . in- 12 reliés. 7 liv . 10 1 .
Hist. de l'Afrique ( nouvelle ) Françoise , 2 vol.
in- 12 , reliés . 6 liv.
Hift. de l'Empire Ottoman , in- 4° , relié. 9 liv.
Hift. desNavigations aux Terres Auſtrales , 2 vol.
in-4°, reliés. 24 liv.
8
principalement attaché à décrire les traits de
patriotiſme qui ont illuftré nos Rois , la Nobleſſe
& le Peuple François , depuis l'origine
de la Monarchie , juſqu'à nos jours , 6 vol
in- 12.
Variétés Littéraires , ou choix de morceaux intéreffans
& curieux , concernant les Sciences ,
lesArts & la Littérature , 4 vol. in- 12 .
Dictionnaire de l'Elocution Françoise , contenant
les regles & les exemples de la Grammaire , de
l'Eloquence & de la Poéfie , 2 vol. in-8 ° .
Hiſtoire Littéraire des Femmes Françoiſes , contenant
une analyſe raiſonnée de leurs ouvrages ,
&c. 5 vol. grand in 8 °.
Hiſtoire des Théâtres de la Comédie Italienne &
de l'Opéra-comique , depuis leur établiſſement
en France juſqu'à nos jours , avec l'analyſe
raiſonnée , & l'Hiſtoire anecdotique de ces
Théâtres , 8 vol . in - 12 .
Les Nuits Parifiennes , ou Recueil de traits finguliers
, d'anecdotes , de pensées , &c. 2 vol.
in-8°.
Les deux ágesdu Goût & du Génie , ou les efforts
& les progrès du goût & du génie dans
les Sciences , les Arts & la Littérature , ſous
les regnes de Louis XIV & de Louis XV , vol.
grand in-8°.
Nouvelles recherchesſur les êtres microscopiques ,
&ſur la génération des corps organiſés , vol.
grand in-8 °, avec figures.
Dictionnaire claſſique de laGéographie ancienne,
vol. in- 8".
7
grand in- 8°, relié. sliv.
Pensées&Réflexions morales , nouv. édit. revue
& augmentée , broché .
I liv. 10 f.
12 f.
Polypes d'eau douce , ou Lettre de M. Romé de
I'afle à M. Bertrand , &c. broché.
La Paffion de Notre Seigneur Jesus-Chrift , mite
en vers & en dialogues , in-8°, broché.
Richardet , Poëme héroï- comique , en 12 chants ,
12 .
dans le goût de l'Arioſte , I vol. grand in- 8 °,
relié. slav.
Les Scythes , Tragédie de M. de Voltaire , nouv.
édition , in-8 ", broché. 11.106.
Syphilis , ou le mal vénérien , Poëme Latin de
Jerôme Fracaſtor , avec la traduction en François&
des notes , I vol. in 8 ° , broché. 11. 10f.
La Sechia Rapita , 2 vol . in- 8 ° reliés . 36liv.
Table des monnoies courantes dans les quatre
Traité de toutes les coliques , in - 12 , 1767 ,
parties du monde , brochés. 11. 4 .
broché. 1 liv. 10 C
Traitédes principaux objets de Médecine , 2 vol.
in- 12 , reliés. sliv.
Théorie du plaisir , 1 vol. broché. 1 liv. 16 f.
Traité des Jacinthes , broché. 1 liv. 4 f.
Traité des Tulipes , broché. I liv. 10 f.
Traité des Renoncules , broché. 2 liv.
Recueil de divers Traités ſur l'Histoire Naturelle
de laTerre &des Foſſiles , in 4º, broché. 9 liv.
Virgile d'Annibal Carro , 2 vol. in-8 °, reliés . 36 1 .
OUVRAGES ſous preffe & qui doivent paroître
inceſſamment.
Supplément pour la premiere édition du Dictionnaire
d'Hiftoire Naturelle , volume in - 8 ° .
Hiſtoire du Patriotisme François , ou nouvelle
Hiſtoire de France , dans laquelle on s'eſt
8
principalement attaché à décrire les traits de
patriotiſme qui ont illuftré nos Rois , la Nobleſſe
& le Peuple François , depuis l'origine
de la Monarchie , juſqu'à nos jours , 6 vol
in- 12.
Variétés Littéraires , ou choix de morceaux intéreffans
& curieux , concernant les Sciences ,
lesArts & la Littérature , 4 vol . in- 12 .
Dictionnaire de l'Elocution Françoise , contenant
les regles & les exemples de la Grammaire , de
l'Eloquence&de la Poéſie , 2 vol. in -8° .
Hiſtoire Littéraire des Femmes Françoiſes , contenant
une analyſe raiſonnée de leurs ouvrages ,
&c. 5 vol. grand in 8 °.
Hiſtoire des Théâtres de la Comédie Italienne &
del'Opéra-comique , depuis leur établiſſement
en France juſqu'à nos jours , avec l'analyſe
raiſonnée , & l'Hiſtoire anecdotique de ces
Théâtres , 8 vol . in - 12 .
Les Nuits Parifiennes , ou Recueil de traits finguliers
, d'anecdotes , de penſées , &c. 2 vol.
in-8°.
Les deux áges du Goût & du Génie, ou les efforts
& les progrès du goût & du génie dans
les Sciences , les Arts & la Littérature , ſous
les regnes de Louis XIV & de Louis XV , vol.
grand in-8°. 1
Nouvelles recherchesſur les êtres microscopiques ,
&ſur la génération des corps organiſés , vol.
grand in-8 °, avec figures.
Dictionnaire claſſique de la Géographie ancienne,
vol. in- 8" .
7
grand in- 8°, relié .
& augmentée , broché.
sliv.
Pensées &Réflexions morales , nouv, édit. revue
I liv . 10 f.
Polypes d'eau douce , ou Lettre de M. Romé de
l'afle à M. Bertrand , &c. broché. 12 f.
12 .
La Paffion de Notre Seigneur Jesus- Chrift , mite
en vers& en dialogues , in- 8 °, broché.
Richardet , Poëme héroï- comique , en 12 chants ,
dans le goût de l'Arioſte , 1 vol. grand in- 8°,
relié. slav.
Les Scythes , Tragédie de M. de Voltaire , nouv.
édition , in-8 ", broché. 11.106.
Syphilis , ou le mal vénérien , Poëme Latin de
Jerôme Fracaſtor , avec la traduction en François&
des notes , I vol. in 8 °, broché. 11. 106.
Table des monnoies courantes dans les quatre
Traité de toutes les coliques , in - 12 , 1767 ,
La Sechia Rapita , 2 vol . in-8 ° reliés . 36liv.
parties du monde , brochés. 11. 4f.
broché. 1 liv. 10 C
Traitédesprincipaux objets de Médecine , 2 vol.
in- 12 , reliés. sliv.
Théorie du plaifir , 1 vol. broché. I liv. 16 f.
Traité des Jacinthes , broché. 1 liv. 4 f.
Traité desTulipes , broché. I liv. 10 f.
Traitédes Renoncules , broché. 2 liv.
Recueil de divers Traités ſur l'Histoire Naturelle
de la Terre & des Foſſiles , in 4º, broché. 9 liv.
Virgile d'Annibal Carro , 2 vol . in-8 °, reliés . 36 1.
OUVRAGES ſous preffe & qui doivent paroître
inceffamment.
Supplément pour la premiere édition du Dictionnaire
d'Hiftoire Naturelle , volume in - 8 ° .
Hiſtoire du Patriotisme François , ou nouvelle
Hiſtoire de France , dans laquelle on s'eft
८
principalement attaché à décrire les traits de
patriotiſme qui ont illuftré nos Rois, la Nobleſſe
& le Peuple François , depuis l'origine
de la Monarchie , juſqu'à nos jours , 6 vol
in- 12.
Variétés Littéraires , ou choix de morceaux intéreflans
& curieux , concernant les Sciences ,
les Arts & la Littérature , 4 vol. in- 12 .
Dictionnaire de l'Elocution Françoise , contenant
les regles & les exemples de la Grammaire , de
l'Eloquence & de la Poéſie , 2 vol. in-8 ° .
Hiſtoire Littéraire des Femmes Françoiſes , contenant
une analyſe raiſonnée de leurs ouvrages ,
&c. s vol. grand in 8 °.
Hiſtoire des Théâtres de la Comédie Italienne &
de l'Opéra-comique , depuis leur établitlement
en France juſqu'à nos jours , avec l'analyſe
raiſonnée & l'Hiftoire anecdotique de ces
Théâtres , 8 vol. in- 12 .
Les Nuits Parisiennes , ou Recueilde traits finguliers
, d'anecdotes , de penſées , &c. 2 vol.
in-8°.
Les deux âges du Goût & du Génie, ou les efforts
& les progrès du goût & du génie dans
les Sciences , les Arts & la Littérature , ſous
les regnes de Louis XIV & de Louis XV , vol.
- grand in- 8°.
Nouvelles recherchesfur les êtres microscopiques ,
&fur la génération des corps organiſés , vol.
grand in-8 °, avec figures.
Dictionnaire claſſique de laGéographieancienne,
vol. in- 8°.
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES.
SEPTEMBRE 1768 .
Mobilitate viget. VIRGILE .
A PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire , Rue
Chriſtine , près la rue Dauphine
Avec Approbation & Privilége du .
-
AVERTISSEMENT.
L'E'EXXEERRCCIICCEE du privilégeduMercure ayant été
tranſporté par brevet au Sr LACOMBE , Libraire ;
c'eſt à lui feul que l'on prie d'adreſſer , francs de
port , les paquets & lettres , ainſi que les livres ,
les eſtampes , les piéces de vers ou de proſe , les
annonces , avis , obſervations, anecdotes , événemens
finguliers , remarques ſur les ſciences & arts
libéraux & méchaniques , &généralement tout ce
qui peut inſtruire ou amuſer le lecteur.
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
en général des amateurs des lettres & de ceux qui
les cultivent , ſans être l'ouvrage d'aucun en particulier
, ils font tous invités à y concourir : on recevra
avec reconnoiſſance ce qu'ils enverront au Libraire;
on les nommera quand ils voudront bien
le permettre : & leurs travaux , utiles au ſuccès &
àla réputationdu Journal , deviendront même un
titre de préférence pour obtenir des récompenfes
fur les produits du Mercure.
Leprix de chaque volume eft de 36 jols , mais
l'on ne payera d'avance , en s'abonnant , que 24 liv.
pourſeize volumes , à raiſon de 30 fols piéce.
Lesperſonnes deprovince auxquelles on enverra
le Mercure par la poſte , payeront , pour ſeize
volumes , 32 livres d'avance en s'abonnant , &
elles les recevrontfrancs de port.
A ij
Celles qui auront d'autres voies que la poſte
pourlefaire venir , & qui prendront les frais du
port fur leur compte , ne payeront , comme à
Paris, qu'à raiſon de 30 fols par volume , c'està-
dire, 24 livres d'avance , en s'abonnant pour
feize volumes.
Lesperfonnes & les Libraires des provinces ou
des pays étrangers , qui voudront faire_venir le
Mercure , écriront directement aufieur Lacombe.
OnSupplie les habitans des provinces d'envoyer
par laposte , en payant le droit , le prix de leur
abonnement , & d'ordonner que lepayement enſoit
fait d'avance au Bureau.
Lespaquets qui ne feront pas affranchis resteront
au rebut.
Onprie les perſonnes qui envoient des livres ,
estampes & musique à annoncer , d'en marquer le
prix.
Les volumes du nouveau choix des piéces
tirées des Mercures & autres Journaux , se trouvent
auffi au Bureau du Mercure.
!
--
MERCURE
DE FRANCE .
SEPTEMBRE 1768 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE .
VERS qui accompagnoient une branche
de laurier , cueillie fur le tombeau de
Virgile , & envoyée parla margrave de
Bareith au roi de Pruffe , fon frere.
SUR l'urne de Virgile un immortel laurier
De l'outrage des temps ſeul a ſcû ſe défendre
Toujours vert & toujours entier.
Je voulois le cueillir , & n'oſois l'entreprendre ;
Prévenant mon effort , je l'ai vu ſe plier :
Et cette voix s'eſt fait entendre.
Aiij
MERCURE DE FRANCE .
>> Approche , auguſte ſoeur du rival d'Alexandre :
>> Frederik , de ma lyre eſt le digne héritier ;
* J'y joins un nouveau don que lui ſeul peut
prétendre ;
:
> Déjà ſon front, par Mars, fut cinq fois couronne;
Qu'aujourd'hui , par ta main il ſoit encore erné
* Du laurier qu'Apollon fit naître de ma cendre.
AMadame de S. J. furfon départ de
Ferney.
DES contraires bel affemblage ,
Vous qui , ſous l'air d'un Papillon ,
Cachez les ſentimens d'un ſage ;
Revolez de mon hermitage
A votre brillant tourbillon .
Allez chercher l'illuſion
Compagne heureuſe du bel âge.
Que votre imagination ,
Toujours forte & toujours légere
Entre Bouflers & Voiſenon ,
Répande cent traits de lumiere.
Que Diane , que vos amours
Partagent vos nuits& vos jours.
S'il vous refte en ce train de vie ,
Dans un temps ſi bien employé ,
Quelques momens pour l'amitié ,
Ne m'oubliez pas , je vous prie ;
SEPTEMBRE. 1768 . 7
J'aurois encor la fantaiſie
D'être au nombre de vos amans ;
Je céde ces honneurs charmans
Aux doyens de l'Académie ;
Mais , quand j'aurai quatre vingts ans ,
Je prétends , de ces jeunes gens
Surpaſſer la galanterie ,
S'ils me paſſent en beaux talens.
A Madame la M. du C.
Un voyageur qui ne mentit jamais ,
Pafle à Cirey , l'admire , le contemple :
Il croit d'abord que ce n'eſt qu'un palais ;
Mais il voit Emilie... Ah ! dit-il, c'eſt untemple!*
La Bourse pleine de fens. Vieux conte.
UN riche marchand d'Epernay en
Champagne nommé Renier , marié à une
honnête Dame qu'il chériſſoit affez , aimoit
toute fois une courtiſannee. Sa
femme s'appercevant qu'il portoit hors la
*Ces poëſies ſont attribuées à M. de Voltaire ,
&l'onne peut guères l'y méconnoître.
Aiv
8 MERCURE DE FRANCE.
maiſon ce qui lui appartenoit , & néanmoins
le connoiffant pour homme affez
fimple , un jour qu'il délibéroit aller à la
foire de Troyes , (lors fort eſtimée ) le
pria de lui apporter une bourſe de la valeur
d'un denier , pleine de ſens. Le tems
de la foire approchant , Renier partit de
ſa maiſon , & venu à Troyes , fait trèsgrand
profit de ſa marchandise , laquelle
il remploya en d'autres eſpéces. Puis ſe
ſouvenant de Mabille ſa maîtreſſe , il lui
va acheter une belle robe , & encore ne
voulant oublier ſa femme , il s'informa
où l'on vendoit les bourſes pleines
de ſens. Celui auquel il s'adreſſa , qui n'étoit
pas plus habile que lui , le renvoya à
un épicier ou vendeur de drogues ; & ce
lui ci , non plus ſage que l'autre, le renvoya
à un gentilhomme Eſpagnol qui ſe
promenoit ſur la place , lequel ſçut ſi bien
interroger Renier , qu'il lui confeſſa être
marié à une honnête femme qui l'avoit
prié de lui apporter une bourſe pleine de
fens , & ſa maîtreſſe une robe. L'Eſpagnol
lui remontra la faute qu'il commettoit
de s'attacher à une courtiſane
ayant épousé une ſi ſage Dame ; toutefois
s'il vouloit s'aſſurer de l'amitié
de l'une & de l'autre , enſemble connoître
celle qui lui portoit plus vraie affection ,
2
SEPTEMBRE 1768 . 9
qu'il falloit qu'il devançat ſes chariots
d'un jour ou deux , & ſe couvrant de méchans
habits , qu'il fit courir le bruit qu'il
avoit été volé ; après cela, qu'il vint voir
ſa maîtreſſe , puis ſa femme , &, felon
la réception qu'elles lui feroient , il pourroit
juger de leur amitié. Le ſage avertiſſement
de l'Eſpagnol ayant ouvert à
Renier les yeux de l'entendement , il
commanda à ſes gens de n'arriver à Epernay
qu'à certain jour qu'il leur marqua &
non plutôt. Cependant il les devance , &
avantque d'entrer dans la ville, ayant ôté
ſes vêtemens accoutumés , comme s'il fût
échappé des brigands , il vint, qu'il étoit
nuit , heurter en la maiſon de Mabille ,
laquelle lui ouvrit l'huis ; mais le voyant
en ſi pauvre état , lui demanda qui il
étoit. Renier répondit qu'il avoit tout
perdu & venoit ſe cacher chez elle , ne
voulant pas que ſes créanciers le trouvaffent.
Mabille lui dit qu'il allât donc
autre part , & nonobſtant que Renier la
fit ſouvenir des biens que jadis il lui avoit
faits ; ſur l'heure-même elle le chaſſa
hors de ſa maiſon. De- là il vint à la
ſienne , & huchant ſa femme , elle qui
entendit ſa voix deſcendit incontinent&
vint ouvrir la porte. Renier , entré &
joyeuſement reçu, ne fut pas fi tôtmonté
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
en ſa chambre que ſa femme lui demanda
la cauſe de ſondéſordre , à quoi il répondit
: ma mie , j'ai tout perdu ma marchandise
, & il y a plus , je dois plus que
je n'ai vaillant. La Dame lui dit qu'elle
avoit bien encore dix mille francs de fon
patrimoine , qu'elle lui abandonnoit volontiers
pour payer ſes dettes; qu'en attendant
il falloit qu'il prît des forces.
Puis l'ayant fait manger , ils ſe coucherent.
Le lendemain la nouvelle de Renier
fur ſçue par toute la ville ; car Mabille l'avoit
publiée , de forte que fa maiſon ſe
trouva remplie de créanciers ou cautions;
mais fur ce point , voici arrivé fon varlet
avec ſon pallefroy , érant ſuivi des chariots
qui portoient ſes marchandiſes . Lors
ayant conté , en préſence de la compagnie,
l'occaſionde ſa feinte perte , ſa femme
lui dit qu'il avoit trouvé la bourſe
qu'elle demandoit ; & Renier , aſſuré de
l'affection de ſa chere moitié , lui bailla
la robe promiſe à Mabille , ayant , par la
ſageſſe d'autrui , appris à connoître la différence
d'une vraie& feinte amitié.
SEPTEMBRE 1768. II
Traduction du commencement dupremier
livre de Lucréce.
SOURCE du bonheur des hommes & des
dieux !
Qui fécondes la terre, & les mers & les cieux ,
Par toi ſeule , ô Vénus ! tout reçoit l'exiſtence ;
L'orageux aquilon s'enfuit à ta préſence ;
La terre ſous tes pas ſe tapifle de fleurs;
Le ciel répand au loin les plus vives couleurs ,
Et le calme s'étend ſur les liquides plaines .
Sitôt que les zéphirs raniment leurs haleines ,
Les ſens pleins de res feux , les habitans des airs
Annoncent ton retour dans leurs tendres concerts;
Les troupeaux bondiſſans négligent leur pâture .
Ainſi , par tes ardeurs , tu fais que la nature
Aime à ſe reproduire au fein des voluptés .
Si tout n'eſt gouverné que par tes volontés ,
Si jamais rien , ſans toi , ne peut voir la lumiere ,
Si rien, ſans ton ſecours, ne peut prétendre à plaire,
Fais paſſer dans mes vers tes graces , tes attraits .
Je veux , à la nature arrachant ſes ſecrets ,
Eclairer , par mes chants , un héros dont la vie,
De tes plus rares dons fut toujours embellie.
Si Memmius t'eſt cher , daigne rendre aujourd'hui.
Par un charme immortel , mes vers dignes de lui.
Quela paix ſur tes pas revienne ſur la terre :
A vj
12 MERCURE DE FRANCE .
Tu peux , ſeule , arrêter les fureurs de la guerre
Souvent le Dieu cruel qui préſide aux combats ,
Enchaîné par l'amour , ſoupire dans tes bras ;
Satête , fur ton fein , ſe penche languiſſante,
Il laiſſe errer fur toi la vue impatiente ,
Et ſon ame à ton ame eſt prête de voler.
Des flammes du deſir , quand tu le vois brûler ,
Qu'en tes bras amoureux , tendrement tu le preſſes,
Que la paix ſoit le prix de tes douces careſſes.
Puis - je , en ces jours d'horreur , veiller à mes -
defſeins ,
QuandMemmius ſe doit au ſalut des Romains ?
Cher ami , dégagé de ce fardeau pénible ,
Prêtez , à mes leçons , une oreille paiſible :
Fruits de mes longs travaux , que ces profonds
écrits
Ne ſoient pas rejettés avant d'être compris.
Des mouvemens des cieux expliquant le ſyſtême ,
Je vous découvrirai ce que ſont les dieux même
Par quels refforts cachés les êtres ſont produits ,
Elevés , ſoutenus , ébranlés & détruits ;
Quels font les corps premiers , ſimples , élémentaires
,
De tous les autres corps principes néceſſaires.
Par l'Auteur de la traduction de l'Eſſai fur
l'art de traduire en vers.
SEPTEMBRE. 1768. 13
Le Papillon & la Chandelle. Fable.
Un petit Papillon de chambre ,
Sans bigarrure , fans éclat ,
N'ayant jamais pompé de Flore le doux ambre,
Ni careſſé la roſe au globe délicat ;
Bref, faifant ſon unique état
De ſucer les rideaux d'une obſcure anti-chambre,
Se diſoit fils du dieu qui raſfemble en Septembre
Le feude ſes raïons pour meurir le mufcat :
Pleinde ſa brillante origine ,
Unfoir , en la chantant , il quitte ſon réduit ,
Découpe l'air & vole à la cuiſine;
Frappé de la clarté d'un faux aftre qui luit
Il approche , il s'écrie : ô ſoleil ! ô mon pere ! ...
>>Petit inſecte à la tête légere
(Dit le coton filamblant ) >> calme tes ſens émus;
→Mon éclat t'a ſéduit , je ne ſuis point Phoebus.
Eh! bien , vous êtes donc ma mere ?
Il dit , s'élance & l'inſecte n'eſt plus.
Deux vices trop communs , amour-propre , igno
rance
Ont moiſſonné, fur-tout en France ,
Biende petits talens &de foibles vertus.
PAPELART DUPRESSOIR.
14 MERCURE DE FRANCE.
Epitaphe de mon Coq.
Dans ANS le filence ici gift mon vieux coq ,
En ſon vivant , héros dans ſon eſpéce ;
De ſa floriflante jeuneſſe
Il ſignala la gloire & de taille & d'eſtoc ;
De ſes belles alors il avoit la tendreſſe :
Chacune briguoit ſa faveur ,
Dans fon nombreux férail ce nouveau grand
ſeigneur
Recevoit conftament careſſe pour carefle ;
Mais dès que la froide vieilleſſe
Vintdéplumer fon corps aride & ſans vigueur ,
De chacune qui le délaiſſe ,
Bientôt il vit tomber l'ardeur ;
Plus de ces coups de bec dont la feinte rigueur
Etoit de leurs deſirs une amoureuſe adreſſe ;
Il devint un objet de dégoût , de triſteſſe ;
Le chagrin & l'ennui dépêcherent ſa mort
Qu'annoncerent les chants des joyeuſes poulettes;
Vieux époux de jeunes coquettes ,
Voilà quel ſera votre forr .
DE SAULX.
SEPTEMBRE. 1768. Is
Le Danger des Epreuves. Conte.
CHACUN de nous a ſa chimère. Celle
de Verneuil étoit de ne croire qu'aux vertus
champêtres , àla fidélité paſtorale , à
ce bonheur tant de fois décrit , tant de
fois vanté ; mais qui n'exiſte que dans
l'églogue ou dans quelques romans. Tout
contribuoit àſéduire Verneuil. Il étoit encore
dans cet âge où l'imagination s'exhalte
, où le coeur & l'eſprit exagerent ,
où l'on voit mieux ce qui n'eſt pas que
ce qui eſt , où l'on s'étaye plus volontiers
des ſentimens d'autrui que des ſiens propres.
Il aimoit , ou du moins , il croyoit
aimer la jeune Sophie , & Sophie , née à
la campagne , élevée avec toute la amplicité
de l'âge d'or , ne trouvoit point
mauvais qu'on l'aimât : elle écoutoit Verneuil
& lui répondoit. En peu de tems ,
ilne leur reſta preſque aucune confidence
à ſe faire. Voilà , diſoit Verneuil , la nature
toute ſimple ; mais l'amour est d'accord
avec elle. Ailleurs , on voit des femmesqui
accordent tout à l'une , ſans attendre
qu'elles en ſoient preſſées par l'autre.
C'étoit , fur- tout , des femmes de Paris
queVerneuil prétendoit parler , & il en
16 MERCURE DE FRANCE.
parloit d'après certain roman ſatirique.
Îl ſe félicitoit de ce que ſa chere Sophie
ne reſpiroit point l'air empoisonné de la
capitale , & encore plus de ce qu'elle refpiroit
l'air du Valais même : car , felon
lui , on n'aimoit bien que dans cette contrée
, & il proteſtoit que rien ne pourroit
le ſéduire ailleurs .
Qu'il eſt doux de parler d'amour au
pied de ces formidables montagnes ! difoit
Verneuil. Que la nature eſt majeftueuſe
dans ſa ruſticité ! Peut- être ma Sophie
, elle même , paroîtroit-elle un peu
ruſtique à des yeux prévenus. Elle n'offre
aux miens que des graces naïves & touchantes
: de la beauté ſans preſtige , des
roſes qui font des roſes , des lys qui font
des lys. Une taille comme devoient l'a
voir les nymphes de Diane; une démarche
comme elles l'avoient ; beaucoup de
choſes qu'elles n'avoient pas. En un mot,
elle réunit tout& croit ne rien poſſeder.
La ſituation de ces deux amans ne pouvoit
être plus favorable. Ils s'aimoient ,
ils ſe parloient tous les jours , ils habitoient
le même château . C'étoit celui
d'une vieille tante , qui voyoit en eux fes
ſeuls héritiers , & qui brûloit de les unir
au plutôt; non parce qu'ils s'aimoient ,
non parce qu'ils ſembloient nés l'un pour
SEPTEMBRE. 1768. 17
l'autre ; mais parce qu'au moyen de cette
union , ſes biens , après ſa mort , ne ſeroient
point diviſés. Voilà le ſeul motif
qui la déterminoit à favorifer le penchant
du jeune couple ; & le jeune couple ,
content duréſultat , s'inquiétoit peu du
motif.
Unincident vint embarraſſer & la tante
& les neveux. On venoit de porter au
conſeil une affaire des plus intéreſſantes
pour la baronne. Il s'agiſfoit de voir augmenter
ou diminuer beaucoup ſa fortune.
Elle jugea ſa préſence& ſes follicitations
néceſſaires. Il faut , mes enfans , dit- elle
à Verneuil & à Sophie , il faut nous rendre
au plutôt à Paris.... A Paris ! s'écria
Verneuil d'un air agité ; ſans doute , reprit
la baronne : qu'est- ce donc que Paris
adefi effrayant pour votre âge ? Il n'eſt
pas ici queſtion de moi repliqua Verneuil
; mais Sophie...-Hé bien croyezvous
que Sophie ne ſoit pas elle-même
charmée de voir la cour & la capitale ?
-Quoi ! vous voulez qu'elle aille refpirer
cet air contagieux , cet air empoifonné
?-Préventions que tout cela. L'air
de Paris n'eſt pas plus dangereux qu'un
autre. Je m'en ſuis très bien trouvée autrefois
. -Ah ! vous ne m'entendez point!
-Je doute que vous vous entendiez
و
4
18 MERCURE DE FRANCE.
<
vous-même.-Sophie vous dira...-Sophie
ne me dira rien. Vous voyez que
fon filence parle pour elle. Une jeune fille
n'a pas d'autre maniere d'approuver. Mais
briſons là- deſfus. Je vais tout diſpoſer
pour notre départ.
Elle fortit, & Verneuil reſta ſeul avec
Sophie , que ce prochain départ ne paroiſfoit
pas inquiéter. Je vois , lui dit Verneuil
, que votre ſilence étoit en effet une
approbation réelle. On ne m'a pas même
confultée , répondit Sophie. Ah ! reprit
Verneuil , la baronne pouvoitbien compter
ſur votre ſuffrage ! -En avoit - elle
beſoin ? -Ne pouviez-vous pas témoigner
quelque répugnance ?-Pourquoi témoigner
ce qu'on n'éprouve pas ? -C'eſt àdire
que Paris a de quoi vous plaire ?-Je
n'en ſçaisrien. Je vous en inſtruirai mieux
dans quelque tems .
Ces difcours , ou d'autres à-peu près
ſemblables , ſe répéterent durant tout le
voyage. La vieille baronne y faifoit peu
d'attention , & ne parloit que des refforts
qu'elle alloit employer pour accélérer fon
retour. Ah ! diſoit - elle , ſi mon vieux
duc exiſte encore je puis bien compter
fur lui ; car , autrefois , nous avons toujours
compté l'un fur l'autre .
Hélas ! oni , diſoit Verneuil , nous al
SEPTEMBRE. 1768. 19
lons dans un pays peuplé de protecteurs .
Auſſi- tôt que Sophie va paroître , chacun
d'eux voudra être le ſien. Tant mieux ,
diſoit la baronne. Tantpis,reprenoit Verneuil.
Qu'est- ce que cela fait ? Ajoutoit
naïvement Sophie... Oh! rien du tour ,
interrompit Verneuil avec impatience .
Vous verrez qu'un homme de cour protége
une jolie perſonne uniquement' par
généroſité. Cela me ſemble tout naturel ,
diſoit encore Sophie. Voilà une ingénuité
délicieuſe , reprenoit Verneuil ; mais
elle n'eſt de ſaiſon qu'au pied des montagnesduValais.
On arrive. Il étoit encore grand jour.
La baronne trouvoit Paris bien changé
depuis quarante ans. Quelques maiſons
à la grecque lui parurent fort biſarres.
Elle regretoit fon cher gothique. Bon
Dieu , quelles fenêtres ! diſoit-elle : une
ſeule ſuffiroit pour éclairer tout mon
château.
Sophie n'en croyoit point la baronne.
Le goût grec étoit fort de ſon goût. Elle
promenoit avec avidité ſes regards fur
tout ce qui l'environnoit , & trouvoit fort
beaux des palais qui ne reſſembloient
point au château de ſa tante. Pour Verneuil
il n'étoit étonné de rien , excepté de
l'attention & de l'étonnement de Sophie.
20 MERCURE DE FRANCE.
Nos voyageurs furent deſcendre à l'hôtel
de la comteſſe de.... leur parente.
Ils y étoient attendus , & y trouverent
nombreuſe compagnie ; autre ſujet d'inquiétude
pour Verneuil. Son air , un peu
déconcerté , donna lieu à quelques plaifanteries
dites à l'oreille . Les femmes
trouverent , cependant , qu'il méritoit
d'être formé , & quelques-unes d'entreelles
en euſſent volontiers pris la peine.
Tous les hommes ſe ſentoient le même
zèle pour Sophie , & ne doutoient pas
qu'elle ne fit honneur à leurs foins. On
trouvoit dans ſes réponſes les plus naïves ,
un agrément que l'ingénuité ſeule ne peut
jamaisdonner.
Quelques jours s'écoulerent fans que
Verneuil parut ſe réconcilier avec la ſuperbe
ville qu'il habitoit. Il vit , cependant
, avec joie que Sophie étoit toujours
la même. Ses yeux , il eſt vrai , ſembloient
s'occuper de tout , mais fon coeur ne s'occupoit
que de lui.
Voilà , diſoit la comteſſe leur parente ,
au marquis de Séricourt , voilà deux enfans
bien faits pour s'épouſer en province.
Ils ſe ſuffiront à eux-mêmes ; choſe trèsnéceſſaire
quand on ne peut avoir mieux.
Celui à qui elle parloit ainſi n'étoit
pas d'humeur à la déſavouer. Il regardoit
SEPTEMBRE. 1768 . 21
le monde comme un parterre immenfe
où l'on ne doit entrer que pour cueillir
des fleurs , & l'amour comme un jeu où
l'on doit gagner & perdre gaïement.
C'étoit fur ce ton qu'il rendoit depuis
quelque tems des ſoins à la conteſſe. Il
eût rougi d'être ſubjugué par une femme.
Il n'ambitionnoit pas non plus la gloire
d'aſſervir ſon coeur. Il croyoit peu à ce
genre de triomphe , & le beſoin que luimême
avoit de changer lui rendoit en elle
ce beſoin fort excuſable.
Cette maniere d'aimer convenoit fort
àla comteſſe, jeune veuve de vingt deux
ans ; belle autant qu'elle vouloit le paroître
; ayant tout l'eſprit qu'elle vouloit
avoir : enjouée par humeur , étourdie par
ſyſtême , coquette par uſage. Elle traitoit
l'amour , comme tout le reſte , légerement.
Son goût ſe bornoit à de ſimples
préférences. Elle n'avoit pas toujours intention
de changer ; mais elle changeoit
ſans intention. L'amour , enfin , n'étoit
pour elle qu'une affaire de mode , & un
amant une parure de fantaiſie qui devoit
faire place à quelque autre.
Ce couple brillant trouvoit fort comique
l'amour ſérieux de nos jeunes Valaifains.
Il ne vient une idée que vous approuverez
, diſoit la comteſſe au marquis.
22 MERCURE DE FRANCE.
Voilà deux pauvres victimes qu'il faudroit
ſouſtraire au ſacrifice . Ces gens - là
s'aiment à faire compaffion. Reuniffonsnous
pour leur apprendre à s'aimer moins ,
&beaucoup mieux.
Voilà un projet délicieux , impayable !
s'écria le marquis . La gloire de l'invention
vous appartient , mais j'aurai celle
de vous bien ſeconder . Chargez - vous de
Verneuil : je me charge de Sophie. Nous
aurons beaucoup à faire l'un & l'autre ;
mais ce travail eſt amusant , & c'eſt tout
que de ſçavoir s'amufer.
Cependant , marquis , ajouta la comteſſe
, vous entendez qu'une Valaiſaine ,
ſans expérience , exige plus d'égards que
n'en eût le cynique Saint - Preux pour ſa
Julie. Oh ! Madame , reprit- il , je ne ſuis
point cynique. Sophie ſera reſpectée
comme elle doit l'être. Mais , pourſuivitil
, en riant , j'ai auſſi mon fcrupule .....
Eh ! quel eſt- il , Monfieur ? interrompit
la comteſſe. -Madame , cela ſe devine.
Saint-Preux nous annonce que les Valaiſains
font expéditifs. Raſſurez vous , reprit-
elle d'un air auſſi peu ſérieux , nous
n'avons pas ici de chalet.
Les épreuves ne tarderent pas à commencer.
Le marquis n'échappoit aucune
* Cabane retirée dans les montagnes , où l'on
faitdesfromages,
SEPTEMBRE. 1768. 23
occaſion d'entretenir Sophie , & lui parloit
toujours ſur le ton qui lui étoit propre.
Elle lui répondoit avec la franchiſe
qui formoit ſon caractere. Il s'amuſoit
S de ſon ingénuité . Elle ſe divertiſſoit de
ſes ſaillies. Mais , lui diſoit- il un jour ,
vous aimez Verneuil ? Cela eſt vrai , répondit-
elle. -Et il le ſçait ? -Il la ſçu
dès les premiers jours. -Tant pis !
Qu'est- ce que cela fait ? -Beaucoup de
mal. Je ſuis fûr qu'il vous en aime un
peu moins. -Je ne m'en ſuis pas apperçue.
-Tant mieux ! Vous euſſiez redoublé
d'empreſſement , marqué de l'inquiétude
, & voilà comme on perd ſes avantages.
Tout cela , reprit Sophie , me paroît
bien étrange.-Oh ! je vous l'expliquerai
à loiſir , & la leçon vous ſera utile,
-Je veux bien la recevoir, ſi elle doit me
faire encore plus aimer de Verneuil.
Celui - ci avoit , de ſon côté , de fréquens
entretiens avec la comteſſe. Il s'y
plaifoit , parce qu'il étoit difficile de ne
pas s'y plaire. Ses converſations avec Sophie
devenoient plus rares ſans qu'il s'en
apperçut , & Sophie , diſtraite par les
propos enjoués de Séricourt , oublioit de
l'en faire appercevoir.
La comteſſe avoit une maiſon de campagne
àdeux lieues de Paris. La préſence
de la vieille baronne l'autoriſoit à y rece
24 MERCURE DE FRANCE .
voir Séricourt & Verneuil. Le départ ne
fut différé que juſqu'au retour d'un voyage
que celui -ci , la baronne & fa niéce
firent à la cour. On partit le jour même
de leur arrivée .
Là regnoit encore beaucoup plus de
liberté que dans Paris ; ce qui favorifoit
le deſſein que la comteſſe avoit formé .
Elle & Séricourt en faifoient une affaire
importante. Verneuil , ſans le ſçavoir ,
s'y prêtoit de lui-même. Il ne démêloit
plus riendans ſes propres idées. Il contrarioit
Sophie preſque toujours mal-àpropos
, & regrettoit ſouvent qu'elle n'eût
pas tort.
Eh bien ! Verneuil , lui diſoit la comteſſe
, que ſignifie cet air fombre & rêveur
? Vous êtes revenu de la cour auffi
morne qu'un folliciteur de graces qui n'a
pas eu d'audience.-Je n'avois pourtant
nulle grace à demander , & j'ai obtenu
plus d'audiences que je n'en demandois.
-La baronne me paroît bien enchantée
de ſon vieux duc. -Il m'a paru encore
plus enchanté de Sophie.-Est- ce là
ce qui vous inquiéte ? -Madame,tout
inquiéte quand on aime. -Quoi ? lui !
un vieillard ? -Ce vieillard eſt duc &
non moins chargé d'honneurs que d'années
. -Tout cela n'eſt rien aux yeux
d'une
SEPTEMBRE. 1768. 25
1
d'une perſonne de dix- sept ans. -Mais ,
Madame , ce vieillard a un fils encore
jeune& qui ne me paroît pas moins officieux
que ſon pere. -Oh ! quant au fils
ce pourroit être quelque choſe. -Et vous
voulez que je fois tranquille ? Je veux
que vous ſoyez raiſonnable. Je veux que
l'amour ſoit pour vous une douceur &
non pas un fupplice. Par exemple , nous
nous aimons le marquis & moi. -Vous
vous aimez ?-Sans doute. Quoi vous ne
le ſçavez pas ? Vous êtes donc le ſeul qui
l'ignoriez ? -Madame , j'avoue que je
l'ignore. -Mais ce n'eſt plus un myſtere .
A quoi bon en faire un d'une choſe qui
doit devenir authentique ?-Je croyois le
myſtere une des principales douceurs de
l'amour.-Préjugé que tout cela. On ne
doit cacher que la haine. C'eſt un autre
point que j'ignorois. Juſqu'à préſent
j'ai manifeſté la haine & caché l'amour.
-Voilà le fruit de la province , & furtout
d'une province telle que la vôtre.
Mon cher Verneuil , il y a beaucoup à
rectifier en vous . Je me charge de vous
rendre tel que vous devez être ; mais il
faut de la docilité. -Madame , l'offre eſt
trop flatteuſe. Il ſeroit difficile de n'en
pas ſentir le prix. -Voilà qui promet.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Au-reſte , pourſuivit - elle , en ſouriant
avec grace , je vous déclare que mes ſoins
feront abfoluiment déſintéreſſés . Votre
fidélité n'en doit prendre aucun ombrage.
-Madame , je ne ſuis point préſomptueux.
-Je vous ai déja déclaré que j'aimois
le marquis. Il le ſçait , il eſt ſans
inquiétude ſur mon compte ; je n'en ai
aucune fur le ſien. -Vous avez bien de
quoi vous raffurer , Madame. Avec de
pareils attraits on ne craint aucune rivale....
Ah ! bon Dieu , interrompit la
comteffe , vous me faites ſouvenir queje
dois faire horreur. Je ſuis dans tout le négligé
d'une matróne. -Madame
voyez d'ici une fontaine qui vous prouvera
que ce négligé a bien des graces .
-Poinnttdu tour. Voyez plutôt , dit- elle
en tirant de ſa poche un petit miroir
voyez ſi des yeux peuvent paroître ſous
cet embeguinage ? -Oui , Madame , ils
paroiſſent à merveille. -Ils n'ont aucun
jeu, vous dis-je ( & tandis qu'elle parloit
ainſi , ils jouoient beaucoup ) . Il me
ſemble auſſi que j'ai le teint morne. --Ah !
Madame , ce ſont toutes les roſes & tous
les lys du printems . -Cela ſe dit en
poëfie ; mais les poëtes ſont des flatteurs .
Je ferai très bien d'aller trouver mes fem-
د
vous
و
SEPTEMBRE. 1768 . 27
mes qui s'impatientent , & qui répareront
un peu ce que ma figure a de mauf-
Jade aujourd'hui.
Verneuil proteſta de nouveau qu'il n'y
avoit rien à réparer ; que l'art devenoit
inutile quand la nature avoit tout prévu .
Et moi , dit la comteſſe , je veux vousréconcilier
avec lui. Venez juger de ſes
opérations ; elles vous paroîtront moins
déplacées.
Verneuil l'accompagna ; mais il lui
répugnoit d'aſſiſter à une toilette ſi compliquée.
Ah ! Madame , s'écria-t- il , combien
vous allez perdre en vous cachant
ſous des traits d'emprunt ! Vous verrez ,
lui dit- elle , que je n'y perdrai rien. Mes
cheveux font dans un défordre effroyable
: commençons par les rétablir. Ellemême
en détache les longues treſſes . Elles
tomberent fur ſes épaules & arteignirent
juſqu'à terre. C'étoient des cheveux d'un
blond cendré. Verneuil admiroit & leur
belle couleur& leur quantité prodigieufe .
Il oſa y porter une main timide , & bientôt
il y porta l'autre. Les deux fuffifoient
à peine pour les contenir. Comment donc,
reprit la comte vous êtes prompt à
vérifier les choſes mais ce qui reſte à
faire eſt au- deſſus de votre expérience.
Laiſſez agir mes femmes.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
Verneuil reſta fort étonné &de la hardieſſe
qu'il venoit d'avoir , & de la ſenſation
qu'il avoit éprouvée en touchant ces
beaux cheveux . Hé bien , ajouta la comreſſe
, quel genre de coëffure adopteraije
? la Romaine, la Sultane ou la Grecque?
Je crains fort que vous ne m'indiquiez la
Gertrude. -Moi , Madame ? Je ne prefcris
rien , & j'avoue même que j'ignorois
juſqu'à l'existence de ces noms. --C'eſt
ce qu'il ne faut point ignorer. Cette va
riété produit une illuſion qui tourne entierement
au profit des curieux. Ils peuvent
croire avoir parlé en un même jour
& dans un même lieu à des femmes de
différens ſiécles &de différens pays. Mais
je m'apperçois que je vais devenir Sutzane.
Il faudra , pour aujourd'hui , vous
confoler de cette mépriſe.
Verneuil trouva que cette mépriſe n'a
voit rien d'affligeant , & que puiſque les
femmes vouloient ſe coëffer , une coëffure
à la Sultane pouvoir en valoir une
autre. Je crois pourtant , diſoit - il , que
des fleurs toutes ſimples vaudroient bien
cette riche aigrette & ces aiguilles de diamans
. Point du tout , Monfieur , les
leurs ſe terniffent en un inſtant , & ces
diamans feront toujours les mêmes .-Ce
pendant , Madame , il ne faut point trop
SEPTEMBRE. 1768. 20
s'éloignerde la nature .-Hé ! bien , n'eſtce
pas la nature qui produit les diamans
comme les fleurs ? -C'étoit pourtant
avec des fleurs que d'Urfé paroît fon Aftrée.
C'eſt que les bords du Lignon ne
produiſent ni diamans , ni perles. Mon
pauvre Verneuil ,, vous êtes bien romaneſque
dans vos opinions. C'eſt vous qu'il
faut exhorter à mieux connoître la nature.
En même tems , la comteſſe demanda
ſon rouge. Ah ! Madame , s'écria Verneuil
, ſouvenez- vous que Roxelane ignoroit
l'uſage du carmin. -Elle avoit tort,
Monfieur- Voyez ſi cette légere teinte ne
produit pas un effet merveilleux ? Verneuil
fut étonné du brillant que les yeux
de la comteſſe venoient d'acquérir. Au
moins , ajouta-t- il , point de mouches.
Pourquoi des taches dans le Soleil ? Ces
raches , reprit la comteſſe , ont leur mérite.
Je prétends que vous m'appliquiez
vous-même cette afſaffine.-Madame , je
ferai maladroit. -Il faut ceſſer de l'être
Monfieur. Voyons comment vous vous y
prendrez . Il s'y prit mal. On l'aida à ſe
rectifier . La main de la comteſſe conduifit
la fienne , & cette main lui trembloit
lorſqu'il la retira. Il lui parut auſſi que
Paſſaffine jouoit aſſez bien ſon rôle.
J
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
Allons voir la baronne & Sophie , dit
la comteſſe enpréſentant la main à Verneuil.
Il la ſaiſit avec empreſſement. Je
gage , lui dit- elle , que le marquis préſide
, en ce moment , à la toilette de Sophie.
En tout cas , lui dit Verneuil , la
ſéance n'aura pas été longue. Sophie conſerve
ici toute la ſimplicité de nos uſages
champêtres. Mais , poursuivit- il , après
un moment de réflexion , il me ſemble ,
Madame , que nous avons pris le change.
C'étoit à la vôtre qu'il devoit préſider.
Je n'en vois pas bien la raifon , reprit-
elle. En un mot , repliqua Verneuil,
vous vous aimez ?-Sans contredit;mais
eft ce qu'on s'obſéde quand on s'aime ?
-J'imagine qu'on ne sçauroit ſe voir
trop ſouvent , & que l'inſtant de la toilette
n'eſt pas un inſtant à négliger.
-Voilà encore une de vos préventions
champêtres. Vous ne ſoupçonnez rien
au-deſſus du plaifir d'ajuſter vous- même
les cheveux de votre bergere. Elle n'y
placeroit pas un fouci , pas une marguerite
ſans vous conſulter. C'est toujours
votre goût qui la décide. Moi , je ne me
décide que d'après le mien. Je ménage
au marquis une ſurpriſe toujours agréable
; je parois toujours nouvelle à ſes
yeux : votre Sophie n'eſt jamais que la
SEPTEMBRE. 1768. 31
même aux vôtres. Mais , enfin , elle y
paroît comme je l'ai voulu. -C'eſt encore
ce qu'il faut éviter. Vous la ſçavez
toujours par coeur. Nulle fantaiſie qui
vous réveille , nul défordre qui vous pique.
Vous arrangez tout pour le mieux ,
&cemieux eſt ſouvent mauſſade. C'eſtà-
dire , Madame , que le goût du marquis
n'influe en rien , à cet égard , fur le
vôtre ?-Pardonnez moi. Il ne me prefcrit
rien ; mais j'ai pour bat de lui plaire,
& c'eſt pour lui que vous avez travaillé.
Ces derniers mots piquerent ſenſiblement
Verneuil. Il fut étonné de l'impreffion
qu'ils lui faisoient. Quoi! difoit- il ,
cette mouche que j'ai placée moi-même
n'eſt là que pour agacer le marquis ? J'avois
eû d'abord une autre idée , & il eſt
toujours fâcheux de ſe méprendre .
On approchoit du pavillon qu'occupoient
la baronne & Sophie . Le marquis
en fortoit. Hé ! bien , lui dit la comteſſe,
avez-vous déterminé Sophie à déroger au
coſtume du Valais ? Nous y avons , ditil
, fait quelques changemens. Il ne faut
attaquer certains uſages qu'avec circonfpection.
Mais vous , Madame , pourfuivit-
il , vous voilà comme un ange. Verneuil
at il contribué à ce chef-d'oeuvre ?
-Oui . C'eſt lui qui m'a appliqué cette
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
affaffine. Est - elle placée à votre goût.
-Comme fi je l'euſſe placée moi-même .
lui dois de la reconnoiſſance. Et moi
auſſi , ajouta la comteffe , puiſque le fuccès
répond ſi bien à mes vues.
En vérité , diſoit Verneuil à part , je
crois que ces gens- là s'aiment. Cela ſeroit
fingulier , & le rôle que l'on me fair
jouer ici ne l'eſt pas moins. Cette réflexion
l'affligeoit ſans qu'il en pût bien
approfondir la raiſon.
Sophie & la baronne parurent. Verneuil
trouva , en effet , dans l'ajuſtement
de Sophie plus d'élégance & d'aprêt qu'à
l'ordinaire . Dans tout autre tems il en
eût murmuré ; mais lui - même étoit un
peu confus de ce qui ſe paſſoit dans fon
ame. Il ne parloit à Sophie qu'en héſitant.
La comteſſe le remarqua & s'en applaudit.
Elle s'étoit bien apperçue que ſes
rets n'avoient pas été tendus à faux , &
que le tourtereau fidèle n'en ſortiroit pas
fans ſe débattre .
La baronne s'amuſoit à critiquer l'élégance
du jardin , qui ne reſſembloit pas à
fon potager. Le marquis cherchoit à reprendre
la fuite des inſtructions qu'il
avoit déjà données à Sophie. Eh ! laiſſez
en paix ces enfans , lui dit la comteſſe : à
peineſe ſont- ils encore parlé aujourd'hui .
SEPTEMBRE. 1768 . 33
N'avons nous rien à nous dire ? Pardonnez-
moi , Madame , reprit- il. Auprès de
vous je ſuis toujours en fonds de ſentimens
& d'idées. Ils s'aiment , diſoit encore
tout bas Verneuil , ou du moins le
marquis eſt aimé. J'avoue que juſqu'à préſent
je ne l'aurois pas crû .
Il ne parloit pas à Sophie , c'étoit Sophie
qui lui parloit , & il ne lui répondoit
que pour la contredire. Mais , lui
dit-elle , nous étions toujours d'accord
autrefois . -C'eſt qu'autrefois nous n'avions
qu'une même façon de voir & de
penfer. -Pourquoi ne l'aurions nous
plus ? -C'eſt que les objets qui nous environnent
influent toujours beaucoup fur
elle. Par exemple , cette parure vous eût
ſemblé exceſſive au pied de nos montagnes
: ici , vous la trouvez peut- être encore
trop fimple. -Qu'eſt ce que fait la
parure aux fentimens ? Ne peut on pas
aimer ſous les perles comme ſous les
fleurs ? La comteſſe ne ſe pare-t- elle pas
pour plaire au marquis ? Cela eſt vrai ,
reprit Verneuil en rougiſlant un peu ;
mais avouez que ce n'étoit point pour me
plaire que vous vous pariez ? Non ; mais,
en me parant , j'ai craint de vous déplaire.
,
L'air froid & conſterné de Verneuil
Bv
34 MERCURE DE FRANCE.
n'échappa point à la comteſſe. Elle en pé.
nétra facilement la vraie cauſe ; & cette
cauſe la flattoit plus qu'elle ne l'avoit
prévu d'abord. Il eſt peu de femmes à
qui ce genre de triomphe ſoit indifférent ;
même lorſqu'elles ont le mieux réfolu de
refter indifférentes .
Le dîner rendit la converſation plus
générale. On parloit beaucoup alors d'un
nouvel opéra qui n'étoit point calqué ſur
les anciens. C'eſt Silvie. Il faut , dit la
comteffe , que Verneuil vienney prendre
des idées plus juſtes &plus vraies de no
tre muſique. On en juge dans le Valais
aufli peu favorablement que de nos Pariſiennes
: je prétends le guérir de ce double
préjugé. La moitié de cette befogne
eſt déjà faite , Madame , reprit Verneuil;
mais je doute que l'autre vous ſoit auffi
facile.
Dès la premiere ſcène du prologue ,
Verneuil parut un peu étonné. Avouez ,
lui dit la comteſſe , que cette muſique eſt
pittoreſque & pleine d'énergie ? Avouez
que ces prétendus chiffons , dont ſe moque
affez trivialement votre oracle du
Valais , opérent une agréable illufion ?
Verneuil n'avoua rien ; mais il écoutoit &
regardoit fort attentivement.
Labaronne trouvoit àredire que Diane
SEPTEMBRE. 1768 . 35
& Silvie euflent oublié leurs vaſtes paniers
, leurs plumets en pyramides , leurs
hauts talons & leurs gants. Sophie approuvoit
tout , excepté la morale auſtere
de Diane. Elle trouvoit le fond de ſes
diſcours trop dur, quoique les vers qu'elle
débitoit lui paruſſent très-doux. Elle s'intéreſſoit
vivement au fort d'Amintas &
de Silvie , & approuva fort que le tonnerre
de la fin les eût épargnés. Que vous
ſemble de ce dénouement , lui demanda
le marquis ? J'en ſuis bien contente , répondit-
elle. Je regrette ſeulement que
cette farouche Diane ne ſoit pas encore
plus humiliée. Conſolez- vous , reprit le
marquis. Endimion n'eſt pas loin ; il va
bientôt lui faire changerde langage .
On voit que Sophie foutenoit la naiveté
de fon caractere , & il ne lui en coûtoit
rien pour la foutenir. On ſe niontra ,
ſelon l'uſage , dans la grande allée des
Tuileries au fortir du ſpectacle. Verneuil
admiroit , malgré lui , l'immenfe
variété de ce tableau. Je ne ſçais pas ,
diſoit- il , où notre ſage avoit les yeux
lorſqu'il n'a vû que de la laideur chez les
Françoiſes . Afſurément il n'avoit pas vu
la comteſſe que je vois ſi bien , nila majeſtueuſe
de B.... , ni la piquante d'E ... ,
ni l'intéreſſante de C... , ni la belle de
1
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE .
L... , ni tant d'autres qui ne font point
ici ; mais qui ſe font bien remarquer partout
où elles daignent ſe laiſſer voir.
Il lui ſembla que Sophie étoit un peu
trop éclipſée par la foule brillante qui
l'environnoit , & que le marquis auroit
pu reſpecter beaucoup moins le coſtume
du Valais . Le marquis faifoit à l'inſtant
même une réflexion toute oppoſée. Il
trouvoit dans l'air & l'extérieur négligés
de Sophie un attrait que l'ingénuité de
ſes difcours augmentoit encore. De fon
côté , Sophie regardoit tout , ſans intention
décidée ; mais, de tous les élégans
qui l'avoient lorgnée à l'opéra & qui croifoient
ſa marche aux Tuileries , le marquis
lui parut le mieux fait& le plus intéreſlant.
Devinez, belle Sophie , lui difoit- il >
de quoi s'entretiennent toutes ces perſonnes
qui vous regardent ? Je penfe , répondit-
elle , que tout ce qu'on dit m'eſt
fort étranger. -Pardonnez- moi . Les
femmes trouvent qu'il manque quelque
choſe à la forme de votre parure , & les
hommes , qu'il ne manque rien aux charmes
de votre perſonne. Les femmes , reprit-
elle , peuvent avoir raiſon ; mais les
hommes font trop indulgens.-Les hommes
vous rendent justice , & je ſuis le
SEPTEMBRE 1768 . 37
garant de tout ce qu'ils pourront dire de
mieux. C'eſt beaucoup hafarder . Je
ſens mieux que jamais tout ce qui me
manque . -Ah ! gardez - vous bien de
vouloir trop acquérir.-J'en ſuis encore
bien loin. Par exemple , cette franchiſe
que vous m'avez reprochée ... -J'avois
tort. Elle est délicieuſe. -On dit , pourtant,
qu'elle n'est pas du bel uſage. --Vous
ferez regretter qu'elle n'en ſoit pas.-Je
n'ai jamais dit que ce que je penſois.
--Verneuil doit bien aimer à vous entendre
; car vous ne lui diſſimulez rien .
-Pourquoi lui taire ce qui paroît lui
faire plaifir ? Je vous l'ai déjà dit , les
femmes ſe conduiſent ici tout autrement.
Preſque toujours le ſentiment qu'elles
affichent le plus , eſt celui qu'elles éprouvent
le moins. Elles ſe plaiſent à nourrir
chez nous la crainte autant que l'eſpérance.
Elles ſe perfuadent qu'on les aimera
beaucoup mieux quand on appréhendera
de n'être pas aimé. C'eſt ce
qu'elles regardent comme un des plus
grands ſecrets de l'art . -Eſt- ce que l'amour
en eſt un ?-Elles ſont parvenues
àle rendre tel . Il a ſes reſſorts, ſes moyens,
ſes fineſſes. Il devient ſouvent un travail,
une étude , une complication de ſoins
fatigans , au lieu d'être un adouciffe
38 MERCURE DE FRANCE.
ment aux autres ſoins que l'ambition ou
certains uſages nous impoſent. -Il me
femble que voilà bien du tems perdu ,
ajouta naïvement Sophie. Je vous parle
ſeulement , reprit Séricourt , des femmes
qui font de l'amour une affaire ſérieuſe.
La plupart le traitent comme un enfant
qu'il faut accueillir tant qu'il amuſe , &
renvoyer quand il ennuye. Il me ſemble
aufli , ajoure encore Sophie , qu'un enfant
ne doit jamais ennuyer .
Le marquis s'apperçut , un peu tard ,
qu'il débitoit une morale toute oppoſée
à ſon premier plan , & qu'au lieu d'indiquer
à Sophie des modèles à ſuivre , il
faifoit lui même la critique de ces modèles.
Son coeur le menoit plus loin que ſa
volonté , & il étoit bien ſurpris d'être
mené par ſon coeur. Je vois , diſoit- il ,
que je remplirai ma miffion , & que c'eſt
l'écoliere qui va rectifier le maître .
On retourna à la campagne. Les jours
fuivans donnerent lieu à de nouveaux
entretiens , & chaque entretien ajoutoit
à l'embarras de nos quatre perſonnages.
La comteſſe ne ſoutenoit plus que difficilement
le ton qu'elle avoit pris avec
Verneuil. Elle lui parloit moins fouvent
du marquis & plus ſouvent de lui-même.
Elle voyoit , avec plaiſir , qu'il lui parloit
SEPTEMBRE 1768 . 39
ال
plus rarement de Sophie : elle trouvoit ,
enfin , dans les progrès de ſon entrepriſe
une ſatisfaction qui ſurpaſſoit de beaucoup
le ſimple amuſement.
Verneuil, ſans ſe croire inconſtant , le
devenoit de jour en jour. Sophie , en
croyant toujours aimer Verneuil , trouvoit
le marquis des plus aimables. Celuici
trouvoit que le naturel de Sophie valoit
bien le brillant de la comteffe . Tous
quatre avoient cru pouvoir s'en tenir à
un ſimple amusement de l'eſprit ; mais
le coeur ne rallentiſſoit point ſa marche.
Il arriva même que nos deux guides
s'accuſoient réciproquement de maladreſſe.
Hé bien , marquis , diſoit la comteſſe
à Séricourt , êtes-vous bien fatisfait
de vos ſoins ? Il me ſemble que votre
éléve auroit pu mieux profiter .-Et moi,
Madame , j'avoue que j'augurois mieux
de la docilité du vôtre .-On pourroit en
faire quelque choſe; mais cette Sophie
ne le perd pas de vue. -Il me ſemble ,
à moi , qu'il regarde bien ſouvent Sophie .
-En vérité , marquis , je vous croyois
plus adroit ! -En vérité , Madame , je
croyois Verneuil plus clairvoyant ! -Mais
vous avez tant ſubjugué de cruelles !
-Vous avez tant captivé d'indifférens !
-Le coeur d'une petite Valaiſaine réſiſte
40 MERCURE DE FRANCE.
roit à vos attaques ? -Celui d'un provincial
de vingt ans ne prévient pas toutes
les vôtres ?-Encore une fois , Monfieur,
je Tuis mal ſecondée. Vous n'employez ,
ſans doute , ici qu'une foible partie de
votre expérience.-Pour moi , Madame,
je ne m'en prends qu'à l'inexpérience de
Verneuil . Oh ! je m'apperçois que vous
n'avouerez rien , ajouta la comtelle; mais
le voilà qui parle à Sophie. Voyez avec
quelle attention elle l'écoute. - Remarmarquez
bien , Madame , que ce n'eſt pas
Sophie qui lui parle. Approchons - nous
un peu plus , dit la comteſſe , nous pourrons
mieux ſçavoir à quoi nous en tenir.
La charmille qui nous ſépare d'avec eux
les empêchera de nous appercevoir. Cette
ſituation eſt un peu uſée , reprit Séricourt ;
mais le motif m'en paroît entierement
neuf.
Ils s'approcherent & n'entendirent que
des propos affez indifférens . Avouez, difoit
Verneuil à Sophie , que le ſéjour de
la capitale vous plaît mieux que celui du
Valais ? Avouez , reprenoit - elle , que
vous vous êtes réconcilié avec Paris ? --Je
conviens qu'on peut s'y faire. --Je l'avoue
de même. --On ſe prévient ſouvent fur
le rapport d'autrui , & l'on a tort. Il vaut
mieux ne ſe décider que ſur ſa propre
SEPTEMBRE 1768 . 41
expérience. --Je vous l'avois bien dit....
Apropos , interrompit Verneuil , le marquis
s'entretient ſouvent avec vous. -Auſſi
ſouvent que vous vous entretenez avec la
comteffe. Il a du brillant , de l'eſprit.
-Elle a des attraits , des charmes. -Il
feroit difficile de ne pas ſe plaire avec
lui . Je me rappelle , ajouta Verneuil, que
la comteſſe doit me faire voir un tableau
du voluptueux Boucher. -Le marquis
doit me lire des vers du gentil Bernard.
Il ne faut pas , ajouta encore Verneuil ,
que ni l'un ni l'autre nous attendent.
Séricourt & la comteſſe , entendant ces
derniers mots , s'éloignerent. Cette converſation
les avoit raſſurés ſur le ſuccès
de leur entrepriſe. J'aurois été bien étonné
, lui diſoit- il , que vos charmes euffent
manqué leur coup. -Et moi encore plus
qu'on eût réſiſté à vos préceptes.
On ſe rejoignit , & à l'inſtant ſurvint
la baronne , portant fur toute ſa figure
l'empreinte de la douleur & du déſeſpoir.
On lui annonçoit par une lettre la perte
de ſon procès , comme inévitable. Que
vontdevenir ces deux enfans , diſoit elle?
J'eſpérois leur laiſſer une grande fortune,
&ils feront réduits à la médiocrité . Hélas
! peut-être même n'auront ils pas l'avantage
d'habiter mon château !
42 MERCURE DE FRANCE.
Cette nouvelle affligea ſenſiblement
Verneuil& Sophie ; mais tous deux cherchoient
à ſe déguiler à eux - mêmes le
principal motifde leur douleur. Verneuil
ſe joignit , cependant , à Séricourt & à la
comteſſe qui eſſayoient de raſſurer la baronne.
Confolez- vous , Madame , lui difoit-
il ; je ſuis jeune ; j'ai de la naiſſance;
j'aurai de l'ambition : avectous ces moyens
on parvient à corriger la fortune .
La nuit leur fournit , à tous , bien des
réflexions. Ce pauvre Verneuil ! diſoit la
comteſſe : il n'eſt point fait pour vivre
dans un état borné . Il eſt d'une naiſſance
diſtinguée , jeune , bienfait , réfléchi ; il
peut arriver à tout. Enterré au pied de ſes
montagnes , il n'arriveroit à rien. C'eſt
donc à moi de corriger , à fon égard , l'injuſtice
du fort. Mes engagemens avec le
marquis ne font pas indiſſolubles. Ou les
apparences me trompent , ou lui - même
eſt diſpoſé à faire pour Sophie ce que je
prétends faire pour Verneuil.
Les apparences ne la trompoient nullement.
Le marquis faiſoit à peu près les
mêmes réflexions , & par le même morif.
Après tout , diſoit - il , mon projet eſt
louable. C'eſt un trait de générofité , de
grandeurd'ame. Jedonne ici unbel exem
i
SEPTEMBRE. 1768 . 43
ple à la comtefle. Je fais plus ,je lui épargne
l'embarras de me le donner.
Mais elle- même prenoit ſes meſures
pour n'être pas prévenue. Dès le jour ſuivant
elle eut avec Verneuil un entretien
fur ce ſujer. Elle y employa d'abord cer
art fi familier aux femmes , cet art de dire
tout ce qu'elles veulent , en paroiffant
vouloir ne rien dire. Verneuil eut une
pénétration qui l'étonna lui même. Ildevina
tout ce qu'on lui laiſſoit à deviner ,
& entendit très-bien ce qu'on lui diſoit.
Il étoit ému , flatté , indecis. Mais pouvoit-
il renoncer à Sophie dans de pareilles
circonstances. ? L'abandonnera-t- il à
Finſtant même que la fortune l'abandonne
? Quelle infigne lâcheté ! Cette réflexion
le foutint. L'orgueil fit en lui ce
que n'eût point fait la conſtance ; & ce
n'eſt pas la premiere fois que l'orgueil
vient au ſecours de la vertu.
Il eſt vrai , Madame, diſoit- il à la comreſſe
, nous vivrons , Sophie& moi, dans
un état obfcur : mais que diroit - on de
nous ſi cette crainte ſervile &baſſe nous
forçoit à nous ſéparer ? On diroit , reprit
la comteſle , que vous cédez à la deſtinée
àqui tout céde. Que ſcavez- vous , d'ailleurs
, ſi Sophie elle - même.... Oh !
Madame , interrompit Verneuil , je ré
44 MERCURE DE FRANCE .
ponds du courage de Sophie . En tout cas,
je n'aurois plus de reproche à me faire.
Je dirai plus , l'effort que je fais en ce
moment ne me laiſſe déſormais nulle autre
épreuve à craindre. Oui , Madame ,
pourſuivit- il , en tombant à ſes genoux ,
je n'ai que trop ſenti l'extrême pouvoir
de vos charmes . Je vois que labeauté de
votre ame y répond. Jugez des combats
qu'il me faut rendre , & combien va me
coûrer la victoire !
Cet aveu appaiſa la comteſſe que les
plus ſolides raiſonnemens n'euffent pas
appaiſée. Peu fufceptible d'une grande
paſſion , elle eût craint , fur- rout , de voir
mortifier ſon amour propre , & cet amour
propre étoit fatisfait. Vous y fongerez
plus à loifir , dit- elle à Verneuil , & fi vos
idées reſtent les mêmes , regardez ce qui
s'eſt paflé comme non avenu. Mais, pourſuivit
elle , j'apperçois dans la galerie Sophie
avecle marquis... Que vois je? Une
lettre que Sophie lui donne? Une lettre !
Madame , reprit Verneuil , je ne puis le
croire. Ce font plutôt les vers du gentil
Bernard . Je ſerois bien curieuſe de lire
ces vers , ajouta la comteſſe .
Aces mots , elle releva Verneuil ; mais
Sophie l'avoit apperçu à ſes genoux. Elle
s'éloigna d'un air troublé. Le marquis
SEPTEMBRE 1768. 45
paroiſſoit l'être encore davantage en lifant.
Il étoit ſi profondément occupé que
la comteſſe l'aborda ſans qu'il reconnut
que ce fût elle. Ah ! cruelle Sophie ! s'écría-
t- il , croyant parler à elle - même ,
quoi ? Vous rejettez ainſi l'hommage le
plus pur & le plus fincere ? Elle a tort !
lui dit la comteſſe avec le ton de l'ironie
; elle devroit me conſulter : vous en
ſeriez plus fatisfait.
Le marquis reſta pétrifié de cette mépriſe.
Verneuil , qui n'avoit rien entendu,
étoit fort curieux de voir ce que venoit
de lire le marquis . Sophie paroiffoit toujours
inquiéte. Elle fut long-tems ſans répondre
aux queſtions de Verneuil , qui
lui-même n'étoit pas fans confufion. Enfin
, elle redemanda ſa lettre & la lui remit.
Il la lut aſſez haut pour étre entendu
de la comteſſe. Elle étoit conçue en ces
termes :
Je n'ai pû me résoudre , Monfieur , à
vous répondre de vive voix. Je prends le
parti de vous écrire , & ce n'est peut être
pas leplus convenable. Mais queſçais-jefi
j'aurois eû la force de dire ce que j'écris ?
Il n'en estpas moins vrai , Monfieur , que
l'état d'infortune qui nous menace , Ver
46 MERCURE DE FRANCE.
neuil & moi , est une raiſon de plus qui
m'attache à lui ; & que rien ne pourra m'en
Séparer ,fur- tout lorſqu'ilfera malheureux .
Aufurplus je ſens tout le prix de l'offre
que vous daignez me faire de votre coeur &
de votre main. A l'égard de votre fortune,
quoique très - conſidérable , elle feroit le
moindre des motifs qui m'euſſent déterminée.
Hé bien , Madame , dit Séricourt à la
comteffe , vous voyez de quoi il s'agit. Je
n'ai pu me réfoudre à voir Sophie menacée
d'un état peu fait pour elle. Si c'eſt là
un crime , je ſuis coupable ; je me livre à
tous vos reproches .
Je n'en ai point à vous faire , lui dit la
comteffe ; j'ajouterai même , pour vous
raſſurer , que ma généroſité alloit feconder
la vôtre.
Sophie & Verneuil reſtoient interdits
Et rêveurs. Je ſens tout le prix du ſacrifice
, lui dit enfin Verneuil. Il y auroit ,
cependant , quelque choſe à reprendre
dans ce que vous écrivez au marquis.
Peut-être moins , reprit-elle , que dans ce
que vous difiez étant aux genoux de la
comtefle.
C'étoit à-peu-près la même choſe , lui
SEPTEMBRE 1768. 47 .
dit cette derniere ; &quant au refle, Verneuil
faifoit pour vous précisément ce
que vous faifiez pour Ini .
Grande nouvelle ! s'écria la baronne
d'auſſi loin qu'on put l'entendre & la voir.
Mon vieux duc m'apprend par un exprès
que tout eſt décidé à mon avantage.
Il m'a bien ſervi , & il me charge d'en inftruire
Sophie la premiere .
Enfin , mes chers enfans , dit encore la
baronne à Sophie & à Verneuil ; vous ferez
riches , vous ferez unis , & mon château
vous reſtera .
Séricourt & la comteſſe féliciterent la
baronne , & ne fongerent plus à déranger
aucun de ſes projets. Ils ſentirent que
deux amans , diſpoſés à s'unir , malgré
l'indigence , ne devoient pas être ſéparés
dans la fortune. Tous quatre reprirent
leurs premiers liens , & les ferrerent publiquement
quelque tems après. Mais tous
quatre avouent aujourd'hui encore qu'il eſt
dangereux de badiner avec le coeur.
Par M. DE LA DIXMERIE.
L
48 MERCURE DE FRANCE.
La Porte du Bonheur.
0N ne croit plus au ſiècle d'or ,
Sur la terre naiſſante il ne fit que paroître ;
Le crime a pris ſa place,il s'en eſt rendu maître,
Et ſon empire dure encor.
Quand le ciel , aux humains , eut ceſſéde ſourire,
Du fiécle d'or la porte ſe ferma ;
A la félicité ſeule elle cut pû conduire ;
Une autre , aux environs , à l'inſtant s'éleva.
L'homme trompé la crut la même ;
Avide de bonheur , hélas ! il y frappa ....
Elle céda ſous ſa main indiſcrette.
Parmi des nuages épais
On vit fortir tous les forfaits ;
L'Intérêt marchoit à leur tête ;
LaHaine le ſuivoit & précédoit l'Orgueil ;
La pâle Ambition portoit une couronne ,
Elle s'aſſeyoit ſur un trône
Qui s'élévoit fur un cercueil.
La noire Ingratitude avançoit après elle ,
Monſtre , qui , des bienfaits , perdant le ſouvenir,
Arme ſouvent ſa main cruelle ,
Pour déchirer le ſein qui vient de le nourrir.
La Terreur conduiſoit la peſte avec la guere ,
Et la Mort , ſur leurs pas , s'empreſſoit de courir.
Tous s'étendirent ſur la terre ,
Et ſeule , ſur le ſeuil ,l'Eſpérance reſta.
On
SEPTEMBRE 1768. 49
On dit qu'un Dieu propice , en ce lieu la poſta ,
Pour montrer le ſentier qui mene à l'autre porte ;
Humains , foibles humains , on va bienjuſque là,
Le grand art c'eſt d'entrer ; qui de vous l'ouvrira ?
L'homme puiſſant , ſecondé d'uneeſcorte ,
Voulant l'enfoncer , échoua.
Avec un crochet d'or & d'une main accorte ,
Le riche , qui peut tout, en riant eſſaya ;
Sous les doigts deCréſus le reſſort réſiſta:
Dans un char élégant l'important s'y tranſporte :
Guvrez au marquis tel .... Envain il s'annonça .
Traîné par les Amours , bercé par la Mollefle ,
L'homme de plaiſir s'avança ,
Et le croyant chez ſa jeune maîtrefle ,
A la porte il grata .
D'Apollon , les brillans apôtres
Défilerent leurs patenôtres ;
Mais vainement chacun chanta.
Le Bienfaiſant enfin ſe préſenta :
Il venoit demander le bonheur pour lesautres ,
Ettout bonnement il entra.
Vers mis au bas d'un portrait de
Louis XV.
ENTRE les rois que l'on renomme ,
Notre poſtérité doit diftinguer Louis ;
Au comble de la gloire , & fur le trône afſis ,
Il ſe ſouvint qu'il étoit homme.
C
50
MERCURE DE FRANCE.
Autres
CEST en rendant ſon peuple heureux
Que Louis , de nos jours , fignale ſa puiſſance ;
Il reſſembleà ces rois que la Reconnoiſſance
Plaça jadis au rang des Dieux.
Lettre de Milord Charlemont à Milord
Charles Belafis , fon ami.
N
Paris , Mercredi 10 Août 1768.
E vérité , Charles , tu te mocques de
moi avec tes ridicules queſtions . Me
crois- tu auſſi imbécille, aulli menteur que
Smolet ( 1 ) . Avant de parler d'un pays il
faut au moins le connoître . Te donner de
juſtes idées du pays où je ſuis depuis onze
jours , ce ſeroit être fort habile : attends,
mon ami , attends. Quand j'aurai vu les
François , je te dirai ce que je penſe d'eux.
Mon premier ſéjour ici ne m'apprit rien ;
(1 ) Ecoſſois , autrefois chirurgien , écrivain du
plus inauvais ton. Il a fait des romans pitoyables;
&un voyage de France & d'Italie rempli de faufſetés&
d'injures.
SEPTEMBRE. 1768 . SL
:
j'étois trop jeune alors pour en profiter .
On fait , à dix - huit ans , de plaifantes
obſervations ! Je t'aſſure qu'après avoir
parcouru les différentes cours de l'Europe
, je revins dans la maiſon paternelle
tout auffi fot qu'auparavant.
Remercie Lady Mary de ſes bonsfouhaits
, & dis-lui quefa pitié eſt très-déplacée.
Elle prie pour moi , tendre fille !
Elle me tourmentoit à Londres , & fes
voeux m'accompagnent à Paris. Hâte-toi
d'épouſer la malicieuſe petite femelle ;
elle te garantira du ſpléen ( 1 ) , ſur maparole
; te rendra moins grave , peut - être
un peu colérique; mais tu auras des momens
heureux , très- heureux même ; raffure
ta charmante maîtreſſe ſur ſes craintes
. J'eſpére conſerver mon coeur ; mais
fi une jolie Françoiſe s'en emparoit , je
ne ſçais pourquoi j'aurois beſoin des con-
Solations de Lady Mary ?
Par ma foi , Charles , nos femmes font:
bien crédules , bien folles ! de froids prologues
, de mauvais romans , d'infipides
journaux leur diſent , leur répetent qu'elles
font les plus belles du monde. Elles
ſe le perfuadent; elles en jureroient ! La
(1 ) Spléen ou la conſomption , maladie mélan
colique.
4
i
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
plus mauſſadeGalloiſe penſe être une di.
vinité quand elle ſe compare à ces Italiennes
au grand nez , à ces homaſſes Germaines
, à ces noires Eſpagnoles , à ces
Françoises toutes rouges ... Si on écoute
mes cheres compatriotes , Vénus prit naiffance
dans la Tamiſe , & ſes eaux ont le
don d'embellir les trois royaumes.
Il faudroit faire voyager nos Dames
mais en prenant leur ferment qu'elles
n'emprunterdient point les yeux de Lady
Montague , qui , dans la cour la plus auftere
de l'Europe , vit la galanterie la plus
indécente : à Conſtantinople , des bains
qu'on n'auroit pu trouver a Sparte; en France
, une malpropreté dégoutante , & partout
ce qu'aucun voyageur n'ajamais apperçu.
Cet aveu eſt la ſeule vérité qui lui
foit échappée dans les plus jolies lettres
du monde. Mais laiſſons ces miféres .
Comment te portes-tu , Charles ? Es- tu
toujours rêveur ? Toujours occupé des inrérêts
de la nation ? Toujours dévoré du
généreux deſir de faire le bien public ? Je
ris de ta chimère , & toi de mes caprices.
Tu me crois un peu fou , tu te crois fort
raiſonnable ; & je veux être deshonoré ,
ſi ces deux opinions ne forment pas une
erreur complette.
Je ne doute pas plus de ton coeur que
1
SEPTEMBRE 1768 . 53
dumien; tes intentions ſont admirables;
tu es ſenſible , libéral : ta fortune te
met en état de ſuivre le plus noble des
penchans ; mais , tiens mon ami , tu
prends une route déteſtable pour remplir
tes projets d'humanité ; tu étends trop tes
vues ; tu n'a pas le ſens commun.
Comment un particulier ſe foure-t- il
dans l'eſprit d'embraſſer les intérêts du
genre humain , de l'univers entier ! Aimer
les hommes ! Extravagante idée ! Sçaistu
qu'en les aimant tous , on n'en aime
aucun. Tu veux voir en gros , je te conſeille
de regarder en détail. C'eſt aux
rois , à leurs ininiſtres , aux chefs des
états à tout réunir ſous un même point
de vue : le bien général dépend d'eux , ils
ont les moyens & le pouvoir de le procurer.
Mais nous , Charles , bornons la
perſpective. Fixons nos regards autour de
nous. Si tout homme s'applique à remplir
les devoirs que la nature& la ſociété
lui impoſent , le bien public ſe trouvera
fait fans que vous autres révaſſeurs ayez
jamais penſé à la plus ſimple façon d'opérer.
Réponds - moi , Charles , peux- tu
conſoler tous les affligés , foulager tous
les miſérables , retnédier à tous les abus?
Non. Pourquoi donc t'occuper d'un projet
inutile ? N'as-tu pas des parens , des alliés,
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
des amis , des voiſins , des vaffaux , quarante
pauvres diables qui te ſervent ! Eh
bien , mon ami , rends rout cela heureux.
Aime tes parens , fers tes amis , aide tes
voiſins , protége tes vaſſaux , affure à tes
valets diligens & fidéles une ſubſiſtance
honnête ; prête ton appui à l'indigent laborieux
, mais toujours de proche en proche
; donne à un mille de toi , plutôt qu'à
cinquante. Si tout le monde adoptoit
cette règle de conduite , tu me permettras
de croire qu'elle vaudroit mieux que
tes ſyſtèmes.
Te rappelles-tu ,Sir Henry , mon grand
oncle maternel ! J'étois à la campagne
avec lui depuis trois jours. Un foir , fes
cris , le bruit le plus terrible , me firent
courir dans fon cabiner. Je le trouvai
pourſuivant , àgrands coups de canne , un
fort joli petit négre que j'aimois beaucoup.
Je le ſauvai de la rage de fon maître
, & m'informai du crime qui lui attiroit
un ſi rude châtiment. Devine un
peu ? ... Le pauvre enfant avoit , fans
le vouloir, verſé un peu d'eau ſur les pa
piers du ſçavant Sir Henry. Eh ! de quoi
traite donc ce cahier précieux , demandai-
je à mon oncle ? C'eſt , me dit- il , un
ouvrage qui m'a coûté des peines infinies.
L'ouvrage favori de mon coeur. Il m'eft
SEPTEMBRE 1768 .
dicté par l'humanité. J'y prouve la dureté
de nos planteurs ; l'injuftice des blancs
qui s'arrogent le droit barbare , infâme , de
maltraiter de malheureux habitans , qu'ils
ont dépouillés de leurs poffeffions. La compaffion
que me font ces noirs infortunès ....
A votreplace , mon oncle , interrompis- je ,
je commencérois par ne pas aſſommer le
feul dont le fort dépendroit de moi. Je ne
te donne pas ce propos comme un trait
d'eſprit ; tu ne le priſeras pas ce qu'il me
coûte. Le bonhomme m'ota trente mille
livres ſterling ; mais , comme ma foeur
en a profité , il s'eſt trompé , s'il a cru ſe
venger. Je te jure que jamais je ne les ai
regretées.
Donne-moi des nouvelles de ta ſanté ,
de tes amuſemens , de tes amours : tout
ce qui te touche m'intéreſſe , excepté tes
maudits calculs. Bon jour , Charles; affure
tous nos amis de mon tendre ſouvenir.
Je t'écrirai ſouvent. Je n'ai vu encore
que notre ambaſladeur & quelques
Anglois . Ces derniers m'ont parléde leurs
bonnes fortunes; mais je ſçais de quelle efpéce
elles font, &fuis bien loinde les leur
envier. Les gens d'affaires m'ennuyent ;
Mais Dieu me préſerve des filles d'affaires!
Le perit conte que je t'envoie , t'expliquera
cette expreſſion. Adieu mon
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
ami , je t'aime , je te regrette , je t'embraffe
de tout mon coeur . *
* Nota . Ce milord Charlemont ou fon
interpréte a afſfurément beaucoup d'esprit ,
& il estfi bon obfervateur que le Publicfera
flattéd'entrer dansſa confidence.
Epitalame pour Mde la Princeffe de B.
ΟN dit que vous aimez ; certes , je m'en étonne.
Qu'eſt devenu ce coeur qu'on ne pouvoit dompter?
Le voilà donc ſoumis ! ſa fierté l'abandonne !
Après cela ſur qui compter ?
Vous me direz que , par- devant Notaire ,
Votre époux vous a fait ferment
Qu'il vous aimeroit conſtamment.
Le beau ferment ! la belle affaire !
Sansprêtre& fans témoins,qui n'en eûtdit autant?
Apparamment , princeſſe aimable ,
C'eſt la vertu du ſacrement
Qui rend la vôtre ſi traitable.
Du ciel , béniſſons les deſſeins ,
De nos coeurs lui ſeul eſt le maître.
Le facrement a des effets divins
Que vous pourrez bientôt connoître..:
Chut ! n'entends-je pas quelque bruit ?
Oui , dans les ombres de la nuit ,
SEPTEMBRE 1768. 57
C'eſt le Mystere qui s'avance ;
Le choeur des Graces le conduit ,
En gardant un profond filence.
Près d'eux la Malice ſourit ,
Tandis que la ſimple Innocence
Soupire , ſe cache & rougir.
D'un air devot , à l'ordinaire,
L'Hymen , de ſes devoirs inſtruit ,
Ferme tout , éteint la lumiere ,
Et tire les rideaux du lit ;
Mais l'Amour eſt caché derriere...
Odieux ! qui préſidez à des momens ſi doux !
Dieux charmans que j'adore ! écoutez ma priere ,
Et dans neuf mois révélez -nous
Quelques mots des ſecrets que ce jour doit nous
taire.
1
Vers à M. de Voltaire , fur le vaiſſeau
qui portefon nom.
POEOETTEE aimable , ôVoltaire enchanteur ,
Comme l'amour , tu regnes ſur nos ames :
Tantôt tes vers charmans , pleins de douceur ,
Du tendre dieu nous font ſentir les flammes ;
Tantôt prenant un ton plus ſérieux ,
Et répandant de tragiques allarınes ,
Ainſi que lui , tu ſçais , des plus beaux yeux
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
Quand tu le veux , faire couler des larmes :
Tu plais aux rois , aux belles , aux héros ;
Ta muſe avoit l'empire de la terre ;
Il te manquoit de regner ſur les flots .
Enfin , je vois le célébre Voltaire
Sortir du port , prêt à fendre les eaux.
Gentil vaiſſeau , glorieux à la France ,
Si d'autres mains t'ont donné la naiſſance ,
Puiffé-je au moins joindre quelque ornement
A cet heureux & nouveau monument !
Que des Nantois l'habileté ſuprême
Prenne le ſoin de ta conſtruction !
Et qu'on te rende ou birème ou trireme ,
Je ne m'en mêle en aucune façon.
Ta route auffi ſera peu mon affaire.
En trop beaux vers , Voltaire a ſçu tracer
Vers quelle plage , & ſous quel hémisphère ,
Aidé des vents tu pourrois t'avancer.
Eh! quel feroit le climat ſi ſauvage,
Où l'on pourroit méconnoître ton nom ?
Lorſque l'on a Voltaire pour patron ,
On peut , ſanscrainte , aborder tout rivage,
Et l'on doit plaire à chaque nation.
Mais je voudrois , d'une double couronne ,
Orner d'abord ton gouvernail brillant ;
L'une feroit celle que Vénus donne ,
Dont à Catulle elle fit un préſent :
L'autre feroit de ces fleurs immortelles
SEPTEMBRE رو . 1768
Dont on a vu le dieu de l'Hélicon
Ceindre Virgile ou le divin Milton ;
Je les voudrois même encore plus belles!
Là , d'Alvarès on graveroit le nom :
Plus loin feroit un portrait de Zaïre.
D'Horace , enfin , que n'ai -je ici la lyre!
Je fais pour toi tous les voeux qu'il formoit
Pour le navire où Virgile montoit.
Que le bonheur , ſur la plaine profonde ,
Te fillonnant la ſurface de l'onde ,
Guide toujours ton pilote chéri !
Que l'aquilon te céde la victoire :
Sois , dans ton cours , précédé par la gloire ,
Et des zéphirs deviens le favori .
Réponse de M. de Voltaire à l'Ameur.
E
27 Juillet , à Ferney.
Ne jugez pas , Monfieur , de ma fenfibilité
, par le délai de ma réponſe. Je ſuis
quelquefois un malade affez gai ; mais
quand mes fouffrances redoublent , il n'y
a plus moyen de badiner avec ſon vaiffeau
, ni de remercier aufli-tôt qu'on le
voudroit , ceux qui , comme vous , venlent
bien lui ſouhaiter un bon voyage. Je
ſuis vieux: je fais quelques gambades fur
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE .
:
le bord de mon tombeau , mais jene peux
pas toujours remplir mes devoirs ; c'en
eſt un pour moi de vous dire combien vos
vers font agréables & à quel point j'en
fuis reconnoiffant.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Chanson de M. ** à Madame Benoît.
Sur l'AIR : L'avez-vous vû mon bien-aimé.
Tu veux des vers pour l'amitié ;
En chanfon que lui dire ?
C'eſt un ſentiment oublié ,
Dès qu'on te voit fourire.
On n'a pas d'amis à vingt ans :
Flore , Hébé n'ont que des amans!
Laiſſe aux zéphirs , laille aux plaiſirs
Le ſoinde ta couronne.
Du printems goutons les loiſirs
Avant ceux de l'automne.
Veux-tu que je chante l'amour
Je le chanterai nuit &jour.
Auprès de toi , nul mieux que moi ,
N'aura , n'aura fon doux langage.
J'adore , entoi , ſon image.
Madame L. D. de M. ayant demandé
àvoir des vers faits pour Madame Benoît,
SEPTEMBRE 1768 .
un anonyme lui a envoyé les vers ſuivans
.
Benoît peint bien , je le ſoupçonne ;
L'abbé l'a dit , & l'abbé s'y connoît .
Mais c'eſt à l'art qu'elle doit ſa couronne :
BelleEglé , ton triomphe eft cent fois plus parfait.
J'aime mieux Vénus en perſonne
Que les tableaux que l'on en fait.
LE
Le Buveur content.
E fuperflu rend l'homme eſclave ;
Les Dieux au néceſſaire attachent le repos ;
Je n'ai pour maiſon qu'une cave ,
1
Et pour meubles que deux tonneaux.
L'ennui n'entra jamais dans ce réduit aimable ,
J'y bois le jour , j'y repoſe la nuit ,
J'y fais d'un tonneau plein mon buffet & ma
table ,
3
J'y fais d'un tonnneau vuide & mon fiége&mon
lit.
Morphée & le Dieu de la treille
Tour à tour y réglent mon fort ;
1
Je cours au tonneau plein quand la foif me
réveille ,
Au vuide quand le vinm'endort.
62 MERCURE DE FRANCE.
L
Vers à M. de la Harpe.
Adéeſſe aux cent voix publie
Que, trompant tes nobles deſtins ,
La palme de l'académie
Echappe aujourd'hui de tes mains.
Le Parnaffe a peine à le croire ;
Il cherche en vain , dans tes rivaux,
Unfeul compagnon de ta gloire ;
Tu n'as qu'un maître & point d'égaux.
Réponse de M. de la Harpe.
Vous êtes trop modeſte ,& (çavez trop ſéduire;
Envain, ſur mes rivaux , vous m'accordez l'empire
,
Vos vers m'ont défendu d'une auſſi douce erreur.
Jeconçois aiſément , quand je viens à les lire ,
Que je puis avoir un vainqueur.
Je ſuis loin d'imiter un plaideur intraitable
Qui, content de Thémis dans un jour de ſuccès,
Ne la trouve plus équitable
Lorſqu'il a perdu ſon procès.
Nous ſommes cent amans de la même maîtreſſe.
C'eſt la Gloire que nous ſervons .
Il n'en eſt point de plus traîtreſle ;
Un fourire flatteur , un mot ,unecareffe,
SEPTEMRRE. 1768. 63
Nous fait oublier vingt affronts .
Detant de courtiſans , cette belle entourée ,
Prodigue d'eſpérance , avare de faveurs ,
Toujours capricieuſe & toujours adorée ,
Trompe ſes plus chers ſerviteurs.
Il eſt quelques élus qui portent ſes couleurs ;
La foule n'a que ſa livrée.
Malheur à qui ſent trop ſes dangereux attraits
Il n'échappera plus à ſon charme funefte ,
Souvent on la maudit , ſouvent on la déteſte ;
Mais on ne la quitte jamais.
L'EXPLICATION de la premiere énigme
du Mercure d'août eſt le fon ; celle de la
ſeconde, horloge; celle de la troiſième ,
l'amour. L'explication du logogryphe eſt
mariage , dans lequel on trouve age , mer,
air , raie , marge , mai , rage , rame , gare,
aga , Remi , mari.
ÉNIGM Ε. 4
JEvole augrédes vents , & fi je prends repos ,
Iln'eſt pas de beaux lis que ma blancheur n'efface
Des campagnes alors , je change la ſurface :
Le laboureur me voir ſeconder ſes travaux ;
Tantôt poufſiére&tantôt corps folide ,
64 MERCURE DE FRANCE .
Je perds mon nom , ma force & ma couleur.
Je me diffipe, ou je deviens liquide ,
Et des fleuves tardifs je hâte la lenteur.
Par M. **
AUTRE.
INCONSTANTE & légere ,
Je me fais aimer conftamment ,
Et le plus agréable amant ,
Sans moi ne ſçauroit plaire .
Fille de roturier ,
Des plus nobles galans je reçois les hommages
Je céde aux fous , & je commande aux ſages.
Je ne fais rien , & fuis de tout métier.
La raiſon , contre moi , n'eſt jamais la plus forte.
Les rois ont bien ſouvent reconnu mon pouvoir.
Jedécidede tout , quoique ſans rien ſçavoir ,
Et, malgré les ſçavans, mon fuffrage l'emporte.
On ne ſçauroit compter mes ans ,
Et mon extrême vicilleſſe
Egale celle du tems :
Je plais pourtant par ma jeuneſſe:
P
AUTRE.
EUT-ON ſi peu reſſembler à ſon frere
Par la figure & par le caractère ?
:
SEPTEMBRE 1768. 65
11 .... Il eſt ce qu'il eſt : je ſuis ce que je ſuis ;
Sur la figure il faut ſe taire ,
On nous reconnoîtroit ; & puis ,
Adieu tout le myſtere.
Parlons plutôt de notre miniſtere.
Pour moi , c'eft comme je le dis ,
J'abaiſſe , & voilà tout. Mon frere , d'ordinaire ,
Fait , s'il vous plaît , tout le contraire .
En un mot , notre effet eſt tel ,
Que jamais , avec nous , rien ne fut naturel.
AUTRE.
Si pour faire fortune il faut beaucoup d'eſprit ,
A réuffir j'aurois tort de m'attendre ;
Je ſuis bête , chacun le dit ,
<
Du moins on le fait bien entendre.
Pourtant , quoi qu'on diſe de moi ,
Je m'acquite fort bien de mon petit emploi.
Pour reafermer le doux jus de la treille ,
Chacun n'a pas une bouteille...
Ouf... C'en est trop , je me trahis.
La peſte ſoit de l'indifcrete ;
On me connoît , l'affaire eſt faite,
Ou bien on eft ce que je fuis.
66 MERCURE DE FRANCE.
St
LOGOGRYPΗ Ε.
Si l'on me prive d'air je ne ſerai que ſon ,
Avec l'air qui me manque on me rend la raiſon.
F... C.. augreffe de l'hôtel-de- ville de P......
AUTRE.
ATTRAPE-MOI , lecteur,je fais comme Prothée ,
Qui , pour ſe jouer d'Ariſtéc ,
Employeit , de ſon art , les magiques refforts ,
Et changeoit , à ſon gré , la forme de ſoncorps.
Je commence : & me voilà ville ,
Ville auſſi belle que Séville ;
Pour me faifir redouble tes efforts .
Soudain , je perds la moitié de moi-même ,
Mes quatre pieds ſe réduiſent à deux ,
Jedeviens métal précieux ;
Oubien je finis le carême ;
Lecteur , encor un changement.
Puiſque tu veux m'avoir à toute force ,
Je vais , dangereux élément ,
Environner l'ifle de Corſe .
Mais , comment me ſouſtraire au bras d'un bucheron
Qui veut me livrer au charron ?
Romance pag.67 .
Quelle est
dou.ce tou.....chante et vi ve
,
La Beau
te
qui
m'a fcù char mer
2
mais, hélas !
elle est fi nai .ve
que je
crains de la trop
ai. mer Ah! com
me mon ame est crain.ti..ve ! mais, hè.las : elle est
na .. ive la Beau.te qui mafcù char ..
mer,
que 10
crains de la trop ai mer,
de la
trop
P
ai mer fon doux re gard
vient me dire :
ai me je Jens les poir me ra ne mer
mais à
je
cha cun
ame
il dit de meme et moi
;
me laisse en fla mer Ah! com..me mon
cot crainti ve ! mais, he las : elle est si nai
ve,
la Beaute qui ma fou char cu mer
de l'Imprimerie de Récoquilliée, ruedu Foin .
LW
SEPTEMBRE 1768. 67
Q
ROMANCE.
Premier couplet.
U'ELLE eſt douce , touchante & vive
La beauté qui m'a ſçû charmer ;
Mais , hélas ! elle eſt ſi naïve
Queje crains de la trop aimer !
Ah! comme mon ame eſt craintiye;
Mais , hélas ! elle eſt ſi naïve ,
La beauté qui m'a ſçû charmer ,
Que je crains de la trop aimer.
Soń doux regard vient me dire , aime...
Je ſens l'eſpoir me ranimer ;
Mais à chacun il dit de même ,
Et moi , je me laiſſe enflammer.
Ah! comme mon ame eſt craintive , &c.
Second couplet.
Sur ſes lévres j'ai vu ſourire
Le malin petit dieu d'Amour ,
Vouloit- il finir mon martyre ?
Vouloit- il mejouer un tour ?
Ah ! comme , &c .
Souvent ſa main touche la mienne ,
Et mon coeur brûle de defir;
Souvent ma main touche la ſienne ,
Yſent-elle un même plaifir ?
Ah! comme , &c .
68 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
PRINCIPES DU DROIT DE LA
NATURE ET DES GENS ; par J. J.
Burlamaqui , avec la fuite du droit de
la nature qui n'avoit point encore paru :
' le tout conſidérablement augmenté par
M. le profeffeur de Félice , tomes III ,
IV& V, in 8 °. Iverdon , 1767 .
JEAN-JACQUES BURLAMAQUI , conſeiller
d'état , & auparavant profeſſeur en
droit naturel & civil à Genève , avoit
compoſé un abregé du droit naturel , dont
il faifoit uſage dans ſes leçons. Comme
chacun s'empreſſoit de ſe procurer des
copies de cet abregé utile , M. Burlamaqui
ſe détermina à le confier à l'impreſfion
, & il en publia les deux premieres
parties vers 1747 , ſous le titre de Principesdu
Droit naturel. L'Auteur y traite des
principes généraux du droit. Il fait voir
comment les loix naturelles ſont véritablement
fondées ſur la nature de l'homme
; il donne l'application de ces principes
au droit naturel & particulier , &
prouve que les loix naturelles dérivent
de lanature même de l'Etre ſuprême . Ces
SEPTEMBRE 1768. 69
deux premieres parties , dont M. le profeſſeur
de Félice a publié , l'année derniere
, une nouvelle édition avec des obſervations
& des remarques , ont été fi
favorablement reçues du public , qu'il a
cru devoir , par reconnoiſſance , lui donner
les parties ſuivantes. Ces dernieres
parties forment les volumes III , IV &
V , que nous annonçons aujourd'hui .
L'une de ces parties , qui eſt la troiſiéme
du traité complet , renferme un examen
plus particulier des états primitifs de
l'homme conſidéré comme ſujet à la loi
naturelle. Elle traite des différens droits
de l'homme dans ces divers états , & des
obligations que la loi naturelle lui impoſe.
La quatrième partie , qui eſt la
derniere de l'ouvrage , entre dans le détail
des principales loix de la ſociabilité
&des devoirs qui en réſultent. La baſe
de tous les devoirs de cette ſociabilité
eſt , dit l'Auteur , l'égalité naturelle ou
la forte perfuafion dans laquelle tous les
hommes doivent être , qu'ils font naturellement
égaux , & qu'ils font obligés
de ſe traiter comme tels. Des hommes
en place qui uſent , envers ceux qui leur
font foumis , de manieres dures ou tyranniques
, péchent donc manifeſtement
contre le devoir fondamental de l'éga-
۱
A
70 MERCURE DE FRANCE.
lité. L'empereur Trajan , dit Pline fon
panegyriſte , ſe regardoit comme un de
ſes propres ſujets , en cela d'autant plus
grand & plus élevé au - deſſus de tous ,
qu'il ne ſe diftinguoit point d'eux , dans
l'idée qu'il ſe faisoit de lui-même ; il ſe
ſouvenoit toujours , & qu'il étoit homme
&qu'il commandoit à des hommes.
M. le profeſſeur de Félice a enrichi ces
dernieres parties du traité de Burlamaqui
, ainſi que les premieres de notes , &
d'obſervations utiles. Si on trouve que
fes commentaires abſorbent le texte , il
répondra qu'il a voulu faire un ouvrage
où l'on pût prendre une connoiffance
complette des devoirs de l'homme & du
citoyen. Ce profeſſeura , d'ailleurs , écrit
pour les jeunes gens qu'il faut aider à
penfer ; ce qui demande des développemens
un peu étendus.
TRAITE' DES ARBRES FRUITIERS,
extrait des meilleurs auteurs , par la
fociété æconomique de Berne , traduit de
l'allemand & conſidérablement augmenté
par un membre de cette fociété , 2
vol. in- 12 . Iverdon , 1768 .
TRAITE DU PLANTAGE & de la
culture des principales plantes potagéSEPTEMBRE
1768 . 71
res , traduit de l'allemand , 1 vol. in- 12 .
Iverdon , 1768 .
Cedernier traité eſt également dû aux
ſoins de la ſociété economique de Berne
, & le traducteur , membre de cette
ſociété qui a cru ce petit traité néceſſaire
à nos cultivateurs , a inféré dans le texte
de l'ouvrage des additions utiles. Ces
traités font recueillis pour la plus grande
partie du dictionnaire anglois du ſçavant
jardinier Philippe Miller. Dans le traité
des arbres fruitiers , l'article important
des diverſes manieres de greffer eſt emprunté
des expériences phyſiques de M.
Duhamel ſur la végétation des arbres .
Les auteurs ont aufli fait uſage de l'écrit
excellent de M. Thierriat fur la culture
des arbres à haute tige , & ils en ont extrait
la maniere de traiter les maladies
des arbres. On trouve des exemplaires de
ces deux bons traités de la ſociété economique
de Berne, à Paris , chez Deſaint,
libraire , rue du Foin .
INSTRUCTIONS IMPORTANTES
AU PEUPLE SUR LES MALADIES
CHRONIQUES , pourfervir de fuite à
l'avis au Peuple de M. Tiffot , fur les
maladies aiguës ; par M. Fermin , doc-
:
1
72
MERCURE DE FRANCE.
teur en médecine : 2 vol. in- 12 . à Paris,
chez Defaint , libraire , rue du Foin.
L'excellent ouvrage de M. Tiffor , fur
les maladies aiguës , a fait naître celui
que nous annonçons . M. Fermin , animé
du même zèle que ſon illuſtre confrere ,
offre , comme lui , des ſecours aux gens
de la campagne qui languiſſent ſouvent
pluſieurs années , tant par l'ignorance de
ceux qu'ils croient en état de les ſecourir
que par la leur propre. L'Auteur , pour
ne pas repéter le traitement des mêmes
maladies dont parle M. Tiffor , & dont
on ne ſçauroit preſcrire une pratique plus
fondée que la fienne, ne fait mention dans
ſon ouvrage que des maladies paſſées entierement
fous filence. M. Fermin renferme
ces maladies dans la claſſe des
chroniques ; c'est - à-dire , des maladies
invétérées, qui durent long-tems,& dont
on ne ſçauroit fixer la guériſon ſans avoir
au préalable une parfaite connoiſſance de
la conſtitution du corps humain. C'eſt ce
qui a déterminé l'Auteur à commencer
fon ouvrage par un traité complet ſur
toute l'économie animale , à la portée de
lintelligence du peuple , parce qu'il eſt
impoffible , ſelon lui , de difcerner quelle
eſt la véritable partie affectée , fi l'on
ignore
SEPTEMBRE. 1768. 73
ignore la ſtructure & la ſituation de ces
mêmes parties.
On a imprimé à Francfort fur le Mein,
en quatre langues , latine , allemande, italienne
& françoiſe , un livre qui étoit
- devenu rare , intitulé : l'Esprit de Don
Antonio de GUEVARA , évêque prédicateur
& historiographe de l'empereur Charles
V , ou quatre tents Maximes & traits
d'Histoire choisis dansſes lettres ou differtations
: ouvrage utile & agréable , dédié à
Mdelamaréchale ducheſſe de Broglie ; vol.
in- 12. d'environ 220 pages.
Cet ouvrage renferme des adages, ſentences
, obfervations & traits d'hiſtoire
dont voici quelques-uns .
Un philoſophe , interrogé pourquoi il
ne ſe marioit pas , répondit , pour vivre
plus tranquillement; car , ſi je trouve une
bonne femme , je craindrai de la perdre ;
ſi c'eſt une méchante , j'aurai peine à la
ſupporter ; ſi elle eſt pauvre , elle aura des
beſoins à fatisfaire ; ſi elle eſt riche , elle
exigera des déférences ; ſi elle est belle ,
il faudra la garder ; & ce qu'il y aufa de
pire , elle ne me ſçaura aucun gré du ſacrifice
de ma liberté.
Pour être cenfeur à Rome il falloit
avoir quarante ans , êettrre marié& avoir
D
74 MERCURE DE FRANCE.
des enfans , être en bonne réputation ,
n'être pas trop riche , être exempt de tout
ſoupçon d'avarice & avoir géré d'autres
emplois dans la république.
Alors les hommes ne choiſiſſoient pas
les emplois qui leur convenoient, mais on
choiſiſfoit les hommes qui convenoient
aux emplois.
Lactance Firmian attribue la durée de
la république de Sicyone au-delà de celle
des Lacédémoniens , des Egyptiens &
des Romains mêmes , à ce que les premiers
, en ſept cent quarante ans , n'établirent
aucune loi nouvelle & n'abroge.
rent aucune loi ancienne.
La ſoixante - troiſième année de l'âge
de l'homme , appellée climactérique , lui
eſt dangereuſe , par la raiſon que le nombre
de ſoixante - trois eſt formé par les
nombres fept & neuf multipliés l'un par
l'autre , leſquels ſont précisément les jours
critiques dans les maladies .
La ſageſſe eſt contente du néceſſaire ;
la vanité a un beſoin de plus , c'eſt celui
duſyperflu. 97
La demande eſt fille de l'ignorance , la
réponſe doit être celle de la ſageſſe .
Il faut aider ſon ami promptement de
fon argent ,& lentementde ſes conſeils.
Le grand art eſt de ſçavoir être riche
C
SEPTEMBRE. 1768 . 75
dans la pauvreté & pauvre dans les ri
cheſſes.
Alexandre le Grand étant interrogé
pourquoi il defiroit de ſe rendre maître
de l'univers , répondit ; comme toutes les
guerres , parmi les peuples de la terre ,
naiſſent principalement de ces trois cauſes
, parce qu'ils ont des dieux différens ,
des rois différens , ou différentes loix , je
voudrois que , pour le bien de tous les
hommes , il n'y eût qu'un dieu , qu'un
roi & qu'une loi .
Demande. Quelles choſes voit-on plutôt
manquer que d'être raſſaſiées?Réponse.
Les oreilles pour écouter , les mains pour
recevoir , la langue à parler & le coeur à
defirer.
RECUEIL D'OPUSCULES LITTERAIRES
, avec un discours de LouisXIV
àMonseigneur le Dauphin , tirés d'un
cabinet d'Orléans , & publiés par un
Anonyme. A Amſterdam, chez E. van
Harrevelt , 1767 .
L'Editeur de ce recueil invite tous les
particuliers qui, dans leurs bibliothéques ,
peuvent avoir de pareilles piéces originales
, à imiter le ſçavant Orléanois qui
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
enrichit la littérature de cinq morceaux,
dont quatre étoient encore inconnus.
Le premier eſt un ouvrage en deux
parties de 92 pages , attribué au célébre
Péliſſon , & qui a pour titre : Discours de
Louis XIV à Monseigneur le Dauphin,
On nous dit que la minute de ce difcours
, écrite entierement de la main du
premier hiſtorien de l'académie françoiſe
, eſt conſervée à Paris dans la bibliothéque
du roi; cela paroît ne devoir laiffer
aucun doute ſur l'auteur de cet ouvrage ;
cependant que répondre aux réflexions
ſuivantes.
On ſçait l'anecdote de l'empriſonnement
de M. Péliſſon , qui travailla luimême
à ſe faire comprendre dans ladifgrace
du ſurintendant , pour lui apprendre
habilement , dans la confrontation , que
les papiers dont il avoit le plus àcraindre
l'existence , étoient brulés ,
Quelque célébrité littéraire que M. Ρέ-
liffon ait acquiſe , ce trait ſupérieur de
fon ame lui fait encore plus d'honneur ,
parce que la gloire qui vient de la vertu
s'élevera toujours au-deſſus de toutes les
autres gloires. Mais , comment concevoir
que ce même M. Péliſſon qui devoit
tout au ſurintendant , & qui avoit tout
:
fait pour lui , eût mis dans la bouche de
SEPTEMBRE 1768. 77
Louis XIV. le diſcours ſuivant , pag. 35,
pour Fouquet on pourra trouver étrangeque
j'aie voulu mefervir de lui, quand onsçaura
que dès ce temps- làſes voleries m'étoient
connues. Il nous ſemble qu'il faut renon+
cer pour Péliſſon au brillant de l'anecdo
te précédente , ou ne pas le croire auteur
dudiſcoursde LouisXIV.
Le ſecond article de ce recueil eſt
compoſé de fix lettres de M. l'abbé d'Olivet
à M. le préſident Bouhier. C'eſt
pour les conſerver ſans doute qu'on les
fait reparoître ici. La premiere ſera toujours
intéreſſante pour ceux à qui la mémoire
du fameux Rouſſeau eſt chere. Sa
juftification y paroît preſque démontrée .
La ſeconde lettre contient des mémoires
fur la vie particuliere de l'abbé Geneſt ,
auteur de la tragédie de Pénelope reſtée
au théâtre. La troiſiéme lettre expoſe
les raiſons qui ont empêché l'auteur de
continuer l'hiſtoire de l'académie . La quatriéme
lettre a pour objet l'opini on dans
laquelle on eſt que l'académie françoiſe
exige néceffairement des viſites de la part
de ſes récipiendaires. La cinquiéme lettre
combat les rêveries de la Motte fur notre
počſie françoiſe. L'exemple & le précepte
de M. de la Faye prouvent plus fur cette
matiere qu'une difcuffion en profe. La
1
1
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
ſixiéme enfin , eſt preſque toute employée
àla propre défenſe de l'auteur contre la
critique de l'abbé Desfontaines.
Le troifiéme morceau de ce recueil eſt
une diſſertation encore inconnue , fur le
Goût, par l'abbé Gédoin. Son enthouſiaſme
pour les anciens lui fait haſarder des
jugemens légers , tels que celui qu'il porte
fur le Poëme de la Ligue.
C'eſt avec la même prévention qu'il
avance , p . 246 , qu'on ne lui montrera
pas une penſée ingénieuſe dans Homère ,
dans Virgile , dans Horace , ni dans Térence
, & pour parler de nos modernes ,
dans Péliffon , ni dans Racine.
Le dernier article du recueil renferme
des poëſies ignorées de l'abbé Reynier
Deſmarais. Pluſieurs fables , dont les acteurs
font des êtres moraux , ſemblent
avoir ſervi de modèle au fabuliſte Houdard.
Pouvoir & Bonne Intention
Vécurent autrefois en bonne intelligence , &c.
Cela ne rappelle-t-il pas cette fable de
la Motte , qui commence par
Don Jugement , dame Mémoire ,
Et demoiselle Imagination , &c .
Nous finitfons cet extrait par le morceau
le plus naturel que nous aïons remarqué
SEPTEMBRE 1768. 79
dans ce ſupplément aux poëfies de l'abbé
Regnier.
Sur le Jubilé.
Il eſt fâcheux , le jubilé ,
Il met les amours en déroute;
Je ne puis être confolé
De trois maîtreſſes qu'il me coûte.
7
J'aimois depuis long-tems Climène ;
Je haïffois Zoïle au ſuprême degré;
Le jubilé venu , l'on veut bon-gré-malgré ,
Quej'étouffe , enmon coeur,& l'amour & la haine.
Il ne faut rien faire à demi ,
Puiſque je l'ai promis , je tiendrai ma promefſse ;
Mais qu'on quitte aisément une ancienne maîtrefle
!
Qu'on embraſle avec peine un ancien ennemi !
Le jubilé m'ôte Amarille ,
Il me rend , pour ami , Zoïle ;
Il eſt fâcheux également ,
Quand il m'ôte & quand il me rend.
Je veux faire mon jubilé.-
Il ne faut donc plus voir l'objet qui vous en-
; Aamme..
Je m'y réſoud , mon pere ,& j'en ſuis confolé ;-
Mais ce n'eſt pas le tout, il faut voir votre femme,
4 Je ne fais plusmon jubilé.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
: Principes de la Religion&de laMorale,
extraits des ouvrages de Jacques Saurin ,
miniſtre du ſaint évangile.AParis , chez
Vente , libraire , au bas de la montagne
Ste Geneviève : 2 vol . in 12. 1768 .
Le titre de cet ouvrage en annonce le
mérite. Jacques Saurin , né à Nîmes en
1677 , & mort à la Haye en 1730 , a été
le plus grand orateur qu'ayent eu les
Proteftans . On a de lui un recueil en
huit volumes in- 12 , & fix volumes infol.
dediſcours ſur la bible avec de belles
figures de Picard. Les extraits qu'on préfentedans
ces deux volumes ſont tirés de
ſes différens ouvrages ; on a fur-tout réuni
les articles dans lesquels M. Saurin a
difcuté , avec le plus d'avantage , les fublimes
vérités de la religion , & ceux où
il a peint les vertus ſociales : dans les uns
&les autres on trouve de l'éloquence &
de la philofophie. Le morceau , par lequel
on termine ce recueil , contient des
réflexions ſcavantes ſur la diverſité des
langues , & en particulier ſur l'antiquité
de la langue hébraïque. Ces détails font
très-fimples , très- précis &préſentés avec
beaucoup de clarté. M. Saurin en conclud
» que la langue chaldaïque , ſyriaque ou
>>chananéenne fut celle que parlerent
>>Héber & ſes deſcendans; qu'Abraham
SEPTEMBRE. 1768. 1
> apprit le chananéen ,&le tranfmità ſa
>> poſtérité ; que le chananéen eſt le véri-
>> table hébreu , qui eſt appellé la langue
>> de Chanaan dans nos écritures. Mais
>>rien ne prouve que la langue chaldaï-
>> que , que parloit la famille d'Héber ,
>>fût cette langue qui étoit ſeule connue
>> avant la conſtruction de la tour de Ba-
>>bel ; peut- être cette langue unique fat-
» elle confondue alors , & ne ſe conferva-
t-elle dans aucune nation ni dans
> aucune famille . »
Plaidoyer pour & contre J. J. Rouffeли
& le docteur D. Hume , l'historien Anglois ,
avec des anecdotes intéreſſantes , relatives
ausujet : ouvrage moral & critique pour
ſervir de ſuite aux oeuvres de ces deux
grands hommes. ALondres , & ſe trouve
à Lyon , chez Pierre Cellier , libraire ,
quaiStAntoine ;& à Paris , chez Dufour,
ci-devant au cabinet littéraire , à préſent
rue de la vieille Draperie au bon Pasteur,
in- 12 . 1768 .
Ce plaidoyer pour & contre M. Roufſeau&
M. Hume ne contient que ce que
l'on ſçait déjà de la querelle de ces deux
hommes célèbres. L'Auteur ne les épargne
ni l'un ni l'autre; il ſeroit inutile d'entrer
dans un long détail fur cet ouvrage ,
Dv
S2 MERCURE DE FRANCE .
où l'on trouve peut- être autant d'injures
que de réflexions; nous nous bornerons à
en citer les dernieres phrases. « Voici ce
>> qu'a prononcé un très-honnête hom-
>> me , après avoir parcouru l'expoféfuc-
>> cinct. Rouſſeau n'eſt que malade& non
>>pas méchant ; M. Hume eſt malade &
>> méchant tout - à- la- fois. Je fais des
>> voeux pour la guériſon de tous deux ,
»& particulierement pour la conſerva-
» tion de celui qui, dans cette affaire , a
>>témoigné plus d'oſtentation , d'animo-
>> ſité & de vengeance que de générofité
»& de grandeur d'ame. « L'Auteur ne
trouve que du galimatias , de la déraifon
, & peu d'éloquence dans la grande
lettre de M. Rouſſeau àM. Hume ; il accuſe
l'éditeur de l'expoſé fuccinct , de
manquer de charité & de difcernement ;
&ce qu'il y a de fingulier , c'eſt qu'il le
fait à la fin d'un ouvrage qui n'annonce
pas l'ombre de cette premiere qualité ;
c'eſt aux lecteurs à prononcer s'il a du
moins la derniere.
>
Eloge de Henri le Grand , roi de France
& de Navarre ; par M. de Sapı , avec
cette épigraphe :
Parcere fubjectis&debellare ſuperbos.
VIRGIL.
SEPTEMBRE 1768. 83
A Lyon , chez Pierre Cellier , libraire ,
quai St Antoine ; & à Paris , chez Du--
four , libraire , ci- devant au cabinet littéraire
, à préſent rue de la Vieille-Draperie
au bon Paſteur , du côté du pont Notre-
Dame , vis- à - vis Ste Croix , in- 12 .
58 pages , 1768 .
L'éloge de Heuri le Grand a été propoſé
, par l'académie de la Rochelle ,
pour le prix qu'elle doit diſtribuer cette
année; ce ſujet intéreſſe tous les bons
François , & on attend avec impatience
le diſcours qui fera couronné. Celui-ci ,
qui paroît imprimé , auroit peut- être mérité
d'entrer au concours ; on y peint
l'ame guerriere & intrépide de Henri ;
on préſente enſuite en lui le politique
profond. Toute la premiere partie eſt
hiſtorique ; l'Auteur auroit pu tracer plus
fortement le tableau du fiécle , ce qui auroit
mieux fait reſſortir le héros. Dans
un difcours académique , il ne faut pas ſe
borner à fuivre l'hiſtoire & à la femer de
réflexions ; l'Orateur , au lieu de s'aſſujettir
à cette marche ſimple & réglée , doit
fe livrer un peu plus à fon imagination .
Il doit ſe ſouvenir qu'il n'écrit pas une
hiſtoire , mais un éloge. Nous citerons
un traitde celui-ci. Le terme des con
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
>> cuſſions qu'avoit autoriſées la foibleſſe
>> des Valois n'étoit point expiré. Le la-
>> boureur , que ſes ſervices n'ont pû faire
>> reſpecter , que la baſſeſſe & l'orgueil ,
>> d'accord avec nos préjugés , daignent à
>> peine mettre au rang des hommes , de-
>> venoit coupable à mesure que ſes
>> champs ſe fertiliſoient : fa riche ré-
>>colte étoit un appas ſéduisant pour la
>> barbare avarice; ſouvent il ſe voyoit
>> réduit à partager une nourriture grof-
>> fiere avec les plus vils animaux. Ce
>> n'étoit plus ce mortel heureux que les
>>poëtes ont peint nageant dans la joie
» & les délices d'une vie innocente , qui ,
>> après avoir arrosé les ſilions de ſes
>> fueurs , venoit ſe repoſer dans les bras
>> d'une famille chérie , reprendre ſes
>> forces épuiſées par les fatigues du
>>jour ; mais plutôt une malheureuſe vic-
>> time , dévouée au chagrin & au défef-
>> poir , condamnée à être, à ſon retour des
>> champs , le témoin du ſpectacle le plus
>> attendriſſant qui fut jamais , celui d'une
» épouſe éplorée , aux priſes avec la faim,
» & d'une foule d'enfans manquant de
>> pain , & fe débartant contre la rigueur
>> de leur fort. Il n'en falloit pas tant pour
>> émouvoir le coeur ſenſible de Henri ;&
SEPTEMBRE. 1768. 85
>>déjà l'humanité apperçoit en lui le ven-
>> geur de ſes droits.>>> رد
Eloge de M. Maſſillon , évêque de Clermont
; prononcé à Toulouſe , par M.
l'abbé Marquez , profeſſeur d'éloquence
au collége royal de la même ville . A Paris
, chez Paul-Denis Brocas , rue St Jacques
, au chef St Jean , 1768 , in -8 ° . 24
pages.
Lesouvragesdu célèbre Maſſillon font
ſon éloge ; c'eſt dans leur lecture que M.
l'abbé Marquez a puiſé celui-ci ; il préſente
d'abord les talens& le génie du prélat
pour l'éloquence ; il fait voir enſuite
les vertus d'un grand évêque dans le plus
pathétique des orateurs; telle eſt la diviſion
de ce difcours. M. Maſſillon , rempli
d'admiration pour Bourdaloue , prit
une route différente. Il employa cette
tendre onction qui ſaiſit le coeur , ce ton
d'une ame pénétrée qui convient ſi bien
àla chaire, cet art d'intéreſſer le ſentiment,
que l'on chercheroit en vain dans Bourdaloue.
Il livra les plus vives attaques
aux malheureux prétextes fuggérés par la
paffion pour enfreindre la loi. Il mérita
ce beau mot de Louis XIV : » J'ai en-
>>tendu pluſieurs grands orateurs dans
>> ma chapelle ; j'en ai été fort content ;
86 MERCURE DE FRANCE.
>> mais toutes les fois que je vous ai en-
>> tendu , j'ai été très mécontent de moi-
» même. » Le mérite de l'orateur le porta
à l'évêché de Clermont ; il s'attacha au
bonheur des peuples , dont le ſalut étoit
confiéà ſes ſoins; il entretint la paix dans
ſon diocèſe , tandis qu'elle étoit bannie
de tous les autres. Il abattit le mur de
ſéparation que la rivalité de leurs profeffions
élevoit entre des perſonnes vouées
à l'utilité publique. Il eût voulu que tous
les chrétiens n'euſſent eû qu'un même.
coeur & qu'un même eſprit ; il ſe plaifoit
à raſſembler à la campagne des oratoriens
&des jéſuites ; il faiſoit diſparoître la diviſion
qui regnoit entr'eux , & les engageoit
ſouvent à jouer enſemble. L'orateur
entre dans le détail des occupations de
l'évêque de Clermont, de ſes oeuvres pieuſesjuſqu'au
moment de ſa mort. Les gens
de lettres s'empreſſerent de jetter des
fleurs fur fon tombeau , & fes diocéſains
l'arroferent de leurs larmes.
Effaifur les moeurs du tems , avec cette
épigraphe :
Video meliora....
OVIDE.
ALondres ; & ſe vend àParis , chez VinSEPTEMBRE.
1768. 87
cent , imprimeur-libraire , rue St Séverin,
1768 , un vol . in 12 .
Ce font des avis ſur différens ſujets
qui compoſent cet eſſai. L'Auteur commence
par en adreſſer aux ſociétés d'agriculture
: il ne doute point de l'utilité de
leurs expériences ; mais il penſe que le
cultivateur a plus beſoin d'encouragemens
que d'inſtructions ; il voudroit , en
conféquence , qu'elles propoſaſſent des
récompenfes au laboureur qui auroit le
mieux exploité tel terrein , nourri de plus
beaux moutons , engraiffé plus de cochons
, & recueilli de meilleurs fromens;
il cite l'exemple de M. Colombet , curé
de St Denis-fur- Sarthon , qui diſtribue
ainſi ſa dîme par parties aux fermiers de
ſaparoiſſe qui ont réuſſi dans chacun de
ces objets. Comme il faut des fonds pour
ces prix , l'Auteur voudroit que l'humanité
riche payât un tribut à l'humanité
pauvre& fouffrante; il demande que ceux
que le roi décore d'un cordon , que ceux
àqui il accorde un évêché , une abbaye ,
un gouvernement , une intendance , &c.
contribuentd'une petite ſomme pour ces
récompenfes ; que les bureaux d'agricultures
s'aſſocient les grands&les riches da
royaume qui , à leur réception , paye88
MERCURE DE FRANCE.
!
roient chacun un droit léger qui ne feroit
point fixé , mais qui dépendroit de la généroſité
ou des moyens de chaque aggrégé.
Il faudroit en faire payer un à tout
garçon aiſé qui ne ſe marieroit point : ce
droit remplaceroit ſon inutilité dans l'état.
L'Auteur s'adreſſe enſuite aux riches
en faveur des pauvres ; il leur montre
tout le bien qu'ils ont le pouvoir de faire,
& combien peu il leur coûteroit. L'éducation
attire auſſi ſon attention ; il rappelle
tout ce qu'on a dit contre celle qu'on
donne communément ; il ſe plaint furtout
de celle des colléges ; il deſireroit
que les hommes de tous les états n'y envoyaſſent
pas leurs enfans ; un valet , un
artiſan fait élever ſon fils comme ceux
des perſonnes du premier rang ; il en arrive
qu'il mépriſe la profeſſion de ſes
peres , & qu'il ſe fait moine ou auteur.
>> A voir l'étonnante fourmilliere d'étu-
>>dians qui végétent dans Paris , il ſem-
>>bleroit que nous avons des eſclaves
>>pour cultiver nos terres , pour faire les
>>gros ouvrages des artiſans , pour ſervir
>> fur terre & fur mer , & que nous autres
>>François , nous devons paſſer notrenon-
>> chalante vie à faire des vers ou des ro-
»mans. » Dans l'avis aux meres , l'Au
SEPTEMBRE. 1768. 89
teur traite principalement de l'éducation
des filles ; les détails qu'il préſente forment
une fatire agréable des uſages reçus;
il s'attache ſur - tout à montrer les
dangers d'un union mal- aſſortie. Une
fille , dont le coeur eſt déjà engagé , ſe
voit ſouvent forcée d'épouſer un homme
qu'elle n'aime point & qu'elle ne connoît
pas. On cite un exemple d'un mariage de
cette eſpéce ; l'héroïne ſe conduit avec
une décence qu'on ne doit pas ſe flatter
de trouver dans beaucoup de femmes qui
feront dans ſa ſituation.En parlantde nos
moeurs , & fur-tout de nos erreurs , l'Auteur
n'a eu garde d'oublier le luxe ; il en
fait voir le danger ; il préſente quelques
moyens d'en arrêter les progrès. Cette
queſtion intéreſſante a déjà été traitée pluſieurs
fois; on a fait ſentir ſes avantages
comme ſes déſavantages ; mais on n'a
point encore fixé les opinions ſur ce ſujer :
les réflexions de l'Auteur de cet ouvrage
n'ajoutent rien à ce qui a été dit avant lui ,
& l'incertitude dure encore. Le dernier
avis eſt adreſſé aux modernes ſur les anciens;
il en réſulte que nous avons dégénéré
, que nous avons acquis beaucoup de
vices qu'ils n'avoient pas ,& que ſi nous
ſommes plus inftruits , nous ne ſommes
१० MERCURE DE FRANCE.
pas devenus meilleurs. On compare nos
anciens homines d'armes aux nouveaux ;
les premiers ne faifoient ni piéces d'éloquence
, ni petits vers , mais ils ſe bartoient
bien ; quand ils avoient ſervi leur
roi & leur pays , ils ſervoient l'amour.
>> Je crois bien qu'ils faifoient gauche-
> ment leur cour aux belles , & qu'ils
>>n'avoient point l'art d'affaiſonner leurs
>> complimens de fleurettes &de petits
> vers ; mais les hiſtoires galantes de ces
>> vieux tems ne nous laiſſent point dou-
>> ter que les belles n'ayent été auſſi loïa-
>> lement fervies que de nos jours. Oh ! fi
» ma maîtreſſe me voyoit , diſoit il y a
▸ quelques centaines d'années , un galant
en montant à la tranchée , Oh ! fi ma
>> mie le ſçavoit , diſoit un ancien preux
» en plantant l'étendart françois ſur une
» terre ennemie... Aujourd'hui , quand
>> nous ſommes bien friſés , ou que nous
>> avons un habit de bon goût, nous diſons
» auſſi : Oh !fi ma maîtreffe me voyoit ! «
Hiftoire des troubles du Béarn , aufujet
de la religion dans le XVII fiècle , avec
des notes hiſtoriques & critiques , où l'on
voit les principes des maux que les difputes
de religion ont caufés à la France ;
SEPTEMBRE. 1768. 91
par le P. Miraſſon , barnabite , avec cette
épigraphe :
NonhacveraDeifecit reverentia ,fecit
Caca fuperftitio ....
Anti-Lucret. LIB. I.
A Paris , chez Humaire , libraire , rue du
Marché- Pallu , vis-à vis la Vierge de l'hôtel-
dieu , & au coindu petit-pont,in- 12 .
428 pages , 1768 .
L'académie de Pau avoitpropoſé l'an.
née derniere , pour le ſujet du prix qu'elle
devoit donner, l'hiſtoire des troubles de
Béarn , au ſujet de la religion pendant le
ſeiziéme fiécle. Le P. Miratfon , abuſé
par fa mémoire , ſe trompa fur le fiécle ,
&prit le dix- feptiéme pour le ſeiziéme ;
il envoya fon ouvrage à l'académie , qui
réſerva le prix pour une autre année. Ille
fait imprimer tel qu'il l'a fait; il enviſage
les troubles du Béarn fous trois époques
; il examine ceux qui précéderent ,
ceux qui accompagnerent& ceux qui fuivirent
le voyage de Louis XIII dans cette
province. Ces détails rempliffent 96 pag .
de ſon volume; le reſte contient des notes
hiſtoriques & critiques , dont quelques-
unes font curieuſes. Nous nous arrêterons
à la huitième. L'Auteur parle des
92 MERCURE DE FRANCE.
partis que les Proteſtans formerent en
France pendant la minorité de Louis XIII ,
& des embarras que cauſa la main-levée
des biens eccléſiaſtiques du Béarn . En
1615 le clergé s'aſſembla ; l'évêque de
Beauvais fut choiſi pour haranguer le roi
au ſujet de cette main levée , qui ne put
pas avoir lieu. Deux ans après il y eut une
nouvelle aſſemblée. Gaſpard Diner , évêque
de Mâcon , en fut l'orateur ; voici le
debut de fon diſcours au roi. « Sire , la
>> religion & la juſtice ſont deux ſoeursju-
>> melles qui s'entr'aiment uniquement ;
>> parce que , dit un ancien , elles ont un
>> même ventre , ſont nées en même jour,
>> en même figure , au même point ; c'eſt
>> pourquoi elles ont même horoscope ,
>> mêmes aſpects , heureuſes enſemble ,
> malheureuſes enſemble , un bien com-
>> mun , un mal commun , participantes,
>> par ſociété de nature , à même félicité
>> & infortune ; elles ont mêmes amis &
>> ennemis. Il eſt de la juſtice &de la re-
>>ligion ce que de la lune& de la mer.
>> Si la lune eſt au plein , la mer eſt auſſi
>>au plein ; ſi elle eſt à ſon décours , la
>> mer eſt de même. C'eſt comme du ſo-
>> leil & du foulci ; quand le ſoleil com-
>mence à paroître , le ſoulci s'éclot &
» s'épanouit ; eſt-il enſon midi, le ſoulci
SEPTEMBRE. 1768 . 93
>>fait auſſi paroître le midi de ſa beauté ,
>>ouvrant ſon petit ſein& éparpillant ſes
>> feuillettes , comme autant de petits
>> rays. Mais ſi le ſoleil eſt en ſon occi-
>> dent , cette fleur , naturellement amie
>> de cet aſtre , ſeclot , ſe ferme& ſe cou-
» che avec lui . Ce morceau ſuffit pour
donner une idée de l'éloquence du tems,
ou plutôt de l'orateur : il ſe plaint vivement
de l'oppreſſion des Catholiques du
Béarn ; il demande qu'on leur rende leurs
égliſes & leurs biens , & cite l'exemple
des Turcs qui , dans Conſtantinople même
, laiſſent ſubſiſter quelques égliſes où
ils permettent aux Chrétiens de s'aſſembler.
A la fin du volume , on trouve une
deſcriptiondu Béarn, & une épître en vers
ſur les plaiſirs de l'eſprit , qui a concouru
auſſi pour le prix de la même académie ,
qui a été donné à un autre ouvrage ; la
maniere dont le P. Miraſſon parle de ſes
vers , nous diſpenſe de les juger ; nous ne
ſerions pas ſi ſévéres que lui.
Dictionnaire pour l'intelligence des auteurs
claſſiques Grecs & Latins , tantfacrés
que profanes ; contenant la géographie ,
l'hiſtoire , la fable & les antiquités ; dé
dié à M. le duc de Choiſeul , par M.
Sabathier , profeſſeur auCollège de Châ
94 MERCURE DE FRANCE.
,
lons- fur-Marne , & fecrétaire perpétuel
de la Société Littéraire de la même ville.
A Châlons - fur- Marne chez Seneuze
imprimeur du Roi , & à Paris chez de
Lalain , rue Saint- Jacques ; Barbou , rue
des Mathurins ; Hériſſant fils , rue Saint-
Jacques. in 8 ° 1768 .
Ce Dictionnaire intéreſſant & ſçavant
ſe continue avec le plus grand ſuccès ;
le quatriéme volume que nous annonçons
a le mérite des précédens ; ce ne
font pas des précis ſecs & decharnés
comme dans la plupart des Dictionnaires
hiſtoriques ; ce ſont des vies raiſonnées
des hommes ,& des détails de leurs
ouvrages. Dans celles qui n'ont pas des
écrivains pour objet , & qui regardent
l'hiſtoire , la fable , la géographie & les
antiquités , on remarque des recherches
profondes & pénibles ,des diſcuſſions fages
& critiques qui éclairciſſent les matieres
, multiplient la ſomme des connoiſſances
& y jettent toute la certitude
dont elles font ſuſceptibles. On ne peut
que deſirer la ſuite de cet ouvrage. M.
Sabathier ſe propoſe de ne pas faire languir
long tems le public dans cette attente
; le travail immenfe auquel il ſe
livre est déjà bien avancé : il eſpere dans
quelques années avoir fourni la carriere
SEPTEMBRE. 1768. 95
qu'il a entrepriſe ; le ſuccès avec lequel il
a fait les premiers pas doit l'encourager à
la continuer. 1
Coup d'oeil rapide fur les progrès & la
décadence du commerce & desforces d'Angleterre
, ouvrage attribué àun membre
du parlement. A Amſterdam chez Arkſtée
& Merkus , & à Paris chez de Hanſy le
Jeune , rue Saint-Jacques. 1768.in- 12de
100 pages .
Cet ouvrage eſt adreſſé à l'aſſemblée
de la nation ; l'auteur s'efforce de diſſiper
l'yvreſſe des Anglois qui s'applaudiſſent
encore de leurs derniers ſuccès ,&
de les éclairer ſur de prétendus avantages
dont ils croient jouir. Il leur montre
que leurs richeſſes & leurs forces s'évanouiffent
, que leur commerce eſt prefque
paſſif par tout , que leurs marchandiſes
ne leur rapportent en retour que
des denrées& peu d'or , qu'ils riſquentde
perdre bientôt leurs profits fur le Portugal
, où l'induſtrie aſſoupie pendant long
tems , commence à ſe réveiller , & qui
ne tardera pas à ſe débarraſſer de l'eſpéce
dejoug qu'ils lui ont impofé ; l'auteur
parcourt toutes les différentes branches
ducommerce d'Angleterre ; il le ſuit dans
tous les pays du monde où il s'étend ; il
96 MERCURE DE FRANCE.
compare les exportations & les importa
tions , calcule les bénéfices , & fait voir
* qu'ils diminueront encore. La France ,
parexemple , tire de la Grande Bretagne
du tabac , de l'étaim , quelques flanelles
&du bled dans les tems dediſette ; mais
les récoltes ſi long-tems incertaines dans
ce Royaume , vont enfin y entretenir ſans
ceſſe l'abondance. Autrefois le tranſport
des grains d'une province à l'autre étoit
défendu ; le laboureur en conféquence
ne cultivoit ſes terres qu'à raiſon des débouchés
qu'il pouvoit ſe procurer dans
les marchés du voisinage ; depuis que le
tranſport eſt devenu libre par tout le
Royaume , qu'on a permis l'exportation
étrangere , l'agriculture a repris une nou
velle vigueur , les terroirs les plus ſtériles
ſont devenus féconds : » il ne faut
>donc plus compter que la France vienne
enlever nos grains ,& fi l'on y to-
„ leroit la culture du tabac , nous ferions
» réduits à ne lui fournir uniquement
>>que de l'étaim , dont la conſommation
>'>en est très-médiocre depuis que la
>> fayance yyeſt devenue d'un uſage uni-
» verfel ». L'auteur préfente enſuite le
détail des marchandiſes que la France
fournit à l'Angleterre , le vin , l'eau-devis,
les dentelles , les batiſtes , leslinons,
les
PTEMBRE. 1768: 97
les étoffes d'or , d'argent , de foie , de velours
, les modes , &c. La plupart de ces
marchandiſes ſont proſcrites à leur entrée
ou ſujettes à des droits conſidérables;
mais les contrebandiers ſe jouent des prohibitions
, ils les vendent à Londres audeſſous
du prix des droits ; ce qui rend
ce commerce très- ruineux pour les Anglois
, c'eſt que les contrebandiers payent
cesdenrées comptant , & c'eſt undes plus
grands écoulemens de l'or & de l'argent
de la nation. Les Indes orientales offrent
des débouchés avantageux ; mais
toute la nation n'en profite pas ; la Compagnie
qui y fait le commerce en retire
tous les profits ; tout le reſte en eſt exclus.
Les établiſſemens de l'Amérique commencent
à ſe ſuffire à eux-mêmes ; il n'y
a plus d'émulation parmi les Colons ;
la tyrannie des gouverneurs détruit en
eux tout principe d'activité ; » le vulgaire
>> des François s'imagine que le commer-
>> ce en Angleterre eſt au comble de la
>>proſpérité; qu'ils font heureux , difent-
» ils en parlant de nous ! Ils ne ſçavent
>> pas que c'eſt chez eux que nous de-
>> vrions aller chercher les ſources de
» ce bonheur : oui , la France devroit
>> nous fervir d'exemple. Quelle éten-
» due n'a pas fon commerce de ſucre !
E
1
98 MERCURE DE FRANCE.
» Sa conſommation particuliere eſt im-
>> menſe , & elle en fournit encore à
>> toute l'Europe; ne pouvons-nous donc
→ étendre nos plantationsde cannes » ?&c.
L'auteur évalue à deux millions cinq cens
vingt mille liv. ſterling les objets qui
confument les bénéfices que font lesAnglois
ſur le commerce de Hollande ,
d'Eſpagne , de Portugal , d'Afrique &
des Indes. La dette nationale eſt portée
actuellement à 132 millions de livres
ſterling , cette dette ne peut qu'augmenter
; on ne peut gueres lever par an
que cinq millions ſterling en Angleterre
fans ſurcharger le peuple & le ren.
dre miférable ; il y faut ajouter deux millions
d'impôts particuliers , deſtinés à
ſervir de fonds d'amortiſſement , ce qui
forme ſept millions. Il eſt accordé au
Roi 1,300,000 ; l'intérêt de la dette
nationale , à trois pour cent , monte à
3,960,000 ; il ne refte en conféquence
qu'un million ſept cens quarante mille
liv.; fur cette ſomme il faut entretenit
la marine , les troupes réglées , la milice
&toutes les autres charges de l'Etat, qui
ſont ſans nombre ; l'impoſſibilité eſt phyſique
; on eft obligé d'emprunter annuellement
un million & demi , & fouvent
les deux millions ; les fonds d'amortiſſeSEPTEMBRE.
1768. 99
ment , toujours conſommés par le beſoin
du moment , ne vont jamais à leur deftination
; l'Etat au ſein de la paix augmente
ſa dette de deux millions , & les
impôts ne diminuent point. C'eſt par ce
tableau effrayant que l'auteur termine
ſon ouvrage ; il paroît connoître à fond
la ſituation préſente de l'Angleterre , ſes
intérêts , ſes défavantages ; il préſente
fur-tout les derniers avec les couleurs
les plus fortes , & il eſt obligé de finir
par dire qu'il y a peut-être des ſecours à
de ſi grands maux , mais qu'ils font incertains
, & qu'il faudroit faire de trop
grands changemens pour les tenter.
Des Causes du bonheurpublic , ouvrage
dédié à Mgr. le Dauphin , par M. l'abbé
Gros de Beſplas , docteurde llaamaiſon&
ſociété de Sorbonne , prédicateur du Roi .
A Paris chez Jorri , imprimeur libraire
rue de la Comédie- Françoiſe. 1768
Monfieur l'abbéde Beſplas ſuppoſe que
des ſauvages , après avoir erré long-tems
dans les bois , viennent demander des
loix à un ſage ; celui-ci n'a trouvé que
des hommes dans les anciens législateurs ;
il
a ouvert le livre de l'Evangile ; il en
a vu fortir toutes les vertus comme de
leur fource ; ſeul il peut rendre les hom-
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
mes heureux ; il propoſe aux ſauvages
d'embraſſer cette morale & cette religion
; après ce préliminaire il leur indique
trois cauſes du bonheur public : le caractère
national , la religion , & les qualités
du fouverain. Il s'adreſſe enfuite à M.
le Dauphin : » un ſujet , lui dit- il , qui
>> cache la vérité à ſes maîtres eſt coupa-
>> ble de trahifon. Je vous la mettrai ſou-
>> vent ſous les yeux ( un roi ne peut trop
» la contempler & l'entendre ) je vous
la retracerai même ; pardonnez , fi je
>>m'exprime ainſi avec cet enthouſiaſme
>> d'une ame paſſionnée pour la vertu ,
» avec la libertéd'un citoyen reſpectueux
» & ſenſible , qui parle pour la premiere
» fois du bonheur des hommes & des
vertus d'un bon roi » . L'auteur entre
dans des détails ſur la premiere cauſe du
bonheur. Il fait voir en quoi le caractère
national y peut contribuer ; il indique
ce qu'il faudroit faire pour le perfection.
ner, & pour le tourner entiérement du
côté du bonheur public. Il donne le plan
d'une école publique qui n'auroit pour
objet que de former des éleves à la vertu.
La religion eſt la ſeconde cauſe ; l'au
teur la peint comme la bienfaittice de
l'humanité ; il la montre telle qu'elle doit
être dans les rois , dans les miniſtres deş
SEPTEMBRE. 1768. for
autels , dans les moraliſtes , dans les prédicateurs
, dans les monastères de l'un &
de l'autre ſexe , dans les colléges , dans les
armées , dans les magiſtrats , dans les gens
de lettres & dans le peuple. Il en vient
enſuite à la derniere cauſe du bonheur ,
le caractère des princes ; il peint avec
chaleur la ſageſſe dans l'eſprit & dans le
coeur des rois , montre les dangers & les
malheurs qui accompagnent néceſſairement
la colère & l'ambition ; il parlé
enfuite de l'amour qu'un prince doit à
ſes ſujets , & termine ſes inſtructions par
une proſopopée ſublime qu'il met dans la
bouche de feu M. le Dauphin. Le public
trouvera le diſcours qu'on lui attribue
digne de ſon génie & de ſon ame. On
y remarque avec piatur ieloge des deux
ſages inſtituteurs de M. le Dauphin ; ils
méritoient la reconnoiſſance de l'illuſtre
pere de leurs éleves , & l'on ſçait gré à
l'auteur d'avoir payé , à l'exemple de ce
grand prince , le tribut d'éloges que la nation
doit à M. le duc de la Vauguyon , & à
M. l'ancien évêque de Limoges. »
>>mez le ſage qui éclaire & guide votre
>> enfance ; c'eſt mon coeur qui vous l'a
>> choiſi ; ſes vertus me l'ont rendu cher,
>> parce que , ſemblables à celles que je
>> cultivois , elles aiment le filence. Ses
1 19/1
Ai
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
>>difcours , pleins de vérité &de modef-
>> tie , vous offrent ce déſintéreſſement ,
>> cette candeur , cette ſimplicité noble
>>qui diſtingue les ames ſinceres & droi-
>> tes ; il a les regards du ciel , comment
>> ne fixeroit-t- il pas les vôtres ? Le digne
>>pontife , que l'ingénuité de ſes vertus
>> a placé auprès de vous ; ce pontife ,
→ étranger au milieu de la cour , ſera auffi
> l'objet de votre tendreſſe ; pere d'un
>>ſaint troupeau qui le chériſſoit , il n'a
>> conſenti à le quitter que pour vous ap-
>> prendre à vous-même à être le pere de
» vos ſujets. » Cet ouvrage mérite les
plus juſtes eloges , par les vérités qu'il
préſente &par la maniere dont elles ſont
exprimées ; ce ſont des leçons utiles aux
princes quis
s ne ſcanreient trop érndie-
&où les autres hommes en trouveront
encore qui leur conviennent à tous.
3
Premier cri d'un coeur françois fur la
mort de la reine ; par M. Dagues de Clairfontaine
, de l'académie royale d'Angers.
Stances lyriques fur la mort de Stanislas ,
ou la Reconnoiſſance Lorraine ; par M.
de ***. A Paris , chez Saugrain le jeune,
libraire ordinaire de Mgr le comte d'Artois
, quai des Auguſtins , in 4º. 20 pages,
1768 .
SEPTEMBRE. 1768. 103
Ces deux ouvrages font réunis dans la
même brochure ; le premier Cri d'un
coeur françois , eſt un éloge rapide de la
reine ; le ſentiment l'a dicté. « Fille uni-
>> que d'un grand roi , dont l'ame s'étoit
>> agrandie , fortifiée , affermie au ſein
>> même des adverſités ; fille d'un roi phi-
>> loſophe , bienfaiſant , dont les vertus
»& les écrits immortaliſent le nom dans
>>la poſtérité , elle profita de ſes fublimes
>> leçons, &ces précieuſes ſemences fruc-
>>tifierent dans un coeur né généreux ,
>> tendre & compatiſſant. » On rappelle
divers traits de ſa bienfaiſance; les vaſes
d'or dont lui firent préſent les Juifs de
Metz , & qu'elle envoya fur le champ à
l'évêque pour en faire diftribuer le prix
aux pauvres ; on la préſente étendant les
exercices de fa charité , & travaillant de
ſa propre main à faire du linge pour les
indigens. Sa conduite , ſes actions com
me reine , épouſe , mere & fille , offrent
un ſpectacle attendrillant& fublime .
Les ſtances qui ſuivent cet éloge font
d'une autre main. Le poëte ſe tranſporte
tout-à- coup au temple de la gloire; il y
cherche vainement les conquérans.
J'y vois les princes , nés pour le bonheur du
monde;
DEF
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Ils laiſſent repoſer dans une paix profonde
Leurs foudres deſtructeurs ;
Sans aſſervir les rois , ils leur ſerventd'exemples...
Elevent , vers le ciel , des autels & des temples ,
Ils en ont dans les coeurs.
Le poëte fait un éloge heureux de Léopold
I, duc de Lorraine & de Bar , roi de
Jérusalem , qui mourut en 1729 .
Ici , ſont des héros ſous la pourpre romaine ;
Là , paroît Léopold , ſi cher à la Lorraine
Par ſes bienfaits divers ;
Pere de ſes ſujets avant d'être leur maître ,
Il ne régit qu'un peuple , &méritoit de naître
Pour régir l'univers.
S'il n'eût point , ſous ſes loix , l'un & l'autreNep
tune ,
Lamort , deſesmépris , fait rougir lafortune,
Et le place à ſon rang ;
Autour de Léopold ſont les héros de Rome,
Et la Gloire , à leurs yeux , fait placer le grand
:
homme
Entre Tite & Trajan .
1
: : :
Le ſuperbe empereur (Auguſte) du duc n'eſt point
le guide...
Vers le grand ſanctuaire , où la Gloire préſide,
Il marche en le ſuivant.
L'un cultiva les arts , l'autre en prit la défenſe;
1
SEPTEMBRE . 1768. 105
Augufte , dans ſa cour , protégea la ſcience,
Léopold fut ſçavant.
: :
Prince , diſoit Trajan , tu balançois ma gloire ,
Quand ta main , jeune encor , captivoit la victoire
Enchaînée à ton char ;
Quand l'Orient te prit pour le dieu de la Guerre,
Quand le fier Ottoman , frappé de ton tonnerre ,
Fuyoit à Temelwar.
Lettres fur la nouvelle Traduction de
Tacite ; par M. L. D. L. B. , &c. par Simon-
Nicolas-Henri Linguet. A Amſterdam
, 1768 .
M. Linguet ſe plaint , dans la préface
de ſes lettres , d'avoir été infulté parM.
l'abbé de L. B. Il emploie , pour lui répondre
, plus de pages d'injures qu'on
n'avoit écrit contre lui de lignes : Nardi
parvus onix eliciet cadum. Les eſprits
modérés voudroient qu'il ſe fût contenté
d'avoir raiſon fur les fautes qu'il reproche
au traducteur de Tacite , comme,en
effet , il l'a preſque toujours : & les gens
de goût voudroient que ſa brochure für
moins longue de la moitié; que fes plaifanteries
ne portaſſent pas continuellement
fur le même objet , & ne fuffent
pas répétées juſqu'au dégoût , & far-tout
1
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
qu'en critiquant le ſtyle d'autrui , le ſien
fût plus égal & plus pur. Qu'on n'y trouvât
pas des phrases comme celles - ci :
il n'avoit pas sans doute étéménagé par
les exécuteurs des ordres de ce pere déchiré
par la vue du cadavre de fa fille... Un
mari , ennuyé deJafemme apparemment ,
s'en débarrasse comme d'un meuble à charge
: pour s'épargner les frais du transport,
il lajette par la fenêtre. Il y a vingt plaifanteries
d'un auſſi mauvais ton . M. Linguet
, qui a de l'eſprit & du talent , devroit
ſçavoir que , dans le genre plaiſant,
on ne ſçauroit mettre trop de préciſion
&de fobriété. Que la gaïté eſt légere &
vive , &non prolixe &pefante. Souvent
chez lui la même idée occupe deux ou
trois pages. Qu'il reliſe M. de Voltaire,
qu'il affecte d'imiter & peut-être trop , il
apprendra à s'arrêter.
A l'égard de la traduction de Tacite ,
qui a donné lieu à cet écrit polémique ,
nous devons remarquer combien il eſt
difficile de nous rendre en françois les
beautés originales & pittoreſques de ce
fublime écrivain , & combien l'on a tort
dedéfier tous les traducteurs paſſés , préſens
&à venir , lorſqu'on n'eſt pas für de
faire mieux , & même quand on en fe
roit fûr. Si quelqu'un ( écrivoit , il y a
SEPTEMBRE. 1768. 107
quelque temps , M. de Voltaire) pouvoit
donner à notre langue foible & traînante
l'énergie & la précision de Tacite , c'étoit
M. d'Alembert. Quand ſes morceaux de
Tacite parurent , ils furent très- critiqués.
Aujourd'hui l'on defireroit qu'il en traduisît
d'avantage , & c'eſt- là la véritable
critique de la nouvelle traduction .
THE REASONABLENESS OF REPENTANCE
, WIT A DEDICATION
TO THE DEVIL , AND AN ADRESS
TO THE CANDIDATES FOR HELL.
La néceſſité de faire pénitence , avec une
dédicace au Diable & une adreſſe aux Candidats
de l'enfer ; par le Rév. James Penn,
vicaire de Clavering , 1768 .
C'eſt un recueil de fermons qui porte
ce titre ; la dédicace & l'adreſſe burlefques
qui l'annoncent ſont réellement à la
tête ; en parcourant ces diſcours , nous
avons été étonnés de les voir précédés.
par des plaiſanteries ; ils font écrits avec
décence , & préfentent une morale ſage.
Le prédicateur Henley répondoit à ceux
qui lui demandoient pourquoi il ſe permettoit
des bouffonneries , qui font peu
faites pour la chaire , que s'il n'avoit pas
pris ce parti , il n'auroit point eu d'audi
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
teurs. Peu importe , ajoutoit t- il , comment
la vérité ſe faffe entendre , pourvû qu'on
l'écoute ; peut- être que M. Penn a eu le
malheur de manquer d'auditeurs , & qu'il
a voulu , par le même moyen , ſe procurer
aumoins des lecteurs .
t
THE HISTORY OF ENGLAND FROM
THE REVOLUTION , TO THE ACCESSION
OF THE BRUNSWICK LINE :
Histoire d'Angleterre , depuis la révolution
,jusqu'à l'avènement de la maison de
Brunswick au trône. ParM. John. Wilkes
in-4° 1768 .
L'auteur de cette hiſtoire eſt le célébre
M. Wilkes qui a fait tant de bruit en
Angleterre , & dont l'affaire vient d'être
jugée ; ce qu'il vient de publier comme
l'hiſtoire de l'Angleterre n'en eſt qu'une
introduction. » La révolution , dit-il, eſt
>>la grande ere de la liberté angloife;
>> depuis cette époque la liberté a regné
>> fans interruption dans notre heureuſe
>>patrie ; les droits de la Couronne &
>> ceux du peuple ont été reconnus & fi-
>> xés par les trois branches de la légiſla-
>> tion. Les diſputes ſur les prérogatives ,
>> fur les priviléges , ſur la liberté ont
>> été anéanties; l'attention publique s'eſt
SEPTEMBRE. 1768. 109
tournée ſur d'autres objets , tels que les
> différens changemens faits dans l'inté-
>> rieur du gouvernement , & les événe-
>> mens remarquables du continent ; car
>>après avoir établi ſa tranquillité parti-
- culiere , la nation porta ſes regards au
>> loin , & commença à reprendre fon
> poids & fon influence parmi les puiſ
>> ſances de l'Europe » . Les amis de M.
Wilkes ne font pas difficulté de le mettre
à côté de Tacite & de Tite Live ; ſes
ennemis lui refuſent le moindre mérite
comme hiſtorien ; les lecteurs ſans partialité
, lui reconnoiffent de l'élégance
& de l'eſprit , mais ils le trouvent fuperficiel
; dans bien des endroits il parle
d'une maniere tout à fait oppofée à ce
qu'ont publié les hiſtoriens qui l'ont précédé
, & il cite rarement des autorités ;
il perd un peu trop de tems à prouver
l'efpéce de haine & de jalouſie que Guillaume
III avoit conçue contre Louis XIV.
Il n'y a perfonne qui ne ſcache combien
on craignoit les projets de ce monarque ;
cet article n'exigeoit pas beaucoup de
diſcuſſions ; les faits ſuffifoient ; on eft
bien étonné de voir l'auteur citer comme
une autorité à ce ſujet , le morceau
du remercîment de Deſpreaux à fa reception
à l'Académie françoiſe, où il ap
1
H
1
110 MERCURE DE FRANCE.
,
comme
pelle le prince d'Orange : cet opinidtre
ennemi defa gloire , ( de Louis XIV ) cet
induſtrieux artifan de ligues & de querelles ,
qui travailloit depuisfi long-tems à remuer
contre lui toute l'Europe. Il termine fon
introduction par un éloge de la liberté
qui fut , ſelon lui , le grand principe des
Anglois lors de la révolution
elle fut le but des Romains lorſqu'ils
chafferent les Tarquins ; il copie ce que
Tacite a dit ſur la liberté , & ce que
Monteſquieu a répété enſuite. Ses jugemens
ſont quelquefois précipités , fes
connoiffances ſuperficielles & bornées ,
ſon ſtyle en récompenſe eſt facile , animé
& rempli de chaleur ; il attache ,
il plaît , quoiqu'il n'ait ni l'énergie , ni
la dignité qui conviennent à l'hiſtoire.
TRAVELS THROUGH GERMANY :
Voyage en Allemagne , contenant des obfervationsfur
les coutumes , les moeurs
la religion , le gouvernement, le commerce,
les arts & les antiquités , dans une
fuitede lettres à un ami par Thomas Nugent.
2 vol. in- 8° 1768 .
Le voyage d'Allemagne fut entrepris
par l'auteur pour vérifier pluſieurs articles
qu'il avoit mis dans ſon hiſtoire de
SEPTEMBRE. 1768. IIF
1
:
la Germanie ; il lui a fervi à corriger
pluſieurs erreurs dans lesquelles il étoit
tombé. Les obſervations qu'il a faites
font exactes ; on trouve qu'il a trop prodigué
les deſcriptions de monumens ,
leurs inſcriptions , & les citations des
Poëtes Latins & Anglois. Il paroît avoit
pris quelquefois leur ſtyle pour exprimer
les choſes les plus fimples . Nous
en citerons un exemple: l'auteur eſt dans
une ferme où il a couché ; » le matin
>>ſuivant , auſſi-tôt que le fidéle héraut
>> du jour commença à faire rétentir les
>> airs de ſa voix perçante , je me levai ,
>>& je trouvai toute la famille en mou-
>> vement ; le bon vieux fermier & fon
» épouſe préparoient le déjeûner , quel-
>>ques ſervantes enfermoient le lait
>> d'autres en tiroient la crême , les la-
» boureurs partoient avec leurs attelages
» & leurs charrues pour ſe rendre dans
>> les champs , les troupeaux bèlans paif-
>> foient déjà l'herbe tendre, encore mouil-
>> lée par la rofée » ; toutes ces deſcriptions
ne conviennent gueres à un voyageur
; l'obſervation , la ſimplicité , la
clarté , voilà ce qu'on lui demande; il décrit
dans ſes dernieres lettres la cour de
Mecklembourg dont il paroît être trèst
fatisfait. Nous rapporterons le portrait
12 MERC URE DE FRANCE.
qu'il fait du duc : » le duc regnant de
>>Mecklembourg - Strelitz , Adolphe-
>> Frederik IV, eſt âgé de vingt- huit ans ,
>> bien fait dans ſa perſonne , d'une taille
> moyenne & bien proportionnée , il a
>> un grand front , des yeux gris & très-
>> vifs , ſon port eſt noble , majestueux ,
>>plein de grace ; on ne peut être plus
>>affable que lui : quoiqu'il paroiſſe très-
>> robuſte , ſa conſtitution ne laiſſe pas
>> d'être délicate ; il ne peut foutenir
>> longt-tems la fatigue ; fon régime de
>> vie eſt très- réglé , ſa table très- fobre ;
>>>rarement il boit à fon repas au - delà
>> d'une pinte de vin ; il donne un exem-
>>ple de chaſteté , très-rare à ſon âge ;
>> il n'a ni amours ni intrigues ; il ne
>> permet rien à ſes paſſions aux dépens
»
>>
de la vertu ; cela eſt d'autant plus
extraordinaire , qu'il eſt dans l'âge le
>>plus bouillant , &qu'il n'eſt pas inſenſi-
>>ble à la beauté. Il reſpecte ſa religion ; &
» ſa piété eſt raiſonnée ; ſa magnificence
>> eſt ſans profuſion ; ſon économie ne
-> reſſent point l'épargne , &c.
DELLA ILIADE D'OMERO TRASPORTATA
IN OTTAVA RIMA DA
GIOVANNI TURCO , tomo primo , &c.
Iliade d'Homere , mise en octaves par
Giovanni Turco, Florence in-4°
SEPTEMBRE. 1768. 113
On prévient au commencement de
cet ouvrage que chaque chant de l'Iliade
coutera deux pauls , le diſcours prélimiminaire
autant , & qu'il faut s'adreſſer à
l'auteur pour ſe les procurer. Ce diſcours
contient un examen des poëmes d'Homére
, & quelques réflexions ſur la traduction
qu'on préſente au public , & dont
il ne paroît encore que le premier chant.
On trouve de la facilité dans la verſification
du poëte italien , elle rend avec
exactitude le ſens du grec. Il y a déjà pluſieurs
verſions de l'Iliade & de l'Odiffée ,
mais aucune n'eſt en octave ; on ne compte
pas celle que Gregorio Redi a donnée
de l'Odiſſée . Un Napolitain , Nicolas
Capaſſe , eſſaya auſſi de traduire l'Iliade
en octaves , mais il employa l'Idiome
napolitain , & ne ſongea qu'à traveſtir le
poëme dans le goût de l'Eneïde travestie
par Lalli , & fe borna uniquement à fix
livres qui n'ont jamais été imprimés &
dont quelques curieux confervent le manufcrit.
LETTERE DI NICOLO MACHIAVELLI
, CHE SI PUBLICANO PER LA
PRIMA VOLTA , & c. Lettres de Nicolas
Machiavel , publiéespour la premierefois ,
& dédiées à mylord Naſſau - Clavering ,
114 MERCURE DE FRANCE.
comte de Cowper, &c. Par M. Foffi. A
Florence. in- 8° 298 pages.
On connoiffoit Machiavel comme un
écrivain , un hiſtorien eſtimé , mais on
ne le connoiſſoit point comme négociateur.
Les Florentins l'employerent cependantauprès
de quelques cours étrangeres ,
où il fut chargé d'affaires importantes
depuis l'année 1502 juſqu'à l'année 1506.
Ces lettres ont rapport à ces mêmes affaires
; elles font adreſſées à la ſeigneurie
de Florence , à laquelle il rend compte
de ce qu'il fait conformément à ſes inftructions
; pour les bien goûter il eſt
néceſſaire de prendre une connoiſſance
préliminaire de l'état de la République
pendant ce tems ; l'éditeur M.
Foffi en a bien donné une idée dans ſa
préface & dans quelques notes qu'on
trouve au bas des pages , mais elle ne
fuffit pas ; ce recueil eſt très- précieux ; on
eſt bien aiſe de voir comment agiſſoit
un homme qui avoit des idées ſi ſingulieres
en politique; il ménagea les intérêts
dont il avoit éré chargé avec beancoup
de ſuccès ; c'eſt un vrai préſent
que M. Foſſi a fait à la littérature .
SEPTEMBRE . 1768. 115
ACADÉMIES .
Prix académiques.
I.
Manheim.
L'A'ACCAADDÉÉMMIIEE des ſciences deManheim
vient de propofer un prix de vingt- cinq
ducats , pour le mémoire qui contiendra
la meilleure ſolution de la queſtion fuivante
: En quoi conſiſtent la nature & les
qualités du haneton , conſidéré depuis l'oeuf,
qui eſtſa premiere origine ,jusqu'àſa mort,
&quel est le moyen le plus efficace pour
parvenir à la deftruction de cet infecte.
I I.
Stockholm .
Une ſociété , connue sous le nom de
Société patriotique , établie à Stockholm ,
apropoſé pour le ſujet d'un prix qui conſiſte
en une médaille d'or , la ſolution de
la queſtion ſuivante : Ya- t-il , dans l'oeconomie
de la Suède , un principe général
qui puiſſe être adopté comme axiome politique
pour toutes les parties de l'adminiftration
? La ſociété demande réponſe à
16 MERCURE DE FRANCE.
cette queſtion pour le mois de Juin
1769 .
III.
L'académie des ſciences de Stockholm
a propoſé , pour ſujet du prix de l'année
1769 , la queſtion ſuivante : De quelle
maniere un pays , qui a peu de cultivateurs
, peut- il tirer le plus grand avantage
du petit nombre de ſes habitans ? Et pour
ſujet du prix de 1770 , d'indiquer quels
font les moyens qu'on doit employerpour
l'encouragement de l'agriculture , relative
ment à lafituation préſente de la Suéde.
IV.
Vienne.
Parun édit du premier Juiller dernier
l'impératrice reine de Hongrie promet
une récompenſe de mille ducats à quiconque,
ſoit ſujet , ſoit étranger , ſçaura épurer
le cuivre du pays , & donner au métal
la qualité la plus fine dont il eſt ſuſceptible
, ſans en augmenter le prix. Il faut
que la découverte ſe faſſe pendant l'efpace
d'un an , à compter du jour de la publication
de l'édit , & que le cuivre , ainſi
travaillé , juſtifie par les eſſais , tant en
grand qu'en petit, qu'il a acquis la qualité
qu'ondefire.
SEPTEMBRE. 1768. 117
!
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL .
Le lundi , 15 Août 1768 , jour de l'afſomption
, on a exécuté au Concert ſpitituel
: Diligam te, Domine , &c. motet à
grand choeur , de Gilles. Enſuite M. BEzozzı
, de la muſique du roi , a joué un
concerto de hautbois. Les ſons flatteurs
qu'il tire de cet inſtrument ingrat , la précifion
& les graces de ſon exécution , l'élégance
de ſa muſique , tout lui a mérité
les juſtes & vifs applaudiſſemens de l'affemblée
. M. l'abbé Durais , baſle-taille
ordinaire de la muſique de St Germainl'Auxerrois
, a chanté avec ſuccès , Cæli
enarrant , &c. , nouveau motet à voix
feule de M. l'abbé Dugué , maître de
muſique de la même égliſe. M. & Mde
SIREMEN ont exécuté un concerto à deux
violons , de leur compoſition . Mde Siremen
eſt une éleve du fameux Tartini :
elle a parfaitement ſaiſi le jeu de cet habile
maître ; elle a même , dans l'exécution
, des graces qui lui font particulieres,
C'eſt une muſe qui touche la lyre d'Apollon,
& les charmes de faperſonne
118 MERCURE DE FRANCE.
ajoutent encore à la ſupériorité de ſon talent.
Mile FEL a chanté avec le goût ,
l'art & la voix qu'on lui connoît , des airs
italiens très bien choiſis & accommodés
àdes paroles latines. M. BEZOZzi a accompagné
un de ces airs avec beaucoup
d'intelligence . Ce beau motet a été terminé
par Exultate jufti in Domino , &c.
motet d'un grand effet de l'abbé Dugué.
Madame Larrivée a été applaudie dans
pluſieurs recits.
OPERA.
PLUSIEURS rôles de l'opéra d'Alcimadure
ont été parfaitement doublés. Mademoiſelle
REICHE a remplacé , dans le
prologue , Clémence Ifaure. Sa voix a paru
très-bien répondre à la muſique impoſante
de ce rôle.
Mile ROSALIE a joué avec beaucoup
d'intelligence dans Alcimadure ; elle a
rendu pluſieurs airs avec fineſſe & avec
goût ; on a donné auſſi de juſtes applaudiſſemens
à la voix franche & fonore , &
au jeu du Sr DURAND , dans le rôle de
Mirtil. Le St Legros continue de jouer
Daphnis , & de recevoir les applaudiffemens
des amateurs. Les principaux talens
SEPTEMBRE. 1768. 119
de ladanſe ſoutiennent toujours , par leur
brillante exécution, les ballets pittorefques
, voluptueux &gais de cette paſtorale.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES Comédiens François ordinaires du
Roi ont donné , ſur leur théâtre , le mercredi
27 Juillet dernier , une repréſentation
des Deux Freres , ou la Prévention
vaincue , comédie en cinq actes & en vers
de M. Moiſſi , avantageuſement connu
par pluſieurs piéces qui ont réuſſi, principalement
à la comédie italienne , la nouvelle
Ecole des Femmes .
Deux freres , nommés Dorigni , ſéparés
dès leur plus tendre enfance , ont été
élevés , l'un chez ſon pere à la ville , l'autre
à la campagne chez ſon aïeul. Le
Dorigni de la ville eſt un petit maître ;
Celui de la campagne a des moeurs &de
la vertu. Deux coufines , l'une coquette ,
l'autre pleine de ſentiment , doivent apporter
une dot conſidérable , léguée par
leur rateur pour celle qui épouſera un
Dorigni . Le petit maître , amant intéreffé
& léger , adreſſe ſes voeux à la jeune
beauté qui conſidére le mariage comme
120 MERCURE DE FRANCE .
un lien ſans conféquence. Cependant
l'aïeul vient à Paris , & amene ſon élève ,
mais qui ne paroît pas à ſon frere devoir
être un rival redoutable. Il eſt annoncé
fous le nom de Dorancé. C'eſt un ſtratagême
de l'aïeul pour jouir plus fûrement
de l'impreſſion que la préſence de fon
petit - fils doit faire dans un monde fi
étranger pour lui. Dorancé ades converſations
avec ſon pere & fon frere dont il
n'eſt pas connu. Il gagne leur eſtime &
leur amitié . Il a auſſi le bonheur de rencontrer
une maîtreſſe dans ſon aimable &
vertueuſe couſine. L'aïeul fait réuffir leur
union , qu'il avoit projettée ſans être inftruit
de leur inclination ; & il fait revenir
le pere & le frere de leur prévention
contre une éducation de campagne , en
leur découvrant que Dorancé eſt Dorigni
ſon élève. Par cette alliance le legs appartient
à la couſine qui l'épouse ; mais
elle a la généroſité de ne vouloir que la
moitié de la donation , & d'engager ſa
ſoeur à donner la main au frere de fon
amant.
Il y a quelques traits qui ont été applaudis
, ainſi que pluſieurs vers heureux
&de ſentiment; cependant cette piéce
n'a eu qu'une repréſentation ,&il eſt ſans
doute inutile ici de relever les défauts
de
SEPTEMBRE. 1768. 121
de vraiſemblance , de ſtyle , d'action &
d'intérêt qui ont nui à ſon ſuccès.
Les comédiens françois ſe diſpoſent à
donner Laurette , comédie , dont le ſujet
eſt tiré d'un conte de M. Marmontel.
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ont continué
de donner le Jardinier de Sidon. Cette
comédie a eu douze repréſentations dans
la ſaiſon la plus défavorable pour les
ſpectacles. Le Public a remarqué pluſieurs
endroits de cette piéce qui lui étoient
échapés. Les paroles de l'ariette des Hirondelles
, & celles du vaudeville , ont
éré fur-tout entendues avec plaiſir. On a
découvert de nouvelles beautés dans la
muſique de M. Philidor , qui demandeà
être détaillée. Les connoiffeurs ont
trouvé qu'il avoit foutenu la nobleſſe du
ſujet par celle de ſa compoſition.
Les Sr & Dame Renaud ont debuté
fur ce théâtre , le dimanche 31 Juillet
dernier , par un ballet intitulé , Acis &
Galatée. Leur ſuccès a été brillant. On a
éré également ſatisfait de la compoſition
ingénieuſe & galante du ballet , & de la
belle exécution des danſeurs; il a été facile
de reconnoître dans leur danſe le
F
122 MERCURE DE FRANCE .
genre du célèbre Novere , dont le Sr Re
naud est élève.
Les comédiens ont joué , pour la premiere
fois, avec ſuccès , le ſamedi 20aoûr,
le Huron , comédie en deux actes mêlée
d'ariettes. Nous en rendrons compte dans
le Mercure prochain .
ASTRONOMIE DES INDIENS .
M. COUANNIER DESLANDES , chirur
gien-major des hôpitaux , ayant été pris
dans la derniere guerre par les Indiens
Utchiſes , peuple de la Floride , a fait dif.
férentes obſervations curieuſes parmi ces
ſauvages. On a rapporté , dans l'Avant-
Coureur du 13 Juin dernier , la maniere
finguliere dont ils exercent la médecine .
On pourra prendre une idée de leur connoiſſance
dans l'aſtronomie d'après l'obſervation
ſuivante qui nous a été pareillement
cornmuniquée par M. Couannier
Deflandes .
Le plus ſçavant aſtronome & le plus
habile navigateur de l'iſle paſſa la nuit
du 15 Mars 1762 à obſerver les aſtres ;
il formoit des calculs , fixoit les nombres
par le moyen de certains petits morceaux
de bois , diftingués les uns des autres par
la diverſité de la taille; il les plaçoit tan
SEPTEMBRE 1768. 123
tot en cercle , tantôt en quarré , en angle,
&dans différentes formes irrégulieres. Il
avoit , devant lui un vaiſſeau de terre
noire rempli d'eau , qu'il contemploit
fur-tout avec beaucoup d'attention &
d'un air de myſtere . Il paſſa ainſi la plus
grande partie de la nuit. Le matin il ſe
leva avant le ſoleil , monta fur la cime
d'un arbre , & delà , tourné à l'Orient ,
contempla le ſoleil ſur l'horifon , tandis
qu'un autre Indien faifoit la même obfervation
du côté de l'Occident. Les deux
obſervateurs ſe rapprocherent enfuite , &
firentenſemble descalculsdont ilsparurent
fortcontens. Ces pilotes aſtronomes s'embarquerent;
& vers les trois heures après
midi, le temps étant calme & ferein , aucun
nuage ne paroiſſant dans le ciel , le
maître pilote annonça qu'il falloit gagner
la terre; il fit fortir toutes les pelleteries
&les autres marchandises , & fit éloigner
tout l'équipage , étonné de tant de précautions.
Mais bientôt il s'éleva un vent
furieux , & une tempête horrible agita la
mer. Les Indiens inſulterent à la mer , en
foulant l'eau & lui montrant leur libérateur.
Les obfervations deM. Couannier Deflandes
feront plus détaillées dans l'hiſtoire
de ſes voyages qu'il doit donner au Public.
Fij
:
124 MERCURE DE FRANCE.
MEDECINE.
Remède contre la Pierre.
Le feul defir d'être utile à l'humanité
m'engage à publier une guérifon regardée
comme miraculeuſe .
Un de mes amis , attaqué d'une maladiedangereuſe
, que l'on traitoit de coli.
que néfrétique , a pris en conféquence
beaucoupdedrogues & fur-tout les bains,
fans beaucoup de ſuccès ; au contraire ,
des douleurs très-aiguës qui ſe ſont fait
ſentir dans les reins , ont déterminé la
maladie & ont fait croire indubitablement
que c'étoit la pierre; les urines ,
d'ailleurs , étoient rouges comme du ſang
&dépofoient beaucoup de graviers. La
famille & le malade , au déſeſpoir d'être
obligés d'avoir recours à une opération
cruelle , ont cherché des remèdes plus
doux; on leur a enſeigné l'uſage des coquerettes
; le malade en a pris habituellement&
s'eſt trouvé foulagé au bout de
quelques jours ; mais il n'en eût pas bû
quinze jours qu'il reſſentit des douleurs
extraordinaires , occafionnées par uneretention
d'urine : nouvel effroi : unjour ſe
SEPTEMBRE 1768. 125
paſſedans cette criſe; enfin , le malade
défolé s'aviſe de boire une pinte de fa
tiſanne , qui lui fait rendre , par les utines
, pluſieurs petites pierres qui , molles
encore, en avoient fans doute formé une
plus groſſe que l'acidité du remède avoit
diffoure.
Le malade continue d'en boire une
chopine par jour , moitié le matin à jeun,
& l'après -midi avant de ſouper , n'obfervantd'autre
régime que de vivre fobrement:
il ſe porte très-bien actuellement.
La coquerette eſt une eſpéce de cerife
fauvagequi ſe vend très-bon marché chez
P'herboriſte ; on en fait une infufion dans
de l'eau, ſemblable à du thé.
Ce 21 Juillet 1768.
HENRI .
DU TRAITEMENT ET DE L'EXTINCTION
DELA VARIOLE ET DE
LA ROUGEOLE , fuivi d'un Discours
auxhommes fur leurfanté , in- 12.; à
Lyon, chez J. Regnault , 1768; & fe
vend à Paris , chez Saillant.
Cet ouvrage contient deux traités ,
dont le premier eſt ſur la variole ,autrement
petite vérole.
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
L'Auteur fait part au Public de la méthode
qu'il a employée heureuſement
pendant vingt-deux ans dans le traitement
de cette maladie; l'expérience lui
a prouvé qu'elle étoit conforme à la nature
de ce mal. Il s'attache à faire voir
que la cauſe propre & matérielle de la
variole eſt un levain que tous les hommes
apportent en naillant , & qui doit être
auſſi ancien que le monde ; la variole
étant une maladie nouvelle , ce levain
devoit ſe diſſiper par d'autres voies que
celle de la fupputation. L'Auteur cherche
quelle eſt cette voie ; comment la
nature a été forcée de la changer. Il prétend
enfin qu'il eſt poſſible de l'y ramener
& de détourner la maladie par les
mêmes moyens qu'il employe pour la
guérir.
Le ſecond traité eſt un diſcours divifé
en deux parties ; dans la premiere on effaïe
de prouver l'utilité , & plus encore
la néceſſité indiſpenſable des remèdes
évacuans pour la guériſon radicale de
preſque toutes les maladies. On examine
les caufes morbifiques ; la maniere dont
elles agiffent & produiſent les maladies ;
la marche que ſuit la nature pour s'en
délivrer ; les criſes & les jours critiques ,
&l'on fait voir en même tems que l'ad
SEPTEMBRE 1768. 127
miniſtration de ces remèdes découle néceſſairement
des principes & de la doctrine
d'Hippocrate& des anciens. La derniere
partie de ce diſcours eſt employée
à démontrer que ces remèdes , adminiftrés
ſuivant les régles que l'Auteur établit
, ne sçauroient avoir rien de pernicieux.
:
CHIRURGIE.
INSTRUCTION POUR LES PERSON
NES ATTAQUÉES DE DESCENTES
; par M. Dobremès , expert reçu
au collège de Chirurgiepour les bandages
des hernies. Brochure de 68 pages , qui
ſe diſtribue à Paris , chez l'Auteur, rue
St André-des-arts , au coin de celle de
la Comédie françoiſe.
CET ET ouvrage paroît traité avec ſoin . Il
eſt facile , en le lifant , d'y remarquer la
capacité de l'Auteur , & d'augurer que
cette inſtruction ſera très-utile aux perſonnes
pour leſquelles elle est compofée.
Les cauſes , les progrès & les accidens des
hernies ; la deſcription , les effets & la
main - d'oeuvre des bandages , tout y eſt
développé avec ordre , netteté & préciſion.
On trouve , à la fin de cette bro-
1
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
:
chure , une lettre de M. Louis , fecrétaire
perpétuel de l'Académie royale de chirurgie,
profeffeur & cenſeur royal , chiturgien
confultant des armées du roi , membre
de la ſociété royale de Montpellier ,
dans laquelle ce célèbre chirurgien fait
l'élogedes bandages élastiques de M. Dobremès.
Cet herniaire , en effet , dont la
réputation eſt connue àParis , n'a pas peu
contribué à la perfection de l'art des bandages
, en leur communiquant un nouveau
degré d'élaſticité qui les rend infiniment
plus commodes que tout ce qu'on
avoit imaginé encegenre.
LETTRES fur la Lithotomie , pour
prouver lafupériorité du Lithotome cachépour
l'opération de la taillefur tous
les autres inftrumens qui ont étéproposés
jusqu'à ce jour ; lesquelles contiennent
pluſieurs obfervations très- eſſentielles à
la chirurgie, & particulier à l'opération
de la taiile; par M. Chaſtanec,
ancien chirurgien- aide major descamps
&'armées du roi. A Londres , & fe
trouve à Paris , chez d'Houri, rue vieille
Bouclerie , in 8°. 1768 .
Le titre de ce livre en indique Pobjet.
SEPTEMBRE. 1768. 129
La ſupériorité du Lithotome caché pour
l'opération de la taille , eft reconnue;
vraiſemblablement il auroit fait difparoître
tous les autres inftrumens , fi de
petites jalouſies n'avoient pas fermé les
yeux fur fes avantages. C'eſt à ce propos
que l'auteur d'un traité ſur les abus de la
faignée , a fait cette remarque judicieuſe :
>>Lorſque le frere Coſme employa , dit-
>> il , ſadivine méthode de la taille, tout
>>jugement devoit être ſuſpendu jufqu'a
>> la vérification du fait; mais , au lieu
>> d'une conduite fi ſage , la baſſe jalouſie
> ſe déchaîna contre lui. Elle alla même
>> juſqu'à machiner contre ſa liberté . Un
>>citoyen , à qui Athènes & Rome au-
>> roient élevé des autels , des chrétiens
>> voulurent le facrifier au demon de
» l'Envie. » En effet, loin de vouloir
adopter cet inſtrument , lorſqu'il eût été
inventé , on parut préférer les anciens;
on aima mieux en imaginer de nouveaux;
on corrigea celui qui , ſur des épreuves
mal faites , avoit donné des réſultats auſſi
mauvais ; mais , enfin , ils ont tous diſparu
, il ne reſte plus que quelques partiſans
de la vieille méthode de tailler ; le nombre
en diminue tous les jours. C'eſt ce
qu'on verra clairement dans l'ouvrage
F
130 MERCURE DE FRANCE .
que nous annonçons. Il contient la dé
fenſe du lithotome caché contre les attaques
de M. Vandergracht & de quelques
autres lithotomiſtes. Cette apologie eſt
accompagnée d'une liſte nombreuſe de
tailles faites en Flandres avec cet inſtrument
, &foutenue de certificats qui prouvent
comment les choſes ſe ſont paſſées.
Les deux premieres lettres de ce recueil
avoient déjà paru en différens temps ; l'édition
en étoit épuiſée. L'Auteur a cru
devoir les faire reparoître avec une troiſiéme
, dans laquelle il ſe juſtifie des imputations
que M. Vandergracht lui avoit
faites , ainſi qu'à l'Auteur du lithotome
caché& à d'autres partiſans de cet inftrument.
Il termine ſa juſtification , en prouvant
que M. Vandergracht , qui l'avoit
attaqué , étoit lui même dans le cas de
l'être , puiſqu'en parcourant toutes les
tailles qual a faites ſelon ſa méthode ,
fes ſuccèsne peuvent être mis en parallèle
avec ceux des partiſans du frere Cofme.
NAVIGATION.
I
L ne manque à la ville de Paris , pour
devenir la plus belle capitale de l'univers ,
que de jouir du fpectacle de navires qui
:
SEPTEMBRE. 1768. 131
viennent orner & enrichir les bords de
la Seine. Peut- être ce projet n'eſt il pas
impoſſible à l'effort du travail , de la
conſtance ,de la richeſſe& du génie. Quoi
qu'il en ſoit, le capitaine Berthelot , commandant
le navire le Saint- Ouen , donne
déjà un échantillon de ce ſpectacle à la
curioſité des Parifiens , par un très- petit
bâtiment à voiles ; & il annonce que
tous les mois il mettra à la voile au Havre-
de-Grace en droiture pour Paris , où
il apportera , & d'où il remportera des
marchandiſes ; il prendra juſqu'à huit pafſagers
ſur ſon bord , qui pourront être
nourris & logés commodément
GÉOGRAPHIE .
Cours Elémentaire d'histoire & de géographie
, par M. l'abbé Serane , profefſeur
d'hiſtoire , à l'Hôtel de Picardie
rue de la Harpe , près du Collége
d'Harcourt.
C
,
E cours a été ouvert le 16 du mois
d'Août 1768. L'abonnement eſt de 12 liv.
par mois. On peut ſe faire inſcrire chez
l'auteur ou chez le Sr Deſnos , ingénieur
Fvj
32
MERCURE DE FRANCE.
Géographe , rue Saint Jacques, au Globe,
où ſe débite l'analyſe de fon ouvrage ;
prix 24 fols. Le public eſt invité à confultet
ce tableau de l'histoire. On ne prendra
point d'élève après l'âge de 18ans.
MUSIQUE.
:
I.
Avertiſſementausujet desprixde Muſique ,
proposés dans le premier volume de Juil.
letdernier.
On aexigé dans l'annonce de ce prix,
qu'il y eût au moins un choeur en fugue ,
tant dans le motet que dans l'Ode miſe
en muſique; mais ſur les repréſentations
de quelques perſonnes , on s'eſt déterminé
àreſtreindre cette condition au motet
feul ; il ne fera pas néceffaire qu'aucun
des choeurs de l'ode ſoit en fague. Les
autres conditions font d'ailleurs les mêmes.
I I.
Mufette nouvelle & perfectionnée
Le ſieur Luzzi , facteur d'inſtrumens ,
a trouvé le moyen de perfectionner la
mufette , de luidonner lefonde la clari.
nette & de la voix humaine , & de la
SEPTEMBRE 1768. 135
rendre docile au goût de l'exécuteur : on
peut imiterdeſſus la vivacité & lanetteré
du coup de langue comme dans la flûte
Haverfiere , ou le hautbois; y exécuter
destraits vifs&détachés ,& terminer les
finales par un jeu précis&coupé.
Cette muſette ſe joueà volonté , avec
bourdon ou fans bourdon .
Le ſieur Luzzi demeure rue Mazarine ,
proche le carrefour de Bafli.
III.
Les petites recréations de la campagne ,
xlivre , contenant vi duetti à deux violons
, par-deſſus , ou Mandolines; compofte
da Varri autori. On peut les exéeuter
fur la flûte , les faiſant accompagaer
d'un violon. Prix 2 liv. 8 fols.
Aux adreſſes ordinaires de muſique ,
avec privilége du Roi.
I V.
Troisfonatines à deux mandolines ou
violons, par Antoine Teleſchi ; prix i liv.
10 ſols , aux adreſſes ordinaires.
GRAVURE.
I.
LES Solon & les Diofcoride chez les
Grecs ,non contens d'avoir obtenu par
134 MERCURE DE FRANCE.
les compoſitions ingénieuſes de leur gravure
l'eſtime des amateurs des beaux
arts , cherchoient à mériter leur reconnoiſſance
, en leur offrant les traits des
artiſtes chéris de la nation . M. Cochin
à leur exemple conſacre une partie de
ſes loiſirs à nous tracer au crayon les por
trairs de nos plus célébres artiſtes . Cette
ſuite déjà très précieuſe vient encore d'être
enrichie du portrait en médaillon de
notre fublime peintre en muſique , M.
Mondonville ; & d'un autre portrait aufli
en médaillon de M. Cars , graveur du
Roi , & bien connu des amateurs par les
belles eſtampes qu'il a gravées d'après
François le Moine. Ces deux portraits
deſſinés avec tout l'eſprit poſſible font
du format in - 8 ° , & ont été gravés avec
beaucoup de ſoin & d'intelligence par
M. Auguſtin de Saint-Aubin. On les
trouve chez lui , rue des Mathurins au
petit hôtel de Clugny , & aux adreſſes
ordinaires de gravure.
Le même graveur publie auſſi depuis
quelque tems le portrait de feu M. Languet
de Gergy , curé de Saint-Sulpice.
M. de Saint-Aubin l'a deſſiné & gravé
d'après le beau buſte fait en 1748 , par
M. Caffiery , fculpteur du Roi. Le prix
de chacunde ces portraits eſtde 1 liv.46.
SEPTEMBRE. 1768. 135
:
II.
RECUEIL DE PLANCHES SUR LES
SCIENCES , ARTS , MÉTIERS , MANUFACTURES
, &c. Cinquieme li
vraiſon faisant lefixieme volume de ce
recueil.
Ce ſixieme volume renferme les planches
avec une explication détaillée des
objets les plus intéreſſans des trois regnes
de l'hiſtoire naturelle. Il contient deux
cens quatre vingt- quatorze planches :
c'eſt-à dire , qu'il excede les volumes
précédens de quarante- quatre planches :
il a exigé beaucoup plus de ſoins & de
dépenſe ; c'eſt pourquoi on a été forcé
d'en augmenter le prix . Il vaut pour les
ſouſcripteurs 72 liv . en feuilles , & 73 liv.
10 f. broché. Pour ceux qui n'ont pas
foufcrit ce volume coute 120 liv. Le
nombre prodigieux de gravures , les re.
cherches faites ſur toutes les parties des
ſciences & des arts , la collection précieuſe
de ce que la nature & l'induſtrie
offrent de plus curieux & de plus rare ;
la commodité d'avoir reuni en un petit
nombre de volumes , tout ce que le génie
dans tous les tems , a inventé pour
136 MERCURE DE FRANCE.
nos beſoins & nos plaiſirs , tout.concourt
à rendre ce recueil un des plus beaux
monumens de notre littérature & de
nos arts.
Les ſouſcripteurs font priés de retirer
ce volume qu'ils trouveront chez Lebreton,
imprimeurdu Roi , rue de la Harpe ,
& Briatlon , libraire rue Saint-Jacques.
,
LETTRE de M. de Lalande , fur la
Manufacture royale d'horlogerie, établie
àBourg en Breffe.
Ily a quelques années que M. de Villeneuve
, aujourd'hui lieutenant- civil à
Paris , étoit intendant des provinces de
Bourgogne & Breffe. Il s'occupoit alors
avec le zèle & l'intelligence d'un grand
magiftrat de tout ce qui pouvoit contribuer
au bien des peuples qui lui étoient
confiés ; & il étoit ſecondéde la maniere
la plus efficace , parM. Vincent , premier
ſyndic général du tiers état de la province
de Breffe , le citoyen le plus inſtruit , le
plus laborieux & le mieux intentionné
qu'il foit poſſible d'imaginer. Parmi tous
les projets qui paroiſſsient devoir tirer
EPTEMBRE. 1768. 137
cepays de fon ancienne & profonde léthargie
, un des meilleurs parut être celui
d'une manufacture d'horlogerie. La ville
de Bourg eſt ſituée aſſez près de Genève
pour pouvoir participer aux avantages
qui ont rendu ſi vaſte le commerce d'hor
logerie dans cette république ; &les fre-
FeSCASTEL qui s'y étoient retirés , après
avoir travaillé avec ſuccès dans Paris ,
étoient en état de diriger efficacement
l'exécution de ce projet.
Cela étoitd'autant plus important pour
l'état,que l'on eſt infecté,dans toutes les
provinces , de montres de Genève , vendues
à la groſſe , faites fans ſolidité ni
préciſion , que l'on donne à vil prix , parce
que le travail en eſt plus vil encore , &
dont on fe plaint fans ceſſe, quoiqu'on
ne ceffe d'en acheter; la France ne pouvant
en fournir affez dans le commerce.
La province de Breſſe ayant fait les
premiers fonds , on a conſtruit les bâtimens
néceſſaires pour l'établiſſement ; on
a pris des élèves , au nombre de plus de
trente , à qui l'on donne tous les motifs
imaginables d'encouragement ; on a fait
venir des ouvriers néceſſaires pour les
conduire ,des finiffeurs ,des cadraturiers:
quelques années ſe ſont paffées dans les
premierseffortsde l'établiſſement. Mef-
2
I138 MERCURE DE FRANCE.
ſieurs.Caſtel ſe ſont aſſociés MM. Goif
fon , horlogers de Bourg , qui revenoient
également de Paris , où ils avoient fait
leur apprentiſſage , & , tous enſemble ,
ont continué de coopérer au bien général
de la nouvelle manufacture .
MM. Caſtel , conjointement avec M.
Vincent de Montpetit ( connu par ſes talens
dans la peinture éludorique) avoient
conſtruit diverſes machines propres à arrondir
les dentures , à faire les piliers ,
les barillets , & d'autres parties de mon
tres ; ils ont perfectionné ces inſtrumens
de maniere à faire eſpérer , dans la fabri
cation des montres , une célérité extraor
dinaire & une préciſion bien ſupérieure
àcelle de tous les ouvriers ordinaires. On
ſçait que les Anglois & les Genevois ont
tiré de leurs machines les plus grands ſe
cours ; les uns pour la perfection, les autres
, pour la promptitude de leurs ouvra
ges : ceux dont je parle eſpérent réunis
l'une & l'autre.
Enfin , le roi , inſtruit par M. Amelot,
intendant actuel de la province , des progrès
&de l'état de cette nouvelle manu
facture , a bien voulu la décorer du titre
de Manufacture royale & des privileges
qui y font attachés.
C'eſt dans de pareilles circonstances
SEPTEMBRE. 1768. 139
que les directeurs de cette manufacture
ſe croient au moment de devoir annoncer
au Public les efforts qu'ils ont faits
pour le ſervir , & les conditions auxquelles
chacun peut s'adreſſer à eux.
aboë
Les montres d'or , ſimples , dont les
boëtes font gravées ſur les bords , feront
de 12 louis , & les repétitionsde 24 .
Lesmontres d'argent , ſimples ,
tes unies ,gravées ſur les bords , feront de
6louis,&les repétitions en argent , de 18.
Ceux qui defireront des montresà ſecondes
, des montres à quantiemes , des
échapemens à repos de différentes conftructions
, tels que l'échapement à cylindre
de Graham , celui de M. le Paute ,
&c. pourront les demander , & ils ſeront
ſervis à ſouhait. Il en ſerade même de la
partie des ornemens &du goût. La manufacture
fournira des boëtes garnies de
diamans , émaillées , gravées , cizelées ,
guillochées ; il eſt difficile d'établir des
prix fur ces différens objets. La ſeule choſe
que les directeurs peuvent promettre
au Public , c'eſt de mettre plus d'exactitude
& de préciſion dans leurs ouvrages
qu'on n'en met à Geneve , & de les donner
à un prix beaucoup moindre que l'on
ne fait dans Paris , à pareil degré de mé
rite.
140 MERCURE DE FRANCE.
un
Cet établiſſement allant toujours en
croiffant , l'on eſt en état de propofer, aux
ouvriers qui voudront y travailler ,
parti avantageux ; ils y feront payés comme
chez les meilleurs maîtres de Paris ,
quoique dans un pays où tous les beſoins
de la vie font à beaucoup meilleur marché.
Ils y trouveront même une reffource
&un objet d'émulation bien rare dans
une pareille maiſon ; c'eſt un profeſſeur
de mathématiques que je connois perfonnellement
, &dont je puis garantir les
talens ; il a formé pluſieurs élèves pour le
génie ; il a pour les méchaniques un goûr
particulier , & il eſt en état de guider les
praticiens dans les ſpéculations de leur
art , d'une maniere qui ne pourroit que
leur être très-avantageuſe.
L'attachement que j'ai pour ma patrie,
autant que l'intérêt général de la France ,
me porte à inſtruire le Public , d'un établiſſement
unique en France juſqu'à ce
jour, qui deviendra d'autant plus utile
qu'il feraplus connu , &qui peut procurer
àla France un accroiffement très- ſenſible
dans cette branche de commerce.
QUESTION.
Quelle feroit la méthode la plus proSEPTEMBRE
1768. 141
.
pre à découvrir , à développer & à exciter
le goût & les talens d'un élève , pour
les arts , les ſciences , & les différens
états de la vie , en l'amusant , & fans
l'aſſujettir à aucune étude pénible ?
QUESTION proposée dans leMercure
d'août , ſçavoir , Si l'inſtitution des caftes
ou tribus , établies dans l'Orient , eftpoliti
quement bonne , & s'il feroit avantageux
dans tous les états defixer ainſi chaque citoyen
à la condition defes peres .
RÉPONSE.
S'il étoit poſſible que chaque homme
ſe ſuffît à lui-même & pourvût à tous fes
beſoins , par fon travail ſeul & fans le
ſecours des échanges &des ſervices d'autrui
, il n'y auroit point de ſociété , même
au milieu de la ſociété.
Il ne ſe peut que le même homme exploite
la mine , fonde le fer , forge des
outils , fabrique des étoffes , taille des
pierres , façonne un meuble , laboure la
terre , &c. il faut que les différens gentes
de travaux ſe partagent & qu'il s'établiſſe
différentes profeſſions.
142 MERCURE DE FRANCE.
La diſtribution naturelle des matieres
donna , ſans doute , aux législateurs des
Indes & de l'Egypte , l'idée de l'inſtitution
des caſtes. Il y avoitdes laboureurs ,
il falloit qu'il y en eût : rendre leurs familles
cultivatrices à perpétuité , n'étoitce
pas perfectionner & fixer à perpétuité
l'ordre naturel ? Il n'y a pas plus d'abfurditédans
ceraiſonnementt qu'à dire
puiſque la nature veut que tout le monde
vive , elle veut auſſi que le grain ſoit
àbas prix.
, que
Je croirois encore volontiers que ces
philoſophes - rois ſe perfuaderent que le
droit de travailler ou de vivre étoit un
droit royal , & que tout , dans un empire
étant fait pour le chef, comme tout dans
l'univers eſt fait pour l'homme , la répartition
des emplois n'étoit qu'une diſtribution
de graces abandonnée au libre arbitre
du ſouverain . Cette conjecture n'eſt
pas ſans fondement ; car dans l'Inde &
ailleurs les ſujets n'étoient que les fermiers
, les commis , les employés , les
valets de leurs ſouverains.
Ainſi ces législateurs aſſignerent généreuſement
aux enfans pour héritage l'ufu-
Fruit ou plutôt l'uſage des outils de leurs
peres. Je ne ſçais s'ils penſerent avoir
implicitement engagé la nature à tranfSEPTEMBRE
. 1768. 143
mettre de générations en générations , les
mêmes talens & les mêmes goûts dans
les familles : c'eſt un doute qu'il eſt peutêtre
poſſible d'éclaircir dans les pays où
les fils des maîtres ſont admis dans les
corps de métiers , ſans être aſtreints à
prouver leur capacité , comme les étrangers.
Quels bons effets ces fages pouvoient
ils ſe promettre de l'immutabilité des
conditions ? que chacun recevroit l'éducation
propre de ſon état & qu'on en
prendroit de bonne heure les ſentimens ;
que l'ambition des citoyens ſeroit renfermée
dans la ſphère de leur claſſe , &
qu'elle accélereroit infailliblement les
progrès des arts; que les états ne ſe confondroient
point , que la fubordination
ſe maintiendroit , & que le luxe ſeroit
aiſément borné par des réglemens. Ces
conſidérations m'avoient preſque ſéduit
autrefois, je m'en repens. Il m'eſt prefque
échappé d'écrire qu'elles justifioient
L'inſtitution des caſtes , je le retracte.
L'autorité humaine eſt eſſentiellement
circonfcrite par les droits de la liberté ;
elle eſt ufurpation & tyrannie lorſqu'elle
paſſe ces bornes. Si un citoyen n'a pas
le choix des moyens honnêtes de gagner
fa vie (j'appelle moyens honnêtes tous
144 MERCURE DE FRANCE.
ceux qui ne bleſſent point ledroit nare
rel d'autrui ) il eſt privé de l'uſage le plus
précieux de la liberté , car de ce choix
dépendent ſa fortune , fon repos , fon
bonheur , fon exiſtence.
Comment la loi qui ne diſtribue pas
les talens , pourroit- elle régler & déter.
miner l'emploi des hommes juſqu'à la
poſtérité la plus reculée ? Que le légiflateur
le demande , s'il eſt en ſon pouvoir
de faire à ſon gré un bon peintre , un habile
négociant , un brave foldat : s'il ne
le peut , comment oſe - t - il affecter au
hafard àtelle on telle famille, les armes,
le négoce , la peinture ? Il eſt évident
qu'il déplacera les talens , qu'il étouffera
l'émulation , qu'il énervera l'induſtrie ,
qu'il arrêtera les progrès des arts , qu'il
bouleverſera les élémens de la ſociété , à
moins que la nature ne lui confie le ſecret
ou ladiſtribution de ſes dons. Il veut faire
un monde avec de la matiere & du mouvement
, il ne fait qu'un chaos.
Dès que la loi par une aveugle toure-
puiſſance , diſpoſera immuablement
de la condition des citoyens , l'adminiſtration
de la justice ſera déposée
dans des mains faites pour manier l'épée;
la ſubſiſtance des hommes appellés par
leurs facultés perſonnelles à des travaux
particuliers ,
SEPTEMBRE. 1768. 145
コ
1
particuliers , fera envahie & dévorée par
l'inhabilité & l'ignorance ; une foule
d'hommes qui , ſi leur vocation avoit été
remplie , auroient rendu des ſervices à
l'état, deviendroient , par une fauſſe combinaiſon
, des ſujets inutiles ,de mauvais
citoyens ; celui qui auroit trouvé mille
reſſources pour exiſter agréablement ,
n'en aura point pour exiſter , parce qu'il
n'en aura qu'une ; il ſera condamné à
la mortpar la loi & pour le crime de la
loi : confuſion générale .
Il n'y a point d'autre politique que la
justice , & le corps de la nation n'a pas
d'autre intérêt que l'intérêt particulier.
Parce que chacun eft en droit& peut- être
dans la néceſſité de gagner ſa vie , de la
maniere qu'il lui conviendra le mieux ,
fans nuire à autrui , il eſt du devoir du
fouverain , & il eſt avantageux pour l'état
, de tenir toutes les voies du travail ,
de la fortune , du bonheur , ouvertes ,
applanies , libres de toutes parts à l'induſtrie&
à la circulation des talens.Voyez
les effets des réglemens de nos communautés
d'arts & métiers , effentiellement
contraires à cette regle infaillible. En
exigeant du pauvre qu'il paye le beſoin
qu'il a de travailler , ils le réduiſent à
G
146 MERCURE DE FRANCE.
l'impuſſance de travailler & à l'indigence;
fource d'oiſiveté , de mendicité , de
brigandage. En mettant à haut prix la
participation au privilége exclufif , ils
dérobent au mercénaire plus intelligent
que le maître , le fruit de ſon habileté ;
l'ouvrier s'expatrie & l'art dégénere. En
accumulant les frais d'apprentiſſage& de
réception , les taxes , les charges de toutes
les eſpéces ſur le droit de maîtriſe ,
enbornant la concurrence, en favoriſant le
monopole , en captivant l'induſtrie , ils
ajoutent un furcroît de prix exceffif au
prix naturel des ouvrages , impôt que la
pation paye , & que l'étranger refuſe de
payer , d'où naît la langueur des arts &
du commerce. Si nos corporations ſont ſi
funeſtes , que fera ce donc des Caftes
?
La loi ne peut juger de la quantité
d'hommes qu'il eſt poſſible & utile d'employer
à chaque profeffion ; ce nombre eſt
déterminé par le beſoin & les moyens de
la nation : & le beſoin & les moyens varient.
Lorſqu'on ne veut pas être plus
ſage que la nature ,& plus éclairé que l'intérêt
particulier , les chofes ſe mettent
d'elles-mêmes en équilibre, les profeſſions
comme les marchandises & les denrées ;
SEPTEMBRE 1768. 147
on fouille la mine tant qu'elle paye le
travail avec uſure ; on ferme la carrière
lorſqu'elle ne reſtitue plus les frais. Le
ſpéculateur a toujours un thermometre
infaillible , la conſommation . Si la marchandiſe
ſe vend bien , les marchands
abondent ; fi elle manque de débit , leur
nombre diminue en proportion , ſans que
la loi s'en mêle : il en eſt de même de toutes
les eſpéces de productions & d'arts .
Mais ſi le légiſlateur qui n'a , ni ne peut
avoir la meſure journalière des beſoins &
des moyens , s'aviſe de déterminer le volume
de chaque claſſe , ſans qu'il puiſſe ,
ſuivant les circonstances être augmenté&
diminué , tous les rapports font détruits
plus d'harmonie , plus de balance , plus
d'équilibre. Là il y aura furabondance
ici rareté , dans chaque claſſe excès ou
défaut , miſere & calamité de toutes
parts , nulle reſſource dans la profeſſion
furchargée ; il y a un peuple de miférables
, la loi les égorge. Par la dépopulation
d'une autre claſſe , la nation ſouffre
un renchériſſement de marchandiſes ou
de ſervices , ſuivi de mille inconvéniens ;
la loi la ſacrifie à quelques citoyens. Et
ſi c'étoit malheureuſement la claſſe agricole
, qui ne fût pas aſſez conſidérable
,
Gij
1.48 MERCURE DE FRANCE .
pour fournir des ſubſtances à la popula
tion , & des matieres premieres aux arts ,
la loi auroit ſemé dans tout l'empire la
langueur , la faim , la mifere , la rage &
la mort.
,
C'eſt ſur cette derniere claſſe , la pre.
miere de toutes par l'utilité , que doit
veiller le gouvernement , non pour taxer
le nombre de ſes agens qui ne peut pas
être plus taxé que la fertilité de la terre
mais pour protéger , honorer , exciter ,
promouvoir l'art par excellence , qui feul
établit les rapports entre les moyens &
les beſoins , les hommes & les travaux
de tout genre. La dépenſe de la nation
eſt en raiſon de ſon revenu , la population
en raiſon des ſubſiſtances , la fomme
des arts en raiſon des matieres premieres
, des ſubſiſtances & du revenu
libre & diſponible , produits de la culture.
La vérité eſt démontrée ; abrégeons. Il
feroit aifé de prouver que ces tribus dif.
tinguées par des priviléges excluſifs , font
comme autant de tourbillons particuliers
qui mûs en ſens contraires ſe croiſent ,
ſe heurtent , ſe briſent réciproquement ,
&détruifent l'ordre ſocial . Nos commu
nautés d'arts & de métiers ſont ſans ceſſe
SEPTEMBRE 1768. 149
en procès les unes avec les autres ; les
Caſtes feront donc entr'elles dans une
éternelle guerre. Elles n'auront que l'ambition
de ſe nuire , de ſe ſupplanter , de
s'opprimer mutuellement. Auſſi les voiton
aux Indes ſe haïr, s'abhorrer & ſe traiter
comme de mortels ennemis , au point
que ceux des Caſtes hautes aſſaſſinent
de ſang- froid , pour s'amufer & exercer
leur adreſſe , les malheureux des Caſtes
inférieures qu'ils appellent infâmes , comme
s'il y avoit d'autre infamie que celle
du crime. Comment auroient- elles d'autres
ſentimens , avec des moeurs , des
manieres , des goûts , des ſoins , des préjugés
, des privileges , des intérêts différens
ou oppoſés à jamais& de tous les
temps ? Est-ce une nation , eſt- ce un corps
de nation , que cet amas de peuples féparés
depuis leur origine , ſéparés juſqu'à
leur extinction par des barrieres infurmontables
? Est- ce une loi que ce qui déſunit
, déchire & diſſout ainſi la fociété?
Par M. l'Abbé Roubaud.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
Exemples & traits de bienfaisance.
I.
L'agriculture le premier & le plus néceffaire
des arts , a beſoin d'être encouragé
, & ne peut l'être plus puiſſamment
que par l'exemple d'un Prince bienfaifant
quihonore le travail du cultivateur.
C'eſt le ſpectacle intéreſlant &, nous pouvons
le dire , édifiant que Monſeigneur
le Dauphin vient de donner le 15 Juin
dernier. Ce Prince choiſit pour ſa promenade
un champ qu'on labouroit ; il contempla
la manoeuvre ſimple & néceſſaire
par laquelle on rend la fécondité à la
terre qui demande ce ſecours. Il examina
enfuite la méchanique de la charrue ; il
raifonna fur fon uſage ſi utile. En pallant
bientôt de la théorie à la pratique , Monſeigneur
le Dauphin voulut auffi être
laboureur ; il le fut , & fe montra maître
dans cet exercice , auquel la nature
ſemble porter & former l'homme. Ce
Prince traça avec autant de force que d'adreſſe
un fillon non moins profond ,
& auffi bien dirigé que les ſillons parallèles.
Les ſpectateurs ne purent retenir
SEPTEMBRE 1768. 15.1
leurs applaudiſſemens & leur raviffement.
Le laboureur étonné , marquant
ſa joie & fon admiration , reprit avec
tranſport le timon de ſa charrue ennoblie
par les mains auguſtes qui venoient de la
conduire.
I I.
Monſeigneur le Dauphin avec les
Princes ſes freres ſuivoient la chaſſe : on
entend fonner la mort du cerf. Les Princes
par un empreſſement naturel , s'écrient
voilà thalaly , courons , courons : on
court , & le cocher , pour abréger le chemin
, veut couper par un champ de blé.
Monſeigneur le Dauphin s'en apperçoit ,
ſe précipite à la portiere , donne ordre
d'arrêter , &de changer de route . Ce bled ,
dit ce Prince , ne nous appartient pas ,
nous ne devons point l'endommager. On
obéit. Monfeigneur le Comte d'Artois
frappé de ce cri d'un cooeur bienfaiſant ,
manifeſte auſſi des ſentimens généreux ,
en regardant fon frere avec attendriflement&
s'écriant , Ah ! que la France doit
Seféliciter d'avoir un Princefijuſte !
,
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Extrait d'une lettre d'AMBOISE du 10
Août 1768 .
Un pauvre cultivateur eſt mort dans
ce pays , après une maladie de trois
jours ; il a laiſſé une femme dans la mifere
avec quatre enfans en bas âge ; cette
femme tombe malade peu de tems après ;
& fuit fon époux au tombeau. La famille
s'affemble & ſe partage les trois enfans
les plus âgés ; mais perſonne ne veut
ſe charger du quatriéme âgé de quatre
mois. On députe un des parens pour aller
confulter un eccléſiaſtique vertueux
qui , dans un château voifin , préſide à
l'éducation de deux enfans auxquels un
père éclairé , rempli de religion , demeurant
à Paris , n'a pas voulu laiffer
reſpirer l'air dangereux de la capitale.
L'eccléſiaſtique ne voit d'autre refſource
que d'envoyer le malheureux orphelin
à l'Hôtel- Dieu de Blois , ou aux
Enfans-trouvés de Tours : mais l'un de
ſes élèves , âgé d'environ douze ans ,
témoin de la confultation & de la réponſe
, s'écrie : je me charge de l'enfant ,
allons le voir. Son gouverneur lui repréſente
, pour l'éprouver , que ſes moyens
ne pourront fuffire à la dépenſe , & que
SEPTEMBRE. 1768. 153
d'ailleurs M. fon pere eſt déjà accablé
d'une multitude de pauvres. » Quoi, mon
» bon maître , répond-il avec vivacité ,
>> ce laboureur , qui vient vous confulter
» avec la plus grande confiance , & qui
>> peut à peine faire vivre une mere in-
>> firme , trouve dans ſa miſére des ref-
>> ſources pour ſe charger d'un de ces
>> malheureux orphelins , & moi fils d'un
>> pere riche , je n'en trouverois pas pour
>> ſecourir ce petit enfant encore plus in-
> fortuné ? Je facrifierai avec la plus
>>>grande fatisfaction tous mes menus
>>plaiſirs , & je demanderai à mon bon
>> papa une culture pour fournir aux be-
ود ſoinsdu petit innocent : partons pour
>> raſſurer au plus vite ſa famille. » On
court auſſi-tôt , on arrive à la cabanne ,
on trouve l'enfant; il tend ſes petits bras
vers fon bienfaiteur , il le careſſe ; on eût
dit que le ciel le lui déſignoit. Le jeune
homme l'embraſſe de tout ſon coeur , &
dit aux plus proches parens : " n'ayez
>> plus d'inquiétude ſur cet enfant , je
>> m'en charge , il eſt à moi ; cherchez
>> une bonne nourrice le plus près
>> que vous pourrez du château , je veux
>> être à portée de veiller à ſes beſoins . «
Depuis ce tems il n'eſt occupé dans
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
fes récréations que de fon charmant enfant
qu'il appelle fon fils. Il entre dans
le détail de tout ce qui lui est néceſſaire
, & le lui fournit avec une joie extrême
, c'eſt là ſa grande récréation après
l'étude. Que ne doit on pas attendre de
ce jeune- homme bien né ? Il ſera ſurement
digne de fon pere , que l'on peut
appeller le modéle de la bienfaiſance.
ANCIEN USAGE.
Rien n'a plus varié que la forme de
I'habillement , & la mode a dans tous les
fiécles aſſujetti l'homme à fon inconftant
&deſpotique empire. Par exemple , combien
de changemens & de forts différens
la barbe n'a-t-elle pas éprouvés ; l'art n'a
point autant diverſifié la tonte des arbres
que celle de la barbehumaine. Il a été un
tems que la barbe étoit regardée comme
un luxe condamnable .
Un évêque de Séez , zélé prédicateur en
1105 , prêcha avec tant de vehemence contre
les longues barbes &les longues chevelures
, qu'il convertit Henri ler Roi
d'Angleterre , préſent à ſon ſermon. Ce
monarque donna un exemple public &
prompt de fon repentir , en confentant
SEPTEMBRE 1768. 155
d'être raſé ſur le champ par le prédicateur .
Ce qui fut imité par le reſte de l'auditoire.
Le cardinal d'Angennes ayant été nomméen
1556 à l'Evêché du Mans , on ne
voulut pas l'admettre avec ſa longue barbe
qu'il n'étoit pas alors d'uſage de porter
, & il fut obligé , pour la conferver ,
d'obtenir des lettres de juſſion .
JEU RENOUVELLÉ
La citation ſuivante , tirée des nouvelles
de Michel Cervantes , fait voir
que le jeu de cartes , appellé le vingt un ,
& fi fort à la mode aujourd'hui , eſt trèsancien
, puiſqu'on le jouoit déjà en Efpagne
vers la fin du ſeiziéme ſiècle .
>> Je choiſis ces cartes avec leſquelles
» j'ai gagné ma vie dans les cabarets & les
>>hôtelleries en jouant au vingt-un. Quoi-
» que vous les voyez ſi graſſes & fi mal
>>traitées , elles ont tant de vertus pour
>> celui qui les entend , qu'il ne coupera
>>jamais fans prendre un as deſſous . * Pour
* Les Eſpagnols donnent les cartes
mençant par celles de deſſous .
,
en com-
:
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
>>
» peu que vous connoiſſiez ce jeu , vous
comprendrez aisément quel avantage
>> il y a d'avoir toujours à la premiere car-
>> te , un as qui peut compter un point
» & onze point ; de forte qu'avec cette
>>>carte on eſt aſſuré de faire venir l'ar-
>> gent dans la poche. Michel Cervantes ,
troisième nouvelle , Rinconet & Cortadille,
ANECDOTES.
I.
Un payſan s'étoit vu enlever une portionde
terre par un moine qui régifſoit
la ferme d'une abbaye. Il vint trouver le
Procureur du monastère , & le pria de
lui faire rendre ſon champ ; » Je n'ai en
» cela aucune autorité , reprit le Procu-
» reur , il faut en parler au Prieur ». Le
Payſan s'adreſſe donc à ce dernier , qui
le renvoya au Provincial. » Cette affaire ,
>> répond celui- ci , paffe mon pouvoir ;
>> elle doit être décidée dans un chapitre
» général. Eh ! quoi , s'écrie alors le
payſan , il n'a fallu qu'un moine pour
prendre mon champ , & ilfaut toute la communautépour
le rendre ?
SEPTEMBRE 1768. 157
II1I.
L'abbé Pellegrin , auteur de la tragédie
de Pélopée , ſe promenant au Luxembourg
avec un de ſes amis , vit devant
lui une feuille de papier qui contenoit
un modéle d'écriture , ſur lequel il n'y
avoit que des P. L'ami ramaffe cette
feuille , & dit à l'abbé , devinez ce que
veulent dire toutes ces lettres. C'eſt , répondit
l'abbé , la leçon qu'un maître à
écrire a donnée à ſon éléve , & que le
vent a fait voler à nos pieds. Vous vous
trompez , dit ſon ami : voici le ſens de
cette longue abréviation ; tous ces P fignifent
, Pélopée , Piéce Pitoyable , Par Pellegrin
, Poëte , Pauvre Prêtre Provençal.
III.
Les comédiens promettoient depuis
long-tems une pièce nouvelle où la vertu
étoit perſonnifiée. Le public impatient
la demandoit tous les jours. Pourquoi
donc ne la repréſentez- vous pas , dit une
dame à un comédien ? Nous ne pouvons ,
lui répondit-il , la donner avant fix femaines
, parce que mademoiselle *** qui
eſt chargée du rôle de la vertu , vient
d'accoucher.
د
158 MERCURE DE FRANCE.
IV.
On demandoit à M. de V. archevêque
de Paris , commentil avoit pû faire pour
conſerver toujours la paix avec ſon chapitre
; c'est quej'ai toujours eu pour maxime
, répondit ce prélat , qu'il n'y a
que les maris de village qui battent leurs
femmes.
V.
Une femme avare n'eſt guères ſuſceptible
d'aucune autre forte d'attachement.
L'exemple qui ſuit le prouve. Il fait voir
en même temps , qu'il eſt facile de ſe
méprendre ſur les ſignes de la mort. Il y
a au plus deux mois qu'un aubergiſte des
environs de Phalsbourg tomba en léthargie.
On le crut mort , & au bout de
quelque tems on l'enſevelit. Sa femme ,
tout en pleurant , s'apperçut qu'on avoit
employé à cet effet un drap tout neuf
& trés fin . Ce drap , dit- elle , eſt trop
beau pour un mort ; il ſervira beaucoup
mieux à moi qui fuis vivante. Elle
avoit dans ſa maiſon un habit d'Arlequin
qu'une troupe de bateleurs lui avoient laiffé
pour payement à leur paſſage. Elle s'enferme
dans la chambre du mort , décou
SEPTEMBRE 1768. 159
1
:
vre le cercueil , reprend ſon drap , habille
le cadavre en farceur , & à cela près ,
retablit les choſes dans leur premier état .
L'heure du convoi étant arrivée , quatre
hommes emportent la bierre fur leurs
épaules , felon l'uſage du pays. Le prétendu
mort ſe reveille de ſa léthargie ,
s'agite , ſe débat. Les porteurs s'effrayent.
Ils laiſſent tomber le cercueil , qui ſe
brife , & l'on en voit forrir un arlequin .
NOMS CÉLÉBRES.
Nous nous proposons de faire connoître
, autant qu'il fera poſſible , les perfonnes
célèbres de toutes les nations , que la
mort enlevé à la ſociété. C'est un hommage
que nous devons aux grands talens , aux
vertus héroïques , aux fervices rendus à
l'humanité ; & nous ofons espérer que les
familles , l'amitié ou la reconnoiffance
voudront bien , dans l'occaſion , nous mettre
à portée de donner des détails intéreffans.
THOMSON , poete Anglois.
THOMS HOMSON eſt connu , en France ,, par le
160 MERCURE DE FRANCE.
poëme des taiſons , dont la traduction a
paru , il y a quelques années ; on feroit ,
ſans doute , bien aiſe de connoître plus
particulierement l'auteur , & de ſçavoir
quels font les autres ouvrages qu'il a compoſés
; un abrégé de ſa vie auroit fatisfait
ces deux objets ; on l'attendoit du traducteur
; nous nous empreſſons du fuppléer
à fon omiffion , perſuadés que le Public
nous en ſçaura quelque gré .
Jacques Thomfon étoit le fils d'un miniſtre
Ecoffois ; il naquit , le 11 Septembre
en 1700 , à Ednam dans le comté de
Roxburg ; il donna , de bonne heute , des
marques de génie , qu'on difcernoit facilement
à travers les imperfections de
ſes premiers eſſais. Ses parens le deſtinerent
à l'état eccléſiaſtique ; ils l'envoyerent
à l'univerſité d'Edimbourg . La mort
de ſon pere interrompit ſes études pendant
quelque tems ; ce ne fut pas fans
peine qu'il trouva les moyens de les continuer;
ſa famille étoit nombreuſe , & fa
fortune très-médiocre. Il ſe diſtingua par
fon génie ; quoique le goût de la poëfie
fût alors général en Ecofle , il n'y trouva
pas des encouragemens ;le goût avoit fait
peu de progrès parmi ſes compatriotes;
:
SEPTEMBRE 1768. 161
ils connoiſſoient les règles ; un ouvrage ,
dans lequel elles étoient obſervées , recevoit
leurs éloges ; capables de difcerner
les incorrections , ils ne ſentoient pas ce
que c'eſt que le feu & l'enthousiasme .
Thomſon méritoit de meilleurs juges ; il
fongea à ſe rendre à Londres ; une petite
circonſtance , qui mérite d'être rapportée,
l'y détermina. Il ſuivoit , depuis un an ,
les leçons de M. Hamilton , qui remplifſoit
la chaire de théologie à Edimbourg.
Ce profeſſeur lui propoſa de s'exercer fur
un pſeaume qui célèbre la puiſſance& la
grandeur de Dieu. Thomson en donna
une explication & une paraphrafe comme
on l'exigeoit ; mais le ſtyle en
étoit ſi élevé & ſi poëtique , qu'il étonna
tous ceux qui l'entendirent. M. Hamilton
lui en fit compliment. Mais , ajouta-
t- il en même temps , ſi vous voulez
être utile dans les fonctions eccléſiaſtiques
, livrez- vous moins à votre imagination
, allez un peu plus terre- à- terre ,
& tâchez de prendre un langage plus ſimple
& qui puiſſe être entendu de tout le
monde.
Thomſon conclut , de cet avis , que
l'état eccléſiaſtique ne lui convenoit pas ;
162 MERCURE DE FRANCE.
il accepta les offres de ſervices que lui fit
une dame de qualité , amie de ſa mere ,
& partit pour Londres. Quoiqu'il ne
comptât pas beaucoup fur ces promeſſes ,
il fut charmé de trouver du moins un
prétexte qui pouvoit fermer la bouche à
ceux qui le regarderoient comme trèsimprudent
d'entreprendre un pareil voyage
tans but, fans protection & fans amis .
Il ſe trouva , pendant quelque temps,dans
une ſituation fort défagréable à Londres .
Son mérite le fit enfin connoître. Dans le
mois de Mars 1726 , il ſe hafarda à publier
fon hiver. Ce poëme eut le plus
grand ſuecès. Le docteur Rundle , qui fut
depuis évêque de Derry en Irlande , rechercha
la connoiſſance de Thomſon , &
ſe lia avec lui de l'amitié la plus tendre ;
il le produifit dans beaucoup de maiſons,
le préſenta au lord chancelier Talbot , &
quelques années après , le lui recomman.
da vivement comme le meilleur compagnon
de voyage qu'il pût donner à fon fils
aîné.
Avant fon départ Thomſon publia le
reſte de fon poëme des ſaiſons. L'été parut
en 1727 ; le printems , en 1728 , &
l'automne en 1730. L'année précédente ,
SEPTEMBRE 1768. 163
il avoit donné ſa tragédie de Sophonisbe,
qui avoit été repréſentée avec les plus
grands applaudiſſemens. En 1727 , il
avoit aufli fait imprimer un poëme à la
mémoire de Newton, qui étoit mort depuis
peu ; dans le même tems il en avoit
écrit un autre , intitulé , l'Angleterre , dans
lequel il exhortoit ſa nationàſe vengerdes
Eſpagnols , qui avoient porté quelques
obstacles à fon commerce en Amérique.
:
Son voyage n'interrompit point ſes travaux
poëtiques ; Thomson , auffi philoſophe
que poëte , fit d'excellentes obfervations
, dont fon jeune compagnon tira
les plus grands avantages ; il le perdit peu
de tems après fon retour en Angleterre.
Le lord Talbot le fit ſon fecrétaire des
brevets , emploi facile qui l'occupoit peu,
&dont les émolumens ſuffifoient à ſes
beſoins . Ii mit alors la derniere main à
fon poëme fur la liberté. La mort de fon
bienfaiteur le replongea dans l'infortune;
il exprima fes regrets de cette perte dans
une élégie très touchante. Il demeura
long tems ſans reſſource & fans emplois .
S. A. R. le prince de Galles lui fit une
penfion , à la follicitation de Mylord Littletton
, qui lui procura , dans la ſuite , la
164 MERCURE DE FRANCE.
place d'intendant des iſles du Vent,qu'il
remplit pendant les deux dernieres années
de fa vie. Il continua de travailler
avec ſuccès ; fa rragédie d'Agamemnon
fut jouće en 1738. L'année ſuivante il en
donna une autre , intitulée : Edouard &
Eléonore , qui ne fut point repréſentée.
Le prince de Galles lui demanda un drame
, qu'il vouloit faire exécuter dans ſon
palais d'été de Clefden. Thomſon fit le
maſque d'Alfred , & ſe fit aider dans cet
ouvrage par M. David Mallet ſon compatriote&
fon ami ; cette production tint
une place parmi les fêtes que le prince
donna , en 1740 , le jour de la naiſſance
de la princeſſe Auguſte , l'aînée de ſes filles
, qui a été mariée en 1764 , au prince
héréditaire de Brunswick .
En 1745 , ce poëte donna encore au
Public Tancrede& Sigifmonde , tragédie
tirée d'une nouvelle de Gilblas ; il finit
auſſi ſon palaisde l'Indolence , poëme allégorique
en deux chants ; ce fut le dernier
ouvrage qu'il publia lui - même. Il
avoit préparé la tragédie de Coriolan , &
il ſe diſpoſoit à la faire paroître au théâtre,
lorſqu'il fut attaqué d'une fiévre violente
, qui le conduiſit au tombeau le 27
Août 1748. Son corps fut déposé dans
SEPTEMBRE 1768. 165
l'égliſe de Richmond , fous une pierre
très - ſimple& fans aucune inſcription .
Quelque mérite qu'ayent , en général ,
les ouvrages de M. Thomſon , ſon poë
me des ſaiſons eſt celui qui a le plus de
réputation ; il eut des amis , & n'eut aucun
ennemi ; il ne prit point de part aux
querelles littéraires de fon temps ; & tous
les partis reſpecterent un écrivain qui ne
difoit du mal de perſonne.
Le lord Littletion & M. Mitchell furent
ſes exécuteurs teftamentaires ; ils
firent jouer le Coriolan , qui eut beaucoup
de ſuccès , & qui rendit une ſomme
conſidérable ; ce produit , & celui de la
vente de ſes manufcrits & de ſes autres
effets , acquitterent toutes ſes dettes , &
le ſurplus fut remis à ſes ſoeurs. En 1762,
on imprima une collection de ſes oeuvres
avec ſes dernieres corrections ; on en fit
deux éditions , l'une en quatre volumes
in - 12 , & l'autre en deux volumes in 4°.
Celle- ci ſe vendit par ſouſcription. On
en deftinoit le profit à l'érection d'un mo
nument , à la mémoire de l'auteur , dans
l'abbaye de Westminster. Son compatriote
M. Patrick Mardock préſida à ces
éditions , & plaça à la tête un précis de fa
yie , dont nous avons extrait celui- ci .
166 MERCURE DE FRANCE.
Le monument qu'on avoit projetté fut
exécuté dans la même année d'une maniere
, à la fois , élégante & ſomptueuſe.
M. Thomſon y eſt repréſenté dans toute
ſa grandeur & affis ; fa main droite eſt
appuyée ſur un livre ouvert , & fon bras
gauche ſur une urne ornée au bas de
quatre figures en relief; d'un côté , on
voit une petite figure aîlée , foûtenantde
la main droite , au-deſſus de l'urne , une
couronne de lauriers .
CAMILLE , Actrice Italienne.
UNE des plus grandes pertes que la
ſcène italienne pouvoit faire eſt celle
qu'elle vient d'éprouver dans la perſonne
de la Dile Jacoma - Antonia Veronese ,
connue ſous le nom de Camille. Née à
Veniſe en 1735 , elle étoit venue en
France en 1744 avec la Dlle Coraline ſa
foeur & leur pere Carlo Veronese , qui a
long-tems joué les rôles de Pantalon ſur
le théâtre italien , & s'y eſt diſtingué par
un grand nombre de pieces , dont la plûpart
eurent le plus grand ſuccès.
Apeine âgéede neuf ans ,Camille debuta,
pour la danfe , le 21 Mai 1744 dans
SEPTEMBRE 1768. 167
un pas de deux , qui faisoit partie du divertiſſement
de Coraline , Esprit folet .
piéce qui , pour lors , étoit extrêmement
à la mode : cet enfant unit , dans cette
danſe , des graces & une expreſſion fort
au deſſus de ſon âge ; dès ce moment elle
fut adoptée par le Public , qui n'a ceſſé
depuis de la chérir , & ne ceſſera de la regretter.
Ses talens ne firent qu'augmenter
avec fon âge , & le burin tranfmit à la
poſtérité ſes graces naïves dans une eftampe
qui la repréſente,avec le Sr Dubois,
dans une des ſcènes du ballet des Enfans
vendangeurs , au bas de laquelle on lit ces
vers ;
Ces deux danſeurs , preſqu'en naiſſant ,
Par leur danſe ingenue embellifſſent la ſcène ,
Et dans l'âge , où l'on ſent à peine ,
Ils expriment tout ce qu'on ſent.
Après avoir , dans un grand nombre de
ballets , attiré tout Paris au théâtre italien
, Camille y débuta pour la comédie
le premier Juillet 1747 , à l'âge de douze
ans , dans le canevas , intitulé : Les deux
Soeurs rivales , que ſon pere avoit compoſé
exprès pour fon début , & dont elle
fit le ſuccès par ſon jeu vif & fpirituel.
Elle accrut encore ſa double réputation de
168 MERCURE DE FRANCE.
comédienne & de danſeuſe dans la co
médie des Tableaux de Panard , qui fir
pour elle ce joli madrigal qui indique ſa
jeuneſſe d'une manière très-flatteuſe.
Objetde nos deſirs , dans l'âge le plus tendre ,
Camille , ne peut- on-vous voir ou vous entendre ,
Sans éprouver les maux que l'amour fait ſouffrir ?
Trop jeune à la fois & trop belle ,
En nous charmant ſitôt , que vous êtes cruelle !
Attendez , pour bleſſer , que vous puiſſiez guérir .
Un volume fuffiroit à peine pour recueillir
tous les jolis vers qui furent infpirés
par les graces de la jeune Camille ,
&qui ſervirent à conſtater ſes talens ;
mais elle les fit connoître d'une maniere
ſupérieure après la retraite de ſa ſæoeur , &
merita pour lors la réputation d'actrice
du premier ordre dans le Fils d'Arlequin
perdu & retrouvé , comédie du célèbre
Goldoni , à qui elle fit verſer des larmes
à la repréſentation de ſa propre piéce.
Quoique le ſpectateur fût inſtruit du fort
de fon fils , il étoit impoſſible de ne pas
prendre part àſes craintes, àſes allarmes,
lorſqu'à travers les flâmes elle alloit le
chercher & revenoit ſans l'avoir trouvé ;
ſa voix étoit le cri de la nature ; ſa douleur,
l'expreſſion du ſentiment; ſes ſanglots
SEPTEMBRE. 1768. 169
glots fuffoquoient le ſpectateur attendri ,
que des larmes abondantes foulageoient
à peine; dans les amoursde Camille , les
jalouſies d'Arlequin , les inquiétudes , les
nôces d'Arlequin , elle ne faifoit pas
éprouver un intérêt moins preſſant *.
Rappeller tous les rôles & toutes les piéces
dans leſquelles elle faiſoit les délices
du Public , ce ſeroit multiplier ſes regrets;
la meilleure preuve que nous puiffions
donner de ſes talens , c'eſt ſa modeſtie
toujours inſéparable du vrai mérite ;
fans ambition comme ſans jalouſie , elle
ne connoiſſoit point ces rivalités qui
diviſent preſque toujours ceux de fon
état; ſon caractère ſe peignoit ſur ſa figure
, où l'on voyoit la nobleffe & la franchiſe
, l'eſprit & la gaïré ; elle avoit l'ame
bienfaiſante & le coeur tendre , qualités
preſque toujours inféparables, & fi-la fenſibilité
lui permir quelques foibleſſes, elle
fçût les faire pardonner par la conſtance
de ſon attachement; qualité rare dansune
*Mademoiselle Camille avoit le geſtedu fentiment
, qui ne s'apprendpoint devant un miroir , &
letonde la nature que l'art ne peut donner ; mais
que lecoeur donnequand iill eſtpénétré.
H
1
170 MERCURE DE FRANCE.
ſituation où la multitude des goûts n'énerve
que trop ſouvent la force du ſentiment
, en détruiſant le charme de la délicateffe.
EDITS , LETTRES - PATENTES ,
ARRÊTS .
E
I.
DIT du roi , donné à Marli au mois
de juin , enregiſtré au parlement le 26
juillet dernier , portant établiſſement de
dix nouvelles parties de rentes ; & créa
tion de vingt offices de payeurs , & de
vingt offices de contrôleurs deſdites rentes.
1-18
Arrêt de la cour des Aides, du 23 juin
1768 , qui confirme une ſentence de l'élection
de Châteaudun , par laquelle Joſeph
Lebas, collecteur de la ville deCloye,
pour l'année 1766 , a été condamné à être
blâmé pour prévarications par lui commiſes
pendant ſa collecte , & en cent livres
d'amende envers le roi . s . 1sp
Arrêtde la cour des aides , dus juillet
SEPTEMBRE. 1768. 171
1768 , qui infirme une ſentence de l'élection
de Paris qui condamnoit le heur
Pierre Nicolas Sommé , marchand Orfévre
de cette ville , à être pendu. Faifant
droit ſur l'appel dudit Sommé , le décharge
de l'accufation des faux poinçons
contre lui intentée; lui fait main-levée
des effets & argenterie ſur lui faifis
ainſi que de ſon poinçon de maître ; déboure
Jean-Jacques Prevoſt , adjudicataire
général des fermes , & le ſieur Duruſſel
ſon directeur , de leur demande en
ſuppreſſion des mémoires dudit Sommé ;
condamne Jean - Jacques Prevoſt en fix
mille livres de dommages & intérêts envers
ledit Sommé , & en tous les dépens ;
ordonne l'impreſſion & l'affiche du préfent
Arrêt.
I V. :
Arrêt du confeil d'état du roi , du 7
juillet 1768 , qui autoriſe les bureaux
diocéſains , juſqu'à ce que la prochaine
aſſemblée générale du clergé y ait pourvu
, à répartir ſur les curés & vicaires ,
tant perpétuels qu'amovibles , auxquels
il ſera donné des ſupplémensde portions
congrues en conféquence de l'édit du
mois de mai dernier , les impoſitions
dont il ſera juſte de décharger les gros
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
décimateurs , relativement à la diminution
de leurs revenus , opérée par ces
ſupplémens.
V.
Lettres patentes du roi , données à
Verſailles le 8 juillet dernier , enregiſtrées
au parlement le 17 du même mois ,
qui ordonnent l'exécution de l'édit du mois
de décembre 1764 , des arrêts & lettres
patentes du 21 du même mois , & des
déclarations du roi des 21 juin 1765 &
11 mars 1766 : En conséquence , que les
propriétaires des contrats & effets fufceptibles
d'être liquidés à un denier au- deffus
du denier vingt , qui n'ont point fatisfait
à ce qui a été preſcrit par la déclaration
du 11 mars 1766 , ne pourront
être admis , ſous quelque prétexte que
ce foit , à demander leur liquidation &
remboursement ſur un pied plus fort que
le denier vingr.
V I.
Lettres parentes du roi , en forme d'édit
, données à Compiegne aumois d'août
1768 , regiſtrées au parlement le 17 du
même mois , qui accordent la nobleſſe
aux officiers du Châtelet , après un cerrain
tems d'exercice de leurs fonctions ,
SEPTEMBRE. 1768. 173
ÉVÉNEMENT REMARQUABLE.
Origine & caufe des prétentions des
Diſſidens , en Pologne.
LaA Pologne , proprement dite, ne fut
chrétienne qu'à la fin du Xe fiécle. Boleſlas
, en l'an 1001 de notre ére vulgaire,
fut le premier roi chrétien.
Le grand duché de Lithuanie , vaſte
pays , qui fait preſque la moitié de la Po
logne entiere , ne rec le chriftianiſme
que dans le XVe fiécle , après que Jagel.
lon , grand duc de Lithuanie , eût épousé
la princeſſe Edvige en 1387 , à condition
qu'il feroit de la religion de la princefle,
&que la Lithuanie feroit jointe à la Pologne.
L'héréſie pénétra dans ce royaume
au XVIe fiécle ; il y avoit déjà beaucoup
de ſchiſmatiques Grecs dans la Lithuanie
; la réforme y fit des progrès ; on chercha
les moyens de les arrêter ; on excom
munia tout gentilhomme du rite grec &
dela communion proteſtante ; cette excommunication
les privoitdans les diéres
de voix active & paffive. SigifmondAu
guſte , le dernier des Jagellons, comprit
1
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
que l'oppreffion ne pouvoit faire naître
que des guerres civiles entre des gentilshommes
égaux ; il fit plus , dans la diéte
folemnelle de Vilna , le 16 Juin 1563 ,
il anéantit toute différence qui pourroitjamais
naître entre les citoyens pour cause de
religion. Voici les paroles eſſentiellesde
cette loi devenue fondamentale...
>> A compter depuis ce jour , non- feu-
>>lement les nobles & ſeigneurs avec
>> leurs defcendans qui appartiennent à la
>> communion romaine , & dont les an-
>> cêtres ont obtenu auſſi des lettres de no-
>> bleſſe dans le 1 yaume de Pologne ,
>>mais encore en général tous ceux qui
>> font de l'ordre équestre & des nobles ,
>> foit Lithuaniens , ſoit Ruſſes d'origine,
» pourvû qu'ils faffent profeſſion du chrif-
> tianisme , quand même leurs ancêtres
>> n'auroient pas acquis les droits de no-
>> bleſſe dans le royaume de Pologne ,
>> doivent jouir dans toute l'étendue du
>> royaume , de tous les privileges, liber-
>> tés & droits de nobleſſe à eux accordés,
» & en jouir à perpétuité en commun.
» On admettra aux dignités du fénat &
» de la couronne , à toutes les charges
>> nobles , non - ſeulement ceux qui ap-
>>partiennent à l'égliſe romaine , mais
SEPTEMBRE. 1768. 175
> auffi tous ceux qui ſont de l'ordre
» équestre , pourvu qu'il foient chré-
>> tiens..... Nul ne ſera exclus pourvû
>> qu'il ſoit chrétien.>.>
La diéte de Grodno , en 1568 , confirma
folemnellement ces ſtatuts , & elle
ajouta , pour rendre la loi , s'il étoit poffible
, encore plus claire , ces mots effentiels
: de quelque communion ou confeffion
que l'on foit. Enfin ,dans la diéte d'union
encore plus célèbre , tenue à Lublin en
1569 , diéte qui acheva d'incorporer pour
jamais le grand duché de Lithuanie à la
couronne , on.renouvella , on confirmade
nouveau cette loi.
Après la mort de Sigismond Auguſte,la
république entiere , confédérée en 1573
pour l'élection d'un nouveau roi , jura de
ne reconnoître que celui qui feroit ferment
de maintenir cette paix des chrétiens.
Henri de Valois ne balança pas à
jurer devant le Dieu tout - puiſſant , de
maintenir les droits des diffidens.Ce ferment
de Henri de Valois fervit de mo
dèle à ſes ſucceſſeurs. Etienne ne lui fuc
céda qu'à cette condition. Ce fût une loi
fontamentale & facrée. Tous les nobles
furent égaux par la religion comme par la
nature .
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
C'eſt ainſi , qu'après l'union de l'Angleterre
& de l'Ecoſſe , les pairs d'Ecoffe
prefbytériens ont eu féance au parlement
de Londres avec les pairs de la communion
anglicane. Ainsi , l'évêché d'Ofnabruck
en Allemagne appartient tantôt à
un évangélique , tantôt à un catholique
romain. Ainfi , dans pluſieurs bourgs
d'Allemagne , les évangéliques viennent
chanter leurs pfeaumes dès que le curé
catholique a dit ſa meſſe. Ainſi les cham
bres de Vetzlar &de Vienne ont des afſeſſeurs
luthériens . Ainsi , les réformés
de France étoient ducs & pairs & généraux
des armées ſous le Grand Henri IV.
Un roi de Pologne , nommé auſſi Sigifmond
, de la race de Guſtave Vaſa ,
voulut détruire ce que le Grand Sigifmond
, le dernier des Jagellons , avoit
établi : il étoit , à la fois , roi de Pologne
& de Suéde ; mais il fut déposé en Suéde
par les états affemblés en 1592. Les états
du royaume élurent fon frere Charles ,
qui avoit pour lui le coeur des foldars &
la confeffion d'Augſbourg. Les Jéſuites ,
qui gouvernerent Sigifmond , lui ayant
fait perdre un royaume , le firent haïr
dans l'autre. Il ne put , à la vérité , révo
quer une loi devenue fondamentale, conSEPTEMBRE.
1768. 177
firmée par tant de rois & de diétes ; mais
il l'éluda , il la rendit inutile. Plus de
charges , plus de dignités données à ceux
qui n'étoient pas de la communion de
Rome.
Cependant la loi fut toujours refpectée.
Tous les rois , à leur couronnement,
firent le même ferment que leurs prédéceffeurs.
Ladiflas VI , fils de Sigifmond
le Suédois , n'oſa s'en diſpenſer. Son frere
Jean Caſimir , qui avoit été d'abord jéfuite&
enfuite cardinal , fut obligédes'y
foumettre. Michel Vieſnoviski , l'illuftre
Jean Sobieski , vainqueur des Turcs,
n'imaginerent pas de l'éluder. L'électeur
de Saxe Auguſte , en montant ſur le trône
de Pologne , après avoir embraſſé la religion
catholique , jura de maintenir cette
loi . L'Europe ſçait combien fon regne
fut malheureux ; il fut détrôné par les armes
d'un roi luthérien ,& rétabli par les
victoires d'un Czar de la communion
grecque.
La protection que Charles XII avoit
accordée aux Polonois réformés fit peutêtre
leur matheur; en 1717 , dans une
diéte on limita la loi qui étoit trop facrée
pour pouvoir être abolie. On ne permit
aux non conformiſtes le libre exercicede
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
leur religion , que dans leurs égliſes précédemment
bâties. On prononça des peines
pécuniaires , la priſon&le banniſſement
contre ceux qui ne ſe conformeroient
pas à cette nouvelle diſpoſition .
Elle ne paſſa qu'avec des difficultés'; pluſieurs
prélats s'y oppoſerent quelque tems;
enfin , elle eut lieu en partie ; mais le roi
Auguſte la détruiſit en la ſignant. Il donna
un diplôme , le 3 Février 1717 , dans lequel
il s'exprime ainſi : " Quant à la re-
>>>ligion des diffidens , afin qu'ils ne pen-
>> fent point que la communion de la
>> nobleſſe , leur égalité & leur paix ayent
>> éré léfées par les articles inférés dans
>>le nouveau traité ; nous déclarons que
>> ces articles inférés dans le traité ne doi-
>> vent déroger en aucune manière aux
>>confédérations des années 1573,1632 ,
» 1648 , 1669 , 1674 , 1697 , & à nos
Pacta conventa , en tant qu'elles font
>>utiles aux diſſidens dans la religion.
>>>Nous conſervons leſdits diſſidens en
ود
fait de religion , dans leurs libertés
» énoncées dans toutes ces confédérations,
>>felon leur teneur , ( laquelle doit être
>> tenue pour inférée & exprimée ici , )
»& nous voulons qu'ils foient confer-
>> vés par tous les états , officiers & tribu-
VI
SEPTEMBRE. 1768. 179
>>naux ; en foi de quoi nous avons or-
»donné de munir ces préſentes fignées
>> de notre main , &ſcellées du ſceau du
>>Royaume . Donné à Varſovie les Fé-
>> vrier 1717 , & le 20 de notre régne ».
Ce diplome n'empêcha pas de ſuivre
dans toute leur rigueur les articles du nouveau
traité : on ne tarda pas à démolir des
égliſes , des écoles , des hôpitaux de diſſidens.
On leur fit payer une taxe arbitraire
pour leurs batêmes & pour leurs communions
, tandis que 250 Synagogues juives
chantoient leurspſeaumes hébraïques ſans
bourſe délier. Les eſptits s'aigrirent , des
troubles ſurvinrent, on en punit les auteurs;
quelques- uns furent privés de leurs
biens , on coupa la tête à quelques autres ;
dans différens endroits la perſécution s'allumoit
, on la craignoit du moins; les difſidens
s'aſſemblèrent , ils invoquèrent les
loix de leur patrie , & les puiſſances garantesde
ces loix .
Il faut ſçavoir que leurs droits avoient
été ſolemnellement confirmés par la Suéde
, une partie de l'Empire d'Allemagne ,
la Pologne entière , & particulièrement
par l'Electeur de Brandebourg dans le trai
té d'Oliva en 1660. Ils l'avoient été plus
expreſſement encore par la Ruffieen 1686,
H vj
180 MERCURE DE FRANCE .
quand la Pologne céda l'ancienne Kiovie,
la capitale de l'Ukraine à l'Empire Ruſſe .
La religion Grecque eſt nommée la religion
orthodoxe dans les inſtrumens ſignés
par le grand Sobieski.
Ces nobles ont donc eu recours à cequ'il
ya de plus ſacré ſur la terre , les ſermens
de leurs pères , ceux des Princes garans ,
les loix de leur patrie & les loix de toutes
les nations . Ils s'adreſſerent à la fois àl'Impératrice
de Ruſſie , Catherine ſeconde ,
à la Suéde , au Danemarck , à la Pruffe ;
ils implorerent leur interceffion. C'étoit
un bel exemple dans des Gentilshommes
accoutumés autrefois à traiter dans leurs
dietes des affaires de l'état le ſabre à la
main , d'implorer le droit public contre
la pérfécution.
Le roi Staniſlas Poniatosky , fils de ce
célébre comte Poniatosky , fi connu dans
les guerres de Suede , élu du confentement
unanime de ſes compatriotes , ne
démentit pas dans cette affaire délicate ,
l'idée que l'Europe avoitde fa prudence ;
ennemi du trouble , zelé pour le bonheur
& la gloire de fon pays , tolérant par
humanité & par principe , religieux fans
fuperftition , citoyen ſur le trône , homme
éclairé & homme d'eſprit ; il pro
SEPTEMBRE. 1768. 181
poſa des tempéramens qui pouvoient
mettre en fûreté tous les droits de la religion
catholique romaine , & ceux des
autres communions. Le tout devoit en
faire fentir l'importance & l'utilité.
,
Cependant les gentils-hommes diffidens
ſe confédérerent en pluſieurs endroits
du royaume ; ils ſe réunirent pour demander
juſtice : on ne leur oppoſa qu'une
feule raifon c'eſt qu'ils reclamoient
l'égalité & que bientôt ils affecteroient la
ſupériorité ; qu'ils étoient mécontens &
qu'ils troubleroient une République déjà
trop orageuſe. Ils répondoient : nous ne
l'avons pas troublée pendant cent années ;
mécontens , nous ſommes vos ennemis ;
contens , nous ſommes vos défenſeurs .
Les puiſſances , garantes de la paix
d'Oliva , prenoient hautement leur parti
&écrivoient des lettres preſſantes en leur
faveur. Le roi de Pruſſe ſe déclaroit pour
eux. Le jeune roi de Danemarck né
bienfaiſant , & ſon ſage ministère parloient
hautement.
Maisde tous les potentats , nul ne ſe
ſignala avec autant de grandeur & d'efficace
que l'impératrice de Ruffie. Elle prévit
une guerre civile en Pologne , & elle
envoya la paix avec une armée. Cette
182 MERCURE DE FRANCE.
armée n'a paru que pour protéger les diffidens
, en cas qu'on voulût les accabler par
la force; on fut étonnéde voir une armée
ruſſe vivre au milieu de la Pologne avec
beaucoup plus de diſcipline que n'en
eurent jamais les troupes polonoifes.
Les politiques ordinaires s'imaginerent
que l'impératrice ne vouloit que
profiter des troubles de la Pologne pour
s'aggrandir. On neconſidéroit pas que le
vaſte empire de Ruſſie qui contient onze
cens cinquante mille lieues quarrées qui
eſt plus grand que ne fût jamais l'empire
Romain , n'a pas beſoin de terreins nouveaux
, mais d'hommes , de loix , d'arts
&d'industrie . :
Catherine II , lui donnoit déjà des hom.
mes , en établiſſant chez elle trente mille
familles qui venoient cultiver les arts néceffaires.
Elle lui donnoit des loix en
formant un code univerſel pour ſes provinces
qui touchent à la Suéde & à la
Chine.
Si l'impératrice avoit voulu fortifiet
ſon empire des dépouillesde la Pologne ,
il ne tenoit qu'à elle , il ſuffifoit de fomenter
les troubles au lieu de les appaiſer.
Elle n'avoit qu'à laiſſer opprimer les
Grecs , les Evangéliques & les Réfor
SEPTEMBRE 1768. 183
més , ils ſeroient venus en foule dans
fes états. C'eſt tout ce que la Pologne
avoit à craindre. Le climat ne différe
pas beaucoup ; & les beaux arts , l'eſprit ,
les plaiſirs , les ſpectacles , les fêtes qui
rendent la Cour de Catherine II , une des
des plus brillantes de l'Europe, invitoient
tous les étrangers. Elle forme un empire
&un fiécle nouveau , &-on iroit chez
elle de plus loin pour l'admirer.
Tandis qu'elle parcouroit les frontieres
de ſes états , & qu'elle paſſoit d'Europe
en Aſie pour voir par ſes yeux les beſoins
&les reffources de ſes peuples , fon armée
, au milieu de la Pologne , fit naître
long- tems des ſoupçons , des craintes ,
des animoſités. Mais enfin quand on fut
bien convaincu que ces ſoldats n'étoient
que des miniſtres de paix , ce prodige
ouvrit les yeux à tout le monde. L'évêque
deCracovie & le nouveau primat , tous
deux génies ſupérieurs , entrerent par cela
même dans des vues ſi ſalutaires ; mais il
ne falloitpas moins qu'un roi philofophe,
un primat , des évêques ſages , une impératrice
qui ſe déclaroit l'apôtre de la tolérance
, pour détourner les malheurs qui
menaçoient la Pologne. La philofophie a
juſqu'ici prévenu dans le nord le carnage
184 MERCURE DE FRANCE.
dontle fanatifmea fouillé long tems tant
d'autres climats .
Il ſemble , par la diſpoſition des efprits
, que les trois communions plaiguantes
rentreront dans tous leurs droits ,
fans que la communion romaine perde
les fiens.
AVIS.
I.
M. BOUCHER , premier peintre du
Roi , & directeur de l'academie royale de
peinture , & M. VIEN , profeffeur de la
même academie , préviennent ceux des
amateurs , à qui l'on pourroit préſenter
des tableaux revêtus de leurs certificats ,
qu'ayant moins de loiſir & d'habiiude de
voir des tableaux originaux , que les
marchands & brocanteurs , qui par état
font de cesfortes d'examens & de ces comparaiſons
, leur unique affaire, ilsſe croient
obligés d'avouer qu'ils pourroient bien s'être
trompés dans le jugement qu'ils ont
porté. Ils n'enfont pas moins d'avis que
ces tableauxfont dignes des maîtres à qui
ils les ont attribués .
:
SEPTEMBRE. 1768. 185
I I.
M. Thiéri , marchand épicier droguifte
, rue Montmartre , au coin de celle de
Saint- Pierre , a un ſpécifique , reméde uni
que contre la goutte. M. Davi nous écrit
pour nous informer que ce reméde l'a
beaucoup foulagé & même guéri de la
goutte.
III.
M. Vincent de Bourdigue , compofiteur
des eaux chimiques antifcorbutiques ,
connues ſous le nom d'eaux ſuiſſes , approuvées
& permiſes , ainſi que d'un reméde
unique & ſpécifique contre les fiftules
à l'anus , annonce une eau minérale
antifcorbutique & antivénérienne.
Sa demeure eſt , rue Saint- Denis , maiſon
de M. Vitaſſe , proche la rue Greneta à
Paris . Les perſonnes qui écriront ou qui
enverront un état de leurs incommodités
, auront le ſoin d'affranchir les lettres.
I V.
Le ſieur Level , naître chaudronnier ,
rue des Mauvais Garçons , Fauxbourg S.
Germain , inventeur d'une nouvelle bai-
ره
186 MERCURE DE FRANCE.
,
gnoire que nous avons annoncée dans
le premier volume de Juillet dernier
donne avis qu'il a trouvé le moyen d'adapter
à l'intérieur de ſa baignoire , une
machine pour y faire brûlerde la braiſe ,
enforte qu'à peu de frais on chauffe l'eau
dubain , ſans que la vapeur du charbon
incommode , la faiſant échaper au-déhors
par des conduits menagés à cet effet.
En calculant la dépenſe d'un bain avec
cette nouvelle baignoire , elle ne peut
aller au delà de 10 à 12 f.
V.
Lettre fur la poudre fébrifuge de M. de
laJutais.
Ayant lu , Monfieur , dans le Mercure
de ce mois , la lettre de M. *** , docteur
en médecine à Avignon , au ſujet de la
poudre fébrifuge de feu M. de Guillers ,
je me ſuis rappellé ce que M. d'Aubenton
, commiffaire général de la Marine ,
ci-devant premier commis au département
de la Marine m'en avoit raconté ,
j'ai été le voir à ſon Château du Bois-Jofſe
près Verneuil au Perche , & voici ce
qu'il m'a dit de nouveau.
SEPTEMBRE. 1768. 187
Le pere de M. le Chevalier de Guillers
demeuroit à Paris , il étoit garde des
rôles de France , on lui ſuſcita des affaires
qui lui firent prendre le parti de paſſer
à Anvers avec ſa famille. Après ſa mort
le Chevalier de Guillers ſon fils , paſſa
au ſervice des Vénitiens , où il obtint
une compagnie de cavalerie. Etant en
Dalmatie dans l'armée , qui étoit commandée
par le général Delfin , un jour
que ſon ſervice exigeoit qu'il fit la viſite
des prifonniers du camp , pour en rendre
compte à ce général , il trouva dans le
nombre des prifonniers , un vieillard qui
lui dit qu'il étoit arabe & médecin de
profeſſion , qu'ayant paffé de l'armée
Ottomane dans celle desVénitiens , pour
y exercer fon art , il avoit été arrêté comme
eſpion , mais que ne s'étant jamais
mélé que de ce qui concernoit ſa profeffion
, il le prioit d'engager le général , à
faire informer de ſa conduite , & de lui
rendre la liberté s'il étoit trouvé innocent
du crime dont il étoit accuſé . Le Chevalier
de Guillers s'acquita de la commiffion
, & fur les informations qui furent
faites , lemédecin Arabe fut élargi . Quel.
ques jours après le Chevalier de Guillers
vit entrer dans ſa tente ce Médecin
188 MERCURE DE FRANCE .
۱
Arabe , qui venoit le remercier du fervice
qu'il lui avoit rendu , & pour marque
de ſa reconnoiſſance , il lui offrit le
ſecret d'une poudre fébrifuge , qu'il diſoit
infaillible . Le Chevalier de Guillers l'accepta
, & en ayant fait uſage , il en reconnut
l'efficacité. L'amour qu'il avoit
conſervé pour ſa patrie lui inſpira d'en
faire part à la France , il s'adreſſa au ſieur
le Blond , conſul de France à Veniſe ,
qui en écrivit à M. de Pont-Chartrain ,
ſon ſupérieur. Ce Miniſtre lui demanda
que M. de Guillers n'auroit qu'à envoyer
un paquet de ſes poudres , qu'on en feroit
l'épreuve ; que ſi elles étoient telles
qu'il le prétendoit , on prendroit des ordres
du Roi , pour le faire venir en Fran .
ce. Le paquet de poudre reçu , on le fit
remettre à M. Fagon , qui après en avoir
fait l'épreuve , rapporta que le reméde
avoit effectivement guéri pluſieurs fébricitans
; mais qu'il en avoit manqué plufieurs
autres , que par conféquent on pouvoit
s'en paffer , puiſqu'on avoit le quin .
quina , dont l'uſage étoit plus certain .
On manda à M. le Blond de remercier
M. de Guillers de fon zele , que fon
reméde n'ayant pas été trouvé auffi général
qu'il le prérendoit , le Roi n'étoit pas
SEPTEMBRE 1768. 189
dans l'intention de l'acquérir ; fur quoi
M. de Guillers dit à M. le Blond , qu'apparamment
le paquet qu'il avoit envoyé
avoit été mouillé en route , ou mal appliqué
, puiſqu'il ne pouvoit douter de
ſon effet, par les expériences réitérées qu'il
en avoit faites. Le tout étoit reſté dans
l'oubli , lorſqu'au bout detrois ans , M.
de Guillers ſe préſenta au bureau de M.
d'Aubenton , premier commis de M. de
Pont-Chartrain. M. de Guillers lui dit
qu'il étoit l'homme, qui avoit fait propofer
par M. le Blond , une poudre admirable
contre la fiévre , & que ſuivant la
réponſe de ce conful, il voyoit bien que
ſon reméde avoit été mal appliqué , ou
qu'il s'étoit gâté dans la route. Qu'étant
venu en France pour ſes affaires , il deſiroit
d'être utile à ſa patrie , qu'il apportoit
ſon reméde , pour qu'il fût éprouvé
ſous ſa direction , & qu'il étoit
fûr de la réuſſite . M. Daubenton en rendit
compte à M. de Pont- Chartrain , qui le
chargea de voir M. Fagon à ce ſujet.
M. Fagon lui dit qu'il ne falloit pas négliger
d'en faire une nouvelle épreuve ,
& qu'il le prioit de lui amener le chevalier
de Guillers , ce qu'il exécuta. M.
Fagon fit nommer Meſſieurs Boudin ,
190 MERCURE DE FRANCE.
Morand , Dalibourg , & le Dran ; pour
quede concert enſemble , ils fiſſent l'épreuve
du reméde. Ils rapporterent qu'il
étoit infaillible , ayant guéri dans les hôpitaux
toutes les eſpéces de fiévres. M.
Fagon étant convaincu de ſon efficacité ,
dit à M. de Guillers qu'il falloit que le
roi l'achetât. M. deGuillers répondit que
fon projet n'étoit pas de vendre ſon reméde
, qu'il l'offroit fans aucun intérêt &
qu'il étoit trop heureux de pouvoir être
utile à ſa patrie. M. Fagon rendit compte
au roi , & de la bonté du reméde ,
&du déſintéreſſement du chevalier de
Guillers ; le roi le fit chevalier de ſaint
Lazare; lui fit donner 1500 livres pour les
frais du paſſage dans cet ordre , & lui
accorda le privilége excluſif de faire débiter
le reméde . M. de Guillers en chargea
un marchand mercier , qui demeuroit
dans la place Ste Opportune à Paris .
M. de Guillers , ayant été produit par
M. Daubenton , il lui donna par écrit la
compoſition de ce reméde , il penſe que
eet écrit eſt dans les papiers de fa maifon
de Paris. Il ſe propoſe d'en faire la recherche
, ſans être certain de le retrou
ver , ayant perdu cela de vûe depuis bien
dutenis. Il ſe ſouvient que M. de Guil.
SEPTEMBRE. 1768. 191
lers le mena à Clagny pour lui faire con.
noître la plante febrifuge : il dit qu'elle
croiſſoit dans le voiſinage des eaux ,
qu'elle reſſembloit au Bouton d'Or ; car
M. Daubenton n'eſt point Botaniſte ;
mais ſuivant la déſcription qu'il a faite
très- imparfaitement à M. de Chambray ,
celui- ci penſe que ce pouvoit être le Pied
bot, appellé Ranunculus hirfutus. Il a même
entendu dire , que cette plante pilée
&appliquée aux petits doigts des mains
guériſſoit de la fiévre , ce qui a beaucoup
de rapport à l'indication de M. Daubenton
. M. de Guillers étoit chymiſte , puifqu'il
a eu l'honneur de travailler avec M.
leRégent à la compoſition des différentes
pierres, à laquelle ce princes'amuſoit quelquefois.
Il fut connu du czar Pierre , qui
le fit ſon envoyé à Paris . On ne ſçait pas
fi M. de la Jutais étoit ſon gendre , ou
le gendre de fonfils . Voici , monfieur ,
ce que j'ai appris ſur la poudre fébrifuge
que l'on deſire de retrouver.
Э
うLe Marquis de Chambray ,
auBois-Joffe le 20juillet 1768.
c 5
८
192 MERCURE DE FRANCE.
FÊTE célébrée en l'honneur du Roi ,
par les éleves de la penſion militaire de
MM.. Chocquart & Noirmant , rue &
barriere Saint- Dominique , le 25 Août
1768 .
C'EST un hommage que de jeunes mi .
litaires rendent tous les ans à Louis le
Bien- aimé. On avoit élevé , au centre
d'un boſquet , un temple , au milieu duquel
étoit la ſtatue du roi environnée
d'une troupe d'éleves fous les armes. Une
ſymphonie guerriere ſe fait entendre ;
ces jeunes guerriers ſe rendent ſur la ſcène
, où l'un d'eux prononce l'éloge du
maréchal de Luxembourg. Après l'éloge ,
cette brillante jeuneſſe fir différens exercices
qui prouvent le zele des maîtres &
les diſpoſitions des éleves.
Enſuite vient undrame állégorique , en
trois petits actes , mêlé de chants & de
danſes ; & de poëſies agréables , heureufement
contraſtées .
Le Genie de la Guerre debute aing :
Trompettes éclatez , frapez , percez les airs ,
De Louis , annoncez la fête ,
Que
SEPTEMBRE 1768. 193
Quevos chants belliqueux animent les concerts.
Qu'en ce jour notre zele apprête !
Jeuneffe , impatiente
De guider ſes drapeaux ,
Lagloire vous préſente
L'exemple des héros.
L'enfance la plus tendre
D'Achille & d'Alexandre
Préſageoit leurs ſuccès :
Comme eux vous devez être.
Louis eſt votre maître ,
Et vous êtes François .
Le Génie de la Paix chante ces vers ,
dictés par la reconnoiſſance envers un
miniſtre , protecteur de cette maiſon.
Par une clarté douce & pure ,
L'Aſtre bienfaiſant du matin
Annonce à toute la nature
Un beaujour , un calme certain ;
Ainſi préſide à votre aurore
Un ſage , un miniſtre éclairé. *
Des faveurs d'un roi qu'on adore ,
Sa voix eſt ungage afſuré.
Dans un âge ſi foible encore ,
Par ſes ſoins vous êtes conduits ,
*M. le comte de Saint-Florentin .
:
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Devos talens , qu'il fait éclore ,
L'honneur doit reueillir les fruits.
LesGénies de la Guerre &de laPaix s'uniſſent
pour célébrer enſemble les triomphes
des arts ſous le regne de Louis XV.
Regnez , beaux arts ; brillez , heureux talens ;
A Louis rendez votre hommage ;
Uniſſez vos efforts , uniflez vos accens ,
Votre ſplendeur eſt ſon ouvrage ;
Et le droit d'annoncer tant de ſoins bienfaiſans
Eſt votre plus noble partage.
Le Génie de la Paix continue :
Ainfi , lorſquedu haut des airs ,
L'aſtre éclatant des cieux a diſſipé l'orage ,
Onn'entend plus gronder les mers ;
L'onde careffe le rivage .
L'oiſeau , cache ſous le feuillage ,
Ranime fes brillans concerts ,
Tout célébre dans ſon langage
Le bienfaiteur de l'univers.
Nous devons encore citer ces ſtances
adreſſées aux villageois.
Conſolez-vous , peuple ſimple & champêtre ,
Dans votre aſyle on voit moins de ſplendeur ;
Mais ſous le chaume , à l'ombrage d'un hêtre,
Avecla paix vous fixez le bonheur,
SEPTEMBRE. 1768.
و ر
Par vos chanſons , au lever de l'aurore ,
Vous ſoulagez vos ſoins & vos travaux.
Le jour finit& vous chantez encore ;
La nuit , pour vous , eſt un tendre repos.
A vos deſtins votre roi s'intéreſſe ;
De ſes regards il couvre vos guérets ;
Par ſes bienfaits jugez de ſa tendrefle ;
Par votre amour méritez ſes bienfaits.
,
Les chants , les jeux & les danſes ont
été accompagnés d'une grande fymphonie
&terminés par un feu d'artifice.
Une gloire, placée derriere le buſte du roi,
éclairoit tout le temple ; des gerbes accompagnoient
cette gloire , & le ſon des
tambouts & des inſtrumens militaires ,
confondus avec le bruit des boëtes & de
la poudre , donnoient l'image d'une bataille.
L'Eloge précis , &bien fait du célébre
maréchal de Luxembourg , a reçu des applaudiſſemens
juſtement mérités. Cette
fête a paru parfaitement ordonnée , ingénieuſe
, & propre à donner une idée avanrageuſe
de l'éducation & des talens des
éleves capables d'exécuter un ſpectacle
auffi varié.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Le ſentiment de la reconnoiſſance a
inſpiré l'épithalame que nous préſentons
ànos lecteurs. Ledeſſein en a été exécuté
par M. Moreau , habile deſſinateur &
graveur.
LE DIEU DE L'HYMENÉE
Uniffant les Graces avec l'Amour.
EPITHALAME EN MÉDAILLON.
L'action ſe paſſe dans le temple de l'Hy.
men ; ce dieu , couronné de fleurs & tenant
fon flambeau , eſt vis-à- vis d'un autel
où il préſente l'Amour aux Graces. Le fils
de Cythère vole avec empreſſement audevant
d'elles : ces divinités ſont repréſentées
avec les attributs que la mythologie
leur donne. Aglaë , qui figure la beauté ,
eſt, comme ſes ſoeurs ,couronnée de myrthe.
Thalie , repréſentant l'Eſprit , tient
une lyre à la main. Euphroſine , repréſentant
le Courage , eſt coëffée d'un cafque.
L'Amour , au comble de ſes deſirs ,
prend la main de la belle Aglaë , & s'unit
avec elle & à ſes aimables ſoeurs . Sur le
devant & au bas de l'autel on voit deux
enfans aîlés , qui uniſſent enſemble leurs
SEPTEMBRE 1768. 197
Aambeaux , & figurent ceux de l'Amour
& du dieu de l'Hymen . Il eſt aifé de concevoir
, par cette allégorie , que l'image
de l'Amour caractériſe la fatisfaction du
plus tendre & du plus fortuné des époux :
comme le portrait des Graces peint l'union
de toutes celles qui ſe trouvent réunies
dans l'objet qui les préſente ſous les
traits intéreſſans de l'aimable P.......
L'Hymen vient ſur la terre unir l'Amour aux
Graces ,
L'Amour vole toujours fur leurs aimables traces .
Pour l'heureux A..... l'Hymen qui s'intéreſſe ,
De ſon aimable épouſe a fait une maîtreſle ;
D'un ſi beau ſentiment , avec raiſon jaloux ,
L'Amour fait pour P....... un amant d'un époux.
Dédié aux Graces ;
Par le SrDE VERNON ,
Penſionnaire du Roi.
:
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
POMPE FUNEBRE
DE LA REINE.
LE 11 de cemois, on célébra , dans l'égliſe
de l'abbaye royale de Saint-Denis , le ſervice ſolemnel
qui devoit précéder les obteques de la
reine. Le corps qui , depuis le tranſport à Saint-
Denis , étoit refté en dépôt dans la chapelle haute
de l'égliſe , fur mis ſur un magnique carafalque
élevé au milieu du choeur de la faufle
égliſe qu'on avoit conſtruite. Toute l'enceinte
intérieure de la nef étoit tendue de noir juſqu'à
la voute , avec les armes de la reine. Le choeur
étoit auſſi entierement tendu de noir. Le manfolée,
qui formoit un parallélograme au ſommet
duquel s'élevoit un ange en or , de grandeur naturelle,
étoit placé à l'entrée du choeur & ornéde
quatre principales figures ſymboliques , de marbre
blanc, de grandeur naturelle, repréſentant,
l'une , la Piété Royale , l'autre , la Sageffe Chretienne
, la troifiéme , la Méditation fur la Vie
Eternelle , & la quatrieme , la Foi Catholique.
Le mauſolée étoit couvert d'un magnifique pavillon
d'où ſortoient quatre grands rideaux de
drap noir ornés de fleurs-de- lys brodées en or &
de larmes en argent. L'architecture qui décoroit
lechoeur étoit compofée d'arcades partagées par
des arriere- corps & des pilaftres d'ordre ionique.
Tout l'édifice étoit auſſi orné de pluſieurs figures
ſymboliques , avec les armes de la reine. Le jubé
formoit un grand amphithéatre dont les degrés
SEPTEMBRE. 1768. 199
étoient couverts de drap noir. Trois cordons de
Lumiere regnoient autour du choeur. Le ſanctuaire
étoit diviſé par cinq degrés entre deux corps de
balustrades de marbre &de bronze , & l'autel élevé
ſur quatre marches étoit couvert d'un dais richement
décoré , dont la queue étoit traverſée par
une croix d'étoffe d'argent avec les armes de la
reine. Les pentes de velours étoient garnies de
franges&de galons d'argent,& chargées auffi endedans
& en- dehors des armes de ſamajeſté. Cette
pompe funebre a été ordonnée , de la part du roi ,
par le duc de Fleury , pair de France , premier
gentilhomme de la chambre de ſa majesté , & conduite
par le ſieur Papillon de la Ferté , intendant
&contrôleur-général de l'argenterie , menus plaifirs
& affaires du roi , ſur les deſſins du ſieurMic.
Ange Challe , peintre ordinaire de ſa majesté &
deffinateur de ſa chambre & de ſon cabinet. Le
clergé, le parlement , la chambre des comptes ,la
cour des aides , la cour des monnoies , l'univerfité
, le châtelet , le corps-de-ville & l'élection ,
qui avoient été invités , de la part du roi , par le
grand-maître des cérémonies , arriverent vers les
onze heures du matin. Le parlement , l'univerſité,
le châtelet& l'élection furent placés à droite. La
chambre des comptes , la cour des aides , la cour
des monnoies & le corps-de-ville eurent leurs pla
ces à gauche. Lorſque Madame Adelaïde & Me (-
dames Victoire & Sophie , qui étoient les princefſes
du deuil , &Monſeigneur le Dauphin , Monſeigneur
le comte de Provence &Monſeigneur le
comte d'Artois , qui devoient mener les princefſesà
l'offrande , eurent pris leurs places , l'évêque
de Chartres , premier aumônier de la reine , ler
quel avoit officié la veille aux vêpres des morts ,
célébra pontificalement la meſſe qui fut chantéc
Liv
200 MERCURE DE FRANCE.
par la muſique du roi : il étoit aſſiſté des évêques
deMontpellier , de Meaux , de Saint-Pol-de-Léon
&de Saintes. A l'offertoire & après les ſaluts ordinaires
fairs par le marquis de Dreux , grand-mattre
, par le ſieur de Nantouillet , maître , & par le
ſieur de Watronville , aide des cérémonies , les
princeſſes allerent à l'offrande : Madame Adelaïde
y fut menée par Monſeigneur le Dauphin , & la
queue de ſa mante étoit portée par le baron de
Montmorency , le marquis de Civrac & le inarquis
d'Eſcars ; Madame Victoire y fut menée par
Monſeigneur le conite de Provence , & la queue
de ſa mante étoit portée par le comte de Rochechouart
, lebaron de Talleyrand & le marquis de
Noailles ; Madame Sophie y fut menée par Monſeigneur
lecomte d'Artois ; la queue de ſa mante
étoit portée par le marquis de Bethune , le comte
de Choiſcul & le comte de Montmorin. Après
cette cérémonie , pendant laquelle la muſique du
roi exécuta , ſous la conduite du ſieur Blanchard,
maître de muſique de ſa majesté & chevalier de
l'ordre du roi , un Deprofundis de ſa compoſition,
l'évêquedu Puy prononça l'oraiſon funebre,
&, la meſle étant finie , l'évêque de Chartres &
les quatre évêques aſſiſtans deſcendirent de l'autel
&firent les abſoutes , les prieres & les encenſemens
ordinaires autour du corps , lequel fut enſuite
levé par les gardes du corps du roi & porté
au caveaude la ſépulture de la maiſon royale : le
corps étoit précédé du ſieur de Monſpé , exempt ,
&ſuivi du duc de Noailles , capitaine des gardes
ducorps du roi , qui étoit accompagné des ſieurs
du Pujol , Hebert & de Rochefort , lieutenans des
gardes-du-corps ; les quatre coins du poële étoient
tenus par les fieurs de Maupeou , premier préſident
, d'Aligre , d'Ormeflon & de Saron , pré
SEPTEMBRE. 1768 . 201
dens du parlement ; le comte de Saulx , chevalier
d'honneurde la reine , portoit la couronne , & le
comte de Teflé , premier écuyer , portoit le manteau
royal. Lorſque le corps fut defcendu dans le
caveau , le comte de Saulx apporta la couronne
&le comte de Teflé le manteau royal ; le vicomte
de Talaru , premier maître d'hôtel en ſurvivance,
&les maîtres d'hôtel de la reine apporterent leurs
bâtons ,& le roi d'armes de France (le fieur Bronod
de la Haye ) fit la proclamation ordinaire . La
maiſon de la reine& ſes dames ont afliſté à la cérémonie.
Le comte Danès , gouverneur pour le
roi de la ville de Saint-Denis , s'eſt trouvé à la
porte de l'abbaye à l'arrivée de Monſeigneur le
Dauphin ,deMonſeigneurle comte de Provence ,
deMonſeigneur le comte d'Artois , de Madame
Adelaïde&deMesdames Victoire &Sophie.
Après la cérémonie , le clergé , les cours & les
autres corps qui y avoient aſſiſté furent magnifiquement
traités. Le prince de Condé , grand-maître
de France , avoit nommé les officiers du roi
pour le ſervice des tables , & d'autres , pour conduire
les compagnies dans les différentes falles ott
les tables avoient été préparées ; celle du clergé
étoit dreſſée dans la ſalle capitulaire de l'abbaye,
& elle étoit de quarante couverts ; celle duparlement
, de la chambre des comptes & de la cour
des aides , dont la premiere étoit de quatre- vingt
couverts ; la ſeconde ,de ſoixante, & la troiſieme
de quarante , étoient placées dans une grande
falle vis-à- vis de celle du chapitre , celle de la
cour des monnoies , de l'univerſité, du châtelet ,
du corps-de-ville & de l'élection , toutes de vingt
couverts chacune , étoient dreſſées dans le grand
réfectoire . Les évêques officians , les officiers de
cérémonie avoient auſſi , ſelon l'uſage , une table
de trente couverts . On avoit placé dans le jar
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
din, ſous unetente , une tablede cent vingt cou
verts pour la muſique du roi. Toutes ces tables
furent ſervies , à la même heure , avec magnificence
,& il y régna le plus grand ordre & la plus
grandedécence. Les tables ordinaires de la reine
furentſervies enmême-temps , ainſi qu'une table
d'honneur qui fut tenue par la comteſſe deNoailles&
à laquelle furent invitées toutes lesperfonnes
qui avoient accompagné Madame Adelaide ,
Meldames Victoire & Sophie , Monseigneur le
Dauphin , Monseigneur lecomte de Provence &
Monſeigneur le comte d'Artois, & qui avoient
porté la queuedes mantes des princeſſes.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Petersbourg le 25 Juin 1768.
L'Impératrice ſe propoſe d'envoyer dans les
provinces de Ruffie & de Sibérie , une ſociéré
de gens éclairés , pour y examiner l'état où ſe
trouvent l'agriculture , les manufactures & fabriques
, les mines & autres objets importans.
L'académie de cette ville a nommé pour cet effet
les profeſſeurs Gmelin & Pallas , & les docteurs
le Pechin,Guldenſtadt & Falck ; quatre d'entr'eux
font déjà partis. Les ſieurs Pallas & Falck vifiteront
les diſtricts ſitués le long du Volga , le
gouvernement d'Orensbourg & les jurifdictions
de Catherinebourg & de Cafan ; & les fieurs
Gmelin &Guldenſtadt examineront tous les pays
fitués fur le Don & le Doniec ,juſqu'au Dnieper ,
& depuis Aftracan juſqu'aux frontieres de Perſe.
Is ont ce qui leur est néceſſaire pour leur voya
SEPTEMBRE. 1768. 203
ge, &des chaſſeurs &des foldatspourleur fervir
d'eſcorte.
De Warfovie le 2 Juillet 1768 .
On affure que le colonel Bock a envoyéun exe
près au prince Repnin , pour l'informer qu'il ne
voyoit d'autre moyen de ſe rendre maître de
Cracovie que de bombarder la ville , il lui demande
en même-tems ſes ordres à cet égard. Il
s'eſt retiré à deux millede Cracovie ; on ajoute
que le Roi & pluſieurs Magnats ſe ſont extrêmement
oppoſés au projet ducolonel Bock , & ont
déterminé le prince de Repnin à ne pas y confentir.
Du 5 Juillet.
Oneſt informé que les Grecs de l'Ukraine &
de la jurisdiction de Kiovie ſe ſont ſoulevés
contre les Catholiques & tes Juifs , ſous prétexte
de concuſſion exercée ſur-tout par ces derniers
à qui tout le pays eſt affermé; le nombre
des révoltés va , dit-on , à plus devingtmille
hommes; ils ont déjà dévasté pluſieurs ftarofties,
villes& villages.
Du 13 Juillet.
Les Confédérés toujours maîtres de Cracovie ,
font de fréquentes ſorties , & fatiguent jour &
nuit les Ruſſes. Le régiment d'artillerie de la couronne
eſt arrivé le 10 de ce mois ; il a ordre de ſe
tenit prêt à marcher avec le régiment du roi . Le
comte de Bruhl , chefdu premier de ces régimens ,
a demandé ſa démiſſion au cas que la commiffion
de guerre lui commanderoit de ſe joindre aux
Ruſles pour attaquer les Confédérés.
Onmande des confins de la Pologne , que toute
lanobleſſe prend les armes , que tous les Palati-
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
nats font confédérés , & que les Grands ſeuls
reſtent dans l'inaction . Les confédérés de Podolie
ſont entrés le ſabre à la main dans Bar ; avant
le combat qui a précédé cette action , le ſieur
Pulawski , maréchal de l'armée de la confédérationde
la couronne , adreſſa le diſcours ſuivant à
ſes troupes:Voici le jour où nous devons vaincre
>> ou mourir;unmoment va combler notre bonheur
ou notre malheur. Nous avons formé , vous le
ſçavez , la plus juſte & la plus ſainte des en-
→→→ trepriſes ; nous ne nous propoſons d'autte but
que de fervir Dieu & la patrie , & l'on nous
traite de brigands , de rebelles , de perturba-
>>> teursdu repos public ! & l'on nous juge & l'on
nous condamne ! Il faut donc mourir , ou de la
>> mort des ſcélerats , ſur un échaffaud , ou de la
mort des héros , au champ de bataille. Ya-t-il
à balancer ? Nous avonstrop long-tems gémi
fous le joug de l'étranger ; hatons-nousd'effa-
१
cer la tache qui deshonore notre nom , &de
montrer à toute l'Europe qu'il eſt encore des
Polonois. Nous périrons , eh bien ! la patrie vivra
! trop heureux , fi en répandant notre fang
>> pour elle , nous afſfurons fonbonheur. Vous qui
>>êtes ici raſſemblés , fi vous n'avez point le cou
rage de défendre au péril de votre viela religion
& la liberté , retirez-vous ;; il eneſt tems , vous
pouvez échapper encore au danger , & à votre
ennemi , l'ennemi de Dieu & de la patrie. Vous
alleguerez pour excufe que nous vous avons
féduits ; pour nous , qui ſommes les chefs de
cette ligue fainte & politique , le maréchal
Krafinski ,le comte Potocki & moi , nous n'avons
point de grace à eſpérer ; ne croyez pas
cependant que ce foit le déſeſpoirqui nous ani--
20me , il y a long tems que nous avons tout
prévu ,& que nous nous attendons àtout,c'eſt
ככ
دنا
:
SEPTEMBRE. 1768. 205
e
>> l'amour de Dien &de la nation qui a mis au fond
>> de nos coeurs le courage & la magnanimisé
>> dont nous vous donnons l'exemple . Allons donc,
>>>hommes illuftres , hommes pleins de valeur ,
>> de religion & de fermeté , allons au devant de
>>de la mort : nous avons déjà tout perdu pour
>> défendre la religion & la liberté : la vie nous
reſte , perdons encore la vie , que la poſtérité
-- >> diſe que fi nous n'avons pu ſauver notre patrie ,
>> nous avons ſçu du moins mourir pour elle .
>>Que s'il en eſt parmi vous d'afiez lâches pour
>> préférer la conſervation de leurs jours à celle de
>>>la religion & de la patrie , qu'ils fuyent , &
>> qu'en nous abandonnant ils hâtent le moment
>> de notre perte ; nous craignons la ſervitude &
>> non pas la mort ».
Du 20 Juillet.
Lundi dernier le colonel Ingelſtroom fut dépêché
au camp devant Cracovie , pour remettre
au commandant des troupes Rufſes un ordre par
lequel il lui eſt enjoint de réduire la place à quelque
prix que ce ſoit.
De Vienne le 13 Juillet 1768 .
Le 13 du mois dernier , l'on a inoculé dans l'hô
pital établi à Meydling , cinq filles de l'âge de
quatorze àquinze ans ; le 25 , fix ſujets de deux
ans & demi juſqu'a trente-cing ; le 27 , trois de
deux à dix ; le 2 Juillet , huit de deux à huit ; &
le 7, un de dix ans . De ces trente-neuf ſujets ,
tous ceux qui ont prix la maladie , l'ont éprouvée
benigne& en ſont guéris ou fur le point de
l'être ; mais onze d'entr'eux n'en ont point été
attaqués , quoiqu'on les ait inoculés juſqu'à quatre
différentes repriſes , ce qui a fait croire qu'ils
avoient cu précédemment la petite verole & c'eſt
206 MERCURE DE FRANCE.
ce qu'on a vérifié à l'égard de pluſieurs. Hier on
inocula quinze nouveaux ſujets.
DeBerlin le 13 Juillet 1768 .
Il paroît une ordonnance du roi , par laquelle
la majesté défend l'importation des ouvrages en
cuivre , en fer & en fer-blanc, ainſi que celledes
cloux de fer & d'autres connus ſous le nom de
cloux de Nuremberg , ſous peine de cent rixdahlers
d'amende par quintal , à moins qu'on ne
ſoit muni d'un paſſeport expédié par le département
des mines , au directoire général. Par une
-autre ordonnance , il eſt auſſi défendu d'importer
aucune eſpéce de fer-blanc étranger dans les provinces
& pays ſitués depuis les bords du Weſer ,
en deçà du fleuve , juſqu'en Pruſle & en Silefie
incluſivement, à peine,contre les contrevenans ,
de deux cens rixdahlers d'amende pour livre.
De Sarbruck le 24 Juillet 1768 .
Le prince Guillaume-Henri de Naſlau-Ufingue-
Sarbruckeſt mort ce matin ; il étoit né le 14
Mars 1718 , & avoit épousé le 28 Février 1742
la comtefle Sophie-Chriſtine d'Erbach ; il laifle
de ce mariage un prince & deux princeſſes .
De Lisbonne le 12 Juillet 1768 .
Le roi vient de faire publier une bulle que le
feu pape Benoît XIV accorda à ſa majeſté en 1756,
pour lever le tiers du revenu de toutes les égliſes
paroiffiales & collégiales , des dignités , canonicats
, prébendes , chapelles & bénéfices qui
Lout ſitués dans cette ville , ſans exception ,
dant l'eſpace de quinze ans , & dont le produit
doit être uniquement employé à la reconftruction
, réparation & décoration des égliſes de
Lisbonne.
penSEPTEMBRE.
1768. 207
De Madrid le 19 Juillet 1768 . :
Le 21 du mois dernier l'Ordre de St. François
d'Aſſiſe tint un chapitre , dans lequel le pere Fr.
Paſchal de Varés , de la Province de Milan , fut
élu général de l'ordre ; le 14 de ce mois il cut
Thonneur de ſe couvrir devant le roi , en qualité
de grandd'Eſpagne de la premiere clafle , & eut
pour parrain à cette cérémonie , le marquis de
Guevara -y-Quintana , comte de Laredes.
DeNaples le 6 Juillet 1768 ..
Le 14 du mois dernier on a publié un édit rendu
par fa majeſté Siciliene le 4, portant fuppreffion
du bref contre les états de Parme , & de la bulle
in coena Domini. La chambre royale de Sainte
Claire avoit adreſlé au Roi des repréſentations
pour en obtenir cet édit.
Du , Juillet 1768 .
La reine ayant refuſé le don gratuit de vingt
mille ducats que la ville de Naples a coutume
d'offrir à la nouvelle épouſe de ſon ſouverain ,
on a employé cette ſomme à marier deux cens
pauvres filles de la ville. Hier elles ont été admiſes
à l'honneur de baifer la main de leurs majeſtés
; elles ont été conduites au bruit d'un grand
nombre d'inſtrumens dans douze chars , repréſentant
les quatre ſaiſons de l'année , les quatre
élémens , les quatre principaux arts liberaux ;
elles étoient diviſées en différentes bandes , dont
chacune étoit diftinguée par un uniforme particulier.
Le Roi a adreſſé aux citoyens & habitans de
Ponte-Corvo un édit , dans lequel rappellant que
la ville de Ponte-Corvo a toujours fait partie du
royaume des Deux-Siciles , fans interruption ,
208 MERCURE DE FRANCE.
ſous ſes prédéceſleurs , depuis les Normandsjul
qu'aux Arragonnois ,& que c'eſt ſeulementdans
les derniers tems que la cour de Rome s'en eſt
emparée ſans aucun titre légitime , il l'a réunie
à ſon domaine , & envoye don Tobie Longi
, capitaine de ſes armées royales pour en
prendre poffeffion en fon nom , & recevoir le
ferment de fidélité.
و
>
De Colorno le 16 Juillet 1768 .
Il vient de paroître un édit du duc de Modéne
en date du II de ce mois , qui ſoumer
les biens eccléſiaſtiques , acquis depuis une certaine
époque , aux mêmes charges que ceux de
ſes autres ſujets laïques , afin de libérer l'état
des dettes conſidérables que des circonstances facheuſes
l'ont obligé de contracter .
De Londres le 26 Juillet 1768 .
Quoique tout paroiſſe tranquille à l'occaſion
du fieur Wilkes , la cour a jugé à propos d'entretenir
à la porte de ſa priſon une garde de so
foldats , pour maintenir l'ordre & le repos public.
On mande de Boſton , dans la nouvelle Angleterre
, que les Officiers de la douane ayant
vifité un navire dans le port , la populace s'eſt
attroupée tumultuairement , a expulsé de la ville
tous les commiflaires ,& pillé leurs maifons ; on
ajoute que pour échapper aux ſuites de cesviolences
, les commifaires ſe ſont réfugiés ſur une
frégate du roi qui mouilloit dans le port. Les
miniſtres font partagés ſur les moyens qu'on
doit employer pour foumettre les Américains aux
loix établies par le parlement de la Grande Bretagne.
Les uns font d'avis d'employer la force ;
les autres veulent qu'on difcute cet objet au parlement.
En attendant la cour a donné ordre aux
SEPTEMBRE . 1768 . 209
:
gouverneurs de prendre les meſures néceſſaires
pour protéger les officiers du roi dans les fonctions
de leur charge .
Du 2 Août.
Les habitans de Boſton ont envoyé des inftructions
aux Sieurs Jacques Otis , Thomas Cufbind
, Samuel Adams & Jean Hamock leurs
agens en cette capitale. Ils ſe plaignent de ce que
la révocation de l'acte du timbre n'a pas rétabli la
tranquillité ; le principe ſur lequel il étoit fondé
-ſubſiſte encore ; on exige , toujours d'eux , un revenuqui
leur appartient. Les actes du parlement
leur impoſent ſucceſſivement des taxes dont on
leur demande le payement en vertu d'une autorité
à laquelle ils n'ont point de part; les vaifſeaux
qu'on leur annonce , les troupes dont on
les menace , nuiſent à leur commerce , &c. Après
avoir détaillé les ſujets de leurs plaintes , ils
exhortent leurs agens àne rien oublier de tout ce
qui pourra leur faire obtenir le redreſſement de
leurs griefs : ils leur recommandent fur- tout de
s'oppoſer à toute eſpéce d'enrôlement forcé de matelots
, &c.
Le 25 du mois dernier il arriva de Lisbonne
pluſieurs dépêches , par leſquelles on eft informé
que les différens qui s'y ſont élevés , relativemeut
au commerce des deux nations , ſont preſqu'entierement
terminés .
Du II Août.
Le roi de Dannemarck vient d'arriver ici , &
s'eſt rendu fur le champ à l'appartement qui lui
avoit été préparé au palais de St James.
De Bruxelles , le 28 Juillet 1768 .
Le roi de Dannemarck arriva ici le 24 de ce
210 MERCURE DE FRANCE.
mois ſous le nom de prince de Travendahl. Le
lendemain il ſe rendit àTervueren , où il dîna chez
le prince Charles , gouverneur de cet état. Le ſoir,
ſa majeſté ſe rendit à la comédie & alla ſouper chez
le miniſtre plénipotentiatre de la cour de France.
On s'empreſſe ici à procurer , à ce prince , tous les
amuſemens qui peuvent lui rendre ce ſéjour agréable.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
De Compiegne , le 28 Juillet 1768 .
Le 25 de ce mois le Roi eſt arrivé ici , où Monſeigneur
le Dauphin , Monseigneur le comte de
Provence& Monſeigneur le comte d'Artois font
venus rejoindre la majesté aujourd'hui,
Du 3 Août.
Hier , Dom Remacle Morand , religieux de
l'abbaye de St Hubert des Ardennes , eut l'honneur
d'offrir au roi un préſent de chiens de chaſſe
&de faucons. Ce préſent , que l'abbé de StHubert
eſtdans l'uſage de faire à ſa majeſté , fut reçu
par le marquis d'Entragues , grand fauconnier de
France , enſurvivance du duc de la Valliere.
Du 10 Août.
Le chevalier de St Prieft , ambaſladeur du roi
auprès de la Porte Ottomane , & le chevalier de
Clermont , miniſtre plénipotentiaire de ſa majeſté
à la cour de Lisbonne , ont pris congé de ſa majeſté
le 7 ; ils ont eû l'honneur de lui être préſentés
par le duc de Choiſeul , ainſi quele comte du
Buat , miniſtre du roi à Ratisbonne , qui a obtenu
la permiffion de faire un voyage en France.
De Paris , le 27 Juillet 1768 .
Le Sieur Beauzée , des académies royales de
SEPTEMBRE. 1768. 211
Rouen & de Metz , des ſociétés littéraires d'Arras
& d'Auxerre , & profefleur de grammaire à
l'école royale militaire , lequel avoit eu l'honneur
d'envoyer à l'impératrice reine de Hongrie & de
Bohême , un exemplaire de la Grammaire générale
, reçut , le 18 de ce mois , de la part de ſa
majeſté impériale & royale , une médaille d'or du
poids dedeux onces , portant , d'un côté , le buſte
de cette princeffe , &de l'autre celui du teu empereurFrançois
I.
Le 21 de ce mois le régiment d'infanterie de la
Reine a fait célébrer , dans l'égliſe paroiſſiale de
St Louis à Brest , un ſervice pour la Reine , auquel
ont été invités & ont affittés les officiers de la
Marine , ceux du régiment de Béarn , & les différens
corps de magiftraturede cette ville , ainſi
que tout le clergé ſéculier & régulier. Au milieu
de l'ègliſe étoit un eatafalque compofé d'une
eſtrade de dix gradins couverts de douze cents
cierges , cette eftrade étoit un piédeſtal de marbre ,
revêtu d'ornemens funebres &de trophées militaires
, garnis d'attributs de deuil. Če piédeſtal
portoit untombeau avec des attributs de la royautés
aux quatre coins de l'eſtrade étoient quatre
urnes ſépulchrales , montées chacune ſurun piédeſtal
de marbre. Le catafalque étoit ſurmonté
d'un baldaquin noir , garni d'armoiries & d'écuffons
aux armes de la Reine , & portant quatre rideaux
ſemés de larmes , & renowés aux quatre
coins de l'égliſe, laquelle étoit tendue de noir.
Les deux compagnies de grenadiers entouroient le
catafalque , & le régiment étoit rangé en bataille
dans les deux bas côtés de l'égliſe , dont le milieu
étoit occupé par les dames de la ville & la principalenobleffedes
environs , qui s'étoit rendue à la
cérémonie; l'oraiſon funebre a été prononcée par
T'abbéde la Porte , & après la meſſe qui a été
212 MERCURE DE FRANCE .
chantée en muſique , le régiment a fait trois décharges
de mouſqueterie , & le corps a fait diſtribuerde
l'argent aux pauvres.
Extrait d'une lettre de Lachen , dans le canton
de Zurich , du 26 Juin 1768 .
La ſemaine derniere , la barque qui va d'ici à
Zurich ayant été ſubmergée par un ouragan qui
s'éleva ſur le lac , vingt-cinq perſonnes , la plûpart
de ce bourg , eurent le malheur de périr. Une
femme , qui étoit dans le ſixieme mois de ſa grofſeſſe
, ayant eu avis de cet accident , ne douta pas
que ſon mari , qu'elle attendoit de Zurich , ne fût
du nombre de ceux qui avoient perdu la vie ; &
cette idée fit fur elle une impreſſion ſi forte , qu'elle
accoucha fur le champ de fix enfans tous bien
formés , leſquels furent baptifés le lendemain
dans notre égliſe paroiffiale , & moururent quelques
jours après. Aujourd'hui la mere ſe porte
auffi bien que ſon état le permet ; ſes inquiétudes
ont été diſſipées par la préſence de fon mari qui ,
s'étant arrêté à Zurich pour quelques affaires ,
revint ici trois jours après l'accident dont on vient
de parler.
Du 15 Août.
Les troupes du roi qui ſont en Corſe dans les
villes de la Baſtie & de St Florent , n'ayant point
de communication entr'elles , quoiqu'il n'y ait qu
trois lienes d'une ville à l'autre , le comte de Marbeuf
écrivit au ſieur Paoli qu'il étoit néceſſaire
d'établir cette communication. Le Sr Paoli , fans
répondre à cette lettre , fit attaquer les troupes
françoiſes au moment qu'il apprit qu'elles ſe mettoient
en mouvement; lecomte de Marbeuf, dans
la partie de la Baſtie , & le ſieur de Grandmaiſon ,
maréchal de camp , dans la partie de St Florent,
3
SEPTEMBRE. 1768. 213
enleverent , l'épée à la main , ſept redoutes que
les Corſes avoient élevées ſur les montagnes. Le
village de Patrimonio & celui de Barbaggio furent
pris en même temps. Cette opération s'eſt faite
avec 1200 hommes des troupes de ſa majeſté. Les
Corſes étoient environ au nombre de quatre mille.
Nous avons cu vingt hommes tués & quarante
blefiés.
LOTERIES.
Le quatre-vingt- onzieme tirage de la loterie
de l'hôtel-de- ville s'est fait le 26 du mois de Juillet
en la maniere accoutumée. Le lot de cinquante
mille livres eſt échu au No. 64433 ; celui de vingt
mille livres , au No. 79600 , & les deux de dix
mille aux numéros 60696 & 62086 .
Le tirage de la loterie de l'école royale militaire
s'eſt fait les du mois d'Août. Les numéros
fortis de la roue de fortune ſont , 48 , 53 , 43 , 20 ,
78 .
MORTS.
Jacques -Bernard Darey de Noinville , maître
des requêtes honoraire , préſident honoraire au
grand confeil , académicien de l'académie royale
des inſcriptions & belles-lettes , honoraire de l'académie
de Dijon & membre de la ſociété royale
de Londres , eſt mort à Paris le 20 Juiller.
Charles -Henri de Saulx-Tavannes , marquis de
Saulx , ancien capitaine des gendarmes d'Anjou ,
eſt mort ici , le 21 Juillet , âgé de 71 ans .
Pierre-Armand , comte de Jaucourt , l'aîné de la
maiſon de Jaucourt , eſt mort ici lett du mois de
Juillet , dans la quarante- deuxieme année .
L'abbé Gagne , vicaire général de Dijon & abbé
commendataire de l'abbaye royale de SteMargue
rite , ordre de St Augustin , dioceſe d'Autun , eft
mort à Dijon le 25 Juillet , âgé de 65 ans,
214 MERCURE DE FRANCE.
Jean-Joſeph- Joachim de Gabriac , vicaire-général
& archidiacre de l'égliſe de Sens , & abbé
commendataire de l'abbaye royale de Beaulieu ,
ordre de St Benoît , eſt mort àPuteau le 30 Juillet,
âgédequarante- neuf ans .
Meffire Charles Blaiſe Meliand, chevalier, conſeiller
d'érat, eſt mort à Paris le 13 août 1768 , âgé
de 65 ans. Il étoit le dermer de ſon nom.
PIE
TABLE.
IECES FUGITIVES en vers&en proſe , pages
Vers qui accompagnoient une branche de laurier ,
cueillie fur le tombeau de Virgile ,
AMadame de S J. fut fon départ de Ferney ,
▲Madame la M. duC.
La bourſe pleine de ſens. Vieux conte ,
ibid.
6
7
ibid.
Traduction en vers du commencement du premier
livre de Lucréce ,
Le papillon & la chandelle. Fable ,
Epitaphe de mon coq ,
Le danger des épreuves. Conte ,
La porte du bonheur ,
Vers mis au bas d'un portrait de Louis XV.
Autres,
Lettre deMilord Charlemont , &c.
Epitalame pour Madame la Princefle de B.
Vers à M. de Voltaire fur fon vaiſſeau ,
Réponſe de M. de Voltaire ,
Chanfon à Madame Benoît ,
Vers à M. le D. D. M.
Le Buveur content ,
Vers àM. de la Harpe ,
Réponſe de M. de la Harpe ,
Explication des Enigmes , &c.
II
13
14
15.
48
49
ibid.
56
57
59
60
61
ibid.
62
ibid.
63
SEPTEMBRE. 1768. 215
ENIGMES , ibid.
LOGOGRYPHE , 66
ROMANCE en Muſique , 67
NOUVELLES LITTÉRAIRES , 68
Principes du droit de la nature , & c . ibid.
Traité des arbres fruitiers , 70
Traité du Plantage , ibid.
Inſtructions importantes au peuple ,
L'Eſprit de Don Antonio de Guevara ,
Recueil d'opuſcules littéraires ,
Plaidoyer pour & contre J. J. Rouſſeau ,
Eloge de Henri le Grand ,
Eloge de Maffillon ,
Ellai ſur les moeurs du temps ,
Hiſtoire des troubles du Béarn ,
Dictionnaire pour l'intelligence des auteurs ,
Coup d'oeil ſur l'Angleterre ,
Des cauſes du bonheur public,
Premier cri d'un coeur françois ,
Lettres ſur la nouv . traduction de Tacite ,
Lanéceſſité de faire pénitence , liv. anglois ,
71
73
75
81
82
85
86
90
93.
95
99
103
105
107
108 Hiſtoire d'Angleterre , par Wilkes ,
Voyage en Allemagne , par Th. Nugent ,
L'Iliade d'Homere , miſe en octave , 112
Lettres de Nicolas Machiavel , 113
PRIX ACADÉMIQUES de Manheim , de Stockholm
, de Vienne ,
S.CTACLES ,
Concertfpirituel,
Opéra ,
Comédie françoile ,
Comédie italienne ,
115
117
ibid.
118
119
121
Astronomiedes Indiens ,
Remede contre la pierre ,
Inſtruction pour les defcentes ,
122
124
Du traitement de la variole , &c . 125
127
Lettres fur la Lithotomie , 128
216 MERCURE DE FRANCE.
Navigation ou vaiſſeau à Paris ,
Cours de géographie ,
130
131
Avertiſſement au ſujet des prix de muſique , 132
Muſette nouvelle & perfectonnée , ibid.
Gravure , 133
Recueil de planches ſur les arts , &c. 135
Lettre ſur une manufacture d'horlogerie ,
Queſtion ſur une méthode d'éducation ,
Réponſe à la queſtion ſur les Caſtes ,
Exemples & traits de bienfaiſance ,
Ancien uſage,
136
141
ibid.
I SO
154
Jeu renouvellé ,
Anecdotes ,
155
156
NOMS CÉLÉBRES ,
Thomſon , poëte Anglois ,
Camille , actrice ,
Edits , Lettres- Patentes , &c .
EVENEMENT REMARQUABLE ,
Origine & caufe des prétentions des Diffi-
159
ibid.
166
170
173
dens, ibid.
AVIS , 184
Fêre en l'honneur du Roi , 192
Médaillon épithalame , 196
Pompe funébre de la Reine , 198
Nouvelles Politiques , 202
Loteries , 213
Morts ,
ibid.
J'AI
APPROBATION.
AI lu , par ordre de Monſeigneur le Vice-
Chancelier,le vol. du Mercure de Septembre 1768 ,
& je n'y ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher
l'impreffion. A Paris, le 30 Août 1768 .
GUIROY.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue des Cordeliers.
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faifant remettre d'avance les fonds néceffaires
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L'AVANTCOUREUR , feuille qui paroît le Lundi
de chaque ſemaine , & qui donne la notice
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&méchaniques , de l'Induſtrie & de la Littérature.
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vol. in-8° reliés , 9 liv.
Dictionnaire de CHIRURGIE , 2 vol . in-8º rel . 9 liv.
Dictionnaire interpréte de MATIERE MÉDICALE ,
&c. vol. in-8 ° d'environ 900 pages relié , s liv .
Dict. d'ANECDOTES , de traits caractériſtiques &
finguliers , faillies , bons mots & reparties ingénieuſes
, &c . I vol. in-8 ° relié , 4liv. 10 1.
Dict. des PORTRAITS HISTORIQUES , anecdotes ,
&traits remarquables des Hommes Illuftres ,
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Dict. ECCLÉSIASTIQUE & CANONIQUE , portatif,
2 vol. in- 8º reliés , liv.
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-Catéch.deMontpell. en lat. 6 vol . in-4 °, br . 48 1.
Celiane , ou les Amans séduits par leur vertu ,
in- 12 , broché. r liv. 10 .
4liv.
Le Citoyen déſintéreſſé , 2 vol . in-80, br. 41 10f.
Commentaire des Aphorismes de Médecine d'Herman
Boerhave , par Wans Wieten en François
, 2 vol. in- 12 , brochés
Conférence de Bornier , 2 vol . in- 4°, reliés . 24 1.
Controversefur la Religion Chrétienne & celledes
Mahometans , in- 12 , 1767. broché. 1 1. 16 f.
LeDocteur Panſophe, ou Lettre de M. de Voltaire
à M. Hume , in- 12 , broché. 121.
Les DELASSEMENS CHAMPÊTRES , 2 vol. in- 12
brochés. 4liv.
Difputationes ad morborum hiftoriam & curationem
, &c. Albertus Hallerus , 6 vol . in-4°,
reliés . 60 liv .
Difputationes Chirurgicæ ſelectæ , Albertus Hal-
1
lerus, s vol . in- 4° , reliés . so liv.
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Religion Chrétienne, 3 vol. in- 12, par M. l'abbé
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3 vol. in-8º reliés , 10oliv. 110f.
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ariettes de tous les genres , diſpoſées pour la
voix & les inſtrumens , avec les paroles Françoiſes
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Dict. Typographique , Historique & critique des
livres rares , finguliers , estimés & recherchés ,
avec les prix , 2 vol. in-8 ° reliés . 9 liv.
Dict . Historique , par M. l'abbé Ladvocat , 2 vol.
in-8º reliés . 10 liv. 10 f.
in-4º brochés.
24 liv.
Dict. de Phyſique , par le Pere Paulian , 3 vol.
27 liv.
Dict.univerſel des foſſiles pprroopprreess & des foſſiles
accidentels , &c. in-8°, par M. Bertrand , relié,
Dict. Géographique de Voſgien, revu par M. l'abbé
Ladvocat , 2 vol . in-8 °, nouv, édit. 4 liv . 10 (.
Dict. de Droit Canonique , par Durand de Maillane
, 2 vol. in- 4º reliés.
41.101.
Dict . Anglois & François , François & Anglois ,
in-8° relié . 10 liv.
Dict. Allemand & François , & François & Allemand
, in - 8 ° relié. 6 liv.
-Idem. in - 4º relié . 12 liv.
Dict. de Droit &de Pratiq. 2 vol. in-4º relié 20 1 .
Avis auxMeres qui veulent nourrir leurs enfans ,
broché. I liv.
Trois Avis au Peuple fur le blé , la farine & le
pain. 2 liv. 12 f.
Almanach Philofophique. I liv.4f.
Anecdotes deMédecine , in- 12 relié. 3 liv.
Anthropologie , 2 vol. in- 12 , broché. 4liv.
-Idem in-4º broché. 6 liv .
Anatomie du corps humain , par M. J. Proſteval ,
in -4º relié. 12liv.
Almahide, 8 vol . in- 8º reliés . 32liv.
a ij
4
LeBotaniste François , 2 vol. reliés. s liv.
Lebon Fermier , ou l'Ami des Laboureurs , in- 12
broché. 2 liv .
La bonne Fermiere , broché . 1 liv. 16(.
* Bocace Italien , édit. de Londres , in-4°, br. 24 liv.
Bibliothéque des jeunes Négocians , par Jean
Larue , 2 vol . in-4º relié. 18 liv.
La Sainte Bible, par le Cêne, 2 vol. in fol . rel. 40 1.
Catéch. de Montpell. en lat . 6 vol . in-4°, br. 48 1 .
Celiane, ou les Amans féduits par leur vertu ,
in-12 , broché. 1 liv. 10 .
Le Citoyen déſintéreſlé , 2 vol. in-80, br. 41 10f.
Commentaire des Aphorismes de Médecine d'Herman
Boerhave , par Wans Wieten en François
, 2 vol . in- 12 , brochés 4 liv.
Conférence de Bornier , 2 vol . in - 4°, reliés . 24 1.
Controverfefur la Religion Chrétienne & celle des
Mahometans , in- 12 , 1767. broché. 1 1. 16 f.
LeDocteur Panſophe, ou Lettre de M. de Voltaire
à M. Hume , in- 12 , broché. 121.
Les DELASSEMENS CHAMPÊTRES , 2 vol. in - 12 .
brochés . 4liv.
Difputationes ad morborum hiftoriam & curationem
, &c. Albertus Hallerus , 6 vol . in-4°,
reliés . 60 liv .
Difputationes Chirurgicæ ſelectæ , Albertus Hallerus,
s vol . in- 4°, reliés . so liv.
Diſpenſatorium Pharmaceuticum , in-4°, 2 vol .
brochés. 24 liv.
Differtation ſur la Littérature , 4 vol. in-8 °. 6 liv .
Elémens de Pharmacie théorique & pratique , par
M. Beaumé , Maître Apothicaire de Paris ,
1 vol . in 8 °, grand papier , avec fig. relié. 6 liv.
Examen des faits qui fervent de fondement à la
Religion Chrétienne, 3 vol. in- 12, par M. l'abbé
François , reliés . 7 liv. 10 (.
Effai fur les erreurs & fuperftitions anciennes &
3
Dict. portatif de Jurisprudence & de pratique,
3 vol . in - 8º reliés , 10 liv. 10 f.
Dict. Lyrique , portatif, ou choix des plus jolies
ariettes de tous les genres , diſpoſées pour la
voix & les inſtrumens , avec les paroles Françoiſes
ſous la Muſique , 2 vol . in- 8 ° , 15 liv.
Dict. Typographique , Historique & critique des
livres rares , finguliers , estimés & recherchés ,
avec les prix , 2 vol. in-8 ° reliés .
Dict . Historique , par M. l'abbé Ladvocat , 2 vol .
9 liv.
in-8º reliés . 10 liv. 10 f.
Dict. Géographique de Voſgien, revu par M. l'abbé
Ladvocat , 2 vol . in-8 °, nouv, édit. 4liv. 10 (.
Dict. de Droit Canonique , par Durand de Maillane
, 2 vol . in -4º reliés.
1
24 liv.
Dict. de Phyſique , par le Pere Paulian , 3 vol.
in-4º brochés. 27 liv.
Dict . univerſel des foſſiles propres & des foſſiles
accidentels , &c. in-8°, par M. Bertrand , relié,
41.101.
Dict . Anglois & François , François & Anglois ,
in-8° relié. 1o liv.
Dict. Allemand & François , & François & Allemand
, in-8º relié. 6 liv.
-Idem. in - 4º relié. 12 liv.
Dict. de Droit &de Pratiq. 2 vol . in-4º relié 20 1.
Avis auxMeres qui veulent nourrir leurs enfans ,
broché. I liv.
Trois Avis au Peuple fur le blé , la farine & le
pain. 2liv. 12f.
Almanach Philofophique. I liv.4f.
Anecdotes de Médecine , in- 12 relié. 3 liv.
Anthropologie , 2 vol.in - 12 , broché. 4liv.
-Idem in-4º broché. 6liv .
Anatomie du corps humain , par M. J. Proſteval ,
in -4° relié. 12liv.
2
Almahide , 8 vol . in- 8º reliés. 32 liv.
aiy
6
Hiſt Navale d'Angleterre, 3 vol. in-4 rel. 27liv.
Mélanges intéreſſans &curieux , contenant l'Hiftoire
naturelle , morale , civile & politique de
l'Afic , de l'Afrique & des Terres Polaires , par
M. Rouflelot de Surgy , 1766 , 10 vol. in-12 ,
reliés.
trois Actes.
25 liv.
Mém. de Mlle de Valcourt , 2 vol . broc. 2 liv. 8 [.
Médecine rurale & pratique , rel. in- 12 . 21.10 .
Henri IV, ou la Réduction de Paris , Poëme en
1 liv.4f.
Manuel de Chimie , par M. Beaumé , nouvelle
édition augmentée , in- 12 , relié. 2 liv . 10f.
Manuel Lexique , par M. l'abbé Prevôt , 2 vol.
in 8°, reliés. و liv.
ManuelHarmonique,&c. par M. Dubreuil , Maître
de Clavecin , in 80, 1767 , broché. 1 liv . 16 .
Mémoires Militaires , & Voyages du Pere de Singlande
, 2 vol in 12 , 1766 , broc. 21. τοί.
Mémoiresfur l' Administration des Finances d' Angleterre
, in -4 ° , broché . 6liv.
Maladies des Gens de mer , par M. Poiffonnier ,
in-8 °, relié. sliv.
Monades de Léibnitz , in-4°, broché. و liv.
Notesfurla LettredeM.
Mémoire fur le Safran , in- 8 °, broché. I liv . 4 (.
deVoltaire
OEuvres Dramatiques, avec des obſervations , par
M. Marin , in - 8 ° , broché .
,br.. 9 ſols.
2liv.
Octave ou le jeune Pompée , ou le Triumvirat ,
avec des notes & des inorceaux Hiſtoriques,
I vol . in - 8 °, broché. 1 liv. 16 .
Les OEuvresde Rouſſeau , in- 12 , petit format ,
s vol. reliés. 10 liv.
Les OEuvres de M. d'Héricourt , 4 vol. in -4° ,
reliés. 40 liv.
Obfervations furla mouture des bleds , & fur leur
produit. 10 .
La Poétique de M. de Voltaire, 2 part. en un
1
s
modernes,nouvelle édition, augmentée , 1767,
grand in- 8 °, relié. " 5 liv.
Elémens de Philofophie rurale , broché. 2 ιν.
Effaisfur l' Art de la Guerre , avec cartes & planches
, parM. le Comte de Turpin , 2 vol . in4 ,
brochés . 24 liv.
Expofe fuccinct de la contestation deM. Rouffeau
24 Γ. avec M. Hume , in- 12 , broché.
Effai ſur l'Hift . des Belles-Lettres, 4 vol. rel. 12 liv .
Entretien d'une Ame pénitente,in 12 broché.2 liv.
Les Elémens de la Médecine pratique , par M.
Bouillet , in - 4°, relié. 7 liv.
و liv.
Elém . de Métaph. facrée & profane , in 8 ° br 31 .
Hiſtoire naturelle de l'Homme dans l'état de maladie
, in - 8 ° , 2 vol. reliés .
Hift. des progrès de l'eſprit humain dans les Sciences
exactes , & dans les Arts qui en dépendent ,
&c. par M. Savérien , grand in-8º relié. s liv.
Hift. de Christine , Reine de Suéde , in- 12 , relié.
2 liv. 10 f.
Hift. de la Prédication , 1 vol. in - 12 , rel. 2 1. 10 f.
Hilt. des Empereurs , 12 vol. reliés in- 12 , 36 liv.
Hift, du bas Empire , 10 vol . reliés .
Hift. Ecclef. de Racine, 15 vol . in 12 , relić. 48 liv.
30 liv.
in-4°, 13 vol . 130 liv.
Hift. de France de Vely , 18 vol . reliés , in- 12.
54 liv.
Hiſt, moderne , 12 vol. reliés , in- 12 . 36 liv.
Hift. de Lucie Weller , 2 vol . in - 12 , broché. 4 liv.
Hift. des Révolutions de Florence ſous les Médicis,
3 vol . in- 12 reliés . 7 liv . 10 1 .
Hist. de l'Afrique ( nouvelle ) Françoise , 2 vol.
in- 12 , reliés . 6 liv.
Hiſt. de l'Empire Ottoman , in-4° , relié. 9 liv .
Hift. des Navigations aux Terres Auſtrales , 2 vol .
in-4°, reliés. 24liv.
6
Hiſt Navale d'Angleterre, 3 vol. in-4°,rel. 27 liv.
Mélanges intéreſſfans & curieux , contenant l'Hifreliés
.
toire naturelle , morale , civile & politique de
l'Afic , de l'Afrique & des Terres Polaires , par
M. Rouflelot de Surgy , 1766 , 10 vol. in- 12 ,
25 liv.
Mém. de Mlle de Valcourt , 2 vol. broc. 2 liv. 8 Г.
Médecine rurale & pratique , rel. in - 12 . 21.10 .
Henri IV, ou la Réduction de Paris , Poëme en
1 liv.4f.
Manuelde Chimie , par M. Beaumé , nouvelle
édition augmentée , in- 12 , relié , 2 liv . 10 f.
Manuel Lexique , par M. l'abbé Prevôt , 2 vol.
in 8 °, reliés .
trois Actes .
و liv.
ManuelHarmonique, &c. par M. Dubreuil,Maître
de Cl vecin , in 80, 1767 , broché. 1 liv . 16 f.
Mémoires Militaires , & Voyages du Pere de Singlande
, 2 vol in 12 , 1766 , broc . 21. τοί.
Mémoiresfur l' Administration des Finances d'Angleterre
, in -4°, broché.
Maladies desGens de mer , par M. Poiffonnier ,
6 liv.
in- 8 ° , relié . sliv.
Monadesde Léibnitz , in-4°, broché. و liv.
Mémoire fur le Safran , in- 8 °, broché. I liv . 4 .
Notesfur la Lettre de M. de Voltaire , br.. 9 ſols.
OEuvres Dramatiques, avec des obſervations , par
M. Marin , in - 8 ° , broché. 2liv.
Octave ou le jeune Pompée , ou le Triumvirat ,
avec des notes & des inorceaux Hiſtoriques ,
I vol. in - 8 °, broché. 1 liv. 16 f.
Les OEuvresde Rouſſeau , in- 12 , petit format ,
s vol. reliés . 10 liv.
Les OEuvres de M. d'Héricourt , 4 vol. in-4 ° ,
reliés. 40 liv.
Obfervations fur la mouture des bleds , & fur leur
produit.
10f.
La Poétique de M. de Voltaire, 2 part. en un
modernes, nouvelle édition, augmentée, 1767,
grand in-8 °, relié . 5liv.
Elémens de Philofophie rurale , broché. 2 ιν.
Effaisfur l' Art de la Guerre , avec cartes & planches
, par M. leComte de Turpin , 2 vol. in 4 ,
brochés. 24 liv.
Expofé fuccinct de la contestation deM. Rouffeau
avec M. Hume , in- 12 , broché. 241.
Eſſai fur l'Hift . des Belles-Lettres, 4 vol. rel . 12 liv.
Entretien d'une Ame pénitente, in 12 broché. 2 liv .
Les Elémens de la Médecine pratique , par M.
Bouillet , in - 4°, relié. 7liv.
Elém. de Métaph. facrée & profane , in 8 ° br 31 .
Histoire naturelle de l'Homme dans l'état de maladie
, in- 8 ° , 2 vol. retiés .
Hift. des progrès de l'eſprit humain dans les Sciences
exactes , & dans les Arts qui en dépendent ,
&c . par M. Savérien , grand in-8 " relié. s liv.
Hift. de Christine , Reine de Suéde , in- 12 , relié.
2 liv. 10 f.
9 liv.
Hift. de la Prédication , 1 vol. in- 12, rel. 2 1. 10 f.
Hilt. des Empereurs , 12 vol . reliés in- 12 , 36 liv .
Hiſt, du bas Empire , 10 vol. reliés . 30 liv.
Hift. Ecclef. de Racine, 15 vol. in 12 , relić. 48 liv .
in-4°, 13 vol. 130 liv.
Hift. de France de Vely , 18 vol. reliés , in- 12 .
54 liv.
Hist . moderne , 12 vol. reliés , in- 12 . 36 liv .
Hift. de Lucie Weller , 2 vol.in- 12 , broché. 4 liv .
Hift. des Révolutions de Florence ſous les Médicis,
3 vol . in- 12 reliés. 7 liv . 10 1 .
Hist. de l'Afrique ( nouvelle ) Françoise , 2 vol.
in- 12 , reliés . 6 liv.
Hift. de l'Empire Ottoman , in- 4° , relié. 9 liv.
Hift. desNavigations aux Terres Auſtrales , 2 vol.
in-4°, reliés. 24 liv.
8
principalement attaché à décrire les traits de
patriotiſme qui ont illuftré nos Rois , la Nobleſſe
& le Peuple François , depuis l'origine
de la Monarchie , juſqu'à nos jours , 6 vol
in- 12.
Variétés Littéraires , ou choix de morceaux intéreffans
& curieux , concernant les Sciences ,
lesArts & la Littérature , 4 vol. in- 12 .
Dictionnaire de l'Elocution Françoise , contenant
les regles & les exemples de la Grammaire , de
l'Eloquence & de la Poéfie , 2 vol. in-8 ° .
Hiſtoire Littéraire des Femmes Françoiſes , contenant
une analyſe raiſonnée de leurs ouvrages ,
&c. 5 vol. grand in 8 °.
Hiſtoire des Théâtres de la Comédie Italienne &
de l'Opéra-comique , depuis leur établiſſement
en France juſqu'à nos jours , avec l'analyſe
raiſonnée , & l'Hiſtoire anecdotique de ces
Théâtres , 8 vol . in - 12 .
Les Nuits Parifiennes , ou Recueil de traits finguliers
, d'anecdotes , de pensées , &c. 2 vol.
in-8°.
Les deux ágesdu Goût & du Génie , ou les efforts
& les progrès du goût & du génie dans
les Sciences , les Arts & la Littérature , ſous
les regnes de Louis XIV & de Louis XV , vol.
grand in-8°.
Nouvelles recherchesſur les êtres microscopiques ,
&ſur la génération des corps organiſés , vol.
grand in-8 °, avec figures.
Dictionnaire claſſique de laGéographie ancienne,
vol. in- 8".
7
grand in- 8°, relié. sliv.
Pensées&Réflexions morales , nouv. édit. revue
& augmentée , broché .
I liv. 10 f.
12 f.
Polypes d'eau douce , ou Lettre de M. Romé de
I'afle à M. Bertrand , &c. broché.
La Paffion de Notre Seigneur Jesus-Chrift , mite
en vers & en dialogues , in-8°, broché.
Richardet , Poëme héroï- comique , en 12 chants ,
12 .
dans le goût de l'Arioſte , I vol. grand in- 8 °,
relié. slav.
Les Scythes , Tragédie de M. de Voltaire , nouv.
édition , in-8 ", broché. 11.106.
Syphilis , ou le mal vénérien , Poëme Latin de
Jerôme Fracaſtor , avec la traduction en François&
des notes , I vol. in 8 ° , broché. 11. 10f.
La Sechia Rapita , 2 vol . in- 8 ° reliés . 36liv.
Table des monnoies courantes dans les quatre
Traité de toutes les coliques , in - 12 , 1767 ,
parties du monde , brochés. 11. 4 .
broché. 1 liv. 10 C
Traitédes principaux objets de Médecine , 2 vol.
in- 12 , reliés. sliv.
Théorie du plaisir , 1 vol. broché. 1 liv. 16 f.
Traité des Jacinthes , broché. 1 liv. 4 f.
Traité des Tulipes , broché. I liv. 10 f.
Traité des Renoncules , broché. 2 liv.
Recueil de divers Traités ſur l'Histoire Naturelle
de laTerre &des Foſſiles , in 4º, broché. 9 liv.
Virgile d'Annibal Carro , 2 vol. in-8 °, reliés . 36 1 .
OUVRAGES ſous preffe & qui doivent paroître
inceſſamment.
Supplément pour la premiere édition du Dictionnaire
d'Hiftoire Naturelle , volume in - 8 ° .
Hiſtoire du Patriotisme François , ou nouvelle
Hiſtoire de France , dans laquelle on s'eſt
8
principalement attaché à décrire les traits de
patriotiſme qui ont illuftré nos Rois , la Nobleſſe
& le Peuple François , depuis l'origine
de la Monarchie , juſqu'à nos jours , 6 vol
in- 12.
Variétés Littéraires , ou choix de morceaux intéreffans
& curieux , concernant les Sciences ,
lesArts & la Littérature , 4 vol . in- 12 .
Dictionnaire de l'Elocution Françoise , contenant
les regles & les exemples de la Grammaire , de
l'Eloquence&de la Poéſie , 2 vol. in -8° .
Hiſtoire Littéraire des Femmes Françoiſes , contenant
une analyſe raiſonnée de leurs ouvrages ,
&c. 5 vol. grand in 8 °.
Hiſtoire des Théâtres de la Comédie Italienne &
del'Opéra-comique , depuis leur établiſſement
en France juſqu'à nos jours , avec l'analyſe
raiſonnée , & l'Hiſtoire anecdotique de ces
Théâtres , 8 vol . in - 12 .
Les Nuits Parifiennes , ou Recueil de traits finguliers
, d'anecdotes , de penſées , &c. 2 vol.
in-8°.
Les deux áges du Goût & du Génie, ou les efforts
& les progrès du goût & du génie dans
les Sciences , les Arts & la Littérature , ſous
les regnes de Louis XIV & de Louis XV , vol.
grand in-8°. 1
Nouvelles recherchesſur les êtres microscopiques ,
&ſur la génération des corps organiſés , vol.
grand in-8 °, avec figures.
Dictionnaire claſſique de la Géographie ancienne,
vol. in- 8" .
7
grand in- 8°, relié .
& augmentée , broché.
sliv.
Pensées &Réflexions morales , nouv, édit. revue
I liv . 10 f.
Polypes d'eau douce , ou Lettre de M. Romé de
l'afle à M. Bertrand , &c. broché. 12 f.
12 .
La Paffion de Notre Seigneur Jesus- Chrift , mite
en vers& en dialogues , in- 8 °, broché.
Richardet , Poëme héroï- comique , en 12 chants ,
dans le goût de l'Arioſte , 1 vol. grand in- 8°,
relié. slav.
Les Scythes , Tragédie de M. de Voltaire , nouv.
édition , in-8 ", broché. 11.106.
Syphilis , ou le mal vénérien , Poëme Latin de
Jerôme Fracaſtor , avec la traduction en François&
des notes , I vol. in 8 °, broché. 11. 106.
Table des monnoies courantes dans les quatre
Traité de toutes les coliques , in - 12 , 1767 ,
La Sechia Rapita , 2 vol . in-8 ° reliés . 36liv.
parties du monde , brochés. 11. 4f.
broché. 1 liv. 10 C
Traitédesprincipaux objets de Médecine , 2 vol.
in- 12 , reliés. sliv.
Théorie du plaifir , 1 vol. broché. I liv. 16 f.
Traité des Jacinthes , broché. 1 liv. 4 f.
Traité desTulipes , broché. I liv. 10 f.
Traitédes Renoncules , broché. 2 liv.
Recueil de divers Traités ſur l'Histoire Naturelle
de la Terre & des Foſſiles , in 4º, broché. 9 liv.
Virgile d'Annibal Carro , 2 vol . in-8 °, reliés . 36 1.
OUVRAGES ſous preffe & qui doivent paroître
inceffamment.
Supplément pour la premiere édition du Dictionnaire
d'Hiftoire Naturelle , volume in - 8 ° .
Hiſtoire du Patriotisme François , ou nouvelle
Hiſtoire de France , dans laquelle on s'eft
८
principalement attaché à décrire les traits de
patriotiſme qui ont illuftré nos Rois, la Nobleſſe
& le Peuple François , depuis l'origine
de la Monarchie , juſqu'à nos jours , 6 vol
in- 12.
Variétés Littéraires , ou choix de morceaux intéreflans
& curieux , concernant les Sciences ,
les Arts & la Littérature , 4 vol. in- 12 .
Dictionnaire de l'Elocution Françoise , contenant
les regles & les exemples de la Grammaire , de
l'Eloquence & de la Poéſie , 2 vol. in-8 ° .
Hiſtoire Littéraire des Femmes Françoiſes , contenant
une analyſe raiſonnée de leurs ouvrages ,
&c. s vol. grand in 8 °.
Hiſtoire des Théâtres de la Comédie Italienne &
de l'Opéra-comique , depuis leur établitlement
en France juſqu'à nos jours , avec l'analyſe
raiſonnée & l'Hiftoire anecdotique de ces
Théâtres , 8 vol. in- 12 .
Les Nuits Parisiennes , ou Recueilde traits finguliers
, d'anecdotes , de penſées , &c. 2 vol.
in-8°.
Les deux âges du Goût & du Génie, ou les efforts
& les progrès du goût & du génie dans
les Sciences , les Arts & la Littérature , ſous
les regnes de Louis XIV & de Louis XV , vol.
- grand in- 8°.
Nouvelles recherchesfur les êtres microscopiques ,
&fur la génération des corps organiſés , vol.
grand in-8 °, avec figures.
Dictionnaire claſſique de laGéographieancienne,
vol. in- 8°.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères