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MERCURE
DE FRANCE,
DÉDIÉ AU ROI.
NOVEMBRE 1767.
Diverfité , c'est ma devife. La Fontaine.
COLLHA
J'husin
Mogilio Scalpe
A PARIS,
JORRY , vis- à-vis la Comédie Françoiſe,
PRAULT , quai de Conti.
Chez DUCHESNE , rue Saint Jacques.
CAILLEAU , rue du Foin.
CELLOT , Imprimeur, rue Dauphine.
Avec Approbation & Privilege du Roi,
(
生
BIBLIOPALGA
RECIA
MONACEASTE
AVERTISSEMENT.
LEE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier - Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch à côté du
Sellier du Roi.
,
C'est à lui que l'on prie d'adreffer
francs de port , les paquets & lettres
pour remettre, quant à la partie littéraire
à M. DE LA PLACE , Auteur du Mercure .
Leprix de chaque volume eft de 36fols ;
mais l'on ne payera d'avance , en s'abonnant
, que 24 livres pour feize volumes
à raifon de 30 fols piece.
Les perfonnes de province auxquelles
on enverra le Mercure par la Pofte ,
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront d'autres voies que
la Pofte pour le faire venir , & qui prendront
les frais du port fur leur compte ,
ne paye ont , comme à Paris , qu'à raifon
de 30 fols par volume ,c'eft à- dire , 24 liv.
d'avance , en s'abonnant pourfeize volumes .
A ij
Les Libraires des provinces ou des pays
étrangers , qui voudront faire venir le
Mercure , écriront à l'adreffe ci- deffus.
On Supplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la Pofte , en payant le droit ,
leurs ordres , afin que le paiement en foit
fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affranchis
resteront au rebut .
On prie les perfonnes qui envoient des
Livres , Eftampes & Mufique à annoncer ,
d'en marquer le prix.
Les volumes du nouveau Choix des Pièces
tirées des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouvent auffi au
Bureau du Mercure. Cette collection eft
compofée de cent huit volumes . On en a
fait une Table générale , par laquelle ce
Recueil eft terminé ;; les Journaux ne
fourniffant plus un affez grand nombre de
pièces pour le continuer. Cette Table fe
vend féparément au même Bureau , où
l'on pourra fe procurer deux collections
complettes qui reftent encore.
:
COSTR
MERCURE
DE FRANCE.
NOVEMBRE 1767.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
STANCES fur l'heureux rétabliſſement de
la fanté de fa Sacrée Majefté l'Impératrice
Reine Apoftolique.
COMME
OMMENT faire ceffer les pleurs
Que la Parque nous fait répandre ,
Quand nous gémiffons dans nos coeurs ,
Du deuil que l'on vient de reprendre ?
A iij
MERCURE DE FRANCE.
Non content d'avoir exercé
Les châtimens les plus févères ,
Le Ciel , contre nous couroucé ,
Redouble aujourd'hui nos mifères .
Sans avoir pitié des beaux jours
De notre jeune Impératrice ,
Il vient d'en abréger le cours ,
Pour augmenter notre fupplice.
Pendant ce funefte revers >
Qui caufoit nos juftes alarmes ,
L'Héroïne de l'univers
A nos yeux arrachoit des larmes.
Quand nous avons fu le danger
Qui troubla fon fang dans fes veines ,
De n'avoir pu la foulager ,
Nous vîmes redoubler nos peines.
Les mouvemens d'impreſſion ,
Nés de cette attaque cruelle ,
Font juger de l'affection
Que le François reffent pour elle.
Qu'il eft beau de fe faire aimer !
Puifqu'au faîte du rang fuprême ,
Elle ne fe laiffle charmer ,
Que de l'efpérance qu'on Paime.
NOVEMBRE 1767. 7
Nous ne pouvons trop reſpecter
Son fils que la nature inſpire
A ne chercher qu'à l'imiter ,
Pour le bonheur de fon Empire.
Il nous eft permis d'efpérer ,
Par une union néceſſaire ,
Que le temps faura réparer
La perte qu'ils viennent de faire.
Par M. Duv AUCEL.
A fa Sacrée Majefté l'Impératrice Reine
Apoftolique ; par MM. DE PONCHARAUX
& BARTHELEMY PRETRE , à
Vienne , & DUVAU CEL , à Paris.
QU AND le crayon d'un faible auteur ,
Mais des François le plus fincère , `
De tous a fait parler le coeur
Il a fait ce qu'il a dû faire.
REINE , pour chanter dignement
Votre heureufe convalefcence ,
Si je pouvois , en ce moment
Faire entendre ce que je penſe ;
Si l'ébauche de quelques traits ,
Par une expreffion nouvelle ,
•
A iv
MERCURE DE FRANCE.
Pouvoit égaler vos attraits ,
Les yeux fixés fur mon modèle ,
J'entreprendrois votre tableau
Avec la plus mâle affurance ;
Mais il faut un autre pinceau
Pour trouver votre reffemblance.
Ma plume , qui fuit de mes mains ,
Demande une main plus habile :
On n'a bien chanté les Romains
Que dans le fiècle de Virgile ;
Il manque à la France un Boileau
Pour célébrer une Héroïne ,
Les Corneille font au tombeau ,
Et nous n'avons plus de Racine.
LOUIS a plaint votre malheur ,
C'est tout ce que je puis vous dire 3
Jugez par- là de la douleur
Qu'a reffenti fon vafte Empire ;
Vivez , GRANDE REINE , vivez
Dans la fplendeur de votre gloire ;
Vos jours , qui font déja gravés
Au haut du temple de mémoire ,
Effacent les fons de ma voix.
Pour ceindre un triple diadême ,
Et dicter aux peuples des loix ,
Il n'eft befoin que de vous- même.
Youor York
NOVEMBRE
1767.9
1767. 9
VERS à M. D'EYDIER , d'Aiguemortes ,
étudiant en Rhétorique au Collège de
Nifmes , au fujet de fon ode anacréontique
fur la Pareffe , inférée dans le
Mercure de ſeptembre 1767 .
CHANTRE HANTRE aimable de la Parefe ,
J'admire tes tendres accens .
Aux autels de cette Déeffe ,
Ainfi que toi , je porte mon encens.
L'active Ambition ne tend qu'à tout détruire.
La Pareffe eft fi bonne ! elle ne fait poin : nuire .
Du Plaifir , du Bonheur trace les douces loix ;
Le luth d'Anacréon foupire fous tes doigts ;
L'Amour , qui croit encor voltiger fur les traces ,
Dans tes faciles vers fait couler fes appas :
Bercé par la Molelle , & flatté par les Grâces ,
t Sommeille , mais ne t'endors pas !
Par M. GUICHARD .
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE de M. D'AÇARQ à l'Auteur die
Mercure .
JE yous envoie , Monfieur , traduits en
latin , quelques vers françois que j'ai trouvés
dans le Chef- d'oeuvre d'un inconnu. Le
françois m'a paru affez joli , je fouhaite
que le latin vous paroiffe digne d'occuper
un petit coin dans votre Mercure.
Je fuis , & c .
Un peu de vin dans la tête
Porte l'amour dans le coeur ;
Un tendre amant eft fûr de ſa conquête ,
Quand fa maîtreffe a par bonheur
Un peu de vin dans la tête .
Traduction.
Poftquam jucundo patuerunt guttura Baccho ,
Confeftim Veneri pectora lata patent.
Non anceps tenero victoria ſtabit amanti ,
Dum fua fat largè Lesbia cara bibet.
Aimez , mais d'un amour couvert ,
Qui ne foit jamais fans myſtère ;
Ce n'eft pas l'amour qui vous perd &
C'eft la manière de le faire .
NOVEMBRE 1767. fl
Traduction .
Cautus ama , femperque tegens , quibus ureris ,
ignes ,
Pone modum Veneri ; non nocet ipfa Venus.
Laiffons les contrariétés ,
Et demeurons ce que nous fommes ;
N'apprêtons point à rire aux hommes ,
En nous difant nos vérités .
Traduction .
A dictis noftris pugnantia verba recedant ;
Quod fumus & noftrúm quifque manere velit
Non aliis difcors rifum excutiamus uterque ,
Dum mea mendafonas , dum tua mendafono.
Le 7 août 1767.
A Mefdames les Religieufes de la Maifon
Royale de Saint Louis à Saint Cyr.
SUR LE MONDE ET SUR LA RETRAITE.
LE
E monde eft rempli de caprices ,
De craintes , de trouble & d'effroi ;
On tombe dans des précipices
Quand on s'abandonne à ſa loi :
3
A vj
I 2 MERCURE DE FRANCE.
La fortune , autour de fa roue ,
Entraînant les foibles mortels ,
Laiffe la vertu dans la boue
Et donne au vice des autels.
On ne connoît , dans la retraite ,
Ni remords , ni fâcheux retour ;
C'eft-là qu'une ferveur parfaite
Nous enflamme d'un faint amour.
Au Créateur on rend hommage ,
On lui confacre fes loisirs ,
On eft à l'abri de l'orage ;
Jamais le coeur ne ſe partage ,
Et n'eft rempli de vains defirs .
O vous , que fa lumière épure !
Paffez vos jours à le fervir ;
Je vois , dans votre vie obfcure ,
La palme que Dieu vous affure
Dans le plus heureux avenir.
Par M. DE C ***.
SUR la mort du Roi de Pologne , Duc
de Lorraine & de Bar.
deftin ! quel eft ton caprice ?
A quels revers nous réduits -tu ?
Ah ! faut- il que le feu deſtiné pour le vice >
Serve à détruire la vertu !
Par le même.
4
NOVEMBRE 1767. 13
HOROSCOPE à Mlle DE S *** , fur le
jour de fa naiffance , à Lille , au mois .
defeptembre , fous le figne de la balance.
BON ON jour , la chère enfant ,
Soyez la bien venue ,
Avec empreffement
Vous étiez attendue.
Votre début dans ce monde eft charmant ;
Sans déranger la fanté de maman ,
Vous y venez commencer votre rôle
Tout annonce qu'il fera beau.
A l'entour de votre berceau ,
Je vois déja l'amour qui vole ;
;
Il y répand "des fleurs , il fait mille projets ;
Et réſervant pour vous l'heureux talent de plaire ,
Le temps viendra que de fes traits
Il vous rendra dépoſitaire .
Vous n'en ferez qu'un choix prudent ;
Car le figne de la balance ,
Qui préfide à votre naiffance,
Pour vous doit être un fûr garant
Du plus folide jugement.
14 MERCURE DE FRANCE.
A Lille , 8 feptembre 1767 .
Mademoiſelle , avec le temps ,
Pafcal pourroit-il fe promettre ,
D'avoir réponſe à cette lettre ?
Il vous donne encore dix ans .
Par M. PASCAL , Lieutenant-Colonel
d'infanterie au Régiment de Piémont.
DE LA JOIE.
LA joie eft une fatisfaction vive , occafionnée
par la jouiffance d'un bien , ou
par l'efpérance de le pofféder.
Elle peut n'être qu'intérieure , parce
qu'on peut avoir des raifons de la cacher.
Lorfqu'elle eft extérieure , elle fe manifeſte
par une phyfionomie riante & affable , par
des paroles enjouées , par un defir d'occuper
les autres de foi , de les entretenir
de fon bonheur. Lorfque les objets qui la
caufent font inattendus , qu'ils ajoutent
beaucoup à l'amélioration de notre fort ,
ou qu'ils nous tranfportent dans une fituation
beaucoup plus douce que toutes celles
où nous pouvons avoir paffé , & pour tout
réunir en un mot , quand ils font de nature
à agiter vivement en nous les organes du
plaifir ; l'âme alors , dans fes premiers
NOVEMBRE 1767. Is
accès , n'eft pas la maîtreffe de récéler fes
fentimens. Quelque puiffans que foient
les motifs qu'elle en ait , l'attention manque
pour s'y fixer , le coeur fe trouve trop à
l'étroit au dedans de lui-même pour goûter
toutes les douceurs qu'il éprouve ; il a
befoin de celui des autres pour s'aider à
les fentir ; il ne fe fuffit plus à lui- même ,
fa joie s'exhale , elle éclate.
Il y a des
paffions
qui
veulent
toujours
parler
, d'autres
qui
aiment
à fe taire
. Le
filence
accompagne
ordinairement
la trifteffe
, le défefpoir
& la crainte
; la joie
,
la colère
font
fécondes
en paroles
.
La joie cherche à fe répandre , la raifon
en eft claire ; la fatisfaction qu'elle
excite d'abord en nous eft une , les motifs
qui la compofent fe trouvent réunis ; l'âme
le fent , elle cherche donc à connoître
toute l'étendue de fon bonheur , à l'envifager
dans toutes fes parties , à le difféquer
pour ainfi dire. La parole tend à produire
cet effet , elle analyſe avec promptitude
nos fentimens beaucoup mieux que la
réflexion , à laquelle tous ne font pas propres
, & qui d'ailleurs , pour agir , requiert
de l'âme qu'elle foit dans une affiette tranquille.
Le feu de l'expreffion eft le feul
organe d'une joie vive . Qu'on fe peigne
un homme , même feul , qui en reffent une
16 MERCURE DE FRANCE.
telle , il l'annoncera d'abord fur fon viſage :
puis vivifiant la fatisfaction qui l'anime ,
il ne peut plus la contenir , fa bouche en
parlera. L'intérêt que nous croyons que
les autres prennent à notre fort eſt un attrait
pour leur communiquer notre joie ; elle
s'augmente par la fatisfaction qu'ils en
#effentent ; fe trouble , fe fufpend , fe
' diminue , s'ils n'y participent que foibleament
, ou n'y prennent aucune part. Cela
parle de foi-même ; l'indifférence d'autrui
fur la jouiffance d'un bien qui nous tranf
porte eft ou une infulte faite à notre goût ,
qui fe paffionne pour un objet qui ne le
mérite pas , ou un témoignage évident de
notre nullité dans l'efprit des autres .
Il y a des caractères d'un amour- propre
fi défordonné , qu'ils voudroient que leur
bonheur abſorbất tout ce que les autres
ont de vivacité dans le fentiment , & leur
voir favourer leur joie comme ils la favourent
eux - mêmes. Heureufes les âmes de
cette trempe qui poffèdent un ami !
La joie eft amie de la fanté , pourvu
qu'elle foit modérée ; car , fi elle eſt exceffive
, elle altère toute l'économie naturelle
, & jette fouvent dans des fyncopes
mortelles des faits atteſtés en fourniffent
plus d'un exemple.
On trouve , dans les actes des Apôtres ,
NOVEMBRE 1767. 17
un trait qui caractériſe bien une joie fubite
& impétueufe. Saint Pierre ayant été délivré
de fa prifon par un Ange , fe rend
chez Marie , où fes Difciples étoient en
prières. Il frappe à la porte ; une fervante ,
nommée Rhode , va répondre à la voix de
Saint Pierre agitée par les tranfports de la
plus forte joie , elle n'ouvre point ; elle
court , toute hors d'elle - même , vers les
Difciples , & leur apprend que Saint Pierre
eft à la porte .
Je diftingue la joie de la gaieté , en ce
que l'une eft une fituation de l'âme , l'autre
un caractère : l'une eft un état occafionné
par la jouiffance d'un bien ou par
l'efpérance de le pofféder ; l'autre eft un
heureux tour d'efprit qui , nous faifant
faifir tous les beaux côtés de notre fituazion
, tire parti des moindres chofes pour
notre bonheur , verfe fans ceffe la fatiffaction
dans notre âme , & répand continuellement
le fourire fur nos lévres. La
joie eft un état court & paffager , la gaieté
eft un état foutenu & durable.
L'oppofé de la joie c'eft le chagrin ,
celui de la gaieté la trifteffe. Il y a tout
autant de différentes joies qu'il y a de
différens caractères propres à être animés
vivement par certaines impreffions.
Il y a des joies innocentes , il y en a
28 MERCURE
DE FRANCE.
qui marquent une belle âme , il y en a de
folles & de criminelles.
J'appelle joie innocente celle dont le
fouvenir ne fauroit jamais exciter en nous
aucun remords ni aucun mépris pour nousmêmes
, & que l'on eût ofé manifefter
devant un homme fage avec le même
degré de vivacité qui nous la faifoit reffentir.
La joie folle eft celle d'un efprit qui fe
tranfporte pour des riens , ou qui fait
éclater une fatisfaction de beaucoup fupérieure
à celle qu'il devroit reffentir.
On tombe dans la joie criminelle quand
on fe réjouit d'une chofe qui devroit nous
affliger ; telle eft la joie du malheur d'un
ennemi , de la poffeffion d'un bien illicite ,
d'une paffion criminelle affouvie . N'être
fufceptible d'impreffions de joie que pour
des avantages perfonnels , c'eft avoir l'âme
bien raccourcie.
L'exercice de cette paffion , fur le bonheur
d'autrui , eft la pierre de touche de
notre fenfibilité.
Moins l'intérêt qui nous revient du
bonheur d'autrui eft un intérêt direct à
nous , plus il exige de délicateffe dans le
fentiment pour en reffentir de la joie. Se
réjouir du bonheur d'un ami , d'un parent ,
d'un bienfaiteur , c'eſt céder à une impulNOVEMBRE
1767. 19
fion machinale que la nature de nos relations
avec eux fait naître fans effort ; mais
fe réjouir de la profpérité d'un ennemi ,
des avantages d'un compatriote inconnu ,
de vérités capitales que des préjugés retenoient
captives , c'eft montrer une fatiffaction
qui dénote une belle âme .
L'habitude de faire le bien eft la fource
d'une infinité de joies , ou , pour mieux
dire , des feules véritables. Quoi de plus
propre à faire naître en nous cette paffion ,
que le fentiment d'une âme qui eft fatiffaite
d'elle - même , qui , de quelque côté
qu'elle fe tourne , trouve fujet de s'applaudir
d'elle - même , qui s'acquitte de fes
devoirs par goût & non par contrainte , &
qui , par une heureuſe habitude à fe dompter
, ne fent en elle aucune paffion qui
contrarie fes principes , qui , chaque jour ,
s'avance à grands pas dans le chemin de la
vertu , & qui , fûre de l'approbation de
l'Être fuprême , peut goûter fans orgueil
ou fans un fecret murmure les louanges
que les hommes rendent à fa vertu ? Salomon
avoit bien raiſon de dire : la joie eft
Semée pour le jufte , & le plaifir pour ceux
dont le coeur eft pur.
A Genève , le 7 septembre 1767.
4
20 MERCURE DE FRANCE.
SUITE DES CHANSONS ANCIENNES .
CHANSON de FUSELIER.
MBSEs amours , ô tant douce pareſſe !
Plus habile que la fagefle ,
Et par de plus doux moyens ,
Tu répands la feule richelle
Qui fait oublier tous les autres biens .
Il feroit à fouhaiter qu'on recueillit les poéfies
fugitives de Fufelier. Il joignoit à de la galanterie
dans l'efprit , le talent de louer. Il l'employoit
fouvent , & il fe faifoit lire. C'eft faire beaucoup.
Nous avons recouvré des vers qu'il a faits pour
la Princeffe de Talmont , qui s'appelloit alors la
Ducheffe de Châtelleraut. Ils font dignes à tous
égards d'être confervés ; les voici :
Sur les bords où vous prîtes naiffance
Les jours du tendre Ovide étoient enlevelis
Dans les langueurs , dans les maux de l'abſence .
Ces lieux n'étoient pas embellis
Du charme de votre préfence :
Ah ! pour lui quelle différence !
S'il les eût vus parés d'un attrait fi charmant
Auguste eût manqué fa vengeance ,
Et l'aimable Julie eût perdu fon amant .
Les vers qu'a faits M. de Voltaire pour être mis
NOVEMBRE 1767. 21
au basduportrait de Mde de Châtellerautfont dans
les mains de tout le monde , mais ils font toujours
bons à employer.
Les Dieux , en lui donnant naiſſance ,
Aux lieux , à la race envahis ,
Lui donnèrent , pour récompenfe ,
Le goût qu'on ne trouve qu'en France ,
Et l'efprit de tous les pays.
CHANSON de M. DE MONCRIF.
Rosz eft des Dieux la fleur choiſie ,
L'ornement du jardin d'amour ;
Des Nymphes l'innocent atour ;
Des mortels - rofe eft l'ambroisie.
En parfum , en grâce , en couleurs ,
Kofe eft bien la reine des fleurs .
Charme de tout ce qui refpire ,
Qui la rofe ne chériroit !
Si triftele la rencontroit ,
On verroit trifteffe fourire ,
En parfum , en grâce , en couleurs ,
Rofe eft bien la reine des fleurs.
C'eft un ciel de roſes éclofes
Qu'offre l'Aurore en fa clarté ;
Des trois Gráces la nudité
S'embellit d'un réſeau de rofes,
22 MERCURE
DE FRANCE
.
En parfums , en grâce , en couleurs ,
Rofe eft bien la reine des fleurs.
Nymphes , la douce deftinée !
Les chanfons , les fleurs , le printemps ,
Voilà vos plus chers paffe - temps.
Sachez comment la rofe eft née ;
De chofe fi plaifante à voir
L'origine eft belle à favoir.
>
Par un beau jour la mer fit naître
Vénus , Vénus objet fi beau !
Puis Jupiter , en fon cerveau
Forma Pallas qu'on vit paroître .
Que fit Vénus ? Troie enflamma .
Que fit Pallas ? terreur ſema.
Dès à l'inftant qu'oeuvre pareille ,
Aux yeux de nature éclata ,
Nature en fon fein projetta
Enfanter plus douce merveille ,
Fit la rofe amour des Zéphirs ,
Et qui n'eft que paix & plaifirs .
Strophe ajoutée en préfentant cette Romance
à la Reine.
Mais ce qui rofe déifie ,
Elle pare un temple écarté ,
Où les arts , l'efprit , la gaîté
Règnent fous le nom de Sophie ;
NOVEMBRE 1767. 23
Et , depuis cet excès d'honneurs ,
Rofe eft mieux que reine des fleurs .
N'en déplaife au Poëte Grec , on ne conçoit
pas trop quelle analogie il a conçue entre Pallas
qu'il fait naître toute armée & la rofe . La naiffance
de Venus n'eût - elle pas été fuffifante pour
inſpirer à la nature la formation d'une fleur , qui
eft , en quelque forte , la Vénus de fon eſpèce ?
ROMANCE de M. le Comte DE B....
Eco COUTEZ l'hiſtoire ,
Du beau Mifis & de Zara :
Jamais leur mémoire
Chez les amans ne périra .
Venez tous m'entendre ,
Vous que l'amour daigne infpirer.
Quand on eft bien tendre ,
On a du plaifir à pleurer.
L'amour , dès l'enfance ,
Venoit badiner avec eux ;
Il formoit leur danſe ,
Et préfidoit à tous leurs jeux ;
Mais ce badinage
Ne fervoit qu'à les enflammer ;
Au matin de l'âge ,
Tous deux déja favoient aimer.
24
MERCURE DE FRANCE .
L'ardente jeune fe
Et l'âge brillant des amours ;
La plus douce ivreffe ,
Marqua le printemps de leurs jours,
Leur âme ravie
Se confondoit à tout moment ;
Et toute leur vie
N'étoit plus qu'un enchantement,
De rians menfonges
Les amufoient dans leur fommeil ;
Toujours quelques longes
Leur faifoient craindre le réveil.
La naiffante aurore
Voyoit Zara près de Myfis
Et la nuit encore ,
Les trouvoit toujours réunis ,
Voilà cette plaine ,
Où le matin Zara chantoit,
Voilà la fontaine ,
Où le foir Myfis l'attendoit.
Ce bocage fombre ,
Vit naître leurs premiers foupirs;
Ce bois , fous fon ombre ,
Cacha leurs innocens plaisirs ,
Qui pouvoit prédire
Le changement d'un fort fi beau ?
L'amour
NOVEMBRE 1767. 25
L'amour qui foupire ,
Va donc éteindre fon flambeau.
Hélas l'Himenée
Alloit bientôt les couronner.
Heure fortunée ,
Que vous êtes lente à fonner !
C'étoit donc la veille
De ce jour , de cet heureux jour
Que Myfis s'éveille ;
Avec lui s'éveille l'amour.
Le ciel , fans nuage ,
Etoit mille fois plus ferein.
Amour , quel préſage
Peut déformais
être certain ?
Au fond d'un bocage ,
Zara devoit trouver Myfis.
La belle , peu fage ,
L'avoit dit au berger Tarfis,
Par une impofture ,
Il furprit ce fecret fatal ;
Cet ami parjure
De Myfis étoit le rival.
Pour mieux la furprendre ,
Tarfis dans le bois fe cacha.
La belle , trop tendre ,
Crut voir Myfis & s'approcha.
B
26 MERCURE
DE FRANCE
.
Le foleil , à peine ,
Répandoit un peu de clarté ;
Et l'ombre incertaine ,
Aidoit à la témérité ,
C'est donc vous , dit - elle ,
Vous , mon amant dès le berceau :
Ma flamme fidelle ,
M'animera jufqu'au tombeau.
Oui , je veux t'y fuivre ,
Rien ne pourra nous séparer ;
Pour toi je veux vivre ,
Avec toi je veux expirer,
Bergère infenfée !
Myfis t'écoute avec horreur ;
Son âhe offenſée
Se livre entière à la fureur ,
Un trait vole & frappe.
...
Quel cri fuit ce trait inhumain !
Dieux ! Tarfis s'échappe ,
Et Zara fent percer ſon ſein .
C'est toi qui me tue !
Mais je pardonne à ta fureur :
Mon âme éperdue
T'aime jufque dans ton erreur ,
Conferve la vie ?
Hélas ! je la perds fans retour
Tu me l'as ravie ,
Mais c'eft la faute de l'Amour,
NOVEMBRE 1767. 27
D'une voix mourante ,
Zara fait ainfi fes adieux ;
Et fon âme errante
N'anime plus que fes beaux yeux,
O douleur mortelle !
Myfis fe frappe au même inftant ,
Et perce , auprès d'elle ,
Un coeur qui fut toujours conftant,
Un tombeau s'élève ,
Les Grâces le couvrent de fleurs ;
L'Amour qui l'achève ,
En partant , l'arrofe de pleurs.
Ils font donc enſemble ,
Ces bergers , ces amans parfaits !
Une urne raſſemble
Leurs coeurs percés des mêmes traits.
Bergères fidèles ,
Témoins du fort de ces bergers ,
Plus vous êtes belles ,
Et plus vous courez de dangers .
Craignez de vous rendre
Au charme d'un penchant trop doux.
L'Amant le plus tendre
Devient bientôt le plus jaloux.
Il parut , il y a peu d'années , un recueil d'ouvrages
en vers & en profe , fous . le nom & à
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
l'infçu de l'auteur de cette Romance . Jamais édition
n'a été plus faurive à tous égards . On y
ajoute des morceaux qui ne font point de lui : on
y eftropie fes vers avec affectation ( on peut le
dire ) . Les deux pièces que nous allons rapporter
donnent la véritable idée qu'on doit prendre de ſa
manière de penter & d'écrire .
LES RO IS.
O D E.
Toi qui vis tomber les colonnes
Des Etats les plus florillans ;
Toi qui vis brifer les couronnes
Des Souverains les plus puifans ;
O terre ! ô féconde Cybelle !
Tu caches dans ton fein fidelle
Les faftes des fiècles divers :
Ouvre à ma Mufe , qui t'appelle
Les archives de l'univers .
Montre moi fous leurs pyramides
Ces Rois dans la tombe ignorés ,
Ces Rois faftueux & timides
Jadis fur le trône adorés.
Leur nom n'a duré qu'une aurore ;
En vain le marbre couvre encore
Les vains débris de leur cercueil :
Le temps à chaque inftant dévore
Les monumens de leur orgueil.
Tu vis fortir de tes entrailles
Ces héros , tyrans des humains
Dont le Dieu fanglant des batailles
Armoit les facriléges mains :
1
NOVEMBRE 1767. 29
Que les émules d'Alexandre
Bravent fur des palais en cendre
Et la Fortune & fes revers ;
Bientôt tu les verras defcendre
Dans les tombeaux qu'ils ont ouverts.
Je fais qu'Achille , que Therfite
Etoient foumis au même fort ;
Qu'un même bras nous précipite
Dans les ténèbres de la mort :
Mais l'ifle infame de Caprée
Vit tomber l'idole abhorrée
Du cruel maître de Séjan
Et la terre , encore éplorée ,
Encenfe l'urne de Trajan.
,
Princes , dont la cendre repofe
Au pied des plus riches autels ,
Souvent , malgré l'apothéose ,
Vous êtes l'horreur des mortels .
En vain , dans vos palais nourrie ,
La folle & balle flatterie
Chante vos hymnes en tout lieu ;
Le temps détruit l'idolatrie
Et brife l'autel & le dieu .
Rois , laiffez aux peuples fauvages
Le droit injufte du plus fort ;
La crainte arrache nos hommages ,
L'amour les obtient fans effort.
Serrez moins le noud qui nous lie ;
Notre orgueil à regret fe plie
Au joug rigoureux du pouvoir :
L'amour , plus noble , multiplie
Nos foins que borne le devoir .
༈
B iij
3 @ MERCURE DE FRANCE.
Dans vos férails impénétrables ,
Sultans , efclaves couronnés ,
Vous traînez des jours déplorables ,
Des jours de trouble environnés .
Pour rendre la terre féconde ,
Le foleil fort du fein de l'onde ,
Et s'ouvre un chemin vers les cieux.
Rois rendez heureux le monde ,
En vous offrant à tous les yeux.
Voyez , fur les bords de la Seine
Ce Prince , l'amour des François ;
La Victoire , qui le ramène ,
Annonce à grands cris nos fuccès :
Son peuple l'entoure & le preffe ;
Le zèle fe change en yvreffe ;
On aime , on adore fes loix :
Excès d'une jufte tendreſſe ,
Qui fait le bonheur des grands Rois !
Ne craignons pas que fa mémoire
Se perde dans l'ombre du temps ,
Ni que le grand jour de l'hiftoire
Terniffe fes faits éclatans.
Minerve le fuit à la guerre ,
Thémis gouverne fon tonnerre ;
Il n'eft armé que pour la paix ,
Et ne veut enchaîner la terre
Que par le lien des bienfaits .
On dira quel Dieu favorable
Accorda Louis aux humains ?
Son amitié ferme & durable
Soutint le trône des Romains ;
Dans fon tribunal monarchique
Jamais la liberté publique
NOVEMBRE 1767. 31
N'expira fous l'autorité ;
Les refforts de fa politique
Furent les loix de l'équité.
Né fur le trône , il fut fenfible ;
Juge , il reffentit la pitié ;
Souverain , il fut acceffible ;
Monarque , il connut l'amitié.
Que fa juftice & fon courage ,
Que fon nom béni d'âge en âge
Des fiècles percent le cahos ;
Qu'il foit le modèle du fage ;
Qu'il foit l'exemple des héros.
EPITRE à M. DE FONTENELLE , au
mois d'août 1751 .
On vit long- temps quand on eft fage.
C'eft du fein des tranquilles nuits
Que naiffent les jours fans nuage ;
En moiffonnant trop tôt les rofes du bel âge ,
On n'en recueille point les fruits .
Ce foleil brillant dès l'aurore ,
Qui confume les fleurs de la jeune faifon ,
Le plaifir n'eft pour la raiſon
Qu'un aftre bienfaifant qui féconde & colore ,
Et qui , d'un voile d'or , embellit l'horifon ;
Remède pour le fage , il devient un poiſon
Pour les coeurs que fon feu dévore .
Tes jours , comblés d'honneurs & tiffus de plaifirs ,
Tes beaux jours , fage Fontenelle ,
Semés d'heureux travaux & de rians loisirs ,
Dont , au gré de nos voeux , le fil fe renouvelle ,
Confacrent à jamais la raifon éternelle ,
Qui dirigea tes pas & régla tes defirs.
>
B iv
32 MERCUREDE FRANCE.
On vit un céleste génie
T'apporter tour à tour le compas d'Uranie ,
La plume de Clio , la lyre des Amours.
La Gloire répandit fes rayons fur ta vie ;
Mais la feule raifon en étendit le cours.
Les martyrs de l'orgueil prodiguent fans réſerve
Leurs jours pour faifir des momens :
La Gloire fur fes pas fait périr les amans ,
Et la Sageffe les conferve.
Sans jouir du préfent , vivre pour l'avenir ,
S'immoler aux races futures ,
D'un travail épineux endurer les tortures ,
Laifler , quand on n'eſt plus , un foible fouvenir ;
chimère d'orgueil ! ô méprifable idole !
En s'éclairant foi- même éclairer l'univers ,
Mériter un grand nom , fentir qu'il eft frivole ,
Enlever fans effort ces lauriers toujours verds ,
Qu'emporte loin de nous la Gloire qui s'envole ;
Defirer d'être grand fans ceffer d'être heureux ,
Enrichir fon efprit en prolongeant la vie ,
Méprifer la faveur & confoler l'envie ,
Défarmer fes rivaux , régner für fes neveux :
Tel e l'objet du fage , & telle eft ton hiſtoire.
Il faut , pour être mon héros ,
S'approcher lentement du temple de mémoire ,
Travailler fans relâche en faveur du repos ;
Exercer , conferver les refforts de fon âme ;
Plus la vie eft tranquille & plus fa foible trame
Echappe au cifeau d'Atropos.
Nos paffions font nos furies :
Elles veillent fans celle , & leurs cris renaiffans
Viennent rompre le cours des douces rêveries
Et l'équilibre de nos fens .
Qui fait les maîtriſer , eft le Dieu d'Epidaure.
Oui , la Sagelle aimable eft foeur de la Santé :
Elle feule connoît ce fecret qu'on ignore ,
D'affurer l'immortalité.
1
NOVEMBRE 1767. 33
Qu'un aurre exalte le courage
D'Achille mort dans fon printemps ;
Il faut plus de vertus pour vivre plus long- temps;
Et le Neftor des Grecs fut encore le plus fage.
LES DEUX NIÈCES
ου
LES QUATRE COUSINS ,
ANECDOTE BOURGEOISE.
DANS une de nos plus célèbres villes maritimes
, qui fut bâtie & fermée de murailles
par Philippe , fils de France , époux de
Mahaud de Dammartin , & qui regarde
par fa partie feptentrionale , l'Océan Britannique
, autrement dit la Manche
étoient nées de parens fort diffipateurs ,
deux filles charmantes , dont l'aînée étoit
brune , & la cadette blonde. Leur père fe
nommoit Emmanuel- Charles Berlion , &
leur mère Reine Albertine Hervé. Quoiqu'ils
fuffent tous deux de familles bourgeoifes
, l'aifance de leur fituation les faifoit
confidérer de toute la ville , où le
mari étoit revêtu d'une charge honorable.
Encore dans l'âge où la folie de briller
* Le fond de l'anecdote eft vrai. J'en fus
temoin dans ma jeuneſſe. D. L. P.
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
eft l'âme du défordre & de l'inconduite ,
ils ne fongeoient point à l'avenir. Ils
dépenfoient indifféremment , & dérangeoient
gaiement . leurs affaires , s'en remettant
, pour les rétablir , au temps où les
approches de la vieilleffe les rendroient plus
capables de réflexion , & plus propres à
fe livrer au defir d'amaffer .
L'événement fit voir qu'il ne faut point
compter für la durée de nos jours , & encore
moins fur la frivolité des biens de ce
monde. A force de diffiper , nos deux
époux tarirent jufqu'à fec la fource de leur
fortune ; leurs dettes s'accumulèrent , &
Berlion s'étant mis un jour à comparer
l'état de fes biens avec les obligations qu'il
avoit contractées , fut fi effrayé du calcul ,
que , n'entrevoyant plus aucun moyen de
faire honneur à fes engagemens , fans fe
ruiner de fond en comble , il tomba malade
de chagrin & mourut. Sa femme , qui
n'avoit vécu que pour lui , fut inconfolable ,
& fuccomba deux mois après , aux regrets
que lui caufoit une perte d'autant plus fenfible
, qu'elle devenoit irréparable de toute
manière .
Deux filles , Charlotte & Albertine ,
uniques fruits de leurs amours , reſtées
orphelines , l'une à treize ans & l'autre à
douze , étoient en âge de fentir toute
NOVEMBRE 1767, 35
l'amertume de leur fort. Elles avoient , pour
leur malheur , été élevées en enfans gâtées.
Quand nos père & mère nous aiment , nous
n'avons point de meilleurs amis qu'eux .
Privées pour jamais de ces deux appuis
auxquels la nature , le devoir & la reconnoiffance
les avoient attachées par des liens
fi tendres , elles furent fur le point de les
fuivre au tombeau . On procéda à la liquidation
des dettes , & tous les créanciers
payés , il ne refta aux triftes orphelines
qu'une portion infuffifante de la grande
fortune qu'elles auroient pu recueillir , fi
leurs père & mère fe fuffent occupés d'elles
un peu plus férieufement ; mais elles
avoient trop bien paffé leur temps avec
eux , & elles étoient encore trop jeunes
pour reprocher à leur mémoire le déréglement
de leur conduite.
Elles avoient un oncle du côté de leur
mère , né du même père qu'elle , mais d'un
autre lit , & beaucoup plus âgé que n'étoit
Mde Berlion . Domicilié dans la même
ville , il fut élu , de plein droit, tuteur de
fes nièces. Ildes fit venir chez lui , pour les
élever à fa fantaiſie. Elles trouvèrent dans
cet oncle un homme bien différent de leur
père. Bigot , fot & avare , il joignoit à
ces trois qualités , prefque toujours inféparables
, un mépris décidé
pour le fexe.
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Les complaifances que Berlion avoit pour
fa femme , la douceur avec laquelle il traitoit
fes filles , avoient donné contre lui de
l'humeur au fombre Hervé qui , défaprouvant,
à tous égards , le genre de vie qu'il
menoit , ne le voyoit point.
,
Sitôt que fes nièces furent fous fa dépendance
, il leur fallut changer entièrement
de façon d'être . Couchées de bonne
heure , levées de grand matin , mal nourries
, mal vêtues & traitées durement , leur
patience fut mife à la plus cruelle épreuve .
Cependant la douceur de leur caractère fir
qu'elles fe plièrent plus facilement aux caprices
de la deftinée ; elles foutinrent, avec
une conftance admirable , ce renverfement
total de leur exiftence . Elles effayèrent d'adoucir
l'humeur fauvage de leur oncle
par les foins & les attentions qu'elles lui
prodiguoient. Elles parvinrent en eftet à ſe
le rendre moins défagréable , mais non pas
plus libéral . C'étoit toujours quelque chofe
pour elles , que d'avoir réuffi à tempérer la
rudeffe de fon humeur. Il s'apprivoifa , &
confentit enfin à les appeller par les diminutifs
de leurs noms : méthode qu'il
avoit toujours rejettée , comme injurieufe
aux patrons que l'on nous a choifis. Ainfi
la première ne fut plus Charlotte , mais Lolotte
; & la feconde , au lieu de Reine , fut
NOVEMBRE 1767. 37
Reinette. Il les voua au blanc , par ceconomie
: cette couleur , fymbolique de l'innocence
, cadroit parfaitement avec la fimplicité
de leurs moeurs & la pureté de leurs
fentimens. Il publioit qu'il avoit établi
cette loi fomptuaire dans fa maifon , pour
dégoûter fes nièces de la folie des vains
ajuftemens qui ruinent les maris ; il appelloit
ingénieufement cette forte de vêtement
l'uniforme de la vertu ; & fous ce
prétexte , il penfoit mettre fon avarice à
l'abri de la cenfure. Il avoit le défaut de
fe croire une fanté délâbrée , & la peur de
mourir lui tenoit lieu quelquefois d'une
véritable maladie. Le plus petit dérangement
qu'il fe fentoit dans la poitrine ou
dans l'eftomac , l'alarmoit autant que le
mal le plus grave . Les nièces le veilloient
dans ces accidens. Comme elles étoient
devenues fes gardes- malade & qu'il fe paſfoit
, depuis qu'elles demeuroient avec
lui , de gouvernante & de tout donieftique
quelconque , il eft aifé de préfumer qu'elles
ne pouvoient lui échapper que malgré lui ,
& qu'il fe promettoit bien de ne les marier
que le plus tard qu'il lui feroit poffible .
Quatre ans s'étoient écoulés . Entrées
dans l'âge où l'indifférence n'eft plus de
faifon , elles faifoient craindre au vieil
38 MERCURE DE FRANCE.
oncle que la voix de la nature ne les avertît
qu'il étoit temps d'afpirer à l'hymen . La
beauté de leurs traits avoit achevé de fe
développer. Sous l'étamine qui les couvroit
, on voyoit briller la forme des grâces ,
& l'oeil pénétrant du defir dévoiloit
tant d'appas , qu'un effain d'amans s'y
laiffa prendre. La maifon d'Hervé fut
bientôt bloquée de foupirans. Ses nièces
ne fortoient plus , qu'elles ne rencontraffent
à chaque pas de nouveaux adorateurs.
L'ufage du monde , que leur avoit fait
perdre la vie folitaire qu'elles menoient ,
ne foutint pas en elles ces premiers effets
de leurs charmes. Elles ne répondoient
rien aux aimables propos que l'on s'empref
foit de leur tenir. Loin de s'en applaudir ,
elles s'en alarmoient , & n'ofoient plus
fortir qu'aux heures où elles ne rifquoient
point d'être vues. Elles n'alloient plus à la
provifion què le foir ; & les dimanches &
fètes , elles fe faifoient accompagner à l'églife
par leur oncle , dont la préfence im→
pofoit aux prétendans.
M. Hervé ne ceffoit de rendre grace à
l'Etre fuprême , de lui avoir donné des
nièces d'une fageffe fi exemplaire ; & toute
la ville , témoin de leur bonne conduite &
du peu de penchant qu'elles montroient à
écouter la Aeurette , les nomma les deux
NOVEMBRE 1767. 39
Vertus. Hervé leur avoit infpiré la plus
grande dévotion , & leur parloit toujours
de façon à leur faire appréhender le mariage
au point que le feul nom d'amant
leur étoit devenu odieux .
Les amans enfin , rebutés tant par l'onele
que par les nièces , M. Hervé parvint à
fe flatter qu'elles refteroient filles , & prendroient
foin de lui jufqu'à la fin de fa carrière;
lorfquilarriva dans la ville un homme
de la même province , qui s'amufoit à voya
ger le long des côtes . Il avoit rencontré , en
chemin , un jeune homme qui faifoit la
même partie avec fon précepteur. C'étoit
le fils puîné d'un Gentilhomme du pays ,
que l'on appelloit M. de Merville. Le
compatriote fe nommoit Renardin : il
débarqua , avec fes deux compagnons ,
chez un certain M. Hache , riche bourgeois
, dont il étoit parent à je ne fai
quel degré. Ce M. Hache avoit été marié
dans fa jeuneffe , étoit fort à ſon aiſe &
vivoit en garçon , cherchant toujours la
bonne compagnie pour laquelle il étoit
fait , & proteftant bien de ne plus contracter
d'engagement férieux. Il prétendoit
qu'il auroit été le plus grand philofophe
de la terre s'il eût moins aimé le jeu , la
table & les femmes. Amant libéral , ami
conftant , joueur aimable & buveur dé40
MERCURE DE FRANCE.
terminé , il réuniſſoit en lui deux qualités
qui fe concilient rarement , c'est -à- dire ,
un bon eftomac & un bon coeur. Sa
gaieté fembloit une amorce qui captivoit
la fortune ; par- tour elle fecondoit fes
deffeins , & fouvent même elle le prévenoit.
Avec un pareil caractère & né fous
une étoile fi heureufe , il ignoroit tous
les défagrémens de la vie à laquelle il
étoit très- attaché. En oubliant fa défunte
moitié , le bon M. Hache avoit perdu
toute idée de chagrin & d'ennui.
Il reçut avec une ample effufion d'amitié
fon cher Renardin qu'il n'avoit jamais
vu , mais qu'il favoit être fon´ allié .
Celui-ci étoit de même un agréable débauché
, aimant également le plaifir &
la bonne chère , & vicieux dans tous les
points requis pour faire un homme du
fiècle. C'étoit- là une précieufe connoiffance
pour M. Hache ; & le fort , qui le
favorifoit en tout , ne pouvoit manquer
de lui adreffer un parent fi digne de lui ;
il en avoit déja entendu parler , & la
bonne opinion qu'il en avoit fut , plutôt
que la voix du fang , ce qui l'engagea à
lui faire un accueil diftingué. Il fit auffi
beaucoup d'honnêteté au jeune Merville
& à fon précepteur , que Renardin lui préfenta
en qualité de fes compagnons de
NOVEMBRE 1767. 41
voyage. Tous ceux qui débarquoient chez
lui étoient bien venus , bien traités , bien
foignés , & maîtres d'y refter autant qu'il
leur plaifoit. Plus on eft de fous plus on
rit , c'étoit fa maxime il ne comptoit
point le temps que l'on féjournoit . Qu'il
eft rare de trouver gens de fi bon caractère
!
Le précepteur fentoit fon garçon de
famille : il n'étoit ni pédant , ni fot , ni
guindé , & ne cherchoit qu'a rire . Né de
parens honnêtes , mais pauvres , le latin
qu'ils lui avoient fait apprendre étoit devenu
toute fa reffource , & , par eſprit de
ménage , il s'étoit fait Abbé . Il fe plaignoit
fouvent de ce qu'on lui avoit fair perdre
le temps le plus précieux de l'enfance à
étudier une langue morte. Il fentoit que
l'éducation ne fert qu'à rendre plus malheureux
ceux à qui la fortune tourne le
dos & ne met point à l'abri du mépris
des riches , & , qui pis eft , de leurs * gens
A quoi bon , difoit - il , martyrifer le cerveau
d'un enfant pour lui inculquer les
* J'ai vu un vieux laquais , demi- valet de
chambre , qui , lorfqu'il annonçoit un poëte à
fon maître , grand donneur d'avis , difoit familièrement
::
un tel eft la qui voudroit vous parler.
Le maître eft convenu avec moi qu'il n'y auroit
jamais pris garde ſi je ne le lui en euffe point
fait la remarque.
42 MERCURE DE FRANCE .
principes d'une fcience qui n'eft d'aucun
fecours ? Qu'importe que l'on fache ce
que Cicéron , Virgile , Horace & Térence
ont écrit , fi l'on ne fait pas comment payer
fon propriétaire ou fon aubergifte ? Le
plus vil métier , qui nourrit l'homme , eſt
préférable au favoir qui le laiffe dans l'indigence.
Faute de mieux il s'étoit fait précepteur
, & , en enſeignant le latin à ſon
élève , il rapprenoit lui - même ce qu'il
avoit oublié.
Le difciple , en vertu du bon exemple
que lui donnoit M. l'Abbé Pinget , n'avoit
point le maintien roide & gauche , ni l'air
honteux & les grâces gênées d'un écolier ;
il marchoit légèrement, portoit bienla tête,
faluoit avec dignité , répondoit fans balbutier
& à propos à tout ce qu'on lui difoit.
Près du fexe il n'avoit rien d'emprunté :
il étoit vif , faillant , poli , prévenant &
complaifant ; il jouoit , folâtroit , rougiffoit
rarement lorſqu'on l'agaçoit , & tenoit
déja fa place dans un cercle agréable avec
autant d'aifance qu'un jeune feigneur de
vingt ans. Il tenoit encore de la nature
le talent de compofer très- facilement des
vers , & perfonne n'avoit l'impromptu
plus heureux que lui. Son efprit & fes
belles manières , qui le rendoient délicieux
, attiroient mille éloges à l'aimable
NOVEMBRE 1767. 43
Abbé qui l'avoit fi bien formé , & le
mérite précoce de l'élève avoit acquis au
précepteur la réputation du plus habile
homme du monde. M. Hache fut enchanté
de raffembler , dans ſa maiſon , trois hôtes
dont les moeurs fympatifoient fi correctement
avec les fiennes .
Ce fut un jeudi qu'ils arrivèrent chez
lui , & le dimanche fuivant il les mena à
l'églife à l'heure où les deux orphelines ,
accompagnées de leur oncle , avoient coutume
, les jours de boutiques fermées ,
d'aller remplir les devoirs de chrétiennes .
M. Hache, les ayant remarquées , fit placer
Renardin de manière qu'il ne fut pas
long-temps à les appercevoir. Le voyageur
parut émerveillé de voir tant de
beauté dans une ville maritime : il devoit
fe reffouvenir que Vénus nâquit fur mer
& que , par cette raifon , les bords de
l'océan font le pays originaire des belles .
Mais de femblables réalités laiffent - elles
Je temps de fonger à la mythologie ? Renardin
étoit trop férieufement occupé pour
penfer à ce qu'il avoit lu . Ses regards
erroient alternativement fur les divines
foeurs qu'il nomma dans fon coeur les
perles de la province , Lorfqu'elles fortirent
il ne les perdit point de vue. Il les fuivit
de loin avec fon parent , l'Abbé & le jeune
44 MERCURE DE FRANCE.
homme qui fentit , pour la première fois ,
en confidérant les deux charmantes foeurs ,
l'effet qu'opère la beauté fur les coeurs
fenfibles.
Renardin admiroit avec émotion l'élégance
de leur taille & la nobleffe de leur
démarche . I fe trouvoit embarraffé de
favoir laquelle il voudroit préférer. La
brune lui fembloit plus piquante , mais la
blonde avoit l'air plus intéreffant & , par
goût , il lui donneroit la pomme. D'ailleurs
elle étoit la plus jeune , & les amateurs
inclinent volontiers pour les cadettes.
M. Hache opinoit pour l'aînée , & l'Abbé
étoit homme à s'accommoder de toutes
les deux. Le difciple gardoit le filence &
n'en penfoit pas moins.
,
Lolotte & Reinette rentrèrent chez elles ,
& Renardin , dans le deffein de reconnoître
la maiſon , examina fa forme extérieure
& l'endroit où elle étoit fituée. Quoique
M. Hache eût fait voeu de ne point fe
remarier , il avoit été comme cent
autres , demander par plaifanterie , l'agrément
de M. Hervé pour époufer une
de fes nièces , & avoit été éconduit. De
retour avec fes hôtes , il leur fit part de
cette circonftance . Renardin , qui ne croyoit
point aux difficultés , projetta de faire vifite
à ces infortunées captives & d'en obtenir
NOVEMBRE 1767. 45
la permiffion de venir les défennuyer dans
l'efpèce de prifon où elles étoient renfermées.
En reconnoiffance du bon traitement
que fon parent lui faifoit , il lui
promit de devenir bientôt fon introducteur
auprès d'elles. On gagea contre lui;
il accepta le pari , & , après s'être informé
exactement de ce qu'étoient ces jeunes
Demoifelles , & à qui elles appartenoient ,
il traça le plan de fa marche , & fe mit
en devoir de l'exécuter. La chofe n'étoit
pas fi difficile qu'on pourroit fe l'imaginer
; on en verra bientôt la preuve.
›
On avoit paffé l'équinoxe de l'automne ,
temps où le foleil , devenu pareffeux , fe
lève tard & fe couche de bonne heure. M.
Hervé , dès que l'air commençoit à ſe refroidir
, avoit coutume , pour épargner
fon bois , d'aller fe chauffer tous les foirs
chez quelques amis auffi dévots mais moins
avares que lui , avec qui il paffoit le temps
à médire de fon prochain , à révéler les
fecrets des maifons qu'il fréquentoit , & à
cenfurer les actions les plus innocentes . Il
foupoit chez eux pour quatre , tandis
tandis que
fes nièces jeûnoient au logis pour lui. Il
ne rentroit ordinairement qu'après dix heures
; il prioit, en digérant , jufqu'à minuit ,
& fe.mettoit au lit , où il ronfloit régulièrement
pendant huit heures. Avant fon
46 MERCURE DE FRANCE.
lever fes nièces avoient foin de battre fon
habit , de poudrer fa perruque & de faire
fon chocolat. Il entendoit ordinairement
trois meſſes & revenoit dîner légèrement
chez lui pour pouvoir mieux fouper chez
les autres. Aux approches de la nuit , il
prenoit congé de fes nièces pour le reſte
de la foirée.
9
Renardin , bien inftruit de la conduite
de l'Argus , & rêvant un jour aux
moyens de s'introduire chez les nièces
vit paffer une troupe de gens qui alloint
à l'églife pour faire baptifer un enfant
& apprit que le père de l'enfant fe nommoit
M. Rince , le parrein M. Dufrottoir
, & la marreine Mlle Aveline , Il courut
chez M. Hache & lui demanda fi M.
Hervé étoit ami de ces perfonnes-là . M,
Hache lui dit qu'il n'en favoit rien , &
cette réponſe peu cathégorique n'empêcha
pas qu'il ne voulût fuivre à tout hafard
le projet qu'il s'étoit mis dans la tête ,
Quand la nuit vint il pria le précepteur
de l'accompagner. Le difciple fut
laiffé avec M. Hache. Renardin & l'Abbé
entrent chez le premier confifeur qu'ils
trouvent fur leur chemin , & y achètent
douze boëtes tant de dragées que de confitures
féches qu'ils portent chez les orphelines.
Ils frappent. Grande difficulté pour
NOVEMBRE 1767. 47
> ; nous
ouvrir. Qui peut venir à pareille heure
dit Lolotte à fa four ? Ce font probablement
des malfaiteurs qui veulent ou nous
voler ou nous tuer. Hélas ! j'en ai peur
comme vous , ma foeur , fermons à double
tour & mettons les verroux . Raffurezvous
, Mefdemoifelles , leur réplique l'Abbé
, d'un ton doux & honnête
apportons à M. votre oncle des dragées
de baptême de la part de M. Dufrottoir
& de Mlle Aveline , les parrein & marreine
d'un enfant qu'on vient dans le
moment de baptifer, L'aînée croit que
c'eſt une femme qui parle , & la cadette
foutient que c'eft un homme. - Eh bien
quand cela feroit , ma petite Reinet:e ;
un homme qui a la voix ſi douce ne fauroit
être un méchant probablement mon cher
oncle les connoît , puifque ce font des dra .
gées qu'ils lui apportent. Ouvrons , ma
four , ouvrons ; que rifquons-nous ? Si
ce font des voleurs nous crierons au fecours.
La porte ouverte elles voyent un Abbé ;
rien de moins fufpect : un beau Monfieur
le fuit , qui fait de grandes révérences
, rien de plus honnête. On ſe ſalue
de part & d'autre. On offre des fiéges aux
Meffieurs , qui font des façons & finiffent
par s'affeoir. Une collation très - fimple
étoit déja fervie ; une caraffe d'eau figu48
MERCURE DE FRANCE.
roit triftement fur la table ; une lampe.
feule éclairoit l'appartement.
Deux bougies , auxquelles il étoit abſolument
défendu de toucher , faifoient ,
depuis un temps immémorial , l'ornement
de la cheminée . Parbleu ! l'Abbé , ( s'écria
tout-à - coup Renardin après avoir fixé les
Demoifelles , avoue qu'elles ont une
reffemblance frappante avec feue Mde
Alôfe. Cela eft vrai , repart le petit collet ,
qui n'avoit pas plus vu que lui la défunte ,
& j'en fuis frappé comme vous. Il n'y a
rien d'étonnant à ce qui vous furprend ,
réplique en fouriant la plus jeune , Mde
Alôfe étoit une de nos tantes. ( Renardin )
Bon! que me dites-vous-là ? nous fommes
donc parens ; car j'étois un de fes coufins
iffus de germains. Or cela étant , en ma
qualité de coufin , j'efpère , mes belles
coufines , que vous voudrez bien me permettre
de venir vous faire quelques vifites
pendant mon féjour ici . ( Lolotte ) Trèsvolontiers
, Monfieur notre coufin , &
nous en préviendrons mon cher oncle
auffi-tôt qu'il fera rentré, ( Ren. ) Gardezvous-
en bien ! ( Lot. ) Eh ! pourquoi nous
en garder ? ( Ren. ) Ah ! pour quoi ? C'eſt
que les coufins des jolies nièces déplaiſent
toujours aux oncles dévots ; & fûrement
M. Hervé ne voudroit pas que nous remiffions
NOVEM BRE 1767. 49
fions le pied ici . ( Rein . ) Il eft vrai que
mon cher oncle eft fi mauffade , qu'il ne
veut recevoir perfonne chez lui. Jugez
comme nous devons nous amufer ! ( P'Ab. )
Les pauvres petites ! que je vous plains !
Coufin , il faut employer , au moins , le
temps que nous reſterons dans cette ville à
tenir compagnie à ces aimables délaiffées .
( Lolotte. ) Vous appellez Monfieur , votre
coufin ! Vous êtes donc auffi le nôtre ?
( l'Ab. ) Eh ! oui dà , divine parente , je le
fuis , avec l'aide du Ciel , comme étant
allié à Monfieur par les femmes. Ainfi ,
j'ai droit au même privilége que lui , je
veux dire de venir vous rendre hommage
auffi fouvent que vous le lui permettrez.
( Rein. ) Mais vous ne voulez pas que mon
cher oncle en fache rien ; ne fera- ce pas
mal fait que de vous recevoir fans fon
aveu ? car il y a tant de rifques dans le
monde , & fur- tout pour les pauvres filles ! ..
( Lol. ) Mal fait , ma foeur ? Quoi ! de
faire accueil à des parens ?
Après quelques autres propos de ce genre,
les nouveaux coufins propofent de toucher
aux confitures féches , mais on craint
que l'oncle ne gronde. L'Abbé raffure les
coufines , en leur apprenant que M. Dufrottoir
& Mlle Aveline n'ont fongé nullement
à M. Hervé qu'ils ne connoiſſent
C
50 MERCURE DE FRANCE .
point ; mais qu'ayant entendu faire tant récit
de leur fagelle & de leurs vertus , ils fe font
fait un plaifir de leur envoyer ce petit préfent
, comme un gage de l'eftime fingulière
qu'ils font d'elles , ainfi que tout le
monde. Cette marque de confidération
les ravit , & leur friandife n'étant plus retenue
par la crainte , elles fe difpofent à
faire au cadeau tout l'honneur qu'il exige .
L'Abbé , en homme intelligent , ne voyant
point de vin , fuppofe tout- à- coup avoir
perdu la clef de fa caffette , fe rappelle
qu'en heurtant à la porte de la rue , il a
entendu raiſonner quelque chofe fur le
pavé , & ne doute point que ce ne foit
la clef qu'il cherche . Il s'échappe à l'inf
tant , vole chez le traiteur de M. Hache ,
fe munit d'un pâté & de quelques flacons
de vin , & raparoît dans le moment. Il
feroit affreux , dit l'Abbé , de quitter nos
coufines fans boire à la parenté. On s'atable
, on ouvre le pâté , on mange , on boit ,
le vin eft délicieux ; on jâfe , on s'égaye ,
& le temps paffe au point que l'on entend
fonner dix heures. Il faut alors fonger à
la retraite , & les joyeux coufins obtiennent
des aimables coufines la grace de pouvoir
revenir le lendemain .
Les deux foeurs , avant que l'oncle arrive,
fe hâtent de ne laiffer aucun indice du
NOVEMBRE 1767. 51
petit régal dont les coufins les ont gratifiées
; elles cachent fous leurs matelats les
boëtes de dragées , & fe félicitent l'une
& l'autre fur la bonne aventure que le
Ciel vient de leur envoyer. Ah ! ma foeur,
difoit Lolotte , ( après le départ des Meffieurs
) que les coufins font différens des
oncles ! je fuis perfuadée que ces deux parens-
là nous dédommageront un jour de
la perte du papa que nous aimions tant.
Oh ! oui , ma foeur , répondit Reinette , j'en
jurerois , & je fens déja que j'ai autant
d'amitié pour eux que s'ils m'étoient connus
depuis dix ans. M Hervé rentra l'inſtant
après. Obligées de fe taire , les belles
s'endormirent l'efprit tout occupé de leurs
couſins.
Renardin & l'Abbé , enchantés de leur
premier fuccès , en firent part à M. Hache
avec enthoufiafme. Il paya de bon coeur
la gageure qu'il avoit perdue , & l'on convint
que dès le lendemain on le préfenteroit
aux coufines avec un degré d'alliance
pareil à celui que les deux autres s'étoient
donné. Le lendemain , dès qu'il eft nuit ,
nos aventuriers font en route & volent
chez M. Hervé , où le traiteur de M.
Hache a ordre d'apporter un foupé friand ,
& fur-tout de bon vin.
La préfence de M. Hache étonna d'a-
C ij
52
MERCURE
DE FRANCE .
bord les coufines. Il établit fa généalogie ,
& ce nouveau parent ne tarda pas à être
regardé de même cil que les autres.
oeil
La bonne chère , dont les coufines avoient
perdu l'habitude , & dont ce fouper leur
rappella la mémoire , les mit bientôt de
la meilleure humeur . Le bon vin donne
de l'efprit ; les deux foeurs furent charmantes
, & le coup de dix heures arriva
beaucoup trop tôt au gré de l'affemblée.
Il fallut enfin fe féparer après s'être promis
de fe revoir le lendemain .
Mais Merville , piqué d'avoir appris
qu'on s'amufoit ainfi fans lui , menaça
de tout dire à l'oncle à moins qu'on ne
l'admit auffi dans la famille des Berlion.
Il fallut en paffer- là ; & c'eft en qualité
d'arrière- petit- coufin qu'il fut le Îendemain
préfenté aux coufines. Merville avoit
au plus quinze ans , étoit aimable , & portoit
un plumet. On croit toujours à ces
parens -là l'innocence & la vanité ne font
pas incompatibles. Les crédules foeurs
n'eurent pas de peine à adopter un couſin
de cet âge & qui leur faifoit honneur.
Elles fe trompoient les jeunes gens por
tent prefque toujours malheur aux filles .
:
Il faifoit grand froid ce foir là. M. &
Mde Bigotin , les plus mauvaiſes langues
NOVEMBRE 1767. 53
du quartier , & chez qui M. Hervé étoitretenu
à fouper , traitoient une nombreuſe
compagnie de gens de leur étoffe. Le repas
devoit être long , & M. Hervé , qui craignoit
le froid de la nuit , revint chez lui
pour prendre fon manteau .
Sa redoutable toux , qui dès la rue frappa..
l'oreille des deux nièces , fut un coup de
foudre pour elles & déconcerta les coufins.
Que d'inquiétude ! que d'alarmes !
ces Meffieurs fortiront- ils , ne fortiront- ils
pas ? Car fi l'oncle les apperçoit , quello
fcène quelles fureurs ! S'ils grimpent au
grenier, les voifins peuvent les entendre.
Que de propos ! que de foupçons ! Tous
quatre
enfin déterminent de fe cacher
dans l'efpérance de fe fauver fans bruit
dès que l'oncle fera ou endormi , ou retourné
d'où il venoit.
On defert à la hâte , on remet tout en
place. Dans la chambre des Demoiselles
étoit une antique foûpente , un grand coffre
vuide & une armoire où l'oncle ferroit
fes habits ; un tableau fermoit la cheminée.
L'Abbé fe jette dans l'armoire ; Merville
, plus léger , faute dans la foûpente ;
M. Hache fe tapit dans le coffre ; Renardin
grimpe dans la cheminée , tandis que les
nièces , après avoir éteint les lumières , fe
C iij
54
MERCURE DE FRANCE.
gliffent dans leur lit tout habillées , en
tirent les rideaux & feignent de ronfler..
M.Hervé ouvre la porte & trouve fa mai .
fon dans un état fort tranquille. Ses nièces
feignent de fe réveiller au bruit qu'il fait ,
& lui demandent pourquoi il rentre fitôt ,
ajoutant qu'elles préfument qu'il eft encore
de bonne heure. Il leur dit qu'il va s'en
retourner , & que devant revenir trèstard
, il vient chercher fon manteau rouge ,
qui eft dans l'armoire. L'Abbé n'étoit pas
fourd. Effrayé de la caufe qui ramène
l'oncle , il s'enveloppe des haillons qui
font fous fa main , & frémit d'entendre
ouvrir. Le manteau fe trouvoit précifément
fur le dos de l'Abbé , qui , ayant
le derrière tourné du côté des portes battantes
, baiffoit la tête , & fe voûtoit tant
qu'il pouvoit. Le bon homme prend ce
qu'il cherche fans faire aucune attention
au nouveau porte - manteau . Jufques- là tout
alloit bien , lorfqu'il apperçut le chat qui
geaoit une carcaffe de perdrix .
Que vois-je ! ( s'écria- t- il ) Mefdemoifelles
mangenticides petits- pieds dans mon
abfence ? A ces mots , le jeune Merville
éclate tout-à- coup de rire ; l'oncle croit
que ce font fes nièces , & fe fâche contre
elles. Merville , en riant d'autant plus ,
NOVEMBRE 1767. 55
agite la foûpente déja furchargée de vieilles
férailles , & qui , en manquant tout- àcoup
fous lui , le laiffe tomber , avec un
horrible fracas , au milieu de la chambre.
A l'inſtant même Renardin , qui croit que
la maifon s'écroule , tombe à bas de la
cheminée ; l'Abbé , pénétré de frayeur ,
ouvre l'armoire & cherche à fe fauver ;
M. Hache , curieux de favoir d'où provenoit
cet affreux tintamare , montre fa
tête en foulevant le couvercle du coffre ;
& l'oncle , ftupéfait , s'écrie , en foupirant :
jufte Ciel ! n'y en a- t - il plus ?
Aux cris d'Hervé tous les voifins font en
rumeur & crient au guet ; on enfonce la
porte, on fe faifit de Meffieurs les coufins , on
les conduit , ainfi que les coufines & l'oncle ,
chez le Juge , & Dieu fait avec quel cortége
! On interrogea les parties , & le
Juge , après avoir , quoiqu'avec peine ,
pénétré le fin de l'aventure , les renvoya
toutes chez elles , avec injonction de ne
plus déformais fcandalifer ainfi leur prochain.
, O
vous jeunes
beautés
, pour qui
j'écris
! gardez
- vous de croire
aux coufins
avant
que d'être
mariées
; & n'y croyez
pas
plus après.
C iv
56 MERCURE
DE FRANCE
.
INVOCATION à l'Hymen , au fujet du
mariage de M. le Marquis DE MONTMORENCY
- FOSSEUSE avec Mlle De
MONTMORENCY-LUXEMBOURG , aujourd'hui
Duc & Ducheffe de Montmorency.
Sur l'air : Chantons pour l'amour
de Marie , & c.
SUR UR les aîles de l'allégreffe ,
Aimable Hymen , du ciel defcens ,
Et viens couronner la tendreffe
D'un illuftre couple d'amans.
• •
Unis , par ta chaîne charmante ,
Ces enfans de nos demi- dieux.
Déja l'Amour , dans cette attente ,
Les a liés de fes doux noeuds .
Toi qui , guidé par la décence
Sais difpenfer les vrais plaifirs ,
Remplis , Hymen , leur eſpérance ,
Comble leur plus tendres defirs .
Qu'une union toujours conftante
Attire tes bienfaits fur eux ;
Et fais qu'on célèbre & qu'on chante
D'ans en ans tes dons généreux.
NOVEMBRE . 1767. 57
Oui , fouvent de cette alliance
Tu dois nous procurer des fruits.
Tu fais qu'avec plaisir la France
Voit naître des Montmorencis .
Conferve , Hymen , à la patrie
Le beau fang de fes défenfeurs ;
Avec inſtance elle t'en prie ,
Et c'est le voen de tous nos coeurs.
H. D. d. L. F. S. J.
Aux mêmes , en leur envoyant deux
tourterelles. Sur l'air : Réveillez vous ,
belle endormie , & c.
DEPLOYEZ ÉPLOYEZ VOS aîles légères ,
Tourterelles , portez nos voeux ;
Comme nous , tendres & fincères ,
Vous les ferez entendre au mieux.
Vous êtes la naïve image
Des coeurs fidèles & conſtans :
Charmans oifeaux , votre meffage
Doit plaire à deux époux amans.
Ст
58
MERCURE
DE
FRANCE
.
Joignez notre parfait hommage
A ceux qu'on leur rend en ce jour
Et demeurez près d'eux pour gage
De nos refpects , de notre amour.
>
Par le même.
VERS à M. le Marquis DE V ***. fur
fon éloge de Charles V.
E.NFANT du goût , ami de la raiſon ,
Libre comme elle , & plus heureux peut-être ,
Sous votre aurore on verroit naître
Les fleurs dont le jeune Apollon
Ornoit le front riant du vieil Anacréon , ›
Son favori , fon élève & mon maître ;
Mais , amoureux d'un utile laurier ,
Le portrait d'un héros vous entraîne & vous flatte ;
Vous nous peignez , d'une main délicate ,
Celui de Charles V, ce généreux guerrier.
Ses vertus , les malheurs , fa conftance & fa
gloire
Sont des tableaux touchans fous vos mains embellis
:
On croiroit voir Minerve au temple de mémoire ,
Gravant les noms facrés de paix & de victoire
Sur l'or & les rubis.
NOVEMBRE 1767. 59.
Votre Mufe fidèle , empreffée à vous plaire ,
Tait éclore , en riant , les lauriers & les fleurs ; /
Elle les diftribue aux conquérans des coeurs ,
Ce choix eft fage & vous l'avez fçu faire.
+
VERS adreffés à l'Auteur du livre intitulé :
les Loisirs d'un Soldat ; par M. DE
SAINSON , ancien Officier au Régiment
des Gardes- Françoifes , Gouverneur de
VIRE.
DIGNE
IGNE Soldat , ta plume féduifante ,
Fidèle pinceau de ton coeur ,
Offre à nos yeux l'image intéreffante
De tes vertus , de ta valeur.
On reconnoît à ton génie
Minerve qui vient t'inſpirer.
Verſe ton fang pour la patrie ,
Ton amour pour Louis te le fait defirer .
Par un double chemin pourſuis , vole à la gloire ,
Aux lauriers de Bellone unis ceux d'Apollon ;
Inftruis tes compagnons à fixer la victoire ,
Elle aime les héros , & tu fers fous B ***,
C. vj
60 MERCURE DE FRANCE.
LE mot de la première énigme du
Mercure du fecond volume d'octobre eſt .
l'éteignoir. Celui de la feconde eft feringue.
Celui du premier logogryphe eft
papier ; dans lequel on trouve pré , rape ,
api , Pape , pie , par , air , pari , Priape .
Celui du fecond eft rhinocéros ; dans lequel
on trouve Rhin , Chine , Roi , héros
Scion , hériffon , ( ré , fi ) foie , Henri ,
Yone , chien , once , foir , riche , noir ,
Nice , rocher , cor , Nicé , Néron , Sion
ronces , hier , Ino , Cai , oie , oifons , ( fi ,
finon ) Coré , orne , fein , ris , foc , foi ,
( fcie , coin , ) fec , Roi , Cronos , Cronies
, Chiron , Coronis , Chioné , Io , ( en ,
ci , ni , nom ) Choés , cornes , forcier
corniche , cornichon , ( petit fabot à jouer ,
nommé corniche ) Ion , fils de Xutus ,
Ion , Saint , os , niche , noce , or , herfe ,
ferin , fons que rend l'air agité , ) Sire ;
(fon , refte de farine , ) cire , Cicéron ,
rofe . Et celui du troiſième eft rivière , où
l'on trouve verre , ivre , rue , rire , rive ,
vie , ré, ire , ver & rive.
و
NOVEMBRE 1767. 61
ÉNIGM E.
J'A1 la tête pefante & dure.
Je fuis fort peu fubtil ; cependant l'univers
Admire , avec raiſon , mes ouvrages divers ,`
Où l'art furpaffe la nature.
Mais , s'il n'eft prefque rien dont je ne vienne
à bout ,
Je puis auffi détruire tout .
AUTR E.
LE peintre pafferoit pour homme incomparable
,
S'il pouvoit , par fon
art , peindre le mouvement.
Moi , plus adroit que lui , & bien plus admirable ,
Je fais , fans me mouvoir , un effet furprenant.
LOGO GRYPH E.
Bonjour , ami lecteur ; je vais , fans verbiage ,
De mes talens divers te faire l'étalage .
En divifant mes pieds tu trouves dans mon nom
Les charmes que Lulli prêtoit à Phaëton ;
61 MERCURE DE FRANCE .
Le foutien des vieillards ; l'oreiller d'un grand
homme ;
Une ville fatale aux citoyens de Rome ;
Ce qui fait le defir des pâles matelots
Après que la tempête a fait mugir les flots ;
Ce qu'on remplit à Caen des préfens de Pomone ;
Ce qu'on fait dès l'enfance aux bords de laGaronne;
L'Envoyé d'un grand Prince ; un ſtupide animal ;
Ce que perdit Adam fans reffentir de mal ;
Ce qui caufe aux amans de fi tendres alarmes ,
Et qui fait à Vulcain répandre tant de larmes ;
Mon temple étoit fameux jadis chez les Thébains ;
Mon nom étoit connu des Francs & des Romains .
Adieu , tu crois m'avoir , & le dis à Silvie ,
Quand tu veux , par l'hymen , l'enchaîner pour
fa vie.
A Courbevoix , par M. T. D. M.
AUTR E.
Du luxe j'ai reçu le jour ,
U
Et l'on ne voit guères paroître
Femme coquette ou petit -maître
Sans l'éclat varié de mon brillant contour.
Puifque vous voulez me convaincre ,
C'eft fur neuf pieds qu'étant monté ,
Je promène par- tout ma fotte vanité .
NOVEMBRE 1767. 63
Mais décompofe - les ; de la trifte vieilleße
Je fuis le figne trop certain ;
Par moi tu règles dans ta main
D'un courfier indompté la fougueule rudeffe ;
Je fuis le Dieu des vents ; ce qui couvre Philis ;
Et le genre fublime où brillèrent jadis
Rouffeau , la Mothe ; un Evêché de France ;
Le figne de l'efprit ; celui de l'opulence ;
Petite ville près Paris ;
Ce que tu fais lorfque la foif te preſſe ;
Et l'endroit que préfère un berger amoureux
Près d'un raiffeau , pour peindre fa tendreffe
Au tendre objet de fes timides feux.
Adieu , lecteur , devine fi tu peux.
Par JEAN-MARC BELLEVILLE , habitant de
Bry-fur-Marne , abonné au Mercure.
Q
AUTRE.
UOIQUE mes traits foient odieux ,
Je fuis dans plus d'un caractère :
Un vil reptile fut mon père ,
Je rampe comme lui pour me déguiſer mieux,
Six pieds forment mon exiftence :
En les décompofant , fous des traits gracieux ,
64 MERCURE DE FRANCE.
Je t'offre le doux nom que me permet Hortenfe
Dans nos entretiens amoureux.
Deux notes de mufique ; & la noble carrière
Qui fignala jadis nos preux ;
Et ce qui quelquefois les mit au cimetière ;
Le doux fruit d'un travail qui nous fert de leçon i
Et l'excrément d'une aimable boiffon ;
Un inftrument rongeur ; un faîte ;
Enfin , lecteur , ce que je te fouhaite.
Par le même.
Q
CHANSON
.
UAND , pour te plaire , belle Hortenfe ,
A ta voix je mêle mes fons >
L'amour est toute ma fcience ,
Lui feul me dicte des leçons.
Interprète de ma flâme ,
Ma fûte exprime mes defirs ;
Je lui communique mon âme ,
Et les accens font mes foupirs.
Paroles & mufique de M. J ***.
Amoureusem
Quand pour le plaire belle Hortense A ta
voix je mêle mes sons; L'amour est toule
ma science Lui seul me dicte des leçons:
Inter-prete de maflame,Ma flute ex =
曲
W
prime mes
desirsje lui communiquemon a -me,
Etses ac cens sont mes soupirs sont mes soupirs.
NOVEMBRE 1767. 65
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
NANCY , ou les Malheurs de l'imprudence
& de la jaloufie , hiftoire tirée de l'anglois
; par M. D'ARNAUD , Confeiller
d'Ambaffade de la Cour de Saxe , des
Académies, &c. enrichie d'eftampes , in- 8 ° :
prix 36 fols. A Paris , chez L'ESCLAPART
, Libraire , quai de Gêvres , &
la veuve DUCHESNE , rue Saint Jacques.
SIRIR Herftord venoit de mourir ; fa
fortune confiftoit dans une charge confidérable
; fa veuve & fa fille Nancy reftèrent
avec peu de biens : elles étoient
accoutumées à l'aifance . Nancy ne pouvoit
fe réfoudre à defcendre ; fa mère
eut la complaifance de céder à fa petite
vanité elle ouvrit enfin les yeux fur les
fuites de cette condefcendance ; mais fesrepréſentations
n'eurent point de pouvoir
fur l'âme de Nancy. Elle fe répand dans
66 MERCURE DE FRANCE .
le monde ; fon amour-propre cft flatté des
conquêtes qu'elle fait , & l'engage à tout
tenter pour les multiplier. Un homme du
bon ton , un élégant , veut la mettre dans
la lifte des belles qu'il a féduites ; il lui
fait fa cour affidument , mais ne parle
point de mariage. Il explique fes intentions
à Nancy dans une lettre , & la révolte
fans la corriger. Bentley , jeune
homme qui revenoit du Levant , la voit
au fpectacle , l'aime , s'introduit chez elle ,
& s'annonce pour un mari. La mère de
Nancy ne lui cache point le déplorable
état de la fortune de fa fille ; mais l'amour
eft plus fort ; il touche Nancy , la détermine
à un mariage fecret : fa mère meurt
de douleur en l'apprenant , & prédit à fa
fille les malheurs dans lefquels elle va fe
plonger. Le père de Bentley défapprouve
le mariage de fon fils ; la coquetterie de
Nancy lui étoit connue : il ne veut point
entendre parler d'elle. Bentley fait un
voyage aux Indes. Nancy , pendant fon
abfence , ne change point de conduite ;
les plaifirs bruyans font feuls de fon goût :
fon hôteffe en eft fcandalifée . Au retour
de Bentley , elle veut lui donner congé ;
elle laiffe échapper quelques mots qui
éveillent la jaloufie de ce jeune homme.
Il eſt forcé de faire un fecond voyage ; il
NOVEMBRE 1767. 67
?
engage l'hôteffe à garder fa femme pendant
une année : il lui recommande furtout
de veiller fur fes démarches , & de
lui entendre compte. Pendant fon abfence ,
Nancy fait une chûte , accouche avant
terme ; la crainte d'exciter des foupçons
dans l'efprit de fon mari ; la détermine à
cacher cet accident . L'enfant vit ; l'hôteffe
le voit avec peine , on l'évite , cela lui
donne de la défiance. Nancy , toujours
imprudente , fait à la comédie connoiffance
avec une femme qui la vient voir ,
& à qui elle rend fa vifite , fans prendre
d'autres informations que celles de l'endroit
où elle demeure. Un mouvement ,
qui fe fait par hafard dans la rue , la conduit
à la fenêtre ; elle voit fon beau- père
qui la regarde avec mépris. Elle s'en va
fort affligée , demande quelle eft fa nouvelle
connoiffance , & eft informée que
c'eſt une fille entretenue.
Bentley , à fon retour , eft inftruit par
l'hôteffe des nouvelles qu'il craint ; il
reçoit une lettre qui lui apprend que fon
père eft à l'extrêmité : il part fans dire
adieu à fa femme , trouve fon père mort
qui l'a deshérité. Un oncle lui apprend
la vifite de Nancy , à une fille perdue
réputation , y a beaucoup contribué.
Bentley , perfuadé du défordre de ſa
que
68
MERCURE
DE FRANCE
.
femme , lui écrit qu'il l'abandonne ; il
charge fon oncle d'aller la déterminer à
une féparation . L'oncle arrive ; Nancy
avoit reçu la lettre de fon mari : elle étoit
tombée malade ; fon fils venoit de mourir.
Elle fe juftifie ; l'hôteffe reconnoît
l'injuftice de fes foupçons. On rappelle
Bentley ; il vient ; il arrive pour recevoir
les derniers foupirs de Nancy ; fa raifon
s'égare ; & il meurt deux ans après dans
une maifon de force où fa fureur l'avoit
fait renfermer.
Rien de plus fimple que le fond de ce
roman ; rien de plus intéreffant que la
manière dont il eſt traité : c'eſt d'un bout
à l'autre , des fituations touchantes , remplies
de fentiment , d'intérêt & de chaleur.
Ce qu'on y voit fur-tout avec plaifir , ce
font des leçons de vertu mifes en action.
Combien de jeunes perfonnes , réellement
vertueufes , font les victimes de leur imprudence
! Il réfulte de cette nouvelle , qu'il
ne fuffit pas d'aimer la vertu , d'être innocente
, mais encore qu'il faut le paroître
aux yeux de tous ; que l'on doit éviter
jufqu'au moindre foupçon . Des romans
de cette nature valent bien des traités de
morale ; on pourra regarder un recueil
d'ouvrages de cette efpèce , compofés par
le même auteur , comme le Code des devoirs
de l'homme. C'est l'inftruction même,
NOVEMBRE 1767. 69.
cachée fous les grâces de l'imagination
réunie à l'énergie du ftyle ; & c'eft ainfi
qu'un homme de lettres peut devenir utile
à fes concitoyens , & bien mériter de fa
patrie & de l'univers entier. Qu'on rende
donc juftice à la littérature ; c'eft un feu
facré qui , employé par certains écrivains ,
eft nuifible , brûle , dévore , & qui , mis
en oeuvre par le vrai philofophe , échauffe
le germe des vertus , les développe , &
contribue aux plaifirs & au bonheur du
genre humain. Le public attend avec
impatience la fuite de cette collection fi
précieufe , qui deviendra toujours plus
intéreſſante & plus inftructive.
ABREGE de l'hiftoire de Port - Royal ; par
M. RACINE , de l'Académie Françoiſe ;
ouvrage fervant de fupplément aux trois
volumes des oeuvres de cet auteur , imprimé
à Vienne, & fe trouve à Paris ,
chez LOTTIN le jeune , rue Saint Jacques
, vis- à- vis celle de la Parcheminerie ;
1767 ; in- 12 ,
Nous avons déja annoncé cet ouvrage ,
dans notre fecond volume de janvier. Nous
nous promettions
alors d'y revenir , & d'en
donner un extrait, Pour cela , nous l'avons
70 MERCURE
DE FRANCE.
relu avec foin , & toujours avec la même
fatisfaction. Nous penfons que la première
partie , qui eft , depuis vingt cinq ans , trèsrépandue
, & dans les mains de tout le
monde , eft aujourd'hui trop connue pour
l'analyfer à l'égard de la fuite , ou feconde
partie , elle eft peu confidérable pour l'étendue.
D'ailleurs , étant bien courte , elle
.mérite d'être lue dans fon entier. Nous
nous contenterons d'en extraire un trait ,
qui pourra donner une légère idée à ceux
qui n'auront pu la lire encore.
و د
ود
"
« M. Pafcal n'étoit âgé que de trente-
» neuf ans ; mais quoiqu'encore jeune ,
» fes grandes auftérités , & fon application
» continuelle aux chofes les plus relevées ,
» l'avoient tellement épuifé , qu'on peut
» dire qu'il mourut de vieilleffe . Il laiffa
imparfait un grand ouvrage qu'il avoit
» entrepris contre les athées. Les fragmens
qu'on en trouva difperfés dans fes pa-
» piers , & qui ont été donnés au public ,
» fous le nom de penfées de M. Pafcal ,
» peuvent faire juger , & du mérite qu'auroit
eu l'ouvrage , s'il eût eu le temps de
» l'achever , & de l'impreffion vive que
» les grandes vérités de la religion avoient
faitefur fon efprit , & c.
"
و د
ور
ود
Ce volume eft une fuite néceffaire des
oeuvres du grand Racine. En rapprochant
NOVEMBRE 1767. 71
cet opufcule de fes autres ouvrages , on
fentira à la lecture de celui - ci , un plaifir
différent. On fera charmé de voir comment
l'auteur fublime de Phedre & d'Athalie
a fu plier fon génie à la fimplicité de
fon fujet. Ce ne font pas ici des confidens ,
des Miniftres , des Rois , des Empereurs.
De fimples Religieufes jouent les princi
paux rôles , dans l'hiftoire de Port- Royal,
Mais dans cette fimplicité même , l'on découvre
des graces nouvelles , que l'auteur
a fu y répandre. Par-tout on remarque le
charme de la vérité.
EXTRAITS de différens Mémoires de M.
S. R. L. V. ci-devant Architecte de
L'Impératrice Reine & du Roi de Pruffe ,
fur divers objets effentiels à la confervation
de la vie & de la fortune des habitans
des villes.
SUR LES INCENDIES.
DAANNSS un mémoire fur les incendies , &
fur les moyens d'y apporter les fecours les
plus prompts & les plus efficaces pour en
empêcher les progrès & les éteindre , cer
auteur artifte décrit les divers établiſſemens
72 MERCURE DE FRANCE.
faits dans les principales villes de l'Europe ,
les compare les uns aux autres , en difcute
les avantages & les défauts , fait voir qu'il
n'eft aucune ville où on ait pris des précautions
plus exactes qu'à Berlin , & que tour
ce qui a été fait , corrigé ou augmenté
dans ces derniers temps concernant cet
objet effentiel à la vie & à la fortune des citoyens
, n'eft non - feulement qu'une imitation
imparfaite de ce qui fe paffe dans la
Capitale du Brandebourg , pour remédier
à ces accidens funeftes ; mais qu'il eft poffible
d'employer des moyens plus exacts ,
moins compliqués , infiniment plus fûrs &
plus prompts pour arrêter les incendies dès
leur naiffance , en empêcher les progrès ,
& les éteindre.
Il pofe pour principes , qu'il faut que les
moyens puiffent être efficaces en toute faifon
, c'eft - à - dire , qu'on puiffe avoir de
l'eau fluide dans les temps de gelée comme
dans les autres ; qu'on puiffe en avoir une
affez grande abondance pour lutter &
vaincre l'opiniâtreté des flammes , lorfque
l'intempérie de l'air leur donne de la force ;
qu'on ne foit pas obligé de l'aller chercher
au loin , mais qu'on en trouve à l'inſtant
fous la main , & à portée de toutes les
ties hautes & baffes d'une ville ; qu'il faut
le remède puiffe être adminiftré avec que
parautant
NOVEMBRE 1767. 73
autant & plus d'activité & de promptitude ,
s'il eft poffible , que les incendies n'en ont
dans leurs progrès ; & qu'il faut employer
un petit nombre de travailleurs , feul
moyen d'éviter les embarras & les défordres
de toute efpèce , qui , dans ces cas , fe
multiplient , quelques précautions que l'on
prenne.
Après ces principes , il établit les vérités
fuivantes. L'eau des puits & des cîternes
eft la feule qui foit fluide dans les temps
de gelée
Les pompes armées de tuyaux de cuir
font le feul moyen de conduire & diriger
l'eau dans tous les endroits où l'on en a
befoin.
De ces principes & ces vérités , il en
tire les conféquences fuivantes , qui font
les feuls moyens d'arrêter les incendies
dès leur naiſſance , d'en empêcher les progrès
, & de les éteindre.
Dans toutes les parties baffes d'une ville
& jufqu'à mi-côte , il faut conftruire un
puits fous le mur de face de chaque maiſon ;
& depuis la mi- côte & dans les parties
hautes , conftruire au - deffous des caves de
chaque maifon une cîterne avec un aqueduc
jufques fous le mur de face
Dans chaque puits , & à l'extrêmité de
l'aqueduc de chaque cîterne , établir une
D
1
7.4
MERCURE
DE FRANCE.
pompe dont le balancier fera renfermé
dans une petite niche de forme quelconque
, pratiquée au rez- de - chauffée de la
Lue.
Dans chaque niche , on placera autant
de toifes de tuyaux de cuir , que la maiſon
en a de face en longueur.
Les noeuds de tous ces tuyaux de cuir
feront taraudés fur un même pas de vis pour
route la ville , afin de les joindre indiftinctement
les uns aux autres en cas de befoin.
Chaque niche fera fermée d'une porte
avec ferrure à deux entrées , l'une pour la
clef des propriétaires & locataires , l'autre
pour la clef publique , qui fera entre
les mains des Commiffaires , Infpecteurs
de police , Brigadiers & Sergens du guet ,
Brigadiers des pompiers , & c.
Il est évident que cet établiffement eft
poffible, à mesure qu'il fe trouve des répa-
Fations à faire aux murs de face , & qu'on
peut conftruire une cîterne fous une cave.
Un puits ne coûte pas plus à conſtruire
fous un mur de face , que dans tout autre
terrein qu'occupe une maifon . Une cîterne
ne coûtera pas plus qu'un puits fouillé à
15 , 16 & 18 toifes de profondeur , dans
lequel il eft difficile de fe fervir de pompes ,
à caufe de la foibleffe de fa puiſſance. Il
n'y auroit donc que la pompe & les tuyaux
NOVEMBRE 1767. 75
de cuir qui deviendroient un furcroît de
dépenfe pour les propriétaires ; mais elle eſt
médiocre , ne fe répéteroit pas fouvent , &
ne doit pas être mise en comparaifon avec
l'utilité & les avantages qui en résultent.
Avantage de cet établissement .
Chacun pourroit remédier foi- même
aux accidens du feu , dès l'inftant de leur
naiffance ; par conféquent il feroit trèsrare
qu'ils puffent faire des progrès . Les
voifins fe prêteroient facilement du fecours
les uns aux autres . Les fceaux de ville ,
dont le fecours eft fort lent , deviendroient
inutiles , peut- être même les pompes d'incendie
; & dans ce cas , les fonds deſtinés
à l'entretien des uns & des autres , feroient
employés aux réparations des pompes
maifons qui auroient été gâtées pour
fervice public.
des
le
Il ne feroit plus néceffaire de faire des
retenues d'eau , qui incommodent les travailleurs
, qui engorgent les pompes d'incendie
par leur faleté , & dans lesquelles
périffent les meubles & les effets des malheureux
incendiés.
Il ne faudroit qu'un petit nombre de travailleurs
qui ne fe nuiroient point les uns
aux autres ; par conféquent il n'y auroit
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
plus lieu aux vols , aux filouteries , & autres
défordres.
L'eau des cîternes étant reconnue pour
bonne , tant pour la cuiffon des légumes ,
que pour le blanchiffage & pour l'abreuvement
des animaux domeftiques , elle
fuppléeroit aux fontaines , dans les quartiers
élevés où il n'y en a point.
&
Cet établiffement , dans lequel on n'a eu
d'abord pour point de vue que les incendies
, contribueroit auffi beaucoup à la falubrité
de l'air , à la propreté des rues ,
à procurer de la fraîcheur dans les temps
des grandes chaleurs , puifqu'il feroit trèsfacile
d'arrofer le pavé , & de le laver auffi
fouvent qu'on voudroit , jufqu'au point de
ne voir que de l'eau claire couler dans les
ruiffeaux .
Nous terminerons ici l'extrait de ce
mémoire qui eft plein de réflexions judicieuſes
, d'obfervations fages & exactes , &
de vues utiles.
Nous donnerons dans la fuite l'extrait des
autres mémoires de cet auteur , fur les banquettes
des ponts & des quais , fur la conftruction
des ports , fur les marchés &
places publiques , fur les falles des fpectacles
, fur un palais des mufes , far un pantographe
de perfpective , &c.
NOVEMBRE 1767. 77
RÉPONSE de MM. DussosSOY à une
Religieufe du Couvent de Saint Magloire ,
dont la lettre eft inférée dans le Mercure
du mois de mai dernier , au sujet d'un
livre intitulé : le Citoyen défintéreffé .
JE vous' demande pardon , ma chere ſoeur ,
du chagrin que vous a caufé la lecture de
mon ouvrage , je ne devois cependant
pas m'attendre aux reproches que vous me
faites ; je croyois vous avoir fait un affez
bon parti en vous transférant d'une maison
peu commode , d'une retraite obfcure , dans
une maifon plus agréable , dans un air pur
& falubre ; j'efpérois qu'en récompenſe
vous m'auriez pardonné le facrifice que je
faifois de votre couvent , à l'utilité publique
, à la commodité de mes concitoyens
& des vôtres jugez combien j'ai dû être
étonné en vous entendant vous écrier à
la profanation & à l'impiété, en vous voyant
ne pas me faire grace de deux fautes d'impreffion
affez peu importantes , & couvrir
felon l'ufage , vos petits intérêts de ceux de
Dieu & de la religion . Je ne fuis ni impie
ni profane ; je fuis un citoyen qui adore
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Dieu , qui refpecte la religion , & qui la
vois outrager , avec douleur.
›
J'ai fait vou comme vous, ma chere foeur,
comme tous mes concitoyens comme
tous les hommes , de me rendre autant qu'il
me feroit poffible , utile à ma patrie . Vous
faites confifter cette utilité dans la folitude ,
& à vivre dans l'obfcurité d'un cloître ,
& moi à leur faire part de mes vues ,
chercher les moyens de contribuer à leur
bien- être , à l'embelliffement & à la commodité
de la capitale.
à
Je fais , & j'en fuis plus fâché que vous ,
qu'on ne peut parvenir à faire un bien général
, fans qu'il n'en réfulte quelque petit
mal particulier , malheureufement ce petit
mal tombe naturellement fur votre couvent
; en voilà affez pour que vous m'accufiez
d'avoir un fecret penchant pour la
dévastation , quoique j'aie toujours protefté
le contraire . Mais j'ai affez prouvé
dans mon ouvrage , que la démolition de
votre couvent étoit néceffaire ; il faut
vous convaincre qu'elle n'a rien d'impie.
Vous convenez que Catherine de Medicis
eut envie de faire un palais de votre
maiſon ; & fi elle ne le fit pas , ce fur pour
des raifons qui n'ont rien de relatif à la
religion. Vous ne difconviendrez peutêtre
pas que cette Reine ne fût bien pieufe ,
NOVEMBRE 1767. 75
dans toute l'extenfion que vous donnez à
ce terme , & même qu'elle ne le fût un
peu trop pour le malheur de la France . Pourquoi
donc ne voulez- vous pas que des Magiftrats
, à qui la religion fait un devoir de
veiller aux befoins de la capitale , prennent
cette maifon pour l'avantage du public ,
en vous en donnant une autre ? Est - ce parce
qu'ils ne font pas pieux à la maniere de
Catherine de Medicis? J'avoue cependant
que je ferois dans mon tort , s'il n'y avoit
point d'églifes dans le quartier que vous
occupez , car il eſt néceffaire qu'il y ait des
temples à portée des quartiers les plus
fréquentés ; mais ma foeur , comptez avec
moi ; & vous trouverez dans lafeule rue
Saint Denis , la plus marchande de Paris ,
la plus peuplée , où le terrein eft le plus précieux
, quatre paroiffes , trois communautés
d'hommes & quatre de filles , qui occu
pent les terreins les plus confidérables , tandis
qu'il y a bien des villes du fecond , &
même du premier ordre , qui n'en ont pas
autant. C'est être bien modefte , ma chere
foeur , que de ne prendre fur cette étendue
de terre bénie ( comme vous . dites ) fur
onze couvens , cchhaappiittrreess , ou paroiffes ,
que celui des Religieufes Saint Magloire.
Je fais qu'il n'eft pas dans le cas de ces de-
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
*
meures fuperbes , où les paifibles enfans
de deux célebres Cénobites prient au ſein
du repos ; afyles charmans , dont vous
m'accufez d'avoir fait une peinture trop
Alatée ; auffi n'est- ce pas pour cette raifon ,
que je veux qu'on le fupprime. Vous craignez
que cette fupreffion ne faffe tort à la
religion : il me femble au contraire que
plus le nombre des temples du Seigneur
fera limité , & mieux il yfera adoré . Il n'y
en avoit qu'un à Jérufalem ; quel refpect
n'infpiroit-il pas au peuple Juif ? quelle
pompe dans les cérémonies , dans la primitive
églife , & lors même qu'elle ne fut
plus perfécutée ? Les temples en plus petit
nombre n'en étoient que plus fréquentés.
Oferois- je le dire ? ou la plupart des fondateurs
ont mal entendu les intérêts de la
religion , ou un peu d'amour propre s'eft
mêlé à leur piété . Si au lieu de faire des
fondations nouvelles , ils n'avoient fait
qu'ajouter aux anciennes , ils auroient fait
le même bien , en évitant la multiplicité
qui , en rendant les objets trop communs ,
les rend moins précieux.
Je ne crois pas que vous ne conveniez
que des halles , dans une ville comme Paris
, ne foient d'une néceflité abfolue : celles
qui font deftinées aux matieres comeltibles
, font très - bien fituées ; mais elles
NOVEMBRE 1767. Sr
par
font embarraffées les halles aux draps
& aux cuirs ; & ces embarras out fouvent
des fuites funeftes pour la vie des citoyens
qu'ils expofent à être écrafés , ou pour
leur fanté par la malpropreté inévitable
dans des lieux auffi refferrés. Que faut- il
pour les débarraffer ? Que vous cédiez
à la halle aux draps & à celle aux
cuirs un emplacement qui lui eft propre.
Eh quoi ! ma foeur , vous pourriez
balancer entre le petit défagrément , fi
c'en eft un , de changer de maifon , & la
vie & la fanté d'un peuple pour lequel
vous priez jour & nuit ? & vous appelleriez
cette propofition une profanation ,
une impiété ? Eh ! ma chere four , où en
feroit la fociété , fi le gouvernement étoit
dirigé par des Religieux , ou s'il penfoit
comme des Religieufes ? Il vient d'ordon
ner que les Chanoines réguliers de la
Couture feroient transférés à la maifon de
Saint Louis , occupée ci- devant par les Jéfuites
, & qu'il feroit fait de l'églife &
maifon de ces Chanoines , un marché public
, afin de rendre libre la rue Saint Antoine
. Crierez - vous encore à l'impiété , à
la profanation ?
Je fuis , & c.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
j
LETTRE de Gabrielle d'Eftrées à Henry
IV , précédée d'une épître à M. de
Voltaire , & de fa réponse ; par M.
BLIN DE SAINMORE : troisième édition
, ornée de gravures. A Paris , chez
JORRY , rue de la Comédie Françoife ;
1767 avec approbation & privilége du
Roi ; in- 8 ° . de 38 pages. Prix ▲ liv.
16 fols.
LA multiplicité des éditions eſt une des
preuves les moins fufpectes du fuccès d'un
ouvrage. Nous annonçons toujours celui - ci
avec un nouveau plaifir : c'est une des
meilleures productions que nous ayons en
ce genre. Au refte M. Blin de Sainmore
eft en partie redevable de la réputation
qui le diftingue parmi nos jeunes verfificateurs
, aux foins continuels qu'il prend
de corriger fes poéfies . Voici comme il a
changé le commencement de fon épître
à M. de Voltaire :
O toi dont le brillant génie
Près de Corneille & de Milton
Tient le fceptre de l'harmonie ,
Et vole aux cieux avec Newton';
NOVEMBRE 1767. 83
Toi qu'Apollon toujours careffe ,
Toi qui chantas fi bien le Roi
Dont je vais peindre la maitreffe ,
Divin Voltaire , inſpire- moi
Cette cadence enchantereffe ,
Ces fons touchans & cette ivreffe
Dont tu fais animer tes airs ;
Le fentiment , ce roi du monde ,
Fait feul le charme de nos vers ;
C'eft la chaleur vive & féconde
Qui reffufcite l'univers ;
Oui , c'eſt par-là que mon ouvrage
Peut fe répandre dans Paris ,
Et que , marqué de ton fuffrage ,
Il peut échapper au naufrage
De la foule des froids écrits.
De la fenfible Gabrielle
Tu chantas les premiers plaifirs
Protége - la fois - lui fidèle
Jufques à fes derniers foupirs. &c.
On trouve , chez le même Libraire , la
collection des héroïdes de M. Blin de
Sainmore.
D v
434
.
MERCURE
DE
FRANCE
.
ANNONCES DE LIVRE S.
CONSIDERATIONS ONSIDÉRATIONS fur les moeurs de ce
fiècle ; par M. Duclos , hiftoriographe de
France , l'un des Quarante de l'Académie
Françoife , & de celle des Belles- Lettres
de l'Académie de Berlin , & de la Société
Royale de Londres : cinquième édition . A
Paris , chez Prault , quai de Gêvres ; &
chez Durand neveu , Libraire , rue Saint
Jacques ; 1767 : avec approbation & privilége
du Roi.
Les éditions multipliées & fréquentes
de cet ouvrage , les diverfes traductions
qui en ont été faites , le genre de philofophie
qu'on y traite , les détails agréables
& ingénieux qu'il préfente , la grande connoillance
du coeur & du monde , la force ,
la clarté , la précifion , l'exactitude &
P'élégance du ftyle , tout contribue à lui
donner la plus grande célébrité. Il fera
mis , avec raifon , à côté de la Rochefoucault
& la Bruyère ; & M. Duclos , parmi
les plus grands philofophes de notre fiècle,
plus philofophe que le précédent.
La théorie & la pratique du jardinage
& de la culture , par principes , & démonNOVEMBRE
1767. 85
trée d'après la phyfique des végétaux ; le
tour précédé d'un dictionnaire fervant
d'introduction à tout l'ouvrage , & qui
forme le premier tome ; par M. l'Abbé
Roger Schabol avec figures en tailledouce
, deffinées & gravées d'après nature.
A Paris , chez G. Defprez, Imprimeur du
Roi , rue Saint Jacques ; 1767 : avec approbation
& privilége du Roi ; in- 8 ° . petit
format , ou grand in- 12 , fix livres relié.
La préface qui eft en tête de ce livre
donne la plus grande idée de l'ouvrage ,
non pas tel qu'il eft actuellement , car il
n'existe pas encore , mais tel qu'il fera
lorfqu'il fortira des mains de fon auteur.
Ce que nous annonçons aujourd'hui , n'eſt
que la définition & l'explication des termes
& des différentes parties du jardinage ,
rangées par ordre alphabétique en forme
de dictionnaire , dans lequel on s'eft appliqué
à rendre clairement l'intelligence
de tout ce que l'art du jardinage contient
de plus intéreffant. A l'égard des volumes
qui ne paroiffent point encore , voici ce
l'auteur en dit d'avance , ainſi que du
dictionnaire que nous annonçons . « Cet
» écrit , comme ceux qui le fuivront , font
» univerfellement attendus depuis plus de
vingt ans , à la ville , dans les provinces ,
» & chez l'étranger , par les cultivateurs &
que
"
86 MERCURE DE FRANCE.
"
"D
30
» par les non cultivateurs. L'ouvrage eft
déja comme publié , dans un fens , avant
que de l'être à l'impreffion : d'abord ,
» parce que la méthode de l'auteur eſtt pratiquée
avec un fuccès toujours égal dans
quantité d'endroits , depuis plus de
trente années , chez ce qu'il y a de mieux
» dans l'univers , avec un fuccès toujours
égal ; enfuite , parce que plufieurs mor-
» ceaux faifant partie de tout l'ouvrage ,
» même des traités entiers , ont été com-
» muniqués à nombre de curieux parmi les
perfonnes du plus haut rang , qui les ont
»fait copier de fon confentement ».
ود
"
LEÇONS fur l'économie animale , par
M. Sigaud de la Fond , maître de mathématique
, démonftrateur de phyfique expérimentale
, de la Société Royale des Sciences
de Montpellier , de l'Académie Royale
des Sciences & Belles Lettres d'Angers
& c. A Paris , chez Nicolas- Auguftin Delalain
, Libraire , rue Saint Jacques ; & à
Dijon , chez la veuve Coignard, & Louis
Frantin , Libraires ; 1767 : avec approbation
& privilége du Roi , deux vol . in - 12 .
Cet ouvrage eft principalement deftiné
aux perfonnes qui , inftruites des principes
de la phyfique , veulent fe former une
idée de l'économie animale & de la confNOVEMBRE
1767. 87
truction du corps humain. Quoiqu'il
n'entre pas dans un détail anatomiques
bien circonſtancié, il n'a pas négligé pour
cela , de donner une defcription fuffifante
des parties dont il s'eft propofé d'expliquer
les fractions. Il nous a paru que les définitions
étoient claires , exactes & fuffifantes
pour un phyficien , & pour ceux
qui , après avoir fuivi des démonſtrations
particulières , voudroient fe rappeller le
précis d'une étude plus longue , & dont
les connoiffances s'effacent aifément.
LETTRES choifies des auteurs François
les plus célèbres , pour fervir de modèle
aux perfonnes qui veulent fe former dans
le ftyle épiftolaire ; précédées des regles à
obferver dans les divers genres de fujets ,
fur lefquels on a occafion d'écrire , & du
cérémonial qui eft en uſage . A Paris , chez
Guillyn, Libraire , quai des Auguftins , du
côté du pont Saint Michel , au lys d'or ;
1767 avec approbation & privilége du
Roi , 2 vol . in 12 , cinq liv . brochés , &
fix liv. reliés.
On ne s'eft pas borné , dans ce recueil ,
à donner des modèles de lettres fur toutes
fortes de matières ; on y a joint des regles
& des préceptes fur le ftyle épiftolaire. A
88 MERCURE DE FRANCE .
l'égard des lettres même , qui font la
partie principale de cette compilation ,
nous croyons que le choix en eft bien fait ,
& qu'il n'y a aucun genre qui ne trouve
ici les modèles les plus parfaits , tirés des
auteurs les plus célèbres .
VOYAGE au tour du monde , fait en
1764 & 1765 , fur le vaiffeau de guerre
Anglois le Dauphin , commandé par le .
Chef d'efcadre Byron , dans lequel on
trouve une defcription exacte du détroit
de Magellan , & des géans appellés Patagons
, ainfi que de fept ifles nouvellement
découvertes dans la mer du Sud : traduit
de l'Anglois , par M. R *** . A Paris ,
chez Molini , Libraire , fur le quai des Auguftins
, à l'Italie lettrée ; 1767 : avec approbation
& privilége du Roi ; vol in 12 .
Si tout ce qui eft rapporté dans ce livre
eft exactement vrai , il n'y a plus de raifon
de douter qu'il n'y ait une nation de
géans , qui exifte fur la côte de Patagonie.
L'expédition du Chef d'efcadre Byron ,
& le rapport authentique & unanime des
équipages de deux vaiffeaux de guerre , ne
laiffent plus le moindre prétexte au pirrhoifme
le plus déterminé fur cet objet.
Pour achever de confirmer le public dans
cette vérité , le traducteur de ce livre rapNOVEMBRE
1767. 89
porte dans une longue préface , le témoignage
des différens voyageurs qui , depuis
Magellan jufquà nous , ont dépofé avoir vu
fur la côte des Patagons , des hommes
d'une grandeur extraordinaire . Quoi qu'il
en foit de l'exiſtence de ce fait , le nouveau
voyage au tour du monde contient des détails
affez curieux pour en rendre la lecture
inftructive & agréable.
L'ESPRIT des poëtes & orateurs célèbres
du règne de Louis XIV ; par Mlle
de Saint-Vaft ; dédié à Monſeigneur le
Dauphin. A Paris , chez Defpilly ; Libraire
, rue Saint Jacques , à la croix d'or ;
1767 avec approbation & privilége du
Roi ; in- 12 de 2 liv. 10 fols broché , 3 liv.
relié .
pre-
En donnant l'efprit des poëtes & des
orateurs célèbres , le point de vue principal
de Mlle de Saint -Vaft a été de préfenter
un ouvrage de morale qui pût être
tout enfemble agréable & utile. Elle divife
fon ouvrage en deux parties ; dans la
mière font les penfées qui ont rapport à la
religion. La feconde contient les vertus
morales & les devoirs de tous les états .
On trouve à la fin un article féparé des
penfées qui n'ont pu avoir place dans le
corps de l'ouvrage . Sans prononcer fur le
.
90 MERCURE DE FRANCE.
mérite de ce choix , nous croyons que l'au
teur de ce recueil a lu avec fruit les bons
écrivains fur la religion & fur la morale ,
& que fon livre pourra fe lire avec une
égale utilité par ceux qui aiment la morale
& la religion.
LA veftale Clodia à Titus ; par M. le
`
Suir
, actuellement à Parme ; grand in- 8 °.
de 32 pages .
Clodia , convaincue d'avoir perdu fa
virginité , & condamnée , fuivant la loi
des veftales , à être brûlée vive , eft fuppofée
dans un cachot , où elle reçoit une
lettre de Titus , fon amant. Elle lit cette
lettre , & , après l'avoir fue , elle dit tout
ce que l'amour & le défefpoir lui infpirent.
Tel eft le fujet de la première héroïde ,
dont la longueur , d'environ trois cens
cinquante vers , ne fait point defirer d'en
voir la fin. Le fujet de la feconde eft cette
même Clodia , fuppofée enterrée vive
dans un tombeau , qui adreffe à ce même
Titus fes plaintes & fa douleur. Il feroit
difficile de réunir à la fois plus de fentiment
& de poéfie , que dans ces deux pièces
, qui décélent dans l'auteur un vrai talent
pour ce genre d'écrire.
PANÉGYRIQUE de Saint Louis , pro-
1
NOVEMBRE 1767. 91
noncé dans l'églife des Prêtres de l'Oratoire
, le 25 août 1767 , en préfence de
MM. des Académies des Belles- Lettres &
des Sciences ; par M. l'Abbé Gayet de
Sanfale , Docteur de la Maifon & Société
de Sorbonne , Chanoine de Saint Paul de
Lyon , Confeiller au Parlement de Paris.
A Paris , chez Cuiffart , Libraire , quai de
Gêvres , à droite en entrant par le pontau-
change , à l'eſpérance ; 1767 : in - 8 ° .
و د
Les deux points de ce panégyrique font :
" Louis fut grand par for courage , mais
» d'un courage réglé par la religion , mag-
» nus fortitudine. Grand par fa fagefle ,
mais d'une fageffe éclairée par la religion
, magnus judicio
" "3.
ÉLOGE de Charles V , furnommé le
Sage , Roi de France . A Amfterdam , &
fe trouve à Paris , chez Valeyre le jeune ,
rue Vieille - Bouclerie , à la Minerve ; de
Hanfy , rue Saint Jacques , à Sainte Thérefe
; 1767 grand in- 8 ° . de 70 pages.
Cet éloge paffe les bornes ordinaires des
écrits de ce genre , & ne paroît pas avoir
été fait pour être préfenté à l'Académie.
On ne dit pas même quel en eft l'auteur .
Il eft divifé en deux parties , dans lefquelles
on parcourt toutes les vertus du héros
que l'on célèbre.
92 , MERCURE DE FRANCE.
ÉPITRE d'Héloïfe à Abélard ; traduction
nouvelle par M. J. M. Simon . A Jatab ;
1767 : in- 8 °. de 36 pages.
:
Le fuccès de la célebre épître d'Héloïfe ,
traduite de Pope par M. Colardeau , n'a
pas empêché que M. Simon n'entrât dans
la même carrière ; mais nous fommes
obligés de dire que la traduction de M.
Colardeau est toujours celle qui mérite la
Couronne .
Avis aux mères qui veulent nourrir
leurs enfans ; avec des obfervations fur les
dangers auxquelles elles s'expofent , ainfi
que leurs enfans , en ne les nourriffant pas :
par Mde de le R..... A Utrecht , & fe
trouve à Paris , chez Lacombe , Libraire ,
quai de Conti ; brochure in- 8° d'environ
80 pages : 1768.
Il faut efpérer que ce petit ouvrage
rappellera les mères à ce premier devoir
de l'humanité ; puifqu'outre la fatisfaction.
de le remplir , elles y trouveront leur avantage
& celui de leurs enfans .
NOVEMBRE 1767. 93 .
ARTICLE II I.
SCIENCES ET BELLES-LETTRES.
ACADÉMIE S.
SÉANCE publique ordinaire de l'Académie
des Sciences , Belles - Lettres & Arts
de ROUEN , tenue le 5 août 1767 , dans
la grand'falle de l'hôtel de ville , en préfence
du Corps Municipal.
M. Du Boullay , Sécretaire des belleslettres
, ouvrit la féance par le difcours
fuivant.
MESSIEURS ,
« L'hommage que l'académie vous rend
» chaque année , n'eft pas feulement un
» acte de reconnoiffance ; c'eft pour elle
» un puiffant motif d'émulation . Le nom-
» bre des bons juges de toutes les espèces
» de productions de l'efprit fe multiplie
» tous les jours ; mais auffi votre tribunal
94 MERCURE DE FRANCE.
ود
» devient de plus en plus redoutable . Le
» frivole n'ofe plus s'y préfenter. Vous ne
difpenfez pas les mufes enjouées de l'o-
» bligation d'être utiles ; & perfuadés que
» l'influence des talens fur les moeurs pu-
» bliques augmente à proportion du pro-
» grès des lumières , vous exigez du badi-
» nage le plus agréable qu'il ferve d'orne-
» ment à la vérité.
n
و د
»
>>
L'académie , pénétrée du defir de
remplir vos vues , croiroit vous faire injure
, MESSIEURS , fi elle ne remplif-
» foit les momens que vous voulez bien
lui accorder , que par ces productions
légères qui ne laiffent dans l'efprit d'au-
» tres impreffions que le fouvenir de quel-
» ques phraſes artiftement cadencées. Obli-
» gée d'ailleurs de juftifier & de remplir à
» vos yeux le titre d'académie des fciences ,
»
des belles - lettres & des arts , elle ne doit
» paroître ftérile dans aucun de ces trois.
» genres , qui vous font également chers .
» L'unique attention qu'elle doit avoir ,
c'eft de mêlanger les matieres , de façon
que les difcuffions férieufes foient immédiatement
fuivies par des produc-
» tions fufceptibles des ornemens qui dé-
» laffent l'efprit & récréent l'imagination.
» C'est le but que nous nous fommes propofé
dans l'arrangement des ouvrages
33
"
"
NOVEMBRE 1767. 95
38
qui vont être foumis à votre examen
» & nous allons , fuivant l'ufage , com-
» mencer par le compte que nous vous de-
» vons , MESSIEURS , des travaux académiques
de cette année » .
33
Le même Sécretaire lut enfuite le compte
des travaux de l'année dans le département
des fciences & des arts utiles .
M. du Laque , profeffeur royal d'hydrographie,
& directeur de l'académie , a
eu plufieurs obfervations de la planete de
Saturne , faites dans les mois de juin ,
août & décembre 1758.
M. le Cat , Sécretaire des fciences , a
lu une lettre fur le tiffu cellulaire adreffée
à M. Bordeu , docteur en médecine , à
l'occafion de l'ouvrage que ce médecin
vient de publier fur cette matiere.
Le même a lu un mémoire fur une
fonde de fon invention , qu'il appelle ciftoftate,
parce qu'elle fixe la veffie dans l'opération
de la taille contre l'impulfion du
ciftotome , & qu'elle détermine exactement
la quantité de la fonde placée dans la
cavité de cet organe. Détermination eſſentielle
à celle de l'incifion intérieure dans
les méthodes latérales .
Le même a fait voir à l'académie un
inftrument qu'il a inventé pour garantir
l'iris de la léfion , à laquelle elle eſt ex96
MERCURE DE FRANCE.
pofée dans l'opération de la cataracte par
extraction .
M. Balliere , académicien titulaire , a
donné un mémoire fur les propofitions
prétendues univerfelles : ce mémoire a été
lu à la féance publique , & nous en donnerons
ci - après un extrait .
M. le Chandelier , académicien titulaire,
a lu un mémoire chymique fur le cidre ,
à l'occafion des coliques qui avoient regné,
fur-tout aux mois d'août & ſeptembre
1766. Ce fut fur les domeftiques que cette
cruelle maladie fe fit fentir , & ils en furent
attaqués en grand nombre , dans plufieurs
maifons diftinguées de cette ville .
Leurs maîtres , animés par des fentimens
dignes d'éloges , foupçonnèrent ,
pour caufe de ce défordre , le cidre , la boiffon
ordinaire des domeftiques , & ils conçurent
le deffein de le foumettre à l'examen
de la chymie.
M. le Chandelier feconda volontiers
leur zèle , & craignant que la funefte pratique
de quelques marchands de vin de
Paris , qui , pour adoucir des vins verds ,
y mêlent de la litarge , n'eût été adoptée
par quelques- uns de nos marchands de
cidre , il tourna d'abord fes vues fur cette
préparation de plomb , qu'il croyoit devoir
principalement redouter.
Sans
NOVEMBRE 1767. 97
Sans entrer dans le détail des expériences
nombreufes dont il a rendu compte , il
fuffira d'affurer que les épreuves chymiques
les plus décifives n'y ont trouvé aucune
fubftance métallique.
Cependant il n'en conclut pas que les
coliques n'étoient point caufées
cidre , parce qu'en l'examinant , il s'appar
le
perçut qu'il y avoit beaucoup d'acide marqué
par la douceur du cidre nouveau , avec
lequel on l'avoit mêlangé. Il chercha les
moyens capables d'abforber cet acide , &
il donna un examen détaillé des fubftances
propres à produire cet effet : il ne s'agiffoit
pas feulement d'en trouver d'efficaces , il
falloit qu'elles fuffent peu coûteufes ; &
dans un fecond Mémoire , M. le Chandelier
fit rapport du fuccès parfait qu'il avoit
obtenu avec de la craie broyée : fuccès
tel qu'il croit pouvoir en conclure que le
cidre travaillé de cette manière , feroitincapable
de donner les coliques occafionnées
par le cidre chargé d'acide , & coupé avec
du cidre doux , tel que le vendent quelques
marchands.
Le même M. le Chandelier a lu un examen
du jalap ordinaire des boutiques ,
dans lequel il fepropofe d'examiner , s'il eft
vrai , comme l'avance un auteur refpectable
, que la réfine pure du jalap n'eft pas
E
98 MERCURE DE FRANCE.
la feule partie purgative de cette racine , &
que la portion extractive contribue à cet
effet. Ayant , pour y parvenir , féparé , par
les diffolvants les plus purs , la partie extractive
du jalap , il en a fait prendre , fous fes
yeux & par degrés , jufquà un gros ,
fans que
cette dôfe ait produit le moindre effet ;
d'où il réfulte que le jalap ne purge que
par fa partie réfineufe.
Le même a lu un détail d'expériences
occafionnées par l'annonce adreffée à l'Académie
d'un prétendu moyen trouvé dans
les Colonies , de dégager l'eau de la mer
de fon goût bitumineux, & en même temps
de la deffaler , en la diftillant avec un chapeau
d'huile. M. Monet , Affocié de cette
Académie , avoit déja prouvé que l'eau de
mer n'a pas de bitume . M. le Chandelier
ayant composé une eau bitumineuſe artificielle
, a éprouvé que l'huile n'empêchoit
point le goût de bitume de paffer dans
l'eau diftillée , & même que l'huile d'olive .
la plus pure communique un goût défagréable
à cette même eau.
Le même Académicien a lu l'examen
chymique d'une eau diftillée pour les
yeux , d'une grande efficacité . Sa compofition
étoit un myſtère , & quoique les ſelş
qui y entrent , foient mafqués l'un par l'autre
, il eft venu à bout d'en indiquer les
divers ingrédiens & les dôfes , au point que
NOVEMBRE 1767. 99
l'eau qui réfulte de fa compofition , fubit
les mêmes épreuves chymiques que celles
dont on fait un fecret.
M. Hubert , Académicien tiulaire , a
lu l'hiftoire des expériences faites au lieu
de Santé avec les pompes des fieurs
Thillaye & Quentin , & l'examen de la
ftructure de chacune d'elles , au nom des
Commiffaires nommés pour cet effet , du
nombre defquels M. Hubert étoit.
Le même Académicien a lu un Mémoire
fur une nouvelle machine à fcier du
bois , par le moyen de laquelle un balancier
& deux hommes font aller fix fcies. Le
même Académicien vient d'en exécuter
une pour fcier le marbre , qui fait aller
vingt fcies , par
par le moyen de quatre
hommes.
Le même a lu une réponſe à M. l'Abbé
Soumille , fur l'expérience de la chûte des
graves.
M. Neveu , Académicien titulaire ,
a lu des obfervations fur l'été de
1766 , comparé avec celui de 1725 &
1740 , defquelles il réfulte qu'on doit attribuer
l'humidité & la fraîcheur des étés
à la longueur , plus encore qu'à la rigueur
des hivers .
M. ingré , Affocié titulaire , a envoyé
un Mémore fur le choix des lieux où le
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
paffage de Venus du 3 juin 1769 pourra
être obfervé , & principalement fur la pofition
géographique de plufieurs Ifles de la
mer du Sud .
M. de la Maltiere , Affocié titulaire , a.
lu un Mémoire fur la découverte d'une efpèce
de terre verte , propre à la peinture :
découverte qu'il a faite dans les eaux de
Saint- Paul , en 1766.
M. Trocheveau , Affocié titulaire , a envoyé
une traduction d'un Mémoire Anglois
, fur le fommeil des plantes.
M. David , Académicien Adjoint , a
lu en plufieurs Séances , un Mémoire important
, contenant une théorie de la caufe
de la pefanteur. Il en a lu un extrait à la
Séance publique : nous en donnerons ciaprès
une notice .
M. Monet , Affocié Adjoint , a renvoyé
une nouvelle analyſe de l'eau de la mer.
Plus , un Mémoire fur la combinaiſon du
mercure , avec l'acide marin pour la voie
humide , où il expofe plufieurs procédés
pour obtenir cette combinaifon dans le
même état du fublimé corrofif.
Le même a envoyé un examen des
foudes de Vérac.
Le même enfin , a lu à la Séance publique
, un Mémoire fur les mines de fer de
Normandie , & dont nous donnerons ciaprès
l'extrait.
NOVEMBRE 1767. 101
M. Grout , Affocié Adjoint , Procureur
du Roi de l'Univerfité de Cherbourg , a
envoyé un Mémoire manufcrit fur l'origine
des fontaines *.
M. Omfel, externe , Procureur du Roi de
la Maîtriſe des Eaux & Forêts d'Arques , a
envoyé des obfervations fur un puits de
Quiberville , où l'eau monte quand la mer
defcend , & baiffe lorfque la mer monte.
M. Richebourg fils , externe , Officier de
Cavalerie dans le Régiment de Royal Lorraine
, a envoyé un Mémoire intitulé :
plan d'un difcours raifonné fur l'agriculture
.
Grand prix du département des Sciences
& des Arts utiles .
L'Académie avoit propofé , pour fujer
du grand prix de ce département , de rechercher
quelles font les mines de Normandie
, tant métalliques que demi- métalliques
& bitumineufes , & quels avantages
on pourroit tirer de leur exploitation.
Elle n'a point encore reçu d'autre Mémoire
fur ce fujet , que celui de M. Monet,
* Ce mémoire eft de M. le Valois , ancien
Capitaine de Navire de la Compagnie des Indes
de Portugal , & il eft accompagné d'un autre
contenant les obfervations de M. Grout..
MP
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
fon Affocié , lequel a été lu à cette Séance ;
mais comme il n'épuiſe pas , à beaucoup
près , la matière , elle croit devoir propofer
de nouveau le même programme , pour le
mois d'août 1768.
Le prix confifte en deux médailles d'or
de 300 livres chacune , données par M.
le Duc d'Harcourt , Gouverneur de Normandie
, & protecteur de l'Académie. Les
Mémoires feront adreffés dans la forme
ordinaire , & francs de port , avant le premier
juillet , à M. Lecat , Secrétaire pour
la partie des Sciences , au lieu de Santé.
Prix des Ecoles fous l'Infpecteur de l'Acacadémie
dans ce département.
M. du Boullay commença l'annonce de
ces prix , par l'avis fuivant.
ود
« Avant d'annoncer ces prix , la reconnoiffance
nous dicte un nouvel hom-
» mage envers le Corps Municipal de cette
» ville. Cette Compagnie refpectable , que
l'efprit citoyen conduit , n'a pas cru que
les prix qu'elle avoit deſtinés jufqu'à
préfent à ces diverfes Ecoles , répondif-
» fent affez au defir qu'elle a d'exciter
» l'émulation parmi la jeuneffe. Elle a cru
» devoir fubftituer aux médailles qui fe
» diftribuoient ci- devant , des inftrumens
و ر
و د
و د
NOVEMBRE 1767. 103
s utiles aux arts mêmes dont ils deviennent
la récompenfe. Ces inftrumens ,
marqués des armes de la ville , feront des
» monumens auffi précieux qu'honorables
» à ceux qui s'en rendront dignes , & nous
» faififfons avec empreffement l'occafion
"
"
de propofer aux jeunes éleves , pour
» l'année prochaine , ces nouveaux motifs
d'application & d'amour du travail .
» C'eft en leur nom , c'eft au nom du
public même que nous exprimons à
» MM. de l'Adminiftration municipale
une reconnoiffance qui ne nous eft per-
» fonnelle que par la confiance qu'ils ont
bien voulu nous marquer , en établiffant
» l'Académie juge de ces mêmes prix ,
dont la diftribution doit fe faire , en pré-
» fence du Corps de ville , à la Séance
publique de chaque année » .
ود
Le même Secrétaire fit enfuite lecture
publique d'une délibération du Corps de
ville du 23 juin 1767 , qui afligne à
l'avenir , pour le premier prix de mathématique
, un graphomètre monté fur fon
pied ; pour fecond , une bouffole ; pour
troisième , un étui de mathématique.
Et dans la claffe d'hydrographie , pour
premier prix , un octant ; pour fecond &
troifieme prix , un quartier anglois , ou
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
de nonante , le tout marqué des armes de
la ville.
Claffe d'Anatomie .
Premier prix , M. Seyer de Verneuil ,
éléve de l'Hôtel-Dieu.
Second , M. Penfier de Rouen , éléve
de l'Hôtel- Dieu , conjointement avec le
fieur Dufour de Bordeaux , éléve de la
ville , auquel on a accordé une méda ille ,
qui n'avoit point été diftribuée l'année
dernière .
Troisième prix ex aquo , entre le fieur
Houlfert de Rouen , éléve de l'Hôtel-
Dieu , & le fieur Carpentier , auffi de
Rouen , & éléve de la ville ; le fort a décidé
entr'eux .
Ecole de Chirurgie.
Premier prix , le fieur Fleurimont de
Gaillon , éléve de l'Hôtel- Dieu .
Second , le fieur Peuffier de Rouen
auffi éléve de l'Hôtel - Dieu .
Ecole de Botanique.
Premier prix , MM . Laupreft de Troye
& le Pic de Briofne ex aquo , ont tiré au
fort.
NOVEMBRE 1767. 105
Acceffit , M. le Febvre de Montivilliers .
Ecole de Mathématique , Hidroflatique &
Hydraulique.
Prix , M. Favrel de Lyon en Forez.
L'acceffit a été remporté par un jeune
éléve , qui a fouhaité n'être point nommé.
Géométrie élémentaire.
Premier prix , M. Jacques des Parquets
de Muits , dans le Vexin François .
MM. Balliere , Poullain , & Dornay
Commiffaires de l'Académie , s'étant trouvés
très embarraffés pour décider du mérite
de ces jeunes éléves , & ne pouvant
adjuger qu'un prix , ont cru devoir , en
cette occafion , donner des preuves de leur
zèle patriotique , & ils ont diftribué , à
leurs dépens , deux autres prix ; l'un à M.
Etienne Bofquere , de Saint - Saën en Caux.
L'autre à M. J. B. Leillier , de Nogent
le Rotrou .
Cet embarras des Commiffaires , le
nombre & la capacité des concurrens ,
font le plus grand honneur à M. le Profeffeur
; & il faut encore obferver que prefque
tous les concurrens & tous les couronnés
font des éléves de l'Ecole de deffein :
E
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
obfervation qui fait voir combien tous les
arts fe touchent , & que l'émulation excitée
dans une partie , fe répand comme la
lumière , d'une extrêmité de l'horifon à
l'autre.
Compte des travaux dans la claffe des
Belles-Lettres & Arts agréables.
M. l'Abbé Yart , Académicien titulaire ,
a donné un éloge hiftorique de la politeffe
Françoife , dont il devoit faire lecture à la
Séance publique. Un rhumatifime violent ,
qui l'a empêché de fe rendre à la ville , a
privé l'Affemblée de cette lecture.
M. de Saint Victor , Académicien titulaire
, a donné une traduction du poëme
de Léandre & Hero de Mufée , qui a été
lue à la Séance publique , & dont nous
donnerons un extrait.
M. Defcamps , Académicien titulaire ,
& Profeffeur de l'Ecole Royale de deffein ,
a préfenté à la Compagnie fon diſcours
fur l'utilité des Ecoles publiques & gratuites
de deffein , qui a été couronné à
l'Académie Françoife.
M. du Boullay , Secrétaire des Belles-
Lettres , a fait un rapport d'un tableau
analytique , envoyé par M. de Mentelle ,
avec des réflexions fur la meilleure maNOVEMBRE
1767. 107
nière d'enfeigner les fciences . Ce rapport
a été rédigé fur les obfervations de MM.
les Commiffaires , du nombre defquels le
Secrétaire étoit.
Le même a fait une ode fur les avantages
& les abus de la fociété civile , qui a
été lue à la Séance publique.
Le même a lu une autre ode fur les
avantages du Gouvernement monarchique
& héréditaire.
Et trois éloges , auffi lus à la Séance publique
.
M. le Comte de Treffan , Affocié titulaire
, a envoyé un éloge de Staniflas le
Bienfaifant.
M. Bréant , Affocié titulaire , a envoyé
une ode anacréontique , fervant de remerciment
pour fa réception en cette qualité ,
& qui a été lue à la Séance publique.
Le même a lu auffi quelques petites
pièces de poéfie , deftinées à fervir de déiaffement
, après les lectures férieufes de la
Séance publique.
M. Marmontel , de l'Académie Françoife
, Affocié libre , a envoyé à l'Académie
fon Bélifaire & fes autres ouvrages en
profe , en 8 volumes in- 8°.
M. Jadoulle , Académicien Adjoint , a
expofé un groupe repréfentant les trois
·
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Facultés de l'Académie , occupées de la
gloire du Roi.
Les Sciences , les Belles - Lettres & les
Arts font repréfentées par trois figures de
femmes , diftinguées par leurs attributs.
Au milieu , eft placé un cippe , ou colonne
tronquée en forme de piédeftal , fur lequel
eft pofé le buft. du Roi , comme celui qui
protége , qui honore & récompenfe ceux
qui s'y diftinguent. L'auteur a eu foin de
difpofer fes figures de façon que l'on s'apperçoit
qu'elles font occupées à faire paller
à la postérité les actions du Monarque.
La figure qui repréfente les Belles- Lettres
, eft aflife fur une pile de livres : elle
tient d'une main le ftyle , de l'autre un
rouleau , fur lequel eft écrite l'hiftoire du
Roi , qu'elle regarde avec une fierté noble
qui la caractérife . Près d'elle , font les
fymboles des divers genres raffemblés , tels
que le caducée pour l'éloquence , la trom
pette pour le poëme héroïque , la lyre
pour le lyrique , la houlette pour le paf-.
oral , le poignard & la couronne pour la
tragédie , le mafque pour la comédie , &
une flûte à fept tuyaux pour la fatyre .
A l'autre côté les Arts font repréfentés
par la Sculpture. Cette figure , dans l'action
du travail , d'une main tient un cifeau ,
NOVEMBRE 1767. 109
de l'autre un marteau. Elle termine une
guirlande mêlée de fleurs & de lauriers ,
pour marquer la douceur du regne de ce
Prince ; au bas , une palette défigne la
peinture ; le deffein du périftiile du
Louvre , l'architecture ; des burins , la gravure
; des médailles , la gravure en relief;
& le porte crayon , le deffein .
Les Sciences font repréfentées par une
figure appuyée fur la vis d'Archimède :
d'une main , elle tient une fphère armillaire
; de la droite , un compas avec lequel
elle prend des diftances ; près d'elle ,
le bâton d'Efculape défigne l'art de guérir ;
des figures de géométrie & un rapporteur ,
repréfentent cette fcience , & les mathématiques
en général ; la phyfique eft défignée
par le miroir concave & le prifine ;
la gnomonique , par le cadran folaire ; la
botanique , par l'aloès mité ; la géographie
, par un globe terreftre ; & la chymie ,
par une cornue .
Ces trois figures font contraftées &
groupées de façon que de tous les côtés
on les voit différentes . Celle des Sciences ,
de face celle des Belles Lettres , de côté :
& celle des Arts , par le dos .
:
Chaque figure porte le caractère de fon
genre : celle de Sciences paroît profondément
occupée , & marque , par fon atten110
MERCURE DE FRANCE.
tion , les études abftraites qu'elle embraffe.
Le cube fur lequel elle eft affife , fait voir
en bas-relief, fur un de fes côtés , les armes
de la ville de Rouen , pour indiquer que
c'eſt l'Académie de Rouen . Sous fes pieds .
eft une bouffole , pour indiquer l'hydrographie.
,
Celle qui repréſente les Belles - Lettres ,
porte fes regards vers le Monarque : fa
fierté marque le mépris pour le menfonge ,
elle épie le vrai , & ne s'occupe qu'à
tranfmettre à la postérité tous les événemens
, fans diftinction , d'un règne auſli
fécond : fon enthouſiaſme eft modéré , elle
écarte toutes fictions , pour ne s'occuper
que de la vérité.
La vivacité & la légereté de la figure
qui repréfente les Arts , & qui eft à peine
appuyée , marquent fon enthouſiaſme.
Après avoir faifi les traits du Prince qu'elle
vient de repréſenter , elle orne fon bufte
d'une guirlande de lauriers & de fleurs ,
qui expriment les deux fortes de gloire
que fe propofent les vrais héros.
Le même Artiſte a expofe ,
1°. Un bas relief, qui repréfente la charité
; deux enfans fucent le lait de cette mère
tendre un troisième paroît s'impatienter :
l'air confolant & expreflif de la figure lui
fon tour viendra.
annonce que
NOVEMBRE 1767. 111
-
2º. Un groupe de deux figures , repréfentant
l'Amour piqué par une abeille :
fujet tiré d'Anacréon , & des fables de la
Fontaine.
L'Amour alarmé , montre à fa mère une
piquure qu'une abeille vient de lui faire.
Vénus le regarde en riant , & lui fait voir
fes flèches & fon arc qu'elle tient d'une
main , de l'autre elle lui montre fon coeur ,
& femble lui dire : puifqu'une auffi petite
piquure te caufe tant de douleurs , quelle
doit être celle d'un coeur percé de tes
traits ?
3 ° . Un groupe repréfentant l'Hymen ,
qui punit l'Amour pour avoir laiffé éteindre
fon flambeau .
L'Hymen enchaîne avec des fleurs ,
l'Amour au pied de fon autel , fur lequel eft
placé fon flambeau brûlant. Au bas , fe
voit celui de l'Amour qui eft éteint.
4°. Un autre groupe , qui fait pendant ,
repréſentant la réconciliation de l'Hymen
& de l'Amour.
Ils fe donnent la main , pour marque de
leur union ; & de l'autre , ils tiennent leur
flambeau qu'ils allument au feu facré :
l'autel eft orné des mêmes guirlandes qui
ont fervi de chaînes à l'Amour.
M. l'Abbé Clouet , Affocié Adjoint , a
préſenté & dédié à l'Académie , un maJIZ
MERCURE DE FRANCE .
gnifique volume in- folio , contenant fa
géographie moderne , avec des cartes enluminées
, d'une finguliere beauté.
M. Dreux du Radier , Affocié Adjoint ,
a envoyé la fixieme fatyre de Perfe , traduire
en vers françois.
M. Elie de Beaumont , Affocié Adjoint ,
a envoyé fon Mémoire pour la famille des
Sirven.
M. Rouxelin , Secrétaire de l'Académie
de Caen , Affocié Adjoint , a envoyé
plufieurs ouvrages académiques , lus aux
Séances de cette Compagnie .
M. le Moine , Affocié Adjoint , a envoyé
un difcours fur l'étude de l'antiquité.
M. de Richebourg fils , externe , Officier
dans le Régiment Royal Lorraine , a envoyé
des obfervations fur l'union de la
poésie , des Lettres & des Sciences , avec les
Arts.
Un difcours fur les avantages de la philofophie
, principalement parmi les peuples
qui n'ont pas été éclairés par les lumières
de la révélation .
Un effai fur l'hiftoire de Normandie ,
imprimé .
M. Baletti de Saint- Paul , auffi externe ,
a lu un Mémoire fur les vrais principes de
l'éducation .
Mde de Marcadé , auffi externe , a enNOVEMBRE
1767. 113
voyé une ode fur la mort de Monſeigneur
le Dauphin .
Grand prix du département des Belles-
Lettres & Arts agréables .
L'Académie avoit propofé , pour fujet
du prix qu'elle diftribuera à la Séance publique
du mois d'août 1768 , l'éloge de
P. Corneille.
Plufieurs lettres anonymes ont démandé
des éclairciffemens fur ce fujet . L'Académie
croit devoir rendre publiques les réponfes
qu'elle leur a faites , afin que tous
les auteurs en profitent également.
:
Le difcours qu'elle demande , eft un éloge
académique , femblable , pour la forme &
l'étendue , à ceux qui ont été couronnés par
l'Académie Françoife. Les particularités
hiftoriques de la vie de P. Corneille ne
font ignorées nulle part , & encore moins
dans la patrie qu'ailleurs mais ce qu'il
s'agit fur- tout de bien développer , c'eſt le
caractère précis de fon génie poétique &
tragique , & l'influence qu'il a eue fur notre
théâtre , fur notre poéfie en général , peutêtre
même fur nos moeurs , notre manière
de penfer , & fur l'efprit qui a régné pendant
le fiècle de Louis XIV. Car les hommes
fupérieurs , même dans les genres qui
114 MERCURE DE FRANCE .
paroiffent de pur agrément , influent plus
qu'on ne le croit communément , fur
l'efprit & les événemens de leur fiècle.
L'admiration qu'ils caufent , n'eft pas ftérile
, & un oeil attentif en apperçoit des
effets plus ou moins avantageux. Aucun
génie n'a plus élevé les âmes que celui
dont s'honore la Capitale de la Norman →
die ; & de tous nos poëtes morts , aucun
n'eft plus goûté des étrangers : ce font ces
traits caractéristiques qu'il faut faifir , &
rendre avec une éloquence digne du fujet.
Les difcours doivent être remis , francs de
port , avant le premier juillet prochain ,
M. du Boullay , Maître des comptes , &
Secrétaire de l'Académie pour la partie des
Belles-Lettres , derrière l'Archevêché.
L'Académie n'exige point , comme l'Académie
Françoife , d'approbation de Docteurs
en Sorbonne. Les autres formalités
font les mêmes que dans toutes les Académies.
Prix de l'Ecole de Deffein.
L'Académie avoit propofé , pour fujet
de compofition en peinture , Alexandre
qui fait ouvrir le tombeau de Cyrus , pour
rendre aux cendres de ce conquérant les
honneurs funèbres , &c. Ce prix a été réNOVEMBRE
1767. 115
fervé pour une autre année , ainſi que celui
de compofition en architecture .
Le premier prix , d'après nature , a été
adjugé à Gabriel Kupalley , de Bayeux , qui
a remporté le prix de la claffe de deffein
l'année paffée .
Le fecond prix , d'après nature , a été
remporté par Nicolas Millou , de Rouen .
L'acceflit a été accordé à Mathieu Bouf
fard , de Rouen , qui a eu le même acceffit
l'an paffé.
Le prix d'après la Boffe a été adjugé à
Mlle Thérefe Vanvergelos , d'Anvers. Elle
a remporté le prix de la claffe du deſſein
en 1765.
L'acceffit , dans cette claffe , a été accordé
à Jean Baptifte Laillier , de Nogentle-
Rotrou .
Le prix de la claffe du deffein a été remporté
par Charles le Moine , de Rouen.
L'acceffit a été accordé à Denis- François
Brard , de la Feuillye,
Extrait du Mémoire de M. Balliere fur
les propofitions univerfelles.
M. Bailiere a lu des remarques fur les
propofitions univerfelles. Il fait voir que
celles à qui l'on donne ce nom , ne font
fouvent que des corollaires de propofitions
116 MERCURE DE FRANCE.
plus étendues . Ses exemples font pris dans
diverfes fciences , comme géométrie ,
chymie , mufique , perfpective. Nous nous
bornerons aux exemples puifés dans la géométrie
Le premier , eft celui que fournit la
ruche des abeilles . L'uniformité , la fimplicité
, la régularité de fa conftruction ,
ont excité l'admiration des naturaliftes &
des géometres , qui penfent qu'ayant à réfoudre
un problême rempli d'une multitude
de conditions , elles ont préféré l'exagone
, comme fatisfaifant à toutes , & que
le choix de la pyramide triangulaire ,
pour le fond de chaque alvéole , eft le fruit
des combinaifons qui fuppofent la théorie
de l'infini. Hiftoire de l'Académie des
Sciences de Paris.
M. Balliére fait voir que les abeilles réduifent
le problème à une grande fimplicité
, & que , foit inſtinct , foit réflexions
l'intention de l'abeille n'a pas été de conftruire
un exagone , mais un cercle , de
creufer une pyramide , mais une timbale ;
car chaque abeille arrive avec une goutte
de cire , qui , laiffée à elle-même , affecte
l'efpace circulaire ; & fi l'abeille étoit
ifolée dans fon travail , elle étendroit &
difpoferoit fa matière de la façon la plus
fimple , c'est-à- dire , circulairement quant
NOVEMBRE 1767. 117
à l'extérieur , & fphériquement quant à
la profondeur. Erafme Bartholin , de figuris
corporum , avoit déja expliqué l'exagone
par la preffion uniforme des cercles ;
mais il n'a pas donné l'explication du
fond pyramidal triangulaire des alvéoles ,
que l'on concevra aifément , fi l'on confidère
que trois globes rapprochés n'en
peuvent foutenir qu'un , & que les alvéoles
formés par ces trois globes , produifent la
pyramide triangulaire.
Le fecond exemple a pour objet un
problême de géométrie élémentaire , qui
confifte à trouver la fomme d'une progreffion
géométrique d'une infinité de termes.
Les folutions de ce problême , par lettres &
par nombres , font connues . M. B. en pré-,
fente une par lignes , pour laquelle on n'eſt
point obligé de donner au dernier terme
une valeur réelle pour la fupprimer enfuite
, comme infiniment petite : & il obferve
en général que toute progreffion géométrique
defcendante , peut être exprimée
par un triangle , dont la hauteur fera le
premier terme ; & fi l'intervalle qui fépare
fur la bâfe le premier terme du fecond ,
eft égal à ce premier terme , la bâfe fera la
fomme des termes . On peut autfi défigner ,
par le triangle , une progreflion géométri118
MERCURE DE FRANCE .
que afcendante , ainfi que les progreffions
arithmétique , harmonique.
L'examen de ce problême donne lieu à
une obfervation qui doit engager le calculateur
à ne pas perdre de vue l'objet de
fa queftion , comme on fait fouvent , en
confondant le figne avec la chofe fignifiée,
La folution algébrique démontre en général
que la fomme des termes d'une progreffion
géométrique afcendante eft égale
au quarré du premier divifé , par la différence
du premier au fecond . En appliquant
cette formule à un cas particulier , fi le
premier terme eft quadruple du fecond , la
fomme S de tous les termes fera au premier
terme A , comme 4 eft à 3. Ainfi
dans la pregreffion 16 , 4 , & c. le premier
terme A étant 16 , la fomme S de
tous fera 21. Mais il peut arriver que
ces chiffres & ces lettres défignent des valeurs
toutes différentes . Si on ne confidère
en effet dans les nombres 16 , 4 , 1 ,
J
>
, &c. que la propriété qu'ils ont d'être
chacun le quart du précédent , la lettre S
repréfente une fomme de lignes droites
qui peut s'exprimer par une feule ligne
droite, Mais fi l'on confidère que ces mêmes
nombres font quarrés , alors la lettre
S ne repréfente plus une ligne , mais une
NOVEMBRE 1767. 119
furface égale à tous les quarrés qui compofent
la progreffion , ce qui procurerą
deux folutions tout - à - fait différentes ,
comme on va le voir.
Lorfque les nombres repréfentent des
longueurs , la progreffion fe repréfente par
un triangle , dont la bâfe eft à la hauteur ,
comme 4 eft à 3 ; mais quand les nombres
font auffi confidérés comme quarrés, alors la
progreffion doit fe repréfenter par un triangle
, dont la bâfe égale la hauteur. Le premier
terme de la progreffion fera le quarré
infcrit , & la fomme de tous les termes
quarrés fera exprimée par un parallélogramme
, qui eft au premier quarré , comme
quatre eft à 3 , & qui eſt égal à tous les
quarrés réunis de la progreffion,
La lecture du cinquième tome des mêlanges
de littérature & de philofophie de
M. d'Alembert , a donné lieu au troisième
exemple, li y eft dit , page 213 ; « le rap-
» port de la racine quarrée de 2 à l'unité
» peut être repréfentée par le rapport de la
» diagonale du quarré à fon côté ; la ra-
» cine quarrée de 3 peut être repréſentée
par le rapport du double de la hauteur
» d'un triangle équilatéral , au côté de ce
» même triangle celle de 5 , par le rap-
» port de la diagonale d'un parallélogramme
rectangle au petit côté de ce
»
1
120 MERCURE DE FRANCE.
» même parallelogramme ». M. B. réduit
ces trois expreffions à une expreffion plus
uniforme , en difant : la racine quarrée de
2 peut fe repréfenter par le côté d'un
triangle rectangle , dont les deux autres.
font & ; celle de trois , par le côté
d'un rectangle , dont les deux autres font
2 & 1 ; celle de 5 , pour le côté d'un rectangle
, dont les deux autres font 3 & 2.
On peut trouver plufieurs formules qui indiquent
par ordre , une infinité de folutions
: en voici un exemple .
Un nombre étant divifé par fes deux
correfpondans , on peut former un triangle
rectangle , dont un côté fera la racine de
ce nombre , & les deux autres côtés auront
un divifeur pour fomme , & l'autre pour
différence. Ainfi 48 ayant pour divifeurs
correfpondans 6 & 8 , les côtés feront la
racine de 48 , & les nombres 7 & 1 , qui
ont 8 pour fomme , & 6 pour différence.
'ACADÉMIE
NOVEMBRE 1767. 121
ACADÉMIE DE MONTAUBAN.
L'ACADÉMIE des Belles - Lettres de
Montauban a celébré , fuivant fon uſage ,
la fête de Saint Louis , en aſſiſtant le matin
à une meffe fuivie de l'Exaudiat pour le
Roi , & du panégirique du Saint prononcé
par le R. P. Jean-Baptifte Pardal , capucin
, entre les mains duquel ce fujet n'a
point paru ufé , quoique les plus grands
orateurs chrétiens l'ayent traité à fond &
depuis long- tems .
L'après- midi l'Académie a tenu une aſfemblée
publique dans la falle de l'Hôtelde-
Ville. En l'abfence du directeur de
quartier , M. l'Abbé de Verthamon , exdirecteur
, a ouvert la féance par un difcours
fur le vrai moyen de donner de l'étendue
à l'efprit , & en convenant que la lecture
& la converfation peuvent y contribuer
, il a prouvé que c'eft fur-tour de la
réflexion qu'on tire à cet égard les plus
grands fecours.
M. de Saint- Hubert , Chevalier de Saint
Louis , a récité des vers fur l'injustice &
·le danger des follicitations ; & le public a
F
122 MERCURE DE FRANCE.
reconnu que la délicateffe de fon pinceau
égaloit la vérité de fes portraits.
M. l'abbé Bellet a lu un difcours fur le
bonheur des villes qui voy ent fleurir dans
leur fein lesfciences & les lettres ; & après
en avoir donné les preuves générales , il en
a affigné de particulières qui font propres
à la ville de Montauban. A l'occafion de
l'unique hiftoire qu'on en a , & dont il a
relevé plufieurs méprifes , les inexactitudes.
groffières , & des omiffions confidérables ,
il a obfervé que l'hifloire d'une ville une
fois commencée , n'eft , à proprement parler,
jamais finie , parce que chaque jour les faits
fe multiplient & s'entaffent pour la continuer
d'une maniere plus ou moins intéreſſante. Si
la plume de Clio eft point attentive à les
recueillir , ils rentrent d'eux - mêmes , difoitil
, dans le néant , à mesure qu'ils enfortent.
-Ils perdent bientôt pour nous leur existence
s'ils n'en ont d'autre que celle que pourra
-leur donner un dépôt obfcur d'où au bout de
quelques fiecles , un curieux voudra peutêtre
les tirer , mais inutiles & prefque méconnoiffables.
Et pour donner un exemple
récent des fecours que nous offrent les lettres
pour inftruite à cet égard la postérité ,
il a ajouté: « des fauxbourgs fubmergés ,
les travaux & les faits de l'induftrie devenus
la proie des flots , des maifons
NOVEMBRE 1767. 123
» chancelantes au moment d'en écrafer
» fous leurs ruines les habitans endormis
» ou inconfidérés , la mort fur les pas de
» la faim dévorante fe préparant à femer
» par- tout la confternation & le dueil ;
» mais l'oeil vigilant , mais les foins actifs ,
» mais la fage fermeté de l'homme du
» Roi (a) , faifant les fonctions de tribun
"
"
du peuple , arrachant les uns au danger ,
»prévenant les befoins des autres , cal-
» mant de fang froid les allarmes de tous
» par l'immensité de fes détails , ramenant
l'ordre & la tranquillité jufques dans le
» fein de la confufion & des ténebres , ré-
» clamant pour nous des fecours aux pieds
» du trône par le récit de nos défaftres , &
» ne voyant plus enfin couler des yeux de
» tous que des larmes d'attendriffement &
de reconnoiffance ; c'eft là ce que les mu-
» fes doivent configner dans vos annales ,
» mais fans art & fans enthouſiaſme , parce
des traits naïfs fuffifent à la vérité
que
» hiftorique pour plaire & pour toucher. Il
» paroît que c'eft au moins pour la troifiè-
» me fois que la ville de Montauban a ef-
» fuyé ce genre de malheur ; mais elle
» n'en avoit jamais vu les fuites ou auffi
» peu meurtrières , ou fi heureuſement réparées
. Cet événement mérite d'autant
* M. de Gourgue , Intendant.
*39
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
•
و د
plus d'être tranfmis à nos neveux , qu'il
» pourra par cet endroit leur offrir une le-
» çon & un modele ».
M. Bernoy a récité enfuite une épître
adreffée aux jeunes verfificateurs auxquels
il a donné les leçons les plus fages , en les
avertiffant de fe fouvenir que la rime ne
fait pas les vers , & que les vers nefont
pas toujours non plus la poésie.
M. Duroi de Fontenailles a lu une differtation
fur les bornes de la gaule Narbonnoife
du côté du nord , & il a montré que
c'eſt la rivière de Tarn qui les donnoit &
qui les donne encore dans tout fon cours.
pour rendre compte des obfervations curieufes
qui font répandues dans cette differtation
, il faudroit la tranfcrire en entier.
M. le Chevalier Malartie de la Deveze,
ayant envoyé à l'académie pour fon tribut
annuel , une épître à M. le Marquis de L...
fur la diverfité , M. de Savignac , Préſident
de la cour des aydes , en a fait la lecture
qui a valu à cette compofition de l'auteur
· les applaudiffemens qu'elle mérite .
Et M. de S. Hubert ayant encore récité .
des vers agréables , où il a intéreffé la plus
belle moitié de l'affemblée , la féance a été
terminée par la lecture du programme fuivant,
NOVEMBRE 1767. 125
PROGRAMME de l'Académie des Belles-
Lettres de Montauban.
L'ACADÉMIE des Belles - Lettres de
Montauban diftribuera le 25 août prochain
, fête de faint Louis , un prix d'éloquence
fondé par M. de la Tour , doyen
duchapitre de Montauban , l'un des Trente
de la même Académie. Elle a regretté de
n'avoir pû adjuger le prix de cette année
à des difcours qui lui ont été préfentés ;
& parce qu'elle préfume que les auteurs
font en état de mettre plus de variété dans
leur ftyle , en donnant à leurs ouvrages un
degré de jufteffe , d'exactitude ou de précifion
qui leur leur manque ,
née à leur propofer de nouveau le fujet du
prix réſervé
pour l'année 1768 :
elle s'eft détermi→
La frivolité n'eft pas moins nuifible aux
lettres qu'aux moeurs :
conformément à ces paroles de l'écriture :
fafcinatio enim nugacitatis obfcurat bona.
Sap. 4. 12 .
Elle a deſtiné le prix de l'année 1768 ,
à une ode ou un poëme dont le fujet fera :
L'établiſſement du chriftianifme dans les
Gaules.
Le prix eft une médaille d'or de la va-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
leur de deux cent cinquante livres , portant
d'un côté les armes de l'académie ,
avec ces paroles dans l'exergue : academia
Montalbanenfis fundata aufpice Ludovico
XV. P. P. P. F. A. imperii anno 29. &
fur le revers ces mots renfermés dans une
couronne de laurier : ex munificentiâ viri
academici D. D. Bertrandi de la Tour, decani
ecclef. Montalb. 1763 .
Les auteurs font avertis de s'attacher à
bien prendre le fens du fujet qui leur eft
propofé , d'éviter le ton de déclamateur ,
de ne point s'écarter de leur plan , & d'en
remplir toutes les parties avec jufteſſe &
avec précision.
.
Les difcours ne feront , tout au plus
que de demi - heure de lecture , & finiront
par une courte prière à Jefus- Chrift.
>
On n'en recevra aucun qui n'ait une
approbation fignée de deux Docteurs en
théologie.
Les auteurs ne mettront point leur
nom à leurs ouvrages , mais feulement une
marque ou parafe , avec un paffage de l'écriture
fainte , ou d'un père de l'églife ,
qu'on écrira auffi fur le regiſtre du Secrétaire
de l'Académie .
Ils feront remettre leurs ouvrages par
tout le mois de mai prochain , entre les
mains de M. de Bernoy , fecrétaire perNOVEMBRE
1767. 127
pétuel de l'Académie , en fa maiſon , rue
Montmurat, ou , en fon abſence , à M.
l'Abbé Bellet , en fa maifon , rue Cour
de-Toulouſe.
Le prix ne fera délivré à aucun , qu'il
ne fe nomme , & qu'il ne fe préfente , en
perfonne ou par Procureur , pour le recevoir
& figner le diſcours.
Les auteurs font priés d'adreffer à M.
le Secrétaire trois copies bien liſibles de
leurs ouvrages , & d'affranchir les paquets
qui feront envoyés par la pofte.
Charles Crofilhes , Libraire à Montauban
, ayant acquis le fond de l'Imprimeur
de l'Académie , il vend les deux volumes
qu'elle a déja donnés au public , in - 8°.
6 livres ; le troifième paroîtra bientôt.
ACADÉMIE D' AMIENS.
L'ACADÉMIE des Sciences , Belles - Lettres
& Arts d'Amiens célébra , le 25 aout
1767 , la fête de Saint Louis , dont le panégyrique
fut prononcé par M. l'Abbé de
Vuailly.
M. l'Abbé de Richery , Directeur de
l'Académie , ouvrit la Séance publique par
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
·
un difcours fur les plaifirs de la Littérature.
M. Greffet , de l'Académie Françoife ,
fit l'éloge de M. Chauvelin , Confeiller
d'Etat , Intendant des Finances , Honoraire
de l'Académie d'Amiens , mort dans le
cours de l'année.
Les autres ouvrages qui remplirent la
Séance , furent un difcours de M. d'Ef
meryfur Fernel , Médecin du Roi Henri II.
Un Mémoire de M. Difer , fur l'hiftoire
naturelle de la Picardie.
Une differtation de M. du Meillarts ,
fur la vaine pâture.
Et un difcours de M. Marteau ayant
pour fujet , l'influence de l'air fur l'homme
phyfique & fur l'homme moral.
L'Académie avoit proposé pour fujet
d'un des prix de cetre année ,
Quels feroient les moyens de rendre plus
für &plus commode le port de Saint -Valery
fur Somme ? Ou les moyens d'en faire un
autre au bourg d'Aut , ou autre endroit intermédiaire
de la côte , toujours avec communication
à la Somme ?
Les pièces envoyées pour concourir
n'ayant pas répondu aux vues de l'Académie
, le fujet & le prix ont été renvoyés à
l'année prochaine .
>
Ce prix fera, deux médailles d'or, valant
chacune 300 livres , & une fomme de
NOVEMBRE 1767. 129
600 livres , par foufcription de quelques
négocians d'Amiens , zélés pour le bien
public.
On exhorte l'auteur du Mémoire ayant
pour épigraphe :
Si facis , ut patria fis idoneus .
à donner plus de clarté aux vues de fon
projet , plus de développement aux moyens
de l'exécution , & plus de détails fur fa
dépenfe du moins apparente.
L'Académie a auffi renvoyé à l'année
prochaine , le prix d'un autre fujet qu'elle
avoit propofé :
Les fecours que fe prêtént mutuellement
les Sciences , les Lettres & les Arts.
.3
Ce prix fera une médaille d'or , de la
valeur de 300 livres. On engage l'auteur
du difcours , ayant pour devife , his amor
unus erat , à retoucher fon ouvrage , dont
quelques parties bien faites promettent ,
par un nouveau travail , plus de perfection
dans le tout.
Les ouvrages ne feront reçus au concours
que jufqu'au 13 juin 1768 , & ils
feront adreffés , francs de port , à M Baron,
Sécrétaire perpétuel de l'Académie , à
Amiens.
Le prix de l'école de Botanique , tenue
par M. d'Efmery , a été donné à M. Char-
Lemagne de Namps , dont a approché M.
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
Sevel , qui l'avoit remporté l'année précé- .
dente .
Ceux qui ont remporté le prix de l'école
des Arts , tenue par M. Sellier , de l'Académie
, font MM. de Meaux , pour la
géométrie & le deffein.
Defmarets , pour le deffein & le modèle. "
Ducroc , pour le deffein , la gravure &
l'armurerie.
Leblond , pour le deffein & le jardinage.
De Melin , pour le deffein & la menuiferie.
Parmentier ,
Dupont , pour la géométrie & l'arpentage
.
MM. les Officiers de l'Hôtel- de- ville
ont donné une médaille d'argent , & ac--
cordé une gratification à M. de Meaux ,
pour avoir fait le plan de la ville en grand.
BARON , Secrétaire perpétuel
de l'Académie .
;
NOVEMBRE 1767. 131
ACADÉMIES.
PROJET utile au commerce.
DEPUIS que des exemples trop fréquens
multiplient chaque jour fous nos yeux le
nombre des faillites , il n'eft perfonne ,
( même dans les états les moins relatifs au
commerce ) qui n'entende chaque jour
accufer de mauvaife foi des négocians à
qui on ne devroit peut- être reprocher que
de n'être pas auffi heureux qu'ils l'ont mérité.
La tromperie , la fraude , la friponnerie
même font les termes odieux dont
on s'empreffe de caractérifer un homme
qui n'est peut- être que malheureux . On
voit des négocians eux-mêmes , qui oubliant
que la honte d'un membre de leur
état rejaillit jufqu'à un certain point fur
l'état lui- même , accablent cet infortuné
d'accufations d'autant plus fenfibles , qu'elles
paroiffent plus vraies dans leur bouche.
Il en eft , je le fai , parmi ces victimes des
caprices de la fortune , qui font indignes
de fes faveurs , qui par leur conduite déréglée
& leurs folles dépenfes , paroiffent
encore au - deffous de leurs revers ; mais
font- ce les feules caufes de ces fréquea
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE .
dérangemens ? Ne faifons point à l'huma
nité & au commerce en particulier une pa
reille injure. Cherchons plûtôt la caufe de
leur malheur dans l'ignorance de ces négocians
que dans leur mauvaiſe foi ; ce ne
fera point fur l'expérience que je fondetai
cette conjecture , mais fur d'autres preuves
qui femblent l'autorifer.
Remontons en effet jufqu'aux premières
années de la vie de ce négociant malheu
reux. Né d'un père peut - être diftingué
dans le commerce par fes lumières , par
quelle voie fe propofe - t - il de devenir
négociant lui même , après avoir paffé les
premières années de fa vie dans des études
plus ou moins multipliées ? Parvenu à cet
âge où chaque citoyen fe difpofe à occuper
dans la fociété la place que la Providence
lui deftine , c'eft alors fans doute que
devroient commencer fes études de commerce,
c'eft aufli ce que fes parens femblent
vouloir faire pour lui ; mais comment le
font-ils ? C'est un fils chéri qui , pár les
agrémens de fa perfonne , par les charmes
de fon efprit , doit faire le plaifir de la
fociété. Une foule de talens agréables s'offrent
à lui pour être cultivés , il a de la
difpofition pour exceller dans tous ; une
mère tendre, qui fent déja fa vanité Alattée
des éloges qu'on donne à ce fils , veut les
NOVEMBRE 1767. 133
lui voir mériter. Une troupe d'exercices
frivoles occupent tout fon temps. Ce père ,
oubliant qu'il veut en faire un négociant ,
n'en fait qu'un homme aimable . Quelques
légéres apparitions au comptoir de fon
père fuffifent pour prouver qu'il veut être
négociant. L'heure de la bourfe ( 1 ) arrive ,
le père y va traiter de fes affaires , le fils
de fes plaifirs. Plufieurs années fe paffent
ainfi employées , dit- on , à s'inftruire du
commerce , & réellement à l'ignorer. Mais
j'entends ici un père qui , fe défiant de fa
complaifance & peut - être de fes talens ,
me dit : j'ai fait mieux , j'ai éloigné de
moi mon fils pour plufieurs années , je l'ai
mis dans une ville fameufe par l'étendue
de fon commerce , chez un de mes amis ,
connu pour un homme confommé dans
les affaires ; il y a refté tant d'années . Mais
voyons ce qu'il a fait chez ce négociant ;
il a commencé par y copier des lettres ,
cette partie de fon inftruction qui , fans
contredit , n'eft pas la moins utile , ( furtout
fi votre ami eft tel que vous l'avez
annoncé ) n'a été fon occupation que parce
qu'il ne connoiffoit pas encore affez la
ville & ne pouvoit être d'aucun fecours
dans le dehors . A peine l'a - t - il connue
( 1 ) Lieu où s'affemblent tous les jours les
négocians.
134 MERCURE DE FRANCE .
qu'après avoir copié quelques letttes donton
a eu grand foin de ne pas lui faire voir
la réponse , il céde cette partie trop méprifée
à un autre moins ancien que lui ; il
dreffe alors des comptes , des factures , il
va les régler , recevoir de l'argent , & c. Si
c'eft- là ce qu'on appelle s'inftruire du commerce
, que le nombre des habiles négocians
doit être confidérable ! Cependant
une trifte expérience nous apprend tous les
jours qu'ils font bien rares.
Cet état auquel un Gouvernement éclairé
a donné de nos jours un degré de confidération
que lui avoit toujours refuſé une
nation autrefois toute guerrière , a , comme
tous les autres , des règles , des loix & des
ufages dont la connoiffance & la pratique
font le vrai négociant. Quel feroit donc le
moyen de les étendre & de les rendre plus
communes ? C'eft ce que nous devons attendre
d'un Miniftre protecteur du commerce.
On voit s'élever de toutes parts des
écoles publiques pour tous les arts . La
nation a formé depuis long - temps ellemême
fes guerriers, fes jurifconfultes , fes
artiſtes ; elle commence à former aujour
d'hui fes laboureurs. N'y aura-t-il que le
commerce , cette fource féconde de la
richeffe & de la grandeur des Etats , qui
n'aura point d'école où on l'enſeigne ? Ce
NOVEMBRE 1767. 135
projet n'eft pas au - deffous de l'attention
du miniſtère , & , fans nous arrêter à en
montrer l'utilité , traçons feulement le
plan de l'exécution , laiffant à une plume
plus habile le foin de traiter cette matière
avec plus d'étendue .
Le commerce confidéré en lui - même
fous un coup d'oeil général , peut fe divifer
en commerce de banque , commerce
maritime & commerce de manufactures ,
trois parties qui renferment toutes les autres
, & qui peuvent être confidérées
comme indépendantes , quoiqu'elles aient
entre elles une connexité néceffaire.Comme
chacune de ces parties demande une étude
particulière , chacune auffi pourra donner
lieu à une école particulière que nous pla
cerons la première à Paris comme le centre
de la banque du Royaume ; la deuxieme
à Bordeaux , comme le port le plus
à portée de faire le commerce de nos colonies
; & la troifieme enfin à Lyon , comme
la fource des manufactures . Ces trois écoles
que nous nommerons ,
fi vous le voulez
, Académies de Commerce , auront
d'autres fociétés dépendantes de chacune
d'elles . Celle de Lyon , par exemple
pourra en établir une à Rouen , à Reims ,
dans d'autres Villes de cette nature , où la
fabrication roule fur des objets différens ,
136 MERCURE DE FRANCE.
& ainfi des autres . Ces trois Académies ,
une fois formées fous la protection du
Gouvernement , honorées du titre glorieux
d'Académies Royales de Commerce ,
raffembleront chacune dans leur genre les
perfonnes les plus connues par leurs lumieres
fur la partie qu'ils doivent traiter. Ces
inftituteurs du commerce , que nous fixerons
au non.bre de douze dans chaque
école , feront choifis parmi des négocians
diftingués par leurs connoiffances à la pluralité
des voix , de la même manière que
fe forment les chambres de commerce. On
leur deftinera un lieu affez vafte & affez
commode pour raffembler le grand nombre
d'éléves que leur réputation y attirera.
Perfonne ne pourra être admis à les entendre
, qu'il ne fe foit fait inferire comme
éléve du commerce , fur un tableau général
, dreffé à ce deffein ; il faudra , avant d'y
être admis , avoir une connoiffance fuffifante
de l'arithmétique , des changes &
de la tenue des livres , pour comprendre
ce que l'on y dira. Dans le grand nombre
des matières qu'on y traitera , on pourra
donner à ces éléves une idée de la jurif
prudence du commerce , de la manière
dont s'exerce la juftice dans ces tribunaux
où le Souverain a établi des négocians juges
de leurs femblables ; on leur apprendra
NOVEMBRE 1767. 137
"
:
que dans quelque degré de fortune que le
commerce les élève , ils doivent regarder
d'un oeil refpectable , & comme la
gloire du commerce , ce fanctuaire de la
juſtice commerçante, ( 2 ) » ce tribunal mer-
» veilleux, dont les membres parvenus fans
brigue à l'honneur de juges & d'arbi-
» tres , en fupportent le fardeau fans mur-
» mure , quoique fans efpérances & fans
émolumens , & après plufieurs années
» d'exercice , en abdiquent la diſtinction
» fans récompenfe , comme fans regret. Il
» devroit fans doute frapper nos regards
» d'admiration ; & s'il ne les étonne pas ,
» c'eft que fa gloire uniforme & paiſible ,
échappe aux yeux d'une nation toujours
» également frappée de l'éclat des tribu-
" naux fupérieurs ». Ces juftes idées fortement
empreintes dans ces jeunes efprits ,
nous ne ferions plus expofés au fpectacle
humiliant de voir des négocians qui , oubliant
combien un pareil choix les honoont
cherché dans les charges dont ils
étoient revêtus , un prétexte de fuir une
place dont le feul motif de leur refus les
rendoit indignes .
ور
>
Les talens & les lumières que cet établiffement
exige de ceux qui feront deſtinés
à remplir ces nouvelles places , doivent
( 2 ) Eloge de Charles IX.
138 MERCURE DE FRANCE .
nous faire fuppofer que ceux à qui leurs
occupations le permettront , ne pourront
regarder comme au- deffous d'eux , un emploi
qui , outre les émolumens honnêtes
qui y feront attachés , aura l'avantage bien
plus flatteur pour un coeur patriotique ,
d'être utile à fa nation & à fes femblables .
Nous n'exclurons point de ces places dignes
d'êtres honorées , ces négocians ( 3 )
que leur façon de penfer exclut de toutes
les dignités dans un Royaume dont le
Souverain chérit affez fa religion pour
vouloir la rendre univerfelle dans fes Etats ;
cette loi que nous devons refpecter , nous
prive de leurs lumières , dans des emplois
dont ils feroient la gloire ; voilà un moyen
de les mettre à profit , qui pourra nous en
dédommager
.
Ce fera de ce grand nombre d'éléves du
commerce qu'on tirera les négocians ; cet
état dont le plus cher apanage eft fa liberté
, ne la perdra point en affujétiffant
ceux qui veulent y entrer à fe mettre en
état d'être effectivement ce qu'ils veulent
ètre. On affurera par là l'honneur du commerce
, & celui des particuliers ; on ne le
verra plus inondé de cette foule de perfonnes
qui l'aviliffent par leur ignorance , &
plus encore par les fâcheufes fuites qu'elle
( 3 ) Les Proteftans.
NOVEMBRE 1767. 139
entraîne , & dont , à la honte du commerce
, on méconnoît fouvent la véritable
cauſe.
Par M. R. d. B. Secrétaire du Roi.
AGRICULTURE.
LE Bureau d'Agriculture de Limoges a
fait , dans fon affemblée du 10 octobre ,
la diftribution des prix annoncée pour le
mois de janvier 1767 , & qu'il avoit différée
.
Le prix deftiné au meilleur ouvrage fur
la manière de brûler ou de diftiller les vins
la plus avantageufe , relativement à la quantité
& à la qualité de l'eau-de- vie & à l'épargne
été des frais , a é adjugé au Mémoire
nº. 2 , défigné par le nombre 101 , & la
devife : vinum generofum & lene requiro ;
l'auteur eft M. l'Abbé Rofier , Directeur de
l'Ecole Royale Vétérinaire , à Lyon .
La Société croit devoir en même temps
donner des éloges au Mémoire n° . 4 , qui
a pour devife : cum rebus tritis ars nova
reddit opes , dont l'auteur eft M. de Vannes
, Apothicaire à Befançon , & au Mémoire
no. 3 , défigné par le nombre 39 &
la devife hic generatus aque volventes feminaflamma
, dont l'auteur eft M Meu-
:
140 MERCURE DE FRANCE .
nier , fous- Ingénieur des ponts & chauf
fées , & Membre de la Société , au Bureau
d'Angoulême.
La Société a reçu plufieurs pièces pour
concourir au prix deftiné par M. l'Intendant
de la Généralité de Limoges , au
Mémoire dans lequel on aura le mieux
démontré & apprécié l'effet de l'impôt indirect
fur le revenu des propriétaires des
biens fonds : quoiqu'aucune de ces pièces
n'ait paru fatisfaire à la folution complette
& rigoureufe du problême propofé , la
Société a jugé que le Mémoire n°. 4 , qui
a pour devife : Brama affai pocofpera ,
è nullachiede , en approchoit affez pour
mériter le prix qu'elle lui a adjugé ; l'au
teur eft M. de Saint- Peravy , Membre de
la Société Royale d'Agriculture d'Orléans.
Parmi les autres mémoires envoyés fur
ce fujet , il en eſt un dont l'auteur , quoiqu'il
ait tenté de réfoudre la queſtion
d'après des principes entièrement oppofés
à ceux du mémoire couronné , mérite
d'être diftingué par la manière dont il les
a préfentés , & par les vues ingénieufes
qu'il a répandues dans fon ouvrage. Cette
diverfité d'opinions & l'efpérance qu'elle
donnera lieu à une difcuffion d'où réfultera
la folution complette d'un problême
auffi intéreffant pour le bonheur des Etats ,
NOVEMBRE 1767. 141
eft un des motifs qui a déterminé la Société
à donner le prix fans que fes vues aient
été entièrement remplies. Ce fecond mémoire
eft défigné par le nombre 510 , &
la devife ne fortè extranei impleantur
viribus tuis & labores tui fintin domo aliena,
L'auteur ne s'eſt fait connoître.
:
pas
MÉDECINE.
EXTRAIT des lettres adreffées à M. DE
LA PLACE , auteur du Mercure , fur
les fuccès de la méthode de guérir les
fleurs-blanches, du fieur DE LA RICHARDRIE
, avec un remède qui lui eft particulier.
›
L'Annonce que nous en fîmes en Janvier
dernier , prouve déja en faveur du
reméde & de l'Auteur , qui s'eft toujours
propofé de prefcrire lui - même les différentes
méthodes de l'adminiftrer , afin
que chacunes d'elles, fuffent fondées fur
des indications prifes du tempérament ,
de l'état & fituation des perfonnes qui y
auront recours , même de leur ordonner
le régime convenable.
142 MERCURE DE FRANCE.
C'eſt pour fatisfaire avec exactitude à
tous ces objets , qu'il s'en eft réſervé la
diftribution.
Les perfonnes qui ne feront pas àportée
de l'éclaircir fur ces points , lui feront
parvenir des mémoires capables de l'inſtruire
; ellesauront l'attention de les affranchir
, ainfi que leurs lettres .
Il demeure rue Saint Honoré , au mont
d'or , à côté du Grand Confeil .
Dans le nombre de preuves qui nous
ont été produites de l'efficacité du remède
du fieur de la Richardrie il s'en trouve
plufieurs qui doivent intéreffer beaucoup
la Société. M. Fourmi , bourgeois du
Mans , nous dit que Mde fon époufe étant
attaquée d'un flux abondant de fleursblanches
depuis quatre ans , ceffa de donner
preuve de fécondité , & reſta dans un
état de langueur propre à toucher de compaffion
, des fuites de cette maladie , juſqu'en
janvier dernier , que nous annonçâmes
le remède en queftion , dont les
effets ont été tels qu'elle eft devenue
enceinte à la fuite de fon adminiftration ;
qu'elle a repris fon embonpoint , & que
tous les accidens qui accompagnoient cette
perte blanche ont difparu avec elle .
Une autre nous vient de M. Mathé ,
bourgeois de Lufignan , qui , pleinement
NOVEMBRE 1767. 143
fatisfait des fuccès que Mde fon épouſe .
en a obtenus , cherche les moyens d'en
prouver la gratitude à l'auteur .
Dans le détail qu'il nous a fourni il eſt
question qu'un grand nombre d'accidens ,
alfez graves , venus à la fuite des fleursblanches
, ont tous cédé à l'adminiſtration
du remède quelques jours après la difparition
de cet écoulement,
S'il eft beaucoup de femmes dans le cas
où étoit la mienne avant fa guérifon , dit
M. Mathé, la population doit néceffairement
en fouffrir.
Mlle Vernet , qui nous a procuré cette
dernière , paroît avoir été dans une fituation
déplorable, Le détail qu'elle nous fait
des incommodités qui furent les fuites
de cet écoulement , eft impofant. Il y eft
mentionné que fon fang avoit acquis un
degré d'appauvriffement fi confidérable ,
que fes gencives , extrêmement engorgées ,
exhaloient une odeur fétide , & qu'elle en
a perdu la majeure partie des dents.
Elle demeure à Paris , rue Saint Denis ,
au coin de celle Aux - Ours.
144 MERCURE DE FRANCE .
f
M. Portal, Profeſſeur d'Anatomie de
Monfeigneur le Dauphin , Docteur en
Médecine de l'Univerfité de Montpellier ,
& de la Société Royale des Sciences de la
même ville , commencera le 5 novembre ,
à cinq heures du foir , un cours d'anatomie.
Il y aura ordinairement quatre leçons
par femaine. Le 12 M. Portal commencera
un autre cours d'anatomie qu'il continuera
tous les jours à neuf heures du
matin .
Son amphithéâtre eft chez lui , rue du
mont Saint Hilaire , près celle d'Ecoffe.
Il y a chez lui une falle de diffection
& un prévôt à qui on s'adreffera pour cette
partie & pour le manuel des opérations
de chirurgie.
BOTANIQUE.
NOVEMBRE 1767. 145
BOTANIQUE.
DISSERTATION fur les étamines des
plantes , &furplufieurs expériences faites
cette année 1767 , concernant la fécondation
des graines ; par M. GAUTIER
DAGOTY.
Les étamines des fleurs , dans les plantes ,
ont des anthères ; ces anthères font les tefticules
qui fervent à la génération de la
plante . J'ai donné une differtation dans le
Mercure de février , où il étoit queftion de
cette génération végétale , & de l'ufage
des étamines . Mon fentiment eſt bien oppofé
à celui de ceux qui prétendent que les
étamines n'ont rien de commun avec le
piftile des fleurs , & que les anthères
pofées au bout des fils , ou attachées fur le
cylindre, font des parties diftinctes de l'utérus
; que ce font les parties mâles de la
plante ; que les embrions fe forment fur
ces vifcères , & qu'ainfi formés & accumulés
autour de l'anthère , ils reffemblent
à une espèce de pouffière que le vent fait
voltiger pour féconder les graines , pat
G
146 MERCURE DE FRANCE.
l'intromiffion d'un grain de cette pouffière
dans leur parenchyme . Cette idée eft
fauffe ; il eft prouvé par l'inſpection des
graines , qu'elles renferment dès leur formation
le germe , & que dans la plupart
des fleurs , les graines font entièrement
clofes , & enfermées dans des utérus inacceffibles
aux pouffières des étamines , comme
dans le figuier d'Inde , &c. Et fi ,
pour éluder la queftion , on veut croire
que cette pouffière n'eft qu'une matière féminale
& vivifiante , comme difent aujourd'hui
les auteurs les plus récens , & dont
voici les termes , en parlant de la fécondation
des graines : cette fécondation
s'opère , difent- ils , dans les végétaux &
Les animaux par une vapeur , une espèce
d'efprit volatil auquel la matière prolifique
fert fimplement de véhicule . Cette matière
prolifique quifort des grains de pouffière des
étamines lorfqu'ils crévent , eft huileufe , &
Je mêle facilement à la liqueur qui humecte
le ftigmate du piftil , &c. Je dis qu'en évitant
une erreur que les fait ap- yeux ont fait
percevoir , on tombe dans une autre idée
détruite par le fimple raifonnement anatomique
, fur les parties de la fructification.
Pour appuyer ma démonftration , je vais
comparer la génération des animaux à celle
des plantes comparaifon que l'on vient
NOVEMBRE 1767. 147
de voir dans la citation ci deffus. Il eſt
certain que par le méchanifme connu des
parties de la génération des animaux , nous
pouvons développer celui des végétaux , la
marche de la nature étant toujours fimple
& égale dans fes opérations.
Pour générer dans toute forte d'individus
, il faut des glandes , des vifcères &
des réfervoirs , & de plus des liqueurs. Les
vifcères font les moules , les réſervoirs font
les utérus qui les renferment ; les liqueurs
font les matériaux , & les glandes font les
cribles , les filtres , & les inftrumens préparatoires
des liqueurs. L'homme , les
quadrupèdes & les oifeaux partagent les
inftrumens de la génération & les liqueurs ,
entre deux fexes ; & l'amour des fexes tire
fa fource du befoin réciproque de l'aſſemblage
de ces parties. Mais les plantes , incapables
de fentir , de fuivre , d'atteindre ,
& de s'accoupler , renferment dans leurs
fleurs tout ce qu'il faut pour générer , par
conféquent n'ont qu'un fexe ; & les prétendus
monandria , monogynia , & c. font
des imaginations fur lefquelles on ne doit
pas fonder des fyftêmes : ce que je vous
donne cependant dans ma collection de
plante , pour contenter tout le monde. Le
favant Tournefort a fenti le ridicule d'établir
un ordre botanique fur le nombre &
1
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
que
la fituation des étamines & des piftiles, fous
le nom de mâle & de femelle ; il n'a fuivi
celui des corolles , en confidérant leurs
formes & leurs défauts ; quoiqu'il eût
adopté le fyftême fexuel , & les miracles
pratiqués dans les ifles de l'Archipel fur les
figuiers , qui génerent par le moyen de la
pouflière des étaminesque les infectes , nommés
Ichneumon , charrient avec leurs pattes
d'un figuier à l'autre. (Voyez les Mémoires
de l'Académie de 1705 ) . Faire autant de
mâles qu'il y a des étamines , & autant de
femelles qu'il y a des piftiles ! c'est alors
établir plufieurs individus , non - feulement
dans la plante , mais dans chaque fleur que
porte la plante. Cette fuperfluité , attendu
le nombre infini des étamines dans la plupart
des plantes qui n'ont qu'une petite
quantité de piftiles , eft contre l'ordre de la
nature. Mais ce n'eft pas fur quoi je fonde
les plus fortes raiſons que j'ai à donner
contre le fyftême fexuel.
Si on confidère une fleur prétendue hermaphrodite
, comme la tulipe, par exemple,
on verra que le piftile eft droit & allongé ,
qu'il occupe le milieu de la fleur , qu'il eft
compofé de trois germes réunis , ou réferyoirs
, qui ont trois ftigmats à leurs extrêmités
, recourbés & glanduleux. Au centre
dela réunion de ces germens, eft le réceptacle
NOVEMBRE 1767. 145
ou placenta , compofé de trois branches
réunies & adoffées , auxquelles font attachées
les graines , & d'où elles prennent leur
nourriture & leur accroiffement . Le pa
renchime du germe & la graine font à
véhicule féminale où fe moule l'embrior .
Il doit fa fubftance aux liqueurs que lui
portent , à travers le placenta , les filets des
étamines qui font l'office de canaux déférens
; car le germe de la graine des tulipes
& des autres fleurs n'eft pas à l'extrêmité
de la graine ; mais il touche le réceptacle
ou placenta , & fon lien au récep
tacle eft celui de la graine même : de forte
que la ſubſtance de la graine eft le bulbe ,
ou la partie charnue qui nourrit le germe ,
lorfqu'il eft détaché de fa plante . Les anthères
allongées , qui font les tefticules de
la tulipe , fe trouvent au bout des filets
très courts qui compofent les étamines , &
font au nombre de fix ; ils fervent à filtrer
la fève , à la dépouiller de fa cire & des
autres parties qui n'entrent point dans la
compofition du foetus : ce que font dans
l'homme les teſticules , qui filtrent du fang
la liqueur féminale qui fe porte par les
canaux déférens dans les véhicules féminales
pour former l'embrion . ( Voyez
dans les Mercures de 1749 , ma découverte
à ce fujet ). De façon que la préten-
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
due pouffière prolifique n'eft que la cire ,
ou le réfidu de la fève dont les anthères
ont extrait la liqueur féminale , comme eft
le fang veinal des tefticules dans les animaux
; ici dans les plantes , où la fève
manque de vaiffeau veinal , les fécrétions
de cette liqueur fortent des feuilles , des
tiges , des fleurs & du fruit , & forment ce
qu'on appelle pouffière , ou farine ; & fur
les anthères , cette pouffière ou cire a été
prife pour le foetus lui-même & le germe
des plantes ; & dans les Botaniftes les plus
modernes , pour la liqueur prolifique des
plantes. Je crois démontrer dans une feule
fleur , comme la tulipe , tout ce qui peut
concerner les parties de la génération parragées
entre les deux fexes dans les animaux.
Le piftile eft la matrice , le réceptacle
eft le placenta , le germe de la graine
eft le foetus , & le cordon umbilical eft
l'attache de la graine fur le placenta : c'eſt
là ce qui conftitue le fexe féminin dans les
animaux avec le foetus ; mais dans les
plantes , ces parties ne font qu'une portion
de celles qui fervent à générer. La verge
manque dans les plantes , parce qu'elles
n'ont befoin d'introduction pour porpas
ter l'embrion & les liqueurs mafculines ,
mais les fleurs ont des anthères qui fervent
de tefticules , des filets à leurs étamines
NOVEMBRE 1767. 151
qui fervent de vaiffeaux fpermatiques &
de canaux déférens ; elles ont un parenchime
dans leur graine qui reçoit la liqueur
féminale , & forme l'embrion , comme les
véhicules féminales dans les animaux .
La comparaifon des parties génératrices
entre les plantes & les animaux , fe trouve
dans tout ce qui les conftitue , & ces deux
règnes ne different , comme j'ai déja dit ,
qu'en ce que les animaux font partagés en
deux fexes ; & les plantes attachées à la
terre , fans ſenſation & fans mouvement ,
n'en ont qu'un qui renferme tout ce qui
convient pour la multiplication de fes
graines.
Je renvoie les amateurs aux livres qui
expofent les expériences fur lefquelles fe
font fondés les Botaniſtes qui adoptent le
fyftême féxuel Ils ne trouveront que des
faits douteux , comme le dattier du jardin
du Roi , les fraifiers de Verſailles , où il
eft queſtion d'étamines qui ont fécondé
dans les dattiers à quatre lieues de diſtance ,
& dans les fraifiers , des frutillers , qui ne
donnent des fruits que dans le chilli , qui
avortent ordinairement dans ce pays- ci ,
& qui ont donné par hafard des fruits dans
une année de chaleur & de beau temps ,
ce qui n'eft pas étonnant. Mais voici les
expériences que j'ai faites pour foutenir
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
mon opinion ; ce n'eft pas avec des plantes
étrangères , que perfonne ne peut avoir
commodément , mais c'eft avec des épinards
, des chanvres , des bleds de Turquie
, des coloquintes , & les plantes les
plus communes , que tout le monde peut
avoir dans des pots fur fes fenêtres.
J'ai femé , dans le mois de mars de cette
année- ci 1767 , dans un pot fur une fenêtre
expofée au couchant , dans la place du
quai de l'école où je demeure , à Paris ,
quatre graines d'épinard , qui ont toutes
pouffé . Il y en a eu deux qui ont formé
deux plantes prétendues mâles , ce que j'ai
apperçu par leur difpofition à pouffer des
épics ; je les ai arrachées auffi- tôt. Les deux
autres plantes , moins actives que celles- ci ,
m'ont fait appercevoir leurs piftiles , trois
femaines après avoir arraché les plantes à
étamines. J'en ai arraché l'une des deux ,
fitôt que j'ai été affuré que c'étoit deux
prétendues femelles. Et celle que j'ai laiffée
fur pied , a porté une très- grande abondance
de graine en maturité , quoiqu'elle
fût feule , & fans la plante mâle à étamines
qui doit féconder , comme la claffe des
dattiers , la plante femelle porte - fruit ,
felon les fexualiftes . J'ai femé ces graines ,
elles ont toutes levé , & font prêtes à faire
d'autres graines dans cette année - ci . Je
>
NOVEMBRE 1767. 153
certifie l'expérience véritable , & propofe
à tous les amateurs de la répéter dans le
printemps de l'année prochaine. Je crois
que , comme le dattier & l'épinard font
dans la même claffe des fexualiftes , il ne
faut pas aller chercher dans l'Afrique ce
que l'on trouve dans toutes les villes de
l'Europe.
J'ai femé du chanvre de la même manière
que mes graines d'épinard ; j'ai fait
la même opération , & actuellement j'ai
une plante de chanvre fur mes fenêtres ,
chargée de graines qui font venues en maturité
, fans le fecours de la plante à étamine
& ftérile , prétendue mâle .
J'ai femé une graine de coloquinte , qui
a produit une plante extrêmement belle ,
de laquelle j'ai coupé les prétendues fleurs
mâles ; elle a porté du fruit , & fes graines
en maturité .
J'ai femé du bled de Turquie en mai ;
j'en ai coupé la cime où font les fleurs à
étamines fitôt qu'elles ont paru , & le
fruit eft forti dans l'aiffelle des feuilles , &
a porté fes graines dans toute leur maturité.
J'en ai fait de même au ricin , à la
larme de job , à la brionne ou couleuvrée ,
& toutes les expériences contraires au fyftême
fexuel m'ont réuffi.
G▾
154 MERCURE DE FRANCE.
M. Gautier Dagoty diftribue actuellement
les quarante planches qu'il avoit
promifes à fes foufcripteurs , & reçoit les
foufcriptions de la feconde quarantaine .
Le Roi a fait la grace a cet auteur de recevoir
la dédicace de cette Botanique , utile
& agréable , où les plantes font repréfentées
dans leur état naturel avec leurs
fleurs , leur fruit , & leur racine , accompagnées
de tables explicatives en latin & en
françois très détaillées , où font les divers
fyftêmes de Tournefort , de Linaus , & celui
de l'auteur , avec les qualités & les vertus
de chaque plante.
ÉCOLE Royale Vétérinaire de Paris.
A VIS A V PUBLIC.
Les inftructions données aux élèves qui
ont été admis dans les Ecoles Vétérinaires
, ayant procuré déja aux cultivateurs
dans plufieurs Provinces du Royaume ,
des fecours très - efficaces & des moyens de
rappeller à la vie une très - grande quantité
de beftiaux malades ; nombre de perſonnes
ont paru defirer qu'on étendît les avantages
de femblables établiffemens , en faNOVEMBRE
1767. 155
cilitant à des fils de laboureurs & de fermiers
, comme auffi à des fils de maîtres
maréchaux , à leurs compagnons , à leurs
apprentifs & à d'autres , les voies d'acquérir
des lumières certaines , tant fur les principes
que fur la pratique de la médecine
des animaux : on s'eft déterminé , en conféquence
, pour remplir des vues auſſi
louables & concourir au bien général , à
prendre des arrangemens qui ne nuiront
en aucune manière à l'ordre qui règne
dans l'Ecole Vétérinaire , établie au château
d'Alfort , près Charenton . On y ouvrira
le dimanche , 22 novembre prochain,
à dix heures & demie du matin , immédiatement
après l'office de la paroiffe , des
leçons publiques & non moins gratuites
que celles qu'y reçoivent les élèves . Ceux
qui voudront y être admis , fe feront infcrire
les mercredis , par noms , furnoms ,
lieu de la naiffance & domicile actuel , fur
un regiftre tenu par les fieurs Renaud ou
Imbert , ( quand l'un n'y fera pas , on peut
demander l'autre ) rue Sainte Apolline ,
chez M. Bourgelat , Commiffaire Général
des Harras , Directeur & Inspecteur Général
des Ecoles Vétérinaires du Royaume ;
& tous les jours de la femaine , excepté le
jeudi , chez le fieur Fragonard , Directeur
particulier de celle d'Alfort. Les ſujets
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
ne feront agréés qu'autant qu'ils feront
préfentés par des perfonnes connues . Les
leçons feront continuées tous les dimanches
à la même heure ; ainfi elles ne diftrairont
point les élèves du dehors des occupations
qui pourroient les attacher journellement.
PHYSIQUE.
LETTRE à M *** , dans laquelle on examine
le fentiment de Varénius , fur l'ordre
des faifons entre l'équateur & le
huitièmedegré de latitude ; où l'on fepropofe
enfuite de démontrer que , de tous
les habitans de la terre , ceux qui font
à l'équateur , ou auprès de l'équateur ,
doivent reffentir tous les jours , le foir ,
un froid proportionnellement plus grand
que tous les autres peuples de la terre ,
& que cette différence de température ,
dans la journée , diminue à mesure qu'on
approche des pôles ; par M. TR. de L.
J'AIAI déja eu l'honneur , Monfieur , de
vous faire part de mes remarques fur M.
Rollin , (1 ) & je vous ai démontré qu'il
( 1 ) Voyez le Mercure de juillet , fecond vo
•
NOVEMBRE 1767. 157
•
s'eft trompé fur Anaxagoras de Clazomènes .
Vous m'avez paru affez content de mes
objections contre le ſyſtême de M. Freret ,
fur le tems où a vécu Ninus , roi d'Affyrie.
J'examine , à préfent , le fentiment d'un
homme auffi connu des phyficiens , que
MM . Rollin & Freret le font de ceux qui
étudient l'hiftoire ancienne .
N°. 1. Les endroits fitués entre l'équateur
& le huitième degré de latitude , tant
Septentrionale que méridionale , ont ( dit
notre auteur ) ( 2 ) deux étés , deux printems
, un feul autonne , & un feul hyver
& cela fans fuivre l'ordre accoutumé ; car
ils ont printems , été , printems , été , automne
, hyver.
Je n'adopte point le fentiment de Varenius
, & je crois que les faifons de cette
latitude doivent être rangées dans cet ordre
, printems , été , automne , printems ,
été , automne , hyver , & c. Je différe donc
de Varenius , en ce que je place un automne
entre le premier été & le fecond
printems : car je conviens avec lui qu'il
n'y a point d'hyver dans cet intervalle .
Voici la fubftance du raifonnement de
Varenius , pour prouver fon fyftême . Il
examine les faifons du quatrième degré :
( 2 ) Varenii geograp . generalis , liv . 2 , chap. 26 ,
prop. 3 , at. 4 , cd. de Newton.
4
t
158 MERCURE DE FRANCE.
23
و ر
Quand le foleil eft arrivé aux points
» de l'écliptique , éloignés du zénith de
» treize degrés quarante- cinq minutes , il
» doit faire le printems ou l'automne . Le
printems , s'il s'avance au zénith , l'automne
, s'il tend à la plus grande diftance
or parvenu au troifième degré des
gémeaux , le foleil ne fe meut pas vers
la plus grande diſtance , puifqu'il avance
vers le cancer qui n'en eft éloigné que
5, de 19 degrés ( en fuppofant le quatriè
» me degré ) & revient auffi- tôt à la plus
petite. Il commence donc au troisième
» des gémeaux , un fecond printems qui
doit durer jufqu'au vingtième degré de
la Vierge , &c. le refte fuit l'ordre ac-
39
» coutumé
N°. 2. Varenius me paroît s'être attaché
à la lettre de la définition des faifons , plutôt
qu'au fens.
Quoi ! de ce que le foleil commence l'automne
, quand il eſt au- delà du zénith , à
fa moyenne diſtance , en allant à la plus
grande , il en faut conclure que s'il ne doit
pas parvenir à la plus grande diſtance , à
ce même point moyen , il commencera le
printems ?
Mais qu'importe pour le commencemen:
de la faifon , que le foleil parvienne
plus ou moins loin , il en réfultera feuleNOVEMBRE
1767. 159
ment que la faifon durera plus ou moins
de tems . En quoi cette différence d'éloignement
futur peut- elle changer la température
de l'air pour ce tems- là ? Quand le
foleil eft arrivé au tropique du cancer , fi
par une révolution dans la nature , par une
volonté fpéciale du créateur , il venoit à
s'éloigner encore de huit degrés , il faudroit
donc annoncer aux peuples qui auroient
compté printems depuis le troifième
des gémeaux , qu'ils ont eu automne fans
le favoir ? je dis, fans le favoir , car tous les
effets phyfiques auroient été les mêmes ; ils
n'auroient commencé à changer que pendant
que le foleil auroit parcouru les nouveaux
degrés ( bien entendu qu'on fait
abftraction de toutes les caufes étrangères
qui dérangent les effets réglés & périodiques
du foleil ) . Ces conféquences ne fontelles
pas connoître la fauffeté du principe ?
D'ailleurs Varenius convient
qu'il y a un automne quand le foleil eſt au
vingt- cinquième degré de la balance ; &
en effet il eft à la moyenne diftance ; il
s'éloigne du zénith ; mais au troifième des
gémeaux , il a ces mêmes rapports de fitua
tion & de direction de mouvement ; donc
il doit y avoir auffi un automne . De plus ,
au dixième degré par de là le cinquième de
la balance, il eft plein automne ; dix degrés
N°. 3.
160 MERCURE DE FRANCE.
par de-là le troifième des gémeaux , tous
·les rapports indiqués ci- deffus font encore
les mêmes. Pourquoi donc mettre l'un de
ces points dans l'automne , & l'autre dans
le printems ? N'eft- il pas évident que fi on
définit l'automne , la moyenne distance
en allant vers la plus grande , cette dernière
condition indique feulement de quel côté
du zénith il faut prendre cette moyenne
diſtance , & qu'elle revient à celle- ci , la
moyenne diftance au-delà du zénith par
rapport à l'hyver.
,
Quant à ce que Varenius dit , que paffé
le troifième degré des gémeaux , le foleil
s'approche du zénith , cela me paroît abfurde
; car il eft inconteftable que le treizième
degré des gémeaux eft plus loin de
l'équateur que le premier de ces mêmes
gémeaux.
N°. 4. Mais à prendre même à la lettre
les définitions de Varenius , je ne vois
pas
qu'on puiffe mettre dans le printems l'intervalle
contenu entre le troisième des gémeaux
& le premier du cancer .
Le printems , dit- il , commence quand le
foleil a atteint dans fon midi , la moyenne
diftance , en venant de la plus grande. Mais
dans tout cet intervalle , il vient de la plus
petite diſtance , & non de la plus grande.
C'eſt au- delà du premier du cancer qu'il
NOVEMBRE 1767. 161
vient de la plus grande poffible dans cet
hémisphère, & qu'il s'approche réellement
du zénith.
N. 5. On pourroit peut-être m'objecter
le
raifonnement que j'ai employé contre
Varenius au n°. 3. & me dire : au troisième
degré du capricorne , en approchant du zénith
, il est encore hyver. Au premier degré
du cancer , en approchant du zénith ,
le foleil a les mêmes rapports de diftance
& de direction de
mouvement ; le premier
du cancer doit donc être en hyver ?
No. 6. Cette objection est très -forte ;
mais je réponds que l'hyver n'a pas commencé
, puifque le foleil n'eft pas arrivé à
la plus grande diftance où il arrivera dars
l'année . Et ce n'eft point un abus de mots ,
car le point de la terre qui répond au quatrième
degré , ne doit pas reffentir la même
température que quand le foleil eft au capricorne
, ou qu'il auroit reffentie fi le foleil
avoit été huit degrés au- delà ; il ne me
paroît donc pas naturel de commencer une
faifon par la fin .
Secondement. Suivant ce fyftême , l'hyver
commenceroit au premier degré du
cancer , & finiroit au cinquième du lion ,
qui répond à treize degrés quarante- cinq
minutes de diſtance du quatrième degré ;
162 MERCURE DE FRANCE.
ainfi ce deuxième hyver auroit environ un
mois & cinq jours .
Mais cet hyver ne reffembleroit en rien
au premier ; le foleil ne s'éloignant que de
dix neuf degrés & demi , il y a néceffairement
plus de chaleur dans l'air que quand
il s'éloigne de vingt- fept degrés & demi ;
il revient fur fes pas dans cette température
, le quatrième degré feptentrional doit
donc reffentir une chaleur beaucoup plus
grande que lorfque le foleil étoit au trentiéme
de la balance , quoiqu'il y ait même
rapport de diftance & de direction de
mouvement.
N°. 7. Ce que je vois de moins déraifonnable
à conclure , c'eft qu'il faudroit
un autre mot pour indiquer la faifon du
premier degré du cancer au cinquième du
lion ; mais en attendant la création de ce
mot , cette faifon me paroît devoir être
comptée pour un printems , parce qu'elle
y a beaucoup plus d'analogie qu'avec toute
autre .
Ce qu'on vient de dire du quatrième
degré de latitude , peut s'appliquer à tous
les degiés entre le premier & le huitième
compris.
...
NOVEMBRE 1767. 163
Suite du Mémoire fur les faifons.
Le même auteur , dans fa propofition
quatrième , après avoir établi qu'au neuvième
degré de latitude les faifons rentrent
dans l'ordre accoutumé , mais que leur
durée eft fort inégale , & que particuliè
rement l'été du neuvième degré dure depuis
le 15 d'avril , jufqu'au 15 d'octobre
ou environ , fe fait une difficulté dont la
folution ne me fatisfait guères. Il me paroît
défendre une bonne caufe avec de
mauvaiſes raifons.
( Difficulté. ) « Ces mois femblent ne
» devoit pas être mis dans l'été, parce que
le foleil ne s'éloigne pas du zénith par
» une route directe , mais d'abord en s'ap-
» prochant d'un point , & enfuite d'un
» autre. En s'approchant du cancer , il s'éloigne
du zénith , enfuite il s'en appro
» che ».
ود
99
c
(Reponse de Varenius. ) « Je réponds
l'été eft défini le tems de l'éloigneque
» ment ; mais ce n'eft pas l'éloignement à
» une diftance quelconque , c'eft la moyen-
» ne diſtance. De cet éloignement on n'en
» exclud pas un approchement , pourvu
» que l'éloignement ne foit pas plus grand
» que la moyenne diſtance ,
164
MERCURE DE FRANCE.
Rien de plus obfcur que ce raifonnement
dans lequel l'auteur fait voir d'ailleurs
qu'il s'en tient toujours à la lettre
des définitions.
1. D'abord , fi par l'expreffion ces mois
on entendoit tout l'intervalle depuis le 24
dubélier , jufqu'au 24 de la balance , cette
partie de la difficulté ne mériteroit aucune
réponſe. Ne feroit- ce point une abſurdité
que de ne pas reconnoître au moins le
commencement de l'été au 15 d'avril ,
quand le foleil eft vertical ?
2º. Quant à la durée de cette faiſon ,
je la prouverois ainfi le premier degré
du cancer n'eft point encore en automne ,
comme on l'a fait voir ( n ° . ) ; il eft
donc en été. Au-delà de ce degré , le foleil
repaffe par les mêmes points , enforte
que le 22 de juin il décrit le même parallèle
qu'il avoit décrit le 21 , le 23 ,
celui du 20 , & c . Il fait donc encore l'été
& même un été beaucoup plus chaud que
jufqu'au 21 de juin . Ces réponfes me femblent
plus claires & plus convaincantes
que celles de Varenius.
La feule addition que je ferois à cette
divifion , feroit de nommer fecond été le
retour du foleil au zénith. Par ce moyen
on feroit d'accord avec la définition générale
& la nature des faifons.
NOVEMBRE 1767. 165
Il est aisé d'appercevoir que plus on
s'éloigne de l'équateur , plus ce deuxième
été diminue jufqu'à devenir nul , & alors
les faifons font dans l'ordre & de la longueur
accoutumée.
Ces inégalités de température ne font
pas les feules qu'éprouvent les habitans
des zones torrides . Si on les compare à
ceux des autres zones , on trouve qu'à caufe
du mouvement journalier du foleil ,
tous les foirs , ils fouffrent plus du froid
qu'aucun autre peuple.
1º . On ne peut pas méconnoître les
quatre faifons dans la journée. L'heure du
lever du foleil , c'eſt le printems journalier
; midi eft l'été ; le coucher du foleil
eft l'automne ; & minuit eft l'hyver. Car
le foleil s'approche & s'éloigne du zénith ,
& ordinairement la température varie de
même. Chacun fait que midi eft le tems le
plus chaud de la journée , & que le matin
& le foir il fait plus frais.
2º. On fait encore que c'eft la différence
des températures qui fait impreffion fur
les animaux & même fur les plantes ;
que les caves ne font point froides l'été ,
& chaudes l'hyver ; qu'elles ont toujours
une température à peu près égale & moyenpe
entre la chaleur de l'une , & le froid
l'autre faifon.
166 MERCURE DE FRANCE.
J'ai obfervé qu'au même degré du thermomètre
, à Paris , quelquefois au commencement
de l'automne on fe plaignoit
du froid , on allumoit du feu ; & dans
l'hyver on l'éteignoit , on ouvroit les fenêtres.
Si donc deux peuples font fitués de manière
qu'il y ait une plus grande différence
entre la température du matin & du foir de
l'un , qu'entre celle du matin & du foir
de l'autre , le premier reffentira un plus
grand froid. Or cet effet doit arriver fi on
trouve une plus grande différence entre les
diſtances du foleil le matin & le foir pour
le premier peuple que pour le fecond . II
faut donc démontrer que , fi on compare
la diftance du foleil à un xénith d'un
point de la zone torride au matin , avec
fa distance à ce même zénith le foir , &
qu'on faffe la même opération pour un point
des autres zones , la différence d'éloignementfera
toujours plus grande pour la zone
torride , & deviendra nulle pour les pôles.
Pour le démontrer , je demande qu'on
m'accorde la propofition de géomètrie qui
fuit. Je ne la prouverai point , elle est trop
facile :
Si on prend - deux points A & B à égale
diftance du centre d'un cercle , que de
chacun de ces points on mene tant de liNOVEMBRE
1767. 167
gnes AR , BR , qu'on voudra à la circonférence
de ce cercle , les plus inégales feront
celles qui fe termineront à l'extrêmité
du diamètre MR parallèle à la ligne AB
& celles qui fe termineront à l'extrêmité
du diamètre perpendiculaire feront égales .
Cela pofé , comparons la différence entre
midi & minuit à l'équateur , avec la
différence entre ces mêmes points au tropique.
Le cercle PLREPVP , repréfente le
globe de la terre ; les arcs RV , QZ font
les tropiques ; NE eft l'équateur ; le grand
cercle PABSMDP repréſente un méridien
célefte ; & par conféquent A eft le zénith
d'un point d'un des tropiques terreftres ;
le point B eft le zénith d'un point de l'équateur
; M fera le nadir ; & le foleil fe
levera du côté de B , & fe couchera du
côté de M.
Le point E de l'équateur aura midi
quand le foleil fera en B , & la diftance
fera BE.
Quand le foleil fera en M, le point E
aura minuit , & la diftance fera ME ; la
différence entre les deux diftances fera
donc EN; c'est- à - dire , à peu près deux
mille huit cent foixante- deux lieues. Dans
ce même tems- là , la diftance du ſoleil au
point R du tropique , étoit BR à midi , &
168 MERCURE DE FRANCE.
MR à minuit. Par la propofition précédente
, ces deux lignes ont une moindre
différence que BE & ME ; donc la différence
de la température a été moindre ,
& le tropique avoit moins froid.
Mais tranfportons- nous à l'été annuel
du tropique R, Cet été arrivera quand le
foleil fera au point A, & il fera en même
tems midi pour le point R , & minuit
lorfqu'il fera en D. Les deux diftances feront
AR & DR , dont la différence eft
encore infiniment moindre que NE : donc
le tropique , pendant fon été annuel , reffent
des températures infiniment moins
différentes à midi & à minuit , que l'équateur
pendant le fien.
Examinons les zones temperées. Par
exemple le point L. Les deux étés arrivent
quand le foleil eft en A ; car il eft alors
dans le méridien de I , & il ne peut pas
arriver plus près du zenith qui eft en O.
Le point de minuit eft en D ; les deux
diftances font donc AL & DL, dont la
différence eft encore moindre ; donc, & c...
Au pôle , la différence entre AP & DP
eft nulle , ainfi la température eft la mêmẹ
pendant une révolution journalière.
Objection. On m'objecte que la différence
entre les deux éloignemens à midi.
& à minuit , n'eft d'aucune conſidération
NOVEMBRE 1767. 169
à caufe de l'épaiffeur de la terre qui intercepte
les rayons , & les empêche ainfi
de parvenir au point de la terre qu'ils
échauffoient à midi .
Réponse. 1 °. Je réponds que je ne prétends
pas que la différence de chaleur entre
midi & minuit foit égale à la différence
des deux éloignemens , ou des quarrés
des deux éloignemens du foleil , ni
encore moins donner une méthode pour
déterminer la gradation de l'augmentation
& de la diminution de la chaleur , depuis
le printems jufqu'à l'hyver journalier.
2º. J'avoue que l'épaiffeur de la terre
rend nulle la différence des deux éloignemens
à minuit. Mais tant que les rayons
du foleil parviennent directement aux
points que l'on compare , la différence eſt
proportionnelle à celle de minuit , celles
des températures le font donc auffi. J'ai
confideré les points de midi & de minuit
comme étant les plus faciles à comparer.
De plus il eft aifé de s'appercevoir que
l'arc terreftre qui fait obftacle aux rayons
du foleil , c'est - à - dire l'arc nocturne , diminue
à mesure qu'on s'éloigne de l'équateur
, ( du moins vers l'été annuel , ) &
qu'il eft nul au pôle ; ainfi les rayons parviennent
encore pendant long- tems au zénith...
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Donc de tous les peuples de la terre ,
ceux qui habitent l'équateur , ou près de
l'équateur , font ceux qui reffentent le
foir une plus grande différence de tempé--
rature , & c.
MATHÉMATIQUES
PROBLEME.
N eft perfuadé , d'après des démonftrations
exactes , qu'il eft impoffible , par
l'algèbre ou l'arithmétique , de partager
ou divifer un nombre quelconque en
moyenne & extrême raiſon . L'exécution
cependant de ce problême eft très - facile
en géométrie , puifqu'on partage une ligne
droite felon cette proportion , & qu'on
démontre la jufteffe de l'opération ; or , ce
qui eft démontré vrai en géométrie ne
doit pas être abfurde & impoffible en
algèbre.
La difficulté qu'on éprouve dans l'algèbre
ne confifte pas à trouver la valeur
d'une fraction , qui pourroit aboutit à une
quantité furde ; mais en ce que toute opé
ration algèbrique pour parvenir à la folu
tion , mène à une abſurdité évidente , par
NOVEMBRE 1767. 171
exemple , que la partie eft plus grande que
le tout.
On demande donc la folution de ce
paradoxe ; favoir : pourquoi une vérité
géométrique peut- elle n'être qu'une abfurdité
numérique ?
Avis concernant l'hiſtoire naturelle.
PERSONNE
ERSONNE ne s'étant préfenté pour l'acquifition
en entier du cabinet d'histoire
naturelle de M. Davila , on donne avis
aux curieux que la vente publique de ce
cabinet commencera le mardi , premier
décembre prochain.
Quoique l'hiftoire naturelle faffe la
partie la plus nombreuſe de cette collection
, les divers autres genres de curiofités
qui s'y trouvent raffemblés font affez confidérables
, pour pouvoir être préfentés chacun
à part. On avertit en conféquence les
amateurs , qu'on n'entremêlera dans chaque
vacation que les objets qui feront
de nature à pouvoir contenter les mêmes
goûts.
On commencera par les curiofités de
l'art, qui feront vendues dans l'ordre fuivant.
H ij
172 MERCURE DE FRANCE.
1°. Du premierau 19 décembre , les eframpes
, les deffeins & peintures à gouache..
20. Les 22 & 23 décembre , les tableaux
, les miniatures & peintures en
émail,
3°. Du 8 au 12 janvier 1768 , les habits
, armes , uſtenfiles , & c. de divers peuples
anciens & modernes , auxquels on
joindra les bijoux , vâfes précieux , ou--
vrages curieux , & généralement tout cé
qui compofe les trois premières parties des
curiofités de l'art.
4°. Du 13 au 18 janvier , les pierres
gravées antiques & modernes , bronzes ,
bas- reliefs & médailles.
5 °. Du 19 au 23 janvier , la bibliothèque .
6°. Les objets d'histoire naturelle , le
le lundi 25 janvier & jours fuivans , fans
interruption.
Les feuilles qui indiquent les articles
qui feront vendus chaque jour , ſe diſtribuent
chez M. Remy , peintre , rue poupée.
Le catalogue du cabinet fe vend chez
Briaffon , Libraire , rue Saint Jacques , à
la fcience.
NOVEMBRE 1767. 173
ARTICLE IV.
BEAU X- ART S.
ARTS AGRÉABLE S.
SUITE des obfervations fur les Tableaux ,
fculpture & gravure expofés au falon .
SCULPTURES.
LA Sculpture a joué un très - beau rôle
au falon . On l'auroit foupçonnée de vouloir
difputer la préeminence à la Peinture ,
fi l'on n'étoit convaincu que, dans l'Académie
Royale ces deux foeurs , amies quoi
que rivales ( 1 ) , ne cherchoient point à fe
nuire , & qu'elles bornoient leur ambition
partager tour à tour les éloges du public.
2
M. le Moine , toujours conftant dans les
progrès de fon art , a fignalé la beauté de
fon cifeau dans le portrait en marbre de
M. le Comte de Saint - Florentin , & les
grâces de fon ébauchoir dans le buſte de
Mde la Comteffe d'Egmont. Il a expofé
( 1 ) C'est la devife du jetton de l'Académie.
ཆ H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
un portrait , auffi en marbre , de M. de
Trudaine. Ce monument de la reconnoiffance
de la Faculté de Droit de Paris ,
doit être placé dans l'intérieur de fes écoles.
Le bufte de M. de Montefquieu , dont M.
le Prince de Beauvau fait préfent à l'Académie
de Bordeaux , & le portrait de M.
Gerbier , Avocat au Parlement , ont offert
les reffemblances intéreffantes de deux célèbres
amis des loix.
On a vu , pendant le falon , chez M,
Allegrain , une figure en marbre de grandeur
naturelle repréfentant une baigneufe
( 2 ) . Cet ouvrage , fait pour le Roi , réunit
à une attitude heureufe les foupleffes
du naturel. Il eût fait un des beaux ornemens
de l'expofition , fi le tranfport n'eût
été fufceptible de trop d'inconvéniens.
M. Vaffé a expofé le modèle en plâtre
( 3 ) d'une Minerve de fix pieds de proportion
, qu'il doit exécuter en marbre pour
M. le Comte de Rouville. La Déeffe eft
appuyée fur fon bouclier & tient en main
une couronne . Son noble maintien & fes
ajuftemens font ingénieux & pittorefques.
Le même Artifte a enrichi le falon de deux
(2 ) M. Allegrain loge rue Mêlée . On y arrive
auffi par le boulevard , prefque vis - à - vis le magafin
de la ville .
(3 ) Ce modèle en plâtre eft pour M. le Préfident
Hocquart.
NOVEMBRE 1767. 175
petites figures en marbre , repréſentant ,
l'une la Comédie , l'autre une Nymphe
endormie ; & d'un magnifique portrait en
médaillon de feue Elifabeth , Impératrice
de Ruflie. Ce marbre , travaillé avec tout
l'art poffible , appartient à M. le Comte de
Schouw alloff; il eft entouré d'une bordure
en acier poli , ornée de bronzes dorés d'or
moulu , qui eft d'une grande richeffe &
d'un goût exquis. Un portrait , auffi en
marbre , repréfentant feu M. le Comte de
Caylus ( 4 ) , fait également l'éloge du
coeur & des talens de M. Vaffé. Le fentiment
a guidé fon cifeau ; & il n'a réuffi
à retracer une reffemblance frappante de
ce refpectable ami des arts , que parce qu'il
en avoit les traits profondément gravés
dans fa mémoire & dans fon âme.
Le public a vu , avec fenfibilité , le portrait
en marbre de feu Mgr le Dauphin ,
fculpté par M. Pajou. Ce bufte , qui appars
tient à M. le Duc de la Vauguyon , étoit
accompagné des portraits de Monfeigneur
le Dauphin , de Monfeigneur le Comte de
Provence , & de Monfeigneur le Comte
d'Artois ; du portrait en marbre de M. le
Maréchal de Clermont- Tonerre ; de deux
buftes en argile , repréfentant les enfans de
(4 ) Ce portrait appartient à l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles- Lettres.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
M. le Marquis le Voyer ; du portrait de
M. de Sainfcey, & de deux autres portraits
d'enfans. Les efquiffes en plâtre des figures
la Magnificence & la Sageffe , qui doivent
être exécutées en grand pour le Palais
Royal , étoient au rang des ouvrages de
M. Pajou , avec l'efquiffe d'un tombeau
en terre cuite. On y voyoit auffi un deffein
retraçant la mort de Pélopidas , Général
des Thébains. Après avoir remporté la
victoire , ce héros fut tué & porté dans fa
tente par fes foldats. Ceux- ci eurent tant
de regret de la perte qu'ils vouloient fe
laiffer mourir de faim.
M. Caffieri a fait briller la délicateffe
de fon cifeau dans une ſtatue en marbre
de deux pieds quatre pouces de proportion ,
repréfentant l'Innocence ( 5 ) . Elle étoit
accompagnée d'une figure de la veftale
Tarpeja ; d'un petit modèle en terre cuite ,
où l'Amitié étoit repréſentée à l'ombre
d'un cyprès , & verfant des pleurs fur un
tombeau . Le même Sculpteur avoit auffi
expofé le portrait de M. Hallé , Peintre
du Roi , l'un des Profeffeurs de l'Académie
Royale ; & le bufte de M. Borie ,
Docteur en Médecine de la Faculté de
Paris.
(5 ) Cette figure appartient à M. le Duc de
Chaifeul
NOVEMBRE 1767. 177
M. Francin a fait part au public d'un
feul ouvrage en marbre , repréfentant le
Chrift à la colonne. C'eft fon morceau de
réception à l'Académie. Ce titre feul en
fait l'éloge.
Un bas- relief en plâtre , dont le fujet
eft l'Annonciation de la Vierge , aux deux
côtés duquel font la Foi & l'Humilité , a
fait connoître les talens de M. Berrué. Ce
modèle doit être exécuté en grand pour
l'églife cathédrale de Chartres. Les connoiffeurs
ont remarqué , à la fuite de cet
ouvrage , le modèle en terre cuite de
l'Hébé , dont le marbre eft dans le cabinet
de M. de la Live ; & le portrait du père
de l'auteur , reffemblant & bien modelé.
On a vu avec plaifir , parmi les ouvrages
de M. Gois , un Ariftée défefpéré de la
perte de fes abeilles. Če morceau de fculp .
ture , dont le fujet eft tiré des Géorgiques
de Virgile , a fervi à l'auteur pour fon
agréement à l'Académie. Il étoit accompagné
d'une tête du plus beau marbre ,
repréſentant la douleur : expreffion pathétique
que M. Gois a parfaitement rendue ;
d'un portrait de M. Son père ; & de plu
fieurs beaux deffeins lavés au biſtre.
M. Mouchi a dévoilé fes heureufes difpofitions
pour l'imitation exacte de la
nature , dans une figure de berger , qui lui
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
fa
a fervi
pour fon agrément
à l'Académie
Royale
, & qu'il doit exécuter
pour
réception
; dans la repréſentation
de deux enfans adorateurs
, qui font d'une naïveté
charmante
, & dans quelques
médaillons
traités
dans la plus grande
vérité. Cet Artifte
jouit de l'avantage
de pouvoir
per- fectionner
fes talens dans l'école
d'un
oncle illuftre
, qui excelle
fingulièrement
dans cette partie de l'art ( 6 ).
GRAVURES.
M. Cochin , fi connu par la fupériorité
de fon génie créateur , par la fineffe , l'efprit
de fa pointe & l'excellence de fon
burin , a expofé plufieurs deffeins allégoriques
, dont les fujets font tirés des règnes
des Rois de France. Ces chefs- d'oeuvres
font deftinés à être gravés dans la nouvelle
édition, depuis long - temps attendue, de l'abrégé
chronologique de l'hiftoire de France ,
par M. le Préfident Hénault. Un ingénieux
mêlange de l'hiftorique avec le fabuleux
prête à ces allégories mixtes les attraits
les plus fatisfaifans pour l'efprit , en lui
préfentant fous un feul point de vue ce
qu'il y a d'intéreffant dans tout le règne
( 6 ) M. Mouchi eft élève & neveu du fameux
M. Pigalle.
NOVEMBRE 1767. 179
de chaque Souverain . Les connoiffeurs ont
admiré le deffein curieux où M. Cochin a
repréſenté , fous un crayon fpirituel &
vrai , l'Ecole du modèle , pendant la féance
de l'expreffion. On y voit & on y reconnoît
les jeunes élèves de l'Académie , occupés
à concourir pour le prix fondé par
feu M. le Comte Caylus ( 7 ) . Les Officiers
qui préfident à cette féance , quelques
perfonnes même qui y affiftent , font
d'une reffemblance parfaite dans ce deffein
, quoiqu'ils n'y foient retracés qu'en
deux coups de crayon.
M. le Bas , renommé par la légéreté &
l'intelligence de fa pointe , autant que par
les agrémens de fes compofitions , a expofé
les deux eftampes de la quatrièmefuite des
ports de France , gravées d'après M. Vernet
, en fociété avec M. Cochin .
M.Wille a retracé , fous un burin agréable
& favant , l'inftruction paternelle d'après
Therbourg , & l'obfervateur diftrait d'après
F. Mieris.
La pointe vigoureufe de M. Phlipart
a reproduit avec fuccès le tableau pathéti-
(7 ) On peut voir le difcours fur l'expreffion
qui fut prononcé par M. Dandré Bardon , à l'Académie
Royale , lors de cet établitlement . Il eft
mprimé , par extrait , dans le Mercure de fepembre
17 60.
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
que de M. Greuze , repréfentant le paralytique
fervi parfes enfans. Cette eſtampe
& une autre plus agréable , où l'on voit
une jeune fille qui pleure la mort de fon
oifeau , gravée d'après le même Peintre ,
ont fait un grand plaifir au falon."
M. Lempereur y a préfenté le portrait.
de M. Watelet , d'après le deffein de M.
Cochin , & le portrait allégorique de M.
de Belloy , d'après le tableau de M. Jol-
Zain , agréé à l'Académie Royale. Cette
gravure a été faite par les ordres de M. le
Duc de Charoft , Gouverneur de Calais . On
voit cette ville préfentant au génie de
la poéfie le médaillon de M. de Belloy
pour être attaché à la pyramide de l'immortalité.
Là eſt un bas- relief , où le Roi
Edouard eft repréfenté condamnant à la
mort Euſtache de Saint- Pierre & fes généreux
compagnons. Au bas paroît un enfant
qui tient les clefs & les armes de la ville :
près de lui eft un chien , fymbole de la
fidélité de ces vaillans citoyens. Le port.
de Calais eft apperçu dans le lointain.
M. Moitte s'eft fait honneur au falon , par
Te portrait de M. du Hamel du Monceau
Infpecteur Général de la Marine , & c . M.
Mellini , par celui de M. de Pollinchove
premier Préſident du Parlement de Flandres
, gravé d'après feu M. Aved ; & M.
و
NOVEMBRE 1767. 181
7
Beauvarlet , par les portraits de Monfeigneur
le Comte d'Artois & de Madame ,
d'après le tableau de M. Drouais. Ce graveur
a auffi expofé plufieurs deffeins deftinés
à être gravés : l'un repréfente Mercure
& Aglaure , d'après la Hire ; l'autre
une fête de campagne , dans l'intérieur
d'une maifon ; un autre la marchande de
petits amours , d'après M. Vien . Ces deffeins
font d'une propreté & d'un goût
charmans.
M. Aliamet a enrichi l'expofition , en
y plaçant une eftampe de l'ancien port de
Gènes , d'après Berghem. M. Strange , par
quatre belles gravures d'Abraham répudiant
Agar , d'Efther devant Affuerus ,
d'après le Guerchen ; d'une Vierge avec
l'enfant Jefus , & d'un Amour endormi ,
d'après le Guide.
Le public a vu avec un fentiment d'admiration
, mêlé d'une forte d'amertume ,
l'allégorie ingénieufe & pathétique fur la
vie de feu Monfeigneur le Dauphin. Dans
cette compofition , inventée par M. Cochin
, gravée à la manière du crayon par
M. Demarteau , on voit au haut les armes
de Monfeigneur le Dauphin rayonnantes
de gloire , & les reftes d'un voile que la
mort a déchiré . En bas , la mort entraîne
les plis tombans de ce voile : la Modeftie
182 MERCURE DE FRANCE.
qui eft à côté , femble vouloir encore s'en
envelopper. Au deffus, à gauche, la Sageffe
& la Juftice dirigent l'Etude , défignée par
un coq & une lampe , vers l'Hiftoire , qui
écrit , appuyée fur le Temps. Derrière ,
droite , font la Bonté , caractérisée par un
Pélican qui s'ouvre le fein ; la Tendreffe
conjugale , allégorifée par l'Hymen & l'Amour
liés de fleurs & s'embraffant : à
côté d'eux , eſt la Pureté , qui tient un lys.
Dans le fond , paroît un grouppe de vertus
chrétiennes & morales.
›
La mort a dévoilé le fecret de fa vie.
Telle eft l'infcription qu'on lit au bas de
l'eftampe. Aufone en a fourni la penſée ,
mais l'application fait un honneur infini à
la jufteffe d'efprit du favant renommé ( 8 )
qui l'a mife en vers .
Une autre allégorie , de l'invention de
M. Cochin , & gravée auffi à la manière du
crayon par M. Demarteau , a été admirée
au fallon. Elle repréfente la Justice qui
protège les Aris. Le deffein original eft
chez M. l'Avocat Général Seguier , que
M. Cochin avoit en vue , en lui offrant
une penſée fi analogue à la façon de penfer
du refpectable Magiftrat. On y voit la Juftice
caractérisée par une balance en équi-
( 8 ) M. Diderot .
NOVEMBRE 1767. 183
libre , & par fes autres attributs que tiennent
deux génies. Elle étend une main favorable
fur la Peinture & la Sculpture ,
que l'Envie , la Jaloufie & la Malice voudroient
perfécuter. La Générofité , qui eft
grouppée avec la Juftice , tient d'une main
des guirlandes de fleurs , & de l'autre foudroye
les monftres.
M. Demarteau a expofé plufieurs morceaux
; notre Seigneur au tombeau , d'après
le Caravage; Sainte Catherine , d'après
Pietre de Cortone : l'un & l'autre font grávés
, d'après les deffeins de M. Cochin.
Plus , un Grouppe d'enfans , une Tête de
femme , deux petites Têtes imitant le deffein
, à divers crayons , & une Femme qui
dort avec fon enfant , d'après M. Boucher.
Finalement , une Académie repréſentant
le Satyre Marfyas , d'après le deffein de
feu Carle Vanloo , Artifte rare , dont la
mémoire fera toujours chere aux véritables
amateurs des Arts.
184 MERCURE DE FRANCE.
GRAVURE imitant la peinture en pastel.
Le fieur Bonnet , feul graveur dans la
manière du paſtel , annonce au public une
feconde tête dans ce genre ; elle fert de
pendant à une première qui a déja paru .
Ces deux têtes exécutées d'après les deffeins
de M. Boucher , font dignes d'intéreffer
les amateurs. Le même graveur fe propoſe
d'exécuter le portrait & l'hiftoire au Paftel
. Il vient de mettre au jour une Venus
fur les eaux , d'après M. Boucher , & deux
têtes de femme , d'après M. Eifen ; ces
trois morceaux font au crayon noir , rehauffé
de blanc , fur du papier bleu .
Le même auteur compte mettre aujour,
le premier de novembre prochain , une eftampe
aux deux crayons , noir , rehauffé
de blanc , fur papier bleu , repréfentant
Sanfom livré aux Philiftins par Dalila ,
d'après Vandyck , deffiné par M. Eifen.
Sa demeure eft rue Galande , entre um
chandelier & un layetier , vis - à-vis la rue
du Fouare.
NOVEMBRE 1767. 185
GRAVURE en bas - relief.
LE fieur Maſſart a eu l'honneur de préfenter
à Monfeigneur le Dauphin , le 9
du mois de feptembre dernier , un morceau
dont il eft inventeur , gravé en basrelief
, repréſentant un calendrier. Ce
Prince , en conféquence , a daigné l'honorer
du titre de fon graveur ordinaire
en bas relief.
La matière dont il s'agit , eft un maſtic
auffi dur que le marbre , & qui en a toute
la reſſemblance ; il peut être employé pour
toutes fortes de bordures , de panneaux
d'appartemens , de médaillons , corniches ,
rofettes , boëtes de toilette , & même pour
repréſenter des payſages , des châteaux de
plaifance , des vues , ruines , payſages
Chinois , ouvrages grotefques , & toutes
les différentes efpèces d'ornemens . ,
Sa demeure eft rue des Poulies , ancien
hôtel Conty , troisième cour.
JOUAILLERI E.
MLLE Lemaire continue toujours de
tirer parfaitement les copies des modéles
185 MERCURE DE FRANCE.
gravés qu'on lui envoye , favoir , des
armes , cachets , portraits , bagues & antiques
, fur des pierres de compofition , qui
imitent les pierres fines , telles que les
rubis , émeraudes , faphirs , améthiſtes ,
cornalines , jafpes - fanguins , agathes , topazes
, opales , cristal de roche & autres. Le
prix de ces pierres eft depuis fix livres jufqu'à
douze livres. Elle prend vingt- quatre
livres , pour les perfonnes qui n'ont que le
deffein de leurs armes. On trouve chez
elle les portraits du Roi & d'Henri IV,
tant en relief qu'en creux , d'après M. Gay ,
propres à mettre en bague , & qu'elle a eu
l'honneur de préfenter à Mefdames de
France.
Sa demeure eft à Paris , rue Saint
Jacques , vis-à- vis les Urfelines.
COEFFURES DES DAMES.
LE Gros , coëffeur des Dames , enclos des
Quinze - Vingts à Paris , vient d'achever
fon livre nouveau , qui a pour titre : l'Art
de la coëffure des Dames Françoifes , avec
le traité en abrégé fur la façon d'entretenir
& conferver les cheveux naturels , & les
plans des largeurs des cheveux des faces
NOVEMBRE 1767. 187
qu'il faut obferver pour faire toutes ces
coeffures , & la façon de fe coëffer avec
des cheveux faux .
Ce livre contient trente-huit eftampes ,
qui repréfentent autant de coëffures différentes
, gravées d'après les grands deffeins
originaux deffinés d'après fes accommodages
fur les cheveux naturels , faits fur
différentes têtes : ily en a trente cinq qui fe
font fur la même frifure ; l'on ne met
qu'une fois en papillotte , & c'eft toujours
la même coupe de cheveux. Ce livre eft
très curieux & utile pour les Dames , attendu
qu'il leur fera facile de changer
de goût , & de pofer les fleurs , les
barbes , les petits bonnets & les fultanes
conformes aux eftampes , & commander
les coëffeurs à leurs toilettes. Ce livre relié
en veau , & enluminé , fe vend deux
louis ; & broché , fans être enluminé , il ſe
vend un louis *. Dans toutes ces coëffures ,
on en trouvera toujours de mode pour la
Cour & la ville , pour le bal & le théâtre.
Il a eu l'honneur d'envoyer fes premiers
* Il avertit le public de fe défier d'un autre
ouvrage que l'on a débité ſous fon nom , à Paris
& dans les foires : livre qu'il défavoue , dont les
figures font de gauche à droite , très- mal conçues
& auffi mal exécutées.
188 MERCURE DE FRANCE.
exemplaires à Mefdames de France , à la
Reine d'Angleterre , à la Reine d'Eſpagne ,
à l'Impératrice d'Allemagne , à l'Impératrice
de Ruffie , à la Reine de Pruffe , à la
Reine de Suede , à la Reine de Dannemarck
, à la Reine de Portugal . Ce livre
eft applaudi des Reines & Princeffes , &
de toutes les Dames de bon goût. Il a
coëffé les Dames de cinquante -deux fortes
de goût différens bien applaudis ; cependant
il en a fupprimé quatorze qui n'étoient
point de fon goût. Ce livre ne contient
que trente- huit eftampes , il le vend
toujours avec fuccès ; & les applaudiffemens
qu'il en reçoit tous les jours , l'ont engagé
à le corriger , à l'embellir , & à le
rendre parfait en 1767.
Le Gros frife & accommode toujours
les cheveux naturels des Dames de trentehuit
fortes de goûts différens , en boucles
& en rofettes , & natte leurs chignons à
jour , ou en triage. Il fait toutes fortes
d'ouvrages en cheveux, imitant le naturel,
dans le dernier goût le plus à la mode ;
ainfi toutes les Dames peuvent fe coëffer
elles - mêmes de trente fortes de goûts différens
dans trois heures de temps.
Il a auffi érigé fa boutique en Académie ,
& divifé cette Académie en trois claffes ,
NOVEMBRE 1767. 189
où il y a des profeffeurs qui donnent des
leçons d'après des modèles , & forment des
éleves coëffeurs & coëffeufes,
GRAVURE.
P. S. M. Bonnet vient encore de mettre
en vente deux têtes , au crayon noir
rehauffé de blanc fur du papier bleu ,
d'après M. le Prince , intitulés : la Laitière
Mofcovite , & la Servante Finoife . Toutes .
deux font très -jolies , très - piquantes . On
les trouve chez l'Auteur , rue Galande ,
& chez la veuve Chéreau , rue Saint Jacques
, aux deux pilliers d'or,
190 MERCURE DE FRANCE .
ARTICLE V.
SPECTACLE S.
OPÉRA.
›
LESES Fragmeus nouveaux , ballet , compofé
du prologue des amours des Dieux
de l'acte de Théonis , & de celui d'Amphion
, ont été repréſentés par l'Académie
Royale de mufique , le mardi 13 de ce
mois.
Les paroles du prologue des Amours des
Dieux font de feu M. Fuzelier , la muſique
de feu M. Mouret. Le fujet , depuis
long - temps connu , eſt une fête annuelle
que célebrent les Sarmates à l'honneur
d'Ovide , autrefois exilé chez eux .
4
Le rôle de la Prêtreffe du temple de
l'amour a été chanté avec fuccès par
Mlle Duplant , dont les progrès dans l'art
& la jufteffe du chant , ainfi que dans les
parties relatives à l'action théâtrale , intéreffent
en fa faveur , & font concevoir de
fes talens les plus grandes efpérances.
Le ballet du prologue a fait honneur à
NOVEMBRE 1767. 191
l'intelligence & au génie de M. d'Auberval.
Les paroles de Théonis font de M. Poinfinet
, la mufique eft de MM. Berton &
Trial , Directeurs de l'Académie , & dẹ
M. Granier , premier violon de S. A. Mgr
le Prince Charles.
Le fujet du poëme eft une Nymphe de
Diane , infenfible à l'amour , & qui n'a
d'autre paffion que celle de la chaffe .
Dorilas , jeune berger , laffé de foupirer
en vain pour elle , invoque tendrement
l'Amour :
Dieu charmant , par toi tout reſpire ;
Les dieux même ont chéri tes feux :
Tout renaît , tout jouit fous ton aimable empire ;
Tu n'as befoin que d'un fourire ,
Pour renouveller l'univers,
L'Amour , environné de toute fa gloire ,
defcend fur des nuages , donne un carquois
à Dorilas , en lui difant ;
S'il faut que ta bergère
Porte la main fur un feul de mes traits
Tu charmeras fon coeur févère ;
Et le moment de fa colère.
Sera celui de mes bienfaits ,
?
Dorilas , l'inſtant après , trouve Théonis
192 MERCURE DE FRANCE.
+
endormie , & change avec elle de carquois ,
en s'écriant avec la voix du fentiment :
Faut-il que ton amant te trompe , pour te plaire ?
La Nymphe , à fon réveil , voyant Dorilas
à fes pieds , veut le punir de cette
nouvelle offenfe . Il fe livre à toute la colère
de la Nymphe.
THÉONIS.
C'en eft trop cette audace extrême .
( Elle porte la main au carquois ).
DORILA S.
·
Frappez !
THEONIS tire un trait.
Quel trouble affreux ! ..je m'égare moi-même.
Vengez- vous.
DORILA S.
THEONIS lève le bras.
Je le dois.
DORILAS.
Vous balancez.
THEONIS , le bras levé.
Je ne le puis...
Hélas ! ..
Elle
NOVEMBRE 1767. 193
Elle laiffe tomber le trait , en lui avouant
qu'elle l'aime. A ce mot , le théâtre change ,
& repréfente un jardin orné de grouppes
de ftatues . On voit au fond , fous des bofquets
, des Nymphes qui reçoivent l'hommage
des bergers ; les uns font à leurs ge
Boux , les autres leur offrent des fleurs :
d'autres paroiffent tendrement unis , &
l'acte fe termine par une fête extrêmement
agréable .
Cette courte analyfe eft fuffifante , pour
prouver que l'idée de cette paftorale eft
vraiment lyrique & bien rendue . La mufique
, affortie au fujet , aufli gracieuſe ,
auffi brillante que neuve , gagne chaque
jour à être entendue , & ne peut que beaucoup
ajouter à la gloire des trois auteurs.
Les rôles de Dorilas & de Théonis, remplis
par M. & Mlle Larrivée , ne laiffent
rien à defirer aux fpectateurs les plus difficiles.
La voix légère & fonôre de la
Dile Rofalie a reçu des applaudiffemens
dans le rôle de l'Amour . Les danfes , qui
font de la compofition de M. Lani , & furtout
le pas de fix , exécuté par lui avec
MM. Gardel , d'Auberval , Miles Guimard
, Allard & Peflin , ont produit le
plus grand effet , & font avouer même aux
étrangers , que notre théâtre lyrique eſt le
feul de l'Europe qui raffemble fix perfon-
I
194 MERCURE DE FRANCE.
nes , dont les talens foient pouffés au point
de perfection que nous admirons en elles.
L'acte d'Amphion , dont les auteurs ,
tant des paroles que de la mufique , ont
gardé l'anonyme , offre une jeune perfonne
, nommée Antiope , d'autant plus
ennuyée de vivre parmi des peuples
fauvages & cruels , que les fons d'Amphion
qui ont frappé fon oreille , ont difpofé
fon coeur à reffentir de tendres fentimens
pour lui . En vain le Chef de cette
nation barbare lui offre-t - il avec fa main
le fpectacle de la mort des prifonniers qu'il
vient de vaincre ; en vain lui dit- il :
Ta blancheur eſt plus brillante
Que les neiges de nos bois ;
Ta vue eft plus pénétrante
Que les traits de mon carquois ;
Et le bruit de l'onde errante
Eft , dans une foif ardente ,
Moins doux qu'un fon de ta voix.
Antiope , à qui il n'infpire que de l'horreur
, lui répond très- franchement :
Guerrier , porte ailleurs ton hommage ,
Je lens que je ne puis t'aimer.
Et ajoute ,
L'oifeau qui , fous le feuillage,
Soupire fes tendres feux ,
NOVEMBRE 1767. 195
Du doux amour est l'image :
Mais tes chants & ton langage ,
Reflemblent aux airs affreux
De l'oifeau fier & fauvage
Qui , du fond d'un antre creux ,
S'élance vers le carnage .
Elle s'oppofe enfin au facrifice qu'il veut
faire des prifonniers qu'il a vaincus , & lui
avoue qu'Amphion à feul droit de lui
plaire.
LE SAUVAGE.
Amphion ! & quel eft ce mortel redoutable
De qui j'entens parler pour la première fois ?
Oferoit - il aux miens comparer les exploits ?
Tout céde à ma force indomptable.
ANTIOPE.
Oui , mais tout obéit aux charmes de fa voix.
LE SAUVAGE.
Je dompte les torrens dans leur courſe rapide.
ANTIOPE.
Ses fons harmonieux en fufpendent le cours.
LE SAUVAGE.
C'eſt moi , dont l'audace intrépide ,
Combat les lions & les ours.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
ANTIOP E.
Le tigre , en l'écoutant , quitte fes antres fourds ,
Et vient bondir près de l'agneau timide ;
Par la douceur de fes accens ,
Les déferts affreux s'embelliffent ,
Les rochers même s'amolliffent. . . . ...
Ai-je pu réfifter à ces charmes touchans ?
LE SAUVAGE.
Que ce téméraire
Paroifle en ces lieux ;
Ma jufte colère
L'immole à tes yeux.
Tous ces vains preſtiges
Ne m'étonnent pas ;
Eft- il de prodiges
Plus forts que mon bras ?
Une marche guerrière annonce l'arrivée
des Sauvages , avec les prifonniers enchaînés.
Antiope implore en vain leur grace .
On eft prêt de les immoler , lorſqu'une
fymphonie douce & céleſte étonne les Sauvages,
fufpend les coups qu'ils alloient porter
, & annonce l'arrivée d'Amphion.
NOVEMBRE 1767. 197
Les dieux ( dit-il )
!
• . Sont toujours bienfaifans ;
Les dieux , dans une paix profonde ,
S'occupent du bonheur du monde ;
Tous les peuples font leurs enfans .
Leur foleil éclaire la terre ,
Leurs fruits nourriffent les humains ;
C'est à regret que le tonnerre
Echappe à leurs auguftes mains.
Ces beaux vers , & les inftances d'Antiope
, loin de défarmer les Sauvages , les
irritent contre Amphion , qu'ils prétendent
également immoler. Antiope , qui en frémit
, prétend en vain le dérober à leur
fureur.
AMPHION & ANTIOP F.
• · Raffurez-vous :
Je ne redoute point leur troupe réunie .
Guerriers , un plus puiffant génie
Me défend de vos coups.
Douce & tendre harmonie ,
Enchantez ce fier courroux ,
La fymphonie qui accompagne le morceau
de chant que contiennent ces deux
derniers vers , & qui eft répété de temps
en temps , par un choeur qui eft derrière le
théâtre , produit par degrés fon effet ſur
Ι
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
l'âme du Chef des Sauvages & de fes compagnons.
Les captifs font relâchés ; une
ville s'éleve aux fons de la voix d'Amphion
; vers le milieu , paroît le portique
d'un temple : le devant du théâtre repréfente
un paysage agréable , & le Chef des
Sauvages cède Antiope à Amphion : ce qui
amène naturelllement une fête , au milieu
de laquelle il chante l'arriete fuivante :
Peuples , dans une paix profonde®
Goûtez votre bonheur naiffant.
L'amour est le charme du monde ,
Mais l'amour doit être innocent.
Si quelquefois de noirs orages
Viennent obfcurcir vos beaux jours ,
Vous verrez bientôt ces nuages
Chaffés par la main des amours.
Peuples , &c.
Ne croyez pas que la fagèlle
Banniffe les ris & les jeux ;
La vertu permet la tendreffe ;
Elle nous permet d'être heureux .
Peuples , & c.
Un divertiffement général termine
l'acte.
M. Legros , s'étant trouvé férieufement
indifpofé , n'a pu chanter qu'une feule fois
NOVEMBRE 1767. 199
le rôle d'Amphion , dans lequel M. Muguet
a chanté de façon à mériter des applaudiffemens
, le vendredi 16 du mois .
M. Cavallier a auffi chanté ce même rôle .
aux repréſentations du dimanche 25 , &
du mardi 27.
Mlle Arnould , s'étant bleffée au pied ,
à la repréſentation du vendredi 16 , Mlle
Rivier a chanté le rôle d'Antiope , à celles
du dimanche 18 , & du mardi 20 .
Ce que nous avons rapporté des paroles.
de cet acte & de ce qui en conf
titue l'action , fuffit pour mettre ceux qui
ne l'ont point vu , en état d'en juger.
Quant à ce qui touche la mufique , nous
croyons pouvoir avancer qu'elle eft favante
, mâle , peut- être un peu trop analogue
aux moeurs du peuple que le muficien
, d'après le poëte , a voulu peindre ;
que les vrais connoiffeurs y trouvent plufieurs
morceaux d'harmonie d'un grand
effet , & que ne défavoueroient point les
plus grands maîtres.
Les ballets , qui font de la compofition
de M. de Laval , font fortement deflinés
caractérisés , & dans le coftume convenable
aux Sauvages qui les danfent .
P. S. L'habitude où eft depuis longtemps
le public, de voir les fragmens ter-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE .
minés par un acte de mufique agréable ,
eft probablement le motif qui a déterminé
les Directeurs à changer l'arrangement des
actes , ou plutôt à former de nouveaux
fragmens , compofés 1 ° . de l'acte d'Am- :
phion , 2 ° . de celui de Théonis , 3 ° . de
celui de Vertumne & Pomone , que l'on a
repréſentés le vendredi 23 , & que l'on a
continués depuis. Mlle Gardel a remplacé
avec diftinction Mlle Guimard dans l'acte
de Vertumne.
Le même jour , vendredi 23 , M. Narbonne
, âgé de feize à dix - fept ans , a dé- ;
buté par l'ariette qui avoit été ajoutée à la
fin d'Hyppolite & Aricie , lors de la repriſede
cet opéra , après la rentrée , & qui a
été placée à la fin de l'acte de Vertumne
quand on l'a remis en dernier lieu au
théâtre.
Le débutant a lieu d'être auffi fatisfait
des applaudiffemens qu'il a reçus , que le
public paroît l'être de la beauté & de la
netteté d'un organe qui lui promet de
nouveaux plaifirs.
Le même jour , vendredi 23 , Mlle
Durancy , depuis peu retirée de la comédie
françoife , a reparu à l'opéra , dans le
rôle d'Antiope de l'acte d'Amphion , &
l'a continué jufqu'à préfent.
7
NOVEMBRE 1767. 201
COMÉDIE FRANÇOISE.
DEPUIS EPUIS le dernier Mércure on n'y a
rien donné de nouveau que les comédies
de l'Andrienne & les Maurs du temps
remifes au théâtre.
*
Ce que le public defiroit depuis longtemps
, dans l'Andrienne , vient enfin d'etre
exécuté le coftume , dans les habillemens
, a été obfervé & a produit tout
l'effet qu'on en attendoit.
M. Préville a rempli , pour la première
fois , le rôle de Dave avec toute l'intelligence
& toute la fineffe dont ce rôle eft
fufceptible , & y a fait d'autant plus de
plaifir , qu'on defiroit depuis long- temps
de le lui voir jouer.
Le fuccès des Moeurs du temps a été égal
à celui que la pièce a eu dans fa nouveauté ;
elle a été reçue avec les plus grands applaudiffemens.
Les deux pièces ont été bien jouées .
COMÉDIE ITALIENNE.
AUCU UCUNE nouveauté n'a paru depuis un
mois fur ce théâtre. On en prépare une ,
dit- on , dont on augure du fuccès.
* De M. Saurin , de l'Académie Françoife .
202 MERCURE
DE FRANCE.
ARTICLE V I.
NOUVELLES POLITIQUES.
TRO
D'Alger , le 23 juillet 1767 .
ROIS Corfaires , qui croifent dans la Méditerranée
, le font emparés depuis peu d'un navire
François & d'un navire Anglois qu'ils ont envoyés
ici, où ils ont été relâchés fur le champ. Quelques
jours après il entra dans ce port un autre
navire François qui avoit été pris fur la route de
Marſeille à Salé . Le Dey le déclara libre , mais
ce ne fut qu'après en avoir tiré dix barrils de
poudre , trois mille écus d'or , ( pièces de dix
réaux chacune ) & quelques balles de coton . Le
Conful François a réclamé ces effets avec beaucoup
de fermeté ; mais on ne fait pas encore s'ils
feront rendus , & cette affaire ne fera décidée
qu'au retour du Corfaire qui s'eft emparé du
bâtiment.
L'Amiral Angelo Emo , qui étoit venu ici avec
l'efcadre Vénitienne qu'il commande pour rétablir
la paix entre la République de Veniſe & certe
Régence , a eu pour cet effet trois entretiens
avec le Dey ; mais ce Prince , ayant refufé abfolument
les propofitions que l'Amiral étoit chargé
de lui faire , déciara à celui - ci , le 20 de ce mois ,
que , s'il ne vouloir pas accepter les conditions
NOVEMBRE 1767. 203
qui lui étoient offertes , il n'avoit qu'à s'en retourner.
Le lendemain au matin l'Amiral remit
à la voile , & , immédiatement après fon départ ,
le Dey fit favoir à fes Corfaires qu'ils pouvoient
attaquer les bâtimens Vénitiens & s'en emparer
par-tout où ils les rencontreroient .
On vient de notifier au Conful de Danemarck
que , fi dans trois mois le Roi , fon Maître , n'envoyoit
pas les préfens que le Dey a demandés à
l'occafion de fon avénement à la fouveraineté , la
guerre feroit déclarée aux Danois.
De Warfovie , le 21 juin 1767.
Le Prince Charles de Radziwill , après avoir
eu à Bialystock une entrevue avec le Comte
Branicki , grand Général de la Couronne , eft
parti pour la Podlaguie : le 11 il fut élu , à
Prans , Maréchal de la Confédération de ce
Palatinat . De - là il ſe tranſporta à Radem & le
12 à Rendiez , où la confédération , qui fe forma
le 1 , l'élut pour Maréchal . On compte déja
foixante-douze mille Gentilshommes qui ont accédé
à la confédération générale , & le nombre
en augmente chaque jour. Le Prince de Repnin ,
Ambaffadeur de l'Impératrice de Ruffie en cette
Cour , a fait préfent au Prince de Radziwill d'un
magnifique fervice de table .
On ffure que le Prince Charles de Saxe obtiendra
, en dédommagement du Duché de Courlande
, la Staroftie de Zips , poffédée par le Prince
Poniatowski , grand Chambellan de la Couronne
& frère du Roi . Ce pays , fitué fur les frontières
de Hongrie , contient treize villes , & rapporte au
Starofte un revenu annuel de onze mille ducats .
En 1 312 Sigifmond , Roi de Hongrie , l'hypoÏ
vj
204 MERCURE DE FRANCE.
théqua, fous certaines conditions , pour une fomme
de trente--fept fchocks , alors nommés gros de
Prague , (environ 2 , 231 , 521 florins de Pologne ) .
Le Prince Lubomirski , ci - devant Palatin de
Cracovie , pofléda cette Staroſtie juſqu'à la mort ,
arrivée en 1746 : après lui , la Reine Marie- Jolephe
, époule du Roi Augufte III , en eut la jouiffance
jufqu'en 1757 : elle paffi alors à la maifon
de Bruhl , & enfin elle fut donnée en 1764 au
Prince Poniatowski , frère du Roi.
-
DN 24.
Uladiflus Ponian Lubienski , Archevêque de
Gnefne & Primat du Royaume depuis 1759 ,
eft mort ici le 21 de ce mois , dans la foixantequatrième
année de fon âge.
Du premier juillet.
Le Prince de Radziwill a été élu Maréchal de
la Confédération générale de Radom après d'aſſez
vifs débats , dans lefquels on allure qu'il y a eu
du fang de répandu.
Le Comte Podocki , ci - devant grand Référendaire
de la Couronne , a été nommé , le 27 du
mois dernier , Archevêque de Gnefne , & il reçut
le même jour le diplôme de Primat du Royaume.
Le Prince de Repnin , Ambaſſadeur de Ruffie ,
l'avoit recommandé pour cet effet au Roi , de la
part de fa Souveraine , dans une audience particulière.
Un corps confidérable de troupes Ruffes
s'eſt déja porté autour de Radom avec un train
d'artillerie.
Du 12.
Le Comte Potocki , Starofte de Sniatym , a fait
préfent au Prince de Radziwill d'une compagnie
de cinquante hommes , tous choifis , qu'il avoit
NOVEMBRE 1767. 205
pris à fa folde , & plufieurs autres Magnats ont
déja fuivi cet exemple .
Du 25.
On vient de rendre public le manifefte des
grandes villes de Prulle , qui avoit été lu le
mai dernier , devant le Confeil du Sénat de la
ville de Dantzick , & dont voici la traduction.
PARDEVANT le Confeil de Justice du Sénat eft
comparu le fieur J. J. SALOMON , Secrétaire de la
Ville de Dantzick , au nom des Bourguemeftres &
Echevins des grandes Villes de Thorn , Elbing &
Dantzick, lequel nous a expofé le manifeftefuivant.
« Si l'on examine l'état actuel de la province de
>> Pruffe & de nos villes , & qu'on le compare
» avec les conftitutions originaires de ces Pro-
» vinces , comme nos droits , priviléges & cou-
» tumes l'exigent ; & fi l'on confidère que nos
>> ancêtres , en fe les réfèrvant , fe font mis , de
» leur propre mouvement & fanssyy être contraints
par les armes , fous la domination & protection
» des Rois de Pologne , on appercevra dans ces
» deux états une différence frappante , & l'on
„ jugera que nous nous plaignons très juſtement ;
>> on verra qu'il ne nous refte plus qu'une ombre ,
> ou , pour mieux dire , que le fouvenir de cette
>> ancienne liberté , pour le maintien de laquelle ,
» ainfi que pour le fouftraire à l'oppreffion des
, כ
Croifiers , nos ayeux n'ont épargné ni leurs
›› biens , ni leurs vies ; on verra enfin qu'on nous
» foumet à des loix étrangères , élevées fur la ruine
>> de celles qui nous étoient propres , & que nous
>> nous étions réservées .
>> Lorfque nous nous fommes foumis volontai-
>> rement aux Rois de Pologne , nous n'avons eu
206 MERCURE DE FRANCE.
» aucun égard à la nature de la République & à ſes
conftitutions civiles , mais nous nous fommes
>> rélervé la forme établie dans notre ancien Gou-
» vernement les Rois étoient fuppofés tenir fimplement
la place & ne jouir que des droits des
Croifiers , & la fouveraineté étoit partagée entre
» le Roi & les Confeils des provinces , fous le
» nom de Caufarum notabilium .
و ر
و ر
ככ
» On trouve auſſi dans le traité de ſoumiſſion ,
» fous le nom de Privilegium Incorporationis ,
» parmi les loix fondamentales , cette loi princi-
>> pale : que de pareilles caufes notables de la province
ne feroient point difcutées & terminées hors
» de la province , mais dans l'intérieur , par le Roi
» & les Confeils des provinces:
>>
» Combien d'affaires préjudiciables n'a - t- on pas
» permiſes & réfolues contre nous & nos droits
» dans les dietes du Royaume ! On s'eft conduit
» comme fi nous n'avions ni liberté ni préroga-
» tives particulières , & comme fi nous étions des
fujets foumis fans reſtriction à la République de
» Pologne ; les manifeftes oppofés par nos ayeux
» & par nous aux infractions de nos droits , pour
>> la défenſe & la confervation de notre liberté , le
» prouvent fuffifamment. Malgré nos proteſta-
» tions , il ne nous a pas été poſſible de nous foul-
> traire entièrement à la violence qu'on nous fai-
>> foit ; nous en avons un exemple dans la capita-
> tion onéreuſe qu'on nous a impoſće à la diete
» de 1717 , & qu'on nous a contraints de payer
» jufqu'à ce jour. Nos réclamations n'ont pas
» empêché non plus qu'on n'ait fupprimé , violé
» ou révoqué en doute nos droits les plus impor-
» tans , tels que l'exemption des douanes , le droit
» de battre monnoie , & tant d'autres prérogatives
»dont nous jouiffons de temps immemorial. On
NOVEMBRE 1767. 207
» change , on altère effentiellement nos confti-
>> tutions , tant eccléfiaftiques que civiles , quoique
» nous en jouiffions depuis long -temps , & l'on
» a agi en cela contre la teneur expreſſe du traité
» d'Oliva , qui porte que toutes chofes , tant par
» rapport au fpirituel qu'au temporel , resteront
» inviolablement dans l'état où elles étoient avant
» la guerre. Le dernier exemple de la ville de
» Thorn nous fert de témoignage que nos confti-
» tutions , tant civiles que religieufes , furent vifi-
» blement altérées ou abolies par le décret de
» 1724 , décret porté contre nos iminunités par
» un tribunal incompétent. On nous traîne impu-
» nément devant les tribunaux eccléfiaftiques ou
>> civils de la province qui n'ont aucune jurifdiction
» fur nous : on nous juge dans les caufes matrimo-
» niales fur des principes entièrement oppofés aux
» dogmes des Proteftans ; on nous accable de dé-
» crets de contumace ; on nous foumet a des exé-
» cutions illégitimes , & ce n'eft qu'avec beaucoup
» de peine & d'argentque nous parvenons à repou
» fer l'oppreffion & à nous garantir des voies de
» fait. Nous pafferons fous filence les conſtitutions
» de plus ancienne date , & nous nous contente-
» rons d'alléguer feulement celles qui ont été
>> rendues dans les dietes de convocation pour
» l'élection à la Couronne , & dans la dernière
» diete ordinaire qui fut tenue à Warfovie , & ou
» l'on introduifit tant d'innovations qui ne ten-
›› doient qu'à la ruine totale de notre Gouverne-
» ment. On y décréta contre nous fans aucun
» procédé préalable de la part des Commiffions ;
» on abrogea l'exemption des douanes , & on en
» établit une générale ; on nous ôta le privilége
» de battre monnoie , & on nous impoſa des loix
>> fans le confentement de la province . Nous avons
208 MERCURE DE FRANCE.
, כ
» été ajournés tout récemment à comparoître
>> devant le Confeil Royal pour y prouver notre
» droit de battre monnoie & rendre compte de
>> nos monnoies batraes ; de forte que l'on fe pro-:
pofe de nous foumettre , par un arrêt juridique ,
> aux loix de la Séréniffime République , contre-
» la teneur du traité de foumiffion , fans confi-
» dérer que nous ne nous (ommes rendus à la
Pologne que fous cette condition principale ,
» que le droit de battre monnoie , dont nous
» avons joui pendant des fiècles entiers , nous.
» étoit accordé du temps des Croifiers & lors de
> l'établitlement da Confeil provincial de Pruffe ,
» & que ce droit nous a été confirmé folemnelle-
» ment , même par les Rois de Pologne . Ce pro-
» cédé nous fait entrevoir qu'on veut , par le
» décret d'un tribunal , detruire notre liberté ,
» fondée fur des principes aufli folides , & que.
conféquemment nous fommes menacés d'une
>> ruine totale & prochaine. Dans cette fâcheule
conjoncture nous avons recours à la déclaration
» publique de Sa Majesté l'Impératrice de Ruffie ,
>> par laquelle elle ſe montre difpofée à prendre la
» défenfe des opprimés , & à nous rétablir &
> maintenir dans nos droits violés . Nous voulons.
>> profiter d'un bienfait digne de cette augufte
> Souveraine , & nous acceptons avec la plus.
» profonde vénération cette marque de bonté
» qu'Elle nous donne de fon propre mouvement.
» Nous réclamons très-humblement cette faveur
particulière , & fupplions cette Très - Haute
Souveraine de digner nous maintenir par fa
» puillante protection , afin que , par la coopé-
» rarion des Hautes Puillances alliées & en vertu
» du traité d'Oliva , nous foyons parfaitement &
» pleinement rétablis dans nos droits , préroga-
ןכ
ور
ود
NOVEMBRE 1767. 209
و ر
» tives , immunités & coutumes , dans les cauſes ,
tant civiles qu'eccléfiaftiques , felon la teneur
» des priviléges & des traités publics , & felon
» notre poffeffion & jouiffance de temps immé-
» morial , fans qu'aucun décret , tranfaction ,
» commiffion ou conftitution nous foit préjudi-
» ciable & puiffe y mettre obftacle , & qu'enfin
>> nous en puiflions jouir avec tranquillité , fans
>> avoir à craindre aucune léfion , attaque ou
>> action juridique & fans être expofés à aucune
>> tentative contre lefdits priviléges . Comme nous
>> n'avons d'autre but que de parvenir à la confer-
» vation & au maintien de notre repos , nous
» déclarons publiquement devant Dieu , qui fonde
les replis les plus cachés du coeur des homines ,
> nous atteftons , pour la tranquillité de notre
» confcience , & manifeftons que nous fommes
» très- éloignés d'avoir aucune intention crimi
>> nelle que nous n'avons dans le coeur rien
d'injufte ou de contraire au devoir des bons
» patriotes ; rien qui foit incompatible avec la fidé-
» lité des fujets , ou qui puille rompre en aucune
» manière le lien établi par ferment dans l'acte de
fumiffion , & , qu'au contraire , nous fommes
» fortement réfolus de garder faintement & invio-
» lablement la fidélité que nous avons jurée à
» notre très - gracieux Souverain , de révérer fans
» ceffe fa perfonne facrée , & de perfifter jufqu'à
» la mort fous fon obéiffance & dans notre fidé
>> lité ».
د ر
cc
LOTERIES.
Le foixante dix- feptième tirage de la loterie
de l'Hôtel de ville s'eft fait le 25 de juin , en la
manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
210 MERCURE DE FRANCE.
livres eft échu au numéro 81507 ; celui de vingt
mille livres au numéro 80006 , & les deux de
dix mille livres aux numéros 85711 & 94092 .
Les juin on a tiré la loterie de l'Ecole Royale
Militaire . Les numéros fortis de la roue de fortune
font 3 , 5 , 74 , 43 , 20.
Le juillet on a tiré la même loterie . Les
numéros fortis de la roue de fortune font 45 , 4,
64 , 79 , 31 .
MORT S.
N. de Forbin d'Oppede , Vicaire général &
Prevôt de l'Eglife d'Aix en Provence , Abbé Commendataire
de l'Abbaye Royale de Saint Florentlès
- Saumur , Ordre de S. Benoit , Congrégation
de Saint Maur , Diocèle d'Angers , eft mort a Marfeille
, le 29 mai , âgé de foixante- quinze ans .
>
Pierre Duclufel de la Chabrerie , Abbé Commendataire
de l'Abbaye Royale de Cercanceaux
Ordre de Cîteaux , Diocèle de Sens , eft mort en
cette ville le 20 juin , âgé de quatre - vingt - quatre
ans.
Guillaume Henry de Montalet de Villebreuil ,
Abbé Commendataire de l'Abbaye Royale de
Balerne , eft mort à Sens le 20 mai , âgé de
quatre-vingt cinq ans.
Louis de Gand de Merode de Montmorency ,
Prince d'Ifenghien , Doyen des Maréchaux de
France , Chevalier des Ordres du Roi . Lieutenant
Général de la Province d'Artois , Gouverneur
des ville & citadelle d'Arras , eft mort le 6
juin , dans la quatre vingt neuvième annće . Il
fut fait Brigadier en 1703 ; Maréchal de Camp
en 1799 ; Lientenant- Général en 1718 ; Chevalier
des Ordres du Roi en 1724 , LieutenantNOVEMBRE
1767. 211
Général d'Artois dans la même année ; Gouver
neur d'Arras en 1725 , & Maréchal de France en
1741. Il fut marié trois fois : 1. le 9 octobre
1700 à Anne- Marie - Louiſe , fille d'Antoine Egon ,
Prince de Furftemberg & de l'Empire , morte en
1706 ; 2° . le 19 février 1713 à Marie- Louife-
Charlotte Pot de Rhodes , fille de Charles , Comte
de Rhodes , Grand- Maître des Cérémonies de
France , morte le 8 janvier 1715 ; 3 ° . le 16 avril
1720 à Marguerite Camille Grimaldi , tante du
Prince de Monaco , morte le 27 avril 1758. Ir
n'eft point resté d'enfans de ce mariage.
Le Marquis de Beauffet , Miniftre Plénipoten
tiaire de Sa Majeſte près de l'Impératrice de Ruffie
, eft mort à Pétersbourg , âgé de quarante ans.
Antoine Dubois de la Rochette , Chevalier de
Malthe , Prieur Commendataire de Saint George
dans l'ifle d'Oléron , eft mort à Paray en Charollois
le 20 mai , âgé de quatre- vingt - neuf ans.
Arnault- Paul de Fieubet de Sivry , Marquis de
Fieubet , Brigadier des Armées du Roi , eft mort
en fon château de Sivry le 25 mai , âgé de ſoixante
-fept ans.
Henry-François de Boullongne , Maître des
Requêtes & Intendant du Commerce , eft mort
ici le 23 mai , dans la trente - cinquième année de
fon âge.
Julienne- Alexandrine de Mun Cardaillac de
Sarlabous , veuve de Charles- Aimeric de Gontaut
Biron , Marquis de Saint Blancard , Meftre de
Camp de Cavalerie , eft morte le 4 mai , dans
fon château de Saint Blancard , dans la foixantedix
- huitième année de fon âge .
Jeanne de Gaffion , fille du Marquis de Gaf
fon , Lieutenant- Général des Armées du Roi ,
7
212 MERCURE DE FRANCE .
Chevalier de fes Ordres , & de Dame Fleuriau
d'Armenonville , & veuve de Henry- Aimard de
Groslé , Comte de Peyre , Colonel d'un Régiment
de fon nom , eft morte ici le 31 mai , âgée
d'environ cinquante- fept ans .
Louis Gougenot , Confeiller du Roi on fon
grand Confeil , honoraire , affocié libre de l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture , Abbé .
Commendataire de Chazal - Benoît , & Prieur de
Maintenay , eft mort à Paris , le 24 feptembre
dernier , dans fa quarante - neuvième année .
Si l'eftime qu'il s'étoit acquife dans la magiftrature
, la réputation qu'il s'étoit faite dans les
arts , & les qualités les plus chères à la fociété
ont quelques droits aux regrets du public , perfonne
n'en fut en effet plus digne que M. l'Abbé
Gougenot.
le
POMPES FUNEBRE.
Le 13 mai le Chapitre de l'Eglife Métropolitaine
de Sens a célébré un fervice folemnel pour
repos de l'âme de feue Madame la Dauphine.
Le Cardinal de Luynes y a officié pontificalement ,
& tous les Corps féculiers & réguliers y ont ffifté.
L'oraiſon funèbre a été prononcée par le fieur
Caquia de Monbourg , Vicaire général , Archidiacre
de Provins , Théologal & Chanoine de
Eglife de Sens .
Les Officiers Municipaux de la mêine ville ont
fait célébrer le 16 un fervice folemnel , pour le
même objet , dans l'églife des Céleftins . Le Cardinal
de Luynes y a auffi officié pontificalement ,
& tous les Corps féculiers & réguliers y ont été
invités .
NOVEMBRE 1767. 213
AVIS AUX AMATEURS.
LES connoiffeurs ont vu , avec plaifir , les
fêtes de la Saint Louis dernière , deux modèles ,
en pierre de Tonnerre , d'une grandeur intérelfante
l'un repréfente l'Arc de Triomphe de
Louis XIV , élevé anciennement au fauxbourg
Saint-Antoine , fur les defleins de l'immortel
PERRAULT ; l'autre repréfente l'Eglife paroiffiale
dé Saint Roch : ces deux modèles , exécutés par le
fieur ROUYR , font bienfaits , & d'autant plus
furprenant , que l'Auteur n'eft point artifte.
Ces deux modèles , qui fe voyoient chez le
fieur Charriere , Arquebufier du Roi , place du
vieux Louvre , ſe voient préfentement , tous les
jours , chez le fieur Rouy R , Maître Perruquier ,
rue Saint Honoré , près Saint Roch , vis- à- vis les
écuries de Monfeigneur. Nous invitons les perfonnes
de goût d'aller donner un coup d'oeil à
ces modèles , qui , certainement , donnent à
connoître ce que peut l'induftrie quand elle eſt
excitée par le zèle & les vertus patriotiques
d'un bon citoyen .
BÉCHIQUE Souverain & Az ÖT : voyez le
Mercure de feptembre , page 213.
214 MERCURE DE FRANCE.
AP PROBATIO N.
J'AI lu , par ordre de Monſeigneur le Vice-
Chancelier , le Mercure du mois de novembre
1767 , & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en
empêcher l'impreffion . A Paris , le 3 novembre
1767.
GUIROY.
TABLE DES ARTICLES.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE .
STANCES TANCES fur l'heureux rétabliſſement de la
fanté de fa Sacrée Majeſté l'Impératrice Reine
Apoftolique. Page s
A fa Sacrée Majefté l'Impératrice Reine Apoftolique
, fur le même fujet. 7
9 VERS à M. d'Eydier , d'Aiguemortes.
LETTRE de M. d' Açarq à l'Auteur du Mercure . 10
A Meſdames les Religieufes de la Maiſon Royale.
de Saint Louis , à Saint Cyr. II
Sur la mort du Roi de Pologne , Duc de Lorraine
& de Bar. 12
HOROSCOPE à Mlle de S *** , fur le jour de
⚫fa naillance .
Dɛ la Joie.
SUITE des chanfons anciennes .
Les deux Nièces ou les quatre Coufins ,
dote bourgeoife .
12
14
20
anec-
33
NOVEMBRE 1767. 21 :5
56
INVOCATION à l'Hymen , au fujet du mariage de
M. le Marquis de Montmorency- Fiffeufe avec
Mile de Montmorency - Luxembourg , aujour--
d'hui Duc & Duchelle de Montmorency.
A M. le Duc & Mde la Ducheffe de Montmorency,
en leur envoyant deux tourterelles .
VERS à M. le Marquis de V *** , fur fon éloge
de Charles V.
VERS adrellés à l'Auteur du livre intitulé : les
Loifirs d'un Soldat.
$7
58
ENIGMES.
LOGOGRYPHES .
CHANSON.
59
61
Ibid.
64
ARTICLE II. NOUVELLES LITTERAIRES.
NANCY , ou les malheurs de l'imprudence & de
la jalousie , hiftoire tirée de l'anglois. 6.5
ABRÉGÉ de l'hiftoire de Port- Royal ; par M.
Racine.
EXTRAITS de différens Mémoires de M. S. R. L. V.
69
ci-devant Architecte de l'Impératrice Reine &
du Roi de Prufle . 71
RÉPONSE de MM. Duſſoſſoy à une Religieufe du
Couvent de Saint Magloire.
LETTRE de Gabrielle d'Estrées à Henry IV,
cédée d'une épître à M. de Voltaire , &
* réponſe.
ANNONCES de Livres.
77
préde
la
82
85
ARTICLE III . SCIENCES ET BELLES LETTRES.
ACADÉMIE S.
SÉANCE publique ordinaire de l'Académie des
Sciences , Belles- Lettres & Arts de Rouen. 93
ACADÉMIE de Montauban .
ACADEMIE d'Amiens.
ACADÉMIES. Projet utile au commerce.
AGRICULTURE,
121
127
131
139
216 MERCURE DE FRANCE.
MÉDECINE.
-EXTRAIT des lettres adrellées à M. de la Place ,
fur la méthode de guérir les fleurs -blanches . 141
COURS d'Anatomie. 144
BOTANIQUE.
DISSERTATION fur les étamines des plantes , &
fur plufieurs expériences faites cette année . 145
ECOLE Royale Vétérinaire de Paris . Avis au pu
blic.
PHYSIQUE.
154
LETTRB à M *** dans laquelle on examine le
fentiment de Varénius , fur l'ordre des faifons
entre l'équateur & le huitième degré de lati-'
tude , & c.
PROBLEME.
MATHÉMATIQUES.
Avis concernant l'hiftoire naturelle.
ARTICLE IV. BEAUX - ARTS.
ARTS AGRÉABLES.
156
170
171
SUITE des obfervations fur les tableaux , ſculpture
& gravure , expofés au fallon du Louvre. 173
GRAVURE imitant la peinture en paſtel .
GRAVURE en bas - relief.
JOUAILLERIE
COEFFURES des Dames.
ARTICLE V. SPECTACLES .
OPÉRA.
COMÉDIE Françoife .
COMÉDIE Italienne.
ARTICLE VI. NOUVELLES POLITIQUES .
D'ALGER , & c.
AVIS aux Amateurs.
184
185
Ibid.
-86
190
201
Ibid.
202
213
De l'Imprimerie de LOUIS CELLOT, rue Dauphine.
DE FRANCE,
DÉDIÉ AU ROI.
NOVEMBRE 1767.
Diverfité , c'est ma devife. La Fontaine.
COLLHA
J'husin
Mogilio Scalpe
A PARIS,
JORRY , vis- à-vis la Comédie Françoiſe,
PRAULT , quai de Conti.
Chez DUCHESNE , rue Saint Jacques.
CAILLEAU , rue du Foin.
CELLOT , Imprimeur, rue Dauphine.
Avec Approbation & Privilege du Roi,
(
生
BIBLIOPALGA
RECIA
MONACEASTE
AVERTISSEMENT.
LEE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier - Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch à côté du
Sellier du Roi.
,
C'est à lui que l'on prie d'adreffer
francs de port , les paquets & lettres
pour remettre, quant à la partie littéraire
à M. DE LA PLACE , Auteur du Mercure .
Leprix de chaque volume eft de 36fols ;
mais l'on ne payera d'avance , en s'abonnant
, que 24 livres pour feize volumes
à raifon de 30 fols piece.
Les perfonnes de province auxquelles
on enverra le Mercure par la Pofte ,
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront d'autres voies que
la Pofte pour le faire venir , & qui prendront
les frais du port fur leur compte ,
ne paye ont , comme à Paris , qu'à raifon
de 30 fols par volume ,c'eft à- dire , 24 liv.
d'avance , en s'abonnant pourfeize volumes .
A ij
Les Libraires des provinces ou des pays
étrangers , qui voudront faire venir le
Mercure , écriront à l'adreffe ci- deffus.
On Supplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la Pofte , en payant le droit ,
leurs ordres , afin que le paiement en foit
fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affranchis
resteront au rebut .
On prie les perfonnes qui envoient des
Livres , Eftampes & Mufique à annoncer ,
d'en marquer le prix.
Les volumes du nouveau Choix des Pièces
tirées des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouvent auffi au
Bureau du Mercure. Cette collection eft
compofée de cent huit volumes . On en a
fait une Table générale , par laquelle ce
Recueil eft terminé ;; les Journaux ne
fourniffant plus un affez grand nombre de
pièces pour le continuer. Cette Table fe
vend féparément au même Bureau , où
l'on pourra fe procurer deux collections
complettes qui reftent encore.
:
COSTR
MERCURE
DE FRANCE.
NOVEMBRE 1767.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
STANCES fur l'heureux rétabliſſement de
la fanté de fa Sacrée Majefté l'Impératrice
Reine Apoftolique.
COMME
OMMENT faire ceffer les pleurs
Que la Parque nous fait répandre ,
Quand nous gémiffons dans nos coeurs ,
Du deuil que l'on vient de reprendre ?
A iij
MERCURE DE FRANCE.
Non content d'avoir exercé
Les châtimens les plus févères ,
Le Ciel , contre nous couroucé ,
Redouble aujourd'hui nos mifères .
Sans avoir pitié des beaux jours
De notre jeune Impératrice ,
Il vient d'en abréger le cours ,
Pour augmenter notre fupplice.
Pendant ce funefte revers >
Qui caufoit nos juftes alarmes ,
L'Héroïne de l'univers
A nos yeux arrachoit des larmes.
Quand nous avons fu le danger
Qui troubla fon fang dans fes veines ,
De n'avoir pu la foulager ,
Nous vîmes redoubler nos peines.
Les mouvemens d'impreſſion ,
Nés de cette attaque cruelle ,
Font juger de l'affection
Que le François reffent pour elle.
Qu'il eft beau de fe faire aimer !
Puifqu'au faîte du rang fuprême ,
Elle ne fe laiffle charmer ,
Que de l'efpérance qu'on Paime.
NOVEMBRE 1767. 7
Nous ne pouvons trop reſpecter
Son fils que la nature inſpire
A ne chercher qu'à l'imiter ,
Pour le bonheur de fon Empire.
Il nous eft permis d'efpérer ,
Par une union néceſſaire ,
Que le temps faura réparer
La perte qu'ils viennent de faire.
Par M. Duv AUCEL.
A fa Sacrée Majefté l'Impératrice Reine
Apoftolique ; par MM. DE PONCHARAUX
& BARTHELEMY PRETRE , à
Vienne , & DUVAU CEL , à Paris.
QU AND le crayon d'un faible auteur ,
Mais des François le plus fincère , `
De tous a fait parler le coeur
Il a fait ce qu'il a dû faire.
REINE , pour chanter dignement
Votre heureufe convalefcence ,
Si je pouvois , en ce moment
Faire entendre ce que je penſe ;
Si l'ébauche de quelques traits ,
Par une expreffion nouvelle ,
•
A iv
MERCURE DE FRANCE.
Pouvoit égaler vos attraits ,
Les yeux fixés fur mon modèle ,
J'entreprendrois votre tableau
Avec la plus mâle affurance ;
Mais il faut un autre pinceau
Pour trouver votre reffemblance.
Ma plume , qui fuit de mes mains ,
Demande une main plus habile :
On n'a bien chanté les Romains
Que dans le fiècle de Virgile ;
Il manque à la France un Boileau
Pour célébrer une Héroïne ,
Les Corneille font au tombeau ,
Et nous n'avons plus de Racine.
LOUIS a plaint votre malheur ,
C'est tout ce que je puis vous dire 3
Jugez par- là de la douleur
Qu'a reffenti fon vafte Empire ;
Vivez , GRANDE REINE , vivez
Dans la fplendeur de votre gloire ;
Vos jours , qui font déja gravés
Au haut du temple de mémoire ,
Effacent les fons de ma voix.
Pour ceindre un triple diadême ,
Et dicter aux peuples des loix ,
Il n'eft befoin que de vous- même.
Youor York
NOVEMBRE
1767.9
1767. 9
VERS à M. D'EYDIER , d'Aiguemortes ,
étudiant en Rhétorique au Collège de
Nifmes , au fujet de fon ode anacréontique
fur la Pareffe , inférée dans le
Mercure de ſeptembre 1767 .
CHANTRE HANTRE aimable de la Parefe ,
J'admire tes tendres accens .
Aux autels de cette Déeffe ,
Ainfi que toi , je porte mon encens.
L'active Ambition ne tend qu'à tout détruire.
La Pareffe eft fi bonne ! elle ne fait poin : nuire .
Du Plaifir , du Bonheur trace les douces loix ;
Le luth d'Anacréon foupire fous tes doigts ;
L'Amour , qui croit encor voltiger fur les traces ,
Dans tes faciles vers fait couler fes appas :
Bercé par la Molelle , & flatté par les Grâces ,
t Sommeille , mais ne t'endors pas !
Par M. GUICHARD .
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE de M. D'AÇARQ à l'Auteur die
Mercure .
JE yous envoie , Monfieur , traduits en
latin , quelques vers françois que j'ai trouvés
dans le Chef- d'oeuvre d'un inconnu. Le
françois m'a paru affez joli , je fouhaite
que le latin vous paroiffe digne d'occuper
un petit coin dans votre Mercure.
Je fuis , & c .
Un peu de vin dans la tête
Porte l'amour dans le coeur ;
Un tendre amant eft fûr de ſa conquête ,
Quand fa maîtreffe a par bonheur
Un peu de vin dans la tête .
Traduction.
Poftquam jucundo patuerunt guttura Baccho ,
Confeftim Veneri pectora lata patent.
Non anceps tenero victoria ſtabit amanti ,
Dum fua fat largè Lesbia cara bibet.
Aimez , mais d'un amour couvert ,
Qui ne foit jamais fans myſtère ;
Ce n'eft pas l'amour qui vous perd &
C'eft la manière de le faire .
NOVEMBRE 1767. fl
Traduction .
Cautus ama , femperque tegens , quibus ureris ,
ignes ,
Pone modum Veneri ; non nocet ipfa Venus.
Laiffons les contrariétés ,
Et demeurons ce que nous fommes ;
N'apprêtons point à rire aux hommes ,
En nous difant nos vérités .
Traduction .
A dictis noftris pugnantia verba recedant ;
Quod fumus & noftrúm quifque manere velit
Non aliis difcors rifum excutiamus uterque ,
Dum mea mendafonas , dum tua mendafono.
Le 7 août 1767.
A Mefdames les Religieufes de la Maifon
Royale de Saint Louis à Saint Cyr.
SUR LE MONDE ET SUR LA RETRAITE.
LE
E monde eft rempli de caprices ,
De craintes , de trouble & d'effroi ;
On tombe dans des précipices
Quand on s'abandonne à ſa loi :
3
A vj
I 2 MERCURE DE FRANCE.
La fortune , autour de fa roue ,
Entraînant les foibles mortels ,
Laiffe la vertu dans la boue
Et donne au vice des autels.
On ne connoît , dans la retraite ,
Ni remords , ni fâcheux retour ;
C'eft-là qu'une ferveur parfaite
Nous enflamme d'un faint amour.
Au Créateur on rend hommage ,
On lui confacre fes loisirs ,
On eft à l'abri de l'orage ;
Jamais le coeur ne ſe partage ,
Et n'eft rempli de vains defirs .
O vous , que fa lumière épure !
Paffez vos jours à le fervir ;
Je vois , dans votre vie obfcure ,
La palme que Dieu vous affure
Dans le plus heureux avenir.
Par M. DE C ***.
SUR la mort du Roi de Pologne , Duc
de Lorraine & de Bar.
deftin ! quel eft ton caprice ?
A quels revers nous réduits -tu ?
Ah ! faut- il que le feu deſtiné pour le vice >
Serve à détruire la vertu !
Par le même.
4
NOVEMBRE 1767. 13
HOROSCOPE à Mlle DE S *** , fur le
jour de fa naiffance , à Lille , au mois .
defeptembre , fous le figne de la balance.
BON ON jour , la chère enfant ,
Soyez la bien venue ,
Avec empreffement
Vous étiez attendue.
Votre début dans ce monde eft charmant ;
Sans déranger la fanté de maman ,
Vous y venez commencer votre rôle
Tout annonce qu'il fera beau.
A l'entour de votre berceau ,
Je vois déja l'amour qui vole ;
;
Il y répand "des fleurs , il fait mille projets ;
Et réſervant pour vous l'heureux talent de plaire ,
Le temps viendra que de fes traits
Il vous rendra dépoſitaire .
Vous n'en ferez qu'un choix prudent ;
Car le figne de la balance ,
Qui préfide à votre naiffance,
Pour vous doit être un fûr garant
Du plus folide jugement.
14 MERCURE DE FRANCE.
A Lille , 8 feptembre 1767 .
Mademoiſelle , avec le temps ,
Pafcal pourroit-il fe promettre ,
D'avoir réponſe à cette lettre ?
Il vous donne encore dix ans .
Par M. PASCAL , Lieutenant-Colonel
d'infanterie au Régiment de Piémont.
DE LA JOIE.
LA joie eft une fatisfaction vive , occafionnée
par la jouiffance d'un bien , ou
par l'efpérance de le pofféder.
Elle peut n'être qu'intérieure , parce
qu'on peut avoir des raifons de la cacher.
Lorfqu'elle eft extérieure , elle fe manifeſte
par une phyfionomie riante & affable , par
des paroles enjouées , par un defir d'occuper
les autres de foi , de les entretenir
de fon bonheur. Lorfque les objets qui la
caufent font inattendus , qu'ils ajoutent
beaucoup à l'amélioration de notre fort ,
ou qu'ils nous tranfportent dans une fituation
beaucoup plus douce que toutes celles
où nous pouvons avoir paffé , & pour tout
réunir en un mot , quand ils font de nature
à agiter vivement en nous les organes du
plaifir ; l'âme alors , dans fes premiers
NOVEMBRE 1767. Is
accès , n'eft pas la maîtreffe de récéler fes
fentimens. Quelque puiffans que foient
les motifs qu'elle en ait , l'attention manque
pour s'y fixer , le coeur fe trouve trop à
l'étroit au dedans de lui-même pour goûter
toutes les douceurs qu'il éprouve ; il a
befoin de celui des autres pour s'aider à
les fentir ; il ne fe fuffit plus à lui- même ,
fa joie s'exhale , elle éclate.
Il y a des
paffions
qui
veulent
toujours
parler
, d'autres
qui
aiment
à fe taire
. Le
filence
accompagne
ordinairement
la trifteffe
, le défefpoir
& la crainte
; la joie
,
la colère
font
fécondes
en paroles
.
La joie cherche à fe répandre , la raifon
en eft claire ; la fatisfaction qu'elle
excite d'abord en nous eft une , les motifs
qui la compofent fe trouvent réunis ; l'âme
le fent , elle cherche donc à connoître
toute l'étendue de fon bonheur , à l'envifager
dans toutes fes parties , à le difféquer
pour ainfi dire. La parole tend à produire
cet effet , elle analyſe avec promptitude
nos fentimens beaucoup mieux que la
réflexion , à laquelle tous ne font pas propres
, & qui d'ailleurs , pour agir , requiert
de l'âme qu'elle foit dans une affiette tranquille.
Le feu de l'expreffion eft le feul
organe d'une joie vive . Qu'on fe peigne
un homme , même feul , qui en reffent une
16 MERCURE DE FRANCE.
telle , il l'annoncera d'abord fur fon viſage :
puis vivifiant la fatisfaction qui l'anime ,
il ne peut plus la contenir , fa bouche en
parlera. L'intérêt que nous croyons que
les autres prennent à notre fort eſt un attrait
pour leur communiquer notre joie ; elle
s'augmente par la fatisfaction qu'ils en
#effentent ; fe trouble , fe fufpend , fe
' diminue , s'ils n'y participent que foibleament
, ou n'y prennent aucune part. Cela
parle de foi-même ; l'indifférence d'autrui
fur la jouiffance d'un bien qui nous tranf
porte eft ou une infulte faite à notre goût ,
qui fe paffionne pour un objet qui ne le
mérite pas , ou un témoignage évident de
notre nullité dans l'efprit des autres .
Il y a des caractères d'un amour- propre
fi défordonné , qu'ils voudroient que leur
bonheur abſorbất tout ce que les autres
ont de vivacité dans le fentiment , & leur
voir favourer leur joie comme ils la favourent
eux - mêmes. Heureufes les âmes de
cette trempe qui poffèdent un ami !
La joie eft amie de la fanté , pourvu
qu'elle foit modérée ; car , fi elle eſt exceffive
, elle altère toute l'économie naturelle
, & jette fouvent dans des fyncopes
mortelles des faits atteſtés en fourniffent
plus d'un exemple.
On trouve , dans les actes des Apôtres ,
NOVEMBRE 1767. 17
un trait qui caractériſe bien une joie fubite
& impétueufe. Saint Pierre ayant été délivré
de fa prifon par un Ange , fe rend
chez Marie , où fes Difciples étoient en
prières. Il frappe à la porte ; une fervante ,
nommée Rhode , va répondre à la voix de
Saint Pierre agitée par les tranfports de la
plus forte joie , elle n'ouvre point ; elle
court , toute hors d'elle - même , vers les
Difciples , & leur apprend que Saint Pierre
eft à la porte .
Je diftingue la joie de la gaieté , en ce
que l'une eft une fituation de l'âme , l'autre
un caractère : l'une eft un état occafionné
par la jouiffance d'un bien ou par
l'efpérance de le pofféder ; l'autre eft un
heureux tour d'efprit qui , nous faifant
faifir tous les beaux côtés de notre fituazion
, tire parti des moindres chofes pour
notre bonheur , verfe fans ceffe la fatiffaction
dans notre âme , & répand continuellement
le fourire fur nos lévres. La
joie eft un état court & paffager , la gaieté
eft un état foutenu & durable.
L'oppofé de la joie c'eft le chagrin ,
celui de la gaieté la trifteffe. Il y a tout
autant de différentes joies qu'il y a de
différens caractères propres à être animés
vivement par certaines impreffions.
Il y a des joies innocentes , il y en a
28 MERCURE
DE FRANCE.
qui marquent une belle âme , il y en a de
folles & de criminelles.
J'appelle joie innocente celle dont le
fouvenir ne fauroit jamais exciter en nous
aucun remords ni aucun mépris pour nousmêmes
, & que l'on eût ofé manifefter
devant un homme fage avec le même
degré de vivacité qui nous la faifoit reffentir.
La joie folle eft celle d'un efprit qui fe
tranfporte pour des riens , ou qui fait
éclater une fatisfaction de beaucoup fupérieure
à celle qu'il devroit reffentir.
On tombe dans la joie criminelle quand
on fe réjouit d'une chofe qui devroit nous
affliger ; telle eft la joie du malheur d'un
ennemi , de la poffeffion d'un bien illicite ,
d'une paffion criminelle affouvie . N'être
fufceptible d'impreffions de joie que pour
des avantages perfonnels , c'eft avoir l'âme
bien raccourcie.
L'exercice de cette paffion , fur le bonheur
d'autrui , eft la pierre de touche de
notre fenfibilité.
Moins l'intérêt qui nous revient du
bonheur d'autrui eft un intérêt direct à
nous , plus il exige de délicateffe dans le
fentiment pour en reffentir de la joie. Se
réjouir du bonheur d'un ami , d'un parent ,
d'un bienfaiteur , c'eſt céder à une impulNOVEMBRE
1767. 19
fion machinale que la nature de nos relations
avec eux fait naître fans effort ; mais
fe réjouir de la profpérité d'un ennemi ,
des avantages d'un compatriote inconnu ,
de vérités capitales que des préjugés retenoient
captives , c'eft montrer une fatiffaction
qui dénote une belle âme .
L'habitude de faire le bien eft la fource
d'une infinité de joies , ou , pour mieux
dire , des feules véritables. Quoi de plus
propre à faire naître en nous cette paffion ,
que le fentiment d'une âme qui eft fatiffaite
d'elle - même , qui , de quelque côté
qu'elle fe tourne , trouve fujet de s'applaudir
d'elle - même , qui s'acquitte de fes
devoirs par goût & non par contrainte , &
qui , par une heureuſe habitude à fe dompter
, ne fent en elle aucune paffion qui
contrarie fes principes , qui , chaque jour ,
s'avance à grands pas dans le chemin de la
vertu , & qui , fûre de l'approbation de
l'Être fuprême , peut goûter fans orgueil
ou fans un fecret murmure les louanges
que les hommes rendent à fa vertu ? Salomon
avoit bien raiſon de dire : la joie eft
Semée pour le jufte , & le plaifir pour ceux
dont le coeur eft pur.
A Genève , le 7 septembre 1767.
4
20 MERCURE DE FRANCE.
SUITE DES CHANSONS ANCIENNES .
CHANSON de FUSELIER.
MBSEs amours , ô tant douce pareſſe !
Plus habile que la fagefle ,
Et par de plus doux moyens ,
Tu répands la feule richelle
Qui fait oublier tous les autres biens .
Il feroit à fouhaiter qu'on recueillit les poéfies
fugitives de Fufelier. Il joignoit à de la galanterie
dans l'efprit , le talent de louer. Il l'employoit
fouvent , & il fe faifoit lire. C'eft faire beaucoup.
Nous avons recouvré des vers qu'il a faits pour
la Princeffe de Talmont , qui s'appelloit alors la
Ducheffe de Châtelleraut. Ils font dignes à tous
égards d'être confervés ; les voici :
Sur les bords où vous prîtes naiffance
Les jours du tendre Ovide étoient enlevelis
Dans les langueurs , dans les maux de l'abſence .
Ces lieux n'étoient pas embellis
Du charme de votre préfence :
Ah ! pour lui quelle différence !
S'il les eût vus parés d'un attrait fi charmant
Auguste eût manqué fa vengeance ,
Et l'aimable Julie eût perdu fon amant .
Les vers qu'a faits M. de Voltaire pour être mis
NOVEMBRE 1767. 21
au basduportrait de Mde de Châtellerautfont dans
les mains de tout le monde , mais ils font toujours
bons à employer.
Les Dieux , en lui donnant naiſſance ,
Aux lieux , à la race envahis ,
Lui donnèrent , pour récompenfe ,
Le goût qu'on ne trouve qu'en France ,
Et l'efprit de tous les pays.
CHANSON de M. DE MONCRIF.
Rosz eft des Dieux la fleur choiſie ,
L'ornement du jardin d'amour ;
Des Nymphes l'innocent atour ;
Des mortels - rofe eft l'ambroisie.
En parfum , en grâce , en couleurs ,
Kofe eft bien la reine des fleurs .
Charme de tout ce qui refpire ,
Qui la rofe ne chériroit !
Si triftele la rencontroit ,
On verroit trifteffe fourire ,
En parfum , en grâce , en couleurs ,
Rofe eft bien la reine des fleurs.
C'eft un ciel de roſes éclofes
Qu'offre l'Aurore en fa clarté ;
Des trois Gráces la nudité
S'embellit d'un réſeau de rofes,
22 MERCURE
DE FRANCE
.
En parfums , en grâce , en couleurs ,
Rofe eft bien la reine des fleurs.
Nymphes , la douce deftinée !
Les chanfons , les fleurs , le printemps ,
Voilà vos plus chers paffe - temps.
Sachez comment la rofe eft née ;
De chofe fi plaifante à voir
L'origine eft belle à favoir.
>
Par un beau jour la mer fit naître
Vénus , Vénus objet fi beau !
Puis Jupiter , en fon cerveau
Forma Pallas qu'on vit paroître .
Que fit Vénus ? Troie enflamma .
Que fit Pallas ? terreur ſema.
Dès à l'inftant qu'oeuvre pareille ,
Aux yeux de nature éclata ,
Nature en fon fein projetta
Enfanter plus douce merveille ,
Fit la rofe amour des Zéphirs ,
Et qui n'eft que paix & plaifirs .
Strophe ajoutée en préfentant cette Romance
à la Reine.
Mais ce qui rofe déifie ,
Elle pare un temple écarté ,
Où les arts , l'efprit , la gaîté
Règnent fous le nom de Sophie ;
NOVEMBRE 1767. 23
Et , depuis cet excès d'honneurs ,
Rofe eft mieux que reine des fleurs .
N'en déplaife au Poëte Grec , on ne conçoit
pas trop quelle analogie il a conçue entre Pallas
qu'il fait naître toute armée & la rofe . La naiffance
de Venus n'eût - elle pas été fuffifante pour
inſpirer à la nature la formation d'une fleur , qui
eft , en quelque forte , la Vénus de fon eſpèce ?
ROMANCE de M. le Comte DE B....
Eco COUTEZ l'hiſtoire ,
Du beau Mifis & de Zara :
Jamais leur mémoire
Chez les amans ne périra .
Venez tous m'entendre ,
Vous que l'amour daigne infpirer.
Quand on eft bien tendre ,
On a du plaifir à pleurer.
L'amour , dès l'enfance ,
Venoit badiner avec eux ;
Il formoit leur danſe ,
Et préfidoit à tous leurs jeux ;
Mais ce badinage
Ne fervoit qu'à les enflammer ;
Au matin de l'âge ,
Tous deux déja favoient aimer.
24
MERCURE DE FRANCE .
L'ardente jeune fe
Et l'âge brillant des amours ;
La plus douce ivreffe ,
Marqua le printemps de leurs jours,
Leur âme ravie
Se confondoit à tout moment ;
Et toute leur vie
N'étoit plus qu'un enchantement,
De rians menfonges
Les amufoient dans leur fommeil ;
Toujours quelques longes
Leur faifoient craindre le réveil.
La naiffante aurore
Voyoit Zara près de Myfis
Et la nuit encore ,
Les trouvoit toujours réunis ,
Voilà cette plaine ,
Où le matin Zara chantoit,
Voilà la fontaine ,
Où le foir Myfis l'attendoit.
Ce bocage fombre ,
Vit naître leurs premiers foupirs;
Ce bois , fous fon ombre ,
Cacha leurs innocens plaisirs ,
Qui pouvoit prédire
Le changement d'un fort fi beau ?
L'amour
NOVEMBRE 1767. 25
L'amour qui foupire ,
Va donc éteindre fon flambeau.
Hélas l'Himenée
Alloit bientôt les couronner.
Heure fortunée ,
Que vous êtes lente à fonner !
C'étoit donc la veille
De ce jour , de cet heureux jour
Que Myfis s'éveille ;
Avec lui s'éveille l'amour.
Le ciel , fans nuage ,
Etoit mille fois plus ferein.
Amour , quel préſage
Peut déformais
être certain ?
Au fond d'un bocage ,
Zara devoit trouver Myfis.
La belle , peu fage ,
L'avoit dit au berger Tarfis,
Par une impofture ,
Il furprit ce fecret fatal ;
Cet ami parjure
De Myfis étoit le rival.
Pour mieux la furprendre ,
Tarfis dans le bois fe cacha.
La belle , trop tendre ,
Crut voir Myfis & s'approcha.
B
26 MERCURE
DE FRANCE
.
Le foleil , à peine ,
Répandoit un peu de clarté ;
Et l'ombre incertaine ,
Aidoit à la témérité ,
C'est donc vous , dit - elle ,
Vous , mon amant dès le berceau :
Ma flamme fidelle ,
M'animera jufqu'au tombeau.
Oui , je veux t'y fuivre ,
Rien ne pourra nous séparer ;
Pour toi je veux vivre ,
Avec toi je veux expirer,
Bergère infenfée !
Myfis t'écoute avec horreur ;
Son âhe offenſée
Se livre entière à la fureur ,
Un trait vole & frappe.
...
Quel cri fuit ce trait inhumain !
Dieux ! Tarfis s'échappe ,
Et Zara fent percer ſon ſein .
C'est toi qui me tue !
Mais je pardonne à ta fureur :
Mon âme éperdue
T'aime jufque dans ton erreur ,
Conferve la vie ?
Hélas ! je la perds fans retour
Tu me l'as ravie ,
Mais c'eft la faute de l'Amour,
NOVEMBRE 1767. 27
D'une voix mourante ,
Zara fait ainfi fes adieux ;
Et fon âme errante
N'anime plus que fes beaux yeux,
O douleur mortelle !
Myfis fe frappe au même inftant ,
Et perce , auprès d'elle ,
Un coeur qui fut toujours conftant,
Un tombeau s'élève ,
Les Grâces le couvrent de fleurs ;
L'Amour qui l'achève ,
En partant , l'arrofe de pleurs.
Ils font donc enſemble ,
Ces bergers , ces amans parfaits !
Une urne raſſemble
Leurs coeurs percés des mêmes traits.
Bergères fidèles ,
Témoins du fort de ces bergers ,
Plus vous êtes belles ,
Et plus vous courez de dangers .
Craignez de vous rendre
Au charme d'un penchant trop doux.
L'Amant le plus tendre
Devient bientôt le plus jaloux.
Il parut , il y a peu d'années , un recueil d'ouvrages
en vers & en profe , fous . le nom & à
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
l'infçu de l'auteur de cette Romance . Jamais édition
n'a été plus faurive à tous égards . On y
ajoute des morceaux qui ne font point de lui : on
y eftropie fes vers avec affectation ( on peut le
dire ) . Les deux pièces que nous allons rapporter
donnent la véritable idée qu'on doit prendre de ſa
manière de penter & d'écrire .
LES RO IS.
O D E.
Toi qui vis tomber les colonnes
Des Etats les plus florillans ;
Toi qui vis brifer les couronnes
Des Souverains les plus puifans ;
O terre ! ô féconde Cybelle !
Tu caches dans ton fein fidelle
Les faftes des fiècles divers :
Ouvre à ma Mufe , qui t'appelle
Les archives de l'univers .
Montre moi fous leurs pyramides
Ces Rois dans la tombe ignorés ,
Ces Rois faftueux & timides
Jadis fur le trône adorés.
Leur nom n'a duré qu'une aurore ;
En vain le marbre couvre encore
Les vains débris de leur cercueil :
Le temps à chaque inftant dévore
Les monumens de leur orgueil.
Tu vis fortir de tes entrailles
Ces héros , tyrans des humains
Dont le Dieu fanglant des batailles
Armoit les facriléges mains :
1
NOVEMBRE 1767. 29
Que les émules d'Alexandre
Bravent fur des palais en cendre
Et la Fortune & fes revers ;
Bientôt tu les verras defcendre
Dans les tombeaux qu'ils ont ouverts.
Je fais qu'Achille , que Therfite
Etoient foumis au même fort ;
Qu'un même bras nous précipite
Dans les ténèbres de la mort :
Mais l'ifle infame de Caprée
Vit tomber l'idole abhorrée
Du cruel maître de Séjan
Et la terre , encore éplorée ,
Encenfe l'urne de Trajan.
,
Princes , dont la cendre repofe
Au pied des plus riches autels ,
Souvent , malgré l'apothéose ,
Vous êtes l'horreur des mortels .
En vain , dans vos palais nourrie ,
La folle & balle flatterie
Chante vos hymnes en tout lieu ;
Le temps détruit l'idolatrie
Et brife l'autel & le dieu .
Rois , laiffez aux peuples fauvages
Le droit injufte du plus fort ;
La crainte arrache nos hommages ,
L'amour les obtient fans effort.
Serrez moins le noud qui nous lie ;
Notre orgueil à regret fe plie
Au joug rigoureux du pouvoir :
L'amour , plus noble , multiplie
Nos foins que borne le devoir .
༈
B iij
3 @ MERCURE DE FRANCE.
Dans vos férails impénétrables ,
Sultans , efclaves couronnés ,
Vous traînez des jours déplorables ,
Des jours de trouble environnés .
Pour rendre la terre féconde ,
Le foleil fort du fein de l'onde ,
Et s'ouvre un chemin vers les cieux.
Rois rendez heureux le monde ,
En vous offrant à tous les yeux.
Voyez , fur les bords de la Seine
Ce Prince , l'amour des François ;
La Victoire , qui le ramène ,
Annonce à grands cris nos fuccès :
Son peuple l'entoure & le preffe ;
Le zèle fe change en yvreffe ;
On aime , on adore fes loix :
Excès d'une jufte tendreſſe ,
Qui fait le bonheur des grands Rois !
Ne craignons pas que fa mémoire
Se perde dans l'ombre du temps ,
Ni que le grand jour de l'hiftoire
Terniffe fes faits éclatans.
Minerve le fuit à la guerre ,
Thémis gouverne fon tonnerre ;
Il n'eft armé que pour la paix ,
Et ne veut enchaîner la terre
Que par le lien des bienfaits .
On dira quel Dieu favorable
Accorda Louis aux humains ?
Son amitié ferme & durable
Soutint le trône des Romains ;
Dans fon tribunal monarchique
Jamais la liberté publique
NOVEMBRE 1767. 31
N'expira fous l'autorité ;
Les refforts de fa politique
Furent les loix de l'équité.
Né fur le trône , il fut fenfible ;
Juge , il reffentit la pitié ;
Souverain , il fut acceffible ;
Monarque , il connut l'amitié.
Que fa juftice & fon courage ,
Que fon nom béni d'âge en âge
Des fiècles percent le cahos ;
Qu'il foit le modèle du fage ;
Qu'il foit l'exemple des héros.
EPITRE à M. DE FONTENELLE , au
mois d'août 1751 .
On vit long- temps quand on eft fage.
C'eft du fein des tranquilles nuits
Que naiffent les jours fans nuage ;
En moiffonnant trop tôt les rofes du bel âge ,
On n'en recueille point les fruits .
Ce foleil brillant dès l'aurore ,
Qui confume les fleurs de la jeune faifon ,
Le plaifir n'eft pour la raiſon
Qu'un aftre bienfaifant qui féconde & colore ,
Et qui , d'un voile d'or , embellit l'horifon ;
Remède pour le fage , il devient un poiſon
Pour les coeurs que fon feu dévore .
Tes jours , comblés d'honneurs & tiffus de plaifirs ,
Tes beaux jours , fage Fontenelle ,
Semés d'heureux travaux & de rians loisirs ,
Dont , au gré de nos voeux , le fil fe renouvelle ,
Confacrent à jamais la raifon éternelle ,
Qui dirigea tes pas & régla tes defirs.
>
B iv
32 MERCUREDE FRANCE.
On vit un céleste génie
T'apporter tour à tour le compas d'Uranie ,
La plume de Clio , la lyre des Amours.
La Gloire répandit fes rayons fur ta vie ;
Mais la feule raifon en étendit le cours.
Les martyrs de l'orgueil prodiguent fans réſerve
Leurs jours pour faifir des momens :
La Gloire fur fes pas fait périr les amans ,
Et la Sageffe les conferve.
Sans jouir du préfent , vivre pour l'avenir ,
S'immoler aux races futures ,
D'un travail épineux endurer les tortures ,
Laifler , quand on n'eſt plus , un foible fouvenir ;
chimère d'orgueil ! ô méprifable idole !
En s'éclairant foi- même éclairer l'univers ,
Mériter un grand nom , fentir qu'il eft frivole ,
Enlever fans effort ces lauriers toujours verds ,
Qu'emporte loin de nous la Gloire qui s'envole ;
Defirer d'être grand fans ceffer d'être heureux ,
Enrichir fon efprit en prolongeant la vie ,
Méprifer la faveur & confoler l'envie ,
Défarmer fes rivaux , régner für fes neveux :
Tel e l'objet du fage , & telle eft ton hiſtoire.
Il faut , pour être mon héros ,
S'approcher lentement du temple de mémoire ,
Travailler fans relâche en faveur du repos ;
Exercer , conferver les refforts de fon âme ;
Plus la vie eft tranquille & plus fa foible trame
Echappe au cifeau d'Atropos.
Nos paffions font nos furies :
Elles veillent fans celle , & leurs cris renaiffans
Viennent rompre le cours des douces rêveries
Et l'équilibre de nos fens .
Qui fait les maîtriſer , eft le Dieu d'Epidaure.
Oui , la Sagelle aimable eft foeur de la Santé :
Elle feule connoît ce fecret qu'on ignore ,
D'affurer l'immortalité.
1
NOVEMBRE 1767. 33
Qu'un aurre exalte le courage
D'Achille mort dans fon printemps ;
Il faut plus de vertus pour vivre plus long- temps;
Et le Neftor des Grecs fut encore le plus fage.
LES DEUX NIÈCES
ου
LES QUATRE COUSINS ,
ANECDOTE BOURGEOISE.
DANS une de nos plus célèbres villes maritimes
, qui fut bâtie & fermée de murailles
par Philippe , fils de France , époux de
Mahaud de Dammartin , & qui regarde
par fa partie feptentrionale , l'Océan Britannique
, autrement dit la Manche
étoient nées de parens fort diffipateurs ,
deux filles charmantes , dont l'aînée étoit
brune , & la cadette blonde. Leur père fe
nommoit Emmanuel- Charles Berlion , &
leur mère Reine Albertine Hervé. Quoiqu'ils
fuffent tous deux de familles bourgeoifes
, l'aifance de leur fituation les faifoit
confidérer de toute la ville , où le
mari étoit revêtu d'une charge honorable.
Encore dans l'âge où la folie de briller
* Le fond de l'anecdote eft vrai. J'en fus
temoin dans ma jeuneſſe. D. L. P.
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
eft l'âme du défordre & de l'inconduite ,
ils ne fongeoient point à l'avenir. Ils
dépenfoient indifféremment , & dérangeoient
gaiement . leurs affaires , s'en remettant
, pour les rétablir , au temps où les
approches de la vieilleffe les rendroient plus
capables de réflexion , & plus propres à
fe livrer au defir d'amaffer .
L'événement fit voir qu'il ne faut point
compter für la durée de nos jours , & encore
moins fur la frivolité des biens de ce
monde. A force de diffiper , nos deux
époux tarirent jufqu'à fec la fource de leur
fortune ; leurs dettes s'accumulèrent , &
Berlion s'étant mis un jour à comparer
l'état de fes biens avec les obligations qu'il
avoit contractées , fut fi effrayé du calcul ,
que , n'entrevoyant plus aucun moyen de
faire honneur à fes engagemens , fans fe
ruiner de fond en comble , il tomba malade
de chagrin & mourut. Sa femme , qui
n'avoit vécu que pour lui , fut inconfolable ,
& fuccomba deux mois après , aux regrets
que lui caufoit une perte d'autant plus fenfible
, qu'elle devenoit irréparable de toute
manière .
Deux filles , Charlotte & Albertine ,
uniques fruits de leurs amours , reſtées
orphelines , l'une à treize ans & l'autre à
douze , étoient en âge de fentir toute
NOVEMBRE 1767, 35
l'amertume de leur fort. Elles avoient , pour
leur malheur , été élevées en enfans gâtées.
Quand nos père & mère nous aiment , nous
n'avons point de meilleurs amis qu'eux .
Privées pour jamais de ces deux appuis
auxquels la nature , le devoir & la reconnoiffance
les avoient attachées par des liens
fi tendres , elles furent fur le point de les
fuivre au tombeau . On procéda à la liquidation
des dettes , & tous les créanciers
payés , il ne refta aux triftes orphelines
qu'une portion infuffifante de la grande
fortune qu'elles auroient pu recueillir , fi
leurs père & mère fe fuffent occupés d'elles
un peu plus férieufement ; mais elles
avoient trop bien paffé leur temps avec
eux , & elles étoient encore trop jeunes
pour reprocher à leur mémoire le déréglement
de leur conduite.
Elles avoient un oncle du côté de leur
mère , né du même père qu'elle , mais d'un
autre lit , & beaucoup plus âgé que n'étoit
Mde Berlion . Domicilié dans la même
ville , il fut élu , de plein droit, tuteur de
fes nièces. Ildes fit venir chez lui , pour les
élever à fa fantaiſie. Elles trouvèrent dans
cet oncle un homme bien différent de leur
père. Bigot , fot & avare , il joignoit à
ces trois qualités , prefque toujours inféparables
, un mépris décidé
pour le fexe.
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Les complaifances que Berlion avoit pour
fa femme , la douceur avec laquelle il traitoit
fes filles , avoient donné contre lui de
l'humeur au fombre Hervé qui , défaprouvant,
à tous égards , le genre de vie qu'il
menoit , ne le voyoit point.
,
Sitôt que fes nièces furent fous fa dépendance
, il leur fallut changer entièrement
de façon d'être . Couchées de bonne
heure , levées de grand matin , mal nourries
, mal vêtues & traitées durement , leur
patience fut mife à la plus cruelle épreuve .
Cependant la douceur de leur caractère fir
qu'elles fe plièrent plus facilement aux caprices
de la deftinée ; elles foutinrent, avec
une conftance admirable , ce renverfement
total de leur exiftence . Elles effayèrent d'adoucir
l'humeur fauvage de leur oncle
par les foins & les attentions qu'elles lui
prodiguoient. Elles parvinrent en eftet à ſe
le rendre moins défagréable , mais non pas
plus libéral . C'étoit toujours quelque chofe
pour elles , que d'avoir réuffi à tempérer la
rudeffe de fon humeur. Il s'apprivoifa , &
confentit enfin à les appeller par les diminutifs
de leurs noms : méthode qu'il
avoit toujours rejettée , comme injurieufe
aux patrons que l'on nous a choifis. Ainfi
la première ne fut plus Charlotte , mais Lolotte
; & la feconde , au lieu de Reine , fut
NOVEMBRE 1767. 37
Reinette. Il les voua au blanc , par ceconomie
: cette couleur , fymbolique de l'innocence
, cadroit parfaitement avec la fimplicité
de leurs moeurs & la pureté de leurs
fentimens. Il publioit qu'il avoit établi
cette loi fomptuaire dans fa maifon , pour
dégoûter fes nièces de la folie des vains
ajuftemens qui ruinent les maris ; il appelloit
ingénieufement cette forte de vêtement
l'uniforme de la vertu ; & fous ce
prétexte , il penfoit mettre fon avarice à
l'abri de la cenfure. Il avoit le défaut de
fe croire une fanté délâbrée , & la peur de
mourir lui tenoit lieu quelquefois d'une
véritable maladie. Le plus petit dérangement
qu'il fe fentoit dans la poitrine ou
dans l'eftomac , l'alarmoit autant que le
mal le plus grave . Les nièces le veilloient
dans ces accidens. Comme elles étoient
devenues fes gardes- malade & qu'il fe paſfoit
, depuis qu'elles demeuroient avec
lui , de gouvernante & de tout donieftique
quelconque , il eft aifé de préfumer qu'elles
ne pouvoient lui échapper que malgré lui ,
& qu'il fe promettoit bien de ne les marier
que le plus tard qu'il lui feroit poffible .
Quatre ans s'étoient écoulés . Entrées
dans l'âge où l'indifférence n'eft plus de
faifon , elles faifoient craindre au vieil
38 MERCURE DE FRANCE.
oncle que la voix de la nature ne les avertît
qu'il étoit temps d'afpirer à l'hymen . La
beauté de leurs traits avoit achevé de fe
développer. Sous l'étamine qui les couvroit
, on voyoit briller la forme des grâces ,
& l'oeil pénétrant du defir dévoiloit
tant d'appas , qu'un effain d'amans s'y
laiffa prendre. La maifon d'Hervé fut
bientôt bloquée de foupirans. Ses nièces
ne fortoient plus , qu'elles ne rencontraffent
à chaque pas de nouveaux adorateurs.
L'ufage du monde , que leur avoit fait
perdre la vie folitaire qu'elles menoient ,
ne foutint pas en elles ces premiers effets
de leurs charmes. Elles ne répondoient
rien aux aimables propos que l'on s'empref
foit de leur tenir. Loin de s'en applaudir ,
elles s'en alarmoient , & n'ofoient plus
fortir qu'aux heures où elles ne rifquoient
point d'être vues. Elles n'alloient plus à la
provifion què le foir ; & les dimanches &
fètes , elles fe faifoient accompagner à l'églife
par leur oncle , dont la préfence im→
pofoit aux prétendans.
M. Hervé ne ceffoit de rendre grace à
l'Etre fuprême , de lui avoir donné des
nièces d'une fageffe fi exemplaire ; & toute
la ville , témoin de leur bonne conduite &
du peu de penchant qu'elles montroient à
écouter la Aeurette , les nomma les deux
NOVEMBRE 1767. 39
Vertus. Hervé leur avoit infpiré la plus
grande dévotion , & leur parloit toujours
de façon à leur faire appréhender le mariage
au point que le feul nom d'amant
leur étoit devenu odieux .
Les amans enfin , rebutés tant par l'onele
que par les nièces , M. Hervé parvint à
fe flatter qu'elles refteroient filles , & prendroient
foin de lui jufqu'à la fin de fa carrière;
lorfquilarriva dans la ville un homme
de la même province , qui s'amufoit à voya
ger le long des côtes . Il avoit rencontré , en
chemin , un jeune homme qui faifoit la
même partie avec fon précepteur. C'étoit
le fils puîné d'un Gentilhomme du pays ,
que l'on appelloit M. de Merville. Le
compatriote fe nommoit Renardin : il
débarqua , avec fes deux compagnons ,
chez un certain M. Hache , riche bourgeois
, dont il étoit parent à je ne fai
quel degré. Ce M. Hache avoit été marié
dans fa jeuneffe , étoit fort à ſon aiſe &
vivoit en garçon , cherchant toujours la
bonne compagnie pour laquelle il étoit
fait , & proteftant bien de ne plus contracter
d'engagement férieux. Il prétendoit
qu'il auroit été le plus grand philofophe
de la terre s'il eût moins aimé le jeu , la
table & les femmes. Amant libéral , ami
conftant , joueur aimable & buveur dé40
MERCURE DE FRANCE.
terminé , il réuniſſoit en lui deux qualités
qui fe concilient rarement , c'est -à- dire ,
un bon eftomac & un bon coeur. Sa
gaieté fembloit une amorce qui captivoit
la fortune ; par- tour elle fecondoit fes
deffeins , & fouvent même elle le prévenoit.
Avec un pareil caractère & né fous
une étoile fi heureufe , il ignoroit tous
les défagrémens de la vie à laquelle il
étoit très- attaché. En oubliant fa défunte
moitié , le bon M. Hache avoit perdu
toute idée de chagrin & d'ennui.
Il reçut avec une ample effufion d'amitié
fon cher Renardin qu'il n'avoit jamais
vu , mais qu'il favoit être fon´ allié .
Celui-ci étoit de même un agréable débauché
, aimant également le plaifir &
la bonne chère , & vicieux dans tous les
points requis pour faire un homme du
fiècle. C'étoit- là une précieufe connoiffance
pour M. Hache ; & le fort , qui le
favorifoit en tout , ne pouvoit manquer
de lui adreffer un parent fi digne de lui ;
il en avoit déja entendu parler , & la
bonne opinion qu'il en avoit fut , plutôt
que la voix du fang , ce qui l'engagea à
lui faire un accueil diftingué. Il fit auffi
beaucoup d'honnêteté au jeune Merville
& à fon précepteur , que Renardin lui préfenta
en qualité de fes compagnons de
NOVEMBRE 1767. 41
voyage. Tous ceux qui débarquoient chez
lui étoient bien venus , bien traités , bien
foignés , & maîtres d'y refter autant qu'il
leur plaifoit. Plus on eft de fous plus on
rit , c'étoit fa maxime il ne comptoit
point le temps que l'on féjournoit . Qu'il
eft rare de trouver gens de fi bon caractère
!
Le précepteur fentoit fon garçon de
famille : il n'étoit ni pédant , ni fot , ni
guindé , & ne cherchoit qu'a rire . Né de
parens honnêtes , mais pauvres , le latin
qu'ils lui avoient fait apprendre étoit devenu
toute fa reffource , & , par eſprit de
ménage , il s'étoit fait Abbé . Il fe plaignoit
fouvent de ce qu'on lui avoit fair perdre
le temps le plus précieux de l'enfance à
étudier une langue morte. Il fentoit que
l'éducation ne fert qu'à rendre plus malheureux
ceux à qui la fortune tourne le
dos & ne met point à l'abri du mépris
des riches , & , qui pis eft , de leurs * gens
A quoi bon , difoit - il , martyrifer le cerveau
d'un enfant pour lui inculquer les
* J'ai vu un vieux laquais , demi- valet de
chambre , qui , lorfqu'il annonçoit un poëte à
fon maître , grand donneur d'avis , difoit familièrement
::
un tel eft la qui voudroit vous parler.
Le maître eft convenu avec moi qu'il n'y auroit
jamais pris garde ſi je ne le lui en euffe point
fait la remarque.
42 MERCURE DE FRANCE .
principes d'une fcience qui n'eft d'aucun
fecours ? Qu'importe que l'on fache ce
que Cicéron , Virgile , Horace & Térence
ont écrit , fi l'on ne fait pas comment payer
fon propriétaire ou fon aubergifte ? Le
plus vil métier , qui nourrit l'homme , eſt
préférable au favoir qui le laiffe dans l'indigence.
Faute de mieux il s'étoit fait précepteur
, & , en enſeignant le latin à ſon
élève , il rapprenoit lui - même ce qu'il
avoit oublié.
Le difciple , en vertu du bon exemple
que lui donnoit M. l'Abbé Pinget , n'avoit
point le maintien roide & gauche , ni l'air
honteux & les grâces gênées d'un écolier ;
il marchoit légèrement, portoit bienla tête,
faluoit avec dignité , répondoit fans balbutier
& à propos à tout ce qu'on lui difoit.
Près du fexe il n'avoit rien d'emprunté :
il étoit vif , faillant , poli , prévenant &
complaifant ; il jouoit , folâtroit , rougiffoit
rarement lorſqu'on l'agaçoit , & tenoit
déja fa place dans un cercle agréable avec
autant d'aifance qu'un jeune feigneur de
vingt ans. Il tenoit encore de la nature
le talent de compofer très- facilement des
vers , & perfonne n'avoit l'impromptu
plus heureux que lui. Son efprit & fes
belles manières , qui le rendoient délicieux
, attiroient mille éloges à l'aimable
NOVEMBRE 1767. 43
Abbé qui l'avoit fi bien formé , & le
mérite précoce de l'élève avoit acquis au
précepteur la réputation du plus habile
homme du monde. M. Hache fut enchanté
de raffembler , dans ſa maiſon , trois hôtes
dont les moeurs fympatifoient fi correctement
avec les fiennes .
Ce fut un jeudi qu'ils arrivèrent chez
lui , & le dimanche fuivant il les mena à
l'églife à l'heure où les deux orphelines ,
accompagnées de leur oncle , avoient coutume
, les jours de boutiques fermées ,
d'aller remplir les devoirs de chrétiennes .
M. Hache, les ayant remarquées , fit placer
Renardin de manière qu'il ne fut pas
long-temps à les appercevoir. Le voyageur
parut émerveillé de voir tant de
beauté dans une ville maritime : il devoit
fe reffouvenir que Vénus nâquit fur mer
& que , par cette raifon , les bords de
l'océan font le pays originaire des belles .
Mais de femblables réalités laiffent - elles
Je temps de fonger à la mythologie ? Renardin
étoit trop férieufement occupé pour
penfer à ce qu'il avoit lu . Ses regards
erroient alternativement fur les divines
foeurs qu'il nomma dans fon coeur les
perles de la province , Lorfqu'elles fortirent
il ne les perdit point de vue. Il les fuivit
de loin avec fon parent , l'Abbé & le jeune
44 MERCURE DE FRANCE.
homme qui fentit , pour la première fois ,
en confidérant les deux charmantes foeurs ,
l'effet qu'opère la beauté fur les coeurs
fenfibles.
Renardin admiroit avec émotion l'élégance
de leur taille & la nobleffe de leur
démarche . I fe trouvoit embarraffé de
favoir laquelle il voudroit préférer. La
brune lui fembloit plus piquante , mais la
blonde avoit l'air plus intéreffant & , par
goût , il lui donneroit la pomme. D'ailleurs
elle étoit la plus jeune , & les amateurs
inclinent volontiers pour les cadettes.
M. Hache opinoit pour l'aînée , & l'Abbé
étoit homme à s'accommoder de toutes
les deux. Le difciple gardoit le filence &
n'en penfoit pas moins.
,
Lolotte & Reinette rentrèrent chez elles ,
& Renardin , dans le deffein de reconnoître
la maiſon , examina fa forme extérieure
& l'endroit où elle étoit fituée. Quoique
M. Hache eût fait voeu de ne point fe
remarier , il avoit été comme cent
autres , demander par plaifanterie , l'agrément
de M. Hervé pour époufer une
de fes nièces , & avoit été éconduit. De
retour avec fes hôtes , il leur fit part de
cette circonftance . Renardin , qui ne croyoit
point aux difficultés , projetta de faire vifite
à ces infortunées captives & d'en obtenir
NOVEMBRE 1767. 45
la permiffion de venir les défennuyer dans
l'efpèce de prifon où elles étoient renfermées.
En reconnoiffance du bon traitement
que fon parent lui faifoit , il lui
promit de devenir bientôt fon introducteur
auprès d'elles. On gagea contre lui;
il accepta le pari , & , après s'être informé
exactement de ce qu'étoient ces jeunes
Demoifelles , & à qui elles appartenoient ,
il traça le plan de fa marche , & fe mit
en devoir de l'exécuter. La chofe n'étoit
pas fi difficile qu'on pourroit fe l'imaginer
; on en verra bientôt la preuve.
›
On avoit paffé l'équinoxe de l'automne ,
temps où le foleil , devenu pareffeux , fe
lève tard & fe couche de bonne heure. M.
Hervé , dès que l'air commençoit à ſe refroidir
, avoit coutume , pour épargner
fon bois , d'aller fe chauffer tous les foirs
chez quelques amis auffi dévots mais moins
avares que lui , avec qui il paffoit le temps
à médire de fon prochain , à révéler les
fecrets des maifons qu'il fréquentoit , & à
cenfurer les actions les plus innocentes . Il
foupoit chez eux pour quatre , tandis
tandis que
fes nièces jeûnoient au logis pour lui. Il
ne rentroit ordinairement qu'après dix heures
; il prioit, en digérant , jufqu'à minuit ,
& fe.mettoit au lit , où il ronfloit régulièrement
pendant huit heures. Avant fon
46 MERCURE DE FRANCE.
lever fes nièces avoient foin de battre fon
habit , de poudrer fa perruque & de faire
fon chocolat. Il entendoit ordinairement
trois meſſes & revenoit dîner légèrement
chez lui pour pouvoir mieux fouper chez
les autres. Aux approches de la nuit , il
prenoit congé de fes nièces pour le reſte
de la foirée.
9
Renardin , bien inftruit de la conduite
de l'Argus , & rêvant un jour aux
moyens de s'introduire chez les nièces
vit paffer une troupe de gens qui alloint
à l'églife pour faire baptifer un enfant
& apprit que le père de l'enfant fe nommoit
M. Rince , le parrein M. Dufrottoir
, & la marreine Mlle Aveline , Il courut
chez M. Hache & lui demanda fi M.
Hervé étoit ami de ces perfonnes-là . M,
Hache lui dit qu'il n'en favoit rien , &
cette réponſe peu cathégorique n'empêcha
pas qu'il ne voulût fuivre à tout hafard
le projet qu'il s'étoit mis dans la tête ,
Quand la nuit vint il pria le précepteur
de l'accompagner. Le difciple fut
laiffé avec M. Hache. Renardin & l'Abbé
entrent chez le premier confifeur qu'ils
trouvent fur leur chemin , & y achètent
douze boëtes tant de dragées que de confitures
féches qu'ils portent chez les orphelines.
Ils frappent. Grande difficulté pour
NOVEMBRE 1767. 47
> ; nous
ouvrir. Qui peut venir à pareille heure
dit Lolotte à fa four ? Ce font probablement
des malfaiteurs qui veulent ou nous
voler ou nous tuer. Hélas ! j'en ai peur
comme vous , ma foeur , fermons à double
tour & mettons les verroux . Raffurezvous
, Mefdemoifelles , leur réplique l'Abbé
, d'un ton doux & honnête
apportons à M. votre oncle des dragées
de baptême de la part de M. Dufrottoir
& de Mlle Aveline , les parrein & marreine
d'un enfant qu'on vient dans le
moment de baptifer, L'aînée croit que
c'eſt une femme qui parle , & la cadette
foutient que c'eft un homme. - Eh bien
quand cela feroit , ma petite Reinet:e ;
un homme qui a la voix ſi douce ne fauroit
être un méchant probablement mon cher
oncle les connoît , puifque ce font des dra .
gées qu'ils lui apportent. Ouvrons , ma
four , ouvrons ; que rifquons-nous ? Si
ce font des voleurs nous crierons au fecours.
La porte ouverte elles voyent un Abbé ;
rien de moins fufpect : un beau Monfieur
le fuit , qui fait de grandes révérences
, rien de plus honnête. On ſe ſalue
de part & d'autre. On offre des fiéges aux
Meffieurs , qui font des façons & finiffent
par s'affeoir. Une collation très - fimple
étoit déja fervie ; une caraffe d'eau figu48
MERCURE DE FRANCE.
roit triftement fur la table ; une lampe.
feule éclairoit l'appartement.
Deux bougies , auxquelles il étoit abſolument
défendu de toucher , faifoient ,
depuis un temps immémorial , l'ornement
de la cheminée . Parbleu ! l'Abbé , ( s'écria
tout-à - coup Renardin après avoir fixé les
Demoifelles , avoue qu'elles ont une
reffemblance frappante avec feue Mde
Alôfe. Cela eft vrai , repart le petit collet ,
qui n'avoit pas plus vu que lui la défunte ,
& j'en fuis frappé comme vous. Il n'y a
rien d'étonnant à ce qui vous furprend ,
réplique en fouriant la plus jeune , Mde
Alôfe étoit une de nos tantes. ( Renardin )
Bon! que me dites-vous-là ? nous fommes
donc parens ; car j'étois un de fes coufins
iffus de germains. Or cela étant , en ma
qualité de coufin , j'efpère , mes belles
coufines , que vous voudrez bien me permettre
de venir vous faire quelques vifites
pendant mon féjour ici . ( Lolotte ) Trèsvolontiers
, Monfieur notre coufin , &
nous en préviendrons mon cher oncle
auffi-tôt qu'il fera rentré, ( Ren. ) Gardezvous-
en bien ! ( Lot. ) Eh ! pourquoi nous
en garder ? ( Ren. ) Ah ! pour quoi ? C'eſt
que les coufins des jolies nièces déplaiſent
toujours aux oncles dévots ; & fûrement
M. Hervé ne voudroit pas que nous remiffions
NOVEM BRE 1767. 49
fions le pied ici . ( Rein . ) Il eft vrai que
mon cher oncle eft fi mauffade , qu'il ne
veut recevoir perfonne chez lui. Jugez
comme nous devons nous amufer ! ( P'Ab. )
Les pauvres petites ! que je vous plains !
Coufin , il faut employer , au moins , le
temps que nous reſterons dans cette ville à
tenir compagnie à ces aimables délaiffées .
( Lolotte. ) Vous appellez Monfieur , votre
coufin ! Vous êtes donc auffi le nôtre ?
( l'Ab. ) Eh ! oui dà , divine parente , je le
fuis , avec l'aide du Ciel , comme étant
allié à Monfieur par les femmes. Ainfi ,
j'ai droit au même privilége que lui , je
veux dire de venir vous rendre hommage
auffi fouvent que vous le lui permettrez.
( Rein. ) Mais vous ne voulez pas que mon
cher oncle en fache rien ; ne fera- ce pas
mal fait que de vous recevoir fans fon
aveu ? car il y a tant de rifques dans le
monde , & fur- tout pour les pauvres filles ! ..
( Lol. ) Mal fait , ma foeur ? Quoi ! de
faire accueil à des parens ?
Après quelques autres propos de ce genre,
les nouveaux coufins propofent de toucher
aux confitures féches , mais on craint
que l'oncle ne gronde. L'Abbé raffure les
coufines , en leur apprenant que M. Dufrottoir
& Mlle Aveline n'ont fongé nullement
à M. Hervé qu'ils ne connoiſſent
C
50 MERCURE DE FRANCE .
point ; mais qu'ayant entendu faire tant récit
de leur fagelle & de leurs vertus , ils fe font
fait un plaifir de leur envoyer ce petit préfent
, comme un gage de l'eftime fingulière
qu'ils font d'elles , ainfi que tout le
monde. Cette marque de confidération
les ravit , & leur friandife n'étant plus retenue
par la crainte , elles fe difpofent à
faire au cadeau tout l'honneur qu'il exige .
L'Abbé , en homme intelligent , ne voyant
point de vin , fuppofe tout- à- coup avoir
perdu la clef de fa caffette , fe rappelle
qu'en heurtant à la porte de la rue , il a
entendu raiſonner quelque chofe fur le
pavé , & ne doute point que ce ne foit
la clef qu'il cherche . Il s'échappe à l'inf
tant , vole chez le traiteur de M. Hache ,
fe munit d'un pâté & de quelques flacons
de vin , & raparoît dans le moment. Il
feroit affreux , dit l'Abbé , de quitter nos
coufines fans boire à la parenté. On s'atable
, on ouvre le pâté , on mange , on boit ,
le vin eft délicieux ; on jâfe , on s'égaye ,
& le temps paffe au point que l'on entend
fonner dix heures. Il faut alors fonger à
la retraite , & les joyeux coufins obtiennent
des aimables coufines la grace de pouvoir
revenir le lendemain .
Les deux foeurs , avant que l'oncle arrive,
fe hâtent de ne laiffer aucun indice du
NOVEMBRE 1767. 51
petit régal dont les coufins les ont gratifiées
; elles cachent fous leurs matelats les
boëtes de dragées , & fe félicitent l'une
& l'autre fur la bonne aventure que le
Ciel vient de leur envoyer. Ah ! ma foeur,
difoit Lolotte , ( après le départ des Meffieurs
) que les coufins font différens des
oncles ! je fuis perfuadée que ces deux parens-
là nous dédommageront un jour de
la perte du papa que nous aimions tant.
Oh ! oui , ma foeur , répondit Reinette , j'en
jurerois , & je fens déja que j'ai autant
d'amitié pour eux que s'ils m'étoient connus
depuis dix ans. M Hervé rentra l'inſtant
après. Obligées de fe taire , les belles
s'endormirent l'efprit tout occupé de leurs
couſins.
Renardin & l'Abbé , enchantés de leur
premier fuccès , en firent part à M. Hache
avec enthoufiafme. Il paya de bon coeur
la gageure qu'il avoit perdue , & l'on convint
que dès le lendemain on le préfenteroit
aux coufines avec un degré d'alliance
pareil à celui que les deux autres s'étoient
donné. Le lendemain , dès qu'il eft nuit ,
nos aventuriers font en route & volent
chez M. Hervé , où le traiteur de M.
Hache a ordre d'apporter un foupé friand ,
& fur-tout de bon vin.
La préfence de M. Hache étonna d'a-
C ij
52
MERCURE
DE FRANCE .
bord les coufines. Il établit fa généalogie ,
& ce nouveau parent ne tarda pas à être
regardé de même cil que les autres.
oeil
La bonne chère , dont les coufines avoient
perdu l'habitude , & dont ce fouper leur
rappella la mémoire , les mit bientôt de
la meilleure humeur . Le bon vin donne
de l'efprit ; les deux foeurs furent charmantes
, & le coup de dix heures arriva
beaucoup trop tôt au gré de l'affemblée.
Il fallut enfin fe féparer après s'être promis
de fe revoir le lendemain .
Mais Merville , piqué d'avoir appris
qu'on s'amufoit ainfi fans lui , menaça
de tout dire à l'oncle à moins qu'on ne
l'admit auffi dans la famille des Berlion.
Il fallut en paffer- là ; & c'eft en qualité
d'arrière- petit- coufin qu'il fut le Îendemain
préfenté aux coufines. Merville avoit
au plus quinze ans , étoit aimable , & portoit
un plumet. On croit toujours à ces
parens -là l'innocence & la vanité ne font
pas incompatibles. Les crédules foeurs
n'eurent pas de peine à adopter un couſin
de cet âge & qui leur faifoit honneur.
Elles fe trompoient les jeunes gens por
tent prefque toujours malheur aux filles .
:
Il faifoit grand froid ce foir là. M. &
Mde Bigotin , les plus mauvaiſes langues
NOVEMBRE 1767. 53
du quartier , & chez qui M. Hervé étoitretenu
à fouper , traitoient une nombreuſe
compagnie de gens de leur étoffe. Le repas
devoit être long , & M. Hervé , qui craignoit
le froid de la nuit , revint chez lui
pour prendre fon manteau .
Sa redoutable toux , qui dès la rue frappa..
l'oreille des deux nièces , fut un coup de
foudre pour elles & déconcerta les coufins.
Que d'inquiétude ! que d'alarmes !
ces Meffieurs fortiront- ils , ne fortiront- ils
pas ? Car fi l'oncle les apperçoit , quello
fcène quelles fureurs ! S'ils grimpent au
grenier, les voifins peuvent les entendre.
Que de propos ! que de foupçons ! Tous
quatre
enfin déterminent de fe cacher
dans l'efpérance de fe fauver fans bruit
dès que l'oncle fera ou endormi , ou retourné
d'où il venoit.
On defert à la hâte , on remet tout en
place. Dans la chambre des Demoiselles
étoit une antique foûpente , un grand coffre
vuide & une armoire où l'oncle ferroit
fes habits ; un tableau fermoit la cheminée.
L'Abbé fe jette dans l'armoire ; Merville
, plus léger , faute dans la foûpente ;
M. Hache fe tapit dans le coffre ; Renardin
grimpe dans la cheminée , tandis que les
nièces , après avoir éteint les lumières , fe
C iij
54
MERCURE DE FRANCE.
gliffent dans leur lit tout habillées , en
tirent les rideaux & feignent de ronfler..
M.Hervé ouvre la porte & trouve fa mai .
fon dans un état fort tranquille. Ses nièces
feignent de fe réveiller au bruit qu'il fait ,
& lui demandent pourquoi il rentre fitôt ,
ajoutant qu'elles préfument qu'il eft encore
de bonne heure. Il leur dit qu'il va s'en
retourner , & que devant revenir trèstard
, il vient chercher fon manteau rouge ,
qui eft dans l'armoire. L'Abbé n'étoit pas
fourd. Effrayé de la caufe qui ramène
l'oncle , il s'enveloppe des haillons qui
font fous fa main , & frémit d'entendre
ouvrir. Le manteau fe trouvoit précifément
fur le dos de l'Abbé , qui , ayant
le derrière tourné du côté des portes battantes
, baiffoit la tête , & fe voûtoit tant
qu'il pouvoit. Le bon homme prend ce
qu'il cherche fans faire aucune attention
au nouveau porte - manteau . Jufques- là tout
alloit bien , lorfqu'il apperçut le chat qui
geaoit une carcaffe de perdrix .
Que vois-je ! ( s'écria- t- il ) Mefdemoifelles
mangenticides petits- pieds dans mon
abfence ? A ces mots , le jeune Merville
éclate tout-à- coup de rire ; l'oncle croit
que ce font fes nièces , & fe fâche contre
elles. Merville , en riant d'autant plus ,
NOVEMBRE 1767. 55
agite la foûpente déja furchargée de vieilles
férailles , & qui , en manquant tout- àcoup
fous lui , le laiffe tomber , avec un
horrible fracas , au milieu de la chambre.
A l'inſtant même Renardin , qui croit que
la maifon s'écroule , tombe à bas de la
cheminée ; l'Abbé , pénétré de frayeur ,
ouvre l'armoire & cherche à fe fauver ;
M. Hache , curieux de favoir d'où provenoit
cet affreux tintamare , montre fa
tête en foulevant le couvercle du coffre ;
& l'oncle , ftupéfait , s'écrie , en foupirant :
jufte Ciel ! n'y en a- t - il plus ?
Aux cris d'Hervé tous les voifins font en
rumeur & crient au guet ; on enfonce la
porte, on fe faifit de Meffieurs les coufins , on
les conduit , ainfi que les coufines & l'oncle ,
chez le Juge , & Dieu fait avec quel cortége
! On interrogea les parties , & le
Juge , après avoir , quoiqu'avec peine ,
pénétré le fin de l'aventure , les renvoya
toutes chez elles , avec injonction de ne
plus déformais fcandalifer ainfi leur prochain.
, O
vous jeunes
beautés
, pour qui
j'écris
! gardez
- vous de croire
aux coufins
avant
que d'être
mariées
; & n'y croyez
pas
plus après.
C iv
56 MERCURE
DE FRANCE
.
INVOCATION à l'Hymen , au fujet du
mariage de M. le Marquis DE MONTMORENCY
- FOSSEUSE avec Mlle De
MONTMORENCY-LUXEMBOURG , aujourd'hui
Duc & Ducheffe de Montmorency.
Sur l'air : Chantons pour l'amour
de Marie , & c.
SUR UR les aîles de l'allégreffe ,
Aimable Hymen , du ciel defcens ,
Et viens couronner la tendreffe
D'un illuftre couple d'amans.
• •
Unis , par ta chaîne charmante ,
Ces enfans de nos demi- dieux.
Déja l'Amour , dans cette attente ,
Les a liés de fes doux noeuds .
Toi qui , guidé par la décence
Sais difpenfer les vrais plaifirs ,
Remplis , Hymen , leur eſpérance ,
Comble leur plus tendres defirs .
Qu'une union toujours conftante
Attire tes bienfaits fur eux ;
Et fais qu'on célèbre & qu'on chante
D'ans en ans tes dons généreux.
NOVEMBRE . 1767. 57
Oui , fouvent de cette alliance
Tu dois nous procurer des fruits.
Tu fais qu'avec plaisir la France
Voit naître des Montmorencis .
Conferve , Hymen , à la patrie
Le beau fang de fes défenfeurs ;
Avec inſtance elle t'en prie ,
Et c'est le voen de tous nos coeurs.
H. D. d. L. F. S. J.
Aux mêmes , en leur envoyant deux
tourterelles. Sur l'air : Réveillez vous ,
belle endormie , & c.
DEPLOYEZ ÉPLOYEZ VOS aîles légères ,
Tourterelles , portez nos voeux ;
Comme nous , tendres & fincères ,
Vous les ferez entendre au mieux.
Vous êtes la naïve image
Des coeurs fidèles & conſtans :
Charmans oifeaux , votre meffage
Doit plaire à deux époux amans.
Ст
58
MERCURE
DE
FRANCE
.
Joignez notre parfait hommage
A ceux qu'on leur rend en ce jour
Et demeurez près d'eux pour gage
De nos refpects , de notre amour.
>
Par le même.
VERS à M. le Marquis DE V ***. fur
fon éloge de Charles V.
E.NFANT du goût , ami de la raiſon ,
Libre comme elle , & plus heureux peut-être ,
Sous votre aurore on verroit naître
Les fleurs dont le jeune Apollon
Ornoit le front riant du vieil Anacréon , ›
Son favori , fon élève & mon maître ;
Mais , amoureux d'un utile laurier ,
Le portrait d'un héros vous entraîne & vous flatte ;
Vous nous peignez , d'une main délicate ,
Celui de Charles V, ce généreux guerrier.
Ses vertus , les malheurs , fa conftance & fa
gloire
Sont des tableaux touchans fous vos mains embellis
:
On croiroit voir Minerve au temple de mémoire ,
Gravant les noms facrés de paix & de victoire
Sur l'or & les rubis.
NOVEMBRE 1767. 59.
Votre Mufe fidèle , empreffée à vous plaire ,
Tait éclore , en riant , les lauriers & les fleurs ; /
Elle les diftribue aux conquérans des coeurs ,
Ce choix eft fage & vous l'avez fçu faire.
+
VERS adreffés à l'Auteur du livre intitulé :
les Loisirs d'un Soldat ; par M. DE
SAINSON , ancien Officier au Régiment
des Gardes- Françoifes , Gouverneur de
VIRE.
DIGNE
IGNE Soldat , ta plume féduifante ,
Fidèle pinceau de ton coeur ,
Offre à nos yeux l'image intéreffante
De tes vertus , de ta valeur.
On reconnoît à ton génie
Minerve qui vient t'inſpirer.
Verſe ton fang pour la patrie ,
Ton amour pour Louis te le fait defirer .
Par un double chemin pourſuis , vole à la gloire ,
Aux lauriers de Bellone unis ceux d'Apollon ;
Inftruis tes compagnons à fixer la victoire ,
Elle aime les héros , & tu fers fous B ***,
C. vj
60 MERCURE DE FRANCE.
LE mot de la première énigme du
Mercure du fecond volume d'octobre eſt .
l'éteignoir. Celui de la feconde eft feringue.
Celui du premier logogryphe eft
papier ; dans lequel on trouve pré , rape ,
api , Pape , pie , par , air , pari , Priape .
Celui du fecond eft rhinocéros ; dans lequel
on trouve Rhin , Chine , Roi , héros
Scion , hériffon , ( ré , fi ) foie , Henri ,
Yone , chien , once , foir , riche , noir ,
Nice , rocher , cor , Nicé , Néron , Sion
ronces , hier , Ino , Cai , oie , oifons , ( fi ,
finon ) Coré , orne , fein , ris , foc , foi ,
( fcie , coin , ) fec , Roi , Cronos , Cronies
, Chiron , Coronis , Chioné , Io , ( en ,
ci , ni , nom ) Choés , cornes , forcier
corniche , cornichon , ( petit fabot à jouer ,
nommé corniche ) Ion , fils de Xutus ,
Ion , Saint , os , niche , noce , or , herfe ,
ferin , fons que rend l'air agité , ) Sire ;
(fon , refte de farine , ) cire , Cicéron ,
rofe . Et celui du troiſième eft rivière , où
l'on trouve verre , ivre , rue , rire , rive ,
vie , ré, ire , ver & rive.
و
NOVEMBRE 1767. 61
ÉNIGM E.
J'A1 la tête pefante & dure.
Je fuis fort peu fubtil ; cependant l'univers
Admire , avec raiſon , mes ouvrages divers ,`
Où l'art furpaffe la nature.
Mais , s'il n'eft prefque rien dont je ne vienne
à bout ,
Je puis auffi détruire tout .
AUTR E.
LE peintre pafferoit pour homme incomparable
,
S'il pouvoit , par fon
art , peindre le mouvement.
Moi , plus adroit que lui , & bien plus admirable ,
Je fais , fans me mouvoir , un effet furprenant.
LOGO GRYPH E.
Bonjour , ami lecteur ; je vais , fans verbiage ,
De mes talens divers te faire l'étalage .
En divifant mes pieds tu trouves dans mon nom
Les charmes que Lulli prêtoit à Phaëton ;
61 MERCURE DE FRANCE .
Le foutien des vieillards ; l'oreiller d'un grand
homme ;
Une ville fatale aux citoyens de Rome ;
Ce qui fait le defir des pâles matelots
Après que la tempête a fait mugir les flots ;
Ce qu'on remplit à Caen des préfens de Pomone ;
Ce qu'on fait dès l'enfance aux bords de laGaronne;
L'Envoyé d'un grand Prince ; un ſtupide animal ;
Ce que perdit Adam fans reffentir de mal ;
Ce qui caufe aux amans de fi tendres alarmes ,
Et qui fait à Vulcain répandre tant de larmes ;
Mon temple étoit fameux jadis chez les Thébains ;
Mon nom étoit connu des Francs & des Romains .
Adieu , tu crois m'avoir , & le dis à Silvie ,
Quand tu veux , par l'hymen , l'enchaîner pour
fa vie.
A Courbevoix , par M. T. D. M.
AUTR E.
Du luxe j'ai reçu le jour ,
U
Et l'on ne voit guères paroître
Femme coquette ou petit -maître
Sans l'éclat varié de mon brillant contour.
Puifque vous voulez me convaincre ,
C'eft fur neuf pieds qu'étant monté ,
Je promène par- tout ma fotte vanité .
NOVEMBRE 1767. 63
Mais décompofe - les ; de la trifte vieilleße
Je fuis le figne trop certain ;
Par moi tu règles dans ta main
D'un courfier indompté la fougueule rudeffe ;
Je fuis le Dieu des vents ; ce qui couvre Philis ;
Et le genre fublime où brillèrent jadis
Rouffeau , la Mothe ; un Evêché de France ;
Le figne de l'efprit ; celui de l'opulence ;
Petite ville près Paris ;
Ce que tu fais lorfque la foif te preſſe ;
Et l'endroit que préfère un berger amoureux
Près d'un raiffeau , pour peindre fa tendreffe
Au tendre objet de fes timides feux.
Adieu , lecteur , devine fi tu peux.
Par JEAN-MARC BELLEVILLE , habitant de
Bry-fur-Marne , abonné au Mercure.
Q
AUTRE.
UOIQUE mes traits foient odieux ,
Je fuis dans plus d'un caractère :
Un vil reptile fut mon père ,
Je rampe comme lui pour me déguiſer mieux,
Six pieds forment mon exiftence :
En les décompofant , fous des traits gracieux ,
64 MERCURE DE FRANCE.
Je t'offre le doux nom que me permet Hortenfe
Dans nos entretiens amoureux.
Deux notes de mufique ; & la noble carrière
Qui fignala jadis nos preux ;
Et ce qui quelquefois les mit au cimetière ;
Le doux fruit d'un travail qui nous fert de leçon i
Et l'excrément d'une aimable boiffon ;
Un inftrument rongeur ; un faîte ;
Enfin , lecteur , ce que je te fouhaite.
Par le même.
Q
CHANSON
.
UAND , pour te plaire , belle Hortenfe ,
A ta voix je mêle mes fons >
L'amour est toute ma fcience ,
Lui feul me dicte des leçons.
Interprète de ma flâme ,
Ma fûte exprime mes defirs ;
Je lui communique mon âme ,
Et les accens font mes foupirs.
Paroles & mufique de M. J ***.
Amoureusem
Quand pour le plaire belle Hortense A ta
voix je mêle mes sons; L'amour est toule
ma science Lui seul me dicte des leçons:
Inter-prete de maflame,Ma flute ex =
曲
W
prime mes
desirsje lui communiquemon a -me,
Etses ac cens sont mes soupirs sont mes soupirs.
NOVEMBRE 1767. 65
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
NANCY , ou les Malheurs de l'imprudence
& de la jaloufie , hiftoire tirée de l'anglois
; par M. D'ARNAUD , Confeiller
d'Ambaffade de la Cour de Saxe , des
Académies, &c. enrichie d'eftampes , in- 8 ° :
prix 36 fols. A Paris , chez L'ESCLAPART
, Libraire , quai de Gêvres , &
la veuve DUCHESNE , rue Saint Jacques.
SIRIR Herftord venoit de mourir ; fa
fortune confiftoit dans une charge confidérable
; fa veuve & fa fille Nancy reftèrent
avec peu de biens : elles étoient
accoutumées à l'aifance . Nancy ne pouvoit
fe réfoudre à defcendre ; fa mère
eut la complaifance de céder à fa petite
vanité elle ouvrit enfin les yeux fur les
fuites de cette condefcendance ; mais fesrepréſentations
n'eurent point de pouvoir
fur l'âme de Nancy. Elle fe répand dans
66 MERCURE DE FRANCE .
le monde ; fon amour-propre cft flatté des
conquêtes qu'elle fait , & l'engage à tout
tenter pour les multiplier. Un homme du
bon ton , un élégant , veut la mettre dans
la lifte des belles qu'il a féduites ; il lui
fait fa cour affidument , mais ne parle
point de mariage. Il explique fes intentions
à Nancy dans une lettre , & la révolte
fans la corriger. Bentley , jeune
homme qui revenoit du Levant , la voit
au fpectacle , l'aime , s'introduit chez elle ,
& s'annonce pour un mari. La mère de
Nancy ne lui cache point le déplorable
état de la fortune de fa fille ; mais l'amour
eft plus fort ; il touche Nancy , la détermine
à un mariage fecret : fa mère meurt
de douleur en l'apprenant , & prédit à fa
fille les malheurs dans lefquels elle va fe
plonger. Le père de Bentley défapprouve
le mariage de fon fils ; la coquetterie de
Nancy lui étoit connue : il ne veut point
entendre parler d'elle. Bentley fait un
voyage aux Indes. Nancy , pendant fon
abfence , ne change point de conduite ;
les plaifirs bruyans font feuls de fon goût :
fon hôteffe en eft fcandalifée . Au retour
de Bentley , elle veut lui donner congé ;
elle laiffe échapper quelques mots qui
éveillent la jaloufie de ce jeune homme.
Il eſt forcé de faire un fecond voyage ; il
NOVEMBRE 1767. 67
?
engage l'hôteffe à garder fa femme pendant
une année : il lui recommande furtout
de veiller fur fes démarches , & de
lui entendre compte. Pendant fon abfence ,
Nancy fait une chûte , accouche avant
terme ; la crainte d'exciter des foupçons
dans l'efprit de fon mari ; la détermine à
cacher cet accident . L'enfant vit ; l'hôteffe
le voit avec peine , on l'évite , cela lui
donne de la défiance. Nancy , toujours
imprudente , fait à la comédie connoiffance
avec une femme qui la vient voir ,
& à qui elle rend fa vifite , fans prendre
d'autres informations que celles de l'endroit
où elle demeure. Un mouvement ,
qui fe fait par hafard dans la rue , la conduit
à la fenêtre ; elle voit fon beau- père
qui la regarde avec mépris. Elle s'en va
fort affligée , demande quelle eft fa nouvelle
connoiffance , & eft informée que
c'eſt une fille entretenue.
Bentley , à fon retour , eft inftruit par
l'hôteffe des nouvelles qu'il craint ; il
reçoit une lettre qui lui apprend que fon
père eft à l'extrêmité : il part fans dire
adieu à fa femme , trouve fon père mort
qui l'a deshérité. Un oncle lui apprend
la vifite de Nancy , à une fille perdue
réputation , y a beaucoup contribué.
Bentley , perfuadé du défordre de ſa
que
68
MERCURE
DE FRANCE
.
femme , lui écrit qu'il l'abandonne ; il
charge fon oncle d'aller la déterminer à
une féparation . L'oncle arrive ; Nancy
avoit reçu la lettre de fon mari : elle étoit
tombée malade ; fon fils venoit de mourir.
Elle fe juftifie ; l'hôteffe reconnoît
l'injuftice de fes foupçons. On rappelle
Bentley ; il vient ; il arrive pour recevoir
les derniers foupirs de Nancy ; fa raifon
s'égare ; & il meurt deux ans après dans
une maifon de force où fa fureur l'avoit
fait renfermer.
Rien de plus fimple que le fond de ce
roman ; rien de plus intéreffant que la
manière dont il eſt traité : c'eſt d'un bout
à l'autre , des fituations touchantes , remplies
de fentiment , d'intérêt & de chaleur.
Ce qu'on y voit fur-tout avec plaifir , ce
font des leçons de vertu mifes en action.
Combien de jeunes perfonnes , réellement
vertueufes , font les victimes de leur imprudence
! Il réfulte de cette nouvelle , qu'il
ne fuffit pas d'aimer la vertu , d'être innocente
, mais encore qu'il faut le paroître
aux yeux de tous ; que l'on doit éviter
jufqu'au moindre foupçon . Des romans
de cette nature valent bien des traités de
morale ; on pourra regarder un recueil
d'ouvrages de cette efpèce , compofés par
le même auteur , comme le Code des devoirs
de l'homme. C'est l'inftruction même,
NOVEMBRE 1767. 69.
cachée fous les grâces de l'imagination
réunie à l'énergie du ftyle ; & c'eft ainfi
qu'un homme de lettres peut devenir utile
à fes concitoyens , & bien mériter de fa
patrie & de l'univers entier. Qu'on rende
donc juftice à la littérature ; c'eft un feu
facré qui , employé par certains écrivains ,
eft nuifible , brûle , dévore , & qui , mis
en oeuvre par le vrai philofophe , échauffe
le germe des vertus , les développe , &
contribue aux plaifirs & au bonheur du
genre humain. Le public attend avec
impatience la fuite de cette collection fi
précieufe , qui deviendra toujours plus
intéreſſante & plus inftructive.
ABREGE de l'hiftoire de Port - Royal ; par
M. RACINE , de l'Académie Françoiſe ;
ouvrage fervant de fupplément aux trois
volumes des oeuvres de cet auteur , imprimé
à Vienne, & fe trouve à Paris ,
chez LOTTIN le jeune , rue Saint Jacques
, vis- à- vis celle de la Parcheminerie ;
1767 ; in- 12 ,
Nous avons déja annoncé cet ouvrage ,
dans notre fecond volume de janvier. Nous
nous promettions
alors d'y revenir , & d'en
donner un extrait, Pour cela , nous l'avons
70 MERCURE
DE FRANCE.
relu avec foin , & toujours avec la même
fatisfaction. Nous penfons que la première
partie , qui eft , depuis vingt cinq ans , trèsrépandue
, & dans les mains de tout le
monde , eft aujourd'hui trop connue pour
l'analyfer à l'égard de la fuite , ou feconde
partie , elle eft peu confidérable pour l'étendue.
D'ailleurs , étant bien courte , elle
.mérite d'être lue dans fon entier. Nous
nous contenterons d'en extraire un trait ,
qui pourra donner une légère idée à ceux
qui n'auront pu la lire encore.
و د
ود
"
« M. Pafcal n'étoit âgé que de trente-
» neuf ans ; mais quoiqu'encore jeune ,
» fes grandes auftérités , & fon application
» continuelle aux chofes les plus relevées ,
» l'avoient tellement épuifé , qu'on peut
» dire qu'il mourut de vieilleffe . Il laiffa
imparfait un grand ouvrage qu'il avoit
» entrepris contre les athées. Les fragmens
qu'on en trouva difperfés dans fes pa-
» piers , & qui ont été donnés au public ,
» fous le nom de penfées de M. Pafcal ,
» peuvent faire juger , & du mérite qu'auroit
eu l'ouvrage , s'il eût eu le temps de
» l'achever , & de l'impreffion vive que
» les grandes vérités de la religion avoient
faitefur fon efprit , & c.
"
و د
ور
ود
Ce volume eft une fuite néceffaire des
oeuvres du grand Racine. En rapprochant
NOVEMBRE 1767. 71
cet opufcule de fes autres ouvrages , on
fentira à la lecture de celui - ci , un plaifir
différent. On fera charmé de voir comment
l'auteur fublime de Phedre & d'Athalie
a fu plier fon génie à la fimplicité de
fon fujet. Ce ne font pas ici des confidens ,
des Miniftres , des Rois , des Empereurs.
De fimples Religieufes jouent les princi
paux rôles , dans l'hiftoire de Port- Royal,
Mais dans cette fimplicité même , l'on découvre
des graces nouvelles , que l'auteur
a fu y répandre. Par-tout on remarque le
charme de la vérité.
EXTRAITS de différens Mémoires de M.
S. R. L. V. ci-devant Architecte de
L'Impératrice Reine & du Roi de Pruffe ,
fur divers objets effentiels à la confervation
de la vie & de la fortune des habitans
des villes.
SUR LES INCENDIES.
DAANNSS un mémoire fur les incendies , &
fur les moyens d'y apporter les fecours les
plus prompts & les plus efficaces pour en
empêcher les progrès & les éteindre , cer
auteur artifte décrit les divers établiſſemens
72 MERCURE DE FRANCE.
faits dans les principales villes de l'Europe ,
les compare les uns aux autres , en difcute
les avantages & les défauts , fait voir qu'il
n'eft aucune ville où on ait pris des précautions
plus exactes qu'à Berlin , & que tour
ce qui a été fait , corrigé ou augmenté
dans ces derniers temps concernant cet
objet effentiel à la vie & à la fortune des citoyens
, n'eft non - feulement qu'une imitation
imparfaite de ce qui fe paffe dans la
Capitale du Brandebourg , pour remédier
à ces accidens funeftes ; mais qu'il eft poffible
d'employer des moyens plus exacts ,
moins compliqués , infiniment plus fûrs &
plus prompts pour arrêter les incendies dès
leur naiffance , en empêcher les progrès ,
& les éteindre.
Il pofe pour principes , qu'il faut que les
moyens puiffent être efficaces en toute faifon
, c'eft - à - dire , qu'on puiffe avoir de
l'eau fluide dans les temps de gelée comme
dans les autres ; qu'on puiffe en avoir une
affez grande abondance pour lutter &
vaincre l'opiniâtreté des flammes , lorfque
l'intempérie de l'air leur donne de la force ;
qu'on ne foit pas obligé de l'aller chercher
au loin , mais qu'on en trouve à l'inſtant
fous la main , & à portée de toutes les
ties hautes & baffes d'une ville ; qu'il faut
le remède puiffe être adminiftré avec que
parautant
NOVEMBRE 1767. 73
autant & plus d'activité & de promptitude ,
s'il eft poffible , que les incendies n'en ont
dans leurs progrès ; & qu'il faut employer
un petit nombre de travailleurs , feul
moyen d'éviter les embarras & les défordres
de toute efpèce , qui , dans ces cas , fe
multiplient , quelques précautions que l'on
prenne.
Après ces principes , il établit les vérités
fuivantes. L'eau des puits & des cîternes
eft la feule qui foit fluide dans les temps
de gelée
Les pompes armées de tuyaux de cuir
font le feul moyen de conduire & diriger
l'eau dans tous les endroits où l'on en a
befoin.
De ces principes & ces vérités , il en
tire les conféquences fuivantes , qui font
les feuls moyens d'arrêter les incendies
dès leur naiſſance , d'en empêcher les progrès
, & de les éteindre.
Dans toutes les parties baffes d'une ville
& jufqu'à mi-côte , il faut conftruire un
puits fous le mur de face de chaque maiſon ;
& depuis la mi- côte & dans les parties
hautes , conftruire au - deffous des caves de
chaque maifon une cîterne avec un aqueduc
jufques fous le mur de face
Dans chaque puits , & à l'extrêmité de
l'aqueduc de chaque cîterne , établir une
D
1
7.4
MERCURE
DE FRANCE.
pompe dont le balancier fera renfermé
dans une petite niche de forme quelconque
, pratiquée au rez- de - chauffée de la
Lue.
Dans chaque niche , on placera autant
de toifes de tuyaux de cuir , que la maiſon
en a de face en longueur.
Les noeuds de tous ces tuyaux de cuir
feront taraudés fur un même pas de vis pour
route la ville , afin de les joindre indiftinctement
les uns aux autres en cas de befoin.
Chaque niche fera fermée d'une porte
avec ferrure à deux entrées , l'une pour la
clef des propriétaires & locataires , l'autre
pour la clef publique , qui fera entre
les mains des Commiffaires , Infpecteurs
de police , Brigadiers & Sergens du guet ,
Brigadiers des pompiers , & c.
Il est évident que cet établiffement eft
poffible, à mesure qu'il fe trouve des répa-
Fations à faire aux murs de face , & qu'on
peut conftruire une cîterne fous une cave.
Un puits ne coûte pas plus à conſtruire
fous un mur de face , que dans tout autre
terrein qu'occupe une maifon . Une cîterne
ne coûtera pas plus qu'un puits fouillé à
15 , 16 & 18 toifes de profondeur , dans
lequel il eft difficile de fe fervir de pompes ,
à caufe de la foibleffe de fa puiſſance. Il
n'y auroit donc que la pompe & les tuyaux
NOVEMBRE 1767. 75
de cuir qui deviendroient un furcroît de
dépenfe pour les propriétaires ; mais elle eſt
médiocre , ne fe répéteroit pas fouvent , &
ne doit pas être mise en comparaifon avec
l'utilité & les avantages qui en résultent.
Avantage de cet établissement .
Chacun pourroit remédier foi- même
aux accidens du feu , dès l'inftant de leur
naiffance ; par conféquent il feroit trèsrare
qu'ils puffent faire des progrès . Les
voifins fe prêteroient facilement du fecours
les uns aux autres . Les fceaux de ville ,
dont le fecours eft fort lent , deviendroient
inutiles , peut- être même les pompes d'incendie
; & dans ce cas , les fonds deſtinés
à l'entretien des uns & des autres , feroient
employés aux réparations des pompes
maifons qui auroient été gâtées pour
fervice public.
des
le
Il ne feroit plus néceffaire de faire des
retenues d'eau , qui incommodent les travailleurs
, qui engorgent les pompes d'incendie
par leur faleté , & dans lesquelles
périffent les meubles & les effets des malheureux
incendiés.
Il ne faudroit qu'un petit nombre de travailleurs
qui ne fe nuiroient point les uns
aux autres ; par conféquent il n'y auroit
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
plus lieu aux vols , aux filouteries , & autres
défordres.
L'eau des cîternes étant reconnue pour
bonne , tant pour la cuiffon des légumes ,
que pour le blanchiffage & pour l'abreuvement
des animaux domeftiques , elle
fuppléeroit aux fontaines , dans les quartiers
élevés où il n'y en a point.
&
Cet établiffement , dans lequel on n'a eu
d'abord pour point de vue que les incendies
, contribueroit auffi beaucoup à la falubrité
de l'air , à la propreté des rues ,
à procurer de la fraîcheur dans les temps
des grandes chaleurs , puifqu'il feroit trèsfacile
d'arrofer le pavé , & de le laver auffi
fouvent qu'on voudroit , jufqu'au point de
ne voir que de l'eau claire couler dans les
ruiffeaux .
Nous terminerons ici l'extrait de ce
mémoire qui eft plein de réflexions judicieuſes
, d'obfervations fages & exactes , &
de vues utiles.
Nous donnerons dans la fuite l'extrait des
autres mémoires de cet auteur , fur les banquettes
des ponts & des quais , fur la conftruction
des ports , fur les marchés &
places publiques , fur les falles des fpectacles
, fur un palais des mufes , far un pantographe
de perfpective , &c.
NOVEMBRE 1767. 77
RÉPONSE de MM. DussosSOY à une
Religieufe du Couvent de Saint Magloire ,
dont la lettre eft inférée dans le Mercure
du mois de mai dernier , au sujet d'un
livre intitulé : le Citoyen défintéreffé .
JE vous' demande pardon , ma chere ſoeur ,
du chagrin que vous a caufé la lecture de
mon ouvrage , je ne devois cependant
pas m'attendre aux reproches que vous me
faites ; je croyois vous avoir fait un affez
bon parti en vous transférant d'une maison
peu commode , d'une retraite obfcure , dans
une maifon plus agréable , dans un air pur
& falubre ; j'efpérois qu'en récompenſe
vous m'auriez pardonné le facrifice que je
faifois de votre couvent , à l'utilité publique
, à la commodité de mes concitoyens
& des vôtres jugez combien j'ai dû être
étonné en vous entendant vous écrier à
la profanation & à l'impiété, en vous voyant
ne pas me faire grace de deux fautes d'impreffion
affez peu importantes , & couvrir
felon l'ufage , vos petits intérêts de ceux de
Dieu & de la religion . Je ne fuis ni impie
ni profane ; je fuis un citoyen qui adore
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Dieu , qui refpecte la religion , & qui la
vois outrager , avec douleur.
›
J'ai fait vou comme vous, ma chere foeur,
comme tous mes concitoyens comme
tous les hommes , de me rendre autant qu'il
me feroit poffible , utile à ma patrie . Vous
faites confifter cette utilité dans la folitude ,
& à vivre dans l'obfcurité d'un cloître ,
& moi à leur faire part de mes vues ,
chercher les moyens de contribuer à leur
bien- être , à l'embelliffement & à la commodité
de la capitale.
à
Je fais , & j'en fuis plus fâché que vous ,
qu'on ne peut parvenir à faire un bien général
, fans qu'il n'en réfulte quelque petit
mal particulier , malheureufement ce petit
mal tombe naturellement fur votre couvent
; en voilà affez pour que vous m'accufiez
d'avoir un fecret penchant pour la
dévastation , quoique j'aie toujours protefté
le contraire . Mais j'ai affez prouvé
dans mon ouvrage , que la démolition de
votre couvent étoit néceffaire ; il faut
vous convaincre qu'elle n'a rien d'impie.
Vous convenez que Catherine de Medicis
eut envie de faire un palais de votre
maiſon ; & fi elle ne le fit pas , ce fur pour
des raifons qui n'ont rien de relatif à la
religion. Vous ne difconviendrez peutêtre
pas que cette Reine ne fût bien pieufe ,
NOVEMBRE 1767. 75
dans toute l'extenfion que vous donnez à
ce terme , & même qu'elle ne le fût un
peu trop pour le malheur de la France . Pourquoi
donc ne voulez- vous pas que des Magiftrats
, à qui la religion fait un devoir de
veiller aux befoins de la capitale , prennent
cette maifon pour l'avantage du public ,
en vous en donnant une autre ? Est - ce parce
qu'ils ne font pas pieux à la maniere de
Catherine de Medicis? J'avoue cependant
que je ferois dans mon tort , s'il n'y avoit
point d'églifes dans le quartier que vous
occupez , car il eſt néceffaire qu'il y ait des
temples à portée des quartiers les plus
fréquentés ; mais ma foeur , comptez avec
moi ; & vous trouverez dans lafeule rue
Saint Denis , la plus marchande de Paris ,
la plus peuplée , où le terrein eft le plus précieux
, quatre paroiffes , trois communautés
d'hommes & quatre de filles , qui occu
pent les terreins les plus confidérables , tandis
qu'il y a bien des villes du fecond , &
même du premier ordre , qui n'en ont pas
autant. C'est être bien modefte , ma chere
foeur , que de ne prendre fur cette étendue
de terre bénie ( comme vous . dites ) fur
onze couvens , cchhaappiittrreess , ou paroiffes ,
que celui des Religieufes Saint Magloire.
Je fais qu'il n'eft pas dans le cas de ces de-
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
*
meures fuperbes , où les paifibles enfans
de deux célebres Cénobites prient au ſein
du repos ; afyles charmans , dont vous
m'accufez d'avoir fait une peinture trop
Alatée ; auffi n'est- ce pas pour cette raifon ,
que je veux qu'on le fupprime. Vous craignez
que cette fupreffion ne faffe tort à la
religion : il me femble au contraire que
plus le nombre des temples du Seigneur
fera limité , & mieux il yfera adoré . Il n'y
en avoit qu'un à Jérufalem ; quel refpect
n'infpiroit-il pas au peuple Juif ? quelle
pompe dans les cérémonies , dans la primitive
églife , & lors même qu'elle ne fut
plus perfécutée ? Les temples en plus petit
nombre n'en étoient que plus fréquentés.
Oferois- je le dire ? ou la plupart des fondateurs
ont mal entendu les intérêts de la
religion , ou un peu d'amour propre s'eft
mêlé à leur piété . Si au lieu de faire des
fondations nouvelles , ils n'avoient fait
qu'ajouter aux anciennes , ils auroient fait
le même bien , en évitant la multiplicité
qui , en rendant les objets trop communs ,
les rend moins précieux.
Je ne crois pas que vous ne conveniez
que des halles , dans une ville comme Paris
, ne foient d'une néceflité abfolue : celles
qui font deftinées aux matieres comeltibles
, font très - bien fituées ; mais elles
NOVEMBRE 1767. Sr
par
font embarraffées les halles aux draps
& aux cuirs ; & ces embarras out fouvent
des fuites funeftes pour la vie des citoyens
qu'ils expofent à être écrafés , ou pour
leur fanté par la malpropreté inévitable
dans des lieux auffi refferrés. Que faut- il
pour les débarraffer ? Que vous cédiez
à la halle aux draps & à celle aux
cuirs un emplacement qui lui eft propre.
Eh quoi ! ma foeur , vous pourriez
balancer entre le petit défagrément , fi
c'en eft un , de changer de maifon , & la
vie & la fanté d'un peuple pour lequel
vous priez jour & nuit ? & vous appelleriez
cette propofition une profanation ,
une impiété ? Eh ! ma chere four , où en
feroit la fociété , fi le gouvernement étoit
dirigé par des Religieux , ou s'il penfoit
comme des Religieufes ? Il vient d'ordon
ner que les Chanoines réguliers de la
Couture feroient transférés à la maifon de
Saint Louis , occupée ci- devant par les Jéfuites
, & qu'il feroit fait de l'églife &
maifon de ces Chanoines , un marché public
, afin de rendre libre la rue Saint Antoine
. Crierez - vous encore à l'impiété , à
la profanation ?
Je fuis , & c.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
j
LETTRE de Gabrielle d'Eftrées à Henry
IV , précédée d'une épître à M. de
Voltaire , & de fa réponse ; par M.
BLIN DE SAINMORE : troisième édition
, ornée de gravures. A Paris , chez
JORRY , rue de la Comédie Françoife ;
1767 avec approbation & privilége du
Roi ; in- 8 ° . de 38 pages. Prix ▲ liv.
16 fols.
LA multiplicité des éditions eſt une des
preuves les moins fufpectes du fuccès d'un
ouvrage. Nous annonçons toujours celui - ci
avec un nouveau plaifir : c'est une des
meilleures productions que nous ayons en
ce genre. Au refte M. Blin de Sainmore
eft en partie redevable de la réputation
qui le diftingue parmi nos jeunes verfificateurs
, aux foins continuels qu'il prend
de corriger fes poéfies . Voici comme il a
changé le commencement de fon épître
à M. de Voltaire :
O toi dont le brillant génie
Près de Corneille & de Milton
Tient le fceptre de l'harmonie ,
Et vole aux cieux avec Newton';
NOVEMBRE 1767. 83
Toi qu'Apollon toujours careffe ,
Toi qui chantas fi bien le Roi
Dont je vais peindre la maitreffe ,
Divin Voltaire , inſpire- moi
Cette cadence enchantereffe ,
Ces fons touchans & cette ivreffe
Dont tu fais animer tes airs ;
Le fentiment , ce roi du monde ,
Fait feul le charme de nos vers ;
C'eft la chaleur vive & féconde
Qui reffufcite l'univers ;
Oui , c'eſt par-là que mon ouvrage
Peut fe répandre dans Paris ,
Et que , marqué de ton fuffrage ,
Il peut échapper au naufrage
De la foule des froids écrits.
De la fenfible Gabrielle
Tu chantas les premiers plaifirs
Protége - la fois - lui fidèle
Jufques à fes derniers foupirs. &c.
On trouve , chez le même Libraire , la
collection des héroïdes de M. Blin de
Sainmore.
D v
434
.
MERCURE
DE
FRANCE
.
ANNONCES DE LIVRE S.
CONSIDERATIONS ONSIDÉRATIONS fur les moeurs de ce
fiècle ; par M. Duclos , hiftoriographe de
France , l'un des Quarante de l'Académie
Françoife , & de celle des Belles- Lettres
de l'Académie de Berlin , & de la Société
Royale de Londres : cinquième édition . A
Paris , chez Prault , quai de Gêvres ; &
chez Durand neveu , Libraire , rue Saint
Jacques ; 1767 : avec approbation & privilége
du Roi.
Les éditions multipliées & fréquentes
de cet ouvrage , les diverfes traductions
qui en ont été faites , le genre de philofophie
qu'on y traite , les détails agréables
& ingénieux qu'il préfente , la grande connoillance
du coeur & du monde , la force ,
la clarté , la précifion , l'exactitude &
P'élégance du ftyle , tout contribue à lui
donner la plus grande célébrité. Il fera
mis , avec raifon , à côté de la Rochefoucault
& la Bruyère ; & M. Duclos , parmi
les plus grands philofophes de notre fiècle,
plus philofophe que le précédent.
La théorie & la pratique du jardinage
& de la culture , par principes , & démonNOVEMBRE
1767. 85
trée d'après la phyfique des végétaux ; le
tour précédé d'un dictionnaire fervant
d'introduction à tout l'ouvrage , & qui
forme le premier tome ; par M. l'Abbé
Roger Schabol avec figures en tailledouce
, deffinées & gravées d'après nature.
A Paris , chez G. Defprez, Imprimeur du
Roi , rue Saint Jacques ; 1767 : avec approbation
& privilége du Roi ; in- 8 ° . petit
format , ou grand in- 12 , fix livres relié.
La préface qui eft en tête de ce livre
donne la plus grande idée de l'ouvrage ,
non pas tel qu'il eft actuellement , car il
n'existe pas encore , mais tel qu'il fera
lorfqu'il fortira des mains de fon auteur.
Ce que nous annonçons aujourd'hui , n'eſt
que la définition & l'explication des termes
& des différentes parties du jardinage ,
rangées par ordre alphabétique en forme
de dictionnaire , dans lequel on s'eft appliqué
à rendre clairement l'intelligence
de tout ce que l'art du jardinage contient
de plus intéreffant. A l'égard des volumes
qui ne paroiffent point encore , voici ce
l'auteur en dit d'avance , ainſi que du
dictionnaire que nous annonçons . « Cet
» écrit , comme ceux qui le fuivront , font
» univerfellement attendus depuis plus de
vingt ans , à la ville , dans les provinces ,
» & chez l'étranger , par les cultivateurs &
que
"
86 MERCURE DE FRANCE.
"
"D
30
» par les non cultivateurs. L'ouvrage eft
déja comme publié , dans un fens , avant
que de l'être à l'impreffion : d'abord ,
» parce que la méthode de l'auteur eſtt pratiquée
avec un fuccès toujours égal dans
quantité d'endroits , depuis plus de
trente années , chez ce qu'il y a de mieux
» dans l'univers , avec un fuccès toujours
égal ; enfuite , parce que plufieurs mor-
» ceaux faifant partie de tout l'ouvrage ,
» même des traités entiers , ont été com-
» muniqués à nombre de curieux parmi les
perfonnes du plus haut rang , qui les ont
»fait copier de fon confentement ».
ود
"
LEÇONS fur l'économie animale , par
M. Sigaud de la Fond , maître de mathématique
, démonftrateur de phyfique expérimentale
, de la Société Royale des Sciences
de Montpellier , de l'Académie Royale
des Sciences & Belles Lettres d'Angers
& c. A Paris , chez Nicolas- Auguftin Delalain
, Libraire , rue Saint Jacques ; & à
Dijon , chez la veuve Coignard, & Louis
Frantin , Libraires ; 1767 : avec approbation
& privilége du Roi , deux vol . in - 12 .
Cet ouvrage eft principalement deftiné
aux perfonnes qui , inftruites des principes
de la phyfique , veulent fe former une
idée de l'économie animale & de la confNOVEMBRE
1767. 87
truction du corps humain. Quoiqu'il
n'entre pas dans un détail anatomiques
bien circonſtancié, il n'a pas négligé pour
cela , de donner une defcription fuffifante
des parties dont il s'eft propofé d'expliquer
les fractions. Il nous a paru que les définitions
étoient claires , exactes & fuffifantes
pour un phyficien , & pour ceux
qui , après avoir fuivi des démonſtrations
particulières , voudroient fe rappeller le
précis d'une étude plus longue , & dont
les connoiffances s'effacent aifément.
LETTRES choifies des auteurs François
les plus célèbres , pour fervir de modèle
aux perfonnes qui veulent fe former dans
le ftyle épiftolaire ; précédées des regles à
obferver dans les divers genres de fujets ,
fur lefquels on a occafion d'écrire , & du
cérémonial qui eft en uſage . A Paris , chez
Guillyn, Libraire , quai des Auguftins , du
côté du pont Saint Michel , au lys d'or ;
1767 avec approbation & privilége du
Roi , 2 vol . in 12 , cinq liv . brochés , &
fix liv. reliés.
On ne s'eft pas borné , dans ce recueil ,
à donner des modèles de lettres fur toutes
fortes de matières ; on y a joint des regles
& des préceptes fur le ftyle épiftolaire. A
88 MERCURE DE FRANCE .
l'égard des lettres même , qui font la
partie principale de cette compilation ,
nous croyons que le choix en eft bien fait ,
& qu'il n'y a aucun genre qui ne trouve
ici les modèles les plus parfaits , tirés des
auteurs les plus célèbres .
VOYAGE au tour du monde , fait en
1764 & 1765 , fur le vaiffeau de guerre
Anglois le Dauphin , commandé par le .
Chef d'efcadre Byron , dans lequel on
trouve une defcription exacte du détroit
de Magellan , & des géans appellés Patagons
, ainfi que de fept ifles nouvellement
découvertes dans la mer du Sud : traduit
de l'Anglois , par M. R *** . A Paris ,
chez Molini , Libraire , fur le quai des Auguftins
, à l'Italie lettrée ; 1767 : avec approbation
& privilége du Roi ; vol in 12 .
Si tout ce qui eft rapporté dans ce livre
eft exactement vrai , il n'y a plus de raifon
de douter qu'il n'y ait une nation de
géans , qui exifte fur la côte de Patagonie.
L'expédition du Chef d'efcadre Byron ,
& le rapport authentique & unanime des
équipages de deux vaiffeaux de guerre , ne
laiffent plus le moindre prétexte au pirrhoifme
le plus déterminé fur cet objet.
Pour achever de confirmer le public dans
cette vérité , le traducteur de ce livre rapNOVEMBRE
1767. 89
porte dans une longue préface , le témoignage
des différens voyageurs qui , depuis
Magellan jufquà nous , ont dépofé avoir vu
fur la côte des Patagons , des hommes
d'une grandeur extraordinaire . Quoi qu'il
en foit de l'exiſtence de ce fait , le nouveau
voyage au tour du monde contient des détails
affez curieux pour en rendre la lecture
inftructive & agréable.
L'ESPRIT des poëtes & orateurs célèbres
du règne de Louis XIV ; par Mlle
de Saint-Vaft ; dédié à Monſeigneur le
Dauphin. A Paris , chez Defpilly ; Libraire
, rue Saint Jacques , à la croix d'or ;
1767 avec approbation & privilége du
Roi ; in- 12 de 2 liv. 10 fols broché , 3 liv.
relié .
pre-
En donnant l'efprit des poëtes & des
orateurs célèbres , le point de vue principal
de Mlle de Saint -Vaft a été de préfenter
un ouvrage de morale qui pût être
tout enfemble agréable & utile. Elle divife
fon ouvrage en deux parties ; dans la
mière font les penfées qui ont rapport à la
religion. La feconde contient les vertus
morales & les devoirs de tous les états .
On trouve à la fin un article féparé des
penfées qui n'ont pu avoir place dans le
corps de l'ouvrage . Sans prononcer fur le
.
90 MERCURE DE FRANCE.
mérite de ce choix , nous croyons que l'au
teur de ce recueil a lu avec fruit les bons
écrivains fur la religion & fur la morale ,
& que fon livre pourra fe lire avec une
égale utilité par ceux qui aiment la morale
& la religion.
LA veftale Clodia à Titus ; par M. le
`
Suir
, actuellement à Parme ; grand in- 8 °.
de 32 pages .
Clodia , convaincue d'avoir perdu fa
virginité , & condamnée , fuivant la loi
des veftales , à être brûlée vive , eft fuppofée
dans un cachot , où elle reçoit une
lettre de Titus , fon amant. Elle lit cette
lettre , & , après l'avoir fue , elle dit tout
ce que l'amour & le défefpoir lui infpirent.
Tel eft le fujet de la première héroïde ,
dont la longueur , d'environ trois cens
cinquante vers , ne fait point defirer d'en
voir la fin. Le fujet de la feconde eft cette
même Clodia , fuppofée enterrée vive
dans un tombeau , qui adreffe à ce même
Titus fes plaintes & fa douleur. Il feroit
difficile de réunir à la fois plus de fentiment
& de poéfie , que dans ces deux pièces
, qui décélent dans l'auteur un vrai talent
pour ce genre d'écrire.
PANÉGYRIQUE de Saint Louis , pro-
1
NOVEMBRE 1767. 91
noncé dans l'églife des Prêtres de l'Oratoire
, le 25 août 1767 , en préfence de
MM. des Académies des Belles- Lettres &
des Sciences ; par M. l'Abbé Gayet de
Sanfale , Docteur de la Maifon & Société
de Sorbonne , Chanoine de Saint Paul de
Lyon , Confeiller au Parlement de Paris.
A Paris , chez Cuiffart , Libraire , quai de
Gêvres , à droite en entrant par le pontau-
change , à l'eſpérance ; 1767 : in - 8 ° .
و د
Les deux points de ce panégyrique font :
" Louis fut grand par for courage , mais
» d'un courage réglé par la religion , mag-
» nus fortitudine. Grand par fa fagefle ,
mais d'une fageffe éclairée par la religion
, magnus judicio
" "3.
ÉLOGE de Charles V , furnommé le
Sage , Roi de France . A Amfterdam , &
fe trouve à Paris , chez Valeyre le jeune ,
rue Vieille - Bouclerie , à la Minerve ; de
Hanfy , rue Saint Jacques , à Sainte Thérefe
; 1767 grand in- 8 ° . de 70 pages.
Cet éloge paffe les bornes ordinaires des
écrits de ce genre , & ne paroît pas avoir
été fait pour être préfenté à l'Académie.
On ne dit pas même quel en eft l'auteur .
Il eft divifé en deux parties , dans lefquelles
on parcourt toutes les vertus du héros
que l'on célèbre.
92 , MERCURE DE FRANCE.
ÉPITRE d'Héloïfe à Abélard ; traduction
nouvelle par M. J. M. Simon . A Jatab ;
1767 : in- 8 °. de 36 pages.
:
Le fuccès de la célebre épître d'Héloïfe ,
traduite de Pope par M. Colardeau , n'a
pas empêché que M. Simon n'entrât dans
la même carrière ; mais nous fommes
obligés de dire que la traduction de M.
Colardeau est toujours celle qui mérite la
Couronne .
Avis aux mères qui veulent nourrir
leurs enfans ; avec des obfervations fur les
dangers auxquelles elles s'expofent , ainfi
que leurs enfans , en ne les nourriffant pas :
par Mde de le R..... A Utrecht , & fe
trouve à Paris , chez Lacombe , Libraire ,
quai de Conti ; brochure in- 8° d'environ
80 pages : 1768.
Il faut efpérer que ce petit ouvrage
rappellera les mères à ce premier devoir
de l'humanité ; puifqu'outre la fatisfaction.
de le remplir , elles y trouveront leur avantage
& celui de leurs enfans .
NOVEMBRE 1767. 93 .
ARTICLE II I.
SCIENCES ET BELLES-LETTRES.
ACADÉMIE S.
SÉANCE publique ordinaire de l'Académie
des Sciences , Belles - Lettres & Arts
de ROUEN , tenue le 5 août 1767 , dans
la grand'falle de l'hôtel de ville , en préfence
du Corps Municipal.
M. Du Boullay , Sécretaire des belleslettres
, ouvrit la féance par le difcours
fuivant.
MESSIEURS ,
« L'hommage que l'académie vous rend
» chaque année , n'eft pas feulement un
» acte de reconnoiffance ; c'eft pour elle
» un puiffant motif d'émulation . Le nom-
» bre des bons juges de toutes les espèces
» de productions de l'efprit fe multiplie
» tous les jours ; mais auffi votre tribunal
94 MERCURE DE FRANCE.
ود
» devient de plus en plus redoutable . Le
» frivole n'ofe plus s'y préfenter. Vous ne
difpenfez pas les mufes enjouées de l'o-
» bligation d'être utiles ; & perfuadés que
» l'influence des talens fur les moeurs pu-
» bliques augmente à proportion du pro-
» grès des lumières , vous exigez du badi-
» nage le plus agréable qu'il ferve d'orne-
» ment à la vérité.
n
و د
»
>>
L'académie , pénétrée du defir de
remplir vos vues , croiroit vous faire injure
, MESSIEURS , fi elle ne remplif-
» foit les momens que vous voulez bien
lui accorder , que par ces productions
légères qui ne laiffent dans l'efprit d'au-
» tres impreffions que le fouvenir de quel-
» ques phraſes artiftement cadencées. Obli-
» gée d'ailleurs de juftifier & de remplir à
» vos yeux le titre d'académie des fciences ,
»
des belles - lettres & des arts , elle ne doit
» paroître ftérile dans aucun de ces trois.
» genres , qui vous font également chers .
» L'unique attention qu'elle doit avoir ,
c'eft de mêlanger les matieres , de façon
que les difcuffions férieufes foient immédiatement
fuivies par des produc-
» tions fufceptibles des ornemens qui dé-
» laffent l'efprit & récréent l'imagination.
» C'est le but que nous nous fommes propofé
dans l'arrangement des ouvrages
33
"
"
NOVEMBRE 1767. 95
38
qui vont être foumis à votre examen
» & nous allons , fuivant l'ufage , com-
» mencer par le compte que nous vous de-
» vons , MESSIEURS , des travaux académiques
de cette année » .
33
Le même Sécretaire lut enfuite le compte
des travaux de l'année dans le département
des fciences & des arts utiles .
M. du Laque , profeffeur royal d'hydrographie,
& directeur de l'académie , a
eu plufieurs obfervations de la planete de
Saturne , faites dans les mois de juin ,
août & décembre 1758.
M. le Cat , Sécretaire des fciences , a
lu une lettre fur le tiffu cellulaire adreffée
à M. Bordeu , docteur en médecine , à
l'occafion de l'ouvrage que ce médecin
vient de publier fur cette matiere.
Le même a lu un mémoire fur une
fonde de fon invention , qu'il appelle ciftoftate,
parce qu'elle fixe la veffie dans l'opération
de la taille contre l'impulfion du
ciftotome , & qu'elle détermine exactement
la quantité de la fonde placée dans la
cavité de cet organe. Détermination eſſentielle
à celle de l'incifion intérieure dans
les méthodes latérales .
Le même a fait voir à l'académie un
inftrument qu'il a inventé pour garantir
l'iris de la léfion , à laquelle elle eſt ex96
MERCURE DE FRANCE.
pofée dans l'opération de la cataracte par
extraction .
M. Balliere , académicien titulaire , a
donné un mémoire fur les propofitions
prétendues univerfelles : ce mémoire a été
lu à la féance publique , & nous en donnerons
ci - après un extrait .
M. le Chandelier , académicien titulaire,
a lu un mémoire chymique fur le cidre ,
à l'occafion des coliques qui avoient regné,
fur-tout aux mois d'août & ſeptembre
1766. Ce fut fur les domeftiques que cette
cruelle maladie fe fit fentir , & ils en furent
attaqués en grand nombre , dans plufieurs
maifons diftinguées de cette ville .
Leurs maîtres , animés par des fentimens
dignes d'éloges , foupçonnèrent ,
pour caufe de ce défordre , le cidre , la boiffon
ordinaire des domeftiques , & ils conçurent
le deffein de le foumettre à l'examen
de la chymie.
M. le Chandelier feconda volontiers
leur zèle , & craignant que la funefte pratique
de quelques marchands de vin de
Paris , qui , pour adoucir des vins verds ,
y mêlent de la litarge , n'eût été adoptée
par quelques- uns de nos marchands de
cidre , il tourna d'abord fes vues fur cette
préparation de plomb , qu'il croyoit devoir
principalement redouter.
Sans
NOVEMBRE 1767. 97
Sans entrer dans le détail des expériences
nombreufes dont il a rendu compte , il
fuffira d'affurer que les épreuves chymiques
les plus décifives n'y ont trouvé aucune
fubftance métallique.
Cependant il n'en conclut pas que les
coliques n'étoient point caufées
cidre , parce qu'en l'examinant , il s'appar
le
perçut qu'il y avoit beaucoup d'acide marqué
par la douceur du cidre nouveau , avec
lequel on l'avoit mêlangé. Il chercha les
moyens capables d'abforber cet acide , &
il donna un examen détaillé des fubftances
propres à produire cet effet : il ne s'agiffoit
pas feulement d'en trouver d'efficaces , il
falloit qu'elles fuffent peu coûteufes ; &
dans un fecond Mémoire , M. le Chandelier
fit rapport du fuccès parfait qu'il avoit
obtenu avec de la craie broyée : fuccès
tel qu'il croit pouvoir en conclure que le
cidre travaillé de cette manière , feroitincapable
de donner les coliques occafionnées
par le cidre chargé d'acide , & coupé avec
du cidre doux , tel que le vendent quelques
marchands.
Le même M. le Chandelier a lu un examen
du jalap ordinaire des boutiques ,
dans lequel il fepropofe d'examiner , s'il eft
vrai , comme l'avance un auteur refpectable
, que la réfine pure du jalap n'eft pas
E
98 MERCURE DE FRANCE.
la feule partie purgative de cette racine , &
que la portion extractive contribue à cet
effet. Ayant , pour y parvenir , féparé , par
les diffolvants les plus purs , la partie extractive
du jalap , il en a fait prendre , fous fes
yeux & par degrés , jufquà un gros ,
fans que
cette dôfe ait produit le moindre effet ;
d'où il réfulte que le jalap ne purge que
par fa partie réfineufe.
Le même a lu un détail d'expériences
occafionnées par l'annonce adreffée à l'Académie
d'un prétendu moyen trouvé dans
les Colonies , de dégager l'eau de la mer
de fon goût bitumineux, & en même temps
de la deffaler , en la diftillant avec un chapeau
d'huile. M. Monet , Affocié de cette
Académie , avoit déja prouvé que l'eau de
mer n'a pas de bitume . M. le Chandelier
ayant composé une eau bitumineuſe artificielle
, a éprouvé que l'huile n'empêchoit
point le goût de bitume de paffer dans
l'eau diftillée , & même que l'huile d'olive .
la plus pure communique un goût défagréable
à cette même eau.
Le même Académicien a lu l'examen
chymique d'une eau diftillée pour les
yeux , d'une grande efficacité . Sa compofition
étoit un myſtère , & quoique les ſelş
qui y entrent , foient mafqués l'un par l'autre
, il eft venu à bout d'en indiquer les
divers ingrédiens & les dôfes , au point que
NOVEMBRE 1767. 99
l'eau qui réfulte de fa compofition , fubit
les mêmes épreuves chymiques que celles
dont on fait un fecret.
M. Hubert , Académicien tiulaire , a
lu l'hiftoire des expériences faites au lieu
de Santé avec les pompes des fieurs
Thillaye & Quentin , & l'examen de la
ftructure de chacune d'elles , au nom des
Commiffaires nommés pour cet effet , du
nombre defquels M. Hubert étoit.
Le même Académicien a lu un Mémoire
fur une nouvelle machine à fcier du
bois , par le moyen de laquelle un balancier
& deux hommes font aller fix fcies. Le
même Académicien vient d'en exécuter
une pour fcier le marbre , qui fait aller
vingt fcies , par
par le moyen de quatre
hommes.
Le même a lu une réponſe à M. l'Abbé
Soumille , fur l'expérience de la chûte des
graves.
M. Neveu , Académicien titulaire ,
a lu des obfervations fur l'été de
1766 , comparé avec celui de 1725 &
1740 , defquelles il réfulte qu'on doit attribuer
l'humidité & la fraîcheur des étés
à la longueur , plus encore qu'à la rigueur
des hivers .
M. ingré , Affocié titulaire , a envoyé
un Mémore fur le choix des lieux où le
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
paffage de Venus du 3 juin 1769 pourra
être obfervé , & principalement fur la pofition
géographique de plufieurs Ifles de la
mer du Sud .
M. de la Maltiere , Affocié titulaire , a.
lu un Mémoire fur la découverte d'une efpèce
de terre verte , propre à la peinture :
découverte qu'il a faite dans les eaux de
Saint- Paul , en 1766.
M. Trocheveau , Affocié titulaire , a envoyé
une traduction d'un Mémoire Anglois
, fur le fommeil des plantes.
M. David , Académicien Adjoint , a
lu en plufieurs Séances , un Mémoire important
, contenant une théorie de la caufe
de la pefanteur. Il en a lu un extrait à la
Séance publique : nous en donnerons ciaprès
une notice .
M. Monet , Affocié Adjoint , a renvoyé
une nouvelle analyſe de l'eau de la mer.
Plus , un Mémoire fur la combinaiſon du
mercure , avec l'acide marin pour la voie
humide , où il expofe plufieurs procédés
pour obtenir cette combinaifon dans le
même état du fublimé corrofif.
Le même a envoyé un examen des
foudes de Vérac.
Le même enfin , a lu à la Séance publique
, un Mémoire fur les mines de fer de
Normandie , & dont nous donnerons ciaprès
l'extrait.
NOVEMBRE 1767. 101
M. Grout , Affocié Adjoint , Procureur
du Roi de l'Univerfité de Cherbourg , a
envoyé un Mémoire manufcrit fur l'origine
des fontaines *.
M. Omfel, externe , Procureur du Roi de
la Maîtriſe des Eaux & Forêts d'Arques , a
envoyé des obfervations fur un puits de
Quiberville , où l'eau monte quand la mer
defcend , & baiffe lorfque la mer monte.
M. Richebourg fils , externe , Officier de
Cavalerie dans le Régiment de Royal Lorraine
, a envoyé un Mémoire intitulé :
plan d'un difcours raifonné fur l'agriculture
.
Grand prix du département des Sciences
& des Arts utiles .
L'Académie avoit propofé , pour fujer
du grand prix de ce département , de rechercher
quelles font les mines de Normandie
, tant métalliques que demi- métalliques
& bitumineufes , & quels avantages
on pourroit tirer de leur exploitation.
Elle n'a point encore reçu d'autre Mémoire
fur ce fujet , que celui de M. Monet,
* Ce mémoire eft de M. le Valois , ancien
Capitaine de Navire de la Compagnie des Indes
de Portugal , & il eft accompagné d'un autre
contenant les obfervations de M. Grout..
MP
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
fon Affocié , lequel a été lu à cette Séance ;
mais comme il n'épuiſe pas , à beaucoup
près , la matière , elle croit devoir propofer
de nouveau le même programme , pour le
mois d'août 1768.
Le prix confifte en deux médailles d'or
de 300 livres chacune , données par M.
le Duc d'Harcourt , Gouverneur de Normandie
, & protecteur de l'Académie. Les
Mémoires feront adreffés dans la forme
ordinaire , & francs de port , avant le premier
juillet , à M. Lecat , Secrétaire pour
la partie des Sciences , au lieu de Santé.
Prix des Ecoles fous l'Infpecteur de l'Acacadémie
dans ce département.
M. du Boullay commença l'annonce de
ces prix , par l'avis fuivant.
ود
« Avant d'annoncer ces prix , la reconnoiffance
nous dicte un nouvel hom-
» mage envers le Corps Municipal de cette
» ville. Cette Compagnie refpectable , que
l'efprit citoyen conduit , n'a pas cru que
les prix qu'elle avoit deſtinés jufqu'à
préfent à ces diverfes Ecoles , répondif-
» fent affez au defir qu'elle a d'exciter
» l'émulation parmi la jeuneffe. Elle a cru
» devoir fubftituer aux médailles qui fe
» diftribuoient ci- devant , des inftrumens
و ر
و د
و د
NOVEMBRE 1767. 103
s utiles aux arts mêmes dont ils deviennent
la récompenfe. Ces inftrumens ,
marqués des armes de la ville , feront des
» monumens auffi précieux qu'honorables
» à ceux qui s'en rendront dignes , & nous
» faififfons avec empreffement l'occafion
"
"
de propofer aux jeunes éleves , pour
» l'année prochaine , ces nouveaux motifs
d'application & d'amour du travail .
» C'eft en leur nom , c'eft au nom du
public même que nous exprimons à
» MM. de l'Adminiftration municipale
une reconnoiffance qui ne nous eft per-
» fonnelle que par la confiance qu'ils ont
bien voulu nous marquer , en établiffant
» l'Académie juge de ces mêmes prix ,
dont la diftribution doit fe faire , en pré-
» fence du Corps de ville , à la Séance
publique de chaque année » .
ود
Le même Secrétaire fit enfuite lecture
publique d'une délibération du Corps de
ville du 23 juin 1767 , qui afligne à
l'avenir , pour le premier prix de mathématique
, un graphomètre monté fur fon
pied ; pour fecond , une bouffole ; pour
troisième , un étui de mathématique.
Et dans la claffe d'hydrographie , pour
premier prix , un octant ; pour fecond &
troifieme prix , un quartier anglois , ou
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
de nonante , le tout marqué des armes de
la ville.
Claffe d'Anatomie .
Premier prix , M. Seyer de Verneuil ,
éléve de l'Hôtel-Dieu.
Second , M. Penfier de Rouen , éléve
de l'Hôtel- Dieu , conjointement avec le
fieur Dufour de Bordeaux , éléve de la
ville , auquel on a accordé une méda ille ,
qui n'avoit point été diftribuée l'année
dernière .
Troisième prix ex aquo , entre le fieur
Houlfert de Rouen , éléve de l'Hôtel-
Dieu , & le fieur Carpentier , auffi de
Rouen , & éléve de la ville ; le fort a décidé
entr'eux .
Ecole de Chirurgie.
Premier prix , le fieur Fleurimont de
Gaillon , éléve de l'Hôtel- Dieu .
Second , le fieur Peuffier de Rouen
auffi éléve de l'Hôtel - Dieu .
Ecole de Botanique.
Premier prix , MM . Laupreft de Troye
& le Pic de Briofne ex aquo , ont tiré au
fort.
NOVEMBRE 1767. 105
Acceffit , M. le Febvre de Montivilliers .
Ecole de Mathématique , Hidroflatique &
Hydraulique.
Prix , M. Favrel de Lyon en Forez.
L'acceffit a été remporté par un jeune
éléve , qui a fouhaité n'être point nommé.
Géométrie élémentaire.
Premier prix , M. Jacques des Parquets
de Muits , dans le Vexin François .
MM. Balliere , Poullain , & Dornay
Commiffaires de l'Académie , s'étant trouvés
très embarraffés pour décider du mérite
de ces jeunes éléves , & ne pouvant
adjuger qu'un prix , ont cru devoir , en
cette occafion , donner des preuves de leur
zèle patriotique , & ils ont diftribué , à
leurs dépens , deux autres prix ; l'un à M.
Etienne Bofquere , de Saint - Saën en Caux.
L'autre à M. J. B. Leillier , de Nogent
le Rotrou .
Cet embarras des Commiffaires , le
nombre & la capacité des concurrens ,
font le plus grand honneur à M. le Profeffeur
; & il faut encore obferver que prefque
tous les concurrens & tous les couronnés
font des éléves de l'Ecole de deffein :
E
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
obfervation qui fait voir combien tous les
arts fe touchent , & que l'émulation excitée
dans une partie , fe répand comme la
lumière , d'une extrêmité de l'horifon à
l'autre.
Compte des travaux dans la claffe des
Belles-Lettres & Arts agréables.
M. l'Abbé Yart , Académicien titulaire ,
a donné un éloge hiftorique de la politeffe
Françoife , dont il devoit faire lecture à la
Séance publique. Un rhumatifime violent ,
qui l'a empêché de fe rendre à la ville , a
privé l'Affemblée de cette lecture.
M. de Saint Victor , Académicien titulaire
, a donné une traduction du poëme
de Léandre & Hero de Mufée , qui a été
lue à la Séance publique , & dont nous
donnerons un extrait.
M. Defcamps , Académicien titulaire ,
& Profeffeur de l'Ecole Royale de deffein ,
a préfenté à la Compagnie fon diſcours
fur l'utilité des Ecoles publiques & gratuites
de deffein , qui a été couronné à
l'Académie Françoife.
M. du Boullay , Secrétaire des Belles-
Lettres , a fait un rapport d'un tableau
analytique , envoyé par M. de Mentelle ,
avec des réflexions fur la meilleure maNOVEMBRE
1767. 107
nière d'enfeigner les fciences . Ce rapport
a été rédigé fur les obfervations de MM.
les Commiffaires , du nombre defquels le
Secrétaire étoit.
Le même a fait une ode fur les avantages
& les abus de la fociété civile , qui a
été lue à la Séance publique.
Le même a lu une autre ode fur les
avantages du Gouvernement monarchique
& héréditaire.
Et trois éloges , auffi lus à la Séance publique
.
M. le Comte de Treffan , Affocié titulaire
, a envoyé un éloge de Staniflas le
Bienfaifant.
M. Bréant , Affocié titulaire , a envoyé
une ode anacréontique , fervant de remerciment
pour fa réception en cette qualité ,
& qui a été lue à la Séance publique.
Le même a lu auffi quelques petites
pièces de poéfie , deftinées à fervir de déiaffement
, après les lectures férieufes de la
Séance publique.
M. Marmontel , de l'Académie Françoife
, Affocié libre , a envoyé à l'Académie
fon Bélifaire & fes autres ouvrages en
profe , en 8 volumes in- 8°.
M. Jadoulle , Académicien Adjoint , a
expofé un groupe repréfentant les trois
·
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Facultés de l'Académie , occupées de la
gloire du Roi.
Les Sciences , les Belles - Lettres & les
Arts font repréfentées par trois figures de
femmes , diftinguées par leurs attributs.
Au milieu , eft placé un cippe , ou colonne
tronquée en forme de piédeftal , fur lequel
eft pofé le buft. du Roi , comme celui qui
protége , qui honore & récompenfe ceux
qui s'y diftinguent. L'auteur a eu foin de
difpofer fes figures de façon que l'on s'apperçoit
qu'elles font occupées à faire paller
à la postérité les actions du Monarque.
La figure qui repréfente les Belles- Lettres
, eft aflife fur une pile de livres : elle
tient d'une main le ftyle , de l'autre un
rouleau , fur lequel eft écrite l'hiftoire du
Roi , qu'elle regarde avec une fierté noble
qui la caractérife . Près d'elle , font les
fymboles des divers genres raffemblés , tels
que le caducée pour l'éloquence , la trom
pette pour le poëme héroïque , la lyre
pour le lyrique , la houlette pour le paf-.
oral , le poignard & la couronne pour la
tragédie , le mafque pour la comédie , &
une flûte à fept tuyaux pour la fatyre .
A l'autre côté les Arts font repréfentés
par la Sculpture. Cette figure , dans l'action
du travail , d'une main tient un cifeau ,
NOVEMBRE 1767. 109
de l'autre un marteau. Elle termine une
guirlande mêlée de fleurs & de lauriers ,
pour marquer la douceur du regne de ce
Prince ; au bas , une palette défigne la
peinture ; le deffein du périftiile du
Louvre , l'architecture ; des burins , la gravure
; des médailles , la gravure en relief;
& le porte crayon , le deffein .
Les Sciences font repréfentées par une
figure appuyée fur la vis d'Archimède :
d'une main , elle tient une fphère armillaire
; de la droite , un compas avec lequel
elle prend des diftances ; près d'elle ,
le bâton d'Efculape défigne l'art de guérir ;
des figures de géométrie & un rapporteur ,
repréfentent cette fcience , & les mathématiques
en général ; la phyfique eft défignée
par le miroir concave & le prifine ;
la gnomonique , par le cadran folaire ; la
botanique , par l'aloès mité ; la géographie
, par un globe terreftre ; & la chymie ,
par une cornue .
Ces trois figures font contraftées &
groupées de façon que de tous les côtés
on les voit différentes . Celle des Sciences ,
de face celle des Belles Lettres , de côté :
& celle des Arts , par le dos .
:
Chaque figure porte le caractère de fon
genre : celle de Sciences paroît profondément
occupée , & marque , par fon atten110
MERCURE DE FRANCE.
tion , les études abftraites qu'elle embraffe.
Le cube fur lequel elle eft affife , fait voir
en bas-relief, fur un de fes côtés , les armes
de la ville de Rouen , pour indiquer que
c'eſt l'Académie de Rouen . Sous fes pieds .
eft une bouffole , pour indiquer l'hydrographie.
,
Celle qui repréſente les Belles - Lettres ,
porte fes regards vers le Monarque : fa
fierté marque le mépris pour le menfonge ,
elle épie le vrai , & ne s'occupe qu'à
tranfmettre à la postérité tous les événemens
, fans diftinction , d'un règne auſli
fécond : fon enthouſiaſme eft modéré , elle
écarte toutes fictions , pour ne s'occuper
que de la vérité.
La vivacité & la légereté de la figure
qui repréfente les Arts , & qui eft à peine
appuyée , marquent fon enthouſiaſme.
Après avoir faifi les traits du Prince qu'elle
vient de repréſenter , elle orne fon bufte
d'une guirlande de lauriers & de fleurs ,
qui expriment les deux fortes de gloire
que fe propofent les vrais héros.
Le même Artiſte a expofe ,
1°. Un bas relief, qui repréfente la charité
; deux enfans fucent le lait de cette mère
tendre un troisième paroît s'impatienter :
l'air confolant & expreflif de la figure lui
fon tour viendra.
annonce que
NOVEMBRE 1767. 111
-
2º. Un groupe de deux figures , repréfentant
l'Amour piqué par une abeille :
fujet tiré d'Anacréon , & des fables de la
Fontaine.
L'Amour alarmé , montre à fa mère une
piquure qu'une abeille vient de lui faire.
Vénus le regarde en riant , & lui fait voir
fes flèches & fon arc qu'elle tient d'une
main , de l'autre elle lui montre fon coeur ,
& femble lui dire : puifqu'une auffi petite
piquure te caufe tant de douleurs , quelle
doit être celle d'un coeur percé de tes
traits ?
3 ° . Un groupe repréfentant l'Hymen ,
qui punit l'Amour pour avoir laiffé éteindre
fon flambeau .
L'Hymen enchaîne avec des fleurs ,
l'Amour au pied de fon autel , fur lequel eft
placé fon flambeau brûlant. Au bas , fe
voit celui de l'Amour qui eft éteint.
4°. Un autre groupe , qui fait pendant ,
repréſentant la réconciliation de l'Hymen
& de l'Amour.
Ils fe donnent la main , pour marque de
leur union ; & de l'autre , ils tiennent leur
flambeau qu'ils allument au feu facré :
l'autel eft orné des mêmes guirlandes qui
ont fervi de chaînes à l'Amour.
M. l'Abbé Clouet , Affocié Adjoint , a
préſenté & dédié à l'Académie , un maJIZ
MERCURE DE FRANCE .
gnifique volume in- folio , contenant fa
géographie moderne , avec des cartes enluminées
, d'une finguliere beauté.
M. Dreux du Radier , Affocié Adjoint ,
a envoyé la fixieme fatyre de Perfe , traduire
en vers françois.
M. Elie de Beaumont , Affocié Adjoint ,
a envoyé fon Mémoire pour la famille des
Sirven.
M. Rouxelin , Secrétaire de l'Académie
de Caen , Affocié Adjoint , a envoyé
plufieurs ouvrages académiques , lus aux
Séances de cette Compagnie .
M. le Moine , Affocié Adjoint , a envoyé
un difcours fur l'étude de l'antiquité.
M. de Richebourg fils , externe , Officier
dans le Régiment Royal Lorraine , a envoyé
des obfervations fur l'union de la
poésie , des Lettres & des Sciences , avec les
Arts.
Un difcours fur les avantages de la philofophie
, principalement parmi les peuples
qui n'ont pas été éclairés par les lumières
de la révélation .
Un effai fur l'hiftoire de Normandie ,
imprimé .
M. Baletti de Saint- Paul , auffi externe ,
a lu un Mémoire fur les vrais principes de
l'éducation .
Mde de Marcadé , auffi externe , a enNOVEMBRE
1767. 113
voyé une ode fur la mort de Monſeigneur
le Dauphin .
Grand prix du département des Belles-
Lettres & Arts agréables .
L'Académie avoit propofé , pour fujet
du prix qu'elle diftribuera à la Séance publique
du mois d'août 1768 , l'éloge de
P. Corneille.
Plufieurs lettres anonymes ont démandé
des éclairciffemens fur ce fujet . L'Académie
croit devoir rendre publiques les réponfes
qu'elle leur a faites , afin que tous
les auteurs en profitent également.
:
Le difcours qu'elle demande , eft un éloge
académique , femblable , pour la forme &
l'étendue , à ceux qui ont été couronnés par
l'Académie Françoife. Les particularités
hiftoriques de la vie de P. Corneille ne
font ignorées nulle part , & encore moins
dans la patrie qu'ailleurs mais ce qu'il
s'agit fur- tout de bien développer , c'eſt le
caractère précis de fon génie poétique &
tragique , & l'influence qu'il a eue fur notre
théâtre , fur notre poéfie en général , peutêtre
même fur nos moeurs , notre manière
de penfer , & fur l'efprit qui a régné pendant
le fiècle de Louis XIV. Car les hommes
fupérieurs , même dans les genres qui
114 MERCURE DE FRANCE .
paroiffent de pur agrément , influent plus
qu'on ne le croit communément , fur
l'efprit & les événemens de leur fiècle.
L'admiration qu'ils caufent , n'eft pas ftérile
, & un oeil attentif en apperçoit des
effets plus ou moins avantageux. Aucun
génie n'a plus élevé les âmes que celui
dont s'honore la Capitale de la Norman →
die ; & de tous nos poëtes morts , aucun
n'eft plus goûté des étrangers : ce font ces
traits caractéristiques qu'il faut faifir , &
rendre avec une éloquence digne du fujet.
Les difcours doivent être remis , francs de
port , avant le premier juillet prochain ,
M. du Boullay , Maître des comptes , &
Secrétaire de l'Académie pour la partie des
Belles-Lettres , derrière l'Archevêché.
L'Académie n'exige point , comme l'Académie
Françoife , d'approbation de Docteurs
en Sorbonne. Les autres formalités
font les mêmes que dans toutes les Académies.
Prix de l'Ecole de Deffein.
L'Académie avoit propofé , pour fujet
de compofition en peinture , Alexandre
qui fait ouvrir le tombeau de Cyrus , pour
rendre aux cendres de ce conquérant les
honneurs funèbres , &c. Ce prix a été réNOVEMBRE
1767. 115
fervé pour une autre année , ainſi que celui
de compofition en architecture .
Le premier prix , d'après nature , a été
adjugé à Gabriel Kupalley , de Bayeux , qui
a remporté le prix de la claffe de deffein
l'année paffée .
Le fecond prix , d'après nature , a été
remporté par Nicolas Millou , de Rouen .
L'acceflit a été accordé à Mathieu Bouf
fard , de Rouen , qui a eu le même acceffit
l'an paffé.
Le prix d'après la Boffe a été adjugé à
Mlle Thérefe Vanvergelos , d'Anvers. Elle
a remporté le prix de la claffe du deſſein
en 1765.
L'acceffit , dans cette claffe , a été accordé
à Jean Baptifte Laillier , de Nogentle-
Rotrou .
Le prix de la claffe du deffein a été remporté
par Charles le Moine , de Rouen.
L'acceffit a été accordé à Denis- François
Brard , de la Feuillye,
Extrait du Mémoire de M. Balliere fur
les propofitions univerfelles.
M. Bailiere a lu des remarques fur les
propofitions univerfelles. Il fait voir que
celles à qui l'on donne ce nom , ne font
fouvent que des corollaires de propofitions
116 MERCURE DE FRANCE.
plus étendues . Ses exemples font pris dans
diverfes fciences , comme géométrie ,
chymie , mufique , perfpective. Nous nous
bornerons aux exemples puifés dans la géométrie
Le premier , eft celui que fournit la
ruche des abeilles . L'uniformité , la fimplicité
, la régularité de fa conftruction ,
ont excité l'admiration des naturaliftes &
des géometres , qui penfent qu'ayant à réfoudre
un problême rempli d'une multitude
de conditions , elles ont préféré l'exagone
, comme fatisfaifant à toutes , & que
le choix de la pyramide triangulaire ,
pour le fond de chaque alvéole , eft le fruit
des combinaifons qui fuppofent la théorie
de l'infini. Hiftoire de l'Académie des
Sciences de Paris.
M. Balliére fait voir que les abeilles réduifent
le problème à une grande fimplicité
, & que , foit inſtinct , foit réflexions
l'intention de l'abeille n'a pas été de conftruire
un exagone , mais un cercle , de
creufer une pyramide , mais une timbale ;
car chaque abeille arrive avec une goutte
de cire , qui , laiffée à elle-même , affecte
l'efpace circulaire ; & fi l'abeille étoit
ifolée dans fon travail , elle étendroit &
difpoferoit fa matière de la façon la plus
fimple , c'est-à- dire , circulairement quant
NOVEMBRE 1767. 117
à l'extérieur , & fphériquement quant à
la profondeur. Erafme Bartholin , de figuris
corporum , avoit déja expliqué l'exagone
par la preffion uniforme des cercles ;
mais il n'a pas donné l'explication du
fond pyramidal triangulaire des alvéoles ,
que l'on concevra aifément , fi l'on confidère
que trois globes rapprochés n'en
peuvent foutenir qu'un , & que les alvéoles
formés par ces trois globes , produifent la
pyramide triangulaire.
Le fecond exemple a pour objet un
problême de géométrie élémentaire , qui
confifte à trouver la fomme d'une progreffion
géométrique d'une infinité de termes.
Les folutions de ce problême , par lettres &
par nombres , font connues . M. B. en pré-,
fente une par lignes , pour laquelle on n'eſt
point obligé de donner au dernier terme
une valeur réelle pour la fupprimer enfuite
, comme infiniment petite : & il obferve
en général que toute progreffion géométrique
defcendante , peut être exprimée
par un triangle , dont la hauteur fera le
premier terme ; & fi l'intervalle qui fépare
fur la bâfe le premier terme du fecond ,
eft égal à ce premier terme , la bâfe fera la
fomme des termes . On peut autfi défigner ,
par le triangle , une progreflion géométri118
MERCURE DE FRANCE .
que afcendante , ainfi que les progreffions
arithmétique , harmonique.
L'examen de ce problême donne lieu à
une obfervation qui doit engager le calculateur
à ne pas perdre de vue l'objet de
fa queftion , comme on fait fouvent , en
confondant le figne avec la chofe fignifiée,
La folution algébrique démontre en général
que la fomme des termes d'une progreffion
géométrique afcendante eft égale
au quarré du premier divifé , par la différence
du premier au fecond . En appliquant
cette formule à un cas particulier , fi le
premier terme eft quadruple du fecond , la
fomme S de tous les termes fera au premier
terme A , comme 4 eft à 3. Ainfi
dans la pregreffion 16 , 4 , & c. le premier
terme A étant 16 , la fomme S de
tous fera 21. Mais il peut arriver que
ces chiffres & ces lettres défignent des valeurs
toutes différentes . Si on ne confidère
en effet dans les nombres 16 , 4 , 1 ,
J
>
, &c. que la propriété qu'ils ont d'être
chacun le quart du précédent , la lettre S
repréfente une fomme de lignes droites
qui peut s'exprimer par une feule ligne
droite, Mais fi l'on confidère que ces mêmes
nombres font quarrés , alors la lettre
S ne repréfente plus une ligne , mais une
NOVEMBRE 1767. 119
furface égale à tous les quarrés qui compofent
la progreffion , ce qui procurerą
deux folutions tout - à - fait différentes ,
comme on va le voir.
Lorfque les nombres repréfentent des
longueurs , la progreffion fe repréfente par
un triangle , dont la bâfe eft à la hauteur ,
comme 4 eft à 3 ; mais quand les nombres
font auffi confidérés comme quarrés, alors la
progreffion doit fe repréfenter par un triangle
, dont la bâfe égale la hauteur. Le premier
terme de la progreffion fera le quarré
infcrit , & la fomme de tous les termes
quarrés fera exprimée par un parallélogramme
, qui eft au premier quarré , comme
quatre eft à 3 , & qui eſt égal à tous les
quarrés réunis de la progreffion,
La lecture du cinquième tome des mêlanges
de littérature & de philofophie de
M. d'Alembert , a donné lieu au troisième
exemple, li y eft dit , page 213 ; « le rap-
» port de la racine quarrée de 2 à l'unité
» peut être repréfentée par le rapport de la
» diagonale du quarré à fon côté ; la ra-
» cine quarrée de 3 peut être repréſentée
par le rapport du double de la hauteur
» d'un triangle équilatéral , au côté de ce
» même triangle celle de 5 , par le rap-
» port de la diagonale d'un parallélogramme
rectangle au petit côté de ce
»
1
120 MERCURE DE FRANCE.
» même parallelogramme ». M. B. réduit
ces trois expreffions à une expreffion plus
uniforme , en difant : la racine quarrée de
2 peut fe repréfenter par le côté d'un
triangle rectangle , dont les deux autres.
font & ; celle de trois , par le côté
d'un rectangle , dont les deux autres font
2 & 1 ; celle de 5 , pour le côté d'un rectangle
, dont les deux autres font 3 & 2.
On peut trouver plufieurs formules qui indiquent
par ordre , une infinité de folutions
: en voici un exemple .
Un nombre étant divifé par fes deux
correfpondans , on peut former un triangle
rectangle , dont un côté fera la racine de
ce nombre , & les deux autres côtés auront
un divifeur pour fomme , & l'autre pour
différence. Ainfi 48 ayant pour divifeurs
correfpondans 6 & 8 , les côtés feront la
racine de 48 , & les nombres 7 & 1 , qui
ont 8 pour fomme , & 6 pour différence.
'ACADÉMIE
NOVEMBRE 1767. 121
ACADÉMIE DE MONTAUBAN.
L'ACADÉMIE des Belles - Lettres de
Montauban a celébré , fuivant fon uſage ,
la fête de Saint Louis , en aſſiſtant le matin
à une meffe fuivie de l'Exaudiat pour le
Roi , & du panégirique du Saint prononcé
par le R. P. Jean-Baptifte Pardal , capucin
, entre les mains duquel ce fujet n'a
point paru ufé , quoique les plus grands
orateurs chrétiens l'ayent traité à fond &
depuis long- tems .
L'après- midi l'Académie a tenu une aſfemblée
publique dans la falle de l'Hôtelde-
Ville. En l'abfence du directeur de
quartier , M. l'Abbé de Verthamon , exdirecteur
, a ouvert la féance par un difcours
fur le vrai moyen de donner de l'étendue
à l'efprit , & en convenant que la lecture
& la converfation peuvent y contribuer
, il a prouvé que c'eft fur-tour de la
réflexion qu'on tire à cet égard les plus
grands fecours.
M. de Saint- Hubert , Chevalier de Saint
Louis , a récité des vers fur l'injustice &
·le danger des follicitations ; & le public a
F
122 MERCURE DE FRANCE.
reconnu que la délicateffe de fon pinceau
égaloit la vérité de fes portraits.
M. l'abbé Bellet a lu un difcours fur le
bonheur des villes qui voy ent fleurir dans
leur fein lesfciences & les lettres ; & après
en avoir donné les preuves générales , il en
a affigné de particulières qui font propres
à la ville de Montauban. A l'occafion de
l'unique hiftoire qu'on en a , & dont il a
relevé plufieurs méprifes , les inexactitudes.
groffières , & des omiffions confidérables ,
il a obfervé que l'hifloire d'une ville une
fois commencée , n'eft , à proprement parler,
jamais finie , parce que chaque jour les faits
fe multiplient & s'entaffent pour la continuer
d'une maniere plus ou moins intéreſſante. Si
la plume de Clio eft point attentive à les
recueillir , ils rentrent d'eux - mêmes , difoitil
, dans le néant , à mesure qu'ils enfortent.
-Ils perdent bientôt pour nous leur existence
s'ils n'en ont d'autre que celle que pourra
-leur donner un dépôt obfcur d'où au bout de
quelques fiecles , un curieux voudra peutêtre
les tirer , mais inutiles & prefque méconnoiffables.
Et pour donner un exemple
récent des fecours que nous offrent les lettres
pour inftruite à cet égard la postérité ,
il a ajouté: « des fauxbourgs fubmergés ,
les travaux & les faits de l'induftrie devenus
la proie des flots , des maifons
NOVEMBRE 1767. 123
» chancelantes au moment d'en écrafer
» fous leurs ruines les habitans endormis
» ou inconfidérés , la mort fur les pas de
» la faim dévorante fe préparant à femer
» par- tout la confternation & le dueil ;
» mais l'oeil vigilant , mais les foins actifs ,
» mais la fage fermeté de l'homme du
» Roi (a) , faifant les fonctions de tribun
"
"
du peuple , arrachant les uns au danger ,
»prévenant les befoins des autres , cal-
» mant de fang froid les allarmes de tous
» par l'immensité de fes détails , ramenant
l'ordre & la tranquillité jufques dans le
» fein de la confufion & des ténebres , ré-
» clamant pour nous des fecours aux pieds
» du trône par le récit de nos défaftres , &
» ne voyant plus enfin couler des yeux de
» tous que des larmes d'attendriffement &
de reconnoiffance ; c'eft là ce que les mu-
» fes doivent configner dans vos annales ,
» mais fans art & fans enthouſiaſme , parce
des traits naïfs fuffifent à la vérité
que
» hiftorique pour plaire & pour toucher. Il
» paroît que c'eft au moins pour la troifiè-
» me fois que la ville de Montauban a ef-
» fuyé ce genre de malheur ; mais elle
» n'en avoit jamais vu les fuites ou auffi
» peu meurtrières , ou fi heureuſement réparées
. Cet événement mérite d'autant
* M. de Gourgue , Intendant.
*39
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
•
و د
plus d'être tranfmis à nos neveux , qu'il
» pourra par cet endroit leur offrir une le-
» çon & un modele ».
M. Bernoy a récité enfuite une épître
adreffée aux jeunes verfificateurs auxquels
il a donné les leçons les plus fages , en les
avertiffant de fe fouvenir que la rime ne
fait pas les vers , & que les vers nefont
pas toujours non plus la poésie.
M. Duroi de Fontenailles a lu une differtation
fur les bornes de la gaule Narbonnoife
du côté du nord , & il a montré que
c'eſt la rivière de Tarn qui les donnoit &
qui les donne encore dans tout fon cours.
pour rendre compte des obfervations curieufes
qui font répandues dans cette differtation
, il faudroit la tranfcrire en entier.
M. le Chevalier Malartie de la Deveze,
ayant envoyé à l'académie pour fon tribut
annuel , une épître à M. le Marquis de L...
fur la diverfité , M. de Savignac , Préſident
de la cour des aydes , en a fait la lecture
qui a valu à cette compofition de l'auteur
· les applaudiffemens qu'elle mérite .
Et M. de S. Hubert ayant encore récité .
des vers agréables , où il a intéreffé la plus
belle moitié de l'affemblée , la féance a été
terminée par la lecture du programme fuivant,
NOVEMBRE 1767. 125
PROGRAMME de l'Académie des Belles-
Lettres de Montauban.
L'ACADÉMIE des Belles - Lettres de
Montauban diftribuera le 25 août prochain
, fête de faint Louis , un prix d'éloquence
fondé par M. de la Tour , doyen
duchapitre de Montauban , l'un des Trente
de la même Académie. Elle a regretté de
n'avoir pû adjuger le prix de cette année
à des difcours qui lui ont été préfentés ;
& parce qu'elle préfume que les auteurs
font en état de mettre plus de variété dans
leur ftyle , en donnant à leurs ouvrages un
degré de jufteffe , d'exactitude ou de précifion
qui leur leur manque ,
née à leur propofer de nouveau le fujet du
prix réſervé
pour l'année 1768 :
elle s'eft détermi→
La frivolité n'eft pas moins nuifible aux
lettres qu'aux moeurs :
conformément à ces paroles de l'écriture :
fafcinatio enim nugacitatis obfcurat bona.
Sap. 4. 12 .
Elle a deſtiné le prix de l'année 1768 ,
à une ode ou un poëme dont le fujet fera :
L'établiſſement du chriftianifme dans les
Gaules.
Le prix eft une médaille d'or de la va-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
leur de deux cent cinquante livres , portant
d'un côté les armes de l'académie ,
avec ces paroles dans l'exergue : academia
Montalbanenfis fundata aufpice Ludovico
XV. P. P. P. F. A. imperii anno 29. &
fur le revers ces mots renfermés dans une
couronne de laurier : ex munificentiâ viri
academici D. D. Bertrandi de la Tour, decani
ecclef. Montalb. 1763 .
Les auteurs font avertis de s'attacher à
bien prendre le fens du fujet qui leur eft
propofé , d'éviter le ton de déclamateur ,
de ne point s'écarter de leur plan , & d'en
remplir toutes les parties avec jufteſſe &
avec précision.
.
Les difcours ne feront , tout au plus
que de demi - heure de lecture , & finiront
par une courte prière à Jefus- Chrift.
>
On n'en recevra aucun qui n'ait une
approbation fignée de deux Docteurs en
théologie.
Les auteurs ne mettront point leur
nom à leurs ouvrages , mais feulement une
marque ou parafe , avec un paffage de l'écriture
fainte , ou d'un père de l'églife ,
qu'on écrira auffi fur le regiſtre du Secrétaire
de l'Académie .
Ils feront remettre leurs ouvrages par
tout le mois de mai prochain , entre les
mains de M. de Bernoy , fecrétaire perNOVEMBRE
1767. 127
pétuel de l'Académie , en fa maiſon , rue
Montmurat, ou , en fon abſence , à M.
l'Abbé Bellet , en fa maifon , rue Cour
de-Toulouſe.
Le prix ne fera délivré à aucun , qu'il
ne fe nomme , & qu'il ne fe préfente , en
perfonne ou par Procureur , pour le recevoir
& figner le diſcours.
Les auteurs font priés d'adreffer à M.
le Secrétaire trois copies bien liſibles de
leurs ouvrages , & d'affranchir les paquets
qui feront envoyés par la pofte.
Charles Crofilhes , Libraire à Montauban
, ayant acquis le fond de l'Imprimeur
de l'Académie , il vend les deux volumes
qu'elle a déja donnés au public , in - 8°.
6 livres ; le troifième paroîtra bientôt.
ACADÉMIE D' AMIENS.
L'ACADÉMIE des Sciences , Belles - Lettres
& Arts d'Amiens célébra , le 25 aout
1767 , la fête de Saint Louis , dont le panégyrique
fut prononcé par M. l'Abbé de
Vuailly.
M. l'Abbé de Richery , Directeur de
l'Académie , ouvrit la Séance publique par
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
·
un difcours fur les plaifirs de la Littérature.
M. Greffet , de l'Académie Françoife ,
fit l'éloge de M. Chauvelin , Confeiller
d'Etat , Intendant des Finances , Honoraire
de l'Académie d'Amiens , mort dans le
cours de l'année.
Les autres ouvrages qui remplirent la
Séance , furent un difcours de M. d'Ef
meryfur Fernel , Médecin du Roi Henri II.
Un Mémoire de M. Difer , fur l'hiftoire
naturelle de la Picardie.
Une differtation de M. du Meillarts ,
fur la vaine pâture.
Et un difcours de M. Marteau ayant
pour fujet , l'influence de l'air fur l'homme
phyfique & fur l'homme moral.
L'Académie avoit proposé pour fujet
d'un des prix de cetre année ,
Quels feroient les moyens de rendre plus
für &plus commode le port de Saint -Valery
fur Somme ? Ou les moyens d'en faire un
autre au bourg d'Aut , ou autre endroit intermédiaire
de la côte , toujours avec communication
à la Somme ?
Les pièces envoyées pour concourir
n'ayant pas répondu aux vues de l'Académie
, le fujet & le prix ont été renvoyés à
l'année prochaine .
>
Ce prix fera, deux médailles d'or, valant
chacune 300 livres , & une fomme de
NOVEMBRE 1767. 129
600 livres , par foufcription de quelques
négocians d'Amiens , zélés pour le bien
public.
On exhorte l'auteur du Mémoire ayant
pour épigraphe :
Si facis , ut patria fis idoneus .
à donner plus de clarté aux vues de fon
projet , plus de développement aux moyens
de l'exécution , & plus de détails fur fa
dépenfe du moins apparente.
L'Académie a auffi renvoyé à l'année
prochaine , le prix d'un autre fujet qu'elle
avoit propofé :
Les fecours que fe prêtént mutuellement
les Sciences , les Lettres & les Arts.
.3
Ce prix fera une médaille d'or , de la
valeur de 300 livres. On engage l'auteur
du difcours , ayant pour devife , his amor
unus erat , à retoucher fon ouvrage , dont
quelques parties bien faites promettent ,
par un nouveau travail , plus de perfection
dans le tout.
Les ouvrages ne feront reçus au concours
que jufqu'au 13 juin 1768 , & ils
feront adreffés , francs de port , à M Baron,
Sécrétaire perpétuel de l'Académie , à
Amiens.
Le prix de l'école de Botanique , tenue
par M. d'Efmery , a été donné à M. Char-
Lemagne de Namps , dont a approché M.
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
Sevel , qui l'avoit remporté l'année précé- .
dente .
Ceux qui ont remporté le prix de l'école
des Arts , tenue par M. Sellier , de l'Académie
, font MM. de Meaux , pour la
géométrie & le deffein.
Defmarets , pour le deffein & le modèle. "
Ducroc , pour le deffein , la gravure &
l'armurerie.
Leblond , pour le deffein & le jardinage.
De Melin , pour le deffein & la menuiferie.
Parmentier ,
Dupont , pour la géométrie & l'arpentage
.
MM. les Officiers de l'Hôtel- de- ville
ont donné une médaille d'argent , & ac--
cordé une gratification à M. de Meaux ,
pour avoir fait le plan de la ville en grand.
BARON , Secrétaire perpétuel
de l'Académie .
;
NOVEMBRE 1767. 131
ACADÉMIES.
PROJET utile au commerce.
DEPUIS que des exemples trop fréquens
multiplient chaque jour fous nos yeux le
nombre des faillites , il n'eft perfonne ,
( même dans les états les moins relatifs au
commerce ) qui n'entende chaque jour
accufer de mauvaife foi des négocians à
qui on ne devroit peut- être reprocher que
de n'être pas auffi heureux qu'ils l'ont mérité.
La tromperie , la fraude , la friponnerie
même font les termes odieux dont
on s'empreffe de caractérifer un homme
qui n'est peut- être que malheureux . On
voit des négocians eux-mêmes , qui oubliant
que la honte d'un membre de leur
état rejaillit jufqu'à un certain point fur
l'état lui- même , accablent cet infortuné
d'accufations d'autant plus fenfibles , qu'elles
paroiffent plus vraies dans leur bouche.
Il en eft , je le fai , parmi ces victimes des
caprices de la fortune , qui font indignes
de fes faveurs , qui par leur conduite déréglée
& leurs folles dépenfes , paroiffent
encore au - deffous de leurs revers ; mais
font- ce les feules caufes de ces fréquea
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE .
dérangemens ? Ne faifons point à l'huma
nité & au commerce en particulier une pa
reille injure. Cherchons plûtôt la caufe de
leur malheur dans l'ignorance de ces négocians
que dans leur mauvaiſe foi ; ce ne
fera point fur l'expérience que je fondetai
cette conjecture , mais fur d'autres preuves
qui femblent l'autorifer.
Remontons en effet jufqu'aux premières
années de la vie de ce négociant malheu
reux. Né d'un père peut - être diftingué
dans le commerce par fes lumières , par
quelle voie fe propofe - t - il de devenir
négociant lui même , après avoir paffé les
premières années de fa vie dans des études
plus ou moins multipliées ? Parvenu à cet
âge où chaque citoyen fe difpofe à occuper
dans la fociété la place que la Providence
lui deftine , c'eft alors fans doute que
devroient commencer fes études de commerce,
c'eft aufli ce que fes parens femblent
vouloir faire pour lui ; mais comment le
font-ils ? C'est un fils chéri qui , pár les
agrémens de fa perfonne , par les charmes
de fon efprit , doit faire le plaifir de la
fociété. Une foule de talens agréables s'offrent
à lui pour être cultivés , il a de la
difpofition pour exceller dans tous ; une
mère tendre, qui fent déja fa vanité Alattée
des éloges qu'on donne à ce fils , veut les
NOVEMBRE 1767. 133
lui voir mériter. Une troupe d'exercices
frivoles occupent tout fon temps. Ce père ,
oubliant qu'il veut en faire un négociant ,
n'en fait qu'un homme aimable . Quelques
légéres apparitions au comptoir de fon
père fuffifent pour prouver qu'il veut être
négociant. L'heure de la bourfe ( 1 ) arrive ,
le père y va traiter de fes affaires , le fils
de fes plaifirs. Plufieurs années fe paffent
ainfi employées , dit- on , à s'inftruire du
commerce , & réellement à l'ignorer. Mais
j'entends ici un père qui , fe défiant de fa
complaifance & peut - être de fes talens ,
me dit : j'ai fait mieux , j'ai éloigné de
moi mon fils pour plufieurs années , je l'ai
mis dans une ville fameufe par l'étendue
de fon commerce , chez un de mes amis ,
connu pour un homme confommé dans
les affaires ; il y a refté tant d'années . Mais
voyons ce qu'il a fait chez ce négociant ;
il a commencé par y copier des lettres ,
cette partie de fon inftruction qui , fans
contredit , n'eft pas la moins utile , ( furtout
fi votre ami eft tel que vous l'avez
annoncé ) n'a été fon occupation que parce
qu'il ne connoiffoit pas encore affez la
ville & ne pouvoit être d'aucun fecours
dans le dehors . A peine l'a - t - il connue
( 1 ) Lieu où s'affemblent tous les jours les
négocians.
134 MERCURE DE FRANCE .
qu'après avoir copié quelques letttes donton
a eu grand foin de ne pas lui faire voir
la réponse , il céde cette partie trop méprifée
à un autre moins ancien que lui ; il
dreffe alors des comptes , des factures , il
va les régler , recevoir de l'argent , & c. Si
c'eft- là ce qu'on appelle s'inftruire du commerce
, que le nombre des habiles négocians
doit être confidérable ! Cependant
une trifte expérience nous apprend tous les
jours qu'ils font bien rares.
Cet état auquel un Gouvernement éclairé
a donné de nos jours un degré de confidération
que lui avoit toujours refuſé une
nation autrefois toute guerrière , a , comme
tous les autres , des règles , des loix & des
ufages dont la connoiffance & la pratique
font le vrai négociant. Quel feroit donc le
moyen de les étendre & de les rendre plus
communes ? C'eft ce que nous devons attendre
d'un Miniftre protecteur du commerce.
On voit s'élever de toutes parts des
écoles publiques pour tous les arts . La
nation a formé depuis long - temps ellemême
fes guerriers, fes jurifconfultes , fes
artiſtes ; elle commence à former aujour
d'hui fes laboureurs. N'y aura-t-il que le
commerce , cette fource féconde de la
richeffe & de la grandeur des Etats , qui
n'aura point d'école où on l'enſeigne ? Ce
NOVEMBRE 1767. 135
projet n'eft pas au - deffous de l'attention
du miniſtère , & , fans nous arrêter à en
montrer l'utilité , traçons feulement le
plan de l'exécution , laiffant à une plume
plus habile le foin de traiter cette matière
avec plus d'étendue .
Le commerce confidéré en lui - même
fous un coup d'oeil général , peut fe divifer
en commerce de banque , commerce
maritime & commerce de manufactures ,
trois parties qui renferment toutes les autres
, & qui peuvent être confidérées
comme indépendantes , quoiqu'elles aient
entre elles une connexité néceffaire.Comme
chacune de ces parties demande une étude
particulière , chacune auffi pourra donner
lieu à une école particulière que nous pla
cerons la première à Paris comme le centre
de la banque du Royaume ; la deuxieme
à Bordeaux , comme le port le plus
à portée de faire le commerce de nos colonies
; & la troifieme enfin à Lyon , comme
la fource des manufactures . Ces trois écoles
que nous nommerons ,
fi vous le voulez
, Académies de Commerce , auront
d'autres fociétés dépendantes de chacune
d'elles . Celle de Lyon , par exemple
pourra en établir une à Rouen , à Reims ,
dans d'autres Villes de cette nature , où la
fabrication roule fur des objets différens ,
136 MERCURE DE FRANCE.
& ainfi des autres . Ces trois Académies ,
une fois formées fous la protection du
Gouvernement , honorées du titre glorieux
d'Académies Royales de Commerce ,
raffembleront chacune dans leur genre les
perfonnes les plus connues par leurs lumieres
fur la partie qu'ils doivent traiter. Ces
inftituteurs du commerce , que nous fixerons
au non.bre de douze dans chaque
école , feront choifis parmi des négocians
diftingués par leurs connoiffances à la pluralité
des voix , de la même manière que
fe forment les chambres de commerce. On
leur deftinera un lieu affez vafte & affez
commode pour raffembler le grand nombre
d'éléves que leur réputation y attirera.
Perfonne ne pourra être admis à les entendre
, qu'il ne fe foit fait inferire comme
éléve du commerce , fur un tableau général
, dreffé à ce deffein ; il faudra , avant d'y
être admis , avoir une connoiffance fuffifante
de l'arithmétique , des changes &
de la tenue des livres , pour comprendre
ce que l'on y dira. Dans le grand nombre
des matières qu'on y traitera , on pourra
donner à ces éléves une idée de la jurif
prudence du commerce , de la manière
dont s'exerce la juftice dans ces tribunaux
où le Souverain a établi des négocians juges
de leurs femblables ; on leur apprendra
NOVEMBRE 1767. 137
"
:
que dans quelque degré de fortune que le
commerce les élève , ils doivent regarder
d'un oeil refpectable , & comme la
gloire du commerce , ce fanctuaire de la
juſtice commerçante, ( 2 ) » ce tribunal mer-
» veilleux, dont les membres parvenus fans
brigue à l'honneur de juges & d'arbi-
» tres , en fupportent le fardeau fans mur-
» mure , quoique fans efpérances & fans
émolumens , & après plufieurs années
» d'exercice , en abdiquent la diſtinction
» fans récompenfe , comme fans regret. Il
» devroit fans doute frapper nos regards
» d'admiration ; & s'il ne les étonne pas ,
» c'eft que fa gloire uniforme & paiſible ,
échappe aux yeux d'une nation toujours
» également frappée de l'éclat des tribu-
" naux fupérieurs ». Ces juftes idées fortement
empreintes dans ces jeunes efprits ,
nous ne ferions plus expofés au fpectacle
humiliant de voir des négocians qui , oubliant
combien un pareil choix les honoont
cherché dans les charges dont ils
étoient revêtus , un prétexte de fuir une
place dont le feul motif de leur refus les
rendoit indignes .
ور
>
Les talens & les lumières que cet établiffement
exige de ceux qui feront deſtinés
à remplir ces nouvelles places , doivent
( 2 ) Eloge de Charles IX.
138 MERCURE DE FRANCE .
nous faire fuppofer que ceux à qui leurs
occupations le permettront , ne pourront
regarder comme au- deffous d'eux , un emploi
qui , outre les émolumens honnêtes
qui y feront attachés , aura l'avantage bien
plus flatteur pour un coeur patriotique ,
d'être utile à fa nation & à fes femblables .
Nous n'exclurons point de ces places dignes
d'êtres honorées , ces négocians ( 3 )
que leur façon de penfer exclut de toutes
les dignités dans un Royaume dont le
Souverain chérit affez fa religion pour
vouloir la rendre univerfelle dans fes Etats ;
cette loi que nous devons refpecter , nous
prive de leurs lumières , dans des emplois
dont ils feroient la gloire ; voilà un moyen
de les mettre à profit , qui pourra nous en
dédommager
.
Ce fera de ce grand nombre d'éléves du
commerce qu'on tirera les négocians ; cet
état dont le plus cher apanage eft fa liberté
, ne la perdra point en affujétiffant
ceux qui veulent y entrer à fe mettre en
état d'être effectivement ce qu'ils veulent
ètre. On affurera par là l'honneur du commerce
, & celui des particuliers ; on ne le
verra plus inondé de cette foule de perfonnes
qui l'aviliffent par leur ignorance , &
plus encore par les fâcheufes fuites qu'elle
( 3 ) Les Proteftans.
NOVEMBRE 1767. 139
entraîne , & dont , à la honte du commerce
, on méconnoît fouvent la véritable
cauſe.
Par M. R. d. B. Secrétaire du Roi.
AGRICULTURE.
LE Bureau d'Agriculture de Limoges a
fait , dans fon affemblée du 10 octobre ,
la diftribution des prix annoncée pour le
mois de janvier 1767 , & qu'il avoit différée
.
Le prix deftiné au meilleur ouvrage fur
la manière de brûler ou de diftiller les vins
la plus avantageufe , relativement à la quantité
& à la qualité de l'eau-de- vie & à l'épargne
été des frais , a é adjugé au Mémoire
nº. 2 , défigné par le nombre 101 , & la
devife : vinum generofum & lene requiro ;
l'auteur eft M. l'Abbé Rofier , Directeur de
l'Ecole Royale Vétérinaire , à Lyon .
La Société croit devoir en même temps
donner des éloges au Mémoire n° . 4 , qui
a pour devife : cum rebus tritis ars nova
reddit opes , dont l'auteur eft M. de Vannes
, Apothicaire à Befançon , & au Mémoire
no. 3 , défigné par le nombre 39 &
la devife hic generatus aque volventes feminaflamma
, dont l'auteur eft M Meu-
:
140 MERCURE DE FRANCE .
nier , fous- Ingénieur des ponts & chauf
fées , & Membre de la Société , au Bureau
d'Angoulême.
La Société a reçu plufieurs pièces pour
concourir au prix deftiné par M. l'Intendant
de la Généralité de Limoges , au
Mémoire dans lequel on aura le mieux
démontré & apprécié l'effet de l'impôt indirect
fur le revenu des propriétaires des
biens fonds : quoiqu'aucune de ces pièces
n'ait paru fatisfaire à la folution complette
& rigoureufe du problême propofé , la
Société a jugé que le Mémoire n°. 4 , qui
a pour devife : Brama affai pocofpera ,
è nullachiede , en approchoit affez pour
mériter le prix qu'elle lui a adjugé ; l'au
teur eft M. de Saint- Peravy , Membre de
la Société Royale d'Agriculture d'Orléans.
Parmi les autres mémoires envoyés fur
ce fujet , il en eſt un dont l'auteur , quoiqu'il
ait tenté de réfoudre la queſtion
d'après des principes entièrement oppofés
à ceux du mémoire couronné , mérite
d'être diftingué par la manière dont il les
a préfentés , & par les vues ingénieufes
qu'il a répandues dans fon ouvrage. Cette
diverfité d'opinions & l'efpérance qu'elle
donnera lieu à une difcuffion d'où réfultera
la folution complette d'un problême
auffi intéreffant pour le bonheur des Etats ,
NOVEMBRE 1767. 141
eft un des motifs qui a déterminé la Société
à donner le prix fans que fes vues aient
été entièrement remplies. Ce fecond mémoire
eft défigné par le nombre 510 , &
la devife ne fortè extranei impleantur
viribus tuis & labores tui fintin domo aliena,
L'auteur ne s'eſt fait connoître.
:
pas
MÉDECINE.
EXTRAIT des lettres adreffées à M. DE
LA PLACE , auteur du Mercure , fur
les fuccès de la méthode de guérir les
fleurs-blanches, du fieur DE LA RICHARDRIE
, avec un remède qui lui eft particulier.
›
L'Annonce que nous en fîmes en Janvier
dernier , prouve déja en faveur du
reméde & de l'Auteur , qui s'eft toujours
propofé de prefcrire lui - même les différentes
méthodes de l'adminiftrer , afin
que chacunes d'elles, fuffent fondées fur
des indications prifes du tempérament ,
de l'état & fituation des perfonnes qui y
auront recours , même de leur ordonner
le régime convenable.
142 MERCURE DE FRANCE.
C'eſt pour fatisfaire avec exactitude à
tous ces objets , qu'il s'en eft réſervé la
diftribution.
Les perfonnes qui ne feront pas àportée
de l'éclaircir fur ces points , lui feront
parvenir des mémoires capables de l'inſtruire
; ellesauront l'attention de les affranchir
, ainfi que leurs lettres .
Il demeure rue Saint Honoré , au mont
d'or , à côté du Grand Confeil .
Dans le nombre de preuves qui nous
ont été produites de l'efficacité du remède
du fieur de la Richardrie il s'en trouve
plufieurs qui doivent intéreffer beaucoup
la Société. M. Fourmi , bourgeois du
Mans , nous dit que Mde fon époufe étant
attaquée d'un flux abondant de fleursblanches
depuis quatre ans , ceffa de donner
preuve de fécondité , & reſta dans un
état de langueur propre à toucher de compaffion
, des fuites de cette maladie , juſqu'en
janvier dernier , que nous annonçâmes
le remède en queftion , dont les
effets ont été tels qu'elle eft devenue
enceinte à la fuite de fon adminiftration ;
qu'elle a repris fon embonpoint , & que
tous les accidens qui accompagnoient cette
perte blanche ont difparu avec elle .
Une autre nous vient de M. Mathé ,
bourgeois de Lufignan , qui , pleinement
NOVEMBRE 1767. 143
fatisfait des fuccès que Mde fon épouſe .
en a obtenus , cherche les moyens d'en
prouver la gratitude à l'auteur .
Dans le détail qu'il nous a fourni il eſt
question qu'un grand nombre d'accidens ,
alfez graves , venus à la fuite des fleursblanches
, ont tous cédé à l'adminiſtration
du remède quelques jours après la difparition
de cet écoulement,
S'il eft beaucoup de femmes dans le cas
où étoit la mienne avant fa guérifon , dit
M. Mathé, la population doit néceffairement
en fouffrir.
Mlle Vernet , qui nous a procuré cette
dernière , paroît avoir été dans une fituation
déplorable, Le détail qu'elle nous fait
des incommodités qui furent les fuites
de cet écoulement , eft impofant. Il y eft
mentionné que fon fang avoit acquis un
degré d'appauvriffement fi confidérable ,
que fes gencives , extrêmement engorgées ,
exhaloient une odeur fétide , & qu'elle en
a perdu la majeure partie des dents.
Elle demeure à Paris , rue Saint Denis ,
au coin de celle Aux - Ours.
144 MERCURE DE FRANCE .
f
M. Portal, Profeſſeur d'Anatomie de
Monfeigneur le Dauphin , Docteur en
Médecine de l'Univerfité de Montpellier ,
& de la Société Royale des Sciences de la
même ville , commencera le 5 novembre ,
à cinq heures du foir , un cours d'anatomie.
Il y aura ordinairement quatre leçons
par femaine. Le 12 M. Portal commencera
un autre cours d'anatomie qu'il continuera
tous les jours à neuf heures du
matin .
Son amphithéâtre eft chez lui , rue du
mont Saint Hilaire , près celle d'Ecoffe.
Il y a chez lui une falle de diffection
& un prévôt à qui on s'adreffera pour cette
partie & pour le manuel des opérations
de chirurgie.
BOTANIQUE.
NOVEMBRE 1767. 145
BOTANIQUE.
DISSERTATION fur les étamines des
plantes , &furplufieurs expériences faites
cette année 1767 , concernant la fécondation
des graines ; par M. GAUTIER
DAGOTY.
Les étamines des fleurs , dans les plantes ,
ont des anthères ; ces anthères font les tefticules
qui fervent à la génération de la
plante . J'ai donné une differtation dans le
Mercure de février , où il étoit queftion de
cette génération végétale , & de l'ufage
des étamines . Mon fentiment eſt bien oppofé
à celui de ceux qui prétendent que les
étamines n'ont rien de commun avec le
piftile des fleurs , & que les anthères
pofées au bout des fils , ou attachées fur le
cylindre, font des parties diftinctes de l'utérus
; que ce font les parties mâles de la
plante ; que les embrions fe forment fur
ces vifcères , & qu'ainfi formés & accumulés
autour de l'anthère , ils reffemblent
à une espèce de pouffière que le vent fait
voltiger pour féconder les graines , pat
G
146 MERCURE DE FRANCE.
l'intromiffion d'un grain de cette pouffière
dans leur parenchyme . Cette idée eft
fauffe ; il eft prouvé par l'inſpection des
graines , qu'elles renferment dès leur formation
le germe , & que dans la plupart
des fleurs , les graines font entièrement
clofes , & enfermées dans des utérus inacceffibles
aux pouffières des étamines , comme
dans le figuier d'Inde , &c. Et fi ,
pour éluder la queftion , on veut croire
que cette pouffière n'eft qu'une matière féminale
& vivifiante , comme difent aujourd'hui
les auteurs les plus récens , & dont
voici les termes , en parlant de la fécondation
des graines : cette fécondation
s'opère , difent- ils , dans les végétaux &
Les animaux par une vapeur , une espèce
d'efprit volatil auquel la matière prolifique
fert fimplement de véhicule . Cette matière
prolifique quifort des grains de pouffière des
étamines lorfqu'ils crévent , eft huileufe , &
Je mêle facilement à la liqueur qui humecte
le ftigmate du piftil , &c. Je dis qu'en évitant
une erreur que les fait ap- yeux ont fait
percevoir , on tombe dans une autre idée
détruite par le fimple raifonnement anatomique
, fur les parties de la fructification.
Pour appuyer ma démonftration , je vais
comparer la génération des animaux à celle
des plantes comparaifon que l'on vient
NOVEMBRE 1767. 147
de voir dans la citation ci deffus. Il eſt
certain que par le méchanifme connu des
parties de la génération des animaux , nous
pouvons développer celui des végétaux , la
marche de la nature étant toujours fimple
& égale dans fes opérations.
Pour générer dans toute forte d'individus
, il faut des glandes , des vifcères &
des réfervoirs , & de plus des liqueurs. Les
vifcères font les moules , les réſervoirs font
les utérus qui les renferment ; les liqueurs
font les matériaux , & les glandes font les
cribles , les filtres , & les inftrumens préparatoires
des liqueurs. L'homme , les
quadrupèdes & les oifeaux partagent les
inftrumens de la génération & les liqueurs ,
entre deux fexes ; & l'amour des fexes tire
fa fource du befoin réciproque de l'aſſemblage
de ces parties. Mais les plantes , incapables
de fentir , de fuivre , d'atteindre ,
& de s'accoupler , renferment dans leurs
fleurs tout ce qu'il faut pour générer , par
conféquent n'ont qu'un fexe ; & les prétendus
monandria , monogynia , & c. font
des imaginations fur lefquelles on ne doit
pas fonder des fyftêmes : ce que je vous
donne cependant dans ma collection de
plante , pour contenter tout le monde. Le
favant Tournefort a fenti le ridicule d'établir
un ordre botanique fur le nombre &
1
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
que
la fituation des étamines & des piftiles, fous
le nom de mâle & de femelle ; il n'a fuivi
celui des corolles , en confidérant leurs
formes & leurs défauts ; quoiqu'il eût
adopté le fyftême fexuel , & les miracles
pratiqués dans les ifles de l'Archipel fur les
figuiers , qui génerent par le moyen de la
pouflière des étaminesque les infectes , nommés
Ichneumon , charrient avec leurs pattes
d'un figuier à l'autre. (Voyez les Mémoires
de l'Académie de 1705 ) . Faire autant de
mâles qu'il y a des étamines , & autant de
femelles qu'il y a des piftiles ! c'est alors
établir plufieurs individus , non - feulement
dans la plante , mais dans chaque fleur que
porte la plante. Cette fuperfluité , attendu
le nombre infini des étamines dans la plupart
des plantes qui n'ont qu'une petite
quantité de piftiles , eft contre l'ordre de la
nature. Mais ce n'eft pas fur quoi je fonde
les plus fortes raiſons que j'ai à donner
contre le fyftême fexuel.
Si on confidère une fleur prétendue hermaphrodite
, comme la tulipe, par exemple,
on verra que le piftile eft droit & allongé ,
qu'il occupe le milieu de la fleur , qu'il eft
compofé de trois germes réunis , ou réferyoirs
, qui ont trois ftigmats à leurs extrêmités
, recourbés & glanduleux. Au centre
dela réunion de ces germens, eft le réceptacle
NOVEMBRE 1767. 145
ou placenta , compofé de trois branches
réunies & adoffées , auxquelles font attachées
les graines , & d'où elles prennent leur
nourriture & leur accroiffement . Le pa
renchime du germe & la graine font à
véhicule féminale où fe moule l'embrior .
Il doit fa fubftance aux liqueurs que lui
portent , à travers le placenta , les filets des
étamines qui font l'office de canaux déférens
; car le germe de la graine des tulipes
& des autres fleurs n'eft pas à l'extrêmité
de la graine ; mais il touche le réceptacle
ou placenta , & fon lien au récep
tacle eft celui de la graine même : de forte
que la ſubſtance de la graine eft le bulbe ,
ou la partie charnue qui nourrit le germe ,
lorfqu'il eft détaché de fa plante . Les anthères
allongées , qui font les tefticules de
la tulipe , fe trouvent au bout des filets
très courts qui compofent les étamines , &
font au nombre de fix ; ils fervent à filtrer
la fève , à la dépouiller de fa cire & des
autres parties qui n'entrent point dans la
compofition du foetus : ce que font dans
l'homme les teſticules , qui filtrent du fang
la liqueur féminale qui fe porte par les
canaux déférens dans les véhicules féminales
pour former l'embrion . ( Voyez
dans les Mercures de 1749 , ma découverte
à ce fujet ). De façon que la préten-
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
due pouffière prolifique n'eft que la cire ,
ou le réfidu de la fève dont les anthères
ont extrait la liqueur féminale , comme eft
le fang veinal des tefticules dans les animaux
; ici dans les plantes , où la fève
manque de vaiffeau veinal , les fécrétions
de cette liqueur fortent des feuilles , des
tiges , des fleurs & du fruit , & forment ce
qu'on appelle pouffière , ou farine ; & fur
les anthères , cette pouffière ou cire a été
prife pour le foetus lui-même & le germe
des plantes ; & dans les Botaniftes les plus
modernes , pour la liqueur prolifique des
plantes. Je crois démontrer dans une feule
fleur , comme la tulipe , tout ce qui peut
concerner les parties de la génération parragées
entre les deux fexes dans les animaux.
Le piftile eft la matrice , le réceptacle
eft le placenta , le germe de la graine
eft le foetus , & le cordon umbilical eft
l'attache de la graine fur le placenta : c'eſt
là ce qui conftitue le fexe féminin dans les
animaux avec le foetus ; mais dans les
plantes , ces parties ne font qu'une portion
de celles qui fervent à générer. La verge
manque dans les plantes , parce qu'elles
n'ont befoin d'introduction pour porpas
ter l'embrion & les liqueurs mafculines ,
mais les fleurs ont des anthères qui fervent
de tefticules , des filets à leurs étamines
NOVEMBRE 1767. 151
qui fervent de vaiffeaux fpermatiques &
de canaux déférens ; elles ont un parenchime
dans leur graine qui reçoit la liqueur
féminale , & forme l'embrion , comme les
véhicules féminales dans les animaux .
La comparaifon des parties génératrices
entre les plantes & les animaux , fe trouve
dans tout ce qui les conftitue , & ces deux
règnes ne different , comme j'ai déja dit ,
qu'en ce que les animaux font partagés en
deux fexes ; & les plantes attachées à la
terre , fans ſenſation & fans mouvement ,
n'en ont qu'un qui renferme tout ce qui
convient pour la multiplication de fes
graines.
Je renvoie les amateurs aux livres qui
expofent les expériences fur lefquelles fe
font fondés les Botaniſtes qui adoptent le
fyftême féxuel Ils ne trouveront que des
faits douteux , comme le dattier du jardin
du Roi , les fraifiers de Verſailles , où il
eft queſtion d'étamines qui ont fécondé
dans les dattiers à quatre lieues de diſtance ,
& dans les fraifiers , des frutillers , qui ne
donnent des fruits que dans le chilli , qui
avortent ordinairement dans ce pays- ci ,
& qui ont donné par hafard des fruits dans
une année de chaleur & de beau temps ,
ce qui n'eft pas étonnant. Mais voici les
expériences que j'ai faites pour foutenir
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
mon opinion ; ce n'eft pas avec des plantes
étrangères , que perfonne ne peut avoir
commodément , mais c'eft avec des épinards
, des chanvres , des bleds de Turquie
, des coloquintes , & les plantes les
plus communes , que tout le monde peut
avoir dans des pots fur fes fenêtres.
J'ai femé , dans le mois de mars de cette
année- ci 1767 , dans un pot fur une fenêtre
expofée au couchant , dans la place du
quai de l'école où je demeure , à Paris ,
quatre graines d'épinard , qui ont toutes
pouffé . Il y en a eu deux qui ont formé
deux plantes prétendues mâles , ce que j'ai
apperçu par leur difpofition à pouffer des
épics ; je les ai arrachées auffi- tôt. Les deux
autres plantes , moins actives que celles- ci ,
m'ont fait appercevoir leurs piftiles , trois
femaines après avoir arraché les plantes à
étamines. J'en ai arraché l'une des deux ,
fitôt que j'ai été affuré que c'étoit deux
prétendues femelles. Et celle que j'ai laiffée
fur pied , a porté une très- grande abondance
de graine en maturité , quoiqu'elle
fût feule , & fans la plante mâle à étamines
qui doit féconder , comme la claffe des
dattiers , la plante femelle porte - fruit ,
felon les fexualiftes . J'ai femé ces graines ,
elles ont toutes levé , & font prêtes à faire
d'autres graines dans cette année - ci . Je
>
NOVEMBRE 1767. 153
certifie l'expérience véritable , & propofe
à tous les amateurs de la répéter dans le
printemps de l'année prochaine. Je crois
que , comme le dattier & l'épinard font
dans la même claffe des fexualiftes , il ne
faut pas aller chercher dans l'Afrique ce
que l'on trouve dans toutes les villes de
l'Europe.
J'ai femé du chanvre de la même manière
que mes graines d'épinard ; j'ai fait
la même opération , & actuellement j'ai
une plante de chanvre fur mes fenêtres ,
chargée de graines qui font venues en maturité
, fans le fecours de la plante à étamine
& ftérile , prétendue mâle .
J'ai femé une graine de coloquinte , qui
a produit une plante extrêmement belle ,
de laquelle j'ai coupé les prétendues fleurs
mâles ; elle a porté du fruit , & fes graines
en maturité .
J'ai femé du bled de Turquie en mai ;
j'en ai coupé la cime où font les fleurs à
étamines fitôt qu'elles ont paru , & le
fruit eft forti dans l'aiffelle des feuilles , &
a porté fes graines dans toute leur maturité.
J'en ai fait de même au ricin , à la
larme de job , à la brionne ou couleuvrée ,
& toutes les expériences contraires au fyftême
fexuel m'ont réuffi.
G▾
154 MERCURE DE FRANCE.
M. Gautier Dagoty diftribue actuellement
les quarante planches qu'il avoit
promifes à fes foufcripteurs , & reçoit les
foufcriptions de la feconde quarantaine .
Le Roi a fait la grace a cet auteur de recevoir
la dédicace de cette Botanique , utile
& agréable , où les plantes font repréfentées
dans leur état naturel avec leurs
fleurs , leur fruit , & leur racine , accompagnées
de tables explicatives en latin & en
françois très détaillées , où font les divers
fyftêmes de Tournefort , de Linaus , & celui
de l'auteur , avec les qualités & les vertus
de chaque plante.
ÉCOLE Royale Vétérinaire de Paris.
A VIS A V PUBLIC.
Les inftructions données aux élèves qui
ont été admis dans les Ecoles Vétérinaires
, ayant procuré déja aux cultivateurs
dans plufieurs Provinces du Royaume ,
des fecours très - efficaces & des moyens de
rappeller à la vie une très - grande quantité
de beftiaux malades ; nombre de perſonnes
ont paru defirer qu'on étendît les avantages
de femblables établiffemens , en faNOVEMBRE
1767. 155
cilitant à des fils de laboureurs & de fermiers
, comme auffi à des fils de maîtres
maréchaux , à leurs compagnons , à leurs
apprentifs & à d'autres , les voies d'acquérir
des lumières certaines , tant fur les principes
que fur la pratique de la médecine
des animaux : on s'eft déterminé , en conféquence
, pour remplir des vues auſſi
louables & concourir au bien général , à
prendre des arrangemens qui ne nuiront
en aucune manière à l'ordre qui règne
dans l'Ecole Vétérinaire , établie au château
d'Alfort , près Charenton . On y ouvrira
le dimanche , 22 novembre prochain,
à dix heures & demie du matin , immédiatement
après l'office de la paroiffe , des
leçons publiques & non moins gratuites
que celles qu'y reçoivent les élèves . Ceux
qui voudront y être admis , fe feront infcrire
les mercredis , par noms , furnoms ,
lieu de la naiffance & domicile actuel , fur
un regiftre tenu par les fieurs Renaud ou
Imbert , ( quand l'un n'y fera pas , on peut
demander l'autre ) rue Sainte Apolline ,
chez M. Bourgelat , Commiffaire Général
des Harras , Directeur & Inspecteur Général
des Ecoles Vétérinaires du Royaume ;
& tous les jours de la femaine , excepté le
jeudi , chez le fieur Fragonard , Directeur
particulier de celle d'Alfort. Les ſujets
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
ne feront agréés qu'autant qu'ils feront
préfentés par des perfonnes connues . Les
leçons feront continuées tous les dimanches
à la même heure ; ainfi elles ne diftrairont
point les élèves du dehors des occupations
qui pourroient les attacher journellement.
PHYSIQUE.
LETTRE à M *** , dans laquelle on examine
le fentiment de Varénius , fur l'ordre
des faifons entre l'équateur & le
huitièmedegré de latitude ; où l'on fepropofe
enfuite de démontrer que , de tous
les habitans de la terre , ceux qui font
à l'équateur , ou auprès de l'équateur ,
doivent reffentir tous les jours , le foir ,
un froid proportionnellement plus grand
que tous les autres peuples de la terre ,
& que cette différence de température ,
dans la journée , diminue à mesure qu'on
approche des pôles ; par M. TR. de L.
J'AIAI déja eu l'honneur , Monfieur , de
vous faire part de mes remarques fur M.
Rollin , (1 ) & je vous ai démontré qu'il
( 1 ) Voyez le Mercure de juillet , fecond vo
•
NOVEMBRE 1767. 157
•
s'eft trompé fur Anaxagoras de Clazomènes .
Vous m'avez paru affez content de mes
objections contre le ſyſtême de M. Freret ,
fur le tems où a vécu Ninus , roi d'Affyrie.
J'examine , à préfent , le fentiment d'un
homme auffi connu des phyficiens , que
MM . Rollin & Freret le font de ceux qui
étudient l'hiftoire ancienne .
N°. 1. Les endroits fitués entre l'équateur
& le huitième degré de latitude , tant
Septentrionale que méridionale , ont ( dit
notre auteur ) ( 2 ) deux étés , deux printems
, un feul autonne , & un feul hyver
& cela fans fuivre l'ordre accoutumé ; car
ils ont printems , été , printems , été , automne
, hyver.
Je n'adopte point le fentiment de Varenius
, & je crois que les faifons de cette
latitude doivent être rangées dans cet ordre
, printems , été , automne , printems ,
été , automne , hyver , & c. Je différe donc
de Varenius , en ce que je place un automne
entre le premier été & le fecond
printems : car je conviens avec lui qu'il
n'y a point d'hyver dans cet intervalle .
Voici la fubftance du raifonnement de
Varenius , pour prouver fon fyftême . Il
examine les faifons du quatrième degré :
( 2 ) Varenii geograp . generalis , liv . 2 , chap. 26 ,
prop. 3 , at. 4 , cd. de Newton.
4
t
158 MERCURE DE FRANCE.
23
و ر
Quand le foleil eft arrivé aux points
» de l'écliptique , éloignés du zénith de
» treize degrés quarante- cinq minutes , il
» doit faire le printems ou l'automne . Le
printems , s'il s'avance au zénith , l'automne
, s'il tend à la plus grande diftance
or parvenu au troifième degré des
gémeaux , le foleil ne fe meut pas vers
la plus grande diſtance , puifqu'il avance
vers le cancer qui n'en eft éloigné que
5, de 19 degrés ( en fuppofant le quatriè
» me degré ) & revient auffi- tôt à la plus
petite. Il commence donc au troisième
» des gémeaux , un fecond printems qui
doit durer jufqu'au vingtième degré de
la Vierge , &c. le refte fuit l'ordre ac-
39
» coutumé
N°. 2. Varenius me paroît s'être attaché
à la lettre de la définition des faifons , plutôt
qu'au fens.
Quoi ! de ce que le foleil commence l'automne
, quand il eſt au- delà du zénith , à
fa moyenne diſtance , en allant à la plus
grande , il en faut conclure que s'il ne doit
pas parvenir à la plus grande diſtance , à
ce même point moyen , il commencera le
printems ?
Mais qu'importe pour le commencemen:
de la faifon , que le foleil parvienne
plus ou moins loin , il en réfultera feuleNOVEMBRE
1767. 159
ment que la faifon durera plus ou moins
de tems . En quoi cette différence d'éloignement
futur peut- elle changer la température
de l'air pour ce tems- là ? Quand le
foleil eft arrivé au tropique du cancer , fi
par une révolution dans la nature , par une
volonté fpéciale du créateur , il venoit à
s'éloigner encore de huit degrés , il faudroit
donc annoncer aux peuples qui auroient
compté printems depuis le troifième
des gémeaux , qu'ils ont eu automne fans
le favoir ? je dis, fans le favoir , car tous les
effets phyfiques auroient été les mêmes ; ils
n'auroient commencé à changer que pendant
que le foleil auroit parcouru les nouveaux
degrés ( bien entendu qu'on fait
abftraction de toutes les caufes étrangères
qui dérangent les effets réglés & périodiques
du foleil ) . Ces conféquences ne fontelles
pas connoître la fauffeté du principe ?
D'ailleurs Varenius convient
qu'il y a un automne quand le foleil eſt au
vingt- cinquième degré de la balance ; &
en effet il eft à la moyenne diftance ; il
s'éloigne du zénith ; mais au troifième des
gémeaux , il a ces mêmes rapports de fitua
tion & de direction de mouvement ; donc
il doit y avoir auffi un automne . De plus ,
au dixième degré par de là le cinquième de
la balance, il eft plein automne ; dix degrés
N°. 3.
160 MERCURE DE FRANCE.
par de-là le troifième des gémeaux , tous
·les rapports indiqués ci- deffus font encore
les mêmes. Pourquoi donc mettre l'un de
ces points dans l'automne , & l'autre dans
le printems ? N'eft- il pas évident que fi on
définit l'automne , la moyenne distance
en allant vers la plus grande , cette dernière
condition indique feulement de quel côté
du zénith il faut prendre cette moyenne
diſtance , & qu'elle revient à celle- ci , la
moyenne diftance au-delà du zénith par
rapport à l'hyver.
,
Quant à ce que Varenius dit , que paffé
le troifième degré des gémeaux , le foleil
s'approche du zénith , cela me paroît abfurde
; car il eft inconteftable que le treizième
degré des gémeaux eft plus loin de
l'équateur que le premier de ces mêmes
gémeaux.
N°. 4. Mais à prendre même à la lettre
les définitions de Varenius , je ne vois
pas
qu'on puiffe mettre dans le printems l'intervalle
contenu entre le troisième des gémeaux
& le premier du cancer .
Le printems , dit- il , commence quand le
foleil a atteint dans fon midi , la moyenne
diftance , en venant de la plus grande. Mais
dans tout cet intervalle , il vient de la plus
petite diſtance , & non de la plus grande.
C'eſt au- delà du premier du cancer qu'il
NOVEMBRE 1767. 161
vient de la plus grande poffible dans cet
hémisphère, & qu'il s'approche réellement
du zénith.
N. 5. On pourroit peut-être m'objecter
le
raifonnement que j'ai employé contre
Varenius au n°. 3. & me dire : au troisième
degré du capricorne , en approchant du zénith
, il est encore hyver. Au premier degré
du cancer , en approchant du zénith ,
le foleil a les mêmes rapports de diftance
& de direction de
mouvement ; le premier
du cancer doit donc être en hyver ?
No. 6. Cette objection est très -forte ;
mais je réponds que l'hyver n'a pas commencé
, puifque le foleil n'eft pas arrivé à
la plus grande diftance où il arrivera dars
l'année . Et ce n'eft point un abus de mots ,
car le point de la terre qui répond au quatrième
degré , ne doit pas reffentir la même
température que quand le foleil eft au capricorne
, ou qu'il auroit reffentie fi le foleil
avoit été huit degrés au- delà ; il ne me
paroît donc pas naturel de commencer une
faifon par la fin .
Secondement. Suivant ce fyftême , l'hyver
commenceroit au premier degré du
cancer , & finiroit au cinquième du lion ,
qui répond à treize degrés quarante- cinq
minutes de diſtance du quatrième degré ;
162 MERCURE DE FRANCE.
ainfi ce deuxième hyver auroit environ un
mois & cinq jours .
Mais cet hyver ne reffembleroit en rien
au premier ; le foleil ne s'éloignant que de
dix neuf degrés & demi , il y a néceffairement
plus de chaleur dans l'air que quand
il s'éloigne de vingt- fept degrés & demi ;
il revient fur fes pas dans cette température
, le quatrième degré feptentrional doit
donc reffentir une chaleur beaucoup plus
grande que lorfque le foleil étoit au trentiéme
de la balance , quoiqu'il y ait même
rapport de diftance & de direction de
mouvement.
N°. 7. Ce que je vois de moins déraifonnable
à conclure , c'eft qu'il faudroit
un autre mot pour indiquer la faifon du
premier degré du cancer au cinquième du
lion ; mais en attendant la création de ce
mot , cette faifon me paroît devoir être
comptée pour un printems , parce qu'elle
y a beaucoup plus d'analogie qu'avec toute
autre .
Ce qu'on vient de dire du quatrième
degré de latitude , peut s'appliquer à tous
les degiés entre le premier & le huitième
compris.
...
NOVEMBRE 1767. 163
Suite du Mémoire fur les faifons.
Le même auteur , dans fa propofition
quatrième , après avoir établi qu'au neuvième
degré de latitude les faifons rentrent
dans l'ordre accoutumé , mais que leur
durée eft fort inégale , & que particuliè
rement l'été du neuvième degré dure depuis
le 15 d'avril , jufqu'au 15 d'octobre
ou environ , fe fait une difficulté dont la
folution ne me fatisfait guères. Il me paroît
défendre une bonne caufe avec de
mauvaiſes raifons.
( Difficulté. ) « Ces mois femblent ne
» devoit pas être mis dans l'été, parce que
le foleil ne s'éloigne pas du zénith par
» une route directe , mais d'abord en s'ap-
» prochant d'un point , & enfuite d'un
» autre. En s'approchant du cancer , il s'éloigne
du zénith , enfuite il s'en appro
» che ».
ود
99
c
(Reponse de Varenius. ) « Je réponds
l'été eft défini le tems de l'éloigneque
» ment ; mais ce n'eft pas l'éloignement à
» une diftance quelconque , c'eft la moyen-
» ne diſtance. De cet éloignement on n'en
» exclud pas un approchement , pourvu
» que l'éloignement ne foit pas plus grand
» que la moyenne diſtance ,
164
MERCURE DE FRANCE.
Rien de plus obfcur que ce raifonnement
dans lequel l'auteur fait voir d'ailleurs
qu'il s'en tient toujours à la lettre
des définitions.
1. D'abord , fi par l'expreffion ces mois
on entendoit tout l'intervalle depuis le 24
dubélier , jufqu'au 24 de la balance , cette
partie de la difficulté ne mériteroit aucune
réponſe. Ne feroit- ce point une abſurdité
que de ne pas reconnoître au moins le
commencement de l'été au 15 d'avril ,
quand le foleil eft vertical ?
2º. Quant à la durée de cette faiſon ,
je la prouverois ainfi le premier degré
du cancer n'eft point encore en automne ,
comme on l'a fait voir ( n ° . ) ; il eft
donc en été. Au-delà de ce degré , le foleil
repaffe par les mêmes points , enforte
que le 22 de juin il décrit le même parallèle
qu'il avoit décrit le 21 , le 23 ,
celui du 20 , & c . Il fait donc encore l'été
& même un été beaucoup plus chaud que
jufqu'au 21 de juin . Ces réponfes me femblent
plus claires & plus convaincantes
que celles de Varenius.
La feule addition que je ferois à cette
divifion , feroit de nommer fecond été le
retour du foleil au zénith. Par ce moyen
on feroit d'accord avec la définition générale
& la nature des faifons.
NOVEMBRE 1767. 165
Il est aisé d'appercevoir que plus on
s'éloigne de l'équateur , plus ce deuxième
été diminue jufqu'à devenir nul , & alors
les faifons font dans l'ordre & de la longueur
accoutumée.
Ces inégalités de température ne font
pas les feules qu'éprouvent les habitans
des zones torrides . Si on les compare à
ceux des autres zones , on trouve qu'à caufe
du mouvement journalier du foleil ,
tous les foirs , ils fouffrent plus du froid
qu'aucun autre peuple.
1º . On ne peut pas méconnoître les
quatre faifons dans la journée. L'heure du
lever du foleil , c'eſt le printems journalier
; midi eft l'été ; le coucher du foleil
eft l'automne ; & minuit eft l'hyver. Car
le foleil s'approche & s'éloigne du zénith ,
& ordinairement la température varie de
même. Chacun fait que midi eft le tems le
plus chaud de la journée , & que le matin
& le foir il fait plus frais.
2º. On fait encore que c'eft la différence
des températures qui fait impreffion fur
les animaux & même fur les plantes ;
que les caves ne font point froides l'été ,
& chaudes l'hyver ; qu'elles ont toujours
une température à peu près égale & moyenpe
entre la chaleur de l'une , & le froid
l'autre faifon.
166 MERCURE DE FRANCE.
J'ai obfervé qu'au même degré du thermomètre
, à Paris , quelquefois au commencement
de l'automne on fe plaignoit
du froid , on allumoit du feu ; & dans
l'hyver on l'éteignoit , on ouvroit les fenêtres.
Si donc deux peuples font fitués de manière
qu'il y ait une plus grande différence
entre la température du matin & du foir de
l'un , qu'entre celle du matin & du foir
de l'autre , le premier reffentira un plus
grand froid. Or cet effet doit arriver fi on
trouve une plus grande différence entre les
diſtances du foleil le matin & le foir pour
le premier peuple que pour le fecond . II
faut donc démontrer que , fi on compare
la diftance du foleil à un xénith d'un
point de la zone torride au matin , avec
fa distance à ce même zénith le foir , &
qu'on faffe la même opération pour un point
des autres zones , la différence d'éloignementfera
toujours plus grande pour la zone
torride , & deviendra nulle pour les pôles.
Pour le démontrer , je demande qu'on
m'accorde la propofition de géomètrie qui
fuit. Je ne la prouverai point , elle est trop
facile :
Si on prend - deux points A & B à égale
diftance du centre d'un cercle , que de
chacun de ces points on mene tant de liNOVEMBRE
1767. 167
gnes AR , BR , qu'on voudra à la circonférence
de ce cercle , les plus inégales feront
celles qui fe termineront à l'extrêmité
du diamètre MR parallèle à la ligne AB
& celles qui fe termineront à l'extrêmité
du diamètre perpendiculaire feront égales .
Cela pofé , comparons la différence entre
midi & minuit à l'équateur , avec la
différence entre ces mêmes points au tropique.
Le cercle PLREPVP , repréfente le
globe de la terre ; les arcs RV , QZ font
les tropiques ; NE eft l'équateur ; le grand
cercle PABSMDP repréſente un méridien
célefte ; & par conféquent A eft le zénith
d'un point d'un des tropiques terreftres ;
le point B eft le zénith d'un point de l'équateur
; M fera le nadir ; & le foleil fe
levera du côté de B , & fe couchera du
côté de M.
Le point E de l'équateur aura midi
quand le foleil fera en B , & la diftance
fera BE.
Quand le foleil fera en M, le point E
aura minuit , & la diftance fera ME ; la
différence entre les deux diftances fera
donc EN; c'est- à - dire , à peu près deux
mille huit cent foixante- deux lieues. Dans
ce même tems- là , la diftance du ſoleil au
point R du tropique , étoit BR à midi , &
168 MERCURE DE FRANCE.
MR à minuit. Par la propofition précédente
, ces deux lignes ont une moindre
différence que BE & ME ; donc la différence
de la température a été moindre ,
& le tropique avoit moins froid.
Mais tranfportons- nous à l'été annuel
du tropique R, Cet été arrivera quand le
foleil fera au point A, & il fera en même
tems midi pour le point R , & minuit
lorfqu'il fera en D. Les deux diftances feront
AR & DR , dont la différence eft
encore infiniment moindre que NE : donc
le tropique , pendant fon été annuel , reffent
des températures infiniment moins
différentes à midi & à minuit , que l'équateur
pendant le fien.
Examinons les zones temperées. Par
exemple le point L. Les deux étés arrivent
quand le foleil eft en A ; car il eft alors
dans le méridien de I , & il ne peut pas
arriver plus près du zenith qui eft en O.
Le point de minuit eft en D ; les deux
diftances font donc AL & DL, dont la
différence eft encore moindre ; donc, & c...
Au pôle , la différence entre AP & DP
eft nulle , ainfi la température eft la mêmẹ
pendant une révolution journalière.
Objection. On m'objecte que la différence
entre les deux éloignemens à midi.
& à minuit , n'eft d'aucune conſidération
NOVEMBRE 1767. 169
à caufe de l'épaiffeur de la terre qui intercepte
les rayons , & les empêche ainfi
de parvenir au point de la terre qu'ils
échauffoient à midi .
Réponse. 1 °. Je réponds que je ne prétends
pas que la différence de chaleur entre
midi & minuit foit égale à la différence
des deux éloignemens , ou des quarrés
des deux éloignemens du foleil , ni
encore moins donner une méthode pour
déterminer la gradation de l'augmentation
& de la diminution de la chaleur , depuis
le printems jufqu'à l'hyver journalier.
2º. J'avoue que l'épaiffeur de la terre
rend nulle la différence des deux éloignemens
à minuit. Mais tant que les rayons
du foleil parviennent directement aux
points que l'on compare , la différence eſt
proportionnelle à celle de minuit , celles
des températures le font donc auffi. J'ai
confideré les points de midi & de minuit
comme étant les plus faciles à comparer.
De plus il eft aifé de s'appercevoir que
l'arc terreftre qui fait obftacle aux rayons
du foleil , c'est - à - dire l'arc nocturne , diminue
à mesure qu'on s'éloigne de l'équateur
, ( du moins vers l'été annuel , ) &
qu'il eft nul au pôle ; ainfi les rayons parviennent
encore pendant long- tems au zénith...
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Donc de tous les peuples de la terre ,
ceux qui habitent l'équateur , ou près de
l'équateur , font ceux qui reffentent le
foir une plus grande différence de tempé--
rature , & c.
MATHÉMATIQUES
PROBLEME.
N eft perfuadé , d'après des démonftrations
exactes , qu'il eft impoffible , par
l'algèbre ou l'arithmétique , de partager
ou divifer un nombre quelconque en
moyenne & extrême raiſon . L'exécution
cependant de ce problême eft très - facile
en géométrie , puifqu'on partage une ligne
droite felon cette proportion , & qu'on
démontre la jufteffe de l'opération ; or , ce
qui eft démontré vrai en géométrie ne
doit pas être abfurde & impoffible en
algèbre.
La difficulté qu'on éprouve dans l'algèbre
ne confifte pas à trouver la valeur
d'une fraction , qui pourroit aboutit à une
quantité furde ; mais en ce que toute opé
ration algèbrique pour parvenir à la folu
tion , mène à une abſurdité évidente , par
NOVEMBRE 1767. 171
exemple , que la partie eft plus grande que
le tout.
On demande donc la folution de ce
paradoxe ; favoir : pourquoi une vérité
géométrique peut- elle n'être qu'une abfurdité
numérique ?
Avis concernant l'hiſtoire naturelle.
PERSONNE
ERSONNE ne s'étant préfenté pour l'acquifition
en entier du cabinet d'histoire
naturelle de M. Davila , on donne avis
aux curieux que la vente publique de ce
cabinet commencera le mardi , premier
décembre prochain.
Quoique l'hiftoire naturelle faffe la
partie la plus nombreuſe de cette collection
, les divers autres genres de curiofités
qui s'y trouvent raffemblés font affez confidérables
, pour pouvoir être préfentés chacun
à part. On avertit en conféquence les
amateurs , qu'on n'entremêlera dans chaque
vacation que les objets qui feront
de nature à pouvoir contenter les mêmes
goûts.
On commencera par les curiofités de
l'art, qui feront vendues dans l'ordre fuivant.
H ij
172 MERCURE DE FRANCE.
1°. Du premierau 19 décembre , les eframpes
, les deffeins & peintures à gouache..
20. Les 22 & 23 décembre , les tableaux
, les miniatures & peintures en
émail,
3°. Du 8 au 12 janvier 1768 , les habits
, armes , uſtenfiles , & c. de divers peuples
anciens & modernes , auxquels on
joindra les bijoux , vâfes précieux , ou--
vrages curieux , & généralement tout cé
qui compofe les trois premières parties des
curiofités de l'art.
4°. Du 13 au 18 janvier , les pierres
gravées antiques & modernes , bronzes ,
bas- reliefs & médailles.
5 °. Du 19 au 23 janvier , la bibliothèque .
6°. Les objets d'histoire naturelle , le
le lundi 25 janvier & jours fuivans , fans
interruption.
Les feuilles qui indiquent les articles
qui feront vendus chaque jour , ſe diſtribuent
chez M. Remy , peintre , rue poupée.
Le catalogue du cabinet fe vend chez
Briaffon , Libraire , rue Saint Jacques , à
la fcience.
NOVEMBRE 1767. 173
ARTICLE IV.
BEAU X- ART S.
ARTS AGRÉABLE S.
SUITE des obfervations fur les Tableaux ,
fculpture & gravure expofés au falon .
SCULPTURES.
LA Sculpture a joué un très - beau rôle
au falon . On l'auroit foupçonnée de vouloir
difputer la préeminence à la Peinture ,
fi l'on n'étoit convaincu que, dans l'Académie
Royale ces deux foeurs , amies quoi
que rivales ( 1 ) , ne cherchoient point à fe
nuire , & qu'elles bornoient leur ambition
partager tour à tour les éloges du public.
2
M. le Moine , toujours conftant dans les
progrès de fon art , a fignalé la beauté de
fon cifeau dans le portrait en marbre de
M. le Comte de Saint - Florentin , & les
grâces de fon ébauchoir dans le buſte de
Mde la Comteffe d'Egmont. Il a expofé
( 1 ) C'est la devife du jetton de l'Académie.
ཆ H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
un portrait , auffi en marbre , de M. de
Trudaine. Ce monument de la reconnoiffance
de la Faculté de Droit de Paris ,
doit être placé dans l'intérieur de fes écoles.
Le bufte de M. de Montefquieu , dont M.
le Prince de Beauvau fait préfent à l'Académie
de Bordeaux , & le portrait de M.
Gerbier , Avocat au Parlement , ont offert
les reffemblances intéreffantes de deux célèbres
amis des loix.
On a vu , pendant le falon , chez M,
Allegrain , une figure en marbre de grandeur
naturelle repréfentant une baigneufe
( 2 ) . Cet ouvrage , fait pour le Roi , réunit
à une attitude heureufe les foupleffes
du naturel. Il eût fait un des beaux ornemens
de l'expofition , fi le tranfport n'eût
été fufceptible de trop d'inconvéniens.
M. Vaffé a expofé le modèle en plâtre
( 3 ) d'une Minerve de fix pieds de proportion
, qu'il doit exécuter en marbre pour
M. le Comte de Rouville. La Déeffe eft
appuyée fur fon bouclier & tient en main
une couronne . Son noble maintien & fes
ajuftemens font ingénieux & pittorefques.
Le même Artifte a enrichi le falon de deux
(2 ) M. Allegrain loge rue Mêlée . On y arrive
auffi par le boulevard , prefque vis - à - vis le magafin
de la ville .
(3 ) Ce modèle en plâtre eft pour M. le Préfident
Hocquart.
NOVEMBRE 1767. 175
petites figures en marbre , repréſentant ,
l'une la Comédie , l'autre une Nymphe
endormie ; & d'un magnifique portrait en
médaillon de feue Elifabeth , Impératrice
de Ruflie. Ce marbre , travaillé avec tout
l'art poffible , appartient à M. le Comte de
Schouw alloff; il eft entouré d'une bordure
en acier poli , ornée de bronzes dorés d'or
moulu , qui eft d'une grande richeffe &
d'un goût exquis. Un portrait , auffi en
marbre , repréfentant feu M. le Comte de
Caylus ( 4 ) , fait également l'éloge du
coeur & des talens de M. Vaffé. Le fentiment
a guidé fon cifeau ; & il n'a réuffi
à retracer une reffemblance frappante de
ce refpectable ami des arts , que parce qu'il
en avoit les traits profondément gravés
dans fa mémoire & dans fon âme.
Le public a vu , avec fenfibilité , le portrait
en marbre de feu Mgr le Dauphin ,
fculpté par M. Pajou. Ce bufte , qui appars
tient à M. le Duc de la Vauguyon , étoit
accompagné des portraits de Monfeigneur
le Dauphin , de Monfeigneur le Comte de
Provence , & de Monfeigneur le Comte
d'Artois ; du portrait en marbre de M. le
Maréchal de Clermont- Tonerre ; de deux
buftes en argile , repréfentant les enfans de
(4 ) Ce portrait appartient à l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles- Lettres.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
M. le Marquis le Voyer ; du portrait de
M. de Sainfcey, & de deux autres portraits
d'enfans. Les efquiffes en plâtre des figures
la Magnificence & la Sageffe , qui doivent
être exécutées en grand pour le Palais
Royal , étoient au rang des ouvrages de
M. Pajou , avec l'efquiffe d'un tombeau
en terre cuite. On y voyoit auffi un deffein
retraçant la mort de Pélopidas , Général
des Thébains. Après avoir remporté la
victoire , ce héros fut tué & porté dans fa
tente par fes foldats. Ceux- ci eurent tant
de regret de la perte qu'ils vouloient fe
laiffer mourir de faim.
M. Caffieri a fait briller la délicateffe
de fon cifeau dans une ſtatue en marbre
de deux pieds quatre pouces de proportion ,
repréfentant l'Innocence ( 5 ) . Elle étoit
accompagnée d'une figure de la veftale
Tarpeja ; d'un petit modèle en terre cuite ,
où l'Amitié étoit repréſentée à l'ombre
d'un cyprès , & verfant des pleurs fur un
tombeau . Le même Sculpteur avoit auffi
expofé le portrait de M. Hallé , Peintre
du Roi , l'un des Profeffeurs de l'Académie
Royale ; & le bufte de M. Borie ,
Docteur en Médecine de la Faculté de
Paris.
(5 ) Cette figure appartient à M. le Duc de
Chaifeul
NOVEMBRE 1767. 177
M. Francin a fait part au public d'un
feul ouvrage en marbre , repréfentant le
Chrift à la colonne. C'eft fon morceau de
réception à l'Académie. Ce titre feul en
fait l'éloge.
Un bas- relief en plâtre , dont le fujet
eft l'Annonciation de la Vierge , aux deux
côtés duquel font la Foi & l'Humilité , a
fait connoître les talens de M. Berrué. Ce
modèle doit être exécuté en grand pour
l'églife cathédrale de Chartres. Les connoiffeurs
ont remarqué , à la fuite de cet
ouvrage , le modèle en terre cuite de
l'Hébé , dont le marbre eft dans le cabinet
de M. de la Live ; & le portrait du père
de l'auteur , reffemblant & bien modelé.
On a vu avec plaifir , parmi les ouvrages
de M. Gois , un Ariftée défefpéré de la
perte de fes abeilles. Če morceau de fculp .
ture , dont le fujet eft tiré des Géorgiques
de Virgile , a fervi à l'auteur pour fon
agréement à l'Académie. Il étoit accompagné
d'une tête du plus beau marbre ,
repréſentant la douleur : expreffion pathétique
que M. Gois a parfaitement rendue ;
d'un portrait de M. Son père ; & de plu
fieurs beaux deffeins lavés au biſtre.
M. Mouchi a dévoilé fes heureufes difpofitions
pour l'imitation exacte de la
nature , dans une figure de berger , qui lui
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
fa
a fervi
pour fon agrément
à l'Académie
Royale
, & qu'il doit exécuter
pour
réception
; dans la repréſentation
de deux enfans adorateurs
, qui font d'une naïveté
charmante
, & dans quelques
médaillons
traités
dans la plus grande
vérité. Cet Artifte
jouit de l'avantage
de pouvoir
per- fectionner
fes talens dans l'école
d'un
oncle illuftre
, qui excelle
fingulièrement
dans cette partie de l'art ( 6 ).
GRAVURES.
M. Cochin , fi connu par la fupériorité
de fon génie créateur , par la fineffe , l'efprit
de fa pointe & l'excellence de fon
burin , a expofé plufieurs deffeins allégoriques
, dont les fujets font tirés des règnes
des Rois de France. Ces chefs- d'oeuvres
font deftinés à être gravés dans la nouvelle
édition, depuis long - temps attendue, de l'abrégé
chronologique de l'hiftoire de France ,
par M. le Préfident Hénault. Un ingénieux
mêlange de l'hiftorique avec le fabuleux
prête à ces allégories mixtes les attraits
les plus fatisfaifans pour l'efprit , en lui
préfentant fous un feul point de vue ce
qu'il y a d'intéreffant dans tout le règne
( 6 ) M. Mouchi eft élève & neveu du fameux
M. Pigalle.
NOVEMBRE 1767. 179
de chaque Souverain . Les connoiffeurs ont
admiré le deffein curieux où M. Cochin a
repréſenté , fous un crayon fpirituel &
vrai , l'Ecole du modèle , pendant la féance
de l'expreffion. On y voit & on y reconnoît
les jeunes élèves de l'Académie , occupés
à concourir pour le prix fondé par
feu M. le Comte Caylus ( 7 ) . Les Officiers
qui préfident à cette féance , quelques
perfonnes même qui y affiftent , font
d'une reffemblance parfaite dans ce deffein
, quoiqu'ils n'y foient retracés qu'en
deux coups de crayon.
M. le Bas , renommé par la légéreté &
l'intelligence de fa pointe , autant que par
les agrémens de fes compofitions , a expofé
les deux eftampes de la quatrièmefuite des
ports de France , gravées d'après M. Vernet
, en fociété avec M. Cochin .
M.Wille a retracé , fous un burin agréable
& favant , l'inftruction paternelle d'après
Therbourg , & l'obfervateur diftrait d'après
F. Mieris.
La pointe vigoureufe de M. Phlipart
a reproduit avec fuccès le tableau pathéti-
(7 ) On peut voir le difcours fur l'expreffion
qui fut prononcé par M. Dandré Bardon , à l'Académie
Royale , lors de cet établitlement . Il eft
mprimé , par extrait , dans le Mercure de fepembre
17 60.
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
que de M. Greuze , repréfentant le paralytique
fervi parfes enfans. Cette eſtampe
& une autre plus agréable , où l'on voit
une jeune fille qui pleure la mort de fon
oifeau , gravée d'après le même Peintre ,
ont fait un grand plaifir au falon."
M. Lempereur y a préfenté le portrait.
de M. Watelet , d'après le deffein de M.
Cochin , & le portrait allégorique de M.
de Belloy , d'après le tableau de M. Jol-
Zain , agréé à l'Académie Royale. Cette
gravure a été faite par les ordres de M. le
Duc de Charoft , Gouverneur de Calais . On
voit cette ville préfentant au génie de
la poéfie le médaillon de M. de Belloy
pour être attaché à la pyramide de l'immortalité.
Là eſt un bas- relief , où le Roi
Edouard eft repréfenté condamnant à la
mort Euſtache de Saint- Pierre & fes généreux
compagnons. Au bas paroît un enfant
qui tient les clefs & les armes de la ville :
près de lui eft un chien , fymbole de la
fidélité de ces vaillans citoyens. Le port.
de Calais eft apperçu dans le lointain.
M. Moitte s'eft fait honneur au falon , par
Te portrait de M. du Hamel du Monceau
Infpecteur Général de la Marine , & c . M.
Mellini , par celui de M. de Pollinchove
premier Préſident du Parlement de Flandres
, gravé d'après feu M. Aved ; & M.
و
NOVEMBRE 1767. 181
7
Beauvarlet , par les portraits de Monfeigneur
le Comte d'Artois & de Madame ,
d'après le tableau de M. Drouais. Ce graveur
a auffi expofé plufieurs deffeins deftinés
à être gravés : l'un repréfente Mercure
& Aglaure , d'après la Hire ; l'autre
une fête de campagne , dans l'intérieur
d'une maifon ; un autre la marchande de
petits amours , d'après M. Vien . Ces deffeins
font d'une propreté & d'un goût
charmans.
M. Aliamet a enrichi l'expofition , en
y plaçant une eftampe de l'ancien port de
Gènes , d'après Berghem. M. Strange , par
quatre belles gravures d'Abraham répudiant
Agar , d'Efther devant Affuerus ,
d'après le Guerchen ; d'une Vierge avec
l'enfant Jefus , & d'un Amour endormi ,
d'après le Guide.
Le public a vu avec un fentiment d'admiration
, mêlé d'une forte d'amertume ,
l'allégorie ingénieufe & pathétique fur la
vie de feu Monfeigneur le Dauphin. Dans
cette compofition , inventée par M. Cochin
, gravée à la manière du crayon par
M. Demarteau , on voit au haut les armes
de Monfeigneur le Dauphin rayonnantes
de gloire , & les reftes d'un voile que la
mort a déchiré . En bas , la mort entraîne
les plis tombans de ce voile : la Modeftie
182 MERCURE DE FRANCE.
qui eft à côté , femble vouloir encore s'en
envelopper. Au deffus, à gauche, la Sageffe
& la Juftice dirigent l'Etude , défignée par
un coq & une lampe , vers l'Hiftoire , qui
écrit , appuyée fur le Temps. Derrière ,
droite , font la Bonté , caractérisée par un
Pélican qui s'ouvre le fein ; la Tendreffe
conjugale , allégorifée par l'Hymen & l'Amour
liés de fleurs & s'embraffant : à
côté d'eux , eſt la Pureté , qui tient un lys.
Dans le fond , paroît un grouppe de vertus
chrétiennes & morales.
›
La mort a dévoilé le fecret de fa vie.
Telle eft l'infcription qu'on lit au bas de
l'eftampe. Aufone en a fourni la penſée ,
mais l'application fait un honneur infini à
la jufteffe d'efprit du favant renommé ( 8 )
qui l'a mife en vers .
Une autre allégorie , de l'invention de
M. Cochin , & gravée auffi à la manière du
crayon par M. Demarteau , a été admirée
au fallon. Elle repréfente la Justice qui
protège les Aris. Le deffein original eft
chez M. l'Avocat Général Seguier , que
M. Cochin avoit en vue , en lui offrant
une penſée fi analogue à la façon de penfer
du refpectable Magiftrat. On y voit la Juftice
caractérisée par une balance en équi-
( 8 ) M. Diderot .
NOVEMBRE 1767. 183
libre , & par fes autres attributs que tiennent
deux génies. Elle étend une main favorable
fur la Peinture & la Sculpture ,
que l'Envie , la Jaloufie & la Malice voudroient
perfécuter. La Générofité , qui eft
grouppée avec la Juftice , tient d'une main
des guirlandes de fleurs , & de l'autre foudroye
les monftres.
M. Demarteau a expofé plufieurs morceaux
; notre Seigneur au tombeau , d'après
le Caravage; Sainte Catherine , d'après
Pietre de Cortone : l'un & l'autre font grávés
, d'après les deffeins de M. Cochin.
Plus , un Grouppe d'enfans , une Tête de
femme , deux petites Têtes imitant le deffein
, à divers crayons , & une Femme qui
dort avec fon enfant , d'après M. Boucher.
Finalement , une Académie repréſentant
le Satyre Marfyas , d'après le deffein de
feu Carle Vanloo , Artifte rare , dont la
mémoire fera toujours chere aux véritables
amateurs des Arts.
184 MERCURE DE FRANCE.
GRAVURE imitant la peinture en pastel.
Le fieur Bonnet , feul graveur dans la
manière du paſtel , annonce au public une
feconde tête dans ce genre ; elle fert de
pendant à une première qui a déja paru .
Ces deux têtes exécutées d'après les deffeins
de M. Boucher , font dignes d'intéreffer
les amateurs. Le même graveur fe propoſe
d'exécuter le portrait & l'hiftoire au Paftel
. Il vient de mettre au jour une Venus
fur les eaux , d'après M. Boucher , & deux
têtes de femme , d'après M. Eifen ; ces
trois morceaux font au crayon noir , rehauffé
de blanc , fur du papier bleu .
Le même auteur compte mettre aujour,
le premier de novembre prochain , une eftampe
aux deux crayons , noir , rehauffé
de blanc , fur papier bleu , repréfentant
Sanfom livré aux Philiftins par Dalila ,
d'après Vandyck , deffiné par M. Eifen.
Sa demeure eft rue Galande , entre um
chandelier & un layetier , vis - à-vis la rue
du Fouare.
NOVEMBRE 1767. 185
GRAVURE en bas - relief.
LE fieur Maſſart a eu l'honneur de préfenter
à Monfeigneur le Dauphin , le 9
du mois de feptembre dernier , un morceau
dont il eft inventeur , gravé en basrelief
, repréſentant un calendrier. Ce
Prince , en conféquence , a daigné l'honorer
du titre de fon graveur ordinaire
en bas relief.
La matière dont il s'agit , eft un maſtic
auffi dur que le marbre , & qui en a toute
la reſſemblance ; il peut être employé pour
toutes fortes de bordures , de panneaux
d'appartemens , de médaillons , corniches ,
rofettes , boëtes de toilette , & même pour
repréſenter des payſages , des châteaux de
plaifance , des vues , ruines , payſages
Chinois , ouvrages grotefques , & toutes
les différentes efpèces d'ornemens . ,
Sa demeure eft rue des Poulies , ancien
hôtel Conty , troisième cour.
JOUAILLERI E.
MLLE Lemaire continue toujours de
tirer parfaitement les copies des modéles
185 MERCURE DE FRANCE.
gravés qu'on lui envoye , favoir , des
armes , cachets , portraits , bagues & antiques
, fur des pierres de compofition , qui
imitent les pierres fines , telles que les
rubis , émeraudes , faphirs , améthiſtes ,
cornalines , jafpes - fanguins , agathes , topazes
, opales , cristal de roche & autres. Le
prix de ces pierres eft depuis fix livres jufqu'à
douze livres. Elle prend vingt- quatre
livres , pour les perfonnes qui n'ont que le
deffein de leurs armes. On trouve chez
elle les portraits du Roi & d'Henri IV,
tant en relief qu'en creux , d'après M. Gay ,
propres à mettre en bague , & qu'elle a eu
l'honneur de préfenter à Mefdames de
France.
Sa demeure eft à Paris , rue Saint
Jacques , vis-à- vis les Urfelines.
COEFFURES DES DAMES.
LE Gros , coëffeur des Dames , enclos des
Quinze - Vingts à Paris , vient d'achever
fon livre nouveau , qui a pour titre : l'Art
de la coëffure des Dames Françoifes , avec
le traité en abrégé fur la façon d'entretenir
& conferver les cheveux naturels , & les
plans des largeurs des cheveux des faces
NOVEMBRE 1767. 187
qu'il faut obferver pour faire toutes ces
coeffures , & la façon de fe coëffer avec
des cheveux faux .
Ce livre contient trente-huit eftampes ,
qui repréfentent autant de coëffures différentes
, gravées d'après les grands deffeins
originaux deffinés d'après fes accommodages
fur les cheveux naturels , faits fur
différentes têtes : ily en a trente cinq qui fe
font fur la même frifure ; l'on ne met
qu'une fois en papillotte , & c'eft toujours
la même coupe de cheveux. Ce livre eft
très curieux & utile pour les Dames , attendu
qu'il leur fera facile de changer
de goût , & de pofer les fleurs , les
barbes , les petits bonnets & les fultanes
conformes aux eftampes , & commander
les coëffeurs à leurs toilettes. Ce livre relié
en veau , & enluminé , fe vend deux
louis ; & broché , fans être enluminé , il ſe
vend un louis *. Dans toutes ces coëffures ,
on en trouvera toujours de mode pour la
Cour & la ville , pour le bal & le théâtre.
Il a eu l'honneur d'envoyer fes premiers
* Il avertit le public de fe défier d'un autre
ouvrage que l'on a débité ſous fon nom , à Paris
& dans les foires : livre qu'il défavoue , dont les
figures font de gauche à droite , très- mal conçues
& auffi mal exécutées.
188 MERCURE DE FRANCE.
exemplaires à Mefdames de France , à la
Reine d'Angleterre , à la Reine d'Eſpagne ,
à l'Impératrice d'Allemagne , à l'Impératrice
de Ruffie , à la Reine de Pruffe , à la
Reine de Suede , à la Reine de Dannemarck
, à la Reine de Portugal . Ce livre
eft applaudi des Reines & Princeffes , &
de toutes les Dames de bon goût. Il a
coëffé les Dames de cinquante -deux fortes
de goût différens bien applaudis ; cependant
il en a fupprimé quatorze qui n'étoient
point de fon goût. Ce livre ne contient
que trente- huit eftampes , il le vend
toujours avec fuccès ; & les applaudiffemens
qu'il en reçoit tous les jours , l'ont engagé
à le corriger , à l'embellir , & à le
rendre parfait en 1767.
Le Gros frife & accommode toujours
les cheveux naturels des Dames de trentehuit
fortes de goûts différens , en boucles
& en rofettes , & natte leurs chignons à
jour , ou en triage. Il fait toutes fortes
d'ouvrages en cheveux, imitant le naturel,
dans le dernier goût le plus à la mode ;
ainfi toutes les Dames peuvent fe coëffer
elles - mêmes de trente fortes de goûts différens
dans trois heures de temps.
Il a auffi érigé fa boutique en Académie ,
& divifé cette Académie en trois claffes ,
NOVEMBRE 1767. 189
où il y a des profeffeurs qui donnent des
leçons d'après des modèles , & forment des
éleves coëffeurs & coëffeufes,
GRAVURE.
P. S. M. Bonnet vient encore de mettre
en vente deux têtes , au crayon noir
rehauffé de blanc fur du papier bleu ,
d'après M. le Prince , intitulés : la Laitière
Mofcovite , & la Servante Finoife . Toutes .
deux font très -jolies , très - piquantes . On
les trouve chez l'Auteur , rue Galande ,
& chez la veuve Chéreau , rue Saint Jacques
, aux deux pilliers d'or,
190 MERCURE DE FRANCE .
ARTICLE V.
SPECTACLE S.
OPÉRA.
›
LESES Fragmeus nouveaux , ballet , compofé
du prologue des amours des Dieux
de l'acte de Théonis , & de celui d'Amphion
, ont été repréſentés par l'Académie
Royale de mufique , le mardi 13 de ce
mois.
Les paroles du prologue des Amours des
Dieux font de feu M. Fuzelier , la muſique
de feu M. Mouret. Le fujet , depuis
long - temps connu , eſt une fête annuelle
que célebrent les Sarmates à l'honneur
d'Ovide , autrefois exilé chez eux .
4
Le rôle de la Prêtreffe du temple de
l'amour a été chanté avec fuccès par
Mlle Duplant , dont les progrès dans l'art
& la jufteffe du chant , ainfi que dans les
parties relatives à l'action théâtrale , intéreffent
en fa faveur , & font concevoir de
fes talens les plus grandes efpérances.
Le ballet du prologue a fait honneur à
NOVEMBRE 1767. 191
l'intelligence & au génie de M. d'Auberval.
Les paroles de Théonis font de M. Poinfinet
, la mufique eft de MM. Berton &
Trial , Directeurs de l'Académie , & dẹ
M. Granier , premier violon de S. A. Mgr
le Prince Charles.
Le fujet du poëme eft une Nymphe de
Diane , infenfible à l'amour , & qui n'a
d'autre paffion que celle de la chaffe .
Dorilas , jeune berger , laffé de foupirer
en vain pour elle , invoque tendrement
l'Amour :
Dieu charmant , par toi tout reſpire ;
Les dieux même ont chéri tes feux :
Tout renaît , tout jouit fous ton aimable empire ;
Tu n'as befoin que d'un fourire ,
Pour renouveller l'univers,
L'Amour , environné de toute fa gloire ,
defcend fur des nuages , donne un carquois
à Dorilas , en lui difant ;
S'il faut que ta bergère
Porte la main fur un feul de mes traits
Tu charmeras fon coeur févère ;
Et le moment de fa colère.
Sera celui de mes bienfaits ,
?
Dorilas , l'inſtant après , trouve Théonis
192 MERCURE DE FRANCE.
+
endormie , & change avec elle de carquois ,
en s'écriant avec la voix du fentiment :
Faut-il que ton amant te trompe , pour te plaire ?
La Nymphe , à fon réveil , voyant Dorilas
à fes pieds , veut le punir de cette
nouvelle offenfe . Il fe livre à toute la colère
de la Nymphe.
THÉONIS.
C'en eft trop cette audace extrême .
( Elle porte la main au carquois ).
DORILA S.
·
Frappez !
THEONIS tire un trait.
Quel trouble affreux ! ..je m'égare moi-même.
Vengez- vous.
DORILA S.
THEONIS lève le bras.
Je le dois.
DORILAS.
Vous balancez.
THEONIS , le bras levé.
Je ne le puis...
Hélas ! ..
Elle
NOVEMBRE 1767. 193
Elle laiffe tomber le trait , en lui avouant
qu'elle l'aime. A ce mot , le théâtre change ,
& repréfente un jardin orné de grouppes
de ftatues . On voit au fond , fous des bofquets
, des Nymphes qui reçoivent l'hommage
des bergers ; les uns font à leurs ge
Boux , les autres leur offrent des fleurs :
d'autres paroiffent tendrement unis , &
l'acte fe termine par une fête extrêmement
agréable .
Cette courte analyfe eft fuffifante , pour
prouver que l'idée de cette paftorale eft
vraiment lyrique & bien rendue . La mufique
, affortie au fujet , aufli gracieuſe ,
auffi brillante que neuve , gagne chaque
jour à être entendue , & ne peut que beaucoup
ajouter à la gloire des trois auteurs.
Les rôles de Dorilas & de Théonis, remplis
par M. & Mlle Larrivée , ne laiffent
rien à defirer aux fpectateurs les plus difficiles.
La voix légère & fonôre de la
Dile Rofalie a reçu des applaudiffemens
dans le rôle de l'Amour . Les danfes , qui
font de la compofition de M. Lani , & furtout
le pas de fix , exécuté par lui avec
MM. Gardel , d'Auberval , Miles Guimard
, Allard & Peflin , ont produit le
plus grand effet , & font avouer même aux
étrangers , que notre théâtre lyrique eſt le
feul de l'Europe qui raffemble fix perfon-
I
194 MERCURE DE FRANCE.
nes , dont les talens foient pouffés au point
de perfection que nous admirons en elles.
L'acte d'Amphion , dont les auteurs ,
tant des paroles que de la mufique , ont
gardé l'anonyme , offre une jeune perfonne
, nommée Antiope , d'autant plus
ennuyée de vivre parmi des peuples
fauvages & cruels , que les fons d'Amphion
qui ont frappé fon oreille , ont difpofé
fon coeur à reffentir de tendres fentimens
pour lui . En vain le Chef de cette
nation barbare lui offre-t - il avec fa main
le fpectacle de la mort des prifonniers qu'il
vient de vaincre ; en vain lui dit- il :
Ta blancheur eſt plus brillante
Que les neiges de nos bois ;
Ta vue eft plus pénétrante
Que les traits de mon carquois ;
Et le bruit de l'onde errante
Eft , dans une foif ardente ,
Moins doux qu'un fon de ta voix.
Antiope , à qui il n'infpire que de l'horreur
, lui répond très- franchement :
Guerrier , porte ailleurs ton hommage ,
Je lens que je ne puis t'aimer.
Et ajoute ,
L'oifeau qui , fous le feuillage,
Soupire fes tendres feux ,
NOVEMBRE 1767. 195
Du doux amour est l'image :
Mais tes chants & ton langage ,
Reflemblent aux airs affreux
De l'oifeau fier & fauvage
Qui , du fond d'un antre creux ,
S'élance vers le carnage .
Elle s'oppofe enfin au facrifice qu'il veut
faire des prifonniers qu'il a vaincus , & lui
avoue qu'Amphion à feul droit de lui
plaire.
LE SAUVAGE.
Amphion ! & quel eft ce mortel redoutable
De qui j'entens parler pour la première fois ?
Oferoit - il aux miens comparer les exploits ?
Tout céde à ma force indomptable.
ANTIOPE.
Oui , mais tout obéit aux charmes de fa voix.
LE SAUVAGE.
Je dompte les torrens dans leur courſe rapide.
ANTIOPE.
Ses fons harmonieux en fufpendent le cours.
LE SAUVAGE.
C'eſt moi , dont l'audace intrépide ,
Combat les lions & les ours.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
ANTIOP E.
Le tigre , en l'écoutant , quitte fes antres fourds ,
Et vient bondir près de l'agneau timide ;
Par la douceur de fes accens ,
Les déferts affreux s'embelliffent ,
Les rochers même s'amolliffent. . . . ...
Ai-je pu réfifter à ces charmes touchans ?
LE SAUVAGE.
Que ce téméraire
Paroifle en ces lieux ;
Ma jufte colère
L'immole à tes yeux.
Tous ces vains preſtiges
Ne m'étonnent pas ;
Eft- il de prodiges
Plus forts que mon bras ?
Une marche guerrière annonce l'arrivée
des Sauvages , avec les prifonniers enchaînés.
Antiope implore en vain leur grace .
On eft prêt de les immoler , lorſqu'une
fymphonie douce & céleſte étonne les Sauvages,
fufpend les coups qu'ils alloient porter
, & annonce l'arrivée d'Amphion.
NOVEMBRE 1767. 197
Les dieux ( dit-il )
!
• . Sont toujours bienfaifans ;
Les dieux , dans une paix profonde ,
S'occupent du bonheur du monde ;
Tous les peuples font leurs enfans .
Leur foleil éclaire la terre ,
Leurs fruits nourriffent les humains ;
C'est à regret que le tonnerre
Echappe à leurs auguftes mains.
Ces beaux vers , & les inftances d'Antiope
, loin de défarmer les Sauvages , les
irritent contre Amphion , qu'ils prétendent
également immoler. Antiope , qui en frémit
, prétend en vain le dérober à leur
fureur.
AMPHION & ANTIOP F.
• · Raffurez-vous :
Je ne redoute point leur troupe réunie .
Guerriers , un plus puiffant génie
Me défend de vos coups.
Douce & tendre harmonie ,
Enchantez ce fier courroux ,
La fymphonie qui accompagne le morceau
de chant que contiennent ces deux
derniers vers , & qui eft répété de temps
en temps , par un choeur qui eft derrière le
théâtre , produit par degrés fon effet ſur
Ι
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
l'âme du Chef des Sauvages & de fes compagnons.
Les captifs font relâchés ; une
ville s'éleve aux fons de la voix d'Amphion
; vers le milieu , paroît le portique
d'un temple : le devant du théâtre repréfente
un paysage agréable , & le Chef des
Sauvages cède Antiope à Amphion : ce qui
amène naturelllement une fête , au milieu
de laquelle il chante l'arriete fuivante :
Peuples , dans une paix profonde®
Goûtez votre bonheur naiffant.
L'amour est le charme du monde ,
Mais l'amour doit être innocent.
Si quelquefois de noirs orages
Viennent obfcurcir vos beaux jours ,
Vous verrez bientôt ces nuages
Chaffés par la main des amours.
Peuples , &c.
Ne croyez pas que la fagèlle
Banniffe les ris & les jeux ;
La vertu permet la tendreffe ;
Elle nous permet d'être heureux .
Peuples , & c.
Un divertiffement général termine
l'acte.
M. Legros , s'étant trouvé férieufement
indifpofé , n'a pu chanter qu'une feule fois
NOVEMBRE 1767. 199
le rôle d'Amphion , dans lequel M. Muguet
a chanté de façon à mériter des applaudiffemens
, le vendredi 16 du mois .
M. Cavallier a auffi chanté ce même rôle .
aux repréſentations du dimanche 25 , &
du mardi 27.
Mlle Arnould , s'étant bleffée au pied ,
à la repréſentation du vendredi 16 , Mlle
Rivier a chanté le rôle d'Antiope , à celles
du dimanche 18 , & du mardi 20 .
Ce que nous avons rapporté des paroles.
de cet acte & de ce qui en conf
titue l'action , fuffit pour mettre ceux qui
ne l'ont point vu , en état d'en juger.
Quant à ce qui touche la mufique , nous
croyons pouvoir avancer qu'elle eft favante
, mâle , peut- être un peu trop analogue
aux moeurs du peuple que le muficien
, d'après le poëte , a voulu peindre ;
que les vrais connoiffeurs y trouvent plufieurs
morceaux d'harmonie d'un grand
effet , & que ne défavoueroient point les
plus grands maîtres.
Les ballets , qui font de la compofition
de M. de Laval , font fortement deflinés
caractérisés , & dans le coftume convenable
aux Sauvages qui les danfent .
P. S. L'habitude où eft depuis longtemps
le public, de voir les fragmens ter-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE .
minés par un acte de mufique agréable ,
eft probablement le motif qui a déterminé
les Directeurs à changer l'arrangement des
actes , ou plutôt à former de nouveaux
fragmens , compofés 1 ° . de l'acte d'Am- :
phion , 2 ° . de celui de Théonis , 3 ° . de
celui de Vertumne & Pomone , que l'on a
repréſentés le vendredi 23 , & que l'on a
continués depuis. Mlle Gardel a remplacé
avec diftinction Mlle Guimard dans l'acte
de Vertumne.
Le même jour , vendredi 23 , M. Narbonne
, âgé de feize à dix - fept ans , a dé- ;
buté par l'ariette qui avoit été ajoutée à la
fin d'Hyppolite & Aricie , lors de la repriſede
cet opéra , après la rentrée , & qui a
été placée à la fin de l'acte de Vertumne
quand on l'a remis en dernier lieu au
théâtre.
Le débutant a lieu d'être auffi fatisfait
des applaudiffemens qu'il a reçus , que le
public paroît l'être de la beauté & de la
netteté d'un organe qui lui promet de
nouveaux plaifirs.
Le même jour , vendredi 23 , Mlle
Durancy , depuis peu retirée de la comédie
françoife , a reparu à l'opéra , dans le
rôle d'Antiope de l'acte d'Amphion , &
l'a continué jufqu'à préfent.
7
NOVEMBRE 1767. 201
COMÉDIE FRANÇOISE.
DEPUIS EPUIS le dernier Mércure on n'y a
rien donné de nouveau que les comédies
de l'Andrienne & les Maurs du temps
remifes au théâtre.
*
Ce que le public defiroit depuis longtemps
, dans l'Andrienne , vient enfin d'etre
exécuté le coftume , dans les habillemens
, a été obfervé & a produit tout
l'effet qu'on en attendoit.
M. Préville a rempli , pour la première
fois , le rôle de Dave avec toute l'intelligence
& toute la fineffe dont ce rôle eft
fufceptible , & y a fait d'autant plus de
plaifir , qu'on defiroit depuis long- temps
de le lui voir jouer.
Le fuccès des Moeurs du temps a été égal
à celui que la pièce a eu dans fa nouveauté ;
elle a été reçue avec les plus grands applaudiffemens.
Les deux pièces ont été bien jouées .
COMÉDIE ITALIENNE.
AUCU UCUNE nouveauté n'a paru depuis un
mois fur ce théâtre. On en prépare une ,
dit- on , dont on augure du fuccès.
* De M. Saurin , de l'Académie Françoife .
202 MERCURE
DE FRANCE.
ARTICLE V I.
NOUVELLES POLITIQUES.
TRO
D'Alger , le 23 juillet 1767 .
ROIS Corfaires , qui croifent dans la Méditerranée
, le font emparés depuis peu d'un navire
François & d'un navire Anglois qu'ils ont envoyés
ici, où ils ont été relâchés fur le champ. Quelques
jours après il entra dans ce port un autre
navire François qui avoit été pris fur la route de
Marſeille à Salé . Le Dey le déclara libre , mais
ce ne fut qu'après en avoir tiré dix barrils de
poudre , trois mille écus d'or , ( pièces de dix
réaux chacune ) & quelques balles de coton . Le
Conful François a réclamé ces effets avec beaucoup
de fermeté ; mais on ne fait pas encore s'ils
feront rendus , & cette affaire ne fera décidée
qu'au retour du Corfaire qui s'eft emparé du
bâtiment.
L'Amiral Angelo Emo , qui étoit venu ici avec
l'efcadre Vénitienne qu'il commande pour rétablir
la paix entre la République de Veniſe & certe
Régence , a eu pour cet effet trois entretiens
avec le Dey ; mais ce Prince , ayant refufé abfolument
les propofitions que l'Amiral étoit chargé
de lui faire , déciara à celui - ci , le 20 de ce mois ,
que , s'il ne vouloir pas accepter les conditions
NOVEMBRE 1767. 203
qui lui étoient offertes , il n'avoit qu'à s'en retourner.
Le lendemain au matin l'Amiral remit
à la voile , & , immédiatement après fon départ ,
le Dey fit favoir à fes Corfaires qu'ils pouvoient
attaquer les bâtimens Vénitiens & s'en emparer
par-tout où ils les rencontreroient .
On vient de notifier au Conful de Danemarck
que , fi dans trois mois le Roi , fon Maître , n'envoyoit
pas les préfens que le Dey a demandés à
l'occafion de fon avénement à la fouveraineté , la
guerre feroit déclarée aux Danois.
De Warfovie , le 21 juin 1767.
Le Prince Charles de Radziwill , après avoir
eu à Bialystock une entrevue avec le Comte
Branicki , grand Général de la Couronne , eft
parti pour la Podlaguie : le 11 il fut élu , à
Prans , Maréchal de la Confédération de ce
Palatinat . De - là il ſe tranſporta à Radem & le
12 à Rendiez , où la confédération , qui fe forma
le 1 , l'élut pour Maréchal . On compte déja
foixante-douze mille Gentilshommes qui ont accédé
à la confédération générale , & le nombre
en augmente chaque jour. Le Prince de Repnin ,
Ambaffadeur de l'Impératrice de Ruffie en cette
Cour , a fait préfent au Prince de Radziwill d'un
magnifique fervice de table .
On ffure que le Prince Charles de Saxe obtiendra
, en dédommagement du Duché de Courlande
, la Staroftie de Zips , poffédée par le Prince
Poniatowski , grand Chambellan de la Couronne
& frère du Roi . Ce pays , fitué fur les frontières
de Hongrie , contient treize villes , & rapporte au
Starofte un revenu annuel de onze mille ducats .
En 1 312 Sigifmond , Roi de Hongrie , l'hypoÏ
vj
204 MERCURE DE FRANCE.
théqua, fous certaines conditions , pour une fomme
de trente--fept fchocks , alors nommés gros de
Prague , (environ 2 , 231 , 521 florins de Pologne ) .
Le Prince Lubomirski , ci - devant Palatin de
Cracovie , pofléda cette Staroſtie juſqu'à la mort ,
arrivée en 1746 : après lui , la Reine Marie- Jolephe
, époule du Roi Augufte III , en eut la jouiffance
jufqu'en 1757 : elle paffi alors à la maifon
de Bruhl , & enfin elle fut donnée en 1764 au
Prince Poniatowski , frère du Roi.
-
DN 24.
Uladiflus Ponian Lubienski , Archevêque de
Gnefne & Primat du Royaume depuis 1759 ,
eft mort ici le 21 de ce mois , dans la foixantequatrième
année de fon âge.
Du premier juillet.
Le Prince de Radziwill a été élu Maréchal de
la Confédération générale de Radom après d'aſſez
vifs débats , dans lefquels on allure qu'il y a eu
du fang de répandu.
Le Comte Podocki , ci - devant grand Référendaire
de la Couronne , a été nommé , le 27 du
mois dernier , Archevêque de Gnefne , & il reçut
le même jour le diplôme de Primat du Royaume.
Le Prince de Repnin , Ambaſſadeur de Ruffie ,
l'avoit recommandé pour cet effet au Roi , de la
part de fa Souveraine , dans une audience particulière.
Un corps confidérable de troupes Ruffes
s'eſt déja porté autour de Radom avec un train
d'artillerie.
Du 12.
Le Comte Potocki , Starofte de Sniatym , a fait
préfent au Prince de Radziwill d'une compagnie
de cinquante hommes , tous choifis , qu'il avoit
NOVEMBRE 1767. 205
pris à fa folde , & plufieurs autres Magnats ont
déja fuivi cet exemple .
Du 25.
On vient de rendre public le manifefte des
grandes villes de Prulle , qui avoit été lu le
mai dernier , devant le Confeil du Sénat de la
ville de Dantzick , & dont voici la traduction.
PARDEVANT le Confeil de Justice du Sénat eft
comparu le fieur J. J. SALOMON , Secrétaire de la
Ville de Dantzick , au nom des Bourguemeftres &
Echevins des grandes Villes de Thorn , Elbing &
Dantzick, lequel nous a expofé le manifeftefuivant.
« Si l'on examine l'état actuel de la province de
>> Pruffe & de nos villes , & qu'on le compare
» avec les conftitutions originaires de ces Pro-
» vinces , comme nos droits , priviléges & cou-
» tumes l'exigent ; & fi l'on confidère que nos
>> ancêtres , en fe les réfèrvant , fe font mis , de
» leur propre mouvement & fanssyy être contraints
par les armes , fous la domination & protection
» des Rois de Pologne , on appercevra dans ces
» deux états une différence frappante , & l'on
„ jugera que nous nous plaignons très juſtement ;
>> on verra qu'il ne nous refte plus qu'une ombre ,
> ou , pour mieux dire , que le fouvenir de cette
>> ancienne liberté , pour le maintien de laquelle ,
» ainfi que pour le fouftraire à l'oppreffion des
, כ
Croifiers , nos ayeux n'ont épargné ni leurs
›› biens , ni leurs vies ; on verra enfin qu'on nous
» foumet à des loix étrangères , élevées fur la ruine
>> de celles qui nous étoient propres , & que nous
>> nous étions réservées .
>> Lorfque nous nous fommes foumis volontai-
>> rement aux Rois de Pologne , nous n'avons eu
206 MERCURE DE FRANCE.
» aucun égard à la nature de la République & à ſes
conftitutions civiles , mais nous nous fommes
>> rélervé la forme établie dans notre ancien Gou-
» vernement les Rois étoient fuppofés tenir fimplement
la place & ne jouir que des droits des
Croifiers , & la fouveraineté étoit partagée entre
» le Roi & les Confeils des provinces , fous le
» nom de Caufarum notabilium .
و ر
و ر
ככ
» On trouve auſſi dans le traité de ſoumiſſion ,
» fous le nom de Privilegium Incorporationis ,
» parmi les loix fondamentales , cette loi princi-
>> pale : que de pareilles caufes notables de la province
ne feroient point difcutées & terminées hors
» de la province , mais dans l'intérieur , par le Roi
» & les Confeils des provinces:
>>
» Combien d'affaires préjudiciables n'a - t- on pas
» permiſes & réfolues contre nous & nos droits
» dans les dietes du Royaume ! On s'eft conduit
» comme fi nous n'avions ni liberté ni préroga-
» tives particulières , & comme fi nous étions des
fujets foumis fans reſtriction à la République de
» Pologne ; les manifeftes oppofés par nos ayeux
» & par nous aux infractions de nos droits , pour
>> la défenſe & la confervation de notre liberté , le
» prouvent fuffifamment. Malgré nos proteſta-
» tions , il ne nous a pas été poſſible de nous foul-
> traire entièrement à la violence qu'on nous fai-
>> foit ; nous en avons un exemple dans la capita-
> tion onéreuſe qu'on nous a impoſće à la diete
» de 1717 , & qu'on nous a contraints de payer
» jufqu'à ce jour. Nos réclamations n'ont pas
» empêché non plus qu'on n'ait fupprimé , violé
» ou révoqué en doute nos droits les plus impor-
» tans , tels que l'exemption des douanes , le droit
» de battre monnoie , & tant d'autres prérogatives
»dont nous jouiffons de temps immemorial. On
NOVEMBRE 1767. 207
» change , on altère effentiellement nos confti-
>> tutions , tant eccléfiaftiques que civiles , quoique
» nous en jouiffions depuis long -temps , & l'on
» a agi en cela contre la teneur expreſſe du traité
» d'Oliva , qui porte que toutes chofes , tant par
» rapport au fpirituel qu'au temporel , resteront
» inviolablement dans l'état où elles étoient avant
» la guerre. Le dernier exemple de la ville de
» Thorn nous fert de témoignage que nos confti-
» tutions , tant civiles que religieufes , furent vifi-
» blement altérées ou abolies par le décret de
» 1724 , décret porté contre nos iminunités par
» un tribunal incompétent. On nous traîne impu-
» nément devant les tribunaux eccléfiaftiques ou
>> civils de la province qui n'ont aucune jurifdiction
» fur nous : on nous juge dans les caufes matrimo-
» niales fur des principes entièrement oppofés aux
» dogmes des Proteftans ; on nous accable de dé-
» crets de contumace ; on nous foumet a des exé-
» cutions illégitimes , & ce n'eft qu'avec beaucoup
» de peine & d'argentque nous parvenons à repou
» fer l'oppreffion & à nous garantir des voies de
» fait. Nous pafferons fous filence les conſtitutions
» de plus ancienne date , & nous nous contente-
» rons d'alléguer feulement celles qui ont été
>> rendues dans les dietes de convocation pour
» l'élection à la Couronne , & dans la dernière
» diete ordinaire qui fut tenue à Warfovie , & ou
» l'on introduifit tant d'innovations qui ne ten-
›› doient qu'à la ruine totale de notre Gouverne-
» ment. On y décréta contre nous fans aucun
» procédé préalable de la part des Commiffions ;
» on abrogea l'exemption des douanes , & on en
» établit une générale ; on nous ôta le privilége
» de battre monnoie , & on nous impoſa des loix
>> fans le confentement de la province . Nous avons
208 MERCURE DE FRANCE.
, כ
» été ajournés tout récemment à comparoître
>> devant le Confeil Royal pour y prouver notre
» droit de battre monnoie & rendre compte de
>> nos monnoies batraes ; de forte que l'on fe pro-:
pofe de nous foumettre , par un arrêt juridique ,
> aux loix de la Séréniffime République , contre-
» la teneur du traité de foumiffion , fans confi-
» dérer que nous ne nous (ommes rendus à la
Pologne que fous cette condition principale ,
» que le droit de battre monnoie , dont nous
» avons joui pendant des fiècles entiers , nous.
» étoit accordé du temps des Croifiers & lors de
> l'établitlement da Confeil provincial de Pruffe ,
» & que ce droit nous a été confirmé folemnelle-
» ment , même par les Rois de Pologne . Ce pro-
» cédé nous fait entrevoir qu'on veut , par le
» décret d'un tribunal , detruire notre liberté ,
» fondée fur des principes aufli folides , & que.
conféquemment nous fommes menacés d'une
>> ruine totale & prochaine. Dans cette fâcheule
conjoncture nous avons recours à la déclaration
» publique de Sa Majesté l'Impératrice de Ruffie ,
>> par laquelle elle ſe montre difpofée à prendre la
» défenfe des opprimés , & à nous rétablir &
> maintenir dans nos droits violés . Nous voulons.
>> profiter d'un bienfait digne de cette augufte
> Souveraine , & nous acceptons avec la plus.
» profonde vénération cette marque de bonté
» qu'Elle nous donne de fon propre mouvement.
» Nous réclamons très-humblement cette faveur
particulière , & fupplions cette Très - Haute
Souveraine de digner nous maintenir par fa
» puillante protection , afin que , par la coopé-
» rarion des Hautes Puillances alliées & en vertu
» du traité d'Oliva , nous foyons parfaitement &
» pleinement rétablis dans nos droits , préroga-
ןכ
ور
ود
NOVEMBRE 1767. 209
و ر
» tives , immunités & coutumes , dans les cauſes ,
tant civiles qu'eccléfiaftiques , felon la teneur
» des priviléges & des traités publics , & felon
» notre poffeffion & jouiffance de temps immé-
» morial , fans qu'aucun décret , tranfaction ,
» commiffion ou conftitution nous foit préjudi-
» ciable & puiffe y mettre obftacle , & qu'enfin
>> nous en puiflions jouir avec tranquillité , fans
>> avoir à craindre aucune léfion , attaque ou
>> action juridique & fans être expofés à aucune
>> tentative contre lefdits priviléges . Comme nous
>> n'avons d'autre but que de parvenir à la confer-
» vation & au maintien de notre repos , nous
» déclarons publiquement devant Dieu , qui fonde
les replis les plus cachés du coeur des homines ,
> nous atteftons , pour la tranquillité de notre
» confcience , & manifeftons que nous fommes
» très- éloignés d'avoir aucune intention crimi
>> nelle que nous n'avons dans le coeur rien
d'injufte ou de contraire au devoir des bons
» patriotes ; rien qui foit incompatible avec la fidé-
» lité des fujets , ou qui puille rompre en aucune
» manière le lien établi par ferment dans l'acte de
fumiffion , & , qu'au contraire , nous fommes
» fortement réfolus de garder faintement & invio-
» lablement la fidélité que nous avons jurée à
» notre très - gracieux Souverain , de révérer fans
» ceffe fa perfonne facrée , & de perfifter jufqu'à
» la mort fous fon obéiffance & dans notre fidé
>> lité ».
د ر
cc
LOTERIES.
Le foixante dix- feptième tirage de la loterie
de l'Hôtel de ville s'eft fait le 25 de juin , en la
manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
210 MERCURE DE FRANCE.
livres eft échu au numéro 81507 ; celui de vingt
mille livres au numéro 80006 , & les deux de
dix mille livres aux numéros 85711 & 94092 .
Les juin on a tiré la loterie de l'Ecole Royale
Militaire . Les numéros fortis de la roue de fortune
font 3 , 5 , 74 , 43 , 20.
Le juillet on a tiré la même loterie . Les
numéros fortis de la roue de fortune font 45 , 4,
64 , 79 , 31 .
MORT S.
N. de Forbin d'Oppede , Vicaire général &
Prevôt de l'Eglife d'Aix en Provence , Abbé Commendataire
de l'Abbaye Royale de Saint Florentlès
- Saumur , Ordre de S. Benoit , Congrégation
de Saint Maur , Diocèle d'Angers , eft mort a Marfeille
, le 29 mai , âgé de foixante- quinze ans .
>
Pierre Duclufel de la Chabrerie , Abbé Commendataire
de l'Abbaye Royale de Cercanceaux
Ordre de Cîteaux , Diocèle de Sens , eft mort en
cette ville le 20 juin , âgé de quatre - vingt - quatre
ans.
Guillaume Henry de Montalet de Villebreuil ,
Abbé Commendataire de l'Abbaye Royale de
Balerne , eft mort à Sens le 20 mai , âgé de
quatre-vingt cinq ans.
Louis de Gand de Merode de Montmorency ,
Prince d'Ifenghien , Doyen des Maréchaux de
France , Chevalier des Ordres du Roi . Lieutenant
Général de la Province d'Artois , Gouverneur
des ville & citadelle d'Arras , eft mort le 6
juin , dans la quatre vingt neuvième annće . Il
fut fait Brigadier en 1703 ; Maréchal de Camp
en 1799 ; Lientenant- Général en 1718 ; Chevalier
des Ordres du Roi en 1724 , LieutenantNOVEMBRE
1767. 211
Général d'Artois dans la même année ; Gouver
neur d'Arras en 1725 , & Maréchal de France en
1741. Il fut marié trois fois : 1. le 9 octobre
1700 à Anne- Marie - Louiſe , fille d'Antoine Egon ,
Prince de Furftemberg & de l'Empire , morte en
1706 ; 2° . le 19 février 1713 à Marie- Louife-
Charlotte Pot de Rhodes , fille de Charles , Comte
de Rhodes , Grand- Maître des Cérémonies de
France , morte le 8 janvier 1715 ; 3 ° . le 16 avril
1720 à Marguerite Camille Grimaldi , tante du
Prince de Monaco , morte le 27 avril 1758. Ir
n'eft point resté d'enfans de ce mariage.
Le Marquis de Beauffet , Miniftre Plénipoten
tiaire de Sa Majeſte près de l'Impératrice de Ruffie
, eft mort à Pétersbourg , âgé de quarante ans.
Antoine Dubois de la Rochette , Chevalier de
Malthe , Prieur Commendataire de Saint George
dans l'ifle d'Oléron , eft mort à Paray en Charollois
le 20 mai , âgé de quatre- vingt - neuf ans.
Arnault- Paul de Fieubet de Sivry , Marquis de
Fieubet , Brigadier des Armées du Roi , eft mort
en fon château de Sivry le 25 mai , âgé de ſoixante
-fept ans.
Henry-François de Boullongne , Maître des
Requêtes & Intendant du Commerce , eft mort
ici le 23 mai , dans la trente - cinquième année de
fon âge.
Julienne- Alexandrine de Mun Cardaillac de
Sarlabous , veuve de Charles- Aimeric de Gontaut
Biron , Marquis de Saint Blancard , Meftre de
Camp de Cavalerie , eft morte le 4 mai , dans
fon château de Saint Blancard , dans la foixantedix
- huitième année de fon âge .
Jeanne de Gaffion , fille du Marquis de Gaf
fon , Lieutenant- Général des Armées du Roi ,
7
212 MERCURE DE FRANCE .
Chevalier de fes Ordres , & de Dame Fleuriau
d'Armenonville , & veuve de Henry- Aimard de
Groslé , Comte de Peyre , Colonel d'un Régiment
de fon nom , eft morte ici le 31 mai , âgée
d'environ cinquante- fept ans .
Louis Gougenot , Confeiller du Roi on fon
grand Confeil , honoraire , affocié libre de l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture , Abbé .
Commendataire de Chazal - Benoît , & Prieur de
Maintenay , eft mort à Paris , le 24 feptembre
dernier , dans fa quarante - neuvième année .
Si l'eftime qu'il s'étoit acquife dans la magiftrature
, la réputation qu'il s'étoit faite dans les
arts , & les qualités les plus chères à la fociété
ont quelques droits aux regrets du public , perfonne
n'en fut en effet plus digne que M. l'Abbé
Gougenot.
le
POMPES FUNEBRE.
Le 13 mai le Chapitre de l'Eglife Métropolitaine
de Sens a célébré un fervice folemnel pour
repos de l'âme de feue Madame la Dauphine.
Le Cardinal de Luynes y a officié pontificalement ,
& tous les Corps féculiers & réguliers y ont ffifté.
L'oraiſon funèbre a été prononcée par le fieur
Caquia de Monbourg , Vicaire général , Archidiacre
de Provins , Théologal & Chanoine de
Eglife de Sens .
Les Officiers Municipaux de la mêine ville ont
fait célébrer le 16 un fervice folemnel , pour le
même objet , dans l'églife des Céleftins . Le Cardinal
de Luynes y a auffi officié pontificalement ,
& tous les Corps féculiers & réguliers y ont été
invités .
NOVEMBRE 1767. 213
AVIS AUX AMATEURS.
LES connoiffeurs ont vu , avec plaifir , les
fêtes de la Saint Louis dernière , deux modèles ,
en pierre de Tonnerre , d'une grandeur intérelfante
l'un repréfente l'Arc de Triomphe de
Louis XIV , élevé anciennement au fauxbourg
Saint-Antoine , fur les defleins de l'immortel
PERRAULT ; l'autre repréfente l'Eglife paroiffiale
dé Saint Roch : ces deux modèles , exécutés par le
fieur ROUYR , font bienfaits , & d'autant plus
furprenant , que l'Auteur n'eft point artifte.
Ces deux modèles , qui fe voyoient chez le
fieur Charriere , Arquebufier du Roi , place du
vieux Louvre , ſe voient préfentement , tous les
jours , chez le fieur Rouy R , Maître Perruquier ,
rue Saint Honoré , près Saint Roch , vis- à- vis les
écuries de Monfeigneur. Nous invitons les perfonnes
de goût d'aller donner un coup d'oeil à
ces modèles , qui , certainement , donnent à
connoître ce que peut l'induftrie quand elle eſt
excitée par le zèle & les vertus patriotiques
d'un bon citoyen .
BÉCHIQUE Souverain & Az ÖT : voyez le
Mercure de feptembre , page 213.
214 MERCURE DE FRANCE.
AP PROBATIO N.
J'AI lu , par ordre de Monſeigneur le Vice-
Chancelier , le Mercure du mois de novembre
1767 , & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en
empêcher l'impreffion . A Paris , le 3 novembre
1767.
GUIROY.
TABLE DES ARTICLES.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE .
STANCES TANCES fur l'heureux rétabliſſement de la
fanté de fa Sacrée Majeſté l'Impératrice Reine
Apoftolique. Page s
A fa Sacrée Majefté l'Impératrice Reine Apoftolique
, fur le même fujet. 7
9 VERS à M. d'Eydier , d'Aiguemortes.
LETTRE de M. d' Açarq à l'Auteur du Mercure . 10
A Meſdames les Religieufes de la Maiſon Royale.
de Saint Louis , à Saint Cyr. II
Sur la mort du Roi de Pologne , Duc de Lorraine
& de Bar. 12
HOROSCOPE à Mlle de S *** , fur le jour de
⚫fa naillance .
Dɛ la Joie.
SUITE des chanfons anciennes .
Les deux Nièces ou les quatre Coufins ,
dote bourgeoife .
12
14
20
anec-
33
NOVEMBRE 1767. 21 :5
56
INVOCATION à l'Hymen , au fujet du mariage de
M. le Marquis de Montmorency- Fiffeufe avec
Mile de Montmorency - Luxembourg , aujour--
d'hui Duc & Duchelle de Montmorency.
A M. le Duc & Mde la Ducheffe de Montmorency,
en leur envoyant deux tourterelles .
VERS à M. le Marquis de V *** , fur fon éloge
de Charles V.
VERS adrellés à l'Auteur du livre intitulé : les
Loifirs d'un Soldat.
$7
58
ENIGMES.
LOGOGRYPHES .
CHANSON.
59
61
Ibid.
64
ARTICLE II. NOUVELLES LITTERAIRES.
NANCY , ou les malheurs de l'imprudence & de
la jalousie , hiftoire tirée de l'anglois. 6.5
ABRÉGÉ de l'hiftoire de Port- Royal ; par M.
Racine.
EXTRAITS de différens Mémoires de M. S. R. L. V.
69
ci-devant Architecte de l'Impératrice Reine &
du Roi de Prufle . 71
RÉPONSE de MM. Duſſoſſoy à une Religieufe du
Couvent de Saint Magloire.
LETTRE de Gabrielle d'Estrées à Henry IV,
cédée d'une épître à M. de Voltaire , &
* réponſe.
ANNONCES de Livres.
77
préde
la
82
85
ARTICLE III . SCIENCES ET BELLES LETTRES.
ACADÉMIE S.
SÉANCE publique ordinaire de l'Académie des
Sciences , Belles- Lettres & Arts de Rouen. 93
ACADÉMIE de Montauban .
ACADEMIE d'Amiens.
ACADÉMIES. Projet utile au commerce.
AGRICULTURE,
121
127
131
139
216 MERCURE DE FRANCE.
MÉDECINE.
-EXTRAIT des lettres adrellées à M. de la Place ,
fur la méthode de guérir les fleurs -blanches . 141
COURS d'Anatomie. 144
BOTANIQUE.
DISSERTATION fur les étamines des plantes , &
fur plufieurs expériences faites cette année . 145
ECOLE Royale Vétérinaire de Paris . Avis au pu
blic.
PHYSIQUE.
154
LETTRB à M *** dans laquelle on examine le
fentiment de Varénius , fur l'ordre des faifons
entre l'équateur & le huitième degré de lati-'
tude , & c.
PROBLEME.
MATHÉMATIQUES.
Avis concernant l'hiftoire naturelle.
ARTICLE IV. BEAUX - ARTS.
ARTS AGRÉABLES.
156
170
171
SUITE des obfervations fur les tableaux , ſculpture
& gravure , expofés au fallon du Louvre. 173
GRAVURE imitant la peinture en paſtel .
GRAVURE en bas - relief.
JOUAILLERIE
COEFFURES des Dames.
ARTICLE V. SPECTACLES .
OPÉRA.
COMÉDIE Françoife .
COMÉDIE Italienne.
ARTICLE VI. NOUVELLES POLITIQUES .
D'ALGER , & c.
AVIS aux Amateurs.
184
185
Ibid.
-86
190
201
Ibid.
202
213
De l'Imprimerie de LOUIS CELLOT, rue Dauphine.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères