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1764, 07, vol. 2
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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
JUILLET. 1764 .
SECOND VOLUME.
Diverfité , c'est ma devife . La Fontaine.
Cachin
Shimo
A PARIS ,
CHAUBERT , rue du Hurepoix.
JORRY , vis- à- vis la Comédie Françoife.
PRAULT , quai de Conti.
Chez DU CHESNE , rue Saint Jacques.
CAILLEAU rue Saint Jacques,
CELLOT , grande Salle du Palais.
Avec Approbation & Privilége du Roi,
BIBLIOTHECA
REGIA
MONACENSIS
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
,
C'est à lui que l'on prie d'adreffer ,
francs de port , les paquets & lettres
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pour feize volumes
, à raifon de 30 fols pièce.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront d'autres voies que
la Pofte pour le faire venir , & qui pren
dront les frais du port fur leur compne
payeront comme à Paris , qu'à
raifon de 30 fols par volume , c'est - àdire
, 24 liv. d'avance , en s'abonnant
pourfeize volumes.
te ,
A ij
\
1
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire venir
le Mercure , écriront à l'adreffe cideffus.
On fupplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la pofte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affranchis
, refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à annoncer
, marquer le prix. d'en
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure . Cette collection eft
compofée de cent huit Volumes . On
la- en prépare une Table générale , par
quelle ce Recueil fera terminé ; les
journaux ne fourniffant plus un affez
grand nombre de Piéces pour le continuer.
MERCURE
DE FRANCE.
JUILLET. 1764.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
SUITE de l'Hiftoire raifonnée des
Difcours de CICERON.
HISTOIRE de la défenfe de MARCUS
U
FONTEIUS.
N Etat Républicain eft plus propre
à former de grands Orateurs qu'une
Monarchie ; & Cicéron doit peut - être
une partie de fa gloire à la conftitution
de fa patrie. Ce qui nous refte de l'une
II. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
des deux harangues qu'il prononça pour
la défenfe de Fonteius eft bien capable
d'exciter nos regrets fur la perte de ce
qui n'eft pas venu jufqu'à nous.
Marcus Fonteïus , élu Préteur , avoit
eu le Gouvernement de la Gaule Narbonnoife.
Sa conduite dans cette Province
, fi on en croit fes accufateurs , fut
femblable à celle que tenoient alors
tous les Gouverneurs Romains , c'est -àdire
telle que nous avons vu celle de
Verrès. Après un féjour de trois ans , il
revint à Rome. A peine y fut- il arrivé ,
qu'Indicomare un des Princes Gaulois
vint l'accufer d'avoir fait beaucoup d'injuftices
& d'exactions dans fa Province ,
furtout dans ce qui regardoit les VINS;
fur lefquels il avoit , dit-on , mis un impôt
extraordinaire .
Il eſt à préfumer que Fonteius n'étoit
pas accufé injuftement , car malgré
tout l'art de l'Orateur , on apperçoit l'adreffe
dont Cicéron fe fert pour exciter
la haine contre les Accufateurs , & la
compaffion en faveur de l'Accufé . Pour
ruiner le crédit des témoins, il ne craint
pas de repréfenter toute leur Nation
comme un Peuple livré à l'ivrognerie
impie , de mauvaiſe foi , naturellement
ennemi de toute Religion , fans refpe &t
JUILLET. 1764 . 7
pour
la fainteté des fermens & fouillant
les Autels des Dieux qu'il adoroit , par
des facrifices humains. Pour exciter la
pitié des Juges , il fait valoir avec toute
la force de l'éloquence , l'interceffion &
les larmes de la foeur de Fonteïus , qui
étoit une des Veſtales , & qui affiſtoit à
l'Audience.
Nous ne fçavons rien de certain fur
l'événement du procès. Les Mémoiresdu
temps gardent un profond filence fur
cet article intéreffant à bien des égards.
HISTOIRE du Plaidoyer prononcé
dans la Caufe d'AULU'S CÆCINA.
La Caufe de Cacina eft bien différente
de la précédente . Elle a pour objet
un droit de fucceffion qui dépendoit
d'un point fort fubtil de la Loi .
Un habitant de Tarquinies , nommé
Marcus Fulcinius , laiffa en mourant à
fa femme Cæfennia l'ufufruit de tous fes
biens , afin qu'elle en jouît avec fon
fils qu'il avoit inftitué fon héritier. Ce
fils vint à mourir peu du temps après
fon Père , de façon que Cafennia fe
trouvant maîtreffe d'une fortune affez
confidérable elle réfolut , par les
confeils de fes amis de faire l'acquifition
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
d'un fonds de terre à fa bienséance . Elle
chargea de cette affaire Sextus Ebutius ,
& de concert avec elle cet habileAgent, fit
paffer le contrat en fon nom . Elle étoit
alors en termes de mariage avec Aulus
Cacina , qu'elle époufa en effet quelque
temps après. Elle difpofa de tous fes
biens en fa faveur , & le nomma fon
héritier. Elle ne vêcut pas longtemps
après fon teftament , & fa mort mit
Cacina en poffeffion de la fortune de
Cafennia. Ebutius revendiqua alors la
terre qu'il avoit achetée pour la défunte :
il foutint qu'elle étoit à lui , & qu'il
l'avoit payée de fes propres deniers . Il
obtint même du Préteur une Sentence
provifoire qui lui confervoit la poffeffion
du fonds contefté. Cacina ne voulut
pas s'y foumettre ; il tacha au contraire
de s'emparer de force d'un bien qui
lui appartenoit légitimement. Ebutius ,
qui s'y attendoit , avoit pris fes précautions
, & Cocina , fut repouffé par un
gros de gens armés . Il fe pourvut alors
en Juftice réglée devant le Préteur Dolabella
& demanda non-feulement la
reftitution du bien ufurpé par Ebutius ,
mais encore des dommages & intérêts.
Cicéron appuya fa demande par le beau
difcours qui nous refte difcours où
,
2
JUILLET. 1764. 9
l'Orateur fait éclater fes lumières dans la
Jurifprudence , & où il montre que fes
emplois & fon caractère public , ( il étoit
Edile alors ) ne lui faifoient rien perdre
de fon zéle pour les ex rcices du
Barreau.
La Jurifprudence des Romains étoit
bien différente de la nôtre fur l'article
des fucceffions , ainfi qu'on l'a pu voir
par ce précis. Le difcours de Cicéron
eft rempli de ces anciennes formules de
Droit , fi difficiles à entendre pour ceux
qui n'ont aucune teinture de cette partie
du langage Romain. Il eût été à fouhaiter
que l'Académicien François qui
nous a donné une Edition fi belle & fi
complette des OEuvres du Père de l'éloquence
, eût pris la peine de les expliquer
dans fon Choix des Commentaires
. Ce travail difficile & rebutant par
lui-même ne pouvoit être confié a un
Sçavant plus capable de remplir cette
carrière avec honneur. ( a )
( a ) L'ordre Chronologique exigeroit qu'on
plaçât ici la défenſe de la Loi propofée par Manilius
, Tribun du Peuple ; on en trouve l'hiftoi
re dans le Mercure d'Avril de cette année, L. Vol. "
P.5. & fuiv,
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
HISTOIRE de la défenfe d'AULUS
CLUENTIUS AVITUS.
L'HISTOIRE de cette caufe préfente
une Scène fi monftrueufe de poifons ,
de meurtres , d'inceftes , de furbornation
de témoins , de corruption de Juges ,
que les fictions poëtiques n'approchent
pas de toutes ces horreurs.
Aulus Cluentius Avitus étoit Chevalier
Romain ; fa naiffance étoit illuftre,
& il jouiffoit d'une fortune confidérable.
Le coeur de fa mère Saffia réuniffoit
au fouverain dégré toutes les qualités
qui peuvent former un monftre . La
baffeffe d'âme , la débauche effrénée
l'avarice la plus infâme , formoient fon
caractère. Après s'être mariée deux fois ,
d'abord au Père de Cluentius , enfuite
à un certain Mélinus , elle époufa en
troifiémes nôces Oppianicus , homme
foible & cruel , à qui elle communiqua
toutes fes fureurs. Avant de fe déterminer
à l'époufer , elle exigea de lui le
meurtre de Mélinus fon fecond mari. Un
amant ne pouvoit lui plaire , s'il n'avoit
les mains teintes de fang , & pour la
mériter il falloit un crime .
Les moeurs douces de Cluentius forJUILLET
. 1764. II
moient un contrafte piquant avec la
` conduite odieufe de fa mère : fes vertus
fembloient lui reprocher fes crimes ;
auffi fa perte fut - elle réfolue. La victime
que le méchant immole le plus volontiers
, c'eſt l'homme de bien .
Le Tribunal du Préteur Qu. Nafon
retentit bientôt de l'accufation intentée
contre Cluentius . Son crime prétendu
étoit d'avoir empoifonné fon beau- père
Oppianicus , qui avoit été banni luimême
deux ans auparavant , pour avoir
tenté d'empoifonner Cluentius.
Chacun reconnut la main d'où partoit
ce coup terrible. C'étoit en effet la
malheureufe Saffia qui étoit l'âme d'une
accufation auffi atroce. Cicéron prit la
défenſe de l'Accufé , & prouva fon innocence
avec autant de force que d'éloquence....
Quelle mère ! s'écrie l'O-
» rateur , que celle qui fe laiffe entraî-
» ner aveuglément par les plus cruelles
» & les plus brutales paffions ; qui ne
» connoît ni honte ni pudeur ; qui par
» la dépravation de fon caractère tourne
les meilleures Loix aux fins les plus
» déteftables ; qui fe conduit avec tant
» de folie qu'on ne la prendroit pas
» pour une femme ; avec tant de cruau-
» té qu'on ne peut lui donner le nom
A vji
12 MERCURE DE FRANCE.
» de mère : un monftre qui a confondu
» non feulement les noms & les droits
» de la Nature , mais jufqu'à fes dépen-
» dances. . . . . . enfin à qui il ne refte
» rien d'humain que la figur . ( b )
L'époque de cette action doit fe rapporter
à l'année du Confulat de Lepidus
& de Tullus. Ce Quintus Voconius
Nafon dont on vient de parler avoit
reçu la commiffion expreffe de connoître
des procès criminels , fur le fait
du poifon. ( c )
( b ) Cicéron étoit Préteur lorsqu'il prononça
ce Difcours. Une chofe à remarquer , c'eft que
pendant le temps de cette Magiftrature , il fréquentoit
affiduement l'Ecole de Gniphon, célébre
Rhetoricien du temps . Comme on ne peut pas
fuppofer qu'il lui reftât quelques nouvelles inftructions
à recevoir , il faut préfumer que fon
deffein étoit de fe confirmer dans la perfection
où il étoit parvenu , & de prévenir toute forte
d'affoibliffement , en s'exerçant fous les yeux d'ún
fi bon Maître. Peut- être auffi n'avoit - il en vue
que de faire honneur à Gniphon & à l'art dont
il faifoit profeffion , ou d'infpirer de l'émulation
à la jeune Nobleſſe , par la préſence d'un des
premiers Magiftrats de Rome. H. Cic. IV. pag.
217.
( c) Nous fommes obligés d'avertir que c'eſt
ici la place de l'Hiftoire des trois Difcours de
Cicéron contre la Loi Agraire . Elle se trouve
dans le Mercure du mois de Mars de cette amnée
, pag. s & fuiv.
JUILLET. 1764.
13
$
HISTOIRE du Difcours prononcé pour
la défenfe de C. RABIRIUS , accufé
de meurtre , de révolte & de trahifon.
Si l'on doit en croire les Historiens
contemporains de Cicéron , cette affaireci
eft la première caufe d'importance
que cet Orateur ait plaidée . Quoiqu'il en
foit , il eft du moins certain que l'affaire
de Caius Rabirius étoit celle de tout
le Sénat Romain , & que fa condamnation
étoit le triomphe de la rage des
Tribuns du Peuple. On eût dit que la
deftinée de ces Magiftrats fubalternes
étoit de perfécuter fans ceffe les gens
de bien .
Peu de temps après les troubles occafionnés
par la propofition de la fameuſe
Loi Agraire , T. Labienus , Tribun du
Peuple s'avifa d'accufer C. Rabirius
Sénateur âgé , & dont la conduite avoit
toujours été irréprochable , d'avoir tué
quatre ans auparavant L. Saturninus ,
autre Tribun du Peuple. Le fait étoit au
moins problématique ; mais quand il auroit
été prouvé , loin de fufciter une affaire
à Rabirius , ce brave Citoyen auroit
mérité des éloges pour avoir défait
14 MERCURE DE FRANCE .
que
fa République d'un Magiftrat auffi rufe
féditieux , des intrigues duquel tant
de gens avoient été la victime. D'ail
leurs il auroit été autorifé à ce meurtre
par ce célèbre Décret du Sénat qui
avoit ordonné pour lors aux Citoyens
de prendre les armes pour la défenſe
des Confuls C. Marius & L. Flaccus.
Le Tribun , accufateur de Rabirius
ne pouvoit pas ignorer tout cela ; auffi
n'étoit- ce point à ce Sénateur que Labienus
vouloit nuire : la vie d'un homme
de fon âge importoit peu au repos
de la Ville . Son deffein n'étoit pas obf
cur; il vouloit attaquer une des principales
prérogatives du Sénat qui confiftoit
dans le pouvoir de faire armer
en un moment toute la Ville , lorſqu'il
lui plaifoit de recommander feulement
aux Confuls , DE PRENDRE GARDE
QUE LA R.P. NE REÇUT AUCUN MAL.
( VIDEANT COSS . NE QUID DETRIMENTI
RESPUBLICA CAPIAT)
Cette réfolution du Sénat avoit la force
de juftifier tout ce qui fe faifoit en conféquence
, & fouvent il avoit employé
cette voie dans les féditions , pour ſe
défaire de quelques Magiftrats factieux
fans avoir recours aux formalités de la
Juftice.
JUILLET. 1764. 15
Les Tribuns en avoient fait plufieurs
fois des plaintes ; & quoique l'ufage
en fût très- ancien , ils l'avoient toujours
repréſenté comme une infraction des
Loix établies , qui donnoit aux Sénateurs
un pouvoir arbitraire fur la vie
des Citoyens. Mais la véritable caufe de
leur chagrin étoit d'y trouver un frein
continuel qui arrêtoit les entrepriſes
de leur ambition , & qui les expofoit
quelquefois à des punitions promptes &
févères. Ils pouvoient tromper la multitude
, mais il n'étoit pas aifé d'en impofer
au Sénat ; & dans peu d'inftant ,
un mot d'avis donné aux Confuls pouvoit
ruiner l'effet des plus longues intrigues
, & rendre inutile la faveur du
Peuple.
Tous les facieux , & ils étoient en
grand nombre , fe trouvoient donc intéreffés
à la perte de Rabirius . J. Céfar
un des plus ardens , fut celui qui engagea
Labienus à prendre la qualité
d'accufateur ; il fe fit nommer lui- même
Duumvir , c'est- à - dire , l'un des deux
Juges qui affiftoient ordinairement le
Préteur dans les jugemens de trahison .
Le célébre Hortenfuus plaida pour Rabirius.
Son difcours énergique & plein
de force , fut pourtant fans fuccès . Il
16 MERCURE DE FRANCE.
avoit affaire à des Juges prévenus ; l'ac
cufé fut condamné à perdre la vie : fentence
également cruelle & injufte , dont
il appella au Peuple.
C'est à ce nouveau Tribunal que Cicéron
adreffa le difcours qui nous refte,
monument admirable d'éloquence &
de folidité. Son exorde grave & majeftueux
frappa toute l'affemblée d'une
vénération religieufe , & lui concilia
l'attention de fes auditeurs. En vain
quelques miférables fuppôts de la faction
Tribunicienne effayerent de le troubler
par leurs clameurs ; ce bruit ne l'effraya
point , & il continua de prouver l'innocence
de Rabirius avec autant de
dignité que d'évidence. Avouons - le
pourtant , à la honte de l'humanité
Cicéron auroit perdu fa caufe , Rabi
rius eût été condamné , fi l'Augure Metellus
, alors Préteur , n'avoit trouvé
moyen de féparer l'affemblée avant
qu'on en vînt aux fuffrages . Cette affaire
refta donc indécife , & les troubles
qu'excita bientôt après la conjuration
de Catilina , empêcherent qu'elle ne fût
rappellée . ( d)
( d) C'est ici la place des Catilinaires & de la
défense de Muréna. On trouve l'hiftoire des quatre
premiers de ces Difcours à la page 10 du
JUILLET. 1764. 17
HISTOIRE du Difcours prononcé pour
la défenſe de L.VAL. FLACCUs.
Lucius Valerius Flaccus , dont Cicéron
entreprit la défenſe , avoit été un
de fes coopérateurs dans la grande affaire
de la découverte de la conjuration
de Catilina. Revêtu pour lors de la
Préture , il reçut dans ce temps - là les
it
remercîmens du Sénat pour le zéle &
la vigueur avec laquelle il avoit arrêté
les complices de l'ennemi de la Patrie.
Le Gouvernement de l'Afie qu'il avoit
obtenu en fortant de charge , avoit
été la récompenſe de ſes ſervices . A fon
retour , un certain Lælius , jaloux de
fa gloire , s'avifa de l'accufer de vol &
de rapine dans fa Province . Cette ac
cufation fans fondement , fut bientôt
détruite par la harangue de fon défenfeur
, & Flaccus fut abfous par le fuffrage
unanime de fes Juges.
Ce difcours a pour époque l'an de
Rome 694. Les Confuls étoient C. J.
Mercure du mois d'Avril de cette année , II. Vol,
& celle du dernier , à la page 5 du même Mercure
18 MERCURE DE FRANCE.
Céfar & M. Calpurnius Bibulus : Cice
ron pouvoit avoir 48 ans. ( e )
HISTOIRE de la défenſe de PUBLIUS
CORNELIUS SYLLA.
La caufe de Publius Corn. Sylla reffemble
affez à celle de Murena. Ce parent
du Dictateur avoit brigué le Confulat
, & il avoit été défigné pour remplir
cette place avec P. Autronius Patus.
L'un & l'autre comptant peu fur
fon mérite perfonnel , où redoutant le
crédit de fes concurrens , ils avoient
penfé à s'affurer par des largeffes la faveur
du Peuple. Deux de leurs rivaux ,
(e ) Quintus Cicéron , Frère de l'Orateur ,
fuccéda à Flaccus dans le Gouvernement d'Afie.
Nous avons encore une Lettre que lui adreffa
fon frère dans ce temps-là : elle contient des
avis admirables pour fon adminiftration. Les maximes
de modération & d'humanité , les régles
d'équité & de prudence , enfin tout ce qui peut
fervir à la conduite d'un Miniftre de l'Autorité
fouveraine y eft exposé d'une manière fi propret
à faire le bonheur du genre humain qu'elle
mérite une place dans le cabinet de tous ceux
qui gouvernent , fpécialement de ceux qui commandent
dans les Provinces éloignées de la Cour,
& qui à cette distance du Souverain , font plus
fouvent tentés d'abufer de leur pouvoir.

H.Cic.
JUILLET. 1764. 19
L. Cotta (f) & L. Torquatus découvrirent
leurs intrigues , & les ayant convaincus
d'avoir diftribué de l'argent pour
acheter les fuffrages , ils perdirent le
Confulat , & , fuivant la loi , leurs Accufateurs
l'obtinrent à leur place.
Ce n'étoit pas affez de cette première
difgrace. L. Torquatus , fils du Conful ,
intenta bientôt après une autre accufation
contre Sylla. Il prétendoit qu'il
avoit été complice de la conjuration de
Catilina. Hortenfuus & Cicéron répondirent
pour lui à Torquatus. Il eft à préfumer
qu'il fut abfous , puifque dans la
fuite on lui voit faire les fonctions d'Accufateur
dans l'affaire de Gabinius. (g)
(f) Ce L. Cotta étoit Cenfeur dans le temps
que Cicéron follicitoit le Confulat. Il paffoit pour
aimer le vin . Un jour que notre Orateur étoit
fatigué de fes courfes , il s'arrêta dans la Place publique
, & demanda un verre d'eau pour fe
raffraîchir. Ayant remarqué que les amis l'environnoient
pendant qu'il buvoit : Vous faites bien ,
leur dit-il , de me cacher , de peur que Cotta ne me
voye & ne me cenfure pour avoir bû de l'eau . C'eſt
Plutarque qui nous a confervé ce mot prétendu
agréable.
(g) Suivant l'ordre chron . c'eſt ici la place de
l'élégante défenſe du Poëte Archias, & des IV Difcours
pron . par C. au retour de fon exil On trouve
T'hiftoire de la première de ces Piéces dans le M.
de Février de cette année , & celle des 4 autres
dans le M. du mois de Mai fuivant , p. 5 & fuiv. ,
20 MERCURE DE FRANCE.
ÉPITRE fur un
Mariage , par M.
GRESSET , de l'Académie
Françoife.
SUR un rivage folitaire
Où malgré tout l'ennui du temps
Les frimats , la neige , les vents ,
Le foible jour qui nous éclaire ,
La tranquille Raifon préfère
Un foyer champêtre , écarté , -
Et le ciel de la liberté
A l'étroite & lourde athmofphère
Des paravents de la Cité ;
Au milieu du fombre filence ,
De la trifte uniformité
Et de toute la violence™
D'un hyver qui fera cité ;
Et qui , foit dit fans vanité ;
Prête à nos champs de Picardie
L'auftère & fauvage beauté
Des montagnes de Laponie ,
Un bon Hermite confiné
Dans fa cabane rembrunie ,
Et par cette biſe ennemie
A fon grand regret détourné
Du charme d'occuper la vie
Dès la renaiffante clarté ,
Et de l'habitude chérie
JUILLET. 1764 21
D'aller voir avec volupté
Ses arbres , fon champ , fa prairie ,
Parcouroit , far oifiveté ,
Une multitude infinie
D'écrits nouveaux fans nouveauté ,
De phrafes fans néceffité ,
Et de rimes fans poëfie ;
Et dans la belle quantité
Des Euvres dont nous gratifie
La féconde inutilité
Et je ne fçais quelle manie
D'une pauvre célébrité ,
Il admiroit l'éternité
Des Almanachs que le Génie ,
Qui nous gagne de tout côté ,
Fabrique , réchauffe , amplifie
Pour éclairer l'humanité
Et réjouir la compagnie :
Glacé , privé de tout rayon
De cette lumière féconde
Qui colore , embellit , feconde
L'heureuſe imagination ;
Au lieu de fleurs & de gazon
Ne découvrant de fon pupitre
Que les glaces de ce vallon ,
Ces bois courbés fous l'Aquilon ,
Ces tapis d'albâtre & de nitre
Etendus jufqu'à l'horizon ,
!
22 MERCURE DE FRANCE .
Loin d'avoir la prétention
Et le moindre goût d'en décrire
La fombre décoration ,
Se trouvant digne au plus de lire ;
Il n'auroit guère imaginé
Qu'il alloit oublier l'empire
De l'hyver le plus obſtiné ,
Et le donner les airs d'écrire :
Dans ce morne & pefant repos ,
Une lettre charmante arrive
Des bords toujours chers & nouveaux
Que baigne & pare de ſes eaux
La Seine à regret fugitive.
O traits enchanteurs & puiſſans !
O prompte & céleſte magie
D'un fouvenir vainqueur des Ans !
Aux accens d'une voix chérie
Qui peut tout fur ſes ſentimens ,
Et qui fçait parer tous les temps
Des rofes d'un heureux génie ,
L'habitant défoeuvré des champs
A cru voir pour quelques inftans
Sa folitude refleurie
Briller des couleurs du printemps ;
Et le rappeller à la vie ,
A l'air pur des bois renaiſſans ,
Loin de la trifte compagnie
Des brochures & des écrans ;
JUILLET. 1764. 23
Affranchi de fa léthargie ,
Dans une heureuſe rêverie
A C... . il s'eft cru tranſporté
C....ce Palais enchanté
De la fimple & belle Nature ,
De l'efprit fans méchanceté ,
Du fentiment fans impoſture ;
Et de cette bonne gaîté
Toujours nouvelle , toujours pure ,
Et fi bonne pour la fanté.
L'éclat du plus beau jour de fe
Y faifoit briller ce bonheur ,
Cette éloquente voix du coeur ,
Ces plaifirs que nul art n'apprête ;
Un nouvel époux radieux
Venoit d'amener en ces lieux
Sa jeune & brillante conquête ;
Les voeux , les applaudiffemens
Précédoient & fuivoient leurs traces &
A leurs chiffres refplendiffans
La Gloire uniffoit ceux des Grâces
Er du génie & des Talens ;
Et fous fes aufpices fidelles
Garantiffant leur fort heureux ;
L'Amitié couronnoit leurs noeuds
De fes guirlandes immortelles.
Un folemnel Complimenteur ,
Un long faifeur d'épithalames
24 MERCURE DE FRANCE.
Déploîroit ici fa fplendeur
En beaux grands Vers , en Anagrammes ;
En refrains de chaînes , d'ardeur ,
De beaux deftins , de belles flammes ;
11 viendroit , traînant après lui
Son édition bien pliée ,
Bien pefante , bien dédiée ,
Mêler les crêpes de l'ennui
Aux atours de la Mariée ;
Mais laiffons dans tout leur repos
Les galans innocens propos
Dont les Chanfonniers de familles
Et les Aiglons provinciaux
Forment leurs longues cantatilles ,
Leurs vieux im- promptu , leurs rondeaux ,
Toutes leurs ftances fi gentilles
Et leurs perfides Madrigaux :
Le févère & mâle génie
Du fage & brillant Despréaux
S'indigneroit , fi l'ineptie
De tous ces vers de cotterie ,
De fadeurs , de mauvais propos ,
Profanoit C....fa patrie ,
Et par des fons, faſtidieux
Troubloit le charme & l'harmonie
De la Fête de ces beaux lieux.
Pour combler les plus tendres voeux
Que cette union faffe naître
D'illuftres
JUILLET. 1764. 25
D'illuftres rejettons nombreux ,
Dans qui la Patrie & Le Maître
Puiffent en tout temps reconnoître
Des coeurs dignes de leurs ayeux !
A l'unanime & vrai fuffrage
Et de la Ville & de la Cour ,
Si du fond d'un fimple hermitage
peut allier en ce jour On
. Un champêtre & naïf hommage ;
Parmi les lauriers & l'encens ,
Les rofes , les myrthes naiffans
Dont les parfums & la parure
Entourent deux époux charmans ,'
La Bonhommie , à l'aventure ,
Vient mêler une fleur des champs .
Le fymbole des bonnes- gens
Et le bouquet de la Nature.
Les pompons , les vernis du temps,
L'efprit de mots , l'enfantillage ,
Les gaîtés de tant de Plaifans.
Si facétieux , fi peſans ,
Le fophiftique perfifflage ,
L'air fingulier , les tons tranchans
N'ornent point de leurs agrémens
Ce tribut d'un climat fauvage ;
Loin des tourbillons enchanteurs
Du bel- efprit & du ramage ,
Loin des bons airs & de l'ufage ,
II. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
..
On n'a que les antiques moeurs
Le vieux bon- fens de fon village ,
De l'amitié , du radotage ,
Un coeur vrai , de vieilles erreurs
Enfin un gothique langage .
Malgré ces défauts importans ,
Ces miféres du bon vieux temps
Qui feroient l'abfurdité même
Et d'un ridicule ſuprême
Aux regards de nos Elégans ,
O vous pour qui dans ces inftans
J'ai repris avec confiance
Des crayons oubliés longtemps ;
Pardonnez - en la négligence ,
Ne voyez que les fentimens
Qui me tracent , malgré l'abſence ,
Vos fêtes , vos enchantemens ,
Et me rendent votre préſence.
Connoiffant bien la fûreté
De votre goût fans inconftance ,
Votre amour pour la vérité ,
L'air naturel , la liberté ,
Et le ftyle fans importance ,
Je vous livre avec aflûrance
Mon Gaulois & ma loyauté ;
Et vous m'aimerez mieux , je pene
Dans toute mon antiquité ,
Que fi féduit par mon eftime
JUILLET. 1764 . 27
Pour la bruyante nouveauté ;
Les grands traits , le petit Sublime ,
Et l'air de confiance intime
De tant de modernes Auteurs
Je vifois au ſtyle , aux couleurs ,
A cette empirique éloquence
Au ton neuf& fans conféquence
De nos merveilleux raiſonneurs
Contemplés comme Créateurs
D'un nouveau Ciel , d'un nouveau monde
Par cette foule vagabonde
De très -humbles admirateurs
D'échos répandus à la ronde ,
De Perroquets littérateurs ,
Defous- illuftres , d'Amateurs
Qui vont répétant vers & profe ,
Et d'autrui faiſant les honneurs
Pour ſe croire auffi quelque chofe
Mais je me fauve promptement ,
Je craindrois infenfiblement
Pour ma longue petite Epître
L'air d'ouvrage , qu'affurément
Elle prendroit fans aucun titre.
Si ces riens courent l'univers
Et que par hazard on en caufe ,
Car tel eft le deftin des vers ,
Un inftant de vogue en diſpoſe ,
Et bien ou mal la rime expofe
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Au bruit , aux propos , aux faux airs ,
Aux Sots , aux Eſprits , à la gloſe
Des Pédans lourdement diferts >
Des Freluquets lilas ou verts ,
Et des oifons couleur de role
Enfin à cent dégoûts divers
Que n'ont point ces Meffieurs en profes
Si donc élevés à l'honneur
D'une Renommée éphémère ,
Ces Vers ont le petit malheur
De fubir le froid commentaire
De l'importance ou de l'humeur
Malgré la dérailon altière
Et tout ennuyeux argument
Leur gloire fera tout entière
S'ils plaifent , au ſéjour charmant
Qui m'en dicte le fentiment
Et les pare de fa lumière,
Janvier 1763 .
A ma femme , fur l'anniverfaire de
mon mariage , 1 Mai 1764.
SIROIT-IL bien poffible ? as - tu bien ſupputé ?
De notre hymen ce jour, dis - tu , ma chère ,
Eft le fecond anniverſaire.
Dieux que des jours paffés dans la félicité
JUILLET. 1764. 29
La courſe eſt rapide & légère ;
Déjà deux ans ! cela ne ſe peut pas ;
Et je me crois encore à l'heureuſe journée
eu , par le plus doux hyménée ,
L'amour me fit trouver le bonheur dans res bras,
Mais cependant la voix douce & légère
De l'enfant précieux qui , tandis que j'écris ,
Badine & me diftrait par fes chants & ſes ris ,
Me femble une preuve affez claire
Que déjà ce beau jour eſt à deux ans de nous.
Que dis-je ! il dure encore , il n'a pas ceffé d'être
Extre deux fidéles époux
On ne le voit point difparoître .
Le temps filé par la main de l'Amour
N'eft point fujet à la meſure
,
Et tant qu'il dure ,
H n'eft qu'un jour.
DECHABE.
LA VANITÉ CORRIGEE ,
Αν
CONTE ORIENTAL ,
Traduction libre de l'Anglois.
Au milieu de ce vafte Océan , vulgairement
appellé la Mer du Sud, eft
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
une Ifle connue fous le nom d'Ifle de
Salomon , environnée de plufieurs autres
beaucoup moins confidérables. Undes
ancêtres du Souverain qui règne
aujourd'hui defpotiquement fur les
habitans de ces Ifles , Prince fameux
par fa fageffe , & premier Législateur
de fon Peuple , leur a donné ce nom
qu'elles portent depuis plufieurs fiècles .
Un Seigneur de cette Ifle principale ,
après avoir oublié qu'il ne devoit fa nobleffe
qu'aux belles actions de fon ayeul,.
imaginoit ne pouvoir mieux fe diftinguer
avec fes égaux que par l'orgueilfeufe
& lourde fatuité qu'il regardoit:
comme l'appanage de fon état , & par
la façon dure & méprifante dont il vi--
voit avec ceux qu'il croyoit ſes inférieurs
. La Mer baignoit les murs de
fon Château la chaffe & la pêche
étoient fes occupations les plus graves
& jamais homme n'en avoit été plus.
jaloux , ni ne s'étoit rendu plus redou--
table dans le Pays.
Un pauvre Payfan , propriétaire d'un
petit terrein marécageux où croiffoient
uniquement le faule & l'ofier , qu'il employoit
à différens ouvrages de vannerie
, dont il tiroit fa fubfiftance , étoit :
voifin de ce Seigneur ; & ce dernier
JUILLET. 1764. 31
que les très-minces poffeffions du Vannier
gênoient , à ce qu'il croyoit , dans
fa chaffe avoit nombre de fois
cherché à le forcer ou à les lui vendre
à vil prix , ou à les abandonner à
fon Tyran. Piqué enfin de la réfiftance
d'un miférable affez téméraire pour
ne pas condefcendre aux defirs d'un
être fi fupérieur , il profita d'un vent
impétueux pour réduire en cendre en
une nuit tout l'héritage & la fortune du
pauvre homme.
Le Vannier, ruiné, fe plaignit de l'op
preffion qu'il avoit foufferte , dans des
termes plus conformes à l'excès de fon
affliction , qu'au refpect dû au rang de
Poppreffeur , & n'en recueillit d'autres
fruits que les traitemens les plus barbares.
Il ne lui reftoit de reffource que celle
de s'aller jetter aux pieds du Souverain ,
dont la juftice étoit univerfellement
connue.
L'oppreffeur fut mandé , & crut juf
tifier fa violence , en alléguant le peu
d'égards & de refpect qu'avoit eu lé
Vannier pour ce qui pouvoit plaire à l'un
des principaux Seigneurs de l'Ifle.
» Eh ! quels égards ( s'écria le Monar
que indigné ) quelles diftin&tions per-
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
1
»
>
»fonnelles étoient dues à votre ayeul ,
» jadis porteur de bois dans le Palais de
mes ancêtres , avant que fon courage
» & fa fidélité pour fon Roi lui euffent
» mérité l'honneur d'être tiré de cet
» état vulgaire que vous méprifez au-
» jourd'hui ? Sa nobleffe étoit pourtant
» plus eſtimable que la vôtre : c'étoit
» celle de l'âme , & non de la naiffan-
» ce ; celle du mérite réel , & non de la
» fortune . Je fuis fâché de voir dans mes
» Etats un Noble avoir l'âme affez baffe
» pour ne pas fentir que le bien- être &
» les autres attributs de fon rang ne
» lui ont été tranfmis que pour , qu'-
>> exempt de tous foins pour lui- même ,
»il pût ne s'occuper que du bien de
» l'Etat & du bonheur de fes inférieurs...
» Et toi , Vannier ( continua le Monar-
» que ) tu n'es pas moins coupable , pour
» avoir recouru trop tard à ma juſtice :
» ton châtiment fera connoître à mes
» Sujets que je fuis fait pour les défen-
» dre ........ qu'on les dépouille l'un &
» l'autre , qu'ils foient conduits dans
» l'Ifle des Sauvages , & qu'on les aban-
» donne à leur destinée.
39
"
L'endroit de l'Ifle où ils furent mis
à terre étoit bas , fangeux , & affez
couvert de faules , pour que le Noble
JUILLET . 1764. 33
conçût l'efpérance de bientôt fe fouftraire
à la vue d'un compagnon que
dans fa difgrace même il regardoit comme
indigne de lui.
Mais la lumière des lanternes du vairfeau
qui les avoit débarqués pendant la
nuit , après avoir jetté l'allarme parmi
les Sauvages , les avoit fait raffembler
dès le point du jour pour aller à la découverte
dans le canton d'où ce même
vaiffeau avoit paru s'éloigner. Ils ne tarderent
pas à trouver les deux étrangers
cachés fous les faules. Ils les environnerent
, enjettant des cris éffrayans , &
fe difpoferent à les immoler l'un & l'au
tre .
Le Noble fentit alors , pour la première
fois , combien la fupériorité de
fon rang étoit imaginaire La honte de
fa nudité , le froid auquel il étoit fi peu
fait , l'approche de ces fiers Sauvages ,
leurs hurlemens & leur afpect terrible ,
le peu d'espoir de parvenir à calmer leur
férocité , tant de motifs enfin l'épouvan
terent de façon qu'oubliant tout- a-coup
les idées de grandeur dont il s'étoit
enivré jufqu'alors , il courut fe cacher
derrière le malheureux compagnon de
fa calamité.
Le Vannier , au contraire , à qui la
By
34 MERCURE DE FRANCE.
pauvreté de fa condition avoit rendu la
nudité prèfque habituelle ; qu'une vie
dure & pénible avoit depuis long - tems
accoutumé à envifager la mort comme
moins redoutable , & à qui le fouvenir
de fon art ignoré par les Sauvages ,
donnoit quelque efpérance de pouvoir
leur être utile ; le Vannier , dis- je , loin
de montrer tant de foibleffe , prit toutà-
coup le feul parti qui pouvoit le fauver
. Ce fut de regarder fans émotion
les Sauvages , de couper des branches
de faules & d'ofier , d'en faire une couronne
, & d'aller refpe&tueufement la
placer fur la tête de celui qu'il préfumoit
être leur Chef. Son efpoir ne fut point
trompé. Cet ornement lui plut fi fort ,
ainfi qu'à ceux qui les fuivoient , & le
Vannier travailla avec tant de vivacité
à fatisfaire les principaux de fes adminiftrateurs
, qui tous en defiroient un
femblable, queles Sauvages, après avoir
danfé en rond autour de lui , & l'avoir
comblé de careffes, l'inviterent par des fignes
à les fuivre dans leurs cabannes..
Quant à fon Compagnon, qui pendant ce
fpe&acle étoit refté tremblant & à genoux
, les Sauvages qui ne voyoient en
lui qu'un pareffeux incapable de leur
être utile , avoient déja la maffuë levée
JUILLET. 1764 . 35
pour l'affommer , lorfque le Vannier ,
touché de ce qu'avoit fouffert cet infortuné
Seigneur , intercéda pour lui ,
fit entendre par fignes aux Sauvages que
fon camarade n'étoit pas inftruit dans
l'art qu'ils admiroient , mais qu'il comptoit
bientôt le lui apprendre , & parvint
enfin à obtenir fa grace.
Après trois mois de féjour dans l'Ifle
pendant lefquels le Noble , en qualité
d'aprentif du Vannier , fe plia par degrés
à fes devoirs , & n'eut qu'à fe louer de
l'humanité de fon maître ...... « J'étois
» bien condamnable ( lui dit- il en fou-
» pirant un jour ) d'avoir fi peu fçu dif
» tinguer ce que nous tenons de la nature
d'avec ce que nous devons au
» hazard ! les dons de l'une font aufſi
"folides qu'utiles : ceux de l'autre tou-
» jours auffi vuides qu'imaginaires . Je
conçois , mais trop tard , que les cho-
» fes utiles font toujours & par elles-
» mêmes , honorables , & je rougis en
» gémiffant , lorfque je compare l'excès
» de votre humanité avec celui de mes
» cruelles injuftices ......... Ah ! fi jamais
» les Dieux , fatisfaits de mon repentir
» me remettoient en poffeffion de ma
» fortune , je croirois à peine , en la par
ود
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
» tageant avec vous , m'être acquitté
» de ce que je vous dois. »
Le repentir du Noble étoit fincère . Le
Roi , quelques jours après , les ayant
envoyé reprendre par le même vaiſſeau
qui les avoit conduits chez les Sauvages ;
la premiere action du Noble , en tentrant
dans fes biens , fut de les partager
avec fon libérateur.
Depuis ce jour , lorfqu'un homme
puiffant n'a d'autre excufe pour juſtifier
fon oifiveté ou fon orgueil , que le rang
& les exploits de fes ayeux , le Monar
que s'écrie , & le Peuple répéte en
choeur qu'on le mène au Vannier.
D. L. P.....
TRADUCTION de l'Hymne de
CLEANTHE , Lycien , fecond Fondateur
du PORTIQUE , Piéce confervée
par STOBÉE . Par une Demoifelle
de 18 ans.
ETRE adoré fous mille noms divers ,
O toj l'Auteur de ce vafte Univers ,
Et qui fçais le régir avec tant d'harmonie ?
Je tefalue , & Roi puiffant
.
JUILLET. 1764. 37
Toi , de qui l'Amour bienfaiſant "
Nous permet d'invoquer grandeur infiniet
Quoique rampans , & fragiles humains ,
Tu vois en nous l'ouvrage de tes mains ,
Et nous repréſentons ta parole éternelle.
Déformais done , Père des Dieux ,
J'éléverai ma voix aux Cieux ,
Pour exalter ton nom , & ta gloire immortelle ,
Tout craint les traits dont ton bras eſt armé :
C'eſt par toi feul que tout eſt animé :
Sous ton augufte Empire il n'eft rien qui ne plie
Jamais rien ne fut fait ſans toi ;
Et tout eft foumis à ta Loi',
Cette éternelle Loi qu'ole braver l'impie
Malheur , Hélas ! à cet impie outré :
Ah de ta loi s'il étoit pénétré ,
Heureux , il couleroit ſes jours dans l'innocence
Mais vil jouer des paffions ,
Il ne fuit dans les actions ,
Que les loix de l'inſtinct , & l'aveugle licences
Grand Jupiter , toi qui fais dans les airs
Gronder la foudre , & briller les éclairs ,
Inſpire à l'incrédule un repentir fincère :
Imprime a jamais dans ſon coeur ,
Ces regrets vifs , cette douleur
Dont l'hommage peut feul défarmer ta colère.

38 MERCURE DE FRANCE .
Daigne éclairer les trop foibles Mortels :
Tu les verras honorer tes Autels .
Ote leur tout efprit de vertige & d'ivreſſe ;
Alors ils ne s'occuperont
Que de ta loi , dont ils feront
L'unique & digne objet de leurs chants d'allégreffe
A Son Excellence M. le BARON DE
RODENHAUSEN
-
, Chambellan
Lieutenant Général d'Infanterie ,
Chevalier de l'Aigle blanc , & Grand-
Ecuyer de S. A. S. Madame L'ELECTRICE
PALATINE.
O'TOI , l'ami des malheureux ,
ΤΟΙ ,
Qui les foutiens , qui les confoles ,
Et n'es courtifan que pour eux ;
Quand Thomas dans les vers nerveux
Fuyant les ornemens frivoles ,
D'un coeur citoyen , vertueux ,
Sans clinquant & fans hyperboles ,
Nous montre les perfections ;
Il ne nous inftruit qu'en paroles ,
Mais tu le fais en actions.
JUILLET. 1764 39
VERS fur le mariage de M. D. L. G.
& de Mlle T.
COUPLE tendre , couple fidéle ,
Qui vous aimez fi conftament ,
Que chacun fur vous ſe modéle ,
L'hymen aura plus d'agrément :
D'un amour vain , fol & volage
Vos coeurs ne fe font point épris
Minerve en a fair l'affemblage ,
Le bonheur en fera le prix..
Par M. DELAVILLE.
SUR PIERRE CORNEILLE..
PIERRE
+
IERRE CORNEILLE nâqgit ar
Rouen en 1606. Il fuivit quelque temps)
le Barreau , mais l'amour en fit bientôt
un Poëte. Il avoit dix - neuf ans lorf
qu'il fit fa Mélite . Le fujet de cette
Piéce eft fa propre Hiftoire ; fon Héroïne
époufa depuis M. Dupont , Maître des
Comptes à Rouen. Elle fut célébre par
fon efprit & par fa beauté. Corneille lui
communiquoit fes Ouvrages , & il lui
faifoit honneur de ce qu'on trouve de
40 MERCURE DE FRANCE.
mieux dans fes premiéres piéces. Il a
confacré fa reconnoiffance & fon amour
dans les Vers fuivans :-
J'ai brûlé fort longtemps d'un amour affez grande,
Et que jufqu'au tombeau je dois bien eftimer ,
Puifque ce fut par là que j'appris à rimer.
Mon bonheur, commença quand mon âme fur
prife ;
Je gagnai de la gloire en perdant ma franchife
Charmé de deux beaux yeux , mon Vers charma
la Cour ,
Et ce que j'ai de nom je le dois à l'amour.·
3
Pour fe faire une idée du génie de ce
grand Homme , jettons un coup d'oeil
fur ce qu'étoit alors la Scène Françoife.
On ne peut bien apprécier Corne les
qu'en faifant connoître quels furent fes
modèles , & je choifirai celui de tous
qui jouiffoit de la plus grande réputation.
Hardi commença à être connu ent
17601 >
on ne penfoit pas qu'il y eût
rien à ajouter aux progrès qu'il avoit
fait faire à l'Art Dramatique ; on difoit
de lui , qu'il avoit tiré la Tragédie du
milieu des rue; & des échafauds des
carrefours. Ses Piéces , & leur nombre
feul annonce ce qu'elles font , puifque
JUILLET. 1764. 4.7*
1
dans le cours d'environ trente-fix années
il en avoit compofé plus de huir
cens ; fes Piéces , dis-je , ne préfentent
ni plan , ni moeurs , ni bienféance , ni
verfification . La Scène fe tranfporte de
Naples à Cracovie ; le même perfonnage
à vingt ans dans un A&te , & foixante
dans l'Acte fuivant. Mais c'est par
lui-même qu'il faut le faire connoître .
La Princeffe Arface éprife de Théagène
, a chargé Cibéle , fa confidente
de lui déclarer fon amour. Théagène
paroît.
ARSACE.
Cibéle t'aura dir à-peu-près mon deffein ,
Que tu as fait cruel , un fourneau de mon fein ,
De mes yeux un égout qui diftille fans ceffe ,
Théagène fe borne à des proteftations
de zéle & de refpect. Arface ne pouvant
rien gagner fur fon coeur , le chaffe
de fa préfence & prétend s'en venger
en le deftinant à quelque fonction ſubalterne
dans fa Cour. Mais bientôt
elle fe reproche cette idée .
ARSAC E.
J'ai honte qu'Echanſon il me ſerve à la table
CIBEL E.
Le fervice .... feroit plus délectable,
42 MERCURE DE FRANCE .
Hardi , veut- il repréfenter Didon
cherchant à retenir Enée , voici comme
il la fait parler :
Trompeur , à quel but donc afpira ton deffein ?
De ma pudicité perpétrant le larcin ,
Au creux de cette roche à mon malheur funeſte
Roche où te l'expofa la vengeance céleste !
Me cuidois tu fujette à la lubricité ?
A-t-il à peindre les tranfports empreffés
d'un Amant :
Mets tout ce vain refpect & ce fcrupule arrière;
Paffons au dernier point du vrai contentement
Sans lequel on n'aima jamais parfaitement ,
Sans lequel périroit la Nature déferte .
Sus de nos jours perdus , récompenfons la perte
Souftre-toi fur l'émail des fleurettes coucher ,
Souffre- moi de ton fein les reliques toucher.
و
Dans fa Tragédie de l'Hofpitalité
violée deux jeunes Spartiates reçus
dans la maifon de Scedafe , enlévent
de force fes deux filles , & les cris que
l'on entend dans la couliffe , apprennent
aux Spectateurs que le crime du
viol fe confomme.
Mairet , autre Auteur contemporain
de Corneille , donna fa Silvie , en 1621 .
JUILLET. 1764. 43
Elle fir une fenfation fi prodigieufe ,
que l'on ofa depuis l'oppofer au Cid :
Piéce cependant fans intrigue , fans
caractère & d'un ftyle dont on peut juger
par les vers fuivans .
SFLV-F E.
Plût aux Dieux vifſiez vous mon âme toute nue ,
Pour juger de fa flamme ?
THELA ME.
Elle n'eft trop connue
J'aimerois beaucoup mieux te voir le corps tour
nud.
Enfin on étoit encore fi loin de foup
çonner feulement les premières loix de
l'art dramatique que Corneille,lui - même,
écrivit dans fa préface de Clitandre ,
qui fut joué en 1630 : fi j'ai renfermé
cette Piéce dans la régle d'un jour,
ce n'eft pas que je me repente de n'y
avoir point mis Mélite ; ou que je me
fois réfolu à m'y attacher dorénavant .
La Veuve qu'il donna en 1634 , n'eft
pas plus régulière que Mélite ; elle fut
regardée comme un chef - d'oeuvre , &
voici l'hommage que Mairet lui adreffa : -
Rare Ecrivain de notre France
Qui le premier des beaux - efprits ›
44 MERCURE DE FRANCE.
A fait revivre en tes écrits
L'efprit de Plaute & de Térence ,
Sans rien dérober des douceurs
De Mélite ni de fes foeurs ;
Ó Dieux , que ta Clarice eft belle !
Et que de Veuves à Paris
Souhaiteroient d'être comme elle
Pour ne pas manquer de Maris !'
Le génie de ' Corneille , qui l'avoit
déja fi fort élevé au - deffus de fes rivaux
, le rendit bientôt fi fupérieur à
lui-même , qu'après avoir pris l'effor
dans fa Tragédie de Médée , il fit pa
roître en 1636 celle du Cid , époque
de la fplendeur du Théâtre François .
la
1
Le mauvais gout de fon fiéclę ,
les intrigues de fes concurrens
faveur dont ils jouiffoient auprès du
Gardinal de Richelieu Miniftre &
Protecteur également defpotique , tels
font les obftacles que Corneille eut à
furmonter.
Le Cardinal à qui la gloire de gouverner
l'Etat& fonMaître ne fuffifoit pas,
vouloit y joindre celle d'effacer tous
les écrivains de fon temps. Le Cidlui eût
affuré ce triomphe , il voulut paffer pour
en être l'Auteur , Corneille eut le courage
de s'y refuſer , & de lá vint toute l'ani
JUILLET. 1764. 45
mofité du Cardinal. On fçait avec quel
acharnement il preffa l'Académie de fe
déclarer contre cet ouvrage ; mille voix
s'éleverent pour le critiquer ; Scudéri fe
préſenta le premier dans la lice , & il
ofa avancer
Que le fujet du Cid ne vaut rien du tout,
Qu'il choque les principales régles du Poeme
dramatique ,
Qu'il manque de jugement enfa conduite
Qu'il a beaucoup de méchans vers ,
Que prefque tout ce qu'il a de beautés font déro
bées ,
Et qu'ainfi l'estime qu'on en fait eft injuste.
Mais
Que peut contre le roc une vague animée ?
Hercule a-t-il péri ſous l'effort du Pigmée ?
L'Olympe voit en paix fumer le mont Ethna ,
Zoile contre Homère en vain le déchaîna ,
Et la palme du Cid malgré la même audace ,
Croît & s'élève encore au fommet du Parnaffe.
Tous les efforts du Cardinal ne pouvant
rien contre le Cid , il voulut du
moins affoiblir la gloire de Corneille en
donnant de la célébrité à une Tragédie
qui pût balancer la fienne. Il crut
que l'amour tyrannique de Scudéri étoit
46 MERCURE DE FRANCE .
propre à remplir fes vues ; & non content
de la fupériorité qu'il lui accorda.
hautement fur le Cid , il chargea Sarrafin
comme l'oracle & le premier des
beaux- efprits du Siécle , de mettre tout
en ufage pour accréditer cette opinion .
Sarrazin eut la baffeffe de fe prêter à
ce complot. L'amour tyrannique , felon
fui , étoit le chef- d'oeuvre du Théâtre
& la meilleure preuve qu'il en pouvoit
donner , difoit- il , après s'être épuifé en
éloges , c'est que cette Piéce étoit appuyée
d'une protection qu'il feroit plus
que facrilege de violer , puifque c'eft
celle d'Armand , le Dieu tutélaire des
Lettres.
Armand , comme le dit fort bien M.
de Voltaire , étoit le Protecteur des Lettres
, & non pas du bon goût. Sarrazin
n'ignoroit pas que ce Dieu s'étoit fi fort
extafié lorfqu'il entendit ces trois vers
du Monologue des Thuilleries.
La Canne s'humecter de la bourbe de l'eau ;
D'une voix enrhouée & d'un battement d'aîle
Animer le canard qui languit auprès d'elle ;
Que d'enthoufiafme ! il donna cinquante
piftoles à Collettet , qui en étoit
l'Auteur en ajoutant que le Roi >
JUILLET. 1764 . 47
n'étoit pas affez riche pour payer le
refte. Il eût défiré feulement que le
premier vers fût de la manière fuivante :
La Canne barboter dans la bourbe de l'eau .
Après un pareil trait , on pouvoit
croire fans facrilége que l'opinion du
Cardinal fur les ouvrages d'efprit n'étoit
pas auffi fùre qu'en politique .
Après environ cinq mois de travail
l'Académie Françoife fit paroître fon
jugementfans que pendant tout ce tempslà
, dit M. l'Abbé D'OLI VET , le Cardinal
qui avoit toutes les affaires du
Royaume fur les bras , & celles de l'Eu
rope dans la tête , fe laffât de ce deffein ,
& relâchát rien de fes foins pour cet
ouvrage.
Les décifions de l'Académie lui firent
honneurs en reprenant les défauts du
CID ce fut toujours avec modération &
fouvent avec éloge.
Cette critique fut utile à Corneille pour
la perfection de fon art.
Au Cid perfécuté Cinna doit la naiſſance.
On ne voit pas que fon amour- propre
en fût trop bieffé , puifqu'il écrit
48 MERCURE DE FRANCE.
à Boisrobert , j'ai remporté le té ,
moignage de l'excellence de ma Piéce
par le grand nombre de fes repréſentations
, par la foule extraordinaire des
perfonnes qui y font venues & par les
acclamations générales qu'on lui a faites
; toute la faveur que peut eſpérer le
fentiment de l'Académie eft d'aller auffi
loin , je ne crains pas qu'il me furpaffe.
En effet la réputation du Cid vola
partout ; les Nations étrangères qui
jufqu'alors avoient dédaigné les productions
des Poëtes François , voulurent
connoître le Cid , & il fut traduit
dans toutes les Langues de l'Europe ,
excepté la Turque & l'Efclavonne.
On fit à Florence un cabinet de pierres
de rapport , où l'on voyoit les médaillons
des quatre plus grands Poëtes
qui euffent jamais paru , Homére , Virgile
, le Taffe , Corneille . Cet hommage
rendu à Corneille dans le centre de l'Italie
, étoit d'autant plus flatteur pour
lui , que la Nation Italienne traitoit
alors toutes les autres de barbares.
Après Le Cid , Corneille donna fucceffivement
, Horace , Cinna , Polieucte
, Pompée , le Menteur , la fuite du
Menteur , Rodogune , Théodore , Héraclius
, Andromède , Don Sanche d'Arragon
JUILLET. 1764: 49
ragon, Nicomede & Pertharite , qui
n'eut que deux repréſentations . De
toutes les Piéces , celles que préféroit
Corneille , c'étoient , Cinna & Rodo .
gune. La chute de Pertharite le dégoûta
du Théâtre . Six années s'écoulerent
; & il paroiffoit avoir entiérement
abandonné le genre pour lequel la Nature
l'avoit fait naître. Le Sur- Intendant
Fouquet le ramena dans la carrière:
Le fuccès prodigieux d' @dipe dut le
confoler de l'infortune de Pertharite.
La Toifon d'Or fut le modèle des Piéces
à machines que l'on a vues depuis.
Sertorius eft digne en tout du Grand
Corneille. Othon a quatre actes & renferme
des beautés qui n'appartiennent
qu'à fon génie. Quant à fes autres Piéces
, malgré l'opinion qu'il en avoit , il
eft à defirer qu'on ne les recueille point,
fi l'on fait jamais une édition où l'on ne
confulte que fa gloire.
Ce n'eft pas que dans tous fes Ouvrages
, il n'y ait des chofes que tout autre
que lui n'eût pas faites ; mais voici ce
que difoit S. Evremont : CORNEILLE
eft fi admirable dans fes belles Piéces
qu'il ne fe laiffe pas fouffrir médiocre
ailleurs ; ce qui n'eftpas excellent en lui
nous femble mauvais , moins pour être
II. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE.
mal , que pour n'avoir pas la perfection
qu'il a fçu donner à d autres choſes.
Ce n'est pas affez à CORNEILLE de
nous plaire légèrement , s'il ne ravit nos
efprits.... Ils employeront leurs lumières
à connoître avec dégoût la différence
qu'il y a delui à lui- même.... Avec CORNEILLE
, nos ames fe préparent à des
tranfports , & fi elles ne font pas enlevées
, il les laille dans un état plus diffi
cile à foutenir que la langueur.... il eft
malaife , je l'avoue , d'enlever une ame
hors defon affiette ; mais CORNEILLE
pour l'avoir fait trop fouvent , s'eft impofé
la loi de le faire toujours.
Corneille mourut à Paris le premier
Octobre 1684. plein de cette élévation
d'âme & du mâle génie qu'il a tranfmis
à fes héros , il ne fçut méttre en ufage
aucun des moyens qui menent à la fortune
; mais du moins il jouiffoit de fon
indépendance & de fa gloire. Il fentoit
fa fupériorité , & il avoit le noble
courage d'en parler lui - même . Il fe
peint dans ces Vers qu'il adreffoit à un
de fes amis .
Je fçais ce que je vaux & crois ce qu'on m'en dit,
Pour me faire admirer je ne fais point de ligne ,
JUILLET. 1764. SI
Mes Vers en tous les lieux font mes feuls partifans
,
Par leur feule beauté ma plume eft eftimée ,
Je ne dois quà moi feul toute ma rénommée ,
Et penſe toutefois n'avoir point de rival
A qui je faffe tort en le traitant d'égal.
Mais de fes rivaux , fi quelqu'un fut
digne de l'être , Racine fut le feul qu'on
lui opposât ; & fans doute la diſtance de
l'un à l'autre eft immenſe.
Corneille créa la Tragédie ; Racine a
été loin de la foutenir au point où Corneille
l'a portée.
Les caractères de Corneille font vrais
malgré toute leur grandeur ; Racine ne
doit la vérité des ficns qu'a la petiteffe
de fes héros .
Corneille a fait trente-trois Piéces dans
lefquelles il eft prèfque toujours nouveau
; Racine n'en a fait que treize dans
lefquelles il eft prèfque toujours le
même.
Le grand mérite de Racine fut la
pureté du ftyle ; mais il écrivit quarante
ans après Corneille , & dans un temps où
la langue , graces à Corneille , à Boileau,
à Pafchal, à Boffuet , avoit déja acquis
C ijl
52 MERCURE DE FRANCE .
le point de perfection dont elle eſt fufceptible
. D'ailleurs a- t - on jamais mis
la couleur au-deffus du deffein & de l'ordonnance
?
En un mot , plus d'un Auteur a réuſſi
fur les traces de Racine , en eft-il un qui
fuivre le vol de Corneille ? ait
pu
VERSfur le mariage d'un Officier François
avec une Américaine à Nantes.
JUNe infulaire , le defir ,
Si puiffant partout quand il ofe ;
Ne donne pas ici la roſe
Au jardin brillant du plaifir.
Quand l'Amour cultive deux coeurs ,
Il fait éclore , & d'un coup d'aîle
En avertit l'hymen fidèle ;
Pour l'aider à cueillir les fleurs.
Vite , chacun de fon côté
Du parterre de nos délices ,
Ravage les heureux prémices
Et s'enivre de volupté.
Souvent le Dieu du Sentiment ,
Las dès la première journée ,
Dort aux côtés de l'hyménée
Et s'envole en fe réveillant.
JUILLET. 1764. 53
Mais ne crains pas un pareil tour
Eglé , le même noeud qui ferre
Une grâce un fils , de la Guerre ,
Enchaîne l'hymen à l'Amour.
J.... de T....
LES GRACES RÉFORMÉES .
A Mile B **.
LORSQU'EN t'inftruiſant tu t'amuſes
A confidérer tous ces Dieux
Dont tant de Favoris des Mules
Ont pris foin de peupler les Cieux :
On en pourroit , dis- tu , réformer quelques
» claffes
L'abondance des biens en fait tomber le prix.
59
Pourquoi , par exemple , trois Grâces?
» Une ſeule eût fuffi.... D'accord , jeune Phi
lis ;
Mais il étoit peu vraisemblable.
Qu'une feule Beauté raffemblât tant d'appas.
Cette érreur étoit pardonnable ,
Puifqu'on ne te connoiffoit pas.
ParM. L. B **
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
MORALITÉ ,
Traduite de l'Anglois de Sir Beaumont.
EUX vieux amis vivoient enſemble
dans une petite Ville de Province . M.
Brigman , le plus âgé d'eux , étoit prèsque
auffi célébre par fa taciturnité , que
le Spectateur même. Oui , & non ,
étoient les mots qui fui plaifoient le plus ;
car , ainfi que le Spectateur , il faifoit
grand cas des monofyllables. Il vivoit
avec fes voifins dans la paix la plus profonde
, & paffoit tranquillement fa vie
avec un revenu qui fuffifoit abondamment
à fes befoins. Sorami , M. John
fon , avoit été beaucoup plus riche ;
mais fon penchant à la fatyre , lui avoit
fufcité tant d'ennemis , tant de querelles
& de procès , que fa fortune en avoit
extrêmement fouffert..
Un foir d'hyver , tous deux étant auprès
du feu , M. Johnson , après avoir
crayonné en noir toutes fes connoiffan-
* Excellent Ouvrage périodique , de MM;
Adiſſon , Stécle & autres , futfiſamment connu en‹
France,
JUILLET. 1764
55
ées à plus de trois lieues à la ronde , fans
que fon ami prît feulement la peine de
répondre. " Parbleu ! ( s'écria tout- àcoup
le critique ) « quelque filencieux
» que vous foyez par caractère , je ne
» vois pas ce qui m'oblige à faire conf-.
» tamment auprès de vous tous les frais
» de la converfation. Voyons , à votre.
>> tour ce que vous direz de tels &.
» tels . Ce font les feuls de nos voifins
» dont je n'ai point encore parlé , quoi-
» que la matière foit abondante ; & je
» fuis curieux de vous entendre fur leur
» compte.
Brigman ,fans rien répondre , continuoit
de fumer fa pipe.
" Oh ! cela n'eft plus fupportable .
" J'aimerois autant vivre feul , qu'avec
» un homme abfolument muet.
Brigman fumoit toujours fa pipe.
De grace , cher ami ! dis-moi uni-
" quement ce que tu penfes du très - ridicule
& mauffade voifin qui nous eft
» arrivé depuis trois jours ; & de-là , tu
» pourras te taire autant & auffi long-
» temps qu'il te plaira.
Quand M. Brigman eut épuifé Ta
pipe , & l'eut tranquillement remife
dans fon étui , il fe répandit pour la pre-
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
mière fois de fa vie en paroles , avec
toute la profufion que vous allez entendre.
» J'ai beaucoup refléchi fur les hommes
, M. Johnſon ! mais je ne pro-
" nonce que rarement , ou prefque
jamais , fur ce qui les touche de trop
» près. Où je vois peu , ou point de
» bien à dire , je garde le filence. Auffi
» quelque méchans qu'ils foient , je
» n'eus jamais perſonnellement à m'en
» plaindre ; & vous voyez quel eft le
» calme de ma vie ! ... Faites de même,
» mon ami : vous vous trouverez bien-
>> tôt auffi heureux que moi.
LETTRE à M. DE LA PLACE.
OSERO SEROIS - JE me flatter , Monfieur
, que vous voudrez bien faire imprimer
dans un de vos Journaux le
commencement d'une Tragédie d'après
Sophocle , Sujet déja traité par deux
de nos plus célébres Tragiques. Je crois
que les Amateurs ne trouveront pas
mal l'expofition du Sujet qui décrit en
même temps la décoration du ThéâJUILLET.
1764. 15757
tre. C'eſt le Gouverneur d'Orefte qui
ouvre la Scène.
Généreux rejetton du Chef de tant de Rois
De qui Troye en tombant confacra les exploits ,
Orefte , promenez maintenant votre vue
Sur cette aimable rive à vos foupirs rendue.
Là s'élèvent d'Argos les antiques remparts ;
Ce bois où vont plus loin ſe perdre vos regards ,
C'eſt le bois redoutable où la fille d'Iſmène
Fut contrainte d'errer vagabonde , incertaine :-
Là fe voit le Lycée où domine Apollon ;
Ici brille à vos yeux le Temple de Junon 3
Et cette Ville enfin de qui l'aſpect enchante ,
Cette Ville- eft Mycène , en tréfors abondante,
C'eft ici le Palais qu'habitoient vos Ayeux ,
Ce Palais qu'ont fouillé cent forfaits odieux',
Où moi-même jadis , quand votre augufte Père
Succomboit fous les coups d'une main fanguinaire
,
Je vous reçus des mains d'une tremblante Soeur
Dont l'amour vous ravit au fer de l'Oppreffeur.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Par M. B .... de Lyon.
C v
$8 MERCURE
DE
FRANCE
,
RONDEAU IRRÉGULIER.
L. Diable enfin n'eft-il point-las ,…
De m'entêter de vos appas ?
Siplus fenfible que vous n'êtes
Du moins de mes ardeurs difcrettes
Vous faifiez un peu plus de cas ,
Je ne ditois mot : mais , hélas ! ~
Dès queje parois fur vos pas ,
Vous boudez ; vous grondez ; vous faites
Il faut finir tout ce tracas ::
Le diable
C'en eſt fait ; oui , je romps mes lacs , ›
Oui.... mais tandis que dans ma tête
A délibérer je m'arrête ,
Mon coeur s'engage .... n'est - ce pas
Le diable?
N. B. D.
MADRIGAL
Sur Madame L. C. D. B ....
J'EXAMINOIS Thémire. En elle
De la Divinité j'ai cru voir tous les traits,
Si c'eſt une fimple Mortelle ,
Comment donc les Dieux font-ils faits p
Par le mêmes
JUILLET. 1764. 59
LE
E mot de la premiere Enigme du
premier volume de Juillet eft Tifon.
On connoît le Tifon de Noël qu'on
allume avec les cérémonies fuperftitieufes
, aufquelles on employe le jeûne , la
prière & l'eau benite. Les Tifons ont été
chantés par Du Cerceat , &c. Celui de
la feconde eft LOUIS XV. ou XV
Louis. Celui du premier Logogryphe eſt
Eventail. On y trouve ane , vin , valet ,
vent , ail , lien' , Nil , Elie , Anete , Eve .
Celui du fecond eft Compilateur , dans
lequel on trouve laitue , mort , plâtre,
pate , latrie , culte , lait , turc , poutre ,
Paul l'Apôtre , colet , cour , poteau ,
lame , tour , pilote , camp , rue , portail,
lot , émail , compte , peur , maître.
Celui du troifiéme eft l'Oie.
ENIGME..
Lx Paradis , l'Enfer , les Saints & les Démons
Et le Ciel & la Tèrre ;
Les Princes & les Rois , leurs traits, leurs écuffons ,
La Paix comme la guèrre
Sont foumis à mon miniſtère .
1
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Mais par un trifte fort , mes parens fans amour,
Si-tôt que je fuis née ,
Aux rigueurs des faifons m'expofent nuit & jour
Telle eſt ma deſtinée !
Quoiqu'on me puiffe voir,on me cherche avecfoin ,
Au Palais , dans la rue ;
Et l'on trouve fouvent ce dont on a befoin
Quand je frappe la vue.
AUTRE.
Ja fuis de divers lieux , je nais dans les forêts ,
Tantôt près des ruiffeaux , tantôt près des ma--
rais ;
Je ſuis de toute taille & féche de figure ;
Je n'ai jambes ni bras : cependant la Nature
Ne m'a pas fait un monftre & j'en vaux beaucoup
mieux ,
Réparant ce défaut par certain nombre d'yeux.
Qu'ils foient toujours ouverts , il n'eſt pas néceffaire
;
Qu'ils foient fermés ou non , fouvent ils fçavent
plaire.
Comme un Caméléon , je me nourris de l'air.
Quoique je ne puiſſe parler ,
J'ai le don de me faire entendre ;
Et par une vertu qui pourra vous ſurprendre ,
Ce qu'en ouvrant la bouche on voit faire en tous
lieux
JUILLET . 1764 . 61*
A qui fouvent feroit mieux de fe taire ,
Mai , de qui la méthode à la leur eft contraire ,
Je le fais en fermant la plûpart de mes yeux.
A
LOGO GRYPH E.
me chercher dans le monde phyfique
On s'appliqueroit vainement.
Mais parcourez le monde Poëtique ;
Vous m'y trouverez ſurement.
J'amufe plus d'un perſonnage ,
Perſonnage infenfe , c'eft comme je l'entens
Le Mortel qui prétend à l'honneur d'être fage
Sçait mieux employer fes momens.
A ces traits on doit me connoître.
Faut- il pourtant décompofer mon être ?
Je yous offre d'abord un Ecrivain facré ;
Un élément perfide ; en France une rivière ;
Le fynonyme de colère ;
Un titre que Lucinde à longtemps defiré ;
De l'abeille un préſent utile ;
D'une montagne le fommet ;
Deux notes de Mufique ; un Saint ; un entremêt ;
Un Guerrier moins heureux qu'habile ;
Un des noms que l'on donne à la Mère des Dieux
Un fon que la douleur ou le plaifir fait naître;
Ce que vous avez vù fans retour difparoître ;
62 MERCURE DE FRANCE .
Un Pont fur la Loire fameux ;
Une Ville en Champagne ; un Lac en Amérique
Un mot d'uſage en Rhétorique ;
Un nom que dans le Nord plufieurs Rois ont
porté ;
Le tiffu qui difpenfe ici-bas la lumière ,
Quand le Soleil a fourni fa carrière ;
Au Païs des Sultans un homme refpect.
Pourſuivez ; dans mon ſein vous trouverez encore
Ce que peut être un fot , un manant , un fripon ;
Ce que tout honnête homme abhorre ;
Ce qu'il faut dans les Vers unir à la Raiſon;
Une prèfqu'Ile de l'Àfies -
Un terme de Chronologie ; :
Un docte Hébraïfant ... C'eſt-là mon dernier
mot ,
Car j'ai tout dit , ou peu s'en faut.
L. D.... à Quimper.
A UTR E
JE réanis en un feul mot ;
Rat , chat , aftre , cahos , patache , roc & roche ;
Phâle , phâre , pâros ,foc , fac , attrape , fot ,
Patte , pâté , pot , rape & poche;
Harpe , écot , pré , ftrophe , porche , pétart,
Arche , tact , torche , fort & forte ; ..
JUILLET. 1764. 63
Hoc , as, hoça , carte , capot , écart ,
Cor , parc , corps , arc , cap , port & porte;
Etat , afpect , profe , phraſe , rot , pet, ·
Trace , traças , troc , char & trape ,
Echo , Sapho , pace , tacer ,
Et pour tout dire , apoſtat & fatrape.
Soixante mots , Lecteur , ne ſuffiſent- ils pas ,
Pour exercer ta patience ?
Joins-y , pour plus d'intelligence ,
Caftor , Afope , Hector , Cefar , héros , répas.
RECONCILIATION
De l'Hymen & de l'Amour. *
PARODI E.
Sur ce qu'une compagnie affez nombreuse
foutenoit qu'après le Mariage , on
devenoit indifférent , fans même en
excepter les Amans les plus tendres
& les plus paffionnés , & que cela fe
verroit toujours.
AiR : Eh ! mais , oui da ; commentpeut- on trouyM .
du mal à ça ?
L'HYMIN
'HY MIN dans un bocage
* La Femme eft repréfentée par l'Hymen, & lé
Mari par l'Amour.…-
64 MERCURE DE FRANCE.
Voyant paffer l'Amour ,
Lui dit petit volage
Donnez -moi le bon jour :
Si l'on vous voit ,
En vérité , ce n'eſt qu'à lêche- doigt
L'Amour d'un air alèrté
Se jette à fes genoux.
L'heureuſe découvèrte ,
Dit- il , embraffons- nous :
L'hymen fourit ,
En lui difant , je voudrois qu'on nous vîra
Je le voudrois de même
Lui répondit l'Amour ,
J'ai le plaifir extrême
Qu'on a le premier jour,
De bonne foi ,
Je fuis à vous , mais ne foyez qu'à moi
Si je vous facrifie
L'hommage d'un galant ,
N'ayez plus pour Sophie ,
Le moindre
empreffement ;
Tous nos defirs
Seront d'acord , jugez de nos plaifirs !
Par des baifers de flâme
On cimenta la paix ;
Et jufqu'au fond de l'âme
JUILLET. 1764 65
L'Amour lança les traits.
Depuis deux jours
Chez lui l'Hymen raſſemble les Amours.
De ce fait on ajoute
Que l'on n'eft pas furpris ,
Mais que Paris en doute ,
Et furtout les Maris.
Le bruit courant ,
Les rend déjà tout je ne ſçais comment.
Par M. FUZILLIER , à Amiens.
66 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTERAIRES.
SUITE de la Lettre de M. l'Abbé JACQUIN
, fur l'introduction à la Science
des Médailles , par D. MANGEART.
LAA feconde Partie de cet Ouvrage
renferme tout ce qui regarde les Types
des Médailles.
Les Médailles ont deux côtés;; l'un
s'appelle la face ; l'autre le revers. Sur
chacun de ces côtés font ordinairement
gravés un type & une légende.
Les types doivent être confidérés comme
faifani le corps de la Médailles : les légendes
en font l'âme & la langue : ce
font elles qui nous apprennent ce que les
types fignifient. Sans elles ils refferoient
fouvent muets. Il ne faut pas cependant
s'en repoſer toujours fur les légendes
pour connoître les Médailles : au contraire
, il eft abfolument néceffaire de
fe mettre au fait des types , afin de pouvoir
les expliquer, foit que les légendes
JUILLET. 1764.
67
·
manquent tout-à- fait , foit que les Médailles
foient fruftes & difficiles à lire
foit enfin que les légendes ne foient
compofées que de lettres initiales . C'eſt
pour faciliter cette connoiffance que
Ï'Auteur a traité ces deux parties d'une
manière fort étendue. Suivons le rapidement
dans ce qui regarde les types ;
la variété feule des objets qu'ils nous
préfentent fera aifément fentir combien
cette partie eft curieufe & inftructive
pour l'Hiftoire , & combien elle peut
fervir aux Artistes pour faifir , avec le
goût de l'Antiquité , les traits des Princes
& des Perfonnages illuftres , & le
Coftume de chaque fiècle.
+
On trouve fur les Médailles tout ce
qui regarde la religion des Payens , leurs
Divinités avec leurs habillemens , attributs
, fymboles ; leurs Temples , Autels
, Sacrifices : les Fêtes confacrées
pour embellir le culte qu'on leur rendoit
; les Prêtres & les Prêtreffes chargés
des cérémonies de ce culte ; les Apothéofes
& les Confécrations , & c. & c .
Après avoir expofé l'origine de l'idolâtrie
, l'Auteur divife les Divinités ent
deux claffes : il place dans la première
les perfonnages réels ou chimériques ,
que l'Hiftoire ou la Fable ont élevés
68
MERCURE DE FRANCE.
par oubli ou par mépris de la Divinité
effentiellement une , aux honneurs divins.
En parlant de chacune de ces Divinités,
il rapporte dans des articles féparés
ce qu'elles étoient felon l'Ecriture
Sacrée ou
hieroglyphique desEgyptiens,
felon l'Hiftoire & felon la Fable : il les
confidére enfuite dans la
numifmatique,
& décrit d'une manière précife & claire
les différens attributs fous lefquels on
peut les réconnoître fur les Médailles ;
des exemples tirés des piéces les plus
rares & les plus curieufes , gravées dans
les planches qui ornent cet Ouvrage
mettent l'inftruction fous les yeux.
Les Divinités de la feconde claffe font
les fymboles & les attributs des premières
& des Etres moraux où allégoriques
, tels que les vertus , les paffions ,
les vices mêmés. L'Auteur les confidére
particuliérement par rapport à la numifmatique
. En parlant de l'Honneur &
de la Vertu ( Sect. XV. de l'Art. II du
Chap. V. ) « Voici , dit- il , deux Déeffes
allégoriques , que l'on trouve quelquefois
repréſentées enfemble fur les
Médailles elles eurent chacune un
Temple à Rome bâti , par Caius-
» Marius , ou plutôt elles n'eurent qu'un
» même Temple , dont la partie antéJUILLET.
1764. 69
$
" .
rieure fut confacrée à la Vertu , & la
» fuivante à l'Honneur ; en forte qu'il
» falloit paffer par le Temple de la Vertu
» pour arriver à celui de l'Honneur
Quelle gloire pour le Paganifme , s'il
n'avoit eu que de pareilles Divinités !
" La Vertu prife pour cette qualité de
» l'âme qui rend les hommes eſtima-
» bles , & dont l'honneur eft la récom-
» penfe , fut perfonifiée & déïfiée ſous
» différentes figures d'homme. L'Honneur
, au contraire , fut adoré fous la
» figure d'une femme.
On les trouve enfemble parmi les
» Médailles de la famille Cornelia , de
» Galba , de Vitellius , & c. Sur celles de
» la famille Cornélia , ce font deux têtes
" accolées , dont l'une d'homme , cou-
» verte d'un cafque , & l'autre de fem-
» me , couronnée de laurier....L'une ou
» l'autre de ces deux Divinités fe trouve
» feule fur d'autres Médailles , la Vertu
» y étant confidérée tantôt comme une " Y
» Divinité , tantôt comme une bonne
» qualité qui porte au bien en général ;
» tantôt enfin comme force , courage &
» valeur militaire. Les formes & les légendes
qu'on a données à ces piéces ,
» qui font en affez grand nombre , ont
"
"
to MERCURE DE FRANCE.
1
" toujours quelque rapport à ce qu'on a
» voulu leur faire fignifier.
Après avoir expofé ces différens rapports
& attributs , Dom Mangeart paffe
à la feconde Divinité. « Quant à l'Honneur
, ajoute-t- il , nous ne voyons
» cette Divinité repréſentée que de trois
» façons ; ſavoir , par une tête de fem-
» me avec le cafque , couronnée de lau-
» rier & feule , comme dans la famille
» Volteia ; ou par une tête accolée avec
celle de la Vertu fans cafque , mais
couronnée de laurier , comme dans
les Médailles de la famille Cornelia ;
» & en troifiéme lieu , par la figure
» d'un jeune homme ou d'un autre qui ,
» habillé de long , fans cafque & fans
» couronne , tient une pique , un rameau
d'olivier ou une branche de lau-
" rier d'une main , avec une corne d'a-
" bondance de l'autre , comme pour
» marquer que la Paix , dont l'olivier eft
le fymbole , & que l'Abondance ac-
» compagnent la Vertu & la Valeur
» auffi-bien que l'Honneur & la Gloire ,
» & qu'elles en font la récompenfe. Les
légendes portent ou Honos , l'Hon-
" neur , fans rien ajouter ; ou Honos
honori Augufti , l'Honneur , ou à
"
»
JUILLET. 1764. 71
» l'honneur de l'Augufte ; ou Honos &
Virtus , l'Honneur & la Vertu » .
A la fin de cette Section on renvoie
à la Planche XIII , depuis le n ° . 22 jufqu'au
35 , où l'on trouve quatorze Médailles
différentes de l'Honneur & de la
Vertu.
Après les Divinités , & ce qui regarde
leur culte , on trouve dans les types
des Médailles les Rois , les Confuls , les
Empereurs , les Princes , les Reines , les
Impératrices , les Princeffes , les Héros
, les Fondateurs , les Légiflateurs ,
& tous les Perfonnages célébres qui fe
font diftingués par leur naiffance , leur
rang, leurs mérites ou les grands événemens
auxquels ils ont eu part . On y
remarque même jufqu'à leurs habits ,
leurs coëffures , les différentes marques
de leurs dignités & emplois , &c. Ici on
voit le Ciel avec fes fignes , fes étoiles
& fes planettes : là , c'eft la Terre avec
fes Parties , fes Empires , fes Royaumes,
fes Provinces , fes Villes , fes Edifices ,
les Eaux les Plantes , les Animaux ,
&c. Le Temps & les Saifons paroiffent
auffi dans quelques- uns de ces types :
dans d'autres ce font des Batailles de
terre & de mer , des Victoires , des
Trophées , des Récompenfes , & tout
72 MERCURE DE FRANCE.
ce qui concerne le Militaire . Les Jeux
les Courfes , les Spectacles & les Chaffes
y font repréſentés : enfin les Alliances
les Confédérations , les Bienfaits , les
Grâces & les Punitions y font figurés.
Quel tableau ! tous les objets fenfibles
s'y retrouvent. Que de lumières ! que
d'inftruction pour l'Histoire & pour les
Arts !
3°. Avant de paffer aux légendes , il
eft bon d'obſerver ici que l'Auteur fe
borne aux Médailles Grecques & Latines
, comme à celles dont il eft plus
important d'étudier les types & de connoître
les légendes.
» La plupart des Médailles n'ont qu'une
» légende fur chacune des deux faces :
» cette légende eft ordinairement placée
au contour du grénetis , dont fouvent
» elle n'occupe que la partie fupérieure .
» Cependant il y en a qui ont deux lé-
» gendes fur le contour , & une troi-
» fiéme fur le champ , ou bien dans
» l'exergue , au bas ' de la pièce. Quel-
» ques-unes n'ont qu'une légende à la
» face ou au revers. Sur d'autres , la
légende eft au milieu du champ , en
» forme d'infcription . On en trouve qui
font placées comme en pal & en fau
≫toir. Celles-ci font placées fur un bouclier
,
JUILLET. 1764. 73
ןכ
clier , ou au frontifpice de quelque
» édifice : celles- là font gravées de droit
» à gauche , contre l'ufage , ce qui eft
» rare. Enfin il y a apparence qu'il a
» dépendu des Graveurs ou des Officiers
monnétaires de placer les légendes à
leur fantaisie & fuivant leur goût ,
puifqu'on les voit pofées tantôt d'une
»façon & tantôt d'une autre , quelquefois
même d'une façon bien bizarre ».
Les légendes font encore pour un
Amateur qui aime à s'inftruire de l'Antiquité
, une fource prèfque inépuiſable
de connoiffances : elles nous apprennent
les différens noms & les différens titres
⚫ des dignités en ufage chez les Grecs &
les Romains. Elles nous rappellent les
titres que les Villes Grecques ont pris
fur leurs Médailles. Enfin elles nous
font remarquer tout ce qui regarde les
Colonies les Municipes , les Royaumes
, les Provinces & les Villes conquifes
par les Romains .
K9
Pour faciliter l'intelligence de ces Médailles
, l'Auteur donne une ample Table
alphabétique des lettres initiales & des
principales abréviations qu'on trouve
fur les Médailles. Cette Table forme
trois colonnes ; la première renferme les
lettres initiales ou les abrégés ; la fecons
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE .
de , l'explication latine ; la troifiéme ;
la traduction françoiſe : elle eft fuivie de
l'explication des lettres grecques prifes
arithmétiquement , & de la combinai
fon des lettres numérales de l'Alphabet
Grec.
Les légendes des Médailles grecques
font en grec ; celles des Médailles latines
font en latin. On trouve cependant des
légendes partie grecques & partie latines
fur les Médailles du Bas- Empire , jufqu'à
l'époque de la deftruction de l'Empire
d'Orient. La fureur des Romains
après les beaux jours de la Latinité
les Littérateurs Grecs & la décapour
dence du goût , furent les caufes de
cette bifarrerie , qui annonçoit les fiécles
de ténébres & d'ignorance,
D'après cette réfléxion , confidérons
l'état de la Numifmatique
en France . Dans les beaux fiécles de la Gréce & de
Rome , les types des Médailles repréfentoient
non-feulement le bufte ou la
tête des Rois , des Empereurs
& des
grands hommes , mais tous les objets
fenfibles & tous les événemens remarquables
: c'étoit , pour ainfi dire , un
Corps d'Histoire chronologique
, où la
Religion , les Moeurs , les Sciences ,
Arts , la Géographie , fur-tout l'Hiſtoire
les
JUILLET. 1764. 75
Naturelle & l'Art militaire , fe retraçoient
aux yeux du Public . Chez nous ,
la monnoye fixée pour revers aux armes
de nos Princes , ne nous préfentent fur la
face que leur effigie. Si de temps en
temps on frappe des Médailles pour cé-

que
>
l'on
lébrer les avénemens de nos Princes à la
Couronne , les Cérémonies de leurs Mariages
, l'inauguration de leurs Statues ,
&c, leurs matières précieufes , l'étendue
de leur module & le petit nombre qu'on
en diftribue , les rendent fi rares , qu'il
eft difficile d'en former des collections
même fous les règnes fous lefquels on
les fabrique. Une Médaille d'or de 800
à 900 livres , telle que celle
frappa l'année dernière pour la confécration
de la Place de Louis- le- Bien- aimé
paffe bientôt des mains du Poffeffeur
chez l'Orfévre. C'est parce qu'on confignoit
chez les Anciens tous les événemens
remarquables fur les monnoyes
qui avoient cours dans le commerce ,
que nous fommes en état , après bien
des fiécles , & malgré l'ignorance &
l'avarice , de ramaffer les plus riches &
les plus précieuſes collections des Médailles
antiques .
Pourquoi , d'un autre côté , s'entêter
de repréfenter nos Princes tant fur les
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Médailles que dans leurs Statues , fous
le Costume Grec ou Romain ? Les
Grecs avoient reçu les Science & les
Arts des Egyptiens : cependant calquerent-
ils leurs Princes & leurs Héros d'après
l'habillement des Egyptiens ? Les
Romains , après avoir puifé le goût chez
les Grecs, prefcrivirent-ils à leurs Artiſtes
de faire revivre leurs Empereurs & leurs
Hommes illuftres fous des ornemens
Grecs ? Pourquoi ne pas offrir au François
les Princes à la Françoife? Que ne
créons-nous un Coftume , fous lequel
nous puiffions paffer chez nos neveux &
en être reconnus ? Quand oferons- nous
voler de nos propres ailes ? Notre Nation
n'aura-t- elle donc jamais affez de
conftance pour éffayer à connoître ce
qu'elle vaut?
Les Grecs n'employèrent pour les légendes
de leurs Médailles & pour les
infcriptions des Monumens publics , que
leur Langue. Les Romains eux-mêmes
ne fe fervirent jufqu'à la décadence du
goût pour les leurs , que du Latin . Nous
dont la Langue épurée dès le fiécle de
Louis XIV eft devenue pour ainfi dire
celle de toute l'Europe , nous continuons
à employer celle des Romains pour les
infcriptions de nos Monumens & pour
JUILLET. 1764 77
-
les légendes de nos Médailles & de nos
monnoyes. Servons -nous de notre Langue
fur la pierre , le marbre & les mér
taux ; c'eft le vrai moyen de la fixer , &
de la rendre à jamais refpectable à nos
defcendans . Quelle fatisfaction d'ailleurs
pour le Peuple François de pouvoir lire
dans fon Idiômé l'éloge abrégé d'un
Prince , à qui chaque coeur éleve un
Monument d'amour & de dévouement
Les jettons des différens Corps & des
Communautés ont les défauts des monnoyes
du Bas-Empire , dont nous venons
de parler : outre que leur relief eft
trop mince , leur légende eft ordinairement
partie en Latin & partie en François
celle de l'exergue fur-tout eft en
langue vulgaire. Donnons plus d'épaiffeur
à la gravure : mettons dans notre
Langue toutes les légendes , & nous en
ferons des Médailles intéreffantes pour
l'Hiftoire des différentes Compagnies &
des Arts.

Le droit de frapper là monnove a tou
jours été celui du Souverain . En Grèce
les Rois , les Chefs des Républiques &
les Officiers' municipaux des villes libres
en ont toujours joui. A Rome , les Rois
* La Statue de Louis XV , dit le Bien- Aimé
élevée en 1763 dans la nouvelle Place.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
furent les feuls maîtres de la Monnoye .
Du temps de la République , le Sénat
eut feul le même droit ; ce qui paroît
par le S. C. Senatus Confult. qu'on
trouve fur toutes les Médailles frappées
fous ce gouvernement. Après avoir don
né fon Décret , fans confulter le Peuple
,, pour déterminer le métal , le module
, les types , les légendes , le poids
& le prix des monnoyes nouvelles , il
confioir le foin de l'exécution aux Triumvirs
monnétaires , dont l'Office eft ainfi
défigné fur les Médailles ; III-VIR A.
A. A. F. F ; Trium-vir-auro, argento, are
flando feriundo. Sous le règne des Empereurs
, le Sénat conferva encore pendant
quelques fiécles beaucoup d'autorité
fur la Fabrique de la Monnoye. L'or
& l'argent furent entièrement réservés
aux Empereurs : alors le S. C. n'y parus
plus....Le Sénat demeura en poffeffion de
fairefrapper la monnoye de bronze , dans
les trois modules que nous appellons
grand , moyen & petit . Le S. C. y fu
toujours marqué.
Le droit de frapper la monnoye fur
le bronze , que les Empereurs abandonnèrent
au Sénat , ne regarde que Rome
& l'Italie. Ils accordèrent cette permiffion
aux Colonies & aux Villes muniJUILLET.
1764. 79
cipes de l'Empire , dans les cas de befoin
, comme le Sénat lui-même la donnoit
aux Provinces & aux Villes qui lui
étoient échues dans le partage fait avec
les Empereurs. Voilà pourquoi on trouve
fur quelques Médailles de Colonies ' ;
Permiffu Augufti ; Indulgentia Augufti ,
& fur d'autres S. C. Senatus Confulo ,
ou S. R. Senatus refcripto .
Pour ne rien laiffer à defirer , après
avoir appris dans le Corps de l'Ouvrage
à connoître & à apprécier les Médailles
foit par leur rareté , foit par la quantité
des figures , foit par le nombre & la pofition
des têtes , foit enfin par leur belle
confervation , on finit par donner les
moyens que l'on a employés & l'on
que
employe encore tous les jours pour
tromper les Curieux en Médailles . Ces
moyens fe réduifent à huit : leur expofition
eft fuivie de la manière de découvrir
ces fraudes & de fe mettre à l'abri
des rufes de la cupidité. On apprend même
à n'adopter qu'avec prudence &
examen certaines décifions trop généralement
reçues. Il s'agit des Médailles
fourrées. On doit fe rappeller ici que
ces fortes de pièces fabriquées par les
faux Monnoyeurs , ne font qu'un morceau
de fer ou de bronze enveloppé de
D iv
80 MERCURE DE FRANCE.
chaque côté d'une feuille d'or ou d'argent
, & frappé en même temps entre
les deux coins , fur l'un defquels étoit
contrefait la face d'une Médaille légitime
, & fur l'autre fon revers . Comme
on s'eft toujours perfuadé que les fauffaires
modernes ne pouvoient que trèsdifficilement
imiter cette fraude , on a
regardé jufqu'à préfent les Médailles
fourrées comme indubitables ; en forte
qu'elles paffent pour véritablement antiques
& pour autant de fondemens de
l'Hiftoire mais ces principes adoptés
,
par la plupart des Amateurs , ne de-
>> vroient être reçus qu'avec précau
» tion puifqu'il eft certain que les
fauffaires modernes ont eu l'art de
» frapper des Médailles fourrées , à l'imi-
» tation de l'Antique . Un écu de Varin
»& plufieurs autres pièces qui fe trou-
» vent dans le Cabinet de M. d'Ennery
» en font la preuve la plus complette »..
D'après l'efquiffe de ce grand tableau
il eft aifé de prendre une idée des avantages
& des agrémens que l'on retire de
l'étude des Médailles. Elle nous retrace
tout ce que la Mythologie , la Cofmographie
, la Géographie , l'Aftronomie ,
I'Hiftoire , la Chronologie & l'Hiftoire
Naturelle , préfentent de curieux par
JUILLET. 1764.
81
rapport à l'Antiquité. Elle offre aux
Peintres , aux Architectes & à une infinité
d'autres Artiftes , des leçons utiles
fur le Coſtume de tous les temps , &
des modèles en tout genre . D'un autres
côté , elle remplit agréablement les jours
d'un Amateur , & pique continuellement
fa curiofité à la vue des riches
moiffons qui restent encore à faire dans
ce vafte & fertile champ. >> On décou
» vre tous les jours quelques parties des
» tréfors que la terre renferme dans fon
fein : ce n'eft même que depuis peu
» de temps qu'on a vu entrer dans plu-
» fieurs Cabinets des Refcennius d'or
» des Othons de bronze & des Vetranio
» d'or & d'argent , Médailles extraordinaires
& inconnues jufqu'à préfent .
Les riches Collections de M. Pelerin
» & de M. d'Ennery pourroient nous
» en fournir plufieurs autres exemples.
» Ce dernier vient encore d'acquérir
» une Médaille d'or de Vitalianus , Ty-
» ran peu connu , que après avoir pris
» la pourpre fous le règne d'Anaftafe
» remporta plufieurs victoires für les Gé
·
néraux de cet Empereur , s'empara de
„ la Thrace , où il étoit né , de la Moefie
» & de plufieurs autres Provinces voifines
, & fe foutint fur le Trône contre
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
» toutes les forces de l'Empire , juſqu'à
» ce que l'Empereur Juftin le fit affaffi-
» ner dans fon Palais , où ill'avoit attiré
» fous ptétexte d'amitié » . Quelle douce
fenfation pour un Curieux d'imaginer
qu'il peut trouver une pièce rare &
unique ! quelle joie quand il la pofféde !
Ce Cours complet & méthodique de
la fcience des Médailles , dédié au Prince
Charles de Lorraine , l'Ami & le Protecteur
des Gens de Lettres , eft un témoi
gnage public de la reconnoiffance de
Dom Mangeart pour fon bienfaiteur ,
& ne fait pas moins d'honneur à fon efprit
& à fes lumières qu'à fon coeur. La
modeftie avec laquelle il s'exprime dans
fa Préface , annonce l'exactitude de fes
recherches & la vérité de fes affertions.
Sa mort nous fait regretter un Religieux
zélé , un Sçavant éclairé & un Amifenfible.
Pourquoi n'a- t-il pu finir quelques
autres Ouvrages intéreffans , qu'il avoit
concus , & dont il s'occupoit !
L'introduction à la Science des Médailles
eft une fuite néceffaire de l'Ouvrage
de Dom Monfaucon : auffi a- t- on
eu foin qu'elle fût imprimée dans les mê
mes formats , & avec les mêmes caractères
, que l'Antiquité expliquée.
J'ai l'honneur d'être , &c.
JACQUIN.
JUILLET. 1764.
LETTRE à l'Auteur du Mercure , fur
une Anectote fingulière de l'Hiftoire
de la Ville de LILLE.
A S. Omer , le 18 Juin 1764.
J'AI une grace à vous demander ;
Monfieur ; je me flatte que vous me
l'accorderez , tant par l'intérêt que vous
prenez fûrement à l'honneur de l'Artois
où vous avez longtemps demeuré
& qui vous a chargé de fes intérêts
qu'en confidération de notre ancienne
connoiffance.
M. l'Abbé de Monlinot vient de donner
une Hiftoire de la ville de Lille
dont il ne paroît que le premier Volume
qui fe vend chez Panckoucke &
chez les principaux Libraires de la Flandres
( 1764 ) in- 12.
Dans ce Volumé , page 177. Il dit
que » Guy Pape raconte un fait comme
témoin oculaire ; qu'un cochon ayant
tué un enfant en Bourgogne , on lui
fit fon procès dans les formes , on le
condamna à être pendu , & la Sen-
» tence fut gravement exécutée en pré-
» fence des Juges.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
La note qui eft au bas de cette page
eft conçue en ces termes..
( c ) sa Décif. 138. La même aventure arriva
à S. Omer à-peu-près dans ce temps- là . Un co-
» chon ayant dévoré un enfant dans la Banlieue ,
» les Echevins le condamnerent à être pendu.. Ce
D
qu'il y a de plus fingulier , c'eft que les Eche--
» vins de cette Ville dans un procès actuellement
» pendant au Parlement , contre les Officiers du
Bailliage , employent férieufement cette Sen-
> tence , comme une piéce juftificative de l'exer
» cice qu'ils ont de la Haute- Juſtice , & ils la font
valoir avec d'autant plus de force , qu'elle a
été éxécutée en dernier, reffort & fans appel.
Voilà deux faits , Monfieur . Il ne
refte à M. de Montlinot qu'à les prouver;
ce fera peu de chofe pour lui . Un Hif
torien qui ofe attaquer fi griévement
un Corps public , que le fait l'Auteur ,
a fûrement des garants. Il eft vrai que fi
ce font des Citoyens qui lui ont fourni
ces belles Anecdotes , affurément ce nefont
pas les meilleurs Patriotes. Quoiqu'il
en foit , on lui nie ces deux faits.
Le premier eft fondé à la vérité fur une
une Tradition populaire ; mais qui a vu
la Sentence prétendue ? J'ai lû plus de
tres de S. Omer que M. l'Abbé , j'ofe
le dire ,, & celui-là ne m'a jamais été
communiqué , & ne m'eft jamais tombe
entre les mains ...
JUILLET. 1764. 85
Le fecond fait eft plus grave : car
quand le premier feroit vrai ; il prouveroit
feulement la fimplicité des Juges
d'un fiècle d'ignorance ; mais l'accufation
intentée contre les Echevins de S.
Omer d'avoir récemment produit un
titre auffi ridicule que la Sentence de
mort du cochon eft une espéce de perfonnalité
bien imprudente au moins , fi
elle eft mat fondée. Je fçai qu'à la page
12 d'un mémoire imprimé à S. Omer
chez Fertel in-fol , en 1748 , il eft dit
» qu'en 1370 le Lieutenant-Général &
quelques Sergens du Bailliage avoient
» réclamé un porc d'une maifon fituée
» dans la Banlieue , prétendant que ce
» fût un épave qui appartenoit au Com-
» te d'Artois , attendu qu'il n'étoit ré-
» clamé de perfonne , à caufe que par
» fa morfure il avoit occafionné la
» mort d'un Domeſtique ; mais fur les
repréſentations des Mayeur & Eche-
» vins que c'étoit une entrepriſe fur
» leur Jurifdiction , les Officiers du
Bailliage leur délivrérent un acte par
lequel il eft déclaré qu'ils ont fait re-
» mettre & rétablir cet animal au lieu
» où il avoit été pris , à charge qu'il
» leur feroit délivré comme appartenant
à - la-Comteffe d'Artois , fi par le Ju
"
"
86 MERCURE DE FRANCE .
» gement des Mayeur & Echevins il
» étoit décidé que ce fût une épave .
» Cet ace eft datté du 18 Décembre
» de la même année . »
S'il y a là du ridicule , eft - il du côté
des Mayeur & Echevins de S. Omer ?
Mais où eft le procès criminel du cochon
? M. l'Abbé de Montlinot nous le
produira fans doute ; fon honneur y eft
intéreffé. Il auroit dû même citer les
preuves. Et nous lui laiffons avec plaifir
le foin de faire l'hiftoire du cochon
dont je viens de lui donner le commencement
; il y ajoutera les piéces
juftificatives & affurément ce fera un
morceau très - intéreffant.
J'efpére , Monfieur , que vous infſererez
cette Lettre dans votre Ouvrage ,
qui étant un des plus répandus , détrompera
plutôt le Public , & même un *
Journaliste qui fur la foi de M. de Montlinot
, a aidé très-innocemment à faire
croire à fes Lecteurs cette Hiftoriette ridicule.
* Le Journal Encyclopédique , Avril 1764.
JUILLET. 1764. 87
LA
Ilu ,
AU MES ME.
'A I lu , Monfieur , dans le fecond
Mercure du mois de Janvier 1762 une
lettre que M. F ... vous a écrite au fujet
de quelques Antiquités de Paris.
Comme il ne figne fon nom que par
cette le ttre F , je pourrois , s'il vouloit
bien fe faire connoître & donner
fon adreffe , lui communiquer plufieurs
recherches à ce fujet qui feroient trèscurieufes
& très -utiles pour la Républi
que des Lettres.
J'ai l'honneur d'être , & c.
D. N. Abonné au Mercure .
Paris , ce 26 Juin 1764.
M. DE GARSAULT avertit à la fuité
de l'Avis qu'il a diftribué à la fin de
Février dernier 1764 , qu'il a fait tirer
500 Exemplaires de fon Recueil de Figures
des Plantes & Animaux compris
dans la Matière Médicale de M. Geoffroi.
Chaque Exemplaire contient 734
Planches divifées en 5 tomes in- 8 ° . deffinées
par lui d'après nature , gravées
88 MERGURE DE FRANCE.'
fous fes yeux par les meilleurs Gra
veurs , & imprimées fur de beau papier
par les meilleurs Imprimeurs en Tailledouce.
Ces 500 premiers Exemplaires ont
commencé à fe vendre chez lui rue S
Dominique , Porte S. Jacques , tous les
jours depuis dix heures du matin jufqu'à
midi , & depuis 4 heures du foir
jufqu'à 6 , à commencer du Lundi 4
Juin,
On en trouvera auffi chez Defaint &
Saillant,Libraires , rue S. Jean de Beauvais
, Defprez, Imprimeur du Clergé ,
rue S. Jacques , près la rue des Noyers,
& chez le Clerc , Libraire , quai des Auguftins.
Chaque Exemplaire fera de 48 livres
, jufqu'au dernier du mois d'Août
prochain , après lequel temps Les
Planches doivent paffer en d'autres
mains qu'il voit difpofées à en augmenter
la valeur , ce qu'il n'a pu raifonnablement
contredire , vû la modicité
du prix actuel auquel il a bien voulu
fe réduire en faveur du Public zélé ,
pendant le temps qu'elles feront en fa
poffeffion .
On fournira gratis une Table des
noms latins & françois à tous ceux qui
JUILLET. 1764. 89
la voudront , foit qu'ils ayent le Livre
de M. Geoffroi ou non.
On infére ici l'Avis du mois de Février
, parce qu'il inftruit pleinement du
deffein & du plan de l'Ouvrage en
question.
AVIS touchant un Recueil de Plantes &
Animaux utiles en Médecine , gravés
d'après les deffeins de M. de GẠRSAULT
, 1764.
Si la connoiffance des Simples a toujours
paffé pour une fcience rare &
difficile à acquérir , ceux qui en ont
fait leur objet principal , & qui après
des expériences réitérées, ontraffemblé ,
dans un corps d'Ouvrage , les Plantes
qu'ils ont reconnu falutaires, capables de
rendre la fanté & de prolonger la vie ;
ceux- là , dis -je , doivent être précieux
au genre humain : tel a été M. Geoffroi ,
Docteur en Médecine de la Faculté de
Paris , de l'Académie Royale des Sciences
, de la Société Royale de Londres
Profeffeur en Chymie au Jardin du
Roi & de Médecine au Collège
Royal . C'eſt à cet homme célébre que
>
90 MERCURE DE FRANCE.
nous devons , fous le titre de Matière
Médicale , la defcription , les vertus &
les ufages des Plantes ufuelles en Médecine
; Ouvrage reconnu généralement
pour le meilleur qui ait été compofé
en ce genre , mais auquel manquoient
les figures des Plantes , dont il traites
acceffoire , prèfque auffi effentiel que
l'Ouvrage même. M. de Garfault , Auteur
du nouveau Parfait Maréchal , &
maintenant Membre de la Société Roya
le d'Agriculture de Paris , ayant eu , dès
fa tendre jeuneffe , un goût naturel pour
l'Art du deffein , conçut , dans un âge
plus avancé , que ce bel Art , qu'il exer
çoit indifféremment fur tout ce qui fe
préfentoit , pouvoit l'être beaucoup
plus utilement. L'idée de copier la nature
même , en faifant les portraits des
Plantes d'ufage en Médecine , fut celle
à laquelle il ne pouvoit manquer de
s'arrêter ; il entama donc alors le Recueil
dont il eft ici queftion ; il deffinoit les
Plantes avec toute l'application dont il
étoit capable , à mesure qu'il les rencontroit
à la campagne . M. Bernard de
Jufficu , Docteur en Médecine de la
Faculté de Paris , Démonftrateur au
Jardin Royal des Plantes , de l'Académie
Royale des Sciences , & de la SoJUILLET.
1764.
ciété Royale de Londres , qu'il avoit le
bonheur de connoître , les examinoit
enfuite , & mettoit lui -même le nom au
bas de celles auxquelles il ne trouvoit
rien à defirer ; mais à celles où la nature
n'étoit pas affez fidélement rendue , il
falloit les rectifier , quelquefois même
les recommencer : il lui indiquoit auffi
celles qui ne fe rencontrent que dans
les Jardins de Botanique , ou dans les
ferres chaudes. Enfin , après nombre
'd'années , cet amas de deffeins eft devenu
fi confidérable , qu'il comprend ,
article par article , toutes les Plantes de
la Matière Médicale de M. Geoffroi , &
la rend un Ouvrage parfait : il ne reftoit
plus à l'Auteur que de mettre la
dernière main au projet d'utilité qu'il
avoit formé , ( qui peut s'étendre même
à toute matière médicale , ) & en même
temps à retirer le fruit des travaux
de toute fa vie , par le plaifir de fentir
qu'il étoit en lui de pouvoir rendre quel
que fervice au Public. C'eft pourquoi ,
auffi-tôt que fon Recueil a été rempli ,
il a commencé à faire graver , à ſes frais ,
non -feulement les Plantes , mais encore
les figures des Animaux , dont le tout ,
ou les parties , peuvent fervir à la Médecine
, fuivant le plan que M. Geoffrot
92 MERCURE DE FRANCE.
*
s'étoit formé , & que fes Continuateurs
ont exécuté. Il efpére qu'on ne trouvera
pas les Animaux moins exacts que
les Plantes : tous ceux qu'il a pu copier
d'après nature , l'ont été ; & comme
fon goût pour deffiner les Animaux ,
étoit une fuité de celui qu'il avoit pour
la chaffe , il paffoit une partie de fes
loiſirs à en faire des études , & même
à peindre ceux qui lui tomboient fous
la main : c'eft pourquoi il n'a pas eu de
peine à raffembler & à mettre de fuite
les animaux que la Matiére Médicale lui
a indiqués. A l'égard du petit nombre
de ceux donton n'a que des defcriptions
fans deffeins , ou avec de très- mauvais
deffeins , comme les baleines , la chèvre
du bézoart , le renne de la Lapponie ,
& c , il n'eft pas certain que les figures
en foient auffi parfaites : il ne lui a été
poffible que de comparer & de combi .
ner les différentes defcriptions ; confulter
, de vive voix , les perfonnes qui ont
pu voir ces Animaux dans leurs voyages,
& s'aider de leurs parties , confervées
dans les Cabinets curieux du Roi &
autres.
On verra que tous ces deffeins font
MM. Arnaud de Nobleville & Salerne , Mé➡
decins à Orléans .
JUILLET. 1764.
د
traités d'une manière qu'on peut appeller
nouvelle , principalement les Plantes,
lefquelles quelque grandes qu'elles
foient , font exprimées toutes en entier ,
& comme on les apperçoit fur la terre ,
afin qu'on puiffe les reconnoître au
premier coup d'oeil , indépendemment
des parties féparées qui les caractériſent,
comme fruits , fleurs , & c, ce qui n'a ,
jufqu'à préfent , été exécuté par aucun
Auteur de Botanique , comme elles
le font ici.
4.
L'Auteur ofe encore fe flatter que les
Curieux & les Amateurs d'Hiftoire Naturelle
trouveront dans ce Recueil de
quoi fe fatisfaire ; & que les Peintres &
Deffinateurs d'ornemens , d'étoffes &
de payfages y rencontreront plus de
variétés qu'ils n'en peuvent imaginer.
Cet Ouvrage , compofé de plus de
730 Planches & plus , in-8°. gravées
fur cuivre en taille- douce , s'imprime
actuellement. Il fera divifé en cinq tomes
le premier contient les Plantes
exotiques ou étrangères ; le fecond
troifiéme & quatriéme , les Plantes indigènes
, ou de nos climats ; & le cinquiéme
, les Animaux : le tout fera du
prix de 48 livres. On fournira gratis ,
à ceux qui n'auront pas la Matière
94 MERCURE DE FRANCE.
Médicale de M. Geoffroi , & qui fe
contenteront des deffeins feuls une
Table imprimée où les noms François
feront ajoutés aux noms Latins.
,
On compte que le tout fera en état
d'être préfenté au Public dans le courant
du mois de Mai prochain . En attendant
ce terme , ceux qui voudront
voir un échantillon de tout l'Ouvrage,
peuvent dès- à - préfent s'adreffer :
A Paris , à MM. Defaint & Saillant
, Libraires , rue S. Jean de Beauvais
, ou à M. Defprez , Imprimeur du
Roi & du Clergé de France, rue S. Jacques
, au coin de la rue des Noyers.
VALLEYRE Père , Imprimeur - Libraire
, à Paris rue S. Severin , a imprimé
, & débite une Brochure intitulée
Extrait de la Gazette du Commerce ,
concernant la Société des Soufcripteurs
de Londres , & celle quife forme à Paris
pour l'encouragement de l'Agriculture ,
des Manufactures & du Commerce. Cet
Ecrit eft dédié à M. le Duc de Praflin ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat. Il eft précedé
d'un Avertiffement dans lequel
M. Le Rebours , qui a rédigé jufqu'ici
la Gazette du Commerce , fait de nouveaux
efforts pour infpirer à fes LecJUILLET.
1764. 95
teurs la réfolution de fe foumettre à
une contribution annuelle pour encou
rager les travaux utiles parmi nous. On
voit dans le cours de l'Ouvrage la fuite
des prix propofés à Londres fur toutes
les branches d'induftrie . On y apprend
que plus de trois mille Anglois dépofent
annuellement dans une caiffe commune
deux guinées chacun pour ré-.
compenfer les travaux utiles. On y lit
avec plaifir les réfléxions que M. Le
Rebours faifoit à mesure qu'il annonçoit
les prix de Londres , & on y lit
avec encore plus de plaifir les noms
d'un nombre confidérable de François
de tous les états qui fe font foumis volontairement
& annuellement à contribuer
de deux louis chacun pour encourager
en France l'Agriculture , les
Manufactures & le Commerce. On ne
peut pas douter que cet exemple , fi
digne d'éloges , ne foit imité par un
grand nombre de Citoyens. Il fera alors
bien agréable pour M. Le Rebours de
voir un projet , dont il a le premier répandu
l'idée dans le Public , adopté par
la Nation , & produire les avantages immenfes
qu'on a lieu d'en attendre,
6 MERCURE DE FRANCE :
LE
AVIS AU PUBLIC.
E Public éclairé a reçu avec tant
d'ardeur , & lu avec tant de plaifir les
diverfes Traductions Allemandes qu'on
lui a données depuis peu , que les Allemands
ont été juſtifiés de la prévention
dans laquelle on étoit en France, contre
leur goût , & furtout contre leur Poëfie.
L'Allemagne eft fi fauvent le théâtre
de la guerre , que la Langue de
cette Nation eft néceffaire aux Militaires
; auffi fait-elle partie de l'éducation
de cette jeune Nobleffe deſtinée à la
défenſe & à la gloire de l'Etat. Plufieurs
perfonnes qualifiées font leur étude
, ou leur amufement de l'Allemand.
C'est dans la vue d'en faciliter l'étude ,
& d'en rendre les fecours plus prochains
, que le fieur Mufier fils ,` Libraire
quai des Auguſtins , a fait venir
de différentes Villes d'Allemagne les
Livres les plus effentiels & les plus eftimés
dans cette Langue . Il fe charge
même de faire tenir les Livres qu'on
lui demande.
ANNONCES
JUILLET. 1764. 97
ANNONCES DE LIVRES.
LE droit Public de l'Europe , fondé
fur les traités ; par M. l'Abbé de
Mably; troifiéme Edition revue, corrigée
& augmentée ; à Genêve par la compagnie
des Libraires ; 1764 ; trois volumes
in-12.
Le mérite de cet ouvrage connu l'a
fait nommer par quelques Miniftres , le
Manuel des Politiques . En en donnant
une nouvelle Edition , on s'apperçoit
que l'Auteur l'a revu & travaillé avec
beaucoup d'attention ; & nous avons
remarqué , en comparant cette édition
avec les précédentes, qu'il a rendu celleci
beaucoup plus utile , en traitant plufieurs
matières importantes avec plus
d'étendue ; mais nous croyons que ce
Livre ne peut convenir qu'aux perfonnes
qui ont déja quelque connoiffance
du Droit naturel & de l'Hiftoire moderne
de l'Europe.
LE Jeu du Reverfis ; à Amfterdam ;
1763 , Brochure in- 12. de 128 pages.
Ce Jeu , difficile à bien jouer demandoit
des régles claires & bien rédi-
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
gées ; c'eft ce qu'on trouvera dans
cette Brochure qui a le double avantage
d'être écrite avec clarté & préciſion,
MÉMOIRES ou Avantures de Dom
Inigo de Pafcarilla , par l'Auteur de
la nouvelle Marianne ; dédiés à M. le
Comte de Noailles ; en Efpagne &
fe trouve à Paris , chez Duchesne , rue
S. Jacques , Mufier , quai des Auguftins;
Panckouke , rue de la Comédie Françoife
; 164 ; deux parties féparées in-
12 , formant enſemble un volume relié.
L'Auteur de ce Roman , dans le goût
Efpagnol , eft M. l'Abbé Lambert , connu
par plufieurs Ouvrages d'une vafte
étendue. Son but a été de peindre dans
celui- ci un Philofophe Eſpagnol , ami
de l'humanité , ne cherchant qu'à rendre
les hommes heureux fortune ,
repos ,
douceurs de la vie , il leur facrifie
tout ; il entreprend la réforme d'un Peuple
entier ; il veut en faire des hommes.
nouveaux , & il y réuffit.
AMUSEMENS Philofophiques , par
M. de Montagnac , ci- devant Capitaine
au Régiment, de Breffe ; avec cette Epigraphe
: omnis ætatis homines hæc fchola
admittit. SÉNEQUE . A la Haye , & à
JUILLET. 1764. 99
Paris , chez les Libraires qui vendent
les nouveautés ; 1764 ; 2 volumes in-
12.
Cette double brochure forme un mêlange
très -agréable & très-varié de Ve s
& de Profe , de morceaux d'Histoire ,
de Contes , d'Anecdotes , d'Avantures ,
& de Réfléxions ; le tout terminé par
une piéce de Théâtre intitulé la Fille de
feize ans , ou la Capricieufe , Comédie
en vers & en trois Actes. La lecture de
ce Recueil nous a fait plaifir ; & nous
croyons furtout que les morceaux Hiftoriques
& plufieurs Anecdotes galantes
pourront plaire à la plupart des Lecteurs
.
>
DICTIONNAIRE Domestique portatif,
contenant toutes les connoiffances
relatives à l'économie domeftique & rurale
, où l'on détaille les différentes
branches de l'Agriculture , la manière
de foigner les chevaux celle de
nourrir & de conferver toutes fortes de
beftiaux , celle d'élever les Abeilles
les Vers-à-Soye ; & dans lequel on trou
ve les inftructions néceffaires fur la
Chaffe , la Pêche , les Arts , le Comla
Procédure , l'Office , la
Cuifine &c ; Ouvrage également utile à
merce ,
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
ceux qui vivent de leurs rentes , ou qui
-ont des terres comme aux Fermiers
aux Jardiniers , aux Commerçans & aux
Artiftes ; par une Société de Gens de
Lettres ; à Paris , chez Vincent , Imprimeur-
Libraire , rue Saint Severin , avec
Approbation & Privilége du Roi ; 1764 ,
trois volumes in - 8°. à double colonne.
Ily a eu jufqu'à préfent peu de Livres
auffi utiles , & d'un ufage auffi univerfellement
étendu , que celui que
nous annonçons. Il n'eft prèfque pas
poffible de s'en paffer dans une maifon ;
auffi ne manquerons- nous pas d'en donner
un Extrait plus étendu , qui en fera
connoître mieux les avantages,& même
l'indifpenfable néceffité.
PLAN d'Etudes & d'Education avec
un difcours fur l'Education ; par M.
Sutaine , Chanoine régulier de Saint
Antoine ; à Paris , chez A. M. Lottin ,
l'aîné , Imprimeur & Libraire de Mgr
le Duc de Berry , rue Saint Jacques
au Coq , près Saint Yves ; avec Approbation
& Privilége du Roi ; 1764 , un
volume in 12.
Quoiqu'on ait déjà beaucoup écrit
fir cette matière , elle ne paroît point
1
JUILLET. 1764. ΙΟΙ
encore épuifée , & tous les jours on
préfente au Public de nouvelles vues à
ce fujet. L'ouvrage que nous annonçons
eft divifé en plufieurs lettres , dans lefquelles
on indique les Ecrivains dont
la connoiffance eft néceffaire au Maître
qui veut fe préparer à enfeigner la Langue
Latine à fes Difciples ; on y trouve
auffi des jugemens fur ces Auteurs , &
une indication des Ecrivains François les
plus utiles pour faire un cours de belle.
Lettres. Ces Lettres font fuivies d'un
plan d'étude particulier pour la jeuneffe,
avec des principes pour une bonne
éducation ; & c , & c.
MÉMOIRE Hiftorique & critique
fur les principales circonftances de la
vie de Roger de Saint Lary de Belle-
Garde , Maréchal de France ; & principalement
fur l'entreprife qu'il forma
pour fe rendre indépendant de l'autorité
Royale dans le Marquifat de Saluces ,
& fur les fuites qu'eut fa révolte après fa
mort ; par feu M Secouffe , de l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres ; à Paris , 1764 , vol . in- 12.
Entre plufieurs points de nos Annales
qu'avoit difcutés M. Secouffe , celui qui
regarde les principales circonstances de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
la vie du Maréchal de Bellegarde , eft
traité avec la plus grande exactitude .
On y voit partout le flambeau de la
critique éclairer les grandes négociations
qui pafférent entre les mains de ce
Maréchal . C'est toujours d'après les Auteurs
ou les Monumens du temps, qu'il
reléve les Ecrivains que le défaut d'attention
, ou trop de légéreté avoient
écartés de la vérité. L'affaire du Marquifat
de Saluces , un des plus importans
événemens qui fe foient paffés
fous le régne de nos Rois de la troifiéme
race , y eft parfaitement éclaircie ;
toutes les intrigues de la Cour mifes
dans une entière évidence ; & les intentions
& les motifs du Maréchal de Bellegarde
dévoilés avec la même clarté.
On en trouve des Exemplaires chez
MM. Deffaint & Saillant.
PRINCIPES du Droit naturel & politique
, par J. J. Burlamaqui , Confeiller
d'Etat , & ci -devant Profeffeur en
Droit Naturel & Civil Geneve ; nouvelle
édition , revue & corrigée ; à Genéve
& à Coppenhague , chez Cl. & Ant ..
Philibert ; 1764 ; & à Paris , chez les
mêmes.
Cette nouvelle édition ne contient
JUILLET. 1764. 103
purien
de plus que la dernière qui fut
bliée en 1763 du même caractère que
celle-ci , format in 4°. que l'on peut
relier en un ou deux volumes , & à
laquelle on a joint un Supplément contenant
diverfes Piéces intéreffantes &
relatives à la vie de l'Auteur. Ce Supplément
fe débite auffi à part pour fervir
de fuite aux précédentes éditions
in-4°. Celle que nous annonçons à préfent
eft divifée en trois volumes in- 12 ,
dont le premier contient le Droit Naturel
, & les deux autres , le Droit Politique.
*
PROJET d'ouverture & d'exploitation
de minières & mines d'or & d'autres
métaux , aux environs du Cézé
du Gardon , de l'Eraut , & d'autres
Rivières du Languedoc , de la Comté
de Foix , du Rouergue..... & c ; par
M. l'Abbé de Gua de Malves . A Paris ,
chez Deffain Junior , Libraire , Quai
des Auguftins , à la Bonne Foi ; 1764 ;
avec Approbation & Permiffion ; Brochure
in-8 °. de 260 pages , avec des
Cartes Topographiques.
En 1751 M. l'Abbé de Gua préfenta
un Mémoire au Contrôleur - Général
, fur des moyens nouveaux de trou-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
à
ver de l'or foffile dans le Royaume , en
peu de temps , peu de frais , & en
affezgrande abondance . Après la lecture
de ce Mémoire , le Miniftre l'envoya
dans la partie des Cevenes qu'arrofe
la riviere de Cézé , pour y faire
un effai . Ce voyage fait le fujet d'une
partie de cette Brochure. On y prouve
en commençant , que les Gaules du
temps des Romains & la France
dans les premiers temps de la Monarchie
, ont été très- fécondes en mines
d'or ; & il réfulte de divers faits confignés
dans l'Hiftoire de notre Nation
qu'on n'y a jamais abandonné le projet
de tirer parti de ces mines. L'Auteur
s'arrête principalement fur quelques découvertes
qu'il a faites dans fon voyage
, toujours relatives à fon objet ; &
expofe dans le plus grand détail toutes
les objections qu'on pourroit faire
contre l'ouverture & l'exploitation des
minières d'or en France ; il les difcute
& il y répond. Il dit enfin un mot des
fecours qui lui paroiffent néceffaires
pour réuffir à ouvrir avec le plus grand:
avantage des minières de toute efpéce
, qu'il a découvertes .
ESSAI fur l'Education des Demoi
JUILLET. 1764 . TOS
,
felles ; par Mademoiſelle d'Espinally ;
à Paris au Palais chez Barthelemi
Hochereau , lejeune , au Pilier des Confultations
; 1764 ; avec Approbation &
Permiffion ; Brochure in- 12 de 84 pag.
Le but de cet Ouvrage eft d'éloigner
des jeunes Demoifelles toutes les
paffions dangereufes à leur féxe , &
de les rendre auffi fenfées qu'aimables.
Dans ce deffein l'Auteur les prend dès
leur plus tendre enfance , & les conduit
jufqu'à leur mariage. Les Maîtres , les
Maîtreffes qu'il faut leur donner , la
Religion qu'il faut leur enfeigner , les
lectures qui doivent les occuper , l'établiffement
qu'il faut leur procurer, font
les divers points de cette Brochure.
,
MÉMOIRE contre la légitimité des
naiffances prétendues tardives dans
lequel on concilie les Loix civiles avec
celles de l'économie animale ; par M.
Louis , Profeffeur Royal de Chirurgie
, Cenfeur Royal , Chirurgien confultant
des Armées du Roi , &c . A
Paris , chez P. G. Cavelier , Libraire ,
rue S. Jacques , au Lys d'Or ; 1764 ;
avec Permiffion ; Brochure in-8°. de
92 pages.
11 eft question de fçavoir fi une
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
femme qui met au monde un enfant
dix mois & plus , après la mort de fon
mari , peut faire paffer cet enfant pour
légitime . Cette matière intéreffante &
délicate mérite d'occuper une place
plus étendue dans ce Journal , & nous
ne tarderons pas d'entrer là - deffus dans
un plus grand détail . On y verra comment
un homme d'efprit , qui joint la
facilité d'écrire aux connoiffances de
fon Art , a fçu mettre à la portée de
tous les Lecteurs , un des myſtères les
plus cachés de la Nature .
MÉMOIRE fur les Limites de l'Empire
de Charlemagne , qui a remporté
le prix propofé par l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles- Lettres ; par
Dom Philippe-Louis Lieble , Bénédictin
de la Congrégation de S. Maur , à
l'Abbaye de S. Germain - des-Près. A
Paris,de l'Imprimerie de H. L. Guerin,
L. F. Delatour ; 1764 ; avec Approbation
& Permiffion. Brochure in- 12 .
Pour remplir l'objet de ce Mémoire ,
il n'a fallu qu'examiner quelles font les
Contrées , où les Limites de l'Empire
François furent les plus réculées fous
Charlemagne ; & pour cela l'Auteur
divife fa matière en quatre parties qui
JUILLET. 1764. 107
font 1 °. La Saxe à laquelle il joint les
contrées de la Germanie , où des Nations
Slavones s'étoient établies . 2º. La
Pannonie qui lui donne occafion de
parler de l'ancienne Bajoarie ou Baviere.
3 °. L'Italie à laquelle fe joint
la Dalmatie , parce qu'elle eft rangée
fur le bord de la Mer Adriatique.
4. L'Efpagne , par laquelle il termine
fon Mémoire .
LETTRES du Marquis de Rofelle ;
par Madame de Beaumont ; à Londres ,
& fe trouve à Paris chez Louis Cellot ,
Imprimeur- Libraire , Grand- Salle du
Palais , & rue Dauphine ; 1764' ; deux
parties in-12 .
La multitude des Nouveautés Littéraires
dont nous fommes obligés de
rendre compte , nous permet pas
toujours d'en donner des extraits auffitôt
qu'elles paroiffent ; à peine avonsnous
même le temps de les parcourir.
Le Roman de Madame de Beaumont
eft du nombre de ceux qui méritent
une attention particulière par l'Intérêt
qui y regne & les leçons qu'on y donne ;
& le Public attend de nous quelque chofe
de plus qu'une fimple annonce .
LES Mufes Françoifes ; première
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
1
Partie contenant un tableau univerfel
par alphabet & numéro des Théâtres
de France ; avec les noms de leurs Auteurs
, & de toutes les Piéces anonymes
de ces Théâtres , depuis les myftères
, jufqu'en l'année 1764 ; à Paris
chez Duchefne , rue S.. Jacques , au
Temple du Goût ; avec Approbation
& Privilége du Roi ; un vol. in-8°,
petit format , prix , 2 liv, broché .
9
Tout le monde connoît l'excellent
Dictionnaire Portatif des Théâtres par
M. de Léris , dont on a fait déja plufieurs
Editions & une entr'autres
l'année dernière , infiniment plus complette
que les précédentes. L'Ouvrage
que nous annonçons aujourd'hui n'eft
qu'une compilation imparfaite de cet.
excellent Dictionnaire . La Juftice nous
oblige d'en avertir le Public.
COMPTES des Conftitutions & de
la Doctrine des Jéfuites , & c.
Defpilly , Libraire , rue S. Jacques
à la Croix d'Or , donne maintenant au
Public les Ouvrages fuivant à un prix
très modique ; fçavoir , Compte des
Conftitutions de la Doctrine de la Société
fe difant de Jéfus , rendu au Parlement
de Normandie ; par M. Charles ;
.
JUILLET. 1764. 200
vol. de 427 pages in- 12. broché liv.
Second compte rendu fur l'appel
comme d'abus des Conftitutions des
Jéfuites ; par M. Louis René de Caradeuc
de la Chatotais ; volume de 160
pages in-12 , 8 fols.
MÉMOIRE fur la culture du fainfoin ,
& fes avantages dans la Haute Champagne
; par M .... de la Société Littéraire
de Châalons , Affocié- correfpondant
de l'Académie Royale des Sciences
& Arts de Metz ; à Amfterdam, & fe trouve
à Paris chez Deſpilly , Libraire , rue
S. Jacques , à la Croix d'Or ; 1764. Brochure
in-12 de 60 p. prix , rof. broché.
Nous renvoyons les Laboureurs de
Champagne à la lecture de ce Mémoire
qui nous a paru clair & méthodique .
DISSERTATION neutre fur l'Inoculation
de la petite Vérole ; à Amfter
dam , & fe trouve à Paris chez Def
pilly , rue S. Jacques , à la Croix d'or ;
1764 ; Brochure in 12. de 68 pages.
Prix , 10 f. broché.
On ne fe laffe point d'écrire fur l'Inoculation..
Nous craindrions de laffer
le Public , fi nous donnions des Extraits-
& même des notices un peu étendues
de toutes les Brochures qui paroiffent
110 MERCURE DE FRANCE .
fur cette matière ; nous nous contenterons
déformais de les annoncer.
LETTRE d'Alcibiade à Glycère ,
Bouquetière d'Athénes ; fuivie d'une
Lettre de Vénus à Pâris , & d'une Epître
à la Maîtreffe que j'aurai ; à Genève ,
& à Paris , chez Sebaftien Jorry , Imprimeur-
Libraire , rue & vis- à - vis la
Comédie Françoife , au Grand Monarque
& aux Cigognes ; 1764 ; brochure
in - 8° . de 36 pages , très- bien imprimée ,
fur de beau papier , avec de fort jolies
Gravures .
C'eſt donner une idée avantageufe de
ces diverfes petites productions , que
d'avertir le Public qu'elles font de l'Auteur
de Zélis au bain , & éxécutées dans
le même goût , quant à la partie Typographique
& aux ornemens du burin . A
l'égard de la verfification , c'est toujours
la même légéreté , la même fraîcheur de
coloris .
* CAMPAGNES du Maréchal de Créquy
en Lorraine & en Alface en 1677 ;
rédigée par M. Carlet de la Roziere ,
Chevalier de Saint Louis , Lieutenant-
Colonel de Dragons , & ci- devant Aide-
Major - Général des Logis de l'Armée du
Haut-Rhin ; à Paris , chez Merlin , LiJUILLET.
1764. III
braire au Mont Saint Hilaire ; feconde
édition , revue & corrigée.
Nous avons déjà fait connoître cet
ouvrage lors qu'il parut pour la première
fois. La nouvelle édition qui fe trouve
chez Merlin, Libraire , prouve le prompt
débit de ce Livre , qui effectivement
mérite d'occuper tous les Militaires . M.
Carlet de la Roziere , Officier de diftin-
&tion , & qui a eu la confiance de plufieurs
de nos Généraux , n'eft pas fimple
Editeur de cette campagne célébre ;
il a rapporté des circonftances & même
des faits omis dans le Manuſcrit qu'il
s'eft donné la peine de rédiger ; il a
auffi relevé & ajouté quantité de dates
& d'époques qui manquoient ; & il n'a
fait ces additions & ces corrections
qu'après de bonnes autorités. Il eft glorieux
à un jeune Militaire d'avoir fçu
mériter l'eftime des Généraux à l'Armée
, & celle des Gens de Lettres &
des Sçavans dans la Capitale .
Le même Libraire , le fieur Merlin ;
vend auffi la Traduction libre ou l'Imitation
en vers , du fameux Poëme
Italien , le Richardet. Nous avons déja
annoncé cette agréable compofition ,
qui rend dans notre Langue , de la manière
la plus ingénieufe & la plus plai112
MERCURE DE FRANCE.
fante , toutes les fingularités du Poëme
Italien . Nous en avons promis un Extrait
que nous ne tarderons pas d'offrir
à nos Lecteurs pour égayer notre Journal.
Ce n'eft pas qu'il n'y ait auffi dans
ce Poëme des morceaux très- pathéti
ques auquel l'Auteur François a fçu
conferver toute leur énergie ; & l'on
peut regarder cette imitation poëtique
comme un mêlange de comique & de
férieux qui en fait une production trèsfingulière
& en même-temps très-agréablé.
Le fieur Merlin , qui eft chargé du
débit de cette Nouveauté, diſtribue auffi
depuis quelque temps les Campagnes
du Roi de Prufſe en 1742 & 2745 ,
avec des réfléxions fur les caufes des évé
nemens; vol: in- 12 , dont nous donnerons
un extrait inceffamment , de même
que des fuccès d'un Fat , joli Roman
dont le même Libraire vient de donner
une nouvelle édition , & que nous
n'avons fait qu'annoncer dans un de
nos précédens Mercures . On trouve auffi
chez lui , rue du Mont Saint Hilaire.
toutes les Nouveautés , & fpécialement
les dernières éditions des OEuvres de M.
de Voltaire , & plufieurs Ouvrages cu
rieux qui ne fe vendent point ailleurs.
JUILLET. 1764. 113
ARTICLE III.
SCIENCES ET BELLES LETTRES
ACADEMIE S.
SÉANCE publique de la Société Littéraire
d'ARRAS , tenue le t4 Avril
1764.
M. FOACIER DE RÜZÉ , Avocat
Général du Confeil d'Artois , Directeur
de la Société , fit l'ouverture de cette
Séance par un Difcours qui avoit pour
titre, de l'influence des Arts & des Sciences
fur le ftyle. Il commença par y
expofer quelle a été l'origine de l'Elocution
, & en quoi elle confifte. » Mais ,
» ajouta-t- il , l'Art de bien dire eft- il
»le fruit de quelque méthode ? La
» Rhétorique détaille bien les couleurs
qu'on peut employer , enfeigne l'u-
" fage qu'on en doit faire , nous ap-
» prend que l'harmonie doit regner
» dans l'affortiment des Phraſes de
»" manière que l'on fente en elles une
»fuite marquée , un enchaînement qui
» en conftitue l'unité , par des rapports

114 MERCURE DE FRANCE .
» mutuels. Elle exige le même concert
» dans la fuite des mots qui compofent
la phrafe ; elle veut qu'on leur donne
» du nombre & de la cadence ; mais
» avec ces fecours , le Rhéreur n'eft
» pas encore un homme éloquent. Eft-
» il une méthode qui puifle enfanter
» l'expreffion & l'harmonie , & qui
» donne le moyen de faire un enfemble
» de toutes les parties du ftyle ? Les
» préceptes ne conduifent fouvent qu'à
» des lieux communs , qui bientôt font
"
épuifés. Que le Rhéteur cultive les
» Arts & les Sciences ; il aura tous les
» tréfors fous la main . Des connoif-
» fances acquifes lui fourniront de bel-
» les images , & lui donneront une
» idée d'ordre & de fymmétrie , qu'il
communiquera fans effort à ſon ſtyle .
» Heureufe néceffité qui oblige le Lit-
» terateur à devenir fçavant !
Nous ajouterons à cette citation plufieurs
exemples qu'apporta M. de R.
pour prouver & développer fa propofition
.
» Un homme de Lettres , qui s'eſt li-
" vré à l'étude de la Méchanique , vou-
» droit décrire un Gouvernement quel-
» conque. Il fe peint une vafte machi-
»ne , compofée d'une infinité de
JUILLET. 1764. 115
> roues , qu'un feul reffort met en
» mouvement. Le maintien de chaque
» état , relativement à ceux qui l'environnent
, forme , felon lui , un bel
» équilibre ; & cet équilibre réfulte du
point d'appui qu'ils fe donnent les uns
aux autres .
» Quelles font les idées , lorfqu'elles
» fe transforment dans ce que la Pein-
» ture & la Sculpture ont de gracieux
& de fublime ! qu'il lui aiſé eft d'em-
» ployer le cifeau & le pinceau , pour
donner du corps & de la couleur à
»fes pensées.
» L'Optique fert à définir la préven-
» tion. Ne dit-on pas qu'elle produit le
» même effet que ces verres colorés qui
»font voir les objets tout autres qu'ils
» ne font ? Le Littérateur ne fait- il
» pas ufage avec fuccès , du Teleſcope ,
» des Points de vue , de la Perfpective ,
,, & de la réunion de plufieurs rayons ,
pour en former un corps de lumière ?
» Comment mefurer des êtres abf-
» traits , donner , pour ainfi dire , une
forme fpirituelle à la matière , fi l'on
ignore la Métaphyfique ? Cepen-
» dant on ne plaît fouvent que par cet
» Art. C'eft ainfi que l'on exprime les
» révolutions de la nature , ou les rap16
MERCURE DE FRANCE.
»ports qu'elles peuvent avoir avec les
» mouvemens de notre âme . N'eft - ce
» pas une expreffion confacrée à l'élo-
"quence de dire que la mer eft en fu
» reur , pour faire fentir qu'elle eft vio-
» lemment agitée ? Sans être Philoſo-
» phe , on ne peut fe promettre quelque
"
» réuffite dans cette manière d'écrire. "
M. le Marquis de la Ferté , Chancelier
, lut un Difcours fur l'Hiftoire. Il
démontra combien l'étude en eft utile
à tous les hommes , & furtout aux Souverains.
Après quoi , il entra dans
l'examen des qualités que doit poffé
der un Hiſtorien , en qui il exige principalement
la plus exacte impartialité ,
la connoiffance des moeurs , des ufages ,
& de la forme des Gouvernemens ; un
difcernement exquis , une pénétration
capable de dévoiler , autant qu'il eft
poffible , les caufes des événemens
mais fans ce rafinement qui veut rendre
raifon de tout , & attribue fouvent
aux refforts de la politique les effets
d'un caprice ou du hazard ; enfin cet
efprit d'ordre qui donne aux faits qu'on
a à décrire l'arrangement le plus convenable
& la liaifon la plus naturelle.
M. l'Abbé de Gafton , Chanoine de
la Cathédrale , nouvellement reçu dans
JUILLET. 1764. 117
la Compagnie , fit fon remercîment ,
& lut enfuite un Difcours fur le Travail
, dont il prouva la néceffité & les
avantages. » Chacun des hommes , dit-
» il, peut être utile à la Société par quel-
» que efpèce de travail ; & celui qui
» ne lui rend pas à proportion de ce
» qu'il en reçoit , devroit être retran-
» ché du Corps politique , comme un
» membre ftérile , qui profite d'un fuc
» deſtiné à porter ailleurs l'efprit & la
» vie....
" Tout dans la nature ne femble-t-il
» pas nous dire que le travail eft d'obli-
» gation ? Il eſt un principe de vie &
» d'action répandu dans tout l'Univers.
" Les Aftres qui nous éclairent font
»dans un mouvement continuel. La
" Terre n'eft jamais , à proprement par-
» ler , dans un état de repos : elle tra-
» vaille au milieu du calme de la nuit ;
» & lors même qu'un hyver rigoureux
»paroît lui ôter fa vigueur , & la con-
» damner à la plus grande inertie , il fe
»fait dans fon fein mille fermentations
»fecrettes. Toutes fes parties agiffent
» les unes fur les autres , par
des rap-
» ports & des combinaiſons , dont l'ef-
» fet eft d'enrichir la main qui facilite
fes opérations....
118 MERCURE DE FRANCE .
"
!
Que d'animaux , à qui l'instinct tient
»lieu de raifon , nous offrent des le-
» Çons , en travaillant fans relâche I
» le Caſtor , dédaignant les afyles que
»lui offre le hazard , fe pratique , à
» force de foins & d'activité , une ha-
» bitation dont les proportions & la
»folidité font l'admiration des hom-
» mes. La diligente abeille rejette de
» fa fociété toute ouvriere indolente &
» pareffeufe. Tout porte l'empreinte de
»l'harmonie & de la légiflation qui re-
> gnent dans ces petites républiques.
» Le lever du Soleil eft le fignal qui
» anime les Abeilles au travail : chacu-
» ne dirige fa courfe dans les campa-
» gnes : il n'eft pas une fleur , pas une
» plante odoriférante , qui foit à l'abri
» de leurs larcins ; & le Sage qui les
» admire les voit revenir chargées d'un
précieux butin , qu'elles difpofent
» fans trouble & fans confufion , dans
» des cellules conftruites avec l'art le
» plus merveilleux .
"
M. l'Abbé de Gafton paffa de ces
exemples à des principes plus directement
relatifs aux hommes , pour les
convaincre qu'ils font tous obligés de
travailler foit de corps , foit d'efprit , felon
leur tempérament , leur naiffance ,
JUILLET, 1764. 119
leur condition , & les circonftances où ils
fe trouvent . Il fit voir que fi les perfonnes
laborieufes font fujettes aux peines inféparables
de l'humanité , elles évitent
beaucoup de maux auxquels les gens
oififs font bien plus expofés. Il montra
que le travail prête des armes contre
l'ennui , fait diverfion au chagrin ,
écarte les attaques des paflions ; & il
dit , entre autres chofes , au fujet de
l'ennui. Eft- ce le Philofophe qu'on
» voit embarraffé de fon être , fe déplai-
» fant toujours où il eft , voulant être
» où il n'eft pas , fans confiftence & fans
» repos , femblable à ces nuages pouffés
» par des vents contraires , qui n'ont
»jamais d'affiette déterminée ou de
» mouvement régulier ? D'où vient
» cette expreffion bizarre , je vais tuer
"
le temps ? A ce trait , vous reconnoif-
» fez fans doute le langage de l'oifiveté
» réduite à une forte de défefpoir.
" C'est par quelqu'un de fes malheu-
» reux efclaves également dignes de
» mépris & de pitié, incapables de rem-
» plir les intervalles de la vie , qu'a été
" employée , pour la première fois , cette
» façon de parler , aujourd'hui tant en
» ufage. Etrange contradiction ! l'hom-
» me pareffeux , fi fortement attaché à
#
120 MERCURE DE FRANCE .
» la vie , trouve néanmoins le temps
trop long ; il en eſt tourmenté comme
d'un pefant fardeau . Il veut tuer
le temps ; & le temps le tue lui - même ,
" à force de lui faire fentir fa durée ,
tandis qu'il coule rapidement pour le
Sage , qui tâche de le retenir & de le
• fixer , & c.
»
» Les biens les plus folides , dit plus
» loin M. l'Abbé de G. font le partage
» de l'homme ftudieux , le travail étend
» fon être l'univers femble s'agrandir
» pour lui , tandis que le mortel inappli-
» qué demeure toujours refferré dans le
» cercle étroit de fes idées...... Quel que
» foit le genre d'occupatión auquel fe
» dévoue le premier, la récompenfe mar-
» che à la fuite de fon travail . Jurifcon-
» fulte, il entre avec confiance dans le dé-
» dale des Loix ; & malgré les détours
» multipliés de ce labyrinthe, il remonte
» à cette première juftice, régle immua-
» ble de la Société : il apperçoit la vérité
» enveloppée fous untas de formes & de
chicanes , & il la faifit avec tranf-
» port. Hiftorien , ou feulement appli-
» qué à l'hiftoire ; il goûte un plaifir
fingulier à rétablir un point de chro-
» nologie , à fixer la jufte époque d'un
fait défiguré & obfcurci , fur lequel
$
» les
JUILLET . 1764. 121
"
les Sçavans étoient partagés . Philofophe
, il arrache à la Nature longtemps
» épiée un fecret quelle s'obstinoit à lui
» cacher ; & il triomphe de fa réſiſtan-
» ce . Géomètre , il parvient à la folu-
» tion d'un Problême qui piquoit fa cu-
» riofité. Aftronome , fon oeil franchit ,
» à l'aide du Télefcope , des efpaces
» immenfes : il fe rapproche des Aftres,
» dont il combine les diftances & les
» opérations. Naturalifte , il apperçoit ,
» à la faveur du Microfcope , la circu-
» lation du fang dans un infecte , les
" progrès de la végétation dans une
» plante il démêle , dans les fibres
» d'un arbriffeau , cette féve qui fournit
"la fubftance & la vie aux feuilles &
» aux fleurs ; & il éprouve , dans ces
» heureux momens , la joie extrême
qui faifit Archimède , après ſes pre-
» mières découvertes.
"
Plufieurs autres détails prouverent de
plus en plus la Thèfe de M. l'Abbé de
G. qui n'omit aucun des motifs capables
d'exciter les hommes au travail.
M. Denis le jeune , Avocat , nouvel
Affocié , lut , après fon remercîment
une Differtation fur Sénéque & Corneille
, dont le principal objet eft d'examiner
quelques morceaux de la Tragédie
II. Vol. F
$ 22 MERCURE DE FRANCE.
de Cinna , puifés dans Sénéque , en for
Traité de la clémence & de comparer
les paffages corrélatifs des deux Auteurs.
M. Denis , plein de refpect pour le
Prince de nos Poëtes Tragiques , croit
cependant pouvoir critiquer la manière
dont Augufte reçoit, au quatriéme A&e ,
le confeil que lui donne Livie , d'eſſayer
fur Cinna ce que peut la clémence . L'Empereur
y reproche à cette Princeffe de
lui donner des confeils de femme il
l'accufe d'avoir trop de foibleffe ou
d'ambition & lorfqu'elle le conjure
d'accorder à fon amour la grace qu'elle
implore ; il répond que c'est l'amour
des grandeurs qui la rend importune.
Sénéque , dont Corneille a emprunté le
difcours de Livie , dit que l'Empereur
le goûta , & qu'il en remercia fon époufe
. Le Poete François paroît d'autant
plus répréhenfible de n'avoir point
imité en cela fon original , que luimême
, au cinquième Acte de fa Piéce,
fait prendre à Augufte la réfolution de
pardonner au confpirateur. Auffi , dit M.
Denis , la fcene dont il s'agit , condamnée
par le bon goût , eft- elle actuel,
lement profcrite du Théâtre ? On a en
effetfupprimé , depuis un certain temps,
dans les repréfentations de Cinna , le
'JUILLET. 1764. 123
Tôle de l'Impératrice Livie , qui ne paroiffoit
que dans cette même fcène , &
dans les deux dernières de la Tragédie ,
où elle n'étoit qu'un perfonnage prèfque
oifif.
La differtation de M. Denis finit par
un parallèle du ftyle de Sénéque & de
celui de Fontenelle , que bien des gens
regardent comme affez femblables , &
entre lefquels il obferve une grande
différence. Cet Ouvrage préfentement
imprimé, fetrouve à Arras chez Nicolas,
rue S. Géri .
Après que le Directeur eut répondu ,
felon l'ufage , aux deux Récipiendaires,
M. l'Abbé Pauchet Profeffeur de
Troifiéme au Collége d'Arras , récita
une Ode intitulée la Religion . * Cette
Piéce de Poëfie fut fuivie d'un Ouvrage
affez étendu , dont M. de Foffeux ,
Ecuyer du Roi fit la lecture. Ce font
des Réfléxions fur le Bonheur , en deux
parties , amenées par un Exorde , qui
Commence en ces termes :
» Si la plupart des actions de l'homme
font dirigées par l'inconféquence ,
» & atteſtent la foibleffe qui eft fon
» partage , où cette inconféquence. &
» cette foibleffe font - elles plus mar-
* Nous nous propofons de la rendre bientôt publique.
Fij
r24 MERCURE DE FRANCE .
"
quées que dans les démarches qu'il
» fait continuellement pour parvenir au
» bonheur ? Tout fe rapporte à ce feul
"
י נ כ
but ; on ne néglige rien , on mépriſe
» les obftacles , on brave les difficultés
, on entreprend tout pour fe ren-
» dre heureux ; & les moyens qu'on
» employe font prèfque toujours ceux
qui éloignent de l'objet qu'on recherche
avec tant d'ardeur .
» Vainement afpirons- nous dans cette
vie au bonheur parfait. Il eft fem-
" blable à l'ombre qui fuit devant ce
» lui qui la produit , & qui eft aflez in-
»fenfé pour efpérer de l'atteindre . C'eft
un feu follet qui voltige devant nos
yeux , nous éblouit , difparoît , &
nous replonge dans une obfcurité
plus épaiffe que celle qu'il a détruite .
» C'eft une Ifle efcarpée, dont les bords
» féduifans attirent un malheureux , qui
» vient de fauver fa vie fur les débris
» de fa fortune . Il gravit en vain con
» tre les rochers qui entourent cette
» Ifle dans l'inftant où il croit tou-
» cher au but , la pierre qui le foute-
», noit s'écroule ; & il retombe dans
» les abîmes d'où il avoit fçu s'arra-
» cher..
M. de F. fait fentir , far beaucoup de
JUILLET. 1764. 125-
raifons , que la Médiocrité & la Probi
té font les deux feuls moyens qui procurent
fur la Tèrre le degré de bon-.
heur auquel on peut raifonnablement ,
prétendre. Il difcute avec foin les obftacles
multipliés qu'oppofent au bonheur
ces richeffes dont on eft fi avide
& que l'homme , dès l'âge le plus tendre
, apprend à regarder comme la
fource d'une félicité fuprême .» Ses yeux
» font frappés fans ceffe de l'éclat des
» fortunes brillantes : fes oreilles ne
» s'ouvrent que pour entendre exalter .
»les avantages dont elles font jouir .
» tout concourt à diriger le poinçon..
» qui grave fur la cire molle d'un jeu
» ne coeur , qu'être riche c'eft être heu-
» reux. Cette cire devient marbre , &
» le caractère eft ineffaçable.
Les grandeurs ne font pas appréciées
par M. de F. plus favorablement que
les richeffes . Il obferve fucceffivement
la pofition des Princes , des Miniftres
des Généraux , de ceux qui tiennent
les premiers rangs dans la Magiftrature ;
& il conclud que le bonheur n'eft guères
moins incompatible avec ces poftes
élevés , qu'avec l'indigente & les conditions
les plus baffes.
C Mais ce n'eft pas feulement, eu égard
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
au rang & aux emplois , que M. de F.
place le bonheur dans la médiocrité :
c'eft auffi par rapport au caractère , furtout
en ce qui concerne la vivacité &
la fenfibilité , & même relativement à
la meſure d'efprit & de connoiffances
dont chaque homme eft partagé.
Dans la feconde Partie • qui roule
fur la Probité , M. de F. peint ainfi le
tableau d'une famille vertueufe.»> Quelle
» félicité goûtent deux tendres époux ,
» liés fous les aufpices de la vertu , qui
» ont confondu leurs âmes , pour en
» former une feule , dont toutes les
» volontés font dictées par les mêmes
» Loix ! Avec quelle douceur ils fe re-
» tracent le jour heureux qui éclaira leur
» union ! Quel charme pour eux de fe
» voir renaître dans d'autres eux-mê
» mes , dont l'exiſtence refferre encore
» leur chaîne fortunée ! Ces chers re-
"
jettons ne voient dans leurs parens
" que de vrais amis .Une chafte épouse,
» une mère fenfible partage fon temps,
» entre l'affection qu'elle doit à fon
époux , le foin de fa maifon , & la
» première éducation de ſes enfans . Elle
" veille à la confervation des plus jeu-
» nes , & nourrit , avec l'aliment préparé
dans fon fein par la Nature
JUILLET. 1764. 127
» ceux à qui la molleffe de leurs orga-
» nes interdit des fucs plus nourriffans.
» Le père s'occupe à former les moeurs
» de ceux en qui la Raiſon commence
à fe développer. Les femences de
» vertu qu'il a tirées de fon propre
» coeur , pour les leur communiquer
germent fans peine dans ces âmes
fléxibles qu'une main attentive dif-
» poſe à produire un jour des fruits
qui foient la récompenfe de la culture
, & c.
On lut , pour terminer la Séance ,
ane Odefur le Luxe , envoyée par M. le
Chevalier de Vauclair , Aggrégé de la
Société , & dont nous parlerions plus am❤
plement , fi les bornes d'un Extrait le
permettoient.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
MÉMOIRE fur leCAN AL de BOURGOGNE
qui a remporté le Prix de l'Acadé
mie de DIJON en 1763 ,par M.THOMAS
DU MOREY, Ingénieur Ordi -
naire du Roi, & en Chefdes Etats de
Bourgogne. A Paris , chez G. DESPREZ
, Imprimeur Ordinaire du
Roi, & du Clergé de France. 1764.
CEE Mémoire répond parfaitement
aux vues de l'Académie qui avoit propofé
de déterminer relativementà laBourgogne
, les avantages & les défavantages
du Canal projette dans cette Province
pour la communication des deux Mers ,
par la jonction de la Saône à la Seine.
Dans cet éxamen l'Auteur adopte le
Projet de M. Abeille, Projet vérifié par M.
Gabriel en préfence des Commiffaires
des Etats de Bourgogne, & depuis par des
Commiffaires députés de la Cour . La poffibilité
du Canal , la facilité même & la
fomme de la dépenfe , eftimée à dix millions
, font affirmées dans leur rapport.
C'eft mal- a - propos qu'on s'eft avifé depuis
peu d'attribuer ce Projet à M. d'EfJUILLET.
1764. 129
pinally , qui de même que l'Auteur de
ce Mémoire n'a fait que l'adopter &
n'a eu aucune part aux travaux immenfes
d'après lefquels M. Abeille a formé fon
Plan qu'il publia en 1727.On ne peut trop
louer M. Dumorey d'avoir le courage de
dire la vérité & de rendre juftice à qui
elle appartient. Ce même amour du vrai
& du bien Public fe fait remarquer dans
l'examen judicieux que fait l'Auteur
de quelques défavantages inévitables
qu'entraîneroit la conftruction de ce
Canal : il en arrive néceffairement dans
toutes les grandes entrepriſes ; mais il
démontre que ces défavantages ne font
rien , comparés à l'utilité marquée , gé→
nérale & conftante qui réfulteroit de ce
ce même Canal , non feulement pour la
Bourgogne , mais pour plufieurs Provinces
du Royaume , & furtout pour la
Capitale. Ce Mémoire qui eft écrit avec
beaucoup de fageffe , de précifion & de
clarté, eft du petit nombre de ceux qu'on
ne peut extraire fans leur faire tort. Tout
y eft lié , tout y eft conféquent , tout y
eft démontré. M. Dumorey n'y perd
jamais de vue le bien de l'Etat en général
& de la Bourgogne en particulier.
Le coeur patriotique qui lui a fait en
treprendre ce travail lui fait fouhaiters
F v
130 MERCURE DE FRANCE:
que l'idée qu'il a conçue des avantages de
ce Canalpuiffe s'etendre &fe communiquer
aux Citoyens capables de l'accréditer, de
Pappuyer& de la réaliſer. C'est pour entrer
dans fes vues que nous croyons devoir
recommander la lecture d'un ou
vrage (Gratum opus Patria ) qui a pour
but d'augmenter la gloire & la puiffance
du Prince , celle de l'Etat & le bonheur
de fes Sujets .On y trouve en même
tems les vues les plus judicieufes fur
les précautions à prendre pour la conftruction
de ce Canal & les confeils les
plus fages pout ce qui en regarde l'adminiftration.
Nous nous bornerons à en
donner un exemple , les avantages du
Canal , dit l'Auteur , feroient d'autant
plus grands pour les Propriétaires , les
Cultivateurs & les Négocians , que les
Impôts fur les Marchandifes feroient
plus modiques. Je ne crois pas même
qu'on puiffe envisager l'excès de leurproduit
comme un bien , furtout s'ils
étoient levés par une Compagnie de
Traitans. La faine politique nous apprend
que ceproduit ne peut être véritablement
utile à la Bourgogne , que dans
le cas où il appartiendroit à cette Province
; cette propriété augmenteroit fon
crédit , elle affureroit en même temps
JUILLET. 1764. 13
Pentretien du Canal , fans gêner la li
berté du Commerce. Quoiqu'il en foit , la
dépenfe pour l'éxécution de ce grand
projet ne pouvant être qu'une émanation
de la bienfaifance du Prince , on doit
fouhaiter que le produit n'éxcéde jamais
les fommes néceffaires pour les répara
tions annuelles . Les Rois ne placent
point fur leurs Sujets des deniers à
intérêts, ( Voyez M. de Montefquieu ,
Liv. XX. Chap. XIV. & XX. Tom. II . )
Les Réglemens de l'Académie qui
limitent l'étendue des Mémoires à une
demie- heure de lecture ont obligé l'Auteur
de renvoyer aux Notes plufieurs autres
réfléxions non moins judicieufes.
Nous croyons devoir, pour l'utilité de
nos Lecteurs, tranfcrire la Note 29 toute
entière : elle finit par un avis fage qui
dans ce moment-ci mérite toute leur
attention . » Les Rois d'Egypte firent
» différens canaux dans leurs Etats ; les
Romains employerent leurs Armées à
» en conftruire dans les Pays qu'ils
» avoient fubjugués ; on a établi les
grands Canaux qui traverfent la Chine
& on les entretient aux frais des Souverains
de ce vafte Empire. Charlemagne
entreprit de joindre le Rhin &
le Danube. Sous Henri IV, M. de
4.
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
"3

» Sulli commença un Canal pour join
» dre la Loire à la Seine par la rivière
» d'Oing ; il fut achevé par le Cardi-
» nal de Richelieu, M. le Duc d'Orléans
» Frère de Louis XIV. ordonna la
» conftruction de celui d'Orléans juf-
» qu'à Montargis ; l'établiffement de
» celui du Languedoc fut l'effet de la
générofité de LOUIS LE GRAND
» pendant le Ministère de M. Colbert ;
M. le Régent en fit ouvrir un le
long de la Rivière d'Oing tendant
» de Montargis à Moret. Son objet
» a été d'affurer pendant toute l'année
» la communication de la Seine à la
" Loire cet Ouvrage fait partie du
» Canal de Briare . Ceux de Bruges
» d'Anvers d'Oftende de Lille &
» tous les Canaux qui éxiftent actuél-
» lement en Flandres font l'Ouvrage
» des Princes Souverains de cette Con-
" trée. Les Etats-Généraux en ont conf-
»
33 >
truit un grand nombre dans l'éten-
» due des Provinces- unies. Tous ces
" faits confacrés par l'hiftoire prouvent
» que l'on n'a jamais eu recours , pour
» fournir à la dépenfe de ces fortes
» d'Ouvrages , à aucune impofition par-
» ticulière fur les Peuples. Ces grands
» établiffemens ont toujours été
ود
regar
JUILLET. 1754. 133
"
» dés comme des objets fi importans ,
qu'ils n'ont jamais été confiés qu'à
» l'adminiftration publique. On ne pour
» roit peut- être citer aucun exemple ,
» que des Canaux confidérables ayent
» été entièrement conftruits par des Com-
» pagnies particulières ; il en est peu
» dont lafortune foit affez grande pour
» répondre des fommes qu'elle pourroit
» puifer dans la confiance publique ; &
» certainement aucune qui voulût facrifier
fes intérêts à celui de la Nation.
» On a vu à la vérité quelquefois des
Compagnies fe former pour de gran-
» des entrepriſes ; mais fouvent auffi on
» les a vu , par des économies déplacées
» & mal entendues , par des diffenfions
» ou par la difperfion des fonds faire
» échouer les projets les mieux concertés.
"
"
Le Mémoire eft dédié à S. A. S. Monfeigneur
le Prince de Condé , Gouverneur
de la Province de Bourgogne . Ceft
un hommage qui étoit du à ce Héros
qui ( pour nous fervir des termes de
'Auteur ) après avoir ceint fonfront de
Lauriers immortels dans les Champs de
Freidberg , eft aujourdhui le Protecteur
éclairé des talens & des Arts utiles qui
ne s'exercent heureuſement que dans le
calmé & la tranquillité publique.
134 MERCURE DE FRANCE.
GEOGRAPHIE.
LE fieur SEGUIN , Ingénieur - Géographe
du Roi , rue du Fauxbourg Saint
Jacques près les Capucins , vient de
mettre en vente la Carte particulière de
la Province de Bourgogne, qu'ila exécu
tée par les ordres de MM . les Etats - Généraux
de ladite Province . Cette Carte
compofée de 15 feuilles de grand Aigle,
eft divifée par Diocèfes , Bailliages &
Subdélégations
. Elle eft faite fur la mê
me échelle & dans la même forme que
la Carte Générale de la France. Toutes
les routes de la Province y font tracées
avec un foin particulier. Elle eft enrichie
du Plan Topographique de Dijon &
d'un très - beau Cadre. Les jonctions des
feuilles font fi exactes & la Gravure
en eſt d'un ton fi égal , que toutes les
feuilles raffemblées paroiffent n'en faire
qu'une . En un mot cette Carte eft d'une
perfection qui ne laiffe rien à defirer.
Elle fe vend chez ledit fieur Séguin.
Le prix eft de 48 liv.
JUILLET. 1764. 135
ON vient de mettre fous les yeux de
l'Académie Royale des Sciences le projet
d'une Horloge univerfelle préfenté
par M. Bertin Prévôt d'Angicourt ,
ci-devant Profeffeur au Collége de S.
Vaaft en l'Univerfité de Douai. Cette
Horloge eft une eſpéce de Sphère deſtinée
à indiquer l'heure vraie d'un lieu
quelconque de la Tèrre , la hauteur de
pole de ce même lieu , la méridienne ,
la déclinaifon du Soleil , fon afcenfion
droite , l'heure & la minute de fon levcr
& de fon coucher , les points de
l'horizon où il fe léve & fe couche ,
la hauteur méridienne de cet Aftre
l'heure & la minute du paffage de la
fection du Bélier , & de tous les points
de l'Ecliptique par le Méridien , le moment
& Fendroit de leur lever & de
leur coucher , l'heure & la minute de la
nuit à l'arrivée des Etoiles au Méridien ,
leur afcenfion droite étant connue , & c,
MM. l'Abbé Nollet & Jeaurat , qui
avoient été nommés pour examiner la.
conftruction de cette machine, en ayant
fait leur rapport , l'Académie a jugé
qu'elle étoit ingénieufe , & que , quoiqu'on
ne dût pas s'attendre à trouver
dans fes effets la précifion qu'on peut
avoir par le calcul , cependant , fr elle,
136 MERCURE DE FRANCE .
étoit d'une grandeur fuffifante , exécutée
par une bonne main , & maniée
avec adreffe , elle pourroit donner affez
de précision pour mériter la curiofité
des Amateurs , & que fous ce point
de vue elle étoit digne d'être approuvée.
L'approbation de M. Grandjean de
Fouchy eft du 25 Mai 1764.
ARTICLE IV.
BEAUX-ARTS.
at i
ARTS UTILES . 3
CHIRURGIE.
LETTRE * à M. DE LA PLACE ,
fur les Hernies .
A Verfailles , le 12 Mai 1764,
J'AI
'AI lu avec le plus grand étonnement
Monfieur , l'Article que vous avez inféré
dans le Mercure du mois d'Avril dernier
, fur les guérifons des hernies &
notamment für celle de M. Meujand.
M. Maget , qui s'attribue la découver-
* Elle ne s'eft retrouvée que depuis deux jours
dans le dépôt dû Mercure.
JUILLET. 1764. 137
te de la Méthode qu'il pratique , s'explique
en ces termes.
L'Exemple de M. Meujand , Controleur
de Madame la Dauphine à Ver-
Lailles , en eft une preuve : il l'a guéri
d'une Hernie complette à l'âge de foixante
- deux ans : il eft aujourd'hui
fans bandage & dans la plus grande
fécurité. L'Auteur a pour témoin de
cette grande cure , M. Martin , Maître
en Chirurgie & M. Louftaunau , Chirur
gien des Enfans de France à Versailles.
Je voudrois bien apprendre , Monfieur
, à quel titre un Chirurgien peut
être dit avoir été témoin d'une cure.
Il paroît , fuivant M. Maget , qu'il n'en
faut d'autre que celui de pouvoir attefter
une guérifon fur des oui -dire &
fur le fimple expofé d'un Malade : ou
du moins il eft certain que c'eft à toute
rigueur , ce qu'il a pû dire de moi
lorfqu'il m'a cité comme témoin dans .
le fait qu'il rapporte. Les affaires dont
l'objet eft auffi effentiel que celui de
conferver la vie des Citoyens , exigent
toute l'attention de ceux qui font chargés
de ce foin important. Plus fcrupuleux
que ceux qui hafardent des certificats
, qui quelquefois n'ont d'autre.
but que celui d'obliger un Particulier
138 MERCURÉ DE FRANCE.
au préjudice du bien général ; je crois
qu'aucun Chirurgien ne peut s'avouer
témoin d'une cure , qu'autant qu'il aura
vu faire fous fes yeux les opérations
& fuivi le traitement d'une maladie .
N'aurois -je pas les plus grands re
proches à me faire , fi je ne m'empreffois
à défabufer le Public , en lui .
faifant connoître les dangers d'une opé
ration , dont on lui a fait concevoir de
fi grands avantages.
Vous allez juger , Monfieur , combien
on peut compter fur les fuccès que
M. Maget annonce au Public , & quelle
doit être la fécurité des perfonnes qu'il
a traitées.
J'ai été mandé le 25 Avril dernier
pour M. Meujand. Auffi - tôt arrivé chez
lui , il m'a fait voir une tumeur dans
l'aîne gauche , dont le centre occupoit
toute l'étendue de la cicatrice qui réfultoit
de l'opération qu'il avoit fubie
cette tumeur étoit confidérable , & fort
enflammée dans toute fa circonféren⚫
ce : le milieu étoit livide & rendoit
une odeur putride. Le centre étoit percé
d'une petite ouverture par laquelle
fuintoient des férofités femblables à
celles qu'on remarque dans les cas de
gangrenne des inteftins à la fuite des
JUILLET. 1764. 139
étranglemens. Le gonflement de la ré
gion inguinalle fe prolongeoit tout le
long de la crête de l'os des iles. Le
malade avoit le pouls petit , dur & intermittent
.
Comme il étoit dans une fituation
qui exigeoit les fecours les plus prompts,
j'ai cherché à m'inftruire le plus briévement
qu'il m'a été poffible. Il m'a
avoué que s'étant confié à M. Maget ,
ce Chirurgien lui avoit fait trois applications
de cauftiques ; qu'il avoit
extrêmement fouffert de l'effet du dernier
& qu'à la chûte des efcarres , les
matières fécales avoient paru : qu'elles
n'avoient pas eu d'autre cours que celui
de la playe pendant trente-cinq jours :
qu'à ce terme il en avoit paffé une par◄
tie par les voies ordinaires : que depuis
les chofes avoient été de mieux en
mieux , & que le 51. jour , la cicatrice
avoit été entierement terminée.
Les faignées , les remédes que j'ai
mis en ufage , la diéte & la bonne conf
titution du malade ont arrêté en peu
de temps le progrès des accidens. Let
centre de la tumeur a tombé en pourriture
& les matières fécales s'y font
fait jour.
Les bornes d'une Lettre ne me pers
140 MERCURE DE FRANCE .
mettent point d'entrer dans le détail de
tous les inconvéniens qui peuvent furvenir
à la fuite de l'opération de M. Maget.
Il me fuffit de remplir les vues que
je me fuis propofées, en apprenant au Public
les dangers qu'a couru M. Meujand ;
& en l'affurant que je n'ai été informé
de fon traitement & de l'apparente
guérifon de fa Hernie , que lorfqu'il a
été de retour à Versailles.
Que M. Maget parcoure nos plus
anciens Auteurs , il y verra qu'on a
tenté avant lui , l'application des cautères
actuels & potentiels pour la cure
des Hernies , & que l'infuffifance &
les périls de cette méthode l'ont fait
profcrire par la Chirurgie. Son infuffifance
eft prouvée en ce que les malades
qui ont été operés , ont fouvent été
forcés de revenir aux bandages , moyen
toujours plus sûr & plus doux . Quant
aux périls , en peut-on de plus grands
que ceux qui mettent un malade dans la
trifte alternative , ou de périr en vingtquatre
heures , ainfi qu'il fut arrivé à
M. Meujand, fi les matières fécales fefuffent
donné iffue dans la capacité
du bas ventre ; ou à lui laiffer une
infirmité auffi défagréable que celle de
rendre fes excrémens par une autre
·
JUILLET. 1764. 741
voie que celle qui eft naturelle. Nous
ne pouvons déterminer le temps qu'il
la gardera fes jours feront même
plus
en fûreté , fi on l'entretient.
J'ai l'honneur d'être , & c.
LOUST AUN Av , Chirurgien des Enfans
de France.
OPÉRATION DE LA TAILLE .
EXTRAIT de la Feuille des Affiches &
Annonces de Normandie , du 15
Juin 1764.
DANS la Feuille du 30 Juillet 1762 ,
nous avons rappellé une Feuille impri
mée en 1738 par ordre de M. de Pont-
Carré , fur les fuccès de la Taille latérale
, pratiquée par M. le Cat , qui de
fept Printems qu'il avoit taillé dans cette
Province , en avoit eu cinq dans lesquels
il ne lui étoit mort aucun Sujet. Continuant
enfuite de rendre compte au Public
des Tailles faites par cette Méthode,
nous lui apprenions qu'en 1746, 48, 50,
53 , 57 , 59 , 60 , 61 & 62 , il n'étoit
mort aucun de ceux qui ont été opérés
à l'Hôtel -Dieu par M. le Cat , & fans un
Sujet qui fur neuf y mourut du Quar142
MERCURE DE FRANCE.
reau en 1758 , trois mois après l'opésarion
, il y auroit en 1762 fix années
confécutives ( fans compter les quatre
années antérieures à 1757 , & les cinq
années en 1738 , ) dans lefquelles tous
ceux qu'il a taillés à cet Hôpital feroient
guéris. Nous pouvons joindre aujourd'hui
à ces fix années confécutives le
fuccès pareillement uniforme du Printems
de 1763 , annoncé dans la Feuille
du 29 Juillet , & celui de cette année
1764 , dont tous les Sujets font déja
guéris , quoique l'un d'eux eût quatre
pierres , un autre deux pierres , dont la
feconde étoit enkiſtée , & firent enfemble
un travail de vingt- deux minutes . Il
eft bon d'observer que les opérations de
ces huit années , fi conftamment heureufes
, ont été faites avec l'inftrument
de l'invention de M. le Cat , qu'il appelle
fon Gorgeret Ciftitome .
Nota. Nous venons d'apprendre que
M. Dumont , fils , Lithotomifte à Bruxelles
, qui taille par la méthode & avec,
les inftrumens de M. le Cat , a eu ce Prin
temps un fuccès tout pareil à celui de
Jon Maître en Lithotomie.
DÉCOUVERTE NOUVELLE.
Nous nous hâtons d'annoncer une
découverte qui tend à la gloire de la
JUILLET. 1764: $ 43
Nation , à l'utilité publique , & qui
fait d'autant plus d'honneur à l'Inventeur
, qu'on ne s'attend pas d'en voir
produire de pareilles par un homme de
fon rang. M. le Comte de Lauraguais ,
qui fait honorer fa naiffance en cultivant
les Lettres & les Arts , s'eft depuis
plufieurs années appliqué particuliérement
à la Chymie . Il a fait dans cette
Science les progrès les plus rapides , &
bien différens du commun des Chymiftes
qui ne s'occupent que d'objets
de curiofité , il a voulu rendre fes travaux
utiles à fa patrie , & a recherché
la véritable Porcelaine de la Chine. Il
n'a épargné ni foin , ni veilles , ni étude,
& après avoir dépensé un argent immenfe
, il eft parvenu à trouver la véritable
pâte de cette Porcelaine & fa couverte.
Il n'eft pas de notre fiécle de voir
un fimple Particulier entreprendre une
découverte utile dont la Nation en corps
auroit dû s'occuper.
Il dépofa le 30 du mois de Juin à
"l'Académie des Sciences , dont il eſt
Membre , plufieurs morceaux de Porcelaine
de différentes efpéces , qui furent
comparées avec des échantillons de
Porcelaine du Japon. Il doit faire des
expériences à l'Académie même , & on
ne doute pas du fuccès,
144 MERCURE DE FRANCE .
Il eft intéreffant pour la France que
cet Art , le premier qui y ait été déco uvert
, foit protégé & mis en vigueur.
ARTS AGRÉABLES.
MUSIQUE.
SONATE à Violon feul avec la Baffe ;
par M. Papavoine , prix 1 liv. 16 fols ,
à Paris , chez l'Auteur feulement , rue
Mauconfeil , la quatriéme porte Cochère
après la rue Françoife, Avec Privilége
du Roi.
L'Amour conftant , Romance nouvelle
, avec Symphonie , par M. le Chevalier
d'Herbain , chantée fur le Théâ
tre de la Comédie Italienne , Prix 1 livre
4 fols , aux adreffes ordinaires de
Mufique.
I
Sur ce qu'on a fait entendre au fieur
Giannotti , Auteur de la Méthode qui
abrége toutes les régles en ufage ,
pour apprendre l'accompagnement du
Clavecin , & dont la pratique éxige
tout au plus deux mois d'exercice , pour
parvenir à accompagner fon Maître
toutes
JUILLET. 1764. 145
toutes fortes de Mufique à livre ouvert
&c ; que le terme fixé au premier
d'Août prochain , pour recevoir les
foufcriptions dudit Ouvrage , étoit trop
court , vu qu'il falloit du temps pour
que les Provinces éloignées , & furtout
les Païs étrangers en euffent connoiffance
; le fieur Giannotti donne avis au
Public , que lesdites ſouſcriptions feront
reçues jufqu'au 31 Décembre 1764 , &
les exemplaires délivrés le premier Janvier
1765.
Si les Perfonnes qui ont déjà fouferit ,
s'impatientoient de ce retard , elles feront
libres de retirer leur argent de chez M.
le Clerc , Marchand de Mufique , rue
Saint Honoré , près la rue des Prouvaires,
à l'Image Sainte Cécile .
On réitère ici l'avis déja inféré dans
le Mercure du mois de Juin dernier , &
dans les autres Journaux , qu'on ne
pourra fe procurer cet ouvrage , que par
la voie de la foufcription , attendu que
les planches feront caffées auffi-tôt qu'on
en aura tiré le nombre de 200 exemplaires
, à quoi font fixées ces mêmes foufcriptions.
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE .
LE
GRAVURE.
E fieur OUVRIER vient de mettre au
jour une Eftampe , qui a pour titre les
Nymphes au bain , gravée d'après le
Deffein de M. Boucher, Peintre du Roi ,
tirée du cabinet de M. de la Haye , Fermier
Général. Cette Eftampe eft de
même grandeur que les Grâces au bain,
du même Auteur , gravée par William
Winne Riland , & l'on ne pouvoit y
donner un plus joli pendant.
Le fieur GAILLARD , Graveur , vient
de faire paroître une Eftampe d'après
M. Boucher Le Sujet en eft très-agréable.
Elle a pour titre , les Bacchantes
endormies. Il efpére que les Amateurs
n'en feront pas moins fatisfaits que des
précédentes . Cette Eftampe a 8 pouces
de hauteur fur treize de largeur. Le
Prix eft de quatre livres.
Elle fe vend chez l'Auteur rue Saint
Jacques , au-deffus des Jacobins , entre
un Perruquier & une Lingère..
"
Le Sr MECHEL , Graveur Allemand
, vient de mettre en vente une
>
JUILLET . 1764 . 147
Eftampe de fa façon , intitulée l'Amour
menaçant , d'après le Tabeau charmant
de M. Carle Vanloo , tiré du cabinet
de M. le Duc de Praflin , Miniftre &
Secrétaire d'Etat des Affaires étrangères.
Cet Artiſte , déjà connu par différens
Ouvrages eftimés s'eft furpaffé
dans celui- ci au point de retracer aux
yeux des Amateurs tout le moëlleux ,
la fineffe & le gracieux du Tableau
original.
,
A Paris , chez l'Auteur , rue S. Honoré
vis - à - vis celle de l'Echelle
chez M. le Noir , Notaire ; & chez
le Sr Buldel , Marchand d'Eftampes ,
rue de Gefvres , au Coeur.
ARTICLE V.
SPECTACLE S.
OPER A.
L'ACADÉMIE Royale de Mufique
continue les répréfentations des Talens
Lyriques. Mlle GUIMART , en l'abfence
de Mlle LANI a rempli le rôle d'Eglé
au troifiéme Acte avec beaucoup
d'agrémens , & elle y eft applaudie.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
On fe prépare à remettre au Théâtie
'Naïs , Poëme de feu M. de CAHUZAC
, Mufique de M. RAMEAU .
COMEDIE FRANÇOISE.
M. DU TILLEUL a continué fon
début par le rôle d'Orgon dans le Tartiffe
, de Serfort dans le Chevalier à la
mode , de Lucas dans l'Esprit de contradiction
, de Géronte dans le Philofophe
marié , &c. Il a eu dans le rôle
d'Orgon des applaudiffemens affez mérités.
En général , ce début ne paroît
pas devoir faire paffer fur le Théâtre
de la Capitale un Sujet , qui n'eft
pas à beaucoup près fans talens , mais.
qui feroit dans un jour plus favorable
fur des Théâtres où l'on n'aura pas vu
d'aufli excellens modéles que fur celui-
ci . Tel nous a femble être le jugement
du Public à cet égard .
Le Jeudi 5 du préfent mois , on a
donné les Triumvirs , Tragédie nouvelle
d'un Anonyme , qui a été retirée
après cette première repréfentation . Il
y avoit une décoration de M. BRU
NETTI d'un fort bel effet , & dont la
perspective eft très-bien entendue . Elle
reprefente fur le devant du Théâtre des
JUILLET. 1764. 149
rochers , un bras de mer, & au-delà une
Ville dont les édifices portent tout le
caraâère du bel antique. On a remarqué
que dans cette repréfenration on
avoit à-peu- près prévenu l'idée contenue
dans la Lettre à MM. les Comédiens
François , inférée dans notre précédent
volume. A l'ouverture de la
Scène , l'Orchestre a exécuté une fymphonie
qui peignoit la tempête repréfentée
par le foulévement des flots .
La Lettre dont nous venons de parler,
ayant apparemment donné lieu aux
réfléxions de quelques Amateurs du
Théâtre François , nous en a déja procuré
une autre fur le même Sujet.
LETTRE à M. DELAGARDE , adreffée
au Bureau du Mercure , par la voie
de la petite Pofte , le 10 Juillet .
MONSIEUR,
En lifant dans le premier volume du
Mercure de Juillet , la Lettre d'un Anonyme
à MM. les Comédiens François ,
j'ai d'abord été faché d'être prévenu
Gij
150 MERCURE DE FRANCE.
puifqu'il y a plus d'un an que je differe
de vous écrire pour le même fujet ; mais
comme il importe peu de qui vient
cette idée , pourvu qu'elle foit bonne
j'ai été flatté de l'avoir eue , puifque
vous la jugez digne d'attention. Je vous
avoue cependant qu'un autre motif encore
m'en faifoit fouhaiter l'exécution ;
& je ne prens la liberté de vous écrire ,
que pour fçavoir ce que vous en penfez
J'espère que ce fera dans les obfervations
que vous annoncez au Public fur
la Lettre fufdite.
J'ofois croire quele Public , accoutumé
à ces morceaux choifis de fymphonie ,
qui lieroient pour ainfi dire les différen
tes parties du Drame en confervant
l'impreffion qu'il auroit faite , pourroit
defirer que l'on employát les choeurs
dans les Sujets où ils conviennent ; &
vous fçavez que jufqu'à préfent nos Auteurs
même les plus célébres n'ont pú
réuffir à les faire goûter au Public.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris , le 6 Juillet 1764.
SURBLED.
Il ne peut être qu'avantageux à notre
JUILLET. 1764. 151
que
Théâtre , que l'on s'occupe de tout ce
qui doit contribuer à fes progrès ; ainſi
nous ne faifons point difficulté d'inférer
ce qu'on nous adreffe à ce Sujet. Quand
les idées particulières l'on communique
fur cela , feroient fufceptibles
de quelques difficultés , quand elles ne
rempliroient pas même l'objet que l'on
fe propofe , elles n'en font pas moins
dignes d'éloges par le motif qui les fuggére
, & d'ailleurs elles peuvent donner
lieu à de nouvelles lumières . C'eft ainfi
que dans tous les temps & chez toutes
les Nations les Arts & les talens ont
atteint les divers dégrés de perfection
dont ils étoient fufceptibles .
Comme cette dernière lettre peut
donner lieu à de nouvelles obfervations ,
attendu l'ufage des choeurs employés
quelquefois , mais toujours fans fuccès ,
dans nos Drames déclamés ; nous remettons
celles qu'on avoit promiſes aut
fujet de la lettre fur l'Orcheſtre , afin
d'y joindre ce qui concerne cet autre
objet.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
COMÉDIE ITALIENNE.
ON
N continue toujours les repréfentations
de Nannette & Lucas ou la Femme
curieufe dont nous avons parlé dans
le premier Volume.
Le 4 du préfent mois de Juillet ,
M. TRIAL , a débuté par les rôles
de Baftien , dans le Sorcier & dans
Baftien & Baftienne. Il a continué
fon début par les rôles de Colin dans
les Aveux indifcrets , & de Nouradin
dans le Cadi dupé. Ce Débutant eſt le
Frère cadet & l'éléve de M. TRIAL , de
la Mufique de S. A. S. Monfeigneur le
PRINCE DE CONTI . Les talens fupérieurs
du Frère aîné , célébre dès l'inf
tant qu'il s'eft fait connoître & qui doit
probablement le devenir encore plus par
les Ouvrages qu'il prépare pour le
Théâtre de l'Opéra , étoient autant de
préjugés favorables , que le jeune M.
TRIAL juftifie tous les jours. On reconnoît
dans fon chant, indépendament de
la fureté muficale , un goût excellent &
digne du Maître fous lequel il peut
encore puifer de nouvelles graces &
JUILLET 1764. 15
uno
7
atteindre à la perfection de cet Art. La
voix de cette nouvelle Haute- contre a
paru très-agréable.Sa jeuneffe & la timidité
qu'infpire & que doit infpirer un
Juge auffi refpectable que le Public ,
en avoit dérobé un peu de la force dans
les premiers jours de ce début ; mais
plus on l'entend & plus cette voix
femble fe fortifier. Telle qu'elle a été
entendue le premier jour , elle étoit
déjà plus que fuffifante au genre de
ce Théâtre ; on s'apperçoit qu'elle le
feroit même pour une plus vafte
fcène , & pour un genre plus élevé
Les- grands talens de la Mufique- pratique
& le goût que poffède le Débutant
, ne peuvent qu'ajouter de nou
veaux agrémens à l'efpéce des rôles qu'il
aura occafion d'éxécuter . Les autres parties
néceffaires pour remplir avec fuccès
cet emploi, fe rencontrent heureufement
dans ce jeune Sujet. Il eft d'une taille &
d'une figure agréable; plus facile, plus libre
& plus intelligent dans fon action
qu'on ne l'eft ordinairement lorfqu'on
paroît pour la première fois fur un Théâtre
Public , rempli d'une auffi nombreufe
affemblée qu'en attire ce début.
Les applaudiffemens font garans de
tout ce que nous venons de dire , non
1
Gv
34 MERCURE DE FRANCE .
comme éloge , mais comme une juftice
que nous faifons profeffion de rendre
à la vérité.
CONCERT SPIRITUEL.
ONa
Na obmis , par inadvertance , dans le premier
Mercure de ce mois, de faire mention du Concert
exécuté le 10 Juin , jour de la Pentecôte. On y a
exécuté le Dixit Dominus , del Signor LEO , &
Exaudi Deus orationem meam, autre Motet à grand
choeur de M. l'Abbé GIROUST , Maître de Mufique
de la Cathédrale d'Orléans . Entre ces deux
Motets , M. RODOLPHE & M. LOLLI , éxecuterent
des Concerto l'un de Cors de Chaffe &
l'autre de Violon . Leurs talens & leur célébrité
font aujourd'hui trop connus pour en répéter
l'éloge. M. le GROS & Mlle FEL , chanterent
chacun un petit Motet à voix feule...
ARTICLE VI.
NOUVELLES POLITIQUES:
qui n'ont pas pu entrer en Juin.
De WARSOVIE , le 17 Mars 1764.
L'AMBASSADEUR de France ayant reçu un Cou
Tier extraordinaire de la Cour avec des dépêches
importantes touchant les affaires préfentes de ce
Royaume , s'eft rendu hier chez le Primat , & lui
a remis , au nom du Roi fon Maître , la Déclarasionfuivante.
JUILLET. 1764. ISS
La vacance du Trône eft l'événement le plus
important qui puiſſe arriver dans un Royaume
» Electif , & c'eſt dans une occafion fi effentielle
» que le Roi s'eft empreffé de donner à la Nation
» Polonoife de nouvelles affurances de fon amitié
» & de l'intérêt véritable qu'il prend à la gloire
» à la profpérité de cette République. Les Ambaſſa--
» deurs & les Miniftres de France dans toutes les
» Cours Etrangères,& fpécialement le Marquis de
Paulmy à Warfovie , on été chargés de faire
→ connoître › par des Déclarations verbales
quelles font les difpofitions du Roi à l'égard
» de l'élection future d'un Roi de Pologne. Mais
» Sa Majeſté ne voulant pas qu'il puiffe y avoir le
» moindre doute fur la pureté de les intentions
» & ne craignant pas de mettre au grand jour
fes vrais fentimens , a cru devoir les manifefter
par une Déclaration formelle & authentique.
» Le Roi déclaré donc de la manière la plus
>> précife & la plus folemnellé , qu'il ne confidére
» dans cette occafion que les avantages de la Ré-
» publique;qu'il ne forme d'autre voeu, & n'a dau--
> tre defir que devoir la Nation Polonoiſe main-
» tenue dans tous fes droits,dans toutes les poffef
» fions , dans toutes fes libertés , & fpécialement
2
dans la plus précieuſe de ſes prérogatives , celle
» de fe donner un Roi par une élection libre & un *
>> choix volontaire ; qu'animé de ces fentimens &
» d'un véritable intérêt pour une Nation ancienne
5s Alliée de fa Couronne , il remplira à fon égard
» tout ce que peuvent exiger de lui la juſtice , les
> traités & les noeuds mutuels de l'amitié;qu'enfin
sil l'affiftera par tous les moyens qui feront en fon
pouvoir , fi , contre toute attente , elle étoit
troublée dans l'exercice de les droits légitimes ,
& qu'elle peut compter fur fes fecours & les
G✨vj
156 MERCURE DE FRANCE.
לכ
» requérir en toute affurance , fi les priviléges de
" la Nation Polonoife étoient violés : mais Sa
» Majeſté a lieu de croire qu'un pareil cas ne sçau-
» roit exifter , puifque les Puillances voisines ont
» également déclaré , de la manière la plus folem-
» nelle, qu'elles étoient conftamment réfolues de
» maintenir la République dans fon état actuel .
ג כ
fes loix , fes libertés , ainfi que dans les pof-
" feffions , & qu'elles ne fouffriroient pas qu'elle
» éprouvât aucun préjudice de la part de qui que
» ce foit , & que ces libertés fudent gênées par les
Cours Etrangères. Des Déclarations fi préciſes ,
>> fi uniformes & fi équitables annoncent claire-
>> ment à la Nation Polonoife qu'elle peut uſer
30
de fes droits dans toute leur étendue , & qu'elle
››› n'a pas à craindre de voir ſes libertés & fon territoire
violés par l'introduction d'aucune troupe
» étrangère.
30
DO
» A l'égard des différens Candidats qui peuvent
afpirer au Trône de Pologne , S.M. n'en recom-
» mande & n'en indique aucun.Elle eſt encore plus
éloignée de donner des exclufions, puiſque ce le-
>> roit agircontre fesprincipes ,& attenter à la liberté
os des Polonois; & même Elle s'abftiendra de donner
des confeils fur une matière auffi délicate , étant
bien perfuadée que la République eft trop
p éclairée fur les vrais intérêts ,pour ne pas préférer
» le Candidat qui fera le plus en état de la gou-
» verner avec justice & avec éclat. La Pologne
» compte des grands hommes parmi les Rois
>> Piaftes ; plufieurs Maifons Souveraines lui en
» ont fourni d'auffi célébres par leurs actions qu'il-
>> luftres par leur naiffance. C'eft à la Nation elle-
>> même de déterminer fon choix en conſultant ſa
propre convenance , fans égard à des influences
étrangères , & Sa Majefté déclare qu'elle re
JUILLET. 1764. 147
>> connoîtra pour Roi de Pologne & pour Allié de
» fa Couronne , que même Elle foutiendra & pro-
» tégera quiconque fera élûpar le choix libre de la
» Nation & conformément aux loix & aux conf-
> titutions du Pays.
Le même jour , le Comte de Mercy , Ambaffadeur
de Leurs Majeſtés Impériales , remit au
Primat une Déclaration à-peu-près pareille.
DE STOCKHOLM , le 6 Avril 1764.
La Reine & les trois Princeffes fe fontrendus , le
premier de ce mois , à l'Obfervatoire de cette
Ville à l'occafion de la grande éclipfe du Soleil :
elle a commencé à 10 heures 48 minutes 52fecondes
, & a fini à une heure 39 minutes 53 fecondes,
apres midi. Dans la plus grande force de l'éclipfe ,
la Lune a couvert onze douzièmes du diamètre
du Soleil.
DE COPPENHAGUE , le 14 Avril 1764.
L'Eclipfe de Soleil du premier de ce mois a
été observée ici en préfence des Miniftres du
Confeil & autres perfonnes de diftinction : elle a
commencé a 10 heures 14 minutes 30 fecondes :
elle a été dans fa plus grande force à 11 heures
39 minutes 43 fecondes , & alors la partie éclipfée
du Soleil étoit de dix doigts . l'éclipfe a fini à une
heure 9 minutes 45 fecondes. Les Tables , des
Sieurs Clairaut & Mayer fe font trouvées entiérement
d'accord avec l'obfervation .
DeVIENNE , le 5 Mai 1764.
Le Vicomte de Choiſeul , chargé de compli
menter le Roi des Romains de la part du Roi de
France , eft arrivé ici le 2 de ce mois .
758 MERCURE DE FRANCE
DE DRESDE , le 18 Mars 1764.
Le Baron de Zuckmantel , Miniftre Plénipoten
tiaire de France en cette Cour , eft arrivé icis
le de ce mois. Le 9 il a eu les premières Audiences
du Prince Adminiſtrateur & de l'Ele &rice.
Il n'a point encore été admis à celles de l'Electeur
& des Princes fes Frères qui ont été attaqués
, il y a quelque temps , d'une espéce de
petit Vérole volante.
Le Feld Maréchal Comte de Rutowski , fils
naturel d'Augufte III . & frère du feu Maréchal de
de Saxe , eft mort hier , après une maladie longue
& douloureuſe. I jouifloit d'une penfion de
24000 écus , qui retourne à la caiffe de l'Electeur.
DE FRANCFORT , les Avril 1764.
Le Couronnement du Roi des Romains s'eft fait
avanthier avec la plus grande pompe. La cérémonie
a duré depuis dix heures du matin juſqu'à huit
heures du foir.
L'Empereur a élevé à la dignité de Princes
de l'Empire le Maréchal de Bathiani , ci-devant
Gouverneur de l'Archiduc Jofeph , aujourd'hui
Roi des Romains , & enfuite Grand-Maître de fa
Maiſon , le Comte de Kevenuller , Grand-Chambellan
de Sa Majesté Impériale ; le Comte de
Colloredo , Vice- Chancelier de l'Empire , & le
Comte de Kaunitz- Rittberg , Chancelier de Cour
& d'Etat de l'Impératrice Reine.
DE MADRID , le 10 Avril 1764.
L'Abbé Clouet , Membre de l'Académie des
Sciences de Rouen , a obſervé ici l'Eclipſe annulaire
du 1. de ce mois ; il n'a pu en appercevoir le
commencement à caufe des nuages qui couvrojent
JUILLET. 1764. T59
alors le Soleil . L'anneau s'eft formé à 9 heures 47
minutes 38 fecondes du matin , & s'eſt rompu à 9
h. 52 m. rf. de forte que le diamètre de la Lune
a refté en entier fur le Soleil l'efpace de 4 minutes
, 23 fecondes . L'Eclipſe a fini à 11 heures 24-
minutes. Suivant les calculs qu'on avoit annoncés ,
elle ne devoit point être annulaire à Madrid , & la
latitude de la Lune devoit être plus confidérable
qu'elle ne l'a été. L'Abbé Clouet a obfervé quelques
autres particularités dont il fe propofe de
rendre compte aux Académies avec lesquelles il
eft en correſpondance..
DE GENES , le 7 Avril 1754.
On a reçu avis que les Rebelles fe font emparés
par furpriſe de Brando & d'Erbalonga ; poftes
importans qui ne font éloignés de la Baftie que
de deux lieues. Cette Ville fe trouve par cet évé
nement de plus en plus refferrée. Les Rebelles .
après leurs expédition , font paffés à l'Algaiola ,
dont il eft à craindre qu'ils ne ferendent maîtres
audi.
On a appris de Calvi que les Rebelles avoient
brulé deux moulins qui fervoient à moudre de la
farine deftinée pour cette Place.
DE LONDRES , le 5 Avril 1764.
Le 27 du mois dernier , la Société Royale de
cette Ville reçut au nombre de fes Membres le
Duc de Pequigny.
D'AMSTERDAM , le 16 Avril 1764.-
On a reçu des Lettres des Berbices , en date du
31 Décembre , fuivant lefquelles nos troupes fe
font emparées fans la moindre réſiſtance de Rio-
Cange & de prèfque toute la Colonie dont les
5
160 MERCURE DE FRANCE.
售rebelles avoient ruiné la plupart des maiſons ,
& on a établi à Steevenbourg un gros pofte pour
la fureté de cette Place.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c .
DE VERSAILLES , le 28 Avril 1764.
L. 2 de ce mois , Leurs Majeſtés & la Famille
Royale fignérent le contrat de Mariage du Marquis
de Vaubecourt avec Demoiſelle de Vateboy
du Metz. Le même jour , la Marquife de Donniffan
& la Marquile de Graffe furent préſentées
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale , la première
par la Marquife de Durfort , la feconde
par la Comteffe de Carcado.
Le même jour , les Députés du Parlement de
Befançon , au nombre de huit , furent préſentés
à Sa Majesté par le Duc de Choifeul , Miniftre &
Secrétaire d'Etat ayant le département de la Province
, & conduits par le Marquis de Dreux ,
Grand-Maître des Cérémonies. Le Roi les reçut
dans fon fauteuil en préſence de fes Miniftres &
de fes Grands Officiers , & leur permit de lui
faire les repréſentations dont ils avoient été chargés
par leur Compagnie.
Les , Leurs Majeftés & la Famille Royale -
gnérent le contrat de Mariage du Marquis de
Tourzel avec Demoifelle d'Havré.
Le fieur Law de Laurifton , Colonel d'Infanterie
, étant fur le point de partir en qualité de
Commiffaire pour le Roi & Commandant GénéJUILLET.
1764.
161
ral des établiſſemens François aux Indes Orientales
, a été préfenté à Sa Majeſté le zo du mois
dernier.
Le 8 de ce mois , le Marquis de Choiſeul- la-
Baume , Maréchal de Camp , prêta ferment entre
les mains du Roi pour la Lieutenance générale
de Champagne. Le même jour la Ducheffe
d'Elbeuf fit fes révérences à Leurs Majeſtés & à la
Famille Royale. Le lendemain , l'Evêque de
Comminges prêta ferment pendant la Melle entre
les mains du Roi.
Le Comte de Dietrichſtein , Chambellan de
l'Empereur , notifia , le 15 , à Leurs Majeftés &
à la Famille Royale l'Election & le Couronnement
de l'Archiduc Joſeph Roi des Romains. Le
même jour , le Vicomte de Choifeul , Brigadier
des Armées du Roi , Colonel du Régiment de
Poitou , & l'un des Menins de Monfeigneur le
Dauphin , nommé pour aller complimenter , de
la part du Roi , l'Empereur & le Roi des Romains,
a pris congé de Sa Majeſté.
Le 16 , Leurs Majeftés & la Famille Royale fignérent
le contrat de Mariage du Comte de
Maulde Colonel des Grenadiers de France ,
avec Demoiſelle Davy de la Pailleterie .
"
Le 19 , jour du Jeudi Saint , après l'Abfoure
faite par l'Évêque de Poitiers & le Sermon prononcé
par l'Abbé de Balore , Vicaire Général
du Diocèle de Belley , le Roi lava les pieds à
douze Pauvres & les fervit à table. Le Prince de
Condé , Grand-Maître de la Maifon de Sa Majefté
, étoit à la tête des Maîtres d'Hôtel & précéda
le fervice , dont les plats furent portés par
Monfeigneur le Dauphin , Monfeigneur le Duc
de Berry , Monfeigneur le Comte de Provence ,
par le Duc d'Orléans , le Duc de Chartres , le
162 MERCURE DE FRANCE.
Duc de Bourbon , le Prince de Conty , le Comte
de la Marche , le Comte d'Eu , le Duc de Penthievre
& le Prince de Lamballe , & par les principaux
Officiers de Sa Majesté.
Le même jour , la Reine entendit le Sermon
de la Cene prononcé par l'Abbé de Chaléon , Vicaire
Général du Diocèle de Meaux. L'Evêque de
Poitiers fit enfuite l'Abfoute , après laquelle Sa
Majefté lava les pieds à douze pauvres Filles
-qu'Elle fervit à table. Le Marquis de Talaru ,
premier Maître d'Hôtel , précédia le fervice , &
les plats furent portés par Madame Adélaïde &
par Meldames Sophie & Louife , ainfi que par
les Dames du Palais de la Reine , & les Dames de
Meldames.
La Comteffe de Holderness , fe difpofant à retourner
en Angleterre , fut préfentée , le même
jour, à Leurs Majeſtés & à la Famille Royale.
Le 22 , Leurs Majeftés & la Famille Royale fignérent
le contrat de Mariage du Comte de
Maulevrier Langeron avec Demoiſelle de Saint
Pierre.
Le Comte du Châtelet- Lomont , Menin de
Monfeigneur le Dauphin & Ambaſſadeur du Roi
à la Cour de Vienne , arriva ici le 24, & fat
préfenté
le lendemain à Sa Majesté par le Duc de
Praflin. La Comteffe du Châtelet a été préfentée
aufli au Roi par le Duc de Fleury , Premier Gentilhomme
de la Chambre en exercice.
Le Roi vient de nommer Intendant de la Guadeloupe
le Sieur Senac de Meilhan , Maître des
-Requêtes, qui , en cette qualité , a été préſenté à
Sa Majefté , le 26 , par le Duc de Choifeul .
Le Roi a donné l'Evêché de Vabres à l'Abbé de
Caftries , Vicaire - Général du Diocèle d'Alby ;
L'Abbaye de Saint Pierre , Ordre de Saint Benoît ,
JUILLET. 1764. 163
Diocèle de Châlons ſur Saône , à l'Abbé de Stoupy
, Chanoine de Liége ; celle de Saint Joffe- fur-
Mer , Ordre de Saint Benoît , Diocèſe d'Amiens ,
à l'Abbé de Modene , Vicaire- Général du même
Diocèfe ; celle de Saint Jacques , Ordre de Saint
Auguſtin , Diocèfe.de Beziers , à l'Abbé Guillot ,
Vicaire-Général du Diocèſe de Mâcon ; celle de
Sainte Perrine , Ordre de Saint Auguftin , Diocèle
de Paris , à la Dame de Mazieres , Religieufe
de la Communauté des Filles- Dieu à Paris ; &
celle des Chazes , Ordre de Saint Benoît , Diocèfe
de Saint Flour , à la Dame de Guerin de Lugeac ,
Religieufe Bénédictine de l'Abbaye de Lavau-
Dieq , même Diocèle.
Le Sieur Buy de Mornas , Géographe de Monfeigneur
le Duc de Berry & de Monfeigneur le
Comte de Provence , eut l'honneur de préſenter ,
le 22
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale ,
vingt nouvelles Cartes de fon Atlas Géographi
•que lefquelles ont rapport au cinquième âge du
monde , & doivent être à la tête du troifiéme
Volume de cet Ouvrage.
Du 16 Mai.
>
Les Députés du Parlement de Rouen , au nombre
de huit , furent préſentés au Roi , le 28 du
mois dernier , par le fieur Bertin Miniftre
& Secrétaire d'Etat ayant le département de la
Normandie , & conduits par le Marquis de Dreux ,
Grand-Maître des Cérémonies. Sa Majefté les
reçut dans fon fauteuil en préfence de fes Miniftres
& de fes Grands- Officiers , & leur permit de
lui faire les repréſentations dont ils avoient été
chargés par leur Compagnie.
Le lendemain , les Députés des Etats de Bour
gogne furent auffi préfentés au Roi par le Prince
164 MERCURE DE FRANCE.
de Condé , Gouverneur de la Province , & par le
Comte de Saint Florentin , Miniftre & Sécrétaire
d'Etat. Ils furent conduits à cette Audience par le
Marquis de Dreux , Grand - Maître des Cérémonies
& par le Sieur Defgranges , Maître des Cérémonies.
La Députation étoit compofée de
l'Abbé du Châtel , Aumônier Ordinaire de la
Reine , élu du Clergé , lequel porta la parole;
du Marquis de Châtelux , élu de la Nobleffe ; du
Sieur de Baudeffon , Maire d'Auxerre , élu du
Tiers Etat ; du Sieur Blanchon , Syndic , Député
de la Province de Breffe ; du Sieur Comber , Syndic
, Député des Provinces de Bujey & Gex ; du
Sieur de Blancey , Secrétaire des Etats de Bour
gogne, & du Sieur de Lapoix , Procureur Syndic
des mêmes Etats . Ces Députés eurent enfuite Audience
de la Reine & de Famille Royale.
Le même jour , Leurs Majeftés & la Famille
Royale fignérent le contrat de Mariage du Marquis
de la Roche - du- Maine avec Demoiſelle de
Verneuil. 暑
Sa Majesté vient d'accorder les entrées de fa
Chambre au Prince de Marfan & au Maréchal de
Balincourt.
Le premier de ce mois , les Muficiens du Roi ,
réunis aux Hautbois de la Chambre , fe rendirent
au lever de Sa Majefté , conduits par le Sieur de
Bury , Surintendant de la Mufique en furvivance
du Sieur Rebel , & éxécutérent felon l'uſage
ordinaire , plufieurs morceaux de Symphonie.
"
Le 2 , l'Evêque de Châlons - fur Marne prêta
ferment , pendant la Melle, entre les mains de
Sa Majesté.
Le 6 , ia Vicomteffe de Narbonne - Pelet a été
préfentée à Leurs Majeftés & à la Famille Royale
par la Comteffe de Forcalquier.
JUILLET, 1764. 165
Le 7 , l'Evêque de Vence & celui de Mâcon
prêterent ferment , pendant la Meffe , entre les
mains de Sa Majefté , dans la Chapelle du Château.
Le 8 , le Roi chaffa au vol , accompagné de Madame
Adélaïde , & de Meldames Sophie &
Louife.
Le 12 , le Sieur Dufort , Introducteur des Ambaffadeurs
, a prêté ferment entre les mains du
Roi , pour la charge de Lieutenant - Général de la
Province du Blaifois , vacante par la retraite du
Comte d'Harcourt.
Le 13 , les Secrétaires du Roi de la Grande
Chancellerie eurent l'honneur de préfenter à Sa
Majeſté , fuivant l'ufage , la bourſe de Saint Jean
de la Porte Latine. Le Steur Lebeuf , premier
Syndic de cette Compagnie porta la parole.
Le même jour , Leuis Majeftés & la Famille .
Royale fignerent le contrat de Mariage du Marquis
de Fontaines , Exempt des Gardes du Corps
dans la Compagnie Ecolloife , avec Demoiſelle
Goujon de Ris.
Le is , le Comte Bielinsk , Envoyé extraor
dinaire de la République de Pologne , eut fon
Audience de congé du Roi ; il y fut conduit , ainfi
qu'a celles de la Reine & de la Famille Royale ,
par le Sieur Dufort , Introducteur des Ambaſſadeurs
Le Roi a difpofé en faveur de l'Abbé de Liſle & -
de l'Abbé Frottier , Clercs de fa Chapelle des deux
Charges de Chapelains vacantes par les cémiffions
des Abbés Peigné & de Haullay & les deux
charges de Clercs de Chapelle ont été accordées à
l'Abbé Blanchemain , Précepteur des Pages de
Sa Majefté , & à l'Abbé de Ciédat des Mazeaux .
L'Abbé de Sailly , Aumônier de Madame la
166 MERCURE DE FRANCE.
Dauphine , Grand - Chantre & Chanoine de la
Sainte Chapelle Koyale du Palais , & le Baron de
Lentzbourg , Membre du Sénat du Canton de
Fribourg, nommés par SaMajeſté pour être admis
dans les Ordres Royaux , Militaires & Hoſpitaliers
de Notre-Dame du Mont- Carmel & de
Saint Lazare de Jérufalem , ont fait leur profef
fion en préſence de Monfeigneur le Duc de
Berry , Grand-Maître de ces Ordres , entre les -
mains du Comte de Saint Florentin , Miniftre &
Secrétaire d'Etat , Adminiſtrateur Général defdits
Ordres ; après l'émiffion des Voeux , le nou
veau Commandeur Eccléfiaftique & le nouveau
Chevalier ont eu l'honneur de baifer la main du'
Prince Grand- Maître en figne d'obédience. Les
Chevaliers - Commandeurs , Grands - Officiers &
plufieurs Chevaliers Commandeurs Eccléfiaftiques
ont affifté à cette Cérémonie.
·
Le 30 Avril , le Sieur Targe , ancien Profeffeur
de Mathématiques à l'Ecole Royale Militaire , a
eu l'honneur de préfenter à Monseigneur le Duc
de Berry & à Monfeigneur le Comte de Proven-"
vence , les deux derniers Volumes de fa Traduction
de l'Hiftoire d'Angleterre de M. Smollet.
Le 6 Mai , le Sieur de la Lande , de l'Académie
Royale des Sciences , eut l'honneur de préſenter
au Roi une Carte du paffage de Vénus fur le Soleil
, qui s'obſervera le ; Juin 1769 , & d'expo-'
fer à Sa Majesté les avantages confidérables que
ce paffage aura fur celui qui eft arrivé en 1761.
Cette Carte étoit accompagnée d'un Mémoire
imprimé qui contient la manière dont le paffa-1
ge de 1769 paroîtra dans tous les Pays de la
Terre , les voyages qu'il fera utile d'entreprendre'
à cette occafion , & le réſultat de tout ce qui a
été obférvé ſur le paffage de 1761 dans toutes
les parties du Monde.
JUILLET. 1764. 167
Le Sieur Adanfon , de l'Académie des Sciences ,
a eu l'honneur de préfenter , le même jour , au
Roi un Ouvrage de fa compofition intitulé : Familles
des Plantes.
Le 12 , le Sieur Blondeau de Charnage , Penfionnaire
du Roi , préfenta à Sa Majesté le troifiéme
Volume du Dictionnaire des Titres Origi
naux pour les Fiefs , le Domaine du Roi , l'Hif
toire, la Généalogie , & généralement tous les
objets qui concernent le gouvernement de l'Etat.
Le lendemain , Jean-Thomas Hériffant , Imprimeur
du Roi , Maiſon & Cabinet de Sa Majeſté
, eut auffi l'honneur de préfenter au Roi le
quatriéme Volume des Euvres du Chancelier
d'Agueffeau.
De PARIS , le 30 Avril 1764.
Par un Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 28.
Janvier, Sa Majeſté a réuni à la charge du Grand
Ecuyer , la Direction générale & Surintendance
des Haras des Provinces de Normandie , Limoges
& Auvergne.
On a appris que l'Eclipfe du premier Avril a
été obfervée à Auxerre , à Sens , à Caen , à Breft,
à Pluviers , à Londres & à Edimbourg. Le Sieur
Blondeau , Hydrographe du Roi à Calais , y a
vu la Lune toute entière fur le Soleil pendant 6
minutes 8 fecondes. Ces obfervations ont vérifié
ce que les Aftronomes avoient annoncé .
Le trente-neuviéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eft fait le 24 du mois dernier ,
en la manière accoutumée. Le Lot de cinquante
mille livres eft échu au numéro 22993 ; celui de
vingt mille livres au numéro 2 606 3 & les deux
de dix mille livres aux numéros 27738 & 31603 .
Les de ce mois , on a tiré la Loterie de l'Ecole
>
8
168 MERCURE DE FRANCE .
Royale Militaire . Les numéros fortis de roue de
fortune , font , 62 , 2 , j9 , 54 , 55 .
Du 18 Mai.
Le 19 du mois dernier, l'Evêque de Châlons
fur Marne a été lacré dans la Chapelle Royale du
Coliége de Navarre par l'Archeveque de Rheims ,
qui avoit pour Atfiftans les Evêques de Carcailonne
& de Seniis.

Le premier de ce mois , l'Evêque de Vence
fut facré au Château de Gallon par 1 Archevêque
de Rouen , afliſté des Evêques d'Evreux & de
Mâcon .
Le 14 , le Roi fit , dans la Plaine des Sablons •
la revue des Gardes Françoifes & des Gardes
Suiffes qui avoient le nouvel uniforme. Sa Majefté
paila dans les rangs , & les deux Régimens
défilerent devant Elle après avoir fait l'exercice .
Monfeigneur le Dauphin , Monfeigneur le Duc
de Berry , Monſeigneur le Comte de Provence
Madame Adélaide , Mefdames Victoire , Sophie
& Louife ont affifté à cette revue , ainsi que le
Duc de Chartres , le Prince de Condé , le Duc de
Bourbon & le Prince de Lamballe.
Le Duc d'Aumont , Pair de France , Chevalier
Commandeur des Ordres du Roi , Lieutenant-
Général de les Armées & premier Gentilhomme
de la Chambre , le rendit , le 8 , au Coavent
des Peres Cordeliers , revêtu des marques
des Ordres de Sa Majeſté , & précédé des Sieurs
Chendret , Hérault & Perceville , Huillier defdits
Ordres , ayant leur habit de Cérémonie : il
y préfida , au nom du Roi , au Chapitre de Saint
Michel , & reçut Chevaliers de cet Ordre le
Sieur Perroner , Premier Ingénieur des Ponts &
Chaullées, l'un des Architectes du Roi & Membre
de
JUILLET. 1764. 169
de fon Académie Royale d'Architecture ; le Sieur
Berthier , Capitaine d'Infanterie , Ingénieur-
Géographe en chef des Camps & Marches des
Armées du Roi , Gouverneur des Hôtels des
Affaires Etrangères, de la Guerre & de la Marine à
Verſailles, & Commandant de la Compagnie des
Bas- Officiers commiſe à la garde de ces Hôtels
; & le Sieur Mique , Premier Architecte du
Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar ,
Directeur Général de fes Bâtimens , Fontaines
& Jardins , & Ingénieur en chef des Ponts &
Chauffées des Duchés de Lorraine & de Bar. Le
Duc d'Aumont affifta enfuite , avec tous les Chevaliers
qui fe trouvoient préfens , à la Grand'-
Meffe qui fe célébre tous les ans dans l'Eglife des
Peres Cordeliers , en mémoire de l'apparition de
Saint Michel.
L'Ordre Royal Militaire & Hofpitalier de Notre-
Dame du Mont Carmel & de Saint Lazare
de Jérufalem a fait célébrer , le 14 , dans la
Chapelle du Louvre , l'Anniverſaire pour le repos
de l'âme du Roi Henri IV de glorieuse mémoi
re , Fondateur de cet Ordre. L'Abbé Gaultier ,
Aumônier de l'Ordre & du Duc d'Orléans , a dit
la Meffe de Requiem . Les Grands Officiers &
plufieurs Chevaliers- Commandeurs de l'Ordre ,
ont affifté à cette Cérémonie.
Les , on a tiré la Loterie de l'Ecole Royale
Militaire . Les numéros fortis de la roue de fortune
, font , 68 , 70 , 29 , 28 , 37.
Le quarantième tirage de la Loterie de l'Hôtelde-
Ville s'eft fait le 25 du mois dernier , en la
manière accoutumée. Le Lot de cinquante mille
livres eſt échu au numéro 53962 ; celui de vingt
mille livres au numéro 55594 , & les deux de
dix mille livres aux numéros 47221 & 47574 •
II. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
NAISSANCES.
>
Le 3 Mai Madame la Dauphine eſt accouchée
heureufement d'une Princeffe vers les
deux heures du matin. Le même jour , Monſei--
gneur le Duc de Berry , ainfi que Monfeigneur
le Comte de Provence , Monfeigneur le Comte
d'Artois & Madame , fe rendirent à la Chapelle
du Château , immédiatement après la Mefle du
Roi , pour la cérémonie du Baptême de la Princelle
nouvellement née . Leurs Majeftés , ainfi
que Monfeigneur le Dauphin , Madame Adélaïde
, Meflames Victoire , Sophie & Louie , le
Duc d'Orléans , le Duc de Chartres , le Prince
de Condé , le Comte de Clermont , la Princeſſe
de Conti , le Prince de Conti , la Comteſſe de la
Marche , le Comte d'Eu , le Duc de Penthievre &
le Prince de Lamballe ont affifté cette Cérémonie.
Monfeigneur le Duc de Berry , au nom de l'Infant
Don Philippe , & Madame Adélaide au
nom de la Reine d'Eſpagne Douairiere , ont tenu
fur les Fonts de Baptême cette Princelle qui a été
nommée Elifabeth Philippe- Marie- Helene. Le
Baptême a été adminiftré par l'Archevêque de
Rheims , Grand Aumônier de Sa Majesté , en
préfence du Sieur Allarh , Curé de Paroille du
Château . Plufieurs Princes & Princelles , Seigneurs
& Damés de la Cour ont affifté à cette Cérémonie
, ainfi
que
les Ambaffadeurs
d'Elpagne
& de
Naples
.
Le 4 Avril , la Ducheffe de Charoſt eſt accouchée
d'un fils qui portera le nom de Marquis de
Charoft.
MARIAGES.
Lé Comte de Maulde , Colonel des Grenadiers
de France , a été marié le 1. Mai avec Dlle Davy
JUILLET. 1764. 171
de la Pailleterie. La bénédiction nuptiale leur a
été donnée par l'Evêque de Comminges dans la
Chapelle du Curé de S. Sulpice.
Le mariage du Marquis de la Roche-du Maine
avec Dlle de Verneuil a été célébré ici le 7
Mai , dans l'Eglife Paroiffiale de S. Euftache . La
bénédiction nuptiale leur a été donnée par l'Evê
que de Poitiers .
SERVICE.
On célébra à Verſailles , le 12 Mai , dans l'Eglife
Paroiffiale de Notre - Dame un Service
pour Louis XIII.
MORT S.
Charles de Saint Albin , Archevêque de Cambrai
, Abbé Commendataire de l'Abbaye Royale
de Saint Ouen , Ordre de Saint Benoît , Diocèſe
de Rouen , & de celle de Saint Evroul ,
même Ordre , Diocèle de Lizieux , eft mort à
Paris le 9 Mai , âgé de foixante -fix ans.
Pierre Jean- Baptifte Darand de Milly , Evêque
d'Avranches , & Abbé de l'Abbaye de Lieu-
Dieu , eft mort à Miffy , le 4 Avril , âgé de
foixante-douze ans.
Pierre François Lafitau , Evêque de Siſteron ,
Abbé de l'Abbaye Royale de Corneville , Ordre
de Saint Auguftin , Diocèle de Rouen , eft
mort à Sifteron , les Avril , dans la foixantedix
neuvième année de fon âge.
Guillaume Le Febvre , Docteur en Théologie
de la Faculté de Paris , Confeiller , Aumônier
& Prédicateur du Roi , Général & Grand-
Miniftre des Chanoines Réguliers de l'Ordre de
la Rédemption des Captifs , dits Mathurins , eft
Hij
172 MERCURE DE FRANCE..
mort ici , le 11 Avril , âgé de foixante-dir
neuf ans.
Jofeph- Chriftophe de Levis , Marquis de Gau
diers , Ancien Capitaine des Galeres , Commandant
de la Compagnie des Gardes de l'Etendard
, eſt mort en les terres dans le Comté de
Foix , le 23 Mars , âgé de foixante-quatre ans .
Henri de Roux , Vicomte de Trelans , Brigadier
des Armées du Roi , & Lieutenant de
Sa Majefté au Gouvernement de Strasbourg , eft
mort dans cette dernière Ville le 2 Mai , âgé
de quatre-vingt- quatorze ans.
Antoine- Célar , Comte de la Roche , Marquis
de Rambures , fils du feu Marquis de Rambures
, Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
eft mort dernierement en cette Ville , dans la
dix - huitième année de fon âge.
Marie - Louiſe Cunegonde de Montmorency
Luxembourg , Veuve de Louis- Ferdinand - Jofeph
de Croy , Duc d'Havré & de Croy , Prince
du faint Empire , Grand d'Efpagne de la premiere
Claffe Châtelain Héréditaire de la Ville
de Mons en Haynault , Gouverneur de Schlef
tat & Lieutenant- Général des Armées du Roi ,
eft morte en cette Ville , le dix - huit Avril ,
âgée de quarante- huit ans.
>
La Marquife de Pompadour , Dame du Palais
de la Reine , eft morte à Versailles , le
Is Avril , dans la quarante- troifiéme année de
fon âge.
Marie-Françoife de Conflans-d'Armentieres ;
Dame de Compagnie de Madame la Dauphine
, Epoufe de François- Charles , Comte de Rochechouart
, Lieutenant Général des Armées
du Roi , Chevalier de fes Ordres , Gouverneur
de l'Orléanois & Miniftre Plénipotentiaire du
JUILLET. 1764 . 173
Roi auprès de l'Infant Don Philippe de Parme,
eft morte à Bordeaux le 28 Mars âgée de
cinquante & un ans.
Marie-Françoife Poitiers de Gefvres , Veuve
de Louis - Marie Victoire Comte de Bethune- Pologne
, Maréchal des Camps & Armées du
Roi , & Chambellan du Roi de Pologne , Duc
de Lorraine & de Bar , eft morte en cette
Ville , le 25 Avril , âgée de foixante- quatre
ans.
Magdelaine- Françoife Molé , Epoufe de Jofeph-
Michel Nicolas Sublet , Marquis de Lenoncourt
d'Hendicourt , & Brigadier des Armées
du Roi eft morte en cette Ville , le
29 Mars , âgée de foixante -dix- neuf ans.
- Anne Larcher Epoufe de Marc Pierre de
Voyer de Paulmy , Comte d'Argenlon , Grand'-
Croix & Chancelier Honoraire de l'Ordre de
Saint Louis , Miniftre & ancien Secrétaire d'Etar
au Département de la Guerre & de Paris ,
eft morte en cette Ville , le 14 Avril , âgée de
inquante-huit ans.
CÉRÉMONIE PUBLIQUE.
De Francfort , le 11´ Avril 1764.
L'Empereur , le Roi des Romains & l'Archiduc
Leopold font partis hier de certe Ville aux acclamations
d'un peuple innombrable. Leurs Majeſtés
& l'Archiduc font arrivés , le même jour , à Mergenthal
d'où ils fe rendront aujourd'hui à Creilsheim
, demain à Wallerſtein & le 13 à Donawerth:
on compte qu'ils arriveront à Vienne le 23.
On joint ici les principaux détails de la cérémonie
du couronnement du Roi des Romains.
Le 1. de ce mois , à trois heures après-midi , on
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
fit , au fon des trompettes & des tymbales , la
publication folemnelle du Couronnement . Le
lendemain , le boeuf deſtiné ſuivant l'uſage , à
être rôti & livré au peuple le jour de cette cérémonie
fut promené par toute la Ville : les cornes
de cet animal étoient dorées & il étoit orné de
guirlandes de fleurs : les Bouchers de la Cour Impériale
qui le conduifoient étoient vêtus d'habits
d'écarlate galonnés d'argent , les gaînes & les
manches de leurs couteaux , ainfi que la hache
dont le boeuf devoit être frappé , étoit d'argent
maffif. Cette marche fe fit au fon de plufieurs inftrumens
de Mufique. Le 3 jour du couronne
ment , la Bourgeoifie fe mit fous les armes dès les
fept heures du matin , & la Cavalerie monta à
cheval fur la grande Place qui aboutit à la rue du
marché aux herbes. La Garnifon de la Ville fe
mit auffi en parade devant le corps - de - Garde éle--
vé vis- à- vis le Roemer ou Hôtel de Ville . Depuis
huit heures jufqu'à onze les Electeurs de Cologne
& de Treves , ainfi que les feconds & troifiémes
Ambaffadeurs des Electeurs Séculiers , fe rendirent
fucceffivement du Roemer à l'Eglife du
Dôme dans l'appareil le plus pompeux. Le Prince
Archi Chancelier de l'Empire , devant facrer
& couronner le Roi , fe rendit en droiture à la
même Eglife. Avant onze heures , deux Seigneurs
Eccléfiaftiques de la Cour de Mayence , la pre
mière des Cours Electorales , tranfportérent au
Roemer , dans un carroffe précédé de la livrée
du Prince , la Couronne Royale. Enfin à onze
heures & demie , l'Empereur & le nouveau Roi
fe mirent en marche , depuis le Roemer jufqu'à
l'Eglife du Dôme , précédés de leurs livrées , de
leurs Pages & des Grands Officiers de leurs
Maiſons , & fuivis des fix premiers Ambaſſadeurs
JUILLET. 1764. 175
Electoraux & d'un multitude de Seigneurs , de
Chevaliers & de Généraux des Armées de S M.I.
qui formoit un cortège auffi brillant que nombreux.
L'Empereur , revêtu des ornemens & du
manteau Impériaux , ainſi que du grand Collier
de la Toifon d'Or la Couronne Impériale fur la
tête & le Sceptre à la main , étoit monté fur un
fuperbe cheval , ainfi que le nouveau Roi des
Romains qui marchoit après Sa Majesté Impériale
couvert de la Couronne Archiducale & revêtu des
ornemens de cette dignité Le dais fous lequel
l'Empereur & le nouveau Roi marchoient , étoit
porté par les deux plus anciens Echevins & les
deux Bourguemaîtres actuels du Sénat. La marche
étoit fermée par les Gardes , tant de l'Em
pereur que du Roi des Romains & des Electeurs
de Mayence , de Tréves & de Cologne. La porte
d'entrée de l'Eglife da Dôme étoit gardée par les
Trabans Saxons . Sa Majesté Impériale & le nouveau
Roi y furent reçus par Lears Alteffes Electorales
fuivies de tous les Membres de ce Chapitre.
L'Eglife étoit tendue en entier de tapifferies
de haureliffe qui repréſentoient les faits mémorables
qui le fout paffé ( pécialement fous les régnes
de la Mailon d'Autriche. On avoit placé à la
droite de l'Aurel , qui avoit été élevé devant la
porte du choeur , le Trône de Sa Majefté Impériale
; à ganche , celui de l'Electeur de Mayence,
& vis-a- vis celui du nouveau Rọi. Après la cérémonie
& la Melle du Sacre qui fut chantée par
une très - belle Mafique , le Roi des Romains fit
une inauguration de Chevaliers. Comme il eft
d'usage qu'au retour du Sacre l'Empereur & le
Roi des Romains reviennent à pied au Roemer ,
on avoit dreſſé , pendant la cérémonie même ,
depuis la porte d'entrée de l'Eglife jufqu'au haut
H iv
176 MERCURE DE FRANCE .
de cet Hôtel , une efpéce de pont de planches
couvert de tapis . Le cortége Impérial & Royal
retourna au Roemer à - peu-près dans le même
ordre qu'auparavant , excepté que le Roi des
Romains étoit revêtu des ornemens Royaux , la
tête couverte de la Couronne Royale & le Sceptre
à la main . Le feftin s'eft donné dans la
voute du Romer. On a fait diftribuer à la populace
une grande quantité de piéces d'or & d'argent
; & Leurs Majeftés Impériale & Royale fe
font montrées au Peuple d'une fenêtre de la
Salle après le feftin qui a commencé à cinq
heures & a fini à fept , Leurs Majeftés font retournées
en grande pompe à leur Palais. Parmi
les illuminations qu'il y a eu à l'occafion du
Couronnement du Roi des Romains , on a diftingué
celles que le Prince Efterhazy de Galanta
, Premier Ambaffadeur Royal- Electoral de Bohême
, a fait faire dans la grande promenade
qui aboutit à la place de Rofmarek :
:: on y a furrout
remarqué à l'extrémité qui termine cette
promenade un fuperbe arc de triomphe , au-deffus
duquel étoit repréfenté le Monarque environné
de la Valeur , de la Piété , de la Prudence &
de la Juſtice , & recevant la Couronne des mains
de la Nation , ainfi que le coeur des Peuples :
aux deux côtés étoient deux Renommées annon
çant à toute la Tèrre le Couronnement de ce
Prince. Au- deſſous des deux côtés on lifoit ces
mors : Cara Deûmfoboles. Cet arc étoit orné de
deux Médaillons , fur l'un defquels étoit cette Légende
: Curru nitido diem promit , & fur l'autre:
Deus nobis hac otia fecit . L'Inſcription étoit ,
Jos. BENED. AUG . OPT . PIO.. FELICI ROM. R.
INAUG. A. R. S. M. BCC. LXIV.
2
JUILLET. 1764. 177
NOUVELLES POLITIQUES
pour le mois de Juillet 1764.
De PETERSBOURG , le 20 Avril 1764.
L. Traité entre Sa Majefté l'Impératrice de
Ruffie & le Roi de Pruffe a été figné ici le 13 de
ce mois.
De WARSOVIE , le 9 Mai 1764.
Depuis huit jours , tous les Seigneurs qui devoient
fe rendre dans cette Capitale pour la Diéte
de convocation y font arrivés fucceffivement
chacun avec les troupes particulières . Ce mêlange
de troupes fous deux ou trois cens uniformes
divers traçoit affez bien le temps des Croifades
, où les différens partis n'étoient diftingués
que par leurs différentes bannières. Les troupes
Ruffes font entrées en même temps dans la Ville :
& cette grande affluence a tenu les proviſions
trè-chères & très- rares.
Le Grand- Général Comte Branicki ayant raffemblé
fous fes ordres une partie de l'Armée de la
Couronne , formant environ quatre mille hom
mes , le Primat lui a envoyé une Députation pour
lui demander les motifs de cette démarche. Le
Comte Branicki a répondu qu'il étoit comptable
de fes actions & de l'ufage qu'il faifoit de fon
autorité en qualité de Grand- Général , non au
Primat , mais à la Républque entière affem
blée ; que cependant fi ce Prélat vouloit convo
quer le Sénat , alors il rendroit compte de fa
H v
18 MERCURE DE FRANCE .
Conduite ; il a ajouté que fi l'on avoit eu foin
d'envoyer de femblables Députations à l'Ambaffadeur
de Ruffie à mesure qu'il entroit dans le
Royaume des troupes Ruffes , & qu'elles approchoient
de la Capitale , les troupes étrangères fe
feroient peut- être déjà retirées.
Enfin , on a voulu procéder le 7 à l'ouverture
de la Diete : les Nonces fe font affemblés felon
l'ufage ; mais la Salle s'étant trouvée en partie occupée
par des gens de guerre,& beaucoup de Ruffes.
s'étant même placés dans les Tribunes qui font
au- deffus des bancs deftinés aux Nonces , l'affemblée
n'a pas tardé à devenir tumultueufe. On a
voulu d'abord procéder à l'élection du Maréchal
de la Diete , mais plufieurs perfonnes ayant repréfenté
qu'il convenoit préalablement d'en faire
exercer l'emploi par le Maréchal de la dernière
Diete , on eft allé chercher le vieux Comte Malakouski
qui , après s'être fait long - temps.
attendre , eft arrivé dans la Chambre , a pris poffeffion
du bâton de Maréchal , & au lieu de le
lever pour donner la voix aux premiers Nonces
qui devoient parler , a déclaré qu'il ne le feroit
qu'après que les troupes étrangères feroient forties
, & que la Diete auroit toute fa liberté. Le
Général Mokranowski , Nonce de Cracovie , s'eft.
levé & a appuyé la propofition du Maréchal par
un Difcours très -vigoureux . Mais dans le moment
même on a vu tirer les fabres & les épées dans
tous les coins de la Chambre , & l'Orateur a été
obligé de fe mettre en défenſe pour garantir fa
vie . Le Prince Adam Czartoriski & quelques autres
Nobles de fon parti fe font jettés précipitamment.
au-devant du Général Mokranowski pour le garantir
des coups qu'on vouloit lui porter , & leurs
efforts ont arrêté à deux repriſes différentes la
JUILLET. 1764. • 179
fureur des féditieux qui du haur des Tribunes
tâchoient de percer ce Général , & dont plufieurs
même fembloient vouloir fe précipiter fur lui.
Le Général Mokranowski , tranquille au milieu
de ce danger , remit fon épée dans le fourreau , &
fe préfentant , les bras croifés , à ceux qui le menaçoient
, leur dit : s'il vous faut une victime , me
voilà ; mais au moins je mourrai libre , ainfi que
j'ai vécu. Le parti des Czartoriski ayant enfin rétabli
le calme dans la Chambre , le Maréchal dé
clara que puifqu'il étoit impoffible de procéder
fuivant les régles , il fe retiroit & emportoit avec
lui le Bâton dont on l'avoit revêtu . On a voulu
en vain s'opposer à cette réfolution , il eſt reſtá
inébranlable , s'eft fait jour à travers la foule
malgré la garde même qui s'étoit emparée de la
porte de la Salle. Sa retraite a rompu la Diete
avant qu'elle pût avoir fon activité . Cependant
plufieurs Nonces étant reftés dans la Salle ont
procédé à l'élection d'un Maréchal , & leur choix
eft tombé fur le Prince Adam Czartoriski.
Les chofes étant paryenues à ce point de dé
fordre , & la Nation fe trouvant divifée en deux
partis , celui du Grand Général eft forti de la
Ville , & ce Seigneur , fuivi de l'armée de la Couronne
, du Prince Radziwill , Palatin de Wilna ,
& de plufieurs autres principaux Polonois avec
toutes leurs troupes , fe font retirés à Piacezno
Village fitué à trois milles de cette Capitale. On
eft très- inquiet des fuites que cette fciffion net
fçauroit manquer d'avoir , & l'on voit avec peine
fe réalifer les troubles qu'on n'a que trop prévus
depuis quelque temps:
Du 24.
On apprend qu'un nouveau corps de dix mille
H⋅vj.
180 MERCURE DE FRANCE.
1
Rulles eft entré en Lithuanie, & l'on affure en me
me temps qu'un autre de douze mille a paru du
côté de Kiow.
De ROME , le 23 Mai 1764.
Le Marquis d'Aubeterre , Ambaffadeur Extraordinaire
de France en cette Cour , fe rendit hier à
l'Audience du Souverain Pontife , à qui il remit
une Lettre du Roi fon Maître , par laquelle Sa
Majefté Très-Chrétienne annonce au Saint Père
l'heureux accouchement de Madame la Dau
phine.
Le Prince Camille de Roban , accompagné du
Chevalier de la Tremblaye , eft arrivé ici le 20 ,
revenant de Malte , où il a fait fes Caravanes.
De GENES, le 19 Mai 1764.
On vient d'apprendre par la voie de Livourne,
que les Rebelles fe font emparés de la Tour d'Aleria
, dont on avoit confié la garde à des déſerteurs
du parti de Paoli.
Du 28.
Suivant les dernieres nouvelles de Corfe , les
Rebelles continuent de battre avec vigueur le
Couvent des Capucins de Brando , quoiqu'ils
ayent été jufqu'ici repouffés par nos troupes dans
les différentes attaques qu'ils ont tentées.
JUILLET. 1764. 181
FRANCE.
Nouvelles de la Cour de Paris , &c.
De VERSAILLES , le 9 Juin 1764 .
Le Roi vient de donner au Prince de Tingri la
place de Capitaine de les Gardes , vacante par la
mort du Maréchal Duc de Luxembourg. Sa Majefté
a diſpoſé en même temps du Gouvernement
de Normandie en faveur du Duc d'Harcourt ,
qui en étoit Lieutenant-Général. Le Gouvernement
de Sedan , vacant par la nomination du
Duc d'Harcourt au Gouvernement de la Province
de Normandie , a été donné au Duc de Laval ,
Lieutenant-Général des Armées du Roi , qui a
remis à Sa Majefté le Gouvernement de Mont-
Dauphin, dont elle a diſpoſé en faveur du Comte
de la Suze , Grand Maréchal des Logis de fa
Cour.
Sa Majeſté a donné le Gouvernement de Port-
Louis , vacant par la mort du Comte de Rothelin' ,
au Chevalier du Châtelet , Lieutenant-Général de
fes Armées , & celui de Saint- Malo , vacant par
la mort du Maréchal de Maubourg , au Comte
de Montazet , Lieutenant-Général de les Armées,
qui a remis à Sa Majesté le Gouvernement du
Fort de Scarpe dont il étoit pourvu , & que
Majeſté donné au Chevalier de Saint- Point ,
Maréchal de fes Camps & Armées , & Lieutenant
de fes Gardes-du - Corps dans la Compagnie de
Beauvau .
Sa
L'Inſpection de Cavalerie dont étoit pourvu le
182 MERCURE DE FRANCE.
"
Comte de Montazet a été fupprimée par le Roi,
qui a donné l'Inspection qu'éxerçoit le Marquis
du Mefnil au Comte de Choifeul-la-Baume , &
celle d'Infanterie , qu'avoit le Marquis de Bréhant
, au Comte de Montbarey.
Sa Majefté a difpofé de l'Archevêché d'Alby en
faveur du Cardinal de Bernis ; & de l'Evêché de
Siſteron en faveur de l'Abbé de Saint-Tropès.
Elle a donné l'Abbaye de Corneville , Ordre de
S. Auguftin , Diocèfe de Rouen , à l'Abbé d'Allemans-
Dulau , ancien Curé de la Paroifle de S.
Sulpice à Paris.
Le Roi vient de difpofer de la place de Dame
d'Atours de Madame , qu'avoit la Comteffe de
Civerac , en faveur de la Comteffe de Narbonne ,
Dame pour accompagner Madame.
Le fieur Tiepolo , Ambaffadeur de la République
de Venife , fut conduit ici le 22 du mois dernier
, dans les caroffes de Leurs Majeftés , & eur
une Audience publique de Congé du Roi , qui le
fit enfuite Chevalier. Il fut conduit à cette Audience
, ainfi qu'à celles de la Reine & de la Famille
Royale , par le fieur Dufort , Introducteur
des Ambaffadeurs.
Le 27 , le Prince de Tingry prêta ferment entre
les mains du Roi , en qualité de Capitaine des
Gardes de Sa Majesté.
Le fieur Langlois , Confeiller au Parlement de
Paris , ayant été pourvu d'une Charge d'Intendant
des Finances , fut préfenté au Roi en cette
qualité le même jour par le fieur de l'Averdy.
La Dame de l'Averdy , époufe du Contrôleur
Général des Finances , & la Comteffe de Langeron
, furent préfentées le même jour à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale , la premiere par la
Comteffe de Noailles , & la feconde par la Marquile
de Langeron.
JUILLET. 1764. 183
Le même jour la Marquife de Tourzel & la
Marquife de Gantès furent préſentées à Leurs
Majeftés & à la Famille Royale , la première ,
par la Marquife de Sourches , la feconde , par la
Vicomteffe de Caftellane .
Les Députés des Etats d'Artois eurent auffi ce
même jour une Audience du Roi : ils furent préfentés
à Sa Majesté par le Duc de Chaulnes ,
Gouverneur de la Province , & par le Duc de
Choifeul , Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le
département de la Guerre & de la Marine , 82
conduit à cette Audience par le Marquis de
Dreux , Grand-Maître des Cérémonies , & par le
Heur Desgranges , Maître des Cérémonies. La
députation étoit compofée , pour le Clergé , de
l'Evêque de Saint-Omer , qui porta la parole ;
du Comte de Marle , pour la Nobleffe , & du
fieur de Canchy , pour le Tiers- Etat..
la
Leurs Majeftés & la Famille Royale fignerent
3 de ce mois le Contrat de mariage du fieur
de Boullongne , Maître des Requêtes , & de Demoiſelle
Langlois , fille du fieur Langlois , Intendant
des Finances. Le même jour la Comteffe
de Mory & la Comteffe de Sabran furent
préſentées à Leurs Majeftés & à la Famille Royale
par la Comteffe de la Marche , l'une en qualité
de Dame d'Honneur de cette Princeffe , l'autre en
qualité de fa Dame de compagnie. La Marquife
de la Roche- du - Maine fut auffi préſentée à Leurs
Majeftés & à la Famille Royale par la Ducheffe
de Sully.
Le Roi s'étant fait rendre compte de tout ce
qui s'eft paffé dans l'affaire du Canada , & en
particulier par rapport aux Officiers & Employés
qui ont été déchargés des accufations intentées
contre eux , & voulant leur donner des marques
184 MERCURE DE FRANCE.
2
de fa fatisfaction , a accordé au Marquis de Vau-.
dreuil , ancien Gouverneur- Lieutenant -Général
de la Nouvelle-France , 6 , 000 livrés de penfion
annuelle , indépendamment de celle dont il jouiffoit
précédemment. Sa Majesté a pareillement
accordé d'autres penfions , fuivant le grade & la
qualité des perfonnes , au Chevalier le Mercier ,
ci-devant Commandant de l'Artillerie ; au fieur
de Boishebert , Capitaine , ci -devant Commandant
à l'Acadie ; au fieur de Meloïfe , Capitaine ,
Aide-Major de Quebec ; aux fieurs de Villers ,
Contrôleur ; Barbel , Ecrivain ; & Fayolle , Ecrivain
& Garde-Magafin .
Le 19 du mois dernier , les PP. Récollets de
la Province de France ont tenu ici un Chapitre
auquel a préfidé , en qualité de Commiſſaire- Général
, le Pere Pie Allard , Ex- Provincial de la
Province de Lyon . Ce même Père a préſenté le
21 au Roi les nouveaux Supérieurs qui ont été
nommés dans ce Chapitre.
Le 20 ,
:
le fieur de l'Etang a eu l'honneur de
préfenter à Sa Majefté un Ouvrage de fa compofition
, intitulé Manuel d'Agriculture pour le
Laboureur, pour le Propriétaire & pour le Gou
vernement , contenant les vrais & feuls moyens de
faire profpérer l'Agriculture tant en France que
dans tous les autres Etats où l'on cultive.
Le fieur Duhamel , de l'Académie Royale des
Sciences , & Infpecteur de la Marine , a eu l'honneur
de préfenter , le ; de ce mois , au Roi deux
livres de fa compofition , intitulés : Exploitation
du bois , ou Moyen de tirer un parti avantageux
des taillis , demi-futayes & hautes-futayes , &
d'en faire une jufte eſtimation , avec une defcription
des Arts qui fe pratiquent dans les forêts ,
faifant les deux dernières parties du Traité com
pler des Bois & Forêts.
JUILLET. 1764. 184
Les PP. Capucins ont eu l'honneur de préfenter
le à Monfeigneur le Dauphin les XIII , XIV.
& XV Volumes des Principes difcutés , qui font
les derniers de cet Ouvrage , ainfi que la Juſtification
de leur Verfion Françoiſe des Pleaumes.
Du 13.
Les Chevaliers Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint Efprit s'étant affemblés le 10
de ce mois , vers les onze heures du matin ,
dans le Cabinet du Roi , Sa Majesté fortit de fon
appartement pour aller à la Chapelle. Elle étoit
accompagnée de Monfeigneur le Dauphin , du
Duc d'Orléans , du Duc de Chartres , du Prince
de Condé , du Comte de Clermont , du Prince de
Conty , du Comte de la Marche , du Comte d'Eu ,
du Duc de Penthievre & du Prince de Lamballe ,
& des Chevaliers , Commandeurs & Officiers dé
l'Ordre. Sa Majefté , devant qui les deux Huiffiers
de la Chambre portoient leurs maffes , étoit en
manteau , ayant le Collier de l'Ordre pardeffus ,
ainfi que celui de la Toifon d'Or. L'Evêque de
Langres , Commandeur de l'Ordre , Officia , &
après la Meffe qui fut chantée par la Muſique
du Roi , Sa Majefté monta fur fon Trône pour
recevoir Chevalier de l'Ordre le Comte du Châtalet
- Lomont , ci- devant Ambafladeur du Roi
à la Cour de Vienne & l'un des Menins de Monfeigneur
le Dauphin ; après quoi Sa Majesté
fut reconduite à fon appartement en la manière
accoutumée .
Le Roi vient de difpofer en faveur du Maréchal
de Clermont-Tonnerre de la Lieutenance- Générale
& du Commandement du Dauphiné vacans
par la mort du Marquis du Mefnil .
Sa Majefté a nommé à l'Evêché d'Avranches
186 MERCURE DE FRANCE,
l'Abbé de Durfort ſon Aumônier. Elle a donné en
même temps l'Abbaye de Lieu Dieu , Ordre de
Citeaux , Diocèle d'Amiens , à l'Abbé de Béon ,
Aumônier de Madame cele de Selincourt , Ordre
de Piémontré , même Diocèle à l'Abbé Tafcher
, Vicaire Général du Diocèle de Mâcon , &
Chanoine de l'Eglife Noble & Cathédrale de
Coire , & l'Abbaye Réguliere de Prieres , Ordre
de Cireaux , Diocèle de Vannes , à Dom de Baule
, Religieux du même Ordre , & Prieur de l'Abbaye
de Royaumont. L'Abbe de Soulanges ayant
donné la démiffion de la place d'Aumônier de
Madame , Sa Majefté a nommé à cette place
l'Abbé de Saint- Marceau , Vicaire Général de
Meaux.
Le Vicomte de Choifeul , Menin de Monfeigneur
le Dauphin , eft revenu de la Cour de Vienne
& a fait le 10 la révérence au Roi à qui il a
été présenté par le Duc de Praflin fon père , qui
a aufli préfenté , ces jours derniers , à Sa Majefté
le fieur de la Houze , ci - devant chargé des
affaires du Roi à la Cour de Naples & auprès du
Saint Siége.
La Comteffe de Narbonne prêta ferment le
11 entre les mains du Roi en qualité de Dame
d'Atours de Madame. Le même jour , la Princeffe
de Mafferan prit congé de Leurs Majeftés ,
ainsi que la de Famille Royale , à qui elle fur préfentée
par la Princeffe de Rohan . Elle va joindre
à Londres le Prince de Mafferan fon époux , Ambaffadeur
de Sa Majefté Catholique à la Cour
d'Angleterre.
De PARIS , le 8 Juin 1764. -
L'affection fingulière du Roi pour cette Nobleſſe
luftre qui fait la gloire & la force du Royau
JUILLET. 1764. 187
me , & le defir d'en perpétuer l'éclat & l'utilité
ont porté Sa Majesté à inftituer une Ecole Mili
taire pour y élever dans l'art des armes cinq cens
Gentilshommes . L'expérience ayant fait reconnoître
que l'éducation , qui ne fe rapporte qu'à
un feul objet , eſt ſouvent infructueuse , le Roi a
jugé que le cours des Etudes publiques deftinées à
préparer toutes fortes de profeffions devoit être le
fondement de l'éducation de ceux qui feroient
admis à l'Ecole Militaire ; mais ce premier dégré
d'inftitution ne pouvant le trouver que dans une
Ecole célébre & nombreufe , Sa Majefté a jetté
les yeux fur le Collége de le Fléche qui , par
l'étendue de fes bâtimens , la nobleffe de fon établiffement
& les grands biens dont il a été doté ,
a paru remplir l'objet que Sa Majesté le propofe.
En conféquence , le Roi a donné des Lettres - Patentes
, en date du 7 Avril dernier , contenant
quarante-trois Articles dont on donne ici la
fubftance.
y
Le College Royal de la Flêche fera & demeu
rera dorénavant & à perpétuité deſtiné à l'éducation
& à l'inſtruction des enfans de deux cens cinquante
Gentilshommes du Royaume : il ne pourra
être établi aucun autre Penfionnat ; mais toutes
les Claffes y feront publiques , & tous les Externes
feront admis gratuitement dans ces Claffes , ainfi
que dans les autres Colléges de plein exercice.
Lefdits enfans feront nommés par le Roi & choifis
dans la Nobleſſe , fur la préſentation qui lui en
fera faite par le Secrétaire d'Etat ayant le Département
de la Guèrre & de la Marine : ils pour
ront être admis à l'âge de huit à neuf ans jufqu'à
celui de dix à onze , & les orphelins jufqu'à
treize , avec les conditions prefcrites par les Edits
& Déclarations précédens concernant l'Ecole Mi488
MERCURE DE FRANCE .
litaire , tant par rapport aux preuves de Nobleſſe
qu'aux autres qualités qui y font requifes. Il ne
pourra être admis aux deux cens cinquante places
qui resteront à remplir dans l'Hôtel de l'Ecole
Royale Militaire que ceux defdits enfans de Gentilshommes
qui auront fait leuts Etudes dans ledit
College Royal & qui auront quatorze ans accomplis
: ceux d'entr'eux qui , par leurs difpofitions
particulières , fe trouveroient appellés à l'Etat
Eccléfiaftique ou de Magiftrature , ou à d'autres
profeflions nobles , pourront continuer d'y
faire leurs Etudes . Ce Collége fera régi & adminiftré
, fous l'infpection du Secrétaire d'Etat de
la Guerre & de la Marine , par un Bureau compofé
de l'Evêque Diocéfain , qui y préfidera , da
Lieutenant- Général & du Procureur du Roi en la
Sénéchauffée de la Flêche , de deux Notables
ehoifis par Sa Majefté parmi d'anciens Gentilshommes
retirés du ſervice , du Maire de la Ville
& du Principal dudit Collége. Il y fera établi un
Infpecteur chargé de rendre compte des moeurs
du caractère & des talens defdits enfans', & qui
aura féance & voix délibérative dans ledit Bureau
immédiatement après les deuxdits Gentilshommes.
Le College fera deffervi par des perfonnes
Eccléfiaftiques ou Séculières , & compofé d'un
Principal , d'un Sous-Principal , de deux Profeffeurs
de Philofophie , d'un de Rhétorique , de
cing Régens pour les Seconde , Troifiéme , Quatriéme
, Cinquiéme & Sixiéme Claffes , indépendamment
du nombre de Sous -Maîtres que le
Bureau d'Adminiſtration jugera néceffaire . Tous
les biens donnés audit College par les Rois prédéceffeurs
de Sa Majesté & par d'autres perfonnes
, & tous ceux en général qui doivent lui appartenir
au terme des Lettres - Patentes des 14
>
JUILLET. 1764. 189
Juin & 21 Novembre 1763 , & 30 Mars dernier
, lui feront & demeureront confervés , aux
charges portées par leldites Lettres , à l'exception
des rentes fur les Papegaux de Bretagne ,
qui feront employées au foutien des Colléges de
cette Province , & de la Terre de Bonnes , fur laquelle
Sa Majelté expliquera fes intentions. Comme
les revenus de ce Collége ne pourroient ſuffire
aux dépenfes néceffaires pour l'éducation &
l'entretien defdits deux cens cinquante Eléves
Gentilshommes , ce qui y manquera fera fuppléé
annuellement fur les revenus de l'Hôtel de l'Ecole
Royale Militaire , fur lefquels il fera auffi
pourvu aux frais nécellaires pour l'ameublemeut
dudit College & pour le premier établiſſement
defdics Eléves. Le College Royal de la Flêche
jouira de toutes les franchiſes , exemptions & immunités
accordées par Sa Majefté à l'Hôtel de
l'Ecole Royale Militaire. Il continuera d'être régi
en la forme portée par l'Edit du mois de Février
1763 jufqu'au premier Octobre prochain. Les
mêmes Lettres Patentes contiennent différentes
difpofitions fur le choix & les appointemens du
Principal , du Sous- Principal , des Profeffeurs ,
Régens , &c . ainfi que des Eccléfiaftiques qui feront
attachés à la Chapelle : elles portent auffi
plufieurs réglemens pour l'adminiſtration des
biens & revenus du Collège.
Il paroît une Ordonnance du Roi , datée du 10
Février dernier , fuivant laquelle chacun des trois
Régimens de Huffards de Berchény , de Chamborant
& de Royal- Naſſau , actuellement compofés
de douze Compagnies de vingt- neuf hommes
, fera réduit huit Compagnies de vingtcing
hommes , dont fera auffi compofé le qua
triéme Régiment que Sa Majefté à réfolu de
190 MERCURE DE FRANCE .
former , & dont elle a donné le Commandement
au freur d'Efterhafy en qualité de Meſtrede
Camp. Tous les Officiers & Huffards excédens
feront Licenciés : les Capitaines réformés
jouiront de 800 liv. en appointement de réforme,
les Lieutenans de soo liv. & les Sous-Lieutenans
de 400 liv. chacun des Huffards Licenciés retournera
chez lui avec fon habit uniforme , &
un bonnet , & il lui fera donné deux fols par
lieue pour s'y rendre. La même Ordonnance
fixe les divers arrangemens à prendre pour parvenir
à la nouvelle compofition du Régiment
d'Ellerhafy , & en régle l'uniforme.
On mande de Franche -Comté , que la Ville de
Luxeul a pris la réſolution de rétablir les bains
d'eau chaude qui étoient prèfque tombés en ruine:
le fieur de Lacorée , Intendant de la Province
, a fait drefler pour cet objet le plan d'un
bâtiment vafte & commode dont la première
pierre a été polée , avec un grand appareil , le
S de ce mois , par les Officiers du Magiftrat, le
Maire de la Ville étant à leur tête & portant un
rablier de Maçon -garni de rubans . Les bains de
Lexeu font très-anciens & ont été très renommés
; mais depuis Jules Célar en avoit fait réparer
le bâtiment , on avoit négligé de l'entretenir.
Les Prêtres de la Doctrine Chrétienne ont tenu ,
le 30 du mois dernier , dans leur Maiſon de S.
Charles une Aflemblée générale, dans laquelle ils
ont élu pour Supérieur Général de leur Congrégation
le Père Jean -Augufte- Louis Chaftener de
Puységur .
Le quarante & uniéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel -de - Ville s'eft fait , le 24 du mois dernier
, en la manière accoutumée. Le Lot de cinJUILLET.
1764. 191
quante mille livres eft échu au Numéro 76'41 ;
celui de vingt mille livres au Numéro 68786 ;
& les deux de dix mille livres aux Numéros
63983 & 71603 .
Les de ce mois , on a tiré la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire . Les Numéros fortis de la roue
de fortune font 53 , 90 , 48,73 , 65 .
MORTS.
Jean-Hector de Fay , Baron de la Tour de
Maubourg , Maréchal de France , Chevalier des
Ordres du Roi , Gouverneur des Ville & Château
de S. Malo & du Fort de Lillets , eft mort en
cette Ville le 15 Mai , âgé de quatre vingts ans.
Alexandre d'Orléans , Marquis de ' Rothelin
Lieutenant Général des Armées du Roi & Gouverneur
des Ports Louis & de l'Orient , eft mort
le même jour , âgé de loixante feize ans.
Marie Jacques de Bréhant , Marquis de Bréhant
, Maréchal de Camp & Infpe&eur Général
d'Infanterie , mourut en cette Ville le 31 , dans
la cinquante uniéme année de fon âge.
Marie- Françoile de Pardaillan de Gondrin ,
Comteffe de Civrac , Dame d'Atours de Madame
ett morte ici le premier de ce mois , âgee de
trente-cinq ans.
Louife- Elifabeth Jacqueline d'Alface d'Hennin.
Liétard époufe de Jofeph Gabriel Tancrede de
Felix , Marquis de Muy , Comte de la Reynarde ,
Lieutenant Général des Armées du Roi , & Premier
Maître d'Hôtel de Madame la Dauphine ,
mourut à Verlailles , le 27 du mois dernier , âgée
de trente- fept ans,
192 MERCURE DE FRANCE.
NAISSANCE.
Le 22 Mai 1764 fat baptifée par M. l'Evêque de
Perpignan , à Couturelle en Artois , Augufte-
Charlotte , née le 7 Mars précédent , de Meffire
Charles-Joseph -François Boudart , Chevalier ,
Marquis de Couturelle , Chevalier de l'Ordre de
S. Louis , & de Catherine-Charlotte de Wignacourt
, fille du Seigneur dudit lieu , Baron d'Humbercourt
. Elle a eu l'honneur d'avoir pour parrain
& marraine , leurs Alteiles Séréniffimes Electorales
Palatines , repréfentées par le Comte de
Couturelle , Chevalier de S. Louis , Chambellan-
Actuel de l'Electeur , & Mademoiſelle de Wignacourt
, oncle & tante de cet enfant,
MARIAGES.
Henri de Tripoly de Mark de Paniffes de
Palis , Chevalier Marquis de la Garde - Enſeigne
de la Gendarmerie de la Compagnie de
Flandre , Fils de Jofeph-Charles de Tripoly de
Mark de Paniffes de Paffis , Chevalier Marquis
de la Garde Baron de Cipieres & Cauffols ,
Seigneur de Villeneuve , &c , & de Dame
Elizabeth de Vintimille des Comtes de Marfeille
, époufa le 21 Mars 1764 , à Aix en
Provence , Jeanne- Charlotte d'Albertas , fille de
Jean- Baptifte d'Albertas , Chevalier , Premier
Préſident en la Cour des Comptes , Aides &
Finances de Provence ; Marquis de Bouc , Comte
de Ners & de Pechauris , Seigneur de Gemenos
, Confonoves , &c , & de Dame Marguerite.
Françoile de Montullé,
Les différens Auteurs qui ont fait les Génealogies
des Mailons nobles de Provence , n'ont
pas été d'accord entr'eux fur la véritable origine
de cette Maiſon, Les uns ont dit que cette
Famille
JUILLET. 1764 : 193
Famille deſcendoit des anciens Comtes de Tripoli
, les autres de la Maiſon de Paniffes , & le
plus grand nombre de celle de Mark & ils n'ont
jamais été contredits par ceux qui étoient de
cette Famille , dont les papiers avoient été égarés
du temps des Guerres civiles qu'il y avoit
eu dans cette Province , dans lesquelles ils avoient
joué un rôle. Les pupillarités & minorités des
chefs de cette Famille qui fuccédérent à ce temps
de trouble avoient ôté les moyens d'en chercher
les titres dont une partie fe trouvoit hors
du Royaume ; mais en ayant connu la néceffité
par la variété des origines qu'on leur donnoit
ils ont fait des perquifitions & les ont
trouvés. Ils font en état de prouver qu'ils defcendent
des anciens Comtes de Tripoly , Famille
qui étoit établie dans la Comté de Nice
depuis longues années .
Cette Famille porte pour Armes parti d'un ,
coupé d'un qui fait quatre quartiers .
Au premier le champ taillé de Gueule fur
argent , le Gueule chargé d'une Croix clichée ,
vuidée & pommetée d'or taillée en coeur ,
l'argent chargé de rofes de gueule , pofée en
pal , qui elt Tripoly , au deuxième d'azur à
trois pointes de diamant d'argent les pointes
en haut pofées , deux & une furmontées d'une
étoile à 6 rayes d'or qui eft Mark .
Au troifiéme d'azur à 6 épics de bled renverfés
d'or , 3. 2. & 1. qui eſt Panilles.
Au quatrième d'azur femé de Croix recroifetées
, au pied fiché d'or , à deux dauphins
adollés de même qui eft Paffis .
Jofeph - Charles de Tripoly de Paffis , Pere
d'Henri qui vient d'époufer Mlle d'Albertas ,
a eu aufi de fon mariage avec Mlle de Vin-
II. Vol. I
194
MERCURE DE FRANCE .
54
timille des Comtes de Marſeille , un autre fils
qui eft mort Chevalier de Malte & une fille
mariée avec M. le Marquis de Grimaldy d'Antibes;
il eft Fils de Céfar de Tripoli de Panif
fes , & de Magdelaine de Ballon ; celui - ci a
recueilli Phéritage de Charles de Paniffes de
Paffis fon grand Oncle maternel , qui l'a obli̟-
gé lui & fes defcendans de porter fon nom &
Tes armes. C'eſt en exécution de cette volonté
qu'on a pris dans cette Famille le Nom & les
Armes de Paniffes ; & c'eft ce qui a donné
lieu à Pérreur qu'ont fait quelques Hiftoriens
de prétendre qu'ils en defcendoient. Célar etoit
fils de François Tripoly & de Therefe de Chabert
& petit fils de Marc Antoine de Tripoli ,
& de Françoife de Paniffes ; l'un & l'autre ont
paffé leurs vies au fervice de leur Prince &
font morts jeunes des bleflures qu'ils avoient
effuyées.
,
Marc-Antoine de Tripoly étoit né du Mariage
de Claude de Tripoly avec Honorade de
Roux. Celui- ci a rendu des grands fervices à fon
Roi qui l'avoit employé en différentes occafions ,
comme l'on voit par les commiflions dont il
l'avoit chargé ; il étoit fils d'Antoine Tripoly ,
marié en 1560 , avec Honorade de Marſeille
des Comtes de Vintimille , parente de M. le
Comte de Tende , pour lors Gouverneur de
Provence , qui fit lui-même ce mariage , & les
fit époufer dans une campagne qu'il avoit dans
le terroir de Marfeille. Il comptoit fi fort fur
fa valeur & fa droiture , qu'il l'occupa toujours
dans le tems des Guerres civiles , lui fit avoir
bien des Commiffions honorables & lui procura
le Commandement de la Ville d'Aix , &
de plufieurs autres Villes de la Province. Il
JUILLET. 1764. 195
B
>
mourut peu de temps après fon mariage , lailfant
fon fils en pupillarité ; il étoit fils de
Louis Mark dê Tripoly, & de Marguerite de
Mark , Fille de Louis de Mark & d'Antoinette
de Guaft de Venafque , mariés en 1505. Voilà
ce qui a donné lieu à l'érreur de quelques
Hiftoriens qui ont avancé que cette Famille
defcendoit de celle de Mark ils ont trouvé à
propos de fupprimer le Mariage intermédiaire
de Louis de Mark de Tripoly & de Marguerite
de Mark , & ont fait naître Antoine de
Tripoly de celui de Louis de Mark & d'Antoinette
de Guaft , fans faire attention au temps
des ans qui fe trouvoit entre ces deux mariages.
Ils ont véritablement été autorifés à
cette mépriſe par le nom de Louis de Mark ,
qu'Antoine donne à ſon père dans ſon contrat de
mariage ; mais voici ce qui y a donné lieu.
Louis de Mark , époux d'Antoinette de Guaft ,
avoit un fils nommé Antoine , & entr'autres filles
, une appellée Marguerite , qui épousa Louis
de Tripoly. Antoine , héritier de fon père , fe
voyant fans enfans , laiffa fa foeur Marguerite se
Louis de Tripoly , ſon beau- frère , ſes héritiers ,
les chargeant de porter fon nom & armes. C'eſt
en exécution de ce teftament que ce Louis prit le
• nom de Mark . La preuve de ce fait eft claire &
préciſe.
Ce Louis de Tripoly , furnommé Louis de
Mark , étoit fils de Paul de Tripoly & de Marguerite
Chabauda , & petit-fils de Pierre de Tripoly
& de Marie Fabry ; l'un & l'autre habitoient
la Comté de Nice , & avoient , autant qu'on en
peut recueillir de divers fragmens, paſſé leur vie
au Service.
Pierre de Tripoly étoit fils de Claude & d'He-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
leine de Beire , & Claude de Michel & de Magdelaine
Gaufredy , mariés le 18 Juin 1369. Il le dit
fils dans ce contrat de mariage d'Antoine de Tripoly
& de Magdelaine Berengara , dont on n'a
encore pû trouver le contrat de mariage , qui
vraisemblablement fe fera égaré dans le temps
des troubles.
Le 26 Juin 1764 , Denis Laurian Turmeau
de la Morandiere , Membre des Sociétés Royales
d'Agriculture des Généralités d'Orléans & de
Soiffons , connu par différens Ouvrages eſtimables
, a époufé Dame Marie Françoife Mallet ,
fille de Meffire Jacques-François Mallet , Chevalier
, Seigneur de Trumilly , Chanteloup , Godonvilliers
& autres Lieux , Confeiller du Roi en
fes Confeils , Préſident de fa Chambre des Comptes
, & veuve de Simon - Louis de Brulart , Chevalier
, Marquis de Brulart & de Rouvre , Seigneur
de Beaubourg , Clotomond & autres
Lieux .
LETTRE à l'Auteur du MERCURE. *
A Paris , le 24 Mars 1764.
J''EESSPPEERREE ,, Monfieur , que dans la partie de votre
Journal que vous réservez aux Annonces généalogiques
, vous voudrez bien inférer cette Lettre.
L'intérêt que je prends à M. Turmeau de la Morandiere
, mon parent , me fait fouhaiter de détruire
la furprife que bien des perfonnes ont reffentie à
l'occafion de ce qu'il dit de fes Ayeux dans fon
* L'abondance des matières eft caufe que cette
Lettre n'a point paru plutôt dans le Mercure.
JUILLET . 1764. 197
Ouvrage intitulé , Principes politiques fur le rap- .
pel des Proteftans en France.
Son nom eft Turmeau : le furnom de la Morandiere
eft celui d'un petit Fief fitué à deux lieues
de Romorantin , fur le bord du Cher , dont les
Turmeau ont communément porté le nom par
préférence à leur propre nom & a celui des autres
Fiefs qui leur appartenoient : tels que la Grande-.
Maifon de Parpeçay , la Jarrerie , &c . Il y a cependant
eu des Turmeau des Beraudières & des
Turmeau de la Grange.
Les Turmeau font du nombre des anciennes
Nobleffes ils font compris dans le Catalogue des
Familles nobles de Blois , fait par Bernier en
1682. Il eft vrai que commé il y a plus de cent
cinquante ans qu'ils font pauvres , ils ont été
tellement ignorés , que Bernier les a cru éteints .
On ne connoît pas leur origine : il y a lieu de
croire qu'ils ons été appellés avec les Brachet dans
le Bléfois en 151s par Louife , Ducheffe d' Angou
lême , lorfque François I. fon fils monta fur le
Trône. Un fait conftant , c'eft que Jean Brachet,,
qui avoit été Précepteur de François I , donna
l'une de fes filles en mariage à un des Aïeux, pa-,
ternels de M. de la Morandiere , avec une portion
du Fief fis à Romorantin , qui lui avoit été donné
par Madame d' Angoulême , de forte que ce Fief
s'appella le Fief de Turmeau. Il fubfifte encore
fous ce nom , quoique très dénaturé.
La médiocrité de la fortune de fes defcendans ,
les Guerres Civiles , le peu de durée de la faveur,
des Brachet , ont été autant de caufes d'éloignement
& d'oubli . Malgré ces contre temps , les.
Turmeau & les Brachet ont fouvent renouvellé
par des mariages leur ancienne alliance , & c'eft
de ces mariages que M. de la Morandiere tire lon
I iij
198 MERCURE DE FRANCE .
droit au Collège de Boily pour y placer fes en
fans , comme parens du Fondateur.
Il eft à obferver que dans la généalogie des
Chartier, qui eft commune aux Maifons de Gefres
, de Molé , d'Ormefon , de Montholon , &
autres qui ont , comme lui , droit au Collège au
même titre de parenté , il eft ignoré , fi Françoife
Chartier dont il defcend , a eu postérité.
Quelque pauvre que foit cette Famille , on ne
peut lui reprocher comme à beaucoup d'autres
qui figurent aujourd'hui , qu'elle ait un feul rejetton
qui ait exercé aucune profeffion méchanique
ou humiliante. Tous ont été voués depuis un
remps immémorial à la Magiftrature ou au Barreau.
Les uns ont été Châtelains ou Procureurs du
Roi de Romorantin , oa Juges Royaux ; les autres
ont été Avocats au Parlement ou dans d'autres
Places analogues , & tous ont fait de grandes
Alliances. Il y a fort peu de Maiſons à la Cour
auxquelles cette Famille n'ait l'honneur d'apparrenir.
La mère de fon père étoit Charlotte de Bafoges
de Boismaitre , laquelle étoit petite-fille de
Marguerite de Caftelnau , foeur du Marquis de-
Caftelnau , Ambaffadeur en Angleterre , &
grande- tante du Maréchal de France . L'Abbé
Te Laboureur a dit à l'Article de Marguerite de Caf
telnau , qu'elle mourut fans poſtérité.
Heft , Monfieur , bien fingulier , que dans une
même Généalogie , on trouve trois énonciations
auffi peu éxactes . Bernier a dit que les Turmeau
étoient éteints ; l'ancien Rédacteur de la généalogie
du Collège de Boiffy paroît faire conjecturer
que Françoife Chartier étoit morte fans postérité ;
& le Laboureur annonce le même fait contre les
enfans de Madame de Boismaitre .
Aujourd'hui M. de la Morandiere rapporte des
JUILLET. 1764. 199
L
titres non équivoques pour prouver le peu d'éxactitude
de ces trois énonciations. Il eft fans contredit
de la Famille Turmeau de Blois ; il vient de
prouver fon droit au Collège de Boiffy , comme
defcendant de Françoife Chartier , mariée à
Etienne Bracher , & il a le contrat de mariage
de Charlotte de Bafoges , Dame de Boismaitre
fon aïeule paternelle , petite-fille de Marguerite
de Caftelnau.
D'après cet expofé , la furpriſe du Public difparoîtra
en fentant que dans ce qu'a dit M. de laMorandiere
dans fon Ouvrage , il a eu principalement
en vue fes Aieux maternels . Il a donc été fondé à
dire que les Aïeux ( Brachet , Chartier , Caftelnau
& beaucoup d'autres que ces mêmes alliances lui
ont donné , ) ont rempli pendant cinq fiécles de
très-grandes places à la Cour. La médiocrité de
la fortune de fes Aïeux paternels depuis plus
d'un fiécle ne doit rien faire contre lui. On fait
qu'il y a des Maiſons illuftres dont plufieurs rejettons
font tombés dans l'oubli par le défaut de
fortune. On peut encore ajouter en faveur des
Turmeau que s'ils ont eu l'honneur de s'allier
conftamment avec les bonnes Maifons de la Province
qu'ils ont habitée , plufieurs Gentilshommes
ont pris alliance dans cette famille. La Bifaïeule
de M. le Comte de Riocourt étoit une Turmeau ,
de la branche des Seigneurs de Monteaux , &c .
Les alliances ont été fréquentes & réciproques
avec les Familles Gallus de Rioubert Brachet
de la Milletiere & de Pormoran , Pajon Devillai
mes, Dauvergne , Leclerc de Douy , &c.
Meffieurs de Montmorency & de Fains , ont
recueilli la fucceffion d'un Montmorency , Seigneur
de Neavy- le-Palliou , au partage de laquelle fe
préfenta comme parent il y a vingt einq ans le
Iiv
200 MERCURE DE FRANCE.
père de M. de la Morandiere . A la vérité il n'y
eur aucune portion , parce qu'on lui fit croire qu'il
étoit parent plus éloigné du défunt que les copartageans.
Je fais qu'il eſt dans l'intention d'examiner
s'il ne pourroit pas revenir également
contre cette exclufion à la fucceffion de cette
branche Montmorency , comme il revient aujour
d'hui contre les énonciations qui fembloient détruire
fes Aïeuls tant paternels que maternels.
J'ai l'honneur d'être &c.
PAJON DE MONCATS.
Lafuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
- SUPPLÉMENT aux Piéces Fugitives.
LETTRE de M. DE LA DIXMERIE
à M. DE LA PLACE.
J'AI lu , Monfieur , dans votre Mercure
du mois de Juillet dernier , Article
des Nouvelles Littéraires , cette annonce
: Mémoire pour fervir à l'Hiftoire
de France du quatorziéme fiécle , contenant
les Statuts de l'Ordre du S. Efprit
AU DROIT DESIROU DU NOEU , inf
titué à Naples , en 1352 , par Louis
Premier du Nom , Roi de Jerufalem ,
JUILLET. 1764. 201
de Naples & de Sicile , & renouvellé en
1579 par Henri III , Roi de France
,fous le titre de l'ORDRE DU S. Es-
PRIT , avec une notice fur le manufcrit
original qui renferme les anciens Statuts
, & des Remarques Hiftoriques fur
cet Ordre , par M. LEFEVRE , Prétre
de la Doctrine Chrétienne. Brochure
de quatre vingt-deux pages.
J'ai cru fur ce titre , que je trouverois
dans cette petite brochure quelques
Anecdotes & quelques faits concernant
notre Ordre du S. Efprit ; il n'y
en a pas un feul , excepté que l'Auteur
dit qu'il a été renouvellé d'après
celui de Naples.
M. de Saintfoix , en 1758 , fit imprimer
un petit Ouvrage fur notre
Ordre du S. Efprit ; il le préfenta même
au Roi ; il y rapporte les Statuts
de celui de Naples avec des notes &
quelques Anecdotes fur cet Ordre qui
font à- peu-près les mêmes que celles
de M. Le Fevre. Je ne prétends pas
dire que M. Le Fevre ait vù ce petit
Ouvrage de M. de Saintfoix ; j'ai même
des raifons pour ne le pas croire ;
mais voici ce que M. de Saintfoix y
dit : Louis d'Anjou , Roi de Jérufalem
& de Naples , inflitua , en 1352 ,
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
un Ordre du S. Efprit. Plufieurs dé
nos Hiftoriens difent qu'attendu les
troubles dont fon régne fut agité dès
l'an 1354 , cet Ordre du S. Efprit
ne putfe foutenir, & que peut - être igno
reroit-on qu'il eût exifté , fi le hafard
n'avoit pas fait tomber le titre original
de fon inflitution entre les mains d'un
Noble Vénitien qui en fit préfent a
Henri III , lorfqu'il paffa par Venife
à fon retour de Pologne ; que ce
Prince voulant s'en approprier l'idée,
le tint fort caché , & qu'après avoir
fait extraire par Chiverni , Chancelier
de France , ce qu'il en vouloit tirer
pour fon nouvel Ordre , il lui ordonna
de le briller ; que Chiverni conferva
cette pièce rare & curieufe , en
partie à caufe des belles mignatures
dont elle étoit ornée ; qu'après fa mort ,
elle paffa dans la Bibliothèque de fon
Fils , & de cette Bibliothèque dans celle
du Président de Maifons . Si ces Hiftoriens
avoient confronté les Statuts de
rOrdre du S. Efprit de Naples , inftituée
en 1352 ; avec ceux de l'Ordre
de l'Etoile , inftitué à Paris un an
auparavant , en 1351 , par le Roi
Jean , ils auroient vu qu'ils font les
mêmes , & qu'étant les mêmes , & ceux
JUILLET. 1764. 203
de l'Ordre de l'Etoile étant très connus
en France , Henri III par conséquent
n'avoit pas pu penfer à s'en approprier
l'idée. D'ailleurs parmi les Statuts de
notre Ordre du S. Efprit , il n'y en
a' au que ou
femblent à ceux de cinq qui refl'Ordre
S.
prit de Naples , & ces quatre ou cinq
Statuts fe trouvent auffi parmi ceux de
S. Michel inftitué par Louis XI: ainfi
ce ne feroit pas de l'Ordre du S. Ef
prit de Naples que Henri III les auroit
pris, mais de celui de S. Michel. Enfin
fi ces Hiftoriens avoient la les Statuts
de nos Ordres de S. Michel & du
S. Efprit , ils auroient vu que le fond
eft entierement le même , & qu'il n'y
a que les changemens qu'exigeoient les
temps différens ; le droit féodal par
rapport a la convocation des grands
& petits Vaffaux , fubfiftoit encore du
temps de Louis XI , au lieu qu'il ne
fubfiftoit plus du temps de Henri III.
Voilà ce qu'avoit dit M. de Saintfoix
& ce que nous retrouverons fans
doute dans fon Hiftoire des Ordres
du Roi . On peut juger à préfent fis
M. Le Fevre a raifon de mettre dans
le titre de fa Brochure que Henri III
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
n'a fait que renouveller l'Ordre du
S. Efprit de Naples.
J'ai l'honneur d'être & c.
DE LA DIX MERIE,
A Paris , le 7 Juillet 1764.
LETTRE à M. DE LA PLACE,
fur un événement intéressant.
QUOIQUE les Gazettes étrangères ,
Monfieur , aient déja fait mention d'un
trait d'humanité admirable , je fuis cependant
chargé de vous adreffer les
deux lettres qui renferment , pour ainfi
dire , l'hiftoire de ce trait immortel.
Chaque Nation doit confacrer dans fes
papiers publics l'héroïfme du Sentiment
, & tout homme à qui ce dépôt
eft confié doit être ravi d'en faire ufage :
il eft doux de contribuer à perpétuer
ce qu'on admire ; il eft doux de penfer
qu'on s'affocie à l'Auteur d'une belle
action , en prévenant l'injuftice du
temps qui pourroit la faire oublier.
Que M. le Général Betski doit être
flatté de l'enthoufiafme de l'Inconnu
JUILLET. 1754. 205
qui lui écrit ! qu'une entreprife a déja
de fuccès , quand elle fait naître les
tranfports & la générofité ! Que l'Inconnu
furtout eft admirable par fon
procédé & par fa modeftie ! Heureux
Monfieur , heureux qui peut donner
avec tant de nobleffe , heureux qui peut
recevoir avec tant de gloire ! La fituation
de ces deux hommes ne peut être
comparée qu'au bonheur de chacun
d'eux.
Oferai -je mêler aux objets de ce tableau
une Souveraine magnanime , une
Femme extraordinaire ! Oui , fa place
eft parmi ceux dont elle anime l'âme &
le génie ; l'établiffement de l'illuftre Général
, le procédé du vertueux Anonyme
font nés de l'exemple de CATHERINE ,
& l'admiration fe tourne vers elle quand
la reconnoiffance parle pour eux ; mais
il eft mille chofes à dire d'elle , qu'on
lui doit quand on ofe en parler , &
qu'on eft obligé de lui laiffer ignorer
tant on fe fent peu capable & peu digne
de faire fon éloge : taifons - nous
donc , Monfieur , renfermons- nous dans
le plaifir de fentir , & fubftituons les
voeux aux louanges .
J'ai l'honneur d'être , & c.
DE BASTIDE,
206 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE d'un Anonyme à M. le Général
BETSKI¸ à Pétersbourg,
MONSIEUR,
N'ayant nullement l'avantage de vous
être connu , je n'aurois pas pris la liberté
de vous écrire , fi les devoirs de
l'humanité ne m'y euffent porté.Je viens
d'apprendre d'un Ami , qui connoît la
Ruffie pour y avoir été longtemps &
qui y a encore quelques correfpondances
, que fous les aufpices de l'Impératrice
, vous veniez de fonder à
Mofcou une Maifon d'Enfans trouvés
& d'Orphelins où l'on reçoit indiftin &tement
tous ceux qu'on y porte. Mon ami
écrivit d'abord pour qu'on lui envoyât les
Statuts & le Plan de cet établiſſement; on
Jui répondit , qu'ils n'étoient imprimés
qu'en Ruffe & en Allemand & on ne
nous en envoya qu'un Extrait en françois.
Si j'ai quelques qualités , ce font
celles d'un coeur tendre & humain ; auffi
les larmes d'attendriffement & de joie me
coulérent- elles des yeux , quand je lus
que , lorfque vous eûtes propofé votre
JUILLET. 1764. 207-
" projet à l'Impératrice cette Augufte
Princeffe donna d'abord cinq cens
mille livres pour ce bâtiment & def- ·
tina 25000 liv par an , de fa caiffe &
Monfeigneur le Grand Duc 100000 I.
pour l'entretien de cette maifon ; que
vos compatriotes y contribuerent tous
par des donnations annuelles , & qu'ainfi
c'eft un des établiffemens les mieux
fondés de l'Europe. Par l'Extrait qu'on
nous a donné , j'ai vu que vous aviez
choifi ce qu'il y avoit de mieux dans la
plupart des établiffemens publics &
que vous aviez adapté ce que vous en
avez pris , au Gouvernement, aux moeurs *
& au climat de votre Païs .
Quand un Souverain contribue par
l'éxemple & la générofité à la fondation
de pareils établiffemens , qui font
d'autant plus d'honneur à l'humanité
qu'ils font faits pour fecourir cette partie
du genre humain , la plus digne de
notre tendreffe & de notre compaffion ;
quand le projet en eft fait & mis en
exécution par un Citcien tel que vous ,
Monfieur , les Statues d'Airain font fuperflues.
Le nom de CATHERINE reftera
gravé , de génération en génération,
dans les coeurs de tant de milliers d'hom
208 MERCURE DE FRANCE.
"
mes qu'en arrachant à la mort.ou
du moins à la mifére la plus affreuſe
on y élévera en hommes libres & en
Citoiens & des fiécles ne pourront vous
effacer de leur mémoire.
Ma Patrie étant partout où il y a des
hommes , permettez - moi , Monfieur ,
de partager avec vos compatriotes l'honneur
de contribuer , felon mes facultés
, à un établiffement auffi louable.
M. Clifford vous enverra une lettre
de change de too ducats , ayez la bonté
de mettre cette petite fomme dans
la caiffe . Je cache mon nom , parce que
fi je vous étois connu peut-être ne
jouirois je plus de la fatisfaction- intérieure
que me procure l'action que je
fais .
Les commencemens de toutes les entreprifes
, quelqu'utiles & louables qu'elles
foient font pénibles. On trouve
toujours des obftacles à furmonter
bien des chofes que l'on avoit cru bonnes
à corriger , d'autres à rectifier. Ne
vous découragez pas , Monfieur ; il faut
mener à fa perfection le bel ouvrage
que vous avez commencé. Je vous crois
trop vertueux pour vous laiffer éffrayer
par des difficultés & refter en un fi beau
JUILLET. 1764. 209
chemin. Je fuis avec l'attachement &
le refpect que j'ai pour ceux qui ont
de la vertu & de l'humanité .
Monfieur ,
Votre & c . PHILANTROPE ,
ce 2 Avril 1764.
REPONSE à l'ANONYME.
MONSIEUR ,
Que la nouvelle d'un Etabliffement
fait à Mofcou en faveur des Enfans
trouvés & des Orphelins de cet Empire
vous ait caufé un attendriffement fi
doux & fi agréable , je n'en fuis nullement
furpris ; un coeur fenfible & vertueux
voit- il rien de plus intéreffant
que ce qui eft utile à l'humanité ? Vous
le prouvez , Monfieur , d'une manière
bien honorable pour elle par votre conduite
généreufe. Les tranfports qu'elle a
fait naître dans mon âme n'ont été
modérés que par le regret de ne pas
en connoître l'Auteur. Je fuis forcé de
refpecter le motif qui vous porte à le
cacher ; mais fi par vorre vertu vous
210 MERCURE DE FRANCE.
facrifiez le tribut d'eftime & de reconnoiffance
qui vous eft dû , je ne crois
pas devoir enfevelir dans le filencer
l'exemple unique que vous donnez au
Genre humain .
En lifant les papiers publics , vous
jouirez donc , Monfieur , du plaifir d'a-'
voir fait du bien à vos femblables &
de les inftruire , & ce plaifir fera d'autant
plus vif , que les précautions de la
modeftie l'auront confervé dans toute
fa pureté ; il augmentera fans doute
lorfque vous verrez que notre augufte
Souveraine s'occupe fans ceffe de nouveaux
projets analogues au premier . Elle
vient de fonder une Communauté où
deux cent jeunes Demoifelles Nobles
recevront une éducation convenable à
leur naiffance & au rang qu'elles dorvent
occuper dans le monde . L'ouver
türe folemnelle s'en fera le 28 de Juin
de cette année . Depuis quelques femainês
fes ordres ont mis la dernière main
à l'Etabliffement d'une Académie de
jeunes Artiſtes. Dans les réglemens qui
feront imprimés vous admirerez les
précautions que Sa Majefté fçait prendre
pour conferver les moeurs de ces
jeunes gens , & rendre par ce moyen ,
JUILLET. 1764. 21r
leurs talens auffi utiles à la patrie qu'à
eux- mêmes. Bientôt des Ecoles publiques
feront établies , & des afyles pour
les infirmités humaines feront ouverts
dans toutes les Provinces & Gouvernemens
de l'Empire . En lifant ces nouvelles
, ne vous écrierez-vous pas , Monfieur
, avec un des grands Sçavans de
l'Antiquité , que la réunion du pouvoir
& de la volonté de faire le bien
eft le plus beau fpectacle que les Dieux
puiffent donner aux hommes ? Nous
chériffons la mémoire d'un Empereur
Romain , qui fe plaignoit d'avoir paffé
un jour fans faire un heureux ; quelle
ne doit pas être notre tendre admiration
pour une Souveraine qui dans un
moment affure le bonheur de plufieurs
générations !
Je fçai , Monfieur , que tous les com
mencemens font pénibles ; mais l'exemple
eft , fi je puis m'exprimer ainſi , à
notre tête. Son application , fon travail
, fes lumières conduiront toutes ces
entrepriſes à leur perfection . Pour moi,
Monfieur , je ne fçaurois y contribuer
que par mon zéle ; c'eſt par là feulement
que je puis mériter ce que vous
me dites d'obligeant , & plus encore
212 MERCURE DE FRANCE.
par mon eftime profonde pour des Perfonnes
de votre caractère , & mon défir
fincère de voir tous les hommes vous
reflembler. Je fuis pour la vie ,
MONSIEUR ,
Le zélé admirateur de vos rares vertus.
B ***
SUPPLÉMENT à l'Article de Littérature.
AVIS.
Si quelqu'un a un premier vol. de la
Gographie Blaviene vulgairement nommée
Atlas de Blaeu , en grand Papier ,
Edition de 1667 , il peut en donner
avis à M. HERISSANT, Imprimeurdu
Cabinet du Roi , rue Saint Jacques , qui
en payera le prix convenable en lui remettant
ce volume.
A VIS
,
DIVER S.
On trouve en tout temps chez le fieur TAVERNIER
, Marchand quai de la Mégifferie , au
Cigue blanc , à côté de la grille de l'Arche - Marion
, près le Pont- Neuf, de très- belles Jarres de
Provence , bien émaillées intérieurement , contenant
depuis quatre julqu'à douze voies d'eau : il a
d'ailleurs le moyen de les fabler de façon que
l'eau s'y clarifie auffi -tôr.
JUILLET. 1764. 213
Les Intéreffés dans les Armemens pour la traite
des Négres ou pour tout autre Commerce , qui
defireront faire allurer les fonds qu'ils ont mis
dans le dites entreprifes , tant pour l'aller que pour
le retour , font avertis qu'une Compagnie de
Ville commerçantedu Royaume fe charge de faire
le dites allurances à des conditions très - avantageules.
On peut s'ad eller au fieur Bleuze , demeurant
à l'Hotel de la Prévôté , rue d'Argenteuil ,
qui communiquera auxdits Intérellés les conditions
& leur procurera les polices d'aſſurances .
>
>
Les Actionnaires de l'Armement des Navires
& Corvette le Prince & la Princeffe de Rohan-
Guimenée qui s'est fait à Nantes par MM .
Plumard de Frieux , Philippe Beauvoir & Compagnie,
Capitaine Morel l'ainé , font avertis que
ces Bâtimens font en rade depuis le 15 Juin dernier,
& qu'ils feront voile dans les premiers jours de ce
mois pour aller à leur deftination Ceux qui voudront
avoir de plus amples éclairciffemens fur
cet objet , peuvent s'adreller à M. Bleuze , à Paris
, à l'Hôtel de la Prévôté , rue d'Argenteuil ,
ou à M. le Faucheur , Négociant , chargé de la
Caiffe dudit Armément , dans lequel il eſt inté
reffé , à l'Apport- Paris .
ERRATA du fecond Volume de Juillet 1764.
Page 90 , ligne 11 , 15 Mai , lifez 14 Mai.
Page 91 , ligne 12 , la Compagnie , lifez la
Compagnie.
Page 91 , lig. 18 , & me faire , lifez & me ferez.
P. 98 , une autorité , fez à une autorité.
P. 98 , 1. 18 , fi M. l'Abbé , lifez & fi M. l'Abbé.. 1. 13 >
2214 MERCURE DE FRANCE.
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Monſeigneur le Vice- Chan- ΑΙ
celier , le fecond volume du Mercure de Juiller
1764 , & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion. A Paris , ce 15 Juillet 1764,
GUIROY.
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE
SUITE
ARTICLE PREMIER.
UITE de l'Hiftoire raiſonnée des Difcours
de Cicéron.
ÉPITRE fur un Mariage , par M. Greffet , de
l'Académie Frauçoiſe.
Page 5
20
28
VERS à ma femme , fur l'anniverſaire de
mon mariage.
LA Vanité corrigée , Conte Oriental. 29
TRADUCTION de l'Hymne de Cléanthe , &c. 36
VERS à Son Excellence le Baron de Rodenhaufen
, &c.
VERS fur le mariage de M. D. L. G. & de
Mlle T.
SUR Pierre Corneille.
VARS fur le mariage d'un Officier François
avec une Américaine à Nantes.
LES Graces réformées , à Mlle B **
MORALITE , traduite de l'Anglois de Sir
Beaumont.
LETTRE à M. De la Place.
38
39
ibid .
52
53
$@
56
JUILLET. 1764 . 215
RONDEAU irrégulier.
MADRIGAL fur Madame L. C. D. B.
ÉNIGMES.
LOGOGRYPHES.
CHANSON.
f8
ibid.
$9 & 60.
61 & 62
I
63
ART. II. NOUVELLES LITTÉRAIRES.
SUITB de la Lettre de M. l'Abbè Jacquin , à
l'Auteur du Mercure , fur les Médailles.
LETTRE à l'Auteur du Mercure , far ane
Anecdote fingulière de l'Hiftoire de la
Ville de LILLE,
Au même.
AVIS touchant un Recueil de Plantes , & c.
Avis au Public.
ANNONCES de Livres.
87
89
96
97 & fuiv.
ART. III . SCIENCES ET BELLES-LETTRES ,
ACADEMIES.
SEANCE publique de la Société Littéraire
d'ARRAS.
ILS
MEMOIRE fur le Canal de BOURGOGNE ,
par M. Dumorey.
128
GÉOGRAPHIE .
134
ART. IV. BEAUX - ARTS.
ARTS UTLI E S.
CHIRURGIE.
LETTRE à M. De la Place , (ur les hernies. 136
DÉCOUVERTE
nouvelle.
ARTS AGRÉABLES.
142
MUSIQUE.
144
GRAVURE.
146
ART. V. SPECTACLES.
OPERA. 147
COMÉDIE Françoiſe.
148
216 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE à M. Delagarde , adrellée au Bureau
du Mercure , par la voie de la petite
Pofte.
COMÉDIE Italienne.
CONCERT Spirituel.
AR. VI . Nouvelles Politiques.
149
152
154
154
196
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
SUPPLÉMENT aux Piéces Fugitives.
LETTRE de M. de la Dixmerie , à M. De
la Place , au fujet d'un Ouvrage de M. de
Saintjoix.
LETTRE à M. De la Place , fur un événe-
200
ment intéreffant .
204
LETTRE d'un Anonyme , à M. le Général
Betski à Pétersbourg.
206
RÉPONSE à l'Anonyme . 209
Avis divers.
212
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY ,
rue & vis-à-vis la Comédie Françoife.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le