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1767, 01, vol. 1-2
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MERCURE
DE FRANCE,
DÉDIÉ AU ROI
JANVIER 1767.
PREMIER VOLUMN D7
Diverfité , c'est ma devije. La Fone.
Cochin
Stresinve
FerillonSeula
A PARIS,
JORRY , vis- à-vis la Comédie Francolle
PRAULT , quai de Conti.
Chez DUCHESNE , rue Saint Jacques.
CAILLEAU , rue du Foin.
CELLOT , Imprimeur, rue Dauphine.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
GBA
A
3
AVERTISSEMENT.
LEE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier - Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'eft à lui que l'on prie d'adreffer
francs de port , les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie littéraire ,
à M. DE LA PLACE , Auteur du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36fols ;
mais l'on ne payera d'avance , en s'abonnant
que 24 livres pour feize volumes
à raison de 30 fols piece.
Les perfonnes de province auxquelles
on enverra le Mercure par la Pofte
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront d'autres voies que
la Pofte pour le faire venir , & qui prendront
les frais du port fur leur compte ,
ne payeront comme à Paris , qu'à raison
de 30 fols par volume , c'est- à- dire , 24 liv.
d'avance , en s'abonnant pourfeize volumes.
A ij
Les Libraires des provinces ou des pays
étrangers , qui voudront faire venir le
Mercure , écriront à l'adreffe ci- deffus.
On Supplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la Pofte , en payant le droit ,
leurs ordres , afin que le paiement enfoit
fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affranchis
refteront au rebus .
On prie les perfonnes qui envoient des
Livres , Eftampes & Mufique à annoncer
d'en marquer le prix,

Les volumes du nouveau Choix des Pièces
tirées des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouvent auffi au Bureau
du Mercure. Cette collection eft compofée
de cent huit volumes. On en a fait
une Table générale , par laquelle ce Recueil
eft terminé ; les Journaux ne fourniſſant
plus un affez grand nombre de pièces pour
le continuer. Cette Table fe vend féparément
au même Bureau , où l'on pourra fe
procurer quatre collections complettes qui
reftent encore.
A VI S.
On trouvera le Mercure dans les Villes nommées
ci-après.
ABBEVILLE BBEVILLE , chez L. Voyez.
Amiens , chez François , & Godard .
Amfterdam , chez Rey.
Angers , chez Jahier & la veuve Foureau,
Arras , chez Michel Nicolas.
Arles , chez Gaudion .
Avignon , chez Delaire.
Auxerre , chez Fournier.
Bâle en Suiffe , à la pofte.
Beauvais , chez Defaint.
Blois , chez Maffon .
Bordeaux , chez les frères Labotière , place du
Palais L. G. Labotière , rue Saint Pierre ,
vis- à- vis le puits de la Samaritaine ; Chappuis
l'aîné , à la nouvelle Bourfe , place Royale ,
& à la Pofte.
Breft , chez Malaffis .
Bruxelles , chez la veuve Pierre Vaffe.
Caen , chez Leroy.
Châlons en Champagne ,
Charleville , chez Thezin .
chez Bricquet .
Chartres , chez Feftil , & Goblin & le Tellier.
Chinon , chez Breton.
Colmar , chez Fontaine .
Dijon , à la Pofte , chez M. Coignard & Mailly.
Douay , chez Lanney.
Dreux , chez le Tellier.
Francfort , à la Pofte.
Fribourg en Suille , chez Charles de Boffe.
Grenoble , chez Girouft.
Laon , chez Melleville .
La Rochelle , chez Chaboiceau Grand- Maiſon ,
& Pavie.
A iij
Liege , chez Bourguignon .
Limoges , chez Barbou.
Lyon , chez J. Deville & à la Pofte.
Marſeille , chez Sibié , Molly & Jayne.
Meaux , chez Charles.
Montpellier , chez Rigault.
Moulins , chez la veuve Faure .
Nancy , chez Babin .
Nantes chez la veuve Vatard.
Nifmes , chez Gaudes .
Orléans , chez Rouzeau de Montault.
Poitiers , chez Faulcon l'aîné & à la Pofte.
Rennes , chez Ravaux , Julien , Charles Vatard
Garnier & Jacques Vatard .
Rheims , chez Godard & Cazin .
Rouen , chez Hérault & Fouques.
Saint-Germain - en - Laye , chez la veuve Chavepeyre
& Regnault.
Saint- Malo , chez Hovius.
Saint-Pierre-fur-Dive , chez Dupray.
Senlis , chez Defroques .
Sens , chez Lavigne.
Soiffons , chez Courtois .
Strasbourg , chez Dulfeker & Konig
Toulouſe , chez Robert.
Tours , chez Lambert & Billaut.
Troyes , chez Bouillerot .
Valenciennes , chez Quênel .
Verſailles , chez Fournier.
Vire , chez Calmé.
Vitry- le-François , chez Seneuze .
MERCURE
DE FRANCE.
JANVIER 1767.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
VERS libres à l'imitation de la feconde
épode d'HORACE.
H EUREUX qui , dégagé des foins & des affaires,
Obéit à de doux penchans !
Heureux qui vit comme vivoient nos pères ,
Dans les bois & les champs !
Loin des triftes cités , dont le Dieu des batailles
De fes barbares mains déchire les entrailles ,
A iv
MERCURE DE FRANCE.
Il goûte tous les biens parfaits ,
Toutes les douceurs de la paix ;
Et les flots foulevés de Neptune en furie
Ne troubleront jamais le calme de fa vie.
Il fuit l'aspect du trône & des lambris dorés ;
Il fe dérobe à ces brillans théâtres ,
Où tant de Craffus honorés
Confacrent les trésors dont ils font idolâtres.
Ennemi de la volupté ,
11 laiffe aux grands du monde encenfer la molleffe:
Vertueux il chérit les loix de la fagelle ,
Et fuit le pur inftinct de la fimplicité.
La fource des vrais biens pour lui n'eft point tarie ...
A fa vigne tantôt il marie un ſupport ;
Tantôt cédant au doux tranſport
D'une agréable rêverie ,
Il fixe fes troupeaux errans dans la prairie.
Souvent il remédie à la ftérilité
D'un arbre furchargé de branches inutiles ;
Et , par les foins heureux de fa dextérité ,
Il infinue , en fes veines débiles ,
Le germe précieux de la fécondité.
O nature lui feul , il connoît tes merveilles.
* Ici , tandis qu'il voit les amoureux zéphirs
Exhaler leurs parfums , en pouffant des ſoupits ,
Des plus brillantes fleurs il emplit fes corbeilles ;
JANVIER 1767. 9
Là , pour varier ſes plaiſirs ,
El recueille en fecret l'ouvrage des abeilles .
Quand la trop vive impreffion
D'une chaleur foudaine
Excède fes brebis & les met hors d'haleine ,
Sa paftorale attention
Les délivre à l'inftant du fardeau de leur laine:
L'automne lève- t -elle un front majestueux ;
O qu'il aime à cueillir les fruits que fans meſure
Cette faifon féconde étale à tous les yeux !
Parfaite volupté de l'innocence pure !
Il ne fut pas pieux en vain ;
Et la nature lui diſpenſe
La légitime récompenſe
Des préfens qu'il offrit à Priape & Sylvain
Quelquefois un feuillage fombre
Lui prête la fraîcheur & l'ombre :
Ou , mollement couché fur un épais gafon
Il interroge fa raiſon.
Si dans ces lieux il fe difpofe
A s'abandonner au fommeil ,
Tout cherche à retarder l'heure de fon réveil :
C'est l'ami des Dieux qui repofe.
Dans les bras de Morphée eft- il enfin captif ?
Il entend des oiſeaux le ramage plaintif ;
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Une illufion ravillante .
Lui rerrace le cours d'un limpide ruiffeau ;:
Il voit fa fource bondiffante
Sans celle lui fournir de l'eau .
Rêve délicieux ! ah.! fon âme ravie, • ..
A ce coup d'oeil charmant , ne peut regretter rien..
Malgré les douceurs de fa. vie ,
Sa vie eft un beau fonge , & fon fommeil un bien..
La main de Jupiter , armée
Contre le genre humain ,
Ramène tous les ans , par un trifte deftin ,
Le règne des frimats für la terre allarmée..
Mais des Dieux le mortel chéri
Y trouve encore des délices :
Et la nature aux yeux propices , -
Voyant tout l'univers flétri ,
Lorfque des aquilons les bruyantes haleines
Ravagent les jardins , les vergers & les plaines .
Ranime fón fein défleuri ,
Et toujours de fes dons comblé fon favori.
Dans cette faifon rigoureuſe ,
Soit que d'un vol rapide il preffe.un dain léger ,
Soit qu'avec le fecours d'une . meute nombreuſe:
Il pourſuive à travers une forêt fangeuſe.
Un indomptable . ſanglier.;
Qu que moins ardent il s'amuſe
A voir , pour fruit d'une innocente rufe ,.
Mille oifeaux étonnés inonder fes filets
Le plaifir affidu ne le quitte jamais..
JANVIER 1767. II
› Grand Dieu ! quel héritage il reçut de les pères !
Sans ceffe le bonheur dans un riant fentier
Dirige fes pas folitaires :
Le foleil fans nuage éclaire fon chantier ,
Et toutes les faifons lui font toujours profpères .. :
Qui fe fouvient alors des peines de l'amour ?
Lorfque , fur le déclin du jour ,
Il rentre en fon réduit champêtre ,
Ses chers enfans , l'un par l'autre preffés ,
Avides de le voir , inquiets , empreffés ,
A les yeux paternels fe hâtent de paroître s
Tandis que dans le coin ' un antique foyer
Il voit l'objet de fa tendreffe
Employant tous les foins d'une ruftique adreffe ,,
Apprêter un repas groffier ;
Et , pour l'époux qui l'intéreffe ,
Epancher avec allégreffe
Tous les tréfors de fon cellier.
N. LAVILLEMARAIS , dans
les jardins d'Horace..
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
SUITE de la traduction de l'Anti- Lucrece ,
début du fecond chant ; vers 1 , jufqu'au
17.
Si je vous ai rendu ce trouble falutáire
Qu'avoit fu diffiper la Mufe de Cythère ,
En mêlant à fes chants un charme empoisonneur ,
Ne craignez rien de moi , je veux votre bonheur ;
Mais un bonheur réel dont le plaifir folide
Ne foit point des douleurs l'avant - coureur perfide.
Ah , ne vous fiez pas à des dehors trompeurs !
Souvent le traître afpic fe cache fous les fleurs ,
Et des fucs précieux fortent d'une herbe amère.
Sous la courfe des ans tout change , tout s'altère :
Les ris & les chagrins de tout temps font unis.
J'ai vu fous les frimats nos champs enfèvelis ,.
Redemander aux vents leur aimable parure ,
Et j'ai vu les zéphirs ranimer la verdure.
Un fuperbe vaiffeau s'élance fur les eaux :
Sous la courfe légère il enchaîne les flots :
Qu'il frappe d'un rocher l'inégale furface ,
Il penche , il s'engloutit , il n'en eft plus de trace.
Le Poëte explique , avec Epicure , la
formation du monde par les atômes ; vers
69 jufqu'au 38 .
JANVIER 1767. 13
C'eft ainfi qu'Epicure invente , unit , difpofe
Ces germes déliés , fources de toute choſe .
De la nature ils font le précieux berceau :
Toujours elle y renaît dans quelque fruit nouveau.
Sans emprunter des cieux une raiſon plus fûre ,
Les corps ainfi formés confervent leur figure ,
Tant qu'un nouveau hafard ne vient point détacher
Ce qu'un premier hafard avoit fu rapprocher.
Le mouvement , aidé d'une forme féconde ,
Aux atomes fuffit pour enfanter un monde.
D'un cours précipité leurs promptes légions
Du vuide parcourant les vaftes régions ,
Se livrent cent combats fous des formes contraires
:
Les uns font raſſemblés par ces coups néceffaires 3
D'autres font repouffés felon que leur effort
Ou leurs plans inégaux font varier le ſort .
Tel en des lieux obfcurs un rayon de lumière
Nous montre un tourbillon d'infenfible pouffière.
L'oeil voit ces petits corps , dans leurs folâtres jeux,
Traverfer , parcourir ce cône lumineux ,
Se fuir , fe rencontrer , céder enfin la place ,
En tombant l'un fur l'autre , au choc qui les terraffe.
Le Poëte termine ainfi , par une ironie ,
tout ce morceau ; vers 146 jufqu'au 158,
Tels font les fondemens de ce rare édifice ,
Qu'un génie inventeur appelle l'univers ,
14
MERCURE
DE FRANCE
.
Foible enfant du hafard , jouet de ſes revers.
Là le Dieu des faifons prend les feux & les armes ,
Phabé fon char d'argent , & l'Aurore fes charmies.
Là naiffent ces flambeaux , dont l'immobile ardeur
D'un éclat étranger n'attend point la faveur 3 .
Et ces globes errans , qui dans la nuit obfcure
Nous rendent de Phabus la clarté la plus pure ;
Les premiers élémens de la terre & des cieux ,
Les fruits , les animaux , les hommes & les Dieux;
( Car il admet des Dieux , mais fans foins , fans
puiffance ,
Vil troupeau d'immortels , enivrés d'indolence ! )
Les efprits & les corps ont un même berceau
Et vont également fe brifer au tombeau.
Comparaison du vuide avec le cadranfolaire;
vers sos jufqu'au 516.
Voulez-vous de ce vuide une image frappante ?
Remarquez de ce mur la blancheur éclatante.
Les fombres traits que l'art für ce plan a tracés ,
Par les mains d'Uranie en cercles difpofés ,
Du temps , qui fe dérobe à notre ardeur féduite ,.
Calculent les progrès & mefurent la fuite..
Sur ce brillant tableau , du foleil éclairé ,
L'ombre d'un fer aigu dans le mur affuré ,
Se promène à pas lents : l'oeil trompé le figure
Que du ftyle il s'écoule une matière . obfcure. ; ,
JANVIER 1767. IS
Qu'un corps ferrugineux , ennemi d'Apollon ,
Pour fair fes yeux . brûlans forme ce noir fillon .
Non , l'ombre n'eft jamais qu'un défaut de lumière..
Un faiſceau de rayons , fourniffant fa carrière ,
Frappe à tous les inftans cet immobile fer ,
Qui réfifte à fes coups auffi prompts que l'éclair ,
Et l'écarte des lieux fur qui feul il domine.
Il fe fait une éclipfe ; & l'ombre détermine
Le repos , le travail . , les heures & les jours..
Expériences qui prouvent la facilité du
mouvement dans le plein ; vers 6.91. juſqu'au
71.7..
D'un cercle préparé la ferme réfiftance
Soutient l'eau dans un tube & porte tout fon poids..
Enlevez cet appui , tout defcend à la fois ,
Et le cylindre entier tombe & fe précipite.
Du tube , en parcourant la longueur dans fa fuite ,
L'onde vers le fommet laiffe un elpace égal
A celui qu'elle quitte au bas de ce canal ;
Mais la colonne d'air à fes côtés placée ,
Sous le pefant fardeau dont ſa bâſe eſt preffée ,,
Cée , monte , s'élève ainfi qu'une vapeur ,
Et s'empare du lieu que quitte la liqueur ;,
Sans être défunis dans ces diverfes places ,
L'onde deſcend & fuit , l'air entre fur les traces..
16 MERCURE DE FRANCE.
- Dans cet orage ainfi la liqueur trouve un port
Et dans tous les inftans où le fait ce tranſport ,
La place qu'elle perd eft par d'autres remplie :
De ces corps contigus la troupe réunie -
Marche , en fe fuccédant , d'un mouvement commun.
Des deux bouts d'un levier , fr vous ébranlez l'un ,
L'autre , d'un pas égal , s'avance en fens contraire.
Sur un câble étendu , que l'atteinte légère
De quelque choc fubit frappe une extrêmité , -
Il fléchit ; fes contours , dans leur agilité ,
Sont les horribles noeuds d'un tortueux reptile .
Tel eft le méchanifme aifé de tout mobile.
Ainfi régle nos jours fous un brillant cryftal
Ce cadran portatif de Phabus le rival.
D'un acier replié la force impatiente
Preffe au dedans les murs de fa priſon mouvante:
Elle céde à l'effort , tourne fur les pivots ,
Et fait marcher enfin , par d'éternels affauts ,
Cinq cercles engrenés , dont l'exacte harmonie'
Tranfmet le mouvement à la fuperficie.
Le Poëte Cardinalbadine ainfi fur l'attrac
tion de Newton ; vers 932 jufqu'au 954.
Toi , dont la voix forma le vainqueur du Granique
,
Ces ombres que ta main jetta fur la phyfique ,
JANVIER 1767. 17
Je les vois naître encor de ton bûcher fumant.
Nous favons comme toi donner habilement ,
Un nom pour une cauſe & des mots pour réponſe.
Cet attrait , qui par- tout dans l'univers s'annonce ,
Par qui , vers un feul point , les corps ſont entraînés
,
N'eft qu'un de ces objets au néant condamnés ;
Ou fuppofe en tous lieux une matière immenſe
Qui le tranfmette au loin fans craindre la diftance.
Il ne vous refte plus , dans cette extrêmité ,
Que de placer au centre une divinité ,
Du pouvoir centrifuge implacable adverfaire.
Cet ennemi vaincu , les globes de la fphère
De fa main recevront un invincible frein ,
Qui faura les fixer , les ramener foudain ,
Et leur prefcrire à tous une carrière ovale.
Le globe , à chaque inftant , dans fa courfe inégale,
Veut fuir par la tangente où font fes premiers pas :-
Le périmétre entier , vous ne l'ignorez pas ,
De tangentes fans nombre eft toujours l'affemblage.
)
De votre Phaeton ce fera donc l'ouvrage
De l'arrêter fans cefle & retrécir fon cours ;
De lui rendre la main dans les plus longs détours .
Tel au plus haut des airs s'élève & ſe balance ,
De l'aigle fier rival , vil jouet de l'enfance ,
Cet ofier façonné que dirige un cordon.
Tel d'un vil automate un charlatan fripon ,
+8 MERCURE DE FRANCE.
A l'aide de vingt fils , fait agir la foupleffe ,
Et rit d'un peuple vain qui nourrit fon adreffe !
VERS écrits au dos d'un valet de coeur &
à Mde ***. après une partie de
envoyez
réverfis.
ARS , Quinola , pars , dangereur vaurien ;
Des coeurs va rejoindre la reine .
Parle-lui fi tu veux du mien ;
Elle eft auffi fa fouveraine ,
Et la fripenne le fait bien .
Mais qu'en te voyant elle apprenne
Ce qu'elle doit faire du ſien .
Une veuve a beau fe défendre ,
Vainement elle efquiche ; il faut rentrer en jeu.
Il eft des coeurs que l'on craint peu ;
Plus on en tient & plus on veut attendre.
Il en est toujours un qu'on n'avoit point compté;
A ce dernier il faut fe rendre :
C'est le deftin de la beauté.
Par M***
JANVIER 1767. 1.9
CHANSON , traduite de l'Anglois.
AUU fein du tumulte & du bruit
Que l'homme ambitieux paffe une heureuſe vie ,
Pourvu qu'avec l'amour & ma chère Sophie
Je partage quelque réduit.
Puiffant & riche fans revers ,
Que le fourbe ou le for ait les honneurs du fage ,.
Pourvu qu'à fes côtés , jufqu'à mon dernier âge ,
Je puiffe oublier l'univers .
Que dans les Cours , exempts d'ennuis ,
Les Princes conquérans dorment fur leurs trophées
;
Ses yeux me donneront de plus belles journées ,
Et fes bras de plus douces nuits.
I... de Troyes..
26 MERCURE DÉ FRANCE.
LETTRE à M. DE LA PLACE , auteur du
Mercure de France , contenant différentes
anecdotes extraites de la Vie des Peintres
Flamands , Allemands & Hollandois * ;
par M. J. B. DESCAMPS , Peintre ,
Membre de l'Académie Royale des Sciences
, Belles Lettres & Arts de Rouen ,
Profeffeur de l'Ecole du Deffein de la
même Ville.
&
E que vous avez dit de cet ouvrage ,
Monfieur , m'a déterniiné , non feulement
à l'acheter & à le lire entièrement avec
toute l'attention dont je fuis capable , mais
encore à en extraire un certain nombre
d'anecdotes que je crois affez fingulières
pour mériter d'être connues & confignées
dans un Journal tel que le vôtre , où l'utile
& l'agréable ont toujours droit d'être accueillis.
Si celles que renferme ma lettre vous
paroiffent , autant qu'à moi , dignes
* In 80 quatre volumes , avec les portraits des
Peintres les plus célèbres . A Paris , chez Jombert ,
Defaint & Saillant , Piſſot & Durand, Libraires .
JANVIER 1767. 21
d'amufer vos lecteurs , vous ne tarderez
pas à en recevoir une feconde. Au cas
contraire , je n'en ferai pas moins avec
tous les fentimens que je vous ai voués , & c ,
DE N ***
A Paris , le 20 Novembre 1766 ,
JEAN HOLBEEN , Peintre Allemand ,
né à Bafle en 1498 , après avoir fait d'excellens
ouvrages dans fa patrie , fuivit le
confeil du fameux Erafme , dont il avoit
fait le portrait , & paffa en Angleterre .
Le Chancelier Morus , enchanté du
portrait d'Erafme , qui étoit fon ami ,
reçut le Peintre chez lui avec diftinction ,
le garda pendant trois ans & tira de lui
plufieurs ouvrages. Morus ayant invité
le Roi Henry III à un feftin , expofa
aux yeux de ce Prince les chefs - d'oeuvres
du Peintre & fupplia fon maître de les
accepter. Henry , charmé des talens de
l'artifte , demanda s'il ne feroit pas poffible
d'avoir Holbéen à fon fervice . Morus
alors le fit appeller & le préfenta au Roi ,
qui le nomma fon Peintre , & dit à fon
Miniftre je vous laiffe , avec plaifir , les
préfens que vous venez de me faire , ¡ uifque
yous m'en procurez l'auteur,
22 MERCURE DE FRANCE .
Nous allons voir à quel point ce Peintre
parvint bientôt à fe faire aimer de fon
maître.
Holbéen s'étant un jour enfermé dans
fon attelier , un des plus grands Seigneurs
Anglois prétendit le voir travailler. Holbéen
, d'abord , s'excufa poliment ; mais
l'Anglois , qui croyoit que l'on devoit
tout à fon rang , ayant voulu forcer la
porte , le Peintre , vif & très- peu endurant
, précipita le Lord du haut en bas
de l'efcalier , fe fauva par une fenêtre
courut fe jetter aux pieds du Roi , à qui il
raconta fon aventure , & lui demanda fa
grace. On apporta bientôt après le Seigneur
Anglois auffi meurtri qu'enfanglanté.
Le Monarque , après avoir reçu fa plainte ,
voulut calmer le reffentiment du bleffé.
Mais celui- ci parla plus haut encore &
s'oublia au point que le Roi , peu accoutumé
à fe voir manquer de refpect , lai
dit : Mylord , je vous défends , fur votre
vie , d'attenter à celle de mon Peintre . La
différence que je trouve entre vous deux eft
fi grande , que de fept payfans , je puis ,
dans le moment , fairefept Comtes tels que
vous ; mais de fept Comtes , tels que vous ,
je ne pourrois jamais faire un Holbéen.
Lucas de Heere , né à Gand en 1534 ,
étant à Londres , eut ordre du grand Amiral
JANVIER 1767. 23
de lui repréfenter , dans une galerie , diverfes
nations avec leurs habillemens. Lucas
fit de très - beaux tableaux , mais laiffant
tous les Anglois nuds , avec des monceaux
d'étoffes à leurs pieds & les cifeaux d'un
tailleur. Pourquoi cela ? ( dit l'Amiral furpris
) Puis-je habiller des gens. ( lui dit le
Peintre ) qui chaquejour changent de modes,
& qui peut-être , dans un an , ne feroient
plus connus?
Rubens , comblé d'honneurs & de préfens
, étoit prêt à quitter la Cour de Philippe
III , Roi d'Efpagne , lorfque Jean
Duc de Bragance , ( depuis Roi de Portugal
) & qui aimoit beaucoup les arts , écrivit
à un Seigneur de Madrid , pour engager
le Peintre à venir à Villaviciofa , où le
Duc faifoit fa réfidence . Rubens , flatté de
cet honneur , fe mit en chemin avec un
train fi confidérable , que le Duc , effrayé
de la dépenfe qu'alloit lui occafionner un
pareil hôte , fe hâta de dépêcher un Gentilhomme
au -devant de l'Artiſte , qui n'étoit
plus qu'à une journée de fa Cour ,
pour le prier de remettre fa vifite à un
autre temps ; & ce compliment étoit accompagné
d'une bourfe de cinquante piftoles ,
pour dédommager le Peintre de fa dépenfe
& du temps qu'il avoit perdu. Je n'étois
point venu pour peindre ( lui dit Rubens ) ,
24 MERCURE DE FRANCE .
mais bien pour m'amufer pendant quelques
jours à Villaviciofa . Voilà même mille pif
oles que je comptois y dépenfer.
François Hals , né à Malines en 1584 ,
étoit aufli célèbre par fon talent pour le
portrait que par fon amour pour le vin.
Lorfque l'andick, le feul qui l'ait furpaffé
dans ce genre , fe détermina à paffer en
Angleterre , il fut exprès à Harlem pour y
voir Hals. Il le chercha en vain chez lui. Le
Peintre étoit prefque toujours à la taverne ;
Vandick ne trouva d'autre moyen que de
faire dire à fon confrère qu'un étranger
l'attendoit chez lui , pour fe faire peindre.
Je n'ai que deux heures à vous donner , ( lui
dit Vandick ) voyez fi vous voulez mepeindre
ou non ? Hals , à ces mots , prend au
hafard une toile affez mal en ordre & commença
à peindre. Quelques inftans après
il prie Vandick de fe lever pour voir ce
qu'il venoit de faire. J'en fuis content ,
dit celui - ci , & commence à croire que
votre art eft moins difficile que je ne l'avois
imaginé. Mettez- vous-là; voyons que j'ef
faye à mon tour. Vandick alors prend une
autre toile & travaille avec tant de vicacité
& tant d'aifance que l'yvrogne , furpris
fe lève , regarde , & s'écrie avec tranf
port , en l'embraffant : c'eft Vandiok ! c'eft
Vandick que je vois ! lui feulfur la terre
eft
JANVIER 1767. 25
eft capable d'avoir fait un fi beau morceau !
Ils fe féparèrent avec regret ; Vandick
emporta fon portrait , après avoir répandu
quelques guinées dans les mains des enfans
du Peintre , qui bientôt les leur reprit
pour les porter à la taverne.
Hooghftraeten , dans le quatrième livre
de fon Ecole de Peinture , rapporte que
trois Peintres Flamands , Vangoyen, Knipberghen
& Parcelles gagèrent un jour à
qui feroit mieux un tableau dans le courant
d'une journée , & cela en préſence
d'autres artiſtes de leurs amis. Vangoyen
prit fon pinceau & , fans rien deffiner
barbouilla tout de clair & de brun , &
de façon qu'on ne pouvoit imaginer ce
qu'il prétendoit faire. Le Peintre alors ,
retournant fur fes pas , on vit avec étonnement
fortir de ce cahos un ciel léger &
des lointains , avec des petites maifons :
des débris de fortifications s'offroient fur
le fecond plan , avec une porte d'eau qui
laiffoit voir près de là une chûte confidétable
, une rivière avec des vaiffeaux , des
bateaux pleins de petites figures , & fur
le devant des maffes larges & ombrées qui
donnoient la perfection à ce tableau ,
heurté avec efprit & d'une excellente
couleur. Knipberghen commença fur une
grande toile un autre paysage. Il paroiffoit
Vol. I. B
26 MERCURE DE FRANCE.
que celui - ci prenoit fur la palette des
ciels , des lointains , des rochers , des ruiffeaux
& des arbres tout faits , qu'il ne
faifoit qu'appliquer fur la toile. Mais Parcelles
démonta ceux qui le virent commencer
il prit fa palette , fes pinceaux , &
refta long-temps devant fa toile à réfléchir
fur ce qu'il alloit faire , au point qu'on fe
perfuadoit qu'il ne commenceroit ni ne
finiroit fon tableau ; lorfque partant toutà-
coup, avec une vîteffe extrême , il acheva ,
avant le temps prefcrit , une marine dont
les beautés multipliées enlevèrent tous les
fuffrages.
Le célèbre Vandick , né à Anvers , en
1598 , brigua l'honneur d'être admis au
nombre des élèves de Rubens ; & fut d'un
grand fecours à fon maître , qui étoit furchargé
d'ouvrages . Rubens fortoit tous les
jours vers le foir pour prendre l'air . Les
Elèves , qui payoient un petit tribut à
Valvéken , ancien domeftique de Rubens
obtenoient la permiffion d'entrer alors
dans le cabinet de ce fameux Peintre ,
& d'y obferver fa manière d'ébaucher &
de finir. Un jour que chacun d'eux s'approchoit
de plus près pour mieux examiner
la touche du maître , Diepenbéke
pouffé par un de fes camarades , tomba
fur le tableau qui excitoit leur curiofité ,
& effaça le bras de la Madeleine , aina
JANVIER 1767. 27
que la joue & le menton de la Vierge que
Rubens venoit de finir. On pâlit à cet accident
la crainte d'être renvoyé alarma
toute l'école , & chacun méditoit fa fuite
ou fon excufe , lorfque Jean Van Hoek
prit la parole & dit : mes chers camarades ,
il faut , fans perdre un moment , rifquer
ici le tout pour le tout ; il nous refte trois
heures de jour : que le plus capable de nous
prenne cette palette & tâche de réparer
ce que nous avons détruit. Quant à moi ,
je nomme Vandick ; & lui feul peut nous
tirer d'affaire. Tous les Ecoliers applaudirent:
Vandick feul douta du fuccès. Vaincu
pourtant par leurs inftances , il fe mit à
l'ouvrage , & s'en acquitta fi bien , que le
lendemain Rubens , environné des Élèves
tremblans , jettant les yeux fur fon tableau ,
leur dit , en fouriant : cette tête & ce bras
ne font pas , mes enfans , ce que j'ai fait
de moins beau dans ma vie!
Quelques hiftoriens prétendent que Ru
bens , informé du fait , effaça dans l'inftant
tout ce qu'avoit peint Vandick ; d'autres
, au contraire , qu'il fe fit gloire de
n'y point toucher. Ce tableau , l'un des
plus beaux qu'ait fait Rubens , exiſte encore
dans l'églife de Notre-Dame à Anvers.
Ce grand homme , ainfi que tous ceux
qui ont mérité ce titre , fut long- temps
Bij
28 MERCURE DE FRANCE..
en butte aux contradictions fufcitées par
l'ignorance, ou par l'envie. Appellé à Courtray,
par les Chanoines de la Collégiale ,
pour faire le tableau du maître autel de
leur églife , il fit prix avec eux , le peignit
à Anvers , & revint à Courtray pour le
faire placer lui- même. Tout le Chapitre
accourt , & veut dans l'inftant voir l'ouvrage.
Vandick exige vainement qu'il foit
placé , pour qu'on puiffe mieux en juger :
on appelle des ouvriers , on fait dérouler
le tableau , on le trouve mauvais , & l'on
tourne le dos au peintre. Refté ſeul avec
un garçon menuifier , Vandick ne ſe rebute
point , fait mettre le tableau en place ,
va le lendemain de porte en porte pour
engager fes Juges à revenir , n'en effuie
que de nouveaux mépris , & retourne à
Anvers avec le défefpoir dans l'âme. Quelque
temps après des amateurs , en paffant
par Courtray, regardent avec admiration ce
même tableau , le publient par-tout : l'on
s'empreffe de l'aller voir , & la Flandre
entière en fait l'éloge . Les Chanoines
honteux , tiennent alors un grand chapitre ,
où il fut décidé & inféré dans les regiftres ,
que le tableau étoit beau , & qu'ilfalloitpayer
Vandick.... Que de connoiffeurs de ce
genre !
Charles I, Roi d'Angleterre , ſe plaiſoit
JANVIER 1767. 29
as'entretenir avec Vandick . Celui - ci faifoit
un jour le portrait du Monarque , qui fe
plaignoit affez bas au Duc de Norfolck de
l'état de fes finances ; & le Roi ayant remarqué
que Vandick l'écoutoit , lui dit , en
Fiant : & vous , Chevalier , favez- vous ce
que c'eft que d'avoir befoin de cinq à fix
mille guinées ? Oui , Sire , répondit le
Peintre ; un artifte qui tient table ouverte
à fes amis , & bourse ouverte à fes maîtreffes
, ne fent que trop fouvent le vuide
de fon coffre-fort !
Vandick peignoit un jour la Reine d'Angleterre,
Marguerite de Bourbon , fille d'HenryIV,
qui avoit les mains admirables ,
& fur lesquelles il s'arrêtoit avec complaifance.
La Reine , qui s'en apperçut , lui
demanda , d'un air enjoué , pourquoi il
caroiffoit un peu plus fes mains que fa tête ?
Madame ( lui dit - il , ) c'est que j'espère
de ces belles mains une récompenfe digne
de celle qui les porte.
Léonard Vander Koogen , né à Harlem
vers l'an 1610 , obtint de fes parens , quoique
riches , tout ce qui lui étoit néceffaire
pour étudier la peinture , & devint un
bon Peintre . Il étoit lié d'une amitié fi
tendre avec Béga ( autre jeune Peintre ) ,
qu'on ne les voyoit prefque jamais l'un
fans l'autre. Béga pourtant étoit très -gai ;
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
l'autre , au contraire , trifte , timide &
retiré du monde. Ses moeurs , d'ailleurs ,
étoient auffi fages que douces ; ce qui lai
occafionna une aventure affez fingulière.
Ce Peintre vivoit dans le célibat , & demeuroit
en penfion chez un de fes parens.
Un jour , vers la brune , une Demoiselle ,
fort connue , vint demander Vander Koogen.
Le domestique monta chez le Peintre
& lui dit , en plaifantant , qu'une perfonne
fort aimable venoit le demander en mariage.
Le Peintre timide , étourdi de la
nouvelle , ne favoit où fe mettre , & fe
feroit fauvé fi on ne l'eût pas forcé de
voir la perfonne qui le demandoit. Après
les civilités ordinaires , la Demoiselle débuta
par des éloges qu'il reçut avec le
* plus grand embarras , & finit par ce difcours
, dont les gens de la maifon , cachés
dans la chambre prochaine , ne perdirent
2:
pas un mot :
Monfieur , ( lui dit-elle ) ma propofition
va probablement vous furprendre , & vous
la trouverez peut-être déplacée. Quant à
moi , je la trouve fimple , avec d'autant
plus de raifon , que le proverbe dit : qu'importe
qui fait la demande , pourvu qu'elle
foit raisonnable. Vous êtes connu , eftimé
de ma famille , & mieux encore de moi.
Je fuis également connue de vous , nos
JANVIER 1767. 31
familles fon également honnêtes , & nos
biens à- peu- près égaux.... Voyez fi vous
voulez de moi à mon égard , me voici
difpofée à vous choifir pour mon mari.
Le Peintre , démonté du compliment ,
ne put que béguayer , tout en tremblant :
mais , Mademoiselle ! ... mais enfin . ...
cela me paroît bien étrange ! ... & je crois
que..
...
Je m'attendois à la réponſe ( interrompit-
elle , en riant ) mais confultez - vous ;
je vous laiffe y penfer notre fituation ,
encore un coup , notre naiffance font égales
; vous connoiffez mes fentimens pour
vous ; fondez bien les vôtres pour moi.
Mais duffent- ils ne pas remplir tout mon
efpoir , nous n'en ferons pas moins amis
Que ceci , cependant , foit toujours fecret
entre nous.
Dès qu'il fut remonté chez lui , fon
embarras fembla s'accroître encore. En
vain fut- il interrogé fur le motif d'une
vifite dont on étoit auffi inftruit que lui ;
il tint parole à la Demoifelle , on n'en
put rien tirer. Il ne dormit point de la
nuit l'offre étoit féduifante d'un côté ,
mais fon extrême timidité le retenoit de
Fautre. Très-für qu'il ne pourroit la vaincre
, & toujours plus inquiet à proportion
que le jour approchoit , le Peintre s'habilla
:
B iv
32 MERCURE DE FRANCE,
pour aller prendre l'air & rêver fur la
façon dont il pourroit avec honneur fe
tirer d'un fi mauvais pas.
Mais il étoit à peine dans la rue qu'appercevant
fon amante , il fe difpofoit
à la fuir en rentrant chez lui ; lorfque
raffemblant tout-à -coup fes forces , il s'approcha
d'elle & lui dit : Mademoiselle ,
vous m'avez mis dans le plus horrible embarras
! .. mais.... mais il ne fe fera
rien de ce que vous voulez de moi ... J'en
fuis vraiment fâché. . . . mais . mais ,
enfin.... cela ne fe peut... & j'en fuis
plus fâché que vous , ajouta-t- il , en fe
fauvant comme un farron que pourſuit la
juſtice.

...
Claersbéke , né à Bruxelles , de Boulanger
s'étoit fait Peintre , avoit acquis de la
réputation , mais n'en étoit ni moins yvrogne
, ni moins jaloux de fa femme , quoiqu'elle
fût aufli vertueufe qu'aimable. Il
parut un jour devant elle avec une chemiſe
enfanglantée , une énorme plaie dans la
poitrine , & l'air de quelqu'un prêt à
rendre l'âme. L'épouvante & la douleur
de fon époufe lui parurent fi peu équivoques
, que le Peintre attendri lui dit , en
volant dans fes bras : raffure- toi , chère
Nelli ! j'avois douté de ta tendreſſe , & tu
m'en vois très-convaincu ! fois- le déformais
JANVIER 1767. 33
de la mienne , ajouta-t - il , en lui montrant
que fa bleffure & tout ce qui l'accompagnoit
, étoit l'ouvrage de fon pin
ceau.
David Béek, élève de Vandick, nâquit à
Delft en 1621 , & devint un des meilleurs
Peintres de cette école . La Reine Chriftine ,
de Suéde , l'avoit appellé , l'avoit comblé
de richeffes & d'honneurs. Mais le Peintre
s'ennuyoit à Stockholm , & rien ne put
l'y retenir. En revenant dans fa patrie , par
l'Allemagne, il tomba malade au point qu'étant
cru mort & laiffé fur un lit en attendant
que. fa bière fût prête , fes gens , tout
en le regrettant , ne buvoient pas moins
dans fa chambre ; lorfque l'un d'eux , en
faifant fon panégyrique , s'avifa de porter
la fanté de fon maître & de vouloir que
le défunt leur fît raifon. Il aimoit bien le
vin lorfqu'il étoit vivant , ( s'écrioit- t - il )
peut-être l'aime- t - il encore. A ces mots , il
s'approche du prétendu mort , lui foulève
la tête , lui ouvre avec peine la bouche ,
y fait paffer quelques gouttes de vin . Let
Peintre ouvre les yeux , foupire. Son
valet , alors , fans témoigner le moindre.
effroi , lui fait avaler tout le reſtant du
verre , & rend fon maître à la vie..
BY
34 MERCURE DE FRANCE.
MADRIGAL à M. FRANÇOIS , fur fon:
adoption par M. DE VOLTAIRE .
HEURE
EUREUX fils adoptif d'un fucceffeur d'Homère,
François , dont le génie a devancé les ans ,
J'admire avec reſpect ces fuprêmes talens
Qui t'aflurent déja les titres d'un tel père.....
Pailles - tu les tranfimettre à de dignes enfans !
Par M. DE LANEVERE , ancien Mousquetaire
du Roi ; à Dax , le 2 Décembre 1766.
&
PORTRAIT de Mde la D. DE C********
par quelqu'un qui la connoît parfaitement
& qu'elle ne connoît point . Air : Lifette
eft faite pour Colin..
DoU Dieu des amours , mille attraits <
Te méritent l'hommage ;
Ta rare vertu pour jamais
T'obtient l'encens du fage ;
De ton efprit l'effor brillant
Aux Mufes te fait plaire ;
Et ton coeur , toujours bienfaiſant ,
Charme toute la terre.
JANVIER 1767. 35
EPITRE à M *** .
JE fuis un monde féducteur ;
Au fein d'une retraite heureufe ,:
Je goûte à la fin le bonheur
Et cette paix délicieuſe
Que jamais ne fentit mon coeur.
Laffé des erreurs du vulgaire ,
En laborieux folitaire ,
Je me plais à voir s'élever
Le château qu'entreprit mon père ,,
Et qu'il ne vit point achever.
Sans fafte & fans magnificence
On y voit la folidité
Et la douce commodité ,
Fille charmante de l'aifance ;
2
Mon goût pour les modes du temps
N'en a point changé l'ordonnance.
Qu'importe une vaine élégance
Qui ne charme que les paffans !
J'ai vu tant d'hôtels admirables ,
Dont les dehors font fi brillans
Et les dedans fi peu logeables.
Moins d'éclat & plus de repos ,
C'est ma devife ; & je préfére ,
Au plus fuperbe des châteaux ,
Les humbles murs d'une chaumière ;
Bvj
3.6 MERCURE DE FRANCE.
S'ils font commodes , ils font beaux..
Spectateur heureux & tranquille ,
Tour m'occupe , tout me féduit ;
Je vois une maffe immobile ,
Malgré fon poids , être docile.
Au fört lévier qui la conduit.
J'en vois une informe & groffière?
Céder aux efforts du marreau ;
Le marbre reçoit du cifeau
Une forme plus régulière..
Plus loin fous des bras vigoureux
Prenant une face nouvelle ,
Un terrein rude & montueux
S'étend , s'unit & fe nivelle.
Ici l'on comble des foffés ,
On renverſe. des troncs fauvages
Fiers enfans des fiècles paffés ,
Qui défioient tous les orages :
Des parterres fymmétrifés ,
و د
A leur place , à mes yeux vont naître.
Par-tout mes vaffaux empreffés ,
Penfent au plaifir de leur maître :-
L'arbre qui montoit jufqu'aux cieux ,,
Forcé d'abaiffer fon feuillage ,
Plié , par des efforts heureux ,
Me préfente un plus vafte ombrage :
A l'abri des feux de l'été ,
Sous ces agréables , retraites ,
Le foir on célèbre des fêtes
JANVIER. 1767. 37
On refpire la liberté.
Je me mêle aur danfes légères ,
A ces plaifirs purs & fans fard ,,
A ces agréables chimères ,
Que ne fauroit procurer l'art ,
Et que goûte bien moins mon âme
Aux ballets nobles & polis
Pour lefquels le public s'enflâme ,
En voyant Guimard & Veris.
Souvent , de voluptés avides ,
Je vois s'enfuir au fond des bois
Deux amans tendres & timides
Que le plaifir tient fous fes loix.
Leurs jeux , plus vifs que d'ordinaire ,
Leurs regards , un air d'embarras 4
Me découvre tout le mystère ,
Le refte ne s'apperçoit pas.
Leur plaifir , leurs feux , leur yvreffe
Flattent ma fenfibilité ; .
Condamnerai-je leur foibleffe
Je la partage en vérité !
Mes amis , aux poillons avides.
Préfentent un piége trompeur ;
Quelquefois à mes daims timides .
Je les vois porter la terreur .
D'oifeaux les troupes éperdues .
Dans les airs veulent fuir en vain ;:
La mort fuit le même chemin
Et va les chercher dans les nues;1
38
MERCURE
DE
FRANCE
.
Je pardonne à ces affaffins
Ces plaifirs cruels & fauvages ,
Loriqu'ils me cachent leurs carnages >
Et le fang dont ils fe font teints.
Pendant qu'après les cerfs agiles
Ils courent pleins d'acharnement ,
Avec des amis plus tranquilles-
Je m'occupe folidement :
Je lis , je m'inftruis & j'admire ';;
Du fameux chantre de Henry
J'écoute l'immortelle lyre ,
Et je dis il eſt mon ami !
Ces plaifirs font de tous les âges ,.
Et la nature les produit.
A des jours purs & fans nuage ,
Succède une paifible nuit.
Le jour va bientôt reparoître ;
Mes yeux , éclairés de fes traits ,
Cherchent les tréſors qu'il fait naîtres
Dans mes jardins , dans mes forêts.
Mais , pendant que je m'abandonne
Au plaifir d'être & de fentir ,
Le temps fuit & l'humide automne
Succède au règne du zéphir ;
Le voile épais de la trifteffe
Couvre ces bois chers à mes yeux :
L'Amitié , touchante Déeffe ,
M'appelle alors en d'autres lieux.
Soeur du plus aimable des Dieux ,
JANVIER 1767. 39
Dont les douceurs font menfongères ,
Auffi volage dans les voeux ,
Offrant comme lui des chimères ,
Vous m'avez trahi tous les deux !
Tous deux vous m'êtes néceflaires .
Par M. LE M. DE V.
A M. POMME , Médecin.
DUU Dieu bienfaifant d'Epidaure
Vous êtes l'appui précieux ;
Vos foins , vos efforts ftudieux.
Ferment la boete de Pandore.
Ramenez la fanté , la paix ,
Confolez la nature humaine ,
Bes maux accourciffez la chaîne ,
Et jouiffez de vos bienfaits.
Otez leurs vapeurs à nos belles
C'eſt la moitié du genre humain ; :
Tout ce que vous ferez pour elles
Sur nous vous donne un droit certain.
O d'Efculape heureux apôtre !
Que vous ferez cher à Paris !
L'Amitié vous réſerve un prix ,
L'Amour vous en promet un autres
Par le même.
IM. 40 MERCURE
DE FRANCE
.
ANECDOTES
CONCERNANT le Grand Vifir TOPAL
OSMAN *
TOPAL OPAL OSMAN , après avoir été élevé
dans le Serrail , fut chargé des ordres du
Sultan pour le Bacha du Caire , & partic
de Conftantinople en 1698. Il avoit alors
environ vingt- cinq ans . En faifant route.
par Saed on lui fit craindre la rencontre
des Arabes qui venoient de piller quelques
caravanes , ce qui le détermina à s'embarquer
fur un vaiffeau Turc fretté pour Damiette
, ville marchande fituée fur le Nil ::
précaution qui abrégeoit fon voyage &
fembloit en affurer le fuccès.
Quoique la traversée ne fût pas longue ,,
ils furent cependant rencontrés & attaqués
par un Armateur Efpagnol , contre
lequel ils eurent à foutenir un combat trèsfanglant.
Topal Ofman y donna les premières
preuves de ce courage qu'il a depuis :
* L'Auteur de ces anecdotes nous prévient que
quelques- unes d'entre elles font connues , mais .
qu'on ne fauroit trop les rappeller à la mémoire ,
& nous penfons de même..
JANVIER 1767. 41
fignalé tant de fois. L'équipage de forr
vaiffeau , animé par fon exemple , y fir
des prodiges de valeur ; mais , vaincus par
le nombre , il fallut enfin fe rendre au
moment où l'on vit tomber Topal Ofman
très -dangereufement bleffé .
La façon dont Ofman s'étoit battu avoit
plû au Capitaine Eſpagnol , & lui attira
de fa part les attentions les plus particulières.
Mais fes bleffures laiffoient encore
peu d'efpérance lorfqu'ils arrivèrent à
Malte , où l'Armateur fe vit contraint de
relâcher pour faire réparer fon vaiffeau .
La plaie qu'Ofman avoit à la cuiffe étoit
la plus dangereufe de toutes. Il en guéric
pourtant , mais il en demeura boiteux :
de-là lui vint le furnom de Topal.
Un Marſeillois , nommé Vincent Arnaud
, commandoit alors dans le port de
Malte , & vint à bord de l'Armateur dès
qu'il le vit à l'anere . Ofman , après l'avoir
regardé fixément , lui dit : Chrétien , ſerois
tu affez généreux pour faire une belle
action ? Mets le prix à ma rançon , reçois
maparole pour gage , & fois certain que tu
n'y perdras rien .
Une requête de ce genre étoit faite pour
étonner. Topal, qu'on ne connoiffoit point,
étoit mourant & dans les chaînes ; mais
l'air dont cet efclave s'exprimoit fit tant
42 MERCURE
DE FRANCE
.
d'impreffion fur le François , que s'adref
fant à l'inftant même à l'Eſpagnol , il lui
demanda ce qu'il comptoit pouvoir exiger
pour la rançon du jeune Turc. A quoi
celui - ci répondit qu'il l'eftimoit au moins
mille fequins *. Sur quoi Arnaud , s'adreffant
à Ofman : je ne vous vis jamais ( lui
dit- il ) , j'ignore qui vous êtes , & vous
voyez à quel prix l'on vous met. Voudriezvous
que , fur votre fimple parole , je rifquaffe
une telle fomme ?
Nous rempliffons tous deux également
bien notre rôle ( lui dit Ofman ) , je fuis
efclave , & dois tenter tous les moyens de
recouvrer ma liberté ; & vous êtes fondé
à n'en pas croire aux promeffes d'un jeune
inconnu. Mais je n'ai maintenant à vousdonner
que ma parole ; je ne faurois même
efpérer que vous puiffiez avoir quelques
raifons pour y compter. Je vous répéte
feulement , que fi le mérite d'une belle
action a de quoi vous toucher , vous ne
vous repentirez point d'avoir rifqué trop
légérement votre argent.
Arnaud le quitta alors pour aller faire
fon rapport au Grand - Maître Don Perellos.
Mais la phyfionomie & le ton de l'efclave
l'avoient frappé au point que , revenant
une heure après à bord de l'Efpagnol , il
* Environ mille piſtoles.
JANVIER 1767. 45
en obtint la liberté d'Ofman , qu'il amena
chez lui moyennant mille fequins , qu'il
paya fur le champ.
Malgré tous les bons traitemens que le
Turc y reçut , malgré l'état fâcheux de
fes bleffures & toute fa reconnoiffance
envers fon bienfaiteur , Ofman brûloit de
revoir fa patrie, & le marqua fifortement
à Arnaud, que celui -ci ne put fe refuſer
à l'impatience de fon hôte .
le fit embarquer fur un vaiffeau à
lui appartenant , avec un des meilleurs
Chirurgiens du pays , & toutes les provifions
néceffaires , tant pour les befoins de
fon voyage que pour ceux de fa fanté .
Ofman avoit d'abord dit à Arnaud qu'il
pouvoit écrire à Conftantinople pour le
remboursement des fommes qu'il avoit
avancées pour lui , mais fans lui défigner
aucune adreffe particulière. Depuis , ayant
imaginé qu'il pouvoit ofer attendre encore
plus d'un Chrétien affez noble pour avoir
eu autant de confiance dans un Turc , il
avoit prié tout franchement fon hôte de..
s'en rapporter entièrement à lui feul pour
le remboursement & de fa rançon & du
refte ; & Arnaud , qui avoit fenti qu'en
pareil cas rien ne devoit être fait à demi ,
y avoit confenti de bonne grace. Ofman
en conféquence , étoit parti dès l'inſtanc
9
44 MERCURE DE FRANCE.
même où fa fanté lui avoit permis de
s'embarquer.
Le pavillon François , pour cette fois ,
Te mettoit à l'abri des corfaires. Il aborda
bientôt à Damiette , & de- là fe rendit au
Caire , où il ne fut pas plutôt arrivé qu'il
fit compter au Capitaine du vaiffeau mille
fequins pour remettre à fon bienfaiteur ,
avec de très - riches fourures , & cinq cens
fequins pour lui-même. De- là , après avoir
Templi les ordres du Sultan auprès du Bacha
du Caire , il vola à Conftantinople & y
porta les premières nouvelles de fa captivité.
Les procédés d'Arnaud étoient trop bien
gravés dans le coeur de Topal Ofman pour
que le temps pût en affoiblir l'idée..
La guerre ayant été déclarée en 1715 ,
entre les Vénitiens & les Turcs , le Grand
Vifir , qui projettoit l'invafion de la Morée
, avoit raffemblé toute l'armée Ottomane
proche de l'Ifthme de Corinthe , feul
paffage par lequel cette péninfule pouvoit
être attaquée par terre. Topal Ofman ,
chargé de l'attaque , non - feulement emporta
le pofte , mais inveftit & prit d'affaut
la ville de Corinthe ; & un exploit de
cette importance lui valut le grade de Bacha
à deux queues. L'année fuivante il
fervit fous le Grand Vifir , en qualité de
JANVIER 1767 45
Lieutenant- Général , au fiége de Corfou ,
auquel les Turcs furent forcés de renoncer ;
mais où Ofman , pour favorifer leur retraite
, tint ferme encore pendant trois
jours. En 1722 il fut nommé Seraskier ,
( Général en chef) & commandoit l'armée
dans la Morée , quand les Confuls des
différentes nations étant venus le faluer ,
il diftingua particulièrement & combla
d'amitiés le Conful de France. Apprenez
à Vincent Arnaud ( lui dit - il ) que je ne
fais cas de ma nouvelle dignité qu'autant
qu'elle me met à portée de lui marquer
toute ma reconnoiffance. Mandez lui qu'il
m'envoye fonfils comme un gage de notre
amitié , & que je me charge perfonnellement
de fa fortune.
Arnaud le fils fe rendit en effet dans
la Morée , & le Séraskier , non-feulement
le combla de bienfaits , mais lui accorda
de fi beaux priviléges , qu'il le mit en
état d'acquerir une grande fortune .
La bravoure & les talens deTopal Ofman,
ne tardèrent pas à l'élever aux plus hauts
grades . Le même jour le vit nommer Bacha
à trois queues , & Beglierbeg de la Romanie
, l'un des premiers Gouvernemens de
l'Empire , & de la plus grande importance
attendu qu'il touche à la Hongrie.
Il avoit établi fa réfidence à Nyffa , lorf
46 MERCURE DE FRANCE.
qu'en l'année 1727 , on lui annonça Vincent
Arnaud & fon fils . Ofman , enchanté ,
abandonne tous les Bachas qui l'entou
roient , court à fes amis , les embraſſe ,
leur fait préfenter le forbec , fait brûler les
parfums les plus rares ; & , fans fonger que
c'eft à des Chrétiens qu'ils prodigue de
tels honneurs , les fait affeoir à fes côtés fur
le même fopha, prévient leurs demandes ,
les leur accorde toutes , & les renvoie furchargés
de préfens .
La grande révolution de 1730 ayant fair
périr le Grand Viſir Ibrahim , le Gouver
nement devint fi tumultueux à Conftantinople
, qu'on vit en moins d'un an trois
différens Grands Vifirs.
En 1731 Topal Ofman fut rappellé de
fon Gouvernement de la Romanie pour
remplir cette place , la plus éminente de
l'Empire Ottoman , la plus haute peutêtre
dont aucun fujet dans l'univers puiffe
jouir ; mais toujours également dangereufe ,
& qui l'étoit alors plus que jamais.
Son premier foin , en arrivant à Conftantinople
pour prendre poffeffion de fa
nouvelle dignité , fut de prier l'Ambaſſadeur
de France d'annoncer à fes vieux amis
le nouveau bienfait dont l'honoroit fon
maître , & de les inviter à venir au plutôs
à Conftantinople , tandis qu'il étoit encore
JANVIER 1767. 47
en place ; ajoutant , en riant , qu'un Grand
Vilir étoit homme du jour , & affez rarement
du lendemain.
Arnaud & fon fils arrivèrent de Malte à
Conftantinople en Janvier 1732 avec beau
coup de préfens , & douze efclaves Turcs
qu'ils avoient rachetés . Topal Ofman ordonna
qu'ils fe miffent en haie ; que Vincent
Arnaud , alors âgé de foixante- douze
ans , vînt à leur tête avec fon fils le faluer
en qualité de GrandVifir de l'Empire Ottoman;
& Topal les reçut au milieu des principaux
Officiers de l'Etat avec les marques
d'amitié les plus diftinguées. Voyez ! ( s'écria-
t- il , en s'adreffant à ceux qui lui faifoient
la cour ) voyez vos frères , après
avoir gémi dans l'efclavage , jouiffant des
douceurs de la liberté , béniffant la main
qui brifa leurs chaînes ! C'eſt ce vieillard
refpectable , c'eft ce François qui les a
délivrés ! J'étois moi-même efclave, chargé
de fers , couvert de fang & de bleffures :
c'eſt ce même vieillard qui m'a fauvé , qui
m'a rendu à ma patrie ! C'eſt à lui que je
dois la liberté , la fortune , la vie , tous
les biens en un mot dont je jouis dans
ce moment ! Sans me connoître il a payé
de fes biens ma rançon , m'a renvoyé fur
ma fimple parole , m'a donné fon propre
48 MERCURE DE FRANCE.
vaiffeau pour me ramener ici . Quel Mufulman
oferoit fe vanter d'être auffi généreux
que lui?
Tandis qu'Ofman parloit , tous les yeux
étoient fixés fur Arnaud , qui tenoit les
mains du Grand Vifir étroitement ferrées
entre les fiennes. Ofman alors interrogea
amicalement le père & le fils fur leur fituation
, fur leur fanté , fur leur fortune actuelle
, écouta avec attention leurs réponſes,
& , en levant les yeux au ciel , finit par
cette fentence arabe , Alla herim ! ( Dieu !
que ta providence eft grande ! ) Il diftribua
enfuite, en leur préfence , les préfens qu'ils
lui avoient apportés , dont les plus rares
furent pour le Sultan , pour la Sultane mère
& pour le Kifler Aga, ( chef des Eunuques
blancs ) après quoi les deux François
fe retirèrent .
Cette cérémonie finie , le fils du Grand
Vifir les conduifit dans fes appartemens ,
où ils furent traités avec tous les égards
poffibles . Quelques jours avant leur départ
ils eurent une nouvelle audience , dans
laquelle le Vifir, feul , & dépouillé de tout
l'éclat de fa grandeur , leur fit entendre ,
que dans la place qu'il occupoit il ne pouvoit
ouvertement fe livrer à tout ce que
lui infpiroit fon coeur. Un fimple Bacha ,
leur
JANVIER 1767. 49
leur dit- il , eft feul maître dans fa province ;
mais , à Conftantinople , un Grand Vifir
n'eft qu'un premier efclave.
Il leur fit payer largement la rançon des
douze Turcs , leur procura le rembourfement
d'une créance qu'ils regardoient
depuis long - temps comme perdue , les
combla de préfens tant en argent qu'en
fuperbes fourures , & leur permit d'acheter
à Salonique une certaine quantité de bled
& d'autres denrées , fur lefqu lles le Vifir
étoit für que fes amis feroient un gain
confidérable.
ROMANCE.
SI P'on fait aimer à mon âge ,
Ah ! que j'ai peur d'aimer Hilas !
Je crains les yeux je fuis fes pas :
Mais tout m'en retrace l'image.
Le doux murmure du zéphire
Me femble un foupir de fon coeur :
Au parfum qu'exhale une fleur
Je crois fentir l'air qu'il refpire.
Mon ferin , qu'il eur l'art d'inftruire ,
Eft encore un piége pour moi :
Semblé-je dédaigner fa foi ,
Cet oiſeau chante & je foupire.
Vol. I. C
MERCURE DE FRANCE.
Sa main , fur l'écorce d'un hêtre ,
Un jour enlaça nos deux noms :
Eh , par quel charme mes moutons
Vers ces lieux vont- ils toujours paître à
Même en les contraignant , j'ignore
Si mes feux ne font point trahis ;
Mais au nom d'amour je rougis :
On rit , & je rougis encore .
D'Hilas on me dit amoureuſe :
D'un tel amant doit- on rougir ?
Il fit naître en moi le defir :
Je m'en plains , mais je fuis heureufe.
Non , non , il ne m'eft pas poffible
De hair qui fait mon bonheur.
Cher Hilas , je te dois un coeur
Que toi feul a rendy fenfible ,
Par M. DE LA PORTE , C, 4. R. D. L. Mq
JANVIER 1767 SI
A une Dame qui fe plaignoit d'avoir les
yeux échauffés.
Vos
os beaux yeux ne lançoient de flâmes
Que pour faire des malheureux ;
Mais de ces traits de feu dont vous bleffiez nos
âmes
L'amour , pour nous venger , a bleſſé vos beaux
yeux.
Par le même.
COMBIEN les premiers mouvemens font à
craindre. NOUVELLE .
LEE Baron d'Olban s'étoit retiré dans
fa terre de N... On lui parloit fouvent
d'un Gentilhomme
voifin , qui étoit généralement
eftimé dans le canton . Par un
effet de cette fympathie
ordinaire entre
les âmes généreufes
, il fe fentit porté à
l'aimer. Il va le voir & le trouve abforbé
dans la trifteffe. Le Baron préfuma que
cet homme avoit fans doute éprouvé quelque
grande infortune ; ce qui ne fervit
qu'à l'intéreffer
davantage
en faveur de
Cij
52 MERCURE DE FRANCE .
l'inconnu , avec lequel il ne tarda pas à
lier une amitié fort étroite. Le Baron
demanda un jour à d'Alindor , c'étoit le
nom du Gentilhomme , le fujet de fa mélancolie.
Cher Baron , répondit celui - ci ,
n'avez-vous jamais été le jouet d'une paffion
aveugle ? n'avez-vous jamais été tyrannifé
par l'amour? ... C'eft à lui feul que
je dois tous mes malheurs. Vous voulez les
favoir ; je vous dois cette marque de
confiance puiffe - t - elle ne point altérer
votre amitié pour moi ! .. Mais pardonnez
fi, prêt à vous les raconter,je ne puis retenir
mes larmes hélas ! puis - je en répandre
affez au fouvenir des imprudences criminelles
qui font le malheur de ma vie ? Tréville
eft mon vrai nom. Nous fùmes unis
le Chevalier de Lauret & moi par les liens
de l'amitié la plus étroite. Temps heureux
, que vous pafsâtes vîte ! Nous devînmes
rivaux , nous cefsâmes d'être amis .
Mlle de Lougeau fut l'objet de notre
amour : elle reçut mal nos déclarations
& chacun de nous crut voir dans fon ami
un rival fortuné. Dès-lors la haine la plus
forte prit la place de l'amitié la plus vive .
Je fus inftruit que Mlle de Lougeau recevoit
tous les foirs chez elle un cavalier
qu'elle aimoit. Je ne doutai point que cet
heureux amant ne fût le Chevalier de LauJANVIER
1767. 53
ret ; & , emporté par la jaloufie , je volai
vers la demeure de Mlle de Lougeau dans
le deffein d'attaquer mon rival au moment
qu'il en fortiroit & de le percer de coups. Il y
avoit déja long-temps que je rodois au tour
de ce logis, lorfque j'entendis à quelques pas
de moi le cliquetis de deux épées. Je m'approche
, & j'apperçois un cavalier qui alloit
arracher la vie à un ennemi déja par terre .
C'eſt affez , m'écriai - je ; c'eft affez d'avoir
vaincu fon ennemi . -Dites plutôt mon affaffin
. Il faut que le perfide meure . -
Non ,
il ne mourra point ; crains plutôt pour toimême.
A l'inftant je l'attaque & l'étends.
à mes pieds. Je fais arrêter un caroffe ;
on y place mes deux bleffés ; , je les fais
conduire chez moi . On appelle un Chirurgien
, & mon premier foin eft de courir
vers celui des deux combattans que j'avois
fecouru . Que devins-je, lorfque, dans celui
dont je venois de fauver les jours , je reconnus
ce rival , celui- là même à qui je
voulois un inftant auparavant arracher la
vie ! Quoi , c'est vous ? s'écria le Chevalier
de Lauret , c'est vous , Tréville ? Ah ! que
je fuis coupable ! Que ne me laiffiez-vous
périr ! Auffi amoureux que vous , j'en voulois
à vos jours. Il m'apprit alors qu'en
partant de la même erreur qui m'avoit
armé contre lui , il avoit conçu le même
C iij
54
MERCURE DE FRANCE.
projet que moi . En voyant difparoître dans
le Chevalier de Lauret un rival aimé , j'y
voyois renaître un ami. Nous nous défabufâmes
, nous nous jurâmes de nouveau
une amitié éternelle , & nous nous promîmes
mutuellement d'oublier Mlle de
Lougeau. Pourquoi ce moment ne fut- il
pas le dernier de ma vie ! Je venois de
recouvrer mon ami ; le Chirurgien m'affurost
que fes plaies n'étoient point mortelles
: j'étois au comble du bonheur. Il n'en
étoit pas ainfi de l'autre bleffé : fa vie étoit
fortement menacée. Il voulut être reporté
chez lui , & mourut fix jours après , en
prononçant plus d'une fois mon nom.
Cette circonftance me fit craindre les pourfuites
de la juftice , & me détermina à
pafler pour quelque temps en Angleterre.
Je ne pus y refter que deux mois : la fatalité
de ma destinée me rappelloit fans
doute à Paris. A peine y fuis- je de retour...
Ah ! cher Baron , je touche au plus horrible
des momens ; pardonnez à mes larmes !
On m'apprend que le Chevalier doit époufer
le lendemain Mlle de Lougeau ! ...
Yvre de jaloufie & de fureur , je cours
chez mon ami ; je le crois un perfide ,
l'attaque en défefpéré , le force à fe défendre
, le vois expirer fous mes coups ,
& vole chez un autre ami lui demander
JANVIER 1767. 35
les fecours néceffaires pour retourner dès
l'inftant même à Londres. Qui donc vous
force à ce départ fi prompt ? ( me dit en
riant Néricourt ) feriez - vous amoureux
en Angleterre ? Reftez du moins pour les
nôces de votre ami : le Chevalier doit
époufer demain la foeur de votre ancienne
amante... La foeur de qui ? ( m'écriai - je ,
en frémiſfant ) & croyant avoir mal entendu
. - De Mlle de Lougeau , vous
dis -je , dont vous avez fans doute appris
la mort. La mort ! .. ah , Dieu ! .. la
mort... Je ne pus achever : frappé comme
d'un coup de foudre , je tombai évanoui
fur le plancher.
-
Rappellé à la vie par les foins cruels
dont on m'accable , j'inftruis Néricourt ,
étonné de mon erreur & de mon crime ,
& prétends , pour les expier , m'aller livrer
moi-même à toute la févérité des loix.
On m'arrête , on me garde à vue pour me
fauver de mes propres fureurs pendant un
mois de maladie ; après laquelle mes tranfports
épuifés avec mes forces me laiffent
dans un état de langueur & de ftupidité
qui fait craindre pour ma raifon.
Retournez au plutôt à Londres , me dit
unjour Néricourt affligé : voilà ma bourſe ;
allez fous un autre climat chercher , s'il fe
peut , des confolations que vous ne trou-
C iv
56 MERCURE DE FRANCE .
veriez jamais ici . J'obéis . J'allai m'enterrer
dans le canton le plus défert de l'Angleterre
, où j'ai vécu long- temps fans pouvoir
furmonter ni mes regrets ni mes remords.
L'amour involontaire de la patrie
m'a ramené dans ces lieux , après avoir
changé mon nom . J'y ai acheté cette terre ,
& n'y goûte d'autres plaifirs que celui de
foulager les maux de mes femblables &
de faire quelques heureux.
REY , penfionnaire au Collège d'Harcourt.
MADRIGAL à JULIE , qui m'a donné un
petit coeur d'or.
Non , ce n'eft point , Julie , un don que vous
me faites :
Envers moi tout au plus vous acquittez vos dettes ;
Et je ne vois enfin , dans cet objet flatteur ,
Qu'un petit morceau d'or , & qu'un coeur pour un
coeur.
M'expliquerai-je davantage ?
Peut- être , tout bien combiné ,
Suis - je dupe d'un badinage ,
Julie ; & je crains bien de vous avoir donné
La réalité pour l'image!
DESCH.
JANVIER 1767. 57
LE mot de la première énigme du Mercure
de décembre eft la goutte. Celui de la
feconde eft la feringue. Celui du premier
logogryphe eft allumette , dans lequel on
trouve mule ( du Pape ) , table , mâle
meute , métal, moule & âme. Et celui du
fecond eft politeffe , où l'on trouve, fi, fol,
poil, lit , le lot , Pô , os , fole , lis , poële
& pot , pie , oeil , pole , étoile.
ENIGMES.
FIILLSS de l'imagination ,
Sans ceffe , en vrai caméléon ,
Changeant de couleur , de viſage ,
Je plais au fou , je plais au ſage.
Tout parti , toute opinion ,
Tous les lieux , tout les temps , tout âge
Me font également hommage .
Accablé de malheurs cuifans ,
L'homme dans mon fein les oublie,
Je fuis la goutte d'ambroifie
Que fur l'abfynthe de la vie
Verfèrent les Dieux bienfaifans .
Sans ce qui forme mon contraſte
Je n'existai , dit-on , jamais ;
C
58 MERCURE DE FRANCE.
Il augmente au moins mes attraits.
Je hais l'éclat , le bruit , le faſte.
La richelle , la dignité ,
La fortune , la majeſté
Rarement mes faveurs éprouvent ;
Chez l'humble médiocrité
و
Bien plus fouvent elles fe trouvent.
Entendez parler certains foux
De tourmens de cruels martyre :
Ingrats ! vivans fous mon empire
Ils goûtent le fort le plus doux.
Des voluptés la jouillance ,
Le Dieu du vin , le tendre amour
Semblent m'enchaîner à leur cour.
Avec l'auftère pénitence
Je fais cependant m'accorder ;
Et l'on prétend me polléder
A la Trappe ainſi qu'à Cythère.
J'ai la ceinture de Vénus ,
J'ai la couronne de Bacchus :
Si du cilice & de la haire
Je fais encor mes attributs ,
Rien ne bornera plus ma fphère.
Mais il faut croire prudemment ,
Comme on dit ordinairement ,
Sans aller le voir , ce mystère.
Parmi les peines , les dangers ,
Tel me cherche au loin qui , peut- être ,
JANVIER 1767.
$9
$
M'a fous la main fans me connoître :
Car , des mortels vains & légers ,
Le coeur plein d'une folle yvreſſe ,
Souvent pour mon ombre me laiſſe.
Vous qui joignez , fèxe charmant ,
L'efprit & les talens aux grâces ,
Déja vous nommez fûrement
Celui qui fuit toujours vos traces .
Cependant , fi quelques inftans
Votre esprit reftoit en balance ,
N'allez pas perdre patience ,
Ne regrettez point vos momens.
Temps , foins , foucis , travaux & larmen
Sont plus que payés par mes charmes ,
Seul je peux faire des heureux ,
Seul je rends la vie agréable :
Oui , je donne un fort préférable
A celui des Rois & des Dieux.
AUTRE.
Air : Ne v'la- t- il pas que j'aime.
LECTE ECTEUR , mon être eft dans un fens
Long , large , magnifique.
Aux voifins , bas , & pauvres gens
Sa hauteur fait la nique .
C vj
60 MERCURE DE FRANCE .
Petit , dans l'autre , ayant du goût
En bon juge il décide.
Mais ce qu'il dételte , fur - tout ,
C'est le rance & l'acide .
Par M. B... à Montdidier.
LOGO GRYPHE S.
Même air.
SANS ceffe on a beſoin de moi ,
Aux champs comme à la ville.
Courte ou longue j'ai mon emploi
Pour chofe noble ou vile.
Lecteur , au chartier plus qu'à toi
Je peux me dire utile .
Mon coeur ôté je rends la loi
A trouver très- facile .
Par le même,
JANVIER 1767. GI
AUTRE.
DÉDIÉ à des Dames qui s'étoient amuſées
quelques jours de l'énigme & de la char
rade ou rébus .
SEMBLARE EMBLABLES à Vénus , leur mère ,
Les Grâces veulent voltiger ;
Les Mufes d'Apollon , leur père ,
Reçurent en partage un goût vif & léger.
L'énigme & la charrade ont été trop heureuſes :
De vous amufer fi long- temps . !
Un jour de plus les rendroit ennuyeuſes :
Je viens vous préfenter d'autres amuſemens .
D'un regard honorez leur frère.
Auriez-vous épaifé fur elles vos faveurs ?
Pourquoi craindrois- je de déplaire ?
L'indulgence vous guide , & je vaux bien mes
foeurs.
De la fociété je fuis le vrai lien ,
J'y produis l'agrément , j'en écarte la guerre.
Aux talens , aux vertus mon luftre eſt néceſſaire ,
Et le monde , fans moi , les compteroit pour
Men.
62 MERCURE DE FRANCE.
Je fuis l'aimable caractère
Qui diftinguoit le François autrefois ;
Mais aujourd'hui prefque toute le terre
Goûte la douceur de mes loix .
Combinez mes neuf pieds , vous trouvez un
prophété ,
Qui , dans un char de flamme aux cieux fut enlevé ;
Le guide dont on dit que l'amour eſt privé ;
Ce qui de l'aſtronome exerce la lunette ;
Un fleuve d'Italie ; un terrible fléau ;
L'oifeau qui fans ceffe babille ;
Deux excellens poiffons ; l'image du tombeau
Le tiffa précieux dont le riche s'habille ;
Ce qui le garantit d'un froid trop rigoureux ;
Le fortuné mortel dont l'yvreffe fublime
Parle le langage des Dieux ;
La fûreté publique & la terreur du crime ;
Ce qui reste au tonneau dont on a bû le vin';
Le contraire de l'homme fin ;
Un inftrument du jardinage ;
Deux dont le cuifinier fréquemment fait ufage.
Ce qui des animaux couvre au moins la moitié ;
L'heureuſe invention qui , dans l'abſence amère ,
Confole l'amour , l'amitié ,
d'affaire.
Et qui fert au commerce , à tout genre
J'offre encore... mais , non ... je devois fupprimer-
De mes vingt derniers vers l'inutile étalage.
Quand du monde élégant j'ai tracé l'apanige ,
J'ai peint votre triomphe , & c'étoit me nommer.
JANVIER 1767. 63
AUTRE .
JE dois mon être à la pareffe
Qui cherche fa commodité.
Sans l'élément qui tout détruit avec vîteffe ,
Je ferois fans utilité .
Ce fut , felon ma conjecture ,
Par moi que l'on dût commencer
A trouver un art qui meſure
Un cercle grand , par les maux qu'on endure ,
Mais très - petit , je vous aſſure ,
Quand le plaifir l'a fû tracer.
Si vous voulez connoître ma figure ,
Il faut d'abord s'imaginer
Que douze pieds font toute ma ſtructure.
En commençant je puis donner
L'invention qui , d'une façon fûre ,
Un cylindre vous formera ;
Sans rien changer on trouvera
Certain morceau de vieille architecture ;
D'une Nayade l'attribut ;
Des fous & des fages le but ;
De plus , un terme générique ,
Qui , fans faire injuftice à notre humanité ,
A pluueurs d'entre nous s'applique ,
64
MERCURE DE FRANCE.
Mais de qui l'orgueil
tyrannique
Sait éblouir les yeux fur cette vérité ;
Certain effort qu'en bonne
compagnie
Le bel uſage n'admet pas ;
Une ville de Normandie ;
Un peuple attaché pas à pas
A fon ufage , à fa croyance antique ;
J'offre deux notes de muſique ;
On trouve en moi ce qui peut diftinguer
Les divers fens qu'on met à la parole ;
Et ce qu'on tâche de fixer
A la Déeffe qui s'envole ;
Un peuple brute , ainfi que fa maiſon ;
Et d'un Roi des Troyens la femme infortunée ;
Le meuble d'une cheminée ;
Un animal puant ; un mangeur de poiſſon ;
Un fleuve impétueux qui fait fon alliance
Avec une rivière auffi forte que lui ,
Auprès d'une ville de France ;
De notre tête l'étui ;
Un grand peuple de qui la tête
Dans les combats eft le plus ferme appui ;
Un meuble que ſouvent avec moi l'on apprête ;
Un Saint qui très- certainement
N'eft pas encenfé par les femmes ;
La vertu propre aux belles âmes ;
La couleur qui rend la beauté
Beaucoup plus vive que touchante ;

Dans les jardins d'un roi d'Affri que
Un esclave arro.sant des fleurs,
Chantoit sur un ton pa - the- ti- que,
Ces mots, qu'interrompoient ses pleurs.
Mineur
3
Triste et sensible Le - o nore,
He-las! toujours sourd à tes voeux ;
Le Ciel peut - il longtems en co - re ,
Prolonger tes jours mal'heureux ?
JANVIER 65 1767. 1767 .
Enfin ce qui , d'une voix triomphante ,
Parle aux humains par la cupidité.
11 eſt , je crois , utile de me taire ,
De peur d'ennuyer mon lecteur :
Car il eft befoin qu'un auteur
Ne dife pas tout s'il veut plaire.
LÉONORE D'URGEL ,
ROMANCE HISTORIQUE.
DANS
ANs les jardins d'un Roi d'Afrique
Un efclave arrofant des fleurs ,
Chantoit , fur un ton pathétique ,
Ces mots qu'interrompoient fes pleurs :
-4
« TRISTE & fenfible Léonore ,
>> Hélas toujours fourd à tes voeux ,
» Le Ciel peut-il long- temps encore
» Prolonger tes jours malheureux ?
« Fille de ce héros célèbre ,
>> Raimond * , dont le bras fi long-temps
>> Garantit les rives de l'Ebre
» De la fureur des Mufulmans ;
* Raimond , Comte de Barcelonne & d'Urgel , qui
remporta de grandes victoires fur les Sarrafins , & mourut
1017. сп
66 MERCURE DE FRANCE.
» A peine un illuftre hymenée
>> A Dom Sanche unifloit ton fort ,
» Que d'une fléche empoisonnée
» On t'apprend qu'il attend la mort.
Tu cours aux lieux où le carnage
> Duroit encor depuis deux jours ....
» Barcelonne étoit au pillage ,
» Et la flamme embrâfoit fes tours.
» Alors , pour dérober ta fuitè
Á de barbares ennemis ,
» D'un jeune Maure de ta fuite
» Tu prends la forme & les habits.
5כAprèsdixans,lorſqu'unnaufrage
* Te flattoit d'un terme à tes maux ;
» Le fort , dans un vil eſclavage ,
» T'apprête des malheurs nouveaux.
» Heureuſe , au fein de la mifère ,
Si , dans ton funefte avenir ,
» D'un tendre époux , d'un digne père ,
Le Ciel t'ôtoit le fouvenir !
Trifte & fenfible Léonore ,
» Hélas ! toujours fourd à tes voeux ,
› Le Ciel peut-il long- temps encore
5 Prolonger tes jours malheureux ! ..
JANVIER 1767 . 61.
C'est ainsi , qu'exprimant la peine ,
Cet efclave attendoit la nuit ;
Lorfque , d'une grotte prochaine ,
Quelqu'un fort , le fixe , & s'enfuit.
Le lendemain , avant l'aurore ,
Le jeune efclave infortuné ,
Par un des gardes du Roi Maure ,
Dans le palais eft amené.
A peine au palais ils arrivent ,
Que trois femmes , d'un air foumis ,
De la part du Roi lui preſcrivent
De changer de forme & d'habits.
Le Roi ( dit- on ) fait fon hiftoire ,
L'aime , lui deftine fa main ,
Et , l'affociant à fa gloire ,
Prétend la venger du deftin .
« Si mon fort eft connu du maître
» Dont ici je fubis la loi ,
( Répond l'esclave ) » il doit connoître
>> Ce qu'il peut attendre de moi.
Si ma douloureufe imprudence ,
» Hier ' , me trahit à fes yeux ;
» Mes fentimens & ma naiſſance
» Ne dûrent point flatter les vocUX68
MERCURE DE FRANCE.
>> Jamais , quoique dans l'esclavage ,
» Son pouvoir ne m'avilira ;
» Et , s'il ôfoit en faire ufage ,
» Ce poignard m'en garantira.
» Objet de ma flamme éternelle ,
> Sans toi , le jour m'eft un fardeau ,
Cher époux ! je te fuis fidelle :
Je le ferai jufqu'au tombeau »ɔ,
Au bruit qui lors fe fait entendre ,
Aux feux dont l'éclat l'éblouit ,
( Spectacle fait pour la furprendre )
La captive s'évanouit .
Mais , à la vie enfin rendue ,
O Ciet , ce font là de tes coups ! )
Quel objet vient frapper fa vue ? ...
C'eft Dom Sanche , .. c'eft fon époux !
De leurs tranfports , de leur yvreſſe
On ne tente point le tableau ;
Les coeurs , que leur fort intéreffe ,
Se le peindront beaucoup plus beau .
« Toi , qui feule occupois mon âme ,
( Difoit l'époux )» je te pleurois !
» Seul & digne objet de ma flâme ,
» Depuis dix ans je te cherchois !
JANVIER 1767. 69
» C'eſt par ce Roi , dont la puiſſance ,
» Dont la cour frappe ici tes yeux ,
>> Par fa noble reconnoiffance ,
» Que je te retrouve en ces lieux.
>> J'eus le bonheur , fans le connoître;
>> De fauver les jours autrefois ;
» Et c'eſt plus un ami qu'un maître
» Que dans l'Afrique je revois.
» C'eſt lui qui , témoin de ma peine..¡
Arrêtez s'écria le Roi )
Je veux qu'une fi belle chaîne
Se refferre aujourd'hui par moi .
Vous parlerez , dans Barcelonne ,
Des maux qu'éprouvèrent vos feux :
Je l'ai conquife & vous la donne ....
Allez-y faire des heureux.
Paroles & mufique de M. D. L. P.
༡༠
MERCURE
DE FRANCE
.
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ou
MELANGES intéreſſans & curieux
abregé d'hiftoire naturelle , morale
civile & politique de l'Afie , l'Afrique ,
l'Amérique & des terres polaires ; tomes
VI , VII , VIII , IX & Xme. A Paris ,
chez LACOMBE , Libraire , quai de
Conty : 1766 .
Nous croyons que nos lecteurs reprendront
, avec autant de plaifir que nous ,
la fuite de cet ouvrage utile & agréable ;
mais ne pouvant fuivre l'auteur dans toutes
les defcriptions qu'il donne , nous nous
contenterons d'indiquer légérement quelques-
unes des chofes les plus curieufes.
L'ifle Formofe , d'environ cent trente
lieuës de circuit , après avoir appartenu
quelque temps aux Hollandois , eft tombée
fous la puiffance des Chinois en 1682 .
Ils occupent la partie occidentale , qui
en forme environ la moitié , " & c'eft
JANVIER 1767 71
20
29
»
vraiment la feule qui mérite le nom de
Formofe à caufe de fa beauté. L'air y
» eft pur & ferein ; & la terre y rapporte
» toute forte de grains , tels que du bled ,
» du riz , & généralement prefque tous
» les fruits qu'on trouve en Afie & en
Europe . Tous les arbres font difpofés
» dans un ordre fi agréable que , lorfqu'on
» a tranfplanté le riz , ainfi qu'il eft d'uſage ,
» toute la partie chinoife de l'ifle a l'air
» d'un vafte jardin ... Les chevaux , les
chévres , les moutons & les porcs y font
très - rares ; mais les cerfs , les finges &
» les lapins s'y rencontrent comme par
troupeaux. Les boeufs font de même
" fort communs. Ils fervent de monture
aux habitans , qui leur font porter la
» felle & la bride. La volaille & le gibier
» n'y font pas plus rares qu'à la Chine.
33
"3
32
و د
» La capitale de l'ifle s'appelle Tai-
» ouan. Elle eft fort peuplée. Les rues ,
qui n'ont pas plus de trente à quarante
» pieds de large , font d'une longueur extraordinaire
, & tirées au cordeau . Pendant
huit mois de l'année des toiles
» couvrent ces rues d'un bout à l'autre ,
» d'où il réfulte plufieurs avantages. 1 ° . En
» ce qu'elles garantiffent des ardeurs du
" foleil la foule dont ces rues font remplies
en tout temps. 2. En ce que ,

??
72 MERCURE
DE FRANCE
.
و د
ود
"
» dérobant aux yeux le défagrément qu'offrent
les toits des maifons , lefquels ne
» font que de paille , ces rues reffemblent
à autant de charmantes galeries , qui
paroiffent avoir été ornées à plaifir de
porcelaines , d'ouvrages verniffés , d'é-
» toffes de foie & autres marchandifes
précieuſes ».
23
و د
"
La partie orientale , au contraire , eft
un pays montagneux , inculte & prefque
défert. Les écrivains parlent diverſement
des moeurs des peuples qui l'habitent . Selon
le rapport des Miffionnaires Jéfuites , ces
peuples vivent fuivant des loix particulières
, ou plutôt ils n'en connoiffent point
d'autres que la nature & l'inſtinct ; parmi
eux point d'actes de religion , point de
prières , point d'invocations ; & cependant,
fuivant le P. Duhalde , ils font chaftes ,
doux , défintéreffés , équitables . Si l'on
s'en rapporte aux relations qu'on doit à
Candidius , Miniftre Hollandois , qui alla
y prêcher l'évangile en 1626 , les Formofans
ont des pagodes en l'honneur de plufieurs
divinités , à qui ils offrent des facrifices
par le moyen des femmes , qui font
les Prêtreffes de la nation . « Ces Prêtreffes ,
apres des contorfions , des hûrlemens &
sades extâfes convulfives qui durent plus
» d'une heure , montent fur le toît du
» pagode ,
JANVIER 1767. 7
>> pagode , fe placent fur le faîte aux deux
» bouts & y font de nouvelles prières.
» Elles ôtent enfuite tout ce qu'elles ont
» de vêtemens , & s'offrent ainfi nues à
» leurs dieux en faifant mille geftes impudiques.
... Il est vrai que l'affemblée
» n'eft guères compofée que de femmes ,
qui boivent fi prodigieufement , qu'à
peine , dans deux cents , il s'en trouve
» une feule qui puiffe fe tenir debout » .
ود
""
-""
Les autres particularités que raconte
Candidius ne font pas moins étranges . Il
eft défendu , dit -il , aux femmes d'avoir
des enfans avant l'âge de trente-cinq ans ,
& fi elles ont défobéi à cette loi , les
Prêtreffes leur foulent le ventre jufqu'à ce
qu'elles aient caufé l'avortement. Lorsque
quelqu'un vient d'expirer , on aſſemble
tout le village au fon du tambour ; on
danfe , on boir pendant deux jours , & le
troifième ou place le corps au milieu de
la cabane fur un échafaud , autour duquel
on fait un feu continuel pendant neuf
jours. Au bout de ce temps les fêtes recommencent
; après avoir enveloppé le cadavre
dans une natte , on le place fur un autre
échafaud plus élevé , où il reste pendant
trois ans ; ce n'eft qu'au bout de ce temps
qu'on l'enterre , en accompagnant encore
cette dernière cérémonie de danfes & de
Vol. I, D
1
74 MERCURE DE FRANCE.
feftins. Au refte , fuivant le même Candidius
, les Formofans n'attendent pas toujours
que la mort de leurs camarades leur
fourniffe les occafions de fe réjouir , car
quand un homme fouffre de grandes douleurs
ils favent l'en débarraffer très promptement
; ils lui paffent un noeud coulant
au col , & , après l'avoir enlevé fort haut
de terre , ils le laiffent tomber très- rudement
afin de l'étrangler. Le judicieux hiftorien
a mis ces différentes relations fous
les yeux de fes lecteurs , c'eſt à eux à
prononcer.
> L'auteur avec le P, Couplet & M. de
Montefquieu , croit les Japonois d'origine
Tartare. Il réfute , en badinant , le fyftême
de Kampfer , qui fait defcendre ces peuples
de quelques - uns des architectes téméraires
de la tour de Babel , & qui trace
férieuſement le chemin qu'ils dûrent fuivre
pour parvenir des plaines de Sennaar
au Japon , où il les fait débarquer au bout
de fept mois , dans de légers canots , que
peut être , dit l'auteur , le Ciel leur avoit
envoyés exprès , & fur - tout fans avoir
effuyé ni tempête ni obftacle .
Le portrait que l'auteur donne des
Japonois eft, en quelque forte , un réſumé
de l'hiftoire qu'il fait de ces peuples ; nous
allons en tranfcrire les principaux traits.
JANVIER 1767 . 75
39
و د
و د
"
« Le Japonois eft franc , ennemi du
menfonge & de l'artifice , bon ami ,
» fidèle & généreux jufqu'au prodige ;
» fans amour pour l'intérêt , fans attache-
» ment aux richeffes , ce qui lui fait regarder
le commerce comme une profef-
» fion vile. Point de peuple policé qui foit
généralement plus pauvre ; mais cette
» pauvreté eft celle que produit l'indépen-
» dance , que la vertu rend refpectable
» & qui éleva fi fort les premiers Romains
au- deffus des autres hommes. L'hiſtoire
» des plus opulentes Monarchies n'offre
» point de peinture d'un fafte plus exceflif
» que celui qui fe voit au Japon parmi
les Princes & les grands Seigneurs ( 1 ) ;
cependant le peuple voit ce luxe fans
» envie. Un grand , tombé dans l'indi-
" gence par accident, jouit des mêmes reſpects
que lorsqu'il étoit dans la plus
brillante opulence. Dans quelque mifère
qu'un gentilhomme fût réduit , il ne fe
» méfallieroit pas pour la plus haute fortune.
Le point d'honneur eft également
» vifdans toutes les conditions ; un homme
» de la lie du peuple s'offenfe d'une parole
99
ود
ود
ود
trop peu mefurée d'un grand feigneur ,
, & fe croit en droit de lui en marquer
( 1 ) Dans les repas de cérémonie on n'y fert
pas une pièce de volaille qui n'ait les pieds dorés.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
» fon reffentiment. Il arrive de - là que tout
» le monde eft circonfpect , & que les
ور
"
"
ور
"
égards mutuels fe trouvent dans tous
» les états . Il en eft de même de la gran-
» deur d'âme , de la force d'efprit , du
» zèle pour la patrie , du mépris de la vie ,
» & d'une certaine audace que tout Japo-
» nois porte fur fon vifa e. Les querrelleurs
, les grands parleurs , les médifans
» paffent au Japon pour des gens trèsméprifables...
La inême nation eft re-
» muante , pleine de défiance , vindicative,
mais n'exerçant jamais fa vengeance
» que noblement ; ne la différant que pour
l'affurer , mais jamais pour ufer de tra-
» hifon. Malgré fa vie dure & fa fermeté
naturelle, le Japonois porte la diffolution
» plus loin qu'aucune autre nation ; mais
» la raiſon le ramène plus facilement à fon
"
devoir : il aime la vérité quand même
» elle le condamne. Comme il n'a beſoin
» de perfonne , qu'il ne craint rien , pas
» même la mort , il s'eftime infiniment &
méprife les étrangers. Il eft dur & cruel
» envers les foibles , les infirmes , & même
envers fes proches ; inconftant par caprice
, par mépris ; enfin c'eft l'Anglois
2
>>
» de l'Afie ».
Les defcriptions du Tibet , du Royaume
de Laffa , du Royaume de Tonquin & de
JANVIER 1767. 17
Cochinchine terminent le fixième volume .
On trouve dans le feptième celle de la
Perfe , pays où les fciences font en fi grande
vénération , qu'on y voit des profeffeurs de
cinquante à foixante ans aller prendre
leçon en fortant de la chaire où ils viennent
d'en donner eux - mêmes dans un autre
genre. Malgré cela elles y font peu avancées
, puifqu'on y croit encore à l'aftrologie
judiciaire & à la pierre philofophale . A
l'exception de l'horlogerie & de l'imprimerie
, qui font peu connues aux Perfans ,
tous les autres arts y font exercés . Ils
réuffiffent particulièrement dans les étoffes
brochées & brodées d'or & d'argent ; il
s'y en trouve dont l'aune de France vaut
plus de mille écus . Ces beaux tapis , connus
fous le nom de tapis de Turquie ,
viennent de Perfe , & l'on n'en fabrique
point en Turquie ; on leur a donné ce
nom parce que les premiers font venus
par la Turquie.
Les Perfans fuivent la religion de Mahomet,
mais ils diffèrent des Turcs fur
plufieurs points de croyance , & il en réfulte
entre eux une violente animofité ,
dont la politique fe fert pour exciter le
courage du foldat en temps de guerre.
« Abbas premier ayant déclaré la guerre
» aux Turcs en 1609 , le Grand Muphti
D iij
18 MERCURE DE FRANCE.
"
99
ג כ
fulmina contre les Perfans un décret
qu'il concluoit en ces termes. En vertu
» de l'autorité que j'ai reçue de Mahomet ,
& à caufe de vos méchancetés , je déclare
qu'il eft permis à tous les croyans
» de vous tuer & de vous exterminer. Si
» celui qui tue un chrétien fait une chofe
agréable à Dieu , celui qui tue un Perfan
» en fait une qui mérite une récompenfe
» foixante & dix fois plus grande . J'ef-
» père de la Majefté divine , qu'au jour
du jugement , elle vous métamorphofera
en ânes , pour fervir de monture aux
Juifs , & que cette miférable nation ,
qui eft le mépris de l'univers , vous
» menera au tror en enfer. Abbas , pour
» fe venger de ces infultes , fit à fon tour
» excommunier les Turs par le Grand
Prêtre d'Aly , & celui- ci rendit avec
ufure aux Turcs les imprécations que
leur Pontife avoit exhalées contre fon
› peuple
20
»
ود
"".
Nous ne pouvons nous arrêter fur ce
qui concerne l'Arménie , la Géorgie ,
les Tartares Usbecks , ceux du Turkeftan ,
les habitans de la Turquie afiatique , les
Chrétiens Maronites , lec Drufes , les Etats
de Tunis & d'Alger , quoique tous ces
articles foient traités de la maniere la plus.
inftructive & la plus amufante ; ainfi que
JANVIER 1767 79
la defcription de l'Empire de Maroc , qui
commence le huitieme volume. Nous remarquerons
feulement que de la combinaifon
des différentes relations que l'auteur
a confultées « , il réfulte que les ef-
» claves chrétiens font affez bien traités à
Alger , à Tunis , & à Tripoly , pour
» n'avoir à fe plaindre que de la perte de
» leur liberté , qu'ils peuvent même fe pro-
» curer par leur bonne conduite & par
» leur induftrie . Quant à Fèz , Salé &
» Maroc , l'efclavage y eft certainement
» rude , mais on doit convenir auffi qu'il
"y a beaucoup d'exagération dans les récits
que l'on en fait. Il faut fur-tout fe
» défier de cet appareil barbare de bûchers ,
» de potences, de pals, de fers énormes, &
» d'autres inftrumens de fupplice , que les
pieuxTrinitaires offrent par - tout en fpec-
>> tacle dans leur églifes , comme étant
» deſtinés à tourmenter perpétuellement
» les efclaves , pour les obliger à changer
» de religion & pour le plaifir de les faire
» fouffrir ».
"
"
Peut-être auffi le refroidiffement de la
charité publique rend cet étalage néceffaire
.
Après la defcription de l'Egypte & de
fes productions , l'auteur donne une hif
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
toire de l'Indouftan , qui nous paroît trèsexacte.
L'Empire Mogol nourrit dans fon fein
deux nations redoutables , que la cupidité
porte fouvent à fe déchirer . Ces nations
font les Patânes & les Marattes . Les premiers
paffent pour la meilleure infanterie de
I'lude ; & les forces des derniers ne confiftent
qu'en cavalerie ; on a vu leur Roi à la
tête de 200000 hommes. L'Hiftorien fuit
les révolutions de ce vafte Empire , depuis
fon origine jufqu'en l'année 1760 On
trouve ici une relation exacte & circonftanciée
de la fameufe invafion deNader cha
plus connu parmi nous fous le nom de
Thamas Koulikan , donnée par un Officier
diftingué qui a fervi douze ans aux
Indes dans des emplois fupérieurs. C'eſt
un morceau intéreffant qui ne renferme
que le vrai.
Rien n'eft fi propre à confoler les petits
de leur foibleffe & de leur peu d'importance
, que le tableau de cette révolution
canfée par Koulikan. On y voit
le plus riche des Monarques trahi & facrifié
par fes courtifans ; de grands Seigneurs
jaloux & ambitieux fe déchirer
cruellement , & dans les accès furieux de
leur vengeance courir à leur perte , en
JANVIER 1767. 81
entraînant la chûte de l'Empire & la ruine
de leur maître. Nizam & Mouloux en
cauſent une autre , dont l'Empereur fut
la victime , ayant été étranglé par les partifans
de Nizam Son fils Amet- cha , venge
la mort de fon pere fort adroitement ;
& Nizam forcée d'obeir au nouveau Souverain
qui l'appelloit à la Cour , s'empoifonne
à l'âge de 109 ans. L'auteur releve
l'erreur de différens écrivains , fur cet
Amet- cha , qui fut détrôné en 175 4. Alemguir
II. fon fucceffeur ne régna que jufqu'en
1760 , où , dans les troubles d'une
nouvelle révolution , il fut trahi par fon
Miniftre , & affaffiné. Les Marattes fe préfentent
alors devant Delhy , font defcendre
de ce trône orageux le fucceffeur qu'on
avoit donné à Alemguir & y font affeoir
un fils de leur propre Roi.
82 MERCURE DE FRANCE.
ÖDES nouvelles & autres poéfies , précédées
d'un difcours fur l'ode , & fuivies
de quelques morceaux de profe ; par
M. SABATIER. A Paris , chez Sebas-
TIEN JORRY , rue de la Comédie Françoife
, & chez DELALAIN , rue St. Jacques,
près la fontaine St. Severin.
Nous avons promis de faire connoître
plus au long cette collection , & nous
croyons faire plaifir à nos lecteurs en
tenant parole. Le difcours fur l'ode , qui
eft à la tête , nous a paru bien fait , il
eft écrit d'un ftyle noble & vigoureux ,
il ne reffemble point aux difcours que
nous avons fur la poéfie lyrique , & renferme
des idées fur ce genre qui font voir
combien M. Sabatier le connoît . L'auteur
examine pourquoi l'ode eft négligée parmi
nous ; il en apporte les raifons ; c'eft fon
premier objet ; enfuite il prouve que , de
tous les peuples qui cultivent les lettres ,
le François eft celui qui a le plus de talent
pour ce genre. Ces deux objets font bien
remplis. L'efprit d'analyfe , dit M. Sabatier
qui eft le foutien de la raiſon , &
JANVIER 1767. 82
en même temps la mort du fentiment &
de l'imagination , a voulu foumettre l'ode
à une marche mefurée & en arrête l'effor.
La philofophie a fait fans doute les plus
grands progrès dans notre fiècle, puifqu'elle
a répandu parmi les hommes l'efprit d'humanité
& de bienfaifance , le goût des
arts utiles & la haine des préjugés , plus
funeftes que les vices . Elle a éclairé toutes
les fciences , ou plutôt elle a jetté un pont
fur l'abîme qui nous en féparoit. Mais ,
d'une main elle traçoit de nouvelles routes
à l'efprit , & de l'autre elle pofoit des
barrières à l'imagination . Je fais
que la
raifon doitguider l'enthoufiafine,mais fans
l'affervir. Elle doit lui montrer les précipices
, & l'abandonner à lui même s'il a la
force de les franchir. . Je ne prétends donc
point fouftraire le genre lyrique aux yeux
de la philofophie , je ne veux que le délivrer
du compas dont elle l'embarraffe . En
faifant l'analyse des paffions , elle ne note
pas leurs difcours , elle ne foumet pas
leurs tranfports à des règles fixes. Il feroit
auffi ridicule de l'entreprendre , que de
vouloir tracer une route à une flamme
dévoranté qui fe répand de tous côtés.
L'auteur , dans fa feconde partie , parcourt
les odes des autres nations : voici
ce qu'il dit des Allemands. Jaloux de pein-
D vj
$4 MERCURE DE FRANCE .
dre la nature dans fon berceau , ils ne
mettent pas affez de choix dans les nuances
qu'ils faififfent ; ils manquent de force
parce qu'ils détaillent trop. Ils croient
être riches parce qu'ils parent la même
idée de différentes couleurs. Ils s'efforcent
pour étaler des ornemens , femblables à
ces femmes bourgeoifes qui croyent briller
en fe chargeant dans un jour de fête de
tout l'attirail de leur parure. M. Sabatier
juftifie Rouffeau des reproches qu'on lui
fait de manquer de fenfibilité & de philofophie
ce morceau eft bien fait ; l'auteur
combat M. Marmontel avec politeffe
& en lui rendant juftice. L'auteur dit , en
parlant de Lamotte : à force d'art il a perfuadé
à fes partifans qu'il avoit du génie ;
il répéte les mots de délire & d'yvreffe
pour faire croire qu'il étoit agité d'une
fureur facrée. Il reffemble à ces faux braves
qui menacent de leurs épées , & ne parlent
que fang & carnage pour infpirer l'idée
d'une valeur qu'ils n'ont pas. La lecture
de ce difcours fait plaifir , il échauffe. Les
odes de l'auteur font partagées en trois
livres. Le premier ouvre par l'enthoufiafme
; cette belle ode eft fi connue que
nous fommes difpenfés d'en parler. Nous
avons fait connoître autrefois l'ode fur la
population qui fuit l'ode philofophique &
JANVIER 1767. 85
pourtant pleine de chaleur. Nous citerons
deux ftrophes de l'ode fur la beauté. On
ymontre que les femmes font capables des
plus grandes chofes.
1
Hélas ! à des talens que notre orgueil redoute ,
Par de bifarres loix nous ouvrons un tombeau ;
Pour forcer la nature à fuivre une autre route ,
Nous en éteignons le flambeau .
Eh , comment voulez - vous que la beauté timide ,
Oifive par devoir , puiffe , d'un vol rapide ,
Atteindre nos lauriers brillans ,
Quand nous la deftinons aux fleurs qui la couronnent
,
Quand tous les jeux qui l'environnent ,
De fon fécond génie arrêtent les élans ?
Ce n'eft point dans les champs , embellis par
l'aurore ,
Que fe forment la foudre & les brûlans éclairs;
L'aigle altier , amolli dans les jardins de flore ,
Eût perdu l'empire des airs.
Au feul defir de plaire Elife abandonée ,
N'eût point de fes Etats , fixant la deftinée ,
Entrepris de nobles travaux.
Carthage , en s'élevant , menace l'Italie ,
Et l'ombre de Didon trahie
Erre autour d'Annibal & guide fes drapeaux.
Un morceau bien lyrique de cette ode
86 MERCURE DE FRANCE.
"
eft Caffandre qui prédit les malheurs què
doit caufer la beauté .
L'ode fur l'amour de la patrie , qui
vient après , eft remplie de belles images.
& de mouvemens rapides. Le début de
l'ode fur la guerre eft d'une fierté qui
convient au fujet.
Mars a dit : allumons les flambeaux de la rage ;
Sa voix de la difcorde a briſé les cachots :
Elle accourt fur fes pas ; le monde qu'il ravage
Regrette le cahos.
Que de murs einbrafés s'écroulent en pouſſière !
Que de glaives fanglans brillent de toutes parts !
Je frémis ; eft - ce là cette Europe fi fière
Du progrès de fes arts ?
Les peuples gémiffans , les cris , les funérailles
Nous retracent l'horreur qui règne aux fombres
bords ,
Et les champs déſolés n'ouvrent plus leurs entrailles
Que pour cacher les morts .
La Renommée interrompt le poëte , &
conte elle - même les exploits du Maréchal
de Broglie.
Viens dans Sanderhaufen admirer fon audace ;
Le fignal eſt parti de fes yeux foudroyans

JANVIER 1767. 87
s'élance & foudain n'apperçoit que la trace
Des ennemis fuyans.
Quand le fougueux Xexcès , au feul bruit de fai
courſe ,
Croit envahir la Grèce , infenfé conquérant ,
Themistocle l'arrête , & jufques vers fa fource
Repouffe ce torrent.
L'ode fur l'éloquence nous a paru bien:
animée , nous en citerons quelques ftrophes.
Eloquence , à l'afpect de tes nombreux miracles ,
Qui ne reconnoîtroit ton pouvoir indompté ?
Tu parles ; tes divins oracles ,
Tels que ceux du deftin , forcent la volonté.
Des paffions des Rois tu confonds les intrigues
Et foutiens au-deffus des brigues
Le négociateur que tu fais triompher.
L'efprit , s'il n'eft rempli de ta chaleur brûlante ,
Eft coinme une étoile brillante
Qui répand des rayons fans pouvoir échauffer .
Ah ! ce n'eft qu'en fervant la vertu qu'il ranime
Que le plus beau talent ennoblit fon pouvoir
L'orateur est toujours fublime
S'il brûle de l'ardeur d'infpirer les devoirs .
Que je plains un mortel dont l'éloquence tonne
Pour frapper l'autel & le trône.
88 MERCURE DE FRANCE.
Qui nous promet un jour plus affreux que la nuit
Sa bifarre fageffe au tumulte enhardie
Eclaire comme une incendie ,
Et ne brille jamais que lorfqu'elle détruit .
Eloge de l'éloquence du barreau ; critique
de celle de la chaire .
Maffillon , Bourdaloue , & toi , peintre énergique ,
Sublime Boffuet , l'aigle des orateurs ,
Vous , de la chaire évangélique
Apôtres renommés , où font vos traits vainqueurs ?
L'éloquence , livrée aux plus vives alarmes ,
Sur vos tombeaux jerte les armes ,
Et , fans confolateurs , pleure votre trépas .
Rien ne peut éclipfer l'éclat de vos couronnes ;
Vous avez dreffé des colonnes
Qui de vos fucceffeurs ont arrêté les pas ,
Quels foibles fucceffeurs , dont les touches légères
Donnent aux vérités les charmes des romans ›
Et des redoutables myſtères
Embelliffent l'horreur par de vains ornemens.
Qui cherche la parure eft privé du génie.
Loin ces rhéteurs , dont la manie
Des plus fombres objets tempère les couleurs ,
Du calvaire épineux fait un lieu de délice ,
Adoucit le fiel du calice ,
Et fur la croix fanglante ofe femer des fleurs
JANVIER 1767 . 89
Nous doutons que Rouffeau ait de plus
belles ftrophes. Nous ne dirons rien de
l'ode de Tirtée aux François , cela nous
meneroit trop loin. Elle refpire les fougues
& la chaleur du courage . La ftrophe qui
peint l'aggrandiffement de Rome eft de la
plus grande beauté. Suit une ode contre
le rouge. Nous en citerons quelques ftrophes
pour jetter de la variété.
La beauté feroit -elle un vice ,
Puifque tu caches fes attraits ?
Peux - tu chérir le vain caprice
Qui ternit l'éclat de fes traits ?
Crois- moi , prens la raifon pour guide ,
Challe cette poudre perfide
De ton vifage qu'elle peint.
N'es-tu pas mille fois plus belle
Lorfque le fommeil de fon aîle
Carrelle & rafraîchit ton teint ?
Zelmire , éloigne une parure
Que la nature t'interdit.
Que ta beauté naïve & pure
Soit l'image de ton efprit.
L'efprit qu'on apprête eft fans grace ,
Dans les atours il nous retrace
Sa foibleffe & fon embarras.
L'art déplaît dès qu'on le foupçonne
Et les charmes que l'on fe donne
Annoncent ceux que l'on n'a pas
90
MERCURE DE FRANCE.
L'ode fur le luxe commence le fecond
livre ; c'eft une des plus belles du recueil.
Comment , privé des droits qu'il eut à fa naiffance
,
L'homme a -t- il vu périr fa force & ſa puiſſance ?
Monarque détrôné , quel eft fon trifte fort ?
A fon corps énervé fon âme eft allervie ,
Des portes de la vie
Il apperçoit la mort.
Les malheurs que caufe le luxe font
peints avec des couleurs vives.
Da temple de l'hymen les colonnes gémiffent ,
Ses autels défertés fans victimes languiffent ;
Les champs , vaftes tombeaux , foupirent dans le
deuil ;
Rebutés du travail , les laboureurs utiles
Entraînés dans nos villes ,
En vont fervir l'orgueil.
La vertu fait rougir , les plaifirs nous dominent ,
Et l'état qu'ils ruinent
Embraile (es tyrans .
L'auteur s'élève contre les guerriers
porte à s'enrichir .
que le luxe
Méprifable valeur qu'entraîne l'avarice ,
Ce n'étoit pas la vôtre , ô Camille ! ô Fabrice !
JANVIER 91 1767.
Vous , pères du travail & fiers enfans de Mars ,
Vos bras , qui s'exerçoient fur la terre féconde ,
De l'empire du monde
Elevoient les remparts.
Venez voir des guerriers que le luxe environne ,
Sur le front d'Adonis le cafque de Bellonne ;
Dans les champs de la mort les plaifirs amenés ,
Vous reculez d'horreur à ces jeux qui vous
frappent
Et des larmes échappent
A vos yeux indignés .
Eh , que feroit -ce enfin fi vous voiez nos vices ,
L'autorité des chefs immolée aux caprices ,
De l'honneur gémiffant les droits fouvent trahis ,
Des poftes confiés les défenfeurs perfides ,
Et les traîtres ' avides a
Qui vendent leurs pays ?
"
Je pleure fur nos maux en citoyen fenfible.
Luxe , ennemi cruel , & le feul invincible ,
Tu confons tout les rangs , le défordre eft ta loi :
Les plus obfcurs mortels , jaloux de tes délices,
S'engraiffent d'injuſtices
Pour s'élever à toi.
Mais d'un immenfe Etat devons- nous te profcrire?
Non , il faut te guider & borner ton empire,
De nos moeurs , de nos arts n'arrête point l'effor
1
92 MERCURE DE FRANCE.
Et fleuve refferré dans des canaux utiles ,
Sans inonder nos villes ,
Fais circuler ton or.
L'ode à la gloire & celle fur l'avarice
offrent un grand nombre de belles ftrophes.
M. Sabatier dit , en parlant de l'or :
Auffi- tôt qu'il parut , le démon de la guerre
Arma nos mains du fer qui labouroit la terré ;
Son ſein , nourri de fang , en repouſſa des flots .
Le premier conquérant fut le premier avare.
L'intérêt , dieu barbare ,
Transforma l'homme en monftre , & le monftre
en héros.
Ainfi de la pitié , repouffant le murmure ,
L'orgueilleufe opulence outrage la nature ,
Et de l'humanité rompt les auguftes noeuds.
Ciel , lance tes carreaux & frappe le barbare
De qui la main avare
N'a jamais eſſuyé les pleurs des malheureux.
Cette ftrophe eft de fentiment , & l'auteur
réuffit auffi dans cette partie ; l'ode
aux mères fur la néceffité de nourrir leurs
enfans en eft une preuve. L'auteur dit à
ces mères dénaturées :
JANVIER 1767 .
93
Oui , vous n'adorez que vos charmes ,
Et vous craignez de les fétrir ;
Mais ce fils qu'obtiennent vos larmes
Va fans doute vous attendrir.
Ses lévres errantes , débiles ,
Cherchent vos mammelles fertiles ,
Dont le lait doit être verfé.
Embraffe une femme étrangère ,
Cher enfant , tu n'as plus de mère ,
Son fein cruel t'a repouffé.
Eh , quoi ! mères , rien ne vous touche ;
Pour vos enfans verfant des pleurs ,
Le premier baifer de leur bouche
Eft le fignal de vos fureurs .
Si , malgré leurs mains fuppliantes
Et leurs carelles innocentes ,
La nature vous parle en vain ,
Par votre rage poffédées
Il falloit , nouvelles Médées ;
Les étouffer dans votre ſein ,
L'amour dit à ces mères :
Nen , vous ne fentez point , cruelles ,
Mes feux auffi purs que le jour.
Vos tranfports ne font qu'imposture,
Qui ne connoît point la nature ,
Pourroit-il connoître l'amour ?
94 MERCURE DE FRANCE.
Il faudroit tranfcrire cette ode entière
pour la faire connoître , Ne pouvant nous
étendre, nous citerons quelques ftrophes de
l'ode aux grands ; & de celle fur la vengeance.
M. Sabatier dit , en parlant d'un
grand :
Offrons nos voeux au grand qui chérit le génie :
Dans fon livre immortel le temps grave ſon nom.
Ah pour le célébrer , que n'ai - je l'harmonie.
Dont Pindare charmoit l'oreille d'Hieron !
Oui , Pindare inventa les chants les plus fublimes ;
Sa voix fit treffaillir les cieux , l'onde & l'enfer.
Il ofa , pour louer fes héros magnanimes ,
Prendre l'encens qui brûle aux pieds de Jupiter.
Auffi loin que s'étend la rapide penſée ,
Pindare y pénétra par fon fougueux effor ,
Et , lorfque nous croyons fon audace laffée ,
L'oeil étonné des Dieux le voit voler encor.
Il s'élançe , & fes doigts agités fur fa lyre
En fons mélodieux enfeignent le devoir ;
Et les loix qu'il ranime à fon brûlant délire ,
Vont fur le monde entier étendre leur pouvoir.
Pindare n'a jamais été mieux peint. Dans
l'ode fur la vengeance , M. Sabatier die ,
en parlant de Dieu :
JANVIER 1767 95
Il confond à fon gré l'audace criminelle ;
Rien ne peut le tromper ; de. fa gloire éternelle
Il eſt lui- même le garant .
Il parle, & d'un feul mot il fait trembler le monde ,
Son regard eft la force ; & la foudre qui gronde
N'eft que fon fouffle dévorant .
Nous paffons fous filence l'ode aux buveurs
, qui refpire le plaifir ; & nous nous
arrêterons un moment à celle fur la ruine
de Jérufalem par Titus. Cette ode eft avec
des choeurs , & les ftrophes font de différentes
mefures. C'eſt fans contredit une
des plus belles pour la force des idées &
la grandeur des images . Nous citerons cette
ftrophe , qui eft un chocur de Romains aq
moment que le temple s'embrafe ,
Aux frémiffemens du carnage
De la flamme ajoutons l'horreur ,
Et du plus funefte ravage
Que tout retrace la fureur.
Dans le temple que la mort règne ,
Cours , vengeance , cours l'embraſer ;
Et fi le feu doit s'appailer ,
Que ce foit le fang qui l'éteigne.
Nous voyons que notre extrait devient
trop long ; ainfi nous ne dirons rien des
autres odes , non plus que des épîtres qui
96 MERCURE DE FRANCE.
nous ont fait grand plaifir . Outre le mérite
de la poëfie , M. Sabatier en a un
bien eſtimable , celui d'envifager le bien
de l'humanité dans tous fes ouvrages. Les
morceaux en profe font intéreffans pour le
fond & la forme. Les confeils d'un vieil
auteur à un jeune , ou l'art de parvenir
dans la république des lettres , font une
critique ingénieufe du goût à la mode , &
des manéges qu'on emploie pour réuffir.
Nous avons remarqué une réponse à une
obfervation de M. de Vauvenargues , fur
le grand Rouffeau. Une lettre fur la néceffité
d'établir des efpions du mérite. Le
bel emploi , dit M. Sabatier, que celui
d'accufer les gens d'être vertueux & éclairés
, & de les forcer à rendre compte de
leurs vertus & leurs lumières ! Nous avons
lu auffi avec plaifir une critique rapide
des principaux poëtes lyriques d'Allemagne.
Les réflexions fur l'héroïde , & les
auteurs qui écrivent fur l'amour , font bien
écrites , & renferment des idées. Nous ne
pouvons faire connoître plufieurs petits
mo ceaux de poéfie , qui font ingénieux
& faciles . Nous fommes fâchés de n'avoir
rien cité de l'ode à Madame la Comteffe
de G... où les moeurs & la mifère des
habitans de la campagne font peints avec
des traits touchans ; ni de celle fur l'indépendance
JANVIER 1767. 97
pendance de nos Rois , où leurs droits
font préfentés avec force. Nous tranfcrirons
en finiffant , un morceau d'un épître fur le
travail.
Les Rois même , les Rois liés à des entraves ?
De leurs triftes grandeur ne font - ils pas esclaves ?
En vain la flatterie élève leur pouvoir :
.
Ils ont au deffus d'eux le rigide devoir.
Ah ! puiffe-t- il flétrir cette molle indolence
Qui de nos citoyens éternife l'enfance ,
Ft qui , berçant le corps étendu fur des fleurs ,
Eft l'aliment du vice & le poifon des moeurs !
C'est ainsi que d'Achille on n'eûtfait qu'unTherfite.
Du vaillant fils d'Alcmène un lâche Sibarite .
Par le luxe énervé , l'homme expire au berceau';
La main qui le careffe en creufe le tombeau.
Oui , même le génie , effor d'un coeur brûlant ,
Sans une longue étude, en feux mourans s'exhale :
C'eft Alcide énervé qui file aux pieds d'Omphale.
Tout ces ouvrages annoncent dans M.
Sabatier une imagination vive & féconde ,
& un coeur fenfible ; fes odes fur-tout
marquent un grand talent.
Vol. I.
98 MERCURE
DE FRANCE
.
PIERRE LE GRAND , Tragédie. A Paris,
chez LESCLAPART , Libraire , quai de
Gefvres, & la veuve DUCHESNE , rue
Saint Jacques ; in - 8 ° : 1766 .
LE facrifice que le Roi fit de fon propre
fils à la grandeur de fa nation , forme le
fujet de cette tragédie. Pierre le Grand
avoit répudié Ottokéfa , qui lui avoit donné
un fils ; quelque temps après il avoit épousé
Catherine. Ottokéfa regrettant le trône , aidée
de fon frère Zariskin , entreprit d'y
monter. Elle tenta plufieurs confpirations
qui furent fans fuccès , & qui firent
à la fin deshériter fon fils qui y étoit entré.
L'auteur fuppofe qu'elle profita de l'abfence
de la Czarine , & du retour de fon fils
pour en former une nouvelle . Plufieurs
circonftances , qui produifent de l'intérêt ,
femblent fe réunir fucceffivement pour la
Faire échouer. L'artifice d'Ottokėja , les
foins de Zariskin parviennent à les rendre
favorables à leur projet , & à faire tomber
les foupçons du Czar fur Catherine. Il y a
beaucoup d'art dans les différentes intrigues
; nous n'avons à y reprendre que les
moyens fur lefquels elles font fondées ; ce
JANVIER 1767. 99
font des lettres fufceptibles de divers fens.
Ces refforts fe retrouvent par- tout ; on n'eſt
cependant pas fâché de les voir employés
encore ; l'intérêt qui en réfulte , difpofe le
lecteur à les pardonner. Les foupçons du
Czar , les déchiremens de coeur où fon
fils eft livré , étant fans ceffe partagé entre
ce qu'il doit à fon père & ce qu'il doit à ſa
mère , dont les infortunes le portent à
pencher de ce côté , un amour violent ,
né long- temps auparavant pour une inconnue
qu'il a perdue , & qu'il retrouve
dans la Czarine ; la fureur active d'Ottokéfa
; la générolité de Catherine , qui aimoitle
jeune Prince avant que de le connoître
; les efforts qu'elle fait pour triompher
de fa paffion , ont fourni à l'auteur plufieurs
fituations intéreffantes. Il ne fe déguife
point que quelques- unes reffemblent
à celles d'Andronic ; il les a rendues d'une
manière différente , & il s'y trouve des
morceaux qu'on feroit fâché qu'il eût facrifiés
au fcrupule d'imiter Campiftron . Il
n'en eft pas de même des reffemblances
qu'on remarquera avec Brutus :
Des deux côtés on voit un père condamner
fon fils à la mort. Pierre le Grand
ne prononce pas lui-même l'arrêt. Il force
le Czarrovitz à paroître devant l'affemblée
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
"
39
ود
"
לכ

des Boyards qui doivent le juger. La fierté
de ce Prince ne peut foutenir cette humiliation
; il prévient les Boyards , fe condamne
lui même , & fe punit en fe donnant la mort.
Voici comme l'auteur parle de fa tragédie
dans fa préface : « J'étois au fond d'une pro
» vince éloignée , où l'on n'a point de
fpectacles , & où j'avois puifé toutes
» mes connoiffances dramatiques dans des
livres. On fent combien elles devoient
» être imparfaites. J'apportai ma pièce à
Paris ; quelques amis , à qui j'ofai la
» lire , furent curieux de voir comment
» à mon âge & dans la province , fans
» aucune idée des effets du théâtre , on
» pouvoit s'être tiré d'un pareil ouvrage .
»C'est tout ce qui devoit les intéretfer ;
» & cette curiofité bien naturelie , peut
» me procurer encore des lecteurs . On me
fit fentir quelques - uns des défauts que je
» viens de remarquer ; j'en ai découvert
» bien d'autres dans la fuite , & fur-tour
» un fecond acte abfolument vuide. Je
voulois corriger ; mais le courage & le
» temps m'ont manqué. D'ailleurs , on
m'avoit fait entendre que ce drame ne
pouvoit pas être repréfenté. Les diffi-
» cultés qu'a éprouvées M. de Morand m'en
» ont convaincu ; cependant le caractère
3
ود
"
و ر
>>
JANVIER 1767 . 101
"
"
» de Pierre dans Menzikoff eft traité bien
» autrement que dans mon ouvrage , là ,
" c'eft un légiflateur , un héros ; ici , c'eſt
un prince dont la grandeur eft mêlée
d'un peu de férocité ; c'eft enfin la production
d'un jeune homme qui n'a pas
» affez étudié fes maîtres ; auffi je ne la
»préfente que comme un effai , où l'on
» a cru entrevoir quelques talens » . L'auteur
, en fe jugeant fi févèrement , s'eft acquis
des droits fur l'indulgence ; & la lecture
de fon ouvrage fait voir qu'il la mérite
; l'attendriffement qu'il excite , l'intérêt
qu'il produit , en font penfer plus
avantageufement. Pierre le Grand y parle
avec la dignité d'un législateur ; c'eft ainfi
qu'en méditant de porter fes armes en
Suéde , il parle de Charles XII.
Charles n'eft plus fi grand ; fon génie affoibli
Ne me préfente plus ce fuperbe ennemi ,
Imprudent , mais heureux , qui pouſſa l'héroïſme
Et toutes les vertus jufques au fanatifme ..
Bender a vu captif le vainqueur de Narwa ,
Amis , fouvenez- vous des champs de Pultowa .
Il parle de cette manière au Boyard , a
qui il confie les rênes du gouvernement
pendant fon abfence .
E
102 MERCURE DE FRANCE
Pour vous , je vous remets le glaive de Thémis ,
Jufques à mon retour gouvernez ce pays ;
Que les vaiffeaux jettés par les vents fur nos
plages ,
Ceffent d'être foumis à la loi des naufrages :
De ce droit odieux j'abolis la rigueur ;
Il en eft un plus faint & plus grand : le malheur.
Faites fleurir les arts que je viens d'introduire 5
Que des hommes enfin naiffent dans mon empire :
Par le fang , s'il le faut , cimentons fa grandeur ;
Qu'il fouffre , mais qu'enfin il devienne meilleur .
Ces vers , & fur- tout le dernier , peignent
le caractère de Pierre le Grand ; on
y reconnoît les traces de férocité que lui
avoit laiffé l'éducation barbare qu'il avoit
reçue. Il avouoit lui -même fes défauts ;
& l'auteur lui a mis dans la bouche les
expreffions dont il fe fervoit lui-même ;
c'eft dans un moment où les piéges qu'on
lui a tendus ont fait une impreffion profonde
fur lui , & qu'il ne doute plus que
la Czarine eft coupable.
Quel fang pourra jamais affouvir ma fureur ? .. ,
L'ingrate ! & je ne puis t'arracher de mon coeur!
L'univers étonné , dont l'eftime m'honore ,
Pourra-t- il à ces traits me reconnoître encore ?
Indigne du grand nom qu'il acquit autrefois ,
Le héros rentre- t- il dans le peuple des Rois a
JANVIER 1767. 103
Eft- ce moi qui du Ruffe ai banni la rudeffe ?
Je ne fuis qu'un mortel qu'avilit fa foibleffe.
J'ai forcé la nature & fçu la corriger ;
J'ai changé mes fujets & n'ai pu me changer.
Les bornes d'un extrait ne nous permettent
pas de nous étendre davantage fur
cet ouvrage eftimable. On y trouvera une
verfification aifée , facile , noble en général
, quelquefois négligée. Nous exhortons
l'auteur à fe livrer à ce genre de travail
, & fur- tout à éviter les fautes dans
lefquelles il eft tombé ; il les reconnoît ,
c'eft un grand pas qu'il a fait; & il peut fe
promettre des fuccès.
;
Eiv
104 MERCURE DE FRANCE.
NOUVEAU Dictionnaire hiftorique portatif,
ou Hiftoire abrégée de tous les hommes
qui fe font fait un nom par des talens ,
des vertus , des forfaits , des erreurs , &c.
depuis le commencement du monde juf
qu'à nos jours : ouvrage dans lequel on
expofe fans flatterie & fans amertume ce
que les écrivains les plus impartiaux ont
penfe fur le génie , le caractère & les
moeurs des hommes célèbres dans tous les
genres ; avec des tables chronologiques
pour réduire en corps d'hiftoire les articles
répandus dans le Dictionnaire : pan
une Société de Gens de Lettres ; avec
cette épigraphe :
I.
Mihi Galba , Otho , Vitellius , nec beneficio , nec
injuria cogniti. Tacit . hiftor. lib . 1 , f. 1.
A Amfterdam , chez MARC- MICHEL
REY , Libraire ; M. DCC. LXV1 : quatre
vol. in- 8°. On trouve des exemplaires
de cet ouvrage chez les principaux Libraires
de France ; & à Avignon , chez
VALBENE & Compagnie , Libraires.
IL
La paru
deux
dictionnaires
hiftoriques
portatifs
, avant
celui
que nous
annonçons
au public
. Le premier
eft celui
de feu
JANVIER 1767. 105
M. l'Abbé LAvocat , qui , malgré les nombreufes
éditions qui en ont été faites , eft
encore aujourd'hui un ouvrage très -défectueux.
Il eft rempli d'erreurs , d'inutifités
, de négligences , d'omiffions , d'inéxactitude
, de longueurs , de partialité &
de faufferés. Auffi l'auteur convient- il l'avoir
fait à la campagne étant malade , &
pour fe délaffer. Comme fi un livre qui
demande un travail affidu , & la fanté la
plus vigoureufe , devoit fe faire par délaffement
, & dans un temps de maladie ou
de.convalefcence. Après cela , doit - on être
furpris de toutes les fautes dont fourmille
fon dictionnaire ? Faut- il s'étonner que les
notices des ouvrages des peintres , des muficiens
, des fculpteurs , des architectes , & c.
ne fatisfaffent ni les amateuts , ni les artiftes
; qu'une foule d'autres articles laiffe
tout à defirer ; que les mêmes écrivains fe
trouvent deux fois fous des noms différens
; que , & c , & c , & c ?
Le fecond dictionnaire hiftorique portatif
, bien fupérieur à celui dont nous
venons de parler , eft en fix volumes in- 8 °.
On y a non -feulement réparé les défauts
nombreux de celui de M. l'Abbé l'Avoeat
; mais on l'a enrichi d'une foule d'articles
, dont le premier n'avoit fait aucune
mention. Nous fommes obligés de con-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
venir néanmoins qu'on y trouve encore
beaucoup de négligences , & une affectation
de louer avec excès des perfonnes inconnues
, & d'omettre un grand nombre
d'hommes célèbres , ou de gliffer légèrement
fur leurs articles. Un lecteur qui n'eft
d'aucun parti , ne peut s'empêcher de
blâmer l'exceflive partialité qui règne dans
cet ouvrage.
Ce dernier défaut eft précisément ce qu'on
a le plus foigneufement évité dans le nouveau
dictionnaire hiftorique portatif que
nous annonçons aujourd'hui. Auffi a- t- il
été entrepris & exécuté par une fociété
impartiale de gens de lettres , qui ne font
attachés à aucun corps , à aucune académie
, & qui paroiffent n'avoir d'autre parti
, d'autre intérêt , que celui de la vérité.
Leur but principal , en ajoutant ce nouveau
dictionnaire à ceux qu'on a déja publiés
, eft de faire connoître par les faits ,
le génie & le goût des fiècles , l'état de
l'univers dans tous les temps , les paffions ,
les caractères , les talens des hommes qui
l'ont ravagé ou éclairé. Ils fe font particulièrement
attachés à caractériser les nations
, à peindre les hommes célèbres ;
enfin , à faire des tableaux en petit , dans
lefquels les favans puiffent voir d'un coup
d'oeil ce qu'ils veulent rappeller à leur méJANVIER
1767. 107
moire ; & les gens moins inftruits , ce
qu'ils doivent placer dans la leur .
On a cru qu'en entreprenant un nouveau
dictionnaire hiftorique , il falloit
donner la même attention à l'hiftoire de
l'efprit humain , qu'à celle des gouvernemens.
On n'a que trop compilé fur des
Rois inconnus ou dignes de l'être ; & on
n'a pas affez penſé à peindre les hommes ,
& fur- tout ceux qui , au milieu des ténébres
& des vices qui ont inondé la terre ,
ont fait briller des lumières & des vertus.
Tous les Princes , dont l'hiftoire n'offre
aucun fait intéreffant , ni aucune circonftance
fingulière , font renvoyés dans cet
ouvrage , à des tables chronologiques que
l'on trouve à la fin du dictionnaire. Ecarter
les ouvrages fuperflus , voilà le premier
devoir d'un hiftorien lexicographe ; préfenter
les articles néceffaires fous un jour
vrai & agréable , voilà le fecond ; & ce
font ces deux devoirs que nos auteurs fe
font principalement efforcés de remplir ;
on peut dire qu'ils ont parfaitement
réuffi . Nos meilleurs hiftoriens leur ont
fourni les matériaux de leur ouvrage ;
ils ont étudié dans ceux qui paffent pour
les plus élégans , le coloris propre à chaque
article. Ils fe font fervis , autant qu'il
a été poffible , de leurs expreffions ; mais
E_vj
108 MERCURE DE FRANCE.
ils n'ont pas cru devoir les copier fervilement.
Pour mettre plus de vérité dans les
portraits des gens de lettres , ils ont emprunté
des écrits qui ont paru fur eux tels
que les journaux , les vies , les éloges ,
les mémoires , tout ce qui pouvoit fervir
à les peindre , & comme particuliers , &
comme écrivains . Les deux points de vûe
différens , fous lefquels on regarde le même
homme , rend ce recueil plus inſtructif
& plus agréable. Ils ne fe font point attachés.
a indiquer toutes les productions d'un auteur
: ils ont fait choix des principales ;
& ils ne s'y font arrêtés , qu'autant qu'il le
falloit , pour en donner une idée nette &
précife . Les critiques les plus célèbres du
fiècle , leur ont fourni les jugemens qu'ils
en ont portés. Toutes les louanges , les,
cenfures ont été mifes dans la balance
avant que de fe décider pour celles auxquelles
le public a mis le fceau par fon ар-
probation. Ce dictionaire n'offre que des
réflexions qui pourront conduire les jeunes
gens dans la lecture des bons écrivains.
grecs , romains , françois , anglois , ita-
Tiens , efpagnols , portugais , & dans le
choix des dieux ou des héros du paganifme.
Cette partie y eft même auffi complette
que la matière peut l'exiger.
L'ordre alphabétique a des inconvé
"
JANVIER 1767. 109
niens ; il fépare les faits , il les ifole ; il
peut jetter de la confufion dans l'efprit &
dans la mémoire. Pour y remédier , les auteurs
du nouveau dictionnaire ont mis à la
fin de leur ouvrage , une table des prin-'
cipales époques , depuis Adam jufqu'à nos
jours. Cette table , accompagnée des liftes
chronologiques qu'ils ont dreffées
pour les.
différens royaumes , forme un petit abrégé
de l'hiftoire univerfelle , par le moyen
duquel on peut réduire les articles épars.
de côté & d'autre. Enfin nous ne craignons
pas d'avancer que parmi tous les dictionnaires
de ce genre , nous n'en connoiffons.
aucun plus exact , plus curieux , plus rempli
d'articles choifis , plus dénué d'inuti
lités , plus foigné enfin & mieux fait
celui- ci.
que
J
ANNONCES DE LIVRES.
URISPRUDENCE des rentes ou code des
rentiers , par ordre alphabétique : feconde:
édition , revue , corrigée & confidérablement
augmentée par l'auteur , entr'autres.
chofes , d'un effai fur les mutations , les
pièces à fournir par les parties prenantes ,
& la manière de faire les immatricules ;
110 MERCURE DE FRANCE.
par M. Debaumont : prix 6 liv. relié. A
Paris , chez Guillyn , Quai des Auguſtins ,
du côté du Pont Saint - Michel , au Lys
d'or ; 1766 : avec approbation & privilége
du Roi ; un vol. in - 8° .
que Le but l'auteur s'eft d'abord propofé
dans cet ouvrage , a été de mettre les
rentiers à portée de connoître par euxmemes
la manière d'acquérir les rentes ,
d'en percevoir les arrérages , & d'en établir
la propriété lorfqu'il arrive des mutations
; il a donc cru devoir ajouter en tête
de cette nouvelle édition , un effai ou traité
particulier où il a donné des exemples de
tous les différens genres de mutations qui
ont lieu dans les rentes ; il a
indiqué les
pièces qu'il faut , dans tous les cas , fournir
aux payeurs , & a rapporté la forme des
immatricules : on y trouvera auffi des modeles
de quittances , procurations , certificats
de vie & autres actes , & les édits , arrêts
& autres réglemens relatifs aux rentes.
L'auteur, en faifant des recherches fur cette
matière , a trouvé un grand nombre de
décisions de différens Tribunaux qui y ont
rapport , dont il a cru devoir enrichir cet
ouvrage , qui par- là devient utile , nonfeulement
aux rentiers & à tous ceux qui
payent & reçoivent des rentes , mais mêine
à MM. les Avocats , Notaires , gens d'afJANVIER
1767. IEE
faires & autres verfés dans la jurifprudence.
On exhorte fur- tout MM . les Notaires
de province à en faire la lecture ,
afin d'éviter les défectuofités qui fe rencontrent
journellement dans la plupart des
actes qu'ils dreffent , & les frais que les
rentiers font obligés de faire pour en faire
venir d'autres en règle.
ABRÉGÉ chronologique de l'hiftoire &
du droit public d'Allemagne , contenant
les guèrres , les traités de paix , les loix
les capitulations impériales & les recez qui
compofent le droit public de l'Empire :
on y trouve auffi la fuite des Empereurs ,
des Electeurs , des Princes & des villes impériales
; l'origine & la fuite des Dietes ,
de leurs Commiffaires principaux , des
Vice- Chanceliers , des grands Juges de la
Chambre impériale, des Préfidens du Confeil
Aulique , des favans & des illuftres.
d'Allemagne , rangés par colonnes , avec
la date de leur naiffance & de leur mort ;
par M. Pfeffel , Jurifconfulte du Roi :
nouvelle édition , revue , corrigée & augmentée
par l'auteur. A Paris , chez Hériffant
fils , Libraire , rue Saint Jacques ;
1766 : avec approbation & privilége du
Roi; 2 vol. petit in- 8°.
Cet ouvrage eft connu & eftimé depuis
ΕΙΣ MERCURE DE FRANCE .
Long-temps , & l'on en a fait plufieurs édi
tions. Il eft compofé dans le goût de l'abrégé
chronologique de l'hiftoire de France
de M. le Préfident Hénault. Dans la nouvelle
édition que nous annonçons aujour
d'hui , l'auteur a rectifié nombre de dates
& de faits hiftoriques , & ajouté quantité
d'articles nouveaux & de remarques au
droit public d'Allemagne. De tous les abrégés
qui ont été faits à l'imitation de celui
de M. le Préſident Hénaut , l'ouvrage de
M. Pfeffel , n'eft pas celui qui s'eft le
le moins approché de fon modèle. Il eft
agréable de trouver en deux volumes ,
dans l'ordre le plus clair & le plus métho
dique , des matières par elles- mêmes trèsembrouillées
, & une infinité d'événemens
qui avoient rendu juſqu'ici l'hiftoire d'Allemagne
très- obfcure.
NOUVELLES vies des Saints , abrégées
& deftinées à l'ufage de la jeunèffe ; fuivies
d'une courte réflexion fur chacune ,
& rangées felon l'ordre du bréviaire de
Paris. A Paris , chez Brocas , Libraire ,
rue Saint Jacques , au Chef Saint Jean ;
1766 : avec approbation & privilége du
Roi ; vol. in - 12.
Tout ce qui eft récit & hiftoire , ne
peut que réveiller l'attention des jeunes.
JANVIER 1767. 113
gens. Comme la vie d'un Saint eft un
objet d'édification , cette lecture excite naturellement
des fentimens d'admiration
fur la vie fainte qu'ont menée ces grands
ferviteurs de Dieu ; & elle peut faire naître
des mouvemens de piété dans le coeur
des enfans. Le peu d'étendue que l'auteur
a donné à ces vies , qui ne font fouvent
que d'une feule page , ou d'une page &
demie , ne fauroit laffer l'attention des efprits
les plus légers. Toutes ces confidérations
prouvent combien cet ouvrage
fera utile aux jeunes gens pour lefquels
il est principalement deftiné. Cela n'empêche
pas que les perfonnes plus âgées ne
puiffent auffi en tirer beaucoup de fruit.
DICTIONNAIRE pour l'intelligence des
auteurs claffiques , grecs & latins , tant facrés
que profanes , contenant la géographie
, l'hiftoire , la fable & les antiquités.
Dédié à Mgr le Duc de Choifeul , par M.
Sabbatier , Profeffeur au Collège de Châlons-
fur-Marne , & membre de la fociété
littéraire de la même ville. A Châlonsfur-
Marne , chez Seneuze , Imprimeur du
Roi , dans la grande rue ; & fe trouve à
Paris , chez Delalain , Libraire , rue Saint
Jacques , à l'image Saint Jacques ; 1766 :
avecapprobation &privilége du Roi, in- 8 ° .
114 MERCURE DE FRANCE.
Nous n'annonçons que le premier vol.
de ce dictionnaire , parce que c'eft le feul
qu'on ait publié jufqu'à préfent. Il paroît
que le nombre en fera confidérable ; car
le premier tôme ne comprend que la lettre
A ; encore ne renferme- t- elle pas tous les
mots de cette lettre , deftinés à entrer dans
le dictionnaire. Nous nous rappellons d'en
avoir fait connoître autrefois le profpectus
, & d'en avoir loué le projet. A en juger
par ce premier volume , nous croyons
que l'exécution répondra parfaitement à
l'idée de l'ouvrage : le prix de la foufcription
eft de 4 liv.
LEÇONS de phyfique expérimentale ; par
M. Sigaud de la Fond , Démonftrateur de
phyfique expérimentale , & Maître de mathématiques.
A Paris , chez Desventes de
la Doué, Libraire , rue Saint Jacques
vis -à - vis le Collége de Louis le Grand ;
1766 : avec approbation & privilége du
Roi ; 2 vol . in- 1 2.

On peut regarder ces leçons comme une
collection de ce que les plus habiles Phyficiens
ont écrit fur chacune des matières
qui y font traitées. L'auteur s'eft aidé
des lumières de tous ceux qui l'ont devancé
dans cette carrière ; & il n'a pas
craint de les copier dans plufieurs enJANVIER
1767 .
115
droits , lorfqu'il a cru que cela pourroit
tourner à l'avantage de fes lecteurs .
CONTROVERSE fur la religion Chrétienne
& celle des Mahométans , entre trois Docteurs
Mufulmans , & un Religieux de la
nation Maronite ; ouvrage traduit de l'arabe
; par M. le Grand , Sécretaire interprète
du Roi pour les langues orientales :
dédié à Mgr le Duc de Praflin , Pair de
France , Chevalier des Ordres du Roi ,
Chef du Confeil des Finances de Sa Majeſté
, Lieutenant Général de fes armées ,
Miniftre & Secretaire d'Etat. A Paris, chez
Lacombe , Libraire , quai de Conti ; 1766 :
avec approbation ; vol. in - 12 .
L'écrit arabe dont on donne ici la traduction
, eft d'un Prêtre Maronite , qui a
défendu la religion chrétienne contre des
Docteurs Mufulmans en préfence d'un
Prince du pays , il y a près de soo ans.
L'alcoran & l'évangile font les armes
avec lesquelles il défend la loi des chrétiens
, & terraffe fes adverfaires . Ce livre
a échappé aux naufrages des temps ; &
F'on a obligation à M. le Grand , d'en
avoir enrichi notre littérature. Il a confervé
les formes de l'original arabe ; & la difpute
eft fur le ton de la converfation . Un
Cénobite & trois Docteurs parlent le
116 MERCURE DE FRANCE.
Prince devant qui fe paffe la controverfe ,
eft l'interlocuteur. On y trouve d'excellentes
preuves de la religion chrétienne
contre celle des infidèles.
HISTOIRE moderne des Chinois , des
Japonnois , des Indiens , des Perfans , des
Turcs , des Ruffiens , & c. pour fervir de
fuite à l'hiftoire ancienne de M. Rollin :
A Paris , chez Saillant , Libraire , rue Saint
Jean-de-Bauvais , vis- à - vis le Collége ; &
Defaint , Libraire , rue du Foin ; 1766 :
avec approbation & privilége du Roi ; les
tom. 13 & 14 fix livres reliés .
Ce livre a éprouvé une longue interruption
: la mort de M. l'Abbé de Marfy,
qui en a été le premier auteur , n'a pas
permis aux Libraires d'en donner la fuite
auffi promptement qu'ils l'auroient defiré.II
afallu fe procurer un nouvel hiftorien qui
entrât dans le plan de M. l'Abbé de Marfy,
& qui fe conformât à fon ftyle. Nous
croyons que ces 2 vol. peuvent aller de
pair avec les précédens .
PLAIDOYERS & mémoires , contenant
des queftions intéreffantes , tant en matières
civiles , canoniques & criminelles ,
que de police & de commerce , avec les
jugemens & leurs motifs fommaires , &
plufieurs difcours fur différentes matières ,
JANVIER 1767. 117
foit de droit public ; foit d'hiftoire ; par
M. Mannory , ancien Avocat au Parlement.
A Paris , chez Claude Hériffant ,
Imprimeur-Libraire , rue Neuve Notre-
Dame , aux trois Vertus ; 1766 : avec ap
probation & privilége du Roi ; tom. dixhuitième.
Outre les excellens mémoires & plaidoyers
de M. Mannory, dont le mérite eft
connu depuis fi long - temps , & dont les
volumes font reçus avec tant d'empreffement
de la part du public , il y a encore
à la tête de chaque tome qui compofe
cette riche & utile collection , une épître
dédicatoire & une préface qui doit
attirer l'attention des gens du monde ,
des gens de lettres , des favans même. Ce
que l'auteur dit à la tête de ce dix - huitième
volume , fur l'établiſſement du grand Con
feil en Cour Souveraine , eft un morceau
curieux qu'il faut lire en entier , & qui
donne fur cette matière les notions les
plus curieufes. Le difcours fur un paffage
de l'édit de Pifte , en l'année 854 , où l'on
prétend que Charles le Chauve a dit que
lex confenfu populi fit , & conftitutione regis
, eft digne du plus docte Académicien
de l'Académie des Belles - Lettres , par les
recherches favantes ; & d'un Académi118
MERCURE DE FRANCE.
cien de l'Académie Françoife par l'élégance
du ftyle.
MARCI ANNAI LUCANI Pharfalia ,
cum fupplemento Thome Mat , Parifiis ;
typis BARBOU , vid Mathurinenfium ;
1766 : vol . in- 12 : prix 6 liv. relié en veau
doré fur tranche.
Voici encore un poëte latin , forti de
la fuperbe Imprimerie du fieur Barbou.
Les amateurs des magnifiques éditions ne
peuvent favoir trop de gré à cet Imprimeur
célèbre , du foin qu'il prend d'enrichir
chaque année nos cabinets de quel
que auteur des beaux fiècles de Rome.Nous
avertiffons que le même Libraite débite
auffi une édition nouvelle de l'Horace de
Jean Bond, très-joliment & très -foigneufement
imprimé à Orléans , chez Courette
de Ville- Neuve , Libraire de cette
ville.
TRAITÉ de la profodie françoife ; par
M. l'Abbé d'Olivet , édition retouchée &
augmentée . A Paris , chez BARBOU , Libraire-
Imprimeur , rue & vis-à-vis lagrille
des Mathurins ; 1766 : in - 12.
Infenfiblement nous allons avoir bientôt
une édition complette & uniforme des
JANVIER 1767. 119
oeuvres de M. l'Abbé d'Olivet . Chaque année
, de concert avec le fieur Barbou, cet
exact & favant Académicien ajoute quelque
volume à cette collection précieufe .
Son traité de la profodie françoife , jouit depuis
fi long-temps d'une fi grande réputation
, qu'il fuffit de l'annoncer , fans autre
éloge que fon propre titre .
TRAITÉ des extrêmes , ou élémens de
le ſcience de la réalité ; par M. Changeux ;
à Amfterdam , chezarkftée & Merkus ;
& fe trouve à Paris , chez Panckcucke , Libraire
, rue & à côté de la Comédie Francoife
; 1766 : 2 voulme in- 1 2.
Ce traité a été entrepris à l'occafion de
l'article de RÉALITÉ que M. Chargeux deftinoit
à l'encyclopédie. Il diftingue la réalité
de la vérité ; il cherche le caractère de
la première , comme Defcartes avoit fait
celui de la feconde ; & il trouve que le
moyen de la connoître , eft fondé fur un
principe unique , d'où découlent une foule
de conféquences dans tous les genres de
connoiffances ; ce qui aulieu d'un article
de dictionnaire , a formé un traité complet
& une ſcience toute nouvelle , qu'on peut
appeller la fcence de la réalité. Il y a dans
ce livre une métaphyfique prodigieufe , &
un détail infini de tous les extrêmes poffibles
; tels que l'être & le néant , l'infini &
120 MERCURE DE FRANCE .
le fini , le vuide & le plein , le mouvement
& le repos , la grandeur & la petiteffe ,
l'amour pur & l'amour intéreffé , les changemens
& l'immutabilité , la variété &
l'unité , & c. & c. &c.
Le même Libraire , le fieur Panckoucke,
rue & à côté de la Comédie Françoiſe , a
mis en vente les ouvrages fuivans de l'Imprimerie
Royale. La nouvelle Ordonnance
de Cavalerie , du premier Juin 1766 ,
in-8° ; de Marine , in-4° & in- 12 ; la
Connoiffance des temps , 1768 , un vol .
in- 8 ° ; Mémoire fur les poids & meſures ,
par
M. du Tillet. Le même Libraire diſtribuera
, au commencement de ce mois ,
l'année 1760 des Mémoires de l'Académie
Royale des Sciences ; le tome xv de l'Hiftoire
Naturelle , in- 4° ; les tomes XXIV à
xxviii de la même histoire , in- 12 .
QUINTIH oratii Flacci poëmata , fcholiis
fivè annotationibus , inftar commentarii ,
illuftrata à JOANNE BOND ; editio nova.
Aurelianis , typis COURET DEVILLENEUVE,
RegisTypographi : M. DCC.LXVII,
vol. in-12 , petit format , dont on trouve
des exemplaires chez Panckoucke , rue &
à côté de la Comédie Françoife.
Tous les gens de lettres connoiffent
l'Horace de Jean Bond , qui paffe pour le
JANVIER 1767. 121
plus clair , le plus concis , le plus judicieux ;
le plus favant de tous les commentateurs
de cet excellent poëte. Les exemplaires en
étoient très-rares ; & l'on doit ſavoir un
gré infini à M. Courette Devilleneuve
Libraire d'Orléans , de l'avoir réimprimé ,
& de s'être appliqué avec le plus grand
foin à la partie typographique. On remarque
une intelligence admirable dans l'arrangement
du texte & des notes. C'eft un
vraichef- d'oeuvre de typographie , fait pour
orner les cabinets des curieux , & fatisfaire
les amateurs des plus parfaites éditions.
MÉMOIRES & Obfervations de Médecine
première partie , contenant deux
mémoires fur les fiévres aiguës : par M.
Leroy , l'un des Profeffeurs du Ludovicée
de Médecine , fils de feu M. Julien Leroy.
A Montpellier , de l'imprimerie d'Auguf
tin- François Rochard , feul Imprimeur du
Roi ; 1766. Ce même livre fe trouve à
Paris , chez Didot , quai des Auguftins ,
& chez Cavelier , rue Saint Jacques : brochure
in-8°.
Le titre de cet écrit annonce une fuite ;
l'auteur la donnera au public à meſure
qu'il aura recueilli un certain nombre de
mémoires ou d'obfervations qu'il pourra
préfumer être dignes de fon attention . Ces
F Vol. I.
122 MERCURE DE FRANCE.
Mémoires ont pour objet de préfenter des
obfervations particulières fur l'ufage méthodique
des remèdes , & fur la nature ,
les fignes & le traitement de telles ou
telles maladies.
LA Conquête de la terre promife, poëme;
par M. l'Abbé B... fe vend à Paris , chez
Nicolas-Auguftin Delalain , Libraire , rue
Saint Jacques , au - deffus de la fontaine
Saint Severin , 1766 : avec privilége du
Roi ; deux vol. in- 12 .
Comme nous nous difpofons à donner
inceffamment un extrait étendu de ce grand
poëme qui mérite d'être connu , nous nous
contenterons aujourd'hui d'en préfenter une
notice très-fuccinte. Il nous a paru que
l'auteur s'eft fpécialement étudié à mêler
des chofes neuves juſques dans la diſtribution
des fujets les plus ordinaires de
l'hiftoire fainte ; & , pour que les inventions
des premiers chants ne paroiffent
pas épuifer le poète , il fait enforte que
les derniers enchériffent fur les précédens ;
qu'ils foient même les plus neufs & les
plus riches de l'ouvrage. On voit avec
plaifir tous les objets enchaînés dans le
cours du poëme, fe fuivre & fe développer
facilement & fans contrainte. L'efprit du
lecteur ne fe fatigue point pour fuivre la
JANVIER 1767. 123
marche de l'auteur à travers tant de variétés.
A l'égard des détails , nous obferverons
que l'auteur s'eft appliqué à bien
peindre , à mettre tous les objets fous les
yeux ; & nous croyons que c'eft ici la propriété
la plus marquée de fon ftyle. Nous
ajouterons , quant à la morale , que des
ouvrages de ce genre peuvent faire un
grand bien relativement aux moeurs & à
la religion , n'y eût- il d'autre avantage
que de faire lire avec plaifir les principaux
traits de l'hiftoire fainte.
LES Vapeurs & Maladies nerveufes ,
hypocondriatiques ou hyftériques ; recon
nues & traitées dans les deux fexes : tra™
duction de l'anglois de M. Whytt . On y
a joint 1 ° . une expofition anatomique
des nerfs avec figures , par M. Alexandre
Monro; 2°. l'extrait des principaux ouvra→
ges
fur la nature & les caufes des maladies
nerveufes
; 3 ° . des confeils fur le régime
& la conduite qu'on doit obferver pour
fe préferver tant de l'attaque que des retours
de ces maladies : ouvrages revus &
publiés par M. Lebegue Deprefle , Docteur-
Régent de la Faculté de Médecine
de Paris ,
Cenfeur Royal. A Paris , chez Vincent
FueSaintSeverin ; 1767 : avec approbation
& privilége du Roi ; deux vol . in- 12.
Fj
124 MERCURE DE FRANCE.
On ne pouvoit choifir de circonstance
plus favorable pour faire paroître cet
ouvrage , que celle où le mal dont il traite
eft devenu une maladie à la mode. Le
Traité des Vapeurs du fameux M. Pomme,
ce livre qu'on peut nommer aujourd'hui
le manuel des Dames vaporeufes , a été
comme le précurfeur de celui de M.Whytt;
mais comme ce dernier eft un Médecin
Anglois , on fera bien-aife de comparer
les deux auteurs , & de connoître en quoi
les vapeurs d'Angleterre diffèrent de celles
de France. M. Whytt jouit , dans fa
patrie , de la plus grande réputation ; &
fes ouvrages ont mérité de paffer dans
toutes les langues. Il n'y a pas long- temps
que nous annonçâmes déja de lui un
excellent traité fur l'utilité de l'eau de
chaux , que M. Roux , Docteur en Médecine
, & très- habile Chymifte , a traduit
en françois. Tous les gens de l'art font un
très- grand cas de cet ouvrage , qui fe vend
également chez Vincent , rue Saint Severin .
Le Traité des Vapeurs de M. Whytt eft
d'une bien plus grande étendue ; & la
matière y eft traitée à l'angloife , c'eſt- àdire
, avec une profondeur , une intelligence
, une méditation , une fageffe dans
les recherches , les détails , les obfervations
& les preuves , qui ne laiffent rien
JANVIER 1767. 125
en arrière de tout ce qui peut ou indiquer
ou conftater la maladie dont il s'agit.
Après la lecture du livre de M. Whytt ,
les Dames fauront s'il eft néceffaire ou
non , d'appeller M. Pomme.
ESPRIT des Loix Romaines , ouvrage
traduit du latin de Jean-Vincent Gravina
par M. Requier. Les trois volumes reliés
9 liv. A Amfterdam , & à Paris , chez
Saillant , Libraire , rue Saint Jean - de-
Beauvais 1766..
fous
Ce livre , dans l'original , eft préfenté
quatre titres différens , qui répondent
à la diftribution que l'auteur en à fait en
quatre parties. Le premier , de l'origine &
du progrès du Droit Civil. Le fecond
du Droit des Gens & de celui des douze
tables. Le troifième , des loix & Senatus-
Confultes. Le quatrième , de l'Empire Romain.
M. Requier a cru devoir le donner
dans un nouvel ordre , & fous un feul &
même titre. Il y a apparence que Gravina
eût fuivi la même idée , s'il en eût conçu
le plan tout à la fois . Quoi qu'il en foit ,
le lecteur éclairé fera volontiers comparaifon
de cet ouvrage avec d'autres qui
traitent des loix ; & , dans cet examen ,
il verra que le célèbre & illuftre auteur
de l'Esprit des Loix s'eft beaucoup enrichi
Fiij
116 MERCURE DE FRANCE.
sy de celui-ci dans les endroits où elles y font
philofophiquement examinées.Nous comp-
Tons donner un extrait de cet excellent
livre dans un de nos prochains Mercure.
HISTOIRE de Bertrand Duguefclin
Comte de Longueville , Connérable de
France ; par M. Guyard de Berville. A
Paris , chez H. C. Dehanfy , Libraire , rue
Saint Jacques , près les Mathurins , à Sainte
Thérèfe ; 1767 : avec approbation & privilége
du Roi ; deux vol . in- 12 .
Il eft peu d'ouvrages qui préfentent un
grand nombre de faits intéreffans que
cette vie de Duguefclin , écrite par le même
auteur que celle du Chevalier Bayard ,
que le public , & fur-tout les militaires ,
ent fort accueillie . La manière dont M. de
Berville expole toutes les actions de fes
héros , les rend encore plus admirables &
plus chers à la nation , dont ils ont fait
les délices & la gloire . Il peint ces grands
hommes avec les couleurs les plus propres
à faire impreffion fur des coeurs françois ;
- l'intérêt qui règne dans tout l'ouvrage , en
rend la lecture très- piquante.
DIVINE fidei analyfis , feu de fidei
chriftiana refolutione libri duo , auctore
HENRICO HOLDEN , in facrâ Facultate
JANVIER 1767. 1.27
Parifienfi Doctore Théologo ; addita funt
ejufdem auctoris vita & aliquot epiſtola :
editio noviffima , innumeris propemodum
mendis repurgata. Parifiis , apud J. Barbou ,
viâ Mathurinenfium ; 1767 : vol. in- 1 2 .
Les Théologiens connoiffent le prix de
ce livre , dont on a déja fait plufieurs éditions.
Celle-ci a fur les précédentes de
très -grands avantages . A l'égard de l'ouvrage
même , nous avons d'autant plus
de raifon d'en recommander la lecture ,
que nous le trouvons muni du fuffrage
de plufieurs théologiens qui en font les
plus grands éloges.
NOVUM Jefu Chrifti Teftamentum , ad
exemplar Vaticanum accuratè revifum . Parifiis
, typis BARBOU , via Mathurinenfum
; 1767 : vol. in- 12 , faifant partie de
la collection des auteurs latins. Prix 6 liv.
de volume relié en veau , doré fur tranche.
Ce n'eft
feulement pour
pas
les auteurs
profanes que le fieur Barbou , Imprimeur,
a entrepris ces magnifiques éditions
, qui diftinguent fes preffes de toutes
celles des autres Imprimeurs de Paris. Les
écrivains facrés, participent avec raiſon aux
-mêmes avantages ; & l'on peut dire que
cette édition in- 12 du Nouveau Teftament
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
ne cède à aucune de celles qui ont fait la
réputation de ce célèbre Imprimeur . Nous
avons déja annoncé dans le temps une
très-jolie édition latine de l'excellent livre
de l'Imitation de Jésus-Chrift , fortie des
mêmes preffes , & une autre toute françoife
avec les mêmes honneurs typographiques.
Toutes ces éditions feront un
jour très- recherchées ; & les curieux ne
peuvent trop s'empreffer à s'en procurer.
TOM JONES , ou l'Enfant trouvé , imiration
de l'anglois de M. H. Fielding ; par
M.de la Place: quatrième édition , revue ,
corrigée & augmentée de la vie de l'auteur
Anglois. A Londres , & fe vend à Paris ,
chez Bauche , Libraire , quai des Auguſtins,
Nyon, quai des Auguftins; veuve Duchesne,
rue Saint Jacques ; Saillant , rue Saint
Jean de Beauvais , Defaint , rue du Foin ;
& Cellot , rue Dauphine ; 1767 : quatre
vol. in- 12.
Nous croyons devoir nous en tenir à
cette feule annonce , puifqu'il eft question
de notre propre ouvrage. Nous avertillons
feulement nos lecteurs qu'il y a dans cette
nouvelle édition plufieurs changemens
augmentations & corrections qui la rendent
bien fupérieure aux précédentes.
JANVIER 1767 . 129
1
TABLEAU de la France , contenant la
defcription hiftorique de fes provinces ,
gouvernemens & généralités ; leur commerce
& leurs foires les plus confidérables ;
les villes , bourgs & châteaux qu'elles renferment
; toutes les grandes routes du
Royaume & les chemins des lieux où il
n'y a point de pofte ; la pofition & la diftance
des environs de Paris : les tribunaux ,
diocèfes , abbayes d'hommes & de filles ,
avec leurs revenus , les chapitres des cathédrales
& les ordres monaftiques. A Paris
chez Leclerc , Libraire , quai des Auguftins
, près la rue Gît- le - coeur ; 1767 : avec
approbation & privilége du Roi ; deux vol .
in- 12.
Ce livre eft divifé en deux parties : la
première comprend un abrégé de la France ,
le cours de fes rivières , les voitures par
eau , la defcription de Paris , & la diftance
de fes environs ; les gouvernemens avec la
defcription hiftorique des provinces , &
leur commerce ; les généralités divifées
par élections , avec les routes , & la defcription
des villes qui en dépendent , & le
chemin qu'il faut prendre pour celles qui
n'ont point de pofte. La feconde partie
préfente les jurifdictions , les foires , la
France eccléfiaftique, & une table générale.
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
TABLEAU de l'Univers , ou fuite du
Tableau de la France , pour fervir de guide
à ceux qui partent de Paris pour les principales
parties du monde. L'on y trouve la
defcription hiftorique des provinces &
villes par où l'on paffe , le commerce & le
cours des monnoies des lieux qui ont le
plus de correfpondance avec Paris , les
dépendances & la puiffance de chaque
Souverain , les moeurs & religions des différentes
nations ; enrichi de cartes géogra
phiques. A Paris , chez Leclerc , Libraire ,
quai des Auguftins , près la rue Gît- lecoeur
, 1767 avec approbation & privilége
du Roi ; deux vol . in - 12 .
Les lecteurs trouveront dans ce tableau
bien des chofes capables de contribuer à
leur amufement & à leur inftruction . D'un
côté la deſcription des villes & des empires
, la façon de vivre & les meurs des
habitans flatteront fa curiofité. De l'autre ,
la pofition exacte des lieux , les chemins.
qui y conduifent , les productions naturelles
de chaque pays , les manufactures
les différens objets de commerce , les monnoies
qui y ont cours , leur valeur en monnoie
de France lui offriront un grand
nombre de connoiffances utiles.
*
L'INDICATEUR Parifien , orné d'un
JANVIER 1767. 1'31
nouveau plan de Paris , annexé au tableau
de la France. A Paris , chez Leclerc , Libraire
, quai des Auguftins , près la rue
Gît-le-coeur ; 1767 ; in- 12 , petit format.
Ce livre eft annexé aux deux ouvrages
précédens , & donne l'idée la plus étendue ,
la plus détaillée , la plus complette & la
plus exacte de la ville de Paris ..
HISTOIRE de la Prédication , ou la manière
dont la parole de Dieu a été prêchée
dans tous les fiècles : ouvrage utile aux
prédicateurs , & curieux pour les gens de
lettres ; par Jofeph- Romain Joly. A Amfterdam
, & fe trouve à Paris , chez Lacombe,
quai de Conty ; 1767 : vol. in- 8°.
Prefque tous les arts ont leur hiftorien ;
l'art de la chaire a eu les fiens également.
Ily a quelques mois que nous annonçâmes
une brochure fur cette matière ; mais c'étoit
plutôt un difcours ingénieux & critique
qu'une véritable hiftoire. Voici enfin un
ouvrage uniquement hiftorique , & par-là
même digne des lecteurs les plus férieux..
Il intéreffe la littérature autant que la religion
; & l'on y trouve une faine critique
mêlée à des recherches très- curieufes.
NOUVEL Itinéraire général , comprenant
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
toutes les grandes routes & chemins de
communication des provinces de France ,
des ifles Britanniques , de l'Efpagne , du
Portugal , de l'Italie , de la Suiffe , & de
tous les Pays- Bas , de l'Allemagne , d'une
partie de la Hongrie , de la Pologne , de
la Pruffe & du Danemarck , & c. avec les
diſtances en lieues ou milles d'ufage dans
ces différens pays : ouvrage de la plus grande.
utilité pour le commerçant & le voyageur ;
dreffé par des auteurs connus , qui ont
beaucoup voyagé & dont les ouvrages
font auffi répandus qu'eftimés : publié par
le freur Defnos . A Paris , chez le fieur
Defnos , Ingénieur - Géographe pour les
globes & fphères , rue Saint Jacques , au
globe , à P. D. R. N. B. On trouve chez
le fieur Defnos un ouvrage particulier intitulé
l'Indicateur Fidèle ou Guide des Voya
geurs , qui enfeigne toutes les routes de la
France
,
levées topographiquement
par
MM. Michel & Defnos . Troisième édition ,
publiée en 1766 : prix broché 3 liv. 1766-
in-4° , avec des cartes très - bien gravées .
L'ouvrage qu'on nous préfente eft un
atlas des principaux Etats de l'Europe ,
dont les cartes nous ont paru fort nettes
& fort exactes. Quant aux autres détails
énoncés dans le titre , ils nous paroiffent .
rès -bien remplis dans l'exécution .
JANVIER 1767. 133
MÉMOIRES & Obfervations géographiques
& critiques fur la fituation des pays
feptentrionaux de l'Afie & de l'Amérique ,
d'après les relations les plus récentes
auxquelles on a joint un effai fur la route
aux Indes par le Nord , & fur un commerce.
très-vafte & très- riche à établir dans la
mer du Nord ; avec deux nouvelles cartes.
dreffées conformément à ce ſyſtême : par
M...A Lauſanne , chez Antoine Chapuis ,
Imprimeur ; & fe trouve à Paris , chez.
N. M. Tillard , Libraire , quai des Auguf
tins , à Saint Benoît ; 1765 : vol . in 4° .
Il paroît que l'auteur de ces Mémoires.
a fait de très - grandes recherches ; & que
les géographes les plus habiles peuvent.
encore beaucoup profiter de fes découvertes
fur des pays dont nous n'avions pas de.
notions bien certaines ..
LETTRE fur un remède anti-vénérien ,.
dans lequel il n'entre point de mercure ,,
à M. Morand fils , Ecuyer , Docteur- Régent
de la Faculté de Médecine de Paris ,.
ancien Médecin des Camps & Armées du
Roi , Médecin Adjoint de l'Hôtel Royal
des Invalides ; par M. Nicole , Chirurgien
Ordinaire du Roi. A Paris , chez .
Panckoucke , Libraire , rue & à côté de la
Comédie Françoife ; Defaint junior , Li134
MERCURE DE FRANCE.
braire , quai des Auguftins ; 1766 : avec
approbation & privilége du Roi ; vol.
in- 1 2.
M. Nicole , dont la réputation pour le
traitement des maladies vénériennes s'accroît
chaque jour & fe confirme par les
cures nombreuſes & éclatantes qu'opère fa
méthode , a mis par écrit toutes les raifons
qui doivent faire préférer fon remède
à la plupart de ceux qui jufqu'à préfent
ont été adminiftrés pour de femblables
maladies. Il eft impoffible de ne pas fe
rendre aux preuves convaincantes qu'il
rapporte en faveur de fa méthode , dans
laquelle il n'entre point de mercure , &
qui a guéri les maux les plus opiniâtrest
& les plus invétérés. Les certificats de plufieurs
Médecins & Chirurgiens très - habiles
ne laiffent aucun doute fur la bonté de fes.
raifonnemens & fur la certitude de fest
guérifons. On trouvera dans la brochure
que nous annonçons , la demeure de M.
Nicole , & les raifons qui doivent inſpirer
de la confiance pour fon remède .
PRINCIPES des langues françoife &
latine ; par M. Melin , Maître-ès - Arts ,
ancien Principal du Collège de Chaource
Maître de Penfion à Troyes. A Troyes ,
chez Michel Gobelet , Imprimeur-Libraire ,
"
JANVIER 1767. 135
grande rue ; & fe trouve à Paris , chez
Paul Denis Brocas , Libraire , rue Saint
Jacques ; 1766 : avec approbation & privilége
du Roi , brochure in - 8° de 70
pages.
Afin de rendre ces principes auffi utiles
qu'ils peuvent l'être pour l'une & l'autre
langue , l'auteur a donné à chaque terme
de grammaire la définition la plus exacte
& la plus claire , ne perdant point de vue
que c'eft pour des enfans qu'il a travaillé.
Ces définitions font elles-mêmes des principes
invariables, dont les autres ne doivent
être regardés que comme des conféquences.
Nous croyons que cet ouvrage peut être
très-utile à ceux à qui il eſt deſtiné .
ORAISON funèbre de très - haute , trèspuiffante
& très - excellente Princeffe Elifabeth
Farnefe , Reine d'Efpagne & des
Indes ; par Meffire Mathias Poncet de la
Riviere , ancien Evêque de Troyes. A
Paris , de l'imprimerie de Guillaume Def
prez, Imprimeur Ordinaire du Roi & du
Clergé de France , rue Saint Jacques ; à
Troyes , chez Jean Baptifte- François Bouil
Lerot , Libraire de Mgr l'Evêque , près
l'hôtel de ville ; 1766 : avec approbation
& permiffion ; in- 4° .
44.
Epoufe d'un Souverain , & capable de
136 MERCURE DE FRANCE .
le feconder ; mère de Souverains , &
digne de les former : » tel eft le
de cette oraifon funèbre.
""
partage
DESCRIPTION du catafalque & de la
pompe funèbre pour très-haute , très- puiffante
& très- excellente Princeffe Elifabeth
Farnefe , Reine d'Efpagne & des Indes ;
fait à Paris , dans l'égliſe de Notre-Dame ,
le 27 novembre 1766. Cette pompe funèbre
, ordonnée par M. le Duc d'Aumont ,
Pair de France , Premier Gentilhomme de
de la Chambre du Roi en exercice , a été
conduite par M. Papillon de la Ferté ,
Intendant & Contrôleur général de l'argenterie
, menus plaifirs & affaires de la
Chambre de Sa Majefté ; fur les deffeins
du fieur Mic. Ang. Challe , Peintre Ordinaire
du Roi , & Deffinateur de fa Chambre
& de fon Cabinet. La fculpture a été
exécutée par le fieur Bocciardi , Sculpteur
des menus - plaifirs. De l'imprimerie de
P. R. C. Ballard , feul Imprimeur pour la
mufique de la chambre & menus- plaifirs
du Roi , & feul Imprimeur de la grande
chapelle de Sa Majefté ; 1766 : par exprès
commandement de Sa Majefté ; in-4°.
Nous n'avons rien à ajouter à ce titre.
finon que la defcription détaillée de ce
catafalque donne la plus grande idée du
talent des artiſtes qui l'ont exécuté:
-JANVIER 1767. 137
- JOURNAL des inoculations de M. Nitolas
, Maître en Chirurgie. A Avignon ,
chez Louis Chambault , Imprimeur-Libraire
, près les RR. PP . Jéfuites ; 1766 ;
avec permiffion des Supérieurs ; brochure
in- 12 de 90 pages.
On marque ici jour par jour , ce qui
eft arrivé aux malades de M. Nicolas.
Ce détail peut inftruire les gens de l'art ,
& les malades eux-mêmes qui fe trouveroient
dans le même cas.
EDITS & Ordonnances du Roi , concernans
l'adminiſtration générale & particulière
de la juftice aux Ifles - fous - le-
Vent. A Nantes , chez la veuve de Jofeph
Vatard , Imprimeur du Roi ; 1766 : & à
Paris , chez Guillyn , Libraire quai des
Auguftins , prix 12 fols ; brochure in- 8 °.
de 24 pages.
La première des pièces qui compofent
cette brochure , eft intitulée : Edit du Roi
fur la difcipline des Confeils fupérieurs
à Saint - Domingue. La feconde , Edit du
Roi , portant création d'offices dans les
Tribunaux de Saint- Domingue . La troifième
, Ordonnance du Roi , concernant
le gouvernement des Ifles-fous - le-Vent.
La quatrième , portant attribution de la
Nobleffe graduelle aux offices des Confeils
38 MERCURE DE FRANCE.
fupérieurs de Saint- Domingue . La cinquième
, portant création d'un Tribunal
pour juger la diſcuffion de terrein , & c .
INTRODUCTION à la lecture de S. Paul.
A Amſterdam , & fe trouve à Paris , chez
Lemercier . rue S. Jacques , à la Bible
d'or; Defpily, rue S. Jacques , à la clef
d'or Debure S. ; Fauxbin , à Saint Athanafe
, quai des Auguftins ; Aumont , à côté
du Collége des Quatre- Nations ; brochure
in- 12 de 36 pages.
L'auteur entreprend de prouver que les
contradictons que l'on attribue à S. Paul ,
ne viennent que de la duplicité de fens ,
dont un paffage devient fufceptible en
paffant d'une langue dans une autre . Il
donne pour exemple les verfets du chapitre
de l'Epître aux Romains , qui paroiffent
les plus contradictoires. Il cite les
Pères de l'Eglife , qui juftifient fes explications
, & qui prouvent que la faine doctrine
dépend de cette diftinction .
9
CALENDRIER des Princes & de la Nobleffe
de France , contenant auffi dans
une feconde partie , l'état actuel des Maifons
fouveraines , Princes & Seigneurs de
l'Europe , par l'auteur du Dictionnaire
généalogique , héraldique , hiftorique &
JANVIER 1767. 139
thronologique , pour l'année 1767. A
Paris , chez la veuve Duchefne , rue S.
Jacques , au-deffous de la Fontaine S. Benoît
, au Temple du Goût ; 1767 : avec
approbation & privilége du Roi ; in- 12 ,
petit format.
Le fuccès de cet ouvrage répond à fon
utilité. Il en eft peu qui foient plus fouvent
confultés , parce qu'il n'eft point de
familles nobles en France , fur laquelle on
ne trouve ici une notice courte , claire &
intéreffante. Il fe continue tous les ans ;
& tous les ans on y trouve des chofes
nouvelles.
NOUVELLES Recherches fur la France ,
ou Recueil de Mémoires hiftoriques fur
quelques provinces , villes & bourgs du
royaume , ouvrage qui peut fervir de fupplément
à l'état de la France de M. Boulainvilliers
, & à la defcription du royaume,
par M. Piganiol , avec cette épigraphe :
Ce champ ne fe peut tellement moiffonner
Que les derniers venus n'y trouvent à glaner.
A Paris , chez Hériſſant fils , Libraire ,
rue S. Jacques ; 1766 : avec approbation
& privilége du Roi : deux volumes in- 12 .
Le but principal de ce recueil , eft de
fournir des matériaux utiles pour une def140
MERCURE DE FRANCE.
cription générale du royaume. Voici
quelle occafion il a été formé. On prépare
une feconde édition de la bibliothéque
hiftorique de la France , par le Pere
Lelong. L'éditeur & l'Imprimeur , jaloux
de procurer à cette entrepriſe tous les avantages
qu'il feroit poffible de réunir , en
ont communiqué le projet à toutes les
compagnies littéraires du royaume , avec
prières de concourir à la perfection de
l'ouvrage. Les favans y furent même invités
par M. le Contrôleur général , qui
voulut bien faire demander au nom du
Roi , des fecours dans toutes les généralités
. Parmi les nombreux mémoires que
ces demandes procurerent , il s'en trouva
qui ne pouvoient point fervir à l'ouvrage
pour lequel ils avoient été envoyés. On
envoya des notices fur divers endroits de
la France , curieufes à la vérité , mais qui
n'entroient point dans le plan du Pere Lelong.
Le nombre de ces pièces , & le foin
avec lequel elles ont été rédigées d'après
les titres originaux & peu connus , firent
naître l'idée de ce recueil , fans lequel le
public eût été privé du travail de ces citoyens
zélés & bien inftruits. L'éditeur a
joint à plufieurs de ces mémoires des notes
hiftoriques , dont quelques- unes ont été
communiquées par divers favans . Voici
JANVIER 1767. 141
+
les pays fur lefquels on a envoyé les recherches
, qui fe trouvent dans ce recueil.
Les villes d'Annonai , dans le haut Vivarais
en Languedoc , d'Avalon , d'Avefne,
de Bar-fur - Seine , de Beziers ; les lieux où
croiffent les meilleurs vins de Bourgogne ;
Braine près de Soiffons ; la baronie de
Chancenai ; l'hiftoire naturelle de Champagne
; Charenton & fes environs ; Condé-
fur-Noireau ; Creully en Normandie ;
Domfront ; Donchery-fur-Meufe , le pays
de Gex , Gondrecourt dans le duché de
Bar ; Illiers dans le diocèfe d'Evreux ; le
Comté de Laval au Maine ; Mantes &
fes environs ; Mariembourg en Hainault ,
Milly en Gâtinois , Molley - Bacon en
Normandie , Montargis , Mont de Marfan
, Nuys en Bourgogne , les Communautés
du diocèfe de Rieux , Roye en Picardie
, l'Abbaye de Sablonceaux en Saintonge
, Sainte-Menehould , Saint- Jeande-
Laone , S. Quentin , Saulieu , Saint
Pierre de Semilly en Normandie , Sézanne ,
le Soifonnois , Vallogne , le vieil Evreux ,
le Baffin , la Charnie , Canton du Maine ,
différentes eſpèces de mines exploitées en
Gascogne , Nemours. Cette longue lifte
prouve combien ce recueil doit paroître
curieux & intéreffant pour beaucoup de
gens.
142 MERCURE DE FRANCE.
LA Théorie des Loix civiles ou des
principes fondamentaux de la fociété ;
deux vol. in- 12 , de 540 pages chacun.
A Londres ; avec cette épigraphe :
Quis talia fando
Temperet à lacrymis ?
des ou-
Nous donnerons au plutôt l'extrait de
ce livre fingulièrement intéreffant. C'eſt
une manière abfolument neuve d'envifager
, foit les loix civiles , foit le gouvernement.
L'auteur , déja connu par
vrages qui lui affurent un rang parmi nos
bons écrivains , combat avec la plus grande
force les principes de l'efprit des loix
ceux de Grotius , de Puffendorf. L'extrait
que nous donnerons de fon fyftême , mettra
bientôt les lecteurs à portée de décider
à qui doit demeurer la victoire de ces
grands hommes ou de leur adverfaire , qui
ne les attaque qu'avec le refpect & les
égards qui leur font dûs. Il nous a paru à
la première lecture , que l'avantage lui ref
toit fouvent , & nous foumettrons au plutôt
notre jugement à cet égard à celui du
public. Il fe trouve des exemplaires de cet
ouvrage chez Defaint , Libraire , rue du
Foin .
NICOLE de Beauvais , ou l'Amour
JANVIER 1767. 143
vaincu par la reconnoiffance ; par Madame
Robert. A La Haye , & fe trouve à Paris ,
chez Defaint , rue du Foin ; Despilly , rue
Saint Jacques ; la veuve Duchefne , rue
Saint Jacques ; Cellot , rue Dauphine ;
Panckoucke , rue de la Comédie Françoife ;
Delalain , rue Saint Jacques ; 1767 : deux
vol. in- 12.
Mde Robert , à qui nous devons déja
plufieurs ouvrages de ce genre , tels que
la Payfanne Philofophe , la Voix de la
nature , les Voyages de Mylord Céton dans
les planetes , ou le Mentor , développe
dans celui -ci toutes les fituations qui peuvent
rendre un roman intéreſſant. Ce n'eft
cependant pas dans un état relevé que l'auteur
a choifi fon héroïne ; & c'est ce qui
fait principalement le mérite des écrits
de Mde Robert , que fes perfonnages
quoique pris dans des conditions inférieures
, n'en font ni moins agréables ni moins
fufceptibles d'intérêt. Nous donnerons inceffamment
un extrait de cet agréable
roman.
LETTRE de l'Abbé de Rancé à un ami
écrite de fon Abbaye de la Trappe ; par
M. Barthe , de l'Académie des Belles-
Lettres de Marſeille : nouvelle édition . A
Genêve ; 1766 : & fe trouve à Paris , chez
144 MERCURE DE FRANCE.
la veuve Duchefne , rue Saint Jacques , au
temple du Goût ; & chez Panckoucke
rue & à côté de la Comédie Françoife.
Cette héroïde , dont le fujet eft auffi
connu que vraîment intéreffant , avoit déja
fait beaucoup d'honneur à M. Barthe
auquel différens autres ouvrages ont mérité
l'eftime du public. La nouvelle édition
que nous annonçons ne peut qu'y ajouter
encore ; & nous regrettons fincèrement
que l'abondance des matières , dont nous
fommes furchargés , ne nous permette
point , dans ce moment , d'en donner un
extrait digne de l'ouvrage.
LETTRE de Sapho à Phaon , précédée
d'une épître à Rofine & d'une vie de
Sapho , & fuivie d'une traduction en vers
des ouvrages de ce poëte ; par M. Blin de
Sainmore. A Paris , chez Jorry , rue de la
Comédie Françoife , au grand Monarqué
& aux cigognes ; 1766 : in- 8 ° , 32 pages.
Prix 1 liv . 16 fols . I
Cet ouvrage fait fuite de la collection des
héroïdes de M. Blin de Sainmore . On y remarque
une eftampe deffinée par M. Gravelot
, & exécutée par M. Aliamet , Graveur
du Roi. La vignette a été gravée par M. de
Genet , fur le deffein de M. Eifen. Et le
cul - de -lampe
1
JANVIER 1767. 145
cul- de-lampe eft entièrement de M. Choffard.
On trouve auffi chezJorry la Lettre de
Gabrielle d'Eftrées à Henry IV , & celle
de Biblis à Caunus , fon frère , toutes deux
du même auteur , & pareillement ornées de
très-belles gravures.
DISCOURS de M. de la Baftide , Avocat.
A Avignon , chez Chambeau ; 1766 : brochure
in-12.
Ces difcours ont été prononcés à Nifmes.
Le fujet du premier eft l'utilité & les
avantages qui résultent pour le public des
conférences de doctrine que les Avocats
de cette ville ont entr'eux . Il eft certain
qu'un tel établiffement peut produire de
très-grands biens. La maffe des lumières
s'en accroiffant pour l'Avocat , les reffources
du client s'augmentent & celles de la
chicane diminuent. D'ailleurs , ces affociations
, dans lefquelles chacun verfe &
puife , contribuent encore à maintenir dans
fa dignité l'idée que l'Avocat doit avoir
de fon état , & l'engager conféquemment
à ne fe permettre jamais aucune démarche
qui pourroit l'écarter de la carrière dans
laquelle il doit marcher.
Après un éloquent portrait de l'Avocat
& de fes devoirs , M. de la Baftide pré-
Vol. I. G
146 MERCURE DE FRANCE.
fente , autant que les bornes d'un difcours
d'apparat peuvent le lui permettre , les
développemens de fon fujet de la manière
la plus lumineufe .
Le fecond difcours roule far les moyens
de rendre les vacations utiles à l'Avocat &
à la partie. Les mêmes agrémens de ſtyle
& la même éloquence qui caractériſent le
premier fe trouvent ici. Il y a peut- être
même dans celui- ci un peu plus de ce
molle atque facetum que l'éloquence fe permer
quelquefois ; & c'eft une preuve de la
fineffe du tact de l'auteur.
Le troifième difcours a été prononcé
pour l'admiflion d'un candidat au ferment
d'avocat. On y reconnoît la même main
& le même génie ; mais il eft fi particulier
au lieu de la fcène , qu'il ne peut
intéreffer que médiocrement les autres
lecteurs.
ICONOLOGIE hiftorique & nouvelle ,
inventée par Jean Charles Delafoffe , Architecte
& Profeffeur de deffein , demeu
rant à Paris , rue Poiffonnière : contenant
les attributs hiérogliphiques , qui ont pour
objet les quatre élémens , les quatre parties
du monde , & les complexions de l'homme.
Ces attributs peignent auffi les diverfes
nations , leurs religions , les époques chroJANVIER
1767. 147
-nologiques , tant de l'hiftoire ancienne
que moderne , les vertus , gloires , poéfies ,
renommées , paffions , les différens gou-

vernemens , arts & talens .
Les hierogliphes font compofés & ajuf-
-tés à pouvoir fervir à toutes fortes de décorations
, foit à fontaines , frontifpices .
pyramides , cartouches , deffus de porte ,
brodures , médaillons , trophées , vafes ,
frifes , lutrins , guignes , tombeaux , pendules
, & c.
EPHEMERIDES Troyennes pour 1767 :
Trojanas ut opes , &c. A Paris , chez Duchefne
; & à Troyes , chez Gobelet .
Elles font entièrement refaites à neuf
& contiennent 1 ° . desrecherches étendues
fur l'antiquité de Troyes , fur les murs de
fon enceinte , fur l'époque de leur conftruction
, fur les médailles , buftes , tombeaux
& autres antiques découverts à
Troyes ou dans fon voifinage , enfin fur
les fortifications de l'enceinte actuelle de
Troyes. 2 ° . Un mémoire fur de nouveaux
établiffemens . 3 °. La vie de René Benoît ,
nommé à l'Evêché de Troyes.
ALMANACS chantans pour l'année 1767.
A Paris , chez Dufour , Libraire , quai
de Gefvres , au bon Paſteur , la quatrième,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE .
boutique à gauche par le pont Notre-
Dame.
Des almanachs fous verre , cadres dorés ,
en forme de tableaux de différentes grandeurs
, avec de jolis cartels dorés.
Les étrennes falutaires aux riches voluptueux
& aux dévots trop économes .
Ah , qu'il eft drôle ! almanach chantant.
Les délaffemens de Paphos , étrennes
favorites.
Les dépêches du jour de l'an.
Le roffignol de cithère, ou le langage du
coeur,
Le mêlange agréable & amufant.
Le paffe-temps galant avec des oracles.
Les prophéties galantes ..
Le calendrier perpétuel avec devifes.
Almamach à la grecque.
Tablettes mythologiques & pittorefques.
Le cadeau de l'amour avec devifes.
Les papillotes du deftin avec devifes.
Lutin ou l'efprit folet auffi avec deviſes.
L'amour poëte & muſicien.
Achetez-moi , avec des airs notés &
gravés.
Caquetbon bec , almanach bavard , auffi
avec devifes.
Etrennes au plus offrant & dernier enchériffeur.
L'ouvrage d'un moment , alm. nouv.
JANVIER 1767. 149
'Moins que rien , almanach réfléchi .
Le langage du coeur & des amans.
Un alfortiment complet de tous les
almanachs chantans & autres intéreffans.
LES fpectacles de Paris , ou calendrier
hiftorique & chronologique des théâtres ,
avec des anecdotes , & un catalogue de
toutes les pièces reftées au théâtre dans les
différens fpectacles ; le nom de tous les
auteurs vivans , qui ont travaillé dans le
genre dramatique , & la lifte de leurs ouvrages.
On y a joint les demeures des
principaux acteurs , danfeurs , muficiens
& autres perfonnes employées aux fpectacles
. Seizième partie , pour l'année 1767-
A Paris , chez la veuve Duchefne , rue
S. Jacques , au temple du Goût ; avec approbation
& privilége du Roi ; in- 24 .
Voici la feizième partie de cet ouvrage ,
auquel , depuis qu'il paroît , le public a
fait l'accueil le plus favorable. Les amateurs
du théâtre y ont trouvé des anecdotes
carieufes & intéreffantes , & une histoire
très- exacte de ce que les différens ſpectacles
de Paris ont offert pendant chaque année
de plus remarquable , & de plus propre à
faire connoître notre théâtre aux étrangers
& aux perfonnesde province. AParis même ,
ceux qui fréquentent le plus la comédie ,
G
iij
150 MERCURE DE FRANCE.
I
auroient ignoré bien des: anecdotes théitrales
, bien des traits finguliers , & une
infinité de chofes relatives à nos fpectacles ,
fi l'on n'avoit pas eu faim de les conferver
dans ce recueil , devenu par- là même trèscurieux
& très - inftructif. Ceux qui defireront
en avoir la collection complette ,
composée actuellement de 16 vol femblables
à celui-ci , pourront fé la procurer:
pour la fomme de 16 livres., c'est- à-dire ,
que chaque partie qui . fe vend n l. 4.f. fe
donnera pour liv. feulement à ceux qui
acheteront tout le recueil. Ilsy trouveront
près de fix cens anecdotes dont la plûtpart
étoient abfolument ignorées , ou du
moins ne fe trouvoient imprimées nulle
part. Ils y liront l'hiftoire détaillée de tous.
nos fpecicles, & celle de tous les auteurs
& des principaux acteurs qui s'y font fignalés.
Ils y verront une fuite très - étendue
d'analyfes de toutes les pièces qui fe font
jouées durant l'efpace des feize dernières
années , de celles même qui , n'ayant eu
qu'une repréfentation , & n'ayant pas été
imprimées, auroient été entièrement inconnues
; enfin , ce recueil fera déformais
d'une très-grande reffource , & même un
livre néceffaire à ceux qui voudront favoir
à fond, ou écrire Fhiftoire dramati
que de la nation françoife .
JANVIER 1767. ISI
ETRENNES intéreffantes pour la jeuneſſe
, ou recueil de petites fables trèsingénieufes
; enrichi de figures en tailledouce
, analogues à chaque fujet , pour la
préfente année . A Paris , chez Maillard
de Breffon , rue S. Jacques près celle des
Mathurins ; in 8 °.
Ce petit livre eft très - bien exécuté , ſoit
pour la partie typographique, foit pour celle .
du burin. On trouve aux mêmes adreffes
des fleurs gravées & enluminées , qui fe
donnent en préfent pour les étrennes.
ALMANACHS nouveaux pour la préfente
année 1767 ; chez Langlois fils , Libraire ,
rue du petit- Pont , entre celles de S. Severin
& de la Huchette , au S. Efprit couronné
; in- 32 .
Les titres de ces petits almanach en diftinguent
les différens caractères ; nous
allons les rapporter ici de fuite : L'ami
des belles , almanach chantant , pour la
préfente année. L'amufement à la mode,
ou les minutes chantantes , étrennes agréables
, fur des airs connus & choifis , pour
la préfente année ; par M. D.- Les
gaudrioles , ou les horofcopes amufans ,
almanach menteur fi jamais il en fut , pour
Ja préfente année , fur des airs connus &
choifis ; par M. D. Badin , ou le ba
J
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
dinage amufant , étrennes folichonnes ,
fur des airs connus & choifis , pour la
préfente année ; par M. D.- Calendrier
des amis , dédié à Pluton , fur des airs
connus & choifis , pour la préfente année ;
par M. D. Je ne faurois me taire , ou
le cercle amufant , almanach récréatif,
par demandes & réponſes , pour la préfente
année ; par M. D. le tout fur des
airs connus. Fanfiolet , ou les brinborions
agréables , étrennes chinoifes , pour.
la préfente année , fur des airs connus &
choifis ; par M. D.
Avis concernant le recueil dechanfons ,
connu fous le nom d'Anthologie de M.
Monnet , en 3 vol. in 8. & deux fupplémens
, propofé à un rabais de plus de moiié.
A Paris , chez Panckoucke , Libraire,
que & à côté de la Comédie françoife .
Le mérite de ce recueil , unique dans fon
genre , & la gaité des deux fupplémens font
fuffifamment connus du public , tant par
le fuccès qu'il a eu , que par les éloges.
qu'en ont fait tous les journaux & les
perfonnes de bon goût. Si on le confidère du
côté de la partie typographique , il eft peu
d'ouvrages imprimés avec plus de foin &
de luxe trois artiftes célèbres chacun dans.
leur état , MM. Gravelot , Fournier le
:
JANVIER 1767. 1538
Jeune & Barbou ont concouru à cette belle
édition , de forte qu'au fond de l'ouvrage
fe joint le mérite d'une riche exécution..
On fait aufli tous les foins que M. Monnet
, l'éditeur , s'eft donnés pour rendre
ce recueil auffi parfait qu'il pouvoit l'être..
Le Libraite Ch, Panckoucke , ayant fait
depuis peu l'acquifition de tout le fond
de cette édition , s'eft propofé , pour en
faciliter l'achat aux amateurs & aux artif
tes qui ne font pas en état de faire une
certaine dépenfe , d'en donner trois cens
exemplaires feulement , au prix de 18 liv ..
en feuilles , au lieu de 39 liv. qu'il s'eft
toujours vendu jufqu'à préfent avec les
deux fupplémens . On ne jouira de ce rabais
confidérable que jufqu'au premier:
avril prochain. Les perfonnes de province ;
qui voudront en profiter , pourront envoyer
leur argent par la pofte avec la lettre
d'avis , en ayant l'attention d'affranchir
Fun & l'autre..
AVIS.
La veuve Duchefne , Libraire , rue
S. Jacques , avertit qu'il s'eft gliffé une
erreur dans la feconde partie de l'Almanach
parifien , à l'article épées , dont le prix:
n'eft point jufte ; quoique l'état en ait été
G. v
1544 MERCURE
DE FRANCE.
donné par un des Maîtres de la Comanauté
des Fourbiffeurs : elle prie que
l'on n'y ait aucune attention..
LE fieur Merlin , Libraire , rue de la
Harpe , donne avis au public qu'il va
donner Belifaire , par M. Marmontel ,
in- 8°. avec de très belles figures , pour le
prix des liv . broché , & 6 liv . 10 fols relié
, beau papier. L'in - 1 2 avec les mêmes
figures , pour 3
, pour 3 liv. & 4 francs relié . Pour
ceux qui le voudront à meilleur marché
in-12 , on le donnera fans les figures à z k
& relié z liv . 10 fols. Pour empêcher le
public d'être trompé par les mauvaiſes!
impreffions des contrefacteurs , remplies
de fautes , on donnera pareillement les
trois premiers volumes des contes moraux
in-12 fans figures , très- bien imprimés
en beau papier , pour 2 liv. le volume
broché , & 2 liv. 1o fols relié fans les
figures. On trouve auffi chez le même
Libraire le grand cabinet d'hiſtoire naturelle
du Sebba qu'ilvient de recevoir nonvellement.
Le prix eft de 150 liv . l'exemlaire
en feuilles.
JANVIER 1767. 155
Avis fur la Bibliothèque Françoife de
M. PAbbé GoUJET, & fur les Mémoires:
de M. le Maréchal DE VIEILLEVILLE .
DESAINT, Libraire , rue du Foin S. Jacques,
voulant faciliter l'acquifition de la Bibliothèque
Françoife de M. l'Abbé Goujet ;
& des Mémoires du Maréchal de Vieilleville
, compofées par Vincent Carloix , fon
Secrétaire , qui font partie des livres que
ledit Libraire a acquis du fonds de MM.
Guerin & Delatour , fe propofe de donner
les dix -huit volumes de la Bibliothèque
Françoife à 18 liv. en feuille , & les volu
mes féparés à 30 fols en feuille , depuis
le premier décembre de cette année jufqu'au
premier avril 1767 , paflé lequel
temps les dix-huit volumes feront vendus
comme ci- devant 36 livres , & les volumes.
féparés 2 liv. Il donnera aui , dans le
même espace de temps , les cinq volumes.
in-8°. des Mémoires du Maréchal de Vieil
leville à 6 liv. en feuilles ; & , paffé le
terme indiqué , il les fera payer 12 liv.
qui eft le prix auquel ils fe font toujours
vendus.
On fait que le premier de ces deux
ouvrages , qui jouit d'une eftime bien mé
ritée , commencé en 1741 & continué
G vj
156 MERCURE DE FRANCE,
jufqu'en 1756 , réunit deux objets : une
Bibliothèque Françoife & une Hiftoire de
notre littérature moderne.. C'eft une Bibliothèque
Françoife , parce que l'Auteur
n'y parle que d'ouvrages écrits en françois ,
qu'il en rapporte les titres , qu'il marque
le
temps & le lieu de l'impreffion de chacun
, & qu'il les range tous felon l'ordre.
des matières. C'eft en même temps & principalement
une hiftoire de notre littérature
françoife , 1 °. parce qu'en fuivant l'ordre
chronologique des ouvrages de chaque
genre écrits en notre langue , l'auteur montre
les progrès que l'on a faits dans les
arts & dans les fciences ; 20: parce que ,
bien loin de ne donner qu'un catalogue de
livres fec & décharné , qui n'apprendroit
rien que des titres , il s'arrête fur chaque
Ouvrage lorfqu'il mérite quelque confidés
ration ; il le difcure , il examine ce qu'il
y a de bon & d'utile , & il indique les
principaux défauts que les meilleurs cri
iques y ont repris.
A l'égard des Mémoires de Vieilleville ,
publiés pour la première fois en 1757 .
après avoir été enfevelis pendant près de
deux fiècles dans les archives du château .
de Dureftal ; c'eft le manufcrit de Carloix ,
qui favoit tous les fecrets de fon maître
Adèlement repréfenté par un habile édi +

JANVIER 1767. 157
teur, & contenant quarante- fept années
de faits arrivés fous quatre règnes trèsintéreffans.
Ces Mémoires font par conféquent
précieux. L'éditeur , en confervant
à l'auteur fa naïveté gauloife , a eu
foin de mettre en italique les vieux mots
un peu difficiles à entendre. Il a placé à la
tête des chapitres , des fominaires qui facilitent
beaucoup la lecture de cet ouvrage
& il a ajouté au dernier volume des remarques
hiftoriques très- importantes , & une.
table des matières , qui fert encore à l'intelligence
des vieux mots. Le portrait du
Maréchal eft au commencement du premier
volume..
3.
149 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE II I.
SCIENCES ET BELLES LETTRES.
ACADÉMIE S.
L'ACADÉMIE des Sciences , Belles -Lettres
& Arts d'Amiens célébra , le 25 Août
1766 , la fête de Saint Louis , dont le
panégyrique fut prononcé par M. l'Abbé
Monin , Principal du Collège de la ville.
La féance publique fut ouverte par
M. Marteau , Directeur , qui parla fur
les obftacles qui s'oppofent aux progrès de
la Médecine pratique.
M. Baron , Secrétaire , fit un difcours
à la louange du Roi Stanislas.
M. Gauchin , Docteur en Médecine ,
nouveau récipiendaire , fit fon remerciement
, auquel le Directeur répondit.
M. Biret fe propofa de faire voir
les déréglemens des moeurs de l'homme
viennent du peu de foin que l'on prend
de cultiver fon coeur.
que
Le Secrétaire termina la féance par l'éloge
de M. de Robécourt , Académicien ,
mort pendant le cours de l'année..
JANVIER 1767. 159
L'Académie n'avoit reçu au concours.
du prix qu'un feul mémoire qu'elle n'en
jugea pas digne.
Elle propofe , pour fujet d'un des prix
qu'elle doit diftribuer le 25 août 1767 ,
les fecours que fe portent mutuellement les
fciences , les lettres & les arts.
Ce prix fera une médaille d'or de la
valeur de 300 liv.
Er pour fujet d'un autre prix , les moyens
de rendre le port de Saint - Valery -fur-
Somme plus für & plus commode , ou les
moyens dd''eennfaire un autre au bourg d'Ault
ou autre endroit intermédiaire de la côte ,
avec communication à la Somme.
Ce prix fera deux médailles d'or , valant
chacune 300 liv . auxquelles quelques négocians
d'Amiens , zélés pour le bien public ,.
ont joint , par foufcription , une fomme
de Goo liv.
Les ouvrages feront envoyés , francs de
port , avant le premier juillet 1767 , à
M. Baron , Secrétaire perpétuel à Amiens..
Les prix de l'Ecole de Botanique ont
été remportés par M. Corner , Elève en
Chirurgie chez M. Colignon ; & par M.
Sevel , âgé de quatorze ans , Elève de
M. Muret , Chirurgien.
Les prix de l'Ecole des Arts , tenue par
M. Sellier , de l'Académie , ont été rem160
MERCURE DE FRANCE.
portés , pour le deffein des étoffes , par
M. Leblond , ouvrier fabriquant :
Pour la géométrie & le deffein , par
M. Demeaux :
Pour le deffein & l'architecture , par
M. Defmarets :
Pour le deffein , par M. l'Aîné , Peintre :
Pour l'architecture , par M. de Cuaris
Menuifier :
Pour le deffein , par M. Ducroc , Armurier
:
Et pour le deffein & le jardinage , par
M. Leblond , Jardinier.
Les écoliers qui en ont le plus approché
font , pour le deffein , M. Guibet , Chapelier;
& pour l'architecture , M. Deme-
Lun , Meunier.
Outre les prix ordinaires que la ville
accorde à ceux qui fe diftinguent dans cette
école , elle promet une médaille d'argent
à celui qui aura le mieux corrigé & mis
en grand le plan d'Amiens ..
Voilà , Monfieur , ce que l'Académie
vous prie de faire inférer dans votre Mercure
elle n'a pu l'envoyer plutôt ; & ,
par attention pour les auteurs qui doivent
travailler , elle vous fupplie , Monfieur ,
de donner à cette annonce une des premières
places dans votre Journal. Je ferai avec
JANVIER 1767. 161
autant de reconnoiffance que je fuis avec
& c.
BARON, Secrétaireperpétuel de l'Académie.
MÉDECINE.
EN conféquence de plufieurs guérifons
2
de femmes attaquées de Aeurs- blanches ,
le fieur Delarichardie vient de mériter
un privilége du Roi & de la Commiffion
Royale de Médecine , pour la vente &
adminiftration de ce remède , dont il eft
l'auteur. Il prouve , dans un petit ouvrage
qu'il donne , l'erreur des perfonnes qui fe
perfuadent qu'il y a des rifques attachés à
guérir cette fâcheufe incommodité ; &
qu'au contraire , plufieurs en font les victimes.
Les raifons qu'il en produit font aflez
bien étayées pour ne pouvoir lui refufer
fa confiance. Il dit donc , conjointement
avec ceux de qui il a mérité ce privilége
qu'il eft impoffible que les effets de ce
remède ne foient très - falutaires pour les
maladies de cette eſpèce , même à tous les
tempéramens. Après en avoir bien exa#
62 MERCURE DE FRANCE.
miné la compofition & les fuccès , ils affu .
rent que , loin de retenir dans la maffe du
fang les humeurs qui forment les fleursblanches
, ce remède les en chaffe par des
voies qui leur font bien plus naturelles
& dont elles s'étoient égatées ; qu'il rectifie
celles de ces mêmes humeurs néceffaires
à la machine animale , au point que plufieurs
femmes , chez lefquelles cette maladic
fembloit avoir détruit la faculté d'engendrer
, ont joui de cet avantage après
fon ufage. Il y parvient , 1 °. en établiſſant
de bonnes digeftions , 2 ° . en ôtant les obf
tacles qui peuvent s'oppofer à la circulation
de toutes les liqueurs , 3. en réta
bliffant la tranfpiration dans toute fa quan
tité. Il prouve que c'eft de l'imperfection de
ces trois fonctions que naiffent les caufes
d'une infinité de maladies qui nous tiennent
dans un état de langueur , & notamment
celle des fleurs-blanches. Dans le même
perit ouvrage eft contenu la manière d'ufer
de fon remède, de forte qu'on peut fe guéris
feule , ce remède étant d'ailleurs agréable
à prendre. Le fieur Delarichardie demeure
rue Quincampoix , la porte cochère vis- àvis
la clef d'or , au premier. Il fe tiendra
jufqu'à onze heures chez lui pour donner
une méthode de fe l'adminiftrer , particu
lière à chaque fituation & tempéramment.
JANVIER 1767. 163
ARTICLE I V.
BEAUX- ART S.
ARTS UTILE S.
CHIRURGIE.
Avis aux jeunes Chirurgiens.
UN citoyen zélé pour le bien de l'humanité
, a dépofé la fomme néceffaire pour
les frais de la réception gratuite de deux
Eleves , à la maîtrife en Chirurgie de Faris.
Son intention eft que les Profefleurs royaux
des écoles jugent par des épreuves convenables
, non-feulement des connoiffances acquifes
des concurrens , mais auffi des difpofitions
qui promettroient des talens plus
diftingués.
Ceux qui ayant fait les études & les exercices
que les réglemens prefcrivent , fe
croiront en état de concourir , peuvent fe
faire infcrire avant le 15 du mois de Mars
prochain 1767 , chez M. Louis , Secrétaire
perpétuel de l'Académie Royale de Chirurgie.
Če délai eft donné en faveur des Chirurgiens
de province.
164 MERCURE DE FRANCE.
ARTS AGRÉABLE S.
PEINTURE - GRAVURE.
ALLÉGORIE fur la vie de feu Mgr le
DAUPHIN.
CETTE allégorie eft le fruit de l'impreffion
profonde que l'auteur a éprouvée à la
lecture da difcours de M. Thomas . On a
cru que les coeurs fenfibles aimeroient à
conferver le fouvenir de quelques - unes des
vertus dont feu Monfeigneur le Dauphin
étoit orné . On ne s'eft point propofé de
les repréfenter toutes : ce n'eft ici que l'emblême
d'une vie occupée d'études férieufes
& tendantes au bonheur de l'humanité ,
que la modeftie avoit tenue cachée.
On voit en haut les armes de Mgr le
Dauphin, rayonnantes de gloire , & les
reftes du voile que la mort a déchiré. Enbas
la Mort entraîne les plis tombans de
ce voile , dont la Modeſtie qui eft à côté ,
femble vouloir encore s'envelopper. Audeffus
, à gauche , la Sageffe & la Juftice
dirigent l'Etude , défignée par le coq & la
lampe , vers l'Hiftoire qui écrit fur le
JANVIER 1767. 165
Temps enchaîné. Derrière , à droite , font
la Bonté avec le pélican qui s'ouvre le fein ;
la tendreffe conjugale, repréfentée par l'Hymen
& l'Amour , liés de fleur & s'embraffant
; à côté eft la Pureté qui tient un lys ;
dans le fond eft un grouppe de vertus chrétiennes
& morales.
On lit au bas ces vers latins :
Nempè quod injecit fecreta modeftia , velum
Scinditur , & vita gloria morte patet. Aufon. ]
Et en françois :
La mort a révélé le fecret de fa vie.
L'auteur doit ces deux infcriptions à
l'amitié d'un homme de lettres .
Cette eftampe eft gravée d'après le deffein
original de M. Cochin , par M. Demarteau
l'aîné , connu par le degré de perfection
ou il a porté le nouveau genre de
gravure qui imite le crayon . Elle fe vend
à Paris , chez ce Graveur , rue de la Pelleterie
, à la Cloche.
166 MERCURE DE FRANCE.
LES
Métamorphofes d'OVIDE , repréſentées
en une fuite de cent quarante eftampes ;
in-4° : dédiées à S. A. S. Mgr le Duc
DE CHARTRES ; propoféespar foufcrip .
tion.
СЕТ
ET ouvrage a toujours été regardé
comme un chef- d'oeuvre. La théologie des
anciens s'y trouve expofée avec ordre : les
fujets s'y trouvent liés avec intelligence :
l'univers entier eft la fcène de ce poëme ;
c'eft une fuite de tableaux de la plus
grande beauté , que les peintres & deffina-
-teurs ont rendus & variés à l'infini. Cependant
ce fond eft tellement inépuiſable,
qu'ilfournit encore , parla variété des parties
acceffoires , de nouveaux fujets à ceux qui
s'en occupent. Les fieurs Lemire, Graveur ,
& Bafan, Marchand d'Eftampes à Paris ,
perfuadés qu'une fuite fi intéreſſante ,
traitée d'une manière nouvelle , & exécutée
avec le plus grand foin , feroit utile
aux artiſtes & agréable au public, ont formé
cettee trepriſe.
A
Ils fe font adreffés pour l'exécution des
deffeins des planches qui doivent comJANVIER
1767. 167
pofer cette importante fuite , à ceux de
nos peintres & de nos deffinateurs , qui ont
acquis la plus grande réputation dans le
genre gracieux . MM . Boucher , Cochin ,
Monnet, le Prince, Eifen , Gravelot , Moreau,
& quelques autres encore , ont bien
voulu feconder leurs vues ; & ce qui eft
déja forti de leur crayon , & qu'on eft en
état de mettre fous les yeux des amateurs,,
fuffit pour démontrer qu'il n'eft presque
pas poffible de rien imaginer de plus agréable.
L'on ne s'eft pas rendu moins févère ni
moins difficile dans le choix des graveurs.
Ceux qu'on a employés jufqu'à préfent ,
& qui le feront dans la fuite , font connus
pour avoir le talent de graver des fujets
en petit avec le plus grand fuccès , & de
mettre un fingulier précis & terminé dans
leur travail.
Les fieurs le Mire , de Longueil , le l'eau,
Delaunay, Simonet , Rouſſeau , Duclos ,
Née, Maffart, & autres , ofent fe promettre
de mériter de plus en plus , par les nouvelles
productions de leur burin , les fuffrages
dont le public a femblé avoir bien
voulu honorer leurs gravures.
La fuite entière fera compofée d'environ
cent quarante eftampes , dont chacune
porte cinq pouces & demi de haut , fur
168 MERCURE DE FRANCE.
quatre de large, y compris une petite bordure
de bon goût , qui fert de cadre à l'ef
tampe. Elles font précédées d'un titre` ,
compofé & gravé par le fieur Choffart. Un
fecond frontifpice accompagnera ce titre :
le fieur Eifen , qui en eft l'inventeur , y
repréfente le poëte Ovide affis dans un bofquet
de rofes , accompagné de fa mufe ,
qui vient d'arracher une plume des aîles
de l'amour , & qui la lui remet entre les
mains : fixion ingénieufe , fur laquelle on
peut juger de la façon délicate & élégante
avec laquelle tous les fujets feront traités .
Il y a déjà plus de trente planches gravées
, dont on peut voir des épreuves chez
les fieurs Bafan & Lemire ; les autres qui
fuivront fans interruption , feront travaillées
avec le même foin.
La foufcription fera ouverte le 1er janvier
1767 , jufqu'au premier juillet fuivant.
La diftribution fe fera en quatre parties
, qu'on efpere pouvoir faire de fix mois
en fix mois.
On payera , en recevant les trente - hurt
premières eftampes , qui forment la première
partie , que l'on délivrera au commencement
de l'année 1767 , la fomme
de
En recevant la feconde , de trentecinq
,
35 liv.
24
ER
JANVIER 1767. 169
En recevant la troiſième ,
18
En recevant la quatrième , auffi 18
Total
96 liv.
Les foufcripteurs auront , outre l'avan→
tage du prix , celui d'être affurés d'avoir
les meilleures épreuves , parce que , pour
le choix & la diftribution des eftampes ,
on fuivra exactement l'ordre des numéros
de chaque foufcription.
Ceux qui auront négligé de foufcrire ,
ne pourront avoir d'autres épreuves que
celles qui feront imprimées après les foufcriptions
fournies , & chaque exemplaire
leur coûtera 24 liv. de plus , c'eft- à-dire ,
I 20 liv.
On foufcrira chez le fieur Bafan , rue
du Foin Saint Jacques , & chez le fieur
Lemire , rue Saint Etienne-des - Grès , en
entrant par la rue Saint Jacques. Les foufcriptions
feront fignées de l'un & de l'autre
.
Avis pour une très belle édition de cet
ouvrage en quatre vol. in-4°.
DES Libraires affociés , perfuadés que
le public recevroit avec plaifir une belle
édition de cet ouvrage , fe font déterminés
, aufi- tôt qu'ils ont eu connoiffance
Vol. I. H
170 MERCURE DE FRANCE.
de cette entrepriſe , de la mettre en exécution.
Ils ont choifi le format in-4° . qui
pouvoit le mieux s'accorder avec la grandeur
des planches. Chaque livre fera orné
de vignettes & fleurons du fieur Choffart.
Le texte latin fera d'un côté , & la traduction
françoife de l'Abbé Bannier de
l'autre. On ajoutera à la fin de chaque
livre , les explications hiftoriques de ce ſavant
Abbé . L'on employera des caractères
neufs & de très - beau papier. Enfin l'on
n'oubliera rien pour rendre cette édition
digne des eftampes qui doivent y être inférées.
L'ouvrage fera divifé en quatre vol
Le premier fe délivrera avec la première
livraiſon , & ainfi des autres , à Paris , chez
Barrois , Leclerc , Guillyn , quai des Auguftins
; Hochereau , Piffot , Prault le
jeune , quai de Conty ; Delormel , rue
du Foin ; Prault , fils aîné , quai de Gef
vres , Defpilly, rue Saint Jacques & Panckoucke
, rue de la Comédie Françoiſe.

LES portraits des hommes illuftres .
gravés par M. Ficquet , font auffi connus
que généralement eftimés . Il vient de
joindre à ceux de Corneille , Rouffeau ,
la Fontaine , Voltaire , &c. celui de René
Defcartes , d'après Franc-Hales ,
une bordure deffinée avec foin par M.
avec
JANVIER 1767. 171
Choffard. On la trouve chez tous les principaux
marchands d'eftampes , & chez
Mde la veuve Duchefne , rue S. Jacques.
L'ARRIVÉE des Pefcheurs , eftampe gravée
par M. P. J. Duret , d'après M. Vernet
, & dédiée à M. le Marquis de Villette,
Maréchal général des logis de la Cavalerie
; fe vend à Paris , au milieu de la
rue du Fouare , en porte cochère . Elle eſt
digne de figurer dans la riche collection de
celles qui ont été gravées d'après ce célèbre
Peintre.
LES premiers pas de l'enfance , & la
mère qui intercède , toutes deux gravées
par M. Ch. Duflos , d'après les tableaux
de J. E. Schénau , & dédiées à M. Armand-
Jérôme Bignon , Chevalier- Commandeur
des Ordres du Roi , Confeiller
d'Etat , Bibliothécaire de S. M. & Prevôt
des Marchands de la ville de Paris ,
font auffi intéreffantes que fortement rendues.
Elles fe vendent chez l'Auteur , rue
Galande , chez M. Lanouillé , Marchand
Chapelier.
Hij
472 MERCURE DE FRANCE.
MUSIQUE.
TROISIEME recueil d'ariettes , avec accompagnement
. Dédié à Mde la Comteffe
de *** ; par M. Albanèfe , Ordinaire
de la mufique du Roi , prix 9 liv.
A Paris , chez M. Lemenu , marchand de
mufique de Mde la Dauphine , rue du
Roule, à la clef d'or ; à Lyon , chez
Mrs Cafteau & Legoux. La façon dont les
deux premiers recueils de M. Albanèſe
ont été généralement accueillis , garantit
le fuccès de celui - ci.
Six concerts nouveaux pour le clavecin ,
avec deux violons , alto viola & violoncelle
d'accompagnement , à grande fymphonie.
Dédiés à Mde His , par M. Ferdinando
Pellegrino , de Naples . Opera Ix ,
& fecond livre de concerts. A Paris , chez
l'auteur , vis- à - vis l'opéra ; & chez Marion .
Epicier , au premier étage. Prix 18 liv.
N. B. L'on ne trouvera que chez l'auteur
toutes les oeuvres , tant pour le clavecin
que pour le chant italien.
SEI fonate per violino , obboe , o flauto ,
JANVIER 1767. 173
con accompagnamento di baffo , fagotto
o cimbalo , compofte d'all fignor Igniazio
Prover, virtuofo di camera di S. R. M.
Carlo Emanuele , Ré di Sardegnia. Opéra
11. Prix 3 liv. 12 fols. A Paris , chez
M. Venier , à l'entrée de la rue S. Thomas-
du - Louvre , vis-à- vis le château d'eau,
& aux adreffes ordinaires. A Lyon , chez
M. Legoux , place des Cordeliers.
LES doutes amoureux , & le rêveur infortuné,
ariettes avec fymphonie & guitarre
obligée. Par M. Lemenu. Ces ariettes
peuvent s'accompagner fans guitarre , ou
avec la guitarre feulement . Chez l'auteur ,
rue du Roule , à la clefd'or. Prix 1 1. 4 f.
ARBRE généalogique de l'harmonie.
L'auteur de cet ouvrage eft M. Vial ,
neveu de feu M. Leclair , célèbre compofiteur
de mufique. Il eft ingénieufement
combiné & exécuté en trois feuilles in-fol.
Sur la première eft très - bien gravé l'arbre
généalogique ; les deux autres contiennent
les explications de cet arbre. C'eſt un
abregè fuccinct & clair des principes de mu.
fique qui fe trouvent tous réunis fous un
feul point de vue . Le progrès qu'on doit
faire par cette méthode doit être rapide ,
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
& l'on peut y apprendre en peu de leçons
ce qu'on ignore fouvent après plufieurs
années d'études.
VI Quartetti per flauto , violino , alto e
violoncello recitanti ; compofti dall Signor
Chriftian Canabich , Maeftro di Concerto
e primo violino di S. A. S. L'Elettor
Palatino , Opera v . novamente ftampato
a fpefe di G. B. Venier. Prix 9 liv.
La partie de la flûte de la flûte pourra s'exécuter avec
le violon ou un hautbois. Les amateurs
de mufique font priés de ne point confondre
les ouvrages du même auteur , qui ont
déja paru avec ceux que le fieur Venier
donnera par la fuite au public. Il avertit
que fes nom & demeure feront fur les frontifpices
de chaque ouvrage de fon fonds de
mufique , afin d'éviter les méprifes qui
peuvent en réfulter. A Paris , chez M. Venier,
éditeur de plufieurs ouvrages de mufique
, à l'entrée de la rue Saint Thomasdu-
Louvre , vis -à - vis le Château d'eau ,
& aux adreffes ordinaires. A Lyon , chez-
M. Cafteau , place de la Comédie .
VI fonate per violino , obboe o flauto ,
con accompagnamento di violoncello , fagotto
o cimbalo, compofte dall Sig. Prover,
virtuofo d'obboe , opéra 11 : prix ; liv. 12 f.
Aux mêmes adreffes .
ANNÉE 1767 du journal de clavecin 3
JANVIER 1767. 175
compofé par M. Clément , fur les ariettes
des comédies & opéra - comiques qui ont
le plus de fuccès ; prix de l'abonnement ,
franc de port , pour l'année entière , 12 liv.
Chez l'auteur , rue & cloître Saint Thomas-
du-Louvre , & aux adreffes ordinaires
de mufique.
L'acceuil favorable que le public fait à
cet agréable ouvrage , depuis l'année 1762
qu'il a commencé à paroître , doit encou
rager l'auteur à fuivre toujours le même
plan , foit pour l'ordre , l'arrangement &
la variété qu'il y mct , foit pour les nouveautés
qu'il y fait entendre.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE V.
SPECTACLES.
OPÉRA.
ON continue , avec beaucoup de fuccès
, Silvie , ballet héroïque , dont nous
avons rendu compte dans le précédent
Mercure.
Mlle BAUMESNIL ( 1 ) , cette jeune débutante
, fi fingulière par fes talens , s'étant
trouvée enrhumée après la cinquième
repréſentation , a été doublée par Mlle Ro-
SALIE , jeune fujet , dont nous avons eu
depuis quelque temps de fréquentes occafions
de parler avantageufement , & qui
a répondu très-bien en celle- ci aux efpérances
que le public en avoit concues. Mile
BAUMESNIL a repris le rôle de Silvie avec
le même fuccès & les mêmes applaudiffemens
qu'elle avoit eus précédemment.
Il n'y a eu depuis la première repré-
(1 ) C'eſt en totalité , & non en partie, aux frais
de Mlle DALIERE , comme on l'avoit dit dans le
dernier Mercure , que Mlle BEAUMESNIL eft redevable
de fou'éducation diftinguée.
JANVIER 1767. 177
fentation de cet opéra , d'autre changement
remarquable que la belle & célèbre
chaconne d'Iphigénie , par M. LE BERTON
, fubftituée à celle de la fin du troifième
acte. M. VESTRIS l'a danfée une
fois , & en fon abfcence , M. GARDEL Y
danfe avec tout l'applaudiffement qu'il eft
en poffeffion d'obtenir & de mériter.
On avoit donné les jeudis , depuis la
Saint Martin , les Fêtes Lyriques , ballet
héroïque que l'on venoit de quitter. On
a remis à la place de ce baller , le jeudi
18 Décembre , les fragmens , compofés de
l'acte du Jaloux , de l'acte Turc & de
Zélindor. Le public a paru très- fatisfait
de revoir cet agréable fpectacle , auquel
il avoit long-temps & conftamment applaudi
pendant cet été . Mlle ROSALIE
chante la fultane aimée , dans l'acte turc ,
& Mlle DUPLANT , la fultane difgraciée .
Mile DUBOIS , dans Zélindor , chante avec
beaucoup d'applaudiffement le rôle de Zir
phé ; c'eft M. LEGROS qui chante celui de
Zélindor avec le même charme & le même
fuccès que pendant les nombreuſes répréfentations
de cet opéra dans l'été.
On continuera ces mêmes fragmens les
jeudis.

Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
2
COMÉDIE FRANÇOISE.
MLLE DURANCY a continué fon débur
par le rôle d'Idamée dans l'Orphelin de
la Chine & par celui de Camille dans les
Horaces. Elle a été applaudie dans ces deux
rôles , particuliérement dans l'imprécation
contre fon frère , contre Rome & contre
les dieux , à la fin du rôle de Camille.
Le mercredi 17 Décembre , on donna la
première repréſentation de Guillaume Tell,
tragédie nouvelle de M. LEMIERE. On ne
peut voir d'affemblée plus brillante & plus
nombreuſe que celle des fpectateurs à cette
première repréfentation. La tragédie fut
applaudie dans plufieurs endroits. Le public
fentit fort judicieufement le mérite
d'avoir ajusté au théâtre , fans aucune
altération & fans addition , un trait d'hiftoire
auffi fingulier & plus vrai que vraifemblable
. On fut aufli fenfible au mérite
de beaucoup de vers très - philofophiques ,
remplis de chofes , & plus brillans par les
grandes vérités que par la frivole combinaifon
des mots : malgré ces applaudiffemens
, nous ne pouvons encore tendre
compte du fort de cet ouvrage , encore.
JANVIER 1767. 179
moins en donner l'analyfe , n'y ayant eu ,
lorfque nous écrivons cet article , qu'une
feule repréſentation de cette nouvelle tragédie.
La décoration de la fcène , repréſentant
des rochers qui s'élèvent les uns au - deſſus
des autres jufqu'aux nues , & qui paroiffent
enceindre un lac , eft d'une très - heureuſe
compofition , & exécutée avec un effet
admirable.
Tous les habillemens font neufs & dans
le plus exact & le plus févère coſtume.
Il n'y a qu'un rôle de femme , rempli
Mlle DUMESNIL . par
On donnera plus de détails fur cette
nouvelle tragédie dans le prochain volume.
Les anciennes pièces jouées fur ce théâtre
depuis la fin d'octobre jufques vers la fin
de décembre ont été , en comédies , pour
grande pièce , Démocrite , comédie en cinq
actes , de REGNARD ; l'Avare de Mo-
LIERE ; les Dehors trompeurs de BOISSY ;
la Mère coquette de QUINAULT ; le Glorieux
de NERICAULT DESTOUCHES ;
Fille Capitaine de MONFLEURY. Il y avoit
long-temps que cette pièce n'avoit été
repriſe. Elle a fait grand plaifir , d'autant
plus que les acteurs y ont ajouté beaucoup
par le talent avec lequel ils l'ont jouée.
Le Joueur de REGNARD ; le Dépit amoula
H.vj
180 MERCURE DE FRANCE.
;
reux de MOLIERE la Gouvernante de
LACHAUSSÉE ; le Légataire de Regnard ;
l'Homme à bonne fortune de BARON ; l'Ecoffoife
de M. DE VOLTAIRE ; le Feftin de
Pierre de T. CORNEILLE ; la remife de
PObftacle fans obftacle de DESTOUCHES
connue fous le titre de l'Obftacle imprévu ;
les Menechmes de REGNARD ; la Coquette
de BARON ; l'Ecole des Femmes de Mo-
LIERE les Femmes Savantes du même ;
le Muet , le Tartuffe de MOLIERE ; l'Enfant
Prodigue de M. DE VOLTAIRE ; la
Mère coquette de QUINAULT ; la Femme:
juge & partie de MONTFLEURY. Les tra
gédies ont été Tancrede de M. DE VOLTAIRE
Hypermneftre de M.. LE MIERE ;
Iphigénie en Tauride de LATOUCHE ; Alzire
de M. DE VOLTAIRE ; POrphelin de
la Chine du même ; les Horaces de P. CORNEILLE
& Guillaume Tell de M. LE
MIERE.
JANVIER 1767. 180
LETTRE à M. DE LA GARDE , Auteur
du Mercure de France pour la partie
des Spectacles.
MONSIEUR
,
UN amateur du théâtre françois , qui y cherche,
non un frivole amuſement , mais qui le fréquente
comme une excellente école de littérature & de
philofophie , a fait fouvent des réflexions fur la
néceffité du concours qu'il doit y avoir pour le
fuccès d'une pièce , entre l'auteur , l'acteur & les
fpectatears. Un jeu mal entendu nuit certainement
à la repréſentation , mais fouvent la difpofition
trop favorable des auditeurs eft auffi préjudiciable
que la prévention dictée par le peu d'indulgence
à l'égard de quelques acteurs dans le
premier cas , on pouffe quelquefois les applaudiffemens
à un excès qui ne permet pas de jouir des
plus beaux endroits ; & , dans la feconde circonftance
, on donne des dégoûts mortifians , dong
l'effet eft d'éteindre l'émulation & de retarder les
progrès : fouvent même on condamne les gens
avant de les entendre ; parce qu'on a l'injuſtice
d'exiger que dans un art très - difficile les commençans
foient auffi experts que ceux qui ont vingt
18 MERCURE DE FRANCE.
ans d'expérience . La repréſentation des Horaces ;
pour le début de Mlle Durancy , m'a fourni hier
Foccafion d'obferver particulièrement l'effet varié
de l'influence des fpectateurs . Mlle Dumesnil n'a
montré en aucun rôle plus de fupériorité que dans
celui de Sabine qu'elle jouoit dans cette pièce , &
elle n'a reçu aucun applaudiflement. Jamais le
parterre ne m'a paru fi judicieux : il ne nous a rien
dérobé de la beauté de ce rôle , à la vérité peu
néceffaire à la pièce , mais rempli de fentimens ,
d'intérêt & de tendreffe partagés entre un mari &
des frères , entre l'amour de fon pays & celui
d'une nouvelle patrie adoptive ; & qui montrent
l'empire du devoir fur les mouvemens naturels
qui lui font facrifiés . Les beaux vers de Corneille
Ont reçu un nouvel éclat par l'action de Mlle Dumefnil
: elle a tellement fixé l'attention du parterre
, qu'il n'a pas fongé à lui en marquer indif
Crétement fa fatisfaction.
Voici un effet tout contraire à la feconde ſcène
du fecond acte : Flavian , interrogé par Curiace
pour favoir qui font les trois guerriers dont Albe
a fait choix pour combattre trois Romains , lui
répond ; vos deux frères & vous. CURIACE , qui ?
FLAVIAN , VOUS & vos deux frères-
M. de Voltaire , dans fes commentaires fur le
théâtre de P. Corneille , trouve cette répétition
fublime par la fituation. Il faut en croire un fi
JANVIER 1767 153
grand maître. Voilà , dit- il , la première fcène
au théâtre où un fimple meffager ait fait un effet
tragique , en croyant apporter des nouvelles ordinaires.
C'eft , à fon avis , le comble de l'art. Je
ne fais comment il eft arrivé que cette répétition
a été prise pour une battologie ; prefque tous les
fpectateurs fe font mis à rire. Le comble de l'art
feroit fans doute de jouer ce paffage d'une manière ,
intéreſſante , & cela doit être extrêmement difficile.
Le qui n'eft pas interrogatif , à deffein de
faire répéter ce qu'on n'auroit pas oui. Curiace ,
par ce monofyllabe , doit témoigner fa ſurpriſe
& le chagrin dont cette nouvelle le pénètre ; je ne
crois pas que cela foit facile à exprimer : l'expreffion
ne confifte pas ici dans la manière de
prononcer le mot qui , mais dans l'air du viſage ,
dans le regard même , qui attirent les reprochesde
Flavian. On n'a pas donné le temps à celui -ci ,
de continuer fon interlocution : dès qu'il´a eu
répété vous & vos deux frères , les ſpectateurs ont
pris le parti de rire ; l'effet tragique a été perdu
malgré l'autorité de M. de Voltaire ; & peu s'en
eft fallu que toute la fcène n'ait été trouvée ridicule
le dernier vers y contribue ; Curiace renvoie
l'acteur , mal accueilli du parterre , vers le
Dictateur d'Albe , & le congédie par ces mots :
Porte-lui ma réponſe , & nous laiffe en repos..
Perfonne n'ignore le trait le plus fublime de la
184 MERCURE DE FRANCE.
pièce dans la réponſe du vieil Horace à ces paroles
que vouliez-vous qu'il fit contre trois ?
Qu'il mourût ,
Ou qu'un beau défefpoir alors le fecourût.
N'eût- il que ' d'un moment reculé fa défaite ,
Rome eût été du moins un peu plus tard fujette.

M. de Voltaire nous apprend fur ce fameux qu'il
mourût , que tout l'auditoire fut fi transporté
qu'on n'entendit jamais le vers foible qui fuit.
M. Brifard , au lieu d'appuyer fur ce mot pour
attendre les applaudiffemens , par lefquels il auroit
pu fe faire interrompre , l'a prononcé avec
feu ; mais , dans la chaleur qui l'animoit , il a
fait fuccéder fi rapidement le vers foible , & ceux
qui complettent la penſée ont ſuivi , prononcés
avec tant d'énergie , que les auditeurs ont été
contens juíqu'à la fin du fens : ils ont joui par-là
du trait entier qui eft admirable , où le grand.
fublime me paroît confifter plutôt que dans le
mot , auquel on prétend qu'il n'en eſt aucun de
comparable dans toute l'antiquité . La preuve de
ce que j'avance paroît ſe tirer de quelques imitations
parfaites mais moins heureuſes de ce mot
fameux. Elles n'ont produit nulle part le même
effet ; parce que le fublime n'eft pas dans le mot ,-
comme on l'a cru , mais dans le trait.
JANVIER 1767. 185
Dans tout le rôle du vieil Horace M. Brifard a
été inimitable par le ton le plus vrai d'une noble
colère. Il avoit les entrailles d'un ancien Romain.
Sa figure ajoutoit à l'illufion au point de faire
difparoître l'acteur : on ſe croyoit à Rome. Il n'eſt
pas pofïble de jouer plus parfaitement .
Les imprécations de Camille contre fon frère ,
le meurtrier de fon amant , font , comme on fait ,
un des plus beaux morceaux de déclamation qu'on
connoiffe. Mais cette Camille , comme l'a obfervé
M. de Voltaire , n'eft qu'une furieufe . L'actrice
, chargée de ce rôle , en a montré tout le
pathétique par fon ton & fon gefte , par le jeu
de les yeux , de fa bouche , de tous les traits
de fon vifage. Mile Durancy a reçu , dans
cette fituation , des applaudiffemens redoublés :
j'en fais la remarque pour juftifier mes obfervations
préliminaires. Ils ont beaucoup nui à l'effet.
La fureur du jeune Horace , excitée par les cris ,
le défeſpoir & les injures d'une femme tranſportée
qui ne fe connoît plus , lui fait tirer l'épée. La fuite
de la foeur eft le feul mouvement naturel ; & c'eft
en la pourfuivant qu'il doit la blefler derrière lethéâtre
fans être perdu de vue par les spectateurs.
Il en eft arrivé tout autrement au grand détriment
de la choſe. Après la tirade déclamatoire les
battemens de mains ayant été continués outre
mefure , l'acteur & l'actrice ont été forcés de
186 MERCURE DE FRANCE.
jouer une pantomime fort longue qui a néceffairement
dégénéré en grimaces. Ce n'eft fûrement
pas la faute de notre grand acteur tragique M. le
Kain : Mlle Durancy n'a pas cru devoir ſe ſouftraire
aux applaudiffemens par une fuite précipi
tée que la fituation rend néceſſaire ; & pour terminer
cette fcène , dont les beautés ne rachetent
pas allez la répugnance qu'elle caufe à la fin , la
débutante s'eft trompée de couliffe ; il lui a fallu
revenir dans celle qui étoit deſtinée à la foutenir à
demi-renversée fur un point d'appui préparé à cet
effet ; & fon meurtre , que le premier mouvement
rend excufable , eft devenu , pour ainfi dire , un
alfaffinat réfléchi & commis de mauvaile grace ,
par la faute des fpectateurs. Je le répéte , les
fuffrages peuvent être nuifibles. A la Cour , où
jamais l'on n'applaudit , par reſpect pour les
perfonnes auguftes dont on doit confidérer le plai
fir exclufivement aux autres fpectateurs , les acteurs
n'en voient pas moins , d'une manière flatteufe ,
l'impreffion qu'ils ont faite fur le public . Il y a un
certain murmure d'approbation plus délicatement
exprimé que par des battemens de mains & de
pieds qu'on réïtére à Paris avec une forte d'an .
thoufiafme que j'ai cru excité par quelques particuliers
cachés dans la foule , qui fouvent ne font
tant de bruit que pour le plaifir d'en faire ; & qui
en feroient moins s'ils avoient été plus fufceptibles
J
JANVIER 1767. 187
aux beautés de la pièce , & à l'excellence du jeu
qu'ils interrompent quelquefois fort mauſſadement.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Du V...... abonné au Mercure.
AParis , le 14 décembre 1766.
COMÉDIE ITALIENNE.
ON a donné fur ce théâtre , le 15 décem
bre , Efope à Cythère , comédie en un
acte mêlée d'ariettes..
Cette pièce tient de l'ancien genre de
cette fcène & de celui des petits drames.
de foire. L'objet eft une fatyre contre les.
autres fpectacles , & contre quelques ridicules
dans la fociété. Les fpectateurs de
bon goût n'ont pas vu , fans quelques cenfures
, reffufciter cette ancienne manière
de plaifanter , qui n'eft plus du ton actuel ,.
& que les pièces à ariettes fembloient
avoir bannie pour toujours. On efpère
même que , par la réputation de cet ouvrage
, on ne fera plus tenté d'en rifquer.
de pareils ; mais , malgré cela , l'affluence:
eft confidérable à ce théâtre , & il y as
188 MERCURE DE FRANCE.
apparence que cette pièce fe foutiendra
auffi bien que beaucoup d'autres fur lef
quelles les
propos n'étoient
n'étoient pas meilleurs
dans les commencemens , & qui jouiffent
encore à ce théâtre d'un fuccès complet.
Nous ne pouvons rendre un compte
plus détaillé de cette nouveauté que dans
le Mercure prochain.
CONCERT SPIRITUEL.
I
Du 8 Décembre 1766.
La commencé par Omnes gentes , &c. moter
à grand choeur de M. DAUVERGNE. Ce motet ,
dont nous avons déja parlé plufieurs fois avec
éloge , a été fort accueilli.
Mile DESCOINS , de l'Académie Royale de Mufique
, a débuté ce jour- là par Quare fiemuerunt
gentes , nouveau motet à voix feule , qu'elle a
hanté avec la jolie voix & l'agréable précifion
muficale dont nous avons récemment rendu
compte lors de fon début à l'Opéra.
M. LÉONÉ a exécuté un folo de mandoline
d'un fort bon genre , & à la fois d'un goût heureux .
Cet artiſte a étonné par fon habileté , & a eu un
véritable fuccès , d'autant plus flatteur pour lui ,
que l'inftrument dont il a fait choix n'eft pas
JANVIER 1767. 189
officieux , relativement à l'étendue du local où il
a déployé fes talens .
M. CAVALLIER , auffi de l'Académie Royale
de Mufique , a chanté Coronate fleres , motet à
voix feule de MoURET. Le public a remarqué avec
fatisfaction qu'il fait journellement des progrès
dans l'art du chant , & l'a fort encouragé.
A
M. CAPRON a exécuté , avec beaucoup de fupériorité
, un nouveau concerto de violon de fa
compofition , & a été vivement applaudi . On
auroit defiré qu'il eût moins donné aux difficultés ,
aux traits favans ; ou qu'il eût donné plus aux
chofes d'agrément , qui captivent tout le monde ,
& ne peuvent affoiblir la juſte idée que l'on a de
tout fon talent .
Mlle FEL a chanté Cantate Domino , motet à
voix feule de M. KOHAUT , terminé par un choeur
d'effet . Ce motet , déja connu , a fait grand plaifir
, & Mlle FEL y a été applaudie avec la plus
fingulière vivacité.
Le Concert a été terminé par Confitebor , nouveau
motet à grand choeur de M. GIBERT. Ce
motet a été fort bien reçu ; mais nous ne pouvons
diffimuler qu'on auroit généralement fouhaité que
les récits fuffent d'un chant plus mélodieux , & ,
par là , plus propres encore au genre des verſets
choifis & à la dignité des paroles . On ne rend pas
moins , pour cela , à M. GIBERT la juſtice dûe à
190 MERCURE DE FRANCE.
fon mérite , dont cette nouvelle production confirme
l'idée,
ر
LA Déclamation Théâtrale , poëme didactique
en trois chants précédé d'un
diſcours préliminaire en profe de trentepages
in- 8° , gr. pap.
СЕТ
PREMIER EXTRAIT.
T ouvrage , annoncé dans le Mercure
précédent , eft vraiment intéreffant :
il manquoit à notre langue ; & l'on doit
favoir gré à M. Dorat , qui en eft l'auteur ,
non-feulement du choix du fujet , mais
plus encore de l'exécution . Rien n'eft en
effet plus difficile que d'inftruire en vers
& de rimer des préceptes. Aufli avonsnous
peu de poëmes didactiques qui méritent
d'être lus. Defpreaux eft le feul de
nos poëtes qui , faus avoir copié fervilement
Horace , ait fçu , en s'appropriant
quelques - unes de fes beautés , égaler fon
modèle dans un genre qui a fes richeffes
& fes difficultés . L'Art poétique de l'auteur
françois eft un chef- d'oeuvre : nous
n'avons peut-être point de morceaux de
poéfie plus travaillé , plus correct & plus
JANVIER 1767. 191
élégant l'ordre , le jugement , la précifion
, le ftyle , tout s'y trouve réuni avec
tant de choix , que les critiques les plus
févères n'y voient prefque rien à defirer.
Cet illuftre écrivain doit être regardé
comme le poëte de la raifon : il a même
plus fait que d'être raisonnable , il a rendu
raifonnables les poëtes qui l'ont fuivi.
Le genre didactique , depuis Defpreaux,
n'a fait que dégénérer ; & tous ceux qui
s'étoient avifés de courir , après lui , cette
carrière épineufe , font maintenant oubliés
ainfi que leurs ouvrages : il en faut cependant
excepter l'Art de peindre , ce poëne
eftimable où M. Watelet a revêtu des
charmes du ftyle les connoiffances les plus
profondes des procédés de la peinture , &
rendu en vers élégans les détails les plus
inftructifs de cet art.
Le poëme de la Déclamation théâtrale ,
divifé en trois chants , duquel nous allons
donner un extrait , eft précédé , comme
nous l'avons déja dit , d'un difcours préliminaire
très -bien écrit , où brillent enfemble
l'agrément , le bon fens & la ſolide
érudition. Toutes les obfervations que
l'auteur y fait fur la déclamation antique
& moderne , ainſi que fur les différentes
parties de cet art , feront lues certainement
avec grand plaifir & beaucoup de
192 MERCURE DE FRANCE.
fruit pour ceux qui ont quelque ufage à
faire de ce talent. Elles font lumineufes ,
fines , judicieufes , & préfentées toujours
fous le coloris le plus agréable . On y
reconnoît par-tout l'homme d'efprit , le
philofophe aimable & le littérateur éclairé.
On y définit d'abord la déclamation. On
promène enfuite un coup- d'oeil rapide fur
l'enfance , fur les progrès & les variations
de cet art. L'auteur le préfente en premier
lieu tel qu'il étoit & qu'il a dû être dans
l'antiquité. Il n'obmet pas de faire attention
aux différences de point d'optique
qui réfultent de la différente conftruction
& de l'énorme diftance de grandeur entre
les théâtres de l'antiquité & les nôtres.
De-là on paffe à la déclamation moderne ,
dont l'auteur fixe judicieufement l'époque
au règne de LoUIS XIV & à l'éclat da
grand Corneille. Les deux Barons font les
deux premiers héros que reconnoît M. Dorat
dans notre déclamation ; c'eft de- là
qu'elle compte fon premier âge. Racine
fuivit ; & Champmeflé , de fon temps , fut
un préfent dont l'amour voulut embellir la
fcène. Rien n'eft plus agréable que de fuivre
le compte que l'on rend dans ce difcours
des talens de tous les acteurs & les
actrices qui fe font diftingués fur notre
théâtre depuis l'époque de fes beaux jours.
Beaubourg ,
JANVIER 1767. 193
Beaubourg , Mlle DUCLOS , font jugés
avec difcuffion & avec juſtice . Tel étoit ,
dit M. Dorat , l'état de notre déclamation
lorfqu'une actrice inimitable vint lui rendre
fes premiers traits , & la ramener à la
pureté de fon origine. L'horifon des lettres
fut à la fois éclairé par deux phénomènes ,
le Couvreur & M. de Voltaire. Par ce que
rapporte notre auteur de cette dernière
actrice , par le détail circonftancié qu'il
fait de fon talent , il paroît lui donner
le premier rang fur notre ſcène. Il convient
cependant que Dufresne , Mlles de Seine
& Balicour marchèrent après elle fur des
traces encore récentes , & furent dignes de
leur modèle. Il remarque enfuite que depuis
ce temps-là le théâtre a toujours été
rempli par des fujets diftingués dans des
genres différens , & ne laiffe le droit de fe
plaindre qu'à ces hommes difficiles , cenfeurs
éternels du préfent , & qui ne louent
que ce qu'ils ont perdu . Une autre remarque
, qui doit faire honneur au difcernement
délicat de l'auteur , porte fur ce que
l'efprit philofophique répandu fur notre
littérature a fait acquerir de raifonnement
à notre déclamation , un peu aux dépens ,
à la vérité , des grands effets & du délire
brûlant des paffions. M. le Kain & Mlle
Dumefnil font les feuls , felon lui , qui
Vol. I. I
194 MERCURE DE FRANCE.
confervent encore aujourd'hui ces écarts ,
cette fougue impétueufe & cet involontaire
oubli de foi- même , qui enlève au
fpectateur le temps de l'examen , & au
critique le froid compas de l'analyſe. On
blâme avec raifon dans ce difcours , l'affectation
de quelques acteurs modernes
à chercher ce qu'ils nomment des tons
de vérité. Ces fortes de tons , difparates
avec ceux qui précèdent & qui fuivent ,
paroiffent à l'auteur un peu trop brufques ,
trop faillans , & tomber prefque toujours
dans ce familier qu'il faut éviter avec autant
de foin que l'emphafe & le gigantefque.
M. Dorat ajoute que ces tons ,
attendus par l'auditeur , & toujours prariqués
par l'acteur , au même endroit & de
la même manière , ne partent point de
l'âme , unique fource de toute vérité.
Nous ne penfons pas que l'on puifle attaquer
la vérité d'une réflexion auffi jufte
que fine & délicate. Un autre inconvénient
dans nos repréſentations théâtrales
fe préfente à M. 'Dorat , c'est le défautd'enſemble
dans les tons & dans les manières
du jeu des acteurs dialoguans . A
cette occafion il propofe , comme une
chofe qu'il ne croit pas impoffible , d'admettre
une eſpèce de ton fondamental ,
par lequel on pût régler tout le mouveJANVIER
1767. 19༥
ment de la repréſentation , & remédier à
cette bigarure infupportable qui fe reproduit
de fcène en ſcène .
A cela près , continue l'auteur , notre
déclamation a confervé des traits précieux ,
que les connoiffeurs ne laiffent point échapper.
Ce qui la caractérise particulièrement ,
felon lui , c'eft la recherche du coftume.
Nous convenons avec M. Dorat qu'une
farmate ne vient plus fur la fcène faire
l'amour en grand pannier , que les héros
de Rome ne paroiffent plus en gands
blancs , & avec des perruques à la françoife
; mais non pas toujours avec des
coëffures de cette efpèce , comme il le dit.
Il eft à préfumer que dans l'éloge complet
qu'il fait de l'obfervance parfaite du
coftume fur notre théâtre , il a voulu encourager
& exciter les acteurs , & fur- tout
les actrices , à mériter en effet toute l'étendue
de cet éloge. Pour le contredire , il
ne faudroit qu'obferver , avec des yeux
légérement critiques , la façon dont quelques
femmes de théâtre s'y forment des
habillemens & des coëffures de pure fantaifie
, qui fouvent n'ont pas plus de rapport
à l'ufage des nations antiques qu'elles
croient repréfenter , qu'il ne s'en trouve
entre l'ajustement d'un afiatique & celui
d'un petit-maître de la Cour de France.

I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Je ne citerai qu'un exemple , c'eft la ridicule
manière dont font habillés les acteurs
dans l'Andrienne , toutes les fois encore
que l'on joué cette comédie ; c'eſt l'extravagant
ufage que l'on a confervé dans le
traveftiffement du valet de l'homme à
bonne fortune , & c. & c . &c.
Mlle CLAIRON , à qui notre auteur
attribue la gloire d'avoir introduit cette
recherche du coftume , obtient encore de
lui celle d'avoir univerfellement répandu
le goût de la déclamation , qui eft devenu
l'amufement de nos plus brillantes fociétés.
Elles ont prefque toutes , dit M, Dorat
leur théâtre & leurs acteurs : nos femmes
ont quitté leurs navettes & leurs tambours
pourfeuilleter de jolis rôles ; & nos jeunes
gens , copiftes fidèles de ces Dames , font
moins bons cochers , mais bien meilleurs
comédiens.
>
Nous ne nous ingérerons pas d'apprécier
les degrés de perfection de ces élégans
cochers ; mais , en faifant quelques pas
dans Paris , nous ne pouvons nous empêcher
d'obferver que le nombre de ces
Meffieurs acteurs ne femble pas avoir diiminué
celui de ces Meffieurs cochers.
M. Dorat croit en conféquence avoir
faifi l'inftant le plus favorable pour recueillir
fes idées fur l'art de la déclamation
JANVIER 1767. 197
il ne cache pas que la rareté des ouvrages
didactiques parmi nous a été pour lui une
raifon de plus de hafarder celui - ci .
Il donne , dans la fin de cette préface ,
des réflexions fur le genre didactique en
poësie , penfées avec jufteffe & écrites avec
beaucoup d'érudition , ornées de ce ſtyle
brillant & non moins correct qui diftingue
tous fes ouvrages tant en profe qu'en
vers. Il termine , par la déclaration, d'une
parfaite impartialité , & telles font à
cette occafion les dernières lignes de fon
difcours. Je ne péfe & n'apprécie que le
talent. Ceux ou celles qui en manquent
peuvent fe difpenfer de me lire , pour peu
qu'ils aiment les éloges ou redoutent la
vérité.
Paffons au poëme , il eft divifé en trois
chants. La déclamation tragique fait le
fujet du premier. La comédie eft l'objet
du fecond chant , & le troifième eft confacré
à l'opéra.
PREMIER CHANT.
Voici comment l'auteur entre en matière
:
Peintre de la raiſon , toi qui , fur le Parnaſſe ,
Es l'oracle du goût , & le rival d'Horace ;
Dans l'art brillant des vers ta voix fut nous former :
Ma main trace aujourd'hui l'art de les déclamer.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
C'est à une jeune élève que le poëte
adreffe la parole dans tout ce chant. Nous
tranfcrivons le premier précepte qu'il lui
donne.
Vous qui voulez enfin fortir de vos ténèbres ,
Et ceindre le laurier des actrices célèbres ;
Renfermez ce defir , gardez de vous hâter :
Connoiffez le théâtre avant que d'y monter.
Il faut , il faut long- temps , plus prudent & plus
fage ,
Faire encore de votre art l'obfcur apprentiſſage ;
Et , pour vous épargner un trifte repentir ,
Confulter la raifon , & penfer , & fentir.
Si ce fage précepte eft jamais fuivi avec
exactitude , le public ne verra pas tant de
fujets fe préfenter à tout moment à fon
tribunal ; mais il y a à parier qu'il en verra
de meilleurs.
Le poëte trace enfuite l'idée d'un comédien
parfait d'après les diverfes métamorphofes
& tous les jeux furnaturels de Protée.
Ce morceau , qu'il faut lire en entier
dans le poëme , eft d'une adreffe fort ingénieufe
& de la plus agréable poéfie. De- là
on paffe aux règles que prefcrit l'auteur
pour former & pour perfectionner des
acteurs & des actrices tragiques fur toutes
JANVIER 1767. 199
les parties de ce difficile talent : règles
qu'il a foin d'embellir fans ceffe , par les
réflexions les plus fines , les images les
plus gracieufes & les détails les plus piquans.
En recommandant aux acteurs de ne fe
pas laiffer entraîner dans le pays étranger ,
il leur dit :
Votre talent , qu'enfin on fait apprécier ,
A Paris eft un art , & là n'eft qu'un métier.
En continuant de décrire les avantages
qu'une grande actrice trouve à Paris , il
termine par ces deux autres vers :
L'actrice renommée y brille en ſouveraine ;
Ses droits font dans nos coeurs , fon trône eft fur
la fcène.
Le poëte recommande un grand travail ,
une étude réfléchie des divers tours de la
langue. Une févère attention fur le caractère
de fes traits , de l'abord & de la
phyfionomie. Il prend occafion de - là de
payer à Mlle Gauffin le tribut d'éloges
qu'elle a mérités .
Sans ces charmes touchans , qui fondent votre
empire ,
Me rendrez-vous fenfible aux douleurs de Zaïre ,
Qui , dévorant l'ennui de fon coeur agité ,
Pleure au fein de fon Dieu l'amant qu'elle a quitté ?
liv
200 MERCURE DE FRANCE .
Ah ! Gaufin , que j'aimois ta langueur & test
grâces :
Tu défarmois le Temps enchaîné ſur tes traces ;
Il fembloit à nos yeux t'embellir chaque jour ,
Et refpecter en toi l'ouvrage de l'amour.
Le poëte paffe aux caractères plus férieux ;
il indique avec difcernement quel doit
être celui du vifage pour chacun de ces
divers rôles. Après avoir confacré quelque
vers à la deftruction des banquettes qui
embarraffoientautrefois la fcène françoife ;
après avoir fait fentir aux actrices le danger
des éloges que prodigue fouvent un
effain bourdonnant dans les foyers ; il leur
confeille de cultiver leur goût avec un
foin extrême , il prefcrit enfuite avec force
l'ufage du coftume .
Sans lui d'illufions la feène dépourvue ,
Nous laiffe des regrets & blele notre vue.
Ce précepte n'a jamais été mieux faivi
que dans la repréſentation de Guillaume
Tell , tragédie nouvelle , qui n'a été repréfentée
que quinze jours où trois femaines
après la publication de ce poëme. C'eſt
une juftice que nous devons aux comédiens
, & que nous defirons être fouvent
obligés de leur rendre .
JANVIER 1767. 201
L'auteur recommande enfuite l'étude
de l'hiftoire & de la fable ; il en fait paffer
avec autant de rapidité que d'agrémens
plufieurs tableaux fous les yeux . Par d'infenfibles
tranfitions il eft amené à peindre
& à pleurer feuc Mlle le Couvreur ; & de- là
à tracer deux excellens portraits des deux
plus excellentes actrices de nos jours.
Une actrice patut Melpomène elle - même
Ceignit fon front altier d'un fanglant diadême.
Dumefnil eft fon nom ; l'amour & la fureur
Toutes les paffions fermentent dans fon coeur :
Les tyrans à la voix vont rentrer dans la poudre ,
Son gefte eft un éclair , fes yeux lancent la foudre.
Quelle autre l'accompagne , & , parmi cent clameurs
,
Perce les flots bruyans de fes adorateurs.
Ses pas font mefurés , fes yeux remplis d'audace ,
Et tous les mouvemens déployés avec grace :
Accens , geftes , filence , elle a tout combiné
Le fpectateur admire & n'eft point entraîné ;
De fa fublime émule elle n'a point la flâme ,
Mais , à force d'efprit , elle en impofe à l'âme.
Quelle augufte maintien , quelle noble fierté !
Tout jufqu'à l'art chez elle a de la vérité .
Ici l'auteur du poëme paroît avoir adopté
une prévention , qui , pour être affez générale
, n'en eft pas pour cela inconteftable
202 MERCURE DE FRANCE.
que
ni inconteſtée ; nous voulons dire , pour
ne rien laiffer d'équivoque , à l'égard du
refus que l'on fait à Mlle Clairon de ce
feu , de cet inftinct lumineux que l'on
appe! l'âme & le naturel. Le poëte adreffe
enfuite à Mlle Dubois d'utiles leçons qu'il
paroît qu'elle avoit commencé à prévenir ,
& dont il eft à préfumer qu'elle profitera
dorénavant de plus en plus.
toi , dont tes attraits embelliffent la fcène ,
Toi , que l'amour jaloux difpute à Melpomene :
Séduifante Dubois , réponds à nos defirs ;
C'eft affez fommeiller dans le fein des plaifirs.
Ofe enfin te placer au rang de tes modèles ;
La Gloire te fourit & te promet des aîles !
Ofe , & prenant ton vol vers l'immortalité ,
Fixe , par le talent , l'éclair de la beauté.
Le poëte enfuite veut encourager l'actrice
, & l'exhorte à hafarder , lorfqu'elle:
aura dompté le parterre :
Le fublime a fouvent fes écarts.
Par fa fimplicité tantôt il nous étonne ,
Tantôt , armé d'éclairs , c'eft Jupiter qui tonne.
Après avoir engagé à confulter , à pénétrer
la nature , toujours fertile aux yeux
du génie , il veut infpirer aux acteurs l'idée
de la dignité de leur art. On ne fera pas
fâché de trouver ici comment le poëte
JANVIER 1767. 203
répond en peu de vers au philofophe qui
a groffi le nombre de fes paradoxes d'une
efpèce de déclamation contre le théâtre.
Je fais qu'un fage illuftre , un mortel renommé ,,
Qui hait tous les humains lorſqu'il en eft aimé ,
Du fond de fa retaite où l'univers l'offenfe ,
A fait tonner fur vous fa farouche éloquence.
Contre lui cependant je dois vous raſſurer :
Un fage n'eft qu'un homme , il a pu s'égarer.
Le monde à fes regards prend un afpect fauvage ;
Ne peut t-on s'en former ane riante image ?
Des crédules humains , précepteurs rigoureux ,
Pourquoi nous envier nos menfonges heureux ?
Ah ! laiffez -nous du moins une douce impoſture :
L'ingénieufe erreur embellit la nature ;
Et nous ôter nos arts , nos talens enchanteurs ,
C'eft ravir à la terre & fes fruits & fes fears.
Tous ces préceptes , tous ces confeils
font fuivis d'une éloquente & riche defcription
du temple de la tragédie. C'eft
un des endroits de ce poëme où l'auteur
a le plus déployé de poéfie , & nous ofons:
croire que tout lecteur nous faura gré delui
avoir fpécialement indiqué ce morceau,
qui termine très - bien le premier chant.
N. B. L'abondance des matières dans ce
volume nous contraint à remettre l'extrait
des deux autres chants au prochain Mercure..
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
MÉMOIRE HISTORIQUE.
ILL paroît des lettres - patentes du 13 septembre
dernier , par lefquelles Sa Majefté rend à l'églife
de Cambrai ceux de fes anciens priviléges qui
étoient compatibles avec l'exercice de la fouveraineté
du Roi : les mêmes lettres - patentes , en
uniflant aux Etats généraux du Cambrefis , la
Châtellenie du Cateau , confirment les franchiſes
de celle- ci , & lui procurent les avantages d'une
adminiſtration municipale , fans nuire aux droits
que les Archevêques de Cambray y ont toujours
exercés.
Les faits qui ont donné lieu à ces lettres-patentes
peuvent intérefler la curiofité de nos lecteurs , &
les marques de reconnoiffance que l'Archevêque
& l'Eglife de Cambrai ont données au Roi , à cette
occaſion , méritent d'être conſervées, dans un ouvrage
qui doit fournir un jour à nos hiftoriens
des matériaux & des mémoires utiles .
Les Evêques de Cambrai , déja feigneurs en
vertu d'une charte d'Othon I , donnée en 941 ,
à toutes les terres appartenantes à leur églife ,
étoient devenus , par un diplôme de Henry II,
donné en 1007 , feigneurs de la ville de Cambrai
& du Cambrefis ; & ce fief avoit peu à peu , comme
les autres fiefs de l'Empire , acquis.tous les droits
dont ceux- ci font encore revêtus , & que les publiciftes
allemands appellent droits de fupériorité
territoriale.
Mais comme il pouvoit fe commettre , contre
les terres de l'églife de Cambrai différentes
JANVIER 1767. 201
entreprifes qui demandoient une juftice plus
prompte que celle que l'on pouvoit alors obtenir
des tribunaux de l'Empire , les Empereurs avoient
accordé aux Comtes de Flandres une jurifdiction
vice- gérente de la leur , & leur avoient impofé
le devoir de protéger cette églife contre toutes
les injuftices qu'elle pouvoit effuyer , & qu'ils
étoient tenus de faire punir fuivant les loix de
l'Empire & le ftyle de la Chambre Impériale.
Cette obligation même n'étoit pas gratuite de
leur part ; il leur étoit payé pour cela un droit
nommé gave ou gavelle. A la fin du feizième
fiècle l'Empereur Maximilien I érigea en Duché
le fiege de Cambrai , dont les Archevêques ont
toujours depuis pris la qualité de Ducs de Cambrai
& de Comtes de Cambrefis : quant aux droits
temporels qu'ils exerçoient & dans le Cambrefis
& dans la Châtellenie du Cateau , ils étoient précilément
les mêmes que ceux de l'Evêque de
Liege & de tous les Évêques d'Allemagne qui
jouiffent de la qualité d'Etats immédiats de l'Empire.
Au commencement des troubles des Pays - Bas ,
Dinchy , Seigneur Flamand , s'empara de la citadelle
de Cambrai à l'aide des François qui favori
foient la révolte des Provinces Unies . Dinchy
ayant été tué , le fameux Balagny prit fa place
& s'y maintint pendant quatorze ans .
,
L'Archevêque , chaffé de fon Etat , en haine
des Espagnols , dont il étoit l'ami , implora longtemps
le fecours de Philippe II , & fit valoir
l'obligation où il étoit , comme Comte de Flandres
, de protéger cette églife. Enfin le Roi
d'Efpagne chargea le Comte de Fuentes de rétablir
l'Archevêque de Cambrai. Celui - ci leva des
troupes , les joignit à l'armée Espagnole . Cambrai
206 MERCURE DE FRANCE.
fut pris ; mais , par une trahiſon dont l'Eſpagne
n'a jamais diffimulé l'injuftice , le Comte de
Fuentes traita avec les habitans , & les engagea à
fe donner à S. M. C. au préjudice & des droits de
l'Empire & de ceux de l'Archevêque.
Celui ci , chaffé par cette invafion imprévue ,
ne ceffa de réclamer fon bien. Il négocia luimême
avec l'Espagne. Cette puiffance avoua publiquement
l'injuftice de fon ufurpation ; fit aux
Archevêques de Cambrai des offres de leur ren--
dre tout ce qui caractériſoit leur fupériorité territoriale
, & de ne fe réferver que la fouveraineté
appartenante à l'Empire. La fidélité de l'églife
de Cambrai ne lui permit pas d'accepter ces propofitions
, & les négotiations fur cette reftitution
demandée durèrent jufqu'à la guerre , qui fur
terminée par le traité de Nimégue , pendant laquelle
la ville de Cambrai fut conquife par le
Roi en perfonne.
Mais comme S. M. n'étoit en guerre qu'avec
l'Empire & l'Espagne , & n'avoit aucun fujet demécontentement
de l'Archevêque & de l'Eglife de
Cambrai , celle - ci , lors de la capitulation , réclama
fes priviléges , & le Roi promit d'écouter
favorablement fes remontrances.
A l'égard du Cateau Cambrefis , il n'étoit
point pallé fous la domination Eſpagnole , & avoit
continué d'appartenir aux Archevêques de Cambrai
; mais comme ceux-ci , affoiblis par la perre
de leur Etat , n'étoient pas affez puiflans pour
défendre cette Châtellenie , elle crut devoir fe
mettre fous la protection du Roi qui , en 1637 ,
lui accorda des lettres de fauve - garde elles furent
renouvellées en 1644 , & depuis ce temps- là les
Archevêques de Cambrai ont continué de jouir ,
fous la protection de la France , dans le Cateau
JANVIER 1767. 207
de tous les droits de fupériorité territoriale qu'ils
poliédoient également autrefois dans le Ducké
de Cambrai & le Comté de Cambrefis. Ainfi ,
Louis XIV ne conquit point la Châtelienie du :
Cateau , dont il s'étoit lui-même déclaré le protecteur.
Le traité de Nimégue ayant cédé à S. M. la
Ville & le Comté de Cambrai , les chofes reſtèrent
dans l'état où la conquête les avoit prifes.
Cambrai fut adminiftré par les Officiers du Roi ,
comme il l'avoit été par ceux du Roi d'Eſpagne ;
le Cateau Cambrefis continua d'être adminiftré
immédiatement par l'Archevêque.
Peu de temps après le traité de Nimégue M. de
Brias , alors Archevêque de Cambrai , vint à
Verfailles pour réclamer , de la juftice du Roi ,.
les droits de feigneurie temporelle qui appartenoient
à fon fiége . Il fut accueilli & comblé de
bontés par le feu Roi. Mais de nouvelles guerres
furvenues fufpendirent jufqu'à la mort de ce Prélat
la décifion qu'il avoit efpérée . M. de Fénelon ,
fon fucceffeur , difgracié peu après fon inftallation
, crut que fon refpect pour le Roi lui impofoit:
la néceffité de garder le filence & d'attendre le
retour de les bontés pour lui expofer fes demandes ;:
mais il obtint des Miniftres plufieurs décifions
qui maintinrent les franchifes de la Châtellenie
du Cateau. L'Abbé d'Eftrées , fon fucceffeur , ne
prit pas même poffeffion de fon fiege , & n'eut
pas le temps d'en connoître les droits . Le Cardinal
de la Trémoille vint enfuite ; mais occupé à
Rome des affaires de l'Etat , loin de pouvoir fe
mettre au fait des intérêts de fon églife , tout ce
qu'il put faire de mieux fur d'obtenir des lettres
de S. M. pour fufpendre la décifion de toutes les
affaires qui pouvoient l'intéreffer . Le Cardinal
208 MERCURE DE FRANCE.
Dubois le remplaça & obtint en 1723 des lettrespatentes
qui confirment les droits fur le Cateau
Cambrefis , & les priviléges de cette Châtellenie :
mais il demeura trop peu de temps à la tête de
fon églife pour examiner les titres relatifs au Duché
de Cambrai , & folliciter le rétabliffement
des droits qui y font attachés . Enfin , fous feu
M. de Saint-Albin , la conteftation s'engagea au
Confeil entre lui & le Procureur général au Parlement
de Douai ; mais ce Prélat , d'un caractère
trop facile , négligea d'en poursuivre le jugement ,
& fe contenta de faire des remontrances fur lef
quelles il n'a point été prononcé.
M. de Choiseul eft donc le premier Archevêque
de Cambrai auquel , depuis la paix de Nimégue ,
il ait été permis de remplir dans toute leur étendue
les devoirs que lui impofoit la dignité de fon fiege ;
mais , en s'adreffant au Roi , il n'a ni cru ni
voulu entamer ou fuivre un procès ; ainfi , laiffant
à l'écart l'inftance évoquée au Confeil fous
M. de Saint - Albin il s'eft contenté de faire
remettre fous les yeux de S. M. l'hiftorique de
l'églife de Cambrai & les titres qui juftifioient fon
ancien état . Il a dit : voilà ce que mes prédéceffeurs
ont poffédé ; Il reste à mon égliſe de vaſtes prétentions
; elles ont été mal entendues fi on a cru
qu'elles tendiffent à réclamer une fouveraineté ;
mais , de quelque nature qu'elles foient , je les
foumets toutes & à la juftice du Roi & à la fageffe
de fon Confeil . Je ne lui demande qu'un droit
public certain , & une adminiftration fixe qui me
mette en état de faire le bien ; car il faut du
moins m'indiquer mes droits pour qu'il me fois
poffible de remplir tous mes devoirs, Le Chapitre
de Cambrai s'eft joint à fon Archevêque , & atenu
le même langage : les requêtes de l'un & de l'autre
JANVIER 1767. 209
ont été imprimées , ainfi qu'un petit ouvrage intitulé
, difcuffion fommaire des droits de l'églife de
Cambrai. Nous avons pris dans ces écrits , qui
méritent l'un & l'autre d'être lus , le petit nombre
de faits dont nous venons de rendre compte , &
c'eft fur le vû des titres qui y font énoncés que
le
Roi donna dans fon Confeil des dépêches du 13
ſeptembre dernier les lettres - patentes dont nous
avons déja parlé , & dont le préambule porte
qu'elles font l'exécution de l'article V de la capitu.
lation de Cambrai , & la réponſe aux repréfentations
que le feu Roi avoit promis d'écouter : on
doit remarquer encore dans ce préambule le principe
dont le Roi eft parti , & qui fait le plus grand
honneur à la juftice ; c'eft que la fouveraineté
qui lui appartient fur la ville de Cambrai & fur
tout le territoire du Comté de Cambrefis & de la
Châtellenie du Cateau , loin d'anéantir les droits
de feigneurie temporelle qui ont toujours appartenus
aux Archevêques , doit , au contraire , l'en
rendre protecteur.
Ces lettres patentes ont été enrégiſtrées au
Parlement de Douai le 10 novembre , & le 14 ,
M. l'Archevêque de Cambrai fit fon entrée publique
dans cette ville en fa qualité de Duc & de
Seigneur temporel . Il alla defcendre à l'hôtel de
ville , où il fut reçu par le Corps du Magiftrat
chargé d'exercer fa jurifdiction ducale.
Le lundi 17 il préfida aux Etats généraux du
Cambrefis , où furent introduits & prirent féance
les députés des trois Ordres de la Châtellenie du
Cateau . Ces Etats font les premiers depuis l'inva
fion de 1595 , à la tête defquels l'Archevêque fe
foit trouvé. M. de Barlaymont n'envoya à ceux de
1597 , les premiers qui aient été tenus au nom du
Roi d'Espagne , que pour protefter contre l'irré
210 MERCURE DE FRANCE.
gularité d'une affemblée que lui & fes predéceffeurs
avoient toujours été en poffeflion de convoquer;
& , depuis cette époque , fes fucceffeurs
crurent également devoir s'en abftenir pour ne
point approuver la poffeffion des Rois d'Espagne ,
auxquels ils ne prêtèrent jamais ferment de
fidélité .
Nous finirons ce récit en tranfcrivant un acte
capitulaire par lequel , dès le lendemain de l'entrée
de M. l'Archevêque de Cambrai dans fa ville
métropolitaine , ce Prélat & fon Chapitre donnerent
à S. M. une marque publique de leur reconnoiffance
pour- fes bontés. Nous croyons que l'on
verra avec le même plaifir la lettre par laquelle
le Chapitre de Cambrai , en envoyant cet acte
capitulaire à M. l'Evêque d'Orléans , le prie de le
préfenter au Roi , qui l'a reçu avec bonté le 30 du
mois de novembre dernier.

EXTRAIT du régiftre des délibérations capitu
laires du Chapitre de l'Eglife Métropolitaine
de Cambrai. Du 15 novembre 1766 .
Ce jour , &c. M. l'Archevêque a dit que le principal
motif qui l'engageoit à venir prendre fa
place au chapitre étoit le defir de partager avec
lui la joie du bienfait qui reftitue à l'églife de
Cambrai une partie de fon ancien éclat , & lui
rend des prérogatives dont l'exercice ne paroît
avoir été fufpendu pendant une fi longue fuite
d'années que pour mieux prouver que , fous les
bons Princes , la durée d'un abus ne peut jamais.
lui fervir de titre. Que les marques de bonté
que le Roi a données dans cette occafion au fiege
de cette métropole méritent même une reconnoiffance
d'autant plus fignalée , que ladite églife
JANVIER 1767 . 211
ne pouvoit imputer qu'à une Puiffance étrangère,
la perte des priviléges qui lui font aujourd'hui
reftitués , & qu'elle ne manquera pas d'obſerver
que , dépouillée autrefois de fa dignité par des
Princes qui n'avoient que le droit de la défendre ,
elle doit aujourd'hui fon rétabliffement à fon légitime
Souverain & à l'augufte héritier d'un Monarque
qui avoit fur elle le droit de conquête : que
les lettres- patentes du 13 feptembre dernier , dont
la communication a déja été faite audit Chapitre ,
n'étoient pas au furplus la feule grace dont il eûr
à remercier S. M. & qu'il alloit être inftrait par
une lettre de M. l'Evêque d'Orléans , écrite à
Compiegne le ſeptembre dernier , d'une autre
faveur purement gratuite , par laquelle le Roi a
voulu procurer à l'églife de Cambrai la décoration
& les embelliflemens dont elle eft fufceptible , &
aux Archevêques de cette ville , l'agrément d'une
habitation plus convenable. Mgr l'Archevêque de
Cambrai a ajouté que dans de pareilles circonftances
il n'avoit pas befoin d'exciter la fenfibilité
d'un corps dont il connoît le zèle & la gratitude ;
mais qu'il croyoit devoir lui propofer de les exprimer
d'une manière qui pût être un monument
durable & des graces de S. M. & de la tendre &
refpectueuse reconnoiffance dont l'Archevêque &
le Chapitre font pénétrés pour le meilleur & le
plus jufte des Rois. Mondit Sgr l'Archevêque a
enfuite invité le Chapitre à fonder à perpétuité
dans l'églife métropolitaine de Cambrai une meffe
folemnelle qui fe célébrera tous les ans pour la
confervation de la perfonne facrée de S. M. pour
ceile de fon augufte famille & pour la prospérité
de fon règne.
Sur quoi lecture faite & des lettres-patentes du
13. feptembre dernier , & de la lettre de M. l'Evê
212 MERCURE DE FRANCE.
que
que d'Orléans , en date du feptembre dernier ,
dont M. l'Archevêque a bien voulu qu'une copie
fût remife dans les archives du Chapitre , MM. les
Chanoines capitulans ont tous opiné par acclamation
& unanimement arrêté que pour donner
au Roi un témoignage de l'amour & de la reconnoiffance
dont ils font pénétrés pour la perfonne ,
& immortalifer , s'il eft poffible , l'hommage de
leur refpect & de leur fidélité ; il fera tous les
ans célébré le 15 février , jour de la naiffance de
S. M. dans l'églife métropolitaine de Cambrai ,
une melle folemnelle pour la confervation de fa
perfonne facrée , pour celle de fon augufte famille,
& pour la prospérité de fon règne ; & qu'à ladite
melle feront invités le Corps du Magiftrat & toutes
les communautés laïques & eccléfiaftiques , féculières
& régulières de ladite ville de Cambrai. A
arrêté en outre ledit Chapitre qu'une expédition
en forme de la préſente délibération , fera envoyée
à S. M. comme un tribut également offert & à
fa piété , & à la bienfaiſance . Fait & délibéré
dans le Chapitre de Cambrai les an & jour fufdits
, & ont figné , &c.
LETTRE du Chapitre de Cambrai à M. l'Evêque
d'Orléans. A Cambrai , le 16 Novembre 1766,
MONSEIGNEUR ,
C'eſt par vous que le Roi a fait paſſer juſqu'à
nous une partie des graces qu'il a bien voulu ac--
corder à notre égliſe , il eſt juſte que ce foit auffi
par vous que notre reconnoiffance remonte jufqu'à
lui. Daignez , Monfeigneur , préfenter & faire
agréer S. M. l'acte capitulaire dont nous vous
envoyons une expédition en forme. L'hommage
JANVIER 1767. 213
de reſpect , d'amour & de fidélité que nous ofons
lui préfenter convient également & à la piété du
Maitre auquel il eft offert , & au caractère de ceux
' qui , comblés de fes bienfaits , ne peuvent lui
témoigner leur reconnoiffance que de la manière
dont ils la témoignent à Dieu même.
Nous fommes , &c .
M
AVIS DIVER S.
EAU de Mde de VILLARS.
ADAME de Villars débite , avec privilége ,
une Eau dont l'ufage intérieur lève les obftructions
& les embarras des viſcères & guérit les maladies
cutanées , telles que dartres , tumeurs , & c. elle
produit de très-bons effets dans les fleurs - blanches,
les fuites des laits répandus , les pâles couleurs &
les fuppreffions des règles : elle lave & purifie le
fang , fond les glaires de l'eftomac , chafe les
vents , facilite la digeftion & donne de l'appétit.
Les marins , ceux qui habitent les côtes de la mer
ou les climats chauds , tels que ceux de nos colonies
, préviendront par fon ufage le fcorbut . Cette
Eau opère particulièrement par les urines & par
la tranfpiration infenfible : elle ne purge pas &
n'oblige a aucun régime défagréable & affujettif
fant . Elle eft claire & n'a aucun goût : elle fe
garde & fe tranfporte fans fe corrompre & fans
perdre de fes vertus,
Cependant , pour éviter les frais & les embarras
des longs voyages , on fournit aux perfonnes de
province & aux étrangers une poudre avec laquelle
214 MERCURE DE FRANCE .
on la fera facilement & promptement , en fe conformant
à la méthode prefcrite dans l'imprimé
que l'on donnera avec cette poudre . Mde de Villars
demeure à Paris , rue Pavée- Saint - Sauveur
près la rue Françoife . Elle prie les perfonnes des
provinces & les étrangers d'affranchir leurs lettres.
C. DE MONGERBET , ancien Médecin du Roi.
>
ON donne avis au public que la Dame Oudin ,
par privilége du Roi , a feule le droit de vendre
& diftribuer le Syrop fondant & purgatif , dont la
principale vertu eft de purifier parfaitement la
maffe du fang. Elle diftribue auffi le Syrop univerfel.
>
Ce remède a la vertu auffi de guérir plufieurs
fortes de maladies , comme hydropifie naiffante
ou formée , pleurélie , fièvres continues tierces
ou quartes , & la jauniffe , maux d'eſtomac
femmes enceintes , pertes de fang , laits répandus
& pour les nourrices , &c.
>
Les perfonnes qui fouhaiteront faire ufage du
remède auront la bonté de venir chez ladite Dame
Oudin , demeurant rue des Boucheries , fauxbourg
Saint Germain ; elle donnera des imprimés qui
détailleront l'ufage que l'on doit faire du remède
ainfi que les différentes maladies qu'il peut guérir ;'
elle prévient auffi que toutes les perfonnes qui
voudront lui faire l'honneur de lui écrire , foit de
la province ou de Paris , pour la confulter , auront
la bonté d'affranchir leurs lettres ; & , dans le cas
où il feroit abfolument néceſſaire qu'elle fe transportât
chez elles , de lui fournir des voitures pour
aller & venir à leurs dépens.
Son remède eft certain & fait tous les jours
des cures admirables .
Le fieur Bonvallet ci - devant le diftribuoit avec
tout le fuccès imaginable.
JANVIER 1767. 215
1
ERRA T A.
On a lu dans le fecond volume du Mercure
d'octobre dernier , page 197 : le Roi & la Famille
Royale ont figné le II mai le contrat de mariage
du fieur de Pont , Intendant de Bourbonnois
avec la Demoiſelle fille du fieur Guimond de la
Touche , Intendant des Menus - Plaiſirs du Roi,
lifez l'Efcureul de la Touche.
AP PROBATIO N.
>
' AI lu , par ordre de Monfeigneur le Vice-
Chancelier , le premier volume du Mercure du
mois de Janvier 1767 , & je n'y ai rien trouvé quipuiffe
en empêcher l'impreffion. A Paris , ce premier
Janvier 1767 . GUIROY.
TABLE DES ARTICLES.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
V ERS libres à l'imitation d'Horace.
SUITE de la traduction de l'Anti- Lucrece.
VERS écrits au dos d'un valet de coeur.
CHANSON , traduite de l'anglois.
LETTRE à M. de la Place.
MADRIGAL à M. François.
PORTRAIT de Mde la D. de C******* .
EPITRE à M ***.
A M. Pomme , Médecin .
Page 5
12
18
19
20
34
Ibid.
35
39
ANECDOTES Concernant le grand Vifir Topal
Ofman.
216 MERCURE DE FRANCE.
ROMANCE.
A une Dame qui ſe plaignoit d'avoir les yeux
échauffés,
COMBIEN les premiers mouvemens font à
craindre. Nouvelle.
SI
Ibid.
MADRIGAL àJulie, qui m'a donné un coeur d'or.56
ÉNIGMES.
LOGOGRYPHES.
57
60
LEONORE D'URGEL , romance hiftorique. 65
ARTICLE II. NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MESLANGES intéreflans & curieux , ou abregé
d'hiftoire naturelle , morale , civile , & c. 70
ODES nouvelles . & autres poélies ,
PIERRE LE GRAND , tragédie.
& c. 82
98.
NOUVEAU Dictionnaire hiftorique portatif. 104
ANNONCES de Livres. 109
ARTICLE III . SCIENCES ET BELLES - LETTRES.
ACADÉMIE S.
ACADÉMIE S.
MÉDECIN E.
ARTICLE IV. BEAUX
ARTS UTILES. CHIRURGIE.
Avis aux jeunes Chirurgiens .
ARTS AGRÉABLES.
PEINTURE - Gravure .
LES Métamorphofes d'Ovide.
MUSIQUE.
ARTICLE V. SPETACLES.
OPÉRA.
COMÉDIE Françoiſe.
LETTRE à M. de la Garde.
COMÉDI Italienne.
CONCERT Spirituel.
139
161
ARTS.
163
164
166
172
176
178
181
187
188
MÉMOIRE hiftorique .
Avis.
LA Déclamation Théâtrale , poëme didactique. 190
204
213
De l'Imprimerie de LOUIS CELLOT, rue Dauphine .
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
JANVIER 1767.
SECOND VOLUME
Diverfité , c'est ma devife. La Fontaine.
Cain
A PARIS ,
-JORRY , vis - à - vis la Comédie Françoiſe.
PRAULT , Gquai de Conti.
Chez DUCHESNE , rue Saint Jacques.
CAILLEAU , rue du Foin .
CELLOT , Imprimeur, rue Dauphine .
Avec Approbation & Privilege du Roi.
+
AVERTISSEMENT.
LEE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier - Commis
au Greffe Civil du Parlement Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'eft à lui que l'on prie d'adreffer
francs de port , les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie littéraire ,
à M. DE LA PLACE , Auteur du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36fols ;
mais l'on ne payera d'avance , en s'abonnant
, que 24 livres pour feize volumes ,
à raifon de 30 fols piece.
Les perfonnes de province auxquelles
on enverra le Mercure par la Pofte
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant & elles les recevront
francs de port.
د
Celles qui auront d'autres voies que
la Pofte pour le faire venir , & qui prendront
les frais du port fur leur compte ,
ne payeront comme à Paris , qu'à raison
de 30 fols par volume , c'est-à- dire , 24 liv.
d'avance , en s'abonnantpourfeize volumes.
A ij
Les Libraires des provinces ou des pays
étrangers , qui voudront faire venir le
Mercure , écriront à l'adreſſe ci- deſſus.
On Supplie les perfonnes des provinces
d'envoyerpar la Pofte , en payant le droit ,
leurs ordres , afin que le paiement en ſoit
fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affranchis
refteront au rebus.
On prie les perfonnes qui envoient des
Livres , Eftampes & Mufique à annoncer ,
d'en marquer le prix.
Les volumes du nouveau Choix des Pièces
tirées des Mercures & autres Journaux , pàr
M. DE LA PLACE , fe trouvent auffiau Bureau
du Mercure. Cette collection eft compofée
de cent huit volumes. On en a fait
une Table générale , par laquelle ce Recueil
eft terminé , les Journaux ne fourniſſant
plus un affez grand nombre de pièces pour
le continuer. Cette Table fe vend féparément
au même Bureau , où l'on pourra fe
procurer quatre collections complettes qui
reftent encore.
Love
MERCURE
DE FRANCE.
JANVIER 1767.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
COMPLIMENT de bonne année à ungrand
Seigneur.
LE mois od règne le verfeau ,
Depuis long-temps , Seigneur , excite mon envie.
Né fous fon froid afpect , j'ai beau ,
Dans la balance de ma vie ,
* Janvier.
Á iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Le voir , à chaque fois , jetter un poids nouveau
Qui la fait , par degrés , pencher vers le tombeau;
Son approche toujours rend mon âme ravie ,
Et des mois le plus trifte eft pour moi le plusbeau.
Que tous les ans , Janus , par fon retour , me
marque
Les jours déja nombreux que m'a filés la Parque ;
Peu m'importe , Seigneur ; je ne compte que ceux
Où , grace à ce retour heureux ,
Un antique & flatteur ufage
Me permet de porter à vos pieds l'humble hommage
De mon refpect & de mes voeux.
Par un Chanoine de Melun.
ENVO I.
D'UNE mufe obfcure & fauvage ,
Inconnue à tout l'univers ,
A qui jadis le charme de vos vers
Donna le goût du lyrique langage
Daignez , Seigneur , agréer les eЛlais.
Si fon talent , fi fes fouhaits
Avoient le bonheur de vous plaire ,
Jamais enfant , reconnu par fa mère ,
N'aura fenti des tranfports plus parfaits.
* Voyez les poéfies de M. V... de B...
JANVIER 1767. 7
VERS à un Grand Vicaire de NEVERS.
SAGE & bon ami , vos bontés
Vivent toujours au fond de ma mémoire.
Toujours fur cet objet mes yeux lont arrêtés ;
Et mon efprit , fouvent à vos côtés ,
Se promène aux bords de la Loire.
De notre coeur les premiers fentimens ,
Cher D... font inaltérables :
Jamais l'abfence ni le temps
N'en couvrent tout- à- fait les traits ineffaçables.
Ceux qui viennent après , quoique plus agréables ,
Ne s'impriment que foiblement ;
Et leur empreinte , peu durable ,
Reffemble au trait deffiné fur le fable
Que Zéphire efface en paffant.
Par l'ancien Curé des Amognes.
A iv
S MERCURE DE FRANCE.
EPÎTRE d'un Vieillard à ſon Fils , adreſſée
à celui- ci lejour de fon mariage.
TuU vas donc le former ce noeud cher à ton
coeur?
O mon fils je ferai témoin de ton bonheur !
Mon plus beau jour ſe lève au déclin de mon âge.
Mais avant que l'hymen dans fes liens t'engage ,
Avant de prononcer le ferment folemnel ,
Viens t'attendrir encor dans le fein paternel ;
A cet objet aimé , que la vertu décore ,
Laiffe -moi dérober quelques momens encore :
Ce larcin m'eft permis , à moi qui dans ce jour
Cède , fans murmurer , tant de droits à l'amour !
Des confeils dont les foins ont nourri ton enfance
J'ai vu germer le fruit dans ton adolefcence :
Mes devoirs font remplis , je t'ai fait vertueux ;
L'hymen fera le refte en te rendant heureux.
Mais , Dieux ! que de dangers entourent l'innocence
!
O mon fils ! entraîné dans un monde enchanteur ,
Que toujours la vertu veille fur ton bonheur.
Dans ce monde pervers , théâtre de licence ,
Le mot eft la pudeur , la chofe eft l'indécence :
On le fouftrait aux moeurs , & chacun les prefcrit ;
On adniet la fageffe , & le fage eft profcrit.
JANVIER 1767. 9
De tes premiers devoirs , le plus cher à ton âme ,
Le plus facré pour toi , fera d'aimer ta femme;
De la fidélité ta bouche avec candeur
Va jurer le ferment déja fait dans ton coeur .
Mais n'ofer fe livrer qu'à des feux légitimes !
Jufques-là de l'ufage oublier les maximes !
Te donner le travers de garder ton ferment !
Epoux , faire éclater les tranſports d'un amant !
Ah ! tes amis bientôt t'en feront un fcrupule ,
Et tu les entendras crier au ridicule.
Quel inftant ! quel danger ! pardonne mon effroi ,
Ce moment eſt le feul où je tremble pour toi.
La vertu fut toujours ta compagne fidelle :
Tu la fuis par amour , ton coeur est fait pour elle ;
Mais mille honnêtes gens qui n'en eurent jamais ,
Mille effrontés railleurs te lanceront leurs traits
A leurs ris infolens oppofe le courage ,
La fermeté modefte & le fang froid du fage ;
Point de refpect humain , fa voix nous affervit ;
On n'a plus de vertus fitôt qu'on én rougit .
Tu defiras long - temps ces titres qu'on révère
Ces beaux titres d'époux , de citoyen , de père.
Chacun d'eux te prefcrit des devoirs importans ,
Devoirs liés entr'eux , quoique tous différens :
L'honnête homime le fait ; fon coeur , pour les
connoître ,
Pour les aimer fur- tout , n'a pas beſoin de maître
A v
MERCURE DE FRANCE.
L'art eft de les remplir , art trop peu cultivé ,
Dont l'utile fecret au fage eft réſervé.
Tel , pour eux embrâfé d'un véritable zèle ,
Souvent dans leur pratique ou fuccombe ou chancelle;
A tous enſemble il veut follement fe livrer ,
Et fon aveugle ardeur ne fert qu'à l'égarer.
Que chez toi la raifon , lamour & la nature ,
Sources de tes devoirs , en réglent la meſure
Je ne t'indique point quand ils viendront s'offrir ,
Le cri feul de ton coeur te le fera fentir.
On doute du bonheur. Le fombre moraliſte ,
A fes chagrins livré , ne veut point qu'il exiſte ::
Il ufe fes crayons & fa noire couleur
A tracer l'infortune & peindre la douleur.
Héraclite infenfé , fuperbement bizarre ,
En nous montrant nos maux , non tu n'es qu'un
barbare ;
Tu groffis les objets à notre oil affligé ;
L'homme eft moins malheureux que tu ne l'as
jugć.
Tu l'ofes condamner à d'éternelles larmes !
Ah ! de l'hymen jamais tu n'as connu les charmes !
De deux tendres époux unis par le penchant ,
Viensvoir , viens contempler le fpectacle touchant;
Interroge leurs coeurs , lis au fond de leurs âmes ,
Confulte leurs plaifirs , leurs tranſports & leurs
flammes ;
JANVIER 1767. 11
Et , fi dans ce moment rien ne parle à ton coeur ,
Si tu n'es pas ému , ne crois point au bonheur,
Il n'eft pas fait pour toi rebut de la nature
Evite fon afpect , le tien lui fait injure.
Sur les ormes touffus , carrelés des zéphirs ,
Tandis que mille oifeaux vont chanter leurs plaifirs ,
Dans le creux d'un rocher , fa retraite ordinaire ,
On entend murmurer le hibou folitaire ;
Et le timide agneau qui paiffoit à l'entour ,
S'éloigne avec effroi de ce trifte féjour.
Je fais que trop fouvent , fur le tendre hymenée ,
L'adverfité répand fa coupe empoisonnée.
L'homme ifolé foutient aisément fes malheurs ;
Mais , Dieux qu'il eſt affreux de voir couler les
pleurs ,
De fentir les tourmens d'une époufe qu'on aime ,
Et d'enfans malheureux qu'on préfère à foi- même !
Dans ce moment cruel , ô vertu , viens , accours !
Pour foutenir ce choc il faut tout ton fecours.
Tu verferas dans l'âme , à qui tu fers de guide ,
Au lieu du défeſpoir , un courage intrépide ;
Par toi bravant du fort les caprices divers ,
Elle paroîtra ferme au milieu des revers.
Que dis -je ? en ce moment , au-deffus des alarmes ,
Pour elle les combats auront même des charmes.
Tel eft de la vertu le trait impérieux ,
Il porte le plaifir au fein des malheureux !
Oui , malgré les chagrins attachés à la vie ,
Un époux philofophe eft digne cncor d'envie..
A vj
12 MERCURE
DE FRANCE.
J
Mais pourquoi te tracer l'image des foupirs ?
Fixe les yeux , mon fils , fur celle des plaifirs :
Ils nous font préſentés des mains de la nature
L'amour les fait éclore & l'hymen les épure :
Va fous l'aufpice heureux de ces Dieux bienfaiteurs
,
Au fein de la fagelle , en goûter les douceurs.
Unique objet des voeux d'une épouse fidelle ,
Heureufe par toi feul , toi-même heureux par elle ,
Livre-toi , fans rougir , à ces chaftes élans ;
La volupté de l'âme eft le charme des fens .
O couple vertueux ! vos tranfports , vorre yvrelle
Me rendront chers encor les jours de ma vieilleſſe.
J'y verrai le tableau des plaiſirs innocens
Dont l'hymen autrefois embellit mon printemps ;
Et ce retfoavenir , mêlé de mille charmes ,
Avec douceur encof fera couler mes larmes.
Mais déja l'heure approche où tu dois à l'autel
Du ferment le plus faint prendre à témoin le Ciel.
Mon fils ! l'hymen va donc t'arracher à ton père !
Quel trouble me faifit ? Dieux ! mon coeur fe
refferre !
Noeuds formés fous mes yeux , liens que je chéris ,
Enchaînez , mais du moins confervez- moi mon fils!
S'il alloit m'oublier fi jamais fon épouse ,
Des tendreffes du fang alloit être jaloule ?
Je frillonne ! ... que dis-je , & quel affreux foupçon
Veutrépandre en mon coeur fon dangereux poison?
JANVIER 1767. ་ }
Mon fils , tu t'attendris ! pardonne cette injure ;
Va , je ne crains plus rien , ta vertu me raflure.
Un plus doux avenir flatte aujourd'hui mes voeux.
ô plaifirô jour encor heureux !
O natur
nature
Une feconde fois je vais devenir père....
Mon fils va l'être ! O Ciel , prolonge
ma carrière !
Mais , hélas ! je renaîs pour rentrer au tombeau ,
Et je vois mon cercueil à côté d'un berceau ! ....
Jeune enfant, cher objer des voeux de ma vielleſſe,
Ah ! du moins , que fur toi j'épuife ma tendreſſe !
Que je puiffe , en mourant , te ferrer dans mes
bras !
J'oppoferai ce charme aux horreurs du trépas ;
Il fufpendra mon âme heureux , fi ton fourire
De mes derniers inftans précède le délire !
:
Par M. MUGNEROT.
EPITRE à Mlle BEAUMESNIL.
SUIS - JE UIS - JE au Pinle , fuis - je à Cythère ?
J'entends , j'admire , je révère
Et les talens & la beauté.
Non , le temple de l'harmonie
N'a plus befoin de la magie.
Pour orner la réalité.
Quoi les Mufes avec les Graces ,
Vénus , embelligent ta cour !
#4 MERCURE DE FRANCE .
L
Quoi ! dans leurs bras ou fur leurs traces
Se fixe le volage amour !
Ce Dieu jouant avec Thalie ,
Charmé des fons de Polymnie ,
Bientôt voltige fur les pas
De la légère Terpsichore ,
Et tour à tour imite , adore
Tous les talens , tous les appas.
Non , ce n'eft plus d'après la fable
Que deffine ici mon pinceau ;
O jour charmant ! jour mémorable !
Un prodige rend véritable
L'heureux fujet de ce tableau .
Beaumefnil , c'est toi qui m'éclaires :
Tu viens , & perces les myſtères
Qui voilent le féjour des Dieux .
Tu viens tout fe peint à mes yeux :
Je vois le Parnaffe & Cythère ,
Leurs concerts , leurs appas ,
Les Mufes , l'amour & fa mère.
Quel charme manque à la beauté ,
Quand fous tes traits la vérité
Sans foins , fans art & fans parure ,
Offre dans chaque mouvenient
Une grace de la nature
Et l'image d'un fentiment ?
leurs jeux ,
Tendre , égale , jeune & brillante ,
Ta voix eft l'image parlante
De tes attraits fi ravillans;
JANVIER 1767. **
C'est le réveil de Philométe
Qui chante Flore & le printemps :
Les amours chantent avec elle :
Tout prend une âme à fes accens .
Que j'aime à te voir dans Sylvie
Vanter la douce liberté ! ·
Ton coeur en paroît enchanté :
Pourquoi donc nous l'as-tu ravie ?
Au ton plus noble de ta voix
Bientôt chaque Nymphie s'empreſſe
De fe couvrir de fon carquois
Et croit entendre la Déeffe
Dont elle révère les loix.
Mais quels accens !... Sylvie , arrête !
Quoi , ta main barbare s'apprête
A punir res douces erreurs !
Arrête , Sylvie , ou je meurs !.
Dieux le coup menace ta têtẻ !
Il a déja frappé nos coeurs.
Mais enfin , laiffant fur la scène
La dignité de Melpomène ,
De l'amour tu prens tous les traits ;
Enfant , tu ris , ou tu careffes :
Dieu puiffant , tu charmes , tu bleſſes ::
Tu tiens de lui tous fes fecrets .
Ah , Beaumefnil ! dès ton aurore ,
Dans l'âge où foi - même on s'ignore
Quel triomphe t'eft préparé !
Tes talens & ton art magique
"
16 MERCURE DE FRANCE.
Vont rendre à la fcène lyrique
Le goût du public égaré.
Vole fans crainte à la victoire :
Le Dieu des plaifirs & la Gloire
Te couronneront tour à tour.
Combats , & l'envie eft foumiſe :
Combats & prens pour ta devile
Les talens , la beauté , l'amour.
LA PIPE E.
CHANSON MORAL E.
ITOT que le foleil baiffe
Colas va fous les ormeaux ,
Tous les foirs , pour ſa maîtreſſe ,
A la chaffe des oifeaux.
Là , tapi dans l'herbe épaiffe ,
Il contrefait à propos
Les pipis de chaque eſpèce
Mêlés aux cris infernaux
De la chouette qui preffe
Un jeune effain de moineaux .
L'écho lui répond fans celle ,
L'écho double fes pipeaux.
Tout le peuple aîlé s'abaiffe
Soudain fur les arbrilleaux ,
Cherchant avec hardielle
L'ennemi de fon repos :
JANVIER 1767. 17
Colas redouble d'adreſſe ,
L'attire fur les fameaux ,
Où , fans que rien y paroiffe ,
Il a pofé des gluaux ;
Et bientôt , dans la trifteffe ,
Merles , pinçons & linots ,
Pris à la branche traîtreffe ,
Ne chantent plus que leurs maux.
Colas , tout joyeux , les laiffe ,
Fait un figne ; & des côteaux ,
Colinette , avec vîtelle ,
Revient avant fes troupeaux.
Il lui conte fa prouelfe ;
Et , pour prix de ſes travaux
Prend le baifer de promeffe
A chaque couple d'oifeaux.
Mais la plus fimple careffe
A l'amour fert de pipeaux :
Au premier moment d'yvreffe
La belle eft dans fes gluaux !
Par M. J.... de Troyes.
18 MERCURE DE FRANCE.
VISION critique , traduite de l'anglois ,
d'ADISSON.
JE
:
me promenois dernièrement au jardin
de Lincolfin . La folitude eft la mère des
réflexions bientôt je m'y abandonnai.
Ma vie paffée fut ce qui m'occupa d'abord ;
je confidérai avec chagrin combien peu
j'avois gagné dans le monde en fortune
& en célébrité , tandis qu'une infinité
d'autres , bien plus jeunes que moi , étoient
montés , par une élévation fubite , au faîte
des honneurs & de l'opulence. Je m'endormis
, au milieu de mes rêveries , en
murmurant fut la diftribution inégale des
biens auxquels les hommes attachent leur
bonheur. Voici le fonge qui me vint à la
fuite de ces idées.
L'azur d'un beau ciel avoit attiré mes
regards , & je les portois vers cette contrée
que l'on nomme la balance , quand toutà-
coup une lumière extraordinaire me
parut en fortir. L'inftant après , cet aftre
s'inclina fur la terre , & j'apperçus au milieu
d'une gloire l'ombre d'une femme ,
ou plutôt d'une divinité , dans laquelle ,
aux emblêmes qui l'environnoient , je reJANVIER
1767. TO
connus la Justice . Sa contenance étoit aufli
majestueufe que terrible , mais elle étoit
d'une beauté parfaite pour l'oeil qui pouvoit
la fixer. Son fourire étoit raviffant ,
mais fon regard févère infpiroit l'épouvante
& le défefpoir. La Déeffe tenoit un
miroir ; c'étoit celui de la vérité , qui jettoit
de temps en temps une lumière aifée
à diftinguer. Elle le faifoit mouvoir dans
fa main , & le ciel , l'air & la terre foudain
étoient éclaircis. Bientôt elle defcendit
affez près de la terre pour être vue &
entendue des mortels étonnés. Mais , pour
leur rendre fa préfence foutenable , elle
s'enveloppa dans un nuage à travers lequel
on découvroit tout l'éclat de fa pompe ,
agréablement mêlangée avec les ombres
& nuancée des plus vives couleurs.
A cette apparition le monde entier fut
allarmé , les mortels effrayés fe raffemblèrent
dans une vafte plaine ; & déja
toute la race humaine fembloit être devant
mes yeux, lorfqu'une voix fe fit entendre
& annonça que la Déeffe venoit faire rendre
à chacun tout ce qui lui appartenoit ,
& difpofer convenablement du refte. La
multitude demeura partagée entre le chagrin
& la joie , entre l'efpérance & la
crainte.
Un décret fut alors publié , portant que
20 MERCURE DE FRANCE.
les prétentions aux richeffes & aux différentes
dignités fuffent laiffées exclufivement
à ceux qui y avoient réellement des
droits. Les habitans de la terre fe hâtèrent
de montrer les titres de leurs poffeffions ,
ainfi que de leurs qualités en parchemin ,
en papier , en cire & fous mille autres
formes : ce qui produifit bientôt une ſcène
fort fingulière , & d'autant plus amufante ,
que les rayons du miroir qui éclairoient
l'affiftance , occupée à l'examen de ces titres,
ayant la fingulière propriété d'échauffer
fortement tout ce qui étoit contrefait ou
fuppofé , on ne voyoit de toutes parts
que des fceaux fondus , des parchemins
qui craquoient en fe confumant , des papiers
enflammés , & d'autres fur lesquels
le feu brûloit rapidement en épargnant
tout au plus quelques lignes.
Le miroir circulant enfuite & portant
la clarté jufque dans la nuit des lieux
les plus retirés , mit en évidence un nombre
prodigieux de titres & d'écrits perdus ,
enfouis & égarés , foit par la main des
âges , foit par l'effet du hafard ou de la
malice des hommes : la Déeffe , au même
instant , fit recueillir en un feul tas tous
les produits de la concuffion , de la fraude
& des vols qui s'étoient commis fur la
terre ; ce tas touchoit prefque la nue. Elle
1
JANVIER 1767. 21
invita toutes les perfonnes léfées à y aller
reprendre leur bien ; & , dans l'inftant
on vit une foule de malheureux dépouiller
des millionnaires , & ceux- ci fe revêtir
des haillons des premiers.
Un fecond décret ordonna à chaque
individu du genre humain de fe rejoindre
à fa famille , & à chaque enfant d'aller
chercher fon propre père : nouveau mouvement
produit dans l'immenfe affemblée
par
le miroir de vérité , dont les rayons ,
en échauffant l'inſtinct naturel des enfans ,
les conduifit involontairement , dans l'inſtant
même , & par une force inconnue ,
vers leurs véritables parens. Ce fpectacle
me plut beaucoup . Ici , l'héritier préſomptif
d'une grande maifon demandoit au
cocher la bénédiction paternelle ; plus
loin , une beauté célèbre alloit baifer refpectueufement
la main d'un laquais de fa
mère ; des pères , dont la famille étoit
nombreuſe , fe trouvoient tout- à- coup fans
enfans , tandis que d'autres fe voyoient
environnés de la plus nombreuſe poſtérité .
Un femblable bouleverſement fembloit
promettre bien des larmes. Non , le mal→
heur étoit commun , & ceux qui perdoient
leurs enfans avoient du moins la confola
tion de les voir ceux de leurs meilleurs
ami
22 MERCURE DE FRANCE.
On proclama le troifième decret , par
lequel toutes les dignités étoient adjugées
au mérite. Les plus beaux , les plus forts
& les plus opulens s'avancerent bien vîte ;
mais , éblouis par l'éclat du miroir réflé
chiffant fur leur vifage , ils fe perdirent
dans la foule ; & le petit nombre des
vainqueurs fut placé au centre de l'affemblée
en trois divifions , compofées l'une
des perfonnes vertueufes ; l'autre des gens
de lettres ou des favans de chaque genre ;
La derniere des hommes d'Etat , faits
pour les grands emplois , civils & militaires.
On ne pouvoit regarder les premiers ,
fans une forte de vénération ; leur extérieur
étoit ferme , affuré ; mais adouci
les traits de l'humanité. J'apperçus cependant
que plufieurs d'entr'eux étoient
inconuus à la multitude , & même à leurs
pareils.
par
Dans la feconde divifion , on difputoit
fur la prééminence . La décffe en décida :
les vrais génies eurent le premier rang ;
après eux , ceux que la lecture & les travaux
d'autrui avoient rendus célèbres ; à
la queue , les beaux efprits fans jugement ,
les favans fans goût , & les compilateurs
de toute efpèce. J'eus même le plaifir de
voir affez mal accueilli certain corps affez
JANVIER 1767 . 23
nombreux , qui faifoit bande à part , &
demandoit le premier rang dans la première
c'étoient des grammairiens , des
commentateurs , des critiques , des éditeurs.
La déeffe indignée , les condamna
à prendre la livrée des favans , & à marcher
très-humblement à la fuite de leur
colonne.
L'ordre de la troifième divifion ſe forma
fans tumulte . Les militaires , fans façon
, fe placèrent au premier rang. Les autres
n'étoient pas contens , mais en même
temps trop prudens pour leur rien contefter
en face. Sur quoi je fit bien des réflexions
dont je pourrai peut-être un jour vous
faire part.... Mais je me vois forcé de fufpendre
ici mon récit , où le beau fexe
alloit fingulièrement figurer.
Par le même.
24
MERCURE DE FRANCE
CHOIX de Chanfons , à commencer de celles
du Comte DE CHAMPAGNE , Roi de
Navarre , jufques & compris celles de
quelques Poëtes vivans. Dèdié à Mde la
Comteffe DE LA GUICHE ; nouvelle
édition 1757.
AVERTIS EMENT.
CE recueil , curieux à pluſieurs égards ,
n'a eu qu'un petit nombre d'exemplaires ;
tous ont été donnés en pur préfent . M. de
Moncrif, auteur des notes , vient de nous
faire part du feul qui lui refte ; & , de fon
aveu , nous allons l'employer dans le Mercure
parties par parties.
A Mde la Comteſſe DE LA GUICHE.
QUA
EN VOI.
UAND les Anacréon , les Ovide ont décrit
Des plus beaux yeux la puiffance fuprême ,
Et certain charme dans l'efprit ,
Qui pare encore la beauté même :
Quand
JANVIER 1767. 25
Quand on peignit fi bien cet amour qui ſourit ,
En couronnant de fleurs la jeuneſſe & l'aurore ,
Et ces Nymphes danfant dans le temple de Flore :
L'artmême qui formoit ces tableaux enchanteurs
Crut que la vérité n'y pourroit pas atteindre :
Quelle erreur ! l'art ne fit qu'aflembler les couleurs
Qui devoient fervir à vous peindre.
MONCRIF.
OBSERVATIONS des Éditeurs fur l'origine
des chanfons françoifes , & fur le choix
de celles qui forment ce recueil.
A examiner dans fes différens genres
l'efpèce d'ode qui , dans notre langue , eft
appellée chanfon , il eft plus aifé d'en découvrir
l'origine dans les motifs qui ont
pu infpirer nos premiers poëtes , que dans
les recherches des hiftoriens de la poéſie
françoiſe.
Si l'on en croit un ( 1 ) Ecrivain eftimé ,
nos premières chanfons furent compofées
fous le règne de Charles I , & contre un
jeune homme qu'on appella Flore , parce
qu'il menoit une vie lâche & efféminée.
( 1 ) L'Abbé de Vertot.
Vol. II. B
26 MERCURE DE FRANCE.
Soit nouveauté , foit difpofition favorable
des efprits , ce genre de chanfon profpéra
& alla fi loin que , pour en arrêter
le cours , Yves , Evêque de Chartres
réclama l'autorité du Pape Urbain II. .
Mais ce règne des chanfons fatyriques
prouve-t- il que ce foit là nos premières
chanfons ? Si l'on confidère les divers
matifs qui nous portent à exprimer nos
fentimens , à peindre nos idées de manière
que nous puiflions les chanter , on peut
croire que des inclinations plus douces
ont fait inventer un art fi agréable .
35
و ر
Ne pourroit- on pas naturellement attribuer
à cet art une origine du genre de
celle que donne à la fculpture une des
épîtres en vers de M. de Fontenelle. « La
fille de Dibutade , au moment de fe
féparer de fon amant , imagine un moyen
» de conferver en quelque forte fa pré-
» fence , quand il fera abfent. Elle trace
» fur la muraille l'ombre de Polémon
» qu'elle voyoit formée à la lumière d'une
lampe ombre par laquelle fon amant
» étoit affez bien repréfenté , fur- tout aux
» yeux d'une amante ( 2 )
و د
و د
39.
Qu'on s'en rapporte à ceux de nos
poëtes qui ont le mieux réuffi dans ce
(2 ) Cette invention donna l'idée de tailler
une pierre en forme humaine.
JANVIER 1767. 27
genre de poéfie ; le penchant au plaifir ,
les objets qui réveillent des idées agréables ,
le commerce des perfonnes aimables ,
enfin l'amour , l'amitié , le defir de plaire ,
voilà les fources de toutes les chansons
dignes d'entrer dans les amuſemens de la
fociété.
Les chanfons que renferme ce recueil
font divifées en deux parties. La première
eft priſe de nos anciens poetes & de quelques
poëtes de notre fiècle qui ont écrit
dans le goût de ces anciens. La feconde
contient des chanfons fucceffivement rapprochées
du langage de notre fiècle , &
dont les auteurs font morts .
En tout on s'eft attaché à n'admettre
que des paroles affez heureufement compofées
pour pouvoir plaire dans la fimple
lecture. Les noms des auteurs , quelques
anecdotes & quelques poéfies mifes en
notes , ferviront encore à rendre ce recueil
plus digne de curiofité , quoiqu'il ne s'y
rouve ni fatyres ni vers licencieux.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
CHANSONS prifes dans les anciens Poëtes.
TABLE.
LE Comte de Cham- | BAÏF.
pagne , Roi de Na- BELLEAU.
varre..
RAOUL , Comte de Soil- PASSERAT.
fons.
VILLON.
DESPORTES.
BERTHAUD.
ANDRÉ DE LA VIGNE.
CLEMENT MAROT.
DU BELLAY.
RONSART.
GILLES DURAND .
LECARDINALDUPERRON.
BUSSY D'AMBOISE.
CHANSON du Comte DE CHAMPAGNE ,
Roi de NAVARRE . Air : Quand vous
entendrez le doux zéphir , &c.
Las fi j'avois pouvoir d'oublier
Sa beauté , fa beauté , fon bien dire ,
Et fon très- doux , très- doux regarder ,
Finirois mon martyre ;
Mais las mon coeur je n'en puis ôter
Et grand affolage
M'eft d'eſpérer ;
Mais tel fervage
Donne courage
A tout endurer ;
JANVIER 1767 . 29
, כ
Et puis comment comment oublier
Sa beauté , fa beauté , fon bien dire
Et fon très- doux , très - doux regarder ,
Mieux aime mon martyre.
Cette chanfon ett vraisemblablement une de
celles que le Comte de Champagne compofa
pour Blanche de Caftille , mère de Saint Louis.
« Il lui venoit fouvent en fouvenance , dit une
» vieille chronique , le doux regard de la Reine ,
» & fa belle contenance ; lors entroit dans fon
>> coeur la douceur amoureufe : mais quand il fe
» fouvenoit qu'elle étoit de fi bonne renommée ,
» & de fa bonne vie , s'y fe muoit fa douce pen-
>> fée amoureuſe en grand triftelle : il fit les plus
» belles & mélodieutes chanfons qui furent onc
>> ouies ». La chronique ajoute que Thibaut étoit
un poëte célèbre . Il avoit pour rivaux dans ce
genre de gloire Charles d'Anjou , depuis Roi
de Naples Henry , Duc de Brabant ; Raoul ,
Comte de Soillons .
כ כ
Tous ces grands perfonnages fe plûrent extrêmement
a rimer, & ils en retirèrent de la gloire.
La poéfie alors étoit une forte de mystère dans
l'opinion prefque générale. Tout rimeur fe difoit
infpiré , & on le croyoit fur la parole. On ne
diftinguoit point l'art , qui n'eft que l'obfervation
de quelques règles gênantes , d'avec le talent
qui n'appartient qu'au génie. Ce refpect a duré
encore dans l'autre fiècle ; mais il faut convenir
qu'il a bien perdu dans celui - ci . On a paſſé de
cette heute eftime de tout ce qui s'appelloit vers
jufqu'aux dégoût , & nos vrais Poëtes y ont gagné :
leurs fuccès tiennent à eux - mêmes & non a un
aveugle engouement pour la poésie.
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
CHANSON de RAOUL , Comte de Soiffons.
Air : Aimable maître de nos defirs ,
de M. DE MONDONVILLE.
HA ! bele Blonde , aur corps fi gent ,
Perle du monde ,
Que j'aime tant ,
D'une chofe ai bien grand defir 5
C'eſt un doux baifer vous tollir ;
Oui , belle Blonde
Au corps fi gent
Perle du monde ,
Que j'aime tant.
Si par fortune
Courouceriez ,
Cent fois pour une
Le vous rendrois voulontiers ;
Belle Blonde ,
Au corps fi gent ,
Perle du monde >
Que j'aime tant .
A en juger par cette chanfon , le Comte de
Soiffons n'aimoit pas fi délintéressément que le
Roi de Navarre , ou fa perle du monde n'étoit
pas de fi bonne renommée que la Reine Blanche.
JANVIER 1767. 31
L'HEUREUSE BANQUEROUTE.
NOUVELLE ANGLOISE.
MISS Dormer étoit le feul enfant qu'eût
un des plus fameux négocians d'Edimbourg.
Elle avoit à peine dix- huit ans , lorfqu'à
fon entrée dans le monde elle enchanta
tous les hommes , & inquiéta toutes les
femmes. A l'éclat de fon teint , à la régularité
de fes traits , à l'élégance de fa taille ,
Mifs Dormer joignoit toutes les grâces &
tous les talens qui peuvent naître de l'éducation
la plus foignée. Pour comble d'agrément
, l'aimable Mifs n'en étoit pas
plus vaine , & malgré tout l'effet que produifoient
fes charmes , croyoit ne les devoir
qu'à l'indulgence qu'avoient droit
d'infpirer fon fèxe , & plus encore fon
âge.
Son père , refté veuf depuis dix ans ,
n'aimant , n'adorant qu'elle , étoit payé
du plus tendre retour ; lorfqu'un événement
inattendu vint troubler la félicité
dont ils jouiffoient l'un & l'autre .
Cet honnête négociant , à l'infû de tous
fes amis , s'étoit depuis deux ans rendu
caution d'un gentilhomme qui l'avoit ci-
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
devant obligé , & fe trouvoit dans le cas
d'acquitter inopinément des créances confidérables.
Peu fait à des chagrins de cette
efpèce , M. Dormer , fans abufer des reffources
que lui laiffoit encore fon crédit ,
paya en foupirant pour celui qui le laiffoit
dans l'embarras , s'abandonna à fon indolence
naturelle , négligea fes affaires ,
n'eut plus d'efpoir que dans un feul vaiffeau
qu'il attendoit à chaque inftant d'Efpagne
, & dont un de fes affociés vint un
matin lui annoncer la perte .
Sa fituation ne pouvoit plus être cachée :
fon défefpoir ne peut être décrit.
Il fe rappella pourtant qu'un de fes anciens
amis vivoit depuis quelques années
dans la folitude , à quelques milles d'Edimbourg.
Il lui écrivit ; & M. Howard
( c'étoit fon nom ) arriva dès le lendemain
chez l'infortuné négociant.
Je fuis perdu , lui dit Dormer , après
lui avoir avoué fa fituation , & je ne puis
l'imputer qu'à moi -même ...O mon ami !
que deviendra ma fille ? Que deviendra
ma chère & trop malheureufe Nancy ? ..
C'est pour elle , mon cher Howard , &
non pour moi que je t'appelle ici : je fuis
indigne de tes foins ; c'eft elle feule qui
me touche , & que je crois digne de te
toucher... Pauvre Nancy ! comment t'apJANVIER
1767. 33
prendre , comment t'annoncer mon malheur
& le tien ? Grand Dieu ! quelle chûte
pour toi! .. Croirois- tu , mon ami , qu'à l'inftant
même où je te parle , cette innocente
& trop charmante créature , objet des
voeux de mille amans , eft à dîner chez
Mylady Murray , qui doit tantôt la mener
au fpectacle ? Sens-tu ce que diront
demain d'impitoyables créanciers , s'ils la
voyent aujourd'hui briller de tout l'éclat
dont ma tendreffe & l'aveugle incertitude
de mon malheur ont cru devoir orner
fes charmes ? Sens-tu quel eft l'horreur de
mon fupplice à l'afpect du coup de foudre
inattendu , qui va frapper cette jeune &
trop malheureufe victime ? .. Conçois- tu
tout ce qu'elle aura à reprocher à fon indigne
père ? .. Voilà , mon cher Hovvard ,
la plus affreufe de mes peines ! Et je ne vois
que toi dont l'amitié puiffe tenter de la
calmer.
Hovvard ne répondit qu'en embraſant
tendrement fon ami , & courut chez Lady
Murray.
Nancy, converte de bijoux , environnée
d'adorateurs , alloit monter dans le
carroffe de la Dame. Il la pria ( après
l'avoir tirée à part ) de vouloir bien le fuivre
chez fon père , où des affaires auffi
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
importantes qu'imprévues exigeoient fa
préfence.
Nancy aimoit trop fon père pour ba
lancer un feul moment. Elle fit fes excufes
à Mylady & partit avec lui dans un carroffe
de place.
M. Howard , chemin faifant , rêvoit ,
ne difoit rien. Qu'avez vous donc ( lui
dit- elle ) Monfieur ? je vois des pleursque
vous cherchez à retenir , & vous fem-
Blez étouffer des fanglots ! .. Seroit- il arrivé
quelqu'accident à mon père ? Hélas !
il fe portoit bien ce matin... Vous foupirez
? Ah , Ciel ! qu'avez- vous à m'apprendre
?
J'aime à trouver en vous un coeur fenfible
( lui dit M. Hovvard ) ; c'eft le plus
beau préfent des Cieux , ma chère Mifs !
Mais ce coeur feroit - il également fufceptible
de fermeté , fi l'intérêt de vos amis ,.
fi peut-être le vôtre même en exigeoit de
vous la preuve ?
Ah , Monfieur ! ( s'écria , en frémiffant
, Nancy ) mon père eft - il mort ? ...
Prétendez-vous me préparer à cet horrible
événement ? - Non , chère Mifs , raſſurez-
vous ; il n'en eft rien , je vous le jure ,
& vous me connoiffez... Mais fon coeur
& le mien font également déchirés......
JANVIER 1767. 35
Quelqu'un de votre état , aimable Mifs ,
quelqu'un dont les attraits avoient cependant
plus befoin de ce brillant extérieur ,
qui n'ajoute rien aux vôtres , vient de
tomber dans la plus profonde mifère . Elle
ne peut s'en confoler ; & des raisons que
vous faurez bientôt , nous forcent votre.
père & moi de partager fa peine. -Quoi ,
Monfieur , ce n'eft que cela ? me voilà
raffurée. Mon père apparemment ne peut
dans cet inftant réparer tous les malheurs
de cette infortunée . Monfieur , voilà ma
bourfe... Au befoin , voilà mes bijoux-
Vos bijoux? .. Eh quoi ! vous y tenez fi
peu , Mademoiſelle ? J'en fuis furpris ....
& fur-tout , à votre âge... Ils font pourrant
bien beaux ! Eh qu'importe , Monfieur
? je m'en détache fans regret , ſi je
puis me flatter que ce foit obliger mon
père.
-
M. Hovvard , enchanté de la nobleffet
des fentimens que lui montroit Nancy ,
craignit bien moins qu'auparavant l'effet
de la nouvelle qu'il avoit à lui apprendre.
Il lui fit le portrait des maux qu'éprouvoit
une famille auffi opulente qu'honnête ,
par un revers de fortune auffi peu mérité
qu'imprévu ; & Mifs Dormer , attendrie
jufqu'aux larmes , s'écria de nouveau ::
Monfieur cette famille m'eft connue..
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
C'eft le Banquier Darmont ; c'est le père
de Mifs Fanny , ma plus intime amie , que
de nouvelles pertes ont fans doute achevé
d'accabler.... Hâtez - vous donc , Monfieur
! Prenez encore un coup & cette bourfe
& ces bijoux dont je puis me paffer ;
portez le tout , allez rendre la vie à ces infortunés
que mon père aime & que je
plains , tandis que je vais dans fes bras
jouir du plaifir le plus pur que je goûtai
jamais ! ... Gardez- vous cependant qu'ils
puiffent deviner la main qui les foulage ....
Malheur à qui fait rougir l'affligé !
M. Hovvard ne tint pas à ce dernier
trait : fon âme étoit brifée .
Nancy , furprife de le voir muet , leva
fur lui les yeux , & vit qu'il retenoit fes
larmes. Ce fpectacle , ce filence , & les
preffentimens de fon propre coeur , lui révélèrent
une partie de la vérité ; & l'eſpèce
de tranfport avec lequel M. Hovvard lui
rendit tout à coup la bourfe & les bijoux
qu'elle lui avoit remis , lui confirma le
Tefte. Oh , mon père ! ( s'écria- t - elle en
fanglottant ) que je vous plains ! pourvu
que vous viviez , je fuis contente .
Tandis que M. Hovvard la conduifoit
à l'appartement de M. Dormer , Mifs
Nancy , en rappellant fon courage , & repren..
nt tout à coup une contenance qui
JANVIER 1767. 37
dans ce cas fembloit être un don particulier
de la Providence : le fervice que
vous nous rendez ( lui dit-elle ) a dû couter
à votre coeur , & fignale votre amitié
pour nous ! Epargnez - vous ces généreufes
larmes , gardez-les pour mon père ; fon
âge & fes infirmités l'en rendent plus digne
que moi.
M. Dormer , affis , la tête appuyée fur
fa main , repréfentoit la douleur même.
A la voix de fa fille , il fe ranime , il
s'élance vers elle & la preffe contre fon
fein , fans pouvoir articuler un feul mot.
Nancy lui rend careffes pour careffes , le
flatte , le confole , & lui protefte en l'embraffant
avec la vivacité la plus tendre ,
que pourvu que fon père vive & fe confole
, elle fera contente de fon fort.
Surpris de tant de générofité , lui qui
fe croyoit fi coupable envers fa fille , &
qui n'en attendoit que des reproches ; enchanté
de trouver en elle une âme auffi
ferme que noble , M. Dormer fentit naître
en la fienne une lueur de confolation.
Sans rifquer d'ennuyer nos lecteurs par
les détails d'une fi trifte fcène , nous dirons
feulement que les affaires de M. Dormer
ayant été mifes en évidence & jugées
fans reffources ; Mifs Dormer , hors
d'état de pouvoir foutenir plus long- temps
3.8 MERCURE
DE FRANCE.
la vûe du funefte tableau des infortunes
de fon père , fe retira dans fon appartement
, tant pour lui dérober fes larmes ,
que pour mieux réfléchir fur les moyens
d'adoucir leur malheur commun.
Elle en avoit entendu affez pour être
fure que Sir Thomas Stanley étoit le principal
créancier de M. Dormer ; elle favoit
également combien ce gentilhomme
étoit généralement eftimé. Son bon génie
lui infpita tout à coup l'idée d'aller lui
confier fes peines.
Cette réfolution prife , Mifs Dormer
raffembla tout ce qu'elle avoit de bijoux ,
quoiqu'à elle appartenans par la libéralité
de fon ayeule , les mit dans une caffette ,
fit venir un carroffe de place , fortit du
logis fans être vue , & lailla les deux
vieux amis enfemble.
A fon arrivée chez Sir Thomas Stanley ,
un ancien domeftique auquel elle s'adreffa ,
non fans quelqu'efpèce de trouble , la fit
entrer dans un appartement très- riche
diftinction que probablement elle dût plus
encore à fa modeftie & à la candeur qui
brilloit dans fes traits , qu'à fon ajuftement
, plus propre à exciter la compaffion
qu'à infpirer le refpect.
Au milieu des différentes idées qui agitoient
la jeune Mifs , tremblante avec
JANVIER 1767. 39
raifon pour le fuccès de fa vifite , la porte ,
en s'ouvrant tout à coup , lui montra un
homme d'environ quarante ans , de bonne
mine & proprement vêtu , qui , fans l'avoir
apperçue , s'approcha d'une table , y
prit fa canne & fon épée , & ſe difpofoit
à fortir. Sur quoi Mifs Dormer , croyant
n'avoir point été annoncée , imagina qu'il
valoit mieux hafarder de s'annoncer ellemême
, que de rifquer à perdre une occafion
auffi favorable que celle qui fe préfentoit
de parler à Sir Thomas.
geur
Avec une voix timide , avec une rouintéreffante
, elle le fupplia , en s'approchant,
de vouloir bien lui accorder un
moment d'audience , & ne le demanda
pas vainement.
Alféyez-vous , fui dit-il , Madame ( en
lui préfentant un fauteuil , & en la regardant
avec des yeux où fe peignoit toute
l'impreffion que cet aimable objet faifoit
fur lui ) & daignez me donner vos ordres.
O Sir Thomas ! ( répliqua- t-elle ) ces
mots ne font pas faits pour une malheureufe
fuppliante , qui vient tenter d'intéreffer
votre pitié en faveur du meilleur ,
& du plus infortuné des pères , prêt à fuccomber
au malheur , fi votre généreufe
ain refufe de le fecourir !
Nancy , alors , les yeux baignés de lat-
9
40 MERCURE DE FRANCE.
mes , & plus belle encore en pleurant ,
avec cet air & ce ton de vérité , auquel
jamais bon coeur ne réſiſta , lui fit tout le
détail du défaftre de fa famille.
Le gentilhomme , affis vis- à- vis d'elle ,
après l'avoir écoutée avec toute l'attention
qu'infpire cette efpèce d'intérêt que nuls
foupçons n'ont droit d'affoiblir , l'interrogea
affez long- temps pour donner lieu
à l'aimable affligée de lui dévoiler toutes
les beautés d'une âme , dont il étoit au
moins auffi frappé que de celles du corps ;
& finit par l'affurer que dès le lendemain
matin il iroit confoler le père d'une fille
dont il feroit toujours jaloux de mériter
plus effentiellement la confiance.
Mifs Dormer , en fe levant , tranfportée
de fa réuffite , alloit tomber aux pieds
de fon bienfaiteur , qui pour la prévenir
penfa lui-même en cet inftant tomber à
ceux de la jeune perfonne.
Permettez du moins , Monfieur , lui
dit- elle ( en laiffant échapper un regard
où la vérité du fentiment qui l'animoit
fe peignoit avec énergie ) fouffrez que je
remette dans vos mains cette caffette , où
tout ce qui nous refte eft renfermé ! .. Et
plût au Ciel qu'elle valût mille fois davantage
! Nous vous coûterions mains ,
&n'en ferions pas moins vos obligés
JANVIER 1767. 41
Non , Madame ! s'écria- t- il ( du ton de
l'âme même) non, Madame ! Plus il eſt beau
que vous me l'offriez , plus il feroit affreux
que j'acceptaffe ( & qui plus eft , de vous ! )
un pareil gage.... Allez , Madame , allez
confoler votre père : je me crois trop payé..
Je me crois trop heureux d'avoir enfin
connu , dans le moment où j'y comptois
le moins , la plus refpectable des femmes ...
& de pouvoir , à fi peu de frais , l'obliger.
fe
Mifs Dormer , revenue chez elle ,
garda bien de faire part de fon aventure à
fon père. Son bonheur lui fembloit fi
grand , qu'elle doutoit de fa réalité , &
qu'il falloit le lendemain pour l'en convaincre
. Quiconque a connu l'infortune ,
en fera peu furpris. On peut juger , par
conféquent , que fa nuit fut peu tranquille ,
ainfi que de l'impatience avec laquelle elle
attendit le jour.
Ce fut à peu près vers onze heures ,
qu'un grand coup frappé à la porte du
logis la fit courir à la fenêtre , d'où elle
reconnut & vit entrer celui après l'arrivée
duquel elle afpiroit depuis trois heures.
Je viens , Monfieur , ( dit le gentilhomme
, en entrant dans le cabinet de
M. Dormer ) je viens avec plaifir vous
confirmer tout ce que je promis hier à la
plus belle , à la plus noble , à la plus ge42
MERCURE DE FRANCE.
néreufe des filles ; & mon oncle , Sir
Thomas Stanley , eft tout auffi ravi que
moi de vous apprendre qu'il eft le feul
créancier que vous ayez maintenant , puifqu'il
fe charge , ainfi que moi , de fatisfaire
tous les autres ; & qu'il fe propoſe ,
au cas que vous le trouviez bon , de vous
affocier à fon commerce.
Qu'on fe mette à la place de l'affligé
négociant , & qu'on juge de fa furprife!
Monfieur , dit- il , ( avec le plus grand
embarras j j'ignore , en vérité .... que ma
fille vous foit connue... Et fi votre oncle
me l'étoit moins , je pourrois croire que
fon but feroit de fe venger d'un malheureux...
Quoi ! ( s'écria le gentilhomme ) quoi !
Mils Dormer ne vous a donc pas informé
de ce qu'elle me dit hier , en croyant
parler à mon oncle ? .. Ah , ciel ! que vous
me raviffez ! .. Son action eft mille fois
plus belle encore ! ....
Sir John Stanley raconta alors à M.
Dormer tout ce qui étoit arrivé la veille
chez fon oncle ; la façon dont , par la négligence
d'un domeftique ( qui probablement
avoit oublié de lui annoncer Mifs
Dormer ) lai Sir John avoit profité de l'erreur
de Nancy, pour entendre le récit des
malheurs de fa famille ; tout l'attendriffe
JANVIER 1767. 45
ment dont elle l'avoit pénétré ; les promeffes
qu'il lui avoit faites , & qu'il venoit
réaliſer de la part de Sir Thomas , à
qui dès le foir même il avoit raconté cette
intéreſſante aventure ; tout le plaifir enfin
qu'il reffentoit de pouvoir être utile au
digne père d'une fille , pour qui fon oncle
& lui avoient conçu les fentimens de la
plus haute admiration .
Sir John eût pu , fans rifquer d'être interrompu
, parler encore long- temps ; M.
Dormer, que mille fentimens divers agitoient
à la fois , n'en pouvoit exprimer
ancun que par fes geftes. Mais lorfque Sir
John , en continuant fon récit , vint à
parler de la caffette contenant les bijoux
que Mifs Dormer avoit cru offrir à Sir
Thomas... Ah , Monfieur ! ( interrompit
le père ) ah , Monfieur , c'en eft trop ! ..
Oma chère Nancy! divine & refpectable
fille ! .. Quoi ! tu me favois ruiné ! quoi ,
tu me voyois fans reffource : & ces bijoux ,
le feul bien qui pût te refter , le feul 'qui
pût te faire vivre , que tu ne tenois point
de moi , que tu tenois uniquement de
ton ayeule ; quoi , tu me les facrifiois !
A moi , qui par mon imprudence avois
détruit ta fortune & la mienne ! ..
Arrêtez, à votre tour , Monfieur ! ( s'éeria
Sir John ) j'ignorois ce dernier trait :
44 MERCURE DE FRANCE.
il l'emporte fur tous les autres ... & fi mes
voeux n'étoient pas malheureuſement dans
le cas de vous paroître intéreffés , je vous
dirois qu'an coeur tel que celui de votre
fille , étoit déja pour moi d'un fi grand
prix , que j'avois réfolu... Mais non , le
plus puiffant Monarque même à peine en
feroit digne. Pardonnez donc à la vivacité
du fentiment , qui vient de m'arracher un
aveu que je n'avois encore fait qu'à mon
oncle , qui l'approuve ; que nulle femme
jufqu'ici , quoiqu'il m'affurât tous fes
biens pourvu que j'en priffè une , ne pût
obtenir de mon coeur ; que je regrette enfin
d'avoir laiffé fi groffièrement échapper ,
dans un moment où vous pourriez penfer
que j'ofe ici me prévaloir des droits que
l'embarras de vos affaires peut me donner
fur vous , & peut- être fur votre fille...
Pour me prouver que vous n'en croyez
rien , pour me réconcilier avec moi- même,
promettez-moi du moins de n'en rien dire
à Mifs Dormer , & d'oublier jufqu'à quel
point mon coeur m'a fi trahir... Et pour
prouver que vous me pardonnez , daignez
fur-tout ne pas refufer les fecours que
vous offre un ami qui veut mériter mieux
ce titre .... Adieu , Monfieur ; j'attends
chez moi votre commis ... Si vous me refufez
, s'il ne vient point avant dîner , Sir
JANVIER 1767. 45
Thomas aura feul le bonheur de vous être
utile ; quant à moi , je quitte Edimbourg :
vous ne m'y reverrez jamais .
Sir John , après ces mots , partit fans
vouloir rien entendre ; & M. Dormer,
encore troublé de tout ce qui venoit de ſe
paffer , fe trouva tout à coup , & fans favoir
comment , dans les bras de fa fille.
O le meilleur des pères ! ( s'écria - t- elle ,
en pleurant de plaifir ) J'ai tout vu ! j'ai
tout entendu !..J'étois derrière cette porte...
Vos malheurs font finis... je fuis
heureuſe !
Après leurs tranfports mutuels , & les
tendres effufions de deux coeurs , fi bien
faits pour en fentir les délices , M. Dormer,
jettant les yeux fur fa pendules, & s'appercevant
que l'heure du dîner étoit prochaine
, prit de nouveau la main de fa
Nancy... Ma chère fille ! lui dit- il , ( en
la regardant tendrement ) tu as , dis- tu ,
tout entendu ? ... Mais vois- tu cet horloge
? ... Ah , mon père ! ( s'écria - t- elle )
il eft prefque deux heures ...envoyez donc
au plutôt le commis chez Sir John ! ...
N. B. C'est tout ce que nous favions de
cette hiftoire , lorfque nous l'avons envoyée
àl'impreffion . Nous apprenons , dans le moment
, par le bon M. Howard , que les nôces
46 MERCURE DE FRANCE.
de Sir John & de Mifs Dormer furent celébrées
huit jours après , & que le bonheur
de fes amis fait tout le fien.
D. L. P.
MADRIGAL
A S. S. Mde l'ELECTRICE PALATINE .
:
HIER IER , une Princeffe illuftre
Rioit de voir que fa Dame de Clé * ,
Plus grande qu'elle , eût vainement tâché
D'atteindre un Cupidon fufpendu ſous un luftre
Que Son Altelle avoit touché.
J'avourai , dis-je à la Princeffe ,
Que je ne vois là nulle adreffe .
Hé bien , dit- elle , expliquez- nous
Pourquoi je l'ai touché fans peine ? ....
C'eft , adorable Souveraine ,
Que l'amour s'eft penché vers vous.
Par M. le C** de C ***.
* La Comteffe de ... Dame de Clé -d'Or.
JANVIER 1767. 47
VERS à Madame DU B ***.
SUR les
fucceffions de l'âge
L'immortalité plane & repofe fes pieds
Sur les fiecles multipliés ....
Elle fit ton deftin , divine du B *** .
Dans la carrière où nous courons ,
Cette immortalité , dont l'honneur t'environne ,
Des ans renouvellés forme autant de fleurons
Dont elle pare ta couronne.
Elle a , dans tes fuccès conftans ,
Eternifé les fleurs de ton printems.
Ainfi que tes talens , ta gloire eſt infinie ;
Les grâces font de tous les tems ;
Et la majefté du génie
Confacre fon éclat fur les débris des ans.
Le mot de la premiere énigme du
premier
Mercure de Janvier eft plaifir. Celui
de la feconde eft le palais. Celui du premier
logogryphe eft corde , dans lequel ,
en ôtant l'r , on voit code. Celui du fecond
eft politeffe , où on trouve Elie ,
oeil ,
étoile , Pô , pefte , pie , plie , fole , lit ,
foie, peliffe , poëte , loi , lie , fot , pele ,
48 MERCURE DE FRANCE.
pot , poële , poil & pofte . Et celui du troifieme
eft tourne-broche , dans lequel on
trouve un tour , une tour , urne , bonheur ,
bête , rot , Rouen , hébreu , ut , re , ton ,
roue , Huron , hute , hécube , chenet, boue ,
héron , Rhône , bonnet , Breton , broche ,
Bruno , bonté , brune & or.

ENIGME S.
Des plantes ou des animaux
Je prends ma première origine.
Je recueille des pleurs , des chagrins & des maux ;
On me confie encor d'autres dépôts ,
Dont je cache aux regards la garde clandeſtine.
Ma conquête eft fouvent un des premiers exploits
D'un genre de vaillans que l'on n'eſtime guère ;
Et dans certaine Cour que le monde révère ,
Je nomme les mères des Rois.
AUTRE.
CHER lecteur, fans que rien m'engage ,
Je parcours ce vaſte univers ;
Et je fuis fouvent dans les airs ,
Malgré la tempête & l'orage .
Sans
JANVIER 1767. 49
Sans craindre jamais le naufrage ,
Je traverse toutes les mers ,
Et quand je defcends aux enfers
Rien ne s'oppose à mon paffage.
Tel qui fouille dans l'avenir ,
Jamais ne faura définir
>
Ni ma couleur ni mon allure .
Enfin , quoiqu'infenfible aux yeux ,
Sans corps , fans forme & fans figure ,
Je fuis le chef- d'oeuvre des cieux .
LOGOGRYPHE S.
PAR AR mille refforts odieux ,
Que meut la main de l'artifice ,
Je creufe à bien des malheureux
Le plus perfide précipice.
Quand par la Déeffe aux cent voix
Soudain l'alarme eft répandue ,
Dans les infidieux détroits
Mainte famille eſt éperdue.
Ma tête , d'une fource d'or ,
Offre , au contraire , l'avantage ;
Et l'on fouille dans fon tréfor
A l'aide du plus frêle gage.
Vol. II. C
50 MERCURE
DE FRANCE
.
On peut , fans aucun changement ,
La voir fous une double face ;
Par le même mot on comprend
Tantôt fon nom , tantôt fa place.
Au reste , dans tout l'univers
Je fuis d'une grande étendue ;
Et , fans moi , de cent lieux divers
L'hiftoire feroit inconnue .
Par M. F ** N ** à Amiens.
AUTRE.
Air : Nousfommes précepteurs d'amour, &c.
Au milieu des ris & des jeux U
Je donne un pénible exercice ,
Et , par certains effets quinteux ,
Je rends plus d'un mauvais office.
Contre la foif & les ardeurs
Dont je fais fubir le fupplice ,
De mes trois pieds poftérieurs
On tire un remède propice.
Ma tête feule offre autrement
Un jeu qui donne moins de gêne ;
Auffi paroît- il plus charmant
A Phrine , Thémire & Climène,
JANVIER 1767. 51
Des fix pieds qui forment mon corps ,
Quatre embelliffent l'harmonie ,
On en mêle les deux accords
Aux chants d'Euterpe & de Thalie.
Par le même.
CHANSON.
PARODIE d'une ode anacréontique inférée
dans le Mercure d'Avril 1766. Air :
Nous fommes précepteurs d'amour , &c.
Q
U'UN autre chante fes amours
Et fon Iris toujours volage ;
Je ne veux aimer de mes jours :
Bacchus aura feul mon hommage,
Tendres favoris d'Apollon >
Volez au temple de mémoire :
Mes celliers font mon Hélicon ,
Au fond de mes brocs eft ma gloire.
Suis tes projets ambitieux ,
Guerrier , va conquérir le monde.
C'eft du fang qui coule à tes yeux :
Chez moi le vin coule à la ronde.
Cij
52 MERCURE
DE FRANCE
.
Infenfé , pour te faire un nom
Faut- il te donner tant de peine. ?
Avant le héros d'Ilion
Virgile avoit chanté Silène.
>
Qu'épris de tes calculs favans ,
L'Anglois Newton chante ta gloire ;
Je ne compte que les inftans
Qui doivent s'écouler à boire.
Dans les cieux , un compas en main ,
Tu fuis une route nouvelle.
J'apprends à bien goûter le vin :
Eft-il une étude plus belle ?
A quoi tendent tous tes travaux
Alchymifte indéfinillable ?
Trouveras-tu dans tes fourneaux
Une bouteille intariffable ?
Jamais d'un procès au barreau
Je ne donnai la connoiſſance.
Themis fiege fur mon tonneau ,
Une bouteille eft fa balance.
Quoi , toujours envoyer aux eaux !
Docteur , quelle eſt donc ta manie ?
L'eau ne prolonge que les maux
Et le vin prolonge la vie ,
JANVIER 1767. 53
Toi qui , criant contre le vin ,
Fais admirer ton éloquence ;
Tes difcours , fans ce jus divin ,
Auroient-ils tant de véhémence ?
La fageffe n'eft point ton lot ,
Caton , n'en fais plus d'étalage .
Tu ne bois pas , tu n'es qu'un fot ;
Je bois , & je fuis le vrai fage.
L *
*
à Nevers.
C iij
14 MERCURE DE FRANCE.
I I.
ARTICLE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
TRAITÉ général des élémens du chant ;
dédié à Monfeigneur LE DAUPHIN , par
M. l'Abbé DE LACASSAGNE. A Paris ,
chez l'auteur , au Collège de Juftice ;
chez la veuve DUCHESNE , rue Saint
Jacques , & aux adreffes ordinaires de
mufique : 1766 ; in- 8 ° très- bien gravé .
Nous avons déja annoncé cet ouvrage
dans notre Mercure du mois de Décembre
dernier. Nous nous propofions alors
de l'examiner d'un oeil attentif , afin
de pouvoir aujourd'hui en rendre un
compte plus exact . En effet , nous avons
parcouru les articles qui compofent cet
excellent livre. Nous y avons remarqué
beaucoup d'ordre & de méthode dans
l'expofition & l'enchaînement des principes.
Ces deux qualités n'étant que trop
rares dans ceux qui traitent de cette fcience
, nous devons favoir bon gré à M.
JANVIER 1767 55
l'Abbé Lacaffagne , de nous avoir donné
fon traité musical. Le plan de cet auteur
eft fimple & clair : les fept notes de la mufique
ut , re , mi , fa , fol , la , fi , fervent
de bafe aux différens ufages qu'on
en fait. Toutes les octaves majeures &
mineures en font dérivées , comme une
fuite néceffaire. L'identité de ces mêmes
octaves y eft prouvée par des rapporis immédiats.
Les articles de notre gamme , de
celle des Grecs , des clefs , des notes , des
filences , des diezes , des bémols , des
uniffons réels & apparens , des genres
diatonique , chromatique & enharmonique
y font développés avec une grande
précifion . Mais l'auteur , trop bien inftruit
que plufieurs des commençans pouvoient
fe difpenfer d'approfondir la plupart de
ces articles , a pris le parti d'y fuppléer en
faifant une récapitulation par demandes
& par réponſes , des chofes les plus néceffaires
à favoir , & qu'on peut apprendre
fans le fecours d'un maître . On trouve
un tableau fort curieux & démonftratif de
tous les tons majeurs & mineurs , avec les
altérations qui les diftinguent. Le premier
ton du côté droit en mineur eft le plus
relatif au ton en majeur , qui ſe préfente
vis-à- vis dans le côté gauche. Les intonations
commencent par ce tableau , & on
Civ
56
MERCURE DE FRANCE.
y choifit la clef qu'on veut fe rendre la
plus familière. Les intonations de fecondes
, de tierces , &c . celles de groffes notes
viennent enfuite.
و ر
"
L'article de la mefure nous a paru traité
d'une façon fort fupérieure à tout ce qui
nous eft connu dans ce genre . « La mefu-
» re , dit l'auteur , eft un des caractères le
plus diftinctif de la mufique : c'eſt elle
qui fixe & dirige le nombre & la valeur
» des notes. Le chant ne feroit qu'un cahos
de tons monotones , fi la mefure n'en
déterminoit pas la durée » . Le tableau
qu'on trouve de toutes les mesures eft
court , fimple & clair. L'auteur paffe aux
notes mefurées. Il prend d'abord l'octave
d'ut ou de re , & c. à laquelle il applique
des rondes , des blanches , des noires , des
croches , & fucceffivement des doubles
croches & des triples croches. Il fait auffi
parcourir le même chant fur le ton mineur.
Ce dernier ton a toujours été trop négligé
par nos anciens faifeurs de méthodes.
Toutes ces variations conduifent à un
fecond article fort étendu . « Toutes les va-
» riations qu'on trouvera , dit l'auteur , font
» autant de traits de chant qu'on appelle
phrafes muficales. Chaque phrafe en mufique
eft une terminaifon complette on
fufpendue , comme dans le difcours ,
»
པཔ
""
JANVIER 1767. 57
و د
39
» dont plufieurs membres compofent une
période . On en joint ici quelques modèles
pour donner une idée plus claire
» de l'objet qu'on fe propofe. On les croit
» fort néceffaires pour mieux faifir , au
» moyen de chofes aifées , les différens
» mouvemens des mefures... Les maîtres
» de l'art fauront développer fur la page
» noire avec le crayon blanc , cet article
» effentiel pour l'avancement des écoliers ,
» même en les amufant ». M. l'Abbé Lacaffagne
a fi bien arrangé cet article de
variations , qu'un écolier avec peu d'aide
de la part d'un maître , peut fe donner des
leçons fur tous les tons , fur toutes les
clefs & fur toutes les mefures , avant que
de commencer les leçons de chant qui en
font une fuite. Les premières de ces leçons ,
plus courtes & plus aifées que celles de la
feconde partie , peuvent fe chanter avec
de petits accompagnemens qu'on y a joints
pour accoutumer l'oreille à l'harmonie ,
lorfqu'il en fera temps. La feconde partie ,
quoique plus étendue & plus difficile
la première , eft compofée d'airs fort chantans
, pour éviter l'ennui & le dégout ordinaires
aux leçons de mufique.
que
L'article des cadences & des agrémens
nous a paru très - bien fait. « On appelle
improprement cadence , dit l'auteur ,
Cv
$ 8 MERCURE DE FRANCE .
"
33
un martellement plus ou moins long ,
» que deux notes voifines forment par ton
ou par demi- ton . Le vrai fens d'une
cadence en mufique , vient du mot ita-
» lien cadenza , en françois chûte , ou du
mot latin cadere , qui fignifie tomber.
Cette chûte en mufique eft une termi-
» naifon complette ou non complette dans
95
20
la modulation du chant. Si les martelle-
» mens ne fe faifoient que dans ces fortes
» de finales , le mot cadence que nous employons
feroit plus expreffif : mais com-
» me on l'emploie fouvent dans la liaiſon
» des phrafes muficales , il perd un peu de
fa qualité fpécificative. Cependant on
» fe conformera
à l'ufage , puifqu'il au-
» torife cette petite imperfection .
"
L'article du goût eft bien judicieux &
rempli d'idées neuves pour un musicien.
Nous voyons fouvent qu'on gâte la belle
nature par les efforts de l'art. L'auteur
lui- même , plus modefte que les autres
muficiens , reconnoît qu'il n'y a point d'autres
règles de goût que celles des agrémens ,
fi elles en font une. « Le goût lui -même ,
» dit l'auteur , eft indéfiniffable .... Une
» oreille délicate en peut bien faifir les
différentes nuances ; mais il eft impoffible
d'expliquer en quoi précisément elles
confiftent. On fe bornera donc à bien
39
JANVIER 1767. 59
»
»
»
» recommander l'étude de l'articulation
» & de la prononciation de notre langue ,
» au moyen des bons livres qui traitent de
» ce fujet ; & l'on obfervera que l'une &
» l'autre doivent être plus marquées dans
» le chant que dans le difcours ordinaire ;
mais toujours à raifon du lieu où l'on
» chante , c'est-à- dire , beaucoup moins
dans le cercle d'une fociété que fur le
» théâtre. Enfin , pour bien chanter , on
ne craint pas de dire qu'il faudroit favoir
» bien déclamer , puifque le chant n'eſt
qu'une déclamation mélodieufe , que
» l'harmonie achève d'embellir. On re-
» marquera auffi que les bons chanteurs
» n'ont pas plus befoin de fignes d'expreffion
pout bien exécuter la mufique , qu'un
» bon acteur pour bien jouer un rôle , &c.
» Celui - ci obfervera naturellement tous
» les à -propos de l'afpiration & de l'expi-
» ration , d'où dépendent le ton & le fon
qui conviennent effentiellement à cha-
» que objet , & qui par là forment les
agrémens de la déclamation . Mais l'au-
» tre , en fuivant les mêmes principes ,
» doit l'emporter par les charmes de la
mufique » .
"
""
ور
""
Après ces obfervations , & après avoir
donné lesrégles pour joindre les paroles aux
notes , l'auteur a préfenté le fameux mo-
C vi
60 MERCURE DE FRANCE.
nologue de Caftor & Pollux , Préfent des
Dieux , &c ; une ariette de Dardanus ,
Quand l'Aquilon fougueux , &c ; & pour
mieux exercer le gofier , il a préfenté l'extrait
de la partie chantante d'un petit motet,
exécuté pour la première fois au Louvre ,
par Mile Fel , le jour de S. Louis , dans
l'année 1758. Il applique fur les trois
airs italiens , du choix de la cantatrice , les
paroles latines qui fuivent :
PREMIER AIR,
« Regnavit Rex colendus ,
» Victor & ipfe vitus ;
>> Sacra movendo bella ,
»Bellator & fanétus.
3-
SECOND AIR.
» Fument thure templa ,
> Ad aftra canant aves ;
> Hoc dulcifono melos ,
Latentur nemora ,
Ovet , fonet echo .
TROISIEME AIR.
>>Sava fortis irâ furente ,
» Heroem involvit umbris atra mors
» Undè galli perturbati ,
Undè palma caleftis ».
JANVIER 1767. 6.1
M. l'Abbé Regley fit paroître dans le
même temps une traduction libre de ces
mêmes paroles latines , qu'on trouve gravées
à la fuite du motet , & que nous rapportons
ici .
Image de l'Etre Suprême ,
» Eternel appui des mortels ,
Louis porta le diadême ,
و د
» Et vengea l'honneur des autels .
» Souvent , à côté de la gloire ,
» Son âme éprouva les revers ;
» Mais il fut grand dans la victoire ,
» Et plus grand au milieu des fers.
ל כ
›› Heureux François , fur ce rivage,
» Unifiez vos coeurs & vos voix ;
» L'encens doit exprimer l'hommage
» Que l'on paie au plus faint des Rois.
>> Petits oiſeaux , que vos ramages
>> Viennent s'unir à nos accens ;
>> Dans les airs & dans les boccages
Que l'écho répéte nos chants.
ور
» Mais je vois les jours du Monarque
» Livrés au caprice du fort ;
>> Sur les yeux la main de la Parque
Répand les ombres de la mort.
לכ
61 MERCURE DE FRANCE.
» Louis , que fa Cour environne
>> Voit fa douleur & fes regrets ;
» Il expire , le Ciel couronne
>> Et fes vertus & fes bienfaits .
Une introduction à l'accompagnement
du clavecin enrichit la collection de tous.
les articles qui nous ont occupés jufqu'à
préfent. C'eft aux maîtres de clavecin à
juger de la bonté de cette efquiffe . Peutêtre
y en aura-t-il quelqu'un d'affez raifonnable
pour donner fon approbation ?
Nous difons raifonnable , parce qu'on fait
bien jufqu'où va la jaloufie des poëtes , des
muficiens , & c.
>
L'auteur peut fe glorifier d'être prefque
le premier qui ait ofé fecouer le joug de
l'habitude & du préjugé , en fe foulevant
par des preuves bien foutenues contre la
multiplicité des mefures inutiles. « Il fe-
» roit heureux , dit l'auteur
& pour
» ceux qui apprennent la mufique , &
» pour ceux qui l'enſeignent , que tous les
» compofiteurs , en écrivant leurs ouvra-
" ges , vouluffent bien fimplifier la façon
» ordinaire du noté , fans avoir égard aux
objections frivoles , dont on trouvera
» une petite liste à la page 185 , avec les
réponfes qu'on peut y faire. En atten-
» dant , voyons les nouvelles formules des
"
ود
JANVIER 1767. 63
»
"
mefures , qu'une académie de mufique
( s'il en exiftoit ) pourroit examiner
» pour choisir la meilleure comme la feule
» néceffaire , & la donner pour règle indifpenfable
à tous les muficiens qui fe-
» roient de la nouvelle mufique. Si l'on
trouve un moyen plus fimple que ceux
» que je propofe , je l'approuve d'avance ,
» & je promets d'être des premiers à le
" pratiquer. » Les formules qui faivent
dans l'ouvrage , méritent d'être vues par
leur grande fimplicité & par la démonftration
qu'elles préfentent.
20
"
M. l'Abbé Lacaffagne , toujours occupé
de fes objets de réforme , paſſe à la réduction
des clefs. Nous croyons qu'il peut
s'approprier à lui feul le fyftême ingénieux
d'une feule clef & d'une feule pofition.
Enlifant la page 175 , on y trouve : « l'ufage
des trois clefs de la mufique eft fi généralement
reçu pour trouver la note ut
fur toutes les lignes & fur tous les ef-
» paces interlinéaires , qu'on ne peut en
propofer la fuppreffion prefque totale ,
» fans encourir le rifque de paffer pour un
» novateur. On fera moins fenfible à ce
reproche , puifqu'on s'y attend ; & le
» bien qu'on a en vue fervira de motif
» pour nous y expofer avec courage .
95.
30
"3
"
L'expérience journalière nous apprend
64 MERCURE DE FRANCE.
33
ן כ
qu'un écolier commence toujours par fs
» familiariſer avec une des trois clefs , po-
» fée fur une des quatre premières lignes .
» Les progrès qu'il y fait d'abord le flat-
» tent & l'encouragent'; mais quand il en
apprend une feconde , il oublie la première
, ou il la confond fouvent avec
» celle qu'il étudie. Si l'étude de la pre-
» mière lui a coûté huit jours pour y nom-
» mer les notes imperturbablement , celle
» de la feconde lui coûte deux mois pour
" pouvoir diffiper la confufion des deux ;
» l'étude de la troifième l'embarraffe á
proportion ; & quand il a parcouru les
» autres pofitions , il eft obligé de recom-
» mencer , comme s'il avoit perdu fon
» temps.... C'eft donc à MM . les compo-
»
fiteurs qu'il eft réfervé de rendre ce fer-
» vice au public , en écrivant leur mufique
» autrement qu'ils ne font. Il ne s'agit pas-
» de rien changer pour les maîtres ; ils
» n'en ont pas befoin . Il faut penfer à ceux
qui , par goût , s'attachent à la connoif-
» fance des arts & des fciences agréables ,
» & que les différentes occupations de la
vie civile empêchent d'y donner une
application particulière » .
ور
"
.
30
Un choeur pris des furpriſes de l'amour.
dans l'acte d'Anacréon , pat M. Rameau ,
& que M. l'Abbé Lacaffagne a noté ſelon
JANVIER 1767.
65
les principes qu'il propofe , fert de
bien triomphante pour fon fyftême.
preuve
Nous ne parlerons pas de l'article des
objections avec leurs réponfes , que l'auteur
a mis pour prévenir les gens mal intentionnés.
Il faut s'inftruire dans l'ouvrage
même , pour s'armer contre les ignorans
ou les méchans.
Cet ouvrage eft terminé par deux moyens
que l'auteur propofe pour pouvoir apprendre
la mufique au défaut d'un maître . Le
premier moyen eft un inftrument toujours
d'accord , qui peut fervir à donner les intonations.
Le fecond moyen eft un balancier
pour fixer la jufteffe de la meſure , tant
vive que lente. M. Richard , facteur d'orgues
au vieux Louvre à Paris , exécutera
P'un & l'autre moyen à un prix raifonnable;
& l'auteur donnera une inftruction par
écrit pour tirer parti de ces deux moyens .
Une page noire , coupée par des lignes
blanches , qu'on peut remplir de mufique
avec un crayon blanc & qu'on efface à volonté
, fe préfente à la fin du livre ; elle
peut fervir aux maîtres pour y noter des
chants à leur gré , & pour y mettre des
exemples qui fortifient ceux qui font dans
l'ouvrage ; elle peut fervir auffi aux écoliers
pour y placer des leçons , ou même
leurs idées en s'amufant.
66 MERCURE DE FRANCE.
Nous donnons d'autant plus volontiers
notre fuffrage à ces élémens , que nous
n'en connoillions pas d'auffi bien détaillés
ni d'auffi neufs pour la forme & pour le
fonds. D'ailleurs , pourrions- nous balancer
notre jugement , d'après l'approbation
flatteufe que l'Académie Royale des Sciences
a cru devoir donner fur le rapport avantageux
qu'en ont porté MM. d'Alembert &
de Fouchy , chargés d'examiner l'ouvrage ?
Ils n'ont pas craint d'en parler avec éloge ,
en difant que l'auteur a mis à la portée
» de tout le monde la méthode ordinaire
» pour apprendre la mufiqué , en énon-
» çant de la manière la plus fimple les
principales règles du chant , & en pla-
" çant toujours l'exemple à côté du précepte.
Il s'eft appliqué à faire voir d'une
» manière fenfible & facile , que toutes
» les mefures peuvent fe réduire à deux ,
» & toutes les clefs à une feule ; ce qui
» rendroit l'étude de la mufique beaucoup
» moins longue . » On trouve un extrait
de ce rapport à la fuite de l'ouvrage.
39
93
JANVIER 1767 . 67
IDÉE du GAZETIN du Comeftible , annoncé
pour le premier Janvier 1767 .
NOMBRE
OMBRE de perfonnes qui ont vu le
profpectus pour l'établiſſement d'un Gazetin
du Comeftible , ayant paru defirer
quelques explications fur les différens
objets qui doivent compofer cette feuille
périodique , concernant le fervice de la
table , on a cru devoir les donner avant
la publication du premier Gazetin.
Ces Gazetins indiqueront tout ce qu'il
y a de plus renommé & de plus , rare en
tous genres de comeftibles , naturels &
factices , tant dans le Royaume que chez
l'Etranger. Naturels , comme veau , mou
ton , gibier , grand & petit , volaille
poiffon de mer & d'eau douce , légumes ,
fruits verds & fecs , vin , cidre , bierre ,
huile , truffles , marons , & c. & factices ,
comme toutes fortes de pâtifferies , chaircuiteries
, fromages , beurres , confitures ,
liqueurs , glaces , & c. en un mot , tous
les objets qui concernent le fervice de la
able , parmi lefquels on fera agréablement
furpris d'en trouver beaucoup qui font
ignorés ou très- peu connus , avec le prix ;
68 MERCURE DE FRANCE.
1
& l'on en fera la commiffion à ce Bureau .
Aux confidérations d'utilité publique &
d'intérêt genéral , qui parlent pour cet établiffement
, & qui ont déterminé le Gouvernement
à l'autorifer , il s'en joint de
bien intéreffantes pour le particulier : la
fidélité & l'exactitude du fervice , l'affranchiffement
de tout foin , & fur-tout de la
tyrannie d'une foule d'agens , d'êtres intermédiaires
entre le marchand de la première
main & le confommateur , qui , non contens
de dénaturer fouvent la marchandiſe ,
exigent un falaire qui en augmente confidérablement
le prix ; d'où il réſulte néceffairement
une moindre confommation .
Plufieurs fermiers paroiffant defirer de
trouver dans cette feuille , à la fuite de
l'article des grains & graines qui fervent
à la nourriture de l'homme , les noms &
les adreffes de ceux qui ont des foins , de
la paille , de l'avoine & de la veſſe à vendre
, avec le prix ; nous annonçons qu'il
en fera fait mention dans les Gazetins
pour procurer le débit de ces denrées à
ceux qui en ont des provifions.
Ce Gazetin , qui paroîtra tous les mois ,
& dont l'abonnement eft de 6 liv. pour
l'année , fera remis , ainfi que les fuivans
franc de port , à Paris & dans tout le
Royaume.
JANVIER 1767. 69
ANNONCES DE LIVRES.
DICTIONNAIRE géographique , hiſtorique
& politique des Gaules & de la France.
Par M. l'Abbé Expilly , Chanoine Tréforier
en dignité du Chapitre royal de Tarafcon
, des académies royales des fciences &
belles - lettres de Lorraine , de Pruffe , de
Suede , & c . à Amſterdam , & fe trouve à
Paris , chez Defaint & Saillant , rue Saint
Jean-de - Beauvais , Bauche , quai des Auguftins
, Hériffant , rue Saint Jacques
Defpilly, rue Saint Jacques , Nyon & Leclerc
, quai des Auguftins , Piffot , quai de
Conti ; 1766 : TOM. IV ; in -folio.
Nous avons déja parlé plufieurs fois de
ce grand & fuperbe ouvrage , dont le fuccès
répond au mérite de l'auteur & à la perfection
de fon travail. Nous nous difpofons
à en donner un jour plufieurs grands
extraits: nous attendons pour cela que le livre
foit arrivé à fa fin . Le tom. 4, qui vient de paroître
, commence par la lettre L , & finit
par la lettre M. Dans les mille pages infolio
que renferme ce volume , le lecteur
trouve tout ce qui peut piquer fa curiofité
dans l'hiftoire naturelle , civile , religieuſe ,
70 MERCURE DE FRANCE.

littéraire & militaire des pays , villes &
villages de France , dont les noms commencent
par ces deux lettres .
De la population de la France ; par M.
l'Abbé Expilli , Chanoine Tréforier en dignité
du Chapitre royal de Tarafcon , des
académies royales des fciences & belleslettres
de Lorraine , de Pruffe , &c. à Amfterdam
, & fe trouve à Paris , chez Defaint
& Saillant , rue Saint Jean - de - Beauvais
, Bauche , quai des Auguſtins , Hériffant
, rue S. Jacques , Nyon , quai des Auguftins,
Defoilly, rue Saint Jacques ; 1766 :
SECONDE PARTIE in-fol. de 220 pag.
Ceux qui defireront connoître & voir
d'un coup
d'ail combien il y a d'habitans
dans chaque province , dans chaque diocèfe
, chaque ville , chaque bourg , chaque
paroiffe , chaque village de la France , trouveront
à fe fatisfaire aifément en parcourant
ce fecond ouvrage de M. l'Abbé Expilli
, qui n'eft , pour ainsi dire , que le
fupplément de celui que nous avons annoncé
ci- deſſus.
HISTOIRE des guèrres & des négociations
qui précédèrent le traité de Veftphalie,
fous le règne de Louis XIII , & le
Ministère des Cardinaux Richelieu & Ma
JANVIER 1767. 71
qarin : compofée fur les Mémoires du
Comte d'Avaux , Ambaffadeur du Roi
Très-Chrétien dans les Cours du Nord ,
en Allemagne & en Hollande , & Plénipotentiaire
au traité de Munfter ; par le
Pere Bougeant , de la Compagnie de Jéfus.
A Paris , chez Mufier fils , quai des
Auguftins , au coin de la rue Pavée , à Saint
Erienne ; & Durand neveu , Libraire , rue
Saint Jacques , à la Sageffe ; 1767 : avec
approbation & privilége du Roi ; 3 vol.
in-4°. nouvelle édition.
Aucune hiftoire n'a fait plus de plaifir ,
n'a paru écrite avec plus d'élégance , de
fagelle , de dignité & d'intérêt , que cet
excellent ouvrage , ce livre fi connu , fi
eftimé du père Bougeant. Cette hiftoire eft
d'autant plus eftimable , qu'elle a été compofée
fur des mémoires originaux. Ce
livre a été regardé dans le temps comme
le plus accompli en ce genre qui ait paru ,
& le mieux écrit de tous ceux que la fociété
des Jéfuites a donnés au public. La
matière eft curieufe par elle - même ; &
l'art de l'auteur a fu la rendre intéreffante.
Avec quel goût il arrange les faits , & les
points différens des conteftations ! Avec
quelle habileté il réfléchit lui-même fur
la conduite des négociateurs , démêle leurs
vues , & peint leurs caractères. Son lecteur
72 MERCURE DE FRANCE.
croit lui- même affifter au congrès , & être
en quelque forte plénipotentiaire. Ce livre
eft donc néceſſaire à tous ceux qui veulent
être inftruits des intérêts de l'Europe. On
y apprend les refforts & les fineffes de la
négociation , & la manière de fe conduire
avec les négociateurs diffimulés , profonds
& rufés.
ELOGE hiftorique de M. le Comte de
Caylus , lu à la rentrée publique de l'Académie
royale des infcriptions & belles
lettres , le mardi 8 Avril 1766 ; par M.
le Beau , Secrétaire perpétuel de la même
académie : in-4° . de 24 pages .
Les principaux événemens de la vie de
M. de Caylus , les divers traits qui caractérifentfon
efprit & fon âme , les différens
genres de connoiffances qu'il a cultivées ,
ont déja fait le fujet de quelques articles
de notre journal. L'éloge hiftorique de ce
favant par M. le Beau , offre à peu près les
mêmes objets ; mais ils y font préfentés
avec cet ordre , cette élégance , cet intérêt
, cette intelligence , ce choix que fait
fi bien employer l'illuftre Secrétaire de
l'Académie des infcriptions & belles lettres .
HISTOIRE de la nouvelle York , depuis
la découverte de cette province jufqu'à
notre fiècle , dans laquelle on rapporte
JANVIER 1767. 73
porte les démêlés qu'elle a eus avec les
Canadiens & les Indiens ; les guerres
qu'elle a foutenues contre ces peuples ; les
traités & les alliances qu'elle a faits avec
eux , &c. On y a joint une defcription
géographique du pays , & une hiftoire abrégée
de fes habitans , de leur religion , de
leur gouvernement civil & eccléfiaftique ,
&c. par Villiam Smith traduite de
l'anglois , par M. E. A Londres , & fe
trouve à Paris , chez Auguftin - Martin
Lottin l'aîné , Imprimeur - Libraire de
Monfeigneur le Dauphin , rue S. Jacques,
au Coq ; 1767 : vol. in- 12.
و
Tout ce qui peut contribuer à la connoiffance
de l'hiftoire des nations , doit
être favorablement accueilli. Indépendamment
de cette raifon générale , l'hiftoire
de la nouvelle York préfente des
détails curieux , qui ne fe trouvent point
ailleurs. Ils y font exposés d'une manière
intéreffante , & capable de faire impreffion
par l'air de vérité qui y règne.
L'ETOILE flamboyante , ou la Société.
des Francs Maçons , confidérée fous tous
les afpects ; à Francfort , & fe trouve à
Paris , chez Antoine Boudet , rue S. Jacques
; 1766 : deux vol. in- 12.
Si l'on en croit tout ce que dit l'auteur
Vol. II.
D
74 MERCURE
DE FRANCE.
de ce livre , il ne fera plus néceffaire déformais
d'entrer dans l'ordre des Francs-
Maçons , pour en favoir tous les fecrets ,
toutes les pratiques , tous les réglemens ,
tous les ufages , toutes les cérémonies ;
enfin , nous doutons qu'il y ait dans le
monde un Franc- Maçon auffi inftruit des
affaires de l'ordre , que le feroit un lecteur
qui , fans être Franc- Maçon , auroit
lu le livre dont il s'agit.
LE Chrétien du temps ,
confondu par
les premiers Chrétiens , rédigé par l'auteur
de la jouiffance de foi-même. A Paris
, chez Nyon , Libraire , quai des Auguftins
, à l'Occafion ; 1766 : avec approbation
& privilége du Roi ; un vol. in- 12 .
Les pieux ouvrages de M. de Caraccioli
lui ont fait en ce genre une fi
grande réputation , qu'il étoit difficile de
choifit une meilleure main , pour la rédaction
d'un ancien livre de dévotion
intitulé le Chrétien du temps. Les excellentes
vérités que cet ouvrage contient , ont
attiré l'attention des âmes dévotes ; mais il
falloit en rajeunir le ſtyle , lui donner une
nouvelle forme , & l'accommoder enfin
au temps préfent. C'eft ce qu'a fait avec
fuccès M. de Caraccioli , fi connu par fes
Ouvrages de piété , de religion & de morale.
JANVIER 1767. 75
FORMULES de médicamens , ufitées
dans les différens hôpitaux de la ville de
Paris , avec leurs vertus , leurs ufages &
leurs dofes . A Paris , chez Defpilly , Libraire
, rue S. Jacques , à la Croix d'or ;
1767 : avec approbation & privilége du
Roi ; vol . in- 12 , fe vend 3 liv. relié , &
2 liv . 10 f. broché.
Rien ne paroît plus utile aux jeunes
Médecins , que d'avoir fous la main de
bons modèles de compofitions médicinales
, pour la cure des maladies. Le recueil
des formules ufitées dans les différens
hôpitaux de la capitale du Royaume ,
doit être fans contredit le moyen le plus
propre à remplir complettement cet objet.
C'eft le réfultat des réflexions & de l'expérience
de plufieurs Médecins très- exercés
dans l'art de guérir , qui ont formé un
précis de tout ce qu'il y a de plus efficace
pour la guérifon des malades..
INSTITUTIONS géographiques , par M.
Robert de Vaugondy , géographe ordinaire
de S. M. Polonoife , Duc de
Lorraine & de Bar , & de l'Académie
royale des fciences & belles lettres de
Nancy. A Paris , chez Boudet , rue S. Jacques
; Defaint , rue du Foin S. Jacques ;
1766 avec approbation & privilége du
-
D ij
76 MERCURE DE FRANCE.
Roi ; vol. in- 8 °. avec des planches gravées.
On peut puifer dans cet ouvrage les
vrais principes de la géographie. Il eſt divifé
en deux parties ; la première regarde
la géographie fpéculative ; la feconde , la
géographie pratique. Ce livre n'eft pour
le fond que l'Introduction de Guillaume
Samfon , fameux géographe , retouchée
d'abord par différentes perfonnes , & en
dernier lieu , avec un nouveau titre , par
M. Robert de Vaugondy. C'eft de luimême
que nous apprenons ces détails littéraires
& typographiques.
L'ANTIQUITÉ juftifiée , ou réfutation
d'un livre qui a pour titre : l'Antiquité
dévoilée par fes ufages. A Amfterdam , &
fe trouve à Paris , chez Vallat la Chapelle ,
Libraire , fur le perron de la Sainte Chapelle
, au Palais ; 1766 : vol. in- 12 de
200 pages.
Le livre de feu M. Boulanger contient
plufieurs propofitions , plufieurs réflexions ,
plufieurs opinions , plufieurs raifonnemens
qui ont paru mériter une jufte critique ; &
cette critique eft l'ouvrage même que nous
annonçons .
ESSAI fur l'hiftoire de Normandie , deJANVIER
1767. 77
puis l'établiſſement du premier Duc Rollon
ou Robert I. juſqu'à la bataille d'Hafting
inclufivement. Précédé d'un difcours
préliminaire fur les exploits des anciens
Normands avant Rollon ; par un Page du
Roi. A Amfterdam , chez Merkus & Arkftée
, Libraires ; 1766 : un volume in- 12.
On ne devoit pas s'attendre de la part
d'un jeune Page , à des recherches auffi
profondes que celles qu'offre un pareil
ouvrage. L'efprit de difcuffion & l'érudition
la plus fombre , font rarement le
partage d'un homme de cet état ; & ce qui
eft plus rare encore , c'eft le fuccès avec
lequel le jeune auteur s'eft tiré de ce genre
d'écrire , grave & férieux .
CATON d'Utique, tragédie de M. Addiffon
, traduite de l'Anglois , par M. Guil-
Lemard
, écrivain de la Marine & des
Claffes , Secrétaire de l'Intendance de
Marine en Bretagne. A Breft , chez R.
Malaffis , Imprimeur ordinaire du Roi
& de la Marine ; & fe vend à Paris , chez
Durand , Libraire , rue S. Jacques , à la
Sageffe ; 1767 : avec approbation ; in - 8 ° .
Tout le monde connoît l'éloge qu'a
fait M. de Voltaire de la tragédie de Caion ,
par M. Addiffon. Il étoit bien capable
d'engager quelque jeune poëte à la tra-
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
و
duire dans notre langue . C'eft ce qu'a fait
M. Guillemard en affez bons vers , &
en confervant dans fa traduction la plûpart
des beautés de l'original. On doit
auffi dire , à la gloire de fon Imprimeur ,
qu'il a parfaitement réuffi dans la partie
typographique.
OCTAVE & le jeune Pompée , ou le
Triumvirat , avec des remarques fur les
profcriptions. A Amfterdam , & fe trouve
à Paris , chez Lacombe , Libraire , quai de
Conti ; 1767 : in- 8° .
Cette pièce a été jouée il y a quelques
années ; & on en trouve un court extrait
dans un des derniers almanachs des théâtres.
On y a joint des notes très - curieufes ,
& qui fûrement partent d'une bonne main .
Ces notes font terminées par un autre
morceau très-bien fait , fur les profcriptions.
En général , ce recueil mérite d'avoir
place dans le cabinet d'un homme de
goût.
PRÉCIS pour M. J. J. Rouffeau , en
réponse à l'expofé fuccinct de M. Hume :
fuivi d'une lettre de Madame D. à l'auteur
de la juftification de M. Rouffeau ; 1767 :
in- 12 de 120 pages.
Plufieurs perfonnes defirent de connoîJANVIER
1767 . 79
tre à fond le fujet de la querelle entre
M. Rouffeau & M. Hume. Pour cet effet
il faut fe procurer toutes les pièces du
procès ; & celles que nous annonçons
pourront donner quelques notions, quelques
connoiffances qui contribueront à mettre
le lecteur en état de prononcer fur cette
grande affaire. On en trouve des exemplaires
chez la veuve Duchefne , rue S.
Jacques , au temple du Goût.
LES Orphelins ; conte morale , mis en
action en forme de pièce dramatique , en
cinq actes & en profe ; par M. D. C. A
Paris , chez Lacombe , Libraire , quai de
Conti ; 1767 in- 8 ° . de 120 pages.
Ce n'eft point ici une comédie ; l'auteur
paroît n'avoir eu d'autre but , en compofant
cet ouvrage , que de raffembler
fous un même point de vue , différens
traits de bienfaifance & de probité. Pour
éviter les longueurs trop fouvent inféparables
d'une fimple narration , il a cru devoir
mettre la fienne en dialogue , & fous
la forme d'une pièce dramatique.
NOTES fur la lettre de M. de Voltaire
à M. Hume ; par M. L.... On en trouve
quelques exemplaires chez Lacombe , Libraire
, quai de Conti ; 1767 : in- 12 de
32 pages.
Div
MERCURE DE FRANCE.
Ces notes ne font pas plus favorables
à M. Rouffeau , que le texte même ; &
nous les croyons de la même main .
DEUX épîtres de Clément Romain , difciple
de Pierre , Apôtre tirées , pour la
première fois , d'un manufcrit du nouveau
teftament Syriaque , & publiés avec la verfion
latine à côté ; par Jean-Jacques Vef
tin. A Leyde , de l'Imprimerie d'Elie
Luzac le jeune , en 1752, Dua epiftola
CLEMENTIS ROMANI , difcipuli PETRI,
Apoftoli : quas ex codice manufcripto novi
teftamenti Syriaci nunc primùm erutas, cum
verfione latinâ appofitâ : edidit Jo. JACOBUS
VETSTENIUS ; Lugduni Batavorum ,
typis ELIE LUZAC , jun . 1752 : fecondė
édition françoiſe & latine ; 1763 : in- 8º.
de 76 pages.
Ce peut être ici un morceau très- curieux
pour
les amateurs des écrits de ce gente.
ORAISON funèbre du Séréniffime Prince
Monfeigneur Louis de Bourbon , Dauphin
de France , fils de Louis XV le Bien-
Aimé; prononcée au Service folemnel que
le Corps de la Nation Françoife , réfidant
à Cadix , a fait célébrer pour le repos de
fon âme , dans l'églife des RR. PP . Carmes
déchauffés de cette ville , le 6 Mars 1766 ;
JANVIER 1767.
81
par M. Jofeph-Martin de Gufman , Docteur
en Théologie en l'Univerfité d'Offuna
, Chanoine Théologal de la fainte
églife Cathédrale de Cadix , & Examinateur
Synodal de l'Evêché ; fuivie des honneurs
funèbres rendus à la mémoire de ce
grand Prince , de la defcription du catafalque
, avec les infcriptions , & c. Traduit
de l'Efpagnol , par M. Allain , Maître èsarts
en l'Univerfité de Paris. A Paris , de
F'Imprimerie de Guillaume Defprez , Imprimeur
ordinaire du Roi & du Clergé de
France , rue Saint Jacques ; 1766 : avec approbation
& permiffion ; in - 4° .
وو
c
Monfeignent le Dauphin laiffe à
l'Eglife , à l'Europe , & à l'Etat
» toute la fainteté de fa vie , toute la ré-
» compenfe & le triomphe de fes vertus.
» Vertus héroïques du Séréniffime Prince ;
récompenfes dues à fes mérites . L'un &
» l'autre nous font affurés par la providence
» dans fes enfans ; & tels font les deux
points de fon éloge funèbre ».
و ر
و د
LE Bonheur de l'Hymen , fête donnée
par les citoyens dévoués par leurs talens
& leurs profeffions à M. le Marquis de
Saint-Clair, &c ; à l'occafion de fon mariage
avec Mlle de Puyfegur , le jour de
fon arrivée à Reims , le 14 Novembre
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
1766. A Reims , chez Pierre - Nicolas-
Antoine Pierrard , Imprimeur , parvis
Notre-Dame; 1766 : in- 4° . de 16 pages..
Ces fortes d'écrits n'intéreffent ordinairement
que ceux qui en font l'objet..
C'eft par cette raifon que nous n'entrerons
dans aucun détail. Les perfonnes qui defireront
plus particulièrement de connoître
toutes les circonftances de cette fête , auront
recours à l'ouvrage même.
L'HOMME fociable , ou Réflexions fur
l'efprit de fociété ; à Amfterdam , chez:
Merkus & Arkftée , Libraires ; 1767 :
in - 12: de 54 pages.
Ce petit écrit montre à chaque ligne
une âme citoyenne. Tout lecteur que les
portrait de fes devoirs flatte , parce que
fon coeur s'y reconnoît , doit le lire avec
plaifir..
L'ANNIVERSAIRE de Mgr le Dauphin
ode par M. ...d'A . A Paris, chez Vente,
Libraire , Montagne Sainte Geneviève ,
près les Carmes ; 1767 in- 4° de 12 pag.
Il y a beaucoup de ftrophes & beaucoup
de zèle dans cette pièce..
ALMANACH des Mufes ; 1767. A Paris,
thez Vallat la Chapelle , Libraire , au Pa
JANVIER 1767. 83
lais , fur le Perron de la Sainte Chapelle .
Le fuccès que l'almanach des Mufes a
eu l'année dernière , nous difpenfe de parler
déformais de fes différens avantages.
Les auteurs de cette agréable collection
ont fait cette année de nouveaux efforts ,
pour la rendre plus digne des regards du
public. Plufieurs perfonnes ayant defiré
qu'on fît noter les chanfons , on s'eft rendu
à leurs defirs ; on a fait graver les plus jo- .
lis airs . On y a joint une notice générale
de tous les ouvrages de poéfie qui ont paru
en 1766. Ainfi ce nouveau volume remplit
fon titre dans toute fon étendue . Il
contient les meilleures poéfies fugitives de
l'année ; & il donne une idée des autres
poëmes. Les auteurs, qui font certainement.
des perfonnes d'efprit , de mérite & de
goût , fe propofent de fuivre le même plan
à l'avenir ; & l'on verra d'un coup - d'oeil
dans cet ouvrage , les différens progrès de
la poésie françoife .
CATALOGUE raifonné des tableaux , deffeins
& eftampes , & autres effets curieux
après le décès de M. de Julienne , Ecuyer ,
Chevalier de Saint Michel , & honoraire
de l'Académie royale de peinture & de
Sculpture ; par Pierre Remy. On a joint
D vj
$4 MERCURE DE FRANCE.
à ce catalogue celui des porcelaines , tart:
anciennes que modernes , des laques les
plus recherchées , des riches meubles du
célèbre Ebénifte Boule , & autres effets , par
C. F. Julliot. A Paris , chez Vente , Libraire
, rue & au bas de la Montagne Sainte
Geneviève ; , 1767 : vol. in- 12 .
Quelque confidérables qu'ayent été les
cabinets vendus , depuis qu'on s'eft mis
dans l'ufage de faire des catalogues , ils
étoient bien inférieurs à la riche collection
de M. de Julienne. Nous n'entreprendrons.
point d'en faire l'éloge , nous craindrions
de ne pas répondre à l'idée que le public -
en a déja conçue. En effet , il n'étoit pas
poflible de voir ce fameux cabinet , fans.
être frappé d'admiration , par la beauté des
objets qu'il renferme , & d'étonnement
par leur multiplicité. Les François n'ont
pas été les feuls à éprouver ces fentimens :
les étrangers de toutes les nations , de
retour dans leur pays , les communiquoient
à leur compatriotes ; & , par - là , faifoient
naître le defir d'aller voir tant de richeffes
raffemblées. Chacun y trouvoit à fatisfaire
fon goût : tableaux des différentes écoles ,
& prefque tous d'un très- beau choix ; deffeins
de grands maîtres , eftampes, bronzes ,
figures de marbre , d'albâtre , de porphire
& de terre cuite ; des vafes de différentes
JANVIER 1767. 85
matières ; des porcelaines de toutes les
nations & de la plus grande rareté ; des
laques de la dernière beauté ; enfin , des
meubles précieux , tels que des tables des
plus beaux marbres , de pierres de rapports
, des cabinets , des gaînes , des tables
de marquetterie du fameux Boule , &c .
Nous ne finirions point fi nous voulions
parler de tout ce qui compofe cette riche
& unique collection. Nous renvoyons au
catalogue , qui eft très- bien fait , & qui
mettra les amateurs & les curieux à porté
de fe décider fur le choix des morceaux.
qui leur conviendront.
LA nouvelle Raméïde , poëme revu ,
corrigé & prefque refondu ; par M. Rameau
, fils & neveu de deux grands hommes,
qu'il ne fera pas revivre. A Amfterdam ;
1766 brochure in- 8 ° de 30 pages .
On trouve peu d'exemplaires de cet
ouvrage , dont M. Rameau ne convient.
point d'être l'auteur , quoiqu'il n'ait été.
fait qu'après fes idées .
EPÎTRE aux Rois conquérans ; EPÎTRE
un jeune homme qui veut embraffer la,
profeffion des lettres préfentées à l'Académie
Françoife pour concourir au prix
de poéfie de l'année 1766. A Dijon , chez
L.. Lagarde , Libraire , rue de Condé ;
86 MERCURE DE FRANCE .
1766 : avec permiffion ; in- 8° de 26 pages.
Les auteurs ou l'auteur de ces deux épîtres
ne demeurent point à Paris , & n'y ont
peut-être jamais demeuré ; on trouve cependant
, dans les ouvrages que nous annonçons
, une manière d'écrire qu'on acquiert.
rarement en province , & qui prouvent
que les auteurs fe font familiarifés avec
nos meilleurs poëtes .
ÉLOGE funèbre de très - haut , très- puiffant
& excellent Prince Monfeigneur Louis,
Dauphin de France ; par M. l'Abbé Maury .
A Sens , chez Tarbé , Imprimeur - Libraire .
A Paris , chez la veuve Pierres & fils ,
Libraires , rue Saint Jacques , près Saint
Yves , à Saint Ambroife & à la Couronne
d'épines ; 1766 : in - 8 ° .
"
" Louis confacra fon enfance à travailler
» à notre édification. Louis a confacré le
» refte de fa vie à procurer notre bonheur » ,
Voilà les deux parties de cet éloge.
ABRÉGÉ de l'Hiftoire de Port -Royal
par M. Racine , de l'Académie Françoife ;
ouvrage fervant de fupplément aux trois
volumes des oeuvres de cet auteur. A
Paris , chez Lottin le jeune , rue Saint
Jacques , vis- à- vis celle de la Parchemineric
; 1767 volume in- 12 pet. papier.
JANVIER 1767. 87
La première partie de cette hiftoire
parut dès 1742. L'éditeur explique les raifons
qui dérobèrent au public plus de
vingt années la feconde que l'on nous
denne aujourd'hui , & qui complette enrièrement
l'ouvrage. On la lit avec fatiffaction
; l'on y retrouve tout ce que l'on
peut defirer : c'eft une belle fimplicité ;
c'eft une élégance non rocherchée ; du
nombre fans affectation , enfin le même
tour & la même aménité dans celle - ci
que dans la première. Ce morceau d'hiftoire
, pour le ſtyle , eft du petit nombre:
de ceux qui doivent fervir de modèle.
Boileau l'appelloit un chef- d'oeuvre. On:
ne fauroit donc trop le mettre dans les
mains des jeunes gens & leur en confeiller
la lecture , fur-tout à ceux qui fe deftinent
à écrire dans le genre hiftorique. La première
partie faifoit defirer la fuite de ce
précieux monument ; la publication qu'on
vient d'en faire fatisfait le voeu du public.
Nous comptons donner un extrait de cer
excellent morceau d'hiftoire.
PROBLEME.
,
C'eft à quoi fe réduit tout le titre d'une
brochure de 30 pages in- 12 contre la
philofophie , dans laquelle il y a des raifonnemens
qui ne font pas à la portée de
tous les lecteurs.
83 MERCURE DE FRANCE.
EPÎTRE à la vertu , par M. W. d'A****
in- 12 d'environ dix à douze
pages.
Les vers qui compofent cette épître font
l'éloge du coeur & de l'efprit de l'auteur.
>
TABLEAU hiftorique & politique de la
Suiffe , où font décrits fa fituation , fon
état ancien & moderne , fa divifion en
cantons , les diétes , l'hiftoire détaillée de
Guillaume Tell , & l'union Helvétique
où l'on voit l'origine , la naiffance , l'établiffement
& le progrès de fes républiques;
les moeurs , la politique , la religion , &
le gouvernement de fes peuples ; avec un
état de fon commerce , de fes revenus , de
fa milice , & un appendice contenant un
détail de fes alliés . A Paris , chez Lottin
le jeune , Libraire , rue S. Jacques , visà-
vis celle de la Parcheminerie ; vol . in- 12
relié en veau , 2 liv. 5 f.
DÉCLARATION de M. DE VOLTAIRE.
J'ai déja déclaré que je ne fuis point l'auteur
de la lettre au docteur Panfophe; que je
voudrois l'avoir faite , & que fi j'en étois
l'auteur , je l'avouerois hautement. J'ai
écrit & j'ai dû écrire la lettre à M. Hume.
JANVIER 1767. 89
J'ai dû repouffer la calomnie , à l'exemple
de M. Hume & de M. d'Alembert ;
car quoi qu'en dife M. Dorat , l'aggreffeur
feul a tort ; & le calomnié doit fe défendre
quand il s'agit de faits & de procédés . Je
me fuis défendu gaiement ; & lorsqu'on
dit la vérité en riant , on ne fait pas rire
de foi.
J'ai lu les notes que l'on a imprimées
fur ma lettre à M. Hume. L'auteur des
notes me paroît trop férieux : il peut
favoir
mieux que moi les dates des lettres
à M. Dutheil ; mais je fais mieux que
lui , qu'il ne faut point s'appefantir fur les
torts d'un homme qui s'eft à la vérité
rendu malheureux par fa faute , mais qui
mérite du ménagement par fon malheur
même. A Ferney, le 29 Décembre 1766.
VOLTAIRE.
AVIS.
M. de Machy, de l'académie de Berlin ,
qui vient d'être nommé à celle des Curieux
de la nature , connu déja par différens
ouvrages accueillis du public , & fingulièrement
par fes inflituts de Chymie , ou
principes élémentaires de cette fcience
préfentés fous un nouveau jour , 2 vol.
in 1 2 1766, dont nous avons rendu compte
90 MERCURE DE FRANCE.
dans le temps , ouvrira le 16 du mois
de Février à 3 heures précifes , dans fa
maifon rue du Bacq , fon cours de Chymie
, qu'il a entrepris depuis plufieurs
années , & qu'il continue toujours avec
fuccès. Il y explique & développe d'une
manière nette & précife fes inftituts. Les
deux volumes fe trouvent à Paris , chez
Lottin le jeune , Libraire , rue S. Jacques,
vis - à- vis celle de la Parcheminerie .
AVERTISSEMENT.
JEAN-NOEL LELOUP, Libraire , rue &
au-deffus de la Comédie françoife , a fait
depuis peu l'acquifition d'un fonds affez
confidérable de livres choifis , qu'il a completté
autant qu'il lui a été poflible : il
offre au public l'ufage de cette collection
par abonnement. Ce Libraire s'eft fur-tout
attaché à multiplier les livres d'agrément ;
il a raffemblé tous les théâtres françois ,
les ouvrages de poéfie les plus eftimés
dans notre langue , les meilleurs poëtes
Grecs , Italiens , Anglois & Allemands ,
ou leurs traductions ; les ouvrages choifis
de littérature , & grand nombre de romans
, depuis l'Aftrée jufqu'aux derniers
qui ont paru. La claffe de l'hiftoire eft
affez confidérable dans toutes fes fubdiviJANVIER
1767.
fions ; celles de philofophie , de morale ,
de politique , de métaphyfique , de phy
fique , d'hiftoire naturelle , de mathématiques
& arts , quoique moins abondantes ,
méritent néanmoins l'attention des amateurs.
Les mémoires de l'académie des
fciences , le recueil des machines qui en
fait la fuite , nombre de traités élémentaires
, & les dictionnaires hiftoriques &
autres , achévent de rendre cette collection
intéreffante.
On trouvera auffi dans le cabinet qu'il
annonce , toutes les nouveautés d'agrément
, les ouvrages & feuilles périodiques ,
& les mémoires qui paroîtront de quelqu'importance.
Conditions de l'abonnement.
Le prix de l'abonnement , qui fera payé
d'avance , eft de 3 liv . par mois , de 15 liv.
pour la demi-année , & de 24 liv. pour
l'année.
Comme ce n'eft qu'en confidération du
temps , & pour s'attacher fes lecteurs , que
le Libraire s'eft déterminé à faire une diminution
graduelle fur le prix des abonnemens
à l'année & à la demi - année , il
croit devoir prévenir que les perfonnes qui
fe feroient abonnées à l'année ou à la demi92
MERCURE DE FRANCE.
année , & qui voudroient quitter avant la
fin de leur abonnement , payeront fur le
pied de liv. par mois ; mais le furplus
des fommes qu'elles auront payées d'avance
, leur fera exactement rendu.
3
On donnera jufqu'à fix volumes à la
fois ; mais pour accélérer la circulation
des nouveautés , on ne les fournira que
volume à volume .
Les abonnés qui fe contenteront d'être
fournis volume à volume , feront difpenfés
de toute confignation ; ceux qui voudront
avoir plufieurs volumes à la fois ,
- auront la bonté de configner 12 liv . en
fus du prix de leur abonnement. Il fera
donné reconnoiffance de cette confignation
, & elle fera exactement rendue à la
fin de l'abonnement,
Pour mettre les abonnés à portée de
choifir les ouvrages qu'ils voudront lire ,
il fera fourni à chacun d'eux un catalogue
imprimé , en marge duquel ils font priés
de marquer , d'un petit trait de plume ,
plufieurs articles à la fois , afin qu'au défaut
d'un ouvrage qui pourroit fe trouver
en lecture , on puiffe leur en fournir un
aurre de leur choix. On fent que pour l'exécution
de cet ordre de fervice , il fera néceffaire
d'envoyer les catalogues au cabinet
, chaque fois que l'on demandera de
nouveaux livres .
JANVIER 1767. 93
Pour que les abonnés n'ayent pas à atrendre
les livres qu'ils pourront defirer ,
on a doublé & triplé les exemplaires d'une
grande partie des articles compris au catalogue.
On fuivra exactement cette méthode
à l'égard des nouveautés qui paroîtront.
La première fourniture faite , on ne
donnera de nouveaux livres , qu'en recevant
les anciens cette précaution eft néceffaire
pour éviter la confufion dans le
travail & la perte des livres.
Le cabinet fera ouvert tous les jours
depuis huit heures du matin jufqu'à une
heure après midi , & depuis trois heures
jufqu'à huit du foir , à l'exception des
fêtes & dimanches.
Le Libraire aura foin d'étudier le goût
du public , pour diriger fon choix dans
les nouvelles augmentations qu'il fe propofe
de faire à fa bibliothéque. Il fera fon
poffible pour fatisfaire les abonnés ; & il
efpère que fes foins & fon exactitude à
remplir les engagemens qu'il prend avec
le public , lui mériteront un accueil favorable.
MAGASIN LITTÉRA IR E.
C'EST ici le lieu de rappeller au public
le profpectus du Magafin Littéraire du ſieur
94 MERCURE DE FRANCE.
Quillau , rue Chriftine , attenant à la rue
Dauphine , fauxbourg Saint Germain.
On s'eft attaché , dans le catalogue du
Magafin Littéraire , à faire un choix conforme
au goût général des lecteurs. Depuis
1761 , époque de fon établiffement , le
fieur Quillau , Libraire , s'eft appliqué à
connoître le genre de livres qui peut plaire
le plus généralement. Les romans , les
théâtres , la poésie , les voyages , l'hiftoire ,
les ouvrages de littérature & de philofophie
, &c. forment en grande partie la bibliothèque
du Magafin Littéraire , & on
a completté , autant qu'il a été poffible ,
l'affemblage de tous ces différens genres..
Les nouveautés intéreffantes qui ont
paru fe trouvent dans le catalogue. On
y a défigné l'année où les livres ont été
imprimés , afin de mettre le lecteur à portée
de connoître & de diftinguer les livres
anciens d'avec les nouveaux. On continuera
d'année en année de faire de nouvelles
augmentations & de les publier ; &
le fieur Quillau ne négligera rien pour
s'affurer de plus en plus la confiance que
le public a bien voulu donner jufqu'ici
à l'établiffement du Magafin Littéraire .
Le Mercure , le Journal des Dames , le
Journal Encyclopédique , le Journal de
Verdun , l'Année Littéraire , l'Avant-CouJANVIER
1767. 95
1
reur , ainfi
que les Gazettes
de France &
d'Amfterdam
, & les petites
Affiches
de Paris , fe trouvent
au Magafin
pour les abonnés
qui voudront
venir les lire , de
même que les dictionnaires
qu'ils pourront
y confulter
. Tous ces ouvrages
ne s'envoient
point en ville.
Pour faciliter le fervice , dont les détails
font infinis , on propofe les conditions
fuivantes.
Conditions de l'abonnement.
I. On donnera aux abonnés un catalogue
fur lequel ils font priés de défigner ,
par un trait de crayon en marge de leur
catalogue , les articles qu'ils defireront
lire , afin qu'à l'abſence de l'un , on puiſſe
en fournir un autre ; de cette manière
les abonnés font fürs de lire fucceffivement
tous les articles qu'ils auront ainfi défignés..
S'il arrive qu'on perde fon catalogue , &
qu'on en demande un autre , on le payera
douze fols.
II. Pour éviter la perte des livres , on
n'en donnera point de nouveaux que les
anciens ne foient tous renvoyés au Magafin.
III. Les abonnés font priés très - inftamment
de ne pas garder les livres un temps
6 MERCURE DE FRANCE.
1
trop confidérable , parce que cela empêche
la circulation & ôte les moyens de
pouvoir les fatisfaire auffi promptement
qu'on le defireroit. On les prie auffi de
donner avis au Magafin Littéraire du changement
de leur demeure.
IV. Le prix de l'abonnement pour l'année
eft de vingt - quatre livres , qui fe paient
d'avance 3 celui pour le mois eft de trois
livres , qui fe paient aufli d'avance ..
V. Quand on aura commencé une
année ou un mois , fi l'on vient à quitter
dans le courant de l'un ou de l'autre , on
né pourra rien répéter du prix qu'on aura
payé pour l'abonnement.
VI. Les perfonnes qui voudront fe contenter
d'un feul volume à la fois ne donneront
point d'arrhes ; les autres auront
la bonté , indépendamment du prix de
l'abonnement , foit à l'année , foit au mois ,
de dépofer douze francs , qui leur feront
rendus à la fin de leur abonnement.
VII. Les abonnés qui cefferont leur
lecture font priés d'être exacts à renvoyer
leurs livres au moment de l'expiration de
leur abonnement , fans quoi leur abonnement
courra toujours . -
Le Magafin eft ouvert tous les jours ,
depuis huit heures du matin jufqu'à huit
heures
JANVIER 1767. 97 .
heures préciſes du foir , à l'exception des
dimanches & fêtes.
Le fieur Quillau fait prifées , ventes ,
achats & catalogues de bibliothèques , &
fe charge de commiffions de livres , tant
pour Paris que pour la province.
AVIS
CONCERNANT quelques ouvrages qui ſe
trouvent chez le fieur PANCKOUCKE
Libraire , rue de la Comédie Françoife.
Ces ouvrages font , 1 ° . les Soupirs du
Cloître ou le Triomphe dufanatifme , épître
de feu M. Guimond de la Touche , à M.
D. M. feconde édition , grand in - 8°. A
Londres. Cet ouvrage peut fe relier avec
tous les poëmes de ce format imprimés
chez Jorry. Prix 1 liv . 16 fols.
2º. Elite de poéfies fugitives , dans
laquelle on a fait entrer tout ce que nos
počtes modernes ont fait de plus parfait ,
les plus belles odes , les madrigaux , les
épîtres & les épigrammes les mieux faites
depuis Rouffeau , les éloges des femmes
de notre fiècle , les plus diftinguées par
leur naiffance , leur efprit & leur beauté ,
& un très-grand nombre de pièces de
Férand, la Faye , M. de Voltaire , M. de
Vol. I. E
98 MERCURE DE FRANCE.
B.... & d'autres auteurs , ou qui n'ont
jamais été imprimés , ou qui ne fe trouvent
point dans le recueil qu'on a fait de
leurs oeuvres. Trois vol. in- 12. Prix 6 liv.
brochés & liv. 10 fols reliés.
7
3. Fanny ou l'Heureux Repentir , hif
toire angloife. Ce joli roman , comparable
aux plus jolis contes de M. de Marmontel ,
eft de M. d'Arnaud. Prix 1 liv. 4 fols.
4°. On trouve auffi chez le même
Libraire les vrais principes de la lecture ,
de l'ortographe & de la prononciation
françoife , ouvrage fingulièrement méthodique
, tout propre à faciliter aux jeunes
perfonnes l'intelligence de tous les principes
de la langue françoife , & qui réunic
toutes les parties d'inftruction qui peuvent
avoir rapport à cet objet.
5°. L'Inconnu , roman véritable ; in - 12 ,
I liv. 4 fols broché. La Haye ; 1767. Ce
roman, compofé par deux perfonnes qui ,
fous des noms empruntés , cherchoient à
fe connoître , eft intéreffant d'ailleurs par
la manière dont les lettres font écrites , &
par le mystère qui a fervi de reffort à cette
intrigue amoureufe.
6. Dictionnaire du vieux langage françois
, &c. Par M. Delacombe. Prix liv.
broché & 6 liv . relié.
S
Cet ouvrage excellent , dont nous avons
JANVIER 1767. 99
rendu un compte avantageux dans le
Mercure de Novembre 1766 , vient d'être
réimprimé ; il renferme tous les mots qui
ne font plus en ufage , & peut également
fervir à ceux qui ont le goût de l'ancienne
littérature françoife , & qui font obligés
par état , de lire les anciennes ordonnances
de nos Rois , les chartres , & c.
ON trouvé chez Buldet , Marchand
d'eftampes , quai de Gefvres , trois jolis
Aeurons , deffinés par M. Gravelot , &
gravés par MM. Prevot & Defehrt ; le
premier repréfente un Apollon couché au
bas du Parnaffe & occupé à lire des pièces
de vers ; le fecond repréfente deux petits
enfans entrelaffans avec des fleurs plufieurs
lyres qui fervent d'emblêmes aux
différens genres de poéfie ; & le troifième
repréſente trois petits enfans qui foutiennent
une couronne de fleurs qu'ils fe
difpofent à placer fur un recueil de vers.
E 15
100 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE II I.
SCIENCES ET BELLES-LETTRES,
ACADÉMIE S.
Manheim , ce 13 Octobre 1766.
L'ACEDÉMIE Electorale Palatine préfenta
il y a quelques jours à LL. AA . SS.
Electorales , le premier volume de fes Mémoires
Littéraires , qui vient d'être imprimé
, & fit avant - hier fa rentrée publique
en préfence de fon augufte fondateur & de
plufieurs Seigneurs de fa Cour. M. Schoepflin,
Préfident Honoraire , l'ouvrit par un
petit difcours latin , lequel étant fini , M.
Lamey, Sécrétaire perpétuel, rendit compte
des pièces que l'académie avoit reçues pour
les prix de cette année , fur les queſtions
fuivantes :
.
les
1º . « Quels étoient les fiéges ,
» terres & les droits des Comtes Palatins
» du Rhin , depuis le partage de l'Empire
François , fait à Verdun en 843 , jufqu'à
» ce que Heidelberg devint la capitale du
» Palatinat ?
"
JANVIER 1767.
101
» 2°. Si & comment les charbons de
terre font propres à la fonte des miné-
» raux , & fur-tout de ceux de fer »?
Sur la première queſtion , remporta le
prix la differtation qui avoit pour devife :
Prolem fine matre creatam. L'auteur en eft
M. Cullmann , licencié ès loix à Guermerfheim.
Sur l'autre queftion , iln'y a eu qu'une
feule pièce , qui n'avoit pas les qualités requifes
pour être couronnée .
Les queftions pour l'année qui vient ,
font celles- ci :
« 1 ° .Y a-t-il des fubftances qu'on puiffe
» fubftituer au cobalt pour faire la belle cou-
» leur bleue de Saxe ? Quelles font- elles
» & comment faut- il les préparer ?
"
" 2°. Quel fut l'état géographique &
politique du Duché de Franconie fur le
» Rhin avant la fin du douzième fiecle ?
Quelles font les prérogatives & les terres
qui en revinrent à l'Electorat Palatin » ?
Pour l'année 1768 , on propofa les deux
queftions fuivantes :

و ر
39
ود
« 1 ° . En quel état fe trouvoit l'églife de
Mayence avant Saint Boniface & quel
changement y apporta cet Apôtre d'Allemagne
? L'églife de Worms a- t- elle ja-
» mais eu la prérogative de Métropoli-
>> taine ?
20. S'il y a une méthode de dégager
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
» le mercure de fa mine à peu de frais &
» fans qu'il s'en volatilife une auffi grande
quantité que par les voies ufitées de nos
» jours »?
23
ور
Les differtations deftinées à concourir
aux prix , feront adreffées franches de port ,
à M. Lamey , Sécrétaire perpétuel de PAcadémie
Electorale Palatine des fciences &
belles-lettres . A Manheim.
MÉDECINE. i
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
'AI lu , Monfieur , dans le Mercure de
France , du mois de décembre 1766 , pag.
165 , le témoignage éclatant que rend M.
Paris , Docteur en Médecine de l'Univerfité
de Montpellier , aux dragées antivénériennes
, au fujer de la guérifon d'une
femme âgée de trente- fix ans. Sans être ni
Médecin ni Chirurgien , j'ai , fans doute',
le, même droit de rendre publiquement,
juftice à la vérité. C'eft donc pour fuivre
le bon exemple de M. Paris que je vais
rapporter fimplement dans ma façon de
m'exprimer , mais d'après le témoignage
précis de plufieurs Médecins & ChirurJANVIER
1767. 103
giens très - éclairés , un fait dont je fuis
moi- même le premier témoin , avec d'autres
Officiers de la bouche du petit Commun.
Nous connoiffons tous le malade ;
nous avons vu la maladie & la guérifon ;
ainfi nous n'atteftons rien dont nous n'ayons
la plus grande certitude.
Le fujet dont il s'agit , Officier depuis
quarante ans au petit commun , eft âgé
de cinquante-fix ans : il étoit affligé depuis
vingt - quatre ans d'ulcères profonds qui
s'étendoient fur toute la cuiffe & la jambe
gauche. Il n'a ceffé , pendant tout ce temps ,
de faire les remèdes que les Médecins &
les Chirurgiens lui indiquoient ; il a été
long- temps à la Charité de Verfailles , à
celle de Fontainebleau & à celle de Compiègne
, fans aucun fuccès ; fi un ulcère fe
cicatrifoit d'un côté , il s'en formoit de
nouveaux de l'autre. Il avoit même à la
cuiffe trois trous qui en découvroient l'os ;
toute cette partie étoit dure comme un caillou
, & noire ; elle rendoit une odeur qu'il
n'étoit pas poffible de fupporter. Le malade,
défefpéré de fon état , confulta M. Andouillé
, premier Chirurgien du Roi , en
furvivance. L'avis de ce grand praticien
fut, que quoiqu'on ignorât la caufe du mal,
il falloit que le malade pafsât les grands
remèdes , que c'étoit l'unique refource
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
qu'on pût employer . Le malade m'ayant
fait part de l'avis de M. Andouille; comme
je fuis inftruit de longue main , par le rapport
de beaucoup de gens de ma connoiffance
& de mes amis , que le remède du
fieur Dibon , Chirurgien- Major des Cent-
Suifles de la Garde du Roi , pour la guérifon
des maladies vénériennes , eft auffi
benin qu'efficace, je lui confeillai d'y avoir
recours. Il me crut heureufement pour lui ,
il fe mit entre les mains du fieur Dibon ,
& il a été radicalement guéri dans l'efpace
de fix femaines. Nous fumes également
furpris tous nos Meffieurs & moi , de voir
ce malade , à la fortie des remèdes , auffi
bien portant que s'il n'avoit jamais eu aucune
indifpofition . Je ne dois pas laiffer
ignorer que le fieur Dibon fit d'abord
beaucoup de difficulté d'entreprendre le
malade , non-feulement parce qu'il étoit
incertain de la nature du mal , mais parce
qu'il voyoit dans le fujet , qui étoit auffi
décharné qu'un fquelette , un épuisement
général .
Il me paroît intéreffant pour le bien public
, qu'une guérifon de cette nature foit
rapportée dans un journal où l'on s'attache
à célébrer les grands fuccès en ce genre.
J'ai l'honneur d'être , & c. ARDELIN .
FEUGERE , Ecuyer du petit Commun
da Roi , abonné au Mercure.
JANVIER 1767. 105

RECHERCHES fur le tiffu muqueux.
NOUS ous avons dit dans le Mercure de
décembre , que nous ne nous bornerions
point à la fimple annonce du traité de M.
de Bordeu , fur le tiffu muqueux ( 1 ) ; &
nous allons remplir notre engagement ,
non pas en tentant une analyſe qu'un Médecin
feul eft en état de faire , & que nous
aurions reçue avec plaifir d'un de ceux
auxquels nous avons entendu louer l'ouvrage
; mais en citant quelques paffages ,
& en préfentant quelques obfervations
qui n'excéderont pas nos connoiffances ,
qui feront du goût du plus grand nombre
de nos lecteurs & qui conviendront
même à ceux qui , livrés de bonne foi à
l'étude de la médecine , fouhaitent ardemment
qu'on la délivre des ténébres que
l'ignorance a raffemblées , & que le charlatanifme
épaiffit encore . On voit que
M. de Bordeu a été animé de ce defir, &
qu'il n'a été déterminé à écrire par aucun
autre motif; il a conçu que la vérité ne
pouvant fortir du choc des opinions ,
il ne devoit pas prétendre à fubjuguer
( 1 ) Voyez le Mercure de décembre , page
136 , 2 la fin de l'annonce des livres .
que
E v
res MERCURE DE FRANCE.
celle de fes confrères ; mais qu'il ne falloit:
pas auffi qu'il foumit la fienne à l'autorité
rifible des dogmatiques , à l'empire
aveugle de l'habitude , & à la règle fi
fouvent dangereufe de la pluralité des
voix il s'eft expliqué fur la liberté qu'il
laiffoit aux autres , & fur celle dont il
vouloit jouir lui -même , dans fon épigraphe
tirée de Baillou ( 2).
Nous devons ajouter que c'eft avec cette
liberté ,, précieufe au progrès de la philofophie
, & fans laquelle on ne parviendra
jamais à détruire ni les maladies du corps ,
ni celles de l'âme , que M. de Bordeu a
compofé plufieurs ouvrages , entr'autres
un Traité fur le poulx , dont l'envie n'a
pu arrêter le fuccès , & dont Wanfwieten.
fait l'éloge , parce qu'il a vu les obfervations
qui y font répandues fe confirmer
fous fes yeux. Ce Traité eft devenu un
livre claffique pour les écoles de Montpellier
, & il a fait naître l'article Poulx
dans l'Encyclopédie , qui eft auffi folide
que bien écrit : c'eft à cette fage independance
, qui amène de nouvelles connoiffances
, & qui détruit d'anciennes erreurs
, que nous devons des recherches
(2 ) Suum cuique judicium , & omnes , pro
>>fuo quifque arbitratu , aliter atque aliter , eadem
de re fentiunt..
JANVIER 1767. 107
fur quelques points d'hiftoire de la méde
cine , où l'on trouve un grand nombre
d'idées fortes , de difcuffions approfondies
, de conféquences lumineufes , & où
celui qui fait cas de la bonne logique , remarque
avec fatisfaction un efprit de
doute pour les axiômes , & de confiance
dans les obfervations . C'eft ce même efprit
qui a dicté les recherches fur le tiffu
muqueux ; cet ouvrage eft précédé d'un
avis de l'éditeur qu'il ne faut pas paffer ,
parce qu'il eft rempli de réflexions qui
doivent bien étonner & le Médecin qui
trompe avec fon art , ou qui eft trompés
par lui , & le malade qui lui donne fa confiance.
« L'auteur fentit ( dit- on ) enfin ,
» à force de voir des malades , & croyant
avoir acquis de l'expérience , qu'il n'avoit
acquis en effet que l'habitude de
» compter les malades , dont les uns réfiftoient
à fes remèdes , & les autres fuc-
» comboient. Etoit-ce là avoir de l'expé--
» rience en médecine , connoître les ma-
"
"
ladies , & les traiter avec les connoiſſan-
» ces néceffaires ? Quelque Médecin ne
» s'eft- il donc jamais propofé ce problê-
» me ? L'auteur eft parvenu au point d'en
faire l'objet principal de fa pratique.
Il a cru démêler qu'on fait en général
trop de remèdes ; que des idées fyfté-
"9
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
» matiques & de la compaffion des Méde-
» cins , combinées avec la peur des mala-
» des & les uſages nationaux , il réſulte le
plus fouvent des manoeuvres plus étran-
»ges les unes que les autres ces manoeu-
» vres font caufe qu'aucun Médecin ne
peut bien connoître les maladies , &
qu'aucun malade ne peut en guérir bien
complettement , ni même , s'il faut le
» dire , mourir tranquille lorfque fon heure
» eft venue » .
ود
>
Cette dernière penfée eft auffi couldgeufe
que philofophique ; on nommė
dans cette efpèce de préface plufieurs Médecins
, qui , autrefois compagnons d'étude,
& actuellement amis de M. de Bordeu,
font auffi attachés que lui à la médecine
d'expectation , qu'ils pratiquent dans dif
fèrentes villes du royaume : on cite enfuite
un paffage du Journal de médecine ,
dans lequel M. Desbret , Médecin à Cuffet
, s'exprime ainfi : « je penfe qu'il vaut
>>beaucoup mieux ne pas paffer aux yeux
» du vulgaire pour fort habile , en pref-
» crivant beaucoup de remèdes , & en
» tuant les malades , que de paroître un
Médecin ordinaire , en les guériſſant
» fans remèdes : les fuccès conftans du
Médecin , qui gagne du temps en tem-
» porifant , lui feront à la longue une répu-
ود
22
رود
JANVIER 1767. 109
» tation füre & brillante , tandis qu'on fe
» laſſera de mettre fur le compte des mala
» dies , les mauvais fuccès des Médecins
qui accablent leurs malades de drogues
23
330
M. Desbret a fans doute ( dit l'éditeur)
été frappé de la vanité de cet axiôme ,
fola remedia fanant , qui a inutilement
importuné & fait malheureufement périr
tant de monde. C'eſt ce dont M. de Bordeu
voudroit que fes contemporains s'occupafent
; c'est ce qui l'engage à propofer
fes doutes avec la vraie modeftie , qui eft
l'apanage du vrai talent , & dont il n'y a
que les demi-favans qui puiffent & qui
veuillent fe paffer. Forcés , comme nous
l'avons dit , d'abandonner la differtation
anatomique de l'organe cellulaire à ceux
que leur état ou leurs études attachent aux
matières de ce genre , nous rapporterons
deux faits très-fimples , mais très- intéreffans
, parce qu'ils indiquent la doctrine
de l'auteur , qu'ils préfentent des conféquences
générales , & qu'ils prouvent la
cruauté ridicule des méthodes qui ne font
que trop univerfelles: « J'étois fort jeune
" encore , & le quatrième Médecin d'un
» malade attaqué de la fièvre , de la dou-
» leur de côté & du crachement de fang ;
je n'avois point d'avis à donner. Un des
»trois confultans propofa une troiſième
و د
"
"
و ر
ΓΙΟ 110 MERCURE DE FRANCE.
faignée ( c'étoit le troifième jour de la
maladie ) . Le fecond propofa l'émétique
combiné avec un purgatif , & le troifième
, un vefficatoire aux jambes . Le
débat ne fut pas petit , & perfonne ne
» voulut céder. J'aurois juré qu'ils avoient
tous raifon. Enfin on aura peine à croireque
, par une fuite de circonftances inutiles
à rapporter , cette difpute intéreffa
cinq ou fix nombreufes familles parta-
» gées comme les Médecins , & qui pré-
» tendoient s'emparer du malade ; elle dura
en un mot jufqu'au feptième jour de la
maladie , cependant , malgré les terri-
» bles menaces de mes trois maîtres , le
» malade réduit à la boiffon & à la diette
guérit très bien : je fuivis cette guérifon.
» parce que j'étois refté feul ; je la trouvai
»tracée par l'école de Cos , & je m'écriai :
» c'étoit donc la route qu'il falloit prendre» .
Dans la feconde hiftoire , M. de Bordeu
nomme les acteurs , parce qu'ils étoient
fur un plus grand théâtre que les trois
autres docteurs.
ود
« Les Serane , père & fils , étoient Médecins
de l'hôpital de Montpellier le
» fils étoit un théoricien léger , qui favoit
» par coeur , & qui redifoit continuelle-
» ment tous les documens de l'inflamma-
» tion , comme ces enfans qui vous répéJANVIER
1767.
»
» tent fans deffe , & avec des airs plus ou
»moins niais : la cigale ayant chanté tout
l'été, & c. Maître corbeau fur un arbre
perché , &c. Serane père étoit un bon
homme qui avoit été inftruit par de
» grands maîtres : il avoit appris à traiter
les fluxions de poitrine avec l'émétique ,
il le donnoit pour le moins tous les deux
jours avec ou fans l'addition de deux
onces de manne. C'étoit fon grand che-
» val de bataille ; je le lui ai vu lâcher plus
de mille fois & par- tout & pour tout.
Le fils fe propofa de convertir le père &
» de le mettre à la mode ; c'eſt - à- dire , de
» lui faire craindre la phlogofe ', l'érétifme,
»les déchirures des petits vaiffeaux. Le
» cher père tomba dans une efpèce d'indécifion
fingulière ; il ne favoit où donner
» de la tête ; il tenoit pourtant ferme contre
la faignée : mais lorsqu'il étoit au-
» près d'un malade , il murmuroit , & s'en
alloit fans rien ordonner : je l'ai vu à
plufieurs reprifes apoftrophet fon fils
» avec vivacité , & lui crier , lorfqu'il
<< auroit voulu donner l'émétique, monfils,.
» vous m'avez gâté. Jamais certe fcène
و ر
fingulière ne fortira de ma mémoire ;
» je lui ai bien de l'obligation ! & les
malades de l'hôpital lui en avoient aufli
beaucoup. Ils guériffoient fans être pref-
و ر
112 MERCURE DE FRANCE.
» que faignés , parce que le vieux Serane
» n'aimoit pas la faignée ; & , fans prendre
l'émétique , parce que le jeune Serane
" avoit prouvé à fon père que ce remède
» augmente l'inflammation . Les malades
» guériffoient , & j'en faifois mon profit.
J'en concluois que les faignées que
» Serane le fils multiplioit , lorfqu'il étoit
» feul , étoient tout au moins auffi inu-
» tiles que l'émétique réitéré auquel Serane
le père étoit trop attaché » .
"
ور
Comment , après ces aventures , que
l'auteur a vu dans la fuite fe répéter dans
une infinité de circonftances , n'a - t- il pas
dû , plein de confiance dans la nature ,
n'adopter de fyftême que le fien , rejetter
ces axiômes barbares , principiis obfta ,
ferò medicina paratur ; in extremis , extrema
; melius eft dubium , quàm nullum ,
&c. &c. Comment n'a-t-il pas dû dire qu'on
multiplie trop les remèdes , que les meilleurs
deviennent nuifibles à force de les
preffer , & qu'il n'en faut donner aucun
fans une indication évidente ?
N'oublions pas ce que M. de Bordeu
dit de M. Tronchin : « M. Tronchin vient
» de faire réimprimer les ouvrages de Baillou
, auxquels il a joint une préface qui
» en fait l'éloge. Il n'a donc pas cru que
» Baillou fût condamné à l'oubli , dans leJANVIER
1767. 113
ور
ر و
» quel de grands traités , qui ont tout envahi
, fembloient devoir le faire tomber.
» Le fuffrage de M. Tronchin fait hon-
» neur à notre médecine : il arrive parmi
» nous pour partager nos travaux. C'eft un
citoyen fur lequel la France avoit tou-
» jours eu des droits. Il fe rend à la patrie.
de fes pères ; il ytrouvera parmi les élèves
» des deux premières Facultés du monde ,
» des enfans & des amis de Baillou , des
compatriotes flattés de fe revoir dans le
» fein de fa patrie naturelle , des ennemis,
» déclarés de ces fectes impérieufes qui
nâquirent dans des temps malheureux.
» Il y trouvera enfin des favans occupés à
» combattre l'ignorance & les préjugés :
puiffe M. Tronchin , faire goûter de plus
» en plus la manière de notre Baillou , qui ne
» ceffera jamais d'avoir des partiſans dans
,, la Faculté de Paris & dans celle de Mont-
» pellier »> !
و د
"
و د
"
39
ود
Cette façon de s'exprimer eft noble
voilà comme il convient à un vrai Médecin
de louer celui dans lequel il reconnoît
un talent décidé ; voilà ce qui démontre
que la baffe jaloufie n'entre pas dans
l'âme où règne l'amour de l'humanité , &
voilà l'exemple que devroient fuivre ceux
qui font moins jaloux d'avancer dans la
Carrière que d'arrêter ceux qu'ils y rencon114
MERCURE DE FRANCE .
trent. Nous ne pouvons finir fans former
des voeux les plus ardens pour que la doctrine
d'Hypocrate & de Baillou foit plus
écoutée , que la nature foit mieux vue ,
moins contrariée , plus attendue , & que la
fureur fyftématique ne tyrannife pas ceux
qui ont été affez généreux pour fe dévouer
au foulagement de leurs femblables.
Les recherches fur le tiffa muqueux ,
font fuivies d'une differtation fur les humeurs
fcrophuleufes , qui a remporté le prix
de chirurgie en 1752 , & qui a beaucoup
de rapport avec la théorie de l'organe cellulaire.
JANVIER 1767. IIS
ARTICLE IV.
BEAUX- ART S.
ARTS AGRÉABLE S.
DESSE IN
PRÉSENTÉ à M. le Marquis DE Mari-
GNY , à l'occafion de fon mariage.
1
ON fait combien les beaux arts fe fér
licitent d'avoir à leur tête , dans M. le
Marquis de Marigny , un homme jufte ,
éclairé , fenfible , & auffi jaloux qu'euxmêmes
de leurs fuccès & de leur gloire.
Il s'eft fait un devoir de vivre au milieu
des artiftes , de communiquer avec eux ,
moins en fupérieur qu'en ami , & de puifer
dans leur commerce intime , des lumières
qui , jointes à fon goût naturel ,
l'ont mis en état de les juger avec équité ,
& de les placer avec avantage. Auffi dans
les choix qu'il a faits , dans les graces
qu'il a diftribuées , dans les préférences.
qu'il a données , n'a- t - il jamais entendu de
116 MERCURE DE FRANCE.
plaintes ; & la république des arts , toute
libre & fière qu'elle eft , n'a jamais élevé
la voix que pour applaudir à fes décifions.
Cette unanimité ne fait pas moins l'éloge
des artistes que celui de leur protecteur.
L'émulation la plus vive a été le fruit d'une
adminiftration fi fage. On lui doit l'état
floriffant des arts dans les temps les plus.
difficiles. L'Italie elle - même eft réduite à
nous porter envie ; & tout le refte de
l'Europe , pour élever fes monumens , &
décorer fes édifiees , rend l'hommage à
notre patrie de lui demander des talens.
Tout récemment encore , un grand Monarque
( 1 ) , du fond de l'Afie , s'adreffe
au digne protecteur des arts qui fleuriſſent
en France , pour obtenir que leur favante
main exécute ce que la tardive induſtrie
des Chinois n'a fait qu'ébaucher. Tels font
les effets d'une vigilance attentive , &
d'une équité clairvoyante dans le choix
& l'emploi des hommes , & dans la diftribution
des récompenfes & des encouragemens.
Les arts eux- mêmes ne nous défavoueront
pas , lorfque nous attribuerons ,
en partie , auton que leur donne celui qui
les dirige , & à la confidération dont il
les fait jouir , le noble défintéreffement
des artiftes les plus célèbres. L'Europe en
( 1) L'Empereur de la Chine,
JANVIER 1767. 117
voit tous les jours des exemples ; & M. le
Marquis de Marigny participe aux éloges
qu'elle donne à l'élévation de leurs fentimens.
On ne fera donc pas furpris qu'à l'occafion
de fon mariage , les talens fignalent
à l'envi leur zèle , & qu'ils expriment
dans leur langage les voeux qu'ils fonc
pour fon bonheur.
M. Amand, agréé de l'Académie royale
de peinture , a été un des premiers à lui
offrir fon hommage. C'eſt un deffein au
crayon rouge , accompagné d'une pièce de
vers , d'auffi bon goût que le deffein , &
qui en explique l'allégorie.
Dans le deffein , on voit le Dieu des
arts & la Déeffe de la beauté fe donnant
la main. A côté de la Déeffe , une des
Grâces tient deux colombes , qui fe careffent
en battant des aîles. Au- deffus de
ce groupe , l'Hymen & l'Amour font enchaînés
avec des fleurs. La même guirlande
environne les écuffons des deux
époux , que l'Hymen & l'Amour foutiennent.
L'extrêmité de cette belle chaîne
eft dans les mains des Grâces ; & au milieu
des airs , une foule d'enfans , qui repréfentent
les Plaifirs , font occupés à la prolonger
, en y ajoûtant de nouveaux nouds
de fleurs , dont ils forment une couronne,
118 MERCURE DE FRANCE.
Au bas du tableau , & au- deffous d'Apollon
& de Venus , on voit les Arts attentifs
à l'événement , qui eft le fujet de
leur joie.
Nous n'avons pas befoin de dire combien
l'allégorie eft jufte du côté de l'époux
; & ceux qui ont vu l'objet de fon
choix , trouveront la même jufteffe dans
l'emblême des Grâces & de la Beauté.
Voici les vers qui ont accompagné le
deffein. Le même artifte qui a fait l'un ,
a auffi compofé les autres.
A M. le Marquis DE MARIGNY , Confeiller
du Roi en fes Confeils , Commandeur
de fes Ordres , Lieutenant -Général
des Provinces d'Orléanois & de Beauce ,
Gouverneur des Ville & Château de
Blois , Directeur & Ordonnateur général
des Bâtimens , Jardins , Arts , Acadé
mies & Manufactures Royales.
DESSEIN ALLEGORIQUE.
ENFIN
NFIN l'hymen qu'amour éclaire ,
Va ranger fous les étendarts
La beauté qui règne à cythère
Et le Dieu qui préfide aux arts.
JANVIER 1767. 119
De ce jour defiré tout annonce la fête ;
Déja des deux époux les écuffons tracés
Sont par les jeunes Dieux de fleurs entrelacés.
D'enfans badins , folâtrans fur leur tête ,
Un eſſain vif , voluptueux ,
Dans les airs trace une couronne :
C'eſt celle que l'amour aux feuls vrais amans
donne ,
Et qui les met au rang des Dieux.
De la beauté compagnes ordinaires ,
Les Grâces fimples & légères
Achèvent de ferrer ces noeuds :
Par le frémillement dont s'agitent leurs aîles
Les gémiflantes tourterelles
Préfagent les plus tendres feux.
Des beaux arts le favant cortége ,
Pénétré des bienfaits du Dieu qui tour à tour
Et les careffe & les protége ,
Avec transport voit éclater le jour
Que l'Hymen a fixé , qu'a préparé l'Amour .

Elèves de ce Dieu , que fa main bienfaisante
Honore de fes dons , comble de fes faveurs
Déployez les talens que fon génie enfante :
Apprêtez vos crayons , laiffez parler vos coeurs.
120 MERCURE DE FRANCE .
Confacrez à jamais au temple de mémoire
L'augure des beaux jours qui lui font réservés ;
Que vos nobles efforts nous retracent l'hiſtoire
De fon zèle pour votre gloire
Et des biens que vous lui devez.
Si de mes fentimens le fincère langage
Donne quelque valeur à mes foibles travaux ,
Daignez en recevoir l'hommage.
Trop heureux fi mon coeur emporte l'avantage
D'avoir donné l'exemple à mes rivaux
Et d'avoir ébauché l'ouvrage !
Par fon très-humble & très - obéiffant ferviteur
AMAND, Agréé à l'Académie Royale de
Peinture.
GRAVURE .
JANVIER 1767. 121
GRAVURE.
COUP- D'OEIL général fur la France , par
M. BRIAN , Ingénieur - Géographe du
Roi , pourfervir d'introduction au tableau
analytique &géographique de ce Royaume.
Mis au jour & dirigé par le fieur DESNOS
, Ingénieur - Géographe pour les
globes & fphères , rue Saint Jacques. A
Paris , à l'enfeigne du globe & de la
Sphère.
ETAT des cartes qui compofent le Tableau analytique
de la France.
CE tableau , aufli intéreſſant que curieux
, eft compofé de cartes enlumi
nées très - ingénieufement , proprement
exécutées , qui repréfentent le royaume fous
toutes fes différentes formes de gouvernement
, tant civil , qu'eccléfiaftique
& militaire.
L'ordre que l'on en préfente ici ,
ne peut qu'exciter les amateurs à jetter un
coup-d'oeil réfléchi fur le tableau même.
1. Le frontifpice de cet ouvrage repréfente
la ftatue équeftre que la ville de
Vol. II. F
122 MERCURE DE FRANCE.
Paris a fait élever à Louis le Bien- aimé ,
& la fuperbe place qui l'environne.
2. Enfuite la divifion du royaume par
ordre alphabétique , & fes gouvernemens ,
provinces & pays qui en dépendent , avec
leurs villes remarquables , & la defcription
des cent quatre-vingt -huit divifions
& fubdivifions de la France , paroît une
projection geofphérique , ou plan trigonographique
du royaume , qui contient
tous les lieux célèbres par les obfervations
aftronomiques qui y ont été faites depuis
l'établiffement de l'académie royale des
fciences ; & ceux dont la longitude & la
latitude fe concluent des opérations géométriques
, entreprifes par ordre du Roi
pour déterminer la figure de la terre. Il
y a jufqu'à fept fignes diftinctifs qui indiquent
les différentes manières d'opérer
pour déterminer la pofition des lieux.
Les méridiens & les parallèles y font tracés
de cinq en cinq minutes ; de façon
qu'on peut trouver fur le champ la longitude
& la latitude d'un lieu qui aura
été obfervé.
3. La carte qui fuit , figure la fituation
aftronomique & terreftre du royaume ,
puifque l'on y voit entre quels degrés de
longitude & de latitude feptentrionale il
eft compris ; fous quels climats , & fous
quelle zone il eft fitué.
JANVIER 1767. 123
4. La divifion du royaume en fes douze
anciens gouvernemens , avec les provinces
dont ils étoient formés , & les acquifitions
qui ont été faites depuis.
La divifion du royaume par gouvernemens
généraux & militaires , qui a fuccédé
à celle des anciens gouvernemens,
lefquels ne fubfiftent plus depuis que les
Etats généraux n'ont plus lieu en France .
6. Carte de répétition , ou fupplémen
à la divifion du royaume par gouvernemens
généraux , pour faire connoître les
différentes provinces & pays qui en dépendent
; par les mêmes couleurs de la
carte précédente.
7. Les
gouvernemens
divifés par lieutenances
générales .
8. Les villes de guerre , & places frontières
du royaume , avec toutes les autres
places de moindre défenfe .
les mou-
9. Les arfenaux du royaume ,
lins à poudre , & les eaux minérales.
10. Les Parlemens & Confeils fupérieurs
, avec l'étendue de leur reffort : entre
les Confeils , il en eft un qui ne juge
fans appel que les affaires criminelles ;
c'eft le Confeil provincial d'Artois ; quant
aux grandes affaires civiles , on en appelle
au Parlement de Paris.
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
11. Supplément à la carre des Parlemens
, pour donner connoiffance des différentes
provinces qui font de leur reffort.
12. Les principautés , duchés- pairies ,
& non-pairies. Le Parlement de Paris eft
la Cour des Pairs : ils y ont féance , &
jouiffent du droit de n'être jugés par aucune
autre Cour fouveraine . On les diftingue
en Pairs eccléfiaftiques & en Pairs
féculiers.
14. Les amirautés , relativement aux
refforts des Parlemens : cette carte donne
une connoiffance des ports du royaume .
11. La France eccléfiaftique , ou divifée
par fes Archevêchés , avec les Evêchés fuffragans.
Entre les premiers , il en eft qui
ont quelques fuffragans hors du royaume ;
& au contraire , quelques métropolitains
étrangers en ont en France.
15. Supplément à la France eccléfiaftique
pour connoître de quels diocèfes font
les différentes provinces.
16. Les chapitres nobles de l'un & de
l'autre fexe.
17. Les Chambres des Comptes &
Cours des Aides : c'eft dans les premières
de ces Cours fupérieures que fe rendent
les comptes des deniers du Roi ; & elles
connoiffeur de tout ce qui concerne fon
JANVIER 1767. 125
domaine : les aurres jugent des différends
qui furviennent à l'occafion de ces mêmes
deniers , à la réſerve du domaine.
18. Les Cours & Hôtels des Monnoies :
les premières étant des Cours fupérieures ,
on y juge en dernier reffort de tout ce qui
a rapport aux Monnoies ; & c'eft dans les
Hôtels ou Chambres de leur Jurifdiction ,
que l'on fabrique les efpèces . Il y a une
lettre alphabétique , ou deux , affectées à
chacun de ces Hôtels .
19. Les Généralités ou Intendances ,
avec les Pays d'Etats : ces Provinces dif-'
ferent en ce que dans les premières on a
établi un bureau des Tréforiers de France
pour faciliter la recette des tailles , & autres
deniers royaux ; & les dernières ont
droit de former , fous l'autorité du Roi ,
des affemblées qui ordonnent de leurs
contributions aux charges de l'Etat.
20. Supplément aux généralités , qui
défigne les provinces qui y font compriſes ,
& entro lefquelles on diftingue les pays
d'Etats.
21. Autre carte des Généralités , augmentée
des chef- lieux , des élections , bailliages
, territoires , prévôtés , fubdélégations
, & c.
22. Les Préfidiaux du royaume.
23. Les Châtellenies .
F iij
#26 MERCURE DE FRANCE.
24. Un fupplément aux mêmes , contenant
les élections de Chinon & de Loches,
dans la généralité de Tours , lefquelles en
renferment un très grand nombre.
25. Les fergenteries qui font particulières
aux généralités de la Normandie.
26. L'étendue de chaque département
des maréchauffées .
27. Carte générales de finances , comprenant
les différentes Cours fupérieures
qui en connoiffent : les recettes des finances
& des fermes ; les eaux & forêts ; les
bureaux des domaines , les directions des
gabelles , les fermes du tabac , & les greniers
à fel.
28. La France confidérée dans fon commerce
intérieur , avec le cours des rivières
navigables , & les principales routes.
29. Les Jurifdictions confulaires.
30. La France littéraire : cette carte n'eſt
pas une des moins curieufes. Outre les
univerfités , il y a quinze fortes d'académies
, tant civiles que militaires , avec
leurs fignes diftinctifs. Ces académies font,
académie françoife , académies des fciences
, des belles-lettres , des beaux arts , de
peinture & fculpture , d'architecture , de
chirurgie , d'agriculture , des jeux floraux
, & de marine : fociété littéraire ,
& fociété littéraire militaire ; école des
JANVIER 1767 . 127
fortifications , école d'artillerie , & école
de médecine.
31. Les capitaineries des chaffes , & les
départemens des grands-maîtres des eaux
& forêts . On diftingue dans les capitaineries
la varenne du Louvre , celles des
Princes du Sang ; & les chaffes tant des
eccléfiaftiques que des feculiers qui jouiffent
de ce droit.
32. Les maîtrifes générales & particulières
des eaux & tables de marbre du
royaume.
33. Carte odographique , ou tableau
des diftances des principales villes du '
royaume à la capitale , avec les noms des
provinces dont ces villes dépendent ; & le
nombre des poftes relatives à Paris comme
centre.
34. Autre carte odographique , ou diftances
de Paris à toutes les capitales , ports
de mer , & villes commerçantes de l'Europe
, dreffée d'après les voyages & les
itinéraires les plus exacts.
35. Une grande carte de la France , divifée
en toutes fes provinces , fubdivifée
en tous fes bailliages , fénéchauffées , prévôtés
, vigueries , chancelleries , & pays
fubalternes : dreffée fur d'excellens matériaux
gravés & manufcrirs ; appuyée du
réſultat des grands triangles de Mrs Ma-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
raldi , Caffii , & l'Abbé de la Caille , &
fur les obfervations des aftres . Cette carte ,
eft fort détaillée , & différens fignes caractériſent
tous les lieux qui ont les qualifications
qu'on vient de nommer.
36 , 37 , 38 , 39. Le petit Neptune
François , en quatre cartes , où font figurées
toutes les côtes du royaume , & une
partie de celles d'Angleterre , d'Efpagne ,
& d'Italie ; avec les ports ou havres , les
rades , les bayes , fondes , bancs de fable ,
rochers , écueils , caps , &c. La projec- :
tion de cette carte eft précisément celle des
cartes réduites , la feule vraie & utile pour
les navigateurs. Tels font les différens objets
qui conftituent l'analyfe de la France ;
analyfe beaucoup plus variée que ce que
l'on a donné jufqu'aujourd'hui fur ce
royaume .
40 à 60. Pour compléter encore mieux
ce tableau , il faut ajouter un ouvrage
qui eft de la plus grande utilité , & exécuté
avec beaucoup d'intelligence. Il eft intitulé
, l'Indicateur Fidèle , ou Guide des
Voyageurs , & dédié à M. Caffini de Thury,
directeur de l'obfervatoire royal.. Il
comprend en vingt- une feuilles ou cartes ,.
toutes les routes royales & particulières
de la France , levées géométriquement
dès le commencement de ce fiècle , & affujetties
à une graduation topographique ;
JANVIER 1767. 129
avec les villes , bourgs , villages , hameaux ,
fermes , châteaux , abbayes , ou autres
communautés religieufes ; églifes , & chapelles
les moulins , les hôtelleries ; les
juftices les limites des provinces ; les
fleuves , rivières & ruiffeaux : les étangs ,
les marais ; les ponts , les gués , les montagnes
, les bois ; les jardins , parcs , avenues
& prairies ; en un mot , tout ce qui'
fe rencontre fur les routes. Chaque route
eft accompagnée d'un itinéraire inftructif
& raifonné , qui donne le jour & l'heure
du départ , la dînée & la couchée , tant
des coches par eau que des carroſſes ,
diligences & meffageries du Royaume ;
avec le nombre de lieues que ces différentes
voitures font chaque jour. Ces routes font
pouffées jufqu'à l'Angleterre , l'Eſpagne , '
le Portugal , les frontières d'Afrique , l'Ita-,
lie , la Hollande , la Suiffe & l'Allemagnedans
toute fon étendue. Il feroit difficile
de trouver un ouvrage géographique qui
méritât mieux que celui- ci un accueil favo
rable du public.
Prix de cet Atlas. Volume in- 4 ° . contenant
foixante cartes , y compris le Guide
des Voyageurs , relié , 33 liv. Relié en
carton , 32 liv. Idem , féparé du Guide
des Voyageurs , relié en carton , trentehuit
cartes , 18 liv.
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
LA France confidérée fous tous les principaux
points de vue , qui forment le tableau
géographique & politique de ce royaume.
Par M. Brion de la Tour , Ingénieur
Géographe du Roi ; in-folio , avec privilége
: 1767.
Le lavis & l'enluminure des vingt-neuf
cartes qui compofent cet ouvrage , font.
dans un goût nouveau & très- fimplifié. On
peut ajouter ( en attendant que nous puiffions
en parler plus au long ) que ce même
ouvrage ne reffemble foncièrement à aucun
autre ; qu'il renferme en effet un plus
grand nombre de provinces , de pays & de
départemens qu'aucune autre carte de
France ; qu'il peut aufli s'adapter & fervir
d'intelligence à l'état militaire & à l'almanach
royal. Le frontifpice s'en diftribue
gratuitement chez l'auteur , maiſon de M.
Defnos , au Globe , rue Saint Jacques , où
fe vend l'ouvrage , ainfi que chez M. le
Breton , Libraire , au bas de la rue de la
Harpe , & chez M. Gullyn , Libraire , quai
des Auguftins , au bas du pont Saint Michel.
Le prix de cette collection en feuilles
eft de 19 livres ; brochée 21 livres , reliée
24 liv.
LE fuccès auffi éclatant que juſtement
JANVIER 1767. 131
mérité de la tragédie du fiége de Calais ,
ainfi que les témoignages de la reconnoiffance
des Magiftrats de cette ville envers
M. de Belloy , auteur de cet ouvrage , font
encore préfens fans doute à ceux qui lifent
ce journal. On fait également que ces
mêmes Magiftrats , fenfibles à un événement
auffi honorable pour l'auteur de cette
tragédie que pour leur ville même , ont
chargé M. Jollain , agréé de l'académie
royale de peinture , d'en tranfmettre la
mémoire à leurs neveux dans un grand tableaudeftiné
à être placé dans leur hôtel
de ville. C'eft d'après ce tableau , qui
avant que d'être envoyé à Calais , a été expofé
à la bibliothèque du Roi & généralement
applaudi des connoiffeurs , que M.
l'Empereur , Graveur de Sa Majefté, vient
de nous donner une cftampe qui l'affocie
à la gloire du poëte & du peintre qui ont
fi dignement célébré les héros de Calais.
Le fond du tableau eft rempli par un
monument à l'antique , élevé à la gloire
d'Euftache de Saint- Pierre & des dévoués
de Calais : ce qui eft indiqué dans un basrelief
où ces braves & fidèlles François
font repréfentés dans le moment où leur
vainqueur les envoye à la mort. Les noms
des quatre citoyens connus , fe lifent encore
au -deffus de ce bas-relief ; ceux des
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
deux autres femblent effacés , à quelques
lettres près , par la vétufté de l'édifice . Sur
le devant eft un génie porté fur un nuage ,
tenant un médaillon de M. de Belloy ,
qu'il préfente à la ville de Calais , repréfentée
par une femme coëffée d'une couronne
murale , qui le reçoit avec attendriffement
, & pofe au - deffus une couronne
civique ( i ) . Au bas eft un petit
génie affis , tenant d'une main les armes , '
de l'autre les clefs de la ville , ornées
de Aeurs de lys , le pied droit appuyé
fur un chien , fymbole de la fidélité
des habitans ; & dans l'éloignement on
voit la mer couverte de vaiffeaux & blɔquée
par la flotte d'Edouart. La figure de
la femme , celle du génie , ainfi que le médaillon
de M. de Belloy , font de la plus
grande élégance , & forment un grouppe
dont l'enfemble & les différentes parties
ne laiffent rien à defirer tant de la part du
peintre que de celle du graveur.
Cette eftampe , intéreffante à tant d'égards
, foit pour Calais , foit pour l'auteur
qui a fait revivre la gloire des anciens
habitans de cette ville , foit pour la nation
même , ne pouvoit être dédiée qu'au digne
rejetton ( 2 ) d'une maiſon qui , depuis
( 1 ) Ce qui fait illufion aux lettres de citoyens
données par la Ville de Calais à M. de Belloy,
( 2 ) Mgr Armand- Jofeph de Béthune , Duc de
JANVIER 1767. 133
près d'un fiècle & demi , a fucceffivement
donné à cette même ville des Gouverneurs
dont la bravoure & les bienfaits feront
toujours les objets de fon amour ainfi que
de fa reconnoiffance , & qui a hérité de
leurs fentimens pour elle.
On trouve cette eftampe chez l'Empereur
, Graveur du Roi , rue & porte Saint
Jacques , au-deffus du petit marché.
MUSIQUE.
QUATRE nouvelles ariettes de M. le Chevalier
D'HERBAIN . Savoir ,
LA
A Paftoralle , ariette pour un deffus
chantant, avec deux violons & violoncelles ,
& les parties d'accompagnement féparées ,
prix , 2 1. 8 f.
TOINETTE , ariette d'opéra comique ,
de même prix , 1 1. 16 f.
LES Grâces d'Eléonore
même prix , 1 1. 4 f.
,
ariette de
L'ELOGE flatteur , ariette de même
pour une baffe-taille ou taille , prix 1 l. 4 f.
Le tour fe trouve à Paris , aux adreſſes
ordinaires de musique .
Charoft , Pair de France , Gouverneur de la Ville
& Citadelle de Calais , & c . &c.
134 MERCURE DE FRANCE
ARTICLE V.
SPECTACLES.
OPÉRA.
ON a continué jufqu'au 13 de ce mois
Silvie , ballet héroïque que le public a
fuivi avec plaifir depuis le 16 novembre
dernier.
Si ceux de nos lecteurs qui ne font pas à
portée de fe procurer la lecture entière de
ce poëme , veulent prendre la peine de voir
l'extrait que nous en avons fait dans le
Mercure de novembre 1765 , après les repréfentations
de cet ouvrage à la Cour , ils
concevront facilement par l'agrément des
détails , par le ton général de la poéfie
que ce drame a dû plaire en beaucoup de
parties ; nous ajouterons que l'ordre rétabli
dans quelques - uns des actes , les retranchemens
& quelques additions, ont dû le rendre
encore plus agréable aux repréſentations de
Paris , qu'il n'avoit été à celles de la Cour ,
où néanmoins il avoit déja eu prefque
tous les fuffrages. Le prologue eft fans contredit
d'une invention heureufe & proJANVIER
1767. 135
duit un effet généralement applaudi. On
doit favoir gré au poëte, de la manière dont
ce prologue eft lié à la pièce même, quoiqu'il
pût faire en foi un fujet particulier . Il y a
dans le premier acte des détails agréables, &
nous avons déja cité. Si le deuxième acte
eft un peu vuide de fujet , on a fçu
l'on peut s'en affurer par le léger extrait que
remplir ce vuide , par des actions & des
mouvemens , qui produifent une partie du
fpectacle vif & brillant des danfes pantomimes
héroïques que nous avons précédemment
détaillées. On ne peut fe refuſer
au coloris aimable du 2 ° acte , dont le poëte
a embelli l'heureufe & adroite imagination
de forcer Silvie à développer & a déclarer
elle-même toute fa tendreffe pour
Amintas , par le miniftère de l'Amour en
perfonne , travefti fous la forme d'un jeune
chaffeur , dans le temple même de Diane.
On a fenti dès les premiers jours des
beautés réelles de mufique dans les choeurs ,
dont quelques-uns font du plus grand effet
d'harmonie , & pour ainfi dire à chaque
repréſentation on a découvert de nouvelles
beautés & de nouvelles grâces dans
plufieurs airs du chant & de la danfe. Le
rôle de l'Amour , dans le troisième acte ,
eft plein d'agrément & de convenance ,
tant aux jolies paroles qu'il chante qu'au
136 MERCURE DE FRANCE.
genre du perfonnage. En tout, nous ne pourrions
ici que répéter ce que nous avons
dit dans le précédent Mercure , fur la variété
, la galanterie & l'éclat de ce fpecta- ·
cle ; éloge fur lequel nous fommes autorifés
par le concours dont l'a honoré le
public.
Mile ROSALIE a joué avec agrément le
rôle de Silvie dans les dernières repréſentations
de cet opéra . M. CAVALLIER a
chanté le rôle d'Amintas : il a manifefté
des progrès dans l'art de développer fon jeu,
& fur-tout le zèle qu'il met dans l'étude
de fon talent. Ce fujet a d'ailleurs une.
qualité très eftimable , c'eft de chanter
conftament fort jufte.
-
Mlle FONTENET a joué le rôle de l'Amour
à la place de Mile LARRIVÉE. Mlle
ROSALIE avoit joué auparavant ce même
rôle deux repréſentations avant que de reprendre
le rôle de Silvie pour Mile BEAUMESNIL.
M. D'AUBERVAL , Mlles ALLARD &
PESLIN , Mlle GUIMARD & M. GARDEL ,
n'ont point ceffé de danfer dans toutes les
repréfentations de cet opera , à la grande
fatisfaction du public & dec auteurs.
Le 13 du préfent mois de janvier , on a
donné la tre repréfentation de Théfée, tragédie
opéra, poëme de QUINAULT remis en
JANVIER 1767. 137
mufique par M. MONDONVILLE , c'eft le
même qui avoit été repréſenté à la Cour
dans le dernier voyage de Fontainebleau .
Il y a eu la plus grande affluence à la
première repréſentation de cet opéra à
Paris ; mais le temps que demande l'impreffion
de notre journal , nous ayant
forcé de terminer cet article avant le
15 du mois , nous ne pouvons en
rendre compte que dans le Mercure prochain.
En attendant , on peut voir le détail
que nous en avons donné , immédiatement .
après les repréſentations à la Cour , dans le
Mercure de Décembre 1765 , dans lequel
nous avons imprimé l'avertiffement que
M. MONDONVILLE a placé à la tête de l'édition
de ce poëme.
COMÉDIE FRANÇOISE .
GUILLAUME Tell , tragédie nouvelle ,
a été continuée jufqu'au de ce mois ,
jour de la feptième & dernière repréfentation
; on trouvera l'extrait de cette pièce
à la fin de l'article.
Les tragédies , données depuis le dernier
Mercure , ont été le Cid , de P. CORNEILLE
. Le Comte d'Effex , de T. CORNEILLE.
Phèdre , de RACINE ,
138 MERCURE DE FRANCE.
Les comédies , en première pièce , la
Mère coquette , de QUINAULT. La Femme
Juge & Partie , de MONTFLEURY. L’Ecoffoife
, de M. DE VOLTAIRE. Les Bourgeoifes
à la mode , de DANCOURT , L'Enfant
Prodigue , de M. DE VOLTAIRE , deux
fois. Le Malade imaginaire , de MOLIERE ,
trois fois. Le Légataire univerfel , de Rɛ-
GNARD. L'école des femmes , de MOLIERE.
Le Glorieux , de NERICAULT DESTONCHES.
L'Avare , de MOLIERE . Les Bourgeoiles
à la mode , & c.
On attendoit la première repréfenta¬
tion d'Eugénie , pièce nouvelle en cinq
actes & en profe.
JANVIER 1767. 139
EXTRAIT de GUILLAUME TELL , Tragédie
nouvelle de M. LE MIERE.
PERSONNAGES . ACTEURS.
GESLER , Gouverneur du Can- M. DAU BERV AL.
ton d'Uri ,
ULRIC , fon confident ,
GUILLAUME TELL ,
WALTER FURS ,
WERNER STAUFFACHER ,
ARNOLD MELCHTAL ,
CLEOFÉ , femme de TELL ,
SON FILS , jeune enfant.
M. PIN.
M. LE KAIN .
M. VELENE.
M. BELMONT.
M. BELLECOurt.
Mlle DUMESNIL.
Gardes du Gouverneur . Peuple .
La fcène eft dans le Bourg d'Altdorff.
ACTE PREMIER.
MELCHTAL , Suiffe du Canton d'Underval ,
vient trouver Guillaume Tell dans le Canton
d'Uri. 11 raconte à ſon ami que , pour s'être
oppofé à une vexation qu'exerçoit , dans les biens
de fon père , Gefler Gouverneur de plufieurs Cantons
, fur les inftances même de ſon père , il
s'étoit retiré dans les montagnes d'Uri ; que
GESLER , ne trouvant point le fils , avoit tourné
140 MERCURE DE FRANCE.
fa vengeance contre le père , auquel il avoit fait
créver les yeux ; que dans fes reſſentimens il
cherchoit à tuer Gefler. Tell l'exhorte à fufpendre
fa vengeance particulière pour fe lier à la caufe
commune , qui demande , outre la perte du
tyran , l'affranchiflement de la Suiffe .
Il eft , lui dit-il , d'autres devoirs , d'autres foins
pour Melchtal.
Donne un effet plus vaſte à ta juſte furie !
MELCHTA L.
Eh ! qui donc ?
TELL.
La patrie.
Vois l'abîme effroyable où nous fommes tombés.
Vois fous quel joug de fer nos peuples font courbés!
L'ambition fans frein , l'orgueil , la violence ,
Pour nous perfécuter , armés de la puillance
Le fardeau des impôts , les emprisonnemens ,
Le pillage , le meurtre & les enlevemens ,
Sur les moindres foupçons les peines les plus
dures ,
"
La mort multipliée au milieu des tortures
Plus d'ordre , plus de loix , nos priviléges vains ,
Le mépris ou l'oubli de tous les droits humains ,
Landerberg & Gefler , ces monftres d'injuftice
Ainfi que deux vautours acharnés fur la Suiffe.
JANVIER 1767. 141
Tell n'a point le defir de fignaler fon nom . Il
n'eft animé que par l'efpérance de faire le bien.
de fon pays ; il dit à Melchtal , dans un entoufiafme
patriotique :
Sans dédaigner l'éclat qui fuit la renommée ,
D'un plus pur fentiment mon âme eſt enflammée.
On a trop préféré la gloire à la vertu .
De quelqu'éclat qu'un nom puiffe être revêtu ,
Je ne m'occupe point de cet eſpoir frivole ;
Ami , pour mon pays , tout entier je m'immole.
Qu'importe qui je fois chez la poſtérité .
Nous affranchir , voilà notre immortalité.
Que de fi grands defleins par nos mains s'accompliffent
,
Que la Suiffe foit libre , & que nos noms périffent,
Tell préfente enfuite Melchtal aux conjurés , &
reçoit leurs fermens ; ils fe féparent à la vue de
Cléofé , femme de Tell ; elle refte avec lui
pour lui parler des raifons qu'elle a de connoître
les intérêts communs de la patrie. Elle lui reproche
ſes entretiens myttérieux avec les amis.
Un des conjurés revient fur les pas leur
apprendre
que le Gouverneur a par- tout de nouveaux
efpions pour découvrir les mouvemens . Tell ne
s'ouvre point à fa femme fur cette nouvelle , &
la quitte fous prétexte d'examiner ces bruits .
142 MERCURE DE FRANCE.
ACTE I I.
LE Gouverneur ouvre la fcène avec fon confident.
Il eſt indigné , mais peu intimidé de la
licence des propos qu'on tient contre ſon gouvernement
. Il étale toutes les maximes du machiavélifme
le plus defpotique , & prétend réduire
le peuple à l'obéillance aveugle. Il veut qu'on
reſpecte jufqu'à fes caprices , & finit par remettre
fon chapeau à fon confident , avec ordre de l'attacher
au milieu de la place , & de le faire faluer
par tous ceux qui pafferont.
Tien , de la liberté tel fut jadis l'emblême ,
J'en veux faire un trophée au defpotifme même.
Le confident fort avec une partie de la garde du
Gouverneur pour aller faire exécuter fes ordres.
Gefler , refté feul , cherche pourtant quelles
peuvent être les caufes des fermentations fecrettes
qui font dans le peuple. Il fe rappelle le châtiment
de Melchtal , & ne pouvant croire au trouble
général , il imagine que ce pourroit être le fils
de ce vieillard , qui n'eſt pas fans crédit dans fon
Canton , & qui pourroit bien , par les amis
exciter des révoltes dans le Canton d'Uri. Comme
il eft dans fes réflexions, fe préfente à lui Melchtal
même , qui vient chercher fes amis dans le lieu
JANVIER 1767. 143
où eft Gefler , qui eſt le rendez- vous des conjurés,
& où l'on a fait remarquer à Geller qu'on avoit
vu des Suiffes s'affembler. Melchtal & Gefler ne
fe connoillent point . Celui- ci fait retirer fa garde
pour parler à Melchtal & l'entendre avec plus de
liberté , espérant peut- être en tirer quelques lumières
fur les mouvemens du Canton . Gefler
cherche à faire parler Melchtal fur les difpofitions
du peuple ; & l'autre , quoique fans s'ouvrir , montre
affez quel eſt le mécontentement général.
Comme Gefler commence à s'aigrir de cette
converfation , Ulric , fon confident , arrive & lui
montre Melchtal dans l'inconnu. Gefler le fait
arrêter & donne ordre à Ulric d'examiner quelles
étoient fes menées . Le confident lui dit qu'il ne
paroît pas qu'il ait d'intelligences dans la ville ,
ou en tout cas , qu'elles feroient fans effet ; que
l'on rend hommage dans la place au figne qu'il a
donné ils fortent enfemble.
,
Tell entre indigné de ce qui fe paffe dans la
place ; il fent redoubler fa fureur d'avoir vu
Gefler dans le lieu de leurs entretiens ; il apprend
d'un des conjurés que Melchtal eſt arrêté , fon
indignation redouble , & il veut preſſer le moment
de la révolution. Le conjuré lui parle des moyens
d'affurer le fuccès de l'entreprife ; Tell fe difpofe
à les prendre ; mais , irrité comme il eft
contre la tyrannie , il dit à ſon ami :
144 MERCURE DE FRANCE .
Oui , par des coups heureux dignes de nos ancêtres
,
Si des différens ports nous nous rendons les maîtres;
Bornons là nos exploits , fachons être affez grands ,
Pour dédaigner encor le fang de nos tyrans ;
Qu'ils foient traînés par nous jufques fur nos frontières
,
Et marquons à leurs pas ces rochers pour
ACTE II I.
barrières.
Le Gouverneur entre fur la ſcène furieux . Un
feul Suiffe a refufé de faluer fon chapeau ; on l'a
arrêté ; c'eft un homme du peuple qui n'eft connu
que par fon adreffe à tirer de l'arc . Le Gouverneur
donne ordre qu'on amène Melchtal pour le confronter
avec le nouveau prifonnier . Tell arrive
enchaîné , parle au tyran avec la fierté d'un
citoyen. Melchtal & la femme de Tell arrivent
bientôt après. Le tyran devient plus furieux en
voyant que Tell & Melchtal fe connoiflent . La
femme de Tell , fuivie de fon fils , vient implorer
la délivrance de fon mari ; mais le tyran , toujours
implacable , ordonne à Tell de tirer une
pomme fur la tête de fon fils , en punition de fa
défobéiffance. On entoure en même temps ce
jeune enfant. Le défefpoir de la mère , l'indignaion
du père éclatent . Tell offre la vie pour ſon
ls ; mais le tyran veut être obći. Tell peut mourir
JANVIER 1767. 145
rir , mais il ne fauvera pas fon fils , & Gefler
les fera périr tous deux . Fell le voit forcé de con--
fentir à cette horrible épreuve ; il fort fuivi des
gardes pour aller chercher une flêche , & l'acte
nit par cette imprécation de la mère :
Non , tyran , non barbare ; il eſt un Dieu vengeur,
Qui ne fouffrira pas , dans ce jour plein d'horreur ,
Que de nouveaux forfaits s'amaffent fur ta tête.
Il en eft qu'il permet , il en eft qu'il arrête .
Prens garde , le plus grand de tous les attentats ,
Et peut être le feul qu'il ne pardonne pas ,
C'eſt de fouler aux pieds la débile innocence ,
Et ces droits fi touchans d'un âge ſans défenſe.
Tu peux , lâche & féroce , oublier aujourd'hui
La loi qui dans le coeur trouve le plus d'appui ,
La plus univerfelle ainfi que la plus pure ;
Mais il n'eft point d'humains liés par la nature ,
Point de coeur généreux & fait pour la fentir ,
Où le cri de mes maux ne doive retentir .
Chaque mère , témoin de ta rage effrenée ,
Craignant de ta fureur la même deſtinée ,
Me fervant contre toi de juge & de foutien ,
En t'arrachant mon fils , croira fauver le fien.
Oui , je me flatte encor que tant de violences ,
Des familles , par - tout , vont armer les vengeances;
Et qu'enfin mon pays , purgé de tes forfaits ,
Du joug de tes pareils fera libre à jamais .
Vol. II. Ꮐ
146 MERCURE DE FRANCE.
ACTE I V.
La femme de Tell entre échevelée , dans l'abandon
du plus horrible déſeſpoir ; elle le jette contre
un rocher , où elle refte quelques temps abîmée
dans l'anéantiffement de la douleur. Son fils eft
dans la place ; il eft peut-être fous la flêche ! quelle
fituation pour cette tendre mère ! Sa douleur s'exhale
en reproches contre le Gouverneur , contre
le peuple même qui peut voir d'un oeil fi
tranquille les malheurs de fa famille . Cependant
le peuple au loin fe difperfe. Elle croit fon fils
lorfqu'un des amis de Tell vient la raflurer ,
en lui apprenant avec quelle adreffe Tell a ſauvé
fon fils ; la joie des Suiffes , le dépit du tyran,
Elle fort avec un tranfport d'allégreflè pour courir
vers fon fils , pour fuir la vue du Gouverneur
qu'elle apperçoit de loin , & le conjuré fort en
même temps pour profiter des difpofitions du
peuple , qui font fi favorables à l'entrepriſe commort
,
mune.
Cependant Gefler n'a point relâché Tell. Ce
malheureux père arrive avec lui fur la ſcène, encore
entouré de fes gardes , pâle , défait , pouvant à
peine foutenir la vue de fon tyran , pour éclater
auffi contre la tyrannie étudiée de Gefler.
Tigre , qui de mon fang brûlois de te repaître ,
Affaffin de mon fils , tant que tu pouvois l'être
JANVIER 1767. 147
Ta fureur eſpéroit qu'un coup - d'oeil incertain ,
Que la nature même égareroit ma main ;
Le Ciel n'a point voulu que mon fils fût ta proie ,
Il a voulu t'ôter cette barbare joie .
Mais mon coeur s'en est- il fenti moins tourmenter?
Etoit -ce moins un prix horrible à remporter ?
On a vu des tyrans exercer la vengeance ,
Donner , dans leurs tranfports , la mort à l'innocence
;
Mais calculer fes coups , mais porter dans un coeur
L'image du danger pire que le malheur ,
Lui faire ainfi fouffrir tous les maux qu'il redoute ,
De ce poifon mortel l'abreuver goutte à goutte ,
C'eft un art d'opprimer inconnu juſqu'à toi.
Il lui demande fa liberté ; Gefler la lui refufe ,
difant qu'il doit être content qu'on lui laiſſe la vie .
Il s'apperçoit en même temps que Tell cachoit
une fêche fous fon habit , il la lui arrache en
difant :
Traître , tu la cachois ; qu'en prétendois - tu faire ?
TELL.
Ce que j'en aurois fait ?
GESLER.
Oui , réponds , téméraire,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
TELL.
Si mon malheureux fils eût péri par ma main ,
La fêche que tu tiens t'auroit percé le fein :
Et de fon meurtrier puniffant la furie ,
J'euffe encor d'un tyran délivré ma patrie.
GESLER à fes gardes.
Qu'on le charge de fers , qu'on l'ôte de mes yeux ,
Allez , délivrez - moi de cet audacieux.
J'ordonnerai bientôt le fupplice du traître .
Il fervira d'exemple.
TELL à part , en fortant,
Et d'époque peut-être.
Le tyran ne laiffe pas de craindre le peuple. La
joie qu'on a montrée en voyant l'adreſſe de Tell ,
l'efprit de révolte qui animoit fon prifonnier : il
ne veut pas envoyer Tell au fupplice dans ces
momens de fermentation ; il prend le parti de
le faire conduire à fon château de Kefsnac avec
Melchtal , & de s'embarquer lui- même avec eur
ACTE V.
La femme de Tell , qui fe doute de quelque
deffein concerté entre Tell & Melchtal , court
pour ameuter le peuple contre Gefler, Furfi ,
un
JANVIER 1767. 149
des conjurés , l'arrête. Elle lui reproche fa lâcheté
d'abandonner ainfi fes amis à leur fort . Elle va
montrer aux Suiffes , dans ceux qu'on perfécute ,
les foutiens de la patrie. Furft , pour empêcher
cet éclat prématuré , lui découvre la conjuration ,
lui fait voir quel feroit le danger de fa démarche .
Il s'eft chargé d'attaquer le château du tyran ,
placé fur les hauteurs d'Altdorff; tandis que Werne,
autre conjuré , devoit devancer Geflèr au delà du
lac de Lucerne , où eſt ſon château de Cuſs - nac ,
& délivrer Tell. Il quitter Cléofé , la laillant dans
L'efpérance de revoir fon époux. Pendant qu'elle
fe livre à quelque joie , elle apperçoit le ciel s'obf
curcir , elle entend gronder au loin le tonnerre ;
l'orage eft fur le lac ; elle fetombe dans la plus
grande crainte fur le fort de fon époux , qui ,
prêt d'échapper au tyran , va peut-être périr avec
lui fous les flots. Cependant l'orage diminue ,
s'éloigne. Melchtal paroît au grand étonnement
de Cléofé. Il lui raconte comme , étant tous prêts
à périr fur le lac , Gefler a été obligé d'avoir
recours à Tell , qui étoit aufli bon pilote que
bon archer que Tell a manoeuvré fi adroitement
qu'il a approché la barque d'un rocher plat qui
s'élevoit à fleur d'eau ; que Tell & lui fe font élancés
hors de la barque , qu'ils ont repouffée d'un
coup de pied dans les flots du lac. Melchtal eft fur
le point de quitter Cléofé pour aller rejoindre
Tell , qui eft resté vers les rochers pour voir ce
Giij
150 MERCURE DE FRANCE .
9th
que deviendroit le tyran , lorfque Gefler reparoît
tout-à- coup graviffint le long des montagnes.
Cléofé fe croit perdue , & fon mari , prêt à retomber
dans les mains de ce monftre ; mais
Tell arrive tout-à- coup fur les hauteurs des rochers
, tue d'un coup de fêche le Gouverneur
crie liberté. Le peuple s'affemble de tous côtés ;
Telll'exhorte à prévenir la vengeance de l'Empereur
Albert ; àle laiffer s'engager dans les gorges
des montagnes avec fon armée , où elle eſt obligée
de pafler pour leur livrer bataille . Il fait par
anticipation le récit de ce qui fe paffa dans la fuite
à la fameufe journée de Morgate , & finit fa
harangue par le beau ferment des Soldats de
Fabius , qui ne jurèrent pas de vaincre & mourir ,
mais feulement de vaincre , & tinrent leur ferment,
OBSERVATIONS fur la nouvelle Tragédie
intitulée GUILLAUME TELL..
SI l'on difputoit à l'auteur de cette pièce
les honneurs d'un plein fuccès , on ne
pourroit au moins lui refufer le mérite
d'une entrepriſe hazardeufe pour lui,
mais peut-être fort utile pour notre théâtre
. C'eft aux premiers mortels qu'un génie
hardi a fait voler dans un monde étranger
, que l'ancien doit tous les avantages
des découvertes fubféquentes.
JANVIER 1767. 151
Pour multiplier les fources de notre
tragique , pour en étendre les limites ,
M. LEMIERE a ofé creufer pour ainfi-dire
le fein de la nature , & , fans aucun fecours
, fans aucun ornement de la fiction ,
il nous en rapporte un fujet patriotique ,
entièrement neuf fur notre fcène ; il préfente
à nos yeux un tableau , moins étranger
encore par la différence du coftume
extérieur , que par celle de la conftitution
effentielle des fentimens fublimes d'honneur
& de courage de fes héros .
Mettons , felon notre ufage , fous les
yeux du lecteur , les différens avis des
fpectateurs ; indiquons à fa fagacité les
points qui prêtent à la difcuffion , & ilprononcera.
Plufieurs critiques n'ont pas regardé le
fujet de cette tragédie , comme affez
théâtral , ni comme affez majeftueux.
Des gens obfcurs fur la feène , ont dit
quelques uns de ces cenfeurs , peuvent- ils
occuper notre attention , & produire notre
intérêt ? Eh , mais qu'importe ! Ne pourroit-
on pas leur faire la réponſe de M. de
Voltaire dans Rome Sauvée ?
Faut- il des noms à Rome il lui faut des vertus.
Eft- ce un fujet peu digne du cothurne ,
que celui où il s'agit de délivrer tout un
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
pays de la tyrannie , fur tout lorfqu'il s'enfuit
une révolution dont l'effet fubfifte depuis
plus de quatre cens ans ? D'autres ont
trouvé que l'auteur avoit trop fervilement
fuivi l'hiftoire , & auroient defiré qu'il
l'eût enrichi de quelqu'épifode. Par- là ,
ne l'auroit- il point au contraire fort appauvri
? N'auroit- il point défiguré un fujet
fimple , & fait pour être réduit à fes
élémens ? Quoi de plus philofophique que
le tableau qu'il préfente au cinquième acte ?
Servons- nous des paroles mêmes de l'auteur
dans la pièce.
Quel fpectacle ! un tyran que la vengeance anime ,.
Forcé d'avoir recours à la propre victime !
Quel effort d'imagination auroit feulement
atteint ce que fournit l'hiftoire en
cet endroit?
D'ailleurs ce fujet , où la liberté eſt le
premier plan du tableau , un des plus touchans
accidens qui puiffe entrer dans une
tragédie : un père prêt à voir périr fon
fils , non feulement par la barbarie d'un
cyran , ce qui eft commun au théâtre , mais
par fon propre ministère , mais peut- être
par fa propre main , fe trouvant nécellairement
forcé d'expofer à ce danger ce
qu'il a de plus cher, pour le fauver.
JANVIER 1767. 153
L'auteur a fuivi l'hiftoire ... Sans doute.
N'auroit- on pas eu à lui reprocher le contraire
, s'il s'en fût écarté en cette occafion
? Mais a- t - il trouvé dans l'hiftoire le
premier & le fecond acte ? Y a- t- il trouvé
les caractères de Tell & de Melchtal, furtout
le premier , qu'il falloit defliner avec
énergie ?
-
Beaucoup ont penfé que la pièce étoit
trop courte. Ce fentiment en feroit peutêtre
l'apologie. Un mauvais ouvrage , h
court qu'il puiffe être , paroît toujours
d'une longueur infupportable ; celui – ci
eft donc déja défendu contre ce reproche.
I fant d'ailleurs , en diftinguant
l'étendue phyfique de l'étendue morale ,
examiner fi ue pièce eft complétemens
remplie ou fi elle ne l'eft pas. Voilà ce qui
détermineroit la briéveté repréhenfible,
Un drame eft il trop court , lorfqu'il y a
gradation d'un acte à un autre acte , &
qu'ils font enchaînés par une continuité
de chofes inhérentes au fujet , lorsqu'il
arrive un événement bien marqué , ou un
changement de fortune dans chaque acte ?
Y a-t-il une mefure déterminée pour l'imagination
? On nous affure cependant
que pour le prêter à ce reproche , qui au
fond n'a rien que d'obligeant , l'auteur ,
à la repriſe de fa pièce , ajoutera quelques
1
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
développemens dont fon drame peut être
encote fufceptible. Il y a lieu de croire
qu'ils entreront dans l'édition que l'on dit
qui s'en prépare , demandée avec empreffement
par les principaux de la nation
Suiffe..
Qu'il nous foit permis de confeiller à
l'auteur de ne point altérer pour cela la
fimplicité de fon action , & de ne pas s'éloigner
de la vérité historique.
Il ne nous eft pas plus poffible de refufer
ici à M. LE KAIN les plus grands éloges
, que d'en rapprocher l'expreffion , de
la fublimité avec laquelle cet acteur a faifi
& rendu le rôle de Tell.
On doit autant de juftice à M. BELLEGOUR
, fur l'exécution du rôle de Melchtal
dans la proportion où font entre eux.
les forces de ces deux rôles..
COMÉDIE ITALIENNE.
ON a quitté la pièce d'Eſope à Cythère
après la neuvième repréfentation . Il n'y
a point eu depuis d'autres nouveautés à ce
théâtre.
JANVIER 1767. 195
CONCERTS SPIRITUELS
De la veille & du jour de Noël 1766.
Les moters à grand choeur , donnés ces deux
jours , font Fugit nox , &c. de BoISMORTIER ; Memento
Domine David , tant de fois applaudi , de
M. l'Abbé d'HAUDIMONT , Maître de Mufique de
l'Eglife des SS. Innocens , & le Deus venerunt
production qui fait tant d'honneur à fon auteur
l'Abbé FANTON .
M. BALBASTRE , dont il devient inutile de faire
l'éloge , a exécuté à chacun de ces deux Concerts
une fuite de noëls , & a reçu du public les marques
les plus vives de fa fatisfaction.
M. LEONÉ , à qui nous avons eu occafion de
rendre juſtice en parlant du Concert du 8 de ce
mois , a exécuté de nouveaux folo de mandoline ,
& a pleinement confirmé ce que nous avions dit
de la fupériorité de fon talent.
M. BERTHEAUME a donné de nouvelles preuves
du fien & de fes progrès , dans l'exécution d'un
concerto de violon de M. GAVINIÉS la veille de
Noël ; & on a également applaudi le jeune artiſte
& le compofiteur dès long-temps en poffeffion de
plaire. G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Le jour de Noël M. CAPRON a exécuté u
concerto de violon mêlé d'airs connus , heureuſement
choifis , arrangés pour l'inſtrument , &
rendu avec cette fûreté de touche & cette vigueur
d'archet qui l'ont mis .au rang
des gens célèbres
qu'on ne fe laffe point d'admirer.
Mlle DESCOINS , de l'Académie Royale de Mufique
, a chanté la veille de Noel ', Quàm bonus
Ifraël , de LE FEBVRE , & a fait grand plaifir.
Le jour de Noël Mile FEL , toujours étonnante
& toujours la même , a chanté le moter à voix
feule , terminé par un choeur, Cantate Domino, &c.
dé la compofition de M. KOHAUT , dont nous avons
parlé dernièrement ; elle a auffi chanté les principaux
récits dans les motets à grand choeur donnés
ces deux jours , & a fait par - tout le plaifir le plus vif..
Mlle BEAUMESNIL , de l'Académie Royale des
Mufique , a chanté , pour la première fois , au
Concert la veille de Noël : fi elle n'y eût été enten--
due que ce jour- là , nous ferions forcés de nous .
borner à annoncer ſon début ; mais , dans le mêmemotet
, Cantate , &c. de MOURET , qu'elle a
chanté auffi le jour de Noël , elle a fait preuve de
la précision musicale jointe aux charmes de l'argane
, du fini des agrémens & de la fageffe de
chant , au point qu'il ne nous eft pas permis de
diffimuler qu'elle a réuni tous les fuffrages & fait
I defirer très- vivement de l'entendre dans tous le
Concerts..
JANVIER 1767 157
N. B. La furabondance des autres matières
a , depuis quelques temps , tellement
arriéré ce Journal fur quelques - unes , fpécialement
fur les . nouvelles politiques ,
que nous nous trouvons , avec beaucoup
de regret , forcés de remettre au prochai
volume la fin de l'extrait du poëme de:
la Déclamation Théâtrale .
198 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE V I.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Conftantinople , le premier Septembre 1766.
Les avis qu'on a reçus du Canal confirment
ce qu'on a déja annoncé touchant les dégâts qu'y
a occafionnés le tremblement de terre dus Août.
Le Bourg des Dardanelles , en Afie , a confidérablement
fouffert . La plus grande partie des
manufactures de fayance , qui font en trèsgrande
quantité , un nombre confidérable de
maifons , tous les minarets & prefque toutes les
cheminées ont été renversées , ainsi que vingtdeux
moulins , de vingt- trois qui couronnoient
la montagne ; en un mot , il n'y a aucun édifice
de pierre ou de bois qui n'ait été endommagé.
Gallipoli a été plus maltraité encore , & plus de
la moitié de la ville ne forme actuellement qu'un
amas de ruines. A Cora , gros bourg fitué à
l'entrée de la Propontide , fur la rive feptentrionale
, & compofé de plus de huit cents maiſons ,
il n'en refte plus qu'un petit nombre fur pied , &
la plupart des habitans ont été enfevelis fous les
ruines. L'ile de Ténedos & la ville d'Enos ont
auffi beaucoup fouffert , & l'agitation de la terre a
été très- fenfible à Smyrne & à Salonique , où. -
cependant elle n'a caufé aucun dommage.
JANVIER 1767 . 1999
De Rome , le 29 Octobre 1766.
On vient d'apprendre la mort du Cardinal
Rovero , Archevêque de Turin. Cette mort fait
vaquer un deuxième chapeau dans le Sacré Collége
, en comptant celui réfervé à la nomination
du Roi de Portugal.
De Parme , le premier Novembre 1766.
Le Baron de la Houze , Miniftre Plénipotentiaire
de Sa Majesté Très- Chrétienne auprès de
l'Infant , arriva en cette ville le 27 du mois dernier.
Le lendemain il eut fa première audience
de Son Alteffe Royale , à qui il remit fes lettres .
de créance.
De Gênes , le premier Novembre 1766 .
Le fieur Boyer de Fons - Colombe , Miniſtre
Plénipotentiaire & Envoyé Extraordinaire du Roi
de France auprès de cette République , eut , le 27
du mois dernier , une audience du Doge à l'occa
fion de fon retour en cette ville .
De Turin , le 6 Octobre 1766 .
:
Hier au foir la Ducheffe de Savoye accoucha
très - heureufement d'un Prince , qui a été baptifé
aujourd'hui ce Prince , qui a été tenu fur les
fonts de baptême par le Duc de Chablais & par
Marie -Thérèſe , feconde fille du Duc de Savoie ,
a été nommé Jofeph - Benoît - Marie - Placide ,
Comte de Maurienne.
De Londres , le 31 Octobre 1766.
Le 29 du mois dernier , à environ huit heures
160 MERCURE DE FRANCE.
du matin , la Reine eft accouchée très heureufe
ment d'une Princeflè , qui a été nommée Charlotte-
Augufte Mathilde ; & elle a été tenue fur
les fonts de baptême par le Duc de Portland ',
repréfentant le Roi de Danemarck ; par la Comtelle
d'Effingham , repréfentant la Reine de Danemarck
, & par la Princeffe Louife- Anne.
Le Comte de Guerchy , Ambaffadeur de Franceen
cette Cour , eft revenu ici de Paris le 16 de
ce mois , & le lendemain il a eu une audience du
Roi hier , it a préfenté à Sa Majesté le Marquis
de Fitz James , fils du Duc de ce nomi , qui eft
arrivé ici la femaine dernière.
Extrait d'une Lettre écrite de Sainte-Marie ,
la Jamaïque , le 21 Juillet 1766.
Il y a en dernièrement ici pendant la nuit un
tremblement de terre , le plus violent qu'on ait
rellent dans cette ifle depuis celui de Port Royal .
La première fecoulle a duré près de quatre minu
tes il y en eut cinq autres avant le lever du
foleil , mais beaucoup plus légères , & depuis il
ne s'eft pallé aucun jour fans que la terre n'air
paru un peu agitée . On a lieu de préfumer que ce
tremblement de terre s'eft fait fentir dans la plus
grande partie des Indes Occidentales. Quelques
vailleaux qui font arrivés ici ont éprouvé en ner ,
dans le même inftant , un mouvement extraordinaire
qui leur a fait croire qu'ils avoient frappé
fur un rocher , quoiqu'ils fullent à quatre cents
milles de terres.
D'Avignon , le 6 Octobre 1766.
Il a pafé ici , la nuit du 2 au 3 de ce mois , un
Courier extraordinaire , venant de Rome & allant
JANVIER 1767. Fór
en Espagne , qui a laiffé des dépêches au Prélat
Salviati , Vice - Légat , par lesquelles il a été informé
que Sa Sainteté , dans un Coufiftoire qu'elle
a tenu le 26 du mois dernier , a créé Cardinaux
les Prélats Calino , Patriarche d'Antioche & Commandeur
du Saint Efprit ; Oddi , Archevêque de
Ravenne ; Serra , Auditeur de la Chambre ;
Banciforte , Préfident d'Urbin ; Pallavicini ,
Nonce en Espagne ; Borromeo , Nonce à Vienne ;
Panfili , Nonce en France ; Simonetti , Secrétaire
des Evêques & Réguliers ; Parraciani , Archevêque
de Fermo ; Pirelli , Secrétaire du Concile ;
Piccolomini , Gouverneur de Rome ; Canale ,
Tréforier général de la Révérende Chambre ; &
Veteramini , Affelleur du Saint Office . Ces dépêches
renfermoient auffi une lettre pour le Prélat
Salviati , par laquelle on lui marque que , pour
récompenfer le zèle avec lequel il a rempli les
fonctions attachées à fon Gouvernement , Sa Sainteté
l'avoit déclaré Clerc de Chambre & Commiffajre
général des Armes , & lui avoit donné pour
fucceffeur dans la Vice- Légation d'Avignon le
Prélat Vincentini , Secrétaire de la Congrégation
du Bon Gouvernement.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
De Verfailles , le premier Ololic 1766.
Les Députés des Etats de Languedoc furent
admis à l'audience du Roi le 29 du mois dernier.
Ils furent préfentés à Sa Majefté par le Comte
d'Eu , Gouverneur de Languedoc , & par le
Comte de Saint- Florentin , Miniftre & Secrétaire
162 MERCURE DE FRANCE.
d'Etat ayant le Département de la Province , &
conduits par le fieur de Nantouillet , Maître des
Cérémonies. La députation étoit compofée , pour
le Clergé, de l'Evêque d'Aleth, qui porta la parole ;
pour la Noblele , du Duc d'Uzès , Baron de
Florenfac ; & pour le Tiers- Etat , du fieur de
Guilleminet , Député de Montpellier ; du fieur
Boillet , Député d'Uzès ; & du fieur de Foubert ,
Syndic général.
Leurs Majeftés & la Famille Royale fignèrent ,
le même jour , le contrat de mariage du Prince
de Henin avec Demoiſelle de Monconfeil.
Hier le Roi donna une audience particulière
au Lord George Lenox , Miniftre Plénipotentiaire
de la Cour de Londres , qui prit congé de Sa
Majefté après lui avoir remis fes lettres de rappel :
il fut conduit à cette audience , ainfi qu'à celle de
la Reine & de la Famille Royale par le fieur de la
Live de la Briche , Introducteur des Ambaſſadeurs.
Du 4.
Le Comte d'Angivilié , ci devant Exempt des
Gardes du Corps de Sa Majefté , Gentilhomme
de la Manche de Monfeigneur le Dauphin , de
Monfeigneur le Comte de Provence & de Monfeigneur
le Comte d'Artois , ayant demandé au
Roi la permiffion de fe démettre de cette place ,
Sa Majesté a nommé , pour le remplacer , le
Chevalier de la Billarderie , fon frère , Brigadier
des Armées du Roi & Exempt des Gardes du Corps
de Sa Majefté , Compagnie de Villeroy .
Sa Majesté vient de nommer l'Abbé de Pontevès
, Grand Vicaire de Mâcon , à la place d'Aumônier
de quartier de Madame , place vacante
par la démiſſion de l'Abbé d'Adhemar de Panat ,
Grand Vicaire de Rhodès & Abbé de Conques..
JANVIER 1767. 163
Du 8.
Le Vicomte de Laval eut l'honneur de remercier
le Roi , le 6 de ce mois , à l'occaſion du Gouvernement
de Compiegne dont il a éte pourvu. Le
même jour le Chevalier de la Billarderie fut préfenté
a Sa Majefté par le Duc de la Vauguyon en
qualité de Gentilhomme de la Manche de Monfeigneur
le Dauphin , de Monfeigneur le Comte
de Provence & de Monfeigneur le Conite d'Artois.
Du 11.
fi le
Par un Arrêt du Confeil d'Etat , dus de ce
mois , le Roi a créé fix places de Confeillers
d'Etat furnuméraires , avec les mêmes fonctions ,
drois & priviléges dont jouillent les Confeillers
d'Etat femeftres , auxquels les furnuméraires fuccéderont
lorfqu'il viendra à vaquer quelques- unes
des places de Confeillers d'Etat ; & , quant aux
places de Confeillers d'Etat furnuméraires qui
vaqueront , foit par promotion aux places de
Confeillers d'Etat , foit par mort , démiſſion ou
autrement , le Roi le réſerve d'y nommer ,
bien de la juftice l'exige ; cependant Sa Majesté ,
voulant procurer l'extinction de ces nouvelles
places , déclare qu'Elle ne nommera un Confeiller
d'Etat furnuméraire que lorfqu'il y aura deux places
vacantes , & ainfi fucceffivement ; de forte
que la vacance des fix places nouvellement créées
ne produira que trois Confeillers d'Etat furnuméraires
, lefquels ne pourront être remplacés que
dans la même progreffion , fans qu'après la mort
promotion ou démiffion des deux derniers qui refteront
, il puifle en être nommé un autre en leurplace
; voulant Sa Majefté que les fix places de
164 MERCURE DE FRANCE.
Confeillers d'Etat furnuméraires foient alors &
demeurent éteintes & fupprimées.
Le Roi a nommé , pour remplir les fix places
de Confeillers d'Etat furnuméraires , le Préfident
Ogier , ci -devant Ambaffadeur du Roi à la Cour
de Coppenhague ; le fieur Lefcalopier , ci devant
Intendant de Tours ; le fieur Bernage de Vaux ,
Intendant de Metz ; le fieur de Blair de Boifemont
, Intendant de Strasbourg ; le fieur Maynon
d'Invault , ci- devant Intendant d'Amiens , & le
fieur Trudaine de Montigny , Intendant des Finances
. Les changemens fuivans le font faits en
même temps. Le fieur Boutin , Intendant de
Bordeaux , ayant été nommé Adjoint au fieur de
Chauvelin , Intendant des Finances , a été remplacé
à Bordeaux par le fieur Bernard de Balainvilliers
, Intendant d'Auvergne , & cette dernière
Intendance a été donnée au fieur de Fargès ,
Maître des Requêtes . Le fieur de Bacquencourt ,
Intendant de la Rochelle , palle à l'intendance
d'Amiens , vacante par la promotion du fieur
d'Invault à la place de Confeiller d'Etat furmumé,
raire , & le fieur Sinac de Meilhan , Maître des
Requêtes lui fuccède à la Rochelle ; le fieur Jullien
, Maître des Requêtes , eft nommé Intendant
d'Alençon , à la place du feur de Levignen
qui a obtenu la permilion de fe retirer ; & le
fieur du Cluzel , Maître des Requêtes , eft fait
Intendant de Tours , à la place du fieur Lefcalopier
, l'un des Confeillers d'Etat furnuméraires.
Du s
Le Roi a nommé le fieur de Calonne , Maître
des Requêtes , à l'Intendance de Metz , vacante
par la nomination du fieur de Bernage de Vauxà
JANVIER 1767. 165
T'une des places de Confeiller d'Etat furnuméraire .
Leurs Majeftés & la Famille Royale fignèrent ,
le 12 de ce mois , le contrat de mariage du fieur
Martel , Ecuyer du Roi , avec Demoitelle , fille
du fieur du Cambard , Gouverneur de Rambouillet.
Le Marquis de Bloffet , Miniftre Plénipotentiaire
du Roi à la Cour de Danemarck , & le
Marquis de Barbantane , l'un des Chambellans du
Duc d'Orléans & Miniftre Plénipotentiaire de Sa
Majeſté auprès du Grand Duc de Tofcane , ont
pris congé du Roi le 11 pour le rendre à leur
deftination.
La Marquise de Luberfac , épouse du Marquis
de ce nom , Officier aux Gardes Françoiles , a
eu l'honneur d'être préſentée le 12 à Leurs Majeſtés
& à la Famille Royale par la Marquiſe de
Saint- Chamans .
Du 18.
La Marquife de Bloffet , époufe du Miniftre
Plénipotentiaire du Roi à la Cour de Danemarck ,
a été préfentée ces jours derniers à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale par la Comtelle de Guerchy .
Le Comte de Noailles , Grand d'Eſpagne de
la première claffe & Gouverneur du Château & de
la Ville de Verſailles , s'eft rendu le 15 de ce
mois au Couvent des Pères Récollers : il a été reçu
en cérémonie , à l'entrée de leur églife , par le
Père Maurice Miet , Provincial , à la tête de
toute la Communauté ; & il a été reconnu Père
& Syndic Apoftolique de ce Couvent & Protecteur
de tous les Récollets de France.
Ces jours derniers le Comte de Guerchy , Am-
Du 22.
166 MERCURE DE FRANCE.
baffadeur du Roi auprès de Sa Majesté Britannique
, a pris congé de Leurs Majeftés & de la
Famille Royale.
La Comteffe de Brancas a été préfentée le 19 à
Leurs Majeftés & à la Famille Royale par la
Ducheffe de Lauraguais. La Comtelle du Dreneuc,
époule du Comte de Dreneuc , Capitaine au Régiment
des Gardes- Françoiſes , a éte auffi préfentée
par la Vicomtefie de Choifeul ; & la Vicomtelle
de Rouault , par la Comteſſe de Rouault.
Le Roi vient d'accorder au fieur de la Porte ,
ci- devant Intendant du Dauphiné , l'expectative
de la première place vacante de Confeiller d'Etat
furnuméraire , à laquelle Sa Majefté le trouveroit
dans le cas de nommer conformément à
l'Arrêt dus de ce mois . Sa Majefté a difpofé de la
garde des livres de fon cabinet en faveur de l'Abbé
Blancher , Cenfeur Royal , Interprête de la Bibliothèque
du Roi pour les langues Italienne , Eſpagnole
& Angloife.
Le fieur de Couzić , Evêque de Saint- Omer , a
été préfenté le 12 à Leurs Majeftés & à la Famille
Royale.
Le fieur de Fargès , Maître des Requêtes , qui
avoit été nommé à l'Intendance d'Auvergne
pafle à celle de Bordeaux. Le 19 il a eu l'honneur
de remercier à cette occafion Sa Majeſté , à qui
il a été préfenté par le fieur de l'Averdy , Contrôleur
général des Finances.
Du 29.
Le Roi vient d'accorder les honneurs du Louvre
au Comte de Biron , fils du Duc de Gontault ,
qui a remercié le Roi , à cette occafion , le 26 de
ce mois .
Le même jour le Chevalie : Folard , Confeiller
JANVIER 1767. 167
d'Etat , Envoyé Extraordinaire du Roi auprès de
l'Electeur de Bavière , & fon Miniftre auprès du
Cercle de Franconie , a eu l'honneur de prendre
congé de Sa Majeſté , à qui il a été préfenté par le
Duc de Choifeul , Miniftre & Secrétaire d'Etat
ayant le département des Affaires Etrangères.
Sa Majesté a donné l'Abbaye de Blandeques ,
Ordre de Cîteaux , Diocèſe de Saint- Omer, à la
Dame de Foy , Religieufe de la même Abbaye ,
& celle du Puy d'Orbe , Ordre de Saint Bencît ,
Diocèle de Langres , a la Dame de Langhac ,
Religieufe du même Ordre .
Les Miniftres Plénipotentiaires du Roi & de
l'Impératrice Reine de Hongrie & de Bohéme
ont figné , le 24 Juin dernier , la convention
fuivante pour l'abolition du droit d'aubaine .
Convention entre le Roi & l'Impératrice Reine
de Hongrie & de Bohême pour l'abolition réciproque
du droit d'aubaine , fignée à Vienne le
24 Juin 1766 .
Sa Majesté Très Chrétienne le Roi de France &
de Navarre , & Sa Majesté Apoftolique l'Impé
ratrice Reine de Hongrie & de Bohême , étant
animées du defir mutuel , non -feulement de refferrer
de plus en plus les liens de l'alliance , de
l'union & de l'amitié fincère qui fubfiftent entre Elles
, mais encore d'en faire reflentir les effets heureux
à leurs fujets , en facilitant le commerce
refpectif & la correfpondance mutuelle entr'eux ,
Elles ont réfolu d'écarter l'obftacle principal qui
s'y eft oppofé jufqu'à préfent , en abolifant le
droit d'aubaine établi en France contre les fujets
de l'Impératrice Reine Apoftolique , & exercé
dans les Etats héréditaires de Hongrie, de Bohême,
d'Autriche & d'Italie , par droit de retortion contre
les fujets de Sa Majellé Très- Chrétienne , &
168 MERCURE DE FRANCE.
en établiffant entre les peuples dépendans des Monarchies
refpectives une égalité abfolue & une
entière réciprocité pour tout ce qui concerne l'abolition
dudit droit d'aubaine & de celui de retorfon.
Dans cette vue , les Miniftres ſoufſignés ſont
convenus des articles fuivans .
ARTICLE PREMIER . Sa Majesté Très Chrétienne
déclare par ces préfentes qu'elle dérogera à toutes
Loix , Coutumes , Arrêts ou Réglemens concernant
le droit d'aubaine , en tant qu'il a été & qu'il
pourroit être dans la fuite exercé contre les fujets
héréditaires fufdits de Sa Majesté l'Impératrice.
Reine Apoftolique , laquelle , de fon côté , révoquera
& annullera les Refcrits , Decre : s , Ordonnances
, Statuts ou Coutumes , en vertu defquels
le droit de retorfion s'eft exercé jufqu'ici dans fes
Etats héréditaires contre les Sujets François ; &
les deux Hautes Parties Contractantes fe promettent
réciproquement de procéder à cette abrogation
& révocation refpectives par les moyens les
plus efficaces , & par les voies ulitées & conformes
à la conftitution de leurs Etats refpectifs , & ce
dans le même terme qui fera fixé ci- après pour
l'exécution de la préfente convention .
ART. II . En vertu de la préſente convention les
Sujets de Sa Majeſté Très-Chrétienne auront dorénayant
, dans les Etats héréditaires de Hongrie ,
de Bohême , d'Autriche & d'Italie , foumis à la
domination de Sa Majeft l'Impératrice Reine
Apoftolique , la libre faculté de difpofer de leurs
biens quelconques par teftament , par donation
entre-vifs , ou pour caufe de mort ou autrement ,
en faveur de qui bon leur femblera ; & leurs héritiers
, Sujets de la Couronne de France , demeurant
tant en France qu'ailleurs , pourront recueillir
leur fucceffion , foit ab inteftat , ſoit en vertu
de
JANVIER 1767. 169
de teftament ou autre difpofition légitime , &
pofféder lefdits biens , foit meubles , foit immeubles
, droits , raiſons , noms & actions , & ce fans
avoir befoin d'aucunes lettres de naturalité ou
autre conceflion ſpéciale , & feront leldits Sujets
traités à cet égard dans lefdits Etats héréditaires
de Sa Majesté l'Impératrice Reine Apoftolique
auffi favorablement que les propres & naturels
Sujets de Sadite Majeſté , & vice verfâ.
Jouiront en outre à l'avenir les Sujets de Sa Majefté
très- Chrétienne dans tous les Etats ci- dellus
fpécifiés , foumis à la domination de Sa Majeſté
l'Impératrice Reine Apoftolique , de la faculté de
pouvoir fuccéder dans tous les biens dont les Sujets
defaits pays héréditaires auront droit de difpofer ,
foit en faveur de leurs concitoyens , foit en faveur
des étrangers , & vice verfâ.
ART. III. Comme la manière d'acquerir les
droits de Bourgeoisie & d'Indigénat eft différente
dans les Etats refpectifs , il eft convenu & arrêté
qu'on fuivra , à cet égard , les loix & les ufages
établis dans chaque pays.
ART. IV. Lorfque les coutumes particulières
de quelques unes des Provinces des Hautes Parties
Contractantes établiffent quelques règles ou que!-
ques conditions particulières , relativement à la
poffeffion d'une certaine nature de biens auxquelles
les Sujets mêmes de la Puitfance à qui ces Provinces
appartiennent font affujettis , les Sujets de
l'autre Puillance , qui voudront y recueillir un
héritage ou y pollé ter quelques - uns de ces biens ,
feront également tenus de s'y conformer , & ils
uferont des mêmes droits que les Sujets naturels
de celle - ci , foit quant au bénéfice , & ce qui
leur fera favorable , que quant aux charges &
conditions qui peuvent leur être impofces , & les
Vol. II. H
170 MERCURE DE FRANCE.
uns & les autres feront traités de manière que ce
qui peut favorifer les Sujets naturels de l'une des
deux l'uillances ou leur nuire dans l'obtention d'une
fucceffion , foit ab inteftat , foit teftamentaire ,
favorifera de même les Sujets de l'autre Puiffànce
ou leur nuira également.
ART. V. Loriqu'il s'élevera quelques conteſta
tions fur la validité d'un teftament ou d'une autre
difpofition quelconque , elles feront décidées par
le Juge compétent , conformément aux loix , aux
ftatuts ou aux ufages reçus & autorilés dans le
lieu où lesdites difpofitious auront été faites , ſoit
que ce lieu foit fous la domination de l'une ou de
l'autre des Hautes Parties Contractantes ; enforte
que , fi lefdits actes fe trouvent revêtus des formalités
& des conditions qui feront requifes pour
leur validité dans le lieu de leur confection , ils
auront également leur plein effet & valeur de droit
dans les Etats de l'autre Patrie Contractante , encore
que dans ceux- ci ces actes feroient affujettis
à des formaliiés différentes & à de plus grandes
folemnités qu'ils ne le font dans les pays où ils ont
été rédigés.
ART. VI . Comme les loix , les ftatuts & les
ulages diffèrent dans les Etats refpectifs des Hautes
Parties Contractantes , & même d'une Province
de chaque Monarchie à l'autre , relativement aux
droits & rétributions qu'on y exige pour droit
d'émigration , d'annates , de péage , ou fous
quelqu'autre dénomination que ce foit , pour raifon
de l'adition d'une hérédité , de la prife de
poffeffion ou de l'aliénation des biens , foit des
étrangers ou de ceux qui n'ont pas leur domicile
dans les Etats de la domination , foit de ceux qui
transfèrent leur domicile d'une domination dans
l'autre , comme auffi pour raifon de l'exportation
JANVIER 1767. 171
de l'hérédité & de l'argent comptant , ou des
effets en provenant , ou qu'on eft dans l'ufage de
faire payer pour quelque caufe & en faveur de qui
que ce foit , on s'en tiendra aux loix , ftatuts &
coutumes locales ; mais , comme l'égalité & la
réciprocité entre les Sujets refpectifs font la bale
de la préfente convention , les Hautes Parties
Contractantes font convenues que la ftipulation
précédente doit s'entendre & s'exécuter de manière
que lorsqu'une fucceffion fera dévolue à un Sujet
Autrichien dans les Etats de Sa Majefté Très - Chrétienne
, il ne pourra pas prétendre être traité plus
favorablement , ni être tenu à de moindres preftations
, de quelque nature qu'elles puiffent être ,
qu'un Sujet François ne l'auroit été , s'il lui étoit
échu une fucceffion dans la Province où ledit Sujet
Autrichien fera domicilié , & vice verfâ.
ART. VII. Et , pour obvier à toute fraude & à
tout fubterfuge que pourroient pratiquer ceux qui
voudroient éluder ces ftipulations falutaires , les
Hautes Parties Contractantes prendront , chacune
de leur côté , les mefures les plus convenables &
les plns efficaces pour écarter tous les obftacles
qui pourroient empêcher ou gêner l'exécution de
la préfente convention.
ART. VIII . Les ratifications de la préfente
convention feront échangées dans l'espace de trois
mois , & plutôt fi faire le peut ; & , trois mois
après ledit échange les ftipulations de la préfente
convention feront publiées , & elles auront force
de loi du moment de la publication ; bien entendu
qu'elles n'auront point un effet rétroactif par rapport
aux fucceffions qui feront échues juſqu'au jour
de ladite publication , par rapport auxquelles on
s'en tiendra de part & d'autre aux règles fuivies
ci-devant.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
En foi de quoi les Miniftres des deux Cours ont
figné la préfente convention & y ont appofé le
cachet de leurs armes .
Fai à Vienne , le 24 Juin 1766 .
( L. S. ) CHATELET-LOMONT:
( L. S. ) KAUNITZ- RITTBERG.
Déclaration du Chargé des Affaires du Roi , remiſe
au Chancelier de Cour & d'Etat de Sa Majesté
l'Impératrice Reine Apoftolique.
« Je fouffigné chargé des Affaires de Sa Majesté
» Très - Chrétienne à la Cour de Vienne , déclare ,
» au nom du Roi , qu'après avoir procédé à l'é-
» change des ratifications refpectives de la préfente
» convention fur l'abrogation réciproque du droit
d'aubaine , le 8 Septembre 1766 , je promers
» que la publication en fera faite en France dans
» l'espace de fix femaines , à compter de ce jour ,
efpace dans lequel il a été ftipulé de même que
» pareille publication s'en fera dans les Etats de
» Sa Majefté l'Impératrice Reine Apoftolique.
»
>> En foi de quoi j'ai figné la préfente déclara-
» tion & y ai fait appofer le cachet de mes armes.
» Fait à Vienne , ce 8 Septembre 1766.
( L. S. ) BERENGER » .
Déclaration du Chancelier de Cour & d'Etat de
Sa Majesté l'Impératrice Reine Apoftolique , remife
au Chargé des Affaires du Roi.
<<Wenceslas- Antoine , Prince du Saint Empire
» Romain , de Kaunitz , Comte de Rittberg , Chan-
» celier de Cour & d'Etat de Sa Majesté l'Impé-
» ratrice Reine Apoftolique de Hongrie & de
JANVIER 1767. 173
» Bohême , déclare , au nom de ma Souveraine ,
>> qu'après avoir procédé à l'échange des ratifications
refpectives de la préfente convention fur
» l'abrogation réciproque du droit d'aubaine , le
» 8 Septembre 1766 , je promets que la publi-
» cation en fera faite dans les Etats de la domi-
>> nation de Sa Majefté en l'espace de fix femaines,
» à compter de ce jour , efpace dans lequel il a
» été ftipulé de même que pareille publication
» s'en fera dans les Etats de Sa Majeſté Très-
» Chrétienne .
En foi de quoi j'ai figné la préſente déclara-
>> tion & y ai fait appoſer le cachet de mes armes.
Fait à Vienne , le 8 Septembre 1766 .
» ( L. S. ) W. A. KAUNITZ RITTBERG » .
Dus Novembre.
Le Comte de Rochfort , Ambaffadeur Extraordinaire
& Plénipotentiaire du Roi d'Angleterre ,
eut le 2 première audience du Roi , a qui il
préfenta les lettres de créance . Il fut conduit à
cette audience , ainſi qu'à celies de la Reine & de
la Famille Royale , par le fieur la Live de la Briche
, Introducteur des Amballadeurs.
Le même jour le Marquis de Levis , Lieurenant-
Général des Armées du Roi & Gouverneur
de la Province d'Artois , a pris congé de Leurs
Majeftés & de la Famille Royale pour aller tenir
les Etats de cette Province .
Sa Majesté a nommé l'Evêque de Tréguier à
P'Evêché de Cahors , & l'Abbé de Royere , Vicaire
général du Diocèle d'Arras , à l'Evêché de Tréguier:
Elle a donné en même temps l'Abbaye de
Cormeilles , Ordre de Saint Benoît , Diocèle de
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Lizieux , à l'Evêque de Marseille ; celle de Saint
André de Villeneuve , Diocèle d'Avignon , même
Ordre , à l'Evêque de Glandéve ; celle de Marquette
, Ordre de Citeaux , Diocèle de Tournay ,
a la Dame de Franqueville , Religieufe de la
même Abbaye , & celle de Rieunette , réunie à
celle de Saint Bernard , même Ordre , Diocèle de
Lombès , à la Dame de Béon , Prieure de l'Abbaye
de Favas.
Du 12.
La Vicomteffe de Sarsfield a eu l'honneur d'être
préfentée le 2 à Leurs Majeftés & à la Famille
Royale par la Princeffe de Tingry.
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont figné
le 10 le contrat de mariage du fieur de Montholon
, Premier Préfident du Parlement de Metz ,
avec Demoiſelle fille du fieur Fournière de la
Chapelle , ancien Procureur Général du Confeil
Supérieur du Cap.
La Comtelle de Pons a eu l'honneur d'être
préfentée , le 7 , à Leurs Majeftés & à la Famille
Royale , par la Vicomtelle de Pons . La Marquife
de Guébriand ear l'honneur de leur être
préfentée le même jour , par la Ducheffe d'Aiguillon
, en qualité de Dame d'Honneur de la
future Princelle de Lamballe. La Marquise de Saint
Mégrin a été préfentée , le lendemain , par la Vi-
Comtelle de Pons.
Du 15.
Le Marquis de Conflans , Maréchal de Camp ,
qui eft de retour de Warfovie depuis quelques
jours, a eu l'honneur d'être préſenté au Roi le 13 ,
par le Duc de Choifeul , Miniftre & Sécretaire
JANVIER 1767. 175
d'Etat , ayant le département des affaires étran
geres il a été auffi préſenté à la Reine & à la
Famille Royale .
Du 19.
Le Roi a accordé la place de Lieutenant Géné
ral des Armées Navales , vacante par la mort du
Comte de Blénac , au fieur Froger de l'Eguille ,
Chef d'Eſcadre , commandant la Marine à Rochefort.
Leurs Majeftés & la Famille Royale fignerent ,
le 16 , le contrat de mariage du Marquis de Chabrillant
, Colonel du Régiment de Conty , Infanterie
, avec Demoiſelle fille du Duc d'Aiguillon.
Le même jour , la Princelle de Bouillon fur
préfentée à Leurs Majeſtés & à la Famille Royale ,
par la Princeffe de Turenne .
La Comteffe de Biron fut préfentée aufi le
même jour & prit le taboure:.
La Marquife d'Aché fut auffi préſentée le même
jour à Leurs Majeftés & à la Famille Royale par la
Comtelle de Saint Severin . Le fieur Lefcalopier ,
l'un des Confeillers d'Etat furnuméraires , a eu
l'honneur d'être préfenté au Roi , en cette qualité,
par le Vice- Chancelier.
M. le Comte de la Cofte , Brigadier des Armées
du Roi , a été le 22 décembre reçu à l'Hôtel des
Chevaux- Légers premier Sous- Lieutenant de la
Compagnie des Chevaux- Légers de la garde..
De Paris , le 27 Juin.
L'Abbé de Broglie , ci- devant Agent Général
du Clergé , & nommé dernièrement à l'Evêché
de Noyon , fut facré le 22 de ce mois dans l'é-
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
glife du grand Couvent des Auguftins , par l'Archevêque
de Reims , affifté de l'Evêque d'Angoulême
& de l'Evêque de Châlons-fur- Marne.
La Compagnie des Gendarmes de la Reine a
fait célébrer à Yoire en Auvergne , une meſſe
folemnelle en actions de grâces de l'heureux rétabliffement
de la fanté de la Reine. La Compagnie
a pris les armes & a fait diftribuer des aumônes
après la melle.
Du 6 Octobre 1766 .
Hier , la Cour a pris le deuil pour trois ſemaines
, à l'occafion de la mort de la Comteſſe de
Toulouſe .
EXTRAIT d'une Lettre particulière écrite du Cap-
François à Saint - Domingue , le 15 Juillet
1766 .
Le Chevalier Prince de Rohan , notre Gouverneur
Général , eft arrivé ici , le 26 du mois dernier
, ainfi que le fieur de Bongars , Intendant ,
& le Baron de Saint -Victor , Brigadier d'Infanterie
, & Commandant général des Troupes du
Roi dans nos Ifles . Le nouveau Gouverneur fit fon
entrée publique dans cette Ville le 30 , & fut reçu
à la place d'armes par le Comte d'Estaing qui le
fit reconnoître en cette qualité , & qui ordonna
le foir , à cette occafion , des réjouillances publiques
& un feu d'artifice . Le premier de ce mois
le Confeil fupérieur tint une affenblée extraordinire
pour l'installation du nouveau Gouverneur
& du nouvel Intendant. Celui- ci prononça un difcours
auquel le fieur de Kerdizieu de Tremois ,
premier Confeiller des deux Confeils , répondit
au nom de la Compagnie. Le Chevalier Prince
JANVIER 1767. 177
de Rohan adreffa auffi à l'aflemblée un difcours
auquel le fieur ce Bongars répondit en fa qualité
d'Intendant.
Du 20.
La ceffation de l'alliance des Grifons avec la
République de Venife a été préſentée d'une manière
très - fautive dans tous les papiers publics :
voici le fait . En 1706 la République de Venife
conclut avec celle des Ligues un traité d'amitié &
de commerce pour foixante ans. Ce traité étant
près d'expirer , & les Vénitiens'ne jugeant pas à
propos de le renouveller , ils déclarèrent aux
Grifons la réfolution qu'ils avoient prife à cet
égard. Le Sénat rendit en même temps un décret
pour annoncer que tous les priviléges dont les
Grifons jouiffoient dans les Etats de Veniſe en
conféquence de ce traité feroient ſupprimés du
jour de l'expiration des foixante ans. On déclara
cependant aux Ligues que , fi elles avoient quelques
nouvelles propofitions ou repréſentations à
faire , le Sénat de Venife le prêteroit volontiers à
tout ce qui pourroit contribuer à entretenir l'union
& la bonne intelligence entre les deux Républiques.
Du 27.
La Frégate la Modefte , de vingt- quatre canons
& de foixante- dix hommes , y compris l'équipage
& les paffagers , a péri le mois dernier , en bralce
par le feu du ciel , en allant de Marseille au Cap-
François. Nous tranferirons ici la dépofition que
Jules Gayet , qui la commandoit , à faite luimême
à bord du Sénaut Anglois le Guillaume &
Jeanne.
Le 23 Septembre 1766.
« J'ai appareillé de la rade de Marfeille le 15 de
H v
178 MERCURE
DE FRANCE
.
و د
» ce mois pour le Cap François . Depuis ce jour
» jufqu'au 19 , à dix heures du foir , nous avons
> couru avec vent arrière ou vent largue , les
>> vents étant à l'eft ou au nord- eft. A onze heures
» & demi le vaiffeau eft frappé de la foudre. Le
>> tonnerre éclate dans le bord ; la plus grande
partie de l'équipage eft reuverfée : plufieurs
>> Matelots bleflés peuvent à peine fe relever ;
mais perfonne ne perd la vie ; deux chevaux
>> feulement que nous avions embarqués tombent
» morts. Après s'être reconnu à travers l'obſcurité
» du nuage qui enveloppe le vaiſſeau , on revient
de la première frayeur , & j'ordonne auffi-tôt
> la visite du bâtiment . On ne découvre aucune
>>trace de feu fous les gaillards ni à l'entrepont.
Mais à peine commençons-nous à nous raflurer
qu'une odeur de fouffre nous annonce tout ce
que nous avons à craindre. La noire fumée qui
la produit s'élève & s'épaiffit fenfiblement. Elle
> vient du fond de la cale ; on crie à l'eau ; on
» inonde ; la fumée augmente toujours ; je fais
» enlever la poudre qu'on jette au plus vite par
» les fabords de la fainte barbe . J'ordonne aux
כ כ
Officiers de faire mettre à la mer nos deux
» canots : on les lance avec trop d'emprellement ;
>> on s'y précipite en foule ; je n'en ai vu déborder
» qu'un feul. On ouvre en même temps une partie
« des paneaux pour faire entrer de tous côtés un
>> plus grand volume d'eau dans la cale . Tous nos
>> efforts font inutiles ; le feu du ciel va nous dévo-
> rer ; l'horreur d'une dernière nuit , du déſeſpoir
» & de l'affreux genre de mort qui fe préfente
» redouble à la lueur des flammes qui nous invef
tulent de toutes parts. Le feu prend à la chaloupe
qui nous reftoit & nous enlève cette uni-
» que & dernière reflource ; à cette vue , le morne
D
JANVIER 1767. 179
» découragement fe joint à la plus vive confternation.
Les progrès de l'incendie font rapides , &
» le grand mât à demi brûlé fe détache & tombe ;
tout l'arrière de la Frégate eft embrafé . Les
» triftes reftes de l'équipage & des paffagers fe
ferrent , fe pouffent , fe fauvent en tremblant
» fur l'avant , & de ce dernier & unique afyle on
tend les bras vers la terre, qui n'eft pas éloignée ;
>> mais le vent qui vient de la terre nous repouffe
& ne permet pas d'y aborder . Il n'y a plus à
» délibérer : il faut périr par le feu ou s'élancer
» à la mer par le foible efpoir de fe fauver à la
>> faveur de quelques débris de la Frégate. Entre
>> minuit & une heure les flammes arrivent au
gaillard d'avant & nous chaffent . On crie , fau-
» vez- vous , Capitaine , vous y êtes encore à temps.
>>
Nous regardons autour de nous & nous exhor-
» tant mutuellement à nous foutenir & à nous
» entr'aider , nous paſſons d'un cordage à l'autre ,
>> ne nous éloignant du feu que pour nous appro-
» cher de l'autre élément qui doit nous engloutir.
» Nous arrivons fur le ton du grand niat qui ,
> tenant toujours au mât de hune & à la grande
>> hune , avec les haubans , les vergues & les voiles ,
» formoit un efpace fuffifant pour nous recevoir
>> tous comme un radeau.
ככ
ور
» Samedi 20 , le jour , en nous éclairant , m'a
» fait compter trente- cinq perfonnes , noi compris
, dans cette affreule fituation , qui a duré
» quatre jours. Le Ciel , que je n'ai cellé d'implorer
, nous a confervés au nombre de dixneuf.
Les enfans & les mouffes ont fuccombé
les premiers ; les plus foibles tomboient fuccef-
>> fivement & , en difparoillant , nous annonçoient
que nous ne tarderions pas à les fuivre nous
n'attendions plus que ce dernier inſtant & , en
כל
H vj
190 MERCURE DE FRANCE.
voyant la fin de ce premier jour , le plus long & le
» plus accablant pour nous , nous ne nous flattions
» pas de réfifter au tourment d'une nuit encore
» plus longue & plus infupportable. J'ai entendu
» des malheureux , dont l'efprit étoit égaré par
> le délire de la fiévre , me demander qui de
›› nous devoit être le premier égorgé pour fervir
» de nourriture à fes compagnons . Un autre me
» demanda froidement de l'argent pour aller
> acheter des vivres & du pain. Ceux qui , épuisés
>> ou engourdis , fe détachoient du mât , nous
» avertilloient de leur mort par le bruit de leur
chûte. Ils ne pouvoient tomber fans agiter for-
>> tement le mât flottant qui , en roulant , nous
» faifoit boire à tous l'eau amère. J'exhortois
כ כ
j'encourageois ceux qui confervoient encore ,
» comme moi , leur raiſon ; mais ma voix , que
» je n'ai pas recouvrée encore , s'éteignit avec
"
mes forces. Le Ciel , pour première faveur
>> nous accorda un calme qui nous a laillé flotter
doucement entre la vie & la mort. Nous avons
>> vu pendant deux nuits les flammes de la Frégate
» embrafée , & , lorfque les canons ont été échauf
» fés , nous avons eu à effuyer encore le feu de
> notre artillerie. Nous n'avons eu aucune nou-
? velle de nos bâtimens à rames , aucun figne de
vie , ni de la part de ceux qui s'y font embarqués
, ni des autres qui ont pu fe fauver fur les
« débris du vaiffeau . Quant aux nôtres , je veux
dire ceux qui étoient avec moi , j'en ai vu périr
> dix-fept.
C.C
» Enfin le mardi , 23 feptembre , quelques-
>> uns de nos Matelots ont découvert dans la nuit ,
» à la faveut du clair de lune , un petit bâtiment
qui , paffant au large , ne nous auroit pas ap-
» percus. Ils ont effayé inutilement de pouffer
ه د
JANVIER 1767. 180
"
» des cris pour le faire entendre ; deux de nos
» Matelots fe font courageufement détachés pour
> tâcher d'arriver à la nage ; mais , ne pouvant
>> compter fur le peu de forces qui leur reſtoient ,
» ils fe font aidés de la vergue de perroquet pour
>> fe foutenir , & de leurs mains pour ramer ; ils
» ont heureufement atteint le navire Anglois &
» ont eu le bonheur de trouver des hommes
> toujours empreffés de fecourir leurs femblables.
» Le Capitaine Thomas Hubbert , qui comman-
>> doit ce bâtiment , a fait mettre fur le champ
>> fon canot à la mer , & , à neuf heures du matin
» étant à peu près par le travers du Cap de Moulin,
fix à fept lieues au large , j'ai été reçu à bord du
>> Sénaut Anglois avec toute l'humanité poffible :
>> nous étions dix - neuf en tout. Le Capitaine m'a
» donné d'abord un verre de vin pour me réchauf-
>> fer ; mais, comme fij'avois eu une efquinancie ,
›› je n'ai pu qu'avec peine en avaler quelques
gouttes. On a préfenté le verre au fieur Fauquette
, jeune homme , vigoureux & fort , fils
>> du Greffier de Brue ; en le portant à la bouche ,
» il a paru agité tout-à coup par une eſpèce de
» convulfion ; il a ferré & brifé le verre avec fes
» dents & eft tombé mort à nos pieds » .
Le Capitaine Anglois eft arrivé à Marseille ,
le 30 feptembre , avec les dix - huit paffagers : on
a débarqué le Capitaine Gayet bien malade ; mais
on eſpère le fauver. Une lettre de Gênes porte
qu'un vaiffeau Hollandois , arrivé dans ce Port ,
y a conduit onze perſonnes qui étoient de l'équipage
de la Modefte , & qu'il a recueillis fur fon
bord.
Du 10 Novembre.
Le 6 de ce mois, l'Académie Françoiſe a nommé
182 MERCURE DE FRANCE.
dans fon aflemblée particulière , le fieur Thomas ,
pour remplir la place vacante par la mort du fieur
Hardion.
Du 14.
L'ouverture du Parlement s'eft faite le 12 de
ce mois avec les cérémonies ordinaires : il y a eu
une Melle folemnelle célébrée par l'Abbé de
Sailly , Chantre de la Sainte Chapelle , & Aumônier
de Madame la Dauphine. Le fieur de Maupeou
, Premier Préfident , y a aflifté avec toutes
les Chambres.
EXTRAIT d'une Lettre de la Martinique , du 18
Août 1766.
>
La nuit du 13 au 14 , vers les dix heures du
foir , un vent furieux , accompagné d'éclairs
de tonnerres & même de tremblemens de terre ,
a , en moins de quatre heures , renversé les maifons
, les bâtimens , les fucreries , les manufactures
, les églifes & les cafes de prefque toute la
campagne , déraciné tous les arbres , arraché les
plantations & détruit généralement tous les vivres.
Un grand nombre d'hommes , de femmes &
d'enfans , tant blanc que noirs , ont été écralés
fous les ruines des bâtimens . Tous les vaiffeaux >
bateaux , goelettes & canots , qui fe trouvoient
dans les rades ou qui navigeoient autour de l'ifle ,
ont été jettés à la côte où il fe font brifés , & plufieurs
ont péri , corps & biens. Dans le port même
du Fort royal où les navires appartenant au commerce
de France font obligés de paffer l'hivernage ,
vingt-cinq de ces navires ont été jettés à la côte ;
heureufement ils ont échoué far la vafe , & ont
été fecourus avec tant de promptitude qu'à FexJANVIER
1767. 183
ecption de deux ou trois qui étoient encore en
danger , tous ces navires ont été remis à flot. De
mémoire d'homme , on n'a point vu d'ouragan
furieux tous les bâtimens qui ont réfifté ont été
entierement découverts , & l'on n'a point de
tuiles pour les recouvrir ; les herbes mènes , dont
on peut le fervir à cet ufage , n'offrent aucune
refource , ayant toutes été arrachées par l'ouragan
& entraînées enfuite à la mer par des torrens formés
des pluies qui font tombées , avec la plus
grande violence , immédiatement après la tempête.
On évalue à cinq cens le nombre de ceux
qui ont été écrafés ou noyés . La partie du nord de
l'ifle , depuis le Fort royal jufqu'au Robert inclufivement
, eft celle qui a le plus fouffert . Dans le
feul Bourg de la Trinité , trente- neuf maiſons
ont été abattues & entierement détruites . L'autre
côté de l'ifle , quoique très - endommagé , l'eft
moins dans fes bâtimens , mais la perte des vivres
& des plantations eft générale. Le Comte d'Ennery
, Gouverneur général , qui venoit d'achever
une tournée dans l'ifle , l'a recommencée auifitôt ,
quoique malade , pour connoître le dommage &
y porter les remedes poffibles , ranimer le courage
des habitans & diftribuer des fecours aux plus
malheureux . La dévaſtation de toute la campagne
exigeant des précautions contre les horreurs de
la famine , les chefs de la Colonie ont cru devoir
permettre , pour le moment , l'entrée de la farine
& du bifcuit de l'étranger . Ce témoignage de leur
follicitude . & les fentimens qu'ils ont montrés en
cette occafion à tous les habitans ont confolé les
plus affligés , & rendu à tous l'efpérance de réparer
tant de malheurs. Quelque grand que foit en effet
le mal , ces chefs n'ont point défeſpéré de la colonie
, & ils fe flattent qu'avec la protection du
184 MERCURE
DE
FRANCE
.
Gouvernement & leurs foins , elle pourra en peu
d'années relever fes ruines & reprendre fon premier
état de culture.
On eft informé , par les papiers publics de la
Guadeloupe , que le Comte de Nolivos , Gouveneur
ne l'ifle , & le fieur d'Hefmivy de Moiſſac ,
Intendant , ont rendu une ordonnance , par laquelle
il eft permis , moyennant quelques claufes
& reftrictions , à tous les habitans , négocians ,
armateurs , capitaines , & maîtres de bâtimens de
mer, tant de la Guadeloupe que de la Martinique ,
d'exporter de la Guadeloupe à la Martinique toutes
fortes de denrées & provifions de bouche d'Europe .
ainfi que du bois & autres matéraux propres à
bâtir, & des plans de magnoc.
"
Le Capitaine Rofé , Bordelois , qui avoit à la
rade un navire chargé de farine dans le temps de
cet événement , touché de l'état déplorable où la
Colonie fe trouvoit réduite , & ne voulant pas
profiter de ces affreufes circonftances , vendit aux
habitans fa farine , le lendemain de l'ouragan ,
au même prix qu'elle s'étoit vendue la veille : il
en diftribua même aux plus malheureux une
grande partie , dont il remit le paiement au premier
voyage qu'il feroit dans l'ifle . Comme fon
navire avoit échoué fur le fable , des habitans ,
touchés de fa générofité , fe réunirent en grand
nombre pour relever le bâtiment , & le remirent
à flot.
LOTERIES.
Le foixante -huitième tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eft fait le 23 Août. Le lot de
cinquante mille livres eft échu au numéro 51 ;
celui de vingt mille livres au numéro $ 599 , &
les deux de dix mille livres aux numéros 3445 &
`7518%
JANVIER 1767. 185
Le foixante-neuvième tirage de la Loterie de
P'Hôtel de Ville s'eft fait , le 25 feptembre , en la
manière accoutumée . Le lot de cinquante mille
livres eft échu au numéro 31501 ; celui de vingt
mille livres au numéro 23039 ; & les deux de
dix mille livres aux numéros 21742 & 22551 .
Le foixante - dixième tirage de la même Loterie
s'eft fait le 25 octobre. Le lot de cinquante mille
livres eft échu au numéro 45055 ; celui de vingt
mille livres aux numéros 40074 & 41 107.
Le tirage de la Loterie de l'Ecole Royale Militaire
s'eft fait le s Août. Les numéros fortis de la
roue de fortune font 57 , 62 , 82 , 34 , 39.
Le tirage de la même Loterie s'eft fait le s
feptembre. Les numéros fortis de la roue de
fortune font 15 , I 84 , 56 , 20 . >
Le tirage de la même Loterie taire s'eft fait le
6 octobre. Les numéros fortis de la roue de for.
tune font , 71 , 34 , 65 , 13 , 60.
Le tirage de la même Loterie s'eft fait le s
novembre. Les numéros fortis de la roue de fortune
font , 13,35 , 48 , 29 , 71 .
NAISSANCE.
La Ducheffe de Fronfac eft accouchée heureuſement
d'un fils le 24 feptenibre.
MARIAGE.
Le 14 octobre l'Archevêque de Paris , affifté du
Curé de Saint Sulpice , donna la bénédiction nuptiale
, dans la chapelle de l'hôtel du Cardinal de
Rohan , & en préfence d'un grand nombre de
perfonnes les plus diftinguées de la Cour & de la
Ville , au Marquis de Saint- Mégrin , fils du Duc
186 MERCURE DE FRANCE.
de la Vauguyon , Pair de France , Gouverneur de
Monfeigneur le Dauphin , de Monſeigneur le
Comte de Provence & de Monfeigneur le Comte
d'Artois , & à Demoiſelle fille du Vicomte & de
la Vicomteffe de Pons.
MORTS.
Bertrand - Jean - Baptifte - René du Guesclin ,
Evêque de Cahors , eft mort à Paris le 2 Août ,
âgé de foixante-trois ans .
Louis- Gabriel de Froullay , Chevalier , Grand'.
Croix de l'Ordre de Saint Jean de Jérufalem ,
ci - devant deux fois Capitaine général en mer
pour la Religion , Commandeur de Chantraine
Sommereux , Nancy & le Bourneuf , & Ambaffadeur
de la Religion auprès du Roi , eft mort à
Paris le 26 Août dans fa foixante - treizième année.
Le Comte de Rothe , Lieutenant - Général des
Armées du Roi , Colonel d'un Régiment de fon
nom , eft mort le 10 Août en fon château de
Haute - Fontaine en Picardie.
François d'Azémar de Panat , Comte de la
Serre , Lieutenant - Général des Armées du Roi ,
Grand'Croix de l'Ordre Royal & Militaire de Saint
Louis , Inspecteur général d'Infanterie & Gouverneur
de l'Hôtel Royal des Invalides , eft mort
en cet hôtel le 17 Août , âgé d'environ foixantefeize
ans.
Le Marquis de Valbelle , Maréchal de Camp ,
eft mort à Paris le 7 Août dans fa quarante-unième
année.
Jean Paris de Montmartel , Marquis de Brunoy
, Confeiller d'Etat , eft mort le 10 Septembre,
âgé de foixante -feize ans .
Anne- Catherine Gérard de Wiett , épouse du
JANVIER 1767. 187
Comte de Bercheny , Maréchal de France , eft
morte dans fa terre de Luzancy en Brie le 24
Août.
Louife- Nicole de Bethune Sully , Marquife de
Goesbriant , Dame de Meſdames , veuve de Louis-
Vincent , Marquis de Goesbriant , Chevalier des
Ordres du Roi , Lieutenant - Général de fes Armées,
Gouverneur & Grand Bailli de Verdun & du Pays
Verdunois , eft mort à Paris le 13 Août , âgée
de cinquante - quatre ans .
Marie - Gilberte , Comteffe de la Dueuille ,
époufe du Comte de Langhac , Brigadier des
Armées du Roi , eft morte le 2 Août , à Villefranche
en Beaujollois , âgée de cinquante- un ans.
Françoife -Marie Terray , époule du Comte de
Nozières , Brigadier des Armées du Roi & Colonel
du Régiment ci - devant Flandre , eft morte
à Paris le 2 Septembre , dans la ving - deuxiènie
année de fon âge.
Don Ferdinand de Baeza y Vizentelo , Marquis
de Caftromonte , Montemayor y el Aguila , Grand
d'Efpagne de la première claffe , Grand Chancelier
Perpétuel du Confeil des Finances du Roi
d'Espagne , & Gentilhomme en exercice de la
Chambre de Sa Majesté Catholique , eft mort à
Paris le premier novembre , âgé de foixante- fept
ans . Le Comte de Cantillana , fon frère , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roi des Deux Siciles
auprès de Sa Majefté , fuccède à fes titres & à
fes biens.
Le fieur Hardion , l'un des quarante de l'Académie
Françoife , Membre de celle des Infcriptions
& Belles - Lettres , & Gardes des livres du
Cabinet du Roi , eſt mort à Versailles la nuit du
premier au 2 octobre , âgé d'environ quatrevingt-
un ans,
188 MERCURE DE FRANCE.
Charlotte-Angélique le Bourgoing de Faulin ,
veuve d'Antoine Bernard , Comte du Prat , ancien
Colonel d'un Régiment de fon nom , eft morte le
6 octobre , dans la quatre- vingtième année de fon
âge .
Jeanne Marie de Durfort , époufe du Marquis
de Lefcure , Capitaine au Régiment Dauphin ,
Cavalerie , & Dame de Mefdames , eft morte à
Paris le 26 octobre , âgée d'environ dix- huit ans.
Elle étoit fille du Marquis de Durfort , Ambaffadeur
du Roi à la Cour de Vienne .
SERVICES.
On célébra le premier Septembre , dans l'églife
de l'Abbaye Royale de Saint Denis , le Service
annuel fondé pour le repos de l'âme de Louis XIV .
L'Evêque de Blois a officié à cette cérémonie , à
laquelle le Comte d'Eu a affifté .
Les Députés des Etats d'Artois à la Cour firent
célébrer à Compiegne le 23 Août , dans l'églife
Royale & Paroiffiale de Saint Jacques , un Service
anniverfaire pour le repos de l'âme du feu
fieur de Brunes de Montlouet , Evêque de Saint-
Omer, mort le 23 Août 1765 en la même Ville ,
où il réfidoit en qualité de Député des mêmes
Etats pour l'Ordre du Clergé . L'Evêque de Soiffons
officia à cette cérémonie , à laquelle tous
les Prélats qui fe trouvoient à Compiegne , ayant
à leur tête le Grand Aumônier de France , affiftèrent
en corps , ainfi que les Députés du Clergé
Séculiers & Réguliers de la Ville , & plufieurs
perfounes de la Cour .
un
Les Etats de Bretagne ont fait célébrer le 12
octobre , dans l'églife des Feuillans à Paris ,
Service pour le repos de l'âme de la Comtelle
de Toulouſe .
JANVIER 1767. 189
AVIS DIVER S.
MÉDECIN E.
Avis différens fur le traitement de la goutte , de
la préfente année 1766 , par M. DE MONGERBET
, ancien Médecin du Roi.
M. Dumont , Réfident de France à Dantzick ,
écrit du mois de Mars dernier que l'ufage avantageux
qu'il a fait de la Tifane Balfamique pour
fa goutte, lui a prouvé que c'étoit le plus für adoucillant
& le véritable calmant de cette maladie ,
& que l'Auteur n'a rien annoncé dans fon ouvrage
dont il n'ait exactement reffenti les effets. Il prie
M. Sirebeau , Directeur des eaux de Paris , rue des
Marmoufets , de lui faire des envois du remède
régulièrement pour les faifons indiquées par l'aureur.
Quelques négocians de Warfovie , fatisfaits du
même ufage , chargent leurs commiffionnaires à
Paris de leur faire les mêmes envois.
M. Duperreau , Directeur de l'Artillerie à
Nantes , écrit à M. de Mongerbet , qu'il a éprouvé
que la ptifane balfamique eft le vrai remède calmant
de la goutte , & il le prie de le raffurer
fur les propos de quelques perfonnes de l'art , qui
lui difent qu'il ne faut rien faire à cette maladie.
L'Auteur lui fait connoître la puérilité de cette
propofition & lui démontre les moyens dépuratifs
de ce teniède familier , &c.
190 MERCURE DE FRANCE.
M. de la Baftide de la Molette , à Villefort , en
Vivarais , écrit en mars à un de fes neveux au
Séminaire de Saint Sulpice à Paris , qu'il lui envoye
une boete de prifes de la Poudre Balfamique ,
dont il ne veut jamais être dépourvu , ayant
éprouvé que c'eft le feul remède propre a la
goutte.
M. le Wahier , Entrepofeur du tabac à Antibes ,
écrit fur le même ton à un de fes neveux à Paris ,
qui a préfenté la lettre à l'Auteur dans le même
temps.
M. Delachenays , à Ingrande - fur- Loire , en Anjou
, affligé de la goutte la plus univerfelle &
paroiffant fans reflource du côté de l'art , ayant
ufé de la tifane Balfamique en Avril , & c. écrit
à l'Auteur combien il eft fatisfait , le priant de
lui faire un nouvel envoi , & c .
M. de Coronat de Caladroi , à la Tour près Perpiguan
, réduit dans un état affreux par la goutte,
privé du fommeil & des fonctions de l'eftomac, &c.
écrit à l'Auteur que la tifane Balfamique l'a
rendu un autre homme , lui ayant ôté fes douleurs
, rendue la marche bien plus libre , procuré
un fommeil tranquille & rétabli ſon eftomac ;
il lui demande avec inftance qu'il continue fes
foins & fes avis , fe déclare fon meilleur ami & fen
apologifte , & traite ce remède de divin.
Quelques Officiers de Penthiévre , Infanterie ,
de Conty , Cavalerie , & c. & des Officiers de
Vailleau , que l'Auteur traite avec les plus grands
fuccès depuis plufieurs années , lui écrivent fur
le même ton .
Cet abrégé de lettre fuffit ; l'Auteur en reçoit
de toute part : il les fera imprimer l'année prochaine
à la fuite de fon ouvrage , pour la fatisfaction
de la ſociété , à qui l'on a donné de fauſſes
JANVIER 1767. 191
alarmes fur les fuites d'un remède acquis & découvert
par un maître de l'art , dont la pratique & la
réputation font à l'abri des propos . Dix années
d'expériences dans les pays froids comme dans
les climats chauds & tempérés , toujours accompagnées
des mêmes fuccès , difent affez ce que
l'on doit en attendre .
La tifane Balfamique eft un ftomachique doux,
& eft diurétique & perfpirable. La nature indique
cette uniformité de moyens dans la petite - vérole
& je la propofe comme la feule tilane propre à
cette maladie , en fuivant toujours le traitement
général qui en fera plus heureux , au lieu que les
autres tifanes font , ou froides , ou chaudes , ou
gluantes & peu appropriées. Que l'on pèfe mes
raifons , le bien de la fociété eſt mon objet . Mon
logement eft toujours rue du Gros Chener , quartier
Montmartre à Paris . L'on eft prié d'affranchir
les lettres.
C. de MONGERBET , ancien Médecin du Roi.
La fieur Hubert , Sculpteur , annonce au public
qu'il a beaucoup de bronzes à vendre , pour fervir
à la décoration des appartemens , foit en girandoles
, en bras de cheminées , feux & flambeaux
de toute espèce & de toute grandeur , ornés avec
des figures , le tout fur des modèles nouveaux
& des boëtes de pendules toute prêtes à recevoir
les mouvemens ; il fournit les Ambaffadeurs pour
la partie des bronzes , & décore les appartemens
dans le dernier goût.
Le fieur Hubert , Sculpteur , demeure ille Saint
Louis , quai d'Orléans , la première porte-cochère
à côté de la terraffe de l'hôtel Chenifot , au fond
192 MERCURE DE FRANCE .
de la Cour. Il fera chez lui toutes les après - midi ,
depuis trois heures jufqu'à huit heures du foir.
MÉMOIRE abrégé des vertus & effets du Stomachique
liquide du fieur RAY, Privilégié du Roi ,
de la Commiffion Royale de Médecine , affemblée
le premier du mois de Juillet 1765.
que
IL eft plus facile d'attirer les regards du public
que de mériter fon fuffrage. On eft toujours für
de l'intéreffer en fa faveur lorfqu'on ne lui préfente
des objets effentiellement utiles . Le fieur Ray
ofe fe flatter d'être particulièrement dans ce cas.
Il a lieu de le croire , d'après le grand nombre de
cures que fon remède a opérées , & l'approbation
de MM . de la Faculté de Médecine de Paris , devant
lefquels il en a fait la compofition .
Il n'offre point fon Stomachique comme un
remède propre pour toutes les maladies en général
: convaincu qu'il n'en eft point qui foit univerfel
, il le préfente feulement pour toutes celles
qui proviennent de l'eftomac. Elles font maiheureufement
en grand nombre , & c'eſt cette confidération
qui a déterminé le travail du fieur Ray.
Il n'ignore point que le bien de l'humanité
doit être le premier mobile de l'action des hommes.
Pouflé plutôt par le defir d'être utile à fes
concitoyens que par l'appas du gain , il s'eft ſoumis
volontairement à des voyages longs & toujours
pénibles pour acquerir de nouvelles connoiffances
; il fent que la propagation de l'eſpèce doit
néceffairement diminuer à mefure que les maladies
de l'eftomac croiflent & fe fortifient . En effet ,
comment des enfans nés de parens foibles & mal
conſtitués , quant à cette partie , pourront- ils être
utiles
JANVIER 1767. 193
utiles à l'Etat , & produire eux -mêmes des individus
d'une forte complexion ? Ces confidérations ,
on le répéte , ont déterminé le fieur Ray. Il fe
flatte d'être parvėnu , par fon travail , à donner à
l'eftomac, cette partie effentielle du corps humain ,
toute la force & le reſort convenable pour bien
faire les fonctions .
>
Son Stomachique débarraffe , purge l'eftomac
de toute matière fuperflue , comme vents , matière
vifqueufe , bile , flegme , humeurs noires
crudités , glaires , & c. Il précipite les eaux qui
s'y forment par les mauvaifes digeftions , le nettoie
parfaitement , le difpofe à recevoir les alimens
& à les digérer ; il procure à la malle du
fang un bon chyle qui le purifie , le raffraîchit &
en chaffe l'acrimonie qui s'y eft introduite : il guérit
tous les maux d'eftomac , indigeftions , & c.
Il rend entièrement le reffort aux eftomacs affoiblis
par le trop long ufage des remèdes ; il prévient
les hydropifies , les coliques venteufes ,
arrête les vomiflèmens les plus invétérés , il fupprime
le dévoiement provenant du relâchement
des fibres de l'eftomac , auquel il rend la chaleur
naturelle & éteint la fuperflue.
Il remédie aux maladies de la lymphe , à fon
acrimonie , à ſon épaifiſſement & à fa diffolution ,
qui provient presque toujours de la diftribution
des fucs âcres & mal digérés.
Il est très-bon pour les poitrinaires , & dans
toutes fortes d'affections de poulmons , rhumes
négligés , & toux invétérées. On en prend foir &
matin deux cuillerées dans un verre de lait chaud ,
qu'il fait pafler facilement & empêche qu'il ne fe
caille . Il conferve à la vieillefle certe chaleur fi
nécellaire, & dont elle n'eft que trop tôt dépourvue .
Cette liqueur produit auffi de très bons effets.
Vol. II. I
194 MERCURE DE FRANCE.
Elle fortifie les inteftins en en délayant deux ou
trois cuillerées dans un lavement. On en fait uſage
de la même façon pour les coliques d'entrailles ,
qu'elle guérit promptement.
L'Auteur croit devoir avertir que fon Stomachique
n'eft point un remède compoſé à l'eaude-
vie ni à l'efprit de vin , mais feulement un
extrait liquide de fimples artiftement préparé . Il
peut être employé pour tous les tempérammens ;
il agit avec fuccès , & pour s'en convaincre , it
fuffit de confulter l'ufage qu'en font faire à leuts
malades MM . de la Faculté de Médecine de Paris.
Le fieur Ray ofe fe flatter d'être affez connu.
Il a mérité la confiance , tant de la capitale que
des provinces & d'une partie des ifles de l'Amérique
, où il fait des envois ; un grand nombre de
lettres & certificats prouve ce qu'il avance , & particulièrement
une lettre de M. de Portalis , Commiffaire
Ordonnateur des guerres à Toulon ; il
traite fon remède de divin par les bons effets qu'il
a produits , tant à fon égard qu'à l'égard d'un de
fes amis.
Les bornes de ce Journal ne permettant pas au
fieur Ray de mettre ici les certificats & demeures
des perfonnes qui ont été guéries les années précédentes
, on peut confulter le mémoire qu'il a
diftribué l'année paffée , dans lequel font les noms
& certificats des perfennes ci -après ; favoir ,
Madame la Marquise de Montmelas.
Madame la Comteffe de Longueval.
M. Aubert , Confeiller du Roi de Pologne.
M. Gueneau , Bachelier de la Faculté de Paris.
La célèbre Mademoiſelle le Maure , pour conferver
la voix .
Madame de Gregy.
Mlle de Verilly.
JANVIER 1767. 195
Mile Defer.
Madame la veuve Bafile.
M. & Mde Bifet.
Il fe contentera d'ajouter dans ce mémoire les
noms des perfonnes demeurantes à Paris , dont la
cure eft plus récente.
La femme de M. le Fevre , Officier d'Invalides ,
réſident à l'hôtel , guérie d'un rhume très - confi- '
dérable par l'ufage qu'elle en a fait dans du lait ,
au mois de mai dernier.
M. Chennevat , Maître Menuifier, rue de Clery,
à la croix d'or , guéri d'un crachement de fang &
maux de poitrine qu'il reffentoit depuis trois ans.
Les perfonnes de l'art qu'il avoit confultées le taxèrent
d'être pulmonique , & l'abandonnèrent l'ufage
du remède l'a totalement rétabli l'hiver ·
dernier.
:
Mde Plaffet , Maitreffe Serrurière , rue des
Gravilliers , au coin de celle des Vertus , guérie
en trois femaines. Elle étoit abfolument impotente
en avril dernier.
M. Hamet , Sculpteur , fauxbourg Saint Martin ,
vis - à -vis Saint Laurent , au piftolet , guéri d'un
vomiffement & obftruction qu'il avoit depuis longtemps
: de la dernière extrémité où il étoit réduit
il s'eft trouvé rétabli par l'ufage du remède , guéri
en mai dernier .
Mde Sené , Menuifière , rue de Cléry , avoit
de grands maux d'eftomac , elle reffentoit des
douleurs fi confidérables , qu'elle ne pouvoit prefque
parler ; guérie le mois de mars dernier.
M. Villard , rue Saint Victor , vis - à- vis le Collége
du Cardinal le Moine , chez Mde Charon ,
Boulangère , guéri dans l'efpace de deux moist
d'une toux invétérée qu'il portoit depuis fix ans ;
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
l'ufage du remède lui a été preferit par fon Médecin
: cette cure eft du mois de juin dernier.
L'on donnera un imprimé avec chaque bouteille
pour indiquer la manière d'en faire ufage . Ledit
imprimé , ainfi que les étiquetes fur les bouteilles,
feront fignés par le fieur Ray , & contrefignés par
les Buraliſtes ,, pour éviter que fon remède ne foit
contrefait.
La bouteille de poiffon eft de 3 liv.
Ceux qui voudront lui faire l'honneur de lui
écrire auront la bonté d'affranchir les lettres .
Le fieur Ray continue à débiter avec ſuccès fon
Topique pour les entorfes & foulures de quelque
nature qu'elles foient. On ne le trouve que chez
lui. L'on peut s'informer aux deux adreſſes cijointes
de la vertu de ce Topique.
M. Foffard, Confeiller du Roi , qui a été deux
ans fans marcher , rue du Temple , à l'hôtel
Monbas.
Mde Scapre, Mde Bijoutière, quai de Gèvres, au
laurier , qui a été fept mois fans marcher , &
guérie en trois jours.
Mde le Fevre , guérie d'une entorse , qui la
privoit de marcher depuis deux mois , guérie en
trois jours ; au coin de la rue de Bourgogne
chez M. Arnou , Machinifte du Roi.
Adrefes du fieur RAY & de fes Bureaux.
Le fieur Ray , rue Chapon au Marais , la première
porte-cochère à gauche , en entrant par la
rue Tran nonain. On le trouve tous les matins ,
jufqu'à midi.
Le fieur Chaffey, Marchand Bonnetier , rue
Saint Denis , au coin de la rue Thévenot,
JANVIER 1767. 197
Le fieur Ropra , Suiffe de Mgr le Prince de
Soubife , du côté de la Mercy .
Le fieur Dheu , Marchand Mercier , rue des
Follés Saint Germain - l'Auxerrois , au coin de la
rue du Roulle.
Le fieur Vaugray , Limonadier , au Caffé Dauphin
, rue du Four , près la rue des Canettes
fauxbourg Saint Germain.
*
Le fieur Houffeau , Receveur de la Loterie de
l'Ecole Militaire , enceinte du Palais Royal , près
la grille du jardin.
La Dame Bouquet , Marchande Mercière , rue
& porte Saint Jacques , vis - à- vis la boucherie.
La fieur Heran a foumis à l'examen de la Faculté
de Médecine de Paris le moyen qu'il emploie
pour dépouiller les vins de toutes les mauvaiſes
qualités qu'ils contractent , pour prévenir les dangers
qui naiffent de leur ufage , & pour les con
ferver dans l'état de perfection qu'il leur procure.
Le rapport de MM. les Commiffaires , & le décret
de la Faculté qui le confirme ne laiffe aucun doute,
tant fur la falubrité que fur l'efficacité de la méthode
dont il s'agit . On a cru devoir mettre ici ,
fous les yeux du public , ce rapport & le décret ,
pour achever de diffiper toutes les craintes.
C'eft d'après un témoignage auffi éclairé que
MM. les Magiftrats ont bien voulu fe déterminer
à donner leur approbation , & qu'ils ont autorifé
le fieur Heran à faire tourner fa découverte à
l'avantage commun de tous les citoyens , dont ils
ne ceffent de s'occuper. Leur fageffe leur a fait
envifager cette découverte conime capable de
bannir enfin les mêlanges & les altérations dont
on fe plaint , & de défabufer les perfonnes qui pourroient
livrer leur confiance aux poffeffeurs de tant
I. iij
198 MERCURE DE FRANCE.
de fecrets prétendus dans la Capitale & dans les
Provinces. Un jugement fi refpectable dit tout
en faveur du fieur Heran.
Rapport de MM. les Commiffaires nommés par la
Faculté de Médecine de Paris pour examiner le
procédé du fieur HERAN , touchant les Vins
qu'il adoucit & rend potables en très-peu de
temps , quels qu'ils puiffent être.
MONSIEUR LE DOYEN.
MESSIEURS "
L'objet dont nous avons l'honneur de vous rendre
compte intéreſſe la fanté des citoyens. Cet
avantage Pannoblit à vos yeux & le rend digne de
votre attention . Il importe au bien public , autant
qu'à votre gloire , que tout ce qui concerne l'uti-
Tité phyfique foit foumis à votre examen. Vous en
êtes les juges naturels , néceflàires & les plus inftruits
.
des
Perfonne n'ignore les fâcheux effets des vins
durs , auftères cu acerbes . Ces défauts , qu'ils
tiennent de la nature du terroir , d'une expofition
peu favorable , de l'intempérie des failons , d'une
culture ou d'une façon également vicieuſes , affectent
fouvent , d'une manière trop fenfible , le
corps humain. Des douleurs d'eftomach ,
vomillemens , des tranchées vives , des dyflenteteries
, des coliques mêmes de poitou , font les
fuites fréquentes de ces boiffons dangereufes.
Quelques - unes , il eft vrai , fe corrigent presque
d'elles - mêmes ; mais cette correction (pontanée
eft l'ouvrage du temps , & les facultés du peuple
ne lui permettent pas de l'attendre.
Le fieur Heran a tenté d'enlever à ces boiffons
JANVIER 1767. 199

leurs qualités nuifibles & défagréables. Nous pouvons
allurer qu'il a réuffi . Il a répété en notre
préfence plufieurs effais fur le vin de Cahors , fur
ceux d'Orléans , blanc & rouge , fur celui de
Bourgogne , tous de la dernière récolte. La différence
de leur caractère , leur auftérité plus ou
moins forte , la quantité plus ou moins abondante
de leurs parties colorantes , des parties
groffières ont réglé , pour ainfi dire , la meſure
& la rapidité des changemens que nous leur avons
vu éprouver. Chacun d'eux s'eft adouci fubitement
; celui de Cahors moins que les autres , le
vin rouge d'Orléans infiniment davantage ; le
blanc eft devenu très - potable ; & le Bourgogne
auroit pu le donner pour vieux . L'expérience
prouve même que plufieurs jours après le procédé
tous acquièrent un nouveau degré d'amélioration ,
toujours fufceptible de s'accroître.
4
Notre devoir ne feroit pas entièrement rempli,
Meffieurs , fi nous héfitions en ce moment d'aller
au devant des craintes & des foupçons qu'infpire
une défiance légitime. Nous déclarons que l'ufage
de la découverte dont on nous a fait part ne peut
jamais devenir préjudiciable , qu'elle eft incapable
de bleffer la délicatefle d'aucun tempérament ,
& que ce n'eft point une fraude plus favante ,
deftinée à fuccéder aux anciennes.
Le moyen que l'on propofe aujourd'hui pour
rectifier les vins ne fe borne donc pas à flatter le
goût il produit un bien réel , il prévient des
maux graves. Simple , facile & peu coûteux ,
nous préfumons qu'il procureroit encore des avantages
plus étendus , fuppofé qu'il fût poffible d'impofer
des bornes victorieuſes à la cupidité , & de
la détacher des mêl
des trop ufités dans
le commerce.
200 MERCURE DE FRANCE.
Tels font , Meffieurs , les motifs réunis qui ont
déterminé notre approbation , & qui nous engagent
à folliciter la vôtre en faveur du fieur Heran.
Il vous demande la permiffion de s'en autorifer
fûr que la confiance du public ne tardera pas
la fuivre. Ce 12 Avril 1766 , & ont figné ,
LE THIEULLIER l'aîné , ancien Doyen ;
BERNARD ; LE THIEU LLIER lejeune ;
DESCEMET ; d'Arcet ; PHILIP.
Le famedi , 12 avril 1766 , la Faculté affemblée
, après avoir entendu le rapport des Commillaires
nommés pour examiner le procédé du
fieur Heran , concernant les vins qu'il adoucit &
rend potables , s'en rapporte à leurs conclufions ,
& pente que la nouvelle méthode du fieur Heran
ne peut jamais devenir préjudiciable , & eft , au
contraire , très- utile & avantageufe pour le public,
& ainfi a conclu avec la Faculté .
JEAN-JACQUES BELLETESTE , Doyen.
Scellé lefdits jours & an , Gafpard-Jofeph Peitevin
, premier Appariteur & Grettier de la Faculté
de Médecine de Paris .
Nous Prevôt des Marchands & Echévins de la
Ville de Paris , certifions à tous qu'il appartiendra,
que Me Jean-Jacques Belletefte , qui a figné de
l'autre part , eft Doyen de la Faculté de Médecine
à Paris , & que foi eft ajoutée aux décrets qu'il
gne en cette qualité , tant en jugement que
dehors. En témoin de quoi nous avons figné ces
préfentes , & à icelles fait appofer le feeau de la
Ville de Paris . Fait au Bureau de ladite Ville ,
ce 9 Mai 1766.
BIGNON , GAUTIER, LARSONNIER .
Scellé ledit jour CHASTANIER.
JANVIER 1767. 201
Le fieur Heran demeure à Paris , la dernière
porte-cochère au - deffus & du même côté des
Gobelins , maiſon de Mde Hubert.
Ceux qui voudront lui écrire des Provinces ou
de Paris pourront le faire par la voie de la poſte ,
en affranchiſſant les ports.
PROSPECTUS fur l'établiſſement d'une
nouvelle Manufacture pour garantir le
fer de la rouille , établie à la Villette ,
près Paris. No. 4 .
La fer , d'entre les métaux le plus utile & le
plus précieux pour l'afage des bâtimens , équipages
, armes , & c. eft le plus expofé à dépérir
par les impreffions de l'air ; il a été de tout temps
fujet à la rouille , qui le mine & le détruit , c'eft
une espèce de lépre qui le dévore & l'anéantit
entièrement. Le fieur Chartier a été jusqu'ici le
feul qui ait pu trouver le fecret d'obvier à cet
inconvénient , par le moyen d'une compofition
qu'il imprime fur le fer , laquelle s'incorpore
avec lui-même , en lui communiquant une beauté
admirable , en le préfervant de la rouille , des
impreffions de l'air & de l'eau. Les recherches
qu'il a faites depuis plufieurs années pour la perfectionner
, ayant eu le fuccès qu'il s'étoit propofé
, il en a fait les preuves d'expérience devant
MM. Duhamel & Baron , Membres de l'Académie
Royale des Sciences , nommés Commiffaires à
cet effet , qui , après des épreuves fuffifantes , lui
ont délivré des certificats de la bonté & folidité
de fa compofition ; en conféquence defquels Sa
Majefté a accordé audit fieur Chartier un brevet
qui lui permet de faire ufage de fon fecret.
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
·
Le fieur Chartier s'étant propofé d'établir , fous
les yeux de Mgr le Lieutenant- Général de Police ,
une Manufacture à l'effet d'imprimer fa compofition
fur tous les objers de fer qui lui feroient
confiés par le public , tels qu'ils foient , neufs
ou vieux , comme ferrures , gaches , clefs , efpagnolettes
, fiches , targettes , verroux , tringles ,
boutons à rofette , feux de cheminée , croiflants ,
pomelles , rampes d'efcalier , balcons , grilles , &
tout ce qui concerne le bâtiment ; harnois de
chevaux , en fer , bollettes , mords , étriers , &
tout ce qui concerne voitures & équipages ; fufils ,
piftolets , & généralement tous les objetsde fer ,
de telies groffeur & longueur qu'ils foient , pourvû
Toutefois qu'ils ne foient pas bruts ; ledit fieur
Chartier a formé une Compagnie à cet effet ,
laquelle a établi une manufacture à la Villette
près Paris , N 4. fur la porte de laquelle eft
écrit : Manufacture pour garantir le fer dela rouille,
& un magafin fervant de dépôt , à Paris , rue neuve
Saint Martin , chez M. Chevalier , Peintre , vis- àvis
l'image Saint François , fur la porte duquel eft
la même infcription ; lequel magafin eft établi
pour recevoir tous les objets de fer qui feront
confiés pour l'impreffion de ladite compofition ,
dans lequel fera un Commis prépoſe par la Compagnie
pour les recevoir & en donner une reconnoif
fance , qui énoncera la nature des objets , le prix ,
le nom du propriétaire , & le temps où l'on pourra
les reprendre en rapportant ladite reconnoillance.
La Compagnie voulant donner une fatisfaction
entière au Public , & fe rendre digne de fa confiance
, a cru devoir dépofer dans ledit magafin
quelques échantillons de fer imprimés de la compofition
dudit fieur Chartier , qu'on pourra voir ,
ainfi que le tarif ci-après du prix de chaque objet.
JANVIER 1767. 203
Ledit magafin fervant de dépôt , pour la commodité
du public , fera ouvert depuis huit heures du
matin jufqu'à midi , & depuis trois heures juſqu'à
fept , excepté les fêtes & dimanches .
TA R I F.
Serrure & fon entrée de fix pouces & audeffous
,
Gache
Clef ,
Serrure & fon entrée de dix pouces & audellous
,
Gache ,
Clef ,
1. Is f
·
3
4
I
Fiches à vafe de fix pouces & au- deſſous ,
Fiches dites de douze pouces & au- deſſous ,
Pomelle en S de fix pouces & au- dellous ,
Uu fol par pouce excédent.
Targete de fix pouces & au-deffous ,
Un fol par pouce excédent.
Verroux de fix pouces & au- deſſous ,
Un fol par pouce excédent.
Efpagnolette ordinaire , le pied ,
Chaque pièce en dépendante. ,
Bouton à rofette ,
Tringles , le pied ,
3
IO
3
6
Chenets ordinaires à deux branches , la paire , 2 10
Chenets à trois branches dites , la paire ,
Chenets extraordinaires , la paire ,
• 3 10
6 10
12
Pelle ,
Pincettes ,
Tenaille ,
Croillants , la paire ,
Fufil & fa garniture ,
Pour le canon feulement
I
IS
ΤΟ
63
204
MERCURE DE FRANCE.
·
Piftolets & garniture , la paire ,
Pour les canons feulement ,
Etriers , la paire ,
6 I.
3
Quant aux objets non énoncés au préſent tarif,
il n'a pas été poffible d'en fixer le prix , il ne peut
être déterminé que fur la préſentation qui en fera
faite.
LA diftribution de l'eau Du Roi de la fontaine
de Vildavrai a commencé les du mois de Janvier
1767 ; elle n'a pu ſe faire plutôt , malgré le
vif empreifement qu'un grand nombre de perfonnes
ont eu de le faire infcrire dès le premier
avis donné à ce fajet ; l'unique raifon de ce retardement
provient de l'attention qu'a éu l'Entrepreneur
de pourvoir à tout , des précautions
qu'il a fallu prendre , & des établiflemens qui
étoient indifpenfables pour rendre l'exportation
de cette eau régulière dans Paris & dans Verfailles
, conformément aux intentions du Roi ,
qui , en accordant cette faveur aux habitans des
deux villes , a fixé un ordre qui les affurent qu'ils
feront ufage de fon eau dans fa qualité primitive ,
telle que Sa Majesté la boit , & fans qu'ils aient
à craindre de pouvoir être trompés : c'eſt à quoi
l'Entrepreneu fe conformera exactement &
qui fera démontré par la manière dont fe fera le
tranfport de cette ean . Elle arrivera à Paris dans
des boureilles de grès de cinq pintes , qui feront
fifcelées & cachetées aux armes du Roi , où fera
autour du cachet eau du Roi ; la même inſcription
fera placée fur les bouteilles ainfi que cela fe pratique
à l'égard રે des eaux minérales.'
Pour rendre l'ufage de cette eau plus facile , le
fieur Maille , entrepreneur , a difpofé douze bureaux
dans les différens quartiers de Paris : les
perfonnes qui ne font point abonnées pourront s'y
JANVIER 1767. 205
pourvoir de cette même eau fur le pied de trois
fols la bouteille de cinq pintes , en payant pour
la première fois cinq fols pour le prix de la
bouteille on leur en fera remife en la rapportant
pourvu qu'elle ne foit pas gâtée par gens inattentifs
ou mal intentionnés .
Pour donner une entière confiance aux perfonfonnes
qui enverront chercher de cette eau dans
les bureaux ci -après défignés , le fieur Branche ,
Graveur , eft chargé de la vérification des cachets ,
& la vifite en fera faite , au moins une fois par
femaine dans chaque bureau , pour éviter l'abus
& allurer les intentions de Sa Majesté.
Les abonnés recevront leur eau trois fois par
femaine , favoir , les lundis , mercredis & vendredis
; ils font priés d'obferver de remettre au
conducteur du charriot leurs cartes fignées au dos
de leurs noms , fuivant le premier avis qu'ils ont
déja reçu ; comme auffi de donner avis au bureau
général s'ils n'étoient pas affez abonnés , pour
que l'on puiffe completter les charriots de ville
pour rendre leur fervice plus régulier .
Les perfonnes qui font obligées d'aller à Verfailles
, & qui ne font point fur l'état du Roi pour
avoir de l'eau , en trouveront chez le fieur Com-
Marchand parfumeur , petite place , en
bouteille de pareille grandeur & au même prix
qu'a Paris.
mere ,
Ledit fieur Commere , à Verſailles , eft charge
de recevoir les abonnemens des perfonnes qui ne
voudront pas s'allujettir à en envoyer chercher à
fon bureau.
Noms & demeures des perfonnes chargées de diſtri
buer l'eau du Roi dans Paris , favoir :
M. Chafe , Marchand Limonadier , porte Saint
Honoré.
206
MERCURE DE FRANCE.
M. Ravoifier , rue Saint Roch , près le paffage
de l'églife .
M. Foex, tenant le cylindre , hôtel d'Aligre ,
rue Saint Honoré.
M. Lardon , rue de la Juffienne , vis - à-vis la
chapelle.
M. Héquet , Marchand Vinaigrier , rue Montmartre
, vis- à- vis Saint Jofeph.
M. Leredde , Marchand Bonnetier , rue Charlot
, au Marais .
M. Hequet , Marchand Vinaigrier , rue Saint
Antoine , derrière les boucheries , au coin de la
rue de l'égoût.
M. Maquet , privilégié Vinaigrier , porte Saint
Jacques.
M. Moncelet , dit Decoffine , Marchand Epicier,
à la croix rouge , rue de Seve.
M. Philipart , débitant de tabac , rue des Saints
Pères , vis - à - vis la rue de Verneuil.
M. Bryois , débitant de tabac , rue Baillette .
M. Maille , rue de l'Hyrondelle , au bureau
général , où on fera toujours certain de trouver
de l'eau. Le bureau des abonnemens fera ouvert
les lundis , mercredis & vendredis , depuis huit
heures du matin jufqu'à une heure après midi ,
l'exception des dimanches & des fêtes .
Nous fommes obligés de revenir de tems en
tems fur certains remèdes , fuivant les divers
fuccès qui en augmentent la réputation & qui en
rendent par conféquent la connoiffance plus inté
reffante. Tel eft entre autres le Vinaigre romain
du fieur Maille , Marchand Vinaigrier , diftillateur
à Paris , rue Saint André des arts , aux armes
impériales. Ce Vinaigre dont la diftribution eft
autorisée par M. Senac , premier Médecin du Roi ,
JANVIER 1767. 207
d'après l'examen que la commiflion royale de
Médecine en a fait , réunit toutes les qualités des
meilleurs remèdes connus pour la conſervation
des dents. Il eft fpiritueux , pénétrant , deflicatif ,
balfamique & antifcorbutique , il raffermit les
dents dans leurs alvecles & les blanchit , prévient
la carie & en arrête le progrès , rend l'haleine
douce , rafraîchit les levres. Il eft principalement
néceffaire aux perfonnes qui font obligées de faire
des voyages de long cours par mer , ou de refter
long- tems fur l'eau . Les envois confidérables que
le fieur Maille en fait dans les pays étrangers &
dans plufieurs de nos ports , prouvent le grand
bien que fon ufage fait principalement aux voyageurs
& à toutes les perfonnes expofées à contracter
des affections fcorbutiques. Le fieur Maille
a feul la compofition de ce Vinaigre , & pour qu'on
le diftingue aifément des contrefactions , toutes
les bouteilles qu'il diftribue font munies de fon
cachet & du timbre des armes impériales . Il a de
plus un Vinaigre de Turbie qui guérit le mal de
dent , & qui fur le champ en appaife la douleur ;
un Vinaigre de ftorax qui blanchit , unit , affermit
la
peau , rafraîchit le teint & garantit des rides ;
un Vinaigre de fleurs de citron qui ote les boutons
du vifage ; un Vinaigre d'écailles qui guérit les
dartres ; un Vinaigre de racines qui efface les
taches ; un Vinaigre de cyprés qui fert à noircir les
cheveux & les fourcils roux ou blancs & qui conferve
les cheveux ; un Vinaigre fcellitique pour
la voix ; un Vinaigre contre les vapeurs , & le vrai
Vinaigre des quatre voleurs , qui eft le plus für
préfervatif contre toutes efpeces de contagion &
de mauvais air. Le prix des plus petites bouteilles
de ces Vinaigres différens & du Vinaigre romain
eft de 3 livres. Le même eſt affortit de tous les
108 MERCURE DE FRANCE.
Vinaigres de table ou d'ulage pour la toillette & le
bain , au nombre d'environ 200 elpeces. Tous fes
Vinaigres fouffrent le tranfport , & ne s'altérent
point en vieilliant . Les perfonnes de province qui
defireront fe pourvoir de Vinaigre romain ou de
quelques autres , font priés de s'adreffer directement
au fieur Maille , comme auffi d'affranchir
le port de l'argent & celui des lettres .
BÉCHIQUE fouverain ou fyrop pectoral , approuvé
par brevet du 24 août 1750 , pour les
maladies de poitrine , comme rhume , toux invétérées
, oppreffion , foibleffe de poitrine &
afthme humide. Ce béchique en tant que balfamique
, a la propriété de fondre & d'atténuer les
humeurs engorgées dans le poulmon , d'adoucir
l'acrimonie de la limphe ; & comme parfait reftaurant
, il rétablit les forces abattues , rappelle
peu à peu l'appetit & le fommeil , produit en un
mot des effets fi rapides dans les maladies énoncées
, que la bouteille taxée à 6 livres , fcellée &
étiquetée à l'ordinaire , fuffit pour en faire éprouver
toute l'efficacité avec fuccès . Il ne fe débite que
chez la Dame veuve Mouton , Apoticaire , rue
Saint Denis à côté des Filles Dieu vis-à - vis le Roi
François à Paris .
AZO T.
ELIXIR anti -apoplectique , ftomachique , carminatif
, le plus parfait qui ait encore paru , tant
par fon efficacité , que par fa fineffe & fon parfum
qui rendent cet élixir agréable.
Comme ftomachique , il favorife intenſiblement
la digeftion , dont la mauvaiſe qualité eſt
la fource ordinaire de l'apoplexie ; & ce , fans
aucunement échauffer. Comme carminatif , il
JANVIER 1767. 209
calme les vapeurs , fur-tout celles occafionnées
par les vents qu'il diffipe , ainsi que les coliques
qu'ils occafionnent .
Les bouteilles font de demi - feptier , à raiſon
de trois livres. Une cuillerée à bouche eft fuffifante
pour en conftater l'efficacité .
On n'en trouvera que chez le fieur Rouffel ,
Epicier-Droguifte , dans l'Abbaye Saint Germain
des Prés , à côté de la fontaine , vis -à - vis Madame
Duliége , Marchande Lingére , à Paris.
LETTRE à M. PARFAIT , ausujet du Chocolat
Oriental.
Vous avez eu fans doute , Monfieur , raiſon
de dire , que vous ne prétendiez pas faire un élage
détaillé du Chocolat oriental . Mais puifque vous
avez bien voulu informer le public des avantages
que cette découverte peut lui procurer , il falloit
ne pas pafler fous filence le principal , celui , furtout
dont fon inventeur paroît faire d'autant
plus de cas , qu'il eft perfuadé que ce Chocolat
eft peut-être la feule refource qu'on peut offrir
aux perfonnes , qui font menacées de devenir
poulmoniques. On ne fçait que trop que , lorfque
la poulmonie eft dans fon dernier période , il
n'eft guères poffible d'en empêcher les fuites funeftes.
Mais il est toujours bien confolant pour
l'humanité , qu'on ait découvert un moyen für
d'en arrêter au commencement les progrès. Au
refte comme rien ne contribue plus à appauvrir
le fang que les excès en tout genre , on ne refufera
fûrement pas des éloges au chymifte célebre ,
qui n'a eu en vue que de préfenter aux perfonnes
qui fe portent bien , une nourriture audi faine
qu'agréable , & auffi douce qu'efficace pour cor210
MERCURE
DE FRANCE
.
riger l'acreté de la lymphe , d'où dépendent
principalement les maladies du poulmon.
J'ai l'honneur d'être , & c.
P. S. La diftribution du Chocolat oriental ſe
fait toujours chez M. Rouffel , Marchand Epicier-
Droguifte demeurant à l'Abbaye Saint Germain
des Prés en entrant par la rue fainte
Margueritte.
و
Avis néceffaire à tout le monde , pour la guérifon
de toutes fortes de maux de dents , tant faines
que gâtées , pour les conferver quelque gâtées
qu'elles foient , fans qu'elles faffent jamais
aucun mal ni douleur , & fans qu'il faille
jamais enfaire arracher aucunes , ce dont on a
bientôt perdu l'ufage , & que l'on perdra toutà-
fait.
It manquoit tant dans Paris que dans toutes les
villes de provinces , ainfi que chez l'étranger , un
remède tel que celui -ci , qui eft bien approuvé
par Meffieurs les Doyens de la Faculté de Médecine
, & qui donne tous les jours des preuves de
fon efficacité ; c'eft pourquoi pour la confervation
des dents de tout le monde , on ne fçauroit trop le
faire fçavoir au public.
C'elt celui du fieur . David , demeurant à
Paris , rue des Orties , Butte Saint Roch , au
petit hôtel Notre Dame , en entrant à droite par
la rue Sainte Anne , à côté de l'Apoticaire , au
premier.
Il confifte en un topique qu'on applique le
foir en fe couchant fur l'artére temporale , du
côté de la douleur , qui outre les maux de dents ,

JANVIER 1767. 211
les maux
guérit les fluxions qui en proviennent ,
de tête , migraine & rhume de cerveau , fans
qu'il entre rien dans la bouche ni dans le corps ;
auffitôt qu'il eft appliqué , il procure un fommeil
paifible , pendant lequel il fe fait une tranfpiration
douce ; on dort bien toute la nuit fans fentir
de douleurs ; au réveil on eft guéri pour la vie ,
& au lever ce topique tombe de lui -même , fans
laiffer aucune marque ni dommage à la peau.
Il est très- certain qu'il n'y a jamais eu de
remède plus doux que celui-ci , puifqu'il guérit
en dormant du mal le plus cruel ; il y a eu plus
de vingt-cinq mille perfonnes , tant dans Paris
que dans les provinces d'où on en fait venir & où
il en envoie , qui ont été guéries , dont partie lui
en ont donné leurs certificats , comme on va le
voir ci - après par celui qui lui a été envoyé le 13
janvier 1766 , par M. François - Jefeph Hell'
Bailly à Hirtinger , en haute Alface.
Nous François- Jofeph Antoine Hell , Bailly
du comté de Monjoy en haute Alface , certifions
qu'ayant fait venir il y a environ un an des topiques
& de l'eau fpiritueufe du fieur David contre le
mal de dents , nous avons donné defdits deux
remèdes à plus de cinquante perfonnes , letquelles
nous ont rapporté que s'en étant fervies conformément
à l'imprimé du fieur David , la douleur
avoit cellé auffi - tôt & pendant qu'elles avoient
encore certe cau dans la bouche , & aux autres
peu de tems après ; & le plus grand nombre de
ces perfonnes déclarent ne plus avoir fouffert des
dents depuis qu'elles fe font fervies da ropique &
de l'eau fpiritueufe , quoiqu'elles y ayent été beaucoup
fujettes auparavant. En foi de quoi nous
avons écrit & figné ces préfentes fur papier ordinaire
, le timbre & le contrôle n'étant point en
212 MERCURE DE FRANCE .
ufage dans la province d'Alface , & ce poar offrir
audit fieur David l'hommage de notre gratitu le ,
& un tribut public dû à la bonté de les remedes .
Fait à Hittinger en haute Alface , le treizieme
janvier. 1766. Signé Hell , avec paraphe , & (cellé
des armes dudit fieur Hell , d'un fceau de cire
verte.
Outre tous les certificats dont il eft porteur , il
a eu l'honneur de guérir.
Madame la Ducheffe de Lauraguais.
M. & Madame la Marquife de Verac.
Madame la Marquile de Polignac.
Madame la Dechelle de Coffe
Madame la Ducheffe de la Vallere.
M. de Pontcarré & Madame de Viarme la fille ,
ainfi qu'une grande quantité de perfonnes de
tous états .
Ce remède n'eft pas cher , il ne le vend que
24 fols chaque topique , quand on vient chez lui ;
mais il faut lui apporier un morceau de linge fin
blanc de leffive ; & quand il fe tranſporte chez les
perfonnes qui lui font l'honneur de l'envoyer chercher
, on lui paye en outre 3 ou 6 livres pour fa
courfe , fuivant l'éloignement.
L'on voit que ce remède n'opére la guériſon
que lorfque l'on eft couché , & l'on fçait que le
mal de dents prend dans tous les momens de la
journée , & qu'il faut vaquer à fes affaires en attendant
le moment de fe mettre au lit , pour quoi
il est néceffaire d'avoir quelque chose pour en
faire paffer les douleurs , & c'eſt pour cela que
ledit fieur David a de l'Eau fpiritueufe d'une
nouvelle compofition incorruptible , très -agréable
au goût & à l'odorat , qui a les qualités de faire
paller dans la minute les douleurs de dents les
plus violentes , purifie les gencives gonflées , fait
JANVIER 1767. 213
>
tranfpirer les férofités , raffermit les dents qui
branlent , empêche le commencement & la continuation
de la carrie , prévient & guérit fans retour
les affections fcorbutiques , guérir radicalement
de cette maladie , & de toutes celles qui
viennent dans la bouche , empêche les mauvaiſes
odeurs caufées par les dents gâtées , fait tomber
le tartre & maintient les dents dans leur blancheur
; beaucoup de perfonnes en font provifion
par précaution , ainfi que des topiques , pour de
longs voyages fur terre & fur mer. Meffieurs les
marins font certains de faire leur voyage fans
avoir jamais aucun mal aux dents ni à la bouche.
Les perfonnes qui fe fervent de cet Eau deux ou
trois fois la femaine fans être incommodées , ont
toujours les gencives & les dents faines & blanches,
Il y a des bouteilles à 24 fols , à trois livres & à
6 livres : il donne un imprimé de la manière de
s'en fervit , ainfi que du topique.
Ces remedes étant aufli vrais & tels qu'ils font
annoncés , on peut en fûreté y donner toute fa
confiance ; & les perfonnes qui auront le préfent
avis , font priées de le garder foigneufement , car
quiconque n'en a pas befoin aujourd'hui , pourra
en avoir affaire demain.
On trouve ledit fieur David , ou fon épouſe ,
tous les jours & à toute heure chez lui , juſqu'à
dix heures du ſoir .
214 MERCURE DE FRANCE.
GÉNÉALOGIE de la Maifon de CORBINELLI
, de Florence , qui commence en
1202 &finit par NICOLE DE CORBINELLI
, Comteffe DE LA PALUE , .dont
le père , JACQUES , Baron D'ARZILIERES
, a été Capitaine de Cavalerie ,
puis Maréchal de Camp , & enfin Lieutenant
des Gendarmes de M. le Duc
DE VENDOSME en 1864. Il épousa
N. DES - RADRES , dont il eut ladite
NICOLE.
СЕТТЕ ETTE généalogie eft entre les mains du fieur
Guillemin , Maître Ecrivain & de Penfion à Châtillon-
fur -Seine en Bourgogne , fur une peau de
velin , de trois pieds de long & fur deux de large ,
très -bien écrite & fans effacement.
Il y a pour armes un lion avec cette devife :
Salva me ex ore leonis.
Au- deſſous de ces armes eſt une citation latine .
L'on affure que cette pièce mérite d'être tirée de
l'obscurité , ayant dû coûter bien des recherches
& bien de l'argent , & que le public aura obligation
à ceux qui contribueront à ce qu'elle foit
recouvrée par des curieux ou par les perfonnes qui
en feroient ufage.
Le fieur Guillemin ne recevra , au fujet de cette
généalogie , que les lettres qu'on aura affranchies.
GUILLEMIN.
JANVIER 1767. 215
AP PROBATION.
J'ai lu , par ordre de Monſeigneur le Vice-
Chancelier , le fecond volume du Mercure du
mois de Janvier 1767 , & je n'y ai rien trouvé qui
puiffe en empêcher l'impreffion. A Paris , ce 22
Janvier 1767. GUIROT.
TABLE DES ARTICLES.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
COMOPMLPILIMMEENNTT de bonne année à un grand
Seigneur.
VERS à un Grand Vicaire de Nevers.
Pages
7
8
13
EPÎTRE d'un vieillard à fon fils , adreffée à
celui- ci le jour de fon mariage.
EPÎTRE à Mlle Beaumefnil.
LA Pipée. Chanſon morale. 16
VISION critique, traduite de l'anglois , d'Adiffon.18
CHOIX de Chanfons , à commencer de celles
du Comte de Champagne , Roi de Navarre ,
jufques & compris celles de quelques poëtes
vivans . 24
25
OBSERVATION des éditeurs fur l'origine des
chanfons françoiſes.
L'HEUREUSE Banqueroute. Nouvelle angloife. 31
MADRIGAL. AS . A. S. Mde l'Electrice Palatine . 46
VERS à Mde du B *** .
ÉNIGMES.
LOGOGRYPHES.
47
48
49
216 MERCURE DE FRANCE.
CHANSON. Parodie d'une ode anacréontique
inférée dans le Mercure d'avril 1766 ,
ARTICLE II . NOUVELLES LITTÉRAIRES .
TRAITÉ général des élémens du chant ; dédié
à Mgr le Dauphin.
St
IDEE du Gazetin du Comeſtible .
ANNONCES de Livres .
DÉCLARATION de M. de Voltaire.
ACADÉMIE S.
MÉDECIN I.
54
67
69
88
100
ARTICLE III . SCIENCES ET BELLES- LETTRES.
LETTRE à l'Auteur du Mercure .
RECHERCHES fur le tiflu muqueux.
ARTICLE IV. BEAUX ARTS.
ARTS AGRÉABLES.
DISSEIN préſenté à M. le Marquis de Marigny,
à l'occafion de fon mariage.
GRA YURE.
COUP-D'OIL général fur la France , par M.
Brian , Ingénieur- Géegraphe du Roi.
MUSIQUE.
QUATRE nouvelles ariettes de M. le Chevalier
d'Hèrbain.
ARTICLE V. SPETACLES.
102
105
213
121
OPÉRA.
COMÉDIE Françoife .
COMÉDIE Italienne.
CONCERTS Spirituels.
DE Conftantinople , &c.
133-
134
137
154
iss
158 .
189
444
ARTICLE VI. NOUVELLES POLITIQUES.
Avis divers.
GÉNÉALOGIE de la Maifon de Corbinelli.
N. B. Le Public oft prié de n'imputer le retardement
du préfeat Mercure qu'à l'extrême rigueur
de la faifon.
De l'Imprimerie de LOUIS CELLOT, ru Dauphinë .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le