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1767, 12
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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
DECEMBRE 1767.
Diverfité , c'est ma devife. La Fontaine .
Cochin
Silver ime
BayleeSwipe
A PARIS,
JORRY , vis - à- vis la Comédie Françoiſe.
PRAULT , quai de Conti.
Chez DUCHESNE , rue Saint Jacques.
CAILLEAU , rue du Foin .
CELLOT , Imprimeur, rue Dauphine.
Avec Approbation & Privilege du Roi, -
BIBLIOTHECA
REGLA
MONACENSIS.
AVERTISSEMENT.
LEE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier - Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'est à lui que l'on prie d'adreffer
francs de port les paquets & lettres
pour remettre, quant à la partie littéraire
´à M. DE LA PLACE , Auteur du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36fols ;
mais l'on ne payera d'avance , en s'abonnant
que 24 livres pour feize volumes
à raifon de 30 fols piece.
Les perfonnes de province auxquelles
on enverra le Mercure par la Pofie ,
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
françs de port:
Celles qui auront d'autres voies que
la Pofte pour le faire venir , & qui prendront
les frais du port fur leur compte ,
ne payeont , comme à Paris , qu'à raifon
de 30 fols par volume , c'eft à- dire , 24 liv.
d'avance , en s'abonnant pourfeize volumes .
A ij
J
Les Libraires des provinces ou des pays
étrangers , qui voudront faire venir le
Mercure , écriront à l'adreffe ci - deſſus.
On fupplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la Pofte , en payant le droit ,
leurs ordres , afin que le paiement en foit
fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affranchis
refteront au rebut .
On prie les perfonnes qui envoient deș
Livres , Eftampes & Mufique à annoncer ,
d'en marquer le prix.
Les volumes du nouveau Choix des Pièces
tirées des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouvent auffi au
Bureau du Mercure. Cette collection eft
compofée de cent huit volumes , On en a
fait une Table générale , par laquelle ce
Recueil eft terminé ; les Journaux ne
fourniffant plus un affez grand nombre de
pièces pour le continuer. Cette Table fe
vend féparément au même Bureau , où
l'on pourra fe procurer deux collections
complettes qui restent encore.
MERCURE
DE FRANCE.
DECEMBRE , 1767.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LETTRE à M. DE LA PLACE , en lui
annonçant un manufcrit.
Nous vous avons l'obligation , Monfieur
, de plufieurs jolies pièces de vers de
feu M. le Marquis de Rechemore , du
recueil des chanfons & romances anciennes ,
ainfi que d'un grand nombre d'autres ouvrages
, tant en profe qu'en vers , dont
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
nous aurions été privés , ou dont la rechetche
eût été , pour les amateurs , auffi longue
& peut-être auffi incertaine que difficile.
Permettez que je concoure au but que
vous vous êtes fans doute propofé , de
prévenir la perte de beaucoup de petits
ouvrages intéreffans , foit par leur mérite
réel , foit par le nom qu'ont laiffé leurs
auteurs , en vous faifant part d'un manufcrit
que je viens d'acquerir , intitulé : poéfies
de M. de Senant du Chaftelier , & dans
lequel vous trouverez , je crois , différentes
pièces d'un genre auffi facile qu'agréable ,
par conféquent auffi dignes d'être confervées
que de plaire au public.
Si , fur quelques échantillons que j'ai
l'honneur de vous envoyer , vous en jugiez
ainfi que moi , & préfumiez que le public
pût en defirer la fuite ; vous me trouverez
difpofé à vous en faire part avec autant
de plaifir que j'en trouve à vous affurer
des fentimens avec lefquels j'ai l'honneur
d'être , & c.
Le C. DE ***
A Paris , le 8 novembre 1767 .
DECEMBRE 1767. 7
LA GENTILLESSE & LA BEAUTÉ réunies.
Ode anacréontique à Mlle GAUSSIN.
CUPIDON , cet enfant gâté ,
Eut ces jours paffés à Cythère
Une difpute avec la mère..
Vénus difoit que la beauté ,
Pour faire naître la tendreffe ,
Avoit les plus puiffans attraits :
Et l'Amour , que la gentilleffe
Lui fourniffoit bien plus de traits.
Elle eft femme , fon fils rebelle.
Aucun d'eux ne voulant céder ,
Un combat devoit décider :
Pour terminer cette querelle ,
De la plus belle de la Cour
La Souveraine d'Idalie
Devoit faire choix , & l'Amour
En élire la plus jolie.
Ce mortel , qui par les écrits ,
Dit Vénus , nous prouve fon zèle ,
De nos fujets le plus fidèle
Sera ton juge & mon Pâris.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Elle crut , par ce ftratagême ,
Corrompre mon intégrité :
Mais je fuis plus que d'elle-même
Partifan de la vérité.
Le petit Dieu par qui tout aime ,
Nomma la charmante Gauffin.
Ah ! dit Cypris , j'avois deffein
Pour moi de l'élire elle - même.
Raffemblez donc tous vos appas
Et difputez - lui la victoire ,
Dit l'Amour. Vénus n'ola pas
Rifquer le combat & fa gloire.
Gauffin , cet aimable fouris ,
>
Ces yeux à qui tout rend les armes ,
Auroient rendu vains tous les charmes
De la ceinture de Cypris.
Vous auriez remporté la pomme :
J'étois votre juge en ce jour ;
Et je vous voyois ... mais quel homme
Ne vous voit des yeux de l'Amour ?
DECEMBRE 1767 .
LA Brûlure d'Iris. Ode anacréontique.
L'AIMABL
AIMABLE enfant , dont l'aîle eft fi légère ,
Le coup fi fûr qu'on ne peut l'éviter ,
En vain fuivoit une jeune bergère :
Seule à fes traits elle ofoit rélifter.
Pallas voulant la rendre invulnérable ,
L'avoit baignée en cette onde où Thétis ,
Pour prévenir un deftin déplorable ,
Dès la naiffance avoit plongé fon fils.
Contre le fort précaution trop vaine ,
Et qui ne put l'arracher à la mort !
Précaution encore moins certaine
Contre un enfant plus puiffant que le fort !
Le pied d'Iris que tenoit la Déeffe ,
En la plongeant , ne fut point arrofé
De l'eau du Stix ; au Dieu de la tendrellc
Cet endroit feul fe trouvoit exposé !
Cet endroit foible Amour fçut le connoître ,
Lorsqu'épuisé de traits , & plein d'ennui ,
Il s'arrêtoit ... hélas ! le petit traître ,
Qui connoît mieux notre foible que lui ?
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
B=
De fon flambeau , dans fa rage cruelle ,
Il forme un trait qu'il lance contre Iris.
Atteinte au pied , cette beauté rebelle
Chancele , tombe & remplit l'air de cris.
Du Dieu bientôt la fureur eft calmée ,
Et la pitié fuccede à fon courroux .
Il pleure , & dit , en la voyant pamée :
Cruelle auffi pourquoi me fuyez-vous ?
ÉPIGRAMME à Mile DE *** . en lui
envoyant des ftras.
C'EST EST du faux que je vous envoie
Je vous paie en votre monnoie.
Mais lorsque je ferai certain
Que le jeu répond à la mine ,
Et que vous m'aimez ſeul.... enfin ,
Quand vous ferez un peu moins fine ;
On pourra vous donner du fin .
DECEMBRE 1767. II
AUTRE fur un Maître de Forges.
FORGERON , ORGERON , mari très- benin ,
Brontès m'a bien volé fous-main ;
C'eſt à mes frais que fon feu flambe.
Pour venger le tort qu'il m'a fait ,
Et le rendre un Vulcain parfait ,
Je veux lui caffer une jambe.
AUTR E.
QUOIQU'ON l'en accufe , je doute ,
Qué Damon ; en parlant s'écouté ;
Car je fuis fûr qu'il n'entendit
Jamais un mot de ce qu'il dit.
AUTRE fur la querelle des anciens & des
modernes.
D.Es modernes , des anciens ,
Deux partis foutiennent la gloire ,
Et chacun prétend pour les fiens
Obtenir entière victoire.
A vj
I 2
MERCURE DE FRANCE .
Pour moi voici mon fentiment :
Je les eftime également.
Les anciens ont l'avantage
D'avoir dévancé leurs neveux ,
Et ces derniers ont en partage
Celui d'être nés après eux.
AUTRE fur un Médifant .
SUR fon prochain Licidas
Débite mainte fottife .
Cela ne m'étonne pas :
Que diable veut - on qu'il dife ?
L ::
AUTR E.
Es enfans font ce que nous fommes ,
Ils ont nos mêmes fentimens .
Les enfans font de petits hommes ,
Et les hommes de grands enfans .
DECEMBRE 1767. 13
AUTRE à Mlle DE ***. fur un portrait
de l'auteur.
CYDALISE , eft - ce là cet amant qui vous aime
D'un amour fi conftant , fi tendre , fi parfait ?
Pour réponſe un foupir , & je fuis fatisfait
De vous , du peintre , & de moi- même.
AUTRE.
ASSEZ SSEZ de bien , de la fanté ,
Une maîtreffe qui nous aime ,
Ami , c'eſt le bonheur fuprême :
Avec la médiocrité
Habite la félicité.
Ainfi que dans un mal extrême ,
Pour trop fentir on ne fent rien ;
En nous le fentiment , de même ,
S'anéantit par trop de bien.
3
14 MERCURE DE FRANCE.
A M. le Marquis DE M...
Vou
CONSEILS D'AMI.
ous vous plaignez , mon ami ; de
quoi ? de l'accident le plus ordinaire . ...
Eh ! qui n'a pas éprouvé de pareils revers ?
Ce que vous regardez dans ce moment - ci
comme le plus grand des malheurs , eſt un
bonheur pour vous dont vous devez remercier
le Ciel . L'infidélité d'une maîtreffe
vous jette dans le défefpoir ! Qu'eft devenu
ce courage d'efprit qui vous a diftingué
dans tant d'occafions ? Vous traitez trop
au férieux une paffion qui doit être tout
au plus l'amufement de la jeuneffe du
fage. Vous vivez dans le grand monde ;
voyez avec quelle aifance , voyez avec
quelle légéreté on y traite l'amour . Comment
fe peut-t-il que vous n'en ayez pas
adopté le ton & les maximes ? Une jeune
perfonne de dix - huit ans , d'une figure
très - ordinaire , avec peu ou point d'efprit ,
étoit devenu l'objet de l'inclination d'un
philofophe âgé de trente- cinq ? Ohomme !
à quoitient ta fageffe ?.. Mais, en bonne foi ,
devez-vous être furpris de ce qui vient de
vous arriver ?
DECEMBRE 1767.
19
Un jeune Moufquetaire , de la figure la
plus brillante , avec les plus jolies manières
, & l'efprit le plus féduifant , croit pouvoir
fe flatter de fixer une femme ? Mais
combien en ai - je vu avec tous ces avantages
être les jouets de l'inconftance naturelle à
ce fexe. Vous me direz que l'amour effuyoit
les larmes qu'il avoit fait couler , & que
les faveurs d'un nouvel objet leur faifoient
bientôt oublier leurs peines. Mais quelles
reffources ne vous offrent pas vos lumières
naturelles & acquifes , vos lectures , vos
études , les grands hommes de l'antiquité
que vous avez pris pour modèles ? A ces
réflexions générales permettez - moi d'en
ajouter qui vous regardent plus particu
lièrement , & qui doivent contribuer à
votre confolation .
Vous vous devez à votre famille ; vous
avez une femme jeune , d'une figure agréable.
Je fais que le caractère n'y répond
pas ; je fais auffi qu'elle a des torts. Mais
vous n'avez rien à reprocher à fes moeurs ;
le temps & la raifon peuvent vous la ramener.
Elle eft vive , décidée , fage , mais
portée à la vengeance : piquée de fe voir
une rivale , elle fe croira autorifée à fuivre
votre exemple ; vous ferez refponfable
de fes défordres & des vôtres quelle
fource amère de réflexions pour un homme
16 MERCURE
DE FRANCE
..
délicat ! Lequel feroit le plus à plaindre ?
Ne feroit- ce pas cette innocente créature
que l'hymen vous a donnée , dont la phyfionomie
annonce déja , dans l'âge le plus
tendre , toutes les grâces de fon fexe , qui
vous tend fes petites mains , à qui je crois
entendre dire en foupirant : « ô mon père !
» ne m'avez-vous donné le jour que pour
» me rendre infortunée ? Votre opulence ,
» votre coeur , vos foins & vos attentions
» n'ont d'autre objet que celui de votre
» amour. Qui daignera veiller à l'éduca-
» tion que j'ai droit d'attendre de vous ?
» réduite à chercher de la diffipation dans
» des amuſemens vains , peut-être même
» criminels , ou à vivre dans l'indigence
»& le chagrin , le pourrai- je ? Abandonnée
» de mon père , négligée de ma mère , fans
»fortune , fans amis , comment éviterai -je
» les piéges qu'on pourra tendre à mon in-
» nocence ? Rofeau foible , qu'oppoſerai- je
» aux coups redoublés des vents impétueux
» des paffions ? .. La mort fera mon unique
» refuge , je l'appelle à grands cris ». O mon
ami ! réſiſteriez - vous à un pareil tableau ?
Quel tort n'auriez - vous pas fait à cette
aimable enfant ? Quels feroient vos regrets
? .. Un mot encore.
Aux prifes avec la fortune depuis votre
naiffance ; après en avoir effuyé les plus
DECEMBRE 1767.
17
cruelles injuftices , le Ciel vous offre un
ami refpectable qui vous reçoit chez lui ,
dont les bienfaits préviennent vos defirs.
Mais eft - ce pour fournir au luxe d'une
maîtreffe ? Que doit penfer de votre coeur
cet homme rare auprès de qui l'indigent
trouva toujours un appui ? Croyez - vous
qu'il ignore votre conduite ? Non , mon
ami , ne vous en flattez pas. Et dans ce
cas , pouvez- vous mettre dans la balance
l'eftime , l'amitié du plus généreux des
hommes avec les fentimens intéreffés d'une
fille qui vous jouoit , qui vous a fait
négliger vos devoirs , vos amis , vos parens ,
votre honneur même ?
Que d'honnêtes gens , indignés de voir
un philofophe auparavant connu par la
gravité de fes moeurs , accompagner publiquement
une jeune perfonne qui , fous un
maintien affecté , ne laiffoit pas moins
entrevoir tout ce qu'elle étoit en effet ?
Je le répéte , mon ami , vous êtes trop
heureux que la coquette ait changé la première
Vos affaires fe dérangeoient , &
vous étiez perdu .
Joignez à ces réflexions tous les motifs
pris de l'honneur , de la probité , de la
religion fur- tout. Rappellez- vous que la
vertu peut feule rendre l'homme heureux ;
qu'elle improuve tout ce qui tend à relâ
18 MERCURE DE FRANCE .
pas
cher les vrais liens de la fociété ; qu'un
attachement criminel eſt toujours l'objet
du mépris ; & que les torts d'une époufe net
peuvent juſtifier en nous de pareils écarts .
Alors vous ne tarderez à convenir que
vous vous êtes exagéré tous ceux de votre
femme , & qu'il eft temps de vous confoler
d'un prétendu malheur dont l'effet doit
vous rendre à vous- même , à votre famille
& à la fociété .
J'ai l'honneur , & c.
M. C. DI...
QUERELLE BACHIQUE.
DEUEUX Soldats , bons François , bûvoient à
rouge bord .
La fanté de Louis , dont ils fe louoient fort.
Egale à leur ardeur , leur joie étoit extrême ; "
Sur un point feulement ils n'étoient pas d'accord.
Louis le Bien- Aimé... c'eft fon nom , (par la mort! )
Difoit l'un , & par- tout on le nomme de même.
Non , dit l'autre , faifi d'un bachique tranſport :
Le vrai nom de Louis , c'eft Louis , qui bien aime.
L'hôte accourt , & nommé juge en dernier reffort :
L'un a raifon , dit -il , & l'autre n'a pas tort .
R. DUCL..
DECEMBRE 1767. 19
VERS à un Chevalier de Saint Louis , qui
prend une femme , & une charge de Confeiller
au Parlement de Rouen.
AMIM1 , content du petit faint
Et d'un brevet en bonne forme ,
Qui te donne , fur parchemin ,
Cent francs de plus que ta réforme ;
Tu quittes enfin l'uniforme ?
Tu vas , par de nouveaux exploits
A ton pays te rendre utile ,
Et de l'hymen , fuivant les loix ,
Faire une femme d'une fille ? ...
Sois bon magiftrat , bon mari ,
Et fais voir à la terre entière ,
Que de Bellone un favori ,
Sait combattre , juger & plaire.
A Rouen , par un Officier du
Régiment de Normandie.
20 MERCURE DE FRANCE.
A mon Ami , qui m'avoit envoyé des vers.
Vos. os , vers font charmans , je l'avoue ;
Vous valez mieux qu'Anacréon.
Dans les écrits l'amour fe joue ,
Les vôtres font du même ton .
Comme vous , l'aimable barbon
De fa plume faifoit ufage ;
Mais c'étoit- là l'unique hommage
Qu'il pouvoit rendre à Cupidon .
Vous qui poffédez du bel âge
Le feu , les grâces & les ris ,
Vous avez le double avantage
De fervir la mère & le fils .
Par le même.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
TRAIT D'AMOUR PATERNEL.
J'ai lu , Monfieur , avec plaifir , dans
le Mercure du mois de feptembre dernier ,
un extrait des regifires des délibérations de
l'hôtel de ville de Troyes , dans lequel on
voit la vertu récompenfée au fujet de la
DECEMBRE 1767. 21
.20
tendreffe d'un fils envers fa mère . Voici ,
Monfieur , un acte furprenant d'amitié
d'un père envers fa fille . Le nommé Marille,
Tailleur d'habits , demeurant à Courtenay ,
élection de Néinours , ayant envoyé le 23
de juin dernier fa fille , âgée de dix- fept
ans , tirer de l'eau à un puits de cinquante
pieds de profondeur ; cette fille tomba ,
par malheur , dans ce puits qui étoit devant
fa.boutique. A l'inftant même le père.
défolé court à fes cris , & , fans délibérer
fur undanger imminent , ( puifque la corde
a caffé le lendemain ) fe précipite dans
le puits par le moyen de cette même corde
qui , quoiqu'elle lui déchirât les mains ,
ne l'empêcha point de retirer fa fille du
fond de l'eau fans qu'elle en reçût aucun
mal. C'eft au public à juger fi cette action
méritoit d'être enfevelie dans l'oubli , &
je lui demanderois volontiers s'il y a moins
de fentimens dans ce qu'a fait ce père pour
fa fille , que dans ce qu'a fait pour fa mère
le jeune Jean - Jacques Cuni de Troyes.
J'ai l'honneur , & c,
B
22 MERCURE
DE FRANCE
.
LE Vuide de la Raifon . Ode anacréontique.
SUR la route que Pindare
Ofa tracer dans les cieux ,
Que , d'un vol audacieux ,
Un autre que moi s'égare.
Ma Mufe tendre & timide
S'effraie au bruit des clairons
Et , fur de modeftes tons ,
Chante les hymnes de Gnide.

Quand j'étois à mon aurore ,
Je connoiffois le bonheur ;
Mes chanfons partoient du coeur ,
L'amour les faifoit éclore.
La fombre mélancolie
Vint empoisonner mes jours ,
Et je vis fuir les amours
Sur l'aîle de la folie.
Qu'es-tu , ftérile raifon ,
Farouche philofophie ?
`Le vrai tyran de la vie ,
Du bonheur le fûr poifon.
DECEMBRE 1767. 23
Je me fens un nouvel être ! ...
Accourez , tendres defirs ,
Doux meflagers des plaifirs ,
Je puis encor vous connoître.
Je vais orner d'une rofe
Mon luth long- temps poudreux ;
Je vais chanter les beaux yeux
Qui font ma métamorphoſe.
Le Baron DE TSCHUDI.
VERS à M. SAUTREAU DE MARSY ,
auteur d'un éloge de Charles V , qui a
concouru pour le prix de l'Académie
Françoife.
MARSY, ARSY , j'ai lu ton éloquent ouvrage :
De ton génie admirant les refforts ,
Quel mortel , ai - je dit , put avoir l'avantage
Sur de fi fublimes efforts ?
Quiconque fait , avec tant d'énergie ,
Tracer le portrait d'un héros ,
Vainqueur des paffions , du temps & de l'envie ,
Doit l'être auffi de fes rivaux,
Confole- toi le fort ne différe ta gloire
:
24 MERCURE DE FRANCE.
Que pour donner un jour plus d'éclat à ton nom ;
Ta place eft alfarée au temple de mémoire :
Pour le fils des neuf foeurs c'eft gagner la victoire
Que de ne la céder qu'au rival d'Apollon.
Par M. l'Abbé DE LONGCHAMP .
Aux Lycurgues modernes.
O N raconte qu'à notre terre
Un élève de Phaeton ,
Par pure vanité , du moins l'affſure- t- on ,
Voulut diftribuer lui- même la lumière
Et monta leftement le char de Montefquieu.
Des chevaux du foleil diriger la carrière
Etoit pour un novice allez pefante affaire.
Bientôt tout alloit être en feu ,
Lorfqu'en un paffage critique ( 1 ) ,
Où l'écolier s'embarraffa ,
Le manége de politique
Accrocha Mercure ( 2 ) & verfa.
Le char & les courfiers tout fit la culebuțe .
O défaftre ô douleur le guide infortuné ,
Tout au travers du vuide , en cette grande chûte ,
Par les rênes fut entraîné ;
( 1 ) De l'état de nature à l'état civil.
( 2 ) Planete de grande reflource. Voyez ce
qu'en dit Fontenelle.
Mais
DECEMBRE 1767. 25
T
Mais admirez notre fortune :
Par l'équipage renversé ,
Notre globe alloit être au moins bouleversé ,
Quand fort heureufement tout fondit dans la lune.
Il eft , dit Fontenelle , en ce monde des mers ;
On y vit s'abîmer tout le train de lumière ,
Ce qui fit que dans l'univers
Tout alla comme à l'ordinaire .
Le jour même , dit - on , n'y fut pas plus obfcur .
Vouloir refondre l'homme eft donc pure folie.
Laillons - le tel qu'il eft ; pour la philofophie ,
C'est un parti commode & fûr.
LES TROIS BRUS,
ANECDOTE HISTORIQUE ET MORALE*.
GERBERGE ´ERBERGE D'HÉRIVILLE , iſſue d'une
des plus riches Maifons de Picardie , dont
elle avoit recueilli les diverfes fucceffions ,
avoit été mariée à Guillaume de Merhem ,
fire ou Baron d'Aftein , terre confidérable
& indépendante fituée dans le Kempeland
en Brabant , & qui s'étendoit depuis les
confins du quartier d'Ofterwick juſqu'aux
bords de la Dommele. Elle avoit eu de ce
* Tirée d'un livre intitulé : Jacobi Pránktitii
Lucubrationes. Hamb. 1547 : in - 8°.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
mariage trois fils : Henry , l'aîné , avoit
fuccédé à fon père dans le titre & la poffeffion
d'Aftein ; le fecond fe nommoit
Roger , & avoit eu en partage le fief de
Candole ; Albert , le troifième , étoit feigneur
de Saint- Olime. Demeurée veuve à
la fleur de fon âge , Gerberge ne penfa point
à de nouveaux noeuds : l'efprit toujours
occupé du fouvenir d'un époux qu'elle
avoit tendrement aimé , elle ne fongea
qu'à donner à fes enfans une éducation
digne de leur naiffance , & qu'à les inf
truire de bonne heure à foutenir la gloire
d'un nom que leur père avoit illuftré par
les plus hauts faits d'armes. Guillaume
d'Aftein avoit été lié de la plus étroite
amitié avec le fire de Raveftein ; ils étoient
morts tous deux en combattant pour
Edouard III , Roi d'Angleterre , dont ils
avoient pris le parti contre la France. Le
fire de Raveftein , qui étoit de la Maiſon
de Falkebourg , avoit laiffé deux fils , Waleran
& Renaud , & trois filles , Ifabelle
Théodore & Walpurge , avec lesquelles
Gerbergeprojetta de faire une triple alliance,
Lorfque le temps d'effectuer ce deffein fut
venu, elle n'éprouva aucune difficulté ni
de la part de fes fils ni du côté de la mère
des Demoiſelles , qui confentit de très -bon
coeur que les liens de l'amour achevaffent
DECEMBRE 1767. 27
d'unir deux familles qui l'étoient déja par
ceux de l'amitié . Il étoit naturel que le
partage des époux fe fît fuivant la conformité
d'âge , & l'inclination particulière
des parties contractantes ne s'oppofa point
cet arrangement . Les nôces fe célébrèrent
avec une égale fatisfaction de part & d'autre.
Henry & Roger pafsèrent , ainfi que
leurs aimables moitiés , du jour le plus
heureux à la nuit la plus délicieuſe. Albert
ne fut pas fi fortuné qu'eux. Quelques
jours avant fon mariage il s'étoit pris de
querelle avec un fils d'Othon , Seigneur
de Cuyck , parent de Jeanne , Ducheffe de
Brabant. Ces jeunes gens avoient choifi ,
pour vuider leur différend , la nuit même
qui devoit fuivre la cérémonie du triple
hymenée , & c'étoit à deffein de fauver les
apparences de leur duel qu'ils avoient
fait ce choix. Albert fentoit tout le danger
auquel il s'expofoit fi le malheur des armes
vouloit qu'il tuât un parent de la Ducheſſe
& fon adverfaire , ayant été l'aggreffeur ,
eut la générofité de garder le fecret fur
cette affaire & de fe prêter à tout ce qui
pourroit mettre Albert à l'abri des fuites
de l'événement. Le jeune époux , après
que tout le monde fut retiré , ſe déroba
.adroitement aux empreffemens de fa chère
Walpurge, &, fans être vu de perfonne ,
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
il courut au rendez- vous. Le fils d'Othon
fut tué & Albert , ayant reçu plufieurs
bleffures , eut befoin de toute fes forces
pour revenir feul chez lui . Il rentra avec
Les
les mêmes précautions qu'il avoit prifes
pour fortir , & retrouva fon époufe fort
alarmée de fon abfence . Il fut obligé de lui
confier fon aventure , & elle paffa la nuit à
lui donner tous les foins que fon dangereux
état exigeoit. Le lendemain on ne fut à qui
imputer la mort du fils d'Othon , dont le
bruit fe répandit dans tous les environs.
La pâleur qui règnoit fur le vifage d'Albert
mérita des éloges aux charmes de Walpurge
, tandis qu'un chirurgien , dont
Albert étoit fûr , le traita avec tout le
foin & la difcrétion néceffaires dans une
circonftance fi critique .
Albert n'étoit pas encore tout - à - fait
guéri lorfque Venceslas de Luxembourg ,
mari de la Ducheffe de Brabant , voulant
obliger Waleran de Falkebourg , beaufrère
des trois d'Aftein , à lui faire hommage
de la Baronie de Raveftein , vint
mettre le fiége devant cette ville . Auffi- tôt
Henry & Roger raffemblèrent tous leurs
vaffaux & , s'étant mis à leur tête ils
marchèrent au fecours de Waleran. Leur
propre intérêt les engageoit autant que
l'amitié. Ils fentoient bien que fi le Duc
DECEMBRE 1767. 29
venoit à bout de foumettre le fire de
Raveftein , il traiteroit de même tous les
Seigneurs indépendans qui fe trouvoient
dans les Etats du Brabant. Albert , trop
amoureux de la gloire pour manquer une
fi belle & fi preffante occafion de fe diftinguer
, oublia tout - à - coup fa foibleffe ,
partit à l'inſtant même avec fes frères , &
laiffa fon épouſe au même état qu'il l'avoit
prife en allant à l'autel.
Waleran & fes beaux- frères fe défendirent
fi vaillamment que le Duc de Luxembourg
défefpéra d'en triompher. Le
fiége tira en longueur , & tout le Brabant
ne retentiffoit que des actions héroïques
des quatre défenfeurs de Raveftein. Gerberge
, flattée des fréquens récits que l'on
lui faifoit de la valeur de fes fils , ne
defiroit rien tant que de voir naître des
gages de leur poftérité. Elle apprit alors
que deux de fes brus étoient enceintes :
elles s'étoient retirées toutes trois chacune
dans le domaine qui appartenoit à ſon
mari. Elle promit à celle qui mettroit au
monde le premier enfant mâle une fomme
de trente mille francs d'or , & qu'elle
inveftiroit ce premier né d'un alleu qui
lui appartenoit en Picardie , fitué entre
Guife & Ribemont , fur la rivière d'Oife ,
& que l'on appelloit le Rible. On peut
B iij
10 MERCURE DE FRANCE.
juger de l'effet que cette promeffe fit fur
les brus. Que de voeux au Ciel pour en
obtenir la grace d'avoir un fils !
On ne parloit , dans ce temps-là , que
d'un enfant miraculeux , né de pauvres
payfans , qui demeuroient dans le quartier
d'Ofterwick , aux environs de Boxtelle.
Il fe nommoit Melchior Infprelle .
Comme le pays n'étoit point riche , quelquesfripons
adroits s'étoient ingéré , pour y
amener l'argent , de couvrir d'or les dents
du petit pâtre , qui fut connu depuis fous
le titre de l'enfant au palais d'or : on publioit
qu'il avoit reçu du Ciel le don de
prophétie , une infinité de curieux venoient
pour s'affurer de la vérité de fes oracles ;
& cette fupercherie , qu'appuyoit la crédulité
, faifoit naître & entretenoit l'abondance
par toute la contrée.

Les Dames d'Aftein & de Candole
amorcées par l'efpérance des trente mille
francs d'or , fentoient une étrange impatience
de favoir à qui cette fomme appartiendroit.
Sans s'être communiqué leur
deffein , elles arrivèrent prefque en même
temps au lieu qu'habitoit Melchior. La
jeune Walpurge, n'ayant aucun droit à prétendre
au riche don que fe difputoit déja
l'ambition de ſes foeurs , ne s'inquiétoit
que du danger où fon mari fe trouvoit
DECEMBRE 1767.
expofé pendant le fiége de Raveftein : elle
avoit auffi pour fes frères Waleran &
Renaud une amitié fingulière. On ne ceffoit
de lui affurer que la ville étoit en
état de tenir plus d'un an contre Venceslas ,
& que , de fon côté , ce Prince étoit abfolument
déterminé à périr avec fes troupes
plutôt que de renoncer à cette conquête.
Ces difcours alarmoient cruellement la
tendre Walpurge. Elle voulut donc apprendre
de Melchior quel devoit être l'événement
de cette guerre , & fi le Ciel favoriferoit
l'injuftice du Duc ou l'équité de
la caufe de Waleran. Son arrivée furprit
fes foeurs ; elles ignoroient pourtant l'impoffibilité
où elle étoit de prétendre à la
récompenfe que Gerberge avoit promiſe .
Quoi ! Madame , lui dit Ifabelle , porteriez-
vous auffi dans votre fein des fruits
d'hymen ? Pourquoi non , lui répond Walpurge
, qui fe faifoit un plaifir de piquer
fa jaloufie ; ne fuis- je pas auffi digne que
vous & ma foeur de cette faveur du Ciel ?
Ifabelle ne lui cacha point fon dépit , &
parut fur - tout offenfée du fecret qu'elle
avoit gardé jufqu'alors fur fon état. Théodore
ne prit point la chofe avec autant
d'aigreur , & elle fouhaitoit , au cas que
la fomme lui échappât , qu'elle échût à fa
cadette , pour mortifier fon aînée. C'étoit
B iv
32
MERCURE DE FRANCE .
une perfpective d'adouciffement dont l'envie
attoit fa peine.
Melchior ne prophétifoit que quatre fois
dans l'année , & on étoit admis à le confulter
fuivant l'ordre des rangs. Les trois
foeurs , fe trouvant les plus diftinguées
parmi les Dames qui , dans cette cérémonie
, cédoient le pas aux hommes , furent
introduites les premières dans l'antre fouterrein
où cet enfant rendoit fes oracles ;
on l'avoit ainfi logé pour rendre fes myftères
plus redoutables : il étoit très - bien
foufflé , & ne parloit jamais de façon à
fe compromettre ni à altérer fon crédit. 11
répondit à la queftion que lui fit Iſabelle ,
tant pour elle que pour fes foeurs , que
les trente mille francs d'or appartiendroient
à celle qui y prétendoit le moins. L'afpect
du lieu terrible où le petit prophète annonçoit
les arrêts du fort , & la préſence de
cet enfant , effrayèrent tellement Walpurge,
que la peur d'en recevoir quelque
réponſe finiftre l'empêcha de le confulter
fur ce qui regardoit Albert : elle fe contenta
de l'avoir entendu prononcer fur
l'objet.qui intéreffoit fes deux foeurs , &
fe retira avec elles toute émerveillée du
fens impénétrable de l'oracle . Comment
eft-il poffible , fe difoit- elle , que l'une de
mes foeurs obtienne ce que toutes deux
*
DECEMBRE 1767. 33
defirent avec le même empreffement , fi
la condition que le Ciel met à cette faveur
eft de n'y point prétendre ?
Souvent le germe du bien & du mal
inné en nous ne fe développe dans nos
coeurs que par le pouvoir des circonſtances.
L'impreffion que fait fur notre âme ce que
nous entendons ou ce que nous voyons ,
fuffit fouvent pour changertoutes nos idées.
Jufques-là Walpurge n'avoit point encore
fenti les effets de la cupidité ; fa grande.
jeuneſſe lui avoit fait regarder avec indifférence
les biens que donne la fortune . Satisfaite
de fe voir unie par l'hymen au
tendre amant qu'elle adoroit , elle n'imaginoit
pas qu'il y eût d'autre félicité dans
le monde que celle d'aimer & de plaire .
Mais tous les beaux projets qu'elle avoit
entendu former à fes foeurs fur les trente
mille francs d'or , excitèrent ſon ambition.
Elle commença à regretter la inédiocrité
de fes revenus ; née cadette & femme
d'un puîné , leur partage avoit été trèsmince
; la naiffance d'un fils eût pu la
mettre en état de faire une figure auffi
brillante que l'époufe même du fire d'Aftein.
Cette idée la porta à interpréter les
paroles du petit prophète de manière à
concevoir quelque efpérance : elle préfuma
qu'elles annonçoient que fes aînées n'au-
B v
34
MERCURE DE FRANCE.
roient que des filles , & que le premier
fruit qu'elle auroit de fon mariage feroit
un garçon, Dans cette affurance elle fe
fépara de fes foeurs avec l'air perfuadé
que la fomme promife ne pouvoit lui
échapper , & y étoit d'autant plus fondée
qu'elle n'y prétendoit nullement au moment
de l'oracle.
Ses foeurs triomphoient de la confiance
où elles la voyoient , & déja elles ne doutoient
plus que l'événement ne punît fa
présomption . Pour mériter le bonheur auquel
elles afpiroient , elles affectèrent ,
à leur retour , un défintéreffement qui
étonna. Ifabelle ordonna , dans toute l'étendue
de fon domaine , des prières publiques
pour que le Ciel la rendît mère d'une
fille ; & Théodore protefta , par un acte
authentique , contre la donation que fa bellemère
s'étoit obligée à lui faire au cas qu'elle
dût mettre au monde un fils , en déclarant
que la délicateffe de fes fentimens ne lui
permettoit point d'accepter un don qui ne
pouvoit lui être fait qu'au préjudice de
fes fours. Ces moyens qu'elles employoient
pour cacher le fecret defir qui les guidoit ,
ne prouvoient que d'autant mieux leur
extrême avidité. Walpurge ne faifoit point
comme elles des voeux contraires à fes penfées
elle attendoit avec indifférence le
DECEMBRE 1767. 35
terme de leur groffeffe ; impatiente de voir
la fin d'une guerre qui la privoit de fon
époux , elle ne foupiroit plus qu'après fon
retour. Une circonftance imprévue ranima
tout-à- coup dans fon coeur l'envie de gagner
les trente mille francs d'or.
y
Parmi les femmes qui la fervoient , il
en avoit une , nommée Cécile , qui paffoit
encore pour fille quoiqu'elle fût mariée.
Jamais rien de plus parfait n'étoit forti
des mains de la nature ; fes père & mère
étant au fervice du fire & de la Dame de
Raveftein , Cécile avoit été élevée avec
les trois Demoifelles , & Walpurge , fenfible
à l'attachement particulier qu'elle
lui avoit toujours témoigné , avoit confenti
avec plaifir qu'elle la fuivît dans
la nouvelle demeure où l'hymen l'appelloit.
Godefroi de Raftel , fils d'un Gentilhomme
du Maefland , vaffal de Raveſtein ,
s'étant épris de fa beauté , avoit fait toutes
les tentatives imaginables pour engager
cette fille à fatisfaire fa paffion . Auffi fage
que belle , elle avoit eu le courage de réfifter
à fes preffantes follicitations ; & il en avoit
été d'autant plus furpris qu'elle étoit dans
l'âge où la raifon timide céde aux premiers
traits de l'amour. Irrité par fes refus , le
feu dont il brûloit lui avoit fait oublier
la difproportion des rangs ; il l'avoit épou-
B vj
36 MERCURE DE FRANCE .
fée , & , par égard pour fes parens , il avoit
voulu tenir cette union fecrette juſqu'à ce
que la fortune qu'il attendoit le mît dans
le cas de braver les vains difcours du monde .
L'événement qui éloignoit Cécile du Maefland
avoit paru favorable à fon époux ,
& il comptoit que le fecret de fon mariage
feroit gardé plus fûrement à Saint- Olime.
Il avoit affifté aux nôces des Demoifelles
d'Aftein , & étoit parti enfuite avec leurs
maris pour défendre le fire de Raveftein ,
fon feigneur dominant.
Cécile s'étoit trouvée enceinte à - peuprès
dans le même, temps que les Dames
d'Aftein & de Candole , & les fymptômes
de fa groffeffe ne lui permettant plus d'en
douter , elle s'étoit crue obligée , pour
éviter le ſcandale , de faire confidence à
fa maîtreffe de fon mariage & de fa fituation
. Cet aveu combla de joie Walpurge,
qui , profitant de l'état où Cécile fe trou
voit, s'ouvrit à elle fur l'idée d'un ftratagême
qui lui vint fur le champ dans l'efprit
pour fruftret fes foeurs du bien qu'elles
attendoient. Elle lui propofa de fe retirer
avec elle dans une petite maifon folitaire
qu'elle avoit à deux milles de Saint - Olime ,
accompagnées feulement d'une femme de
confiance & de deux de fes plus fidèles
ferviteurs. Elle arrêta , qu'avant de s'éloi
DECEMBRE 1767. 37
gher , elle déclareroit que fon époux l'avoit
laiffée enceinte ; que l'enfant dont Cécile
de viendroit mère pafferoit pour être à elle ;
que , fi c'étoit une fille , elle feroit publier
qu'elle feroit morte en naiffant , & que
Cécile la feroit élever fecrettement jufqu'au
temps où Godefroi de Raftel ne feroit plus
forcé de taire fon mariage ; mais que , fi
c'étoit un garçon , il lui ferviroit de moyen
pour avoir les trente mille francs d'or , &
qu'elles s'en remettroient l'une & l'autre
au hafard pour trouver un heureux dénouement
à cette fupercherie. Cependant Venceflas
avoit bloqué la ville de Raveſtein.
de manière que l'on ne pouvoit y faire
parvenir aucune nouvelle , & ce Prince
comptoit la réduire par famine. Walpurge
ne craignoit donc pas que le bruit
de fa groffeffe parvînt jufqu'aux oreilles
de Saint-Olime , dont le reffentiment eût
tout gâté , & qu'elle connoiffoit d'ailleurs
trop homme d'honneur pour vouloir acquérir
des richeffes aux dépens de la vérité,
Elle efpéroit que les affliégés fe défendroient
affez long- temps pour qu'il lui fût poffible
d'accomplir fon deffein ; que Saint- Olimė ,
empreffé de la revoir , voleroit auprès
d'elle fitôt qu'il en auroit la liberté ;
qu'elle feroit la première à qui il viendroit
faire part du fuccès de fes armes , & que,
38
MERCURE
DE
FRANCE
. quand elle auroit charmé fes yeux par l'afpect
de la fomme confidérable qu'elle lui
montreroit & par la poffeffion de l'alleu
que Gerberge lui auroit abandonné , elle
l'ameneroit aisément au point de demeurer
d'accord de tout ce qu'elle auroit fait. Les
promeffes qu'elle fit à Cécile & l'expédient
facile que ce ftratagême préfentoit à cette
femme embarraffée pour diffimuler fon
état , conformément aux volontés de fon
mari , la déterminèrent fans peine à goûter
ce projer , qui fut mis auffi - tôt à exécution
.
Tout réuffit au gré de Walpurge . Le
fiége de Raveſtein duroit toujours , & les
Dames d'Aftein & de Candole n'étoient
point encore mères , lorfque Cécile accoucha
d'un garçon qui promettoit de vivre ; &
Walpurge fit annoncer à Gerberge cet heureux
événement . L'opulente Douairière
avois toujours fenti , en faveur de Saint-
Olime , une prédilection qu'en mère fage
& prudente elle n'avoit jamais ofé faire
éclater. Sa joie la décéla dans ce moment ,
& elle voulut acquitter plus dignement fa
dette en remettant elle- même à fa brù la
récompenfe promife. Elle fit porter ce tréfor
avec elle & l'offrit à la prétendue mère
avec tous les tranfports d'une véritable
fatisfaction. Walpurge joua très - bien fon
1
DECEMBRE 1767. 39
rôle : elle parut alaiter l'enfant que fa vraie
mère nourriffoit fecrettement , & Gerberge
, après avoir fait à ce fils fuppofé la
ceffion de l'alleu , s'en retourna doublement
contente , de voir augmenter fa famille
d'un nouvel héritier , & de ce que
Saint-Olime en étoit le père.
Malgréfon triomphe , Walpurge ne put
empêcher que les remords ne troublaffent
le repos de fa confcience , fur-tout quand
elle apprit que le Ciel venoit de donner
un fils à Théodore , & que fa foeur aînée
n'avoit eu qu'une fille. Albert devenoit
d'autant plus difficile à gagner , que le
larcin de fa femme bleffoit non-feulement
toutes les loix de la probité , mais encore
dépouilloit fon neveu d'un don qui lui
appartenoit légitimement. Cette réflexion
fit racheter à la Dame de Saint- Olime
par les craintes qu'elle lui caufa , le plaifir
qu'elle avoit goûté au premier afpect
des écus d'or dont fon coffre fort fe trouvoit
rempli. La plus légère perfidie eft
toujours coûteufe aux perfonnes nées avec
des principes de vertu ; comment une
action de cette nature n'eût - elle point
banni de l'âme de Walpurge cette douce
tranquillité que refpire la feule innocence ?
Mais le fort lui préparoit de bien plus
cruels repentirs.
40 MERCURE DE FRANCE.
Tandis que la Dame de S. Olime ne con
fultoit pas moins fon ambition fur l'emploi
qu'elle pourroit faire des richeffe dont elle
fe voyoit en poffeffion ; tandis qu'elle jettoit
fes vues fur différens fiefs qui étoient à
fa bienféance ; & qui pouvoient faire un
très bel arrondiffement au domaine de fon
époux ; la guerre , qui avoit continué fi
long- temps à Raveftein , fe termina. Les
fréquens affauts que les affiégeans avoient
donnés à la ville , & les heureufes forties
des affiégés , avoient diminué les troupes
de Venceslas au point que , perdant enfin
l'efpoir de foumettre Waleran , il avoit
fait fa paix avec lui & s'étoit retité .
La valeur des trois d'Aftein avoit plus
fervi à la défenfe de Raveftein que les
bras d'une armée entière . Couverts de lauriers
& comblés des témoignages de reconnoiffance
& d'amitié dont leur beau- frère
paya leurs exploits , ils fe hâtèrent d'aller
annoncer à leur mère , qu'ils chériffoient
également , la levée du fiége , & de lui
confirmer , par un récit fidèle de leurs
actions , tout ce que la renommée lui avoit
déja appris fur ce fiége mémorables Gerberge
, enchantée de leurs fuccès , n'eut
rien de plus preffé que de confoler Henry
fur ce que le Ciel ne lui avoit accordé
qu'une fille , & de complimenter Roger
DECEMBRE 1767. 41
fur la naiffance du fils dont Théodore
l'avoit fait père. Enfuite , d'un air qui
fentoit bien fa prédilection , elle félicita
tendrement Albert en l'informant de la
récompenfe qu'avoit méritée à fon époufe
l'honneur de donner la première au Brabant
un héritier du nom d'Aftein.
Albert , aux premiers mots d'une nouvelle
à laquelle il s'attendoit fi peu , ne
fut quelle contenance tenir. Saifi de la
plus vive colère , l'effort qu'il fit pour fe
contraindre le rendit immobile ; il tomba
dans une espèce de fyncope dont on attribua
l'effet fubit à l'excès de fa joie . Revenu
à lui-même , il jura dans fon coeur de fe
venger auffi cruellement que fon honneur
lui fembloit offenfé . Il fe contint le mieux
qu'il put , & paffa le refte du jour dans
une agitation qui le fit méconnoître. On
crut que , par égard pour fes frères , qu'il
craignoit de mortifier , il ne vouloit point
fe livrer à tout le plaifir qu'il reffentoit ,
& que la gêne qu'il s'impofoit lui -même
dans une circonftance auffi agréable , étoit
la caufe du trouble & de l'embarras que
l'on remarquoit en lui. Le détail des victoires
qu'il avoit remportées avec fes frères
en différens combats , fur les troupes de
Venceslas , calma par intervalle le dépit
dont il étoit dévoré. Le filence de la nuit
42 MERCURE DE FRANCE.
le laiffa réfléchir plus librement fur l'amertume
de fon fort. Il fe retraça avec encore
plus d'horreur l'image de fa honte . Perfide
époufe ! s'écrioit - il à chaque inftant , tu
m'as trahi ; frémis à mon approche ! voici
ta dernière heure . Tremble , parjure !
bientôt tes yeux ne jouiront plus de la
lumière que fouille ton impureté. Dès que
le jour fe lève il fait feller fon cheval &
ordonne , en partant , que qui que ce foit
ne le fuive.
La maiſon qui fervoit de retraite à
Walpurge n'étoit qu'à trois milles du château
de Gerberge. Albert , diftrait , égaré ,
perd à diverfes fois la route qu'il devoit
tenir , de forte que la matinée étoit déjà
avancée lorsqu'il apperçoit les tourelles de
la maifon qu'habite la victime qu'il cherche.
Sa fureur redouble à cette vue. Le
chemin qui y conduifoit étoit bordé de
cailloux & de rochers. Cécile le promenoit
alors fur cette chauffée ; elle tenoit
fon enfant dans fes bras . Elle reconnoît de
loin fon maître aux armes qu'il portoit ,
& cette infortunée vole au - devant de lui .
La route extraordinaire par où elle le vit
venir l'empêcha de douter qu'il eût vu
Gerberge , & n'imputant qu'aux fatigues
de la guerre l'altération qui le défiguroit ,
elle l'aborde avec affurance . Albert , en
DECEMBRE 1767. 43
affectant un fourire qui la trompa : quel
eft , lui dit- il , cet enfant que tu tiens dans
tes bras ? Cécile , dans l'intention de le
préparer à la confidence que Walpurge
avoit à lui faire , n'hésite point à lui répondre
que c'eft un héritier que fa femme
lui a donné. Tranfporté de rage , Albert
tire fon épée en s'écriant : voilà donc cet
indigne fruit de fes amours ! en même
temps il dirige le fer fur le coeur de l'enfant.
Cécile détourne le coup , la frayeur
lui coupe la parole ; elle croit dérober fon
fils à la mort en fe précipitant à travers
les rochers , mais la force l'abandonne ;
ce précieux fardeau échappe de fes mains ,
& fon fang rejaillit fur la mère , qui tombe
évanouie en le preffant encore fur fon
fein. Albert , hors de lui- même , ne fait
aucune attention à ce cruel fpectacle , &
court vers l'afyle où il croit furprendre
fon infidèle épouſe.
>
Walpurge , d'une fenêtre où elle s'étoit
mife par hafard , avoit été témoin de tour
ce qui venoit de fe paffer. Pénétrée de
frayeur , elle n'eut que le temps de defcendre
dans un fouterrein dont Albert
ignoroit l'iffue , & où elle fe mit à l'abri
de fes fureurs. Sa femme de confiance &
fes deux domestiques s'enfuirent dans les
bois , & la maifon fe trouva déferte. Al44
MERCURE DE FRANCE.
bert parcourt tous les appartemens ' fans
rencontrer perfonne , & ne doute plus
que fa femme , avertie de fon arrivée ,
ne fe fût dérobée à la jufte punition que
méritoit fon crime. Après la recherche
la plus exacte il entre dans un arrièrecabinet
où il voit un coffre- fort ; il juge
à fa pefanteur que ce coffre renferme
la fomme que Walpurge a acquife aux
dépens de fon honneur. Fatal tréfor ! dit- il
en pouffant des foupirs de rage , fource
de ma honte & de mon défefpoir , fuis
loin de mes yeux dont tu fais le fupplice ;
ceffe de deshonorer un afyle d'où tu as
banni la paix. A ces mots , il le foulève ,
ainfi qu'un poids léger , & le jette fur le
bord d'un foffé rempli d'eau qui entouroit
la maifon . Revenu de l'excès de fa
fureur , il fe reffouvient tout- à- coup qu'il
a laiffé Cécile mourante au milieu des
rochers ; il efpère tirer d'elle quelques
éclairciffemens fur un mystère qui l'accable
, de connoître par fa bouche le téméraire
qui a partagé le crime de fon épouſe ,
& de pouvoir laver dans fon fang l'outrage
qu'il en a reçu. Il retourne à l'endroit où
cette mère éplorée fe défoloit auprès de
fon enfant. Albert étoit fougueux , mais il
avoit le coeur & généreux & fenfible. Touché
de fes cris lamentables , il n'ofa lui
DECEMBRE 1767. 45
parler ; les yeux baiffés , il ſent que le reffentiment
fait place aux regrets dont il eſt
pénétré. Ah ! barbare , lui dit Cécile , d'une
voix entrecoupée de fanglots , qui vous
retient , & pourquoi n'achevez- vous point
de réunir & la mère & le fils ? Albert ,
qui n'entend point le véritable fens de ces
paroles , croit la confoler en l'informant
qu'il n'a point trouvé Walpurge & en ne
menaçant plus que fon rival. A force de
la prier & de s'excufer fur le premier mouvement
d'une fureur trop naturelle , il vient
enfin à bout de la faire expliquer. Mais
quelle eft fa furprife à mefure que le myftère
fe développe ! & quels reproches n'at-
il point à fe faire ? Il n'a pas de peine à
fe perfuader de la vérité qu'elle lui expoſe :
Godefroi de Raftel , en combattant avec lui ,
lui avoit fauvé la vie en plufieurs occafions
; ces fervices les avoient unis d'une
amitié réciproque. Raftel avoit fait part à
fon ami de fon mariage clandeftin , & en
avoit obtenu la permiffion de fixer fa demeure
au château de Saint - Olime , où ,
Cécile feroit traitée à l'avenir avec les
égards dûs à fa qualité , mais toujours
avec difcrétion . Il doit la vie à Godefroi ,
& , pour payer ces obligations , il eft le
bourreau de fon fils ; quelle fource de
remords pour un homme tel que Saint46
MERCURE DE FRANCE.
Olime ! Sa femme ne l'a point trahie ,
mais il a tué l'enfant de fon ami ! La joie
& le repentir agitant également fon âme ,
il refte fufpendu entre ces deux mouvemens
; il prend enfin le parti d'envelopper
l'enfant dans fon écharpe , & d'aider fa
malheureufe mère à revenir au château.
Cécile , qui avoit à ménager & fon
époux & Saint - Olime fon ami , regardant
fon malheur comme un châtiment
dû à la foibleffe qu'elle avoit eue de fe
prêter au ftratagême honteux de Walpurge
, crut réparer fes torts par l'humble
réfignation avec laquelle elle fe foumit
aux décrets de la Providence . Saint - Olime
fit chercher par- tout fa femme & fes domeftiques.
Walpurge , qui n'ofoit fe montrer
, demeura deux jours dans le fouterrein
, où elle expia fa faute par les craintes
qui l'agitèrent & le jeûne qu'elle y obferva.
Cécile enfin la retrouva & la détermina à
reparoître devant fon époux. La langueur
qui étoit peinte für fon vifage lui donnoit
un air fi intéreffant , que Saint- Olime ne
put la revoir fans verfer des pleurs ; il ne
lui parla de ce qui s'étoit paffé qu'en la
fuppliant de lui pardonner fon erreur ; les
preaves indubitables qu'il eut de fa fidélité
lui rendirent tout l'amour qu'il avoit eu
pour elle ; & il fit inhumer fans pompe le
DECEMBRE 1767. 47
fils de Godefroi fous le même nom qu'on
lui avoit donné en naiffant. Cependant
l'honneur d'Albert ne lui permettoit pas
de conferver des biens qui ne lui appartenoient
point. La mort de l'enfant lui fourniffoit
un prétexte honnête pour reftituer
à fa mère ce que l'adrefle de Walpurge
avoit ufurpé fur Théodore . Walpurge étoit
fi confufe de fa fourberie & des fuites
funeftes qu'elle avoit produites , qu'elle ne
s'avifa pas de contredire fon mari , &
qu'elle feignit même de confentir à cette
reftitution , qui , intérieurement , la chagrinoit
beaucoup. Saint Olime ordonna en
conféquence que l'on cherchât le coffrefort
dans le foffé où il l'avoit jetté ; on
ne l'y trouva point : il fit publier dans
tous les environs la perte qu'il avoit faite ,
en enjoignant à ceux de fes vaffaux ou ferfs,
entre les mains de qui ce tréfor feroit
tombé , de le rapporter au plutôt.
Un payfan , chargé d'une nombreuſe
famille , & qui ne fubfiftoit que du travail
de fes mains , avoit vu détruire , par un
orage , tout l'efpoir de fa récolte . Réduit
à la plus extrême mifère , n'attendant
rien de fes voifins que le même accident
a voit ruinés , fe trouvant hors d'état de
nourrir fa femme & fes enfans , & ne voyant
plus d'autre remède à fes maux que celui
48 MERCURE DE FRANCE.
d'abréger les jours , s'avançoit près du
foffé , dont les eaux étoient très profondes ,
lorfqu'il apperçut le coffre- fort : il s'arrêta
à le confidérer , & , préfumant qu'il renfermoit
quelque chofe de précieux , il remercioit
le Ciel de cette heureufe trouvaille
, lorfque fa femme , également accablée
de l'excès de leur infortune , & qui
avoit formé le même deffein que lui , arriva
fur le bord du foffé . Tous les deux fe
confolent à la vue du tréfor qu'ils chargent
fur leurs épaules & qu'ils portent
jufqu'à leur chaumière , où étoient raffemblés
avec leurs enfans nombre de leurs
voifins également malheureux, qu'ils prient
de les aider à brifer la ferrure du coffre.
L'éclat de l'or qu'il renferme les éblouit ;
mais la confcience de ces bonnes gens
( elle parloit encore alors ) leur défendit
tout- à- coup d'y toucher. Il n'eft pas poffible
, fe difoient- ils , qu'un pareil tréfor ne
foit bientôt réclamé . Attendons que le propriétaire
fe mentre & nous récompenfe
d'avoir compté fur fa générofité.
Ce fentiment , tout noble qu'il étoit ,
céda pourtant , au bout de quelques jours ,
à la faim qui les preffoit , ainfi que leur
famille , & les força de prendre une des
pièces d'or pour fubvenir à leurs befoins.
Mais dès que le bon homme apprit que
fon
DECEMBRE 1767. 49
fon Seigneur avoit fait publier que ce
tréfor étoit à lui , faifi de crainte , accablé
de remords , il crut pourtant ne devoir
pas moins s'expofer à tout le courroux
d'Albert en lui reportant le coffre & en
s'accufant d'avoir ofé en fouftraire une
pièce d'or. Il arriva chez fon Seigneur
avec fa femme , fes enfans & les autres
complices de fon prétendu forfait. Il fe
jette aux pieds d'Albert , ainfi que toute
fa famille & fes compagnons , confefle
fon larcin , & offre d'en racheter la peine
par fes fervices & ceux que fes enfans
pourront un jour lui rendre. Albert , furpris
& touché jufqu'aux larmes , les fait
relever & s'écrie : Ciel ! fe peut -il que tant
de probité fe rencontre avec l'infortune ?
Le plaifir de foulager l'adverfité lui parut ,
à partir de ce moment , le feul digne d'un
coeur fenfible. Il n'afpira plus qu'après cette
douce félicité dont le charme réalife aux
yeux du fage l'illufion de la grandeur , &
renvoya ces pauvres gens en les affurant
de fa protection & en leur donnant une
ample récompenſe.

Les habitans du Kempeland fouffroient
depuis long - temps à caufe des
guerres qui s'élevoient journellement entre
les Seigneurs du pays & leurs voifins . Les
fujets d'Albert, outre ces fléaux , venoient
C
50 MERCURE DE FRANCE.
d'effuyer un violent orage qui avoit achevé
de ruiner leur fortune & leurs efpérances.
Sa fituation préfente , & les dettes qu'il
avoit contractées pendant le fiége de Ra
veftein , le mettoient dans l'impuiffance
de fecourir tant d'infortunés dont les preffans
befoins excitoient fa compaffion &
demandoient une prompte affiftance. La
voix de l'humanité étouffant enfin fes fcrupules
, le détermina à employer à leur foulagement
la fomme que fon honneur l'engageoit
à reftituer , en fe réfervant cependant
d'amaffer à l'avenir fur fes épargnes
de quoi acquitter la confcience de Walpurge
envers Théodore. Le lendemain &
les jours fuivans il parcourut tous fes
domaines & répandit l'abondance chez les
pauvres , dont le nombre étoit fi grand
que la moitié de fon tréfor fe trouvant
épuifée , il employa le refte à l'acquitte
ment de fes propres dettes. Autant valoit- il ,
pour Walpurge , qu'il l'eût rendu que d'en
faire un pareil ufage . Non -feulement fon
luxe ne fe trouva point augmenté , mais
i fallut encore qu'elle diminuât fa dépenfe
ordinaire pour mettre fon mari en état de
parvenir , par fes épargnes , à reftituer
un jour le tréfor. Elle méritoit d'être
punie autant que fon époux étoit digne
de pofféder légitimement un bien qu'il
DECEMBRE
1767. SI
avoit employé à fecourir
l'indigence . Mais
un nouveau malheur ne tarda pas à mettre
encore fa vertu à
l'épreuve.
Gerberge eut
un chagrin fi violent de la mort de fon
petit-fils , dont on lui déguifa les circonftances
, qu'elle tomba malade & mourut
quelques jours après . Alors
Théodore conrefta
la donation qu'elle avoit faite à Walpurge
, prétendit
annuller la promeffe , attendu
que les termes dans lefquels leur
mère s'étoit exprimée
portoient qu'elle faifoit
ce préfent à celle qui donneroit la
première au Brabant un héritier du nom
d'Aftein . Ainfi elle
foutenoit que la mort
de fon neveu , détruifant tous les droits de
Walpurge , c'étoit à elle & à fon fils que
devoient revenir les trente mille francs
d'or & l'alleu. L'affaire fit grand bruit &
fut pouffée avec chaleur. Quoique la demande
de Théodore eût à peine un prétexte
fpécieux , le procès ne fut pas moins
porté devant la Ducheffe de Brabant , où
elle parut affiftée de tous les Gentilshommes
du pays : il tint même plufieurs
féances. Ifabelle , de fon côté , prenant
parti contre Théodore , fit valoir l'acte
authentique par lequel elle avoit renoncé
à cette
récompenfe , & prétendit
que , fi
la mort du fils d'Albert annulloit la donation
, à cauſe du mot d'héritier , les trente
Cij
32 MERCURE
DE FRANCE .
mille francs d'or devoient être partagés
entre elle & fes deux foeurs , & l'alleu
retourner à fon mari , qui , en fa qualité
d'aîné , réuniffoit de droit à fon patrimoine
tous les fiefs & terres titrées . Toutes les
voix s'accordoient pour laiffer les chofes
telles qu'elles étoient , vu l'embarras d'interpréter
les intentions de Gerberge , vu
aufli l'acte de Théodore ; lorfqu' Albert vint
foutenir les droits de celle- ci , & dit que ,
pour des raifons invincibles , il ne lui étoit
pas permis d'éclaircir un mystère qui leveroit
toutes les difficultés : mais que , fi l'on
vouloit s'en rapporter au ferment qu'il
offroit fur fon honneur , le tout apparte
noit à Théodore , nonobſtant ſa renonciation
qu'il regardoit comme non avenue ;
qu'il fe foumettoit même à lui remettre
fur le champ l'alleu pour le fils qu'elle
avoit , & qu'il lui rendroit les trente mille
francs d'or dont il avoit été forcé de faire
ufage , auffi-tôt que fes facultés pourroient
le lui permettre.
La générofité de ce procédé étonnoit
tous les juges , & ils alloient prononcer conformément
à la volonté d'Albert, lorsqu'un
courier parut & vint annoncer à Théodore
qu'elle n'avoit plus de fils. La Ducheſſe ,
alors , de l'aveu de tout fon confeil , décida
qu'Albert demeureroit dépofitaire de
DECEMBRE 1767. $ 3
la fomme & de l'alleu , & que , conformément
aux volontés de Gerberge , dont
les termes ne feroient plus interprétés à
l'avenir que d'une feule & même manière ,
les trente mille francs appartiendroient à
celle d'entr'elles qui la première mettroit
au monde un fils à qui l'alleu feroit donné
à perpétuité ; & que , foit qu'il vécut ou
qu'il mourût , les foeurs de la mère ne
pouroient rien répéter contre elle . Cet
arrêtfolemnel fut rendu au gré des parties.
Walpurge étoit pour lors enceinte d'un
garçon dont la naiffance la dédommagea
de toutes les peines qu'elle avoit éprouvées
depuis le retour de fon mari. La probités
d'Albert fut couronnée , & fon bonheur
en cette occafion prouve que les bonnes
actions font tôt ou tard récompenfées .
Par M BUN T , fils.
SUITE DES CHANSONS ANCIENNES
CHANSON de Mde THYBERGEAU .
TANT ANT doux plaiſirs qu'offre la rêverie ,
Jeux de l'efprit , riante oifiveté ;
Paible oubli des peines de la vie ,
Combien plaifez à mon âme ravie !
Je ne connois d'autre félicité.
Ciij
34 MERCURE DE FRANCE.
On m'a bien dit tant douce rêverie ,
Jeux de l'efprit , riante oifiveté ,
Par trop fouvent rendent l'âme attendrie.
C'étoit ainfi que vivoit Egérie
Avec Lifis ; il en a profité.
Moi , je réponds : flatteufe rêverie ,
Jeux de l'efprit , doux emploi du loifir ,
Font jufqu'ici le charme de ma vie.
Pour un Lifis devenir attendrie ,
Peut- être encore eft un plus doux plaifir.
Onfait combien de gens célèbres par leur efprit
Je font plû à rendre justice à celui de Mle Thybergeau.
La Fontaine avoit dit d'elle , lorſqu'elle
étoit encore Mlle de Silleri :
J'avois Efope quitté ,
'our être tout à Bocace ;
Mais une divinité
Veut revoir fur le Parnaffe
Des fables de ma façon .
Or d'aller lui dire non ,
Sans quelque valable excufe ;
Ce n'eft pas comme on en ufe
Avec des divinités :
Sur- tout quand ce font de celles
Que la qualité de belles
Fait reines des volontés .
Car, afin que l'on le fache ,
C'eft Sillery qui s'attache
A vouloir que de nouveau
Sire loup , fire corbeau ,
Chez moi fe parlent en rime.
Qui dit Sillery dit tout..
DECEMBRE 1767. 44
Mde Thybergeau a vécu jufques dans un age
très- avancé, confervant toutes les gráćes de fon
efprit. De plufieurs poéfies aimables qu'on fait
qu'elle avoit faites , nous n'avons pu retrouver que
cette feule chanfon qui fait regretter le.refte. Il
Jemble que La Fontaine lui ait infpiré , par fes
éloges , fa manière d'écrire , fimple , agréable , &
qui paroit n'avoir rien coûté ; talent devenu bien
Tare , & c'est dommage. Que fert de fe tuer à fubtilifer
, à tourner toutes fes penfees ? il en eft de
cette forte de charlatanerie , comme des mines que
font continuellement certaines femmes qui n'ont
point de phyfionomie. Elles ne mènent pas loin les
gens mêmes qui s'y trompent.
ROMANCE DE M. DE MONCRIF
LES conftantes Amours d'ALIX & d'ALEXIS.
OURQUOI rompre leur mariage ,
Méchans parens ?
Ils auroient fait fi bon ménage,
A tous momens .
Que fert d'avoir bague & dentelle
Pour le parer !
Ah ! la richeffe la plus belle'
Eft de s'aimer !
Quand on a commencé la vie ,
• Difant ainfi :
Oui , vous ferez toujours ma mie ş
Vous mon ami.
Civ
36 MERCURE DE FRANCE.
Quand l'âge augmente encore l'envie
De s'entre- unir
Qu'avec un autre on vous marie ,
Mieux vaut mourir.
A fa mère , étant déja grande ,
La pauvre Alix ,
A deux genoux un jour demande
Son Alexis.
Maman , il faut , par complaifance ,
Nous marier.
Ma fille , je veux l'alliance
D'un Confeiller.
La fille , à cette barbarie ,
Bien fort pleura ;
Au couvent de Sainte Marie
On l'enferma.
Là , pendant trois ans éperdue ,
Elle a gémi ,
Sans avoir un inftant la vue
De fon ami.
Un jour ... quelle malice d'âme !
La mère a dit :
Alexis a pris une femme
Sans contredit.
Et puis , lui montrant une lettre ,
Lui dit voyez ;
ww Il vous écrit , c'eſt pour permettre
Que l'oubliez.
DECEMBRE 1767 57.
Alors Confeiller & Notaire ,
Arrivent tous ;
Le Curé fait fon ministère ,
Ils font époux.
Pour elle , hélas ! feftin & danfe ,
Ne font qu'ennui ;
Toujours lui vient en fouvenance
Son favori.
Le foir , plus grande fâcherie
Saifit fon coeur ;
Sa mère la tanfe & la crie
Toute en fureur..
Tout comme une brebis qu'on mène
Droit au boucher ,
La pauvrette , en pleurant , fe traîne
Pour fe coucher.
Vrai Dieu qu'Alix , honnête & fage
Se conduit bien !
Tous autres foins que du ménage ,
Lui font de rien,
Voyant de fon époux la flamme
Qu'il lui portoit ,
Elle lui donnoit de fon âme
Ce qui reftoit.
Hélas ! fon âme toute entière
A fes foucis ,
} I'
C v
58 MERCURE
DE FRANCE
,
Gardoit fon amitié première
Pour Alexis .
Cinq ans , en dépit d'elle- même ,
Paffa les jours ,
A fe reprocher qu'elle l'aime ,
L'aimant toujours.
Pour chaffer de fa fouvenance
L'ami fecret ,
On fe donne tant de fouffrance
Pour peu d'effet :
Une fi douce fantaiſie ,
Toujours revient ;
En fongeant qu'il faut qu'on l'oublie ,
On s'en fouvient.
Alix , dans fa mélancolie ,
Un jour l'époux
Lui mène un marchand d'Armenię
Pour des bijoux :
Ma moitié , faires quelque emplette
De fon écrin :
Perles & noeuds font la recette
Pour le chagrin.
Baife- moi , moutonne chérie ,
Je vais au plaid ;
Tiens , prens de cette orfévreriç
Ce qui te plaît
DECEMBRE 1767 32
L'argent n'eft que pour qu'on le donne
Quelque bon temps ;
N'épargne rien ; voilà , mignonne ,
Vingt écus blancs.
Il part. Le marchand , en filence;
L'écrin montroit ,
Qu'Alix avec indifférence
Confidéroit ;
Chaque fois qu'il offre à la Dame
Perle ou faphir ,
Chaque fois , du fond de fon âme,
Sort un ſoupir.
En lui routes fleurs de jeumelle
Apparoiffoient ;
Mais longue barbe , air de triftefe
Les terniffoient.
Si de jeuneffe on doit attendre
Beau coloris ,
Pâleur qui marque une âme tendre
A bien fon prix.
Mais Alix , foucieuse & fombre .
Rien ne voyoit.
Pourtant aux longs foupirs fans nombre
Qu'il répétoit ;
D'où lui vient , dit- elle en foi-même ›
Tant de chagrins ?
C vj
60 MERCURE DE FRANCE .
Ah ! s'if regrette ce qu'il aime ,
Que je le plains !
Las ! qu'avez- vous qui vous foucie ,
Comme je voi ?
Si c'eſt d'aïmer , je vous en prie ,
Dites -le - moi .
Eh ! que fert de conter , Madaine
Un déplaifir ,
Qui jamais , jamais de mon âme
Ne peut fortir ?
Il n'est qu'un tréfor dans le monde,
Je le connois ;
Long temps en efpoir je me fonde
Que je l'aurois :
Et plus mon amitié ravie
Crut l'obtenir ,
Tant plus j'aurois donné ma vie
Pour le tenir.
Le voir cent fois dans la journée
Me plaifoit tant ,
Je remportois das ma pensée
En le quittant ;
Lorfqu'un lutin , par grand'rancune
Vint l'enlever ,
"Puis d'un autre en fit la fortun
Pour m'en priver.
DECEMBRE 1767.
Dirai -je ma douleur profonde ,
Quand je l'appris ?
Pour m'en aller au bout du monde
Me départis ;
Non qu'un inftant en moi je penfe .
De l'oublier ,
Mais pour mourir de ma conftance
A le pleurer.
Marchand , eft-ce or ou broderie
Que ce tréfor ?
Madame , hélas ! ce que j'envie
Surpalle l'or.
Sont-ce rubis ? J'aurois fans peine
Rubis perdus.
C'est donc le trouffeau de la Reine
Ah c'est bien plus.
Depuis qu'on vint , par grand dommage,
Me le ravir ,
J'en ai tiré la chère image
De fouvenir ;
J'ai , la voyant , l'âme remplie
De défeſpoir ,
Et ne garde pourtant la vie
Que pour la voir.
Ne tardez pas , j'en meurs d'envic
Arménien 2
2 MERCURE DE FRANCE.
Que cette image tant chérie
Je voye enfin.
Lors , avec un foupir qu'il jette
Plus loin encor ,
De fon fein tire une tablette
Dans du drap d'or.
Alix foudain prit la dorure
La déplia ;
Sur la tablette , en écriture ;
Ces mots trouva :
Ici je contemple à toute heure
Dans les foupirs ;
Je garde tout ce qui demeure
De mes plaifirs.
Alors Alix la tablette ouvre
Tant vîtement :
Eh ! qu'est ce donc qu'elle y découvre
Pour fon tourment ?
La voilà toute évanouie
A cet objet !
Qui n'eût même tranfe fentie !
C'eft fon portrait.
Alix , mon Alix tant aimée à
Hélas ! c'est moi !
Alix , Alix tant regrettée ,
Ranime toj ¿
DECEMBRE 1767.
Ton Alexis vient de Turquie ,
Tout à l'inftant ,
Pour te voir , & quitter la vie ,
En te quittant.
Par ces triftes mots ranimée ,
Alix parla.
'Alexis , j'ai ma foi donnée ,
Un autre l'a ;
Je ne dois vous ouir de ma vie
Un feul inftant :
Mais ne mourez pas , je vous prie
Partez pourtant.
Voulant , pour complaire à fa mie
Partir foudain ,
Avant que pour jamais la fuie ,
Lui prend la main.
L'époux furvient ; à cette vue
Tout en fureur ,
Leur a , d'une dague pointue ,
Percé le coeur.
Alexis meurt. Alix mourante ,
Les yeux baiffés ,
Dir je péris , mais innocente
Ce m'eft affez.
Mon époux , votre jalouſe
Veale mon lang
MERCURE DE FRANCE.
Sans regret je quitte la vie ,
En vous plaignant.
Depuis cet acte de ſa rage ,
Tout effrayé ,
Dès qu'il eft nuit il voit l'image
De la moitié ,
Qui du doigt montrant la bleſſure
De fon beau fein ,
Appelle avec un long murmure
Son affaffin.
Après fi trifte tragédie ,
Tout fage époux ,
Ne peut , de fa moitié chérie ,
Être jaloux.
S'il trouve un marchand d'Arménie
Prenant la main ,
Il dit : c'eft qu'on le congédie ,
J'en fuis certain.
Depuis que cette romance a paru , on a donné
ce titre à toutes les chantons amoureuſes qui ont
une fuite de couplets. La romance cependant a un
caractère qui la diftingue : il faut qu'il y ait une
action touchante , & que le ſtyle en foit naïf.
C'est ce qu'ont négligé pluſieurs bons auteurs ; ils
ont écrit leurs chantons en ftyle d'ode , & c'eſt
ôter à la romance for mérite principal . Celle ci ,
malgré toute la fortune qu'elle a faite , a un trèsgrand
défaut dans l'action . L'auteur en eſt convenu
DECEMBRE 1767. 65
avec nous , & nous a dit que c'eft Madame la
Princefle de Conty qui la première l'en a fait
appercevoir. Le caractère jaloux du mari n'eſt
annoncé que par le coup de poignard qui tue fa
femme ; il auroit fallu préparer , dans le cours de
l'action , cette cataſtrophe. Mais cette romance ,
à ce que nous a dit auffi l'auteur , fut faite uniquement
dans la vue d'amufer Madame la Ducheffe
de Villars & Madame la Princefle d'Armagnac. II
leur chantoit les couplets à mesure qu'ils étoient
achevés , elles en paroiffoient très -contentes ; & un
auteur en ce cas eſt aisément gagné par l'exemple.
CHANSON de CHARLEVAL.
Las , on voit
on voit trop , 6 charmante
Amafie
Le noir complot
contre
vous concerté
;
Lorsqu'en
naiffant
vous parûtes
ſaiſie
Des dons d'efprit , de grâce , de beauté ;
Minerve obtint ( voyez la jaloufie )
Qu'auriez autant d'inſenſibilité.
Voyez auffi la belle récompenfe , 挪
De qui vous fert avec un foin jaloux ;
Egalité , fille d'indifférence ,
Eft le retour dont vous les payez tous :
Le moindre trait de douce préférence ,
On l'étudie on ne le voit en you
66 MERCURE DE FRANCE.
Sur vos penchans , non , rien ne les éclaire ;
Rien n'eft pour vous rebutant ni flatteur ;
Soins ingénus ou parés da mystère ,
Payés ne font d'accueil ni de rigueurs
On n'obtient pas même de vous déplaire t
Y parvenir feroit une faveur
Il va ceffer de fe cacher encore ,
te doux fecret tant pénible a céler's
Ne vous bleffez de fa façon d'écloré ,
Sous le reſpect if faura le voiler :
Apprenez donc qu'un coeur qui vous adore ?
Vous le dit plus , moins il ofe parler.
Faucon de Charleval étoit d'une illure famille
'de Normandie ; fa naiffance & fon mérite l'ont
fait refpecter de tous les gens de lettres , & defirer
dans toutes les bonnes compagnies... Quoiqu'en
fe faifant imprimer il pût fe promettre le fuffrage
du public , on n'a eu fes poéfies qu'après fa mort ;
encore ne les a-t - on pas eu toutes. Nous n'avons
pu découvrir à qui cette charfon- ci a été adreffée ,
& c'est dommage ; on aimeroit à favoir le nom &
l'état d'une femme auffi fingulièrement aimable que
cette Amafie. Pour ne pas tout perdre , nous
avons cherché quelque Dame de ce fiècle à qui
ce portrait put être appliqué. Nous difions , nous
répétions : les dons d'efprit , de grâces , de beauté ,
avec une raifon fupérieure , voilà bien des chofes !
Enfin l'un de nous a propofe la Ducheffe d'Aremberg
, foeur dufeu Comte d'Egmont ; nous avons
Lous dit : c'eft elle.
1

DECEMBRE 1767. 64
CHANSON de M. DE MONCRIF a.Mde
DE SAINT-JULIEN.
Q.U par fortune trouvera
Nymphes dans la prairie ;
Celle qui tant plus lui plaira ,
Tenez , c'est bien ma mie´s
Si quelqu'une vient à danſer ,
Et d'une grâce telle ,
Qu'elle ne fait les fleurs verfer
Hé bien , c'eft encore elle
Si quelqu'un dit avec ferment ,
Je donnerois ma vie ,
Pour être aimé rien qu'un moment
Tenez , c'eft de ma mie.
Si quelqu'autre fait fans eſpoir
La Nymphe qu'il adore ;
Content du charme de la voir ;
Hé bien , c'est elle encore.
Eglé vint aux jeux de Cérès ,
Et fut d'abord fuivie ;
Eglé revint le jour d'après ,
On ne vit que ma mie.
Si quelque Nymphe a le crédit
D'être toujours nouvelle ,
A vos yeux comme à votre efprit
Tenez , c'est toujours elle .
63 MERCURE DE FRANCE.
Į
L'autre matin , fous ces buiffons ,
. Une Nymphe jolie
Me dit j'aime tant vos chanfons ,
Je dis c'eft pour ma mie.
Pour célébrer les doux attraits ,
Fait-on chanfon nouvelle ;
En y fongeant , l'inftant d'après ,
On chante encor pour elle .
Je lui fais maint adorateur ,
Et n'en ai jaloufie ;
Amour a mis tout mon bonheur
Dans celui de ma mie.
Que ferviroit de m'alarmer ?
La chofe eft naturelle ;
mour l'a faite pour charmer ,
Et nous pour n'aimer qu'elle.
Prendre ainfi le doux nom d'aman
Flatte ma fantaifie ;
Elle me plaît uniquement ,
Je l'appelle ma mie.
Mais fi j'étois la déïté ,
Qui la forma ſi belle ,
Je croirois n'avoir mérité
Que d'être enchanté d'elle,
DECEMBRE 1767. 69
LE mot de la première énigme du
Mercure du mois de novembre eft le
marteau. Celui de la feconde eft le miroir.
Celui du premier logogryphe eft conftance;
dans lequel on trouve note & ton , canne
bâton , canon , l'oreiller du grand Turenne ,
qui dormoit fur l'affut ; Cannes , ville
d'Italie , auprès de laquelle les Romains
furent défaits par Annibal , côte , rivage ,
tonne , qu'on remplit de cidre en Normandie
, conte pour rite ; ( on fait que les Gaf
cons excellent dans ce genre ) le Nonce
du Pape , âne , côte , d'où Eve fut formée
, nôces ; on fait le défeſpoir de Vulcain
à l'afpect de Vénus & de Mars , les
Thébains avoient élevé un temple à la
Conftance , les amans vantent leur conftance
, & jurent d'être fidèles avant le
mariage. Celui du fecond eft malice ; où
on trouve mie , mi & la , lice , lame
miel , lie , lime , cime , ciel. Et celui du
troifième eft broderie ; dans lequel on
trouve ride , bride , Borée , robe , ode
Die , idée , or , Brie , boire & bord,
79 MERCURE DE FRANCE.
U
ÉNIGM E.
NE main roturière aſſez ſouvent m'exerce.
Né dans les bois , en ville j'ai commerce ;
Je fuis même employé dans le palais des Rois.
A- t-on fait ce qu'on veut de moi ,
Sans façon auffi - tôt on me met à la porte.
A connoître mon nom , fi ton defir te porte ,
Chaque jour je fuis devant toi .
LIS
AUTR E.
Es pieds ne fervent pas toujours à cheminer.
J'en ai fix , & ne puis me mouvoir d'une place ;
Mais je fais du chemin fans y laiffer ma trace ,
Lorfque pour mon ufage on veut me promener.
Soit couchée ou debout je décide fans faute ;
On me confulte en mille cas :
J'ai toujours la taille très haute ,
Mais ma groffeur n'y répond pas.
DECEMBRE 1767. 7*
B
LOGOGRYPH E.
A Mademoifelle ***.
ERGERES qui voyez , avec votre raifon
Votre feizième automne éclofe ,
Ne vous contentez pas de deviner mon nom
Dépêchez - vous d'avoir la choſe.
Avec mes quatre pieds tour-à-tout je compofe
L'élément du zéphire ; un accent douloureux ;
L'un des plus pétillans de nos côteaux vineux
L'arbre , heureux ornement d'un triomphe cham
pêtre ;
Le mois qui vous appelle aux bofquets de Marly
Enfin vous y devez rencontrer un ami ,
Mais vous n'y verrez point un maître.
AUTRE,
DEbon & de mauvais ordinaire aſſemblage ;
J'aime la liberté & vis dans l'esclavage ;
Lecteur , tu me connois , peut- être m'aimes- tu,
Je fais tantôt le vice , & tantôt la vertu .
J'exiftai dans la Grèce , & j'ai vécu dans Rome' ,
Et par-tout , comme ici , le germe du grand
homme.
72 MERCURE DE FRANCE.
En ai -je dit affez ? oui , déja tu me tiens.
Peut-être fuis- je à toi : peut -être es- tu des miens.
J'ajouté encore un trait qui doit affez t'inſtruire :
Sans haïr un rival , je lui ravis l'empire ;
Mais de ce même trône , où je me ſuis place ,
Je me vois à mon tour par un autre chaffé.
Veux-tu de mes fept pieds décomposer la forme
Tu dois trouver d'abord l'endroit où je me forme;
Le Dieu que fut prier la colère Junon
De perdre en fa faveur les reftes d'Ilion .
Ajoute encore un pied , tu trouves fon empire ;
De la foible raifon l'impétueux délire ;
De l'abeille le fruit & le fceau des fecrets ,
Heureufe invention pour les amans difcrets !
Le féjour du Très- Haut ; du corps une parties
Un métal devenu néceffaire à la vie ;
Un prophète au défert nourri par un corbeau ;
Ce que laiffe le vin dans le fond du tonneau ;
Un fynonime heureux pour exprimer carière ;
De Tours & d'Orléans l'inconftante rivière ;
Un terme très - connu de tout muficien ,
Et qui , pris autrement , enferme notre bien ;
Ce qu'on poule en naillant ; une Nymphe
plaintive ;
Unmot dont le pouvoir trop fouvent nous captive ;
Du Dieu de l'Hélicon l'enchanteur inftruments
D'un front docte & favant l'orgueilleux ornement.
Lecteur ,
DECEMBRE 1767. 73
Lecteur , à me cacher trop long- temps je m'a
mufe.
Je finis , mais avant trouve encor une Mufe
Qui , toujours attachée à la gloire des lys ,
Doit aux fiècles futurs faire admirer Louis .
LETTRE à M. W...... au fujet de la
folution qu'il a donnée du logogryphe
arithmétique , inféré dans le Mercure
d'août 1767.
MONSIEUR ,
AUTANT le logogryphe arithmétique
m'avoit paru fingulier , autant j'ai trouvé
la folution que vous en avez donnée ingénieufe
: il eft hors de doute que vous avez
trouvé vraiment la clef de l'énigme ; mais
il me femble que vous ne la détaillez pas
fuffifamment pour réfoudre tous les calculs
qui y font propofés . Je vais m'expliquer.
Sur les additions .
J'entends parfaitement les calculs renfermés
dans les quatre premiers vers , en
me fervant de votre méthode ; mais pour
D
74 MERCURE DE FRANCE.
le refte je m'y perds. Je ne vois pas quel
ufage faire des fractions 2 fois & 3 fois
12. J'ai beau compter les lettres & retourner
tous les chiffres , je ne trouve point du
tout le total 8o . Il en eft de même deş
trois derniers vers.
Sur les fouftractions.
J'ai fort bien compris tous les calculs
énoncés fur cette règle.
Sur les multiplications.
Je vous avoue qu'ici l'énigme recommence
pour moi , & que , paffé les trois
premiers vers , les quatre derniers vers me
paroiffent de l'alcoran . Comment en effet
10
calculer & fouftraire 20 dixaines pour
40
trouver 10 quarantaines ?
Sur les divifions.
Je n'entends point du tour comment
on peut divifer 23 par 2 fois . La ſeconde
propofition eft plus claire & je la
fonçois.
Sur les règles de trois .
Tout cet article eft très - intelligible ,
hors les trois derniers yers. Que veut- on
dire par cette addition générale 7016 ?

Tristem
Romance
A
Au lever de l'au ro re ,
-
H
Pres
dun bosquet de fleurs Que l'amourfit é:
- co - re, Climene toute en
= sise sur
pleurs , As =
l'herbette , A l'ombre d'un Cy
=près , Entretenoit seulet - te
cho de ses re. -grets .
W
L'é =
W
DECEMBRE 1767. 75
J'espère , Monfieur , que vous voudrez
bien nous donner , dans un des Mercures
prochains , une explication plus ample de
tous ces calculs ; vous m'obligerez infiniainfi
que quelques perfonnes de
ma fociété , qui fe font amufées à chercher
le dénouement de ce noeud gordien , mais
qui ont été , comme moi , obligées d'y
ment ,
renoncer.
B. M. D. H.
CHANSON.
TRADUCTION libre d'une Romance Languedocienne
, intitulée : les Regrets de
Climène.
Au lever de l'aurore , U
Près d'un bofquet de fleurs
Que l'amour fit éclore ,
Climine toute en pleurs ,
Affife fur l'herbette ,
A l'ombre d'un cyprès ,
Entretenoit feulette
L'écho de fes regrets.
Tircis eft mort , dit-elle ,
Oifeaux , pleurez - le tous ;
Dij
76 MERCURE DE FRANCE,
Vous , des fleurs la plus belle ,
Rofe , terniffez - vous !
Plaintive tourterelle ,
Mufettes , chalumeaux ,
Et vous , écho fidelle ,
Parlez tous de mes maux.
Tircis , le vrai modèle
Des plus tendres bergers ,
Qu'en vain mon coeur appelle ,
N'eft plus dans ces vergers ;
Tircis , de violettes
Ne pare plus mon ſein ,
N'orne plus mes houlettes
De rubans de fa main.
Le roffignol fauvage
Venoit du fond des bois ,
Et ceffort fon ramage
Pour entendre fa voix ;
De l'onde fugitive
Le cours étoit plus lent
Quand le foir , fur la rive ,
S'arrêtoit mon amant."
Allez à l'aventure
Pauvres petits moutons ,
Chercher votre pâture
Dans les prés , les vallons 3
DECEMBRE 1767. 77
Sans moi , fur la fougère ,
Allez , chiens & troupeau ,
Rien ne peut plus me plaire ,

Tircis eft au tombeau.
Les paroles font de M. COLLET , Chevalier de
l'Ordre de Saint Michel , & Secrétaire des
Commandemens de feu Madame INFANTE. La
mufique eft de M. COLLET , Maitre de Mufi
que & de Compofition.
1
Dii
78 MERCURE
DE FRANCE .
ARTICLE I I.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
PAR quelles caufes & par quels degrés les
loix de Lycurgue fe font altérées chez
les Lacédémoniens jufqu'à ce qu'elles
aient été anéanties. Differtation qui a
remporté le prix dans l' Académie Royale
des Inferiptions & Belles- Lettres le 28
avril 1767 ; par M. MATHON De la
COUR le fils. A Lyon , & fe trouve à
Paris , chez DURAND , rue Saint Jacques
, & chez VALLAT-LA- CHAPELLE,
au Palais ; 1767.
LE fujet de cette differtation eſt peutêtre
le plus intéreffant qu'on ait propofé
jufqu'ici à l'Académie des Belles - Lettres.
L'auteur commence par tracer une efquiffe
des loix de Lycurgue. Il eft néceffaire d'en
connoître l'efprit pour juger de leur décadence.
Jufqu'au temps de ce législateur « les
DECEMBRE 1767. 75
""
ן כ
Rois & le peuple de Lacédémone fe
difputant le gouvernement de l'Etat ,
» n'avoient ceffé de l'ébranler ; tantôt il
penchoit vers le defpotifme , tantôt vers .
la démocratie. Pour maintenir l'équilibre ,
» Lycurgue établit un férat , compofé de
» trente Spartiates , en y comprenant les
» deux Rois. Cette autorité mitoyenne
» étoit toujours prête à fe ranger du côté
"
le plus foible , à défendre le Roi contre
» le peuple , à protéger le peuple contre
" les Rois. Par-là le gouvernement devint
» un compofé d'aristocratie , de démocratie
& de royauté : conftitution très-
»
avantageufe , parce que tous les mem-
» bres de l'Etat , participant au pouvoir ,
» en font plus attachés à la patrie.
ود
Après l'établiffement du fénat , Lycur
» gue fit plufieurs inftitutions qui avoient
» trois principaux objets : 1º . d'élever les
» Lacédémoniens au plus haut degré de ·
» force où des hommes puiffent atteindre ;
" 2 °. de diriger toute cette force au feul
"
avantage de la patrie ; 3 ° . d'affurer la
durée des loix , & de rendre la confti-
» tution de l'Etat permanente ».
Pour avoir des citoyens robuftes , il crat
qu'il falloit d'abord fortifier les femmes ,
& il les admit à tous les exercices ; l'on ·
jettoit dans une caverne les enfans mal
Div
8 ວ MERCURE
DE FRANCE.
conftitués l'ufage des langes étoit prof
crit. On accoutumoit les enfans à gravir
des rochers fans chauffure & prefque fans
habits , à marcher dans les ténébres , à
fouffrir la faim , la foif , la fatigue , les
injures de l'air , à fupporter la douleur &
à méprifer la mort ; on les frappoit de
verges devant l'autel de Diane , & quelquefois
ils expiroient fous les coups. La
première loi militaire étoit de vaincre ou
de mourir ; & l'on tofufoit la fépulture
aux foldats qui avoient été bleffés par derrière
.
Pour diriger toute la force des Lacédémoniens
au feul bien de la patrie , Lycur
gue attaqua toutes les paffions particulières
jufques dans leur fource .
L'intérêt : il l'anéantit par l'égalité qu'il
établit entre les biens , les édifices , les
meubles & les vêtemens ; par la profcription
des monnoies d'or & d'argent à laquelle
il fubftitna une monnoie de fer
très- incommode ; par les loix qui ordonnoient
que les mariages fe feroient fans
dot , qui interdifoient aux Spartiates toute
occupation lucrative , qui inftituoient les
repas publics , & c.
L'amour : il lui ôta prefque tout ce qu'il
a de féduifant en établiſſant des exercices
où les filles étoient entièrement nues , en
DECEMBRE 1767. 8 .
#
ordonnant que leurs habits les laiffaffent à
moitié découvertes , en permettant aux
maris de prêter leurs femmes & en autorifant
les hommes à emprunter les femmes.
les plus belles en s'adreifant à leurs maris..
L'ambition : les places ne difpenfoient
point de la grande loi de l'égalité ; on
ne les fouhaitoit que pour être utile : " motif
fublime , dit l'auteur , mais qui attire
» rarement un grand nombre de concur-
» rens , & ne caufe jamais de cabales ».
وو
Enfin pour affurer la durée de fes loix ,
il établit entre elles la plus parfaite harmonie
; chacune d'elles facilitoit l'exécution
des autres : il regarda auffi l'éducation
comme un des moyens les plus propres
à les perpétuer d'âge en âge ; il en fit
le principal objet de fes foins. Le reſpect
pour les vieillards tendoit au même but ;
la nature les a rendus elle - même les dépofitaires
& les défenfeurs des anciens ufages.
Il défendit de faire de longs voyages , de
peur que le commerce des nations voifines
necorrompit les Spartiates ; & , pour mettre
des bornes à leur ambition , il fixa le nombre
des habitans , ordonna que lorsque ce
nombre augmenteroit , on en formât des
colonies ; défendit de faire des fiéges ,
d'entretenir des flottes , de faire long- temps
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
la guerre au même peuple , & de dépouiller
les vaincus .
Tellés étoient les loix de Lycurgue. Nous
aurions voulu tranfcrire en entier le tableau
qu'en fait M. Mathon de la Cour , il n'eſt
guères poffible de mieux développer les
vues de ce grand légiflateur. Mais comment
aligner les caufes de la décadence
de ces loix ? L'auteur en apperçoit quatre
principales.
ود
La première eft « l'effence de ces loix
» elles- mêmes , qui étoient trop contraires
à la nature , & ne tendoient qu'à former
» un peuple guerrier ; qui augmentoient
» l'orgueil & la dureté des Spartiates ,
» favorifoient l'indécence des moeurs , &
» introduifoient une pauvreté & une éga-
» lité de biens qu'il étoit impoffible de
» maintenir . .
"3
93
» Celui qui veut affeoir les loix fur une
» bâfe inébranlable , doit faire une étude
profonde du coeur humain. On peut
régler les paffions , mais non les anéantir.
Dans l'ordre immuable des chofes tout
» tend à fe remettre à fa place. Des loix
parfaitement conformes à l'humanité
» prendroient tous les jours une force
» nouvelle , au lieu que le temps mine
» & affoiblit les autres par degrés , & tôt
» ou tard finit par les abolir.
""
99
» On a fouvent hafardé des hypothèſes
DECEMBRE 1767. 83
"
ر د
99
plus brillantes que folides fur la nature
» de l'homme. On ne doit pas confondre
fon état primitif avec fon état naturel .
» Le premier de ces états eft l'enfance de
l'humanité , enfance que nous connoif-
» fons mal , & que les légiflateurs vou-
» droient inutilement prendre pour mo-
» dèle : ce n'eft qu'un paffage où il eft
impoffible de fe fixer , & impoffible de
» revenir. Quant à l'état naturel , il faut ,
» pour s'en former une idée jufte , confi--
» dérer ce que l'homme eft aujourd'hui ,
» ce qu'il a été dans prefque tous les temps
» & dans prefque tous les lieux. Né avec
un efprit avide de connoître , un coeur
» fait pour aimer , des bras agiles , un
» corps nu , mais fouple , une induſtrie
prodigieufe , la vérité & la vertu font
» fes premiers biens ; il lui faut une com-
» pagne & des amis ; il fe plaît à former
» des fociétés , à bâtir des villes , à aggran-
» dir fon exiſtence. Si on attaque fes foyers ,
il les défend avec enthoufiafme ; mais
» auffi- tôt qu'on le laiffe en paix , entraîné
» par une curiofité dévorante & un pen-
» chant irréfiftible , on le voit cultiver les
» fciences , inventer les manufactures ,
créer les arts , & imaginer fans ceffe de
» nouveaux befoins & de nouveaux plai-
""
»
33
» firs » .
D vj
Life MERCURE
DE FRANCE.
97
">
33
و د
Lycurgue voulut faire un peuple qui
» ne fût que guerrier. Non- feulement ce
projet eft oppofé au voeu de la nature ,
mais il expofe à mille dangers. Il faut
» néceffairement qu'un peuple belliqueux
» foit en guerre avec fes voifins , ou qu'il
excite des féditions chez lui. En vain
voudroit - on mettre des bornes à fon
ambition : il arrive infailliblement qu'il
envahit tout , ou qu'il fuccombe ; fes
» défaites & fes victoires le mènent égale-
» ment à fa.ruine.
23
»
"3 Pour que des loix puiffent durer toujours
, il faut qu'elles s'accordent , nonfeulement
entr'elles , mais auffi , à certains
égards , avec celles des peuples.
» voifins fans cela il arrive tôt ou tard
» que le commerce des étrangers corrompt
» les moeurs de la nation . Un peuple guer-
37
rier fur- tout ne fauroit fubfifter long-
» temps fans s'enrichir par le butin C'eſt .
» en vain que Lycurgue avoit défendu de .
dépouiller les vaincus : cette loi & celle
» qui profcrivoit l'or & l'argent ne fervi-
» rent qu'à en rendre les Spartiates plus
» avides ; & , comme Plutarque l'a ob-
» fervé dans la vie d'Agefilas , il arriva
à Sparte ce qui arrive à un corps bien
fain , qui toute fa vie s'eft accoutumé à
» un régime exact & minutieux : le plus
20:
"
DECEMBRE 1767.
89
léger dérangement lui eft funefte. Cette
république devoit néceffairement fe
corrompre à la première fecouffe vio-
» lente qui agiteroit le monde & qui ,
» comme la guerre des Perfes , obligeroit
plufieurs nations à fe mêler les unes avec
» les autres.
33
"
"
"
L'égalité des biens étoit liée avec la
pauvreté ; elle fut détruite dès que les
» Spartes commencèrent à s'enrichir. Malgré
les fyftêmes de Platon & de tous
ceux qui ont tracé des plans d'une république
imaginaire , toutes les fois que
» les hommes ont eu des richeffes à partager
, la force ou l'adreffe ont bien-tôt
» rendu les partages inégaux. La nature
elle -même a diftribué d'une manière
fi inégale les vertus & les talens , que
l'égalité ne fauroit fubfifter entre les
richeffes & les conditions ».
22
"
"
La feconde caufe de la décadence des
Joix de Lacédémone fut la création des
Ephores. Ils ne furent , dans l'origine ,
que des Magiftrats chargés de rendre la
juftice & d'adminiftrer les affaires publiques
en l'abfence des Rois ; mais bien - tôt
ils en devinrent les maîtres : le grand art de
la fuperftition fervit à étendre leur autorité
; ils donnoient leurs fonges pour des
avis des dieux , & ils ne tardèrent pas à
86 MERCURE DE FRANCE.
ufurper le pouvoir des autres Magiſtrars ,
& même celui des Rois . « On a ſouvent
» comparé les Ephores de Sparte avec les
» Tribuns de Rome. Ces Magiftrats ,
» tirés du peuple , & créés dans chacune
» de ces républiques long - temps après
» qu'elles avoient été fondées , n'ont fervi
» qu'à les troubler toutes les deux. Il eft
» toujours dangereux de créer , dans un
» Etat qui fubfifte depuis long - temps ,
un nouveau gente de magiftrature. Ce
» reffort furajouté embarraffe les autres ,
» rompt l'équilibre & dérange toute la
» machine. Si le pouvoir de ces nouveaux
» Magiftrats n'eft pas limité d'une manière
ور
précife , fi on leur attribue une infpec-
>> tion vague fur ceux qui exiftoient aupa-
» ravant , alors ils s'emparent par degrés
» de toute la puiffance. Si c'eft le peuple
» qui les nomme , il choifit ordinairement
» les fujets les plus factieux : une éléva-
>> tion fubite enivre des hommes qui n'é-
» toient pas nés pour commander : ils exci-
» tent des troubles pour fe fignaler , & ils
» bouleverfent tout pour faire remarquer
>> leur pouvoir ».
La troisième caufe de la ruine des loix
de Lycurgue fut la guerre des Perfes , qui
obligea les Spartiates de fe mêler aux autres
peuples , qui porta leur orgueil & leur
DECEMBRE 1767. 87
ambition au plus haut degré , excita leur
jaloufie contre les Athéniens & jetta parmi
eux le premier germe de cupidité & d'amour
pour le luxe .
Enfin la quatrième fut la prife d'Athènes
, qui délivra ou plutôt qui priva Lacédémone
d'une rivale devenue néceffaire à
fon émulation , & occafionna l'introduction
des richeffes qui achevèrent de corrompre
les moeurs.
L'auteur indique , dans fa troifième partie
, les degrés de la décadence de ces
loix ; il fuit les diverfes époques où elles
reçoivent des atteintes plus ou moins confidérables
; à mefure que l'on avance on
voit s'écrouler quelque partie de ce grand
édifice , & l'on eft conduit infenfiblement
jufqu'à fon entière deftruction .
Quoique cet ouvrage foit rempli de
recherches favantes , il n'a point la féchereffe
qui les accompagne ordinairement.
Le ftyle de l'auteur eft fimple , clair &
précis ; il n'eft jamais au - deffus ni audeffous
des chofes qu'il a à dire : il feroit
à fouhaiter que l'on donnât fouvent , dans
l'Académie des Belles- Lettres , des fujets
auffi importans , & qu'ils fuffent toujours
auffi bien traités . Le tableau des loix de Lycargue
eft un des morceaux les plus curieux
que nous ayons fur l'hiftoire grecque , &
88 MERCURE DE FRANCE.
la partie qui traite de la décadence de ces
loix doit fur-tout faire honneur à M. Mathon
de la Cour , il y réunit les différens
mérites d'un politique , d'un critique judicieux
& d'un vrai philofophe .
Cette differtation eft fuivie de grand
nombre de notes qui contiennent les principaux
traits de l'hiftoire de Lacédémione ;
ce font pour la plupart des réponfes fublimes
, ou des anecdotes qui peignent les
moeurs de cette nation . Quelquefois auffi
´ce font des réflexions relatives au gouvernement
des peuples modernes , comme
dans la note fuivante.
Lycurgue , dit l'auteur , communiqua
fon plan de légiflation aux principaux
» citoyens. Il eft cependant vraisemblable
» qu'il n'en inftruifit point les Rois ;
» car l'un d'eux , apprenant cette révolution
, fut faifi de frayeur , & s'enfuit
» dans le temple de Minerve Ce n'eſt pas
que Lycurgue voulût abolir la royauté.
» Quelqu'un lui confeilloit d'établir un .
gouvernement populaire & de donner
un pouvoir égal à tous les citoyens
» commence toi même , répondit- il , à éta-
» blir ce gouvernement dans ta maiſon.
» Une admiration fervile pour les Ro-
» mains , & l'habitude de copier ce qu'on
a pelé avant nous ont peut- être contri
DECEMBRE 1767. 89
»bué à répandre aujourd'hui , dans le fein
» même des monarchies , des idées fauffes
»fur la liberté des républiques. Appre-
» nons enfin à aimer la conftitution de
» notre pays , & à nous estimer ce que
nous valons . De bonnes loix bien obfer-
» vées , voilà ce qui conftitue la liberté.
» Ces avantages fe trouvent pour le moins
» auffi communément dans un Etat gou-
» verné par des Rois que dans tout autre .
» Ce que le peuple a de plus dans les
républiques , c'eft une portion du pou-
» voir ; prérogative trop fouvent funefte ,
» qui ne flatte que la vanité & qui nuit
» au bonheur.
» Auffi voit - on que , tandis qu'une
» populace aveugle & inquiette excitoit
» des troubles continuels à Athènes & dans
» les républiques voilines , le peuple le
plus libre & le plus fier de fa liberté
qu'il y eût dans la Grèce étoit celui de
» Lacédémone. Il étoit cependant foumis
» à des Rois. Il eft vrai que ces Rois
» citoyens vivoient fans luxe , fans pompe ;
>> ils avoient peu de récompenfes à diftribuer
, & par conféquent peu de flateurs >>.
M. Mathon de la Cour femble promettre
, dans fon avertiffement , une histoire
de Lacédémone , & ceux qui connoiffent
fa differtation defirent tous de lui voir
réalifer cette entrepriſe.
»
90 MERCURE DE FRANCE.
CATALOGUE fyftématique & raifonné des
curiofités de la nature & de l'art , qui
compofent le cabinet de M. DAVILA ,
avec des figures en taille - douce de plufieurs
morceaux qui n'avoient point encore
été gravés trois vol . in- 8 ° . A Paris ,
cheż BRIASSON , rue Saint Jacques , à
la fcience ; avec approbation & permif-
•fion : 1767.
СЕE catalogue remplit fon titre , &
par- là mérite l'attention du public , aujour
d'hui fur-tout que le goût pour les cabi
nets de ce genre a tellement prévalu que
le beau fexe même fe plaît à en former.
Ce n'eſt point un fimple catalogue de vente
que nous annonçons ici , c'eft un livre de
bibliothèque qui tiendra toujours un rang
honorable parmi les ouvrages qui traitent
de l'hiftoire naturelle on y reconnoît le
fruit de vingt années d'application que
M. Davila a donnée à l'étude de la nature.
Qu'il nous foit permis de remarquer que
c'eſt à Paris , la ville du monde en effet
où les fciences & les arts de toute efpèce
Beuriffent le plus , que cet amateur eft
DECEMBRE 1767. 91
venu du fond du Mexique puifer toutes
ces connoiffances. A quelque point qu'il
les ait portées , pour rendre fon ouvrage
plus utile , il n'a pas laiffé de recourir en
plufieurs occafions aux lumières de nos
plus habiles naturaliftes. Il s'eft fait un
devoir de le reconnoître dans l'avertiffement
qui eft à la tête du premier volume ,
& il ajoute que celui à qui il doit le plus
eft M. Romé de Lifle , auteur de la lettre
fur les polypes d'eau douce , qui , de fon
aveu , a fait avec lui toute la partie de
l'histoire naturelle , & une partie des curiofités
de l'art . Une pareille affeciation
fait également honneur à l'un & à l'autre :
de fon côté M. de Lifle a rapporté beaucoup
de connoiffances des voyages que le
même goût lui a fait entreprendre.
Nous avons examiné le cabinet de M.
Davila , le catalogue à la main , & furtout
les principaux morceaux qui y font
défignés , tels que le millepore , article 73 ,
& le grand bonnet de Neptune , art. 103 ,
parmi les polypiers ; le parafolchinois , arr.
1 , la ſcalata , art . 55 , un burgot d'un grand
éclat , art. 96 , &c. parmi les coquilles , &
ainfi de fuite parmi les étoiles de mer ,
les
pierres , les minéraux , les pétrifications, &c.
les morceaux les plus recommandables
de cette riche collection , & nous ne pou
92 MERCURE DE FRANCE.
vons que rendre juftice à l'auteur fur
l'exactitude des expreflions dont il s'eft
fervi pour les annoncer.
La vente de ce cabinet , qui devoit
s'ouvrir le lendemain de la Saint Martin ,
ne commencera que le premier de décembre
, & fera continuée jufqu'à fa fin . II
n'eft certainement pas moins précieux dans
fon genre que ne l'étoit dans le fien le
célèbre cabinet de M. de Julienne , dont
la vente a fait long- temps un fpectacle pour
Paris , & dont les richeffes difperfées fe
font répandues par toute l'Europe. La collection
d'hiftoire naturelle de M. Davila
eft une des plus confidérables qu'aucun
particulier ait formées jufqu'ici , foit par
le choix , foit par la multitude des objets
, foit enfin par l'attention de l'amareur
à fuivre & completter chaque partie
des curiofités de la nature. Nous ofons
affurer qu'il eft peu de cabinets que l'on
puille comparer au fien pour la parfaite
confervation des pièces qui le compoſent ,
& c'eft de tous les articles celui qui touche
le plus les véritables amateurs . Le curieux
de nos jours qui a porté le plus loin ,
l'on pourroit bien dire qui a porté beaucoup
trop loin l'amour des coquilles , M.
Sevin lui- même n'étoit pas plus difficile ,
plus fcrupuleux à cet égard que paroît
&
DECEMBRE 1767. 93
l'avoir été l'amateur étranger , que des
intérêts de famille obligent de retourner
dans fa patrie , & de fe défaire d'un objet
qui paroiffoit faire fes délices depuis plus
de vingt ans. Comme il a raffemblé une
prodigieufe quantité de morceaux trèsrares
, & plufieurs même véritablement
uniques , on ne doit pas être étonné de
trouver fi fouvent dans le catalogue les
détails les plus circonftanciés fur de pareils
articles :
Curiofus natura fpeculator fingula rimatur,
Franc. Junius.
BATILDE ou l'Héroïsme de l'Amour
anecdote hiftorique ; par M. D'ARNAUD,
A Paris , chez LESCLAPART, Libraire ,
quai de Gefyres, & la veuve DUCHESNE ,
rue Saint Jacques ; enrichie d'eftampes :
in- 8° ; prix 2 liv. 8 fols.
L'A puiffance des Maires étoit prefque
égale à celle des Rois . Archambaud rempliffoit
cette charge fous Clovis H. Il étoit
diftingué par fon zèle pour l'Etat & par
fon défintéreffement. Il avoit Batilde parmi
fes efclaves ; cette jeune perfonne ne fem94
MERCURE DE FRANCE.
1
bloit pas faite pour porter des fers ; fon
père Edmont la confoloit , la foutenoit ,
l'inftruifoit à la vertu , & l'exhortoit à ne
jamais rien fe permettre d'indigne de fa
naiffance il la lui cachoit cependant ;
mais il lui laiffoit entrevoir qu'elle étoit
diftinguée. Archambaud étoit devenu amoureux
de Batilde ; mais fon époufe Plectrude
vivoit encore ; il renfermoit fa paffion
dans fon coeur : Emma , une de fes,
efclaves , compagne de Batilde & fon
amie , lui confie le penchant qu'elle fent
pour fon maître. Batilde n'écoute pas cette
confidence avec tranquillité . Archambaud
a fait auffi une impreffion profonde fur
fon coeur ; le Maire , étonné de la voir le
fuir , s'imagine qu'elle aime Ranulphe
un de fes amis : il fe détermine à faire le
bonheur de Batilde , de l'affranchir , de
P'unir à fon amant. Edmont , à peine libre ,
veut s'éloigner avec fa fille ; il croit luimême
qu'elle eft fenfible à la tendreffe de
Ranulphe. Au moment que tout est prêt
pour fon départ , il eft bfeffé par un fanglier
, & meurt après avoir recommandé
fa fille à Archambaud , & lui avoir confié
qu'elle eft Princeffe , & qu'il eſt le malheureux
Roi de Kent , qu'Ercombert , fon
frère , a détrôné. Le Maire traite Batilde
avec plus de refpect & d'égard ; fa femme
DECEMBRE 1767 95 .
meurt ,Emma conçoit des efpérances ; &
Batilde en eft affligée. Archambaud fe
prépare à découvrir fa paffion . Clovis ,
dans ce moment , lui déclare qu'il aime
Batilde , & le confulte fur ce qu'il doit
faire. Le Maire connoît feul le fecret
de la naiffance de Batilde ; il peut le renfermer
& l'époufer ; mais la vertu combat
l'amour : Batilde eft Reine. Il tombe dangereufement
malade , ne fe rétablit que
pour mener une vie languiffante il veut
fe démettre de fa charge : Clovis réfifte ;
il emploie la médiation de Batilde qu'il
laiffe feule avec lui . Le fecret d'Archambaud
lui échappé , la Reine , furpriſe
avoue au Maire , qu'elle l'aimoit ; qu'elle
croyoit qu'il aimoit Emma. Après ces
éclairciffemens , elle redevient Reine , lui
commande de fe vaincre , de refter auprès
du trône , de le foutenir , d'en faire la
grandeur , & d'époufer Emma. Le Maire
obéit.
On voit , par cet expofé , que cette
petite hiftoire et d'un genre abfolument
nouveau : tout eft fcène , tout eft
action ; c'eft une tragédie toute faite. La
confidence d'Emma à Batilde fait connoître
les fentimens des deux perfonnages.
La converfation de celle - ci avec fon père ,
forme une expofition fimple , touchante ,
où l'on n'apprend que ce qui eft néceffaire ,
96 MERCURE DE FRANCE .
& qui prépare la plupart des fituations qu'on
trouve dans ce roman ; c'eft un naturel ,
une fimplicité , une vérité frappante dans
tout le cours de l'ouvrage : il faudroit peu
de chofe pour en faire une bonne tragé
die : il fuffiroit de le divifer en actes , de rap-.
procher quelques fcènes , d'en fondre quelques
unes enfemble , pour arranger l'unité
de temps. Mais nous voudrions qu'on les
confervât en profe comme elles font ; il
feroit difficile de les verfifier fans les gâter ,
On n'y voit aucun rempliffage , pas un
mot de trop ; c'eſt pourtant l'impreffion
propre ou le cri du fentiment. Les caractères
ont beaucoup de nobleffe & de dignité.
On cherche mille fujets de tragédies ;
en voici un , & des plus heureux qu'on
puiffe imaginer ; c'eſt une pièce qui eſt
prefque toute faire ; nous ne doutons
pas que l'on n'exécute bientôt ce plan ;
mais nous fouhaiterions que ce fût M.
d'Arnaud , ou , s'il l'abandonne , nous
Invitons celui qui l'entreprendra , de fe
remplir abfolument du roman , de le fuivre
& de l'imiter , plutôt que de facrifier
quelques- unes des beautés qu'il y trouvera .
P.S. Nous avions à peine fini cet extrait
, que nous avons appris que M. d'Arnaud
a fait lui - même une tragédie de
fon roman de Batilde , & que ce drame
paroîtra
1
DECEMBRE 1767. 97
par
paroîtra inceffamment. Cet ouvrage ne peut
qu'exciter beaucoup la curiofité . Il y a lieu
de croire qu'il aura été mieux traité
l'auteur même de la petite hiftoire , que par
tout autre . Un poëme de théâtre , pour
être bien traité , doit être , fi l'on peut le
dire , un épanchement de l'âme ; & ce
n'eft qu'en fe pénétrant bien de fon fujet ,
qu'on peut atteindre à ce pathétique & à
cette plénitude de fentimens , la fource
féconde de l'intérêt.
On remarquera que dans les fix ouvrages
que M. d'Arnaud vient de donner , il
règne une variété qui rend cette collection
auffi piquante qu'elle eft inftructive. Fanni
nous montre la vertu la plus pure victorieuſe
de la trahiſon , & recevant enfin fa
récompenfe. Lucie & Mélanie offre le triomphe
même de la générofité & les malheurs
des paffions. Clary prouve que le repentir
peut conduire à l'eftime & au bonheur.
Julie eft pour les perfonnes du fexe , un
exemple frappant des égaremens où peut
entraîner la fenfation. Nancy expofe les
fuites affreufes de l'imprudence & de la
jaloufie. Batilde enfin eft un riche tableau
qui repréfente ce que l'âme peut acquérir
de grandeur , lorfqu'elle s'efforce de vaincre
l'amour . Il ne faut pas oublier Sidney
& Silli , l'expreffion même de la bienfai
E
98 MERCURE DE FRANCE.
fance & de la reconnoiffance. On attend
la fuite de cette collection . Les fix précédens
ouvrages , fans Sidney , qui eft d'un
format différent , peuvent compoſer un
volume. Il en paroîtra fix nouveaux de ce
genre , & de la même plume , dans le courant
de l'année prochaine ; ils font entre
les mains des graveurs . La nouvelle édition
de Comminge eft fous preffe , ainfi
qu'Euphémie.

ANNONCES DE LIVRES.
MÉDECINE rurale & pratique , tirée
uniquement des plantes ufuelles de la
France , appliquées aux différentes maladies
qui règnent dans les campagnes , ou
Pharmacopée végétale & indigene , contenant
les formules tirées du règne végétal ,
enfemble l'explication fommaire des vertus
de chaque plante , & les définitions ſymptomatiques
des maladies ; ouvrage également
utile aux Seigneurs de campagne ,
aux Curés & aux cultivateurs : par M.
Pierre Jofeph Buchoz , Docteur aggrégé
au Collège Royal des Médecins de Nancy ,
& à la Faculté de Médecine de Pont-à-
Mouffon , Membre de plufieurs AcadéDECEMBRE
1767. 99
mies. A Paris , chez Lacombe , Libraire ,
quai de Conti ; 768 : avec approbation
& privilége du Roi ; deux vol , in - 12 ,
-broché .
Il manquoit aux habitans de la campagne
un livre qui leur enfeignât les moyens
de profiter des fecours que la nature leur
préfente dans les plantes pour toutes leurs
maladies , fans être obligés d'avoir recours
aux remèdes en quelque forte factices que
la médecine emploie dans les villes ; appareil
de médicamens trop compofé , & qui
s'éloigne peut-être trop des remèdes fimples
& communs . C'est ce que M. Buchoz
Tavant naturalifte & habile médecin , vient
d'exécuter heureufement dans cette Médecine
rurale & pratique , entièrement tirée
des plantes que l'on trouve en France. Il
a divifé fon ouvrage en trois parties la
première contient les formules ou recettes
des médicamens compofés uniquement
avee les plantes : la feconde partie traite
des principales vertus de chaque plante ,
avec des renvois pour dénoter la recette
ou l'ordonnance dans laquelle elles font
employées ; la troifième comprend les définitions
fymptomatiques qui règnent dans
les campagnes , avec la méthode pour les
guérir. Ce plan eft clairement & bien
Templi , comme on ne peut en douter ; il
:
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
fatisfait à tous les befoins des malades
agricoles , & aux defirs de ceux qui veulent
les fecourir. Il apprend à connoître le genre
de maladie à des figues certains ; il enfeigne
les vertus de chaque plante , il fait
voir la manière de les préparer & de les
employer. Le bien de l'humanité , dit
» M. Buchoz , eft le motif qui nous a
» engagés à publier cet ouvrage , ce n'eft pas
» pourles habitans des villes , qui ont toutes
les reffources néceffaires dans leurs ma-
» ladies ; c'eft pour les pauvres gens de la
» campagne , qui périffent la plupart faute
» de fecours , que nous travaillons ; ces
» malheureux ont autour d'eux , tous les
» remèdes qui peuvent guérir leurs maux,
» fans avoir le bonheur de les connoître :
» les végétaux leur fourniffent à chaque
» inftant ce qui eft néceffaire à leur vie ,
» les médicamens qu'on en tire, font même
plus analogues à leurs tempéramens &
» aux climats ; pourquoi aller chercher à
grands frais chez l'étranger des remèdes
» inférieurs en vertus , tandis que nous
» foulons aux pieds ceux que la nature ,
» toujours bienfaifante & même prodigue ,
» fi l'on peut fe fervir de ce terme , nous
» offre prefque à, chaque pas » ?
>
L'auteur n'entreprend point d'apprendre
aux habitans de la campagne la mé-
1
DECEMBRE 1757. 10t
thode de connoître les plantes par la botanique
; l'expofé des noms françois & vulgaires
leur eft plus profitable, que de grandes
& favantes defcriptions ; il s'en eft tenu
aux noms les plus ufités ; & il a banni
toutes les phrafes botaniques , qui deviendroient
pour eux un véritable algèbre il
offre principalement le fecours de fon
ouvrage aux Curés & aux principaux habitans
des villages , qui fouvent , par l'éloignement
des villes & la mifère des malades
, font engagés à faire eux - mêmes l'office
de médecins. Enfin cet ouvrage eft
le réſultat des différentes obfervations faites
par M. Buchoz dans les hôpitaux tant militaires
que bourgeois , où il a traité un grand
nombre de malades ; c'eſt pareillement
une fuite de réflexions médicinales , qu'il
a faites dans fes différens voyages dans
toutes les provinces de France. On trouve
auffi , à la fin de cette Médecine rurale
quelques obfervations fur des cures intéreffantes,
opérées par les végétaux , entr'autres
, par l'illecebra & par le putiet.
Il faut efpérer que les vues & les bonnes
intentions de l'auteur feront remplies , &
que fon livre , étant en quelque forte le
manuel des habitans de la campagne , des
Seigneurs & des Curés qui l'habitent , il
deviendra entre leurs mains un moyen effi-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE . -
cace de connoître , de traiter & de détruire
les maladies qui attaquent les citoyens pré- .
cieux à l'Etat.
DICTIONNAIRE Théologique , contenant
l'expofition & les preuves de la révélation
, de tous les dogmes de la foi & de
la morale les points de controverfe , les
héréfies les plus célèbres & les opinions
différentes des principaux théologiens fcholaftiques.
On y a ajouté le fommaire de
tous les livres de l'écriture fainte , celui
des conciles généraux : les points effentiels
de la difcipline de l'églife fur les facremens
, les difpenfes des cenfures , les irrégularités
, les empêchemens dirimans , le
culte public ; les principes du droit canon
& des libertés de l'églife gallicane , &
tout ce qui concerne les bénéfices. Ouvrage
utile pour les jeunes théologiens , & géné
ralement pour toutes les perfonnes qui
defirent avoir une idée jufte , exacte &
précife de ce que la théologie renferme de
plus important ; par M. Alletz : nouvelle .
édition , confidérablement augmentée. A
Paris , chez Nyon , Libraire , quai des Auguftins
, à l'occafion ; & la veuve Savoye ,
rue Saint Jacques , à l'efpérance ; 1767 :
avec approbation & privilége du Roi ;
in- 8 °. 4 livres 10 fols relié.
DECEMBRE 1767. 103
·
Le feul titre de ce livre eft un garant
de fon utilité ; & la nouvelle. édition
qui vient d'en être faite , prouve qu'il a
été goûté ; & que la première édition ,
quoique nombreuſe , n'a pas fuffi , eu égard
à tous ceux qui le demandent. L'auteur ,
dans fa préface , qui mérite d'être lue ,
fait fentir combien il eft important , pour
les eccléfiaftiques , d'étudier la théologie :
il fait voir que cette fcience eft celle de la
religion , & conféquemment la fcience de
leur état ; qu'elle leur fournit des armes
pour combattre le libertinage & l'impiété ,
parce qu'un homme qui pofféde les preuves
de fa religion & des dogmes qu'elle enfeigne
, eft en état de repouffer les traits de
l'incrédule .
Cet ouvrage nous paroît très - propre aux
perfonnes engagées dans le faint miniftère ,
& qui ont befoin de fuppléer , par la lec
ture de ces matières , à ce qui pourroit
manquer à leurs premières études ; il peut
en effet remettre fur les voies un homme
qui , étant entré fort jeune dans une cure
de la campagne d'un revenu fort étroit
eft réduit à un très- petit nombre de livres ,
& à qui il ne refte que des idées fuperficielles
de ce qu'il a fu de théologie . On
en peut dire de même de tous ceux qui
font deftitués des fecours néceffaires pour
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
s'inftruire de tout ce que leur état exige
qu'ils fachent. Toutes ces perfonnes n'ayant
pas le temps de recourir aux fources , ni
toujours le courage de les mettre en oeuvre
, feront bien aifes de profiter d'un
ouvrage fait en leur faveur , & de trouver ,
pour ainfi dire , fous la main les preuves
fur lefquelles la théologie établit l'authenticité
de la révélation , qui eft la bafe de
la religion chrétienne , les dogmes de la
foi & les règles qu'il doit obferver dans
le ministère.
L'auteur , dans l'expofition du dogme ,
a fuivi les définitions les plus exactes ; & ,
quoiqu'il ait dégagé fa matière des épines
dont la méthode fcholaftique les a environnées
, il a expliqué en certains endroits
les expreffions de l'école , qui font quelquefois
néceffaires pour expliquer un dogme
avec clarté , fixer le fens orthodoxe , & le
mettre à l'abri de toute interprétation dont
l'héréfie pourroit s'autorifer : il rafſemble
avec préciſion les preuves de chaque dogme
fous les expreffions de notre langue , de
manière qu'elles font à la portée de tous
les efprits . Mais il ne s'eft pas borné aux
matières purement théologiques : il a embraffé
toutes les parties , du moins les plus
effentielles de la fcience eccléfiaftique
c'est-à- dire , tout ce que les perfonnes de
>
DECEM BRE 1767. 105
cet état font cenfées favoir ou ne devoir
pas ignorer. Dans cette nouvelle édition ,
il ne s'eft pas contenté des corrections
qu'il a jugé néceffaires dans certains articles
, il a donné plus d'étendue à plufieurs
autres ; & il en a ajouté un affez grand
nombre qui rendent l'ouvrage encore
plus utile. En un mot , ce dictionnaire nous
paroît mériter l'attention non- feulement
du clergé du fecond ordre , mais auffi des
premiers pafteurs , puifque c'eft leur intention
que ceux qui travaillent fous leurs
ordres dans la vigne du Seigneur , foient
inftruits & en état de remplir dignement
leur miniſtère.
LA Danfe , chant quatrième du poëme
de la déclamation , précédée de notions
hiftoriques fur la danfe , & fuivie d'une
réponse à une lettre écrite de province . A
Paris , chez Jorry , rue & à côté de la
comédie françoife ; Bauche , quai des Auguftins
; & chez Delalain , rue Saint Jacques
; 1767 : avec approbation & privilége
du Roi ; in- 8° . de 70 pages , orné
de gravures.
Če chant manquoit à l'ouvrage de M.
Dorat ; il vient de paroître fur le même
papier & dans le même format que les
trois précédens qui fe trouvent auffi chez
E v
BOG MERCURE DE FRANCE.
les mêmes Libraires . On voit , à la tête du
quatrième chant , une eftampe charmante
repréfentant Terpsichore , une harpe à la
main , & animant les danfes du printemps .
Le deffein eft de M. Eifen , fupérieurement
exécuté par le fieur de Ghend , dont le
burin acquiert tous les jours plus de fini
& de délicateffe ; ce jeune artifte cft fair
pour aller au plus grand. La feconde édition
du poëme de la déclamation , en papier
ordinaire , paroîtra dans quelques
mois, pour fervir de fuite au recueilen deux
parties , que vient de publier le freur Jorry,
en petit format , fur de beau papier & avec
les mêmes eftampes non retouchées . Le
premier volume contient toutes les lettres.
en vers , le fecond les autres pièces déta-.
chées qui ont paru fucceffivement , & plufieurs
ouvrages nouveaux , tels qu'une ode
fur le malheur , une autre fur l'or , une
troifième fur la poésie , des ftances , & un
morceau de profe qu'on ne connoiffoit
pás. Cette collection étoit attendue depuis
long - temps , & eft traitée avec le plus
grand foin . Elle met à portée d'avoir fur
champ tout ce que M. Dorat avoue..
On nous annonce , pour le milieu de ce
mois , la collection complette de toutes
les pièces fugitives du même auteur. Le
tout , y comprenant les pièces de théâtre ,
formera cinq volumes .
DECEMBRE 1767. 107
On trouve encore chez Jorry , chez
Bauche & chez Delalain quelques exemplaires
de tous les morceaux de la grande
édition . Nous nous difpofons de donner
inceffamment un extrait du chant de la
danfe , où les images les plus brillantes.
rendent avec éclat tous les détails de cet
art agréable.
DICTIONNAIRE raifonné univerfeld'hif
toire naturelle ; par M. Valmont de Bomare ,
en quatre vol. in 4º . reliés 48 liv . ou en
fix vol . in 8° . reliés 27 liv. A Paris , chez
Lacombe , Libraire , quai de Conti ; nouvelle
édition .
L'empreffement avec lequel le public a
recherché cet ouvrage , en fait connoître
affez l'importance & Putilité. La première
édition a été enlevée rapidement à Paris :
elle a été contrefaite en différentes villes
de France & des pays étrangers ; & , mal- '
gré un grand nombre de fautes groffières
& ridicules , ces copies corrompues ont
trouvé des acheteurs. Cet ouvrage a été
traduit dans plufieurs langues : il a été
bien accueilli par toutes les nations favantes
de l'Europe. Enfin , fa réputation eſt
folidement établie : c'eft ce qui a engagé
l'auteur à exciter & à mériter , par de nouveaux
foins & par de nouvelles recherches ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
l'attention & l'eftime de fes lecteurs. Voici
une feconde édition , revue , avec des
additions , qui ont porté ce dictionnaire
à un volume de plus : il eft imprimé avec
toute l'exactitude poffible fous deux formats
& en caractères différens , favoir en
quatre vol. in- 4°. & en fix vol. in- 8 ° . On
croit avoir fatisfait par - là aux defirs de
ceux qui demandoient un caractère facile
à lire , avec un format commode pour leur
cabinet , & aux demandes des perfonnes
qui veulent des volumes portatifs , moins
coûteux & convenables pour la campagne ,
pour les voyages & pour les lectures habituelles.
On a fouvent renyoyé , dans le cours
de cet ouvrage , au dictionnaire de chymie
& à celui des arts & métiers , l'un & l'autre
en deux vol . in- 8 ° . qui fe vendent chez
le même Libraire , ainfi que le dictionnaire
d'hiftoire naturelle , avec lequel ils ne font
qu'un feul tout, par le rapport intime &
la liaiſon néceffaire des objets traités &
difcutés avec une jufte étendue dans ces
trois dictionnaires. En effet , fi l'hiftoire
naturelle nous préfente l'inventaire & la
defcription des richeffes & des productions
que la nature étale à nos yeux dans fes trois
règnes , la chymie nous fait pénétrer dans
l'intérieur même de ces corps , par la déDECEMBRE
1767, 109:
compofition ,, par l'analyſe , & par l'examen
de leurs propriétés chymiques & phyfiques
& les arts & métiers enfeignent
les moyens induſtrieux que l'art & le génie
emploient pour convertir ces mêmes fubftances
à notre ufage , à nos befoins , à nos
plaifirs. C'eft dans ce cercle de connoiffances
, que fe trouvent renfermés le ſpectacle
, les propriétés & l'emploi des productions
naturelles.
A VIS.
The
Sur unfupplément pour la première édition
de ce même ouvrage.
Plufieurs perfonnes ayant déja témoigné
le defir d'avoir un fupplément pour joindre
au dictionnaire de la première édition ,
c'eſt une juſtice de les fatisfaire : cependant
comme il eft d'expérience que ces
fortes de fupplémens reftent en grande
partie pour le compte de celui qui les fait ,
on avertit ceux qui voudront avoir le
volume de fupplément , de fe faire infcrire
jufqu'à la fin de février 1768 , chez Lacombe
, Libraire , quai de Conti , en affranchiffant
les ports de lettres , & faifant
dépofers liv. que coûtera le volume broché
, qui fera confidérable , dans le même
format , du même caractère , que le diction-
Daire de la première édition , & en beau
110 MERCURE DE FRANCE.
papier. On n'imprimera que pour le nom
bre des foufcriptions faites dans le temps
marqué. Ce fupplément paroîtra dans le
courant de juillet 1768 .
La nouvelle édition de l'hiftoire naturelle
fera mife en vente en décembre
le dictionnaire des por-
1767 , ainfi que
traits & anecdotes
des hommes
illuftres, & c. faifant fuite du dictionnaire
d'anecdotes
, 3 vol. in- 8°. reliés 13 liv. 10 fols.
On trouve chez le même Libraire le
dictionnaire de chirurgie , ouvrage qui donne,
une connoiffance étendue de la ftructure
des parties du corps humain , de leurs
différens ufages , & des opérations de chirurgie
qui fe pratiquent aujourd'hui . Cet
ouvrage , extrêmement utile , doit faire
fuite au dictionnaire de fanté . Il eft de
même en deux vol . in- 8 °. petit caractère ,
relié liv . 9
HISTOIRE naturelle de l'homme confidéré
dans l'état de maladie , ou la médecine
rappellée à fa première fimplicité ;
par M. Clerc , deux vol. grand in- 8 ° . reliés
9 liv .
TRAITÉ des principaux objets de médecine
, avec un fommaire de la plupart des
thèfes foutenues aux écoles de Paris , depuis
DECEMBRE 1767. IID
1752 jufqu'en 1764 ; deux vol. in- 12
reliés liv.
;
Le grand Vocabulaire françois , conte
nant 1. l'explication de chaque mot confidéré
dans fes diverfes acceptions grammaticales
, propres , figurées , fynonimes
& relatives. 2 °. Les loix de l'orthographe ;
celles de la profodie , ou prononciation ,
tant familièle qu'oratoire ; les principes
généraux & particuliers de la grammaire ;
les règles de la verfification , & généralement
tout ce qui a rapport à l'éloquence
& à la poéfie. 3 ° . La géographie ancienne
& moderne , le blafon , ou l'art héraldi-:
que la mythologie ; l'hiftoire naturelie
des animaux , des plantes & des minéraux ;
F'expofé des dogmes de la religion , & des
faits principaux de l'hiftoire facrée , ecclé →→
fiaftique & profane. 4° . Des détails raifonnés
& philofophiques fur l'économie ,
le.commerce , la marine , la politique , la
jurifprudence civile , canonique & béné
ficiale ; l'anatomie , la médecine , la chirurgie
, la chymie , la phyfique , les mathématiques
, la mufique , la peinture , la
fculpture , la gravure , l'architecture , & c.
Par une Société de gens de lettres. A Paris ,
chez C. Panckoucke , Libraire , rue & à
côté de la comédie françoife ; 1767 : avec
112 MERCURE DE FRANCE. --
approbation & privilége du Roi ; in- 4°.
tome 2 .
En annonçant , dans un de nos derniers
Mercures , le profpectus de ce grand ou-
- vrage , nous en avons prédit le fuccès . Le
public en a fenti l'utilité , nous ofons
même dire la néceffité. Il n'y a aucun de
tous nos dictionnaires qui rempliffent ,
comme celui- ci , l'idée d'un vocabulaire
univerfel ; & nous ne craignons pas d'avancer
qu'il fera un jour le plus confulté ,
parce qu'en effet il n'y en a aucun qui
paroiffe devoir mériter un accueil plus
diftingué. Nous renvoyons , pour la connoiffance
de ce livre , à ce que nous en
avons dit dans un des précédens Mercures.
RECUEIL des monnoies , tant anciennes
que modernes , ou dictionnaire hiſtorique
des monnoies qui peuvent être connues
dans les quatre parties du monde , avec
leur poids , titre & valeur ; divifé en quatre
parties , favoir : pour les Hébreux , pour
les Romains , pour les Grecs , pour les
François , avec des tarifs à la fuite du
dictionnaire pour celles qui ont préfentement
cours en Europe ; par M. de Salzade.
A Bruxelles , chez Jean Jofeph Boucherie ,
Imprimeur & Libraire ; à Dunkerque ,
chez Jean-Louis de Boubers , Libraire ; &
DECEMBRE 1767. 113
à Paris , chez Panckoucke , rue & à côté
de la comédie françoife ; avec approbation ;
1767 : vol. in- 4°.
Nous ne connoiffons guères de livres
qui aient exigé plus de recherches , & qui
demandent plus d'érudition que celui - ci .
Connoître les monnoies des plus anciens
peuples de l'univers , c'eft pofféder une
partie effentielle de leur hiftoire ; & M.
de Salzade répand fur cet objet une lumière
qui peut guider, avec certitude , l'efprit du
lecteur dans les fentiers les plus obfcurs de
l'hiftoire de ces mêmes peuples.
CODE de la police , ou analyfe des réglemens
de police , divifé en douze tirres ;
par M. D *** , ancien Confeiller du Roi ,
Lieutenant-Général de Police de la ville .
de ..... en Champagne ; quatrième
édition , revue , corrigée , augmentée &
miſe en deux parties. A Paris , chez Prault
père , Imprimeur des fermes du Roi , quai
de Gèvres , au paradis ; 1767 : avec approbation
& privilége du Roi ; deux vol.
in- 1 2.
Nous ne pouvons donner de ce livre une
idée plus avantageufe qu'en copiant une
partie de l'approbation du Cenfeur , mife.
à la tête de l'ouvrage . « La promptitude
» & l'étendue du débit de cet opufcule ,

114 MERCURE DE FRANCE.
» dit M. Maignan de Savigny , juſtifie affez
» l'approbation diftinguée que j'avois don-
» née à la première édition . Les additions
» & les corrections que l'auteur y a faites
» dans les trois fuivantes , & fur - tout à
» cette quatrième , m'ont paru faire voir
» de plus en plus l'attention , le zèle &
» l'efprit vraiment patriotique , dans lequel
» l'auteur profite journellement des con-
» noiffances que fes fonctions publiques ,
» dans une des plus confidérables pro-
» vinces du royaume , lui ont acquifes
pour perfectionner une production fi
utile , fi digne du meilleur citoyen . Il
» eft facile d'obferver que fi cette der-
» nière édition eft beaucoup plus étendue
» que les précédentes , & environ du dou-
» ble de la première , ce font fur-tout les
> nouveaux réglemens & établiffemens que
» l'auteur a été de plus en plus à portée de-
» mieux connoître , qui ont donné lieu à¹
» cette augmentation ».
>
JOSEPH, en neuf chants ; par M. Bitaubé
, de l'Académie Royale des Sciences
& Belles- Lettres de Pruffe. A Paris , chez
Prault , Imprimeur , quai de Gêvres ;
1767 : avec approbation & privilége du
Roi ; vol. in-8°.
Le choix du fujet , les leçons touchantes
DECEMBRE 1767. irs
& les exemples frappans que préfente chaque
morceau de ce poëme écrit en profe ,
le feront mettre au rang de ces productions
qui , indépendamment de l'agrément qu'ils
ont pour objet principal , font encore des
ouvrages utiles.
CONCHYLIOLOGIE nouvelle & portative ,
ou collection de coquilles propres à orner
les cabinets des curieux de cette partie de
l'histoire naturelle , mifes par ordre alphabétique
, avec les notes des endroits d'où
elles fe tirent , & des cabinets qui renferment
les plus rares . A Paris , chez Regnard ,
Imprimeur de l'académie françoife , grand'-
falle du palais , à la providence , & rue
baffe des Urfins ; 1767 : vol . in - 12 . petit
format.
Les perfonnes pour lefquelles les coquilles
forment un genre de connoiffances
agréables trouveront , dans ce petit volume ,
les notions néceffaires , foit pour fe connoître
à cette partie de l'hiftoire - naturelle ,
foit pour l'acquifition des coquillages dont
elles compofent leur cabinet.
LES Confeffions du Comte de*** . écrites
par lui -même à un ami ; cinquième édition
, avec cette épigraphe :
Si quis rapiet ad fe quod erit commune , ftuliè
nudabit animi confcientiam. Phæd.
116 MERCURE DE FRANCE.
A Amſterdam ; 1767 : deux parties in- 12 ;
& fe trouve à Paris , chez Prault , quai de
Gêvres.
Le fuccès de ce roman en a multiplié
les éditions , & a commencé la réputation
littéraire de fon ingénieux auteur. L'ouvrage
eft trop connu pour exiger une annonce
plus détaillée. Dès fa naiffance il a
été mis au rang des meilleures productions
de ce genre ; & ce jugement n'a point été
révoqué. On trouve chez le même Libraire
une nouvelle édition d'un autre ouvrage
auffi connu du même auteur , intitulé
Mémoire pourfervir de fuite aux conſidérations
fur les moeurs de ce fiècle.
LA Religion du coeur , expofée dans les
fentimens qu'une tendre piété infpire, avec
de courtes élévations pour toutes les fituations
où l'on peut fe trouver ; à l'ufage des
perfonnes du monde : par M. le Chevalier
de **. A Paris , chez Delalain , Libraire ,
rue Saint Jacques ; & à Dijon , chez la
veuve Coignard & Louis Fantin , Libraires ;
1768 avec approbation & permiffion du
Roi ; vol. in- 1 2 .
II ya dans
ce livre
cent huit articles
,
qui font autant
de prières
très - ferventes
où l'on exprime
tous les fentimens
qu'une
âme dévote
& chrétienne
éprouve
, en confidérant
les bienfaits
de Dieu
, fes divins
DECEM BRE 1767. 117
les
attributs , les merveilles de la nature ,
devoirs de la religion , les myftères de la
foi , & généralement tout ce qui peut être
l'objet de l'adoration , des yeux , & de la
croyance des fidèles,
TABLEAU hiftorique des gens de lettres ,
ou abrégé chronologique & critique de
l'hiftoire de la littérature françoife , confidérée
dans fes diverfes révolutions , depuis
fon origine jufqu'au dix- huitième ſiècle ;
par M. l'Abbé de Lonchamps. A Paris ,
chez Ch. Saillant , Libraire , rue Saint
Jean- de - Beauvais , vis- à- vis le collége ;
1767 avec privilége du Roi ; deux vol .
in - 12 , qui feront fuivis de beaucoup
d'autres.
L'auteur remonte aux fiècles qui ont
précédé l'ère chrétienne , & cherche à
débrouiller le cahos de l'ancienne littérature
gauloife . Cette première époque contient
environ le quart du premier volume ,
& le fecond fe termine au commencement
du fixième fiècle. Il y a apparence que
M. de Lonchamps a beaucoup profité de la
favante hiftoire littéraire de la France , en
dix ou douze vol . in- 4° , par les RR. PP.
Bénédictins , laquelle n'eft point achevée.
C'est le même fond ; mais le nouvel
auteur eft plus abrégé...
2
118 MERCURE DE FRANCE.
TRAITÉ de l'autorité eccléfiaftique &
de la puiffance temporelle , conformément
à la déclaration du Clergé de France en
1682 , à l'édit de Louis XIV, même année ,
& à l'arrêt du Confeil d'Etat du Roi en
1766 ; à l'ufage de ceux qui enfeignent
& qui étudient dans les univerfités , dans
les colléges & les féminaires de l'églife
gallicane ouvrage de M. Dupin , Chanoine
de l'églife collégiale de Saint Benoît.
A Paris , chez Defaint , rue du Foin , la
première porte-cochère à droite en entrant
par la rue Saint Jacques ; 1768 : avec
approbation & privilége du Roi ; trois
vol. in- 12.

Cet ouvrage contient les quatre propofitions
de la déclaration du Clergé de
France en 1682 , expliquée dans toute
leur étendue ; les preuves de chacune de
ces propofitions ; les réponſes aux objections
qu'on peut faire contre , & les fondemens
des maximes & des libertés de
l'églife gallicane . La doctrine des quatre
articles intéreffe l'Eglife & les Souverains ;
ce qui prouve combien il eſt important
qu'elle foit connue . Cependant beaucoup
d'eccléfiaftiques , für - tout dans les provinces
, en ignorent jufqu'au nom . Il étoit
donc néceffaire de les mettre en état de
bien pofféder cette matière , & de s'attaDECEMBRE
1767. 119
cher à nos maximes avec connoiffance de
cauſe .
SEVIGNIANA , ou recueil de penfées
ingénieuſes , d'anecdotes littéraires , hiftoriques
& morales , tirées des lettres de
Mde la Marquife de Sevigné , avec des
remarques pour l'intelligence du texte . A
Grignan ; & fe trouve à Paris , chez De-,
faint , rue du Foin ; 1768 ; in- 12 , petit
format.
L'impreffion vive & énergique de la
tendreffe de Mde de Sevigné pour fa fille ,
la fréquente répétition de ce fentiment
affectueux , qui fait le fond effentiel de
toutes fes lettres à Mde de Grignan , a
trouvé beaucoup de cenfeurs , en faveur
defquels on a cru devoir recueillir en un
corps , les penfées ingénieufes , les particularités
intéreffantes , les anecdotes curieuſes ,.
les inftructions utiles & les plaifanteries
fines, qui fe trouvent comme noyées dans
tous les volumes de Mde de Sevigné. On
n'a pas cru devoir s'affujettir à aucun plan ,
ni garder aucun ordre ; mais on a recueilli
les penfées & les faits tels qu'ils fe préfentoient
, afin de varier & de faire paffer
le lecteur d'un trait ingénieux à un trait
de morale ; de celui-ci à un morceau d'hiftoire
, & d'une inftruction utile à une
anecdote curieufe .
120 MERCURE DE FRANCE.
RÉFLEXIONS chrétiennes , fur les livres
hiftoriques de l'ancien teftament. A Paris ,
chez Defaint , rue du Foin - Saint - Jacques ;
1768 avec approbation & privilége du
Roi ; vol. in- 12.
On trouve ici une narration préciſe des
principaux événemens du peuple de Dieu ,
accompagnée d'explications également fimples
& heureufes fur les figures de l'ancien
teftament. L'auteur n'y perd jamais Jéfus-
Chrift de vue ; & il fait voir ,
de la manière
la plus fenfible, que ce divin Rédempteur
étoit la fin de la loi . S'il traite quelque
fujet important de morale , fa plume s'élève
auffi- tôt à Jéfus - Chrift ; fes prières ,
en particulier , renferment une onction &
une précifion admirablé . Cet ouvrage , en
un mot, procurera aux familles chrétiennes,
aux communautés religieufes , aux colléges
& aux cathéchiftes les plus grands fecours ,
pour infpirer aux jeunes gens qui leur font
confiés , le goût de la lecture & de l'hiftoire
fainte.
PENSÉES & fentimens , de piété , tirés
des fermons du P. de Segaud. A Paris ,
chez Defaint , Libraire , rue du Foin Saint-
Jacques ; 1767 : vol. in- 12,
On a mis au jour les penſées du Père
Bourdaloue , de M. Maffilion ; & le public
leur
DECEMBRE 1767. 121
leur afait un accueil fi favorable , qu'elles
font encore tous les jours entre les mains
des fidèles pour y produire des fruits de
falut. Le rang diftingué que le Père Segaud
a tenu parmi les prédicateurs de fon fiècle ,
a fait juger , avec raifon , que fes penfées
& fes fentimens pourroient produire le
même effet , & ne feroient pas reçus avec
moins d'empreffement. On a choifi , dans
fes fermons , des traits fi vifs , fi frappans
fi lumineux que , quoique détachés du
corps du difcours , ils ne perdent rien ici
de leur force & de leur beauté . Ce ne
font ni de fimples penfées entièrement
détachées , ni des extraits en régle tirés
des difcours ; chaque article fait une eſpèce
de tout , & peut fe foutenir par lui - même .
Le grand nombre des fujets dont on a fait
choix , pourront , par leur variété & leur
abondance , fuffire pour contenter les goûts
divers de différentes perfonnes .
HISTOIRE de Mde d'Erneville , écrite
par elle-même. A Londres , & fe trouve
à Paris , chez Nicolas Auguftin Delalain
Libraire , rue Saint Jacques , à Saint Jacques
; & à Dijon , chez la veuve Coignard ,
& Louis Fantin , Libraires ; 1768 : deux
parties in - 12 .
Nous n'avons fait que parcourir ce ro-
F
1
122 MERCURE DE FRANCE .
1
!
1
man , ayant été obligés de donner un peu
plus d'attention au grand nombre de livres
plus férieux que nous avons à annoncer.
Il nous a paru bien écrit ; & le peu que
nous en avons lu , nous a donné une idée
avantageufe de tout l'ouvrage.
REGLES du droit françois ; par M. Claude
Poquet de Livonniere , Confeiller au Préfidial
d'Angers , & ancien Profeffeur du
droit françois en la même Univerſité ;
nouvelle édition , revue , corrigée & confidérablement
augmentée. A Paris , chez
Defpilly, rue Saint Jacques , à la croixd'or
; Saugrain le jeune , Libraire ordinaire
de Monfeigneur le Comte d'Artois ,
quai des Auguftins , près le pont Saint
Michel , à la fleur- de- lys d'or ; 1768 :
avec approbation & privilége du Roi ,
vol. in- 12.
Ce livre étant fort connu des jurifconfultes
, puifque c'en eft ici la fixième édition
, il fuffit de dire en quoi elle diffère
des précédentes . L'auteur , toujours attentif
à l'amélioration de fon ouvrage , l'avoit
revu avant fa mort , & y avoit fait des
changemens confidérables , écrits de fa
propre main , dans un des volumes de
la cinquième édition . Ce volume s'étant
trouvé au rang des autres livres de fa
DECEMBRE 1767. 123
bibliothèque , on a cru ne pouvoir mieux.
faire , que de le réimprimer avec les augmentations
, les changemens , les corrections
de l'auteur ; & c'eft ce qui rend
cette fixième édition bien fupérieure aux
cinq premières.
CODE criminel , ou commentaire fur
l'ordonnance de 1670 , contenant les
régles prefcrites par les anciennes & nouvelles
ordonnances pour l'inftruction des
procès criminels ; plufieurs queftions de
droit incidentes aux matières criminelles ;
les réglemens concernant la compétence
des juges royaux & fubalternes ; les régles
pour l'inftruction conjointe des juges
royaux & eccléfiaftiques , & les réglemens
concernant les priviléges eccléfiaftiques ;
un commentaire particulier fur l'ordonnance
de 1731 , concernant les cas prévôtaux
, avec un traité des fonctions ,
droits & prérogatives des Officiers de
maréchauffée ; les régles pour le jugement
des procès criminels ; un recueil des
priviléges & immunités de MM. les Officiers
du Parlement , Chambre des Comptes
& du Domaine , Tréforiers de France ,
& Officiers des Bailliages & Sénéchauffées
& Siéges Préfidiaux ; enfin plufieurs réglemens
fur les cas royaux , & les droits
1
B
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
concernant les offices des Lieutenans - Criminels
& autres Officiers ; par M. François
Serpillon , Lieutenant Général criminel ,
& Confeiller honoraire au Bailliage , Chancellerie
& Siége Préfidial d'Autun . A Lyon ,
chez les frères Périffe , Libraires , rue Mercière
; 1767 avec approbation & privilége
du Roi : 4 vol . in- 4°.
La longueur de ce titre vaut une analyfe
, & nous difpenfe d'entrer dans tour
autre détail pour faire connoître l'objet ,
P'utilité & le plan de ce livre . Nous dirons
feulement que cet ouvrage , unique dans
fon genre , eft très- eftimé . On en trouve
des exemplaires à Paris , chez Delalain
Libraire , rue Saint Jacques.
LETTRES récréatives & morales fur les
moeurs du temps , à M. le Comte de ** ;
par l'auteur de laconverfation avecfoi-même.
A Paris , chez Nyon , quai des Auguftins ,
à l'occafion ; 1767 avec approbation &
privilége du Roi ; plufieurs vol . in- 1 2 .
Ces lettres de M. Caraccioli n'ont aucun
objetdéterminé. L'auteur paffe continuellement
d'un fujet à un autre ; & tout ce qui
peut lui fournir matière à moralifer , ou
à plaifanter , eft également de fon reffort,
Mais dans les plaifanteries même on voit
bien qu'il fe propofe toujours un but moDECEMBRE
1767. 125
fal & en cela M. Caraccioli fe conformé
au genre d'écrire , auquel il paroît s'être
principalement deſtiné.
TROISIEME diftribution des planches qu'i
doivent entrer dans l'ouvrage de M. Buchoz
, de la defcription des plantes de la
Lorraine , &c.
Nous avons parlé tant de fois de cette
defcription , & des planches gravées qui
doivent en faire l'ornement , que nous
croyons devoit nous contenter de cette
fimple annonce , en invitant les curieux
& les amateurs de contribuer aux frais de
ces planches , comme l'ont déja fait plus
de cent perfonnes qui en ont payé la gravure.
Ces perfonnes font nommées au bas
de chaque planche , ce qui fera paffer leurs
noms à la postérité ; & l'ouvrage entier
fera un monument éternel érigé à leur
générosité.

Le bon Jardinier , almanach pour l'année
1768 ; contenant une idée générale
des quatre fortes de jardins , les régles pour
les cultiver , la manière de les planter , &
celle d'élever les plus belles fleurs nouvelle
édition , confidérablement augmentée,
& dans laquelle la partie des fleurs a
été entièrement refondue par un amateur ;
10
1
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
prix , trente-fix fols relié. A Paris , chez
Guillyn, quai des Auguftins , du côté du
pont Saint Michel , au lys d'or ; 1767 :
avec approbation & privilége du Roi ;
vol. in- 18.
C'eft ici l'analyfe fuccincte des inftructions
& des préceptes qu'ont donnés fur
cette matière ceux qui l'ont traitée à fond .
Comme il y a une infinité de gens qui ne
fe piquent pas de faire une étude profonde
de ces fortes de connoiffances , ou qui
peuvent être rebutés par le prix des gros
volumes , un abrégé du jardinage ne peut
que leur convenir & leur plaire.
L'HEUREUX jour , épître à mon ami ;
avec cette épigraphe :
Viximus hodie.
A Paris , chez la veuve Duchefne , rue Saint
Jacques , au temple du goût ; 1767 : in - 8 °.
de 26 pages , avec de très- jolies gravures.
Il y a dans cette épître beaucoup de fentiment
, d'honnêteté & même de poéfie.
Il faut convenir cependant que la partie
du burin eft celle qui y brille principalement
, ce qui n'empêche pas , qu'en la
confidérant uniquement du côté de la
partie littéraire , on ne trouve encore beaucoup
à louer dans cette nouvelle production
.
DECEMBRE 1767. 127
ESSAI hiftorique & analytique des eaux
& des boues de Saint- Amand , où l'on
examine leurs principes , leurs vertus , &
particulièrement l'utilité des établiſſemens
nouveaux , relatifs à leur ufage ; par le
fieur Defmilleville , Médecin des hôpitaux
du Roi à Lille en Flandres , & Intendant
de ces eaux. A Valenciennes , chez la veuve
J. B. G. Henry, Imprimeur du Roi ; & fe
trouve à Paris , chez Vincent , Libraire ,
& à Lille , chez Jacqué, Libraire ; 1767 :
avec approbation & privilége du Roi ;
brochure in- 12.
Les perfonnes malades qui font dans le
cas d'avoir recours aux eaux de Saint-
Amant , pour recouvrer la fanté , trouveront
, dans cette brochure , des éclairciffemens
confolans. Il y a auffi , aux fources
de Saint - Amant , des bouës minérales
dont une infinité de gens fe font très- bien
trouvés. Des malades rongés de dartres ,
d'éréfipelles , & d'ulcéres les plus opiniâtres
à la peau , ont été radicalement guéris.
D'autres , attaqués de rhumatiſmes ,
de paralyfies , de douleurs articulaires , & c .
ont tiré un avantage confidérable de ces
eaux & de ces bouës , comme on peut le
voir plus en détail dans la brochure que
nous annonçons.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
CHRISAL , ou les aventures d'une Guinée
, hiftoire angloife. A Londres , & fe
trouve à Paris , chez Grangé , Imprimeur-
Libraire , pont Notre - Dame, au cabinet
littéraire , à côté de la pompe ; & chez
Dufour , quai de Gefvres ; 1767 : vol.
in- 125.prix 1 liv . 16 fols.
Les principales aventures de ce roman
fe paffent en Angleterre , & ont pour objet
les moeurs & les coutumes angloifes. L'ouvrage
eft plein d'action & eft en même
temps très - moral.
LA Ratomanie , ou fonge moral & critique
d'une jeune philofophe ; par Madame
***. A Amfterdam ; 1767 : brochure
in- 12 . de 200 pages.
On trouve des exemplaires de cet ouvrage
chez la veuve Regnard , rue baffe des
Urfins , ou au palais. Dans un écrit donné
comme un fonge , le lecteur doit s'attendre
aux écarts ordinaires d'imagination d'un
homme qui rêve , ou plutôt d'une femme ;
car , fi on en croit le titre , c'eft une femme
qui en eft l'auteur.
ODE à la magnanimité ; par M. de
Bélin , ancien Commiffaire de la Marine .
A Paris , chez Merlin , Libraire , rue de la
DECEMBRE 1767. 129
Harpe , vis-à-vis de la rue Poupée ; 1767-
avec approbation & permiffion ; feuille
in-8°.
Dans les dix- neuf ftrophes , qui compofent
l'ode à la magnanimité , le poëte palle
en revue tous les héros anciens & modernes
, & les caractériſe par les traits qui
leur font propres. Perfonne ne pofféde
mieux l'hiftoire que M. de Bélin ; & fes
vers rappellent avec plaifir aux lecteurs ,
les noms célèbres & les actions mémorables
des hommes les plus magnanimes de
l'univers. Plufieurs Princes & Princeffes
actuellement fur le trône , viennent auffi
orner cette belle ode ;
› par l'éclat de
leur couronne & celui de la poéfie de M.
de Bélin , on ne peut difconvenir que
cet ouvrage ne foit très - brillant .
& ,
LES Ecoffeufes de la halle , ambigu
poiffard , en un acte , en vers libres , mêlé
de vaudevilles & de danfes ; dédié à Mde
Policarpe , marchande de marée : par M.
Taconet. Repréfenté pour la première fois
fur le grand théâtre des boulevards , le 25
juin 1767. A Paris , chez Denis Langlois ,
Libraire , rue du Petit - Pont , pres le petit
Châtelet , au Saint Efprit couronné , 1767 :
avec approbation & permiffion ; in- 8 ° .
Le fuccès qu'a eu , dans fa nouveauté ,
F.v
130 MERCURE DE FRANCE .
cette joyeuſe & agréable bagatelle , celui
qu'elle a encore tous les jours lorfqu'elle
fe joue fur le grand théâtre du fieur Nicolet
aux boulevards , a engagé l'auteur à
la faire imprimer. On ne la lit pas avec
moins de plaifir , qu'elle en fait à la repréfentation
, où l'on croit voir dans la réalité
, fur le théâtre , les fcènes qui fe paffent
dans les places , les marchés & les
halles. M. Taconet a le talent fingulier de
rendre au naturel , foit dans fes pièces ,
foit dans fon jeu , tous les propos de cette
efpèce de gens , dont il s'attache principalement
à faire connoître les moeurs & le
langage ; & on l'applaudit également , foit
qu'il fe montre , comme acteur , fur le théâtre
, foit qu'il fe préfente , comme auteur ,
dans la lifte des écrivains dramatiques . Nous
avons de lui un recueil compofé de plus
de foixante pièces imprimées , & prefque
routes jouées avec fuccès. On fe rappelle
encore quelle foule de monde attiroit , à
la dernière foire Saint- Germain , fa tragédie
tragi - comique de la mort du boeuf
gras , imprimée chez Hériffant , rue neuve
Notre-Dame. Elle fe joue aux boulevards ,
& y fait le même plaifir que fi nous étions
au carnaval , temps pour lequel cette pièce
avoit été faite. Elle eft repréfentée fingu
lièrement par celui qui fait le rôle du marchand
de boeufs. Le ton de plaifanterie
DECEMBRE 1767. 131
1

qui règne dans cette pièce & dans tout ce
que fait M. Taconet , le genre auquel il
paroît s'attacher principalement , ne peut
manquer de lui procurer , pour fpectateurs,
tous ceux qui defirent paffer des quartsd'heures
agréables , & fe mettre de bonne
humeur. Pour donner une légère idée de
fa manière d'écrire dans le genre qu'il a
choifi , nous allons copier les couplets où
il parodie ceux d'ON NE S'AVISE JAMAIS
DETOUT, Jufques dans la moindre chofe, &c.
C'eſt l'amoureuſe Margot qui chante :
Jufques dans la moindre vue
J'vois mon amant zen tableau :
Drès que j'mets l'pié dans la rue ,
Je l'vois m'oter fon chapeau .
Je le rencontre à toute heure >
Au coucher comme au lever ;
Et fans fçavoir ous qui d'meure ,
Mon coeur va toujours l'trouver.
Si je fuis à not' fenête ,
Dans l'deffein d'voir le paſſant ,
J'diftingue toujours la tête ,
Quand all' feroit parmi cent ;
Si je lis quel jour nous fommes ,
Dans l'armanac d'cabinet ,
Au lieu d'faints , je n'vois qu'des hommes ,
Raport à s'tila qui m'plaît.
F vj
132 MERCURE DE FRANCE .
Que j'blanchiffe à la rivière ,
Mes amours font favonnéss ;
Que j'ouvre ma tabaquière ,
Mon amant me monte au nez ;
Lorfque j'endoffe ma hotte ,
I m'femble que j'porte l'amour ;
Enfin , la tendre Javotte
Penfe à Cadet nuit z'et jour.
C'eft Mde Nicolet qui chante ces couplets
. Nous dirons à cette occafion que
cette actrice , charmante par fon jeu &
par fa figure , rend fes rôles , & principalement
ceux de caractère , avec une intelligence
, une fineſſe , un naturel , un efprit
qui la rendent digne des premiers théâtres
de cette capitale. Ceux qui la connoiſſent
plus particulièrement affurent que fon talent
théâtral eft encore au - deffous de fon
mérite perfonnel , & la louent fpécialement
pour les charmes de fon caractère.
GÉOGRAPHIE ancienne abrégée ; par
M. d'Anville , de l'Académie Royale des
Belles -Lettres , & de celle des Sciences de
Pétersbourg , Secrétaire de S. A. S. Mgr le
Duc d'Orléans . A Paris , chez Merlin ,
Libraire , rue de la Harpe , à l'imageSaint
Jofeph ; 1768 : avec approbation & priDECEMBRE
1767. 133
vilége du Roi ; trois vol . in- i 2. Prix 6 liv.
brochés.
Il n'eft pas néceffaire de prévenir le
public fur l'utilité d'un ouvrage , dont on
ne peut guère fe paffer quand on veut être
inftruit de l'hiftoire ancienne . Les connoiffances
étendues & profondes de M. d'Anville
, fur la géographie ancienne & moderne
, pafferont infenfiblement dans l'efprit
de fes lecteurs qui , les cartes fous les
yeux , fe donneront la peine de parcourir
tous les livres dont il eft fait mention dans
ces trois volumes . La grande réputation
de l'auteur dans cette fcience de détail ,
forme le préjugé le plus favorable pour
tous les écrits de cette nature qui fortent
de fes mains.
PROSPECTUS d'une philofophie - pratique
,& fociale , contenant 1 ° . le corps de
doctrine de cette philofophie ; pour le titre
de vérité connue , de celle qui eft fur les
voies de l'être , avec la détermination des
objets qui ne font que de vaine curiofité ,
par forme d'appendice. 2 ° . Le Photius
moderne , ou bibliothèque raifonnée dans
l'efprit de la philofophie ci - deffus , où il
n'entrera que la révision des idées mères
& des ouvrages vraiment originaux de
tous les fiècles , en matière philofophique
134 MERCURE DE FRANCE.
feulement , les matières théologiques de
meurant intactes. 3. Un corps de difcuf
fions , diftribuées fous divers points de vue,
& les ouvrages correſpondans à chacun des
objets , prévûs ou non prévûs , de ces difcuffions
, avec un recueil de mêlanges &
oeuvres fugitives , profe & vers , fous le
titre d'abeille du cabinet. Ce travail fe donnera
en quatre volumes, tous les ans , jufqu'à
ce que la matière foit épuifée. Il fe trouve
chez Merlin , Libraire , rue de la Harpe ,
vis - à- vis de la rue Poupée ; avec privilége
du Roi : in- 8 °. de 100 pages.
En attendant que l'auteur nous donne
toutes les chofes annoncées dans le titre
de ce profpectus , nous nous contenterons
de le placer fous les yeux de nos lecteurs.
A mefure que quelques- uns de ces ouvrages
fortiront de deffus la preffe , nous en
ferons mention ; ii fuffit aujourd'hui d'apprendre
au public , ce que l'auteur a deffein
de lui offrir un jour.
DICTIONNAIRE de Mufique ; par J. J.
Rouffeau. A Paris , chez la veuve Duchefne,
Libraire , rue Saint Jacques , au temple
du goût ; 1768 : avec approbation & privilége
du Roi ; in- 4°.
Le public jouit enfin d'un livre utile
& piquant , après lequel il afpire depuis
DECEMBRE 1767. 135
>
long- temps. Nous croyons qu'il eft inutile
de faire obferver combien un ouvrage fur
la mufique , compofé par M. Rouffeau
doit être recherché. Mais , ce qui en augmente
le mérite , ce font différens traits
de critique fine & ingénieufe , répandus
dans le corps du dictionnaire. Nous donnerons
de temps en temps , dans les Mercures
fuivans , quelques- uns de ces morceaux
; en attendant nous confeillons à
nos lecteurs de lire les articles acteur
duo , expreffion , goût , licence , opéra
orcheftre , plain- chant , récitatif, fi , fon
unité de mélodie , voix ; ils y trouveront
de quoi s'inftruire & s'égayer en même
temps.
3
ATLAS hiftorique & géographique , de
M. de Mornas , Géographe du Roi & des
Enfans de France.
Le public doit voir avec fatisfaction ,
combien M. de Mornas eft jaloux de remplic
fes engagemens , & qquuee l'interruption
de fon Atlas ne peut lui être attribuée .
On eft fûr d'avoir , avant la fin du mois
de juin prochain , les quatre- vingt cartes
qui doivent compofer le quatrième volume
de ce grand & magnifique ouvrage .
nous préfente aujourd'hui les vingt pre-
11
T
136 MERCURE DE FRANCE.
mières , dont nous rendrons compte dans
le prochain Mercure.
LES Comédies de Térence , avec la traduction
& les remarques de Mde Dacier ;
nouvelle édition , corrigée d'un nombre
confidérable de fautes , & enrichie des
différentes leçons de Bentlei , de Donat ,
de Faern , & d'autres. A Amſterdam , &
fe trouve à Paris , chez J. Barbou , rue des
Mathurins ; 1768 3 vol . in - 12 . avec fig.
Le mérite de cette nouvelle édition des
Comédies de Térence nous autoriſe à prévenir
nos lecteurs en fa faveur. Nous ne
craignons point d'affurer qu'elle a de grands
avantages fur toutes celles qui ont paru
jufqu'à préfent ; & nous ne doutons pas
que le public n'en porte le même jugement.
La beauté du papier & des caractères ; les
vignettes & diverfes autres planches ne
font pas le feul mérite de cette édition .
Quelque chofe de plus folide & de plus
effentiel lui donne un nouveau relief. On
a purgé le texte & les notes d'une infinité
de fautes groffières qui défiguroient les
anciennes éditions.
LETTRE , ou réflexions d'un Milord à
fon correfpondant à Paris , au fujet de la
requête des marchands des fix Corps, contre
DECEMBRE 1767. 137
l'admiffion des Juifs aux brevets , & c. A
Londres , l'an 1767 ; brochure in- 12 . de
72 pages.
que
Les marchands des fix Corps de Paris
ayant préfenté une requête pour empêcher
les Juifs ne fuffent reçus parmi eux ,
l'objet de cette brochure eft de les défendre
, & de prouver que tout ce qu'on
allégue contre eux ne doit pas empêcher
cette admiffion . On affure que les reproches
que l'on fait aux Juifs ne portent fur
aucun fait avéré , & ne répugnent pas
moins à la raifon qu'à la vraisemblance.
Voilà en gros ce que ,contient en détail
l'écrit qu'on publie aujourd'hui en leur faveur,
& dont le ministère doit être l'unique
& le feul juge. Nous en parlerons plus
amplement.
OBSERVATIONS chirurgicales fur les
maladies de l'urétre , traitées fuivant une
nouvelle méthode , par M. Daran , Ecuyer,
Confeiller , Chirurgien ordinaire du Roi ,
fervant par quartier , & Maître en Chirurgie
de Paris : cinquième édition , augmentée
de nouvelles obfervations & de remarques
particulières . A Paris , chez Vincent
Imprimeur - Libraire rue S. Severin ; &
chez Didot , quai des Auguftins ; 1768 :
avec approbation & privilége du Roi ;
vol. in- 12.
و
138 MERCURE DE FRANCE.
La quatrième édition du traité des maladies
de l'urétre , par M. Daran , ſe
trouvant entièrement épuifée , on a cru
devoir en donner une nouvelle. On a fait ,
dans cette dernière , des changemens confidérables
, parce que les circonftances l'éxigeoient.
Toutes les cures opérées par la
méthode de M. Daran , foit à Paris , foit
dans diverfes provinces de France , étoient
fuffifamment connues par les quatre précédentes
éditions : il s'agiffoit , dans celle - ci ,
de faire connoître également les guériſons
que cette même méthode a procurées aux
habitans de la Grande Bretagne , pendant
les deux années que M. Daran , invité
par des perfonnes de diftinction , a paffées
en Angleterre par congé de la Cour. On
a donc fupprimé les anciennes obfervations ;
& l'on a inféré , dans ce volume , les nouvelles
cures faites à Londres . On y a ajouté
des remarques particulières fur le remède
de l'auteur ; & le tout enfemble forme
quatre parties , entre lefquelles il y en a
deux qui n'avoient point encore paru . Ces
quatre parties font 1 ° . le difcours préliminaire
, renfermant un traité des maladies
de l'urétre . 2° . Les lettres des médecins
& des malades qui ont atteſté l'efficacité
de la méthode de M. Daran dans le
traitement de ces maladies . 3 ° . Des remarDECEMBRE
1767. 139
quesparticulières fur cette méthode . 4 ° .Des
obfervations nouvelles touchant les cures
opérées en Angleterre , pendant les deux
années de féjour qu'y a fait M. Daran.
LES Offices de Cicéron , traduction nouvelle
, avec le latin , revu fur les textes les
plus corrects ; feconde édition , retouchée
avec foin : par M. de Barrett , Inſpecteur
des études de l'Ecole Royale Militaire. A
Paris , chez Barbou , Imprimeur- Libraire ,
rue & vis- à- vis la grille des Mathurins ;
1768 : vol. in - 12 .
Nous avons annoncé dans le temps cette
traduction , à laquelle le public a fait un
accueil auffi favorable que l'auteur pouvoit
le defirer. Les foins qu'il s'eft donnés pour
rendre celle -ci encore plus exacte , plus
élégante & plus correcte , lui donnent un
nouveau mérite , & la rendent bien fupérieure
à la précédente , qui d'ailleurs eft
très- eftimable.
L'HONNETE Criminel , drame en cinq
actes & en vers ; par M. Fenouillot de
Falbaire. A Amfterdam , & fe trouve à
Paris , chez Merlin , Libraire , rue de la
Harpe , vis-à -vis de la rue Poupée , à l'image
Saint Jofeph ; 1767 in - 8 ° . avec :
une eftampe à la tête de chaque acte , I
140 MERCURE DE FRANCE.
qui en repréfente le fujet. Prix 3 liv . avec
figures ; & liv . 16 fols fans figures .
Pour faire connoître le fujet de ce drame
nous allons copier un paffage de la préface
de l'auteur : on y verra le but qu'il s'eft
propofé , & le plan qu'il a tâché de remplir.
Il eft fondé fur une action vraie ,
arrivée de nos jours , & qui ne peut manquer
d'intéreffer , de toucher , d'émouvoir
les âmes honnêtes & fenfibles .
<< Au milieu d'un fiècle caractérisé par
» l'efprit philofophique , qui porte tou-
» jours avec foi l'efprit d'humanité , nous
» venons ( dans l'affaire des Calas ) d'être
» épouvantés par une fcène atroce & fan-
» glante. On a outragé la nature en lui
» imputant un crime exécrable ; on a ca-
» lomnié une communion chrétienne , en
» l'accufant d'autorifer les pères à affaffiner
leurs enfans quand ils vouloient fe convertir
; nous avons vu une fête horrible ,,
» un anniverfaire de meurtre & de carnage
, achever de répandre la fureur dans.
» des efprits déja trop échauffés , & con-
» tribuer à faire égorger l'innocence avec
» le glaive des loix . C'eft dans de telles
» conjonctures , que j'ai cru de quelque
» utilité un drame , où feroient peints en-
» femble des catholiques & des proteftans
» divifés fur le dogme , réunis pour la
DECEMBRE 1767. 141
.
» morale , intéreffans par leur malheur
» refpectables par leur vertu , & liés diver-
» fement les uns aux autres par la nature ,
» l'amour & les bienfaits ».
HISTOIRE de Sophie de Francourt ;
par Monfieur ***, A Paris , chez Merlin ,
Libraire , rue de la Harpe , à l'image de
Saint Jofeph ; 1758 : avec approbation &
privilége du Roi ; deux parties in- 12 . Prix
4 liv. brochés , avec des figures très - bien
gravées. On trouve chez le même Libraire
Eudoxe , tragédie du même auteur.
› Nous avons cru voir , dans ce roman
une grande connoiffance du monde & du
coeur ; & nous penfons qu'il plaira furtout
aux lecteurs d'un rang diftingué . Il
nous a paru écrit d'un ftyle aifé & les
événemens que l'on fuppofe être arrivés
de nos jours , n'en rendent la lecture que
plus intéreffante.
LA Famille vertueufe : lettres traduites
de l'anglois ; par M. de la Bretone. A
Paris , chez la veuve Duchefne , rue Saint
Jacques , au - deffous de la fontaine Saint
Benoît , au temple du goût ; 1767 : avec
approbation & permiffion ; quatre parties
in-12,
La multitude des nouveautés qui ont
142 MERCURE DE FRANCE.
paru
le mois dernier , ne nous a pas permis
d'achever la lecture de ce roman . Sur ce
que nous en avons vu , il nous a paru écrit
avec intérêt. Nous avons même remarqué
plufieurs endroits où l'amour et peint
fans foibleffe , & l'amitié telle qu'elle
devroit être , c'est - à - dire , comme elle
exifte dans un coeur vertueux . Le vice y
paroît dans ce jour odieux qui lui convient
; & l'image toujours fi touchante des
fentimens que la nature infpire , y brille
des plus vives couleurs . Une lecture plus
fuivie & plus attentive nous mettra en état
de parler en détail de ce roman qui nous
femble bien écrit.
LETTRE de M. Sage à M. de Buffon
fur la mine de plomb blanche cryftallifée ;
in-8°. d'environ 12 pages.
>
Je penſe , dit M. Macquer , cenfeur &
approbateur de cet ouvrage , & très- profond
connoiffeur en chymie , que cet écrit
eft propre à piquer la curiofité des chymiftes
& des naturaliftes.
EPÎTRE à M ***. par M. Robbé. A
Paris , chez Prault , petit fils , quai des
Auguftins , la deuxième boutique au- deffus
de la rue Gît- le- coeur , à l'immortalité ;
1768 ; in- 8º . de 24 pages.
DECEMBRE 1767. 143
Il y a dans cette épître cette richeffe de
poéfie , cette exactitude de rimes , cette
force , cette énergie , cette verve qui caractérifent
tous les écrits de M. Robbé.
A VIS
Sur le Journal des Beaux - Arts & des
Sciences , par M. Abbé AUBERT ;
dédié à Mgr le Comte DE SAINT- FLORENTIN
, Miniftre & Secrétaire d'Etat ,
Commandeur des Ordres du Roi , &c . &c.
Ouvrage qui peut fervir de fuite au Jour
nal de Trévoux , commencé en 1701. A
Paris , chez P. FR. DIDOT lejeune , Libraire
, quai des Auguſtins , près du pont
Saint Michel , à Saint Auguftin .
DEPUIS
EPUIS 18 mois que P. Fr. Didot le
jeune , Libraire , eft devenu poffeffeur du
Journal de Trévoux , & que la compofition
. en a été confiée à MM . l'Abbé Aubert &
Caftillon , le public , qui avoit entièrement
négligé cet ouvrage , tant parce qu'on avoit
fait courir le bruit qu'il étoit fupprimé , que parce que l'ancien Libraire étoit hors
144 MERCURE DE FRANCE.
·
d'état de fervir exactement les foufcripteurs
, lui a rendu par degrés fa confiance ,
paroît defirer aujourd'hui , qu'au moyen
de quelques légers changemens , on le
mette à portée de fe le procurer avec plus
de facilité. Peu de perfonnes ont la collection
complette des volumes de ce Journal
depuis qu'il eft commencé ; & il y en a
fans doute , beaucoup que cette confidération
empêche de foufcrire pour la fuite.
D'un autre côté , celles qui ont cette collection
entière ne voudroient pas que ,
l'ouvrage étant continué , il le fût de
manière qu'elles ne puiffent en joindre
la fuite à ce qu'elles ont déja. Il eſt donc
effentiel de chercher un arrangement qui
fatisfaffe également les unes & les autres .
En voici un très-fimple auquel on s'eft fixé ;
c'eft d'entamer au premier janvier prochain
une nouvelle fuite de volumes , commençant
par 1 , 2 , &c. que les perfonnes qui
ont les 878 volumes précédens pourront
toujours regarder comme faifant la fuite
de cette nombreufe collection , puifque la
nature de l'ouvrage fera toujours la mêine ;
& que celles à qui les 878 volumes manquent
, ou qui ne les ont pas complets ,
claffe infiniment plus nombreuſe que l'autre,
pourront fe procurer comme un ouvrage
nouveau , fous le titre de Journal des
BeauxDECEMBRE
1767. 145
beaux- arts & des fciences , titre qui rentre
dans celui de Mémoires pour l'hiftoire
des fciences & des beaux - arts.
Če nouveau Journal , fans changer effentiellement
de forme , contiendra une infinité
d'objets que comporte le titre , mais
que les différentes mains par lefquelles il
a paffé fucceffivement en avoient écartés
par des raifons abfolument étrangères au
rédacteur actuel. Il n'en fera que plus intéreffant
pour la claffe la plus nombreufe des
citoyens. M. l'Abbé Aubert , en le confacrant
à un Miniftre qui , autant par goût
que pour remplir dignement les devoirs
de fa place , eft le protecteur déclaré des
fciences & des arts , s'eft impofé la néceffité
de porter ce Journal à toute la perfection
dont il eft fufceptible. La grace que
ce Miniftre lui a faite d'en accepter la
dédicace eft en même temps , pour le public
, un fur garant de la confiftance que
va prendre déformais cet important ouvrage
, expofé ci-devant à des traverſes qui
en avoient totalement dérangé la diftribution
. On ofe dire qu'il a déja acquis des
degrés de perfection depuis dix- huit mois.
Il eſt plus entré de matières dans les volumes
de cette année que dans aucun de
ceux des années précédentes ; & , quoique
l'auteur ait été obligé de rappeller quantité
G
5
146 MERCURE, DE FRANCE.
d'objets qui avoient échappé à fes prédéceffeurs
, il fe trouve à préfent au courant
de la littérature ; & il ne lui arrivera jamais
d'entretenir le public d'ouvrages plongés
dans l'oubli par leur ancienneté , & qui
ne méritent pas d'en être tirés .
Le Libraire s'étoit engagé , dès l'année
dernière , à faire paroître exactement au
commencement de chaque mois un volume
quoiqu'il y en eûr un en arrière ; il a tenu
parole. Il a fatisfait avec fidélité à tous fes
autres engagemens pendant le cours de
cette année il les remplira de même par
la fuite ; & les foufcripteurs peuvent compter
qu'ils feront fervis avec la plus grande
régularité.
Le prix de la foufcription eſt toujours
de to livres pour les douze volumes de
l'année , rendus chez les abonnés à Paris ,
aux adreffes indiquées , & de 13 liv. 12 f.
rendus en province , où ils feront envoyés
fans frais par la pofte . La modération du
port de chaque Journal à 6 fols n'a été
continuée d'être accordée par MM . les
Adminiftrateurs généraux des Poftes que
fous la condition expreffe qu'il n'en fera
expédié aucun fans être affranchi à Paris.
Le prix de chaque volume , pour ceux
qui n'auront pas foufcrit , fera de 24 fols.
Le bureau d'adreffe , pour les abonneDECEMBRE
1767. 147
mens , eft chez P. Fr. Didot le jeune ,
Libraire , à l'entrée du quai des Auguftins ,
près du pont Saint Michel , à Saint Auguf
tin , chez lequel on voudra bien adreffer
tous les avis
concernant cet ouvrage , &
les livres que l'on fouhaitera faire analyfer
. On aura la bonté de mettre le prix aux
livres , & d'affranchir les ports des lettres
& des paquets.
Les perfonnes qui defireront fouſcrire
ou renouveller leur foufcription pour le
Journal des Beaux- Arts & des Sciences
font priés d'envoyer fe faire infcrire dans
le courant de décembre de cette année ,
afin qu'ils puiffent recevoir le volume de
janvier au premier du mois.
L'exactitude avec laquelle les volumes
ont paru depuis dix - huit mois garantit au
public les nouveaux efforts que l'on s'engage
de faire pour le
contenter.
Le même Libraire donnera , depuis le
premier janvier jufqu'au premier juillet
1768 , les années 1760 jufqu'à 1767 inclufivement,
au prix de 6 livres chaque année
complette , & de 15 fols chaque mois féparé.
Il peut auffi fournir quelques exemplaires
complets de ce Journal , depuis fon
origine , ainfi que des années & des mois
féparés.
II
Le Traité des plantes & animaux , fer-
G ij
148 MERCURE
DE FRANCE.
vant à la matièrẹ médicale de M. Geoffroy
, & à toutes autres matières médicales ,
repréſentés en 750 planches , gravées par
les plus habiles artiftes en ce genre , fur
les deffeins de M. de Garfault , continuera
de fe diftribuer , pour la province , juſqu'au
premier avril 1768 , au prix de 30 livres
les fix volumes in-8° . grand papier , brochés
. Il en refte très-peu d'exemplaires .
Les perfonnes qui ont la Diplomatique
du P. Mabillon , connoiffant la rareté de
fon fupplément & l'impoffibilité qu'il y
avoit de pouvoir fe le procurer , font avertis
le même Libraire en a trouvé un
que
petit nombre d'exemplaires dans le fonds
de librairie d'un de fes confrères , qu'il
vendra 48 livres en feuilles.
L'on trouvera auffi chez lui une trèsgrande
collection de livres d'hiftoire naturelle
, de matière médicale , de phyfique ,
de médecine , d'anatomie , de chirurgie ,
d'alchymie , & c. & autres livres en tous
genres ,
DECEMBRE 1767. 149
LETTRE à M. DE LA PLACE .
MONSIEU ONSIEUR ,
J'AI l'honneur de vous prévenir , par la
préfente , que la vente des livres provenans
de la bibliothèque de M. le D. D. L. V.
dont vous avez eu la complaifance d'annoncer
le catalogue dans vos derniers Mercures
, eft fixée au jeudi 7 janvier 1768 .
Ladite vente fe fera au plus offrant & dernier
enchériffeur , à l'hôtel de Taranne ,
grande rue de Taranne , fauxbourg Saint
Germain. Comme le genre des livres qui
compofent cette bibliothèque la rendent
fort intéreffante pour les gens de lettres &
les curieux , oferois- je efpérer de votre
complaifance d'avoir la bonté de faire inférer
, dans votre Mercure prochain , l'annonce
publique de cette vente ? J'ai l'hon
neur de vous faluer & de vous affurer des
fentimens avec lefquels je fuis ,
MONSIEUR ,
Votre très-humble , & c.
G. F. DEBURE .
Paris , 7 novembre 1767.
G iij
150. MERCURE DE FRANCE,
ARTICLE II I.
SCIENCES ET BELLES - LETTRES.
ACADÉMIES.
L'ACADÉMIE Royale de Peinture & de
Sculpture , dans fon affemblée du 31 octo
bre 1767 , a procédé à remplir la place
d'honoraire amateur , vacante par la mort
de M. de Fontanieu , Confeiller d'Etat
ordinaire.
Et celle d'honoraire affocié libre , auffi
vacante par la mort de M. l'Abbé Gougenot
, Confeiller du grand Confeil .
L'Académie a nommé M. l'Abbé Pommyer
, Confeiller de grand'Chambre , &
Doyen de la Cathédrale de Reims , &
M. Blondel d'Azaincourt , Lieutenant-
Colonel d'Infanterie , ( Son ayeul a été pendant
trente- cinq ans membre de la même
Académie ) chevalier de l'Ordre Royal &
Militaire de Saint Louis , honoraires &
affociés libres.
DECEMBRE 1767. 151
ARTICLE IV.
BEAU X - ART S.
ARTS UTILE S.
CHIRURGIE .
EXTAIT des ouvrages lus à la féance
publique de l'Académie Royale de Chirurgie
, le 30 avril 1767.
M. Louis , Secrétaire perpétuel , a prononcé
l'éloge de M. Bertrandi , Allocié
étranger de l'Académie , Membre du Col..
lége Royal de Chirurgie en l'Univerſité de .
Turin , Profeffeur d'Anatomie & de Chirurgie
- pratique , premier Chirurgien de
Sa Majesté le Roi de Sardaigne . Les fuccès
du jeune Bertrandi , dans l'étude des humanités
& de la philofophie ; fon application
& fes progrès dans l'anatomie au
collége des Provinces à Turin ; la manière,
diftinguée dont il a foutenu les différens
actes pour fa rréécceeppttiioonn aauu collège de chirurgie
; fes travaux dans l'exercice de l'art.
Giv
852
MERCURE DE FRANCE .
& fes productions littéraires , font exposés
dans le jour le plus favorable , & fervent
également à l'éloge du protégé & des protecteurs
, du difciple & de fes maîtres , de
la chirurgie & des grands Princes qui honorent
ce bel art de leur eſtime. Voici comment
M. Louis a peint les liaifons de M..
Bertrandi encore jeune , avec M. Bianchi ,
Préſident de la Faculté de Médecine , fi
connu par fes ouvrages , & , entr'autres ,
par l'hiftoire du foie.
"
و د
Il recherche l'amitié de M. Bertrandi
» comme le feul homme capable de le
» feconder dans fon projet de donner une
» hiftoire complette des vifcères du corps
» humain , & de retravailler principalement
celle du foie , pour laquelle il
» avoit reçu tant de défagrémens de la
» part d'un illuftre adverfaire ( M. Morgagni
) . Chaque année , à la clôture du
collége , il recevoit chez lui M. Ber-
" trandi , qui ypaffoit les grandes vacances.
» Cette faifon , deſtinée au délaffement
» des autres étudians , devenoit le temps
» de fes plus fortes occupations : il l'employoit
à faire ces belles préparations
anatomiques dont le cabinet de M. Bian
» chi étoit orné , que les favans mêines
» venoient voir pour leur inftruction , &
» les connoiffeurs par curiofité. M. Ber
DECEMBRE 1767. 153
ود
ן כ
trandi avoit travaillé avec le plus grand
zèle , parce qu'il farisfaifoit fon goût particulier
; mais lorfque M. Bianchi vou-
» lut fe fervir de ces matériaux contre
M. Morgagni , & engager M. Bertrandi
» dans la difpute , l'intérêt de la vérité ne
» lui permit point de prendre un parti
qu'elle ne favorife pas. M. Bianchi , dont
» le deffein ne pouvoit avoir d'effet fans
» le fecours d'un adjoint fi néceffaire , lui
donna des marques de mécontentement
qui ne leur permirent plus de vivre en-
» femble. Le jeune homme ne paffa pas
» pour un ingrat , fi ce n'eft , peut- être ,
» dans l'efprit de celui qui fe croyoit fon
» bienfaiteur. On met fouvent à un trop
» haut prix les fervices qu'on n'a rendus
» que par intérêt , & l'on oublie trop aifé-
» ment ceux qu'on a reçus » .
ور
Quand M. Bertrandi fut agrégé au collége
de chirurgie à Turin en 1749 , à l'âge
de 27 ans , il s'étoit déja fait une brillante
réputation , avec laquelle on imagineroit
qu'il a été dès - lors le Chirurgien le plus
employé de Turin. Là , comme par - tout
ailleurs , on éprouve plus de difficultés
à proportion de fon mérite ; perfonne ne
pouvoit difputer à M. Bertrandi la fupé-
32
D
"
riorité dans l'anatomie & dans la théorie
de l'art : il avoit été très - affidu aux
G v
#54 MERCURE DE FRANCE.
و د
25
22
hôpitaux pendant plufieurs années ; ainfre
» les connoiffances - pratiques ne lui manquoient
pas . Mais les praticiens qui ont
quelque crédit en prévoient impatiem-
» ment le partage ou la diminution : ils
» accablent les jeunes gens du poids de
» leur ancienneté . L'habitude de l'opinion
» eft en leur faveur ; les plus honnêtes ,
feignant de rendre juftice au mérite
و د
nailfant , lui defirent une maturité qui
» ne pourra être , difent - ils affectueufe-
» ment , que l'effet de l'âge & de l'expé-
و د
و د
rience. Ces propos , loin d'avoir été
" nuifibles à M. Bertrandi , ont plus con-
» tribué à ſa fortune que toutes les peines
» qu'il avoit prifes pour s'en rendre digne.
» Au commencement de l'année 1752 la
place de préparateur des démonftrations
anatomiques à l'Univerfité devint va-
» cante. M. le Chevalier Offorio , ce grand
» Miniftre , qui , de Page de Victor Amé-
» dée , étoit parvenu , par un mérite émi-
» nent , aux premières dignités de l'Etat ,
défigna au Roi M. Bertrandi pour cette
place. Sa Majefté , toujours mieux infor-
» mée qu'on ne pourroit le penfer , des
talens de fes fujets , après un inftant
» de réflexion , dit de fon propre mou-
» vement , qu'Elle deftinoit Bertrandi à
quelque chofe de mieux. Il eut l'hon-
22
99
IT
303
DECEMBRE 1767. 155 .
"
و د
neur d'être préfenté à ce Monarque , qui
» lui propofa le voyage de Paris & de.
» Londres , où il feroit défrayé & entre-
» tenu pendant trois ans , pour fe perfec-
» tionner dans la pratique , en fréquen-
» tant les hôpitaux de ces deux capitales.
» M. Bertrandi , quoique pénétré de recon-
» noiffance , parut fe refufer aux bontés
prévenantes de Sa Majefté. Il prit la
" liberté d'expofer le mauvais état de la.
» fortune de fon père , à la fubfiftance,
duquel le fruit de fes occupations dans ,
le public étoit devenu néceffaire . Ce .
n'eft point- là un obftacle , dit le Roi , je
fais une penfion à votre père . Ce trait de
» bienfaifance , en honorant celui qui en
eft l'objet, peint l'âme d'un grand Prince,
» d'un Roi bon , affable , père de fes fujets ,
& dont la confervation eft auffi précieufe .
» à fes peuples que fa mémoire fera en
» vénération à la postérité ».
ود
ود
99
39
99
Pendant le féjour de M. Bertrandi à
Paris , par les libéralités du Roi de Sardaigne
, il demeura chez M. Louis , qui
avoue la difficulté qu'il y avoit d'être utile
à un homme auffi inftruit qu'il l'étoit : le
détail de leurs occupations , pour l'étude
la plus approfondie , mérite d'être lu dans
l'ouvrage même que les jeunes Chirurgiens
doivent méditer avec foin , & dont ils
H
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
peuvent retirer le plus grand fruit. C'eſt
en leur faveur qu'il a été imprimé ; on le
trouve chez Cavelier , Libraire , rue Saint
Jacques.
33
38
M. Louis rend compte de la mort prématurée
qui a enlevé M. Bertrandi , ayant
à peine quarante-deux ans accomplis , honoré
des regrets du Roi fon Maître , & de
ceux de tous les ordres de l'Etat , qui ont
regardé , comme une vraie perte , la privation
d'un habile homme , qui avoit rendu
de grands fervices , & dont on devoit ent
efpérer de plus longs. Il a vécu céliba-
» taire & n'a eu de paffion que celle de
» l'étude . Il étoit bon ami , vrai , franc ,
droit , honnête , généreux & défintéreffé.
Il s'eft élevé quelques doutes fur
cette dernière qualité. Le défintéreffe-
» ment eſt une vertu bienfaifante qui annoblit
nos travaux. Le plaifir d'avoir été
» utile eft , fans doute , la plus grande
fatisfaction d'une belle âme ; mais ce
premier fentiment n'empêcha pas M.
» Bertrandi de voir l'ingratitude de ceux
qui paroiffent oublier fes fervices . Tou-
» jours prêt à fecourir les pauvres ,
» diffimuloit point aux riches qu'ils de-
» voient reconnoître plus libéralement fes
foins. On ne doit pas lui en faire un
reproche : la haine du vice s'allie natu-
99
»
و ر
il ne
DECEMBRE 1767. 157
rellement avec l'amour de la vertu ».
M. le Vacher lut enfuite des remarques
fur l'hémorrhagie par la léfion des artères
fiuées profondément. Il expofe d'abord les
inconvéniens & le peu de certitude relative
des différens moyens qu'on a coutume
d'employer pour arrêter l'effufion de fang
qui fe fait par l'ouverture d'une artère' ; &
il donne , d'après les vrais principes , la
préférence à la compreffion. Quelque confiance
qu'on ait dans la ligature du vaiffeau ,
elle eft impraticable lorfque l'artère eft
fituée fi profondément qu'on ne peut la
découvrir ni y atteindre la compreffion
dans ce cas embarraſſant eft l'unique reffource.
Mais le Chirurgien qui n'a pas
étudié à fond cette partie de l'art , ne voit
que le danger imminent auquel le malade
eft expofé par la perte de fon fang ; il
tampone la plaie & fait des compreffions
par lesquelles il a la fatisfaction illufoire
d'avoir fecouru utilement le malade , qui
périt un peu plus tard des fuites du gonflement
inflammatoire & de la gangrenne
qui fuccede bientôt à la ceffation de l'hémorrhagie.
M. le Vacher cite quelques
faits de cette nature ; ainfi il ne faut point
compter au nombre des bienfaits de l'art
un moyen qui ne fait
différer la perte
d'un bleffé qu'on auroit
par des
que
fauver
pu
158 MERCURE DE FRANCE .
fecours mieux combinés. On travaille au
progrès de l'art en montrant les écueils
qu'on a rencontrés fur fa route ; c'eſt un
avertiffement qui doit fervir à d'autres
pour les éviter.
Il feroit fort intéreffant qu'on connût
bien précisément la manière dont la nature
agit pour la guérifon des artères ouvertes ;
fans cela l'art ne préfentera que des fecours
mal affurés , & l'on fera toujours exposé à
nuire au malade en s'attachant trop fervilement
à remplir l'indication urgente . Le
célèbre M. Petit a frayé la voie qui peut
conduire à cette découverte . Avant lui on
favoit à peine qu'un caillot formé par le
fang retenu dans l'artère bleffée , où dans
fon voisinage , étoit le premier obftacle
qui s'oppofoit à la continuation de l'hémorrhagie.
Ce principe , fécond en conféquences
trop peu connues peut-être , eft
expofé d'une manière lumineufe dans les
volumes de l'Académie Royale des Sciences
on y apprend , d'aprè notre illuftre
confrère , comment , dans la bleffure d'une
artère , le fang le premier forti fe fige par ,
le repos & fe durcit par la diffipation de
fes parties les plus déliées & les moins
vifqueufes ; comment celui qui s'épanche
enfuite va fe fixer , à fon tour , derrière
la première couche , pour la fortifier ,
DECEMBRE 1767. 159 .
jufqu'à ce que fa confiftance foit fuffifantepour
en permettre l'union avec les bords
de la plaie de l'artère pendant tout le
temps de cette opération naturelle , le fang
ne ceffe pas de couler dans la continuité
de l'artère au deffous de l'endroit léfé.
Cet expofé fuccinct de la doctrine de
feu M. Petit fuffit faire voir que
pour
lorfqu'on peut comprimer immédiatement.
F'ouverture d'une artère , il n'eft pas be-.
foin d'une forte compreffion pour arrêter:
une hémorrhagie , puifqu'un fimple caillor
peut la faire ceffer. On conçoit encore que
dans le cas où l'artère eft fituée trop profondément
pour pouvoir être mise à découvert
, l'art ne peut agir dans les premiers
inftans qu'en mettant des obftacles au progrès
de l'épanchement du fang dans le tiffu
cellulaire ; mais M. le Vacher a fait connoître
, par plufieurs obfervations , les inconvéniens
& le danger de la compreffion ,
par laquelle on ne verroit qu'une digue à
oppofer au fang , en bourrant & tamponnant
la plaie , ou en comprimant , fans
méthode , la tumeur formée par l'amas
du fang.
"
Toute compreffion faite fur la partie
centrale ne peut pas fervir à arrêter l'hémorrhagie
le fang eft , fuide , & tant
qu'en s'épanchant il aura la liberté de
160 MERCURE DE FRANCE.
remplir les cavités du tiffu cellulaire , il
continuera à couler intérieurement ; le
fang n'eft un obstacle à la continuation de
l'hémorragie que quand la peau , ne pouvant
plus s'étendre , fournit une réſiſtance fupérieure
à la force avec laquelle le fang tend.
à fortir. La compreffion
, comme on a
coutume de la faire fur le centre de la
tumeur , n'augmente point cette réſiſtance :
fon effet force le tiffu cellulaire de s'écarter
pour livrer paffage au fang épanché
qu'elle refoule : la tumeur s'applatit , mais.
elle fait des progrès en largeur par la
continuation de l'épanchement.
Pour prévenir ce fâcheux inconvénient
il faut appliquer les moyens compreflifs ,
non pas au centre de la tumeur , mais fur
les parties environnantes , afin d'augmen
ter la réfiftance que le fang auroit à vaincre
pour dilacérer le tiffu cellulaire . Des
compreffes épaiffes , appliquées avec art à
la circonférence de la tumeur , & foute-.
nues par un bandage convenablement ferré,
produiront tout l'effet qu'on defire . En
imitant la nature dans la manière dont
elle agit pour arrêter fpontanément les
hémorrhagies , on voit que la compreffion
n'a
pas befoin d'être portée au point d'intercepter
la circulation dans les principaux
vaiffeaux de la partie comprimée , furDECEMBRE
1764. 161
tout fi l'on fait ufage de tout ce qui peut
diminuer la force avec laquelle le fang
afflue dans l'artère bleffée : de- là l'utilité
de la faignée & des remèdes qui modèrent
la vîteffe de la circulation ; mais une compreffion
fur le trajet de l'artère , au - deffus
de l'endroit bleffé , eft principalement effi
cace , fur - tout avec le tourniquet de M.
Petit , qui peut n'être ferré , qu'au point
néceffaire pour laiffer paffer la quantité de
fang requife à l'entretien de la vie . Comme
on a befoin long- temps de cette compreffion
modératrice , & que le même point
peur fe trouver fatigué à la longue par une
preffion non interrompue , M. le Vacher
propofe de varier ce point d'appui de temps
à autre c'eft fouvent à des précautions
femblables , petites en apparence , qu'on
doit les fuccès qu'on obtient dans les cas
les plus graves. M. le Vacher appuie fa
doctrine de faits de pratique qui en font
connoître toute l'utilité.
:
Cette lecture fut fuivie de celle d'un
mémoire fur l'effet des ligatures appliquées
aux extrémités par M. Laffus . Pour peu
qu'on
'on ait étudié le caractère des maladies
dans la nature , on voit , dit l'auteur , qu'il
y a nombre de cas où la quantité du fang
n'eft pas furabondante pour les fonctions
de l'économie animale , & où cependant
162 MERCURE DE FRANCE. "
il feroit à defirer qu'on pût en diminuer
l'abord vers une partie bleffée . Les ligatures
, appliquées aux extrêmités , fe font
préfentées à l'efprit des premiers maîtres
de l'art comme un moyen utile en plufieurs
circonftances . Ils ont cru qu'elles pouvoient
fervir de digue , & qu'en interceptant diverfement
le cours du fang , elles diminuoient
la pléthore locale d'une partie , parce qu'on
retenoit , par leur moyen , une plus grande
maffe de Auides en des parties oppofées.
Hippocrate , Calius Aurelianus , & plufieurs
autres parmi les anciens ont lié les
membres dans plufieurs cas ; ils ferroient
fortement les extrêmités inférieures pour
y retenir le fang qui fe portoit en trop
grande quantité à la tête dans l'apoplexie ,
afin de calmer la violence du délire & de la
phrénéfie , & de prévenir des accès d'épilepfie.
La conftriction fe faifoit aux extrêmités
fupérieures dans la vue d'arrêter le flux de
fang des vaiffeaux hémorrhoïdaux ou uté→
rins , & c.
M. Laffus fait remarquer la fauffeté du
principe fur lequel portoit cette pratique ;
& il obferve que les anciens ont quelquefois
agi contre leur propre théorie , en
prefcrivant des ligatures très - ferrées aux
extrêmités inférieures pour rappeller aux
perfonnes du fexe l'évacuation périodique
DECEMBRE 1767. 163
fupprimée ; mais , par nos connoiffances
fur la circulation du fang , nous voyons
qu'il ne s'agit pas de retenir le fang dans
une partie éloignée , mais d'en faire refluer
une plus grande quantité dans tous les vaif- ,
feaux du baffin ; c'eft la vraie manière .
d'agir des ligatures appliquées aux aînes ;
& M. Hamilton , Médecin d'Edimbourg ,
l'a très- bien faifie , & en a obtenu du fuccès
dans un cas qui avoit réfifté à tous les
autres fecours. Il avoit prévu l'avantage
de produire une pléthore au - deffus des
parties liées , en arrêtant par compreffion
le cours du fang dans les artères crurales.
Al'obfervation de M. Hamilton , que l'auteur
du mémoire rapporte avec des détails
intéreffans , il joint fa propre expérience
dans des cas femblables .
Les anciens Chirurgiens avoient un
bandage qu'ils appelloient attractif, par
lequel ils prétendoient faire refluer le fang
vers une partie atrophiée par défaut de
nutrition ; ces moyens qui , felon M.
Laffus , pouvoient être affujettis à des pré- ,
ceptes méthodiques , & produire les plus
grands biens , font tombés en défuétude .
Boerhaave & fon favant commentateur
font trop verfés dans la médecine des
anciens pour n'avoir pas fait mention des
ligatures. On diminue la preffion que fouf164
MERCURE DE FRANCE.
frent les vaiffeaux du cerveau dans l'apopléxie
, dit Boerhaave , en appliquant aux
extrêmités des ligatures qui ne compriment
que les veines. Le cerveau en fera moins
comprimé , dit M. Vanfwieten , parce
que le fang veincux retenu dans les extrê
mités ne retournera au coeur que difficilement.
M. Laffus ne trouve pas cette
théorie auffi folide qu'elle eft féduifante.
Une ligature , en ne comprimant que les
veines , produiroit une fimple plénitude ,
par la rétention du fang dans la partie
liée , fans qu'il en résulte pour cela ni
révulfion ni dérivation. Les artères porteront
peut - être avec moins de facilité le
fang dans les veines foumifes à l'action de
la ligature ; mais comme elles fouffrent
difficilement pléthore , & que les anaſtomofes
des veines font très - nombreuſes
cerre plénitude ne produita aucun changement
dans la circulation générale , parce
que le fang paffera dans quelques autres
vaiffeaux qui ne préfenteront pas autant
de réfiftance , & il retournera au coeur
fans éprouver un obftacle bien confidérable
, fur- tout lorfqu'on ne lie pas toutes
les extrêmités à la fois . M. Laffus montre
, par le caractère de plufieurs maladies
où l'on a confeillé les ligatures , qu'on a
trop aveuglément adopté l'opinion des
}
·
DECEMBRE 1767. 165
anciens , fondée fur des principes erronnés.
M. Vanfwieten a cru trouver , dans les
ligatures qui ne comprimeroient que les
yeines , une reffource contre les hémorrhagies
auxquelles les fecours chirurgicaux
ne peuvent être appliqués ; & M. Laffus.
entreprend de prouver , par les loix de
la circulation , que des conftrictions foibles
en des parties éloignées font tout- àfait
inutiles ; & qu'en liant toutes les veines,
l'hémorrhagie augmenteroit plutôt que
de s'arrêter. Les faits de pratique qu'on
pourroit oppofer ne font rien moins que
concluans. M. Laffus , dans les cas où l'on
croit que
les ligatures ont arrêté une hémorrhagie
, attribue cet effet très- naturel
à la fyncope & aux grandes évacuations
qui l'ont caufée ; il termine fon mémoire
par des obfervations décifives fur
le danger des ligatures , & il prend , des
mains mêmes de M. Vanfwieten , une
obfervation de Boerhaave, pour lapréfenter
fous la face dont on peut tirer une conféquence
tout-à - fait contraire.
Un payfan étant à boire dans un bourg,
fut bleffé d'un coup de couteau fous l'aiffelle
, & l'artère axillaire étant coupée , le
fang en fortoit avec une impétuofité incroyable
; quelques momens après , comme
on le vit fans mouvement , on crut qu'il
166 MERCURE DE FRANCE.
venoit d'expirer , & on l'abandonna comme
mort. Ceux qui étoient prépofés par l'autorité
publique pour faire leur rapport
aux Juges , de la nature des plaies , étant
arrivés le lendemain , trouvèrent encore
quelque chaleur vers le thorax , & nul
autre figne de vie ils : différèrent pendant
quelques heures l'examen de la plaie. Le
bleffé reprit infenfiblement un peu de force ,
& , quoique fa mort parût inévitable , cependant
il en réchappa . Si quelqu'un , dans
ce cas , fe fut avifé de mettre des ligatures
pour retenir le fang dans des parties éloignées
, & en modérer l'abord du côté du
vaiffeau ouvert , on auroit pu procurer
le retour de l'hémorrhagie que des caufes
naturelles avoient fait ceffer. M. Laffus
conclut , que des ligatures appliquées
aux extrêmités , & qui ne comprimeroient
que les veines , ne peuvent jamais arrêter
une hémorrhagie ; qu'il en réfulteroit plutôt
l'effet contraire : mais que par l'application
de ces moyens , dirigée fuivant les
vrais principes oppofés à la doctrine des
anciens , on peut obtenir des effets falutaires
dans le cas d'une évacuation fupprimée
.
M. Louis a terminé la féance par la
lecture d'un mémoire fur l'opération du
bec-de- lievre , où l'on établit le premier
DECEMBRE 1767. 167
principe de l'art de réunir les plaies. Cet
ouvrage a été mis enfuite à l'impreffion
dans le quatrième tome des mémoires de
l'Académie , où on peut le lire en entier ,
ce qui difpenfe d'en donner ici l'extrait,
L'auteur examine les raifons de différens
procédés qui ont été fucceffivement
adoptés dans cette opération , & il les
réduit tous à leur jufte valeur ; il rejette
les futures comme inutiles & dangereufes
; & fa doctrine eft confirmée par
des fuccès marqués dans un nombre d'ob
fervations très- circonftanciées .
Le principe général & fondamental de
l'art de réunir les plaies oblige de profcrire
les futures qu'on avoit regardées
comme un des principaux moyens de réunion.
Les futures ne peuvent fervir qu'à
maintenir les lévres de la plaie ; mais ce
ne font pas les lévres de la divifion qui
font effort pour s'éloigner l'une de l'autre :
la puiffance rétractive eft plus loin. Les
reffources de l'art doivent être déterminées
fur les parties mêmes dont la rétraction
tend à défunir la plaie ; c'eſt à cet effort
qu'il faut effentiellement, s'oppofer. Les
moyens de réunir ne feront donc méthodiques
que quand ils feront directement
employés à empêcher cette action par une
application immediate fur le point qui doit

168 MERCURE DE FRANCE .
la gêner. Voilà le grand principe de l'art
de réunir les plaies ; & il eft certain que
les vues fuivant lefquelles on a pratiqué
les futures font tout - à-fait différentes de
celles qui doivent diriger dans l'applica
tion des moyens effentiels de réunion.
Un bandage fort fimple doit remplir toutes
les intentions de la nature & de l'art ;
cela eft prouvé par la raifon & par l'expérience.
ARTS AGRÉABLES.
MUSIQ U E.
·
LETTRE à M. DIDEROT , fur le projet
de l'unité de clef dans la mufique , & la
réforme des mesures , propofé par M.
l'Abbé LA CASSAGNE , dans fes élémens
du chant ; par M. BOYER , ci- devant
Maître de Chapelle . A Amfterdam , &
fe trouve à Paris , chez VENTE , Libraire
, rue & au bas de la montagne
Sainte Genevieve.
Nous avons parlé , dans le temps , des
Elémens du Chant de M. la Caffagne * . Cet
auteur y propofoit de réduire toutes les
* Voyez ſecond vol. de janvier 1767.
clés
DECEMBRE 1767. 169
clés de la mufique à une feule , & les
différens fignes de meſures à deux ou trois.
La lettre que nous annonçons ** roule fur
ce plan de réforme. Elle eft comme divifée
en deux parties. Dans la première M.
Boyer examine ce qui concerne les clefs :
dans la feconde ce qui regarde les mefures
ou leurs fignes. Il a accompagné fa lettre
de plufieurs notes , tant pour ne pas en
interrompre la marche que pour développer
davantage quelques points importans.
Plufieurs de ces notes fervent de preuves
à fon texte ; il relève , dans d'autres
quelques erreurs particulières de M. l'Abbé
la Caffagne. Nous prendrons , foit dans
ces notes , foit dans le texte , tout ce qui
pourra contribuer à donner une idée , &
des projets de M. la Caffagne , & de la
manière dont M. Boyer a fu les combattre ,
tantôt par des autorités , tantôt par des
raifonnemens , mais le plus fouvent en
rappellant les principes ; moyen que M.
la Caffagne femble avoir rendu comme
indifpenfable.
Le projet de l'unité de clef dans la mufique
eft déja une vieille idée qu'a propofée
'abord M. de Saint - Lambert , auteur des
** Cette lettre eft du même auteur que l'ariette
chantée par M. Legros , dans Hyppolite & Aricie ,
& ajoutée enfuite dans Vertumne & Pomone.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
principes du clavecin , imprimé chez Ballard
en 1702 : idée qu'a remaniée enfuite
M. de Montéclair dans la quatrième par
tie de fes principes de mufique . Quoique le
fyftême de M. l'Abbé la Cafſagne foit , à la
lettre , celui de M. de Saint - Lambert ,
néanmoins le nouvel auteur a fuivi principalement
M. de Montéclair ; celui - ci lui
ayant fourni , dit M. Boyer , une partie
des preuves dont il avoit befoin , & le
plan qu'il a cru devoir fuivre dans le courant
de fes leçons , favoir : « de fupprimer
la clef de la portée , d'indiquer au com-
» mencement de chaque leçon le genre du
» mode dans lequel elle doit être chantée ,
d'y affigner la corde finale , en l'accom-
» pagnant de ce qu'on appelle les cordes
>>
effentielles du mode , comme le faifoit
» M. de Montéclair dans fon nouveau fyf-
» tême ». Mais ce fyftême , que M. de
Montéclair n'avoit mis au jour que pour
faciliter l'étude de la mufique par la tranf
pofition , devient aujourd'hui tout - à- fait
inutile , ajoute M. Boyer , par la manière
fimple & naturelle dont on enfeigne à
préfent la mufique , c'eft- ì dire , fans tranfpofer.
C'eft ce que femble avoir reconnu
l'Académie des Sciences , à l'examen de
laquelle M. la Caffagne avoit foumis fon
ouvrage , lorfqu'elle a déclaré que le projet
1
DECEMBRE 1767. 171
de M. la Caffagne étoit très - propre à faciliter
l'étude de la mufique par la méthode
ordinaire. Or cette méthode ordinaire ,
remarque M. Boyer , tout le monde fait
que c'eft la tranfpofition. C'eft celle qui
eft dépofée généralement dans nos livres
de principes , jufques dans le Code de
Rameau , bien que plufieurs maîtres n'enfeignent
plus aujourd'hui par cette méthode
.
M. Boyer fait voir dans fa lettre quelle
eft la fource des idées & des projets de
M. la Caffagne touchant les clefs. Il paroît
que cet auteur n'a vu dans les clefs de propriété
principale , que celle de donner leur
nom à la ligne fur laquelle elles font pofées.
M. Boyer s'eft attaché à rappeller le vrai
ufage des clefs ; ufage fondé fur les différens
genres de voix que la nature diftribue
à chaque individu. Il a joint une figure
à fa lettre qui développe , autant que des
raifonnemens , tout ce qui concerne les
clefs , les différens genres de voix , l'étendue
de chacun de ces genres , le local , pour
ainfi dire , qu'occupe chaque genre dans la
maſſe totale des voix , les uniffons ; le ſyſtême
des Grecs , celui des Latins , celui des
modernes , &c. & cette figure n'eſt pas
pour cela bien compliquée , ni immenſe ;
elle eft très fimple. Tous ces objets doivent
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
être vus dans l'ouvrage même de l'auteur,
On y trouvera beaucoup de chofes , ou
ignorées communément , ou dont on néglige
la connoiffance ; & c'eft- là une des
fources principales du projet de l'unité de
clefs , & de l'approbation que plufieurs perfonnes
donnent à ce projet. Nous renvoyons
le lecteur à l'ouvrage de M. Boyer, il y
Trouvera la folution des doutes ou des difficultés
qu'il pourroit fe former, Paffons à
l'article des mesures.
Il paroît d'abord que la plupart des amateurs
& des muficiens ne voient , dans les
fignes des mefures , que l'intention d'indiquer
comment chaque mefure doit fe
battre. Rameau lui -même , le père & le
créateur de l'harmonie , n'a pas été à l'abri
de cette fauffe idée. Auffi a- t- il propofé ,
dans fon traité de l'harmonie , des fignes
deftinés à indiquer feulement comment
chaque mefure doit ſe battre . Mais ce n'eſt
point-là du tout ce que les inftituteurs des
fignes reçus ont eu en vue. C'eſt le mouvement
de l'air ou du morceau de mufique,
c'eſt la manière dont certaines notes doivent
y être paffées , qu'ils ont voulu exprimer
; ce font même les différentes périodes
d'un chant , les repos ou cadences qui peuvent
fe rencontrer de deux en deux mefures
, de trois en trois , ou de quatre en
DECEMBRE 1767. 173
quatre , qu'ils ont voulu annoncer , par
leurs fignes différens , dans les mesures
qu'on appelle compofées . Suppléez à cela
des fignes qui n'exprimeront que l'action
du bras , que la manière de battre la
mofure : tous ces avantages font perdus ,
& avec d'autant moins de raifon , que la
manière de battre la meſure eft une chofe
étrangère à l'expreffion & à l'exécution de
la mufique ; car la manière de battre certaines
mefures n'eft ni pour tous ni par- tout
la même. D'ailleurs , comme le fait remar
quer M. Boyer , deux muficiens étrangers
feront le plus fouvent de la mufique entre
eux fans marquer aucune forte de mouvement
; & , à l'oppofé de cela , le célèbre
Tartini fait battre à fes élèves tous les
temps d'une mefure , & même les demitemps
dans les mefures graves. Enfin vouloir
changer les figures des mefures , ajoute
M. Boyer dans une note , c'eft dire : nous
ne voulons pas défigner la ftructure de
l'air , ( fon mouvement , fes périodes , & c. )
mais feulement marquer la danfe que doit .
exécuter le bras ou le pié pendant qu'on
joue ou qu'on chante l'air .
M. l'Abbé la Caffagne , dans fon ouvrage
, penſe que les différentes figures
des notes n'ont pas en elles-mêmes de
valeur déterminée. Il faut voir , dans la
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
lettre de M. Boyer la fauffeté de cette
idée , & toutes les erreurs dans lesquelles
celle -là peut jetter fi on l'adopte.
Les notes ont une valeur réelle , abfolue
, déterminée : cela eft démontré & fe
démontre par foi -même. C'eft fur cette
valeur que nos anciens ont fondé le mouvement
propre à chaque mefure : mouvevement
dont M. la Caffagne ne paroît
feulement pas s'être douté. Il n'y a dans
fon ouvrage aucune leçon à laquelle il n'ait,
jointun de ces modificatifs connus , comme
allegro , prefto , andante , &c . modificatifs
dont les muficiens qui ont des principes ,
ne font ufage que pour introduire différentes
nuances de mouvement entre deux
mefures dont l'une fera de la moitié plus
lente ou de la moitié plus vite que l'autre .
On fait que les figures des notes diminuent
toujours de moitié de l'une à l'autre en
commençant par la ronde jor le mouvement
propre de chaque mefure dépendant
entièrement de la valeur des notes qui y
font employées , elles doivent donc , ces ⚫
mefures , différer néceffairement entre elles
de moitié à moitié , quant à la lenteur ou
à la vîteffe du mouvement. C'eft .
pour
obtenir des points intermédiaires de mouvement
que les modificatifs françois ou
italiens , tels que légèrement , vite , trèsDECEM.
BRE 1767 175
vîte , &c. ou modérément , lentement , trèslentement
, &c. ont été établis .
M. la Caffagne penfe bien autrement à
cet égard. Nous invitons nos lecteurs à
voir , dans l'ouvrage de M. Boyer , quel
eft le but que fe font propofé les inftituteurs
de nos fignes dans tout ce qui concerne
les mefures. On s'appercevra encore
ici , comme on aura pu le remarquer à
l'égard du projet de l'unité de clef, que
l'oubli des principes , quelquefois le peu.
de foin de s'en inftruire , & fouvent celui
d'en faire l'application , ont été en divers
temps les principales fources des changemens
propofés touchant les fignes des mefures.
L'ouvrage que nous annonçons eft
très-propre à prévenir dans la fuite toute
idée de réforme à l'égard de l'un & l'autre
objet du moins fervira- t-il toujours à
juger des projets qui pourroient bien être
propofés encore fur cette matière : car les
fources , dont nous venons de parler , ne
font pas taries , & malheureufement l'erreur
femble être le partage & le choix du
grand nombre.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
GRAVURE.
MESSIEURS Gautier Dagoty père & fils
aîné , ont eu l'honneur d'imprimer devant
le Roi , au château de Verfailles , dans la
-chambre ovale , l'eftampe en couleur du
portrait de Sa Majefté , felon le nouvel
art dont le fieur Gautier père eft inventeur.
Cette eftampe a été imprimée avec quatre
cuivres qui ont été tamponés avec leurs
couleurs différentes , le noir , le bleu , le
jaune & le rouge , par les autres quatre fils
de l'auteur ; & en fix minutes de temps
le tableau eft forti de la preffe avec toutes
fes couleurs. Sa Majefté a eu la bonté de
faire plufieurs queftions à M. Gautier &
à fes fils , relativement
à la théorie de leur
art & à la combinaifon
des couleurs fur
laquelle elle eft fondée. La gravure de ce
morceau a été faite par M. Gautier père &
fils aîné , d'après le tableau peint par le fils
aîné du fieur Gautier , qui à fuivi la compofition
de M. Michel Vanloo , mais qui
a peint la tête d'après Sa Majeíté même ,
en plufieurs féances qu'elle a eu la bonté
de lui accorder , & qui ont amené une
reffemblance
parfaite : cette eftampe exDECEMBRE
1767. 177
trêmement defirée , va être donnée au public
, après avoir fatisfait à l'empreffement
que la Cour & la maifon du Roi témoignent
pour cette nouvelle production de
l'art.
PORTRAIT EN CHEVEUX .
,
Le fieur Penot , demeurant à Paris , rue
Saint Louis du Palais , chez le fieur Fortin
, Jouailler a exécuté en cheveux
dans un cercle de vingt lignes de diamètre ,
le portrait du Roi. La nouveauté n'eft pas
le feul mérite de l'ouvrage : le deffein y
eft obfervé dans toute fa pureté ; & la manière
ingénieuſe dont les cheveux font arrangés
, préfente aux yeux trompés des
connoiffeurs un deffein à la plume.
L'attention que Sa Majesté a donnée à
ce morceau , feroit feule capable de faire
oublier à l'artiſte le temps & la conſtance
qu'exige un femblable travail. Le Sr Penot
imite auffi avec des cheveux les agathes
herborifées , & des payfages de différentes
couleurs. Ces ouvrages font faits avec tant
d'art qu'ils font illufion , & qu'on les prendroit
pour un travail fait au pinceau.
M. Demarcenay Deghuy, vient de mettre
au jour le portrait de Charles V, `dit
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Le Sage , l'un des plus grands Rois qui
ayent gouverné la France.
Cette planche eft la trente - unième de
fon oeuvre , & le fixième portrait de fa
fuite d'hommes illuftres , ayant déja fait
paroître Henri IV, Sully, le Chancelier de
l'Hôpital , le Maréchal de Saxe , & le
Vicomte de Turenne.
Dans quatre jours au plus tard il fera
paroître un bufte de femme commencé depuis
quelque tems & qu'il termine actuellement.
Ce nouvel ouvrage eft exécuté
d'après l'un des plus beaux qu'ait peint le
célèbre Rembrandt . Il femble y avoir réuni
tous les talens qu'on lui connoît pour le
coloris & le clair- obfcur ; auffi ne vit- on
jamais de plus belles chairs ni de reliefs
plus féduifans.
Ces deux eftampes fe trouvent chez l'auteur
, rue d'Anjou- Dauphine , la dernière
porte cochère à gauche , & chez M. wille,
graveur du Roi , quai des Auguftins , à .
côté de l'hôtel d'Auvergne.
L'Amour conduit par la Folie , eftampe
gravée par le fieur Croutchioux , d'après
M. Shenau , & fervant de pendant à une
autre eftampe intitulée : l'Amour conduit
par la Fidélité , que nous avons ci - devant
annoncée ; fe vend chez Quillau , Libraire,
DECEMBRE 1767. 179
rue Chriſtine , au magafin littéraire . Le
prix eft de Ii liv. 4 fols.
LE Muletier allant à l'armée , & la conduite
d'une Vivandiere , jolies eftampes ,
gravées d'après wateau ; fe trouvent chez
L'Enfant , rue Poiffonnière , au coin des
Boulevards , maiſon de M. Robert, Peintre
en.carroffes , & chez Maigret , rue faint
Jacques , vis-à- vis celle du Plâtre .
}
GRAVURE EN BAS - RELIEF S.
Le fieur Maffart a eu l'honneur de
préfenter à Mgr le Dauphin , le neuf du
mois de feptembre dernier , un morceau
dont il eft inventeur , gravé en bas - relief,
repréſentant un calendrier . Mgr le Dauphin
a daigné l'honorer , en conféquence ,
du titre de fon graveur ordinaire en basreliefs
.
La matière dont il s'agit eft un maftic
reffemblant au marbre blanc & de la même
dureté ; elle peut être mife en oeuvre pour
toutes fortes de bordures , de panneaux
d'appartemens , de médaillons , cuirs , corniches
, rofettes , boëtes de toilette , même
pour des payfages , châteaux de plaifance ,
vues , ruines , payfages chinois , ouvrages
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
grotefques , & pour toutes fortes d'ornemens
quelconques .
Sa demeure eft rue des Poulies , ancien
hôtel Conty , troisième cour.
LE pas de deux
, tiré
du fecond
acte
de
l'opéra
de Silvie
, exécuté
par M. d'Auberval
& Mlle
Allard
. Cette
cftampe
charmante
, gravée
par M. Tilliard
, d'après
le
deffein
de
M.
Carmontelle
, & qui
joint
au mérite
& à la richeffe
de la compofition
celui
de la reffemblance
de deux
perfonnages
chéries
par la perfection
de leur
art ,
fe
trouvent
chez
l'auteur
de la gravure
,
rue
de Bourbon
, au coin
de celle
de faint
Claude
, près
la porte
faint
Denis
; & chez
le fieur
Bafan
, rue du Foin
faint
Jacques
.
Le prix
eft de 6 liv.
LATTRÉ , Graveur ordinaire de Monfeigneur
le Dauphin , rue S. Jacques , près
la fontaine S. Severin , à la ville de Bordeaux
, donnera au premier décembre prochain
l'almanach ichonologique , quatrième
partie , ( les êtres métaphyfiques . ) les def
feins & les explications font tous de M.
Gravelot. Relié en maroquin 7 liv . 4 fols.
Broché en couverture maroq . 6 liv . Broché
en papier s liv. Chacune des trois
DECEMBRE 1767. 181
autres parties , favoir les arts , les fciences
& les vertus , aux prix ordinaires.
Almanach ou étrennes néceffaires , utiles
à toutes perfonnes. Relié & coloré en
maroquin 6 liv . Relié en maroquin 4 liv.
Relié en veau 3 liv.
Six écrans des plus belles fables de M.
l'Abbé Aubert , deffinés avec intelligence ,
& proprement gravés , avec la fable fur le
revers. Coloré en plein 12 liv. Les bordures
feulement colorées 9 liv.

Douze écrans géographiques & élémentaires
, contenant la mappemonde , les
quatre parties du monde , & les états d'Europe
, 1 liv. 4 fols pièce.
Six écrans fous les agrémens d'une
ingénieufe fiction .
On a repréfenté fur des cartes géographiques
, qu'on peut appeller morales , les
vertus & les vices des principaux états de
la vie. Ils font très- propres à infpirer l'amour
de la vertu & l'horreur du vice.
Prix I liv. 4 fols pièce.
Un nouveau plan de Paris , d'une trèsbelle
exécution , propre à orner les cabinets
des curieux , coloré & monté fous
verre , en bordures dorées , depuis 15 liv.
jufqu'à 36 liv. & plus .
Evolutions de la cavalerie françoiſe ,
182 MERCURE DE FRANCE.
fuivant l'ordonnance du premier juin 1766,
vol. in-8 °. broché & coloré 9 liv. Broché 9
& en blanc 6 liv.
Evolutions de l'infanterie françoife fuivant
l'ordonnance du premier janvier
1766 , vol. in - 8 °. broché 6 liv. Coloré
& broché 15 liv.
Tableau hiftorique & géographique de
l'Europe ; ouvrage diftribué par colonnes
& proprement gravé fur une feuille d'atlas ,
qui met nettement fous les yeux les états ,
les provinces , les capitales de chaque lieu ,
& les rivières qui les arrofent , &c. &c.
avec une defcription très- utile pour l'étude
de la géographie ; ce tableau eft de même
grandeur que celui publié depuis peu fur
la France , que le public a fi fort accueilli .
Prix liv. 4 fols. I
DECEMBRE 1767. 183 .
GRAVURE.
GÉOGRAPHIE.
LE fieur le Rouge , Ingénieur - Géographe
du Roi , préfentement quai de Saint
Bernard , à la croix d'or , vient de publier
le quartier de Sainte Genevieve ,
avec la nouvelle églife & les nouvelles
rues un nouveau plan de Nantes , avec
les changemens faits depuis dix ans : le
plan de la ville de Valognes , en baſſe
Normandie ; tous trois fur chapelet : prix
24 fols pièce.
Ces ouvrages fe trouvent auffi chez
Hochereau , Libraire , à la defcente du
pont-neuf, & aux adreffes ordinaires de
mufique.
184 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE V.
SPECTACLE S.
OPÉRA.
LE vendredi , 6 novembre , on a remis
au théâtre le Devin du Village , de M.
Jean-Jacques Rouſſeau , auteur des paroles
& de la mufique ; intermède charmant
qu'on revoit toujours avec le même plaifir
, & dans lequel Mlle Duranci a jouẻ
le rôle de Colette avec le naturel & l'intelligence
qui lui ont toujours mérité de
juftes applaudiffemens .
Le 22 cet acte a été mis le troisième
des Fragmens , à caufe du début de Mlle
Dervieux dans le rôle de Colette , & de
celui de M. Narbonne dans le rôle de
Colin. Cette jeune perfonne , âgée d'environ
quinze ans , & qui , en qualité de
danfeufe , étoit déja en poffeffion d'être
applaudie au théâtre , a chanté & joué le
rôle de Colette avec affez de voix , d'intelligence
& de goût pour promettre au
public une des plus aimables & des plus
DECEMBRE 1767. 185
intérellantes actrices qui aient paru depuis
long-temps fur ce théâtre ; & M. Narbonne
, à peu-près du même âge , a rempli
le rôle de Colin , non- feulement en acteur
dont tout annonce les progrès futurs , mais
encore en muſicien dont les talens ne peuvent
que confirmer cette efpérance.
M. Cuvilier a remplacé , dans ce même
acte , M. Gélin ; & la mâle beauté de fon
organe , même dans les fons les plus bas ,
y a été juftement applaudie. MM. Muguet
& Tirot ont rempli , avec agrément , le
rôle de Vertumne toutes les fois qu'il n'a
pu l'être par M. le Gros. M. Tirot a aufli
chanté plufieurs fois celui de Colin de
manière à faire defirer que ce jeune Sujet
donnât plus également de voix dans les
rôles qu'il exécute , & que fa timidité
fît enfin place à la chaleur fi néceffaire
au théâtre , & à l'entier développement
d'un organe affez flatteur pour qu'on regrette
de n'en point jouir dans toute fon
étendue.
Mefdlles du Brieule & Defcoins ont
fucceffivement chanté le rôle de Mde
Larrivée dans l'acte de Théonis ; Mlle
* M. Boix , de l'Académie Royale de Muſique ,
eft ( dit-on ) le feul qui , depuis dix - huit mois
ait montré la mufique & le goût du chant à Mlle
Dervieux.
185 MERCURE DE FRANCE.
Fontenet celui de l'Amour , & . M. Durand
celui de Dorilas dans le même acte . Mlle
Rofalie a continué de remplacer Mlle
Arnould dans l'acte de Pomone , où M.
Caffaignade a fait celui de Pan.
On a revu , avec le plus grand plaifir ,M.
Veftris dans la belle paffacaille de Canente* ,
ajoutée pour fa rentrée , le vendredi 20
novembre , à l'acte de Vertumne & Pomone ;
& fa longue abfence , loin d'avoir nui à
fes talens , femble avoir encore ajouté à
leur perfection.
Le mardi 24 on a donné la première
repréſentation d'Ernelinde , Princeffe de
Norvége , tragédie lyrique , en trois actes ,
poëme de M. Poinfinet , mufique de M.
A. D. Philidor. A l'infpection de cette
date le public fentira , fans doute , que
nous fommes forcés de remettre à en
rendre compte au Mercure prochain .
COMÉDIE FRANÇOISE.
MLLELLE du Gazon , Comédienne , venant
de Stutgard , a débuté , le 12 de ce mois ,
par le rôle de Dorine dans le Tartuffe ,
& par celui de Lifette dans les Folies amoureufes
; elle a joué depuis les mêmes rôles
* De M. d'Auvergne.
DECEMBRE 1767. 187.
de foubrette dans Démocrite & le Galant
Jardinier , dans le Dépit amoureux & Hew
reuſement , dans la Métromanie & le Rendez-
vous.
Le public l'a accueillie avec plaifir , lui
trouve , avec une figure & une taille convenables
à fon emploi , de l'intelligence ,
de la vérité , de l'habitude du théâtre , en
un mot , du talent.
Le lundi 16 on a repris Eugénie , comédie
de M. de Beaumarchais , dont nous
avons ci- devant rendu compte. Mais , quoique
fon fuccès foit journellement confirmé ,
on penfe cependant que les Comédiens
auroient dû mettre un plus long intervalle
entre fa nouveauté & la repriſe qu'ils viennent
d'en faire.
On donna le 20 les deux Soeurs , comédie
nouvelle en profe & en deux actes ,
que l'auteur a retirée pour ( dit - on ) la
mettre en un acte , ce que nous croyons
auffi pratiquable , que d'en faire alors une
des plus jolies pièces qui foit au théâtre .
Le jeudi 26 on a remis Ino & Mélicerte ,
tragédie de M. de la Grange- Chancel. Les
talens de Mlle Dumefnil , qui joue le rôle
d'Ino , font affez connus pour faire juger
de la façon dont il eft joué , ainſi que de
la vivacité des applaudiffemens qu'elle y
reçoit , & que partagent très - juſtement
188 MERCURE DE FRANCE .
avec elle MM. Brifard & Molé dans les
rôles d'Athamas & de Mélicerte.
COMÉDIE ITALIENNE.
༡ LE 9 novembre on a donné la première
repréſentation d'une pièce nouvelle , intitulée
, les Femmes & le fecret , par M,
Quétant , mufique de M. Vachon .
PERSONNAGE S.
LUBIN , mari d'ANNETTE , M. Nainville.
LUCAS , fon ami , amoureux
d'HELENE ,
UN BAILLY ,
ANNETTE , ·
M. Clairval.
M. la Ruette . · •
• Mlle Beaupré.
• Mde la Ruette.
MARGUERITE , voifine
· • Mde Bérard.'
HELENE , •
d'ANNETTE ,
Lubin & Lucas ont fait partie de chaffer
un liévre pour fe régaler. Pendant que
Lucas eft en quête dans un canton du pays
que l'on appelle l'Aunaye à Paul , Lubin
fait fa provifion de vin , & apprête ce
qu'il faut pour fouper. Le Bailli eatre &
DECEMBRE 1767. 189
écoute le petit monologue de Lubin , qui ,
fe croyant feul , s'entretient tout haut de
fon liévre , & du plaifir qu'il aura d'avoir
trompé la vigilance du Bailli. Celui - ci ,
plus inftruit qu'on ne croit , badine quelque
temps Lubin fur fa chaffe , & s'en va.
Arrive Lucas fort échauffé qui raconte à
Lubin que le liévre eft tué , mais que le
Bailli s'en eft faifi , & l'auroit peut -être
pincé lui- même s'il n'eût gagné au pied.
Lubin , très fâché de ce contre- temps , foupçonne
fa femme ou Helene d'avoir découvert
leur projet ; & , pour mettre leur
difcrétion à l'épreuve , il propofe à Lucas
de fe cacher quelque temps , afin de pouvoir
dire en grand fecret à Annette , qu'il
l'a tué. Lucas , après quelque réfiſtance ,
monte dans un grenier , & Lubin , voyant
entrer Annette , paroît plongé dans la plus
profonde rêverie. Annette le queftionne
beaucoup , pour favoir la caufe de fon
chagrin , fe plaint tendrement du myſtère
qu'il lui en fait. Lubin , feignant d'être
vaincu par fes importunités , lui confie ,
avec bien des précautions , qu'il a tué
Lucas ; il fort enfuite fous prétexte de
favoir ce que l'on dit dans le village fur
COP
cette
fcheufe aventure. Annette refte fort
affligée , & cependant veut fe contraindre
en voyant entrer Marguerite . Celle - ci
190 MERCURE DE FRANCE .
trouve moyen de favoir par Annette le
prétendu meurtre de Lucas , & le dit à
fon tour auffi imprudemment à Helene ,
qui venoit chez Lubin demander fon amoureux.
Helene , au défefpoir , porte fes plaintes
au Bailli , que cette fuite d'événemens
met au comble de la joie . Lucas , témoin
des regrets d'Helene , la défabufe fur fa
mort prétendue. Les autres femmes , voyant
le fecret éventé , s'accufent réciproquement
de l'avoir divulgué . Lubin oblige tout le
monde à fe renfermer dans une chambre
voiſine pour faire un tour au Bailli , qui
leur a confifqué ce liévre. En effet , lorfque
le Bailli vient le faifir pour le mettre en
prifon , il trouve moyen de l'adoucir par
un billet de mille écus que Lucas , dit -il ,
l'a chargé de lui remettre. Et , dans le
temps que le Bailli tend la main pour
le recevoir , Lucas paroît le Bailli eſt
étonné , les autres perfonnages accourent
pour jouir de fa furprife. Mais le Bailli
pour éviter qu'on ne fe mocque de lui ,
pardonne tout, & rend le liévre , en promettant
d'y ajouter quelque chofe pour la
nôce de Lucas & d'Helene.
On,trouve de temps en temps dans cette
pièce , du comique , du naturel dans le dialogue
, & nombre de morceaux fort agréables
dans la mufique.
DECEMBRE 1767. 191
Le 20 novembre M. Marignan , qui
avoit précédemment paru fur ce théâtre ,
dans l'emploi d'ARLEQUIN , a reparu fous
le même caractère , dans les Amans réunis ,
comédie françoife de M. de Beauchamps ,
remife au théâtre ; dans le Diable boîteux ,
Arlequin fauvage , la Sylphide , & c. C'eſt
au public , dont nous faifons gloire de
n'être que l'écho , à confirmer les efpérances
que nombre de perfonnes ont quelque droit
de concevoir des talens encouragés d'un
acteur qui , en partageant les travaux de
celui qui nous eft fi cher , pourroit peutêtre
, un jour , parvenir à le remplacer .
CONCERT SPIRITUEL,
Du Dimanche , premier novembre .
ILaLa commencé par le De Profundis , &c.
motet à grand coeur de M. Dauvergne,
Surintendant de la Mufique du Roi .
Enfuite M. Jannfon , ordinaire de la
Mufique de S. A. S. Mgr le Prince de Conti,
a exécuté fur le violoncelle une fonate de
fa compofition & mêlée d'airs connus . M.
Tirot , de l'Académie Royale de Mufique ,
a chanté Coronate , &c. motet à voix feule
192 MERCURE DE FRANCE .
de le Febvre. M. Capron a exécuté un
concerto de violon mêlé d'airs connus .
Mlle Fel & M. Narbonne , de l'Académie
Royale de Mufique , ont chanté Exultate
jufti , &c. motet à deux voix & en duo
de M. Dauvergne . Le Concert a fini par
Dies ira , &c, motet à grand choeur de
M. l'Abbé du Guay , Maître de Mufique
de l'Eglife Royale de Saint Germainl'Auxerrois
,
Miles Fel & Rozet , MM. Gelin , Richer
, Muguet , Tirot , Cavallier & Narbonne
ont chanté dans ce Concert.
M. Narbonne a beaucoup ajouté au
plaifir qu'a fait ce Concert , dans le motet
à deux voix Exultate jufti , &c. de M,
Dauvergne , qu'il a chanté avec la célèbre
Mile Fel.
SUITE DE L'ART . DES SPECTACLES.
LETTRE de M. P... àl'Auteur du Mercure,
LEE goût des fpectacles particuliers ,
Monfieur , fe répand , comme vous le favez
de plus en plus , & c'eft une des preuves
1 raifon s'eft perfectionnée jufques
dans nos amufemens. Cet exercice eft en
effet le plus propre à développer dans les
jeunes
que
DECEMBRE 1767. 193
jeunes perfonnes des talens qu'on ne leur
eût pas foupçonnés , des grâces qui n'avoient
befoin que d'une affurance honnête
pour fe produire dans tout leur éclat ; enfin
à faire éclore dans leurs âmes cette fenfibilité
précieuse qui eft le germe de toutes
les vertus . Les idées de la morale la plus
pure font fur elles une impreffion d'autant
plus profonde , que l'inftruction ne ſe préfe
fente que fous la forme du plaifir , &
(comme vient de l'écrire un auteur célèbre)
« rien n'anime plus la fociété que
» ces nobles amuſemens ; rien ne forme
» plus le goût , ne rend les moeurs plus
» honnêtes , ne détourne plus de la fatale
paffion du jeu , & ne refferre plus les
» noeuds de l'amitié » . Il n'y a donc que
des barbares qui pourroient reprendre ou
dédaigner ces repréſentations domeftiques.
Je ne fais même fi , pour les âmes délicates
, elles n'auroient pas un attrait plus
fenfible que nos repréfentations publiques.
De jeunes perfonnes bien élevées & pleines
de candeur , donnent , ce me ſemble , un
caractère de vérité à leurs perfonnages que
ne peut imiter qu'imparfaitement l'art de
nos actrices : car , felon la remarque d'un
homme d'efprit , ce n'eft qu'à des âmes
innocentes , à des voix pures , qu'il convient
d'emprunter le langage de l'ingé
3.J
I
194 MERCURE DE FRANCE.
pour
nuité & de la vertu . En effet , on ne peut
guère fe diffimuler que l'imagination ne
foit fouvent bleffée à nos fpectacles , par
la fingulière diffonnance qui fe trouve ,
pour ainfi - dire , entre le perfonnage &
l'actrice. L'illufion en fouffre , & quelqu'un
a dit avec beaucoup de vérité , que
le vice profanoit tout. Quoiqu'il en foit ,
Monfieur , je me fentis amené tout naturellement
à ces réflexions par le plaifir
même que j'éprouvai, il y a quelques jours,
à une repréſentation de Nanine , qui s'eft
donnée chez moi fur un petit théâtre conftruit
à la hâte. Je jouai le Comte d'Olban ;
vous me difpenferez de vous parler de ce
rôle , & même des autres acteurs , pour ne
vous entretenir que de nos actrices . Vous
auriez reconnu dans la Baronne de Lorme,
l'intelligence de Mlle Grandval ; & peutêtre
, l'art fe montrant un peu moins à découvert
qu'à la comédie , auriez- vous eu
la fatisfaction de croire entendre un perfonnage
réel . On eût defiré feulement
pour l'actrice , un rôle plus analogue aux
grâces de fa figure. La Marquife , qui donnoit
lieu au même defir , fans emprunter
aucun des tons de Mlle Dangeville , vous
auroit rendu une partie de fes talens , car
il n'eft pas poffible de fe les approprier
tous. Un viſage charmant , une phyfiono-
>
DECEMBRE 1767. 195
1
mie pleine de fineffe , auroient fuffi pour
faire applaudir des talens plus vulgaires ;
mais ici la figure n'entre pour rien dans
le fuccès .
Pour Nanine , repréfentez- vous le vifage
& la taille d'Hébé , les yeux de l'Amour
, & tout ce que la décence & l'ingénuité
peuvent ajouter de charmes à tant
de grâces , & vous aurez une idée de l'aimable
actrice qui a rempli ce perfonnage.
De la chaleur , autant que le rôle doit en
admettre ; de l'intelligence , autant qu'il
en faut pour ne mêler aucune fineffe déplacée
à la naïveté du caractère ; enfin ,
Monfieur , le fon de voix le plus intéreſfant
, firent fur les fpectateurs l'impreffion
la plus douce. Moi-même , qui jouois ,
je fus fouvent tenté de perdre de vue mon
perfonnage , pour joindre mes applaudiffemens
aux leurs . Mais ce qui acheva
d'embellir notre petite fête , ce furent des
couplets , faits en moins de tems que vous
n'en mettrez à les lire , & qui furent adreffés
à nos actrices par M. François de Neuf-
Château , que le hafard avoit conduit à
notre fpectacle. Vous connoiffez fûrement
de réputation ce jeune homme , dont les
difpofitions furprenantes ont été célébrées
par M. de Voltaire . Il n'a que feize ans ,
& il y a déja long- temps qu'il eft de plu-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
fieurs académies. Il eft arrivé à Paris de
puis deux mois , avec une comédie en cinq
actes en vers , imitée de Goldoni. Mais
ce qui vous étonneroit encore plus que
fes ouvrages , c'eft la jufteffe éclairée de
fon goût , & la prodigieufe étendue de
fes connoiffances qui laiffent à peine imaginer
quel eft le tems qu'il a pu employer
à lire , fi l'on ne fuppofe , comme on l'a
dit de M. Clairaut , que la nature l'a diſpenfé
de l'enfance. Ce jeune homme ,
Monfieur , eft mon compatriote ; il m'eût
été très-cher fans cela ; mais cette circonf
tance ajoute encore à l'intérêt qu'il m'infpire
, & me fait faifir avec empreffement
les occafions de l'encourager. Voici fes
couplets que je ne vous adreffe pas précifément
pour confirmer l'idée que je viens
de vous donner de fes talens , car j'ai vu
de lui des chofes bien fupérieures à des
chanfons ; mais l'incroyable facilité avec
laquelle je les lui ai vu faire , au milieu
d'une affemblée un peu tumultueufe , fur
des airs qu'on lui prefcrivoit , & que luimême
ne favoit pas , m'a paru digne de
yous être annoncée .
DECEMBRE 1767. 197
POUR L'Actrice qui a repréſenté la Baronne
de l'Orme ; fur l'air : Du haut en bas
Auprès de vous ,
L'amour a des grâces nouvelles ;
Auprès de vous ,
Vous le fixez à vos genoux :
En vous voyant il perd fes aîles ¿
Il prend des chaînes éternelles ,
Auprès de vous .
POUR deux jeunes Actrices que je ferois
bien tenté de louer fi l'une n'étoit pas
mafille ; fur l'air : Ne v'la-t-il pas que
j'aime.
Puifqu'à vous faire une chanfon ,
L'on veut que je m'amuſe ;
L'amour fera mon Apollon ,
Et vous ferez ma muſe.
Du cenfeur même mon couplet
Obtiendra le fuffrage ;
On doit , en faveur du fujet ,
Pardonner à l'ouvrage.
I
iij.
198 MERCURE DE FRANCE.
POUR la Marquife : Sur l'air de la Romance
de Daphné.
Et vous voir & vous entendre ,
C'eft entendre & voir les dieux :
Quel coeur pourroit fe défendre !
Vous favez fi bien furprendre
Par l'oreille & par les yeux !
POUR NANINE : Sur le même air.
Si le Dieu que l'on révère
Comme le plus grand des dieux ,
Et qu'on adore à Cithère ,
Eft privé de la lumière ,
C'eft que vous avez ſes yeux.
D'Argenteuil , le 19 novembre 1767 .
DECEMBRE 1767 , 199
ARTICLE V I.
NOUVELLES POLITIQUES.
O
De Warfovie , le 28 juillet 1767.
Na publié l'acte d'acceffion de l'Evêque
de Cracovie à la confédération générale de la
Couronne & du grand Duché de Lithuanie . Voici
la traduction de cet acte .
« Je fouligné , me trouvant revêtu de la dignité
» de l'afteur dans l'Eglife , comme de celle de
» Sénateur dans la République , & obligé , par
> ce double titre , à défendre & les immunités
» de la fainte religion & l'intégrité des loix &
» prérogatives de la patrie ; ayant d'ailleurs fous
>> les yeux l'union générale qui exifte entre les
> provinces de la Couronne & du grand Duché de
>> Lithuanie , je ne veux pas refter ieul dans une
» inaction blâmable , tandis que toute la nation-
» travaille a l'exécution d'un ouvrage de la plus
grande importance ; cependant , par ma préfente
acceffion authentique , je déclare très .
» folemnellement que je ne me joins & ne donne
» les mains qu'a tout ce qui concerne la défenſe
» des loix & des immunités de la patrie alérées
» par le malheur des temps ; qu'en conféquence
» je ne veux point favorifer les prétentions trop
›› étendues des Diffidens , ne pouvant le faire fans
» compromettre mon caractère , fcandaliler toute
» la Chrétienté , violer mes devoirs les plus
و د
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
» facrés , porter atteinte aux prérogatives de la
religion Catholique Romaine , & renverler
›› entièrement tant de loix qui font la fûreté de
>> cette religion. Mais , fi leurs demandes font
» fondées fur l'équité , je m'engage à les propofer
>> & à les foutenir , non- feulement comme Séna-
» teur , mais encore en qualité de Paſteur , dont
» je dois donner l'exemple à l'univers ; & je me
>> perfuade que les concitoyens confédérés n'exi-
» geront pas de moi une acceffion plus folemnelle
>> & plus régulière que celle que je viens de faire
» pour le bien commun de la patrie » .
Plufieurs autres Evêques ont adopté cet acte
d'acceffion avec la même reſtriction , que les Diffidens
doivent fe contenter de la juſtice qui leur fera
rendue par la nation aſſemblée en diete.
La confédération générale de Pologne a envoyé
à tous les Palatins deux univerfaux , dont l'un
contient entr'autres les quatre articles fuivans.
« 1°. Que tous les Gentilshommes qui ne fe
pas encore joints à la confédération auront
>> à le faire inceffamment .
>> font
ל כ
כ כ
2° . Que toutes les Cours de Juftice de Pologne
» fubfifteront , mais qu'aucun confédéré ne fera
» foumis à leur tribunal .
>>
3°. Que les Maréchaux de la Couronne ne
» pourront rendre aucune fentence fans la parti-
>> cipation de quatre confédérés au moins .
» 4°. Que les Maréchaux de la Couronne & les
>> Tréforiers feront d'abord remis en poffeffion de
>> leurs droits refpectifs » .
Du 29.
Le Roi de Suede a fait remettre à Sa Majesté
& à la République une déclaration dans laquelle
DECEMBRE 1767. 201
Sa Majesté Suédoife témoigne combien Elle eſt
touchée de l'état d'oppreffion où se trouvent les
Diffidens & combien Elle y eft fenfible , non - feulement
par égard pour la religion Proteſtante
dont Elle fait profeffion , mais encore en confidération
des traités , & fur- tout de celui d'Oliva ,
conclu entre la Suéde & la Pologne en 1660. Sa
Majefté Suédoife déclare qu'Elle accéde à la propofition
de l'Impératrice de Ruffie & de Sa Majefté
Pruffienne , qui confeillent amicalement à
Sa Majesté Polonoife & à la République de convoquer
une diete de pacification le plutôt qu'il
fera poffible , & que fi , contre toute attente ,
Confeil pacifique & fincère de Sa Majeſté Suédciſe
n'a pas un heureux fuccès , Elle délibérera avec
Sa Majesté Impériale , en conféquence de l'étroite
alliance & des traités par lesquels Leurs Majeftés
font unies , fur les moyens les plus propres qu'Elles
croiront devoir employer pour conferver la vigueur
& l'honneur des traités qui fubfiftent entr'Elles
& la République de Pologne.
1
le
>
On vient de publier le manifefte que les petites
villes de la Prufle Polonoife firent remettre au
tribunal de Thorn le ; de ce mois : il eſt fondé 3
fur les mêmes principes & conçu à peu près dans
les mêmes termes que celui que les trois grandes
villes de la même province ont fait publier. Les
petites villes fe plaignent , entr'autres griefs , que ,
loin d'être admifes aux délibérations publiques
elles en font abſolument exclues de la manière la
plus injufte & contre leurs priviléges . Elles ajoutent
que , fuivant ces priviléges , non- feulement
il leur appartient , comme à des Etats du fecond
rang , d'allifter aux dietes générales de la Pruffe
mais qu'elles y ont eu effectivement le droit de'
voix active , & qu'anciennement rien ne pouvoit
1
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
s'y décider fans leur participation ; tandis qu'au
jourd'hui elles ne font convoquées aux dietes géné
rales que par lettres circulaires du Roi , &c.
Du 8 août.
1
Les principaux Officiers de la Couronne & du
grand Duché ont prêté leur ferment d'acceffion
à la confédération générale , avec laquelle celle
de Lithuanie s'eft réunie , le 3 de ce mois , au
moyen d'un feul & même acte . Le Prince Poniatowski
, grand Chambellan de la Couronne &
frère du Roi , a auffi donné fon acte d'acceffion.
Du 2 Septembre.
Il paroît ici une lifte de tous les Nonces des
Palatinats qui doivent affiſter à la prochaine Diete
extraordinaire , & plufieurs copies des difcours
que les feurs Poninski & Zorawski , députés de
la confédération générale , ont prononcés devant
le Roi le 17 juillet dernier. Voici la réponſe qui y
a été faite de la part de Sa Majesté.
« Les confédérations qui fe font formées ont
» déterminé le Roi à en examiner les procédés ,
» & , comme Sa Majesté eft convaincue de fon
כ כ
innocence , Elle croit devoir fe tranquillifer ,
» perfuadée que la nation fait accorder les loix
» avec la liberté , & rendre à fon Souverain le
refpect qui lui eft dû. Les confédérations réu-
>> nies ont caufé de l'inquiétude à Sa Majesté par
» rapport à la fituation du Royaume ; mais le
» mérite perfonnel des Membres qui les compofent
, relevé par celui de leurs ancêtres , a fait
efpérer à Sa Majefté qu'ils ne permettroient
» pas que le Royaume & la patrie , dont ils font
>>
>>
DECEMBRE 1767. 203
د ر
د ر
» les enfans , les citoyens & les co- régens , fullent
plongés dans le malheur. Les déclarations de
»l'Impéretrice de Ruflie , pour le maintien de
» la profpérité générale , ont calmé les foucis de
» Sa Majefté , qui fait , ainfi que tout le monde ,
que cette Princelle ne melure pas fa puillance
fur les forces que Dieu lui a confiées , mais
» fur le bon ufage qu'Elle en fait , & qu'Elle ne
» fonde pas l'immortalité de fon nom für l'éten-
» due de les Etats , mais fur le degré de félicité
» qu'elle leur procure. La fûreté , le bonheur &
>> le repos des citoyens doivent être l'objet des
>> foins de tout Souverain ; il y a cependant de la
>> différence dans les formes de gouvernement.
> En Pologne le pouvoir législatif ne réfide que
>> dans la diete , & c'eft le moyen que les Puif-
»fances étrangères ont propofé dans les circonf-
» tances préfentes. D'après ce principe le Roi ,
» qui connoît fon devoir , a donc convoqué une
diete il eft jufte que cette loi , établie en
>> faveur de la nobleffe , ne foit pas reftreinte
» par la confédération . Les affurances que celle - ci
>> a données de fes difpofitions , & la modération
» qu'Elle promet dans fes démarches peuvent pro-
>> curer de grands foulagemens & contribuer à ce
» qu'à la prochaine diete les règles de la juftice
>> foient obfervées , & que l'amour de la patrie ,
» non- feulement appuie le trône fur la loi , mais
dirige encore la liberté elle - même . Sa Majeſté
>> fera attention aux demandes des confédérés &
>> en accélérera l'accomplitlement. Elle a fait déja
> connoître par les effets , dans la nomination du
Prince Primat , jufqu'à quel point Elle a égard
» à leur interceffion >>.
و د
:
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Du 12.
On mande de Kaminieck que la diétine y été
fort tumultueufe , parce que , fans égard au traité
de Pruth , on a admis des troupes dans la ville .
Les fentimens s'étant partagés , les efprits s'échauffèrent
au point qu'on en vint aux voies de fait :
des membres de l'aſſemblée furent tués & d'autres
bleffés . On affure auffi que quelques Turcs s'étoient
rendus de Choczim à la diétine pour être témoins
du réſultat de cette affemblée .
Du 30.
L'ouverture du tribunal de la confédération
générale s'eft faite avec beaucoup de folemnité ,
le 25 de ce mois , au palais du Prince Charles
Radziwill , Maréchal de cette confédération ; &c
la réunion de la confédération des Diffidens avec
celle de la Couronne s'eft faite le lendemain .
Du 2 octobre.
On attend ici pour demain quinze cens hommes
de troupes Ruffes qui doivent garder le palais
du Prince Charles de Radziwill pendant toute la
durée de la diete. Un corps confidérable des
mêmes troupes s'eft porté à cinq milles de cette
capitale , avec ordre de fe tenir prêt à marcher en
cas de befoin. Le nombre des Nonces , qui font
arrivés ici pour affifter à la diete , n'eſt pas auffi
confidérable qu'on s'y étoit attendu.
DECEMBRE 1767. 205
Du 1 .
Avant- hier , jour de l'ouverture de la diete.
le Roi , après avoir affifté au ſervice divin , fe
rendit à l'affemblée & y déclara qu'il le joignoit
à la confédération générale , & que la direction
de la diete appartenoit au Prince Charles Radziwill
en qualité de Maréchal de cette confédération
. En conféquence ce Prince & le Comte
Brzoftowski , Maréchal de la confédération des
Diffidens , baifèrent la main du Roi & prirent place
fur des fauteuils ; ce qui ne s'étoit pas encore
vu , les Maréchaux ne s'étant affis jufqu'alors que
fur des tabourets . Le Prince Radziwill ouvrit la
féance par un diſcours où , après avoir loué les
foins patriotiques & les grandes qualités du Roi ,
il expofa les motifs de la convocation de cette
diete. Il produifit enfuite un mémoire manufcrit
dont il fit faire la lecture , & qui contenoit le
projet d'élire des députés à la préfente diete , lefquels
, munis de pleins- pouvoirs illimités de la
part des Etats , traiteroient , concluroient &
figneroient avec le Prince Repnin , Ambaſſadeur
de la Cour de Ruffie , ou avec d'autres Miniftres
autorifés par la même Cour pour tout ce qui
pouvoit concerner le rétabliſſement des loix , libertés
, droits & prérogatives appartenans aux Diffidens
, en vertu des traités & des conftitutions . Le
Prince Radziwill ajouta qu'en conféquence , pendant
le cours de la diete , le tout feroit confirmé
par les Etats , quand même quelques Confeillers
ou Nonces ne fe trouveroient pas préfens , & que
cette confirmation auroit tout fon effet lorfque
feulement le Primat , neuf Confeillers & dix - huit
Nonces , munis de pleins- pouvoirs , auroient dé206
MERCURE DE FRANCE.
cidé les articles , & que la Ruffie , conjointement
avec les autres Puiflances , les auroit garantis.
Cette propofition occafionna un mouvement trèsvif
; l'Evêque de Cracovie demanda la permiffion
de parler , & l'ayant obtenue avec peine , il repréfenta
que , fuivant une loi de la dernière
diete , tout projet devoit être communiqué trois
jours avant fon exécution. Il convint qu'il feroit
a propos de nommer des Commillaires pour traiter
avec l'Ambafladeur de Ruffie fur les prétentions
des Diffidens , pourvu qu'ils en donnaflent
avis aux Etats , & d'autoriler ces Commiffaires à
décider de toutes chofes à cet égard , à l'exception
du culte divin & de la liberté , objets fur
lefquels il ne feroit rien déterminé que par l'unanimité
& non par la pluralité des fuffrages. Le
Prélat termina fon difcours par rappeller au Roi
le ferment que Sa Majeſté a fait en montant fur le
trône , de maintenir la religion Catholique , &
conclut par obferver qu'il ne fuffifoit pas que le
Roi portát le titre de Roi Orthodoxe , mais qu'il
devoit l'être en effet. Il s'adreffa enfuite au Prince
Radziwill , & lui recommanda le maintien de la
liberté , & principalement la confervation de la
religion Catholique . Quelques députés voulurent
parler enfuite ; mais le Prince Radziwill les interrompit
& remit la féance au lendemain. Ce jour-là
il fut propofé à l'affemblée de délibérer , avant
toutes chofes , fur l'affaire des Diffidens , & de
prendre à ce fujet une réfolution conforme aux
intentions de la Cour de Ruffie & des autres.
Puiffances garantes du traité d'Oliva ; mais cette
propofition occafionna de fi violens débats , que le
Maréchal jugea à propos de renvoyer au 12 lå
troifième féance , afin de pouvoir , pendant cet
intervalle , concilier les efprits , relativement à
DECEMBRE 1767. 207
cet important objet , fur lequel l'Impératrice de
Ruffie , ainfi que l'a déclaré de nouveau fon Ambafladeur
, defire qu'il foit prononcé définitivement
par la diete actuelle .
Dans la nuit du 3 au 4 de ce mois il arriva un
nouveau corps de grenadiers Rulles , de forte
qu'actuellement il fe trouve ici trois bataillons de
troupes réglées de Ruffie , indépendamment d'un
détachement de Colaques . Ces troupes campent
fur la place qui eft derrière l'hôtel de Bruhl ,
occupé par le Prince Repnin . D'un autre côté le
bruit court qu'un corps confidérable de troupes
Ottomanes s'eft pofté aux environs de Choczim .
Le Starofe Kolakowski a été arrêté dernièrement
pour s'être permis quelques expreffions trop
libres fur la Cour de Ruffie dans une conférence
des confédérés , à laquelle affiftoit le fieur Karo
Colonel au fervice de cette Couronne . Quelques
perfonnes affurent que ce Starofte a été remis en
liberté , d'autres prétendent qu'on a dépêché un
courier à Mofcou pour favoir le parti qu'on doit
prendre à l'égard du prifonnier. Quoi qu'il en foit,
on vient d'arrêter encore deux autres Polonois.
De Dantzick , le 8 août 1767 .
On a reçu les détails fuivans fur ce qui s'eft
paflé à l'élection du Maréchal de la confédération
des Diffidens à Radom .
Le 22 juin dernier les Diffidens s'étant rendus
à l'hôtel de ville , & les délibérations ayant été
ouvertes , quelques - uns des confédérés demandèrent
que les troupes Ruffes s'éloignaffent de
quelques milles de la ville jufqu'à ce que l'élection
du Maréchal fût faite & que l'acte de confédération
fût arrêté ; mais le fieur de Karow ,
208 MERCURE DE FRANCE.
:
Colonel Ruffe , dit qu'il avoit ordre de refter å
Radom avec fon petit corps de troupes jufqu'à ce
que les affaires fullent terminées , & il montra
cet ordre. Lorsqu'il fut queftion de dreffer le
projet de confédération , cette opération occafionna
quelques débats on propofa de prendre
pour bale de la confédération l'acte de celle de
Lithuanie ; mais on ne s'accorda pas fur ce point
dans la première feffion . La nuit & la matinée
fuivantes furent employées à des négociations
fecrettes . A trois heures après - midi on fe rendit
de nouveau à l'hôtel de ville quelques heures
après le Comte Podoski , Référendaire de la
Couronne , accompagné du Colonel nommé cideffus
, en fortit pour le tranfporter à la Chancellerie
, où il figna le nouvel acte de confédéra
tion , lequel étoit exactement femblable à celui
de la confédération de Lithuanie , excepté qu'on
en avoit retranché l'article concernant le Prince
Radziwill , & la claufe relative à la religion
Catholique Romaine. Tous les autres confédérés
fignèrent fucceffivement cet acte & chacun y
ajouta la claufe qu'il jugea à propos . On procéda
enfuite à l'élection du Maréchal , & elle fe fit en
faveur du Prince Radziwill , qui prêta ferment
immédiatement après , en préfence du Comte
Wielopolski , Maréchal de la confédération du
Palatinat , des mains duquel il reçut le bâton de
Maréchal. Ce Comte , en le lui donnant , lui recommanda
particulièrement la religion , les anciennes
loix & la liberté de la patrie ; après quoi
le Comte Poninski , Maréchal de la confédération
de Wielun , prononça un très- long difcours dans
lequel il expofa le trifte état où la patrie étoit
réduite. Le nouveau Maréchal , ainfi que plufeurs
autres Confédérés , figna l'acte de confédéDECEMBRE
1767. 209
ration , & l'on remit au jeudi fuivant la foufcription
des autres Confédérés & l'élection d'un
Secrétaire de la confédération . Après toutes ces
cérémonies les troupes Ruffes le retirèrent de la
ville & du fauxbourg.
De Hambourg , le 29 juin 1767.
Le fieur Jofephowitz , Starofte d'Orza en Lithuanie
, appuyé de toute la nobleſſe de ce diſtrict ,
vient de porter un manifefte contre la confédération
générale de ce Duché , & nommément contre
les Diffidens.
De Vienne , le 17 octobre 1767.
1
L'Archiducheffe Jofephe , qui étoit tombée
malade le 4 de la petite - vérole , expira le 15 ,
entre fix & fept heures du foir. Son Alteſſe Royale
fe nommoit Marie- Jofephe- Gabrielle , & étoit
née le 19 mars 1751. Elle étoit la cinquième des
Archiducheffes filles du feu Empereur & de l'Impératrice
Reine : elle avoit été fiancée , le 8 du
mois dernier , au Roi des Deux - Siciles ; la célébration
du mariage devoit fe faire le 14 , & fon
départ pour Naples étoit fixé au 15. Les vertus
les grâces naturelles & les qualités aimables de
cette Princeffe juftifient les regrets de la Famille
Royale & du public , & les circonstances dans
lefquelles elle nous eft enlevée rendent encore fa
perte plus douloureufe. L'Impératrice eft inconfolable.
Cette augufte & tendre mère n'avoit preſque
pas quitté la fille depuis le premier moment
de fa maladie juſqu'à celui qui a terminé fes
jours.
J
210 MERCURE DE FRANCE.
>
De Berlin , le 6 octobre 1767.
Le S à fix heures
du foir , la cérémonie
du
mariage
du Stathouder
avec
la Princelle
Guillelmine
s'eft
faite
dans
la falle
blanche
du palais
.
Le nouvel
époux
étoit
décoré
des marques
de
l'Ordre
de l'Aigle
Noir
dont
le Roi l'avoit
revêtu
.
De Francfort , le 19 juillet 1767.
Augufte Wilhelmine , Princeffe d'Anhalt - Bernbourg
, tante du Prince régnant d'Anhalt - Bernbourg
, eft morte le 22 du mois dernier , d'une
attaque d'opoplexie , dans la foixante - dixième
année de fon âge.
De Rome , le 22 juillet 1767.
Jeudi dernier le Souverain Pontife fit , dans la
Bafilique de Saint Pierre , la canonifation des
bienheureux Jean Canzio , Prêtre féculier ; Jofeph
Calafanzio , fondateur des écoles pies ; Jofeph
de Cupertino , mineur conventuel , Jérome Emiliani
, fondateur de la Congrégation des Somaf
ques Séraphin d'Afcoli , Capucin , & Jeanne-
Françoife Fremiot de Chantal , fondatrice des
Religieufes de la Vifitation . Cette cérémonie s'eſt
faite avec la plus grande folemnité & l'appareil le
plus pompeux.
Du 23 Septembre.
Il arrive journellement en cette capitale des
Jéfuites Espagnols qui viennent de Corfe , & le
Pape les fécularife à mesure qu'ils le demandent.
DECEMBRE 1767. 21 I
On affure que Sa Majefté Catholique a déclaré
que tous ceux qui fe rendroient dans l'Etat Ecclé
fiaftique y jouiroient de la penfion accordée par
la Pragmatique. On mande de Civita - Vecchia
qu'on y attend de Portugal quatre - vingt - deux de
ces Religieux.
Du 30.
Le Cardinal Antonelli , Secrétaire des Brefs
fut attaqué fubitement , le 24 de ce mois , d'une
inflammation aux entrailles , & mourut le foir."
Cette mort fait vaquer dans le Sacré Collège un
feptième chapeau , y compris celui qui eft réſervé
à la nomination du Roi de Portugal.
De Venife , le 4 juillet 1767 .
Le Baron de Traverse , Lieutenant-Général au
fervice de France , ayant été compromis dans une
malheureufe affaire arrivée le 31 août 1766 , dans
le village de Tancils , au pays des Grifons , & ou
il étoit resté trois hommes fur la place , il s'étoit
répandu , à cette occafion , des bruits injurieux à
cet Officier général ; mais ils ont été entièrement
détruits en vertu d'un jugement qu'ont rendu les-
Juges du lieu , d'après les conftitutions de l'Etat ,
qui a ratifié la validité de la procédure . Le Baron
de Traverſe s'eft rendu en France pour y faire fa
cour au Roi.
De Livourne , le 12 feptembre 1767.
On mande d'Ajaccio , en Corfe , que les troupes
françoifes ayant évacué cette ville & la citadelle
pour les remettre au Commandant des troupes
de la République de Gênes , celui- ci s'en excufa ,
1
212 MERCURE
DE FRANCE
.
fous prétexte qu'il n'avoit point affez de forces pour
occuper & défendre la place. Sur ce refus le Commandant
François abandonna la ville au Magiſtrat
qui la remit aux Corfes ; le Commandant de
ceux- ci déclara qu'il la tiendroit , ainfi que la
citadelle , au nom de la France , auffi long- temps
que les troupes de cette Couronne occuperoient lá
Baſtie & Saint Fiorent . De fon côté le Magiftrat ,
pour juftifier la conduite , a fait inférer dans les
actes de la ville qu'il n'avoit pu recourir à la force
en faveur de la République , 1 ° . parce que les
Corfes euffent ruiné les campagnes voifines &
bombardé la ville ; 2 ° . parce que les habitans ne
fe croyoient point obligés de facrifier , de propos
délibéré , leur vie & leurs biens ; 3 °. parce que ,
quand même ils eutfent pris ce parti , la République
n'en auroit retiré aucun avantage , attendu
que les forces de la nation Corfe étoient de beaucoup
fupérieures aux leurs ; qu'ainfi le Magiſtrat
efpère que la République ne déſapprouvera pas fa
démarche.
Le Général Paoli & fes partiſans prennent tous
les moyens propres à mettre le pays en état de ſe
fouftraire entièrement à la domination de la République
de Gênes.
De Gênes , le 27 juillet 1767 .
On eft informé ici que les Jéfuites expulfés
d'Espagne ont débarqué à Calvi & au bourg dé
l'Algaivla le 16 & le 17 , & que les Corfes fe font
rendus maîtres du fort de ce bourg auffi - tôt que
les troupes françoifes l'ont eu évacué . Des nouvelles
poftérieures portent que les habitans de
Calvi , de concert avec les Corſes , avoient fait
entrer dans la ville des armes cachées dans des
DECEMBRE 1767. 213
fafcines & dans des facs : leur projet étoit de fe
mettre en état de s'oppofer à la defcente des
Gênois lorfque les troupes françoiſes ſe ſeroient
embarquées ; mais ce complot ayant été découvert
, Le Commandant a fait faifir les armes &
arrêter fept des principaux habitans ,
Du premier août.
Une feloque armée , venant d'Ajaccio , a informé
le gouvernement que les troupes françoiles
attendoient les ordres du Comte de Marbeuf pour
évacuer la place , & qu'une de nos galères fe
trouvoit dans le port avec une centaine de foldats
deftinés à remplacer ces troupes. On a appris
par la même voie , que les Jéluites étoient encore
à bord des bâtimens Eſpagnols .
Une de nos Galères arrivées de Calvi a rapporté
que les troupes françoiſes , après avoir remis cette
place aux troupes de la République , s'étoient embarquées
fur les bâtimens de tranfport Espagnols,
De Turin , le 22 août 1767 .
La Princelle Marie- Louife- Gabrielle , feconde
fille du Roi , eft morte ce matin à Quiers , dans
le monaftère de Saint André , après une maladie
qui n'a duré que deux jours. Cette Princeffe étoit
âgée de trente - huit ans , quatre mois , vingthuit
jours , étant née le 25 mars 1729. Elle s'étoit
retirée au monastère de Saint André il y a environ
deux ans , & elle eft morte dans les fentimens
de la plus grande piété & de la résignation
la plus exemplaire ,
2 14. MERCURE DE FRANCE.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
De Compiegne , le 22 juillet 1767.
Le Roi a donné l'Abbaye Royale de Fervacques ,
à Saint - Quentin , Ordre de Cîteaux , Diocèle de
Noyon , vacante par la mort de la Dame de
Ligny , à la Dame de Mouriez , Religieufe profelle
de cette même Abbaye.
Hier Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné le contrat de mariage du Vicomte de Talaru
, premier Maître d'Hôtel de la Reine , en
furvivance , avec Demoiſelle de Becdelievre - Cany ,
Le Duc d'Yorck , frère du Roi d'Angleterre ,
eft arrivé ici & a été préſenté , le 19 de ce mois ,
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale , fous le
nom de Comte d'Witer.
Les régimens d'infanterie françoile de Normandie
, Bourbonnois , Guyenne , Aquitaine ,
Royal- Vaiffeaux & la Sarre , & ceux d'infanterie
Suille de Waldner , Diesback , Courten & Eptingen
avoient eu ordre de fe rendre , vers la fin
du mois dernier , au camp près de Soillons ; le
Roi ayant réglé que ces régimens formeroient
trois camps fucceffifs dans la plaine de Royal-
Lieu près de cette ville. Il a été ordonné aux
régimens Suiffes , commandés par le Comte de
Waldner , Lieutenant Général & grand'croix de
l'Ordre du Mérite Militaire , de s'y rendre le 17
de ce mois ; Sa Majeſté a paflé ces huit bataillons
en revue le 19 , & leur a fait faire , en fa préfence
, le maniement des armes & différentes
DECEMBRE 1767. 215
manoeuvres prefcrites par les ordonnances : Elle
a paru fatisfaite de la précifion avec laquelle ces
manoeuvres ont été exécutées .
Du 25.
Le 21 la Marquife de Poyanne fut préfentée
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale par la
Comtelle de Noailles .
Du 29.
Les régimens d'infanterie de Normandie , Aquitaine
, Royal-Vaiffeaux , formant la première
divifion des troupes que commande le Marquis
de Ségur , Lieutenant - Général des Armées du
Roi , & Chevalier des Ordres de Sa Majefté
ayant fous lui le Comte de Puyfegur , Maréchal
de Camp , font arrivés le 24 de ce mois au
camp de Royal - Lieu , près de cette ville. Le 26
le Roi fit la revue de ces troupes , qui défilèrent
devant Sa Majefté après avoir fait , en fa préfence
, le maniement des armes & différentes
manoeuvres. Sa Majefté a paru fatisfaite de la
précifion avec laquelle les commandemens prefcrits
ont été exécutés .
Avant- hier l'Evêque d'Autun a prêté ferment ,
en cette qualité , entre les mains du Roi. L'Archevêque
d'Embrun & les Evêques du Mans &
de Dol , en Bretagne , avoient prêté le même
ferment le 6 à Verſailles .
Du S août.
Le Roi a fait , le 2 de ce mois , la revue de
la feconde divifion , compofée des régimens de
216 MERCURE DE FRANCE.
aux
Bourbonnois , de Guyenne & de la Sarre ,
ordres du Marquis de Ségur. Sa Majesté a marqué
fa fatisfaction de la manière dont ces régimens
ont manoeuvré & défilé devant Elle . Čes
troupes étant rentrées dans leur camp , Sa Majesté
en a parcouru le front , & s'eft rendue enfuite
dans la tente du Marquis de Ségur , qui a eu
l'honneur de lui donner à fouper.
Sa Majefté Catholique ayant envoyé à Monfeigneur
le Comte de Provence le Collier de l'Ordre
de la Toifon d'or , ce Prince l'a reçu des
mains du Roi , avec les cérémonies accoutumées ,
dans l'appartement de Sa Majefté , le 2 de ce
mois. Monfeigneur le Dauphin , le Duc d'Orléans ,
le Duc de Penthievre , & les autres Chevaliers du
même Ordre ont affifté à cette cérémonie , à
Jaquelle Sa Majesté les avoit fait inviter. Monfeigneur
le Dauphin a été nommé par le Roi pour
faire , en cette circonftance , les fonctions de
parrein de Monfeigneur le Comte de Provence.
Sa Majesté a nommé Gentilshommes de la
Manche de Monfeigneur le Dauphin , de Monfeigneur
le Comte de Provence & de Monſeigneur
le Comte d'Artois le Chevalier de Monteil ,
Meftre de Camp de Dragons , & le Chevalier de
Villeneuve -Cillart , Lieutenant- Colonel des Grenadiers
- Royaux .
Du 12.
Le régiment des Carabiniers de Monſeigneur
le Comte de Provence , qui s'étoit rendu , le 27
du mois dernier , dans les cantonnemens établis
près de Pont-Saint- Maixence , eft venu camper ,
le de ce mois , fous Compiegne. Il a fait le
8 l'exercice à pied devant Sa Majeſté , & a manoeuvré
le 9 devant Elle , fous le commandement
du
DECEMBRE 1767. 217
du Marquis de Poyanne , Meftre de Camp Lieutenant
de ce Corps , Lieutenant- Général des Armées
du Roi , Chevalier de fes Ordres & Infpecteur
général de la Cavalerie . Ce corps a exécuté
les manoeuvres avec une vivacité & une
précifion dont le Roi a été très fatisfait . Sa Majefté
a fait l'honneur au Marquis de Poyanne de
fouper fous fa tente.
La Vicomteffe de Taiaru a été préſentée le 8 à
Leurs Majeftés & à la Famille Royale par la Marquife
de Talaru.
Du 15.
Avant- hier Madame Victoire s'eft rendue am
Couvent de l'Abbaye Royale de Royal - Lieu & y a
donné le voile à la Dlle du Moutier.
!
Du 26.
Le Roi vient de faire la promotion fuivante
dans fa Marine . Sa Majefté a élevé au grade de
Chef d'Eſcadre le fieur Mercier , le Commandeur
de Glandeves & le fieur de Breugnon Capitaines
de Vaiffeau. Le Chevalier de Vento Defpennes ,
le fieur Marin , le fieur de Venel , le fieur de
Tronjoly , le Chevalier de Brach , le fieur de
Narbonne-Pelet , le fieur . Baraudin , le fieur de
la Poype-Vertrieux , le fieur Bafterot de la Barriere
, le Chevalier de Trefmanes , l'aîné , le
Chevalier de Rays de Breuil , le Comte de
Durfort & le Chevalier d'Oify , Capitaines de
Frégates , ont été faits Capitaines de Vaiffeau. Le
fieur Gravier , le fieur de Longueville , le fieur de
la Croix de Gaujeac , le Chevalier de Retz , le
Chevalier de Keranſtret , le fieur de Champorcin ,
le fieur Montigny de la Violanie , le fieur de Repentigny
, le fieur d'Aubenton , le fieur de Gaba-
K
218 MERCURE DE FRANCE.
ret , le Chevalier de Suffren , le fieur de Brique
ville , le fieur Durand de Sauffe & le fieur de la
Marthonie , Lieutenans de Vaiffeau , ont été faits
Capitaines de Frégates. Trente & un Enfeignes
de Vailleau ont été élevés au grade de Lieutenant
de Vailleau , & quarante- huit Gardes de la Marine
à celui d'Enfeignes de Vaiffeau , & Sa Majefté
a nommé cinquante & un Gardes de la Marine.
Elle a accordé en même temps au Comte de
Sabran , Chef d'Efcadre , une penfion de 1500 liv.
fur l'Ordre de Saint Louis , & diverfes autres
penfions vacantes dans le même Ordre , au ſieur
de Marolles , au ſieur Dabon , au Chevalier Fouquet
, au fieur de la Borde- Noguez & au fieur
de la Jonquiere- Taffanel , Capitaines de Vailleau.
Le Baron de Zurlauben , Colonel du Régiment
des Gardes Suiffes , ayant demandé , en confidération
de fon grand âge , la permiffion de fe
retirer , le Roi la lui a accordée , & a bien voulu
lui conferver le traitement dont il jouiffoit comme
Colonel des Gardes fuilles. Sa Majesté a difpofé
en même temps de fa charge de Colonel de ce
Régiment en faveur du Comte d'Affry , qui en
étoit Lieutenant - Colonel , & qui a été remplacé
par le Baron de Bezenvald , premier Capitaine du
même Régiment. La Compagnie , dont le Baron
de Zurlauben , Colonel , étoit pourvu , a été don
née au Baron de Zurlauben , ſon neveu , Maré
chal de Camp & Capitàine au même Régiment,
Du 29.
Le Roi partira après- demain de cette ville avec
Madame Adelaïde & Mefdames Victoire , Sophie
& Louife , pour ſe rendre au château de la Muette.
Aujourd'hui la Reine eft partie pour Verfailles ,
DECEM BRE 1767. 219
o Monſeigneur le Dauphin fe rendra après - demain
avec Monfeigneur le Comte de Provence
& Monfeigneur le Comte d'Artois.
De Verfailles , le 2 Septembre 1967.
Aujourd'hui le Roi a pris le deuil pour fept
jours à l'occafion de la mort du Prince Frédéric
de Deux- Ponts .
Du S.
Le Roi a accordé au Comte de Noailles , pour
le Prince de Poix , fon fils aîné , le Gouvernement
de cette ville ; le Comte de Noailles en conferve
la furvivance & les fonctions. Le Prince de
Poix a été préſenté le 2 , en fa nouvelle qualité ,
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale.
Du 9.
Avant-hier le Roi a pris le deuil pour quinze
jours à l'occafion de la mort de la Princeffe
Marie- Louife- Gabrielle de Savoie , coufine- germaine
de Sa Majeſté.
Le 6 Leurs Majeftés & la Famille Royale
fignèrent le contrat de mariage du Prince de Poix
avec Dlle de Beauvau , & celui du Comte de
Rieux avec Dile de Saulx.
Le même jour la Ducheffe de la Trémoille ,
accompagnée de la Princelle de Guémené , a fait
fes révérences à Leurs Majeftés à l'occafion de fon
retour des Etats de Bretagne ; & la Comteffe de
Chabot leur a été préſentée , ainfi qu'à la Famille
Royale , par la Princefle de Beauvau ; la Marquile
de Querrieu par la Marquife de Flavacourt ,
& la Comteffe de Polignac par la Marquise de
Polignac.
K ij
220 MERCURE DE FRANCE.
Le 7 les Députés des Etats de Languedoc eurent
audience du Roi . Ils furent prétentés à Sa Majeſté
par le Comte d'Eu , Gouverneur de la Province ,
& par le Comte de Saint Florentin , Miniftre &
Secrétaire d'Etat , & conduits par le fieur de Nantouillet
, Maître des Cérémonies. La députation
étoit compofée , pour le Clergé , de l'Evêque de
Comminges qui porta la parole ; du Comte de
Roquelaure , pour la Nobleffe ; des fieurs Alizon ,
premier Conful de Nifmes , & Brigault , Député
de Pézenas , pour le Tiers - Etat , & du fieur de la
Faye , Syndic général de la Province.
Du 16.
Le Roi a accordé les entrées de fa Chambre
au fieur de Boullongne , Confeiller d'Etat & Intendant
des Finances .
Le 6 la Comteffe du Hautoy a été préſentée
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale par la
Marquife- de Baffompiere .
Le 13 le Chevalier Grey , Ambaſſadeur d'Angleterre
à la Cour d'Efpagne , qui paffe par la
France pour fe rendre à fa deftination , eut une
audience particulière de Leurs Majeftés & de la
Famille Royale , à laquelle il fut conduit par le
fieur la Live de la Briche , Introducteur des Amballadeurs.
Du 23:
Hier Leurs Majeftés , ainfi que Madame
Adelaide & Mefdames Victoire , Sophie & Louife
partirent d'ici pour Choify , d'où elles fe rendront
le 24 à Fontainebleau. Monfeigneur le Dauphin ,
Monfeigneur le Comte de Provence & Monfeigneur
le Comte d'Artois font partis aujourd'hui
pour le rendre auffi à la même ville.
DECEMBRE 1767. 221
Le Roi a accordé au Prince de Guémené la
furvivance de la Compagnie des Gendarmes de
la Garde dont le Prince de Soubife eft pourvu ;
le Chevalier de Luxembourg , qui a obtenu auffi
la furvivance de la Compagnie des Gardes du
Corps que commande le Prince de Tingry , at
prêté ferment , en cette qualité , le 20 de ce mois ,
entre les mains de Sa Majefté , ainfi que le fieur
Sarret de Fabreques , pour la charge de Lieutenant
de Roi de la haute Auvergne.
Le Comte de la Cheze , Lieutenant-Général
& premier fous- Lieutenant de la première Compagnie
des Moufquetaires , ayant été nommé , le-
25 du mois dernier , à la charge de Capitaine-
Lieutenant de la même Compagnie , vacante par
la démiffion du Marquis de Junilhac , Sa Majeſté
l'a reçu & fait reconnoître en cette qualité ,
le 17 de ce mois , à la tête de la Compagnie ,
qui s'eft rendue à Choily pour cet effet.
Le 20 Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné le contrat de mariage d'Anne Léon de Montmorency
, Marquis de Foffeufe , Maréchal de
Camp , ci-devant Menin de feu Monſeigneur le
Dauphin , fils d'Anne - Léon de Montmorency
chefdes noms & armes de fa Maiſon ,. & Chevalier
des Ordres du Roi , avec Anne- Françoile-
Charlotte de Montmorency- Luxembourg.
>
Le même jour la Comteſſe de Rieux a été préfentée
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale
par la Marquife de Rieux , & la Comteffe de
Monteynard par la Coniteffe de Baſchi .
. D'après le compte qui a été rendu au Roi ,
en fon Confeil des Dépêches le 13 de ce mois ,
fur l'adminiftration de la Colonie de Cayenne &
de la Guyanne pendant les années 1763 & 1764
& fur les faits relatifs au fieur Thibault de Chan- ,
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE .
valon , ci - devant Intendant de cette colonie , &
aux nommés de Rique , Secrétaire dudit Thibault
de Chanvalon , & Nermand , commis par
le même pour remplir les fonctions de Procureur
aux biens vacans , Sa Majefté a jugé à propos
de faire expédier des lettres , par lesquelles Eile
ordonne que tous les biens meubles & immeubles
fans aucune exception , appartenans audit fieur
Thibault de Chanvalon & auxdits Nermand & de
Rique , foient , à la pourfuite & diligence du Contrôleur
général des Bons d'Etat du Confeil , mis
en fequeftre pendant le temps & efpace de vingt
années , pour être les revenus defdits biens , les
effets actifs , ou les deniers des ventes qui auroient
été ordonnées des fufdits meubles ou immeubles ,
remis ès mains du fieur Baudard de Vaudefir ,
Tréforier général de nos colonies , pour être ceux
des fujets de Sa Majesté qui auroient des demandes
& répétitions à former contre ledit fieur Thibault
de Chanvalon & lefdits Nermand & de Rique ,
payés , fur les deniers qui feront és mains dudit
fequeftre , de ce qui fe trouvera leur être légitimement
dû ; à l'effet de quoi ils feront tenus de
Jemettre , dans ledit délai de vingt années , à
compter du jour de la publication & de l'enregiftrement
des préfentes au Confeil Supérieur de
-Cayenne , leurs titres , pièces & mémoires ès
mains du fieur Chardon , Maîtres des Requêtes ,
& des fieurs Dagueffeau , Doyen du Confeil ,
Confeiller au Confeil Royal des Dépêches & au
Confeil Royal du Commerce , de Pontcarré de
Viarmes , Confeiller d'Etat ordinaire , de Boifnes
& Ogier , Confeillers d'Etat , Commiffaires du
Confeil , commis à cet effet pour être par eux
procédé à la liquidation defdites créances & indemnités
, & le paiement en être ordonné fur
DECEMBRE 1767. 223
lefdits deniers fequeftrés , ainfi qu'il appartiendra
; voulant Sa Majefté que ledit délai paffé
lefdits Chanvalon , de Rique & Nermand puiflent
fe pourvoir pardevant Elle pour obtenir la mainlevée
du fequeftre , fauf toutefois à leurs créanciers
, après que ladite main- levée aura été ac .
cordée , à former contr'eux , pardevant les Juges
qui en doivent connoître , telles actions & demandes
qu'ils aviſeront , défenſes au contraire.
Sa Majefté ordonne néanmoins que ,
fur les premiers
deniers qui feront remis audit fequeftre , il
fera prélevé une fomme de fix mille livres pour
la fondation d'un fervice annuel & perpétuel en
la principale églife de la ville de Cayenne , pour
le repos des âmes de ceux qui ont péri dans la
Guyanne pendant le cours defdites années mil fept
cens foixante- trois & mil fept cens foixante -quatre:
& qu'en outre fur ce qui pourra revenir audit heur
Thibault de Chanvalon & auxdits Nermand & de
Rique , après l'entier acquittement des condamnations
prononcées contr'eux par lefdits Commiffaires
du Confeil , il fera pris une fomme de cent
mille livres pour être employée , fous les ordres
de l'Intendant dans ladite colonie , à la conſtruction
d'un hôpital pour les , pauvres malades d'icelle.
Le Roi fe referve de pourvoir , pendant la
durée dudit ſequeftre , à la ſubſiſtance & à l'entretien
dudit fieur Thibault de Chanvalon & defdits
Nermand & de Rique. Au moyen des fufdites
difpofitions toutes pourfuites & procédures
commencées en la Juſtice de Cayenne demeurent
éteintes & afſoupies.
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE .
De Fontainebleau , le 30 septembre 1767 .
Le 27 de ce mois le Prélat Giraud , Archevêque
de Damas , Nonce du Pape en France , eut fa
première audience particulière de Leurs Majeftés ,
dans laquelle il remit fes lettres de créance. Il
fut conduit à cette audience , ainfi qu'à celles de
la Famille Royale , par le fieur la Live de la
Briche , Introducteur des Ambaſſadeurs .
Du 7 octobre.
La députation folemnelle du Parlement de
Bordeaux , qui avoit été mandée par le Roi ,
avec ordre de lui apporter la minute de l'arrêté
de cette Cour , du 3 juin dernier , a eté introduite
dans la chambre de Sa Majeſté , le 2 de cè
mois , à huit heures du foir. Les Députés ; au
nombre de fix , ont été préſentés à Sa Majesté par
le fieur Bertin , Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant
le département de la province de Guienne , après
avoir été conduits en la manière accoutumée . Le
Roi les a reçus dans fon fauteuil & leur a dit :
Mon Parlement n'auroit pas dû adopter un
» arrêté tel que celui du 3 juin dernier. Je me
» fuis affez expliqué fur l'objet qui y a fervi de
» prétexte , & je ne veux plus en entendre parler .
» Cet arrêté fe reffent encore de ces erreurs que
>> j'ai profcrites par ma réponſe du 3 mars 1766 ,
& je ne fouffrirai pas que l'on ofe Y donner
» atteinte . Vous allez entendre l'arrêt que je viens
>> de rendre en mon Confeil >>.
Après la lecture faite par le fieur Bertin de
l'arrêt du Confeil , qui caffe & annulle ledit arrêté ,
& ordonne que la minute en fera cancellće , le
DECEMBRE 1767. 225
Roi lui a dit : sc Rayez la minute de l'arrêté , &
» écrivez en marge qu'elle a été rayée de mon
> ordre & en ma préfence , en exécution de mon
» arrêt de ce jour » . Ce qui ayant été exécuté
Sa Majefté , à qui il avoit été rendu compte de
l'arrêt d'enregistrement , fait par fondir Parlement
, de fon édit du mois de juin dernier , por
tant prorogation du fecond vingrieme , dans lequel
arrêt d'enregistrement fe trouve inférée une
difpofition concernant les financiers ; ainsi que
de l'établiffement fait à Bordeaux d'un Bureau de
Police , par deux arrêtés de ladite Cour , dit encore
aux Députés ce qui fuit. « J'ai trouvé trèsmauvais
que dans une addition , totalement
» étrangère à l'arrêt d'enregistrement de mon
>> édit du mois de juin dernier , mon Parlement
» fe foit livré à une déclamation indécente contre
>> une portion de mes fujets , à qui je dois ma
» protection lorfqu'ils rempliffent leurs devoirs ;
», & qu'il n'ait pas craint d'y annoncer des projets
» de réfiſtance dont je ne le crois pas capable.
. >> J'ai fort défapprouvé qu'il ait été établi , à
» perpétuité & fans ma participation , un Bureau
» de Police par des arrêtés de mon Parlement des
14 & 15 novembre 1763. Je lui ordonne de
» m'envoyer incellamment ces arrêtés , & je lui
» défends de leur donner aucune fuite , juſqu'à
» ce que je lui aie fait connoître mes intentions
» à ce fujet. Je veux que , fuivant l'ordre & la
» règle , il ne foit ftatué qu'en la Grand'Chambre
›› de mon Parlemert fur les matières de Police ,
>> dont la connoiffance lui appartient , & non à
> l'affemblée des Chambres.
>>
در
"
» Vous ferez récit à mon Parlement de tout ce
qui vient de fe paffer . Je veux qu'il en foit fait
regiftre & qu'il m'en foit rendu compte. Vous
K v
226 MERCURE DE FRANCE.
>> lui direz , de ma part , que c'eſt en rendant
> avec affiduité , comme il le doit , la juſtice à
» mes , fujets qu'il méritera ma bienveillance ›› .
Le Roi a accordé le s les entrées de fa chambre
au Comte d'Affry , Lieutenant - Général de fes
Armées , & Colonel du Régiment des Gardes
Suilles.
La Princeffe de Poix a été préfentée le 4 à
Leurs Majeftés & à la Famille Royale par la
Ducheffe de Noailles .
Sa Majesté a nommé à la place de Conſeiller
d'Etat Ordinaire , vacante par la mort du fieur
de Fontanieu , le fieur d'Ormeſſon , Confeiller
d'Etat femeftre , qui a été remplacé par le fieur
de Blair de Boilmont , Confeiller d'Etat furnuméraire
; la place de ce dernier a été donnée au
fieur de Sartine , Maître des Requêtes & Lieutenant-
Général de Police.
Du 10.
Demain le Roi prendra le deuil pour onze jours
à l'occafion de la mort du Duc d'Yorck , frère du
Roi d'Angleterre .
Le Roi a accordé le gouvernement d'Huningue,
vacant par la mort du Comte de Guerchy , au
Marquis de Chanvelin , Lieutenant - Général de
fes Armées , grand'croix de l'Ordre de Saint
Louis , Maître de la garderobe de Sa Majeſté ,
& ci-devant fon Amballadeur à la Cour de Turin ;
& le gouvernement de Dieppe , vacant par la
mort du Comte de Mailly , Marquis de Nefle ,
au fieur de Tourville , Maréchal de Camp , Commandant
d'un bataillon dans le Régiment des
Gardes Françoifes.
Sa Majesté a accordé en même temps au Che--
valier d'Abens , Major du Régiment Royal- PoloDECEMBRE
1767. 227
gne , cavalerie , la charge de Meftre de Camp
Commandant du Régiment de Meſtre de Camp
général de la cavalerie , vacante par la promotion
du Marquis d'Ambly au grade de Maréchal de
Camp.
Du 21.
Le Roi a donné l'Abbaye de Saint Sernin ,
Ordre de Saint Benoît , Diocèfe de Rodès , à la
Dame de Gualy , Religieufe à Anduze , Diocèſe
d'Alais ; l'Abbaye de Montfort d'Alençon , Ordre.
de Saint Benoît , Diocèle de Séez , à la Dame
de Wielschâtel de Mardilly , Religieufe de l'Abbaye
de Morienval , Diocèſe de Soiffons ; l'Abbaye
d'Arciffes , Ordre de Saint Benoît , Diocèfe
de Chartres , à la Dame de Margeret , Abbeffe
de Saint Paul de Soiffons , & le Prieuré de la
Salvetat , fous le titre de Saint Pierre , Ordre de
Saint Benoît , Diocèfe de Caftres , réuni à celui
de Lautrec , même Diocèfe , à la Dame de Barral
, Religieufe du Prieuré de Montfleury , Diocèle
de Grenoble.
Le 19 la Marquife d'Hautefeuille a été préfentée
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale par la
Marquife de Flavacourt.
Du 24.
Le Régiment du Roi , cavalerie , traverſa cette
ville le 16 de ce mois , pour fe rendre à Lille , où
il va en garnifon ; & dirigeant la marche vers
Melun , où il devoit coucher ce jour - là , il paffa
au rendez-vous de chaffe du Roi & s'y forma en
bataille . Sa Majefté pafla fur le front de ce Régiment
& témoigna au Duc de Charoft , Meftre
de Camp de ce Corps , fa fatisfaction fur la ma-
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
nière dont il étoit tenu . Monfeigneur le Dauphin
Monfeigneur le Comte de Provence & Monfei
gneur le Comte d'Artois étant venus fe promener
au même endroit , quelques momens après le
départ du Roi , le Régiment fe forma de nouveau
en bataille & défila devant ces Princes
tinuer fa route.
Du 28.
T
pour con-
Leurs Majeftés , ainfi que Madame Adelaïde ,
& Mefdames Victoire , Sophie & Louife , font
parties hier de cette ville pour Choify. Demain
la Reine & Mefdames fe rendront à Verſailles ,
où le Roi n'arrivera que le 30. Aujourd'hui Monfeigneur
le Dauphin , Monfeigneur le Comte de
Provence & Monfeigneur le Comte d'Artois . font
partis d'ici pour aller dîner à Choiſy , & arriver
le même jour à Verſailles .
Le 22 de ce mois le Duc de Montmorency
eut l'honneur d'être préfenté , fous ce nouveau
titre , à Leurs Majeſtés & à la Famille Royale.
Le 25 le Roi s'étant rendu fur la terraffe du
Tibre , où le quartier des Gendarmes de la garde
de fervice étoit affemblé & rangé en bataille , ayant
à fa tête le Maréchal Prince de Soubife , le Prince
de Guéméné & les Officiers fupérieurs , Sa Majefté
, à cheval & accompagnée du Prince de
Condé & du Maréchal d'Eſtrées , reçut le Prince
de Guéméné Capitaine - Lieutenant des Gendarmes
de fa garde en furvivance du Maréchal Prince de
Soubife , & le fit reconnoître par la Compagnie
en cette qualité. Le Maréchal d'Eftrées , à cheval
& l'épée au côté , fit prêter en même temps au
Prince de Guéméné , qui étoit auffi à cheval ,
ferment de fidélité au Roi.
Le Cardinal de Luynes , Archevêque de Sens ,
DECEMBRE 1767. 229.
fait , le 23 de ce mois , la bénédiction de la
quatrième cloche de l'églife royale & paroiffiale
de Saint Louis de cette ville , en préſence du ficur
Meynier , Curé de la paroiffe. Cette cloche a été
nommée par Monfeigneur le Dauphin & Madame
Sophie , Louife- Augufte - Sophie - Philippine- Elitabeth
Juftine.
De Perpignan , le 12 feptembre 1767.
On mande de Paniers qu'il y règne une maladie
épidémique qui fait mourir en peu de jours
les perfonnes qui en font attaquées. Cette maladie
eft une fiévre maligne pourprée : on a remarqué ,
par l'ouverture de deux corps , qu'il ſe ramalle
dans le cerveau & dans le poumon une certaine
quantité de fang caillé auquel on attribue le
transport & la léthargie , qui font les fymptômes
caractéristiques de la maladie. Les Officiers Municipaux
de la ville ont appellé un Médecin étran¬
ger qui , après avoir vilité les perfonnes attaquées
de cette épidémie , a décidé qu'il falloit leur faireplufieurs
faignées dans le commencement , & en
venir enfuite à de fréquentes purgations .
De Paris , le 20 juillet 1767 .
Le Roi ayant accordé au Chevalier de Bouville ,
Maréchal de Camp & Capitaine au Régiment des
Gardes- Françoifes , la permiffion de fe retirer ; Sa
Majefté a nommé à la Compagnie le Comte de
Bar , premier Lieutenant de ce Régiment , avec
rang de Colonel .
DN 24.
L'Abbé de la Chapelle , Cenfeur Royal & Membre
de la Société Royale de Londres , a imaginé ,
230 MERCURE DE FRANCE:
il y a quelque temps , une eſpèce de corfet de
liége qu'il a nommé fcaphandre , & au moyen
duquel on peut fe foutenir fur l'eau , non -feulement
fans crainte d'enfoncer , mais encore en y
confervant un parfait équilibre & le libre ufage de
fes mains. Il avoit déja fait plufieurs épreuves
publiques de cette machine , & il les a répétées ,
le 17 de ce mois , au milieu de la Seine , entre
le Port-à- l'Anglois & les Carrières. Il s'eft jetté
à l'eau tout habillé , avec fon corfet , & on l'a vu
pendant plus d'une heure prendre toutes fortes
de pofitions , boire & manger , charger & décharger
un piftolet , lire & écrire , &c. L'Abbé de la
Chapelle a imaginé auffi une espèce de gant fait
en patte d'oie , au moyen duquel il mage & avance
dans l'eau fuivant la direction qu'il veut. Son
fcaphandre , dont l'ufage peut être d'une grande
utilité, en plufieurs occafions , eft différent , par
fa conftruction , des cafaques de liége qui ont été
ifnaginées & employées il y a long - temps en
France & en Angleterre.
Du 14 août.
La Frégate la Sincere , commandée par le
Comte de Durfort , Capitaine de Frégate , &
dépêché de Safy par le Comte de Breugnon ,
Capitaine de Vaiffeau & Ambaſſadeur du Roi à
Maroc , eft entrée dans le port de Marſeille ,
le 18 du mois dernier , avec foixante-trois efclaves
, de Provence ou des environs , du nombre
de ceux que l'Empereur de Maroc a rendus. Le
Comte de Breugnon a fait voile de Safy , le 24
juin , à bord du vaiffeau l'Union , & a mouillé
au port de Breft , le 20 du mois dernier , avec le
refte des efclaves François , au nombre de cent
DECEMBRE 1767 231
vingt- cinq. On a reçu les détails fuivans fur le
voyage de cet Amballadeur . Etant arrivé à Safy ,
le 26 avril , il en partit le 11 mai pour ſe rendre
à Maroc , accompagné de vingt-fix Officiers ou
Gardes de la Marine , vingt- deux foldats , huit
muficiens & vingt -fix domeftiques , & eſcorté
par le Gouverneur d'Abda & quatre principaux
Officiers de la ville de Safy . Le Comte de Breugnon
reçut tous les honneurs qu'on rend aux Ambaffadeurs
; il fut défrayé pendant la route , &
on lui fournit tous les chevaux néceffaires pour
fa fuite. Lorsqu'il fut arrivé à deux lieues de Maroc,
il expédia un courier à Muley Dris , principal
Miniftre & parent de l'Empereur , pour lui faire
part de fon arrivće ; & , dès le lendemain au
matin , il fe mit en marche pour faire ſon entrée
à Maroc Muley Dris , accompagné de deux des
principaux Alcaides & de trois cens Officiers , alla
au- devant de l'Ambaffadeur , en conféquence de
l'ordre qu'il en avoit reçu de l'Empereur , & fe
mit à la tête du détachement , qui continua fa
route dans le même ordre. A une heure après
midi l'Ambaffadeur mit pied à terre au jardin
du vieux Château , à une demi- lieuë de la ville ,
où il campa avec tout fon monde . Le lendemain
il fit vifite à Muley Dris , à qui , après les complimens
d'ufage , il remit les préfens qui lui
étoient deftinés , & dont ce Miniftre parut trèsfatisfait.
Le même jour , à quatre heures du foir ,
l'Ambaffadeur eut fon audience de l'Empereur au
Mechouar , place où le Prince donne quatre fois
par ſemaine fes audiences publiques à fes fujets.
Le Comte de Breugnon , ayant à ſes côtés le Conful
général de France & les Officiers de fon eſcorte ,
fit fon compliment à l'Empereur & lui préfenta
la lettre du Roi ; le Prince Maure témoigna ,
232 MERCURE DE FRANCE.
de la manière la plus obligeante , le defir qu'il
avoit d'être en paix avec la France , & de la convaincre
de la fincérité de fes fentimens ; il ajouta
qu'il étoit informé de la prife des trois bâtimens :
François dont le Reis Omar s'étoit emparé au
moment même de l'arrivée de l'Ambaflàdeur dans
les Etats de Maroc , mais que cet événement ne
mettroit aucun obſtacle à la conclufion de la paix ;
& que , quand même ces prifes pourroient être
légitimes , il les rendroit avec plaifir au Roi
pour lui marquer fon défintéreſſement . En conféquence
des ordres de l'Empereur , les Capitaines
& deux Officiers de ces trois bâtimens fe rendirent
le 23
à Salé , où ils eurent audience du Prince
Maure , qui leur fit des queſtions relatives à leur
détention , & les renvoya enfuite à l'Ambatfadeur ,
en le faifant affurer qu'on lui rendroit toute la
juftice qu'il pouvoit defirer. Le 26 l'Empereur
nomma l'Alcaide Aly Reis Sala pour aller à
Mamora & à Teruan , avec des ordres précis
pour faire rendre la juftice la plus exacte
& la plus prompte aux Capitines François , &
pour faire châtier ceux des Matelots qui avoient
ufé de violence envers l'équipage des trois bâtimens
; ce qui a été exécuté avec la plus grande
ponctualité. Le 29 le Comte de Breugnon eut
fon audience de congé de l'Empereur & ce
Prince lui donna de nouvelles affurances de la
fatisfaction qu'il avoit de faire fa paix avec la
France. Tous les arricies du traité ayant été arrêtés
le 30 , il fut figné par le Comte de Breugnon
dans la maifon de Muley Dris , qui lui fit quelques
préfens , ainfi qu'aux Officiers qui l'accom
pagnoient. L'Ambaffadeur partit de Maroc le
juin pour retourner à Safy , où il arriva avec foi.
xante-quinze efclaves qui lui avoient été remis :
DECEMBRE 1767. 233
Beux-ci & cent treize autres , qu'on lui renvoya
quelques jours après de Mogador , furent embarqués
fucceffivement fur le vaiffeau l'Union & fur
la Frégate la Sincère. Quant aux trois bâtimens
qui ont été reftitués , & dont deux étoient deftinés
pour l'Amérique , ils n'attendoient que la marée
favorable pour partir de la Manora & continuer
leur route , avec deux des efclaves qui ont été
rendus . On a appris en même temps que l'Em
pereur de Maroc avoit donné des ordres dans les
différentes provinces pour raffembler les troupes
& les faire paffer fur le champ du côté de Mequinez
, où ce Prince doit le rendre pour aller foumettre
les rebelles de cette contrée , qui , depuis
quelques temps , fe font révoltés . L'Empereur ,
ayant tenté vainement de les ramener par la voie
de la douceur , a pris le parti d'y employer celle
des armes.
Du 24.
On vient d'apprendre que le Prince Frédéric de
Deux-Ponts , dont la fanté s'affoiblilloit de jour en
jour , eft mort à Manheim le 15 de ce mois er
trêmement regretté de Leurs Altelles Electorales .
Ce Prince étoit Chevalier de la Toifon d'or ,
grand'Croix de l'Ordre Militaire de Marie- Thé
rèfe , Général , Feld- Maréchal de l'Empire , de
Leurs Majeftés Impériales & Royale , & de toutes
les troupes de l'Electeur Palatin ; Gouverneur des
ville & forterelle de Manheim , Général Feld-
Maréchal des troupes du Cercle du haut Rhin ,
& Colonel de plufieurs Régimens.
Du 28 .
Le 25 de ce mois , jour de Saint Louis , l'Académie
Françoife célébra cette fête dans la chapelle
234 MERCURE DE FRANCE.
du Louvre , où l'Abbé Baffinet , Vicaire général
du Diocèſe de Cahors , prononça le panégyrique
de Saint Louis , après la melle , qui fut chantée
en mufique. La même fête fut célébrée par l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles-Lettres &
celle des Sciences dans l'égliſe des Prêtres de l'Oratoire.
L'Abbé Gayet de Sanfale , Confeiller-
Clerc au Parlement de Paris , prononça le panégyrique
du Saint.
Du 4 Septembre.
L'Abbé Galais , Vicaire de Nauphle - le - vieil ,
Diocèfe de Chartres , a trouvé le moyen de faire
marcher continuellement les horloges des clochers
fans qu'il foit befoin de les remonter : il
employe , pour le principe moteur , l'air extérieur
ou le vent. Les Commiffaires de l'Académie des
Sciences , nominés pour examiner la machine
qu'il a préfentée pour modèle , l'ont trouvée ingénieufe
& propre à être employée avantageufement
dans les horloges où l'on n'aura befoin que d'une
force motrice qui ne foit pas confidérable.
Du 11.
Le 6 de ce mois le Corps de Ville fe rendit
à Verſailles & fut préfenté au Roi par le Comte
de Saint-Florentin , Miniftre & Secrétaire d'Etat ,
& conduit par le Marquis de Dreux , Grand-
Maître des Cérémonies . Les fieurs Vieillard &
Boucher d'Argis , nouveaux Echevins , élus dans
l'aflemblée générale du Corps de Ville , tenue le
17 du mois dernier , prêtèrent le ferment dont
le Comte de Saint- Florentin fit la lecture , ainfi
que du fcrutin , qui fut préfenté à Sa Majefté par
DECEMBRE 1767. 235
le freur Gilbert de Voifin , Avocat du Roi au Châ
telet , & reçu Greffier en chef du Parlement.
Du ii.
Le Marquis de Courtenvaux , qui eft de retour
du voyage qu'il a fait à la mer fur la Frégate
l'Aurore pour faire l'épreuve de quelques horloges
& inftrumens deſtinés à faciliter la détermination
des longitudes , a été préſenté au Roi , le 13 de
ce mois , par le Duc de Duras , premier Gentilhomme
de la Chambre de Sa Majeſté , ainſi que
le fieur Pingré , Chanoine Régulier & ci - devant
Bibliothécaire de Sainte Genevieve , le fieur Melfier
, Aftronome de la Marine , tous deux nommés
par Sa Majefté & par l'Académie des Sciences
pour accompagner le Marquis de Courtenvaux ,
& le fieur le Roi , auteur des horloges marines
dont on a vérifié , dans ce voyage , l'exactitude
& la précifion. Ces Savans ont eu l'honneur de
rendre compte au Roi du fuccès de leurs opérations.
Du 28.
On a appris , par un courier extraordinaire ,
que le Duc d'York , l'aîné des frères du Roi d'Angleterre
, qui , en allant en Italie , étoit tombé
dangereufement malade à Monaco , y eft mort le
17 de ce mois. Il s'appelloit Edouard - Auguſte ,
& étoit né le 25 mars 1733.
LOTERIES.
Le foixante-dix-neuvième tirage de la loterie
de l'hôtel de ville s'eft fait le 24 juillet . Le lot
de cinquante mille livres eft échu au numéro
236 MERCURE DE FRANCE.
1
J
31704 ; celui de vingt mille livres au numéro
31253 , & les deux de dix mille livres aux numéros
30878 & 36079 .
Le quatre - vingtième tirage de la même loterie
s'eft fait le 22 août. Le lot de cinquante mille
livres eft échu au numéro 41725 ; celui de vingt
mille livres au numéro 58250 , & les deux de dix
mille livres aux numéros 44605 & 46866 .
Le quatre - vingt- unième tirage de la même
loterie s'eft fait le 25 feptembre. Le lot de cinquante
mille livres eft échu au numéro 67628 ;
celui de vingt mille livres au numéro 75410 , &
les deux de dix mille livres aux numéros 60223
& 70852.
Le quatre-vingt- deuxième tirage de la même
loterie s'eft fait le 26 octobre. Le lot de cinquante
mille livres eft échu au numéro 82559 ; celui de
vingt mille livres au numéro 83895 , & les deux
de dix mille livres aux numéros 88000 & 90410.'
Le tirage de la loterie de l'Ecole Royale Militaire
s'eft fait les août. Les numéros fortis de
la roue de fortune font 58 , 59 , 16 , 83 , 82 .
Les feptembre on a tiré la même loterie. Les
numéros fortis de la roue de fortune font 81 , 73 ,
77 , 54 , 70.
1
Le S octobre on a tiré la même loterie. Les'
numéros fortis de la roue de fortune font 2
25,642
83 , 27 , 62 .
NAISSANCE.
La Ducheffe de la Trémoille eft accouchée le
11 juillet d'un quatrième fils .
BAPTÊME.
Le 8 feptembre , jour de la Nativité de la '
DECEMBRE 1767. 237
Vierge , après le falut , les cérémonies du baptême
furent fupplées , dans l'égliſe de Saint Louis
à Versailles , au fils du fieur Deflandes de Lancelot,
Commiflaire ordinaire & provincial des Guerres ,
& de la Dame Legros , nourrice de Monteigneur
le Comte de Provence. Cet enfant , âgé de vingtdeux
mois , a eu pour parrein Monseigneur le
Comte de Provence , & pour marreine Madame
Adelaïde , repréfentés par le Duc de la Vaugayon
& la Duchelle de Beauvilliers , & il a été nommé
Louis-Xavier- Pierre -Marie. Le lendemain il fut
préfenté à Monfeigneur le Comte de Provence ,
en préfence de Monfeigneur le Dauphin & de
Monfeigneur le Comte d'Artois , & enfuite à
Madame Adélaïde , en préſence de Meſdames
Victoire , Sophie & Louife .
MARIAGES.
La célébration du mariage du Comte de Poli
gnac , Marquis de Mancini , avec Demoiſelle de
Polaftron , s'eft faite le 7 juillet , dans l'églife
paroiffiale de Saint Sulpice. Le Curé de cette pa
role a donné la bénédiction nuptiale aux nouyeaux
époux.
Louis Philippe - Marc- Antoine de Noailles ,
Prince de Poix , Chevalier de l'Ordre de Malte ,
Gouverneur & Capitaine des Chaffes de Versailles ,
Marly & dépendances , fils du Comte de Noailles ,
Grand d'Efpagne de la première claffe , Lieurenant
-Général des Armées du Roi , Chevalier des
Ordres de Sa Majesté & de la Toifon d'or , grand'-
Croix de l'Ordre de Malte , Gouverneur de Verfailles
, &c. fut marié le 9 feptembre , avec
Anne Louife-Marie de Beauveau , fille unique du
Prince de Beauvau , Grand d'Efpagne de la pre
238 MERCURE DE FRANCE.
1
mière claffe , Prince de l'Empire , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , & Chevalier de
fes Ordres , Capitaine, d'une des Compagnies des
Gardes du Corps , & Commandant pour Sa Majefté
dans la province de Languedoc , & de feu
Marie-Sophie de la Tour- d'Auvergne , Princeffe
de Beauvau. La bénédiction nuptiale leur a été
donnée , dans la Chapelle de l'Hôtel de Molé ,
par l'Archevêque de Narbonne , en préſence du
Curé de Saint Sulpice .
Anne-Léon de Montmorency , Marquis de
Foffeuſe , Maréchal de Camp , Menin de feu
Monſeigneur le Dauphin , fils d'Anne-Léon de
Montmorency, premier Baron de France & premier
Baron Chrétien , chef des noms & armes
de fa Maiſon , Lieutenant- Général des Armées
du Roi , Chevalier de fes Ordres , Chevalier
d'honneur de Madame , Gouverneur des ville &
château de Salins , & de feu Anne - Marie - Barbe
de Ville , née Baronne libre de l'Empire , époufa , le
fix de ce mois , Anne - Françoife- Charlotte de Montmorency-
Luxembourg , fille aînée de feu Anne-
François de Montmorency- Luxembourg , Duc de
Montmorency, Brigadier des Armées du Roi , Colonel
du Régiment deTouraine , & Capitaine d'une
des Compagnies des Gardes du Corps en furviyance
, & de Louiſe- Pauline - Françoiſe de Montmorency-
Luxembourg - de -Tingry , mariée en
feconde nôces à Louis-François de Montmorency ,
Colonel du Régiment de Touraine , Brigadier
des Armées du Roi. La bénédiction nuptiale leur
a été donnée , dans la chapelle de l'hôtel de Luxembourg
, par l'Archevêque de Paris , en préfence
du Curé de Saint Roch ; par ce mariage ,
& avec l'agrément du Roi , le Duché héréditaire
de Montmorency paffe fur la tête du Marquis de
DECEMBRE 1767. 239

Foffeufe , qui , avec la permiffion de Sa Majefté,
a pris le titre de Duc de Montmorency.
MORT S.
Gabrielle Florent de Choifeul- Beaupré , Evêque
de Mende , Doyen des Évêques de France , eft
mort à Mende le 7 juillet , âgé de quatre- vingtdeux
ans , étant né au mois de juin 1685. Il
avoit été nommé en 1716 à l'Evêché de Saint
Papoul & transféré à l'Evêché de Mende au mois
d'octobre 1723. La mort de ce digne Prélat a
pénétré tous les diocèfains de la plus profonde douleur.
La longue réfidence qu'il a pratiquée ' fi
conftamment & avec tant d'édification , au milieu
d'eux , fa douceur , fon affabilité , les établiffemens
utiles qu'il a fondés pour eux , les
charités immenfes qu'il a répandues avec fageffe
& difcernement , en les deftinant principalement
à encourager le travail , enfin l'exemple perfévérant
qu'il a donné de toutes les vertus épilcopales ,
l'avoient rendu l'objet de leur refpect , de leur
amour & de leur vénération. Il a laiffé tout fon
bien aux pauvres de l'hôpital de Mende & aux
nouvelles Converties de fon diocèſe .
Jofeph- Gafpard- Gilbert de Chabannes , Evêque
d'Agen , Abbé commendataire de l'Abbaye Royale
de Valricher , Ordre de Citeaux , diocèle de
Bayonne , & ancien Agent du Clergé , eft mort
dans fon diocèfe , le 26 juillet , âgé de foixantecinq
ans.
Le 27 du même mois l'Abbé de la Richardie ,
ancien grand Archidiacre & Vicaire général du
diocèle de Metz , Abbé commendataire de l'Abbaye
de Saint Clement de la même ville , Ordre
240 MERCURE DE FRANCE.
1
de Saint Benoît , Congrégation de Saint Vannes ,
eft mort à Metz , âgé de loixante douze ans .
Dom Delrue , grand Prieur de l'Abbaye Royale
de Saint Denis , & ci -devant Général de la Congrégation
de Saint Maur , eft mort dans ladite
Abbaye , le premier août , dans la foixante- onzième
année de fon âge.
Guy d'Hilledin , ancien Vifiteur général des
Carmelites de France , Abbé , commendataire de
l'Abbaye Royale de Belval , Ordre de Prémontrés ,
diocèfe de Rennes , eft mort ici le 3 août , âgé
de quatre- vingt ans.
Louis Gougenot , Confeiller au grand Confeil ,
Abbé commendataire de Chezal - Benoît , & Prieur
de Maintenay , honoraire affocié libre de l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture , eft mort
à Paris , le 24 feptembre , dans la quarante-neuvième
année de fon âge.
L'Abbé Berthier , grand Vicaire du diocèſe de
Touloufe , & Abbé de Saint Sevère , cap de Gafcogne
, Ordre de Saint Benoît , diocèfè d'Aire ,
mourut aux eaux de Barrege , le 23 ſeptembre. ,
âgé de foixante ans .
L'Abbé Dumont , grand Vicaire du diocèfe de
Bayeux , & Abbé de l'Abbaye Royale de Champagne
, Ordre de Cîteaux , Diocèfe du Mans , eft
mort à Bayeux , le 10 octobre , dans la cinquante-
1fixième année de fon âge .
Charles Godefroi - Louis de la Tour-d'Auvergne
, Chevalier de Bouillon , fils de Godefroi-
Henry de la Tour- d'Auvergne , Prince de Turenne ,
& de Louife Henriette - Gabrielle de Lorraine
Princeffe de Turenne , eft mort au château de
Navarre près Evreux , le 23 octobre , âgé de dixhuit
ans .
2
Louis , Comte de Mailly , Marquis de Neſle
&
DECEMBRE 1767. 241
>
& de Mailly en Boulonnois , Chevalier des Ordres
du Roi , Lieutenant- Général de fes Armées , Gouverneur
des ville & château de Dieppe & Arcq
premier Ecuyer de feu Madame la Dauphine , &
ci-devant Commandant de la Gendarmerie , eſt
mort à Paris , le 7 feptembre , âgé de foixantedix
ans .
Jean Hermant , Baron de Dieskau , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , Commandeur de
l'Ordre Royal du Mérite Militaire , eft mort à
Surefne , le 8 feptembre , des fuites des bleffures
qu'il avoit reçues en 1755 en Canada , où il commandoit
en chef les troupes du Roi . Il étoit âgé
d'environ foixante - cinq ans.
François - Louis de Salignac , Marquis de la
Mothe- Fenelon , Lieutenant- Général des Armées
du Roi , & ci-devant Gouverneur & Lieutenant-
Général des Ifles du Vent en Amérique , eft mort,
le 1 octobre , au château d'Achères , près Toury,
âgé de quarante-cinq ans.
François de Fitz de Coffé d'Oifelay , Maréchal
de Camp , & ci - devant premier Aide- Major des
Gendarmes de la Garde , eft mort le 31 août ,
dans fa terre de Courtry , âgé de quatre- vingtdeux
ans .
Sébastien de Poilvillain , Marquis de Crenay ,
& Comte de Montaigu , Maréchal de Camp &
Commandant de Grandville , eft mort , le 7 juil
let , dans fes terres en Normandie , âgé de
tre- vingt-un ans : il avoit été Maréchal général
des Logis de la cavalerie pendant les campagnes
de 1743 & 1744 .
qua-
Adolphe- Charles de Rommilley , Marquis de
la Chefnelaye , Brigadier des Armées du Roi , &
Gouverneur des ville & château de Fougère , eft
L
242 MERCURE DE FRANCE .
mort ici , le 8 juillet , dans la quatre vingt - deuxième
année de fon age.
Le Comte de Luberfac- Livron , Maréchal de
Camp , & ancien fous-Lieutenant des Chevaux-
Légers , eft mort à Paris le premier octobre.
André-Jofeph de Caderoutle , Marquis d'Ancezune
, Maréchal de Camp , eſt mort a Paris , le
17 octobre , dans la foixante douzième année de
Lon âge.
Armand- Louis-Jofeph Foucault de Saint Germain
Beaupré , Chevalier grand Croix de l'Ordre
de Saint- Jean de Jérufalem , ci -devant Miniftre
de fon Ordre aux Pays Bas , Commandeur de
Beauvoir-lès- Abbeville , Grand Prieur d'Aquitaine,
& Doyen des Brigadiers des Armées du Roi , eft
mort à Paris , le 13 octobre , dans la quatreyingt
huitième année de fon âge.
Le fieur de Guyonnet , Brigadier & Lieutenant
de Roi du château de Vincennes , mourut en ce
château , le 3 octobre , dans la foixante - dix (eprième
année de fon âge.
Paul- Efprit Feydeau , Marquis de Breu , Doyen
du Confeil d'Etat , & ci devant Garde des Sceaux
de France , eft mort à Paris , le 3 août , dans la
quatre -vingt-cinquième année de fon áge . Il avoit
été reçu Confeiller au Parlement le 18 mars 1705,
Maître des Requêtes le 12 février 1710 ; il avoit
été nommé Intendant d'Alençon quelque temps
après ; Intendant de Bretagne en 1721 ; Confeiller
d'Etat en 1722 ' ; Intendant d'Alface en 1728 ;
Intendant des Armées en Allemagne en 1740 &
1741; Intendant de Paris en 1742 ; Confeiller
au Confeil Royal en novembre 1744 ; le Rai
l'avoit nommé Garde des Sceaux de France le
remier octobre 1762 , & il les avoit remis à
DECEMBRE 1767. 243
Sa Majesté au mois d'octobre 1763 , après avoir
dans cette occafion de nouvelles preuves de
reçu
la fatisfaction que Sa Majefté avoit de fes fervices
, les honneurs de cette dignité lui ayant été
confervés. Il avoit juftifié dans toutes les places .
la confiance dont le Roi l'avoit honoré.
·
Gafpard Moyfe de Fontanieu , Marquis de
Fiennes , Confeiller d'Etat ordinaire , Intendant
& Contrôleur général des meubles de la couronne
eſt mort à Paris , le 26 feptembre , dans la foixante-
quatorzième année de fon âge.
Le fieur Bernard de Balainvilliers , Intendant
d'Auvergne , Secrétaire- Greffier de l'Ordre Royal
& Militaire de Saint Louis , eft mort à Riom de
la petite vérole le 19 octobre.
Le fieur Blondel d'Aubers , Premier Préfident
du Parlement de Flandres , eft mort fur la fin
d'Octobre à Douay.
Louis- Pierre d'Hozier , Juge d'Armes de la
Nobleffe de France , Confeiller du Roi en fes
Confeils , Maître ordinaire en fa Chambre des
Comptes , eft mort à Paris , le 24 feptembre ,
dans la quatre- vingt- deuxième année de fon âge.
Léon Menard , de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles- Lettres , eft mort à Paris , le
premier actobre , âgé de foixante & un ans.
Louife de Guilhem de Clermont Lodeve , Abbeffe
de l'Abbaye de Saint- Sernin du Monaſtère ,
Ordre de Saint Benoît , Diocèfe de Rodès , eft
morte dans fon Abbaye , le 3 ſeptembre , âgée
de quatre- vingt - huit ans.
Elifabeth Louife de Boullongne , époufe de
Paul Galuccio , Marquis de l'Hôpital , premier
Ecuyer de Madame Adelaide , Chevalier des
Ordres du Roi , Lieutenant- Général de fes Armées
, &c. & l'une des Dames de Madame Ade-
Lii
244 MERCURE DE FRANCE.
laïde , eft morre en fon château de Châteauneuffur-
Cher , en Berry , le 15 octobre , âgée de
quarante fix ans .
Françoife de Mailly , veuve de Scipion- Sidoine-
Apollinaire-Armand , Vicomte de Polignac , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , Gouverneur
de la ville du Puy , & Commandant de la province
de Velay, eft morte à Pantin , le 26 octobre ,
dans la foixante-douzième année de fon âge.
Hilaire -Urfule de Thieriault , veuve de Louis-
François de Boufchet , Comte de Sourches ,
Seigneur de la Ronce , Lieutenant- Général des
Armées du Roi , eft morte en cette ville le 26
octobre , dans la foixante- dix- feptième année de
fon âge .
Les ancêtres de la Comteffe de Sourches , dont
le nom s'éteint en fa perfonne , tiroient leur origine
de la province de Bretagne , & du château
du même nom , fitué près de la vile de Quimpercorentin.
La Colombière , dans fon Théâtre d'honneur
& de chevalerie , imprimé en 1648 , en
décrivant le fameux carouzel qui fut fait près
de Saumur par René , Duc d'Anjou , Roi de Naples
& de Sicile , place au nombre des affaillans
Jean & François de Thierfault; & le P. Maimbourg,
dans fon Hiftoire de la ligue , met ce nom au
rang des plus diftingués qui contribuèrent au
repos & à la liberté de Paris .
Pierre de Thierfault , quatrième ayeul de la
Comtelle de Sourches , quitta la Bretagne en
1491 , pour fuivre Anne de Bretagne . Après la
mort de cette Reine , s'étant retiré à Ougues en
Mulcien , Louis XII lui fit l'honneur de venir en
fa maifon , d'y coucher , & lui accorda d'ajouter
un tiercelet d'or fur un champ d'azur qu'il portoit
pour armes couronné d'or fur la tête , & trois épis
aufli d'or en fon bec.
DECEMBRE 1767. 245:
"
Anne de Biaudos de Cafteja , fille de feu Jean.
Biaudos , Marquis de Cafteja , Commandeur de
l'Ordre de Saint Louis , Gouverneur des ville &
pays de Toul & Toulois , veuve de Louis , Marquis
de Prie , Brigadier des Armées du Roi
Chevalier de fes Ordres , Lieutenant - Général du
Languedoc , Gouverneur de Bourbon- Lancy , ctdevant
Ambaffadeur Extraordinaire auprès du Roi
de Sardaigne , & l'un des quatre Barons qui furent
en ôtage pour la Sainte Ampoule au facre du Roi
en 1722 , eft morte à Paris , le 19 feptembre ,
âgée de quatre - vingt -quatre ans .
Louife de Bournel , époule du Marquis de Mouf
tier , Maréchal de Camp , eft morte à Paris , le
10 juillet , âgée de cinquante - deux ans .
- ·
Marie Anne Henriette Pivart de Chatulé ,
époufe du Marquis de Beauharnois de Beauville ,
Chefd'Efcadre des Armées Navales , & ci- devant
Gouverneur général des Illes fous le Vent de l'Amérique
, eft morte à Paris , les octobre , daus
la quarante- quatrième année de fon âge.
Magdelaine - Charlotte - Léontine - Guillelmine
de Vintimille , époufe d'Aymard Jean de Nicolaï ,
Chevalier , Con eiller du Roi en fon Confeil d'Etat
, & Premier Préfident de la Ghambre des
Comptes de Paris , elt morte en cette capitale ,
le 13 août , dans la cinquante-troifième année
de fon âge.
On mande d'Uzès que la Dame Dupin , qui
demeuroit. dans fa terre du même nom , y eft
morte dans la cent-unième année de fon âge,
SERVICE.
On célébra , le premier feptembre , dans l'églife
de l'Abbaye Royale de Saint Denis , le fervice
Liij
246 MERCURE DE FRANCE .
annuel fondé pour le repos de l'âne de Louis XIV.
L'Evêque de Saint- Malo officia à cette cérémonie ,
à laquelle le Duc de Penthiévre & le Prince de
Lamballe affistèrent.
CÉRÉMONIE ET POMPE FUNEBRE.
Le 3 feptembre on célébra , par ordre du
Roi , dans l'églife Métropolitaine de Notre Dame,
un fervice folemnel pour le repos de l'âme de
feu Madame la Dauphine. Le deuil étoit conduit
par Madame Adelaide , & Mefdames Victoire
& Sophie , accompagnées de Monfeigneur le
Dauphin , de Monfeigneur le Comte de Provence
& de Monfeigneur le Comte d'Artois. L'Archevêque
de Paris officia à la grand'meffe qui
fut chantée à grande fymphonie , & l'Evêque de
Lavaur prononça l'oraifon funèbre de Madame la
Dauphine. Le Chapitre de l'églife de Paris affifta
à cette cérémonie , ainfi que le Parlement , la
Chambre des Comptes , la Cour des Aides , l'Univerfité
& le Corps de Ville. Toute l'enceinte
intérieure de la nef étoit tendue de noir jufqu'à
la voûte , avec les arnies & les chiffres de Madame
la Dauphine. Le maufolée , qui formoit
un paralléllograme fur lequel s'élevoit une pyramide
, étoit placé à l'entrée du choeur & orné
de deux principales figures fymboliques & de plu
fieurs autres , figures en bas - relief. L'enceinte du
choeur , décorée de vingt-deux pilaftres d'ordre
Ionique , étoit ornée auffi de plufieurs figures fymboliques
en bas - relief , avec les armes de Madame
la Dauphine. Le fanctuaire étoit ſéparé par
une balustrade élevée fur trois degrés , & l'autel
étoit furmonté d'un dais dont les ridaux étoient
retroullés par des cordons à glands d'or . Cette
DECEMBRE 1767. 247
pompe funèbre a été ordonnée , de la part de Sa
Majefté , par le Duc de Duras , Pair de France ,
premier Gentilhomme de la Chambre du Rois
& conduite par le fieur Papillon de la Ferté , Intendant
& Contrôleur Général de l'argenterie
menus plaifirs & affaires de Sa Majeſté , ſur le
deffein de Mic . Ange Challe , peintre ordinaire
du Roi , & deffinateur de fa chambre & de fon
cabinet.
AVIS DIVERS.
APPROBATION de MM. de l'Académie
Royale des Sciences .
Extrait des regiftres de l'Académie Royale des
Sciences.
MESSIEURS de Lalande & Jeaurat , qui
avoient été nommés pour examiner une nouvelle
manière de travailler le toupet des perruques
propofée par le fieur Chaumont , Perruquier
, en ayant fait leur rapport , & fait voir
plufieurs delleins de têtes toutes coeffées de diverfes
manières faites de fa main avec toute
l'entente & toute la correction poffible ; l'académie
a jugé que la pratique du fieur Chaumont ,
par laquelle il parvient à diminuer l'épailleur des
perruques , à en faire approcher les bords trèsprès
de la peau , & à y placer les cheveux fur
le front d'une manière allez femblable à celle dont
ils fortent naturellement de la tête , ne pouvoit
que tendre à la perfection de fon art ; qu'elle
Liv
248 MERCURE DE FRANCE.
marquoit en lui du talent & de l'intelligence ,
& qu'en attendant que des expériences multipliées
eulent juftifié fes effais & apprecié fon
invention , elle ne pouvoit lui refufer fon approbation
& les encouragemens qu'elle a coutume
d'accorder à toutes les tentatives raifonnées
qui ont pour but la perfection des art utiles :
en foi de quoi j'ai figné le préfent certificat . A
Paris le premier mars 1767. Signé , Granjean
de Fouchy , Secrétaire perpétuel de l'académie
royale des fciences .
La demeure du fieur Chaumont eft au mont
Véfuve , rue des Poulies - Saint Honoré , à Paris .
Le feur Valade , auteur du béchique fouverain ,
ou fyrop pectoral , approuvé par brévet du 24
août 1750 , pour les maladies de poitrine , comme
rhume , toux invétérées , oppreffion , foiblefle de
poitrine , & afthme humide , rend grâces au public
de la confiance marquée qu'il a en lui au fujet
de fon béchique ; il efpère qu'il en aura autant
pour fon élixir anti- aploplectique , ftomachique ,
carminatif , nommé Azot , quant il en aura fait
d'aufli heureufes épreuves pour les maladies d'ef
tomach , qu'il en a fait de fon béchique pour
celles de poitrine ; d'autant plus que cet élixir
ayant un parfum & un goût agréables , fe prend
avec plaifir. Son béchique , entant que balfami .
que , a la propriété de fondre & d'atténuer les
humeurs engorgées dans le pounion , d'adoucir
l'acrimonie de la limphe ; & comme parfait reftaurant
, il rétablit les forces abattues , rappelle
peu à peu l'appétit & le fommeil , produit , en un
des effets fi rapides dans les maladies
énoncées , qu'une bouteille taxée à 6 livres , fcéllée
de fon cachet , & toujours étiquetée de fa main ,
mot ,
DECEMBRE 1767. 249
7
fuffit pour en faire éprouver toute l'efficacité avec
fuccès. La bouteille de fon azot , fcellée & étiquetée
, ainfi que fon béchique , eft de 3 liv.
On ne trouve plus de béchique chez la Dame
veuve Mouton , attendu qu'étant fur le point de
quitter , elle s'en eft démite pour faire connoître
l'auteur , en l'indiquant aux perfonnes qui s'adreflent
journellement chez elle pour en avoir.
Si l'auteur donne fon adreffe au Temple , c'est
qu'il s'y trouve établi depuis long- temps , &
qu'il n'a pas de privilége pour fes liqueurs ; s'it
a mis fon béchique , avec fon azot , chez le fieur
Rouffel , c'eft qu'étant d'une probité reconnue
il a toute confiance en lui , & que la commodité
publique s'y trouve jointe . L'un & l'autre fe débite
chez le fieur Rouffel , Epicier- Droguifte , dans
F'Abbaye Saint Germain- des- Prés , à côté de la
fontaine , en entrant par la rue Sainte Marguerite
, & chez l'auteur , qui continue à donner fon
azot , & fes liqueurs fines & étrangères , à l'eflai .
Sa demeure et au temple , en entrant à gauche ,
la dernière allée du bâtiment neuf avant la
boutique du Boulanger , vis - à - vis le fieur Forget,
Serrurier à Paris . L'on voit fur fa croifée , ( Laboratoire
du fieur Valade , liqueurs fines à l'eflai , au
premier , nº. 14 ) . On le trouve tous les jours ,
excepté les dimanches & fêtes ; & en cas d'abcence
, on pourra s'adreffer chez Madame Dautrive
, Marchande d'indiennes , mouffelines , dentelles
, &c . la porte à côté , nº. 15.
"
Les perfonnes qui écriront font priées d'affranchir
les lettres.
L v
250 MERCURE DE FRANCE .
>
Par privilége du Roi.
L'ONGUENT du feu fieur Canet , Officier de la
Reine , connu depuis long temps pour la guérifon
de toutes fortes de plaies , fe diftribue chez
les fieurs Gouffet , maifon dudit feu fieur Canet ,
rue Balle , près la Petite Place , à Verſailles; Butti,
à l'hôtel de la Rochefoucaud , rue de Seine , fauxbourg
faint Germain , à Paris ; Nouvelet , Marchand
Commiffionnaire , à Sedan ; Le Griel , Armateur
à Honfleur ; Guillauraux de l'Epine ,
chez M. Brachigny , rue Grand- Pont , à Rouen ;
Dufoleil, Receveur de la loterie de Piété , à Metz ;
de Milly, Caiffier des poftes , à Strasbourg ; Nefmos
, Receveur de la loterie de Piété , à Lyon ;
Henri , l'aîné , Marchand Epicier , fur la grande
place , à Beauvais ; Hubert , Maître en Chirurgie
, à Laval ; Picardas , Receveur des loteries
Auxerre ; Gapenne , Receveur des loteries ,
Châteaudun Evrard , Receveur des loteries ,
Soiffons ; Jean- Charles - Henri la Serre , Négociant
, près la grande horloge de l'Hôtel - de-
Ville , à Aix ; Jean Paris , Négociant , rue Saint-
Laud , à Angers ; Dominique Pefchier, Négociant,
rue de l'Amandier , à Marſeille ; Vivés , Négociant
, vis - à - vis la place de Saint Nicolas , à l'entrée
de la foffe , à Nantes ; Lhuiffier, Négociant ,
grande rue , à Breft ; du Bofcq , Receveur des
Icteries, au Havre ; Tirofquy, Receveur des poftes ,
rue Croix- Baragnon a Touloufe ; Daniel Aillaud
, Libraire , à la Haye , en Hollande ; Jean-
Pierre Coignon , près la Bourfe , à Rotterdam ;
& chez les Dames veuve Seignette & fils , Négocians
fur la grande Rive , à la Rochelle ; veuve Chaffaing
& Paupaille , Négocians , à Orléans ; &
de Lille , fur le Canterkteein , à Bruxelles .
"
à
DECEMBRE 1767. 251
Les propriétés de ce remède font reconnues
depuis long- temps par les cures qu'il a opérées &
qu'il opère journellement , fur tout lorsqu'il eft
adminiftré par les gens de l'art . Pour Pavoir
véritable , & éviter les mauvais effets qui pourroient
réfulter de celui que quelques particuliers
ont voulu contrefaire , on doit le prendre feulement
aux dépôts ci- dellus indiqués.
ELECTUAIRE contre la morve des chevaux.
ON a déja annoncé dans quelques écrits périodiques
, le précieux remède contre la merve
des cheveaux , inventé par M. le Baron de
Sindt , premier Ecuyer de l'Electeur de Cologne.
L'ufage de ce remède , dont la propriété
fut approuvée avec éclat en Allemagne , dans
la dernière guerre , ne s'eft introduit que depuis
peu dans nos campagnes autour de Paris , & les
bons effets qu'il y a produits , méritent qu'on ne
le laiffe ignorer à perfonne .
L'auteur du remède , ne le donne que comme
un préfervatif qui guérit infailliblement de la
maladie morveufe , tous les chevaux fains , à
quelque dégré de contagion qu'ils foient expofés.
Cette propriété du médicament a été conftatée
par une foule d'expériences qui ont toutes été
couronnées du plus grand fuccès ; celle qui , en
particulier , fe fit il y a quelques années à la
Cour de Bonn , par ordre du Roi & fous les
yeux de fon Miniftre , eft de nature à diffiper
tous les doutes . On mit vingt chevaux fains dans
une écurie avec un cheval malade de la morve ;
on avoit adminiftré le préſervatif à dix-huit de
L vj
252 MERCURE DE FRANCE.
ces chevaux , & les deux autres furent exposés à
la contagion fans préfervatif. On eut foin dé
fire manger tous ces chevaux dans la méme
auge , & de les faire boire dans le même fceau
avec le cheval morveux , & on ne négligea rien
pour étendre à tous la communication du venin ;
les dix-huit chevaux préfervés fortirent de l'épreuve
fains & faufs , les deux non préfervés furent atteints
de la morve & en moururent ; ce fait eft
conftaté par un procès - verbal figné par l'Elecreur
de Cologne & par le Miniftre de France ; on
le trouve imprimé dans la gazette du commerce
du mois de février de l'année 1765 ,
11º. 9.
Quand la propriété de ce remède le borneroit
à préferver infailliblement les chevaux de
Toute contagion de morve , il n'en faudroit pas
davantage pour engager tout le monde à fè le
procurer , puifque par - là on feroit alluré de garantir
les chevaux d'une multitude d'accidens que
zoutes les autres précautions rendent inévitables :
mais les mêmes expériences qui ont affuré à ce
remède la propriété de préferver de la morve , ont
prouvé qu'elle en guérilfoit toutes les fois que la
maladie n'étoit pas parvenue à fon dernier période
; c'eſt- à - dire , que fi ce remède eft adminiftré
à un cheval atteint de morve , avant qu'il
fe foit formé un ulcère au poulmon , le cheval
eft infailliblement guéri .
On a fait fur cela une obfervation qui peut
fervir de règle : lorfque le cheval malade conferve
bien fon embonpoint , qu'il a l'oeil vif ,
que fon poil eft luifant & naturellement couché
fur la peau , on peut être alluré que le virus n'a
point encore attaqué les vifcères dangereufement ;
alors le remède le guérira . Si les fignes conDECEMBRE
1767. 253
traires fe manifeftent dans le cheval malade , ce
fera une preuve qu'il y a ulcère dans le poulmon
; & alors le remède ne guérira point , la
maladie ayant fait trop de progrès .
De plus ce remède dont l'effet principal eft
d'épurer la malle du fang , guérit les gourmes &
toutes les maladies du cheval qui font occafionnées
par la mauvaife qualité du fang ; ainfi on ne peut
trop en recommander l'ufage qui eft infiniment
falutaire dans la plupart des maladies des chevaux
.
On a engagé M. le Baron de Sindt à établir
un dépôt de fon remède , à Paris chez M. Giroft ,
rue du Bout- du monde , la deuxième porte cochère
à gauche par la rue Montorgueil . S'adreffer
au fieur Moreaux , qui délivrera le remède qui '
eft dans des pots d'une livre & demi chaque
moyennant la fomme de 15 livres ; & afin que
le public ne foit pas trompé par un électuaire
faux & contrefait , le pot du véritable & feul
avoué par l'auteur , eft cacheté avec une empreinte
particulière , & on aura foin au dépôt de tenir
un registre exact de tous les pots vendus & numérotés.
Voici de quelle manière ce remède doit être
adminiftré ; on prendra avec une efpatule de bois
une portion de l'électuaire de la groffeur d'une '
noix , on l'appliquera à la racine de la langue & le
cheval lavalera fans difficulté. Pour préſerver de
la maladie , on le donne au cheval tous les matins
pendant trois ou quatre jours confécutifs , ' & cela
fuffit pour le mettre à l'abri de la maladie , quand
même il feroit logé dans une écurie infectée avec
plufieurs chevaux morveux : fi cependant l'écurie
eft infectée à un certain degré , le plus fûr eft
de donner de l'électuaire tous les matins au che254
MERCURE DE FRANCE.
val , pendant qu'il habitera ladite écurie . Si l'on
fe propofe de guérir un cheval nouvellenient atteint
de morve , il faudra lui adminiftrer le remède
tous les jours, le matin , à midi & le foir , &
continuer jufqu'à la guérifon parfaite : on reconnoîtra
l'effet du remède à une augmentation condérable
d'écoulement de matière par les nafeaux .
Le cheval malade jettera pendant quelques jours
une matière vifqueufe par les narines ; l'enfure
des glandes entre les ganaches fe diffipera infenfiblement.
La matière qui fortira des nafeaux
deviendra plus fluide & plus blanche , elle fera
quelquefois comme du petit lait , & paroîtra enfin
comme une férofité blanchâtre . Il faut continuer
le remède & ne point fe rebuter juſqu'à ce
que l'écoulement ceffe. Le régime pendant la
cure ſera de retrancher au cheval toute eſpèce
de verd ; il ne faut ni faignée , ni purgation ;
vous lui donnerez du fon avec de la farine d'orge
& fort peu d'avoine , arrofée d'eau , du fein biển
fec , de l'eau blanche avec un peu de miel . Voilà
toute la nourriture du cheval.
La guérifon eft plus ou moins lente ; les uns
font guéris au bout de fix femaines , tel autre en
deux ou trois mois ; cela dépend de la malignité
du virus plus ou moins grande, & de la difpofition
du fang plus ou moins balfamique.
Il eft à obferver que l'ufage de ce remède pour
les chevaux fains ne produit jamais que de bons
effets , il les rend plus alertes & plus vigoureux,
il leur facilite la digeftion ; purifie le fang , & diffout
toutes les férofités des tuyaux pulmonaires.
Comme ce remède eft compofé de miel & que le
miel eft fujet à engendrer des vers dans l'eftomach
des chevaux , pendant qu'ils font ufage de
ce remède , il eft bon tous les huit jours de leur
faire prendre de la poudre fuivante :
DECEMBRE 1767. 255
R. etiops minéral , fix onces .
Cinabre minéral , quatre onces .
Farine de féves , huit onces.
Réduisez le tout en poudre très fine , mêlez
bien enſemble ; prenez une once de cette compoſi -
tion , que vous mêlerez avec une portion d'avoine
& détrempez le tout enſemble avec un peu d'eau .
Donnez cette doſe au cheval pendant deux jours
de fuite toutes les fois que vous lui donnerez fa
portion d'avoine , & vous verrez les vers fortir
morts avec les excrémens.
EAU Vulnéraire d'une nouvelle compofition
, par le fieur PARADIX , ancien
Chirurgien .
Tour le monde connoît les vertus de l'eau
vulnéraire ordinaire , mais elles fe bornent à
peu d'objets ; au lieu que celle ci a une qualité
fupérieure , & des propriétés infiniment plus éten- .
dues & plus fpécifiques , étant compofée de tous
les fimples propres à lui donner le plus grand
degré de perfection , recueillis dans les lieux &
dans la faifon où ils ont le plus de vertu . L'auteur
en ayant fait ufage depuis très-long-temps avec le
plus grand fuccès , a cru devoir la donner au
public .
Cet eau guérit promptement & fans fuppuration
les plaies récentes , en quelques endroits
qu'elles foient , mêmes aux jointures , nerfs ,
tendons & autres parties , avec quelques inftrumens
qu'elles foient faites , tranchans ou meurtrillans
, mêmes d'armes à feu ; ayant foin de ne
pas laiffer fécher les plaies , mais de les fomenainfi
que les environs , de quatre heures en
ter ,
256 MERCURE DE FRANCE .
quatre heures , jour & nuit , & de mettre par
deffus un petit linge fimple , qu'on ne levera que'
rarement pour éviter l'air , en imbibant chaque
fois la compreffe de cette eau , & mettant par; deffus
une feconde compreíle trempée dans de bonne
eau -de - vie .
Elle guérit de même les contufions ou meurtriffures
& extravafions de fang ; & lorfque la
meurtrifure , extravafion ou plaie fera confidérable
, on fura fondre dans l'eau vulnéraire un peu
de camphre.
Elle guérit les rhumatifmes provenans de caufes
froides , ou au moins foulage confidérablement &
généralement toutes les douleurs , en quelques endroits
du corps qu'elles fe falent fentir en étuvant
la partie affligée , après l'avoir échauffée avec
des linges chauds ; elle abforbe & deffeche la pituite
; elle guérit les fluxions & chûtes d'humeurs
far les dents & fur les mâchoires , en fe frottant
de tems en tems la tête & les tempes avec cer
eau . Elle eft pareillement bonne dans les attaques
de nerfs , comme fourmillemens , ftupeurs de
membres , ou difpofition à la paralyfie , qu'elle
prévient en étuvant le membre affligé & même
la tête ; elle guérit encore les duretés même
cancéreufes , pourvu qu'elles foient naillantes &
fans inflammati , en mettant de ladire eau deflus-
& étuvant feulement avec le bout du doigt ; le
gondement du ventre & de la ratte , en étuvant
une fois ou deux par jour , & appliquant fur la -
partie afligée un linge fimple imbibé de cette eau
vulnéraire . On en ufera de même pour les douleurs
& coliques d'eftomach & du bas- ventre
occafionnées par des vents ou venant de cauſes
froides.
Elle guérit promptement les entorfes & extenDECEMBRE
1767. 257
fions de tendons & ligamens , en étuvant fréquemment
la partie affligée.
En un mot , cet eau eft d'un fi grand ſecours
dans les différens accidens qui peuvent arriver ,
qu'il n'y a perfonne qui ne doive prudemment
en porter avec foi , fur- tout en voyage.
>
Manière de s'en fervir pour les plaies.
Après avoir nétoyé la plaie avec du vin tiede
la première fois feulement , pour en ôter le fang
on l'étuvera , ainfi que les environs , avec l'eau
vulnéraire ; après quoi on appliquera deffus la
pluie une compreffe qui en fera bien imbibée , &
on humectera cette comprelle de quatre heures
én quatre heures , jour & nuit , fans la laver , pour
éviter l'air , en mettant toujours par- deflus une
compreffe de bonne eau -de-vie , comme on l'a dit
ci- devant.
Ily a un feul bureau établi pour la diftribution
de cette eau , chez le fieur Derbanne , débitant de
tabac , rue Sainte Anne , Butte Saint Roch , visà
-vis l'Ebéniste du Roi.
Les bouteilles font cachetées ; il y en a à vingt fols
& à quarante fols .
DE par le Roi. Par permiffion de Mgr le Lieutenant
Général de Police , & de MM. de la Faculté
de Médecine de Paris , il eft permis au
fieur Pierre Bocquillon , Marchand Gantier-
Parfumeur , rue Saint Antoine , entre l'églife
Saint Louis des MM. de Sainte Catherine &
la rue Percée , vis - à- vis la rue des Balets ,
la Providence , à Paris , de compoſer & vendre
une liqueur fouveraine nommée le véritable Tréfor
de la bouche , dont le fieur Pierre Bocquillon
eft le feul compofiteur & poffeffeur du
fecret de fa liqueur.
CETTE liqueur eft fi merveilleufe , que l'on
258 MERCURE DE FRANCE.
: peut bien lui donner l'éloge qu'elle mérite & les
effets avantageux qu'elle produit , lui ont fait donner
le nom de thréfor de la bouche, laquelle acquiert
tous les jours de nouvelles preuves, fans équivoque,
de fon efficacité. Ses vertus font au deflus de tout
ce qu'on en peut dire , & l'expérience conftante
qu'on en a par les effets furprenans qu'elle produit
, & dont l'auteur eft approuvé par nombre
de certificats authentiques qu'il a entre les mains.
Cette liqueur ayant la vertu de purger de tout
venin , chancres , abfcès , ulcères , & de tout ce
qui peut contribuer à gâter les dents de la rouille
qui s'y forme par l'âcreté des eaux qui def
cendent du cerveau , qui , en s'y arrêtant corrompent
& engendrent les petits vers qui rongent
& percent les dents , enfuite attaquent
nerfs , ce qui caufe des douleurs très - violentes ;
mais l'ufage de cette liqueur les prévient & les
fait mourir , guérit les maux que l'on fouffre ,
tel violent que foit le mal , & conferve les dents ,
çaoique gâtées.
les
Le prix des bouteilles eft de 10 liv . 5 liv . 3 liv.
& 24 fols.
Manière de fe fervir de cette liqueur fouveraine,
L'ufage eft d'en mettre dans fa bouche plein
une bonne cuillier à caffé , toute pure , le plus
fouvent que l'on pourra. Ceux qui ont des douleurs
violentes en uferont plufieurs fois de faite
jufqu'à ce que la douleur foit diffipée .
Il faut de telle manière qu'on veuille s'en
fervir , avoir attention de ne point mettre ni
eau ni cotton , & s'en fervir de même pour fe
rincer la bouche , vu que l'eau lui fait perdre
fa vertu ; & auffi après s'en êtie fervi de ne point
fe rincer la bouche avec autre choſe .
Les perfonnes curieufes de conferver leurs dents ,
DECEMBRE 1767. 259
doivent en faire ufage tous les jours , fans le rincer
la bouche : cette précaution empêche qu'il
ne leur vienne aucune incommodité .
Il faut laiffer cette liqueur du côté du mal ,
en penchant la tête , & la garder jufqu'à ce
que la liqueur n'ait plus de force , afin de lui
donner le temps de faire fon effet : car autrement
, fi l'on la jettoit tout de fuite , elle n'auroit
point le temps d'emporter le mal.
Dans l'hyver il faut la faire tiédir , parce que la
fraicheur eft capable quelquefois d'exciter la douleur.
Ceux qui font attaqués de ces maux cruels
ou qui ont les dents gâtées , qui leur caufent
les infections qui rendent l'haleine mauvaiſe
doivent en faire ufage jufqu'à ce qu'ils foient
guéris , & que les accidens qui caufent ces infections
foient entierement diffipés : cette précaution
empêche que l'on y ait jamais aucun mal , &
conferve les dents , quoique gâtées.
Elle raffermit les dents ébranlées , fortifie fi
bien les gencives , que celles dont on ne pouvoit
faire ufage pour manger , fervent comme
les autres.
Les perfonnes curieufes de conferver leurs
dents , fur - tout les dames enceintes , doivent en
faire ufage tous les jours , fi elles veulent les préferver
de ces maux , & les avoir toujours ſaines &
bonnes.
Cette liqueur eft gracieufe dans la bouche
ne peut nuire ni au corps , ni à la fanté , quand
même on en avaleroit par inadvertance ou autrement.
L'auteur avertir qu'il met fon nom & nom de
baptême fur l'étiquette des bouteilles , & fur les
bouchons marqués de fon cachet ; la manière de
s'en fervir qu'il donne , eft fignée & paraphće
260 MERCURE DE FRANCE.
de fa main , pour éviter que l'on la contreface ;
& pour le bien public ; & afin que l'on ne puiffe
point le tromper de boutique , il a ſon tableau ſur
fa porte : Pierre Bocquillon.
Ladite liqueur peut le tranfporter fur mer fans
perdre fa force ni fa vertu , fe conferve des an
nées entières , & ne craint point les fortes
gelées .
Le public eft averti qu'il fe vend une eau à
Paris , nommé le thréfor de la bouche , avec des
imprimés contrefaits , qui n'eft point de la qualité
ni de la compofition de l'auteur ; que la feule &
véritable fe vend chez le fieur Pierre Bocquillon ,
Marchand Gantier- Parfumeur , rue Saint Antoine ,
à la Providence , vis- à- vis la rue des Ballets , à
Paris ; il vend auffi de tout ce qui concerne fon
commerce.
PLUSIEURS perfonnes ont paru defirer de pou
voir s'abonner féparément pour les annonces de
deuils de Cour , & pour l'ouvrage intitulé , le
Nécrologe des hommes célèbres de France . Les Intérelés
au bureau royal de correfpondance gćnérale
, dans la vue de fe prêter à tout ce qui
peut être agréable au public , donnent avis qu'ils renouvelleront
les anciens abonnemens , & recevront
les nouveaux pour les feules annonces des deuils ,
& pour le feul Nécrologe , ou pour les deux
enfemble.
:
Le prix de l'abonnement fera toujours pour
Paris Avis des deuils & nécrologe enfemble
6 liv. Avis des deuils féparé , 3 liv . Nécrologe
feul , 3 liv.
Pour la Province , fans affranchir , même prix
que pour Paris , & en affranchitlant , le double .
Les perfonnes qui defireront avoir le nécroDECEMBRE
1767. 261
loge , font priées de vouloir bien ne pas perdre
de temps pour envoyer leur abonnement , ou pour
le faire renouveller , afin que le bureau falle tirer
un nombre fuffifant d'exemplaires de cet ouvrage.
Le bureau des foufcriptions eft toujours au
bureau royal de correfpondance générale , place
des Victoires. Les lettres d'avis , ainfi que l'argent
, y feront adreflés , francs de port , à MM .
Jouve & Compagnie.
MADAME Lejeune , demeurante à Paris , rue
d'Orléans , au Marais , chez M. Belard , Maître
Charron , au petit Hôtel de Cambis , poffède
feule un baume compofé uniquement de fimples
, qui guérit radicalement les hémorroïdes &
rhumatifmes auffi anciens qu'ils puiffent être.
Les effets merveilleux & le nombre de guérifons
que ce beaume a opérés fur bien des perfonnes
de toutes conditions depuis plufieurs
années , prouvent fon efficacité à n'en point
douter.
Madame Lejeune a les certificats d'une infinité
de perfonnes qu'il eft inutile de citer ici ,
pour lui fervir de preuves de la bonté de fon
baume .
262 MERCURE DE FRANCE.
AP PROBATIO N.
J'A1 lu , par ordre de Monſeigneur le Vice-
Chancelier le Mercure du mois de décembre
1767 , & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en
empêcher l'impreffion. A Paris , le 7 décembre
1767.
GUIROY.
TABLE DES ARTICLES.
ARTICLE PREMIER,
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
LETTRE à M. de la Place , en lui annonçant
un manufcrit .
LA Gentillelle & la Beauté réunies . Ode .
LA Brûlure d'Iris. Ode anacréontique,
Pages
7
EPIGRAMME à Mlle de ***. en lui envoyant des
ftras.

AUTRE fur un Maître de Forges.
I
II
AUTRE fur la querelle des anciens & des modernes
.
AUTRE fur un Médifant.
AUTRE à Mlle de ***
teur .
Ibid.
12
fur un portrait de l'au-
13
A M. le Marquis de M... Confeils d'Ami. 14
QUERELLE Bachique.
VERS à un Chevalier de Saint Louis .
A mon Ami , qui m'avoit envoyé des vers.
18
19
20
1
DECEMBRE 1767. 263
LETTRE à l'Auteur du Mercure. Trait d'Amour
paternel. Ibid.
LE Vuide de la Raifon. Ode anacréontique. 22
VERS à M. Sautreau de Marfy , auteur d'un
éloge de Charles V.
Aux Lycurgues modernes.
23
24
LES trois Brus , anecdote hiſtorique & morale. 25
SUITE des chanfons anciennes .
ENIGMES .
LOGOGRYPHES.
53
70
71
CHANSON . Traduction libre d'une Romance Lan-.
guedocienne. 75
ARTICLE II. NOUVELLES LITTERAIRES.
PAR quelles caufes & par quels degrés les loix de
Lycurgue fe font altérées chez les Lacédémoniens
jufqu'à ce qu'elles aient été anéanties . 78
CATALOGUE fyftématique & raiſonné des curiofités
de la nature & de l'art qui compofent le cabinet
de M. Davila.
90
BATILDE , ou l'Héroïfme de l'Amour , anecdote
hiftorique.
ANNONCES de Livres .
93
98 AVIS fur le Journal des Beaux - Arts & des
Sciences.
LETTRE à M. de la Place.
143
149
150
ARTICLE III . SCIENCES ET BELLES LETTRES.
ACADÉMIE S.
ARTICLE IV. BEAUX - ARTS.
ARTS UTILES . CHIRURGIE.
EXTRAIT des ouvrages lus à la féance publique
de l'Académie Royale de Chirurgie .
ARTS AGRÉABLES. MUSIQUE.
ISI
LETTRE à M. Diderot fur le projet de l'unité
و
de clef dans la mufique , & la réforme des
264 MERCURE DE FRANCE .
mefures , propofés par M. l'Abbé la Caffagne ,
dans fes Elémens du Chant.
GRAVUR E.
. ARTICLE V. SPECTACLES .
168
176
OPÉRA. 184
COMÉDIE Françoiſe . 186
COMÉDIE Italienne .
188
CONCERT Spirituel.
191
SUITE de l'article des Spectacles. 192
ARTICLE VI . NOUVELLES POLITIQUES.
De Warfovie , & c. 199
Aris divers.
247
De l'Imprimerie de LOUIS CELLOT, rue Dauphine,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le