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MERCURE
DE FRANCE,
DÉDIÉ AU ROI.
JANVIER 1765.
25 volume
Diverfité , c'est ma devife. La Fontaine.
Cochin
Shusinv
PapillonSculp
Chez
A PARIS ,
CHAUBERT , rue du Hurepoix.
JORRY , vis- à -vis la Comédie Françoife.
PRAULT , quai de Conti .
DUCHESNE , rue Saint Jacques.
CAILLEAU , rue Saint Jacques.
CELLOT , grand'Salle du Palais .
Avec Approbation & Privilége du Roi.
BIBLIOTHECA
REGIA
MONACENSIS.
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eſt chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'est à lui que l'on prie d'adreffer ,
francs de port , les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie littéraire ,
à M. DE LA PLACE , Auteur du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36fols ;
mais l'on ne payera d'avance , en s'abonnant
, que 24 livres pour feize volumes ,
à raifon de 30 fols piece.
Les perfonnes de province auxquelles
on enverra le Mercure par la Pofte ,
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront d'autres voies que
la Pofte pour le faire venir , & qui pren-
-dront les frais du port fur leur compte ,
ne payeront comme à Paris , qu'à raison
de 30 fols par volume , c'eft à dire , 24 liv.
d'avance , en s'abonnant pourfeize volumes.
Les Libraires des provinces ou des pays
A ij
trangers , qui voudront faire venir te
Mercure , écriront à l'adreſſe ci-deſſus.
On Jupplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la Pofte , en payant le droit ,
leurs ordres , afin que le paiement en foit
fait d'avance au Bureau .
Les paquets qui ne feront pas affranchis
refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoient des
Livres , Eftampes & Mufique à annoncer
d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Pieces tirées des
Mercures & autres Journaux , par M. DE
LA PLACE , fe trouve auffi au Bureau du
Mercure. Cette collection eft compofée de
cent huit volumes. On en prépare une
Table générale , par laquelle ce Recueil
fera terminé ; les Journaux ne fourniſſant
plus un affez grand nombre de pieces pour
le continuer.
MERCURE
DE FRANCE.
JANVIER 1765 .
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
SUITE DE CHARLES MARTEL.
ANECDOTE FRANÇOISE .
UNN point très - embarraffant étoit de
ménager un tête - à- tête entre les deux
rivales. Isberge le follicita , & alloit être
refufée. Heureufement la Princeſſe d'Aquitaine
efpéra s'amufer beaucoup des ridi-
A jj
6. MERCURE DE FRANCE.
*
cules & de la rufticité d'une Princeffe du
Nord.
Isberge parut , & cette efpérance diminua
mais Barfine fe garda bien de le témoigner.
Il n'y eut aucun cérémonial obfervé
dans cette entrevue. Isberge , à cet
égard , n'exigeoit rien , & fa rivale n'eût
rien accordé. Les premiers complimens
furent même très - courts de part & d'autre .
La jeune Saxonne trouva Barfine parfaitement
belle , & le lui dit avec candeur.
Elle-même étoit bien digne qu'on lui rendît
la pareille mais Barfine y étoit peu
difpofée. Elle eut recours à l'ironie ,
cette figure cruelle , inventée , fans doute ,
par la première femme qui fe vit forcée
d'en louer une autre. C'est donc là , diſoit
Barfine , la tête que Charles Martel a défobée
à Wifnou ? C'eût été vraiment dommage
de l'abattre : elle vous fied très- ·
bien , & je ne doute pas que vous ne foyez
très- reconnoiffante du fervice que le Héros
François vous a rendu . Oh ! je vous le
protefte , reprit la jeune Saxonne ; je fuis
charmée de vivre , puifque Charles Mariel
eft la caufe que je vis. Sans doute , répliqua
Barfine , que lui- même eft bien réfolu
de ne vivre que pour vous ? Hélas !
non , reprit ingénûment Isberge.
JANVIER 1765 . 7
BARSINE .
Quoi ? Il ne vous a pas dit mille fois :
je vous aime.
IS BERGE.
Pas même une feule .
BARSIN E.
Pour vous il est bien réel
" que vous
l'aimez ?
Je ne fais
IS BERGE.
pas bien ce qu'on appelle
aimer parmi vous ; mais voici , moi , ce
que j'éprouve. Je ne fonge qu'à Charles
Martel quand je ne le vois pas , & quand
je le vois je n'apperçois que lui. Eft- il gai
j'ai de la joie s'il eft trifte , je pleure,
J'entends de toutes parts chanter fes louanges
, & je crois que ce font les miennes .
Je voudrois voir tous les hommes à fes
pieds ; je voudrois le voir aimé de toutes
les femmes ... •
BARSINE ( avec ſurpriſe ).
De toutes les femmes ?
ISBERGE .
Oui , de toutes ; & cela leur fera bien
A iv .
8 MERCURE DE FRANCE .
aifé ......Il m'a pourtant dit que vous le
haïlfiez.
BARSINE vivement.
Il vous l'a dit ?
ISBERGE.
Oh ! c'est ce que je ne puis croire : mais
il le croit lui , & s'en afflige : ne voulezvous
pas le détromper ?
BARSINE.
Vous- même voulez - vous que je le détrompe
?
ISBERGE ( avec vivacité).
Sans doute ! & je vaiš ….
BARSINE.
Arrêtez ! .... Il ne fe trompe point ; je
fuis obligée de le haïr.
ISBERGE .
Vous n'en ferez rien , vous l'aimerez.
BARSINE.
Mais quel peut être votre but ? Si ma
haine attrifte votre amant , c'est qu'au
moins il defire que je partage fon amour.
Voulez- vous donc qu'il vous préfere une
rivale ?
JANVIER 1765.
ISBERGE .
Je veux qu'il ne ſoit plus affligé.
L'étonnement de Barfine augmentoit à
chaque réponſe de la jeune Saxonne. Une
telle conduite n'avoit , felon elle , nulle
vraisemblance , & n'en aura guères plus
pour tout ce qu'on nomme parmi nous
une femme éduquée. Mais il faut fe rappeller
qu'Isberge en fçavoit beaucoup
moins : elle ne dirigeoit point fon coeur
c'étoit fon coeur qui la dirigeoit. D'ail
leurs , il n'eft pas phyfiquement impoffible
qu'une femme qui aime ne ceffe quelquefois
de fe préférer à fon amante. Ces
exemples , je l'avoue , font affez rares ,
& dès-lors paroîtront toujours finguliers.
Barfine en jugea ainfi. Elle ne crur point à
la fincérité d'Isberge : elle crut même que
fa démarche avoit pour but de la braver.
Son orgueil la fortifioit dans ce foupçon ,
parce qu'il parloit en elle plus que tout
autre fentiment. Elle reprit donc le ton
de l'ironie & de l'aigreur. En vérité , difoit-
elle à Isberge , il y a de l'héroïſme
dans votre conduite ! peut- être auffi n'y
a- t- il que de la préfomption. Vous vous
croyez fûre de votre conquête : mais apprenez
qu'un feul de mes regards peut
ramener à mes pieds l'invincible Martel
Á v
10 MERCURE DE FRANCE.
Hé bien ! accordez lui ce regard , s'écria
vivement Isberge.
Apprenez , pourfuivit Barfine , encore
plus irritée , apprenez qu'on peut être paffable
fur les bords de l'Elbe , & l'être fort
peu fur ceux de la Seine : apprenez que je
vous trouve l'air gauche & le maintien
trop uni , d'affez beaux yeux , mais qui
ne difent rien ; une bouche affez bien
faite , mais qui ne fourit ni ne s'exprime
jamais avec fineffe ; un air d'ingénuité
ruftique ; en un mot , je ne vois rien en
vous qui puiffe vraiment vous faire aimer.
Il faut bien que cela foit , répliqua ingénûment
Isberge , puifque je ne puis me
faire aimer de Charles Martel.
C'en eft trop , s'écria Barfine , toujours
plus perfuadée qu'Isberge la railloit & la
bravoit , il eft temps de mettre fin à ce
dialogue. Je pénétre le vrai fens de vos
difcours ; mais quand même ils feroient
fincères , ils ne changeroient rien à ma
difpofition. J'en fuis bien fâchée , reprit
Isberge , & Charles Martel fera encore
plus affligé que moi .
1
Alors Barfine fe leva , plutôt pour congédier
la jeune Saxonne que pour lui faire
honneur. A propos , lui dit- elle d'un ton
dédaigneux , on m'a dit que vous étiez
Princeffe. Je vous jure que cela m'étonne !
JANVIER 1765 . II
•
Eh pourquoi ? lui demanda Isberge .
C'eft qu'une Princeffe fe refpecte ...
Qu'appellez - vous fe refpecter ? .... C'eſt
de pefer un peu plus fes difcours &
fes démarches que vous ne le faites . On
ne dit point à une femme , Princeffe ou
autre , qu'on aime un homme , quel qu'il
foit : on dit encore moins qu'il eſt aimé.
Cet aveu n'appartient qu'à nos villageoifes
..... Eft- ce qu'il n'y a que vos villageoifes
qui aiment , interrompit Isberge ?
Chez nous le rang de Princelle ne nous en
difpenfe pas nous vivons , nous agiffons
comme les autres femmes : les autres femmes
nous parlent comme je viens de vous
parler. Notre rang de Princeffe n'en impofe
point aux hommes : le moindre d'entre
eux fe croit notre égal , & on nous éleve ,
pour aing dire , à le croire. Mes ayeux
étoient fouverains : quelle préférence
l'honneur d'en defcendre m'a t-il valu ?
Celle de laiffer ma tête fur l'autel de
Wifnou , fi le grand , le généreux Charles
· Martel ..... Je fais , je fais tout , interrompit
de nouveau Barfine , & je vous
exhorte à porter auprès du grand , du généreux
Martel , les expreffions de votre
reconnoiffance : elles feront mieux pla-.
cées qu'ici. A ces mots elle tourna la
tête , & il fallut qu'Isberge s'éloignât bien
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
confufe & bien chagrine d'avoir échoué
dans fa démarche.
de nous
Celui qui en étoit l'objet ne parut
point furpris de ce peu de réuffite' ; il l'avoit
prévu. Cependant il avoit peine à
prendre fon parti. Le croirez-vous , aimable
Isberge , difoit - il ? C'eft l'orgueil ,
le feul orgueil , qui fait agir & parler ainfi
la Princeffe d'Aquitaine. Peut- être n'eſtelle
pas infenfible ; mais il l'oblige de le
paroître. Telle eft la manière dont on
éleve parmi nons un fexe que la nature
avoit fait naître pour nous confoler , &
qui femble n'avoir pour but que
affujétir. Je ne fais quelle décence , mal
entendue, le force à nous envifager comme
autant d'ennemis , à nous déguiſer tout ce
qu'il penfe , tout ce qu'il éprouve , tour
ce qu'il defire. Qu'en réfulte - t- il ? Ce qu'il
eft naturel d'en attendre. Lorfque la défenfe
ne fubfifte plus , l'habitude exifte
encore. On diffimule avec l'époux comme
on a fait avec l'amant . Souvent même la
diflimulation change d'objet , & n'en eft
que plus facile à foutenir. Ainfi raifonnoit
Charles Mariel au fort de fon dépit.
Du refte , il fe piquoit plutôt d'être grand
Capitaine que grand Moralifte : mais aux
yeux d'Isberge il parut l'un & l'autre.
Elles'applaudit de fon extrême franchife ,
JANVIER 1765. I
& en conclut qu'on étoit mieux élevé fur
les bords de l'Elbe que fur ceux de la
Seine.
Durant cet intervalle , Barfine reçut un
exprès du Duc fon père. Eudes l'exhortoit
à faire ufage du pouvoir qu'elle avoir
fur l'âme du vainqueur pour obtenir qu'il
la renvoyât. I l'autorifoit à y joindre
l'offre d'une forte rançon. Barfine fit inviter
Charles , non à lui donner audiencemais
à fe rendre auprès d'elle . Il en fut
furpris , & ofa prefque efpérer qu'elle vouloit
s'adoucir. On préfume bien qu'il ne
ne fe fit pas attendre ; mais il fut bientôt
détrompé. Seigneur , lui dit Barfine à
l'inftant même qu'il parut , je fuis votre
prifonnière ; mais ma captivité n'ajoute
rien à votre gloire. Vous pouvez même
l'accroître , en me rendant à un père que
mon éloignement fait gémir. Ma liberté
peut auffi vous être utile : déterminez le
prix de ma rançon.
Madame , répondit Charles Martel ,
non moins piqué de ces dernières paroles ,
qu'affligé des autres , s'il étoit queftion de
Vous racheter , tous les tréfors , tous les
Etats du Duc votre père ne fuffiroient pas.
Il s'agit donc uniquement du facrifice
que vous exigez de moi ? Eh ! pourquoi
Fexiger ? Où ferez-vous plus libre qu'en
14 MERCURE DE FRANCE .
ces lieux ? N'y fuis-je pas votre premier
captif ? Mais tout en parlant ainfi , il étoit
déja plus qu'à demi réfolu de fouſcrire à
ce qu'elle vouloit. La première raifon
c'eft qu'il trouvoit peu d'honneur à la
retenir malgré elle : la feconde , qu'il la
retiendroit en pure perte : la troifiéme ,
qu'il y avoit de l'héroïfme à fe faire luimême
cette violence . Barfine voulut auffi
lui faire entrevoir qu'elle pourroit amener
Eudes à des propofitions de paix raiſonnables.
Madame , lui répondit le Duc des
François , vos efforts feront fuperflus : le
Duc d'Aquitaine m'envie une chimère ,
une vaine fumée que j'idolâtre encore
plus qu'il ne la chérit. Pour qu'il cefsât
de me hair , il faudroit que lui ou quelque
autre parvînt à me battre , & je jure par
vos attraits de tout employer pour n'être
battu par perfonne . Ainfi , Madame , lorfque
je foufcris à votre départ , le feul motif
qui me détermine eft de foufcrire à ce
que vous exigez. Tant de foumiffion ſerat
- elle fans récompenfe ? Ne regretterezvous
pas du moins celui qui vous perd ,
& qui ne vous perd que pour ne pas vous
défobéir ?
L'Amant de Barfine croyoit ce raifonnement
fans replique mais Barfine y répliquoit
intérieurement. La. docilité de
:
JANVIER 1765 . 15
Martel lui parut extrême , & elle jugea
qu'Isbergeen étoit lemotif. Elle eut voulu
non pas être refufée , mais être plus longtemps
contredite . Dès lors , au lieu de fa- .
voir gré à Charles du facrifice , elle-même
crut être facrifiée : elle ne put même entiérement
diffimuler fa jaloufie ; & en quittant
le libérateur d'Isberge , elle l'exhorta
à bien mettre à profit la reconnoiffance de
celle qui lui devoit le jour.
Ces paroles furent prononcées avec un
ton auquel Charles ne fe méprit pas ; mais
il ne l'inquiétoit prefque plus. Il fe trouvoit
flatté que Barfine s'apperçût qu'Isberge
étoit reconnoiffante. Au moins , difoit-
il , ne lui paroiffai - je pas être laiffé au
dépourvu , & c'eft un motif de plus pour
me la conferver. Une femme peut oublier
Lamant qu'elle a le plus aimé , qui l'aime
le plus , mais elle ne peut vouloir le céder
à une rivale.
Toutefois le temps lui prouva qu'il s'étoit
trompé. Barfine , arrivée auprès de fon
père , lui trouva l'âme ulcérée contre fon
vainqueur. Il ne refpiroit que vengeance ,
& vouloit même fe venger dans tous les
fens poffibles. C'eft- là ce qui lui avoit fait
fi ardemment fouhaiter d'avoir fa fille en
fon pouvoir. Il eut la joie de remarquer
en elle beaucoup de refroidiffement pour
16 MERCURE DE FRANCE.
le Duc des François . Il augura bien du
projet qu'il avoit conçu projet incroyable
s'il n'étoit confirmé , attefté par tous les
hiftoriens du temps : ce fut de faire époufer
fa fille à Manuzza , jeune Sarrafin , Gouverneur
d'une partie de l'Eſpagne , alors
entiérement foumife aux Mahométans
d'Afrique. Celui - ci , en faveur de cet
étrange hymen , devoit fecourir Eudes
contre Charles Martel , devenu plus fufpect
, plus odieux au Duc d'Aquitaine
que tous les Mahométans de l'univers.
Manuzza , quoique Sarrafin , étoit aimable
& favoit aimer. Il parut tel aux yeux
de Barfine. On ne dit point , toutefois ,
s'il lui parut digne de l'emporter fur Charles
Martel ; mais on affure qu'elle le trouva
extrêmement propre à la venger. Un feul
point l'arrêtoit encore : c'étoit la religion
de Manuzza. Il promit d'abjurer l'Alcoran,
& Barfine jugea cette promeffe des plus
orthodoxes . Au moins , difoit- elle , en fongeant
à l'amant qu'elle trahiffoit , & par
qui elle fe croyoit trahie , au moins ne
paroîtrai- je pas avoir été quittée la première.
L'ingrat s'eft laiffé gagner de vîteffe.
Peut-être va-t-il s'en applaudir . Il juftifiera
fon choix d'après le mien. Que m'importe
, après tout ? Je n'ai au fonds que
fuivi fon exemple ; & elle ajoutoit , en
JANVIER 1765 . 17
regardant Manuzza : comme je vais être
vengée !
Le bruit de cette vengeance bifarre &
cruelle parvint promptement aux oreilles
de celui qui en étoit l'objet. Il eut d'abord
peine à le croire , mais il n'eut bientôt
plus lieu d'en douter. Son étonnement
égaloit fa douleur , & il s'y livroit aux
yeux même d'Isberge , qui , à fon ordi- -
naire , la partageoit. La perfide ! s'écrioit- il ,
c'eft peu de me donner un rival , elle ofe
le choifir parmi les barbares que l'Afrique
a vomi dans nos climats ! elle épouſe un
vil Sarrafin , & fans doute elle va bientôt
embraffer jufqu'à fa fece pour mieux lui
prouver fon dévouement . Elle fera Mufulmane,
parce qu'un Mufulman a fçu lui
plaire. Quelle autre preuve lui reftera - t- il
à faire de fon amour ?
Ces derniers mots rendirent Isberge
rêveufe. Elle fe rappella que , malgré fa
tendreffe pour fon libérateur , elle étoit
encore de la fecte de Wifnou , & dès ce
moment on affure qu'elle entrevit toute
l'abfurdité de fon culte.
Elle n'épargnoit rien pour confoler
Martel , qui de fon côté fentoit moins la
perte de Barfine en voyant Isberge . Il fongeoit
fur - tout à fe venger . La marche
des troupes avoit été fufpendue pour quel
18 MERCURE DE FRANCE.
que temps elle fut hâtée par de nouveaux
ordres. Le Duc d'Aquitaine vit
l'orage s'avancer , & n'épargna rien pour
lui faire tête. Il étoit brave , grand Ca--
pitaine & jaloux de celui qui venoit l'attaquer
c'étoit là bien des raifons pour
fe bien défendre . Un incident , qu'il n'avoit
pas prévu , redoubla le danger de fa
fituation . Abderame , Gouverneur en chef
de toutes les Efpagnes , & à qui Manuzza
lui-même étoit fubordonné , Abderame
jugea que
l'alliance de ce dernier avec le
Duc d'Aquitaine étoit contraire aux intérêts
des Maures , & il en jugeoit bien . Il
réfolut d'en prévenir l'effet. L'expédient
qui lui parut le meilleur , fut de tomber
avec fon armée fur la Province où commandoit
Manuzza. Celui- ci fe défendit
de fon mieux , mais fi malheureuſement ,
qu'il ne put même empêcher Barfine de
tomber au pouvoir d'Abderame. Le Sarrafin
la trouva affez belle pour féduire le
plus fage des Mufulmans . Toutefois iljura
par fon Prophête qu'elle ne le féduiroit
qu'autant qu'il étoit convenable , & il
ajouta qu'il verroit bientôt fi l'Aquitaine
produifoit beaucoup de femmes auffi belles
que Barfine.
C'étoit dire que l'Aquitaine le verroit
bientôt lui-même avec fon armée . Eudes
JANVIER 1765 . 19
·
s'y attendoit ; & fon gendre , qui vint ſe
refugier à fa Cour , le lui confirma. Eudes
vit qu'il étoit perdu fi Charles Martel n'étoit
pas généreux. Il lui fit demander une
tréve pour tout le temps qu'il auroit à combattre
les Africains. Le Duc des François ,
quoiqu'irrité , lui accorda fa demande , &
offrit même de marcher à fon fecours ,
fauf à fe meſurer entre eux auffitôt que
l'ennemi commun feroit défait. Mais , foit
que cette offre devînt ſuſpecte au Duc
d'Aquitaine , foit qu'il ne voulût partager
avec perfonne la gloire de vaincre Abdeil
n'accepta que la tréve. Il réunit
fes forces , & s'avança à la rencontre des
Sarrafins , qui n'avoient pas foupçonné
qu'il ofât même les attendre.
rame ,
Charles Martel regrettoit de le voir
combattre feul . Ces regrets étoient le
fruit de l'émulation & du defir de délivrer
Barfine ; car on préfume bien que fon
infidélité n'avoit pas refroidi fon premier
amant. Il femble que l'amour fe nourriffe
des mêmes alimens que la haine. Les perfidies
, les injuſtices d'une maîtreffe , lui
font rarement perdre l'empire qu'elle s'eft
acquis fur nous : le plus fouvent même
elles l'augmentent. C'eft en particulier ce
qu'éprouvoit le héros de cette hiftoire. Il
avoit de quoi haïr , détefter Barfine ; mais
20 MERCURE DE FRANCE.
*
ce qu'il prenoit pour les fureurs de la haine
étoient les fureurs de l'amour.
La tendre Isberge l'aimoit toujours avec
le même défintéreffement. Elle gémiffoit ,
non d'être moins aimée que fa rivale ,
mais de ce que fon amant n'étoit pas heureux.
Elle eût defiré faire fon bonheur
aux dépens du fien propre. Charles ſentoit
combien elle- même eût mérité d'être heureuſe.
Il ne lui parloit jamais fans s'attendrir.
Cependant , ô bifarrerie ! ô foibleffe
injurieufe ! il lui parloit prefque auffi fouvent
de Barfine que d'elle - même.
Isberge , au furplus , étoit le feul témoin
de fes foibleffes. Hors de là , il fembloit
n'en avoir aucune ; il oublioit , pour ainfi
dire , qu'il en eût. Toutes fes démarches
caractérifoient l'homme d'Etat , le grand
Capitaine. Perfuadé qu'Eudes & fes troupes
fuccomberoient fous le nombre des ennemis
, & que ce torrent s'étendroit jufqu'en
France , il fongeoit à l'arrêter dans fa courfe.
Il vouloit que ce déluge de barbares , loin
d'inonder fa patrie , vînt , au contraire ,
s'y engloutir .
Ce qu'il avoit d'abord prévu arriva.
Eudes fut vaincu , & fe réfugia en France
avec les débris de fon armée . Alors Charles
Martel mit à l'écart tout reffentiment. Il
reçut le Duc d'Aquitaine comme il eût
JANVIER 1765 21
pu recevoir fon ami & fon allié. Il lui
prodigua les honneurs , fit l'éloge de fon
courage qui l'avoit , difoit-il , porté trop
loin , mais qui feroit bientôt à même de
prendre fa revanche en un mot , il le
raffura , le confola de fon mieux , & eut
la générofité de ne point lui parler de fa
fille. Eudes fentoit combien tant de grandeur
d'âme l'humilioit : cependant il y
parut fenfible . Un feul point l'embarraffoit.
Manuzza étoit dans fon armée : comment
cet époux de Barfine pourroit - il s'offrir aux
yeux de fon rival ? C'étoit pour ce dernier
une épreuve trop délicate. Auffi ne peut-il
confentir à cette entrevue. Il fit dire au
Sarrafin qu'il pouvoit bien fe réfoudre à
le fecourir , mais non fe réfoudre à le voir.
Le protéger étoit déja un effort fublime.
Charles Martel ne l'entendoit nommer
qu'en frémiffant. Il ne fe rappelloit qu'avec
horreur que Barfine étoit à lui ; il fongeoit
même à rompre des noeuds fi étranges. It
fongeoit , fur-tout , à la retirer des mains
d'Abderame ; car il craignoit que le barbare
ne la refpectât pas long-temps , fuppofé
même qu'il l'eût refpectée jufqu'alors. Ce
qu'il éprouvoit ne peut que difficilement
s'exprimer. Lui-même auroit eu peine à le
définir. Devoit - il s'intéreffer encore à la
femme de Manuzza ? Devoit- il s'abaiffer
82 MERCURE DE FRANCE.
Sufqu'à la lui ravir ? Ne devoit- il pas plutôt
la méprifer , la laiffer en proie aux attaques
de fon farouche vainqueur ? Voilà
donc, pourfuivoit- il , où l'orgueil a réduit
cette altière Princeffe. Je l'euffe adorée ,
un autre la maîtriſe : j'euffe été fon eſclave,
un autre eft devenu fon tyran. Charles
joignoit beaucoup d'autres raifonnemens
à ceux-là. Il en fentoit toute la force , toute
la juſteſſe , mais il finit par defirer de voir
Barfine en fon pouvoir.
Iln'en témoigna cependant rien à Isberge.
Il craignoit de l'affliger , & il fentoit combien
il y auroit d'injuſtice à le faire ; mais
la jeune Saxonne étoit trop attentive à ſes
mouvemens , y prenoit trop d'intérêt pour
ne pas deviner une partie de ce qu'il n'ofoit
lui dire. Un mot échappé la mit fur la voie.
Elle queſtionna le Héros jufqu'au point de
l'embarraffer , & enfin il lui détailla ce
qu'il s'étoit bien propofé de lui taire. Il
faut tout dire cette confidence attrifta
Isberge. Elle croyoit fa rivale un peu
moins à craindre depuis fa trahifon ; mais
elle reconnut qu'un amant trahi n'en eft
fouvent que plus foible. Isberge , de fon
côté , diffimula fa douleur , & ne laiffa
éclater que, fon zèle. Seigneur , dit-elle
à Charles , je vois que tu ne peus être
heureux fans Barfine, & que je ne puis ,
JANVIER 1765. 23
moi , rien faire ici pour ton bonheur. Tu
m'as dit bien des fois que j'égalois pour le
moins Barfine en beauté : propofe à Abderame
de te céder fa prifonniere , & je
m'offre d'aller prendre fa place. Tu feras
content ; cela me fuffit.
Isberge pleuroit en parlant de la forte :
ce qui n'empêchoit pas que fa propofition
ne furfincère. Charles Martel en étoit perfuadé
, & n'en fut que plus attendri. Qu'entends-
je ! s'écria- t-il , quel nouveau facrifice
méditez- vous ? en prévoyez- vous bien
toutes les fuites ? J'ai tout prévu , reprit
Isberge d'un ton ferme ; je n'ai abfolument
rien à craindre ; & comme je prévois que
je t'aimerai toujours , Abderame n'aura
rien à efpérer. Songez , repliqua le Duc
des François , fongez qu'un Sarrafin ignore
auprès d'une femme toute efpéce d'égards
& de retenue. ... Raffure-toi , je fais le
moyen d'arrêter fes violences. Eh quel eſt
ce moyen , demanda encore Charles Martel
? ... c'eſt de fuppofer qu'il faut de
nouveau appaifer Wifnou , ou bien que le
premier facrifice n'a pas été interrompu ....
Je vous entends , mais n'efpérez pas que
j'y foufcrive. Qui , moi ? confentir à vous
perdre ? ah ! croyez que loin de vous mon
bonheur feroit toujours imparfait : croyez
que mon coeur veut être tout à vous , qu'il
24 MERCURE DE FRANCE.
yfera. En parlant ainfi, Charles Martel étoit
aux genoux d'Isberge , lui preffoit les mains
& les lui baifoit avec une ardeur qui appuyoit
parfaitement bien fon difcours .
Cet entretien eût continué , mais il fut
interrompu par l'arrivée d'un exprès d'Abderame.
Ce Chef des Sarrafins venoit de
recevoir du fein de l'Afrique une quantité
prodigieufe de nouvelles troupes. Tout fen: -
bloit lui promettre une conquête affurée ;
mais la renommée & les victoires de Charles
Martel mettoient un frein à fes efpérances.
Il vouloit entrer avec lui en compofition
, & l'attaquoit par l'endroit le
plus foible. Voici quelle étoit fa lettre ,
écrite en langue françoiſe & en ſtyle arabe .
ABDERAME , Général des Fidèles , Commandant
de toutes les Efpagnes , &
bientôt Conquérant de toutes les Gaules
; à Charles Martel , Duc des François.
Je vais couvrir de Soldats la terre qui
t'a vu naître , & qu'en vain tu voudras dfendre.
Tu es brave , mais je le fuis auffi ;
& mes troupesfurpaffent les tiennes en nombre
, comme celui des feuilles , dans la plus
belle des faifons , l'emporte fur celui des
arbres. Ainfi , crois- moi , préviens ta ruine.
Remets
JANVIER 1765 . 25
Remets entre mes mains le traître Manuzza,
& ceffe de protéger l'ambitieux Duc
d'Aquitaine. Ses Etats font à moi par droit
de conquête. Je confens à borner là celles
queje puis faire , fi tu exécutes ce que je
propofe. Je ferai plus , je remettrai en ton
pouvoir la jeune Barfine , belle comme les
Houris du Prophète , & qu'on m'a dit être
bien chère à ton coeur. Profite dufeul moyen
que je t'offre de recouvrer ta maîtreffe &
de conferver tes Etats.
Cette lettre caufa à Charles Martel une
furpriſe mêlée d'indignation . Il eût fait
pour délivrer Barfine d'efclavage , tous
les facrifices que pouvoit permettre fa
gloire : mais il frémit du prix qu'on ofoit
mettre à cette délivrance . Manuzza étoit
fon rival ; mais Manuzza étoit devenu fon
protégé. Eudes l'étoit devenu lui -même.
Dès lors la deſtinée de l'un & de l'autre fe
trouvoit liée à la fienne. Il avoit conftamment
refufé de voir le premier. Il crut devoir
alors l'affurer de vive voix , qu'il
n'avoit rien à craindre ni pour fes jours ,
ni pour fa liberté. C'est ce qu'il effectua
fur le champ , quoique fon averfion pour
ce rival fut toujours la même. Ecoute ,
lui dit-il , après l'avoir informé des propofitions
d'Abderame , ta préfence ne m'eſt
pas devenue plus agréable ; mais je viens
B
26 MERCURE DE FRANCE.
te confirmer en perfonne que tu n'as rien
à craindre pour la tienne , que ton afyle eft
facré. Manuzza lui répondit qu'il n'avoit
aucun foupçon à cet égard ; & en effet ,
le ton de fa réponſe étoit celui de la
confiance . Charles Martel lui en tint vraiment
compte. Après quoi il inftruifit en
ces termes Abderame de fa réfolution :
LE DUC DES FRANÇOIS au Général des
Maures.
J'ai lu tes menaces ; mais j'en crains peu
L'effet. Raflemble , fi tu le peux , toutes les
forces de l'Afrique , & viens à leur tête fondrefur
ma patrie , tu me verras voler à ta
rencontre. Je n'ai besoin que de petites_armées
pour en battre de grandes. Il mefuffic
d'une poignée d'hommes pour en diſperſer
une multitude. N'efpere donc pas me voir
trahir ceux qui ont imploré ma protection.
Mets à prix d'or la rançon de ta prifonniere
, & l'or te fera prodigué. Sinon refpecte-
la , comme tu le dois , &je te promets
les mêmes égards pour ton ferrail & tes favorites.
On voit qu'il régne un peu de fuperbe
dans cette lettre , & Charles ne l'ignoroit
pas mais il favoit que la modefie eft en
pure perte vis-à-vis des Orientaux. Le ton
JANVIER 1765 : 27
de la réferve leur paroît celui de la crainte.
Abderame fut extrêmement furpris de la
hauteur de cette réponſe. Il ne la trouva ,
toutefois , ni ridicule , ni fanfaronne. Tant
de lauriers moiffonnés par la main qui
venoit de l'écrire , en réalifoient les expreffions
; elles fembloient n'avoir rien
que de naturel. Cependant le Chef des
Sarrafins continue fa marche , & les deux
armées fe rencontrerent dans la vafte plaine
de Tours.
Il n'étoit point rare alors de voir des
femmes du premier rang , fuivre les armées
au plus fort de leurs expéditions. Souvent
même leur préfence excita les guerriers
à tenter & effectuer des prodiges ;
mais dans une occafion où foixante mille
François avoient à combattre quatre cens
mille Sarrafins, il pouvoit furvenir , au milieu
même de la victoire , des incidens
inévitables. Charles , par cette raiſon , exhorta
les Dames qui fe trouvoient dans fon
à s'en éloigner. Quelques- unes y
camp , a
confentirent ; d'autres ne purent s'y réfoudre
, & Isberge fut de ce nombre. Elle eût
voulu partager tous les périls que fon
amant alloit courir. Il fut témoin de fes
alarmes , & il eut la fatisfaction de voir
qu'elles étoient extrêmes. Au furplus , il
ne fe permit pas d'en jouir long- temps.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Le defir de vaincre furmontoit en lui tout
autre intérêt. L'amant faifoit alors place .
au Héros , & il ne fe rappelloit dans ces
ni la tendreffe d'Isberge , ni l'in- momens ,
fidélité de Barfine.
On fait quel fut l'événement de cette
fameuſe journée. Les Africains y combat
tirent avec fureur , & les François avec un
courage fait pour tout furmonter. Hs moiffonnoient
leurs ennemis comme un feu
qui parcourt & dévore une plaine fertile.
Abderame tomba fous les coups de Charles
Martel , & l'hiftoire nous dit que le champ
de bataille fut couvert de trois cens mille
Sarrafins .
On s'empara du camp des vaincus , & ,
comme c'est l'ufage de tous les temps , on
le pilla ; mais le Général François avoit
ordonné que les tentes d'Abderame fuffent
épargnées , ainſi que tout ce qu'elles renfermeroient.
Il en fortit un jeune Sarrafin
qui fupplia qu'on le conduisît dans celles
de Charles Martel , & fa demande lui fut
accordée. Il en fit une nouvelle qu'il n'eût
pas fans doute obtenue en Afie , mais qui
dès- lors ne fe refufoit point en France :
ce fut d'être admis à l'audience d'Isberge.
Il obtint cette feconde faveur , & bientôt
il en exigea une troifieme : ce fut de refter
feul avec la jeune Saxonne. Elle-même
JANVIER 1765 . 29
en parut d'abord ſurpriſe ; mais , ce qui
furprit davantage ceux qui étoient préfens ,
à peine le jeune inconnu lui eut dit un
mot à l'oreille , qu'elle ordonna qu'on le
fatisfît.
Cet inconnu étoit Barfine elle - même.
Abderame l'avoit fait ainfi déguifer , de
même que fes propres femmes , fans doute
pour qu'elles échappaffent mieux aux regards
des François , fi l'avantage étoit pour
eux. Barfine , à l'ombre de ce déguifement
, fongeoit à fuir les regards de Charles
Martel, & ne doutoit pas qu'Isberge ne
lui en procurât volontiers les moyens : mais
Barfine fe trompoit. La jeune Saxonne ,
quoique plus inftruite qu'auparavant , avoit
confervé fa premiere candeur. Elle fentoit
plus vivement l'indifférence de celui qu'elle
aimoit , & ne changeoit rien à fa maniere
d'aimer , c'est - à-dire , qu'elle préféroit toujours
le bonheur de fon amant au fien
même. Elle en donna dans cette occafion
une preuve , qui doit aujourd'hui manquer
de vraisemblance . Non Madame ,
difoit - elle à Barfine , je ne ferai point
complice de votre évafion. Le Héros qui
vous aime en gémiroit , & je veux lui
épargner ce chagrin . Ah plutôt , reprenoit
Barfine , épargnez -moi l'humiliation de
paroître à fes yeux ! Je ne puis plus , je ne
ም
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
dois plus être à lui. Quels qu'ils foient ,
j'ai formé des noeuds... Vos noeuds peuvent
fe rompre , lui repliqua la jeune Saxonne ,
vous en formerez d'autres plus illuftres.
J'en mourrai fans doute , ajoutoit Isberge
en foupirant ; mais fi Charles Martel eft
heureux , je mourrai contente. Alors , malgré
les nouvelles inftances de Barfine , elle
ordonna qu'on le fît chercher. Il reparut
après avoir , de toutes parts , affuré les fuites
de fa victoire . Il s'étoit auffi occupé
du foin de recouvrer la Princeffe captive.
Quelle fut fa furprife , de voir Isberge la
lui préfenter , & fur tout d'apprendre qu'il
ne la revoit que par elle ! Quoi ! s'écria-t'il ,
ne vous lafferez - vous pas de vous immoler
? Quelle ame j'ai méconnue ! Que votre
coeur eft bien digne de vos charmes ! Vous
m'avez conftamment préféré à vous- même ;
je ferois le plus ingrat de tous les hommes
, fi je ne vous préférois à tout ce qui
exifte : mais c'est la tendreffe qui parle ici
encore plus que la reconnoiffance. Oui ,
pourfuivit- il en tombant à fes genoux , oui
je vous jure un amour une fidélité à
toute épreuve ! Mon coeur va réparer fes
injuftices. Vengez- vous de fa refiftance ,
& jugez de votre empire fur lui par fa
docilité.
3.
Qui pourroit exprimer la furpriſe & la
JANVIER 1765. 31
joie d'Isberge ? Elles ne pouvoient être égalées
que par l'embarras & la confufion de
Barfine. Elle voyoit aux pieds de fa rivale
ce Héros fi terrible dans les combats , &
qui venoit de mettre le comble à fa gloire.
Pour Isberge , elle n'y voyoit que Charles
Martel, & l'amant l'occupoit beaucoup
plus que le héros , parce qu'elle avoit plus
d'amour que de vanité. Elle ne répondit à
fes difcours qu'en le relevant ; mais il
régnoit dans fes regards & dans fa rougeur
une expreffion facile à interpréter.
Charles enfin eut lieu de juger qu'Isberge
feroit peu vindicative. Pour vous , Madame,
dit-il à Barfine , je ne m'oppofe plus
à l'empreffement que vous avez de me
fuir. Vos charmes n'ont rien perdu de leur
éclat , mais heureufement pour mon coeur
ils ont perdu de leur pouvoir fur lui. Il a
fallu combattre pour vaincre , & il n'y
avoit qu'Isberge qui pût me procurer cette
victoire.
L'altiere Barfine dévoroit avec peine un
pareil difcours. Sa fierté ne put même encore
fe démentir. Elle félicita le Duc des
François de l'avoir oubliée fi à propos ,
puifque d'autres noeuds l'enchaînoient loin
de lui . Ces noeuds , Madame , reprit Charles
Martel , ces noeuds dont il eût mieux
valu ne point parler , font pour jamais
B iv
32 MERCURE
DE FRANCE.
rompus : Manuzza eft tombé fous les coups
de fes compatriotes.
A cette nouvelle , Barfine refta confondue
, pétrifiée , & jugea que l'abandon
étoit bien réel. D'autres motifs de regrets
fe joignirent peut- être encore à celui- là .
Elle ne fit plus au Héros François qu'une
feule demande : ce fut d'être conduite à
Eudes fon pere , & fa demande lui fut
accordée fur le champ. Eudes la revit avec
une extrême joie ; mais au bout de quelque
tems il la perdit de nouveau. Elle dif
parut fans le prévenir , & courut s'enterrer
dans un trifte monaftere . Là elle
gémit , dit- on , d'avoir été l'époufe d'un
Sarrafin , & peut - être encore plus de
n'être pas celle du vainqueur des Sarrafins.
Quant à Isberge , elle n'eut déformais
nulle occafion de gémir. Elle fit le bonheur
de fon amant , fon amant fit le fien.
La gloire l'arracha bien fouvent de fes
bras : il y fut autant de fois ramené par
l'amour. Il ne ceffa point d'être un héros ,
.& fut toujours un époux tendre . Isberge
de ſon côté perdit quelque chofe de fon
ignorance aimable : mais elle n'en fçut
jamais affez pour aimer moins.
JANVIER 1765. 33
VERS envoyés par M. DE LA DIXMERIE
à une Dame qui lui reprochoit d'avoir
maltraité dansfes Contes les femmes de
quarante ans .
L'ORSQU'A vingt ans on eut tous les attraits ,
Quelques luftres de plus ne font point une affaire .
A quarante ans on peut encor nous plaire :
On le peut même encor après.
Vénus fut la mère des grâces ;
Les grâces , nous dit-on , n'étoient plus des enfans :
Toutefois , en fuivant les traces ,
Les vit- on balancer fes charmes triomphantes
Mais citons pour exemple une fimple morteile.
Ninon , cette aimable infidelle ,
Ninon qui tour-à- tour prit , quitta mille amans ,
Prefque dans l'âge de Cybelle
Sçut encor affervir un Atis de vingt ans.
Ah ne prenez plus pour outrage
Un trait par le hafard dicté !
Je n'ai point médit de votre âge ;
Il n'en eft point pour la beauté.
5
By
34 MERCURE DE FRANCE.
J
A Madame la Marquife de P... . fur une
vefte brodée de fa main.
MINERVE en tout fut donc votre modéle.
C'eſt peu de réunir fes plus rares vertus ;
Vous y joignez encor fes autres attributs :
Vous pensez , vous parlez & yous brodez comme
elle ,
Par le même.
EPITRE à mon ELÉVE.
Difce, puer , virtutem ex me verumque laborem....
J.
Eneid. lib. 12.
E UN E enfant que toujours j'ai porté dans mon
coeur ,
Toi que j'ai cultivé comme une tendre fleur ;
Maintenant que tes fens , développés par l'âge ,
Me font des paffions redouter le ravage ,
Que tu vas fréquenter ce monde corrompu ,
Où l'or , le premier bien , tient lieu de la vertu ;
Qu'engagé , loin de moi , dans les piéges du vice,
Tu marcheras fans frein au bord du précipice :
Puiffé-je te tracer , fur les pas de l'honneur ,
Le chemin qui conduit au folide bonheur.
JANVIER 1765 . -35
>
Dans le fein des grandeurs élevé dès l'enfance ,
Ne t'enorgueillis point de ta haute naiſſance :
Apprends que la nobleffe eft dans les fentimens.
L'antiquité du nom décore en vain les grands.
Le véritable honneur n'emprunte pas fon luftre
Du hafard d'être né d'une famille illuftre .
La naiſſance n'eft rien : Tout l'homme eft dans le
coeur ;
Ses nobles actions font feules fa grandeur.
Dois-je honorer un fat noyé dans la molleffe ,
Qui me vantant l'éclat de ſa vaine nobleſſe ,
A l'ombre des lauriers qu'ont cueillis fes ayeux ,
S'occupe de feftins , de danſes & de jeux ;
Et richement paré , de lui-même idolâtre ,
Le matin dans un char , & le foir au théâtre ;
Perd , dans l'oifiveté , fes inutiles jours ,
Plongés , deshonorés , dans de lâches amours ?
Redoute des plaifirs la dangereuſe yvreffe ,
Jeune homme ; crains fur-tout ton ardente jeuneffe
.
Crainsque ton coeur , en proie à fes defirs naiffans
Ne goûte avec tranfport la volupté des fens ;
Et qu'un jour amolli , vaincu par les délices ,
Tu ne fois fous la pourpre eſclave de tes vices.
D'un grand voluptueux connois tout le malheur;
Le plaifir de fon âme énerve la vigueur ,
Dévore fes vertus , étouffe fon génie ,
Nourrit fes paffions , le tourment de fa vie ,
B ,vi
36 MERCURE DE FRANCE.
Empoifonne fes fens , anéantit fon corps ,
Et plonge dans fon coeur le poignard du remords.
«Tout me péfe, dit- il , dans ma grandeur fuprême.
>> Je tourmente mes jours à m'éviter moi - même.
>>Je ne fçaurois porter le fardeau de mon coeur.
» Au fein des voluptés e cherche le bonheur ;
» Mais le bonheur me fuit. Dans l'éclat d'une fête,
» L'ennui fane les fleurs qui couronnent ma tête ,
>> Et mes fens émoulés goûtent peu les plaifirs.
>> L'amour rallume en vain le feu de mes defirs :
» L'amour , ce dieu cruel , me trompe par fes
›› charmes ,
>> Et fon bandeau toujours eft baigné de mes
>> larmes.
» Ah ! lorfque fous le dais j'éblouis l'univers ,
» Mes triftes paffions tiennent mon âme aux fers.
» Par-tout je traîne un coeur que le chagrin con-
» fume ,
» Un coeur, lallé de tout , dévoré d'amertume ,
>> Un coeur où le remords enfonce mille traits ,
>> Qui defire fans celle & ne jouit jamais » .
ა
Tu frémis , je le vois , à ce triſte langage.
O mon ami ! fuis donc les dangers de ton âge :
Arrache ta jeuneffe aux charmes du repos .
Entré dans la carrière où marchent les héros ;
Va cueillir dans les camps les palmes de la gloire ,
Va t'immortalifer aux champs de la victoire ,
Et confacrer enfin , par de nobles exploits ,
Ton bras à ton pays , & ton coeur à tés Rois.
JANVIER 1765 . 37
Ainfi dans les combats ont illuftré leur vie ,
Ces guerriers qu'embrafoit l'amour de la patrie ,
Ces braves Châtillons , ces généreux Bayards ,
Qui fervoient leur pays au milieu des haſards ,
Ces dignes Chevaliers , dont la haute vaillance
Eut pour objet la gloire , & non la récompenſe .
Ah fi reffufcitant leur antique valeur ,
Tu dois te fignaler dans le champ de l'honneur ,
Etouffe les tranfports de cet affreux courage
Qui nous rend affaffins pour venger un outrage :
Va , le meurtre ne peut honorer la valeur .
La bravoure n'eſt pas une aveugle fureur.
Un héros n'a jamais fait frémir la nature :
Il meurt pour fa patrie , & pardonne une injure.
Qu'ont de commun l'honneur & l'art de s'égorger?
Sa gloire eft de bien faire , & non de ſe venger.
Loin qu'aux yeux du public ſon honorable vie
Par un noble pardon ſoit jamais avilie ;
Loin que de fes exploits l'éclat foit effacé
Par un mot outrageant dont il n'eft point bleſſé ;
Cet effort généreux vient de fa grandeur d'âme :
C'eſt la vertu d'un coeur que l'héroïſme enflamme,
Et fon reffentiment qu'il immole à l'Etat ,
Vaut bien l'honneur acquis par un aſſaſſinat.
Mais ces hommes cruels , en proie à la colère ,
Dont le bras s'eft fouillé d'un meurtre volontaire ,
Quicouvrent leurs excès du faux nom de l'honneur
Ont le bras du héros , mais n'en ont pas le coeur
3 MERCURE DE FRANCE.
.
Eft-ce à toi d'embraffer leur barbare maxime ;
De marcher fur leurs pas dans la route du crime ;
A toi digne héritier du nom de tes ayeux ,
Dont tu portes les traits fur ton front vertueux ?
Si de la probité le facré caractère
Ne te diftingue encor d'avec l'homme vulgaire ;
Si la vertu ne fait ton plus bel ornement ;
Si tu n'eft fur la pourpre un modéle éclatant ,
Qu'est-ce que ta grandeur ? une injufte puiſſance ;
Le droit de faire mal au fein de l'opulence ,
De dévorer le pauvre avec impunité
Et d'être le fardeau de la fociété.
Je ſuis loin de penſer qu'avide de richeſſes
Tu démentes ton fang par d'indignes baſſeſſes ;
Que le feul intérêt péle tes actions ;
Que tu fois embrafé du feu des paſſions ,
Et que dans les erreurs ta fougueule jeuneſſe
Refuſe d'écouter la voix de la fageffe.
Mais fois encore grand au faîte des honneurs ;
Ecarte loin de toi la foule des flatteurs :
Du pauvre qui languit dans une humble chaumière
Par tés foins bienfaifans foulage la mifère .
Citoyen vertueux , couronné par les arts ,
Philofophe à la Cour , héros aux champs de Mars,
Donnant à l'univers un éclatant exemple ,
Adore chaque jour l'Eternel dans fon temple ;
Cet hommage qu'on rend à l'Etre créateur
Ne fçauroit avilir la fuprême grandeur.
JANVIER 1765 : 39
Quoi le riche peut- il , au ſein de l'abondance ;
Refuſer le tribut de fa reconnoiffance ?
Environné des biens qu'il tient de fa bonté ,
Peut- il oublier Dieu dans la profpérité ?
Va , la religion , avec des traits de flame ,
Graye l'amour du bien dans le fond de notre âme :
Ce digne fentiment fait l'éloge du coeur ,
Et peut feul procurer le folide bonheur.
EPIGRAMME.
CONTRE des Auteurs qui fe déchiroient
dans leurs Vers.
V₁ILS avortons d'une mufe en délire ;
Quelle fureur a troublé vos eſprits ?
Quoi , tour à tour en bute à vos mépris ,
Vous diſtillez le fiel de la fatyre !
Vos noms déja ne font que trop flétris.
Entendez-vous le bon fens qui vous crie :
« Arrêtez donc votre aveugle furie ,
>> Fades rimeurs , brûlez tous vos écrits » ?
Mais le bon fens , ſe parant d'un vain titre ,
Prétend en vain réformer vos travers ;
Car pour ofer le prendre pour arbitre ,
Vous l'avez trop maltraité dans vos vers.
Par M. LEGIER,
40 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE.
DESESPOIR ÉSESPOIR des rigueurs de Glicère ,
L'hymen un jour s'en plaignoit à fon frère.
Oui , dit l'Amour , il faudroit réprimer
Un coeur fi fier , une âme auffi rebelle :
Je prends fur moi le foin de la former ;
Et pour punir cette beauté cruelle ,
Dès ce moment je vais m'en faire aimer.
Par le même.
VERS à la Ville de MARSEILLE , fur
l'arrivée de Madame B. . . . . & de fes
trois filles.
DRES Phocéens illuftre fille ,
Toi qui vois fur tes bords accourir l'univers ,
Chez qui le monde entier ne fait qu'une famille,
Sujet vanté de tant de vers ,
Du monde huitieme merveille ,
Ornement d'un puiſſant Etat ,
Superbe Ville de Marfeille ( 1 ) ,
Qui fur de vaſtes mers régnes avec éclat !
( 1 ) Allufion à une médaille qui repréſente
Marfeille fous l'emblême allégorique de Vénus
fortant du fein des mers avec ces mots : Natali
regnat in undâ.
JANVIER 1765. 41
C'étoit en vain que tes portiques ( 2)
Etaloient à nos yeux ces titres magnifiques ,
Monumens refpectés d'une antique grandeur :
Tant de gloire pouvoit éblouir le vulgaire ;
Mais jufques à ce jour il te manquoit l'honneur
De pofféder les graces & leur mère.
L.A. D. G.
(2 ) Tout le monde connoît la pompeuſe infcription
qui fe lit fur la façade de la loge de Marfeille
: «Maffilia , Phocenfium filia , Romaforor,
Carthaginis terror , Athenarum amula , altrix
difciplinarum.
Gallorum agros ,
ככ
د ر
·
>> mores "animos novo cultu ornavit.
כ כ
•
,
·
•
Illuftrat quam fola fides muros
» quos vix Cæfari cefferat contra Carolum Quintum
» meliori omine tuetur. Omnium ferè gentium com-
» merciis patens , Europam quam modò tenuerat ,
>> modò docuerat alere & ditare gaudet. An.
» M. DCC . XVI. Reg. Lud. xv ».
,
A Madame G... qui reprochoit à l'Auteur
d'avoir perdu la raison.
LE fang froid n'eft plus de ſaiſon ,
Par- tout où réfident les grâces.
Trop d'amour volent fur vos traces ,
Pour y rencontrer la raiſon .
D.....
•
442 MERCURE DE FRANCE.
PORTRAIT de Madame de St. M... :
S11 l'ininitable Appelle ,
M'avoit tranfmis fon talent ;
Peintre fublime & fidelle ,
Avec un pinceau riant ,
Dans le jour le plus brillant
De la Nymphe la blus belle ;
Je vous peindrois à l'inftant ,
Et la fraîcheur naturelle ,
Et la majefté réelle ,
Et l'éclat éblouiffant .
Si le Dieu de l'harmonie
Guidoit mes foibles crayons ,
Et du feu de fes rayons
Illuminoit mon génie ;
Dans un délire enchanteur
Je peindrois d'un trait de flame ,
L'égalité , la douceur ,
Les talens & la candeur ,
Les vertus & la belle âne
De la plus aimable femme.
Dont l'hymen foit poffeffeur.
Mais fans appui , qu'an pur zèle ,
Puis-je , dans un goût nouveau ,
Peindre l'objet le plus beau ,
JANVIER 1765 . 43
Et d'une grâce nouvelle
Tracer le riant tableau ?
Sans doute je puis le faire ;
On peut tout lorſque l'amour
Nous embrafe & nous éclaire ;
Et loin qu'il me ſoit contraire ,
C'est lui qui dans ce beau jour
M'invite à peindre ſa mère.
Quoi , fuffit-il d'obéir
A la loi qu'il nous impoſe ,
Pour pouvoir , quoique l'on ofe ,
Etre fûr de réuffir 2
Non , dans ce qu'il me propoſe
Je vois avec déplaiſir ,
Que lui plaire & le fervir
Ne font pas la même choſe. -
Vainement la vérité
Marche aujourd'hui fur nos traces :
Je fens que j'ai trop tenté ;
Pour bien peindre la beauté ,
Il faut le pinceau des grâces .
Il eft cependant des cas
Où la plus fimple parure
Rend fes traits plus délicats.
Toujours l'art ne nous plaît pas ;
44
MERCURE DE FRANCE.
On aime mieux la nature.
Voilà ce qui me raſſure ,
Quand d'un objet plein d'appas
J'ébauche ici la peinture.
Mille charmes embellis
Par une vertu modeſte ,
Un teint de roſe & de lys
Dont le brillant coloris
Efface l'éclat célefte
Des vives couleurs d'Iris ;
La fraîcheur de la jeuneſſe :
De la Déeffe des bois
L'air , la taille & la nobleffe ,
De Minerve la fageſſe ,
Le goût , l'adreffe , les doigts ,
De Vénus le doux minois ,
Et des grâces la fineſſe :
Tels font les traits merveilleux
Dont cette Nymphe eft pourvue ,
Simple , modefte , ingénue ,
Elle charme tous les yeux.
On l'aime quand on l'a vue ;
Mais après l'avoir connue ,
On l'aime mille fois mieux.
Par M. FRANÇOIS , ancien Officier de Cavalerie.
JANVIER 1765. 45
VERS à Mademoifelle D ... en lui donnant
un beau bouquet dans une campagne
aride.
V
ous qui joignez à l'art de féduire & de plaire ,
De la fage Pallas les talens enchanteurs ;
Des mains d'un triſte folitaire ,
Daignez accepter quelques fleurs .
Des amantes que fuit le papillon volage ,
On ne connoiffoit point dans ce climat fauvage
Ni le parfum ni les appas :
Mais où vous paroiffez les fleurs ne manquent pas .
De votre propre bien recevez donc l'hommage ;
Songez que ce bouquet n'eft qu'un foible affemblage
De celles que l'amour fait naître fur vos pas .
Par le même.
ENVOI d'une rofe à Madame de S... F...
S I la rofe en douces odeurs ,
En éclat , en vives couleurs ,
Paffe les fleurs les plus nouvelles ;
Si plus brillante que fes foeurs ,
Elle nous plaît auffi plus qu'elles :
De même les traits enchanteurs ,
6 MERCURE DE FRANCE.
L'air riant , les grâces réelles ,
Et tous les dons des immortelles
Cédent à vos attraits vainqueurs :
Toutes deux chères à nos coeurs ,
Plus vos beautés font naturelles ,
Plus vos triomphes font flateurs.
La rofe eft la Reine des fleurs ;
Vous êtes la Reine des belles.
Par le même.
INSCRIPTION pour mettre fous la ftatue
J.
d'un Hercule.
'A I vaincu les géants , les cieux & les enfers ,
L'amour , plus fort qu'eux tous , m'a feul donné
des fers.
Par le même.
SUITE DES LETTRE DE HENRI IV.
TREIZIE ME LETTRE.
s
J. vous efcryuys hier tout ce que je i
fauoys . Il eſt arryué depuis des nouvelles
de la Court. Le Duc d'Efpernon a quérelle
auec le Marefchal d'Aumont, & fon
frere avec Gryllon. Leur difpute eft fy e
vyolante , que l'on ne peut les accorder; t
C
.t
JANVIER 1765 : 47
l'autoryté du Roy y ynteruyendra. Cependant
la Ligue ce remue fort ; ce nous
eft autant de loyfir. Je feray Jeudy à S.
Jan , dou je uous manderay toutes nouvelles.
Je foys aujourd'huy deux lyeues ,
& tout an pays d'enemy. Bonjour mon
ame. Affeurez-vous de la fydelyté de
notre esclaue il ne uous manquera
jamays. Il uous béfe un mylyon de foys
les mayns.
Ce xyme Mars.
QUATORZIEME LETTRE,
ESTANT STANT arryué à Taylebourc , je treuue
que Lauerdyn auoyt pryns lyfle de Marans
avec fon armée , quy eft de catre ou
fync mylle homes ; quyl ne reftoyt plus
que le chateau quyl batoyt de deus pyeces.
sode yn je m'achemyne an ce lyeu de la
Rochelle , pour tacher à les fecouryr ,
affanblé mes troupes lefquelles jeſtyme
ftre affés fortes pour fayre un grant echec
Lauerdyn. Je ne crayn fynon que ledyt
hateau foyt mal pourueu & quyl ce rande
e fachant poynt de mes nouuelles. Jay reryns
un des fors & fuys jour & nayt
2
48 MERCURE
DE FRANCE
.
à fayre fere des ponse , car l'eau eft hautè
au marés. Il fut tué hyer deux Albanoys
& pryns deus quy vouloyent
reconoytre
notre pont. Depuys que je fuys ycy je nay
couché qun eure , eftant tousjours
à chaval.
Mon ame tenes moy an votre
bonne grace & nantrez jamays an doubte
de ma fidelyté. Que je fache fouuant
de vos nouuelles
. A Dieu mon coeur ;
voftre efclaue vous befe un mylyon de
foys les mayns.
,
Ce xxime Mars.
QUINZIEME
LETTRE
.
LA
A maladye
commance
tellemant
parmy
nos troupes , quelle nous fera pluftoft
quiter la campagne
que les enemys. Je
fuys fur le poyat de vous Tecouurer
un
cheual quy ua lantrepas
le plus beau que Vous uytes jamays & le meilleur ; force
panache & desgretes. Bonyere eft allé à
Poytiers pour acheter des cordes de lut pour
vous , il fera ce foyr de retour. Jeus
hyer des nouuelles
de la Court : M. de
Guyfe y eft encore . Le Prynce de Parme
ayant afyegé une vyle , il a efté contraynt
par les Angloys
de la quyter. Le combat
JANVIER 1765. 49
!
}
a efté
grant
; il y eft mort
deus
mylle
fync
cens
hommes
, quynze
cens Efpagnols
naturels
, dou
yl y a uynte
deus capyteynes
;
le refte
des Angloys
. Je ne me porte
gueres
bien
& crayns
fort de tomber
malade
.
Le Marefchal
de Byron
fayt ce quyl
peut
pour
affambler
des forces
. Il ne nous
fera
quyter
la campagne
fy il ne luy an uyent
.
de France
ou Guafcogne
. Mon
coeur
fouuenez
-vous
tourjours
de petyot
; certes
fa
fidelyté
eft un myracle
. Il vous
fouhéte
mylle
foys
le jour
dans
les allées
de Lyranufe
. Vous
pouuez
pancer
fyl ne uous
y baille
pas Rofambeau
pour
uous guarder
dannuyer
. Certes
il faudroyt
que le lyeu
fut bien
fauuage
ou uous
nous
anuyeryés
anfamble
. Ceus
que nous
cherchyons
hyer
fan font
allés
. Ils ne font
ancore
échapés
..
A Dieu
, mon
coeur
. Je te béfe
un mylyon
de fois
les mayns
. Aymés
moy
plus
que,
vous
mefines
. Ce xxme
. De Lufygnan
.
SEIZIEME LETTRE.
JE E metoys achemyné an ce lyeu de Monguyon
, panfant fayre quelque bel efet fur
nos enemys ; il a fayt un tamps fy anragé,
quyl a rompu tous nos defeyns. Je man
retourne anuyt coucher à Barbefyeus &
demain à Pons. Que vous me faytes plefyr
II Vol.
C
50
MERCURE DE FRANCE.
daler à Pau. Ha , ma chere M.
combien acheteroys - ie de m'y pouuoir
treuuer ! Un tel contantemant eft hors de
prys. Je vous anuoye les copyes des lettres
que la Royne d'Anglererre efcryuyt au
Roy & Royne fa mere fur la pays de la
Ligue. Vous y uerrez un braue language &
un pléfant ftylle . Mon coeur , je ne la puys
fayre plus longue , parce que je uoys monter
a cheual. Bon jour ma uye ; je te béſe
un mylyon de foys les mayns. Ce xxvme
Juyn. De Monguyon.
DIX - SEPTIEME LETTRE.
DIEU a plus fayt que les hommes nefperoyent
, ni moy mefines certes , comme
vous voyrés par la lettre que je vous efcryuys
hyer. Il nous anuoyoyt un tamps
terryble quy eftonoyt tout le monde ; més
dautre part il randoyt les plus braues de
ceus de dedans malades , & aucmantoyt
leſtonemant des foybles de coeur ; de faffon
quarfoyr il mynfpyra , après lauoyr
pryé , de les anuoyer fommer à dys heures.
de nuyt , contre tout ordre de guerre ,
ayant tyre la journée fynquante coups de
canon fans efet. Au premier fon de trompete
, ils parlerent , & noüames fi bien le
treté , qua dys heures ils fe font randus ,
JANVIER 1765 ' ST
& fuys dedans par la grace efpecyale de
Dieu. C'eft un lyeu de grande ynportance ,
& fort. Dans mardy nous tanterons , je
croy , le grant fayt. Aufly dirége comme
Dauyd, quy ma donné jufques ycy vyctoyre
fur mes enemys , me randra féte afayre
facylle . Ayfyn foy t il , par fa grace. Mon
coeur , je fuys plus homme de bien que
vous ne pancés. Votre dernyere defpefche
me raportera la dylygence defcrire , que
jauoys perdue. Je lys tous les foyrs votre
lettre. Sy je layme , que doys- ie fayre celle
dou elle uyent ? Jamays je nay eu un tel
anvye de vous voyr que jay. Sy les enemys
ne nous preffent après cefte affamblée , je
ueus defrober un moys. Anuoyés moy Lyceran
, difant quil va a Parys. Il y a toujours
mylle chofes quy ne ce peuvent efcryre.
Dytes la uerité , que uous fefoir
Caftille deuant que uous luy vouluffyes
mal ? Ha , mon ame , vous etes a moy
faytes pour Dyeu ce que votre lettre
porte . Sera yl byen poffyble qu'auec un fy
dous couteau j'aye coupé le fylet de vos
byfarreryes ? je le veus croyre. Je vous foys
une pryere ; que vous oublyés toutes haynes
qu'ayés voulu a quy que ce foyt des .
myens. C'eſt un des premyers changemans
que je veus voyr an vous. Ne crégnés
ny croyés que ryen puyffe jamais esbrany
!
Cij
52 MECURE
DE FRANCE
.
ler mon amour ; j'an ay plus que je nan
vs jamays. Bon foyr mon coeur , je man
voys dormyr , mon ame plus legere de foyn
que je nay fayt despuys vynt jours . Je béfe
mes beaus yeus par mylyon de fois. Ce
xxime d'Octobre.
DIX- HUITIEME LETTRE.
RANUOYE
ANUOYÉS -MOY Bryquefyeres & il fan
retournera auec tout ce quyl vous faut ,
hormys moy. Je fuys fort aflygé de la
perte de mon petit quy mourut hyer. I
commençoyt à parler , je ne fay fi ceft par
aquyt que mavés efcryt pour Doyfyt ;
c'eft pourquoy je foys la réponce que uoyrés
fur voftre lettre , par celuy que je defyre
quy uyene . Mandés - man voltre volonté.
Les enemys font deuant Montégu ,
où ils feront bien mouyllés , car il ny a
couuert a demy lyeue autour . Lafamblée
fera acheuée dans douze jours . Il marryua
hyer force nouuelles de Bloys . Je uous
anuoye un extret des plus vérytables. Tout
a cefteure me vyent darryuer un homme
de Montégu. Ils ont fayt une tres belle
fortye & tué force enemys . Je mande
toutes mes troupes & efpere fy ladyte
place peut tenyr quynfe jours , y fayre
quelque bon coup. Ce que je uous ay
1.
JANVIER 1765 53
:
mandé de ne voulloyr mal a perfonne eft
requys pour voftre contantement & le
myen. Je parle afteure a uous comme
eſtant myene , mon ame. Jay une anuye
de uous uoyr , etrange. Il y a icy un homme
quy porte des lettres a ma feur du Roy
d'Efcoffe il me preffe plus que jamays
du maryage ; il fofre de me venyr fervyr
auec fys millhomes a ces dépans & venyr
luy mefmes ofryr fon feruyce. Il fan va
ynfalyblement Roy dangleterre . Préparés
ma feur de loyn a luy vouloyr du byen ,
remontrant l'eſtat auquel nous fommes ,
& la grandeur de ce prynce auec fa uertu.
Je ne luy an efcrys poynt. Ne luy an
parlés que comme dyfcourant , quyl eft
tamps de la maryer , & quyl ny a party
que celuy la car de nos parans c'eſt
Pytyć . A Dieu mon coeur. Je te béſe
cent mylyons de foys. Ce dernyer Novambre.
>
DIX-NEUVIEME LETTRE.
L
Il n'eft ryen fy vray quyl mapreftent tout
ce quyls peuvent. Ils panfoyent que jalaſſe
de Grenade uous voyr. Il y auoyt au moulyn
de Monguaylart so arquebufyers quy
pryndrent mon laqués & retynrent jufques
a ce quyls uffent ceu que jétoys party
C iij
$ 4 MERCURE DE FRANCE.
de Grenade pour uenyr ycy. Ne crégnés
ryca , moname. Quant cefte armée quy eft
Noguaro maura montré fon defeyn ,
( ie uous yray uoyr & pafferay fur les ayles
damour hors de la connoyffance de ces
myferables Terryens , ) apres auoyr pouruen
auec leyde de Dieu que ce uyeu renart
n'excecute fon defeyn . Il eft uenu un
homme de la part de la dame aus chameaus
me demander paffeport pour paffer
fync cens tonneaus de uyn fans payer droyt
pour fa bouche & aynfyn eft efcryt an
une patante. C'eft ce declarer yurongneffe
an parchemyn. De peur quelle ne tombat
de fy haur que le dos de ces bétes , je le
luy ay refufé. C'eſt eftre guargouille a
route outrance. La Reyne de Tarnaſſet
nan fyt jamays tant. Sy je me croyés , toute
cefte feuylle ceroyt ramplye de bons contes.
Mays la craynte que jay que ceus de S. Seuer
y partycypaffent , me fayt fynir , an
vous fuplyant croyre que je vous feray
fydelle jufques au tombeau . Sur cete ueryté
ma chere M ...... je uous béfe un
mylyon de foys les mayns. Ce 7me a dys
heures du foyr,
JANVIER 1765 . $5
7
VINGTIME LETTRE.
M.ON ame , ce laqués quy me reuynt
hyer fut pryns prés Monguallyart , mené a
Mr. de Pouyane , quy luy demanda fyl
navoyt point de lettre. Il luy dyt que ouy ,
une que uous mefcryuyés. Il la prynt &
louuryt , & la luy randyt aprés. Le Sr.
Duplesys eft arryué & le refte de ma
troupe de Nerac. Je uous yray uoyr de
faffon que je ne crayndré la guarnyfon de
Sr Ceuer. Il y a encore un homme quy
vyent de l'armée eftrangere a Caftel Jalous ,
quy arryuera ce matyn. Je uous porteré
toutes nouuelles & le pouuoyr de fayre
vuyder les fors. Dymanche il ſe fyt prés
Moneurt une jolye charge qui eft certes
digne deftre ceue ; le gouuerneur auec trois
cuyracés & dys harquebusyers a cheual
rancontra le Lyeutenant de la bruneyere ,
gouuerneur du Mafdagenoys , quy an auoyt
douse & autant darquebusyers , tous a
cheual. Le notre , ce uoyant foyble &
comme perdu , dyt a ces compagnons , il
les faut tuer ou peryr. Il les charge de
fallon quyl tue le Chef & deus Gendarmes
& an prant deux pryfonyers , les met à
Vauderoute , guagne fync grans cheuaux ,
& tous ceus des arquebufyers , & nut qun
Civ
$6 MERCURE DE FRANCE.
blefé des fyens. Je fays anuyt forces despefches
; demayn a mydy elles partyront
& moy auffy pour vous aller manger les
mayns. Bon jour , mon fouuereyn byen.
aymés petyot. Ce 9me deffembre .
Faytes tenyr fyl vous plés la lettre a Tacht.
Je lui mande de ce treuuer chés uous. Jay
a fayre a luy.
Il ne ce parle poynt du Marefchal.
VIENGT- UNIEME LETTRE.
1
Vous me pancyes foulagé , pour eftre
retyré an nos guarnyfons. Vraimant fy il
ce refefoyt encore une affamblée , je
deuyendroys fou. Tout eft achevé & bien
Dieu mercy. Je manuoys à S. Jan affembler
nos troupes pour vyfyter Mr. de
Neuers & peut eftre lui fayre un fygnalé
desplefyr , non an fa perfone , més an fa
charge. Vous an oyrés parler bien toft . Tout
eft an la mayn de Dieu , quy a toujours
beny mes labeurs. Je me porte bien , par
fa grace , nayant ryen fur le coeur qun
vyolant defyr de uous uoyr. Je ne fay
quant je feray fy heureus. Syl fan preſante
ocafyon , je luy montreray bien que je
fay quelle eft choue. Je ne uous pryeray .
poynt de maymer ; vous laués fayt que
vous nan auyés tant doccafyon. Il yyaa deus
JANVIER 1765. 57
chofes dequoy je ne doubteray jamays ; de
uous , de uotre amour & de fa fydelyté.
J'attans Lyceran : les bons amys font rares.
Vraimant jacheteroys bien cher troys heures
de parlement avec uous. Bon foyr ,
mon ame. Je uoudroys etre au coyn de
uotre foyer pour rechaufer votre potage.
Je uous béfe un mylyon de foys. C'eſt le
XXIIme defambre.
VINGT- DEUXIEME LETTRE .
Nguous manderége jamays que prynfes
de vylles & fors ? anuyt fe font rendus
a moy S. Mexfant , & Mayllefaye , & efpere
deuant la fyn de ce moys que uous
oyrés parler de moy. Le Roy tryonfe ; il a
fayt guaroter an pryfon le Cardynal de
Guyfe , puys montré fur la place vynte quatre
heures ; le Prefydant de Neuylly & le
Preuoft des Marchans pendus , & le Segretere
de feu Mr. de Guyfe , & troys autres.
La Royne mere luy dyt , mon fyls octroyés
moy une requefie que je uons ueus fayre.
Celon ce que ce fera Madame. Ceft que
vous me donyés Mr. de Nemours & Prynce
de Genuyle ; ils font jeunes ils uous feront
unjourfervyce. « Je le ueus bien , ( dytyl )
Midame ; je uous donne les cors &
retyendré les teftes. Il a anuoyé a Lyon
ود
"
་
Cv
58 MERCURE
DE FRANCE
.
8
1
pour attaper le Duc Dumeyne ; lon ne fayt
ce quyl an eft reucy. Lon ce bat a Orleans
& ancore plus prés dycy a Poytyers , dou
je ne feray demayn qua cet lyeues. Sy le
Rey le uouloyt, je les metroys byen dacort .
Je uous playns syl fayt tel tamps ou uous
etes quycy , car il a dis jours quyl ne dégéelle
poynt. Je natans que leure de ouyr
dyre que lon aura anuoyé eftrangler la
feue Reyne de N ….... cela , auec la mort
de fa mere , me feroyt bien chanter le
- cantyque de Syméon . Ceft une trop longue
lettre pour un home de guerre. Bon foyr ,
mon ame. Je te béfe cent mylyon de foys.
Aymés moy , comme uous an aués fubject.
C'eſt le premyer de lan.
:
Le pouure Harambure eft borgne.
Et Fleurymont fan ua mouryr.
VINGT- TROISIEME LETTRE.
JERE na peu eſtre deſpeſché a cauſe de
ma maladye , dou je manuoys dehors
Dieu mercy. Vous oyrés parler bien toft
de moy , a dauffy bonnes anfeygnes que
Nyort. Sy uous uoullés dyre uray , cefte
dame quy eftoyt nenue , eftoyt bien facheufe.
Je croys quelle uous a bien ymportuné.
Je ne puys guéres efcryre. Certes
mon coeur jay veu les cyeus ouuers ; mays
JANVIER 1765 . 59
je nay efté affes home de bien pour y antrer.
Dieu ce ueut feruyr de moy ancores.
An deus foys vynte quatreures , je fus reduyt
a eftre tourné auec les lynfeuls . Je uous
ulle fayt pytyé . Sy ma cryfe eut demeuré
deus heures auenyr , les uers auroyent fayt
grant chere de moy. Sur ce poynt na vyent
darryver nouuelles de Bloys. Il eftoy forty
deus mille cync cens hommes de Parys
pour fecouryr Orléans , menés par S. Pol ;
troupes du Roy les ont taillé an pieces ,
de faffon que lon croyt quOrleans ſera
pryns par le Roy , dans doufe jours . Mr.
du Meyne ne fémeut gueres. Il eſt an
Bourgogne. Je fynys , parce que je me
treuue mal. Bon jour mon ame.
les
VINGT - QUATRIEME LETTRE.
Mon coeur , Dieu me contynu ces benedyctyons.
Depuys la prynfe de Chatele
raut , jay pryns Lyfle Bouchart , paffage
fur la Vyene & la Creufe , bonne vylle &
ayfée a fortyfyer. Nous fommes a Monbafon
, fys lyeues prés de Tours , ou eſt le
Roy. Son armée eft logée jufques a deus
lyeues de la notre , fans que nous nous
demandyons ryen. Nos gens de guerre ce
rencontrent & fambraffent au lyeu de ce
fraper, fans quyl y eft treuue ny coman
C vj
60 MERCURE DE FRANCE .
quy
demant exprés de ce fayre. Force de ceus
du Roy ce vyenent rendre à nous , & des
myens nul ne ueut changer de mettre. Je
croys que fa Majefté fe feruyra de moy ,
autremant il eft mal , & fa perte nous eft
un préjugé dommajable. Je man reuoys a
Chateaut prendre quelques mefons
font la guerre. Dytes a Caftylle , quyl fe
hate de ce mettre au champs . Ceft a ce
coup , quyl faut que touts mes feruyteurs
facent merueylles , car par réſon naturelle
, auril & may prepareront la ruyne
dun des partys. Ce ne cera pas du myen ,
car ceft celuy de Dieu . Mon ame , le plus
grant regret que jay an lame , ceft de me
voyr fy éloigné de uous , & que je ne uous
puys rendre témognage que par eſcryt de
lamour que jay & auray toute vye pour
vous. Ce 8me Mars . De Monbafon . Je uous
prye anuoyes moy votre fylz.
La fuite , au Mercure prochain.
LETTRE à l'Auteur du Mercure fur les
problémes hiftoriques.
J'A I lu , Monfieur , dans le Mercure de
ce mois deux differtations fur un point
fort intéreffant de notre hiftoire. Le proJANVIER.
1765 . Gr
blême propofé fur le fuplice ou le mariage
de Jeanne d'Arc me paroît maintenant réfolu
; je crois même que malgré les découvertes
du Père Vignier , il y a toujours eu
plus d'authenticité dans les preuves hiftoriques
qui conftatent le martyre de notre
héroïne que dans celles qui peuvent l'infirmer
; mais les difcuffions de ce genre
ne pouvant qu'être fort utiles , j'ai imaginé
qu'il feroit digne de vous , Monfieur ,
d'en multiplier les objets , & j'ai fur cela
des idées que je veux avoir l'honneur de
vous communiquer.
Tous les ouvrages périodiques ne préfentent
en général que des extraits rapidement
énoncés , où l'appréciation du livre
& de l'auteur eft quelquefois un prononcé
du journaliſte plutôt qu'un examen raifonné
le Mercure eft le feul où le Lecteur
puiffe juger à ſon tour les piéces fugitives
qui y font confignées. Il feroit cependant
poffible de le confacrer plus particulièrement
à l'utilité publique , en en faifant le
dépôt de toutes les recherches littéraires .
Vous me direz , Monfieur , que c'est pour
cela qu'il eft établi ; auffi ne s'agiroit- il
que d'y donner un peu plus d'extenfion .
Je voudrois voir le Mercure abonder en
problêmeshiftoriques. Plufieurs de ceux que
leur état ou la médiocrité de leurs connoif62
MERCURE DE FRANCE.
fances exclud de la profeffion des lettres,
feroient flattés d'en pouvoir faifir quelque
rameau. L'objet des recherches feroit affez
varié pour que chacun pût s'approprier celui
qui l'intérefferoit le plus ; le travail ne
feroit pas d'affez longue haleine pour rebuter
ceux qui voudroient n'en faire qu'un
amufement , ou une diftraction à des occupations
plus férieuſes.
De ces productions multipliées il réfulteroit
fûrement quelques explications fatiffaifantes
fur nombre de faits obfcurs &
merveilleux toujours placés dans nos hiftoires
à côté des grands événemens . J'ai
remarqué que beaucoup d'Auteurs anciens
& modernes s'attachent plus aux révolutions
qu'aux circonftances qui les ont amenées.
Dans l'impatience de préfenter toujours
un grand fpectacle , ils paffent rapidement
fur tout ce qui n'eft qu'incident ,
& fe plaifent à laiffer le Lecteur étonné
de la cataſtrophe. Mais pour peu que l'on
revienne fur les pas , on ne retrouve plus
cette gradation dans les événemens qui
peut feul les mettre en évidence : on apperçoit
une diſtance déplaifante de ce qui eft
écrit à ce qui eft croyable. J'aime à voir
l'inimitable écrivain qui nous raconte le
paffage des Alpes par Annibal , entrer dans
le détail de tous les moyens ingénieux dont
ce Général s'eft fervi pour furmonter les
JANVIER 1765. G3
obftacles que lui oppofoit la nature. Si ,
pour arriver plus vîte à la journée de Trafimène
, l'hiftorien nous eût dit feulement :
Annibal , à la tête de fon armée , franchit
les plus affreux précipices ; combien de
critiques judicieux aimeroient mieux faire
embarquer l'armée Carthaginoiſe en Eſpagne
que de la laiffer errer dans les montagnes
? Lorfque dans l'hiftoire de Louis XIV
je lis le récit de cette campagne brillante
où le Monarque s'empara de trente villes
en fix femaines , ayant affaire à des ennemis
nombreux , aguerris , bien commandés
; je ne concevrois rien à la rapidité dé
ces fuccès , fi l'écrivain , en me montrant
Louis à la tête de fon armée , ne me faifoit
voir en même temps Louvois dans
fon cabinet. C'eſt - là que l'activité du Miniftre
prépare les conquêtes de fon Roi ;
des approvifionnemens immenfes , des
arcenaux , des magaſins établis par- tout où
ils peuvent être utiles : Louis le Grand
faifant des difpofitions qu'on exécute avant
qu'on les fçut projettées ; l'ennemi répandu
avec confiance dans fes quartiers , où il
croyoit n'avoir à craindre que les rigueurs
de la faifon.Teleft le fpectacle que préfente
l'hiftorien pour accréditer fa narration ;
mais à mesure que les époques s'éloignent
de nous , les mémoires particuliers , les
64 MERCURE DE FRANCE .
détails nous échappent : la vérité des faits ,
quelquefois déposée dans de vieux manuf
crits , n'y eft pas toujours foigneuſement
recherchée , & fouvent un auteur croit y
fuppléer par des defcriptions hafardées.
Que je life , par exemple , qu'en 730 Charles
Martel battit dans les plaines de Tours
Abderame , Roi des Sarrafins , qui commandoit
une armée de trois cens foixantequinze
mille hommes ; dois - je croire , fur
la parole de l'hiftorien , que les François
tuerent plus de deux cens mille Sarrafins ,
& ne perdirent que mille des leurs ,
tandis que l'année d'après 731 l'hiſtoire
d'Efpagne m'offre un contrafte tout auffi
merveilleux? Tarif, Général de Ulil Miramolin
bat Dom Rodrigue dans l'Andalouſie,
& les Mahométans tuent cent mille Chrétiens.
Comment , Monfieur , concilier les
deux hiftoires ? En accordant aux François
la fupériorité de bravoure & de difcipline ,
la différence. ne fçauroit être celle d'un à
deux cens,fur-tout dans un tenis où l'armure
& les connoiffances de la tactique étoient
à-peu-près les mêmes chez toutes les nations.
En partant de ce principe , eft- il
vraisemblable que les Sarrafins fe foient
laiffés égorger par les François comme les
Péruviens l'ont été par les Efpagnols ? Si
cela étoit poffible , comment croire à leurs
JANVIER 1765 . : 65
conquêtes d'Espagne , & notamment à la
victoire de Tarif? Tout ce que je vois de
certain dans les deux récits , c'eſt que
Charles Martel a vaincu , que Dom Rodrigue
a été battu ; mais jufqu'à ce que j'apperçoive
des poffibilités , je rejetterai conftamment
la lifte des morts & des bleffés .
La difcuffion de ces deux faits ne pourroitelle
pas être , Monfieur , un de nos problêmes
hiftoriques à propofer aux amateurs ?
car enfin nous ne fommes pas en droit de
difputer légérement à l'ayeul de Charlemagne
la plus petite portion de fes lauriers ,
& il eft nombre de circonftances qui pourroient
faire périr vraisemblablement les
deux cens mille Sarrafins.
Je penfe , Monfieur , qu'en ifolant ainfi
tous les faits fufceptibles d'éclairciffement ,
on viendroit infenfiblement à bout des infolio
les plus ténébreux. Toutes les anecdotes
fufpectes feroient mifes à l'inquifi
tion ; chacun établiroit à fon gré fes raifons
de croire ou de douter : les probabilités
feroient toujours fatisfaifantes , & celui à
qui on les devroit auroit le mérite de faire
mieux que l'auteur qui fe contente d'une
affertion. Je ne doute pas que ce genre
d'étudier ne pût exercer avantageufement
la plume des jeunes Littérateurs ; mais ,
quoiqu'il ait été toujours à la portée de
66 MERCURE DE FRANCE.
ceux qui veulent s'y livrer , il faudroit ,
Monfieur , pour le faire mieux goûter ,
quelqu'un qui , comme vous , mérite la
confiance duPublic. Ne trouvez donc pas
mauvais que j'infifte de nouveau fur la
propofition que j'ai eu l'honneur de vous
faire , d'inférer dans chaque Mercure quelques
problêmes hiftoriques. Il femble aujourd'hui
qu'on s'attache à n'écrire que par
extraits : la précifion, l'énergie du ftyle , le
goût du pittorefque , font grouper les objets
: ne feroit-il pas bien qu'en admirant
les grands tableaux , les traits fortement
deffinés , on laiffât aux génies la gloire de
former celui de notre langue , & qu'il
parût des Peintres de détail qui puffent
nous rendre chaque objet plus fenfible.
Voyez Montagne comme il nous dit tout
ce qu'il fçait , comme Sully nous explique
tout ce qu'il a vu , tout ce qu'il a fait ; &
quel plaifir n'éprouve-t-on pas en lifant
& Montagne & Sully ? Je ne crois pas ,
Monfieur , que les invitations du Mercure
puffent nous procurer des hommes auffi
rares ; mais il fe trouve dans les Provinces
beaucoup de gens inftruits qui , fans prétendre
au titre d'auteur , traiteroient avec
plaifir une queſtion d'hiſtoire qui les auroit
intéreffés. Vous fçavez mieux que moi ,
Monfieur , combien il en eft qui méritent
JANVIER 1765 . 67
d'être approfondies. Si nous épuifions
jamais nos annales & celles de nos voisins ,
nous n'aurions qu'à fortir de l'Europe pour
trouver force matières à recherches . Malgré
tout ce qu'on a écrit fur le Mahoméifme
, qui eft fi près de nous , on voit dans
les relations des voyageurs plufieurs peuples
Mahométans , fans favoir comment
l'Alcoran leur eft parvenu .
La plupart des nations Négres qui habitent
les bords du Sénégal à fon embouchure
, & jufques deux cens lieues dans
les terres , profeffent la religion de Mahomet.
A l'Eft & au Nord , ces peuples font
féparés par des déferts immenfes des pays
conquis par les Arabes : il n'eft pas à préfumer
que ceux- ci aient été chercher la
Guinée par l'Océan ; ce n'eft que dans le
quinzième fiécle que les Portugais ont les
premiers doublé le Cap- Verd , & l'Alcoran
étoit arrivé avant eux dans ces contrées.
D'ailleurs , nous voyons qu'en Afie & en
Afrique , les Mufulmans n'ont prêché que
pour conquérir ; il falloit recevoir la loi
du Miffionnaire avec celle du Prophète ,
& il ne paroît pas que les Rois Négres
Mahometans aient jamais été fous la domination
des Blancs. Je le répéte encore ,
comment l'Alcoran leur eſt -il parvenu ?
Comment peut-il s'en conferver des exem68
MERCURE DE FRANCE ..
plaires chez des nations dont la plupart
ne fçavent ni lire ni écrire , n'ont aucun
commerce avec le refte du monde , aucune
connoiffance des arts cultivés par les
Arabes ?
Mais je m'apperçois , Monfieur , que
ma lettre devient une differtation , & je
n'ai rien de ce qu'il faut pour la rendre
intéreffante. Je fuis même très- perfuadé
que toutes mes obfervations problématiques
ne feront bonnes à rien , à moins que vous
ne les jugiez affez favorablement pour vous
charger vous- même de les faire valoir.
J'ai l'honneur d'être , & c.
De Rochefort le 21 Novembre 1764. MALOUET.
LE mot de la première Enigme du
Mercure du premier Janvier eft l'ombre.
Celui de la feconde eft le Quinze - vingt.
Celui du premier Logogryphe eft galimathias
, où l'on trouve Gal , Aï , Thaïs ,
Laïs , Lia , Mathias , Mai , Siam , Thim ,
mil, plante , Athlas , ami , mil , nombre ,
Lama , Tamas , Lima , Athia , mal , gala ,
Mai, Lail , Galata, Maïs. Celui du fecond
eft apoplexie , dans lequel on trouve Pope ,
St. Eloi , Alep , Pape , pipe , ail , Elie ,
JANVIER 1765 . 69
pôle , Eole , plie , poil , paix , exil , paie ,
aile , ail , oie , pal, Lia , fille de Laban ,
foeur de Rachel , première femme de Jacob,
la , là , io.
ENIGM E.
EST- ST- CE à moi
que l'on doit donner la préférence
?
La queftion exerça de tout temps
Les gens d'efprit & les favans
Et les exercera , je penſe ,
Quand fur ce point on voudra diſputer ,
Tant il paroît difficile à traiter.
Quoi qu'il en foit , au Village , à la Ville
Il eft certain que je fuis très- utile ,
Et lorfque près de moi l'on approche à la Cour ,
On peut en peu de temps parvenir au pinacle.
Sans moi Thémis ne rendroit point d'oracle ,
Et l'on verroit fouvent languir l'amour.
Chez la dévote & chez les gens de robe
Aux regards curieux toujours je me dérobe ,
Mais la beauté qui veut inſpirer de l'amour
Etale avec grand foin mes appas au grand jour ,
Et le blondin ... mais que vais -je encor dire ,
Ce que j'ai dit , Lecteur , fuffit pour vous inftruire.
70 MERCURE
DE FRANCE
.
AUTRE.
SOUVENT je ne parois que quand la nuit obſcure
Répand fon voile épais fur toute la nature ,
Je fais alors fentir l'effet de mon pouvoir :
Quoique je fois préfente on ne peut pas me voir.
L'amant heureux dans les bras de fa belle
Avec moi goûte un plaifir enchanteur :
Du malheureux j'augmente le malheur.
Je me fais un plaifir dans mon humeur cruelle
De tourmenter tous ceux dont un accès brûlant
Confume triftement les forces de la vie .
Je produit quelquefois des oeuvres de génie
Qui feroient demeurés fans moi dans le néant ;
Mais d'autre part en revanche ſouvent
Je donne l'être à mille rêveries
Peu dignes d'occuper un innocent loifir ,
Comme bouquets , énigmes , & mille rapfodies
Dont nos journaux gardent le fouvenir..
Tu dois me deviner , car c'eft dans cette claffe ,
Mon cher Lecteur , qu'on doit marquer ma place .
JANVIER 1765 :
LOGO GRYPH E.
J'AI le fort des chofes mortelles ,
ΑΙ
Et l'on me voit naître & mourir comme elles:
Sept lettres font mon nom . Combine , cher Lec
teur :
Tu dois trouver , pour ton honneur ;
Ce qui déplaît fort à l'ivrogne
Quand il veut fe rougir la trogne ;
Une Magicienne ; un arbre ; un élément ;
Une femme ; un légume ; un Saint ; un inſtru
ment ;
Un terme de mépris ; un oppofé de lent ;
Ce qui du mauvais temps certains oiſeaux préſerves
Ce qui délaffe , amufe & ruine fouvent ;
Et ce qu'avec grand foin chacun de nous conſerve.
AUTRE.
SI je difois que je fuis volatile ;
A deviner je ferois trop facile .
Je l'avourai pourtant; mais tout du moins ,Lecteur,
Permettez -moi de taire ma couleur.
De mon tout divifé la portion première
Dans la forêt de Moulineaux
Fait quelquefois retentir les échos.
On eſt toujours charmé de ma dernière /
72 MERCURE DE FRANCE.
VERS à mettre en musique . A Mademoifelle
de C ....
Q
UE vous réuniffez d'agrémens à la fois !
Dans vos traits enchanteurs quelle grâce touchante
,
Et quel charme dans votre voix !
Belle Cloé , vous êtes raviflante.
Que vos airs font brillans , & que VOS yeux font
doux !
Comme au Dieu des talens , aux arts vous êtes
chère ;
Et & Sapho parloit , ainfi que votre mère ,
Elle chantoit tout comme vous.
Par M. LEGIer .
NOUVELLES
JANVIER 1765 . 73
ARTICLE II.
*
NOUVELLES LITTERAIRES.
SUR la forêt où ſe retirerent en différens
temps Clotaire I , & Clotaire II , Rois
de France.
GREGO RÉGOIRE de Tours écrit dans fon
Hiftoire de France ( 1 ) qu'en 537 Childebert
, Roi de Paris , & Clotaire , Roi
de Soiffons , s'étant brouillés enfemble ,
le dernier étoit entré fur les terres de fon
frere ; que Childebert l'y ayant laiffé engager
, s'étoit fait joindre par les troupes de
fon neveu Théodebert , Roi de Metz , &
avoit marché contre Clotaire , mais que
celui- ci , fe voyant le plus foible , & n'ofant
hafarder une bataille , dont la perte
lui paroiffoit certaine , s'étoit retranché
dans une forêt , où il avoit abattu une
grande quantité d'arbres , qu'il avoit difpofés
autour de fon camp pour en défendre
les approches ; enfin , que fon frere & ſon
neveu , fur le point de l'y attaquer , inti-
( 1) L. 3 , c. 28.
II Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
midés par un orage terrible qui furvint ,
& dont les circonftances tenoient du merveilleux
, lui avoient fait des propofitions
de paix qu'il avoit acceptées , en fe reconciliant
avec Childebert ( 2 ) . Le nom de ta
forêt où fe pafla cet événement n'eft point
exprimé dans Grégoire de Tours , mais à
fon défaut l'Auteur du Gefta Regum Francorum
, article 25 , l'appelle Auriliano ,
fuivant le texte de Duchefne , & de fes
nouveaux éditeurs ; ou Arelanno , fuivant
ce qui eft écrit en marge ; ou enfin Marelannum
, que M. de Valois a marqué de
fa main fur un exemplaire de Duchefne ,
qui lui a appartenu , & qui a été longtemps
dans la bibliothèque publique d'Orléans
.
Cette même forêt fervit depuis de retraite
en 600 à Clotaire II , dans une occafion
prefque femblable , lorfqu'après
avoir perdu une bataille dans le Senonois
contre Thiery & Théodebert , Rois de
Bourgogne & d'Auftrafie , ſes neveux , &
in
( 2 ) Childebertus autem & Theodebertus contra
Clotharium ire difponunt , ille autem ....
Sylvam confugit & concides magnas in Sylvis illis
fecit utfupra.
( 3 ) Ille autem videns quòd exercitui eorum
refiftere non poffit , in Sylvam confugit Auriliano ,
fecitque combros.
JANVIER 1765 . 75
*
ne fe trouvant point en fureté dans Paris ,
où il s'étoit enfui , il s'y retira & s'y retrancha
par de grands abattis d'arbres ,
comme avoit fait fon ayeul. Les noms
d'Auriliano & d'Arelanno , donnés à cette
forêt par l'Auteur du Gefta Gegum Francorum
, art. 37 , dénotent aſſez fon identité
avec celle où s'étoit réfugié Clotaire
I. (4).
Ha-
Ces deux événemens font affez confidérables
pour effayer à découvrir quelle
peut être la forêt qui fervit d'afyle aux
deux Clotaires. Le Pere Mabillon
drien de Valois , Dom Thiery Ruinard ,
& les nouveaux éditeurs de Duchefne ,
dans la perfuafion qu'Arelannum eft la
feule leçon qu'on doit fuivre , ont avancẻ
que cette forêt étoit celle Betonne , près
de la rivière de Seine , à l'oppofite de Caudebec
, & non loin de l'abbaye de Saint
Vandrille : ils fe fondent fur la chronique
de cette abbaye , où la forêt de Betonne
eft nommée en plufieurs endroits Arelannom
filva & Ärlaunom forefta , comme
(4) Gefta R. Franc. art. 374: Chlotarius autem
Rex cernens lafum exercitum in fugam delapfusfeeus
fluvium Sequanam Miclitanum caftrum ingreffus
, exindè Parifiis urbem penetravit ... Chlotarius
autem à Parifiis regreffus ufque , Arelanno ,
ou fuivant quelques mil. Aureliano Sylva propetavit.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
elle eft appellée Arelaunenfis faltus dans
la vie de Saint Condede , nom qu'elle
avoit emprunté d'Arelaunom fifcum , Maifon
Royale , dont il eft parlé dans les
mêmes endroits .
2
D'un autre côté on trouve quelques
Ecrivains qui n'ont point fait de difficulté
d'expliquer cette forêt par celle d'Orléans ;
& quoiqu'il femble du premier abord que
la leçon Auriliano foit la bafe de leur opinion
, elle en manque par d'autres appuis ,
qui bien examinés , & indépendamment
des préjugés , fuffifent pour lui donner
autant de vraisemblance qu'en peut avoir
le fentiment contraire , fi même cette opinion
n'eft pas la feule qu'on doive embraffer.
La première confidération porte fur le
témoignage du Moine Aimoin , qui dans
le II Livre , chap. 18 de fon hiftoire ,
parlant de la retraite de Clotaire I , écrit
en termes précis qu'elle fe fit dans l'Orléannois.
Confugium in Aurelianenfi pago
fecit ; ou fuivant une leçon marginale , in
Aurelianenfi pago , ce qui eft la même
choſe.
A cela les partifans de la forêt de Betonne
répondent que le Moine Aimoin.
s'eft trompé. Cet Ecrivain qui a copié le
Gefta R. Francorum , difent- ils , ébloui
JANVIER 1765 . 77
par la reffemblance d'Arelaunum , qu'il ne
connoiffoit pas , avec Aurelianum , qu'il
avoit fous les yeux , & non loin de l'Abbaye
de S. Fleury Saint- Benoît , où il demeuroit
, a fubftitué cette dernière leçon
à la véritable ; & une marque qu'il a pu
aifément fe tromper , ajoutent - ils , c'eft
que cet Auteur , après le mot de combros
de fon original , ( fecitque combros ) qui
ne fignifie autre chofe qu'un abattis de
bois , le prend pour un nom local , en écrivant
, in loco qui Combros dicitur.
Il eft aifé d'avoir raifon , quand on
veut accufer d'ignorance ou de peu d'exactitude
les Auteurs qui peuvent contrequarrer
ce qu'on avance. Qui a dit à ces Meffieurs
que du temps d'Aimoin la tradition
n'étoit pas favorable au parti qu'il a fuivi
? & on peut dire du moins que les exemplaires
du Gefta Reg. Fr. qu'il avoit devant
lui portoient in Aureliana , puifqu'encore
aujoud'hui on trouve des manufcrits
qui l'ont retenu, & que c'eft fur ces derniers
que Duchefne & fes nouveaux Editeurs
ont fait imprimer cet ouvrage ; remarque
qui fuffiroit feule pour juftifier Aimoin auprès
des perfonnes défintéreffées . Quant à
la fignification qu'Aimoin a donnée à combros
, dont il a fait un nom de lieu , ne
peut-il pas fe faire que ce nom , qui ori-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
> J
ginairement ne veut dire qu'un abartis de
bois , fi on le prend à la lettre , ait été
donné dans un temps poftérieur à ce même
lieu où l'on avoit fait le grand abattis de
bois qui avoit fervi de retranchement au
camp du Roi Clotaire , & qu'il le portât ?
Nous avons dans la forêt d'Orléans , du
côté du Gatinois , une paroiffe appellée
Combreux en latin Combrofium qui
vraisemblablement a été formé de Combros
, comme étant fur un terrein occupé
par des bois qu'on a abattus , mais que je
n'ofe défigner comme celui- là même qui
fervit de retraite à Clotaire , Combreux
me paroiffant un nom générique & commun
à plufieurs endroits , témoin Combleux,
Comblofium , aux environs d'Orléans
, qui eft le mêine mot que Combreux
, dont la prononciation a été adoucie
par le changement fi ordinaire dans
notre langue , de l'r en 1 .
Une feconde preuve , mais beaucoup
plus importante , & qui me paroît être
décifive pour la forêt d'Orléans , eft tirée
d'un paffage de Frédégaire , art. 25 de fa
chronique on y lit qu'en 604 Brunehaut ,
qui regnoit en Bourgogne fous le nom de
Thiery II , fon petit- fils , voulant fe défaire
de Bertoald , Maire du Palais , l'envoya
avec trois cens hommes feulement ,
JANVIER 1765. 79
faire des courfes contre Clotaire II , Roi
de France , ne doutant point qu'il ne pérît
dans cette expédition , que Clotaire de
fon côté avoit fait entrer Landry , Maire
du Palais de France , fur les terres de
Thiery , où il s'étoit emparé de plufieurs
villes entre la Seine & la Loire , & avoit
penfé enlever Bertoald , qui chaffoit dans
la forêt d'Arelaunum ou d'Arelao , dont
il s'étoit fauvé à la hâte dans Orléans , d'où
Auftrinus , Evêque , lui.avoit ouvert les
portes , & que Landrý vint auffi-tôt affiéger:
Bertoaldus à Theuderico directus cum
trecentis tantùm viris .... cumque ad Arelao
( al. Arelaunum ) villam veniffet & venationem
exerceret .... Chlotharius .
majorem domus cum exercitu ... direxit...
Bertoaldus terga vertens, Aurelianis ingreditur
, ibique à beatiffimo Auftrino Epifco
pofufcipitur. Landricus cum exercitu Aurelianum
circumdans , &c.
Nos adverfaires conviennent tous que
dans ce récit de Frédégaire, il faut par Aretaunum
entendre la forêt d'Orléans , celle
de Betone étant trop éloignée pour que
Bertoald eût pu fe jetter dans Orléans , &
être fitôt fuivi par l'Armée de Landry
puiſqu'il y a de l'une à l'autre plus de cinquante
lieues. Par cet aveu , fi le premier
fentiment eft celui qu'il faut fuivre , il
,
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
s'enfuivra qu'il y a eu du moins deux
forêts d'Arelaunum , une dans la Normandie
d'aujourd'hui , & l'autre dans l'Orléanois.
C'eft beaucoup pour nous mais
montrons que l'aventure de Clotaire II ne
fe peut guères entendre que de la forêt
d'Orléans ceci une fois prouvé , entraînera
avec foi l'explication qu'on doit donner
au paffage de Grégoire de Tours , qui
concerne les deux Clotaires . Suivant Frédégaire
, article 20 , la bataille que perdit
Clotaire II contre les Rois de Bourgogne
& d'Auftrafie , fe donna fur les bords d'une
rivière qu'il appelle Avoanna , auprès
d'un village nommé Doromellum. Le Gefta
Regum Francorum , qui ne dit rien de ce
village , met cette bataille fur l'Aroanna
dans le Sénonois , in pago Senonico . Il s'agit
de fçavoir quelle eft cette rivière d'Aroanna
,, qu'Aimoin d'un autre côté appelle
Aruenna. Dom Thiery Ruynard &
le Pere Daniel l'ont expliquée de la rivière
d'Ouaine , qui prend fa fource à quatre
lieues d'Auxerre, & va fe jetter dans le
Louain au- deffus de Montargis. L'Abbé
le Beufau contraire , dans une differtation
imprimée dans le Mercure de France du
mois de Février 1730 , a prouvé que c'étoit
la rivière d'Oruanne , nommée par
quelques-uns la Ravanne , qui commenJANVIER
1765 .
81
ques
çant à couler au-deffus de Dolor , ceſſe
près de la rivière d'Ionne , paffe à Dormelle
, & va former l'étang de Moret ,
d'où , après un cours de fix lieues , elle
fe décharge dans le Louain au - deffus de
Moret. Clotaire , après la perte de la bataille
, s'enfuit en côtoyant la Seine jufà
Melun , d'où il s'avança jufqu'à
Paris ; mais ne s'y trouvant
pas en füreté
, & voyant fes ennemis retirés après
avoir ravagé le pays , il fortit de cette ville ,
& retourna
fur fes pas. A Parifiis regref
fus , & marcha jufqu'à cette forêt d'Arelaunum
, ufque Arelaunum
filvam penetrat. Cette forêt étoit voiſine des bords de l'Oruanne
vers laquelle il revenoit ; &
quelle forêt en eft plus voifine que la forêt
de Montargis
, qui communique
à
celle d'Orléans
, ou plutôt qui dans ces
temps-là , où la forêt d'Orléans
avoit une
bien plus grande étendue qu'elle n'a aujourd'hui
, ne faifoit avec elle qu'une
même forêt , dans laquelle Claire a pu
s'enfoncer
autant que fa fûreté le demandoit
? Si ce Prince , en partant de Paris , eût
pris le chemin de la Normandie
, il auroit
marché en avant , & l'Auteur du Gef
ta Regum auroit employé le verbe perrexit ,
ou quelque autre équivalent
: mais à Parifiis
regreffus, marque au contraire
que
T
>
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
Clotaire retourna d'où il étoit venu , c'eftà-
dire , vers les bords de l'Oruanne. Si on
veut par l'Aroanna entendre la rivière
d'Ouaine , je ne m'y oppoferai pas , puifque
cette rivière étant plus prochaine de
la forêt d'Orléans que l'Oruanne , fa pofìtion
favorife encore plus le fentiment pour
lequel je me déclare .
Des trois paffages qui concernent la
forêt d'Arelaunum , les partifans de la forêt
de Betonne nous en abandonnent le
troifiéme , ainfi qu'on l'a vu : je crois avoir
prouvé que le fecond doit s'expliquer de
même de la forêt d'Orléans . Il refte donc
le premier , qui regarde Clotaire I. Rien
dans le récit que nous font Grégoire de
Tours , & l'auteur du Gefta R. Francorum
ne nous indique dans quelle Province s'eft
paffée la fuíte de ce Prince , & il faut,
recourir pour la trouver au nom que le
dernier donne à la forêt qui lui fervit de
retraite or comme elle eft auffi -bien appellée
Aureliano qu'Arelauno , & qu'Aimoin
d'ailleurs s'explique nommément de
la forêt d'Orléans , in Aurelianenfi pago ,
rien n'empêche de fe déclarer pour cette
opinion , & par-là de rapporter à la forêt
d'Orléans ce qui concerne les deux Clotaires.
Que la forêt de Betonne ait eu le
nom d'Arelaunum cela ne fait rien à
:
د
JANVIER 1765.
83
l'affaire ; combien de lieux différens , &
éloignés les uns des autres , portent les
niêmes noms ? Les exemples en font trop
communs pour m'amufer à les paffer en
revue.
D. POLLUCHE.
· DISSERTATION
SUR l'origine , les progrès & les fuites de
L'IDOLATRIE , ou notion préliminaire
des élémens de MYTHOLOGIE.
L'ÉPOQUE de l'idolatrie eft celle du
plus grand aveuglement dont l'homme fût
jamais capable ; & fon hiftoire , le récit
des plus horribles excès auxquels il put fe
livrer.
Elle a pris naiffance dans la famille de
Cham vers l'an 1800 après la création du
monde , felon l'opinion commune des
hiftoriens..
Ils croient que deux de fes enfans , Chanaan
& Mefraïm , l'établirent chacun dans
un Royaume différent. Quelques Auteurs
rapportent fon origine à d'autres temps
bien antérieurs ou bien poftérieurs au déluge
, mais les uns s'appuient fur des
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
conjectures , peut-être fans fondement , &
d'autres le font par une erreur à laquelle
le défaut d'une judicieufe critique a donné
lieu .
Ceux d'après lefquels je me décide
regardent l'Égypte comme fon véritable
berceau , du moins quelques hiftoriens ( 1 )
Grecs nous affurent que ces peuples ont
les premiers connu l'ufage des autels , des
ftatues & des temples , & qu'ils font les
inventeurs des rites , des cérémonies & du
langage religieux.
>
Trop refferré dans un feul Royaume ,
le funeſte venin de l'idolatrie fe répandit
bientôt dans tout l'Orient parmi les defcendans
de Sem , & en Occident , où s'étoit
établie la poftérité de Japhet. Ces
peuples , auparavant fauvages & groffiers ,
fe pervertirent en s'humanifant , ils fucerent
avec les principes des arts & des ſciences
ceux du paganifme , & par une déplorable
fatalité , ils n'apprirent à faire uſage
de leur raifon que pour s'en écarter.
Des navigateurs Phéniciens qui alloient
fouvent en Egypte , puiferent dans cette
fource impure le poifon de l'idolatrie dont
ils abreuverent les nations chez qui leurs
courfes maritimes les conduifoient ; la
(1 ) Herod. in Euterpe. Diod.fic. lib. 1 , c, 2-,
Lucien, de Sircâ deâ, s
JANVIER 1765 . 85
:
Grece , où elle fut portée par leurs colonies
, l'adopta par crédulité , & l'augmenta
de fes fictions divers peuples fortis d'Egypte
en infectèrent les lieux de leur tranfmigration
; dans la fuite les Romains la
répandirent par-tout où pénétrèrent la force
de leurs armes & la terreur de leur nom ,
& dans une fucceffion de quelques fiècles
l'univers entier fut courbé fous le joug de
l'idolatrie , fi l'on en excepte le peuple
Juif , qui conferva pure & fans aucun
mêlange d'erreur la tradition du vrai Dieu ,
religion que les Païens regardoient comme
ignoble & barbare ( 2 ) .
Les préjugés font le germe de toutes
les erreurs , même des plus abfurdes . On
ne pourroit fe perfuader jufqu'à quel point
les hommes abuferent alors de leurs connoiffances
; & les faits que l'on raconte
feroient incroyables , fi les Païens euxmêmes
n'en étoient les garants. Ils diviniferent
tous les êtres ; tout parut digne de
leur culte , excepté celui feul à
qui ils le
devoient.
Il y avoit vers le temps dHefiode ( 3 )
trente mille dieux. Ce nombre ne fuffifoit
cependant pas aux fonctions qu'ils avoient
à remplir. On en avoit adopté pour pré-
( 2 ) Op. Sueton. in vit. aug. cap. 93 .
(3 ) Op. el. dier. lib. 1 v.2.so.
86 MERCURE DE FRANCE.
fider aux différentes parties de l'univers ,
aux paffions & aux diverfes néceffités de
la vie ; il y avoit jufqu'à un dieu qui préfidoit
à l'éternûment ( 4 ).
Les Romains , foit par politique, comme
des écrivains l'ont prétendu , & pour fe
concilier l'efprit de tous les hommes , foit
par une piété mal entendue , ou peut être
jaloux de furpaffer en tout les autres peuples
, adopterent leurs dieux fans difcernement
( 5 ) . Rome fut un théâtre où l'on
vit un affemblage monftrueux des différentes
fuperftitions & des cultes divers des
nations qu'elle traînoit captives après elle.
On y conftruifit un temple appellé le Pantheon
( 6 ) , où ils réunirent les divinités
honorées dans les autres pays. On à die
d'eux à ce fujet qu'ils rencontroient leurs
dieux par- tour où ils portoient leurs armes
victorieuſes ; & ( 7 ) Juvenal , à l'occafion
de cette multiplicité de dieux , nous dé-
( ( 4) Arift. probl. Sect. 13.
( 5 ) On peut bien dire en général ce que
Petrone difeit en particulier de quelques villes
d'Italie , qu'il étoit plus aifé de trouver un dieu
que de rencontrer un homme.
(6 ) Le mot panthéon eſt un compofé de deux
mots grecs. Pan fignifie tout , & thées , dien.
Ainfi panthéon fignifie un temple confacré à tous
'les dieux.
( 7 ) Sat. 13 , vers 46 ; &c.
JANVIER 1765. 187
peint avec beaucoup de fel Athlas accablé
fous le poids du ciel à cauſe du trop grand
nombre de fes habitans . L'enthoufiafme de
la poéfie contribua beaucoup à accréditer
le polithéifme. C'eft chez les Grecs furtout
que prirent naiffance ces ingénieufes
fables , qui , confacrées par la tradition &
par des fêtes & des jeux publics , compo
ferent une grande partie des annales du
monde. Couvrant la vérité du voile de
leurs fictions , les Poëtes ouvrirent un vafte
champ à l'allégorie , & abuferent de la crédulité.
A force de donner dans le merveil
leux, ils oublierent le naturel; & peu fatiffaits
de peindre la vérité avec le coloris
de fes propres traits , ou d'embellir , felon
le génie de leur art , les faits hiftoriques,
ils les préfenterent fous des couleurs empruntées
qui leur ôterent même tout air
de vraisemblance ( 8 ) .
(8 ) Là , pour nous enchanter , tout est mis en
ulage ,
Tout prend un corps , une âme , un efprit , un
{
viſage :
Chaque vertu devient une divinité.
Minerve eft la prudence , & Vénus la beauté.
Ce n'eft plus la vapeur qui forme le tonnerre
C'eft Jupiter armé pour effrayer la terre.
88 MERCURE DE FRANCE .
C'eft ainfi que les Poëtes répandirent
fur toutes chofes une obfcurité mystérieuse
dont on n'ofa dans la fuite fonder la profondeur.
Le peuple , qui ne raiſonne jamais
, fut facilement féduit , & un vulgaire
ſtupide porté de tout temps à la nouveauté
& au prodige , entraîné par le torrent
des préjugés , adopta fans difcuffion
& même de fang froid, ce qu'il auroit dû
rejetter comme des rêveries de l'efprit
humain.
-Parmi les paffions auxquelles l'homme
eft en bute , il en eft deux qui le meuvent
bien puiffammenr , l'orgueil & l'intérêt.
Ces deux vices mirent le comble aux excès
de l'ignorance. On mit au rang des dieux
quiconque s'étoit fignalé par fes exploits ,"
ou avoit bien mérité de fa patrie par l'invention
utile de quelque art ou de quelque
fcience . Dans la fuite les richeffes & l'autorité
devinrent un titre pour prétendre à
Un orage terrible aux yeux des Matelots ,
C'eſt Neptune en couroux qui gourmande les flots..
Echo n'eft plus un fon qui dans l'air retentiſſe ,
C'est une Nymphe en pleurs qui fe plaint de
Narcife.
Ainfi dans cet amas de nobles fictions
Le Poëte s'égaye en mille inventions , &c.
Boil. Art. Poët. chant 3.
JANVIER 1765 89%
ces honneurs . Les grands , par orgueil ,
fe flatoient d'y pouvoir afpirer , & par.
l'adulation intéreffée des petits ils s'entretenoient
dans cette folle yvreffe ; & ce
que je voudrois épargner à la mémoire de
plufieurs grands hommes , c'eſt qu'ils ayent
été affez foibles pour proftituer leur plume
en décernant l'apothéofe à d'autres hommes
dont le nom eût dû être enfeveli dans la
pouffière de leurs tombeaux.
L'on croit que Ninus eft le premier qui
a honoré les morrs de cette manière . La
fotte vanité qu'il avoit de vouloir paſſer
pour le fils d'un dieu , eu fa reconnoiffance
déplacée pour Belus ou Nemrod fon père ,
le portèrent à lui eriger un temple & à lui
offrir un culte qui appartenoit à la divinité.
Dans la fuite l'habitude d'accorder
ces honneurs les rendant moins diſtinctifs ,
on crut n'en devoir décerner d'autres à
ceux dont on refpectoit les talens ou les
vertus , & aux grands de qui on avoit reçu
quelque bienfait. On leur élevoit premiérement
des tombeaux , on dreffa enfuite
des autels dans l'intérieur de leurs maiſons,
on brûla de l'encens devant leurs portraits ;
quelque temps après ces lieux particuliers
devinrent des temples publics , où des
hommes aveugles ne rougirent pas d'aller
offrir leurs voeux & leurs hominages aux
誓
Ö MERCURE DE FRANCE.
cendres froides & inanimées de leurs fem→
blables .
Tout paroît tenir ici du paradoxe : les
idées que les Païens avoient de leurs dieux
étoient entièrement oppofées à celles qu'ils
en devoient naturellement avoir. Ils leur
attribuoient un affreux mêlange de vices
& de vertus , une alternative de bonnes
ou de mauvaiſes qualités . C'étoit un Jupiter
inceftueux , un Mars adultère , un
Mercure voleur , une Vénus impudique ,
une Junon vindicative , &c. Il n'eft rien
de plus bifarre & de moins analogue à la
perfection qu'ils devoient leur fuppofer.
Ils nous les repréfentent boiteux , aveugles
difformes , fujets aux infirmités , aux paffions
& aux foibleffes de la vie humaine ;
l'un eft forgeron , l'autre manoeuvre ; celui-
ci berger, celui - là bouffon .... Si l'on
eût voulu donner le plus grand ridicule à
la religion du paganifme , y auroit-on auffi
bien réuffi que les Païens eux-mêmes ?
Mais ce n'eft pas tout encore ; l'aveuglement
des hommes leur ménageoit d'autres
excès. On a vu, à la confufion de l'humanité
& à la honte de la raiſon , on a vu
les Egyptiens , l'encenfoir à la main , courir
après l'afpic & le crocodile . Ceux-ci adoroient
les chiens , ceux- là les chats , d'autres
les loups. On les vit fe liguer les uns
JANVIER 1765 . 91
i contre les autres , fe déclarer une cruelle
guerre & s'entretuer fans autre caufe de
leur divifion
que l'antipathie qu'il y avoit
entre ces différens animaux . La chèvre
étoit la divinité tutélaire des Medes ; la
brebis celle de Thébes. Les Romains en
avoient une dont le nom étoit le mystère
le plus facré de la religion , & peut -être
le plus grand fecret de leur empire , par
la crainte qu'ils avoient que fi les ennemis
venoient à la découvrir , ils ne miſſent
cette divinité dans leurs intérêts contre la
République.
Parlerai -je de ces facrifices abominables
où les hommes , victimes du fanatifme ,
tomboient fous le couteau de leurs femblables
afin d'appaiſer leurs dieux ? Dirai -je
que la cruauté n'étoit contente de leur
enlever la vie qu'après leur avoir longtemps
fait defirer la mort par la vivacité
des douleurs les plus aigues qui fervoient
comme de préparatif au facrifice ? .. Mais
qu'il me foit permis de tirer le rideau ſur
une ſcène auffi tragique ; l'humanité frémit
d'horreur & fe bouleverfe au feul
fouvenir d'un pareil ſpectacle . Quelle religion
! quels adorateurs ! quel culte !
Quelques grands hommes de l'antiquité
ne fe laifferent pas aller aux erreurs communes.
Ils laiffoient penfer & agir un peu92
MERCURE DE FRANCE .
ple abufé conformément à fes préventions :
Ils regarderent toujours ces divinités
comme des chimères , & leur culte comme
des fuperftitions. Lucien & Sénéque fe
jouent de leurs dieux dans quelques endroits
de leurs ouvrages. Callimaque &
Juvenal traiterent de folie les fables que
l'on en raconte . Perfonne n'ignore de quel
ingénieux ridicule ce dernier couvre le
refpect des Egyptiens pour les oignons ,
(9 ) qu'ils regardoient comme des dieux ;
& l'on fe rappelle le badinage que fait
Horace ( 10 ) à l'occafion d'un morceau de
( 9 ) Sat. 8.
(10) Olim truncus eram ficulnus, inutile lignum,
Cum Faber incertus fcamnum faceret ne Priapum ,
Maluit effe deum ; deus indè ego furum que avium,
Maxima formido.
La Fontaine a imité ces vers ainfi.
Un bloc de marbre étoit ſi beau
Qu'un Statuaire en fit l'emplette .
Qu'en fera , dit-il , mon cifeau ?
Sera- t- il dieu , table ou cuvette ? ου
11 fera dieu ; même je veux
Qu'il ait en fa main un tonnerre.
Tremblez , mortels , faites des voeux
Voilà le maître de la terre .
JANVIER 1765. 93
figuier inutile , à qui un Sculpteur donna
le mérite de la divinité.
On doit cependant obferver que les
vives forties que faifoient quelquefois les
Païens contre leur religion n'étoient que
des aveux que la vérité arrachoit à la politique
de quelques- uns. Ils avoient un intérêt
particulier à ne point décrier une religion
, qui , en autorifant leurs penchans ,
leur fournifloit un prétexte de fe livrer
impunément à leurs defirs. Il étoit même
trop dangereux de le faire. Cicéron vit
condamner fon ouvrage , de la nature des
dieux , pour avoir lancé contr'eux des traits
trop hardis. Le fuperftitieux Aréopage condanna
Stilpon à l'exil , pour avoir nié que
la ftatue de Minerve de la citadelle fût une
déeffe , & parce qu'il avoit affuré d'autre
côté qu'elle n'étoit qu'une fculpture de
Phidias. Le fage Socrate fut puni de la
noble liberté avec laquelle il déclaroit fes
fentimens. Victime de la prévention des
hommes , il périt pour avoir envifagé leur
religion fous fon véritable point de vue ;
on le traita comme un impie , parce qu'il
ne l'étoit pas en effet. Il en coûte trop
de heurter de front les opinions publiques
, fur- tout contre les préjugés de religion
, quelque faux qu'ils foient , dès que
9.4 MERCURE DE FRANCE.
l'ignorance les adopte , & que l'enthouſiaſ
me & le fanatifme les confacrent.
Par M. l'Abbé CALVEL.
VARIÉTÉS férieufes & amufantes ; à
Amfterdam , &fe trouvent à Paris , chez
MUSIER , père & fils , quai des Auguf
tins ; 1765 ; quatre parties in - 12.
V
OICI un Livre d'une efpéce fingulière.
Il paroît que l'Auteur eft un vieux Philofophe
, qui donne au Public les réflexions
qu'il a faites dans le courant de ſa
vie ; quoiqu'il ne s'écarte jamais des régles
que prefcrivent la religion & la
bité. Il paroît auffi qu'il cherche de temps
en temps à égayer fon férieux par des
traits que des efprits un peu févères ne lui
pardonneront peut - être pas.
pro-
L'épigraphe qui eft à la tête de fon
Livre , prouve qu'il a bien fenti que les matières
qu'il traite ne conviendront pas
toutes à tout le monde.
Cet ouvrage, qui contient deux volumes,
eft divifé en quatre parties , dont les deux
premières forment le premier volume. La
JANVIER 1765 . 91
première partie contient les articles fuívans
:
Reflexions hiftoriques & critiques . Le
premier article qui fe préfente eft celui
de Conftantin , dont l'Auteur ne fait rien
moins qu'un Saint : quoiqu'il foit dans la
Légende des Grecs. Il y a dans cette partie
beaucoup de recherches , fur- tout
par
rapport à l'Hiftoire Eccléfiaftique : il faudroit
copier le tout pour pouvoir en donner
une idée jufte ; parce que ce font tous
traits détachés , fur lefquels l'Auteur donne
fes réflexions , laiffant le plus fouvent
au Lecteur à porter fon jugement.
Opinions des différens peuples , fur ce
qui s'eft paffé avant la création de l'homme.
L'Auteur fait voir ici la folie des hommes
qui ont voulu fçavoir à quoi pouvoit
s'occuper la Divinité avant la création de
notre Monde. Comme ce n'eft qu'un abrégé
d'un nombre infini de volumes , on
n'en pourroit faire qu'un extrait prefque
auffi long que l'abrégé même.
Hiftoire des Livres de l'Ecriture-fainte ;
c'eft-à-dire , examen de ce que contient
chaque Livre de l'ancien & du nouveau
Teftament. L'idée que les critiques en
ont eue , le temps auquel on croit qu'ils
ont été compofés , & le nom de ceux qui
ont été décidés en être les Auteurs . Ĉet
96 MERCURE DE FRANCE.
le
abrégé peut être utile à ceux qui n'ont pas
temps de puifer chez les Ecrivains qui
en ont traité , tels que S. Jérôme , Sixte
de Sienne , Serrarius , Dom Calmet , Richard
Simon , & autres.
On y a ajouté une troiſième partie , où
il eft parlé des Livres apocryphes , & on
a donné un extrait du Livre d'Abdias , intitulé
, du combat des Apôtres , où l'on
voit le zéle mal entendu de plufieurs d'entre
les premiers Chrétiens qui, au lieu de fou
tenir la religion par des argumens fages ,
tels qu'en avoient employés Tertullien &
Origene , cherchoient à amufer les peuples
par des fables qui dégradent la majefté
du Chriftianiſme.
De l'étendue de la Religion Romaine.
On examine ce qu'elle eft dans chacune
des quatre parties, du monde : on y
démontre que malheureuſement elle n'eft
pas auffi répandue qu'elle devroit l'être ;
& on y laiffe voir qu'il peut y avoir de la
faute des Chrétiens ; même il feroit à fouhaiter
que l'Auteur eût tort dans fes raifonnemens.
>
On rapporte hiftoriquement ce qu'on a
cru dans chaque fiécle de la puiffance fpirituelle
du fucceffeur de S. Pierre , & les
prétextes qu'ont employés ceux qui fe
font féparés de notre Communion. Enfuite
JANVIER 1765. 97
eſt
faite on montre par quels degrés le Pape
parvenu à la puiffance temporelle.
donne un abrégé de l'Alcoran & de
la Religion de Mahomet , & on examine
le caractère de ce prétendu Prophète.
La feconde partie du premier volume
contient des réflexions fur différens Auteurs
, & des extraits de différens ouvrages.
C'eſt encore ici un embarras de donner un
extrait de toute cette partie. La critique
qu'on y pourroit faire , eft qu'il y a quelques
endroits trop étendus , & d'autres
qui ne le font pas affez.
Le fecond volume préfente la fuite des
mêmes réflexions & des extraits : 1 ° de
l'Anthologie. L'Auteur donne dans une
Préface la raifon de l'impoffibilité de traduire
en entier ce Recuil d'Epigrammes
Greques. Il en a feulement extrait cent
vingt, qu'il a mifes envers,& il a cruque c'en
étoit affez pour donner une idée du goût
des Anciens dans cette forte d'ouvrage.
2º. Des Extraits de Piéces très- anciennes.
C'est ici que l'Auteur ceffe d'être
Philofophe , & paroît vouloir s'égayer en
jeune homme : il a voulu fans doute montrer
qu'à travers la fimplicité du bon vieux
temps , il fe trouve des Poëtes parmi nos
Anciens qui ne font point auffi méprifables
que nous nous l'imaginons. Dans ce
II Vol. E
58 MERCURE
DE FRANCE
.
qu'il appelle Bibliothèque pour une Dévote
, il eft vraisemblable qu'il a voulu fe
moquer de celles qui croient qu'il n'y a
qu'à donner à un Livre l'attache de la Religion
pour avoir la dévotion de le lire
fans s'embarraffer s'il eft rempli de cette
Taine morale que l'on trouve dans Bourdaloue
& dans Maffillon. Ce chapitre finit
par un extrait de la dévotion ailée du P.
Lemoine , & quelques cantiques fpirituels
, qu'il fronde comme très-indécens
dans une matière auffi férieuſe. On trouve
enfuite des Poéfies diverfes qui n'ont
point été imprimées , ou qui ne l'ont
point été exactement , telles que quelquesunes
de la Fontaine. Un pareil recueil
pourroit former un très-gros volume àpart,
fion y mettoit les bonnes Piéces fugitives
qui ont paru dans notre fiécle . Dans fon
Mifcellanea , on peut conjecturer que
'Auteur n'a rapporté ce qu'il dit du caf
fé , que pour faire voir le fanatifme des
hommes , qui veulent faire entrer la Religion
dans les chofes les plus indifférentes.
5
On trouve enfuite un effai fur le fanatifme
d'où on peut faire la réflexion
qu'il n'y a point eu de fiécle où l'efprit
n'ait eu fes modes auffi variées que les habillemens
des François.
Après cela eft une compilation d'indul!
JANVIER 1765. 99.
gences & de prétendues Lettres dont les
fourbes fe font fervis pour abufer de la
fimplicité des peuples. Il y a dans le Recueil
d'hiftoriettes & de bons mots , quelques
contes déja imprimés , & plufieurs
que les uns fçavent , & qui font ignorés
par d'autres , ainfi que plufieurs anecdotes.
moins connues.
Dans les Réflexions fur divers fujets
l'Auteur redevient Philofophe : on pourra
lui reprocher bien des chofes communes ;
peut-être s'en trouvera- t- il qui font neuves
, ou dans un jour nouveau. C'eft au
Public à en juger.
La feconde partie du fecond volume
confidére l'Empereur Augufte fous deux
faces. L'Auteur donne deux Vies de ce
Prince ; l'une eft bien ; l'autre eft mal :
cette manière eft plus philofophique. Il eft
étonnant qu'on puiffe faire deux hommes
fi différens du même perfonnage : cela
nous montre combien on doit être en
garde contre l'hiftoire qui ne nous eſt
laiffée que par un feul hiſtorien ; qu'il
feroit peut-être utile que toute l'hiftoire
nous eût été tranfinife de la même manière
.
L'article intitulé S. François de Sales ,
n'eft qu'un extrait des Lettres de ce Saint :
on y voit un Evêque qui non-feulement
E ij
100 MERCURE
DE FRANCE.
cherche à rendre la dévotion aimable
mais auffi donne l'exemple non pratiqué
des vertus qu'il prêche. Cet extrait eft
fuivi d'un autre extrait de préceptes qu'il
donne pour la prédication : c'eſt la fageffe
mêlée avec le zèle ; & on finit par quelques
traits d'un Prédicateur connu dans
le temps de la Régence , fous le nom de
l'Abbé Jefus , qui au lieu de fuivre les
leçons de S. François de Sales , marchoit
fur les traces de Barrelette , de Menot &
de Maillard.
On finit ce Livre par une lifte de la taxe
des deux Chambres de Juftice de 1648 &
1661 , où l'on peut voir par la différence des
taxes avec celle de 1716 , les fortunes.
immenfes qu'ont faites les Financiers de
ce fiècle. La variété qui régne dans cer
ouvrage , le ton de philofophie dont l'Auteur
s'écarte rarement , les anecdotes dont
ce Livre eft parfemé , en rendent la lecture
très-piquante , & fuppofent dans l'Auteur
des connoiffances peu communes,
ANNONCES DE LIVRES.
HISTOIRE du Duché de Valois , ornée
de cartes & de gravures , contenant ce
qui eft arrivé dans ce pays depuis le temps
des Gaulois & depuis l'origine de la Monarchie
Françoife jufqu'en l'année 1703 .
JANVIER 1765 . 101
A Paris , chez Guillyn , Libraire , quai
des Auguftins , au lys d'or ; & à Compiegne
, chez Louis Bertrand , Libraire-
Imprimeur du Roi & de la Ville ; 1764 ;
avec approbation & privilége du Roi ; 3
vol. in-4° , dont il ne paroît encore que
les deux premiers.
Nous avons annoncé cette hiftoire propofée
par foufcription , & nous avons fait
connoître le genre d'utilité dont cet ouvrage
pouvoir être ; les conditions établies
pour les Soufcripteurs ; les Libraires auxquels
l'on devoit s'adreffer . Nous ajouterons
aujourd'hui , que la lecture des deux
premiers tomes , qui font en vente depuis
quelque temps , nous a confirmés dans
l'idée avantageufe que nous avions conque
de ce Livre , dont le troifiéme volume
paroîtra le mois prochain.
MÉMOIRES en forme de Lettres de deux
jeunes perfonnes de qualité ; par l'Auteur
du Danger des liaiſons ; à la Haye , & fe
trouvent à Paris chez Robin , Libraire ,
rue des Cordeliers , près celle de la Comédie
Françoife ; 1765 ; quatre parties
in-12.
En difant que ce Roman épiftolaire eft
l'ouvrage de Madame de St A .... c'eſtà-
dire de l'Auteur du Danger des liaifon ,
Eij
102 MERCURE DE FRANCE.
autre Roman qui a eu beaucoup de fuccès
, c'eft donner de ces nouvelles Lettres
l'idée la plus favorable . Nous n'avons fait
que les parcourir ; mais nous ferons bientôt
en état d'en donner un" extrait.
,
•
ZELASKIN , hiftoire Américaine ou
les Aventures de la Marquife de P.
avec un difcours pour la défenfe des Romans
; par M. B *** ; avec cette épigraphe
:
N'en croyez point autrui ; jugez tout par vousmême.
Grell. Méch .
•
A Paris , chez Mérigot père , Libraire
quai des Auguftins , près de la rue Gift-lecoeur
1765 ; avec approbation & privilége
du Roi ; 4 parties in- 12 . Prix , 4
liv. brochées .
Nous nous contentons aujourd'hui de
cette fimple annonce : nous ne tarderons
pas à lire ce Roman ; & fi les aventures
qu'il contient nous paroiffent mériter une
analyfe fuivie , nous la donnerons dans
un de nos prochains volumes.
AGRICULTURE Complette , ou l'Art
d'améliorer les terres traduit de l'Anglois
de Mortimer fur la fixiéme édition ,
augmentée de plufieurs traités qui manquoient
à cet ouvrage , avec cette épigraphe
:
JANVIER 1765 . 103'
Tempus in agrorum cultu confumere dulce eft. Ovid.
A Paris , chez Saugrain le jeune , quai des
Auguftins , près le Pont S. Michel , à la
fleur-de- lys d'o ; 1765 ; avec approbation
& privilége du Roi , quatre volumes in-
12.
Le Libraire , ou pour mieux dire le
Traducteur , avertit qu'il ne s'eft décidé
à imprimer ce Livre , que par la bonté
& le mérite de l'ouvrage , & le goût du
Public pour les écrits qui traitent de l'Agriculture.
Il ajoute que celui-ci contient
les expériences d'un particulier qui faifoit
valoir fon propre fonds. On n'y trouve
point de ces confeils fuperflus , dont l'exécution
eft impraticable . On y voit de fimples
avis , donnés par un homme droit ,
qui raconte la vérité dans un ftyle peu
orné ; & le Traducteur ne s'eft attaché
qu'à l'exactitude & à la clarté. Il a fait
revoir enfuite fon ouvrage par un homme
inftruit il y a ajouté : ya plufieurs chofes
utiles à notre Patrie , que l'Angleterre ne
poffede point, tel que le traité de la vigne ,
celui de l'olivier , &c. Il a rectifié les
erreurs de l'Auteur Anglois , & a cherché
à faire un ouvrage propre à la France.
Les Seigneurs , les Curés , les Fermiers
& en général tous ceux qui aiment le fé-
E iv .
304 MERCURE DE FRANCE.
jour des champs , trouveront dans ce
Livre de quoi fatisfaire leur goût & leur
curiofité , & augmenter leur bien. Il contient
des inftructions fur tous les points
de l'économie rurale : il donne des vues
neuves pour le labourage & les autres
parties de la culture des terres.
LE Socrate ruftique , ou defcription de
la conduite économique & morale d'un
payfan philofophe , traduit de l'Allemand
de M. Hirzel , premier Médecin de la
République de Zurich , par un Officier
Suiffe au fervice de France , & dédié à
l'Ami des hommes ; feconde édition , corrigée
& augmentée. A Zurich , chez Heldegguer
& Compagnie ; 1764 ; & à Paris
, chez Humblot , Libraire , rue S. Jacques
, près S. Yves; un vol. in- 12 , avec
des planches & en très -beau papier.
›
Cet ouvrage connu & eftimé de tous
les cultivateurs été annoncé dans tous
les écrits publics avec les plus grands éloges.
Il fuffifoit donc d'en rappeller le titre.
HISTOIRE de Gustave Adolphe , Roi de
Suède , compofé fur tout ce qui a paru de
plus curieux , & fur un grand nombre de
manufcrits , & principalement fur ceux de
M. Arkenholtz; par M. D. M *** , Profeffeur
, &c ; avec cette épigraphe ;
JANVIER 1765. 105
· Quo juftior alter
Nec pietate fuit , nec bello major & armis.
Virg , Eneid. Lib. I. verf. $ 48 , 549 .
A Amfterdam , chez Z. Chatelain &
fils chez Arkftée & Merkus , & chez
Marc-Michel Rey , & à Paris chez Defaint
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais
4 vol. in- 12 .
Il nous a paru que cette hiftoire , d'un
des plus grands Rois que la Suède ait produits
, étoit écrite avec beaucoup d'impartialité
, & que l'Auteur n'a rien omis
de ce qui peut faire connoître fon héros.
Nous ferons l'analyfe de cet ouvrage ,
lorfque la multitude des nouveautés fera
un peu diminuée.
PRÉCIS fur le globe terreftre , ou explication
de la Mappemonde , ornée de détails
hiftoriques & de particularités recueillies
de différentes relations de voyage
touchant divers peuples de la terre ;
avec des notions raifonnées pour fervir
d'introduction à la partie d'aftronomie
qui fe combine avec la géographie ; par
M. Maclot ; à Paris , chez Vente , Libraire
, rue & montagne Sainte Geneviève ,
& Robin , rue des Cordeliers ; 1764 ;
avec approbation & privilége du Roi , un
vol. in-12.
E v
доб 106 MERCURE DE FRANCE.
Ce Livre eft fait pour les perfonnes
qui ne veulent prendre qu'une connoiffance
générale du globe terreftre , & trouver
en s'inftruifant de quoi s'amufer.
L'Auteur a travaillé fur les hiftoriens &
fur les voyageurs ; & fon ouvrage , malgré
fa briéveté , renferme un grand nombre
de chofes que l'on chercheroit vainement
dans les méthodes courantes.
LA vie & la defcription complette des
ouvrages du Chevalier Hedlinguer , propofés
par foufcription .<
Les écrits de ce favant Allemand font
devenus exceffivement rares ; & l'on
eftime des piéces féparées de Hedlinguer
plus que des fuites entières des médailleurs
communs ; car dans chacune l'on trouve
tout ce que l'Art peut produire. On eft.
furpris de voir dans le même Artiſte
un deffinateur qui a étudié les anciens &
les meilleurs modernes , & qui a fçu les
imiter ; qui eft en même temps l'inventeur
de fes revers , de la repréſentation
aufli -bien que des infcriptions , qui font
pour la plupart d'un fublime laconique.
M. Fueflin , qui nous a donné la vie des
Peintres Suiffes & celles de Rugendas &
Kupezki , eft l'auteur de ce Livre , par lequel
il fe propofe d'ériger un monument
JANVIER 1765 . 107
au mérite de M. Hedlinguer , & à fon amitié
. Cet Ouvrage fera exécuté avec toute
l'élégance poffible , foit pour les planches ,
foit pour la partie typographique. En voici
le plan :
1º. On mettra à la tête de portrait du
Chevalier Hedlinguer , gravé par un Auteur
célèbre en France. 2 ° . La vie de
M. Hedlinguer fera précédée d'une lettre
de M. Winkelmann à Rome , adreffée à
l'Auteur. 3º . Enfuite viendra la vie du
Chevalier Hedlinguer , écrite & rédigée
en ordre par M. Fueflin , d'après des Mémoires
communiqués par M. Hedlinguer
même. 4° . La repréſentation & la defcription
( tant hiftorique de la médaille ,
que de l'allégorie des revers, &c. ) de tous
les ouvrages de M. Hedlinguer , qui font
de trois genres différens ; fçavoir : tous les
ouvrages connus & frappés , quelques- uns
qu'il n'a jamais finis , & dont il n'a luimême
des copies qu'en plomb ou en laiton;
divers deffeins & idées pour des médailles
qu'il n'a jamais exécutées. Les planches
feront au nombre d'environ foixante , deffinées
par M.Fueflin même , & gravées
par un auteur habile. Le refte fera imprimé
pour les uns en françois , pour d'autres en
allemand; ainfi les Soufcripteurs diront dans
laquelle de ces deux langues ils fouhaitent
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
"
>
leurs exemplaires. On n'acceptera que quatre
cens foufcriptions , dont le prix eft de
deux louis , à payer un d'avance , l'autre à la
réception des exemplaires . On s'adreffera
à Meffieurs Heidegguer & Compagnie
Libraires à Zurich , ou à leurs Correfpondans
dans toutes les Capitales de l'Europe .
On foufcrit à Paris chez Humblot, Libraire ,
rue St. Jacques , entre la rue du Plâtre &
la rue des Noyers , près St. Yves.
Le cri de la vérité contre, la féduction
du fiécle ; par l'Auteur de la Converfation
avec foi - même , avec cette épigraphe :
Redimite tempus , quoniam dies mali funt S. P.
A Paris , chez Nyon , Libraire , quai des
Auguftins , près du Pont St. Michel , à
l'Occafion ; 1765 ; avec approbation &
privilege du Roi , 1 vol . in- 12.
Toutes les réflexions contenues dans ce
volume font capables , non d'éclairer un
incrédule obftiné , mais de confirmer une
âme droite dans les bons fentimens , & de
la garantir de la perverfion. M. de Caraccioli
, déja fi connu par plufieurs ouvrages
de ce genre , a recueilli toutes les grandes
vérités qui forment la foi du Chrétien ; &
it adreffe la parole à fon Lecteur , ayant
choifi cette méthode comme un moyen
plus propre à fixer fon attention.
JANVIER 1765. 109
DIALOGUES fur les moeurs des Anglois
& fur les voyages , confidérés comme faifant
partie de l'éducation de la jeuneſſe ;
traduits de l'Anglois , avec cette épigraphe:
Quid doceat , quid non , quò virtus , quò ferat
error. Horat .
à Londres , & fe trouve à Paris , chez Barthelemy
Hochereau , le jeune , au pilier
des Confultations ; 1765 ; brochure in- 12 ,
de 200 pages.
On fait parler dans cette brochure deux
des plus grands Philoſophes d'Angleterre ,
Locke & le Lord Shaftesbury , fur les moeurs
& les vrais intérêts de leur pays . L'Auteur
péfe dans une jufte balance leurs vertus
& leurs vices ; & il feroit peut-être difficile
de concilier fi bien l'amour de la patrie
avec celui de la vérité. On trouve dans
ces dialogues le pour & le contre de ces
moeurs nationales qui diftinguent les Anglois
des autres peuples.
L'ARITHMÉTIQUE de la Nobleffe commerçante
, ou Entretiens d'un jeune Gentilhomme
fur l'Arithmétique , appliquée
aux affaires du commerce , de banque &
de finance ; par M. d'Autrepe , ancien
Syndic , & Syndic actuel des Experts jurés
Ecrivains. Troisieme Entretien ; des frac
tions; à Paris, chez Auguftin-Martin Lottin,
110 MERCURE DE FRANCE.
l'aîné , Libraire -Imprimeur de Monfei
gneur le Duc de Berry , rue St. Jacques
près St. Yves , au coq ; 1764 ; avec approbation
& privilege du Roi ; in- 40. de
cent pages.
C'est ici la troifieme partie d'un ouvrage
dont les deux premieres ont paru il y a
quelques années , & que le Public a favorablement
accueillies . Cet Entretien fur
les fractions eft d'une extrême importance
pour ceux qui veulent fçavoir parfaitement
l'Arithmétique. L'Auteur en a ramené
toutes les opérations aux principes établis
dans fon fecond Entretien , c'est -à- dire ,
aux proportions. Par ce moyen il a rendu
ce calcul facile à entendre ; ce qui doit
flatter quiconque veut favoir , en opérant ,
les raifons de fes opérations.
COURS de Mathématiques à l'ufage des
Gardes du Pavillon de la Marine ; par
M. Bézout , de l'Académie Royale des
Sciences , Examinateur des Gardes du Pavillon
& de la Marine , & Cenfeur Royal ;
première partie , Elémens d'Arithmétique ;
A Paris , chez J. B.G. Mufier, fils , Libraire,
quai des Auguftins , à St. Etienne ; 1765 ;
avec approbation & privilege du Roi ;
in -8°.
Ce Cours de Mathématiques , dont on
JANVIER 1765 . IIX
ne donne aujourd'hui que la première par
tie , doit raffembler les connoiffances élémentaires
qu'on exige , par ordre du Miniftère
, des Gardes du Pavillon & de la
Marine , avant que de les admettre au rang
des Officiers de vaiffeaux. Il ne conient
pourtant pas tellement aux Officiers de
Marine , que d'autres ne puiffent encore y
puife: des lumières , par l'ordre , la clarté,
la méthode qui regne dans cet ouvrage.
PENSÉES de Cicéron , traduites pour fervir
à l'éducation de la jeuneſſe ; par
M. l'Abbé d'Olivet , de l'Académie Françoife
; fixième édition , revue & augmentée
; à Paris , chez Barbou , rue & vis -à- vis
de la grille des Mathurins ; 1764 ; un vol,
in- 12 : prix 2 liv. 10 fols relié.
Ce qui rend cette édition fupérieure aux
précédentes , c'eft 1 °.une lettre latine qu'on
croit être de M. Boffuet à M. le Dauphin ,
fils de Louis XIV , qui ne fe trouve
point dans les premieres éditions. Cette
lettre eft accompagnée d'une traduction
françoife. 2 ° . Cette édition l'emporte encore
par la beauté du papier & les autres
ornemens typographyques. Nous ne par
lons pas du mérite de l'ouvrage ; fes
nombreuſes éditions font connoître combien
le Public en fait cas.
112 MERCURE DE FRANCE.
ESSAI d'une traduction en vers de
l'Iliade d'Homere , précédé d'un difcours
fur Homere ; à Londres , & fe trouve à
Paris , chez J. Barbou , rue & vis - à- vis
de la grille des Mathurins ; 1765 ; brochure
in- 80 de cent cinquante pages.
La traduction d'Homere en vers françois
eft une entreprife difficile , & dans
laquelle Lamotte a échoué. Nous laiffons
au Public à décider fi le nouvel Auteur
réuffira davantage ; & nous nous contentons
d'annoncer cet Effai, fans rien ajouter
fur le mérite de l'ouvrage.
Le même Libraire , J. Barbou , a reçu
de Glafcow plufieurs exemplaires d'Homere
tout grec, en quatre vol . in-folio , fuperbe
édition. On trouve auffi chez lui une édition
nouvelle du Théatre des Grecs , du
Père Brumoy , en fix vol. in- 12 , dont le
prix eft de 15 liv. Nous avons oublié
de dire plus haut , à l'occaſion des Penfees
de Cicéron , que les Penfées de Sénéque
par M. de la Beaumelle, en deux vol . in - 12 ,
dont le prix eft de 5 liv. fe vendent chez
le même Libraire .
LE Phaeton renverfé , poëme héroïcomique
; avec cette épigraphe :
Magna Petis Phaeton . Ovid. Métam . lib . 2.
Par M. Delagrange ; à Paris , chez HérifJANVIER
1765. 113
fant , rue Neuve de Notre- Dame ; 1764 ;
brochure in- 12 de cent pages.
Ce poëme , dont M. Delagrange nous
offre aujourd'hui une traduction libre , et
de M. Frédéric-Guillaume Zacharia, Poëte
Allemand. La traduction en fut faite en
profe françoife il y a quelques années , &
a été inférée dans plufieurs ouvrages périodiques.
M. Delagrange a cru , avec raiſon ,
ce fujet propre à être mis en vers ; & l'on
trouve en effet dans le nouveau poëme , de
la gayeté , de la fine plaifanterie , des images
agréables & de la bonne poéfie.
FABLES pour les Dames , traduites de
l'anglois ; Amſterdam , chez J. F. Boitte
& Compagnie , Libraires ; 1764 ; brochure
in- 8 ° de cent foixante pages.
Ces Fables font écrites en profe dans
notre langue ; & à leur fuite il y en a
d'autres intitulées : Fables pour les jeunes
gens.
CONSIDERATIONS politiques & hiftoriques
fur l'établiffement de la Religion
prétendue réformée en Angleterre. A
Londres, & fe trouvent à Paris, chez Panckoucke
, rue & à côté de la Comédie Francoife
; 1765 ; brochure in- 12 de 159
pages ; par M. de la Roche Dumaine.
114 MERCURE DE FRANCE.
M. de Montefquieu a donné des confi
dérations fur la grandeur & la décadence
des Romains. Il paroît que c'eft fur ce
modèle que M. de la Roche Dumaine a
travaillé , quoique la matière foir bien différente
.
ARISTE , ou les charmes de l'honnêteté
; par M. Seguier de Saint- Briffon ; avec
cette épigraphe :
Plufque ibi boni mores valent , quam alibi bonæ
leges . Tac. de Mor. Germ .
A Paris , chez Panckoucke
, rue & à côté
de la Comédie
Françoife
; 1764 ; avec
approbation
& privilége du Roi ; bro chure in- 12 de 140 pages.
Cette brochure offre la peinture naïve
de l'homme naturel dans toute fa perfection.
Cet homme vit à la campane , où il
obferve tous les devoirs de l'humanité ,
ce qui donne lieu à beaucoup de details ,
dont le but est d'infpirer l'honnêteté & la
vertu. L'Auteur a imité le ftyle oriental du
Cantique des Cantiques. On en jugera par
ce trait :« Jonchez le gazon de fleurs ; éle-
» vez-moi un lit de rofes odorantes & de
» lys rafraîchiffans je veux repoſer ma
» tête fur des touffes de jafmin , de mu-
» guet & de tubéreufes ; car je languis
» d'amour. O vous jeunes bergères , qui
JANVIER 1765 .. ir
» avez parcouru ces côteaux fleuris , dites-
» le-moi , avez - vous vu paffer celui què
» mon coeur aime ?
MELANGES littéraires , ou Epîtres &
Piéces philofophiques; par M. de la Harpe,
à Paris , chez Duchefne , Libraire , rue S.
Jacques , au Temple du goût ; 1765 ; avec
approbation & privilége du Roi ; brochure
in- 12 de 160 pages.
:
Tout ce que M. de la Harpe a compo
fé de petites piéces en vers & en profe
avant que d'être connu par fa tragédie de
Warwick , fe trouve réuni dans cette brochure
difcours , piéces philofophiques ,
épîtres , piéces détachées à la gloire des
Acteurs & des Actrices , héroïdes , odes ,
& c ; voilà ce qui forme ce recueil , auquel
nous renvoyons le lecteur pour juger
du talent poétique du jeune Auteur.
ELOGE de Louis Duret , Médecin célèbre
fous Charles IX & Henri III , ouvrage
qui , au jugement de la Faculté de
Médecine de Paris , a remporté le prix
propofé cette année ; par M. J. B. L. Chomel,
Confeiller , Médecin vétéran ordinaire
du Roi , Docteur Régent , & ancien
Doyen de la Faculté de Médecine de Paris
,Affocié honoraire du College Royal des
116 MERCURE DE FRANCE.
Médecins de Nanci ; avec cette épigraphe
:
Hifloria , quoquo modo fcripta , delectat.
Plin. Epift. 8. Liv. V.
A Paris , chez Auguftin - Martin Lottin ,
l'aîné , Libraire & Imprimeur de Monfeigneur
le DuC. DE BERRY , rue S. Jacques
, près S. Yves , au coq ; 1765 ; brochure
in- 12 de 64 pages.
La Faculté de Médecine de Paris annonça
l'année dernière , pour la première
fois , qu'un anonyme donnoit un prix de
trois cens livres à qui feroit le meilleur
éloge de Louis Duret. M. Chomel a travaillé
fur ce fujet , & a remporté le
prix.
LETTRE à M *** fur la mortalité des
chiens dans l'année 1763 ; par M. Def
mars , Médecin penfionnaire de la ville de
Boulogne-fur-mer. A Amfterdam , & fe
vend à Paris chez la veuve de D. Ant.
Pierres , Libraire , rue S. Jacques , vis- àvis
S. Yves , à S. Ambroife & à la couronne
d'épines ; 1764 ; in- 12 de 40
pages.
L'Auteur de ce petit imprimé recherche
les caufes des maladies des chiens , & en
particulier de celle qui fit mourir un fi
grand nombre de ces animaux en 1763 .
K
JANVIER 1765 . 117
Il apprend ou à prévenir ces maladies , ou
à les guérir quand on n'a pas fçu les prévenir.
CATALOGUE des Livres de la bibliothéque
de feue Madame la MARQUISE
DE POMPADOUR , in- 8 ° ; chez Hériſſant
Imprimeur du cabinet & des bâtimens du
Roi , rue S. Jacques , au coin de la rue
de la Parcheminerie ; 1765 .
Ce catalogue a été fait avec foin , &
nous croyons que le Public en fera fatisfait.
Il contient des Livres de prefque
tous les genres . Les Livres de piété , &
qui font d'ufage à l'Eglife , forment une
collection précieufe , tant par le choix que.
tes ornemens dont ils font enrichis .
Les romans & les ouvrages de théâtre font
abondans , & l'on y trouve plufieurs exemplaires
très-rares . Ces deux claffes ſont
détaillées avec la plus grand exactitude
dans le catalogue. Cette bibliothéque renferme
auffi des Livres de figures en affez
grand nombre , & dont quelques- uns font
des plus belles épreuves. D'autres ont des
particularités qui en augmentent le prix.
Il y a un cabinet de Livres italiens en
plufieurs genres & très -bien conditionnés
, ainfi que plufieurs éditions recherchées.
En général , on s'eft attaché dans
118 MERCURE DE FRANCE.
ce catalogue à particularifer & à décrire
fi fidélement les diverfes conditions des
Livres , que la lecture feule des articles
donnera une idée très - jufte de leur valeur.
EXTRAIT du Journal des Sçavans du
mois de Décembre 1764 , fur une pierre
gravée antique. A Paris , de l'imprimerie
de Michel Lambert , rue des Cordeliers ;
1764 ; avec privilége du Roi ; brochure
in- 8 ° de 64 pages , imprimée fur de trèsbeau
papier.
C'est une Lettre de M. de Mairan à M.
le Comte de Caylus. Cette Lettre ayant
déja paru dans le Journal du mois de
Décembre dernier , doit être connue des
antiquaires , que cette matière intéreſſe
plus particuliérement.
MÉMOIRE pour concourir au prix propofé
par l'Académie des Arts , Sciences &
Belles - Lettres de Dijon , pour l'année
1763 , & qui a mérité l'Acceffit , au jugement
de la même Académie ; par M. le
Jolivet , fils , Architecte , fous - Ingénieur
des ponts & chauffées de la province de
Bourgogne ; avec cette épigraphe :
Navibus , atque
Quadrigis, petimus bene vivere, quodpetis , híc eft,
Horat, Ep. XI, Liv. I.
JANVIER 1765
t
A Dijon , chez Cauffe , Imprimeur du Par
lement , de l'Intendance & de l'Acadé
mie des Sciences , place S. Etienne ; 1764;
avec permiffion ; in- 8 ° de trente - huit
pages .
Le fujer propofé par l'Académie de Di
jon étoit de déterminer , relativement à la
Bourgogne , les avantages & les défavantages
du canal projetté en cette province ,
pour la communication des deux mers par
lajonction de laSaône à la Seine. C'eft pour
l'exécution de ce grand projet que le mémoire
de M. le Jolivet devoit fervir
& c'est très-bien répondre à la queſtion
de l'Académie , que de propofer , comme
l'a fait cet Auteur , tous les moyens d'exécuter
cette entreprife , relativement aux
intérêts de la province de Bourgogne.
JUPITER & Danaé , Poëme héroï- comique
; avec cette épigraphe :
Converfo inpretium Deo: Horat . Od . 81. Lib. 3 .
A Paris, chez Mufier , fils , Libraire , quai
des Auguftins ; 1764 , brochure in- 8° de
73 pages.
Če Poëme roule fur un fujet très- connu
: il eft compofé de fix chants en vers
alexandrins ; c'est tout ce que nous avons
à dire pour le préfent de cet ouvrage ,
moitié héroïque , moitié burlefque.
120 MERCURE DE FRANCE.
Essai de traduction des batailles de
Céfar ; par M. de S *** , Officier au régiment
de Condé , infanterie . A Bouilfon
chez Antoine Foify , imprimeur de
S. A. Séréniffime ; 1764 ; & fe trouve à
Paris chez Panckoucke , rue & à côté de
la Comédie Françoife , & à Sedan , chez
Gennuy , Libraire ; feuille in- 8 ° .
.
L'Auteur n'avoit d'abord entrepris cet
ouvrage que pour fon inftruction particu
fière ; mais quelques officiers de fes amis
l'ont engagé à le faire paroître. Il n'a pas
ofé le hafarder , fans preffentir auparavant
le goût du Public , & c'cft ce qui l'a porté
à publier cet échantillon de fon travail ,
fous le titre d'Efai.
LETTRE de Zamon à Zélie , avec des
notes, & cette épigraphe : Eh ! que nepuisje
aux horreurs de la débauchefubftituer le
charme de la volupté ? J. J. R. à C. de B.
1764 ; feuille in 8°.
Un ami de Zamon lui apprend que fa
maîtreffe fe marie , & il reçoit cette nouvelle
le jour même de la célébration du
mariage. Le défeſpoir de perdre celle qu'il
aime le porte à fe donner la mort. C'eft
avant que d'exécuter ce funefte projet
qu'il écrit à Zélie , fa maîtreſſe , la lettre
en vers que nous annonçons.
LES
JANVIER 1765 . 121
LES Spectacles de Paris , ou Calendrier
hiftorique & chronologique des Théatres ;
avec des anecdotes & un catalogue de
toutes les piéces reftées au théatre dans les
differens Spectacles , les noms de tous les
Auteurs vivans qui ont travaillé dans le
genre dramatique , & la lifte de leurs ouvrages.
On y a joint les demeures des
principaux acteurs , danfeurs , muficiens
& autres perfonnes employées aux Spectacles
; quatorziéme partie pour l'année
1765. A Paris , chez Duchefne , Libraire ,
rue S. Jacques, au Temple du goût ; avec
approbation & privilége du Roi ; in- 18.
C'eft ici , comme on le voit dans le
ritre , la quatorziéme partie de cet ouvrage
, auquel , depuis qu'il paroît , le
Public a fait l'accueil le plus favorable.
Les amateurs du théatre y ont trouvé des
anecdotes curieufes & intéreffantes , &
une histoire très- exacte de ce que les différens
Spectacles de Paris ont offert pendant
chaque année de plus remarquable
& de plus propre à faire connoître notre
théatre aux étrangers & aux perfonnes de
province. A Paris même , ceux qui fréquentent
le plus la comédie , auroient
ignoré bien des anecdotes théatrales , bien
des traits finguliers , & une infinité de
chofes relatives à nos Spectacles , fi l'on
II Vol. F
MERCURE DE FRANCE.
n'avoit pas eu foin de les conferver dans
ce recueil , devenu par- là même , très- cufieux
& très- inftructif. Le Libraire avertit
que ceux qui defireront en avoir la collection
complette , compofée actuellement
de quatorze parties , pourront fe la procurer
pour la fomme de quatorze liv. c'eftà-
dire , que chaque partie qui fe vend 1
liv. 4 f. fe donnera pour 1 liv. à ceux feulement
qui acheteront tout le recueil. Hs
y trouveront près de cinq cens anecdotes ,
dont un très-grand nombre étoit abfoluiment
ignoré , ou du moins ne fe trouvoit
imprimé nulle part. Ils y liront l'hiftoire
détaillée de tous nos Spectacles , &
la vie de tous les Auteurs & des principaux
Acteurs qui s'y font fignalés . Ils y
verront une fuite très-étendue d'analyfes
de toutes les piéces qui ont été jouées durant
l'efpace des quinze dernières années ;
de celles même qui n'ayant eu qu'une repréfentation
& n'ayant pas été imprimées
auroient été entiérement inconnues.
Enfin , ce recueil fera déformais
d'une très-grande reffource , & même un
Livre néceffaire à ceux qui voudront fçavoir
à fond , ou écrire l'hiftoire dramatique
de la nation Françoife.
Le triomphe du beau Sèxe , ou calenJANVIER
1765. 1723
drier des Dames illuftres , contenant les
éloges des Dames qui fe font diftinguées
par leur politique , leur attachement pour
leurs époux , leur courage , leur chaſteté
& leur efprit ;, enrichi de chanſons nouvelles
fur les plus beaux airs connus . A
Paris , chez Granger & Dufour , au cabinet
littéraire , pont Nôtre- Dame , près la
pompe , & chez Manier , dans S. Jean de
Latran ; 1765 ; in - 36 .
Ce petit ouvrage , très- glorieux au
beau Séxe , offre un grand nombre d'hiftoires
choifies avec goût , & qui font honneué
à la façon de penfer de M. Manier,
qui en eft l'auteur , & chez lequel on
peut , ainfi que chez les Libraires nommés
dans le titre , acheter ce petit calendrier.
Il a auffi compofé l'almanach fuivant
fait à la gloire de notre féxe , & qu'il
vend également dans fa maiſon , chez le
fieur Morel , ferrurier , à la clef d'argent ,
petite rue , dans S. Jean de Latran .
ALMANACH triomphant, hiftorique &
chantant , ou le calendrier des hoinmes
illuftres , contenant leur éloge , leur valeur
& leur courage ; comme ils ſe font
diftingués dans les batailles où ils fe font
trouvés pour la gloire de leur Prince & de
leur patrie , depuis le régne de l'Empereur
Fij
114 MERCURE DE FRANCE.
Titus jufqu'à celui de Louis XV , aujour
d'hui regnant ; enrichi des conquêtes de
plufieurs Rois & Empereurs , des chanfons
de guerre & hiftoires curieufes ; 17655
in-32,
ALMANACH des Mufes , contenant un
choix des meilleures piéces de poéfies fugitives
qui ont paru en 1764 , avec des
remarques ; 1765. A Paris , chez de Lalain
, Libraire , rue S. Jacques , à l'image
S. Jacques ; in- 18,
Pour donner une idée jufte de cet almanach
intéreſſant , nous croyons devoir
rapporter une partie de l'avertiffement qui
fe trouve à la tête de cet ouvrage. L'almanach
des Mufes , dit l'éditeur , bien
différent de ceux qui le dernier Décembre
perdent leur agrément & leur utilité , ne
ceffera d'être un Livre de littérature agréable
l'année prochaine. Dans la fuite il
deviendra le recueil le plus complet des
poéfies fugitives qui méritent d'être confervées
: il fervira à faire voir les changemens
fucceffifs du goût dans ce genre de
poéfie ; & cette entrepriſe , exécutée avec
un difcernement févère , fera peut-être
regretter aux gens de lettres de ne l'avoir
pas vu commencer plutôt. A l'égard des
remarques dont on a accompagne chaque
piéce de vers , l'objet de l'éditeur a été
JANVIER 1765. 125
de rendre fon travail utile à ceux qui cultivent
la poéfie , & de contribuer , autant
qu'il eft poffible , à la perfection de la
langue Françoife. Il a fait fes efforts pour
y parvenir , en évitant avec une attention
égale , & l'exagération fufpecte d'une
louange outrée , & l'aigreur toujours condamnable
d'une critique amère.
EXTRAIT d'une Lettre de M. de VOL-\
TAIRE , du 25 Décembre 1764.
Quelque mépris qu'on ait pour la calomnie
, il eft quelquefois néceffaire de
la réfuter . Un Libraire d'Amfterdam a
cru qu'il étoit de fon intérêt d'imprimer
fous mon nom des bêtifes hardies. Il a
débité une brochure intitulée : Ouvrage
pofthume de M. du M. Y. Le teftament de
Jean Meflier , autre brochure , & c. & il a
donné à ce petit recueil le titre de Collection
complette des oeuvres de M. de V.
Comment un fr petit Livre peut - il être
intitulé collection complette ? Et comment
une oeuvre pofthume de du M. Y , & un
teftament d'un homme mort il
y a trente
ans , peuvent-ils être de moi ? Je ferai
encore une autre queſtion : comment ne
punit-on pas un tel délit , qui eft celui d'un
calomniateur & d'un fauffaire ? Un autre
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Libraire s'eft avifé d'imprimer l'Arétin
fous mon nom. Un autre donne mes prétendues
Lettres fecrètes elles ne doivent
donc pas être publiques. Il ne fe paffe
guère de mois où l'on ne m'attribue
quelque ouvrage dans ce goût.
Je ne les lis point , & c'eft ce qui me
confole d'avoir prèfque entiérement perdu
la vuë. Mais je ne me confolerois pas
de ces impertinentes imputations ,
fi je
ne favois que les honnêtes- gens voient
avec indignation cet abus de la preffe ,
& que les hommes en place ne jugent
pas fur des brochures de Hollande & fur
des gazettes. Il faut pardonner cet abus de
l'imprimerie en faveur du bien qu'elle a
fait aux hommes.
JANVIER 1765 127
ARTICLE III.
SCIENCES ET BELLES LETTRES.
ACADÉMIE S.
.L
SÉANCE publique de l'Académie Royale
des Sciences , des Belles-Lettres & des
Arts de ROUEN , tenue le 11 Août
1764.
M. le Duc d'Harcourt , Gouvernent de
par
la Province de Normandie , & choiſi
l'Académie pour fon protecteur , préfida à
cette Séance.
M. le Cat , Sécrétaire pour les Sciences
, l'ouvrit par une expofition fuccinte
des travaux de l'Académie , trop nombreux
pour pouvoir trouver place ici ;
après quoi il exprima les regrets qu'a
caufés à l'Académie la mort de M. le Maréchal
de Luxembourg, fon protecteur : il
en expofa les motifs , parmi lefquels il
n'oublia point tout ce que ce Seigneur a
fait pour l'établiſſement , les progrès &
l'illuftration de cette Compagnie : « La
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
1
» reconnoiffance , dit-il , que nous infpi-
» rent tant de bienfaits , les fentimens que
» nous devons à fes qualités perfonnelles
-
ود
33
و د
le
>
font attendre de nous un éloge qui n'a
» été différé que pour le rendre plus digne
» de lui . Nous avions même befoin pour
» avoir le courage de le faire , que nos
premières douleurs fuffent calmées par
temps , & plus encore par la confolation
que nous donne fon illuftre fucceffeur.
Le Ciel a déja récompenſé nos
juftes fentimens pour M. le Maréchal ,
» en nous accordant un Chef qui nous
rappelle fes bontés , en nous honorant
» des fiennes ; un Patriote refpectable &
» chéri , qui forcé par la paix de quitter
» le champ de Mars , où il s'eft rendu
digne de fes ancêtres , vient fe fignaler
également dans ceux de Cérès & de Ver-
» tumne , & qui déja diftingué dans la
» carrière des Sciences & des Arts utiles ,
qu'il aime & qu'il cultive tous , étoit
» né pour préfider à nos Séances , protéger
ر د
و ر
"
›
و ر
""
» & animer nos travaux ».
Après ces courts éloges , M. le Cat proclama
les vainqueurs au concours pour les
prix que donne l'Hôtel - de- Ville au Eléves
protégés par l'Académie ; fuivant cette
proclamation ,
Les Prix d'Anatomie ont été remportés
:
JANVIER 1765. 129
Le premier , par M. Pierre Blis ,
Saint-Vandrille .
de
Le fecond , par M. Charles , de Rouen.
Le troifiéme eſt réſervé à l'année prochaine
.
On a donné un Acceffit à M. Nicole
de Rouen.
Les Prix de Chirurgie ont été remportés
:
Le premier , par M. Edme Michel -
Sciaux , d'Evreux.
Le fecond , par M. Barthelemi Laportrie
, d'Ecos , près Gifors , le même qui
l'an paffé remporta le premier prix d'Anatomie
.
Le troifiéme , par M. Pierre Blis , lequel
vient de remporter le premier prix
d'Anatomie.
On a donné un premier Acceffit à M.
Bazile , de Rouen .
Et un fecond à M. Charles , auffi de
Rouen , lequel vient de remporter le
deuxième d'Anatomie.
Les Prix dans l'Art des Accouchemens
ont été remportés :
Le premier , par M. Jacques-Kené Boulard
, d'Evreux , le même qui l'an paſſé
remporta le premier prix de Chirurgie
& il y a deux ans le premier encore du
même genre , avec la Note Longe primus..
و
'
1
F v
130 MERCURE DE FRANCE..
Le fecond , par M. Langlois ,
Rouen.
de
Acceffit , Pierre Blis , qui vient de
remporter le premier prix d'Anatomie &
le troifiéme de Chirurgie.
Les Prix de Botanique ont été remportés
:
Le premier , par M. Carpentier , de
Rouen.
Le fecond , par M. Barthelemi Laportrie
, qui vient de gagner le fecond prix
de Chirurgie,
Le troifiéme
Rouen.
, par M. Langlois , de
Lè quatrième , refté de l'an paffé , par
Pierre Blis , de S. Vandrille , lequel vient
de remporter le premier prix d'Anatomie ,
le troifiéme de Chirurgie , & l'Acceffit
dans l'art des accouchemens.
Les Prix des Mathématiques ont été
adjugés :
"
Le premier , à M. Favrel.
Le fecond , à M. Lecoeur.
Le fujet du grand Prix de cette année
appartenoit à la Phyſique , & avoit pour
objet :
Le méchaniſme & les ufages de la refpiration
, dans lefquels l'Académie fouhaitoit
particuliérement qu'on fatisfit à
plufieurs queftions effentielles qu'elle a expofées
dans les Journaux.
JANVIER 1765 . 131
Elle a reçu beaucoup de Mémoires fur
cet important fujet , & quelques- uns ont
fort approché du but propofé par l'Académie
, mais n'y ont pas encore atteint .
Tel eft particuliérement le N ° 6 , dont la
devife eft : Te fine nil altum mens inchoat.
Virg. Georg. L. III .
Če Mémoire , plein de chofes neuves
bien obfervées , eft malheureuſement un
peu prolixe fur quelques notions les plus
faciles , laconique fur quelques articles
effentiels : l'Académie ne doute pas que.
l'Auteur ne perfectionne ce Mémoire fur
tous ces points , & ne le rende digne de
fon fuffrage. Elle propofe donc pour l'année
prochaine le même fujet , augmenté
d'une question qui eft bien compriſe tacitement
dans la dernière de celles qu'elle a
propofées , mais qu'elle a cru devoir expofer
plus nettement , puifque tous les
Auteurs des Mémoires qu'elle a reçus ne
l'ont pas fuffifamment entendue .
Voici donc fon nouveau Programme.
Le méchaniſme & les ufages de la refpiration
, dans lefquels elle fouhaite particuliérement
qu'on faſſe entrer la réfolution
des questions fuivantes :
Les côtes font- elles plus écartées ou
plus rapprochées les unes des autres dans
l'infpiration que dans l'expiration ?
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Le fang eft- il raréfié ou condenfé par
l'air infpiré ?
Cet air paffe- t- il dans le fang ou non ?
D'où vient la couleur vermeille qu'il y
reçoit ?
Y eft-il en plus grande quantité , & *
mû plus librement & plus rapidement dans
le temps de l'infpiration que dans celui de
l'expiration ?
Y a-t-il dans ces deux temps quelque
changement dans la quantité & le mouvement
des liqueurs des gros vaiffeaux
qui fe rendent aux oreillettes , & qui partent
du coeur ? Et s'il y en a , quels fontils?
Influent-ils ou non fur les mouvemens.
du cerveau & de fes méninges ; & s'ils
y influent , par quel méchaniſme ?
L'Académie exige des Auteurs que leurs
preuves foient principalement fondées en
expériences.
Elle annonce auffi d'avance , comme
elle le fit l'an paffé , que le prix deſtiné
aux Sciences revient à l'année 1766 , & a
pour fujet cette queſtion :
Quelles font les mines de Normandie ,
tant métalliques que demi -métalliques ,
falines & bitumineufes , & les avantages
qu'on pourroit retirer de leur exploitation
?
Ce prix fera double c'eft-à- dire de
2
JANVIER 1765: 133
deux cens écus , à caufe des frais indifpenfables
de voyages , de recherches &
d'expériences néceffaires à ceux qui entreprendront
de répondre à cette queftion
.
M. le Car ajouta à la publication de ce
Programme l'avis fuivant.
La mort de M. le Maréchal de Luxembourg
, qui nous a toujours fourni ces
Prix , pouvant donner quelque inquiétude
aux Auteurs qui fe propofent de concourir
, nous fommes autorifés à raffurer leur
émulation. La générofité de M. le Duc
d'Harcourt , fon fucceffeur , a prévenu làdeffus
les defirs de l'Académie. Il m'a
chargé de lui annoncer qu'il regarde comme
un de fes priviléges les plus flatteurs , celui
de lui fournir fes prix toutes les années.
Pouvoit- on douter un moment , continue
M. le Cat , que le nouveau Triptolème ,
qui a donné à nos climats le rare fpectacle
d'une forêt de muriers , & transformé
la baffe-Normandie en Provence , nous
laifsât manquer d'une branche de laurier
qui doit couronner les Beaux-Arts dans la
Capitale de cette Province ?
M. le Cat lut enfuite un Mémoire fur
la féche, infecte-poiffon affez commun fur
les côtes de France dans les mois de Juin
& Juillet. Des vûes qui tendent à perfec134
MERCURE DE FRANCE.
tionner la ſcience du corps humain ont engagé
M. le Cat à difféquer plus de quarante
féches. Les découvertes nombreuſes
qu'il a faites dans cette étude , font la
matière d'un petit volume qu'il fe propofe
de donner au Public , & dont il n'a
pu lire qu'un extrait dans cette Séance. Son
Mémoire a deux parties ; la première traite
de la ftructure extérieure de la féche ; la
feconde, de fon méchanifme intérieur . Extérieurement
la féche reffemble au polype
par fes bras , & un peu à la tortue , tant
par fa tête que par fon dos , vers lequel
elle a auffi la faculté de retirer fa tête.
Elle a à fa circonférence une large bande
qui lui fert de nageoires . Sa peau eft marbrée
de diverfes couleurs , & ces couleurs
changent felon toutes les paffions qui agitent
cet animal. Il y a plus , fon dos fe
hériffe d'épines , ou s'orne de feftons ou
de guirlandes de toutes les couleurs ; enforte
que la féche eſt tout- à -la -fois un
un Caméléon & un Prothée. Ces obfervations
avoient échappé à tous les Auteurs.
Le bec de la féche , très - reſſemblant à cclui
d'un perroquet , eft entouré d'une couronne
de mammelons ; enforte qu'elle peut
goûter un aliment avant que de le mettre
dans fa bouche ; & quand il eft mauvais ,
elle fe difpenfe d'en affecter défagréableJANVIER
1765: 131
ment & cet organe & fa langue. Combien
de nos gens à bonne chère , dit l'Auteur ,
feroient flattés de cet avantage de la
féche ?
La partie antérieure de cet animal eſt
compofée de deux pièces , dont l'une eft
appellée par M. le Cat le corfet , & l'autre
l'entonnoir de la pompe. Tout cela eſt
cartilagineux ; mais les cartilages chez la
féche font autant de mufcles .
t
Entre ces deux pièces , il y a une ouverture
de toute la largeur de l'infecte , par
laquelle on peut, non - feulement introduire
la main dans le corps de l'animal , mais
encore voir toutes fes entrailles , & examiner
leur état : voilà vraiment , dit M.
le Cat , cette fenêtre qu'on defire tant au
corps humain. Il expofe les avantages de
cette ftructure , parmi lefquels il compte
l'évacuation libre & prompte du frai de
l'animal , qui forme une grappe confidérable.
Quand j'imaginai jadis , dit l'Auteur,
pour la fortie du foetus humain , de
femblables facilités , je crus bien faire une
plaifanterie , un roman phyfiologique , &
j'étois bien éloigné de penfer que la nature
l'eût réalife dans quelque efpèce d'animal.
Certe grande ouverture du corps de la
féche a de grandes utilités & nuls incon136
MERCURE DE FRANCE.
véniens ; car quand elle le veut elle la
ferme fi exactement , que les cavités de la
poitrine & du bas -ventre font auffi inacceffibles
que les nôtres ; & alors ces parois.
de l'animal forment une pompe , par laquelle
elle lance ou une encre qui lui eft
propre , & avec laquelle elle trouble l'eau
pour fe dérober à la pourfuite de fes ennemis
, ou de l'eau toute pure quand l'encre
lui manque. L'entonnoir de cette pompe
eft auffi l'endroit par lequel elle afpire ;
& en cela la féche reffemble au fouffleur ,
avec cet avantage qu'elle a une pompe &
un ajutage , avec lequel elle lance l'eau
avec beaucoup de juftefte , & s'en fait
une arme défenfive & offenfive . L'entonnoir
de cette pompe eft auffi l'endroit par
lequel elle afpire & rend l'eau dont les
poumons ont befoin . L'infpiration & l'expiration
de la féche fe font fi promptement
, que les deux enfemble ne durent.
qu'une feconde. Il y a une fous-pape à l'entrée
de l'entonnoir , difpofée à laiffer fortir
la liqueur ; mais quand l'animal le
veut , cette fous- pape même étant cartilagineufe
, c'eſt-à- dire mufculeufe , elle retient
les liqueurs dans fa pompe , ce qui
arrive quand elle veut délayer fon encre
avec l'eau pour l'étendre davantage.
L'intérieur de la féche offre cinq fortes
JANVIER 1765. 137
"2
ود
d'organes ; fçavoir , le nerveux , le liquoreux
, l'alimentaire , le fpermatique &
celui de la liqueur noire . M. le Cat n'a
pu qu'indiquer dans cette Séance publique
une partie de fes études dans toutes ces
parties : « Je dirai feulement ici en général
( c'eft M. le Cat qui parle ) » que cet
» examen intérieur de la féche m'a fourni
»fur la ftructure & les ufages des parties
du corps humain , beaucoup de ces grands
»traits de lumière qu'on a coutume de
chercher dans l'anatomie comparée. Par
exemple , j'ai vu de mes propres yeux ,
» & fans aucun art , que les nerfs & la
» moëlle épinière ne font en totalité que
» des prolongemens des membranes qui
» enveloppent le cerveau , contre l'opi-
» nion de quelques Phyfiologiftes nova-
» teurs. J'ai vu que les mêmes nerfs ont
» des cavités fi évidentes , qu'il y en a du
» calibre d'une ligne de diamètre , où l'on
» peut librement introduire des ftilets de
» ce volume , & des injections ; & qu'enfin
il y coule un fluide auffi palpable
» que les liqueurs de nos artères & de nos
» veines , ce qui forme une démonftra-
» tion de fait contre ceux qui nient le
fluide des nerfs , & qui veulent réduire
» leurs fonctions à des vibrations . ...
J'aurois de pareilles remarques à faire fur
و د
»
138 MERCURE DE FRANCE.
»
D
"
"
» la ftructure du bel oeil de cet animal' ,
qui a un garde - vue de glace pareil à
>> celui que portent les peuples de la
» France méridionale , & les Efpagnols ,
qui l'appellent entocos ; derrière cette
glace des efpéces de ftors d'une élégance
admirable , des mufcles reffemblans à
» la nacre de perle , & qui outre ces cir-
» conftances curieufes, démontrent aux plus
» incrédules ce que j'ai enfeigné dans le
» traité des fens fur cet organe , fçavoir ,
» qu'il n'eft que les tuniques du cerveau
& le nerf optique développés ..... Les
liqueurs artérielles de la fèche n'offrent
» pas un fpectacle moins curieux. Elle a
>> cinq coeurs : le mouvement tout-à-fait
fingulier de fes fluides n'eſt ni ſtation-
» naire ou ftagnant , ni fimplement pro-
» greffif ou fluctuant , comme dans les
» plantes & certains infectes ; ni régulié-
» rement circulaire , comme chez nous :
» mais une efpéce de milieu entre tout
» cela ; en un mot , une fimple ébauche
» de circulation qu'il eft naturel de ren
» contrer dans un être qui n'eft lui-même
» qu'une ébauche d'animal complet .....
Tout imparfait qu'il eft cet animal , il
» a deux cerveaux féparés par un cervelet
fphéroïde : il a deux glandes pinéales ;
» dont ne jouiffent aucuns des animaux
" :
JANVIER 1765 . 139
»
»
"
» aquatiques. Il feroit bien confolant pour
Defcartes que ces petites glandes fpé-
» cialement accordées à la féche , fiffent
foupçonner qu'elle leur dût l'épithète de
rufée, que lui ont donnée plufieurs Au-
» teurs. Enfin l'intérieur de notre infecte-
» poiffon m'a fourni une multitude de
» chofes curieufes , de phénomènes rares ,
applicables à la fcience du corps hu-
» main , dont les foupçons m'avoient d'a-
» bord animé à approfondir fon méchanifme
, & dont la découverte m'a amplement
dédommagé de mes peines.
ود
»
ود
و د
M. Pinard , Docteur en Médecine , &
Profeffeur Royal de Botanique , lut enfuite
un difcours fur l'économie végétale
, comparée avec l'économie animale.
.
Pour donner à ce fujet toutes les preuves
dont il étoit fufceptible , il a examiné
les végétaux & les animaux dès le premier
moment de leur naiffance , & il les
a faivis dans leurs différens états juſqu'à
léur deftruction .
Cet Académicien a fait voir , d'après
un grand nombre d'expériences faites par
les plus habiles Phyficiens , que les plantes
viennent d'un oeuf comme les animaux ;
que comme eux elles font munies de vaiffeaux
propres à faire circuler les liqueurs
qui les vivifient ; que comme eux elles
140 MERCURE DE FRANCE.
›
croiffent , elles refpirent , elles tranfpirent
& elles fe multiplient ; qu'il en eft même
dont le fentiment eft fi exquis , qu'elles
ne le cédent , pour ainfi dire, pas à quelques-
uns , tels que les moules , les huitres,
&c. Il a enfuite fait remarquer que
deux régnes ont leur enfance , leur âge de
vigueur & celui de la vieilleffe ; qu'ils
font également fujers aux maladies & à.
la mort , & que ce dernier terme leur ,
arrive naturellement par les mêmes caufes.
les
SÉANCE publique de l'Académie des
Belles-Lettres de Marfeille.
L'A'ACCAADDÉÉMMIIEE des Belles- Lettres de Marfeille
tint , felon l'ufage , fon affemblée
publique dans la grande Salle de l'Hôtelde-
Ville le 25 Août dernier , jour de la
S. Louis.
,
Elle avoit cette année quatre prix à diftribuer
, deux d'éloquence & deux de poëfie
: elle n'en a adjugé qu'un à un ouvrage
qui a pour titre : Effai fur l'humanité
Epître aux Nations , dont l'Auteur eſt M.
le Chevalier de la Tremblaye , de Touloufe
elle a donc encore réfervé trois
prix , qu'elle aura à donner avec celui
JANVIER 1765. 141
de l'année prochaine le 25 Août 1765.
Elle propofe les fujets fuivans pour les
deux derniers prix deftinés à l'éloquence.
Quels avantages une Nation peut retirer
de fes revers?
Quellesfont les caufes qui contribuent le
plus à la décadance du goût dans la Littérature
?
Elle a donné pour les deux fujets de
poëfie :
Les Voyages,
Les Mines.
Les Auteurs auront la libertté de les
traiter en Odes ou en Poëmes. Ces ouvrages
doivent contenir cent vers au moins,
& cent cinquante au plus. Les difcours
doivent être bornés à une demi- heure de
lecture .
Le prix de l'Académie eft une médaille
d'or de la valeur de 300 livres , portant
d'un côté le bufte de M. le Maréchal de
Villars , fon fondateur ; & fur le revers
ces mots , Premium Academie Maffilianenfis
, entourés d'une couronne de laurier.
Les Auteurs ne mettront point leurs
noms à leurs ouvrages , mais une fentence
tirée de l'Ecriture fainte , des Peres
de l'Eglife , ou des Auteurs profanes. On
les adreffera à Meffieurs de l'Académie
42 MERCURE DE FRANCE.
des Belles- Lettres de Marſeille . M. le Secrétaire
aura foin de les retirer , & d'envoyer
fon récépiffé à l'adreffe qui lui fera
marquée , ou de le remettre à la perfonne
domiciliée à Marſeille qui lui fera indiquée.
Les paquets feront affranchis ; autrement
ils ne feront pas retirés. Ils ne feront
reçus que jufqu'au premier de Mai.
L'Académie n'exige qu'une feule copie
de l'ouvrage ; mais elle la fouhaite
bien lifible.
Les Auteurs font priés de ne point figner
les Lettres qu'ils pourroient écrire , & de
prendre les plus juftes mefures pour n'être
point connus avant la décifion de l'Académie.
On les avertit que s'ils font connus
par leur faute , leurs ouvrages feront
exclus du concours auffi-bien
› que ceux
en faveur defquels on aura follicité , &
tous ceux qui contiendront quelque chofe
d'indécent , de fatyrique , de contraire à
la Religion ou au Gouvernement,
L'Auteur qui aura remporté le prix
viendra , s'il eft à Marſeille , le recevoir à
l'Affemblée publique de l'Académie le 25
Août ; & s'il eft abfent , il fera préfenter
le récépiffé de M. le Sécrétaire par une
perfonne domiciliée , qui retirera le prix
en fon nom .
JANVIER 1765. 147
PRIX proposé par l'Académie Royale de
Chirurgie pour l'année 1766.
L'ACA
' ACADÉMIE royale de chirurgie propofe
pour le prix de l'année 1766 le ſujet
fuivant :
Etablir la théorie des contre- coups dans
les léfions de la tête & les conféquences
pratiques qu'on peut en tirer.
ر
Le prix fondé , par M. de la Peyronnie ;
fera double cette année , & confiſtera en
deux médailles d'or de la valeur de 500
liv. chacune.
Ceux qui envoyeront des mémoires
font priés de les écrire en françois ou en
latin & d'avoir attention qu'ils foient
fort lifibles.
Les Auteurs mettront fimplement une
deviſe à leurs ouvrages : ils y joindront à
part , dans un papier cacheté & écrit de
leur propre main , leurs noms qualités
& demeure , & ce papier ne fera ouvert
qu'en cas que la piéce ait mériré le
prix.
de
Its adrefferont leurs ouvrages , francs
port , à M. Louis , Secrétaire perpétuel
de l'Académie royale de chirurgie ,
144 MERCURE DE FRANCE.
C
à Paris , ou les lui feront remettre entre
les mains.
Toutes perfonnes , de quelque qualité
& pays qu'elles foient , pourront afpirer
au prix: on n'en excepte que les membres
de l'Académie.
Les deux médailles , ou une médaille
& la valeur d'une autre , à volonté , feront
délivrées à l'Auteur même qui fe fera
fait connoître , ou au porteur d'une procuration
de fa part ; l'un ou l'autre repréfentant
la marque diftinctive , & une
copie nette du mémoire.
>
Les ouvrages feront reçus jufqu'au dernier
jour de Décembre 1765 inclufivement
; & l'Académie , à fon affemblée publique
de 1766 , qui fe tiendra le Jeudi
d'après la quinzaine de Pâques , procla
mera celui qui aura remporté le prix.
L'Académie ayant établi qu'elle donne .
roit tous les ans fur les fonds qui lui ont
été légués par M. de la Peyronnie , une
médaille d'or de deux cens livres à celui
des chirurgiens étrangers ou régnicoles ,
non membres de l'Académie , qui l'aura
méritée par un ouvrage , fur quelque matière
de chirurgie que ce foit , au choix
de l'Auteur ; elle adjugera ce prix d'émulation
le jour de la féance publique , à celui
JANVIER 1765. 145
lui qui aura envoyé le meilleur ouvrage
dans le courant de l'année 1765.
Le même jour elle diftribuera cinq médailles
d'or de cent francs chacune, à cinq
chirurgiens , foit académiciens de la claffe
des libres foit fimplement régnicoles ,
qui auront fourni dans le cours de l'année
1765 un mémoire , ou trois obferva
tions intéreffantes.
>
ACADÉMIE des Belles- Lettres de MONL'ACADÉMIE
TAUBAN.
' ACADÉMIE des Belles - Lettres de Montauban
diftribuera le 25 Août prochain ,
Fête de S. Louis , un prix d'éloquence ,
fondé par M. de la Tour , Doyen du Chapitre
de Montauban , l'un des trente de la
même Académie , qu'elle a deſtiné à un
difcours dont le fujet fera pour l'année
1765 :
La duplicité eft- elle plutôt un vice du
coeur qu'un défaut de l'efprit ?
Sur ces paroles de l'Ecriture fainte : Vir
duplex animo inconftans eft in omnibus viis
fuis : Jacob. 1. 8 .
Ce prix eft une médaille de la valeur de
deux cens cinquante livres , portant d'un
II Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
côté les armes de l'Académie , avec ces
paroles dans l'exergue : Academia Mon-:
talbanenfis fundata aufpice LUDOVICO XV,
P.P. P. F. A. imperii anno XXIX : Et fur
le revers ces mots renfermés dans une
couronne de laurier : Ex munificentia viri
Academici D. D. Bertrandi de la Tour ,
Decani Ecclef, Montalb. M. DCC . LXIII .
Les Auteurs font avertis de s'attacher
à bien prendre le fens du fujet qui leur
eft propofé , d'éviter le ton de declamateur
, de ne point s'écarter de leur plan
& d'en remplir toutes les parties avec
jufteffe & avec préciſion.
Les difcours ne feront , tout au plus ,
que de demi - heure , & finiront par une
Courte prière à JESUS - CHRIST,
On n'en recevra aucun qui n'ait une
approbation fignée de deux Docteurs en
théologie.
Les Auteurs ne mettront point leur
nom à leurs ouvrages , mais feulement
une marque ou paraphe , avec un paffage
de l'Ecriture fainte ou d'un Père de l'Eglife
, qu'on écrira auffi fur le regiftre du
Secrétaire de l'Académie.
lls feront remettre leurs ouvrages par
tout le mois de Mai prochain entre les mains
de M. de Bernoi , Secrétaire perpétuel de
l'Académie , en fa maiſon rue Montmų
JANVIER 1765. 147
•
tat, ou en fon abfence , à M. l'abbé Bellet
, en fa maiſon , rue Cour- de-Toulouſe.
Le prix ne fera délivré à aucun qu'il ne
fe nomme , & qu'il ne fe préfente en perfonne
, ou par procureur , pour le recevoir
& figner le difcours.
Les Auteurs font priés d'adreffer à M.
le Secrétaire trois copies bien liſibles de
leurs ouvrages , & d'affranchir les
paquets
qui feront envoyés par la poſte.
Le prix d'éloquence de cette année a
été adjugé au difcours qui a pour fentence
: Gloriamfapientes poffidebunt , flultorum
exaltatio ignominia. Prov. 111. 35.
L'Auteur de ce diſcours , qui vient de
réclamer le prix , eft le R. P. FIZES , de
la Doctrine Chrétienne , de S. Rome , à
Toulouſe .
M. le Préſident de Varaiſe a fait cette
année les ouvertures de la Cour des Aydes
à la S. Martin. Il a dans cette occafion
prononcé un difcours fur l'humeur.
Quelqu'un qui avoit été invité à l'une
des fêtes qu'il donna enfuite au Public ,
n'ayant pu y affifter ,
fuivans :
lui
envoya
les vers
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Hier chez toi je manquai de me rendre.
Mais je penfe qu'en m'attendant ,
Tu n'eus garde à l'humeur de te laiffer furprendre .
Tu n'es point fait , cher Préſident ,
Pour en donner , ni pour en prendre .
I
MÉDECINE.
AU
PUBLIC. AVIS Si la petite vérole enleve la quatorziéme
partie des hommes : fi elle défigure ou mutile
plufieurs de ceux qui en font attaqués :
fi elle tient dans des allarmes continuelles
ceux qui la craignent pour eux ou pour
les autres , elle eft un des plus grands fléaux
qui affligent l'humanité .
Si l'inoculation fauve ces victimes dévouées
à la mort ; fi elle délivre la fociété
de ces allarmes cruelles : l'établir & l'étendre
, c'eft faire aux hommes un des plus
grands biens qu'on puiffe leur faire.
Après tant d'ouvrages démonſtratifs en
faveur de l'inoculation , avec l'exemple &
les faits que fourniffoient les nations étran
gères , il femble qu'il ne manquoit plus à
la France qu'un certain nombre de faits
domeftiques bien conftatés quelques ,
JANVIER 1765 . 149
exemples récents , quelques autorités ref
pectables , pour y établir à jamais cette
pratique utile. Ces faits , ces exemples ont
été mis fous les yeux , cependant l'inoculation
eft encore combattue par l'intérêt &
les préjugés.
On
peut
dire que le temps
s'approche
où l'intérêt
démafqué
n'en
impofera
plus
à perfonne
. Mais
comment
détruire
des
préjugés
déja attaqués
avec tanr de force
,
& qui fe foutiennent
encore
?
Et jettant des yeux attentifs fur l'état
actuel de l'inoculation en France , on reconnoît
que le plus opiniâtre de ces préjugés
, & prefque le feul qui refte aujourd'hui
, eft la crainte du retour de la petite
vérole naturelle après la petite vérole
inoculée.
C'eſt une chofe bien étonnante & vraie
pourtant , que cet obftacle fi puiffant aux
progrès de l'inoculation , doit fon exiſtence
& toute fa force dans les efprits , à la perfection
même qu'a reçu la méthode d'inoculer
dans ces derniers temps . C'eft furtout
depuis qu'elle eft devenue plus fimple
& plus fûre entre le mains des inoculateurs
, qu'on a fait ce reproche à l'inoculation
; de forte que la même nation &
les mêmes perfonnes qui avoient rejetté
l'inoculation avec horreur , comme une
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
pratique homicide , la repouffent aujour
d'hui parce qu'elle donne une maladie
trop legère.
Pour défendre l'inoculation ainfi attaquée
, & pour détruire un préjugé fi contraire
aux progrès & à la perfection de
cette pratique , on a écrit , on a raiſonné ,
on a cité des fairs , les faits les plus frappans
, les raifonnemens les plus démonftratifs
; tout a été inutile. On voit qu'il y
a des préjugés dont la raifon ne fçauroit
triompher , & qu'il faut attaquer avec
d'autres armes . On croit avoir ces armes
entre les mains & on eft réfolu de les
employer.
>
Il ne peut refter de doute fur la potlibilité
du retour de la petite vérole après
l'inoculation , que parce qu'un fait de
cette efpéce , fi jamais il eft arrivé , n'a
pas été obfervé avec affez de foin , conſtaté
avec affez de précautions , répandu avec
affez de publicité. Pour obtenir ce foin
ces précautions , cette publicité , le feul
moyen eft d'exciter l'attention par le motif
d'intérêt , en établiſſant un prix pour
celui qui fournira des preuves du retour
d'une feconde petite vérole après l'inoculation.
Si quelque inoculé reprenoit la petice
vérole , l'intérêt qu'on auroit à faire
conftater un femblable fait lui donneroin
JANVIER 1765. ISK
le dégré d'authenticité qu'il doit avoir
pour régler la conduite du Gouvernement
& celle des particuliers relativement à
l'inoculation .
Si au contraire cet événement n'a pas
lieu dans un espace de plufieurs années ,
& après un grand nombre d'inoculations ,
on pourra légitimement en inférer
qu'il n'arrive jamais , ou qu'il arrive ſi rarement
, qu'il ne doit entrer pour rien
dans les motifs qui peuvent déterminer à
faire rejetter l'inoculation.
Dans cette vûe on a déposé une ſomme
de douze mille livres chez M. Batailhe
Defrancés , Receveur général des Finances
, place Vendôme, pour en former un
prix pour celui qui fournira des preuves
d'une feconde petite vérole furvenue à
une perfonne qui l'aura déja eue par l'inoculation
.
que
Afin l'établiſſement de ce prix procure
au Public les avantages qu'on a droit
d'en attendre , on comprend qu'il eſt nécelfaire
de prendre des précautions pour
conftater l'existence & la réalité , tant de
la petite vérole du Sujet , par inoculation ,
que de la petite vérole , foit difcrette , foit
confluente , qui lui furviendroit dans la
fuite.
Pour la petite vérole
par l'inoculation
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
l'atteftation de M. Petit , médecin de Mgr
LE DUC D'ORLÉANS , ou de M. Tronchin,
de Genève , ou de M. Gatti , médecin
confultant du ROI , ou de M. Hofti ,
médecin de la Faculté de Paris , chacun
d'eux pour leurs inoculés , fuffira pour
mettre celui qui la préfentera en droit de
répéter le prix , s'il arrivoit que la perfonne
inoculée cût une feconde petite
vérole.
Mais quoiqu'on regarde comme fuffifante
l'atteftation d'un feul de ces meffieurs
, parce que leur expérience les met
à l'abri de l'erreur , on fent que l'autorité
d'un nouvel inoculateur,moins expérimenté
dans cette pratique & moins connu , ne
donneroit point à un fait de cette efpéce
une affez grande certitude , far- tout lorfque
l'inoculation fera plus répandue , &
le nombre des inoculateurs plus grand .
Ainfi , pour tout autre inoculateur , on
exigera avec fon certificat , celui de fix
Médecins de la Faculté de Paris.
Quant à la feconde petite vérole : pour
une petite vérole confluente , on exige
l'atteftation de quatre Médecins qui ayent
vu le malade une fois dans le cours de la
maladie ; & pour une petite vérole difcrette
, plus difficile à diftinguer , l'atteſtation
de huit Médecins de la Faculté de
JANVIER 1765 . 153
Paris , dont un foit de ceux qui pratiquent
Finoculation , & qui ayent vu le malade
dans les périodes qui caractérisent effentiellement
la maladie.
Pour achever d'éclairer le Public fur les
avantages ou l'inutilité de la pratique de
l'inoculation , le prix fera accordé aux
mêmes conditions à celui qui donnera les
mêmes preuves d'une feconde petite vérole
, foit difcrette , foit confluente , par
une feconde inoculation .
On ne doit pas ignorer qu'il furvient
quelquefois aux perfonnes expofées fortement
à la contagion , des boutons qui
reffemblent à la petite vérole , & qui participent
peut-être de fa nature. Mais ces
boutons étant nn mal local , qui n'affecte
point le total de l'économie animale &
l'état de la fanté , & n'étant point accompagnés
des autres caractères effentiels de
cette maladie , ne peuvent être regardés.
comme une petite vérole véritable.
Ce dépôt ne fubfiftera que pendant fix
ans , à compter du premier Janvier 1765 .
Une ville auffi confidérable que Paris doit
fournir dans cet efpace de temps un affez
grand nombre d'inoculations pour que les
exemples d'un retour de petite vérole s'y
préfentent , s'ils doivent avoir lieu.
Voilà le moyen qu'on a cru cru devoir
Gy
4 MERCURE DE FRANCE.
prendre pour décider enfin une queftion
fi intéreffante pour le bien public. En faifant
cette démarche , on a principalement
en vûe les progrès & la perfection de l'inoculation
, le bien des hommes & la vérité.
On fe flatte d'obtenir l'approbation de
toutes les perfonnes fur lefquelles ces motifs
ont quelque pouvoir..
Allemagne 1764.
DANS le Comté de Sayn- Hackenburg ,,
au Cercle de Weftphalie, une Sage- femme:
a hérité de fa mère , Sage-femme auffi ,.
le fecret d'adminiftrer fans aucun inconvénient
aux enfans naiffans , un préfervatif
contre la petite vérole . Lorfque des.
circonftances rares empêchent de finir l'opération
, il ne leur vient tout au plus
qu'une dixaine de boutons. Le Curé attefte!
l'expérience conftante. Ceux qui fouhai--
teront de s'en informer plus particuliérement
, n'auront qu'à s'adreffer à M. Wredow
, Secretaire , à Hackenbourg , du côté
de Coblentz.
LES vertus des pilules toniques du Docteur
Bacher , Médecin à Theim en Alface
, fe trouvent inférées en gros dans le
Mercure de Novembre 1764 , page 102.
JANVIER 1765. ISS
Aujourd'hui , & dans les Mercures fuivans
, on verra avec plaifir leurs vertus
en détail , foigneufement rapportées dansdes
obfervations fort intéreflantes des cured'hydropifies
faites à Paris fous les yeux
des plus habiles Médecins.
Hydropifie afcite furvenue à la fuite de la
petite vérole , guérie par les pilules
toniques du Docteur BACHER.
* Une fille âgée de douze ans fut attaquée
de la petite vérole il y a deux ans ;
& quoique fon corps fût abfolument couvert
de boutons , la matière variolique ,
thop abondante , ne put fortir en entier
par l'éruption , & il en reflua une partie
fur les vifcères du bas -ventre. A force de
foins elle réchappa de cette maladie ; mais
il lui reſta un abattement général , & un
certain mal -aife par tout le corps , & de
fréquentes défaillances de coeur. Son appétit
fe perdit , & le fommeil s'évanouit.
Les parens les premiers s'apperçurent
d'un mouvement de coeur extraordinaire
& irrégulier. Les Médecins jugerent que
c'étoit un ancurifine.
*
Louife Langlais , fille de Jeanne Langlois ,
cuisinière de M. de Colabeau dans la rue
Vivienne
>
Gvi
156 MERCURE DE FRANCE.
La matière variolique , tranfportée par
métaftafe fur les vifcères du bas- ventre
avoit dû caufer des engorgemens & une
fiévre lente & des obftructions , & le mal
devoit augmenter ; en effet , l'hydropifie
commença à fe déclarer ; de jour en jour
l'enflure devenoit plus confidérable ; les
parties fupérieures maigriffoient à mefure
que les inférieures enfloient davantage :
un dégoût pour tous les alimens , une foif
ardente & une grande difficulté de refpirer
, tourmentoient la malade , qui, quoiqu'avec
un penchant continuel' au fommeil
, ne pouvoit que très-rarement en
goûter les douceurs.
Les diurétiques , les hydragogues &
autres remédes ufités en pareil cas, pendant
fix mois furent mis en ufage : on prefcrivit
une diète féche & rigoureufe ; on défendit
toute boiffon . En réfléchiffant fur
la caufe de la màladie , on doit s'appercevoir
qu'un pareil traitement , loin de
foulager la malade , devoit au contraire
agraver fon mal. En effet , les obftructions
augmenterent ; la difficulté de refpirer
devint plus confidérable & la foif
plus preffante la langue & le gozier fe
deffécherent ; la maigreur du vifage , de
la poitrine & des bras étoit extrême.
:
>
L'enflure des parties inférieures augmenJANVIER
1765. 157
toit ; l'urine étoit plus rare & plus briquetée
; l'étranglement & la foibleffe du
pouls ; le dégoût de tout aliment ; un fom--
meil léthargique ; des yeux cavés & mourans
; un étouffement continuel , & enfin
l'extrême foibleſſe de la malade , faifoient
craindre chaque jour pour fa vie.
Tel étoit l'état de la maladie au 9 de
Mai 1764 , lorfque je fus appellé . Je preſcrivis
la méthode fuivante :
La malade prit pendant trois jours , le
matin , vingt- quatre pilules toniques , huir
à 7 heures , huit à 9. heures , & huit à 11
heures. Le quatrième jour elle interrompit
les pilules , pour les reprendre le cinquiéme
& les continuer pendant trois jours,
les interrompre le quatrième , & ainfi de .
fuite. Sur chaque prife elle avalla ou d'une
tifanne faite avec le chiendent , les raifins
de corinthe & un peu de canelle , ou
un bouillon.
La diète étoit humectante & délayante ;
je permettois à la malade de boire à fa
foif d'une boiffon convenable , & le jardinage
point venteux ne fut pas défendu.
L'expérience & l'aphorifme IX de la ſect. 2.
d'Hypocrate confeillent ce régime dans la
plupart des hydropifies.
Dès le troifiéme jour de la cure la foif
fut moins preffante , le ventre plus libre ,
158 MERCURE DE FRANCE.
poules
urines percerent ; l'appétit revint & le
fommeil reparut. Le quinziéme jour l'enflure
diminua à vue d'ail. Je fis prendre à
la malade trois fois par jour d'une gélee
faite avec de la rafure de corne de cerf,.
du jarret de veau, & des eftomacs de
lets pulvérifés : on ajouta fur la fin de la
cuiffon la moitié d'une orange. Elle prit
chaque fois une bonne cuillerée de cette
gelée fondue dans un bouillon . L'extrême
maigreur de la malade exigeoit ce fecours.
On foutenoit fes forces par une nourriture
aifée à digérer : on lui donna auffi
des fruits cuits avec du fucre & de la cannelle
, & de temps en temps des confitures.
L'enflure ne parut prefque plus au bout
de fix femaines , & à la fin du fecondmois
de la cure les battemens du coeur
étoient moins forts & moins fréquens.
Ses bras reprirent une nouvelle chair , &
des couleurs naturelles ranimerent fon
teint. Ces heureux changemens prouvent
que c'eft le propre des pilules toniques:
de fecourir la nature , d'aider & d'accélé
rer les efforts qu'elle fait en faveur de la
fanté. Elles répondent particuliérement
aux vues d'Hypocrate. Voyez aph . XXI &
XXV de la fect. 1 & l'aph , LI de la
fect. 2..
JANVIER 1765 159
Pour continuer des effets auffi heureux
, je confeillai à la convalefcente de
prendre pendant trois femaines tous les
huit jours les pilules toniques , à la
manière accoutumée ; enfuite tous les
quinze jours pendant deux mois . Actuellement
elle en prend tous les mois
pendant trois jours de fuite , & je lui ai
encore confeillé cette méthode pendant
quelque temps. Voyez Hypocrate , aph.
XII . de la fect. 2. Celfe eft encore du même
avis , il veut qu'on continue pendant
quelque temps les remédes qui ont rendu
la fanté. Voyez fon Livre IV. chap 5 .
Cette jeune fille , qui fix mois auparavant
touchoit aux portes du tombeau
jouit maintenant d'une bonne fanté & de
la gaîté ordinaire à fon âge. La nature
chez elle fait librement toutes fes fonctions
, elle grandit & prend de l'embon
point.
Les pulfations du coeur , qui dépendent
d'un ancurifme , qui eft un vice de conformation
,. font moins fréquentes &
moins fortes , parce que le fang n'eft plus.
gêné dans fa circulation par les engorgemens
& les obftructions , qui font dillipées.
Cette obfervation , avec une infinité
d'autres , prouvent évidemment les heureux
effets des pilules toniques dans les
hydropifies.
160 MERCURE DE FRANCE .
Nous foulignés Docteur en Médecine &
Médecin ordinaire de S. A. S. Monfeigneur
le Duc d'Orléans ; certifions avoir été témoins
du bon effet des pilules toniques du
Docteur Bacher dans la maladie de la perfonne
ci-deffus nommée , en foi de quoi
nous avons donné le préfent certificat. A
Paris ce 27 Décembre 1764.
PETIT.
JANVIER 1765 . 16r
ASTRONOMI E.
·URANOGRAPHIE , ou Defcription du Ciel
en deux hémisphères , calculés & conftruits
pour l'année 1763. Par M. ROBERT DE
VAUGONDY , Géographe ordinaire du
Roi , de S. M. Polonoife , Duc de Lorraine
& de Bar , & de la Société Royale
des Sciences & Belles-Lettres . A Paris ,
chez l'Auteur , quai de l'horloge , proche
le Pont- Neuf, & Ant. Boudet , Imprimeur
du Roi , rue St. Jacques ; 1764 ;
avec approbation & privilége du Roi.
CETTE brochure in-4° de 23 pages eft
un mémoire qui contient la defcription
& les ufages des deux hémisphères , qui
ont chacun vingt- deux pouces de diamètre.
L'Auteur y rend compte de la différence
qui fe trouve entre ces hémisphères
& ceux que l'on a publiés jufqu'à préfent.
Sans parler des conftellations
nouvelles
de feu M. l'Abbé de la Taille
dans la partie auftrale du ciel , qui de
l'hémisphère en font un morceau tour
162 MERCURE DE FRANCE.
neuf, l'on y voit dans les deux le zodiaque
déterminé pour fa largeur , & divifé de
dégrés en dégiés pour les longitudes & les
latitudes des planettes ; & de plus , un horifon
particulier , tel que celui de Paris ,
avec une échelle , au moyen de laquelle
& de la table qui eft à la fin du mémoire
, l'on peut tracer un horizon propre
à une hauteur quelconque de pôle .
Ces hémisphères font imprimés fur
grand aigle en deux couleurs , favoir en
noir pour en faire l'effentiel , tel que les
cercles , les étoiles & leurs noms , avec -
les caractères grecs & latins de Bayer &
de M. de la Caille ; & en rouge pour les
figures des conftellations. Il ne faut que
paffer au centre de ces hémisphères une
foie avec une petite perle , pour détermiminer
les afcenfions droites & les déclinaifons
des étoiles , & pour exécuter tous
les problêmes pour lefquels l'on étoit convenu
d'avoir recours à une monture en
carton , qui en augmentoit confidérablement
le prix.
Nous ne nous étendrons point davantage
fur la nature de ces hémisphères ; il ſuffira
de recourir au mémoire.
Le prix de ces deux hémisphères , avec
le mémoire , eft de 6 liv. 12 fols . Ils fe
vendent chez M. Robert , géographe ordiJANVIER
1765. 163
naire du Roi , quai de l'horloge du Palais
, proche le Pont-Neuf.
ARTICLE I V.
BEAUX ARTS.
ARTS UTILES.
CHIRURGIE.
OPÉRATION DE LA TAILLE.
EXTRAIT de la Feuille Hebdomadaire de
la haute &baffe Normandie , du 5 Octobre
1764.
DANS ANS notre Feuille du 17 Août der
nier , nous avons annoncé que M. LE CAT
avoit fait à l'Hôtel- Dieu fa taille d'automne
, qui confiftoit en fix pierreux , opérés
en 16 minutes 5 fecondes : il en a fait
quatre autres depuis avec la même célérité
& le même fuccès. Tous ces taillés
font parfaitement guéris ; & ce qui fait
le plus grand éloge de fa méthode , c'eft.
que quatre de ces dix pierreux étoient de
164 MERCURE DE FRANCE.
très mauvais fujets ; l'un d'eux avoit des
obftructions au bas ventre : il venoit d'avoir
la petite vérole ; les croutes en étoient
à peine tombées quand il fut taillé : il
avoit trois pierres , dont deux fe briferent
& rendirent la taille laborieufe : trois
autres étoient des teigneux , arrivés au
printemps , & dont on avoit différé la
taille jufqu'à la guérifon de leur teigne :
l'un d'eux étoit comme étique & en langueur
, par les douleurs de fa pierre &
une fiévre lente : on a cru plufieurs fois
le voir mourir avant la guérifon de fa
teigne & le temps de la taille d'automne .
Enfin un cinquiéme avoit une pierre de
quatre pouces & demi de long , & quatre
pouces de circonférence : la plupart de ces
dix pierreux étoient levés au bout de huit
jours. Si l'on fe rappelle les huit années
confécutives pareillement heureuſes ,
annoncées dans la Feuille du 15 Juin dernier
, & neuf toutes femblables des années
antécédentes , auffi opérées à l'Hôtel-
Dieu , rapportées dans la même Feuille
& dans celle du 30 Juillet 1762 , on conviendra
que des fuccès fi nombreux & fi
conftans , dont on ne croit pas qu'il fe
trouve d'exemples , ne peuvent être dûs
qu'à fon excellente méthode (1 ).
و
(1) On voit que l'Auteur-Imprimeur de cetre
JANVIER 1765. 165
• · •
P. S. Nous venons d'apprendre par une
Lettre du 4 Octobre que M. Vandergracht
, lithotomiſte de Lille , a taillé cette
année dix- huit Sujets avec le gorgeret ciftitome
de M. LE CAT ; & par une autre
du 25 qu'il en a encore taillé fix
autres , & que ces vingt- quatre Sujets font'
guéris. Un éleve de M. Vandergracht ,
établi à Berg-op - zoom , en a auffi taillé
trois avec le même fuccès , & l'on a vu
dans la Feuille du 15 que M. Dumont , de
Bruxelles , qui fe fert des mêmes inftrumens
, a également fauvé tous ceux qu'il
a taillés ce printemps ; & il vient de nous
mander par une lettre du 2 Novembre
que quatre autres qu'il a taillés cet automne
font encore guéris . Cela fait pour
cette feule année 1764 quatorze taillés
de M. LE CAT ; vingt- quatre de M.
Vandergracht ; trois de fon Eléve ; huit de
M. Dumont ; en tout quarante - neufpierreux,
tous guéris par cette taille, fans.compter
les fept autres années antécédantes à
>
Feuille Hebdomadaire eft fort modefte dans fes
éloges de la manière de tailler de M. le Cat , &
qu'il n'ofe prononcer , malgré ces preuves a la
portée de tout le monde , qu'une taille dont les
fuccès font tels qu'on les croit fans exemple ,
la plus excellente des méthodes ; mais il faut pardonner
cette réſerve à un ami , à un protégé du
Frere C....
eſt
168 MECURE DE FRANCE.
1764 ,
confécutivement
heureufes à l'Hôtel-
Dieu de Rouen , & les neuf autres années
plus anciennes. Cet accord conſtant
de fuccès , auffi fingulier que nombreux ,
dans diverfes Provinces , & par trois Chirurgiens
différends
ne transforme- t- il
pas en démonftration les preuves précédentes
de la prééminence
de cette méthode
fur toutes les autres ?
,
HORLOGERI E.
REMARQUES faite par le fieur TAVERNIER
, Maître Horloger de Paris , fur
le précis d'un Mémoire annoncé dans le
Mercure du mois d'Août 1764 , concernant
une montre de conftruction nouvelle ,
préfentée à l'Académie Royale des Sciences
par le fieur HERVÉ , & approuvée
de cette même Académie.
SUIVANT
UIVANT
l'explication
que le fieur Hervé
fait de cette Montre
, quant à la partie
des quantiémes
, elle imite fi fort celles
que j'ai faites depuis
plufieurs
années
que je me trouve
obligé
de répondre
à
fon Mémoire
. Il y a plus de quinze
ans
que j'ai compofé
la première
Piéce dans
JANVIER 17651 367
te genre. J'ai imaginé depuis plufieurs
changemens à ces fortes de Montres ; les
premières marquent le tout fur un feul cadran
; je les ai faites enfuite avec deux
cadrans , tant celles à répétition que fans
répétition ; la boîte eft à jour par - deffous
, avec un criſtal , à travers lequel fe
voit un cadran d'or , ayant à fon centre
une aiguille qui marque les jours de la
femaine ces jours font gravés fur le cadran.
En haut eft une ouverture en demicercle
, par où fe voyent les phafes de la
lune & fon quantiéme. Dans les côtés
font d'autres ouvertures , par lefquelles on
connoît les années , les mois & le quantiéme
du mois : on y remarque auffi un
petit cadran où eft placée une aiguille qui
fert à remettre les quantiémes lorfqu'il en
eft befoin. En-bas eft un autre petit cadran
avec une aiguille pour avancer &
retarder la montre , le tout eft d'une fymmétrie
gracieufe. Le cadran de deffus eft
d'émail , marquant les heures & les minutes
à l'ordinaire . Autour de la fauffe
plaque eft marquée l'équation du foleil.
pour tous les mois de l'année , en trois
époques chaque mois. M. Hervé fait valor
comme une invention merveilleufe ·
de faire mouvoir fa cadrature par la pulfion
du crochet de fufée , ce qui en fais
168 MERCURE DE FRANCE.
( dit- il ) feul le mérite , puifque l'on n'avoit
encore rien produit dans ce genre ,
qui pour être mû , ne fût relatif à la force
motrice , & qu'ainfi fes Montres font
exemptes des défauts qu'avoient celles de
nos Anciens.
Je conviens avec lui que les anciennes
piéces à quantiéme étoient très - défec-'
tueufes , par la quantité de frottemens
qu'exige leur compofition , ce qui altere
la force motrice .
Mais M. Hervé eft-il le premier qui
ait imaginé de faire changer les quantiémes
par le crochet de fufée en remontant
la montre. Il eft certain que j'ai vu des
piéces à quantiéme fimple produifant le
même effet , & que je pourrois nommer
plufieurs Horlogers qui ont fait ufage decette
mérhode , qui certainement n'eft pas'
nouvelle mais connoiffant les défaurs qui
en résultent , je me fuis bien gardé de la
mettre en pratique. La première raifon eft
que le quantiéme doit fe changer à minuit
; & comme il n'agit que quand l'on
remonte ces fortes de Montres , les perfonnes
à qui elles appartiennent ne veulent
pas toujours s'affujettir au foin de les
remonter à minuit ; dans ce cas leurs Montres
marquèront un jour pour l'autre : de
plus , l'on peut n'être pas bien affuré de
les
JANVIER 1765 . 169
les avoir remontées , & effayer de les remonter
une feconde fois ; pour- lors les.
Montres marqueront un jour de plus que
celui où l'on eft , & tout eft dérangé. II
étoit donc néceffaire de trouver un autre
moyen qui en même temps n'altérât pas
la force motrice ; cela ne pouvoit ſe faire
qu'en faifant conduire les quantiénes par
un pignon peu nombré , adapté fur le pivot
de la fufée : la difficulté étoit qu'en remontant
la fufée , le pignon ne pût pas
bouger , & qu'en fe dévidant elle le con-:
duifit : c'est ce que j'ai trouve moyen de
faire bien plus , mes quantiémes roulent
tous fur leurs centres , & par ce moyen
n'exigent prefque pas de force pour les
conduire ; de façon que la marche n'en eft
aucunement altérée . L'on peut la remonter
à telle heure , & tant de fois que l'on
voudra , fans rien déranger. Un autre
avantage que mes Montres ont , tant fur
celles de M. Hervé que fur toute autre dans
ce genre , c'eft qu'on n'eft pas obligé de:
remettre le quantiéme quand le mois n'a
que trente jours : il fe change de lui-même
pour les mois de trente jours comme pour
ceux de rrente-un ; il n'y a que le feul
mois de Février qu'il faut remettre. Outre
cela , les années peuvent fe renouveller
II Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
jufqu'à mille ans , fi l'on veut , fans que
l'ouvrage en foit altéré en rien.
Quand j'ai compofé cette Montre , jei
l'ai fait dans l'intention de fervir d'almanach.
En effet , je ne crois pas que l'on
puiffe rien imaginer de plus commode
qu'une telle piéce , qui du premier coup
d'oeil montre l'année , le mois , le quantiéme
du mois , les jours de la femaine ,
les phaſes de la lune & fon quantiéme
l'équation du foleil , les heures , les minutes
, & même les fecondes , & à répé- .
tion , le tout fans autre fujettion que de
la remonter comme une montre ſimple.
L'expérience de plufieurs années de marche
de mes montres , à la fatisfaction de
ceux qui en font poffeffeurs , en fera voir
l'utilité. J'ai eu l'honueur d'en faire une
pour le Roi , qui étoit auffi à répétition
& à fecondes ; je l'ai livrée en Février
1762 , Je fuis actuellement après une pareille
, qui fera finie inceffamment. Il n'étoit
-pas naturel qu'étant l'inventeur de
cette piéce , je la laiffaffe paffer au nom
d'un autre , dont la compofition eſt trèsinférieure
à la mienne.
Il eft vrai que M. Hervé peut ignorer
qu'il ait exifté de telles Montres, n'ayant
jamais été annoncées ni dans le Mercure ni
dans aucuns Journaux ; même je ne l'auJANVIER
1765. 171
rois peut-être jamais fait fans cette circonftance.
A l'égard de fa nouvelle cadrature de
répétition , je ne lui difpute pas d'en être
l'inventeur. Pour moi je m'en tiens aux
effets des répétitions ordinaires , comme
étant infiniment plus intelligibles & pluscommodes.
ARTICLE I V.
BEAUX ART S.
GRAVURE .
Les planches gravées par le célebre Ba
ES
lechou , mort à Avignon le 18 du mois
d'Août 1764 , font à vendre : elles cou
fiftent en trois marines d'après M. Vernet ,
connues fous les noms du Calme , de la
Tempête & des Baigneufes , & une Sainte
Genevieve d'après M. Carles Vanloo. Les
perfonnes qui defireront de les acquérir
font priées de s'adreffer à M. Balechou
à Arles.
Les Pêcheurs Napolitains , eftampe gravée
par Anne Philberte Coulet , d'après
le tableau original de Jofeph Vernet, haut
d'un pied neuf pouces & demi , fur un
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
pied cinq pouces & demi de large , tiré
du cabinet de M. de Billy. Se vend à Paris
, chez l'Empereur , graveur du Roi ,
rue & porte S. Jacques , au-deffus du petit
marché. Le prix eft de 3 liv.
>
MM . Cochin & le Bas , graveurs du
Roi , avertiffent que le Lundi 28 Janvier
1765 on commencera à délivrer chez
M. Chardin , Tréforier de l'Académie
Royale de peinture & de fculpture , aux
galeries du Louvre , les eftampes de la
troifiéme foufcription des ports de France
gravées d'après les tableaux originaux de
M.Vernet.
Ces eftampes font :
La vue duport & d'une partie de la ville
de Bordeaux , prife du côté des Salinières.
Une autre vue du même , priſe du Château
Trompette,
La vue de Bayonne , priſe à mi - côté
fur le glacis de la citadelle,
Une autre vuë de Bayonne , prife de
l'allée de Foufiers , près de la porte de
Moufferole.
JANVIER 1765. 173
MUSIQUE
ANTHOLOGIE Françoife , ou Chansons
choifies de tout les genres & de tous les
âges , par le fieur MONNET , ci -devant
Entrepreneur de l'Opéra- Comique.
L'OBJET OBJET de l'éditeur , en offrant ce recueil
au Public , eft , dit- il dans le Prof
pectus de l'ouvrage , d'élever au génie
chanfonier de la Nation Françoife , un
monument où l'on retrouve ce qu'elle a
produit en ce genre de plus ingénieux
de plus délicat , de plus plaifant & de
plus gai d'âge en âge , depuis les commencemens
de notre poéfie jufqu'à ce temps.
>
Ce qu'il propofe aux Amateurs eft donc
une fuite des meilleures chanfons depuis
nos plus anciens chanfonniers , jufques &
compris les plus récens.
Ce nouveau recueil formera trois volumes
in- 8° d'un format commode & portatif.
Tous les genres de chanfons y entreront
, & par conféquent on y verra les
progrès de cette poéfie dans fes divers âges
& dans toutes fes propriétés.
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
Il y aura des notes pour expliquer l'hiftorique
de certains couplets , & pour faire
connoître les auteurs.
Le premier couplet de chaque chanfon
fera noté , avec des caractères femblables
à l'effai qu'on a mis dans le Profpectus.
La plupart des chanfons ont été mifes
fur des airs nouveaux par d'habiles compofiteurs.
Quant aux paroles , toutes celles
qui , dignes d'ailleurs d'être confervées
étoient tachées de quelques incorrections ,
ont été corrigées ou reftituées par de
bonnes mains.
Les trois volumes feront ornés d'eftampes
, de vignettes , de fleurons & de
culs de lampe , deffinés & gravés par les
meilleurs maîtres.
Le premier tome aura pour Préface un
mémoire hiftorique fur l'origine de la
chanfon & fur fes progrès en France.
Le caractère de l'impreffion & celui de
la mufique , gravés & fondus par le fieur
Fournier lejeune , font neufs. Le dernier
eft le plus beau & le plus petit caractère
qu'il y ait en ce genre dans l'Europe ,
& c'eft pour la première fois , qu'on l'emploie.
A l'égard du papier, on en a fait fabriquer
exprès , fort fupérieur par la blan
JANVIER 1765 . 175
>
cheur & la qualité au papier d'Hollande.
M. Monnet auteur de ce nouveau
choix de chanſons , & qui a déja donné
des preuves de fon goût & de fon intelligence
dans la direction de l'Opéra - Comique
, n'a rien négligé pour remplir l'objet
qu'il s'étoit propofé pour ce recueil. Il
a de plus eu l'avantage de fouiller les bibliothèques
publiques , les cabinets particuliers
, & un grand nombre de portefeuilles
, qu'on s'eft fait un plaifir de lui ouvrir.
C'eft ainfi qu'il eft parvenu à le
faire
des
Il ajoute dans fon Profpectus qu'il n'a
pas la préfomption de laiffer croire au Public
que le choix de ces trois volumes
foit uniquement fon ouvrage ; que
gens de lettres connus , & des gens du
monde , dont plufieurs fe font acquis de
la célébrité dans ce genre, ont bien voulu
l'aider dans ce travail.
Cet ouvrage paroîtra le IS Avril prochain.
Les conditions de la foufcription ,
pour laquelle on ne demande point d'atgent
d'avance , font dans le Proſpectus
que l'on trouvera à Paris chez
Ballard , rue des Noyers .
Barbou , rue & vis-à- vis la grille des
Mathurins.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
Duchefne , rue S. Jacques.
Panckoucke , rue de la Comédie .
Lutton , au Bureau du Mercure rue
Ste Anne , & dans toutes les principales
villes de la Province & du Pays étranger .
›
JANVIER 1765. 577
ARTICLE V.
SPECTACLE S.
<
SPECTACLES DE LA COUR.
A
VERSAILLES ,
Sur le Théâtre du Roi .
ORDONNÉS par M. LE MARECHAL DUC
DE RICHELIEU , Pair de France, &c. &c.
Premier Gentilhomme de la Chambre du
Roi en exercice ; conduits par M. PAPIL
LON DE LA FERTÉ , Intendant des
Menus-Plaifirs & Affaires de la Chambre
, &c.
M. Rebel , Chevalier de Saint Michel, Surintendant
de la Mufique du Roi , de ſemeſtre.
L- Mercredi z du préſent mois , les
Comédiens Italiens jouerent les Fières
rivaux , comédie italie ne de M. GOLDONI
, qui fut fuivie du Serrurier , comédie
en un acte , mêlée d'ariettes ; mufique de
Hiv
178 MERCURE DE FRANCE .
M. KOôr , de la Mufique de Son Alteffe
Séréniffime Mgr LE PRINCEDE CONTI ; paroles
de M. QUÉTANT.
Le Samedi 6 les Comédiens François
repréfenterent Athalie , tragédie de RACINE.
Le fieur BRIZARD joua le rôle du
Grand-Prêtre. Le fieur BELLECOUR , celui
d'Abner. Le fieur DUBOIS , Nathan ,
&c. Le rôle d'Athalie étoit rempli par la
Dlle DUMESNIL. Joas , par le fieur GARDEL.
Jofabeth , par la Dlle DuвOIS . Les
deux Fils de Joad , par les Dlles PRÉ-
VILLE & DESPINAY.
Pour petite Piéce on donna l'Etourderie
, Comédie en un Acte & en profe de
feu M. FAGAN. Le fieur BONNEVAL jouoit
le rôle de M. Cléonte. Le fieur MOLÉ celui
de Mondor. Le fieur ARMAND , celui
de Pirante fon oncle. Le fieur BOURET ,
l'Affeffeur. Le fieur PRÉVILLE , Crispin..
La Dlle PRÉVILLE , Mde Cléonte. La Dlle
DROUAIN , Mlle Cléonte.
La fuite au prochain Mercure.
JANVIER. 1765. 179
SPECTACLES DE PARIS.
O Na
OPERA.
Na continué Armide les Vendredis ,
Dimanches & Mardis.
Le Jeudi , 10 du préfent mois , on a
repris les Talens lyriques , Ballet héroïque;
mufique de feu M. RAMEAU ; Poëme d'un
Anonyme .
Ce Ballet avoit été remis au théatre au
mois de Juin dernier , fans Prologue , à
caufe de la faifon , pour laquelle ne convenoit
pas un fpectacle d'une certaine
longueur. On l'a reftitué à cette repriſe
& la mufique en a fait beaucoup de plaifir.
Mlle Du Bois y chante fort bien le rôle
d'Hébé , & M. DURAND celui de Momus.
Mile LARRIVÉE , qui a reparu fur la
fcène dans le rôle de Sapho , au premier
Acte du Ballet , a été reçue avec des applaudiffemens
finguliers , applaudiffemens
qu'elle a juftifiés par la manière dont elle
a chanté , ainfi qué M. LARRIVÉE dans
le rôle d'Alcée. Le beau Duo de cet Acte
n'avoit jamais produit tant d'effet & n'avoit
point encore excité autant de plaifir
H vj
180 MERCURE DE FRANCE .
& d'applaudiffemens parmi les fpectateurs.
M. GELIN a fort bien chanté le rôle de
Tirtée , & cet Acte , fi riche & fi pompeux
en muſique , a été rendu dans l'efprit
, & felon le génie fublime de fon favant
compofiteur. Dans le troifiéme Acte ,
dont on connoît tous les charmes , Mlle
LANI , abfente depuis quelque temps du
théatre par indifpofition , chante & danfe
dans le rôle d'Églé . Il n'eft pas difficile de
croire avec quel plaifir le Public revoit
toujours un talent auffi rare , chaque fois
qu'il lui eft rendu ; d'autant que chaque
fois il paroît à tous les fpectateurs avoir
acquis de nouveaux degrés de mérite.
Dans le même Acte M. LE GROS , qui
chantoit cet Été le rôle de Mercure , a reparu
, furpris , enchanté , comme un Sujet
tout nouveau par rapport à lui -même.
Au charme de la voix , qui fembloit avoir
de nouvelles forces , les graces du mainrien
celles de l'action & le talent du
chant , fe font joints pour entraîner des
fuffrages que nous n'avons point de termes
fuffifans pour exprimer.Si quelquefois ,pour
encourager des Sujets qui paroiffent mériter
certe faveur du Public , nous nous permettons
d'étendre un peu l'idée des applaudiffemens
qu'ils en reçoivent , en cette oc-
>
JANVIER. 1765. 181
cafion , au contraire , il nous eft impoſſible
de rendre la vérité de ceux qu'on a perpétuellement
donnés à cet Acteur. Les fignes
ufités pour ces applaudiffemens fe font convertis
en des cris de joie & d'admiration .
Nous faififfons avec d'autant plus de plaifir
& d'empreffement un moment fi glorieux
à ce nouveau Sujet , que nous n'avons pas
négligé de l'avertir fouvent , avec les précautions
convenables , des foins qu'il devoit
prendre pour fe le procurer. Nous ne
cefferons pas de l'exhorter à travailler plus
ardemment que jamais à foutenir un fuccès
auquel nous en connoiffons peu qui
puiffe être comparé.
,
Les Ballets ont eu une part très- confdérable
à l'éclatante réuffite de cette reprife.
La charmante Mlle GUIMARD
dont le talent femble s'embellir tous les
jours fous les yeux du Public , danſoit les
entrées de Terpficore dans le même Acte.
M. DAUBERVAL a répandu dans le Ballet
une nouvelle gaîté & le charmepiquant
que produit tout ce qu'il exécute.
Il danfe dans les Mariniers du premier
Acte , de la façon la plus faillante &
en même temps la plus brillante. Nous
fommes obligés , pour éviter la pro
lixité & le foupçon d'exagération
de nous arrêter & de nous modé182
MERCURE DE FRANCE.
rer fur les détails de cette repréſentation ,
beaucoup plus que n'a fait le Public, La
mufique , l'exécution totale des rôles , des
fymphonies & de toutes les parties de cet
Opéra , ont excité , on ne dit point trop ,
une forte d'ivreffe de plaifir , qu'on n'a
preſque jamais vu à ce degré dans aucun
fpectacle.
On donne ce Ballet deux fois la femaine,
fçavoir les Mardis & Jeudis. On attend
la remife de Théfée dans les derniers jours
de ce mois.
COMEDIE FRANÇOISE.
LiE 10 Décembre 1764 on donna Timoléon
, avec les changemens jugés néceffaires.
Cette Tragédie , de M. DE LA
HARPE , avoit été long- temps interrompue
depuis fa première repréfentation ,
par l'indifpofition de M. LE KAIN : Comme
elle n'a été repréfentée que trois fois depuis
fa reprife, & qu'elle ne nous a pas
été communiquée , nous n'avons pas été
en état d'en donner d'extrait. Nous avons
appris qu'elle étoit imprimée avec des
avertiffemens & avis , ainfi les Lecteurs
curieux d'en prendre connoiffance pourront
en juger par eux-mêmes.
JANVIER. 1765. 184
Le Mercredi 19 on remit au théatre
Rhadamifte & Zénobie , tragédie de CRÉ-
BILLON , dans laquelle M. MARSSAN débuta
par le rôle de Pharafmane. On affure
que ce débutant , conduit fur la scène par
des difpofitions diftinguées & par un goût
impérieux , non-feulement n'avoit repréfenté
fur aucun théatre public , mais même
en fociété. Ce fait a été confirmé par l'excès
du trouble & par la privation prefque
totale de toutes les facultés , lorfqu'il a
paru devant le Public.
Le même jour de fon premier début
dans le tragique , il joua le rôle de Lucas
dans l'Esprit de contradiction . Il a continué
fon début par le rôle d'Amafis dans
la tragédie de ce nom , & par celui du
Payfan dans le Mari retrouvé ; enfuite dans
Andronie , tragédie , par le rôle de Colojean
, & le Payfan de l'Ufurier-gentilhomme.
Cette timidité, qui glace prefque toujours
au commencement de la carrière , ceux
qui en ont le mieux mefuré toute l'étendue,
a jufqu'à préſent étouffé dans ce Sujet
les qualités recommandables , qu'on ne peut
cependant fe défendre d'y reconnoître .
Tels font l'avantage de la figure & de la
voix , d'ailleurs , une grande jufteffe &
beaucoup d'intelligence dans les détails de
184 MERCURE DE FRANCE.
·
la déclamation . Nul ton faux , exagéré ni
à contre - fens dans le débit des rôles . On
a donc tout lieu d'efpérer que des difpofitions
fi heureuſes , & qui ne font point
contrariées par des habitudes vicieuſes ,
fe développeront de plus en plus à meſure
que le temps détruira l'obftacle qui les
empêche aujourd'hui de produire tout leur
effet. Il eft difficile de ne pas avoir en foi
le fentiment de ce qu'on paroît entendre
avec jufteffe ; mais la crainte arrête , pour
ainfi dire , le jeu des refforts , qui font
paffer dans les autres , avec chaleur , cette
impreffion de fentiment : c'eft ce que nous
préfumons dans ce débutant ; fes progrès
doivent être l'ouvrage du Public ; & le
fuccès de ce talent le fruit des encouragemens
qu'il mérite déja à tant d'égards.
,
,
don- Le
30
on
a remis
au théatre
Jodelet
maître
& valet
, comédie
de SCARON
,
née
dans
fa
nouveauté
en
1645
.
Le 7 du préfent mois on donna à Paris
Athalie. Les rôles étoient exécutés
comme ils l'avoient été à la Cour. Il s'eft
trouvé un nombreux concours de fpectateurs
à cette repréfentation , où Mlle Du-
MESNIL a reçu les applaudiffemens les plus
éclatans & l'on peut le dire , les plus
mérités. La Tragédie fut fuivie du Legs ,
>
JANVIER 1765 . 185
petite Piéce , dans laquelle Mlle PRÉ-
VILLE , que nous pouvons peut - être
nommer aujourd'hui une des premières
Comédiennes de notre fiécle , a fait le plaifir
le plus vif & le plus foutenu .
Le Mercredi , 9 du préfent mois , on
a repris pour la première fois le Comte de
Warvick, Tragédie de M. de là HARPE.
Nous en avons donné l'extrait dans fa
nouveauté.
COMÉDIE ITALIENNE
LE 3 Décembre 1764 on donna fur ce
théatre la première repréfentation du Mariage
par capitulation , Comédie en un
Acte , mêlée d'ariettes. Cette Piéce , dans
laquelle on a diftingué plufieurs ariettes
fort agréables , n'a pas eu cependant le fuccès
ordinaire des ouvrages de ce genre.
Le 20 du même mois la première repréfentation
du Serrurier , Comédie en
un Acte , mêlée d'ariettes , fuivie d'un
divertiffement. Cette petite Piéce a eu du
fuccès , & les repréfentations en font encore
journellement continuées.
.३
Le Mercredi 2 du préfent mois , on
donna la première repréfentation de la
186 MERCURE DE FRANCE.
Matrone Chinoife , Comédie en deux Actes
& en vers , ornée de divertiſſemens.
Cette Piéce a été repréſentée trois fois.
Tous les autres jours du mois de Septembre
& celui- ci , la fcène a été remplie par
les Piéces que l'on connoît & que l'on voit
journellement fur ce Théâtre , ainſi que
par des Comédies Italiennes , les jours
défignés pour ce genre.
CONCERTS SPIRITUELS.
Du 8 Décembre , Fête de la Conception.
O N exécuta pour premier motet à grand
choeur, Exurgat Deus , de feu M. DE LA LANDE , &
pour celui de la fin Domine exaudivi , &c. Motet
tiré du Cantique d'Habacuc , par M. D'AUVERGNE ,
Maître de la Mufique de la Chambre du Roi . Ce
nouveau Motet a été applaudi , & les connoiffeurs
y ont remarqué des beautés diftinguées dans plufieurs
parties de l'ouvrage & en divers genres.
Entre ces deux Motets Mlle FEL & Mlle BERNARD
chanterent chacune un Motet à voix feule. M.
JAUNSON , de la Mufique de S. A. S. M. le PRINCE
DE CONTY , exécuta une fonate de violoncelle de
fa compofition , dans laquelle il fit admirer fon
exécution fur un inftrument dont les Symphoniſtes
connoiffent les difficultés, & que le célèbre M. Du-
PORT a fçu rendre fi agréable . M. CAPRON joua
un concerto de violon , de la compofition de
M. GAVINIÉS. M M. GELIN & LEGROS , Mlle Ro
JANVIER 1765. 187
ZET , Mlle FEL , &c. chanterent dans les grands
Motets,
Du 24 , veille de Noël.
Le Concert commença par une ſymphonie de
CORELLI . Pour premier Motet à grand choeur on
exécuta Fugit nox , Motet à grand chocur , agréablement
& ingénieufement mêlé de noëls ; par
feu M. BOISMORTIER. Le grand Mctet de la fin
étoit , Exaltabo te, de feu M. DE LA LANDE . Entre
les deux grands Moters M. LEGROS & Mile FEL
chanterent Exultate jufti in Domino , Motet à
deux voix , de la compofition de M. D'AUVERGNE .
M. DUPORT , de la Mufique de S. A. S. M. LE
PRINCE DE CONTY , exécuta fur le violon celle un
nouveau concerto de la compofition , avec tous les
applaudiffemens que mérite un talent auffi prodigieux
, dont l'effet ne ceffe d'étonner & de plaire
également. M. BALBASTRE fit entendre , avec le
plaifir que procure toujours fa brillante exécution
fur l'orgue , une fuite de noëls fort agréables .
Du 25 , jour de Noël.
On répéta la même fymphonie de CORELLI &
le même Motet ( Fugit nox ) de la veille . M.
DU PORT joua une fonate de violoncelle , & M.
GAVINIÉS un concerto de la veille. Il eſt ſuperflu
d'avertir avec quel plaifir furent écoutés deux
auffi célébres Artiftes , & quels applaudiflemens
ils reçurent. La fuite de Noëls , exécuté fur l'orgue
par M. BALBASTRE , fit un nouveau plaifir à ceux
qui l'avoient entendue la veille , & rendit pour
les autres le concert de ce jour encore plus brillant
, ainfi que la répétition du petit Motet de la
188 MERCURE DE FRANCE.
veille , chanté
par Mlle FEL & par M. LE GROS.
Ce Concert
, où il y avoit la plus nombreuſe
affemblée
, & qui parut fatisfaire
tous les auditeurs
, finit par Domine
audivi auditionem
tuam ,
Motet à grand choeur de M. D'AUVERGNE
, dont
nous avons parlé dans le Concert
du jour de la
Conception
.
MONUMENT PUBLIC.
LETTRE de M. LE MARQUIS DE MARIGNY
à M. de CRÉBILLON ,
сс
ود
"
"
DEPUIS
EPUIS les premiers ordres , Monfieur
, que le ROI a donnés pour faire
ériger à feu M. votre père un monu-
» ment qui fût un témoignage éclatant
de la protection dont SA MAJESTÉ ho-
» nore les hommes célébres , Elle a confidéré
que le temple des Mufes étoit
» le lieu le plus convenable pour conferver
la mémoire de leurs plus chèrs
favoris ; & Elle a ordonné en confé-
» quence que le monument deſtiné à
perpétuer la gloire de feu M. de CRÉ-
BILLON , feroit placé dans la Bibliothéque
du ROI à Paris. Je ne perds pas
39
"
ל כ
و د
» un moment à vous annoncer cette nou-
» velle diſtinction , & j'aurai toujours
JANVIER 1765 . 189'
» le même empreffement pour tout ce
qui pourra vous être utile.
» J'ai l'honneur d'être , & c.
A Verſailles le premier Janvier 1765. Signé ,
LE MARQUIS DE MARIGNY .
SUPPLÉMENT A L'ARTICLE DES SCIENCES
GÉOGRAPHIE .
PETIT Atlas Maritime , ou Recueil de
Cartes & de Plans des quatre Parties du
monde, Par ordre de M. le Duc de CHOIColonel
Général des Suiffes &
Grifons , Miniftre de la Guerre & de la
Marine . Par le fieur BELLIN , Ingénieur
de la Marine , 1764.
SEUL ,
CE Recueil eft compofé de cinq volumes
, grand in-4° qui contiennent près
de fix cens cartes & plans , fans les tables
& les frontifpices , fur du papier pareil à
cette annonce,
>
Le 1er vol, contient les cartes & les plans
de l'Amérique feptentrionale , avec le golfex
du Méxique & les illes du Vent & de def- .
190 MERCURE DE FRANCE .
fous le Vent , au nombre de cent cinq.
Le fecond volume contient l'Amérique
méridionale , en commençant par le Méxique
, fuivante la côte jufqu'au Bréfil , détroit
de Magellan , mer du Sud , au nɔmbre
de cent planches , tant cartes que
plans .
Le troifiéme volume contient les cartes
& les plans de l'Afie & de l'Afrique , au
nombre de cent vingt-quatre.
Le quatrième volume contient les cartes
& les plans de toutes les côtes de l'Europe
& des divers Etats qu'elle renferme , excepté
la France , au nombre de cent vingthuit.
Le cinquiéme & dernier volume contient
les côtes de France , tant fur l'Océan
que fur la Méditerranée , avec des plans
des ports & places maritimes , au nombre
de cent trente- deux.
Chaque volume . eft rangé par ordre
géographique , & chaque carte eft numé→
rotée relativement à la table qui eſt à la
tête du volume. On commence par les
cartes générales ; eufuite on prend les
cartes particulières , en commençant par
le Nord & fuivant la côte de proche en
proche , avec les plans des rades , ports ,
entrées de rivières & villes maritimes
fituées fur chaque côte.
JANVIER 1765 : for
que
Je n'ai rien négligé pour leur donner
toute l'exactitude poffible , & j'ai tâché
l'exécution en fût agréable à la vue ,
ayant toujours penfé que la précifion &
la netteté doivent être inféparables en
géographie.
Les vues de M. le Duc DE CHOISEUL
en ordonnant cet ouvrage , ont été de
rendre le dépôt des cartes & plans de la
Marine de plus en plus utile , non- feulement
aux Officiers des vaiffeaux du ROI ,
& à tous les Navigateurs , mais auffi à tous
les Militaires , dont les connoiffances fur
le local & fur l'état des lieux ne fauroient
être trop étendues.
On fait que c'eft de ce dépôt que
font:
forties des fuites de cartes marines , connues
aujourd'hui dans l'Europe fous le
nom de l'Hydrographie Françoife , & dont
les Navigateurs des différentes Nations fe
fervent avec confiance. Auteur de ces
carres , dont j'ai publié la première en
1727 j'ai tâché de les rendre les plus
juftes qu'il étoit poffile , corrigeant plufieurs
erreurs préjudiciables à la naviga
tion , qui fe trouvoient dans les cartes
angloifes & hollandoiſes , dont on étoit
forcé de fe fervir , puifque perfonneren
France ne s'étoit , de ce fiécle -ci , livré à
l'études & à la construction des cartes ma
}
192 MERCURE DE FRANCE.
rines , & j'en ai rendu compte par des mémoires
particuliers.
0
Mais ces nouvelles cartes ne pouvant ,
par leur nature & l'étendue des mers
qu'elles renferment , rendre fuffifamment
fenfibles ces parties de détails fi intéreffantes
& fi néceffaires , telles que les concours
des baies & ances , les rades , les
mouillages , les entrées de rivières , les
ports & les places maritimes ; connoiſſances
auffi utiles aux Officiers chargés des
entrepriſes & des expéditions , qu'aux Miniftres
qui les ordonnent : c'eft pour y fup .
pléer qu'on a formé cette fuite fi confiderable
de cartes & de plans , unique dans
fon genre.
.
Un autre avantage de cette collection ,
c'eft qu'elle eft commode pour le cabi-:
net & à portée de tout le monde , les
cartes & les plans ayant été réduits fous
une forme qui , fans rien diminuer de
leur exactitude , n'a pas le poids & l'embarraffant
de nos grands Atlas.
Il eft naturel de penfer que l'exécution
de cet ouvrage , pour laquelle on n'a rien
épargné , a coûté confidérablement , &t
que par conféquent on eft obligé de le
vendre très- cher : mais le Miniftre de la
Marine ayant fait la partie la plus confidérable
des frais , fon intention eft que
le
JANVIER 1765 19;
>
Public en profite : ainfi les cinq volumes
fe donneront , en feuilles & en blanc
96 livres ; & lorfqu'ils feront brochés
avec des onglets & les mers lavées en
plein de couleur d'eau , 120 livres ; reliés
en veau , avec dorures & titres fur le plat
de chaque volume , 144 livres , ce qui
n'eft gueres plus que les frais du papier ,
de l'impreffion , de l'enluminure , &c.
cette modicité de prix étant d'ailleurs le
moyen le plus fûr d'en empêcher la contrefaction
chez l'étranger.
A Paris , chez M. BELLIN , Ingénieur
de la Marine & du Dépôt des cartes &
plans , Cenfeur royal ; de l'Académie de
Marine , & de la Société royale de Londres,
rue du Doyenné , à la première arcade de
S. Louis du Louvre .
II Vol.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE VL
NOUVELLES POLITIQUES,
De WARSOVIE , le 26 Novembre 1764.
LE 2'x de ce mois le fils du Duc de Biren fe
sendit à l'Audience publique du Roi , qui lui fic
un accueil très-diftingué...
Le Prince Czatoriski , Grand Véneur de la Cou→
ronne , a rendu compte de la commiffion dont il
avoit été chargé auprès de la Cour de Berlin , & a
rapporté que Sa Majefté Pruffienne l'avoit afluré
qu'elle avoit fait défenfes expreffément aux Soldats
de fes Troupes de jamais entrer fur le territoire
de la Pologne. Elle a déclaré en même temps
que les Polonois pourroient prendre & punir tour
déferteur qui contreviendroit à ces ordres.
Hier , jour fixé pour le couronnement du Roi ,
le Clergé & les Sénateurs Eccléfiaftiques allerent
entre huit & neuf heures du matin prendre Sa
Majefté au Palais pour la conduire à l'Eglife de
S. Jean-Baptifte , où Elle fe rendit ſous un dais
magnifique , foutenu par fix Caftellans . Le Roi
étoit précédé d'un Corps de Troupes de la République
avec les drapeaux déployés, du Porte- glaive
de la Couronne & de celui de Lithuanie , ainfi
que
du Maréchal du Grand- Duché , & accompagné
du Sénat & de la Noblelle. Sa Majesté étoit
vêtue d'une robe richement brodée en argent ,
ayant la forme d'une armure , & avoit pardeffus
on manteau traînant , brodé de même. Elle porJANVIER
1765. 195
Elle y
toit un bonnet de velours noir , ayant la forme
d'un cafque , & furmonté d'un panache blanc .
Le Palatin de Pofnanie , celui de Sandomir & le
Caftellan de Wilna portoient fur des riches couffins
les marques de fa royauté ; le premier , la
couronne ; le fecond , le fceptre , & le troifiéme
le globe. Le Prince Primat attendoit le Roi au
pied de l'Autel . Dès que Sa Majesté fut arrivée ,
fit de nouveau le ferment d'obferver fes
Pasta conventa : puis Elle agita quelques momens
dans l'air fon épée nue , tandis que les
Porte -Enfeignes de la Couronne & de Lithuanie
répondoient à ce mouvement par celui de leurs
enfeignes. Le Primat proclama enfuite une feconde
fois Sa Majefté pour Roi de Pologne & Grand-
Duc de Lithuanie. Toute l'affemblée cria Vive le
Roi , & le canon fe fit entendre. Le Primat entonna
alors le Te Deum , pendant lequel Sa Majefté ,
en manteau royal , la couronne fur la tête , le
fceptre dans une main & le globe dans l'autre
monta fur un trône. Lorfque le Te Deum fut
chanté , leieur Kraficki , Chanoine de Gnefne ,
prononça un difcours , après lequel les Maréchaux
, au bruit du canon , proclamerent encore
Sa Majefté pour Roi de Pologne & Grand- Duc de
Lithuanie , & les affiftans firent entendre de nouveau
les cris de Vive le Roi, qui furent répétés par
trois fois. Enfin Sa Majeſté , revêtue des ornemens
royaux , fut reconduite au Palais avec le
même cortège & dans le même ordre qu'avant
fon couronnement . Sa Majeſté , apres avoir reçu
les complimens & les voeux des Sénateurs , des
Miniftres étrangers & de la principale Nobleffe
& avoir fait plufieurs Chevaliers de l'Ordre de
l'Aigle blanc , &c. dîna feule fous un dais à une
petite table élevée fur une eftrade , & fut fervie
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
par les trois Grands Officiers de la Couronne . On
dreffa deux autres tables aux deux côtés de celle
du Roi pour les Sénateurs & les Miniſtres d'Etat ;
une quatriéme dans une falle voiſine pour les Officiers
de la Couronne & une cinquiéme dans
une falle plus éloignée pour la principale Nobleffe.
On tira le canon pendant le dîner , &
l'on exécuta des fanfares de tymballes & de trompettes,
>
Du 5 Décembre.
Le 4 de ce mois tous les Nobles de la Maiſon
de Potocki demanderent audience au Roi , & imploretent
fa clémence en faveur des Comtes de
Bruhl , qui ayant été admis aux prérogatives de
la Noblelle Polonoife , fupplioient Sa Majesté de
les maintenir dans les graces que leur avoit accor
dées le feu Roi Augufte III , & de conferver furtout
au Comte de Bruhl , l'aîné , fa Charge de Grand-
Maître d'Artillerie de la Couronne.
les
Le Roi répondit qu'il ne trouvoit rien de plus
agréable dans l'exercice de fon autorité que
occafions de répandre des graces. Sa Majefté promit
que , par confidération pour les inftances des
Comies Potocki , Elle fe joindroit volontiers aux
Etats de la République pour accorder fon fuffrage
aux Comtes de Bruhl , lorfque ceux- ci folliciteroient
l'indigenat. A l'égard de la Charge de
Grand- Maître de l'Artillerie , le Roi déclara qu'il
l'avoit promife au Comte Branicki , Starofte de
Halicz , qui s'étoit diftingué de tout temps par
La valeur & par fon zèle ; mais que ce Starofte ,
touché d'une compaffion généreuse pour le Comte
de Bruhl , avoit volontairement rendu à Sa Majefté
la parole royale qu'Elle lui avoit donnée ;
que de plus il avoit refufé , par les mêmes raiJANVIER
1765. 197
fons , d'accepter la Charge d'Echanfon de la
Couronne & la Stareftie de Lipnitz , que Sa Majefté
lui avoit offerte , en difant qu'il ne voulo
point être contraire aux difpofitions favorables &
généreufes de Sa Majefté envers les Comtes de
Bruhl & la Maiſon de Potocki , dont ils étoient
alliés.
Le Roi, cédant à cet exemple d'une générosité fi
peu commune , a confervé aux Comtes de Bruhl
& de Potocki les places dont ils jouiſſoient : ils en
ont auffi- tôt rendu graces à Sa Majeſté , qui leur
a dit que c'étoit au Starofte de Halicz qu'ils en
avoient obligation.
De RATISBONNE , les Décembre 1764.
Le 3 de ce mois on reçut aux Actes de l'Empire
une Lettre du Landgrave de Helle- Caſſel , datée
de Callel le 13 Novembre dernier. Ce Prince
protefte à la face de l'Empire contre les Actes &
Patentes par lesquels la Landgrave ſon épouse &
le Prince fon fils aîné ont prétendu , l'une fe démettre
de la Régence du Comté de Hanau ; l'autre
en prendre poffeffion , en vertu de la renonciation
faite par le Landgrave audit Comté. Ce Prince
s'eft pourvu pardevant l'Empereur & l'Empire ,
& reclame contre cette renonciation , qu'il prétend
lui avoir été extorquée fur des faux principes.
Il déclare perfifter dans la demande qu'il a formée
à cet égard , & prie les Miniftres de la Diète
de faire parvenir ſa proteſtation à leurs Com
mettans.
De PORTO-FERRAIO , le 26 Novembre 1764.
La nouvelle de l'arrivée prochaine des troupes
Françoifes dans l'Ile de Corfe s'y étant répandue ,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
le Gouvernement a cru néceffaire de convoquer
une Affemblée particulière des principaux Menybres
de l'Etat pour délibérer fur les mesures qu'il y
avoit à prendre à l'occafion de cet événement important.
Cette Affemblée s'eft tenue le 23 Octobre &
les deux jours fuivans . Voici le réſultat de ſes délibérations
.
Quoique l'intention de Sa Majesté Très- Chrétienne
, y dit-on , ne paroiffe être que de défendre
les Places que les Génois poffedent encore dans
l'Ifle , cependant , afin de prendre toutes les précautions
qu'exige la fûreté publique , on eſt convenu
unanimement des atticles fuivans : 1 ° . On
formera un Comité de guerre compofé de différens
Sujets de chaque Province , lequel fera chargé
de veiller à l'exacte oblervation des Réglemens
qui défendent toute efpéce de communication
entre les habitans de la Corfe & ceux des Places
qui appartiennent aux Génois. 2. On interdica
aux François tour accès dans le Pays , fous quelque
prétexte que ce puiffe être. Le Confeil Supreme
pourra cependant accorder des palleports à quel
ques Officiers Francois qui en demanderoient , aux
conditions de déclarer à la première Affemblée gé
rale du Royaume les motifs de la demande & de
la conceffion de ces paffeports. 3 ° . Toute propofi
tion de paix ou d'accommodement avec la Répu
blique fera abfolument rejettée , à moins que l'on
n'accorde & ne falle exécuter les préliminaires
propofés dans l'Aſſemblée générale de Cafinca en
1761. 4. Le Général Pafcal Paoli fe chargera de
faire , au nom de la Nation , des repréfentations
refpectueufes & efficaces à Sa Majefté Très Chrétienne
fur le tort qu'Elle fait à la Nation en envoyant
fes Troupes dans un temps où les Corfes ,
JANVIER 1765 199
profitant de l'extrême foibleffe de leurs ennemis
étoient à la veille de les chaffer entiérement de
PIfle. . Et, pour donner plus d'effet à ces repréfentations,
le Général fera chargé en même temps
de s'adreffer aux Paiffances protectrices & amies
de la Nation , de folliciter le fecours de leur médiation
auprès du Roi Très -Chrétien , & de les
fupplier de conferver à la Nation leur haute protection
pour la défenfe de fes droits & de fa
liberté.
$1,
V
Cer Arrêté eft figné par JOSEPH-MARIE MASEST
Grand- Chancellier.
De la BASTIE , le 30 Novembre 1764.
>
On vient enfin de découvrir ou tendoieut les
nouveaux mouvemens de Paoli : il avoit formé le
projet de furprendre la Baftie & de faccager la
Place. Environ cinq mille hommes étoient defti
n's à l'exécution de cette entreprife . His fe ren
dirent tous le 12 de ce mois aux différens poftes
qui leur avoient été affignés ; fçavoir , cinq censa
Luri , trois cens à Pictracorbara trois cens à
Cagnano , fix cens à Brando , fix cens à Farinole ,
quatre cens à Olmeta , cinq cens à Suriani , & le
refte dans Biguglia & en d'autres endroits voisins .
de la Baſtie. La nuit du 13 étoit le moment choisi
pour cette expédition. Ces cinq cens hommes qui
étoient dans Luri , aux ordres de Tibarrio Murati,
devoient attaquer le Macinaggio. Le z au foir les
deux feconds détachemens , que commandoit le
fameux Jean Carlo , devoient s'embarquer fur
différens Bâtimens & s'approcher de la Baftie : ils
étoient convenus de donner , quand ils feroient à
la diſtance de cinq inilles , certains fignaux de feu
concertés entre eux. Les fix cens hommes qui
I iv
MERCURE DE FRANCE.
étoient dans Brando devoient répondre à ces
fignaux en attaquant les fauxbourgs d'une partie
de la Baftie. Les fix cens qui étoient dans Farinole
fe feroient joints alors aux quatre cens qui étoient
dans Olmeta , pour attaquer deux autres fauxbourgs
de la ville ; enfin , ceux qui étoient dans
Suriani avec neuf cens hommes , fous les ordres
de Paoli & de fon frère , qui étoient reſtés toute
la journée du 12 dans un lieu appellé Monte-Bello,
deux milles environ de la ville , étoient chargés
d'attaquer plufieurs poftes fitués de l'autre côté de
la Baftie. Dans la chaleur de ces différentes attaques,
les Bâtimens , chargés de fix cens hommes ,
avoient ordre de s'approcher de la ville , de l'efcalader
dans une partie de la Terra-Nova , appellée
le Monache Turchine , endroit entiérement fans
défenſe , & où il n'y avoit uniquement qu'une fentinelle.
L'efcalade étoit d'autant plus pratiquable de
ce côté- là , que non - feulement les murailles en
font très- baffes , mais qu'il y a au - deffous une
efpéce de lit de roche qui peut couvrir beaucoup
de monde . Paoli , profitant de tous ces avantages
, feroit certainement venu à bout de fon
delfein , parce qu'il fe feroit auffi - tôt rendu maître
de tous les magasins à poudre , de plufieurs piéces
de canon , & en même temps de l'entrée du Château.
Heureuſement pour nous , la nuit deſtinée à
l'exécution de ce projet fi bien concerté , la mer
fut fi orageufe, que les Bâtimens ne purent mettre
à la voile. Ils s'approcherent néanmoins pendant
la nuit du 12 d'un pofte voifin de la ville , nommé
Montferrato , & des Vilie ; mais ils ne tirerent
que deux ou trois coups de moufquet . Paoli
fe retira dans la même nuit . Il rencontra en allant
à Nebbir deux foldats déferteurs de Saint-Florent ,
qui lui dirent que le Fort de Sainte-Marie de cette
JANVIER . 1769. 201
"
Place étoit allez mal gardé . Paoli voulut marcher
aufli-tôt de ce côté - là : mais il trouva tout le contraire;
car la déſertion des deux foldats ayant répandu
l'alarme dans la ville,quelques- uns des habitans
en étoient fortis pour le mettre en embuſcade ,
& un petit parti de Rebelles s'étant avancé pour
aller à la découverte , tomba dans le piége ; mais
il n'y eut que deux hommes tués & un bleflé . Paoli
fe retira à Corte. On étoit avant cette aventure
dans la plus grande fécurité à la Baſtie : on croyoit
que les mouvemens de Paoli aboutiroient ſeulement
à faire le fiége de Macinaggio , & ce n'eft
que depuis quelques jours que l'on a reçu les détails
précédens.
On célébra le 26 de ce nois dans Furiani le Service
funéraire de Baldaſſari : Paoli y affifta avec
plufieurs Chefs de fon parti , & le Père Mariani
prononça l'Oraiſon funébre .
De LONDRES , le 11 Décembre 1764.
La Société Royale a reçu le 6 au nombre de fes
Membres le fieur Meffier , Aftronome , attaché
au dépôt des Journaux , Plans & Cartes de la Marine
de France , & Membre de la Société des
Sciences de Hollande.
De LA HAYE , le 9 Décembre 1764.
On a appris hier au matin par un Exprès arrivé
de Brunfwick , que le 3 de ce mois la Princeſſe
héréditaire de Brunſwick étoit accouchée heureufement
d'une Princeffe , qui a été nommée ſur les
fonts de Baptême Augufte-Caroline-Frédérique-
Louiſe .
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
SA
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
* De VERS AILLES , le 26 Décembre 1764. ·
A Majeſté a nommé à l'Evêché de Lavaur l'Ab
bé de Cucé , Vicaire -Général du Diocèſe de Rouen
à Pontoife .
Le Roi a fait choix pour fon Confeffeur , du fieur
Mandoux , Curé de la Paroiffe de Bretigny , Diocèfe
de Paris .
Le Roi a donné l'Abbaye Royale de Cuifly ,
Ordre & réforme de Prémontré , Diocèle de
Laon , à Dom Flamin , Prieur de l'Abbaye de
Saint Paul de Verdun , du même Ordre ; celle
de Longuai , Ordre de Cîteaux , Diocèfe de Langres
, à l'Abbé de Plane de Beaumes , Vicaire Général
du Diocèle d'Embrun ; celle de Trizay ,
même Ordre , Diocèfe de Luçon , à l'Abbé de la
Roche Saint-André , Tréforier de la Sainte Chapelle
de Vincennes ; & celle de Les- Prés , Diocèfe
d'Arras , à la Dame de Maes , Religieufe de las
même Abbaye.
Sa Majefté a pris le deuil le 16 , pour quatrejours
, à l'occaſion de la mort de la Ducheffe de
Helftein , Abbeffe d'Hervorden , foeur du Roi de
Suéde.
La Place de Colonel dans le Corps des Grenadiers
de France , qu'avoit le Comte de Berenger ,
a été donnée au Comte de Mailly , fils du Comte
de Mailly , Marquis de Nefle , premier Ecuyer de
Madame, la Dauphine. La mauvaiſe fanté du
I
JANVIER 1765... 203
Chevalier de Beaujeu , Sous- Gouverneur de Monfeigneur
le Duc de Berry , ne lui permettant pas
de refter auprès de ce Prince , Sa Majeſté a nonmé
pour le remplacer le Comte de Montbel , Brigadier
de fes Armées , & Enfeigne des Gardes du
Corps dans la Compagnie de Noailles . Le Chevalier
de Fraguier , Lieutenant- Colonel du Régiment
de Noailles , a obtenu la place d'Enfeigne
dans les Gardes- du-Corps.
Le 21 la Baronne de Lieuret a été préſentée à
Leurs Majeftés & à la Famille Royale par la Com
telle de Narbonne , Dame d'Atour de Madame.
La Comtelle de la Rochefoucault , la Comteffe
de Rochechouard & la Marquise de Pardieu furent
auffi préfentées à Leurs Majeftés le 23 , la première
, par la Ducheffe d'Eftiffac ; la feconde , par
la Marquife de Rochechouard , & la troifiéme par
la Marquife de Brancas.
Le 23 Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
gné le contrat de mariage du fieur le Pelletier
de Saint-Fargeau , Préfident du Parlement de Paris
, avec la Dile Randon .
Le 24 le Chevalier Menager , Brigadier des
Armées du Roi , prit congé de Sa Majesté pour fe
rendre à l'Ide de Gorée , dont il a été nommé
Gouverneur.
9 . Le , Académie des Sciences a préfenté au
Roi un nouveau volume de fes Mémoires pour
l'année 1762. Les fieurs de Caffini , Camus &
Montigny , Directeurs de la Carte géographique
de France ont eu l'honneur de préfenter le
même jour à Sa Majefté la foixante - treizieme
feuille de cette Carte..
Le 21 le fieur Bellin , Ingénieur de la Marine ;
a eu l'honneur de préfenter au Roi , à Monleigneur
le Dauphin , a Monfeigneur le Duc de Ber-
I- vj
204 MERCURE DE FRANCE.
ry , à Monfeigneur le Comte de Provence & à
Monfeigneur le Comte d'Artois , un petit Atlas
maritime , ouvrage compofé par ordre du Duc de
Choiſeul au Dépôt des Cartes de la Marine .
Le 23 le fieur Coulon , Ecrivain Juré , a eu
l'honneur de préfenter au Roi une fleur de lys
formée d'une feule ligne d'écriture , contenant
les dernières paroles que Louis XIV , mourant
adreffa à Sa Majesté .
Les fieurs Vente & Robin , Libraires , ont en
l'honneur de préſenter à Monſeigneur le Duc de
Berry , à Monfeigneur le Comte de Provence &
à Monfeigneur le Comte d'Artois un Livre neuveau
, intitulé : Précis fur le globe terreftre , ou
explication de la Mappemonde , ornée de détails
hiftoriques & de particularités recueillies de différentes
relations de voyages touchant divers peuples
de la terre; par le fieur Maclot.
De PARIS , le 28 Décembre 1764.
3
Par un Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , daté du
5 de ce mois , Sa Majesté commet les fieurs Moreau
de Beaumont , de Boullongne & Langlois ,
Confeillers d'Etat , Intendans des Finances , & les
feurs de la Garde , de Pont , de Boullongne
d'Aine , Ducluzel , de Vilevault , Journet & Dagay
de Mutigney , Maîtres des Requêtes , pour
procéder , conformément à l'Edit du mois d'Août
dernier, à la liquidation de la finance des Offices
municipaux , fupprimés par ledit Edit.
Le 17 on a célébré dans la Chapelle du Louvre
la Fête de Saint Lazare , Patron de l'Ordre Royal ,
Militaire & Hoſpitalier de Notre - Dame du Mont-
Carmel & de Saint Lazare de Jérufalem. Le
Comte de Saint- Florentin , Gérent & Adminif
trateur- Général de cet Ordre & les Grands Offi¬
JANVIER 1765. 205
ciers , ainsi que plufieurs Chevaliers & Commandeurs
Eccléfiaftiques , tous en habit de l'Ordre' ,
ont affifté à cette cérémonie , dans laquelle l'Abbé
Gaultier , Chapelain & Aumônier du même
Ordre, a officié. Le lendemain on a célébré dans la
même Chapelle le Service anniverſaire pour les
Chevaliers défunts.
Le fieur de la Martiniere , premier Chirurgien
du Roi, ayant nommé le fieur Louis pour remplir
la place de Secrétaire perpétuel de l'Académie
Royale de Chirurgie , qui reftera vacante au mois
de Janvier prochain , par la retraite du fieur Morand
; Sa Majeſté a agréé & confirmé cette nomination.
LOTERIE.
Le quarante-huitiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel- de-Ville s'eft fait le 24 Décembre , en la
manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
livres eft échu au numéro 4488 ; celui de vingt
mille livres au numéro 15665 , & les deux de dix
mille livres aux numéros 8200 & 16196 .
MORT.
Jean -François - Céfar le Tellier , Marquis de
Montmirail , Brigadier des Armées du Roi , Meftre
de Camp du Régiment de Royal- Rouffillon ,
Cavalerie , Capitaine Colonel des Cent Suiffes de
la Garde ordinaire du Roi , eft mort le 13 Décembre
, dans la trente-uniéme année de fon âge.
M. Patrice Ohéguerty , Brigadier des Armées
du Roi , chef d'une ancienne famille originaire
d'Irlande , eft mort à Paris au mois de Décembre
1764 , âgé de quatre- vingts ans.
BOG MERCURE DE FRANCE.
CÉRÉMONIE PUBLIQUE
EXTRAFT d'une Lettre de Warfovie , du 28
Novembre 1764 , contenant les détails circonftanciés
de la cérémonie du couronnement du Roi
de Pologne-
LE 15 de ce mois , à huit heures du matin , 12
plupart des Seigneurs & des Dames fe rendirent
à l'Eglife de Saint Jean , où le Roi ne fe rendit
qu'après dix heures . Il y avoit une fi grande
affluence de peuple ,que les Gardes eurent beaucoup
de peine à fe maintenir dans leurs poftes. Vers les
dix heures , l'Archevêque de Léopol , précédé des
Echevins & du Magiftrat de Warforvie , du
Clergé de l'Eglife avec la Croix , du Chapitre de
Warfovie , des Chanoines & des Prélats des Eglifes
Cathédrales , des Abbés & des Evêques des
deux Rits , habillés pontificalement , fe rendir
dans l'appartement du Roi . Ils s'approcherent du
Trône & fe rangerent des deux côtés de la
Chaire de S. M. Dans ce même appartement
étoient , fur une table & fur des carreaux de ve
lours , les habits pontificaux deſtinés pour le Roi ;
favoir , les fandales , les gands , l'albe , le ceinturon
, la tunicelle blanche une chappe de
même couleur , l'Ordre avec la chaîne d'or , le
bonnet royal , la couronne , les deux glaives
nuds , le troifiéme avec le ceinturon & le four--
reau & le globe d'or : la cotte d'armes avoit été
mife fur l'Autel à l'Eglife . Dès que le Roi fut
habillé , l'Archevêque le fit lever en le prenant
9
JANVIER 1765. ·· 207
fous le bras , & prit des mains d'un Aumônier
le goupillon pour donner de l'eau benite à Sa
Majellé : P'Archevêque fit enfuite une priere à
haute voix en même tems le Maître des
Cérémonies donna le fignal à la Proceffion , qui
attendoit au bas , de fortir de la cour & de s'acheminer
vers l'Eglife . Après la priere , tous
joignirent la Proceflion & marcherent dans l'ordre
fuivant : Les Prélats , les Officiers Territoriaux
, les Sénateurs Séculiers , les Miniſtres , les
Evêques , les Enfeignes des deux Nations , les
Porte Glaives , trois Sénateurs , un de chaque Province
portant les marques Royales fur des carreaux
après eux marchoient les Maréchaux tenant
les bâtons bas , & enfuite le Roi mené par
FArchevêque de Léopol & le premier Evêque en
rang , fous un baldaquin porté par les quatre
preiniers Caftellans du fecond Ordre. Le Roi étoit
fuivi de tous les Officiers des deux Nations , du
feur Rouiker , Aide- de - Camp Général ,
des
Chambellans , des Gentilshommes & d'un détachement
des Gardes . Dès que Sa Majesté entra
dans l'Eglife , quatre Vicaires prirent le baldaquin
& le mirent dans la Chapelle. Le Roi appro--
chant du grand Autel , tous les Officiers des deux
Nations refterent auprès du Trône , & Sa Majelté
ne fut fuivie que par les Maréchaux , l'Aide- de-
Camp-Général & deux Chambellans de fervice.
Le Roi refta entre les deux Evêques , s'inclina
vers le Primat qui étoit affis , & à qui l'Archevêque
de Léopol dit enfuite : très - vénérable Pere
notre Mere la Sainte Eglife fouhaite que vous béniffiez
& confacriez ce Roi nouvellement élu . Le
Prinrat répondit : fçavez- vous s'il eft préparé pour
cette cérémonie. L'Archevêque répondit : nous le
fçavons , & nous ne doutons pas que cela ne foit
208 MERCURE DE FRANCE.
falutaire & utile à l'Eglife de Dieu & au Gouvernement
du Royaume. A ces mots , le Prélat dit :
graces à Dieu ; après quoi le Roi & les Evêques
s'affirent . Le Primat , après avoir adreffé la parole
à Sa Majefté , qui répondoit en inclinant toujours
la tête , fit une priere. Le Roi fe découvrit la tête ,
fe mit à genoux devant le Primat qui étoit affis ,
prêta le ferment , mit enfuite les deux mains fur
l'Evangile , & dit : ainfi que Dieu m'affifte & te
Saint Evangile. Il refta à genoux , tandis que le
Primat & les Evêques fe leverent , & firent une
priere après laquelle ils fe mirent à genoux : alors
le Roi fe leva , defcendit d'un degré & fe profterna
fur un carreau en forme de croix. Pendant qu'il
étoit dans cette pofition , le Choeur chanta les
Litanies , le Primat fe leva , dit le Pater , fe tourna
enfuite vers le Roi , & prononça le Symbole & une
priere , après laquelle le Roi fe leva & refta debout
devant l'Autel ; pendant ce tems , le Primat bénit
l'habillement du Roi , s'affit & mit la mitre ſur la
tête. Ceux qui avoient habillé le Roi , vinrent le
deshabiller ; après quoi , il fe mit à genoux devant
le Primat , qui lui verfa , en forme de croir ,
de l'huile fainte fur la tête. Alors deux Evêques
s'approcherent du Roi, dont le premier d'entre eux
prépara la main droite & le bras , pour recevoir
l'onction. Le Primat trempa fon pouce , oignit la
main & les épaules en forme de croix , & nettoya ,
ainfi que les Evêques , les doigts avec du pain. Lés
Evêques firent la même cérémonie , & donnerent
de deffus l'Autel le Manteau Royal au Primat , qui
après en avoir revêtu le Roi , lui préſenta l'Ordre.
Le Roi le mit fur foi , s'inclina vers le Primat , &
alla fe mettre à genoux fur un carreau au bout de
l'Autel du côté de l'Evangile. Alors le Primat
commença la Meffe , ajouta une priere pour le
JANVIER 1765. 200
Roi à couronner , & à l'Alleluia il prit la croffe &
la mitre , & bénit les glaives . Le Roi , précédé
des Maréchaux , des Chambellans & des Porte-
Glaives , vint fe mettre à genoux for un carreau
devant le Primat qui s'étoit affis , & avoit pris en
main le glaive qu'on lui avoit donné de deffus
l'Autel , & qu'il remit à S. M. en lui adreffant un
difcours. Le Roi le rendit au Porte- Glaive qui le
remit dans le fourreau , & le préſenta de nouveau
au Primat , qui en ceignit le Roi à l'aide des Porte
Glaives des deux Nations. Le Roi fe leva enfuite
, fit face au peuple , tira le glaive en frappant
l'air en forme de croix , l'effuya fur fon bras gauche
, le remit dans le foureau , le retourna vers
le Primat , & remit aux Porte- Glaives des deux
Nations les glaives que le premier Evêque lui
avoit préfentés. Il fe mit enfuite à genoux devant
le Primar , à qui les Porte Enfeignes avoient donné
les drapeaux , & qui les remit au Roi après les
avoir déployés : S. M. les replia & les rendit aux
Porte- Enfeignes. Le Primat prit alors la Couronne
à l'aide des deux Evêques , & la mit fur la tête
du Roi en lui adreffant un difcours : il lui remit
enfuite en main droite le Sceptre , & en main
gauche le Globe d'or , en prononçant encore un
difcours. Après cette cérémonie , le Roi ſe leva ;
le Primat & l'Archevêque de Léopol le prirent
fous les bras , & le menerent au Trône dans l'ordre
fuivant les Porte Enfeignes précéderent , les
drapeaux déployés : ils s'approcherent du Trône ,
& s'arrêterent fur la premiere marche : les Porte-
Glaives s'arrêterent fur la feconde , les glaives
nuds , & les Maréchaux fur la derniere avec leurs
bâtons baillés . Après eux vinrent le Primat & l'Archevêque
de Léopol qui menerent le Roi . Le Primaat
fit affeoir le Roi , fe mit à fa droite & lui
:
# 10 MERCURE DE FRANCE.
adreffa un difcours : enfuite , la face vers l'Autel ,
il ôta la mitre & entonna le Te Deum , pendant
lequel il fe tint debout & la tête découverte. Le
Te Deum fut fuivi de plufieurs prieres , & dès
qu'elles furent dites , le Primat cria Vive le Roi.
Ce cri fut répété par le peuple , les Maréchaux
leverent les bâtons , on tira les canons placés fur
le bord de la Viftule , & l'on fonna les cloches de
toutes les Églifes . Après les acclamations , le Primat
retourna à l'Autel avec l'Evêque qui l'avoit
affifté au Trône , & continua la Meſſe : les Maréchaux
baillerent les bâtons , & l'on porta au Roi
le carreau pour ſe mettre à genoux. Lorſque l'Evangile
fut dit , an apporta à baiſer au Roi le
Livre de l'Evangile , & l'on commença le Sermon.
Au Lavabo , le Primat prit fa place & mit
la mitres le Roi defcendit du Trône , précédé des
Porte- Enfeignes , des Porte- Glaives & des Maréchaux
, les bâtons levés ; il remit la Couronne , le
Sceptre & le Globe d'or à ceux qui les avoient
apportés , & qui refterent près du Trône , & s'ap
procha de l'Autel : on lui préfenta fur une fou→
coupe un pain & un petit tonneau d'argent rempli
de vin, qu'il préfenta en offrande au Primats après
quoi , il retourna dans le même ordre à fōn
Trône , remit la Couronne fur la tête , & ne l'ô : a³´
qu'à l'élévation. Aur Pax tecum , on porta au Roi
le Crucifix pour le baifer . La Meffe étant finie , &
la bénédiction donnée , le Maître de la Cérénionie
régla la fortie de la Proceffion : le Grand Maréchal
cria trois fois Vive le Roi : le peuple répondit
, & le canon fe fit entendre de nouveau , ainfi
que toutes les cloches des Eglifes de la Ville . Le
Primat & tous les Evêques quitterent leurs places
pour s'approcher du Roi qui , la Couronne fur
la tête , prit le Sceptre & le Globe d'or , deſcendir
JANVIER 1765- 211
du Trône au- devant du Primat & des Evêques , &
fortit dans le même ordre qu'il y étoit venu ,
excepté que le Clergé refta à l'Eglife . De retour
à la Salle d'Audience , le Roi quitta le Sceptre &
le Globe d'or , & reçut les félicitations des affiftans
qui eurent l'honneur de lui baifer la main. Sa
Majefté étoit fi fatiguée , qu'on fut obligé de lui
faire refpirer des eaux de fenteur.
Le Roivalla le lendemain à la Maifon de Ville ,
où il fe revêtit de fes habits royaux . Le fieur
Withoff préfenta les clefs de la Ville à Sa Majefté
; Elle fe mit fur -un magnifique Tróne qui
lui avoit été préparé , & reçut le ferment de fidélité
du Magiftrat. Parmi les différentes Communautés
, les Marchands fe diftinguerent le plus
dans cette cérémonie : une partie d'entre eux étoit
vêtue en habits de Dragons , & l'autre en habits
de Suiffes ils défilerent , ainfi que les autres
Communautés , par le château , à la vue du Roi
qui s'étoit mis à la fenêtre pour les regarder , &
qui fut falué par les Officiers & les Enfeignes. Sa
Majefté de retour au château , alla en carrolle
chez le Primat , où Elle dina
Hier , le Roi monta à cheval vers les dix heures
du matin , accompagné de la plupart des Sei-.
gneurs. Le Grand Trélorier qui précédoit de deux
pas Sa Majefté , jetta une grande quantité d'argent
au peuple.
AP PROBATIO N.
J'Ax lu , par ordre de Monſeigneur le Vice-
Chancelier , le fecond volume da Mercure du
mois de Janvier 1765 , &´je n'y ai rien trouvé
qui puiffe en empêcher l'impreffion . A Paris , ce
Es Janvier 1765. GUIROY.
212 MERCURE DE FRANCE.
TABLE DES ARTICLES.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
SUITE de Charles Martel , anecdote Françoife.
VERS envoyés par M. DE LA DIXмERIE à une
Dame qui lui reprochoit d'avoir maltraité
dans fes Contes les femmes de quarante ans. 33
A Madame la Marquife de P ... fur une veſte
brodée de fa main .
EPITRE à mon Eléve.
EPIGRAMME Contre des Auteurs qui le déchiroient
dans leurs vers .
VERS à la Ville de MARSEILLE , fur l'arrivéo
de Madame B... & de fes trois filles.
A Madame G... qui reprochoit à l'Auteur d'avoir
perdu la raiſon .
PORTRAIT de Mad. de St. M...
VERS à Mademoiſelle D. en lui donnant un
beau bouquet dans une campagne aride.
ENVOI d'une roſe à Madame de S... F ...
INSCRIPTION pour mettre fous la ſtatue d'un
Hercule.
SUITE des Lettres de Henri IV . Treiziéme
34
ibid.
39
40
41
Lettre.
QUATORZIEME Lettre.
QUINZIEME Lettre.
SEIZIEME Lettre.
DIX-SEPTIEME Lettre .
DIX -HUITIEME Lettre.
42
45
ibid.
46
ibid.
47
48
49
jo
52
费
JANVIER 1765 .
213
DIX-NEUVIEME Lettre.
VINCTIEME Lettre.
VINGT UNIEME Lettre.
VINGT-DEUXIEME Lettre.
VINGT-TROISIEME Lettre.
VINGT-QUATRIEME Lettre.
LETTRE à l'Auteur du Mercure , fur les problêmes
hiſtoriques .
ENIGMES.
LOGOGRYPHES.
13
SS
$6
57
58
59
60
69
71
VERS à mettre en muſique. A Mademoiſelle
C...
72
ART. II. NOUVELLES LITTÉRAIRES.
SUR la forêt où le retirerent en différens temps
Clotaire I , & Clotaire II , Rois de France. 73
DISSERTATION fur l'origine , les progrès &
les fuites de l'idolatrie , ou notion préliminaire
de Mythologie.
VARIÉTÉS férieufes & amuſantes ; à Amfterdam
, & fe trouve à Paris , &c.
ANNONCES de livres.
ART. III . SCIENCES ET BELLES- LETTRES,
ACADÉMIE S.
SEANCE publique de l'Académie Royale des
Sciences , des Belles -Lettres & des Arts de
ROUEN , tenue le 11 Août 1764 .
SEANCE publique de l'Académie des Belles-
Lettres de MArseille.
PRIX propofé par l'Académie Royale de Chirurgie
pour l'année 1766 .
83
94
100
127
140
143
ACADÉMIE des Belles - Lettres de Montauban. 1 45
MÉDECINE .
Avis au Public ..
ASTRONOMIE,
URANOGRAPHIE , ou defcription du ciel en
148
214 MERCURE DE FRANCE.
T
deux hémisphères ; par M. ROBERT DE VAUGONDY
, &c.
ART. IV. BEAUX ART S.
ARTS UTILES.
CHIRURGIE.
OPÉRATION de la taille . Extrait de la Feuille
Hebdomadaire de la haute & balle Normandie
, du 8 Octobre 1764.
HORLOGERIE .
161
163
REMARQUES faites par le fieur TAVERNIER
Maître Horloger de Paris , fur le précis
d'un Mémoire annoncé dans le Mercure du
mois d'Août 1764 ; par le fieur HERVÉ, &c. 166
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE.
MUSIQUE.
ANTHOLOGIE Françoife , ou Chanfons choifies
de tout les genres & de tous les âges
par le fieur MONNET , ci-devant Entrepreneur
de l'Opéra- Comique.
ART . V. SPECTACLES.
SPECTACLES de la Cour à Verſailles , fur le
Théatre du Roi ; ordonnés par M. LE MARÉCHAL
DUC DE RICHELIEU Pair de ›
171
173
France , & c. &c. 177
SPECTACLES de Paris . Opéra. 179
COMÉDIE Françoiſe.
182
COMÉDIE Italienne.
185
CONCERTS Spirituels. 186
MONUMENT public. Lettre de M. LE MARQUIS
DE MARIGNY à M. DE CRÉBILLON.
SUPPLÉMENT à l'article des Sciences. Géographie.
Petit Atlas Maritime , &c.
ART. VI. Nouvelles Politiques.
De l'Imprimerie de Louis CELLOT , rue
Dauphine..
DE FRANCE,
DÉDIÉ AU ROI.
JANVIER 1765.
25 volume
Diverfité , c'est ma devife. La Fontaine.
Cochin
Shusinv
PapillonSculp
Chez
A PARIS ,
CHAUBERT , rue du Hurepoix.
JORRY , vis- à -vis la Comédie Françoife.
PRAULT , quai de Conti .
DUCHESNE , rue Saint Jacques.
CAILLEAU , rue Saint Jacques.
CELLOT , grand'Salle du Palais .
Avec Approbation & Privilége du Roi.
BIBLIOTHECA
REGIA
MONACENSIS.
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eſt chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'est à lui que l'on prie d'adreffer ,
francs de port , les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie littéraire ,
à M. DE LA PLACE , Auteur du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36fols ;
mais l'on ne payera d'avance , en s'abonnant
, que 24 livres pour feize volumes ,
à raifon de 30 fols piece.
Les perfonnes de province auxquelles
on enverra le Mercure par la Pofte ,
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront d'autres voies que
la Pofte pour le faire venir , & qui pren-
-dront les frais du port fur leur compte ,
ne payeront comme à Paris , qu'à raison
de 30 fols par volume , c'eft à dire , 24 liv.
d'avance , en s'abonnant pourfeize volumes.
Les Libraires des provinces ou des pays
A ij
trangers , qui voudront faire venir te
Mercure , écriront à l'adreſſe ci-deſſus.
On Jupplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la Pofte , en payant le droit ,
leurs ordres , afin que le paiement en foit
fait d'avance au Bureau .
Les paquets qui ne feront pas affranchis
refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoient des
Livres , Eftampes & Mufique à annoncer
d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Pieces tirées des
Mercures & autres Journaux , par M. DE
LA PLACE , fe trouve auffi au Bureau du
Mercure. Cette collection eft compofée de
cent huit volumes. On en prépare une
Table générale , par laquelle ce Recueil
fera terminé ; les Journaux ne fourniſſant
plus un affez grand nombre de pieces pour
le continuer.
MERCURE
DE FRANCE.
JANVIER 1765 .
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
SUITE DE CHARLES MARTEL.
ANECDOTE FRANÇOISE .
UNN point très - embarraffant étoit de
ménager un tête - à- tête entre les deux
rivales. Isberge le follicita , & alloit être
refufée. Heureufement la Princeſſe d'Aquitaine
efpéra s'amufer beaucoup des ridi-
A jj
6. MERCURE DE FRANCE.
*
cules & de la rufticité d'une Princeffe du
Nord.
Isberge parut , & cette efpérance diminua
mais Barfine fe garda bien de le témoigner.
Il n'y eut aucun cérémonial obfervé
dans cette entrevue. Isberge , à cet
égard , n'exigeoit rien , & fa rivale n'eût
rien accordé. Les premiers complimens
furent même très - courts de part & d'autre .
La jeune Saxonne trouva Barfine parfaitement
belle , & le lui dit avec candeur.
Elle-même étoit bien digne qu'on lui rendît
la pareille mais Barfine y étoit peu
difpofée. Elle eut recours à l'ironie ,
cette figure cruelle , inventée , fans doute ,
par la première femme qui fe vit forcée
d'en louer une autre. C'est donc là , diſoit
Barfine , la tête que Charles Martel a défobée
à Wifnou ? C'eût été vraiment dommage
de l'abattre : elle vous fied très- ·
bien , & je ne doute pas que vous ne foyez
très- reconnoiffante du fervice que le Héros
François vous a rendu . Oh ! je vous le
protefte , reprit la jeune Saxonne ; je fuis
charmée de vivre , puifque Charles Mariel
eft la caufe que je vis. Sans doute , répliqua
Barfine , que lui- même eft bien réfolu
de ne vivre que pour vous ? Hélas !
non , reprit ingénûment Isberge.
JANVIER 1765 . 7
BARSINE .
Quoi ? Il ne vous a pas dit mille fois :
je vous aime.
IS BERGE.
Pas même une feule .
BARSIN E.
Pour vous il est bien réel
" que vous
l'aimez ?
Je ne fais
IS BERGE.
pas bien ce qu'on appelle
aimer parmi vous ; mais voici , moi , ce
que j'éprouve. Je ne fonge qu'à Charles
Martel quand je ne le vois pas , & quand
je le vois je n'apperçois que lui. Eft- il gai
j'ai de la joie s'il eft trifte , je pleure,
J'entends de toutes parts chanter fes louanges
, & je crois que ce font les miennes .
Je voudrois voir tous les hommes à fes
pieds ; je voudrois le voir aimé de toutes
les femmes ... •
BARSINE ( avec ſurpriſe ).
De toutes les femmes ?
ISBERGE .
Oui , de toutes ; & cela leur fera bien
A iv .
8 MERCURE DE FRANCE .
aifé ......Il m'a pourtant dit que vous le
haïlfiez.
BARSINE vivement.
Il vous l'a dit ?
ISBERGE.
Oh ! c'est ce que je ne puis croire : mais
il le croit lui , & s'en afflige : ne voulezvous
pas le détromper ?
BARSINE.
Vous- même voulez - vous que je le détrompe
?
ISBERGE ( avec vivacité).
Sans doute ! & je vaiš ….
BARSINE.
Arrêtez ! .... Il ne fe trompe point ; je
fuis obligée de le haïr.
ISBERGE .
Vous n'en ferez rien , vous l'aimerez.
BARSINE.
Mais quel peut être votre but ? Si ma
haine attrifte votre amant , c'est qu'au
moins il defire que je partage fon amour.
Voulez- vous donc qu'il vous préfere une
rivale ?
JANVIER 1765.
ISBERGE .
Je veux qu'il ne ſoit plus affligé.
L'étonnement de Barfine augmentoit à
chaque réponſe de la jeune Saxonne. Une
telle conduite n'avoit , felon elle , nulle
vraisemblance , & n'en aura guères plus
pour tout ce qu'on nomme parmi nous
une femme éduquée. Mais il faut fe rappeller
qu'Isberge en fçavoit beaucoup
moins : elle ne dirigeoit point fon coeur
c'étoit fon coeur qui la dirigeoit. D'ail
leurs , il n'eft pas phyfiquement impoffible
qu'une femme qui aime ne ceffe quelquefois
de fe préférer à fon amante. Ces
exemples , je l'avoue , font affez rares ,
& dès-lors paroîtront toujours finguliers.
Barfine en jugea ainfi. Elle ne crur point à
la fincérité d'Isberge : elle crut même que
fa démarche avoit pour but de la braver.
Son orgueil la fortifioit dans ce foupçon ,
parce qu'il parloit en elle plus que tout
autre fentiment. Elle reprit donc le ton
de l'ironie & de l'aigreur. En vérité , difoit-
elle à Isberge , il y a de l'héroïſme
dans votre conduite ! peut- être auffi n'y
a- t- il que de la préfomption. Vous vous
croyez fûre de votre conquête : mais apprenez
qu'un feul de mes regards peut
ramener à mes pieds l'invincible Martel
Á v
10 MERCURE DE FRANCE.
Hé bien ! accordez lui ce regard , s'écria
vivement Isberge.
Apprenez , pourfuivit Barfine , encore
plus irritée , apprenez qu'on peut être paffable
fur les bords de l'Elbe , & l'être fort
peu fur ceux de la Seine : apprenez que je
vous trouve l'air gauche & le maintien
trop uni , d'affez beaux yeux , mais qui
ne difent rien ; une bouche affez bien
faite , mais qui ne fourit ni ne s'exprime
jamais avec fineffe ; un air d'ingénuité
ruftique ; en un mot , je ne vois rien en
vous qui puiffe vraiment vous faire aimer.
Il faut bien que cela foit , répliqua ingénûment
Isberge , puifque je ne puis me
faire aimer de Charles Martel.
C'en eft trop , s'écria Barfine , toujours
plus perfuadée qu'Isberge la railloit & la
bravoit , il eft temps de mettre fin à ce
dialogue. Je pénétre le vrai fens de vos
difcours ; mais quand même ils feroient
fincères , ils ne changeroient rien à ma
difpofition. J'en fuis bien fâchée , reprit
Isberge , & Charles Martel fera encore
plus affligé que moi .
1
Alors Barfine fe leva , plutôt pour congédier
la jeune Saxonne que pour lui faire
honneur. A propos , lui dit- elle d'un ton
dédaigneux , on m'a dit que vous étiez
Princeffe. Je vous jure que cela m'étonne !
JANVIER 1765 . II
•
Eh pourquoi ? lui demanda Isberge .
C'eft qu'une Princeffe fe refpecte ...
Qu'appellez - vous fe refpecter ? .... C'eſt
de pefer un peu plus fes difcours &
fes démarches que vous ne le faites . On
ne dit point à une femme , Princeffe ou
autre , qu'on aime un homme , quel qu'il
foit : on dit encore moins qu'il eſt aimé.
Cet aveu n'appartient qu'à nos villageoifes
..... Eft- ce qu'il n'y a que vos villageoifes
qui aiment , interrompit Isberge ?
Chez nous le rang de Princelle ne nous en
difpenfe pas nous vivons , nous agiffons
comme les autres femmes : les autres femmes
nous parlent comme je viens de vous
parler. Notre rang de Princeffe n'en impofe
point aux hommes : le moindre d'entre
eux fe croit notre égal , & on nous éleve ,
pour aing dire , à le croire. Mes ayeux
étoient fouverains : quelle préférence
l'honneur d'en defcendre m'a t-il valu ?
Celle de laiffer ma tête fur l'autel de
Wifnou , fi le grand , le généreux Charles
· Martel ..... Je fais , je fais tout , interrompit
de nouveau Barfine , & je vous
exhorte à porter auprès du grand , du généreux
Martel , les expreffions de votre
reconnoiffance : elles feront mieux pla-.
cées qu'ici. A ces mots elle tourna la
tête , & il fallut qu'Isberge s'éloignât bien
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
confufe & bien chagrine d'avoir échoué
dans fa démarche.
de nous
Celui qui en étoit l'objet ne parut
point furpris de ce peu de réuffite' ; il l'avoit
prévu. Cependant il avoit peine à
prendre fon parti. Le croirez-vous , aimable
Isberge , difoit - il ? C'eft l'orgueil ,
le feul orgueil , qui fait agir & parler ainfi
la Princeffe d'Aquitaine. Peut- être n'eſtelle
pas infenfible ; mais il l'oblige de le
paroître. Telle eft la manière dont on
éleve parmi nons un fexe que la nature
avoit fait naître pour nous confoler , &
qui femble n'avoir pour but que
affujétir. Je ne fais quelle décence , mal
entendue, le force à nous envifager comme
autant d'ennemis , à nous déguiſer tout ce
qu'il penfe , tout ce qu'il éprouve , tour
ce qu'il defire. Qu'en réfulte - t- il ? Ce qu'il
eft naturel d'en attendre. Lorfque la défenfe
ne fubfifte plus , l'habitude exifte
encore. On diffimule avec l'époux comme
on a fait avec l'amant . Souvent même la
diflimulation change d'objet , & n'en eft
que plus facile à foutenir. Ainfi raifonnoit
Charles Mariel au fort de fon dépit.
Du refte , il fe piquoit plutôt d'être grand
Capitaine que grand Moralifte : mais aux
yeux d'Isberge il parut l'un & l'autre.
Elles'applaudit de fon extrême franchife ,
JANVIER 1765. I
& en conclut qu'on étoit mieux élevé fur
les bords de l'Elbe que fur ceux de la
Seine.
Durant cet intervalle , Barfine reçut un
exprès du Duc fon père. Eudes l'exhortoit
à faire ufage du pouvoir qu'elle avoir
fur l'âme du vainqueur pour obtenir qu'il
la renvoyât. I l'autorifoit à y joindre
l'offre d'une forte rançon. Barfine fit inviter
Charles , non à lui donner audiencemais
à fe rendre auprès d'elle . Il en fut
furpris , & ofa prefque efpérer qu'elle vouloit
s'adoucir. On préfume bien qu'il ne
ne fe fit pas attendre ; mais il fut bientôt
détrompé. Seigneur , lui dit Barfine à
l'inftant même qu'il parut , je fuis votre
prifonnière ; mais ma captivité n'ajoute
rien à votre gloire. Vous pouvez même
l'accroître , en me rendant à un père que
mon éloignement fait gémir. Ma liberté
peut auffi vous être utile : déterminez le
prix de ma rançon.
Madame , répondit Charles Martel ,
non moins piqué de ces dernières paroles ,
qu'affligé des autres , s'il étoit queftion de
Vous racheter , tous les tréfors , tous les
Etats du Duc votre père ne fuffiroient pas.
Il s'agit donc uniquement du facrifice
que vous exigez de moi ? Eh ! pourquoi
Fexiger ? Où ferez-vous plus libre qu'en
14 MERCURE DE FRANCE .
ces lieux ? N'y fuis-je pas votre premier
captif ? Mais tout en parlant ainfi , il étoit
déja plus qu'à demi réfolu de fouſcrire à
ce qu'elle vouloit. La première raifon
c'eft qu'il trouvoit peu d'honneur à la
retenir malgré elle : la feconde , qu'il la
retiendroit en pure perte : la troifiéme ,
qu'il y avoit de l'héroïfme à fe faire luimême
cette violence . Barfine voulut auffi
lui faire entrevoir qu'elle pourroit amener
Eudes à des propofitions de paix raiſonnables.
Madame , lui répondit le Duc des
François , vos efforts feront fuperflus : le
Duc d'Aquitaine m'envie une chimère ,
une vaine fumée que j'idolâtre encore
plus qu'il ne la chérit. Pour qu'il cefsât
de me hair , il faudroit que lui ou quelque
autre parvînt à me battre , & je jure par
vos attraits de tout employer pour n'être
battu par perfonne . Ainfi , Madame , lorfque
je foufcris à votre départ , le feul motif
qui me détermine eft de foufcrire à ce
que vous exigez. Tant de foumiffion ſerat
- elle fans récompenfe ? Ne regretterezvous
pas du moins celui qui vous perd ,
& qui ne vous perd que pour ne pas vous
défobéir ?
L'Amant de Barfine croyoit ce raifonnement
fans replique mais Barfine y répliquoit
intérieurement. La. docilité de
:
JANVIER 1765 . 15
Martel lui parut extrême , & elle jugea
qu'Isbergeen étoit lemotif. Elle eut voulu
non pas être refufée , mais être plus longtemps
contredite . Dès lors , au lieu de fa- .
voir gré à Charles du facrifice , elle-même
crut être facrifiée : elle ne put même entiérement
diffimuler fa jaloufie ; & en quittant
le libérateur d'Isberge , elle l'exhorta
à bien mettre à profit la reconnoiffance de
celle qui lui devoit le jour.
Ces paroles furent prononcées avec un
ton auquel Charles ne fe méprit pas ; mais
il ne l'inquiétoit prefque plus. Il fe trouvoit
flatté que Barfine s'apperçût qu'Isberge
étoit reconnoiffante. Au moins , difoit-
il , ne lui paroiffai - je pas être laiffé au
dépourvu , & c'eft un motif de plus pour
me la conferver. Une femme peut oublier
Lamant qu'elle a le plus aimé , qui l'aime
le plus , mais elle ne peut vouloir le céder
à une rivale.
Toutefois le temps lui prouva qu'il s'étoit
trompé. Barfine , arrivée auprès de fon
père , lui trouva l'âme ulcérée contre fon
vainqueur. Il ne refpiroit que vengeance ,
& vouloit même fe venger dans tous les
fens poffibles. C'eft- là ce qui lui avoit fait
fi ardemment fouhaiter d'avoir fa fille en
fon pouvoir. Il eut la joie de remarquer
en elle beaucoup de refroidiffement pour
16 MERCURE DE FRANCE.
le Duc des François . Il augura bien du
projet qu'il avoit conçu projet incroyable
s'il n'étoit confirmé , attefté par tous les
hiftoriens du temps : ce fut de faire époufer
fa fille à Manuzza , jeune Sarrafin , Gouverneur
d'une partie de l'Eſpagne , alors
entiérement foumife aux Mahométans
d'Afrique. Celui - ci , en faveur de cet
étrange hymen , devoit fecourir Eudes
contre Charles Martel , devenu plus fufpect
, plus odieux au Duc d'Aquitaine
que tous les Mahométans de l'univers.
Manuzza , quoique Sarrafin , étoit aimable
& favoit aimer. Il parut tel aux yeux
de Barfine. On ne dit point , toutefois ,
s'il lui parut digne de l'emporter fur Charles
Martel ; mais on affure qu'elle le trouva
extrêmement propre à la venger. Un feul
point l'arrêtoit encore : c'étoit la religion
de Manuzza. Il promit d'abjurer l'Alcoran,
& Barfine jugea cette promeffe des plus
orthodoxes . Au moins , difoit- elle , en fongeant
à l'amant qu'elle trahiffoit , & par
qui elle fe croyoit trahie , au moins ne
paroîtrai- je pas avoir été quittée la première.
L'ingrat s'eft laiffé gagner de vîteffe.
Peut-être va-t-il s'en applaudir . Il juftifiera
fon choix d'après le mien. Que m'importe
, après tout ? Je n'ai au fonds que
fuivi fon exemple ; & elle ajoutoit , en
JANVIER 1765 . 17
regardant Manuzza : comme je vais être
vengée !
Le bruit de cette vengeance bifarre &
cruelle parvint promptement aux oreilles
de celui qui en étoit l'objet. Il eut d'abord
peine à le croire , mais il n'eut bientôt
plus lieu d'en douter. Son étonnement
égaloit fa douleur , & il s'y livroit aux
yeux même d'Isberge , qui , à fon ordi- -
naire , la partageoit. La perfide ! s'écrioit- il ,
c'eft peu de me donner un rival , elle ofe
le choifir parmi les barbares que l'Afrique
a vomi dans nos climats ! elle épouſe un
vil Sarrafin , & fans doute elle va bientôt
embraffer jufqu'à fa fece pour mieux lui
prouver fon dévouement . Elle fera Mufulmane,
parce qu'un Mufulman a fçu lui
plaire. Quelle autre preuve lui reftera - t- il
à faire de fon amour ?
Ces derniers mots rendirent Isberge
rêveufe. Elle fe rappella que , malgré fa
tendreffe pour fon libérateur , elle étoit
encore de la fecte de Wifnou , & dès ce
moment on affure qu'elle entrevit toute
l'abfurdité de fon culte.
Elle n'épargnoit rien pour confoler
Martel , qui de fon côté fentoit moins la
perte de Barfine en voyant Isberge . Il fongeoit
fur - tout à fe venger . La marche
des troupes avoit été fufpendue pour quel
18 MERCURE DE FRANCE.
que temps elle fut hâtée par de nouveaux
ordres. Le Duc d'Aquitaine vit
l'orage s'avancer , & n'épargna rien pour
lui faire tête. Il étoit brave , grand Ca--
pitaine & jaloux de celui qui venoit l'attaquer
c'étoit là bien des raifons pour
fe bien défendre . Un incident , qu'il n'avoit
pas prévu , redoubla le danger de fa
fituation . Abderame , Gouverneur en chef
de toutes les Efpagnes , & à qui Manuzza
lui-même étoit fubordonné , Abderame
jugea que
l'alliance de ce dernier avec le
Duc d'Aquitaine étoit contraire aux intérêts
des Maures , & il en jugeoit bien . Il
réfolut d'en prévenir l'effet. L'expédient
qui lui parut le meilleur , fut de tomber
avec fon armée fur la Province où commandoit
Manuzza. Celui- ci fe défendit
de fon mieux , mais fi malheureuſement ,
qu'il ne put même empêcher Barfine de
tomber au pouvoir d'Abderame. Le Sarrafin
la trouva affez belle pour féduire le
plus fage des Mufulmans . Toutefois iljura
par fon Prophête qu'elle ne le féduiroit
qu'autant qu'il étoit convenable , & il
ajouta qu'il verroit bientôt fi l'Aquitaine
produifoit beaucoup de femmes auffi belles
que Barfine.
C'étoit dire que l'Aquitaine le verroit
bientôt lui-même avec fon armée . Eudes
JANVIER 1765 . 19
·
s'y attendoit ; & fon gendre , qui vint ſe
refugier à fa Cour , le lui confirma. Eudes
vit qu'il étoit perdu fi Charles Martel n'étoit
pas généreux. Il lui fit demander une
tréve pour tout le temps qu'il auroit à combattre
les Africains. Le Duc des François ,
quoiqu'irrité , lui accorda fa demande , &
offrit même de marcher à fon fecours ,
fauf à fe meſurer entre eux auffitôt que
l'ennemi commun feroit défait. Mais , foit
que cette offre devînt ſuſpecte au Duc
d'Aquitaine , foit qu'il ne voulût partager
avec perfonne la gloire de vaincre Abdeil
n'accepta que la tréve. Il réunit
fes forces , & s'avança à la rencontre des
Sarrafins , qui n'avoient pas foupçonné
qu'il ofât même les attendre.
rame ,
Charles Martel regrettoit de le voir
combattre feul . Ces regrets étoient le
fruit de l'émulation & du defir de délivrer
Barfine ; car on préfume bien que fon
infidélité n'avoit pas refroidi fon premier
amant. Il femble que l'amour fe nourriffe
des mêmes alimens que la haine. Les perfidies
, les injuſtices d'une maîtreffe , lui
font rarement perdre l'empire qu'elle s'eft
acquis fur nous : le plus fouvent même
elles l'augmentent. C'eft en particulier ce
qu'éprouvoit le héros de cette hiftoire. Il
avoit de quoi haïr , détefter Barfine ; mais
20 MERCURE DE FRANCE.
*
ce qu'il prenoit pour les fureurs de la haine
étoient les fureurs de l'amour.
La tendre Isberge l'aimoit toujours avec
le même défintéreffement. Elle gémiffoit ,
non d'être moins aimée que fa rivale ,
mais de ce que fon amant n'étoit pas heureux.
Elle eût defiré faire fon bonheur
aux dépens du fien propre. Charles ſentoit
combien elle- même eût mérité d'être heureuſe.
Il ne lui parloit jamais fans s'attendrir.
Cependant , ô bifarrerie ! ô foibleffe
injurieufe ! il lui parloit prefque auffi fouvent
de Barfine que d'elle - même.
Isberge , au furplus , étoit le feul témoin
de fes foibleffes. Hors de là , il fembloit
n'en avoir aucune ; il oublioit , pour ainfi
dire , qu'il en eût. Toutes fes démarches
caractérifoient l'homme d'Etat , le grand
Capitaine. Perfuadé qu'Eudes & fes troupes
fuccomberoient fous le nombre des ennemis
, & que ce torrent s'étendroit jufqu'en
France , il fongeoit à l'arrêter dans fa courfe.
Il vouloit que ce déluge de barbares , loin
d'inonder fa patrie , vînt , au contraire ,
s'y engloutir .
Ce qu'il avoit d'abord prévu arriva.
Eudes fut vaincu , & fe réfugia en France
avec les débris de fon armée . Alors Charles
Martel mit à l'écart tout reffentiment. Il
reçut le Duc d'Aquitaine comme il eût
JANVIER 1765 21
pu recevoir fon ami & fon allié. Il lui
prodigua les honneurs , fit l'éloge de fon
courage qui l'avoit , difoit-il , porté trop
loin , mais qui feroit bientôt à même de
prendre fa revanche en un mot , il le
raffura , le confola de fon mieux , & eut
la générofité de ne point lui parler de fa
fille. Eudes fentoit combien tant de grandeur
d'âme l'humilioit : cependant il y
parut fenfible . Un feul point l'embarraffoit.
Manuzza étoit dans fon armée : comment
cet époux de Barfine pourroit - il s'offrir aux
yeux de fon rival ? C'étoit pour ce dernier
une épreuve trop délicate. Auffi ne peut-il
confentir à cette entrevue. Il fit dire au
Sarrafin qu'il pouvoit bien fe réfoudre à
le fecourir , mais non fe réfoudre à le voir.
Le protéger étoit déja un effort fublime.
Charles Martel ne l'entendoit nommer
qu'en frémiffant. Il ne fe rappelloit qu'avec
horreur que Barfine étoit à lui ; il fongeoit
même à rompre des noeuds fi étranges. It
fongeoit , fur-tout , à la retirer des mains
d'Abderame ; car il craignoit que le barbare
ne la refpectât pas long-temps , fuppofé
même qu'il l'eût refpectée jufqu'alors. Ce
qu'il éprouvoit ne peut que difficilement
s'exprimer. Lui-même auroit eu peine à le
définir. Devoit - il s'intéreffer encore à la
femme de Manuzza ? Devoit- il s'abaiffer
82 MERCURE DE FRANCE.
Sufqu'à la lui ravir ? Ne devoit- il pas plutôt
la méprifer , la laiffer en proie aux attaques
de fon farouche vainqueur ? Voilà
donc, pourfuivoit- il , où l'orgueil a réduit
cette altière Princeffe. Je l'euffe adorée ,
un autre la maîtriſe : j'euffe été fon eſclave,
un autre eft devenu fon tyran. Charles
joignoit beaucoup d'autres raifonnemens
à ceux-là. Il en fentoit toute la force , toute
la juſteſſe , mais il finit par defirer de voir
Barfine en fon pouvoir.
Iln'en témoigna cependant rien à Isberge.
Il craignoit de l'affliger , & il fentoit combien
il y auroit d'injuſtice à le faire ; mais
la jeune Saxonne étoit trop attentive à ſes
mouvemens , y prenoit trop d'intérêt pour
ne pas deviner une partie de ce qu'il n'ofoit
lui dire. Un mot échappé la mit fur la voie.
Elle queſtionna le Héros jufqu'au point de
l'embarraffer , & enfin il lui détailla ce
qu'il s'étoit bien propofé de lui taire. Il
faut tout dire cette confidence attrifta
Isberge. Elle croyoit fa rivale un peu
moins à craindre depuis fa trahifon ; mais
elle reconnut qu'un amant trahi n'en eft
fouvent que plus foible. Isberge , de fon
côté , diffimula fa douleur , & ne laiffa
éclater que, fon zèle. Seigneur , dit-elle
à Charles , je vois que tu ne peus être
heureux fans Barfine, & que je ne puis ,
JANVIER 1765. 23
moi , rien faire ici pour ton bonheur. Tu
m'as dit bien des fois que j'égalois pour le
moins Barfine en beauté : propofe à Abderame
de te céder fa prifonniere , & je
m'offre d'aller prendre fa place. Tu feras
content ; cela me fuffit.
Isberge pleuroit en parlant de la forte :
ce qui n'empêchoit pas que fa propofition
ne furfincère. Charles Martel en étoit perfuadé
, & n'en fut que plus attendri. Qu'entends-
je ! s'écria- t-il , quel nouveau facrifice
méditez- vous ? en prévoyez- vous bien
toutes les fuites ? J'ai tout prévu , reprit
Isberge d'un ton ferme ; je n'ai abfolument
rien à craindre ; & comme je prévois que
je t'aimerai toujours , Abderame n'aura
rien à efpérer. Songez , repliqua le Duc
des François , fongez qu'un Sarrafin ignore
auprès d'une femme toute efpéce d'égards
& de retenue. ... Raffure-toi , je fais le
moyen d'arrêter fes violences. Eh quel eſt
ce moyen , demanda encore Charles Martel
? ... c'eſt de fuppofer qu'il faut de
nouveau appaifer Wifnou , ou bien que le
premier facrifice n'a pas été interrompu ....
Je vous entends , mais n'efpérez pas que
j'y foufcrive. Qui , moi ? confentir à vous
perdre ? ah ! croyez que loin de vous mon
bonheur feroit toujours imparfait : croyez
que mon coeur veut être tout à vous , qu'il
24 MERCURE DE FRANCE.
yfera. En parlant ainfi, Charles Martel étoit
aux genoux d'Isberge , lui preffoit les mains
& les lui baifoit avec une ardeur qui appuyoit
parfaitement bien fon difcours .
Cet entretien eût continué , mais il fut
interrompu par l'arrivée d'un exprès d'Abderame.
Ce Chef des Sarrafins venoit de
recevoir du fein de l'Afrique une quantité
prodigieufe de nouvelles troupes. Tout fen: -
bloit lui promettre une conquête affurée ;
mais la renommée & les victoires de Charles
Martel mettoient un frein à fes efpérances.
Il vouloit entrer avec lui en compofition
, & l'attaquoit par l'endroit le
plus foible. Voici quelle étoit fa lettre ,
écrite en langue françoiſe & en ſtyle arabe .
ABDERAME , Général des Fidèles , Commandant
de toutes les Efpagnes , &
bientôt Conquérant de toutes les Gaules
; à Charles Martel , Duc des François.
Je vais couvrir de Soldats la terre qui
t'a vu naître , & qu'en vain tu voudras dfendre.
Tu es brave , mais je le fuis auffi ;
& mes troupesfurpaffent les tiennes en nombre
, comme celui des feuilles , dans la plus
belle des faifons , l'emporte fur celui des
arbres. Ainfi , crois- moi , préviens ta ruine.
Remets
JANVIER 1765 . 25
Remets entre mes mains le traître Manuzza,
& ceffe de protéger l'ambitieux Duc
d'Aquitaine. Ses Etats font à moi par droit
de conquête. Je confens à borner là celles
queje puis faire , fi tu exécutes ce que je
propofe. Je ferai plus , je remettrai en ton
pouvoir la jeune Barfine , belle comme les
Houris du Prophète , & qu'on m'a dit être
bien chère à ton coeur. Profite dufeul moyen
que je t'offre de recouvrer ta maîtreffe &
de conferver tes Etats.
Cette lettre caufa à Charles Martel une
furpriſe mêlée d'indignation . Il eût fait
pour délivrer Barfine d'efclavage , tous
les facrifices que pouvoit permettre fa
gloire : mais il frémit du prix qu'on ofoit
mettre à cette délivrance . Manuzza étoit
fon rival ; mais Manuzza étoit devenu fon
protégé. Eudes l'étoit devenu lui -même.
Dès lors la deſtinée de l'un & de l'autre fe
trouvoit liée à la fienne. Il avoit conftamment
refufé de voir le premier. Il crut devoir
alors l'affurer de vive voix , qu'il
n'avoit rien à craindre ni pour fes jours ,
ni pour fa liberté. C'est ce qu'il effectua
fur le champ , quoique fon averfion pour
ce rival fut toujours la même. Ecoute ,
lui dit-il , après l'avoir informé des propofitions
d'Abderame , ta préfence ne m'eſt
pas devenue plus agréable ; mais je viens
B
26 MERCURE DE FRANCE.
te confirmer en perfonne que tu n'as rien
à craindre pour la tienne , que ton afyle eft
facré. Manuzza lui répondit qu'il n'avoit
aucun foupçon à cet égard ; & en effet ,
le ton de fa réponſe étoit celui de la
confiance . Charles Martel lui en tint vraiment
compte. Après quoi il inftruifit en
ces termes Abderame de fa réfolution :
LE DUC DES FRANÇOIS au Général des
Maures.
J'ai lu tes menaces ; mais j'en crains peu
L'effet. Raflemble , fi tu le peux , toutes les
forces de l'Afrique , & viens à leur tête fondrefur
ma patrie , tu me verras voler à ta
rencontre. Je n'ai besoin que de petites_armées
pour en battre de grandes. Il mefuffic
d'une poignée d'hommes pour en diſperſer
une multitude. N'efpere donc pas me voir
trahir ceux qui ont imploré ma protection.
Mets à prix d'or la rançon de ta prifonniere
, & l'or te fera prodigué. Sinon refpecte-
la , comme tu le dois , &je te promets
les mêmes égards pour ton ferrail & tes favorites.
On voit qu'il régne un peu de fuperbe
dans cette lettre , & Charles ne l'ignoroit
pas mais il favoit que la modefie eft en
pure perte vis-à-vis des Orientaux. Le ton
JANVIER 1765 : 27
de la réferve leur paroît celui de la crainte.
Abderame fut extrêmement furpris de la
hauteur de cette réponſe. Il ne la trouva ,
toutefois , ni ridicule , ni fanfaronne. Tant
de lauriers moiffonnés par la main qui
venoit de l'écrire , en réalifoient les expreffions
; elles fembloient n'avoir rien
que de naturel. Cependant le Chef des
Sarrafins continue fa marche , & les deux
armées fe rencontrerent dans la vafte plaine
de Tours.
Il n'étoit point rare alors de voir des
femmes du premier rang , fuivre les armées
au plus fort de leurs expéditions. Souvent
même leur préfence excita les guerriers
à tenter & effectuer des prodiges ;
mais dans une occafion où foixante mille
François avoient à combattre quatre cens
mille Sarrafins, il pouvoit furvenir , au milieu
même de la victoire , des incidens
inévitables. Charles , par cette raiſon , exhorta
les Dames qui fe trouvoient dans fon
à s'en éloigner. Quelques- unes y
camp , a
confentirent ; d'autres ne purent s'y réfoudre
, & Isberge fut de ce nombre. Elle eût
voulu partager tous les périls que fon
amant alloit courir. Il fut témoin de fes
alarmes , & il eut la fatisfaction de voir
qu'elles étoient extrêmes. Au furplus , il
ne fe permit pas d'en jouir long- temps.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Le defir de vaincre furmontoit en lui tout
autre intérêt. L'amant faifoit alors place .
au Héros , & il ne fe rappelloit dans ces
ni la tendreffe d'Isberge , ni l'in- momens ,
fidélité de Barfine.
On fait quel fut l'événement de cette
fameuſe journée. Les Africains y combat
tirent avec fureur , & les François avec un
courage fait pour tout furmonter. Hs moiffonnoient
leurs ennemis comme un feu
qui parcourt & dévore une plaine fertile.
Abderame tomba fous les coups de Charles
Martel , & l'hiftoire nous dit que le champ
de bataille fut couvert de trois cens mille
Sarrafins .
On s'empara du camp des vaincus , & ,
comme c'est l'ufage de tous les temps , on
le pilla ; mais le Général François avoit
ordonné que les tentes d'Abderame fuffent
épargnées , ainſi que tout ce qu'elles renfermeroient.
Il en fortit un jeune Sarrafin
qui fupplia qu'on le conduisît dans celles
de Charles Martel , & fa demande lui fut
accordée. Il en fit une nouvelle qu'il n'eût
pas fans doute obtenue en Afie , mais qui
dès- lors ne fe refufoit point en France :
ce fut d'être admis à l'audience d'Isberge.
Il obtint cette feconde faveur , & bientôt
il en exigea une troifieme : ce fut de refter
feul avec la jeune Saxonne. Elle-même
JANVIER 1765 . 29
en parut d'abord ſurpriſe ; mais , ce qui
furprit davantage ceux qui étoient préfens ,
à peine le jeune inconnu lui eut dit un
mot à l'oreille , qu'elle ordonna qu'on le
fatisfît.
Cet inconnu étoit Barfine elle - même.
Abderame l'avoit fait ainfi déguifer , de
même que fes propres femmes , fans doute
pour qu'elles échappaffent mieux aux regards
des François , fi l'avantage étoit pour
eux. Barfine , à l'ombre de ce déguifement
, fongeoit à fuir les regards de Charles
Martel, & ne doutoit pas qu'Isberge ne
lui en procurât volontiers les moyens : mais
Barfine fe trompoit. La jeune Saxonne ,
quoique plus inftruite qu'auparavant , avoit
confervé fa premiere candeur. Elle fentoit
plus vivement l'indifférence de celui qu'elle
aimoit , & ne changeoit rien à fa maniere
d'aimer , c'est - à-dire , qu'elle préféroit toujours
le bonheur de fon amant au fien
même. Elle en donna dans cette occafion
une preuve , qui doit aujourd'hui manquer
de vraisemblance . Non Madame ,
difoit - elle à Barfine , je ne ferai point
complice de votre évafion. Le Héros qui
vous aime en gémiroit , & je veux lui
épargner ce chagrin . Ah plutôt , reprenoit
Barfine , épargnez -moi l'humiliation de
paroître à fes yeux ! Je ne puis plus , je ne
ም
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
dois plus être à lui. Quels qu'ils foient ,
j'ai formé des noeuds... Vos noeuds peuvent
fe rompre , lui repliqua la jeune Saxonne ,
vous en formerez d'autres plus illuftres.
J'en mourrai fans doute , ajoutoit Isberge
en foupirant ; mais fi Charles Martel eft
heureux , je mourrai contente. Alors , malgré
les nouvelles inftances de Barfine , elle
ordonna qu'on le fît chercher. Il reparut
après avoir , de toutes parts , affuré les fuites
de fa victoire . Il s'étoit auffi occupé
du foin de recouvrer la Princeffe captive.
Quelle fut fa furprife , de voir Isberge la
lui préfenter , & fur tout d'apprendre qu'il
ne la revoit que par elle ! Quoi ! s'écria-t'il ,
ne vous lafferez - vous pas de vous immoler
? Quelle ame j'ai méconnue ! Que votre
coeur eft bien digne de vos charmes ! Vous
m'avez conftamment préféré à vous- même ;
je ferois le plus ingrat de tous les hommes
, fi je ne vous préférois à tout ce qui
exifte : mais c'est la tendreffe qui parle ici
encore plus que la reconnoiffance. Oui ,
pourfuivit- il en tombant à fes genoux , oui
je vous jure un amour une fidélité à
toute épreuve ! Mon coeur va réparer fes
injuftices. Vengez- vous de fa refiftance ,
& jugez de votre empire fur lui par fa
docilité.
3.
Qui pourroit exprimer la furpriſe & la
JANVIER 1765. 31
joie d'Isberge ? Elles ne pouvoient être égalées
que par l'embarras & la confufion de
Barfine. Elle voyoit aux pieds de fa rivale
ce Héros fi terrible dans les combats , &
qui venoit de mettre le comble à fa gloire.
Pour Isberge , elle n'y voyoit que Charles
Martel, & l'amant l'occupoit beaucoup
plus que le héros , parce qu'elle avoit plus
d'amour que de vanité. Elle ne répondit à
fes difcours qu'en le relevant ; mais il
régnoit dans fes regards & dans fa rougeur
une expreffion facile à interpréter.
Charles enfin eut lieu de juger qu'Isberge
feroit peu vindicative. Pour vous , Madame,
dit-il à Barfine , je ne m'oppofe plus
à l'empreffement que vous avez de me
fuir. Vos charmes n'ont rien perdu de leur
éclat , mais heureufement pour mon coeur
ils ont perdu de leur pouvoir fur lui. Il a
fallu combattre pour vaincre , & il n'y
avoit qu'Isberge qui pût me procurer cette
victoire.
L'altiere Barfine dévoroit avec peine un
pareil difcours. Sa fierté ne put même encore
fe démentir. Elle félicita le Duc des
François de l'avoir oubliée fi à propos ,
puifque d'autres noeuds l'enchaînoient loin
de lui . Ces noeuds , Madame , reprit Charles
Martel , ces noeuds dont il eût mieux
valu ne point parler , font pour jamais
B iv
32 MERCURE
DE FRANCE.
rompus : Manuzza eft tombé fous les coups
de fes compatriotes.
A cette nouvelle , Barfine refta confondue
, pétrifiée , & jugea que l'abandon
étoit bien réel. D'autres motifs de regrets
fe joignirent peut- être encore à celui- là .
Elle ne fit plus au Héros François qu'une
feule demande : ce fut d'être conduite à
Eudes fon pere , & fa demande lui fut
accordée fur le champ. Eudes la revit avec
une extrême joie ; mais au bout de quelque
tems il la perdit de nouveau. Elle dif
parut fans le prévenir , & courut s'enterrer
dans un trifte monaftere . Là elle
gémit , dit- on , d'avoir été l'époufe d'un
Sarrafin , & peut - être encore plus de
n'être pas celle du vainqueur des Sarrafins.
Quant à Isberge , elle n'eut déformais
nulle occafion de gémir. Elle fit le bonheur
de fon amant , fon amant fit le fien.
La gloire l'arracha bien fouvent de fes
bras : il y fut autant de fois ramené par
l'amour. Il ne ceffa point d'être un héros ,
.& fut toujours un époux tendre . Isberge
de ſon côté perdit quelque chofe de fon
ignorance aimable : mais elle n'en fçut
jamais affez pour aimer moins.
JANVIER 1765. 33
VERS envoyés par M. DE LA DIXMERIE
à une Dame qui lui reprochoit d'avoir
maltraité dansfes Contes les femmes de
quarante ans .
L'ORSQU'A vingt ans on eut tous les attraits ,
Quelques luftres de plus ne font point une affaire .
A quarante ans on peut encor nous plaire :
On le peut même encor après.
Vénus fut la mère des grâces ;
Les grâces , nous dit-on , n'étoient plus des enfans :
Toutefois , en fuivant les traces ,
Les vit- on balancer fes charmes triomphantes
Mais citons pour exemple une fimple morteile.
Ninon , cette aimable infidelle ,
Ninon qui tour-à- tour prit , quitta mille amans ,
Prefque dans l'âge de Cybelle
Sçut encor affervir un Atis de vingt ans.
Ah ne prenez plus pour outrage
Un trait par le hafard dicté !
Je n'ai point médit de votre âge ;
Il n'en eft point pour la beauté.
5
By
34 MERCURE DE FRANCE.
J
A Madame la Marquife de P... . fur une
vefte brodée de fa main.
MINERVE en tout fut donc votre modéle.
C'eſt peu de réunir fes plus rares vertus ;
Vous y joignez encor fes autres attributs :
Vous pensez , vous parlez & yous brodez comme
elle ,
Par le même.
EPITRE à mon ELÉVE.
Difce, puer , virtutem ex me verumque laborem....
J.
Eneid. lib. 12.
E UN E enfant que toujours j'ai porté dans mon
coeur ,
Toi que j'ai cultivé comme une tendre fleur ;
Maintenant que tes fens , développés par l'âge ,
Me font des paffions redouter le ravage ,
Que tu vas fréquenter ce monde corrompu ,
Où l'or , le premier bien , tient lieu de la vertu ;
Qu'engagé , loin de moi , dans les piéges du vice,
Tu marcheras fans frein au bord du précipice :
Puiffé-je te tracer , fur les pas de l'honneur ,
Le chemin qui conduit au folide bonheur.
JANVIER 1765 . -35
>
Dans le fein des grandeurs élevé dès l'enfance ,
Ne t'enorgueillis point de ta haute naiſſance :
Apprends que la nobleffe eft dans les fentimens.
L'antiquité du nom décore en vain les grands.
Le véritable honneur n'emprunte pas fon luftre
Du hafard d'être né d'une famille illuftre .
La naiſſance n'eft rien : Tout l'homme eft dans le
coeur ;
Ses nobles actions font feules fa grandeur.
Dois-je honorer un fat noyé dans la molleffe ,
Qui me vantant l'éclat de ſa vaine nobleſſe ,
A l'ombre des lauriers qu'ont cueillis fes ayeux ,
S'occupe de feftins , de danſes & de jeux ;
Et richement paré , de lui-même idolâtre ,
Le matin dans un char , & le foir au théâtre ;
Perd , dans l'oifiveté , fes inutiles jours ,
Plongés , deshonorés , dans de lâches amours ?
Redoute des plaifirs la dangereuſe yvreffe ,
Jeune homme ; crains fur-tout ton ardente jeuneffe
.
Crainsque ton coeur , en proie à fes defirs naiffans
Ne goûte avec tranfport la volupté des fens ;
Et qu'un jour amolli , vaincu par les délices ,
Tu ne fois fous la pourpre eſclave de tes vices.
D'un grand voluptueux connois tout le malheur;
Le plaifir de fon âme énerve la vigueur ,
Dévore fes vertus , étouffe fon génie ,
Nourrit fes paffions , le tourment de fa vie ,
B ,vi
36 MERCURE DE FRANCE.
Empoifonne fes fens , anéantit fon corps ,
Et plonge dans fon coeur le poignard du remords.
«Tout me péfe, dit- il , dans ma grandeur fuprême.
>> Je tourmente mes jours à m'éviter moi - même.
>>Je ne fçaurois porter le fardeau de mon coeur.
» Au fein des voluptés e cherche le bonheur ;
» Mais le bonheur me fuit. Dans l'éclat d'une fête,
» L'ennui fane les fleurs qui couronnent ma tête ,
>> Et mes fens émoulés goûtent peu les plaifirs.
>> L'amour rallume en vain le feu de mes defirs :
» L'amour , ce dieu cruel , me trompe par fes
›› charmes ,
>> Et fon bandeau toujours eft baigné de mes
>> larmes.
» Ah ! lorfque fous le dais j'éblouis l'univers ,
» Mes triftes paffions tiennent mon âme aux fers.
» Par-tout je traîne un coeur que le chagrin con-
» fume ,
» Un coeur, lallé de tout , dévoré d'amertume ,
>> Un coeur où le remords enfonce mille traits ,
>> Qui defire fans celle & ne jouit jamais » .
ა
Tu frémis , je le vois , à ce triſte langage.
O mon ami ! fuis donc les dangers de ton âge :
Arrache ta jeuneffe aux charmes du repos .
Entré dans la carrière où marchent les héros ;
Va cueillir dans les camps les palmes de la gloire ,
Va t'immortalifer aux champs de la victoire ,
Et confacrer enfin , par de nobles exploits ,
Ton bras à ton pays , & ton coeur à tés Rois.
JANVIER 1765 . 37
Ainfi dans les combats ont illuftré leur vie ,
Ces guerriers qu'embrafoit l'amour de la patrie ,
Ces braves Châtillons , ces généreux Bayards ,
Qui fervoient leur pays au milieu des haſards ,
Ces dignes Chevaliers , dont la haute vaillance
Eut pour objet la gloire , & non la récompenſe .
Ah fi reffufcitant leur antique valeur ,
Tu dois te fignaler dans le champ de l'honneur ,
Etouffe les tranfports de cet affreux courage
Qui nous rend affaffins pour venger un outrage :
Va , le meurtre ne peut honorer la valeur .
La bravoure n'eſt pas une aveugle fureur.
Un héros n'a jamais fait frémir la nature :
Il meurt pour fa patrie , & pardonne une injure.
Qu'ont de commun l'honneur & l'art de s'égorger?
Sa gloire eft de bien faire , & non de ſe venger.
Loin qu'aux yeux du public ſon honorable vie
Par un noble pardon ſoit jamais avilie ;
Loin que de fes exploits l'éclat foit effacé
Par un mot outrageant dont il n'eft point bleſſé ;
Cet effort généreux vient de fa grandeur d'âme :
C'eſt la vertu d'un coeur que l'héroïſme enflamme,
Et fon reffentiment qu'il immole à l'Etat ,
Vaut bien l'honneur acquis par un aſſaſſinat.
Mais ces hommes cruels , en proie à la colère ,
Dont le bras s'eft fouillé d'un meurtre volontaire ,
Quicouvrent leurs excès du faux nom de l'honneur
Ont le bras du héros , mais n'en ont pas le coeur
3 MERCURE DE FRANCE.
.
Eft-ce à toi d'embraffer leur barbare maxime ;
De marcher fur leurs pas dans la route du crime ;
A toi digne héritier du nom de tes ayeux ,
Dont tu portes les traits fur ton front vertueux ?
Si de la probité le facré caractère
Ne te diftingue encor d'avec l'homme vulgaire ;
Si la vertu ne fait ton plus bel ornement ;
Si tu n'eft fur la pourpre un modéle éclatant ,
Qu'est-ce que ta grandeur ? une injufte puiſſance ;
Le droit de faire mal au fein de l'opulence ,
De dévorer le pauvre avec impunité
Et d'être le fardeau de la fociété.
Je ſuis loin de penſer qu'avide de richeſſes
Tu démentes ton fang par d'indignes baſſeſſes ;
Que le feul intérêt péle tes actions ;
Que tu fois embrafé du feu des paſſions ,
Et que dans les erreurs ta fougueule jeuneſſe
Refuſe d'écouter la voix de la fageffe.
Mais fois encore grand au faîte des honneurs ;
Ecarte loin de toi la foule des flatteurs :
Du pauvre qui languit dans une humble chaumière
Par tés foins bienfaifans foulage la mifère .
Citoyen vertueux , couronné par les arts ,
Philofophe à la Cour , héros aux champs de Mars,
Donnant à l'univers un éclatant exemple ,
Adore chaque jour l'Eternel dans fon temple ;
Cet hommage qu'on rend à l'Etre créateur
Ne fçauroit avilir la fuprême grandeur.
JANVIER 1765 : 39
Quoi le riche peut- il , au ſein de l'abondance ;
Refuſer le tribut de fa reconnoiffance ?
Environné des biens qu'il tient de fa bonté ,
Peut- il oublier Dieu dans la profpérité ?
Va , la religion , avec des traits de flame ,
Graye l'amour du bien dans le fond de notre âme :
Ce digne fentiment fait l'éloge du coeur ,
Et peut feul procurer le folide bonheur.
EPIGRAMME.
CONTRE des Auteurs qui fe déchiroient
dans leurs Vers.
V₁ILS avortons d'une mufe en délire ;
Quelle fureur a troublé vos eſprits ?
Quoi , tour à tour en bute à vos mépris ,
Vous diſtillez le fiel de la fatyre !
Vos noms déja ne font que trop flétris.
Entendez-vous le bon fens qui vous crie :
« Arrêtez donc votre aveugle furie ,
>> Fades rimeurs , brûlez tous vos écrits » ?
Mais le bon fens , ſe parant d'un vain titre ,
Prétend en vain réformer vos travers ;
Car pour ofer le prendre pour arbitre ,
Vous l'avez trop maltraité dans vos vers.
Par M. LEGIER,
40 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE.
DESESPOIR ÉSESPOIR des rigueurs de Glicère ,
L'hymen un jour s'en plaignoit à fon frère.
Oui , dit l'Amour , il faudroit réprimer
Un coeur fi fier , une âme auffi rebelle :
Je prends fur moi le foin de la former ;
Et pour punir cette beauté cruelle ,
Dès ce moment je vais m'en faire aimer.
Par le même.
VERS à la Ville de MARSEILLE , fur
l'arrivée de Madame B. . . . . & de fes
trois filles.
DRES Phocéens illuftre fille ,
Toi qui vois fur tes bords accourir l'univers ,
Chez qui le monde entier ne fait qu'une famille,
Sujet vanté de tant de vers ,
Du monde huitieme merveille ,
Ornement d'un puiſſant Etat ,
Superbe Ville de Marfeille ( 1 ) ,
Qui fur de vaſtes mers régnes avec éclat !
( 1 ) Allufion à une médaille qui repréſente
Marfeille fous l'emblême allégorique de Vénus
fortant du fein des mers avec ces mots : Natali
regnat in undâ.
JANVIER 1765. 41
C'étoit en vain que tes portiques ( 2)
Etaloient à nos yeux ces titres magnifiques ,
Monumens refpectés d'une antique grandeur :
Tant de gloire pouvoit éblouir le vulgaire ;
Mais jufques à ce jour il te manquoit l'honneur
De pofféder les graces & leur mère.
L.A. D. G.
(2 ) Tout le monde connoît la pompeuſe infcription
qui fe lit fur la façade de la loge de Marfeille
: «Maffilia , Phocenfium filia , Romaforor,
Carthaginis terror , Athenarum amula , altrix
difciplinarum.
Gallorum agros ,
ככ
د ر
·
>> mores "animos novo cultu ornavit.
כ כ
•
,
·
•
Illuftrat quam fola fides muros
» quos vix Cæfari cefferat contra Carolum Quintum
» meliori omine tuetur. Omnium ferè gentium com-
» merciis patens , Europam quam modò tenuerat ,
>> modò docuerat alere & ditare gaudet. An.
» M. DCC . XVI. Reg. Lud. xv ».
,
A Madame G... qui reprochoit à l'Auteur
d'avoir perdu la raison.
LE fang froid n'eft plus de ſaiſon ,
Par- tout où réfident les grâces.
Trop d'amour volent fur vos traces ,
Pour y rencontrer la raiſon .
D.....
•
442 MERCURE DE FRANCE.
PORTRAIT de Madame de St. M... :
S11 l'ininitable Appelle ,
M'avoit tranfmis fon talent ;
Peintre fublime & fidelle ,
Avec un pinceau riant ,
Dans le jour le plus brillant
De la Nymphe la blus belle ;
Je vous peindrois à l'inftant ,
Et la fraîcheur naturelle ,
Et la majefté réelle ,
Et l'éclat éblouiffant .
Si le Dieu de l'harmonie
Guidoit mes foibles crayons ,
Et du feu de fes rayons
Illuminoit mon génie ;
Dans un délire enchanteur
Je peindrois d'un trait de flame ,
L'égalité , la douceur ,
Les talens & la candeur ,
Les vertus & la belle âne
De la plus aimable femme.
Dont l'hymen foit poffeffeur.
Mais fans appui , qu'an pur zèle ,
Puis-je , dans un goût nouveau ,
Peindre l'objet le plus beau ,
JANVIER 1765 . 43
Et d'une grâce nouvelle
Tracer le riant tableau ?
Sans doute je puis le faire ;
On peut tout lorſque l'amour
Nous embrafe & nous éclaire ;
Et loin qu'il me ſoit contraire ,
C'est lui qui dans ce beau jour
M'invite à peindre ſa mère.
Quoi , fuffit-il d'obéir
A la loi qu'il nous impoſe ,
Pour pouvoir , quoique l'on ofe ,
Etre fûr de réuffir 2
Non , dans ce qu'il me propoſe
Je vois avec déplaiſir ,
Que lui plaire & le fervir
Ne font pas la même choſe. -
Vainement la vérité
Marche aujourd'hui fur nos traces :
Je fens que j'ai trop tenté ;
Pour bien peindre la beauté ,
Il faut le pinceau des grâces .
Il eft cependant des cas
Où la plus fimple parure
Rend fes traits plus délicats.
Toujours l'art ne nous plaît pas ;
44
MERCURE DE FRANCE.
On aime mieux la nature.
Voilà ce qui me raſſure ,
Quand d'un objet plein d'appas
J'ébauche ici la peinture.
Mille charmes embellis
Par une vertu modeſte ,
Un teint de roſe & de lys
Dont le brillant coloris
Efface l'éclat célefte
Des vives couleurs d'Iris ;
La fraîcheur de la jeuneſſe :
De la Déeffe des bois
L'air , la taille & la nobleffe ,
De Minerve la fageſſe ,
Le goût , l'adreffe , les doigts ,
De Vénus le doux minois ,
Et des grâces la fineſſe :
Tels font les traits merveilleux
Dont cette Nymphe eft pourvue ,
Simple , modefte , ingénue ,
Elle charme tous les yeux.
On l'aime quand on l'a vue ;
Mais après l'avoir connue ,
On l'aime mille fois mieux.
Par M. FRANÇOIS , ancien Officier de Cavalerie.
JANVIER 1765. 45
VERS à Mademoifelle D ... en lui donnant
un beau bouquet dans une campagne
aride.
V
ous qui joignez à l'art de féduire & de plaire ,
De la fage Pallas les talens enchanteurs ;
Des mains d'un triſte folitaire ,
Daignez accepter quelques fleurs .
Des amantes que fuit le papillon volage ,
On ne connoiffoit point dans ce climat fauvage
Ni le parfum ni les appas :
Mais où vous paroiffez les fleurs ne manquent pas .
De votre propre bien recevez donc l'hommage ;
Songez que ce bouquet n'eft qu'un foible affemblage
De celles que l'amour fait naître fur vos pas .
Par le même.
ENVOI d'une rofe à Madame de S... F...
S I la rofe en douces odeurs ,
En éclat , en vives couleurs ,
Paffe les fleurs les plus nouvelles ;
Si plus brillante que fes foeurs ,
Elle nous plaît auffi plus qu'elles :
De même les traits enchanteurs ,
6 MERCURE DE FRANCE.
L'air riant , les grâces réelles ,
Et tous les dons des immortelles
Cédent à vos attraits vainqueurs :
Toutes deux chères à nos coeurs ,
Plus vos beautés font naturelles ,
Plus vos triomphes font flateurs.
La rofe eft la Reine des fleurs ;
Vous êtes la Reine des belles.
Par le même.
INSCRIPTION pour mettre fous la ftatue
J.
d'un Hercule.
'A I vaincu les géants , les cieux & les enfers ,
L'amour , plus fort qu'eux tous , m'a feul donné
des fers.
Par le même.
SUITE DES LETTRE DE HENRI IV.
TREIZIE ME LETTRE.
s
J. vous efcryuys hier tout ce que je i
fauoys . Il eſt arryué depuis des nouvelles
de la Court. Le Duc d'Efpernon a quérelle
auec le Marefchal d'Aumont, & fon
frere avec Gryllon. Leur difpute eft fy e
vyolante , que l'on ne peut les accorder; t
C
.t
JANVIER 1765 : 47
l'autoryté du Roy y ynteruyendra. Cependant
la Ligue ce remue fort ; ce nous
eft autant de loyfir. Je feray Jeudy à S.
Jan , dou je uous manderay toutes nouvelles.
Je foys aujourd'huy deux lyeues ,
& tout an pays d'enemy. Bonjour mon
ame. Affeurez-vous de la fydelyté de
notre esclaue il ne uous manquera
jamays. Il uous béfe un mylyon de foys
les mayns.
Ce xyme Mars.
QUATORZIEME LETTRE,
ESTANT STANT arryué à Taylebourc , je treuue
que Lauerdyn auoyt pryns lyfle de Marans
avec fon armée , quy eft de catre ou
fync mylle homes ; quyl ne reftoyt plus
que le chateau quyl batoyt de deus pyeces.
sode yn je m'achemyne an ce lyeu de la
Rochelle , pour tacher à les fecouryr ,
affanblé mes troupes lefquelles jeſtyme
ftre affés fortes pour fayre un grant echec
Lauerdyn. Je ne crayn fynon que ledyt
hateau foyt mal pourueu & quyl ce rande
e fachant poynt de mes nouuelles. Jay reryns
un des fors & fuys jour & nayt
2
48 MERCURE
DE FRANCE
.
à fayre fere des ponse , car l'eau eft hautè
au marés. Il fut tué hyer deux Albanoys
& pryns deus quy vouloyent
reconoytre
notre pont. Depuys que je fuys ycy je nay
couché qun eure , eftant tousjours
à chaval.
Mon ame tenes moy an votre
bonne grace & nantrez jamays an doubte
de ma fidelyté. Que je fache fouuant
de vos nouuelles
. A Dieu mon coeur ;
voftre efclaue vous befe un mylyon de
foys les mayns.
,
Ce xxime Mars.
QUINZIEME
LETTRE
.
LA
A maladye
commance
tellemant
parmy
nos troupes , quelle nous fera pluftoft
quiter la campagne
que les enemys. Je
fuys fur le poyat de vous Tecouurer
un
cheual quy ua lantrepas
le plus beau que Vous uytes jamays & le meilleur ; force
panache & desgretes. Bonyere eft allé à
Poytiers pour acheter des cordes de lut pour
vous , il fera ce foyr de retour. Jeus
hyer des nouuelles
de la Court : M. de
Guyfe y eft encore . Le Prynce de Parme
ayant afyegé une vyle , il a efté contraynt
par les Angloys
de la quyter. Le combat
JANVIER 1765. 49
!
}
a efté
grant
; il y eft mort
deus
mylle
fync
cens
hommes
, quynze
cens Efpagnols
naturels
, dou
yl y a uynte
deus capyteynes
;
le refte
des Angloys
. Je ne me porte
gueres
bien
& crayns
fort de tomber
malade
.
Le Marefchal
de Byron
fayt ce quyl
peut
pour
affambler
des forces
. Il ne nous
fera
quyter
la campagne
fy il ne luy an uyent
.
de France
ou Guafcogne
. Mon
coeur
fouuenez
-vous
tourjours
de petyot
; certes
fa
fidelyté
eft un myracle
. Il vous
fouhéte
mylle
foys
le jour
dans
les allées
de Lyranufe
. Vous
pouuez
pancer
fyl ne uous
y baille
pas Rofambeau
pour
uous guarder
dannuyer
. Certes
il faudroyt
que le lyeu
fut bien
fauuage
ou uous
nous
anuyeryés
anfamble
. Ceus
que nous
cherchyons
hyer
fan font
allés
. Ils ne font
ancore
échapés
..
A Dieu
, mon
coeur
. Je te béfe
un mylyon
de fois
les mayns
. Aymés
moy
plus
que,
vous
mefines
. Ce xxme
. De Lufygnan
.
SEIZIEME LETTRE.
JE E metoys achemyné an ce lyeu de Monguyon
, panfant fayre quelque bel efet fur
nos enemys ; il a fayt un tamps fy anragé,
quyl a rompu tous nos defeyns. Je man
retourne anuyt coucher à Barbefyeus &
demain à Pons. Que vous me faytes plefyr
II Vol.
C
50
MERCURE DE FRANCE.
daler à Pau. Ha , ma chere M.
combien acheteroys - ie de m'y pouuoir
treuuer ! Un tel contantemant eft hors de
prys. Je vous anuoye les copyes des lettres
que la Royne d'Anglererre efcryuyt au
Roy & Royne fa mere fur la pays de la
Ligue. Vous y uerrez un braue language &
un pléfant ftylle . Mon coeur , je ne la puys
fayre plus longue , parce que je uoys monter
a cheual. Bon jour ma uye ; je te béſe
un mylyon de foys les mayns. Ce xxvme
Juyn. De Monguyon.
DIX - SEPTIEME LETTRE.
DIEU a plus fayt que les hommes nefperoyent
, ni moy mefines certes , comme
vous voyrés par la lettre que je vous efcryuys
hyer. Il nous anuoyoyt un tamps
terryble quy eftonoyt tout le monde ; més
dautre part il randoyt les plus braues de
ceus de dedans malades , & aucmantoyt
leſtonemant des foybles de coeur ; de faffon
quarfoyr il mynfpyra , après lauoyr
pryé , de les anuoyer fommer à dys heures.
de nuyt , contre tout ordre de guerre ,
ayant tyre la journée fynquante coups de
canon fans efet. Au premier fon de trompete
, ils parlerent , & noüames fi bien le
treté , qua dys heures ils fe font randus ,
JANVIER 1765 ' ST
& fuys dedans par la grace efpecyale de
Dieu. C'eft un lyeu de grande ynportance ,
& fort. Dans mardy nous tanterons , je
croy , le grant fayt. Aufly dirége comme
Dauyd, quy ma donné jufques ycy vyctoyre
fur mes enemys , me randra féte afayre
facylle . Ayfyn foy t il , par fa grace. Mon
coeur , je fuys plus homme de bien que
vous ne pancés. Votre dernyere defpefche
me raportera la dylygence defcrire , que
jauoys perdue. Je lys tous les foyrs votre
lettre. Sy je layme , que doys- ie fayre celle
dou elle uyent ? Jamays je nay eu un tel
anvye de vous voyr que jay. Sy les enemys
ne nous preffent après cefte affamblée , je
ueus defrober un moys. Anuoyés moy Lyceran
, difant quil va a Parys. Il y a toujours
mylle chofes quy ne ce peuvent efcryre.
Dytes la uerité , que uous fefoir
Caftille deuant que uous luy vouluffyes
mal ? Ha , mon ame , vous etes a moy
faytes pour Dyeu ce que votre lettre
porte . Sera yl byen poffyble qu'auec un fy
dous couteau j'aye coupé le fylet de vos
byfarreryes ? je le veus croyre. Je vous foys
une pryere ; que vous oublyés toutes haynes
qu'ayés voulu a quy que ce foyt des .
myens. C'eſt un des premyers changemans
que je veus voyr an vous. Ne crégnés
ny croyés que ryen puyffe jamais esbrany
!
Cij
52 MECURE
DE FRANCE
.
ler mon amour ; j'an ay plus que je nan
vs jamays. Bon foyr mon coeur , je man
voys dormyr , mon ame plus legere de foyn
que je nay fayt despuys vynt jours . Je béfe
mes beaus yeus par mylyon de fois. Ce
xxime d'Octobre.
DIX- HUITIEME LETTRE.
RANUOYE
ANUOYÉS -MOY Bryquefyeres & il fan
retournera auec tout ce quyl vous faut ,
hormys moy. Je fuys fort aflygé de la
perte de mon petit quy mourut hyer. I
commençoyt à parler , je ne fay fi ceft par
aquyt que mavés efcryt pour Doyfyt ;
c'eft pourquoy je foys la réponce que uoyrés
fur voftre lettre , par celuy que je defyre
quy uyene . Mandés - man voltre volonté.
Les enemys font deuant Montégu ,
où ils feront bien mouyllés , car il ny a
couuert a demy lyeue autour . Lafamblée
fera acheuée dans douze jours . Il marryua
hyer force nouuelles de Bloys . Je uous
anuoye un extret des plus vérytables. Tout
a cefteure me vyent darryuer un homme
de Montégu. Ils ont fayt une tres belle
fortye & tué force enemys . Je mande
toutes mes troupes & efpere fy ladyte
place peut tenyr quynfe jours , y fayre
quelque bon coup. Ce que je uous ay
1.
JANVIER 1765 53
:
mandé de ne voulloyr mal a perfonne eft
requys pour voftre contantement & le
myen. Je parle afteure a uous comme
eſtant myene , mon ame. Jay une anuye
de uous uoyr , etrange. Il y a icy un homme
quy porte des lettres a ma feur du Roy
d'Efcoffe il me preffe plus que jamays
du maryage ; il fofre de me venyr fervyr
auec fys millhomes a ces dépans & venyr
luy mefmes ofryr fon feruyce. Il fan va
ynfalyblement Roy dangleterre . Préparés
ma feur de loyn a luy vouloyr du byen ,
remontrant l'eſtat auquel nous fommes ,
& la grandeur de ce prynce auec fa uertu.
Je ne luy an efcrys poynt. Ne luy an
parlés que comme dyfcourant , quyl eft
tamps de la maryer , & quyl ny a party
que celuy la car de nos parans c'eſt
Pytyć . A Dieu mon coeur. Je te béſe
cent mylyons de foys. Ce dernyer Novambre.
>
DIX-NEUVIEME LETTRE.
L
Il n'eft ryen fy vray quyl mapreftent tout
ce quyls peuvent. Ils panfoyent que jalaſſe
de Grenade uous voyr. Il y auoyt au moulyn
de Monguaylart so arquebufyers quy
pryndrent mon laqués & retynrent jufques
a ce quyls uffent ceu que jétoys party
C iij
$ 4 MERCURE DE FRANCE.
de Grenade pour uenyr ycy. Ne crégnés
ryca , moname. Quant cefte armée quy eft
Noguaro maura montré fon defeyn ,
( ie uous yray uoyr & pafferay fur les ayles
damour hors de la connoyffance de ces
myferables Terryens , ) apres auoyr pouruen
auec leyde de Dieu que ce uyeu renart
n'excecute fon defeyn . Il eft uenu un
homme de la part de la dame aus chameaus
me demander paffeport pour paffer
fync cens tonneaus de uyn fans payer droyt
pour fa bouche & aynfyn eft efcryt an
une patante. C'eft ce declarer yurongneffe
an parchemyn. De peur quelle ne tombat
de fy haur que le dos de ces bétes , je le
luy ay refufé. C'eſt eftre guargouille a
route outrance. La Reyne de Tarnaſſet
nan fyt jamays tant. Sy je me croyés , toute
cefte feuylle ceroyt ramplye de bons contes.
Mays la craynte que jay que ceus de S. Seuer
y partycypaffent , me fayt fynir , an
vous fuplyant croyre que je vous feray
fydelle jufques au tombeau . Sur cete ueryté
ma chere M ...... je uous béfe un
mylyon de foys les mayns. Ce 7me a dys
heures du foyr,
JANVIER 1765 . $5
7
VINGTIME LETTRE.
M.ON ame , ce laqués quy me reuynt
hyer fut pryns prés Monguallyart , mené a
Mr. de Pouyane , quy luy demanda fyl
navoyt point de lettre. Il luy dyt que ouy ,
une que uous mefcryuyés. Il la prynt &
louuryt , & la luy randyt aprés. Le Sr.
Duplesys eft arryué & le refte de ma
troupe de Nerac. Je uous yray uoyr de
faffon que je ne crayndré la guarnyfon de
Sr Ceuer. Il y a encore un homme quy
vyent de l'armée eftrangere a Caftel Jalous ,
quy arryuera ce matyn. Je uous porteré
toutes nouuelles & le pouuoyr de fayre
vuyder les fors. Dymanche il ſe fyt prés
Moneurt une jolye charge qui eft certes
digne deftre ceue ; le gouuerneur auec trois
cuyracés & dys harquebusyers a cheual
rancontra le Lyeutenant de la bruneyere ,
gouuerneur du Mafdagenoys , quy an auoyt
douse & autant darquebusyers , tous a
cheual. Le notre , ce uoyant foyble &
comme perdu , dyt a ces compagnons , il
les faut tuer ou peryr. Il les charge de
fallon quyl tue le Chef & deus Gendarmes
& an prant deux pryfonyers , les met à
Vauderoute , guagne fync grans cheuaux ,
& tous ceus des arquebufyers , & nut qun
Civ
$6 MERCURE DE FRANCE.
blefé des fyens. Je fays anuyt forces despefches
; demayn a mydy elles partyront
& moy auffy pour vous aller manger les
mayns. Bon jour , mon fouuereyn byen.
aymés petyot. Ce 9me deffembre .
Faytes tenyr fyl vous plés la lettre a Tacht.
Je lui mande de ce treuuer chés uous. Jay
a fayre a luy.
Il ne ce parle poynt du Marefchal.
VIENGT- UNIEME LETTRE.
1
Vous me pancyes foulagé , pour eftre
retyré an nos guarnyfons. Vraimant fy il
ce refefoyt encore une affamblée , je
deuyendroys fou. Tout eft achevé & bien
Dieu mercy. Je manuoys à S. Jan affembler
nos troupes pour vyfyter Mr. de
Neuers & peut eftre lui fayre un fygnalé
desplefyr , non an fa perfone , més an fa
charge. Vous an oyrés parler bien toft . Tout
eft an la mayn de Dieu , quy a toujours
beny mes labeurs. Je me porte bien , par
fa grace , nayant ryen fur le coeur qun
vyolant defyr de uous uoyr. Je ne fay
quant je feray fy heureus. Syl fan preſante
ocafyon , je luy montreray bien que je
fay quelle eft choue. Je ne uous pryeray .
poynt de maymer ; vous laués fayt que
vous nan auyés tant doccafyon. Il yyaa deus
JANVIER 1765. 57
chofes dequoy je ne doubteray jamays ; de
uous , de uotre amour & de fa fydelyté.
J'attans Lyceran : les bons amys font rares.
Vraimant jacheteroys bien cher troys heures
de parlement avec uous. Bon foyr ,
mon ame. Je uoudroys etre au coyn de
uotre foyer pour rechaufer votre potage.
Je uous béfe un mylyon de foys. C'eſt le
XXIIme defambre.
VINGT- DEUXIEME LETTRE .
Nguous manderége jamays que prynfes
de vylles & fors ? anuyt fe font rendus
a moy S. Mexfant , & Mayllefaye , & efpere
deuant la fyn de ce moys que uous
oyrés parler de moy. Le Roy tryonfe ; il a
fayt guaroter an pryfon le Cardynal de
Guyfe , puys montré fur la place vynte quatre
heures ; le Prefydant de Neuylly & le
Preuoft des Marchans pendus , & le Segretere
de feu Mr. de Guyfe , & troys autres.
La Royne mere luy dyt , mon fyls octroyés
moy une requefie que je uons ueus fayre.
Celon ce que ce fera Madame. Ceft que
vous me donyés Mr. de Nemours & Prynce
de Genuyle ; ils font jeunes ils uous feront
unjourfervyce. « Je le ueus bien , ( dytyl )
Midame ; je uous donne les cors &
retyendré les teftes. Il a anuoyé a Lyon
ود
"
་
Cv
58 MERCURE
DE FRANCE
.
8
1
pour attaper le Duc Dumeyne ; lon ne fayt
ce quyl an eft reucy. Lon ce bat a Orleans
& ancore plus prés dycy a Poytyers , dou
je ne feray demayn qua cet lyeues. Sy le
Rey le uouloyt, je les metroys byen dacort .
Je uous playns syl fayt tel tamps ou uous
etes quycy , car il a dis jours quyl ne dégéelle
poynt. Je natans que leure de ouyr
dyre que lon aura anuoyé eftrangler la
feue Reyne de N ….... cela , auec la mort
de fa mere , me feroyt bien chanter le
- cantyque de Syméon . Ceft une trop longue
lettre pour un home de guerre. Bon foyr ,
mon ame. Je te béfe cent mylyon de foys.
Aymés moy , comme uous an aués fubject.
C'eſt le premyer de lan.
:
Le pouure Harambure eft borgne.
Et Fleurymont fan ua mouryr.
VINGT- TROISIEME LETTRE.
JERE na peu eſtre deſpeſché a cauſe de
ma maladye , dou je manuoys dehors
Dieu mercy. Vous oyrés parler bien toft
de moy , a dauffy bonnes anfeygnes que
Nyort. Sy uous uoullés dyre uray , cefte
dame quy eftoyt nenue , eftoyt bien facheufe.
Je croys quelle uous a bien ymportuné.
Je ne puys guéres efcryre. Certes
mon coeur jay veu les cyeus ouuers ; mays
JANVIER 1765 . 59
je nay efté affes home de bien pour y antrer.
Dieu ce ueut feruyr de moy ancores.
An deus foys vynte quatreures , je fus reduyt
a eftre tourné auec les lynfeuls . Je uous
ulle fayt pytyé . Sy ma cryfe eut demeuré
deus heures auenyr , les uers auroyent fayt
grant chere de moy. Sur ce poynt na vyent
darryver nouuelles de Bloys. Il eftoy forty
deus mille cync cens hommes de Parys
pour fecouryr Orléans , menés par S. Pol ;
troupes du Roy les ont taillé an pieces ,
de faffon que lon croyt quOrleans ſera
pryns par le Roy , dans doufe jours . Mr.
du Meyne ne fémeut gueres. Il eſt an
Bourgogne. Je fynys , parce que je me
treuue mal. Bon jour mon ame.
les
VINGT - QUATRIEME LETTRE.
Mon coeur , Dieu me contynu ces benedyctyons.
Depuys la prynfe de Chatele
raut , jay pryns Lyfle Bouchart , paffage
fur la Vyene & la Creufe , bonne vylle &
ayfée a fortyfyer. Nous fommes a Monbafon
, fys lyeues prés de Tours , ou eſt le
Roy. Son armée eft logée jufques a deus
lyeues de la notre , fans que nous nous
demandyons ryen. Nos gens de guerre ce
rencontrent & fambraffent au lyeu de ce
fraper, fans quyl y eft treuue ny coman
C vj
60 MERCURE DE FRANCE .
quy
demant exprés de ce fayre. Force de ceus
du Roy ce vyenent rendre à nous , & des
myens nul ne ueut changer de mettre. Je
croys que fa Majefté fe feruyra de moy ,
autremant il eft mal , & fa perte nous eft
un préjugé dommajable. Je man reuoys a
Chateaut prendre quelques mefons
font la guerre. Dytes a Caftylle , quyl fe
hate de ce mettre au champs . Ceft a ce
coup , quyl faut que touts mes feruyteurs
facent merueylles , car par réſon naturelle
, auril & may prepareront la ruyne
dun des partys. Ce ne cera pas du myen ,
car ceft celuy de Dieu . Mon ame , le plus
grant regret que jay an lame , ceft de me
voyr fy éloigné de uous , & que je ne uous
puys rendre témognage que par eſcryt de
lamour que jay & auray toute vye pour
vous. Ce 8me Mars . De Monbafon . Je uous
prye anuoyes moy votre fylz.
La fuite , au Mercure prochain.
LETTRE à l'Auteur du Mercure fur les
problémes hiftoriques.
J'A I lu , Monfieur , dans le Mercure de
ce mois deux differtations fur un point
fort intéreffant de notre hiftoire. Le proJANVIER.
1765 . Gr
blême propofé fur le fuplice ou le mariage
de Jeanne d'Arc me paroît maintenant réfolu
; je crois même que malgré les découvertes
du Père Vignier , il y a toujours eu
plus d'authenticité dans les preuves hiftoriques
qui conftatent le martyre de notre
héroïne que dans celles qui peuvent l'infirmer
; mais les difcuffions de ce genre
ne pouvant qu'être fort utiles , j'ai imaginé
qu'il feroit digne de vous , Monfieur ,
d'en multiplier les objets , & j'ai fur cela
des idées que je veux avoir l'honneur de
vous communiquer.
Tous les ouvrages périodiques ne préfentent
en général que des extraits rapidement
énoncés , où l'appréciation du livre
& de l'auteur eft quelquefois un prononcé
du journaliſte plutôt qu'un examen raifonné
le Mercure eft le feul où le Lecteur
puiffe juger à ſon tour les piéces fugitives
qui y font confignées. Il feroit cependant
poffible de le confacrer plus particulièrement
à l'utilité publique , en en faifant le
dépôt de toutes les recherches littéraires .
Vous me direz , Monfieur , que c'est pour
cela qu'il eft établi ; auffi ne s'agiroit- il
que d'y donner un peu plus d'extenfion .
Je voudrois voir le Mercure abonder en
problêmeshiftoriques. Plufieurs de ceux que
leur état ou la médiocrité de leurs connoif62
MERCURE DE FRANCE.
fances exclud de la profeffion des lettres,
feroient flattés d'en pouvoir faifir quelque
rameau. L'objet des recherches feroit affez
varié pour que chacun pût s'approprier celui
qui l'intérefferoit le plus ; le travail ne
feroit pas d'affez longue haleine pour rebuter
ceux qui voudroient n'en faire qu'un
amufement , ou une diftraction à des occupations
plus férieuſes.
De ces productions multipliées il réfulteroit
fûrement quelques explications fatiffaifantes
fur nombre de faits obfcurs &
merveilleux toujours placés dans nos hiftoires
à côté des grands événemens . J'ai
remarqué que beaucoup d'Auteurs anciens
& modernes s'attachent plus aux révolutions
qu'aux circonftances qui les ont amenées.
Dans l'impatience de préfenter toujours
un grand fpectacle , ils paffent rapidement
fur tout ce qui n'eft qu'incident ,
& fe plaifent à laiffer le Lecteur étonné
de la cataſtrophe. Mais pour peu que l'on
revienne fur les pas , on ne retrouve plus
cette gradation dans les événemens qui
peut feul les mettre en évidence : on apperçoit
une diſtance déplaifante de ce qui eft
écrit à ce qui eft croyable. J'aime à voir
l'inimitable écrivain qui nous raconte le
paffage des Alpes par Annibal , entrer dans
le détail de tous les moyens ingénieux dont
ce Général s'eft fervi pour furmonter les
JANVIER 1765. G3
obftacles que lui oppofoit la nature. Si ,
pour arriver plus vîte à la journée de Trafimène
, l'hiftorien nous eût dit feulement :
Annibal , à la tête de fon armée , franchit
les plus affreux précipices ; combien de
critiques judicieux aimeroient mieux faire
embarquer l'armée Carthaginoiſe en Eſpagne
que de la laiffer errer dans les montagnes
? Lorfque dans l'hiftoire de Louis XIV
je lis le récit de cette campagne brillante
où le Monarque s'empara de trente villes
en fix femaines , ayant affaire à des ennemis
nombreux , aguerris , bien commandés
; je ne concevrois rien à la rapidité dé
ces fuccès , fi l'écrivain , en me montrant
Louis à la tête de fon armée , ne me faifoit
voir en même temps Louvois dans
fon cabinet. C'eſt - là que l'activité du Miniftre
prépare les conquêtes de fon Roi ;
des approvifionnemens immenfes , des
arcenaux , des magaſins établis par- tout où
ils peuvent être utiles : Louis le Grand
faifant des difpofitions qu'on exécute avant
qu'on les fçut projettées ; l'ennemi répandu
avec confiance dans fes quartiers , où il
croyoit n'avoir à craindre que les rigueurs
de la faifon.Teleft le fpectacle que préfente
l'hiftorien pour accréditer fa narration ;
mais à mesure que les époques s'éloignent
de nous , les mémoires particuliers , les
64 MERCURE DE FRANCE .
détails nous échappent : la vérité des faits ,
quelquefois déposée dans de vieux manuf
crits , n'y eft pas toujours foigneuſement
recherchée , & fouvent un auteur croit y
fuppléer par des defcriptions hafardées.
Que je life , par exemple , qu'en 730 Charles
Martel battit dans les plaines de Tours
Abderame , Roi des Sarrafins , qui commandoit
une armée de trois cens foixantequinze
mille hommes ; dois - je croire , fur
la parole de l'hiftorien , que les François
tuerent plus de deux cens mille Sarrafins ,
& ne perdirent que mille des leurs ,
tandis que l'année d'après 731 l'hiſtoire
d'Efpagne m'offre un contrafte tout auffi
merveilleux? Tarif, Général de Ulil Miramolin
bat Dom Rodrigue dans l'Andalouſie,
& les Mahométans tuent cent mille Chrétiens.
Comment , Monfieur , concilier les
deux hiftoires ? En accordant aux François
la fupériorité de bravoure & de difcipline ,
la différence. ne fçauroit être celle d'un à
deux cens,fur-tout dans un tenis où l'armure
& les connoiffances de la tactique étoient
à-peu-près les mêmes chez toutes les nations.
En partant de ce principe , eft- il
vraisemblable que les Sarrafins fe foient
laiffés égorger par les François comme les
Péruviens l'ont été par les Efpagnols ? Si
cela étoit poffible , comment croire à leurs
JANVIER 1765 . : 65
conquêtes d'Espagne , & notamment à la
victoire de Tarif? Tout ce que je vois de
certain dans les deux récits , c'eſt que
Charles Martel a vaincu , que Dom Rodrigue
a été battu ; mais jufqu'à ce que j'apperçoive
des poffibilités , je rejetterai conftamment
la lifte des morts & des bleffés .
La difcuffion de ces deux faits ne pourroitelle
pas être , Monfieur , un de nos problêmes
hiftoriques à propofer aux amateurs ?
car enfin nous ne fommes pas en droit de
difputer légérement à l'ayeul de Charlemagne
la plus petite portion de fes lauriers ,
& il eft nombre de circonftances qui pourroient
faire périr vraisemblablement les
deux cens mille Sarrafins.
Je penfe , Monfieur , qu'en ifolant ainfi
tous les faits fufceptibles d'éclairciffement ,
on viendroit infenfiblement à bout des infolio
les plus ténébreux. Toutes les anecdotes
fufpectes feroient mifes à l'inquifi
tion ; chacun établiroit à fon gré fes raifons
de croire ou de douter : les probabilités
feroient toujours fatisfaifantes , & celui à
qui on les devroit auroit le mérite de faire
mieux que l'auteur qui fe contente d'une
affertion. Je ne doute pas que ce genre
d'étudier ne pût exercer avantageufement
la plume des jeunes Littérateurs ; mais ,
quoiqu'il ait été toujours à la portée de
66 MERCURE DE FRANCE.
ceux qui veulent s'y livrer , il faudroit ,
Monfieur , pour le faire mieux goûter ,
quelqu'un qui , comme vous , mérite la
confiance duPublic. Ne trouvez donc pas
mauvais que j'infifte de nouveau fur la
propofition que j'ai eu l'honneur de vous
faire , d'inférer dans chaque Mercure quelques
problêmes hiftoriques. Il femble aujourd'hui
qu'on s'attache à n'écrire que par
extraits : la précifion, l'énergie du ftyle , le
goût du pittorefque , font grouper les objets
: ne feroit-il pas bien qu'en admirant
les grands tableaux , les traits fortement
deffinés , on laiffât aux génies la gloire de
former celui de notre langue , & qu'il
parût des Peintres de détail qui puffent
nous rendre chaque objet plus fenfible.
Voyez Montagne comme il nous dit tout
ce qu'il fçait , comme Sully nous explique
tout ce qu'il a vu , tout ce qu'il a fait ; &
quel plaifir n'éprouve-t-on pas en lifant
& Montagne & Sully ? Je ne crois pas ,
Monfieur , que les invitations du Mercure
puffent nous procurer des hommes auffi
rares ; mais il fe trouve dans les Provinces
beaucoup de gens inftruits qui , fans prétendre
au titre d'auteur , traiteroient avec
plaifir une queſtion d'hiſtoire qui les auroit
intéreffés. Vous fçavez mieux que moi ,
Monfieur , combien il en eft qui méritent
JANVIER 1765 . 67
d'être approfondies. Si nous épuifions
jamais nos annales & celles de nos voisins ,
nous n'aurions qu'à fortir de l'Europe pour
trouver force matières à recherches . Malgré
tout ce qu'on a écrit fur le Mahoméifme
, qui eft fi près de nous , on voit dans
les relations des voyageurs plufieurs peuples
Mahométans , fans favoir comment
l'Alcoran leur eft parvenu .
La plupart des nations Négres qui habitent
les bords du Sénégal à fon embouchure
, & jufques deux cens lieues dans
les terres , profeffent la religion de Mahomet.
A l'Eft & au Nord , ces peuples font
féparés par des déferts immenfes des pays
conquis par les Arabes : il n'eft pas à préfumer
que ceux- ci aient été chercher la
Guinée par l'Océan ; ce n'eft que dans le
quinzième fiécle que les Portugais ont les
premiers doublé le Cap- Verd , & l'Alcoran
étoit arrivé avant eux dans ces contrées.
D'ailleurs , nous voyons qu'en Afie & en
Afrique , les Mufulmans n'ont prêché que
pour conquérir ; il falloit recevoir la loi
du Miffionnaire avec celle du Prophète ,
& il ne paroît pas que les Rois Négres
Mahometans aient jamais été fous la domination
des Blancs. Je le répéte encore ,
comment l'Alcoran leur eſt -il parvenu ?
Comment peut-il s'en conferver des exem68
MERCURE DE FRANCE ..
plaires chez des nations dont la plupart
ne fçavent ni lire ni écrire , n'ont aucun
commerce avec le refte du monde , aucune
connoiffance des arts cultivés par les
Arabes ?
Mais je m'apperçois , Monfieur , que
ma lettre devient une differtation , & je
n'ai rien de ce qu'il faut pour la rendre
intéreffante. Je fuis même très- perfuadé
que toutes mes obfervations problématiques
ne feront bonnes à rien , à moins que vous
ne les jugiez affez favorablement pour vous
charger vous- même de les faire valoir.
J'ai l'honneur d'être , & c.
De Rochefort le 21 Novembre 1764. MALOUET.
LE mot de la première Enigme du
Mercure du premier Janvier eft l'ombre.
Celui de la feconde eft le Quinze - vingt.
Celui du premier Logogryphe eft galimathias
, où l'on trouve Gal , Aï , Thaïs ,
Laïs , Lia , Mathias , Mai , Siam , Thim ,
mil, plante , Athlas , ami , mil , nombre ,
Lama , Tamas , Lima , Athia , mal , gala ,
Mai, Lail , Galata, Maïs. Celui du fecond
eft apoplexie , dans lequel on trouve Pope ,
St. Eloi , Alep , Pape , pipe , ail , Elie ,
JANVIER 1765 . 69
pôle , Eole , plie , poil , paix , exil , paie ,
aile , ail , oie , pal, Lia , fille de Laban ,
foeur de Rachel , première femme de Jacob,
la , là , io.
ENIGM E.
EST- ST- CE à moi
que l'on doit donner la préférence
?
La queftion exerça de tout temps
Les gens d'efprit & les favans
Et les exercera , je penſe ,
Quand fur ce point on voudra diſputer ,
Tant il paroît difficile à traiter.
Quoi qu'il en foit , au Village , à la Ville
Il eft certain que je fuis très- utile ,
Et lorfque près de moi l'on approche à la Cour ,
On peut en peu de temps parvenir au pinacle.
Sans moi Thémis ne rendroit point d'oracle ,
Et l'on verroit fouvent languir l'amour.
Chez la dévote & chez les gens de robe
Aux regards curieux toujours je me dérobe ,
Mais la beauté qui veut inſpirer de l'amour
Etale avec grand foin mes appas au grand jour ,
Et le blondin ... mais que vais -je encor dire ,
Ce que j'ai dit , Lecteur , fuffit pour vous inftruire.
70 MERCURE
DE FRANCE
.
AUTRE.
SOUVENT je ne parois que quand la nuit obſcure
Répand fon voile épais fur toute la nature ,
Je fais alors fentir l'effet de mon pouvoir :
Quoique je fois préfente on ne peut pas me voir.
L'amant heureux dans les bras de fa belle
Avec moi goûte un plaifir enchanteur :
Du malheureux j'augmente le malheur.
Je me fais un plaifir dans mon humeur cruelle
De tourmenter tous ceux dont un accès brûlant
Confume triftement les forces de la vie .
Je produit quelquefois des oeuvres de génie
Qui feroient demeurés fans moi dans le néant ;
Mais d'autre part en revanche ſouvent
Je donne l'être à mille rêveries
Peu dignes d'occuper un innocent loifir ,
Comme bouquets , énigmes , & mille rapfodies
Dont nos journaux gardent le fouvenir..
Tu dois me deviner , car c'eft dans cette claffe ,
Mon cher Lecteur , qu'on doit marquer ma place .
JANVIER 1765 :
LOGO GRYPH E.
J'AI le fort des chofes mortelles ,
ΑΙ
Et l'on me voit naître & mourir comme elles:
Sept lettres font mon nom . Combine , cher Lec
teur :
Tu dois trouver , pour ton honneur ;
Ce qui déplaît fort à l'ivrogne
Quand il veut fe rougir la trogne ;
Une Magicienne ; un arbre ; un élément ;
Une femme ; un légume ; un Saint ; un inſtru
ment ;
Un terme de mépris ; un oppofé de lent ;
Ce qui du mauvais temps certains oiſeaux préſerves
Ce qui délaffe , amufe & ruine fouvent ;
Et ce qu'avec grand foin chacun de nous conſerve.
AUTRE.
SI je difois que je fuis volatile ;
A deviner je ferois trop facile .
Je l'avourai pourtant; mais tout du moins ,Lecteur,
Permettez -moi de taire ma couleur.
De mon tout divifé la portion première
Dans la forêt de Moulineaux
Fait quelquefois retentir les échos.
On eſt toujours charmé de ma dernière /
72 MERCURE DE FRANCE.
VERS à mettre en musique . A Mademoifelle
de C ....
Q
UE vous réuniffez d'agrémens à la fois !
Dans vos traits enchanteurs quelle grâce touchante
,
Et quel charme dans votre voix !
Belle Cloé , vous êtes raviflante.
Que vos airs font brillans , & que VOS yeux font
doux !
Comme au Dieu des talens , aux arts vous êtes
chère ;
Et & Sapho parloit , ainfi que votre mère ,
Elle chantoit tout comme vous.
Par M. LEGIer .
NOUVELLES
JANVIER 1765 . 73
ARTICLE II.
*
NOUVELLES LITTERAIRES.
SUR la forêt où ſe retirerent en différens
temps Clotaire I , & Clotaire II , Rois
de France.
GREGO RÉGOIRE de Tours écrit dans fon
Hiftoire de France ( 1 ) qu'en 537 Childebert
, Roi de Paris , & Clotaire , Roi
de Soiffons , s'étant brouillés enfemble ,
le dernier étoit entré fur les terres de fon
frere ; que Childebert l'y ayant laiffé engager
, s'étoit fait joindre par les troupes de
fon neveu Théodebert , Roi de Metz , &
avoit marché contre Clotaire , mais que
celui- ci , fe voyant le plus foible , & n'ofant
hafarder une bataille , dont la perte
lui paroiffoit certaine , s'étoit retranché
dans une forêt , où il avoit abattu une
grande quantité d'arbres , qu'il avoit difpofés
autour de fon camp pour en défendre
les approches ; enfin , que fon frere & ſon
neveu , fur le point de l'y attaquer , inti-
( 1) L. 3 , c. 28.
II Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
midés par un orage terrible qui furvint ,
& dont les circonftances tenoient du merveilleux
, lui avoient fait des propofitions
de paix qu'il avoit acceptées , en fe reconciliant
avec Childebert ( 2 ) . Le nom de ta
forêt où fe pafla cet événement n'eft point
exprimé dans Grégoire de Tours , mais à
fon défaut l'Auteur du Gefta Regum Francorum
, article 25 , l'appelle Auriliano ,
fuivant le texte de Duchefne , & de fes
nouveaux éditeurs ; ou Arelanno , fuivant
ce qui eft écrit en marge ; ou enfin Marelannum
, que M. de Valois a marqué de
fa main fur un exemplaire de Duchefne ,
qui lui a appartenu , & qui a été longtemps
dans la bibliothèque publique d'Orléans
.
Cette même forêt fervit depuis de retraite
en 600 à Clotaire II , dans une occafion
prefque femblable , lorfqu'après
avoir perdu une bataille dans le Senonois
contre Thiery & Théodebert , Rois de
Bourgogne & d'Auftrafie , ſes neveux , &
in
( 2 ) Childebertus autem & Theodebertus contra
Clotharium ire difponunt , ille autem ....
Sylvam confugit & concides magnas in Sylvis illis
fecit utfupra.
( 3 ) Ille autem videns quòd exercitui eorum
refiftere non poffit , in Sylvam confugit Auriliano ,
fecitque combros.
JANVIER 1765 . 75
*
ne fe trouvant point en fureté dans Paris ,
où il s'étoit enfui , il s'y retira & s'y retrancha
par de grands abattis d'arbres ,
comme avoit fait fon ayeul. Les noms
d'Auriliano & d'Arelanno , donnés à cette
forêt par l'Auteur du Gefta Gegum Francorum
, art. 37 , dénotent aſſez fon identité
avec celle où s'étoit réfugié Clotaire
I. (4).
Ha-
Ces deux événemens font affez confidérables
pour effayer à découvrir quelle
peut être la forêt qui fervit d'afyle aux
deux Clotaires. Le Pere Mabillon
drien de Valois , Dom Thiery Ruinard ,
& les nouveaux éditeurs de Duchefne ,
dans la perfuafion qu'Arelannum eft la
feule leçon qu'on doit fuivre , ont avancẻ
que cette forêt étoit celle Betonne , près
de la rivière de Seine , à l'oppofite de Caudebec
, & non loin de l'abbaye de Saint
Vandrille : ils fe fondent fur la chronique
de cette abbaye , où la forêt de Betonne
eft nommée en plufieurs endroits Arelannom
filva & Ärlaunom forefta , comme
(4) Gefta R. Franc. art. 374: Chlotarius autem
Rex cernens lafum exercitum in fugam delapfusfeeus
fluvium Sequanam Miclitanum caftrum ingreffus
, exindè Parifiis urbem penetravit ... Chlotarius
autem à Parifiis regreffus ufque , Arelanno ,
ou fuivant quelques mil. Aureliano Sylva propetavit.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
elle eft appellée Arelaunenfis faltus dans
la vie de Saint Condede , nom qu'elle
avoit emprunté d'Arelaunom fifcum , Maifon
Royale , dont il eft parlé dans les
mêmes endroits .
2
D'un autre côté on trouve quelques
Ecrivains qui n'ont point fait de difficulté
d'expliquer cette forêt par celle d'Orléans ;
& quoiqu'il femble du premier abord que
la leçon Auriliano foit la bafe de leur opinion
, elle en manque par d'autres appuis ,
qui bien examinés , & indépendamment
des préjugés , fuffifent pour lui donner
autant de vraisemblance qu'en peut avoir
le fentiment contraire , fi même cette opinion
n'eft pas la feule qu'on doive embraffer.
La première confidération porte fur le
témoignage du Moine Aimoin , qui dans
le II Livre , chap. 18 de fon hiftoire ,
parlant de la retraite de Clotaire I , écrit
en termes précis qu'elle fe fit dans l'Orléannois.
Confugium in Aurelianenfi pago
fecit ; ou fuivant une leçon marginale , in
Aurelianenfi pago , ce qui eft la même
choſe.
A cela les partifans de la forêt de Betonne
répondent que le Moine Aimoin.
s'eft trompé. Cet Ecrivain qui a copié le
Gefta R. Francorum , difent- ils , ébloui
JANVIER 1765 . 77
par la reffemblance d'Arelaunum , qu'il ne
connoiffoit pas , avec Aurelianum , qu'il
avoit fous les yeux , & non loin de l'Abbaye
de S. Fleury Saint- Benoît , où il demeuroit
, a fubftitué cette dernière leçon
à la véritable ; & une marque qu'il a pu
aifément fe tromper , ajoutent - ils , c'eft
que cet Auteur , après le mot de combros
de fon original , ( fecitque combros ) qui
ne fignifie autre chofe qu'un abattis de
bois , le prend pour un nom local , en écrivant
, in loco qui Combros dicitur.
Il eft aifé d'avoir raifon , quand on
veut accufer d'ignorance ou de peu d'exactitude
les Auteurs qui peuvent contrequarrer
ce qu'on avance. Qui a dit à ces Meffieurs
que du temps d'Aimoin la tradition
n'étoit pas favorable au parti qu'il a fuivi
? & on peut dire du moins que les exemplaires
du Gefta Reg. Fr. qu'il avoit devant
lui portoient in Aureliana , puifqu'encore
aujoud'hui on trouve des manufcrits
qui l'ont retenu, & que c'eft fur ces derniers
que Duchefne & fes nouveaux Editeurs
ont fait imprimer cet ouvrage ; remarque
qui fuffiroit feule pour juftifier Aimoin auprès
des perfonnes défintéreffées . Quant à
la fignification qu'Aimoin a donnée à combros
, dont il a fait un nom de lieu , ne
peut-il pas fe faire que ce nom , qui ori-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
> J
ginairement ne veut dire qu'un abartis de
bois , fi on le prend à la lettre , ait été
donné dans un temps poftérieur à ce même
lieu où l'on avoit fait le grand abattis de
bois qui avoit fervi de retranchement au
camp du Roi Clotaire , & qu'il le portât ?
Nous avons dans la forêt d'Orléans , du
côté du Gatinois , une paroiffe appellée
Combreux en latin Combrofium qui
vraisemblablement a été formé de Combros
, comme étant fur un terrein occupé
par des bois qu'on a abattus , mais que je
n'ofe défigner comme celui- là même qui
fervit de retraite à Clotaire , Combreux
me paroiffant un nom générique & commun
à plufieurs endroits , témoin Combleux,
Comblofium , aux environs d'Orléans
, qui eft le mêine mot que Combreux
, dont la prononciation a été adoucie
par le changement fi ordinaire dans
notre langue , de l'r en 1 .
Une feconde preuve , mais beaucoup
plus importante , & qui me paroît être
décifive pour la forêt d'Orléans , eft tirée
d'un paffage de Frédégaire , art. 25 de fa
chronique on y lit qu'en 604 Brunehaut ,
qui regnoit en Bourgogne fous le nom de
Thiery II , fon petit- fils , voulant fe défaire
de Bertoald , Maire du Palais , l'envoya
avec trois cens hommes feulement ,
JANVIER 1765. 79
faire des courfes contre Clotaire II , Roi
de France , ne doutant point qu'il ne pérît
dans cette expédition , que Clotaire de
fon côté avoit fait entrer Landry , Maire
du Palais de France , fur les terres de
Thiery , où il s'étoit emparé de plufieurs
villes entre la Seine & la Loire , & avoit
penfé enlever Bertoald , qui chaffoit dans
la forêt d'Arelaunum ou d'Arelao , dont
il s'étoit fauvé à la hâte dans Orléans , d'où
Auftrinus , Evêque , lui.avoit ouvert les
portes , & que Landrý vint auffi-tôt affiéger:
Bertoaldus à Theuderico directus cum
trecentis tantùm viris .... cumque ad Arelao
( al. Arelaunum ) villam veniffet & venationem
exerceret .... Chlotharius .
majorem domus cum exercitu ... direxit...
Bertoaldus terga vertens, Aurelianis ingreditur
, ibique à beatiffimo Auftrino Epifco
pofufcipitur. Landricus cum exercitu Aurelianum
circumdans , &c.
Nos adverfaires conviennent tous que
dans ce récit de Frédégaire, il faut par Aretaunum
entendre la forêt d'Orléans , celle
de Betone étant trop éloignée pour que
Bertoald eût pu fe jetter dans Orléans , &
être fitôt fuivi par l'Armée de Landry
puiſqu'il y a de l'une à l'autre plus de cinquante
lieues. Par cet aveu , fi le premier
fentiment eft celui qu'il faut fuivre , il
,
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
s'enfuivra qu'il y a eu du moins deux
forêts d'Arelaunum , une dans la Normandie
d'aujourd'hui , & l'autre dans l'Orléanois.
C'eft beaucoup pour nous mais
montrons que l'aventure de Clotaire II ne
fe peut guères entendre que de la forêt
d'Orléans ceci une fois prouvé , entraînera
avec foi l'explication qu'on doit donner
au paffage de Grégoire de Tours , qui
concerne les deux Clotaires . Suivant Frédégaire
, article 20 , la bataille que perdit
Clotaire II contre les Rois de Bourgogne
& d'Auftrafie , fe donna fur les bords d'une
rivière qu'il appelle Avoanna , auprès
d'un village nommé Doromellum. Le Gefta
Regum Francorum , qui ne dit rien de ce
village , met cette bataille fur l'Aroanna
dans le Sénonois , in pago Senonico . Il s'agit
de fçavoir quelle eft cette rivière d'Aroanna
,, qu'Aimoin d'un autre côté appelle
Aruenna. Dom Thiery Ruynard &
le Pere Daniel l'ont expliquée de la rivière
d'Ouaine , qui prend fa fource à quatre
lieues d'Auxerre, & va fe jetter dans le
Louain au- deffus de Montargis. L'Abbé
le Beufau contraire , dans une differtation
imprimée dans le Mercure de France du
mois de Février 1730 , a prouvé que c'étoit
la rivière d'Oruanne , nommée par
quelques-uns la Ravanne , qui commenJANVIER
1765 .
81
ques
çant à couler au-deffus de Dolor , ceſſe
près de la rivière d'Ionne , paffe à Dormelle
, & va former l'étang de Moret ,
d'où , après un cours de fix lieues , elle
fe décharge dans le Louain au - deffus de
Moret. Clotaire , après la perte de la bataille
, s'enfuit en côtoyant la Seine jufà
Melun , d'où il s'avança jufqu'à
Paris ; mais ne s'y trouvant
pas en füreté
, & voyant fes ennemis retirés après
avoir ravagé le pays , il fortit de cette ville ,
& retourna
fur fes pas. A Parifiis regref
fus , & marcha jufqu'à cette forêt d'Arelaunum
, ufque Arelaunum
filvam penetrat. Cette forêt étoit voiſine des bords de l'Oruanne
vers laquelle il revenoit ; &
quelle forêt en eft plus voifine que la forêt
de Montargis
, qui communique
à
celle d'Orléans
, ou plutôt qui dans ces
temps-là , où la forêt d'Orléans
avoit une
bien plus grande étendue qu'elle n'a aujourd'hui
, ne faifoit avec elle qu'une
même forêt , dans laquelle Claire a pu
s'enfoncer
autant que fa fûreté le demandoit
? Si ce Prince , en partant de Paris , eût
pris le chemin de la Normandie
, il auroit
marché en avant , & l'Auteur du Gef
ta Regum auroit employé le verbe perrexit ,
ou quelque autre équivalent
: mais à Parifiis
regreffus, marque au contraire
que
T
>
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
Clotaire retourna d'où il étoit venu , c'eftà-
dire , vers les bords de l'Oruanne. Si on
veut par l'Aroanna entendre la rivière
d'Ouaine , je ne m'y oppoferai pas , puifque
cette rivière étant plus prochaine de
la forêt d'Orléans que l'Oruanne , fa pofìtion
favorife encore plus le fentiment pour
lequel je me déclare .
Des trois paffages qui concernent la
forêt d'Arelaunum , les partifans de la forêt
de Betonne nous en abandonnent le
troifiéme , ainfi qu'on l'a vu : je crois avoir
prouvé que le fecond doit s'expliquer de
même de la forêt d'Orléans . Il refte donc
le premier , qui regarde Clotaire I. Rien
dans le récit que nous font Grégoire de
Tours , & l'auteur du Gefta R. Francorum
ne nous indique dans quelle Province s'eft
paffée la fuíte de ce Prince , & il faut,
recourir pour la trouver au nom que le
dernier donne à la forêt qui lui fervit de
retraite or comme elle eft auffi -bien appellée
Aureliano qu'Arelauno , & qu'Aimoin
d'ailleurs s'explique nommément de
la forêt d'Orléans , in Aurelianenfi pago ,
rien n'empêche de fe déclarer pour cette
opinion , & par-là de rapporter à la forêt
d'Orléans ce qui concerne les deux Clotaires.
Que la forêt de Betonne ait eu le
nom d'Arelaunum cela ne fait rien à
:
د
JANVIER 1765.
83
l'affaire ; combien de lieux différens , &
éloignés les uns des autres , portent les
niêmes noms ? Les exemples en font trop
communs pour m'amufer à les paffer en
revue.
D. POLLUCHE.
· DISSERTATION
SUR l'origine , les progrès & les fuites de
L'IDOLATRIE , ou notion préliminaire
des élémens de MYTHOLOGIE.
L'ÉPOQUE de l'idolatrie eft celle du
plus grand aveuglement dont l'homme fût
jamais capable ; & fon hiftoire , le récit
des plus horribles excès auxquels il put fe
livrer.
Elle a pris naiffance dans la famille de
Cham vers l'an 1800 après la création du
monde , felon l'opinion commune des
hiftoriens..
Ils croient que deux de fes enfans , Chanaan
& Mefraïm , l'établirent chacun dans
un Royaume différent. Quelques Auteurs
rapportent fon origine à d'autres temps
bien antérieurs ou bien poftérieurs au déluge
, mais les uns s'appuient fur des
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
conjectures , peut-être fans fondement , &
d'autres le font par une erreur à laquelle
le défaut d'une judicieufe critique a donné
lieu .
Ceux d'après lefquels je me décide
regardent l'Égypte comme fon véritable
berceau , du moins quelques hiftoriens ( 1 )
Grecs nous affurent que ces peuples ont
les premiers connu l'ufage des autels , des
ftatues & des temples , & qu'ils font les
inventeurs des rites , des cérémonies & du
langage religieux.
>
Trop refferré dans un feul Royaume ,
le funeſte venin de l'idolatrie fe répandit
bientôt dans tout l'Orient parmi les defcendans
de Sem , & en Occident , où s'étoit
établie la poftérité de Japhet. Ces
peuples , auparavant fauvages & groffiers ,
fe pervertirent en s'humanifant , ils fucerent
avec les principes des arts & des ſciences
ceux du paganifme , & par une déplorable
fatalité , ils n'apprirent à faire uſage
de leur raifon que pour s'en écarter.
Des navigateurs Phéniciens qui alloient
fouvent en Egypte , puiferent dans cette
fource impure le poifon de l'idolatrie dont
ils abreuverent les nations chez qui leurs
courfes maritimes les conduifoient ; la
(1 ) Herod. in Euterpe. Diod.fic. lib. 1 , c, 2-,
Lucien, de Sircâ deâ, s
JANVIER 1765 . 85
:
Grece , où elle fut portée par leurs colonies
, l'adopta par crédulité , & l'augmenta
de fes fictions divers peuples fortis d'Egypte
en infectèrent les lieux de leur tranfmigration
; dans la fuite les Romains la
répandirent par-tout où pénétrèrent la force
de leurs armes & la terreur de leur nom ,
& dans une fucceffion de quelques fiècles
l'univers entier fut courbé fous le joug de
l'idolatrie , fi l'on en excepte le peuple
Juif , qui conferva pure & fans aucun
mêlange d'erreur la tradition du vrai Dieu ,
religion que les Païens regardoient comme
ignoble & barbare ( 2 ) .
Les préjugés font le germe de toutes
les erreurs , même des plus abfurdes . On
ne pourroit fe perfuader jufqu'à quel point
les hommes abuferent alors de leurs connoiffances
; & les faits que l'on raconte
feroient incroyables , fi les Païens euxmêmes
n'en étoient les garants. Ils diviniferent
tous les êtres ; tout parut digne de
leur culte , excepté celui feul à
qui ils le
devoient.
Il y avoit vers le temps dHefiode ( 3 )
trente mille dieux. Ce nombre ne fuffifoit
cependant pas aux fonctions qu'ils avoient
à remplir. On en avoit adopté pour pré-
( 2 ) Op. Sueton. in vit. aug. cap. 93 .
(3 ) Op. el. dier. lib. 1 v.2.so.
86 MERCURE DE FRANCE.
fider aux différentes parties de l'univers ,
aux paffions & aux diverfes néceffités de
la vie ; il y avoit jufqu'à un dieu qui préfidoit
à l'éternûment ( 4 ).
Les Romains , foit par politique, comme
des écrivains l'ont prétendu , & pour fe
concilier l'efprit de tous les hommes , foit
par une piété mal entendue , ou peut être
jaloux de furpaffer en tout les autres peuples
, adopterent leurs dieux fans difcernement
( 5 ) . Rome fut un théâtre où l'on
vit un affemblage monftrueux des différentes
fuperftitions & des cultes divers des
nations qu'elle traînoit captives après elle.
On y conftruifit un temple appellé le Pantheon
( 6 ) , où ils réunirent les divinités
honorées dans les autres pays. On à die
d'eux à ce fujet qu'ils rencontroient leurs
dieux par- tour où ils portoient leurs armes
victorieuſes ; & ( 7 ) Juvenal , à l'occafion
de cette multiplicité de dieux , nous dé-
( ( 4) Arift. probl. Sect. 13.
( 5 ) On peut bien dire en général ce que
Petrone difeit en particulier de quelques villes
d'Italie , qu'il étoit plus aifé de trouver un dieu
que de rencontrer un homme.
(6 ) Le mot panthéon eſt un compofé de deux
mots grecs. Pan fignifie tout , & thées , dien.
Ainfi panthéon fignifie un temple confacré à tous
'les dieux.
( 7 ) Sat. 13 , vers 46 ; &c.
JANVIER 1765. 187
peint avec beaucoup de fel Athlas accablé
fous le poids du ciel à cauſe du trop grand
nombre de fes habitans . L'enthoufiafme de
la poéfie contribua beaucoup à accréditer
le polithéifme. C'eft chez les Grecs furtout
que prirent naiffance ces ingénieufes
fables , qui , confacrées par la tradition &
par des fêtes & des jeux publics , compo
ferent une grande partie des annales du
monde. Couvrant la vérité du voile de
leurs fictions , les Poëtes ouvrirent un vafte
champ à l'allégorie , & abuferent de la crédulité.
A force de donner dans le merveil
leux, ils oublierent le naturel; & peu fatiffaits
de peindre la vérité avec le coloris
de fes propres traits , ou d'embellir , felon
le génie de leur art , les faits hiftoriques,
ils les préfenterent fous des couleurs empruntées
qui leur ôterent même tout air
de vraisemblance ( 8 ) .
(8 ) Là , pour nous enchanter , tout est mis en
ulage ,
Tout prend un corps , une âme , un efprit , un
{
viſage :
Chaque vertu devient une divinité.
Minerve eft la prudence , & Vénus la beauté.
Ce n'eft plus la vapeur qui forme le tonnerre
C'eft Jupiter armé pour effrayer la terre.
88 MERCURE DE FRANCE .
C'eft ainfi que les Poëtes répandirent
fur toutes chofes une obfcurité mystérieuse
dont on n'ofa dans la fuite fonder la profondeur.
Le peuple , qui ne raiſonne jamais
, fut facilement féduit , & un vulgaire
ſtupide porté de tout temps à la nouveauté
& au prodige , entraîné par le torrent
des préjugés , adopta fans difcuffion
& même de fang froid, ce qu'il auroit dû
rejetter comme des rêveries de l'efprit
humain.
-Parmi les paffions auxquelles l'homme
eft en bute , il en eft deux qui le meuvent
bien puiffammenr , l'orgueil & l'intérêt.
Ces deux vices mirent le comble aux excès
de l'ignorance. On mit au rang des dieux
quiconque s'étoit fignalé par fes exploits ,"
ou avoit bien mérité de fa patrie par l'invention
utile de quelque art ou de quelque
fcience . Dans la fuite les richeffes & l'autorité
devinrent un titre pour prétendre à
Un orage terrible aux yeux des Matelots ,
C'eſt Neptune en couroux qui gourmande les flots..
Echo n'eft plus un fon qui dans l'air retentiſſe ,
C'est une Nymphe en pleurs qui fe plaint de
Narcife.
Ainfi dans cet amas de nobles fictions
Le Poëte s'égaye en mille inventions , &c.
Boil. Art. Poët. chant 3.
JANVIER 1765 89%
ces honneurs . Les grands , par orgueil ,
fe flatoient d'y pouvoir afpirer , & par.
l'adulation intéreffée des petits ils s'entretenoient
dans cette folle yvreffe ; & ce
que je voudrois épargner à la mémoire de
plufieurs grands hommes , c'eſt qu'ils ayent
été affez foibles pour proftituer leur plume
en décernant l'apothéofe à d'autres hommes
dont le nom eût dû être enfeveli dans la
pouffière de leurs tombeaux.
L'on croit que Ninus eft le premier qui
a honoré les morrs de cette manière . La
fotte vanité qu'il avoit de vouloir paſſer
pour le fils d'un dieu , eu fa reconnoiffance
déplacée pour Belus ou Nemrod fon père ,
le portèrent à lui eriger un temple & à lui
offrir un culte qui appartenoit à la divinité.
Dans la fuite l'habitude d'accorder
ces honneurs les rendant moins diſtinctifs ,
on crut n'en devoir décerner d'autres à
ceux dont on refpectoit les talens ou les
vertus , & aux grands de qui on avoit reçu
quelque bienfait. On leur élevoit premiérement
des tombeaux , on dreffa enfuite
des autels dans l'intérieur de leurs maiſons,
on brûla de l'encens devant leurs portraits ;
quelque temps après ces lieux particuliers
devinrent des temples publics , où des
hommes aveugles ne rougirent pas d'aller
offrir leurs voeux & leurs hominages aux
誓
Ö MERCURE DE FRANCE.
cendres froides & inanimées de leurs fem→
blables .
Tout paroît tenir ici du paradoxe : les
idées que les Païens avoient de leurs dieux
étoient entièrement oppofées à celles qu'ils
en devoient naturellement avoir. Ils leur
attribuoient un affreux mêlange de vices
& de vertus , une alternative de bonnes
ou de mauvaiſes qualités . C'étoit un Jupiter
inceftueux , un Mars adultère , un
Mercure voleur , une Vénus impudique ,
une Junon vindicative , &c. Il n'eft rien
de plus bifarre & de moins analogue à la
perfection qu'ils devoient leur fuppofer.
Ils nous les repréfentent boiteux , aveugles
difformes , fujets aux infirmités , aux paffions
& aux foibleffes de la vie humaine ;
l'un eft forgeron , l'autre manoeuvre ; celui-
ci berger, celui - là bouffon .... Si l'on
eût voulu donner le plus grand ridicule à
la religion du paganifme , y auroit-on auffi
bien réuffi que les Païens eux-mêmes ?
Mais ce n'eft pas tout encore ; l'aveuglement
des hommes leur ménageoit d'autres
excès. On a vu, à la confufion de l'humanité
& à la honte de la raiſon , on a vu
les Egyptiens , l'encenfoir à la main , courir
après l'afpic & le crocodile . Ceux-ci adoroient
les chiens , ceux- là les chats , d'autres
les loups. On les vit fe liguer les uns
JANVIER 1765 . 91
i contre les autres , fe déclarer une cruelle
guerre & s'entretuer fans autre caufe de
leur divifion
que l'antipathie qu'il y avoit
entre ces différens animaux . La chèvre
étoit la divinité tutélaire des Medes ; la
brebis celle de Thébes. Les Romains en
avoient une dont le nom étoit le mystère
le plus facré de la religion , & peut -être
le plus grand fecret de leur empire , par
la crainte qu'ils avoient que fi les ennemis
venoient à la découvrir , ils ne miſſent
cette divinité dans leurs intérêts contre la
République.
Parlerai -je de ces facrifices abominables
où les hommes , victimes du fanatifme ,
tomboient fous le couteau de leurs femblables
afin d'appaiſer leurs dieux ? Dirai -je
que la cruauté n'étoit contente de leur
enlever la vie qu'après leur avoir longtemps
fait defirer la mort par la vivacité
des douleurs les plus aigues qui fervoient
comme de préparatif au facrifice ? .. Mais
qu'il me foit permis de tirer le rideau ſur
une ſcène auffi tragique ; l'humanité frémit
d'horreur & fe bouleverfe au feul
fouvenir d'un pareil ſpectacle . Quelle religion
! quels adorateurs ! quel culte !
Quelques grands hommes de l'antiquité
ne fe laifferent pas aller aux erreurs communes.
Ils laiffoient penfer & agir un peu92
MERCURE DE FRANCE .
ple abufé conformément à fes préventions :
Ils regarderent toujours ces divinités
comme des chimères , & leur culte comme
des fuperftitions. Lucien & Sénéque fe
jouent de leurs dieux dans quelques endroits
de leurs ouvrages. Callimaque &
Juvenal traiterent de folie les fables que
l'on en raconte . Perfonne n'ignore de quel
ingénieux ridicule ce dernier couvre le
refpect des Egyptiens pour les oignons ,
(9 ) qu'ils regardoient comme des dieux ;
& l'on fe rappelle le badinage que fait
Horace ( 10 ) à l'occafion d'un morceau de
( 9 ) Sat. 8.
(10) Olim truncus eram ficulnus, inutile lignum,
Cum Faber incertus fcamnum faceret ne Priapum ,
Maluit effe deum ; deus indè ego furum que avium,
Maxima formido.
La Fontaine a imité ces vers ainfi.
Un bloc de marbre étoit ſi beau
Qu'un Statuaire en fit l'emplette .
Qu'en fera , dit-il , mon cifeau ?
Sera- t- il dieu , table ou cuvette ? ου
11 fera dieu ; même je veux
Qu'il ait en fa main un tonnerre.
Tremblez , mortels , faites des voeux
Voilà le maître de la terre .
JANVIER 1765. 93
figuier inutile , à qui un Sculpteur donna
le mérite de la divinité.
On doit cependant obferver que les
vives forties que faifoient quelquefois les
Païens contre leur religion n'étoient que
des aveux que la vérité arrachoit à la politique
de quelques- uns. Ils avoient un intérêt
particulier à ne point décrier une religion
, qui , en autorifant leurs penchans ,
leur fournifloit un prétexte de fe livrer
impunément à leurs defirs. Il étoit même
trop dangereux de le faire. Cicéron vit
condamner fon ouvrage , de la nature des
dieux , pour avoir lancé contr'eux des traits
trop hardis. Le fuperftitieux Aréopage condanna
Stilpon à l'exil , pour avoir nié que
la ftatue de Minerve de la citadelle fût une
déeffe , & parce qu'il avoit affuré d'autre
côté qu'elle n'étoit qu'une fculpture de
Phidias. Le fage Socrate fut puni de la
noble liberté avec laquelle il déclaroit fes
fentimens. Victime de la prévention des
hommes , il périt pour avoir envifagé leur
religion fous fon véritable point de vue ;
on le traita comme un impie , parce qu'il
ne l'étoit pas en effet. Il en coûte trop
de heurter de front les opinions publiques
, fur- tout contre les préjugés de religion
, quelque faux qu'ils foient , dès que
9.4 MERCURE DE FRANCE.
l'ignorance les adopte , & que l'enthouſiaſ
me & le fanatifme les confacrent.
Par M. l'Abbé CALVEL.
VARIÉTÉS férieufes & amufantes ; à
Amfterdam , &fe trouvent à Paris , chez
MUSIER , père & fils , quai des Auguf
tins ; 1765 ; quatre parties in - 12.
V
OICI un Livre d'une efpéce fingulière.
Il paroît que l'Auteur eft un vieux Philofophe
, qui donne au Public les réflexions
qu'il a faites dans le courant de ſa
vie ; quoiqu'il ne s'écarte jamais des régles
que prefcrivent la religion & la
bité. Il paroît auffi qu'il cherche de temps
en temps à égayer fon férieux par des
traits que des efprits un peu févères ne lui
pardonneront peut - être pas.
pro-
L'épigraphe qui eft à la tête de fon
Livre , prouve qu'il a bien fenti que les matières
qu'il traite ne conviendront pas
toutes à tout le monde.
Cet ouvrage, qui contient deux volumes,
eft divifé en quatre parties , dont les deux
premières forment le premier volume. La
JANVIER 1765 . 91
première partie contient les articles fuívans
:
Reflexions hiftoriques & critiques . Le
premier article qui fe préfente eft celui
de Conftantin , dont l'Auteur ne fait rien
moins qu'un Saint : quoiqu'il foit dans la
Légende des Grecs. Il y a dans cette partie
beaucoup de recherches , fur- tout
par
rapport à l'Hiftoire Eccléfiaftique : il faudroit
copier le tout pour pouvoir en donner
une idée jufte ; parce que ce font tous
traits détachés , fur lefquels l'Auteur donne
fes réflexions , laiffant le plus fouvent
au Lecteur à porter fon jugement.
Opinions des différens peuples , fur ce
qui s'eft paffé avant la création de l'homme.
L'Auteur fait voir ici la folie des hommes
qui ont voulu fçavoir à quoi pouvoit
s'occuper la Divinité avant la création de
notre Monde. Comme ce n'eft qu'un abrégé
d'un nombre infini de volumes , on
n'en pourroit faire qu'un extrait prefque
auffi long que l'abrégé même.
Hiftoire des Livres de l'Ecriture-fainte ;
c'eft-à-dire , examen de ce que contient
chaque Livre de l'ancien & du nouveau
Teftament. L'idée que les critiques en
ont eue , le temps auquel on croit qu'ils
ont été compofés , & le nom de ceux qui
ont été décidés en être les Auteurs . Ĉet
96 MERCURE DE FRANCE.
le
abrégé peut être utile à ceux qui n'ont pas
temps de puifer chez les Ecrivains qui
en ont traité , tels que S. Jérôme , Sixte
de Sienne , Serrarius , Dom Calmet , Richard
Simon , & autres.
On y a ajouté une troiſième partie , où
il eft parlé des Livres apocryphes , & on
a donné un extrait du Livre d'Abdias , intitulé
, du combat des Apôtres , où l'on
voit le zéle mal entendu de plufieurs d'entre
les premiers Chrétiens qui, au lieu de fou
tenir la religion par des argumens fages ,
tels qu'en avoient employés Tertullien &
Origene , cherchoient à amufer les peuples
par des fables qui dégradent la majefté
du Chriftianiſme.
De l'étendue de la Religion Romaine.
On examine ce qu'elle eft dans chacune
des quatre parties, du monde : on y
démontre que malheureuſement elle n'eft
pas auffi répandue qu'elle devroit l'être ;
& on y laiffe voir qu'il peut y avoir de la
faute des Chrétiens ; même il feroit à fouhaiter
que l'Auteur eût tort dans fes raifonnemens.
>
On rapporte hiftoriquement ce qu'on a
cru dans chaque fiécle de la puiffance fpirituelle
du fucceffeur de S. Pierre , & les
prétextes qu'ont employés ceux qui fe
font féparés de notre Communion. Enfuite
JANVIER 1765. 97
eſt
faite on montre par quels degrés le Pape
parvenu à la puiffance temporelle.
donne un abrégé de l'Alcoran & de
la Religion de Mahomet , & on examine
le caractère de ce prétendu Prophète.
La feconde partie du premier volume
contient des réflexions fur différens Auteurs
, & des extraits de différens ouvrages.
C'eſt encore ici un embarras de donner un
extrait de toute cette partie. La critique
qu'on y pourroit faire , eft qu'il y a quelques
endroits trop étendus , & d'autres
qui ne le font pas affez.
Le fecond volume préfente la fuite des
mêmes réflexions & des extraits : 1 ° de
l'Anthologie. L'Auteur donne dans une
Préface la raifon de l'impoffibilité de traduire
en entier ce Recuil d'Epigrammes
Greques. Il en a feulement extrait cent
vingt, qu'il a mifes envers,& il a cruque c'en
étoit affez pour donner une idée du goût
des Anciens dans cette forte d'ouvrage.
2º. Des Extraits de Piéces très- anciennes.
C'est ici que l'Auteur ceffe d'être
Philofophe , & paroît vouloir s'égayer en
jeune homme : il a voulu fans doute montrer
qu'à travers la fimplicité du bon vieux
temps , il fe trouve des Poëtes parmi nos
Anciens qui ne font point auffi méprifables
que nous nous l'imaginons. Dans ce
II Vol. E
58 MERCURE
DE FRANCE
.
qu'il appelle Bibliothèque pour une Dévote
, il eft vraisemblable qu'il a voulu fe
moquer de celles qui croient qu'il n'y a
qu'à donner à un Livre l'attache de la Religion
pour avoir la dévotion de le lire
fans s'embarraffer s'il eft rempli de cette
Taine morale que l'on trouve dans Bourdaloue
& dans Maffillon. Ce chapitre finit
par un extrait de la dévotion ailée du P.
Lemoine , & quelques cantiques fpirituels
, qu'il fronde comme très-indécens
dans une matière auffi férieuſe. On trouve
enfuite des Poéfies diverfes qui n'ont
point été imprimées , ou qui ne l'ont
point été exactement , telles que quelquesunes
de la Fontaine. Un pareil recueil
pourroit former un très-gros volume àpart,
fion y mettoit les bonnes Piéces fugitives
qui ont paru dans notre fiécle . Dans fon
Mifcellanea , on peut conjecturer que
'Auteur n'a rapporté ce qu'il dit du caf
fé , que pour faire voir le fanatifme des
hommes , qui veulent faire entrer la Religion
dans les chofes les plus indifférentes.
5
On trouve enfuite un effai fur le fanatifme
d'où on peut faire la réflexion
qu'il n'y a point eu de fiécle où l'efprit
n'ait eu fes modes auffi variées que les habillemens
des François.
Après cela eft une compilation d'indul!
JANVIER 1765. 99.
gences & de prétendues Lettres dont les
fourbes fe font fervis pour abufer de la
fimplicité des peuples. Il y a dans le Recueil
d'hiftoriettes & de bons mots , quelques
contes déja imprimés , & plufieurs
que les uns fçavent , & qui font ignorés
par d'autres , ainfi que plufieurs anecdotes.
moins connues.
Dans les Réflexions fur divers fujets
l'Auteur redevient Philofophe : on pourra
lui reprocher bien des chofes communes ;
peut-être s'en trouvera- t- il qui font neuves
, ou dans un jour nouveau. C'eft au
Public à en juger.
La feconde partie du fecond volume
confidére l'Empereur Augufte fous deux
faces. L'Auteur donne deux Vies de ce
Prince ; l'une eft bien ; l'autre eft mal :
cette manière eft plus philofophique. Il eft
étonnant qu'on puiffe faire deux hommes
fi différens du même perfonnage : cela
nous montre combien on doit être en
garde contre l'hiftoire qui ne nous eſt
laiffée que par un feul hiſtorien ; qu'il
feroit peut-être utile que toute l'hiftoire
nous eût été tranfinife de la même manière
.
L'article intitulé S. François de Sales ,
n'eft qu'un extrait des Lettres de ce Saint :
on y voit un Evêque qui non-feulement
E ij
100 MERCURE
DE FRANCE.
cherche à rendre la dévotion aimable
mais auffi donne l'exemple non pratiqué
des vertus qu'il prêche. Cet extrait eft
fuivi d'un autre extrait de préceptes qu'il
donne pour la prédication : c'eſt la fageffe
mêlée avec le zèle ; & on finit par quelques
traits d'un Prédicateur connu dans
le temps de la Régence , fous le nom de
l'Abbé Jefus , qui au lieu de fuivre les
leçons de S. François de Sales , marchoit
fur les traces de Barrelette , de Menot &
de Maillard.
On finit ce Livre par une lifte de la taxe
des deux Chambres de Juftice de 1648 &
1661 , où l'on peut voir par la différence des
taxes avec celle de 1716 , les fortunes.
immenfes qu'ont faites les Financiers de
ce fiècle. La variété qui régne dans cer
ouvrage , le ton de philofophie dont l'Auteur
s'écarte rarement , les anecdotes dont
ce Livre eft parfemé , en rendent la lecture
très-piquante , & fuppofent dans l'Auteur
des connoiffances peu communes,
ANNONCES DE LIVRES.
HISTOIRE du Duché de Valois , ornée
de cartes & de gravures , contenant ce
qui eft arrivé dans ce pays depuis le temps
des Gaulois & depuis l'origine de la Monarchie
Françoife jufqu'en l'année 1703 .
JANVIER 1765 . 101
A Paris , chez Guillyn , Libraire , quai
des Auguftins , au lys d'or ; & à Compiegne
, chez Louis Bertrand , Libraire-
Imprimeur du Roi & de la Ville ; 1764 ;
avec approbation & privilége du Roi ; 3
vol. in-4° , dont il ne paroît encore que
les deux premiers.
Nous avons annoncé cette hiftoire propofée
par foufcription , & nous avons fait
connoître le genre d'utilité dont cet ouvrage
pouvoir être ; les conditions établies
pour les Soufcripteurs ; les Libraires auxquels
l'on devoit s'adreffer . Nous ajouterons
aujourd'hui , que la lecture des deux
premiers tomes , qui font en vente depuis
quelque temps , nous a confirmés dans
l'idée avantageufe que nous avions conque
de ce Livre , dont le troifiéme volume
paroîtra le mois prochain.
MÉMOIRES en forme de Lettres de deux
jeunes perfonnes de qualité ; par l'Auteur
du Danger des liaiſons ; à la Haye , & fe
trouvent à Paris chez Robin , Libraire ,
rue des Cordeliers , près celle de la Comédie
Françoife ; 1765 ; quatre parties
in-12.
En difant que ce Roman épiftolaire eft
l'ouvrage de Madame de St A .... c'eſtà-
dire de l'Auteur du Danger des liaifon ,
Eij
102 MERCURE DE FRANCE.
autre Roman qui a eu beaucoup de fuccès
, c'eft donner de ces nouvelles Lettres
l'idée la plus favorable . Nous n'avons fait
que les parcourir ; mais nous ferons bientôt
en état d'en donner un" extrait.
,
•
ZELASKIN , hiftoire Américaine ou
les Aventures de la Marquife de P.
avec un difcours pour la défenfe des Romans
; par M. B *** ; avec cette épigraphe
:
N'en croyez point autrui ; jugez tout par vousmême.
Grell. Méch .
•
A Paris , chez Mérigot père , Libraire
quai des Auguftins , près de la rue Gift-lecoeur
1765 ; avec approbation & privilége
du Roi ; 4 parties in- 12 . Prix , 4
liv. brochées .
Nous nous contentons aujourd'hui de
cette fimple annonce : nous ne tarderons
pas à lire ce Roman ; & fi les aventures
qu'il contient nous paroiffent mériter une
analyfe fuivie , nous la donnerons dans
un de nos prochains volumes.
AGRICULTURE Complette , ou l'Art
d'améliorer les terres traduit de l'Anglois
de Mortimer fur la fixiéme édition ,
augmentée de plufieurs traités qui manquoient
à cet ouvrage , avec cette épigraphe
:
JANVIER 1765 . 103'
Tempus in agrorum cultu confumere dulce eft. Ovid.
A Paris , chez Saugrain le jeune , quai des
Auguftins , près le Pont S. Michel , à la
fleur-de- lys d'o ; 1765 ; avec approbation
& privilége du Roi , quatre volumes in-
12.
Le Libraire , ou pour mieux dire le
Traducteur , avertit qu'il ne s'eft décidé
à imprimer ce Livre , que par la bonté
& le mérite de l'ouvrage , & le goût du
Public pour les écrits qui traitent de l'Agriculture.
Il ajoute que celui-ci contient
les expériences d'un particulier qui faifoit
valoir fon propre fonds. On n'y trouve
point de ces confeils fuperflus , dont l'exécution
eft impraticable . On y voit de fimples
avis , donnés par un homme droit ,
qui raconte la vérité dans un ftyle peu
orné ; & le Traducteur ne s'eft attaché
qu'à l'exactitude & à la clarté. Il a fait
revoir enfuite fon ouvrage par un homme
inftruit il y a ajouté : ya plufieurs chofes
utiles à notre Patrie , que l'Angleterre ne
poffede point, tel que le traité de la vigne ,
celui de l'olivier , &c. Il a rectifié les
erreurs de l'Auteur Anglois , & a cherché
à faire un ouvrage propre à la France.
Les Seigneurs , les Curés , les Fermiers
& en général tous ceux qui aiment le fé-
E iv .
304 MERCURE DE FRANCE.
jour des champs , trouveront dans ce
Livre de quoi fatisfaire leur goût & leur
curiofité , & augmenter leur bien. Il contient
des inftructions fur tous les points
de l'économie rurale : il donne des vues
neuves pour le labourage & les autres
parties de la culture des terres.
LE Socrate ruftique , ou defcription de
la conduite économique & morale d'un
payfan philofophe , traduit de l'Allemand
de M. Hirzel , premier Médecin de la
République de Zurich , par un Officier
Suiffe au fervice de France , & dédié à
l'Ami des hommes ; feconde édition , corrigée
& augmentée. A Zurich , chez Heldegguer
& Compagnie ; 1764 ; & à Paris
, chez Humblot , Libraire , rue S. Jacques
, près S. Yves; un vol. in- 12 , avec
des planches & en très -beau papier.
›
Cet ouvrage connu & eftimé de tous
les cultivateurs été annoncé dans tous
les écrits publics avec les plus grands éloges.
Il fuffifoit donc d'en rappeller le titre.
HISTOIRE de Gustave Adolphe , Roi de
Suède , compofé fur tout ce qui a paru de
plus curieux , & fur un grand nombre de
manufcrits , & principalement fur ceux de
M. Arkenholtz; par M. D. M *** , Profeffeur
, &c ; avec cette épigraphe ;
JANVIER 1765. 105
· Quo juftior alter
Nec pietate fuit , nec bello major & armis.
Virg , Eneid. Lib. I. verf. $ 48 , 549 .
A Amfterdam , chez Z. Chatelain &
fils chez Arkftée & Merkus , & chez
Marc-Michel Rey , & à Paris chez Defaint
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais
4 vol. in- 12 .
Il nous a paru que cette hiftoire , d'un
des plus grands Rois que la Suède ait produits
, étoit écrite avec beaucoup d'impartialité
, & que l'Auteur n'a rien omis
de ce qui peut faire connoître fon héros.
Nous ferons l'analyfe de cet ouvrage ,
lorfque la multitude des nouveautés fera
un peu diminuée.
PRÉCIS fur le globe terreftre , ou explication
de la Mappemonde , ornée de détails
hiftoriques & de particularités recueillies
de différentes relations de voyage
touchant divers peuples de la terre ;
avec des notions raifonnées pour fervir
d'introduction à la partie d'aftronomie
qui fe combine avec la géographie ; par
M. Maclot ; à Paris , chez Vente , Libraire
, rue & montagne Sainte Geneviève ,
& Robin , rue des Cordeliers ; 1764 ;
avec approbation & privilége du Roi , un
vol. in-12.
E v
доб 106 MERCURE DE FRANCE.
Ce Livre eft fait pour les perfonnes
qui ne veulent prendre qu'une connoiffance
générale du globe terreftre , & trouver
en s'inftruifant de quoi s'amufer.
L'Auteur a travaillé fur les hiftoriens &
fur les voyageurs ; & fon ouvrage , malgré
fa briéveté , renferme un grand nombre
de chofes que l'on chercheroit vainement
dans les méthodes courantes.
LA vie & la defcription complette des
ouvrages du Chevalier Hedlinguer , propofés
par foufcription .<
Les écrits de ce favant Allemand font
devenus exceffivement rares ; & l'on
eftime des piéces féparées de Hedlinguer
plus que des fuites entières des médailleurs
communs ; car dans chacune l'on trouve
tout ce que l'Art peut produire. On eft.
furpris de voir dans le même Artiſte
un deffinateur qui a étudié les anciens &
les meilleurs modernes , & qui a fçu les
imiter ; qui eft en même temps l'inventeur
de fes revers , de la repréſentation
aufli -bien que des infcriptions , qui font
pour la plupart d'un fublime laconique.
M. Fueflin , qui nous a donné la vie des
Peintres Suiffes & celles de Rugendas &
Kupezki , eft l'auteur de ce Livre , par lequel
il fe propofe d'ériger un monument
JANVIER 1765 . 107
au mérite de M. Hedlinguer , & à fon amitié
. Cet Ouvrage fera exécuté avec toute
l'élégance poffible , foit pour les planches ,
foit pour la partie typographique. En voici
le plan :
1º. On mettra à la tête de portrait du
Chevalier Hedlinguer , gravé par un Auteur
célèbre en France. 2 ° . La vie de
M. Hedlinguer fera précédée d'une lettre
de M. Winkelmann à Rome , adreffée à
l'Auteur. 3º . Enfuite viendra la vie du
Chevalier Hedlinguer , écrite & rédigée
en ordre par M. Fueflin , d'après des Mémoires
communiqués par M. Hedlinguer
même. 4° . La repréſentation & la defcription
( tant hiftorique de la médaille ,
que de l'allégorie des revers, &c. ) de tous
les ouvrages de M. Hedlinguer , qui font
de trois genres différens ; fçavoir : tous les
ouvrages connus & frappés , quelques- uns
qu'il n'a jamais finis , & dont il n'a luimême
des copies qu'en plomb ou en laiton;
divers deffeins & idées pour des médailles
qu'il n'a jamais exécutées. Les planches
feront au nombre d'environ foixante , deffinées
par M.Fueflin même , & gravées
par un auteur habile. Le refte fera imprimé
pour les uns en françois , pour d'autres en
allemand; ainfi les Soufcripteurs diront dans
laquelle de ces deux langues ils fouhaitent
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
"
>
leurs exemplaires. On n'acceptera que quatre
cens foufcriptions , dont le prix eft de
deux louis , à payer un d'avance , l'autre à la
réception des exemplaires . On s'adreffera
à Meffieurs Heidegguer & Compagnie
Libraires à Zurich , ou à leurs Correfpondans
dans toutes les Capitales de l'Europe .
On foufcrit à Paris chez Humblot, Libraire ,
rue St. Jacques , entre la rue du Plâtre &
la rue des Noyers , près St. Yves.
Le cri de la vérité contre, la féduction
du fiécle ; par l'Auteur de la Converfation
avec foi - même , avec cette épigraphe :
Redimite tempus , quoniam dies mali funt S. P.
A Paris , chez Nyon , Libraire , quai des
Auguftins , près du Pont St. Michel , à
l'Occafion ; 1765 ; avec approbation &
privilege du Roi , 1 vol . in- 12.
Toutes les réflexions contenues dans ce
volume font capables , non d'éclairer un
incrédule obftiné , mais de confirmer une
âme droite dans les bons fentimens , & de
la garantir de la perverfion. M. de Caraccioli
, déja fi connu par plufieurs ouvrages
de ce genre , a recueilli toutes les grandes
vérités qui forment la foi du Chrétien ; &
it adreffe la parole à fon Lecteur , ayant
choifi cette méthode comme un moyen
plus propre à fixer fon attention.
JANVIER 1765. 109
DIALOGUES fur les moeurs des Anglois
& fur les voyages , confidérés comme faifant
partie de l'éducation de la jeuneſſe ;
traduits de l'Anglois , avec cette épigraphe:
Quid doceat , quid non , quò virtus , quò ferat
error. Horat .
à Londres , & fe trouve à Paris , chez Barthelemy
Hochereau , le jeune , au pilier
des Confultations ; 1765 ; brochure in- 12 ,
de 200 pages.
On fait parler dans cette brochure deux
des plus grands Philoſophes d'Angleterre ,
Locke & le Lord Shaftesbury , fur les moeurs
& les vrais intérêts de leur pays . L'Auteur
péfe dans une jufte balance leurs vertus
& leurs vices ; & il feroit peut-être difficile
de concilier fi bien l'amour de la patrie
avec celui de la vérité. On trouve dans
ces dialogues le pour & le contre de ces
moeurs nationales qui diftinguent les Anglois
des autres peuples.
L'ARITHMÉTIQUE de la Nobleffe commerçante
, ou Entretiens d'un jeune Gentilhomme
fur l'Arithmétique , appliquée
aux affaires du commerce , de banque &
de finance ; par M. d'Autrepe , ancien
Syndic , & Syndic actuel des Experts jurés
Ecrivains. Troisieme Entretien ; des frac
tions; à Paris, chez Auguftin-Martin Lottin,
110 MERCURE DE FRANCE.
l'aîné , Libraire -Imprimeur de Monfei
gneur le Duc de Berry , rue St. Jacques
près St. Yves , au coq ; 1764 ; avec approbation
& privilege du Roi ; in- 40. de
cent pages.
C'est ici la troifieme partie d'un ouvrage
dont les deux premieres ont paru il y a
quelques années , & que le Public a favorablement
accueillies . Cet Entretien fur
les fractions eft d'une extrême importance
pour ceux qui veulent fçavoir parfaitement
l'Arithmétique. L'Auteur en a ramené
toutes les opérations aux principes établis
dans fon fecond Entretien , c'est -à- dire ,
aux proportions. Par ce moyen il a rendu
ce calcul facile à entendre ; ce qui doit
flatter quiconque veut favoir , en opérant ,
les raifons de fes opérations.
COURS de Mathématiques à l'ufage des
Gardes du Pavillon de la Marine ; par
M. Bézout , de l'Académie Royale des
Sciences , Examinateur des Gardes du Pavillon
& de la Marine , & Cenfeur Royal ;
première partie , Elémens d'Arithmétique ;
A Paris , chez J. B.G. Mufier, fils , Libraire,
quai des Auguftins , à St. Etienne ; 1765 ;
avec approbation & privilege du Roi ;
in -8°.
Ce Cours de Mathématiques , dont on
JANVIER 1765 . IIX
ne donne aujourd'hui que la première par
tie , doit raffembler les connoiffances élémentaires
qu'on exige , par ordre du Miniftère
, des Gardes du Pavillon & de la
Marine , avant que de les admettre au rang
des Officiers de vaiffeaux. Il ne conient
pourtant pas tellement aux Officiers de
Marine , que d'autres ne puiffent encore y
puife: des lumières , par l'ordre , la clarté,
la méthode qui regne dans cet ouvrage.
PENSÉES de Cicéron , traduites pour fervir
à l'éducation de la jeuneſſe ; par
M. l'Abbé d'Olivet , de l'Académie Françoife
; fixième édition , revue & augmentée
; à Paris , chez Barbou , rue & vis -à- vis
de la grille des Mathurins ; 1764 ; un vol,
in- 12 : prix 2 liv. 10 fols relié.
Ce qui rend cette édition fupérieure aux
précédentes , c'eft 1 °.une lettre latine qu'on
croit être de M. Boffuet à M. le Dauphin ,
fils de Louis XIV , qui ne fe trouve
point dans les premieres éditions. Cette
lettre eft accompagnée d'une traduction
françoife. 2 ° . Cette édition l'emporte encore
par la beauté du papier & les autres
ornemens typographyques. Nous ne par
lons pas du mérite de l'ouvrage ; fes
nombreuſes éditions font connoître combien
le Public en fait cas.
112 MERCURE DE FRANCE.
ESSAI d'une traduction en vers de
l'Iliade d'Homere , précédé d'un difcours
fur Homere ; à Londres , & fe trouve à
Paris , chez J. Barbou , rue & vis - à- vis
de la grille des Mathurins ; 1765 ; brochure
in- 80 de cent cinquante pages.
La traduction d'Homere en vers françois
eft une entreprife difficile , & dans
laquelle Lamotte a échoué. Nous laiffons
au Public à décider fi le nouvel Auteur
réuffira davantage ; & nous nous contentons
d'annoncer cet Effai, fans rien ajouter
fur le mérite de l'ouvrage.
Le même Libraire , J. Barbou , a reçu
de Glafcow plufieurs exemplaires d'Homere
tout grec, en quatre vol . in-folio , fuperbe
édition. On trouve auffi chez lui une édition
nouvelle du Théatre des Grecs , du
Père Brumoy , en fix vol. in- 12 , dont le
prix eft de 15 liv. Nous avons oublié
de dire plus haut , à l'occaſion des Penfees
de Cicéron , que les Penfées de Sénéque
par M. de la Beaumelle, en deux vol . in - 12 ,
dont le prix eft de 5 liv. fe vendent chez
le même Libraire .
LE Phaeton renverfé , poëme héroïcomique
; avec cette épigraphe :
Magna Petis Phaeton . Ovid. Métam . lib . 2.
Par M. Delagrange ; à Paris , chez HérifJANVIER
1765. 113
fant , rue Neuve de Notre- Dame ; 1764 ;
brochure in- 12 de cent pages.
Ce poëme , dont M. Delagrange nous
offre aujourd'hui une traduction libre , et
de M. Frédéric-Guillaume Zacharia, Poëte
Allemand. La traduction en fut faite en
profe françoife il y a quelques années , &
a été inférée dans plufieurs ouvrages périodiques.
M. Delagrange a cru , avec raiſon ,
ce fujet propre à être mis en vers ; & l'on
trouve en effet dans le nouveau poëme , de
la gayeté , de la fine plaifanterie , des images
agréables & de la bonne poéfie.
FABLES pour les Dames , traduites de
l'anglois ; Amſterdam , chez J. F. Boitte
& Compagnie , Libraires ; 1764 ; brochure
in- 8 ° de cent foixante pages.
Ces Fables font écrites en profe dans
notre langue ; & à leur fuite il y en a
d'autres intitulées : Fables pour les jeunes
gens.
CONSIDERATIONS politiques & hiftoriques
fur l'établiffement de la Religion
prétendue réformée en Angleterre. A
Londres, & fe trouvent à Paris, chez Panckoucke
, rue & à côté de la Comédie Francoife
; 1765 ; brochure in- 12 de 159
pages ; par M. de la Roche Dumaine.
114 MERCURE DE FRANCE.
M. de Montefquieu a donné des confi
dérations fur la grandeur & la décadence
des Romains. Il paroît que c'eft fur ce
modèle que M. de la Roche Dumaine a
travaillé , quoique la matière foir bien différente
.
ARISTE , ou les charmes de l'honnêteté
; par M. Seguier de Saint- Briffon ; avec
cette épigraphe :
Plufque ibi boni mores valent , quam alibi bonæ
leges . Tac. de Mor. Germ .
A Paris , chez Panckoucke
, rue & à côté
de la Comédie
Françoife
; 1764 ; avec
approbation
& privilége du Roi ; bro chure in- 12 de 140 pages.
Cette brochure offre la peinture naïve
de l'homme naturel dans toute fa perfection.
Cet homme vit à la campane , où il
obferve tous les devoirs de l'humanité ,
ce qui donne lieu à beaucoup de details ,
dont le but est d'infpirer l'honnêteté & la
vertu. L'Auteur a imité le ftyle oriental du
Cantique des Cantiques. On en jugera par
ce trait :« Jonchez le gazon de fleurs ; éle-
» vez-moi un lit de rofes odorantes & de
» lys rafraîchiffans je veux repoſer ma
» tête fur des touffes de jafmin , de mu-
» guet & de tubéreufes ; car je languis
» d'amour. O vous jeunes bergères , qui
JANVIER 1765 .. ir
» avez parcouru ces côteaux fleuris , dites-
» le-moi , avez - vous vu paffer celui què
» mon coeur aime ?
MELANGES littéraires , ou Epîtres &
Piéces philofophiques; par M. de la Harpe,
à Paris , chez Duchefne , Libraire , rue S.
Jacques , au Temple du goût ; 1765 ; avec
approbation & privilége du Roi ; brochure
in- 12 de 160 pages.
:
Tout ce que M. de la Harpe a compo
fé de petites piéces en vers & en profe
avant que d'être connu par fa tragédie de
Warwick , fe trouve réuni dans cette brochure
difcours , piéces philofophiques ,
épîtres , piéces détachées à la gloire des
Acteurs & des Actrices , héroïdes , odes ,
& c ; voilà ce qui forme ce recueil , auquel
nous renvoyons le lecteur pour juger
du talent poétique du jeune Auteur.
ELOGE de Louis Duret , Médecin célèbre
fous Charles IX & Henri III , ouvrage
qui , au jugement de la Faculté de
Médecine de Paris , a remporté le prix
propofé cette année ; par M. J. B. L. Chomel,
Confeiller , Médecin vétéran ordinaire
du Roi , Docteur Régent , & ancien
Doyen de la Faculté de Médecine de Paris
,Affocié honoraire du College Royal des
116 MERCURE DE FRANCE.
Médecins de Nanci ; avec cette épigraphe
:
Hifloria , quoquo modo fcripta , delectat.
Plin. Epift. 8. Liv. V.
A Paris , chez Auguftin - Martin Lottin ,
l'aîné , Libraire & Imprimeur de Monfeigneur
le DuC. DE BERRY , rue S. Jacques
, près S. Yves , au coq ; 1765 ; brochure
in- 12 de 64 pages.
La Faculté de Médecine de Paris annonça
l'année dernière , pour la première
fois , qu'un anonyme donnoit un prix de
trois cens livres à qui feroit le meilleur
éloge de Louis Duret. M. Chomel a travaillé
fur ce fujet , & a remporté le
prix.
LETTRE à M *** fur la mortalité des
chiens dans l'année 1763 ; par M. Def
mars , Médecin penfionnaire de la ville de
Boulogne-fur-mer. A Amfterdam , & fe
vend à Paris chez la veuve de D. Ant.
Pierres , Libraire , rue S. Jacques , vis- àvis
S. Yves , à S. Ambroife & à la couronne
d'épines ; 1764 ; in- 12 de 40
pages.
L'Auteur de ce petit imprimé recherche
les caufes des maladies des chiens , & en
particulier de celle qui fit mourir un fi
grand nombre de ces animaux en 1763 .
K
JANVIER 1765 . 117
Il apprend ou à prévenir ces maladies , ou
à les guérir quand on n'a pas fçu les prévenir.
CATALOGUE des Livres de la bibliothéque
de feue Madame la MARQUISE
DE POMPADOUR , in- 8 ° ; chez Hériſſant
Imprimeur du cabinet & des bâtimens du
Roi , rue S. Jacques , au coin de la rue
de la Parcheminerie ; 1765 .
Ce catalogue a été fait avec foin , &
nous croyons que le Public en fera fatisfait.
Il contient des Livres de prefque
tous les genres . Les Livres de piété , &
qui font d'ufage à l'Eglife , forment une
collection précieufe , tant par le choix que.
tes ornemens dont ils font enrichis .
Les romans & les ouvrages de théâtre font
abondans , & l'on y trouve plufieurs exemplaires
très-rares . Ces deux claffes ſont
détaillées avec la plus grand exactitude
dans le catalogue. Cette bibliothéque renferme
auffi des Livres de figures en affez
grand nombre , & dont quelques- uns font
des plus belles épreuves. D'autres ont des
particularités qui en augmentent le prix.
Il y a un cabinet de Livres italiens en
plufieurs genres & très -bien conditionnés
, ainfi que plufieurs éditions recherchées.
En général , on s'eft attaché dans
118 MERCURE DE FRANCE.
ce catalogue à particularifer & à décrire
fi fidélement les diverfes conditions des
Livres , que la lecture feule des articles
donnera une idée très - jufte de leur valeur.
EXTRAIT du Journal des Sçavans du
mois de Décembre 1764 , fur une pierre
gravée antique. A Paris , de l'imprimerie
de Michel Lambert , rue des Cordeliers ;
1764 ; avec privilége du Roi ; brochure
in- 8 ° de 64 pages , imprimée fur de trèsbeau
papier.
C'est une Lettre de M. de Mairan à M.
le Comte de Caylus. Cette Lettre ayant
déja paru dans le Journal du mois de
Décembre dernier , doit être connue des
antiquaires , que cette matière intéreſſe
plus particuliérement.
MÉMOIRE pour concourir au prix propofé
par l'Académie des Arts , Sciences &
Belles - Lettres de Dijon , pour l'année
1763 , & qui a mérité l'Acceffit , au jugement
de la même Académie ; par M. le
Jolivet , fils , Architecte , fous - Ingénieur
des ponts & chauffées de la province de
Bourgogne ; avec cette épigraphe :
Navibus , atque
Quadrigis, petimus bene vivere, quodpetis , híc eft,
Horat, Ep. XI, Liv. I.
JANVIER 1765
t
A Dijon , chez Cauffe , Imprimeur du Par
lement , de l'Intendance & de l'Acadé
mie des Sciences , place S. Etienne ; 1764;
avec permiffion ; in- 8 ° de trente - huit
pages .
Le fujer propofé par l'Académie de Di
jon étoit de déterminer , relativement à la
Bourgogne , les avantages & les défavantages
du canal projetté en cette province ,
pour la communication des deux mers par
lajonction de laSaône à la Seine. C'eft pour
l'exécution de ce grand projet que le mémoire
de M. le Jolivet devoit fervir
& c'est très-bien répondre à la queſtion
de l'Académie , que de propofer , comme
l'a fait cet Auteur , tous les moyens d'exécuter
cette entreprife , relativement aux
intérêts de la province de Bourgogne.
JUPITER & Danaé , Poëme héroï- comique
; avec cette épigraphe :
Converfo inpretium Deo: Horat . Od . 81. Lib. 3 .
A Paris, chez Mufier , fils , Libraire , quai
des Auguftins ; 1764 , brochure in- 8° de
73 pages.
Če Poëme roule fur un fujet très- connu
: il eft compofé de fix chants en vers
alexandrins ; c'est tout ce que nous avons
à dire pour le préfent de cet ouvrage ,
moitié héroïque , moitié burlefque.
120 MERCURE DE FRANCE.
Essai de traduction des batailles de
Céfar ; par M. de S *** , Officier au régiment
de Condé , infanterie . A Bouilfon
chez Antoine Foify , imprimeur de
S. A. Séréniffime ; 1764 ; & fe trouve à
Paris chez Panckoucke , rue & à côté de
la Comédie Françoife , & à Sedan , chez
Gennuy , Libraire ; feuille in- 8 ° .
.
L'Auteur n'avoit d'abord entrepris cet
ouvrage que pour fon inftruction particu
fière ; mais quelques officiers de fes amis
l'ont engagé à le faire paroître. Il n'a pas
ofé le hafarder , fans preffentir auparavant
le goût du Public , & c'cft ce qui l'a porté
à publier cet échantillon de fon travail ,
fous le titre d'Efai.
LETTRE de Zamon à Zélie , avec des
notes, & cette épigraphe : Eh ! que nepuisje
aux horreurs de la débauchefubftituer le
charme de la volupté ? J. J. R. à C. de B.
1764 ; feuille in 8°.
Un ami de Zamon lui apprend que fa
maîtreffe fe marie , & il reçoit cette nouvelle
le jour même de la célébration du
mariage. Le défeſpoir de perdre celle qu'il
aime le porte à fe donner la mort. C'eft
avant que d'exécuter ce funefte projet
qu'il écrit à Zélie , fa maîtreſſe , la lettre
en vers que nous annonçons.
LES
JANVIER 1765 . 121
LES Spectacles de Paris , ou Calendrier
hiftorique & chronologique des Théatres ;
avec des anecdotes & un catalogue de
toutes les piéces reftées au théatre dans les
differens Spectacles , les noms de tous les
Auteurs vivans qui ont travaillé dans le
genre dramatique , & la lifte de leurs ouvrages.
On y a joint les demeures des
principaux acteurs , danfeurs , muficiens
& autres perfonnes employées aux Spectacles
; quatorziéme partie pour l'année
1765. A Paris , chez Duchefne , Libraire ,
rue S. Jacques, au Temple du goût ; avec
approbation & privilége du Roi ; in- 18.
C'eft ici , comme on le voit dans le
ritre , la quatorziéme partie de cet ouvrage
, auquel , depuis qu'il paroît , le
Public a fait l'accueil le plus favorable.
Les amateurs du théatre y ont trouvé des
anecdotes curieufes & intéreffantes , &
une histoire très- exacte de ce que les différens
Spectacles de Paris ont offert pendant
chaque année de plus remarquable
& de plus propre à faire connoître notre
théatre aux étrangers & aux perfonnes de
province. A Paris même , ceux qui fréquentent
le plus la comédie , auroient
ignoré bien des anecdotes théatrales , bien
des traits finguliers , & une infinité de
chofes relatives à nos Spectacles , fi l'on
II Vol. F
MERCURE DE FRANCE.
n'avoit pas eu foin de les conferver dans
ce recueil , devenu par- là même , très- cufieux
& très- inftructif. Le Libraire avertit
que ceux qui defireront en avoir la collection
complette , compofée actuellement
de quatorze parties , pourront fe la procurer
pour la fomme de quatorze liv. c'eftà-
dire , que chaque partie qui fe vend 1
liv. 4 f. fe donnera pour 1 liv. à ceux feulement
qui acheteront tout le recueil. Hs
y trouveront près de cinq cens anecdotes ,
dont un très-grand nombre étoit abfoluiment
ignoré , ou du moins ne fe trouvoit
imprimé nulle part. Ils y liront l'hiftoire
détaillée de tous nos Spectacles , &
la vie de tous les Auteurs & des principaux
Acteurs qui s'y font fignalés . Ils y
verront une fuite très-étendue d'analyfes
de toutes les piéces qui ont été jouées durant
l'efpace des quinze dernières années ;
de celles même qui n'ayant eu qu'une repréfentation
& n'ayant pas été imprimées
auroient été entiérement inconnues.
Enfin , ce recueil fera déformais
d'une très-grande reffource , & même un
Livre néceffaire à ceux qui voudront fçavoir
à fond , ou écrire l'hiftoire dramatique
de la nation Françoife.
Le triomphe du beau Sèxe , ou calenJANVIER
1765. 1723
drier des Dames illuftres , contenant les
éloges des Dames qui fe font diftinguées
par leur politique , leur attachement pour
leurs époux , leur courage , leur chaſteté
& leur efprit ;, enrichi de chanſons nouvelles
fur les plus beaux airs connus . A
Paris , chez Granger & Dufour , au cabinet
littéraire , pont Nôtre- Dame , près la
pompe , & chez Manier , dans S. Jean de
Latran ; 1765 ; in - 36 .
Ce petit ouvrage , très- glorieux au
beau Séxe , offre un grand nombre d'hiftoires
choifies avec goût , & qui font honneué
à la façon de penfer de M. Manier,
qui en eft l'auteur , & chez lequel on
peut , ainfi que chez les Libraires nommés
dans le titre , acheter ce petit calendrier.
Il a auffi compofé l'almanach fuivant
fait à la gloire de notre féxe , & qu'il
vend également dans fa maiſon , chez le
fieur Morel , ferrurier , à la clef d'argent ,
petite rue , dans S. Jean de Latran .
ALMANACH triomphant, hiftorique &
chantant , ou le calendrier des hoinmes
illuftres , contenant leur éloge , leur valeur
& leur courage ; comme ils ſe font
diftingués dans les batailles où ils fe font
trouvés pour la gloire de leur Prince & de
leur patrie , depuis le régne de l'Empereur
Fij
114 MERCURE DE FRANCE.
Titus jufqu'à celui de Louis XV , aujour
d'hui regnant ; enrichi des conquêtes de
plufieurs Rois & Empereurs , des chanfons
de guerre & hiftoires curieufes ; 17655
in-32,
ALMANACH des Mufes , contenant un
choix des meilleures piéces de poéfies fugitives
qui ont paru en 1764 , avec des
remarques ; 1765. A Paris , chez de Lalain
, Libraire , rue S. Jacques , à l'image
S. Jacques ; in- 18,
Pour donner une idée jufte de cet almanach
intéreſſant , nous croyons devoir
rapporter une partie de l'avertiffement qui
fe trouve à la tête de cet ouvrage. L'almanach
des Mufes , dit l'éditeur , bien
différent de ceux qui le dernier Décembre
perdent leur agrément & leur utilité , ne
ceffera d'être un Livre de littérature agréable
l'année prochaine. Dans la fuite il
deviendra le recueil le plus complet des
poéfies fugitives qui méritent d'être confervées
: il fervira à faire voir les changemens
fucceffifs du goût dans ce genre de
poéfie ; & cette entrepriſe , exécutée avec
un difcernement févère , fera peut-être
regretter aux gens de lettres de ne l'avoir
pas vu commencer plutôt. A l'égard des
remarques dont on a accompagne chaque
piéce de vers , l'objet de l'éditeur a été
JANVIER 1765. 125
de rendre fon travail utile à ceux qui cultivent
la poéfie , & de contribuer , autant
qu'il eft poffible , à la perfection de la
langue Françoife. Il a fait fes efforts pour
y parvenir , en évitant avec une attention
égale , & l'exagération fufpecte d'une
louange outrée , & l'aigreur toujours condamnable
d'une critique amère.
EXTRAIT d'une Lettre de M. de VOL-\
TAIRE , du 25 Décembre 1764.
Quelque mépris qu'on ait pour la calomnie
, il eft quelquefois néceffaire de
la réfuter . Un Libraire d'Amfterdam a
cru qu'il étoit de fon intérêt d'imprimer
fous mon nom des bêtifes hardies. Il a
débité une brochure intitulée : Ouvrage
pofthume de M. du M. Y. Le teftament de
Jean Meflier , autre brochure , & c. & il a
donné à ce petit recueil le titre de Collection
complette des oeuvres de M. de V.
Comment un fr petit Livre peut - il être
intitulé collection complette ? Et comment
une oeuvre pofthume de du M. Y , & un
teftament d'un homme mort il
y a trente
ans , peuvent-ils être de moi ? Je ferai
encore une autre queſtion : comment ne
punit-on pas un tel délit , qui eft celui d'un
calomniateur & d'un fauffaire ? Un autre
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Libraire s'eft avifé d'imprimer l'Arétin
fous mon nom. Un autre donne mes prétendues
Lettres fecrètes elles ne doivent
donc pas être publiques. Il ne fe paffe
guère de mois où l'on ne m'attribue
quelque ouvrage dans ce goût.
Je ne les lis point , & c'eft ce qui me
confole d'avoir prèfque entiérement perdu
la vuë. Mais je ne me confolerois pas
de ces impertinentes imputations ,
fi je
ne favois que les honnêtes- gens voient
avec indignation cet abus de la preffe ,
& que les hommes en place ne jugent
pas fur des brochures de Hollande & fur
des gazettes. Il faut pardonner cet abus de
l'imprimerie en faveur du bien qu'elle a
fait aux hommes.
JANVIER 1765 127
ARTICLE III.
SCIENCES ET BELLES LETTRES.
ACADÉMIE S.
.L
SÉANCE publique de l'Académie Royale
des Sciences , des Belles-Lettres & des
Arts de ROUEN , tenue le 11 Août
1764.
M. le Duc d'Harcourt , Gouvernent de
par
la Province de Normandie , & choiſi
l'Académie pour fon protecteur , préfida à
cette Séance.
M. le Cat , Sécrétaire pour les Sciences
, l'ouvrit par une expofition fuccinte
des travaux de l'Académie , trop nombreux
pour pouvoir trouver place ici ;
après quoi il exprima les regrets qu'a
caufés à l'Académie la mort de M. le Maréchal
de Luxembourg, fon protecteur : il
en expofa les motifs , parmi lefquels il
n'oublia point tout ce que ce Seigneur a
fait pour l'établiſſement , les progrès &
l'illuftration de cette Compagnie : « La
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
1
» reconnoiffance , dit-il , que nous infpi-
» rent tant de bienfaits , les fentimens que
» nous devons à fes qualités perfonnelles
-
ود
33
و د
le
>
font attendre de nous un éloge qui n'a
» été différé que pour le rendre plus digne
» de lui . Nous avions même befoin pour
» avoir le courage de le faire , que nos
premières douleurs fuffent calmées par
temps , & plus encore par la confolation
que nous donne fon illuftre fucceffeur.
Le Ciel a déja récompenſé nos
juftes fentimens pour M. le Maréchal ,
» en nous accordant un Chef qui nous
rappelle fes bontés , en nous honorant
» des fiennes ; un Patriote refpectable &
» chéri , qui forcé par la paix de quitter
» le champ de Mars , où il s'eft rendu
digne de fes ancêtres , vient fe fignaler
également dans ceux de Cérès & de Ver-
» tumne , & qui déja diftingué dans la
» carrière des Sciences & des Arts utiles ,
qu'il aime & qu'il cultive tous , étoit
» né pour préfider à nos Séances , protéger
ر د
و ر
"
›
و ر
""
» & animer nos travaux ».
Après ces courts éloges , M. le Cat proclama
les vainqueurs au concours pour les
prix que donne l'Hôtel - de- Ville au Eléves
protégés par l'Académie ; fuivant cette
proclamation ,
Les Prix d'Anatomie ont été remportés
:
JANVIER 1765. 129
Le premier , par M. Pierre Blis ,
Saint-Vandrille .
de
Le fecond , par M. Charles , de Rouen.
Le troifiéme eſt réſervé à l'année prochaine
.
On a donné un Acceffit à M. Nicole
de Rouen.
Les Prix de Chirurgie ont été remportés
:
Le premier , par M. Edme Michel -
Sciaux , d'Evreux.
Le fecond , par M. Barthelemi Laportrie
, d'Ecos , près Gifors , le même qui
l'an paffé remporta le premier prix d'Anatomie
.
Le troifiéme , par M. Pierre Blis , lequel
vient de remporter le premier prix
d'Anatomie.
On a donné un premier Acceffit à M.
Bazile , de Rouen .
Et un fecond à M. Charles , auffi de
Rouen , lequel vient de remporter le
deuxième d'Anatomie.
Les Prix dans l'Art des Accouchemens
ont été remportés :
Le premier , par M. Jacques-Kené Boulard
, d'Evreux , le même qui l'an paſſé
remporta le premier prix de Chirurgie
& il y a deux ans le premier encore du
même genre , avec la Note Longe primus..
و
'
1
F v
130 MERCURE DE FRANCE..
Le fecond , par M. Langlois ,
Rouen.
de
Acceffit , Pierre Blis , qui vient de
remporter le premier prix d'Anatomie &
le troifiéme de Chirurgie.
Les Prix de Botanique ont été remportés
:
Le premier , par M. Carpentier , de
Rouen.
Le fecond , par M. Barthelemi Laportrie
, qui vient de gagner le fecond prix
de Chirurgie,
Le troifiéme
Rouen.
, par M. Langlois , de
Lè quatrième , refté de l'an paffé , par
Pierre Blis , de S. Vandrille , lequel vient
de remporter le premier prix d'Anatomie ,
le troifiéme de Chirurgie , & l'Acceffit
dans l'art des accouchemens.
Les Prix des Mathématiques ont été
adjugés :
"
Le premier , à M. Favrel.
Le fecond , à M. Lecoeur.
Le fujet du grand Prix de cette année
appartenoit à la Phyſique , & avoit pour
objet :
Le méchaniſme & les ufages de la refpiration
, dans lefquels l'Académie fouhaitoit
particuliérement qu'on fatisfit à
plufieurs queftions effentielles qu'elle a expofées
dans les Journaux.
JANVIER 1765 . 131
Elle a reçu beaucoup de Mémoires fur
cet important fujet , & quelques- uns ont
fort approché du but propofé par l'Académie
, mais n'y ont pas encore atteint .
Tel eft particuliérement le N ° 6 , dont la
devife eft : Te fine nil altum mens inchoat.
Virg. Georg. L. III .
Če Mémoire , plein de chofes neuves
bien obfervées , eft malheureuſement un
peu prolixe fur quelques notions les plus
faciles , laconique fur quelques articles
effentiels : l'Académie ne doute pas que.
l'Auteur ne perfectionne ce Mémoire fur
tous ces points , & ne le rende digne de
fon fuffrage. Elle propofe donc pour l'année
prochaine le même fujet , augmenté
d'une question qui eft bien compriſe tacitement
dans la dernière de celles qu'elle a
propofées , mais qu'elle a cru devoir expofer
plus nettement , puifque tous les
Auteurs des Mémoires qu'elle a reçus ne
l'ont pas fuffifamment entendue .
Voici donc fon nouveau Programme.
Le méchaniſme & les ufages de la refpiration
, dans lefquels elle fouhaite particuliérement
qu'on faſſe entrer la réfolution
des questions fuivantes :
Les côtes font- elles plus écartées ou
plus rapprochées les unes des autres dans
l'infpiration que dans l'expiration ?
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Le fang eft- il raréfié ou condenfé par
l'air infpiré ?
Cet air paffe- t- il dans le fang ou non ?
D'où vient la couleur vermeille qu'il y
reçoit ?
Y eft-il en plus grande quantité , & *
mû plus librement & plus rapidement dans
le temps de l'infpiration que dans celui de
l'expiration ?
Y a-t-il dans ces deux temps quelque
changement dans la quantité & le mouvement
des liqueurs des gros vaiffeaux
qui fe rendent aux oreillettes , & qui partent
du coeur ? Et s'il y en a , quels fontils?
Influent-ils ou non fur les mouvemens.
du cerveau & de fes méninges ; & s'ils
y influent , par quel méchaniſme ?
L'Académie exige des Auteurs que leurs
preuves foient principalement fondées en
expériences.
Elle annonce auffi d'avance , comme
elle le fit l'an paffé , que le prix deſtiné
aux Sciences revient à l'année 1766 , & a
pour fujet cette queſtion :
Quelles font les mines de Normandie ,
tant métalliques que demi -métalliques ,
falines & bitumineufes , & les avantages
qu'on pourroit retirer de leur exploitation
?
Ce prix fera double c'eft-à- dire de
2
JANVIER 1765: 133
deux cens écus , à caufe des frais indifpenfables
de voyages , de recherches &
d'expériences néceffaires à ceux qui entreprendront
de répondre à cette queftion
.
M. le Car ajouta à la publication de ce
Programme l'avis fuivant.
La mort de M. le Maréchal de Luxembourg
, qui nous a toujours fourni ces
Prix , pouvant donner quelque inquiétude
aux Auteurs qui fe propofent de concourir
, nous fommes autorifés à raffurer leur
émulation. La générofité de M. le Duc
d'Harcourt , fon fucceffeur , a prévenu làdeffus
les defirs de l'Académie. Il m'a
chargé de lui annoncer qu'il regarde comme
un de fes priviléges les plus flatteurs , celui
de lui fournir fes prix toutes les années.
Pouvoit- on douter un moment , continue
M. le Cat , que le nouveau Triptolème ,
qui a donné à nos climats le rare fpectacle
d'une forêt de muriers , & transformé
la baffe-Normandie en Provence , nous
laifsât manquer d'une branche de laurier
qui doit couronner les Beaux-Arts dans la
Capitale de cette Province ?
M. le Cat lut enfuite un Mémoire fur
la féche, infecte-poiffon affez commun fur
les côtes de France dans les mois de Juin
& Juillet. Des vûes qui tendent à perfec134
MERCURE DE FRANCE.
tionner la ſcience du corps humain ont engagé
M. le Cat à difféquer plus de quarante
féches. Les découvertes nombreuſes
qu'il a faites dans cette étude , font la
matière d'un petit volume qu'il fe propofe
de donner au Public , & dont il n'a
pu lire qu'un extrait dans cette Séance. Son
Mémoire a deux parties ; la première traite
de la ftructure extérieure de la féche ; la
feconde, de fon méchanifme intérieur . Extérieurement
la féche reffemble au polype
par fes bras , & un peu à la tortue , tant
par fa tête que par fon dos , vers lequel
elle a auffi la faculté de retirer fa tête.
Elle a à fa circonférence une large bande
qui lui fert de nageoires . Sa peau eft marbrée
de diverfes couleurs , & ces couleurs
changent felon toutes les paffions qui agitent
cet animal. Il y a plus , fon dos fe
hériffe d'épines , ou s'orne de feftons ou
de guirlandes de toutes les couleurs ; enforte
que la féche eſt tout- à -la -fois un
un Caméléon & un Prothée. Ces obfervations
avoient échappé à tous les Auteurs.
Le bec de la féche , très - reſſemblant à cclui
d'un perroquet , eft entouré d'une couronne
de mammelons ; enforte qu'elle peut
goûter un aliment avant que de le mettre
dans fa bouche ; & quand il eft mauvais ,
elle fe difpenfe d'en affecter défagréableJANVIER
1765: 131
ment & cet organe & fa langue. Combien
de nos gens à bonne chère , dit l'Auteur ,
feroient flattés de cet avantage de la
féche ?
La partie antérieure de cet animal eſt
compofée de deux pièces , dont l'une eft
appellée par M. le Cat le corfet , & l'autre
l'entonnoir de la pompe. Tout cela eſt
cartilagineux ; mais les cartilages chez la
féche font autant de mufcles .
t
Entre ces deux pièces , il y a une ouverture
de toute la largeur de l'infecte , par
laquelle on peut, non - feulement introduire
la main dans le corps de l'animal , mais
encore voir toutes fes entrailles , & examiner
leur état : voilà vraiment , dit M.
le Cat , cette fenêtre qu'on defire tant au
corps humain. Il expofe les avantages de
cette ftructure , parmi lefquels il compte
l'évacuation libre & prompte du frai de
l'animal , qui forme une grappe confidérable.
Quand j'imaginai jadis , dit l'Auteur,
pour la fortie du foetus humain , de
femblables facilités , je crus bien faire une
plaifanterie , un roman phyfiologique , &
j'étois bien éloigné de penfer que la nature
l'eût réalife dans quelque efpèce d'animal.
Certe grande ouverture du corps de la
féche a de grandes utilités & nuls incon136
MERCURE DE FRANCE.
véniens ; car quand elle le veut elle la
ferme fi exactement , que les cavités de la
poitrine & du bas -ventre font auffi inacceffibles
que les nôtres ; & alors ces parois.
de l'animal forment une pompe , par laquelle
elle lance ou une encre qui lui eft
propre , & avec laquelle elle trouble l'eau
pour fe dérober à la pourfuite de fes ennemis
, ou de l'eau toute pure quand l'encre
lui manque. L'entonnoir de cette pompe
eft auffi l'endroit par lequel elle afpire ;
& en cela la féche reffemble au fouffleur ,
avec cet avantage qu'elle a une pompe &
un ajutage , avec lequel elle lance l'eau
avec beaucoup de juftefte , & s'en fait
une arme défenfive & offenfive . L'entonnoir
de cette pompe eft auffi l'endroit par
lequel elle afpire & rend l'eau dont les
poumons ont befoin . L'infpiration & l'expiration
de la féche fe font fi promptement
, que les deux enfemble ne durent.
qu'une feconde. Il y a une fous-pape à l'entrée
de l'entonnoir , difpofée à laiffer fortir
la liqueur ; mais quand l'animal le
veut , cette fous- pape même étant cartilagineufe
, c'eſt-à- dire mufculeufe , elle retient
les liqueurs dans fa pompe , ce qui
arrive quand elle veut délayer fon encre
avec l'eau pour l'étendre davantage.
L'intérieur de la féche offre cinq fortes
JANVIER 1765. 137
"2
ود
d'organes ; fçavoir , le nerveux , le liquoreux
, l'alimentaire , le fpermatique &
celui de la liqueur noire . M. le Cat n'a
pu qu'indiquer dans cette Séance publique
une partie de fes études dans toutes ces
parties : « Je dirai feulement ici en général
( c'eft M. le Cat qui parle ) » que cet
» examen intérieur de la féche m'a fourni
»fur la ftructure & les ufages des parties
du corps humain , beaucoup de ces grands
»traits de lumière qu'on a coutume de
chercher dans l'anatomie comparée. Par
exemple , j'ai vu de mes propres yeux ,
» & fans aucun art , que les nerfs & la
» moëlle épinière ne font en totalité que
» des prolongemens des membranes qui
» enveloppent le cerveau , contre l'opi-
» nion de quelques Phyfiologiftes nova-
» teurs. J'ai vu que les mêmes nerfs ont
» des cavités fi évidentes , qu'il y en a du
» calibre d'une ligne de diamètre , où l'on
» peut librement introduire des ftilets de
» ce volume , & des injections ; & qu'enfin
il y coule un fluide auffi palpable
» que les liqueurs de nos artères & de nos
» veines , ce qui forme une démonftra-
» tion de fait contre ceux qui nient le
fluide des nerfs , & qui veulent réduire
» leurs fonctions à des vibrations . ...
J'aurois de pareilles remarques à faire fur
و د
»
138 MERCURE DE FRANCE.
»
D
"
"
» la ftructure du bel oeil de cet animal' ,
qui a un garde - vue de glace pareil à
>> celui que portent les peuples de la
» France méridionale , & les Efpagnols ,
qui l'appellent entocos ; derrière cette
glace des efpéces de ftors d'une élégance
admirable , des mufcles reffemblans à
» la nacre de perle , & qui outre ces cir-
» conftances curieufes, démontrent aux plus
» incrédules ce que j'ai enfeigné dans le
» traité des fens fur cet organe , fçavoir ,
» qu'il n'eft que les tuniques du cerveau
& le nerf optique développés ..... Les
liqueurs artérielles de la fèche n'offrent
» pas un fpectacle moins curieux. Elle a
>> cinq coeurs : le mouvement tout-à-fait
fingulier de fes fluides n'eſt ni ſtation-
» naire ou ftagnant , ni fimplement pro-
» greffif ou fluctuant , comme dans les
» plantes & certains infectes ; ni régulié-
» rement circulaire , comme chez nous :
» mais une efpéce de milieu entre tout
» cela ; en un mot , une fimple ébauche
» de circulation qu'il eft naturel de ren
» contrer dans un être qui n'eft lui-même
» qu'une ébauche d'animal complet .....
Tout imparfait qu'il eft cet animal , il
» a deux cerveaux féparés par un cervelet
fphéroïde : il a deux glandes pinéales ;
» dont ne jouiffent aucuns des animaux
" :
JANVIER 1765 . 139
»
»
"
» aquatiques. Il feroit bien confolant pour
Defcartes que ces petites glandes fpé-
» cialement accordées à la féche , fiffent
foupçonner qu'elle leur dût l'épithète de
rufée, que lui ont donnée plufieurs Au-
» teurs. Enfin l'intérieur de notre infecte-
» poiffon m'a fourni une multitude de
» chofes curieufes , de phénomènes rares ,
applicables à la fcience du corps hu-
» main , dont les foupçons m'avoient d'a-
» bord animé à approfondir fon méchanifme
, & dont la découverte m'a amplement
dédommagé de mes peines.
ود
»
ود
و د
M. Pinard , Docteur en Médecine , &
Profeffeur Royal de Botanique , lut enfuite
un difcours fur l'économie végétale
, comparée avec l'économie animale.
.
Pour donner à ce fujet toutes les preuves
dont il étoit fufceptible , il a examiné
les végétaux & les animaux dès le premier
moment de leur naiffance , & il les
a faivis dans leurs différens états juſqu'à
léur deftruction .
Cet Académicien a fait voir , d'après
un grand nombre d'expériences faites par
les plus habiles Phyficiens , que les plantes
viennent d'un oeuf comme les animaux ;
que comme eux elles font munies de vaiffeaux
propres à faire circuler les liqueurs
qui les vivifient ; que comme eux elles
140 MERCURE DE FRANCE.
›
croiffent , elles refpirent , elles tranfpirent
& elles fe multiplient ; qu'il en eft même
dont le fentiment eft fi exquis , qu'elles
ne le cédent , pour ainfi dire, pas à quelques-
uns , tels que les moules , les huitres,
&c. Il a enfuite fait remarquer que
deux régnes ont leur enfance , leur âge de
vigueur & celui de la vieilleffe ; qu'ils
font également fujers aux maladies & à.
la mort , & que ce dernier terme leur ,
arrive naturellement par les mêmes caufes.
les
SÉANCE publique de l'Académie des
Belles-Lettres de Marfeille.
L'A'ACCAADDÉÉMMIIEE des Belles- Lettres de Marfeille
tint , felon l'ufage , fon affemblée
publique dans la grande Salle de l'Hôtelde-
Ville le 25 Août dernier , jour de la
S. Louis.
,
Elle avoit cette année quatre prix à diftribuer
, deux d'éloquence & deux de poëfie
: elle n'en a adjugé qu'un à un ouvrage
qui a pour titre : Effai fur l'humanité
Epître aux Nations , dont l'Auteur eſt M.
le Chevalier de la Tremblaye , de Touloufe
elle a donc encore réfervé trois
prix , qu'elle aura à donner avec celui
JANVIER 1765. 141
de l'année prochaine le 25 Août 1765.
Elle propofe les fujets fuivans pour les
deux derniers prix deftinés à l'éloquence.
Quels avantages une Nation peut retirer
de fes revers?
Quellesfont les caufes qui contribuent le
plus à la décadance du goût dans la Littérature
?
Elle a donné pour les deux fujets de
poëfie :
Les Voyages,
Les Mines.
Les Auteurs auront la libertté de les
traiter en Odes ou en Poëmes. Ces ouvrages
doivent contenir cent vers au moins,
& cent cinquante au plus. Les difcours
doivent être bornés à une demi- heure de
lecture .
Le prix de l'Académie eft une médaille
d'or de la valeur de 300 livres , portant
d'un côté le bufte de M. le Maréchal de
Villars , fon fondateur ; & fur le revers
ces mots , Premium Academie Maffilianenfis
, entourés d'une couronne de laurier.
Les Auteurs ne mettront point leurs
noms à leurs ouvrages , mais une fentence
tirée de l'Ecriture fainte , des Peres
de l'Eglife , ou des Auteurs profanes. On
les adreffera à Meffieurs de l'Académie
42 MERCURE DE FRANCE.
des Belles- Lettres de Marſeille . M. le Secrétaire
aura foin de les retirer , & d'envoyer
fon récépiffé à l'adreffe qui lui fera
marquée , ou de le remettre à la perfonne
domiciliée à Marſeille qui lui fera indiquée.
Les paquets feront affranchis ; autrement
ils ne feront pas retirés. Ils ne feront
reçus que jufqu'au premier de Mai.
L'Académie n'exige qu'une feule copie
de l'ouvrage ; mais elle la fouhaite
bien lifible.
Les Auteurs font priés de ne point figner
les Lettres qu'ils pourroient écrire , & de
prendre les plus juftes mefures pour n'être
point connus avant la décifion de l'Académie.
On les avertit que s'ils font connus
par leur faute , leurs ouvrages feront
exclus du concours auffi-bien
› que ceux
en faveur defquels on aura follicité , &
tous ceux qui contiendront quelque chofe
d'indécent , de fatyrique , de contraire à
la Religion ou au Gouvernement,
L'Auteur qui aura remporté le prix
viendra , s'il eft à Marſeille , le recevoir à
l'Affemblée publique de l'Académie le 25
Août ; & s'il eft abfent , il fera préfenter
le récépiffé de M. le Sécrétaire par une
perfonne domiciliée , qui retirera le prix
en fon nom .
JANVIER 1765. 147
PRIX proposé par l'Académie Royale de
Chirurgie pour l'année 1766.
L'ACA
' ACADÉMIE royale de chirurgie propofe
pour le prix de l'année 1766 le ſujet
fuivant :
Etablir la théorie des contre- coups dans
les léfions de la tête & les conféquences
pratiques qu'on peut en tirer.
ر
Le prix fondé , par M. de la Peyronnie ;
fera double cette année , & confiſtera en
deux médailles d'or de la valeur de 500
liv. chacune.
Ceux qui envoyeront des mémoires
font priés de les écrire en françois ou en
latin & d'avoir attention qu'ils foient
fort lifibles.
Les Auteurs mettront fimplement une
deviſe à leurs ouvrages : ils y joindront à
part , dans un papier cacheté & écrit de
leur propre main , leurs noms qualités
& demeure , & ce papier ne fera ouvert
qu'en cas que la piéce ait mériré le
prix.
de
Its adrefferont leurs ouvrages , francs
port , à M. Louis , Secrétaire perpétuel
de l'Académie royale de chirurgie ,
144 MERCURE DE FRANCE.
C
à Paris , ou les lui feront remettre entre
les mains.
Toutes perfonnes , de quelque qualité
& pays qu'elles foient , pourront afpirer
au prix: on n'en excepte que les membres
de l'Académie.
Les deux médailles , ou une médaille
& la valeur d'une autre , à volonté , feront
délivrées à l'Auteur même qui fe fera
fait connoître , ou au porteur d'une procuration
de fa part ; l'un ou l'autre repréfentant
la marque diftinctive , & une
copie nette du mémoire.
>
Les ouvrages feront reçus jufqu'au dernier
jour de Décembre 1765 inclufivement
; & l'Académie , à fon affemblée publique
de 1766 , qui fe tiendra le Jeudi
d'après la quinzaine de Pâques , procla
mera celui qui aura remporté le prix.
L'Académie ayant établi qu'elle donne .
roit tous les ans fur les fonds qui lui ont
été légués par M. de la Peyronnie , une
médaille d'or de deux cens livres à celui
des chirurgiens étrangers ou régnicoles ,
non membres de l'Académie , qui l'aura
méritée par un ouvrage , fur quelque matière
de chirurgie que ce foit , au choix
de l'Auteur ; elle adjugera ce prix d'émulation
le jour de la féance publique , à celui
JANVIER 1765. 145
lui qui aura envoyé le meilleur ouvrage
dans le courant de l'année 1765.
Le même jour elle diftribuera cinq médailles
d'or de cent francs chacune, à cinq
chirurgiens , foit académiciens de la claffe
des libres foit fimplement régnicoles ,
qui auront fourni dans le cours de l'année
1765 un mémoire , ou trois obferva
tions intéreffantes.
>
ACADÉMIE des Belles- Lettres de MONL'ACADÉMIE
TAUBAN.
' ACADÉMIE des Belles - Lettres de Montauban
diftribuera le 25 Août prochain ,
Fête de S. Louis , un prix d'éloquence ,
fondé par M. de la Tour , Doyen du Chapitre
de Montauban , l'un des trente de la
même Académie , qu'elle a deſtiné à un
difcours dont le fujet fera pour l'année
1765 :
La duplicité eft- elle plutôt un vice du
coeur qu'un défaut de l'efprit ?
Sur ces paroles de l'Ecriture fainte : Vir
duplex animo inconftans eft in omnibus viis
fuis : Jacob. 1. 8 .
Ce prix eft une médaille de la valeur de
deux cens cinquante livres , portant d'un
II Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
côté les armes de l'Académie , avec ces
paroles dans l'exergue : Academia Mon-:
talbanenfis fundata aufpice LUDOVICO XV,
P.P. P. F. A. imperii anno XXIX : Et fur
le revers ces mots renfermés dans une
couronne de laurier : Ex munificentia viri
Academici D. D. Bertrandi de la Tour ,
Decani Ecclef, Montalb. M. DCC . LXIII .
Les Auteurs font avertis de s'attacher
à bien prendre le fens du fujet qui leur
eft propofé , d'éviter le ton de declamateur
, de ne point s'écarter de leur plan
& d'en remplir toutes les parties avec
jufteffe & avec préciſion.
Les difcours ne feront , tout au plus ,
que de demi - heure , & finiront par une
Courte prière à JESUS - CHRIST,
On n'en recevra aucun qui n'ait une
approbation fignée de deux Docteurs en
théologie.
Les Auteurs ne mettront point leur
nom à leurs ouvrages , mais feulement
une marque ou paraphe , avec un paffage
de l'Ecriture fainte ou d'un Père de l'Eglife
, qu'on écrira auffi fur le regiftre du
Secrétaire de l'Académie.
lls feront remettre leurs ouvrages par
tout le mois de Mai prochain entre les mains
de M. de Bernoi , Secrétaire perpétuel de
l'Académie , en fa maiſon rue Montmų
JANVIER 1765. 147
•
tat, ou en fon abfence , à M. l'abbé Bellet
, en fa maiſon , rue Cour- de-Toulouſe.
Le prix ne fera délivré à aucun qu'il ne
fe nomme , & qu'il ne fe préfente en perfonne
, ou par procureur , pour le recevoir
& figner le difcours.
Les Auteurs font priés d'adreffer à M.
le Secrétaire trois copies bien liſibles de
leurs ouvrages , & d'affranchir les
paquets
qui feront envoyés par la poſte.
Le prix d'éloquence de cette année a
été adjugé au difcours qui a pour fentence
: Gloriamfapientes poffidebunt , flultorum
exaltatio ignominia. Prov. 111. 35.
L'Auteur de ce diſcours , qui vient de
réclamer le prix , eft le R. P. FIZES , de
la Doctrine Chrétienne , de S. Rome , à
Toulouſe .
M. le Préſident de Varaiſe a fait cette
année les ouvertures de la Cour des Aydes
à la S. Martin. Il a dans cette occafion
prononcé un difcours fur l'humeur.
Quelqu'un qui avoit été invité à l'une
des fêtes qu'il donna enfuite au Public ,
n'ayant pu y affifter ,
fuivans :
lui
envoya
les vers
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Hier chez toi je manquai de me rendre.
Mais je penfe qu'en m'attendant ,
Tu n'eus garde à l'humeur de te laiffer furprendre .
Tu n'es point fait , cher Préſident ,
Pour en donner , ni pour en prendre .
I
MÉDECINE.
AU
PUBLIC. AVIS Si la petite vérole enleve la quatorziéme
partie des hommes : fi elle défigure ou mutile
plufieurs de ceux qui en font attaqués :
fi elle tient dans des allarmes continuelles
ceux qui la craignent pour eux ou pour
les autres , elle eft un des plus grands fléaux
qui affligent l'humanité .
Si l'inoculation fauve ces victimes dévouées
à la mort ; fi elle délivre la fociété
de ces allarmes cruelles : l'établir & l'étendre
, c'eft faire aux hommes un des plus
grands biens qu'on puiffe leur faire.
Après tant d'ouvrages démonſtratifs en
faveur de l'inoculation , avec l'exemple &
les faits que fourniffoient les nations étran
gères , il femble qu'il ne manquoit plus à
la France qu'un certain nombre de faits
domeftiques bien conftatés quelques ,
JANVIER 1765 . 149
exemples récents , quelques autorités ref
pectables , pour y établir à jamais cette
pratique utile. Ces faits , ces exemples ont
été mis fous les yeux , cependant l'inoculation
eft encore combattue par l'intérêt &
les préjugés.
On
peut
dire que le temps
s'approche
où l'intérêt
démafqué
n'en
impofera
plus
à perfonne
. Mais
comment
détruire
des
préjugés
déja attaqués
avec tanr de force
,
& qui fe foutiennent
encore
?
Et jettant des yeux attentifs fur l'état
actuel de l'inoculation en France , on reconnoît
que le plus opiniâtre de ces préjugés
, & prefque le feul qui refte aujourd'hui
, eft la crainte du retour de la petite
vérole naturelle après la petite vérole
inoculée.
C'eſt une chofe bien étonnante & vraie
pourtant , que cet obftacle fi puiffant aux
progrès de l'inoculation , doit fon exiſtence
& toute fa force dans les efprits , à la perfection
même qu'a reçu la méthode d'inoculer
dans ces derniers temps . C'eft furtout
depuis qu'elle eft devenue plus fimple
& plus fûre entre le mains des inoculateurs
, qu'on a fait ce reproche à l'inoculation
; de forte que la même nation &
les mêmes perfonnes qui avoient rejetté
l'inoculation avec horreur , comme une
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
pratique homicide , la repouffent aujour
d'hui parce qu'elle donne une maladie
trop legère.
Pour défendre l'inoculation ainfi attaquée
, & pour détruire un préjugé fi contraire
aux progrès & à la perfection de
cette pratique , on a écrit , on a raiſonné ,
on a cité des fairs , les faits les plus frappans
, les raifonnemens les plus démonftratifs
; tout a été inutile. On voit qu'il y
a des préjugés dont la raifon ne fçauroit
triompher , & qu'il faut attaquer avec
d'autres armes . On croit avoir ces armes
entre les mains & on eft réfolu de les
employer.
>
Il ne peut refter de doute fur la potlibilité
du retour de la petite vérole après
l'inoculation , que parce qu'un fait de
cette efpéce , fi jamais il eft arrivé , n'a
pas été obfervé avec affez de foin , conſtaté
avec affez de précautions , répandu avec
affez de publicité. Pour obtenir ce foin
ces précautions , cette publicité , le feul
moyen eft d'exciter l'attention par le motif
d'intérêt , en établiſſant un prix pour
celui qui fournira des preuves du retour
d'une feconde petite vérole après l'inoculation.
Si quelque inoculé reprenoit la petice
vérole , l'intérêt qu'on auroit à faire
conftater un femblable fait lui donneroin
JANVIER 1765. ISK
le dégré d'authenticité qu'il doit avoir
pour régler la conduite du Gouvernement
& celle des particuliers relativement à
l'inoculation .
Si au contraire cet événement n'a pas
lieu dans un espace de plufieurs années ,
& après un grand nombre d'inoculations ,
on pourra légitimement en inférer
qu'il n'arrive jamais , ou qu'il arrive ſi rarement
, qu'il ne doit entrer pour rien
dans les motifs qui peuvent déterminer à
faire rejetter l'inoculation.
Dans cette vûe on a déposé une ſomme
de douze mille livres chez M. Batailhe
Defrancés , Receveur général des Finances
, place Vendôme, pour en former un
prix pour celui qui fournira des preuves
d'une feconde petite vérole furvenue à
une perfonne qui l'aura déja eue par l'inoculation
.
que
Afin l'établiſſement de ce prix procure
au Public les avantages qu'on a droit
d'en attendre , on comprend qu'il eſt nécelfaire
de prendre des précautions pour
conftater l'existence & la réalité , tant de
la petite vérole du Sujet , par inoculation ,
que de la petite vérole , foit difcrette , foit
confluente , qui lui furviendroit dans la
fuite.
Pour la petite vérole
par l'inoculation
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
l'atteftation de M. Petit , médecin de Mgr
LE DUC D'ORLÉANS , ou de M. Tronchin,
de Genève , ou de M. Gatti , médecin
confultant du ROI , ou de M. Hofti ,
médecin de la Faculté de Paris , chacun
d'eux pour leurs inoculés , fuffira pour
mettre celui qui la préfentera en droit de
répéter le prix , s'il arrivoit que la perfonne
inoculée cût une feconde petite
vérole.
Mais quoiqu'on regarde comme fuffifante
l'atteftation d'un feul de ces meffieurs
, parce que leur expérience les met
à l'abri de l'erreur , on fent que l'autorité
d'un nouvel inoculateur,moins expérimenté
dans cette pratique & moins connu , ne
donneroit point à un fait de cette efpéce
une affez grande certitude , far- tout lorfque
l'inoculation fera plus répandue , &
le nombre des inoculateurs plus grand .
Ainfi , pour tout autre inoculateur , on
exigera avec fon certificat , celui de fix
Médecins de la Faculté de Paris.
Quant à la feconde petite vérole : pour
une petite vérole confluente , on exige
l'atteftation de quatre Médecins qui ayent
vu le malade une fois dans le cours de la
maladie ; & pour une petite vérole difcrette
, plus difficile à diftinguer , l'atteſtation
de huit Médecins de la Faculté de
JANVIER 1765 . 153
Paris , dont un foit de ceux qui pratiquent
Finoculation , & qui ayent vu le malade
dans les périodes qui caractérisent effentiellement
la maladie.
Pour achever d'éclairer le Public fur les
avantages ou l'inutilité de la pratique de
l'inoculation , le prix fera accordé aux
mêmes conditions à celui qui donnera les
mêmes preuves d'une feconde petite vérole
, foit difcrette , foit confluente , par
une feconde inoculation .
On ne doit pas ignorer qu'il furvient
quelquefois aux perfonnes expofées fortement
à la contagion , des boutons qui
reffemblent à la petite vérole , & qui participent
peut-être de fa nature. Mais ces
boutons étant nn mal local , qui n'affecte
point le total de l'économie animale &
l'état de la fanté , & n'étant point accompagnés
des autres caractères effentiels de
cette maladie , ne peuvent être regardés.
comme une petite vérole véritable.
Ce dépôt ne fubfiftera que pendant fix
ans , à compter du premier Janvier 1765 .
Une ville auffi confidérable que Paris doit
fournir dans cet efpace de temps un affez
grand nombre d'inoculations pour que les
exemples d'un retour de petite vérole s'y
préfentent , s'ils doivent avoir lieu.
Voilà le moyen qu'on a cru cru devoir
Gy
4 MERCURE DE FRANCE.
prendre pour décider enfin une queftion
fi intéreffante pour le bien public. En faifant
cette démarche , on a principalement
en vûe les progrès & la perfection de l'inoculation
, le bien des hommes & la vérité.
On fe flatte d'obtenir l'approbation de
toutes les perfonnes fur lefquelles ces motifs
ont quelque pouvoir..
Allemagne 1764.
DANS le Comté de Sayn- Hackenburg ,,
au Cercle de Weftphalie, une Sage- femme:
a hérité de fa mère , Sage-femme auffi ,.
le fecret d'adminiftrer fans aucun inconvénient
aux enfans naiffans , un préfervatif
contre la petite vérole . Lorfque des.
circonftances rares empêchent de finir l'opération
, il ne leur vient tout au plus
qu'une dixaine de boutons. Le Curé attefte!
l'expérience conftante. Ceux qui fouhai--
teront de s'en informer plus particuliérement
, n'auront qu'à s'adreffer à M. Wredow
, Secretaire , à Hackenbourg , du côté
de Coblentz.
LES vertus des pilules toniques du Docteur
Bacher , Médecin à Theim en Alface
, fe trouvent inférées en gros dans le
Mercure de Novembre 1764 , page 102.
JANVIER 1765. ISS
Aujourd'hui , & dans les Mercures fuivans
, on verra avec plaifir leurs vertus
en détail , foigneufement rapportées dansdes
obfervations fort intéreflantes des cured'hydropifies
faites à Paris fous les yeux
des plus habiles Médecins.
Hydropifie afcite furvenue à la fuite de la
petite vérole , guérie par les pilules
toniques du Docteur BACHER.
* Une fille âgée de douze ans fut attaquée
de la petite vérole il y a deux ans ;
& quoique fon corps fût abfolument couvert
de boutons , la matière variolique ,
thop abondante , ne put fortir en entier
par l'éruption , & il en reflua une partie
fur les vifcères du bas -ventre. A force de
foins elle réchappa de cette maladie ; mais
il lui reſta un abattement général , & un
certain mal -aife par tout le corps , & de
fréquentes défaillances de coeur. Son appétit
fe perdit , & le fommeil s'évanouit.
Les parens les premiers s'apperçurent
d'un mouvement de coeur extraordinaire
& irrégulier. Les Médecins jugerent que
c'étoit un ancurifine.
*
Louife Langlais , fille de Jeanne Langlois ,
cuisinière de M. de Colabeau dans la rue
Vivienne
>
Gvi
156 MERCURE DE FRANCE.
La matière variolique , tranfportée par
métaftafe fur les vifcères du bas- ventre
avoit dû caufer des engorgemens & une
fiévre lente & des obftructions , & le mal
devoit augmenter ; en effet , l'hydropifie
commença à fe déclarer ; de jour en jour
l'enflure devenoit plus confidérable ; les
parties fupérieures maigriffoient à mefure
que les inférieures enfloient davantage :
un dégoût pour tous les alimens , une foif
ardente & une grande difficulté de refpirer
, tourmentoient la malade , qui, quoiqu'avec
un penchant continuel' au fommeil
, ne pouvoit que très-rarement en
goûter les douceurs.
Les diurétiques , les hydragogues &
autres remédes ufités en pareil cas, pendant
fix mois furent mis en ufage : on prefcrivit
une diète féche & rigoureufe ; on défendit
toute boiffon . En réfléchiffant fur
la caufe de la màladie , on doit s'appercevoir
qu'un pareil traitement , loin de
foulager la malade , devoit au contraire
agraver fon mal. En effet , les obftructions
augmenterent ; la difficulté de refpirer
devint plus confidérable & la foif
plus preffante la langue & le gozier fe
deffécherent ; la maigreur du vifage , de
la poitrine & des bras étoit extrême.
:
>
L'enflure des parties inférieures augmenJANVIER
1765. 157
toit ; l'urine étoit plus rare & plus briquetée
; l'étranglement & la foibleffe du
pouls ; le dégoût de tout aliment ; un fom--
meil léthargique ; des yeux cavés & mourans
; un étouffement continuel , & enfin
l'extrême foibleſſe de la malade , faifoient
craindre chaque jour pour fa vie.
Tel étoit l'état de la maladie au 9 de
Mai 1764 , lorfque je fus appellé . Je preſcrivis
la méthode fuivante :
La malade prit pendant trois jours , le
matin , vingt- quatre pilules toniques , huir
à 7 heures , huit à 9. heures , & huit à 11
heures. Le quatrième jour elle interrompit
les pilules , pour les reprendre le cinquiéme
& les continuer pendant trois jours,
les interrompre le quatrième , & ainfi de .
fuite. Sur chaque prife elle avalla ou d'une
tifanne faite avec le chiendent , les raifins
de corinthe & un peu de canelle , ou
un bouillon.
La diète étoit humectante & délayante ;
je permettois à la malade de boire à fa
foif d'une boiffon convenable , & le jardinage
point venteux ne fut pas défendu.
L'expérience & l'aphorifme IX de la ſect. 2.
d'Hypocrate confeillent ce régime dans la
plupart des hydropifies.
Dès le troifiéme jour de la cure la foif
fut moins preffante , le ventre plus libre ,
158 MERCURE DE FRANCE.
poules
urines percerent ; l'appétit revint & le
fommeil reparut. Le quinziéme jour l'enflure
diminua à vue d'ail. Je fis prendre à
la malade trois fois par jour d'une gélee
faite avec de la rafure de corne de cerf,.
du jarret de veau, & des eftomacs de
lets pulvérifés : on ajouta fur la fin de la
cuiffon la moitié d'une orange. Elle prit
chaque fois une bonne cuillerée de cette
gelée fondue dans un bouillon . L'extrême
maigreur de la malade exigeoit ce fecours.
On foutenoit fes forces par une nourriture
aifée à digérer : on lui donna auffi
des fruits cuits avec du fucre & de la cannelle
, & de temps en temps des confitures.
L'enflure ne parut prefque plus au bout
de fix femaines , & à la fin du fecondmois
de la cure les battemens du coeur
étoient moins forts & moins fréquens.
Ses bras reprirent une nouvelle chair , &
des couleurs naturelles ranimerent fon
teint. Ces heureux changemens prouvent
que c'eft le propre des pilules toniques:
de fecourir la nature , d'aider & d'accélé
rer les efforts qu'elle fait en faveur de la
fanté. Elles répondent particuliérement
aux vues d'Hypocrate. Voyez aph . XXI &
XXV de la fect. 1 & l'aph , LI de la
fect. 2..
JANVIER 1765 159
Pour continuer des effets auffi heureux
, je confeillai à la convalefcente de
prendre pendant trois femaines tous les
huit jours les pilules toniques , à la
manière accoutumée ; enfuite tous les
quinze jours pendant deux mois . Actuellement
elle en prend tous les mois
pendant trois jours de fuite , & je lui ai
encore confeillé cette méthode pendant
quelque temps. Voyez Hypocrate , aph.
XII . de la fect. 2. Celfe eft encore du même
avis , il veut qu'on continue pendant
quelque temps les remédes qui ont rendu
la fanté. Voyez fon Livre IV. chap 5 .
Cette jeune fille , qui fix mois auparavant
touchoit aux portes du tombeau
jouit maintenant d'une bonne fanté & de
la gaîté ordinaire à fon âge. La nature
chez elle fait librement toutes fes fonctions
, elle grandit & prend de l'embon
point.
Les pulfations du coeur , qui dépendent
d'un ancurifme , qui eft un vice de conformation
,. font moins fréquentes &
moins fortes , parce que le fang n'eft plus.
gêné dans fa circulation par les engorgemens
& les obftructions , qui font dillipées.
Cette obfervation , avec une infinité
d'autres , prouvent évidemment les heureux
effets des pilules toniques dans les
hydropifies.
160 MERCURE DE FRANCE .
Nous foulignés Docteur en Médecine &
Médecin ordinaire de S. A. S. Monfeigneur
le Duc d'Orléans ; certifions avoir été témoins
du bon effet des pilules toniques du
Docteur Bacher dans la maladie de la perfonne
ci-deffus nommée , en foi de quoi
nous avons donné le préfent certificat. A
Paris ce 27 Décembre 1764.
PETIT.
JANVIER 1765 . 16r
ASTRONOMI E.
·URANOGRAPHIE , ou Defcription du Ciel
en deux hémisphères , calculés & conftruits
pour l'année 1763. Par M. ROBERT DE
VAUGONDY , Géographe ordinaire du
Roi , de S. M. Polonoife , Duc de Lorraine
& de Bar , & de la Société Royale
des Sciences & Belles-Lettres . A Paris ,
chez l'Auteur , quai de l'horloge , proche
le Pont- Neuf, & Ant. Boudet , Imprimeur
du Roi , rue St. Jacques ; 1764 ;
avec approbation & privilége du Roi.
CETTE brochure in-4° de 23 pages eft
un mémoire qui contient la defcription
& les ufages des deux hémisphères , qui
ont chacun vingt- deux pouces de diamètre.
L'Auteur y rend compte de la différence
qui fe trouve entre ces hémisphères
& ceux que l'on a publiés jufqu'à préfent.
Sans parler des conftellations
nouvelles
de feu M. l'Abbé de la Taille
dans la partie auftrale du ciel , qui de
l'hémisphère en font un morceau tour
162 MERCURE DE FRANCE.
neuf, l'on y voit dans les deux le zodiaque
déterminé pour fa largeur , & divifé de
dégrés en dégiés pour les longitudes & les
latitudes des planettes ; & de plus , un horifon
particulier , tel que celui de Paris ,
avec une échelle , au moyen de laquelle
& de la table qui eft à la fin du mémoire
, l'on peut tracer un horizon propre
à une hauteur quelconque de pôle .
Ces hémisphères font imprimés fur
grand aigle en deux couleurs , favoir en
noir pour en faire l'effentiel , tel que les
cercles , les étoiles & leurs noms , avec -
les caractères grecs & latins de Bayer &
de M. de la Caille ; & en rouge pour les
figures des conftellations. Il ne faut que
paffer au centre de ces hémisphères une
foie avec une petite perle , pour détermiminer
les afcenfions droites & les déclinaifons
des étoiles , & pour exécuter tous
les problêmes pour lefquels l'on étoit convenu
d'avoir recours à une monture en
carton , qui en augmentoit confidérablement
le prix.
Nous ne nous étendrons point davantage
fur la nature de ces hémisphères ; il ſuffira
de recourir au mémoire.
Le prix de ces deux hémisphères , avec
le mémoire , eft de 6 liv. 12 fols . Ils fe
vendent chez M. Robert , géographe ordiJANVIER
1765. 163
naire du Roi , quai de l'horloge du Palais
, proche le Pont-Neuf.
ARTICLE I V.
BEAUX ARTS.
ARTS UTILES.
CHIRURGIE.
OPÉRATION DE LA TAILLE.
EXTRAIT de la Feuille Hebdomadaire de
la haute &baffe Normandie , du 5 Octobre
1764.
DANS ANS notre Feuille du 17 Août der
nier , nous avons annoncé que M. LE CAT
avoit fait à l'Hôtel- Dieu fa taille d'automne
, qui confiftoit en fix pierreux , opérés
en 16 minutes 5 fecondes : il en a fait
quatre autres depuis avec la même célérité
& le même fuccès. Tous ces taillés
font parfaitement guéris ; & ce qui fait
le plus grand éloge de fa méthode , c'eft.
que quatre de ces dix pierreux étoient de
164 MERCURE DE FRANCE.
très mauvais fujets ; l'un d'eux avoit des
obftructions au bas ventre : il venoit d'avoir
la petite vérole ; les croutes en étoient
à peine tombées quand il fut taillé : il
avoit trois pierres , dont deux fe briferent
& rendirent la taille laborieufe : trois
autres étoient des teigneux , arrivés au
printemps , & dont on avoit différé la
taille jufqu'à la guérifon de leur teigne :
l'un d'eux étoit comme étique & en langueur
, par les douleurs de fa pierre &
une fiévre lente : on a cru plufieurs fois
le voir mourir avant la guérifon de fa
teigne & le temps de la taille d'automne .
Enfin un cinquiéme avoit une pierre de
quatre pouces & demi de long , & quatre
pouces de circonférence : la plupart de ces
dix pierreux étoient levés au bout de huit
jours. Si l'on fe rappelle les huit années
confécutives pareillement heureuſes ,
annoncées dans la Feuille du 15 Juin dernier
, & neuf toutes femblables des années
antécédentes , auffi opérées à l'Hôtel-
Dieu , rapportées dans la même Feuille
& dans celle du 30 Juillet 1762 , on conviendra
que des fuccès fi nombreux & fi
conftans , dont on ne croit pas qu'il fe
trouve d'exemples , ne peuvent être dûs
qu'à fon excellente méthode (1 ).
و
(1) On voit que l'Auteur-Imprimeur de cetre
JANVIER 1765. 165
• · •
P. S. Nous venons d'apprendre par une
Lettre du 4 Octobre que M. Vandergracht
, lithotomiſte de Lille , a taillé cette
année dix- huit Sujets avec le gorgeret ciftitome
de M. LE CAT ; & par une autre
du 25 qu'il en a encore taillé fix
autres , & que ces vingt- quatre Sujets font'
guéris. Un éleve de M. Vandergracht ,
établi à Berg-op - zoom , en a auffi taillé
trois avec le même fuccès , & l'on a vu
dans la Feuille du 15 que M. Dumont , de
Bruxelles , qui fe fert des mêmes inftrumens
, a également fauvé tous ceux qu'il
a taillés ce printemps ; & il vient de nous
mander par une lettre du 2 Novembre
que quatre autres qu'il a taillés cet automne
font encore guéris . Cela fait pour
cette feule année 1764 quatorze taillés
de M. LE CAT ; vingt- quatre de M.
Vandergracht ; trois de fon Eléve ; huit de
M. Dumont ; en tout quarante - neufpierreux,
tous guéris par cette taille, fans.compter
les fept autres années antécédantes à
>
Feuille Hebdomadaire eft fort modefte dans fes
éloges de la manière de tailler de M. le Cat , &
qu'il n'ofe prononcer , malgré ces preuves a la
portée de tout le monde , qu'une taille dont les
fuccès font tels qu'on les croit fans exemple ,
la plus excellente des méthodes ; mais il faut pardonner
cette réſerve à un ami , à un protégé du
Frere C....
eſt
168 MECURE DE FRANCE.
1764 ,
confécutivement
heureufes à l'Hôtel-
Dieu de Rouen , & les neuf autres années
plus anciennes. Cet accord conſtant
de fuccès , auffi fingulier que nombreux ,
dans diverfes Provinces , & par trois Chirurgiens
différends
ne transforme- t- il
pas en démonftration les preuves précédentes
de la prééminence
de cette méthode
fur toutes les autres ?
,
HORLOGERI E.
REMARQUES faite par le fieur TAVERNIER
, Maître Horloger de Paris , fur
le précis d'un Mémoire annoncé dans le
Mercure du mois d'Août 1764 , concernant
une montre de conftruction nouvelle ,
préfentée à l'Académie Royale des Sciences
par le fieur HERVÉ , & approuvée
de cette même Académie.
SUIVANT
UIVANT
l'explication
que le fieur Hervé
fait de cette Montre
, quant à la partie
des quantiémes
, elle imite fi fort celles
que j'ai faites depuis
plufieurs
années
que je me trouve
obligé
de répondre
à
fon Mémoire
. Il y a plus de quinze
ans
que j'ai compofé
la première
Piéce dans
JANVIER 17651 367
te genre. J'ai imaginé depuis plufieurs
changemens à ces fortes de Montres ; les
premières marquent le tout fur un feul cadran
; je les ai faites enfuite avec deux
cadrans , tant celles à répétition que fans
répétition ; la boîte eft à jour par - deffous
, avec un criſtal , à travers lequel fe
voit un cadran d'or , ayant à fon centre
une aiguille qui marque les jours de la
femaine ces jours font gravés fur le cadran.
En haut eft une ouverture en demicercle
, par où fe voyent les phafes de la
lune & fon quantiéme. Dans les côtés
font d'autres ouvertures , par lefquelles on
connoît les années , les mois & le quantiéme
du mois : on y remarque auffi un
petit cadran où eft placée une aiguille qui
fert à remettre les quantiémes lorfqu'il en
eft befoin. En-bas eft un autre petit cadran
avec une aiguille pour avancer &
retarder la montre , le tout eft d'une fymmétrie
gracieufe. Le cadran de deffus eft
d'émail , marquant les heures & les minutes
à l'ordinaire . Autour de la fauffe
plaque eft marquée l'équation du foleil.
pour tous les mois de l'année , en trois
époques chaque mois. M. Hervé fait valor
comme une invention merveilleufe ·
de faire mouvoir fa cadrature par la pulfion
du crochet de fufée , ce qui en fais
168 MERCURE DE FRANCE.
( dit- il ) feul le mérite , puifque l'on n'avoit
encore rien produit dans ce genre ,
qui pour être mû , ne fût relatif à la force
motrice , & qu'ainfi fes Montres font
exemptes des défauts qu'avoient celles de
nos Anciens.
Je conviens avec lui que les anciennes
piéces à quantiéme étoient très - défec-'
tueufes , par la quantité de frottemens
qu'exige leur compofition , ce qui altere
la force motrice .
Mais M. Hervé eft-il le premier qui
ait imaginé de faire changer les quantiémes
par le crochet de fufée en remontant
la montre. Il eft certain que j'ai vu des
piéces à quantiéme fimple produifant le
même effet , & que je pourrois nommer
plufieurs Horlogers qui ont fait ufage decette
mérhode , qui certainement n'eft pas'
nouvelle mais connoiffant les défaurs qui
en résultent , je me fuis bien gardé de la
mettre en pratique. La première raifon eft
que le quantiéme doit fe changer à minuit
; & comme il n'agit que quand l'on
remonte ces fortes de Montres , les perfonnes
à qui elles appartiennent ne veulent
pas toujours s'affujettir au foin de les
remonter à minuit ; dans ce cas leurs Montres
marquèront un jour pour l'autre : de
plus , l'on peut n'être pas bien affuré de
les
JANVIER 1765 . 169
les avoir remontées , & effayer de les remonter
une feconde fois ; pour- lors les.
Montres marqueront un jour de plus que
celui où l'on eft , & tout eft dérangé. II
étoit donc néceffaire de trouver un autre
moyen qui en même temps n'altérât pas
la force motrice ; cela ne pouvoit ſe faire
qu'en faifant conduire les quantiénes par
un pignon peu nombré , adapté fur le pivot
de la fufée : la difficulté étoit qu'en remontant
la fufée , le pignon ne pût pas
bouger , & qu'en fe dévidant elle le con-:
duifit : c'est ce que j'ai trouve moyen de
faire bien plus , mes quantiémes roulent
tous fur leurs centres , & par ce moyen
n'exigent prefque pas de force pour les
conduire ; de façon que la marche n'en eft
aucunement altérée . L'on peut la remonter
à telle heure , & tant de fois que l'on
voudra , fans rien déranger. Un autre
avantage que mes Montres ont , tant fur
celles de M. Hervé que fur toute autre dans
ce genre , c'eft qu'on n'eft pas obligé de:
remettre le quantiéme quand le mois n'a
que trente jours : il fe change de lui-même
pour les mois de trente jours comme pour
ceux de rrente-un ; il n'y a que le feul
mois de Février qu'il faut remettre. Outre
cela , les années peuvent fe renouveller
II Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
jufqu'à mille ans , fi l'on veut , fans que
l'ouvrage en foit altéré en rien.
Quand j'ai compofé cette Montre , jei
l'ai fait dans l'intention de fervir d'almanach.
En effet , je ne crois pas que l'on
puiffe rien imaginer de plus commode
qu'une telle piéce , qui du premier coup
d'oeil montre l'année , le mois , le quantiéme
du mois , les jours de la femaine ,
les phaſes de la lune & fon quantiéme
l'équation du foleil , les heures , les minutes
, & même les fecondes , & à répé- .
tion , le tout fans autre fujettion que de
la remonter comme une montre ſimple.
L'expérience de plufieurs années de marche
de mes montres , à la fatisfaction de
ceux qui en font poffeffeurs , en fera voir
l'utilité. J'ai eu l'honueur d'en faire une
pour le Roi , qui étoit auffi à répétition
& à fecondes ; je l'ai livrée en Février
1762 , Je fuis actuellement après une pareille
, qui fera finie inceffamment. Il n'étoit
-pas naturel qu'étant l'inventeur de
cette piéce , je la laiffaffe paffer au nom
d'un autre , dont la compofition eſt trèsinférieure
à la mienne.
Il eft vrai que M. Hervé peut ignorer
qu'il ait exifté de telles Montres, n'ayant
jamais été annoncées ni dans le Mercure ni
dans aucuns Journaux ; même je ne l'auJANVIER
1765. 171
rois peut-être jamais fait fans cette circonftance.
A l'égard de fa nouvelle cadrature de
répétition , je ne lui difpute pas d'en être
l'inventeur. Pour moi je m'en tiens aux
effets des répétitions ordinaires , comme
étant infiniment plus intelligibles & pluscommodes.
ARTICLE I V.
BEAUX ART S.
GRAVURE .
Les planches gravées par le célebre Ba
ES
lechou , mort à Avignon le 18 du mois
d'Août 1764 , font à vendre : elles cou
fiftent en trois marines d'après M. Vernet ,
connues fous les noms du Calme , de la
Tempête & des Baigneufes , & une Sainte
Genevieve d'après M. Carles Vanloo. Les
perfonnes qui defireront de les acquérir
font priées de s'adreffer à M. Balechou
à Arles.
Les Pêcheurs Napolitains , eftampe gravée
par Anne Philberte Coulet , d'après
le tableau original de Jofeph Vernet, haut
d'un pied neuf pouces & demi , fur un
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
pied cinq pouces & demi de large , tiré
du cabinet de M. de Billy. Se vend à Paris
, chez l'Empereur , graveur du Roi ,
rue & porte S. Jacques , au-deffus du petit
marché. Le prix eft de 3 liv.
>
MM . Cochin & le Bas , graveurs du
Roi , avertiffent que le Lundi 28 Janvier
1765 on commencera à délivrer chez
M. Chardin , Tréforier de l'Académie
Royale de peinture & de fculpture , aux
galeries du Louvre , les eftampes de la
troifiéme foufcription des ports de France
gravées d'après les tableaux originaux de
M.Vernet.
Ces eftampes font :
La vue duport & d'une partie de la ville
de Bordeaux , prife du côté des Salinières.
Une autre vue du même , priſe du Château
Trompette,
La vue de Bayonne , priſe à mi - côté
fur le glacis de la citadelle,
Une autre vuë de Bayonne , prife de
l'allée de Foufiers , près de la porte de
Moufferole.
JANVIER 1765. 173
MUSIQUE
ANTHOLOGIE Françoife , ou Chansons
choifies de tout les genres & de tous les
âges , par le fieur MONNET , ci -devant
Entrepreneur de l'Opéra- Comique.
L'OBJET OBJET de l'éditeur , en offrant ce recueil
au Public , eft , dit- il dans le Prof
pectus de l'ouvrage , d'élever au génie
chanfonier de la Nation Françoife , un
monument où l'on retrouve ce qu'elle a
produit en ce genre de plus ingénieux
de plus délicat , de plus plaifant & de
plus gai d'âge en âge , depuis les commencemens
de notre poéfie jufqu'à ce temps.
>
Ce qu'il propofe aux Amateurs eft donc
une fuite des meilleures chanfons depuis
nos plus anciens chanfonniers , jufques &
compris les plus récens.
Ce nouveau recueil formera trois volumes
in- 8° d'un format commode & portatif.
Tous les genres de chanfons y entreront
, & par conféquent on y verra les
progrès de cette poéfie dans fes divers âges
& dans toutes fes propriétés.
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
Il y aura des notes pour expliquer l'hiftorique
de certains couplets , & pour faire
connoître les auteurs.
Le premier couplet de chaque chanfon
fera noté , avec des caractères femblables
à l'effai qu'on a mis dans le Profpectus.
La plupart des chanfons ont été mifes
fur des airs nouveaux par d'habiles compofiteurs.
Quant aux paroles , toutes celles
qui , dignes d'ailleurs d'être confervées
étoient tachées de quelques incorrections ,
ont été corrigées ou reftituées par de
bonnes mains.
Les trois volumes feront ornés d'eftampes
, de vignettes , de fleurons & de
culs de lampe , deffinés & gravés par les
meilleurs maîtres.
Le premier tome aura pour Préface un
mémoire hiftorique fur l'origine de la
chanfon & fur fes progrès en France.
Le caractère de l'impreffion & celui de
la mufique , gravés & fondus par le fieur
Fournier lejeune , font neufs. Le dernier
eft le plus beau & le plus petit caractère
qu'il y ait en ce genre dans l'Europe ,
& c'eft pour la première fois , qu'on l'emploie.
A l'égard du papier, on en a fait fabriquer
exprès , fort fupérieur par la blan
JANVIER 1765 . 175
>
cheur & la qualité au papier d'Hollande.
M. Monnet auteur de ce nouveau
choix de chanſons , & qui a déja donné
des preuves de fon goût & de fon intelligence
dans la direction de l'Opéra - Comique
, n'a rien négligé pour remplir l'objet
qu'il s'étoit propofé pour ce recueil. Il
a de plus eu l'avantage de fouiller les bibliothèques
publiques , les cabinets particuliers
, & un grand nombre de portefeuilles
, qu'on s'eft fait un plaifir de lui ouvrir.
C'eft ainfi qu'il eft parvenu à le
faire
des
Il ajoute dans fon Profpectus qu'il n'a
pas la préfomption de laiffer croire au Public
que le choix de ces trois volumes
foit uniquement fon ouvrage ; que
gens de lettres connus , & des gens du
monde , dont plufieurs fe font acquis de
la célébrité dans ce genre, ont bien voulu
l'aider dans ce travail.
Cet ouvrage paroîtra le IS Avril prochain.
Les conditions de la foufcription ,
pour laquelle on ne demande point d'atgent
d'avance , font dans le Proſpectus
que l'on trouvera à Paris chez
Ballard , rue des Noyers .
Barbou , rue & vis-à- vis la grille des
Mathurins.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
Duchefne , rue S. Jacques.
Panckoucke , rue de la Comédie .
Lutton , au Bureau du Mercure rue
Ste Anne , & dans toutes les principales
villes de la Province & du Pays étranger .
›
JANVIER 1765. 577
ARTICLE V.
SPECTACLE S.
<
SPECTACLES DE LA COUR.
A
VERSAILLES ,
Sur le Théâtre du Roi .
ORDONNÉS par M. LE MARECHAL DUC
DE RICHELIEU , Pair de France, &c. &c.
Premier Gentilhomme de la Chambre du
Roi en exercice ; conduits par M. PAPIL
LON DE LA FERTÉ , Intendant des
Menus-Plaifirs & Affaires de la Chambre
, &c.
M. Rebel , Chevalier de Saint Michel, Surintendant
de la Mufique du Roi , de ſemeſtre.
L- Mercredi z du préſent mois , les
Comédiens Italiens jouerent les Fières
rivaux , comédie italie ne de M. GOLDONI
, qui fut fuivie du Serrurier , comédie
en un acte , mêlée d'ariettes ; mufique de
Hiv
178 MERCURE DE FRANCE .
M. KOôr , de la Mufique de Son Alteffe
Séréniffime Mgr LE PRINCEDE CONTI ; paroles
de M. QUÉTANT.
Le Samedi 6 les Comédiens François
repréfenterent Athalie , tragédie de RACINE.
Le fieur BRIZARD joua le rôle du
Grand-Prêtre. Le fieur BELLECOUR , celui
d'Abner. Le fieur DUBOIS , Nathan ,
&c. Le rôle d'Athalie étoit rempli par la
Dlle DUMESNIL. Joas , par le fieur GARDEL.
Jofabeth , par la Dlle DuвOIS . Les
deux Fils de Joad , par les Dlles PRÉ-
VILLE & DESPINAY.
Pour petite Piéce on donna l'Etourderie
, Comédie en un Acte & en profe de
feu M. FAGAN. Le fieur BONNEVAL jouoit
le rôle de M. Cléonte. Le fieur MOLÉ celui
de Mondor. Le fieur ARMAND , celui
de Pirante fon oncle. Le fieur BOURET ,
l'Affeffeur. Le fieur PRÉVILLE , Crispin..
La Dlle PRÉVILLE , Mde Cléonte. La Dlle
DROUAIN , Mlle Cléonte.
La fuite au prochain Mercure.
JANVIER. 1765. 179
SPECTACLES DE PARIS.
O Na
OPERA.
Na continué Armide les Vendredis ,
Dimanches & Mardis.
Le Jeudi , 10 du préfent mois , on a
repris les Talens lyriques , Ballet héroïque;
mufique de feu M. RAMEAU ; Poëme d'un
Anonyme .
Ce Ballet avoit été remis au théatre au
mois de Juin dernier , fans Prologue , à
caufe de la faifon , pour laquelle ne convenoit
pas un fpectacle d'une certaine
longueur. On l'a reftitué à cette repriſe
& la mufique en a fait beaucoup de plaifir.
Mlle Du Bois y chante fort bien le rôle
d'Hébé , & M. DURAND celui de Momus.
Mile LARRIVÉE , qui a reparu fur la
fcène dans le rôle de Sapho , au premier
Acte du Ballet , a été reçue avec des applaudiffemens
finguliers , applaudiffemens
qu'elle a juftifiés par la manière dont elle
a chanté , ainfi qué M. LARRIVÉE dans
le rôle d'Alcée. Le beau Duo de cet Acte
n'avoit jamais produit tant d'effet & n'avoit
point encore excité autant de plaifir
H vj
180 MERCURE DE FRANCE .
& d'applaudiffemens parmi les fpectateurs.
M. GELIN a fort bien chanté le rôle de
Tirtée , & cet Acte , fi riche & fi pompeux
en muſique , a été rendu dans l'efprit
, & felon le génie fublime de fon favant
compofiteur. Dans le troifiéme Acte ,
dont on connoît tous les charmes , Mlle
LANI , abfente depuis quelque temps du
théatre par indifpofition , chante & danfe
dans le rôle d'Églé . Il n'eft pas difficile de
croire avec quel plaifir le Public revoit
toujours un talent auffi rare , chaque fois
qu'il lui eft rendu ; d'autant que chaque
fois il paroît à tous les fpectateurs avoir
acquis de nouveaux degrés de mérite.
Dans le même Acte M. LE GROS , qui
chantoit cet Été le rôle de Mercure , a reparu
, furpris , enchanté , comme un Sujet
tout nouveau par rapport à lui -même.
Au charme de la voix , qui fembloit avoir
de nouvelles forces , les graces du mainrien
celles de l'action & le talent du
chant , fe font joints pour entraîner des
fuffrages que nous n'avons point de termes
fuffifans pour exprimer.Si quelquefois ,pour
encourager des Sujets qui paroiffent mériter
certe faveur du Public , nous nous permettons
d'étendre un peu l'idée des applaudiffemens
qu'ils en reçoivent , en cette oc-
>
JANVIER. 1765. 181
cafion , au contraire , il nous eft impoſſible
de rendre la vérité de ceux qu'on a perpétuellement
donnés à cet Acteur. Les fignes
ufités pour ces applaudiffemens fe font convertis
en des cris de joie & d'admiration .
Nous faififfons avec d'autant plus de plaifir
& d'empreffement un moment fi glorieux
à ce nouveau Sujet , que nous n'avons pas
négligé de l'avertir fouvent , avec les précautions
convenables , des foins qu'il devoit
prendre pour fe le procurer. Nous ne
cefferons pas de l'exhorter à travailler plus
ardemment que jamais à foutenir un fuccès
auquel nous en connoiffons peu qui
puiffe être comparé.
,
Les Ballets ont eu une part très- confdérable
à l'éclatante réuffite de cette reprife.
La charmante Mlle GUIMARD
dont le talent femble s'embellir tous les
jours fous les yeux du Public , danſoit les
entrées de Terpficore dans le même Acte.
M. DAUBERVAL a répandu dans le Ballet
une nouvelle gaîté & le charmepiquant
que produit tout ce qu'il exécute.
Il danfe dans les Mariniers du premier
Acte , de la façon la plus faillante &
en même temps la plus brillante. Nous
fommes obligés , pour éviter la pro
lixité & le foupçon d'exagération
de nous arrêter & de nous modé182
MERCURE DE FRANCE.
rer fur les détails de cette repréſentation ,
beaucoup plus que n'a fait le Public, La
mufique , l'exécution totale des rôles , des
fymphonies & de toutes les parties de cet
Opéra , ont excité , on ne dit point trop ,
une forte d'ivreffe de plaifir , qu'on n'a
preſque jamais vu à ce degré dans aucun
fpectacle.
On donne ce Ballet deux fois la femaine,
fçavoir les Mardis & Jeudis. On attend
la remife de Théfée dans les derniers jours
de ce mois.
COMEDIE FRANÇOISE.
LiE 10 Décembre 1764 on donna Timoléon
, avec les changemens jugés néceffaires.
Cette Tragédie , de M. DE LA
HARPE , avoit été long- temps interrompue
depuis fa première repréfentation ,
par l'indifpofition de M. LE KAIN : Comme
elle n'a été repréfentée que trois fois depuis
fa reprife, & qu'elle ne nous a pas
été communiquée , nous n'avons pas été
en état d'en donner d'extrait. Nous avons
appris qu'elle étoit imprimée avec des
avertiffemens & avis , ainfi les Lecteurs
curieux d'en prendre connoiffance pourront
en juger par eux-mêmes.
JANVIER. 1765. 184
Le Mercredi 19 on remit au théatre
Rhadamifte & Zénobie , tragédie de CRÉ-
BILLON , dans laquelle M. MARSSAN débuta
par le rôle de Pharafmane. On affure
que ce débutant , conduit fur la scène par
des difpofitions diftinguées & par un goût
impérieux , non-feulement n'avoit repréfenté
fur aucun théatre public , mais même
en fociété. Ce fait a été confirmé par l'excès
du trouble & par la privation prefque
totale de toutes les facultés , lorfqu'il a
paru devant le Public.
Le même jour de fon premier début
dans le tragique , il joua le rôle de Lucas
dans l'Esprit de contradiction . Il a continué
fon début par le rôle d'Amafis dans
la tragédie de ce nom , & par celui du
Payfan dans le Mari retrouvé ; enfuite dans
Andronie , tragédie , par le rôle de Colojean
, & le Payfan de l'Ufurier-gentilhomme.
Cette timidité, qui glace prefque toujours
au commencement de la carrière , ceux
qui en ont le mieux mefuré toute l'étendue,
a jufqu'à préſent étouffé dans ce Sujet
les qualités recommandables , qu'on ne peut
cependant fe défendre d'y reconnoître .
Tels font l'avantage de la figure & de la
voix , d'ailleurs , une grande jufteffe &
beaucoup d'intelligence dans les détails de
184 MERCURE DE FRANCE.
·
la déclamation . Nul ton faux , exagéré ni
à contre - fens dans le débit des rôles . On
a donc tout lieu d'efpérer que des difpofitions
fi heureuſes , & qui ne font point
contrariées par des habitudes vicieuſes ,
fe développeront de plus en plus à meſure
que le temps détruira l'obftacle qui les
empêche aujourd'hui de produire tout leur
effet. Il eft difficile de ne pas avoir en foi
le fentiment de ce qu'on paroît entendre
avec jufteffe ; mais la crainte arrête , pour
ainfi dire , le jeu des refforts , qui font
paffer dans les autres , avec chaleur , cette
impreffion de fentiment : c'eft ce que nous
préfumons dans ce débutant ; fes progrès
doivent être l'ouvrage du Public ; & le
fuccès de ce talent le fruit des encouragemens
qu'il mérite déja à tant d'égards.
,
,
don- Le
30
on
a remis
au théatre
Jodelet
maître
& valet
, comédie
de SCARON
,
née
dans
fa
nouveauté
en
1645
.
Le 7 du préfent mois on donna à Paris
Athalie. Les rôles étoient exécutés
comme ils l'avoient été à la Cour. Il s'eft
trouvé un nombreux concours de fpectateurs
à cette repréfentation , où Mlle Du-
MESNIL a reçu les applaudiffemens les plus
éclatans & l'on peut le dire , les plus
mérités. La Tragédie fut fuivie du Legs ,
>
JANVIER 1765 . 185
petite Piéce , dans laquelle Mlle PRÉ-
VILLE , que nous pouvons peut - être
nommer aujourd'hui une des premières
Comédiennes de notre fiécle , a fait le plaifir
le plus vif & le plus foutenu .
Le Mercredi , 9 du préfent mois , on
a repris pour la première fois le Comte de
Warvick, Tragédie de M. de là HARPE.
Nous en avons donné l'extrait dans fa
nouveauté.
COMÉDIE ITALIENNE
LE 3 Décembre 1764 on donna fur ce
théatre la première repréfentation du Mariage
par capitulation , Comédie en un
Acte , mêlée d'ariettes. Cette Piéce , dans
laquelle on a diftingué plufieurs ariettes
fort agréables , n'a pas eu cependant le fuccès
ordinaire des ouvrages de ce genre.
Le 20 du même mois la première repréfentation
du Serrurier , Comédie en
un Acte , mêlée d'ariettes , fuivie d'un
divertiffement. Cette petite Piéce a eu du
fuccès , & les repréfentations en font encore
journellement continuées.
.३
Le Mercredi 2 du préfent mois , on
donna la première repréfentation de la
186 MERCURE DE FRANCE.
Matrone Chinoife , Comédie en deux Actes
& en vers , ornée de divertiſſemens.
Cette Piéce a été repréſentée trois fois.
Tous les autres jours du mois de Septembre
& celui- ci , la fcène a été remplie par
les Piéces que l'on connoît & que l'on voit
journellement fur ce Théâtre , ainſi que
par des Comédies Italiennes , les jours
défignés pour ce genre.
CONCERTS SPIRITUELS.
Du 8 Décembre , Fête de la Conception.
O N exécuta pour premier motet à grand
choeur, Exurgat Deus , de feu M. DE LA LANDE , &
pour celui de la fin Domine exaudivi , &c. Motet
tiré du Cantique d'Habacuc , par M. D'AUVERGNE ,
Maître de la Mufique de la Chambre du Roi . Ce
nouveau Motet a été applaudi , & les connoiffeurs
y ont remarqué des beautés diftinguées dans plufieurs
parties de l'ouvrage & en divers genres.
Entre ces deux Motets Mlle FEL & Mlle BERNARD
chanterent chacune un Motet à voix feule. M.
JAUNSON , de la Mufique de S. A. S. M. le PRINCE
DE CONTY , exécuta une fonate de violoncelle de
fa compofition , dans laquelle il fit admirer fon
exécution fur un inftrument dont les Symphoniſtes
connoiffent les difficultés, & que le célèbre M. Du-
PORT a fçu rendre fi agréable . M. CAPRON joua
un concerto de violon , de la compofition de
M. GAVINIÉS. M M. GELIN & LEGROS , Mlle Ro
JANVIER 1765. 187
ZET , Mlle FEL , &c. chanterent dans les grands
Motets,
Du 24 , veille de Noël.
Le Concert commença par une ſymphonie de
CORELLI . Pour premier Motet à grand choeur on
exécuta Fugit nox , Motet à grand chocur , agréablement
& ingénieufement mêlé de noëls ; par
feu M. BOISMORTIER. Le grand Mctet de la fin
étoit , Exaltabo te, de feu M. DE LA LANDE . Entre
les deux grands Moters M. LEGROS & Mile FEL
chanterent Exultate jufti in Domino , Motet à
deux voix , de la compofition de M. D'AUVERGNE .
M. DUPORT , de la Mufique de S. A. S. M. LE
PRINCE DE CONTY , exécuta fur le violon celle un
nouveau concerto de la compofition , avec tous les
applaudiffemens que mérite un talent auffi prodigieux
, dont l'effet ne ceffe d'étonner & de plaire
également. M. BALBASTRE fit entendre , avec le
plaifir que procure toujours fa brillante exécution
fur l'orgue , une fuite de noëls fort agréables .
Du 25 , jour de Noël.
On répéta la même fymphonie de CORELLI &
le même Motet ( Fugit nox ) de la veille . M.
DU PORT joua une fonate de violoncelle , & M.
GAVINIÉS un concerto de la veille. Il eſt ſuperflu
d'avertir avec quel plaifir furent écoutés deux
auffi célébres Artiftes , & quels applaudiflemens
ils reçurent. La fuite de Noëls , exécuté fur l'orgue
par M. BALBASTRE , fit un nouveau plaifir à ceux
qui l'avoient entendue la veille , & rendit pour
les autres le concert de ce jour encore plus brillant
, ainfi que la répétition du petit Motet de la
188 MERCURE DE FRANCE.
veille , chanté
par Mlle FEL & par M. LE GROS.
Ce Concert
, où il y avoit la plus nombreuſe
affemblée
, & qui parut fatisfaire
tous les auditeurs
, finit par Domine
audivi auditionem
tuam ,
Motet à grand choeur de M. D'AUVERGNE
, dont
nous avons parlé dans le Concert
du jour de la
Conception
.
MONUMENT PUBLIC.
LETTRE de M. LE MARQUIS DE MARIGNY
à M. de CRÉBILLON ,
сс
ود
"
"
DEPUIS
EPUIS les premiers ordres , Monfieur
, que le ROI a donnés pour faire
ériger à feu M. votre père un monu-
» ment qui fût un témoignage éclatant
de la protection dont SA MAJESTÉ ho-
» nore les hommes célébres , Elle a confidéré
que le temple des Mufes étoit
» le lieu le plus convenable pour conferver
la mémoire de leurs plus chèrs
favoris ; & Elle a ordonné en confé-
» quence que le monument deſtiné à
perpétuer la gloire de feu M. de CRÉ-
BILLON , feroit placé dans la Bibliothéque
du ROI à Paris. Je ne perds pas
39
"
ל כ
و د
» un moment à vous annoncer cette nou-
» velle diſtinction , & j'aurai toujours
JANVIER 1765 . 189'
» le même empreffement pour tout ce
qui pourra vous être utile.
» J'ai l'honneur d'être , & c.
A Verſailles le premier Janvier 1765. Signé ,
LE MARQUIS DE MARIGNY .
SUPPLÉMENT A L'ARTICLE DES SCIENCES
GÉOGRAPHIE .
PETIT Atlas Maritime , ou Recueil de
Cartes & de Plans des quatre Parties du
monde, Par ordre de M. le Duc de CHOIColonel
Général des Suiffes &
Grifons , Miniftre de la Guerre & de la
Marine . Par le fieur BELLIN , Ingénieur
de la Marine , 1764.
SEUL ,
CE Recueil eft compofé de cinq volumes
, grand in-4° qui contiennent près
de fix cens cartes & plans , fans les tables
& les frontifpices , fur du papier pareil à
cette annonce,
>
Le 1er vol, contient les cartes & les plans
de l'Amérique feptentrionale , avec le golfex
du Méxique & les illes du Vent & de def- .
190 MERCURE DE FRANCE .
fous le Vent , au nombre de cent cinq.
Le fecond volume contient l'Amérique
méridionale , en commençant par le Méxique
, fuivante la côte jufqu'au Bréfil , détroit
de Magellan , mer du Sud , au nɔmbre
de cent planches , tant cartes que
plans .
Le troifiéme volume contient les cartes
& les plans de l'Afie & de l'Afrique , au
nombre de cent vingt-quatre.
Le quatrième volume contient les cartes
& les plans de toutes les côtes de l'Europe
& des divers Etats qu'elle renferme , excepté
la France , au nombre de cent vingthuit.
Le cinquiéme & dernier volume contient
les côtes de France , tant fur l'Océan
que fur la Méditerranée , avec des plans
des ports & places maritimes , au nombre
de cent trente- deux.
Chaque volume . eft rangé par ordre
géographique , & chaque carte eft numé→
rotée relativement à la table qui eſt à la
tête du volume. On commence par les
cartes générales ; eufuite on prend les
cartes particulières , en commençant par
le Nord & fuivant la côte de proche en
proche , avec les plans des rades , ports ,
entrées de rivières & villes maritimes
fituées fur chaque côte.
JANVIER 1765 : for
que
Je n'ai rien négligé pour leur donner
toute l'exactitude poffible , & j'ai tâché
l'exécution en fût agréable à la vue ,
ayant toujours penfé que la précifion &
la netteté doivent être inféparables en
géographie.
Les vues de M. le Duc DE CHOISEUL
en ordonnant cet ouvrage , ont été de
rendre le dépôt des cartes & plans de la
Marine de plus en plus utile , non- feulement
aux Officiers des vaiffeaux du ROI ,
& à tous les Navigateurs , mais auffi à tous
les Militaires , dont les connoiffances fur
le local & fur l'état des lieux ne fauroient
être trop étendues.
On fait que c'eft de ce dépôt que
font:
forties des fuites de cartes marines , connues
aujourd'hui dans l'Europe fous le
nom de l'Hydrographie Françoife , & dont
les Navigateurs des différentes Nations fe
fervent avec confiance. Auteur de ces
carres , dont j'ai publié la première en
1727 j'ai tâché de les rendre les plus
juftes qu'il étoit poffile , corrigeant plufieurs
erreurs préjudiciables à la naviga
tion , qui fe trouvoient dans les cartes
angloifes & hollandoiſes , dont on étoit
forcé de fe fervir , puifque perfonneren
France ne s'étoit , de ce fiécle -ci , livré à
l'études & à la construction des cartes ma
}
192 MERCURE DE FRANCE.
rines , & j'en ai rendu compte par des mémoires
particuliers.
0
Mais ces nouvelles cartes ne pouvant ,
par leur nature & l'étendue des mers
qu'elles renferment , rendre fuffifamment
fenfibles ces parties de détails fi intéreffantes
& fi néceffaires , telles que les concours
des baies & ances , les rades , les
mouillages , les entrées de rivières , les
ports & les places maritimes ; connoiſſances
auffi utiles aux Officiers chargés des
entrepriſes & des expéditions , qu'aux Miniftres
qui les ordonnent : c'eft pour y fup .
pléer qu'on a formé cette fuite fi confiderable
de cartes & de plans , unique dans
fon genre.
.
Un autre avantage de cette collection ,
c'eft qu'elle eft commode pour le cabi-:
net & à portée de tout le monde , les
cartes & les plans ayant été réduits fous
une forme qui , fans rien diminuer de
leur exactitude , n'a pas le poids & l'embarraffant
de nos grands Atlas.
Il eft naturel de penfer que l'exécution
de cet ouvrage , pour laquelle on n'a rien
épargné , a coûté confidérablement , &t
que par conféquent on eft obligé de le
vendre très- cher : mais le Miniftre de la
Marine ayant fait la partie la plus confidérable
des frais , fon intention eft que
le
JANVIER 1765 19;
>
Public en profite : ainfi les cinq volumes
fe donneront , en feuilles & en blanc
96 livres ; & lorfqu'ils feront brochés
avec des onglets & les mers lavées en
plein de couleur d'eau , 120 livres ; reliés
en veau , avec dorures & titres fur le plat
de chaque volume , 144 livres , ce qui
n'eft gueres plus que les frais du papier ,
de l'impreffion , de l'enluminure , &c.
cette modicité de prix étant d'ailleurs le
moyen le plus fûr d'en empêcher la contrefaction
chez l'étranger.
A Paris , chez M. BELLIN , Ingénieur
de la Marine & du Dépôt des cartes &
plans , Cenfeur royal ; de l'Académie de
Marine , & de la Société royale de Londres,
rue du Doyenné , à la première arcade de
S. Louis du Louvre .
II Vol.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE VL
NOUVELLES POLITIQUES,
De WARSOVIE , le 26 Novembre 1764.
LE 2'x de ce mois le fils du Duc de Biren fe
sendit à l'Audience publique du Roi , qui lui fic
un accueil très-diftingué...
Le Prince Czatoriski , Grand Véneur de la Cou→
ronne , a rendu compte de la commiffion dont il
avoit été chargé auprès de la Cour de Berlin , & a
rapporté que Sa Majefté Pruffienne l'avoit afluré
qu'elle avoit fait défenfes expreffément aux Soldats
de fes Troupes de jamais entrer fur le territoire
de la Pologne. Elle a déclaré en même temps
que les Polonois pourroient prendre & punir tour
déferteur qui contreviendroit à ces ordres.
Hier , jour fixé pour le couronnement du Roi ,
le Clergé & les Sénateurs Eccléfiaftiques allerent
entre huit & neuf heures du matin prendre Sa
Majefté au Palais pour la conduire à l'Eglife de
S. Jean-Baptifte , où Elle fe rendit ſous un dais
magnifique , foutenu par fix Caftellans . Le Roi
étoit précédé d'un Corps de Troupes de la République
avec les drapeaux déployés, du Porte- glaive
de la Couronne & de celui de Lithuanie , ainfi
que
du Maréchal du Grand- Duché , & accompagné
du Sénat & de la Noblelle. Sa Majesté étoit
vêtue d'une robe richement brodée en argent ,
ayant la forme d'une armure , & avoit pardeffus
on manteau traînant , brodé de même. Elle porJANVIER
1765. 195
Elle y
toit un bonnet de velours noir , ayant la forme
d'un cafque , & furmonté d'un panache blanc .
Le Palatin de Pofnanie , celui de Sandomir & le
Caftellan de Wilna portoient fur des riches couffins
les marques de fa royauté ; le premier , la
couronne ; le fecond , le fceptre , & le troifiéme
le globe. Le Prince Primat attendoit le Roi au
pied de l'Autel . Dès que Sa Majesté fut arrivée ,
fit de nouveau le ferment d'obferver fes
Pasta conventa : puis Elle agita quelques momens
dans l'air fon épée nue , tandis que les
Porte -Enfeignes de la Couronne & de Lithuanie
répondoient à ce mouvement par celui de leurs
enfeignes. Le Primat proclama enfuite une feconde
fois Sa Majefté pour Roi de Pologne & Grand-
Duc de Lithuanie. Toute l'affemblée cria Vive le
Roi , & le canon fe fit entendre. Le Primat entonna
alors le Te Deum , pendant lequel Sa Majefté ,
en manteau royal , la couronne fur la tête , le
fceptre dans une main & le globe dans l'autre
monta fur un trône. Lorfque le Te Deum fut
chanté , leieur Kraficki , Chanoine de Gnefne ,
prononça un difcours , après lequel les Maréchaux
, au bruit du canon , proclamerent encore
Sa Majefté pour Roi de Pologne & Grand- Duc de
Lithuanie , & les affiftans firent entendre de nouveau
les cris de Vive le Roi, qui furent répétés par
trois fois. Enfin Sa Majeſté , revêtue des ornemens
royaux , fut reconduite au Palais avec le
même cortège & dans le même ordre qu'avant
fon couronnement . Sa Majeſté , apres avoir reçu
les complimens & les voeux des Sénateurs , des
Miniftres étrangers & de la principale Nobleffe
& avoir fait plufieurs Chevaliers de l'Ordre de
l'Aigle blanc , &c. dîna feule fous un dais à une
petite table élevée fur une eftrade , & fut fervie
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
par les trois Grands Officiers de la Couronne . On
dreffa deux autres tables aux deux côtés de celle
du Roi pour les Sénateurs & les Miniſtres d'Etat ;
une quatriéme dans une falle voiſine pour les Officiers
de la Couronne & une cinquiéme dans
une falle plus éloignée pour la principale Nobleffe.
On tira le canon pendant le dîner , &
l'on exécuta des fanfares de tymballes & de trompettes,
>
Du 5 Décembre.
Le 4 de ce mois tous les Nobles de la Maiſon
de Potocki demanderent audience au Roi , & imploretent
fa clémence en faveur des Comtes de
Bruhl , qui ayant été admis aux prérogatives de
la Noblelle Polonoife , fupplioient Sa Majesté de
les maintenir dans les graces que leur avoit accor
dées le feu Roi Augufte III , & de conferver furtout
au Comte de Bruhl , l'aîné , fa Charge de Grand-
Maître d'Artillerie de la Couronne.
les
Le Roi répondit qu'il ne trouvoit rien de plus
agréable dans l'exercice de fon autorité que
occafions de répandre des graces. Sa Majefté promit
que , par confidération pour les inftances des
Comies Potocki , Elle fe joindroit volontiers aux
Etats de la République pour accorder fon fuffrage
aux Comtes de Bruhl , lorfque ceux- ci folliciteroient
l'indigenat. A l'égard de la Charge de
Grand- Maître de l'Artillerie , le Roi déclara qu'il
l'avoit promife au Comte Branicki , Starofte de
Halicz , qui s'étoit diftingué de tout temps par
La valeur & par fon zèle ; mais que ce Starofte ,
touché d'une compaffion généreuse pour le Comte
de Bruhl , avoit volontairement rendu à Sa Majefté
la parole royale qu'Elle lui avoit donnée ;
que de plus il avoit refufé , par les mêmes raiJANVIER
1765. 197
fons , d'accepter la Charge d'Echanfon de la
Couronne & la Stareftie de Lipnitz , que Sa Majefté
lui avoit offerte , en difant qu'il ne voulo
point être contraire aux difpofitions favorables &
généreufes de Sa Majefté envers les Comtes de
Bruhl & la Maiſon de Potocki , dont ils étoient
alliés.
Le Roi, cédant à cet exemple d'une générosité fi
peu commune , a confervé aux Comtes de Bruhl
& de Potocki les places dont ils jouiſſoient : ils en
ont auffi- tôt rendu graces à Sa Majeſté , qui leur
a dit que c'étoit au Starofte de Halicz qu'ils en
avoient obligation.
De RATISBONNE , les Décembre 1764.
Le 3 de ce mois on reçut aux Actes de l'Empire
une Lettre du Landgrave de Helle- Caſſel , datée
de Callel le 13 Novembre dernier. Ce Prince
protefte à la face de l'Empire contre les Actes &
Patentes par lesquels la Landgrave ſon épouse &
le Prince fon fils aîné ont prétendu , l'une fe démettre
de la Régence du Comté de Hanau ; l'autre
en prendre poffeffion , en vertu de la renonciation
faite par le Landgrave audit Comté. Ce Prince
s'eft pourvu pardevant l'Empereur & l'Empire ,
& reclame contre cette renonciation , qu'il prétend
lui avoir été extorquée fur des faux principes.
Il déclare perfifter dans la demande qu'il a formée
à cet égard , & prie les Miniftres de la Diète
de faire parvenir ſa proteſtation à leurs Com
mettans.
De PORTO-FERRAIO , le 26 Novembre 1764.
La nouvelle de l'arrivée prochaine des troupes
Françoifes dans l'Ile de Corfe s'y étant répandue ,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
le Gouvernement a cru néceffaire de convoquer
une Affemblée particulière des principaux Menybres
de l'Etat pour délibérer fur les mesures qu'il y
avoit à prendre à l'occafion de cet événement important.
Cette Affemblée s'eft tenue le 23 Octobre &
les deux jours fuivans . Voici le réſultat de ſes délibérations
.
Quoique l'intention de Sa Majesté Très- Chrétienne
, y dit-on , ne paroiffe être que de défendre
les Places que les Génois poffedent encore dans
l'Ifle , cependant , afin de prendre toutes les précautions
qu'exige la fûreté publique , on eſt convenu
unanimement des atticles fuivans : 1 ° . On
formera un Comité de guerre compofé de différens
Sujets de chaque Province , lequel fera chargé
de veiller à l'exacte oblervation des Réglemens
qui défendent toute efpéce de communication
entre les habitans de la Corfe & ceux des Places
qui appartiennent aux Génois. 2. On interdica
aux François tour accès dans le Pays , fous quelque
prétexte que ce puiffe être. Le Confeil Supreme
pourra cependant accorder des palleports à quel
ques Officiers Francois qui en demanderoient , aux
conditions de déclarer à la première Affemblée gé
rale du Royaume les motifs de la demande & de
la conceffion de ces paffeports. 3 ° . Toute propofi
tion de paix ou d'accommodement avec la Répu
blique fera abfolument rejettée , à moins que l'on
n'accorde & ne falle exécuter les préliminaires
propofés dans l'Aſſemblée générale de Cafinca en
1761. 4. Le Général Pafcal Paoli fe chargera de
faire , au nom de la Nation , des repréfentations
refpectueufes & efficaces à Sa Majefté Très Chrétienne
fur le tort qu'Elle fait à la Nation en envoyant
fes Troupes dans un temps où les Corfes ,
JANVIER 1765 199
profitant de l'extrême foibleffe de leurs ennemis
étoient à la veille de les chaffer entiérement de
PIfle. . Et, pour donner plus d'effet à ces repréfentations,
le Général fera chargé en même temps
de s'adreffer aux Paiffances protectrices & amies
de la Nation , de folliciter le fecours de leur médiation
auprès du Roi Très -Chrétien , & de les
fupplier de conferver à la Nation leur haute protection
pour la défenfe de fes droits & de fa
liberté.
$1,
V
Cer Arrêté eft figné par JOSEPH-MARIE MASEST
Grand- Chancellier.
De la BASTIE , le 30 Novembre 1764.
>
On vient enfin de découvrir ou tendoieut les
nouveaux mouvemens de Paoli : il avoit formé le
projet de furprendre la Baftie & de faccager la
Place. Environ cinq mille hommes étoient defti
n's à l'exécution de cette entreprife . His fe ren
dirent tous le 12 de ce mois aux différens poftes
qui leur avoient été affignés ; fçavoir , cinq censa
Luri , trois cens à Pictracorbara trois cens à
Cagnano , fix cens à Brando , fix cens à Farinole ,
quatre cens à Olmeta , cinq cens à Suriani , & le
refte dans Biguglia & en d'autres endroits voisins .
de la Baſtie. La nuit du 13 étoit le moment choisi
pour cette expédition. Ces cinq cens hommes qui
étoient dans Luri , aux ordres de Tibarrio Murati,
devoient attaquer le Macinaggio. Le z au foir les
deux feconds détachemens , que commandoit le
fameux Jean Carlo , devoient s'embarquer fur
différens Bâtimens & s'approcher de la Baftie : ils
étoient convenus de donner , quand ils feroient à
la diſtance de cinq inilles , certains fignaux de feu
concertés entre eux. Les fix cens hommes qui
I iv
MERCURE DE FRANCE.
étoient dans Brando devoient répondre à ces
fignaux en attaquant les fauxbourgs d'une partie
de la Baftie. Les fix cens qui étoient dans Farinole
fe feroient joints alors aux quatre cens qui étoient
dans Olmeta , pour attaquer deux autres fauxbourgs
de la ville ; enfin , ceux qui étoient dans
Suriani avec neuf cens hommes , fous les ordres
de Paoli & de fon frère , qui étoient reſtés toute
la journée du 12 dans un lieu appellé Monte-Bello,
deux milles environ de la ville , étoient chargés
d'attaquer plufieurs poftes fitués de l'autre côté de
la Baftie. Dans la chaleur de ces différentes attaques,
les Bâtimens , chargés de fix cens hommes ,
avoient ordre de s'approcher de la ville , de l'efcalader
dans une partie de la Terra-Nova , appellée
le Monache Turchine , endroit entiérement fans
défenſe , & où il n'y avoit uniquement qu'une fentinelle.
L'efcalade étoit d'autant plus pratiquable de
ce côté- là , que non - feulement les murailles en
font très- baffes , mais qu'il y a au - deffous une
efpéce de lit de roche qui peut couvrir beaucoup
de monde . Paoli , profitant de tous ces avantages
, feroit certainement venu à bout de fon
delfein , parce qu'il fe feroit auffi - tôt rendu maître
de tous les magasins à poudre , de plufieurs piéces
de canon , & en même temps de l'entrée du Château.
Heureuſement pour nous , la nuit deſtinée à
l'exécution de ce projet fi bien concerté , la mer
fut fi orageufe, que les Bâtimens ne purent mettre
à la voile. Ils s'approcherent néanmoins pendant
la nuit du 12 d'un pofte voifin de la ville , nommé
Montferrato , & des Vilie ; mais ils ne tirerent
que deux ou trois coups de moufquet . Paoli
fe retira dans la même nuit . Il rencontra en allant
à Nebbir deux foldats déferteurs de Saint-Florent ,
qui lui dirent que le Fort de Sainte-Marie de cette
JANVIER . 1769. 201
"
Place étoit allez mal gardé . Paoli voulut marcher
aufli-tôt de ce côté - là : mais il trouva tout le contraire;
car la déſertion des deux foldats ayant répandu
l'alarme dans la ville,quelques- uns des habitans
en étoient fortis pour le mettre en embuſcade ,
& un petit parti de Rebelles s'étant avancé pour
aller à la découverte , tomba dans le piége ; mais
il n'y eut que deux hommes tués & un bleflé . Paoli
fe retira à Corte. On étoit avant cette aventure
dans la plus grande fécurité à la Baſtie : on croyoit
que les mouvemens de Paoli aboutiroient ſeulement
à faire le fiége de Macinaggio , & ce n'eft
que depuis quelques jours que l'on a reçu les détails
précédens.
On célébra le 26 de ce nois dans Furiani le Service
funéraire de Baldaſſari : Paoli y affifta avec
plufieurs Chefs de fon parti , & le Père Mariani
prononça l'Oraiſon funébre .
De LONDRES , le 11 Décembre 1764.
La Société Royale a reçu le 6 au nombre de fes
Membres le fieur Meffier , Aftronome , attaché
au dépôt des Journaux , Plans & Cartes de la Marine
de France , & Membre de la Société des
Sciences de Hollande.
De LA HAYE , le 9 Décembre 1764.
On a appris hier au matin par un Exprès arrivé
de Brunfwick , que le 3 de ce mois la Princeſſe
héréditaire de Brunſwick étoit accouchée heureufement
d'une Princeffe , qui a été nommée ſur les
fonts de Baptême Augufte-Caroline-Frédérique-
Louiſe .
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
SA
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
* De VERS AILLES , le 26 Décembre 1764. ·
A Majeſté a nommé à l'Evêché de Lavaur l'Ab
bé de Cucé , Vicaire -Général du Diocèſe de Rouen
à Pontoife .
Le Roi a fait choix pour fon Confeffeur , du fieur
Mandoux , Curé de la Paroiffe de Bretigny , Diocèfe
de Paris .
Le Roi a donné l'Abbaye Royale de Cuifly ,
Ordre & réforme de Prémontré , Diocèle de
Laon , à Dom Flamin , Prieur de l'Abbaye de
Saint Paul de Verdun , du même Ordre ; celle
de Longuai , Ordre de Cîteaux , Diocèfe de Langres
, à l'Abbé de Plane de Beaumes , Vicaire Général
du Diocèle d'Embrun ; celle de Trizay ,
même Ordre , Diocèfe de Luçon , à l'Abbé de la
Roche Saint-André , Tréforier de la Sainte Chapelle
de Vincennes ; & celle de Les- Prés , Diocèfe
d'Arras , à la Dame de Maes , Religieufe de las
même Abbaye.
Sa Majefté a pris le deuil le 16 , pour quatrejours
, à l'occaſion de la mort de la Ducheffe de
Helftein , Abbeffe d'Hervorden , foeur du Roi de
Suéde.
La Place de Colonel dans le Corps des Grenadiers
de France , qu'avoit le Comte de Berenger ,
a été donnée au Comte de Mailly , fils du Comte
de Mailly , Marquis de Nefle , premier Ecuyer de
Madame, la Dauphine. La mauvaiſe fanté du
I
JANVIER 1765... 203
Chevalier de Beaujeu , Sous- Gouverneur de Monfeigneur
le Duc de Berry , ne lui permettant pas
de refter auprès de ce Prince , Sa Majeſté a nonmé
pour le remplacer le Comte de Montbel , Brigadier
de fes Armées , & Enfeigne des Gardes du
Corps dans la Compagnie de Noailles . Le Chevalier
de Fraguier , Lieutenant- Colonel du Régiment
de Noailles , a obtenu la place d'Enfeigne
dans les Gardes- du-Corps.
Le 21 la Baronne de Lieuret a été préſentée à
Leurs Majeftés & à la Famille Royale par la Com
telle de Narbonne , Dame d'Atour de Madame.
La Comtelle de la Rochefoucault , la Comteffe
de Rochechouard & la Marquise de Pardieu furent
auffi préfentées à Leurs Majeftés le 23 , la première
, par la Ducheffe d'Eftiffac ; la feconde , par
la Marquife de Rochechouard , & la troifiéme par
la Marquife de Brancas.
Le 23 Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
gné le contrat de mariage du fieur le Pelletier
de Saint-Fargeau , Préfident du Parlement de Paris
, avec la Dile Randon .
Le 24 le Chevalier Menager , Brigadier des
Armées du Roi , prit congé de Sa Majesté pour fe
rendre à l'Ide de Gorée , dont il a été nommé
Gouverneur.
9 . Le , Académie des Sciences a préfenté au
Roi un nouveau volume de fes Mémoires pour
l'année 1762. Les fieurs de Caffini , Camus &
Montigny , Directeurs de la Carte géographique
de France ont eu l'honneur de préfenter le
même jour à Sa Majefté la foixante - treizieme
feuille de cette Carte..
Le 21 le fieur Bellin , Ingénieur de la Marine ;
a eu l'honneur de préfenter au Roi , à Monleigneur
le Dauphin , a Monfeigneur le Duc de Ber-
I- vj
204 MERCURE DE FRANCE.
ry , à Monfeigneur le Comte de Provence & à
Monfeigneur le Comte d'Artois , un petit Atlas
maritime , ouvrage compofé par ordre du Duc de
Choiſeul au Dépôt des Cartes de la Marine .
Le 23 le fieur Coulon , Ecrivain Juré , a eu
l'honneur de préfenter au Roi une fleur de lys
formée d'une feule ligne d'écriture , contenant
les dernières paroles que Louis XIV , mourant
adreffa à Sa Majesté .
Les fieurs Vente & Robin , Libraires , ont en
l'honneur de préſenter à Monſeigneur le Duc de
Berry , à Monfeigneur le Comte de Provence &
à Monfeigneur le Comte d'Artois un Livre neuveau
, intitulé : Précis fur le globe terreftre , ou
explication de la Mappemonde , ornée de détails
hiftoriques & de particularités recueillies de différentes
relations de voyages touchant divers peuples
de la terre; par le fieur Maclot.
De PARIS , le 28 Décembre 1764.
3
Par un Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , daté du
5 de ce mois , Sa Majesté commet les fieurs Moreau
de Beaumont , de Boullongne & Langlois ,
Confeillers d'Etat , Intendans des Finances , & les
feurs de la Garde , de Pont , de Boullongne
d'Aine , Ducluzel , de Vilevault , Journet & Dagay
de Mutigney , Maîtres des Requêtes , pour
procéder , conformément à l'Edit du mois d'Août
dernier, à la liquidation de la finance des Offices
municipaux , fupprimés par ledit Edit.
Le 17 on a célébré dans la Chapelle du Louvre
la Fête de Saint Lazare , Patron de l'Ordre Royal ,
Militaire & Hoſpitalier de Notre - Dame du Mont-
Carmel & de Saint Lazare de Jérufalem. Le
Comte de Saint- Florentin , Gérent & Adminif
trateur- Général de cet Ordre & les Grands Offi¬
JANVIER 1765. 205
ciers , ainsi que plufieurs Chevaliers & Commandeurs
Eccléfiaftiques , tous en habit de l'Ordre' ,
ont affifté à cette cérémonie , dans laquelle l'Abbé
Gaultier , Chapelain & Aumônier du même
Ordre, a officié. Le lendemain on a célébré dans la
même Chapelle le Service anniverſaire pour les
Chevaliers défunts.
Le fieur de la Martiniere , premier Chirurgien
du Roi, ayant nommé le fieur Louis pour remplir
la place de Secrétaire perpétuel de l'Académie
Royale de Chirurgie , qui reftera vacante au mois
de Janvier prochain , par la retraite du fieur Morand
; Sa Majeſté a agréé & confirmé cette nomination.
LOTERIE.
Le quarante-huitiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel- de-Ville s'eft fait le 24 Décembre , en la
manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
livres eft échu au numéro 4488 ; celui de vingt
mille livres au numéro 15665 , & les deux de dix
mille livres aux numéros 8200 & 16196 .
MORT.
Jean -François - Céfar le Tellier , Marquis de
Montmirail , Brigadier des Armées du Roi , Meftre
de Camp du Régiment de Royal- Rouffillon ,
Cavalerie , Capitaine Colonel des Cent Suiffes de
la Garde ordinaire du Roi , eft mort le 13 Décembre
, dans la trente-uniéme année de fon âge.
M. Patrice Ohéguerty , Brigadier des Armées
du Roi , chef d'une ancienne famille originaire
d'Irlande , eft mort à Paris au mois de Décembre
1764 , âgé de quatre- vingts ans.
BOG MERCURE DE FRANCE.
CÉRÉMONIE PUBLIQUE
EXTRAFT d'une Lettre de Warfovie , du 28
Novembre 1764 , contenant les détails circonftanciés
de la cérémonie du couronnement du Roi
de Pologne-
LE 15 de ce mois , à huit heures du matin , 12
plupart des Seigneurs & des Dames fe rendirent
à l'Eglife de Saint Jean , où le Roi ne fe rendit
qu'après dix heures . Il y avoit une fi grande
affluence de peuple ,que les Gardes eurent beaucoup
de peine à fe maintenir dans leurs poftes. Vers les
dix heures , l'Archevêque de Léopol , précédé des
Echevins & du Magiftrat de Warforvie , du
Clergé de l'Eglife avec la Croix , du Chapitre de
Warfovie , des Chanoines & des Prélats des Eglifes
Cathédrales , des Abbés & des Evêques des
deux Rits , habillés pontificalement , fe rendir
dans l'appartement du Roi . Ils s'approcherent du
Trône & fe rangerent des deux côtés de la
Chaire de S. M. Dans ce même appartement
étoient , fur une table & fur des carreaux de ve
lours , les habits pontificaux deſtinés pour le Roi ;
favoir , les fandales , les gands , l'albe , le ceinturon
, la tunicelle blanche une chappe de
même couleur , l'Ordre avec la chaîne d'or , le
bonnet royal , la couronne , les deux glaives
nuds , le troifiéme avec le ceinturon & le four--
reau & le globe d'or : la cotte d'armes avoit été
mife fur l'Autel à l'Eglife . Dès que le Roi fut
habillé , l'Archevêque le fit lever en le prenant
9
JANVIER 1765. ·· 207
fous le bras , & prit des mains d'un Aumônier
le goupillon pour donner de l'eau benite à Sa
Majellé : P'Archevêque fit enfuite une priere à
haute voix en même tems le Maître des
Cérémonies donna le fignal à la Proceffion , qui
attendoit au bas , de fortir de la cour & de s'acheminer
vers l'Eglife . Après la priere , tous
joignirent la Proceflion & marcherent dans l'ordre
fuivant : Les Prélats , les Officiers Territoriaux
, les Sénateurs Séculiers , les Miniſtres , les
Evêques , les Enfeignes des deux Nations , les
Porte Glaives , trois Sénateurs , un de chaque Province
portant les marques Royales fur des carreaux
après eux marchoient les Maréchaux tenant
les bâtons bas , & enfuite le Roi mené par
FArchevêque de Léopol & le premier Evêque en
rang , fous un baldaquin porté par les quatre
preiniers Caftellans du fecond Ordre. Le Roi étoit
fuivi de tous les Officiers des deux Nations , du
feur Rouiker , Aide- de - Camp Général ,
des
Chambellans , des Gentilshommes & d'un détachement
des Gardes . Dès que Sa Majesté entra
dans l'Eglife , quatre Vicaires prirent le baldaquin
& le mirent dans la Chapelle. Le Roi appro--
chant du grand Autel , tous les Officiers des deux
Nations refterent auprès du Trône , & Sa Majelté
ne fut fuivie que par les Maréchaux , l'Aide- de-
Camp-Général & deux Chambellans de fervice.
Le Roi refta entre les deux Evêques , s'inclina
vers le Primat qui étoit affis , & à qui l'Archevêque
de Léopol dit enfuite : très - vénérable Pere
notre Mere la Sainte Eglife fouhaite que vous béniffiez
& confacriez ce Roi nouvellement élu . Le
Prinrat répondit : fçavez- vous s'il eft préparé pour
cette cérémonie. L'Archevêque répondit : nous le
fçavons , & nous ne doutons pas que cela ne foit
208 MERCURE DE FRANCE.
falutaire & utile à l'Eglife de Dieu & au Gouvernement
du Royaume. A ces mots , le Prélat dit :
graces à Dieu ; après quoi le Roi & les Evêques
s'affirent . Le Primat , après avoir adreffé la parole
à Sa Majefté , qui répondoit en inclinant toujours
la tête , fit une priere. Le Roi fe découvrit la tête ,
fe mit à genoux devant le Primat qui étoit affis ,
prêta le ferment , mit enfuite les deux mains fur
l'Evangile , & dit : ainfi que Dieu m'affifte & te
Saint Evangile. Il refta à genoux , tandis que le
Primat & les Evêques fe leverent , & firent une
priere après laquelle ils fe mirent à genoux : alors
le Roi fe leva , defcendit d'un degré & fe profterna
fur un carreau en forme de croix. Pendant qu'il
étoit dans cette pofition , le Choeur chanta les
Litanies , le Primat fe leva , dit le Pater , fe tourna
enfuite vers le Roi , & prononça le Symbole & une
priere , après laquelle le Roi fe leva & refta debout
devant l'Autel ; pendant ce tems , le Primat bénit
l'habillement du Roi , s'affit & mit la mitre ſur la
tête. Ceux qui avoient habillé le Roi , vinrent le
deshabiller ; après quoi , il fe mit à genoux devant
le Primat , qui lui verfa , en forme de croir ,
de l'huile fainte fur la tête. Alors deux Evêques
s'approcherent du Roi, dont le premier d'entre eux
prépara la main droite & le bras , pour recevoir
l'onction. Le Primat trempa fon pouce , oignit la
main & les épaules en forme de croix , & nettoya ,
ainfi que les Evêques , les doigts avec du pain. Lés
Evêques firent la même cérémonie , & donnerent
de deffus l'Autel le Manteau Royal au Primat , qui
après en avoir revêtu le Roi , lui préſenta l'Ordre.
Le Roi le mit fur foi , s'inclina vers le Primat , &
alla fe mettre à genoux fur un carreau au bout de
l'Autel du côté de l'Evangile. Alors le Primat
commença la Meffe , ajouta une priere pour le
JANVIER 1765. 200
Roi à couronner , & à l'Alleluia il prit la croffe &
la mitre , & bénit les glaives . Le Roi , précédé
des Maréchaux , des Chambellans & des Porte-
Glaives , vint fe mettre à genoux for un carreau
devant le Primat qui s'étoit affis , & avoit pris en
main le glaive qu'on lui avoit donné de deffus
l'Autel , & qu'il remit à S. M. en lui adreffant un
difcours. Le Roi le rendit au Porte- Glaive qui le
remit dans le fourreau , & le préſenta de nouveau
au Primat , qui en ceignit le Roi à l'aide des Porte
Glaives des deux Nations. Le Roi fe leva enfuite
, fit face au peuple , tira le glaive en frappant
l'air en forme de croix , l'effuya fur fon bras gauche
, le remit dans le foureau , le retourna vers
le Primat , & remit aux Porte- Glaives des deux
Nations les glaives que le premier Evêque lui
avoit préfentés. Il fe mit enfuite à genoux devant
le Primar , à qui les Porte Enfeignes avoient donné
les drapeaux , & qui les remit au Roi après les
avoir déployés : S. M. les replia & les rendit aux
Porte- Enfeignes. Le Primat prit alors la Couronne
à l'aide des deux Evêques , & la mit fur la tête
du Roi en lui adreffant un difcours : il lui remit
enfuite en main droite le Sceptre , & en main
gauche le Globe d'or , en prononçant encore un
difcours. Après cette cérémonie , le Roi ſe leva ;
le Primat & l'Archevêque de Léopol le prirent
fous les bras , & le menerent au Trône dans l'ordre
fuivant les Porte Enfeignes précéderent , les
drapeaux déployés : ils s'approcherent du Trône ,
& s'arrêterent fur la premiere marche : les Porte-
Glaives s'arrêterent fur la feconde , les glaives
nuds , & les Maréchaux fur la derniere avec leurs
bâtons baillés . Après eux vinrent le Primat & l'Archevêque
de Léopol qui menerent le Roi . Le Primaat
fit affeoir le Roi , fe mit à fa droite & lui
:
# 10 MERCURE DE FRANCE.
adreffa un difcours : enfuite , la face vers l'Autel ,
il ôta la mitre & entonna le Te Deum , pendant
lequel il fe tint debout & la tête découverte. Le
Te Deum fut fuivi de plufieurs prieres , & dès
qu'elles furent dites , le Primat cria Vive le Roi.
Ce cri fut répété par le peuple , les Maréchaux
leverent les bâtons , on tira les canons placés fur
le bord de la Viftule , & l'on fonna les cloches de
toutes les Églifes . Après les acclamations , le Primat
retourna à l'Autel avec l'Evêque qui l'avoit
affifté au Trône , & continua la Meſſe : les Maréchaux
baillerent les bâtons , & l'on porta au Roi
le carreau pour ſe mettre à genoux. Lorſque l'Evangile
fut dit , an apporta à baiſer au Roi le
Livre de l'Evangile , & l'on commença le Sermon.
Au Lavabo , le Primat prit fa place & mit
la mitres le Roi defcendit du Trône , précédé des
Porte- Enfeignes , des Porte- Glaives & des Maréchaux
, les bâtons levés ; il remit la Couronne , le
Sceptre & le Globe d'or à ceux qui les avoient
apportés , & qui refterent près du Trône , & s'ap
procha de l'Autel : on lui préfenta fur une fou→
coupe un pain & un petit tonneau d'argent rempli
de vin, qu'il préfenta en offrande au Primats après
quoi , il retourna dans le même ordre à fōn
Trône , remit la Couronne fur la tête , & ne l'ô : a³´
qu'à l'élévation. Aur Pax tecum , on porta au Roi
le Crucifix pour le baifer . La Meffe étant finie , &
la bénédiction donnée , le Maître de la Cérénionie
régla la fortie de la Proceffion : le Grand Maréchal
cria trois fois Vive le Roi : le peuple répondit
, & le canon fe fit entendre de nouveau , ainfi
que toutes les cloches des Eglifes de la Ville . Le
Primat & tous les Evêques quitterent leurs places
pour s'approcher du Roi qui , la Couronne fur
la tête , prit le Sceptre & le Globe d'or , deſcendir
JANVIER 1765- 211
du Trône au- devant du Primat & des Evêques , &
fortit dans le même ordre qu'il y étoit venu ,
excepté que le Clergé refta à l'Eglife . De retour
à la Salle d'Audience , le Roi quitta le Sceptre &
le Globe d'or , & reçut les félicitations des affiftans
qui eurent l'honneur de lui baifer la main. Sa
Majefté étoit fi fatiguée , qu'on fut obligé de lui
faire refpirer des eaux de fenteur.
Le Roivalla le lendemain à la Maifon de Ville ,
où il fe revêtit de fes habits royaux . Le fieur
Withoff préfenta les clefs de la Ville à Sa Majefté
; Elle fe mit fur -un magnifique Tróne qui
lui avoit été préparé , & reçut le ferment de fidélité
du Magiftrat. Parmi les différentes Communautés
, les Marchands fe diftinguerent le plus
dans cette cérémonie : une partie d'entre eux étoit
vêtue en habits de Dragons , & l'autre en habits
de Suiffes ils défilerent , ainfi que les autres
Communautés , par le château , à la vue du Roi
qui s'étoit mis à la fenêtre pour les regarder , &
qui fut falué par les Officiers & les Enfeignes. Sa
Majefté de retour au château , alla en carrolle
chez le Primat , où Elle dina
Hier , le Roi monta à cheval vers les dix heures
du matin , accompagné de la plupart des Sei-.
gneurs. Le Grand Trélorier qui précédoit de deux
pas Sa Majefté , jetta une grande quantité d'argent
au peuple.
AP PROBATIO N.
J'Ax lu , par ordre de Monſeigneur le Vice-
Chancelier , le fecond volume da Mercure du
mois de Janvier 1765 , &´je n'y ai rien trouvé
qui puiffe en empêcher l'impreffion . A Paris , ce
Es Janvier 1765. GUIROY.
212 MERCURE DE FRANCE.
TABLE DES ARTICLES.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
SUITE de Charles Martel , anecdote Françoife.
VERS envoyés par M. DE LA DIXмERIE à une
Dame qui lui reprochoit d'avoir maltraité
dans fes Contes les femmes de quarante ans. 33
A Madame la Marquife de P ... fur une veſte
brodée de fa main .
EPITRE à mon Eléve.
EPIGRAMME Contre des Auteurs qui le déchiroient
dans leurs vers .
VERS à la Ville de MARSEILLE , fur l'arrivéo
de Madame B... & de fes trois filles.
A Madame G... qui reprochoit à l'Auteur d'avoir
perdu la raiſon .
PORTRAIT de Mad. de St. M...
VERS à Mademoiſelle D. en lui donnant un
beau bouquet dans une campagne aride.
ENVOI d'une roſe à Madame de S... F ...
INSCRIPTION pour mettre fous la ſtatue d'un
Hercule.
SUITE des Lettres de Henri IV . Treiziéme
34
ibid.
39
40
41
Lettre.
QUATORZIEME Lettre.
QUINZIEME Lettre.
SEIZIEME Lettre.
DIX-SEPTIEME Lettre .
DIX -HUITIEME Lettre.
42
45
ibid.
46
ibid.
47
48
49
jo
52
费
JANVIER 1765 .
213
DIX-NEUVIEME Lettre.
VINCTIEME Lettre.
VINGT UNIEME Lettre.
VINGT-DEUXIEME Lettre.
VINGT-TROISIEME Lettre.
VINGT-QUATRIEME Lettre.
LETTRE à l'Auteur du Mercure , fur les problêmes
hiſtoriques .
ENIGMES.
LOGOGRYPHES.
13
SS
$6
57
58
59
60
69
71
VERS à mettre en muſique. A Mademoiſelle
C...
72
ART. II. NOUVELLES LITTÉRAIRES.
SUR la forêt où le retirerent en différens temps
Clotaire I , & Clotaire II , Rois de France. 73
DISSERTATION fur l'origine , les progrès &
les fuites de l'idolatrie , ou notion préliminaire
de Mythologie.
VARIÉTÉS férieufes & amuſantes ; à Amfterdam
, & fe trouve à Paris , &c.
ANNONCES de livres.
ART. III . SCIENCES ET BELLES- LETTRES,
ACADÉMIE S.
SEANCE publique de l'Académie Royale des
Sciences , des Belles -Lettres & des Arts de
ROUEN , tenue le 11 Août 1764 .
SEANCE publique de l'Académie des Belles-
Lettres de MArseille.
PRIX propofé par l'Académie Royale de Chirurgie
pour l'année 1766 .
83
94
100
127
140
143
ACADÉMIE des Belles - Lettres de Montauban. 1 45
MÉDECINE .
Avis au Public ..
ASTRONOMIE,
URANOGRAPHIE , ou defcription du ciel en
148
214 MERCURE DE FRANCE.
T
deux hémisphères ; par M. ROBERT DE VAUGONDY
, &c.
ART. IV. BEAUX ART S.
ARTS UTILES.
CHIRURGIE.
OPÉRATION de la taille . Extrait de la Feuille
Hebdomadaire de la haute & balle Normandie
, du 8 Octobre 1764.
HORLOGERIE .
161
163
REMARQUES faites par le fieur TAVERNIER
Maître Horloger de Paris , fur le précis
d'un Mémoire annoncé dans le Mercure du
mois d'Août 1764 ; par le fieur HERVÉ, &c. 166
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE.
MUSIQUE.
ANTHOLOGIE Françoife , ou Chanfons choifies
de tout les genres & de tous les âges
par le fieur MONNET , ci-devant Entrepreneur
de l'Opéra- Comique.
ART . V. SPECTACLES.
SPECTACLES de la Cour à Verſailles , fur le
Théatre du Roi ; ordonnés par M. LE MARÉCHAL
DUC DE RICHELIEU Pair de ›
171
173
France , & c. &c. 177
SPECTACLES de Paris . Opéra. 179
COMÉDIE Françoiſe.
182
COMÉDIE Italienne.
185
CONCERTS Spirituels. 186
MONUMENT public. Lettre de M. LE MARQUIS
DE MARIGNY à M. DE CRÉBILLON.
SUPPLÉMENT à l'article des Sciences. Géographie.
Petit Atlas Maritime , &c.
ART. VI. Nouvelles Politiques.
De l'Imprimerie de Louis CELLOT , rue
Dauphine..
Qualité de la reconnaissance optique de caractères