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1766, 06
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MERCURE
DE FRANCE,
DÉDIÉ AU ROI.
JUIN 1766.
Diverfité , c'est ma devife . La Fontaine.
Cochin
Sitque inve
BupillonSealy.
A PARIS ,
-JORRY , vis- à-vis la Comédie Françoife
PRAULT , quai de Conti .
Chez DUCHESNE , rue Saint Jacques.
CAILLEAU , rue du Foin .
CELLOT , Imprimeur , rue Dauphine .
Avec Approbation & Privilege du Roi.
BIBLIOTHECA
REGIA
MONACENSIS .
AVERTISSEMENT.
LEE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
>
C'est à lui que l'on prie d'adreffer
francs de port , les paquets & lettres ,
pour remeure , quant à la partie littéraire ,
à M. DE LA PLACE , Auteur du Mercuré.
Le prix de chaque volume eft de 36fols ;
mais l'on ne payera d'avance , en s'abonnant
, que 24 livres pour feize volumes
à raifon de 30 fols piece.
on
Les perfonnes de province auxquelles
enverra le Mercure par la Pofte
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront d'autres voies que
la Pofte pour le faire venir , & qui prendront
les frais du port fur leur compte ,
ne payeront comme à Paris , qu'à raison
de 30 fols par volume , c'eſt à dire , 24 liv.
d'avance , en s'abonnant pour feize volumes.
A ij
Les Libraires des provinces ou des pays
étrangers , qui voudront faire venir le
Mercure , écriront à l'adreſſe ci - deſſus.
On Supplie les perfonnes des provinces
d'envoyerpar la Pofte , en payant le droit ,
leurs ordres , afin que le paiement en foit
fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affranchis
refteront au rebus .
On prie les perfonnes qui envoient des
Livres , Eftampes & Mufique à annoncer ,
d'en marquer le prix.
Le nouveau Choix des Pièces tirées des
Mercures & autres Journaux , par M. DE
LA PLACE , fe trouve auffi au Bureau du
Mercure. Cette collection eft compofée de
cent huit volumes . On en a fait une Table
générale , par laquelle ce Recueil eſt terminé
; les Journaux ne fourniffant plus
un affez grand nombre de pièces pour le
continuer. Cette Table ſe vend ſéparément
au même Bureau.
MERCURE
DE FRANCE.
JUIN 1766.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS de Mde MAZAR DE LAGARDE à
M. JARDIN , Architecte & Intendant
des Bâtimens du Roi , & Profeſſeur de
l'Académie Royale des Arts , à l'occafion
du catafalque du Roi de Danemarck ,
FREDERIC V.
DU
U Dieu des Arts tu reçus les talens ;
Le Dieu du goût a conduit ton ouvrage .
Dans tes deffeins toujours grand , toujours fage,
L'antiquité n'a point de monumens
A iij
MERCURE DE FRANCE .
Que tu ne puille adapter à notre âge.
Tu fais , Jardin , nous voiler les horreurs
De cette mort à nos coeurs fi terrible ;
Pour FREDERIC , le tien toujours fenfible ,
Sait le couvrir de palmes & de pleurs.
Du haut du ciel , témoin de nos douleurs ,
Sur nous defcend l'efpoir avec les charmes ;
Par CHRISTIAN il veut tarir nos larines ,
Et ces cyprès vont fe changer en fleurs .
Puitle le Ciel le combler de faveurs !
Qu'amour , qu'hymen , forment feuls fes guirlandes
!
De mille voeux qu'il goûte les offrandes !
Pour fes autels , ils feront dans nos coeurs.
Par l'Echo de la voix publique.
SONGE. A Mlle LE B.....
JE rêvois ; c'étoit à vous ,
Pas n'ai besoin de le dire ,
Quand , m'abordant d'un air doux ,
Ce Dieu , par qui je foupire ,
Me dit ami , trop long- tems
Si j'ai caulé tes tourments ,
Pour le prix de ta conftance ,
Je couronne ton amour ;
JUIN 1766.
Pour toi ta belle en ce jour ,
Abjure l'indifférence .
Rempli de l'espoir flatteur
De plaire à ce que j'adore ,
J'étois heureux , quand l'aurore
Vint diffiper mon bonheur
Et me rendre à la rigueur ,
De l'amour qui me dévore .
Zégaride , cet amour
Jamais ne fut un menfonge.
Mais , hélas votre retour
Sera- t-il toujours un fonge?
Par M. B.T
VERS à mon Frère & à mes Neveux .
JEUNES enfans , dont l'âge tendre
Méconnoît encor les foupirs ,
La raifon ne peut vous défendre
De vous livrer à vos défirs.
Trop heureux dans votre foibleffe ,
Vous jouiflez fans ceffe
Des plaisirs , pour vous innocens !
Hélas après ces courts inftans ,
Vous faurez qu'une loi févère
S'oppofe à vos voeux les plus doux ;
Que le bonheur n'habite point la terre .
Heureux enfans , le croirez - vous ?
ו
+
"
8
A iv
MERCURE DE FRANCE.
Près d'un objet rempli de charmes ,
Si l'efpoir flatteur vous conduit
Pouvez-vous prévoir des alarmes
A fuivre un penchant qui féduit ?
Vous croirez que le bien fuprême
Eft de fe livrer à fon coeur.
Mais de cette erreur extrême
Craignez le charme féducteur.
Un coeur facile ou tendre
Ne peut trop prévoir le danger :
Si la raiſon , par fon fecours léger
Peut à peine nous en défendre ,
Peut- elle nous en dégager ? ...
C'est trop rifquer que de l'attendre.
Par le même.
A Mile DE V... qui avoit un ajustement
de plumes .
LE monde croit que maints oiſeaux ,
Quittant pour vous les dons de la nature ,
Ont compofé votre parure :
Contre lui je m'infcris en faux .
Plumes d'amour en forment la tiſſure ;
C'est un fecret que je puis révéler .
Mais il en eſt une preuve plus fûre :
D'auprès de vous il ne peut s'envoler.
Par le même:
JUIN 1766 .
1
VERS pour mettre au collier de mon chien .
CE chien , dont j'ai nourri l'enfance ;
Paye mes foins par fa fidélité.
O vous qui de la bête examinez l'eſſence ,
Songez qu'un chien donne à l'humanité
Leçons d'attachement & de reconnoiffance.
Par le même.
'A Mlle DE.
chardonnerets.
POUR
• •
en lui envoyant trois
OUR fauver de la cage
Ces trois jeunes chardonnerets ;
Cent fois j'ai rompu les projets
Des dénicheurs du voifinage .
La liberté , diſai - je , eſt le partage
Des oiſeaux ; devons - nous leur en ôter l'uſage è
Mais fans ceffe être auprès de vous ,
Eft - ce vivre dans l'efclavage ? ...
Non c'eft jouir du deftin le plus doux.
Par le même.
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
A mafoeur , en lui envoyant une cantatille.
J'AI fait une petite fille
Que je chéris de tout mon coeur.
Mais , quoi vous changez de couleur ?
Vous n'aimez pas ce furcroît de famille ?
Hé bien raffurez -vous , ma foeur....
C'eſt une cantatille .
QUATRAIN à M. FORESTIER , fur fon
Enigme infé ée dans le fecond volume du
Mercure d'Avril , dont le mot eft non.
JBE ne conçois pas ta Bergère
D'être infenfible aux fons de ta lyre légère.
Si j'avois pour amant un pareil Apollon ,
verroit que c'eſt oui , quand je lui dirois non.
Par Mlle DES PÉREUX.
JUIN 1766.
11
LA RÉALITÉ DE L'ILLUSION.
HISTOIRE VÉRITABLE.
DANS ANS une de ces fociétés rares , intéreffantes
& ignorées , où l'on s'amuſe encore
fans le fecours du jeu , où l'on cauſe
avec cette liberté douce qui fait le charme
des âmes honnêtes , où l'on exclut le pédantifme
fatiguant de l'hôtel de Rambouillet ,
& le perfifflage ennuyeux des cercles agréables
, où l'on ne montre de prétention que
pour plaire , & d'empreffement que pour
s'inftruire , où l'on ne traite pas avecl'inepte
légéreté des importans & des élégantes des
propofitions extraordinaires qui amènent
fouvent des vérités neuves ; la converfation
tomba fur les objets réels & fur les
vifions fantastiques. On voulut affigner
leur différence & déterminer leur analogie
, trouver celles qui exiftent entre tel
homme qui rêve & tel homme qui veille ,
entre un contemplatif ardent & un obfervateur
froid , entre l'enthoufiafine qui
peint & l'examen qui démontre . Quelqu'un
avança alors qu'une imagination
fortement exaltée atteftoit avec autant d'énergie
l'existence des êtres que les fens
A vj
12 MERCURE
DE FRANCE.
: pouvoient le faire il fut contredit , il
s'échauffa ; on en étoit à la troisième réplique
, & l'on s'entendoit cependant encore ,
lorfqu'un Officier dit qu'il croyoit qu'un
fait valoit mieux pour éclaircir une opinion
que cent raifonnemens , & que fi l'on
vouloit il en rapporteroit un qui jetteroit
peut-être quelque lumière fur la queftion
qui s'embrouilloit par la difpute. Il ajouta
que ce fait étoit arrivé à un Capitaine de
fon régiment , qu'il en avoit été témoin ,
& que tous fes camarades pouvoient le
certifier. On confentit à l'écouter : il promit
de ne s'écarter dans fon récit de la
fidélité la plus fcrupuleufe , que pour changer
des noms qui devoient être ignorés ;
il demanda de l'indulgence pour des détails
qui lui avoient été trop fouvent répétés
pour qu'il lui fût poffible de les omettre ,
& pour des réflexions qu'il ne pouvoit
s'empêcher de lier à un fujet dont il étoit
profondement affecté ; il commença enfuite
l'hiftoire que l'on va lire.
Après une affaire très - vive que nous
eûmes en Italie pendant la dernière guerre,
on tranfporta les Officiers François qui
avoient été bleffés , à Milan . Dorville étoit
du nombre , il fut conduit à l'hôpital. Ses
bleffures laiffoient peu d'efpérance pour
fes jours , il fut bientôt à l'extrêmité ; mais
les fecours puiffans de l'art, aidés des fecours
JUIN 1766. 13
plus décififs encore de fa vigueur & de fa
jeuneffe, le fauvèrent. Apeine eut-il repris
la connoiffance , dont l'ufage avoit été
fufpendu pendant plus d'un mois qu'il
avoit été livré , ou à un délire violent ,
ou à un fommeil léthargique , qu'il prodigua
les queftions fur le lieu qu'il habitoit
, fur l'état où il avoit été , & fur tous
ces objets fi intéreffans à l'homme , qui fe
reffaifit , pour ainsi dire , de l'existence
qui effaie des fenfations neuves , & qui
jouit du plaifir d'être , dont il n'y a que
ceux qui ont échappé à des maladies dangereufes
qui puiffent avoir l'idée. La Religieufe
qu'il interrogeoit lui répondit avec
autant de modestie que fi elle n'avoit pas
contribué effentiellement à fa guérifon , &
autant d'exactitude que fi elle ne l'avoit
pas quitté un feul inftant. Il voulut voir
celle qui lui faifoit avec tant de complaifance
des détails qu'il demandoit avec
tant d'avidité. Il entr'ouvrit fes rideaux :
quelle fut fa furpriſe de découvrir à côté
de fon lit une perfonne charmante qui ne
paroiffoit pas avoir plus de dix huit ans ! En
l'examinant avec toute l'attention qu'elle
excitoit , il remarqua des yeux où fe peignoient
la bienfaifance & la candeur ; il
furprit un regard fin , careffant & timide ;
il vit une de ces phyfionomies tendres ,
14
MERCURE
DE FRANCE
.
fpirituelles & mélancoliques , qui ont un
attrait plus puiffant que la beauté , & qui
infpirent plus d'intérêt qu'elle ; il admira
un taille fouple & légère , un maintien
noble , des grâces qui enchantoient , parce
que l'art ne les avoit pas apprifes , qui
devenoient plus piquantes encore par la
néceffité de les chercher fous un habit
qui paroiffoit fait pour leur nuire , & qui
irritoit les defirs en indiquant les privations.
Dorville , étonné de trouver tant
de charmes dans un afyle où il en croyoit
fi peu , le fut bien plus encore lorſqu'il
fut que cette Religieufe , qui s'appelloit
Adelaide , avoit été fa feule garde pendant
fa longue maladie , qu'elle paffoit les jours
à le fervir , qu'elle le veilloit les nuits ,
qu'elle ne prenoit qu'un fommeil léger
qui n'avoit jamais retardé des foins dont
elle l'avoit comblé avec une patience , une
douceur , un courage admirable , & qu'enfin
il lui devoit la vie . Né avec un de ces
tempéramens de feu qui rendent les hommes
fi aimables & fi malheureux , qui
multiplient les peines parce qu'ils étendent
les affections , qui ne permettent d'envifager
la reconnoiffance que comme un
dévouement , qui transforment l'amour en
fureur , & tous les fentimens en paflions ,
Dorville s'abandonna à l'excès de fa fenfibiJUIN
1766. 15
lité ; il crut qu'il n'en témoigneroit jamais
affez à celle qui lui en avoit fourni tant
de motifs . Il n'ofoit plus accepter les fervices
qu'elle s'empreffoit toujours de lui
offrir; il vouloit déja commencer , difoit-il ,
à s'acquitter des dettes immenfes qu'il
avoit contractées ; il ne pouvoit fouffrir
qu'elle le veillât. Dès que la nuit étoit
venue , il la conjuroit d'aller prendre du
repos , c'étoit à cette condition feule qu'il
lui devenoit permis d'en goûter. Mais
bientôt il n'en fut plus pour lui ; une paffion
, trop violente , pour qu'il fût poffible
de la méconnoître , s'empara de fon coeur.
Les égards dûs à l'état d'Adelaïde. Le refpect
que méritoient fes bienfaits , la retenue
qu'infpiroit l'innocence de fes moeurs,
lui firent une loi d'un filence qu'il ne
viola jamais mieux que lorfqu'il croyoit
y manquer le moins : la flamme s'élançoit
avec d'autant plus d'activité qu'il faifoit
des efforts plus grands pour la concentrer.
Il ne s'apperçut de cet effet que par la
réferve fubite d'Adelaïde. Craignant alors
de tout perdre , il ofa tout , il rifqua l'aveu
qu'il s'étoit tant de fois promis de ne
jamais faire , il s'attendoit à un refus , il
Peffuya , il en fut accablé. Toutes les raifons
qu'on lui donna pour vaincre fon
amour, l'accrurent ; toutes les confolations
16 MERCURE DE FRANCE.
qu'on lui préfenta le défefpérèrent , tous
les dédommagemens qu'on lui offrit ne
lui parurent que des tourmens. Sa maîtreffe
déchirée vouloit s'éloigner ; elle
étoit fur le point de fe faire remplacer
par une de fes compagnes ; une des bleffures
de Dorville fe r'ouvrit , & elle refta .
Notre régiment arriva dans ces circonftances
à Milan pour y paffer le quartier d'hiver.
J'allois tous les jours tenir compagnie
à mon ami ; je trouvois Adelaide, j'étois
témoin de fes foins , quelquefois elle panfoit
la plaie devant moi & j'y voyois tomber
quelques larmes qu'elle s'efforçoit vainement
de retenir & de cacher : Dorville
ne lui parloit pas , mais il la regardoit avec
des yeux baignés de pleurs & remplis d'amour
, & il gémiffoit . Une éloquence auffi
puiffante , une fituation auffi terrible , tant
de crainte , de vérité , de fouffrance , la
frayeur d'arracher la vie à celui auquel on
fe flattoit de l'avoir confervée , l'énergie
qui caractériſe un amour vrai , ce cri de
l'âme qui le prouve , cette perfuafion qui
l'accompagne , tout fe réunit contre Adelaïde
, tout confpira pour faire entrer dans
fon coeur fenfible une ardeur dévorante.
Elle ne la découvrit qu'avec effroi ; elle ne
craignit cependant pas de la montrer toute
entière à celui qui l'avoit fait naître le
JUIN 1766 . 17
و د

connoiffant généreux , elle crut que fa vertu
ne courroit jamais moins de danger que
lorfqu'elle l'en auroit rendu refponfable.
Elle ofa donc lui confier ce dépôt ſacré ,
& il fut refpecté. Dans ces momens tumultueux
où la fougue des fens follicite
emporte & fait tout oublier , elle rappel- -
loit Dorville à l'honneur par le fentiment :
quelques paroles tendres de celle qu'il
adoroit calmoient l'emportement fans die
minuer la paffion. « Eh quoi , lui difoitelle
, ma perte doit-elle être le prix de
» ma fenfibilité? & voulez- vous la hontede
" celle que vous aimez ? » Il tomboit à fes
genoux , il l'affuroit de fon repentir , il
renouvelloit les proteftations de fon refpect
& il éprouvoit que les refus de l'innocence
, fi pénibles dans l'inftant où on
les effuie , ne font pas fans charme pour
l'homme honnête qui eftime ce qu'il chérit
, & qui fent affez le prix de l'amour
pour en fouhaiter la durée. Ses efforts lui
devenoient encore plus faciles , lorsqu'il
penfoit à ceux que multiplioit une infor
tunée qui avoit à fe défendre de la force
de fon amant & de fa propre foibleffe ,
qui devoit être plus en garde contre ellemême
que contre lui , & qui ne pouvoit
obtenir une victoire difficile , obſcure &
douloureuſe, que par des peines vives , fans
18 MERCURE
DE FRANCE
.
ceffe renaiffantes & qui ne promettoient
que d'autres peines. Soutenue par une piété
réelle , par le fouvenir de fes voeux , par
une conduite jufqu'alors irréprochable , elle
furmontoit & la tendreffe qu'elle partageoit
& la certitude qu'elle avoit qu'elle faifoit
le malheur de celui pour lequel elle auroit
donné fa vie : mais fon triomphe étoit
fuivi de cette douleur aride qui n'a point
de larmes , qui furcharge d'un poids immenfe
, qui agite fans diftraire & qui gémit
fans efpoir ; elle ne pouvoit s'empêcher de
frémir qu'une féparation prochaine ne mît
trop-tôt fin à fes combats. Cet amour qui
l'avoit affervie malgré elle , qui étoit fi
pur , auquel elle immoloit tout , elle ne
l'envifageoit que comme un crime ; &
lorfqu'elle rempliffoit fes fonctions les plus
nobles & les plus utiles , mais les plus lugubres
& les plus effrayantes de toutes celles
que les fociétés religieufes ont pu s'impofer
, & que l'humanité bienfaifante a pu
choifir , le tableau de la mort qui fe retraçoit
fans ceffe à fes yeux glaçoit fes ſens ,
augmentoit fes terreurs & livroit cette âme
douce & timide à la mortelle activité du
remords . Adelaide ne put réſiſter à des
afflictions, qui chaque jour devenoientplus
aiguës ; tant de trouble , de pleurs , d'amour
, de frayeurs , de regrets , de nuits
JUIN 1766. 19
confécutives paffées auprès de fon amant ,
écrafèrent une conftitution foible . Son
fang s'échauffa , la fiévre en redoubla l'ardeur
, fa maladie fut fur le champ décidée
mortelle , & en huit jours la conduifit au
tombeau. Son amant , qui avoit caché à
tout le monde qu'il aimoit , ne put diffimuler
qu'il avoit tout perdu ; fon déſeſpoir
éclata de la façon la plus finiftre , le
premier accès fut terrible , on parvint à
peine à en arrêter les effets. Il fut remplacé
par une douleur morne & froide , il annonça
qu'il rejoindroit dans peu celle qui
avoit emporté fa vie. On ne pouvoit le
réfoudre à prendre quelque nourriture ; il
ne dormit plus . Pénétrés de fon état , nous
ne négligions rien pour l'en tirer ; mais il
paroiffoit que notre emprellement à foulager
fes maux les augmentoit , & que
notre zèle aigriffoit le fentiment de fa
perte. Confternés de l'inutilité de nos foins,
nous mîmes dans un de nos entretiens une
vivacité dont le motif ne pouvoit lui déplaire
: nous lui reprochâmes tendrement
fon peu d'amitié ; nous le conjurâmes de
ne point rejetter nos inftances ; ies larmes
nous gagnèrent.... il nous interrompit brufquement
& nous tint ce difcours :
« Mes amis , vos efforts font vains ; il
» ne dépend de qui que ce foit d'affoiblir
20 MERCURE
DE FRANCE
.
à
» ma douleur ; elle ne finira qu'avec ma
» vie. Qui peut confoler l'homme de la
» perte de ceux qu'il adoroit ? L'abfence ; &
» cette reffource n'existe pas pour moi » .
Il s'arrêta ; nous attendions en filence
l'explication de ces paroles étranges ; tout
coup fon vifage s'anime , il fe lève &
s'écrie : « ômes amis ! Adelaïde eft morte.
» Elle eſt morte, mais elle n'eft pas abfente :
» elle est là, ajouta -t - il , en arrêtant la
» vue fur un fauteuil vers lequel il éten-
» doit la main ; oui , elle eft là , je la vois
» comme je vous vois , elle me fixe , m'écoute
, elle ouvre la bouche pour me
» répondre , ne peut articuler , me fuit &
" ne difparoît jamais ! ».
Il fe tut , & nous ceffâmes de lui offrir
des confolations plus capables peut-être de
le révolter que de le guérir , mais qui certainement
ne pouvoient avoir de prife fur
une affliction qui , étant hors de l'ordre
commun , ne devoit céder qu'à des moyens
extraordinaires. Le hafard qui les raſſemble
quelquefois dans les crifes bifarres , parut
en difpofer un qui nous fit concevoir l'efpérance
de fauver notre ami & de le rendre
à lui - même. On donnoit une fête
publique. Toutes ces femmes méprifables ,
dangereufes & brillantes qui confervent ,
dit-on , les moeurs d'une ville en les corJUIN
1766. 27
Tempant , s'y étoient rendues. Je les examinois
en parcourant la falle du bal , lorfque
j'en apperçois une dont la reffemblance
avec Adelaide me faifit d'étonnement . Je
vole vers un Officier de mon régiment ;
je lui demande s'il veut que je lui montre
un portrait de la maîtreffe de Dorville
probablement plus exact & fûrement plus
réel que celui dont ce malheureux eft
obfédé. Il refuſe d'abord de me croire ;
mais bientôt fa furprife égale la mienne .
Nous nous plaçons à côté de la courtiſanne,
nous étudions ſes traits , le premier coupd'oeil
eft confirmé , & nous formons fur
le champ le deſſein de profiter d'une rencontre
fingulière pour finir les maux
de notre ami . Perfuadés que le fantôme
qui le pourfuivoit ne tiendroit pas contre
l'objet réel que nous lui oppoferions , &
que fon imagination feroit défabufée lorf
que fes fens feroient frappés , nous nous
déterminons à lui préfenter fous les habits
d'Adelaide celle qui en avoit la figure.
Convenus avec la courtifanne du déguifement
qu'elle prendra , du lieu où elle
doit fe rendre , du fignal auquel elle avancera
, de fon attitude , de fa démarche &
de tout ce qui eft relatif au rôle qu'elle
doit jouer , nous allons trouver Dorville ,
nous lui demandons une dernière preuve
22 MERCURE DE FRANCE.
pas
"".
de fon amitié : « nous allons partir ( lui
» difons - nous, en le ferrant dans nos bras ) ,
» peut--être ne nous reverrons-nous plus
Le voyant attendri , nous infiftons ; nous
lui déclarons que la preuve que nous defirons
confifte à venir le foir même fouper
avec nous . Il n'ofe nous refufer ; il arrive ,
on fe met à table. Il n'avoit dit un
mot , & le repas alloit finir , lorfque , pour
porter au comble l'émotion néceſſaire à
une révolution totale , nous lui parlons du
jour fatal où il vit expirer fon amante . Il
s'agite , foupire , & fans nous répondre ,
regardant fixément un lieu peu éclairé qui
étoit vis - à- vis de lui , il foulève les bras
& les étend comme pour ſe réunir à l'objet
que fon délire lui réalife . Nous donnons
à l'inftant le fignal ; la fauffe Adelaïde
entre , il l'apperçoit , fe jette à la
renverfe & crie : « fauvez - moi ! je fuis
و ر
perdu ! je n'en voyois qu'une & j'en
vois deux » . On veut lui démontrer fon
erreur ; la courtilanne approche , le touche ,
il friffonne , tombe en défaillance & meurt.
Par M. DE V...
1
JUIN 1766. 23
......
A Mlle DE LA G…………..fur le génie, & les
difgraces attachées aux talens .
AUU don fi rare de penſer ,
Vous qui joignez l'art de bien dire ,
Et qui , fans vous embarrailer
Des jaloux & de la fatyre
Réunillez le double empire
De l'efprit & de la beauté !
Apprenez - moi , fage Thémire ;
A voir , fans en être affecté ,
Les préjugés de l'ignorance ,
Les traits perçans de la vengeance ,
Et les dédains de la fierté.
Depuis qu'une foible étincelle
Du feu qui luit dans vos écrits ,
Eut de fon ardeur immortelle
Jadis animé mes efprits ;
Alors dans ce premier délire ,
Dont les accès troublent nos lens ,
Au Dieu des arts qui vous inſpire ,
J'offris mes voeux & mon encens.
Déja dans mon âme abusée
Récapitulant les honneurs
Dont jouillent dans l'Elifée
Les favoris des doctes Soeurs ,
424
MERCURE DE FRANCE.
Je crus , au temple de mémoire ,
Difciple chéri de la gloire ,
Marcher fur des chemins de fleurs.
Frivole e poir , fonges trompeurs ,
Erreur qui m'êtes encor chère !
Thémire , ce temple fameux
Eft dans une plage étrangère ,
Couverte de rochers affreux .
Là , cette éternelle chimère ,
La Gloire , idole des mortels ,
Eft fur un trône de lumière ,
Environné de cent autels.
De toutes parts l'encens qui fume ,
Au feu que le Génie allume ,
Perce & s'élève juſqu'aux cieux ,
Et porte avec lui les hommages
Des beaux efprits & des vrais fages ,
Des Héros & des demi - Dieux.
Mais , pour franchir l'efpace immenfe
Qui nous sépare de ces lieux ,
Et de fon vol ambitieux
Soutenir la noble affurance ,
Il faut que notre âme s'élance
Sur l'aîle même des talens.
Je vois ramper dans la pouffière ;
L'athlète qui dans la carrière
S'avançoit à pas chancelans ,
Tandis qu'à l'ardeur qui l'anime
Bientôt
JUIN 1766. 25
Bientôt donnant un libre cours ,
Cet autre , à fon effor fublime ,
Doit fon triomphe & fes beaux jours.
Mais il faut que de fa Minerve,
Suivant le flambeau radieux ,
·
Il fe foutienne & fe conſerve
Contre mille écarts dangereux.
Thémire ce bienfait céleſte ,
Le goût , cet attrait qui féduit ,
Souvent , pour l'homme qui le fuit
Des Dieux eft un préfent funeſte.
En butte aux traits de fes rivaux ,
Dès qu'il fe montre fur la scène ,
Malgré le charme qui l'entraîne ,
Il perd à l'inſtant fon repos.
Ainfi , lorfque Zéphir rappelle
Flore des bouts de l'univers ,
A peine la jeune hyrondelle
S'élève & plane dans les airs ;
Jaloux de fon ardeur naiffante ,
De corbeaux un effein nombreux
La fuit , l'entoure & l'épouvante
Par fes croaffemens affreux .
Qu'il eft de ces oifeaux finiftres ,
Dont les cris portent la terreur
Fléaux des champs , cruels miniftres
De la mort & de la fureur !
La nature en vain fe décore
>

Des dons que lui firent les Dieux ,
B
26 MERCURE
DE FRANCE
.
Leur bec deftructeur en dévore
Les germes les plus précieux .
Malheur à cette âme fublime
Qu'un fentiment de fa grandeur
Pénètre d'un mépris vengeur
Pour l'injuftice qui l'opprime !
Sûre d'en aigrir le courroux ,
Sa gloire elle- même eft un crime
Aux yeux d'un ennemi jaloux .
Dieux immortels , cette âme fière
Ne connoît point l'art odieux ,
Ni les détours infidieux ,
Dont on obfcurcit la lumière
Du vrai qui doit luire à nos yeux !
La Vertu douce & bienfaifante ,
Fille du Ciel , reine des coeurs
Sur les hommages qu'elle enfante ,
Seule a des droits toujours vainqueurs.
Cet homme , tel que j'imagine
Un fage éclairé par les Dieux ,
A l'amour -propre qu'il chagrine ,
Thémire , eft ſouvent odieux .
Plus dignes de tous les fuffrages
Sont ces courtisans empreſſés ,
Caméléons intéreЛlés ,
Propres à tous les perfonnages
Qu'un vil espoir leur a tracés .
Cependant la raiſon févère
Rit de l'erreur qui le féduit ,
JUIN 1766. 27
Et l'étoile qui l'éblouit ,
N'eft rien qu'une vapeur légère ,
Qu'un inftant forme & qu'il détruit.
Génie , ô toi ! flambeau du monde ,
Père des talens & des arts ,
L'efprit languit de toutes parts ,
Si ta chaleur ne le féconde !
C'est toi dont les divins tranfports ,
Dans l'heureux fiècle des merveilles ,
Et de Racine & des Corneilles
Formèrent les brillans accords
Ce furent tes céleftes flâmes
Dont l'ardeur pénétroit les âmes
Des Bouet & des Maffillon ,
Et qui jufques aux derniers âges
Tranfmettront les grandes images
Des Voltaire & des Crébillon.
Cependant , ô trifte affemblage
De maux juſtement redoutés !
Toujours quelque fombre nuage
Obſcurcit tes vives clartés.
Je vois l'Envie au regard louche ;
La Haine , le fiel dans la bouche ,
L'Ignorance aux yeux effrontés ,
Sortant du féjour des ténèbres ,
Sur tes enfans les plus célèbres
Lancer mille traits empeftés.
Cet homme fi grand & fi fage ,
Qui , par un vol audacieux ,
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
Ofa s'élever jufqu'aux cieux
Et vint nous parler le langage
Qu'il apprit au confeil des Dieux ;
Des préjugés , trifte victime ,
Sous la cabale qui l'opprime ,
Jadis défertant les foyers ,
Loin de fon ingrate patrie ,
Voit fon ombre encore flétrie
· Errer fur des bords étrangers.
Mais non , du moderne Pindare
L'honneur immortel eft vengé ,
Il ne rougit point au Ténare
Du crime dont il fut chargé ;
La lumière perce la nuë……..
Heureux fi des voiles obſcurs
Cachoient encore à notre vuë
Ces traits lafcifs , ces vers impurs
Que fa jeuneffe impétueuſe
Enfanta parmi des plaifirs
Pour fa vieilleffe vertueuse ,
Objets éternels de foupirs.
Le favori de Melpomene ,
L'honneur du cothurne François ,
Racine jadis fur la scène
Vit Pradon fier de fes fuccès ;
Un parti détracteur ſtupide ,
Au tendre émule d'Euripide ,
Préféroit ce foible avorton .
O fiècles ! le pourrez-vous croire !
:
29
JUIN
1766.
Ainfi Midas briguoit la gloire
De vaincre & charmer Apollon.
Mais enfin le Dieu du génie
Détruit l'idole avec l'erreur
Et venge l'éloquent Auteur
D'Andromaque & d'Iphigénie ;
Et Racine fur fon autel ,
Malgré fon rival qu'on oublie ,
Voit fa Phédre près d'Athalie
Briller d'un éclat immortel .
Ainfi quand la naifante aurore
Annonce le Dieu de Délos ,
Que l'or de les trésors décore
L'inégal empire des flots ,
Lorſqu'au doux ſouffle de Zéphire
Philomèle , fur un rameau ,
Des tendres fons qu'elle foupire
Charme les Bergers du hameau ;
En vain le Satyre en filence
Prête l'oreille à fes concerts >
Le hibou jaloux fend les airs ,
Vient , la fuit , vers elle fe lance ;
Philomèle fuit en tremblant ;
Mais de fon char étincelant ,
Le Dieu qui diffipe les ombres ,
Frappe fes regards , le pourſuit
Jufques dans fes demeures fombres ,
Et l'oifeau nocturne s'enfuit.
1
B iij
30
MERCURE DE FRANCE .
THEMIRE ,
Ε Ν Τ Ο Ι.
HÉMIRE , je n'ai point la bifarre manie
De comparer mes foibles chants
Aux fons fublimes & touchans
De ceux qu'enflamme le génie ,
Ni l'infolente vanité
De croire qu'un portrait flatté ,
Et fait ſur un autre modèle ,
Soit mon image naturelle .
Cependant quelques traits égaux
Pourroient entre eux & moi former un parallelle :
Comme eux j'ai trouvé des rivaux ,
Des ennemis impitoyables ,
Ardens à troubler mon repos .
Comme eux j'ai des amis fidèles , fecourables ,
Des Mécènes dont la vertu
A foutenu mon coeur quelquefois abattu.
Je te falue , amitié bienfaiſante !
Viens ranimer ma force chancelante
Et de mon fang aigri modérer les ardeurs ;
Tantôt févère & tantôt indulgente ,
Corrige mes défauts , pardonne à mes erreurs ;
Tu n'as point ces fombres fureurs
Dont la vertu rougit & que la haine enfante.
Rappelle moi ces temps heureux
Où , moins connu fans doute & peut - être plus
fage ,
JUIN 1766.
31
"
Dans un cercle d'amis , confidens généreux , "
Je laiffois s'épancher ce coeur libre & volage
Au fein des ris naïfs & des folâtres jeux.
Ce temps n'eft plus ; du moins le fouvenir m'en
reſte ,
Et je vois encor quelquefois
Les momens que je dois à la bonté célefte
S'écouler fous tes douces loix .
Thémire , far vos pas fouffrez que je l'appelle ;
Que fur ma route encore elle jette des fleurs ;
Mon coeur lui trouveroit de nouvelles douceurs :
Les Grâces feroient avec elle.
D'Angers , Avril 1766.
VERS adreffés à Mlle MANDEVILLE ,
nouvelle Actrice du Théâtre Italien.
D ANS la lice brillante ,
Agathe , où tu parois ,
Tes rapides fuccès
Ont paffé notre attente.
Fut-il jamais
De plus heureux effais !
On te voit , on t'adore :
* Rôle qu'elle joue dans le Sorcier , Opéra- Comique,
Biv
32
MERCURE DE FRANCE .
Il femble une fleur que l'amour
Auroit pris foin de faire éclore .
D'une fi belle aurore ,
Qu'il doit naître un beau jour !
Par M. S. DE B ***
A Mile LE P**. fur ce qu'elle m'a reproché
que je ne lui avois jamais dit que je
l'aimois.
Vos beaux yeux blefsèrent mon coeur
Dans votre brillante jeuneffe .
Je vous vis ; mais , hélas ! ce fut pour mon
malheur ,
L'amour fut alors mon vainqueur ,
Je fentis toute fon yvreffe ,
Ses tranfports , toute fon ardeur : .
L'hymen avoit votre tendreffe.
Lorfque je m'apperçus qu'il régnoit feul far vous ,
De mes feux je cachai toute la violence.
Quand la femme aime fon époux ,
L'amant doit garder le filence
Par M. DE C....
JUIN 1766. 33
LE SERIN & le PINÇON , fable.
UNE Fauvette avec plaifir
Ecoutoit le tendre ramage
D'un Serin dont tout le defir
Etoit qu'on acceptât l'hommage
Qu'il rendoit dans fon doux langage.
Pour lui quel contre- temps fatal !
Vint un Pinçon ; l'amour s'éveille :
Le Serin n'eut plus que l'oreille ,
Et le coeur fat pour fon rival.
Par le même.
ETRENNES à Mde la Marquife DE M***.
Vous avez l'efprit , la beauté ,
Le don de féduire & de plaire ,
L'air enchanteur & la gaîté ;
Quels voeux pour vous pourrois - je faire ?
Je n'en fais que pour la fanté ;
Pour les plaifirs , c'eft votre affaire .
Vous devez avoir d'heureux jours ;
Les ris , les talens , les amours ,
Et les habitans de Cithère ,
Sont faits pour vous fuivre toujours .
Par le même.
By
34
MERCURE DE FRANCE .
A une Dame qui me montroit une tête de
mort qu'elle a dans un cabinet rempli de
tableaux & d'eftampes , & qui , à cette
occafion , difoit gaîment les chofes les
plus fenfées.
TROP fouvent la
philofophie
Naît du dégoût & de la vanité .
Votre fexe lui facrifie ,
Moins par penchant que par néceffité.
Vous êtes philofophe , & vous êtes aimable .
Entre les amours & les arts ,
Vous placez de la mort le fquelette effroyable ;
Vos yeux fereins y portent leurs regards !
Votrebouche , en riant , éclaire mieux qu'un livre;
Mais , quoi que vous difiez , pour vous chacun
veut vivre.
Par M. G ***.
JUIN 1766. 35
LETTRE à Madame D'Es ..... fur la
COMPLAISANCE .
Q U'EST - CE que la complaifance ? C'étoit
autrefois , Madame , le nom d'une vertu ,
& l'on ne s'y méprenoit pas ; aujourd'hui
il fignifie prefque un vice fous l'apparence
d'une vertu . C'eft que nos moeurs ne reffemblent
plus à celles de nos ancêtres , &
que les qualités qui étoient réelles en eux ,
ne font en nous que des épithètes dont
nous avons l'art de parer nos défauts .
Mais enfin qu'est - ce que la complaifance
? Une condefcendance honnête à la
volonté des autres. C'eft une vertu de
fociété , lorfqu'elle nous vient , ou du
defir de plaire , ou de la douceur du caractère
c'est une qualité vicieuſe , lorfque la
foibleffe d'efprit en eft le principe , ou que
la fauffeté du coeur en dicte l'ufage .
:
Entre amis la complaifance eft prefque
l'amitié elle même. Elle confifte à favoir
transformer fon inclination en celle de
fon ami , à n'avoir point d'autre volonté
que la fienne dans les chofes honnêtes ou
ir différentes , à fe prê er à tout ce qui
peut l'obliger ou lui faire plaifir , à fe plier
B vj
༣༦ MERCURE DE FRANCE.
dans l'occafion à fon humeur , & à ménager
fes défauts fans cependant les careffer.
L'efprit de fociété n'exige pas cette complaifance
, qui ne pourroit même devenir
la fienne , fans ceffer d'être celle de l'amitié.
La raison en eft fimple ; c'eft qu'il ne
feroit pas naturel que l'on en ufât avec
tous les hommes comme le fentiment inf
pire d'en ufer avec fes amis. Vous le favez ,
Madame , l'ami de tout le monde n'eſt l'ami
de perfonne. En partant de ce principe , la
complaifance fociale ou de fociété ne doit
confifter exactement qu'à s'accommoder
avec décence au goût des autres , ou à ſe
rapprocher , autant que l'honnêteté , la
politeffe & les égards le demandent , des
caractères oppofés au nôtre. Je dis , des
caractères , & non pas des façons de penfer
; car , à moins que celles-ci ne foient
indifférentes , il feroit dangereux , & l'on
rifqueroit fouvent beaucoup , de paroître
même s'y intéreffer.
Il en eft une autre , plus commune infiniment
dans la fociété , quoiqu'elle n'y
foit ni plus utile ni plus honorable , & qui
devroit par conféquent en être bannie.
C'eft celle que je viens d'appeller une
qualité vicieufe , celle de ces perfonnes qui
reçoivent toutes les impreffions qu'on veut
leur donner , qui adoptent tour à tour les
JUIN 1766. 37
fentimens les plus contraires , qui applaudiffent
à tout indifféremment , avec qui
tout le monde a raiſon , & qui n'ofent ,
ni penfer jufte , ni parler vrai. Si les
hommes n'étoient pas ingénieux à fe déguifer
à eux- mêmes leurs défauts & leurs
imperfections , donneroient ils le nom de
complaifance à cette foibleffe d'efprit ?
Vous en convenez , Madame , il y a plus
de fadeur & d'infipidité dans cette façon
d'être fociable , que de véritable complaifance.
C'eft afficher un efprit fans vie &
fans refforts; c'est être de mauvais goût avec
ceux - ci , faux avec ceux - là , du moins
dangereux dans la fociété , ou mériter de
n'y être compté pour rien . Un caractère
de cette efpèce ne formera jamais un
homme eſtimable , bien moins encore un
véritable ami .
Après ces définitions & cette diftinction
effentielle entre complaifance & complaifance
, pourrois - je ne plus infifter ,
Madame , à vous dire que la complaifance
eft toujours extrême lorfqu'elle prend les
tons propres à l'amitié avec les perfonnes
qu'on ne peut estimer , & que peu s'en faut
alors qu'elle ne foit vicieufe ? Vous m'alléguez
des bienféances & un efprit de fociété
qui ne prouveront jamais rien contre
les maximes de la probité naturelle , & qui
38 MERCURE
DE FRANCE
.
par conféquent ne fauroient vous excufer.
Je conviendrai toujours avec vous que la
politeffe , les égards & les ménagemens
font des devoirs ; mais le fentiment de
l'eftime doit dicter la façon d'y fatisfaire .
Il y a des chofes qui ne font jamais bien
que faites à propos , & tels font ces devoirs.
Vos amis , par exemple , ont des droits
auprès de vous , que vous ne pouvez ,
fans
les défobliger , leur faire partager avec vos
connoiffances. Si votre accueil eft le même
pour les uns & pour les autres , fi vos complaifances
font égales , quelle eft donc
l'étiquette de votre amitié ? A quel figne
vos amis s'appercevront- ils que vous les
distinguez ? Quel fera le mot de cette préférence
que vous leur devez , & dont vous
voulez qu'ils foient perfuadés ?
Je vous entends : ils ont dans le particulier
votre confiance & votre familiarité , &
c'eft alors qu'ils jouiffent de leur attachement
pour vous & de vos fentimens pour
eux. A merveille, Madame ! mais par quelle
raifon , je vous prie , leur ferez - vous perdre
en public leur rang & leurs avantages ? Je
ne dis pas que vous deviez rien affecter ; je
penfe feulement que vous devez les recevoir
& les voir d'une façon qui les caractérife
comme vos amis , & qui , fans mortifier
perfonne , leur faffe l'honneur qu'ils
méritent. Quand vous ne confulteriez pas
JUIN 1766. 39
votre coeur en ces occafions , il me femble
que votre gloire eft intéreſſée à faire cette
diftinction ; car enfin vos amis doivent
être dignes de vous , ou ils ne méritent
pas d'être vos amis .
Mais examinons votre feconde queftion.
Ne dois- je , me dites - vous , que des
politeffes & un accueil ordinaire aux perfonnes
qui m'ont rendu fervice , ou qui
defirent de m'obliger ? N'eft- il pas jufte
que j'aie pour elles de l'amitié , & ne
ferois- je pas une ingrate fi je ne leur en
témoignois pas ? Voilà , Madame , comme
vous confondez quelquefois les chofes . Un
fervice rendu demande de la reconnoiffance
, cela eft vrai ; de l'amitié , point du
tout : fi ce n'eft que vous n'eftimiez déja
la perfonne à qui vous avez cette obligation
, ou que dans le fervice dont vous
lui êtes redevable , elle ne vous ait montré
une âme & des fentimens dignes de votre
eftime. Alors , non- feulement la reconnoiffance
doit vous exciter à l'amitié pour
cet homme eftimable , mais il eft encore
de l'intérêt de votre coeur de vous ménager
la fienne. Il faut être d'autant plus attentif
à faifir un ami , digne de l'être , lorfqu'il
s'offre fi obligeamment , que rien n'eſt
plus rare que ces heureufes rencontres.
Non , Madame , l'amitié ni même fes
40 MERCURE DE FRANCE.
dehors ne fe doivent pas indifféremment
à tous ceux de qui l'on a reçu des bienfaits.
Un homme fans moeurs , fans âme & fans
probité , peut vous obliger , vous rendre
des fervices effentiels , peut- être même par
une véritable affection pour vous ; car un
méchant eft fouvent auffi fenfible qu'un
honnête homme. Soyez reconnoiffante ,
rien de plus jufte , c'eſt- à - dire , cherchez
& faififfez à votre tour l'occafion de le
fervir , & reftez - en là. Vous ne pourriez
faire rien de plus pour lui , fans compromettre
votre gloire & l'eftime de vos amis.
Si vous vous trouvez dans le cas de voir
cette perfonne ou de recevoir fes vifites ,
prenez avec elle le ton de la décence & de
la dignité , & ne lui donnez point à penfer
, bien moins encore à fe flatter que
votre reconnoiffance la met au nombre de
vos amis. Un Philofophe de l'antiquité
difoit qu'ilfréquentoit les méchans comme
les Médecins fréquentent les malades ; &
c'eſt ainſi qu'il faut vivre dans la fociété
avec ceux qu'on ne peut eftimer , quelque
obligation qu'on leur ait , ou quelque
amitié qu'ils nous témoignent eux - mêmes.
On les voit , parce qu'il eft peut-être indifpenfable
de les voir , mais en évitant
toujours de fe lier avec eux & d'avoir
mème l'apparence d'être leur ami. QuoiJUIN
1766. 41
que cette conduite foit celle d'une vertu
délicate , un amour- propre , qui penſe ,
fuffit encore pour l'infpirer.
Jufqu'ici , Madame , permettez moi ce
petit reproche , vous n'avez pas pris bien.
exactement cette prudente précaution.
Vous vous êtes , au contraire , perfuadée
que l'efprit de fociété exigeoit de vous
que vous euffiez pour tous ceux qui vous
voient la même politeffe , le même vifage
& les mêmes bonnes façons . Combien de
fois vous ai-je vue faire l'accueil le plus
gracieux à des gens que vous aviez mille
raifons de méprifer , & que vous méprifiez
en effet de toute votre âme ? Vos amis
furvenoient-ils ? vous n'en faifiez pas davantage
pour eux. Je vous l'avouë de bonne
foi , je ne favois comment concilier votre
coeur avec ces dehors , où il étoit fi évident
que fes fentimens & fa droiture fe
trouvoient compromis.
Quelques-unes de ces perfonnes vous
rendoient , il eft vrai , des fervices , elles
avoient même un empreffement affectueux
à vous les rendre ; mais puifque vous les
connoiffiez fi bien , & qu'il vous étoit par
conféquent impoffible de les eftimer , ni
en gros , pour ainfi dire , ni en détail :
pourquoi ne vous paffiez vous pas de leurs
bons offices ? pourquoi leur prêtiez - vous fi
42 MERCURE
DE FRANCE .
fouvent l'occafion de vous obliger ? Vous
étiez précisément dans le cas de ce Romain
qui , dans un befoin preffant , ayant refufé
une fomme confidérable que lui offroit
un riche ufurier , répondit à ceux qui s'étonnoient
de ce refus je ne veux rien
devoir à un homme avec qui j'aurois honte
de converfer mais vous ne vouliez pas
vous en appercevoir. Voilà auffi ce que je
n'ai jamais pu ni approuver ni comprendre.
Je ne doute cependant plus , Madame ,
que vous ne foyez décidée à réformer ces
excès de politelle & de complaifance ; vos
queftions m'annoncent cette réforme , ſi
digne de votre fageſſe & de votre candeur,
Je ne blâme point votre inclination à vous
concilier , s'il étoit poffible , l'affection &
l'eftime de tout le monde ; c'eſt une coquetterie
qui vous dédommage innocemment
de celle que les circonftances où vous
êtes vous interdifent. Je fouhaite feulement
, pour les intérêts de votre gloire &
de celle de vos véritables amis , que vous
mettiez des nuances dans votre politeffe
& vos complaifances. S'il n'eft pas permis
de manquer à perfonne , c'eft effentiellement
à l'égard de foi - même & de fes
amis qu'il faut obferver cette loi.
Sachez diftinguer vos amis de vos connoiffances,
& celles-ci encore des perfonJUIN
1766. 43
nes qui vous voient & que vous voyez
feulement. Les bienféances du fiècle confondent
enſemble la politeffe , les attentions
, la complaifance & les ménagemens ;
& de-là vient auffi la confufion des idées
& des procédés dans la fociété. Garantiffez
- vous de ce défordre. Soyez polie avec
tout le monde , mais avec difcrétion &
difcernement ; attentive & complaifante
avec les uns , & nullement , ou du moins
avec différence pour les autres , & n'ayez
jamais le ton , ni l'air , ni les expreffions
de l'amitié qu'avec vos amis ou avec ceux
qui méritent de le devenir. En un mot,
Madame , affujettiffez les ufages de la
fociété à votre gloire , à votre fageffe , à
la dignité & aux fentimens de votre belle
âme. Ayez à vous- même vos principes &
vos actions , & ne confultez plus des bienféances
factices , qui ne font capables que
d'altérer la probité de ceux-là & l'aimable
franchiſe de celles- ci.
Dans l'intéreffante Comédie de Nanine,
la Comteffe de l'Orme reproche au Comte
d'Olban qu'il brave le public & l'ufage :
L'ufage répond le Comte ) eft fait pour le
mépris du fage.
Je me conforme à fes ordres gênans
Pour mes habits , non pour mes fentimens,
Il faut être homme , & d'une âme ſenſée ,
44 MERCURE DE FRANCE.
Avoir à foi fes goûts & fa penſée.
Irai-je en fot aux autres m'informer
Qui je dois fuir , chercher , louer , blâmer ?
Quoi de mon être il faudra qu'on décide ?
J'ai ma raiſon , c'eſt ma mode & mon guide.
Le finge eft né pour être imitateur ,
Et l'homme doit agir d'après fon coeur.
Voilà , Madame , les fentimens & la
conduite qu'infpirent la vertu , la fageffe
& le véritable honneur. Vous êtes née
vraie ; cultivez fans ceffe ce caractère ſi
heureux & fi rare , & exprimez - le avec
tout le monde comme avec vos amis . La
candeur n'exclut ni la politeffe , ni la
complaifance , ainfi vous fatisferez toujours
votre inclination en même temps
que vous en réglerez les mouvemens , &
que vous en différencierez les procédés.
Perfonne au monde ne vous eft acquis
comme moi & ne fera jamais avec un
attachement plus fincère & plus délicat ,
Votre , &c.
Le 22 Avril 1766.
D. P. R. B.
JUIN 1766. 45
PORTRAIT au naturel de Mlle D. L. H....
fur l'air : L'amant frivole & volage.
D E l'aimable Mariette
Vous defirez le portrait ;
Dans ce couplet d'ariette
Je la peindrai trait pour trait :
Elle a les yeux fins de Flore ,
Et la jeunelle d'Hébé ,
Les talens de Terpficore ,
Et les grâces de Pfyché.
Par le même.
SUR l'Attraction.
AYANT entendu dire à quelqu'un que
c'eſt aujourd'hui une eſpèce de deshonneur
que de ne pas être Newtonien , c'est-à - dire,
de ne pas croire à l'attraction , voici ma
profeffion de foi fur ce fyftême. Il y règne
un ton bachique , qui n'a cependant jamais.
été le mien ; mais quand l'idée m'en eſt
venue , ma muſe étoit apparemment montée
fur ce ton- là , & je ne prétends point
répondre de cette fantaifie.
46 MERCURE
DE FRANCE
S'IL faut adopter un fyftême
Pour me mettre fur le bon ton ;
Par ce fimple philoſophême ,
Je me déclare pour Newton.
En lifan Ariftote ,
Je fens que mon efprit radote
Thales eft un impertinent ,
Avec lui jamais l'on n'eft yvre ;
Pythagore eft trop abftinent ;
Nargue de lui ! moi , je veux vivre .
Defcartes me plairoit , ſon ſyſtême eſt joli ;
Mais dans les tourbillons , pour peu que je
féjourne ,
Par ma foi la tête me tourne .
Pour le vuide de Gaffendi ,
Forgé jadis par Epicure ,
A
A tout buveur
Il fait horreur ,
Ainfi qu'à la nature.
Mais le fage Newton,
Satisfait ma raiſon ;
Et quand je fuis à table ,
Je fais l'épreuve délectable ,
Qu'en vertu de l'attraction ,
Plus je bois & plus je veux boire
Ergo , c'eft ma conclufion ;
Amis , imitez-moi , buvons à fa mémoire:
Par le méme.
JUIN 1766. 47
PARAPHRASE du verfet Domine , falvum
fac Regem , &c.
FAVORISEZ, grand Dieu , nos douces deftinées ! >
Et , pour comble de gloire en nous rendant
heureux ,
Accordez à Louis les nombreuſes années
Que lui marquent nos voeux.
Par le même.
A Madame DE ***. fur un crayon qu'elle
avoit donné à l'Auteur qui commence à
deffiner.
D'UN ' UN joli crayon ,
Iris m'a fait don.
Le premier ufage
De cet inftrument ,
Doit être un hommage
A l'objet charmant
Dont je tiens ce gage.
Mais ma foible main ,
Qui craint le naufrage ,
Commence , & foudain
Laiffe-là l'ouvrage ,
Sans y mettre fin.
48
MERCURE
DE
FRANCE
.
A
Ab fi la nature
M'eût fait plus favant ;
Si de la peinture ,
J'avois feulement
La moindre teinture ;
De l'aimable Iris ,
Comme j'aurois pris
Les traits pour modèle....
Iris eft fi belle !
Pour faire un morceau
Qui fût digne d'elle ,
Que n'ai-je d'Apelle ( 1 )
Le brillant pinceau ,
Ou de Praxitelle ( 2 )
Le divin cifeau ! ...
Mais , ô plainte vaine !
Leurs talens unis ,
Pour bien peindre Iris ,
Suffiroient à peine.
ENVO I.
IMABLE Iris , de vos attraits
Peut- être aurois je pu , cédant à mes ſouhaits ,
Crayonner une foible image.
Mais il eft des tableaux qu'on ne peut qu'ébaucher
;
Les admirer , c'eſt être ſage :
C'eft être fou que d'y toucher.
1 ) Célèbre Peintre de l'antiquité , qui peignit Vénus.
( 2 ) Sculpteur fameux ; il fit auffi Vénus.
ENIGME.
JUIN 1766 . 49
LE mot de la première Énigme du Mercure
de Mai eft les lunettes . A l'égard de
celui de la feconde , tous les Ecoliers favent
cesdeux vers latins :
Quinque fumus fratres , quorum duo funt finè
barbâ.
Barbatique duo ; fum femibarbis ego.
Il y a pourtant une faute de quantité , puifque
la première fyllabe de femibarbis eſt
fuppofée bréve dans le vers. On fait aufli
que les cinq petites feuilles vertes , que les
Botaniftes nomment pétales , & qui forment
le calice de la rofe , ont cette différence
entre elles , que deux ont les deux
bords dentelés , ou barbus , deux les ont
dégarnis , & la cinquième a un côté barbu
& l'autre liffe. Ainfi le mot de l'Enigme
eft la feuille du calice de la rofe, qui n'a qu'un
bord garni de poils . Le mot du premier
Logogryphe eft baffon. Celui du fecond eſt
fourage.
50 MERCURE
DE FRANCE ,
ENIGMES.
N me diftingue fous les cieux
Comme un don des plus précieux .
Je brille , je féduis ; & fur-tout la jeuneſſe
Prétend m'avoir & me montrer fans cefle :
Mais fouvent je lui nuis plus que je ne lui fers ;
Plus on me court & plus je me cache & me
perds.
Une belle par moi , fûre de fa conquête ,
Sans moi bientôt la perd . Lorfque j'orne fa tête ,
Je l'embellis , elle me rend plus beau ,
Ses yeux & fes diſcours ont un charme nouveau .
Suis- je un moment hors de chez elle ?
On voit tourner fa petite cervelle
Et la pauvrette plus ne fait
Ce qu'elle dit , ce qu'elle fait.
J'ai mille qualités contraires ,
Je conduis , feul , affez mal mes affaires ;
Mais quand j'atteins le jugement ,
Je réuffis heureuſement.
Enfin je fuis , Lecteur , néceſſaire à ta vie :
A me garder je te convie.
On eft fou quand on m'a perdu ,
Et fort for quand on m'a rendu.
JUIN 1766. St
QUI
PROVERBES en Énigme.
UI l'eût jamais penfé ? Tircis eft inconſtant !
A qui donc fe fier ? Si l'ingrat eft volage ,
C'en eft fait, je romps tout & mon coeur le dégage;
Mes brebis , vous ferez mon feul amuſement.
S'il revenoit à moi ? ... non , non , je hais le traître
Comme un loup raviſſant .... Mais je le vois paroître
!
Mon chien va le flatter ; il apporte des fruits ;
Il évite Climène : ah ! j'en mange à ce prix.
Trouvez dans ces huit vers les huit mots d'un
proverbe ,
Cachés comme ces fleurs qu'il faut chercher dans
l'herbe.
TOUT
AUTR E.
OUT m'offre en ce féjour une volupté pure ;
J'admire avec tranſport ce vallon , ce côteau ,
Cette onde qui ferpente autour de ce hameau :
Dans fa fimplicité brille ici la nature .
Non , ce n'est qu'en ces lieux , qu'à fa main libre
& fûre ,
pas , Je reconnois encor qu'on peut fuivre fes
Et fous l'or des lambris on ne la trouve pas,
Par M.... à Blaifon,
Cij
52
MERCURE DE FRANCE .
LOGO GRYPH E S.
JE fuis un être bienfaiſant ,
Quoique le mal foit mon effence.
J'ignore abfolument le lieu de ma naiffance ,
Et j'avois voyagé de l'aurore au couchant
Avant qu'un fort heureux me conduifît en France.
Dans ce pays , d'abord , j'eus peu de partiſans ,
Mais bientôt un puiflant Génie ,
Joignant à mes efforts nailfans ,
L'utilité de fes talens ,
M'y fit triompher de l'envie ,
Et mes fuccès les plus brillans
Sont le fruit de fon induftrie.
Sur onze pieds , Lecteur , je vais me propoſer.
Si tu veux les décomposer ,
Tu trouveras d'abord deux notes de mufique ;
Un Ecrivain Evangélique ;
Pour défendre un rempart un utile inſtrument ;
Ce qu'aux grands criminels on coupe affez fouvent;
Un peuple fameux dans l'hiftoire ,
D'où fortit le peuple Romain ,
Qu'un Troyen fubjugua les armes à la main ;
La langue dans laquelle on a chanté fa gloire ;
Le mot qui défole un amant ,
E; celui qu'il defire avec empreffement ;
JUIN 1766 . 53
Chez les foibles humains une vertu bien rare ;
Dans les égaremens une femme barbare
Expiant dans les flots le meurtre de fes fils ;
L'eau qui baignoit les murs de l'antique Memphis;
Une jeune & tendre pucelle ,
Dont le Maître des Dieux devint le féducteur ;
Que ne put - elle , hélas ! éviter la fureur
D'une rivale trop cruelle !
Ce qui..... mais c'eſt aſſez me creuſer la cervelle ;
Voici mon dernier trait : devine , ami Lecteur ,
Le nom qu'avoient les Rois du Pérou , du Méxique
,
Avant qu'un Efpagnol eût conquis l'Amérique .
Par M. GILSON .
Q
AUTRE.
UI ne me connoît pas ? dans les villes , aux
champs ,
Par-tout foule mon corps ; femblable à bien des
gens ,
J'ai plus d'un père , un feul ne peut me donner
l'être .
Je fuis frêle , mais fait pour plus d'un petit-maître;
Ce monde en tout léger , plein de frivolité ,
Heureufement fait grace à ma fragilité.
Ciij
$4 MERCURE DE FRANCE.
Je fuis enfant du luxe & de l'économie ;
Un fujet de critique , & très-fouvent d'envie.
Né de tes jours , Lecteur , tu peux , fans embarras ,
Deviner qui je fuis ; on me tire les bras
Pour faire aller mes pieds : foit qu'on forte ou
qu'on entre ,
Sans pitié chaque fois on m'entr'ouvre le ventre .
Tranſpoſant mes neuf pieds , combinant bien
leur
rang ,
Tu verras le premier qui teignit de ſon ſang
Une main fratricide ; en France une rivière ;
1
Ce que laiffe au mérite un faquin en litière ;
Trois poiffons ; une mère ; un élément ; un fruit ;
Le pivot de la tête ; un jeu qui fait grand bruit ;
Un pays moins fameux en vin qu'en bon fromage
;
Le vrai fin du piquet ; deux pièces de ménage ;
Pour les gens fortunés théâtres de plaifirs ;
Ce dont la loterie amorce tes defirs ;
Un tiſſu de larcins , ouvrage inimitable ;
Un ennemi des chats irréconciliable ;
Deux notes de mufique ; un métal précieux ;
La manne des enfans ; ce fils ambitieux
Qui jadis paya cher fa défobéiffance ;
le féjour des élus ; un homme dans la France ;
Objet de notre amour ; un divertiſſement ;
Un grain dont chacun fait fon plus cher aliment ,
Et pour le nettoyer un inftrument utile ;
Un Canton de la Suiffe ; en Egypte une ville ;

Lent .
D'une o dorante fleurette, Qu'une abeille
Fut
caressoit, L'enfantine Coli - nette Inno =
- cemment s'amusoit : On ditque l'amour la
guette ;jamais il ne guette en vain .
Prens bien garde Coli - nette !L'amour
・est un Dieu malin .
JUIN 1766. SS
Un fleuve d'Italie ; une conjonction ;
Ce qui pour l'un eft jeu , pour l'autre paſſion ;
Trop fouvent d'un cadet l'héritage ordinaire ;
Ce que moi-même enfin plutôt j'aurois dû faire.
Par M. DE Brevil.
L'AMOUR ABEILLE;
ROM ROMANCE NOUVELLE.
D'UUNE odorante fleurette
Qu'une abeille careffoit ,
L'enfantine Colinette
Innocemment s'amufoit.
On dit que l'amour la guette ;
Jamais il ne guette en vain.
Prends bien garde , Colinette !
L'amour eft un Dieu malin.
Un beau jour , cette follette ,
S'approcha pour la cueillir.
Au defir de l'indifcrette ,
Succéda le repentir.
Clofe , au fein de la fleurette ,
L'abeille attendoit fa`main....
L'imprudente Colinette
N'acheva pas le larcin .
C iv
16 MERCURE DE FRANCE .
Que je te plains , Colinette !
Cette abeille étoit l'amour .
A toi , pauvre bergerette ,
N'a- t-il joué que ce tour ? ...
Si l'amour veut ta défaite ,
La tenteroit-il en vain ?
A la pauvre Colinette
N'a- t- il bleffé que la main ?
ENVOI à Mlle ***
Au flambeau d'amour éclofe ;
Brillante de fa fraîcheur ,
Ta beauté reflemble à la roſe ,
Ton teint imite fa couleur ;

Jeune Eglé , ta bouche vermeille
Exhale fa douce odeur ...
Que ne puis -je , comnie l'abeille
Cacher l'aiguillon fous la fleur !
JUIN 1766. 57
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
HISTOIRE DE FRANÇOIS I.
CE
SECOND EXTRAIT.
E fecond extrait va reprendre l'hiftoire
de François I, aux années 1527 &
1528.
Le Pape , Clément VII , avoit été fait
prifonnier dans Rome par l'armée Impériale
; le Maréchal de Lautrec , envoyé
pour le délivrer , s'approche de Rome , &
bientôt le Pape eft libre. Lautrec porte fes
armes victorieufes dans le Royaume de
Naples , il foumet prefque tout cet État ,
il ne lui reftoit plus à réduire que la capitale
, il touchoit au moment du fuccès. La
défection d'André Doria , le plus grand
homme de mer de fon temps , imprudemment
mécontenté par le Gouvernement
François ( qui , fous le règne de François I,
commit fouvent cette grande faute de pouffer
de grands hommes à la révolte ) , fit
C v
$ 8 MERCURE
DE FRANCE
.
échouer le projet & entraîna la perte du
Royaume de Naples. Lautrec mourut devant
Naples , moitié de la pefte , moitié de
la douleur de favoir que ce fléau confumoit
toute fon armée . Voici le portrait de
cet homme demi - courtifan , demi - Général
, qui avoit de grandes qualités & de
plus grands défauts , qui fit des actions
éclatantes & des fautes irréparables.
"
ود
ور
"
" Lautrec mériroit qu'on honorât fa
mémoire ; fes talens étoient dignes d'ef-
» time , fon courage d'admiration , fes
» fervices de reconnoiffance , fes mal-
» heurs de pitié. Le peuple , quelquefois
» injufte , haïffoit en lui la fource de fa
» faveur fous François I. Dès le règne de
» Louis XII , on avoit répandu un ridi-
» cule ineffaçable fur la carrière militaire
» de Lautrec. Il avoit eu le malheur d'être
choifi pour eſcorter à Pife les Prélats du
» Concile que Louis XII y convoquoit
» contre Jules II. Cette commiffion d'ef-
» corter des Prêtres , quoiqu'ennoblie par
» fon objet , donna lieu à ces plaifanteries
» fi redoutables qui fouvent étouffent une
réputation naiffante , ébranlent une réputation
établie , & dont l'influence ne
» peut être détruite qu'à force d'exploits.
» Ceux de Lautrec furent mêlés de trop
de fautes pour produire tout leur effet .
ور
ود
")
JUIN 1766.
59
"
"}
» Sa valeur , à la vérité , fut non-feulement
irréprochable , mais éclatante : en con-
» damnant la témérité deGafton à Ravenne,
» en s'efforçant de la réprimer , il la partageoit
& il penfa en être la victime' ; il
» combattoit feul contre une armée entière
» pour arracher Gafton à la mort. Cette
époque eft la plus brillante de ſa vie ;
» mais les négligences qu'il parut affecter
» pendant la campagne de 1521 dans le
» Milanès , l'inflexibilité barbare avec laquelle
il gouverna ce Duché, l'opiniâtreté
aveugle avec laquelle il fuivit fes projets
fans les communiquer , fans confulter
l'expérience des vieux Chefs , la préfomption
qui préfida fouvent à fes dé-
» marches , qui fembla prendre plaifir à
appeller le danger , à le laiffer parvenir
» au comble pour le diffiper tout - à - coup
» par un trait de génie ; qui rejetta la vic-
» toire , quand elle s'offroit , pour la rap-
وو
""
»
">
"3
ور
"
23
«
peller enfuite malgré elle ; les pertes ,
» les défaites qu'entraîna cette conduite
équivoque , ont obfcurci fa gloire , l'ont
» fait confondre dans la foule des Capi-
» taines du fecond ordre , ont empêché
» qu'on ne lui tînt compte de tout ce
qu'il avoit fait à la journée de la Bicoque
» & de ce qu'il fouffrit devant Naples
Paix de Cambrai en 1529 : intervalle de
ور
93.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
و و
و د
ود
ود
»
و د
paix. « Le Roi fe tourna du côté des lettres
; elles le confolèrent , elles l'illuf-
» trèrent même & lui procurèrent une
gloire plus folide que celle qui lui avoit
» tant coûté pour lui échapper enfuite.
Cette gloire nouvelle n'avoit rien à crain-
» dre , ni des revers de la fortune , ni des
» fautes d'un Général , ni des malverfations
des gens d'affaires , ni des révolu-
» tions du temps . Ce nom de père & de
reftaurateur des lettres eft encore aujour-
» d'hui le plus bel ornement de la mémoire
» de François I : toute la fortune de Char-
» les Quint n'a rien à oppofer à ce titre.
» On vit au milieu des douceurs de la
paix la face de la Cour changer & s'embellir
, les moeurs s'adoucir , une poli-
» teſſe aimable tempérer l'orgueil fauvage
» de la Chevalerie , les arts fleurir , les
» vues s'étendre , & la France regagner ,
» par les fuccès de l'efprit , cette confidé-
» ration qu'elle gémiffoit d'avoir perdue
» par les armies & par les traités » . Mais
l'hiftoire fuivie du renouvellement des
lettres & des arts fous François I, eft renvovée
à un autre lieu .
"
ور
?
L'hiftoire du divorce de Henry VIII
eft étroitement liée avec l'hiftoire de la
rivalité de Charles Quint & de François I.
Voici le jugement que porte M. Gaillard
JUIN 1766.
Gr
de la conduite des principaux perfonnages
intéreffés dans cette grande affaire .
و د
" Si la conduite de Clement VII a paru
précipitée à bien des perfonnes , celle
» de Henry VIII a paru odieufe à tout
» le monde , celle de Catherine d'Arragon
» ferme , égale & modefte. Peut-être par-
» donneroit-on à Henry d'avoir époufé fa
29
و ر
maîtreffe , en répudiant la femme de fon
» frère , fi , de fix femmes qu'il épouſa ,
» il n'avoit pas fait trancher la tête aux
deux qu'il avoit le plus aimées , s'il
» n'en avoit pas répudié deux , s'il n'en
» avoit pas fait périr une autre dans les
» tortures de l'enfantement , en pouvant la
» fauver , s'il n'avoit pas mille fois me-
» nacé la vie de la fixième , s'il n'avoit
» pas joint les fureurs de la jalouſie aux
» caprices de l'inconftance , fi la difgrace
» de fes femmes n'avoit pas entraîné la
profcription des enfans qu'il en avoit
" eus , fi enfin il n'avoit pas été un Roi
» tyran , un mari barbare , un père déna-
» turé , un ami infidèle , un politique bi-
» farre , prefque uniquement célèbre par
le mal qu'il a fait , & plus rede vable ,
» aux conjonctures qu'à fes talens , du pou-
» voir illimité qu'il exerça en Angleterre ».
En 1535 la guerre renaît à l'occafion de
la mort violente de l'Ambaffadeur Mer-
"
9
ود
62 MERCURE DE FRANCE.
ville. L'hiftoire très - fingulière de cet Ambaffadeur
eft rapportée dans le chapitre
huitième & dernier du troifième livre , &
c'eſt encore un de ces morceaux que nous
devons indiquer d'une manière particulière
à nos lecteurs. Des négociations
frauduleufes de la part de l'Empereur
retardent quelque temps le renouvellement
de la guerre & viennent aboutir à la fcène
la plus fcandaleufe que ce Prince donne à
Rome en plein Confiftoire , où il infulte
publiquement François I de la manière
la plus cruelle , & où il réduit prefqu'à
rien le lendemain , par une explication
tardive , tout ce qu'il avoit dit de plus
téméraire & de plus injurieux ; il faut voir
la relation de cette fcène dans le chapitre
troisième du quatrième livre. L'Empereur ,
par fes intrigues dans toute l'Europe , foulève
une partie de fes Princes contre François
I : il faut voir , fur-tout dans le chapitre
cinq du même livre , les calomnies
politiques qu'il avoit répandues contre fon
rival dans l'Allemagne , & que Langei parvint
à détruire à force de patience , de
hardieffe , d'éloquence & de dextérité ; la
défection du Marquis de Saluces dans le
chapitre feptième , & la belle défenſe de
Foffan , forment un tableau attachant :
mais un beaucoup plus grand tableau eft
JUIN 1766. 63
celui de la defcente de l'Empereur en Provence
en 1536 , rapportée avec une juſte
étendue dans le chapitre huit. Ce fut pendant
le cours de cette expédition que mourut
le Dauphin François.
ود
« Le Cardinal de Lorraine , qui s'étoit
chargé à regret de prononcer au Roi cette
» fentence de douleur , mais qui devoit ce
» trifte ministère aux bontés dont le Roi
» l'honoroit , fe préfenta devant lui avec
» un vifage où on lifoit l'expreffion à demi-
» étouffée de la plus profonde défolation .
» Le Roi vit venir le coup. Un de ces
preffentimens fecrets , qu'on veut tou-
»jours rendre merveilleux , mais qui naif-
»fent toujours du concours des circonf-
» tances , l'avertit qu'il alloit être frappé
» dans l'endroit le plus fenfible. Il fe fou-
» vint d'abord de ce qu'il avoit de plus
cher , fon coeur fe tourna de lui-même
» vers le Dauphin fon fils , il en demanda
des nouvelles en tremblant . Le Cardinal

>>
ور
ود »fetut,puisbégayaaveceffortlesmots
» de maladie , de danger , d'efpérance . Ah!
» mon fils eft mort s'écria le Roi , mon
ود
>>
>
fils eft mort , vous voulez en vain ménager
fon père. Un morne filence & un.torrent
» de larmes furent la feule réponſe du
» Cardinal. La chambre retentit à l'inftant
» de cris & de fanglots. Le Roi fe traîna
و ر
64
MERCURE
DE
FRANCE
.
ور
"
ود
» mourant jufqu'à une fenêtre , où , levant
» les yeux au Ciel , il pria , il pleura , pour
❞ ce fils , pour lui-même pour fon peuple
; il offrit à Dieu ce douloureux fa-
» crifice avec la foibleffe d'un père , la
» fermeté d'un héros & la piété d'un chré-
» tien. Il dut trouver une confolation bien
» touchante dans la vérité des regrets
» dont toute la France honora la mémoire
» de ce jeune Prince . Le cri du coeur fe
fit entendre même à la Cour. On y vit
» couler de ces larmes que la douleur feule
» fait répandre , & que, ni la décence , ni
» le devoir , ni tout l'art du fouple cour-
» tifan ne peuvent fournir "".
"
On a dit que Charles Quint avoit fait
empoifonner le Dauphin: M. Gaillard
difcute profondément cette accufation &
incline beaucoup à la rejetter ; il ne diffimule
aucune des raifons favorables ou
contraires à fon opinion . Il faut voir ce
morceau dans l'ouvrage même.
ور
"
François I ne s'étoit jamais montré
» plus grand que le jour qu'il apprit la
» mort de fon fils. Accablé par le chagrin ,
foutenu par le devoir , dévorant fes lar-
» mes , ranimant fon coeur flétri , foule-
» vant le poids immenfe de fa douleur ,
» on le vit dès le foir même s'efforcer de
s'occuper des affaires de l'Etat , tenir
ور
JUIN 1766. 65
לכ
» confeil , adreffer des dépêches à fes
Généraux ; ce courage eft, ou d'un infen-
» fible , ou d'un héros , mais jamais on
» n'accufa François I d'infenfibilité .
ود
ود
ور
"
» Le lendemain ayant fait venir Henry ,
» Duc d'Orléans , fon fecond fils , devenu
» Dauphin par la mort du premier , il
» l'embraffa en pleurant , & lui dit : mon
» fils , vous avez perdu un modèle & moi un
» appui. Le deuil univerfel juftifie nos lar-
» mes & rend témoignage de la grandeur de
notre perte. L'exemple de votre frère ,
leçon la plus utile pour votre âge , vous
» eût guidé dans la carrière de l'honneur ;
» que fa mémoire vous infpire & vous con-
» duife ! Héritier de fon rang , foyez- le de
» fes vertus naiffantes ; elles euffent fait ma
33
و د
" joie , que les vôtres faffent ma confola .
» tion ; imitez votre frère , ſurpaſſez- le ,
» s'il eft poffible ; vous ne me le ferezjamais
» oublier , faites- m'en toujours fouvenir.
» La Cour étoit préfente & fondoit en
» larmes , le Prince paroiffoit pénétré , le
» Roi attendri fembla un moment s'abîmer
dans fa douleur ; mais bientôt »
" rappellé à lui-même par les devoirs fé-
» vères de la royauté , il fe fit violence
» pour fe livrer tout entier aux foins du gou-
» vernement & à la défenſe du Royaume ».
La bonne conduite du Roi en Provence
66 MERCURE DE FRANCE.
fit avorter les vaſtes projets de fon concurrent
, qui d'abord n'avoit parlé que de
conquérir la France , & qui en avoit diftribué
d'avance les dignités & les emplois
à fes courtisans. François I fut bien fecondé
dans cette expédition par le Maréchal de
Montmorenci , qui commandoit au camp
d'Avignon , tandis que le Roi , établiſſant
fon camp à Valence , veilloit à la fois fur
la Provence & fur le Dauphiné.
« Les hiftoriens vantent à l'envi l'ordre
» admirable , l'exacte difcipline que
Mont-
" morenci faifoit obferver dans fon camp:
" le choix même de l'affiette de ce camp
» étoit extrêmement heureux . Le Rhône
»y portoit des vivres en abondance ; la
» Durance en formoit la barrière du côté
» de l'ennemi . Montmorenci , pour fortifier
» cette barrière , avoit rempli de nombreu-
» fes garniſons toutes les Places fituées fur
» la Durance. Par- là il mettoit le camp à
» l'abri de toute infulte , il rendoit le
paffage de la Durance prefque impoffible
, il empêchoit l'ennemi de s'étendre
» & de fourager. Non content d'affurer
>> ainfi les entours du camp , il n'avoit rien
négligé pour la fûreté , pour la propreté
intérieures ; il l'avoit environné de tous
» côtés , ou d'eau , ou d'un foffé ſec trèsprofond
& large de vingt - quatre pieds.
>>
33
»
>>
JUIN 1766 . 67
و د
و د
"
» Un ruiffeau qu'il avoit fait couler au
» milieu du camp , & qu'il avoit diftribué
» en une multitude de canaux , recevoit
» toutes les immondices. Il avoit fait faire.
» en-deçà du foffé des remparts de terre
» avec des plates- formes , le tout garni
» d'artillerie. Sa tente , placée dans un
» endroit élevé , lui ménageoit une infpection
facile fur tous ces travaux , mais
» fon activité ne ſe bornoit pas à cette infpection
éloignée & tranquille ; il étoit
» fans ceffe à cheval , parcourant avec fes
principaux Officiers , tantôt tous les de-
» hors , tantôt tous les quartiers du camp ,
preffant les travailleurs , encourageant
les foldats , animant & flattant les Offi-
» ciers , affable , careffant , cherchant tous
les moyens d'être agréable à l'armée afin
,, d'être utile à fon Maître , ayant reconnu
» que l'affection eft le grand principe de
,, l'obéiffance. Il obfervoit tout & pour-
» voyoit à tout , il connoiffoit fon armée ;
sil en étoit aimé & refpecté. Ce camp ,
» tous les jours accru & fortifié , fembloit
» ne renfermer qu'une famille , gouvernée
» par un père fage & tendre. Il écoutoit
» tous fes enfans , le moindre Soldat trou-
» voit un libre accès auprès de lui & pou-
»voit lui porter fes plaintes ».
»
23
"
››
و د
و د
"
Le fruit de cette conduite fut la retraite
MERCURE DE FRANCE.
ou plutôt la fuite de l'Empereur , qui rentra
dans les Alpes avec les déplorables
reftes de fon armée détruite.
ود
"
و د
c
« On pouvoit fuivre fa route à la trace
" des morts dont elle étoit couverte ,
» & de l'infection que tant de cadavres
» ou laiffés dans le camp , ou femés çà
» & là fur les chemins , répandoient
» dans l'air . C'étoit un fpectacle capable
» de guérir à jamais de la manie des conquêtes.
La mortalité avoit étalé fes ravages
depuis Aix jufqu'à Fréjus , & par-
» delà. Les hommes , les chevaux , les
» morts , les mourans , les armes , les har-
» nois , les bagages confufément entaflés ;
» les morts portant fur leurs corps livides
» le témoignage des longues douleurs
qu'ils avoient fouffertes ; les malades
» troublant un trifte filence par de plus
» triftes gémiffemens , appellant par de
pénibles foupirs une mort trop lente ,
» attendant de la cruauté de l'ennemi le
» coup
fatal que leur refufoit la pitié plus
» cruelle de leurs amis , tandis que l'Em-
" pereur , avec quelques débris menacés
» du même fort , fuyoit à travers tant de
périls devant l'ennemi qu'il avoitbravé » .
En 1538 une trève fufpendit toutes ces
hoftilités ; le Pape Paul IIl eut une
entrevue avec les deux rivaux à Nice : les
و د
و د
ود
*
JUIN 1766. 69
détails de cette entrevue font curieux , il
faut les voir dans l'ouvrage même , chapitre
douzième & dernier du livre quatrième.
Les deux rivaux eurent auffi une
entrevue à Aigues-Mortes ; l'année fuivante
Charles - Quint paffa par la France
pour aller foumettre les Gantois révoltés :
les circonftances piquantes de ce paffage
font raffemblées dans les deux premiers
chapitres du cinquième livre ; le chapitre
fuivant contient l'hiſtoire intéreffante &
incroyable , fi elle n'étoit pas certaine , de
l'affaffinat des Ambaffadeurs Rincon & Fregofe
la guerre recommence à l'occafion
de cet attentat. M. Gaillard , avant de
s'engager dans l'hiftoire de cette nouvelle
guerre , confacre un chapitre entier au récit
de la difgrace des quatre Miniftres favoris ,
le Connétable de Montmorenci , l'Amiral
de Brion , le Chancelier Poyet & le Cardinal
de Lorraine.
Les Généraux qui fe diftinguent dans
la guerre de 1542 font, chez les Impériaux ,
le Marquis du Guaft ; chez les François ,
Langei , & fur-tout le jeune Comte d'Anguien,
qui remporta en 1544 la victoire de
Cérifoles , le plus mémorable exploit de
cette guerre ; il est décrit ici avec la même
attention & le même intérêt que les batailles
de Marignan , de la Bicoque & de
70 MERCURE DE FRANCE.
Pavie. La paix ne tarda pas à fe faire entre
François I & l'Empereur, mais Henry VIII
s'étoit mêlé de cette guerre , il avoit pris
parti pour l'Empereur contre François I ,
& la guerre dure encore quelque temps
entre François I & Henry VIII. Ily a en
1545 une campagne navale ( chofe rare
fous ce règne ) qui occupe tout le chapitre
fept de ce fixième & dernier livre ; une
note fort longue & fort curieufe contient
l'hiſtoire de la Marine Françoife , depuis
l'établiſſement de la Monarchie jufqu'à
l'époque dont il s'agit. Le Roi ne furvit
pas long-temps à la paix . Après avoir eu
la douleur de perdre le Duc d'Orléans ,
celui de fes fils qu'il avoit le plus aimé
depuis le Dauphin François , le Comte
d'Anguien , le plus ferme appui de fon
trône , & le Roi d'Angleterre , pour lequel
il avoit toujours eu une amitié affez tendre
, mais ordinairement payée d'indifférence
ou d'ingratitude , il mourut lui - même
Mars 1547. Son hiftoire eſt terminée
par un parallèle des deux rivaux ; le réfultat
de ce parallèle eft que François I eſt
au moins l'égal de Charles Quint pour les
talens militaires , qu'il lui eft inférieur
pour les talens politiques , qu'il lui eft
très-fupérieur pour les vertus.
le 31
Tel eft , difons-nous , le réſultat de ce
JUIN 1766. 71
parallèle ; en voici quelques traits particuliers
:
و د
François I a fait bien des fautes
» mais Charles- Quint s'eft permis des ac-
» tions mal-honnêtes. Qui peut excufer le
fupplice de Semblançay , l'oppreffion de
» Bourbon autorisée ou foufferte, les Géné-
» raux nommés par l'amour & traversés
» par la haine , le flux & reflux de l'auto-
» rité incertaine & fi fouvent déposée en
» des mains étrangères , les intrigues de la
» Ducheffe d'Etampes dans la campagne
» de 1544 , impunies & même ignorées ,
les Miniftres placés & déplacés au gré
» du caprice ? Mais qui peut ne pas détef-
» ter le meurtre de Merville , l'affaffinat
» de Rincon & de Frégofe , & ce tiſſu de
» baffes fourberies qui accompagnent le
paffage de Charles-Quint par la France ».
"
Le grand avantage de François I fur
Charles- Quint , vient de la vérité & de la
vertu ; celui de Charles- Quint fur François
I , vient de la politique.
"Charles eut fur - tout la fcience des.
» Rois , l'art de connoître les hommes ;
on vit toujours à la tête de fes armées
les plus grands Généraux de l'Europe :
»fes Miniftres ne le gouvernoienr point,
» & il les employoit toujours aux chofes
auxquelles ils étoientpropres ; il connoiſ-
"
72 MERCURE DE FRANCE .
ود
وو
ود
و د
»foit & fes fujets & les étrangers ; il favoit
» que Bourbon étoit un héros , que Saluces
» n'étoit qu'un traître : il fe fert de Bour-
» bon pour vaincre , & de Saluces pour trahir.
Bourbon eft un héros , mais c'eft un
François refugié ; il lui donne pour fur-
» veillant le jaloux Pefcaire , prefque fon
» égal ; mais Bourbon & Pefcaire font
» ambitieux & peu fidèles : il leur donne
» pour furveillant à tous deux le fidèle &
» utile Lannoi . Il enlève à la France & les
» Lamark & Sickinghen , & ce fublime
» Bourbon & le Prince d'Orange & André
» Doria , les plus grands hommes de ce
» fiècle : François I lui enlève l'obfcur
» Prince de Melphe.
23
و د
و د
و د
ود
Charles - Quint avoit encore fur fon
» rival un grand avantage , celui de l'activité
& de la conftance. François I a
» des momens d'éclat qui éblouiffent ,
» mais il a de longs intervalles de fommeil
& de langueur. Charles - Quint n'en
» a pas un. Sans ceffe il agit , il pré-
» pare , il exécute , il intrigue , il diviſe ;
il court en Allemagne , en Italie , en
Eſpagne , il eſt par - tout ; il contient les
grandes Puiffances , il foumet les petites ,
» illes enchaîne toutes par fes négociations.
→ Mais François I eft bien fupérieur à ſon
rival , lorfqu'il défend contre lui la Pro-
"
&
و د
"9
» vence ,
JUIN 1766.2005 73
t
20
vence , lorfqu'il B'avertit; de la révolte
des Gantois , lorfqu'il lui livre le paffage
dans fes Etats pour aller les foumettre ,
lorfqu'il pardonne aux Rochelois révol
tés , lorfqu'il n'oppofe que de la modé-
» ration à la fcène fcandaleufe de Rome ,
» & lorfque , décrié dans toute l'Allemagne
par les calomnies de l'Empereur
» il ne s'en venge qu'en comblant de bienfaits
des Négocians Allemands »
Le lecteur voit par cet extrait , dans
lequel nous regrettons de n'avoir pu nous
étendre davantage , que l'Auteur n'a point
mêlé enfemble les événemens d'un ordre
Idifférents l'hiftoire eccléfiaftique avec l'hiftoire
civile ; l'histoire littéraire avec l'hiftoire
politique- militaire : il a traité toutes
ces parties féparément , fans pourtant négliger
de montrer leur connexité & leur
influence réciproque dans de certains cas.
La partie civile , politique & militaire
qui paroîtaujourd'hui , & que nous venons
de parcourir , forme la portion la plus confidérable
de l'ouvrage entier. L'hiſtoire
eccléfiaftique , l'hiftoire des lettres & des
arts , les anecdotes , c'est-à - dire , l'hiftoire
des femmes , des maîtreffes & de la vie
privée de François Isformeront trois
morceaux féparés qui paroîtront enfemble
& uifero. comme la feconde moitié
D
74 MERCURE DE FRANCE .
de l'ouvdage ; mais cette feconde portion
aura moins d'étendue que la première.
Si le plaifir qu'a fait généralement l'une ,
adroit de flatter fon très-eftimable Auteur ,
-nous espérons qu'il ne nous fera pas languir
trop long-temps après l'autre.
LETTRE fur quelques antiquités trouvées
dans le Soiffonnois , écrite de BRAINE le
´3 Décembre 1765 à Monfieur DE P......
JE vais , Monfieur , vous faire le détail
d'une découverte faite depuis peu , à trois
lieues d'ici. Elle eft d'autant plus curienfe ,
-que l'endroit n'eft connu par aucune circonftance
dans nos anciens hiftoriens , ni
même par aucune tradition de pays. !
Une payfanne du village de Loupeigne
, étant à ramaffer des prunelles fur
les baiffons du parc de Fère en Tarde
nois , au mois d'Octobre dernier , vit
briller tout d'un coup à fes pieds , & tout à
découvert, un paquet d'or .C'étoienttrentehuit
médailles , deux bijoux que je juge ,
fur la defcription qu'on m'en a faite ,
pouvoir être des plaques d'agraffes on
de bracelets , ou des reliquaires , avec
JUIN 1766. 75
deux bagues , dont l'une étoit un anneau
fimple , & l'autre fort large & épaiffe
paroiffoit compofée de trois anneaux unis
enfemble , dont les deux de côté s'élevoient
confidérablement au- deffus de celui
du milieu, qui étoit le plus large. Cette bague
avoit un chaton haut de cinq ou fix lignes
, qui renfermoit une pierre gravée
qui fut perdue. Les plaques avoient trois
pouces environ de tout fens , & étoient
travaillées en-deffus par petits quarrés couverts
de pierres ou petits verres de diverfes
couleurs , bleues , rouges , vertes , & c. fous
lefquelles il y avoit un travail en filigrane
d'or qui formoit des figures , & peut - être
des caractères : c'eft ce qu'on n'a pu me
dire. Il y apparence que ce petit tréfor
étoit renfermé dans une bourfe ou quelqu'autre
chofe , que le temps avoit réduit
en pouffière , car la payfanne le ramaffa
comme une pelotte , fans qu'il s'en détachât
rien du tout .
A deux pieds tout au plus de cet or ,
étoit un fquelette entier & bien confervé ,
couché fur le côté , une main appuyée
fous la tête & les deux jambes retirées
de forte qu'il avoit les talons dans le
derrière. Un coquin de payfan le mit en
pièces d'un coup de hoiau
» pour voir
s'il n'y avoit rien de caché fous lui . Il

Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
eft bon d'obferver que la plus grande partie
du parc de Fère & des environs , n'eſt
que fable , & qu'à l'endroit de cette trouvaille
, il y eft par monceaux qui augmentent
ou diminuent , felon que le vent
fouffle. Ainfi il paroît sûr que l'ouragan
du mois d'Octobre dernier , qui a été trèsviolent
, avoit mis à découvert & les médailles
& le fquelette , car tout fut trouvé
un jour ou deux après.
Je n'ai pu avoir que trois de ces médailles
, que j'ai , pour ainfi dire , ſauvées
du creufet ( le refte étant difperfé ainfi
que les bagues & bijoux qu'on m'a dit
avoir été fondus ) . Elles font du bas
Empire , du moins celles que j'ai vues.
Les miennes , belles & bien confervées ,
font un Valentinien , un Anaftafe & un
Juftinien. Le Valentinien , de grand module
, eft la médaille connue avec la légende
, D. N. Valentinianus , P. F. Aug.
au revers cet Empereur appuyé fur le
labarum , & portant de la main gauche
une victoriole pofée fur un globe , & préfentant
une couronne à l'Empereur : autour
Reftitutor Reipublica : & dans l'exer-
Konft. qui eft le Conftantinople
ge ,
Grec.
L'Anaftafe , de petit module , annonce
déja la barbarie des Monétaires , par la
JUIN 1766. 77
>
mauvaiſe forme des types & des caractères
. On lit autour de la tête de l'Empereur
, D. N. Anaftafius , P. F. Aug.
le revers eft un peu frufte. On y voit
l'Ange de la Victoire , dont le bas paroît
terminé en queue de Sirène , au milieu
d'une draperie très - dépliée . Cette Victoire
tient d'une main un inftrument à demi
effacé , & de l'autre un globe furmonté
d'une croix , avec une étoile au- deffus
qui défignent , à ce qu'on penfe , l'Empire
d'Orient ; on lit autour , Victoria
Auguftorum. Dans l'exerge , Conob . ( Conftantinopoli
obfignata , fcilicet , pecunia ).
Le Juftinien de grand module , eft
armé avec la hafte ou pique fur l'épaule ,
& autour on lit , Juftinnani. Sur le revers ,
l'Ange de la Victoire , tenant une croix
avec une étoile à côté , & autour , Victoria
Anggg. Comob .
ر
Outre ces trois médailles d'or , on m'en
a donné une petite de bronze , extrêmement
bien confervée , trouvée aux environs
du même lieu . C'eft une Gauloiſe
avec une tête de guerrier , armée d'un
cafque. On voit fur le revers un cheval
en liberté , avec ces lettres bien formées
CRRNV , qui femblent plutôt fervir d'ornement
que d'explication .
Comme je ne pus avoir , lorfque je fus
y
D iij
78 MERCURE DE FRANCE ..
fur les lieux, que l' Anaftafe avec leJuftinien,
& deux jours après le Valentinien , que
je rachetai chez un Orfèvre , je fis fouiller
le terrein qu'on avoit déja beaucoup remué,
& qui étoit couvert d'os de morts ,
fur- tout de beaucoup de crânes. Mes peines
ne furent pas tout-à- fait perdues , &
je rapporrai chez moi une Julia Soæmias ,
avec la Venus coeleftis au revers. Un M.
Aur. Sev. Alexander , au revers , une figure
de bout , tenant une patère au-deffus
d'un autel allumé , & autour , P. M. Tr.
P. V. Cof. II. P. P. ( Pontifex Maximus
tribunitiapoteftate quintum Conful 2 bis Pater
Patria ). Un Valentinien , dont le revers
eft le même que celui en or ci - deſſus ,
avec ces mots au bas , Lug. Un Trajanus
Decius , au revers , l'Empereur à cheval ,
& autour , Adventus Aug. La médaille
Divo Caro Pio , au revers , une aigle
éployée , & autour Confecratio ; & deux
Numerianus , dont les revers font , l'un
Mars armé, portant un trophée fur l'épaule
gauche , avec une pique à la main droite ,
& autour , Mars victor , & l'autre , la
Déeffe de la Paix , tenant une branche
d'olivier , la lettre B. au-deffus ( peutêtre
pour bonus eventus ) , & autour , Pax
Augg. Les quatre premières médailles font
d'argent , & les trois dernières de potin.
JUFN 1766. 799
Avec ces médailles , je rapportai encore
deux pierres gravées , & certaine-,
ment antiques. L'une eft une cornaline
ovale , en ronde boffe , de huit lignes de
hauteur , & de quatre de largeur , fur laquelle
eft gravée en creux une figure drapée
jufqu'aux genoux , d'une efpèce de cotte
de maille , ayant à gauche , & détaché
quelque chofe qui reffemble à une épi
de bled. L'autre eft une fardoine , nuancée
d'un fond brun orangé , auffi de forme
ovale , moins grande que la cornaline.
On voit fur celle- ci , gravée affez creux ,
une figure nue , dont la tête eft très fine
adoflée , je penfe , à un arbre , tenant quelque
chofe qu'elle confidère attentivement
& ayant à fes pieds un vafe d'où femble
s'élever de la fumée. Le travail paroît
romain & fingulier. Il y avoit encore
quelques gros grains d'un verre fombre
, applatis par les côtés , percés dans,
le milieu , & autour un cordon d'une
efpèce de pâte ou d'émail citron. C'étoit
vraisemblablement de quelque collier ou
bracelet,
› > Voici encore Monfieur un autre
genre de curiofités trouvées toujours en
fouillant ce terrein ou plutôt ce fable tout
rempli d'os de morts & de débris de cercueil
de pierre dure . 1 ° . Trois fibule ou agraffes.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
:
+
de bronze bien confervées , dont deux'
ont encore leurs épinglés ou aiguillons '
mobiles. Une eft droite , & les deux autres
font un peu courbées , en forme d'arc .
Les hommes portoient ces agraffes tantôt
fur l'épaule droite , tantôt fut la gauche ,
pour relever la chlamyde ou la, tunique ,
& attacher quelquefois les deux côtés enfemble
les femmes les portoient fur la
poitrine. 2 ° . Trois boffettes ou grelots
auffi de bronze , dont deux font attachées
à un anneau. C'étoit une forte de parure
qui s'attachoit fur l'habit des foldats , ou
fur le harnois des chevaux. 3º . Une lampe
d'une terre bife bien cuite , & travaillée
d'un triple cordon de grainetis en deffus.
4°. Une petite urne ou vafe de terre brune
naturelle & fans vernis , d'une forme
fimple , mais affez agréable . J'en ai vu
plufieurs femblables trouvées dans d'anciennes
fépultures . 5. Enfin , un outil ou
inftrument dont j'ignore abfolument l'ufage
, & que je n'ai vu rapporté nulle:
part. C'eft une efpèce de coin qui reffemble
tout-à-fait pour la forme extérieure
à celui rapporté par M. le Comte de Caylus
, au no . 1 de la planche 10s du premier
tome de fes antiquités. Il a deux
pouces environ de hauteur , & un demi
de diamètre. Il eſt uni en dehors & taillé
JUIN 1766.
81
en dedans de rayures ou pans fort creux
& très- égaux à vive - arête , fe terminant
en pointes dans le fond , & dont les
bafes , à l'ouverture , font coupées en
champfrain. La matière , très- folide , femble
être un alliage de différents métaux ,
jufqu'à y foupçonner de l'or , & on y voit
des têtes de clous qui ont été fondus
avec la figure. Il paroît n'avoir été fait
que pour être retenu dans un mandrin ,
& fon poids & fa force le rendent propre
à beaucoup de réſiſtance. Comme je n'ai
ici ni reffource ni fecours pour me tirer
de mon ignorance , permettez moi , Monfieur
, de regretter avec toutes fortes de
raifons dans ce moment , la perte confidérable
que les Arts & les Sciences viennent
de faire dans la perfonne de M.
de Caylus , dont j'ai cité les curieux ouvrages
plus haut. Né pour parvenir à tout
ce qui pouvoit flatter l'ambition , il a
préféré l'étude & la fageffe à l'orgueil du
rang & à la féduction des vanités. Ce
favant fi modefte , m'avoit permis de
recourir à fes lumières quelquefois , &
j'en aurois grand befoin dans cet inftant
, où je ferois très- flatté de lui offrir
cette petite découverte. Au reſte ,
pouvant connoître ce prétendu coin , je
ne
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
compte le porter
voyage .
à Paris à mon premier
Avec toutes les chofes dont je viens
de parler , j'ai encore trouvé , fur le même
terrein , une fort grande quantité de différens
morceaux de terre cuite , qui annoncent
qu'il y a eu inconteftablement
dans cet endroit une manufacture, de vafes
& d'ouvrages en terre. Je n'ai point vụ
d'apparence de four , mais peut- être en
trouveroit- on fi l'on fouilloit plus avant
& plus exactement. Tous ces fragmens
font de diverfes couleurs : il y en a même
d'un beau rouge , femblable à la terre
de Nifimes , & qui ont encore confervé
un émail ou vernis affez frais . J'en ai
rapporté quelques - uns fur lefquels on
voit en relief différentes figures , entr'autres
un animal lion ou chien à tête humaine
, un feuillage courant bien conſervé,
une colonne , & c. Ce lieu paroît avoir
été propre à un pareil établiffement : car ,
outre le fable & une terre noire qu'on
rencontre deffous on trouve encore à
peu de diftance , des glaifes & des eaux
pour le lavage des terres .
"
On ne fauroit tirer aucune conjecture
fur ce lieu , qui n'eft cité dans nul endroit
que je fache , finon qu'on peut penJUIN
1766. 83
fer qu'il y a eu au moins autrefois un
ancien cimetière , & par conféquent une
habitation proche ou peu éloignée . La
quantité de morceaux brifés de terre cuite ,
pourroit encore prouver par leur efpèce ,
que la manufacture de vafes & de plâteries
pouvoit être l'ouvrage des Romains ,
qui ont formé dans les Gaules beaucoup
de ces établiffemens.
M. l'Abbé le Bauf, dans une differtation
fur le Soiffonnois , dit bien qu'il
y avoit plufieurs Villes dans ce canton ,
dont on ne connoît plus la fituation. Il
' en place une dans le Tardenois , parce
que Fère & Dole , qui en font partie ,
font des noms Gaulois qui défignent des
amas de familles réunies en un même
endroit. Mais ce ne font là que des conjectures
, & ce favant en a donné beaucoup.
Au refte , le bois où s'eft fait cette
découverte , s'appelle dans le pays le bois
de Menfonge. Il femble être une fuite de
la forêt de Dole , qui en eft tout proche ,
& n'en eft féparé que par un petit efpace.
Mais comme Menfonge & Dole
peuvent avoir une même origine dans la
tradition , par une fauffe analogie , ils
n'apprennent rien fur le terrein en queftion
. Qu ne connoît dans le voisinage
D vj
8+ MERCURE DE FRANCE.
ni voie romaine ni chemin militaire. L'itinéraire
d'Antonin , ni la carte de Peutinger
, n'en font aucune mention , & le
grand chemin qui paffe actuellement auprès
, & qui conduit à Fifmes , eft un
chemin ordinaire. On ignore aujourd'hui
la pofition véritable de plufieurs des plus
fameufes Villes de l'antiquité ; ainfi on
peut bien n'avoir confervé aucun fouvenir
de l'habitation quelconque formée
dans le bois de Menfonge. Cependant ,
Monfieur , vous qui êtes à la fource de
toutes les richeffes littéraires , vous pourriez
, fi vous en avez le temps , donner
quelques heures à cette recherche.
Fère & fes environs ne font cités ,
ce que je penfe , dans aucun de nos anciens
auteurs. Duchêne en a parlé dans
fon hiftoire de la Maifon de Dreux ,
comme d'une terre dépendante de l'ancien
Comté de Braine , & il dit dans
celle de Chaſtillon fur Marne , que Gaucher
de Chaftillon la vendit en 1394 , à
Louis de France , Duc d'Orléans , à la
charge d'en faire hommage par fes Procureurs
au Comté de Braine , & qu'il y
a acte de cette mouvance dans l'inventaire
des titres de Fère qui font au tréfor
de Chantilly.
Après la mort du Duc d'Orléans , Fòre eft
JUIN 1766. 85
paffée aux Comtes d'Angoulême , & François
premier en fit don au Connétable de
Montmorency en 1528 , en faveur de fon
mariage avec une Princeffe de Savoye.
C'eft , je penfe , ce même Connétable ou
fon fils qui a fait bâtir le gros & fort château
qu'on voit aujourd'hui dans le parc
de Fère , à la place de la fortereffe qu'il y
avoit auparavant , & qui fubfiftoit dès le
douzième fiècle . Cette terre appartient à
préfent à S. A. M. le Duc d'Orléans .
Voilà , Monfieur , tout ce que je puis
vous dire de Fère & de notre découverte.
Si vous parvenez à en favoir davantage ,
vous me ferez grand plaifir de m'en faire

part.
J'ai l'honneur , &c.
Signé , JARDEL.
86 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE à M. de la PLACE , où l'on
relève une phrafe hafardée par M. LINGUET
, Avocat , au fujet de L'ORDRE
DE MALTE.

ON ne peut prononcer, Monfieur , fur
tous les Journaux , & particulièrement fur
le vôtre , avec plus de jufteffe & de goût
que vient de le faire M. Linguet : fa lettre ,
inférée dans le Mercure de Mai , mérite
les plus grands éloges à bien des égards ;
mais parmi plufieurs traits qu'il y ramène
du difcours mis à la tête de fon Hiftoire
des Révolutions de l'Empire Romain , il s'en
trouve un que des gens de la plus haute
confidération m'ont engagé à relever , &
qu'en effet on ne peut guère paffer fous
filence. En parlant de l'Abbé de Vertot fur
un ton digne de cet Ecrivain célèbre , M.
Linguet ajoute M. PAbbé de Vertot afu
renfermer en trois volumes la grandeur de
Rome , on voudroit qu'il n'en eût pas employéfept
àdévelopper la petiteffe de Malte.
On aimeroit mieux voir de fa main l'hiftoire
des Empereurs que celle des Grands-
Maîtres.
JUIN 1766. 87
Il eft facile d'imaginer que de telles
expreflions ont dû foulever l'Ordre de
Malte. Le clinquant de l'antithèſe a fans
doute offufqué dans cette occafion - ci le
jugement de M. Linguet , & ne lui a point
permis de démêler le faux & les conféquences
d'une phraſe fi hafardée . En y
réfléchiffant un peu, il n'auroit pas manqué
de s'appercevoit que M. de Vertot n'a pas
employé fept volumes à développer ce qu'il
juge à propos d'appeller la petiteffe de
Malte. Si l'on dépouille cette hiftoire des
parties étrangères à l'Ordre de Saint Jean
de Jérufalem , il ne reftera pas deux volumes
ayant un rapport direct à cet objet.
Elle préfente d'ailleurs des perfonnages
autant faits pour intéreffer que les Empereurs
, dont un affez grand nombre d'Ecrivains
ont pris foin de nous offrir le règne
pour ne fe plaindre pas de n'avoir point
ce tableau de la main de M. l'Abbé de
Vertet . On s'en doit confoler , fur- tout
aujourd'hui , que M. Linguet lui- même
vient de le tracer avec tant de fuccès .
Comment un homme tel que lui , dont
on conçoit aisément l'opinion la plus avantageufe
par les chofes qu'il dit , & par la
manière dont il les exprime , n'a- t - il point
fenti que la petiteffe de Malte fait fa
deur véritable ? Quoi de plus beau
granque
de
88 MERCURE DE FRAN CE.
?
voir cet Ordre naiffant mêler aux oeuvres
de la plus compatiffante charité des actions
dont l'éclat lui valut les égards & l'eftime
des plus puiffans Souverains , & le conduifit
à être Souverain lui-même ? Il a fait des
conquêtes , il les a confervées plus de deux
fiècles malgré les efforts redoublés des
Ottomans , & dans le fein de leur propre
pays. Les forces d'Amurat qui fe brifent
contre Rhodes ; celles de Soliman , l'un
des premiers héros du monde , rendues
long- temps inutiles , & qui ne triomphent
que par de lâches trahiſons : voilà , Monfieur,
des circonftances qui paroiffent ennoblir
un peu ce qui n'eft que petiteſſe aux
yeux de M. Linguet. Eh ! que trouvera t-on
dans l'hiftoire des Empereurs qui foit plus
fait pour être admiré que le fiége de Malte ?
On voit cette Place , n'ayant pour fortification
& pour défenfe que la bravoure des
Chevaliers , réduite prefque , par un long
fiége , à l'affreufe extrêmité de Sagonte.
Là de généreux Soldats , couverts de bleſfures
, fe font porter des fiéges fur une
large brêche & la rendent impénétrable . Il
n'y en eut pas un feul dont le dernier mouvement
ne coutât la vie à un ennemi. Ces
illuftres défenfeurs du fort nommé Saint-
Elme , périrent tous ; & quand les Ottomans
s'en furent rendus maîtres , ils n'y
JUIN 1766. 82
trouvèrent pas un corps vivant. Bientôt
dix mille Chrétiens fortent des murs de
la place ( 1 ) principale , ils livrent bataille.
à quatre- vingt mille Turcs qu'ils contraignent
de regagner leurs vaiffeaux & de
fuir honteufement . Mais je m'étends trop ,
Monfieur , & je retrace ici des événemens
connus de l'univers entier. L'Ordre de
Malte s'eft encore illuftré par mille & mille.
actions dont. la terre & les mers ont été le
théâtre , qui toutes peuvent orner les faftes
de l'hiftoire & exercer une éloquente plume.
Ce qui m'étonne , c'eft que M. Linguet
n'ait point été frappé de cette idée fi fimple
, que rien n'étoit plus propre à exercer
le courage de la nobleffe que les hauts faits
de cette même nobleffe confacrés à l'immortalité.
L'hiftoire des Souverains eſt
l'école des Rois & des politiques , celle de
Malte est une admirable leçon pour ces
premiers membres de la fociété civile , défignés
fous le nom de Gentilshommes ,
qu'il importe fi fort à toutes les nations
dans le fein defquelles ils vivent , d'élever
au courage & à la vertu . Ils trouvent dans
cette histoire une foule de héros d'une origine
femblable à la leur , & ils doivent
brûler du defir d'imiter de fi nobles modèles.
Ainfi ce n'eft point d'avoir écrit l'hif-
( 1 ) C'étoit alors le château Saint-Ange,
༡༠
MERCURE DE FRANCE.
X
toire de Malte qu'il faut blâmer M. de
Vertot , mais d'être , dans cet ouvrage ,
refté au- deffous de lui - même.
En repouffant la petite attaque de M.
Linguet qu'on fe garde bien d'envifager
comme une infulte qu'il ait voulu faire à
l'Ordre de Malte , dont il doit , plus qu'un
autre , refpecter le luftre , parce qu'il eft
plus en état de le connoître & de l'appré
cier ) , je m'applaudis de pouvoir lui témoigner
l'eftime fingulière que fes talens m'inf
pirent , & d'avoir une occafion de publier
les fentimens qui vous font dûs à tant de
titres , & avec lefquels j'ai l'honneur , & c .
LE CH. DE RESSÉGUIER.
Paris , le 20 Mai 1766 .
LETTRE à l'Auteur du Mercure , au fujet
´d'un article inféré dans un papier public
Anglois , aufujet de M. DE VOLT´aire.
1
A Paris , le 28 Avril 1766 .
JE crois vous faire plaifir , Monfieur ,
en yous mettant à portée de juger de quelle
manière on fait parler le Mercure de France
dans un papier anglois ( 1 ) que je joins
( 1 ) Intitulé : The Candid Revievy . Décembre
1765.
JUIN 1766. 91
ici. Vous y trouverez ( pag. 224 ) la déclamation
la plus indécente contre M. de Voltaire
, & vous ferez fans doute furpris de
voir cet article donné pour une traduction
du Mercure de France. Le Journal où fe
trouve cet article eft déja ancien , mais
c'eſt le hafard qui l'a fait tomber dans mes
mains. D'ailleurs il eft toujours temps de
démentir ce menfonge groffier ; oeuvre
bien digne des ennemis obfcurs qui cabalent
contre cet homme illuftre qui fait la
gloire de la Nation Françoiſe & les délices
de tous les gens éclairés. Je crois que le
Mercure étant un ouvrage avoué & protégé
par le Gouvernement , un ouvrage
dont l'efprit eft celui de la modération &
de la juftice , il eft peut- être à propos que
celui qui en eft l'Auteur démente une fauffeté
fi odieufe. Votre nom , Monfieur ,
eft trop connu en ભ Angleterre pour qu'une
réclamation de votre part puiffe manquer
d'y faire tout l'effet qu'on doit en attendre.
Il n'y a perfonne qui ne puiffe affirmer que
jamais l'article en queftion n'a été imprimé
dans le Mercure ; mais il me paroît qu'un
mot de vous fera plus d'impreffion . Quant
à ceux à qui votre caractère eft auffi connu
que vos talens , ils n'ont certainement pas
befoin d'être détrompés. Je vous prie ,
$ 2 MERCURE DE FRANCE.
Monfieur , d'agréer l'affurance des fentimens
, & c.
Le Ch. DE CH .....
RÉPONSE de M. DE LA PLACE , à M. le
Ch . DE CH. •
A Paris , le 30 Avril 1766.
MONSIEUR ,
MES fentimens auffi légitimes , que connus
de tous les temps pour M. de Voltaire,
vous font de fûrs garans de ceux que m'infpire
la lettre que vous avez la bonté de
m'écrire au fujet de l'odieufe fatyre attribuée
au Mercure de France , & dont je
fuis , s'il eft poffible , encore plus indigné
que vous, Ce qui m'étonne en même temps ,
c'eft que le Journaliſte Anglois , que l'on
me dit très -eftimable , ait pu ne pas fentir
qu'une déclamation de ce genre , bien loin
d'avoir dû trouver place dans un ouvrage
périodique françois tel que le nôtre , où
l'indécence & la calomnie n'en trouvèrent
jamais , ne pouvoit être que celui d'une
cabale auffi obfcure que méprifable. Mais
JUIN 1766. 93
que peuvent contre des talens auffi fubli
mes qu'univerfellement reconnus , tous ces
traits aufli foibles que de fi bas lancés ?
Le Chantre de Henry peut- il en redouter
les traits ?
> . L'aigle , au milieu des airs
Planant au - deffus des colines ,
Se jouant parmi les éclairs ;
Du haut de ces voûtes divines ,
Voit-elle à l'ombre des buiffons ,
Les dards des mouches libertines ,
Et les haines des papillons ? ....
· •
Je n'applaudis pas moins , Monfieur , à
ce que vous a dicté votre zèle pour la
gloire de l'homme illuftre , qui fûrement
auroit moins d'envieux fi fon nom étoit
moins célèbre , & vous fupplie de met
croire avec les fentimens de la plus refpec-.
Lueufe reconnoiffance , & c.
DE LA PLACE.
94 MERCURE DE FRANCE.
LETTRES à l'Auteur du Mercure , fur un
Livre intitulé , la Philofophie de l'Hiftoite
, par feu M. l'Abbé BAZIN.
A Paris , le 8 Mai 1766.
UŃ des grands avantages qui réſultent
1
de l'ouvrage périodique dont vous êtes
chargé , Monfieur , c'eft qu'on peut y dépofer
fes doutes & en chercher la folution
auprès des perfonnes habiles & intelligentes
en état de les réfoudre. C'eſt une
efpèce de bureau de correfpondance &
d'adreſſe , où chacun eſt bien venu à expofer
fes difficultés pour fe procurer les lumières
qu'il n'a pas par lui - même , & dont le
public peut profiter. Permettez - moi donc
de recourir à ce canal ouvert à tout le
monde , pour faire part à nos maîtres en
ce genre de mes inquiétudes & en obtenir
des éclairciffemens fur un point qui m'embarraffe
& qui en peut troubler bien d'autres.
Il m'eft tombé entre les mains un ouvrage
in- 8°, intitulé , la Philofophie de l'Hiftoire,
par feu l'Abbé Bazin. M. Bazin , foit : je
n'ai point d'intérêt de contefter les qualiJUIN
1766 . 95
tés , & je crois bonnement ce qu'on me
dit fans y chercher plus de fineffe. M. l'Abbé
Bazin donc , page 61 de l'édition que j'ai
fous les yeux , avance , entre mille autres
chofes fur lefquelles j'aurois bien encore
quelques doutes à propofer , qu'il eft dit
dans le livre de Jonas , qu'il y avoir à
Ninive cent vingt mille enfans nouveauxnés
, que cela fuppoferoit plus de cinq millions
d'habitans , felon le calcul affez jufte
de nos dénombremens , fondés , dit - il, fur
le nombre des enfans vivans , nés dans la
même année. Or il trouve cinq millions
d'habitans dans une ville qui n'eft pas
encore bâtie , ( il croit l'avoir prouvé auparavant
) quelque chofe d'affez rare . Combien
, fur l'expofé , le croiront comme lui ?
J'ai donc été chercher tout uniment le
commentaire de Dom Calmet fur le verfet
onze du quatrième chapitre de Jonas dont
il s'agit , & j'y trouve que s'il y avoit à
Ninive cent vingt inille enfans , qui n'étoient
pas encoreparvenus à l'âge de raifon,
on compte qu'il pouvoit y avoir en tout
fix cents mille hommes , puifque les enfans
ne font pour l'ordinaire que la cinquième
partie des perfonnes qui rempliffent les
villes.
On ne peut donc pas être plus éloignés
les uns des autres que le font nos deux
calculateurs. Or je voudrois être fixé fur
6 MERCURE DE FRANCE.
cepoint , favoir qui des deux entend mieux
T'arithmétique , ou pofféde plus exactement
l'efprit de combinaiſon .
de
S'il eft permis , fur cette matière ,
raifonner par analogie d'après la ville de
Paris , voici le réſultat des baptêmes faits
en cette ville depuis 1-49 jufqu'en 1762 .
En 1749 il y a eu à Paris dix - neuf mille
cent cinquante- huit baptêmes. En 1750 ,
dix- neuf mille trente- cinq. En 1751 , dixneuf
mille trois cents vingt-un. En 1752 ,
vingt mille deux cents vingt fept. En 1753 ,
dix- neuf mille fept cents vingt-neuf. En
1754 , dix- huit mille neuf cents neuf. En
dix-neuf mille quatre'cents douze.
En 1756 , vingt mille fix . ( je n'ai pas le
cahier de 1757 ni de 1758 ) Mais en
1759 , il y en a eu dix- neuf mille cinquantehuit.
En 1760 , dix- fept mille neuf cents
quatre vingt- onze , auxquels on peut ajouter
pour 1762 dix- fept mille huit cents
neuf.
1755 ,
V do .
Je crois qu'une bonne differtation for
ce fujet feroit infiniment utile dans la
pofition préfente de notre littérature , &
je me flatte que vous ne me refuferez pas
d'inférer ma confultation dans l'un de vos
plus prochains Mercures.
Je fuis avec les fentimens , & c.
el sep 25. C. D. S. E.
JUIN 1766. 27
SECONDE Lettre.
A Paris , ce 12 Mai 1766.
JE vous dénonce encore une fois , & au
public , Monfieur , l'ouvrage intitulé la
Philofophie de l'Hiftoire. L'Auteur pfeudonyme
de cet écrit ne fe forme pas une
gtande idée du temple de Jérufalem ,
qui ( pag. 208 de mon édition ) il ne donne
que quatre - vingt - dix pieds de long fur
trente de face : c'est-à - dire , pour mettre à
portée de juger , par pièce de comparaiſon ,
à-peu- près de l'étendue du choeur de l'églife
de Saint Euſtache à Paris . Il a raifon
de dire qu'il n'y a guère de plus petit édifice
public. Sur cer expofé , pour ma propre
inftruction , j'ai eu encore recours à Dom
Calmet , fur le chap. 6 , v. 2 , du troisième
livre des Rois . J'ai borné là mes recherches
, mes occupations ne m'ayant pas permis
d'en faire de plus approfondies.
Or , au vers, ci- deffus cité, on liten effet,
que la maifon que le Roi Salomon bâtiffoit
à la gloire du Seigneur , avoit foixante
coudées de long & vingt de large , ce qui
revient à-peu-près au nombre de pieds
marqués plus haut.
E
1
98 MERCURE DE FRANCE.
Mais ce que ne fait pas le Philofophe
hiſtorien , le Père Calmet , dans fon Commentaire
, n'a pas manqué de l'obſerver.
C'eft que les temples des Egyptiens , des
Phéniciens & des Hébreux étoient compofés
de parvis & de colonnades , où les peuples
pouvoient s'affembler fans être expofés
aux injures de l'air , parvis qui environnoientle
temple ; que fouvent on entend
fous ce nom tout le compofé du temple
les cours , les parvis , les galeries , les chambres
, les appartemens , les magaſins , & lẹ
lieu le plus facré & le plus intérieur ; mais
que fouvent auffi on en reftreint la figni
fication au fanctuaire & au faint , en un
mot , à ce logement qu'on regardoit comme
la demeure du Dieu d'Ifraël , & que c'eft
dans ce dernier fens que les termes de temple
& de maifon fe prennent dans le paffage
dont il eft ici queftion. Il en conclut
que la coudée étant environ d'un pied de
roi & huit pouces , ce temple avoit centi
deux pieds fix pouces enen long , & trentequatre
pieds deux pouces de large dansı
oeuvré !
D'après cette explication , eft+ il exact ,
fans dire un mot des acceffoires du temple ,
fans fixer le fens de ce terme , d'avancer
qu'il n'y a guères de plus petit édifice
public ?
JUIN 1766. 99
L'Auteur ajoute qu'il eft difficile de
comprendre les dimenfions de l'architecture
de ce temple ( marquées néanmoins
dans l'Hiftoire Sacrée ) , dont les étages de
bois auroient furpris Michel - Ange & Bramante.
Un coup- d'oeil fur le Commentaire
de Dom Calmet , aux verfets 5S & 6 de ce
même chapitre , fuffira pour donner l'intelligence
de la conſtruction dont il s'agit.
Qui fait fi , en continuant ma lecture ,
il ne me viendra pas quelques nouvelles
obfervations ? J'aurai alors l'honneur de
vous en faire part, & par votre canal , au
public , pour le mettre en garde contre des
traits féduifans plus agréablement que foli
dement préfentés. Mais je crois très- inu
tile qu'il connoiffe le nom de celui qui
néanmoins état &
par
téreffe très-vivement à fon édification .
par
conviction s'in
Je fuis avec les fentimens , &c.
TROISIEME Lettre.
A Paris , le 13 Mai 1766.
JE vous avois promis du nouveau , Monfieur
, & j'en trouve encore matière à la
page 223 de l'ouvrage de la Philofophie
de l'Hiftoire. Son Auteur a lu au chapitre
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
31 des Nombres , que dans le pillage du
pays de Madian ( contrée fituée à l'orient
de la mer rouge ) , les Ifraélites avoient
trouvé fix cents foixante- quinze mille brebis
, foixante - douze mille boeufs , foixante
un mille ânes , & trente- deux mille
filles non mariées. Sur quoi il avance que
ce petit pays n'avoit pas plus d'environ
neuf lieues quarrées d'étendue , & que
plufieurs perfonnes doutent que les Juifs
aient pu ramaffer tout ce butin & rencontrer
ce nombre de jeunes filles dans le
village d'un defert au milieu des rochers.
Ceci exige du calcul , fur lequel je crois
devoir confulter , par votre moyen , de
plus hábiles que moi , & inviter de plus
favans à apprécier ces affertions. Deux
points également importans fe préfentent
à leurs recherches. Le pays de Madian
à la vérité dans l'Arabie Pétrée , ne confiftoit-
il en effet qu'en neuf lieues quarrées ,
& ne s'y rencontroit - il qu'un feul village
fitué dans un defert au milieu des rochers ?
En le fuppofant , étoit-il poffible qu'il renfermât
un fi grand nombre d'animaux &
de jeunes perfonnnes non mariées ? En
attendant leurs éclairciffemeus fur ce fujet ,
qui en mérite la peine , je me contente
d'obferver que le livre des Nombres , vers.
Huit de ce inême chapitre , parle de cinq
JUIN 1766. IGI
Rois , ou Chefs de cette nation , ceux d'Evi ,
Recem , Sur , Hur & Rebé , qui passèrent
par le fil de l'épée , & nous apprend que
la flamme confuma leurs villes , leurs villages
& leurs châteaux. Il y avoit donc
plus d'un village dans cette contrée , toute
déferte qu'on la veuille fuppofer.
Il s'en faut bien que j'aie rempli toute
la tâche que cet ouvrage me préfente.
D'autres occupations plus preffantes me
forcent de la laiffer à des mains plus adroites
. Il faut plus de loifir que je n'en ai
pour s'y livrer autant profondément qu'il
feroit néceffaire. Puifle le peu que je vous
en ai marqué faire tenir fur leurs gardes
ceux qui ne lifent que pour s'amufer , &
n'en favent pas davantage ! Puiffe-t- il réveiller
& animer le zèle de ces hommes
pieux & éclairés ! Il en eft encore que des
études conftantes & réfléchies ont mis en
état de défendre avec courage & avec
lumière nos vérités faintes , plus perfévéramment
& plus infidieufement attaquées
que jamais.
Je fuis , & c.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
LE GOUT de bien des gens , ou Recueil de
Contes Moraux , pour fervir de fupplément
à tout ce qui a paru jufqu'à préfent
dans cegenre. A Amfterdam , &fe trouve
à Paris , chez L'ESCLAPART le jeune
Libraire , quai de Gêvres , & chez la
veuve DUCHESNE , rue Saint Jacques ,
au temple du goût.
ON'N a réuni dans ce Recueil plufieurs
petits ouvrages agréables en vers & en
profe. Nous nous attacherons à en donner
une idée. Rien de plus fimple que le canevas
du premier de ces contes , qui a pour
titre Rofalie. C'est une jeune perfonne que
les fens ont long - temps égarée. Elle fe
détermine enfin à quitter les défordres
auxquels elle s'eft livrée , & à faire un ufage
honnête de la fortune qu'ils lui ont procurée
. Un jeune Gentilhomme fort aimable
nommé Terlieu , mais dans la plus profonde
mifère , occupe une petite chambre
voifine de fon appartement. Rofalie s'apperçoit
de fa fituation , & lui préfente des
fecours avec les ménagemens délicats qui
JUIN 1766. 103
trèsen
augmentent le prix. Terlieu , fenfible à
ces procédés , rebuté par des
parens
riches auxquels il expofe en vain fon infortune
, devient amoureux de Roſalie . Cette
fille ne lui cache point la conduite qu'elle
a tenue jufqu'alors , fes regrets , fa réfolution
de racheter , s'il eft poffible , le paffé
par l'avenir ; elle lui découvre une âme
tendre , généreufe , née pour la vertu , égarée
par les circonftances. Terlieu oublie
tous les inftans de fa vie qui ont précédé ,
il ne s'occupe que de fes difpofitions actuelles
, & lui offre fon coeur & fa main.
Rofalie réfifte , elle ne veut être que fon
amie , & confent enfin à devenir fon
époufe.

Les mémoires de Madame de ***. écrits
par elle-même , offrent une morale bien
intéreffante & bien vraie. Un père trop
dur à fes enfans eft ſouvent la caufe de
leurs défordres ; il les force à chercher des
amis qui les écoutent , avec qui ils foient
libres. Les fuites en peuvent être dangereufes
pour une fille ; il eft à craindre que
les amis auxquels elle fe livre ne deviennent
des amans : il en eft un qui peut être
préféré ; & les foibleffes font à craindre .
Tel fut le fort de Madame de ***. Elle
fut foible. Son ainant devint fon époux ,
la méprifa & l'abandonna. Réduite à la
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
mifère la plus profonde avec fon fils , elle
entre en qualité de femme de chambre
chez Mde de Neuillant . Son mari avoit
befoin d'un Page ; cette place convenoit
à fon fils ; elle la lui ménagea. Le jeune
homme ne fe connoiffoit point ; on lur
avoit caché fa naiffance ; fon caractère
fier la décéloit : il devint amoureux . de
Mlle de Neuillant. Elle l'aima. Bientôt on
parle de marier fa maîtreffe avec un homme
très- riche , le Comte de Térigny . Le Page ,
au défefpoir , pleuroit aux pieds de Mlle
de Neuillant. M. de Térigny arrivant par
hafard dans ce moment , le furprit , &
voulut le traiter comme un domeftique
qui s'oublie ; le Page furieux , avec l'épée
à la main , bleffe M. de Térigny , qu'on
reconnoît enfuite pour fon père & l'époux
de Mde de *** . Il lui redonne fa tendreffe
& rend fun fils heureux.
Nous ne nous arrêterons pas fur l'hiftoire
de Fanny- Artur & de Montroſe . II
y a beaucoup d'action & d'intérêt dans ce
petit ouvrage. Nous nous contentons d'inviter
à le lire .
Betty , ou les Malheurs de l'imprudence
& de la jaloufie , hiftoire traduite de l'anglois
par M. d'Arnaud , offre la morale
la plus pure & le fentiment le plus délicat.
Cette hiftoire renferme des leçons excelJUIN
1766. 105
lentes pour les jeunes perfonnes du fexe ,
qui ne fauroient trop la lire . Elles y apprendront
qu'il ne fuffit pas d'être vertueufe ,
qu'il faut encore le paroître ; qu'une légère
imprudence peut être mal interprêtée , donner
des foupçons violens & expofer à la
calomnie ; que la circonfpection eft néceffaire
dans tous les cas , & qu'on ne fauroit
trop ménager un efprit fufceptible de jaloufie.
Ce défaut eft ordinairement la fuite
d'une grande paffion , il la prouve ; c'eſt
une maladie quelquefois dangereuſe &
dont on ne peut arrêter les effets que par
les remèdes les plus doux. Sarath….. qu'on
a vue avec plaifir dans la Gazette littéraire,
& la femme de Bath , fe trouvent auffi
dans ce recueil. Un morceau qui doit
plaire beaucoup , c'eſt une anecdote hiftorique
par M. d'Arnaud , qui a pour titre :
Jacques , ou la Force du Sentiment. C'est
dans une des conditions les plus méprifables
à nos yeux, qu'eft né le héros de cette
anecdote , & c'eft ce qui la rend plus intéreffante
, plus fublime , nous ofons le dire.
Ne fe laffera - t- on point , dit M. d'Ar-
» naud , de nous entretenir de conquérans ,
d'ufurpateurs , de brigands , d'illuftres
» fcélérats qui , marchant entre le trône
& l'échaffaut , fe font cru des droits pour
» monter fur le fiége des légitimes Souve-
"
>>
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
ود
"
D
» rains , parce qu'ils avoient eu le bon-
» heur d'échapper au théâtre du dernier
fupplice , & que la fortune en quelque
» forte a femblé les juftifier aux yeux peu
» éclairés de la multitude . . . . L'étude
de l'hiftoire me paroît plus pernicieufe
qu'utile à la faine politique & aux bon-
» nes moeurs. Quelles images en effet nous
» offrent les annales du genre humain ? Le
crime , prefque toujours couronné par
le fuccès , la vertu méprifée , ou foulée
aux pieds , l'innocence gémiffante & fans
appui , tendant la gorge , comme l'a dit
très - bien un de nos grands Poëtes au cou-
» teau de l'injuftice foutenue de la force.
Il y a , fans contredit , dix à parier contre
» un , qu'une âme neuve & dans la pre-
" mière effervefcence des paffions , qui s'attachera
à la lecture de l'hiftoire , fera .
» plus remuée & décidée par les tableaux
» du mal que par ceux du bien ; parce que
» le mal , graces à la perverfité humaine &
» au peu de philofophie des premiers hiftoriens
, femble dans leurs écrits jouir de
plus de confidération & frapper davan-
» tage que le bien. Le mal excite plus ce
» bruit qu'on nomme la réputation ; il
éveille , il fixe plus la curiofité , au lieu
» que la vertu eft plus filencieuſe, & qu'elle
» porte avec elle moins d'appareil & de
3.3
ود
39
"
JUIN 1766. 107
"
33

fpectacle. Je defirerois donc qu'à la place
» de ces compilations volumineufes des
foibleffes , des vices , des forfaits de
» tant de générations qui nous ont précédés
, on mit entre nos mains d'excellens
» traités de morale , des romans de fageſſe
» où l'homme feroit peint , non tel qu'il
eft , mais tel qu'il devroit être » . L'hiftoire
, préfentée fous ce point de vuë ,
feroit d'une utilité bien plus générale.
Qu'on préfente aux perfonnes d'un rang
diftingué , aux Princes & aux Rois , l'hiftoire
des bienfaiteurs de l'humanité , celle
des hommes ; & s'il faut néceffairement
nommer quelque tyran , quelque fléau
du genre humain , qu'on choififfe du moins
ceux qui ont été punis. « En fuppofant
» l'hiftoire offerte fous ce point de vue
» elle fera encore de peu d'utilité pour la
plupart des hommes , qui , par la médio-
» crité de leur rang , ou , par un défaut
» de raiſonnement , font hors d'état de
» lever les yeux fur les exemples éclatans
» des Princes , des Monarques , & c. Et que
» deviendra pour ces lecteurs l'étude de
» l'hiſtoire , dès que l'efprit de comparaifon
» ne les rapprochera point de ces perfon-
» nages fupérieurs ? Le moyen de remédier
» à cet inconvénient feroit de former divers
» corps d'histoire relatifs à peu près aux
83
ג כ
Y
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
,,
» diverfes conditions ; par exemple on
compoferoit pour cette claffe d'hommes
qu'on appelle le peuple , un recueil hiftorique
qui confacreroit les belles actions
s qu'auroient pu faire quelques - uns de
» leurs égaux ; l'homme refpectable dont
j'ai à vous parler obtiendroit une des
premières places parmi le petit nombre
» d'âmes privilégiées» . Après ces réflexions
folides fur l'hiftoire & fur la manière dont
elle devroit être traitée , M. d'Arnaud en
vient à l'anecdote dont il eft question.
Jacques étoit dans la plus affreufe indigence.
Son travail ne pouvoit fournir aux
befoins de fa famille. Bientôt l'ouvrage
lui manqua , fa femme & fes enfans tombèrent
dans le befoin . Jacques , pénétré de
leur fituation , implora en vain les fecours
de fes voifins , il alla mendier les yeux
baignés de larmes perfonne ne le regarda ,
ou les aumônes qu'il reçut n'étoient pas
capables de le foulager. Dans cet état ac
cablant il rencontre un homme de fa profeffion
, auffi indigent que lui , qui , furpris
de la douleur de Jacques , lui en demande
la caufe : « Je fuis perdu , répond le pauvre
homme ; ma femme , mes enfans
» n'ontpas mangé depuis hier midi , &… ...
» je ne fais où je vais.... ils vont mourir.
Mon ami , lui dit l'autre , pénétré de fa
JUIN 1766 . 100
» fituation , tiens , voilà deux fols , c'eſt
" tout ce que je pofféde » . Quel fentiment
dans ces âmes honnêtes ! Que nos riches
grofliers font au-deſſous ! L'ami de Jacques
lui dit qu'il y a une perfonne qui apprend
à faigner , & qui paie ceux qui
veulent l'être. Jacques vole au lieu , &
» chez la perfonne indiquée ; on le faigne
» d'un bras ; il eft payé . Il eft inftruit que
» d'autres font la même chofe & aux
» mêmes conditions ; il y court & fe fait
» encore faigner de l'autre bras. Cet homme
firefpectable & fi à plaindre , tranfporté
de joie , achete du pain', retourne précipitamment
chez lui , le partage entre
» fa femme & fes enfans ; ils le voient
changer de couleur , il s'affied , le fang
» coule de fes bras. Mon mari ! mon
père qu'avez- vous ? vous êtes- vous fait
faigner ? Ma chère femme , mes chers
enfans , leur dit - il , avec un profond
Youpir , en les tenant embraffés étroite-
» ment , c'étoit... pour vous donner du
pain. Alors ces fix honnêtes infortunés
» s'inondent de leurs larmes ; ils le preffent
réciproquement contre leurs coeurs ... ".
O hommes !... quel fpectacle !...
و د
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50
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"
"
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ور
-

Il y adans ce même volume plufieurs pièces
de versdu même Auteur , où l'on retrouve
Fénergie , le fentiment & la philofophie '
MERCURE DE FRANCE.
qui caractérife jufqu'à fes moindres productions.
Nous citerons quelques morceaux
de fon épître à M. de ** fur la mort de
fon fils.
CESSE de te nourrir du poifon des douleurs ;
Au deſtin de ton fils ne donne point de pleurs
Rends plutôt grace au ciel qui borne fa carrière
Une main complaifante a fermé ſa paupière ;
Ma févère raifon vient deffiller tes yeux ;
Sa mort prématurée eft un bienfait des Dieux.
Eh fi tu peux encor , malgré cette nature
Qui fait à tous les coeurs reflentir fon pouvoir ,
Mais dont le philofophe étouffe le murmure
Lorſque la vérité lui montre fon miroir s
Si tu peux écouter cette mâle fageſſe ,
Qui fur nos intérêts ne fauroit s'abuſer ,
Parle , ces juftes Dieux dont fe plaint ta tendreffe
Oferois - tu les accufer ?
Dois tu pleurer ton fils ? Pleures plutôt fon père ,
Pleure ton fort cruel , puifque tu lui ſervis
Puifque tes deftins ennemis
Te laiffent encore la lumière....
M. d'Arnaud parcourt les différens états
de la vie , & prouve qu'on n'y voit que
l'apparence du bonheur. L'infortune verfe
fes poifons fur tous , depuis le Berger juf
qu'aux Rois. Il peint Louis XIV, qui ,
JUIN 1766 .
III
après de longues profpérités , connut le
malheur fur la fin de fa vie.
Après un tableau fi frappant
Des ennuis inpofés à l'humaine nature
Pourrois-je offrir aux yeux du fentiment
Une plus naïve peinture ?
Et tes regards levés fur les malheurs d'un Roi ,
Daigneront- ils s'abaiſſer juſqu'à moi ?
Porté par un Génie aux beaux - arts favorable
Des fentiers d'Hélicon dans le palais des Rois
Admis aux pieds du trône , & pouvant à la fois
Admirer le grand Prince & voir le fage aimable,
Comblé de fes bienfaits par l'Augufte nouveau
Appellé le nouvel Ovide ,

Lorfque ma muſe encor timide
S'élève à peine du berceau ,
Honoré des regards de fon illuftre frère ( 1 ).
De ce jeune héros fi digne d'être aimé ,
Et mon fecond Dieu tutélaire ,
Car de quel autre nom peut-il être nommé
Contemplé fous ces traits brillans ,
Sans doute de la jaloufie
J'échauffe le venin , j'irrite les ferpens ;
Dans les mains de la calomnie
(1) S. A. R. le Prince Henry, frère du Roi de Pruffe
I 12 MERCURE DE FRANCE.
J'aiguife le couteau que lui prête l'envie ;
Mais à travers l'éclat trompeur ,
Qui femble à tous les yeux répandu fur ma vie ,
Pénètre les ennuis dont je rellens l'horreur.
pas
fur les au-
Nous ne nous arrêterons
tres pièces en vers qu'on a raffemblées
dans ce Recueil ; elles ont toutes un mérite
diftingué. On trouvera encore de M. d'Arnaud
un conte intitulé le Van , & tiré des
cent nouvelles nouvelles de la Reine de
Navarre , où l'on remarque des grâces , des
détails & de la folidité. L'Auteur de cette
jolie bagatelle n'eſt pas nommé.
Jonge +*
JUIN 1766. 113
د
TABLEAU hiſtorique & politique de la
Suife , où font décritsfa fituation , fon
état ancien & moderne , fa divifion en
Cantons , les Dietes , & l'union Helvétique
; où l'on voit l'origine , la naiſſance ,
l'établissement & les progrès de fes Répu
bliques ; les moeurs , la politique , la reli
gion & le gouvernement de fes peuples .
avec un état defon commerce , de fes reve
nus , de fa milice ; & un appendice contenant
un détail de fes Alliés. Traduit
de l'anglois. Imprimé à Fribourg , & fe
trouve à Paris , chez LOTTIN le jeune ,
rue Saint Jacques , vis - à- vis celle de la
Parcheminerie ; 1766 : in - 12 d'environ ,
400 pages. Le prix eft de 2 liv. s fols
relié en veau.
CE long titre n'eft point un frontiſpice
trompeur ; il eft rempli dans toute fon
étendue ; & c'eſt la notice la plus fidelle
qu'on puiffe donner de l'ouvrage qu'il
annonce. Ce feul volume réunit fur tous
les objets indiqués , les connoiffances les
114 MERCURE DE FRANCE.
plus effentielles & préfente fous un feul
coup- d'oeil ce qu'il faudroit chercher dans
des hiftoires générales & trop volumineufes.
Plufieurs motifs doivent nous rendre ce
Recueil intéreffant. C'eft jufqu'ici le feul
que nous avons en ce genre fur une nation
qu'il nous importe de connoître ; fes liaifons
avec la nôtre la diftinguent des autres
Etats étrangers. Les Suiffes font devenus
en quelque forte nos concitoyens . Il eft
naturel que nous aimions à nous inftruire
un peu en détail fur leurs moeurs & fur
les révolutions de leurs Républiques.
L'ouvrage que nous annonçons peut fuffire
fur ce point. L'Auteur Anglois a réfidé
huit années dans le pays ; & il étoit obligé
état de faire des recherches ; fes obfervations
bien rédigées ont formé ce tableau ,
qui , au mérite de l'exactitude , joint encore
celui de la variété.
par
Le Traducteur , bon écrivain , a repréfenté
fidèlement fon original ; ce n'eft
point ici fon coup d'effai : le public a déja
approuvé fon ftyle dans plufieurs autres
traductions qu'il a publiées ; en particu
lier dans celle de l'Hiftoire d'Ecoffe de
Robertfon , qui parut l'année dernière chez
les frères Etienne , & qui s'est débitée rapi
ment. Cette nouvelle traduction , faite
JUIN 1766.
avec le même foin , mérite d'avoir un.
égal fuccès. Le morceau qui fuit , & que
nous prenons fans choix , juftifiera les éloges
que nous croyons pouvoir donner à
tout le livre. Il s'agit d'un événement à
l'occafion de la tyrannie des Gouverneurs
des Cantons , devenue infupportable au
peuple. « Ils en inventoient tous les jours
quelques nouveaux traits , & qui étoient
» fouvent portés jufqu'à l'extravagance.
Giefler , Gouverneur d'Ury , en imagina
» un , plus reffemblant aux boutades d'un
» Claudius , d'un Caligula , d'un Phalaris,
qu'à aucun acte judiciaire. Il fit élever
» un poteau dans la place du marché d'Al-
» torff, capitale du Canton d'Ury ; il y fit
attacher fon chapeau , & il rendit une
» ordonnance , qui enjoignoit , fous peine
» de mort , à toutes perfonnes qui paſſeroient
par- là de faluer le chapeau , en
» fe découvrant , s'agenouillant & don-
» nant toutes les mêmes démonſtrations
de refpect que fi le Gouverneur y eût
و د
و ر
"
"
été préfent en perfonne . La cruauté du
» châtiment força le peuple à fe foumettre
» à cette eſpèce d'idolatrie . Cependant un
» nommé Guillaume Tell , jeune étourdi ,
» & qui étoit de la conjuration , pafſoit
fouvent devant le poteau fans rendre fes
refpects au chapeau. Le Gouverneur es
116 MERCURE DE FRANCE.
» étant inftruit , l'envoya chercher , & lui
» demanda la raifon de fa défobéiffance.
" Tell voulut s'excufer fur fa rufticité na-
ود
و د
ود
ور
turelle , & fur ce qu'il ignoroit l'ordre
qui avoit été donné. Mais le Gouver-
" neur , qui fe méfioit de lui , rejetta fes
» excufes ; il fit venir un des enfans de
» Tell, celui qu'il aimoit le plus, & comme
» Tell étoit un excellent tireur d'arc , il le
» condamna , par forme de punition , à
» abattre avec une flèche , à une diſtance
» affez confidérable , une pomme placée
» fur la tête de ce fils chéri : déclarant en
» même temps , que fi Tell manquoit fon
» coup , il feroit pendu fur le champ . Le
" malheureux père , craignant de tuer fon
fils , dit qu'il préféroit de facrifier ſa
"
"
و د
propre vie ; mais le Gouverneur rejetta
» fes offres , & , pour le forcer d'obéir ,
» il lui déclara que , s'il héfitoit un moment
» à fe foumettre à la fentence , il feroit
» pendu à l'inſtant lui & fon fils. Tell ,
» voyant que fes fupplications étoient inu-
»tiles , & plutôt par le defir de fauver la
» vie à fon fils qu'à lui - même , confentit
» à faire cette expérience dans la place du
marché , en préfence du Gouverneur &
» d'une foule de peuple qui s'y raffembla
» pour voir l'exécution de cette fentence
» bifarre. Le pauvre père tire la flèche de
و د
JUIN 1766. 117
ور
29
ג כ
و ر
و ر
ود
>
fon carquois , la pofe fur l'arc d'une
» main tremblante , lâche le coup , & foit
habileté , foit bonne fortune , il abat la
» pomme fur la tête de fon fils fans le
» toucher. Le peuple fit retentir l'air de
fes acclamations , tant pour marquer la
joie de la délivrance de Tell , que pour
applaudir à fon adreffe. Le Gouverneur
chagrin de voir que Tell avoit échappé
» fi adroitement à fa vengeance , voulut
» encore lui tendre un piége. Il s'étoit
» apperçu que Tell avoit mis deux flêches
à fa ceinture quoiqu'il n'eût qu'un
» coup à tirer. Il lui en demanda la raifon
» en lui promettant le pardon , quel que fût
» fon deffein . Tell, fur cette affurance ,
» lui avoua franchement que dans l'effort
» de fon reffentiment il avoit tiré deux,
» flèches de fon carquois dans la ferme.
» réſolution de le tuer avec la feconde ,,
s'il avoit eu le malheur de tuer fon fils
» avec la première. Le Gouverneur , fu-
» rieux de cette réponſe , lui dit qu'il lui
» accordoit la vie à cauſe de fon adreffe ,
» & , pour lui tenir la parole qu'il lui
» avoit donnée ; mais que , pour le punir
» de fon intention criminelle , il alloit le
» confiner dans un cachot. Le Gouverneur
» auffi -tôt donne ordre que Tell foit mis
» dans une barque pour être conduit dans
ود
و ر
118 MERCURE DE FRANCE.
"
"
"
»
99
la prifon de Cuſſénac , château ſitué ſur
» le lac de Lucerne , & il s'embarque lui-
» même avec Tell pour être témoin de
» l'exécution de la fentence . Ils avoient
» fait environ la moitié du chemin , lorfqu'il
s'eleva fur le lac une bourrafque
» fi violente , qu'ils fe trouvèrent en grand
» danger d'allerfe brifer contre des rochers,
» parce qu'aucun des bateliers ne favoit
» comment gouverner au milieu de cette
» tourmente. Dans cette extrêmité un des
gens du Gouverneur , qui favoit que Tell
paffoit pour être le plus habile marinier ,
» dit à fon maître qu'il n'y avoit plus moyen
» de fe fauver la vie, à moins qu'il ne vou-
» lût permettre que Tell fût délié & mis
au gouvernail. Le Gouverneur y con-
» fentit , & cela fut fait fur le champ.
» Tell eut bien de la peine à tirer la barque
» du milieu du lac , où les vagues étoient
» les plus fortes , & à l'amener vers les
» bords , dans un endroit où la pointe d'un
» rocher s'élevoit au - deffus de l'eau. Ik
» faifit cette occafion favorable de s'échap-
» per , il s'élança fur le rocher , repouffa
» la barque avec fon pied au milieu du
» lac , & regagna la terre en fe coulant le
» long des montagnes. Le Gouverneur ſe
» retrouva au milieu du lac bien fecoué
& en grand danger de fa vie. Cependant
39
JUIN 1766.
119
» la barque arriva avec bien de la peine à
» un endroit appellé Brunnen , où il def-
» cendit à terre avec toute fa fuite. Tell
» en étant averti , alla l'attendre fur fon
» chemin , &c. » .
On trouve chez le même libraire l'Hif
toire Militaire des Suiffes , avec les généalogies
des Maifons illuftres , & c. Par M. le
Baron de Zurlauben ; huit vol. in- 12 .....
Le Code Militaire des Suiffes ; quatro
vol. in- 12 ; 1764.
DICTIONNAIRE d'anecdotes , de traits
finguliers & caractériſtiques , hiftoriettes ,
bons mots , naïvetés , faillies , reparties
ingénieufes , &c. &c . Volume in - 8 °, petit
format, de plus de 700 pages , divifé en
deuxparties. A Paris , chezLACOMBE ,
Libraire , quai de Conty ; 1766 : avec
approbation & privilège du Roi
SECOND EXTRAIT.
EN morale comme en phyſique , les raifonnemens
peuvent être fuppléés par les
faits , mais ceux- ci ne peuvent jamais l'être
par le raifonnement ; nouvelle confidéra
20 MERCURE DE FRANCE.
tion qui doit faire regarder ce nouveau
Recueil que nous annonçons comme trèsutile
& très- intéreffant. A l'article orgueil
national , l'Auteur fait voir , par plufieurs
faits choifis , qu'il en eft des nations comme
des individus ; chaque peuple s'attribue
des qualités qui le diftinguent des autres .
On a reproché aux Grecs leur ufage d'appeller
tout étranger barbare. Ne pourroit-on
pas , ajoute l'Auteur , également amufer
les François de ce ridicule national ? Quelques
Cavaliers François dînoient en Allemagne
à la table d'un Prince . L'un d'eux ,
après avoir confidéré tous les convives ,
s'écria rien n'eft plus plaifant , il n'y a
que Monfeigneur ici d'étranger . Le Canadien
croit faire un grand éloge du François
en difant : c'eft un homme comme
moi. Mais il faut lire dans l'article les autres
faits que l'Auteur y rapporte , & on en
conclura fans peine que tous les peuples
font également vains .
Plufieurs productions d'Aftrologues ,
rapportés à l'article Aftrologue , femblent
d'abord juftifier la folie de ceux qui y ajoutent
foi. Un homme dont l'horofcope portoit
qu'un cheval le feroit périr , évitoit ,
non-feulement d'aller à cheval , mais encore
lorfqu'il en appercevoit un , il avoit
grand foin de s'en éloigner. Un jour qu'il
paffoit
JUIN 1766 . 120
paffoit dans une ville , une enfeigne lui tomba
fur la tête & il mourut du coup. C'étoit
l'enfeigne d'une auberge où étoit repréfenté
un cheval noir. Plufieurs autres prédictions
, qui ont reçu leur accompliffement
, font encore ici rapportées ; mais
l'Auteur a foin d'y joindre la réponſe que
fit l'ingénieux Barclai à un homme infatué
de l'aftrologie judiciaire , & qui lui repréfentoit
que différentes prédictions d'Aftrologues
avoient été juftifiées par l'événement.
Ce n'eft pas ce qui m'étonne ,
répondit Barclai , mais c'eſt de voir que
parmi un fi grand nombre de conjectures
que les Aftrologues ont publiées , il n'aient
pas plus fouvent rencontré la vérité.
On a raffemblé fous le mot François
plufieurs traits de bravoure & de courage
qui leur font particuliers. Ces traits , expofés
avec fimplicité , font , fans doute , le
plus bel éloge que l'on puiffe faire de la
nation. L'Auteur a eu foin d'y ajouter
quelques réparties vives & fpirituelles qui
caractériſent cette humeur enjouée que le
François conferve dans les occafions même
les plus périlleufes lorfque l'honneur l'appelle.
Ce mot honneur frappe les oreilles
du François avec une efpèce d'enchantement
& va jufqu'au coeur. Un Soldat de
cette nation , fous le Maréchal de Saxe ,
F
7·22 MERCURE DE FRANCE.
difoit dans la dernière guerre : j'ai l'honneur
d'être François.
Nous voudrions pouvoir porter plus.
loin notre extrait & faire connoître les
articles ambaffadeur , étiquette , bravoure ,.
courage , amour de la patrie , honneur ,
hypocrifie , chafteté , vertu , reconnoiſſance,
enfans , inftinct des animaux , phyfionomie
, jugemens remarquables , impoſteur ,
fomnambule, reffemblance , ridicule , ava-.
rice , & c . Dans ce dernier article & dans
plufieurs autres de cette efpèce l'Auteur a
raffemblé plufieurs traits finguliers & caractériſtiques
qui ne manqueront pas d'être
mis en oeuvre par quelques mains habiles.
Mais une autre partie confidérable de
ce Dictionnaire , & dont nous n'avons
encore rien dit , eft celle qui concerne les
applications heureufes de paffages connus ,
les hiftoriettes , apologues , contes , bons
mots , naïvetés , faillies , réparties ingénieuſes
, apophtègmes , fentences , maximes
, proverbes , anagrammes , deviſes ,
paſquinades , jeux de mots , pointes , équivoques
, rébus , quolibets , lazzi , triveli❤
nades , turlupinades , griphe , &c. L'Auteur
a eu foin de donner la définition de
ces mots , & c'est ce qui rend par- tout fon
Recueil auffi inftructif qu'amufant. Les
exemples qu'il rapporte font choifis &
JUIN 1766. 123
H
variés avec goût. Il diftingue très- bien le
bon mot du beau mot ou de l'apophtègme.
Il n'accorde ce premier nom qu'à une
répartie vive , gaie , animée par une penfée
qui frappe , qui réveille , qui furprend.
On voit par cette définition , ajoute - t- il ,
que le bon mot différe effentiellement du
beau mot ou de l'apophtègme. Le premier
eft une efpèce d'impromptu que l'occafion
feule fait naître , & que la malignité , le
plus fouvent , affaifonne : c'eft un trait qui
vole & qui perce en même temps . Le beau
mot ou l'apophtègme , au contraire , n'eſt
qu'une belle penfée , une parole méditée
qu'on a coutume de dire fouvent ; ou , fi
c'eft une réponſe , on y cherche moins à
briller qu'à dire quelque chofe de moral
& d'inftructif.
On pourroit defirer que l'article faillie
fût plus long , mais comme il y a plufieurs
faillies rapportées fous différens autres articles
de ce Dictionnaire , l'Auteur a eu foin
d'y renvoyer. Ce mot faillie , qui vient du
latin falire (fauter ) , fignifie , dit l'Auteur
, le paffage brufque d'une idée à une
autre dont le rapport trop éloigné n'étoit
pas d'abord apperçu . Les faillies , ajoutet
-il , tiennent le même rang dans les opérations
de l'efprit que l'humeur ou la boutade
dans les affections du coeur. Ces tran
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
fitions fubites & inattendues ne fuppofent
pas toujours une grande étendue de lumiè
res , mais elles caractérisent l'efprit. Les
gens gais ont des faillies de plaifanteries ;
les méchans , de méchancetés ; les perfonnes
naïves , de naïvetés , & c .
Il définit la fentence une propofition
univerfelle , mais courte , fenfée , énergique
, & qui renferme quelque vérité morale.
Il diſtingue la fentence de la maxime ,
en ce que celle - ci eft un avertiffement aux
hommes fur ce qu'ils doivent faire , l'autre
un jugement fur ce qu'ils font ordinairement.
La maxime eft un précepte de conduite
; la fentence une vérité de fpéculation.
Toutes les fentences citées fous cet
article méritent d'être apprifes par coeur ,
ainfi que les maximes rapportées au mot
maxime.
Si plufieurs articles de ce Dictionnaire
préfentent des exemples à fuivre , il y en
a quelques autres qui font connoître des
ridicules à éviter . L'Auteur profcrit avec
raifon les quolibets comme de très- mauvaifes
plaifanteries. Il avoue que Moliere
a quelquefois fait ufage de quolibets dans
fes comédies ; mais cet Auteur illuftre ,
ajoute-t-il , a toujours eu foin de les mettre
dans la bouche des acteurs les plus ridicules,
telle que la vieille radoteuſe Madame
JUIN 1766. 125
Pernelle , qui dans le Tartuffe , dit de la
maifon où elle fe trouve.
C'eſt véritablement la tour de Babylone ,
Car chacun y babille , & tout de long de l'aulne
Nous ne tranfcrirons point ici la définition
que l'Auteur donne du quolibet ,
ainfi que de la turlupinade , de la trivelinade,
du rébus, du griphe, &c. & les exemples
qu'il en rapporte ; il faut voir tout cela
dans l'ouvrage même.
Un mérite particulier de cet ouvrage
eſt l'exactitude avec laquelle la fource des
faits eft citée , ce qui leur donne de l'authenticité
, & ce qui fait connoître combien
l'Auteur a fait de recherches.
Une dernière louange que nous ne refu
ferons point à l'Auteur eft de ne s'être
permis de liberté dans ces différens articles
que celle qu'admet la douce joie de
la converfation ou que fouffriroient les
bienféances du théâtre. Il a , non - ſeulement
écarté de fon Recueil la fatyre perfonnelle
& tout ce qui pourroit allarmer
la pudeur , mais encore tout ce qui feroit
capable d'exciter un ris condamnable fur
es objets de nos devoirs & de nos refpects.
C'eſt par cette fage retenue que le Dictionnaire
des Anecdotes pourra fe trouver
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE
entre les mains des jeunes perfonnes &
contribuer , plus que tout autre , à caufe
du choix & de la variété des faits , à leur
infpirer le goût de la lecture .
E1
ANNONCES DE LIVRES.
PRECIS RÉCIS de la matière médicale , contenant
les connoiffances les plus utiles , fur
l'hiftoire , la nature , les vertus & les dofes
des médicamens , tant fimples qu'officinaux
, ufités dans la pratique actuelle de
la Médecine , avec un grand nombre de
formules éprouvées. Traduction de la feconde
partie du précis de la Médecinepratique
, publiée en latin par M. Lieutaud ,
Médecin des Enfans de France . A Paris ,
chez Vincent , Imprimeur - Libraire de
Mgr le Comte de Provence , rue Saint
Severin ; 1766 : avec approbation & privilége
du Roi ; un vol . in- 8 ° , de plus de
900 pages.
Nous avons entendu dire à des Médecins
habiles qu'il leur manquoit un ouvrage
fait fuivant le plan que M. Lieutaud vient
d'exécuter , c'est - à - dire , une matière médicale
qui ne contînt que ce qu'il eft effentiel
de bien favoir pour la pratique de la
JUIN 1766. 127

Médecine. C'eft donc un fervice effentiel
rendu à cette ſcience que d'avoir mis en
notre langue l'ouvrage de M. Lieutaud ,
pour la facilité de ceux qui , fachant même
un peu de Médecine , n'entendent pas affez
le latin pour le lire dans l'original . Nous
croyons ce livre utile , néceffaire même
dans les campagnes , où l'on n'eſt
jours à portée de confulter les bons Méde- .
cins fur l'ufage des drogues , & la manière
de les préparer.
pas tou-
BIBLIOTHÈQUE des Artiftes & des Amateurs
, où Tablettes analytiques & méthodiques
fur les fciences & les beaux- arts ;
dédiée au Roi ouvrage utile à l'inftruction
de la jeuneffe , à l'ufage des perfonnes
de tout âge & de tout état , orné de cartes
& d'eftampes en taille - douce , avec une
table raifonnée des auteurs , fur l'ufage &
le choix des livres ; par M. l'Abbé de Petity
, Prédicateur de la Reine , avec cette
épigraphe :
Omnia in menfurâ & numero , & pondere difpofuifti.
Sap. cap . II V. 21 .
à Paris , chez Simon , Imprimeur du Parlement
, rue de la Harpe , à l'Hercule ;
1766 avec approbation & privilége du
Roi ; trois vol . in- 4°. Prix 42 liv. broché.
Ce Livre eft un ample recueil de décou-,
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
vertes fur les fciences & les beaux -arts.
Ces découvertes éparfes , & comme noyées
dans une infinité de volumes compofés en
diverfes langues , demandoient à être raffemblées
fous un même coup- d'oeil & mifes
dans un ordre qui , en les liant les unes
aux autres , pût fervir à leur mutuel éclairciffement
; & tel eft le plan de cet ouvrage
qui fuppofe des connoiffances infinies &
une lecture prodigieufe. La grammaire , la
fable , la rhétorique , la poefie , l'agriculture
, la morale , l'arithmétique , l'écriture ,
l'architecture , l'imprimerie , les langues ,
font les fujets déja traités dans les trois
gros volumes qui doivent être ſuivis de
plufieurs autres.
COLLECTION Académique , compofée
des mémoires , actes ou journaux des plus
célèbres Académies & Sociétés Littéraires ,
des extraits des meilleurs ouvrages pério
diques , des traités particuliers & des pièces
fugitives les plus rares concernant l'hiftoire
naturelle & la botanique , la phyfique
expérimentale & la chymie , la médecine
& l'anatomie ; traduits en françois & mis
en ordre par une fociété de gens de lettres ,
avec cette épigraphe :
Ita res accendent lumina rebus. Lucret.
Dédiée à S. A. S. Mgr le Prince de Condé.
JUIN 1766. 129
Tome feptième de la partie étrangère , &
le premier de la médecine féparée. A
Dijon , chez François Defventes , Libraire
de S. A. S. Mgr le Prince de Condé , à
l'image de la Vierge , rue de Condé , &
à Paris , chez Charles Panckoucke , rue &
près la Comédie Françoife ; 1766 : avec
approbation & privilége du Roi ; in - 4° .
Ce volume eft d'autant plus utile , qu'il
n'eft compofé que d'une fuite d'obfervations
médicinales , qui , ainfi réunies ,.
forment une fource où tout Médecin
pourra puifer aifément. On ne peut donc
raifonnablement douter que ce volume ne
foit reçu du public , & fur- tout des Médecins
, avec beaucoup d'empreffement.
La préface , qui eft de M. Cavery , Médecin
à Rochefort , nous a paru mériter une
attention particulière ; & cet important
ouvrage , commencé il y a près de douze
ans , fe continuera fans interruption . Le
volume que nous annonçons eft le neu-.
vième de toute la collection ; le dixième
eft actuellement fous preffe & paroîtra dans,
le mois de Décembre prochain ; & l'on
en donnera tous les ans un nouveau volume
.
BIBLIOTHECA Senicurtiana, five catalogus
librorum quos collegerat JOANNESFv
130 MERCURE DE FRANCE.
FRANCISCUS DE SENICOURT , in fuprema
Curia Parifienfi patronus ; Parifiis
apud J. B. G. MUSIER filium , ad ripam
Auguftinianorum , fub figno Sancti Stephani
; 1766 : in - 8 ° .
On a jugé à propos d'écrire en latin le
titre & la préface du catalogue des livres
de M. de Sénicourt , dont la vente commencera
Lundi , 2 Juin prochain , & continuera
les jours faivans fans interruption
rue du Puits , proche les Blancs- Manteaux .
Ce catalogue eft très - confidérable , car ce
volume contient près de 600 pages & environ
8000 articles .
ÉLOGE hiftorique de M. le Marquis de
Montmirail, mis à la tête du deuxième
volume des mêlanges intéreffans & curieux;
par M. de Surgy. A Paris , chez Lacombe ,
Libraire , quai de Conty ; 1766 : in - 8°
avec le portrait de M. de Montmirail, gravé
à la tête de cet éloge.
Cet éloge eft écrit avec fageffe , avec
efprit & avec goût. Il contient des détails
intéreffans pour toutes les perfonnes qui
ont eu quelque relation avec M. le Marquis
de Montmirail , dont les vertas , jointes
aux connoiffances littéraires , font regretter
fa perte aux perfonnes même qui
ne le connoiffoient pas perfonnellement.
Nous en parlerons encore une fois.
JUIN 1766. 131
5
,
LES Ennemis reconcilés , Pièce dramatique
en trois actes , en profe , dont le
fujet eft tiré d'une des anecdotes les plus
intéreſſantes du temps de la ligue ; par
M. de Merville. A La Haye ; 1766 : in- 8 ° ,
& à Paris , chez Duchefne , Panckoucke &
Lacombe. Le prix eft de trente fols.
Cette Pièce eft ornée d'une vignette
très-bien deffinée par M. Eifen ; &le fujet
du drame eft une action paffée à la journée
de la Saint Barthelemy. Il eft écrit avec
intérêt , avec chaleur , & donne une bonne
idée des talens de l'Auteur.
IDYLLES morales , par M. Léonard ;
1766. A Paris , chez Merlin , Libraire ,
rue de la Harpe : in- 8 °, de 24 pages.
Nous avons trouvé dans ces Idylles des
idées affez agréables & affez champêtres.
Elles fe font lire avec plaifir.
HISTOIRE naturelle , générale & particulière
, avec la defcription du Cabinet
du Roi ; de l'Imprimerie Royale , & fe
vend à Paris , chez Panckoucke , rue & à
côté de la Comédie Françoife.
Le fieur Panckoucke vient d'acquérir
de M. de Buffon tout le fonds de l'Hiftoire
naturelle de l'édition in - 4° , & de l'édition
in - 12. Il a déja mis en vente les
tomes vingt à vingt - trois in- 12 , qui ré-
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
pondent aux tomes dix & onze de l'in- 4° .
Les volumes fuivans paroîtront au mois
de Janvier prochain , & mettront l'in- 1 2
au pair de l'in - 4° . Le même Libraire vient
auf de mettre en vente le tome quatorzième
in-4° , qui comprend l'hiftoire des
finges avec plus de cinquante figures. Les
volumes fuivans in -4° paroîtront auffi dans
le mois de Janvier prochain. Il continue
de donner , au prix de 700 livres , en un
feul ou fept paiemens de trois mois en
trois mois , les Mémoires de l'Académie
Royale des Sciences en quatre - vingt - huit
vol. in - 4° , & ceux de l'Académie des
Infcriptions , trente vol . in- 4° , à 210 liv.
au lieu de 360 liv. jufqu'au premier Août
prochain. Il avertit auffi , qu'à commencer
du premier de ce mois d'Avril , il a ceffé
de donner au rabais les volumes desdites
Académies pris féparément.
COMMENTAIRE fur la retraite des dix
mille de Xénophon , ou nouveau Traité
de la Guerre , à l'ufage des jeunes Officiers
; par M. le Cointe , Capitaine de
Cavalerie au Régiment de Conty , de l'Académie
Royale de Nifmes. A Paris , chez
Nyon , quai des Auguftis , Saillant , rue
Saint Jean de Beauvais , Defaint , rue du
Foin ; 1766 : avec approbation & privilége
du Roi. Deux vol. in- 12 : prix 6 liv. relié.
JUIN 1766 . 333
La plupart des ouvrages militaires n'ont
pour objet que les grandes opérations de
la guerre & ne donnent des leçons qu'aux
Généraux. Les Officiers qui commencent
& qui voudroient s'inftruire n'ont prefque
aucune reffource. Ils apprendront dans le
livre qu'on leur préfente , & que nous
annonçons , quelles font les difpofitions
convenables qu'il faut apporter à la guerre ,
comment ils doivent fe comporter dans le
monde , profiter de leurs auteurs , fe conduire
devant l'ennemi , dreffer des projets
contre lui , déconcerter les fiens , forcer,
les circonftances pour accélérer fon avancement
, & c . & c .
LUCY WELLERS , hiftoire traduite de
l'anglois. A La Haye , & fe trouve à Paris ,
chez Vente , Libraire , au bas de la montagne
Sainte Geneviève , près les Carmes ;
1766 : deux vol . in- 12 .
L'original de ce roman a eu du fuccès
en Angleterre ; & le Traducteur ne l'a
tranfinis dans notre langue , que parce qu'il
a cru y voir une action fimple , bien conduite
, des incidens ménagés adroitement ,
une intrigue nouée avec art , des épiſodes
peu nombreux , mais agréables & ſi bien
liés avec le fujet , qu'il n'en cft pas un qui
ne ferve au dénouement.
134 MERCURE DE FRANCE .
ROBINSON CRUSOE , nouvelle imitation
de l'anglois ; par M. Feutry. A Amfterdam
, & fe trouve à Paris , chez Ch. J.
Panckoucke , Libraire , rue & à côté de la
Comédie Françoife , au Parnaffe ; 1766 :
deux vol. in- 12.
On defiroit de voir ce roman fi connu
dégagé de tout ce qu'on a imaginé y trouver
de fuperflu ; on fouhaitoit de plus qu'il
fût écrit avec plus de rapidité fans en altérer
le caractère qui le diftingue des autres
romans. C'est ce qu'a tenté de faire M.
Feutry ; & nous croyons qu'il y a réuffi .
ÉLÉMENS de l'Histoire Romaine , divifés
en deux parties , avec des cartes & un
tableau analytique ; par M. Mentelle . A
Paris , chez Delalain , rue Saint Jacques ,
à Saint Jacques ; 1766 : avec approbation
& privilége du Roi ; un vol. in - 12 . Prix
3 liv. relié.
La première partie de ces Elémens contient
la géographie de l'Empire Romain ,
& enfuite tout ce que l'Auteur a cru capable
de donner une idée du gouvernement ,
de la religion , des ufages , des moeurs ,
du commerce , de la marine , & enfin de
la chronologie des Romains. La feconde
partie eft un court abrégé de l'hiftoire de
la République. L'ouvrage eft terminé par
JUIN 1766 . 135
une table alphabétique de tous les noms
d'hommes , de pays & de villes qui fe
rencontrent dans chacune des deux parties.
LA Pharfale de Lucain , traduite par
M. Maffon , Tréforier de France : feconde
édition , revue , corrigée & augmentée de
notes ; avec cette épigraphe :
Vous trouverez dans la Pharfale des beautés qui
ne font , ni dans l'Iliade , ni dans l'Eneide.
Volt.
A Amfterdam , & fe trouve à Paris , chez
d'Houry, au Saint-Eſprit, rue de la Vieille-
Bouclerie ; 1766 : deux vol. in- 12 , formant
un feul vol . relié .
Nous avons déja annoncé cette traduction
quand la première édition parut.
Celle- ci est beaucoup plus parfaite , &
nous en parlerons plus amplement lorfque
nous la comparerons avec celle que vient
de donner M. Marmontel.
ANECDOTES de Médecine , ou choix des
faits finguliers qui ont rapport à l'anatomie
, la pharmacie , l'hiſtoire naturelle, &c.
auxquels on a joint des anecdotes concernant
les Médecins les plus célèbres ; par
M. du Monchau , Médecin . A Lille , chez
J. B. Henry , Imprimeur - Libraire , fur la
place ; 1766 : avec approbation & privilége
136 MERCURE DE FRANCE.
du Roi ; deux vol in- 12 , qui n'en formeront
qu'un relié .
Cet ouvrage avoit déja paru fous un
format plus petit & avoit eu un certain
fuccès ; l'édition que nous annonçons eft
beaucoup augmentée, & préfente des anecdotes
fort agréables.
LES droits refpectifs de l'Etat & de l'Eglife
rappellés à leurs principes. A Avignon
, & fe trouve à Paris , chez Vente ,
Libraire , au bas de la montagne Sainte
Geneviève ; 1766 : brochure in - 12 de
124 pages.
L'Auteur fait fur cette matière délicate
des raifonnemens très-métaphyfiques.
LETTRE fur la culture du melon ; par
l'Auteur des Etrennes d'Agriculture : imprimée
à Bruxelles , & fe vend à Amiens ,
chez la veuve Godart , Imprimeur du Roi ,
rue du Beau- Puits ; 1766 : brochure in- 12
de 68 pages.
Dix ans de fuccès fur la culture du
melon attirent de toutes parts à l'Auteur
une infinité de queftions qui l'accablent.
Pour fe débarraffer de toutes ces importunités
, il a jugé à propos d'écrire une
lettre fur cette matière , où il répond dans
le plus grand détail & avec autant de clarté
JUIN 1766 . 137
que de précision à toutes les queftions qu'on
lui a faites à ce fujet , & à celles qu'on
pourroit lui faire.
ÉTRENNES falutaires aux riches voluptueux
& aux dévots trop économes , ou
Lettre d'un Théologien infortuné à une
dévote de fes amies ; par M. Travenol ,
Penfionnaire de l'Académie Royale de
Mufique. A Paris , chez Dufour , Libraire ,
quai de Gefvres , au bon paſteur ; 1766 :
brochure in- 12 de 72 pages. Prix 12 fols.
Il nous paroît que ces Etrennes contiennent
des reproches aux riches , de ce qu'ils
ne font
pas affez de bien à ceux qui font
pauvres ; & que dans ces reproches il pourroit
entrer un peu de perfonnel.
MÉMOIRE fur les abus dans les mariages
& fur le moyen poffible de les réprimer ;
par l'Auteur de la Phyfique de l'Hiftoire.
A Amfterdam , & fe trouve a Paris , chez
Vente , Libraire , au bas de la montagne
Ste Geneviève , près les Carmes ; 1766 :
brochure in- 12 de 64 pages.
Cette brochure offre des tableaux affez
frappans de ce qui fe paffe dans le monde
au fujet de la plupart des mariages. "
TABLEAU de l'Hiftoire de France , depuis
138 MERCURE DE FRANCE.
le commencement de la Monarchie , jufqu'à
la fin du règne de Louis XIV , repréfentant
le caractère & les actions principales
de chaque Roi , les événemens les
plus intéreffans de fon règne , les hommes
célèbres , foit dans la paix , foit dans la
guerre , les progrès des fciences & des arts ,
& les changemens arrivés dans les moeurs ,
dans les différens âges de la Monarchie :
abrégé d'une forme nouvelle & propre à
faciliter aux jeunes gens la connoiffance
de notre hiftoire. A Paris , chez Lottin le
jeune , rue Saint Jacques , vis- à - vis de la
rue de la Parcheminerie , 1766 : avec approbation
& privilége du Roi ; deux vol.
in- 12 , reliés en veau , 4 liv. 10 fols.
Nos lecteurs ne doivent pas confondre
cet ouvrage avec un autre qui a pour titrę :
nouvel abrégé de l'Hiftoire de France à
P'ufage des jeunes gens , qui paroît depuis
quelques mois. Cet abrégé , quoiqu'en
deux volumes , ne contient pas la dixième
partie de cette hiftoire , puifqu'il ne va
que jufqu'aux premiers Rois de la troifième
race , c'est - à- dire , qu'il ne renferme
que la partie la plus aride & la moins
intéreffante. Il n'en eft pas ainfi de l'ouvrage
que nous annonçons , & où l'Auteur
a trouvé le moyen de faire entrer tout ce
qu'il y a de plus curieux à favoir dans
JUIN 1766. 139
notre hiftoire , depuis le commencement
de la Monarchie , jufqu'à la fin du dernier
règne inclufivement .
LE Génie , le Goût & l'Efprit , poëme
en quatre chants , dédié à M. le Duc de....
par l'Auteur du Poëme fur les Sens . A La
Haye , & fe trouve à Paris , chez Defaint
junior , quai des Auguftins .
Cet ouvrage , rempli de principes excellens
, fait un nouvel honneur à l'imagination
& au jugement de M. de Rozoi.
Voilà comme il s'exprime lui -même dans
une differtation fur la littérature qui précéde
fon Poëme je mis alors en action
tout ce qui n'étoit qu'en raisonnement. Une
fcène nouvelle s'ouvrit à moi , & la métaphyfique
du fujet que je traitois perdit fa
féchereffe en acquérant de l'intérêt , un naud
& des acteurs .
L'accueil unanime dont le public . a
honoré le Poëme des Sens , va fe partager
entre ce Poëme nouveau . Nous ne faurions
trop engager les perfonnes de province
à fe le procurer . On aime à fuivre
une jeune Mufe dans fes progrès ; &
celle de M. de Rozvi en promet de brillans
, outre ceux que l'on connoît déja.
INSTITUTS de Chymie , ou Principes
140 MERCURE DE FRANCE.
élémentaires de cette fcience , préſentés
fous un nouveau jour ; par M. de Machy,
Maître Apoticaire, Démonftrateur de Chymie
, & Membre de l'Académie Royale
des Sciences de Berlin. A Paris , aux dépens
de Lottin le jeune , rue Saint Jacques ,
vis- à - vis de la rue de la Parcheminerie ;
1766 avec approbation & privilége du
Roi ; deux vol. in- 12.
L'Auteur commence par examiner la
matière en général ; l'eſpèce de mouvement
qui lui convient pour entrer dans
la combinaiſon des corps ; l'état fous lequel
elle ſe manifeſte à cet inſtant ; la manière
dont elle y eft reçue , incorporée & affimilée
, &c. &c. & c'eft ce qu'il appelle fa
' Chymie Phyfique . Des idées préciſes fur
les opérations en général , fur les inſtrumens
de chymie , & fur les caractères employés
dans les livres des Chymiſtes , ſuivent
cette première partie. La feconde préfente
les analyſes des corps tirés des trois
règnes , & les combinaiſons , ainfi que les
effets ultérieurs dont font fufceptibles les
produits de ces analyſes. L'application de
ces principes aux arts fait le fujet de la
troifième partie. Le but chymique qu'on
fe propofe , les fecours ufités pour y parvenir
, les perfections que peuvent y apporJUIN
1766. 141
ter d'autres voies chymiques ; voilà ce que
s'eft propofé M. de Machy.
L'ESPRIT de Mademoiſelle de Scudéry.
A Amfterdam , & fe trouve à Paris , chez
Vincent, Imprimeur - Libraire , rue Saint
Severin ; 1766 : un vol. in- 1 2. Par M. L. G
C'est ici un recueil de penfées extraites
des écrits d'une perfonne qui a fait par
fon efprit beaucoup d'honneur à ſon ſexe ;
& cependant les ouvrages de Mlle de Scudéry
ne fervent plus guère que de nombre
dans les bibliothèques. Ils ont des défauts
fans doute , mais il faut les attribuer au
goût du temps pour ces fortes de productions
; ce qui fera du goût de tous les
temps , c'eft cette morale , ce font ces
leçons de bienféance , de modeftie , de
grandeur d'âme , qui éclatent dans le choix
que nous annonçons. Cette lecture convient
également à la jeuneffe & aux perfonnes
d'un âge avancé , aux âmes philofophes
& aux efprits plus diffipés ; les uns
& les autres y trouveront , ou l'inſtruction
qui leur eft propre , ou le délaſſement dont
ils ont befoin. Nous comptons parler plus
amplement de cet utile & agréable recueil.
LA Sageffe & la Folie , poéfies diverſes.
A Amfterdam , & fe trouve à Paris , chez
142 MERCURE DE FRANCE .
Vincent , rue Saint Severin ; 1766 : vol.
in- 12 , petit format , de 200 pages.
Rien ne caractérife mieux ce joli petit
recueil que le titre qu'il porte . On y trouve
en effet tout ce qui peut juftifier le frontifpice
; des pièces très - fages qui fatisfont
également les perfonnes férieufes & les
amateurs de la bonne poéfie. Elles font
mêlées de petits morceaux plus gais &
dont la tournure aifée vive , enjouée ,
eft en effet d'une folie très - agréable. Nous
voudrions que les bornes de cet article nous
permiffent d'en citer quelques traits ; mais
nous espérons y revenir encore une fois .
,
L'HEUREUSE Famille , conte moral ;
avec cette épigraphe :
Illaboure le champ que labouroit fon père . Racan .
A Genève , & fe trouve à Nancy , chez
Leclerc , & à Paris , chez Merlin , rue de
la Harpe ; 1766 : brochure in - 8° de 60
pages.
Il y a dans ce conte des idées champêtres
qui rappellent agréablement celles
qu'onnous repréfente comme les attributs
de l'âge d'or. On cft attendri en lifant ce
petit ouvrage , où il n'eft pas queſtion de
defcriptions du monde , mais des travaux
& des plaifirs honnêtes de la campagne.
JUIN 1766. 143
DICTIONNAIRE portatif des Arts & Métiers
, contenant en abrégé l'hiftoire , la
defcription & la police des Arts & Métiers ,
des fabriques & manufactures de France
& des pays étrangers ; deux vol . in- 8 ° ,
reliés prix 9 liv. A Paris , chez Lacombe ,
Libraire , quai de Conty ; 1766 avec
approbation & privilége du Roi.
Nous rendrons compte de cet ouvrage ,
un des plus effentiels qui ait paru depuis
long- temps.
LA - Raméide , poëme , avec ces épigraphes
françoife & latine :
Allez , mes vers , allez ; craignez peu les méchans ;
On ne les connoît pas chez les honnêtes gens .
Inter Ramos lilia fulgent.
Prix 1 , 3 , 6 , 12 , 24 , 48 , 96. A Peterfbourg
, aux rameaux couronnés ; 1766 :
in-8° de 30 pages.
L'Auteur de ce Poëme , divifé en cinq
chants , eft M. Rameau , neveu du célèbre
Artiſte de ce nom , & qui a lui-même
fon
genre de célébrité. La gloire que les
ouvrages de fon oncle ont procurée à la
nation rejaillit fur fa famille ; mais M.
Rameau le neveu a d'autres titres qui doivent
le rendre intéreffant : c'eſt ce que nous
144 MERCURE DE FRANCE.
ferons voir en rendant compte plus amplement
de fon Poëme .
CHOIX de poéfies allemandes , ou traduction
des meilleurs Poëtes Allemands ;
par M. Hubert. A Paris , chec Humblot ,
Libraire , rue Saint Jacques , proche Saint
Yves ; quatre vol. in- 12 : 1766.
Cet ouvrage , dont le Traducteur s'eſt
déja fait connoître fi avantageufement par
fes traductions de la Mort d'Abel , des
Idylles & du Daphnis de M. Gefner , eſt
précédé d'un difcours fur l'hiftoire de la
poéfie allemande , & compofé d'un choix
précieux des morceaux les plus eftimés
dans tous les genres de poéfie, excepté le
dramatique. Le premier volume contient
les poéfies poftorales , les fables & les contes
. Le fecond , les poéfies lyriques , les
odes facrées , les odes philofophiques &
héroïques , les chanfons , les odes anacréontiques
, les chants de guerre & les élégies .
Le troifième , les poèmes épiques , didactiques
& moraux. Le quatrième & dernier
volume , les épîtres morales, les fatyres , & c.
M. Hubert a eu foin , à mesure qu'il donne
l'ouvrage de tel Auteur , de le faire connoître
par un abrégé de fa vie , avec des
anecdotes intéreffantes qui mettront le
lecteur à portée de favoir , non-feulement
quelles
JUIN 1766. 145
quelles font les meilleures poéfies allemandes
, mais même tous les bons Auteurs en
particulier. Il y a à la tête du premier vol .
une belle eftampe gravée par M. de Longueil,
fur le deffein de M. Eifen ; & M. Watelet
a bien voulu , pour
, pour embellir cette édition ,
graver des fleurons pour mettre aux frontifpices
de chaque volume. Nous nous bornons
aujourd'hui à la fimple annonce de
ce recueil ; nous y reviendrons plus d'une
fois.
C.
LA Science de l'Arpenteur dans toute
fon étendue , dédiée à S. A. S. Mgr le
Prince de Condé , par M. Dupain de Monreffon
, Capitaine d'Infanterie , Ingénieur-
Géographe des Camps & Armées du Roi .
A Paris , chez le fieur Jaillot , Géographe
Ordinaire du Roi , quai & à côté des
grands Auguftins ; un vol . in - 8 ° : prix
6 liv.
Cet ouvrage eft totalement gravé & en
outre orné de vignettes , culs- de- lampes
& planches relatives aux opérations de l'arpentage
, qu'il nous a paru bien enfeigner ,
& d'une manière fimple & nouvelle ; ainfi
nous penfons qu'il fera recherché des perfonnes
que cette matière intéreffe.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
LE Public eft averti que du premier jour
du préfent mois de Mai , le Bureau de
Soufcription pour les annonces des deuils
de Cour , & pour l'ouvrage intitulé : le
Nécrologe des hommes célèbres de France ,
qui fe tenoit ci-devant rue Saint Honoré ,
a l'Hôtel d'Aligre , a été tranſporté , par
la Propriétaire , au Bureau général de Correfpondance
du Royaume & Pays Etrangers
en affaires de litige , rue des Prouvaires ,
la troisième porte- cochère à main droite
en entrant par la rue Saint Honoré. C'eſt à
ce feul Bureau que l'on pourra déformais
foufcrire avec fûreté.
RÉPONSE à l'Auteur de la Lettre anonyme
inférée dans le Mercure du mois de Mai
dernier, aufujet de la dernière RÉDEMP-
" TION DES CAPTIFS .
Oui , Monfieur , l'homme de bien ſe
laiffe prévenir quelquefois , ainfi que les
autres hommes. Il peut être la dupe de fon
coeur ; mais auffi , à moins que tout fon
efprit ne foit dans ce coeur , rarement eſt- il
la dupe de certains complimens. L'expérience
lui apprend à connoître cette rufe
ordinaire de la malignité qui , pour don-

JUIN 1766. 147
ner plus de force à l'ironie , femble louer
ceux qu'elle attaque , & les couronne de
fleurs avant que de les frapper.
L'action du Père Breton a été racontée
dans un cercle où j'étois : les perfonnes de
mérite qui le compofoient, jugèrent qu'elle
honoroit trop la nation , pour ne pas la lui
faire connoître ; c'eft dans cette intention
que je l'ai inférée dans le Mercure . Cette
démarche m'a attiré une attaque perfonnelle
; je ne l'euffe jamais foupçonné.
J'ignore , Monfieur , les raifons qui
vous ont fait garder l'anonyme , mais je
fais que la vérité marche la tête levée &
ne fe fert point de bandeau.
La franchiſe me dicta ma première let
tre ; c'eft elle qui me dicte encore celle- ci,
Je vous déclare donc , Monfieur , ou plu-,
tôt je vous répéte , que je ne connois point
le Père Breton , que je ne l'ai jamais vu ,
& que mes louanges fur fon action héroïque
étoient très- défintéteffées . Si le fond
de mon âme vous étoit connu , vous .
= feriez perfuadé que je n'ai nullement été
guidé par l'envie de nuire ; que , loin de
vouloir diminuer la gloire des autres Ré-
1 dempteurs , j'applaudis avec joie à leur
-zèle ; que je refpecte infiniment tous ceux
= qui , pour rendre des citoyens à leur patrie ,
bravent le danger des mers , les intempé
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
1
ries des climats , les fureurs de la barbarie ,
& expofent à chaque inftant leur liberté
pour la rendre à leurs compatriotes .
pour
Après cela , que le Père Breton mérite
ou non le titre de Rédempteur ; qu'il ait :
entrepris pour fon intérêt ou fon plaifir le
voyage d'Afrique ; que pendant ce voyage
il n'ait été que fimple paffager : comme je
ne fuis point fon Avocat , ce font
moi des queſtions fort indifférentes ; &
je veux bien croire que vous êtes mieux
inftruit que moi de toutes ces circonftances.
Mais fi le Père Breton s'eft offert
généreufement à refter dans les fers en
otage pour ceux des Captifs que le défaut
de fonds empêchoit de racheter , cette
action eft- elle belle ? peut- on la louer fans
craindre un reproche perfonnel ? J'ai trop
de confiance dans vos fentimens pour ne
pas en foumettre la déciſion à votre coeur.
S'il y a d'autres Religieux qui fe foient
offerts en facrifice comme le Père Breton ;
loin de combattre ce fait , ce fera pour
moi une double fatisfaction , puifqu'au
lieu d'une belle action j'en vois plufieurs.
Ainfi , Monfieur , fans nous arrêter à des
diſputes inutiles , applaudiffons plutôt à
toutes les vertus qui honorent l'humanité .
Rappellons - les à notre mémoire ; elles
nous exciteront au même héroïſme , &
1
JUIN 1766. 149
nous feront aimer les hommes. J'ai le bonheur
d'être admis à la fociété d'un citoyen
auffi recommandable. par des talens connus ,
que par les qualités du coeur , qui recueille
exactement les actions vertueufes que la
converfation & les papiers publics peuvent
lui fournir. Ne feroit-il pas à fouhaiter que
dans toutes les familles on eût un pareil
cathéchifme pour la jeuneſſe ?
L'action du Père Breton doit être confignée
dans ce recueil . Faut-il l'en effacer ,
comme vous paroiffez le defirer ? ce fera
un article de moins pour l'éloge de la
nation . En attendant votre avis , permettez
, Monfieur , que je vous déclare que je
crains les difputes perfonnelles & les procès
par écrit , & que cette lettre fera la
dernière que j'écrirai à ce fujet.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , &c.
CLOS.
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE II Ι .
SCIENCES ET BELLES LETTRES.
ACADÉMIE S.
SÉANCE publique de l'Académie des Sciences
& Belles - Lettres de BÉSIERS , du
6 Mars 1766.
MONSIEUR
à
ONSIEUR l'Abbé de Baftard , après
quelques réflexions , comme Directeur ( 1 )
fur l'utilité des affemblées publiques des
Académies , fit part d'un projet propre
augmenter la population des campagnes ,
de même qu'à encourager l'Agriculture.
Il commence par parcourir les différentes
fources de la dépopulation dont on ſe
plaint. La premiere , dit - il , remonte au
temps où la nobleffe abandonna le féjour
de fes terres, pour fixer fa demeure dans la
( 1 ) On n'a rien changé à cet extrait ; on le
donne tel qu'il a été remis par M. l'Abbé de
Baftard.
JUIN 1766. IST
capitale, à l'inftigation du Cardinal de Richelieu
fous Louis XIII. A fon exemple la
nobleffe du fecond ordre , c'eft - à - dire ,
celle qui tenoit les arrière- fiefs , qui ne
prenoit que les titres fubordonnés de noble
, écuyer , furent habiter les capitales
des provinces , où leur aifance difparut ,
pendant que leurs tours , leurs donjons ,
leurs murs crenelés & leurs châteaux crouloient.
Les campagnes ne vitent plus leur maîtres
: un tas de mercenaires fous le nom
ridicule d'homme d'affaires & de fermiers ,
ne les parcoururent que pour fuccer le peu
de fel qui leur reftoit , & tyrannifer leurs
paifibles habitans.
C'en étoit bien affez , ajoute - t- il ; mais
comme fi l'on eût voulu porter tout le fang a
la tête pour laiffer les membres dans l'engourdiffement
, M. de Colbert leur porta
le dernier coup en inſpirant à la nation la
manie des Manufactures fans difcernement
des lieux. L'on en vit s'élever de
toutes parts , mais prefque point pour manufacturer
ces matières premières capables
de rendre à la terre la vie qu'elles en ont
reçue . Il ne refta plus que très peu de monde
dans les campagnes , & la rigueur du fort
vint leur donner la chaffe . Les artifans
trouvèrent des patrons : tout tomba fur le
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
laboureur , qui ne vit plus de reffource
que dans les mariages précoces de fes tendres
enfans : il en nâquit une génération
foible & peu propre au travail.
Après avoir difcuté ces trois principales
caufes de la dépopulation , de même que
les vues publiques qui leur donnèrent lieu,
ce qu'il appuie de l'autorité des meilleurs
hiftoriens , il entre en matière & développe
fon fyftême .
Il faut , dit-il , des plaifirs à l'homme :
il y eft porté naturellement ; & pourquoi
ceux qui en ont le plus de befoin pour
foulager leurs travaux , en feroient - ils privés
? La claffe des hommes que l'on appelle
laboureur , payfan , eft celle qui multiplie
le plus , fi peu nombreuſe qu'on la
puiffe fuppofer , vingt ans fuffifent pour
la doubler : il n'eft queftion que de l'attacher
au lieu de fa naiffance fous le voile
fpécieux du plaifir . On eft porté naturellement
à réfider dans les endroits où l'on
a commencé à voir le jour & goûter
les premiers plaifirs dans l'innocence . Si
l'ennui n'en chaſſe point , on s'y attache ,
on ne les quitte qu'à regret , on les recherche
quand on les a perdus comme l'unique
féjour de la félicité.
Je voudrois donc , dit- il , comme autrefois
dans les beaux jours de nos campaJUIN
1766 . 153
gnes , des fêtes champêtres que les Seigneurs
, de même que les grands propriétaires
honoraffent de leur préfence. Elles
feroient appellées céréales dans les endroits
où la plus forte récolte eft en grain
& bacchanales dans ceux où celle du vin
l'emporte. Il cite à ce fujet l'exemple des
anciens , les abus qui s'y gliffèrent , de
même que les moyens de les prévenir.
Après avoir décrit la forme de ces céréales
ou bacchanales , qui confifte en courſes
, en danſes , en repas frugal , & c. le
tout exécuté dans le champ de la joie ; il
ajoute que pour la célébrité de ces fêtes,
& comme un autre hameçon qui attacheroit
les laboureurs au lieu de leur naiffance ,
de même qu'à leur profeffion , il voudroit
que l'on diftribuât un ou deux prix , fuivant
la grandeur de la paroiffe , à ceux dont les
champs auroient le plus produit , toutes
chofes égales ; de façon que l'on pût préfumer
qu'on ne le dût qu'à la meilleure
culture. Ce prix , qui ne doit regarder que
le laboureur, ne feroit que de dix écus : fomme
bien modique , dit l'Auteur , pour concourir
au bien public ; mais néanmoins fuffifante.
Il faut des récompenfes à l'homme
qui l'excitent au travail , & non de celles
qui invitent au repos. Il feroit dangereux
de donner un trop grand degré d'aifance
G v
154 MERCURE DE FRANCE .
à des Concitoyens accoutumés à vivre de
peu, & qu'il eft effentiel de maintenir dans
l'ignorance de ce qu'on appelle dans les
autres conditions les aifances de la vie. Il
voudroit enfin que les décimateurs donnaffent
ce prix modique ; & à cette occafion
il dit: je fuis du nombre , & fi l'on
croit que mon fyftême foit utile , & que
l'on veuille l'effayer , ce qui ne dépend que
des propriétaires , j'offre bien volontiers
de le donner dans chacun de mes prieurés :
heureux ! fi par ce moyen je pouvois procurer
une meilleur culture , l'abondance de
même que la population de nos campagnes
! Heureux , dis- je , fi par ce moyen je
faifois renaître le goût de la vie paſtorale ,
& fous le voile fpécieux & trompeur du
plaifir y fixer la génération préfente , ainfi
que celles qui doivent lui fuccéder.
Toutes les parties de ce fyftême patriotique
font fi fort liées qu'il eſt très - difficile
de l'extraire : rien n'y eft oublié , pas
même le fujet des vaudevilles & chanfons
que l'on chanteroit pendant les céréales
fur des airs gais ; tout y a trait au bonnes
moeurs ; & des cris de vive le Roi , font le
refrain de toutes les actions qui entrent
dans ces fêtes .
M. Bouillet , en qualité de fecrétaire ,
rendit compte des ouvrages de deux de
JUIN 1766. 155
nos affociés ; après avoir annoncé que M.
le Prince de Beauvau & M. le Comte de
Caraman avoient bien voulu accepter chacun
une place d'honoraire dans notre Académie.
Il dit enfuite qu'à l'occafion de plufieurs
établiſſemens faits en Provence par M. le
Duc de Villars , Gouverneur de cette province
, & digne fils de M. le Maréchal
Duc de Villars , fondateur du prix de l'Académie
de Marfeille , dont il fut le premier
protecteur , M. d'Arbaud , Médecin
de la Faculté d'Aix , a adreffé à ce Seigneur
une affez longue épitre en vers qu'ils nous
a communiquée : il n'en rapporta que quelqu'uns
qui ont trait à la botanique.
Art chéri des mortels , art facré d'Efculape !
A qui de nos refforts aucun vice n'échape .
• ·
Un illuftre Mécène offre à tes nourriffons
Des jardins inftructifs ... un maître ... des leçons.
Manes de Tournefort ! manes de Garidel !
Montrez- moi par quel art on peut rendre immortel
:
Payez d'un tel fecret ma prière fervente :
Elle est faite en faveur du héros que je chante
G vj .
156 MERCURE DE FRANCE.
M. d'Arbaud n'oublie point la chymie,
ni les mathématiques , dont M. le Duc de
Villars a fondé des écoles dans la ville
d'Aix avec une bibliotheque publique.
Heureufes les provinces qui ont le bonheur
d'être gouvernées par de pareils bienfaicteurs
de l'humanité !
M. Bouillet ajouta que M. Mazars de
Cazelles , Médecin a Bedarrieux , avoit
payé cette année le tribut qu'il doit à la
Compagnie , en qualité de notre affocié ,
par des obfervations fur quelques hémorragies
, & particulierement fur un poil qui
a pris naiffance dans le globe de l'oeil gauche
, & qu'on eft obligé d'arracher plufieurs
fois l'année.
Un homme , dit- il , âgé de trente-deux
ans , porte depuis fa naiffance à la partie
latérale gauche de l'oeil du même côté ,
une petite tumeur blanche , indolente ,
quelquefois parfemée de filets rouges douloureux
, ronde , élevée d'environ une ligne
& demie , en forme de cône tronqué ,
dont la bâfe eft un peu plus grande que
celle d'une groffe lentille , & s'étend fur
une portion de la cornée tranfpatente ;
mais dont le fommet fe trouve une ligne
en deçà , entre la cornée & la fclérotique :
enforte que , fans gêner fenfiblement la vifion
, elle forme comme un difque opaque
JUIN 1766. 157
fur cette portion de la cornée dans l'arc de
cercle qu'elle y parcourt. A l'âge de quatorze
ans , lorfque le menton commença
à fe couvrir de poil , on vit éclorre dans
le centre de la tumeur une efpece de poil ,
qui croiffant tous les jours s'étendit infenablement
de droite à gauche au- delà des
limites de la tumeur , & parvint enfin à
ferpenter fur prefque toute la cornée , où
les irritations qu'il produifit & les léfions
qu'il caufa dans l'exercice de la viſion déterminèrent
à l'arracher ; & on jugea au
tact & à la vue que cette production étrangère
n'étoit qu'un poil expatrié , qui par
fa rudeffe fembloit tenir du crin.
A ce poil il en fuccéda quelques jours
après un autre qu'on fut également obligé
d'arracher : à ce fecond en fuccéda un troifième
; & ainfi de fuite une ou deux fois
tous les deux mois. Il a été même des
temps , où il en fortoit deux à la fois , d'où
M. Mazars a conclu que cette tumeur n'étoit
qu'une de ces bulbes ou capfules glanduleufes
entourées de graiffes qui renferment
les germes des poils : & que par une
erreur de la nature cette capfule s'eft formée
dans un fol qui ne lui étoit pas deftiné.
Après avoir expliqué toutes les particularités
dont cette incommodité eft accom158
MERCURE DE FRANCE.
pagnée , l'Auteur vient à la manière dont
il confeilla de la traiter. Comme elle ne
lui a pas paru fufceptible d'une guérifon
radicale , il veut feulement : 1. qu'on
calme les irritations , que ce poil a coutume
de caufer , par quelque décoction adouçiſfante
, on fimplement avec l'eau tiède :
2 °. qu'on arrache ce poil avec tout le ménagement
poflible : 3 ° . qu'on tente d'en
détruire la racine par le moyen de l'efprit
de vin on de l'efprit de fel dulcifié & appliqué
avec les précautions néceffaires : Rofen,
Médecin fuédois, s'étant , dit - il, fervi
au rapport de M. de Sauvages , de ce dernier
moyen pour l'extirpation des poils.
A cette obfervation M. Mazars en a joint
trois autres fur des hémorragies fingulières
arrivées à différentes perfonnes , l'une par
le front , l'autre par les yeux , & la troifième
par les joues , fans aucune folution
de continuité , & fans qu'on ait pu appercevoir
, après qu'elles avoient ceffé , l'endroit
d'où le fang s'étoit échappé. Mais
comme ce n'eft pas la première fois qu'on
ait fait de femblables obfervations , on ne
s'étendra pas davantage là deffus.
M. Roubes ci- devant Profeffeur en thétorique
au collège royal de cette ville , qui
avoit été nommé long-temps auparavant
à la place de M. Racolis , dont l'éloge fut
JUIN 1766. 159
lu dans notre dernière féance publique ,
mais , qui par certaines circonftances qu'il
feroit inutile de rapporter , n'avoit pu être
reçu plutôt , lut fon remerciment dont on
ne donnera ici que la fin , qui pourra faire
juger du refte du difcours. Après un court
éloge de notre Monarque bien aimé , il dit :
( 2 ) Ici , Meffieurs , ma langue pourroitelle
être captive ? Ne me reprocheriez - vous
pas un filence coupable & bien éloigné de
vos fentimens , fi en parlant du plus chéri
de tous les Rois , j'oubliois d'exciter mes
auditeurs à partager fes foupirs & fes larmes?
Helas! furent- elles jamais plus légitimes
& plus méritées ! L'augufte Prince
que l'implacable mort vient de moiſſonner
au milieu de fa courfe , étoit le fils le plus
refpectueux , le plus foumis & le plus paffionné
pour le plus rendre de tous les peres.
N'avoit- il pas droit à tout fon coeur ?
O ciel! Que les plus belles deſtinées font
courtes & fragiles ! Que la providence de
l'Être fuprême eft incompréhenfible ! Pourquoi
celui qui faifoit les délices de la France
; pourquoi l'efpoir & l'amour des vrais
Citoyens , le médiateur bienfaiſant qui ne
dédaignoit point de porter avec un fincère
(2 ) Ce morceau & les articles fuivans ont été
remis par leurs Auteurs , & on n'a fait que les
tranfcrire chacun à fa place.
160 MERCURE DE FRANCE.
refpect aux pieds du trône les voeux & les
foupirs des malheureux ; pourquoi celui
qui s'étoit nourri dès l'enfance des plus
nobles & des plus faines maximes des
grands Rois , qui n'eftimoit les grandeurs
& l'autorité qu'autant qu'elles lui fourniffoient
l'occafion de faire du bien , qui déteftoit
les flatteurs malgré l'appas féduifant
de l'adulation , qui marchoit toujours d'un
pas ferme & égal dans les fentiers de la
juſtice , à travers les écueils multipliés qui
environnent de toutes parts la majeſté des
Souverains, qui nous fourniffoit unepreuve
bien touchante de l'empire de la vertu ,
puifqu'il excitoit tout à la fois la jalouſie
& l'admiration de nos voifins & de nos
rivaux ; pourquoi le protecteur , le rémunérateur
& le juge éclairé des talens , l'ornement
& la gloire du nom françois ; pourquoi
cette feconde tête de l'univers , qui
repréfentoit fi parfaitement la Divinité fur
la terre , pourquoi vient- elle de nous être
ravie ?
Grand Dieu ! je me garderai bien de
percer les voiles impénétrables de vos deffeins.
Eh! ne fommes- nous pas trop heureux
dans notre extrême affliction , que
votre bras tout- puiffant ait épargné le plus
grand Roi du monde ! Multipliez à jamais
fur fa tête les années les plus heureufes ;
JUIN 1766. 161
qu'elles coulent conftamment dans la
gloire & dans la fécilité ! Que fes jours
foient toujours refpectés , & s'il eft poffible
plus précieux à fon Peuple ! Armez le
fans ceffe de votre force & de votre juftice
: que vos miféricordes éternelles ne fe
laffent point de répandre avec la même
profufion dans le fang des Bourbons cette
femence énépuifable de Héros très - chrétiens
! Puiffions-nous en admirer la fource
dans l'augufte Dauphin qui fait aujour
d'hui nos plus chères efpérances !
Après avoir répondu en peu de mots au
difcours précédent , M. l'Abbé de Baftard
venant à l'éloge de Mgr le Dauphin ,
s'exprime ainfi : Nos coeurs déchirés ne
nous ont point encore permis de décrire
au long les qualités , les vertus , les talens
qui nous attachoient fi fortement à Mgr.
le Dauphin . Hélas ! comment l'aurions
nous pu ? Nos temples facrés revêtus des
livrées funèbres font tout fumans du fang
de cette précieufe victime : leurs échos répetent
encore nos gémiffemens & nos prièil
n'eft permis qu'aux Miniftres de la
Religion , dans la chaire de vérité , d'entrecouper
de fanglots leurs accens.
res ;
Pour nous , en philofophes , lorfque la
plaie fera moins fraîche , que la cicatrice
fera confolidée , avec quel tranfport ne
162 MERCURE DE FRANCE.
ferons nous point retentir la trompette de
la renommée ! Quel plus beau champ ! Avec
quel plaifir ne contemplerons nous point
ce Prince , dès l'aurore de fes beaux jours ,
lorfque le bruit de nos exploits , de nos
conquêtes , de notre vaillance donna de
l'action à ce germe d'héroïfine qu'il reçut
du Roi fon père en même temps quesia
vie ! qu'il lui demanda avec inſtance de
l'accompagner dans les champs de la gloire
, de faire fous lui fes premières armes ,
afin de voir de fes propres yeux l'effet de
cette augufte préfence qui enchaîne la victoire
& les coeurs , en même temps qu'elle
couvre les troupes de lauriers !
:
Il l'y accompagne en effet , il y arrive
avec lui il voit devant Fontenoi ce Héros
que nous regrettons d'autant plus qu'il
ne nous eft pas permis de demander pour
lui la Couronne immortelle : il entre avec
lui dans tous les détails du plan d'attaque ,
de la pofition des armées refpectives , de
leur force , de leur reffource : il entre dans
le camp , confère avec les Généraux , parle
aux foldats furpris de s'entendre nommer
par leurs noms. Le fignal eft donné pour
la bataille : auffitôt il court : il vole faire
mordre la pouffière à cette célèbre colonne
qui nous retraçoit la force de la phalange
romaine ; il l'eût enfoncée fans doute ,
JUIN 1766. 163
!
lorfqu'effrayé du danger qu'il couroit , un
ordre exprès l'obligea de fe retirer : il fe
plaignit alors du rang fuprême qui le retenoit
au rivage.
Mais ne le louons pas fur fa bravoure ,
elle eft naturelle à la Nation ; & l'héroïfme
eft héréditaire à la maifon de France.
Que le Peuple Juif vante fes Gédeons , fes
Joab , la Macédoine fes Philippes , fes
Alexandres , Carthage fes Annibal , l'Empire
Romain fes Céfars : la France à fes
Bourbons.
Que ne puis- je en ce jour , fur des tons.
plus doux fans doute , mais bien plus touchans
, célébrer fes vertus paifibles que les
remords n'accompagnent jamais , & qui
feules ont le droit de flatter l'efprit & le
coeur ! Que ne puis- je mettre fous vos
yeux fes papiers , fes précieux recueils où
ce digne objet de nos larmes redigeoit par
écrit les moyens d'entretenir la paix , d'encourager
l'agriculture , d'accroître le commerce
, de faire fleurir les arts ! l'on verroit
d'un coup d'oeil la vafte étendue de
fon génie & la bonté de fon coeur.
Les hommes fe remplacent & fe fuccè,
dent en apparence avec tant de facilité
que
le vulgaire croit & dit hautement que perfonne
n'eft néceffaire ; que les corps & à
plus forte raifon l'Etat qui les embraffe
164 MERCURE DE FRANCE.
tous ne fauroit faire que des pertes momentanées
: mais le fage , celui qui a le
coup d'oeil jufte , hardi , pénétrant , propre
à enviſager & percer le globe , penfe
bien différemment
. Que Jofas expire , il
prévoit l'ordre de la fucceffion troublée ,
la Judée tributaire , Joachas couvert de
chaînes , Eliacim ne fortir de l'esclavage
du Roi d'Egypte que pour tomber dans
celui des Chaldéens , & ne remonter enfin
fur le trône de fes pères , que pour devenir
l'opprobre de fon peuple & fuccomber
dans Jérufalem fous les coups d'une
affreufe fédition . Un feul homme foutient
& bouleverfe les trônes & les empires.
Mais pour nous, heureufement, nous n'avons
rien à craindre ; les précieux rejettons
d'une fouche fi pure ferment la porte
aux allarmes. Nous avons perdu en Mgr
le Dauphin le vrai modèle de toutes les
vertus , mais l'original nous reſte en la
Perfonne du Roi nous regrettons avec
lui ce Prince l'objet de fa tendreſſe , rien
de plus jufte & de plus naturel . Mais ce
qui doit nous confoler , c'eft que fa piété
étoit fi vraie , fi fervente , fi foutenue qu'un
grand Prélat , ennemi reconnu de la flatterie
& accoutumé à bien voir , n'a pas craint
d'avancer parlant en Pontife , qu'à coup
für nos neveux l'invoqueroient fur nos auJUIN
1766. 1652
tels. Puiffe fa prédiction s'accomplir !
puiffe - t- il , à côté de Saint Louis , du féjour
de la gloire & de la félicité être le Protecteur
de ce Royaume comme il en a été
l'efpérance ! puiffe- t- il obtenir pour le Roi
que les jours dont il a été privé foient
joints à la chaîne des fiens , & que le vrai
bonheur les accompagne ! Puiffe le Père , à
l'ombre de la protection du fils , voir dans
une vieilleffe faine & tranquille la Reine ,
Mde la Dauphine & les Dames de France
, continuer de donner au monde le touchant
fpectacle de piété & de vertu dont
nous fommes fi frappés ! Puiffe - t- il voir
enfin les trois Princes fes petits Fils , croiffant
en force & en fageffe , multiplier la
race des Héros & les foutiens du trône !
M. de Bouffanelle , Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis ,
Meftre de camp de Cavalerie , Capitaine
au Régiment du Commiffaire général , lut
des réflexions fur la poéfie & fur la plupart
des Poëtes anciens & modernes.
La poéfie , dit- il , d'après un Orateur
du fiècle , fut l'art des premiers Philofophes
; elle embellit la penfée des charmes
de l'harmonie ; art ingénieux fouvent .
utile , toujours agréable , nommé frivole
par ceux qui méprifent tout ce qu'ils igno
166 MERCURE DE FRANCE.
rent , mais eftimé par les vrais fages qui
refpectent tout ce qui tient au génie.
Strabon combattant le fentiment de
Démocrite , fur l'art des vers , penfe avec
tous les Philofophes de fon temps qu'il
n'y a que le vrai fage qui puiffe être Poëte.
Cicéron , Ovide , Quintilien foutiennent &
répetent par-tout qu'il faut avoir un efprit
célefte pour mériter un titre fi glorieux.
Long - temps auparavant Socrate.
avoit dit que les Poëtes ne travaillent
point par une fageffe humaine , mais
une efpèce d'infpiration divine.
par
M. de Bouffanelle cite beaucoup d'autres
paffages & rapporte plufieurs autres
traits en faveur de la poéfie.
Après avoir parlé des Poëtes grecs &
latins , il ajoute : Moliere dans fes grandes
comédies imita , ennoblit & ſurpaſſa
Ménandre , Ariftophane , Plaute & Terence
même. Son Mifantrope , le Tartuffe ,
les Femmes favantes , l'Ecole des maris ,
l'Avare & la plupart même de fes farces .
font infiniment au- deffus de plufieurs comédies
de l'antiquité.
Boileau , dans le genre fatyrique furpafla
également fes modèles après s'en
être enrichi. Horace , Perfe & Juvenal
qu'il a fait paffer dans fes ouvrages , font
JUIN 1766 . 167
bien moins fublimes , & n'ont jamais eu
dans les leurs ni fon fel , ni fa morale , ni
fon enjouement.
Les Fables d'Efope , de Phèdre & de
Pilpai , toutes admirables qu'elles font ,
pourroient- elles fe comparer à celles de Lafontaine
? Efope eft un Philoſophe , Phedre
eft un Auteur ; l'un étoit un efclave ,
l'autre un affranchi : Pilpai fut un , moralifte
fec , un politique froid , férieux &
fans inftruction . Lafontaine, quoique riche
des inventions & des maximes de ces
trois fabuliftes , eft un original , dont on
n'imitera jamais les cenfures allégoriques
& ingénieufes , le fentiment vif , la naïveté
douce & intéreffante , la briéveté ,
le ftyle fimple & éloquent , & la leçon
toujours renfermée dans l'image.
L'Auteur fait encore beaucoup d'autres
réflexions : il parle du génie de la poéfie ,
de ce qu'exige le vrai talent des vers , &
de l'abus de ce talent ; mais des penfées détachées
ne font pas fufceptibles d'extrait.
Il rapporte , en finiffant , cette loi de Platon
: qu'aucun Poëte dans fes imitations
dit ce grand Philofophe , ne s'éloigne
d'aucune des maximes reçues comme bonnes
& comme juftes , & qu'il fe garde bien
de montrer fes ouvrages à aucun particu168
MERCURE DE FRANCE.
lier avant qu'ils aient été vus & approuvés
par des juges établis pour cela.
M. Bouillet le fils lut un mémoire où
il prouva que pour la cure de certains
maux , les racines de deux plantes qui
croiffent fans culture dans nos campagnes ,
font préférables à la fquine & à la falfepareille
qui nous viennent des contrées fort
éloignées.
Ordinairement , dit-il , on eftime les
chofes d'autant plus qu'il en coûte davantage
pour les acquérir ; & ce qu'on peut
avoir fans peine & à vil prix ne paffa jamais
pour fort précieux dans l'efprit du
vulgaire. C'étoit autrefois un préjugé naturel
à prefque tous les peuples & dans
tous les pays où l'efprit philofophique n'avoit
pas pénétré : heureuſement en France
& dans bien d'autres lieux de l'Europe , on
n'apprécie guères aujourd'hui les chofes
que par leur valeur intrinfèque ; & fi je fais
voir , ajouta t-il , que les racines de deux
de nos plantes appellées l'une bardane ou
glouteron , & l'autre dent de lion ou piffenlit
, ont plus de vertu que la fquine &
la falfepareille , on n'hésitera point à leur
donner la préférence fur ces plantes exotiques.
Pour juger de la vertu d'une plante &
du
JUIN 1766. 169
:
du plus ou du moins d'efficacité qu'elle
peut avoir pour la guérifon de telles ou
telles maladies , nous n'avons , dit- il , que
deux moyens l'expérience , c'est - à - dire
l'obfervation des effets que cette plante
produit dans le corps de ceux qui en
ufent , & l'analyfe chymique ou phyfique
, c'est-à- dire l'examen des principes
ou des parties effentielles dont elle eſt
compofée & dont l'expérience nous a fait
connoître les propriétés.
Or , fi nous confultons l'expérience ,
nous trouverons 1 ° . que Henri III , Roi
de France , fut guéri d'une maladie ſecrette
dont il étoit attaqué par la décoction
des racines de bardane ( 1 ) , que confeilla
le Médecin Péna. 2 °. Si nous voulons
nous en rapporter au témoignage de Simon
Pauli , nous ne doutons point que la
décoction des racines de bardane ne foit
beaucoup plus efficace pour la cure des
maux vénériens , que celle de la falfepareille
& des autres drogues étrangères. 3º .
Nous pouvons encore nous appuyer de
l'autorité de Meffieurs Tournefort &
Geoffroy, qui recommandent nos plantes
contre les maladies fecrettes 4°. Enfin
fi nous voulons en croire le Docteur Car-
( 3 ) . Voyez les obſervations communiquées à
Rivière.
H
170 MERCURE DE FRANCE .
theufer, nous ne ferons pas de façon de profcrire
entièrement la fquine & la falfepareille
, & de leur fubftituer dans toutes
les occafions les racines de bardane & de
piffenlit , qu'il juge beaucoup plus efficaces.
M. Bouillet ajoute que les racines de
glouteron & de piffenlit font réfolutives ,
déterfives , cordiales , diurétiques , qu'elles
diffolvent le fang grumelé , & qu'elles
conviennent non- feulement dans les maux
vénériens , mais encore dans les affections
arthritiques , rhumatifmales , néphrétiques
, dartreufes , fcorbutiques , dans les
obftructions des vifcères , dans la jauniſſe ,
dans la gravelle , &c. Ce qu'il prouve par
les obfervations de Foreftus , & de plufieurs
autres habiles praticiens.
L'Académicien n'a pu avoir encore beaucoup
d'expériences fur les plantes dont il
parle , à caufe qu'on ne reçoit point certains
malades dans l'hôpital de Befiers , confié à
fes foins ; il a obfervé néanmoins que la décoction
de bardane & ide piffenlit a été d'un
grand fecours à quelques perfonnes affligées
du mal vénérien à un haut degré , qu'elle
les foulageoit beaucoup en pouffant le virus
vers l'habitude du corps , & qu'il étoit
enfuite bien plus aifé de les guérir , par
le moyen de quelques légères frictions ;
JUIN 1766. 171
mais on a tout lieu d'efpérer que d'autres
Médecins voudront bien faire eux-mêmes
l'expérience de ce remède , & nous communiquer
leurs obfervations. De fon côté
M. Bouillet ne manquera pas de faifir les
occafions qui fe préfenteront , & de faire
part au Public de fes effais , & du fuccès
qu'ils auront eu.
Il vient enfuite à l'analyfe foit chymique,
foit phyfique de tous ces fimples , &
par lacomparaifon qu'il fait des fubftances
qu'on en tire par l'un & l'autre de ces
moyens , il n'hésite point à donner la préférence
à nos plantes fur la fquine & la
falfepareille : drogues affez chères , qui
dans le tranfport fe gâtent & fe carient
& qu'on ne peut pas avoir récentes toutes
les fois qu'on en a befoin . L'Auteur , en
finiffant fon mémoire , fait remarquer que
fi , comme il n'en doute pas , un plus
grand nombre d'expériences confirme ce
qu'il vient d'avancer , il en résultera nonfeulement
un avantage pour les malades ,
mais encore un profit confidérable pour
ces contrées , où la bardane & la dent de
lion qui y font très - communes , & le ſeroient
beaucoup davantage , fi on les cultivoit
, pourront devenir un objet de commerce
pour la pharmacie , & faire tomber
le débit de la fquine & de la falfepareille
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
comme la garance du pays , qui par la culture
qu'enfeigne M. Duhamel , & par les
priviléges accordés par la Cour aux cultivateurs
, re manquera pas de ſe multiplier
, va devenir un objet de commerce
la teinture , & fera tomber le débit
de la garance qu'on tire des Hollandois &
des Zelandois.
pour
M. de Manfe termina la féance par un
mémoire fur le begayement : la nouveauté.
& la fingularité du fujet en rendit la lecture
très-intéreffante. Il fit dans la première
partie le détail de tous les inconvé
que fouffre le bégue en parlant. Outre que
fa converfation , dit- il , eft extrêmement
lente , elle est encore très- difficile & fort
laborieufe.
Comme l'Auteur eft lui-même affligé
de ce défaut de langue , l'expérience lui
fervit de guide dans l'expofition de ces
trois effets ; & le tableau fut parfaitement
reffemblant. Il appuya principalement fur
les précautions que le bégue eft obligé de
prendre pour éviter le choc de telle ou telle
confonne qui le fait begayer. Avant que
de parler , il doit compofer avec fa langue
& la confulter pour favoir fi elle pourra
fe prêter aux expreffions qui doivent rendre
fes idées ; & prévoyant les obftacles
qui doivent l'arrêter dans le cours de la.
JUIN 1766. 173
phrafe , il doit la retourner & l'arranger
de façon qu'il puiffe la débiter fans effort :
auffi le voit-on fouvent s'arrêter , ou fe
fervir de périphrafes qui donnent à fa
converfation un air de pédantifme qui lui
fait tort : tantôt il faut qu'il employe le
terme figuré pour le propre : tantôt le propre
pour le figuré ; prefque toujours il eſt
obligé d'avoir recours à des fynonimes ,
dont notre langue n'eft point fufceptible :
quelquefois auffi s'élevant au- deffus de
lui-même ( car le bégayement fait alors le
même effet fur lui , que la rime fur le
Poëte ) , les expreffions ennobliffent fa
penfée ; mais il fe pafferoit bien de ce
foible avantage , puifqu'il ne l'obtient
qu'après s'être donné la torture pour enfanter
la parole.
L'Auteur prouva que le corps enfuite ne
fatiguoit pas moins que l'efprit . Le bégue ,
dit- il , eft obligé d'employer plus d'air que
les autres dans le jeu de la parole ; ce qui
le met dans la néceffité de réitérer plus
fouvent les infpirations & les expirations
pour pouvoir fournir à la prononciation
de la phrafe qu'il a commencée ; & ce
qu'ily a de fingulier, c'eft que dans le même
temps qu'il doit prodiguer l'air en faifant
fonner une confonne explofive , comme p,
b, il doit être attentif à le ménager en filant
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
les fucceffives commef, g. Cette alternative
de dépenfe & d'économie d'air lui rend la
converfation très-laborieufe & très - fatiguante.
M. de Manfe termina cette partie hiftorifque
en juftifiant le bégue , fi quelquefois
il fe refufoit à la fociété , fur - tout
quand par une mauvaiſe difpofition de
corps , ou par un temps lâche & pefant ,
il n'étoit pas en état de fupporter la fatigue
qu'il auroit à effuyer dans le commerce
avec les hommes.
Il entreprit dans la feconde partie , qu'il
appelle théorique de découvrir la caufe
& d'indiquer la guérifon du bégayement.
Il commença par combattre l'idée de tous
les Médecins qui ont prétendu jufques
ici que c'étoit une caufe phyfique qui
empêchoit le bégue d'articuler. Il prouva
enfuite que c'étoit une cauſe morale . En
partant du principe que l'organe de la
parole eft un inftrument à vent felon M.
Dodart , ou un inftrument à vent & à
corde felon M. Ferrein , il conclut que
fi l'inftrument étoit bon , & qu'on le fçût
bien manier , on lui feroit rendre des
fons juftes , délicats & prompts : il foutint
enfuite que l'inftrument étoit bon ,
inais que le bégue ne favoit pas en jouer,
ou qu'il en jouoit mal ; qu'il n'en avoit
JUIN 1766. 179
pas l'embouchure , ou qu'il l'avoit mauvaife.
Il fait , dit-il , comme celui qui
s'effayant pour la première fois fur une
flûte traverfière , ne peut en tirer du fon
que par intervalle. Le nouveau muficien
place mal fes lèvres , il diftribue encore
plus mal l'air qui doit la faire réfonner , &
la flûte bégaye fous fes doigts ; c'eſt ce que
fait le bégue. Apprenez - lui à bien placer
fa langue , à ne pas trop l'appuyer contre
le palais , ni contre les dents , & vous verrez
qu'il parlera comme les autres. En un
mot , montrez- lui à jouer de fon inftrument,
& il en jouera bien .
la
Mais d'où vient ce défaut d'adreffe de
part des bégues ? Il vient , dit l'Académicien
, ou de la mauvaife pofition des
organes vocaux , qu'on laiffe prendre aux
enfans , lorfqu'ils commencent à parler ,
ou de la mauvaiſe habitude qu'ils contractent
eux-mêmes en parlant , foit par hafard
, foit par imitation ; ce qu'il étaya par
des raifonnemens & par des exemples.
Il finit par l'orthopédie des bégues ; &
il donna non-feulement des moyens pour
prévenir ce défaut de langue dans les enfans
, mais il en indiqua encore de trèsefficaces
pour corriger ceux qui ont pris
depuis long- temps par hafard ou par imitation
, la mauvaiſe habitude de mal pla-
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
cer leur langue & leurs lèvres dans le méchanifme
de la parole.
C'eſt aux réflexions que l'Auteur a faites
fur cette matière , qu'il doit l'honneur &
le plaifir de pouvoir parler au Public , fans
que perfonne s'apperçoive de la peine
qu'il y prend . Ce n'eft que dans la converfation
, que fe livrant à la mauvaiſe
habitude qu'il a contractée dès l'enfance ,
on s'apperçoit quelquefois de fon défaut
de langue , encore faut- il être prévenu
là - deffus , pour peu qu'il faffe attention
fur lui-même.
ACADÉMIE Royale des Sciences & Belles-
Lettres de BERLIN.
Prix propofés par le Grand Directoire.
LE Prix fur la meilleure conſtruction des
fours, a été adjugé dans l'affemblée publique
de l'Académie Royale du 30 Janvier 1766,
à M. Bauffan du Bignon , Notaire Royal
& Receveur des Domaines du Roi à la
Suze au Maine , dont l'écrit avoit pour
devife : Faciamus lateres , & coquamus eos
igni.
JUIN 1766. 177
La pièce Allemande , qui a pour devife :
Es ift gevvifs nicht leicht ein Kunft- Stück anfzufinden
;
Dagegen ist nicht fchvver Verbefferung zu ergründen:
a obtenu l'acceffit . Elle fera imprimée
avec la pièce victorieufe , fi l'Auteur y
confent , & donne avis à l'Académie de
fon confentement.
Le but principal des deux Prix propofés
confécutivement par le Grand Directoire
ayant été l'épargne du bois , le même Directoire
promet un Prix de cent écus à quiconque
indiquera , pour quelque genre de
confommation que ce foit , un moyen d'épargner
le bois , folide , praticable , & non
ufité dans ce pays : bien entendu que cette
épargne ne nuife en aucune façon à la perfection
de l'ouvrage , & que l'Académie
y donne fon approbation. Les Mémoires
fur ce fujet feront adreffés à M. le Profef
feur Formey , Secretaire perpétuel de l'Académie.
On ne fixe aucun terme pour leur
'envoi , n'étant pas poffible de déterminer
exactement le temps requis pour les expériences
qu'ils doivent renferier.
Le Grand Directoire a encore requis
l'Académie de propofer pour le fujet d'un
Prix femblable à ceux qu'il a déjà donnés,
la queftion fuivante :
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Faire voir par de nouvelles expériences ;
exécutées en grand &fuffisamment conftatées
, comment , en épargnant aurant
qu'il eft poffible le bois , le temps & les
frais , on peut tirer des cuites falines le
fel tellement purifié & préparé , qu'il ait
le degré le plus confidérable de fineſſe &
d'une égale granulation .
Comme il s'agit ici tout à la fois de perfectionner
la préparation du fel , & d'épargner
le bois , ceux qui prendront occa
fion de là de faire des effais en grand ,
font priés , en les faifant & en répondant
à la queftion propofée , de ne pas borner
leur attention aux nouveaux arrangemens
qu'on pourroit prendre par rapport aux
chaudières , mais de fe mettre fur-tout en
état de pouvoir déterminer comment &
jufqu'à quel point , en hyver , on pourroit
tirer parti du froid , tant pour la graduation
que pour la cryftallifation & la granulation
du fel ; & au contraire , comment
dans les jours lumineux & chauds
de l'été , dont les climats de l'Allemagne
jouiffent , l'action du foleil pourroit être
appliquée aux mêmes ufages : vu qu'il eft
cor nu que la coction du fel le plus fin demande
à peine un plus grand degré de
chaleur.
JUIN 1766. 179
Afin d'accorder un espace de temps
fuffifant pour ces travaux , le Prix ne fera
adjugé que dans l'affemblée publique du
31 Mai 1769 , & les piéces doivent être
remifes avant le premier Janvier de la
même année .
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE IV.
BEAUX- ARTS.
ARTS UTILE S.
CHIRURGIE.
SÉANCE publique de l'Académie Royale
de Chirurgie , le 10 Avril 1766 .
L'ACADÉMIE Royale de Chirurgie avoit
propofé en 1760 , pour le Prix de l'année
1761 , le fujet fuivant :
Etablir la théorie des contre-coups dans les
léfions de la tête ; & les conféquences
pratiques qu'on peut en tirer.
De dix-neuf Mémoires qui furent envoyés
, un feul parut mériter des égards
par la folidité des principes & la manière
claire dont ils étoient expofés : cependant
on crut pouvoir defirer un travail plus
étendu , & l'on fe détermina à propofer
de nouveau le même fujet pour cet annéeci,
avec promeffe d'un Prix double.
JUIN 1766. 181
L'Académie a reçu vingt-fix Mémoires,
parmi lefquels fe retrouve la differtation
qui avoit fixé l'attention en 1761 , & cette
piéce a encore été jugée la meilleure de
celles qui ont été préfentées. Un ouvrage
qui a obtenu deux fois la préférence fur
tant de productions rivales , a paru digne
de récompenfe . Mais l'Auteur n'y a fait
aucun changement , & l'Académie n'avoit
remis la queftion à une autre ar ne , que
dans l'efpérance d'avoir un travail plus détaillé.
En conféquence elle a pris un parti
moyen , qui doit fatisfaire à la fois l'Auteur
du Mémoire , les autres concurrens ,
& le public même , intéreffé à ce qu'an
fujet aufli important que les contre - coups
foit autant approfondi qu'il peut l'être.
L'Académie propofera la même queſtion
pour une autre année , & elle a accordé,
le Prix fimple , la médaille d'or ordinaire ,
de la valeur de soo livres , fondée par M. 500
de la Peyronie , à l'Auteur du Mémoire
préféré , qui eft M. Grima , premier Chirurgien
de M. le Grand - Maître , & des hôpitaux
à Malte.
Le prix d'émulation qui confifte en une
médaille d'or de 200 livres , a été remporté
par M. Saucerotte , Maître en Chirurgie à
Lunéville , l'un des Chirurgiens ordinai182
MERCURE DE FRANCE .
res de Sa Majefté le feu Roi de Pologne ,
Duc de Lorraine & de Bar.
Les cinq petites médailles deftinées à ceux
qui ont fourni au moins trois obfervations
intéreflantes dans le cours de l'année , &
auxquelles les Académiciens de la claffe
des libres , peuvent prétendre avec les Chirurgiens
du Royaume , ont été diftribuées
à M. Capdeville, Membre de l'Académie ;
A MM. Colon & Cofme d'Angerville , le
premier, gagnant - maîtrife en Chirurgie
à l'hôpital de Bicêtre , le fecond à l'Hôtel-
Dieu de Paris ; à M. Chambon , Maître
en Chirurgie à Brevane , près Langres , &
à M. Bouriene , Chirurgien - Major des
hôpitaux des troupes du Roi en l'ifle de
Corfe .
Cette diftribution des prix a été précédée
d'un difcours fur la théorie des léfions
de la tête par contre - coup , & fur les conféquences
pratiques qu'on peut en tirer.
M. Louis , Secrétaire Perpétuel de l'Académie
, auteur de ce difcours , y expofe lay
difficulté du fajet , & fe propofe de le
faire imprimer avec beaucoup d'obfervations
relatives , pour favorifer le travail de
ceux qui voudront concourir au prix fur
cette queftion intéreffante .
Il prononça enfuite l'éloge de M. Molinelli
, Affocié étranger de l'Académie ,
JUIN 1766. 184
Profeffeur d'Anatomie & de Chirurgie en
l'Univerfité de Bologne , Membre de l'inftitut
des Sciences , & premier Chirurgien
du grand hôpital de Sainte Marie - de - la-
Vie.
M. Molinelli , né en 1698 , perdit fes
père & mère en bas âge , & fut élevé par
un parent de fon nom , Médecin de répu
tation à Bologne , qui à fa mort , en 1715 ,
laiffa le jeune Molinelli héritier de
biens affez confidérables. Maître de fa
volonté , à dix fept ans , avec de la fortune ,
il fe montra digne des bienfaits qu'il ve-.
noit de recevoir. Son application redoubla ,
il étudia fous les meilleurs maîtres , fit fes
cours en Médecine , & après avoir reçu le
grade de Docteur dans les Ecoles de l'Univerfité
, il prit le parti de la Chirurgie , &
travailla en qualité d'élève fous le Docteur
Donduzzi, Chirurgien en chef de l'Hôpital
, dont il a eu la place & a époufé la
fille.
M. Louis exprime les motifs de ce changement
d'état , fil'on peut appeller ainfi la
culture des deux branches de la même
fcience , indivifible dans fes principes.
« Tout le temps qui n'étoit pas employé
» au foin des malades , il l'employoit à fe
» rendre plus habile par la lecture des
» meilleurs Auteurs ; il vérifioit leurs ob184
MERCURE DE FRANCE.
"3
fervations , en les comparant avec celles
» que la pratique lui fourniffoit journelle-
» ment : les lumières de l'anatomie l'éclai-
» roient fur les points obfcurs , & l'ouver-
» ture des cadavres excitoit fouvent fes re-
» grets fur l'incetitude des connoiſſances
» humaines. Ces réflexions un peu chagrines
pour un efprit de fa trempe ,
le décidèrent abfolument à cultiver la
chirurgie , & lui firent prendre le parti
" de venir en France pour fe perfectionner
» fous les plus grands maîtres » .
39
"
ל כ
وو
و ر
ود
"
Quand un homme eft auffi - bien préparé
, continue M. Louis , il voyage
» toujours très - utilement. Il trouveroit à
» s'inftruire dans les mauvaiſes comme
» dans les bonnes écoles , parce qu'il y
» porte le difcernement qui fait tout apprécier.
Les hôpitaux où les faits font
multipliés & fe renouvellent fans ceffe ,
» lui offrent en grand le tableau des mi-
» fères humaines, au foulagement defquelles
il fe dévoue. Son jugement & fes yeux
» font formés ; aucun coup d'oeil ne porte à
faux ; il n'eft prefque point de cas qui ne
» foit une leçon nouvelle , ou une confirma-
» tion utile de ce qu'on favoit déja , ou qui
» ne ſerve à réformer quelques erreurs dont
34
une imagination avide de favoir ne peut
» manquer d'être imbue. Dans la jeune fe
JUIN 1766. 185
ود
"
on court après les connoiffances , on les
accumule avec trop peu d'ordre , on
» n'eft occupé qu'à fe meubler la tête
» s'il eft perinis de fe fervir de cette expreffion
. La fagacité eft plus tardive ,
jugement vient à pas lents , & dans ceux
» que la nature a le plus favorifés du côté
» de l'efprit , il faut toujours attendre la
» maturité pour en recueillir les fruits ».
ود
و د
ود
le
Nous ne fuivrons pas M. Louis dans le
récit qu'il fait des travaux de M. Molinelli
, ni dans le compte qu'il rend des différens
ouvrages de cet Auteur , & qui tiennent
un rang diftingué dans les mémoires
de l'Académie & Inftitut des fciences de
Bologne ; nous nous contenterons de гар-
porter l'époque la plus flatteufe de la vie
de M. Molinelli , & que M. Louis regarde
comme auffi intéreſſante pour l'humanité
qu'elle eft honorable à la chirurgie ; c'eft
l'établiffement que Benoît XIVfit en 1742 ,
en faveur de M. Molinelli & à fa follicitation.
« Les cours d'opérations de chirurgie
» auxquels il avoit affifté à Paris , lui fi-
» rent defirer de pareils exercices à Bolo-
» gne. Il en parla à plufieurs perfonnes en
dignité & en crédit ; elles fentirent que
» dans une ville célèbte , , par cela même
» que toutes les autres fciences y font
و د
186 MERCURE DE FRANCE.
"
و د
"
TO
avantageufement cultivées , il étoit in-
» concevable que la Faculté de Chirurgie
» eût été négligée au point qu'on n'avoit ja-
» mais fait publiquement aucune démonf-
» tration des opérations fur les cadavres.
» L'honneur de la patrie & l'utilité publiquefe
révoltèrent contre cet oubli. Le pro-
» jet de M. Molinelli futgoûté avec applau-
» diffement , par des hommes d'état vraiment
patriotes : la chirurgie étoit à Bologne
dans une eftime particulière qui
rappelloit les temps heureux où elle n'é-
» toit exercée que par des mains favantes . I
Y avoit peu d'années que dans le fanc-
» tuaire des fciences , dans le palais mê-
» me qu'occupe l'Inftitut , on avoit érigé ,
" par ordre du Sénat , une ftatue de marbre
au célèbre Chirurgien Valfalva : on fe
promit tout de l'amour qu'avoit pour
les fciences Benoît XIV , nouvellement
placé fur la chaire de Saint Pierre . Ce
» Prince avoit été dans une fortune privée ,
» l'ami des favans qu'il regardoit à juſte
» titre comme fes confrères : amateur
éclairé , il ne changea pas de fentimens ,
& le Souverain fe crut plus étroitement
obligé d'être protecteur. A peine lui
fait- on connoître le befoin des inftructions
chirurgicales , qu'il remplit les efpé-
» rances & comble tous les voeuxà cet égard,
>>
35
JUIN 1766. 187
ود
ود
و د
و د
Les moindres arrangemens qui pouvoient
» contribuer à la perfection de cet établiffe-
» ment & en affurer la durée fe préfentent
» à fon efprit ; il met de l'empreffemnnt
» à donner les ordres néceffaires. M. de la
Peyronie reçoit un bref de Sa Sainteté ,
» par lequel Elle le prie de concourir au
» bien public en lui procurant la collec-
»tion la plus complette des inftrumens de
» chirurgie : il informe le Roi de la com-
»miffion dont il eft chargé, & elle lui devint
doublement flatteufe par l'intérêt que Sa
Majeftéy prit. Elle voulut en faire les frais,
» & ces inftrumens les plus beaux & les
» mieux conditionnés qu'on ait vus , furent
» envoyés au Pape , en préfent , & comme
» une marque d'amitié ; c'eft ainfi qu'en
parle l'hiftoire de l'Inftitut . Benoît XIV
ordonna que chaque année on feroit à
perpétuité dans chacun des deux hôpi-
» taux une démonftration de ces inftru-
» mens , qu'on expliqueroit leur nature &
» leur ufage , & qu'on s'en ferviroit fur
» les cadavres , pour enfeigner la méthode
» d'opérer dans les différentes maladies
qui ont befoin du fecours de la main.
» La garde de ces inftrumens fut confiée à
M. Molinelli , avec le titre de Profeffeur
» Bénédictin , du nom du Fondateur. Un
""
Сс
ور
188 MERCURE DE FRANCE.
"établiſſement auffi utile feroit feul capable
» de rendre chère à la poſtérité la mémoire
» de Benoît XIV. Quand les bien- faits
» d'un Prince affurent l'enfeignement
» d'un art auffi utile , ils ne fe bornent
» pas à ceux qui ont le bonheur de vivre
» fous fon règne , ils lui acquierent des
droits à la reconnoiffance des citoyens ,
qui à l'avenir devront la fanté & la vie
» aux fecours de la chirurgie. M. Moli
" nelli manifefta les fentimens dont il
>>
"
étoit pénétré , dans un difcours d'inau-
" guration , prononcé au mois de Novem
» bre 1742 , & qui fut fort applaudi. L'AF
» teur nous a intéreffés à fa gloire. Les
diffections anatomiques , les opérations
de Chirurgie par lefquelles on exerce
" les candidats dans le fein de notre Col+
lége , les démonftrations qu'on fait en
» faveur des étudians dans l'amphithéâtre
» de nos Ecoles , par la libéralité du Roi ,
font rappellées comme des exemples qui
» ont procuré l'établiffement de Bologne
» & comme des modèles à fuivre pour
qu'il foit utile. Ce difcours a été imprimé
avec une épître dédicatoire à
" Benoît XIV , dans laquelle M. Moli-
""
و د
nelli rend à cet homme immortel les
» actions de graces qui lui font fi jufte-
» ment dues. Il avoit à exprimer les mouJUIN
1766. 189
vemens de fon amour , de fon refpect
» & de fa reconnoiffance particulière. Ce
" grand Pape ne parloit jamais de Moli-
" nelli qu'avec les témoignages d'eftime
» les plus flatteurs ; dans fes expreffions
favorites il le nommoit l'honneur de
fon pays , la gloire de la patrie. L'onor
» del noftro paese , l'onor della nofira pa-
" tria. Benoît XIV aimoit
tendrement
fa
patrie , & particulièrement
ceux qui s'y
diftinguoient
dans les fciences
, &c ».
M. Molinelli
eft mort
d'apoplexie
le 1 1
Octobre
, âgé de foixante
-fix ans.
L'extrait des Mémoires lus à la féance
dans le prochain Mercuré .
LETTRE du fieur THILLAYE , Pompier
privilégié du Roi , demeurant à Rouen .
VOUS
ous avez annoncé , Monfieur , en
différens temps , par votre Mercure , les
avantages de mes pompes à incendies ,
ainfi que celle pour les puits , & les nouvelles
machines pneumatiques à deux corps
de ma compofition ; j'ai fait publiquement
pendant plufieurs années les épreuves &
les démonftrations de toutes ces pompes
chez les RR. PP. Feuillans , rue Saint
Honoré , où eft mon magafin. Le grand
190 MERCURE DE FRANCE.
débit que j'en ai fait , tant pour le fervice
du Roi que pour différens Corps de
Ville , & autres perfonnes de nom , a été
pour moi une preuve certaine de la préférence
que le public a bieu voulu donner
à mes ouvrages .
Comme je ne néglige rien , Monfieur ,
pour ce qui peut lui être utile , je lui
propofe , par la voie de votre Journal ,
trois nouvelles machines defquelles il
pourra tirer de très-grands avantages.
La première eft la marmitte ou digefteur
de Papin fimplifié ; cette machine ,
à qui on peut donner le titre de marmitte
économique , puifqu'à peu de frais & avec
des chofes qui ne font plus que de rebut ,
comme os de toute efpèce , on en retire
une très-bonne fubfiftance , eft une nouvelle
reffource pour les pauvres , dont ils
"font redevables à M. l'Abbé Vregeon ,
Membre de l'Académie de Rouen & Affocié
de celle de Clermont. Les recherches
& expériences multipliées de ce zélé Académicien
ont donné lieu à l'ufage de cette
machine dans plufieurs hôpitaux ; mais
comme les difpofitions & l'armure en fer'
la rendoient ridicule , beaucoup de perfonnes
s'en étoient dégoûtées. C'est par cette
raifon , & afin de répondre aux voeux de
M. l'Abbé Vregeon , que j'ai porté mes
JUIN 1766. 191
réflexions fur cette machine pour chercher
à la rendre plus fimple , plus folide & d'un
ufage fi commode que chacun puiffe s'en
fervir fans courir aucuns rifques ; c'eſt à
quoi je me flatte d'être parvenu , & c'eſt
fans en augmenter le prix.
La feconde eft une nouvelle cafferolle
domeftique fermant à vis & portant fon
bain-marie , très -commode pour la cuiſſon
des viandes.
La troifième enfin eft une nouvelle caffetière
portant auffi fon bain- marie , &
fermanttrès -exactement à vis , avec laquelle
on fait le caffé fans évaporation , par conféquent
plus fpiritueux & en outre moins
de goût de feu , moins d'acrimonie , &
dans lequel il faut moins de fucre. L'utilité
du bain - marie étant reconnue par
les Chymiftes & Diſtillateurs , je ne
m'étendrai point pour faire connoître les
avantages qu'on en peut tirer , il fe fait
concevoir par lui-même : je n'entrerai point
dans la defcription de chacune de ces machines
, elle va fe trouver dans le certificat
d'approbation de MM. de l'Académie
des Sciences de Paris. En voici la teneur :
Extrait des regiftres de l'Académie Royale
des Sciences , du 6 Juillet 1765 .
Meffieurs Hellot & de Montigni qui
1
192 MERCURE DE FRANCE.
avoient été nommés pour examiner quelques
changemens à faire au digefteur ou
machine de Papin , & quelques applications
du même principe à des ufages domeftiques
, propofées par le fieur Thillaye,
en ayant fait leur rapport , l'Académie a
jugé que la manière propofée par l'Auteur
d'unir le digefteur à fon couvercle par
le moyen d'un écrou mobile au lieu de
levier de fer employé par Papin & la vis
qu'il y joint pour pouvoir laiffer échapper
les vapeurs après l'opération , rendoient le
fervice de cet inftrument plus facile , fans
rien diminuer de fa folidité. Que les cafferolles
& les caffetières , clofes par des
couvercles affujettis par un écrou & plongés
dans un bain- marie , qu'on peut fermer
comme le digefteur , pourroient être fort
utiles , pourvu que les caffetières d'étain ,
qu'on peut faire auffi fervir d'alembics ,
fuffent revêtues d'une enveloppe de cuivre
comme les cafferolles , pour réfifter à l'effort
de la liqueur qu'on y retient convertie
en vapeurs ; que ces vaiffeaux auront
l'avantage de pouvoir tenir l'eau & les
autres liqueurs très- long- temps en ébullition
fans qu'elles s'évaporent , fans que
les matières qu'on y mettra puiffent ſe brûler
& donner , en s'attachant au fond , un
goût défagréable ; & qu'enfin on y pourra
retenir
JUIN 1766. 193
retenir les parties fpiritueufes qui s'échappent
néceffairement dans les vaiffeaux ordinaires
, & qui peut donner lieu à quantité
d'expériences curieufes ; qu'on peut
de plus réduire l'efpèce de digefteur qui
les enveloppe à un fimple bain- marie , en
laiffant ouvert le tuyau par lequel on y
introduit l'eau , mais qu'on ne fauroit trop
recommander à ceux qui s'en ferviront
aux ufages domeftiques, de ne les pas laiffer
trop long- temps fur le feu , s'ils veulent
éviter des exploſions dangereufes que cauferoit
néceffairement la vapeur qu'on y
retient fi on continuoit trop long- temps à
l'échauffer ; qu'au furplus la conftruction
de ces différens inftrumens paroiffoit fimple
, folide & commode , & préférable à
celle de Papin. En foi de quoi j'ai figné
le préfent certificat. A Paris , le 13 Juillet
1765. Signé , GRAND JEAN DE FOUCHY
, Secrétaire Perpétuel de l'Académie
Royale des Sciences .
Par ce jugement il demeure conſtant
1°. que le fervice du digefteur eft devenu
plus facile fans rien diminuer de fa folidité.
2°. Que les cafferolles ainfi que les caffetières
à bain- marie fe fermant avec exactitude
, auront l'avantage de pouvoir tenir
l'eau & les autres liqueurs très - long- temps
en ébullition , fans évaporation , fans au-
I
194 MERCURE DE FRANCE.
cun rifque que ce qu'on mettra cuire ou
infufer s'attache & brûle ; & qu'enfin on
pourra retenir les parties fpiritueufes qui
s'échappent dans les vaiffeaux ordinaires ,
ce qui peut donner lieu à quantité d'expériences
curieufes , & qu'au furplus la conftruction
de ces différens inftrumens paroiffoit
fimple , commode , folide & préféra.
ble à celle de Papin
J'efpère vers le rs Avril me rendre à
Paris fi quelques entreprifes inattendues
ne m'en empêchoit : je ferai les expériences
& démonftrations de toutes ces machines
chez les RR. PP. Feuillans , & notamment
d'une pompe à incendie pareille à deux que
je viens de fournir pour le Roi , qui pro
duit un muid d'eau à la minute , & l'élève
quatre-vingt pieds au moins du rez de
chauffée fans l'aide d'aucun boyau de
cuir. Je délivre gratis les figures & les def
criptions de toute ces machines à ceux qui
m'en demandent , je les prie feulement
d'affranchir leurs lettres.
à
Je fuis , & c .
I
JUIN
1766.191
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE2
M. le Veau, Graveur , vient de mettre
en vente une eftampe d'après M. Vernet ,
intitulée les Amans à la pêche , & l'a
dédiée à ce célèbre Artifte. C'eſt fuffifamment
indiquer les efforts qu'a fait le Gra
veur pour marquer fa reconnoiffance au
Peintre , & nous croyons qu'il y a réuſſi. i
MUSIQUE.
ARIETTE RIETTE nouvelle , dédiée à Mde la
Marquife de Rohaut , par M. Favier , Muficien
, Maître de Goût , de Guittarre & de
Lyre. Prix liv. 4 fols . Aux adreffes ordinaires
de Mufique.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE V.
SPECTACLES.
O PÉRA.
L'ACADÉMIE Royale de Mufique continue
toujours la Reine de Golconde , Ballet
Héroïque , duquel nous avons fuffisamment
parlé dans le Mercure précédent.
Cet Opéra , qui eft à la dix-huitième
repréſentation , a été fuivi avec autant d'affluence
que l'on peut en attendre dans cette
faifon , fans que , par- là , les fuffrages du
public en paroiffent plus réunis.
COMÉDIE FRANÇOISE.
M
LLE Sainval, Actrice nouvelle, qui n'avoit
point encore paru fur ce théâtre , y a
débuté Lundi , 5 Mai , par le rôle d'Ariane
( 1 ) . Elle a continué fon début par celui
( 1 ) Cette Débutante n'eft pas la même qui
avoit pris ce nom , fous lequel nous avons parlé
d'un début dans les Mercures précédens,
JUIN 1766. 197
d'Alzire , & par Amenaïde dans Tancrede
Elle a joué trois fois chacun de ces rôles.
Dès la première repréfentation de ce
début , l'Actrice nouvelle annonça des talens
diftingués qui ont fucceflivement
attiré un plus grand nombre de fpectateurs ;
enforte que , malgré les fêtes & la diftraction
des parties de campagne , la foule eſt
devenue auffi confidérable à ce théâtre que
dans les fortes repréſentations d'hiver. Ce
qui doit faire le plus d'honneur à la Débu
tante , c'eft que cette affluence a été plus
remarquable dans Tancrede , Tragédie
dont le fort avoit paru dépendre principa
lement du rôle d'Amenaïde , établi avec
tant d'éclat par la célèbre Mlle CLAIRON
qu'il paroiffoit douteux que l'on pût revoir
cette Pièce fans elle .
La figure de la nouvelle Débutante eft
avantageufe pour la taille. Il y a dans la
tête de la nobleffe & beaucoup de caractère
; mais en tout , la figure eft plus difpofée
aux grands traits des paffions , qu'à l'agrément
& aux grâces des affections douces
de la tendreffe ; ce qui fournit , au talent
de l'Actrice , des obſtacles à vaincre & des
occafions de triompher davantage.
Un fentiment vif & ardent, une âme
fufceptible des paffions fortes , qui s'approprie
fans effort toutes celles que contienÍ
ïïj
198 MERCURE DE FRANCE.
nent les rôles , & qui en même temps fug.
gère prefque toujours l'expreffion la plus
vraie , font des qualités naturelles à
cette Actrice , & paroiffent n'être en elle
que l'effet de fa façon de fentir. Cependant
le raiſonnement bien réfléchi , bien
diftinct , qu'elle met dans plufieurs détails
du débit , ne laiffent pas douter de fon
intelligence , & donnent tout lieu de croire
qu'elle réglera bientôt fur les principes du
bon goût certains traits égarés du feu dont
elle femble pénétrée .
Nous croyons être conformes au fentiment
de la plus grande & de la plus faine
partie des fpectateurs , en préfumant que
ce fujet parviendra en peu de temps au
plus haut point de la carrière dans laquelle
elle entre avec tant d'avantages . Nous ne
prétendons point diffimuler quelques défauts
dans ce que nous appellerons le méchanique
de l'art ; défauts , qu'il eft aifé
d'entrevoir qu'elle a contractés malgré ellemême
, par les fauffes méthodes , & furtout
par les faux exemples que l'on a fous
les yeux dans la province. On doit néanmoins
convenir que fon jeu n'en eft pas
auffi chargé que celui de beaucoup
d'autres débutans qui ont occupé enſuite
les premiers rangs fur notre théâtre . Cette
Actrice à éminemment ce don rare & fuJUI-
N 1766. 199
blime de l'âme , ce trait primitif du génie
dans les grandes expreffions , en un mot ,
ce qui ne s'acquiert jamais & ce que depuis
très - long- temps on n'avoit pas eu occafron
de remarquer dans les débuts du plus grand
fuccès. Nous ne devons donc pas douter
de ce que l'art bien entendu , de ce que
T'habitude du théâtre de la Capitale & les
propres réflexions de Mlle SAINVAL ajouteront
à des talens naturels , auffi marqués
& auffi dignes d'applaudiffemens que les
fiens.
On a donné une repréfentation du Phi
lofophe fans le favoir, qui avoit été demandée
, & qui a eu des applaudiffemens
encore plus vifs que lorfque cette Pièce a
occupé fi long- temps le théâtre.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Jeudi , 8 Mai , une nouvelle Actrice
Italienne débuta fur ce théâtre par le rôle
d'amoureufe dans Arlequin , valet étourdi.
Elle a continué ce début dans plufieurs
autres rôles du même genre , de diverfes
autres Pièces Italiennes . Le public l'a reçue
favorablement & paroît la voir avec d'autantplus
de plaifir , qu'elle joint à ce talent
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
celui de la danfe , dans lequel elle paroît
avec fuccès.
Prefque dans le même temps ( le 12
Mai ) un nouvel Acteur pour l'Opéra
bouffon a débuté par le rôle de Pandolfe
dans la Servante Maîtreffe , & par celui
du Soldat dans le Soldat Magicien. Il a
continué ce début par le rôle du Maréchal.
On a donné pendant le courant du
mois plufieurs repréfentations fuivies de
la Fée Urgele , d'Annette & Labin , d'Ifabelle
& Gertrude , & de Tom Jones , indépendamment
des repréſentations des autres
comédies à ariettes fi connues & fi fouvent
répétées fur ce théâtre..
CONCERTS SPIRIEUELS.
LE Concert du Jeudi , 8 Mai , jour de PACcenfion
, a commencé par Diligitejuftitiam , &c.
nouveau Motet à grand choeur , tiré de l'Eccléfiafte
, de la compofition de M. PRUDENT. Cet
ouvrage a été reçu favorablement & a donné une
idée allez avantageufe des talens de l'Auteur. M.
HOCHBRUCKER , de la Mufique du Prince Louis
DE ROHAN , a exécuté ſur la harpe plufieurs morceaux
de fa compofition , dont le mérite & l'exé
cution ont également contribué aux vifs applaudiffemens
qu'il a reçus. Mlle DELAMADELEINE ,
jeune fujet attaché au Concert , a débuté dans le
JUIN 1766. 201
Motet à voix feule de M. LEFEVRE , Quam bonus
Ifrael , &c. & a fait.un vrai plaifir par la qualité
de fa voix , quoique d'un foible volume , & par
l'adreſſe & la précision qu'elle a montrées . M. Ča-
PRON a joué , avec tout le talent qu'on lui connoît,
un Concerto de violon mêlé d'airs connus , dont
l'effet , très agréable , a été vivement fenti . Ce
Concert a été terminé par Exurgat Deus , &c.
nouveau Motet à grand choeur de M. l'Abbé
d'HAUDIMONT
, Maître de Mufique des SS . Innocens.
Ce Motet a confirmé la réputation qu'avoit
déja fon auteur ; l'on ne peut trop exciter à
fournir une carrière dès l'entrée de laquelle il
a obtenu un triomphe bien propre à redoubler fon
émulation.
Le Dimanche 18 , jour de la Pentecôte , on a
donné , pour premier Motet à grand choeur , Confitebor
tibi Domine , &c. de LALANDE , chanté
principalement par Miles AVENEAUX & BEAUVAIS ,
qui y ont été fort applaudies . Après ce Motet
M. BALBASTRE a exécuté fon nouveau Concerto
d'orgue d'une manière très- brillante & qui a contribué
à faire goûter encore plus le mérite &
l'agrément de cette production , pleine de chant
& de grâces . Mile Rozer a enfuite fort bien chanté
Exultate , &c. Motet à voix feule de M. DAUVERGNE
, dont les ouvrages , plus ou moins confidérables
, font toujours marqués au coin du génie &
de l'Artifte favant . Les Muficiens de S. A. S. Mgr
le Prince DE CONDÉ ont exécuté , avec un enfemble
peu commun , plufieurs inorceaux qui ont fait
plaifir , fur tout le dernier , dont M. DE BURI eft
l'Auteur , & qui a toujours été fi bien reçu du
public dans l'Acte d'Hilas , donné affez récemment
à l'Opéra . M. TIROT , de l'Académie Royale
de Mufique , a débuté par le très - joli Motet à
1 v
202 MERCURE DE FRANCE.
3
voix feule de M. LEFEVRE , Coronate flores , &c.
La timidité exceffive de ce jeune Sujet a nui au
développement de fon organe , mais n'en a point
altéré la qualité ; & nous ne craignons point de
dire trop en affûrant qu'on ne peut pas entendre
une voix de haute- contre dont le fon foit plus
naturel , plus argentin , ni plus fenfible : cette
fenfibilité fi précieufe s'eft fur- tout fait remarquer
dans le morceau pathétique de ce Motet ; & le
public , toujours emprellé à encourager les talens
naiffans , a marqué fa fatisfaction de manière à
accélérer les progrès qu'on doit attendre de M.
TIROT. On a terminé ce Concert par le nouveau
Motet de M. l'Abbé D'HAUDIMONT , Exurgat
Deus , &c. qui lui a mérité de nouveau les fuffra
ges les plus fateurs.
JUIN 1766. 203
ARTICLE V I.
NOUVELLES POLITIQUES.
DE VERSAILLES , le premier Mars 1766.
LE Prince de Naffau-Saarbruck , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , a été préſenté hier
à Sa Majesté ainfi qu'à la Famille Royale.
Le Roi a accordé la commiffion de Colonel au
fieur Wolter de Neurbourg , Lieutenant François
de la Compagnie des Cent Suiffes de la garde
du Roi , & au fieur Glaffon de la Chateigneraye ,
Enfeigne avec brevet de Lieutenant Suiſſe & Aide-
Major dans la même Compagnie.
Du 8 Mars.
La Reine s'est trouvée mieux ces jours derniers .
Hier Sa Majesté fut purgée très- efficacement : le
foir le redoublement fut moindre & la nuit été
bonne. La toux eft diminuée .
Du 12.
La Reine eft mieux depuis trois jours ; elle a
été purgée le 10. La nuit dernière a été très - bonne.
Mais , quoique la toux & les autres accidens foient
calmés , il reſte toujours encore un petit mouvement
de fiévre .
Le Roi ayant permis à fon Parlement de Paris
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
de lui faire une grande députation le 9 , elle a été
introduite dans la chambre de Sa Majesté le même
jour à fept heures du foir . Les Députés , au nombre
de quarante , ont été préfentés par le Comte
de Saint Florentin , Miniftre & Secrétaire d'Etat
ayant le département de Paris , & conduits par le
feur de Nantouiller , Maître des Cérémonies. Le
Roi , dans fon fauteuil & en préfence des Miniftres
de fon Confeil & de fes Grands Officiers , a écouté
le difcours que le Premier Préfident avoit été
chargé par le Parlement de lui adreffer ; après
quoi Sa Majefté a dit aux Députés de retourner à
la falle d'audience jufqu'à ce qu'elle les fit appeller.
Le Roi a affemblé enfuite fon Confeil , à l'iffue
du quel Sa Majefté a fait revenir la grande dépuiration
& lui a fait fa réponſe .
Le même jour Sa Majefté & la Famille Royale
ont figné le contrat de mariage du Comte de
Harville avec Deinoifelle de la Trouffe , & celui
du Comte d'Hérouville , Lieutenant - Général des
Armées du Roi , avec Demoifelle d'Arrot.
Le Marquis de Paulmy, Miniftre d'Etat , vient
d'être nommé pour remplacer le Comte de Bafchy
en qualité d'Amballadeur du Roi auprès de la
République de Venife. Il a eu l'honneur de remercier
le 9 Sa Majeſté , à qui il a été préſenté par le
Duc de Praflin , Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant
le département des Affaires Etrangères.
Le même jour le Comte de Beautteville , Ambaffadeur
du Roi auprès des Cantons Suifles , a
pris congé de Sa Majefté pour ſe rendre à Genève .
Le fieur de Buffon , Intendant du Jardin du
Roi & Membre de l'Académie Royale des Sciences
, a eu l'honneur de préſenter le même jour à
Sa Majesté le quatorzième volume de l'Hiftoire
Naturelle.
JUIN 1766. 205
Du 15.
Hier la Reine a été purgée très- efficacement
& a pallé une très- bonne nuit : il reste encore un
petit mouvement de fiévre qui n'a rien d'inquié
fant.
Le 11 le Comte de Poninski eut une audience
particulière du Roi , dans laquelle il remit à Sa
Majefté une lettre du Primat de Fologne , fon
parent .
On célébra le 8 , dans l'églife de Notre-Dame
de cette Ville , un Service anniverſaire pour le
repos de l'âme de feue Madame Henriette de
France. Madame Adelaïde , & Mefdames Victoire,
Sophie & Louife , affiltèrent à cette cérémonie
à laquelle officia le fieur Allart , Curé de la Paroille.
DE L'ORIENT , les Février 1766 .
En conféquence des ordres de la Compagnie
des Indes , on célébra hier , dans la chapelle de
ce port , un Service folemnel pour feu Monfeigneur
le Dauphin. Tous les vailleaux & autres
bâtimens qui fe font trouvés dans le port avoient
leur pavillon à mi mât & leurs vergues en pantenne
, fuivant l'ufage obfervé pour ces triftes cérémonies.
Le vaiffeau de l'avant - garde , qui porte
la flamme , tira en deuil de cinq minutes en cinq
minutes pendant le Service , qui fut terminé par
un falut de vingt- quatre coups de canon.
La Compagnie a donné les ordres pour faire
célébrer un pareil Service dans tous les établiſſemens.
DE SENS le 23 Février 1766.
On a célébré hier ici , avec toute la pompe
206 MERCURE DE FRANCE.
convenable , le Service deſtiné à terminer la quarantaine
de feu Monfeigneur le Dauphin. Le
Cardinal de Luynes y a officié , & les Evêques de
la Province , toutes les Compagnies , & plufieurs
perfonnes confidérables y ont afliftè . L'oraifon
funèbre a été prononcée par l'Abbé Bourlet de
Vauxcelles , l'un des Vicaires Généraux du Diocèſe.
DE PARIS , le 10 Mars 1766.
On a reçu , le 25 du mois dernier , la trifte
nouvelle de la mort du Roi de Pologne , Duc de
Lorraine & de Bar. Les de ce mois , vers les fix
heures du matin , ce Prince fe trouvant feul dans
fa chambre , felon fon ufage , pour faire fes prières,
& s'étant approché trop près de la cheminée
Te feu prit à fes vêtemens avec tant de rapidité
que , malgré les fecours les plus prompts , on ne
put empêcher la flamme de faire une impreffion
confidérable fur toute la partie gauche du corps ,
& principalement fur le bas -ventre . On s'étoit
d'abord Aatté que les plaies fe guériroient aiſément
; mais la fuppuration & la fiévre ayant confidérablement
augmenté , l'état de Sa Majeſté
Polonoife devint de plus en plus dangereux. Enfin
après avoir fouffert les douleurs infeparables de fa
maladie avec une réfignation digne de fa piété &
de fon courage , ce Prince reçut , le 22 les facremens
de l'églife , qui lui furent adminiftrés par le
Cardinal de Choiſeul , & rendit les derniers foupirs
le 23 , à quatre heures du foir.
Staniflas Leczinski étoit né le 20 Octobre 1677.
Il fut élu Roi de Pologne & Grand Duc de Lithuanie
, pour la première fois le 12 Juillet 1704 , &
pour la feconde fois le 12 Septembre 1733. II
abdiqua la couronne en 1736 , & fut mis en pofMAI
1766. 207
x
"
feffion du Duché de Lorraine & de Bar au commencement
de l'année ſuivante. Il avoit épousé
en 1698 Catherine Opalinska , fille de Jean - Charles
, Comte de Bnin - Opalinski , Caſtellan de
Pofnanie , morte le 19 Mars 1747. De ce mariage
, dont la Reine eft le fruit , Sa Majeſté
Polonoife avoit eu une autre fille , appellée Anne ,
née le 25 Mai 1699 , & morte le 20 Juin 1717.
Les vertus & les rares qualités que ce Prince a
montrées dans les différentes fituations de fa vie
lui ont mérité le refpect de toute l'Europe , &
fa perte excite les regrets les plus vifs & les plus
fincères dans la Province qu'il gouvernoit & à qui
il n'a ceflé de donner les marques les plus effentielles
& les plus multipliées de fa bienfaiſance...
Le Roi a nommé , pour remplir la place vacante
d'Adjoint dans la Claffe de Géométrie à l'Académie
des Sciences , le fieur Jeaurat , Profeffeur
Royal de Mathématiques à l'Ecole Royale Militaire
, ci - devant Adjoint furnuméraire dans la
Claffe d'Aftronomie.
L'Académie des Sciences & Belles - Lettres d'Angers
tint , le 19 Février , une féance publique ,
dans laquelle le Marquis de Contades , l'un des
Membres de cette Académie , prononça l'oraiſon
funèbre de feu Monfeigneur le Dauphin.
Il a paru , le 13 du mois dernier , un grand
nombre de loups affamés du côté de Mareuil &
de Pauffac , Sénéchauffée de Périgueux , frontière
de l'Angoumois : ils ont déja dévoré ou griévement
bleffé près de vingt perfonnes. Vingt payfans
étant accourus au fecours d'un malheureux
qu'un de ces animaux déchiroit , l'animal a quitté
fa proie & eft venu à eux en pouffant des hurlemens
affreux. Ces payfans , qui l'avoient tiré &
manqué deux fois , n'ayant plus de poudre pour
108 MERCURE DE FRANCE.
recharger deux fufils dont ils étoient munis , s'en
retournoient lorsqu'un d'entre eux , âgé de foixante
ans , après avoir exhorté vainement les camarades
à le fuivre , ſe détermina à aller feul , armé d'une
ferpe , attaquer en leur préfence le loup qui étoit
retourné à la proie. L'animal s'élança contre lui
en hurlant , mais le Payfan le terralla & le combattit
avec tant de vigueur & d'adreſſe qu'il le tua
fans en avoir été bleflé . Le Roi a ordonné qu'on
s'informât de l'état , de la famille & de la fortune
de cet homme courageux , à qui Sa Majesté eſt
dans la réſolution d'accorder une récompenfe.
On lui a déja fair favoir que fes enfans , s'il en a,
feront exempts de la milice.
PLUS
AVIS DIVERS.
LUS un remède a de fuccès , plus on s'attache
à le contrefaire , & les meilleurs font les plus
fujets à être falfifiés . Le Vinaigre Romain du fieur
Maille , excellent pour la propreté , la conferva
tion des dents , des gencives & de la bouche ,
continue d'opérer tous les bons effets reconnus ,
tant par la Commiffion Royale de Médecine que
par M. le premier Médecin lui - même , qui en a
autorifé la diftribution : auſſi les contrefactions ſe
multiplient- elles à mesure qu'il augmente de célébrité.
Le moindre inconvénient de ces contrefactions
feroit de ne rien effectuer de ce qu'elles promettent
, fi , en fe décréditant elles -mêmes , elles
n'empêchoient beaucoup de perfonnes de difcerner
le vrai remède du faux . Voilà principalement
ce qui nous fait revenir fur certaines compofitions
JUIN 1766 . 209
plus fujettes , par leur feule vogue , à être dénaturées
que les autres. Le Vinaigre Romain , dont
le fieur Maille a feul le fecret , eft fpiritueux ,
pénétrant , defficatif, balfamique & anti - fcorbutique.
Il a la vertu de guérir les affections ſcorbutiques
qui s'attachent principalement aux gencives.
I raffermit les dents dans leurs alvéoles &
les blanchit , empêche la carie & en arrête les
progrès , rend l'haleine douce & rafraichit les
lévres. Il eft fur - tout d'un grand ufage pour tous
les voyages de mer , & particulièrement pour
ceux de longs cours . C'eft le témoignage que lui
rendent tous les marins qui en ont ufé. Le foin
qu'ils ont de s'en pourvoir & la conſommation
qui s'en fait dans les ports , où l'Auteur en expédie
tous les jours , eft une preuve de fait au deilus de
toutes celles de raifonnement . Toutes les bouteilles
qu'il diftribue font cachetées de fon cachet où
font empreintes les armes impériales , ainfi que
fur l'étiquette de la bouteille . On trouve encore
chez le feur Maille ur Vinaigre de Turbie , qui
guérit le mal de dent & qui en appaife fur le
champ la douleur ; un Vinaigre de Storax qui
blanchit , unit , affermit la peau , donne un teint
clair , frais & très - vif , & garantit des rides ; un
Vinaigre de fleurs de citron , pour ôter toutes
fortes de boutons au vifage ; un Vinaigre de racines
, qui ôte toutes les taches ; un Vinaigre d'écaille
, qui guérit les dartres ; un vinaigre contre
les vapeurs ; un Vinaigre de cyprès , inrmanquable
pour noircir les cheveux & les fourcils blancs
ou roux & pour conferver les cheveux ; un Vinaigre
Scellétique pour la voix , & le vrai Vinaigre
des quatre voleurs , qui eft le préservatif le plus
fûr contre toutes eſpèces de contagion & de mauyais
air. Le prix des plus petites bouteilles de ces
210 MERCURE DE FRANCE.
différens Vinaigres , ainfi que du Romain , eft de
3 liv. Le magafin du fieur Maille eſt d'ailleurs
aflorti de toutes fortes de Vinaigres au nombre de
deux cents espèces , foit pour la table , foit pour
les bains & la toilette. Ces fortes de Vinaigres
peuvent fe tranfporter par mer , dans les parties
du monde les plus éloignées , fans craindre que
1e
temps ni le tranfport puiffent en altérer la qua
lité , qui devient plus parfaite en vieilliflant. Les
perfonnes de province qui voudront s'inftruire
plus particulièrement des qualités de ces différens
Vinaigres , auront foin d'affranchir les lettres
qu'elles écriront audit fieur Maille ; & en mettant
l'argent à la pofte , auffi franc de port , on leur
fera tenir exactement les Vinaigres qu'elles demanderont
, avec la manière d'en faire ufage . La demeure
de l'Auteur eft rue Saint André- des - Arts ,
la troisième porte- cochère à droite en entrant par
le pont
Saint Michel , aux armes impériales . Il a
établi un bureau de diftribution chez le fieur Parifot
, place du Gouvernement à Lyon , pour la
facilité des perfonnes de province qui avoifinent
cette ville.
LE fieur Belleville continue toujours la poudre
de limonade féche avec plus de fuccès que jamais.
Cette limonade eft auffi bonne que fi le citron
venoit d'être preffé. Elle peut fe porter aux endroits
les plus éloignés & fe conferve. Il ne faut
qu'une cuillerée ordinaire pour faire une caraffe
de demi -feptier , cela dépend du goût , on en
met plus ou moins ; elle est très - faine & rafraîchiffante
, beaucoup meilleure que le fyrop de
limon. Il y a des flacons de 3 & de 6 liv. On fait ly
dix -huit ou vingt caraffes avec un flacon de 3 liv.
Il tient fon magafin préfentement rue de Grenelle,
JUIN 1766
211
fauxbourg Saint Germain , vis - à- vis la fontaine ,
chez le Charron du Roi à Paris .
>
BÉCHIQUE Souverain ou Syrop Pectoral , approuvé
par brevet du 24 Août 1750 , pour les
maladies de poitrine , comme rhume , toux invétérées
, oppreffion , foiblefſe de poitrine & afthme
humide . Ce béchique , en tant que balfamique ,
a la propriété de fondre & d'atténuer les humeurs
engorgées dans le poulmon , d'adoucir l'acrimonie
de la limphe ; & comme parfait reſtaurant
il rétablit les forces abattues , rappelle peu à peu
l'appétit & le fommeil , produit en un mot des
effets fi rapides dans les maladies énoncées , que
la bouteille , taxée à 6 liv. fcellée & étiquetée à
l'ordinaire , fuffit pour en faire éprouver toute
l'efficacité avec fuccès . Il ne fe débite que chez la
Dame veuve Mouton , Apothicaire , rue Saint
Denis , à côté des Filles - Dieu , vis - à-vis le Roi
François à Paris.
Azor, Elixir anti apoplectique , ftomachique ,
carminatif , le plus parfait qui ait encore paru ,
tant par fon efficacité , que par fa fineſſe & ſon
parfum , qui rendent cet Elixir agréable .
Comme ftomachique , il favorife infenfiblement
la digeſtion , dont la mauvaiſe qualité eft
la fource ordinaire de l'apoplexie , & ce , fans
aucunement échauffer. Comme carminatif , il
calme les vapeurs , fur-tout celles occafionnées
par les vents qu'il diffipe , ainfi que les coliques
qu'ils occafionnent .
Les bouteilles font de demi- feptier , à raiſon
de 3 liv. Une cuillerée à bouche eft fuffifante
en conftater l'efficacité.
3 pour
On n'en trouvera, que chez le fieur Rouffel ;
Epicier-Droguifte , dans l'Abbaye Saint Germain212
MERCURE DE FRANCE.
des -Prés , à côté de la fontaine , vis - à- vis Madame
Duliège , Marchande Lingère à Paris.
Le nombre des Porte - falots qui éclairent les
particuliers la nuit étant confidérablement augmenté
, M. le Lieutenant- Général de Police vient
d'ordonner que , pour prévenir les inconvéniens
dont le public pourroit fe plaindre à l'avenir
chaque Porte- falot fera muni d'une commiffion
contenant fon fignalement.
>
Qu'il portera toujours la nuit fon falot allumé.
Qu'il ne pourra , fous quelque prétexte que ce
foit , le prêter.
Qu'il ne pourra changer de demeure fans en
faire fa déclaration dans les vingt - quatre heures.
Qu'il fera tenu de repréfenter dans le même
délai les effets qu'il aura trouvés .
Les perfonnes qui feront dans le cas de fe plaindre
d'eux , pourront s'adreller au Bureau de la
Sûreté , chez M. le Lieutenant- Général de Police ,
ou à la Dlle Tariot , Directrice du Bureau général
des Porte- falots , place de l'Eftrapade , à côté de
la rue des Poftes .
Pour faire connoître le Porte falot dont on
aura à fe plaindre , it fuffira d'indiquer le N °. de
fon falot.
LES fieurs Stoucard & Compagnie demeurant à
l'Hôtel de Gournay, rue de Charenton , fauxbourg
Saint Antoine , près les Enfans trouvés , continuent
la fabrique de toiles à fleurs dorées , argénrées
& en camayeux , imitant les étoffes riches de
France , des Indes & de la Chine & les damas de
toutes fortes de couleurs , ainfi que les fleurs - de- lys
pour les chambres de juſtice & les bureaux du Roi.
Ces toiles font très-propres pour tapifler les
JUIN 1766. 213
antichambres , fallons , falles à manger , galeries ,
falles de billard , boudoirs & cabinets de toilette .
On en fait auffi des paravens , écrans , chaifes
fauteuils & canapés , pour être expofés dans les
jardins à l'injure de l'air & de la pluie , fans qu'ils
foient fujets à dépérir.
L'éclat & la folidité de ces toiles font fi connus
qu'il eft inutile d'en faire l'apologie , puifque ceux
qui en ont déja employé en achetent journellement
pour des meubles ; on doit même obferver
que depuis huit années , époque de leur établiſſement
, les fieurs Stoucard & Compagnie ont porté
la perfection de ces toiles peintes au plus haut
degré elles perdent leur odeur vingt - quatre heures
après être tendues , il n'y a que celles destinées
aux voyages de long cours qui la confervent pene
dant huit ou dix jours feulement , parce qu'elles
font renfermées dans des caiffes un certain temps.
On peut affurer MM. les Habitans des Colonies
que ces mêmes toiles ne font aucunement fujettes
à être mangées par les rats , fi connus par leur
vice deftructif. Les punaifes & les autres infectes
ne reftent point dans les chambres où elles font
tendues. On leur donne la préférence pour les
ameublemens des châteaux & des maisons de
campagne , attendu qu'elles fe confervent à leur
place & que nulle faifon ne leur eft contraire ; il
eft fimplement néceflaire de les faire épouffeter
& quelquefois les laver.
ERRAT A,
1 Dans le Mercure du mois de Mai , page 202
en date du 16 Février , on lit Mde la Comtefle
de Beaune a été préfentée au Roi ; il faut lire
Mde la Comtelle de Banne.
214 MERCURE DE FRANCE .
AP PROBATION.
J'AI lu , par ordre de Monſeigneur le Vice-
Chancelier , le Mercure du mois de Juin 1766 ,
& je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion . A Paris , ce premier Juin 1766 .
GUIROY.
TABLE DES ARTICLES.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
VERS ERS de Mde Mazar de la Garde à M.
Jardin , Architecte & Intendant des Bâtimens
du Roi de Danemarck.
SONGE. A Mlle le B.....
VERS à mon Frère & mes Neveux.
Page 5
6'
7
8
A Mlle de V... qui avoit un ajuſtement de
plumes.
VERS pour mettre au collier de mon chien . 9
A Mlle de.... en lui envoyant trois chardonnerets.
ibid.
A ma Soeur , en lui envoyant une cantatille. 10
QUATRAIN à M. Foreftier , fur une Enigme
inférée dans le fecond volume du Mercure
d'Avril , dont le mot eft non .
LA réalité de l'illufion , hiftoire véritable.
A Mlle de la G....... fur le génie , & les
difgraces attachées aux talens.
ENVOI
ibid.
23
30
1
JUIN 1766. 21
VERS adreffés à Mlle Mandeville , nouvelle
Actrice du Théâtre Italien .
34
33
A Mlle Le P **. fur ce qu'elle m'a reproché
que je ne lui avois jamais dit que je l'aimois. 32
Le Serein & le Pinçon , fable.
ETRENNES à Mde la Marquiſe de M *** . Ibid.
A une Dame qui me montroit une tête de
mort qu'elle a dans un cabinet curieux.
LETTRE à Madame d'Ef.....fur la complaifance. 35
PORTRAIT au naturel de Mlle D. L. H.... fur
l'air L'amant frivole & volage. :
SUR l'Attraction .
34
45
Ibid.
PARAPHRASE du verfet Domine , falvum fac
Regem , &c. 47
A Madame de ***. fur un crayon qu'elle avoit
donné à l'Auteur qui commence à deffiner. Ibid.
ENVOI.
ENIGMES .
PROVERBES en Enigme.
LOGOGRYPHES.
L'AMOUR Abeille , Romance nouvelle .
ARTICLE II. NOUVELLES LITTÉRAIRES.
HISTOIRE de François I. Second extrait.
LETTRE fur quelques antiquités trouvées dans
le Soiffonnois .
48
So
SI
52
55.
ST
74
LETTRE à M. de la Place , où l'on relève
une phraſe haſardée par M. Linguet , Avocat. 86
LETTRE à l'Auteur du Mercure , au ſujet d'un ´
article inféré dans un papier public anglois ,
au fujet de M. de Voltaire. 90
RÉPONSE de M. de la Place, à M. le Ch. de Ch.... 92
LETTRE à l'Auteur du Mercure , fur un Livre
intitulé , la Philofophie de l'Hiftoire.
SECONDE Lettre.
TROISIEME Lettre .
Le Goût de bien des gens , ou Recueil de
94
97
99
116 MERCURE DE FRANCE .
ΤΟΣ Contes Moraux , & c .
TABLEAU hiftorique & politique de la Suiffe ,
où font décrits fa fituation , fa divifion , & c. 113-
DICTIONNAIRE d'anecdotes, de traits finguliers
& caractériſtiques , hiftoriettes , &c.
ANNONCES de livres .
117
126
RÉPONSE à l'Auteur de la Lettre anonyme inférée
dans le Mercure du mois de Mai dernier . 146
ARTICLE III . SCIENCES ET BELLES- LETTRES.
J
ACADÉMIES.
SÉANCE publique de l'Académie des Sciences
& Belles- Lettres de Béfiers .
ACADÉMIE Royale des Sciences & Belles-
Lettres de Berlin .
ARTICLE IV . BEAUX ARTS.
ARTS UTILE S.
SÉANCE publique de l'Académie Royale de
Chirurgie.
LETTRE du fieur Thillaye , Pompier privilégié
du Roi , demeurant à Rouen.
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE. {
MUSIQUE.
ARTICLE V. SPECTACLES
OPÉRA.
COMÉDIE Françoiſe.
COMÉDIE Italienne .
CONCERTS Spirituels .
ARTICLE VI. NOUVELLES POLITIQUES.
Du premier Mars,
AVIS divers.
150
176
180
189
195
Ibid.
196
Ibid.
199
200
203
208
De l'Imprimerie de LOUIS.CELLOT
, rue.
Dauphine.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le