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1764, 04, vol. 1-2, 05-06
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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
AVRIL. 1764 .
PREMIER VOLUME.
Diverfité , c'est ma devife . La Fontaine.
Coshin
Silveinv
Pupillo Sanip
A PARIS ,
CHAUBERT, rue du Hurepoix.
JORRY, vis- à- vis la Comédie Françoife.
PRAULT , quai de Conti.
Chez DUCHESNE , rue Saint Jacques.
CAILLEAU rue Saint-Jacques.
(CELLOT , grande Salle du Palais.
Avec Approbation & Privilége du Roi,
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
335823
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
1905
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch à côté du
Sellier du Roi.
,
,
C'eft à lui que l'on prie d'adreffer ,
francs de port , les paquets & lettres
pour remettre , quant à la partie litté
raire , à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pourfeize volumes
, à raifon de 30 fols piéce.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront d'autres voiesque
la Pofte pour le faire venir , & qui pren
dront les frais du port fur leur compte
, ne payeront comme à Paris , qu'à
raifon de 30 fols par volume , c'est- à •
dire , 24 liv. d'avance en s'abonnant
pour Seize volumes.
A ij
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire venir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cidefus.
On fupplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la pofte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affranchis
, refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à annoncer
, d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année . Il y en a jufqu'à
préfent cent cinq vol. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
fe trouve à la fin du foixante - douziéme.
MERCURE
DE FRANCE.
AVRIL. 1764.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
SUITE de l'Hiftoire raifonnée des
Plaidoyers de CICERON.
DEFENSE de la Lor du Tribun du
Peuple C. MANILIUS , qui vouloit
engager les Citoyens à mettre POMPEE
à la tête des Troupes qu'on oppofoit
à MITHRIDATE.
TOUJOU OUJOURS femblable à lui -même
toujours animé du même efprit de Pa-
I. Vol.
A iij
6 : MERCURE DE FRANCE .
triotisme , tantôt Cicéron armé de fon
éloquence déconcerte les projets ambitieux
des mauvais Citoyens & les force
au filence , tantôt il encourage les entrepriſes
utiles au bien général de l'Etat ,
& parvient à les faire adopter par le
Corps entier du Peuple Romain.
Rullus a élevé fa voix en faveur d'une
Loi pernicieufe , & il a été confondu.
C. Manilius éléve aujourd'hui la
fienne ; il propofe Pompée comme le
Citoyen le plus capable de commander
les armées de la République ; Cicéron
fe charge de faire valoir fa propofition
par un difcours éloquent , & en fe couvrant
lui-même de gloire , il met fa patrie
en état de cueillir de nouveaux lauriers.
De tous les Peuples qui eurent autrefois
la manie de réaliſer la chimère de
l'Empire Univerfel , les Romains font
ceux qui en ont le plus approché. Le fiécle
de Cicéron a été le plus beau de ces
fiers Républicains . Leur nom fembloit
le cri de l'honneur leurs Enſeignes
montroient celui de la victoire on
comptoit prèfque autant de triomphateurs
que de Généraux. Vingt Rois fou
mis atteftoient leur puiffance . Les autres
mettoient au nombre de leurs titres
2
AVRIL. 1764. ,
les plus glorieux , celui d'Alliés des Romains.
Le feul Mithridate réfiftoit encore
. Une guerre de fept ans pouffée
vivement par Lucullus n'avoit point diminué
fes forces ; & après tant de travaux
les Troupes Romaines n'étoient
pas plus avancées qu'au premier jour.
Ce Prince joignoit le courage le plus
héroïque & le plus réfléchi à l'efprit
le plus jufte & le plus actif qui fût ja
mais. Une correfpondance exacte éta→
blie entre la Capitale & toutes les Provinces
de fes Etats le mettoit en état
de juger des forces actuelles de fon
Royaume , & de celles qu'il pouvoit
efpérer par la fuite. Un coup d'oeil lui
fuffifoir pour juger des abus : un reméde
fimple les faifoit ceffer. Intrépide
à la tête de fes armées , confervant fon
fang-froid au milieu des mêlées les plus
fanglantes , il fçavoit profiter de fes
moindres avantages & des plus petites
fautes de fes ennemis . L'adverfité ne
l'abattit jamais , & le bonheur ne l'enorgueillit
point. Tel étoit l'ennemi que
Pompée alloit combattre .
Pompée réuniffoit dan fon caractère
les plus grandes & les plus nobles qualités
qui puiffent faire honneur à la nature
humaine , & donner à un homme
A iv
8
MERCURE DE FRANCE .
de l'afcendant fur fes femblables. Ses
vues & fes raifonnemens étoient admirables
dans le Sénat , fa bravoure merveilleufe
dans l'action . Lorsqu'il étoit
question d'exécuter ce qu'il avoit une
fois jugé néceffaire , jamais perfonne ne
joignit fi parfaitement la diligence à la
fermeté. Voilà l'Adverfaire qu'on réfolut
d'opposer à Mithridate.
Ce fut fous le Confulat de M. Emile
& de L. Vocatius que C. Manilius , Tribun
du Peuple , propofa aux Citoyens
la Loi qui depuis a porté fon nom. Lucullus
venoit d'être rappellé ; des fuccès
équivoques , des pertes réelles , un
ennemi toujours en haleine & qui ne
fe laiffoit jamais furprendre , les Soldats
découragés ; telle étoit la fituation
des Romains. Elle étoit critique , &
partant ne pouvoit être durable . Cicéron
ami particulier de Pompée , mais
encore plus zélé Patriote , fervit en cette
occafion & l'amitié & la Patrie en fecondant
les vues de Manilius.
Son difcours eft un des plus adroits (a)
(a )Qu'on ne foit pas furpris du terme d'adroit
dont je me fers . Les grands hommes font
toujours regardés d'un oeil d'envie , parce que
leur mérite bleffe la médiocrité . Dans les Etats
Républicains cette jalousie dégénere en haine ,
AVRIL. 1764 9
& des plus élégans qu'il ait jamais prononcés
. Le ftyle y prend la forme des
objets que l'Orateur veut peindre . Les
louanges les plus fines & les plus délicates
y font prodiguées à Lucullus : Il
réſerve la magnificence des éloges à fon
héros . La partie du fentiment y eft
traitée en Maître ; les raifonnemens font:
convaincans & fans replique.
Le fuccès couronna l'entrepriſe :
Pompée fut élu d'une voix unanime
Général de la République. Que l'on
décide à préfent qu'on fçait toutes les
victoires qu'il remporta , pour lequel
des deux , de Cicéron ou de lui , les
Romains durent avoir le plus de reconnoiffance
?
parce qu'on craint de le voir affervir par ceux
à qui leurs qualités fuperieures attirent l'eftime
publique. Pompée étoit dans ce cas - là ; il étoit
trop grand homme pour ne pas avoir beaucoup
d'ennemis , & Cicéron avoit réellement befoin de
toute fon adreffe pour ménager des gens qui
pouvoient faire échouer l'entrepriſe ..
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
A Son Alteffe Séreniffime Monfeigneur
L'ELECTEUR PALATIN , fur
l'Académie des Sciences que ce Prince
vient d'inftituer à MANHEIM.
*
ILLUSTRE
LLUSTRE Théodore , enfin ta Capitale
Brille de tout l'éclat qu'elle eut à defirer :
L'Europe dès long-temps ſe plaît à célébrer
Les ornemens pompeux que ton Palais étale.
On y voit les Beaux- Arts accueillis , honorés ,
Animés par tes dons , par ton goût éclairés :
Tes Spectacles , remplis d'étonnantes merveilles ,
Eblouiffent les yeux , enchantent les oreilles ,
Intéreffent l'efprit , & tranfportent le coeur.
Mais Terpficore , Polymnie ,
Melpomene , Euterpe & Thalie ,
* Cette Académie , qui tint fa premiére Séance
au mois d'Octobre 1763 , doit s'occuper principalement
de l'Hiftoire Politique & de l'Hiftoire
Naturelle du Palatinat . Elle a propofé pour Sujet
du Prix qu'elle décernera cette année , les quef-.
tions fuivantes : Quelle fut l'Origine du Comte Palatin
? Quel étoit fon emploi fous les anciens Empereurs
de Rome , & fous les Rois des races Mérovingienne
& Carlovingienne , jufqu'au partage de
la Monarchie des Francs en Provinces Orientales
& Occidentales ? En quel temps commença- t- on d'annéxercette
dignité à certains Domaines du Royaume
? ( Gazette de France & d'Amſterdam . )
AVRIL 1764 .
Partageant ainfi ta faveur ,
De leurs Soeurs excitoient la jufte jalousie.
Oui , Grand Prince , il manquoit dans tes murs
renommés
Une fçavante Académie ,
Où ton choix raffemblât des Diciples formés
Par la fage Clio , par la doce Uranie.
Déjà je vois les habitans
De ce refpectable Lycée
Inftruire l'Univers des utiles préfens
Qu'au fein de tes Etats féconds & floriffans ,
Dépoſe la Nature à te plaire empréſſée.
Je les vois , débrouillant l'obfcure Antiquité,
De la dignité Palatine
Tracer avec fidélité
Les fonctions & l'origine ,
Et fauver de l'oubli , par leurs nobles travaux ;
Millé faits dignes de mémoire ,
Que du temps deftructeur l'impitoyable faulx
Avoit jufqu'à nos jours dérobés à l'Hiftoire.
Je les vois fans nuage offrir à tous les yeux
Les vertus dont brilloient tès auguftes Ayeux.
Mais quelle abondante matière ,
Pour leurs plumes quel dour emploi ,
Lorfqu'ayant parcouru cette vafte carrière
Ils auront à parler de toi !
Par M. HARDWIN , Seer. Perp , de la
Soc. Litt. d'Arras..
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
LE JARDINIER ET L'ORANGER ,
FABLE.
UN Jardinier auffi prudent qu'habile
Elevoit avec foin de jeunes arbriſſeaux :
Sous fes mains chaque jour la nature docile
Sembloit avec plaifir feconder fes travaux .
Sa tendreffe pour eux prête à tout entreprendre
Prévoyoit le moindre danger :
Le plaifir de les voir augmenter & s'étendre ,
Lui fuffifoit pour le dédommager
Des peines qu'il avoit pu prend re.
Un petit oranger
Lui paroîffoit le plus flatter fon eſpérance :
D'un naturel affez heureux ,
Et déjà dégagé des périls de l'enfance ,
Il devenoit l'objet de tous fes voeux.
Attentif à combler d'avance
Le plus léger de ſes befoins ,
Il lui prodiguoit tous les foins .
( Soins doux & précieux à qui fçait les connaître ! )
L'arbuste bien tôt grand n'en fentit plus le prix :
De fon bienfaiteur & fon maître
Il n'écouta plus les avis.
Pourquoi me refferrer entre ces quatre planches ?
›› Quoi , toujours après moi ? pas un jour de repos !
AVRIL. 1764 . 13
Sans ceffe m'inonder , me couper quelques
>> branches !
Et mille autres propos.
Las enfin , malgré la tendreſſe ,
Le Jardinier ceffa de l'arrofer .
Mais de ces tendres foins , ah ! comment fe paffer ?
L'arbre infenfiblement en proie à la trifteffe ,
Malgré la force & fa jeuneffe ,
Dépérifoit , ne faifoit que languir ,
Et privé des fecours de la main bienfaifante
Qui confervoit la vie à ſa tige naiſſante ,
Il commençoit à fe flétrir.
Le pauvre Jardinier fenfible à cette vue ,
Avec regret le vit prêt à périr :-
Il s'approcha de lui , fon âme fut émue ,
Er l'Oranger , dit -on , treffaillit de plaiſir.
Il lui tendit une main fecourable ,
Renouvella fes foins , & l'Arbre plus heureux ,
Porta les plus beaux fruits & remplit tous les voeux.
De l'amour paternel 6 pouvoir admirable !
Heureux qui peut toujours en fentir- la douceur !
Pères à vos enfans égarés par l'erreur ,
Ne refuſez jamais votre tendreffe :
Tôt ou tard fur leurs coeurs la Nature a fes droits }
Et l'on ne doit jamais , lorſque l'on fuit fes loix ,
Déſeſpérer de la jeuneſſe.
Par M. GAULLARD fils.
14 MERCURE DE FRANCE.
A L'AUTEUR DU MERCURE.
ÉPITAPHE
De M. DU VIVIÉE , C. du C. de V.
Hicjacet exemplarpatrum , virtutis amicus ,
Qui , fipoffit homo , meruit venerabilis aras .
Cy gît des pères le plus tendre ,
Le plus vertueux des Mortels ,
Qui mériteroit des Autels ,
Si l'homme pouvoit y prétendre.
,
L'hommage que je rends à la mémoire
de M. Duviviée eft bien mérité
Monfieur ; les pleurs que fa famille &
fes amis ont donnés à fa mort font
beaucoup mieux fon éloge . Ah ! fi les
Mortels fçavoient combien on aime &
l'on regrette un homme vertueux , qu'ils
trouveroient beau de l'être !
J'ai l'honneur d'être & c.
DOMICILLE .
Prais , ce 8 Mars 1764.
AVRIL. 1764. · IS
E PITRE
A M. Cho de Mo * * *
SUR notre pauvre fourmilière
Il est un Dieu qu'on nomme le bonheur ,
Chacun le cherche & brigue la faveur :
On le trouve fouvent deſſous l'humble chaumière ,
Rarement près des toîts qu'habite la grandeur.
Son féjour ordinaire eft dans le coeur du Sage :
Sous le chaume & dans les Palais ,
A Paris ainfi qu'au Village ,
Le méchant ne le vit jamais.
11 eft quelquefois le partage
De ce mortel né pour aimer ,
Que l'Amour n'a point vu volage ,
Que l'amitié daigne animer.
Loin de celle qui dès l'enfance
Fut feule objet de mes foupirs ,
Sans fortune & fans espérance ,
Le coeur tourmenté de defirs ,
Prèfque aux portes de l'indigence ,
je rêvois fur mon trifte fort ;
Et fur les malheurs de la vie ,
Mon âme de chagrins nourrie ,
Sembloit n'attendre que la mort .
16 MERCURE DE FRANCE.
Un inftinct naturel vers mon ami m'entraîne' ;
Toi feul en partageant ma peine
En pouvois calmer la rigueur.
En te voyant , un fentiment flateur
De mes fens me rendit l'ufage
Je t'écoutai ; dans ton langage'
Je vis l'éloquence du coeur.
Tu me parlas du doux noeud qui nous lie
De l'amitié ce difcours enchanteur
Rendit mon âme plus paisible ,
Et j'éprouvai qu'au creufet du malheur
Il est encore quelque douceur
Pour un coeur né vraiment ſenſible..
Ta fis fuir le chagrin rongeur ;
Une douce mélancolie ,
Prit la place de la douleur.
Dans mon cabinet folitaire
Je me retire en te quittant.
Mais que vois - je ? quel caractère !
Je faifis la lettre en tremblant...
...
Ah ! grands Dieux ! elle m'aime encore ,
Et je l'ai pu foupçonner un moment ? .
Pardonne , chère amie , à mon égarement ,
Oui , tu mérites qu'on t'adore ! ...
Je lis ... l'amour... le fentiment.
Chaque ligne ajoute à ma joie ,
Chaque ligne en mon coeur déploie
Le tranfport le plus raviflant..
Je baifois avec allégreffe
AVRIL. 1764. 17
Cet écrit où de fa tendreffe
Elle me faifoit le ferment...
Oui , le bonheur eft fur la terre !
M'écriai - je dans cet inftant ;
Je fuis aimé de ma Glycere ,
De mon âme , je ſuis content.
Dieux des amours , amitié pure ,
Au fond de ma retraite obfcure
Daignez porter un jour heureux !
Ornez mon front d'une double couronne ;
Tenez moi lieu des biens que la fortune donne ,
Vous ferez mes plaiſirs , & vous ferez mes Dieux.
Paris , B. de Ch.
A M. DE LA PLACE , Auteur du
Mercure , fur ABRAHAM DUQUESNE.
TANT
ANT que nous ferons pénétrés ,
Monfieur , de la vénération qui eft due à
la mémoire des grands hommes qui ont
contribué à la gloire de la Nation , nous
ferons dignes du nom François; &, à en
juger par l'admiration , ( je dis plus ) par
l'enthoufiafme patriotique qui a faili
tous ceux qui ont lù les éloges de Sully ,
18 MERCURE DE FRANCE.
de Saxe, de d'Agueffeau, & de Duguai-
Trouin , nous pouvons accufer d'injuftice
ou d'erreur ceux qui prétendent que
la gloire du Roi & de l'Etat n'eft plus
le premier & le plus vif fentiment des
François.
Je fouhaiterois ,Monfieur ,recevoir par
la voie du Mercure quelques inftructions
fur la naiffance du fameux Duquefne.
J'ai là dans l'éloge de Duguai-Trouin
la queftion fuivante :
» Pourquoi fur la Mer voit- on plus
» qu'ailleurs de ces hommes extraordi-
» naires qui doivent tout à eux- mêmes ?
» Jean Bart & Duquesne , noms immor-
» tels, tous deux nés dans l'obfcurité, ont
» fondé leur grandeur fur leurs exploits.
M. Thomas a donné la folution de ce
Problême dans le même éloge , lorfqu'il
a dit : Nous ne ferons puiffans fur
la Mer , que lorfque la Marine marchande
fera la pépinière de la Marine
Royale. Mais cet Ecrivain plein de force
& de vérité nous fait penfer que Duquefne
étoit né de condition roturière
ainfi que Jean Bart,& Duguai- Trouin.*
M. Dagues de Clairfontaine nous dit
le contraire dans une note inférée au
bas de la page 81 du Mercure de Janvier
* Thurot & autres.
AVRIL. 1764. 19
1763 : Effai hiftorique fur Abraham Duquefne.
Voici cette note : » Abraham
» Duquesne naquit en Normandie l'an
1610 , d'une famille noble.
Je demande la permiffion de dire à M.
de Clairfontaine que les Citoyens de
Dieppe , du nombre defquels je fuis
auroient ajouté une reconnoiffance particulière
, à la générale que lui doit la
Nation , pour avoir vivifié les traits d'un
de nos héros , s'il eût dit qu'Abraham
Duquesne naquit à Dieppe.
Mais y eft-il né d'une famille noble
ou roturière ? C'eft un fait important
dès qu'il intéreffe la gloire d'un grand
homme: car que l'on ne prenne pas le
change : fi Duquesne eft né roturier , en
le difant né noble , on lui vole une partie
de fa gloire pour la tranfporter à
fes ayeux. En effet qui eft- ce qui ne
fçait pas qu'il eft infiniment plus difficile
à un roturier de parvenir dans la
Marine , qu'à un noble de naiſſance >
L'élévation de Duquesne a donc été
glorieufe par rapport à lui , proportionnément
à l'état de fa naifiance.
Cette vérité me frappe fi fort , qu'il
me femble entendre cette voix qui
nous a , pendant tant d'années , appellés
& conduits fur les Mers dans un chemin
20 MERCURE DE FRANCE .
de gloire qui nous étoit peir connur
» François nous crioit- elle , fi la ro-
» ture eft une tache , plongez -la comme
» moi dans le fang des Ennemis de l'E-
» tat ; elle en fortira couverte de gloire .
J'ai toujours penfé que les grandshommes
de mer ne devoient rien à leur
naiffance ; qu'il faut que leur âme foit
d'une trempe plus forte que celle des
autres ; & que quand la Nature en place
de cette efpéce extraordinaire dans la
condition roturière elles n'ont que
plus d'occafions de fe développer par
l'habitude des dangers , par l'exercice
continuel , & par l'expérience qui en
eft le fruit. Si donc on ne leur préfente
aucuns exemples qui puiffent les foutenir
depuis les derniers poftes jufqu'aux
grades fupérieurs , il arrivera que ces
âmes affaiffées par le fardeau du préjugé
, fi contraire à leur naiffance , prendront
bien moins l'éffor qui leur eft
propre.
,
Mis fi ce défaut de naifance peut fe
réparer à force de mérite , notre Ville
de Dieppe efpére donner encore à la
Nation un fecond Duquefine , qui né * &
* C'eſt le Sieur Vauquelin , Lieutenant de
Vaiffeau. Son Père , refpectable vieillard , luk
écrivit en ces termes , des qu'il faut qu'il alAVRIL
1764. 21
& élevé comme lui , nous a déja fait
confondre fes actions avec les premiers
faits d'armes de ce grand homme.
Il s'agit donc , Monfieur , de conftater
fi Duquesne étoit noble de naiffance ,
ou non. Ce fait n'eſt pas d'une date reculée
, il ne fera pas néceffaire de recourir
à des Chartes illifibles : plufieurs familles
de Dieppe doivent pofféder des
loit commander l'Aréthufe , à la dernière Campade
Louis Bourg.
» Mon Fils , dès l'âge de dix ans , je vous ar-
» rachai des bras de votre Mère pour vous porter
fur mon bord . Depuis cet âge jusqu'à
» vingt- trois ans , vous n'avez eu pour Maîtres
» que le Ciel , la Mer , & moi : & je ne cédai
» aux empreflemens de nos amis qui voulu-
» rent vous confier un commandement , étant
» encore ſi jeune , que parce que je vous avois
» rendu propres mes cinquante ans d'expérien-
» ce. Enfin je jugeai de votre maturité par
l'épreuve que j'avois faite de votre fang-
» froid dans les périls de Mer , & dans le vif
combat qu'une frégate Angloife me livra près
» de la Martinique. Je fçais , mon Fils , ce que vous
" pouvez , & ce que j'ai droit d'attendre ; la car-
» rière s'ouvre pour vous : Allez commander l'Aréthufe.
Songez quand vous monterez cette fré-
" gate , qu'elle doit vous fervir de tombeau , ou
être le berceau de votre gloire .
>>
39
"
Les Anglois fçavent , ainfi que les François
l'ufage que ce jeune Marin a fait de cette leçon
Louis- Bourg & à Québec.
22 MERCURE DE FRANCE.
Actes autentiques dans lefquels le pére
de Duquesne a parlé & pris fes qualités ;
& je les prie de les produire : la gloire de
Duquefne , & l'honneur de notre Ville
l'exigent.
L'on m'a derniérement produit , dans
un procès que j'ai perdu , un Contrat
paffé entre mes Auteurs & ceux de ma
Partie: devant Claude Vaultier & Pierre
Leroux , Tabellions jurés audit Dieppe,
qui finit ainfi .
">
*
•
» Ce Jeudi , dernier jour de Février
» 1619 , préfens Jacques Miffant
Ecuyer & honorable homme Abraham
» Duquefne Bourgeois demeurans
» audit Dieppe , lefquels ont figné avec
» les Parties & Tabellions fuivant l'Or-
» donnance.
,
J'ai l'honneur d'être , & c.
DESMARQUETS , Maître des Eaux & Forêts.
A Dieppe , ce 8 Mars 1764.
* C'étoit le Père de notre Héros.
A M. DE VOLTAIRE , menacé de
perdre la vue,
HOMERE étoit aveugle , à ce que dit l'Hiſtoire ,
Houdard eut avec lui cette conformité ;
AVRIL. 1764. 23
Ce fut la feule : & pour la gloire
Il ne fit pas trop mal de perdre la clarté.
Mais vous , à qui du Ciel la fageffe infinie
( Outre mille dons précieux )
A donné des yeux d'Aigle , emblême du Génie ,
Quilut au coeur de l'homme & mefura les Cieux !
Vous qui connutes la lumière
Qu'entrevit , avant vous , Newton ;
Qui la fites briller fur un autre horiſon :
Votre gloire eft affez entière .
Elle eſt à vous ; & je conclus
Qu'il n'eft point du tout néceffaire ,
Que vous ayez avec Homére
Une reffemblance de plus,
Ce 20 Février.
ENVOI d'un gâteau des Rois , à M. de
MONT AU DOUIN , Négociant de
Nantes & Membre de la Société
d'Agriculture en Bretagne , & c , par
fon Boulanger.
PARAR ce gâteau , l'uſage antique
Tous les ans , dans plus d'un endroit ,
Erige un thrône domeſtique
Que vous poffédez de plein droit.
24 MERCURE DE FRANCE.
:
Eh que vous importe la féve ,
Lorfque votre vertu reléve
Le rang où le Ciel vous a mis ?
On eft , avec cet avantage ,
Et le Prince de fon ménage
Et le Roi de tous fes amis.
RÉPONSE à M. le Chevalier de
JUILLY-THOMASSIN , Chevalier
de Saint Louis , Capitaine de
Cavalerie , Gentilhomme de la Garde
du Ror, & Correfpondant de plufieurs
Académies , & en dernier lieu
de celle de MONTAU BAN , fur les
Etrennes Paftorales qu'il a adreffées
à la plus Charmante , dans le
dernier Mercure.
Même Air que les Etrennes Paftorales.
Qu
Ua ce tribut rare & charmant
Peint bien le coeur d'un tendré Amant !
Mais en qui vois-tu tant d'attraits ?
Que de querelles
Entre nos Belles ,
Si tu te tais !
Comme
AVRIL. 1764. 25
Comme aux champs tu peux à la Cour
Nommer l'objet de ton amour ;
Un tel Berger s'égale aux Dieux .
Pâris , ton Maître ,
N'eut qu'à paroître ,
Il fut heureux .
Par une Mufe de la Cour.
PORTRAIT de Madame de ***
par Mademoiſelle ***.
Si l'amitié n'eft point aveugle , je
puis peindre Eglé fans craindre qu'on
me foupçonne de partialité ; mais il eſt
plus aifé de la comprendre que de la
définir ; & s'il ne faut point de réfléxions
pour convenir qu'elle eſt aimable ,
il en faut beaucoup pour expliquer
les qualités qui la rendent telle. Elles
font fans nombre ; auffi perfonne ne
plaît tant qu'Eglé , & perfonne ne
cherche fi peu à plaire . Elle plaît aux
femmes fans petiteffe & aux hommes
fans coquetterie ; elle dédaigne ces
minauderies & ces grâces empruntées
, fi ordinaires , même aux plus jolies
femmes & qu'elles employent
I. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
^
fouvent pour des hommes qui le méritent
fi peu. Ennemie de la contrainte
Eglé ne fçait pas feindre ; l'air & le ton
naturel qu'elle donne à fes difcours & à
fes actions les plus fimples,y donnent un
nouveau prix , & font caufe qu'on aime
en elle jufqu'à fes défauts ; car je ne
prétends pas avancer qu'elle en foit
exempte ; j'ajoute même qu'elle feroit
moins aimable fi elle n'en avoit point.
Qu'a-t- elle donc de fi féduifant , dira
quelqu'un qui fûrement ne connoît pas
Eglé ? Je répondrai qu'on peut être
mieux qu'elle , mais qu'on ne fçauroit
plaire davantage. Ce n'eft pas qu'elle ne
Toit jolie de l'aveu de tout le monde
mais cette qualité ne fuffit pas pour plaire
généralement , auffi en a-t- elle d'autres.
Eglé unit à une figure agréable un
efprit folide , un jugement fain , un goût
jufte & naturel que l'étude ne peut donner,
de la délicateffe dans les fentimens,
& de la douceur dans le caractère . Elle
eft d'une compléxion foible & d'un courage
mâle ; fon coeur eft héroïque , &
fi jofe le dire , militaire : pareffeufe pour
les minuties dont les femmes s'occupent
, elle a du goût pour les exercices
qui l'élévent au- deffus de fon féxe . Eglé
ne veut pas devenir fçavante , mais fon
AVRIL. 1764. 27
heureufe mémoire & fa pénétration
fuppléent à fa pareffe , de forte qu'elle
fçait beaucoup fans fe donner la peine
d'apprendre. Vive fans étourderie , enjouée
, badine , elle fait les charmes de
la fociété & fans le fecours des cartes ,
trouve mille nouvelles reffources pour
Tamufer. Légère dans fes propos , fa
converfation n'eft pas toujours fuivie ;
quand on croit fixer fon attention , fouvent
elle vous échappe , fon efprit étant
à plufieurs chofes. Mais quand on peut
le captiver , rien n'eft plus délicieux ;
fes yeux qui peignent fon âme femblent
prêter une nouvelle force à vos
difcours , & l'envie qu'on a de la fixer,
donne de l'éloquence. Les chagrins
qu'elle éprouve , & la délicatefle de
fon tempérament pourroient lui rendre
l'humeur inégale ; mais fenfible fans
foibleffe , avec l'âme la plus tendre
elle fçait fupporter les revers . Son efprit
léger en apparence , s'occupe fans
peine & avec fruit des affaires les plus
férieufes. Son coeur eft fenfible aux douceurs
de l'amitié , & fouvent quand
Eglé paroît négliger fes amis , c'eft alors
qu'elle y penfe le plus . Si fa légéreté
apparente vous afflige , fon retour yous
confole , & l'on ne peut jamais s'en
>
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
plaindre avec juftice . Mais qui peut
exprimer combien lui eft cher tout ce
qui la touche par les liens du fang !
Soeur , fille , & mère tendre comme il
n'en fut jamais , fes goûts femblent prévenir
fes devoirs. Heureux qui la connoit
, plus heureux encore , qui peut en
être aimé .!
VERS de M. SAURIN , de l'Académie
Françoife , à M. LE DUC DE
NIVERNOIS , en lui envoyant la
Tragédie de BLANCHE & GUISCARD.
GRAND à la Cour , grand au Parnaffe ,
Et plus grand chez le Peuple Anglais ,
Où, malgré l'intrigue & l'audace ,
Tu fis le bien de tous en nous rendant la Paix ;
Illuftre Nivernois , digne Emule d'Horace ,
Digne repréfentant des Rois ,
Avec indulgence reçois
Ce foible effai dont je fuis Père ,
Et daigne moins le lire en juge qu'en confrère...
Ce mot m'échappe ; il fent la vanité.
Mais fur un point dont il eft fi flatté ,
Comment forcer l'amour- propre à fe taire
AVRIL. 1764. 29
VERS à Mlle D....
Ls corps , l'efprit , le fentiment , E
En vous tout eft divin , adorable Emilie !
Il ne faut vous voir qu'un moment ,
Pour vous aimer toute la vie.
Armide à ſon amant prodiguoit ſes appas' :
Malgré tout fon amour & toute fa magie ,
} La tendre Armide fut trahie :
Mais le Fils de Berthold * feroit mort dans vo
bras.
* Père de RENAUD.
A Breft , par M. L. D...
ÉPIGRAMMES imitées de MARTIAL
Contre un debiteur infolent , Liv. II.
Epig. III.
NoN, Lycidas ne doit rien à perſonne ;
N'impofons point de loix à la néceffité.
Qui n'a rien , ne doit rien : c'eft un point arrêté....
Lycidas n'a plus rien que le pain qu'on lui donne.
Par M. l'Abbé DAVINI , Abonné au Mercure .
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
CONTRE une vieille Fille , Liv. X.
Epig. VIII.
A l'époufer Life en vain me convie´s
Life a paffé l'Automne de fa vie.
Mais Life avec la main donne eent mille francs.
Dieux! que n'a-t- elle au moins quatre-vingts ans!
Nota. Cette Epigramme a déjà été traduite, par
M. de Buffy-Rabutin , autant qu'il m'en fouvient.
Mais je ne connoifois pas fa traduction lorfqueje
fil la mienne ; & d'ailleurs elles font tout .- afait
différentes.
AUTRE du même. Liv. V. Epig. XLIV.
RIBN n'eft plus noir que les dents de Marton ;
Rien n'eft plus blanc que celles de Toinette,
Je pourrois bien en dire la raiſon :
L'une a fes dents , & l'autre les achéte.
AVRIL. 1764. 31
CÉCILE
Ou l'Amour Gaulois , Anecdote de la
Cour de SIGEBERT , Roi d'Aus
TRASIE.
O
....Vaccinia nigra leguntur.
Virg.
N ne veut rien dérober à la femme
qu'on aime véritablement . Les defirs
qu'elle infpire ne reffemblent point aux
mouvemens rapides & emportés des
fens. L'attrait d'un plaifir paffager rend
hardi , entreprenant , fait tout prétendre ,
tout enlever ; l'amour plus délicat n'arrache
point de faveurs : il les fouhaite ,
confent à les attendre, veut les mériter,
jouit de fes efpérances , & quand il obtient
, ce n'eft point le triomphe , c'eſt
le don qui le touche , & qui met le comble
à fon bonheur.
Une anecdote de la Cour de Sigebert
Roi d'Auftrafie , que des mémoires fecrets
, mais authentiques nous ont confervée
, prouve la vérité de ces réfléxions
B iv
32 MERCURE DE FRANCE .
d'un des plus ingénieux Auteurs du fiécle.
*
Ce Prince étoit né avec les difpofitions
les plus heureufes ; une excellente éducation
les développa. Des triomphes éclatans
fignalerent l'Aurore de fa vie , &
porterent fon nom aux deux bouts de
'Univers fur les aîles de la Victoire .
Athanagilde, Souverain des Vifigoths,
Nation de tout temps rivale des Auftrafiens
, ne vit pas fans effroi les fuccès du
jeune Prince ; il craignit que Sigebert
n'envahît un jour fon Royaume. Sa fille
unique , Brunehaut , lui parut un parti
digne du Héros : fa beauté la faifoit rechercher
de tous les Souverains de fon
temps ; & ceux qui vivoient familiérement
avec elle , ne fçavoient auquel
donner la préférence , ou aux charmes
de fa figure , ou aux agrémens de fon caractère
. La diſtinction flatta l'amour- propre
de Sigebert . Il accepta fans balancer
les propofitions d'Athanagilde : le
mariage fut célébré avec toute la pompe
poffible dans une Ville frontière des
deux Etats ; & peu de temps après , le
Prince retourna dans fon Royaume ,
* M. Fielding , Auteur de Tom - Jones , dans
fon Roman d'Amélie traduit par Mde R * ***,
AVRIL. 1764. 33
emmenant avec lui fa nouvelle épouf .
Athanagilde avant de laiffer partir fa
fille , n'avoit rien oublié de ce qui pouvoit
rendre fon équipage magnifique .
Brunehaut fut fuivie en Auftrafie de l'élite
de la jeuneffe de fon pays. Cette Princeffe
diftingua dans la foule la belle
CÉCILE , qu'une heureuſe conformité
d'efprit & de gôut , un rapport d'humeur
& de convenance éleverent bientôt
à la dignité de Favorite.
Cécile joignoit aux traits les plus réguliers
, l'efprit le mieux fait & le plus
folide. Chacun s'empreffa de lui faire la
cour. On fçavoit que Brunehaut ne
prenoit jamais un parti fans la confulter
, & que Sigebert écoutoit volontiers
les confeils de la Reine , Cécile n'abufa
point de fon pouvoir ; elle méprifoit
trop ceux qu'un vil intérêt faifoit
tomber à fes pieds , pour vouloir
enfreindre en leur faveur les loix facrées
du devoir.
Parmi les Seigneurs de la Cour de
Sigebert , le jeune Lhincorre enlevoit
tous les fuffrages . Il avoit une phyfionomie
intéreflante , une taille noble &
dégagée , l'efprit orné , le coeur fenfible.
Voir Cécile , l'aimer , en être aimé,
B v
34 MERCURE
DE FRANCE
.
ce ne fut pour lui que l'affaire d'un
moment.
Comme Grand- Chambellan de Sigebert
, il avoit fes entrées partout & à
toute heure. Un jour il apperçut fa
maîtreffe qui traverfoit une gallerie
feule , trifte & rêveufe . Il l'aborde &
avec cette aimable franchiſe naturelle
à ceux de fon pays : Belle Cécile , lui
dit-il en tombant à fes genoux, Lhincorre
feroit-il affez heureux pour être aimé
de vous auffi tendrement qu'il vous aime
? Cécile étoit auffi fincère que belle :
la probité de fon amant lui étoit connue
; elle ne fit point difficulté d'avouer
à Lhincorre qu'elle partageoit fes
fentimens. Au comble de fes voeux , il
ne fongea plus qu'à obtenir le confentement
du Roi pour unir fon fort à celui
de Cécile.
Lhincorre la voyoit tous les jours ;
tous les jours il avoit occafion de fe
trouver tête -à- tête avec elle ; jamais l'amour
ne le rendit téméraire : * le ref-
* Ces vertus paroîtront fans doute bien antiques
à nos gens à bonnes fortunes ; mais qu'ils
fe fouviennent , pour la juftification de l'Auteur ,
que l'hiftoire dont il s'agit eft arrivée dans les
premiers fiécles de la Monarchie Françoiſe . Elle
a pour époque l'année 563 .
AVRIL. 1764. 35
pect modéra toujours fon ardeur : fûr
d'être aimé de Cécile , il ne vouloit point
ravir fes faveurs ; il ne defiroit de les
obtenir qu'en les méritant .
Sigebert fçavoit rendre juftice à Lhincorre
, & fans partager avec lui fon
autorité , il ne l'aimoit pourtant pas
moins que Brunehaut n'étoit attachée à
Cécile. Un jour qu'il fortoit du Confeil ,
notre Amant l'aborda dans le deffein
de lui parler de l'établiffement qu'il projettoit.
Mon cher Lhincorre , lui dit Sigebert
, fans lui donner le temps d'ouvrir
la bouche , mon frère Chilpéric viole
tous les Traités ; fon ambition lui
fait rompre la paix qui nous uniſſoit ;
je dois le punir de fa perfidie : mettez-
vous à la tête de l'armée que je
vais lui oppofer ; vous m'avez donné
des preuves de votre valeur ; je fais cas
de vos talens : vous donner occafion
d'acquérir de la gloire , c'eft les récompenfercomme
ils méritent de l'étre. Lhincorre
ne répondit rien à des paroles fil
flatteufes : une inclination profonde fut
le feul remercîment que lui permit de
faire l'état violent où il fe trouvoit.
Cécile apprit bientôt qu'elle alloit
être féparée de fon Amant. Je n'entreprendrai
point de peindre l'excès de fa
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
douleur : il n'y a que ceux qui ont eu
le bonheur d'être chéris d'une maîtreffe
aimable , qui puiffent le comprendre .
Les ordres du Roi étoient preffans :
l'armée raffemblée n'attendoit plus que
fon Général pour voler à l'ennemi...
Il fallut partir.... Ames fenfibles ! .... Interrogez
votre coeur : qu'il vous peigne
la tendreffe des deux Amans au moment
terrible du départ ; qu'il vous faffe imaginer
la vivacité de leurs regrets.
La guerre n'étoit pas alors comme à
préfent un affemblage compliqué de régles
certaines & de combinaifons fçavantes
. La première , ou plutôt l'unique
vertu militaire , c'étoit la valeur .
Une campagne décidoit ordinairement
du fort de l'ennemi.
Celle de Lhincorre ne fut qu'un enchaînement
de victoires ; & Chilpéric
battu complettement fut obligé de recourir
à la clémence de fon frère. Le
bonheur n'enorgueillit point Sigebert ;
il rendit généreufement au vaincu tout
ce que le fort des armes avoit fait paffer
dans fes mains une paix folide
acheva de mettre le calme dans les deux
Etats .
Couvert de lauriers , Lhincorre n'imaginoit
pas de plus grand bonheur
AVRIL 1764. 37
après celui d'avoir fervi fon Roi , que
d'aller les dépofer aux pieds de fon amante.
Il entra en Triomphe dans la Ville
capitale aux acclamations d'un peuple
nombreux . Sigebert l'attendoit dans
fon Palais dès qu'il l'apperçut , il courut
au-devant de lui. Brave Lhincorre
lui dit- il , que ne vous dois-je pas pour
les fervices que vous m'avez rendu ?
heureux fi je puis vous récompenfer
d'une manière qui réponde à votre mérite!
... Ah, Sire, repliqua Lhincorre avec
vivacité , Cécile feule . . . . . . Le Roi
ne lui donna pas le temps d'en dire
davantage. Il le quitta & le laiffa interdit
& confus , au milieu des courtifans
qui tous jaloux de fa gloire s'emprefferent
cependant de le féliciter de
fes fuccès. Telle eft la Cour : il eſt apparemment
de convention dans ce païslà
, que couvert des mafques les plus
groffiers on ne fe paroîtra pourtant pas
rifibles aux yeux les uns des autres.
Débaraffé de leurs politeffes importunes
, Lhincorre vole chez fa maîtreffe.
Cécile eft difparue ; Brunehaut même
ignore fa tetraite . Ah ! je ne le vois que
trop , s'écrie avec tranfport ce malheureux
amant , c'en eft fait , Sigebert m'a
38 MERCURE DE FRANCE.
trahi , & peut - être Cécile elle - même.....
non , elle n'en n'eft pas capable ; jepoffédois
fon coeur comme elle avoit le
mien : elle m'eft fidelle , le Roi feul eft
coupable... Et quel moment encore
prend-t-il pour me réduire au désespoir ?
Celui oùje rifque ma vie & mesjours pour
le fervir... Malheureux Lhincorre !
...
il a donc cru me tromper par defeintes careffes
! ... Ah ! Chilpéric ne fera pas lefeul
qui aurafenti la pefanteur de mon bras …...
Sigebert , tu ne pofféderas tranquillement
Cécile , qu'après m'avoir percé le coeur.
Soudain il retourne au Palais , & trouve
moyen de pénétrer jufqu'au cabinet
du Roi. Sigebert , lui dit-il avec des
yeux étincelans où fe peignoient toura-
tour la fureur , la jaloufie & le défefpoir
, as-tu donc oublié que nos ayeux™
étoient égaux ? Tant que tu as rempli tes
devoirs de Roi , tu n'as pas eu de fujet
plus fidèle que Lhincorre ; tu les oublies
& moi j'oublie les miens . Rends - moi Céeile
, ou confens à ce que l'honneur doit
t'infpirer ainfi qu'à moi.
J'accepte le défi , répondit avec tranquillité
Sigebert : trouvez-vous demain
avant le jour dans l'allée fombre qui
touche à l'aile de mon Palais , vous m'y
verrez les armes à la main.
AVRIL 1764. 39*
Lhincorre , en frémiffant de rage , fe
retire il paffe le refte de la journée
dans une affreufe agitation ; il attend
la nuit avec impatience , & fes ténébres
ne font qu'irriter fes ennuis . L'heure
s'avance cependant : il vole au rendezvous.....
Quelle eft fa furpriſe de n'y
trouver perfonne ! Quoi , s'écria - t - il ,
après m'avoir enlevé Cécile , le Roi feroit-
il bien affez lâche pour manquer au
rendez- vous qu'il m'a donné lui - même !
Chaque inftant redouble fon inquiétude...
tout - à - coup il voit briller unt
flambeau ; fa lumière lui fait diftinguer
le Roi fuivi de quatre Seigneurs . Il entend
une voix , c'eft celle de Sigebert
qui s'écrie :
Le voilà , c'eft lui - même , faififfezle.
Ah! traître , reprend Lhincorre , en
mettant la main fur fon épée...... il
n'achéve ppaass ,, on l'entoure , il réfifte
en vain , on le défarme , on le traîne
malgré fes cris & fes efforts jufques au
Palais... Où le premier objet qui frappe fa
vue c'eft Cécile vêtue des plus riches
parures & qui s'élance dans fes bras.
» C'eft ainfi que je veux me venger ,
» lui dit Sigebert . Ceffez de vous plain-
» dre , Lhincorre ; Cécile vous eft fidel-
» le. Je fçavois votre amour pour
elle ;
40 MERCURE DE FRANCE .
"
» mais j'ignorois qu'il fût fi violent.
Ce que vous avez ofé rifquer m'en
» fournit une preuve à laquelle je fais
» gloire de me rendre ; & je vous dois
trop d'ailleurs pour ne pas vous facrifier
des fentimens auffi involontai-
" res que fecrets , dont je ceffe de rou-
» gir , puifque c'eſt à vous feul que je
» les confie. Venez , belle & vertueufe
" Cécile ; recevez votre époux de ma
» main , & donnez - lui la vôtre : c'eſt
» le prix que vous méritez tous deux.
» Vous , Lhincorre , rendez- moi votre
» amitié , & contribuez à ma félicité ,
» ainfi qu'à celle de mes Peuples , en
» devenant mon premier Miniſtre .
>
Cécile & Lhincorre comblés de joie
ne purent d'abord témoigner au Roi
leur reconnoiffance que par leurs larmes.
Le Roi fit lui- même les frais de la
nôce. La faveur de Lhincorre augmenta
toujours , & Cécile ne ceffa point d'ètre
chère à Brunehaut. Ils vêcurent longtemps
l'un & l'autre ; & aux tranſports
fougueux de l'amour le plus vif , fuccéda
dans la fuite la douceur d'une tendre
& folide amitié.
AVRIL. 1764. 41
CHANSON
A M *** fur fon mariage.
AIR : Tôt , tôt , tôt , battez chaud.
ENN bon mari, ne bronchez pas ,
Et fur Hercule ayez le pas ;
Oh ! c'étoit un terrible Sire !
Dans toutes fortes de climats ,
Dans toutes fortes de combats ,
C'est qu'il ne falloit pas lui dire :
Τόι , τότ , τότ ,
Battez chaud ;
Bon courage ;
Il faut avoir coeur à l'ouvrage.
Soyez & tendres & conftans ;
Epoux , foyez toujours amans ;
Mais s'il s'élévoit quelque orage,
Qu'il foit calmé par le deſir ;
Et que fous l'aile du plaifir
La paix régne dans le ménage :
Τότ , τότ , τότ ,
Battez chaud ;
Bon courage ;
Il faut avoir coeur à l'ouvrage.
42 MERCURE DE FRANCE.
Ma foi ce petit Dieu d'amour ,
Damis , vous a fait un bon tour ,
En vous enflammant pour Thémire ;
Son coeur eft tendre , fon air doux ;
Et ce qui doit plaire à l'époux ,
Ses yeux malins femblent lui dire :
Tôt , tôt , tôt ,
Battez chaud ;
Bon courage;
Il faut avoir coeur à l'ouvrage.
Beaucoup d'ailance & de vertus ,
Autant de plaifirs que d'écus :
Four vous , c'eſt ce que je defire ' ;
C'eſt le vrai moyen d'être heureux.
Accompliflez-moi tous ces voeux z
Vous ne vous ferez jamais dire :
Tôt , tôt , tôt ,
Battez chaud ;
Bon courage ;
Il faut avoir coeur à l'ouvrage.
Pai M. SAUTREAU.
AVRIL. 1764. 43
LETTRE de M. DALLET l'aîné ,
Correspondant de l'Académie Royale
des Sciences de ROUEN , à M. le
Vicomte de SAINT-GERMAIN
MATINEL , fon premier ami de
coeur.
EN t'embraffant , illuftre & digne ami ,
Le feu du fentiment a pénétré mon âme ;
Mon coeur n'aime point à demi ,
Et les Dieux ont déjà béni
Cette pure & céleſte flâme.
Que mon fort feroit d'envieux !
Je t'ai vû , je te vois , je te parle à toi- même :
J'embraffe mon ami... momens délicieux ,
Vous m'égalez aux Dieux !
Oui c'est pour moi le bien fuprême ;
Je n'ai rien du plus précieux.
Vous me rendrez la justice de le
croire, Monfieur , parce que vous m'avez
connu tout entier dès la première
fois , & que les vertus du coeur font
éternelles. Mais après vous avoir retrouvé
dans un moment de ma déplorable
vie , je fuis prêt à vous perdre
peut - être pour jamais ! Et mes triftes
44 MERCURE DE FRANCE.
yeux s'éteindront fans avoir vû Madame
de Saint - Germain , l'adorable
moitié de vous même ! O , mon ami !
c'eſt le plus beau nom que je puiffe
vous donner , fuffiez- vous fur le Trône ;
fouvenez -vous quelquefois d'un homme
à qui la générofité de votre coeur
conferve encore un fi grand titre.
RÉPONSE de M. le Vicomte de
SAINT-GERMAIN MATINEL,
AVEC transport je reçois & je goute ,
Mon Cher Dallet , tous vos embraſſemens ;
Il n'eft point de plaifirs fans doute
Plus vifs , plus purs que ceux des fentimens ,
Ou plutôt il n'en eft point d'autre.
Heureux un coeur comme le vôtre ,
Qui , détrompé des fots amufemens
D'un Siècle auffi vain que le nôtre ,
Méprife fes faux agrémens !
De l'amitié , fidéle Apôtre ,
Vous connoiffez les doux raviſſemens ,
Et moi je fçus avant ma patenôtre ,
Sentir fes tendres mouvemens.
Ils fe font accrus avec l'âge ,
AVRIL. 1764 . 45
Et l'ardeur de mon fang embraſa tout mon
coeur ;
En aimant je me trouvai fage ,
Riche , fçavant , héros , vainqueur
Et je préférois l'avantage ,
Le bien d'aimer , au titre d'Empereur.
Ah ! puifqu'ici tout n'eft qu'un fonge ;
Puifque tout n'eft que vanité ,
Du moins livrons-nous au menfonge
Le plus près de la verité.
Dans mes goûts différens , à moi- même fembla
ble ,
Dès l'Aurore de mes jours ,
J'aimai tout ce qui fut aimable ,
Pourquoi ne pas l'aimer toujours ?
Je fens encor la même flâme ?
J'éprouve encor les mêmes feux ;
Et le Ciel ma doué d'une âme
Dont lui feul peut borner les voeux ;
Mais peut-on fans délicateffe ,
Se flatter d'être vertueux ?
Je laiffe donc à la baffeffe
De mille Sots présomptueux ,
A courir après la richelle ,
Après les titres faſtueux ,
Et ne retiens , pour être heureux ,
Que les trésors de la tendreffe
Que nous partagerons tous deux,
46 MERCURE DE FRANCE,
፩ .
LES TOURTERELLES ET LES ENFANS ,
FABLE imitée du POGGE.
DEUX EUX tourtereaux fe careffoient ,
( Se careffer n'eft point un crime )
Deux jeunes enfans s'amuloient
A les voir s'exercer dans ce genre d'efcrime ,
Et déjà dans leurs coeurs pour eux s'intéreffoient.
On dit pourtant qu'ils foupçonnoient
Quelque perverfité cachée
Sous l'innocence de ces jeux .
Survint du bruit : or l'un d'entr'eux
Ne pouvant plus retenir fa penſée ,
Leur dit : Dépêchez- vous ! Voici mon gouverneur,
Il feroit homme à vous chercher querelle .
Ah ! D'un Mentor , reprit la Tourterelle ,
Nous n'avons ni beſoin ni peur :
Tous les confeils nous feroient inutiles :
Et tant qu'à la loi de nos coeurs
Nous fçaurons nous montrer dociles ,
Avons- nous beſoin de vos moeurs ?
De la Raifon l'homme a feul l'avantage :
11 a des loix , de l'or & des defirs.
La Tourterelle a pour partage
Et l'innocence & les plaifirs.
AVRIL. 1764: 47
IN Effigiem Viri clariffimi DD. de
LA PEYRONIE , Chirurgor. Regior,
Primarii & artis fuæ reclamatoris.
Artis erat princeps toto PEYRONIUS orbe ,
Subfidium atque decus gentis & urbis erat.
Viveret ut patria poft fata ut viveret orbi
Artis fplendori reddidit artis opes,
Cette Infcription doit être mife au bas de fon
Bufte de marbre qu'on travaille pour le Collége
de Saint Côme de Montpellier.
UN
ROMANCE.
N Berger de notre village
Poffeffeur d'un joli troupeau ,
Pour le préferver de la rage
Des méchans loups du voifinage ,
Avoit un chien encor plus beau,
En lui faifant ces dons , fa mère
Difoit , préffentant fon malheur :
Mon Fils , écoute ma prière ,
» Et fi je te fuis encor chère ,
» Garde ton chien comme ton coeur.
48 MERCURE DE FRANCE .
Le premier point de l'ordonnance
Fut obfervé fidélement ;
Mais hélas cette prévoyance
Lui fit oublier l'importance
De fon fecond commandement.
Soit adreffe ou pure innocence ,
Son coeur fut bleffé
par Cloris.
Dans une telle circonstance ,
Un chien eft de peu de défenfe ;
Le chien & le coeur , tout fut pris.
Il est vrai , l'amour de la Belle ,
Devoit payer de fi beaux dons ;
Mais au bout d'un mois la cruelle
Jugea qu'on peut être infidelle ,
Au Berger qui perd fes moutons ,
Quelques faveurs d'une coquette
Furent le prix de fon beau chien .
Mais on dit que depuis , Suzette ,
A fçu lui prendre fa houlette ,
Ses moutons & fon coeur pour rien.
Par l'Auteur de l'Epître à Mélanie.
*
* Cette Epître n'a pas été envoyée au Mercure.
ODE
AVRIL 1764. 49
ODE Anacreontique à M. M. fur la
piquure d'un Coufin.
;
Des piéges que nous tend l'Amour ES
Il n'eſt ailé de fe défendre :
Ce Dieu n'épargne aucun détour
Pour nous féduire & nous furprendre.
Aminte , j'étois près de vous ,
Quand , fous la forme d'une mouche ,
* Ce Dieu vola fur vos genoux ,
Sur votre ſein , puis fur ma bouche,
De fon aiguillon à l'inſtant ,
J'éprouvai l'atteinte cruelle ;
Et je prétendis vainement
Traiter cela de bagatelle.
Sa piquure fut un venin.
Mais pour partager , ou détruire
Les maux que m'a faits ce Couſin ;
Coufine , un baifer peut fuffire.
B. à Metz.
I. Vol. C
52 MERCURE DE FRANCE.
tie effentielle de l'éducation . Au lieu
d'abandonner une jeumeffe aveugle au
penchant de fon coeur , montrez-lui le
véritable amour , toujours animé par
la vertu ; offrez furtout aux jeunes filles
cette douce & févère image ; qu'un
amant noté par quelque vice ou par
quelque lâcheté , n'attende plus de fa
maîtreffe que du mépris & de l'indignation
; qu'ils attachent l'une & l'autre
quelque idée à ces mots de grandeur
d'âme , d'union conjugale , de patrie
d'honnêteté, de vertu , que les charmes du
caractère le difputent à ceux de la figure ;
que la beauté d'une âme fimple & généreufe
ne foit point offufquée par l'enchantement
d'un dehors trompeur : vous
verrez que l'eftime mutuelle refferrant
les noeuds de l'amour , il perdra ce qu'il
a de dangereux . Que le chriftianifme ,
qui nous ordonne d'aimer nos femmes ,
donne à ces vertus morales le fouverain
degré d'énergie & de confiftence , tout.
rentrera dans l'ordre , & l'amour fera
juſtifié.
A la fureur de fes emportemens fuccédera
cette joie paifible & délicieuſe
qui laiffe goûter à notre âme toute l'étendue
de fon bonheur . Que deviendra
l'art méprifable de certaines femmes ,
quand on fentira le prix de la candeur
AVRIL. 1764. 53
& de la modeftie ? Simple & noble pudeur
! Non , il n'appartient qu'à toi de
couronner l'amour ! C'eft toi , c'eft ta
naïve adreffe qui fçait adoucir fa violence
, & mêler au délire de nos fens la
volupté du fentiment & de la paix !
Vous diriez que l'amour s'épure & fe
fortifie à mesure qu'il fe rapproche de
l'amitié , & qu'il lui reffemble davantage.
Ah ! Vous n'en doutez point
vous dont le coeur pur adore la vertu !
Ces idées ne font pas neuves ni peutêtre
abfolument juftes : je te les donne ,
mon ami , pour ce qu'elles font : mais
ne répandent- elles pas quelque jour fur
le fujet de cette lettre ?
Que ce tribut d'éloges que je paye à
l'amour ne t'étonne pas après les plaintes
améres que je t'adreffois il n'y a
pas long-temps. Viens embraffer ton
ami ; il eft enfin le plus heureux des
hommes. Sophie , l'aimable Sophie eft
à moi pour toujours ! L'excès de ma
félicité préfente efface de mon coeur de
douloureux fouvenirs . Je fuis enyvré ;
vole , je t'attends. Tu vas connoître
l'incomparable objet qui m'enchante.
Ces lettres que tu me demandes , tu
les auras bien- tôt. C'eſt l'hiftoire fimple
& naïve d'un coeur droit & fincére.
C iij
54 MERCURE DE FRANCE .
Tu l'auras toute entière ; tu fens que
je n'ai point de fecrets pour toi.
Hâtez -vous d'arriver mon ami. Votre
chère Henriette aimera ma Sophie , qui
brûle de l'embraffer. Heureux & dignes
époux ! les mêmes noeuds qui nous lient
viennent de vous unir.Venez notre commune
joie augmentera celle de chacun
de nous ,
fi pourtant l'on peut rien ajotiter
au bonheur d'être aimé , toi d'Henriette
, & moi de Sophie.
LETTRES A SOPHIE ,
LETTRE I.
SOPHIE , Sophie ! ... Elle part , elle
me fuit .... l'ingratte abandonne un
infortuné qui l'adore ! Y Songez - vous
bien , cruelle ? Efpérez- vous retrouver
un amant auffi tendre ? vous m'aimez, &
vous êtes déjà loin de moi ! Momens
délicieux & trop courts , dont le fouvenir
me charme & me défole , ne
reviendrez- vous jamais ne ferez -vous
pas plus durables ? Aimable & chère
Sophie écoutez l'amour gémiffant.
Pourriez - vous méconnoître fa voix ?
Vous fçavez fi je fçais refpecter vos
mours & ces qualités charmantes qui
AVRIL. 1764. 55
vous diftinguent bien plus encore que
la beauté laiffez -vous attendrir à mes
regrets , ils font bien légitimes quand
je vous perds ! Ne rougiffez pas d'être
fenfible. Je fçais trop qu'elle nous fait
fouffrir , cette extrême fenfibilité ; mais
ne vous en défaites point : elle pourroit
feule produire les bonnes actions.
Malheur aux âmes dures & qui ne fentent
rien !
Dès que j'eus perdu de vue cette
fatale chaife qui vous enlevoit , qui
emportoit mon bonheur , je rentrai
bien vîte chez moi. J'avois le ceeur ferré
depuis long temps . Je m'enfermai
dans mon cabinet. Livré au défefpoir
éperdu , prèfque infenfible .... ô ma
charmante amie ! J'effayai de pleurer.
Quels pleurs ! De ces larmes difficiles
, de ces larmes qui déchirent le
coeur , & qui rempliffent encore mes
yeux jamais je n'en verrai de fi cruelles.
Nuit affreufe ! ... Le jour n'a point
diffipé ma trifteffe . Je crois être fenl
dans l'univers. Vos lettres feules pourront
modérer mon ennui ; cette chambre
à côté de celle que j'occupe , je
n'ofe plus la regarder. Je ne fçais quel
trouble involontaire me faifit quand il
faut que je paffe devant cette porte .....
C iv
56 MERCURE DE FRANCE.
je ne veux plus refter à Liſors ; tout m'y
retrace l'idée d'une perfonne trop chère,
pour mon repos .... Mais pourquoi ne
pas entrer dans cette chambre ? Ma
Sophie n'y est plus ; je ne l'y verrai
plus ... tout ce qui me la rappelle doit
être cher à mon coeur. Revenez , ma
Sophie ! Confolez mes chagrins ; charmez
, s'il eft poffible , l'horreur de ma
folitude. Que de vertus j'ai vu briller
dans ce réduit obfcur ! Charmant &
myftérieux afyle , vous futes celui de
la fageffe & des grâces ; vous avez
poffédé ce que la terre a de plus grand
& de plus aimable ! .... Puiffé –- je
retrouver bientôt ce que j'ai perdu !
Espoir flatteur , toi feul adoucis mes.
peines ! Adieu , Sophie ; adieu , toi
que j'aimerai toujours !
LETTRE II.
QUELLE
UELLE aimable lettre ! Avec
quelle émotion j'ai reconnu cette écriture
, les traits de votre main . Mais pourquoi
ces craintes qui m'outragent ? Me
croyez- vous affez vil pour vouloir vous
tromper? vous ignorez donc vos charmes
? Qui , moi ! Que je puiffe trahir
AVRIL. 1764 . 57
le mérite & les grâces ! Ah , jugez mieux
de vous & de moi ! Quel homme barbare
n'a jamais fenti l'attrait de la beauté
, furtout quand elle pare les talens ,
l'efprit , la raifon & la douceur ! J'ai
connu des femmes qui avoient bien
de l'obligation à leur figure ; mais , ado ,
rable Sophie , vous embelliffez la beauté
même. Vous êtes vraie ; vous avez un
coeur noble & fenfible . La figure la plus
aimable annonce les heureufes qualités
de votre âme. Par quel charme uniffezvous
donc à la piquante vivacité d'une
belle . brune , la douceur enchantereffe
de la blonde la plus touchante ? Par
quelle magie vos beaux yeux expriment-
ils latendreffe & la . modeftie ?
Je crois que je mourrois fi je n'ar
vois pas le bonheur de vous plaire.
•
Il eft affreux de ne tenir à rien . Je cherchois
une compagne aimable & vertueufe
une amie fenfible &. raiſon--
nable ; je vous ai réncontrée ... Hélas
je fens que je vous rendrois heureufe í
Un homme fimple & tranquille , ami
de l'ordre & de la modération , que le:
bruit du monde , & l'éclat du fafte im
portunent , dont la vertu , l'amour& lá a
paix peuvent feuls remplir les voeux
voilà l'époux qui vous eft offert. Il feroicr
C.v.
58 MERCURE DE FRANCE.
toujours votre amant , mais l'amant le
plus délicat , pénétré du mérite de ce
qu'il aime , & qui fçauroit mêler du
refpe&t aux plus tendres careffes. Mais ,
bonne amie , il y a des âmes baffes qui
ne connoiffent d'autre volupté que celle
des fens. Pour moi , je dédaigne , je hais
les plaifirs où le coeur & l'honnêteté ne
préfident pas. J'ofe le dire , ma fenfibilité
m'a toujours fauvé de la débauche
; & je me fens né pour adorer un
objet eftimable. Son divin modéle fe
retraçoit fans ceffe à mon coeur. Ce
n'eft plus une chimère ; vous m'offrez
ce que j'ofois à peine imaginer. Fille
charmante ! Quelle douce & trifte émotion
vous excitez dans mon âme ! Que
ne fuis-je à vous pour toujours ! Dieu !
quel riant avenir , quels heureux jours
je me promettrois , fi la main de Sophie...
Hélas ! je n'en fuis pas indigne ,
par mes fentimens du moins , par la
candeur & la vérité de mon caractère .
Quand le fort comblera - t-il nos voeux ?
Adieu , aimez -moi toujours .
LEE mot de la premiere Enigme du
Mercure de Mars eft la Langue . Celui
de la feconde eft la Crémaillère. Celui
de la troifiéme eft Noël qui donne ceAVRIL.
1764. 59
lui de Léon. Celui du premier Logogryphe
eft Fricandeau
dans lequel
on trouve cire , France , Caën , Caire
Icare , Inde , If, Candie , Canarie
air , eau , feu , avenir , ré , fa , car
âne , fard , cidre , vin , caffé , uni , nef,
cure , canard , art , farcin , navire , un,
neuf, nid , cri , Diacre , crâne , aneau,
rideau , cadeau , craie , canif , acier
fer , Franc , naif, ancre , cerf, Cain ,
cave , Diane , Faune , Racine , Cadi ,
ver , cuir , aune , aune , urne , rien , an
ride , Dieu. Celui du fecond Logogryphe
eft Hermaphrodite.
ENIGM E.
SANS changerde nature ,
Sous plus d'une figure
Je parois quelquefois brillante d'ornemens ,
Et d'autres fois fans agrémens .
Je fuis tantôt quarrée ou ronde ,
Tantôt platte & tantôt profonde ;
Je rends fervice au grand Seigneur ,
Ainfi qu'au plus vil Laboureur.
J'ai des jambes , des bras , qui plus eft une tête .
Ne va pas me croire une bêre ;
Gar loin d'arriver à ton but ,
C vj
60 MERCURE DE FRANCE .
Tu ferois obligé de me mettre au rebut.
Pourfuis , examine mon être ;
A divers traits to pourras me connoître.
Je ne mets guères de chapeau ,
Mais fouvent je porte un manteau..
Sans recourir à la Justice
Mon Maître quelquefois me condamne aufup
plice ;
Et pour affouvir la fureur ,
Par des gens qui font des canailles ,
Me fait déchirer les entrailles ,
Sans que jamais je faffe éclater ma douleur.
Par M. DE LA GARENNE , d'Angers
AUTRE
Is fuis long , je fuis fond , je ſuis droit & ;
bollu
La Nature m'habille en me mettant au monde ,
Mais l'Art me dépouille tout nud...
Honteux de me voir tel , je tourne & fais la ronde
D'une agilité fans ſeconde ,
Seulement pour être vêtu ..
Mais ma condition en eft- elle meilleure 2
Quel eft enfin le prix de mon empreffement 2-
Je ne gagne qu'un vêtement ,
quelquefois ce n'eft pas pour une heure.
AVRIL 1764:
61
AUTR E.
CUM fex membra valent , modo regum nobile::
quoddam
Sum decus , invalidis fum modo præfidium .
Ne caput obtrunces , ipfum te in frufta fecarem-
Quifquis es , hoftis enim fic meus accipitur .
L. P. D. Ecolier de 2e au Collège de Mazarin..
PA
LOGO GRYPH E..
AR des détours obfcurs je conduis un fecret ,,
Je le tais avec foin , quoique je le décéle ;
Et pour le mieux cacher , aveuglé par mon zèle ,,
En le retournant trop j'en découvre l'objet.
Toi qui me cherches dans moi-même ,
Cher Lecteur , examine moi :-
Mes dix pieds renversés pourront t'o rir la loi ;
D'un Royaume le Chef fuprême ;
Le célébre inftrument qui chante les héros ; ;
Le motif qui les méne ;
Une rivière dont les flots
Terminent l'Aquitaine ;
Ce qui compte tous nos momens ;
Une place au Spectacle ; un meuble de cuifine ;
Un grain qui peut nous fervir d'aliment ,
Enfin c'eft .... c'eft affez ; devine .
Par GEOFFROY , de Châtelleraults
62 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE.
EN entier j'appartiens aux Rois
Comme aux Enfans de S. François.
Div ifez mes fix pieds : je donne de la tête
Tout à travers les bois.
Plus d'une fois ,
Le Nautonier qui , malgré la tempête ,
Comptoit fur la fragile nef ,
Rapporter du Pérou les deux tiers de mon chef
-Près ou loin du rivage ,
A fait naufrage
Contre mon chef entier ,
Renverfé tout exprès pour tromper le Routier ..
Mon corps , ou la moitié de ce que je polléde ,
Préfente naturellement
Ce qu'on fait quand on céde
Gratuitement .
Retranchez- en un tiers : refte une particule
De l'empire de la férule.
Si tout ceci , Lecteur , n'eft pas de votre goût,
Confultez l'inftrument qui guide le navire :
Il vous enſeignera les deux tiers de mon tour ;
Et ces deux tiers pour tout vous dire ,
Vous donneront , dans un autre ordre offerts ,
Ce qu'eft en forme l'Univers.
Livre de Cartes Marines.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
Amoureusem
Envain jusqu'à cejour. jour j'avois
su m'en de
W
fendre, L'amour ce Dieu malin, triomphe
W
de mon coeur: Peut- on aimable Iris, vou
W
fox
W
voir et vous entendre , Sans bruler à l'instant de
W
W
la plus vive ardeur Peut- on aimable I
=
= ris vous
moir
et vous entendre, Sans
bruler à l'instant de la plus vive ar- deur.
AVRIL. 1764. 63
AIR TENDRE.
En vain jufqu'à ce jour j'avois fçu m'en défen N
dre ;
L'Amour, ce Dieu malin, triomphe de mon coeur.
Peut- on , aimable Iris , vous voir & vous entendre,
Sans brûler à l'inftant de la plus vive ardeur ?
Par M. **** .
64 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE II..
NOUVELLES LITTERAIRES.
LETTRE à M. DE LA PLACE ,
Auteur du Mercure de France.
SUR Charles - Annibal FABROT .
UN homme de lettres , Monfieur, fai--
foit il y a quelques jours, des recherches,
par pure curiofité , dans des ouvrages de-
Jurifconfultes Francois ; il y trouva des
points affez intéreffans , fous la garantie
de Fabrotus. Il imagina que c'étoit un
Sçavant Etranger dont l'autorité lui
parut mériter toute fon attention : enconféquence
il confulta les Bibliographes.
Quel fut fon étonnement , Mon---
fieur ! Ce Fabrotus eft un de fes Com--
patriotes , même fon parent , & l'un
des plus habiles hommes qu'il y ait
eu fous le régne de LOUIS XIV , fi
fécond en talens de tout genre. Par
quelle fatalité ce Sçavant paroît- il méconnu
dans fa patrie , & fon nom eft- ilainfi
déguifé par des Auteurs modernes ?
AVRIL. 1764. 65:
Il est oublié dans la colomne des Sçavans
& Illuftres que M. le Préfident
Hénault a mife dans fon abrégé chronologique
, à côté des Héros & des
grands Hommes d'Etat qui ont auffi
honoré la Nation . * Permettez -vous ,
Monfieur , qu'on répare , par une notice
fuccinte , le tort que cette omiffion
fait à la mémoire d'un homme
qui feroit très - célébre , fi notre fiécle
étoit moins frivole ?
Charles - Annibal Fabrot étoit d'Aix
en Provence . fa profonde érudition &
fes vaftes connoiffances dans la Jurif
prudence civile & canonique , lui obtinrent
l'amitié du fameux Peirefe, protecteur
de tous les gens de mérite. Le
Préfident Du Vair qui l'eftimoit fort
auffi , devenu Garde des Sceaux en
1617 , attira Fabrot à Paris : il n'avoit
que trente-fix ans ; & depuis huit
années il occupoit avec diftinction une
chaire de Profeffeur en droit dans l'Univerfité
d'Aix . Il y retourna après la
mort de fon protecteur , & y reprit
fes fonctions de Profeffeur. On le re-
* M. de Voltaire qui a fait dans l'hiſtoire du
fécle de Louis XIV , celle des progrès de
l'efprit humain & de tous les Arts , fous ce
beau régne , ne fait aucune mention de Fabrot.
66 MERCURE DE FRANCE.
vit à Paris en 1637 , pour y faire imprimer
des notes fur les Inftituts de
Juftinien. Cet Ouvrage dédié au Chancelier
Seguier fut honorable & utile.
Il fit à Fabrot un grand nom dans la
République des Lettres , & lui valuť
une penfion de deux mille livres pour
travailler à la traduction des Bafiliques .
C'eft la collection des Loix Romaines
dont l'ufage s'étoit confervé dans l'Orient
, & de celles que les Empereurs
de Conftantinople avoient faites. Cet
Ouvrage immenfe , le fruit de dix années
d'application conftante , mérita à
fon Auteur une charge de Confeiller au
Parlement de Provence , dont les cir-
'conftances du temps ne lui ont pas
permis de jouir. Deux ans après , en
1649 , Fabrot publia une édition des
Cuvres de Cedrene , de Nicetas , d'A
naftafe le Bibliothéquaire , de Conftantin
Manaffes , & des Inftituts de
Théophile Simocatte , qu'il enrichit det
notes & de differtations. On a de lui
des obfervations fur quelques titres du
Code Théodofien , un Traité contre
Saumaife fur l'ufure , & quelques maximes
de Droit fur Théodore Balfamon ,
fur l'Hiftoire Eccléfiaftique fur les
,
AVRIL. 1764 .
67
Papes , & plufieurs Traités particuliers
fur diverfes matières de Droit.
En 1652 , ce Sçavant & infatigable
Ecrivain commença la révifion des
Euvrès de Cujas, qu'il corrigea fur plufieurs
manufcrits , & qu'il donna en
Public en 1658 en dix volumes in-folio
avec d'excellentes notes auffi curieufes
qu'inftructives. La trop grande application
qu'il donna à ce grand Ouvrage
lui caufà une maladie, dont il mourut ,
fuivant M. l'Abbé l'Advocat , Abbréviateur
de Moreri , dans fon petit Dictionnaire
hiftorique & portatif, le 16
Janvier 1659 , âgé de 78 ans , ou au
mois de Février de la même année
fuivant M. l'Abbé Lambert , Auteur
de l'hiftoire Littéraire du fiécle de
LOUIS XIV. Il fut inhumé dans
l'Eglife de S. Germain l'Auxerrois fa
Paroiffe.
On trouva parmi les papiers de ce
Sçavant homme , des Commentaires fur
les Inftituts de Juftinien , des notes fur
Aulugelle , & le recueil des Ordonnances
ou Conftitutions Eccléfiaftiques
qui n'avoient pas été encore publiées en
grec. Ce dernier Ouvrage a été inféré
dans la Bibliothéque du Droit Canon
publié en 1661 par MM. Voët & Juftel.
90
68 MERCURE DE FRANCE.
Je ne fçais s'il y a eu un homme plus
érudit , plus laborieux & qui ait fait
plus d'honneur que lui aux Jurifconfultes
de France : pourquoi donc eftil
ou oublié , ou cité fous une dénomination
latine dans des Livres François?
Enfin il a été pris pour un étranger
dont le nom en us ne rappelle pas af
fez ce que l'on doit à la mémoire :
d'un auffi illuftre Compatriote..
J'ai l'honneur d'être , & c.
P. G. Abonné au Mercure.
LA POPULATION & la Beauté ,
Odes. A Londres , & fe trouve à
Paris chez Cailleau , rue S. Jacques ,
près les Mathurins à S. André ,
1764 ; in-8°.
No
..
OUS croyons que le Public doit
lire avec plaifir ces deux Odes : la premiere
eft fur un Sujet important ; l'Auteur
, M. Sabatier , y peint avec force
les vices contraires à la population ;
nousavons admiré. plufieurs ftrophes.
AVRIL. 1764. 69
*
pleines de poëfie & de fentiment. Nous
fommes fachés de ne pouvoir parler
au long de ces deux Ouvrages : nous
allons citer quelques ftrophes de la
première Ode fans les choifir. Le Poëte
parle de nos Ayeux.
Sitôt que de l'Amour les éloquentes flâmes
Leur faifoit éprouver le befoins de leurs âmes
Par des tranfports nouveaux ,
Ils couroient à l'autel confacrer leur tendreffe :
Et l'Hymen amoureux aux yeux d'une maîtreſſe
Allumoit fes flambeaux.
Mais l'Hymen avili n'eſt qu'un Dieu mercenaire;
L'Epoufe la plus riche eft celle qui doit plaire :
L'or feul peut nous charmer.
Des Pères inhumains maximes tyranniques !
Quoi , vous ofez ſoumettre à des calculs iniques
Le doux plaifir d'aimer ?
Jouet d'un vil defir que le caprice augmente ,
Ce mortel
que chérit une époufe charmante
Mépriſe les appas ,
Et payant des plaifirs où la honte le guide ,
Court dans les bras trompeurs d'une Laïs perfide
Acheter le trépas !
Viens donc voir , malheureux , ton Epoufe éplorée :
Entends- tu les foupirs d'une âme déchirée
Qui reclame ta foi ?
70 MERCURE DE FRANCE.
Elle te dit : Cruel , viens effuyer mes larmes.
Déja mon déſeſpoir auroit flétri mes charmes ;
S'ils n'étoient pas à toi.
Vous êtes plus cruels , vous Epoux inutiles ,
Qui contens d'un feul fils ofez être ftériles
Jaloux de l'enrichir.
Vous qui préoccupés de fa grandeur future ,
Dans vos embraffemens arrêtez la nature
fon defir.
Et
trompez
L'apostrophe aux Loix que l'Auteur
excite à réprimer les abus qui arrêtent
la population, eft pleine de vigueur : tout
ce qui eft fur l'agriculture nous a paru
très-beau.
La feconde Ode, qui eft fur la Beauté
, brille furtout par la grandeur du
plan , & par la richeffe de la Poëfie.
Le Poëte y déplore avec raiſon l'éducation
étroite que l'on donne aux
femmes & qui étouffe leurs talens.
Eh ! comment voulez- vous que la beauté timide ,
Oifive par devoir , puiffe d'un vol rapide
Atteindre vos lauriers brillans ?
Quand nous la deftinons aux fleurs qui la couronnent
*
Quand tous les jeux qui l'environnent
De fon fécond génie arrêtent les élans .
AVRIL. 1764. 71
Ce n'eft point dans les champs embellis par
l'aurore ,
Que fe forment la foudre & les brulans éclairs :
L'aigle altier amolli dans les jardins de Flore
Eût perdu l'empire des airs :
Au feul defir de plaire Elife abandonnée ,
N'eût point de fes états fixant la deſtinée
Entrepris de nobles travaux :
Carthage en s'élevant menace Italie ,
Et l'ombre de Didon trahie
Erre autour d'Annibal & guide les drapeaux,
La naiſſance de la beauté fait plaifir :
c'eft dans un genre agréable qui contrafte
avec les Strophes qui , fuivent :
PEpifode de Caffandre , que le Poëte a
fi bien amené , jette la plus grande cha
leur fur le refte de l'Ode.
La difcorde a mugi ; déjà Troye enflammée
N'eft plus qu'un tourbillon qui roule dans les airs :
Le fang coule ; & de morts cette plaine femée
S'abîme & les rend aux enfers :
Quel fpectacle effroyable ! entendez -vous Laffandre
Sur un monceau fumant de fa patrie en cendre,
Frapper les cieux de cris , perçans ?
Les cheveux hériffés & couverts de pouffière ,
Des temps elle ouvre la Barrière ;
Et d'une voix lugubre exhale ces accens,
72 MERCURE DE FRANCE.
O fatale beauté ! quel démon fur tes traces
Du Ténare irrité déchaîne les horreurs ?
Le glaive de Mégére eft dans les mains des grâces ;
L'amour eft le Dieu des fureurs .
Quel eft ce Roi meurtri , renversé de ſonTrône?
Barbare Clitemneftre : eh quoi , le Ciel qui tonne
Ne tient pas ton - bras fufpendu ?
Et toi , Sémiramis , toi , Reine forcenée ,
Du fang de ton époux baignée ,
*Tu le traînes mourant à tes pieds étendu !
Je vois Scylla trahir ſon Père & ſa Patrie ,
Et foivre de Minos les drapeaux triomphans.
L'Amante de Jafon , implacable Furie ,
S'arme , elle immole fes enfans :
Eh , quoi ! le doux zéphir enfante- t- il l'orage ?
Les ris , l'oeil menaçant , étincélent de rage ;
Les plaifirs creufent des tombeaux.
La beauté n'est jamais que la vertu parée :
Et doit - elle être révérée ,
Dèsque de la Diſcorde elle tient les flambeaux ?
Ces Strophes fuffifent pour faire connoître
le talent de M. Sabatier. Il confirme
, par ces deux Piéces de Poëfics , la
réputation qu'il s'est déjà faite par d'autres
Poëmes Lyriques ,& furtout par fon
Ode fur l'Enthoufiafime , que les Connoiffeurs
eftiment.
HISTOIRE
7
AVRIL. 1764. 73
HISTOIRE de Méhémet II. Empereur
Ottoman , enrichie de Lettres traduites
du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques
, hiftoriques & politiques , écrites
tant par Méhémet II. Empereur Ottoman
, que parfes Généraux , fes Sultanes
, un de fes Ambassadeurs , &
Ufum - Caffan , Roi de Perfe , for
contemporain ; traduites du Grec & de
l'Arabe fur des Manufcrits trouvés à
Conftantinople , avec des notes intéresfantes
, & une Hiftoire de la Vie de ce
Conquérant , par M. Belin de Monterzi
; à Paris , chez Ducheſne , rue S.
Jacques , au Temple du Goût , chez
Panckoucke , rue & à côté de la Comédie
Françoife , & chez Prault , quai de
Conti ; avec approbation ; 1764 ;
deux parties in- 12 d'environ 150 pages
LA
chacune.
par
la-
A PRÉFACE défigne la voie
quelle l'Auteur a eu le Manufcrit . Un
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE .
Seigneur Polonois , homme de Lettres ,
le tenoit d'un . Pacha , Gouverneur de
Province , & ce Seigneur en a fait part
à l'Editeur. Ce dernier , trouvant que
ces Lettres parloient des Batailles , des
Siéges & des principaux événemens du
Règne de Méhémet II , a été obligé ,
pour en développer les caufes , de puifer
dans plufieurs Auteurs de cet Empire les
notes qui y avoient rapport , & d'écrire
toute la Vie de ce Monarque. La vénération
que les Turcs ont toujours eue
pour un Prince qui a été le Fondateur de
leur vafte Empire , & l'envie que les
Grecs ont eue d'écrire les événemens
extraordinaires dont ils ont été témoins ,
font croire avec beaucoup de probabilité
& de vraisemblance , la poffibilité
des Manufcríts que l'on peut trouver fur
le Règne d'un des plus célébres Conquérans
qui ayent paru dans le monde.
Origine des Turcs . Des Peuples originaires
des Scites conquirent le Turqueftan
, d'où ils prirent le nom de Turcs.
Ils fe réunirent fous Ottoman , qui , de
Lieutenant-Général d'Aladin , Souverain
d'Alep & de Damas , devint fon
fucceffeur , & hérita de la Bythinie &
du pays voifin du Mont Olimpe. Deux
fiécles & dix règnes s'écoulèrent jufAVRIL
1764. 75
qu'au couronnement de Méhémet II.
Amurat II , fon père , furpaffa tous fes
prédéceffeurs ; il laiffa un grand Empire
à fon fils , qui remplit l'Europe & l'Àfie
de la terreur de fon nom . Il affermit fon
Trône par la mort de deux de fes frères.
Scanderbeg , Roi d'Albanie , retarda
long- temps les fuccès de ce Prince ; &
ce fut après fa mort , qu'il conquit fur
fon fils Jean les Etats que les Vénitiens ,
fidèles obfervateurs de leurs engagemens
, défendirent avec autant d'inutilité
que de perfévérance . Plufieurs Lettres
parlent du Siége & de la Prife de
Conftantinople en 1453 , & en donnent
des détails curieux , qu'il faut lire dans
l'Ouvrage même. La première eft écrite
par Méhémet à Benféid , Sultane , à Andrinople.
» Divine Sultane , je ne vous ai point
» dit adieu ; n'en foyez point inquiette.
Il lui rend compte des raifons quil'ont
obligé de la quitter. Il finit ainfi fa Lettre:
» je fouhaite de terminer bientôt cette
expédition , pour pouvoir retourner à
" Andrinople , & vous donner de nou-
» velles preuves de ma tendreffe . Je vou-
» drois que la flâme qui me dévore
» brillante Sultane , pût voler fur les
» aîles des agréables Zéphirs ; qu'elle
"
D ij
76 MERCURE DE FRANCE.
» pénétrât votre âme , & que l'extâfe
» du plaifir qu'elle vous feroit éprou-
» ver , durât jufqu'au moment de mon
» arrivée.
Voici la réponſe en partie , les bornes
de ce Journal refferrant les Analyſes .
» Benféid , Sultane , à Méhémet , Em-
» pereur , à Satalie en Caramanie.
29
»
ور
» Mille idées triftes me chagrinent ,
» cher Sultan , depuis que vous vous
» êtes éloigné de ces lieux. Vous les
» avez quittés plus promptement que
les oifeaux les plus rapides ne parcou
rent la voute azurée, Lorfque des fonges
défagréables , avant- coureurs des
» peines que je devois reffentir , ont ſuf-
» pendu mes fens , prêts à fortir de leur
affoupiffement , & que la lumière du
jour , frappant les organes de la vue ,
» m'a réveillée ; mon âme , par un effor
» naturel , portée fortement vers l'objet
» que j'adore , a conçu , fans le fecours
» de perfonne , l'éloignement du prin-
» cipe de fa félicité. Mes craintes ont été
» bientôt juſtifiées ; & la première voix
qui m'a fait entendre les accens que je
» redoutois , ne m'a laiffé d'autre fentiment
que celui de la plus vive douleur.
« Il
Il y a d'autres penfées Afiatiques
dans cette Lettre,
"
AVRIL. 1764. 77
Dans la troifième , où Méhémet écrit
à la Sultane Benfeid , du Camp devant
Conftantinople , à Andrinople , au ſujet
d'Halifury, Prince de Caramanie , fon
Tributaire , qui s'étoit révolté , & enfuite
foumis , il y a ces expreffions qui
peignent bien le naturel fougueux de
ce Conquérant.
» Il marche actuellement vers l'Arménie
, & je fouhaite que le feu qu'il y
» porte dure jufques aux temps où le
» Ciel , favorable à mes voeux , me per-
» mettra d'y voler , pour l'éteindre dans
le fang de ceux qui m'ont offenfé.
Une Defcription de Conftantinople ,
embellie par des métaphores agréables
& juftes de la plus belle fituation qui
foit fans contredit dans le monde , en
donne une idée magnifique. On juge de
la politique de Méhémet , par le choix
qu'il fit de Gennadius , le plus fçavant
de tous les Grecs , pour l'inftaller Patriarche
de Conftantinople , en lui mettant
le Bâton paftoral entre les mains ,
en préſence des Chrétiens & des Turcs.
Irène , la plus belle créature de cette
vafte Capitale , paroît fur la fcène . Dans
une Lettre que ce Prince lui écrit de ,
Scutari , il lui dit que » les Femmes font
» comme des effences précieuſes , qui
D iij
78 MERCURE DE FRANCE .
» ont plus d'odeurs lorfqu'elles font
» plus renfermées , & auxquelles il ne
refte aucune fuavité lorfqu'on leur
» laiffe prendre l'air. On peut les com-
» parer à une table où il y a des fruits .
» exquis qui aiguifent l'appétit de ceux
وو
•
qui les voient , quand même ils fe-
» roient raffafiés. En Grèce , en Italie
» en France , elles ont toutes fortes de
» libertés : elles vont & viennent accompagnées
, ou feules ; elle caquè-
» tent tant qu'elles veulent ; & les fages
» Mufulmans , qui fçavent prévoir ce
qui peut leur arriver de fàcheux , dé- .
» fendent aux femmes,les converfations
» avec les hommes , de peur qu'elles ne
» fe liffent enchanter par les oreilles
» comme les afpics.
ور
ود
» Je veux que vous n'ayez rien à de-
» firer , idole de mon âme ; je vous
» donnerai bientôt des preuves de la
» flamme dont je brûle pour vos célef-
» tes attraits , en vous traitant en Reine ;
» vous méritez d'être élevée au rang le
"
plus diftingué ; mon amour vous en
» réferve les honneurs , & une félicité
» fans partage .
La defcription du fiége de Belgrade
en 1456 dans une lettre écrite par un
des Généraux de Méhémet au Gouver
AVRIL. 1764 .
79
y
neur de Conftantinople
eft intéreffante
par les exploits du fameux Hunniade
qui obligea ce Prince à le lever après
avoir perdu une partie de fes troupes.
Ce Conquérant
, après avoir foumis
une partie du Péloponnéfe
, alla voir
Athènes dont il écrit une lettre à Mizai
Paleologue
, Prince Grec , un de fes Généraux..
3
» J'ai confidéré les édifices que les
" temps même ont épargnés ; pénétré
» de refpect & d'admiration
pour ces
» lieux fameux par les Platon , les So-
» crate , les Euclide , les Démosthène, les
» Miltiade& tant d'autres génies immor-
» tels, guerriers invincibles,que ces contrées
fi déchues de leur première gran-
» deur ont vu briller autrefois ; mon âme.
» élevée par des tranfports dont je n'ai
» pas été le maître vers ces ombres di-
» vines , leur a adreffé les voeux que ma
» débile plume a tâché d'exprimer .
39
>> Oh vous ! qui dans un repos éter-
» nel goûtez à des diſtances infinies de
» ce globe où ne font que des êtres im-
» matériels , la félicité inéffable que le
»fuprême Auteur de l'Univers vous
» avoit réfervée pour vous récompenfer
recevez l'encens & de vos vertus
» les hommages de celui qui n'ayant pu
"
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
» par l'ordre des deftinées en être le
» témoin , forme des defirs pour votre
» bonheur en regardant les reftes de ces
» Palais & de ces Temples plus heureux
» que moi d'avoir entendu vos célestes
accens.
Cet Ouvrage fait connoître Moncenigo
, le plus grand Général qu'ait jamais
eu la République de Venife. Il porta
la guerre dans les Provinces de l'Afie
Mineure de l'Empire Ottoman & cal
ma les troubles du Royaume de Chypre.
C'est un Perfonnage illuftre dont
Moréri ni fes Commentateurs n'ont jamais
fait mention . Ufum- Caffan a été
auffi oublié , ainfi qu'une infinité d'autres.
On feroit un bon Ouvrage de ce
qui leur manque.
Ce Roi de Perfe eut des démêlés avec
Méhémet ; toutes les lettres qu'ils fe font
écrites n'ont pu être que très-intéreffantes
; il y en a fix où le génie de ces
deux Princes eft bien développé. Le Sultan
veut engager Ufum-Caffan à rompre
les engagemens quil a pris avec les
Princes Chrétiens . » Tes intérêts ne
» peuvent toucher fincérement les Al-
» liés que tu as été chercher dans des
» climats qui te font fi peu connus ; ils
»font trop éloignés de toi pour crain-
>> dre ta vangeance lorfqu'ils t'abanAVRIL.
1764. 81
»
donneront.
Joignons plutôt nos ar-
" mes , & faifons trembler l'Europe ;
»
renverfons les Empires qui depuis la
» décadence & la divifion de celui qui
» leur donna une première origine y
» fleuriffent par les Arts & le Coni-
» merce du monde ; fubjuguons des
» Nations trop foibles pour nous ré-
» fifter. Voilà quelle doit être l'ambi
» tion d'un Souverain tel que toi , & c.
Ufum-Caffan lui demande la Cappadoce
& la ville de
Trébifonde qu'il a
envahies fur fon beau -père David Comnène
; il les lui refufe , & la guerre fe
déclare entr'eux. Le Roi de Perfe lui
écrit une lettre dont on ne rapporterai
ici que quelques expreffions . Après
lui avoir dir qu'il voudroit armer contre
lui tous les Rois de la Terre, & lui avoir
reproché fon injuftice, il ajoute : » Ton
» ambition fans bornes , qui depuis que
tu es monté fur le Trône te porte à
attaquer indiftin&tement tous tes voi-
» fins , m'a engagé dans la Ligue des
» Princes qui veulent en arrêter les
cruels effets. Tu remplis de meurtres
» & de carnage les plus belles Provin-
» ces de l'Europe & de l'Afie ; & la
» pente fatale au genre humain , qui
t'entraîne à élever un trophée enfan-
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
و د
و د
glanté fur les débris des Nations fubjuguées
, ne fçauroit être arrêtée avec
» trop de célérité. Je me fouviens des
» ravages que tu as faits en Perfe dans
» ta dernière irruption . Tu vins te raf-
» fafier de fang & du plaifir ftérile &
" barbare de facrifier à une vangeance
aveugle un nombre infini de mes Su-
» jets dont j'ai pleuré la mort . Ton âme!
» dont la férocité eft inacceffible à la
» commifération , ne t'a point arraché
» une larme pour la perte de tes Soldats
qui moururent fous les coups des
» miens, Il y a des traits auffi forts dans
le refte de la lettre.
La Bataille de Jerwrack que gagna
Méhémet fur le Roi de Perfe , eft décrite
dans une lettre qu'écrivit le Sultan
. Mamut, fon Grand-Vifir , le diffuada
d'entrer dans l'intérieur de ce Royaume
, & il fut difgracié pour lui avoir
fuggéré des confeils contraires à ſon
ambition .
Il y a des images agréables dans les
lettres de la Sultane Miltide , à Méhémet;
furtout dans celle où elle tâche de l'attirer
à Conftantinople pour qu'il puiffe
fe délaffer de fes travaux . Elle employe
tout ce que le féjour de cette
belle Capitale a de plus féduifant pour
l'engager à y venir.
AVRIL. 1764. 8 ་
83
La mort d'Ufum - Caffan , & les divifions
qu'elle oceafionne entre fes deux
enfans , offrent à Méhémet une belle oc-.-
cafion d'envahir un Royaume agite par
des guerres civiles ; fes lettres & celles
fon Ambaffadeur renferment des détails
curieux. On voit ce Prince s'occupera
de cette conquête & de la punition du
Soudan d'Egypte , ancien Allié du Roi ·
de Perfe . Pendant qu'il médite les plus s
vaſtes projets, & qu'il fe met à la tête de
trois cent mille combattans pour les
éxécuter ; en entrant en Affe , il eft
attaqué d'une colique près de Nicomé
die , Ville de Bythinie , de laquelle il 1
mourut le 3 Mai 1481 & de l'Hégire
886 , après avoir vêcu 53 ans & en 3
avoir régné près de 32.
Il lifoit fouvent l'Hiftoire Romaine ,
furtout celle d'Augufte & des autres.
Céfars. Il faifoit fes délices de celles
d'Alexandre , de Conftantin , & de
Théodore ; il avoit beaucoup de goût
pour la Peinture & la Mufique , & fit
fleurir l'Agriculture il parloit non
feulement Arabe , langue affectée à a
fa Nation , mais encore la Perfane
la Grecque & l'Italienne..
Tout ce qui peut faire connoître
le génie & les moeurs d'une Nation ,,
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
doit exciter notre curiofité. Cet Ouvrage
eft dans ce cas , & mérite d'être lu
par le caractère afiatique qui le diftingue
de beaucoup d'autres qui ont été
écrits fur la même matière . Le prix des
deux brochures eft de 1 liv . 16 f.
SUITE de l'Extrait de l'Ecole
de Littérature.
pt.
PLLUUS nous avançons dans la lec
ture de cet Ouvrage eftimable , plus
nous fentons combien il eft fupérieur
à toutes les autres productions de ce
genre. Les cinquante Articles qui le
compofent font , pour la plupart , au
tant de morceaux de génie , qui excitent
dans l'âme du Lecteur des étincelles
du beau feu qui les a produits . Non
feulement on y apprend les régles de
la Poëfie , de l'Eloquence , de l'Hiftoire,
& c ; mais on croit encore fentir
naître en for le defir d'être Poëte ?
Orateur , Hiſtorien , & d'en acquérit les
talens . Nous ne citerons aujourd'hui que
le morceau fur l'Ode , pour ne pas occuper
trop de place dans le Mercure de ce
mois , où nous avons encore un grand
AVRIL. 1764. 85
nombre d'autres Livres à annoncer .
" S'il y a eu peu de bonnes Odes
» jufqu'à préfent, c'eft que la plupart de
» ceux qui en ont fait , connoiffent peu
» ce genre de Poëme . Il fuppofe deux
» qualités qu'on pofféde rarement féparées
, & qu'on réunit plus rarement
encore un grand fens dans le plan ,
& toute la fureur de l'enthoufiafme
» dans l'éxécution . Demandez à un Fai-
» feur d'Odes quelle différence il y a
» entre une Ode & des Stances fur
» un même fujet ? Je fuis fûr qu'il fera
» très-embarraffé de fatifaire à votre
queſtion. Je vais donc tâcher d'éclair-
» cir ce point de littérature .
» Un Poëte fe propofe décrire fur un
" Sujet , tel que l'inconftance de l'A-
" mour ou de la fortune , la perte d'un
" ami , fon éloignement , le malheur
» de la condition des hommes ; & c.
» Il lui vient une penfée qu'il renferme
» dans un certain nombre de vers dé-
» terminé , dont le mêlange dès rimes ,
»le repos & la mefure font fixés ; &
» il a fait une Stance . Iflui vient une
» feconde penfée qu'il rend de la même
» manière une troifiéme , une qua-
» triéme de même ; & il a fait une
"
feconde , une troifiéme , une qua86
MERCURE DE FRANCE.
» triéme Stance , & ainfi de fuite . I
» compofe autant de Stances qu'il lui
» vient d'idées , fans que fon Poëme
ور
ait d'autres limites , que la fécondité
» ou la ſtériilté de fon efprit. On peut
» ajouter à ces Stances , on en peut
>> retrancher , fans que le Poëme en foit
» aucunement altéré : ce qui montre
» que fes différentes parties ne font point
22 liées par une vue générale , qui ait -
dirigé le Poëte tandis qu'il compofoit.
» Si après la première Strophe on lui
» eût demandé quelle étoit celle qui
» devoit fuccéder , il n'auroit pas pû le
» dire. C'eſt ainfi qu'il faut juger de la
» plupart de nos Odes , qui en portent le
» titre , & qui n'en font point. Qu'eft-
» ce donc qu'une Ode ? Un ouvrage
» diftingué du Poëme en Stances par
» la fublimité des idées ? Point du tout
» il y a des Stances très - fublimes , très-
» élevées. Par la chaleur & par l'enthou-
» fiafme ? Ce n'eft point encore cela : il
» y a des Stances qui font au plus haut
» degré de ces deux qualités . Par le fu-
» jet ? Nullement on peut compofer
» des Stances ou une Ode fur le même
fujet. Tout Poëme a fon but , & l'Ode
a le fien , mais auquel elle s'avance
» d'une manière qui lui eft propre..
AVRIL. 1764. 87
93
"
" C'eft , ou un fimple & unique raiſon-
»> nement , qui a fes différens membres
» & qu'on pourroit toujours réduire à la
» forme du fyllogifme ; ou une fuite de
» raifonnemens , enchaînés les uns aux
» autres , & dirigés à la même confé-
» quence. Voilà ce qui forme le plan de
» l'Ode : il exifte dans la tête du Poete ,
» avant qu'il prenne la plume. Voilà le
» fil qui le conduira fecrettement à tra-
» vers le dédale où l'enthoufiafme le
précipitera. Ce fil qui doit être pré-
» paré de fang froid , fuppofe beaucoup
» de dialectique , un jugement fain , un
grand fens , une pleine & entière con-
» noiffance de fon objet. Tout ceci préfuppofé
, quel eft enfuite le travail du
» Poëte ? C'eft de s'emparer des dif
» férens membres de fon raiſonnement
» de les prouver , de les rendre fenfi-
» bles , de les vivifier par les comparai-
» fons , les apoftrophes , les figures , les
» images , les traits hiftoriques , les é-
» carts mêmes , & les rentrées heureuſes
» & de génie : c'eft de fe porter tantôt
» fur un lieu , tantôt fur un autre : c'eft
» de difpofer fes preuves de la manière la
» plus rapide & la plus frappante : c'eſt de
» quitter un moyen , de le reprendre avec
» plus de force , de le quitter encore , &
» de paffer à un fecond ; c'eſt de ſe mon-
"
"
88 MERCURE DE FRANCE.
trer Logicien quelquefois , plus fou-
» vent de dérober fa logique : c'eft d'é-
» taler tout le luxe,toute lamagnificence,
toute la pompe de fon imagination ,.
» de fe livrer à toute la hardieffe de l'ex-
" preffion , d'éprouver & de faire éprou-
» ´ver aux autres toute la violence du fen-
" timent & dela paffion ; toujours in-
» certain dans fa marche , jamais égaré.
» Comme tous les détails font attachés
» à une bafe , on ne peut rien ajouter ,
» rien retrancher à fon Poëme fans le
22
mutiler. Les parties tiennent toutes
» les unes aux autres par une chaîne
» réfléchie & raifonnée ; & les acceffoi-
» res ne font que des embelliffemens
"proportionnés par leur étendue à l'ouvrage
entier. Imaginez le Poëte lyri-
» que , porté fur Pégafe à travers les
airs l'animal ailé & fougueux fe
» perd quelquefois dans la nue ; quel-
» quefois il plane , quelquefois il def-
» cend , & fe jette à droite ou à gauche
» de fan chemin ; il rentre dans fà
» route & la. fuit avec une rapidité in-
» croyable. On lui remarque une foule
» de mouvemens divers ; mais il a un
chemin tracé , interrompu , fur lequel
il s'arrête , revient ou ferpente ; mais
qu'il fuit , & qui le mène à un terme.
93
AVRIL. 1764. 89,
Les Romains fembloient incliner
» par inconftance , à tranfporter le fié-
» ge de l'Empire de Rome à Troye.Ho-
» race fe propofe de leur faire fentir la
» folie & même l'impiété de ce projet.
» Comment s'y prend - il dans fon ode
» Firmum & tenacem propofiti virum ? Il
» débute par un éloge fublime de la
» conftance. C'eft par cette vertu que
» Romulus , Fondateur de Rome , mé-
» rita d'être admis au rang des Dieux ,
» malgré les obftacles qui s'oppofoient
» à fon Apothéofe. Il falloit vaincre la
» haine cruelle que Junon portoit de
» tout temps aux Troyens & à leurs
» reftes malheureux . Ce ne fut pas fans
" peine qu'on y réuffit ; mais fléchie
» malgré elle , elle jura dans fon reffentiment
, que fi l'on achevoit de man-
» quer à la fatisfaction qui lui étoit due ;
» que fi Romulus infpiroit jamais à fes
" fiers defcendans de relever les murs
» de la ville qu'elle haïffoit , elle reffuf-
» citeroit fes Grecs ; qu'ils fe raffemble-
» roient de rechef ; qu'ils fe préfente-
" roient devant la nouvelle Troye; que
» fes murs feroient renverfés , fes Sou-
» verains égorgés , fes maifons brulées ;
» que la cendre en feroit arrofée du
fang de fes habitans ; que les hom
90 MERCURE DE FRANCE.
» mes mis à mort fous les yeux de leurs
» femmes & de leurs enfans leur ten-
» droient inutilement les bras ; & que
» les restes de ce Peuple infortuné fe-
» roient conduits dans une captivité qui
» n'auroit point de fin. Ce fut ainfi
" que Junon parla ; ou plutôt ce fut
» ainfi que le Poëte intimida fes Con-
» citoyens par la bouche d'une Déeffe
» irritée & jaloufe ; & qu'il compofa
» une. Ode où tout fe tient fi intime-
» ment , qu'on ne peut ni y ajouter ,
» ni en retrancher une feule phrafe.
» Malherbe l'a bien imité , & a bien-
» fenti ce que c'étoit qu'une Ode , lorſ ----
» qu'il inviteit Louis XIII à marcher
» contre les rebelles Rochelois . Dans
» ce Poëme , le Monarque eft Jupiter. -
» Les rebelles font les Titans foulevés -
» contre le Ciel. Le Poëte s'embarque
» dans la guerre des Titans. Il la peint :
» on le croit égaré , perdu ; on ne fçait-
» comment il reviendra à fon fujet ; &
» tout-à-coup , par une heureufe tran-
» fition , on s'apperçoit qu'il ne l'a pas
» perdu de vue un inſtant , &c , &c,&c.
Après ces principes généraux , oni
entre dans le détail des régles particu-.-
lières de l'Ode...
AVRIL. 1764 gr
ANNONCES DE LIVRES.
EPITRES à Meffieurs d'Alembert ;
Thomas & d'Arget ; feuille in - 8°. à la
Haye , 1764.
Ces trois Epitres en vers font le fruit
de quelques momens de loifirs que l'Auteur
, qui ne fe nomme pas , à cru de
voir confacrer à la gloire des trois hommes
eſtimables à qui elles font adreffées.
L'Epitre à M. d'Alembert a pour objet
l'invitation & les propofitions qui lui
ont été faites par l'Impératrice de Ruffie,.
pour l'engager à fe charger de l'éducation
du Prince fon fils . La nomination
de M. Thomas à la place de premier Secrétaire
de Mgr le Duc de Praflin , eft
le fujet de la feconde Epitre. La troifiéme
à M. d'Arget , eft la prééminence
d'un bon caractère fur les Talens. Ces
trois pièces joignent au mérite de la
Poëfie , celui du zèle & de la fenfibilité.
DAPHNIS & le premier Navigateur ,
Poëme de M. Geffner , traduit de l'Allemand
, par M. Huber ; à Paris , chez
Vincent , Imprimeur - Libraire , rue S.
Severin ; 1764 ; avec approbation &
92 MERCURE DE FRANCE.
privilége du Roi ; un vol . in- 12 , avec
de jolies gravures.
L'accueil favorable qu'ont obtenu du
Public les Traductions de plufieurs Ouvrages
de M. Geffner , donne lieu de
croire que l'on ne verra pas avec moins
de plaifir les deux morceaux réunis
dans ce volume . C'eft par le Poëme de
Daphnis , que M. Geffner a commencé
à fe faire connoître dans le Monde litté-;
raire. Cet Ouvrage parut pour la première
fois en 1755 , & depuis on en a
donné plufieurs Editions. Rien n'en
égale la fimplicité , quant au fond &
quant au ftyle. Il ne s'y trouve ni intrigue
, ni cataſtrophe , & cependant il
y règne le plus grand intérêt; P'Auteur
y a peint l'innocence , la candeur & la
vertu , de cette manière fimple , noble
& touchante qui caractériſe les Ouvrages
des Anciens. Le Poëme intitulé , le
premier Navigateur , a paru pour la première
fois en 1762 , dans la belle Edition
que M. Geffner a donnée de tous fes
Ouvrages . On verra dans ce dernier
morceau , que l'Auteur n'a pas feulement
l'art de mêler avec le plus grand
fuccès le fentiment à l'image , mais encore
que perfonne n'a fçu mieux que
lui transformer l'image même en fentiAVRIL.
1764. 93
ment. Qu'on life , par exemple , dans le
fecond chant de ce Poëme , comment
Fole ordonne aux Aquilons de former
un orage fur la tête de l'homme cou
pable , pendant qu'il commande aux
Zéphirs de fouffler fur l'homme innocent
& champêtre , pour le rafraîchir
dans fes travaux . Ces deux Poëmes ne
feront point déplacés à côté de celui de
la Mort d'Abel , Ouvrage du même Auteur,
& formeront, avec fes Idylles , une
collection curieufe & néceffaire dans
le cabinet d'un Amateur,
ABRÉGÉ des Principes de Morale , &
des Règles de conduite qu'un Prêtre
doit fuivre pour bien adminiftrer le
Sacrement de Pénitence ; par un Eccléfiaftique
du Diocèce de B .... ; à Poitiers
, chez J. Felix Faucon , Imprimeur
de Mgr l'Evêque & du Clergé , place &
vis - à-vis l'Eglife Notre- Dame la Grande
; & à Paris , chez Ganeau , Libraire ,
rue & près de l'Eglife de S. Severin ; un
vol. in- 12 de 380 pages , 1763 ; avec
approbation & privilége du Roi .
11 paroit que le pieux Eccléfiaftique
qui a compofé cet Ouvrage , a connu
pár expérience les maximes qu'on doit
obferver dans le redoutable miniſtère du
94 MERCURE DE FRANCE.
Sacrement de Pénitence , & qu'il eft
parfaitement inftruit de tout ce qui eft
requis pour éxercer utilement cette fonction
. Il a raffemblé dans cet Ecrit les
principes de la faine Morale ; il en a tiré
les plus juftes conféquences ; il a facilité
aux jeunes Prêtres , qui travaillent dans
le facré Tribunal, les moyens de les mettre
en pratique. Il eft aifé de comprendre
combien ce Livre pourra être utile
aux Confeffeurs & aux Pénitens. Ceuxci
y verront leurs devoirs clairement
expliqués ; ceux-là auront un guide für
pour fe conduire eux- mêmes , & pour
faire marcher leurs Pénitens dans la voie
du falut , après les avoir tirés de l'état du
péché , par une abfolution falutaire . Les
matières de pratique y font traitées avec
autant de folidité que de précifion ; on y
a recueilli avec ordre les points les plus
importans de la Morale.
RÉFLEXIONS militaires , par M. de
Bouffanelle , Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis , Meftre de Camp
de Cavalerie , Capitaine au Régiment du
Commiffaire- Général , Membre de l'Académie
des Sciences & Beaux - Arts de
la Ville de Béfiers ; à Paris , chez Duchefne
, Libraire , rue S. Jacques , au
AVRIL. 1764. 95
Temple du Goût , & chez Durand ne-
· veu , Libraire , rue S. Jacques , à la Sageffe
; 1764 ; avec approbation & privilége
du Roi ; brochure in- 12 de 200
pages .
}
Les fujets fur lefquels roulent ces Réfléxions
, font la Cavalerie , l'Officier
de Cavalerie , de Dragons , de Huffards
& de toutes les Troupes à cheval , les
nouvelles Conftitutions de la Cavalerie ,
l'éducation militaire , la Religion des
Anciens dans leurs Armées , la peine &
la récompenfe , le luxe dans le Militaire ,
l'amour de la gloire , la fubordination ,
la gaîté & l'enthoufiafme néceffaires aux
Gens de Guerré , le mariage des Officiers
, les habits uniformes , les châtimens
militaires ; les connoiffances militaires
des Anciens , les ufages & les armes
des Anciens , les anciennes Cavaleries
de différentes Nations , le cheval ,
le courage , la fauffe émulation ou l'envie.
Tous ces différens Sujets nous ont
parus traités avec intelligence , & femés
de plufieurs traits hiftoriques , qui rendent
cette le&ture très - curieufe & trèsintéreffante.
LES ÉLÉMENS primitifs des Langues ,
découverts par la comparaiſon des Raci95
MERCURE DE FRANCE.
nes de l'Hébreu avec celles du Grec , du
Latin & du François. Ouvrage dans lequel
on éxamine la manière dont les
Langues ont pu ffeeffoorrmmeerr , & ce qu'elles
peuvent avoir de commun ; par M. Bergier
, Docteur en Théologie , Curé dans
le Diocèfe de Befançon ; à Paris , chez
Brocas & Humblot , rue S. Jacques , au
Chef S. Jean ; brochure in- 12 de 350
pages ; avec approbation & privilége
du Roi; 1764 .
Plufieurs Sçavans avoient déja foupçonné
què les Racines des Langues anciennes
pourroient bien être les mêmes
que celles des Langues modernes ; mais
perfonne n'avoit encore tenté de le vérifier
par un parallèle éxact & fuivi, & c'elt
ce qu'entreprend M. Bergier , dans les
huit Differtations qui forment ce Recueil
, & qui traitent du changement
des Lettres dans la prononciation , de la
compofition des Mots , du Verbe ſubftantif
, des Verbes hébreux & de leurs
Conjugaifons , des différentes parties du
Difcours , de la Syntaxe , du mêlange &
de la dérivation des Langues , & de l'uſage
qu'on peut faire des racines . Cet Ouvrage
nous paroît auffi ingénieux que fçavant
, & propre à répandre beaucoup de
lumière fur la fcience de la Grammaire.
LES
AVRIL. 1764. 97
LES LOISIRS & Amuſemens de ma
Solitude , Ouvrage moral ; à Laufane ,
& fe trouve à Paris , chez Duchefne ,
Libraire , rue S. Jacques , au Temple du
Goût ; 1764 ; brochure in - 12.
Cette Brochure contient des Pensées
détachées fur divers fujets de Morale , &
cinq ou fix Contes qui nous ont paru
très-bien écrits , & très- intéreffans . On
dit que l'Ouvrage eft d'un Militaire , qui
l'a compofé dans fes momens de loifir .
Les Penfées & les Réfléxions qu'il préfente
, ne font dictées , ni par une fauffe
Philofophie , ni par un efprit de Mifantropie
& de caufticité. Tout y reſpire
Phonneur , la fageffe , l'humanité & l'aménité
des moeurs. Les gens de goût ne
trouveront d'autre défaut dans ce recueil
que d'être trop peu volumineux.
DISSERTATION fur les Origines de
Toulouſe ; avec cette Epigraphe : Jam
feges eft ubi Troja fuit. Ovid . Ep . Penel .
Ulyf. à Avignon , chez Jean - Louis
Chambeau , Libraire - Imprimeur ; & fe
vend à Toulouse , chez Biroffe , Libraire,
à la Bible d'or ; 1764 ; brochure in - 8° .
de
70 pages .
Cet Ecrit , plein de recherches fçavantes
, & qui préfente des vues nou-
E
I. Vol.
98 MERCURE DE FRANCE.
velles , méritoit , par ce double titre
d'être dédié à M. l'Abbé Barthelemy
qui a fait lui- même des découvertes fi
fçavantes dans l'Antiquité. L'Auteur ,
M. Audibert , Vicaire de Verfeil , nous
paroît avoir examiné avec la plus fcrupuleufe
attention , les Monumens antiques
qui font aux environs de Toulouſe ,
& dans Toulouſe même ; & comparant
enfuite ces reftes de l'Antiquité
avec ce qu'ont dit d'anciens Ecrivains
il en tire des conféquences fûres , qui
jettent le plus grand jour fur plufieurs
points de notre Hiftoire.
REMARQUES fur plufieurs branches
de Commerce & de Navigation ; nouvelle
Edition , fans nom d'Auteur , ni de
Ville , ni d'Imprimeur ; 1764 ; brochure
in- 12 , en deux parties . *
L'Auteur nous paroît très-inftruit des
divers objets qui font la matière de cet
Ouvrage ; & nous croyons que l'intérêt
public demande que l'on fafle fur- tout
attention à l'endroit où il eft parlé de la
fortie des grains hors du Royaume , fans
la liberté de laquelle il eft impoffible , dit
l'Auteur , que l'Agriculteur fe relève de
l'état d'abattement fous lequel il languit,
* Nous venons d'apprendre que l'on en trouve
des Exemplaires , chez M.Simon , rue S. Jacques,
AVRIL. 1764 . 99
par les impôts dont il le croit chargé.
Les Pêcheries méritent auffi l'attention
du Lecteur ; & l'on ne fçauroit affez
recommander l'exemption de tous les
droits de confommation fur l'entrée du
Poiffon dans le Royaume.
.VOLTAIRE , Poëme en vers libres ,
par M. le Clerc de Mont- Merci , Avocat
au Parlement , avec cette Epigraphe :
Omnia transformat fefe in miracula rerum.
Virg. Georg . Sans nom de Ville ni
de Libraire ; mais on en trouve des
Exemplaires partout où le diftribuent
les Nouveautés. Brochure in -8° . de 76
pages ; 1764.
Un Poëme dont M. de Voltaire eft
le Sujet & le Héros , eft un objet trop
intéreffant pour nous en tenir à une
fimple annonce ; nous en donnerons
donc un Extrait détaillé dans le Mercure
prochain , l'abondance des matières
ne nous permettant pas de l'inférer
dans celui-ci.
' LES SAISONS & les Jours , Poëmes ;
1764. On trouve des Exemplaires de
cette Brochure in - 12 . chez Bauche , Libraire
, quai des Auguftins.
On a réuni fous un titre très-court ,
de très-jolies Piéces qui traitent des mê
E ij
$35028
100 MERCURE DE FRANCE.
mes matières , qui avoient couru manuf
crites , & dont quelques - unes même
avoient déja été imprimées. On connoît
depuis longtemps les quatre parties du
Jour de M. de B..... Les quatre Saifons
du même Auteur n'étoient pas auffi publiques.
Celles de M. Bernard & les
deux points du jour de M. de S. L.
étoient difperfés dans divers volumes
& n'avoient paru que défigurés par des
lacunes ou des fautes confidérables . On
doit donc fçavoir gré au Libraire qui
les a réunis en un feul volume , en
les réimprimant très - correctement &
fur du beau papier. Nous ne dirons
rien du mérite de ces différens mor
ceaux de Poëfie , que tout homme de
goût ne peut fe difpenfer d'avoir dans
fon cabinet.
DICTIONNAIRE
de Titres
originaux pour les Fiefs , les Domaines
du Roi , l'Hiftoire , la Généalogie , &
généralement tous les objets qui concernent
le Gouvernement de l'Etat ; - ou
inventaire général du Cabinet du Chevalier
Blondeau de Charnage , ci -devant
Lieutenant d'Infanterie , demeurant à
Paris Faubourg S. Germain , rue Guénégaud
, à la porte cochère à côté de
AVRIL. 1764. 101
l'Hôtel d'Artois ; à Paris , de l'imprimerie
de Michel Lambert , rue & à
côté de la Comédie Françoife ; 1764 ;
avec approbation & privilége du Roi .
Brochure in- 12 , de 200 pages.
Le Cabinet de M. Blondeau eft compofé
de foixante -dix mille Titres , dont
environ foixante mille en originaux . II
eſt diſtribué en 26 parties. Ce Dictionnaire
commence par les Fiefs ; on donnera
enfuite l'inventaire des Titres féodaux
concernant les Archevêchés , Evêchés
, Abbayes , Prieurés , Chapitres
Cures , Communautés Religieufes , &c.
On paffera enfuite à l'inventaire des
Titres concernant le Domaine ; & l'on
continuera celui des autres parties du
Cabinet ; felon que les objets fe préfenteront.
Tous les titres font rangés
par ordre alphabétique des noms des
Seigneuries pour les Fiefs , & des noms de
Familles pour les Titres généalogiques.
TARIFS , ou comptes faits , concernant
les alliages & les bonifications
d'or & d'argent ; par M. J. Xhrouet ;
à Paris , chez Guillyn , Libraire , Quai
des Auguftins ; 1763 ; volume in- 12.
La partie la plus délicate de l'Orfévrerie
étant les titres des matières
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
d'or & d'argent ; & leurs calculs , par ..
la grande jufteffe qu'ils éxigent , devenant
extrêmement longs & difficiles
il n'eft pas douteux qu'on ne les voie
avec plaifir réduits à une fimple addition.
C'eſt-là l'objet que l'Auteur s'eft
propofé de remplir dans l'ouvrage que
nous annonçons. On y trouvera une
grande facilité pour mettre quelque Or
que ce puiffe être à 20 , 21 , 22 , 23 Karats
; & c. Le Livre eft dédié à M. de
Gouve , Procreur Général en la Cour
des Monnoies . L'étendue de fes lumières
dans cette partie , la jufteffe de
fon difcernement , la place qu'il occupe
forment un préjugé favorable pour
cet Ouvrage, qui ne peut être que d'une
très -grande útilité pour les Artiſtes qui
travaillent en or & en argent.
NÉCESSITÉ de penfer à la mort, ou
Inftructions chrétiennes pour le temps
de la maladie ; Ouvrage non feulement
utile à ceux qui adminiftrent les derniers
Sacremens , & qui ont le foin
fpirituel des malades , mais encore aux
malades mêmes , & à ceux qui leur donnent
les fecours temporels . On y a joint
l'Ordinaire de la Sainte Meffe , une
courte explication de l'Oraifon DomiAVRIL.
1764. ro3
nicale , une paraphrafe fur les fept
Pfeaumes de la Pénitence , les Prières
de l'adminiſtration du faint Viatique &
de l'Extrême- Onction , & les Prières des
Agonifans , en Latin & en François, feconde
édition , revue , corrigée & augmentée.
A Senlis , & fe vend à Paris
chez Defaint & Saillant , Libraires , rue
S. Jean de Beauvais ; Claude Hériffant ,
Libraire-Imprimeur , rue Neuve Notre-
Dame , à la Croix d'Or ; & Hériffant ,
rue S. Jacques , Imprimeur du Cabinet
du Roi. 1764. Avec Approbation & Pri
vil . du Roi , Vol. in - 12 , d'environ 600
pages. Prix, 2 1. broché & 2 1. 10 f. relié.
Ce Titre qui fait connoître fuffifamment
l'objet & l'utilité de cet Ouvrage
édifiant , nous difpenfe d'entrer dans
un plus grand détail .
INSTRUCTIONS familières en forme
d'entretiens , fur les principaux objets
qui concernent la culture des Terres ;
Ouvrage à la fin duquel on trouvera
deux Mémoires fort intéreffans fur les
Bois ; par M. Thierriat , Confeiller du
Roi , Garde-Marteau de la Maîtriſe des
Eaux & Forêts de Chaulny : avec cette
Epigraphe : Beatus ille qui procul negotiis
&c. Hor. A Paris , chez Mufierfils ,
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
Libraire , quai des Auguftins , au coin
de la rue Pavée , à S. Etienne ; 1763.
Brochure in- 12 . de 140 pages.
>
En faveur des enfans qu'on deftine à
la culture des Terres ce Livre eft
par demandes & par réponſes. Les Maîtres
d'Ecole de Village pourront s'en
fervir pour leur apprendre à lire. Ils
pourront même leur faire apprendre
par coeur les réponſes aux différentes
queftions. Par ce moyen les enfans goûteront
peu-à- peu les principes de l'Auteur
, connoîtront ce qu'il y a de mieux
dans les anciennes pratiques , & travailleront
utilement pour eux & pour le
bien de l'Etat.
MÉMOIRES d'Azéma , contenant diverfes
Anecdotes des régnes de Pierrelc-
Grand , Empereur de Ruffie , & de
l'Impératrice Catherine fon épouſe , traduits
de Ruffe par M. Contant d'Orville
; à Amfterdam , 1764 ; & ſe trouvent
à Paris au Palais Royal , chez Mde la
Marche. Brochure en 2 parties ´in- 12 .
Prix , 2 liv . 8 f.
Nous pourrons donner un jour l'Extrait
de ce Roman nouveau .
LEÇONS de Phyfique Expérimentale,
AVRIL. 1764. 1ος
Tome VI. par M. l'Abbé Nollet, de l'Académie
Royale des Sciences & Maître
de Phyfique & d'Hiftoire Naturelle des
Enfans de France . Vol. in- 12. de 527
pages , orné de 20 Planches en Tailledouce
bien déffinées & bien gravées.
A Paris , chez Hippolyte- Louis Guerin
& Louis-François Delatour, rue S. Jacques
, à S. Thomas d'Aquin ; 1764. Ce
Volume contient quatre leçons , fçavoir
la 18 , la 19 , la 20 & la 21 qui eft
la dernière de cet Ouvrage.
La première de ces quatre leçons a
pour objet les mouvemens des Aftres
& les phénomènes qui en résultent ; là
2° traite des aimans tant naturels qu'artificiels
; dans la 3 ° & dans la 4 M. L.
N. expofe méthodiquement les phénomènes
de l'électricité , & fait voir par
un grand nombre d'exemples ,, qu'on
peut maintenant rendre raifon de toutes
ces merveilles , que bien . des gens
croyent inexpliquables.
Il y a tout lieu de juger que ce volume
aura le fort des autres qui ont été fort
accueillis du Public tant en France
que dans les païs étrangers . Ce Livre eft
devenu claffique il eft traduit dans
toutes les langues.
Nous avons remarqué en parcou-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
rant le volume que nous annonçons ,
que M. l'Abbé Nollet promet un Supplément.
En parlant de certaines queftions
, qu'il a été obligé d'omettre
ou qu'il croit avoir un peu trop refferrées
; » mon deffein , dit- il , eft d'y reve-
» nir ; ce fera dequoi former le Sup-
»
plément que j'ai promis dans ma Pré-
» face , & que je regarde comme un en-
» gagement que j'ai contracté , & dont
» je defire fort de pouvoir m'acquitter.
NOUVELLE Méthode pour aprendre
la langue Latine, par un fyftême fi facile ,
qu'il eft à la portée d'un enfant de cinq
à fix ans qui fçait lire : & fi prompt qu'on
y fait plus de progrès en deux ou trois
années , qu'en huit ou dix , en fuivant
la route ordinaire . Par M. Delaunai . 4
volumes in- 8°. Prix , 18 liv . en feuilles.
A Paris , chez Gogué , Libraire , quai
des Auguftins , au coin de la rue Pavée.
Et chez l'Auteur , Cloître S. Germainl'Auxerrois
; 1763 ; avec approbation &
privilége du Roi.
On délivre aux Soufcripteurs de cet
Ouvrage ces 4 volumes depuis le 15
Septembre 1761 cependant l'Auteur
reçoit encore actuellement des plaintes
des Souf cripteurs des Provinces , qui
AVRIL. 1764. 107
difent par leurs lettres qu'ils n'ont encore
que le premier Volume , quoiqu'ils ayent
payé le tout , dès en foufcrivant. Ce n'eft
point la faute de l'Auteur , mais celle
des Commiffionnaires qui n'ont pas
retiré leurs volumes dans les temps indiqués.
Néanmoins , comme il faut une
fin à tout on avertit ici les Soufcripteurs
de faire retirer leurs volumes ,
d'ici à la fin de Mars 1764 car fans
cela , & paffé ledit temps , leurs Soufcriptions
n'auront plus de valeur , &
ils perdront ce qu'ils auront avancé. Enfin
, pour que ces Soufcripteurs ne
puffent point ignorer le préfent Avis ,
on l'a affiché pendant les mois de Janvier
, de Février & de Mars 1764 : &
on l'indiquera dans les Journaux littéraires.
?
ESSAI fur les Duchés de Lorraine &
de Bar , par M. Charles- Léopold Andreu
de Beliftein , avec cette Epigraphe :
.... Natale folum dulcedine cunctos
Ducit , & immemores non finit effe fui.
Ovid.
A Amfterdam ; & on en trouve des
Exemplaires à Paris chez Jorry , rue
E vj
108 MERCURE DE FRANCE .
& vis-à- vis de la Comédie Françoife .
Brochure , petit in-8°. de 250 pages.
Ce Livre qui n'a point été imprimé
en France , contient 15 Chapitres dans
lefquels on traite de l'état phyfique &
politique , des Finances , de l'État Militaire
, de l'Agriculture , du Luxe , des
Manufactures , du Commerce de la
Lorraine .
L'ESPRIT des Monarques Philofophes
, Marc-Aurele , Julien , Staniſlas
& Frédéric ; à Amfterdam , & fe trouve
à Paris chez. Vincent , rue S. Severin ;
1764. volume in 12. de 430 pages.
Depuis Salomon , le Philofophe , le
Sage par excellence dont les écrits
font partie des Livres Canoniques ,
P'Hiftoire ancienne ne fournit que deux
Monarques , Marc- Aurèle & Julien , qui
ayent laiffé des Ouvrages de Philofophie
Morale & Politique. Après tant de
fiécles écoulés depuis le régne de ces
grands hommes , nous avons l'avantage
de les voir revivre dans Stanislas le
bienfaifant , & Frédéric le Salomon du
Nord. En réuniffant fous un même
point de vue les penfées & les leçons de
ces quatre Monarques , on voit que le
deffein de l'Auteur n'a pas été de les
AVRIL. 1764. 109
publier toutes . Il s'eft feulement affujetti
au titre & à l'objet de fon Ouvrage
; & il n'a extrait de leurs écrits , que
les maximes qui les caractérisent plus
effentiellement comme Monarques Philofophes.
Il y a dans ce recueil des chofes
qui demandent à être connues plus
fpécialement , & qui nous fourniront
pour le Mercure prochain , un Extrait
intéreffant & agréable.
P. VIRGILII Maronis Opera , cum
notis brevioribus , ad ufumfcholarum ;
Parifiis , apud Defaint & Saillant , viâ
S. Joannis Bellovacenfis , Brocas &
Humblot , via San-Jacobæá , ad infigne
capitis S. Joannis ; 1764 ; cum privilegio
Regis. Vol. in- 12 , minoris forma.
Cette nouvelle édition des oeuvres de
Virgile , faite en faveur des écoliers de
tous les Colléges de France , furpaffe
fans contredit , en beauté & en cor.
rection , toutes celles qui jufqu'à préfent
ont été en ufage dans les claffes.
Le caractère en eft net , le papier trèsblanc
& l'édition très - portative ; voilà
pour la partie Typographique. Les notes
en font courtes , claires , & ne difent
que ce qu'il faut fçavoir pour l'intelligence
du Texte. On a fuivi d'ailleurs
110 MERCURE DE FRANCE .
les manufcrits les plus eftimés , les éditions
les plus correctes , & les Commentateurs
les plus célébres , pour ne
préfenter que le véritable fens de l'Auteur.
LE MONDE moral , ou Mémoires
pour fervir à l'Hiftoire du Coeur humain.
On connoît cet Ouvrage qui parut
il y a quatre ans ; c'eft un Roman en
deux parties de feu M. l'Abbé Prévot :
nous ne le rappellons , que pour dire
qu'on vient d'en donner la fuite dont
nous rendrons compte inceffamment.
LE PHILOSOPHE Négre , & le fecret
des Grecs. Ouvrage trop nécéffaire ;
en deux parties in- 12 ; Londres , 1764 ,
& à Paris , chez Prault petit -fils , Quai
des Auguftins , à l'Immortalité.
C'est un petit Roman compofé par
M. M... dans lequel on dévoile les manoeuvres
des Joueursfripons.
L'HISTOIRE de l'Irlande , ancienne
& moderne , tirée des monumens les
plus authentiques ; par M. l'Abbé Ma-
Geoghegan ; à Paris , chez Antoine Boudet
, Imprimeur du Roi , rue S. Jacques ,
AVRIL. 1764.
111
à la Bible d'Or ; avec Approbation &
Privilége du Roi , 3 vol . in- 4° .
Cet Ouvrage qui a été donné volume
par volume , & dont le troifiéme paroît
nouvellement , mérite qu'on en faffe un
ou plufieurs extraits ; auffi nous propofons-
nous d'y revenir plus d'une fois.
OEUVRES diverfes de M. l'Abbé Clément
, C. D. S. L. D. L. à Paris , chez
Claude Heriffant , rue neuve Notre- Dame
, à la Croix d'Or ; 1764 , avec Appro
bation & Privilége du Roi ; brochure
in-12 de 200 pages.
M. l'Abbé Clément a tort de croire ,
dans fa Préface , qu'il trouvera peu de
lecteurs ; fes OEuvres poëtiques font de
nature à lui en procurer un grand nom
bres. Premiérement elles font - très variées
, & par là très- capables de plaire à
plufieurs claffes de lecteurs . Elles ont en
fecond lieu , toutes les qualités qui font
le mérite de ces fortes de petites Piéces ;
on y trouve de l'efprit , du fentiment ,
du goût & de la Poëfie . A la tête du
recueil font placées des Odes facrées
dont le Sujet eft tiré des Pfeaumes ; elles
font fuivies de quelques traductions des
Hymnes du Breviaire de Paris. En
1735 , l'Académie Françoife avoit pro112
MERCURE DE FRANCE.
pofé pour le prix de l'Ode , les progrès
de la Mufique fous le régne de LOUIS
LE GRAND. M. l'Abbé Clément eut
le prix ; & fon Ode qui tient un rang
diftingué dans ce recueil , exprime , par
des Strophes harmonieufes , tous les
charmes de la Mufique. Nous n'indiquerons
pas tous les Sujets que l'Auteur
a traités ; il y a dans cette brochure
plus de quatre - vingt Piéces , tant
Odes qu'Epîtres , Bouquets , Portraits
Etrennes , Placets , Epitaphes , Epithalames
, Epigrammes , Cantatilles , Rondeaux
, Fables , & c. Nous en avons rapporté
une dans le Supplément aux Piéces
fugitives du Mercure de Mars dernier.
Elle nous paroiffoit de faifons alors ,
& nous nous réfervions d'en faire connoître
l'Auteur dans le Mercure de ce
mois. Cette Piéce où il eft question
d'une aventure de bal , fuffit pour
donner une idée du goût de l'Auteur ,
& du mérite des autres Piéces qui compofent
cette brochure.
(
REQUÊTE au Roi , par la Dame
veuve Calas , feuille in-4° , & in- 8 °
on en trouve des exemplaires chez les
Libraires du Palais Royal.
L'Hiftoire des fieurs & Dames CaAVRIL.
1764. 113
las , que tout le monde connoît préfentement
, étoit un Sujet bien propre
à faire naître des vers touchans &
pathétiques : auffi eft- ce là ce qui diſtingue
principalement cette Requête en
Vers , compofée par un Poëte qui a de
la chaleur & du fentiment.
GAZETTE Littéraire de l'Europe. A
Paris , au Bureau de la Gazette de Fran
ce . Prix de la Soufcription , 24 liv. par
an , papier ordinaire , & de 30 liv . papier
plus grand & plus fin.
L'objet de cet Ouvrage périodique
eft d'annoncer tous les Mercredis de
chaque femaine , dans une feuille in - 8°
de feize pages d'impreffion , les Livres
qui paroiffent tant en France que dans
les Pays Etrangers. Pour ceux de France
on n'en donne que l'annonce & une
courte notice. A l'égard des Livres
Etrangers , outre cette annonce , on publiera
à la fin de chaque mois quatre
feuilles de fupplément,dans lefquelles on
renverra les Traductions entières & les
Analyfes détaillées des Ouvrages qui
mériteront d'être plus particulièrement
connus.
La première feuille de cette Gazette
a paru le Mercredi 7 du mois de Mars.
114 MERCURE DE FRANCE .
ARTICLE III.
SCIENCES ET BELLES-LETTRES
ACADÉMIE S.
LETTRE de M. de BELLISLE , Secrétaire
des Commandemens de S. A. S.
Mgrle Duc D'ORLEANS , à M. de
VELYE , Membre de la Société Litté
raire de Châlons-fur-Marne , le 24
Septembre 1763.
MONSEIGNEUR ONSEIGNEUR LE DUC D'ORLÉANS
, Monfieur , qui eft quant à préfent,
le feul Prince appanagé
de la Maiſon
de France , doit veiller avec une attention
particulière
, pour que perfonne
ne
puiffe prétendre
à un pareil titre , qui
n'eft dû qu'aux mâles puînés de nos
Rois , & àl'aîné de la defcendance
mafculine
de ces puînés. En effet , l'Appanage
eft une portion détachée
des Domaines
de la Couronne
, que les Loix
de l'Etat donnent , avec autant de juftice
que de politique
, aux puînés de nos
AVRIL. 1764. 115
Souverains , pour leur fubfiftance , &
pour leur tenir lieu du partage au Trône
qu'ils étoient en droit de prétendre fous
la première & la feconde Race. Une
longue expérience ayant fait fentir les
inconvéniens de cette divifion de Souveraineté
, on y remédia au commencement
de la troifiéme , par la Loi falutaire
des Appanages , qui font devenus dans
la fuite reverfibles à la Couronne au défaut
de la ligne mafculine. Cette portion
que tient le Prince appanagé , avec des
prérogatives dignes de la fource dont
elles font émanées , & qui lui retracent
fans ceffe l'éclat & les droits de fon origine
, ainfi que fes devoirs
, eft certai
nement
la plus noble & la plus belle de
toutes les tenures
, & ne peut être affimilée
à aucune
autre. D'après
ces principes
, Monfieur
, Mgr le Duc d'Orléans
n'a pu
voir fans ſurpriſe
, dans le Mercure
de France
du mois d'Avril
1760 , tom. 2, p. 148 , que , dans un article où l'Auteur
du Mercure
rend compte
d'une Séance
pu- blique de la Société
Littéraire
de Châlons-
fur- Marne
, il foit dit que vous avez continué
la lecture de l'Hiſtoire
de
la Ville , de la Comté- Pairie de Vertus
& de la fuite des Seigneurs
qui ont poffédé
ce Domaine
jufqu'à
M. le Maréchal
116 MERCURE DE FRANCE.
Prince de Soubife , qui le tient aujour
d'hui comme un Appanage de la Maifon
de France , étant héritier pour une partie
de l'ancienne Maifon de Bretagne , qui
le poffedoit à ce titre. Voilà en peu de
mots , Monfieur , trois affertions bien extraordinaires.
1 °. M. le Prince de Soubife
n'a jamais prétendu & ne peut pas pofféder
le Comté de Vertus comme un
Appanage de la Maifon de France .
2. La Maiſon de Bretagne ne l'a point
poffédé à ce titre . 3 °. M. le Maréchal de
Soubife n'en eft point propriétaire comme
héritier de l'ancienne Maifon de
Bretagne. Un fimple extrait des fçavans
Ouvrages de M. Dupin & de M.
'Abbé de Longuerue fuffira pour étalir
la négative des faits que vous avez
Avancés. Lors de la réunion de la Chamagne
à la Couronne de France , la Seigneurie
de Vertus entra dans le Domaine
du Roi ; elle y eft demeurée jufqu'en
1361 , que le Roi Jean la donna
en pleine propriété , avec titre de Comté,
à Jean-Galeas Vifcomti , pour dot de fa
fille Ifabelle que Vifcomti époufa. Jean-
Galeas mariant fa fille Valentine avec
Louis , Fils de France , Duc d'Orléans ,
en 1389 , lui donna de même en dot le
Comté de Vertus , Marguerite , fille de
AVRIL 1764. 117
Valentine & de Louis , Duc d'Orléans
porta ce Comté dans la Maifon de Bretagne
, en époufant Richard , Comte
d'Eftampes. De leur mariage naquit
François II , Duc de Bretagne , qui en
fit don à François , fon fils naturel , fouche
des Seigneurs d'Avangour. Si vous
voulez , Monfieur , confulter les preuves
de l'Hiftoire de Bretagne , tome 3 , colonne
1354 , vous y verrez qu'il fut enjoint
aux Seigneurs d'Avangour , par
plufieurs Arrêts du Parlement , de ne
point ufurper le nom de Bretagne. Ces
Seigneurs ont continué de jouir du Comté
de Vertus de mâle en mâle , jufqu'en
1746 , que leur poftérité mafculine s'étant
éteinte , leur fucceffion a paffé à
M. le Prince de Soubife , iffu de Marie
d'Avangour , qui avoit pour quatriéme
ayeul François d'Avangour , fils naturel
de François II. Ce n'eft donc point
comme héritier de l'ancienne Maifon de
Bretagne , que M. le Prince de Soubife
poffède le Comté de Vertus , mais comme
héritier d'une branche illégitime de
cette Maiſon. Ce n'eft donc point comme
en Appanage de la Maifon de France
, que M. le Prince de Soubife tient
aujourd'hui ce Comté , mais comme un
héritage qui lui eft échu du chef d'une
S
18 MERCURE DE FRANCE.
grand'- mère , laquelle avoit recueilli par
droit de fucceffion , la donation faite à
François d'Avangourfon auteur , parle
Duc de Bretagne. Enfin dans les diverfes
mutations du Comté de Vertus , qui
à paffé du Roi Jean à fa fille Ifabelle ,
d'Ifabelle à Valentine de Milan , fa fille
de Valentine à fa fille Marguerite, deMarguerite,
femme de Richard Comte d'Eltampes
, à leur fils François , Duc de
Bretagne , & du Duc François à François
d'Avangour fon fils naturel ; on ne
reconnoît aucun des traits qui caractérifent
un Appanage du la Maifon de France
, & d'où l'on puiffe inférer que la
Maiſon de Bretagne ait poffédé à ce
titre le Comté de Vertus . Ces obfervations
, Monfieur , que j'ai l'honneur de
Vous envoyer par ordre de Mgr le Duc
d'Orléans , & dont vous pouvez faire la
vérification dans notre Hiftoire , vous
engageront fans doute à faire inférer
dans le Mercure un Article qui puiffe réformer
ce qui a été avancé à ce sujet
dans celui d'Avril 1760 ; afin que les
perfonnes qui ne font pas inftruites de la
nature des Appanages , ne fe forment
pas de cette tenure des idées fauffes ,
qu'il eft important pour les Princes Appanagers
de ne pas laiffer accréditer ; &
AVRIL. 1764. 119
comme la Société Littéraire de Châlons
fe propofe de donner bientôt au
Public le recueil de fes Mémoires
SA. S. fe flatte que vous aurez l'attention
de fupprimer dans celui qui concerne
le Comté de Vertus , le titre d'appanage
dont vous l'avez décoré , avant
d'avoir approfondi cette matière.
J'ai l'honneur d'être , & c.
RÉPONSE à la Lettre précédente , par
M. FRADET, Secrétaire de la Société
Littéraire de CHAALONS - SURMARNE
, du 2 Février 1764.
MONSIE ONSIEUR ,
Vous avez pris la peine d'écrire le 24
Septembre dernier à M. de Velye , l'un
des Membres de la Société Littéraire de
Châalons ; vous lui avez marqué que
S. A. S. Mgr le DUC D' ORLEANS ,
avoit lû avec ſurpriſe dans le 2º. Vol.
du Mercure de France du mois d'Avril
1760 , que notre Affocié avoit avancé
dans fon Hiftoire de Vertus , que cette
Comté-Pairie étoit aujourd'hui tenue
120 MERCURE DE FRANCE.
›
par M. le Maréchal Prince de Soubife ,
comme un appanage de la Maifon de
France , étant héritier pour une partie
de l'ancienne Maifon de Bretagne
qui la poffédoit à ce titre & vous
lui avez démontré 1 ° . que Monfieur
le Prince de Soubife , n'avoit jamais
prétendu & ne pouvoit pas pofféder le
Comté de Vertus comme un appanage
de la Maifon de France . 2 ° . Que la
Maifon de Bretagne ne l'avoit point poffédé
à ce titre. 3° . Que M. le Maréchal
de Soubife n'en étoit point propriétaire,
comme héritier de l'ancienne Maifon
de Bretagne. M. de Velye auroit eu
l'honneur de vous faire réponſe , & de
réformer fon erreur , qui peut donner
de fauffes idées de la nature des appanages
aux perfonnes qui n'en font pas
bien inftruites ; mais il étoit , lors de la
réception de votre lettre , attaqué de la
maladie qui nous l'a enlevé environ
deux mois après . Cette lettre s'eft trouvée
parmi fes papiers , qui viennent de nous
être remis ; & la Société fe fait un devoir
de fatisfaire aux obligations qu'il n'a
pu remplir , & de donner à Mgr le Duc
d'Orléans des marques de fon profond
refpect. Elle peut uniquement dire pour
fa juftification & pour celle de fon Affocié
AVRIL. 1764. 121
focié , qu'elle n'a toléré cette affertion ,
& qu'elle n'a été hafardée dans l'hiſtoire
du Comté de Vertus , que fur la foi
d'un paffage de M. de Ste Marthe dans
fon Hiftoire de la Maifon de France
Liv. 8. c. 3. fur Jean . 2 °. Cet Auteur dit
qu'Ifabelle de France fut alliée vers 1360
avecJeanGaleas Vifcomti, Duc de Milan,
& que par lettres du mois d'Avril 1361 ,
fut fait le changement du Comté de Sommyévre
en Languedoc , baillé en appanage
à cette Princeffe en faveur de
fon mariage , à la charge de retour à la
Couronne défaillants fils & filles , avec la
Seigneurie de Vertus en Champagne ,
pour ce , érigée en Comté : mais fi MM.
de Sainte Marthe & de Velye avoient
fait attention que l'appanage eft une portion
détachée du Domaine de la Couronne
, que les loix de l'Etat donnent à
charge de retour au défaut de la ligne
mafculine , aux mâles puinés de France
pour leur fubfiftance , & pour leur
tenir lieu du partage au Thrône qu'ils
étoient en droit de prétendre fous la première
& la feconde race de nos Rois
ils n'auroient pas dit que le Comté de
Vertus avoit été donné en appanage
à Ifabelle de France , lors de fon mariage
avec Jean Galeas Vifcomti. MM.
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
de Sainte Marthe & M. de Vélye n'avoient
pas vu non plus fans doute les
lettres du mois d'Avril 1361 , citées par
le premier. On ne trouve rien dans ces
lettres , dont il m'a été remis une copie
que je crois fidelle , qui annonce que
les Terres de Sommyevre & de Vertus
ont été données en appanage à Ifabelle
de France ; il paroit feulement que la
première lui a été donnée en dot , & la
feconde en remplacement de celle- ci ,
dont elle ne pouvoit jouir par les raifons
détaillées dans les lettres. C'est donc
une dot conftituée à Ifabelle de France
& non un appanage , & aucun des poffeffeurs
de cette Terre n'a pu la tenir
depuis & la tranfmettre à perfonne fous
le titre d'appanage . La Société a retranché
cette affertion fi erronnée , de
l'écrit où elle s'étoit gliffée ; & elle ne
paroîtra point quand fes mémoires feront
donnés à l'impreffion. Je fuis chargé
de vous prier de fa part , de faire
agréer cette déclaration à Mgr le Duc
d'Orléans , & j'ofe efpérer que S. A. S.
en fera fatisfaite .
J'ai l'honneur d'être , & c..
AVRIL. 1764. 123
EXTRAIT des Regiftres de l'Académie
Royale des SCIENCES.
Du 22 Février 1764 .
NOOUUSS, avons examiné par ordre
de l'Académie , un Mémoire de M.
Biefta , Me Horloger à Paris , fur une
nouvelle conftruction de Montres , dans
lefquelles tout ce qui appartient à l'échappement
peut s'enlever fans démonter
le refte de la montre. Il eft exactement
vrai , & M. Biefta le dit dans fon
Mémoire , que la plus grande partie des
dérangemens & des accidens qui arrivent
à une montre , viennent de l'altération
de l'échappement , & que très - fouvent
on n'auroit nul befoin de démonter
le refte de la montre pour y remé- ,
dier, s'il étoit poffible d'y toucher fans
cela ; c'eft cet avantage que M. Biefta
a voulu procurer aux montres. Par la
conftruction qu'il propofe : la
la contre-potence , le cocq , la couliffe ,
la rofette , le balancier , le piton , & le
reffort fpiral y font portés par une plaque
d'acier , tenant par trois vis à la
platine du nom qui eft percée en cet
potence,
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
>
endroit pour donner paffage à la roue de
rencontre , la potence & la contre- potence
. Cette conftruction peut être appliquée
à toutes les montres déjà faites ;
& il eft aifé de fentir combien elle
peut être avantageufe , fur-tout pour
les Piéces compofées , comme pour les
montres à fonnerie ou à répétition
qu'on ne fera plus obligé de démonter
en entier pour le moindre dérangement
arrivé à l'échappement ; ce qui peut
être d'autant plus utile , qu'on eft quelquefois
obligé en voyage de fe fervir
d'Ouvriers médiocres qui pourroient
aifément gâter des parties auffi délicates
, & qui leur font trop fouvent inconnues
; au lieu que les effets de l'échappement
font généralement connus
de tous ceux qui ont pratiqué l'Horlogerie.
Ces avantages font que nous ne
pouvons qu'applaudir à la conftruction
de M. Biefta , qui nous a paru ingénieu
fe , & mériter l'approbation de l'Académie
. Signé, CAMUS & DE FOUCHY.
L'Auteur de cette invention eft le
même qui a trouvé la manière d'appliquer
aifément aux Pendules à fecondes
le temps vrai , également approuvé
par l'Académie Royale des Sciences. Il
demeure préfentement Cloître S. GerAVRIL.
1764. 125
main - l'Auxerrois en entrant par le
Louvre à gauche , au Temps vrai , à
Paris.
Le prix pour appliquer fon équation
aux Pendules à fecondes , eft de huit
louis ; & l'application de la conftruction
mentionnée au certificat ci -joint ne
renchérit pas chez l'Auteur les montres
neuves ; mais pour donner les mêmes
avantages à celles qui font déjà faites ,
il prend pour une montre fimple deux
louis , & pour une à répétition trois
louis ; & MM. les Horlogers fes Confrères
peuvent compofer avec l'Auteur ,
parce qu'ils pourront fe réferver certains
Ouvrages pour eux-mêmes.
PRIX propofé par la Société Royale:
d'Agriculture de Paris , pour l'année
2764.
PLUSIEURS
Citoyens zélés
pour
les
progrès de l'Agriculture , ayant déposé
au Bureau de la Gazette du Commerce .
différentes fommes , fur lefquelles feroit
prélevée celle de Six cens livres , pour
être employée aux Prix dont la Société
royale d'Agriculture choifiroit le Sujet ,
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
elle n'a pas cru pouvoir en préfenter un
plus important à traiter , que les Maladies.
des Beftiaux ; en conféquence , elle a
arrêté qu'elle adjugeroit un Prix de Six
cens livres , au Mémoire qui donneroit
la defcription , les caufes , les effets & la
curation des Maladies épidémiques &
contagieufes des Beftiaux , les moyens
de les prévenir & d'en empêcher les progrès.
Il fera proclamé , dans une Affemblée
de la Société , au mois d'Avril 1765 .
Les Pièces qui feront envoyées pour
concourir , doivent être remifes avant le.
1.er Janvier 1765 , à M. de Palerne ,
Secrétaire perpétuel de la Société , autrement
elles feront rejettées .
Les Auteurs ne mettront paint leurs
noms fur leurs ouvrages , mais dans un
paquet cacheté , portant un numéro
pareil à celui de la Pièce , avec une même
devife fur l'un & fur l'autre ; ces
paquets ne feront ouverts qu'après le jugement
du Prix.
Toutes perfonnes feront admifes à
concourir , à l'exception des Membres.
& Affociés qui compofent la Société
Royale d'Agriculture de Paris : les Pièces
feront adreffées à M. de Sauvigny ,
Confeiller d'Etat , Intendant de la GéAVRIL.
1764. 127
néralité de Paris , qui fera paffer aux
Auteurs les récépiffés du Secrétaire de
la Société ; le Secrétaire délivera le prix
à celui qui lui repréfentera le récépiffé
de la Pièce couronnée ; il n'y aura point
d'autre formalité.
PRIX proposé par la Société Royale
d'Agriculture de Paris , pour l'année
17651
L
A SOCIÉTÉ defirant exciter de plus
en plus l'induftrie & l'émulation des
Cultivateurs , a réfolu & arrêté , dans
fon Affemblée du 8 Décembre 1763 ,
qu'il fera fait un fonds chaque année ,
par les Affociés , pour donner deux ou
plufieurs Prix , à ceux des Cultivateurs
& autres Particuliers appliqués aux foins
de la campagne , qui auront le mieux
réuffi dans les recherches qu'elle doit
leur propofer.
Le principal objet de ces recherches ,
fera d'éclairer fucceffivement par des
expériences faites avec foin , les différentes
pratiques de l'Agriculture & de
l'économie ruftique.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
Un des Sujets qu'elle a choifi pour
le Prix de 1765 , eft , Le meilleur travail
fur la qualité & fur l'emploi des
engrais qui conviennent aux terres , principalement
aux terres à blés , relativement
à leur qualité.
Des expériences bien faites,foit pour
employer de nouveaux engrais jufqu'à
préfent peu connus ou négligés , foit
pour fuppléer au fumier des animaux ,
lorfqu'on en a peu , foit pour perfectionner
la qualité des fumiers & autres
engrais , auront droit au Prix.
? au
Ce Prix eft de la fomme de huit cens.
livres ; il fera praclamé , dans une Affemblée
publique de la Société
mois d'Avril 1766. Les Piéces qui fe-.
ront envoyées pour concourir, doivent
être remifes avant le 1er Janvier 1766 ,
à M. de Palerne , Secrétaire perpétuel
de la Société autrement elles feront
rejettées.
2.
Les Auteurs ne mettront point leurs
noms fur leurs ouvrages , mais dans un
paquet cacheté , portant un numéro pareil
à celui de la Piéce , avec une même
devife fur l'un & fur l'autre ; ces paquets
ne feront ouverts qu'après le jument
du Prix. Les Auteurs peuvent y inférer
les certificats qu'ils auront pris des
AVRIL. 1764. 129
perfonnes connues & dignes de foi qui
auront fuivi ou vérifié leurs expériences
, à l'effet d'en conftater les réfltats.
La Piéce qui renfermera le plus de
faits , d'obſervations & d'expériences
utiles fur l'art de fertilifer la terre par
les engrais , fera couronnée.
Toutes perfonnes feront admifes à
concourir , à l'exception des Membres
& Affociés qui compofent la Société.
Royale d'Agriculture de Paris : les Piéces
feront adreffées à M. de Sauvigny ,
Confeiller d'Etat , Intendant de la Généralité
de Paris qui fera paffer aux
Auteurs les récépiffés du Secrétaire de
la Société ; le Secrétaire délivrera le
Prix à celui qui lui repréfentera le récépiffé
de la Piéce couronnée , il n'y
aura point d'autre formalité.
SUJET du Prix de l'Académie des
Sciences , Arts & Belles - Lettres de
DIJON , pour l'année 1765.
ILeft d'ufage en Bourgogne de femer
fuivant trois différentes méthodes :
1º. On feme dans les mêmes terres
la première année du Bled , la feconde
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
8
des Mars , & fucceffivement ainfi d'année
à autre .
2º. On y feme alternativement une
année de Bled , l'autre des Mars , & la
troifiéme on laiffe la terre en jachère.
3º. On y feme une année du Bled , la
feconde année , la terre refte en jachère
; & cette pratique s'obferve conftamment
d'une année à l'autre .
D'après l'expofition de ces divers
façons d'enfemencer les terres en Bourgogne
, l'Académie demande :
Quelles font les Raifons phyfiques qui
doivent engager relativement aux différens
Terroirs , à préférer l'une de ces
trois méthodes ?
Les régles & les formalités qui s'obfervent
dans les Concours Académiques,
font aujourd'hui fi généralement connues
, qu'il eft inutile de les répéter.
au fujet de ce Programme . Il fuffit
d'avertir ici , que les Mémoires qu'on
doit adreffer à M. Michault , Secrétaire
perpétuel de l'Académie, rue de Guiſe , à
Dijon , ne feront reçus , francs de port
que jufqu'au premier Avril 1765 inclufi
vement : paffé lequel temps , ils ne pourront
,fous quelque prétexte que ce foit ,
avoir aucun droit au Concours ; ainfi,
AVRIL. 1764. 131
que ceux dont l'Auteur fe fera fait
connoître directement ou indirectement .
ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
L'EMULATION & le zèle des Elèves
de l'Ecole Royale Vétérinaire , loin de
fe rallentir , femblent s'accroître & redoubler.
La diftribution du Prix concernant
le Boeuf, les Bêtes à laine & les
Chèvres , avoit été fixée au 15 Mars .
Malgré les travaux qu'entraînent l'étude
de l'Anatomie & les diffections , ils ont
devancé le jour indiqué. Trente Elèves
fe font montrés au Public le Samedi 3
de ce mois , & ce concours a été honoré
de la préſence de M. l'Intendant de
la Province , de plufieurs Membres de
la Société d'Agriculture , & d'un nombre
confidérable de perfonnes de diftinction
.
Dans cette Séance , tenue felon l'ufage
ordinaite , les Contendans ont dévelop
pé des principes & des faits très - intéref
fans fur le choix des uns & des autres
animaux dont il s'agiffoit , fur la connoiffance
de leur âge , fur les foins qu'ils
exigent , fur l'attention que demande la
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
conftruction des Etables & des Bergeries
, fur les alimens les plus convenables
dans les différentes faifons , fur la manière
d'apprivoifer les Boeufs & de les
foumettre au joug , fur le temps & les
moyens de les engraiffer , fur la propagation
de cette efpèce , fur les qualités.
d'un bon Taureau , für la beauté &
bonté des Vaches , tant communes que
Flandrines , fur le lait qu'elles donnent ,
fur les espèces que nous pourrions tirer
avec le plus grand avantage de l'Etranger,
particulièrement de Jutland , fur le régime
à faire obferver aux Vaches pleines &preres
à mettre bas , fur le choix des Veaux
à élever par préférence , fur le temps de
les fevrer , fur la conformation des Moutons
, fur leur toifon , fur la tonte , fur
les différentes espèces connues en France
& en Angleterre , fur leurs produits
comparés , für l'importance & fur la manière
de faler ces animaux , fur les pâtu
rages qui leur conviennent , fur ceux
qui leur font nuifibles , fur l'heure & la
faifon de les conduire aux champs , fur
l'eau dont on doit les abreuver , fur les
moyens de les engraiffer , fur les avantages
des parcs pour amender les terres ,
fur les qualités d'un bon Bélier & d'une
Brebis mère , fur le temps de les accou
1
AVRIL. 1764. 133
pler , fur les foins à donner à la Brebis
qui doit agneler , & àl'Agneau qui vient
de naître , foit dans le cas où elle a mis
bas deux jumeaux , foit dans celui où
elle agnèle pour la première fois , foit
enfin eu égard aux Agneaux qui parviennent
à une certaine force , fur
les Agneaux qui doivent être fevrés ,
fur les Agneaux à livrer au Boucher ,
fur les obfervations naturelles qui fe préfentent
à quiconque veut traiter & élever
ces animaux , & c , fur le Bouc comparé
au Bélier , fur les diverſes races
dans l'efpèce des Chèvres , fur les différences
à remarquer entre elles & la
Brebis , fur leurs véritables pâturages ,
fur les qualités du Bouc & de la Chèvre
deftinés à la propagation , fur le temps
de les accoupler , fur les attentions à
donner à la Chèvre prête à chévroter
& aux Chevreaux nés , en quelque nombre
que ce foit , & c. & c. &c..
Tous ces points divers ont été amplement
difcutés par les Sieurs d'Auvergne
frères , Petite , Damne , Thomas , Beaumont
fils , Greffet , Parnet , de la Provin
ce de Franche -Comté ; Aima , Leger &
Latour , de la Généralité de Bordeaux ;
Bigler , du Canton de Berne ; Boudier
134 MERCURE DE FRANCE .
Treitch & Teillard , de la Généralité
d'Auvergne ; Barjollin & Dupin , de la
Généralité de Limoges ; Kamerlet , de la
Ville de Nancy ; Beauvais & Didné ,
de la Généralité d'Amiens ; Chanu , de
la Province de Bourgogne ; Brachet , de
celle de Bugey ; Gay & Bethoux , de la
Province de Dauphiné ; D'anguien ,
Defavenieres , Defchaux , Faure l'aîné
Thevenet & Mathias , de la Généralité
de Lyon.
L'embarras dans lequel MM. de la
Société d'Agriculture fe font. trouvés
relativement au Jugement qu'ils ont été
obligés de porter fur celui ou fur ceux
des Elèves à qui le Prix devoit être décerné
, a obligé d'en donner deux au lieu
d'un le premier de 50 liv. & le ſecond
de 48 liv.
:
Les vues de ces Juges intégres & éclairés
ont été dirigées fur dix- huit de ces
trente Contendans. Ils ont ad ugé le
premier prix aux Sieurs Petite , Parnet ,
Barjollin , Dupin , Damne , Bigler
Beauvais , D'anguien & Thevenet : celui-
ci eft âgé de douze ans . Ces Elèves
ayant tiré au fort , le Sieur Dupin en a
été favorifé ; mais fes Concurrens ne
trouvent pas moins dans la gloire qu'ils
fe font acquife , la récompenfe qui flatte
AVRIL. 1764. 135
le plus des hommes deftinés à fervir utilement
leur Patrie .
Le fecond prix a été adjugé aux Sieurs
Gay , Bethoux , Treitch , Leger , Def
chaux , âgé de treize ans , Chanu , Thomas
, Faure l'aîné & Defavenieres . Le
fort a décidé en faveur du Sr Deſchaux
fans rien diminuer de l'honneur attaché
aux fuffrages que les autres ont justement
obtenus .
Le Sr Brachet , conftamment attaché
à fes devoirs , a mérité des éloges , & il
eût été couronné comme les autres concurrens
, s'il n'eût été employé au traitement
de plufieurs maladies qui l'ont
appellé pendant quelque temps hors de
l'Ecole.
Le Sr Bredin , qui a porté pendant
près de fept mois les fecours les plus
efficaces dans plufieurs Provinces dont
les Beftiaux étoient frappés d'un fléau
cruel , n'a pu concourir dans cette circonftance
, parce qu'il s'eft occupé à réparer
, à certains égards non moins effentiels
, le temps qu'il avoit employé
ailleurs.
Il en eft de même du Sr Bloufard , en
qui l'expreffion, n'eft point auffi facile
que Pintelligence.
Les Srs Latour , Greffet , les Frères
d'Auvergne , Beaumont fils , Diane
136 MERCURE DE FRANCE.
Aima , Kamerlet & Boudier ont fatisfait
le Public , & n'ont pu être regardés
comme des Sujets médiocres.
C'eft avec beaucoup de fatisfaction
que nous inférons de pareils Articles
dans notre Journal. Les fuccès de ces
Elèves continuent à faire un honneur infini
à M. Bourgelat , Correfpondant de
l'Académie des Sciences de Paris , qui a
la Direction de l'Ecole Royale Vétérinaire
, & au Miniſtre ( M. Bertin ) à qui
la France & l'Europe même font redevables
d'un Etabliffement fi utile. Nous
difons l'Europe même ; car un grand
nombre d'Etats & de Souverains , principalement
du Nord , ( parmi lefquels
on compte le Roi de Pruffe ) ont déja
envoyé à M. Bourgelat plufieurs Elèves
pour fe former dans cette Ecole ; & ces
Elèves s'y diftinguent par leur applica
cation & leurs fuccès..
DIOPTRIQUE.
LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
JE crois ,Monfieur , que vous ne ferez
pas faché que je vous entretienne d'une
découverte très-intéreffante & qui va
AVRIL. 1764. 137
donner à la Dioptrique une nouvelle
face. Nous la devons aux travaux d'un
Géomêtre célébre , & aux foins de plu--
fieurs Amateurs . Vous fçavez , Monfieur
, qu'on appelle Dioptrique la vifion
qui fe fait à l'aide des verres ; on
peut dire que , fi l'état où étoit précédemment
cette fcience eût étonné les
Anciens qui n'en avoient pas d'idée ,
fes nouveaux progrès ne paroîtroient
pas moins admirables à Newton lui- mê--
me , au Grand Homme qui décompofa
la lumière , & qui avoit connu
fans les furmonter , les obftacles qui vien--
nent d'être levés : c'eft que l'homme qui
parcourt le plus rapidement la carrière ,.
trouve un terme où il faut qu'il s'arrête
, & d'où part à fon tour l'homme
de génie qui vient après lui.
Mais , avant tout , il eft néceffaire
que je vous rappelle quelques principes
d'Optique qui ne vous font pas inconnus
; & pour ne pas rendre la ma--
tière trop compliquée , je ne vous parlerai
que des lunettes Aftronomiques
à deux verres convexes . Les rayons partis
de l'objet après s'être pliés en traverfant
le premier verre , qu'on nomme
l'objectif , fe réuniffent dans un
point de l'axe de la lunette , qui eſt:
1
138 MERCURE DE FRANCE.
appellé foyer du verre , & y forment
un image devant laquelle fe place l'Oculaire
, ou le fecond verre , qui faifant
l'effet d'un mifcrofcope , fert à
aggrandir cette image ; & la lunette
groffit d'autant plus , que le foyer du
verre objectif eft plus long , & que
celui du verre oculaire eft plus court.
Ainfi une lunette de fix pieds avec un
Oculaire de trois pouces groffit vingtquatre
fois ; avec un Oculaire de dixhuit
lignes elle groffiroit quarante - huit
fois. Il femble qu'en partant de ce principe
, on puiffe multiplier les effets à
l'infini ; en ayant de longs objectifs &
de courts oculaires : mais on a trouvé
de très-grands obftacles dans la figure
des verres & dans la différente réfrangibilité
des rayons. Defcartes qui porta
dans les Arts la lumière de la Géométrie
, avoit démontré que tous les rayons
partis d'un objet , & traverfant un verre
objectif, fe réuniroient dans un même
point de l'axe de la lunette , fi l'on
donnoit à l'objectif une figure hyperbolique
; mais ici la pratique des Arts
ne peut plus atteindre à la précision du
calcul. On n'a vu réuffir aucun des effais
de Descartes , qui faifoit travailler fous
fes yeux un ouvrier intelligent ; & l'on
AVRIL. 1764 . 139
a reconnu avec peine , qu'il étoit moralement
impoffible de donner aux verres
une figure hyperbolique régulière.
2
On fe reftraignit à leur donner la figure
fphérique ; mais par la propriété
de cette courbure il n'y a que les
rayons qui tombent près de l'axe , qui
foient réunis dans un même point. Les
autres , ayant un foyer différent, y peignent
d'autres images , & toutes ces
images fort près les unes des autres , en
forment une feule qui eft d'autant plus
confufe , qu'il y en a un plus grand nombre
: on fut forcé de donner peu d'étendue
à la courbure de la furface des objectifs
, & l'on y perdit de la lumière. Car
vous concevez bien , Monfieur , que
la
quantité de lumière dépend de la grandeur
de l'objectif qui lui donne entrée,
Mais on s'apperçut bientôt que ces inconvéniens
étoient les moindres qu'on eût à
craindre : un homme qui étoit appellé aux
plus brillantes découvertes dans toutes
les Sciences , portant dans la Phyfique ,
le flambeau de fon génie , trouva l'art de
décompofet la lumière , & fit voir que
chacun de fes rayons étoit compofé de
7 rayons primitifs de couleur différente
, rouge , orangé , jaune , & c. Ces
rayons traverfant un prifme ,s'y rom140
MERCURE DE FRANCE.
pent fuivant leur différente réfrangibili
bilité , fe féparent , & peignent fur le
papier où on les reçoit, les fept couleurs
dans leur ordre naturel , Cette découverre
, appliquée à l'optique, rendit raifon
des anneaux colorés,appellés iris , qu'on
avoir apperçus autour des images formées
par
de longues lunettes. Le verre
objectif fait alors la fonction du prifme
qui fépare les couleurs : on crut que la
nature de la lumière mettant un obftacle
invincible à la perfection de cet Art,
& la théorie ayant fait connoître que
les iris étoient plus grandes , en proportion
de l'ouverture de l'objectif , onprefcrivit
de nouveau de la diminuer ;
mais en même temps on diminuoit la
quantité de lumière fi néceffaire à la
diftinction des objets . On ne retiroit
plus par conféquent des longues lunettes
l'avantage qu'on en devoit efpérer
; & l'incommodité de leur longueur
fubfiftoit toute entière . Les chofes en
étoient là , & cette barrière reftoit infurmontable.
Lorfque M. Euler , l'un des plus
grands Géométres de l'Europe , eut en
1747 l'idée heureufe de former des:
objectifs de deux matiéres différemment
réfringentes ; il efpéra que leurs
AVRIL. 1764. 141
réfractions différentes pourroient fe
compofer & détruire les Iris , il forma
fes objectifs de deux lentilles de
verre qui renfermoient de l'eau entre
elles , & pofant une hypothéfe fur leurs
qualités réfringentes , il en déduifit des
formules générales & très- élégantes.
M. Dollond , fçavant Opticien Anglois
, fit ufage de la Théorie de M.
Euler ; mais il fubftitua avec raifon à
fes lois de réfraction celles de Newton .
qui paroiffoient préférables étant fondées
fur l'expérience ; les formules donnerent
alors un résultat fâcheux , car la
réunion des rayons ne fe pouvoit faire
que lorfque la longueur du foyer étoit
infinie . M. Euler répondoit par des
raifons métaphyfiques très - probables ;
& M. Dollond s'appuyant de la réputation
de Newton , lui oppofoit conftamment
fes expériences. Cette découverte
dont la théorie étoit fi belle , paroiffoit
donc inutile dans la pratique ;
& on croyoit déjà la devoir ranger au
nombre de ces idées ingénieufes , qui
fans être utiles à la Société , font honneur
à l'efprit humain . M. Klingenftierna
, Géométre Suédois écrivit en
1755 à M. Dollond ; & par des démonftrations
métaphyfiques & géomé142
MERCURE DE FRANCE.
triques le força de douter de l'exactitude
des expériences de Newton. M. Dollond
les refit & les trouva fauffes. Newton
avoit réuffi dans des expériences
plus difficiles ; il manqua celles- ci , &
cela prouve que l'homme eft toujours
fi près de l'erreur , que le génie même
qui l'éléve ne peut l'empêcher d'y tomber
quelquefois . M. Dollond reprit courage
; mais il trouva que les objectifs
de verre & d'eau exigeoient des courbures
trop confidérables & qui produiroient
, comme nous l'avons dit plus
haut , une multitude d'images différentes
, qui rendent les objets peu diftin&s.
Il imagina de fubftituer des verres de
différentes denfités , & qui étant combinés
pour en former un objectif , fiffent
le même effet que l'eau unie avec le
verre. Il trouva bientôt que les deux
efpéces de verres , que les Anglois appellent
( Crown glaſſ ) & Slint. glaff“ ,
dont le premier reffemble affez à notre
verre commun , avoient les propriétés
qu'il defiroit : il les combina avec des
Courbures différentes ; & après beaucoup
d'expériences
il réuffit à faire
d'excellentes lunettes fans aucune iris . Il
nous en eft paflé quelques - unes en
France , & les moins bonnes de cinq
›
AVRIL. 1764. 143
pieds groffiffoient bien davantage que
les lunettes ordinaires de la même longueur
, puifqu'elles faifoient à-peu- près
L'effet d'une lunette de 12 à 15 pieds.
M. Dollond n'indiquoit pas la route
qu'il avoit fuivie ; il eût fallu fe réfoudre
à imiter fervilement fes Télescopes ,
pour en conftruire de pareils. Vous fentez
, Monfieur , l'incertitude & l'humiliation
de cette Méthode . M. Clairaut
mon Confrère , connu par des fuccès
brillans dans la Géométrie , & à qui je
rends içi avec plaifir , comme ami , la
juſtice qui lui eft due , comme Géomètre
, entreprit d'établir une Théorie complette
des aberrations des rayons de lumière
, & rechercha les courbures qu'il
falloit donner aux deux matières réfringentes
pour les détruire ; mais il vit d'abord
qu'une telle recherche devoit être
fondée fur des expériences plus sûres
celles dont on s'étoit appuyé jufqu'i
que
ci , afin de connoître mieux la réfringence
des différentes matières . C'est par
où il commença . Il effaya fur le ( Flint
glass ) & fur notre verre commun ,
qu'il fubftitua au ( Crown glass ) ; &
leur réfringence étant bien conftatée , il
en déduifit bientôt les formules générales
qu'il cherchoit. Il en lut le réſultat
44 MERCURE DE FRANCE.
1
à l'Affemblée publique de l'Académie
du 8 Avril 1761. Il prévoyoit dès- lors
que les Lunettes de M. Dollond , quoique
très-bonnes , ne produifoient pas
tout l'effet qu'on en devoit attendre ,
puifque les aberrations étant détruites ,
il paroiffoit qu'elles devoient furpaffer
les Télescopes Newtoniens , qui perdent
beaucoup de lumière par la réflection
des Miroirs.
Vous verrez inceffamment , Monfieur
, cette conjecture vérifiée par le
fuccès que je vous annonce . Des Artif
tes intelligens , conduits par fa théorie
firent quelques effais qui répondirent à
ce qu'on en devoit attendre ; enfin M.
Antheaume , connu par fa Méthode des
Aimants artificiels , qui a remporté le
Prix à l'Académie de Pétersbourg en
1760 , qui depuis long-temps , Amateur
de l'Optique , s'appliquoit à faire d'excellens
Objectifs , fuivant les pratiques
ordinaires , entreprit d'en travailler un
fuivant les déterminations de M.Clairaut.
Le plus grand fuccès a comblé nos eſpérances
il a fait un verre de fept pieds
de foyer , qui fait l'effet d'une bonne lunette
de trente-cinq à quarante pieds.
Cette perfection furpaffe de beaucoup
celle où M. Dollond avoit atteint ; & ,
en
AVRIL. 1764. 145
en faifant l'éloge de l'adreffe de M. Antheaume
, prouve l'excellence de la route
que M. Clairaut lui avoit tracée. J'ai vu
avec cette Lunette le difque de Jupiter
parfaitement bien terminé ; les bandes
qu'on y obferve partagées en plufieurs
autres bandes , & les fatellites qui l'accompagnent
affez. groffis pour qu'on
puiffe efpérer d'appercevoir auffi leur
difque , fi l'on peut réuffir un jour auffi
dans des verres d'un foyer plus long.
S. E. Mgr le Cardinal de Luines , qui
protége les Sciences, & dont les lumières
fur l'Optique font connues , en a fait
l'épreuve ; MM . de Thury , le Monnier ,
de la Lande , Chappe & moi , tous
Membres de l'Académie des Sciences ,
y avons affifté , & il n'y a eu qu'une
voix fur l'excellence de cette Lunette.
M. Antheaume s'eft fait un plaifir de la
faire voir aux Amateurs , & particulièrement
à M. le Préfident Saron , qui ,
ayant beaucoup de goût &. de connoiffance
, eft poffeffeur d'un tres- beau Téleſcope
* Anglois . Il l'a comparé avec
la Lunette , & il avoue lui-même qu'elle
fait plus d'effet.
Cela ne vous paroîtra pas difficile à
Ce Miroir a 30 pouces de foyer . Il doit
groffir environ 120 fois les objets.
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE..
concevoir , Monfieur , en vous rappellant
le principe établi plus haut , que les
Lunettes groffiffent d'autant plus que le
foyer de l'Objectif eft plus long , & celui
de l'Oculaire plus court ; & en y ajoutant
celui -ci , que la lumière est d'autant
plus viv, eque l'ouverture de l'Objectif eft
plus grande , & le foyer de l'Oculaire
plus long. Dans les Lunettes ordinaires
les aberrations forçoient de refferrer
l'ouverture des Objectifs ; & , pour conferverfuffifamment
de lalumière , on ne
pouvoit mettre des Oculaires fort courts,
Ces nouvelles Lunettes , en détruifant
toute aberration , permettent de faire
l'ouverture des Objectifs fort grande ,
& fouffrent , fans perdre trop de lumière
, les Oculaires les plus courts que
l'art puiffe fournir. Vous jugez. , Monfieur
, de la fatisfaction que doit reffentir
M. Clairaut des progrès d'un Art qui fur
devra fa perfection . Quel champ vaſte
ouvert à nos découvertes , fi l'on peut
porter à la même perfection des Lunettes
plus longues , telles que de vingt à
vingt-cinq pieds ! Que de points incertains
dans le Systême du Monde peuvent
être éclaircis ! Et pour fe rapprocher de
la vie civile , quelle commodité pour les
Particuliers de pouvoir fe procurer des
AVRIL. 1764. 147
}
Lunettes de trois , quatre , cinq pieds
qui , fans être fort difficiles à manier ,
feront plus d'effet que les Télefcopes ordinaires
, qui font rarement bons , &
qu'il eft difficile de conferver long-temps
bons , à caufe du poli des Miroirs , qui
ne fubfifte que par les plus grands foins !
9
C'est ici le lieu de vous parler , Monfieur
, d'un Artifte fort intelligent ; de
M. de Létang * , qui a travaillé , dès les
commencemens fur les principes &
fous les yeux de M. Clairaut. Il joint à
beaucoup de lumières les plus grands
foins dans la pratique. Il a bien voulu
me faire voir plufieurs Objectifs de trois
& de cinq pieds, qu'il a travaillés, & qui
font excellens. Il fe difpofe à en travailler
d'un foyer plus long , & je fuis afſuré
du fuccès. Les Aftronômes feront trèsheureux
d'avoir recours à lui pour un
Inftrument qui leur eft fi néceffaire .
M. le Bas , Artifte connu , qui demeure
aux Galleries du Louvre , m'a fait
voir auffi de très - bons Objectifs de trois
* C'eſt à l'adreſſe de M. de l'Etang , que M.
Clairaut eft redevable de n'avoir pas été dégoûté
de l'application de fa théorie à la pratique : il
falloit un homme qui faisît les idées affez bien ,
pour fe les rendre propres , & pour que l'éxécution
lui en de vînt facile .
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
pieds . Il femble que le feul obftacle ,
qui s'oppofe maintenant à nos progrès ,
foit la difficulté de ce travail , qui éxige
beaucoup plus de foins & de précifion
qu'auparavant , & la rareté du Flintglaſs
qu'on a peine à fe procurer ici , & que
l'on trouve fouvent défectueux. M. Paffemant
, qui a auffi travaillé fur cet objet
, a la compofition d'une matière , laquelle
étant vitrifiée pourroit être fubftituée
au Criſtal d'Angleterre. L'attention
des Amateurs doit maintenant s'y porter
nous espérons qu'elle procurera
aux Artistes toutes les facilités néceffaires
, & leur intelligence nous promet
qu'ils ne feront pas arrêtés par la difficulté
du travail . 7
J'ai l'honneur d'être , &c.
BAILLY , de l'Acad. Royale des Sciences.
GÉOGRAPHIE.
ON
AVIS.
Na répandu contre le fieur Defnos
une calomnie que nous croyons fort
propre à exciter le mépris des honnêtes
gens ; & on s'eft fervi pour cet effet de
AVRIL. 1764. 1499
Ta voie de Gazetier d'Utrecht . Il s'agit
de l'Eclipfe du premier Avril , dont ce
Géographe a donné une Carte qui a
paru a-peu-près dans le même temps que
celle du fieur Latré. On veut que le Sr
Defnos ait été Plagiaire & condamné
pour tel par Arrêt du Parlement . Nous
nous croyons obligés de défabuſer le
Public de l'idée de Plagiaire dont on
veut ternir la réputation du Sr Defnos
& du prétendu Arrêt qui n'a jamais
exifté. Le talent a toujours des ennemis
fecrets , en même temps qu'il a des admirateurs
. Il n'eft pas étonnant que le
fieur Defnos ait été en but aux traits
d'une jaloufie fecrette , & nous penfons
que le Gazetier d'Utrecht n'apprendra
qu'avec indignation , que l'on s'eft fervi
de fa plume pour calomnier aux yeux
du Public un Citoyen qui enrichit chaque
jour la Géographie des plus belles
productions du burin .
Le fieur Defnos continue toujours à
débiter cette Carte de l'Eclipſe qui nous
a paru exécutée avec beaucoup de netteté
& de jufteffe ( Prix , 1 liv. 4 f. ) II
demeure rue S. Jacques , à l'Enfeigne
du Globe.
On trouve chez le fieur Defnos deux
nouveaux Globes terreftres , céleftes, &
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
des Sphères de toutes les grandeurs ,
proper ionnés aux Cabinets & aux Bibliothèques
; les Atlas hiftoriques &
géographiques , tant anciens que modernes
. L'Atlas particulier de la France
ancienne & moderne , repréfentée dans
tous fes différens âges par autant de Cartes
particulières depuis fon origine jufqu'à
nos jours , & adaptées aux Ouvrages
de Mézerai , du P. Daniel , de M.
le Préfident Hénault & particuliérement
pour accompagner l'Hiftoire de
France de MM. Vély & Vilaret &
l'Atlas chrorographique de la Généralité
de Paris , vol . in-4° . même grandeur. On
trouve auffi généralement chez lui tout
les inftrumens qui concernent les Sciences.
,
AVRIL. 1764. 151
ARTICLE IV.
BEAUX-ARTS.
ARTS UTILE S.
CHIRURGIE.
M. MAGET , Ancien Chirurgien
Major dans la Marine , à découvert un
reméde qui , par l'application extérieure
, opére la guérifon des hernies
ou defcentes. Les expériences qu'il en
a faites pendant plufieurs années , en
Province , lui ont toujours réuffi ; ce
qui eft conftaté par les témoignages
des Chirurgiens , & des Magiftrats. Il
a depuis fait , en cette Ville , des épreuves
de fon reméde , tant fous les yeux
de M. Petit , & d'autres Médecins à qui
M. Senac , premier Médecin du Roi ,
l'avoit adreffé pour cet effet , que fous
ceux de MM. Martin , & Neilfon , le
premier , Maître en Chirurgie à Paris ,
& le fecond, Chirurgien herniaire , auffi
à Paris , & il a obtenu les mêmes fuccès.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Enfin s'étant fait autoriſer à entrepren
dre de pareilles cures , dans quelques
Hôpitaux de Paris , & notamment à
l'Hôpital Général , il a été reconnu que
le fieur Maget , par fon reméde & fa
méthode , avoit opéré des cures radicales
; il en a même été dreffé des Procès-
Verbaux , fignés des Médecins , Chirurgiens
& adminiftrateurs. C'eft après .
toutes ces expériences & l'éxamen de
fon reméde , fait par la commiffion
Royale de Médecine , que M. Maget
a obtenu la permiffion d'adminiftrer fon
reméde à Paris , & dans toute l'éten
due du Royaume , comme étant trèsefficace
pour la guérifon des hernies
ou defcentes , qu'il continue d'opérer
avec les fuccès les plus conftans. L'exemple
de M. Menjaud, Contrôleur de la bouche
de Madame la Dauphine à Verſailles
en eft une preuve : il l'a guéri d'une
hernie complette à l'âge de foixantedeux
ans ; il est aujourd'hui fans bandage
, & dans la plus grande fécurité.
L'Auteur a pour témoins de cette gran.
de cure , M. Martin , Maître en Chirurgie
& M. Louftoneau , Chirurgien des
Enfans de France à Versailles. Ceux
qui écrirontfont priés d'affranchir leurs
lettres. M. Maget demeure chez M,
AVRIL. 1764. 153
Lauzeret , Maître de Penfion , rue d'Orléans
, au coin de la rue du Gril, près du
Jardin du Roi à Paris.
LE SIEUR ANCÉAUME a découvert
dans fes travaux , un Spécifique pour la
guérison de la Teigne : il en a fait les
plus heureuſes expériences. Les avantages
qu'on doit retirer d'un Remède auffi
utile , confifte 1º. dans la guériſon fùre
& radicale de cette maladie , quelque
invétérée qu'elle puiffe être ; 2°. à opérer
extérieurement , fans aucun régime ,
fans douleur , & fans laiffer à la partie
affectée aucune marque.
2.
C'eft fur de pareils motifs que les plus
célébres Médecins de Paris , & nommément
MM. Petit pere & fils , Thieullier,
ancien Doyen de la Faculté , Morand ,
Chirurgien des Invalides , Barbeaux, Dubourg
& Marteaux , réfidens à l'Ecole de
Médecine , & autres fe font portés ,
après avoir vu , fuivi & examiné les
cures furprenantes opérées par ce Remède
, à en rendre les témoignages les
plus flatteurs , à la vue defquels , & aprèsun
examen particulier de M. de Senac
Premier Médecin du Roi , voulut , pour
que le Public profitât d'une découverte
fi importante , l'autorifer par un Privi
Gw
154 MERCURE DE FRANCE.
lége qui pût le faire connoître.
Depuis ce Privilége , les fuccès du S*
ANCÉAUME n'ont pas été moins heureux
. Dans les Affemblées particulières
de la Faculté ; on jugea même que ce
remède méritoit un Eloge public ; & en
effet , il fut fait mention dans les Journaux
de Médecine , des cures autant furprenantes
qu'admirables , qu'il a opérées
dans ce genre de Maladie auquel il eft
deſtiné.
Le Sieur ANCEAUME demeure rue
Grenier S. Lazare , au coin de celle de S.
Martin , à Paris. Et pour Pâques , il demeurera
chez M. Mathieu l'aîné , Marchand
de Chevaux , rue & vis- à- vis la
Prifon S. Martin , au Renard. On le
trouve chez lui tous les jours ..
HOPITAL
DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Quarante & quarante - uniéme Traitement
depuis fon Etabliſſement .
Noms des Soldats.
TOQUET
Joly ,
Compagnies
Tourville.
Dudreneuc.
AVRIL. 1764.
155
La
Fleur ,
Dudreneuc
La Joye ,
Dubois
,
Villers.
D'ambonnet
D'agré,
Patris ,
Rollin
Vavrey ,
Rafilly.
Mithon.
Viennay.
Beaudevin
Thiebault
Le Gras ,
Congé ,
S. Flour
Neveu ,
Robert ,
S. Michel
Julien ,
Viennay.
Coettrieu .
Dampierre.
Dampierre.
? Demoges.
Villers.
Rafilly.
Dudreneuc.
Viennay.
Pronleroy.
?
Démoges .
Dampierre.
Cadet ,
Appe ,
Colonelle.
Dudreneuc.
L'efperance ,
Sans- Regret
De Graffe
Viennay.
Mantelle ,
Rafilly.
Sarre- Louis , Rafilly .
Ces vingt- cinq Soldats ont été traités
à l'ordinaire & radicalement guéris des
G vj
156 MERCURE DE FRANCE ,
maladies les plus graves & les plus
difficiles.
LETTRE de M. IMBERE , Chancelier
la Faculté de Médecine de Montpellier
, & Infpecteur Général des Hôpitaux
du Roi à M. KEYSER , en
date du 20 Janvier 1764.
J'ai fait hier , Monfieur , avec MM.
Fournier & Goulard , une vifite à l'Hôpital
des Vénériens de cette Ville pour
y éxaminer un à un , foixante & dix
malades Vénériens , que j'y ai trouvés ;
& tout m'a paru au mieux ; & ceux des
fifdits malades qui font depuis longtemps
dans ledit Hôpital , y ont effuié
des maladies diftinctes du mal vénérien,
comme fiévres & autres. J'ai remarqué
dans ma vifite , un cas unique que je ne
veux pas vous laiffer ignorer : fçavoir,un
cordon fpermatique , devenu fquirreux
dans toute fa longueur, qu'on pouvoit
toucher hors du bas-ventre ; vos dragées
ont entiérement fondu cette dureté,
dont les Praticiens connoiffent fi
fort le danger. Une autre, tumeur dure
für un autre malade m'a paru faire le
fujet d'une belle obfervation ; c'eſt une
dureté confidérable,étendue fur prèſque
AVRIL. 1764. 157
tout le muſcle pectoral du côté droit
menaçant de venir entiérement carcinomateuſe
, & votre reméde a pareillement
fondu cette dureté.
L'on m'a mandé de Toulon , que les
fuccès y étoient continuellement tels
que je les y avois remarqués lors de ma
dernière vifite . J'ai l'honneur d'être , & c .
IM BERT .
LETTRE de M. BEAUREGARD , Maître
& Démonftrateur en Chirurgie à
Avignon , à M. KEYSER , en date
du 25 Janvier 1764.
MONSIEUR ,
LE bruit qui s'étoit répandu für l'excellence
de vos dragées , m'ayant fair
defirer de les connoître par moi- même ,.
je ne puis plus différer de vous témoigner
ainfi qu'à la vérité, combien j'ai été furpris.
& émerveillé de ces effets dans différentes
cures qu'il vient d'opérer par mes
mains dans la Ville d'Avignon , & aux
environs. Je ne vous diffimulerai même
pas , que plufieurs des malades que je
viens de guérir radicalement , ayant été
manqués plufieurs fois par les frictions,
n'avoient prèfque plus de reffources ;
158 MERCURE DE FRANCE.
au moyen de quoi il faut être de bonne
foi , & convenir que votre reméde eſt
le plus grand antivénérien qui foit encore
connu dans la Médecine & la Chirurgie.
Je vous enverrai inceffamment
le récit hiftorique de 3 ou 4 cures , qui
ne contribueront pas peu à lui faire honneur
, ainfi qu'à fon Auteur ; & il eft
heureux que l'humanité ait pu fe procurer
par les bontés de notre glorieux
Monarque & celles de M. le Duc de
Choifeul , un fecours auffi précieux .
J'ai l'honneur d'être avec la plus parfaite
confidération & c. Beauregard."
"
Inftruit que quelques perfonnes dans
diverfes Provinces , foit par ignorance
foit par malice , cherchent à difcréditer
les dragées antivénériennes
par une mauvaife adminiftration : les
uns en donnant de ce reméde , dès le
commencement , des dofes trop fortes ,
afin d'en dégouter les malades , & de les
mettre dans le cas d'en difcontinuer l'ufa
ge ; les autres en donnant des doſes trop
ménagées tout le temps de la cure , pour
qu'elles ne foient que palliatives , dans l'i
dée que les malades en rejetteront la faute
fur l'inéffica cité des dragées , M. Keyfer
1. .I
AVRIL. 1764. 159
de
croit qu'il eft de fon devoir , dans la vue
de remédier à ces mauvaiſes intentions
d'avertir le Public qu'il n'eſt garant
l'éfficacité des dragées antivénériennes
& des guérifons radicales , qu'autant
qu'elles feront adminiftrées fidélement ,
avec connoiffance de caufe , & d'après
l'intention de fa Méthode. Les perfonnes
qui feront dans le cas de fe
plaindre du peu de fuccès du reméde ,
font priées de confulter M. Keyfer luimême
, par une lettre affranchie en l'informant
de la façon dont elles auront été
traitées , & de la quantité de dragées
que'lles auront pris , ainfi que de l'effet
qu'elles en auront éprouvé ; en réponſe il
leur donnera des avis fatisfaifans.
Comme M. Keyfer , eft bien éloigné
de croire aucuns de fes Correfpondans
capables de pareils procédés,parce qu'il les
connoit très-inftruits , il infiftefur la néceffité
de recommander aux perfonnes
qui auront befoin de fon remede , des'adreffer
à eux de préférence.Il fçait de plus
qu'il fe trouve à Bordeaux des perfonnes
qui ne ceffent de déprimer les dragées antivénériennes,
tandis qu'il eft prouvé que
M. de la Plaine , fon Correfpondant , y a
fait & continue de faire par leur moyen,
des cures furprenantes . C'eft à lui que
160 MERCURE DE FRANCE .
les Malades doivent s'adreffer ; & M
Keyfer qui connoît & fa probité & l'érendue
de fes connoiffances dans l'adminiſtration
de ce reméde , garantit
qu'ils ne fçauroient mieux placer leur
confiance.
LISTE de MM. les Médecins & Chirurgiens
Correfpondans de M. Keyfer
M. Imbert , Chancelier
de la Faculté de Médecine
..
M. Fournier , Médecin
de l'Hôpital du Roi.
M. Batigne , Docteur à Montpellier.
en Médecine .
M. Goulard, Chirurgien
Major de l'Hôpital du
Roi.
M. Lecat , Secrétaire perpétuel de l'Académie
des Sciences.
Les RR. PP. de la Charité.
à Rouen.
M. Marmion, Médecin de à Grenoble.
l'Hôpital du Roi.
Les RR. PP. de la Charité
.
M. Defmoulins , MaîtreS
en Chirurgie.
à la Rochelle
AVRIL. 1764 161
M. Razoux , Docteur en Médecine.
à Nifmes.
M. de Freffiniat , Docteur en Médecine ,
à Limoges.
M. Reliquet , Docteur en Médecine .
à Nantes.
M. Piers , Docteur en Médecine .
à Troyes.
M. Andirac , Docteur en Médecine,
à Cambrai,
M. Dourlen , Docteur en Médecine.
à S. Omer.
M. Paris , Docteur en Médecine.
à Arles.
M. Daffieu , Docteur en Médecine .
à Tarbes.
M. Barjolle , Docteur en Médecine.
à Saumur
M. Leriche , Chirurgien Major.
M. Ravaton , Chirurgien
Major.
à Strasbourg.
M. Leguai , Chirurgien de à Landau ..
feu S. A. S. M. le Margrave
de Bareith .
MM. Demontreux & Duval , Chirurgiens
Majors des Hôpitaux Militaires
& de Marine. à Breft
162 MERCURE DE FRANCE.
Chirurgien M. Souville
Major de l'Hôpital .
M. Brugnieres , Chirurgien
Major de Bearn .
}
à Calais
M. Maret , Maître en Chirurgie, à Dijon.
M. Rey , Maître en Chirurgie . à Lyon.
M. de la Plaine, Chirurgien à Bordeaux .
M. Bacquié , Maître en Chirurgie.
M. Delapeyre , Chirurgien
Major .
M. Lepage, Maître en Chirurgie.
à Touloufe
à Caën
M. Guillon , Maître en Chir . à Orléans.
M. Plancque , Chirurgien Ma-
Ma-2
jor,
M. Warocquier , Chirurgien.
M. Butter Maître en Chirurgie.
MM. Bongour & Duval , Maîtres en
Chirurgie,
à Lille
à Etampes.
à S. Malo
à Rennes,
à Angers.
à Tours.
au Puy.
M. Dupont , Maître en Chirurgie.
M. Chevreul , Maître en Chirurgie .
M. le Chauve ,
M. Tenebre ,
MM . Toujan , Chirurgiens & Apoticaires.
à l'Orient.
AVRIL. 1764. 163
M.J. B. Delamarque , Maître en Chirurgie
.
M. Bernier , Chirurgien Major.
M. Beauregard, Chirurgien
Major.
M. Michel , Chirurgien
Major d'Artois.
à l'Ile de Rhé.
à Befinçon.
à Perpignan,
M. Moffier, Chirurgien Major.
à
Avefnes.
M. Marjault , Chirurgien Major.
à Douai.
M. Mifaibel , Chirurgien Major.
à Nanci.
MM. Paton & de Villiers , Maîtres en
au Mans. Chirurgie .
M. Carpentier , Maître en Chirurgie,
à Dunkerque.
M. Ponthier , Maître en Chirurgie,
à Aix en Provence.
M. Douffin , Maître en Chirurgie .
à Xaintes,
M. Beauregard , Maître en Chirurgie.
M. Delahaye , Chirurgien Major.
à Avignon,
à Rochefort.
à Arras.
M. Durand , ancien Cl.irurgien Major.
M. Texereau , Maître en Chirurgie.
à Poitiers,
64 MERCURE DE FRANCE .
M. Rochebrun , Maître en Chirurgie .
à Ammerlerault.
M. Roux , Maître en Chirurgie.
à Marseille.
M. Ferrand , Maître en Chirurgie .
à Narbonne.
M. Frannie , Maître en Chirurgie .
à Montauban.
M. Lambert , Médecin & Chirurgien .
à Graffe.
PAYS ÉTRANGERS.
M. d'Artenfet , Maître en Chirurgie.
au Port au Prince.
M. d'Elbeuf, Chirurgien.
à Albi.
à Auxonne,
à Londres.
M. Briffet , Chirurgien.
M. le Docteur Cooper.
M. Godineau , ancien Chirurgien Major
des Armées , feul Correfpondant.
à Madrid.
M. Akrell, Chirurgien Major . à Stokolm .
MM. Guyot , Finc & Deharfu
Maîtres en Chirurgie . à Genève.
M. Goddecharles , Maître en Chirurgie.
à Bruxelles:
M. Lecat, Médecin & Chirurgien Major.
M. Bikker , Médecin .
M. Soulas .
M. Naudinat , Médecin.
à Gand
à Rotterdam ,
à Florence.
à Cadix
AVRIL. 1764: 169
M. Breydel , Chymifte.
M. Laborye , Chirurgien .
à
Bruges.
au Cap.
M. Chaffaing, Chirurg . à la Martinique.
M. Bonnet , Chirurgien . à S. Domingue.
M. Pujoll. à Conftantinople.
ARTS AGRÉABLE S.
MUSIQUE.
SYMPHONIES périodiques , nº . 13 , del
Signor Van Malder, no . 14 , del Signor
Heyden , no. 15 , del Signor Back, nº.
16 , del Signor Pteiffer , n° . 17 , del Signor
Hchetky, no. 18 , del Sign. Frantzl.
Prix 1-liv. 16 f. chacune.
Ces Symphonies compofent l'Euvre
XIV di vari Autori. Elles font intitulées,
les Noms inconnus , & fe peuvent exécuter
à quatre parties.
Les fix enſemble fe vendent 9 liv. A
Paris , chez Venier , feul Editeur defdits.
Ouvrages , rue S. Thomas du Louvre ,
vis - à - vis le Château - d'eau , & aux
adreffes ordinaires.
SEI DUETTI per Violino e Violoncello
del Signor Giov. Bapt. Cirri. Prix
3 liv. 12 f. Chez le même Editeur. Ces
166 MERCURE DE FRANCE.
Duo font très- aifés , & peuvent s'exécu
ter à deux Violoncelles , ou un Alto &
un par-deffus de Viole.
Les Amateurs font priés de ne point
confondre les OEuvres annoncées ci- deffus
avec celles qui ont déja paru fous le
nom des mêmes Auteurs.
L'attention que l'Editeur apporte ,
tant au choix des morceaux , qu'à la correction
, à la beauté & à la propreté de
la gravure , eft digne de l'empreffement
des Amateurs pour les morceaux que le
Sr Venier donne au Pubiic.
SIX SONATES pour le Clavecin ,
dédiées à S. 4. Madame la Comteffe de
Brionne , compofées par M. Leontzi
Honaier. Livre II. Prix en blanc q liv. 9
A Paris , chez l'Auteur , à l'Hôtel de
Soubife , vieille rue du Temple , & aux
adreffes ordinaires de Mufique.
Cinquiéme Recueil des RECREÁ –
TIONS DE POLYMNIE , ou choix d'Ariettes
, Mufettes , Parodies , & c . dédiées
au Beau- Séxe . Recueillis & mis en ordre
par M. le Loup , Maître de Flûte .
Prix, 3 liv, 12 f. A Paris , chez l'Editeur ,
& aux adreffes ordinaires de Mufique.
Ce nouveau Recueil eft auffi varié &
auffi agréable que les précédens.
AVRIL. 1764. -167
LES CHARMES DE L'HARMONIE
Ariette de Baffe- taille ou de Taille , chantée
dans les deux Talens , Comédie ,
mife en Mufique par M. le Chevalier
d'Herbain , & repréfentée par les Comé
diens Italiens ordinaires du Roi. Prix,2 1,
8 fols.
LE COEUR ENFLAMMÉ , Ariette de la
même Piéce pour un Deffus. Prix 1 liv,
16 f. avec tous les accompagnemens par
le même Auteur , à Paris , aux adreffes
ordinaires de Mufique.
ARTICLE V.
SPECTACLE S.
SUITE DES SPECTACLES DE LA COUR
A VERSAILLES.
LEE Mardi 21 Février , les Comédiens
François repréfentèrent l'Andrienne
Comédie en cinq Actes & en vers du
feu Sr BARON ( de 1703 ) , dans laquelle
le Sr GRANDVAL joua le rôle de Cimon,
la Dlle PRÉVILLE jouoit le rôle de Glicerie
, & c.
68 MERCURE DE FRANCE.
"
Pour feconde Piéce , on donna la
Comteffe d'Efcarbagnas , Comédie de
MOLIERE , en un A&te & en profe
( de 1672 ).
Le lendemain 22 , on éxécuta deux
Actes d'Opéra ; fçavoir , la Mufique ,
feconde Entrée du Ballet des Talens Lyriques
, Poëme d'un Anonyme , Mufique
de M. RAMEAU; & la Provençale ,
Comédie - Ballet en un Acte , Poëme de'
feu M. de la FOND , Mufique de feu M.
MOURET. Dans le premier de ces Actes ,
la Dlle LARRIVÉE chanta le rôle d'Iphife
, & le Sr LARRIVÉE celui de Tirté,
La Dlle LANI y danfoit les principales
Entrées en Prêtreffe. La Dlle GUIMARD
en Lacédémonienne . Le Sr GARDEL &
le Sr CAMPIONI en Guerriers .
Dans la Provençale , la Dlle ARNOUD
chantoit le rôle de Florine ; la Dlle Cou
PÉE , de la Mufique du Roi , & Penfionnaire
de l'Académie Royale de Muſique,
chanta le rôle de Nérine , avec la même
jeuneffe de voix , le même agrément &
le même art , que lorfqu'elle étoit au
Théâtre. On a diftingué avec d'autant
plus de plaifir le talent particulier de
cette agréable Cantatrice , pour l'exécution
des Airs de Théâtre , que le goût &
les grâces de ce talent femblent fe perdre
AVRIL. 1764. 169
dre tous les jours , pour faire place á
d'autres parties uniquement muficales
qui ont fans doute leur prix , mais qui
ne dédommagent pas du genre qu'on
néglige .
Le Sieur JÉLIOTE chanta le rôle de
Léandre , le Sr GELIN celui du Tuteur.
La Dlle ALLARD danfa les pas feuls du
Ballet dans le caractère Provençal .
Le Jeudi 23 , les Comédiens François
repréfentèrent Idomenée , Tragédie nouvelle
de M. le Mierre. ( a )
La petite Piéce qui fuivit étoit l'Amour
Médecin , Comédie en un Ace & en
profe de MOLIERE ( 1665. )
Le Mardi 28 , les mêmes Comédiens
repréfentèrent le Légataire , Comédie en
cinq Actes & en vers , de REGNARD ,
( 1706 ).
La grande Piéce fut fuivie des Précieufes
Ridicules , Comédie en un Acte
de MOLIERE ( de 1659 ) . La Dlle FANIER
y joua le rôle de Marotte.
Le Mercredi 19 , les Comédiens Italiens
repréfentèrent le Diable à quaire ,
Opéra-Comique en trois Actes , avec
des Divertiffemens , qui fut précédé du
(a ) Voyez ci-après dans l'Article de Paris , celui
de la Comédie Françoife.
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
Condolier Vénitien , petite Piéce Italienne.
Le Jeudi premier Mars , les Comédiens
François repréfentèrent Rhadamifte ,
Tragédie de feu M. de CRÉBILLON
( 1711 ) . Enfuite , pour petite Piéce , la
Serenade , Comédie de REGNARD en
un Acte & en profe ( 1654 ) .
Le Mardi 6 , dernier jour du Carnaval
, les Comédiens Italiens jouèrent
les Caquets , Comédie Françoife imitée
d'une Comédie Italienne de M. GoLDONI.
Pour feconde Piéce , on joua la
Fille mal gardée , Opéra-Comique.
Le Mercredi , jour des Cendres , il
n'y a point eu de Spectacles à la Cour.
Le Jeudi 8 , les Comédiens François
repréfentèrent Phèdre , Tragédie de
RACINE ( de 1677 ) .
porta
La Dlle DOLIGNY joua le rôle d'Aricie.
Cette jeune Actrice n'avoit point
encore débuté dans le Tragique . Elle
dans ce rôle intéreffant le charme
d'un naturel touchant & fenfible , qui
forme le caractère de fon talent , & qui
femble attaché aux infléxions de fa voix,
ainfi qu'à toute fon action théatrale . Le
temps & l'exercice paroiffent fortifier en
elle l'organe néceffaire pour foutenir la
déclamation du grand genre.
AVRIL.
1764.
Après la
Tragédie , on donna pour
petite Pièce
l'Amateur ,
Comédie nouvelle
de M.
BARTHE , qui parut faire
plaifir , & qui fut jouée , ainfi qu'à Paris
, avec tout le feu & tout
l'agrément
poffible. ( b)
Le Mardi 13 , les mêmes
Comédiens
repréfentèrent la Surprife de l'Amour ,
Comédie en trois Actes & en profe de
feu M. de
MARIVAUX ( de 1727 ) .
Le Sr
BELLECOUR jouoit le rôle du
Chevalier , le Sieur
GRANGER celui du
Comte , la Dile
PREVILLE celui de la
Marquife , le Sr
PRÉVILLE
celui du
Pédant , la Dlle le KAIN le rôle de Lifette
, & le Sr
ARMAND celui de Valet.
On a paru fort content de cette Comédie
, dont on fçait
combien les principaux
rôles éxigent de talens.
La
feconde Piéce fut
Dupuis & Defronais
,
Comédie en trois Actes , & en
vers de M.
COLLE , la
Demoiſelle Préville
y jouoit le rôle de
Marianne
genre dans lequel cette A&trice a journellement
de
nouveaux
fuccès , & qui
conitate en elle le grand talent.
>
Le
Mercredi 14 , les
Comédiens Italiens
exécuterent le Maître de
Mufique ,
(b) Voyez ci-après l'Article de Paris fur cette
Nouveauté.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
& le Cadi dupé , Comédies mêlées d'Ariettes.
Le Jeudi 15 Mars , les Comédiens
François repréfentérent le Glorieux
Comédie en vers & en 5 Actes de feu
M. DESTOUCHES ( de 1732. ) Le rôle
du Glorieux étoit joué par le Sr BELLECOUR
, celui de Valère par le Sieur
MOLE , le rôle de Philinte par le Sieur
DAUBERVAL , celui de Licandre par
le Sr BRIZARD . Le rôle d'Ifabelle par
la Dlle PRÉVILLE , celui de Lifette par
la Dlle DOLIGNI . Les Srs PREVILLE,
AUGE , & BOURET jouoient les rôles
de la Fleur , de Pafquin & d'un autre
Valet. Nous détaillons ici cette diftribution
de rôles , parce qu'elle est la même
que celle dont nous avons eu occafion
de parler dans un des volumes précédens
à l'Article de Paris , & de faire
remarquer , à l'avantage de quelquesuns
des Acteurs , nouveaux dans les rôles
de cette Comédie , l'honneur d'y
foutenir l'épreuve de la mémoire encore
exiftante des talens fupérieurs pour chacun
defquels cette Piéce femble avoir
été composée.
La feconde Piéce fut l'Epoux par
Supercherie , Comédie en deux Actes &
en vers de feu M. DE BOISSY ( de
AVRIL. 1764. 173
1744. ) qui doit une forte de réfurrec
tton aux talens des Srs BELLECOUR ,
MOLÉ , & des Sr & Dlle PREVILLE ,
par la manière dont ils en exécutent les
rôles.
La fuite au prochain Mercure.
SPECTACLES DE PARIS.
ON
OPERA.
Na continué Caftor & Pollux
avec tout le fuccès que mériteront toujours
les beautés réunies de la Mufique
& de la Poëfie , jointes à la pompe & à
l'éclat d'un magnifique fpectacle.
Ce que nous avons annoncé de M.
le Gros , dans un Supplément à l'Article
de l'Opéra , page 222 du Mercure de
Mars , s'eft trouvé fi avantageufement
confirmé par le Public , que depuis le
jour du début de cette nouvelle Hautecontre
dans le rôle de Titon , l'affluence
du Public ne ceffe d'augmenter aux
repréſentations de cet Opéra. On l'a donné
de fuite les trois jours gras , & on le
continue actuellement les Mardi & Jeudi
de chaque femaine. Jamais Nouveauté
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
du plus grand fuccès n'a attiré & foutenu
à aucun Théâtre un concours auffi
nombreux de Spectateurs . Les fuffrages
fur le compte de ce Sujet font unanimes
& fans aucune des restrictions fi
fréquemment employées à l'égard de
ceux qui ont débuté avec le plus d'avantage
, & qui ont occupé par la fuite
les premiers rangs fur la Scène . Nous
exhortons ceux de nos Lecteurs qui feront
curieux de connoître le genre propre
du mérite de ce nouveau Sujet , à
lire ce que nous en avons dit dans le
vol. précédent à l'Art. indiqué ci - deffus.
Les Amateurs des Spectacles vraîment
honorables pour la Nation , voyent avec
plaifir revivre pour ainfi dire parmi nous
celui de l'Opéra. Comme une partie du
Public eft fouvent entraînée par le feul
concours de l'autre , les Partifans du
goût efpérent que cette partie mobile
des Spectateurs conduite par la circonftance
, s'accoutumera infenfiblement à
ne plus prendre la force du bruit pour
celle de la Mufique & le défordre de
la déraison pour le charme de la gaîté.
Les Acteurs de l'Académie Royale de
Mufique ont déterminé de donner au
Public pour leur Benefit ou Capitation ,
trois Actes charmans , qui forment chaAVRIL.
1764 . 175
cun un petit Opéra , & dans des genres
différens ; fçavoir Hilas & Zélie , Mufique
de M. de BURI ; Pigmalion ,M fique
de M. RAMEAU , & Pfyché , Mafique
de M. MONDONVILLE . M. LEGROS
chantera le rôle de Pigmalion. La première
de ces repréfentations étoit indiquée
pour le Samedi 31 Mars , la detxiéme
le Lundi 2 du préfent mois d'Avril
, & la troifiéme pour le Samedi
fuivant. L'empreffement qu'il y a eu
à retenir des loges pour ce Spectacle ,
ne laiffe pas douter de l'abondante recette
que produiront ces repréfentations ,
COMEDIE FRANÇOISE.
EXTRAIT d'IDOMENÉE , Tragédie
de M. LE MIE RRE , repréſentée
pour la première fois , le Lundi 13
Février 1764.
PERSONNAGES.
IDOMÉNÉE , Roi de Créte.
IDAMANTE , Fils du Roi,
23
ACTEURS.
M. Brizart.
M. Le Kain.
Mlle Clairon .
M. Dubois.
ERIGONE , Fille d'un Roi de Samos ,
Femme d'IDAMANTE.
SOPHRONIME,
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
NAUSICRATE , Confident
d'IDA MANTE.
LE GRAND-PRESTRE.
PRESTRES .
PEUPLES.
GARDES.
M. Dauberval.
M. Blainville.
La Scène eft à CYDON , Capitale de la Cretes
Le Théâtre repréfente le rivage de la mer. On voit
d'un côté un Temple , & de l'autre un Palais.
IDOMENEE étoit un des Rois ligués de la Gréce ,
gui allerent faire le fiége de Troye. A fon retour
leffuye ane tempête terrible , & fait vou , s'il
échappe du naufrage , d'immoler la première
perfonne qui s'offrira à la vue en abor fant dans
fon Ifle. Neptune exause fon vou ; les flots fe
calment , la mer eft tranquille ; & Idoménée eſt
prêt d'arriver dans fa Capitale . C'eſt le moment
où la Piéce commence.
ACTE PREMIER.
Idamante , qui , pendant la tempête , avoit or
donné au Grand - Prêtre d'implorer les Dieux pour
la confervation de la Flotte d'Idoménée , lui commande
de faire un nouveau facrifice , qui procure
à fon père un prompt & heureux retour Il
ne quitte point le rivage de la mer , dans l'efpérance
de le voir bientôt arriver ; & là il s'entretient
avec fon Confident de fon amour pour fon
père , de fon impatience à le revoir , de fa craint
de le perdre. Dans ce moment paroît Erigone
époule d'Idamante , qui lui apprend l'arrivée de
AVRIL. 1764. 177
Sophronime , Serviteur fidéle d'Idoménée , & fon
Compagnon de voyage ; on le fait venir ; on l'interroge
; il ignore le fort du Roi.
Nous n'avons parcouru l'immenfité des mers ,
Qu'à travers les écueils & qu'au jour des éclairs.
Des Cyclades encor les roches menaçantes
Etalent les débris de nos pouppes fumantes ;
Le feul vaiffeau du Roi fur les flots orageux ,
Sembloit comme un dépôt conſervé par les Dieux.
Déjà même des vents la fureur fatisfaite
Nous redonnoit l'eſpoir d'arriver dans la Crete :
Mais non loin de cette Ifle & près de ce rocher ,
D'où le front de l'Ida fe découvre au Nocher ,
Les vents impétueux rallumént les tempêtes ;
Le Ciel étincelant s'entr'ouvre fur nos têtes ;
Le vaiffeau dans les airs s'élance avec les eaux ;
Nous touchons juſqu'aux Cieux, nous roulons fous
les flots.
A ces coups redoublés de Neptune & d'Eole ,
L'horreur , le péril croît , l'eſpoir fuit , la mort
vole ;
Plus de falut ; pouffé fur les écueils , hélas !
Notre vaiffeau s'entr'ouvre & fe brife en éclats.
Dans la nuit , dans l'effroi tout périt, tout s'égare ;
Je veux fuivre le Roi , la vague nous sépare ;
Et les flots ennemis m'entraînent fur ce bord ,
Où revenu fans lui j'invoque encor la mort.
Erigone , à ce récit , fait éclater fa douleur par
H v
178 MERCURE DE FRANC
une invective véhémente contre Héléne , dont les
amours ont caufé tant de maux à la Gréce . Idamante
plus occupé de fon père que d'Hélène , croit
que s'il avoit été auprès de lui pendant la tempête
, il l'auroit fauvé du naufrage . Il va pour élever
un tombeau à fa mémoire , lorfque Nauficrate
, fon Confident , lui apprend qu'on a vu de
loin un homme qui s'avançoit lentement fur le
rivage. Cette nouvelle fait renaître l'espoir dans
le coeur du jeune Prince , qui court du côté qu'on
vient de lui indiquer.
ACTE I I.
Idomenée feul fur le bord de la mer , déplore
le malheur de fa Flotte , eſpére de trouver dans
les embraſſemens de fon Fils quelque adouciffement
à fa douleur. Mais un remord le remplit
d'allarmes , & empoisonne fon eſpérance. Il fe
rappelle fon funefte ferment.
Neptune , as - tu reçu ma promeffe inhumaine
Ce Vou que je t'ai fait d'immoler en ces lieux
Le premier que la rive offriroit à mes yeux !
Ah ! quand je t'implorois pour rentrer dans la
Crete ,
Quand l'effroi m'a dicté ma prière indiſcrette , .
J'efpérois épargner fur les mers en fureur ,
La mort à tous les miens , ce fpectacle à mon
coeur ;
Et par humanité dans ce péril extrême ,
J'attentois , trop aveugle , à l'humanité même,
AVRIL. 1764. 179
Peuple heureux fous mon fils , un de vous fur ce
bord ,
De mon premier regard recevra donc la mort.
Ah ; montrez-vous en foule , & m'épargnez un
crime ,
>
En ne me laiffant pas difcerner ma victime.
Hélas ! fur ce rivage , où j'appelle le deuil
Je n'oſe faire un pas , ni jetter un coup d'oeil ,
.... un infortuné s'avance fur la rive. Ciel ....
C'eft fon Fils ; il le reconnoît dans le moment
où, pour accomplir fon vou , il eft prêt à le poignarder.
Il jette fon poignard & détourne la vue .
Un accueil fi trifte , après dix ans d'abſence , jette
l'effroi dans l'âme d'Idamante. Il preffe le Roi
de lui découvrir le fujet de fa douleur ; mais c
père infortuné , que fon malheur accable , le
fouftrait aux queftions & aux embraffemens de
fon fils. En fe retirant il eft apperçu par Erigo--
ne ; & il fe dérobe également à la vue . Elle vient
avec précipitation en témoigner fon étonnement
au Prince fon époux. Ils font inftruits l'un &
l'autre par la bouche de Sophronime , que le vocu
indifcret d'Idoménée eft ce qui caule fon défeſpoir.
Sophronime ignore , ainfi qu'Erigone , qu'Idamante
eft le premier qui s'eft offert à la vue du Roi ; le
jeune Prince apprenant ce funefte ferment , ne
doute point qu'il ne foit la victime deſtinée à la
mort ; il cache fon trouble ; il fuit pour n'en
rien laiffer paroître aux yeux de fon épaule.
ACTE III.
Sophronime tâche en vain de détourner Idoménées
H vi
180 MERCURE DE FRANCE .
d'accomplir le voeu qu'il a fait à Neptune. Le Roi
veut fauver la vie a fon fils ; mais il veut fe l'ôter
à lui- même . Il veut que le Prince & Erigone
quittent la Crére , & s'embarquent pour Samos.
C'eft dans ces circonftances qu'Erigone , ignorant
toujours qu'Idamante eft la victime , dit à Idoménée
:
Seigneur , née à Samos , loin des moeurs de la
Crete ,
Loin d'un culte inhumain que ma pitié rejette ,
Je gémis de venir , malgré ce défaveu ,
Preffer fur l'Inconnu l'effet de votre voeu
On fçait votre ferment ainfi que vos allarmes ;
Ce Peuple entier s'étonne & fe plaint de vos larmes;
Il s'affemble ; il murmure ; il demande à grands
cris
La victime promiſe à la loi du Pays ;
Loi dure , loi de fang qu'à jamais je déteſte ,
Et que n'a pû dicter la juftice célefte ;
Mais hélas ! établie à la bonte des Dieux
Chez ce Peuple barbare & ſuperſtitieux.
Celui dont la vertu l'abhorre au fond de l'âme ,
Craignant de plus grands maux , lui- même la reclame.
Oui , fi vous refuſez d'obéir à la loi ,
Vous rempliffez l'Etat de défordre & d'effroi.
Abandonnez un feul pour fatisfaire au refte ,
Pour écarter de vous un péril fi funefte.
AVRIL. 1764.
131
Paiffe ce malheureux être ici le dernier
Que la Crete à nos Dieux verra facrifier.
Ciel !
IDOMENÉE.
que demandez - vous , ma fille ?
ERIGONE.
La patrie ,
L'humanité , tout parle à votre âme attendrie .
11 coûte à votre coeur de livrer à la mort
Un Mortel condamné ſeulement par le fort.
Mais tout me fait trembler , une loi tyrannique ,
L'emportement du Peuple , un fanatisme antique,
Prévenez la fureur , Seigneur , pour vos Etats ,
Pour vous , pour votre fils ...
IDOMENÉE , ( avec un cri. )
Erigone .....
Seigneur !
Ah ! vous ne fçavez pas ,"
ERIGON E,
IDOMENÉE.
Jour fatal ! .
Je ne fçais où je fuis ..
.... voeu barbare !
....
ERIGONE.
Quel trouble vous égare !
IDOMENÉE.
Tremblez de me preffer & de m'interroger.
ERIGON E.
Quel étrange langage , & quel nouveau danger !
IDOMENÉE , à part.1)
Je frémis de parler , je frémis de me taire.
182 MERCURE DE FRANCE.
ERIGONE.
Achevez , quel qu'il foit , d'éclaircir ce mystère.
IDOMENÉ E.
La colère des Dieux.... mes deftins inouis ..
Madame ... apprenez tout , la victime eft mon
fils.
ERIGON E.
Qui !
IDOMENÉE.
Mon fils !
ERIGON E.
Je me meurs.
Elle s'évanouit le Roi & Sophronime la conduifent
vers les degrés du Temple , où elle refte
accablée de fon défeſpoir . Revenue à elle- même
& livrée à ſa douleur , elle entre dans le Temple
pour implorer les Dieux , tandis que le Prince
fon Epoux vient fe dévouer à la mort. Le Roi
croit que la fuite de fon fils appaifera le Ciel.
Idamante préfere le trépas : Idoménée veut fuir
lui-même : le Peuple inftruit du fort du jeune
Prince qu'il adore accourt en foule pour le
fauver. Idoménée perfifte à vouloir quitter la Cretes
Idamante fort pour retenir fon Père & appaifer
le Peuple.
>
ACTE I V.
Tout femble difpofé pour le départ du Roi de
Crete , lorfque le Grand-Prêtre vient lui déclarer
que les Dieux demandent le fang qu'il a promis.
S'il le refufe , il lui prédit les plus grands malhears,
Voyez , lui dir-il ,
AVRIL. 1764. 183
Voyez fur ces climats les vents fouffler la mort.
Vos Sujets éperdus dans ces momens terribles ,
Tomber autour de vous , fous des corps inviſibles,
Traînant, pour fuir ces bords,leurs pas appeſantis,
Et pouffant jufqu'à vous leurs lamentables cris .
Aux funébres accens de tant de voix plaintives ,
Aux phantômes errans qui couvriront ces rives ,
Vous croirez voir le Styx fur ce bord effrayant ;
Vous mourrez mille fois dans ce Peuple expirant :
Et voyez votre fils , dans ce fléau funeſte ,
Lui-même enveloppé par le courroux céleste.
Ainfi vous fubirez tous les malheurs unis ;
Vous perdrez vos Sujets fans fauver votre fils.
Dans ce preffant danger hâtez - vous de réfoudre.
IDOMEN É E.
Les Dieux peuvent frapper ; mais j'attendrai la
foudre.
Je fuis Père.
LE GRAND - PRETRE.
Oui , Seigneur , & c'eft de vos Sujets .
Le Ciel qui vous chargea de ces grands intérêts ;
Vous prefcrit avant tout l'amour de la patrie.
Veillez fur les humains que l'Etat vous confie ,
C'eſt le devoir des Rois , c'eft la loi de leur rang.
Le Ciel n'a point borné leur famille à leur fang.
Leur peuple eft la première ; & votre âme ine
quiète
Se doit dans ces momens toute entiére à la Crete .
184 MERCURE DE FRANCE.
Iriez-vous l'accabler par des malheurs affreux ,
En ofant difputer contre le choix des Dieux !
Si fur votre paſſage un deftin moins févère
N'eût mis , au lieu d'un Fils , qu'une tête étrangere ,
Votre coeur aux dépens d'un ſang indifférent ,
Alors envers le Ciel s'acquittoit aifément .
Cependant vous plongiez d'une main meurtrière.
Dans le deuil & les pleurs une famille entiére.
le fort tombe fur Vous vous fouffrez ce
qu'ailleurs
Vous verfiez d'amertume & laiffiez de malheurs ;
C'eſt ainfi qu'appaiſant l'éternelle juſtice ,
Il faut que votre voeu devienne un facrifice .
Gemiffez ; mais cédez . Le doute où je vous vois
Expofe votre fils & la Crete à la fois .
Ces paroles du Grand - Prêtre replongent Idoménée
dans fon premier défefpoir . En vain Erigone
entreprend de perfuader à ce Prince que l'accompliffement
d'un ferment comme le fien ,
eft plus capable d'irriter , que d'appaiſer la Divini-
1é. Elle tâche de le combattre par des raisons & par
des exemples . Mais le Ciel femble , par des fléaux
qui épouvantent le Peuple , demander la victime
promile.
ACTE V.
Idamante , pour prévenir les malheurs qui
menacent la Crete , fe dévoue à la mort: ni les
prières de les amis , ni les voeux de fon Père ,
ni les larmes de fon époufe ne lui ferone changer
de réfolution.
AVRIL 1764. 185
Auteur des maux publics , me rendrai-je en ce
jour
L'horreur d'un People entier dont tu m'as vu
l'amour ?
S'il fut heureux par moi , fi fa reconnoiffance
Contre mon père même avoit pris ma défenſe ;
S'il m'appelloit tantôt à ce fuprême rang ,
Je vois en lui mon Peuple , & je lui dois mon
fang.
ERIGONE.
Voilà le feul honneur donit ton âme eft jaloufe !
Ton Peuple ! .... mais , cruel , ta malheureufe
épouse i
IDAMANTE .
Et je meurs pour toi- même , en détournant de
toi
Le fléau qui pourroit te frapper devant moi,
ERIGON E.
En périrai- je moins ? ta vie étoit la mienne.
Tu n'en fçaurois douter : ma mort fuivra la
tienne .
Va , la contagion aveugle dans fon cours ,
Le hazard en ces lieux peut épargner mes jours ;
Mais que fera le coup où ta fureur s'obſtine ,
Qu'affurer à la fois & hâter ma ruine ?
Et qu'importe à mon fort que ce foit le fléau ,
Ou bien le défefpoir qui me plonge au tombeau?
Au moment où Idamante va s'arracher des
186 MERCURE DE FRANCE .
> les bras de fon épouſe pour courir à la mort
Portes du Temple s'ouvrent , & le Grand Prêtre
paroît fuivi des autres Prêtres & du Peuple.
ERIGON E.
Arrête , des Autels implacable Miniftre ;
Tyran , qui veux foumettre à d'homicides loix
Les jours de l'innocence & le fang de tes Rois.
Eh ! quel vou faut-il donc qu'Idamante accompliffe
?
Quel Dieu préfide au meurtre , & preſcrit l'injuſtice
?
( Mettant la main fur l'Autel . )
Voici , voici l'Autel où les voeux les plus faints
M'engagerent à lui ... devant eux... dans vos
mains !
Et votre fanatifme aveuglément préfére
A des fermens facrés un ferment fanguinaire.
Ah ! s'il faut aujourd'hui violer l'un des deux ,
Doit- ce être , répondez , lé ferment vertueux ?
Et dans les préjugés dont l'erreur vous dòmine ,
Un voeu n'eft -il facré , que lorſqu'il aſſaſſine ?
J'embraffe cet Autel ; & pour en approcher ,
Cruels , toute fanglante il faut m'en arracher.
Idoménée arrive du Temple avec précipitation
pour fauver fon fils de la mort & s'immoler luimême.
Mais Idamanté le prévient ; & voyant ſon
père prêt à fe facrifier , il fe frappe d'un poignard.
Le tonnerre gronde ; Erigone tombe éva-
Mouie au pied de l'Autel ; Idoménée veut le frapAVRIL.
1764. 187
per de l'épée de Sophronime ; celui - ci le retient ,
& la Piéce finit par ces vers que prononce Idoménée.
Eh bien , Dieu de la Crete ,
Mon ferment eft rempli , votre loi fatisfaite.
J'ai tout perdu. Cretois , je vous rends votre foi
Non , je n'ai plus de fils ; vous n'avez plus de Roiá
Je quitte ces Autels , ce Trône , ce rivage.
Tout m'eſt affreux. Je fuis une fanglante image)
Je vais chercher ailleurs des Dieux moins ennemis,
Je vais pleurer ailleurs mon ferment & mon fils.
Cette Tragédie fe trouve imprimée chez Du
chefne , rue S. Tacques, au Temple du Goût , audeflus
de la rue des Mathurins.
REMARQUES
SUR la Tragédie d'IDOMÉNÉE.
Le Sujet que vient de traiter M. le Mierre eft
le même fur lequel un grand homme eſſaya fes
premiers talens. Quoique l'Idoménée de feu M. des
Crébillon foit regardé comme le plus foible de
fes Ouvrages ; quoiqu'il en eût lui - même cette
idée , on y apperçoit le germe des grands traits
qui ont illuftré ce Poëte. La force de quelques:
images , le nerf des penfées , la beauté mâle.
d'une verfification dramatique , tout marquoit
l'aurore d'un jour plus éclatant. Ce fut apparemment
à ce préfage que fon Idoménée dur
le fuccès de 15 repréfentations . On fentit que
l'oeuvre avoit manqué à l'Artifte plutôt que
l'Artiſte à l'oeuvre. Ce Sujet devint affez gé
188 MERCURE DE FRANCE.
,
néralement mis au nombre de ceux qui peuvent
féduire par un trait dont on ſe préoccupe .
mais qui à l'exécution de payent jamais du tra◄
vail qu'ils coûtent . C'est ains que l'on doit penler
, d'après le célèbre Auteur qui l'avoit tenté
de tout Sujet qui ne comporte effentiellement en
foi , que la matière d'une feule belle Scène. Feu
M. Danchet envisagea ce même Idoménée comme
plus propre à figurer à l'Opéra Il en fit auffi
l'effai dans un temps où l'on fouffroit encore fur
ce Théâtre une certaine conduite & une marche
dans les Piéces , des fils & des développemens de
Scène ; d'où réſultoit l'intérêt , aux dépens à la
vérité des fuperbes fymphonies , des charmantes
Ariettes & des faults perpétuels du Baller , qui
ont fuccédé à cet ancien genre. Le Poëte Lyrique
avoit très bien imaginé cependant , que les licences
propres au genre , lui fourniroient , pour
remplir les vuides du Sujet , des machines que
re pouvoit pas admettre une Scène plus régulère.
L'Auteur du nouvel Idomenée n'a pas crû devoir
laiffer perdre la Scène Franç ife , un Sujet qui
fembloit n'avoir été employé que comme premiere
efquiffe par M. de Crébillon : il a tenté de
profiter des erreurs d'un Grand Homme. Ce n'eſt
pas à nous de décider s'il a atteint ce but glorieux
, & rempli toute l'étendue de fon efpoir.
Le Public , comme il arrive toujours , a porté
divers jugemens au Théâtre. Quand ces jugemens
pour ou contre l'ouvrage feroient univoques ,
ils éprouvent fouvent des modifications à la
lecture. En préfentant au Public celle de la
Piéce de M. le Mierre , nous nous bornerons
donc à fuivre l'Auteur moderne dans les routes
qu'il a tenues entre le grand Poëte Tragique
AVRIL. 1764; 189
le Poëte Lyrique qui l'avoient précédé,
L'Idomenée de M. de Crébillon paroît dès
ouverture de la Scène. L'expolition qu'il fait
le fon vau barbare , de la rencontre de fon
ils , & des fleaux qu'attire fur la Crete la vengeance
impatiente des Dieux , ſemble être le
plan tracé de ce que M. le Mierre a mis en
tion & fous les yeux du Spectateur , mais dont
il ne commence la marche qu'au fecond Acte
de la Tragédie . Nous ne devons pas lailler échapper
l'adrelle de ce moyen , pour abréger au moins
d'un Acte entier , une carrière difficile à remplir
dès l'inftant que le moment fatal de la rencon
tre du Père & du Fils eft connue du Spectateur.
C'eft cette difficulté à , le traîner pour ainsi dire,
depuis ce point intéreffant jufqu'à la fin du cinquiéme
Acte , qui avoit engagé l'ancien Aureur
à charger le malheureux Idoménée d'un nouveau
tourment , par l'amour qu'il lui prête pour
Erixéne , & par la rivalité que cela produir
entre le Père & le Fils . Quoique le Poëte lyrique
( feu M. Danchet ) eût ſuſpendu la ren
contre d'Idoménée & d'Idamante jufqu'au fecond
Acte , quoiqu'il eût mis , ainfi qu'a fait M. le
Mierre , cette fituation en action & fous les
yeux du Spectateur , il ne s'étoit pas crû vrai
fembablement difpenfé du beſoin de cet amour
& de cette rivalité entre le Père & le Fils . Il avoit
changé l'Erixéne de M. de Crébillon en un Illione ,
Princeffe qui par d'autres circonftances a des
notifs de devoir auffi puiffans que l'autre , pour
détefter la tendreffe de ces deux Princes , mais
qui céde cependant de même aux feux du plus
jeune. L'ufage du Théâtre Lyrique faifoit une
excufe à cet Auteur. Nous devons remarquer
avec éloges pour M. le Mierre , la juſteſſe de goût
190 MERCURE DE FRANCE .
>
& de difcernement qui lui a fait fupprimer cer
amour , ridicule dans un vieillard abfent depuis
longtemps , & dont l'âme eft agitée , par un
mouvement aufli important que l'eft celui de fe
croire obligé d'égorger lui-même un fils tendrement
aimé & digne de l'être. Quoiqu'en puillent
dire les Partifans de cette frivole paffion au
Théâtre quel moment pour l'amour que la
fituation où le trouve Idoménée ! De quel poids
doit-il être fur des efprits fenfés ? Quel intérêt
peut- il produire dans des coeurs honnêtes ? Lorfqu'il
y a fur un perſonnage un motif d'intérêt
auffi principal & d'une telle prééminence , ne
l'affoiblit- on pas plutôt que de l'augmenter en
accumulant des moyens auffi fubordonnés ? Nous
fçavons que feu M. de Crébillon blâmoit luimême
& fe reprochoit l'amour d'Idomenée dont
M. le Mierre a débarraffé ce caractére. La tendreffe
légitime d'une époufe vertueule pour
Idamante , l'attache & la lie à l'intérêt principal
, dans la nouvelle Tragédie ; il lui don
ne ainfi un jeu naturel & convenable dans l'action
. Il a fervi de plus au nouvel Auteur à rendre
moins vuide toute la préparation du premier
Acte.
S'il eft vrai que la rencontre d'Idoménée & de
fon fils au commencement du deuxième Acte ,
ait été en quelque forte indiquée par l'Opéra de
M. Danchet , l'uſage qu'en fait M. le Mierre paroît
ben plus vif & bien plus frappant . Le Poëte
Lyrique a filé une reconnoiffance qui fait languir
la fituation. Il eft d'ailleurs bien plus vraifemblable
qu'Idoménée , troublé par l'horreur de
fon vou , trouvant la victime feule fur ce rivage
fe précipite fur eile , que d'entrer en diſcuſſion
avec ce malheureux Inconnu. Au moment qu'il
AVRIL. 1764 . 191
veut frapper , M. le Mierre fait voler le fils dans
les bras du père qui le reconnoît . Rien ne manque
à cette fituation pour la rendre du plus
grand effet , & du plus beau genre de tragique.
A cet égard tout paroît à l'avantage du nouvel
Auteur. Il nous reste à voir s'il a pu éviter les
obſtacles naturels du Sujet & remplir avec chaleur
& intérêt les vuides qu'il préfente . Les deux
anciens Auteurs fufpendent longtemps la connoillance
du fecret d'Idoménée par fon fils. M. le
Mierre la lui donne bien plutôt . Il en résulte
peut-être un inconvénient pour fa Piéce, qui eſt
de ne pas fonder fur des motifs raisonnables le
refus que fait Idamante de tous les moyens propofés
par fon père , pour lui ôter le pouvoir d'exécuter
fon exécrable veeu . Telles font les propofitions
de rendre la tête de ſon fils facrée pour
lui- même, par l'augufte caractère de Roi , ou de
l'éloigner de la Crete & le dérober par là à la fureur
du Fanatifme. Idamante , ignorant les
vrais motifs de fon Père , & la caufe de l'état
violent où il le voit , doit fe refuſer à toutes
ces propofitions ; mais en la connoiffant , ce courage
en lui , fi ç'en eft un , eft une barbarie
contre ce l'ère infortuné. Il eft vrai que tranf
portant l'ignorance du fatal fecret fur Erigone ,
M. le Mierre a trouvé la matière d'une fort
belle Scène , dans laquelle cette épouſe éplorée ,
par un excès de tendreffe pour le Père & le Fils ,
autant que par des raiſons d'état , pourſuit avec
chaleur , fans le fçavoir , la mort d'un époux
adoré. Sa fituation, en apprenant ce fatal fecret,
eft d'une force vraiment tragique. Au lieu que
dans les deux autres Tragédies , c'eſt par des
motifs bas & criminels que les femmes pref-
Lent le danger de leur amant ; ce qui rend
192 MERCURE DE FRANCE.
la méprife & bien moins intéreffante , & bien
moins convenable à la dignité de fentiment qu'éxige
celle de la Tragédie.
Les expédiens qui naiffent du Sujet pour
fufpendre la cataſtrophe , font à- peu - près les mêmes
dans les trois Auteurs. Il ne peut guères
en effet s'en préfenter d'autres que l'éloignement
d'Idamante & d'Idoménée
éluder
, pour
l'effet du vou . Chacun des Auteurs a modifié
différemment les obftacles qui s'opposent à ces
expédiens , principalement à la réfolution d'Idoménée
, de fuir & fon Fils & les Etats . M.
de Crébillon fe fert d'un Oracle révélé par la fureur
d'Erixêne qui croit ne perdre que le père
qu'elle détefte , & qui produit la mort du fils
qu'elle aime. Le Poëte Lyrique , grâce à la commodité
des ufages de fa fcène , préſente un Dieu
dans une machine qui arrête Idoménée . Le nouvel
Auteur a fubftitué à ce Dieu un Grand - Prêtre
qui prétend foutenir l'ordre des Dieux & le faluc
des Peuples.
Ce moyen fournit une belle déclamation contre
le Fanatifme. Elle eft convenablement placée
dans la bouche d'Erigone , étrangère au culte
des Cretois , mais n'y pourroit-on pas entrevoir
de l'inconféquence entre les grandes vérités philofophiques
qu'elle contient , & l'événement de
la catastrophe. La fatalité eft accomplie , & d'une
manière cruelle contre Idamante ; le Prêtre eft
juftifié dans les menaces ; il femble que le but
moral n'eft pas atteint ; car après les maximes
juftes , & fermes que l'Auteur a miſes dans la
bouche d'Erigone , on eft bien loin de le foupçonner
d'avoir voulu faire triompher la fuperfli
tion ,de l'humanité & de la philofophie. Les autres
Auteurs avoient laillé fubfifter fans critique ,
P'erreur
AVRIL. 1764. 193
l'erreur fur laquelle eft établie la fable du ſujet ,;
c'étoit au moins n'avoir pas compromis les droits
de la vérité. Dans l'ancien Auteur tragique &
dans le nouveau , Idamante meurt de fa propre
main; les Dieux font fatisfaits , & le Père au
moins n'est pas chargé de l'horreur de l'exécution
. Le Poëte lyrique a, feul rempli le voeu
dans toute fon étendue. Il fait immoler le fils
par le père , en introduifant Néméfis , qui verfe
fur lui tous les feux , qui égare fa raiſon ,
& lui dérobe la connoiffance de la victime dans
l'exécrable facrifice qu'il en fait ; c'est aux Juges
de l'art à déterminer laquelle de ces cataſtrophes
eft la plus régulière & la plus amenée par l'action .
Quelles que loient les réfléxions qu'on falle à la
lecture de cette nouvelle Tragédie , fur la nature
du Sujet , fur les rifques qu'il y avoit à
l'entreprendre , on ne pourra fans injuftice fe
refuſer à louer le courage d'avoir rempli une
carrière auffi ingrate que celle qui refte entre
le moment de la fcène du fecond Acte , &
la caftatrophe du cinquiéme. Nous croyons auffi
que l'on y remarquera avec plaifir beaucoup de
vers heureux , & qui ont produit leur effet au
Théâtre. Si l'on ne craignoit de s'écarter trop de
l'opinion commune , on exhorteroit ici les jeunes
Auteurs à tenter quelquefois de pareilles entrepri
fes , fans s'effrayer des noms & de la célébrité de
ceux de leurs Prédéceffeurs , qui ont manqué certains
fujets . Quelques exemples , rares à la vérité ,
ne font ils pas fuffifans pour nous autoriſer à
donner cet encouragement ? Les vrais Sujets tragiques
ne font pas en fi grand nombre , que bien
des gens le croyent ; s'il en eft quelques- uns fur
lefquels des Mufes célèbres fe foient éxercées
avec peu de fuccès , pourquoi feroient - ils à jamais
I. Vol.
·
I
194 MERCURE DE FRANCE.
un
perdus pour les autres s'il en eft même qui
par leur conftitution , préfentent des difficultés
infurmontables en apparence ; pourquoi interdiroit-
on au génie la gloire d'en triompher à
travers les naufrages d'une flotte entiere ,
Pilote plus heureux ou plus habile fait aborder
au Port un Vaiffeau dont la richeſſe dédommage
de la perte des autres. Ce n'eſt pas à ceux
qui attendent ces richeffes fur le rivage , à exagérer
les dangers qu'on éprouve , pour les leur
apporter. Ils peuvent plaindre , mais ne doivent
jamais blâmer ceux mêmes qui échouent à leur
vue.
Le 3 Mars on a donné la première
repréſentation de l'Amateur , Comédie
nouvelle en Vers & un A&te , par M.
BARTHE . Cette petite Piéce a eu 10
repréfentations. Elle a été reçue avec
applaudiffemens , & le Public a paru
en voir la continuation avec plaifir. Les
Lecteurs feront en état de juger par
eux-mêmes de l'agrément de cet Ouvrage
dans lequel l'Auteur a été
très- bien fecondé par le talent des Acteurs
qui étoient MM. GRANDVAL ,
MOLE & PRÉVILLE, Mlles PRÉVILLE
& DOLIGNI. Quoique nous invitions
à lire cette Comédie en entier , nous
?
* On trouve certe Piéce imprimée in- 12 . à
Paris chez Duchesne , rue S. Jacques.
AVRIL. 1764. 195
ne nous difpenferons pas d'en donner
une notice felon l'ufage . Les bornes de
notre Article ſe trouvant remplies dans
ce Mercure nous fommes obligés de
la remettre au deuxiéme vol. du mois ,
ainfi que les autres Nouveautés.
,
On doit tenir compte & applaudir au
zéle des Comédiens François pour le
vrai Pére de ce Théâtre ( MOLIERE )
par les foins qu'ils ont apportés à la
remife du Bourgeois -Gentilhomme , dont
la première repréfentation fut donnée
le Lundi gras. Le plaifir que le Public
y a pris a dû récompenfer ce zéle &
l'encourager.
Le 17 Mars , on a donné la première
Repréſentation d'Olimpie , Tragédie de
M. de VOLTAIRE. Elle fut reçue avec
les applaudiffemens dont cet illuftre Auteur
eft depuis long-temps en poffeffion.
On l'a continuée jufqu'à préfent. Le
concours des Spectateurs a prèfque toujours
augmenté à chaque Repréfentation.
Comme nos Lecteurs ont pu lire
déja cette Tragédie , qui étoit imprimée
avant la Repréſentation , nous en remettons
l'Extrait à un autre Mercure , dans
lequel nous parlerons auffi de la beauté
& de la fplendeur de fon Spectacle.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Jeudi 8 Mars , on donna la première
Repréfentation de Rofe & Colas ,
Comédie nouvelle en un Acte , mêlée
d'Ariettes. Cet Ouvrage , dont les Paroles
font de M. SEDAINE , & la Mufique
de M. de MONCIGNY , fe continue toujours
avec fuccès. Il y a eu dans les premiers
jours quelques contrariétés fur la
Mufique, entre les Spectateurs ordinaires
de ce Théâtre. L'Auteur de On ne s'avife
jamais de tout , employe ordinairement
des chants plus analogues au Dramatique
& à la douce naïveté des Sujets
ordinaires de ces fortes de Pièces , qu'une
forte de Mufique dont quelques -uns
defireroient l'application à un genre plus
élevé. Les routes au refte que M. de
MONCIGNY prend pour plaire au Public
paroiffent juftifiées par le concours foutenu
des Spectateurs ; fans néanmoins
prétendre improuver les autres , & fans
que le Public en effet , rende moins de
juftice au mérite dés genres différens
qui occupent cette Scène . On ne nous
1
AVRIL. 1764. 213
vince du Dauphiné , & conduit par le Marquis
de Dreux , Grand-Maître des Cérémonies , &
par le fieur Desgranges, Maître des Cérémonies,
Le 12 , le Duc de Bourbon a été préſenté à
Leurs Majeftés & à la Famille Royale , par le
Prince de Condé fon père.
Les , la Comteffe de Rouault fut préſentée à
Leurs Majeftés & à la Famille Royale par la
Comteffe du Rumain.
Le 26 du mois dernier , Leurs Majeftés & la
Famille Royale fignérent le Contrat de mariage
du Comte de Gralle , Capitaine de Vaiſſeau du
Roi , avec la Demoiſelle fille du fieur Accaron
Commiffaire de la Marine & premier Commis
des Colonies : & le 12 de ce mois , celui du Comte
de Barral avec Demoiſelle de la Motte.
>
Le fieur Meffier , Aſtronome attaché au Dépôt
des Plans de la Marine de France , eut l'honneur
de préſenter au Roi , le 29 du mois dernier ,
une grande Carte célefte fur laquelle il avoit
tracé la route de la Cométe qui paroît préfentement
, d'après les obfervations qu'il a faites dans
l'Obfervatoire de la Marine à Paris . Cette Cométe
a beaucoup perdu de fa lumière depuis le
moment qu'on l'a découverte ; elle ne paroît
plus que de la grandeur d'une étoile de la fixiéme
claffe ; fon mouvement eft auffi très - rallenti ,
le 29 Janvier , às heures 51 minutes du foir ;
elle avoit d'afcenfion droite 328 degrés 16 minutes
37 fecondes , & 17 degrés 43 minutes 59
fecondes de déclinaiſon boréale ; le lendemain à
fix heures 2 minutes 52 fecondes du foir , fon
afcenfion droite étoit de 328 degrés 30 minutes
22 fecondes , & fa déclinaiſon boréale de 16 degrés
57 minutes 21 fecondes. Elle n'aura paffé par fon
périhélie que vers le 12 de ce mois.
Le 8 de ce mois , l'Abbé de Burle de Curban
214 MERCURE DE FRANCE.
eut l'honneur de préfenter à Leurs Majeftés ,
à Mgr le Dauphin & à Madame Adélaïde la dernière
partie de l'Ouvrage du feu fieur de Réal ,
contenant l'examen des principaux Ouvrages
compofés fur les Matières de Gouvernement , &
dédiée à Madame Adélaïde.
Le 2 , le fieur Targe fils , Profeffeur de Mathématiques
à l'Ecole Royale Militaire , a eu l'honneur
de présenter à Mgr le Duc de Berri & à
Mgr le Comte de Provence les Volumes XVI &
XVII . de l'Hiftoire d'Angleterre de Smollet ,
traduits par lefieur Targe fon père , Correfpondant
de l'Académie Royale de Marine , & cidevant
Profeſſeur à l'Ecole Royale Militaire .
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain .
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Monſeigneur le Vice- Chan- ΑΙ
celier > le Mercure du premier volume d'Avril
1764 , & je n'y ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher
l'impreffion . A Paris , ce 31 Mars 1764.
GUIROY.
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
ARTICLE PREMIER.
SUITE de l'Hiftoire raiſonnée des Plaidoyers
Page 5 de Cicéron.
VERS à S. A. S. Mgr l'ELECTEUR PALATIN
, fur l'Académie des Sciences que ce
Prince vient d'inftituer à Manheim. 10
AVRIL. 1764 . 215
PORTRAIT de Madame de ***
Le Jardinier & l'Oranger , Fable.
A l'Auteur du Mercure , Epitaphe de M. du
Viviée , C. du C. de V.
EPITRE à M. Ch . de Mo ***
LETTRE à M. De la Place , Auteur du Mercure ,
fur Abraham Duquesne.
A M. de Voltaire , menacé de perdre la vue.
ENVOI d'un Gâteau des Rois , à M. de Montaudouin
.
RÉPONSE à M. le Chevalier de Juilly- Thomaffin.
VERS de M. Saurin , de l'Académie Fran-
12
14
15
17
22
23
2.4
par Mlle *** . 25
çoife , à M. le Duc de Nivernois . 28
VERS à Mlle D.... 29
EPIGRAMMES imitées de Martial. ibid.
CECILE , ou l'Amour Gaulois .
31
CHANSON à M *** fur fon mariage .
LETTRE de M. Dallet.
4I
43
RÉPONSE de M. le Vicomte de Saint- Germain
Matinel.
IN effigiem Viri clariſſimi_DD . DE LA
PEYRONNIE.
ROMANCE .
ODE anacreontique à M. M. fur la piquure
d'un Coufin .
SUITS des Lettres d'un jeune Homme.
LES Tourterelles & les Enfans , Fable imitée
du Pogge.
44
46
47
ibid.
49
So
ÉNIGMES.
LOGOGRYPHES.
19 & 69
61 & 62
63
CHANSON ,
ART. II. NOUVELLES LITTÉRAIRES .
LETTRE à M. De la Place , Auteur du
Mercure de France , fur Charles Antoine
Fabrot.
64
216 MERCURE DE, FRANCE.
LA Population & la Beauté , Odes.
HISTOIRE de Méhémet II , Empereur Octoman
, par M. Belin de Monterzi.
SUITE de l'Extrait de l'École de Littérature.
ANNONCES de Livres.
68
73
84
91 & fuiv .
ART. III . SCIENCES ET BELLES-LETTRES .
ACADÉMIE S.
LETTRE de M. de Belleifle à M. de Velye, & c. 114
RÉPONSE à la Lettre précedente , par M.
Fradet.
EXTRAIT des Regiſtres de l'Académie Royale
des SCIENCES ,
PRIX proposé par la Société Royale d'Agriculture
de PARIS.
SUPET du Prix de l'Académie des Sciences ,
Arts & Belles -Lettres de DIJON .
ÉCOLE Royale Vétérinaire .
DIOPTRIQUE.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
GÉOGRAPHIE .
119
123
125
129
131
136
148 ART. IV. BEAUX - ARTS.
ARTS UT LIES.
CHIRURGIE. SI
HÔPITAL de M. le Maréchal Duc de Biron. 154
ARTS AGRÉABLES.
MUSIQUE.
ART. V. SPECTACLES.
165
SUITE des Spectacles de la Cour à Verſailles. 167
SPECTACLES de Paris . Opéra.
COMÉDIE Françoiſe.
COMÉDIE Italienne.
CONCERT Spirituel .
173
175
296
197
198
SUPPLÉMENT à l'Article des Spectacles.
ART. VI . Nouvelles Politiques de Février . 199
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY ,
rue & vis-à-vis la Comédie Françoife.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
AVRIL. 1764.
SECOND VOLUME.
Diverfité , c'est ma devife. La Fontaine.
Chez
Shute
Po Sexip- 17/5
A PARIS ,
CHAUBERT, rue du Hurepoix.
JORRY, vis a vis la Comédie Françoiſe.
PRAULT , quai de Conti.
DUCHESNE, rue Saint Jacques.
CAILLEAU rue Saint Jacques.
CELLOT, grande Salle du Palats.
Avec Approbation & Privilége du Roi.
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch à côté du
Sellier du Roi.
>
C'est à lui que l'on prie d'adreffer ,
francs de port, les paquets & lettres
pour remettre , quant à la partie litté
raire , à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pour feizé volumes
, à raifon de 30 fols pièce.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la poſtě
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront d'autres voiesque
la Pofte pour le faire venir , & qui pren
dront les frais du port fur leur compte
, ne payeront comme à Paris , qu'à
raifon de 30 fols par volume , c'est-à •
dire , 24 liv. d'avance , en s'abonnant
pour feize volumes.
A ij
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire venir
le Mercure , écriront à l'adreffe cideffus.
On fupplie les perfonnes des provin
ces d'envoyer par la pofte , en payanı
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affranchis
, refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à an
noncer, d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en a juf
qu'à préfent cent fix vol. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
Le trouve à la fin du foixante- douzième,
MERCURE
DE FRANCE.
AVRIL. 1764.
ARTICLE PREMIER .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
SUITE de l'Hiftoire raifonnée des
Difcours de CICERON.
DEFENSE DE LUCIUS MURENA.
LEE gouvernement
de Rome , moitié
Ariftocratique & moitié Démocratique ,
produifoit néceffairement
des cabales &
des divifions parmi les Citoyens . Les
Perfonnages
diftingués des premières
Maifons de la République
n'étoient pas
II. Vol A iij
7
6 MERCURE DE FRANCE.
les feuls qui afpiraffent à l'honneur de
devenir les Chefs de l'Etat : la même
ambition animoit chacun des Patriciens;
la Préture , l'Edilité , enfin le Confulat
devenoient tour-à-tour l'objet de leurs
voeux.
Le Peuple de fon côté tenoit dans
fes mains le fort des têtes les plus illuftres.
La liberté dont il jouiffoit en donnant
fes fuffrages lui permettoit d'ent
difpofer à fon gré . Les Candidats ( a ) le
fçavoient bien auffi n'épargnoient-ils
rien pour gagner fa bienveillance.
Une loi fage & prudente avoit défendu
expreffément les largeffes pécu
niaires, afin de prévenir toute espéce de
corruption. Quiconque étoit convaincu
de s'être fervi de ce moyen honteux
pour parvenir aux charges , en étoit exclu
fans autre forme de procès. On
penfoit apparemment alors que ceux qui
avoient l'âme affez baffe pour acheter
le droit de rendre la Juftice , ne balanceroient
pas à la vendre , quand ils
trouveroient l'occafion de le faire avec
( a ) Tel étoit le nom qu'on donnoit aux.
concurrens qui fe préfentoient pour remplir les
charges publiques , parce qu'ils fe revêtiffoient
alors d'une robe blanche ( en Latin candida ) qu'ils
ne quittoient qu'après l'élection .
AVRIL. 1764.
impunité. C'eft cette loi qui donna lieu
à l'accufation intentée contre L. Murena.
L'année du Confulat de Cicéron étant
prête d'expirer , il fit tenir fuivant l'ufage
les Comices Confulaires , c'est- àdire
l'Affemblée du Peuple pour l'élection
des Confuls de l'année fuivante.
Les fuffrages tomberent fur Decius
Junius Silanus , & fur Lucius Licinius
Murena..
Ce dernier avoit un dangereux compétiteur
dans la perfonne de Servius
Sulpitius que chacun fçait avoir été
également recommandable & par fa
naiffance illuftre , && par fes profondes
connoiffances dans la Jurifprudence.
Outré de fe voir préférer un rival
dont le mérite peut - être étoit inférieur
au fien , il prit le parti de l'accufer d'avoir
acheté les voix qui lui avoient été
favorables.
Le Conful défigné, Murena, fut véri
tablement mortifié de cette accufation
dictée par l'efprit de vengeance. Il n'avoit
pas feulement à redouter Sulpitius
il avoit encore à craindre le crédit
immenfe d'un grand homme que fon
adverfaire avoit fçu attacher à fes intérêts
& qui parut avec lui en qualité
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
d'accufateur. C'étoit le fameux Caton ,
ce farouche Cenfeur , auffi connu par
fon infléxible attachement à la vertu ,
que par fes fentimens vraiment patriotiques
& républicains.
La caufe de Murena fut plaidée deux
fois avant que Ciceron parlât pour lui ; la
première fois par Quintus Hortenfius ,
cet Orateur célébre dont les productions
brillantes balanceroient peut-être celles
de Ciceron , fi elles n'étoient pas perdues
pour nous ; la feconde par Marcus Craffus
, qui prouva par plufieurs fuccès la
fupériorité de fes talens .
Le Plaidoyer de Ciceron réunit à la
fois la légéreté & l'élégance. C'eſt un
mêlange parfait de la politeffe , la plus
aifée & de la plaifanterie la plus ingénieufe
& la plus délicate . Il Y raille
avec adreffe le pédantifme des Jurif
confultes , parce que Sulpitius faifoit
profeffion d'être fçavant dans les Loix &
dans la Morale Stoïcienne , parce que Caton
paffoit pour un des plus zélés Philofophes
de cette Secte , qui commençoit
d'ailleurs à tomber dans le difcrédit.
Malgré toute fon indifférence
philofophique , le Stoïcien fut piqué
jufqu'au vif des farcafmes dont l'accabloit
le Prince des Orateurs . Pour s'en
AVRIL. 1764. 9
venger il dit un bon mot (b) que Pluturque
a pris foin de nous conferver....
Il faut avouer , s'écria - t- il en fortant
de l'audience , il faut avouer que le premier
homme de l'Etat eft auffi le premier
Plaifant de la République !
Un Membre de l'Académie Françoife
, auffi refpectable par fon caractère
& par fes moeurs , que recommandable
par fa fcience & fon érudition
M. l'Abbé d'Olivet , a fait un beau
préfent à la République des Lettres , en
faiſant imprimer à la fuite de fon Commentaire
fur ce difcours, celui que compofa
pour s'exercer il y a environ 200
ans , un illuftre Sçavant , Aonius Palearius
, qu'une mort cruelle a rendu célébre
autant que fes Ouvrages. Peu de modernes
ont réuffi comme lui à imiter
le ftyle & la diction de Cicéron qu'il·
avoit pris pour modéle . Ce difcours
excellent à lire , eft l'accufation de Murena.
On le trouve à la page 517. du:
ye Tome de la belle édition in-4°. des.
OEuvres de Cicéron,
(b ) Dii boni ! quàm ridiculum Confulem habemus
!!
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS de CICERON contre L
CATILINA , vulgairement dits les
QUATRE CATILINAIRES.
Quand j'entends les gens à préjugés
taxer Cicéron de poltronnerie , je me
dis auffitôt à moi- même , il y a tout au
moins une grande imprudence à dénigrer
, fur le rapport d'autrui , un homme
de mérite qu'on ne connoît pas. Il ne
faut que jetter les yeux fur l'Hiftoire
de la Conjuration de Catilina pour fe
convaincre de l'intrépidité . & de la
grandeur d'âme de ce fameux Conful .
Ce que j'avance paroîtra un paradoxe .
à ceux qui ne connoiffent pas ce Morceau
précieux des Annales de la République
Romaine. Je fçai que l'opinion
commune eft contre moi , mais qu'ils
fent ; la mémoire de Cicéron fera vengée.
Sallufte, cet Ecrivain hardi & fenten-...
tieux , fait la peinture la plus frappante.
& la plus vraie des moeurs qui regnoient
à Rome dans le temps de Catilina La
Jeuneffe , perdue , de débauches & de
dettes , emprunto à groffes ufures pour
avoir dequoi fournis à fes plaifirs , &
bagga- tôt les intérêts multipliés l'emAVRIL.
1764 .
11
portoient fur le principal : les vices les
plus honteux , déifiés par la corruption
de ceux qui leur procuroient l'apothéofe
faifoient partie du culte public
; les défordres les plus infâmes devenoient
des cérémonies de Religion
pour ceux qui avoient l'adreffe de les cacher
fous le voile du myftère . L'Etat de
la République étoit trop violent pour
être durable ; la révolution devenoit
comme néceffaire ; & fans la vigilance
du Conful toujours actif & toujours prévoyant
, l'Empire étoit à celui qui fauroit
le premier s'en faifir.
Lucius Catilina crut être appellé par
la deftinée à ce haut point de fortune
& de gloire ; ou , pour parler plus juſte
il voulut profiter des circonftances pour
y parvenir. Il faut avouer auffi que perfonne
n'étoit plus propre à jouer le rôle
d'un confpirateur.
Nombre de qualités qui portoient :
l'apparence des plus grandes vertus ,.
formoient fon caractère ; mais il n'en
avoit aucune dont il n'eût défiguré
miférablement l'image. Lié avec tout
ce que Rome avoit de plus fcélérats , il
paroiffoit en même temps l'admirateur
le plus zélé des Citoyens les plus
vertueux. Sa maifon étoit remplie de
A. vi
12 MERCURE DE FRANCE.
tous les objets qui fervent à flatter la
débauche ; mais ils y étoient accompagnés
de tout ce qui peut fervir d'aiguillon
au travail & à l'induſtrie :
c'étoit à la fois une fcène perpétuelle
des vices les plus raffinés , & une école
d'éxercices militaires. Jamais homme
ne réunit tant de parties oppofées , &
tant de ces qualités & de ces paffions
qui femblent mutuellement s'exclure ;
perfonne ne pofféda jamais mieux l'art de
fe rendre agréable aux bons Citoyens ,
& d'entretenir en même temps une liaifon
étroite avec les plus mauvais ; perfonne
ne marqua plus de goût pour les
bons principes , & n'en fuivit jamais de
plus déteſtables ; nul homme ne fut plus
outré dans la débauche , & plus capable
de perfévérance dans le travail ; n'eut
plus d'avidité pour le pillage , & plus de
profufion dans la dépenfe perfonne
enfin n'eut jamais tant de facilité à ſe
faire des amis & à fe les attacher folidement
, fi tant eft que l'amitié puiſſe habiter
dans des coeurs d'où la vertu eft
bannie. Il partageoit avec eux tout ce
qu'il poffédoit , fon argent , fon crédit
fes maître les ; rien en un mot ne lui
coûtoit pour obliger ceux qu'il pouvoit
s'attacher par de pareils fervices. Son
AVRIL. 1764. 13
caractère prenoit toujours la teinture de
fes projets , & fe formoit , dans toutes
les occafions fur fes prétentions & fur
fes defirs. Avec les gens triftes , l'air
chagrin lui devenoit naturel avec les
gens gais , il paroiffoit fait pour la gaîté
& pour l'enjouement : il étoit grave
avec les vieillards , vif & léger avec les
jeunes gens , audacieux avec les efprits
hardis , libre & fans retenue avec les débauchés
. Cette mobilité & cette variété
continuelle avoit non-feulement attiré
auprès de lui tout ce qu'il y avoit de
gens fans principes & fans moeurs en
Italie & dans les Provinces de l'Empire ,
mais lui avoit procuré un grand nombre
d'amis parmi les plus honnêtes gens de
la République , à qui l'apparence de fes
vertus faifoit illufion .
I. Fondé fur toutes ces reffources ,
Catilina commença bientôt à cabaler
fourdement , & à tenir des affemblées
fecrettes. Un Citoyen nommé L. Porcius
Lecca prêta fa maifon aux Conjurés,
qui s'y raffembloient toutes les nuits . Le
projet étoit prêt à éclater , & la République
touchoit au moment de fa perte ,
quand une bravade indifcrette de deux
Confpirateurs découvrit en partie le fecret.
Deux intimes amis de Catilina fe
14 MERCURE DE FRANCE .
vantèrent qu'ils tueroient Ciceron dans
fon lit. Cette menace , qui n'eut aucun
effet , allarma pourtant affez le Sénat
pour qu'il rendit folemnellement ce Decret
fameux ( c ) , qui chargeoit fpécialement
les Confuls de veiller aux intéréts
de l'Empire . Quelques jours après la
Courtifanne Fulvie , ayant fçu le projet
entier de la Conjuration , par fon amant
Curius qui y étoit engagé , alla le révéler
au Conful , qui fe prépara à en faire le
rapport le lendemain à l'Affemblée du
Sénat. Catilina eut l'impudence de s'y
trouver ; & c'eft ce qui donna lieu à
Cicéron indigné de prononcer la Première
Catilinaire : Monument précieux aux
yeux des gens de Lettres , d'une vigueur
héroïque , & d'une éloquence foudroyante.
II. Catilina fut étourdi de ce coup
qu'il n'avoit pas prévu ,& attendit à peine
la nuit pour fe dérober à l'indignation
publique. Un petit nombre de Conjurés
le fuivit dans fa retraite. Cicéron inftruit
dès le lendemain de la fuite précipitée du
Chef de la Conjuration , convoqua le
Sénat afin d'avifer aux mefures qu'il y
avoit à prendre . En attendant les Pères
Confcripts , qui tardoient trop à s'affem-
( Videant Coff. ne quid detrimenti refp, capiat •
AVRIL. 1764. IS
bler , le Conful monta fur la Tribune .
aux Harangues , & apprit au Peuple l'évafion
de Catilina , après lui avoir rendu
compte des circonftances de la Conjuration
, que bien des gens ignoroient encore.
C'eft la Seconde Catilinaire...
- III. On avoit trouvé moyen d'intéreffer
en faveur de la Confpiration naif
fante , la Nation des Allobroges , dont
les Ambaffadeurs étoient alors à Rome ,
pour y folliciter quelques priviléges
qu'ils avoient beaucoup de peine à obte
nir. Quand le calme d'une lente & fage
réflexion eut fuccédé aux mouvemens
rapides de la féduction , effrayés des rifques
qu'ils couroient , & du péril auquel
étoit expofé l'Empire , ces Ambaffadeurs
fe déterminèrent à en donner fecrétement
avis au Conful. On intercepta les
lettres des Agens de Catilina ; on faifit.
des amas d'armes qu'ils faifoient par fon
ordre ; on les conduifit eux- mêmes en
prifon . Cicéron rend compte au Peuple
de tout ceci dans fa Troisième Catilinaire.
Difcours admirable qui fervira toujours
de modèle aux Orateurs curieux de narrer
avec grâce , & de raifonner folide-...
ment.
IV. Les Conjurés étoient toujours en
prifon , & le Sénat n'avoit pas encore
16 MERCURE DE FRANCE .
prononcé fur leur fort. D. Silanus ouvrit
l'avis rigoureux de les condamner
tous à la mort : C. Cæfar , le même qui
donna dans la fuite des fers à fa Patrie ,
inclinoit à la douceur , & vouloit qu'on
leur laiffât la vie. Il alla même jufqu'à
intéreffer Cicéron en leur faveur , en faifant
entendre qu'une févérité odieufe
pourroit mettre en danger les jours d'un
Conful , fi précieux à la République.
Cicéron , à fon tour , montra les fentimens
les plus héroïques ; protefta qu'il
avoit fait à fa Patrie le facrifice de fa vie ,
& qu'il falloit embraffer le parti de la rigueur
, puifqu'il étoit le plus für pour
Etat. Dire que fon avis fut fuivi unanimement,
c'eft faire en deux mots l'éloge
de cette Quatrième & dernière Casilinaire.
VERS fur la Tragédie d'OLIMPIE.
Da l'Homère François reſpectons les vieux ans .
Auffi fier , auffi grand', au bout de fa carrière ,
Il fait entendre encor ces fublimes accens
Qui tant de fois charmoient l'Europe entière :
Fils des Arts , ainsi qu'eux , il triomphe-du temps.
Dévoré de chagrins , environné d'allarmes ,
AVRIL 1764: 17
De la publique joie , un Critique attristé
Vainement , dans mes yeux , voudroit tarir mes
larmes ;
Par un charme plus fort mon coeur eſt emporté.
Mes larmes font pour lui des larmes criminelles:
Mes yeux pour le confondre , en verſent de nouvelles.
On admire , en tout temps , l'altre brillant des
Cieux ;
On le bénit à fon Aurore ;
Au midi de fon cours , il marche égal aux Dieux ;
Afon coucher , il nous étonne encore ,
Et fon dernier rayon nous fait baiffer les yeux.
Mérope , Mère & Reine , ou m'afflige , ou m'enflâine
;
D'Orofmane irrité j'embraffe les fureurs ;
Gengiskan agrandit mon âme ;
Mahomet la remplit de profondes terreurs :
Pour Olimpie encore il me reste des pleurs.
L. P. T. T.
MADRIGAL 2
A Madame de ***
PENDANT ENDANT ce jugement.fi fameux au Permeſſe
Ou Paris adjugea la Pomme à la Beauté ,
S'il eût encor trouvé deux prix de même eſpéce ,
18 MERCURE DE FRANCE.
Pour l'efprit & pour la fagelle ,
Son embarras auroit bien augmenté .
1
Mais ce Berger, dans le fiécle où nous fommes,
Voyant la jeune Iris n'auroit point hélité .
Jegagerois qu'elle eût en les trois Pommes.
Par M. V... ! .
VERS à Madame de S.
Des ris , des grâces entouré ,
Si l'amour vole à ta toilette ,
Des fleurs qui couronnent ta tête ,:
S'il aime à voir ton fein paré.
Si fans ceffe fa main divine
Sur toi , ma brillante couſine
Verſe mille dons précieux,
C'est que ce petit orgueilleux ,-
Jaloux de conferver l'empire
Qu'il a fur tout ce qui refpire ,
=
Compte bien plus fur tes beaux yeux ,
Que fur les fléches qu'il nous tire.
Par M. FRANÇOIS , ancien Officier de Cavaleries:
AVRIL. 1764. 19
IMPROMPTU.
A LISETTE , en lui préfentant une
JEUNE
violette.
BUNE & brillante Lifette ,
De bon coeur daigne accepter
L'humble & douce violette
Que j'ofe te préfenter.
Si la main qui te la donne
Sur la plus belle couronne
Avoit d'auffi juftes droits,
L'Univers à l'inftant même
Verroit la Beauté que j'aime
Au-deffus des plus grands Rois .
Par le mêmes
A Mlle DE... qui preffoit inftamment
l'Auteur de lui faire fon portrait.
Iz faut donc vous peindre en deux mots ;
Ainfi que votre coeur ardemment le fouhaite ?
Vous êtes à la fois médiſante & coquette .
Corrigez-vous de ces défauts ,
Et je vous garantis une fille parfaite .
Par le même
20 MERCURE DE FRANCE.
LE ROSIER ,
ALLEGORIE.
A M. ** , Auteur de l'Elite des Poëfies
SUR
fugitives.
UR le Parnaffe un Rofier fleuriffoit ,
Rofier chéri de la troupe immortelle !
Apollon tous les jours lui-même l'arrofoit
& Clio , la garde fidelle ,
Avec grand foin' le cultivoit.
Chaque matin fous fon feuillage
Voltaire a ) avec Bernis ( b ) célébroit P...
Près d'eux Saint Lambert , ( c ) de l'amour.
Traçoit une naïve image.
A quelques pas dans un boccage
Piron , ( d) fans éclat emprunté ,
Sur le fond d'un beau payfage ,
Peignoit un riant hermitages
Où l'Amour fourioit à la tranquilité.
( a Madrigal à la Marquise de P ** deffi
nant une tête.
(b) Réponse à la question propofée par la même.
Qu'est-ce qu'Amour ?
(c ) Pigmalion & le triomphe d Alexandre .
(d)L'Epitre à Mile Cheré,
AVRIL 1764.
21
Bernard ( e ) de la tendre Bergère ,
Venoit y partager les tranfports amoureux ;
Et la main folâtre & légère
Deffinoit jufqu'à la fougère ,
Qui fervoit de Trône à fes feux.
A fes côtés Dorat ( f) de l'aimable Sophie
Exaltoit les traits raviflans ;
De la fineffe de Thalie ,
Des fons heureux de Polymnie,
Il offroit les accords touchans.
Panard(g) de fon tendre martyre
Entretenoit les bofquets d'alentour :
A Favart ( h ) il prêtoit fa lyre ;
Et plein d'un amoureux délire ,
Tous deux foupiroient tour - à-tour
Les feux du Dieu qui les infpire.
Greffet venoit fuivi des Grâces ;
Vert vert repofoit fur fa main ;-
Les jeux voltigeoient fur les traces ;
Et les ris d'un air enfantin ,'
Lui préfentoient les paperaffes ( i )
( e ) L'Epitre à Claudine.
(f)L'Epitre à Mile Arnoult de l'Opéra.
(g ) Le Ruiffeau , Laylle charmante de M. P**
( h ) Madrigal ingénieux tiré de la Comédie des
Sultanes . Dans l'Univers , & c .
(i ) On a lu avec plaifir la defcription du Lutria
vivant de M. G.
22 MERCURE DE FRANCE .
Dont il compofoit fon Lutrin.
Ainfi dans les Champs d'lonie ( k)
Jadis le tendre Anacréon ,
Dans des vers remplis de faillie
Faifoit badiner la folie
Sur les genoux de la Raiſon .
Les fleurs du Rofier du Parnaffe
Sont vos vers , Poëtes fameux.
Il y manquoit un choix heureux ;
*** Vint , le fit avec grace ,
•
Et fon bouquet mis fous nos yeux ,
Offre un mêlange ingénieux ,
Dont l'efprit jamais ne fe laffe ,
Et que le coeur goûte encor mieux.
Clio vit le larcin , & d'un regard févère ,
Prétendoit le réprimander ,
Mais bien- tôt l'Amour la fit taire.
Ce Dieu la charge de garder .
Toutes les Rofes de Cythère ;
Elle n'a garde de gronder ! ...
Apollon à fa foeur le lendemain s'empreffe
De montrer fon Rofier chéri :
Mais quel objet pour fa tendreffe ! ...
Plus de Rofes , l'arbre eft flétri .
Il appelle Clio » venez , venez , traîtreſſe
Où font mes fleurs ? Hélas , dit- elle fans détouf
(k ) Anaeréon étoit de Théos , Ville d'lonie,
AVRIL. 1764. 23
» J'ai laiffé tout prendre à l'amour ,
» Je n'attendois pas la fageffe.
Par M. CCOOSSTTAARRDD ,, Fils,
VERS à une Belle incrédule , par M.
Y *** , de l'Académie Royale des
Belles- Lettres de CAEN.
Vousn ous niez la Divinité ,
Iris , quelle folie extrême ,
Quand malgré vous votre beauté
Vous annonce un Etre fuprême.
LE BAL DE L'OPERA ,
ANECDOTE
Qu'on prendra pour un Conte.
EN vérité , Madame , vous êtes d'une
gaucherie qui ne reffemble à rien ! vous
affichez la gravité jufque dans le centre
des plaifirs ! c'eſt une erreur : je dis plus ,
Madame , je dis plus , c'eft exactement
un crime contre l'ufage. Le plaifir eft
une rofe : il eft des Peuples affez mauffades
pour ne la chérir qu'autant qu'elle
24 MERCURE DE FRANCE.
eft hériffée d'épines. Nous autres nous
n'aimons point une conquête difficile .
Nous voulons aimer , le dire , & triompher
: Un plaifir ceffe de l'être lorsqu'il
eft acheté. Survient- il une vapeur , un
caprice , un rien : eh bien l'on fe quiton
ne s'aime plus , mais l'on s'eftime
encore ; voilà tout . Avouez , Madame
, que les François fçavent manier
merveilleufement bien l'amour!
C'étoit à-peu -près en ces termes , que
le Marquis d'Arimon tachoit de calmer
les fcrupules d'une très- jolie femme que
le reflux du Bal de l'Opera avoit amenée
à fes côtés .
Beau Mafque , lui dit la Dame inconnue
, qui l'avoit reconnu au premier
inftant , vous êtes d'une folie outrée : vos
propos font légers , femillans ; mais ils ne
font pas toujours dictés par le refpect..
Le refpect ! ah bon , Dieu le refpe &t ! -
je vous devine ! oui fur mon honneur ,
je tiens la clef de l'énigme ! je juge à ce
feul mot , que vous êtes mariée , vous
vous déconcertez ? allons , avouez-lemoi
de bonne grace.Eh ,mais , Monfieur
, quand il feroit vrai , faudroit - il
en rougir ? - Non , Madame , ' je ne
porte pas la févérité fi loin ; ce n'eft
pas d'être mariée qu'il faut rougir..
C'eft
AVRIL. 1764. 25
*
c'eft d'en faire un mystère. A dire vrai ,
eft il une chofe de convenance mieux
imaginée que le mariage ? Tant qu'on
eft fille , on eft affervie à mille petits préjugés
, il faut motiver tous fes pas ,
dif
cuter chacune de fes démarches , fe malquer
enfin jufqu'à l'âme Sitôt qu'on eft
femme , la fcène change : le préjugé s'évanouit
, la liberté refte. A l'abri d'un
nom qu'on échange contre le fien , il
eft permis d'avoir des manières , de fe
livrer au tumulte du monde , quelquefois
même d'être extravagante ; & fouvent
l'eftime qu'on accorde au mari , eft
en raifon des folies de la femme . - Vous
parlez à merveille on diroit
que vous
tenez la clef de nos coeurs : mais , pour
connoître fi bien le mariage , il faut en
avoir fait une épreuve . Oh ! l'épreuve
eft toute faite, Madame.- Comment ?-
Oui , Madame : mon Père étoit attaqué
de la Poftéromanie ; il crut qu'il étoit
temps d'affurer l'éternité de fon nom.
Un beau matin il me mena chez un de
fes vieux amis : ce vieil ami avoit une
fille très-jeune , qui fortoit pour la pre-
-
* Tous ces propos & ceux qui fuivent font des
propos de bal , par lefquels il faut bien fe garder de
juger de la morale de l'Auteur.
II. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE,
mière fois du Couvent. La vifite achevée,
il me demanda fi cette Agnès me pouroit
convenir? Je lui répondis qu'à l'innocence
près , elle me convenoit au mieux. La feconde
vifite , je m'approchai un peu plus
près d'elle . Elle étoit tremblante . Pour la
raffurer , je lui débitai toute entière une
page des Délices du Sentiment, que j'avois
apprife par coeur. Elle commença à minauder
, à baiffer les yeux. Je faifis une
main paffablement bien tournée ; on fe
fàcha , on cria au téméraire; je criai à l'indifcrette
; & le tout fe termina par me la
laiffer baifer. Le lendemain je l'époufai ;
le lendemain je la menai en grande pompe
en loge à l'Opéra , où je jouai le doucereux;&
le lendemain je l'oubliai . Il y a!,
edcrois , plus de trois mois que nous
fammes enfemble. Jugez , Madame
s'il feroit décent à un honnête homme
-de conferver après des fiècles , le fouvenir
de fa femme Eh bien ! admirez ce
que c'eft que le rapport : j'aurois parié
que vous étiez le Marquis d'Arimon :
mais je m'apperçois que je me fuis trompée
bien lourdement. C'eft un de ces.
hommes affez peu délicats pour aimer
leur femme ; mais pour l'aimer juſqu'à
la jaloufie ! On fe dit à l'oreille le tour
qu'il vient de lui jouer . Il a fait coucher
AVRIL. 1764. 27
fa femme devant lui , de peur qu'elle ne
vint au Bal de l'Opéra. Que penſezvous
de ce tour ? ajouta-t - elle. - Ce que
j'en penfe, reprit le Marquis, en affe&tant
un air de plaifanterie ; ce que j'en penſe ?
C'eft que le tour eft abominable . Le
connoiffez-vous cet imbécile ? Moi ', Madame
! vous me faites une injure gratuite,
répliqua- t -il , en tâchant de dérober fon
troubles fon nom n'eft pas même parvenu
jufqu'à moi . C'eft fans doute un de
ces Provinciaux qui font confifter bonnement
leur honneur dans la vertu de
leurs femmes. C'est à coup für un Campagnard
qui n'a pas la moindre notion
de fon Paris . Mais , Madame , il feroit un
tour délicieux à lui jouer . Pourquoi fa
femme ne profite-t- elle pas de fon abfence?
Il feroit affez plaifant que le Marquis
apprît à fes dépens à connoître mieux
une autre fois , les loix de l'ufage.
Mais , oui , ce feroit un tour affez piaifant...
Comment , affez plaifant ? Le terme
eft admirable : dites plutôt , Madame
, dites un tour impayable !
Ce fut par beaucoup d'autres propos
femblables , que le Marquis tâcha de perfuader
à l'inconnue , qu'il n'étoit rien
moins que le Marquis d'Arimon : mais
elle l'avoit reconnu à des indices trop
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
certains , & elle demeura intimement
convaincue que c'étoit lui . Elle crut même
avoir des raifons folides pour pouffer
l'aventure jufques à la fin .
Eh bien , beau Maſque ! reprit-elle ,
après plufieurs tours de Bal , qu'eft donc
devenue votre gaîté ? Je pense que vous
vous aviſez de réfléchir Il eſt vrai, Madame
, & très - férieufement - Sérieufement?
Ah! voilà qui eft impardonnable …
Point du tout , Madame. Eh ! qui donne
un plus vafte champ aux réfléxions , que
des fcrupules des femmes ? Ma foi rien
n'eft plus propre à faire tomber dans la
mélancolie. Heureufement j'apperçois
le Chevalier D ***. C'eft celui-là qui
fçait fon Paris par coeur. C'eft un garçon
judicieux , qui paffe une moitié de fa vie
à tromper les femmes , & l'autre à duper
les pauvres maris . Au demeurant , c'eft
un parfaitement honnête homme , un
garçon d'honneur. Eh ! Chevalier , lui
dit -il en l'abordant , on a befoin ici de
ta préfence . Voici un Mafque charmant
dont il faut m'aider à vaincre les fcrupules.
Je ne m'en ferois jamais douté , reprit
le Chevalier , avec un grand fang
froid ( car fon coeur lui avoit fait reconnoître
le Mafque dans la minute ) . Cette
raille nous promet beaucoup de charmes.
AVRIL. 1764. 29
En vérité , je trouve quelquefois les femmes
d'une fingularité qui me paffe ! Elles
croyent avec fimplicité à mille petites
vertus , qui n'ont jamais eu d'éxiſtence
que dans les cerveaux creux de quelques
Maris. Eh , Mefdames ! daignez de grace
vous rapprocher de la nature. Eft- il
rien de fi naturel que d'être belle ? Eftil
encore rien de fi naturel que d'en
convaincre tout le monde ? Croyez que
je vous parle vrai , Madame ; je vous
respecte trop pour employer des raifons
bien folides & bien ennuyeufes pour
vous perfuader. C'eft par un moyen plus
honnête & plus fenfible, que je veux vous
convaincre. Par éxemple , jettez un
coup-d'oeil fur les loges. Voyez-vous ce
mafque rofe & argent ? fes yeux landent
des éclairs ; un regard n'attend pas l'autre,
ils fe fuccèdent avec la rapidité des
éclairs. Eh bien, elle touche à peinerau
deuxième mois de fon mariage : & cependant
vous fçavez fon hiftoire. A fes
côtés eft un Mafque brun : elle eft célébre
par fon aventure avec Dorilas . Vous
connoiffez fans doute cet événement . Si
je le connois , reprit avec enthoufiaſme
le Marquis . Je fais plus , car je l'envie .
Voilà de ces aventures qu'on payeroit
au poids de l'or. Une feule fuffit pour
Biij
30 MERCURE DE FRANCE .
nous mettre au niveau des Courtifans les
plus courus & les mieux fêtés. Sçavezvous
, Chevalier , que cela rend illuftre ?
Mais apprenez - nous quelle eft cette
Belle aux yeux bleux fi doux , fi languiffans
? Eh quoi s'écria le Chevalier
vous méconnoiffez Fidelia , à la folitude
qui règne autour d'elle ? C'eft elle qui a
époufé un Cavalier de la figure la plus
aimable , qu'elle abhorre , pour idolâtrerun
homme à faire peur, & qui femble
s'entendre avec le mari , pour réfifter
à toutes fes avances. Voyez commeelle
eft ifolée: à peine s'échappe- t-il de fon
côté quelques regards qui vont mourir à
fes pieds. La mélancolie a pris dans fes
yeux la place de la gaîté. Auffi de quoi
s'avife-t-elle , de traiter férieufement l'amour.
C'est un enfant charmant , mais
folâtre ; il faut fe plier à tous fes caprices :
Malheur à celles qui lui voudroient faire
parler le langage de la raifon ; la gravité
l'effarouche il faut le fentir , & non
l'analyfer.
2.
En finiffant ces mots , le Chevalier
ferra la main de la Dame avec un tranfport
qui lui parut plus énergique que
tous ces éxemples. Alors un gros de-
Maſques vint féparer d'eux le Marquis ,
plus attentif à confidérer la Belle aux
}
AVRIL. 1764. 31
yeux bleus , dont on lui faifoit l'hiftoire
qu'à éxaminer ce qui fe paffoit autour de
fui . Madame ! s'écria tout- à coup le
Chevalier , voici une loge vacante ; vous
devez être fatiguée ; profitons- en fi vous
voulez m'en croire. L'inconnue s'y laiffa
conduire ; & continuoit de prêter une
Oreille attentive aux leçons du Chevalier ;
lorfque le Marquis d'Arimon , qui les
avoit fuivis de l'oeil , en ouvrit brufquement
la porte , & trouva fon ami qui
baifoit avec ardeur une main que l'on
n'avoit pas l'air de lui trop difputer.
Il faut avouer , s'écria en riant d'Arimon
, que tu es d'une précifion fingulière
dans tes entreprifes , & que ton
étoile te fert ici bien merveilleufement! Il
eft vrai , reprit le Chevalier , défefpéré
du contre-temps ; l'afcendant de mon
étoile eft bien pour quelque chofe dans
cette affaire - ci : Mais c'eft pourtant à
toi , c'eft aux premiers confeils que tu as
donnés à Madame , que je dois le bonheur
que tu t'avifes fi mal- à -propos de
venir troubler.
A ces mots , il prit une envie de rire
fi démesurée à la Dame , dont le Cheva
lier continuoit de baiſer la main , que le
tiffu léger qui retenoit fon mafque fe
rompit, & laifla voir au Marquis un
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
vifage qui ne lui étoit que trop connu :
c'eft-à-dire , celui de fa femme , qu'il
croyoit alors dans les bras du fommeil .
Le Marquis refta pétrifié , la Dame confondue
, le Chevalier feul conferva fon
enjouement. Eh bien , Marquis ! dit- il ,
en lui frappant fur l'épaule , que penfestu
de cette aventure ? -Que je fuis une
grande dupe- & que tu ne feras pas la
dernière.
VERS à une jeune Demoiselle , en lui
renvoyant les Etrennes maritimes.
FLOR LORE , reprenez vos étrènnes ;
Pour n'être point marin j'ai de bonnes raiſons.
En voyant vos appas , en écoutant vos fons ,
J'ai trop appris à craindre les Syrènes.
Par l'Auteur de l'Epître à Ménalie.
AUTRE S.
A deux jeunes Dlles qui s'appelloient
réciproquement mari & femme.
COUPLE charmant , jeunes beautés ,
Vous ufurpez nos droits & non nos qualités.
AVRIL. 1764 . 33
En vous liant des noeuds du mariage ,
C'eſt nous ôter un avantage
Qu'on ne peut remplacer par le feul fentiment.
Rompez , rompez un vain engagement ,
Des droits d'amour hymen fçait trop l'uſage ;
Et vous feriez enfemble un trop mauvais ménage
Pour n'en vouloir pas faire un bon féparément.¸
Par le même.
PROVERBE S.
AIR: Nousfommes Précepteurs d'amour.
DAMI
A MIS , vos pas font fuperflus ,
Si vous cherchez quelque reſſource :
Des politeffes , rien de plus :
On eft ami jufqu'à la bourfe.
Ma femme eft fage , Dieu merci :
Je fais le maître , elle cft maîtreffe..
Mille écus par an , fans fouci :
Contentement paffe richeſſe.
Une fillette quelquefois ,
Pour un amant fe détermine ;
Trompée , elle fe mord les doigts..
Voit-on des Rofes fans épines ?
B v
34 MERCURE DE FRANCE. ,
Iris dit qu'elle a deux amans ,
L'aveu paroît affez étrange ;
C'eft les vouloir rendre inconftans.
Moutons comptés le Loup les mange..
Vous , fans naiffance & fans talens ,.
Bouffis de votre patrimoine ,
Vous vous parez bien vainement ;
Car l'habit nefait pas le moine.
Cléon dans les entêtemens ,
Avec aigreur perfifte encore.
Il eft écrit qu'on perd fon tems ,
A laver la tête d'un møre.
Cloris d'un amant craint la voix ,
Et tous les jours Cloris l'accueille.
Onne doit point aller au bois ,
Quand on appréhende la feuille.
L'eſprit fans la réfléxion ,
Souvent fait faire des bévues.
Peaux de Renard & de Lion
Doivent enfemble être coufues.
Vous vantez inutilement.
Et mon efprit , & ma droiture.
Ein contre fin affurément ,
N'eftpas bon pourfaire doublure.
AVRIL. 1764. 35
Liqueurs , vin vieux & vin nouveau ,
Font qu'aujourd'hui Damon trépalles
Enfin , tant va la cruche a l'eau ,
Qu'à lafontaine elleſe caſſe.
On dit qu'Orgon n'eſt pas content
Du préfent que lui faît Alcide.
Cheval donné veut cependant
Qu'on ne regarde pas la bride.
Mondor difoit j'ai du crédit ,
J'aurai la place la plus haute 3.
Timon l'obtient , & chacun dit :
Mondorcomptoit , maisfansfon hôte..
Erafte trop ambitieux ,
Se voit réduit à la beface.
Phaeton fut-il jufqu'aux cieux ?
Non , mal étreint qui trop embraffes.
D'un fot orgueil Lubinpourvu :
De les voiages vous affomme :
Il a tout fait , il a tout vu .
A beau mentir qui vient de Rome.
Par M, FUZILLIER , à Amiens .
BvD
36 MERCURE DE FRANCE.
A Madame D...fous le nom de
Conftance.
Poëtes fameux , dont les pénibles veilles
Nous ont produit de ſi beaux vers !
O vous ! qu'admire l'Univers ,
Dont vous nous peignez les merveilles :
De vos nobles travaux que! peut être le fruit ?
Quelque fumée , un peu de bruit ;
Voilà cette immortelle gloire
Qu'on nomme hautement les faveurs d'Apollon .
Pour être infcrits au Temple de Mémoire ,
Que vous avez gémi dans le facré vallon ! ...
De votre fort au mien , quelle eſt là différence !
Jugez , Mellieurs les Beaux- Eſprits :
Vous ne vivez qu'en eſpérance ,
Tandis que mes foibles écrits
Sont couronnés d'un bailer de Conftance.
A Madame
CELIMENE à mon coeur à remis fon deſtin ;
Mon coeur à fa tendreſſe à remis la fortune :
Nos deftinées ainfi jamais n'en feront qu'une.
En vain le monde dit , toute chofe afa fin :
AVRIL. 1764. 37
Nous fçavons trop , pour croire à cette erreur
commune ,
Que quand l'amour à l'eftime s'eft joint ,
Et le bonheur & l'amour n'en ont point.
PARADOXE Littéraire fur les Rois de
France appellés FAINÉANS .
LEE
furnom de Fainéans , donné aux
derniers Princes de la première Race de
nos Rois fans beaucoup de fondement , a
trompé jufqu'ici tous ceux qui , croyant
trouver dans les Hiftoriens des premiers
temps de notre Monarchie les interprêtes
fidèles de la vérité , ont penfé d'après leur
témoignage qu'ils méritoient tous ce titre
odieux. J'effaye aujourd'hui de laver la
mémoire de la plupart d'un accufation fi
déshonorante ; & j'efpère d'autant plus
y réuffir , que je tirerai mes preuves
du fonds même de l'Hiftoire , en les appuyant
fur des faits reconnus pour inconteftables
.
Quand on cherche fincèrement la vérité
, il faut écarter tous les nuages qui
pourroient l'obſcurcir : ainfi commencons
par prendre une idée claire & précife
des fonctions attachées à la place de
38 MERCURE DE FRANCE.
୨୯
ces Sujets fameux qui faifoient , dit- on ,
trembler leurs Maîtres , ou plutôt qui
n'en reconnoiffoient aucun . Les Maires.
du Palais , dans leur origine , dit un illuftre
Sçavant , repréfentoient celui qui
eft aujourd'hui en Efpagne le Grand-
Maître ou Majordome ; & c'eft- là l'idée
qu'on doit avoir de tous les Maires du
Palais qui fe trouvent nommés dans
l'Hiftoire avant la mort de Dagobert I.
Leur puiffance s'accrut , il eſt vrai , après
la mort de ce Prince ; & cet emploi , qui
n'étoit donné d'abord que pour un
temps , devint par la fuite héréditaire
dans les familles. Ils ne commandoient
d'abord que dans le Palais de nos Rois ::
ils fçurent fe rendre néceffaires ; ils devinrent
bientôt premiers Miniftres , & on
ne tarda pas à leur confier le commandement
des Armées. Ce fut alors qu'ayant
la force en main , le titre de Maire du
Palais leur parut n'exprimer que foiblement
l'étendue de leur puiffance ; ils prirent
celui de Ducs des François. Tous ces
changemens nous prouvent que l'ambi-,
tion fut toujours la même chez les hommes
adroite ou hardie , prudente ou
diffimulée , rarement eft-elle délicate fur
le choix des moyens qu'elle employe
pour parvenir à fes fins. Ce qu'il y a de
AVRIL 1764. 39%
fingulier , & que d'autres ont fûrement
remarqué avant moi , c'eft que les femmes
, ces mobiles ordinaires de toutesles
grandes révolutions , n'eurent aucune
part à celle-ci.
Sept de nos Rois font compris fous .
l'odieufe dénomination de Fainéans..
éxaminons fi tous les fept ont mérité véritablement
de porter ce titre.
Thierri III. eſt à leur tête. En lifant
fon Hiftoire , on voit un Prince brave &.
courageux , qui fouffre avec impatience
la protection que Pepin , fon Maire du
Palais , accordoit aux Rebelles , & qui
lève une armée pour l'en punir. Ce ne
fut pas la première fois qu'on vit fuc--
comber celui qui avoit le bon droit de
fon côté ; Thierri fut défait , & fa mort
fuivit de près fa difgrace. Il eft vrai
qu'elle ne fit pas plus d'éclat que celle
d'un fimple particulier , & ce fut fùrement
un trait de la politique de Pepin ,.
qui avoit de bonnes raisons fans doute
pour étouffer le bruit d'un pareil événe--
ment.
Clovis III , fils de Thierri , fuccède à
fon père. Mais que pouvoit- il faire dans
le court efpace d'un règne de cinq années
contre un Sujet auffi puiffant & auffi ac
crédité
que Pepin ?
40 MERCURE DE FRANCE.
Childebert II , frère de Clovis , monte
fur le Trône après lui . Si l'on peut être
grand homme fans être Conquérant , le
furnom de Jufte que lui donnent les Hif
toriens , dépofe en fa faveur.
Je ne diffimulerai point que fon fils
Dagobert III eut peu d'autorité. Prince
foible & timide , fes Peuples fe révokèrent
contre lui ; & il eut fi peu de puiffance
, qu'on ne refpecta pas même fon
fang après fa mort.
Daniel , fils de Childeric II, fut reconnu
pour Roi,& fut nommé Chilpéric.
Le mettra-t-on au nombre des Rois
Fainéans , ce Prince illuftre qui , ſecondé
de Rainfroy , fon Maire du Palais ,
repouffa à diverfes repriſes les efforts de
Charles Martel, & ne céda enfin qu'après
avoir long-temps combattu ?
Thierri IV, fon fucceffeur , placé fur
le Trône par la main du Maire du Palais
, le laiſſa agir d'abord par reconnoiffance.
Si dans la fuite nous ne voyons pas
qu'il ait tiré vengeance de l'infulte fanglante
qu'il reçut lors du Traité d'Aquitaine
, conclu avec Herald, fils du fameux
Duc Eudes , il eft à croire que les
moyens lui manquèrent , ou que s'il·les
eur, la mort l'empêcha d'en faire ufage.
L'interrègne qui fuivit la mort de
AVRIL. 1764. 41
Thierri , en augmentant les reffources
de Charles Martel, mit Childeric III
dans l'impuiffance de lui réfifter ; & il
ne faut pas conclure que ce Prince n'eut
aucunes vertus , parce qu'il fut malheureux
tout ce qu'on en peut dire , c'eft
qu'il ne lui fut pas poffible de les mettre
au jour.
EPITRE.
A M. le Comte de M.... Capitaine
de Cavalerie.
ENFANT chéri de la Nature ,
Né pour le bonheur des humains ,
C'eſt à toi ſeul , fage Epicure ,
Que je dois mes heureux deftins !
Tes dogmes gravés dans mon âme
Réglent mes tranquilles defirs ;
Tout m'amuſe , rien ne m'enflâme ,
Et mes travaux font mes plaifirs.
Dieu féduifant de l'harmonie ,
Prête-moi tes pinceaux flatteurs ;
Que la riante Poëſie
Vienne parer de fes couleurs.
L'agréable Philofophie
Dont je fais la régle des moeurs.
Arrachés du fein, de la mère ,
42 MERCURE DE FRANCE.
Nos cris annoncent les douleurs ,
Et nos yeux ont verfé des pleurs
Avant d'avoir vu la lumière.
On nous ravit la liberté
Avant d'en connoître l'ufage .
Qu'un trifte enfant emmaillotté.
Repréfente bien l'esclavage !
Si jamais le Dieu de l'Amour
De l'hymen me rend tributaire
Mes enfans en voyant le jour ,
Viendront dans les bras de leur père ::
Leurs mains pourront en liberté
Careffer le fein de leur mère
Qui s'ouvre à leur avidité.
Quelle odieufe indifférence
Soumit les jours de notre enfance
A des Pédans durs ou flatteurs
Pourquoi des leçons étrangères ?
Nous faut-il d'autres Précepteurs-
Que les exemples de nos pères ,
Et d'autres tableaux que nos moeurs?
Quelle inconcevable manie
A porté les foibles humains
A paffer dix ans de leur vie
Avec les Grecs & les Latins ?
Ah ! plutôt qu'au printemps de l'âge ,,
Des Mufes le doux badinage ,
En amuſant notre loifir ,
Nous enfeigne l'art de jouir.
AVRIL. 1764 . 43
Qu'une folitude agréable ;
Nous délivre de ces inftans ,
Où las des femmes , de la table ,
On fuit tous les amuſemens :
Nous y ferons loin des Sçavans
Des Livres un commerce aimable ,
Et de l'Etude un paffe-temps.
Les Arts , enfans de la Nature ,
Viendroient en troubler le repos;
L...... de la Peinture
Conduiroit les rians pinceaux ;
Les Eléves de Polymnie
Régleroient les fons de la voix ,.
Et l'air fous leurs agiles doigts
En feroient briller l'harmonie..
Tels ont été les fentimens
Du Philofophe de la Gréce.
Ce doux ami de la foibleffe
Nous guidant felon nos penchans ;,
Nous conduiroit à la vieilleffe
Par des chemins toujours rians.
Par M. de L. R. du M..iz
44 MERCURE DE FRANCÉ.
TRADUCTION libre d'un Extrait de
l'Idylle de MoSCHUS , fur la mort
de BION , fon Maître.
BOCAGES de Sicile , & vous Óndes plaintives ,
Uniflez vos regrets à mes lugubres chants ;
Fleuves délicieux qui coulez fur ces rives ,
Mêlez votre murmure à mes accords touchans !
Epanouiffez -vous fur vos tiges mourantes ,
Fleurs , & néxhalez plus vos fuaves odeurs ;
Roſe , cache à mes yeux tes couleurs éclatantes ,
Dérobe tes beautés , partage mes douleurs !
Bion meurt ...il n'eft plus ! vous fombres Hya
cynthes ,
Parlez , & montrez - nous dans vos couleurs éteintes
Montrez-nous triftement le fujet de nos pleurs.
Soupirez avec moi , Mufes Siciliennes ;
Uniffons nosfanglots , vos douleurs font les miennes.
Vous, Roffignols plaintifs fous ces ombrages frais ,
Aux Ondes d'Aréthufe apprenez nos regrets :
Bion meurt ! ... avec lui le Dieu de l'harmonie ,
En foupirant encor fuit ces triftes climats ;
Les yeux baignés de pleurs la tendre Polymnie ,
Nous quitte pour jamais , & marche fur fes pas.
Soupirez avec moi , Mufes Siciliennes ,
Uniffons nosfanglots ,vos douleurs font les miennes,
AVRIL. 1764.
45
Cygnes , mélodieux , dans vos triſtes chansons ,
Déplorez nos malheurs fur les bords du Méandre ;
Pleurez ce beau berger ; chantez d'une voix tendre
Comme il chantoit jadis dans ces riants vallons.
Couché nonchalamment fous un épais feuillage ,
Ses fons harmonieux s'élevoient dans les airs :
Mais hélas defcendu fur le fombre rivage ,
Il médite à préfent de lugubres concerts.
Vous qui dans nos forêts imitez fes accens ,
Volez fur ce Cyprès, oifeaux de ce bocage ;
A fes mânes divins rendez encore hommage ;
Honorez fon tombeau par des accords touchans.
Vous qui vivez de fleurs , Colombes gémillantes ,
Venez , venez pleurer dans ce fombre réduit ;
Et quand le jour fuira vers les Mers inconſtantes ,
Apprenez nos douleurs aux ombres de la nuit.
Soupirez avec moi , Mufes Siciliennes ;
Uniffons nosfanglots , vos douleursfont les miennes.
Qui pourra déformais enfler tes chalumeaux ,
Trop aimable berger ! hélas depuis ta perte ,
Les plaifirs ont quitté cette rive déferte ,
Nos chants n'éveillent plus les flolâtres échos.
Une fombre langueur s'eft ici répandue ;
Le Dieu Pan le retire au fond de nos forêts ;
Je tiens languiffamment ma flute fufpendue ;
Ce rivage n'entend que mes triftes regrets !
46 MERCURE DE FRANCE ,
ر
Voyez dans nos vergers une naiffante Rofe ,
Etaler à vos yeux fa fuperbe couleur ;
Par les pleurs du matin à peine eſt-elle écloſe ,
Que le midi la voit tomber dans la langueur.
Mais lorfque le printems fur fon aîle riante ,
Raméne dans nos bois Flore avec le plaifir ,
On voit briller encor ſa beauté renaiſſante ,
Et fon ſein ſe r'ouvrir aux baifers du zéphir.
Hélas il n'en eft pas ainfi de notre vie !
A peine goutons- nous la douceur des beaux jours
Que par les coups du fort elle nous eſt ravie.
La mort vient , nous tombons , hélas ! & pour toujours.
Par M. Br.... d Angers.
A une jeune Dame qui venoit de jouer
fur un Théâtre particulier le rôle de
la SERVANTE MAITRESSE, dans
la Piéce du même nom.
DEE Pandolphe chacun partage la foibleſſe.
Qui ne feroit ému de tes divins accens ?
Que tu mérites bien le titre de Maîtreſſe !
C'est toi qu'on doit fervir : tes yeux font fi puiffans
!
Où brilleront ces yeux , regnera la tendreſſe.
AVRIL. 1764 . 47
Tu charmes tour-à-tour l'efprit , le coeur , les
fens.
Pour te peindre , il faudroit raffembler fur tes
traces
Le Goût , le Sentiment , la Fineffe & les Grâces.
Par M. GUICHARD .
SUITE des Lettres à SOPHIE,
JE
LETTRE III.
A une heure & demie de la nuit.
E vous écris de mon lit. Je laiffe courir
ma plume : mon coeur dicte ce qu'elle
trace. Aimable Sophie , je ne puis vous
exprimer mes peines. Pourquoi m'accufer
d'être volage? Ah! fi l'on me reproche
de la légèreté , c'eft que jufqu'à préfent
je n'avois guères connu l'amour . Je ne
vous avois pas vue : je prenois mes goûts
pour des paffions. C'eft peut être un malheur
pour moi de vous connoître. Que
je vous aime ! Ce n'eft point le preftige
des fens qui me féduit ; c'eft l'affemblage
de tous les fentimens honnêtes qui m'attache
à vous pour jamais. Au nom de
tout ce qui vous eft cher , ne quittez jamais
votre amant. Il fouffre , il eft mal48
MERCURE DE FRANCE.
heureux , il eft délicat & fenfible. Ses
larmes coulent. . . . . Ma bonne Amie
que vous me connoiffez peu , fi vous
doutez de mes fentimens !
LETTRE IV.
ENCORE
A minuit.
NCORE une Lettre , de mon lit. Je
veux vous écrire tous les foirs , & vous
rendre compte de tous mes fentimens
de toutes les affections de mon âme.
Hélas ! ne vous devrai- je jamais un inftant
de joie ? Le plaifir de m'occuper de
vous fera-t- il donc toujours mêlé de regrets
& de peines ? Que faites-vous , ma
chère Maîtreffe , tandis que l'ennui me
confume ? Songez-vous que vous avez
un Amant qui ne refpire que pour vous ?
qui ne voit & n'entend que vous ?
Nous eûmes hier un fpectacle intéreffant.
Toute la ville entouroit une Angloife
qui , fans contredit , eft une rare
Beauté. Rien de plus régulier que fon
vifage ; rien de plus fin que fes traits.
Elle a des cheveux noirs qui relèvent la
blancheur de la plus belle peau , des
yeux charmans , une bouche parfaite .
Tout le monde en étoit enchanté , &
moi
AVRIL. 1764: 49
moi je difois tout bas ; ma chère Sophie
eft plus aimable encore . Cette Angloife
eft belle , ma Maîtreffe eft raviſfante
fes regards expriment bien mieux
le fentiment. Quand pourrai - je y lire
encore mon bonheur ? Je précipitois
l'Etrangère du trône qu'on élevoit à fes
charmes , & j'y plaçois avec tranſport
l'Idôle de mon coeur. Daigne , du haur
de ce trône , écouter les voeux d'un infortuné
qui t'adorera toujours ! daigne
lui fourire , & le plus grand Roi du monde
enviera mon fort. Mon aimable , ma
chère Sophie , vous êtes tout pour moi :
fans vous , je ne veux plus de la vie. Que
ferois-je de ce préfent funefte ? La mort
vaut mieux qu'un éternel défefpoir.
On m'a fait trembler. Dorval, m'a-t-on
dit , s'eft informé de votre fortune ; il a
fongé à vous. Je crains peu cette âme
vile ; mais verrois je un rival plus heureux
me fermer votre coeur , ce coeur
qui feul peut m'attacher
à la vie , de qui dépend
la douceur
de mes jours ? O ma chère Sophie
! je fuis tranquille
, je fçais
compter
furvous. Je vous embraffe
mille fois , & je vais tâcher
de m'endormir
. Puiffe
un fonge
flatteur
charmer
un inf- tant mes peines
. Hélas
! je ne puis donc jouir que d'un bonheur
imaginaire
? La
II.Vol
.
C
50 MERCURE DE FRANCE.
plus douce illufion ne vaudra jamais la
réalité.
JE
LETTRE V.
E ne vous écrivis point hier au foir. La
mélancolie fombre qui fatiguoit mon
âme eût paffé dans ma Lettre , & ne
vous auroit pas amufée. Je fuis un peu
mieux , & ma plume fe trouve fous ma
main. Elle s'y trouve fouvent. Si je ne
m'en fuis pas fervi hier au foir , combien
de fois mes ardens foupirs , mes tendres
difcours alloient chercher ma Sophie !
Que vous êtes aimable ! lui difois-je tout
ému. Quelle grâce ! quelle douceur !
que vous êtes ingrate , fi vous ne m'aimez
pas ! Que la chaîne qui m'attache à
vous eft forte & charmante ! Ah ! fouvenez-
vous de ce jour où je vous remis
une Lettre en vous quittant. Vous la refufiez
, cruelle ! Vous avez vu mon trouble
, mon accablement. Mais pourrai-je
vous exprimer le délire & l'agitation de
mon âme , quand je pris cette main dans
la mienne ? Dieu , quel moment ! Je
fentis qu'elle fe laiffoit ouvrir pour receAVRIL.
1764. 51
Voir cet heureux billet.... Je tremblois
de joie , ma bonne amie ; je ne pouvois
parler.... Ah ! fi j'étois parti fans vous
laiffer ce gage de mon amour , fi vous
l'aviez abfolument refufé ; fi vous aviez
eu cet excès de rigueur , oui , la mort
m'eût femblé moins affreufe ; je l'euffe
préférée fans héfiter au tourment , à
'horreur de vous déplaire. O mon aimable
Maitreffe quel eft donc cet amour
que vous m'avez infpiré ? Il me confume
tout entier. Mon coeur y pourra - t - il fufre
? Hé ! comment ne pas m'abandonner
au penchant qui m'entraîne ? Vous
êtes belle fans doute ; mais le charme
qui m'attire & me fubjugue eft dans votre
âme. C'est elle qui fe peint dans vos
traits , dans vos yeux ; c'eft elle qui donne
de la vie à vos grâces. Vous me faites
fentir que l'attrait de la beauté tient à la
vertu. Il en eft comme du génie ; il s'altère
& s'éteint à mefure que l'âme fe
corrompt. De même , une femme fans
moeurs peut féduire ; mais je doute fort
qu'elle puiffe toucher & fixer long-temps
les adorateurs de fa figure . On croit
bientôt démêler , dans fa phyfionomie,la
baffeffe des fentimens de fon coeur. Ce
n'eft plus le même objet ; il femble que
fa beauté difparoiffe à mesure que fon'
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
âme fe dégrade. Pour vous , ma chère &
refpectable Amie , j'aurai toujours de
nouvelles raifons de vous aimer davantage
. Je vous trouverai toujours plus
charmante ; ou , fi l'amitié fuccède enfin
à l'amour , elle lui reffemblera fi bien ,
que la différence ne fera guères fenfible .
Douce & tendre Sophie ! unique Amie
de mon coeur ! nous trouverons toujours
dans la candeur & l'honnêteté qui nous
animent , les délices du fentiment ; & le
fouvenir de nos premiers feux répandra
jufques fur nos vieux jours le charme de
notre heureuſe jeuneffe.
L E mot de la premiere Enigme du
premier volume du Mercure d'Avril eft
la Cheminée. Celui de la feconde eft le
fufeau. Celui de la troifiéme eft, fafcia,
bandeau royal , bandage de Chirurgien ,
fublatâ litterâ remanet afcia , une hache.
Celui du premier Logogryphe eft le Logogryphe
lui même , dans lequel on trouve
Loi , Roi , lyre , gloire , loire horloge
, loge , gril & orge. Celui du ſecond
eft Cordon . On y trouve cor , or,
roc , don , on , nord , rond.
•
AVRIL 1764. 53
ENIGM E.
JAMAIS par moi lieux bas ne furent habités ;
Mon corps eft agillant fans vies
Et l'on me voit tourner les yeux de tous côtés ,
Quoique de regarder je n'aye aucune envie.
DA
AUTR E.
AN S les forêts j'ai pris nailfance ,
Et rien n'eſt égal à mon fort ,
Puifque ce n'eft qu'après ma mort
Qu'on me voit en grande puiffance.
Je reviens des champs dans les villes ,
J'acquiers de la beauté de maiſon en maiſon ;
Et quand on me pofféde , on peut avec raifon
Croire à l'Etat être des plus utiles .
•
A la Cour chacun me defire ;
Je fuis fi bien auprès du Roi ,
Qu'il veut que je porte avec moi
Quelque marque de fon Empire ;
Mon régne eft celui de la guerre ;
Et bien qu'efclave des humains ,
Quand je tombe en de bonnes mains
Je fais trembler toute la Terre:
C iij
54 MERCURE DE FRANCE .
LOGO GRYPH E.
MON tout , ami Lecteur, eft un objet immonde :
Rien de plus dégoûtant , rien de plus vil au monde ,
Mais divife mon être , & décompofe - moi ;
Sous des traits différens je me préfente à toi.
D'abord j'ai de l'efprit , fi tu m'ôtes la tête
Qu'on m'ôte auffi le ventre , & je fuis une bête.
Coupe de plus ma queue , ô changement fubit !!
Je ceffe d'être bête , & je n'ai plus d'esprit.
Cependant , qui l'eût cru ? quel étrange myſtère !
D'une foule d'enfans je me vois le vrai père.
Mais fi tu rends mon chef;je perds tous mes enfans,
Je le deviens moi- même , & j'acquiers pour pa
rens
Un Chaffeur téméraire , un Animal timide
Que Calchas autrefois immola dans l'Aulide .
Laiffe à côté mon chef , prends maintenant mon
corps' :
Arraches-en le coeur ; & malgré tes e "orts
Succombant à ton tour , d'une main ennemie ,
Te briſe auffi ton corps , je t'arrache la vie .
Mais enfin de mon être ainfi martyrifé ,
De mes membres épars , de mon corps divifé
Prends mon coeur & ma queue , ajoutes-y mas
tête ,
AVRIL. 1764. 55
A l'abri , dans mon fein , tu braves la tempête ,
Tu traverſes les mers , tu vogues fur les eaux ,
En dépit de l'orage , & du courroux des flots .
Be....... p . d. c. d. qu
AUTR E.
DANS un feul mot trouvez Mein , Rhin,,
Rome , miroir , Roi , ris & mife ,
Renom , firop , Rhone & Serin ,
Iphis , Héros , Memphis & Pife.
Par M. LAUS de Boissy .
CHANSON
Imitée de la 40° Ode d'Anacréon.
AIR: De la Romance de Daphné.
Il étoit fête à Cythère ;
Cupidon cueilloit des fleurs.
Bientôt fous la main légère ,
Un bouquet fait pour ſa mère
Brille de mille couleurs.
Civ
56$6 MERCURE
DE FRANCE
.
Le fein vermeil d'une rofe
Vient de s'ouvrir à l'inftant :
A peine il la voit écloſe ,
Que foudain il fe propofe
D'en embellir fon préfent.
Déjà de la fleur vermeille
Il touche un bouton naiſſant ;
Une impitoyable Abeille
Sous les petits doigts s'éveille ,
Et le pique en s'envolant,
Fleur perfide ! ... cruels charmes ,
Dit l'Amour , verfant des pleurs...
Cypris vient à fes allarmes.
Les yeux de l'Amour en larmes
Sont autant de traits vainqueurs.
Je partage ton injure ,
Lui répondit- elle ; mais ..
Dois-je plaindre une piquure ,
Quand tu ris de la bleſſure
D'un coeur percé de tes traits ?
AVRIL. 1764. 57
ARTICLE II
NOUVELLES LITTERAIRES.
LETTRE à M *** , fur le gage de
bataille , en Normandie.
Vous ous défirez fçavoir , Monfieur , ce
qu'étoit en Normandie , la Loi de la
Bataille , par laquelle préfque toutes les
affaires contentieufes étoient terminées ,
fous les Regnes de Rollon , & de fes deffendans
, jufqu'à l'an 1204 , que Philippe
Augufte réunit ce Duché àla Couronne
de France , & les différentes modifications
de cette Loi jufqu'à l'an 1577 ,
qu'elle fut abolie. Voici ce que j'ai pu
recueillir fur ce fujet..
Le Prince Rollon , étant devenu Duc
de Normandie , par la ceffion que Charles
le Simple lui en fit au 10° Siécle , en
912 , donna à fes Sujets des Loix , qui
furent rédigées par les Grands de fes
Etats. Ces Loix étoient fimples ; elles fe
réduifoient préfque toutes , a faire éxaminer
par quatre Chevaliers l'objet
Cy
$8 MERCURE DE FRANCE .
des conteftations ; & fur leur rapport
l'Affife prononçoit. Les Procès n'étoient
ni longs ni difpendieux ; mais dans les
cas où les Chevaliers , après s'être transportés
fur les lieux , pour examiner la
plainte , ne la pouvoient éclaircir , faute
de preuves ou de témoins ; fi la querelle
ne paffoit pas dix fols , celui à qui cette
fomme étoit demandée , étoit renvoyé
hors de cour , en affirmant qu'il ne la
devoit pas . Si la demande paffoit dix .
fols , ou qu'il fût queftion d'ufurpation
d'héritage , & que les Chevaliers ne
puffent, par l'enquête , connoître la vérité
, celui qui étoit accufé étoit obligé
ou d'acquiefcer à la demande , ou de
gager la bataille en pleine affife . Ces
fortes de batailles , qui n'étoient pas
pour caufes criminelles , ne tendoient
point à mort d'homme ; le vaincu perdoit
fon procès , payoit l'amende *
& e. Mais il n'en étoit pas de même des
accufations criminelles dont on ne
pouvoit faire une preuve fuffifante : le
plaintif& l'accufé étoient tenus de combattre
en champ clos , jufqu'à ce qu'il
s'enfuivit la mort d'une des deux parties
; & le vainqueur emportoit gains
* De là le Proverbe ,les Battus payent Pa
made..
S
AVRIL. 1764. 59
de caufe ; car fi l'un des deux fe rendoit
à fon adverfaire , il étoit réputé coupable
, & la Juftice prononçoit fon arrêt:
de mort. Cet ufage étoit fi conforme au
goût & aux moeurs de ces temps - là , qu'il
s'étendoit jufques fur le Clergé & fur
les femmes mêmes avec cette diftinction
cependant, que fi un Clerc non marié
vouloit combattre , l'Eglife n'étoit
pas tenue de le fouffiir , mais que fi un
Clerc marié portant l'habit parti , demandoit
le combat , l'Eglife ne pouvoit:
l'empêcher ; & s'il étoit vaincu , il étoit
puni de la même manière que l'eût été
un Laïc. Lorfqu'une femme étoit accufée
en matière criminelle , ou d'avoir
forfait à fon honneur ; fi aucun Che--
valier ne s'offroit à combattre pour la
défenſe de ſa caufe , elle avoit la liberté
de fe purger par l'igniſſe , c'eſt-à - dire
d'étendre les mains fur un plateau de
fer rouge , monté fur un trépied , fous:
lequel on entretenoit un feu ardent. Six
lorfqu'après les y avoir pofées , elle les
retiroit fans aucun figne extérieur de
brûlure elle étoit déclarée innocente
l'empreinte du feu entraînoit at
contraire après elle la condamnation de
l'accufée.
',
Les hommes pouvoient auffi , forf--
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
qu'ils n'avoient point de Partie civile
qui pût combattre contre eux , demander
à fubir l'épreuve de l'eau . On leur
attachoit les mains aux pieds ; on les
jettoit dans un fleuve . S'ils furnageoient
, leur innocence étoit reconnue ;
& toutes ces différentes manières de
connoître la vérité étoient appellées le
Jugement de Dieu. Il y avoit plufieurs
formes dans les épreuves du feu & de
l'eau dont le détail feroit trop long . On
peut recourir fur ce fujet au Traité des
Superftitions par le Père le Brun.
Voici comment on procédoit à gager
la bataille . Le plaintif citoit aux Affifes
celui qu'il accufoit de lui avoir ufurpé
fon héritage , volé fon argent , ou tué
fon parent. Lorfque l'accufé nioit le
fait , & que la preuve étoit difficile à
faire , le plaintifjettoit un gage dans
l'Audience , comme fon gantelet , fa
ceinture , ou fon écu , & donnoit caution
de foutenir la bataille. L'accufé acceptoit
le défi jettoit pareillement un
gage , & donnoit auffi caution pour la
bataille . La Juftice faifoit relever les
gages , recorder les paroles de l'accufation
& de la défenfe , par fept perfonnes
véridiques & exemples de blâme. Ceux
qui après avoir calomnié ou dit des
AVRIL. 1764.
61
injures à quelqu'un , avoient été condamnés
à fe dédire en pleine Audience
, ou à l'Eglife dans un jour folemnel
, en ſe prenant par le bout du nez ,
& en difant qu'ils n'avoient pas dit la
vérité , ne pouvoient fervir de recordeurs
ils étoient même pendant bien
du temps l'objet de la rifée publique
car la canaille ne manquoit pas de les
reconduire en criant : Il a un pied de
nez. Lorfque le fujet de la bataille étoit
conftaté, les Champions étoient mis dans
la prifon ; on leur donnoit des Maîtres
en fait d'Armes , à leurs dépends , s'ils
en demandoient : les perfonnes de qualité
qui ne vouloient pas fe rendre en
prifon , étoient confiées à des Chevalliers,
qui s'obligeoient à les repréfenter ,
morts ou vifs , au jour que la Bataille
étoit indiquée ; ceci s'appelloit être mis
en vive prifon. Pendant que cette vive
prifon duroit , il n'étoit permis à perfonne
d'infulter les Champions , fous les
peines les plus grièves. Le jour de la Bataille
arrivé, fi c'étoit entre deux Nobles ,
ils étoient tenus de s'offrir a la juftice
armés en guerre ,
auffi-tôt que midi
étoit paffé. Si c'étoit des roturiers , ils
devoient comparoître a la même heure ,
appareillés en leurs livrées ou en leurs
62 MERCURE DE FRANCE .
côtes , avec leurs écus , & leurs bâtons
cornus , armés de draps , de cuir , de
laine , ou d'eftoupes , n'ayant à leurs
bâtons , à leurs armures des jambes , &
à leurs écus , que du feuft , ou du cuir
& ne devant fe fervir pour combattre ,
que de l'écu , & du bâton. Ils devoient
avoir les cheveux rognés pardeffus les
oreilles , & pouvoient être oings , s'ils
le jugeoient à propos . Dans toutes les Batailles
, les armes devoient être égales ; &
pour plus grande régularité , s'il manquoit
un oeil ou un bras à l'un des
Champions , fon adverfaire combattoir
un cuil fermé ou un bras attaché. Le
jour de la Bataille arrivé , les Champions
fe rendoient à la Jurifdiction ; les Juges
recordoient de nouveau en leur préſence,
les paroles fur lefquelles la Bataille
avoit été gagée ; puis on les menoit au
Champ . Cétoit un terrain quarré proche
la ville , entouré de paliffades. Les Juges
s'y rendoient auffi ; & lorfqu'ils étoient
arrivés , pourvu que l'heure de midi
fût paffée un Huiffier crioit à haute.
voix , aux quatre bords du champ : Tels
venez au champ faire votre devoir. Ce
cri fe répétoit trois fois dans une heure .
Au dernier appel les Champions
fe préfentoient à la barrière pour en
"
AVRIL. 1764. 633
trer dans le champ , armés de toutes
piéces. Alors le Connétable , les Maréchaux
* , ou à leur défaut un Chevaliercommis
par la Justice , pour garder les.
lices & barrières , leur demandoit leur
nom , le fujet de leur bataille , & s'ils
vouloient entrer au champ pour combattre
.. A quoi ils répondoient , oui.
Sur leur réponſe , la barrière leur étoit.
ouverte . Deux Chevaliers des plus renommés
conduifoient d'abord PA&teur:
dans fa tente , qui étoit dreffée au côté
droit ; deux autres conduifoient le défenfeur
, dans une autre tente dreffée au
côté gauche. Les deux Champions y
reftoient quelque temps pour fe recueillir
& prier Dieu. Pendant ce temps , lat
Juftice faifoit crier le Baon du Prince
aux quatre coins du champ :» Qu'aucun
» ne fût fi hardi , fous peine de la vie ,
» d'aider ou nuire aux Champions , de
»fait , de paroles , ni de fignes &
» qu'aucun des gens d'armes, qui étoient
35
* Ce n'étoit que lorfqu'il y avoit des batailles .
entre des gens de qualité , que le Connétable &
les Maréchaux y affiftoient. Chaque Province
avoit fes Maréchaux ; ils n'ont été confervés.
que pour celle de France ; mais anciennement
il y avoit des Maréchaux de Normandie , de
Poitou , &c.
64 MERCURE DE FRANCE.
affis autour du champ clos , ne mette
» la main aux lices , ne fe meuve , ne
touffe , ni crache . Ce Baon publié , &
les Champions ayant prié Dieu fuffifament
, ils fortoient de leurs tentes , fe
mettoient à genoux au milieu du champ,
fe prenoient par les mains , juroient de
nouveau les paroles de la bataille ; puis
les Chevaliers leur demandoient s'ils
croyoient à Dieu le Père , au Fils &
au Saint-Efprit ? S'ils n'euffent pas fait
cette profeffion de foi , on ne les au
roit pas laiffé combattre ; mais ils
auroient été punis comme hérétiques ,
parce que ( dit un ancien Commentateur
) il étoit autrefois plus de mécréans
qu'il n'en eft aujourd'hui . Les Champions
juroient en outre de n'employer
aucun fortilége pour remporter la
victoire. Tout ce cérémonial rempli
ils rentroient encore un inftant dans
leur tente pour adorer Dieu : on crioit
pour la dernière fois le Baon du Prince
; on commandoit à tous de vuider
les lices ; les quatre Chevaliers fe retiroient
aux quatre côtés de l'intérieur
du champ , & y reftoient feuls avec les
Champions , pour être témoins de la
bataille , & pour écouter fi dans le combat
l'un fe rendoit à l'autre ; puis on
་
2
AVRIL. 1764. 65
>
crioit aux Champicns de faire leur devoir.
Auffitôt ils fortoient de leurs tentes
& combattoient à pied ou à cheval.
Si l'accufé pouvoit fe défendre jufqu'à
l'heure que les Etoiles devoient paroître
au Ciel l'Acteur étoit réputé
vaincu , » parce qu'il n'avoit pu pron-
» ver par fon corps ce qu'il avoit offert
» de prouver en une heure de jour. Lorfqu'un
des Champions fe rendoit à fon
adverfaire , les quatre Chevaliers commis
à juger de la bataille alloient en
inftruire la Justice ; & le vaincu fubiffoit
la peine du crime pour lequel la
bataille avoit été gagée. S'il étoit tué
dans le combat , fon corps étoit porté
au gibet. Il y a un exemple mémorable
de ceci , dans la Province de Normandie.
Jean , Seigneur de Carrouge , & Jacques
Legris , Seigneur d'Echaufour ,
étoient liés d'une étroite amitié. Carrouge
époufa une jeune & belle femme , &
fit peu après un voyage d'Outre-mer.
Pendant fon abfence , un homme épris
des charmes de la nouvelle mariée , entra
la nuit dans fa chambre , & lui ravit fon
honneur. L'auteur d'une action fi inique
avoit pris toutes les précautions imaginables
pour
n'être pas reconnu. L'épouse
66 MERCURE DE FRANCE.
de Carrouge crut avoir diftingué Legris.
Carrouge ne fut pas plutôt de retour ,
que fa femme fondant en pleurs lui ra
conta fon malheur , & accufa Legris de
ce crime. Carrouge ne pouvoit penfer
que fon ami eût été capable d'une telle
perfidie ; mais fa femme lui fit tant de
fermens , qu'il fe laiffa perfuader. Il affembla
donc les perfonnes auxquelles il
avoit confiance , qui toutes lui confeillèrent
de porter fa plainte au Comte d'Alençon
, Seigneur des deux Fiefs . Les
Parties furent citées . Legris protefta
qu'il étoit innocent , & prouva qu'il
étoit chez le Comte au jour & au mo
ment même que la Dame difoit avoir été
violée . C'étoit prouver l'alibi . La femme
de Carrouge ne pouvoit adminiftrer
de preuves. Le Comte d'Alençon lui dit :
qu'apparemment elle avoit eu un fonge,
dont fon imagination avoit été bleffée ;
& confeilla aux Parties d'étouffer cette
affaire. Carrouge ne put fe réfoudre à la
terminer ainfi , parce qu'elle avoit trop
éclatée ; il la porta au Parlement de Paris
, où elle fut débattue pendant plus
de dix - huit mois. Ce Tribunal enfin
n'ayant pu trouver de preuves contre
Legris , ordonna par un Arrêt de l'an
1386 , que les deux Gentilhommes vui
AVRIL. 1764. 67
deroient leur querelle par un Combat
en champ clos ; que le vainqueur emporteroit
gain de caufe ; que le vaincu feroit
pendu au gibet ; & que fi Carrouge
fuccomboit , fa femme feroit brûlée. Le
Roi Charles VI & toute fa Cour furent
fpectateurs de ce Duel . Les Champions
commencèrent le Combat à cheval; &
n'ayant pu remporter aucun avantage
F'un fur l'autre , ils mirent pied à terre.
Le choc fut terrible . Carrouge reçut d'abord
dans la cuiffe un coup d'épée qui
effraya tous ceux de fon parti ; mais il
ne tarda pas à reprendre fes forces , &
chargea fon ennemi avec tant de furie .
qu'il le renverfa , & lui paffa fon épée au
travers du corps . Tout le monde applau
dit; Legris fut livré au Bourreau , traîné
par les rues , & pendu à Montfaucon.
Carrouge fut fe profterner aux pieds du
Roi , qui le releva , lui fit délivrer 1000 L.
& le retint au fervice de fa Chambre
avec 200 liv. d'appointemens.
Quelques années après un Brigand
ayant été condamné au fupplice , avoua
qu'il étoit coupable du crime dont Legris
avoit été accufé. La femme de Carrouge
fe livra tellement à fes remords que , fon
mari étant mort peu de temps après ,,
elle fe retira dans un Monaftère , pour
68 MERCURE DE FRANCE.
y paffer le refte de fes jours dans une
auftère pénitence.
Tels étoient les inconvéniens de la loi
de la Bataille , dont l'abus s'étoit fait
fentir dans tous les temps. Lorfque
Philippe Augufte réunit la Normandie à
la Couronne , il tint un Confeil à Liſlebonne
dans le pays de Caux , auquel
tous les Ordres de cette Province furent
convoqués , pour ftatuer fur les Loix qui
avoient été établies par les Ducs de Normandie
. Quand il fut queftion de la Bataille
, on décida qu'elle feroit abolie ;
parce que lesforts , qui s'en prévaloient ,
enlevoient aux foibles ce qui leur appartenoit
légitimement ; ou les faifoient paffer
pour coupables lorfqu'ils étoient innocens.
Les chofes reftèrent ainfi juſques
au Règne de Philippe le Hardi, en 1271 ,
qui confidérant que depuis l'aboliffement
de la Bataille , il fe commettoit des crimes
dont on ne pouvoit faire la preuve ,
& dont on ne craignoit plus la punition
par le fort des armes , ordonna que les
Batailles auroient lieu comme auparavant
, dans les cas criminels feulement ,
Mais l'Eglife s'éleva par la fuite contre
des ufages fi contraires à la Religion ; &
finalement , à la réformation de la Coutume
de Normandie , ordonnée par LetAVRIL.
1764. 69
tres du Roi Henri III , données à Blois
le 22 Mars 1577 , le gage de Bataille , &
toutes les épreuves du feu & de l'eau furent
entiérement abolies,
J'ai l'honneur d'être , & c.
C **** , Abonné au Mercure,
>
"
FAMILLES des Plantes , par M.
ADANSON , de l'Académie des
Sciences de la Société Royale de
Londres , Cenfeur Royal. A Paris ,
chez Vincent , Imprimeur - Libraire de
Mgr le COMTE DE PROVENCE ,
rue S. Séverin ; avec Approbation &
Privilége du Roi; 1763 ; 2 vol.in - 8 °,
CET ET Ouvrage , en entier , donne
une histoire générale de la Botanique.
La prémiere Partie contient la théorie de
cette Science , & la feconde eft toute
pratique. Il y régne généralement beaucoup
de méthode ; & nous ne croyons
pouvoir mieux faire faire , que d'en préfenter
l'extrait fuivant fa diftribution .
Dans la première Partie M. Adanfon ,
70 MERCURE DE FRANCE.
expofe l'état ancien & actuel de la Botanique
; il y compare les anciens travaux
des Botaniftes à ceux des modernes. Il
penfe que les défauts que nous croyons
trouver dans les defcriptions des anciens
Naturaliftes Ariftote , Téophrafte Diofcorides
& Pline , ne font qu'apparens, ces
Auteurs ne donnant que des réſultats de
conoiffancesà la portée de tout le monde
& dépouillées des épines de l'Art ; que
fouvent leursTraducteurs ont mal rendu
leurs penfées , faute d'entendre affez la
Botanique. Ce fentiment ne paroît pas
deftitué de preuves » quoiqueThéophraf
» te & Diofcorides , dit- il , qui s'eft at-
» taché particulierement aux plantes , &
» qui s'eft fait le plus grand nom fur
cette matière , n'ayent parlé que d'en-
» viron < à 6000 plantes & les ayent
» décrit de manière , qu'il eft fouvent
» difficile & quelquefois impoffible de
les reconnoître ; on voit néanmoins
» dans nombres d'endroits de leurs
» ouvrages , des traits de lumière & des
» connoiffances fi profondes ,dont quel-
» ques- unes même paroiffent ignorées
» aujourd'hui , & pourroient être appel-
» lées des découvertes renouvellées des
» Grecs , qu'on ne peut s'empêcher de
71 convenir que malgré le mépris que
AVRIL. 1764. 7 ፤
93
quelques Botaniftes modernes affec-
» tant de répandre fur eux , ces grands
» hommes , quoiqu'ils n'ayent pas fait
» de méthode fyftématique , qu'ils ne
regardoient que comme des diction-
» naires trop fuperficiels, avoient comme
» nous des connoiffances de détail dont
» les temps ne nous ont confervé que
» les réfultats généraux. Il eft certain,au-
» tant qu'on en peut juger par ce qui
» nous refte des ouvrages d'Ariftote ,
» de Théophrafte , & de Pline , qu'ils
» ignoroient entiérement des parties
» que nous connoiffons , & que nous
» avons approfondies ; mais il eft plus
» probable, que leurs réfultats généraux
dépendoient de ces connoiffances de
» détail dont ces divins Auteurs laif-
» foient échaper par intervalles de lé-
» gères traces. Ce font de ces faits dont
» ne peut guères douter , tout hom-
» me qui a étudié affez à fond les Scien-
» ce naturelles ; & au lieu de croire que
» les Anciens n'ont adopté telle ou telle
"
-
opinion, que parce qu'ils n'avoient pas
» été auffi loin que nous , nous devrions .
» peut être plutôt penfer que c'eſt
» parce qu'ils avoient été beaucoup plus
» loin , & que des expériences que nous
» n'avons pas encore faites leur avoient
2 MERCURE DE FRANCE.
fait fentir l'infuffifance des méthodes
> dont nous nous contentons .
M. Adanfon fait voir auffi que fouvent
tel fyftême qui prend faveur à
l'appui de la célébrité & de la nouveauté
, n'eft pas toujours le meilleur , & à
cet égard, il rend juftice à la mémoire
de Tournefort , en laiffant encore aujourd'hui
à cet illuftre François la première
place parmi les Botaniſtes » La
» préférence , dit-il , qu'on a donnée
" aux méthodes dans le choix des Etu-
» des , n'a pas toujours été en raison
» de leur bonté ; l'efprit national y a
» fouvent plus de part que le defir de
» trouver la vérité. C'eft ainfi que la
» méthode de Rai a été fuivie par des
» Anglois célébres , Sloane , Pétiver,
" Martin , & en partie par Dillen ; le
» fyftême de Rivin a été embraffé par
» les Allemands les plus diftingués en
» Botanique , Cretien , Knal , Ruppias ,
» M. Ludwig Siegerbek , &c. Celui
de M. Lianaus n'a guères eu pour
» Sectateurs que fes difciples. Mais ce
» qui parle en faveur de la méthode de
» Tournefort , c'eft qu'indépendemment
พ des François célébres Paumier , Ma-
» chant , Dodart , Niffote , MM . de Juffieu
, & Vaillant qui le fuivirent , elle
"
"
,
» fut
AVRIL. 1764. 73
"
» fut adoptée par les Etrangers qui te-
» noient le premier rang en Botanique ;
» en Italie par Pontedeva , M. Monti &
» Micheli ; en Allemagne , en Angle-
» terre & en Saxe par plufieurs Sça-
» vans diftingués ; & ce qui ajoute en-
» core au mérite de cette méthode &
» qui fait en même temps l'éloge de
» nos Botaniſtes François , c'eſt que
» malgré l'accueil que la frivolité fem-
» ble faire à la nouveauté , le fyftême
» de M. Lianaus ne lui a rien fait perdre
de fon éclat , & que M. de Juffieu
" dont les vaftes connoiffances en Bo-
» tanique ne laiffent pas fentir à la
» France la perte du grand Tournefort ,
» en a toujours confervé les fages prin-
» cipes que nous nous faifons gloire
» d'adopter. Enfin nous voyons avec
» fatisfaction , que ces principes fe ré-
» pandent jufqu'en Efpagne , comme
» le témoigne l'Ouvrage tout récent
» du célébre M. Quer qui a cru très - ju-
"» dicieuſement ne pouvoir rien faire
» de plus utile au renouvellement de
» la Botanique dans fon pays , que de
» traduire en fa langue la méthode de
» Tournefort pour l'inftruction de fes
difciples ; de forte qu'on peut dire
» qu'elle a été fuivie par les Nations
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE .
les plus fçavantes de l'Europe ..
» L'exécution d'une pareille méthode
» dans un temps où la Botanique étoit
» encore dans l'enfance , ne pouvoit
» être que l'effort d'un génie vafte &
"
» créateur ; & il ne s'eft encore trouvé
» perfonne qui ait refufé ces deux
39
grandes qualités à l'illuftre Tourne-
» fort qui s'eft acquis aux plus juftes
» titres le nom de père des Botaniftes...
» Et ce qui doit nous infpirer plus
» d'eftime & de confiance , c'eſt de
» voir que depuis près d'un fiécle , elle
ait confervé une fupériorité finguliè-
» re fur toutes celles qui ont paru depuis
, quoiqu'elle ne fût pas étayée de
» toutes les découvertes qui ont été
» faites 70 ans après lui : d'où il eft aifé
de juger combien ce grand homme
» avoit devancé & laiffé derrière lui les
» Botaniſtes de fon temps.
33
33
Après avoir expofé les progrès , &
l'état ancien & actuel de la Botanique ;
après avoir fait une comparaifon , & établi
une balance entre les diverſes méthodes
; après avoir prouvé que toutes
celles qui ont été faites jufqu'ici , foit
pour en faciliter l'étude , foit dans le def-
Tein de trouver la méthode naturelle , ne
pouvoient remplir cet objet , ni conduiAVRIL.
$ 764. 75
re cette Science au degré de perfection
dont elle eft fufceptible , parce que leurs
principes ne portoient que fur la confidération
d'un petit nombre de parties de
Plantes ; M. Adanfon démontre par un
nombre fuffifant de faits , de preuves &
d'expériences , qu'une méthode ou fyftême
naturel en Botanique , ou en toute
autre partie de l'Hiftoire Naturelle , s'il
en éxifte ou s'il en peut éxifter un , ne
peut confifter que dans l'enfemble des
caractères tirés de toutes les parties des
Plantes confidération tout- à - fait neuye
, qui diftribue tous les genres connus
des Plantes en cinquante-huit Familles.
C'eft fur cette diftribution que M.
Adanfon a travaillé la deuxième Partie.
ou la Partie pratique de fon Ouvrage ,
dont nous donnerons. ci-après une idée.
Tout arrangement méthodique ,
» dit-il , où l'on n'admet pas de fyftême ,
» n'eft-il pas l'arrangement de la Na-
» ture , c'eft-à- dire , la méthode natu-
» relle ? On donnera le nom que l'on
» voudra à mes Familles ; mais il n'en
» fera pas moins vrai , qu'elles ne peu-
» vent être fyftêmatiques , puifqu'elles
» n'ont d'autres fondemens de divi-
» fion , que les vuides ou interruptions
que la Nature nous montre dans la fépas
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
"
»
» rie des Plantes , rapprochées par tous
les rapports de reffemblance ; &
» que , fi elles ne font pas ces claffes
» naturelles que l'on cherche , elles en
» ont bien l'air , & y reffemblent fort.
» Au refte , je ne leur donnerai pas ce
faftueux nom de Familles naturelles ;
» chacun les qualifiera comme il jugera
à propos. Si c'eft fur un femblable
modèle que M. Adanfon a dirigé fon
plan du travail général fur l'Hiftoire Naturelle
& fur la Phyfique , dont il parle à
la page 200 , & qui prouve la liaifon &
la clef de toutes les Sciences naturelles
il n'eft pas douteux , à en juger par l'és
xécution de celui - ci , qu'on ne fçauroit
defirer trop tôt de voir la publication
d'un Ouvrage auffi utile .
Les principaux avantages de ces Familles
font de procurer à la Botanique
1º. toute la certitude & la ſtabilité ; 2°.
l'étendue & l'univerfalité; 3º . la briéveté;
4º. la facilité dont cette Science eft fufceptible
; 5º. enfin des vues d'utilité plus
générales fur les qualités des Plantes pour
les teintures , & fur leurs vertus médicinales.
Le dernier objet mérite d'autant
plus d'attention , qu'on avoit foupçonné
avec affez de fondement , que toutes les
Plantes rangées dans une même Famille
AVRIL 1764. 77
fur la fimilitude & la convenance du plus
grand nombre de leurs parties intérieures
, avoient des vertus femblables qui
ne différoient que du plus ou moins dans
leur intencité , & non dans leur qualité.
Idée qui s'eft vérifiée depuis , & que
l'expérience confirme de jour en jour.
On fçait combien l'analyfe chymique eft
incertaine pour décider les vertus des
Plantes ; c'est donc un grand pas de fait
à l'avantage de la Médecine , que d'avoir
fçu rapporter les genres à leurs Familles
Naturelles. Avec cette connoiffance
, on peut aller à tâtons trouver en
France des Plantes capables de fuppléer
à certaines qu'on tire à grands frais des
pays étrangers ; & , par la même raiſon ,
on peut trouver en Amérique , en Afrique
& en Afie des Plantes analogues à
celles de l'Europe . Il en eft de même
des teintures; différentesPlantes donnent
des couleurs femblables en divers pays.
Que de refſources ne trouve- t- on pas
dans la Nature , lorfqu'elle eft étudiée
& guidée par la méthode d'une analogie
bien raifonnée ! Et il paroît que cette
partie eft l'élément de notre Auteur. Si
c'eft un mérite que d'être méthodique ,
on peut dire que cet Ouvrage l'eft jufques
dans les plus petites parties : les
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
éxemples s'en préfentent à chaque pas ,
& fur- tout dans les foixante- cinq Syfte
mes fimples qu'il a exécutés entre les années
1741 & 1755 , non- feulement pour
remplacer les cinquante- fix Syftêmes anciens,
trop compliqués & trop difficiles
mais encore pour fuppléer à ceux qui
n'avoient pas encore été faits fur plufieurs
parties des Plantes , & en même temps
pour échaffauder & étayer les cinquante
huit Familles qu'il publie aujourd'hui.
Les bornes d'un Extrait ne nous permettent
pas de nous étendre fur nombre
de faits de Phyfique tous nouveaux, que
M. Adanfon traite , & qu'il faut lire dans
l'Ouvrage même . Telles font les recherches
pour s'affurer s'il éxifte dans la Nature
des claffes , des genres & des efpèces
, dans le fens dont l'entendent les
Naturaliftes ; & il femble qu'il a pris la
vraie route pour la décider , en en cherchant
l'explication , les preuves & la folution
dans la nature même des Plantes
& des Animaux . La folution de cette
queftion étoit néceffaire dans cet Ouvrage
, pour concilier les débats continuels
des Botanistes , & pour conftater enfin
quelles font les parties des Plantes dont
on doit tirer les caractères les moins arbitraires
, pour les diftinguer les unes des
AVRIL. 1764. 79
#
autres. On peut mettre encore dans le
rang des chofes tout - à - fait neuves ces
obfervations fur la température des Plantes
; la manière dont il confidère la végétation
; ce qui donne lieu à une théorie
qui pourra être très - utile à l'Agriculture
; fa façon de conftruire les terres ,
applicables aux divers climats , & nombre
d'autres articles auffi intéreflans .
Quoiqu'il y ait beaucoup de détails
profonds fur la Science , cet Ouvrage
n'eft cependant pas par - tout hériffé d'épines
& de difficultés . Il y a des morceaux
capables de piquer la curiofité ,
damufer même en inftruifant , fur- tout
dans la partie où M. Adanfon expofe les
réfultats des découvertes les plus modernes
. On eft quelquefois bien- aife de fçavoir
tout ce qui a été obfervé de plus
fingulier , & qui femble même tenir du
merveilleux , fur la prodigieufe fécondité
des Plantes , fur la monftrueufe groffeur
de certains arbres , dont le tronc a
fouvent plus de vingt- cinq pieds de diamètre
, fur ces Palmiers & ces Lianes
-de trois cens pieds de hauteur , qui entrelaffent
tous les arbres d'une forêt , &c
fur tant d'autres faits auffi finguliers ,
qu'il n'y avoit qu'un Botanifte Voyageur
qui en pût apprécier la jufte valeur.
D iv
80 MERCURE DE FRANCE.
Son Voyage aux Ifles Canaries , au
Senégal & aux Ifles Açores , lui a procuré
un grand avantage pour réformer
la partie des Plantes étrangères , qui
etoient en général peu connues , & dont
le nombre furpaffe infiniment celui de
nos Plantes Européennes , & qui lui a
donné lieu d'ajouter près de cinq cens
genres aux onze cens qui avoient été
établis avant lui ; de forte qu'il donne
dans fes Familles la defcription de feize
cens genres environ , malgré la fuppreffion
d'un grand nombre que l'inexactitude
des obfervations avoit fait mal-àpropos
partager en plufieurs.
Nous ne fuivrons pas plus loin M.
Adanfon dans fes détails fur la meilleure
manière de nommer & d'enſeigner
les Plantes ; dans fes idées fur un plan
nouveau de réforme qu'il juge néceffaire
à l'Ortographe Françoife ; dans fa Table
raifonnée fur les vertus des Plantes ;
dans celle des fynonymes anciens qu'il a
établis à leur place ; enfin dans la Table
chronologique des Auteurs dont la connoiffance
eft la plus néceffaire aux Botaniftes.
Chacun fent l'utilité de tous ces
morceaux , pour former une convexion
en enſemble raifonnée dans toutes les
parties d'un Ouvrage univerfel de BotaAVRIL.
1764.
81
: nique nous ne finirions pas fi nous entreprenions
de faire fimplement l'énumération
des articles les plus effentiels traités
par M. Adanfon , fur cette Science ,
qui eft fans contredit la plus vaſte de
Hiftoire Naturelle , par la multiplicité
des objets. On peut en donner une légère
idée , en difant qu'il a trouvé dans
les Auteurs plus de dix-huit mille eſpèces
ou variétés , décrites ou figurées tant
bien que mal , & qu'on peut juger par
celles que nous poffédons féches dans
des herbiers , & par l'immenfe étendue
des pays qui n'ont pas encore été défrichés
par des Botaniftes fuffifamment
inftruits que nos richeffes en ce genre de
collection peuvent être augmentées au
moins du double. Certe remarque lui
donne occafion d'ajouter le fujet d'un
grand Voyage qui fervir d'une utilité générale
pour les Sciences Naturelles , &
peut-être pour le Commerce de l'Europe ..
Nous n'entrerons pareillement dans aucun
détail fur l'exécution de la feconde
partie de cet Ouvrage , à laquelle nous
Fenvoyons le Lecteur Botanifte ; il y
trouvera à la tête de chaque Famille , &
à chaque genre de Plantes , toutes les
connoiffances pratiques anciennes & modernes
, raffemblées dans autant d'arti-
D v
82 MERCURE DE FRANCE .
cles & de colonnes qu'il y a de parties
dans les Plantes. Ouvrage d'un détail
immenfe , & d'autant plus pénible pour
l'Auteur , qu'il a fçu préfenter , avec un
ordre & une méthode fingulière , &
dans l'efpace de quelques lignes , tout
l'effentiel des caractères génériques ; de
forte que , d'un feul coup- d'oeil , il peut
voir les reffemblances & les différences
principales de tous les genres d'une même
Famille , enfin faifir leur enſemble , fans
être obligé de lire un très - grand nombre
de
pages de defcriptions des Auteurs , où
elles font comme noyées. Cette manière
auffi neuve qu'utile de préfenter en abrégé
le tableau des connoiffances actuelles
fur une Science vafte & très - compliquée
, facilite fingulièrement la comparaifon
de ces divers objets. Elle en facilite
pareillement l'étude au point qu'on
pourra déformais , fans connoître toutes
les Plantes , fçavoir néanmoins toute la
Botanique il fuffira pour cela de connoître
deux ou trois genres les plus différens
de chaque Famille . Enfin , M.
Adanfon conclut avec raifon que la Botanique
, ainfi traitée , n'eft plus une
Science de nom , comme on la qualifie
tous les jours ; mais qu'elle eft une
Science de fait , & par conféquent ſufAVRIL.
1764. 83
#
•
ceptible de combinaifons & de problêmes.
Il en propofe même quelques-uns
capables d'indiquer la route qu'il faut
fuivre , pour éxercer les Etudians en Botanique
, pour fortifier les plus avancés
& pour nourrir & entretenir les plus profonds
Botaniftes dans les connoiffances
qu'ils ont acquifes .
La vérité eft fimple , & fa recherche
a conduit M. Adanfon à préférer l'ordre ,
la préciſion de la méthode & la netteté
du ftyle aux fleurs du langage qui ne
⚫ conviennent nullement à un Livre de
Science traité auffi à fond, Le même
principe de vérité l'a porté à indiquer ce
qui reste encore à ajouter aux travaux
des Anciens & des Modernes , & aux
fiens mêmes , pour procurer à la Botanique
toute la perfection dont cette Science
eft fufceptible . Il n'eft pas douteux
que
fi tous les Auteurs fe faifoient une
loi de préfenter ainfi dans leurs Ouvrages
un tableau de tout ce qui a été fait avant
eux , on verroit éclorre beaucoup moins
de volumes , & plus de chofes neuves.
D'où réfulteroit un avantage pour la
fociété , & un luftre de plus pour le
fiécle.
Il paroît en général que M. Adanfon a
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
raffemblé dans fes deux Volumes tout
l'hiftorique , théorique & pratique de la
Botanique , depuis les Grecs jufqu'à
nous ; qu'il y a beaucoup plus de chofes
neuves dans cet Ouvrage, qu'on ne pourroit
le dire fans paroître chercher à le
flatter & que cet Académicien a fupprimé
ce qu'il y a de plus connu , pour faire
place à des chofes plus effentielles ou qui
avoient été traitées avec moins d'exactitude
& de méthode par fes prédéceffeurs.
C'est dans cette vue qu'il n'a donné
d'autres figures que celle d'une nouvelle
conftruction , pour ne pas trop groffir
fon Ouvrage , renvoyant aux figures
des meilleurs Auteurs qu'il cite par-tout
où il eft néceffaire. *
ÉCOLE DE
LITTERATURE , tirée de
nos meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez
Babuty, Quai des Auguftins , Brocas &
Humblot , rue S. Jacques ; 2 vol. in-
12 ; prix 5 liv. brochés , 6 liv.reliés.
N ous avons déja donné plufieurs
extraits de ce livre excellent, & que tous
* Cet Extrait , que nous avons trouvé bien fait
nous a été communiqué.
AVRIL 1764. 85
les gens de Lettres eftiment comme une
production infiniment fupérieure à tout
ce qui a paru de plus parfait dans ce
genre. On le regarde déja comme un de
ces Ouvrages Claffiques , qui font loi
dans la Littérature , & doivent fe trouver
dans toutes les Bibliothèques &
dans les Cabinets des gens de goût. Il
n'eft aucune claffe d'Ecrivains ,à laquelle
il ne foit abfolument néceffaire . L'Avocat
y trouvera des préceptes pour
F'éloquence du Barreau ; le Prédicateur,
des régles pour les Difcours Chrétiens ,
les Panégyriques , les Oraifons funébres
; le Magiftrat , l'art de faire le rapport
d'un procès ; le Poëte , l'Orateur ,
l'Hiftorien , en un mot , l'homme de
lettres , pour compofer des Ouvrages
dans tous les genres , l'homme du monde
pour en juger avec fureté , fe ferviront
utilement & agréablement de ce
recueil , à la perfection duquel tant de
gens célébres ont contribué. Nous allons
, felon la méthode que nous avons
fuivie jufqu'à préfent , préfenter à nos
Lecteurs un morceau tiré de cette excellente
compilation ; c'eft le commencement
de l'Article qui traite de
l'Eloquence , les bornes de notre Journal
ne nous permettant pas de la rapporter
en entier.
86 MERCURE DE FRANCE.
" L'Eloquence , fille du Génie & de
» la Liberté , eft née dans les Répu-
» bliques. Les Orateurs ont appliqué
» d'abord aux grands objets du Gou-
» vernement le talent de la parole ; &
» comme dans ces occafions il falloit
» en même temps convaincre & remuer
le peuple , ils appellerent l'E-
» loquence l'art de perfuader , c'eft-
» à - dire de prouver & d'émouvoir tout
» enſemble .
» Nos Ecrivains modernes , pour la
" plûpart copiftes fuperftitieux & ferviles
» de l'antiquité , ont adopté cette défini-
» tion , fans faire attention que les An-
" ciens qui nous l'ont laiffée , y bor-
» noient l'Eloquence à fa partie la plus
» noble & la plus étendue , & que par
» conféquent la définition étoit incomplette
. En effet , combien de traits
» vraiment éloquens qui n'ont pour but
que d'émouvoir , & nullement de
» convaincre ? Penfer autrement , ce
» feroit reffembler à ce Mathématicien
» févère , qui après avoir là la Scène
» admirable du délire de Phédre , de-
» mandoit froidement qu'est-ce que
» cela prouve
?
?>
» La définition que nous avons don-
» née de l'Eloquence renferme l'idée la
AVRIL. 1764. 87
"J
plus générale qu'on puiffe en avoir.
» C'eft , avons - nous dit , le talent de
» faire paffer avec rapidité & d'imprimer
» avec force dans l'âme des autres , le
» fentiment profond dont on eft pénétré.
» Cette définition convient à l'Eloquen-
» ce même du filence , langage énergi-
» que & quelquefois fublime des gran-
» des paffions ; à l'Eloquence du gefte ,
" qu'on peut appeller l'Eloquence du
» Peuple , par le pouvoir qu'elle a pour
fubjuger la multitude , toujours plus
frappée de ce qu'elle voit, que de ce
qu'elle entend ; enfin à cette Eloquence
adroite & tranquille , qui fe
» borne à convaincre fans émouvoir ,
» & qui ne cherche point à arracher
» le confentement , mais à l'obtenir.
» Cette derniere Eloquence n'eft peut-
» être pas la moins puiffante ; on eft
» moins en garde contre l'infinuation
» que contre la force . Néanmoins
» comme le talent d'émouvoir eft le
» caractère principal de l'Eloquence ,
» c'eft auffi fous ce point de vue que
» nous allons principalement la con-
» fidérer.
33
وو
ود
» Le propre de l'Eloquence eft non
» feulement de remuer , mais d'élever
» l'âme ; c'eft l'effet même de celle qui
88 MERCURE DE FRANCE.
» ne paroît deſtinée qu'à nous arracher
» des larmes ; le pathétique & le fu-
» blime fe tiennent ; en fe fentant at-
» tendri , on fe trouve en même temps
» plus grand , parce qu'on fe trouve
» meilleur ; la trifteffe délicieufe & dou-
» ce , que produifent en nous un dif-
» cours , un tableau touchant , nous
>> donne bonne opinion de nous-
» mêmes par le témoignage qu'elle nous
rend de la fenfibilité de notre âme ;
» ce témoignage eft une des principa-
» les fources du plaifir qu'on goûte en
» aimant , & en général de celui que
» les fentimens tendres & profonds nous
» font éprouver.
,
» Nous appelons l'Eloquence un talent
, & non pas un Art comme
» l'ont appellé la plupart des Rhéteurs ;
" car tout art s'acquiert par l'étude &
» par l'exercice , & l'Eloquence eſt un
» don de la Nature. Les régles ne font
» deftinées qu'à être le frein du génie
» qui s'égare , & non le flambeau du
génie qui prend l'effor ; leur unique
" ufage eft d'empêcher que les traits
» vraiment éloquens ne foient défigu-
"
rés par d'autres ouvrages de la né-
» gligence & du mauvais goût. Ce ne
» Lont point les régles qui ont infpiré à
AVRIL. 1764. 89
99
Shakespeare le monologue admirable
» d'Hamlet ; mais elles nous auroient
épargné la fcéne barbare & dégou
» ante des foffoyeurs.
ر د
» On rend avec netteté ce que l'on
» conçoit bien ; de même on annonce
» avec chaleur ce que l'on fent avec
» enthouſiaſme , & les mots viennent
>> auffi aisément pour exprimer une
» émotion vive , qu'une idée claire. Le
» fentiment s'affoibliroit , s'éteindroit
» même dans l'Orateur , par le foin
» froid & étudié qu'il fe donneroit pour
» le rendre ; & tout le fruit de ſes ef-
» forts feroit de perfuader à fes Audi-
» teurs , qu'il ne reffentoit pas ce qu'il
» vouloit leur infpirer. Aimez & faites
» tout ce qu'il vous plaira , dit un Père
» de l'Eglife aux Chrétiens ; Sentez
» vivement & dites tout ce que vous
» voudrez , voilà la deviſe des Orateurs .
» Qu'on interroge les Ecrivains de gé-
» nie fur les plus beaux endroits de
» leurs ouvrages , ils avoueront prèf-
» que toujours , que ces endroits font
» ceux qui leur ont coûté le moins
» parce qu'ils ont été comme infpirés
» en les produifant. Débarraffée de
» toute contrainte , & bravant quelque-
» fois les régles mêmes , la Nature
›
go MERCURE DE FRANCE.
"
produit alors les plus grands mira-
» cles ; on éprouve alors la vérité de ce
paffage de Quintilien ; c'est l'âme feule
qui nous rend éloquens ; & les igno-
» rans même , quand une violente paffion
» les agite , ne cherchent point ce qu'ils
» ont à dire. Tel étoit l'enthoufiafme
"
qui animoit autrefois le Payfan du Da-
» nube , & qui le fit admirer dans le
Sanctuaire de l'Eloquence par le Sé→
» nat de Rome . C'eft ce même enthou-
» fiafme , prompt à fe communiquer à
» l'Auditeur , qui met tant de différence
» entre l'Eloquence parlée , fi on peut
» fe fervir de cette expreffion , & l'Elo-
» quence écrite . L'Eloquence dans les
» Livres eft à -peu-près comme la Mufi-
» que fur le papier , muette , nulle & fans
» vie ; elle y perd du moins fa plus gran-
» de force , & elle a befoin de l'action
» pour fe déployer . Nous ne pouvons
» lire fans être attendri les Péroraifons
" touchantes de Cicéron pour Flaccus ,
» pour Forteius , pour Sextius , pour
» Plancius & pour Silla , les plus admi-
» rables modèles d'Eloquence que l'an-
" tiquité nous ait laiffé dans le genre pa-
" thétique.Qu'on imagine l'effet qu'elles
» devoient produire dans la bouche de
» ce grand homme ; qu'on fe repréfente
AVRIL. 1764 . 191
n
Cicéron au milieu du Barreau, animant
» par fes pleurs le difcours le plus tou
» chant , tenant le fils de Flaccus ( a )
» entre fes bras , le préfentant aux Juges,
» & implorant pour lui l'humanité & les
» loix ; fera- t- on furpris de ce qu'il nous
» apprend lui-même , qu'il fut interrom-
» pu par les gémiffemens & les fanglots
" de l'Auditoire ? Sera- t- on furpris que
» ce tableau ait féduit & entraîné les
Juges ? Sera-t- on furpris enfin que l'E-
» loquence de Cicéron lui ait fervi tant
» de fois à fauver des cliens coupables ?
» Auffi l'Aréopage , qui ne vouloit qu'ê-
» tre jufte , avoit interdit févérement
» l'Eloquence aux Avocats . On y vou
» loit , comme dans nos Tribunaux ,
» plus de raifons que de pathétique ; &
» les Juges d'Athènes , ainfi que les nô-
» tres , euffent fait perdre à Cicéron la
» plupart des Cauſes qu'il avoit gagnées
» à Rome .
» Non -feulement il faut fentir pour
» être éloquent , mais il ne faut pas fentir
» à demi , comme il ne faut pas conce-
» voir à demi pour s'énoncer avec clarté,
Pleurez , fi vous voulez me tirer des
( a ) Voyez la Péroraifon pour Flaccus . C'eft
peut-être, après la Péroraiſon pour Milon , qui ne
fut pas prononcée , la plus belle de Cicéron.
92 MERCURE DE FRANCE.
» pleurs , dit Horace dans cet admirable
» Art Poëtique , qu'on doit appeller le
» Code du bon goût. On peut ajouter à
» ce précepte , tremblez & frémiffez , fi
» vous voulez me faire trembler & fré
» mir. Il faut avouer cependant que fi
» l'agitation qui anime l'Orateur au mo-
» ment de la production , doit toujours
» être très - vive , il n'eft pas néceffaire
» qu'elle foit femblable par fa nature à
» celle qu'il fe propofe d'exciter. Notre
» âme a deux refforts par lefquels on la
» met en mouvement , le fentiment &
l'imagination. Le premier de ces deux
» refforts a fans doute le plus de force ;
mais l'imagination peut quelquefois en
» jouer le rôle & en tenir la place . C'eſt
» par-là qu'un Orateur , fans être réelle-
» ment affligé , fera verfer des pleurs à
fon Auditoire , & en répandra lui-même
; c'eſt par-là qu'un Comédien , en
» fe mettant à la place du perfonnage
» qu'il repréfente , agite & trouble les
Spectateurs au récit des malheurs qu'il
» n'a pas reffentis ; c'eft enfin par-là que
» des hommes nés avec une imagination
» fenfible , peuvent infpirer dans leurs
» écrits , l'amour des vertus qu'ils n'ont
» pas. L'imagination ne fupplée jamais
» au fentiment , par l'impreffion qu'elle
"
3
AVRIL. 1764. 93
» fait fur nous- mêmes ; mais elle peut y
» fuppléer , par l'impulfion qu'elle donne
» aux autres. L'effet du fentiment en
» nous eft plus concentré ; celui de l'i-
» magination eft plus fait pour ſe répan-
» dre au-dehors ; l'action de celle - ci eft
» plus violente & plus courte ; celle du
» fentiment eft plus forte & plus conf- "
"
» tante .
» Ainfi l'émotion qui doit animer l'O,
» rateur , doit réparer par fa véhémence
» ce qu'elle pourra ne pas avoir en du-
» rée ; elle ne reflemblera pas à cette.
» agitation fuperficielle que l'Eloquence
>> excite dans les âmes froides. Impreffion
» puremenr méchanique , produite par
» l'éxemple ou par le ton qu'on a donné
» à la multitude . Plus l'Auditeur aura de
» génie , plus auffi fon impreffion ref-
» femblera à celle de l'Orateur , plus il
" fera capable d'imiter ce qu'il admire.
ود
» Si l'effet de l'Eloquence eft de faire
» paffer dans l'âme des autres le mouve-
» ment qui nous anime , il s'enfuit que
» plus le difcours fera fimple dans un
grand Sujet , plus il fera éloquent ,
» parce qu'il repréfentera le fentiment
» avec plus de vérité. Je ne fçai par
quelle raifon tant d'Ecrivains moder-
» nes nous parlent de l'Eloquence des
"
94 MERCURE DE FRANCE .
chofes , comme s'il y avoit une Elo-
» quence des mots. L'Eloquence , on ne
» fçauroit trop le redire , n'eft jamais
» que dans le Sujet , & le caractère
» du Sujet , ou plutôt du fentiment qu'il
» produit , paffe de lui - même au difcours.
» L'Eloquence ne confifte donc point ,
» comme quelques Anciens l'ont dit , &
» comme tant d'autres l'ont répété , à
dire les grandes chofes d'un ftyle fu-
» blime , mais d'un ftyle fimple. C'eft
» affoiblir une grande idée , que de
» chercher à la relever par la pompe des
paroles , & c . & c. 29
Nous regrettons de ne pouvoir past
copier le refte de cet article , également
digne , & du nom de M. d'Alembert , &
de la place qu'il occupe dans cette Collection
des Ecrits de nos plus grands
Littérateurs on y verroit toutes les règles
de l'Eloquence préfentées avec autant
de clarté que de précision . Le même
Académicien a aufli fourni l'Article du
Style ; nous ofons dire qu'aucun Ecrivain
avant lui , n'avoit fi bien traité cette
matière.
AVRIL. 1764.
99
ÉLEMENS de Fortification , contenant
la conftruction raiſonnée de tous les
Ouvrages de la Fortification , les fyftêmes
des plus célébres Ingénieurs ;
la Fortification irrégulière , &c. CINQUIÈME
ÉDITION , augmentée
de l'Explication détaillée de la Fortification
de M. de COEHORN ,
de la conftruction des Redoutes, Forts
de Campagne , &c. & d'un Plan des
différentes inftructions propres à une
Ecole Militaire . Par M. LE BLOND,
Maître de Mathématique des Enfans
de France , &c . Vol. in- 8 ° d'environ
400 pages . A Paris , chez Jombert
rue Dauphine, à l'Image N. D.1764;
avec approbation & privilège du Roi ,
LES précédentes Editions de cet Ouvrage
en ont fait connoître le mérite
depuis longtemps ; c'eft pourquoi nous
donnerons feulement une légère idée
de ce que celle- ci contient de nouveau.
Nous remarquerons d'abord qu'à la
96 MERCURE DE FRANCE .
place de l'Epitre dédicatoire de la dernière
édition , l'Auteur a fubftitué un
précis des premières inftructions fcientifiques
de feu Mgr le DUC DE BOURGOGNE.
On y trouve le développement
des idées du jeune Prince , & différens
traits d'intelligence & de génie très-propres
à caractériſer la nature du jugement
avancé de cet augufte Enfant
dont il étoit très -à- propos de conferver
la mémoire.
Nous rapporterons quelques traits de
cette Préface , que nos Lecteurs feront
peut-être bien-aifes de fçavoir. M. le
Duc de Bourgogne décrivoit un cercle ;
& le point du compas qui étoit au centre
ayant gliffé fur le papier fans y laiffer
la marque de fon impreffion , il la
mit fucceflivement fur deux points de
l'arc déjà tracé ; puis de ces points pris
pour centre , il décrivit deux arcs dont
le point d'interfection étoit au centre du
cercle commencé ; attendu , difoit-il ,
que je n'ai point changé l'ouverture de
mon compas , & que le point où les arcs & que
fe coupent , eft également éloigné de la
circonférence, Il n'y avoit alors guères
qu'un mois qu'on avoit commencé de
travailler , ou plutôt fuiv ant fon expreffion
, de jouer avec lui.
AVRIL. 1764.
97
Les figures de Géométrie lui étant
devenues familières , il eut envie d'en
tracer lui-même. Il commença donc à
fe fervir du compas avec la grâce &
l'aifance qui lui étoient particulières.
Ayant décrit un cercle , il voulut en tirer
le diamètre ; mais comme ia ligne
qu'il avoit décrite ne paffoit pas par le
centre , il dit auffitôt : Ah , je voulois
tirer un diamètre , & j'ai tiré une corde ;
car ma ligne ne paffe pas par le centre.
Le jeune Prince defiroit furtout de
faire des chofes qui ne lui avoient point
été montrées. Il dit , n'ayant point encore
cinq ans accomplis , qu'il feroit
un quarré exactement , fans fe fervir
du compas. Comme il vit qu'on doutoit
qu'il pût y parvenir , il prit la régle , &
il tira une ligne de toute fa longueur.
Il pofa enfuite fucceffivement aux deux
extrémités de cette ligne , le petit côté
de la régle , de manière qu'elle lui
fervoit d'équerre. Il acheva ainfi fa figure
, laquelle , difoit- il , eft fûrement
un quarré , car les côtés font égaux &
les angles droits.
M. le Duc de Bourgogne avoit remarqué
dans un plan en relief d'un
front de Fortification , que le chemin
fur le glacis pour entrer dans la Place ,
II. Vol. E
MERCURE DE FRANCE.
étoit en ligne courbe : il en demanda
la raifon on lui dit qu'il la trouveroit
lui-même , s'il vouloit y penfer. Il le fit
un inftant , & dit enfuite qu'il croyoit
que ce chemin étoit ainfi conftruit ,
afin qu'il ne fut pas enfilé du canon des
affiégeans ; ou, pour rapporter fes propres
paroles ; ne feroit ce pas que ,
comme le canon va en ligne droite , on y
feroit expofé partout , quand l'ennemi
attaque la Place ?
·
Dans une de ſes promenades de l'après-
midi , il avoit remarqué que fon
ombre étoit plus longue à la fin qu'au
commencement. Comme il en demandoit
la raiſon , on pofa une régle verticalement
fur une table. On prit enfuite
une lumière , laquelle étant hauffée
ou baiffée , accourciffoit ou allongeoit
l'ombre de la régle , & on lui dit
que c'étoit là la réponse à fa queſtion .
F'entends , dit- il ; c'eft que quand mon
ombre eft plus courte , le Soleil eft plus
élevé ; & qu'il eft plus bas quand elle eft
plus grande.
Un jour qu'il étoit queftion d'Annibal
, on lui dit que ce grand Capitaine
joignoit fouvent la peau du renard à
celle du lion . Ne comprenant pas d'abord
cette expreffion , on ne fit que lui
AVRIL. 1764. 99
?
dire de faire attention aux attributs de
ces animaux ; & il répondit auffitôt
qu'apparemment cela vouloit dire qu'Annibal
joignoit la rufe au courage ou à
la force.
Après la Préface du Livre , M. le
Blond , fuit un Plan des inftructions propres
à une Ecole Militaire . Ce Plan
avoit été d'abord rédigé pour un Régiment
; il fut inféré dans le Mercure
du mois d'Août 1754. Il paroît ici avec
quelques changemens & plufieurs additions
. M. le Blond y fait fentir la différence
qu'il doit y avoir entre les inftructions
d'une Ecole Militaire , & celles
d'une Ecole de pure Géométrie . Il défigne
les différentes connoiffances Mathématiques
qui fervent de bafe à l'art
de la guerre , & il indique les principaux
ouvrages dont l'étude peut , en quelque
façon , fuppléer aux inftructions des
Maîtres particuliers , tant pour les Mathématiques
, que pour tout ce qui concerne
le Génie , l'Artillerie & même la
Tactique , qu'on doit regarder comme
la principale partie de la fcience de l'Officier.
C'est particuliérement par des leçons
fur cette importante partie, qu'une Ecole
établie pour des Militaires , doit dif-
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
férer des autres Ecoles deſtinées à former
des Géométres. Les Anciens avoient
des Maîtres pour enfeignerla Tactique ,
au lieu qu'aujourd'hui il n'en eft point
queftion dans les lieux où l'on éléve
les jeunes gens pour les former dans
l'art de la guerre . Après un peu de Géométrie
& une légère idée de la Fortification
, tout ce qu'on y apprend de
l'Art Militaire fe réduit prèfque uniquement
à l'exercice ou au manîment
des armes , comme fi cet objet renfermoit
toute la fcience de l'Officier, quoiqu'il
n'en foit que la plus petite partie.
Comme la guerre a fes régles & fes
principes , & qu'on peut en apprendre
la théorie par l'étude , M. le Blond
prétend que rien ne feroit plus utile que
d'avoir des Maîtres qui puffent fervir
de guides dans cette carrière , comme
on en a pour la Géométrie & le Génie.
Ces guides , felon lui , ne peuvent
être que des Géométres Tacticiens
comme l'étoient les Maîtres des Anciens.
C'eft pourquoi il penfe qu'il feroit
à propos dans l'établiffement d'une
Ecole pour former les Officiers dans
l'art de la guerre , d'engager le Profeffeur
de Mathématique à s'occuper
affez férieufement de la Science MiAVRIL.
1764 . ΙΟΙ
litaire , pour fe mettre en état d'enfeigner
la Tactique. Un homme intelligent
, fort au fait des différentes parties
du Génie & de l'Artillerie , comme le
doit être un Profeffeur de Mathématique
d'une Ecole Militaire , peut avec le
temps devenir un bon Maître de Tactique.
Il n'eft queftion pour cela, que d'étudier
avec choix & difcernement les
meilleurs Ecrivains Militaires ' pour en
former un corps de régles & de principes
qu'on puiffe enfuite enfeigner
avec l'ordre & la méthode que l'on fuit
dans la Géométrie & les Fortifications
Ce Plan peut être utile non feulement
à ceux qui voudront s'inftruire
des différentes parties de la Science Militaire
, mais encore aux perfonnes chargées
de l'inftruction de la jeune Nobleffe.
Comme dans cet état on ne s'applique
guères à la Géométrie qu'autant qu'on
la croit néceffaire au métier de la guer.
re , il fera aifé de juger fi les Maîtres
ne perdent point de vue cet objet ;
c'eft-à- dire s'ils en occupent leurs Ecoliers
par préférence aux fpéculations qui
pourroient leur être plus familières ou
plus conformes à leur goût particulier.
Le défaut d'attention à cet égard eft
peut-être la principale caufe du peu de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
fruit que la plupart des jeunes Militaires
retirent du temps qu'ils donnent à l'étude
des Mathématiques.
M. le Blond termine ce Plan par l'énumération
des Ouvrages où les principes
de l'Art Militaire font établis avec
le plus de clarté & de méthode. Il indique
l'ordre dans lequel ils doivent
être fucceffivent étudiés , afin qu'ils fe
prêtent un mutuel fecours , ou que les
premiers fervent à faciliter l'intelligence
de ceux qui les fuivent.
A l'égard des additions qui appartienment
à la Fortification , une des principales
eft la defcription très - détaillée dé
la Fortification de M. de Coëhorn , avec
plufieurs obfervations fur fes avantages
& fes inconvéniens . On blâme les larges
chemins couverts de cet Ingénieur ,
parce que les branches n'ont point de
traverfes qui les garantiffent de l'effet
des batteries à ricochet . M. le Blond
ayant penſé qu'on ignoroit peut - être
cette manière de tirer le canon lorſque
M. de Coëhorn fit connoître fa manière
de fortifier , a eté confirmé dans cette
idée par la première édition du Livre
de cet Auteur , laquelle eft de 1685
temps où il n'étoit point encore queftion
du ricochet. En effet il paroît confAVRIL.
1764. 103
tant par les Lettres de M. le Maréchal
de Vauban écrites à M. de Louvois immédiatement
après le fiége de Philifbourg
en 1688 , que ce fut à ce fiége
qu'il en fit les premiers éffais , dont le
fuccès l'engagea d'en établir & d'en
perfectionner l'ufage.
Une autre addition affez étendue
c'eft une espéce de Traité des Ouvrages
de la Fortification paffagère , c'efta-
dire des Redoutes & des différens
Forts propres à mettre des poftes en
état de défenfe , affurer des communications
, couvrir des ponts , & c , partie
fort importante à tous les Militaires ,
laquelle étant jointe à ce que l'Auteur
enfeigne fur les lignes dans la feconde
Edition de fon Traité de l'attaque des
Places , renferme l'effentiel de tout ce
qu'il a de plus utile fur cet objet.
On trouvera plufieurs autres additions
moins confidérables , répandues
dans le corps de l'Ouvrage. L'Auteur
y donne un plus grand détail fur les
contremines , que dans les précédentes
éditions ; il fait voir auffi la manière
dont on fe fert des éclufes pour former
des inondations , & c. L'ouvrage eft
terminé par une table des matières qui
paroît faite avec beaucoup de foins
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
& par un Dictionnaire des termes de
Fortification , plus complet que celui
des précédentes éditions. Les différentes
additions que l'Auteur a faites à ce
Livre , l'ont mis dans la néceffité d'augmenter
le nombre des Planches. Aulieu
de 19 qu'il y en avoit dans la dernière
, celle - ci en a 37 , dont la plûpart
repréfentent en grand le développement
des principaux ouvrages de la Fortification
. Elles font toutes gravées de
nouveau & bien exécutées.
Pour fe rendre les régles & les principes
de la Fortification familiers , M.
le Blond voudroit qu'on accoutumât
les Eléves à tracer fur le terrain tous
les différens Ouvrages qu'on leur fait
conftruire fur le papier ; qu'on s'appliquât
auffi à leur faire mettre en état .
de défenſe les Bourgs , Villages & autres
Poftes qu'on eft fouvent, à la guerre ,
dans le cas de fortifier. Il ajoûte que
des
expériences réïtérées & réfléchies de
cette espéce de pratique de la Fortification
ne peuvent manquer d'augmenter
les lumières de ceux qui voudront bien
en faire l'effai ; c'eft dequoi il n'eft guères
poffible de douter. Mais il faudroit pour
cela être dirigé par des Maîtres auffi
habiles & auffi intelligens que ce célébre
Profeffeur de Mathématique . L'ef
AVRIL. 1764 . 105
time générale qu'il s'eft acquife en cé
genre , caufe des regrets à tous ceux
qui n'ont point été à portée de prendre
de fes leçons.
Ce Livre & les autres Ouvrages d.
M le Blond peuvent être regardés com .
me des Livres claffiques d'une Eccle
Militaire. Tout y eft expofé avec clarté
, & l'on y trouve d'ailleurs ce qu'il y
a de plus effentiel & de plus utile dans
les différentes matières qui ont été l'objet
de fes fçavans travaux.
L'INOCULATION de la Petite- Vérole
renvoyée à Londres , par M. ***
Docteur en Médecine , &c. Ala Haye ,
2764 .
C'EST
'EST une feconde Edition , mais
confidérablement augmentée , d'un petit
Ouvrage figné CANDIDE , que nous
avons annoncé dans le temps. Ce qui
n'étoit , pour ainfi dire , qu'ébauché dans
le premier , eft rendu dans celui- ci avec
plus de clarté , plus d'étendue , & appuyé
de détails qui paroiffent donner plus de
poids au fentiment de l'Auteur. C'eſt
certainement le plus courageux , auffi-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
bien que le plus redoutable adverſaire:
qui foit entré en lice pour combattre.
Inoculation . L'Anonyme n'eft pas pour
lui un bouclier dont il fe couvre , pourfe
mettre à l'abri des traits de ceux qu'il
attaque ; il fe fait affez connoître fans fe
nommer. Loin de paroître les craindre ,
il les provoque lui- même au combat par
de nouveaux défis. Aux calculs qui paroiffent
décider d'une manière fi triomphante
en faveur de l'Inoculation , il en
oppofe de nouveaux qui rendent la chofe
problématique , & y font appercevoir
des dangers pour la Société, qui méritent
toute l'attention du Gouvernement.
On ne peut nier que plufieurs des objections
que cet habile Médecin fait aux
partifans de l'Inoculation , ne foient affez
bien fondées . Le Lecteur en peut juger
par celle- ci. » La Petite - Vérole eſt une
» pefte. Pour l'éteindre faut- il la multi-
» plier ? Faut-il la tranſmettre à ceux qui
» ne l'auroient jamais ? Faut-il faire un
» choix de ceux qui fe portent bien , &
» prendre , pout ainfi dire , la crême de
» l'humanité, pour honorer , pour accré-
" diter l'Inoculation , & laiffer le rebut à
la Petite - Vérole naturelle , pour la
» rendre plus odieufe ?
» Onvante les fuccès de l'Inoculation.
AVRIL. 1764. 107
" Qu'ont-ils donc de fi merveilleux ? İl
» meurt peu de perfonnes entre les mains
» des Inoculateurs . Mais devroit-il en
» mourir , lorfqu'au choix des Sujets , à
» la force du tempérament , on joint
» de longues épreuves , & des prépara-
» tions de toute efpèce ? Eh , Meffieurs !
voulez-vous me donner une haute idée
» de l'Inoculation ? Voulez-vous donner
» des preuves éclatantes de la fenfibilité
» de votre âme , de votre attachement
» à la Patrie , de votre amour défintéreffé
» pour vos Concitoyens ? Jettez des yeux
» de compaffion fur ces malheureuſes
» victimes de l'indigence, qui languiffent
» dans le fein de la douleur , & qui en
» proie à diverfes infirmités , ne pour-
» roient foutenir les attaques imprévues
» d'une Petite-Vérole naturelle . Hono-
» rez-les de l'Inoculation ; effayez , en
» les préparant , de purifier leur fang
» & de leur donner avec fuccès une ma-
» ladie dont ils ne pourroient être furpris
, fans y trouver le terme fatal de
» leur vie & de leurs malheurs . Vous
» pourrez alors relever les avantages de
» l'Inoculation . Vous aurez beau jeu
» pour fermer la bouche aux Incrédule s,
» &c.
»
Si l'argument n'eft pas fans réplique ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
du moins il feroit à fouhaiter que parmi
ceux à qui l'Auteur le propofe , il fe
trouvât quelqu'un qui eût affez de charité
pour entreprendre de le réfuter , &
affez de bonheur pour y réuffir.
L'Ouvrage eft compofé de huit queftions
qui font comme autant de Chapitres.
A la huitième queftion . Y a -t-il
des moyens pour diminuer & même éteindre
la Petite- Vérole ? M. *** répond :
» Oui , fans doute , il y en a. Et quels
" font- ils ? Ceux que l'on employe pour
» arrêter le cours des autres maladies con-
» tagieufes. » C'eft dans ce chapitre furtout,
que l'Auteur parle également, & en
Médecin , & en Ami des Hommes. Les
moyens qu'il propoſe pour arrêter les ravages
de la Petite - Vérole , ne peuvent
qu'être tres - avantageux à la Société.
» Et que fait-on à la Cour , quand quel-
» qu'un en eft furpris ? Il y a des ordres
», précis d'en éloigner fur le champ le
» Malade , avec défenfes aux Parens ,
» Amis , Médecins , Chirurgiens & au-
>> tres qui l'approchent , d'y paroître fans
» avoir fait la quarantaine . » En conféquence
, l'Auteur voudroit qu'on employât
de femblables précautions dans
toutes les Villes du Royaume , & que ,
par de fages réglemens , on captivât en
quelque forte la Petite -Vérole , en s'op-
"
AVRIL. 1764. 109
pofant à fa communication. Ainfi , au
lieu d'établir des Hôpitaux dans les fauxbourgs
de Paris , pour inoculer le Peuple
& les Etrangers qui n'ont point de domicile
, il propoſe au contraire d'établir
ces mêmes Hôpitaux pour y mettre ceux
qui feront attaqués de la Petite - Vérole
naturelle , & qu'on leur y faffe faire qua-
Fantaine , comme pour la Peſte .
Conféquemment à fon titre , l'Auteur
conclut que le parti le meilleur & le
plus fage eft de renvoyer l'inoculation à
Londres pour qu'elle y faffe fes preuves.
Si cependant , ajoute- t-il , la Cour
» Souveraine , maîtreffe de fes déciſions ,
» tolère l'Inoculation de la Petite-Vérole
en faveur de ceux qui ont toutes les
» commodités néceffaires pour qu'elle
» ne fe communique à perfonne ; elle
eft très-humblement fuppliée pour le
» bien public , dont elle est l'âme , d'or-
» donner qu'aucune Inoculation ne pou-
» ra être faite qu'à trois lieues de la Ca-
» pitale , & des autres Villes du Royau-
» me ; avec défenfes aux Inoculés , d'y
rentrer fans avoir fait quarantaine ,
» comme pour la Pefte , la Petite- Vérole
» en étant une espèce . »
Dans une difpute de cette importance,
qui touche de fi près à la Population , &
rio MERCURE DE FRANCE .
par conféquent au bien public , dont
tous les Ordres du Royaume font aujourd'hui
fi fort occupés , autant ferions-
nous blâmables d'ofer prendre aucun
parti , autant le ferions - nous de
n'être pas extrêmement attentifs à faire
connoître tout ce qui paroîtra pour &
contre ; puifque la décifion d'un objet
fi important ne peut réfulter que de la
difcuffion de ces différens avis. Defendat
quod quifque fentit . Sunt enimjudi→
cia libera : nos inftitutum tenebimus ,
nullisque unius difciplina legibus adfcripti
, quid fit in quaque re maxime
probabile femper requiremus .
ANNONCES DE LIVRES.
ÉLOGE de Maximilien de Bethune
Duc de Sully , Surintendant des Finances
fous Henri IV , qui a concouru
pour le Prix de l'Académie Françofe de
la préfente année 1763 ; à Paris , chez
Delormel , Imprimeur de l'Académie.
Royale de Mufique , rue Foin , à l'Image
de Ste Géneviéve ; 1763 , avec permiffion
; feuille in -8 °. 24 pages.
Nous avons parlé des Difcours qui
ont concouru l'année dernière pour le
AVRIL. 1764: TIF
Prix de l'Académie Françoife ; celui- ci
ne nous a été envoyé que fort tard
fans cela nous l'aurions annoncé avec
ceux de Mlle Mazarelli & de M. Thơmas
qui ont attiré la principale attention
du Public.
EXAMEN du Pfeautier François des
Révérends Pères Capucins , où l'on
trouve 1º qu'ils ne doivent point prendre
pour Sujet ordinaire des Pfeaumes ,
les Juifs captifs & maltraités par les
Chaldéens ; 2°. Qu'ils donnent une fauffe
idée de la Langue Sainte , & qu'ils
en violent fouvent les régles . Par le P.
Houbigeant , de l'Oratoire. A la Haye ,
& fe trouve à Paris , chez P. Fr. Didot
le jeune , Libraire , quai des Auguftins
, près du Pont S. Michel ; 1764 ;
Brochure in - 8 °. de 154 pages .
Ce Titre n'annonce pas beaucoup de
ménagement pour les RR . PP . Capuclns.
Il y a apparence que cette efpéce
de Manifefte ou Déclaration de guerre
contre ces Révérends Pères , ne reftera
pas fans réponſe . Si cette querelle a des
fuites , & qu'elle nous paroiffe affez importante
pour que nous en faffions part
au Public , nous entrerons dans le détail
des raifons alléguées de part & d'autre.
12 MERCURE DE FRANCE .
RELATION abrégée de l'origine, des
progrès & de l'état actuel de la Société
établie àLondres en 1754 pour l'encouragement
des Arts , des Manufactures & du .
Commerce ; tirée des écrits originaux des
premiers Promoteurs de cet établiffement
& d'autres Actes authentiques ; par
un Membre de ladite Société : Ouvrage
traduit de l'Anglois avec des Notes pour
P'ufage & l'intelligence du Texte . A
Londres , & fe trouve à Paris , chez
A. L. Regnard , Imprimeur de l'Académie
Françoife , Grand'falle du Palais ,&
rue baffe des Urfins ; 1764 ; Brochure
in-8°. de 150 pages..
グ
L'objet principal de cet Ouvrage eft
de faire connoître les perfonnes généreufes
qui ont contribué à l'Etabliffement
de cette Société , & de rendre
hommage à leur zéle . On y rapporte
une fuite de faits qui font le plus grand
honneur aux Protecteurs illuftres , qui
par leur générofité & leur application ,
ont donné à cette entrepriſe la forme
qui feule pouvoit en affurer la folidité
& la durée. Le Texte Anglois fe trouve à
côté de la Traduction Françoiſe.
L'INCENDIE de la Foire S. Germain,
& fa nouvelle reconstruction , Poëme
AVRIL. 1764. 113
en quatre Charits ; par M. De * * * . A
Amfterdam , & fe trouve à Paris chez
Langlois fils , Libraire , au bas de la
rue de la Harpe , à la Couronne d'Or ;
1764 ; in- 8° . de 32 pages ; prix , 15 f..
L'Auteur nous apprend dans fa Préface
, qu'étant accouru à l'incendie , il
fut frappé du Spectacle ; & que fon
imagination lui en rappellant les principaux
traits , ils devinrent pour lui la
matière d'un Poëme , dont les quatre
premiers vers pourront donner une jufte
idée du talent poëtique de l'Auteur.
Je vais chanter l'incendie effroyable ,
Dont l'ardeur prompte , autant qu'épouvantable
,
Bravant l'effet de tout fecours humain ,
En cendre a mis la Foire S. Germain.
DISCOURS philofophique & moral ,
en vers , à l'imitation de Juvenal ; par
M. Rochon de Chabannes ; à Paris de
I'Imprimerie de Sébastien Jorry , rue
& vis- à-vis la Comédie Françoiſe , `au
Grand Monarque & aux Cigognes ;
1764 ; avec approbation. In-8°. de 24
pages ; beau papier.
L'Auteur peint vivement & fortement
les défauts , les vices & les paf#
14 MERCURE DE FRANCE.
fions de l'homme , telles que la pro
digalité , l'ambition , l'avarice , l'orgueil
& c. L'Histoire lui offre des exemples
de tous les excès auxquels fe livre
le coeur humain.
Alexandre vainqueur de l'Afie étonnée
N'a point encor rempli fa trifte deftinée .
Son coeur ambitieux vole au - delà des mers ;
Il cherche à conquérir un nouvel Univers.
Il étouffe à l'étroit dans l'enceinte du Monde .
Malheureux ! il'eft temps que le Ciel te confonde
Rentre dans Babylone ; un modefte cercueil
Eft tout ce que le fort réſerve à ton orgueil.
Nous citons ces vers au hazard ; ce
ne font pas les meilleurs que nous ayons
trouvés dans cette Piéce , où il y en a
de très bons.
-
LES quatre Saifons , Poëme de M.
le Bret ; avec cette Epigraphe : Nos
patriæ fines & dulcia linquimus arva ;
nos patriam fugimus .... Virg. Ecl. 1 .
A Geneve , & fe trouve à Paris chez
les Libraires qui diftribuent les Nouveautés
, 1763 ; in-8 ° .
L'Auteur fe donne pour un jeune
homme qui débute au Parnaffe . Il ignoroit
fans doute qu'une Mufe célébre
AVRIL. 1764. IIS
& brillante avoit traité le même Sujet.
d'une manière à décourager nos meilleurs
Poëtes qui voudroient revenir ſur
cette riche & féconde matière. Parmi les
plaifirs du Printemps voici ceux que l'on
goûte principalement à Paris.
On entend dans Paris l'aimable Bouquetière
Annoncer les bouquets au jeune Moufquetaire.
La charmante Marmote a de nouveaux appas ;
Les Grâces & les Ris accompagnent fes pas .
On la trouve partout jouant des férénades ,
Tantôt dans les Caffés ou dans les Promenádes ,
Tantôt à la Courtille ou bien aux Porcherons ,
Tantôt aux Boulevards ou dans les environs ,
Toujours inattendue & toujours defirée.
Après fouper on va dans le Bois de Boulogne
Siffler le blanc Champagne & le rouge Bour
gogne; &c.
, LE Gentilhomme Cultivateur ou
Corps complet d'Agriculture traduit
de l'Anglois de M. Hall , & tiré des
Auteurs qui ont le mieux écrit fur cet
art ; par M. Dupuy d'Emportes , de
l'Académie de Florence , & de la Société
Royale des Siences & Belles-
Lettres de Nancy ; Tome VII & VIII .
in-quarto & in- 12 , à Paris chez Simon ,
116 MERCURE DE FRANCE .
Imprimeur du Parlement , rue de la Har
pe , la veuve Durand , rue du Foin
Bauche , Quai des Auguftins ; à Bordeaux
, chez Chappuis l'aîné ; avec approbation
& privilége du Roi ; 1764.
Nous avons rendu compte autrefois
du plan , de l'objet & de l'utilité de
cet ouvrage très - bien éxécuté , & dont
la néceffité eft reconnue par tous les
Cultivateurs & les différentes Sociétés
d'Agriculture . Les volumes que nous
annonçons aujourd'hui paroiffent nouvellement
& font les deux derniers de
l'ouvrage qui eft entièrement fini . Les
matières qu'ils renferment ne font pas
moins intéreffantes que celles des volumes
précédens ; & nous félicitons
l'Auteur de s'être acquitté fi glorienfement
de cette utile & importante entrepriſe.
NOUVELLE Méthode Latine de M.
de Launay , en quatre volumes in- 8 ° ,
fi facile qu'elle eft à la portée d'un
enfant de 5 à 6 ans qui fçait lire , & c .
On fçait que ces quatre volumes ont
été propofés par foufcription , moyennant
12 liv. quelle a été remplie ; &
que les volumes ont été fournis aux
Soufcripteurs. L'Auteur n'avoit pû don
AVRIL. 1764. 117
ner dans ces quatre premiers volumes ,
que les deux premiers livres de Phédre,
& la premiere Satyre de Perfe , à caufe
de la forme de ce travail. Depuis deux
ans , on demande avec inftance la continuation
de cet Ouvrage, fur les trois
derniers livres de Phedre , & fur les
cinq dernieres Satyres de Perfe. Et
c'eft pour adhérer à ces follicitations ,
que l'Auteur vient de diftribuer depuis
quelques jours , un Profpectus , qui
propofe cette continuation , auffi en 4
volumes in-8° , & par foufcription . On
aura , par ce moyen , tout Phédre , &
tout Perfe , accommodés dans le goût
du nouveau fyftême , ce qui forme un
Ouvrage plus confidérable qu'on ne
penfe , & fort utile.
Conditions.
On donnera douze livres , pour ces
4 derniers volumes , en une feule fois ,
pour éviter les embarras qu'ont occafionnés
les différens payemens de la
première . Quand cette feconde foufcription
fera fermée , c'est-à- dire , lorfque
le premier volume paroîtra , ce
qui fera dans peu , ces 4 volumes feront
payés 18 , comme les premiers , par ceux
qui n'auront pas foufcrit. A Paris
118 MERCURE DE FRANCE.
chez Panckoucke , Libraire , rue & attenant
la Comédie Françoife , & chez
l'Auteur , dans le Cloître de Saint- Germain
de l'Auxerrois , 1764.
ÉLITE de Poëfies fugitives ; dans laquelle
on a fait entrer tout ce que nos
Poëtes modernes ont compofé de plus
parfait , les plus belles Odes , les Madrigaux
, les Epîtres , les Epigrammes , &c.
les mieux faites depuis Rouffeau , les
Eloges des Femmes de notre Siécle les
plus diftinguées par leur naiffance , leur
efprit & leur beauté , & un très-grand
nombre de Pièces de Ferrand , la Faye ,
Fontenelle , M. de Voltaire , M. de Moncrif,
du C. de B *** , & d'autres Auteurs
, qui n'ont jamais été imprimées ,
ou qui ne fe trouvent pas dans le Recueil
qu'on a fait de leurs OEuvres. 3 vol .
in- 12 , petit format , prix 6 liv. broché ;
à Londres , & fe trouve à Paris , chez
Deffaint & Saillant , Libraires , rue S.
Jean de Beauvais.
Nous donnerons dans le Mercure prochain
un Extrait plus étendu de cet agréable
Recueil.
PANÉGYRIQUES des Saints , fuivis
de réfléxions fur l'Eloquence en général
, & fur celle de la Chaire en partiAVRIL.
1764. 119
culier , feconde Edition , revue , corrigée
& augmentée de plufieurs analyſes
d'Ouvrages d'Eloquence , ou fur l'Eloquence
; par M. l'Abbé Trublet , de l'Académie
Françoiſe & de celle de Pruffe
Archidiacre & Chanoine de S. Malo ; à
- Paris , chez Briaffon , Libraire , rue S.
Jacques , à la Science ; avec approbation
& privilége du Roi ; 1764 ; deux volumes
in- 12.
La première Edition fut publiée en un
feul volume , il y a huit ou neuf ans , &
eut du fuccès . L'Auteur a fait très - peu de
changemens dans cette nouvelle Edition
aux Pièces qui avoient paru dans la première
; mais il l'a augmentée d'un volume
, qui contient les Extraits que faifoit
M. l'Abbé Trublet , lorfqu'il travailloit
au Journal des Sçavans & au Journal
Chrétien. Ces Analyfes font faites
avec foin ; & ceux qui s'intéreffent à ce
genre de travail , fçauront gré à l'Auteur
de les avoir reffemblées.
;
ZAÏDE , ou la Comédienne Parvenue ;
avec cette Epigraphe : rara avis in terris
; Juvenal. Satyr. 6 ; à Mimicopole
1763 ; brochure in - 12 ; on en trouve
des exemplaires chez Brocas & Humblot,
rue S. Jacques , au Chef S. Jean.
Dans ce Roman , on a effayé de met-
1
126 MERCURE DE FRANCE.
Tre en action le Vice & la Vertu , afin
de rendre plus fenfible , par les fuites
heureufes ou funeftes de l'un & de l'autre
, la néceffité de ne jamais balancer
dans le choix . On a peint une A&trice
chafte & vertueufe , parce qu'on croit
qu'il y en a de telles , & qu'il eft utile de
détruire le préjugé contraire. On lira ce
petit volume de 150 pages avec plaifir.
LETTRE à la Grecque ; à l'Ile de Tenedos
, & fe trouve à Paris , chez Guillyn
, Libraire , quai des Auguftins , au
Lys d'or ; 1764 ; feuille in- 12 de 24
pages.
Cet Ecrit ironique & badin traite de
la nouvelle Salle qui doit fe faire pour
l'Opéra. On fuppofe qu'on en a donné
un Projet ; & ce Projet , qui n'eſt que
fuppofé , donne lieu à des plaifanteries
dont tous les Lecteurs ne fentiront peutêtre
pas toute la fineffe.
AMUSEMENS à la Grecque , ou les
Soirées de la Halle , par un Ami de feu
Vadé , avec quelques Piéces détachées ,
tant en profe qu'en vers , du même Auteur;
à Athènes, dans le Tonneau de
Diogène ; & fe vend à Paris , chez Cuiffart
, Libraire , au milieu du Pont-au-
Change ,
AVRIL 1764.
121
Change , à la Harpe ; 1764 ; brochure
in-12 d'environ 100 pages.
. On a réuni fous ce titre plufieurs petites
Pièces de profe & de vers fur toutes
fortes de Sujets . Les unes font dans le
goût Poiffard ; les autres font écrites
dans le ftyle ordinaire. Il y a de la gaîté
dans quelques-unes qui peuvent figurer
avec les divers Ecrits de ce genre.
FORMULES de Médecine , latines &
françoiſes , pour le grand Hôtel - Dieu
de Lyon ; utiles aux Hôpitaux des Villes
& des Armées , aux jeunes Médecins ,
Chirurgiens , Apoticaires , aux Perfonnes
charitables , & aux Habitans de la
Campagne ; par Pierre Garnier ; nouvelle
Edition , revue , corrigée & confidérablement
augmentée , par M. L. Garnier
, Médecin ordinaire du Roi , Docteur
en Médecine de l'Univerfité de
Montpellier , Doyen du Collége des
Médecins de Lyon , ancien Médecin de
l'Hôtel-Dieu , & Affocié honoraire de
l'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de la même Ville ; à Paris , chez P.
F. Didot le jeune , Libraire , quai des
Auguftins , à S. Auguſtin ; 1764 ; avec
approbation & privilége du Roi ; un vol.
in 12. Prix , 2 liv . 10 f, relié.
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
Les Editions multipliées de cet Ouvrage
font une preuve de fon utilité ;
& le titre feul montre affez de quel uſage
il peut être pour une infinité de Perfonnes.
Mais ce qu'il ne dit pas également
, c'eſt que ce Livre eft terminé par
un Dictionnaire ou Catalogue alphabétique
contenant les noms des Drogues
fimples ou compofées , dont il eft fair:
mention dans l'Ouvrage ; avec leurs
defcriptions , leurs préparations , leurs
vertus , & l'explication des termes de
Pharmacie qui y font répandus. Ce Dictionnaire
eft fuivi d'une Table des Maladies
auxquelles les Formules peuvent
convenir,
SERMONS de Meffire Jacques- Fran
çois- René de la Tour-du-Pin , Abbé
Commendataire de l'Abbaye de Notre-
Dame d'Ambournai , Vicaire Général
de Riez , Prédicateur ordinaire du Roi ,
de l'Académie des Sciences & Belles-
Lettres de Nanci ; à Paris , chez A. L.
Regnard , Imprimeur de l'Académie
Françoiſe , Grand ' -Salle du Palais , &
rue baffe des Urfins ; avec Privilége du
Roi ; 1764 ; 2 vol . in - 12 .
Ces deux premiers volumes , où il n'y
a que des Panégyriques , feront fuivis
AVRIL. 1764. 123
de plufieurs autres dans l'ordre fuivant :
il paroîtra encore deux tomes d'Eloges
de Saints dans le courant de cette
année. En 1765 , on délivrera les deux
derniers volumes de Panegyriques
après lefquels viendra en 1766 un tome
de Sujets particuliers , & celui de l'Avent
prêché devant le Roi. En 1767 on
compte mettre au jour trois volumes
qui formeront un grand Carême : un
tome où feront recueillis différens Sujets
de Morale , deux tomes de Myſtères
, & un des abrégés de tous les Sermons
& Panégyriques , termineront en
1768 toute l'édition . Ainfi nous aurons
fouvent occafion d'entretenir le Public
de l'Eloquence de cet Auteur dans tous
les genres ; c'eft pour cela que nous
nous contentons aujourd'hui de cette
fimple annonce ,
DISCOURS prononcés en différentes
folemnités de piété ; par M. le Couturier
, Chanoine de l'Eglife Royale de
S. Quentin , Prédicateur du Roi ; à Paris
, chez Brocas & Humblot , Librairue
S. Jacques , au- deffus de la
rue des Mathurins , au Chef S. Jean ;
1764 ; avec approbation & privilége du
Roi. Un vol. in- 12. de 310 pages.
res ,
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
Ces difcours font un Sermon pour
la Pentecôte , prêché devant le Roi , un
Panégyrique de S. Louis , à l'Académie
Françoife ; un autre de S. Corneille &
de S. Cyprien ; celui de S. Sulpice ;
un Difcours prononcé le jour d'une
centiéme année d'établiffement de Religieufes
à Compiegne , le Panégyrique
de Ste Elifabeth , un Difcours fur l'ef
prit de prière , & un autre prononcé dans
une Affemblée de charité . Une éloquence
fimple & touchante caractériſe
les Difcours de M. l'Abbé Couturier.
DE l'imitation théâtrale Effai tiré
des Dialogues de Platon ; par M. J. J,
Rouffeau de Genêve. A Amfterdam ,
chez Marc- Michel Rey , & fe trouve
à Paris , chez Duchefne , rue S. Jacques
, au Temple du Goût ; in-8°. de
48 pages.
Ce petit Ecrit n'eft qu'une efpéce
d'Extrait de divers endroits où Platon
traite de l'imitation théâtrale. M. Rouffeau
les a raffemblés & liés dans la forme
d'un Difcours fuivi , au lieu de
celle du Dialogue qu'ils ont dans l'Original.
L'occafion de ce travail fut la
Lettre à M. d'Alembert fur les Spectacles
; mais n'ayant pû commodément
AVRIL. 1764. 125
l'y faire entrer , on l'a imprimé ſépa→
rément .
ARCHITECTURE moderne , ou l'art
de bien bâtir pour toutes fortes de
perfonnes ; où l'on traite de la conf
truction , des efcaliers , des devis , du
toifé des bâtimens , des us & coutu
mes , de la diftribution ; par Charles-
Antoine Jombert , Libraire , à Paris ,
rue Dauphine ; deux volumes in-4° ,
grand papier , avec plus de 150 planches.
Nouvelle édition confidérablement
augmentée ; 1764. Le prix eft de
42 liv. relié.
Le même Libraire pour faciliter aux
jeunes Artiftes l'acquifition des principaux
livres élémentaires fur l'Architecture
, travaille actuellement à une Bibliothèque
portative d'Architecture élémentaire
, divifée en fix volumes in- 8 °,
grand papier,avec environ 350 planches
contenant les Traités fuivans . 1 °. Les
5 ordres de Vignole : 2° . l'Architecture
de Palladio 3° les OEuvres d'Archi
tecure de Vincent Scamozzi : 4°. le
parallèle d'Architecture de M. de Chambray
5°. les élémens généraux de
l'Architecture , Peinture , Sculpture &
Gravure 6º, le manuel des Artiſtes
F iij
126 MERCURE DE FRANCE .
ou Dictionnaire abrégé des termes relatifs
à l'Architecture,Peinture, Sculpture
& Gravure , & c . Chacun de ces Ouvrages
fe vendra féparément 7 livres
relié. Les trois premiers font achevés
d'imprimer , & les trois autres paroîtront
fucceffivement dans le courant
de cette année.
On diftribue chez le même Libraire,
un Catalogue très-ample de toutes les
Planches d'Architecture des Palais ,
Hôtels , Eglifes & Maifons de Paris ,
Verfailles & c , qu'il vend en détail
& de tous les Livres d'Architecture de
fon fond , qui eft prèfque l'unique pour
cet objet.
FABLES de la Fontaine , gravées en
taille- douce ; les figures , par le Sieur
Feffard , Graveur du Roi & de fa Bibliothéque
; le Difcours , par le Sieur
Monthulay , propofées par foufcription .
Le Sieur Feffard , occupé du grand
projet de la gravure des Tableaux du
Cabinet du Roi , comblé des bontés de
Sa Majesté qui vient de lui accorder une
gratification de deux mille livres par
chaque planche dépofée dans fon Cabinet
, & de fix cens exemplaires , a cru
ne pouvoir mieux témoigner fa reconAVRIL.
1764. 127
noiffance , qu'en confacrant fes loifirs
aux Enfans de France , & en gravant
pour eux des Fables , autant faites pour
les inftruire que pour les amufer. C'eſt
pour remplir ces vues , qu'il a choiſi MM.
Loutherbourg Monnet & le Prince
dont les talens connus & eftimés font
attendre avec raiſon , de leur précifion
& de leur touche délicate , ce vif intérêt
qu'ils jetteront dans les figures , les
animaux & les fires des payſages , dont
eft très-fufceptible un Ouvrage de 250
Sujets , & d'environ 500 fleurons &
cul- de-lampes. Cet Ouvrage étant deſtiné
aux Enfans de France
fera orné
d'une Dédicace qui repréfentera leurs
portraits en médaillon . Comme les occupations
du S Feffard ne lui permettent
pas de tenir un commerce ouvert , il ne
peut recevoir les Amateurs à fon atelier,
qui eft à la Bibliothéque du Roi , rue de
Richelieu , que les Mardi & Vendredi ,
jours de Bibliothéque , depuis dix heures
du matin jufqu'à une heure .
Conditions.
Cet Ouvrage contiendra quatre volumes
, & fera dans le format de la dernière
édition des Contes du mêmes Auteur
. En foufcrivant on paiera 12 1. pour
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
les plus belles épreuves fur beau papier
de Hollande , & l'on recevra gratis le
premier volume au premier Juillet 1764.
En recevant le fecond volume au premier
Janvier 1765 , on paiera 12 l . En
recevant le troifiéme volume au premier
Juillet 1765 , il fera payé 12 1. Et en
retirant le quatriéme & dernier volume
au premier Janvier 1766 , on donnera
12 1. Ce qui fera en tout 48 I. Au lieu de
12 1. on ne paiera que 9 1. par volume ,
121.
& dans les mêmes termes , ce qui fera
36 1. pour la même édition en beau papier
de France . On a commencé à foufcrire
au 1 Janvier 1764 ; on pourra demander
à voir le commencement de
l'Ouvrage chez M. Levies , Graveur &
Md d'Eftampes, rue S. André- des - Arcs ,
vis-à-vis l'Hôtel de Châteauvieux ; chez
M. Topin , Marchand d'Eftampes , rue
de Buffy , au coin de celle de Bourbonle-
Château ; chez Laurent- Prault , Libraire
, Quai des Auguftins , au coin de
la rue Gift- le - Coeur , à la Source des
Sciences ; & dans la maifon de Pierre
Remy , ancien Syndic de la Communauté
des Peintres de S. Luc , rue Poupée,
la feconde porte cochere à gauche ,
en entrant par la rue Haute-Feuille .
AVRIL. 1764 . 129
>
RÉFLEXIONS Politiques & Morales
fur les Hommes illuftres de Plutarque
, précédées d'un abrégé de
leurs vies extraites du même Auteur ;
à Paris chez , A. L. Regnard , Libraire-
Imprimeur de l'Académie Françoife ;
Grand' - Salle du Palais & rue baffe
des Urfins ; 1764 ; avec approbation
& privilége du Roi. 4 volumes in - 12 .
L'Auteur , qui ne fe nomme pas ,
rend ainfi compte de fon travail : » en
» lifant la première de ces vies ,
» me vint dans l'efprit une réfléxion ;
je l'écrivis. A celle-là en fuccéda une
» autre ; je l'écrivis de même : je con-
» tinuai fans aucun deffein. J'apperçus
» à la fin par le volume , que j'avois
» fait un ouvrage tel quel Ce
» n'étoient que des réfléxions ; il me
» parut fec. J'y ajoutai les faits de
"9
il
chaque vie qui avoient donné lieu à
» mes remarques ; il me fembla que
» c'étoit un ouvrage tronqué. Enfin
" je fongeai qu'Amiot étoit fi vieux
qu'il en devenoit dégoutant ; cette
penfée m'a fait prendre llee par-
» ti de donner un extrait de chacune
» des vies des Hommes illuftres ; d'y
» mêler quelques réfléxions fuccinctes
& de renvoyer à des. chapitres fé-
F v
130 MERCURE DE FRANCE .
"
parés , celles qui auroient trop in
» terrompu la narration .... En abrégeant
ces vies autant qu'il m'a été
» poffible , j'ai tâché cependant de ne
» rien omettre de ce qui pouvoit con-
» tribuer à peindre le caractère de
l'homme illuftre , les moeurs de fom
fiécle , & donner une notion du gros
de l'hiftoire de fon temps ..... Com-
» me je ne fuis point affez mal -avifé
» pour faire des parallèles après Plu--
»` tarque , j'ai ſéparé les Grecs des Romains
; j'ai rangé les Grecs dans
» leur ordre chronologique , & les
Romains de même après ceux - là.
» Ce nouvel arrangement forme com-
» me deux grands tableaux de la Gréces
» & de Rome.... J'ai donné à plu-
»fieurs chapitres le titre d'une matière ;.
» j'avertis que je n'ai point prétendu la
» traiter
mais uniquement faire part:
» des réfléxions que la lecture m'a fug-
» gérées.
Nous n'aurions pu rien dire , qui don--
nât de ce Livre une idée plus fidelle &
flus exacte..
LA VIE du Cardinal de Bérulle .
Fondateur de la Congrégation de l'Oatoire
en France ; avec cette Epigra
AVRIL. 1764. 131
phe : Vivo autem jam non ego ; vivit
verò in me Chriftus. S. P. ad Gal . cap.
2. A Paris , chez Nyon , Libraire, quai
des Auguftins , à l'Occafion ; 1764 ;
avec approbation & privilége du Roi ;
un vol. in- 12.
On ne trouve dans les Auteurs qui
jufqu'ici ont écrit l'hiftoire du Cardinal
de Bérulle , que des digreffions &
des éloges dont la confufion obfcurcit
les faits & fatigue les Lecteurs. Le nouvel
Hiſtorien a écarté ces nuages ; & ne
voulant nous montrer fon héros que
fous le point de vue qui l'a rendu cher
à l'Eglife , il s'eft plus attaché à repréfenter
M. de Bérulle comme un Prêtre
uniquement animé de l'efprit facerdotal,
qu'à raffembler des anecdotes qui ne
fatisfont que la curiofité.
DE l'Inftitution publique, ou plan d'études
; par M R.D.B. avec cette Epigraphe:
quo femel eft imbuta recens fervabit
odorem tefta diù . Hor. lib. Epift. 11. A.
Dijon, chez Louis Hucherot, Imprimeur-
Libraire , place du Palais ; avec permiffion
; feuille in-8°.
On blâme dans cet écrit l'ancienne
éducation que les jeunes gens recevoiena
dans les Colléges des Jéfuites ; on pro-
F
VI
132 MERCURE DE FRANCE .
pofe un plan tout différent de celui de la
Société ; & ce plan qui peut avoir fes
avantages & fes inconvéniens , doit être
lu dans l'ouvrage même.
MÉMOIRE fur le tirage des Bateaux
par les Boeufs , feuille in- 12 ; 1764 ; fans
nom d'Auteur , ni de Ville , ni de Li
braire.
Le but de ce Mémoire eft de montrer
l'avantage qu'il y auroit à employer
des Boeufs au lieu de Chevaux , pour
tirer les Bateaux . Il s'eft formé pour cette
entrepriſe , une compagnie dans laquelle
peuvent entrer les perfonnes qui défireront
y acheter des actions. Voici les
principaux articles qui s'obferveront ,
après néanmoins qu'ils auront été approuvés
par le Comité lorfqu'il fera formé.
PREMIER ARTICLE . Le fond de la
Société fera de 300 actions de 1000
liv. chacune , ce qui formera un fond
de 300 mille liv.
ART. II. Toutes les actions feront
imprimées , numérotées & délivrées au
Porteur fans nom ; elles feront enregiftrées
fur les regiftres du Directeur &
du Caiffier , & le nom du Propriétaire
mis à côté de chacune ; ce qui rendra
ces registres un titre de plus pour les
A&ionnaires en conféquence il en fera
AVRIL. 1764. 133
déposé un duplicata chez le Notaire de
la Compagnie.
ART. III. L'action fera héréditaire &
commerçable , après néanmoins que la
préférence en aura été offerte à la Compagnie.
ART. IV. Tout Acquéreur de ces actions
fera tenu , dans le mois de fon acquifition
, de fe faire connoître de la
Compagnie , en préfentant aux Directeur
& Caiffier , fon action & le fousfeing
privé , ou acte par lequel il en
fera devenu Propriétaire , pour que fon
nom foit fubftitué à celui de fon vendeur.
On fent qu'avec cette précaution ,
on ne peut courir le rifque de perdre
fon intérêt , ni d'en êrre volé.
ART. V. Pour avoir voix délibérative
, il faudra être Propriétaire de dix actions
, ou repréfentant les intéreffés de
dix actions. Par conféquent celui qui
ne fera pas Propriétaire de ce nombre ,
ne pourra exiger que la repréfentation
des comptes , qui feront arrêtés tous les
ans par les Actionnaires ayant voix délibérative.
ART. VI. Ceux qui voudront s'inté-
.reffer , porteront la fomme qu'ils veulent
y_mettre , chez Me Baron le jeune,
Notaire , rue de Condé , ou chez
134 MERCURE DE FRANCE.
.
M. Rouffelle , Caiffier de cette entrepriſe
& de la Pofte de Paris , place du Chevalier
du Guet. Ils tireront une reconhoiffance
en portant leur argent ; &
lorfque le nombre defdites actions fera
rempli , l'acte de Société fera paffé pardevant
Notaire , & le Caiffier délivrera
les actions , en lui rapportant les reconnoiffances
: & l'intérêt dans l'affaire
commencera pour chacun du jour du
dépôt de l'argent.
ART. VII. Il fera tenu tous les mois
une Affemblée générale , & deux Comités
par femaine , pour délibérer fur les
affaires inftantes. Les intéreffés , deſtinés
au travail de ces deux Comités , feront
choifis & nommés dans les Affemblées
générales.
ART . VIII . Toutes les affaires confidérables
feront décidées par des délibé→
rations de l'Affemblée générale , à la
pluralité des voix : il ne fera pas même expédié
d'ordres importans , qui ne foient
fignés du plus grand nombre de ceux
qui compoferont le Comité.
ART. IX. Les comptes fe rendront annuellement
dans une Affemblée générale
; & la répartition des profits fera faite
au prorata de la mife.
ART. X. Auffi -tôt que le nombre des
AVRIL. 1764 . 135
actions fera rempli , & l'acte de Société
dreffé , on formera une Affemblée générale
, à laquelle on préfentera le plan de
Régie qu'on a formé , les différentes.
mefures qu'on a prifes pour mettre l'ordre
dans une opération d'un auffi grand
détail , & enfin les fujets qui ont contribué
jufqu'ici à fon exécution ..
J
ANTONII de Haen , Confiliarii &
Archiatri , S. C. R. A. Majeftatis, necnon
Medicine practica in Univerfitate
Vindobonenfi Profefforis primarii , ratio
medendi in Naufocomio practico.
Tomus tertius , partes VI & VII com
plectens. Parifiis , apud P. Fr. Didot
juniorem , Bibliopolam , ad ripam Auguftinianorum
, propè Pontem fancti
Michaëlis , fub figno fancti Auguftini ;
1764 ; cum approbatione & privilegio
Regis. Vol. in- 12.
Il a déjà paru deux volumes de cette
Pratique de Médecine. Ce troifiéme
Tome comprend les Parties VI & VII,
& traite de la Cardialgie chronique , des:
différentes efpéces d'Hydropifie , de la
Pierre & de la Lithotomie , des cautères
appliqués au crâne dans les douleurs
obftinées de la tête , de la vertu parti
culière de certains médicamens , des
136 MERCURE DE FRANCE.
anévriſmes , des hydatides , d'un fait relatif
à la rupture des inteftins , des divifions
des fiévres , & de différens autres
objets. Le quatriéme Tome eft fous
preffe , & paroîtra inceffamment.
,
DISSERTATION fommaire fur les
maladies de l'urétre , appellées callofités
, ou vulgairement carnofités , &
du moyen für de les guérir radicalement
fans l'ufage des bougies ; par le
fieur de la Font fils de Maître en
Chirurgie , & Chirurgien bréveté du
Roi par la Commiffion Royale de Médecine
pour l'adininiftration de ce reméde
; feuille in- 12 ; chez l'Auteur , rue
Beauregard , la porte quarrée entre les
deux portes- cochères , vis- à- vis le Vitrier
, au premier , en entrant par la rue
Poiffonnière ; 1763.
Les perfonnes affectées de ces maladies
, & à qui les bougies n'auront
pas réuffi , pourront s'intéreffer à la
lecture de cet écrit confirmé par des
certificats de plufieurs Médecins qui
dépofent en faveur du nouveau reméde.
ESSAI fur les différentes efpéces de
fiévres , avec des differtations fur les
fiévres lentes , nerveufes , putrides , pefAVRIL.
1764. 137
tilentielles & pourprées ; fur la petite
vérole , fur les pleuréfies & les péripneumonies
; par Jean Huxham , Docteur
en Médecine , & Membre de la
Société Royale de Londres. On y a
joint deux autres effais ; l'un fur la manière
de nourrir & d'élever les Enfans
depuis leur naiffance jufqu'à l'âge de
trois ans ; l'autre fur leurs différentes
maladies ; & un Appendice contenant
une méthode pour garantir les mariniers
des maladies dans les voyages de
long cours. Nouvelle édition , augmentée
de trois Ouvrages du même Auteur
; le premier fur les maux de gorge
avec ulcères malins ; le fecond fur
l'antimoine , & le troifiéme fur une
colique épidémique; à Paris, chez d'Houry
, Imprimeur- Libraire de Mgr le Duc
d'Orléans ; rue de la vieille Bouclerie
au S. Efprit & au Soleil d'Or ; 764;
avec approbation & privilége du Roi ;
un volume in- 12 d'environ 700 pages .
Nous n'ajouterons rien à ce titre qui
peut être régardé comme une courte
analyfe de cet Ouvrage utile connu
& très eftimé des gens de l'art.
>
TRAITEMENS des maladies internes
& externes , traduits du Latin de M..
138 MERCURE DE FRANCE.
la Zerme , Confeiller du Roi , Profeffeur
en Médecine de la Faculté de
Montpellier ; avec les formules en latin
& en françois ; augmenté d'un traité
des maladies vénériennes ; par M.
Didier des Marets, Médecin de la même
Faculté ; feconde édition revue & corrigée
; à Paris chez Laurent - Charles
d'Houry , Imprimeur-Libraire de Mgr
le Duc d'Orléans rue de la vieille
Bouclerie , au S. Efprit , & au Soleil
d'or ; 1764 ; avec approbation & privilége
du Roi. 2 volumes in- 12 .
•
La traduction des curations de M.
la Zerme n'a certainement befoin que
du nom de ce Sçavant homme , pour
s'attirer l'eftime du Public ; mais les
foins que l'on a pris pour la rendre plus
intéreffante par l'ordre qu'on y a gardé ,
doit la faire recevoir avec encore plus
d'emprenement. Les formules y font .
données en Latin & en François , l'un
à côté de l'autre , & bien diftinctes du
refte du Diſcours , pour que le Lecteur ,
d'un coup d'oeil , puiffe voir de quelle
manière on doit tracer une ordonnance
en l'une & en l'autre Langue . La jufte
quantité des drogues à adminiftrer aux
malades , y , y eft donnée avec la plus fcrupuleuſe
attention , vu les conféquences
AVRIL. 1764. 139
qui en réſulteroient. On a enrichi cet
Ouvrage d'un Efaifur les Maladies Vénèriennes
, pour que le Lecteur puiffe
avoir auffi fous les yeux la curation de
ce mal trop commun ; & enfin il nous
paroît qu'on n'a rien négligé pour rendre
ce Livre d'une utilité générale &
journalière .
NOUVELLE Defcription phyfique ,
hiftorique , civile & politique de l'Iflande
, avec des obfervations critiques fur
l'Hiftoire Naturelle de cette Ifle ; donnée
par M. Anderfon ; Ouvrage traduit
de l'Allemand de M. Horrébows qui y
a été envoyé par le Roi de Dannemarc ;
à Paris , chez Charpentier , Libraire
rue du Hurepoix , à l'entrée du quai
des Auguftins ; avec approbation &
privilége du Roi : tmba : 2 vol. in- 12 .
Il y a des chofes curieufes dans cet Ou
vrage hiftorique , qui demandent à être
mifes fous les yeux du Lecteur dans
un long Extrait . Nous promettons de le
donner inceffamment ; nous avertiffons
aujourd'hui que le Libraire vend féparément
la Carte de l'Iflande , qui eſt
très- bien faite & très- curieufe.
➢- བ,,,
POESIES & OEuvres diverfes de Mada
140 MERCURE DE FRANCE .
me Guibert ; à Amfterdam ; 1764 ; unf
volume petit in- 8°. de 200 & quelques
pages .
Ce recueil n'eft prèfque compofé que
de ce qu'on appelle des Vers de Société. Il
faut pourtant en excepter une Comédie
en un Acte en vers libres , intitulée Les
rendez- vous : les vers de Société font
des Bouquets , des Fables , des Epitres ,
des Madrigaux , des Chanfons , & c . il y
en a pour M. fon Fils , pour Mlle fa Fille,
pour fon Maître de Poëfie , fon Maître
de Mufique , pour fon Peintre , pour fon
Graveur, pour fes Amis &c . On y trouve
auffi des Vers de M. Guibert - le Fils ,
& entre autres , une Tragédie qui n'a
que cinq Scènes , intitulée : La Coquette
corrigée , Tragédie contre les femmes ,
dictée par M. Guibert , âgé de neuf ans.
SANTOLIANA, Õuvrage qui contient
la vie de Santeuil , fes bons mots , fon
démêlé avec les Jéfuites , fes Lettres , fes
infcriptions , & l'Analyfe de fes ouvrages
, &c. par M. Dinouard , Chanoine
de Saint Benoît , & de l'Académie des
Arcades ; à Paris , chez Nyon , Quai des
Auguftins, à l'Occafion ; avec Approba
tion & Privilége du Roi ; 1764 , un vol.
in- 12.
AVRIL. 1764: 141
Une infinité d'Anecdotes plaifantes &
curieufes rendent la lecture de ce Livre
très agréable . Nous nous propofons de
choifir les traits les plus piquans que nous
offrirons à nos Lecteurs dans un des
Mercures fuivans.
EXAMEN de l'Inoculation , par un
Médecin de la Faculté de Paris ; à Lon-.
dres , & fe trouve à Paris chez Deſſain-
Junior , Libraire , Quai des Auguftins ,
à la bonne Foi ; 1764 ; un vol . in - 12.
,
Les trois points fur lefquels roule
cet examen , font 1 °. L'inoculation eftelle
exempte de danger pour ceux qui
s'y foumettent , foit dans la petite Vérole
qui en réfulte , foit dans les fuites ?
2º. L'Inoculation met- elle ceux qui la
fubiffent à l'abri de la petite Vérole
naturelle ? 3 °. L'inoculation peut- elle fe
pratiquer , fans la multiplication de la
contagion ? L'objet même de cette difcuffion
en annonce l'importance . Nous
croyons qu'on feroit parvenu depuis .
longtemps à découvrir la vérité fur ces
points vraiment intéreffans , fi elle n'eût
été obfcurcie par la paffion ou l'efprit
de préjugés , dont il eft effentiel de fe
dépouiller , pour ne confulter en cette
matière , que la raifon & les faits,
142 MERCURE DE FRANCE.
L'HOMME de Lettres ; M. par Garnier ,
Profeffeur Royal d'Hébreu , & de l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres ; avec cette Epigraphe : quem
te Deus effe juffit & humana quá parte
locutus es in te , difce ; à Paris , chez
Panckoucke , Libraire , rue & à côté de la
Comédie Françoife ; avec approbation
& privilége du Roi ; 1764 ; deux parties
in-12.
Dans la première partie l'Auteur traite
de la nature de l'homme de lettres , du
principe fondamental de toutes les
fciences , de la culture des efprits , de
l'utilité des gens de lettres , des récompenfes
littéraires , &c. On examine dans
la feconde partie l'influence réciproque
des Lettres fur le Gouvernement , &
du Gouvernement fur les Lettres.
PRÉSENCE Corporelle de l'homme en
plufieurs lieux , prouvée poffible par les
principes de la bonne Philofophie : Lettres
où relevant le défi d'un Journaliſte
Hollandois , on diffipe toute ombre de
contradiction entre les merveilles du
Dogme Catholique & de l'Euchariſtie ,
& les notions de la faine Philofophie ;
par l'Auteur des Lettres à un Américain
; avec cette Epigraphe : Pofteritas
AVRIL. 1764.
143
intellectum gratuletur , quod ante vetuftas
non intellectum gratulabatur. Vinc
Lyr. A Paris , chez Rozet , Libraire ,
rue S. Severin , au coin de la rue Zacharie
, à la Rofe d'or ; avec approba
tion & privilége du Roi ; 1764 ; un vol .
in - 12 .
Feu M. l'Abbé Lelarge de Lignac eft
Auteur de ces Lettres , où l'on trouve
un fyftême qui peut paroître extraordinaire.
On entreprend de prouver aux
Réformés qu'il n'eft ni impoffible ni
contradictoire qu'un même corps foit
en même temps en plufieurs lieux. On
tâche dans la Préface de juftifier l'Auteur
de ce qu'il a fait un fyftême philofophique
fur un mystère qu'il ne faudroit
, dans la louable fimplicité de la
foi , que croire & adorer.
LETTRE de Barnevelt dans fa prifon
; à Truman fon ami ; précédée d'une
Lettre de l'Auteur ; à Paris chez
Sébastien Jorry , rue & vis-à-vis de la
Comédie Françoiſe , au Grand Monarque
& aux Cigognes ; 1763 ; avec approbation.
Brochure in-8°. très - bien
imprimée fur de très-beau papier , ornée
d'une très- belle Eftampe & de très-jolies
vignettes.
144 MERCURE DE FRANCE.
La Comédie du Marchand de Londres
où un homme vole fon parent , fon,
ami , & l'égorge pour plaire à fa maîtreffe
, a fourni à M. Dorat le Sujet
d'une Lettre en vers. Barnevelt eft le
Scélérat qui a commis tous ces crimes ;
il est dans un cachot d'où il va être
tiré , pour les expier fur un échaffaut ,
& où il eft fuppofé écrire à fon ami
ces vers pleins de force & d'énergie :
Je vois nos citoyens confufément épars ,
Fixer fur Barnevelt leurs avides regards.
Parler , s'interroger , s'indigner de mon crime ,
Derefter à la fois & plaindre la victime .
Du voilé de la nuit mes tourmens font couverts ;
Ma honte doit paroître aux yeux de l'Univers.
Que dis-je ? cette mort flétriffante & cruelle ,
La mort des Scélérats on peut la rendre belle.
Un repentir fincère attendrit tous les coeurs.
Combien de Criminels ont fait verſer des pleurs
Je veux que de ce jour on garde la mémoire ;
Je veux d'un jour d'opprobre en faire un jour
de gloire ;
Et qu'enfin mon Pays juftement combattu ,
Funillant mes forfaits , regrette ma vertu.
C'est avec la même force d'expreffion
que M. Dorat nous peint les crimes &
les
AVRIL. 1764. 145
les remords de Barnevelt ; & nous regrettons
de ne pouvoir nous étendre
davantage .
LETTRE de Zeila , jeune Sauvage ,
Efclave à Conftantinople , à Valcour,
Officier François , précédée d'une Lettre
à Madame de C ** ; à Paris , chez
Jorry , rue & vis - à- vis de la Comédie
Françoife ; 1764 ; brochure in- 8°. avec
les mêmes ornemens typographiques
que la précédente.
C'eft d'une Tragédie Angloife , que
M. Dorat a tiré le Sujet de Barnevelt ;
c'eft dans le Spectateur Anglois , qu'il
a pris celui de la Lettre de Zéila. Une
jeune Sauvage , devenue la Maîtreffe
d'un Anglois , qu'elle a fauvé de la
mort , eft inhumainement vendue par
fon Amant , dont elle eft groffe ; & fa
groffeffe même est une raifon qui la lui
fait vendre plus cher , parce qu'on achète
à la fois une mère & un enfant. Voilà
en peu de mots le Sujet de cette Lettre ,
où M. Dorat change l'Anglois en un
Officier François , & tranſporte la ſcène
des Indes à Conftantinople. Il y a encore
plufieurs autres changemens qu'il
faut voir dans l'Ouvrage même , qu'on
lira avec attendriffement.
II. Vol.
Nous n'en
G
146 MERCURE DE FRANCE.
citerons que quelques vers : Zéïla écrit
à fon Amant :
N'entends- tu pas mes cris , mes fanglots , mes foupirs
?
Dans le fein des remords eft-il donc des plaiſirs ?
Ne te dis-tu jamais : » en cet inftant peut- être ,
» Ellepleure , & fe plaint au Ciel qui l'a fait naître,
Sur la rive déferte elle appelle Valcour ,
En ferrant dans fes bras le fruit de notre amour :
→ Sa profonde douleur toujours le renouvelle ;
» Il n'eft plus de foutien , plus de beaux jours pour
ɔɔ elle ;
Sous le poids de les maux , peut-être en ce moɔɔ
ment
» Elle fuccombe , meurt , & meurt en me nominant.
Pourrois- tu de ma mort devenir le complice ?
Ne diffère plus , viens ; fauve ta bienfaitrice ;
Accours , & fi tu crains de me rendre mes droits ,
Rends- moi du moins , rends- moi mes déferts &
mes bois.
AVRIL 17640 147
ARTICLE III.
SCIENCES ET BELLES- LETTRES
ACADÉMIE S.
ASTRONOMI E.
LETTRE à M. DE LA PLACE ,
fur l'Eclipfe du premier Avril,
LAA GAZETTE Littéraire du 28 Mars
dernier , Monfieur , a annoncé fous mon
nom, que l'Eclipfe du premier Avril paroîtroit
commencer en France à droite
fur le bord occidental du Soleil , cinq
degrés au- deffous de fon diamètre horifontal.
On dit que j'ai fait là une leçon
également inutile , & aux Aftronômes
qui devoient fçavoir s'en paffer, & à ceux
qui , ne ſe mêlant pas d'obferver , n'en
ont eu aucun befoin : auffi je déclare à
ceux qui fe mêlent de critiquer ce qu'ils
ignorent , que la leçon , fi c'en eft une ,
ne s'adreffoit ni aux uns , ni aux autres ,
mais à ceux qui tiennent une espèce de
milieu ; je veux dire , aux Amateurs
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
de l'Aftronomie , qui , fans être Aftronômes
, fe préparoient à une obfervation
dont on parloit depuis fi longtemps.
J'ajoute que , dans le cas où mon annonce
n'auroit pas été des plus exacte
fur le fait des cinq degrés , elle feroit dụ
moins bonne à fournir aux Sçavans
qui préfident aux calculs des Ephémérídes
ou Mouvemens Céleftes , la penfée
de faire mieux , lorfqu'ils auront à nous
annoncer , foit des Eclipfes de Soleil &
de Lune , foit des paffages de Mercure
& de Vénus , foit des Emerfions d'Etoiles
cachées par la Lune .
A l'approche de ces fortes de Phénomènes
, il est bien des yeux égarés dans
le champ d'une Lunette , & qui , faute
d'être fixés , manquent une obfervation
également curieufe , importante & difficile.
Pourquoi ne pas la rendre´aiſée
en fixant l'oeil de l'Obfervateur au point
du limbe où doit ſe faire l'obſervation
& en marquant même jufqu'aux diffé
rens effets des Lunettes à quatre ou à
deux verres , des Télefcopes qui redref
fent ou qui renyerfent , comme je l'ayois
fait dans mon annonce que les bornes
de la Gazette ont obligé d'abréger ?
Rien ne prouve mieux , Monfieur
AVRIL . 1764. 149
l'utilité dont peut être une pareille annonce
bien faite , que l'Eclipfe même
qui a donné lieu à la mienne. M. de la
Brulerie , Chevalier de S. Louis , qui l'a
obfervée lui deuxième à Auxerre , me
marque qu'il n'en a vu le commencement
que quelques fecondes après M.
de Monbazon , à côté duquel il obfer
voit ; parce qu'il fixoit l'oeil beaucoup,
au-deffous du diamètre horifontal. S'il
n'eût regardé qu'un peu au - deffous ,
comme mes cinq degrés le difoient affez
, il auroit vu commencer l'Eclipfe
au même inftant que fon voifin , comme
ils l'ont vue , l'un & l'autre , finir à la
même feconde.
En voici les principales circonftances ,
que M. de Montbazon , Confeiller au
Bailliage , m'a envoyées ; je ne puis
mieuxluien marquer ma reconnoiffance,
qu'en vous priant de les rendre publiques
dans votre prochain Mercure. C'est une
obfervation d'autant plus précieufe , que
peut-être elle eft unique en France , à
caufe du mauvais temps.
Le commencement à 9 h. 16 m. 33 f.
la fin à midi 16 m. 34 f; donc la durée
a été de trois heures une feconde. Ces
inftans ont été obſervés avec un excellent
Télescope de trente- deux pouces ,
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
de la conftruction de M. Paffemant.
A 10 h. 44 m. 38 fec. la partie éclairée
du Soleil a été mefurée de 2 m. 28
fec. avec une Lunette de dix pieds , garnie
d'un Micromètre auffi de M. Paſſe
mant. Un nuage qui eft furvenu a interrompu
l'obfervation pendant dix minutes.
Les bords fupérieurs du Soleil & de la
Lune ont paru coincider. Des Curieux ,
témoins de l'obſervation , au nombre de
cent , ont dit même avoir vu , avec des
verres enfumés , un filet de lumière dans
la partie fupérieure mais les Lunettes
n'en ont rien fait voir. Les témoins
ont dépofé encore dans le milieu de
l'Eclipfe , qu'il faifoit très -froid . Pour
moi , dit M. de Montbazon , qui étois
dans le fort de mes travaux , je ne m'en
fuis apperçu nullement.
C
J'ai l'honneur d'être , & c .
TREBUCHET , ancien Officier de la Reine.
MÉDECINE.
LETTRE au même , fur le Ver Solitaire.
JE VIENS , Monfieur , de lire dans vo
tre Mercure du mois de Janvier dernier
AVRIL. 1764. 151
des Obfervations fur le Ver Solitaire
par M. P..... , Docteur en Médecine ,
ancien Chirurgien en Chef du G. H. D.
de L.
L'Auteur dit , à la page 154 , qu'il
avoit acquis le Spécifique contre ce Ver,
de la veuve du Do &teur Nouter , Médecin
Suiffe ; qu'il guérit fubitement un
Seigneur Ruffe , lui ayant donné ce Spécifique
à fept heures du matin , lequel
fit fon effet dans quatre heures de temps .
C'est certainement là ce qu'on peut appeller
un Spécifique ; & il feroit à defirer
qu'il fût public , y ayant bien des
perfonnes attaquées de cette Maladie .
Je ne fuis point étonné que le Poffeffeur
d'un pareil Remède ne le divulgue pas ;
mais je le fuis de ce qu'il nous cache fon
nom & fa demeure. Je ne doute pas
qu'il ne fe faffe un plaifir de contribuer
au bonheur de fes femblables , qui pourroient
recourir à lui dans leur malheureux
état. Trouvez bon , Monfieur , que je
me ferve de votre canal pour lui faire
parvenir cette Lettre , & que je l'invite à
nous apprendre dans quel lieu pourroient
le rencontrer ceux qui auroient cette
' maladie .
Il y a , Monfieur , neufà dix ans que
la Femme de charge de ma Maifon avoit
Giv
152 MERCURE
DE FRANCE .
un . Ver folitaire . Elle en avoit rendu
plufieurs aulnes à différentes fois . J'appris
qu'il y avoit à Lyon un Médecin
Suiffe qui avoit un Remède contre ce
Ver, ( peut être eft-ce le Docteur Nouter
) & qu'il devoit y être quelque temps .
J'envoyai la Malade à Lyon avec un do
meſtique. Elle vit dans cette Ville plufieurs
perfonnes qui avoient été guéries
par ce Médecin , qu'elle fut trouver. Il
lui fit nombre de queftions , & lui dit
que fon Remède étoit trop violent
qu'elle n'auroit pas la force de le fupporter
, & qu'elle pourroit fort bien
mourir dans l'opération ; qu'ainfi il ne
jugeoit pas à propos de le lui donner. La
Malade , fatiguée de fon état , lui répondit
qu'elle aimoit autant mourir que de
vivre comme elle faifoit , & qu'elle étoit
décidée à le prendre ; que cela ne retomberoit
pas fur lui , s'il lui en arrivoit mal .
Le Médecin lui demanda fi elle avoit apporté
de fon Ver . Elle en avoit quelques
aunes dans une bouteille , qu'il prit en lui
difant , qu'il lui donneroit le Remède
mais qu'il le modéreroit , & qu'elle rendroitfonVer
par lambeaux . Il lui ordonna
de manger le foir une foupe au beurre
de prendre trois verres de vin blanc ,
un lavement avec du lait & du fucre : ce
&
AVRIL. 1764 . 153
qui fut fait. Le lendemain au matin il
vint à fon Auberge de bonne heure
avec un compagnon qu'il avoit , & lui
donna le Remède à prendre , fans vouloir
laiffer ouvrir les rideaux du lit , de
façon qu'elle n'a pu fçavoir la couleur
dont il étoit. Environ deux heures après
elle fe mit fur le fiége , & fe trouva fi
mal qu'on crut qu'elle alloit expirer. Le
compagnon du Médecin lui difoit : vous
l'aviez bien dit , Monfieur , qu'elle en
mourroit. On la fit revenir avec quelques
eaux . Elle rendit enfin fon Ver , &
fentit tout-à- coup un vuide confidérable
dans le creux de l'eftomach . Elle fortit
le refte de la journée , & rendit quelques
autres portions du Ver , & remonta à
cheval le lendemain pour revenir chez
moi. Je n'ai point oui dire qu'elle en ait
été incommodée depuis environ cinq
ans qu'elle n'eft plus à mon fervice. Je
lui avois recommandé de m'apporter fon
Ver ; elle m'en préfenta un dans une
bouteille . Je lui dis dans l'inſtant que
ce n'étoit pas le fien , & qu'il n'étoit pas
fait de même. Elle me dit que le Médecin
l'avoit gardé , & lui avoit donné
celui - là. Les difficultés qu'avoit
faites ce Docteur de lui donner le Remède
, la demande qu'il lui avoit faite
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
fi elle avoit apporté quelque portion
de ce Ver , le parti qu'il avoit pris de la
traiter , après s'être emparé du morceau
qu'elle avoit , joint à ce qu'il ne voulut
pas lui rendre ce qu'elle avoit rendu ,
mais qu'il lui donna un autre ver ; toutes
ces raifons me font foupçonner que
c'eft avec la poudre même du Ver qu'il
traite fes Malades. Il connut , par les
questions qu'il avoit faites , que la nature
de ce Ver étoit différente de ceux qu'il
avoit ; & que , faute de poudre de pareil
Ver , il ne pourroit pas la guérir. C'étoit
peut- être le feul qu'il eût vu de cette
efpèce , & il a voulu garder celui - là
pour s'en fervir au befoin.
Je vous prie, Monfieur, de vouloir bien
inférer cette Lettre dans votre Mercure.
Les remarques que j'y fais pourroient
donner des idées à des perfonnes habiles
, ou attaquées de cette Maladie , &
pourroient être avantageufes au Public.
J'ai l'honneur d'être , & c.
DE SAINT-ANGEL , Confeiller à la Cour
des Aydes de Clermont- Ferrand.
AVRIL. 1764. 155
ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
LEE 21 Mars , les Elèves de l'Ecole
Royale Vétérinaire , toujours animés de
l'émulation la plus grande , en donnèrent
au Public de nouvelles marques .
La Séance fut honorée de la préfence de
M. l'Intendant de la Généralité , & d'un
nombre de Perfonnes de diftinction.
Les objets envisagés dans le Concours ,
ne furent pas moins intéreffans que ceux
qui avoient été difcutés dans l'Affemblée
du 3 du même mois. Il y fut quef
tion des muſcles en général & des mufcles
en particulier. Ön en obferva les
différences , les dénominations diverſes,
la figure , la direction , la fituation , les
attaches , la force , la compofition interne
, & l'action méchanique , fans cependant
tenter d'outre- paffer les bornes
des connoiffances humaines relativement
à ce dernier point. D'une autre
part , les Elèves firent la démonftration
de chaque mufcle féparément , fur des
parties préparées à cet effet.
Cinquante d'entre eux s'étoient offerts
pour entrer en lice. L'impoffibilité d'admettre
ce nombre de Contendans & de
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
les entendre tous dans une feule Séance ,
détermina à en retrancher vingt - deux ,
qui fubirent le 20 , c'est - à -dire , la veille
du jour de l'Affemblée dont nous rendrons
compte , un examen particulier.
Le réſultat fut d'adjuger un Prix à neuf
d'entre eux , & ce Prix fut tiré au fort
le lendemain en préfence du Public .
Ces vingt-deux Elèves font les Sieurs
d'Auvergne le cadet , Girard , Thomas ,
Greffet , Beaumont fils , de la Province
de Franche - Comté ; Pequet , Noeq
Didné , Mouffette , de la Généralité
d'Amiens ; Girard , de la Ville de Valenciennes
; Déchaux , de la Ville de
Lyon ; Chanu , de la Province de Bourgogne
; Mirot , de la Généralité de Limoges
; Saunier , de la Province de
Dauphiné ; Pufenas , de la Généralité
de Moulins ; Moret , de la Ville de Châlons-
fur-Saône ; Rouffet & Guillet , de la
Province de Bugey ; Boudier , de la Généralité
d'Auvergne ; Bloufard & Chambart
, de la Province de Breffe.
2
Les Sieurs d'Auvergne le cadet , Pequet
, Girard , de Franche-Comté ; Girard
, de Valenciennes ; Bloufard , Greffet
, Beaumont fils & Déchaux furent
ceux qu'on infcrivit , à l'effet de tirer
le Prix , que le hafard mit le lendeAVRIL.
1764. 157
main dans les mains du Sieur Greffet.
Quant aux Elèves qui ont été admis
au Concours public , les uns font étrangers
, & envoyés par différens Souverains
, les autres font nationaux.
MM . les Elèves étrangers ont difputé
entre eux un Prix particulier , confiftant
en un Dictionnaire Allemand- François
& François - Allemand , & dans les
Ouvrages ou Mémoires de l'Académie
Royale de Chirurgie de France .
Ces Elèves font :
MM. Abilgaard , envoyé par S. M. le
Roi de Dannemark , Genick, Scheffer ,
envoyés par S. M. le Roi de Pruffe ,
Hernquift , Lenborn , Falander , envoyés
par S. M. le Roi de Suéde .
Si les uns & les autres de ces Elèves
honorent la fource dans laquelle ils viennent
puifer des lumières , ils n'honorent
pas moins leurs Nations , par des progrès
rapides , & par le defir ardent qu'ils ont
de juftifier le choix que des Souverains
éclairés ont fait d'eux pour former enfuite
des Etabliffemens utiles , femblables
à celui dont la France aura toujours
la gloire d'avoir jetté les premiers fondemens
.
Tous s'empreffent également à répon
dre à ces vues.
58 MERCURE DE FRANCE.
37 M. Abilgaard a été couronné ; mais
fans prétendre porter la moindre atteinte
à l'honneur qu'il s'eft acquis , la juftice
due à fes Concurrens oblige d'avouer
que fi les uns & les autres avoient eu la
même matière à traiter , ils n'auroient
pas moins que lui remporté tous les
fuffrages.
M. Hernquist , malgré les difficultés
d'une langue qui lui eft étrangère , a
démontré de la manière la plus claire
& la plus méthodique , les mufcles des
yeux; il a parlé de leurs ufages , en les
confidérant fous toutes les faces poffibles
; & il a ajouté à ce qui a été dit &
écrit fur le mufcle orbiculaire , particulier
aux Quadrupèdes .
MM. Genick & Scheffer , ainfi que
MM. Lenborn & Falander , n'ont pu
traiter des points fufceptibles de difcuffions
auffi curieu fes ; mais on eût defiré
d'avoir un Prix à diftribuer à chacun de
ces Concurrens tous én auroient été
dignes .
Les Elèves nationaux qui ont paru
enfuite au nombre de vingt-trois , font ,
les Sieurs Chaber , Viervil, Faure l'aîné ,
Thevenet , Danguin , Defavenieres , de
la Ville & Généralité de Lyon ; Gay &
Bethoux , de la Province de Dauphiné ;
AVRIL. 1764. 159
Treich , de la Généralité d'Auvergne ;
Péan , Maréchal du Corps de la Gendarmerie
, Petite , Danne , Parnet , de la
Province de Franche - Comté ; Barjolin
& Dupin , de la Généralité de Limoges ;
Beauvais & Boulanger , de celle d'Amiens
; Brachet & Rambert , de la Province
du Bugey ; Differnet , de celle de
Breffe ; Preflier , de la Généralité de
Moulins ; Kamerlet , de la Ville de
Nancy ; Bredin , de la Province de
Bourgogne.
Rien n'eft plus glorieux pour la plupart
de ces Contendans , que l'embarras
dans lequel ont été les Juges éclairés qui
devoient décider du mérite de chacun
d'eux. Cet honneur , qui rejaillit infailliblement
fur MM . les Démonftrateurs
qui les ont inftruits , s'accroît fans doute
lorfque l'on voit à la tête de ce Tribunal
des Maîtres tels que MM. Charmeton &
Flurant , de l'Académie Royale de Chirurgie
, Violet , Pomier , Champeaux ,
& c. & c.
Ils ont cru devoir adjuger le Prix également
aux Sieurs Chabert , Péan Bredin
, Treich , Parnet , Dupin , Petite ,
Beauvais , Danguin , Barjolin , Preflier
& Danne. Le fort a favorifé le Sieur
Bredin , connu déja par fes fuccès dans
160 MERCURE DE FRANCE.
plufieurs Concours , & par fes travaux
utiles dans plufieurs Provinces.
Le Sieur Brachet a eu le premier
Acceffit ; mais la nuance eft fi foible ,
qu'à peine auroit-il dû être diſtingué des
autres.
Le Sieur Faure l'aîné a obtenu le fecond
, les Sieur Gay & Bethoux le troifiéme
, le Sieur Defavenieres & le Sieur
Viervil le quatriéme , & le Sieur Thevenet
, âgé de dix ans , le cinquiéme.
L
BOTANIQUE.
E Public eft averti que les Jardins
de Botanique du fieur Royer, Marchand
Epicier-Droguifte , grande rue du Faubourg
S. Martin , & c , feront ouverts
le fept du mois de Mai prochain . La
Nature feule y donnera à ceux qui viendront
les fréquenter , des leçons & des
inftructions pour apprendre à connoître
les Plantes ; & afin de mieux profiter
du beau fpectacle qu'elle préfente
en ce genre , on ira tous les Lundis ,
comme les années précédentes , à la
campagne , pour l'obferver & la confulter
encore plus à fon aife.
Quant aux drogues fimples qui forAVRIL.
1764 . 161
,
ment une des grandes branches de fon
commerce telles que la Manne , la
Rhubarbe , le Quinquina , le Séné , les
Folicules de Séné , l'Ipecacuana , le
Rapontic , le Sucre , l'Oliban , le Galbanum
, &c , & c , & c . Il n'en parlera ,
quand il fera voir fon droguier , que les
lettres d'avis & de factures à la main , afin
-de prouver clairement dans quelles régions
ces diverfes fubftances naiffent &
croiffent, & par quelle voie elles arrivent
ici.
Tel eft le nouvel arrangement qu'il
a cru devoir prendre cette année ; il a
foin d'en rendre compte ,par refpe &t pour
le Public , & pour répondre à la confiance
dont il l'honore depuis longtemps. Ses
Jardins feront fermés le Mercredi & le
Samedi aux Etudians , ces deux jourslà
étant destinés aux Dames comme cidevant
. Il montrera fon droguier tous
les Vendredis , à moins qu'il ne foit
Fête .
162 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE I V.
BEAUX-ARTS.
ARTS UTILES .
DISTILLATION.
>
LES
ES perfonnes qui par état emploient
du vinaigre diftillé , & qui defirent
qu'il foit bien déflegmé , font averties
par le fleur Maille , Diftillateur
que la conftruction d'un fourneau qu'il
a imaginé pour faire cette diftillation
dans des vaiffeaux de grès , le met à
portée de vendre ce vinaigre à un trèsbon
compte & d'une qualité fupérieure
, & fans être dangereux , comme
celui qui fe diftribue chez différens Particuliers
, fait dans des alambics de cuivre
, ce qui eft dangereux par les parties
métalliques qu'il enléve, & par conféquent
devient très- préjudiciable aux
remédes dans lefquels il eft emploié .
Le Vinaigre Romain pour , la confervation
de la bouche , fe diftribue toujours
avec les plus heureux fuccès pour
AVRIL. 1764. 163
blanchir les dents , empêcher qu'elles
ne fe carient , en arrêter le progrès ,
les raffermir dans leurs alvéoles , préve
nir l'haleine forte , & rafraîchir les lévres
. L'Auteur vend auffi différens vinaigres
, pour guérir le mal de dent
blanchir la peau , guérir les dartres farineufes
, les boutons , noircir les cheveux
roux ou blanc , ainfi que les fourcils
, ôter les taches de rouffeur , mafques
de couches , & le véritable Vinaigre
des quatre Voleurs , préfervatif de
tout air contagieux , & généralement
toutes fortes de Vinaigres tant à l'ufage
des bains & toilette , que de la table, au
nombre de deux cent fortes. On diftribue
toujours en fon magafin à Séve ,
près Paris , le nouveau Caffis blanc pour
aider la digeſtion des alimens , le nouveau
Ratafia des Sultanes , le Courier
de Cythère , & toutes fortes de Liqueurs
& Eaux d'odeur tant françoifes
qu'étrangères. On s'adreffera pour les
vinaigres au fieur Maille , rue S. André
des Arcs , la troifiéme porte - cochère
à droite en entrant par le Pont
S. Michel , entre la rue Mâcon & la
rue Hautefeuille , de l'autre côté , à Paris.
Et pour le Caffis , Ratafia & autres
Liqueurs & Odeurs en fon Magazin ,
+64 MERCURE DE FRANCE.
à Séve près Paris , route de la Cour.
Le prix des moindres bouteilles pour
les dents ou autres propriétés , eft de
3 liv . , le Caffis blane 4 liv. la pinte ,
le Ratafia des Sultanes , 6 liv. , & 8
liv. le Courier de Cythère. Ledit fieur
Maille fait les envois au defir des
perfonnes , en remettant l'argent par
la Pofte , franc de les
que
port , ainfi
lettres i envoye en même temps la
manière de s'en fervir avec une liste de
fes vinaigres , & des prix. Les perfonnes
qui voudront emporter de ces fortes
de vinaigre dans les Ifles où l'ufage
en eft fi néceffaire , peuvent le
faire fans crainte que le temps ni l'éloignement
du tramfport puiffe altérer
leurs qualités.
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE.
LE Portrait de Henri- le - Grand vienť
de paroître dans le même format que
celui du célébre Sully , ainfi qu'on la
annoncé au mois de Décembre dernier.
M. Demarcenay- Deghuy , dans la vue
de répondre plus promptement à l'emAVRIL.
1764. 165
preffement du Public pour tout ce qui
lui rappelle ce Héros fi cher à la France
à fufpendu tous fes autres Ouvrages afin
de s'occuper uniquement de celui- ci .
On le trouve chez l'Auteur Quai de
Conti , la deuxiéme Porte- Cochère après
la rue Guénégaud , & chez M. Wille
Graveur du Roi , Quai des Auguftins
à côté de l'Hôtel d'Auvergne , chez qui
fe trouvent pareillement les autres Ouvrages.
Čette Planche eft la 21 ° de l'oeuvre
de M. Demarcenay , qui fe difpofe à
graver de temps- en-temps des Portraits
d'hommes & de femmes célébres , dont
la fuite fera de même format.
LE S FICQUET grave actuellement
le Portrait de Corneille dans le même
format que l'édition des OEuvres de ce
Grand Homme commentées par M. de
Voltaire. Ce Portrait ne tardera pas
d'être achevé ; il en prévient le Public ,
afin que les perfonnes qui defireront
de le mettre à la tête des OEuvres
fufpendent , fi elles le jugent à propos ,
de faire relier leur exemplaire.
L'Artiſte dont nous parlons , eft connu
par les beaux Portraits de Mde de
Maintenon , MM, de Voltaire , la Fon
taine , J. B. Rouffeau.
166 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE V. 8
SPECTACLE S.
SUITE DES SPECTACLES DE LA COUR
LE 20
A VERSAILLES.
Jufques à la Clôture.
E 20 Mars , les Comédiens François
repréſentérent le Diffipateur , Comédie
en 5 Actes & en vers de feu M.
NÉRICAULT DESTOUCHES (de 1753)
La grande Piéce fut fuivie du Galant
Coureur , Comédie en un A&te & en
Profe du feu fieur LEGRAND (de 1722. )
Le Mercredi 21 , par les Comédiens
Italiens , on exécuta le Sorcier , Comédie
en deux Actes mêlé d'Ariettes , précédée
d'Arlequin Jouet de l'Amour , petite
Piéce Italienne .
Le Jeudi 22 Mars , les Comédiens
François repréfentérent la Mort de Céfar
, Tragédie de M. de VOLTAIRE .
La Tragédie fut fuivie des Plaideurs ,
Comédie en trois actes & en vers de
RACINE ( de 1668 .
AVRIL. 1764. 157
Le 27 Mars , par les mêmes Comédiens
l'Etourdi , Comédie de MOLIERE
en 5 Actes & en vers ( de 1658.
Pour feconde Piéce on donna
l'Esprit de Contradiction , Comédie de
DUFRESNI en un Acte & .en Profe.
,
Le lendemain , les Comédiens Italiens
repréfentérent la Cantatrice , petite
Piéce Italienne , qui fut fuivie du
Jardinier &fon Seigneur , Comédie en
un Acte mêlée d'Ariettes.
Le Jeudi 29 Mars , les Comédiens
François repréfentérent Cinna , Tragédie
de CORNEILLE ( de 1639. )
Pour petite Piéce , le Confentement
forcé , Comédie en un A&te & en Profe
de feu M. Guyot de Merville ( de 1738. )
La Dlle FANNIER y jouoit le rôle de
Soubrette. On paroît de plus en plus
concevoir beaucoup d'efpérance des talens
de cette jeune A&trice.
Le Mardi , 3 Avril , par les mêmes
Comédiens , l'Ecole des Mères , Comédie
en 5 Actes & en vers de feu M. DE
LA CHAUSSÉE ( de 1744. ) La Dlle
DOLIGNY y joua le rôle intéreffant de
Marianne d'une manière fi touchante
que plufieurs perfonnes ont redemandé
cette Piéce depuis à Paris avec la Pupile
, où ce Spectacle a attiré du monde
168 MERCURE DE FRANCE .
A différentes repriſes , les petits jours
de la Comédie .
Après la grande Piéce , on donna le
Médecin malgré lui, Comédie en 3 Actes
& en Profe , de MOLIERE ( 1666.)
Le Mercredi 4 Avril , les Comédiens
Italiens exécutérent la Bohémienne ,
Opéra bouffon en 2 Actes , qui fut
fuivi du Bucheron , autre Comédie en
un Acte , mêlée d'Ariettes.
Le Jeudi 5 , dernier jour des Spectacles
de la Cour à Verfailles ( a ) les Comédiens
François ont repréfenté Tancréde
, Tragédie de M. de VOLTAIRE
( 1760. )
La Tragédie fut fuivie de l'Ile déferte
, Comédie en un Acte & en vers
de M. COLLET ( de 1757. )
SPECTACLES DE PARIS.
OPER A,
L'ACADEM ' ACADÉMIE Royale de Mufique
a continué jufqu'au Vendredi 6 du
préfent mois Caftor & Pollux. Malgré
( a ) Il n'y a point ordinairement de Spectacles
du Roi à Verſailles depuis Pâques juſques à
l'entrée de l'hyver.
la
AVRIL. 1764. 169.
· la diftraction du concours occafionné ,
les Mardi & Jeudi , par le fuccès de
la nouvelle Haute - contre dans Titon &
l'Aurore ; les dernières repréſentations
de Caftor ont été encore très -fortes ,
& telles que celles qui diftinguent les
Ouvrages les plus fuivis.
Le Samedi 7 , on donna la troifiéme
repréſentation pour les Acteurs , que
nous avons annoncée dans le 1 vol, de
ce mois. La recette de ces repréſentations
a été , ainfi que nous l'avions.
prévu , une des plus confidérables que
l'on ait faites . Elle a paffé dix - neuf
mille livres. Tout concouroit à ce grand
fuccès. Le mérite des Ouvrages que,
l'on a éxécutés , celui des premiers talens
de ce Théâtre placés avantageufement
dans chacun de ces Ouvrages
& le piquant de la nouveauté d'une.
voix charmante , agréable à tout le
Public & depuis long - temps defirée
dans un genre où il eft fi rare de trouver
réunis le talent du chant à la
beauté de l'organe. Le détail de ces
Spectacles de la Capitation ou Bénefit
juftifiera ce que nous venons de dire .
M. & Mde LARRIVÉE , dont les talens
font bien mieux loués par les fuffra-
II. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
ges continuels du Public , qu'ils ne le
feroient par nos éloges , chantoient les
principaux rôles d'Hylas & Zélis dans
'Acte de M. DE BURI , Ouvrage où
le goût & le génie du Muficien peuvent
fe difputer l'honneur du fuccès .
Le rôle de Pigmalion , dans l'Acte
célébre de M. RAMEAU , étoit éxécuté
par M. LE GROS , nouvelle Hautecontre
, cet objet actuel de l'empreffement
de tout Paris , tant par la nouveauté
, que par les talens réels dont il
a donné de nouvelles preuves dans ce
morceau.
Le troifiéme ouvrage qui commençoit
pour ainfi dire ce Spectacle choifi
étoit Pfyché. Ingénieux précis de tout
ce que le genre d'Opéra peut fournir de
beautés de différens genres , liées par
un Poëme où l'efprit & le fentiment
fe font valoir réciproquement ; mais
fans violer les loix dramatiques & fans
rompre la fuite du Sujet. Mlle ARNOULD
dont on fe rappelloit avec
* Mlle GUIMARD, jeune Sujet qui a profité avec
fuccès des circonftanccs qui l'ont mife à portée
de paroître & qui n'en plaît que d'avantage
au Public , chantoit & danfoit dans le rôle de
la Statue. Elle s'eft acquittée de ces deux emplois
avec grâces & elle y a été forr applaudie.
AVRIL. 1764. 171
admiration le plaifir extrême qu'elle a
toujours fait dans les repréfentations de
cet Ouvrage , a chanté , joué dans cette
repriſe de manière à laiffer ' croire
qu'elle étoit encore loin de la perfection
dans les temps où l'on en étoit
le plus enchanté. Cet éloge ou plutôt
cette juftice que nous rendons au charme
de fon talent , & que nous dicte
le Public , doit être encore moins flatteur
pour elle , que l'enthoufiafme trèsvrai
& très-naturel de nos Artiſtes du
premier ordre fur les beautés fublimes
& naturelles de fon Action dans le
rôle de Pfyché.Enthouſiaſme dont nous
avons été témoins & dont nous ofons
être garants . Il est un autre genre d'éloges
que nous devons joindre aujourd'hui
à celui des talens de cette Actrice
, c'eft fur l'exactitude de fon fervice
depuis l'ouverture du nouveau
Théâtre . Qu'elle nous permette de defirer
que la continuation de fa fanté rende
cette éxactitude fi habituelle , que
nous n'ayons plus à le faire remarquer.
Par là , tous les talens chers au
Public , doivent être affurés de gagner
fa confidération , fans rien perdre de
fon empreffement.
Si l'on fait attention aux grands ta-
- ।
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
lens dans la danfe qui brillent aujour
d'hui fur ce Théâtre , & qui avoient
réuni leurs efforts & leur zéle pour rendre
ces Spectacles plus intéreffans dans
tous les genres , on ne doit pas être
furpris de l'affluence qu'ils ont attirée.
COMÉDIE
FRANÇOISE.
ONN a continué fur ce Théâtre , avec
fuccès , depuis notre précédent Volume ,
les repréſentations d'Olimpie , Tragédie
.de M. de VOLTAIRE .
On ne peut donner trop d'éloges au
foin que les Comédiens ont pris pour
la pompe du grand Spectacle de cette
Pièce. Que peut- il y avoir en effet de
plus intéreffant pour une Nation éclairée
, que de jouir en même temps du
fentiment qu'excitent les fituations vraiment
tragiques d'un Drame , & des tableaux
animés de ce que l'Antiquité
avoit de plus augufte. Il n'eft pas moins
dû d'éloges au talent & au zèle avec lefquels
les Acteurs ont donné la dernière
touche & la plus forte à ces tableaux ,
par la jufteffe de l'action . Tous les Lecteurs
qui auront vu ce Spectacle , ont
fans doute encore préfentes à l'efprit la
AVRIL. 1764 . 173
nobleffe , les grâces du genre & la vérité
qu'a mifes Mlle CLAIRON , dans les
principaux points du tableau , tels que
celui du ferment à l'Autel , d'autres encore
, & particulièrement l'inftant où ,
après les libations & les autres cérémonies
funéraires , fur le Bucher de Statira
, elle fe précipite dans les flâmes , qui
les dévorent l'une & l'autre . On a donné
le Samedi 7 du préfent mois , jour de
la Clôture , la dixième repréſentation de
cette Tragédie , qui fut fuivie d'Heureufement
, petite Pièce de M. ROCHON
DE CHABANES , dont nous avons rendu
compte dans fa nouveauté. Il y avoit
un concours de Spectateurs auffi nombreux
qu'en peut contenir la Salle de la
Comédie.
Ce même jour , M. AUGERS prononça
un Difcours qui a été imprimé , mais
dont nous ne nous difpenferons pas pour
cela de faire part à nos Lecteurs ;
afin de ne pas laiffer de vuide dans les
chofes dont notre Journal fait collection
, & où l'on eft plus certain d'en retrouver
la fuite que dans tout autre
Ecrit public .
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS pour la clôture du Théâtre
François ; prononcé par M. Av-
GERS , l'un des Comédiens du Ror
le Samedi Avril 1764.
MESSIEURS ,
>>JE vous dois tout , jufqu'au bon-
» heur de pouvoir aujourd'hui vous témoigner
publiquement ma recon-
> noiffance & celle de mes camarades.
» Il ne nous eft permis de l'exprimer
» qu'une fois dans l'année ; & nous re-
» cevonstous les jours des marques nou-
» velles de votre protection & de votre
indulgence. C'eft à cette indulgence ,
» mêlée d'une équitable févérité , quer
»> notre Théâtre doit cette fupériorité
» qu'Athènes même lui céderoit peut-
» être , que Rome n'a point connue ,
» & que les ennemis du nom François
» ne lui difputent plus.
و د
»
Oui , Meffieurs , la gloire de la
» Scène Françoife fut votre ouvrage
» dans tous les tems. Vos prédéceffeurs
» avoient à juger des Molière , des Cor-
» neille , des Racine ; ils les mirent à leur
» place ; & leur jugement devint celui
AVRIL. 1764. 175
» des Nations & de la Poftérité. S'il
» n'eft pas en votre pouvoir , Meffieurs ,
» de faire naître un autre Corneille ;
» vous empêchez du moins les PR ADONS
de les remplacer.
ร
» Saifir le vrai , le beau , le fublime
" fans les confondre jamais avec ce qui
» n'en a que l'apparence ; voilà ce que
» vous nous faites admirer fans ceffe
» & voilà ce qui vous rend les Arbi-
» tres du Goût. Oui , Meffieurs , ( je ne
» crains point qu'on me défavoue ) c'eft
» ici que ce Dieu rend fes Oracles ; c'eft
» parmi vous qu'il habite ; parce qu'il ne
fçauroit être où la liberté n'eft pas.
» Vous avez paru fatisfaits , Meffieurs,
» durant le cours de cette année , des
» efforts de notre zéle & de l'émulation
>> des Ecrivains.
» La Tragédie de Manco vous offroit
» un contrafte intéreffant des moeurs
» Américaines & des moeurs Europeanes
; de l'homme civil & du fauva-
» ge. Le tableau n'étoit pas neuf ; il eſt
» tracé de la main d'un grand Maître ;
» cependant vous avez applaudi aux efforts
du Peintre qui a ofé le rajeunir.
» Socrate , qui n'a pû fléchir l'envie
» & l'injuftice d'Athènes , a ému votre
»fenfibilité.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
» Vous avez vû avec plaifir les beau-
» tés & les hardieffes du Théâtre Anglois
tranfportées fur le vôtre par le
» même Académicien qui avoit ofé ,
» après Corneille , crayonner l'âme d'un
» Romain,
» Idoménée vous a ramenés dans ces
» climats aimés du Ciel , où la Tragé-
» die nâquit ; la fimplicité de celle - ci
» n'eft qu'une conformité de plus avec
le goût des anciens Grecs , nos modèles
dans tous les gentes d'écrire..
» Votre indulgence , Meffieurs , n'a
pas été moindre pour les Comédies ,
» devenues aujourd'hui fi rares & fi.
» difficiles. Vous avez encouragé deux
» jeunes Athlètes qui entrent dans
» cette carrière abandonnée. L'accueil
» que vous avez fait à leur coup d'effai
» vous promet des remercimens de leur
» part , & peut- être de nouveaux/plaifirs.
»›
» Enfin Warwick a paru , Warwick ,
» plus particuliérement
adopté par vous.
» L'Auteur , à peine forti de l'enfance ,
» tient de vous une vie nouvelle : il la
» commence fous d'heureux aufpices.
» Telles étoient les efpérances que don-
» na , dans un âge à-peu-près pareil ,
» l'immortel Auteur d'Edipe. Ce grand
» homme que nous nommons avec
» plaifir le bienfaiteur de notre Théâtre ,
AVRIL. 1764. 177
» vient d'y hazarder un nouveau Spec-
» tacle honoré de vos applaudiffemens ,
» & dont vous auriez été privés dans ces
» jours de confufion , où la foule des
» Spectateurs mêlée avec celle des Per-
» fonnages , auroit à peine laiffé entre-
» voir le bucher qui confuma Statira
» & l'action terrible d'Olimpie , qui fe
» précipite au milieu des flammes pour
» le dérober à fon époux.
EXTRAIT de l'AMATEUR , Comédie
en un Ace & en vers libres , par
M. BARTHE , de l'Académie des
Belles-Lettres de Marfeille.
DAMON Père de Conftance veat marier ſa fille
à Valére fon ami , jeune homme qui arrive d'Italie
, où il a pris une paffion violente pour les
Arts. La Peinture , la Sculpture & l'Architecture
l'occupent uniquement ; enfin c'eſt un Amateur .
Damon lui rend juſtice.
Je ne le confonds pas avec la populace
De ces modernes Protecteurs
Qui des talens divers ofent marquer la place ,.
Des Artiſtes font les Tuteurs ,
Se forment une Cour où leur grave manie
Daigne corriger le génie ;
Qui jugent la Peinture ; & la profe & les vers
Et qui jugent tout de travers.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Valére critique fans air , loue avec fineffe ;
manie dextrement le pinceau & le burin , ufe
noblement d'un bien confidérable en faveur des
Artiftes indigens qu'il anime , qu'il produit &
auxquels il cache fes largeffes . Un Amateur fi
jeune & de ce caractère , eft digne d'eftime ;
Conftance ajoute naïvement à ce que dit fon
Père , qu'elle croit qu'on peut l'aimer . Damon
en convient , mais il prépare une bonne leçon
à Valére.
Il eft gâté par l'Italie ,
Charmant , mais un peu fou , c'eſt une maladie ,
Une indifcrette paffion
Dont il efpére que Conftance le guérira. Da
mon qui avoit fait faire la Statue de fa fille la
fait vendre au jeune Amateur pour une Statue
antique.
Elle aura fon fuffrage.
Elle paffe pour grecque. Heureufement pour nous
La mode eft pour le grec;nos meubles,nos bijoux ,
Etoffes , coeffure , équipage ,
Tout eft grec , excepté vos âmes
Pour l'honneur de Valére on ajoute :
Et d'ailleurs
Ta Statue a trompé jufqu'à des Connoiffeurs .
L'Amateur a vu cette Statue , il en eft enchanté
, il en a fait l'acquifition on la tranfporte
chez lui , elle arrive & il la fait placer.
Tout ceci eft en action . Il eft dans les plus
vives inquiétudes , qu'il n'arrive accident à fa
1
AVRIL. 1764.. 179
Statue. Il aide ceux qui la pofent fur le piedeftal
. Il leur prefcrit l'attention qu'ils doivent
avoir.
Là doucement , Meffieurs , avancez doucement ,
Mes amis que chacun fe tienne fur les gardes .
Pafquin fait un faux pas qui met la Statue en
danger de tomber : fon Maître l'apostrophe.
Ah ! malheureux , tu me poignardes !
Les valets retirés , l'Amateur contemple fa
Statue avec admiration .
Quel fouris gracieux !
C'eſt la candeur d'une Bergère
Le port de la Reine des Dieux ,
Comme la taille eft noble , élégante & légère !
Les belles chairs ! le fang y paroît circuler !
Et la bouche elle va parler.
L'Artiste à qui l'on doit une fi belle production
, reçoit le tribut d'éloges dû à fon travail
O Sculpteur immortel' , à qui je rents hommage ,
Que de fois le cifeau dut tomber de ta main !
Surtout en formant ce beau ſein ,
Oui , tu devois toi - même adorer ton ouvrage.
Entretien de Damon & de Valére . Céliante
arrive. C'eſt une Coquette que le père de l'Amateur
lui avoit autrefois deftinée en mariage. Pendant
qu'il va lui montrer les curiofités de fon
cabinet , Conftance occupe la Scène avec ſon père.
Elle a apperçu Céliante avec les yeux d'une rivale ;
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
Damon la raffure. Valére revient très - mécontent
de Céliante , qui n'a pas fait grand cas du cabinet
qui en eft fortie pour aller au Spectacle , il
vole à fa Statue . Il voit enfin l'original , ravi
d'étonnement , il lui fait mille queſtions. Damon
paroît , il explique le mystére ; Valére voit qu'il a
été joué par fon ami : il lui pardonne cette fupercherie
, lui demande fa fille & l'obtient.
REMARQUES SUR L'AMATEUR.
L'objet de la Comédie étant de peindre les ridicules
, & fon but d'en corriger ; l'Auteur a certainement
réuffi dans le premier point. Mais il
n'eft pas fi fûr qu'il parvienne à éclairer les demiconnoiffeurs
& à les faire revenir de leur enthoufialme.
Les détails de cette Piéce font jolis & ont été
vus avec plaifir. Un des grands mérites de ce
Drame c'eft que les rôles femblent avoir été
faits pour les Acteurs. Perfonne n'étoit plus propre
que M. Molé à repréfenter un jeune homme
, vif , ardent , paffionné , extrême dans le
goût qu'il a pris pour les Arts , & qui expofe avee
chaleur la manière dont il eft affecté. Son valet ,
M. Préville , qui fe tranfporte & ſe paffionne
avec lui , fait en particulier de bonnes charges.
fur les travers de fon Maître. Damon , l'homme
raifonnable , applaudit avec juftice à ce qu'il y a
d'eftimable dans l'amour qu'on porte aux Arts ,
& ne blâme que l'excès & l'enthousiasme qui
rend ridicule. M. Grandval étoit chargé de ce
Perfonnage , c'eft dire avec quelle fupériorité il
a été repréfenté. Le mépris que la coquette Céliante
jette fur le goût de Valére , va au même
but par une autre voie , & Mde Préville a joué
ce rôle avec diftinction. Mlle Doligny a rempli
AVRIL 1764. 181
fapérieurement celui de Conftance. Elle a repréfenté
fi naturellement toutes les paffions qui
peuvent agiter fucceffivement une jeune perfonne
aimable dans les pofitions où fon rôle la mettoit
, qu'elle feule auroit pu faire réuffir la Piéce.
Elle exprime fa joie fi agréablement lorfque fon
père lui apprend que Valére eft amoureux de fa
ftatue ; fon inquiétude eft fi naïve lorfqu'elle apperçoit
Céliante ; la jalousie eft celle d'un jeune
coeur qui éprouve pour la première fois ce fentiment
qu'elle ne connoilloit point. Elle eſt charmante
dans l'examen de ſa ſtatue ; lorfqu'elle eft
occupée de la reiſemblance , & de fçavoir fi elle
doit gagner ou perdre à la comparaison. Tous
ces détails rendus avec grâces & intelligence ne
pouvoient manquer d'être fort applaudis ; le mérite
des Acteurs nous a paru contribuer beaucoup
au fuccès foutenu de la Piéce.
COMÉDIE ITALIENNE.
LAA clôture de ce Théâtre ne s'eft
faite que le Samedi 14 Avril . Pendant
cette dernière femaine on a joué des
'Piéces Italiennes & Françoifes qui font
en poffeilion de plaire au Public. Du
premier genre ont été le Gondolier
Vénitien
, Arlequin mort vivant >
Arlequin cru mort , & la Joute d'Arlequin.
Ces Piéces ont été étayées de plufieurs
Opéra-Comiques qui font le Bucheron
, le Sorcier , le Milicien , Blaife
182 MERCURE DE FRANCE .
le Savetier , Annette & Lubin , le Ma
réchal , les deux Chaffeurs & la Laitière,
les Soeurs rivales , On ne s'avife jamais
de tout , la Noce Villageoife , & Rofe
& Colas .
CONCERT SPIRITUEL.
LE Vendredi 13 Avril il y a eu Concert
Spirituel. Il a commencé par une
excellente Symphonie ; fuivie de Miferere
mei Deus , nouveau Motet à grandchoeur
, de M. Dauvergne , Maître de la
Mufique de la Chambre du Roi , dans
lequel M. le Gros a mérité les plus
grands applaudiffemens. M. Jeanfon ,
de la Mufique de S. A. S. Monfeigneur
le PRINCE DE CONTI , a réuni aux
fuffrages du Public , ceux des Maîtres de
l'Art , dans une Sonate de Violoncelle
de fa compofition. Le Motet en Duo ,
Exultate jufti in Domino , de M. Dauvergne
, a été exécuté par Mlle Arnoud
& par M. le Gros . Cet enfemble a eu
l'effet le plus flatteur. On a tenu compte
de la difficulté vaincue , dans le Concerto
de violon exécuté par M. Capron,
Le goût du chant & la beauté de l'organe
ont été plus admirés que la Mufique
, dans le Motet à voix feule qu'a
AVRIL. 1764. 183
chanté Mlle Fel Le Concert a fini par
un très - beau Motet à grand Choeur de
M. l'Abbé Girouft , Maître de Muſique
de la Cathédrale d'Orléans,
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles.
LE THEATRE DE SOCIÉTÉ
par M. COLLÉ . *
LA VEUVE , Comédie en un Atte en profe.
SUJET DE LA PIECE.
MDEDE Durval jeune , fort riche & Veuve d'un
Négociant , eft engagée dans un commerce mutuel
de tendreffe avec le Chevalier du Lauret.
Les chagrins fecrets que lui a fait éprouver l'inconftance
de fon premier Mari ont déterminé
cette Veuve à n'en prendre jamais un fecond .
Cependant , elle avoue à un Commandeur
ami commun , qu'elle a penfé offrir elle - même
fa main au Chevalier , ne pouvant vaincre autrement
fon opiniâtre générofité , & lui faire
accepter 80000 liv. qu'il falloit pour payer un
Régiment dont il auroit obtenu l'agrément Pendant
ces difcuffions de délicateffe , la Cour avoit
difpofé du Régiment. La tendre Veuve inftruite
par là du prix des occafions , & en même temps
allarmée fur le fort de fon Amant , avoit pris.
* Voyez le précédent Vol. du Mercure au Supple
ment de l'Article des Spectacles .
184 MERCURE DE FRANCE.
à ſon infçu , des mefures pour lui en` afſurer
un , qui fut indépendant du don de fa main.
Elle apprend du Comman leur , que cette générofité
eft devenue fuperflue ; parce que le Chevalier
devient fort riche par la mort du fils unique
d'un Oncle qui doit lui faire une fortune
très -conſidérable. Mde Durval n'en eft que
plus affermie dans la réfolution de ne point
époufer fon Amant , fans renoncer pour cela au
plaifir de le voir. Cet arrangement de la Veuve
l'a déja éxpofé à des foupçons d'éfagréables juſque
dans fon domestique . Tout ceci eft préfenté en
peu de fcènes . Le Chevalier encouragé & pour
ainfi dire autorifé par la bienfaifance de fon
Oncle , projette de propofer à Mde Durval un
Mariage qui devient fortable quant à l'égalité
de fortune. Il eſt arrêté & intimidé par les répugnances
de cette Veuve dont le Comniandear
l'informe. Cependant il voit Mde Durval ,
& dans le moment qu'il va hazarder la propofition
, ils font interrompus par une Marquife
de Leutry , femme d'une grande qualité
dans toute l'étendue de cette dénomination .
'Cette fcène doit être lue en entier , un extrait
lui feroit trop perdre. La Marquife propoſe à
Mde Durval le mariage de fon fils . Elle la flatte
du Tabouret. Celle- ci fe refuſe à tant d'honneurs.
La fcéne finit aigrement de la part de la
Marquife ; le Chevalier du Lauret n'eft pas oublié
dans les reproches méprifans de la femme
de Qualité. La Veuve éprouve enfuite un nouveau
défagrément toujours occafionné par la
façon dont elle continue avec le Chevalier . Ce
nouveau défagrément vient d'une Femme-de-
Chambre qui lui demande fon congé , fous
prétexte de l'honneur & de la confcience , mais
AVRIL. 1764. 185
dans le fait , piquée de n'être dans aucune confidence
utile à fes profits. Dans une ſcène précédente
, l'Oncle du Chevalier , tout occupé de
rencontrer ou fon Neveu ou un commiffionnaire
de Cadix qui le cherche & qu'il croit
lui apporter la remiſe de ſes fonds , a fait en
courant une propofition de mariage pour fon
Neveu. Mde Durval n'a jamais pu faire entendre
fon refus & les motifs de ce refus. Enfin
fa bizarre délicateffe , fubit l'épreuve la plus
forte en réfiftant aux plus vives & aux plus
tendres inftances de fon Amant. C'eſt dans cette
Scène où fe développe le fyftême du coeur de
la Veuve , le Chevalier en eft déſeſpéré. Un
nouveau malheur vient l'accabler . Il apprend
par fon Oncle que les huit cens mille livres.
attendues de Cadix font perdues. N'ayant point
trouvé de Lettres de change pour la remiſe
de cette fomme , on l'envoyoit en piaftres fur
des vailleaux qui ont péri au fortir du port. Le
Chevalier , dans une conjoncture auffi afligeante
pour lui , ne s'occupe qu'à confoler fon Oncle.
La Veuve eft fi touchée de la générosité &
de la candeur du caractère de fon Amant ,
que furmontant toutes les craintes , c'eſt elle
alors qui lui propofe de conclure le mariage &
qui combat les difficultés que fuggéroit au
Chevalier l'état de fa fortune. On quitte la
Scène pour paffer dans le Cabinet de Mde
Durval , envoyer chercher le Notaire & terminer
un mariage , que , dit-elle au Chevalier ,
je defire à préfent mille fois plus vivement que.
vous. Ainfi fe termine cette Comédie.
186 MERCURE DE FRANCE .
REMARQUES
SUR la Comédie de la VEUVE.
ainfi
que
LE fujet de cette Comédie , ainfi
M. Collé l'indique lui même , eft encore
tiré des Illuftres Françoifes . Ceux qui
voudront prendre la peine de remonter
à la fource , s'appercevront bientôt de
l'Art avec lequel l'Auteur Dramatique
a réformé la licence du Romancier.
Dans le Roman, la façon de penfer
les raifonnemens & le caractère de la
Veuve peuvent être conformes quelquefois
à la nature , & fe rencontrer réellement
dans la Société, mais ils font encore
plus conftamment contre les moeurs :
cette femme qui a eu à la vérité , les
fujets les plus graves de fe plaindre de
fon premier Mari , s'obftine à n'en pas
vouloir prendre un fecond , à refufer
de fe marier avec un homme qu'elle
aime , avec lequel cependant elle vit
librement , qui la preffe de rendre leur
union légitime , & qui l'en preffe par
le
plus puiffant de tous les motifs ; celui de
donner un état à un enfant naturel ; &
dans la Comédie , au contraire , comme
dès l'expofition du fujet , la Veuve conAVRIL.
1764. 187
vient s'être déjà trouvée dans une circonftance
qui l'avoit déterminée à épouſer
fon amant ; comme il n'eft rien qui indique
un commerce illicite ; comme on
s'attend que ce mariage formera le dénouement
, on lui pardonne un travers
d'efprit que les malheurs de fon premier
mariage rendent en quelque forte excufable.
Elle eft à la fin pleinement juſtifiée
dans l'efprit du lecteur ou des fpectateurs,
par la nobleffe d'âme & par la générofité
qui la déterminent à époufer le Chevalier,
Nous penfons que l'on doit fçavoir gré à
M. Collé, d'avoir rendu ce caractère honnête
fans lui ôter néanmoins le piquant
que produit la fingularité ; & en
un mot , d'avoir tourné ce fujet du côté
du fentiment ; avantage qu'affurément
il n'a pas dans fa fource.
>
L'action de cette Comédie de fentiment
, ( qu'il nous foit permis de la défigner
ainfi eft à peu- près du même
genre que celle de Dupuis & Defronais ;
& quand on l'auroit annoncé comme
d'un Anonyme , il n'eût pas été difficile
de connoître qu'elle eft du même Auteur.
Nous avons été affez heureux pour
que quelques connoiffeurs ayent applaudi
à la diftinction que nous avons
faite , entre l'action phyfique & l'ac188
MERCURE DE FRANCE.
tion morale ou métaphyfique à l'occafion
de la première Pièce de M. Colle.
Nous appliquerons cette même diftinction
à la Comédie de la Veuve . Ce n'eft
point une multitude d'événemens phyfiques
qui fournit l'acion de ce Drame.
Ce font encore , ainſi que nous l'avons
dit en parlant de Dupuis & Defronois
, ( b) des obftacles qui réfultent du
contrafte des caractères. C'eft un jeu de
refforts , que produit la feule progreffion
du fentiment , entre des perfonnages
dont les intérêts font oppofés & c. & c .
On doit dire encore à l'occafion de la
Comédie dont nous avons à parler & de
quelques autres du même genre , d'Auteurs
antérieurs à M. Collé , entre des
perfonnages dont les intérêts ou font
oppofés ou paroiffent l'être , en ce que
étant les mêmes , quant à la fin qu'ils fe
propofent , ils ne l'envifagent pas toujours
du même côté ; ainfi ils différent
dans les moyens. Nous remarquerons
encore que dans la Comédie de la Veuve ,
il y a plus de cette forte de mouvement
qui naît de la variation de fortune des
perfonnages , que dans Dupuis & Defronais,
Pièce où il y auroit peut-être plus
(b)Voyezle Mercure de Mars 1763.
AVRIL. 1764. 189
d'inertie dramatique ( c ) que dans celleci
, fans l'extrême chaleur de fentiment
qui affecte & émeut fi puiffament dans
Dupuis & Defronais ainfi tout eft
heureufement compenfé au profit de
l'intérêt de fenfibilité entre ces deux
Ouvrages du même Auteur.
Après l'action & la marche d'un Drame
, la partie la plus importante eft celle
des caractères . Nous invitons les Lecteurs
de la Comédie de la Veuve à faire
attention à quelques - uns , qui nous ont
paru d'une touche plus diftinguée que
ceux qu'on expofe ordinairement fur la
fcène. Celui de la Marquiſe de Leutry
entre autres , eft frappant par fa vérité.
Quiconque connoît un peu les modèles
d'où il est tiré , fentira combien il eft
heureufement faifi . On y retrouvera
comme dans la nature même , cette politeffe
exagérée de certaines gens de qualité
, cette cajolerie de louanges pour
ceux dont ils veulent obtenir quelque
chofe ; & le mépris accablant qui fuccéde
fubitement , dès qu'ils éprouvent
de la réſiſtance à l'eſpoir de féduire . On
(c) Les connoiffeurs de l'Art entendront ces expreffions.
Qu'importe les imputations de grands
mots de Jargon &c. balbutiées par l'ignorance ou
hazardées par la mauvaise foi,
}
190 MERCURE DE FRANCE .
entreverra les nuances fines de cette
affabilité fouvent injurieufe ,jufques dans
fes foupleffes , & dans l'inſtant même où
l'intérêt la rend le plus careffante. On obfervera
encore avec quelle jufteffe l'Auteur
a marqué cette différence , délicate
à diftinguer , bien plus encore à rendre ,
mais qui exifte , entre le ton de converfation
de la Marquiſe & celui de la
Veuve.
Quoique l'opulence & la façon de vivre
confondent aujourd'hui le premier
état des Citoyens avec le fecond , il y a
un certain caractère diftin &tif dans le ton
du premier , que nous fommes obligés
de convenir n'avoir prèſque jamais été
bien rendu au Théâtre , ni avec autant
de vérité que dans cette petite Pièce .
Après ce caractère , un des plus diftingués
, par fa nouveauté fur la Scène
eft celui d'Agathe . Celle- ci eft une vraie
Femme-de- chambre , telles qu'on les
voit , telles qu'on les entend dans les
maifons de la fociété. Ce n'eft point une
Soubrette de Théâtre ; caractère factice ,
& qui , par convention , a été admis
contre la véritable , la grande , & peutêtre
la feule règle de la Comédie , qui eſt
la vérité d'imitation. Pourquoi la pludes
Soubrettes de MOLIERE NOUS part
AVRIL. 1764. Igt
paroiffent -elles fi différentes des Soubrettes
modernes , pour lesquelles les Auteurs
ont fait comme les Actrices qui les
jouent , en les parant fouvent plus que
les Maîtreffes ? C'eft que , par la révolution
des moeurs & des ufages de la fociété
, les Soubrettes ou Femmes -dechambre
du temps de MOLIERE , n'étoient
pour le ton que ce que font aujourd'hui
nos Servantes.AinfiMOLIERE peignoit
jufte. L'Auteur de la Veuve n'a pas
donné dans l'erreur de bien des Auteurs,
admirateurs , mais admirateurs aveugles
du grand MOLIERE ; c'eſt- à- dire , confondant
l'effet de fon art avec les jufteffes
de fa pratique , & la fagacité de fon génie.
Ils reconnoiffent le ton de Servante
dans les Soubrettes de MOLIERE , ils
font des Comédies où ils prêtent ce
même ton aux leurs , & ils croyent imiter
MOLIERE. Voilà l'abus . Ils copient
fes peintures , mais ils n'imitent point fa
méthode. MOLIERE aujourd'hui ne
donneroit pas le ton de Servante à fes
Soubrettes , mais celui de Femme - dechambre
ainfi qu'a fait pour cette
Agathe, l'Auteur de la Veuve, qui paroît
avoir fenti cette vérité.
9
On peut en dire autant des autres caractères
du Comique. Un Peintre qui ne
192 MERCURE DE FRANCE.
feroit que copier , fans reffemblance , la
façon d'ajufter les Portraits familiere à
Rigaud , croiroit- il imiter ce Peintre ?
Mais celui qui peindroit avec la même
touche & la même vérité les perfonnes
de ce temps , feroit un grand Artiſte.
On nous pardonnera cette digreffion ,
en faveur de l'utilité dont elle peut être .
Il y a dans le caractère de la Veuve une
fingularité , qui vient du travers d'efprit
où la conduit , fans qu'elle s'en apperçoive
, une délicateffe de fentiment qui
féduit fa raifon . Le contrafte de l'ardeur
du Chevalier , pour époufer une Maîtreffe
qui l'aime , de la tendreffe & de la
poffeffion même de laquelle il peut être
affuré fans cet engagement , revient à
la définition que nous avons donnée de
l'action morale dans les Drames ; & il en
confirme la jufteffe , par le jeu , par le
reffort qu'il produit dans cette Comédie .
En général , nous croyons que les Lecteurs
verront, comme nous, tous les caractères
de cette Pièce ; non comme on les
figure ordinairement , & plus fouvent
encore comme on les déguiſe au Théâtre
, en prétendant les ajufter ; mais
comme ils font journellement fous nos
yeux dans la Société. Il paroît que M.
COLLÉ s'eft conduit d'après le même
principe
AVRIL. 1764. 193
principe pour fon Dialogue . On y retrouve
toujours la Nature , & il fait difparoître
entièrement les moyens pratiques
de l'art. C'eft fur quoi il eft de notre
devoir de prévenir quelques Lecteurs ,
trop accoutumés au flyle compaffé de
notre Théâtre , fi différent de la converfation
familière .
Il nous refte à remarquer ce que
tous les Lecteurs fentiront bien mieux
encore par eux-mêmes ; c'eft la chaleur
de fentiment qui règne dans cette Pièce
fur- tout dans les Dialogues entre la Veuve
& le Chevalier . Ce genre de mérite
( le premier de tous pour les Ouvrages
de Théâtre ) feroit encore bien plus fenfible
, s'il étoit fecondé par le jeu des
mêmes Acteurs qui fçavent fi bien nous
émouvoir dans Dupuis & Defronais.
Nous avons appris que la Comédie de la
Veuve avoit été reçue , & qu'elle devoit
être jouée , ou à la fuite , ou dans le
même temps que cette autre Pièce ; mais
que la défiance modefte que M. COLLÉ
a toujours eue de fon talent,l'a empêché
de la faire repréſenter .
Nous espérons , & il y a lieu 'd'en
flatter les Amateurs du Théâtre , que
les fuffrages non-fufpects qui lui reviendront
de ceux qui l'auront lue , nous
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
rendront le plaifir que fon injuftice contre
lui- même nous a trop long - temps
dérobé.
LE ROSSIGNOL ,
OU
LE MARIAGE SECRET ,
COMÉDIE en un Acte en Profe & en
Vaudevilles.
Deuxième Pièce du THÉ AT RE DE
SOCIETE de M. COLLÉ.
SUJET .
Las perfonnages de ce Drame font M.
VARAMBON , Colonel de Huffards , Père de CATHERINE
, laquelle eſt mariée ſecrettement
avec M. RICHARD , Homme de Robe . Un M.
de S. ALBON , Capitaine de Cavalerie auquel M.
VARAMBON Veur donner fa fille . Deux Valets,
POITEVIN , Valet de M. Richard , & PIERROT ,
Valet de M. S. ALBON.
La Scène eft fur l'Esplanade de la Porte faint
Antoine & fur le Boulevard , vis- à-vis de la
maifon de M, Varambon.
Après un Monologue très-court , Catherine ,
mariée fecrettement à Richard , lui apprend que
Varambon fon Père veut lui faire épouler S, Al
AVRIL 1764. 195
bon. Ce Rival furprend Richard dans fon inquié
tude , il le plaifante , & Richard le retire de mauvaife
humeur. S. Albon informé par fon Valet
Pierrot , des rendez - vous nocturnes de Richard ,
prend la réfolution de fe venger de Catherine ,
quoiqu'il affecte un air d'indifférence & de Petit-
Maître avec un ton fingulier qui ne peut fe bien
faire fentir , que dans la Piéce même. Il joint à
la promenade le père & la fille. Il la perfiffle fur
fon goût pour le chant du Roffignol . Catherine
rend à S. Albon des farcafmes qui font taire
fon perfifflage. Il fe pique , & les quitte en chantant
d'un air ironique. Le Père fait d'aigres reproches
à Catherine fur l'intempérance de fes
bons mots. Elle en prend occafion d'avouer toute
fon averfion pour S. Albon & fon inclination
pour Richard. Varambon entre en fureur fur la
feule propofition d'avoir pour gendre un homme
de Robe. Cela redouble l'embarras de Catherine.
Son Père veut rentrer à la maifon avec
elle , que l'on fe couche & que l'on dorme.
Nous ne pouvons nous refufer à donner une
idée à nos Lecteurs du ton de plaifanterie qui
régne dans tout cet Ouvrage , par celle - ci , que
nous promettons uniquement de tranfcrire. Sur
ce que Catherine dit , d'un ton chagrin que
pour elle , elle ne dormira pas ; fon Père replique
en courroux & avec menaces : Vous ne
dormirez pas ! ... moi , morbleu , je veux que
vous dormiez Dormez, Mademoiselle , ou
vous aurez a faire à moi . Je veux qu'on dorme
chez moi. Je veux être obei ; corbleu. Le Père
& la Fille entrent dans la maifon. S. Albon
revient , fe cache , & voit monter au Balcon de
Catherine fon mari Richard qu'il croit n'être que
fon Amant. Le Valet de Richard eft ivre , ce
....
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
qui produit une Scène fort plaifante dans cette
conjoncture . Auffitôt que ce Valet eft retiré , S.
Albon fait placer la même échelle au pied du
Balcon. Il y monte à l'aide d'une barre de fer
que fon Pierrot lui tend , il ferme la fenêtre
en dehors de façon qu'on ne puiffe l'ouvrir par
dedans. C'eſt le feul endroit par où Richard
doit fortir , Varambon enfermant fa fille tous
les foirs dans fa chambre. S. Albon & Pierrot
imitent le chant des oifeaux & avec lesquels ils
accompagnent des chanfons de plaifanterie fur
la prife du Roffignol , Catherine & Richard entendent
à la fin ce bruit. On doit juger de leur douleur
& de leur embarras. Ils implorent longtemps
en vain la clémence de S. Albon . Il eſt
inéxorable . Cependant traitant l'affaire militairement
, il propofe à Richard , qu'il qualifie de
Gouverneur , une capitulation honnête ,
s'il veur
rendre la place. Le mariage fecret ne permet
pas d'accepter la capitulation. Alors S. Albon
en vainqueur qui méprifè fa conquête , délivre
les Prifonniers fans rançon & fans condition.
Dans le temps qu'il defcend du Balcon & que
Catherine lui dit avec reconnoiffance de prendre
garde de fe bleffer. Varambon qui a entendu
du bruit , fort l'epée à la main ; il croit que
S. Albon étoit en rendez - vous dans la chambre
de fa fille ; il l'attaque , celui - ci fe défend
Ils font feparés par les deux Valets qui furviennent.
L'imbroglio s'éclaircit. Le mariage clandeſtin
ſe déclare. Le Père , dans fa rage , confent
à le ratifier , mais il ne veut jamais voir
fon gendre ni fa fille. On entre dans l'espoir
de l'appailer . S. Albon termine la Piéce par
une fcène très-courte avec fon valet Pierrot ,
dans laquelle en riant de ce mariage , il fou
AVRIL. 1764. 197
tient & confirme le caractère dans lequel nous
l'avons annoncé .
REMARQUES.
EN lifant cette Pièce il nous a paru que
l'Auteur n'avoit pris qu'une idée très -légère
de fon Sujet, dans le conte du Roffignol
; l'invention de fa Fable comique
lui appartient prefqu'en entier , tous les
incidens font de fon imagination .
Indépendamment de la forme du Dialogue
, prèfque tout en vaudevilles , ce
Drame différe totalement de la Comédie
précédente & par la nature du
Sujer , & par le genre de l'action . Ici
c'eſt un des exemples de cette forte
d'action , que nous avons hazardé de
nommer phyfique ou matérielle : l'intrigue
, les incidens , les événemens imprévus
, le mouvement local des Perfonnages
, font les refforts qui font marcher
la Piéce , qui la conduisent à fon
dénouement , & qui diftinguent cette
action de celle que nous avons remarquée
dans Dupuis & Defronais , &
dans la Veuve , que nous croyons diſtinguer
le mieux , l'action phyfique de
l'action morale dans le dramatique , eft
lorfque tous les incidens font fous les
yeux du fpectateur ; c'eft précisément
L'iij
198 MERCURE DE FRANCE..
ce qui arrive dans la Piéce du Roffignol.
Aucune des actions , aucune des démarches
des Acteurs , utiles à la marche du
Drame , n'eft fouftrait de la Scène. La
férénade fingulière que S. Albon donne
aux époux clandeftins & leur furprife
, forment une Scène qui femble devoir
être très-théâtrale & très - piquante
à la repréſentation . C'est auffi l'effet
que des gens de goût , qui ont vû
jouer cette Pièce fur des théâtres particuliers
, nous ont affuré qu'elle produifoit.
L'action du dénouement , très - naturellement
amenée , comme on a pû voir
dans la légère efquiffe que nous venons
d'en tracer , eft d'une chaleur & d'une
vivacité qu'il eft très- rare de trouver, &
cette vivacité fe foutient jufqu'à la fin
lorfque l'Imbroglio s'éclaircit : circonftance
néceffaire mais ordinairement languiffante
dans nos meilleures Comédies.
Dans cet Ouvrage amufant il y a des
caractères que ne peut faire connoître
une fimple notice du Sujet. Ils font tous
dans la nature , & d'une vérité que l'on
ne peut méconnoître , quoique d'une
fingularité fort piquante: Celui du vieux
Militaire , père de Catherine , qui ne
veur marier fa fille qu'à un homme de
fon état , eft affurément d'un vrai inconter
table ; ainfi que fes principes fur
AVRIL. 1764. 199
l'autorité paternelle & fa manière de la
tourner en une efpéce defpotifme . Le
caractère de S. Albon a un coin de
fingularité tout neuf. Sa fatuité & fa
façon de procéder avec les femmes ,
font des objets qui n'avoient point encore
été préfentés fous cette face au
Théâtre. Ce caractère , tel qu'il eft
donné , quoique fingulier , n'en eſt pas
moins dans la Nature.
Tous les incidens , comme nous l'avons
remarqué , & comme le remarqueront
ceux qui liront la Pièce , font naturels
, & n'ont rien de forcé ; pas même
celui d'un Amant heureux & favorifé
berné , pour ainfi dire , & expoſé à la
rifée par celui qui n'eft pas aimé , &
qui n'eſt pas fait pour l'être. C'eft une
des fingularités qui diftingue ce Drame ,
fans néanmoins l'écarter des Loix du bon
Comique. Tous ces incidens ont leurs
principes dans les caractères de Saint-
Albon & de Varambon, & ces caractères
eux-mêmes font dans la Nature ,
Toutes ces confidérations ne nous autorifent-
elles pas fuffifamment à avancer
que cette Pièce ( d'un genre tout différent
de celui de la Veuve ) , réunit deux
points difficiles , & cependant effentiels
pour conftituer la VÉRITABLE COMÉ-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
DIE ; fçavoir , la VRAISEMBLANCE
DES ÉVÉNEMENS ET LA VÉRITÉ DEes
CARACTÈRES .
Il nous refte deux obfervations à
faire , l'une fur le Dialogue , & l'autre
fur le tour des Couplets. Le Dialogue
nous a paru ferré , & avoir la précifion
propre à foutenir la chaleur théâtrale.
Les couplets en général font d'autant
plus foignés , qu'ils ont cet air de facilité
qui feul peut- être puiffe raifonnablement
s'adapter au Comique , & entrer &
fe produire fur la Scène ,fans la défigurer .
Tel étoit le genre de ce qu'on appelloit
parmi nous l'Opéra- Comique , enfant de
la gaîté, père de l'enjouement & de la
fatyre fpirituelle. C'eft ce que vient d'éclipfer
de nos jours l'Opéra- Bouffon ou
Comédie mêlée d'Ariettes . Ce n'eſt ni
la partialité , ni la prévention , qui nous
dictent les regrets que nous laiffons quelquefois
échapper fur nos pertes.
L'Auteur du Roffignol nous permettra
, avant de finir , un reproche fur le
trop d'efprit, fur le tour de plaifanterie
du ton des meilleures fociétés , que nous
avons cru remarquer dans quelques couplets
du Pierrot. Ce Perfonnage , fur
notre ancienne Scène & dans nos idées
ne comporte pas autant de fineffe. Au
refte , l'objet de ce reproche tournera au
AVRIL. 1764. 201
profit des Lecteurs de la Pièce. Elle n'en
devient par-là que plus agréable. Eh
bien ! ceci , par exemple eft un défaut
dans lequel on ne peut tomber en compofant
des Opera-Bouffons ou des Comédies
à Ariettes. La Nature même &
le genre propre de ces Drames , en garantiffent
néceffairement , non - feulement
pour les rôles de Valets , mais auſſi
pour ceux des Maîtres & des Maîtres les
plus diftingués.
N. B. Nous préfumons que lorfque
l'Effai du Théâtre de Société , dont nous
venons de rendre compte , fera plus généralement
connu , M. COLLÉ fera
pour ainfi dire , forcé de furmonter fes
défiances pour en donner la fuite. Nous
devons l'y exhorter d'autant plus vivement
, que des gens d'un goût für &
diftingué ont beaucoup applaudi d'autres
Pièces de ce même Théâtre , encore plus
piquantes que celles- ci , & qui reftent à
imprimer.
La VEUVE & le ROSSIGNOL fe
vendent à Paris , chez Duchefne , au
Temple du Goût. Le prix de la première
Pièce eft de 24 f. celui de la feconde , 30
fols avec la Mufique.
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
SUPPLÉMENT aux Annonces de
Livres.
LAA vente à l'amiable que le fieur
Hochereau , Libraire , quai de Conti ,
avoit annoncée il y a trois femaines ,
n'ayant pas eu tout le fuccès qu'il en
avoit attendu , faute de n'avoir pas eu le
temps de donner un petit Catalogue des
principaux Articles qui s'y trouvoient ; il
fe flatte que l'on recevra avec plaifir la
note ci -après de ceux qui lui font reftés ,
& qu'il offre encore aux mêmes prix.
LIVRES ANGLO I S.
EUVRES de Pope , y compris l'Iliade & l'Odyffée ,
en 20 vol. in- 8°. grand papier , belle édition en
maroquin.
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Portraits des Hommes Illuftres d'Angleterre
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reliés en carton .
Voyages en Egypte & en Nubie, de Norden ,
2 vol in-fol. grand papier avec figures , reliés
en carton.
Journal de la Chambre des Communes de Londres
, depuis 1547 jufques & compris 1757,
avec l'Index , 28 vol in-fol .
Hiftoire des Infectes de Swammerdam, avec figur.
1 vol. in-fol . relié .
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Defcription de la Cathédrale de Cantorbery en
York , 1 vol. in- fol . broché , avec figures.
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HISTORIA d'Italia di Guiecardini , 2 vol . in-fol.
grand papier , reliés .
Annali di Italia di Muratori , Milano , 1744 ,
15 vol. in-4°. reliés.
Opere di Torquato Taffo , Venetiis , 1722 , 12 .
vol. in-4 . reliés.
Euripide Grec & Italien , in- 8 ° . 12 vol . reliés.
Suida Lexicon Græcè & Latinè 33 vol. in- fol.
Homere Grec , édition de Glaſcow , in - fol. 2 vol.
reliés.
Rumphii Herbarium , Amboinenfe , 6 vol. in- fol.
Amfterlodami , 1750.
Les Fables de la Fontaine du plus grand papier ,
avec de très-bonnes épreuves , 4 vol . in-fol.
brochés .
SUPPLÉMENT à l'Article des Arts.
L'ESTAMPE de Mlle CLAIRON , gravée d'après
le beau Tableau de M. Vanloo , premier Peintre
du Roi , par MM. Cars & Bauvarlet , & imprimé
par le Sr Beauvais , for le plus grand papier
Grand- Aigle , fera mife en vente au plus tard ,
dans trois mois. Le tirage en fera peu confidérable,
& le prix de 24 liv . La fupériorité connue des
Talens du Peintre & des Graveurs , ne laiffe pas
douter de celle de l'exécution d'une Eſtampe
depuis longtemps attendue par les Amateurs des
Arts & du Théâtre , & dont S. M. a daigné gratifier
cette Actrice vraiment célébre .
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE VI.
SUITE des Nouvelles Politiques
du mois de Mars.
De MARSEILLE , le 3 Février 1764.
ES Les différends qui s'étoient élevés entre notre
Nation & la Régence d'Alger viennent d'être
heureuſement terminés par les foins du Chevalier
de Fabry , Commandant l'Eſcadre du Roi & du
feur Valliere , Conful de la Nation auprès de
cette Régence. Par cet arrangement la bonne
intelligence fe trouve rétablie d'une manière
avantageufe & folide.
De ROCHEFORT , le 4 Février 1764.
On a lancé derniérement à l'Eau le Vaiffeau
la Ville de Paris , de quatre- vingt - douze canons.
Le fieur de Kerlerec , Gouverneur de la Louifiane
, dont il eft de retour ici avec toute fa famille
, eft arrivé avec le Marquis de Fremur ,
Colonel du Régiment d'Angoumois , qui , en
1762 , paſſa à la Louifiane en qualité de Commandant-
Général des troupes , & à qui le mauvais
état de fa fanté n'a pas permis de fuivre
fon Régiment à S. Domingue. Le fieur de Kerlerec
fut reçu avec beaucoup de diftinction par le
Gouverneur & les principaux Officiers de cette
Place.
De PARIS , le 17 Février 1764.
Le 19 du mois dernier , le Premier Président
AVRIL. 1764. 205
& deux Préfidens du Parlement fe font rendus á
Verſailles & ont eu l'honneur de présenter à
Sa Majefté les remontrances qui avoient été arrêtées
le 18 .
* Le 21 le Roi a envoyé
à fon Parlement
une Déclaration
qui a été enregistrée
le même.
joux , & par laquelle
Sa Majefté
ordonne
que
Sa Déclaration
du 21 Novembre
dernier
fera
éxécutée
felon fa forme & teneur , impoſe
un
filence
abfolu
fur ce qui s'eft paffé juſqu'à
préfent
relativement
aux objets qui ont donné lieu
à fadite
Déclaration
, & fait défenfes
à toutes
perfonnes
, fans exception
, même
fes à Procu
reurs-Généraux
, de faire & continuer
aucunes
pourfuites
à ce fujet , pour quelque
caufe
&
fous quelque
prétexte
que ce puiffe être.
Le Comte de Colloredo , Lieutenant-Général
au fervice de Leurs Majeftés Impériales & Royale ,
eft arrivé ici de Bruxelles , & a été préſenté à Verfailles,
au Roi & à la Famille Royale par le Comte
de Starhenberg , Ambaffadeur de la Cour de
Vienne.
L'Impératrice de Ruffie , voulant reconnoîtreles
foins que le Sieur Morand , de l'Académie des
Sciences & de celle de Chirurgie , s'eſt donnés pour
procurer à la Chancellerie de Médecine de Peterfbourg
une belle collection de Piéces d'Anatomie
, d'inftrument de machines employés en
Chirurgie , &c. Sa Majefté Impériale a chargé
le Prince de Gallitzin , fon Miniftre Plénipotentiaire
en cette Cour , de remettre au fieur
Morand une fuite de Médailles d'or & d'argent
de toutes les grandeurs , qui ont été frappées
à l'occafion de fon avénement au Trône.
On écrit de Pétersbourg que l'Académie Im
périale des Sciences de cette Ville a admis
206 MERCURE DE FRANCE.
nombre de fes Membres le fieur Delalande , de
l'Académie Royale des Sciences.
On a appris de Berlin , que le Roi de Pruffe
avoit défigné pour un des Allociés Etrangers de
fon Académie , le Chevalier de Jaucourt , Membre
de la Société Royale de Londres , & de l'Académie
de Stockolm , connu par différens Ouvrages
de Science & de Littérature.
Le 28 du mois dernier , la Jurifdiction Confulaire
de Paris , affemblée avec les différens Corps
de Communautés des Marchands de cette Ville , a
élu , fuivant l'uſage , par la voie du Scrutin , les
Juge & Confuls qui exerceront pendant le cours
de cette année le fieur Darlu , Ecuyer , ancien
Echevin & du Collège des anciens Confuls , du
Corps de la Mercerie , a été nommé Juge ; le Sieur
Vaudichon fils , du Corps de la Pelleterie , premier
Conful ; le Sieur Hériſſant , Imprimeur du Cabinet
du Roi , du Corps de la Librairie , fecond Conful
; le Sieur de la Voye- Pierre , du Corps de l'Epicerie
, troisième Conful ; & le Sieur de Haynault
, du Corps de l'Orfèvrerie, quatriéme Conful.
Les obftacles qui ont fufpendu jufqu'ici l'exé
cution de la Gazette Littéraire de l'Europe ,
ayant ceffé , la première feuille de cet Ouvrage
périodique paroîtra le premier Mercredi du mois
de Mars prochain. On fuivra le plan & la forme
annoncés dans le Profpectus. Le prix de la Soufcription
fera , comme on l'a dit , de 24 liv . par an ,
papier ordinaire : & de 30 liv . papier plus grand &
plus fin . On aura foin d'affranchir le port de l'argent
& des lettres . On foufcrira , pour les Provinces
, au Bureau Général de la Gazette de France ,
rue neuve S. Roch , & pour Paris , au Bureau des
Galleries du Louvre. On s'adreffera , quant à la
partie Littéraire , à l'Abbé Arnaud , de l'Académie
AVRIL. 1764. 207
-Royale des Infcriptions & Belles- Lettres , & aur
Sieur Suard , chargés de la Rédaction & de la Direction
Générale de l'une & l'autre Gazettes .
Le trente-feptième Tirage de la Loterie de
l'Hôtel-de- Ville s'eſt fait le 24 Janvier , en la manière
accoutumée . Le lor de cinquante mille livres
* eſt échu au numéro 99841 , celui de vingt mille
< livres au numéro 90333 , & les deux de dix mille
livres aux numéros 89092 & 89598 .
Le 6 Février , on a tiré la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire. Les numéros , fortis de la Roue
de fortune , font 37 , 87 , 73 , 64 , 27. Le prochain
Tirage fe fera les Mars.
MARIAGE.
Le 28 Janvier , on célébra dans l'Eglife Paroif
fiale de S. Louis à Verfailles, le Mariage du Comte
de Graffe avec Demoiſelle Accaron . La Bénédiction
nuptiale leur fut donnée , en préſence du
Sieur Barette, Curé de laParoifle, par l'Archevêque
d'Alby.
SERVICES.
Le 10 Février , on célébra dans l'Eglife Paroiffiale
de Notre-Dame à Verfailles , un Service pour
feue Madame Henriette de France ; la Reine y affilta
, ainfi que Monfeigneur le Dauphin , Madame
Adélaïde , & Mefdames Sophie & Louiſe.
Le 11 , on célébra , avec les cérémonies accoumées
, le Service annuel fondé par le Roi dans
l'Abbaye Royale de S. Denis en France pour feue
Madame Henriette L'Evêque de Meaux , premier
Aumônier de cette Princeffe , yyaafſiſta , ainſi que la
Ducheffe de Beauvilliers , Dame d'Honneur ,
Baron de Montmorency , Chevalier d'Honneur ,
le Marquis de Lhôpital , premier Ecuyer, & les aule
208 MERCURE DE FRANCE.
tres Dames & Officiers de la Maiſon de feue Ma
dame .
MORT S.
Charles - Alexandre le Filieul de la Chapelle ,
Evêque de Vabres , Doyen des Evêques de France' ,
Abbé Commendataire de l'Abbaye Royale de S.
Pierre , Ordre de S. Benoît , Diocèſe de Châlonsfur-
Saône , eft mort à la Chapelle en Normandie ,
le 8 Février , âgé de quatre-vingt- huit ans .
Louis- Armand de Gironde , Baron de la Vaur ,
eft mort dernièrement en fon Château de la
Vaur , Diocèſe de Sarlat , dans la cent- quatrième
année de fon âge il montoit encore à cheval ,
alloit journellement à la chaffe , & eft mort d'une
chûte.
Marie-Anne-Jofephine- Félicité-Barbe , Comreffe
d'Arco , Epoufe de Maximilien - Emmanuel-
François , Comte d'Eyck & du S. Empire , Chevalier
de l'Ordre de l'Aigle Blanc , Confeiller d'Etat
Actuel Intime de l'Electeur de Baviere & fon Envoyé
Extraordinaire auprès de Sa Majeſté , eſt
morte en cette Capitale , le 6 de ce mois , âgée de
vingt- trois ans. Elle étoit fille d'Antoine Félix
Comte d'Arco , Confeiller d'Etat A &tuel de Leurs
Majeſtés Impériales & Royale , Grand Chambellan
de l'Archevêque- Prince de Salzbourg; & de
Jofephine , Comteffe d'Arco , née Comtelle de
Hardegg.
NOUVELLES POLITIQUES
du mois d'Avril.
De PETERSBOURG le 9 Mars 1764.
La Prince d'Anhalt Coëthen , Maréchal de
Camp au fervice de Sa Majefté Très- Chrétien
AVRIL. 1764. 209
ne , eſt parti d'ici , le 20 du mois dernier , pour
fe rendre en France. Sa Majefté Impériale lai
a fait préfent d'une boete enrichie de brillans
& ornée de fon portrait , indépendamment d'un
beau diamant & de quinze mille roubles.
De COPPENHAGUE , le 10 Mars 1764.
Henri Schultz , Méchanicien , a imaginé une
pendule pour déterminer les longitudes tant fur
terre fur mer : il propofe aux Nations qui ont
promis des prix pour la découverte des longitudes
, de faire l'épreuve de cette pendule pendant
fix mois.
De VIENNE , le 3 Mars 1764.
La Cour a défigné le Comte de Dietrichſtein ;
pour aller annoncer à la Cour de France, la nouvelle
de l'élection du Roi des Romains.
D'OSNABRUCK , le 1 Mars 1764.
Le 27 du mois dernier , le Prince Frédéric , Fils
puîné du Roi d'Angleterre , Electeur d'Hanowre ,
fut élu d'une voix unanime Evêque & Prince de
cette Ville.
De DRESDE le 18 Mars 1764.
On apprend de Warfovie , que la diviſion & le
trouble fubfiftent toujours dans les diſtricts , où
il y a eu Sciffion ; mais jufqu'à préfent ces querelles
n'ont pas été auffi meurtrieres qu'on pouvoit le
craindre. On compte qu'il n'y a pas eu dix hommes
de tués , quoiqu'il y ait eut plus de cent mille
coups de fabre donnés dans les Diétines .
Le Comte de Marainville, Brigadier des Armées
de Sa Majefté Très - Chrétienne , qui a été employé
pendant toute la guerre dernière aux Armées
Impériales , vient d'obtenir du Roi fon MatZra
MERCURE DE FRANCE .
tre la permiffion d'entrer au ſervice de notre Electeur
avec le grade de Lieutenant- Général & de
Quartier-Maître Général de l'Armée Saxone.
De LISBONNE , le 25 Janvier 1764.
Le Chevalier de Saint Prieſt , Miniftre Pléniposentiaire
de France , a eu le 17 de ce mois , fes
premières audiences de Leurs Majeftés & de la
Famille Royale.
De MADRID, le 21 Février 1764.
Dans la nuit du 15 , le Roi & toute la Famille
Royale , ainfi que le Comte de Rosemberg , qui
avoit fait la veille la demande de l'Infante Dona
Marie Louife , & qui repréfentoit Leurs Majeſtés
Impériales & Royale , fignerent les Articles de
Mariage de l'Infante avec l'Archiduc Leopold.
La Cérémonie du Mariage ſe fit le lendemain.
Le Prince des Aituries donna la main à l'Infante
au nom de l'Archiduc- Léopold , le Cardinal de
la Cerda y San Carlos , Patriarche des Indes ,
donna la bénédiction Nuptiale , le Comte de
Rosemberg , le Nonce du Pape les autres Ambaffadeurs
& Miniftres Etrangers , & tous les
Grands du Royaume , affifterent à cette Cérémonie.
Le Comte d'Egmont , Lieutenant- Général
des Armées de Sa Majesté Très Chrétienne ,
a été compris parmi les Chevaliers de la Toifon
d'Or que Sa Majefté Catholique a créés à l'occafion
de ce Mariage.
De LONDRES , le 21 Février 1764.
Le Sieur Garnot , Juge de Paix , le même qui
voulut faire arrêter le Sieur de la Condamine , *
*Voyez l'Art. des Nouv . Polit, du 1. Mercure
de Juillet 1763.
AVRIL. 1764. 211
> au mois de Mai dernier a été deftitué de fon
emploi par autorité fur la requête de les propres
confreres.
On mande de Briſtol que , le 11 de ce mois ,
la marée commença à monter une heure trois
quarts plutôt qu'à l'ordinaire , & qu'après avoir
defcendu , elle remonta une feconde fois. Le même
jour dans la riviere de Saverne à quelques
milles de Glocefter , la marée ne monta qu'une
demi-heure plutôt que de coutume. Quelques
perfonnes ont fuppofé qu'un tremblement de terre
pouvoit être la caufe de ce Phénomène fingulier.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. ?
De VERSAILLES , le 31 Mars 1764.
LSE 14 du mois dernier , le fieur de Packelbel,
Miniftre du Duc de Deux - Ponts , fut préfenté
au Roi, à la Reine & à la Famille Royale
en qualité de Miniftre du Landgrave de Helle-
Caffel.
Le 25 , le Comte de Fuentes , Grand d'Elpagne
, Amballadeur Extraordinaire de Sa Majefté
Catholique , a eu une audience particulière
du Roi , à qui il a préſenté fes Lettres de créances
il a été conduit à cette Audience , ainfi
qu'à celles de la Reine & de la Famille Royale,
par le fieur Durfort , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le même jour , les cinq Députés du Parlement
de Toulouſe , qui avoient été mandés par le Roi
furent préſentés à Sa Majefté par le Comte de
212 MERCURE DE FRANCE .
S. Florentin , Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant
le Département du la Province de Languedoc ,
& conduits par le Marquis de Dreux , Grand-
Maître des Cérémonies . Le Roi les reçut dans
fon fauteuil en préſence de fes Miniftres & de
fes Grands Officiers , & leur permit de lui faire
les repréſentations dont ils avoient été chargés
par leur Compagnie .
Le Premier Président de Paris s'eft rendu ici
le 4 de ce mois , accompagné des Préfidens d'Aligre
& d'Ormeffon , & a remis au Roi les
Remontrances de fon Parlement qui avoient
été arrêtées le 3 à l'Affemblée des Chambres .
&
Les huit Députés du Parlement de Rouen ,
qui avoient été mandés par le Roi , furent préfentés
, le 10 , à Sa Majesté par le fieur Bertin
, Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le Département
de la Province de Normandie ,
conduits par le Marquis de Dreux , Grand - Maître
des Cérémonies. Le Roi les reçut dans fon
Fauteuil en préſence de fes Miniftres & de fes
Grands - Officiers , & leur permit de lui faire les
repréſentations dont ils avoient été chargés
par leur Compagnie.
*
Le 25 du mois dernier , l'Archevêque de
Rheims , Grand Aumônier de France , facra
dans la Chapelle du Château, les Evêques de Saintes
& de Gap. L'Evêque d'Autun , Premier Aumônier
du Roi , l'Evêque de Meaux , Premier
Aumônier de Madame Adelaide , fervirent d'Affiltans.
Hier, pendant la Meſſe du Roi , les Evêques
de Saintes & de Gap prêterent ferment entre
les mains de Sa Majefté. Le Vicomte de
Choifeul , Brigadier des Armées du Roi , l'un
des Menins de Monfeigneur le Dauphin & Fils du
Duc de Praflin, eft défigné pour aller , de la pars
AVRIL. 1764. 213
de Sa Majeſté, complimenter à Vienne Leurs Majeftés
Impériales & Royale , ainfi que le futur Roi
des Romains , fur fon Election & lon Couronnement.
Le 25 du mois dernier , Leurs Majeftés & la
Famille Royale ont figné le Contrat de Mariage
du Duc de Fronfac , Premier Gentilhomme de
la Chambre du Roi en furvivance , avec Demoifelle
d'Hautefort ; le 26 celui du Vicomte
de Gouy d'Arfy , avec Demoiſelle de Beaumois ;
& le 4 de ce mois , celui du Vicomte de Bellunce ,
avec Demoiſelle de la Live d'Epinay .
La Comteffe de Graffe , fut préfentée à Leurs
Majeftés , le 26 du mois dernier , par la Vicom
teffe de Caftelane.
Le 25 de ce mois , la Princeffe de Beauvau fut
préſentée au Roi & à la Reine par la Maréchale
de Mirepoix , & prit le tabouret en qualité d'époufe
d'un Grand d'Espagne. Le lendemain , la
Ducheffe de Fronsac fut préſentée à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale par la Comteſſe
d'Egmont , & prit le tabouret. Le même jour ,
la Marquife de Sorem fut auffi préſentée à Leurs
Majeftés par la Comteſſe de Marfan.
Le 11 de ce mois , le Bailli de Froullay , Ambaffadeur
de Malte offrit au Roi les faucons
dont l'Ordre de Malte fait préfent à Sa Majesté.
Il préſenta en même temps au Roi le Chevalier
de Belmond , qui avoit été chargé par le Grand-
Maître de l'Ordre , de porter ces faucons en
France.
Lafuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
244 MERCURE DE FRANCE.
AVIS.
LE Sieur SAVOYE , Valet- de - Chambre de M.
le Bailli de Fleury , donne avis au Public qui
a reçu de Malthe , de l'eau de Fleur d'Orange
double , faite avec de la Fleur d'Orange- Bigarrade
, ce qui rend cette Eau de la première
qualité. I la vend 6 liv. la Bouteille de pinte.
I demeure rue de la Ville- Lévêque , Fauxbourg
Saint Honoré , N. 9. L'on peut lui écrire par la
petite Pofte, il ſe charge de l'envoyer.
ERRATA
A la page 116 du premier Volume d'Avril , an
lieu de M. Dupin , lifez M. Dupuy.
AP PROBATION.
J'ai lu , par ordre de Monfeigneur le Vice - Chancelier
, le Mercure du fecond volume d'Avril
1764 , & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion . A Paris , ce 14 Avril 1764.
GUIR OY.
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
ARTICLE PREMIER.
SUITE de l'Hiftoire raiſonnée des Difcours
de Cicéron. Pag.S
AVRIL. 1764 . 215
VERS fur la Tragédie d'Olimpic.
MADRIGAL , à Madame de ** *
VERS à Madame de S.
IMPROMPTU .
VERS à Mlle DE...
26
17
18
19
ibid.
LE ROSIER , Allégorie.
VERS à une Belle incrédule.
Le Bal de l'Opéra , Anecdote qu'on prendra
pour un Conte.
VERS à une jeune Demoiselle .
AUTRES à deux jeunes Demoiſelles.
PROVERBES .
A Madame D... fous le nom de Conftance.
A Madame **** ¸
PARADOXE Littéraire fur les Rois de France
appellés Fainéans.
EPITRE à M. le Comte de M....
TRADUCTION libre d'un Extrait de l'Idylle
de Mofchus , fur la mort de Bion fon Maître.
VERS à une jeune Dame , &c.
SUITE des Lettres à Sophie.
ÉNIGMES.
LOGOGRYPHES.
CHANSON .
20
23
ibid.
32
ibid.
33
36
ibid.
37
41
42
46
47
$3 &54
54 & 55
56 ART. II. NOUVELLES LITTÉRAIRES .
· LETTRE à M *** , fur le gage de bataille ,
en Normandie .
FAMILLES des Plantes , par M. Adanſon.
ÉCOLE de Littérature .
ÉLÉMENS de Fortification , par M. le Blond.
L'INOCULATION de la Petite- Vérole renvoyée
à Londres , par M. *** , Docteur
en Médecine.
ANNONCES de Livres,
57
69
84
95
105
110 & fuiv.
216 MERCURE DE FRANCE .
ART. III. SCIENCES ET BELLES-LETTRES.
ACADEMIES .
ASTRONOMIB.
LETTRE à M. de la Place , fur l'Eclipfe du
premier Avril . 147
MEDECIN E.
LETTRE au même , fur le Ver Solitaire .
ÉCOLE Royale Vétérinaire .
ISO
155
BOTANIQUE. 160
ART. IV . BEAUX - ARTS.
ARTS UT LIES.
DISTILLATION . 162
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE . 164
ART. V. SPECTACLES.
SUITE des Spectacles de la Cour à Verſailles. 166
SPECTACLES de Paris . Opéra.
COMÉDIE Françoiſe .
DISCOURS pour la clôture du Théâtre Fra ..
çois .
EXTRAIT de l'Amateur , Comédie , par M.
Barthe.
COMÉDIE Italienne.
CONCERT Spirituel .
SUPPLEMENT à l'Article des Spectacles.
SUPPLÉMENT à l'Article des Arts.
ART. VI . Nouvelles Politiques de Mars.
168
2
174
183
293
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JOARY ,
rue & vis-à-vis la Comédie Françoiſe .
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
MA I. 1764 .
Diverfité , c'eft ma devife . La Fontaine.
Coshin
Fiveim
BayilerSoulpe
A PARIS ,
( CHAUBERT, rue du Hurepoix.
JORRY, vis- à-vis la Comédie Françoife.
PRAULT , quai de Conti.
Chez DUCHESNE , rue Saint Jacques.
CAILLEAU , rue Saint Jacques.
CELLOT , grande Salle du Palais.
Avec Approbation & Privilége du Roi,
sect
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch à côté du
Sellier du Roi.
C'eft à lui que l'on prie d'adreſer ,
francs de port , les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pour feize volumes
, à raifon de 30 fols piece.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront d'autres voiesque
la Pofte pour le faire venir , & qui pren
dront les frais du port fur leur compte
, ne payeront comme à Paris , qu'à
raifon de 30 fols par volume , c'est- à •
dire , 24 liv. d'avance en s'abonnant
pour feize volumes.
A ij
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire vemir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cideffus.
On fupplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la pofte , en payanı
le droit , leurs ordres , afin que le payement
enfoit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affranchis
, refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à annoncer
, d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure . Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année . Il y en a jufqu'à
préfent cent fept vol. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
ſe trouve à la fin du foixante- douziéme.
MERCURE
DE FRANCE.
MA I. 1764.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
SUITE de l'Hiftoire raifonnée des
Difcours de CICERON.
HISTOIRE des Quatre Difcours de
CICERON tant au Sénat qu'au
Peuple , au retour defon exil.
LA malice des hommes rend tout
poffible & tout croyable. La vigilance
d'un Conful hardi & pénétrant , vient
de fauver la République , qui étoit fur
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
le point de périr ; le fupplice des
Conjurés a fuivi de près la conviction
de leur crime ; la mort ignominieufe
qu'ils ont fouffert en a impofé à ceux
que la vue du châtiment peut feule retenir
dans le devoir : Cicéron comblé
de gloiré a entendu fon nom prononcé
publiquement dans les actions de grâces
adreffées aux immortels ; il a reçu
une récompenfe plus flatteufe encore ,
c'eft l'eftime & l'approbation des bons
Citoyens.... Ce n'étoit point affez : il
lui manquoit un rapport effentiel avec
tous les grands hommes qui avant lui
avoient fervi leur patrie . Il ignoroit
jufqu'où va la rage & la fureur d'un
méchant qui perfécute un homme de
bien. Il étoit réſervé à Publius Clodius.
de le lui faire éprouver.
Tous les traits de la fcélérateffe la
plus noire & la plus raffinée étoient entrés,
pour ainfi dire, dans la compofition
de fon âme. Doué d'un efprit vif & pénétrant
, il ne s'en fervit jamais que
pour faire du mal. Il paffoit fa vie dans
la plus mauvaife compagnie de Rome;
& , par une fuite bien naturelle , tous
les honnêtes gens dont la conduite étoit
une fatyre vivante & continuelle de la
fienne , devenoient l'objet de fes railleM
A I. 1764. 7
ries les plus piquantes : il ne s'en tint
pas là : honteux d'un parallèle qui l'humilioit
, il voulut les perfécuter ; &
c'eſt dans cette vue qu'il brigua le Tribunat
du Peuple qu'il obtint. Il étoit
difficile de donner cette place à quelqu'un
qui la méritât moins . Cicéron fut
un des premiers qui fuccomba fous
l'injuftice de fes pourfuites.
Ce généreux Citoyen , comblé de
gloire & d'honneurs , paffoit tranquillement
fes jours au fein de la Philofophie
; quand Clodius , jaloux de fes fuccès
, & plus encore de fa réputation , entreprit
de l'accufer d'avoir fait mourir
fans formalités les complices deCatilina,
dont il prenoit hautement la défenſe .
Les Partifans fecrets de ce Confpirateur
, qui avoient voulu attendre l'événement
pour fe déclarer , étoient en
plus grand nombre encore que ceux qui
avoient embraffé ouvertement fon parti
; & Cicéron avoit dans chacun d'eux
un ennemi d'autant plus dangereux ,
qu'il étoit plus caché. Il ne fut pas
difficile à fon Accufateur de les engager
à l'appuyer dans fon entrepriſe.
Ce ne fut qu'après s'être muni de toutes
ces reffources , qu'il fe préſenta au
Peuple , favorifé en fecret par les deux
A iv
8 MERCURE DE FRANCE:
Tribuns Sextus Attilius & Numerius
Quintus , tous deux liés précédemment
avec les Conjurés , & par conféquent
in éreffés perfonnellement à la
perte de
l'illuftre Ex-Conful.
Tous les bons Citoyens rejetterent
avec indignation & mépris la plainte
de Clodius , qui paffa pourtant après
bien des conteftations à la pluralité des
voix ; & le défenfeur de la République
fut condamné à l'exil. Les Chevaliers
Romains qui fe faifoient gloire de compter
Cicéron pour un des Membres de
leur Corps , donnerent des preuves éclatantes
de l'eſtime fingulière qu'ils avoient
pour lui , en prenant des habits de
deuil conformes aux fiens. Un grand
nombre de Patriciens & d'autres Citoyens
les imiterent.
Des témoignages auffi flatteurs auroient
dû le confoler d'une injuftice
dont le fentiment intérieur de fa
confcience le vengeoit affez d'ailleurs ;
avouons-le pourtant : Cicéron y fut trop
fenfible ; fes follicitations furent rampantes
; il vit avec effroi que Pompée,fon
ancien ami , l'avoit abandonné ( a ), &
( a) J'ai fuivi ici l'opinion la plus commune ,
quoique peut-être la moins prouvée. Il paffe
pour conftant que Pompée évita adroitement la
M A I. 1764. 9
il partit de Rome pour ſe retirer en Sicile
, le défefpoir & la mort dans le
coeur. Son éloignement donna une libre
carrière aux fureurs de fon cruel ennemi
: il obtint dans les Comices un Plé
bifcite qui ordonnoit que la maifon de
Ex-Conful feroit râfée : & on éleva
fur fes ruines un Temple à la Liberté ,
comme fi cet illuftre Profcrit , qui avoit
expofé fes jours pour la défendre , avois
voulu en être le deftructeur.
1. Son abſence remit le calme dans
la ville elle dura dix-fept mois . Pendant
ce temps fes amis employerent efficacement
leur crédit pour ramener les
efprits. Le rappel de Cicéron fut propofé;&
bientôt après le décret en fut expédié
fans difficulté . Il revint donc dans
fa patrie la veille des Nones de Septembre
( b ) pour me fervir des termes
vifite que Cicéron venoit lui faire , en s'échap
pant par un escalier dérobé ; cependant Cicérons
ne le dit pofitivement dans aucune dé ſes lettres.
(b) Les Amateurs de la Chronologie exacte &
fcrupuleufe fçauront avec plaifir, que c'eft Cicéron
lui-même qui m'a appris cette date. Voici ce qu'il
écrit à Atticus , dans la première Lettre du qua
triéme Livre du Recueil de fes Epîtres.... Poftridie
in Senatu , qui fuit dies Non. Septemb. Senatu
gratias agimus..……… &c..
Ad Att. L. IV. Ep. A
AV
10 MERCURE DE FRANCE.
du Calendrier Romain , l'an DCXCVI
de la fondation de Rome. Le lendemain
de fon arrivée , il fe rendit au Sénat
, où il prononça le premier des quatre
Difcours dont il s'agit : il eft connu
des Sçavans & dans les Ecoles , fous le
titre de Poft reditum in Senatu .
Cette Piéce intéreffante à tous égards,
mériteroit à bon droit le titre d' ...
Effufion d'un coeur reconnoiffant .
La belle âme de l'Orateur s'y peint
toute entière ; & ceux qui fçavent entendre
le cri de la nature , voyent avec
plaifir que le fentiment y ett traité en
Maître. Cicéron y remercie en particulier
tous les Magiftrats qui avoient contribué
à fon retour ; & il adreffe enfuite
des actions de graces à tout le Sénat en
général . Les Confuls de cette année
étoient Publius Lentulus & Quintus
Metellus. Les termes dont il fe fert pour
témoigner fa gratitude , font entendre
qu'il croyoit devoir en grande partie
à l'un des deux , le changement arrivé
dans fa fortune ; mais qu'il n'avoit d'autre
obligation au fecond , que celle
de ne s'être pas oppofé à ce qu'on avoit
fait pour lui. Les Tribuns du PeupleT.A.
Millon , P. Sextius , C. Seftilius , M.
MA I. 1764.
II
:
Cufpius , T. Fadius , M. Curtius , C.
Mefinius & Qu. Fabritius , reçoivent enfuite
leur compliment. Les éloges qu'il
prodigue aux deux premiers , marquent
affez qu'ils l'avoient fervi plus ardemment
que les autres le filence affecté qu'il
garde fur le compte d'Attilius & de
Numerius , qui lui avoient été contraires
, forme un contrafte admirable avec
les traits piquans dont il accable enfuite
fon adverfaire P. Clodius , qui , comme
nous l'avons dit , avoit été Tribun
du Peuple l'année précedente , & qui
s'étoit fi mal fervi de fon autorité. Après
les Tribuns , Cicéron témoigne fa reconnoiffance
aux fept premiers Préteurs
L. Cæcilius , M. Calidius , C. Septimius,
Qu . Valerius , P. Craffus , Sex. Quintilius
, & C. Cornutus. Il ne dit mot du
huitiéme & dernier Appius Claudius
parce qu'il étoit frère de P. Clodius $
& qu'il n'avoit pas été de l'avis de fes
collégues . ( c ) Enfin il termine fa haran-
9
( c ) On ne s'étonnera pas de ce que Cicéron
place ici les Préteurs après les Tribuns du Peaple
, quoique ceux- ci ne fuffent jamais que des
Plebeiens toujours inférieurs en naiffance à ceuxla
, fi on fait réfléxion que la puiffance Tribuni
cienne étoit bien fupérieure à celle des Préteurs
quoiqu'ils fuffent Patriciens , du moins pour la
plupart
•
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
gue en témoignant à Pompée qui lui
avoit rendu fon ancienne amitié , combien
il a été fenfible à la marque éclatante
qu'il lui à donnée de fon attachement
, en prononçant dans le Sénat un
beau difcours en fa faveur.
II. Le Peuple n'avoit pas été fpectateur
oififde cette fameufe querelle : il y avoit
pris part en banniffant Cicéron, & en ledépouillant
de fes biens : il répara fon injuftice
en contribuant à fon rétabliffement.
Cicéron avoit des actions de
graces à lui rendre ; & il s'acquitta de ce
devoir au gré de tout le monde , peu de
jours après l'avoir rempli dans le Sénat.
Ce difcours porte ordinairement en
titre , Poft reditum ad Quirites. ( d')
9 III. Cicéron , rétabli dans fa patrie
n'étoit pas encore fatisfait : il voyoit
toujours fubfifter un monument odieux
de la fureur de Clodius. Sa maifon étoit
démolie ; & le Temple de la Liberté
fembloit avoir été élevé pour perpétuer
(d) Tous les Editeurs de Cicéron s'accordent à
placer ce Difcours avant le précédent , quoiqu'il
foit conftant qu'il n'ait été prononcé que le fecond.
Une tranfpofition de Copiſte aura été la
première caufe de cette faute qui perpétuée jufqu'à
nos jours , prouve que la plupart des Ér
is confaltent plus la routine que la raison.
M A I. 1764. 13
à jamais la mémoire de l'affront qu'il
avoit reçu. La fituation de l'Orateur
étoit des plus embaraffantes , parce que
fon ennemi , auffi rufé que Politique ,
avoit trouvé moyen d'intéreffer les
Dieux dans fa caufe , & d'immortalifer
ainfi fa vengeance. Le Sénat auquel
il s'adreffa d'abord , le renvoya aux
Pontifes, comme Juges naturels d'une
affaire , où le culte des Dieux fe trouvoit
mêlé..Ce fut donc en leur préſence qu'il
prononça, le dernier jour de Septembre,
le difcours dont il eft queſtion , & qui
porte le titre vulgaire de Pro domo fua
ad Pontifices. Le fuccès le plus brillant:
fut le prix de fon éloquence ; fes raifons
parurent bonnes ; & le Sacré Collège ,
s'il eft permis de s'exprimer ainfi , le
remit en poffeffion de fon bien par
une fentence qui fur enfuite confirmée
par un arrêt du Sénat. Cicéron nous
l'apprend lui-même dans une de fes .
lettres à fon digne ami le célébre Atticus
: c'eft la feconde du quatriéme livre
du recueil déjà cité.
IV. Cicéron triomphoit : fa fortune
étoit rétablie , ſes ennemis confondus
fon crédit devenoit plus grand de jour
en jour ; Clodius commençoit à per
dre le fien, & à tomber dans un mépris
14 MERCURE DE FRANCE .
général ; perfpective que doivent envifager
tous ceux qui ne craindront pas de
lui reffembler.
Sa fureur n'étoit pas encore affouvie :
il réfolut de tourmenter de nouveau
fon adverfaire. La fuperftition eft un.
aliment dont fe repaiffent aifément les
efprits foibles ; ce fut par là qu'il voulut
leur faire prendre intérêt dans fa querelle
foit qu'il crût que rien ne lui
feroit plus facile que de leur en impoſer ,
foit qu'il s'imaginât que comme ils
étoient en plus grand nombre , ils lui.
formeroient un corps de partifans plus
confidérable .
Pour commencer à faire jouer cette
Comédie , il apofta des gens à lui , qui
débiterent avec effronterie, qu'on entendoit
toutes les nuits un bruit affreux de
cliquetis d'Armes , & de chaînes de fer ,
dans une Campagne fort peu éloignée
de la Ville qu'on appelloit le Champ Latin.
Ce merveilleux étonna d'abord ;
les
gens fenfés n'en firent que rire ; mais
il n'en fut pas ainfi des autres , qui à force
d'entendre répéter aux créatures de
Clodius , leurs ridicules rêveries , en
vinrent bientôt à les adopter eux mê-
& à fe perfuader qu'ils avoient entendu
ces bruits.
M A I. 1764. 15
L'effroi ne tarda pas à fe répandre
dans la ville ; & d'une commune voix
on eut recours aux Harufpices ou Devins
, efpéce de Charlatans qui prétendoient
prédire l'avenir par l'infpection
des entrailles encore fumantes des animaux
nouvellement égorgés : l'inquiétude
& la curiofité naturelles aux Romains
comme aux autres hommes , faifoient
vivre cette espéce de Prêtres dans
une confidération fingulière.
,
Leur réponſe fut que les Dieux irrités
manifeftoient leur colère de ce qu'on
négligeoit leur culte , & qu'on oublioit
leur puiflance. Cette réponſe ambigue
& dictée fans doute par les libéralités
de l'Auteur même du prodige , donna
lieu à Clodius , revêtu pour lors de la
charge d'Edile Curule de déclamer
publiquement contre le decret qui avoit
remis Cicéron en poffeffion de fa maifon
, en affectant de lui appliquer les
paroles équivoques des Harufpices. Cicéron
indigné de ce nouveau trait de
vengeance auquel il ne s'attendoit pas ,
entreprit de réfuter les calomnies de
Clodius dans un Difcours qu'il prononça
dans le Sénat , difcours connu ordinairement
fous ce titre , De Harufpicum
refponfis.
16 MERCURE DE FRANCE .
Ce Morceau eft plein de chaleur & de
folidité. Il est vrai que Cicéron s'y laiffe
un peu trop emporter à la vivacité de
fon reffentiment ; mais il faut convenirauffi
qu'en faifant à Clodius l'application
de l'Oracle , il parle avec plus de
fondement & plus de vérité que n'avoit
fait fon adverfaire .
LAMOUR que les Princes doivent
aux Arts.
POEM E. *
A S. A. S. Mgr le Prince de ***
Dignum laude virum Mufa vetat mori..
PRINCE , Ami des Talens qu'ignore le vulgaire ,
Qu'eftiment les Grands Rois , & que ton oeili
éclaire ,
Toujours ta main prodigue en ſecours généreux,,
S'applaudit des bienfaits qu'elle répand ſur eux.
Ces préfens d'un Héros chercherent mon enfance
,
Et mes foibles talens te durent la naiffance.
Quand la Parque , frappant un père entre mes
bras >
* M. le Brun, Auteur de ce Poëme , n'avoit
que dix-neuf ans , lorfqu'il le compofa.
M A I. 1764. 17
Força les yeux d'un fils à pleurer ſon trépas ,
Tule pleuras toi-même... & touchantes allarmes!
Un Héros fans rougir peut répandre des larmes.
Déja le glaive en main , les yeux étincelans ,
Mars agitoit fon cafque & fes drapeaux fanglans :
La Diſcorde , à ſes cris , rallumant ſon tonnerre ,
Gronde & brife en fureur les portes de la Guerre.
Bellone cependant fur les rives du Var,
T'appelloit aux combats , & préparoit ton char.
Le Var courba fous toi fon onde & fa fortune ;
Vainement Albion s'en plaignit à Neptune.
Quelle fut fa douleur , ta gloire & mes tranſports !
Content de t'admirer , je me taifois alors ,
Que mon zéle indigné de cet obſcur hommage ,
Brûloit de s'élancer loin des bornes de l'âge !
A peine , foutenu de quatorze Printemps
Il hâtoit le fecours du Génie & des Temps.
Mais en vain j'implorois la Lyre des Orphées ;
Mars ne fufpend jamais ſa lance & ſes trophées
A ce frêle arbriffeau , jouet des Aquilons ;
C'est l'Orme impérieux , fier tyran des Vallons ,
Qui , fous ce noble poids , voit courber fon feuillage
,
Quand Mars , las & fanglant , y cherche un doux
ombrage.
Trop fouvent le Poëte , effroi de fon Héros ,
A fes lauriers brillans mêle d'obſcurs pavots.
Quelle Mufe eût ofé , follement intrépide ,
Sur les Alpes en feu fuivre ton vol rapide ?
18 MERCURE DE FRANCE
Leurs cimes , où Bellone a fondé tes autels ,
Te portoient en triomphe , au fein des immor
tels.
Aux rayons de ta gloire échauffant mon génie ,
Du langage des Dieux j'effayois l'harmonie :
A l'ombre des lauriers que moiffonna ton bras ,
Virgile m'apprenoit à chanter les combats.
Mais pour un Alexandre il falloit un Apelle ;
Et l'Aigle feul entend la foudre qui l'appelle.
Ce Dieu qui d'un regard honora mon berceau ,
De mes tremblantes mains vit tomber fon pinceau.
Tel qu'un jeune Nocher , dont la Barque timide
Attend que les Zéphirs ouvrent la pleine humide
Son oeil épouvanté s'égare au fein des Mers ;
Il compte les rochers dont les flots font couverts ;
Sa barque n'ofe encor tenter ces Mers profondes ,
Et confulte long - temps fes voiles & les ondes.
O tel fur fon rocher , l'Aigle , en fes premiers
jeux ,
Craint de toucher l'Olympe aux fommets orageux
;
Bientôt , s'il veut du Ciel tenter les vaſtes plaines ,
Il déployé en tremblant fes aîles incertaines ,
Et prêt à s'élancer jufqu'au Throne des Picax ,
Il balance fon vol , & mefure les Cieux.
Ainfi , trop jeune encor , je n'ofois me réfoudre
A toucher aux lauriers où repoſoit ta foudre.
Enfin le noble eſpoir d'éclater à tes yeux ,
MA I. 1764. 19
Eleva jufqu'à toi mon vol ambitieux ;
Et pour chanter des faits que vantera l'Hiſtoire ,
Mon Apollon monta fur ton char de Victoire.
Je te vis raffurer mes timides accens ,
Et fourire à la main qui t'offroit mon encens.
Un enfant des neuf Soeurs plait aux Fils de Bellone
:
Qui combat pour la Gloire , eſtime qui la donne.
Eft- ce à d'obfcurs mortels dans l'opprobre nourris.
D'aimer ces Arts brillans dont l'honneur eſt le
prix ?
C'eſt aux Rois tels qu ' Augufte à chérir un Virgile;
Le Ciel doit un Homére aux exploits d'un Achille ;
C'eſt le droit des Héros ; & les hommes fameux
Connoillent feuls le prix des grands hommes comme
eux.
Grand Prince , aux mêmes Arts tu dois la même
eftime ;
Et ces Arts te devoient leur tribut légitime .
Les Mufes pour te fuivre ont quitté l'Hélicon }
Que ta Cour déformais foit leur facré vallon .
Rends- leur ce temps heureux , où les Arts &
Bellone
Ceints des mêmes lauriers environnoient le
Throne .
1
Sur l'Univers foumis Rome étendant les loix ,
Marchoit , la foudre en main , fur la tête des
Rois :
Les Mufes commandoient à la Reine du Monde s
20 MERCURE DE FRANCE .
En demi -Dieux alors que Rome étoit féconde !
De la Thrace & du Pinde encenſez les travaux ,
O François ! des Romains foyez deux fois rivau ,
Un grand homme eft aux yeux de tout Motel
qui penfe ,
Bien au-deffus des Rois qu'un vil flatteur encenſe .
Qu'un bienfait du hazard doit caufer peu d'or--
gueil !
L'efprit feul nous dérobe au néant du cercueil !
En vain des Conquérans , pour ravager la Terre,
Ont ofé des Dieux même émprunter le tonnerre ;
Des céleftes fureurs implacables torrens ,
Ils couvroient l'Univers de leurs flots dévorans.
Sur des bords inconnus égarant la victoire ,
Leur vol a fatigué les aîles de la Gloire.
Ils cherchoient d'autres Cieux & des mondes nouveaux
;
Mais aux bornes du Monde ils trouvent leurs tombeaux
,
Guerriers ! qu'avez vous- fait de ces vaftes conquê
tes ?
Vos foudres allumés éclatent fur vos têtes.
Calliope oublia de vous rendre immortels ,
Phantômes impuiſſans, tombez de vos Autels !
Pouffière ambitieufe au néant échappée ,
La Mort fouffle , la Mort vous a vu diffipée ;
Dans l'abîme dès temps vous diſparoiſſez tous ;
Et leurs gouffres muets ſe referment fur vous.
Vos noms vivroient encor , fi la main des Or
phées
M A I. 1764.
21
1
Eût au-deffus des temps élevé vos trophées :
Des enfans d'Apollon vous méprifiez la voix ,
Et l'oubli dévorant engloutit vos exploits. *
Il fut encor des Rois , dont l'oifive molleffe
Goûta des vrais plaifirs l'amorce enchantereffe ,
Sous des lambris dorés un encens faftueux
Enivra de ces Rois l'orgueil voluptueux ,
Et du flambeau des Arts l'éclatante lumière
Fatiguoit de leurs yeux la débile paupière:
Les timides talens dans l'ombre retenus
A leur fervNe Cour languiffoient inconnus.
Quelquefois , abaiſſant leur fierté ſourcilleuſe ,
S'ils prêtent d'un regard la faveur orgueilleuſe ,
Des talens ingénus ils font rougir le front ;
Et leur plus doux bienfait n'eſt qu'un utile affront.
De ces Rois cependant la ftupide indolence
Applaudit aux difcours de l'altière ignorance ›
Dans l'éternel oubli tombés à leur réveil ,
Leur régne ténébreux ne fut qu'un long fommeil.
Perfides Courtifans ! votre coupable adreſſe
De ces Rois malheureux égaroit la foibleſſe :
Sons doute vous difiez que les fils d'Apollon)
N'ofent franchir les bords du ftérile Hélicon
Frémiffez , vils Mortels ; les enfans d'Uranie
Embraffent l'Univers dans leur vafte génie :
* Que de fiécles obfcurs ont précédé ceux de
Louis XIV & de Louis XV ! La gloire des
Arts nous défend d'oublier ce Monument élevéfous
nos yeux au célébre CRÉBILLON , par l'ordre de
fon Roi.
22 MERCURE DE FRANCE.
Bientôt leur vol échappe à vos timides yeux:
Vous rampez fur la Terre , ils planent dans les
Cieux.
Des globes éternels , ils meſurent la courſe ,
Et des feux du tonnerre ont pénétré la fource ;
Leur voix rendoit jadis les Arrêts du Deſtin ;
L'âme de Jupiter repoſe dans leur ſein.
*
Vous dont l'orgueil infulte à ces eſprits ſublimes ;
D'un éternel affront vous ferez les victimes ;
La honte doit payer vos mépris infolens .
Prince , tu connois mieux l'empire des Talens :
Tu fçais qu'un Favori des Filles de Mémoire
Confacre dans les vers , ou la honte , ou la gloire :
Plus d'un Roi par nos chants eft devenufameux ,
Notre gloirejamais n'a rien emprunté d'eux.
En vain de notre fort un Souverain décide ; *
Son éxil dans le Pont n'avilit point Ovide..
Des enfans d'Apollon , Héros , foyez jaloux ;
Céfar fit toutpour lui , Virgile tout pour vous.
Mufe de Frédéric , inftruiſez les Monarques ;
Triomphez de l'orgueil , de l'envie & des Parques;
Du Héros de Nervinde , ô toi , rival heureux !
Prête aux Arts qu'il aimoit un appui généreux.
Sous des noms différens une même Déeffe ,
* Ces Versfi connus , & fi dignes de l'être ,font du
Roi de Pruffe, dans l'Epitre à fon Esprit , où ce
grand Prince défend la Poëfie avec tant de nobleſſe
contre lesreproches vulgaires.
M A I. 1764. 23
Te guide vers l'Olympe & m'entraîne au Permeſſe;
Pallas armoit ton bras de la foudre des Rois ,
Et Minerve en riant m'infpire quelquefois.
Propice à mes efforts , tu daigneras peut- être
Favorifer des chants que ta gloire a fait naître ;
Et les entendre encor , dans ce Temple de Mars ,
Où le Goût , fur tes pas , doit raffembler les Arts .
Puiffé-je , dans ces lieux , te confacrant ma vie ,
Fouler d'un pied vainqueur les ferpens de l'Envie ;
Monftreimpur , dont le fouffle infectant les Autels ?
Empoiſonne l'encens qu'on offre aux Immortels,*
Sans doute il frémiroit qu'une Plume fçavante
Eût tracé de ta gloire une image vivante.
En vain fes cris jaloux veulent trouble
Et leur murmureaigu rend mes
Croaffez , vils corbeaux , aux fanges du Parnaffe ;
Du Cygne des Thébains j'ofe imiter l'audace.
Peut- être on te dira que le nombre des ans
Peut trahir de mon vol les efforts impuiffans.
Ris de ces vains difcours : dans les âmes bien nées,
Tu comptes les talens , & non pas les années.
De Mars & des Neuf- Soeurs les Fils audacieux
Vont s'affeoir , en naiffant , à la table des Dieux
Quand Mars de fes lauriers honora ton courage ,
Charmé de ta valeur , il oublia ton âge.
es chants,
us touchans.
* L'Envie ne confifte pas , comme les Cotins ont
intérêt de le croire , à reprendre les mauvais Auteurs,
mais à blâmer injuftement les bons ,
24 MERCURE DE FRANCE .
VERS à Mlle D ***.
SUIVANT les enfans d'Apollon,
Les Grâces nues , mais décentes ,
Verfant fur les Mortels leurs faveurs bienfaiſantes
D
Sont au nombre de trois , dit-on .
Que ces combinaiſons me paroiffent plaifantes !
De ce calcul D *** prouve la faufleté :
Dans les yeux , far fon tein , fur les lévres de
rofes ,
On voit tant de grâces écloſes ,
Qu'elles rendront toujours leur nombre illimité.
Par M. MOURET DUCHEMIN.
MADRIGAL ,
A Mlle de la M.
Ce ne font plus les enfants Cythère
Qui déformais nous donneront des loix ;
La jeune Iris , cette beauté fi fière ,
A dérobé leur perfide carquois.
Fils de Vénus , nous bravons ta colère ;
Mais notre fort n'en fera pas plus doux
Iris, hélas ! d'une main plus févère ,
Bien mieux qu'amour nous portera des coups.
AUTRE
;
M A I. 1764.
25
AUTRE à la même , au fujet de
l'Éclipſe du 1 Avril 1764.
2
POURQUOI trembler que le Aambeau des cieux
Voile à jamais fon utile lumière ?
Que craignons- nous , fi la jeune Glycère ,
Plus brillante que lui , vient habiter ces lieux ?
Son coeur eft l'aftre qui m'éclaire ,
Et mon Soleil eft dans les yeux.
APOLOGUES ORIENTAUX
Par M. de S ***
*
APOLOGUE PREMIER.
Sourdin & Zaraïne.
SOURDIN , Grand-Vifir de la Reine
Zaraïne , avant qu'elle arrivât au Confeil
, difoit en lui-même je ne veux
point que le Prince Rofey foit notre Roi.
* Extraits d'un Ouvrage qui eft fous preff , &
fait pour infpirer l'amour de la vertu & l'an.our
de la Patrie.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Il ne me convient point , & mon choix
eft tombé fur un autre . Oui , mon petit
Seigneur , je dirai tant de mal de vous ,
que la Reine Zaraïne , toute coquette &
toute capricieuſe qu'elle eft , ne vous
voudra ni pour amant , ni même pour
époux. Aufli- tôt qu'il fut en préfence de
Sa Majesté :
Grande Reine , lui dit-il , le Prince
Rofey, dont vous m'avez ordonné de
vous entretenir , eft Souverain d'un bon
pays qu'il s'efforce de rendre mauvais.
Il prétend defcendre de la Lune en ligne
directe ; ce qui le rend très- vain . ÏÏ ſe
croit obligé d'être plus magnifique qu'un
autre Prince ; ce qui le ruine en un
mot , il n'eft bon que pour donner des
loix dans un Serrail , préfider à la Toilette
& à la Table , & juger des modes &
des ragoûts.
ZARAINE , l'interrompant .
Vous ne me dites rien de fa perfonne..
Eft- ce un beau Prince ?
SOURDI N.
Vous allez en juger , Madame ; c'eſt
un homme de trente ans , qui a vécu de
bonne heure . Il eft d'une taille un peu
au- deffous de la médiocre , extrêmement
fluet. Le temps qu'il devroit employer
à régir fes Etats , il le paffe deMA
I. 1764. 2.7
vant fon miroir , à fe barbouiller de
blanc & de rouge , à fe noircir les fourcils
& s'arracher la barbe.
ZARAÏN E.
Il a raiſon ; je ne connois rien au
monde de fi inutile , de fi laid , de fi hideux
que cette vilaine barbe rude , qui
ne fert qu'à vous incommoder & qu'à
nous piquer les joues quand on nous
embraffe. Le Prince Rofey eft préciſément
comme un joli homme doit être.
Qu'on doit aimer un mari comme le
Prince Rofey ! Il a fùrement des grâces ,
de la phyfionomie. Donne- t-il beaucoup
de fêtes ? Aime- t- il la danfe , le
jeu ?
SOURDI N.
Le jeu ? .... trop , Madame , pour le
bien de l'Etat... fes malheureux Sujets...
ZARAÏNE , l'interrompant.
Ah ! c'eft un Prince accompli
SOURDI N.
Mais , Madame , fongez donc que
c'eft ( permettez - moi le terme ) le plus
grand fat. ...
ZARAIN E.
Bon il en eft plus aimé.
SOURDI N.
Le plus indifcret....
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
ZARAÏN E.
Tant mieux ; je hais les avantures
fecrettes .
SOURDIN.
Et même le plus inconflant... ,
ZARAIN E.
Le plus inconftant ? à merveille ! Il
eft inconftant ; c'eft que les femmes fe
l'arrachent c'eft qu'il eft charmant .
Au reste , il y aura plus de mérite à le
captiver. Que je fuis enchantée de ce
que vous me dites du Prince Rofey !
Que vous me faites plaifir ! Que je vous
ai d'obligation ! .... J'exige encore une
chofe de vous , mon cher Sourdin.
SOURDIN .
Que vous plaît-il , Madame ?
ZARAIN E.
Que vous faffiez accélérer les préparatifs
de mes nôces , & que vous alliez
vous- même au- devant du Prince Rofey.
Faites qu'il arrive bientôt je l'épouferai
auffitôt qu'il fera ici.
SOURDIN , prenant un vifage riant.
Je me conformerai à vos ordres , Madame
; & vous jugerez par la diligence
que je vais apporter à les éxécuter
combien ils me font agréables. Souffrez
maintenant que je fois le premier à
yous complimenter, Vous ne pouviez
MA I. 1764. 29
effectivement faire un choix meilleur ,
ni qui fût plus utile à vos Sujets.
Les autres perfonnes du Confeil , qui
avoient écouté Sourdin & Zaraïne avec
une très-grande attention , décidèrent
que Sourdin & Zaraine avoient raiſon.
APOLOGUE I I.
Le pouvoir de la Religion.
LEKALIFE Huffain ( a ) , fils du grand
Ali , étoit à table ; un de fes Efclaves
( a ) Huffain , cinquième Kalifedes Muſulmans ,
fuccéda à ton père Ali , qui avoit époufé la fille de
Mahomet il fut ainfi que fon père , un modèle de
fagefle & de vertu.
Qu'un homme de la lie du Peuple , après avoir
épousé une femme dont il a été le valet , lui ait
fait accroire qu'il étoit inſpiré ; j'en ſuis médiocrement
furpris : mais que , nefçachant ni lire , ni écrire
, il ait comptéau nombre de fes premiers Difciples,
Ali , l'homme le plus vertueux & le plus éclairé
de fon temps ; qu'ignorant les premiers élémens
de l'Art Militaire , il ait fait marcher , fous les drapeaux
, le plus grand Capitaine des Arabes , le fameux
Omar dont la vertu égaloit la valeur ; c'eſt
une chofe que j'ai peine à concevoir.... A chaque
pas que l'on fait dans l'Hiftoire , on voit la force
opprimer la foibleffe , & plier les genoux devant
la fourberie.
B iij.
30 MERCURE DE FRANCE.
Taiffe tomber un plat de riz bouillant fur
fa tête Hussain jette fur l'Efclave un
regard févère ; celui - ci , tout tremblant ,
fe profterne devant lui , & dit ces paró- .
les tirées du fublime Alcoran :
Le Paradis eft fait pour ceux qui reennent
& domptent leur colère.
HUSSAIN froidement.
Je ne fuis point en colère.
L'ESCLAVE , continuant le Verfet.
Et qui pardonnent à ceux qui les ont
offenfes.
HUSSAIN , fans le regarder.
Je te pardonne.
,
L'ESCLAVE continuant le Verfet.
Et Dieu chérit pardeffus tous ceux qui
font le bien pour
le mal.
HUSSAIN , lui tendant la main avec
bonté.
Eh bien ! lève-toi je te donne la liberté
, & quatre cens dragmes d'argent.
A ces mots , l'Efclave rendit mille
actions de grâces à ce vertueux Kalife.
O mon Prince ! s'écria-t-il après, vous
imitez l'arbre chargé de feuilles & de
fruits ; il prête fon ombre , il donne fes
fruits à celui-là même dont le bras audacieux
lance des pierres contre lui.
MA I. 1764. 3L
APOLOGUE III.
Les Défintérefés.
PRINCES , qui vous écartez des voies
de la juftice , tremblez d'interroger l'homme
jufte la vérité réfide fur fes lévres.
Le fage Fodahil ( b ) avoit diffipé fes
biens au fervice du Kalife Haroun Rachid;
& ce Monarque , noyé dans les délices
, lui difoit ironiquement : connois
tu quelqu'un qui faffe profeffion d'un
plus grand détachement que toi ?
FODAHI L.
Oui , Seigneur.
HAROU N.
Quel eft- il ?
FODAHI L.
Vous je n'ai facrifié que ma fortune ;
vous facrifiez votre gloire.
( b ) Fodahil , voyant que fa préſence à la Cour
étoit à charge au Kalife , & inutile au bien des
Peuples , fe retira dans une folitude pour y vivre
en Anachorette : il avoit les moeurs les plus auftères.
On rapporte de lui un trait fingulier on l'a
vu rire une feule fois dans fa vie ; ce fut le jour
qu'il perdit fon fils unique, qu'il aimoit tendrement.
Il ne faut pas confondre , ainfi que l'ont fait la
plupart des Hiftoriens , ce Fodahil avec un autre
qui vivoit fous le même Kalife ; & qui changea fa
profeffion de Voleur pour celle de Derviche.
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
O
APOLOGUE IV.
Salaeddin & Fatmé
MALHEUREUX Salaeddin ! fans.
amis , fans efpérance , que te refte - t- il
maintenant de tous les grands biens
que tu poffédois ? Un peu de riz & de
poiſon ! ... Eh bien , faifons- les bouillir
enfemble , & que ce foit le dernier de
mes repas.
Salaeddin délaye le riz & le poifon
dans un pot qu'il met devant le feu ,
puis il continue ainfi .
Je vais donc renoncer à la vie ! à une
choſe plus chère encore , à l'amour de
Fatmé! Fatmé qui m'aime , alloit s'unir
à moi , par les noeuds les plus faints.
O Mahomet ! je vais donc y renoncer.
Oui , fans doute ; iras-tu , prodigue
Salaeddin, après avoir vû s'écouler dans
tes mains toutes les richeffès de tes
pères , après avoir abufé des bontés
de Fatmé , iras- tu lui ravir le peu qui
lui refte ! Voudrois- tu l'entraîner avec
toi dans l'abîme profond des malheurs ?
Que plutôt périffent jufqu'aux cendres
de tes os !.... Etois- tu fait pour t'unir
M A I. 1764. 33
à la vertu la plus pure ! ... Hélas ! je l'ai
cent fois penfé; cent fois je l'ai dit à mon
coeur embrâfé : jette de l'eau fur le feu qui
te confume : mais toujours mes paroles
fe font évaporées dans les airs.
C'en eft fait ? je vais mourir... Honneur
, ta voix fe fait entendre ; ton
ordre fera fuivi ..... Je devois changer
de conduite : ma bouche l'avoit
juré à Faimé. J'ai trahi mes fermens !
Après un fi grand crime , j'oferar plu
tôt envisager la mort que Fatmé.
De quels biens cependant moimême
je vais me priver ! Chaque jour
je voyois , j'entretenois , j'écoutois Fatmé
; qu'elle étoit chère à mon coeur !
Quel bonheur , ô Ciel ! je goûtois près
d'elle . Quel plaifir j'éprouvois en entendant
feulement le bruit de fes pas !.
Ce plaifir qui plongeoit mes fens
dans l'ivrèffe , laiffoit échapper mon
coeur fur les prunelles de mes yeux ,
& faifoit courir toute mon âme à la
porte de mon oreille ..
O Fatmé! tu m'aimois auffi ! la couleur
des rofes printanieres étoit moins
vive que celle de tes joues , quand
ton Amant venoit te faluer d'un doux
baifer , & quand , de fes bras amoureux,
il te preffoit contre fon fein.
Bv
34 MERCURE DE FRANCE.
Ah ! quelles feront les plaies de ton
coeur , trop fenfible , trop infortunée
Fatmé , lorfque le bruit de ma mort
viendra retentir à ton oreille ! Déja je
te vois , le vifage pâle & l'oeil en feu ,
de tes mains délicates arracher tes cheveux
, déchirer tes vêtemens & frapper
ton fein qui palpite .
Mais quand je voudrois t'épargner le
chagrin de ma mort , il ne feroit que
differé. Que dis-je ? malheureux ! tu
me retiendrois un moment fur les bords
de l'abîme liée à mon fort ', bientôt
mon fatal afcendant t'entraîneroit , te
précipiteroit avec moi , & j'emporterois
au tombeau le regret affreux d'avoir
caufé tes malheurs & ta mort.
Salaeddin s'apprête à manger les mets
empoifonné. Pour n'être point troublé
dans fon dernier moment , il va fermer
la porte ; en la pouffant , il voit Fatmé.
Il recule en frémiffant , & Fatmé prend
la parole , & dit :
Avec quelle joie je te revois , ô
mon cher Salaeddin ! mais je fuis accablée
de fatigue , & j'ai beſoin de
nourriture procure- moi quelque aliment:
SALAEDDIN.
Fatme , je n'en ai point.
M A I. 1764. 35
FAT MÉ .
Cependant tu viens d'apprêter ce riz , ..
le deftines-tu à quelqu'un qui te foit
plus cher que Fatmé?
SALA ED DI N.
O Ciel ! quelqu'un me feroit plus
chèr que toi ! Ah ! Fatme ! tu ne le
crois pas ?
FAT MÉ .
Mais , pourquoi ne me l'as-tu pas
offert ? ....
SALA EL DIN interdit.
Pourquoi ? .... doutes -tu du. coeur
de Salaeddin.
FAT MÉ.
Non , cher Amant ; mais il m'avoit
femblé d'abord que tu me refufois .
Pardonne.
Fatmé prend des mains de Salaeddin ,
le plat de riz , fans qu'il ait la force
de s'y oppofer ; & Fatmé qui a les
yeux fur lui , s'écrie ;
Que vois- je ? O Ciel dans quel!
trouble tu me jettes ! Tu changes de
couleur ! Tu portes für moi des regards
effrayans tes mains tremblent P
Tes cheveux fe dreffent fur ton front
T'eft-il furvenu quelque nouveau mal--
heur ? Parle , hâte-toi ..
2
Salaeddin fe précipite aux pieds da
Bvi
36 MERCURE DE FRANCE.
• Fatmé , & lui retient la main. dans
le moment que Fatmé porte le riz à
fes lévres . ...
Arrête , Fatmé ! que fais-tu ? Gardetoi
d'y toucher.
FAT MÉ .
Pourquoi ?
SALAEDDI N..
Ce riz ...
FATM É .
Eh bien ?
SALAEDDIN..
Il est empoisonné.
FAT ME .
Ciel ! Et c'est toi qui l'as apprêté !
quel ufage en voulois - tu faire ? Je frémis...
cruel ! tu voulois attenter à tes
jours ; je le vois..
SALAED DI N..
Il est vrai.
FAT MÉ.
Malheureux ! qui pouvoit t'y forcer ?
SALAEDDIN..
L'honneur . la mifére affreufe
dans laquelle je fuis réduit par ma
faute la honte d'avoir dérangé ta fortune
; la crainte de te rendre auffi malheureufe
que moi.
FAT MÉ .
Eft-il un plus grand malheur pour
M A I. 1764. 37
moi , que de te perdre ? Mais ton fort
eft changé je n'ai plus rien à craindre
; j'ai vu le Kadileski ; j'ai prouvé
les vols qui t'ont été faits : tu vas rentrer
dans tous tes biens ; & rien ne
s'oppofe plus à notre bonheur ..
O mon cher Salaeddin ! une autre
fois , né défefpere plus de la Providence
. Si quelquefois elle permet que nos
malheurs foient portés à leur comble ,
c'eft , fans doute , pour nous faire mériter
notre bonheur ..
APOLOGUE V.
Abuzeï & Thaïr.
DANS
ANS cet hyver célébre par les
grandes révolutions qui arriverent à la
Cour de Nouraddin , Abuzei difoit à
Thair félicitez - moi , mon Père , je
fuis Favori du Sultan , l'Amant de fa
Soeur & demain Sa Hauteffe & moi ,
nous allons feuls enfemble à la chaffe .
O mon Fils
répondit
Thaïr ; il
y a trois chofes fur lefquelles
il faut peu
compter
la faveur
des Rois ; less careffes
des femmes
; & les beaux jours.
de l'hyver.
38 MERCURE DE FRANCE.
Le vieux Thaïr avoit raison .
Le lendemain , la pluie fit manquer
la partie de chaffe ; un caprice fit chanla
Princeffe ; & la Princeffe fit changer
le Sultan.
ger
APOLOGUE VI.
La présence d'Esprit.
DIEU jufte ! fi tu permets que
les Tyrans jouiffent de la tranquillité
de l'âme ; en quoi différera leur fort de
celui des bons Rois ?
Hégiage , l'horreur & l'effroi des
Peuples , par fes cruautés inouies , erroit
paifiblement dans les vaftes campagnes ,
fans fuite & fans marque de diftinction :
il rencontre un Arabe du Défert , &
lui parle en ces termes :
Ami , je voudrois fçavoir de vous.
quel homme eft cet Hégiage dont on
parle tant ?
L'ARABE.
Hégiage n'eft point un homme; c'eſt
un Tigre ; c'eſt un Monftre.
HÉGIAGE .
Que lui reproche -t- on ?
L'ARABE.
Une foule de crimes il s'eft abbreu
MA I. 1764. 39
vé du fang de plus d'un million de fes
Sujets.
HEGIAGE.
Ne l'avez-vous jamais vu ?
Non.
L'ARABE .
HEGIAGE.
Eh bien léve les yeux c'eft à lui
que tu parles.
L'Arabe , fans témoigner la moindre
Surprife , le regard d'un oeil fixe , & lui
dit fierement:
Mais , vous ; fçavez - vous qui je fuis ?
HEGIAGE .
Non .
L'ARABE .
Je fuis de la famille de Zobair, dont
chacun des Defcendans devient fol unt
jour de l'année . Mon jour eft aujourd'hui.
Hégiage lui pardonna. La préfence
d'efprit peut tout , puifque celle de l'Arabe
du Défert força Hégiage au pardon.
APOLOGUE VII.
Le Borgne.
AVVAANNTT d'enchaîner un Peuple par
une Loi , ce n'eft pas affez qu'elle pa40
MERCURE DE FRANCE.
roiffe jufte , il faut encore fe la repréfenterfous
toutes les faces poffibles.
Nandiskar étoit Borgne & Légiflateur
; il avoit affemblé les vieillards de
fa nation , pour leur faire jurer, au nom
de la République , de ne jamais rien
changer à fes loix. Nantéou lui feul s'y
oppofoit ; mais Nandiskar fe défendit
fi adroitement qu'il aigrit tous les efprits
contre Nantéou. Celui - ci defefpérant de
ramener fes Compatriotes par des dif
cours , s'approcha de Nandiskar , & lui
dit: tu veux que tes Loix foient ftrictement
obfervées , le Peuple y confent ; &
moi je demande à être puni fuivant tes
Loix en proférant ces dernières paroles ,
d'un coup de poing , il fui creva l'oeil
qui lui reftoit .
Nandiskar avoit fait une Loi conçue
en ces termes Quiconque crevera un
ail , qu'il en perde un.
Tuvois par-là , reprit Nantéou , combien
ta Loi eft défectueufe , puifqu'il
ne m'en coûte qu'un oeil , pour te priver.
de la vue .
Nandiskar lui répondit : loin de t'en
vouloir , je te dois de la reconnoiſſance ;
en me privant des yeux du corps , tu
m'as ouvert les yeux de l'efprit . Et vous ,
fages Vieillards , ne rougiffez point d'a
M A I. 1764. 41
vouer , avec moi , que nous avons eu
tort.
A Madame la Marquife de V.... fur la
mort de M. le Comte de V..... fonfils.
Du jeune V ..., grand Dieux ! quel est le fort !
Unique & chèr efpoir d'une famille illuftre ,
Il alloit de fon nom éternifant le luftre ...
Du fein de la grandeur , il deſcend à la mort !
Ce Fils , aimable objet de vos foins les plus doux ,
Rejetton d'un Héros dont il étoit l'image,
Égaloit fes vertus , fes talens , fon courage ,
Vous retraçoit fon père , il le trouvoit en vous.
Il meurt , Ô coup fatal ! ô mortelles douleurs !
Du Dieu que vous fervez , tel eft l'ordre fuprême
Reſpectez les décrets , il vous frappe , il vous aime.
Et pour vous éprouver renouvelle vos pleurs.
Hélas ! efpérez tout de fes foins généreux :
Il vous reſte une fille empreffée à vous plaire.
S'il daigne conferver une tête fi chère ,
Vos vertus renaîtront dans vos derniers neveux.
Par M. GRENIER de Brioude , en Auvergne „,
Avocat en Parlement.
42 MERCURE DE FRANCE.
ZÉLIS ,
IDYLLE imitée de la quatrième de
M.
GESNER.
ENVOI , à Madame FAV ART.
ZELIS , ce coloris de la fimple Nature ,
Doit rout à vos attraits , & ne doit rien à l'art :
L'Amour en a tracé la naïve peinture ;
Le Tableau fait , j'ai reconnu FAVART.
L'an commençoit. Un Ciel pur & ferein
Laiffoit errer l'Aquilon incertain :
Le triſte Hyver deſcendoit des montagnes :
D'un pas tremblant , marchant dans les campagnes
,
D'un blanc duvet il couvroit les chemins ,
Et fous la clef renfermoit les humains.
Le jeune Atys étoit dans la chaumière ;
Du vrai bonheur la féconde lumière
Lançoit fur lui l'éclat de les rayons.
Heureux Berger , tes paisibles cantons ,
Comme ton coeur , refpiroient l'innocence !
Le fot Orgueil à la foible Indigence
N'y refufoit ni regards , ni fecours :
Qu'un toît de chaume eft différent des Cours
D'un feu brillant la flamme pétillante
A, dans les fens , d'une chaleur puiſſance
MA I. 1764. 43
Bientôt porté le végétal heureux .
Le gai Paſteur , d'un regard curieux ,
Fixoit des champs la ſuperbe ſtructure ,
Et dans fon beau contemploit la Nature.
Trifte Saiſon , que, malgré ta rigueur ,
>> Tu fçais m'offrir un fpectacle enchanteur
» Oui , difoit- il , cette clarté riante
» Que le Soleil dans les brouillards enfante ,
Remplit mon coeur d'un charme ſéduîfant !
» De cette neige un tapis blanchiffant ,
» Relève encor l'éclat de ces Arbustes.
» Nature , hélas ! tes ceuvres font auguftes !
Ces tendres grains germant dans nos guerèts ;
» Ne font - ils rien pour des coeurs fatisfaits ?
» D'un verd naiſſant , leur pointe encor légère
» Perce le blanc dont fe pare la terre.
» Des buiffons fecs les rameaux tortueux ,
20 Tout dépouillés , fçavent plaire à mes yeux :
» Ils font chargés des larmes de l'Aurore...
>> Et ce frimât les embellit encore.
» Non loin d'ici , fous le chaûme enfermé ,
>> Brille l'Objet dont mon coeur eſt charmé.
» Oui , c'est là-bas , fous ce manoir ruftique ,
» D'où la fumée en une courſe oblique
>> S'échappe aux yeux par replis ondoyans ,
» Qu'eft ma Zélis... A la fleur de tes ans ,
» Belle Zélis , tu joins le don de plaire :
>> De la vertu le facré caractère
44 MERCURE DE FRANCE.
>> Eft dans tes traits comme il dans ton coeur.
>> Toi feule auffi , tu fais tout mon bonheur .. !
>> Je me fouviens de cette heureuſe Aurore ,
» Où le bienfait fous tes mains vint éclorre ;
» Je m'en fouviens. Quand le Berger Daphnis ,
éfefpéré de perdre deux brebis ,
» Dans la prairie exprimoit fes allarmes ;
» Tu vis fes maux , tu mis fin à fes larmes.
» H fe plaignoit , il étoit malheureux :
En faut-il plus pour qu'on foit généreux }
» Les deux brebis par toi lui font rendues :
» Ses facultès à l'inftant ſuſpendues ,
» Suffifent mal à l'ardeur de fes fens ;
Tous les tranfports étoient reconnoiffans ;
» Son coeur eft plein de ce bonheur fuprême...
» Ah ! ... le bienfait eft le prix de lui -même !
» Depuis ce jour je t'aime , ô ma Zélis !
" De mon amour la vertu fait le prix ;
» Source facrée , inaltérable & pure ,
» Heureuſe ardeur .. c'eſt Zélis qui t'aſſure !
» Cruel Hyver , bien que tes noirs frimâts
>> Couvrent encor ces tranquilles climats ,
» La voix d'Atys ne fera point muette :-
» Il chantera Zélis fur fa mufette.
» Oui , ma Zélis , il eft toujours pour moi
» De vrais plaifirs , puifque je penfe à toi.
ParM. COSTARD Fils.
MA I. 1764. 45
VERS à Mde D. M.
J'AVOIS 'AVOIS déja quitté ma lyre ;
J'avois effuyé mes pinceaux :
L'Amour parut . Avec un doux fourire
Il daigna m'adreffer ces mots :
Souviens- toi , dit - il , de Climène ;
Reprends ton luth , bois , chante & ris.
Ah , lui dis-je alors tout furpris ,
» Vous vous donnez bien de la peine :
Mais il eſt un objet pour moi bien plus char-
>> mant.
>> Eh bien , reprit l'Amour , fuis le feu qui
» t'infpire ;
»Je te devine ; tiens , examine , foupire.
» Puis il diſparut à l'inftant ...
» Je ne vis plus que vous , & je repris ma lyre.
Par le même.
UN
MADRIGAL.
A Mde de C.
N jour que de noires vapeurs
L'imagination bleffée ,
Peignoit chacun à ma pensée
46 MERCURE DE FRANCE .
De fombres & fauffes couleurs ;
A mon efprit attrabilaire
S'offre l'aimable C ….. tin.
Il s'offenfa fans deffein ,
que
A tout le monde elle ait fçu plaire .
Il veut lui trouver un défaut ;
Mais elle n'eft qu'aimable & belle :
Contre lui , je fentis bientôt
Mon coeur prendre parti pour elle.
Le C. d'AR ... Capitaine de Cavalerie .
VERS deftinés à être mis au bas du
portrait de M. l'Abbé DE VOISENON
, de l'Académie Françoife.
FAVORI d'Apollon , les élégans écrits ,
Par le goût même ornés , par les Grâces pétris ,
Seront gravés au Temple de Mémoire,
Son coeur du fentiment fçait connoître le prix :
Il eſt , par cent vertus au-deſſus de ſa gloire,
Les délices de les Amis.
O
PORTRAIT DE JULI E.
Na tant de fois célébré les triomphes
de la folie , tant de fois analyſé le
MA I. 1764. 47
coeur humain , raconté fes égaremens ,
fes travers , fes contradictions , & tout
n'eft pas encore dit. Nous voyons ce que
nos Pères auroient à peine imaginé ;
des plaiſirs fatigans , des amitiés incommodes
, des bienféances ridicules , des
paffions éphémères , des foibleffes réfléchies
des infidélités réciproquement
permifes , des crimes confommés avec
dignité , des corrupteurs agréables , des
femmes qui s'honorent de leurs vices ,
des vices couronnés par les fuccès les
plus brillans , la féduction réduite en
principes , l'obfcénité applaudie , les
Loix , la Religion , l'humanité , la Nature
outragées , toutes les barrières renverfées
. Quel fpectacle ! ... Eft - ce donc là
toute l'hiftoire d'un Siécle Philofophe ?
Ne voit-on parmi nous que des frivolités
ou des horreurs ? Il feroit injufte de
le penfer. Je ne préfentois que la moitié
du tableau. Développons la toile &
nous verrons la modération fur le
Thrône , la bienféance dans les Palais
la modeftie fous la pourpre , l'intégrité
dans la Magiftrature , la Science fans
vanité , l'opulence fans avarice & fans
faſte , l'amour avec l'innocence , la décence
avec la beauté ; la franchife , l'amitié
, l'honneur , la vertu : voilà le
4313 MERCURE DE FRANCE .
contraſte. Oui , la vertu brille encore
parmi nous; la fageffe n'eft pas feulement
dans nos Livres. J'en vais tracer
un modéle , & ce modéle exiſte dans la
Nature .
pas
Julie à la figure la plus intéreffante
joint toutes les perfections du coeur &
de l'efprit. Ses premiers regards ne font
tombés fur les tréfors de l'abondance
, fur les Fêtes tumultueufes , fur les
folies éclatantes de la grandeur . Née
fous un toît ruftique , élevée dans la médiocrité
, elle en chérit les avantages.
Elle préfére le fpectacle de fa campagne
au luxe des cités , une fimple violette
à la plus riche parure , & l'ingénuité
, le bon fens du Peuple villageois
à tout l'efprit , à toute l'excellence de
cette foule de Vers luifans qui peuplent
nos villes . Au fein de l'innocence,dans
le filence des paffions , toujours bien
avec elle- même, elle jouit d'elle- même :
fon âme eft , pour ainfi dire , le Temple
de la Paix. Dans cet âge brillant , l'âge
des prétentions , la fleur des âges , où
s'annoncent la tyrannie de nos Déeffes
l'art des mystères , des caprices, des humeurs
, où la beauté fière de l'éclat qui
l'environne , étend en quelque forte la
fphère
MA I. 1764. 49
fphère de fa domination par la bizarrerie
& la contradiction de ſes loix , Julie
accorde heureufement les Grâces avec
la Raifon , les manières les plus engageantes
, le ton le plus féduifant avec
le caractère le plus vrai & le mieux expliqué.
Les idées de juftice & d'humanité
que la Nature a gravées dans fon
âme , lui font détefter ces triomphes
cruels de la vanité qui fe plaît à jouir
de l'embarras & de l'humiliation des
autres . Elle veut & femble ignorer tous
les torts que le devoir & la Raifon ne
l'obligent pas à relever. Tous les jours
on la croit parfaite , & tous les jours
elle fe furpaffe.
Le fommeil du Sybarite , l'yvrèffe de
nos demi -Dieux , la pompe , la magie de
leurs Spectacles , tous leurs plaifirs fondus
enſemble & réduits à la même impreffion
, ne valent pas un fourire , un regard
de Julie. C'eſt la vertu , la fageffe
elle-même fous les traits de l'humanité.
C'est une fille vraiment célefte , le miracle
de fon féxe , le chef d'oeuvre de la
Nature. On ne peut voir qu'elle où elle
eft. Elle parle , & l'âme de celui qui
l'entend femble faire effort pour s'unir à
la fienne , & fe confondre avec elle.
Ses plus fidelles compagnes occupées
C
50 MERCURE DE FRANCE .
à fon exemple des travaux de leur âge
& de leur condition , viennent former
tous les jours un cercle autour d'elle .
La perfuafion coule alors de fes lévres ;
& toute la fenfibilité de fon âme fe
peint dans fes yeux . O mes amies ! leur
dit-elle fouvent , fi nous connoiffions
bien le prix de la vertu ; fi la foible
raifon qui nous éclaire pouvoit nous
en repréfenter les charmes & les avantages
, lorfque nos coeurs s'ouvriroient
à fes impreffions ; de quel plaifir nous
ferions enivrées ! Qu'il nous feroit bien
plus aifé d'éloigner de nous les dande
la féduction . Oui , la vertu même
perfécutée eft mille fois préférable
au crime le plus heureux . Des remords
éternels déchirent le coeur du méchant ;
malgré la fucceffion rapide de fes affaires
& de fes amuſemens , il ne peut
étouffer les cris menaçans de fa confcience
; des phantômes effrayans le
troublent jufques dans les bras du fommeil
& fur les autels de la volupté.
Il traîne partout fa honte & fon défefpoir.
Mais la paix , le calme , la fécurité
font le partage de l'innocence. Ni
le caprice du fort , ni la malignité des
hommes ne peuvent lui ravir ces biens
inestimables qu'elle puife dans fon progers
MA I. 1764. 51
pre
fein . Le véritable honneur , la ſolide
gloire lui appartiennent , tandis
que le vice eft tôt ou tard couvert d'opprobre
& de mépris .
VERS fur la mort de ZELIS ,
à M ***
AH ! ne taxe point de foibleſſe ,
Ami , les pleurs que je répands ;
Mon coeur les doit à la tendreffe ;
C'eſt un tribut que je lui rends.
Qui , ma douleur eft légitime.
L'objet que je perds à jamais ,
Zélis , mérita mon eftime :
Elle eſt digne de mes regrets.
Lorfque la Parque inexorable
Vint trancher le fil de fes jours ,
Elle étoit dans cet âge aimable ,
Dans l'âge où naiſſent les Amours.
La candeur , l'aimable innocence ,
L'embelliffoient de leurs attraits ;
L'Amour foumis à la décence ,
Dans les beaux yeux forgeoit les traits.
Cij
52 MERCURE DE FRANCE .
Contre tant d'appas , tant de charmes ,
Ah ! comment défendre fon coeur !
Bientôt je lui rendis les armes ;
Bientôt j'adorai mon vainqueur.
De la main de l'Amour lui-même ,
Ma Zélis accepta ma foi ;
L'aimer étoit mon bien fuprême ;
Elle ne vivoit que pour moi.
Que m'importe à préſent la vie ,
O cher objet de mes amours ?
Depuis que le Ciel ta ravie ,
Je ne connois plus les beaux jours.
Que ne puis-je aux royaumes fombres
Où la Mort te tient fous fa loi ,
Ecartant les funeftes ombres ,
Comme Orphée aller juſqu'à toi ?
Hélas ! de la nuit éternelle
Je ne craindrois pas les horreurs ;
Près de toi l'amitié fidelle
Y feroit éclore des fleurs.
Mais le Ciel trop inexorable ,
Quand on eft fur ce trifte bord ,
Par un décret irrévocable
Y fixe à jamais notre ſort.
MA I. 1764.
1335
Du moins pour honorer ta cendre ,
Reçois l'hommage de mes pleurs.
Sur ton tombeau j'irai répandre ,
Chaque jour de nouvelles fleurs.
M **
COMPLAINTE à M. le Marquis de
Bussy,Brigadier des Armées du Roi .
SENSIBLE
ENSIBLE Еpoux , votre âme en deuil
Pleure cette épouſe , fleur tendre ,
Tombée en fon matin dans la nuit du cercueil.
Une mère éperdue érre autour de fa cendre.
Une famille entière en proie à fes douleurs ,
Dans vos larmes confond ſes pleurs.
Elle en eft digne. Elle fut admirée
Par les vertus comme par fes attraits.
De les bontés je me vis honorée :
Mon coeur fe joint à vos regrèts ;
Et ma tremblante main à fon urne adorée
Attache auffi quelques cyprès.
Par la MUSE LIMONADIERE.
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE écrite de la Nouvelle- Orléans
dans la Louifiane , à M. DE LA
PLACE, Auteur du Mercure, à Paris.
Par M. F **** , fur feu M. TITON
DU TILLET,
Vous n'avez pas ignoré , fans doute
dans le temps, Monfieur, que la mort nous
a enlevé un excellent citoyen;un Ecrivain
eftimable , un Académicien de prèfque
toutes les Académies de l'Europe , un
homme audeffus de la claffe ordinaire de
fes femblables , affez ardent & affez géné
reux pour avoir confacré une partie de fa
vie & de fa fortune à élever à la gloire de
fon Prince & de fa patrie, un monur ent
auffi durable que le bronze dont il eft rormé.
Je n'ai pas befoin de vous nommer le.
célébre M.Titon du Tillet ; l'amitié dont il
m'honora durant fes dernières années ,
me reproche d'avoir différé jufqu'à préfent
à vous adreffer au moins une efquiffe
fur fa perfonne & fur fes ouvrages je
fçais que des plumes habiles & exercées
lui ont rendu des hommages dignes de
lui. Je les ai lus avec cette fatisfaction
douce que procure la contemplation de
MA I. 1764. 55
fa juftice rendue au mérite : mais vous
l'avouerai-je ? je n'ai pas été peu furpris
devoir que le Doyen de nos Ouvrages
périodiques , le Mercure de France , le
Journal de la nation , ait gardé feul jufquà
ce jour , un profond filence fur un
François qui a tant & fi bien travaillé
pour l'honneur de fes compatriotes .
Pour réparer , fi je puis , une telle omiffion
, le regret & la douleur enhardiffent
ma main timide & inconnue
vous tracer ici quelques- uns des principaux
traits qui m'ont frappé dans ce
respectable Mortel .
à
Moréri & fes fupplémens nous apprennent
qu'il étoit fils de Maximilien
Titon , Seigneur de Bévre , de Lançon ,
d'Iftre & d'Ognon , Secrétaire du Roi ,
qui le premier propofa l'établiſſement
des magazins d'armes , dont il fut nommé
par Sa Majefté , Directeur Général
dans toute l'étendue du Royaume. Maximilien
Titon eft dit forti d'une famille
d'Ecoffe , d'où fon grand- père vint s'établir
à Paris . Son époufe fut Dame
Marguerite Becaille , dont il eut fept
enfans , du nombre defquels eft celui
dont je vais parler.
*On nous avoit promis fur ce fujet , des Mémoires
qui ne nous ont pas encore été remis.
Civ
56 MERCURE DE FRANCE .
Evrard Titon du Tillet nâquit à Paris ,
à l'Arfénal , fur la Paroiffe de S. Paul , le
16 Janvier 1677. Après avoir fait de
fort bonnes études au Collége des Jéfuites
, il entra jeune dans le Service . Il
eut une Compagnie, fous fon nom , compofée
de 100 fufiliers . Malgré la vie
inappliquée de l'état militaire , il trouva
le temps d'étudier en Droit, & de fe faire
recevoir Avocat en Parlement à Paris .
Par la fuite , devenu Capitaine de Dragons
, il fut réformé après la paix de
Rifwich conclue en 1697 : alors il acheta
une Charge de Maître - d'Hôtel de
Madame la Ducheffe de Bourgogne ,
Adélaïde de Savoie , Dauphine & Mère
de Louis XV. La mort de cette Princeffe
, arrivée en 1712 , lui fit perdre fa
Charge , & le rendit totalement maître
de lui- même.
En 1719 il alla à Rome , où il paffa
quatre mois & où il apprit très - bien
l'Italien. Il parcourut la plus grande
partie de l'Italie. Il fit ce voyage en
homme de goût qui cherche à s'inftruire
& qui y réuffit. Auffi a-t-il laiffé
une collection de Tableaux & de Bronzes
fort eftimés .
Afon retour , à la follicitation de fa famille,
il acquit une charge de Commiffaire
Provincial des Guèrres, dont il remplit
MA I. 1764. 57°
les fonctions à la fatisfaction de tous
ceux qui en furent les témoins .
Dès 1708, il avoit conçu la grande idée
d'exécuter en bronze un Parnaſe François
à la Gloire de la France & de LOUISLE-
GRAND , & à la mémoire immortelle
des Illuftres Poëtes & des fameux Muficiens
François . Il confulta les meilleurs
Artiſtes & les plus grands Critiques
du temps , furtout le févère Boileau
Defpréaux. Ils applaudirent à une fi
belle idée ; ils jugerent même équitable
qu'après avoir placé au premier rang
les Poëtes & les Artiftes les plus renommés
, on mît les autres dignes d'y figurer,
dans des degrés inférieurs felon leurs dif
férens mérites : Stat fua cuique merces.
Louis Garnier , Sculpteur , éléve de
Girardon , travailla près de dix ans pour
pour le finir. Ce Monument offre un
groupe de figures en bronze d'environ
neufpieds d'élévation ; quatre font pour
le maffif de bois de chêne bronzé qui
fait le bas de la montagne , & cinq &
quelques pouces , pour le bronze audeffus
, où fe voyent les différentes figures
les quinze principales ont depuis
douze jufquà dix- huit pouces de
proportion ou de hauteur. Ce groupe
n'eft qu'un modéle . L'objet de l'Auteur
C v
58 MERCURE DE FRANCE .
étoit de le faire exécuter en Statues
Coloffales au milieu d'une vafte Place
publique ou d'un magnifique Jardin
tel que l'Eftampe le repréfente. Ce fa
meux Ouvrage fut achevé en 1718.
M. du Tiller pour le faire connoître
au Public qui paroiffoit le defirer , en
fit faire un deffein & un tableau par
Nicolas Poilly , excellent Artifte . Enfuite
il en fit graver une grande Eftampe
par Jean Audran , qui fut achevée &
préfentée à Sa Majesté en 1723 avec
le tableau ; ces préfens furent reçus
avec une bonté & un accueil très-flatteurs
pour l'Auteur . La Reine en 1726
accepta une pareille Eftampe fous verre,
décorée d'une riche bordure . Une grande
quantité d'autres fut diftribuée à tout
ce qu'il y avoit de mieux à la Cour , à
la Ville , dans les Provinces & dans les
Pays étrangers.
Outre ces précautions , l'Auteur pour
donner une parfaite idée de fon Ouvrage
, en compofa & en fit imprimer
une defcription détaillée en 1727, in- 12 ,
à Paris. Ce même Livre fut réimprimé
en 1732 , mais beaucoup plus ample
in-folio , grand & petit papier avec des
Eftampes. Il y a ajouté depuis deux
Supplémens de pareil format , l'un en
و
M A I. 1764 . 59
1743 , l'autre en 1755 , toujours avec
des Eftampes & des Vignettes , & il
refte en manufcrit actuellement , tout
difpofé , dequoi en publier un troifiéme.
En 1734 , M. Titon du Tillet , pour
prouver à l'Univers que fon zéle en
érigeant fon Parnaffe , n'étoit qu'une
imitation de ce qu'ont pratiqué les Anciens
, a mis de plus en lumière , un
Ouvrage relatif aux précédens , en un
volume in- 12 , fous ce Titre : Effais
fur les honneurs & fur les Monumens
accordés aux illuftres Sçavans pendant
la fuite des Siècles , &c .
Indépendamment de ces fecours , propres
à produire dans tout fon jour fon
fublime deffein , l'Auteur a fait exécuter
en médaillons de bronze , les principaux
Perfonnages mentionnés fur ce Parnaf
fe. En 1730 , il offrit à Sa Majesté une ,
fuite des vingt premiers , qu'Elle reçut
avec fatisfaction . Il a donné de ces
médaillons à beaucoup de perfonnes
ainfi qu'une très grande quantité de
copies en cuivre bronzé qu'il en avoit
fait tirer. Quelque temps avant fa mort
il gratifia l'Académie des Infcriptions &
Belles- Lettres de trente-trois de ces Médaillons
originaux , auxquels il joignit
-
C. vi
60 MERCURE DE FRANCE.
celui de Louis XIV de même matière ,
de deux pieds de haut fur deux de large.
Enfin M. du Tillet , après avoir paffé
quarante ans dans des Emplois ou Charges
militaires , fans avoir jamais fongé
a fe marier ; dans une indépendance
philofophique , jouiffant tout entier de
lui -même , fe retira rue de Montreuil
fauxbourg S. Antoine , dans une maiſon
qu'il tenoit de fon père. Là , uniquement
occupé des Lettres & de fon Parnaffe
, fon humeur enjouée , égale , fon
accueil riant , fa douceur , fa complaifance
dans la Société , fes égards pour
tout le monde , fa converfation variée
d'une infinité d'Anecdotes littéraires &
morales , fes repas bien fervis chaque
femaine pour les gens d'efprit , de goût
ou Sçavans ; la Mufique qu'il aimoit
beaucoup , la Baffe - de - viole dont il
jouoit paffablement , la belle Baffe - taille
qu'il tenoit de la Nature , dont il enchantoit
fouvent fes convives , & qu'il a
confervée jufqu'à fon décès , à deux ou
trois ans près , formèrent de fon aſyle
un féjour des plus amufans & des plus
agréables. Mademoiſelle Felix fa nièce
à la tête de fa maifon depuis quelques
années , & chargée d'en faire les honMA
I. 1764.
6F
1
neurs , s'en eft acquittée avec un eſprit ,
une politeffe , une attention & une nobleffe
, qui ajoutant de nouveaux charmes
à fon commerce , l'ont rendu cher
à tout ce qu'il y a eu de gens recomman
dables & diftingués dans la Capitale de
la France . Il y étoit fans ceffe recherché
, eftimé , fêté , même des Etrangers
qui abondoient chaque jour chez lui depuis
plus de quarante ans , attirés par fa
renommée de toutes les parties du Monde
, pour contempler & admirer le modèle
de fon immortel Parnaffe.
C'eſt dans cette fituation que ne perdant
jamais de vue fon amour d'obliger
les gens de Lettres , & tout ce qui
les regarde, on lui préfenta le petit-neveu
du grand Corneille. Le voir & s'intéreffer
à lui fut l'effet du premier inftant. Il employa
fon crédit & fes amis affez heureufement
auprès de M. de Voltaire , pour
procurer à Mlle Corneille un fort convenable
au beau nom qu'elle orte. Le digne
Chantre du grand HENRI , reçut
avec empreffement cette héritière de
notre premier Tragique ; & , faifant
envers elle conftamment l'office de
Père vient de confommer fon ouvrage
, en la mariant auffi avanta62
MERCURE DE FRANCE.
geufement qu'honorablement à M.
Dupuis , Capitaine de Dragons ..
M. Titon , attaqué d'un rhûme qui lui
dura environ fix ou fept femaines , fans
lui ôter l'appétit,confervant toujours toute
fa tête & tout fon enjoûment, ſe ſentit
affez mal le 24 Décembre 1762 , fur les
quatre heures , après avoir bien & gaîment
dîné , pour demander à fe coucher.
Cette demande , la première de
cette nature qu'il eût faite en fa vie , fut
auffi la dernière. Il ne fe releva point de
fon lit. Son eftomach s'emplit de plus en
plus ; fon rhûme l'étouffa le 26 Décembre
, lendemain de Noël , vers midi .
Il avoit quatre-vingt - cinq ans , onze
mois , vingt- un jours. La Nature , qui
lui avoit donné un tempérament vigoureux
, le fit toujours jouir de la fanté
la plus folide. It n'avoit jamais été faigné
qu'une fois ou deux , & n'avoit jamais.
connu ni fiévre , ni mal- de- tête , ainfi
que feu M. de Fontenelle fon ami.
Il n'eft guères poffible d'accumuler
plus d'Honneurs littéraires qu'il en a reçus
durant fa vie . Il étoit Académicien
ou Affocié de prèfque toute les Académies.
On voit par une Ode de M. Desforges-
Maillard , inférée dans les diver
M A I. 1764. 63
fes Piéces au fujet du Parnaffe François,
à la fin du Supplément de 1755 ( p.57 )
qu'il étoit de vingt- huit Académies ; &
depuis l'impreffion de ce Livre , il avoit
encore eu d'autres Lettres d'Académi
cien de diverfes autres Académies .
Tous ces illuftres Corps Littéraires ont
paru fe trouver honorés de l'avoir pour
Membre ou Agrégé. Il n'en eft aucun
qui n'ait fait les premiers pas pour ſe
l'attacher. C'est par la raifon contraire
qu'il n'a été de pas une feule Académie
de Paris. Il l'eût defiré , fans doute , &
fon Parnaffe en eût été le prix. Son caractère
modefte l'a toujours fait tenir
tranquille , & répondre à ceux qui l'invitoient
à faire quelques démarches
qu'il n'en étoit pas digne . Mais une diftinction
qui lui eft , je crois , particulière ;
c'eft que quand il alloit à leurs Séances,
on lui préfentoit le fauteuil , on lui donnoit
un Jetton , & on l'invitoit à venir
aux Affemblées .
Au furplus , il eft conftant que M.
Titon a fait honneur aux Lettres & à la
France ; & cela d'une façon unique . Si
les éloges , les honneurs & le rang que
lui ont accordé tous les Corps Littérai
res , fur-tout les Etrangers , dont il étoit,
64 MERCURE DE FRANCE .
fans parler des Gens de Lettres les plus
diftingués parmi nous , peuvent faire
compenfation , le noble & l'immortel
Titon , comme Ecrivain & comme Citoyen
, n'a eu rien à defirer.
Quel autre Particulier , dit le Directeur
perpétuel de l'Académie Royale
d'Hiftoire de Madrid , M. de Montiano ,
p . 91 de la feconde partie du Supplément
de 1755 , immortaliferajamais àfespropres
dépens le mérite de fes plus habiles
Compatriotes ? Et quels font les génies
les plus jaloux d'une fi grande gloire ,
quife foient préfentés pour remplir l'objet
d'une fi noble entrepriſe ?
Ses généreux travaux , dit un des
Memeres de la même Académie , M.
Bofquiat de la Houze , p. 85 & 86 du
même Supplément , ont été couronnés
par fon affociation aux plus célébres
Académies de l'Europe ; & ne puis-je
pas déjà regarder comme votre Confrère
un Auteur dont les Ouvrages font une
partie de l'Immortalité de LOUIS-LEGRAND?
Ces fortes de perfonnes , difent les
Mémoires pour l'Hiftoire des Sciences &
des Beaux-Arts , mois de Juillet 1735 ,
Article 64 , page 1177 , font dans la
M A I. 1764. 65
1
République des Lettres ce que les bons
Citoyens font dans un Etat : Ils s'oublient
eux-mêmes , en quelquefaçon, pour
ne penfer qu'au bien public ; & la fplendeur
de la Patrie les touche plus,que leur
gloire particulière.
Rouffeau , notre grand Rouleau, dans
une lettre adreffée à M. Titon , lui dit
en parlant de fon Parnaffe & des Auteurs
qui y font placés , page 33 du
Supplément de 1755. Vous pouvez donc
vous affurer , Monfieur , quoique vous
n'y ayez peut-être pas penfé , que vous
avez travaillé pour votre gloire autant
que pour la leur , & que ce Monument
que vous avez élevé à leur mérite , en
Jera un éternel du vôtre : puifque felon
la penfée de Scaliger : NUNQUAM
POESIS AUT POETARUM AMOR
IN HUMILEM ANIMUM CECIDIT;
SED MAXIMA PLERUMQUE
SEQUITUR INGENIA , EORUMQUE
PERPETUUS FERE COMES .
Qui ne lui dira donc pas avec Madame
Lhéritier de Villadon , p . 56 du même
Supplément :
Peut-on affez prifer ton fçavoir & ton zéle?
Non , fans doute & tes joins & ta plume fidelle
Ayant éternifé tant d'illuftres Auteurs ,
66 MERCURE DE FRANCE.
Couvert d'une gloire immortelle ,
Ton nom doit à jamais briller parmi les leurs .
J'ai l'honneur d'être , & c.
A la Nouvelle- Orléans en Amérique,
le 28 Août 1763.
F***
LE mot de la premiere Enigme du
fecond volume du Mercure d'Avril eft
le Cocq d'un Clocher. Celui de la feconde
eft le Bâton de Maréchal de
France. Celui du premier Logogryphe
eft Fange , dans lequel on trouve Ange
, ane , an , Fan , age , nef. Celui du
fecond Logogryphe eft Pyrrhonifme ..
ENIGM E.
ON me craint auffitôt que l'on me voit paroître,
Et fouvent on me fent avant de me connoître ,
Surtout quand l'arbre de Jupin
Oppofe fa fouche enflammée
Aux fureurs de l'affreux Borée :
Alors je fuis pis qu'un lutin.
.
Je fais pâmer Cloris , je fais pefter Finette.
Brune ou Blonde , Prude ou Coquette
M A I. 1764.
67
Financier , Prélat ou Robin ,
Guerrier , tout a même deſtin ,
Je ne connois point l'étiquette :
Mais , victime du temps qui fuit ,
L'inftant qui me fait naître en paffant me détruit.
PARMI
AUTRE.
ARMI les Courtifans j'ai la premiere place :
J'approche de fort près la Perfonne du Roi.
Bientôt une rivale auffi belle que moi ,
Dans ce lieu plein d'honneur me fuccéde & m'en
chaffe.
Ma beauté
ma faveur ne durent pas longtemps
:
Mais je deviens bientôt encore plus charmante.
Comme il n'eft point fans moi de parure écla◄
tante ;
Quand on n'a que moi feule , on eft fans ornemens
LOGO GRYPHE.
QUA
A Madame De ....
UAND le Soleil embellit la nature ,
Par mon retour je charme les vergers
68 MERCURE DE FRANCE.
Je fuis d'un favorable augure
Pour le printems , & les bergers.
1 Si vous voulez , Iris décompofer mon être ,
Vous trouverez le nom du plus fier animal
Vous y reconnoitrez peut- être
Un qui dort très-longtemps ; un dangereux métal ,
Dans un gouvernement le frein qui nous arrête ;
La différence du matin ;
Le bruit de la trompette ; un titre fouverain ;
La montagne du Roi Prophète
Un Roi géant qui fut tué ,
Et dépouillé de tout par Jofué ;
Un fleuve de l'Egypte , une couleur funébres
Un Sage de la Gréce ; ane vache célébre ;
Certaine fleur dominante au jardin ;
Le mot de Seigneur , en Efpagne ;
Une graine dans la campagne ,
Dont la production eft chère au genre humain.
Si pour me deviner , Iris , ou me comprendre ,
Il faut ou me voir ou m'entendre ,
Au lever de l'aurore , approchez où je fuis ;
Je pourrai calmer vos ennuis.
ParM. D. BESS . en garnifon à Amiens.
MA I. 1764. 69
AUTRE.
JADIS les Grands de la Terre
Sans moi fe faifoient la guerre ;
Mais je fais aujourd'hui
Leur principal appui.
Veux- tu , Lecteur , en fçavoir davantage ,
De mes huit pieds confulte l'affemblage.
Tu dois fans peine y découvrir
Un endroit , où revient périr
Le Liévre pour l'ordinaire ;
Ce dont tu fus compofé ;
Ce qui toujours n'eſt pas recompenſé ;
En Allemagne une riviere ;
Un préfent des Aquilons ;
Des tendres coeurs la fleur la plus fêtée ;
Chofe perdue auffitôt qu'éventée ;
Ce qu'on trouve dans les chanſons ;
Un nom que l'on donne à fa Belle ;
Un ornement Pontifical ;
Un très-dangereux animal ;
Ce que fait tout âme mortelle ;
Ce que dans les premiers temps
Jeune épouſe eft bien -aiſe d'être ;
Le principe qui fait tout croître ,
Et ce que doit garder qui veut vivre long-temps.
70 MERCURE DE FRANCE.
RONDE A U. *
A MANS , fi votre Bergère ,
Devient coquette , ou légère ;
Atten dez de plus fortunés inftans ,
Soyez conftans.
L'Amour , content de vos chaînes ,
Sçaura terminer vos peines ;
Il récompenſe toujours les tourmens
Des vrais Amans.
Jamais une Déeffe même
Ne rebute un Mortel qui l'aime :
Hélas c'eft pour faire fon bonheur ,
Qu'Amour attaque un coeur ,
Et le remplit de ces defirs
Qui ménent aux vrais plaifirs.
Amans , fi votre Bergère &c.
* Ce Rondeau est une parodie à peu-près fur les
mêmes rimes de celui du Mercure de Novemb. 1763.
Paroles & Mufique del fignor Michele Doloretti
'da Roano.
Légerem
Amans si votre bergère Devient co =
#
=quette ou
legere , Devient coquette
ou le =
gere,Attendes deplusfortunes instans , Soy
= és constans , L'amour contant de vos .
chaines Saura terminer vos peines , Sau =
W
= ra terminer vos peines, Il récompense tou-
Fin .
jours les tourmens des vrais a mans: Ja
-mais une Déesse mé - me, Ne rebute un
mortel qui l'ai - me, Hélas c'estpourfaire
son bonheur, c'est pour faire son bonheur
Qu'amour attaque un coeur, Et le rem =
=plit de ces désins, de ces désirs Qui mè
= nent aux vrais plaisins , Qui menent aux
vrais plaisirs. Amans d
so o
MA I. 1764. 71
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTERAIRES.
DICTIONNAIRE raifonné , univerfel ,
d'Hiftoire Naturelle ; contenant l'Hiftoire
des Animaux , des Végétaux &
des Minéraux , & celle des Corps céleftes
, des Météores & des autres principaux
Phénomènes de la Nature ,
avec l'hiftoire & la defcription des
Drogues fimples , tirées des trois régnes
, & le détail de leurs ufages en
Médecine , dans l'économie domeftique
& champêtre , & dans les Arts
& Métiers. Par M. VALMONT DE
BOM ARE , Démonftrateur d'Hiftoire
Naturelle ; Honoraire de la Société
économique de Berne ; Affocié de l'Académie
Royale des Sciences, Belles-
Lettres & Arts de Rouen ; Correſpondant
de la Société Royale des
Sciences de Montpellier ; Affocié de
72 MERCURE DE FRANCE.
l'Académie Royale des Belles - Lettres
de Caën ; Membre de la Société Littéraire
de Clermont - Ferrand. Cinq
volumes in 8° . Prix , 17 liv. 10
brochés. A Paris , chez Didot le jeune
, quai des Auguftins ; Mufier fils ,
quai des Auguftins ; Dehanfy , Pont
au Change ; Panckoucke , rue & près
de la Comédie Françoife. 1764. Avec
Approbation & Privilége du Roi.
PREMIER EXTRAIT.
LESES Merveilles de la Nature nous environnent
de toutes parts ; les Cieux , la
Terre , la Mer , les Elémens , les tres
fans nombre qui peuplent cet Univers ,
nous préfentent le fpectacle le plus admirable
& les Phénomènes les plus intéreffans.
C'eft ce vafte & fublime tableau,
que l'Auteur a entrepris de craïonner
& de préfenter au Public ; c'eft en
quelque forte tout le domaine de la Nature
dont il donne la defcription.
Ces connoiffances font fi belles` , fi
curieufes & fi propres à plaire à toutes
fortes de perfonnes , que nous
croyons devoir donner fucceffivement
une
M A I. 1764. 73
une efquiffe de la manière dont chaque
régne de la Nature eft traité dans cet
Ouvrage. Nous commençons par le
régne animal .
,
Quel fpectacle , que celui des êtres
animés & fans nombre , qui peuplent
l'Univers ! quelle variété dans les formes
dans l'organiſation , dans les
moeurs , dans l'inftin & ! Quelle manière
différente de vivre , de croître , de
fe multiplier , toutes relatives à l'élément
, au climat dans lequel ils vivent !
En jettant un coup d'oeil fur les Articles
Animal , Quadrupede , Oifeaux ,
Poiffons , Reptiles , Coquillages , Infectes
, on fe convainc de ces vérités.
Tous ces Articles généraux font , comme
dit l'Auteur , autant de points de
réunion , où le Lecteur peut fe placer
d'où il peut obferver l'analogie des
genres & des efpéces , & faifir la chaîne
qui doit lui faire parcourir avec ordre
& fucceffivement , tous les objets de fa
curiofité .
Si l'on confidére l'Animal en général
, que de forces ! que de machines
& de mouvemens renfermés dans cette
portion de matière qui le compofe !
Combien de combinaiſons de principes
, qui tous concourent au même but !
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Quelle autre merveille fe préfente dans
la fucceffion , dans le renouvellement
dans la durée des efpéces ! Quelle unité
admirable , toujours fubfiftante & qui
paroît éternelle ! Lorfqu'on jette un
coup d'oeil fur les Articles particuliers ,
Homme , Singe , Caftor , Didelphe, Hermaphrodite
, Loutre , Hippototame , &c.
on y voit à chaque inftant la fécondité
, les reffources & l'Induftrie de la
Nature ; tout, jufqu'à fes écarts mêmes
eft plein d'intérêt.
Vient-on à confidérer les oifeaux
une nouvelle organiſation fe préfente ;
on y remarque des variétés , toutes relatives
à leur manière de vivre , de fe
nourrir , de fe multiplier ; une légéreté
particulière dans leurs os , une difpofi
tion fingulière dans leurs aîles , enfin
le plus beau méchaniſme. On trouve
aux mots Grive , Etourneau , Oye, Canards
fauvages , l'ordre que ces Animaux
fuivent dans leurs migrations . Les
Articles Aigle , Pélican , Oifeau- mou
che , Colibri , Hirondelle Autruche
&c , font voir l'instinct , les moeurs , la
manière dont ces divers oifeaux conftruifent
leurs nids , les avantages que .
nous procurent ces animaux , foit pour
nos befoins , foit pour nos plaifirs ; par-
> ?
MA I. 1764 . 75.
tout l'utile fe trouve réuni à l'agréable .
Les habitans des eaux de l'un & de
l'autre hémisphère , depuis la Baleine ,
le Cachalot , le Goulu de mer , le Requin
, jufqu'aux plus petits poiffons des
lacs & des rivières , nous offrent une
foule d'objets curieux , Les Cétacés
tels que la Baleine font vivipares , &
s'accouplent à la maniére des Quadrupedes
; au contraire , les mâles des autres
poiffons fécondent les oeufs , en
faifant couler deffus , à l'inftant où la
femelle les laiffe échapper , leur liqueur
féminale que l'on nomme laitance . Plus
on étudie la Nature , plus on admire
comment elle arrive aux mêmes fins
par
des moyens divers ; l'organiſation de
certain poiffon qui tient de celle des
Quadrupedes, comparée à l'organifation
d'autres efpéces de poiffons qui en eft
tout-à-fait éloignée , nous en donne des
preuves les plus frappantes. L'hiftoire
du Narwal , du Nord-caper , du Danphin
, du Marfouin , de la Licorne de
mer , de l'Espadon , de l'Epée de Groeland
, nous préfente le tableau des
guerres éternelles que fe font ces monftres
des eaux ; celle de la Morue , du
Hareng , des Sardines , des Maquereaux
, des Saumons , des Anchois , nous
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
fait voit l'ordre que fuivent , dans leurs
marches au milieu des mers , certaines
efpéces qui vont toujours en troupe.
Les divers lieux & la manière dont fe
font les pêches , les avantages qu'enretirent
plufieurs Nations ; tous ces détails
contribuent à rendre ces articles
extrêmement intéreffans.
La claffe des Infectes réunit les particularités
les plus picquantes ; outre
les phénomènes qui lui font communs
avec les autres genres d'animaux , elle
en a qui lui font particuliers ; elle
feule nous préfente de véritables hermaphrodites
qui fe fécondent mutuellement
( tes font les limaçons ) des animaux
chez qui la fécondation a lieu
pour plufieurs générations , ( tels que
les Pucerons. )
La Nature entiere fourmille de petits
êtres animés , dans lefquels on découvre
l'organiſation la plus fine & la
plus admirable ; l'Air , la Terre , les
Eaux ,
tous les Corps , font remplis
d'Infectes qui forment , pour ainfi dire ,
un Monde à part , & dont un trèsgrand
nombre ne font vifibles qu'au
microfcope. Leurs formes , leurs manières
de vivre , de croître , de fe multiplier
, font variés à l'infini. Dans cette
claffe on voit les Polypes fe régénérer
MA I. 1764. 77
à la manière des végetaux , & chacune
de leurs parties , coupée & féparée du
corps , donner un nouvel être vivant ;
régénération fi étonnante dans un animal
, que les obfervateurs les plus habiles
ont douté long - temps , à quel
régne de la Nature pouvoit appartenir
une espéce fi fingulière.
Les Infectes , malgré leur petiteffe ,
font quelquefois nos plus terribles ennemis
, par leur effrayante multiplication
& par les ravages qu'ils font ;
mais l'induftrie humaine a trouvé des
armes pour combattre ces efpéces nuifibles
, dont nous admirons l'induftrie
dans l'inftant même où nous fommes
obligés de les détruire. L'Auteur a eu
grand foin de s'étendre fur ces objets :
les mots Teigne , Vers rongeurs de
digues , Vers terreftres & aquatiques ,
Ver folitaire , Mouche éphémère , Coufin
, font enrichis de ces obfervations
importantes.
Mais s'il y a des Infectes malfaifans ,
il s'en trouve auffi qui font de la plus
grande utilité pour nos Arts & pour
nos befoins , foit par eux-mêmes , foit
par leur travail & leur production : du
nombre de ces premiers font le Kermès,
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
le Coccus Polonicus , le Cochenille ,
qu'on employe pour la teinture ou
pour la Médecine ; parmi les derniers
on diftingue le Ver auquel nous fommes
redevables de la foie , l'abeille
qui nous fournit de la cire & le miel ,
la Fourmi qui nous donne la laque ,
Ces articles & en général tout ce qui
concerne les animaux , eft traité dans
ce Dictionnaire d'une manière qui nous
paroît devoir fatisfaire également les
perfonnes qui cherchent l'inftruction
& celles qui veulent fe procurer une
lecture amufante. Dans quelques uns
des volumes fuivans , nous donnerons
pareillement l'efquiffe des régnes végétal
& minéral , & de l'hiftoire des
principaux phénomènes de la Nature .
M A I. 1764. 79
ELITE de Poëfies fugitives ; avec cette
Epigraphe :
Les Mufes font des Abeilles volages. Greffet.
A Londres , & fe trouve à Paris , chez
Defaint & Saillant , Libraires , rue S.
Jean de Beauvais , & chez Panckoucke,
Libraire , rue & à côté de la Comédie
Françoife ; trois vol. in - 12 , petit for
mat , avec dejolies Gravures .
POURQUOI la plupart des Recueils de
Poëfies donnés au Public , font- ils des
Collections imparfaites , & prèfque toujours
au- deffous du médiocre ? C'eſt
que les Editeurs , moins éclairés par le
goût , que conduits par l'appas du gain ,
n'ont pas été affez difficiles dans le choix ,
affez foigneux dans l'exécution , affez
répandus parmi les gens de Lettres pour
en tirer les fecours néceffaires. Ce n'a
prèfque jamais été qu'une affaire de commerce.
Auffi eft -il fort peu de ces Recueils
qui ayent pu échapper à l'oubli
pour lequel ils fembloient faits.
On vient de publier un Ouvrage de ce
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Il
genre , qui paroît mériter davantage
l'attention des vrais Littérateurs. Ily
règne une diverfité qui produit l'effet le
plus agréable. Tantôt c'eft une Ode fublime
, tantôt une Pièce légère ; ici ,
dans une Epigramme , c'eft une faillie
piquante ; là , dans un Madrigal , c'eſt
l'expreffion la plus vive ou la plus touchante
du fentiment le plus exquis . On
y trouve des Fables ingénieufes , de jolies
Chanfons , des Contes charmans .
Le Lecteur n'y voit les mauvais Poëtes
que du côté favorable ; car il eft échappé
deux Madrigaux affez bons à Cotin ,
& quatre Vers heureux à Pradon. II
n'y voit point les Pièces médiocres de
nos Ecrivains les plus connus ; car Fontenelle
a fait quelques Poëfies froides
& Chaulieu beaucoup de Vers d'une né
gligence inexcufable. Mais ce qui rend
le nouveau Recueil plus précieux , ce
font plufieurs morceaux rares ou ignorés ,
foit d'Auteurs anonymes , foit d'autres
Auteurs , dont on connoît mieux les
noms que les Ouvrages , tels que Charleval
, la Faye , Genonville & Ferrand.
On en venge auffi quelques- uns de l'injuftice
de leurs Juges , tels qu'Hénaut &
Sénécé. Parmi les noms qui font honneur
à notre Littérature , nous avons vu
M A I. 1764.
Sr
avec plaifir ceux de grand nombre de
perfonnes illuftres par leur naiffance
le Prince Cantemir , M. le Duc de Nivernois
, M. le C. de B. M. le Maréchal
de Richelieu , S. M. le Roi de Pruffe , &
beaucoup d'autres qui ont jetté fur les
Lettres un éclat qui a rejailli fur eux
& qui ont prouvé que la Nature ne s'eft
point trompée en les diftinguant des autres
hommes. C'eft un triomphe de plus
pour notre fiécle & pour la Philofophie.
En un mot , les Auteurs de cette Collection
fe font efforcés de réunir tout ce
qui peut exciter & fatisfaire la curiofité
d'un homme de goût.
Dans la Préface , on rend un compte
exact & précis , tant de la forme de l'entrepriſe
, que de la manière dont on a
cru devoir l'exécuter. Enfuite de cet
avis, eft une Table alphabétique de tous
les noms des Auteurs , au - deffous defquels
on a placé une Lifte de leurs Ouvrages
contenus dans ce Choix , en indiquant
le tome & la page où chaque
Piéce eft inférée.
Nous allons jetter un coup- d'oeil rapide
fur les trois volumes de ces Poëfies
fugitives.
Le premier commence par une Ode
fur le fublime Poëtique , qui eft pleine
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
de feu & de hardieffe : c'eſt le vrai ton
de l'Ode .
Quelques pages après eft un Conte de
M. de Sénécé , intitulé : Filer le parfait
amour. Beaucoup de naturel , d'efprit &
de facilité , voilà ce qui caractériſfe cette
Pièce. Si l'on n'avoit pas lu la Fontaine
on s'imagineroit qu'on ne peut aller plus
loin dans ce genre.
Autre morceau que l'on retrouve ici
avec plaifir , c'eſt la manière de prendre
les Oifeaux , Dialogue . Ce petit Poëme
eft peut-être ce que nous avons de plus
parfait dans le genre paftoral. L'Auteur
n'en eft point connu ; il faut que fa modeftie
ait été grande , fi c'eft-là le motif
qui l'a engagé à garder l'anonyme.
Suit une Epître fort belle fur la Santé.
C'eſt un Ouvrage eſtimable & rare.
Voici une Epigramme très-plaifante :
Blaife voyant à l'agonie
Lucas qui lui devoit cent francs ,
Lui dit , toute honte bannie :
» Ça , payez -moi vite , il eſt temps.
Laiffez - moi mourir à mon aiſe ,
Répondit foiblement Lucas.
Oh parbleu ! vous ne mourrez pas
» Que je ne fois payé , dit Blaiſe .
M A I. 1764. 83
M. de Moncrifeft , parmi nos Auteurs
vivans , un de ceux dont les Ouvrages
ont le plus contribué à enrichir cette
Collection. L'efprit & la fineffe brillent
également dans un Dialogue entre Laïs
& Diogène , qui eft imprimé ici pour la
première fois. Il feroit à fouhaiter que
cet Auteur donnât au Public la partie
de fes Poëfies qui n'eft point connue.
On en trouve ici plufieurs qui font défirer
les autres.
Comme il n'eft pas poffible de citer
les morceaux un peu étendus , nous nous
bornerons à ceux qui le font moins.
VERS à M. de SOUCI , Tréforier de
l'Epargne.
Mes Vers , Monfieur , font peu de chofe ,
Et , Dieu mèrci , je le fçais bien :
Mais vous ferez beaucoup de rien ,
Si les changez en votre Proſe.
Pafferat.
EPIGRAMM E.
Certain Rimeur qui jamais ne repofe
Me dit hier arrogamment ,
Qu'il n'a jamais écrit en profe
Lifez les Vers ; vous verrez comme il ment.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
Quelle naïveté délicieuſe dans cette
Chanfon adreffée à Madame la Ducheffe
de la Valière ! Elle eft encore de M. de
Moncrif.
Autrefois un Temple étoit ,
La fête en eft paffée ;
Chaque Amant y répétoit
Sa plus douce penſée.
Si ce Temple fe r'ouvroit
Pour ce tant doux myſtère ,
Que de fois on entendroit :
J'adore la Valière.
Quelle délicateffe dans ce Madrigal de
Ferrand !
D'amour & de mélancolie
Jadis Celamnus confumé ,
En Fontaine fut transformé ;
Et qui boit de les eaux oublie
Jufqu'au nom de l'objet aimé.
Pour mieux oublier Egérie ,
J'y courus hier vainement ;
A force de changer d'Amant ,
L'infidèle l'avoit tarie.
Ce premierTome finit par une Epître
à M. de Boullongne : elle eft de M. Greffet,
& ne fe trouve point dans fes EuMA
I. 1764. 85
vres. On y reconnoît fa manière ; ce
font les mêmes graces & la même facilité
que dans fes autres Ouvrages.
,
Les autres morceaux remarquables
contenus dans ceVolume font une Epître
à M. Laurent , de M. l'Abbé de Lille ,
l'Ode fur l'enthoufiafme de M. Sabatier,
la traduction du commencement du
Poëme de Lucrèce par Hénaut, les Tombeaux
, Poëme de M. Feutry , le triomphe
d'Alexandre de M. de S. Lambert
une Epître fur la Solitude , l'Epître aux
Dieux Pénates , une Eglogue de M.
l'Abbé Mangenot , l'Epître au peuple de
M. Thomas , le Soleil fixe au milieu des
planetes , Ode ; une Epître de M. Blin ,
à M. de Voltaire ; en lui adreffant fon
Héroïde de Gabrielle , & la réponſe de
M. de Voltaire ; une Ode fur la Guerre
du Roi de Pruffe, & le rajeuniffement inutile
de M. de Moncrif; toutes pièces qu'il
fuffit d'indiquer & qui n'ont pas befoin
d'éloges.
Le fecond volume eft pour le moins
auffi bien compofé que le premier. Je
ne connois point de fentiment mieux
exprimé que dans ce Madrigal.
Queje fouffre un cruel martyre ,
Quand jufqu'au fond des bois Tircis vient me
chercher !
86 MERCURE DE FRANCE.
Il a cent choſes à médire ,
Et j'en ai cent à lui cacher.
Diroit-on que l'Epigramme ſuivante
ait été faite par un Poëte auffi ancien que
Saint Gélais.
Sur le Pfeautier de Mlle de Mefmes.
Si Dieu mettoit les dons en vous & moi
Qu'avoit l'Auteur de cette OEuvre parfaite ;
Pour votre part feriez femme de Roi
Et par fouhait , j'en ferois le prophète.
On doit fçavoir bon gré aux Editeurs
de ce recueil de nous avoir remis fous
les yeux le Kaimak , fecond Conte de
M. de Sénécé , qui n'eft point dans ſes
Euvres. Dix à douze morceaux de cette
efpéce auroient mis ce Poëte à côté de
nos meilleurs Ecrivains .
C'eſt le fort de M. de Voltaire , d'exceller
dans tous les genres où il veut
s'effayer. En voici une nouvelle preuve
quant aux poëfies légères.
MADRIGAL à Mde du BOCAGE , &
fon départ pour l'Italie.
Nouvelle Mufe , aimable Grâce ,
Allez au Capitole , allez , rapportez-nous
M A I. 1764. 87
Les Myrthes de Pétrarque & les lauriers du Taffe ;
Si tous deux revivoient,ils chanteroient pour vous;
Et voyant vos beaux yeux & votre Poëfie ,
Tous deux mourroient à vos genoux,
Ou d'amour ou de jalousie.
Il étoit réservé au fiécle préfent de voir
des vers galans & bien tournés fortir de
la plume des Philofophes les plus profonds
.
Les vers de M. de la Faye qui font
dans ce Recueil juftifient fa réputation.
1
Madrigal.
Phoebus dont l'art me coûta tant de nuits ,
Pour mes travaux m'a mis en main ſa Lyre ;
L'amour enfin , touché de mes ennuis ›
Veut que pour moi tout rie en fon empire.
L'un alluma le beau feu qui m'inſpire ;
L'autre m'apprit les fons les plus touchans ;
Si j'en fuis fier , c'eſt parce que Thémire
Daigne écouter mes defirs & mes chants.
On lit auffi dans ce recueil , une Chanfon
de M. de Fenelon , Archevêque de
Cambrai .
La meilleure réponſe aux injuftes Satyres
de Boileau à l'égard de Quinaut ,
c'eft la douceur des Vers fuivans :
Le mal de mes rivaux n'égale point ma peine;
88 MERCURE DE FRANCE.
La douce illufion d'une efpérance vaine
Ne les fait point tomber du faîte du bonheur ;
Aucun d'eux comme moi n'a perdu votre coeur.
Comme eux à votre humeur ſévère ,
Je ne fuis point accoutumé :
Quel tourment de ceffer de plaire
Quand on a fait l'effai du bonheur d'être aimé !
Les principales Pièces de ce fecond
volume , font une Ode fur les Poëtes
Lyriques , de M. le C. de B. l'Ode fur
la Mort de Rouffeau , de M. le Franc ;
l'Epître fur l'Amitié , de M. Guimond de
la Touche ; une Epître fur l'utilité de la
Retraite pour les Gens de Lettres , de
M. l'Abbé Delille ; une Epître à M. le
C. de B. par M. Blin ; le Temple des
Defirs , par un Auteur Anonyme ; l'Eglogue
de M. l'Abbé Mangenot , Au déclin
d'un beaujour ; une Öde de Rouffeau
qui n'eft point connue ; l'Epître
aux Poëtes par M. Marmontel, qui a remporté
le prix de l'Académie ; les quatre
parties du Jour , de M. le C. de B. & les
deux parties du Jour , de M. de Saint-
Lambert.
A l'égard du dernier volume , nous
nous contenterons de défigner les morceaux
les plus remarquables.
Une Ode fur les Vers , par M. de la
MA I. 1764. 89
Faye ; Elégie fur la difgrace de M. Fouquet
, par la Fontaine ; une Epître de
Boileau qui n'eft dans aucune Edition
de fes OEuvres ; Métamorphofe d'un
Homme en Oiſeau , très -joli Conte de
Pafferat ; la Sageffe , Poëme de M. Rémond
de Saint-Marc ; les quatre Saifons ,
Poëme de M. le C. de B. qu'on n'eft pas
fâché de voir compris dans ce Recueil ,
quoiqu'il y occupe une place confidérable;
l'Epître fur laquelle le Marquis de
Saint -Aulaire a été reçu à l'Académie
Françoife ; Leçons aux Enfans des Souverains
, par le Père Lombard , Jéfuite ;
l'Epître d'Héloïfe à Abailard , de M.
Colardeau ; une Epître de M. Barthe à
Madame du Bocage ; une Ode de M. de
la Grange - Chancel ; le Philofophe des
Alpes , Ŏde de M. de la Harpe ; & l'Ef
fai fur la Déclamation Tragique , de M.
Dorat .
Il réfulte de la lecture de cette Collection
, une vérité qui doit ranimer notre
efpérance pour le foutien de la Littérature
Françoife c'est que la plupart des
productions de nos jeunes Auteurs ne paroiffent
guères inférieures à celles du fiècle
dernier , & l'on ne fçauroit trop encourager
les Talens qu'ils annoncent.
Il y a une jolie Vignette au Frontif
90 MERCURE DE FRANCE .
pice de chaque Volume : les Deffeins
font de M. Gravelot . En un mot , ce Livre
ſuppoſe dans les Editeurs autant de
goût que de difcernement ; & , placé
dans une Bibliothèque choifie , il peut
difpenfer de l'acquifition de' plus de ſoi
xante Volumes .
, LE MONDE MORAL ou Mémoires
pourfervirà l hiftoire du coeur humain,
par M.... ancien Réfident de France
dans plufieurs Cours étrangères ; avec´
cette Epigraphe : Succefferunt ... magis
alii homines , quàm alii affectus &
alli mores. Tacit. hiftor. lib . 2. Tome
II. en deux parties in 12 ; à Genève
1764.
LEE premier Tome , ou les deux premières
parties de ce Roman , par feu
M. l'Abbé Prévot , parurent dans l'année
1760 ; mais ce n'eft que depuis fa
mort , que le fecond Tome , qui n'eft
point encore la fin du Roman , a été
publié. On lit à la fin cet avertiffement :
» M. l'Abbé Prévot, Auteur de ces Mémoires
, occupé depuis trois ans de
MA I. 1764. 91
"
fon hiftoire des maifons de Condé &
» de Conti , avoit négligé de les finir.
» Il avoit repris ce travail avec plus d'ar-
» deur que jamais , lorfque la mort le
» furprit. L'Editeur croiroit manquer au
» Public , s'il ne lui donnoit les reftes
» précieux du travail d'un homme ,dont il
» a honoré tous les ouvrages d'un accueil
» fi univerfel. On lui fait efpérer qu'il fe
» trouvera fous les fcellés une fuite de
» cet Ouvrage , peut -être imparfaite ,
» qu'il s'empreffera néanmoins de don-
» ner auffi - tôt qu'elle lui fera remife :
» certain que le Public regretteroit la
» perte qu'on lui feroit effuyer , en le
» privant des moindres fragmens d'un
» homme dont la mémoire lui fera toujours
chère. "
prele
On a vu , par la lecture des deux
mières parties de cet Ouvrage , que
Héros du Roman eft un Philoſophe Obfervateur
, qui , dans les aventures d'autrui
dont il est témoin , cherche à régler
fa propre conduite. Ce n'eft donc point
fa propre Hiftoire qui compofe les deux.
premiers tomes , ou les quatre premières
parties ; on n'y trouve que des avantures
épifodiques , qui peuvent encore
être multipliées à l'infini . Auffi l'Auteur
dit-il dans un Avertiffement , que , dans
92 MERCURE DE FRANCE.
la erainte que quelque obftacle ne lui
permette pas de conduire fon Ouvrage
à fa fin , il prend le parti d'expofer fon
plan , pour tracer les voies à ceux qui
voudront l'éxécuter après lui. Rien n'eft
plus fimple que ce plan ; c'eft de faire envifager
, du côté moral , tous les événemens
dont on fe propofe le récit. On entend
par le côté moral , certaines faces
qui répondent aux refforts intérieurs des
actions , & qui peuvent conduire , par
cette porte , à la connoiffance des motifs
& des fentimens.
Le premier tome , qui paroît depuis
quatre ans , renferme dix ou douze aventures,
Le fecond , publié nouvellement
ne contient que l'Hiftoire de l'Abbé
Brenner & de Mademoiſelle Tekely ;
encore cette Hiftoire n'eft- elle point terminée.
L'un & l'autre de ces deux volumes
ont donné lieu à deux Lettres , que
nous allons mettre fous les yeux du Public.
La première eft de M. l'Abbé Prévot.
Elle eft adreffée à un Seigneur de la
Cour,à qui il avoit envoyé les deux premières
parties de fon Roman , & qui lui
en avoit dit fon fentiment par écrit. La
Lettre de M. l'Abbé Prévot eft donc une
réponse à cette efpèce de critique. Il faut
fe rappeller les aventures contenues dans
N₁ A I. 1764. 93
les deux premières parties du Roman ,
pour bien entendre tous les endroits de
cet Lettre.
LETTRE de M. l'Abbé PRÉVOT à M.
le Duc de ...
"
Ce 29 Mars 1760.
MILLE grâces à Monfieur le Duc,
» Je reconnois fa bonté juſques dans fa
critique ; & je me propofe d'aller lui
faire ma cour , & c. "
» J'adopte toutes les idées de Monfieur
» le Duc , fur les Ouvrages de la nature
» du mien elles font juftes , folides
» bien conçues & bien exprimées . La
» critique fur le défaut d'intérêt me ſem-
» ble précoce ; parce qu'il n'eſt queſtion
» jufqu'à préfent, que de former le carac-
» tère de mon Obfervateur , que je n'ai
" pu faire tomber des nues tout propre à
» fon rôle. Chaque petite aventure étant
» dirigé à ce but , ne doit prendre en
» elle- même que l'efpèce & le degré
» d'intérêt qui peut y conduire. Telles
» du moins ont été mes vues , dont il
» me femble que l'avenir feul peut faire
» juger. De ces petites aventures ifolées,
"
94 MERCURE DE FRANNCE.
l'une eft plus touchante , l'autre moins ;
» l'une gaie , l'autre férieuſe ; d'autres
fimples & naïves , d'autres intrigueces :
» d'autres tendres & d'autres terribles ;
» d'autres mêlées , & c ; tout cela , pour
"
faire attendre dans mon Héros , & de
» la manière dont il envifage fon objet ,
» un caractère fufceptible de toutes for-
» tes de fentimens , avec un efprit capa-
» ble de toutes fortes de réfléxions . Ses
» propres aventures , qui feront formées
» là - deffus , & dont j'ai déja jetté diver-
» fes femences , feront la vraie ligne &
» le vrai foyer de l'intérêt. En un mot ,
» je crois avoir obfervé les règles d'une
» bonne Architecture , & l'avenir fera
» voir fi je me fuis trompé.
» Si l'Hiftoire du Quêteur n'eft pas
» vraisemblable , le fond n'eft pas moins
» réel , puifque c'eft l'aventure d'un
» vieux Financier , mort depuis fix mois,
» & qu'elle n'eft ignorée de perfonne.
» Celle du Célérier n'eft pas touchante ,
» fi ce mot doit toujours fignifier tendre :
» mais je la crois très - touchante dans le
» fens tragique , qui renferme terreur &
»pitié; & c'est ce que je me fuis pro-
» pofé. Le vrai eft , que moi qui l'ai fai-
»te , je ne l'ai pas relue fans émotion .
» La comparaifon des Liévres mâles
M A I. 1764. 95
"
» eft plaifante , & n'en eft pas plus défavantageufe
à la niéce du Prieur , s'il·
eft vrai qu'elle tue fon homme d'auffi'
» bonne grâce , que M. le Duc tue les
males Liévres. L'étoffe dont j'ai taillé
» cette fille eft d'un deffein affez neuf,
» & nous verrons quel effet il produira,
» A tout prendre , Monfieur le Duc
» voit que j'entre de bon coeur dans fon
» idée d'un premier acte de Tragédie . "
ور
» Jamais Auteur ne fut moins rebelle à
» la critique . Je fouhaiterois même que
» Monfieur le Duc m'eût auffi marqué
»fon fentiment fur les peintures , les ré-
» fléxions , le ſtyle , & fur les degrés par
» lefquels je fais entrer mon Héros en
» danſe : car au fond , c'eſt la partie ef-
» fentielle de mon entrepriſe , & fur
» quoi je ne puis appeller à l'avenir. Ce
» n'eft pas un Roman que je fais ; c'eſt
» un Livre de Morale vêtu de cette cou-
» leur. Ma curiofité fur ces quatre points
expofe Monfieur le Duc à de nouvel-.
» les queſtions , la première fois que j'i-
» rai l'affurer de mon tendre & parfait
» attachement.
"
Nous avons dit que les deux nouvelles
parties du Monde Moral ne contiennent
que l'Hiftoire de Mademoiſelle Tekely
96 MERCURE DE FRANCE . E.
avec l'Abbé Brenner. L'Auteur pins'es fait
voyager en Turquie , dans le temps es nue
M. de F.... étoit Ambaffadeur de France
à la Cour Ottomane . Ce qui lui donne
occafion de parler de ce Miniftre ; &
c'eft ce qu'il en dit , qui a donné lieu à
la feconde Lettre dont nous avons parlé.
Nous allons d'abord rapporter ce que
M. l'Abbé Prévot raconte de M. de ' F.....
» Cet Ambaffadeur avoit fait prépa-
» rer une Fête pour quelques Dames de
» France & de Hollande , dans un Village
voifin de Pera. On s'y rendit à
» neuf ou dix heures du matin , les Da-
» mes dans leurs voitures , & M. l'Am-
» baffadeur à cheval , avec la plupart
» des hommes. Il faifoit fort chaud ; mais
" à l'aide des rafraîchiffemens , on fit
» bonne chère , & la danfe y fuccéda.
» En retournant , comme on étoit venu,
» M. de F.... vit ou crut voir un fer-
» pent qui traverſoit le chemin devant
» les pieds du cheval d'un Gentilhomme
» François , nommé Marigny , qu'il
» favorifoit beaucoup , & qui étoit à fa
gauche. Il lui dit : prenez garde que
» votre cheval ne marche fur ce ferpent.
» Marigny ayant répondu qu'il n'y en
» avoit aucun , fa réponſe déplut à l'Am-
» baſſadeur , qui la regarda comme un
» démenti ;
"
M A I. 1764 . 97
"J
» démenti ; & , dans cette fauffe idée ,
» il lui donna un coup de fouet fur les
» épaules. Eft ce ainfi , s'écria le Gentil-
» homme , qu'on traite un homme de
" condition ? Oui , repliqua M. de F....
quand il parle comme vous faites.
» Cette conteftation , qui devint beau-
» coup plus vive , ne fut pas interprétée
» à l'avantage de l'Ambaffadeur ; & le
» refte de la compagnie lui croyant la
» tête échauffée par l'exceffive chaleur
» on fit figne à Marigny de ne le pas
» contredire plus long-temps. Mais fa co-
» lère ne fit qu'augmenter en rentrant
» dans fon Palais . Il ne dormit pas de
» toute la nuit fuivante ; fes difcours &c
» fes actions fembloient marquer le plus
» violent délire; il devint fifurieux , qu'on
» fut obligé de le lier........ Ce défor-
» dre ne put demeurer fecret ; il alla fi
» loin , que les Officiers de l'Ambaffade
» prirent enfin le parti d'envoyer en
», France une atteftation de la folie de
» leur Chef , fignée des principaux Mar-
» chands de la Nation. M. de F.... fut
» rappellé , & M. Defalleurs nommé
» pour lui fuccéder.
·
Voilà le fait tel qu'il eft rapporté au
commencement de la quatrième partie
du Roman. La Lettre fuivante en prouve
la fàuffeté. E
98 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE à M. DE LA PLACE ,
Auteur du Mercure , fur feu M. de
FERRIOL , Ambaffadeur de France
à la Porte.
"
J'AI lu avec étonnement , Monfieur
ΑΙ
» dans l'un des deux nouveaux volumes
d'un Livre intitulé , le Monde Moral ,
» de feu M. l'Abbé Prévot , de préten-
» dues anecdotes concernant M. de Fer-
» riol , dont perfonne n'eft plus à portée
» que moi , de démontrer la fauffeté. Je
» vous prie , au cas que vous rendiez
>> compte de cet Ouvrage dans le Mer-
» cure , de vouloir bien y inférer ma
» Lettre. C'eft le moins que je doive à
» la mémoire d'un Miniftre refpectable ,
» que mon père a beaucoup connu ; &
» je vous crois trop jufte, pour ne pas ef-
» pérer de vous cette grace .
3
7
by Je fuis donc en état de vous affurer ,
" Monfieur , que M. de Ferriol , Ambaffadeur
à Conftantinople , a joui tant
» qu'il a vécus, d'une réputation qu'il
» avoit méritée par fes lumières & par fa
» probité , qu'il alaiffé dans le pays où il
» a été employé , le fouvenir des occap.
atvid .
J
MA 1. 1764. 99
» fions où il a foutenu la dignité de fon
caractère & la gloire de fon Maître ,
» avec une force & un courage dontily
≫ a peu d'exemples. On trouve en effet
» dans plufieurs relations , la façon dont il
fe conduifit à fa première Audience , *
" où il ne voulut jamais quitter fon
» épée ; ainfi que la réfiftance qu'il ap-
»porta aux ordres qui lui furent figni-
"
fiés de la part du Grand- Seigneur , au
» fujet des artifices & illuminations qu'il
"avoit fait préparer dans fon Palais , pour
» célébrer la naiffance du premier Duc
» de Bretagne. Il confervoit , il eſt vrai ,
un peu trop dans fon intérieur , cette
» fierté & cette infléxibilité qui conve-
» noient dans les actions d'éclat ; il punif
» niffoit févèrement les moindres fautes.
» Ses principaux Domestiques , irrités
» de cette févérité , & excités peut- être
>> par d'autres motifs dont les détails ne
» me font pas aujourd'hui préfens , for-
» mèrent la plus étrange confpiration
» qu'il y ait jamais eu . Il profitèrent d'u-
» ne maladie confidérable qu'il effuya ,
( c'étoit une espèce de fiévre maligne )
» pour le tenir dans une espèce de char-
» te privée , ne le laiffant parler à qui
19
Voyez le Choix des Mercures , tom. 102.p. 41 .
Eij
100 MERCURE DE FRANCE .
»
» que ce foit ; ils débitèrent que la tête
»lui avoit abfolument tourné , & en-
» voyèrent un Mémoire à la Cour de
» France , qui atteftoit cette calomnie.
» L'Ambaffadeur
, étant en convalef-
» cence , s'apperçut du traitement inoui
» qu'il éprouvoit ; & ne fçachant com-
» ment fe tirer de fa prifon , il apperçut
» à une fenêtre qui touchoit à la fienne ,
» l'Ambaffadeur
d'Hollande , qui étoit
» fort de fes amis . Il lui conta fon hiftoi-
» re alors cet Ambaffadeur fe tranfpor-
» ta chez lui , fe fit ouvrir les portes , le
» tira de captivité. Les auteurs de la confpiration
s'enfuirent & fe difperfèrent.
» M. de Ferriol dépêcha en France un
» Comte de Raza , Officier qui avoit
» fervi en Hongrie pour le Prince Tekeli.
» Ce Comte de Raza , qui devoit faire
» une grande diligence , afin de détruire
» les bruits injurieux qu'on avoit répan-
» dus contre M. de Ferriol, fut retenu en
» Dauphiné par une maladie , & n'arri-
» va précifément que le jour même où
» M. Defalleurs avoit été nommé pour
fuccéder à M. de Ferriol. Le coup
" étant fans remède , ce dernier fut obligé
de revenir à Paris , où il a vêcu plufieurs
années eftimé & confidéré de
tous ceux qui l'ont connu. J'ai l'hon-
" neur , & c. N****
. و و
»
M. A L. 1764. TOF
ANNONCES DE LIVRES.
LE Négociant Citoyen , ou effai dans
la recherche des moyens d'augmenter
les lumières de la Nation fur le Commerce
& l'Agriculture ; avec cette Epigraphe
:
Varium Cali prædicere morem
Cura fit , acpatrios cultufque habitufque locorum
Et quid quæque ferat regio , quid quæque recufet.
Virg. Georg. Lib. I.
Par M. C. C. A. à Amfterdam , & fe
trouve à Paris , chez Duchefne , Libraire
, rue S. Jacques , au-deffous de
la Fontaine S. Benoit , au Temple du
Goût. Brochure in-8° . de 56 pages..
Il feroit à fouhaiter que les vues que
l'on fe propofe dans cet Ecrit , euffent
leur exécution ; on verroit fe former
dans la profeffion du Commerce & de
l'Agriculture , une pépinière d'hommes
également éclairés & utiles. Ceux qui
auroient vieilli dans les emplois , viendroient
fervir la Patrie par leurs lumières
& leur expérience dans les Chambres
de Commerce & dans les Bureaux
d'Agriculture du Royaume , dans les
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Places qui leur feroient acquifes par
droit de vétérance. Ce ne font là
que
les idées principales de cette brochure ;
P'Auteur qui les développe avec autant
d'ordre que de précifion & de clarté
fait connoître les moyens les plus furs
de parvenir à l'exécution de fes vues patriotiques.
DES Corps politiques & de leurs
gouvernemens ; deux volumes in- 12 .
C'eft un nouveau Titre d'un Ouvra
ge connu & intitulé, Abrégé de la République
de Bodin, à Londres , chezJean
Nourfe;&fe trouve à Paris chez Cavelier,
Tue S. Jacques, 1755. On fçait que la Ré
publique de Bodin a eu dans fon temps
un fuccès femblable à celui de l'Esprit
des Loix ; mais on ne la liroit plus aujourd'hui
, fi on n'en avoit rajeuni le
ftyle , & retranché le fuperflu . C'eſt ce
qu'a fait avec fuccès un Magiftrat de
Bordeaux , en y mêlant quelques réflé
xions qui donnent un nouveau prix à
l'Ouvrage lequel fe vend toujours chez
Cavelier, rue S. Jacques , au lys d'or,
Le nouveau titre que porte ce Livre actuellement,
ne regarde que le Frontifpice
; car les titres des chapitres nous ont
paru les mêmes ; & il eft égal de l'acheter
M A I. 1764. 103
fous le titre des Corps politiques , &c ,
ou fous celui d'Abrégé de la République
de Bodin.
APOLOGUES Orientaux . par M. de
Sauvigni , dédiés à Mgr LE DAUPHIN ;
à Paris , chez Duchefne , Libraire , rue
S. Jacques , au-deffous de la Fontaine
S. Benoît , au Temple du Goût ; avec
approbation & permiffion ; 1764. Bro
chure in iz d'environ 200 pages.
Les divers morceaux de cette Bro
chure , rapportés ci- deffus dans l'Arti
cle des Piéces fugitives de ce Mercure,
nous difpenfent de nous étendre fur le
mérite de ces Apologues ; nos Lecteurs
en jugeront par eux-mêmes , puifque
nous en avons mis quelques-uns fous
leurs yeux. Nous ne doutons pas que
ce léger échantillon ne faffe defirer de
procurer tout l'Ouvrage.
fe
RÉFLEXIONS fur les préjugés qui
s'oppofent aux progrés & à la perfection
de Finoculation par M. Gatti ,
Médecin Confultant du Roi , & Profeffeur
en Médecine dans l'Univerfité
de Pife; à Bruxelles , & fe trouve à
Paris chez Mufier Fils , quai des Au-
E iv
104 MERCURE DE FRANCË .
guftins , 1764 ; brochure in- 12 de 240
pages.
Les préjugés fur lefquels M. Gatti
fait des Réflexions , regardent 1 °. La
nature de la petite vérole 1°. La méthode
d'inoculer . 3 °. La contagion de la
petite vérole . inoculée 4° . le retour de
la petite vérole après l'inoculation. M.
Gatti combat tous ces préjugés ; &
quoique cette matière ait été plufieurs
fois agitée , nous croyons que cette
brochure , où l'on donne de nouvelles
raifons , ou des raifons expofées d'une
manière nouvelle , excitera encore la
curiofité des perfonnes qui prennent
parti pour ou contre , dans cette fameufe
queftion.
MÉMOIRES pour la vie de François
Pétrarque , tirés de fes OEuvres , & des
Auteurs contemporains , avec des notes
, ou differtations , & les Piéces juftificatives
; à Amfterdam chez Arfkée
& Mercus , 1764 ; un vol. in-4° . qui
doit être fuivi de 2 ou 3 autres du
même format.
Plus de trente perfonnes ont écrit la
vie de Pétrarque ; & cependant l'Auteur
ne craint point d'affurer que nous
M A I. 1764. 105
n'avons point encore de bonne vie
de ce Poëte Italien . Pour le prouver il
adreffe une très-longue Préface aux
perfonnes d'Italie qui aiment la Poëfie
& les Lettres. Il en adreffe une autre
aux François , Amateurs de la Poëfie
& des Belles- Lettres , pour leur découvrir
le principal motif qui lui a fait
entreprendre ce grand Ouvrage. On
fent bien que ce motif ne peut être ,
que de faire connoître en France un
homme , à qui il prétend que nous.
avons les plus grandes obligations ..
Nous reviendrons plus d'une fois fur
ce Livre , à mesure qu'il en paroîtra
un nouveau volume ; & nous en tirerons
des anecdotes qui pourront fournir
matière à des extraits curieux , agréa
bles & inftru &tifs ..
LA Cuifine Bourgeoife , fuivie de
l'Office , à l'ufage de tous ceux qui ſe
mêlent de dépenfes de maifons contenant
la manière de connoître , difféquer
& fervir toutes fortes de viandes
des avis intéreffans für leur bonté , &
fur le choix qu'on en doit faire ; la făçon
de faire des menus pour les quatre
Saifons , & des ragoûts des plus nouveaux
; une explication de termes pros
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
pres , & à l'ufage de la Cuifine & de
Office ; & une lifte alphabétique des
uftenfiles néceffaires ; nouvelle édition
augmentée de plufieurs apprêts qui font
marqués par une étoile ; à Paris , chez
Guillyn , quai des Auguftins , du côté
du Pont S. Michel , au Lys d'or , 1764 ;
avec Approbation & Privilége du Roi ;
2 vol. in- 12 ; prix , 4 liv. reliés.
Dans cette édition ainfi que dans
les précédentes , on fent que l'Auteur
s'eft attaché à éviter la dépenfe , à fimplifier
la méthode & à réduire , pour
ainfi dire , au niveau des cuifines bourgeoifes
, ce qui fembloit ne devoir être
réfervé qu'aux cuifines opulentes . L'Auteur
avertit le Public que fon Livre a été
contrefait en Province ; que cette contrefaction
eft remplie de fautes ; qu'on
a changé les dofes qui la plupart ne
valent rien ; que celui qui a donné cette
édition contrefaite , ne fçait ni Cuiſine
ni Office ; & qu'enfin la bonne édition
eft celle que nous annonçons actuellement.
On trouve chez le même
Libraire toutes fortes de Livres de Cuifine
d'Office ; & entre - autres les foupers
de la Cour , ou l'art de travailler
Routes fortes d'alimens pour fervir les
meilleures Tables fuivant les quatre faiM
A I. 1764. 107
fons in - 12 4 vol. 10 liv. Le nouveau
Traité de Cuifine avec de nouveaux
deffeins de Table , & vingt - quatre menus
, ou l'on apprend ce que l'on doit
fervir , fuivant chaque Saifons , en gras,
en maigre & en pâtifferie , in- 12. 3
vol. 7 liv. La fcience du Maître d'Hô
tel Cuifinier , avec des obfervations fur
la connoiffance & propriété des alimens
in- 12 . 3 liv. La fcience du Maître
d'Hôtel Confifeur , à l'ufage des Of
ficiers , avec des obfervations fur la
connoiffance & propriété des fruits in-
12. avec fig. 3 liv.
INSTRUCTIONS pour la premiere
Communion , diftribuées en cinq deffeins
, par un Curé de la Campagne ;
avec cette Epigraphe Evangelifare
pauperibus mifi me Dominus. Luc. 4 .
A Paris , chez Prault , quai de Gefvres
, au Paradis , 1764 ; avec approbation
& privilége du Roi. Brochure
in- 12 de 130 pages.
propos
M. Voile de Villarnou , Curé de la
Paroiffe de Bouhi , eft l'Auteur de ce
petit Livre édifiant , qui vient à
dans le temps préfent. On ne doit y
chercher que de la fimplicité & de l'onction.
On n'a à parler qu'à des enfans; il
E vj
108 MERCURE DE FRANCE .
faut donc que le langage que l'on em
ploye , non feulement foit accommodé
à leur portée , mais encore qu'il aille
à leur coeur & les touche. C'eft à quoi
l'Auteur paroît s'être appliqué unique .
ment.
TRAITÉ des Miracles , dans lequel
on examine 1 °. leur nature , & les
moyens de les difcerner d'avec les prodiges
de l'Enfer. 2 ° . leur fin. 3°. le ur
ufage à Paris , chez d'Efpilly , Libraire
, rue S. Jacques , à la Croix d'or ,
vis -à-vis de la vieille Pofte , 1764 ; avec
approbation & privilége du Roi ; 2
vol. in- 12. Prix 5 liv . reliés .
. Le titre de ce Livre en annonce la
divifion générale ; nous y ajouterons
quelques fubdivifions particulières qui
achéveront de faire connoître le deffein
& le plan de ce Traité. La première Parti
e eftfoudivifée en 26 Chapitres où l'on
donne, d'après S. Auguftin, S.Thomas ,
les Pères & les Théologiens, des moyens
de difcerner les vrais miracles. Les fins
pour lesquelles Dieu accorde des miracles ,
font la confirmation de la foi , la manifeftation
de fa gloire & celle de la fainteté
de fes ferviteurs. Il y a encore des
miracles qui ont pour fin d'éprouver &
M A I. 1764.
..109
de révéler le fond des coeurs . Dieu en
a fait auffi , dit l'Auteur , pour aveugler
& endurcir les coeurs fuperbes . Ces divers
points font traités en plufieurs chapitres
qui forment la feconde divifion.
On y fait voir encore qu'il s'opére quelquefois
des miracles par des hommes
dont la foi n'eft pas pure , par des Hérétiques
, des Schifmatiques , & c ; mais
la Religion même fçait en tirer avantage
; & il y a de la différence entre la
manière dont les dons furnaturels font
dans l'Eglife , & celle dont ils fe trouvent
dans de fauffes communions. Enfin
la troifiéme Partie traite des motifs
ticuliers qui ont engagé les hommes à
ajoûter foi aux miracles qui fe font
faits à l'établiffement de la doctrine révélée
. Ces motifs font en grand nombre
, & c'eft ce qu'il faut lire dans l'Ouvrage
, ainfi que plufieurs autres chapitres
, dans lefquels l'Auteur achève de
traiter à fond cette matière importante .
,
>
par-
ESSAI de navigation Lorraine , traitée
relativement à la politique au
militaire au commerce intérieur ou
extérieur , à la Marine & aux Colonies
de la France ; pour fervir de Suite à
l'effai fur les Duchés de Lorraine & de
110 MERCURE DE FRANCE .
le
Bar ; par lequel Plan on établit la jonc
tion de la Méditerranée à l'Océan par
centre du Royaume & par la Capitale ;
& enfuite la communication entre les
deux Mers & la Mer Noire par la Lorraine
, l'Alface , l'Allemagne , & les
Etats de l'Impératrice , Reine de Hongrie
; par Charles - Leopold Andreu de
Biliftein ; à Amfterdam , chez H. Conftapel,
Libraire ; 1764. Brochure in- 12.
de 184 pages.
Ce titre explique fuffisamment l'objet
de cet écrit , & nous difpenfe d'entrer
dans d'autres détails .
MÉTAHHYSIQUE de l'âme , ou
théorie des fentimens moraux , traduite
de l'Anglois de M. Adam Smith , Profeffeur
de Philofophie morale dans l'Univerfité
de Glafcow ; par M.... à Paris,
chez Briaffon , rue S. Jacques , à la
Science ; 1764 , avec Approbation &
Privilége du Roi. 2 vol . petit in-8°.
Cet Ouvrage a eu le plus grand fuccès
en Angleterre ; & il y a lieu de croire
qu'il ne fera pas accueilli moins favorablement
en France . Nous avons été
fatisfaits de la manière dont on y explique
nos affections & nos jugemens ;
& on fera peut-être furpris d'y voir les
matières métaphyfiques les plus abſtrai-
1
MA I. 1764. 111
·
tes , mifes à la portée du commun des
Lecteurs.
TRADUCTION du Traité de l'Amitié
de Cicéron ; dédiée à Madame de Sartine
; par le fieur L *** ; à Paris , chez
Debure , père , quai des Auguftins , à
l'Image S. Paul , & chez Mérigot , près
la rue Gît-le coeur ; avec approbation &
permiffion ; 1764. Brochure in- 12 , de
266 pages ; prix , 1 liv . 4 f.
Cette Traduction d'un des meilleurs
Ouvrages de Cicéron nous a paru trèsbien
faite. Il feroit à fouhaiter que celle
du Traité de la vieilleſſe du même Auteur
nous eût été donnée par la même main.
HISTOIRE d'Ecoffe fous les régnes
de Marie Stuart & de Jacques IV , jufqu'à
l'avénement de ce Prince à la Couronne
d'Angleterre , avec un Abrégé
de l'Hiftoire d'Ecoffe dans les temps qui
ont précédé ces époques ; par M. Guillaume
Robertfon , Docteur , Miniftre de
Ladyyefter , à Edimbourg ; traduite de
l'Anglois ; à Londres , 1764 ; 3 vol.
in - 12.
20
M. Robertfon , fans chercher à recu-
Per & à illuftrer l'origine de fa Nation ,
la repréfente d'abord dan en état de
13 MERCURE DE FRANCE.
barbarie , & livrée à tous les inconvé
niens du gouvernement féodal. Il peint
fa patrie affervie à l'Angleterre par l'infidélité
d'Edouard I , qui enléve à l'Ecoffe
les titres de fa liberté ; qui veut
lui donner des Souverains & lui dicter
des loix ; & qui jette les fondemens de
cette antipathie qui a régné fi longtemps
entre les deux Nations . Après
avoir parcouru les premiers régnes , en
obfervant toujours de rapporter les faits
principaux , & de tracer avec des traits.
hardis le caractère des Princes & des
Perfonnages les plus remarquables , il
commence fon fecond Livre par la
naiffance de Marie Stuart , par fon avénement
au Trône , & par les troubles.
de fa minorité. Il annonce de loin cette
étrange révolution , cette catastrophe
fingulière qui conduifit du Trône à l'échaffaut
une Princeffe accomplie. Il
cherche la fource de cette funefte rivalité
entre Elifabeth & Marie ; il la trouve
dans une jaloufie de femme ; & il
fait voir que les plus grands événemens
n'ont bien fouvent que des caufes frivoles.
Nous ne faifons que citer une
très-petite partie de la Préface , où le
Traducteur donne la plus haute idée de
cette Hiftoire curieufe & intéreffante..
M A 1. 1764. 113
GRAMMAIRE des Sciences Philofophiques
, ou Analyſe abrégée de la Phifofophie
moderne , appuyée fur les expériences
; traduit de l'Anglois de Benj.
Martin ; nouvelle Edition , corrigée &
augmentée ; à Paris , chez Briaffon ,
fue S. Jacques , à la Science & à l'Ange-
Gardien ; 1764 ; avec approbation & privilége
du Roi ; un vol . in-8°. avec beau
coup de planches gravées.
Cet Ouvrage déja connu , eft , comme
on fçair , par demandes & par réponfes,
& traite de la Science de la Philofophie
en général , de la Philofophie
naturelle en particulier , de fes parties , de
fon fujet, & des différens ufages dont
elle eft dans la vie, Il eſt queſtion ,dans la
première partie , de la nature commune
& de la propriété de tous les corps naturels
; de l'extenfion , de la grandeur
& des dimenfions des corps ; de la divifibilité
de la matière ; de fon infinité , de
la folidité & de la figurabilité des corps ;
de la mobilité , de la nature du mouvement
& du repos ; de la lumière , des
couleurs , des odeurs ; du fon , de la pefanteur
, de la tranfparence , de l'opacité
, de la dureté , de la moleffe , de la
roideur , de la fléxibilité , de la chaleur ,
de la froidure , & c , &c. La feconde
114 MERCURE DE FRANCE.
Partie traite de la cofmologie en général
, de l'efpace du monde , du vuide
de la durée & du temps ; des corps céleftes
, de la théorie du Soleil , de la
Lune , des Planétes , des Cométes , des
Etoiles fixes. Il s'agit dans la troifiéme
Partie , de la théorie de l'air , des vents,
des météores , de l'arc- en - ciel , des parhélies
, & c. Enfin la dernière Partie préfente
la doctrine générale concernant
le globe terreftre , les foffiles , les miné
raux , les métaux , les eaux de la mer
des fleuves , des lacs , des fontaines
des bains ; les plantes , les végétaux , les
animaux de toutes efpéces , & c , & c.
Les remarques de plufieurs perfonnes
fçavantes ont déterminé l'Auteur à faire
dans cette nouvelle Edition , des change
mens & des additions . Il y a traité plufieurs
Sujets nouveaux & curieux , & a
cité, dans les Notes , les Auteurs les plus
eftimés qui ont écrit fur les mêmes matières.
HISTOIRE du Ministère du Chevalier
Robert Walpool , devenu Miniftre
d'Angleterre & Comte d'Oxford ; à
Amfterdam , chez Marc Rey ; 1764 ;
& à Paris , chez Durand, neveu, rue S
Jacques. 3 vol. in- 12. Prix , 7 liv. 10 f.
MA I. 1764. LIS
Ce n'eft point ici une. Traduction ; on
en jugera par quelques endroits de la
Préface. Je me donnerai bien de gar
, de , dit l'Auteur , d'adopter la partialité
de celui qui me fournit la plus
>> grande partie de mes matériaux . Il
paroît trop animé de l'efprit républi
›› cain. On jugera de M. Walpool ,
» non par ce que j'en dirai , mais par
» fes opérations. On n'aura point à me
reprocher que je me fuis trop livré
aux portraits ; tout fera en action . Je
» ferai toujours marcher mon Lecteur
» à côté du Miniftre ; aucune de fes
» démarches ne lui échappera ; par ce
» moyen je le mettrai en état de le ju
» ger.... J'ofe dire que le Lecteur fe
» trouvera intéreffé par les harangues ,
» les raifonnemens , la politique & les
» réfléxions que les divers événemens
» arrivés fous le ministère du Chevalier
Walpool ont occafionnés..... J'ai a-
» douci , autant qu'il m'a été poffible ,
» les expreffions dures & libres qui fe
» trouvent dans certaines harangues où
" il eft question de la France ... j'ai
» mis tous mes foins à écarter les dou-
" tes que contiennent les écrits que la
» liberté Angloife donne le droit de
» rendre publics ; l'original que je con-
»
"
116 MERCURE DE FRANCE.
» fulte , mais que je ne fuis point entiè-
» rement , avertit lui- même qu'il a été
obligé de faire un choix , pour ne
» pas commettre d'injuftice , & c.
"
ROSE & Colas , Comédie en un
A&e , Profe & Mufique ,
repréſentés
pour la premiere fois par les Comédiens
Italiens ordinaires du Roi , le 8
Mars 1764 La Comédie eft de M.
Sedaine , & la Mufique de M. Moncigny.
Prix 1 liv. 4 fols. A Paris
chez Claude Heriffant , Imprimeur- Li
braire , rue Neuve Notre- Dame , à la
Croix d'or , avec approbation & privilége
du Roi ; 1764 ; in - 8°. On trou
ve chez le même Libraire les airs détachés
; prix , 1 liv, 16 f. On grave la
partition.
On parlera plus au long de cette
Piéce dans l'Article des Spectacles .
!
PROSPECTUS d'un Livre intitulé
Etat préfent de l'Orléannois , ou Effai
hiftorique & typographique de cette Province
, divifé en trois parties ; avec cette
Epigraphe Ille terrarum mihi præter
omnes angulus ridet ; Hor. Avec addition
de notesfingulières.
Cet Ouvrage auquel M. Recullé de
MA I. 1764. 117
Saint-Laurent travaille depuis trois ans ,
& auquel il a été encouragé par le Chef
du Confeil d'un de nos Princes , contient
Orléans , ce qui s'y eft paffé de plus
remarquable , les meilleurs crus de vin
les Sçavans , les Rois , les Ducs , la Maifon
entière de Monfeigneur le Duc
d'Orléans , l'Evêché , les Evêques , l'Edit
de 1758 concernant la délivrance des
prifonniers , la Cathédrale , les autres
Chapitres de la Ville & du Diocèfe , les
Abbayes de la Ville & du Diocèfe , les .
Collateurs des Cures , les Paroiffes d'Orléans
, les deux Commanderies , les Séminaires
, la Jurifdiction Eccléfiaftique ,
les Bureaux , le Gouvernement , les Tribunaux,
un Traité honorable de la Magiftrature
, de MM . les Avocats , Notaires
& autres Compagnies , l'Univerfité ,
la Médecine , la Chirurgie , la nouvelle
Société d'Agriculture , les Bibliothéques,
l'Académie des Sciences , la Butte , l'Académie
de Mufique , le Spectacle , & c.
Les principales Villes & Bourgs de l'Apfuivant
le rôle des Affifes , companage
,
me Pithiviers , Meun , Jargeau , Artenay
, Toury , Saint- Benoît , Donnery
Cléry , Monpuipeau , Saint-Denis- de-
Jargeau , Rebrechien , la Ferté , Suevre
, & c. Jenville , Baugency , Bois-
#
148 MERCURE DE FRANCE .
commun , Sully , Château-neuf, Gien ,
Montargis , & c. Chartres , ce qu'il y a
de remarquable fur cette Ville ; les Abbayes
, Villes & principaux Bourgs de
ce diocèfe. Blois , ce que l'Hiftoire nous
en apprend de plus intéreffant ; fa Chambre
des Comptes ,les Abbayes , Villes &
principaux endroits de ce Pays & Diocèfe
; le tout accompagné d'Edits , Arrêts
, Traits d'Hiftoire , faits & Anecdotes
utiles & de fentimens. Cet Ouvrafera
fuivi d'une fuite concernant les
Villes Epifcopales , les Cours Souveraines
, les Gouvernemens , & c. Si quelqu'un
a quelques Notes à faire paffer à
Auteur , il eft prié de le faire au plutôt ,
chez M. Valleyre fils , Imprimeur & Libraire
à Paris , rue de la vieille Bouclerie
, & d'affranchir les lettres. Cet Ouvrage
fera de format in- 12 . de 3 liv. &
de 40 f.
ge
ZÉLIS au bain , Poëme en quatre
Chants ; à Genève , & fe trouve à Paris,
chez Jorry , Imprimeur- Libraire , rue
& vis-à-vis de la Comédie Françoiſe ;
in-8°. 1763 ; en très-beau , papier , orné
de quatre Eftampes , quatre Vignettes ,
quatre culs-de- lampes & d'un Frontifpice
, le tout deffiné & gravé par de
très-habiles Maîtres .
MA I, 1764. 119
Outre tous ces ornemens typographiques
, qui font rechercher cette Brochure
par les Connoiffeurs , on doit
encore compter pour beaucoup le mérite
littéraire de cette agréable production
, où régne ce que la Poëfie a de
plus riche , de plus tendre & de plus
gracieux en expreffions , en fentimens
& en images.
).
LE POT-POURRI , Epître à qui on
voudra ; par l'Auteur de Barnevelt ;
fuivi d'une autre Epître , par l'Auteur
de Zélis au bain ; à Genève , & fe trouve
à Paris , chez Sébastien Jorry , Imprimeur
- Libraire , rue & vis - à - vis de
la Comédie Françoiſe , au Grand Monarque
& aux Cigognes ; 1764 , in-8 ° .
enrichi comme la Brochure précédente,
de tous les ornemens de la Typographie
& du Burin.
On lit à la tête cet Avertiffement qui
explique le Sujet de la première Piéce .
» Un voyage que je fis l'Automne der-
» nier près de Blois , dit l'Auteur , ( M.
» Dorat ) a donné lieu à cette Epitre.
» Il femble que la Nature ait choifi les
»bords de la Loire pour y déployer
» fes plus riches ornemens. C'est là
» qu'elle eft riante & majeftueufe ; c'eſt
120 MERCURE DE FRANCE.
» là qu'elle préfente à l'imagination les
» tableaux les plus variés. J'ai tâché
d'en reproduire quelques-uns dans cet
» Ouvrage , où j'ai peint ce que j'ai
", vu , & où j'exprime ce que j'ai fenti,
Parmi ces divers tableaux nous ch'oififfons
celui du Château de Blois , parce
qu'il fait avec le Concierge & les Voyageurs
, le Sujet de la première Gravure ,
Tu connois ce Châtel antique
Que fit bâtir François Premier ;
Mazure bifarre & gothique ,
Mais qu'il ne faut point oublier.
Sur-tout fon Concierge fidèle
Mérite bien d'être cité :
C'eſt an Monfieur tout plein de zèle ,
Et très-plaifant en vérité,
Malgré la peſanteur de l'âge ,
Et fes deux aulnes de vifage ,
Il va grimpant , trottant , foufflant ;
Vous indique chaque paffage ,
Et s'extafie à tout inftant.
Il voit de la magnificence
Où l'on ne voit que des débris':
Il n'eft point de trou de fouris ,
Qui ne faffe honneur à la France.
Dans les recoins les plus obfcurs
Très-gravement il vous promène ;
II
MA I. 1764. 121
Il vous fait admirer les murs
Comme des murs de porcelaine.
Souvent , pour vous inftruire mieux ,
Il s'arrête , ferme les yeux ,
Met fes deux mains fur fa bedaine ;
Et puis voilà mon gros menteur
Qui , fans ofer reprendre haleine ,
Vous dit tout fon Château par coeur.
L'Epître qui termine ce recueil eſt
intitulée : Epître à mon ami , au retour
du voyage qui a donné lieu au Potpourri.
Nous avons dit qu'elle eft de
P'Auteur de Zélis au bain : c'eſt dire
que la Poëfie en eft gracieuſe.
1
LES Baladins , ou Melpomene vengée
; avec cette Epigraphe : Facit indignatio
verfum. A Amfterdam , 1764,
in- 8 °. de 36 pages.
Nous n'annonçons cette Brochure
que pour cette claffe de Lecteurs qui
ne veulent rien ignorer de ce qui s'imprime
à Paris ; car ceux pour qui la
critique est un genre odieux , prendront
peu de part à cette production.
On affecte d'y rabaiffer la plupart des
gens de Lettres , & principalement ceux
qui travaillent pour la Comédie Italienne
& les Spectacles forains.
122 MERCURE DE FRANCE .
CHIMERANDRE l'Anti - Grec , fils
de Bacha Bilboquet , ou les équivoques
de la Langue Franchofe ; nouvelle refonte
; avec cette Epigraphe.
Neperdas operam ; quife mirantur in illos
Virus habe nos hac novimus effe nihil.
Martial. Lib. 13. Epig. 2 .
à Balivernopolis , 1764 ; & fe vend
chez Hériffant , Libraire rue Neuve
Notre-Dame. Brochure in- 12 . de 62
pages.
Le Bacha Bilboquet eft une Brochure
fi connue , qu'il fuffit , pour connoître
celle que nous annonçons , de dire
qu'elle eft écrite dans le même goût &
le même ftyle. Elle peut fervir de pendant
à la première , & être reliée dans
le même volume . C'eft une autre hiftoire
& d'autres équivoques qui égayeront
le Lecteur pendant quelques inftans de
défoeuvrement.
LE Code de l'Amour ' , ou les décifions
de Cythère ; Ftrennes du mois de
Mai , à l'ufage des Amans défoeuvrés ,
par une Société de vieux amoureux ; à
Cythère , chez Tyrfis galant , à l'Enfeigne
du Mai , & fe trouve à Paris ,
chez Hériffant , Imprimeur - Libraire ,
MA I. 1764. 123
rue Neuve Notre-Dame ; 1764 ; I vol.
in- 12 , divifé en deux parties d'environ
200 pages chacune .
Malgré ce qu'il peut y avoir de plai
fant dans le titre , il eft certain que cette
double Brochure contient des Piéces
très-ingénieufes. Elles font tirées , pour
la plûpart , des Journaux & autres Ouvrages
périodiques , & choifies avec
goût. On eft charmé de retrouver en
un feul recueil un grand nombre de
differtations pleines de fel , d'agrément
& de fineffe , qui fe trouvoient tellement
difperfées , qu'on pouvoit les regarder
comme perdues pour le Public
avant qu'on eût pris le foin très-louable
de les raffembler en un volume. Ce
qui nous a fait le plus de plaifir dans
cet agréable recueil , ce font des queftions
fur des matières qui intéreffent le
coeur , & dont la décifion fuppofe une
connoiffance parfaite de tous fes divers
mouvemens. On y trouve auffi , en forme
de digreffions , plufieurs morceaux
très-bien faits fur des Sujets analogues
au refte de l'Ouvrage. La Profe y eft
agréablement mêlée avec la Poëfie ; &
le tout enſemble forme une variété qui
plaît , qui attache & qui intéreffe.
Fij
1.24 MERCURE DE FRANCE.
DICTIONNAIRE Géographique ,
Hiftorique & Politique des Gaules & de
la France ; par M. l'Abbé Expilly, Chanoine-
Tréforier en dignité du Chapitre
Royal de Sainte - Marthe de Tarafcon
de la Société Royale des Sciences &
Belles-Lettres de Nanci , & c , Tome fecond
; à Amfterdam ; & fe trouve à
Paris , chez Defaint & Saillant , Libraires
, rue S. Jean de Beauvais ; Bauche
, Libraire, quai des Auguftins ; Hériffant
, Libraire , rue S. Jacques ; Defpilly
, Libraire , rue S. Jacques ; Nyon
Libraire , rue S. Jacques , 1764 ; vol .
in-folio.
Nous avons annoncé ce grand Ouvrage
, lorfqu'on en publia le premier
volume. Le fecond Tome comprend les
lettres C. D. E , & répond parfaitement
à l'idée avantageufe qu'en a donnée le
Profpectus que nous avons auffi annoncé
dans le temps. Nous avons lu avec
la plus grande fatisfaction plufieurs Articles
de ce nouveau volume ; & par
l'exactitude avec laquelle l'Auteur a
parlé de tous les lieux que nous connoiffons
, nous avons jugé de celle qu'il
a mife également en parlant des Pays
& des Villes qui nous font moins connus.
Nous partageons avec le Public la
MA I. 1764. 125
reconnoiffance due à M. l'Abbé d'Expilly
pour un travail fi utile ; & nous
croyons que cette entrepriſe , qui fait
tant d'honneur à fon Auteur , eft auffi
très - glorieufe à notre Siécle & à
notre Nation .
SOUSCRIPTIONS pour les chaînes
élaftiques , à fubftituer aux foupentes
& refforts des Carroffes Berlines
Chaifes de Poftes & autres femblables
voitures ; propofées par le Sr Guillaume
Zacharie le jeune , Horloger de la
Ville de Lyon , Inventeur & privilégié
du Roi pour la monture des chaînes ,
par Lettres- Patentes du 28 Août 1761
enregistrées au Parlement de Paris le 17
Juin 1763 ; à Lyon , de l'Imprimerie
d'Aimé de la Roche , Imprimeur - Librire
de la Ville & du Gouvernement ;
aux Halles de la Grenette ; 1763 ; brochure
in-8° de 30 pages.
Les perfonnes à équipages prendront
furtout intérêt à cet écrit qui contient
toutes les conditions de la foufcription .
On pourra fe le procurer à Lyon chez
M. Soupat , Avocat en Parlement , &
Notaire , rue de Grenette ; & à Paris ,
chez M. l'Héritier , Notaire , rue de la
Verrerie. En attendant nous placerons
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
ici cet avis qu'on nous prie d'inférer
dans notre Mercure .
» LE Sieur Guillaume Zacharie a
» fait annoncer cette nouvelle décou-
» verte dans les Gazettes & Papiers pu-
» blics , & a fait répandre une brochu-
» re inftructive , afin que l'Europe en-
» tière en foit inftruite & puiffe en pro-
» fiter.
» Il a appris que beaucoup de per-
" fonnes , en ouvrant les yeux fur l'uti-
» lité de cette découverte , craignoient
» que le temps de remplir les 3000 foufcriptions
ne fût trop long , & qu'elles
» ne vouloient fe déterminer à foufcrire
» qu'à l'extrémité de l'accompliffement
des foufcriptions.
"
99
» Mais le fieur Zacharie fe croit obligé
de leur faire fçavoir par le préfent
» Avis , que le nombre des foufcriptions
» augmente chaque jour , & que ceux
» qui différent pourroient fe priver eux--
» mêmes du bénéfice de la foufcription
" en fe laiffant devancer par d'autres ;
» il ſe pourroit même qu'au lieu du ter-
•
me de cette année , annoncé pour la
», délivrance des Chaînes , ( uniquement
» dans la vue de donner le loifir aux
» perfonnes qui habitent les contrées
M A I. 1764. 127
» les plus reculées , de fe procurer l'a-
» vantage de cette découverte , ) le
nombre des foufcriptions pourroit
» être accompli dans fix mois ; & dans
» ce cas , la délivrance des Chaînes fe
» feroit avant le temps projetté : on
» n'aura pas de peine à le croire, fi l'on
» jette un coup d'oeil fur la quantité d'é-
» quipages qu'il y a en Europe, qui món-
» te à plus de 300000.
"
» Déjà la France , l'Angleterre , l'Al-
» lemagne , Rome , Naples , Gênes &
» autres Villes , ont fourni grand nom-
» bre de foufcriptions ; c'eft fans doute
» aujugement qu'en a porté l'Académie
» Royale des Sciences de Paris , que cette
» confiance eft due. Jugement prononcé
» après l'examen le plus févere & le plus
» réfléchi fur le Caroffe en grand que
» l'Auteura préſenté.
» L'Auteur a encore ajouté depuis
» l'obtention de fon Privilége , un nouvel
» avantage dans l'ufage de ces montures ;
» c'eſt qu'en roulant dans des chemins
» rapides , foit en montant ou en defcen-
» dant , on mettra la caiffe dans le niveau
» par le moyen du jeu d'un cordon que
» l'on tirera avec aifance de fa place
» dans le Carroffe ; & dans la plaine
» l'on donnera le penchant que l'on vou-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
» dra à la caiffe en arriere,pour fe mettre
" mieux à fon aife par le moyen d'un
» autre cordon que l'on tirera auffi
» fans éffort & fans fe déranger de fa
» place.
>>
» Le Sieur Zacharie s'engage de livrer
les 3000 montures dans l'intervalle de
» trois mois après les foufcriptions remplies
; mais il n'en délivrera point ,
» fous quelque prétexte que ce foit ,
» avant cette époque. Les Papiers pu-
" blics informeront les Intéreffés du
» temps de la livraifon des Chaînes
»pour les faire retirer à Lyon ; à l'é-
» gard de ceux qui auront foufcrit à
» Paris , elles leur feront livrées dans
» cette Capitale dans l'endroit qu'il indi-
» quera.
"
» Il déclare de plus au Public , comme
" il a fait dans fa Brochure , page 10, qu'à
» mefure qu'il reçoit la première moitié
» des foufcriptions , il en fait emploi
» pour la fabrication des Chaînes élaſti-
» ques , ce qui hâtera le moment de la
» délivrance totale.
"
» Le Bureau général pour les foufcrip-
» tions , eft établi à Lyon , chez Me Sou-
» pat , Avocat en Parlement , Confeiller
» du Roi , Notaire , rue Grenette.
» On peut auffi s'adreffer au Sieur "
M A I. 1764. 129
» Zacharie , qui délivrera gratis des Bro-
» chures inftructives , avec la gravure du
» Caroffe monté en Chaînes élastiques.
» Les perfonnes réfidantes à Paris ou
» aux environs , pourront fe procurer
» des foufcriptions dans ladite Ville
» chez M. L'Heritier , Confeiller du
Roi , Notaire au Châtelet , rue de la
» Verrerie , qui délivrera aux foufcrip-
» teurs des reconnoiffances fignées de
» l'Auteur , & chez lequel on trouvera
» auffi des Brochures inftructives avec
» la gravure du Carroffe.
OEUVRES de M. Rouffeau de Genéve
; nouvelle édition revue , corrigée &
augmentée de plufieurs morceaux qui
n'avoient point encore paru. A Neuchatel
; 1764 ; plufieurs vol . in-8° ; &
une autre Edition en autant de vol. in-
12. On en trouve à Paris chez les Libraires
qui vendent les Nouveautés.
Nous avions déjà différentes éditions
des Euvres de M. Rouffeau ; mais elles
font fi défectueuses , qu'elles ont excité
les juftes plaintes de l'Auteur , qui les
défavoue , & du Public qui n'y retrouve
pas toutes les Piéces qu'il connoît.
Le recueil qu'on lui préfente aujourd'hui
, fans avoir été imprimé fous les
Fy
130 MERCURE DE FRANCE,
yeux deM Rouffeau , n'en a pas été
fait avec moins de foin. On a recueilli
dans cette double Edition , non
feulement tous les Ouvrages connus de
cet Auteur, mais encore plufieurs écrits
qui n'avoient point encore paru. On ya
fait entrer auffi différentes critiques que
M.Rouffeau a jugées dignes d'une réponfe;&
à l'égard de cette multitude de Brochures
auxquelles fes Ouvrages ont donné
lieu , elles n'y font inférées que par
extrait. Quant à la partie typographique,
il nous a paru qu'on ne pouvoit y apporter
plus d'attention , ni de foin , ni de
dépenfe. La beauté du papier , la netteté
des caractères , la fineffe du deffein
le mérite de la gravure & des eftampes ,
tout concourt à donner à cette nouvelle
Edition toute la perfection dont elle eſt
fufceptible. Elle ne peut être ni plus belle
, ni plus éxacte , ni plus complette ; &
dans celles qu'on pourra faire déformais,
aucune ne contiendra un plus grand
nombre de Piéces , à moins que l'Auteur
ne donne de nouveaux Ouvrages.
Dans ce cas , fans rien changer à ce recueil
onles imprimera féparément dans le même
format & on les placera à la fuite de
cette Edition ; ce qui difpenfera le Public
d'acheter deux fois le même Livre. Nous
n'entrerons aujourd'hui dans aucun déM
A I. 1764. 131
tail de ce que contient chacun des
volumes' ; nous ditons feulement qu'ils
ne renferment que les OEUVRES DIVERSES
de M. Rouſſeau.
•
CUVRES de Théâtre de M. de Voltaire
, de l'Académie Françoife: de
celle de Berlin , & de la Société Royale
de Londres. A Paris , chez Duchefue ,
rue S. Jacques , au Temple du Goût ;
1764 ; avec approbation & privilége
du Roi ; vol. in- 12 ; à la tête defquels
eft le Portrait de l'Auteur très bien
gravé.
L'empreffement univerfel pour tout
ce qui fort de la plume de M. de Voltaire
, a fait entreprendre des éditions.
fans nombre de fes différens Ouvra--
ges. Comme on a paru defirer d'avoir
féparément un recueil de fon Théâtre ,
beaucoup de Libraires fe font efforcés
en différens temps , de fatisfaire le Public
à cet égard. C'eft dans cette vue
que le Sieur Duchefne donne aujourd'hui
cette édition. qui eft la plus
complette que nous ayons jufqu'à préfent
, des OEuvres dramatiques de ce
célébre Auteur. Il ne faut qu'y jetter
un coup d'oeil pour fentir combien elle
eft fupérieure à toutes les autres , non
"
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
feulement par le nombre des Pièces
( elle renferme toutes celles que M.
de Voltaire a fait jouer jufqu'à préfent ,
depuis dipe jufqu'à Olympie &
d'autres même qui n'ont pas été repréfentées
) mais encore par la beauté
du papier , la correction typographique
, & tout ce qui peut donner
du prix à une édition .
ARTICLE III
SCIENCES ET BELLES-LETTRES
ASTRONOMI E.
MÉMOIRE de M. TREBUCHET
d'Auxerre ancien Officier de la
REINE , fur les obfervations du Paffage
de Vénus , du 6 Juin 1762.
J'AMAIS
' AMAIS Phénomène ne fut plus célébré
que le paffage de Venus fur le Soleil
, du 6 Juin 1961 : il fut annoncé
pour la première fois par le célébre Képler
en 1629, & M. Halley fut le premier
qui en fit fentir les avantages de
la manière la plus précife & la plus
éclatante en 1691 , & furtout en 1716
MA I. 1764. 133
dans les Tranfactions Philofophiques
de ces années & les Actes de Léipfic ,
1693 & 1717. Il dit qu'on en déduira
la parallaxe du Soleil à &
500 par conféquent
avec la plus grande préciſion
poffible , la diſtance réciproqne de tous
les Corps Planetaires , c'eft ce qu'il appelle
la folution du plus beau de tous
les problêmes infoluble d'ailleurs , problematis
nobiliffimi & aliunde inacceffi
folutio certa & adæquata.
M. Legentil , l'a dit en termes équivalens
dans fon Mémoire du Journal
des Sçavans , de Mars 1760 ; en donnant
la fubftance de celui de M. Halley,
il dit que l'obfervation de ce paffage
achévera de perfectionner le fyftême
Planetaire : & voici comme s'en explique
M. de Lalande , dans fa Connoiffance
des Temps de 1761. » Que ne de-
» vroit-on pas entreprendre , à la vue
» d'un événement fi rare , dont les avan-
» tages , négligés une fois , ne fçauroient
» être enfuite compenfés , ni par les ef-
» forts du génie , ni par la conftance des
» travaux , ni par la magnificence des
» plus grands Rois. «
Les obfervations de ce paffage , qui
ont été faites en Europe , n'ont pas répondu
aux efpérances qu'on en avoit
136 : MERCURE DE FRANCE.
yeux furla Mappe-Monde de M. Delifle,
on voit que dans l'Ifle Bermude , ou
dans les Açores , la fortie a paru fe faire
au Soleil levant au même inſtant qu'à la
Mecque , où elle s'eſt faite au Zénith ;
puifque le cercle de 8 heures 58 minutes
paffe par ces différens endroits.
Il dit , fuivant fon principe , que de
deux lieux placés à la même latitude , le
plus occidental a dû voir la fortie plus
tard que le plus oriental ; & comparant
fon obfervation faite à Vienne avec celle
de Tyrnau , il compte en effet 19 fecondes
de plus, & 8 fec . de plus par l'obfervation
de M. Lyfogorsk : mais s'il eût comparé
les obfervations du P.Lyefganigg ,
de M. Caffini , & du P. Scherffer , il auroit
compté d'abord , ni plus , ni moins ,
enfuite 2 fecondes de moins , & enfin 16
fecondes de moins , comme il compte
encore moins à Paris comparé à Ingolftad.
Son principe n'eft donc rien moins
que conftaté par l'obfervation.
Ce qu'il dit des deux lieux placés fous
un même Méridien , s'accorde mieux
avec la théorie & l'obfervation. J'obferverai
feulement que la différence des
Méridiens d'Ingolftad & de Bologne
n'eft que de 5 fecondes , ſuivant ſa troifiéme
Table, & qu'il l'a faite de 15 feMA
I. 1764. 137
condes , dans la comparaiſon des obfervations
de ces deux Villes : ce qui fait
une mépriſe de 10 fecondes dans les réfultats
qu'il donne.
Mais ce qu'il dit , en troifiéme lieu ,
que l'effet de la parallaxe eft le même
pour deux endroits , dont l'un feroit autant
oriental que l'autre feroit méridional
, eft encore contraire à la Mappe-
Monde , où l'on voit que cet effet eft le
même pour le Pic des Açores , Lisbonne
, Madrid , le Caire , la Mecque & la
Côte occidentale de la Nouvelle - Hollande
; quoique ces différens endroits ne
diffèrent point également en longitude
& en latitude. Des Açores à la Nouvelle-
Hollande il y a une différence de 140
degrés de longitude , & il n'y en a qu'une
de 70 en latitude.
Le P. Hell auroit fouhaité pouvoir
conftruire deux Tables , dont l'une auroit
marqué les effets de la parallaxe abfolue
ou relative au centre de la Terre ,
pour tous les lieux où l'obfervation a été
faite , & l'autre auroit été relative au
Méridien de Paris , afin que l'on eût pu
y choifir les obfervations les plus propres
à déterminer la parallaxe du Soleil.
Mais le temps qu'il eft obligé de mettre
à la compofition de fes Ephémérides &
138 MERCURE DE FRANCE.
autres Ouvrages , ne lui a pas laiffé le
loifir de faire ces deux Tables. A leur
défaut , j'ai dreffé celle qui eft à la fin de
ce Mémoire. Si elle eft bien faite , elle
pourra fuppléer à ce que cet Aftronome
auroit voulu faire .
Chaque colomne de cette Table porte
qui s'entend affez de lui- fon titre
même .
"
J'ai pris pour terme de comparaiſon
l'obfervation faite à Paris à l'Obfervatoire
de la Marine , fur les Bains de Ju
lien l'Apoftat, par M. Baudouin , Maitre
des Requêtes. Ce Magiftrat , qui donne
à Uranie les momens que Themis lui
laiffe , avoit déja , avant fon obfervation
, mérité de toute l'Aftronomie , en
affurant à Vénus un Satellite dont l'éxiftence
étoit plus que douteufe . M. Caffi
ni crut l'avoir vu en 1686 , M Short dit
l'avoir vu une fois en 1740. Mais ces
grands Maîtres , quoiqu'armés des meil
leurs Inftrumens , fembloient n'avoir
enfanté que le Rat de la Montagne. Il
étoit réfervé à M. Montagne , Aftronome
de Limoges , & fecondé par M. Baudouin
, de réaliſer à nos yeux , avec une
lunette de neuf pieds , un être auffi ancien
que le Monde. Quatre obſervations
qui en ont été faites en huit jours de
M A I. 1764. 139:
temps , au mois de Mai 1761 , avec la
même configuration ou le même croiffant
que la Planéte principale , dans
quatre points oppofés de fon orbite ,
doivent diffiper le charme de l'illufion &
de l'incrédulité. Pour fe convaincre des,
avantages que l'Aftronomie doit retirer
de cette infigne découverte, il ne faut que
lire les fçavantes Differtations que fon
Promoteur en a lûes le même mois à l'Académie
, & ce qu'en ont dit fes illuftres
approbateurs. A la vue du nouvel Aftre
qui vient nous révéler des fecrets du
Monde planétaire , inconnus jufqu'ici ,
& qui doit porter à la poftérité le nom
de celui qui l'a fi bien fait connoître ,
qu'il me foit permis de dire : Quid non
cæleftia cogis , ô Bodoix !
Les quatrièmes colomnes marquent
en degrés & minutes la valeur de l'angle
formé par le demi-diamètre horisontal
du Soleil , & fon rayon tiré au point de
contact . Les points foulignés marquent
ceux qui font arrivés au- deffus de ce
diamètre horisontal : ceux où il n'y a
point de barre font arrivés au- deffous . ,
Ainfi l'on voit qu'à Madrid le premier
contact s'eft fait 2 degrés 48 minutes audeffus
du diamètre horifontal , & à Paris
8 degrés 43 minutes au-deffous. Or
140 MERCURE DE FRANCE.
peut remarquer qu'en général plus ces
angles font grands , plus auffi eft grand
l'effet de la parallaxe abfolue marquée
dans la colonne à côté. Je dis , en général
, & toutes chofes d'ailleurs égales ;
car à Stokolm où l'entrée s'eft faite 44
degrés 3 minutes au- deffous du D. H.
la parallaxe a été de 5 minutes 11 fecondes
; & à Tobolsk , où la fortie s'eft
faite à 63 degrés 35 minutes , la parallaxe
n'eft que de 4 minutes 7 fecondes.
La raison de cette exception vient de la
différence des parallaxes de hauteur qui
a été plus confidérable à Stoklom , où
l'entrée s'eft faite vers l'horifon , qu'à
Tobolsk , où la fortie s'eft faite vers le.
Méridien .
Pour réduire l'obfervation au centre
de la Terre , j'ai ajouté ou fouftrait l'effet
de la parallaxe , felon qu'il eft affecté du
figne plus ou moins , dans la cinquiéme
colonne.
On peut remarquer ici qu'à la fortie
ou émerfion , l'inftant du contact a été
avancé par-tout où il s'eft fait au- deffous
du diamètre horisontal , & qu'il a été retardé
là où il s'eft fait au- deffus . Ce qui
n'eſt arrivé qu'à Lisbonne , à Madrid &
à Rodriguez , & que l'entrée ou l'immerfion
a été retardée pour Stokolm ,
MA I. 1764. 141
Petersbourg & Tobolsk , où elle a paru
fe faire au-deffous du même diamètre.
On peut , donc dire par forme de co-
`rollaire , 1 ° . que l'effet de la parallaxe eſt
d'avancer l'entrée , fi elle fe fait au-deffus
du diamètre horifontal du Soleil , &
de la retarder fi elle fe fait au-deffous ;
au contraire , de retarder la fortie
quand elle fe fait au - deffus , & de l'avancer
, quand elle fe fait au-deffous,
2°. Que cet effet eft d'autant plus confidérable
qu'il fe fait fentir plus loin de ce
diamètre , & qu'il eſt nul vers ſes extrémités
, foit que les phafes arrivent le
matin , à midi , le foir , à l'horiſon ou au
zénith. On conçoit bien que dans ce
dernier cas, le difque du Soleil étant dans
une fituation parallèle à l'horifon , tous
fes diamètres peuvent être regardés comme
horiſontaux , & qu'une ligne tirée
du centre de la Terre au Soleil , paffant
par l'oeil de l'Obfervateur , l'effet de la
parallaxe ne peut être que nul . Il doit
l'être également à l'horifon , s'il arrive à
l'extrémité du diamètre horisontal ; puiſque
la différence des parallaxes horizontales
n'étant pas d'une demie minute de
`degré , un arc d'une auffi petite quantité
eft confondu avec la portion du vertical
tangent au Soleil dans lequel agit
la parallaxe.
142 MERCURE DE FRANCE .
Après avoir réduit l'obfervation au
centre de la Terre dans les fixiémes
colonnes , pour la réduire au Méridien
de Paris , j'ai emploié la difference
des longitudes marquée dans la connoiffance
des temps de 1764 , & dans
la troifiéme Table du Père Hell ; de
forte que la feptiéme colonne devroit
préfenter un même inftant , puifqu'elle
eft réduite à un même Méridien. Les
différences qui s'y rencontrent ne peuvent
venir que de l'incertitude des longitudes
, ou du défaut des obfervations ,
ou de celui de mon cacul.
Il eft fàcheux que le père Hell , dans
le temps qu'il travailloit à fa differtation
, n'ait pas eu connoiffance de l'obfervation
faite à Lisbonne par M. de
Ciera , Profeffeur des Etudes au Collége
des Nobles ; cette Capitale du Portugal
, Port de mer le plus occidental de
toute l'Europe dont la longitude , par
cette raiſon , eft fans doute aujourd'hui
éxactement connue , auroit pu fournir
un terme de comparaifon plus propre
que Madrid , dont la longitude eft vifiblement
défectueufe , comme le dit le
Père Hell fur fa quatriéme Table : &
puifque la longitude de Stokolm eft
encore incertaine à dix- neuf fecondes
M A I. 1764. 143
de temps près , fuivant la Table de M.
de Lalande comparée à celle du Père
Hell , n'en peut- on pas dire du moins.
autant de la plupart des autres endroits
où l'obfervation s'eft faite ? A
cette première fource d'incertitude fe
joint celle qui vient de l'obfervation
même. Il eft certain qu'elle a dû
fe faire à la même feconde pour le même
endroit. Et l'on voit dans un Paris ,
un Vienne & un Bologne , entre fix
ou fept Obfervateurs également habiles
, jufqu'à des dix- huit , trente- cinq
& cinquante- huit fecondes de différence
qui vient apparemment de la différence
des Inftrumens & des yeux .
Le Père Hell , a donc bien raiſon
de s'écrier dans fa première remarque
fur fa fixiéme Table : Quis eft Obfervatorum
vel Aftronomorum Deus qui
aut obfervando aut calculando ,fe quatuor
fecundis non aberraffe perfuadere
nobis poffit ?
Je n'ai garde d'affurer d'avoir atteint
dans mon calcul à cette préciſion de
quatre fecondes , quand je vois que je
différe au moins avec M. de Lalande ,
de fept fecondes & demi pour le contact
obfervé à Paris, de trente - huit fecondes .
pour le premier contact intérieur obfer-
,
144 MERCURE
DE FRANCE .
vé à Stokolm , & de fecondes quatorze
pour le fecond. Sur quoi il eft pourtant
bon de remarquer qu'il a emploié
une ,différence des parallaxes horifonta
les de vingt- cinq fecondes , 6. avec une
Méthode qui lui eft propre , & que je
n'ai employé qu'une difference des paralaxes
de vingt-quatre fecondes avec la
Méthode de M. Caffini , imprimée dans
les Mémoires de l'Académie
année
1743 , page 385. Celle de M. Delifle ,
à la fin du même Volume m'a donné à-
-peu-près les mêmes réſultats , je n'ai pu
faire ufage de celle de M. de Lalande ,
parce que je ne l'entends pas.
*
la
La Méthode de M. Caffini , qui me
femble avoir été prife dans le grand
livre de la Nature auffi fimple que magnifique
, confifte dans la réfòlution
d'un feul triangle dans lequel il y a un
angle conftant , & toujours égal à celui
qui eft formé au centre du foleil par
perpendiculaire à l'orbite & le rayon tiré
au point de contact , cet angle eſt toujours
oppofé à la différence des parallaxes
dehauteur . Un autre angle qui eft variable
eft formé par la tangente au point de contact
& le vertical dans lequel agit la
parallaxe , cet angle eft toujours égal
à l'arc ou à la portion du limbe du
foleil
M A. I. 1764. 145
foleil interceptée depuis fon diamètre
horisontal jufqu'au point de contact
& le côté oppofé à cet angle donne
l'effet de la parallaxe .
Pour fe donner une idée de ce triangle
, on peut jetter les yeux fur la troifiéme
Figure employée par M. Caffini ,
dans fes calculs fur le paffage de Mercure
en 1743 , à l'endroit que je viens
de citer. On y voit les triangles HDG ,
ICK , dans lefquels les angles H , I
font égaux aux angles MSD , MSC,
& oppofé aux verticaux D G, CK ; on
voit encore que l'effet de la parallaxe
a été plus grand à l'entrée qu'à la fortie
parce que l'angle GDH étoit plus
grand que l'angle ICK , & que
fi cet
angle eût été fi petit , que le vertical C
K n'eût fait qu'une ligne avec la tangente
CI ( comme il arrive toutes
les fois que le point de contact fe fait
à l'éxtrémité du diametre horisontal )
il ne fe feroit point fait de triangle &
par conféquent l'effet de la parallaxe ,
exprimé par IK auroit été aul , quand
même la fortie feroit arrivée vers l'horifon
, foit au levant , foit au couchant.
La fuite au Mercure prochain.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
MÉDECINE.
?
OBSERVATIONS fur un Marofme occafionné
par un morceau de plomb ,
par M. HOUSSET , de la Société
Royale des Sciences , & Docteur en
l'Univerfué de Médecine de Montpellier
, Médecin des Hôpitaux , Bibliotécaire
& ancien Directeur de la Socié
té des Sciences & Belles- Lettres d'Auxerre.
J'AI AI vu en 1757 à l'Hôtel - Dieu un
homme , qui , quelques heures après
avoir mangé , rejettoit tous les alimens .
Je foupçonnois qu'il étoit attaqué d'un
fchirre à l'orifice inférieur du ventricule ,
qui empêchoit les fol des de paffer dans
le duodenum, J'employai pour le guérir
les remèdes que je jugeois les plus efficaces
, les vomitifs , les purgatifs , les fondans
les apéritifs , mais infructueufement.
Le malade , ennuyé du peu de
fuccès qu'il retiroit de ces fecours , forti
de l'Hôpital , retourna dans fon pays.
J'appris quelque temps après , par fon
Chirurgien , qu'il y étoit mort ; que fon
MA I. 1764. 147
cadavre ayant été ouvert > on avoit
trouvé au fond de fon eftomach un morceau
de plomb d'une figure irrégulière ,
affez confidérable pour obliturer le canal
des inteftins , & empêcher que , les alimens
pouffés par le mouvement périſtaltique
de l'eftomach , n'entraffent dans le
duodenum ; en forte que le vifcère devoit
être irrité dans le temps de la digef
tion , & par un mouvement rétrograde
, rejetter les matières alimenteufes à
moitié digérées. Ce qui a conduir infenfiblement
notre malade à un marafme
univerfel , & enfin à la mort. Il auroit
pu guérir par un ufage journalier de
certaines préparations mercurielles . Les
heureufes obfervations de M. le Dran
fur la diffolution du plomb dans la veffie
, par
le moyen du mercure , nous auroient
invité à les employer , & nous
auroient fait efpérer une cure radicale :
mais les payfans font fouvent d'un génie
fi borné , qu'on les prendroit plutôt
des automates , que pour des
pour gens
capables de donner le moindre éclairciffement
fur la caufe de leurs maladies . *
* L'eftomach jouit de deux fortes de mouvemens
, l'un progreffif ou périftaliique , par lequel
les alimens en partie digérés dans cet organe ,
font pouffés dans le duodenum , l'autre , retrogra
G ij
148 MERCURE DE FRANCE .
SECONDE Obfervationfur une Perte de
Sang fuivie de la Fiftule lacrymale.
Madame Lefebvre , Religieufe du Couvent
de la Vifitation , étoit attaquée depuis
plufieurs années d'une perte de fang.
Feu mon Père , Médecin de cette Communauté
, laiſſoit aller cette perte jufqu'à
ce qu'elle eût affoibli un peu les forces
du corps , fans néanmoins en bleffer notablement
les fonctions ; il la faifoit enfuite
faigner du bras. Ce qui fufpendoit
pendant un long efpace de temps l'écou
lement. Je fuivois la même méthode à
laquelle la Nature étoit habituée : elle
me réuffiffoit. Mais cette maladie , de
fimple qu'elle étoit, devint compliquée ;
de ou antiperistaltique , qui , au lieu de les confer
ver pour l'oeuvre de la nutrition , les chaffe au
contraire au- dehors. Ce double mouvement eſt
vermiculaire , involontaire , contre les Sthaliens ',
ne dépend que de l'irritation faite à la membrane
mufculaire du viſcère qui ſeule en eſt le fiège. Ce
mouvement,à qui on a donné le nom d'irritabilite,
connu depuis peu , annoncé fi fçavamment dans les
Expériences du célébre M. de Haller , vient d'être
développé , quant à la nature & fes propriétés,
dans les Lettres de M. Houffet adreffées à cet Aureur.
Voyez le fecond volume des Mémoires fur
Jes Parties fenfibles & irritables , Edit, de Laufanne
, 1760.
MA I. 1764 149
une ophtalmie , un flux de larmes involontaires
qui dégénérèrent en un ulcère
fiftuleux lacrymal , rendoient fon état
plus trifte de jour en jour , & me firent
penfer férieufement à détruire jufqu'aux
plus profondes racines du mal. Pénétré
de cette réfléxion,jej ugeai que l'état préfent
ne pouvoit avoir d'autres caufes que
la conftitution âcre de la maffe du fang
qui tendoit à la diffolution ; il s'agiffoit
en conféquence d'adoucir l'acrimonie
de ce fluide , & d'en rallier les principes .
L'ufage habituel du lait & des alimens
farineux , comme le ris au gras ,
le vermicelle
, les oeufs au lait , & c , me parurent
les plus propres à remplir ces deux
indications ; le tout précédé des remèdes
généraux convenables à fon état . Cette.
Religieufe , à qui je donnois l'efpérance
de la guérifon , fuivit conftamment mes
confeils , & au bout de huit mois elle
fut délivrée , non - feulement de fa perte
mais auffi guérie de fa fiftule , qui depuis
cinq ou fix ans , n'a laiffé entrevoir aucune
marque qui fît craindre fon retour.
A Auxerre , ce 13 Avril 1764.
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
LETTRE écrite par M. FARCY , à Madame
la Générale la MOTTE , du 10
Mars 1763 * , aufujet de fes Gouttes
blanches & jaunes.
MADAME ,
LA vie & la fanté de mon Père , que
je dois à l'excellence de votre Elixir , &
aux bons fuins de M. Thiery , Docteur
en Médecine de la Faculté de Paris ,
font pour moi les motifs d'une reconnoiffance
qui ne s'altérera jamais. Que
ne puis - je perfuader au Public que , fi la
paralyfie a des effets fi fâcheux , que les
tempéramens même les plus robuſtes
n'en font pas exempts , on trouve dans
votre Elixir un excellent remède contre
cette maladie . Mon Père , fexagénaire &
fort replet , fut tout -à -coup réduit le 31
Janvier dernier en un état qui ne permettoit
pas même aux gens de l'Art , d'efpérer
le rétabliffement de toute la partie
droite du corps qui étoit immobile . Mais.
comme nous trouvâmes heureufement
* Cette Lettre n'a été retrouvée que depuis
quelques jours, au Bureau du Mercure .
M A I. 1764. 151
M Thiery , dont les lumières font auffi
connues que les bonnes qualités de fon
cocur , il ne défefpéra point d'une guérifon
parfaite. Parmi les moyens dont il
fe fervit , il employa principalement l'Elixir
jaune. Ces fecours firent au bout de
trois jours concevoir les plus grandest
efpérances. La langue qui fubitement
s'étoit tellement engagée , que mon Père'
ne pouvoit nommer ce dont il avoit befoin
, commença à fe délier , & le fixié-'
me jour de fa maladie il fe faifoit entendre.
M. Thiery ayant ordonné des
frictions avec votre Elixir blanc , le long
du bras droit plus fortement affecté , le
furlendemain de cette opération le doigt
annulaire & le petit doigt donnèrent
quelques fignes de mouvement . J'affirme
avec la plus grande vérité, que la continuation
de ces frictions , l'ufage inté
rieur de l'Elixir jaune , avec les autres
remèdes , ont en moins de quinze jours
produit des effets étonnans ; de forte que
l'articulation des doigts de la main étoit
on ne peut pas plus fenfible , & il reftoit
à la langue peu d'embarras. Je certifie
qu'aujourd'hui mon Père va , vient , fe
proméne ; qu'il parle auffi librement
qu'autrefois , & fe fert de fon bras au
point de s'en rafer. Tout le quartier du
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
fauxbourg S. Honoré a connoiffance de
cet événement , auffi - bien que M. le
Comte de Saint- Florentin , & auquel ce
Miniftre auffi diftingué par fa fageffe
que par la bonté , s'eft intéreffé. Indépendamment
de M. Thiery , qui a dirigé
la cure de mon Père , je puis citer
pour témoins de fon état actuel & paffé
MM. Bainieres , Cagnard & Cadet , Chi-.
rurgiens. M. de Laffaigne , Médecin du
Roi , qui a bien voulu fuivre mon Père
dans fa convalefcence , avec une attention
particulière , a cru ne pouvoir mieux
faire que de continuer le traitement qui
avoit fi bien réuſſi.
i
Je fuis avec autant de refpe&t que de
reconnoiffance , & c.
A Paris , le io Mars 1763 .
ACADÉMIE S.
SEANCE publique de l'Académie des
Sciences & Belles - Lettres de BÉ-
SIERS.
L
E 25 du mois d'Août dernier
1763 , l'Académie célébra le matin la
Fête de Saint Louis , par une Meffe
MA I. 1764. 153
qu'elle fit dire , & après laquelle M.
l'Abbé de Baftard Prêtre , Sacriftain
de la Cathédrale & l'un de nos Confrères
, lut le Panégyrique du Saint , qui
eut l'applaudiffement d'une nombreuſe
affemblée .
Le même jour , vers les cinq heures
après midi , l'Académie fe rendit à l'Hôtel-
de - Ville , où en préfence de MM.
les Maire & Confuls , d'un grand nombre
d'Officiers , & d'autres perfonnes
de diſtinction , M. Brouzet , Directeur ,
ouvrit la féance par un difcours , où il
parla de la Paix ; & des circonstances
qui l'ont précédée , & à la fin du quel il
fit l'Eloge du Roi , de M. le Comte, de
S. Florentin notre Protecteur de M.
notre Evêque & de M. de Mairan. Enfuite
il s'étendit beaucoup fur l'éducation
morale des Enfans : c'étoit la feconde
partie de fes réfléxions fur ce fujet.
Il en avoit lu la première dans la
féance publique précédente.
,
M. l'Abbé de Manfe , qui avoit été
chargé par la Compagnie de faire le
précis du difcours fur l'utilité des Voyages
, que notre Affocié M. l'Abbé Grosde
Befplas de la Maiſon & Société de
Sorbonne , vient de faire imprimer ,
lut ce qui fuit,
G.v
154 MERCURE DE FRANCE .
M. l'Abbé Gros , après une courte
Préface , où il rend compte des motifs
qui l'ont engagé à choifir le Sujet qu'il
a traité , commence fon difcours par
un remercîment de la grace qu'il dit
avoir reçue , en fe voyant admis parmi
nous. La modeftie & la reconnoiffance
femblent lui avoir dicté les expreffions
dont il fe fert à cette occafion ;
il paffe tout de fuite à l'utilité des voyages
, relativement aux Sciences & aux
mours il fait voir que les voyages
éclairent les Sciences & qu'ils forment
les moeurs voilà les deux parties de
fon difcours.
Les voyages , dit- il , après M. Piganiol
de la Force , on été les premières
écoles du monde , & les Voyageurs
les premiers Sçavans. Rempli de l'idée
de cet Auteur , M. l'Abbé Gros regarde
l'Univers comme un cabinet , & un
Voyageur comme un Sçavant qui parcourt
tous les Livres qui y fant contenus
; avec cette différence , que le Voya -
geur en interrogeant les hommes de
tous les pays , en eft bien autrement
affecté , que le Sçavant qui n'interroge
que les Livres tout eft froid pour
celui - ci ; tout s'anime pour celui - là .
L'hiftoire des Nations policées , & de
MA I. 1754. 155
celles qui ne le font pas , l'hiftoire des
Empires & des Peuples, l'hiftoire naturelle
, l'hiftoire même de la Religion
tout eft à découvert pour celui qui
voyage ; les Sciences proprement dites ,
Philofophie , Théologie , Aftronomie
Géographie, Tactique , Médecine , Botanique
, tout eft dévoilé au voyageur. Il
juge de tout , parce qu'il voit tout , qu'il
écoute tout.
C'eft le tableau que nous préfente
l'Auteur dans la première partie de
fon Difcours ; & ce tableau eft un
tableau mouvant , qui fait paffer l'objet
dans le coeur du Spectateur.
La feconde partie , dit M. de Manfe ,
eft d'autant plus agréable à lire , que'
l'Auteur combat victorieufement par
les faits le préjugé que l'Abbé Regnier
a réduit en maxime : rarement à courir
le monde , on devient plus homme de
bien. On ne peut fe refufer à tout ce
que M. Gros dit pour prouver que les
voyages font profitables aux moeurs ;
premierement , en corrigeant les défauts
qui peuvent fe trouver dans les caractéres
nationaux & perfonnels. Il y a
des vices , dit- il , auxquels on ne peut
échapper que par la fuite ; le voyageur
fait toujours. Secondement , en fubfti-
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
tuant à ces défauts les qualités qui donnent
de l'éclat aux Nations que l'on va
vifiter. La vertu fe montre au voyageur
fous tant d'images , qu'il fent redoubler
pour elle fon inclination . D'ailleurs il a
des motifs bien puiffans pour devenir
vertueux ; la gloire de fa Nation , & fa
gloire perfonnelle.
Parmi nous un Citoyen fe montre- t- il
léger ? c'eft le vice de la perfonne : chez
P'Etranger , il fait accufer la Nation ;
c'eft le vice des François . Parmi nous
le Citoyen jouit d'une confidération
qui peut- être n'eft due qu'à fes Pères :
chez l'Etranger, il n'a d'autre reffource
que for propre mérite pour fe concilier
les fuffrages de ceux avec qui il vit.
M. l'Abbé Gros finit fon Ouvrage par
l'Eloge du Roi , de M.le Comte de S. Florentin
notre Protecteur , de M. Béfiers
notre Chef, de M. de Mairan notre Fondateur
, de Mde Lepaute notre Affociée ;
& tous ces Eloges font fortir le mérite
de celui qui loue , de même que le mérite
de ceux qui font loués.
Après le Difcours dont je viens , dit
M. de Manfe , de donner le précis , M.
Gros ajoute des réfléxions fur les Voyages
; & ce n'eft pas l'endroit le moins
piquant , ni le moins utile de fon écrit.
MA I. 1764. 157
Il étoit fi plein de fa matière , que ne
pouvant pas faire entrer tout ce qu'il
avoit médité la- deffus , dans un difcours
de demi-heure de lecture , il a été obligé
de la cifailler, pour ainfi dire , afin de ne
rien omettre de ce qui devoit perfuader
fon Sujet , & pour en faire retirer les
avantages qu'il en a retirés lui - même .
Comme Orateur , fon éloquence détermine
à voyager : comme penfeur , fes
maximes apprennent à voyager : la mé- .
fiance , dit-il , eft un vice dans le commerce
de la Société : elle eft indipenfable
dans les voyages , & devient une
prudence ; c'eft en ce fens, qu'on a tou-,
jours dit que la méfiance étoit mère .
de fureté.
" Si l'on croit les gens du Païs on
accourcit fon chemin par les fentiers ;
& j'affure , dit-il , qu'on l'abrège par
les grandes routes. Cette maxime a l'air
d'un paradoxe ; mais en l'éxaminant ,
on en découvre aifément la vérité .
Les autres réfléxions que l'on trouve
en affez grand nombre dans l'ouvrage
de M. l'Abbé Gros , font très – judicieuſes
, & d'une pratique fure & avantageufe.
Il feroit à fouhaiter qu'on les
gravât dans l'efprit & dans le coeur des
jeunes gens qu'on deftine à voyager.
158 MERCURE DE FRANCE:
M. Bouillet le Père parla enfuite fur
la mort prompte de quelques femmes
en couche , & fur les moyens de prévenir
cette mort. Il n'en détailla pas
toutes les caufes : il réſerva pour une
autre occafion la fyncope , la fuffocation
utérine , l'apopléxie laiteufe ; &
pour l'hémorrhagie exceffive , il renvoya
à M. Levret , habile Accoucheur
de Paris , qui en a très - bien differté
dans un de fes ouvrages. Il fe borna à la
gangrène de l'utérus , fuite de l'inflammation
de cette partie , & la caufe la
plus ordinaire de la mort prompte de ces
accouchées Sujet qui ne paroît pas
avoir été traité en particulier * & avec
toute l'attention qu'il mérite.
Mais à quoi attribuer cette inflammation
, & la gangrène qui lui fuccède.
fi promptement ? Le commun des hommes
en rapporte ordinairement la caufe
à quelque coup extérieur , à quelque
chure , ou à quelque déchirure , à quelque
contufion dans l'intérieur du fein ;
& l'on ne peut pas nier qu'à l'égard de
* M. Aftruc a parlé de l'inflammation de la
matrice hors le temps des couches ; mais il n'a
pas encore traité ex profeffo de celle qui ſurvient
d'abord après l'accouchement. V. Traité des maladies
des Femmes imprimé en 1761.
M A I. 1764. 159
certaines femmes qui ont péri brufquement
, ces caufes n'aient eu quelque
part à leur mort. On ne manque guères
auffi de foupçonner quelque faute dans
le traitement de l'accouchée , fi fa
mort a été précédée d'une maladie de
quelques jours.
Cependant , on voit 1 ° . mourir des
accouchées , qui n'avoient fait aucune
chuté , & qui n'avoient reçu aucun
coup fur le ventre .
9"
2º. Il en meurt auffi fans qu'il y ait
eu aucune écorchure ou contufion dans
leur fein ; & l'on en voit réchapper dont
le fein n'a pû qu'être furieufement maltraité.
Car fans parler de celles qui ont
furvécu à l'Opération Céfarienne
combien d'exemples n'a -t- on pas ,
de
femmes à qui on a arraché de force
ou tiré par des crochets des enfans
morts , ou des têtes feparées de leur
tronc ou enclavées entre les os du
baffin , fans que la mort s'en foit toujours
enfuivie ?
,
Il y a plus on a vu revenir en fanté
des femmes à qui les enfans pourris dans
leur fein , avoient percé l'abdomen , s'étoient
frayés une iffue à travers les
membranes de l'utérus & de l'inteftin
160 MERCURE DE FRANCE.
rectu n , * d'où ils fortoient par piéces : ce
qui prouve évidemment , que , quoique
la fubftance de l'utérus foit très- délicate ,
très-fufceptible des impreffions foit extérieures
, foit intérieures , & qu'il faille
la ménager avec toute l'attention poffible
, ce n'eſt pas pourtant toujours
à raifon de fa délicateffe , ni à raiſon
des incifions qui ont pu y être faites
ou des meurtriffures qu'elle a pu recevoir
, ou des inflammations & des
abfcès qui ont pu s'y former , que la
gangrène de cette partie enléve fi brufquement
la femme en couche.
3º . Enfin il meurt des accouchées
entre les mains des plus habiles Médecins
, quoiqu'elles fe fuffent délivrées
naturellement , & que dans leur maladie
elles euffent été traitées felon toutes
les régles de l'Art.
A quoi donc attribuer le trifte fort
de ces femmes ? C'eft , répond M. B. à
la nature de la fiévre qui les attaque
d'abord après l'accouchement , & à laquelle
fuccédent promptement l'inflammation
& la gangrène de leur fein .
* V. Joann. Langii Epift. Mad. Lib . 2. Epift.
39. Mém. de l'Acad. Royale des Sciences , année
1702. p. 234. Obferv. de Médecine de la Société
d'Edimbourg. Tom. V. Art. 39. &c.
MA I 1784 . 161:
Après avoir expliqué en peu de mots
la difpofition de l'utérus après l'enfantement
, & avoir rapporté les caufes
générales de la gangrène & du fphacèle ,
M. B. ajoute qu'il eft vifible que fi une
femme avant fes couches n'a pas obfervé
les régles d'une fage diéte , fi elle a
ufé de mauvais alimens , d'alimens capables
de fournir une grande quantité de
fucs de mauvaife qualité,ou que par quelque
caufe que ce foit ces mauvais fucs fe
foient formés dans fon corps , que
d'abord après l'accouchement ils vien-.
nent à fe développer , & qu'ils occafionnent
une fièvre de mauvais caractère
avec de violens redoublemens
fon fein doit s'engorger à un extrême
degré , fe gangrener , fe fphacéler ,
d'où s'enfuivra une prompte mort.
On ne fera pas furpris de ce funefte .
accident , fi on confidére d'un côté l'état
où fe trouve le fein des femmes d'abord
après l'accouchement , & de l'autre , fi
on examine les effets que doivent produire
fur ce vifcére les violens paroxifmes
d'une fiévre putride maligne.
On s'imagine bien qu'il faut un peu ,
de temps pour que les parois de l'utérus
énormément diftendus vers la fin de la
groffeffe, fe rapprochent ; que leurs vaiffeaux
extrêmement gonflés fe vuident
162 MERCURE DE FRANCE.
des liqueurs qu'ils contiennent , & que
tout le corps de ce vifcére revienne à
fon premier état ; d'où il eft aifé de
comprendre que s'il arrive de violens
redoublemens de fiévre , avant que
l'utérus foit réduit à fon premier volume
; fes vaiffeaux déjà gorgés & dépourvus
d'élasticité céderont aifément à
l'impétuofité des humeurs qui y aborderont
; les extrémités capillaires de leurs
rameaux artériels fe rempliront outre
mefure ; les liqueurs qui y font accumulées
ne pourront plus rouler ; les tuni
ques de quelques rameaux trop dilatéesfe
rompront ; & il furviendra une ceffation
totale du cours des liquides , & du
mouvement fyftaltique des folides : en
un mot la gangrène & le fphacéle ou
la mort de ce vifcére qui entraîne
promptement celle de l'accouchée .
Ajoutons que plus les femmes auront
manqué dans leur régime pendant leur
groffeffe , plus elles feront exposées à
ce finiftre événement après leurs couches
& beaucoup davantage cellesdont
le fein n'étoit pas originairement
bien conftitué .
,
M. B. rend raifon du mauvais fuccès
des remédes dans le cas dont il s'agit ; &
it ajoute qu'on ne doit accufer ici ni
M A I. 1764 . 163
Médecin ni Accoucheur . Il prétend
qu'ils ne font point alors comptables de
la mort de ces infortunées ; & que c'eft
uniquement à la mauvaiſe difpofition
de leur fein , & à la fiévre putride
-maligne qui les faifit d'abord après leurs
couches , qu'il faut s'en prendre .
D'où il conclut que pour éviter une
fi brufque & fi fâcheufe catastrophe , le
feul moyen feroit de prévenir la fiévre
putride maligne qui fait périr les femmes
en couche en occafionnant promptement
l'inflammation & la gangrène de
leur fein . Et ce moyen confifte , dit- il ,
en un régime très - rigoureux , en une
privation abfolue d'alimens indigeftes ,
ou aifés à fe corrompre , fur- tout de
ragoûts , de pâtifferies , de liqueurs ar
dentes ou faciles à s'enflammer , en un
fommeil tranquille , en un exercice
modéré , & en une fufpenfion prèfque
totale des paffions de l'âme en un
mot , en une manière de vivre frugale ,
prife principalement des végétaux , Ez
réglée de telle forte , que les femmes pendant
leur groffeffe n'ayent aucune indigeftion
à craindre , & qu'elles puiffent
fe flatter de ne porter aucun mauvais
levain dans leur corps , ou ce qui revient
au même , de n'avoir aucun foyer de
104 MERCURE DE FRANCE .
maladie lors de leur enfantement.
Avec de telles précautions , auxquelles
vraisemblablement peu de femmes grofſes
voudront entièrement s'afſujettir
quelque néceffaires qu'elles leur foient,
ou du moins en y fuppléant fuffifamment
, s'il eft poffible , par le fecours
de l'Art , elles préviendront infailliblement
la fiévre putride maligne , dont
quelques-unes font menacées après leurs
couches , & dont les effets leur font fi
funeftes.
A BESTERS , le 15 Septembre 1763.
ARTICLE IV.
BEAUX- ARTS.
ARTS UTILE S.
MANUFACTURES.
-L'ON
' ON avertit le Public qu'il fe vend
taut a Paris, que dans les Provinces , des
Toiles peintes fous le nom de la Manufacture
d'Orange , qui n'en font pas ; &
que la véritable façon de connoître celM
A I. 1764. 165
les qui font peintes & imprimées à Orange,&
de convaincre les débitans de mauvaife
foi qui trompent tous les jours les
perfonnes qui achetent de ces étoffes
eft de fe faire répréfenter les chefs des
Pièces qui font toutes marquées en tête
& en queue : Manufacture de J. R.
Wetter, &fa Compagnie à Orange & de
rejetter toutes celles qui ne le feront
pas , ou dont la marque paroîtroit avoir
été ajoutée après coup.
L'on avertit auffi le Public , que le
Magazin général de cette Manufacture ,
qui fe tient toujours à l'Hôtel de Jaback,
rue neuve S. Médéric , eft continuellement
afforti en toutes fortes de Toiles
peintes tant pour Meubles , Robbes ,
Deuils & autres ; Toiles pour habits
d'Hommes en deffeins de luftrine , Veftes
à bordures , Mouchoirs ; & qu'il ne
fe vend que des Toiles en ladite Manufacture.
66 MERCURE DE FRANCE.
ARTS AGRÉABLES.
MUSIQUE.
METHODE qui abrége les régles
en ufage , pour apprendre l'accompagnement
du clavecin , & dont la pratique
éxige tout au plus deux mois
d'exercice , pour parvenir à accompagner
tout feul , toute forte de Mufique
à livre ouvert , & en beaucoup moins
de temps encore , avec le fecours d'un
Maître ; par M. Giannotti.
L'Auteur propofe cet Ouvrage par
foufcription , dont le nombre eft fixé
à deux cent; le prix fera de 24 liv. On
foufcrira chez M. le Clerc , Marchand
de Mufique , rue S. Honoré , près la
rue des Prouvaires , à Ste ( écile . On
payera 12 liv. en foufcrivant & 12 liv.
en recevant l'exemplaire au premier
Août prochain 1764. On prend ce
donner le temps aux
Provinces & dans les Pays Etrangers
de s'y intéreffer.
terme , pour
Si on doutoit des progrès rapides
que l'on fait par cette admirable méthode,
on prie les perfonnes qui veulent
M A I. 1764. 167
s'y intéreffer , de s'adreffer a Mile Cafamajor
, rue des Bons- Enfans , au coin
de la rue Neuve des Petits - Champs ,
qui en a la preuve fous fes yeux ; &
à Mlle Fel , rue S. Thomas du Louvre,
L'une & l'autre de ces perfonnes , en
rendront témoignage . Cet Ouvrage
convient également pour la Harpe .
PREMIER RECUEIL des Menuets
nouveaux , pour le Violon , avec Accompagnement
de Baffe & de Clavecin ,
dédiè a M. le Baron de S. PORT , compofé
par M. Cramer. Prix , 1 liv. 4 f.
chez M. Theveneau au grand Bureau
de la Pofte de Paris , rue des Quatre-
Vents ; & aux Adreffes ordinaires de
Mufique .
>
GRAVURE..
It paroît une Eftampe nouvelle , dédiée
à M. Handmann , Peintre à Bafle ,
repréfentant la Lune cachée , gravée
d'après le tableau original de Vandernéer,
par le fieur Zingg . Cet ingénieux
Artifte , qui par l'intelligence de fon
art & un burin extrêmement flatteur ,
168 MERCURE DE FRANCE.
a le fecret de rendre intéreffantes : fes
moindres productions , a fçu réunir dans
celle-ci le gracieux à un très-bel effet.
Cette Eftampe, dont le prix eft de 1 liv.
fe trouve chez le fieur Aliamet , Graveur
du Roi , rue des Mathurins , visà-
vis celle des Maçons .
On trouve auffi chez le même deux
autres Estampes nouvelles, gravées d'après
les Table auxoriginaux, de Berghem ,
qui font au cabinet de M. le Chevalier
Damery. Le prix de chacune de ces Ef
tampes eft de 1 liv . 16 f
Le fieur MIGER vient de graver une
Eftampe , d'après le Tableau Original ,
peint à Rome d'après nature , par M.
Vien , intitulée l'Hermite fans fouci. Ce
Morceau qui ne peut faire que beaucoup
d'honneur au burin de cet Artiſte ,
eft dédié à M. Cochin , Chevalier de
l'Ordre du Roi , Secrétaire perpétuel &
Hiftoriographe de l'Académie Royale
de Peinture & de Sculpture ; & fe vend
au vieux Louvre , chez M. Vien , Peintre
du Roi.
PLAN d'une Maifon , avec fes dépendances
, provenant de la fucceffion
de
M.A I. 1764. 169
de S. A. S. Mgr le COMTE DE CHÁ-
ROLOIS , fituée à la Nouvelle- France
fait , & levé par M. Gillet , le jeune ,
Architecte . Prix, 1 liv . 10 f. Chez l'Auteur
, grande rue du Fauxbourg Saint
Martin .
Il fe trouve attenant ce Château
plufieurs Maiſons propres pour des Manufacture
, pour des Marchands de
Vin & autres , que le fieur Chefdeville ,
Officier du Roi , Maître de Mufette
des DAMES DE FRANCE , a
fait conftruire avec de beaux Jardins
garnis d'efpaliers & des meilleurs
fruits ; ainfi que de grands Emplacemens
propres à bâtir foit fur trois rues ,
foit du côté de la Campagne , à vendre
en une ou en plufieurs parties . On
peut s'adreffer au fieur Chefdeville ,
tous les Mardi & Vendredi de chaque
femaine après- midi , en ladite Maiſon ;
chez l'Auteur du Plan , à l'adreffe cideffus
indiquée , & à MM. Maréchal
& Trutat , Notaires rue de Condé à
Paris , qui donneront fur ce Sujet , tous
les éclairciffemens néceffaires.
•
H
170 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE V.´
SPECTACLE s.
NOTICE d'OLYMPIE , Tragédie de
M. de VOLTAIRE.
PERSONNAGES.
OLYMPIE, Fille d'Alexandre ,
CASSANDRE , Fils d'Antipatre ,
Roi de Macédoine ,
ANTIGONE , Roi d'une partie
de l'Ale,
ACTEURS.
Mile Clairon.
M.le Kain.
M. Bellecour
STATIRA , Veuve d'Alexandre , Mlle Dumefnil
L'HIEROPHANTE , ou Grand-
Prêtre qui préside à la Célébration
des grands Myſtères , M. Brizard.
SOSTENE , Officier de Caffandre, M. Dauberval.
HERMAS , Officier d'Antigone , M. Blainville,
Prêtres initiés , Prêtreffes , Soldats
& Peuple.
La Scène eft dans le Temple d'Ephèse' , où l'on célébre
lesgrands Mystères.
* Comme cette Pièce eft imprimée depuis longtemps
, & qu'elle eft entre les mains de tout le
monde , ainfi que tout ce qui s'imprime d'un Auteur
auffi célébre , nous nous bornons à une fimple
Notice.
MA I. 1764. 17!
ACTE PREMI E R.
SOSTENE eft dans le Périftyle du grand
Temple. La principale porte s'ouvre ';
Caffandre en fort , & paroît agité. Il con
fie à Softène le trouble dont il efpère
être bientôt délivré. Les grands Myſtères
vont finir ; il s'eft fait initier. I invite
Softène à refter dans le parvis , pour être
témoin de fes premiers devoirs & de fes
premiers foins envers Olympie . Cette
Olympie eft une Efclave enlevée dans
fon enfance par Antipatre , qui avoit des
raifons pour cacher le fecret de ſa naiffance
; Caffandre le fçait & veut réparer
l'outrage. Il avertit Softène que
cette prétendue Efclave doit être refpectée.
Elle expie , dit-il , entre les mains.
des Prêtreffes qui la préfentent au Temple
, des forfaits qu'elle ne connoît pas ,
& qu'il defire ardemment qu'elle ne
connoiffe jamais . Ce fecret inquiète Antigone.
Il veut l'arracher de Caffandre.
Il vient avant le jour le trouver pour cela
dans les Parvis de ce Temple . Il exhorte
Caffandre au nom de leur ancienne
amitié, à réunir leurs forces pour partager
laTerre entr'eux , &pour défendre les conquêtes
d'Alexandre contre les ennemis
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
qui viennent de toutes parts s'emparer de
ces riches dépouilles. Sur un regret qui
échappe à Caffandre , Antigone veut calmer
fes remords.Le premier avoitpréfenté
dans un feftin le poifon qui caufa la
mort d'Alexandre. Il lui avoit été donné
par fon père Antipatre , mais fans lui en
avoir confié le fecret. Antigone , par le
portrait qu'il fait d'Alexandre , entrepiend
de juftifier l'attentat. L'âme de
Caffandre s'épouvante toujours de l'hor
reur du crime. Antigone , qui veut aller
à fon but fur le fecret qu'il a deffein
de pénétrer , reclame de nouveau l'amitié
de Caffandre. Il en exige une promeffe
de lui accorder ce qu'il demandera.
Caffandre promet ; Antigone ne demande
qu'une Efclave ; mais cette Efclave
eft Olympie. A cette demande
Cafandre eft troublé. Son ami infifte ,
il répond par ces Vers :
» Sous les yeux vigilans des Dieux & des Déeffes,
Olympie eft gardée au milieu des Prêtreffes.
Les portes s'ouvriront quand il en fera temps.
» Dans ce Parvis ouvert au refte des vivans ,
» Sans vous plaindre de moi, daignez au moins
>> m'attendre.
Des Myftères nouveaux pourront vous y furprendre,
MA I. 1764. 173
Et vous déciderez fi la Terre a des Rois
Qui puiffent affervir Olympie à leurs loix.
Caffandre rentre dans le Temple ;
Antigone croit avoir pénétré le grand
myftère qu'il foupçonne fur le fort d'Olympie.
On ouvre les trois portes du
Temple , dont on découvre l'intérieur.
Les Prêtres d'un côté & les Prêtreffes de
Pautre environnent l'Autel , fur lequel
Caffandre & Olympie mettent la main :
ils prononcent alternativement en préfence
de l'Hierophante , des fermens
préparatoires de Hymen dont on va
célébrer la pompe. Caffandre en appelle
à Antigone lui même , pour fçavoir fi ,
malgré les liens de l'amitié , il pouvoit
lui faire un tel facrifice , & les portes du
Temple fe referment, Antigone eft plus
confirmé que jamais dans fes foupçons
fur le fort d'Olympie, L'ambition & l'amour
fe réuniffent pourl'animer. Olympie
a des droits qui peuvent élever for
Epoux au rang de Roi des Rois. L'amour
a plus d'empire fur fon coeur qu'il
ne croyoit lui -même ; tout excite fa ja
loufie , tout enflâme fa colère. La pompe
de l'Hymen qui s'apprête irrite & redouble
en lui ces cruelles paffions. Il
s'écarte des objets qui le bleffent. Il va
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
concerter les projets furieux qu'il conçoit
, pour empêcher que l'Hymen de
Caffandre & d'Olympie ne s'accompliffe.
ACTE I I.
Les trois portes font ouvertes . Tout
le Théâtre eft réputé alors l'intérieur
du Temple. L'Hierophante eft environné
des Prêtres & des Prêtreffes.
Une feule Prêtreffe , enfévelie dans fa
douleur , n'affifte point aux Myſtères .
Mais le fort l'a nommée pour la célébration
de l'Hymen qui fe prépare. La voix
du Sort eft regardée comme celle de
Dieu même ; il faut qu'elle obéiffe . Une
Prêtreffe inférieure eft chargée de la faire
venir. Elle paroît , elle regrette en larmes
la néceffité qui l'arrache à fa retraite.
Une autre néceffité l'accable : fon fort
étoit resté inconnu même dans l'intérieur
du Temple. Les loix du Rit qu'on y
pratique exigent qu'elle fe déclare . Elle
cède avec effort ; elle prend le ferment
de tout ce qui affifte fur les fecrets qu'elle
va révéler. Elle s'informe auparavant
s'il eft vrai que Caffandre foit au nombre
des Initiés. Elle gémit de ce qu'il parle
aux mêmes Dieux qu'elle . L'Hierophante
cherche à la confoler par des fentimens
MAI. 1764. 173
de Religion . Enfin cette Prêtreffe voilée
eft Statira ; c'eft la fille de Darius ,
c'eft la veuve d'Alexandre , qui déclare
que Caffandre eft l'auteur de la
mort de fon Maître , qu'il a plongé dans
fon fein à elle-même un fer meurtrier ,
& qu'il l'a laiffée mourante
fur le
corps de fon augufte Epoux . L'Hiero
phante veut fe profterner aux pieds de
cette grande Reine ; mais elle ne demande
de refpect que pour fa douleur.
Elle connoît trop le néant des grandeurs
du monde. Un vil étranger , un pauvre,
foulagea la mifère de Darius ; une femme
Ephéfienne lui a fauvé la vie à ellemême
, abandonnée de fes amis & de
Les Sujets. Cette femme eft la Prêtreffe
inférieure qui l'accompagne ; l'horreur
du monde l'a déterminée à s'enterrer
vivante au fond de ce Temple. Elle
pleure une fille , un enfant arraché de
fes bras fanglans. Quelques efforts qu'il
en puiffe coûter à fon coeur , la loi qu'elle
a embraffée l'oblige en cette occafion à
bénir elle-même l'Hymen d'Olympie &
de Caffandre : c'eft elle qui doit préfenter
le feu facré , l'eau luftrale , l'encens
enfin tout ce qui doit confacrer cette augufte
Cérémonie . L'Hierophante plaint
Statira , & la laiffe feule attendre Ölym-
J
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
pie Celle - ci s'avance . Le Temple eſt
ébranlé à fon approche. Le coeur de
Statira eft ému jufqu'au trouble , à l'afpect
de cette jeune Perfonne , qu'elle regarde
comme une victime dévouée au
malheur. Elle plaint fur tout l'illufion de
fon coeur , quand elle entend de fa bouche
ingénue la déclaration vraie & fincère
de fes fentimens pour Caffandre .
Depuis dit Olympie ) que je tombai en fes au-
» guftes mains ,
»J'ai vu toujours en lui le plus grand des Humains.
» Je chéris un Epoux , & je révère un Maître.
» Voilà mes ſentimens , & voilà tout mon être.
C'eft dans cette Scène que fe prépare
de la manière la plus naturelle & la plus
intéreffante , la reconnoiffance entre la
mère & la fille . Toutes les réponſes
d'Olympie aux queftions de Statira fur
fon fort , fur les époques de fa naiffance
& de fon esclavage , jettent une lumière
encore indécife , mais qui frappe fenfiblement
l'âme de cette mère infortunée.
L'Hierophante furvient : il achève d'éclaircir
ce grand évènement. Il apprend
à Statira qu'Antigone , que les Peuples ,
que l'Armée , que toutes les voix enfin fe
réuniffent à déclarer que cette Olympie
MA I. 1764. 177
eft fille d'Alexandre. Ce bonheur eft
mêlé pour Statira de l'affreufe amertume
qu'y répand l'Hymen projetté . On
menace le Temple ; des Soldats l'environnent.
Ephèſe eft divifée en deux factions.
L'Hierophante exhorte les Princeffes
à demeurer au pied des Autels. Ilva
ſe préfenter aux Rois audacieux qui
menacent de violer la fainteté de fon
afyle ; & fi la tyrannie , dit-il , oſoit en
approcher ,
C'eft fur fon corps fanglant qu'il lui faudra
→ marcher.
Statira fait des voeux pour le fuccès
des armes d'Antigone , & de douloureufes
réfléxions fur la néceffité où elle
eft de n'attendre du fecours que de fes
ennemis qui ont été fes Sujets . Elle ex-
Horte Olympie à fuivre le devoir qu'el
le-même s'eft prefcrit , de foutenir le
grand nom qui refte à la mère & à la
fille .
ACTE III
LE Temple eft fermé. Caffandre &
Softène font dans le périftile. Le premier
a cédé à la voix publique. Il est
convenu qu'Olympic eft fille d'Alexan
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
dre. Antigone , abufant de la religion ,
qu'il ne respecte pas , a foulevé le Peuple
, & fait envifager comme un crime
affreux l'hymen de Caffandre avec une
fille dont il a tué la mère. Caffandre
convient avoir tué Statira , mais c'eſt .
dans le tumulte & l'horreur des com →
bats. Son plus grand fupplice eft d'être
coupable aux yeux d'Olympie qu'il
adore. Il efpére cependant de la tendreffe
d'Olympie , dont le coeur eft à lui
dès l'enfance . Mais fi elle retiroit la
main qu'elle lui a donnée , il menace
de détruire le Temple même dont il eſt
le défenfeur. Il cherche Olympie , il
eft arrêté par l'Hierophante. Il lui demande
la Princeffe , l'Hierophante lui
promet que la Prêtreffe chargée du ſoin
facré de la cérémonie , va bientôt l'amener
; mais il fait des voeux pour que
cet hymen n'occafionne pas le malheur
de l'un & de l'autre époux. Ces
voeux allarment Caffandre , il veut faire
expliquer l'Hierophante , il l'accufe d'être
du parti d'Antigone contre lui . Le
Grand-Prêtre répond à ce foupçon avec
une religieufe fermeté.
Me préfervent les Cieux de paffer les limites
35 Que mon culte paisible à mon zéle a prefcriter
MA I. 1764. 179
» Les intrigues des cours , les cris des factions ,
» Des humains que je fuis les triftes paſſions
N'ont point encor troublé nos retraites obfcures.
» Au Dieu que nous fervons nous levons des
>> mains pures.
Les débats des grands Rois prompts à fe divi
» fer ,
» Ne font connus de nous que pour les appaiſer.
» Et nous ignorerions leurs grandeurs pallagères,
>> Sans le fatal beſoin qu'ils ont de nos prières.
8 &c. &c.
Olympie s'avance avec Statira voilée.
Dans cette Scène , en même temps
terrible & attendriffante , Caffandre reconnoît
Statira dans les bras de laquelle
fe jette Olympie . Caffandre eft confondu
& accablé de fes remords . Statira lui
rappelle tous les crimes qu'elle lui reproche
. Il ne prétend s'excufer fur rien,
Olympie , preffée par un devoir qu'elle
croit facré , demande elle- même à fa
mère d'éteindre les flambeaux d'un fi
funefte hyménée. Caffandre au déſefpoir
, Caffandre , qui a mis fon Sceptre
& fa Couronne aux pieds de ces Princeffes
, fans prétendre fe juftifier , n'écoutant
plus qu'un amour auquel il ne
peut réfifter , jure d'enlever du Temple
& même des bras de fa mère la trifte
Hv
180 MERCURE DE FRANCE.
Olympie qu'il a droit de regarder déjà
comme fon époufe. Il fort & laiffe les
deux Princeffes dans les allarmes que
leur caufe la fureur de fes menaces . Antigone
vient le préſenter à Statira pour
être le défenfeur de la veuve & de la
fille d'Alexandre. Il demande le fuffrage
de Statira ; il l'obtient aisément du
defir qu'elle a de fe venger ; mais il
prétend pour prix de fes fervices la main
d'Olympie. Statira confulte l'aveu de fa
fille. Celle- ci apporte pour excufe le
trouble affreux de fa fituation , & ne promet
rien. Statira répond de fon aveu
Reftée feule avec fa fille , elle la preffe
de fe décider , elle lui propofe de rallumer
pour Antigone les flambeaux de
l'hymen éteints pour Caffandre. Olympie
fe défend quelque temps , en proteftant
qu'elle ne veut d'autre Trône
d'autre hymen que la retraite obfcure
qu'avoit choifie fa mère , pour ellemême.
Elle propofe à cette mère affligée
, de laiffer tous les débats de ces
Rois forcenés , de ne point joindre leurs
mains tremblantes, à ces mains meurtrières,
Les larmes font pour nous , les crimes font-
» pour eux.
Ces larmes , qu'en effet elle voit réMA
I. 1764.
181
pandre à fa fille , glacent d'horreur Statira
. La tremblante Olympie ne peut
Jui cacher qu'elle aime Caffandre , mais
elle jure de le fuir. Statira eft épouvantée
d'un fentiment qu'elle détefte dans
fa fille , celle- ci tombe à fes pieds .
» Hélas , dit- elle , de douleur dévorée ,
Tremblante à vos genoux , je les baigne de
» pleurs.
» Ma mère , pardonnez.
STATIRA.
Je pardonne & je meurs.
Olympie jure de ne jamais trahir fes
devoirs , & de mourir plutôt que d'offenfer
la gloire des Auteurs de fa naiffance.
Statira eft pénétrée de douleur
de voir qu'Olympie peut mourir plutôt
que de hair l'ennemi qu'elle détefte ..
Mais elle compte fur fa vertu, & ne peut
la regarder comme coupable.
ACTE IV.
Antigone eft dans le périftile , fes foldats
occupent les paffages qui conduifent
au Temple ; le Peuple d'Ephèſe eft
partagé entre Caffandre & lui ; le fignal
de la guerre eft donné , il y court ; mais
ileft arrêté par Caffandre , qui lui reproche
l'amitié trahie. Antigone lui ob182
MERCURE DE FRANCE.
jecte fes crimes & l'erreur à laquelle it
prétend qu'il devoit la tendreffe d'Olympie.
Il lui propofe de reprendre leur
ancienne alliance , & même de périr
pour lui s'il veut . céder Olympie. Caf
fandre ne répond à cette propofition
que par celle d'un combat fingulier.
Le combat eft accepté , ils mettent
Fépée à la main aux portes du Temple
; l'Hierophante les ouvre. Il apoftrophe
avec véhémence les deux Rois qui
profanent fon faint afyle: Les Prêtres
les Initiés & le peuplé en foule fe précipitent
entre les combattans & les féparent
. Antigone perfifte & attefte le
Ciel & les Manes d'Alexandre qu'il ne
fouffrira pas qu'un hymen illégitime
s'accompliffe. Caffandre n'eft pas plus
difpofé à céder de fes prétentions .
L'Hierophante exhorte ce dernier à la
modération. Il lui repréfente la force
de la loi , qui permet à une femme de
paffer dès le même jour dans les bras
d'un autre époux , fi le fien a verfé le
fang de quelqu'un de fa famille , dans
quelque circonftance & de quelque
rang que foit cet époux. De plus , la
mère d'Olympie vit encore , c'eft à elle
à difpofer du fort de fa fille. C'eft à lui
d'attendre les arrêts de l'une & de l'au
M A I. 1764. 183
tre. Antigone faifit comme un espoir
certain de fon fuccès ce qu'a dit l'Hiézophante.
Caffandre , libre avec fon
Confident , fe promet de fe porter aux
plus grandes extrémités plutôt que de
renoncer à l'hymen d'Olympie. Mais
Antigone a féduit Statira. Il ne doit
pas efpérer de fléchir cette mère irritée ..
Ses remords ne lui laiffent pas la douceur
de penfer qu'Olympie elle - même
puiffe jamais lui pardonner. Il a formé
le projet de l'enlever aux Dieux mêmes
qu'il a fervis. Dans ce moment,il apperçoit
Olympie profternée aux pieds d'un
Autel . Il ordone à Softène d'allet tout
préparer pour l'enlévement. Olympie apperçoit
Caffandre . Celui- ci fait les derniers
efforts pour calmer l'horreur qui
accable l'âme de fa maîtreffe. Il la preffe
de le fuivre , elle lui demande avec inftance
de la fuir. Elle s'irrite de la crainte
qu'il a qu'elle ne céde aux voeux d'Antigone.
Enfin , fur ce qu'il veut entreprendre
de l'arracher de fon afyle , elle
lui demande la mort. Caffandre lui reproche
l'excès de fa haine. Olympic
termine fes reproches par un dernier
aveu du fentiment le plus tendre.
>> Ma haine eft-elle juftè , & l'as-tu méritée ?
184 MERCURE DE FRANCE.
as Caffandre , fi ta main féroce , enfanglantée ;
25 Ta main , qui de ma Mère ofa percer le flane
» N'eût frappé que moi ſeule & verſé que mon
»fang'>
» Je te pardonnerois , je t'aimerois .... babare
* Va , tout nous déſunit
Caffandre infifte encore plus vivement.
Quand elle devroit l'époufer pour lui
percer le coeur , il faut que fon deſtin
s'accompliffe , il faut qu'elle le fuive .....
» Haïſſez , puniſſez , mais fuivez votre époux.
Softene , interrompt cette Scène en
venant informer Caffandre qu'Antigone
eft aux portes du Temple ; qu'il cherche
à féduire fes amis , à détourner
fes foldats , que le Peuple eft ébranlé',
qu'il atteffe Alexandre , Olympie ellemême.
Caffandré accufe tendrement
Olympie de vouloir fa mort. Il lui arrache
encore un nouvel aveu de fa foibleffé,
OLYMPIE.
» Moi ! vouloir tom trépas ! ... Va ‚ j'en fuús
כ כ
incapable .....
Vis loin de moi,
CASSANDRE.
San's vous le jour m'eft éxécrable
M A I. 1764. 185
Et s'il m'eft confervé , je revole en ces lieux ,
Je vous arrache au Temple , & je meurs à vos
>> yeux .
Olympie fe reproche amérement les
pleurs que lui coûte Caffandre. La voix
du devoir , la voix de la nature eft la
feule à qui elle veut obéir. Les Dieux
avoient reçu d'elle les fermens de l'amour
le plus tendre. Les Dieux ont tout changé....
mais qu'ils changent donc fon
coeur. C'est ce qu'elle implore du Ciel .
» Eh ! que peut fur foi- même une foible Mortelle !
Elle fent bien qu'elle enfonce le
trait qu'elle veut arracher. Ce coeur déja
déchiré , va éprouver de nouvelles bleffures.
L'Hierophaute vient apprendre
à Olympie que Statira fa Mère , allarmée
du bruit & du carnage qui profanent
lesiffues du Temple , & voyant
que Caffandre s'y fraye un chemin ,
dans la crainte de voir fa fille tomber
entre les mains du raviffeur qu'elle
abhorre , a faifi le glaive des facrifices
& s'en eft percé le fein . Caffandre eft
à fes pieds , Caffandre l'implore , mais
fa foumiffion & fes foins redoublent
l'horreur de fes derniers momens. Statira
va expirer. Elle a éxigé de l'Hié186
MERCURE DE FRANCE.
rophante qu'il viendroit confoler Olym
pie & lui dire que la dernière volonté
de fa Mère , eft que pour la venger
elle époufe Antigone. Olympie veut
aller mourir près d'elle. L'Hierophante
lui dit :
» Armez-vous de courage.
24
OLYMPIE.
" ག་ ་
O fang qui m'a fait naître!
» J'en ai beſoin, Seigneur , & j'en aurai peut- êtres
ACTE V.
091911
Antigone , dans le périftyle , s'entretient
avec fon Confident fur l'efpoir qui
femble laffurer de pofféder Olympie :
les dernières volontés de fa mère lui
donnent für elle des droits irrévocables,
auxquels il ne doute pas qu'elle ne fonf.
crive. Si Caffandre entreprenoit de s'y
oppofer , it fe promet de l'en punir . Mais
le refpect de la Pompe funèbre va fufpendre
toute hoftilité. L'Hierophante ,
les Prêtres & les Prêtreffes s'avancent en
pleurant ; on foutient Olympie , à peine
refpirante. Antigone s'adreffe à elle pour
lui promettre de venger fa mère , & pour
la raffurer contre toutes les entrepriſes
M A 1. 1764. 187
de Caffandre. Olympie répond par ces
deux vers :
Ah , Seigneur ! parlez moins de meurtre & de
* vengeance.
Elle a vécu , je meurs au refte des humains.
Antigone fe retire . Olympie confulte
l'Hierophante, pour fçavoir s'il ne lui eft
pas permis de confacrer le refte de ſa vie
dans le Temple , & de s'enfévelir dans la
même obfcurité qui avoit dérobé ſa
mère aux regards des humains. Convaincue
par ce Miniftre des Dieux , que fi
elle ne choifit pas Antigone pour époux ,
il faut qu'elle retombe au pouvoir de
Caffandre , elle prend fon parti ; & , fans
s'expliquer davantage , elle dit à l'Hierophante
que fon choix eftfait , qu'elle eft
déterminée....... Lorfqu'il veut fçavoir
d'elle fur qui tombe ce choix , elle lui
rappelle le contrafte inconciliable qu'il
trouve lui- même entre les flambeaux de
la mort & ceux de l'Hymen. Elle s'informe
s'il lui fera permis d'approcher du
corps de fa mère , & de lui rendre les
derniers dévoirs fur le Bucher. L'Hiero--
phante l'affure que non-feulement elle le
peut , mais qu'elle le doit. C'eft elle qui
préfentera les offrandes funéraires , c'eſt
188 MERCURE DE FRANCE.
elle qui fera les libations , &c. Les
Prêtreffes apportent tout ce qui eft néceffaire
pour cette lugubre cérémonie .
Olympie preffe Hierophante de tous
préparer. Elle le prie de faire venir les
deux Rois rivaux. C'eſt devant eux
qu'elle veut s'expliquer , aux pieds des
Autels , à l'aspect de fa mère , aux yeux
des Prêtreffes.
» Témoins de mes malheurs , témoins de mes
promeffes ,
» Mes fentimens , mon choix vont être déclarés.
Vous les plaindrez peut- être , & les approuverez
Olympie gémit en fecret de l'empire
cruel que Caffandre conferve malgré
elle fur fon coeur. Il arrive le premier ,
il vient offrir de s'immoler , il fe reconnoît
auffi coupable que mallieureux
; mais il invoque toujours les fermens
de l'Hymen. Il fe jette à fes genoux
,
»Venge-toi , dit-il , punis -moi ; mais ne fois point
as parjure.
» Va,l'Hymen eft encor plus faint que la Nature
Elle le fait relever , en le conjurant de
ne pas fouiller les dons qu'elle va préfenter
, & de ne pas approcher du lieu
M.A I. 1764. 189
de la Cérémonie , Antigone de fon côté
vient preffer la Princeffe de s'expliquer.
Ellele promet ; mais elle exige , de mê
me que de Caffandre , qu'il la refpecte
en ces momens funébres , & qu'il fe fou
mette à fes volontés . Les deux rivaux en
font le ferment. Alors Olympie s'accufe
elle-même d'avoir mérité fes malheurs
d'avoir trahi fes parens dès qu'elle les a
connus. Sa mère en expirant lui a ordonné
d'époufer Antigone , elle a refufé
d'obéir. Elle interrompt le reproche
que veut faire Antigone, en lui difant :
A fes Mânes ( de fa mère ) à vous , je ne fais
»point d'injure ;
»Je rends juftice à tous , & je la rends à moi...
» Coffandre, devant lui je vous donnai ma fọi ,
»Voyez fi mes liens ont été légitimes ;
Je vous laiffe en juger , vous connoiffez vos
• crimes.
Il feroit fuperflu de vous les reprocher.
Réparez-les un jour...
On voit le Bucher déjà embrâfé ;
Olympie le fait confidérer à Caffandre ;
elle y monte avec une noble & modefte
affurance ; elle y fait toutes les céré
monies du culte des Anciens , & relatives
à leur grande vénération pour les
Mânes de leurs parens.
190 MERCURE DE FRANCE.
Après une apoftrophe à Caffandre ;
qui rappelle & fes crimes & les malheurs
d'Olympie , en lui difant :
>> Tu crois mes lâches feux de mon âme bannie ;
» Apprends que je t'adore , & que je m'en punis.
>> Cendres de Statira ! recevez Olympic .
Elle fe jette dans le Bucher , & difpa
roît comme dévorée par les flammes.
L'Hierophante , les Prêtres & les Prêtreffes
ainfi que tous les Affiftans font
faifis de terreur & d'admiration . Caffandre
, en fe frappant, s'immole à fon
amour & à fes remords. Il exhorte Antigone
à l'imiter.
Ainfi finit cette Tragédie , par un
coup de Théâtre auffi neuf fur notre
Scène , que pathétique & pittorefque.
Coup de Théâtre auquel le talent
fublime de Mlle Clairon pour la repréfentation
, met une vérité & une dignité
, qui en ont toujours rendu l'effet
admirable.
N. B. Nous n'ajouterons point de remarques
à celles qui font imprimées avec
cette Piéce. Il y auroit une préfomption
répréhenfible en nous , de prétendre
donner plus d'éclairciffemens au Lecteur
fur les Ouvrages de l'Auteur d'OMA
I. 1764. · 191
lympie , qu'il en donne lui-même. Supérieur
à nos éloges , il en feroit peu
flatté , & le Public n'a pas befoin d'être
excité à lui donner tous ceux que fes
productions font en droit d'obtenir.
Nous nous arrêterons , fur cette Tragédie,
à un fait bien conftaté , c'eft que
les reprefentations ont attiré & attaché
un un fort grand nombre de Spectateurs.
Il y a , comme on voit dans
la texture de ce Drame une affez
grande quantité de points tragiques ;
qui naiffent des fituations. La fingularité
du Spectacle , fa pompe & fa
majefté , imprimeront toujours une forte
d'émotion , que l'art ne doit peutêtre
pas dédaigner de mettre au nombre
de fes moyens , mais dont il feroit dan
gereux de faire trop ,ufage.
"
810
i
192 MERCURE DE FRANCE ,
CONCERT SPIRITUEL.
LY A BU Concert tous les jours . â commencer
du Dimanche 15 Avril , juſques & compris le Mardi
24.
Le nouveau Moret à grand-choeur Miferere mei
Deus , par M. DAUVERGNE , a été donné le Dimanche
15 & le Jeudi 19 , à la fatisfaction du Public
, & a été fort applaudi.
Le Dimanche 15 , le Lundi 16 , & le Dimanche
22 , Mlle ARNOULD & M. le GROS ont chanté le
nouveau Moter Exultate Jufti , &c , a deux voix ,
du même M. DAUVERGNE . Ce Motet a paru faire
chaque fois un plaifir nouveau & plus vif.
Le Lundi 16 , le Mercredi 18 & le Vendredi
20 on a donné encore du même Compofiteur
le De profundis , nouveau Moret à grand choeur ,
dans lequel les Amateurs ont trouvé des beautés.
Le Samedi 21 , le Dimanche 22 & le Mardi 24,
Regina Cali , nouveau Motet à grand choeur ,
aulli de la compofition de M. DAUVERGNE. Le
mérite & le nombre de ces productions nouvelles ,
dans un auffi court efpace de temps , ont confirmé
de plus en plus lePublicdans l'opinion avantageuſe
qu'il avoit de la facilité & des grands talens de ce
Compofiteur, Nous devons des éloges , que tous
les Amateurs approuveront , au zèle & aux efforts
continuels de M. Dauvergne , pour ajouter cha❤
que jour à la réputation.
Le Mardi 17 , le Mercredi 18 , le Jeudi 19 , &
Vendredi 20 , M. ALBANEZE , de la Muſique du
Roi , & Mile HARDY ont chanté le beau Stabat
Mater del Signor PERGOLEZE
Les autres Moters donnés pendant ces dix jours´,
font
M A I. 1764 . 193
font , Exaudi Deus Nationum , Motet à grand
choeur de M. l'Abbé GIROUST , Me de Mufique
de la Cathédrale d'Orléans. Dominus regnavit &
Confitemini de M. DELALANDE. Deus venerunt
Gentes & Cantate Domino de feu M. FANTON .
Le Te Deum de M. DAUVERGNE , du plus grand
& du plus bel effet. In convertendo nouveau
Motet a grand choeur d'un Anonyme. En petits
Motets , Diligam te , de M. DAUVERGNE , chanté
par Mlle ROZET ; Nunc dimittis , de M. BILLOU ;
chanté par Mile BERNARD ; Coronate , Conferva
me , Afferte Domino , de M. LEFEVRE ; Cantate
Domino , de M. ANTHEAUME , de l'Académie
Royale de Mufique ; Laudate , de M. POULAIN.
Ces cinq ont été chantés par M. LE GROS , &
plufieurs autres Motets à voix feule chantés
Mile FEL , dont on a toujours admiré le goût
& la voix , ainfi que dans les récits qu'elle a
chantés dans les grands Moters.
par
M. DUPAR , Hautecontre de l'Académie Roya
le de Mufique, a débuté avec fuccès , le Lundi
23 , par le Motet Benedictus Dominus de feu M.
MOURET , MM. GAVINIES , BALBATRE & CAPRON
ont exécuté différens Concerto , avec tout
le talent que l'on connoît à chacun d'eux & les
fuffrages unanimes des Auditeurs . Le Dimanche
15 , le Mardi 17 , le Mercredi 18 & le Vendredi
20 , M. DUPORT a exécuté différentes Sonates de
Violoncelle. Le nommer à préfent fuffit pour
fon éloge. D'ailleurs les Phénomènes n'en font
pas fufceptibles , puifqu'ils femblent fortir de
T'ordre naturel des chofes connues.
Le Lundi 16 & le Jeudi 19 , M. JANNSON de
la Mufique de S. A. S. Mgr LE PRINCE DE
CONTI , a auffi exécuté deux Sonates de Violoncelle
. On n'a rien à ajouter à ce qui a été dit de
I
194 MERCURE DE FRANCE .
lui dans le fecond Volume d'Avril , à l'Art. du
Concert.
Le Lundi 23 , M. LEGRAND , Organiſte de l'Abbaye
de S. Germain des Prés , & le Samedi 24 ,
M. SEGUR , Organifte de S. André des Arcs , ont
exécuté chacun un Concerto d'orgues , & ont eu
des applaudiffemens .
Le Jeudi 19 , le Vendredi 20 ,
le Samedi 21 ,
& le Mardi 23 , M. RODOLPHE de la Mufique de
S. A. le Duc Régnant de Wirtemberg a furpris &
enchanté par les Concerto de fa compofition
qu'il a exécutés avec le Cor de Chaffe . On ne
craint pas de dire que jufqu'à ce qu'on l'eût
entendu , on ne croyoit pas poffible de rendre
fur cet Inftrument , comme le fait M. RODOLPHE
, toutes les difficultés d'une Mufique fçavante,
les intonations les plus difficiles avec le fon le
plus flatteur & les cadences de la plus belle voix,
Le Samedi 21 , le Lundi 23 , & le Mardi 24 ,
M. LOLLY , de la Mufique de S. A. le Duc de
Wirtemberg a exécuté différentes Sonates de Violon
de fa compofition. De l'aveu de tous les
Connoiffeurs , cet habile Artiſte ne laiffe rien à
defirer. Il joint à la plus admirable exécution à
tous égards le mérite d'un très- habile Compofiteur
. Le Vendredi 18 , on exécuta Omnes gentes,
Motet à grand choeur de M. DAUVERGNE . Mlle
LA CROIX chanta Regina Cali , Motet à voix
feule de feu M. MOUREt . Mlle ARNOULD & M.
LEGROS chanterent l'Exultate de M. DAUVERGNE.
Mile HARDY chanta un Air Italien . Pour
la fin du Concert on exécuta Dominus regnavit ,
Motet à grand choeur de M. DELALANDE , dans
lequel Mile ARNOULD chanta avec cet art que
les grâces & la nature lui ont donné pour en
chanter dans tous les genres.
Le Dimanche 29 Avril on exécuta le Regina
MA I.
1764.
3
Cali & le Te Deum , Motets à grand choeur de
195
M. DAUVERGNE , dont nous avons déjà parlé.
Mile ARNOULD & M. LAGROS y répétérent l'Exultate
avec autant
d'applaudiffemens que les
premières fois. M. GAVINIÉS exécuta un Concerto
de fa compofition , qui fur- fort applaudi. Mlle
FEL chanta un Motet à voix feule.
En général , les Concerts dont on vient de
rendre compte , ont été fort variés , arrangés
avec l'intelligence qu'on doit attendre de M.
DAUVERGNE , & parfaitement exécutés. Le Public
s'y eft porté avec affluence. Il ne s'eft point apperçu
que M. GELIN fût à peine guéri d'une indifpofition
confidérable , & lui a donné , ainfi
qu'à Mlle ARNOULD & à M. LEGROS "particulié
rement , les témoignages les plus flatteurs & lès
plus agréables de fa fatisfaction .
THEATRE S.
t
Celui de
l'Académie Royale de Mafique
doit faire l'ouverture de fon
Spectacle , Mardi 1 ' du préfent mois de
Mai , par Titon & l'Aurore , Paſtorale
héroïque , fans le Prologue . On prépare
le Ballet charmant des Talens Lyriques.
N. B. On a fait
quelques
changegemens
dans la
difpofition des places
de cette Salle , dont on efpére que le
Public fera fatisfait , la
commodité , des
Spectateurs
ayant été le feul point de
vue qu'on fe foit propofé.
196 MERCURE DE FRANCE.
**
Le Théâtre François doit ouvrir le
Lundi 30 Avril par Héraclius , Tragédie
du grand CORNEILLE , & par la
première repréfentation de la jeune Indienne
, Comédie nouvelle en un A&te
& en vers , de laquelle on rendra compte
dans le prochain Mercure.
La Comédie Italienne n'a fermé fon
Théâtre que le Samedi 14 Avril , veille
du Dimanche des Rameaux . Comme le
Compliment a été partagé en plufieurs
Couplets chantés par divers Sujets de
ce Théâtre & adaptés aux Ariettes les
plus agréables au Public , nous ne le
rapporterons pas ici . Ces fortes de productions
ayant toujours befoin de la
Mufique pour laquelle elles font faites ;
ce feroit en donner une fauffe idée , &
leur faire perdre de leur prix , que de les
préfenter aux Lecteurs dénués de cette
brillante parure. Ce Théâtre doit ouvrir
auffi le Lundi 30 Avril par la continuation
du Sorcier & autres Piéces de
ce genre. Une jeune Actrice , ( Mlle
Beaupré ) qui avoit débuté à la fatisfaction
du Public , ayant rempli les
engagemens qui l'éloignoient pour un
temps de la Capitale , doit embellir
cette Scène d'un Talent fort aimable
& que le Public a paru defirer avec
mpreffement,
MA I. 1764. 197
On doit donner auffi fur ce même
Théâtre une Piéce Italienne nouvelle ,
qui nous rendra les talens fupérieurs
de l'admirable Mlle Camille . Cette Piéce
eft intitulée Camille Aubergifte.
ARTICLE VI.
SUITE des Nouvelles Politiques
du mois d'Avril.
LB 26 ,
26 , le Sieur de l'Averdy , Contrôleur - Général
des Finances , préſenta au Roi le fecond Tome
du Dictionnaire Géographique , Hiftorique & Politique
des Gaules & de la France , par M. l'Abbé
Expilly. Le Comte de Sade préfenta le même jour
à Sa Majefté le premier Volume d'un Livre intitulé
: Mémoires pour la vie de Pétrarque, tirés de
fes Euvres & des Auteurs Contemporains ; le
Sieur Jaquet , Avocat au Parlement de Paris , euc
auffi l'honneur de préfenter au Roi un Livre de fa
compofition , qui a pour titre : Traité des Juftices
de Seigneurs & des droits en dépendans.
Le 17 du mois dernier le Sieur Blondeau de
Charnage , Penfionnaire du Roi , eut l'honneur de
préfenter à Sa Majesté le premier Volume du
Dictionnaire des Titres originaux pour les Fiefs , le
Domaine du Roi , l'Hiftoire , la Généalogie & généralement
tous les objets qui concernent le Gouvernement
de l'Etat. L'Abbé Nollet a eu l'honneur
de préfenter auffi le 19 , au Roi le fixiéme volume
de fes Leçons de Phyfique Expérimentale.
Le 18 de ce mois , le fieur Blondeau de Charnage
eut l'honneur de préfenter au Roi le fecond
volume de fon Dictionnaire.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Le Sieur Caffini de Thury , de l'Académie des
Sciences , a préſenté au Roi un Mémoire ſur l'Eclipfe
annulaire de Soleil du premier Avril , d'après
les obfervations faites fur les dernières Eclipfes
de Soleil , tant annulaires que totales. Il réfulcelle
du premier Avril ne ramènera pas les
ze que
ténébres
de la nuit.
Le fieur le Blond , Maître de Mathématiques
des Enfans de France , a eu l'honneur de préfenter
au Roi la cinquiéme Edition de fes Elémens de
Fortification , augmentée de l'Explication détaillée
de la Fortification du Baron de Coëhorn , de ta
conftruction des Redoutes , Forts de Campagne ,
&c. & d'un Plan des différentes Inftructions propres
à une Ecole Militaire.
De PARIS , le 2 Avril 1764.
Sa Majefté , par des Lettres -Patentes , datées du
2 Septembre 1763 , & enregistrées au Parlement
le 12 Décembre fuivant , voulant contribuer à la
perfection de l'Ecole Royale de Chirurgie qu'Elle
a établie à Orléans , par Lettres - Patentes du 23
Juin 1759 , fixe des Réglemens relatifs aux obligations
de ceux qui prétendront à la Maîtrife , &
aux droits & prérogatives attachés aux Places de
Profeffeurs.
Par une Ordonnance du premier Septembre
dernier , Sa Majefté crée & établit dans le Régiment
des Recrues de la Ville de Paris , un Colonel ,
un Lieutenant-Colonel & un Major , lefquels jouiront
de tous les droits & prérogatives dont jouiffent
les autres Colonels, Lieutenans-Colonels &
Majors de fon Infanterie Françoife. Sa Majefté fixe
en même temps les appointemens du Colonel à
3600 liv. par an , ceux du Lieutenant- Colonel à
2400 liv . & ceux du Major à 1800 liv.
M A I. 1764 . 199
Les Négocians & Armateurs de Grandville ,
ayant repréſenté au Roi que leur Port eft affez
fpacieux , pour y contenir beaucoup de Navires ,
& qu'il eft fitué dans un pays où l'on peut le procurer
aisément tout ce qui eft propre à l'avitaillement
des Navires , & qui peut fervir à étendre la
Navigation , par la facilité que l'on a de faire venir
de Paris & de plufieurs autres Villes toutes fortes
fortes de Marchandifes ; Sa Majefté , par un
Arrêt de fon Conſeil d'Etat , du 29 Décembre dernier
, leur permet de faire directement par le Port
de ladite Ville le Commerce des Ifles & Colonies
Françoifes de l'Amérique , & ordonne en conféquence
qu'ils jouiffent du privilége de l'entrepôt &
des autres priviléges & exemptions portés par les
Lettres- Patentes du mois d'Avril 1717 , ainſi qu'en
jouiffent les Négocians des Ports admis à Commerce
.
La Société Royale de Londres a reçu , le 26
Janvier dernier , au nombre de fes Membres le
feur Camus , de l'Académie Royale des Sciences ,
Examinateur des Ecoles du Corps Royal de l'Artil-
Jerie & du Génie , Profeffeur & Secrétaire del'Académie
Royale d'Architecture , & Honoraire de
celle de Marine.
Les Princes & Pairs ayant reçu avis que les
Chambres feroient affemblées le Mercredi 22
pour fixer les objets des Remontrances arrêtées
le 23 Janvier à l'occafion de l'exil de l'Archevêque
de Paris , fe font rendus au Parlement ledit jour
22 & dans cette féance les objets ont été fixés , &
l'affemblée a été remife au Mercredi 29 du mois.
On a auffi dénoncé à l'aflemblée des Chambres
différens faits & plufieurs Ecrits fur le Réquifitoire
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
des Gens du Roi , les Ecrits ont été condamnés à
être lacérés & brûlés par l'Exécuteur de la Haute-
Juftice ; & il a été rendu Arrêt dont l'Extrait vient
dêtre imprimé dans la forme ſuivante.
EXTRAIT DES REGISTRES DU PARLEMENT.
Du 22 Février 1763.
" APPERT , entr'autres difpofitions , avoir été
ordonné par Arrêt rendu ledit jour par la
Cour , toutes les Chambres allemblées , que
» dans huitaine , à compter du jour de la publication
dudit Arrêt ,
même par l'extrait
» tous ceux qui étoient Membres de la Société
» fe difant de Jefus , au 6 Août 1761 , érant
actuellement dans le reffort de la Cour , prêteront
ferment , de ne point vivre déformais en
commun , ou feparément , fous l'empire de l'Inf
» titut & des Conflitutions de la ci-devant So-
» ciété fe difant de Jefus , de n'entretenir aucune
correspondance directe ou indirecte , par lettres ,
ou par perfonnes interpofées , où autrement , en
quelques forme & maniere que ce puiffe être ,
» avec le Général , le Régime & les Supérieurs
» de ladite ci-devant Société , ou autres perfon-
»
»
nes pas eux propofees , ni avec aucuns Memsobres
d'icelle réfidans en Pays étrangers , & de
» tenir pour impie la Doctrine contenue dans le
» Recueil des Affertions , tendante à compromettre
» la fûreté de la Perfonne facrée des Rois ; lef
quels fermens , à l'égard de tous ceux defdits ci-
» devant foi difans Jéluites , qui font actuellement
dans la Ville , Prévôté & Vicomté de
» Paris , feront reçus pardevant Me Jofeph- Marie
» Terray , Confeiller- Rapporteur , que la Cour
2 a commis à cet effet : & qu'à l'égard de tous les
» autres ci devant foi- difans Jéfuites demeurans
כ כ
M. A I. 1764. 201
T
, actuellement hors de la Ville Prévôté &
» Vicomté de Paris & dans le reffort de la Cour ,
» lefdits fermens feront reçus dans les Bailliages
» & Sénéchauffées du reffort , dans le diftrict def-
» quels ils fe trouveront lors de la fa fdite publica-
» tion dudit Arrêt , par le Lieutenant - Général ou
» autre Officier , fuivant l'ordre du Tableau ; defquels
fermens fera donné acte , qui fera foufcrit
par celui qui aura fait ledit ferment , & déposé
au Greffe de la Cour ou aux Greffes des Baillia
» ges & Sénéchauffées du Reffort , dont expédition
>> en forme fera envoyée au Procureur- Général
>>
du Roi , pour être pareillement par lui déposée
> au Greffe de la Cour , pour , fur le compte qui
fera par lui rendu , être par la Cour , toutes les
>> Chambres affemblées , ftatué ce qu'il appartien-
» dra , le tout fans préjudice du ferment prefcrit
» par l'Arrêt du 6 Août 1726 , à l'égard de ceux
» qui voudroient remplir des grades dans les
» Univerfités du Reffort , poffeder Canonicats ou
» Bénéfices à charge d'âmes , Vicariats , emplois
» ou fonctions ayant même charge , Chaires ou
» Enfeignement public , Offices deJudicature ou
Municipaux , & généralement remplir aucunes
» fonctions publiques , comme auffi fans préjudice
>> de l'exécution de l'Arrêt du 7 Septembre fuivant
rendu en conféquence. Ordonne que ledit Arrêt
» fera imprimé , lû , publié & affiché par- tout où
» befoin fera , que l'Affiche d'icelui , même par
» Extrait , vaudra fignification & injonction à
>> chacun de ceux qui audit jour 6 Août 1761 ,
» étoient Membres de ladite ci-devant Société ,›
» & qu'Extraits collationnés d'icelui feront envoyés
>> aux Bailliages & Sénéchauffées du Reffort , enfemble
aux Confeil Provincial d'Artois , Baillia
ges , Gouvernances & Officiers Municipaux de
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
> l'Artois , pour y être pareillement lû , publié &
» regiftré . Enjoint aux Subftituts du Procureur-
››› Général du Roi d'y tenir la main , & d'en certi
>> fier la Cour. Collationné . REGNAULT .
ככ
"
Signé , DUFRANC, »
Le 29 , les Princes & les Pairs fe font rendus au
Parlement ; il y a été fait lecture des Remontrances
rédigées d'après les Articles qui avoient été
précédemment agrées ; les Gens du Roi ont été
chargés de fe retirer pardevers Sa Majesté pour
fçavoir le lieu , le jour & l'heure où il lui plaira de
recevoir ces Remontrances & de rendre compte le
Samedi 3 Mars , de l'éxécution de cette Miffion ,
Ils ont été chargés aufli de prendre communication
du Procez-Verbal de la vérification des Affertions
citées dans l'Inſtruction Paſtorale de l'Archevêque
de Paris , & de prendre leurs Conclu
fions fur cet objet le 3 Mars . Enfin ils ont été chargé
[de prendre communication d'un Imprimé intitulé
: Lettre Paftorale de Monfeigneur l'Evêque de
Langres au Clergé Séculier & Régulier de fon
Diocèfe , lequel a été déposé au Greffe , enſemble
du récit fait à ce fujer par un de MM . & de prendre
des Conclufions fur le tout le même jour 3 Mars.
Le 3 Mars , les Princes & les Pairs fe font
rendus au Parlement . Les Gens du Roi , rendant
compte de la Miffion dont ils avoient été chargés,
le 29 du mois dernier , ont dit que le Roi recevrojt
à Versailles , Dimanche 4 du même mois à midi ,
les Remontrances de fon Parlement , & que fon
⚫ intention étoit qu'elles lui fuffent préfentées par le
Fremier Préfident & deux Préfidens . Le Prince de
Condé ayant propofé de mettre en délibération ce
qu'il convenoit de faire au fujet de ce qui le trouve
dans les Remontrances du Parlement de Bretagne
*
MA I. 1764. 203'
concernant la Cour des Pairs , il a été arrêté qu'il
feroit nommé des Commiffaires qui s'affembleroient
Jeudi 8 , à l'effet d'examiner ces Remontrances
& de recueillir les principes & les faits fur
cette matiére , pour rendre compte du tout au
Parlement. Enfuite les Gens du Roi ont rendu
compte du Procès- Verbal de la vérification des Affertions
citées dans l'Inftruction Paftorale de l'Archevêque
de Paris , ainfi que de l'Imprimé intitulé ;
Lettre Paftorale de Monfeigneur l'Evêque de Langres
au Clergé Séculier & Régulier defon Diocèfe ,
& ils ont laiffé concernant ces deux objets leurs
conclufions par écrit , fur lesquelles il a été rendu
deux Arrêts. Par le premier , il eft ordonné que
pour remplir de plus en plus les vues que le Parlement
s'étoit propofées par fon Arrêt du Mars
1762 , des copies collationnées du Procès -Verbal
déposé au Greffe par Arrêt du 29 Février dernier
feroient envoyées fans délai par le Procureur- Général
du Roi à tous les Archevêques & Evêques du
Reffort & à tous les Bailliages & Sénéchauffées ; il
a été arrêté de plus que le premier Préfident , en
préfentant au Roi les très -humbles & très-refpectueufes
Remontrances de fon Parlement arrêtées;
le 23 Février dernier , remettra à Sa Majefté copie
collationnée du Procès-Verbal de vérification ,
& on a ordonné que , pour que le Procès - Verbal
foit plus promptement & plus facilement envoyé
aux Archevêques & Evêques & aux Bailliages &
Sénéchauffées du Reffort , il fera imprimé & que le
préfent Arrêt fera imprimé en tête du Procès - Verbal.
Il a été fait enfuite un Arrêté portant qu'on
exemplaire imprimé du Procès - Verbal de la vérification
des Extraits des Affertions , collationné
par un Secrétaire du Parlement , fera envoyé aux
Parlemens & Confeils Supérieurs auxquels ont été
1
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
adreffés des exemplaires des Affertions . Dans le
cours des opinions , un des Membres du Parlement
s'étant réfervé de faire mettre en délibération
ce qu'il convenoit de faire au fujet du nombre
d'Evêques qui fe trouvoient à Paris , il a été
arrêté qué le Procureur Général du Roi feroic
chargé de veiller à l'exécution des Ordonnances &
Arrêts en ce qui concerne la réfidence des Archevêques
& Evêques dans leur Diocèſe , & qu'il rendroit
compte dans la quinzaine aux Chambres affemblées
des diligences qu'il aura faites . Il a été
rendu enfin au fujet de l'Imprimé ayant pour titre :
Lettre Paftorale de Monfeigneur l'Evêque de Langres
, &c. un fecond Arrêt qui ordonne que cet
Imprimé fera lacéré & brûlé par l'Exécuteur de
la Haute-Juftice , & que l'Arrêt fera imprimé &
affiché tant à Paris qu'à Langres & par -tout où
befoin fera .
Le 9 les Princes & les Pairs fe font rendus au
Parlement. Le Premier Préfident ayant rendu
compte de la réponſe faite par le Roi aux Remontrances
de fon Parlement , on a arrêté qu'il feroit
fait Procès- verbal du récit fait par le Premier Préfident
; &, quant au fond de l'affaire de l'Archevêque
de Paris , il a été arrêté que la délibération
feroit continuée au premier jour avec les Princes
& les Pairs , en vertu de la convocation du 21 Janvier
dernier , & fans qu'il en foit befoin d'autre.
Les Gens du Roi ayant enfuite rendu compte des
Informations faites au fujet de la diftribution de
Il'nſtruction Paſtorale de l'Archevêque de Paris ,
& des différens Actes de ferment faits en exécution
de l'Arrêt du 22 Février , & ayant pris des conclufions
fur le tout , le Parlement a rendu un Arrêt
par lequel il eft enjoint aux ci-devant foi - difant
Jésuites , qui n'ont pas prêté ferment dans le terme
MA I. 1764. 205
•
prefcrit par l'Arrêt du 22 Février , de fe retirer du
Royaume dans un mois , à compter du jour de la
publication du préfent Arrêt , tant dans cette Villeque
dans les Bailliages & Sénéchauffées du Ref
fort , fauf a ceux qui par leur grand âge ou pour
caufe d'infirmité ne pourroient fatisfaire au préfent
Arrêt , à présenter leurs requêtes en la Cour,
tontes les Chambres affemblées , dans le fufdit délai
, pour être fur lesdites requêtes & fur les con-
.clufions du Procureur-Général du Roi ftatué ce
qu'il appartiendra. Les Gens du Roi étant rentrés
en l'aflemblée des Chambres , ont rendu compte
d'un Ecrit intitulé Adhéfion de Monfeigneur l'Evêque
d'Amiens à l'Inftruction Paftorale de Monfeigneur
l'Archevêque de Paris , & ont pris leurs
conclufions tendantes à ce que cet Ecrit fût lacéré
& brûlé : fur quoi eft intervenu Arrêt conforme
aux conclufions..
Le 22 du même mois , on fit la Proceffion folemnelle
qu'on a coutume de faire tous les ans
en mémoire de la réduction de cette Capitale
fous l'obédience de HENRY IV . Le Corps de
Ville affiſta , ſelon l'uſage , à cette Cérémonie,
La Société Royale de Londres reçut , le 18
Janvier dernier , au nombre de fes Membres ,
le fieur Ferdinand Berthoud , habile Horloger
de cette Capitale . Cet Artifte fut choisi l'année
dernière par l'Académie Royale des Sciences &
envoyé a Londres par Sa Majefté , pour affifter ,
conjointement avec M. le Camus , à l'examen
de l'Horloge de M. Harrillon. Il eft Auteur du
Livre de l'Art de régier les Pendules & les Montres
, de l'Effai fur l'Horlogerie , & de plufieurs
Ouvrages relatifs à fon Art , qu'il a préfentés à
l'Académie , entr'autres de trois différentes horloges
de Marine pour la découverte des longi
tudes en mer.
206 MERCURE DE FRANCE.
MARIAGES.
Henri- Bernard , Marquis d'Espagne , Capitaine
de Cavalerie , & premier Baron né des Etats de la
Vicomté de Nebouzan , a épousé la nuit du 27 au
28 Décembre dernier , Demoifelle Claire - Charlotte
de Cabalby , à S. Lézier , dans la Chapelle
Epifcopale de M. l'Evêque de Couzerans , qui leur
a donné la Bénédiction nuptiale. M. le Maréchal-
Duc de Richelieu avec la principale Nobleffe de la
Province , avoit honoré fon contrat de mariage
de fa préſence. Le Marquis d'Espagne , feul de
fon nom , eft fils unique de feu Jofeph-André ,
Marquis d'Espagne , Gouverneur pour le Roi de
ladite Vicomté , & de Dame Françoiſe de l'ancienne
& illuftre Maiſon d'Orbeffan .
Mademoiſelle de Cabalby eft fille & héritière
d'Octavien de Cabalby , Baron d'Elplas , Gouver
neur pour Sa Majefté de la Ville & Vallée de Seix ,
& Commandant fous les ordres de M.le Maréchal-
Duc de Richelieu dans fa partie du Couzerans , &
de feue Dame Jeanne de Dupac. Le Marquis d'Efpagne
defcend en ligne directe de Léon d'Eſpagne,
Prince forti du Sang Royal de Léon , portant
pour armes le Lion de gueule au champ d'argent ,
Comte de Paillas , & Vicomte de Couzerans , qui
époufa la fille unique du Seigneur de Monteſpan ;
& de leur mariage vint Roger I. d'Espagne ,
Seigneur de Montefpan , Comte de Paillas , &
Vicomte de Couzerans , lequel époufa Grize
de Riviere , fille unique & héritière du Seigneur
de Riviere , Seigneur de la Ville de Montrejan ,
Baron de Borderes ; qui eur pour fils Arnaud
d'Espagne , premier de ce nom , Setgneur
de Montefpan , Comte de Paillas , & ViM
A I. 1764. 207
comte de Couzerans , qui époufa Philippe de Foix ,
fille de Roger- Bernard , fixiéme de ce nom , &
huitiéme Comte de Foix , foeur d'Eſclarmonde de
Foix , Reine de Majorque ; qui eut pour fils Arnaud
II. d'Espagne , Seigneur de Montefpan ,
Comte de Paillas , & Vicomte de Couzerans , qui
époufa Marquéfe de Benac ; & de leur mariage
fortit Azemar d'Espagne , premier de ce nom ,
qui époufa Léonore de Vellere , héritière de la
Maifon de Vellere en Elpagne , & de leur mariage
fortit Arnaud III d'Efpagne , Seigneur de Montef
pan , Sénéchal & Gouverneur de Carcaffonne ,
qui époufa Demoifelle de la Barthe ; & de leur
mariage fortit Roger II du nom , Seigneur de
Montelpan , Chevalier de l'Ordre du Roi , fon
Chambellan , Gouverneur & Sénéchal de Touloufe
, Albigeois & Carcaffonne , qui époufa Claire
de Gramont ; d'où fortit Roger III du nom , Seigneur
de Montefpan , Chevalier de l'Ordre du
Roi , qui époufa Jacquette de Moleons d'où fortit
Matthieu I d'Efpagne , Seigneur de Monteſpan ,
qui époufa Catherine de Foix , & de leur mariage
fortit trois enfans mâles. Le premier Roger IV du
nom , le fecond , Arnaud IV du nom , & le troifiéme
, Charles I d'Espagne , qui eut pour appanage
la Baronie de Ramefort . Roger IV , qui étoit
Chevalier des Ordres du Roi , mourut fans poſtérité.
Arnaud IV d'Eſpagne , ſon frère , lui ſuccéda ,
qui époula Magdelaine Daure , fille de Geraud
Daure , Chevalier des Ordres du Roi , Baron de
Larbouft ; & de leur mariage fortit Roger V du
nom , Chevalier des Ordres du Roi , qui mourut
fans poftérité , & qui , malgré la fubftitution graduelle
& perpétuelle établie depuis plufieurs fiécles
dans la Maifon d'Efpagne , fic paffer , au préjudice
de fon oncle Charles I d'Eſpagne , Baron de Rame
208 MERCURE DE FRANCE.
fort , tous les biens de la Branche aînée à la foeur
Paule d'Elpagne , qui fe maria dans la Maiſon de
Gondrin . Charles I d'Efpagne continua la poſtérité
, & épousa Marie d'Afté , fille de Jean Daure,
Vicomte d'Afté , & foeur de Manaut Daure , qui
époula Claire de Gramont . Lequel Charles I
d'Espagne eut pour fils Onofre d'Espagne , Baron
de Ramefort , qui étoit Colonel d'un Régiment
qui a fervi avec beaucoup de diftinction en Provence.
Il époufa Catherine de Saman de la Maifon
d'Eftarac , d'où eft forti Jean - Alexandre d'Efpagne
, qui avoit commencé à fervir à douze ans ;
il fut bleflé dans quatre ou cinq occaſions différentes
, & fut tué ſur la brêche de la Ville de Lambeſc,
âgé de vingt-quatre ans , Capitaine aux Gardes ,
& un des plus valeureux Capitaines de fon temps.
Le Roi lui avoit donné , entre autres récompenfes ,
pour l'aider à fe foutenir dans le fervice felon fa
qualité , le Marc- d'or dû à ſon Avènement à la
Couronne. Charles II d'Eſpagne fon frère lui fuccéda
, qui a fervi avec beaucoup de diſtinction , &
fur Gouverneur de la Ville & Citadelle de Siſteron ,
& Capitaine d'une Compagnie de cent Hommes
d'Armes. Il épouſa Jeanne de Saman de la même
Maifon de la mère , d'où eft forti Charles III
d'Espagne , Baron de Ramefort , qui épousa Marguerite
de Saint- Paftou ; d'où fortit Melkior d'Elpagne
, Baron de Ramefort , qui époula Françoife
d'Orbellan , d'où eft forti Charles IV d'Espagne ,
qui a commencé les fervices dans le Régiment de
Ségur , qui époufa Marguerite de Sapte , d'où eft
forti Jofeph- André Marquis d'Eſpagne , Baron de
Ramefort , Gouverneur & Sénéchal de la Vicomté
de Nebouzan , qui a fervi long- temps dans les
Régimens de Dunois & d'Auvergne , ayant reçu
des bleffures confidérables defquelles il eft morta
MA I. 1764. 209
s'étant rouvertes le 8 Octobre 17 59. Il avoit épou
fé Françoiſe d'Orbeffan , & a laiffé , comme il a
été dit pour fils unique Henri- Bernard Marquis
d'Elpagne. Plufieurs filles de cette Maiſon font
aliiées avec des Maifons très - illuftres du Royaume;
entr'autres avec celles de Noailles , de Puyſegur ,
de Gondrin , d'Auſſun , de Narbonne & autres.
Différens Cadets de cette Maifon ont fervi dans
des grades fupérieurs , & s'y font également diftingués.
D'autres qui ont pris l'Etat Eccléfiaftique ,
ont été Evêques de Cominges , Rieux & Leitoure
Le Mariage de M. le Comte de Frefnay , Capitaine
au Régiment du Roi , avec Mlle l'Efcalopier ,
fille de M. l'Escalopier , Intendant de Tours , a été
célébré le premier de ce mois dans l'Eglife de S.
Hilaire , Paroiffe de cette Ville.
M. & Madame l'Eſcalopier ont reçu à cette occafion
les complimens de tous les Corps & Compagnies
de la Ville , qui étoient dictés par l'eftime &
le fentiment. Mais le zèle public s'eft encore plus
particulièrement fignalé dans la Fête qui leur a été
donnée le Dimanche quatre de Mars , par les perfonnes
les plus diftinguées de la Nobleffe , de la
Robe & du Commerce. Plus de quatre - vinge
Chefs de Familles repréſentant ces différens Etats ,
fe font réunis pour y contribuer . Elle a été célébrée
dans la Salle ordinaire du Spectacle , dont le Par
terre avoit été mis au niveau du Théâtre. Un
nombre confidérable de luftres , de girandoles &
de confoles chargés de bougies ingénieuſementdifpolées
y jettoient une lumière éclatante , des guirlandes
de fleurs entrelacées dans des fujets allégoriques
à la Fête la caractérifoient. Une table en ferà
cheval , garnie de cent cinquante couverts occu
pés par autant de Damesgalamment vêtues, en or
210 MERCURE DE FRANCE .
noient le contour . Sur les huit heures du foir elle
fut fervie fplendidement. Chaque Cavalier fervoir
fa Dame. Les premières & fecondes Loges remplies
de Spectateurs , formoient un coup - d'oeit
agréable. Les honneurs du repas ont été déférés à
M. l'Escalopier , premier Magiftrat de la Province
& à fa Famille , dont la fanté a été célébrée
à plufieurs repriſes au bruit des inftrumens de
guerre. Le fouper a fini à onze heures , & a été
fuivi d'un Bal où toutes les Dames de la Ville qui
n'avoient pu être du repas, fe rendirent , les unes
en habits galans , les autres mafquées . S'il eft difficile
d'expofer au naturel le coloris de la joie , il
l'eft encore plus de rendre le tableau touchant de
la tendreffe & de la vénération publique , qui a fait
le principal ornement de cette Fête : Monument
flatteur & refpectable de l'hommage dû aux vertus
d'un Magiftrat auffi diftingué par la naiffance que
par fon affabilité , fon amour pour le bien public ,
& par toutes les qualités qui conſtituent effentiellement
l'Homme d'Etat.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
MONSIEUR ,
A Tours , le7 Mars 1764.
)
Le détail de la Fête que nous avons l'honneur de
vous adreifer eft intéreffant , parce qu'il est une
preuve de nos fentimens & de notre façon de penfer
pour M. l'Escalopier . Nous vous prions de
vouloir bien l'inférer dans votre premier Mercure,
& de nous croire avec une parfaite conſidération ,
Monfieur ,
Vos très -humbles & trèsobéiffans
Serviteurs ,
Signé par les trois Etats
de la Ville de Tours.
r
"
MA I. 1764. 211
Le 7 Mars 1764 , Gabrielle-Auguftine Michel ,
époule de François de Lévis , Lieutenant-Général
des Armées du Roi , dit le Marquis de Lévis , mariée
le 8 Février 1762 , eft accouchée d'un fils qui
eft fon ſecond enfant. Le premier eft une fille née
le 22 Décembre 1762 .
Le Marquis de Lévis & fon frère aîné , Baron de
Lévis - Ajac , forment la Branche d'Ajac , iſſue de
celle de Lévis Leran , aujourd'hui Mirepoix , par
Salomon de Lévis leur aïeul ,fecond fils de Gabriel
de Lévis , Comte de Léran , & de Catherine de
Levis- Mirepoix ; lequel Gabriel étoit fils aîné de
Gaſton de Lévis , Comte de Léran , feptiéme du
& de Gabrielle de Foix , &c.
nom ,
Lafuite des Nouvelles Politiques au Mercure
A VIS
prochain.
DIVER S.
·
LA Société d'Agence a ci devant annoncé que
fon Bureau étoit établi chez M. de Neuve- Eglife
, rue des Orties , Butte S. Roth , & que les
Lettres , Piéces & Paquets devoient être envoyés
à l'adreffe dudit fieur de Neuve - Eglife & compagnie
. Elle prévient aujourd'hui que ledit fieur
de Neuve- Eglife a ceffé d'en être Directeur dès
le premier de ce mois , que la Société ne le
cautionne plus , & que lesdites Lettres & Pa
quets doivent déformais être adreffés à M. de
Prémilon & Compagnie , rue S. Louis , au Marais
, vis - à- vis l'Hôtel Turpin , à Paris .
TAFFETAS d'Angleterre , par M. Woodock.
Ce Taffetas eft le plus commode & le plus
utile reméde dont les Meffieurs & les Dames
puiffent fe fervir. Les plus délicats peuvent le por212
MERCURE DE FRANCE.
ter dans leurs poches : car non feulement l'Odeur
n'eft point fâcheufe , mais elle eſt agréa
ble. Il ne fçauroit manquer de guérir toutes
les coupures ou bleflures. Étant immédiatement
appliqué , il arrête d'abord le fang &
Ste entierement la douleur . En le mouillant feulement
avec la langue & le mettant fur la partie
affligée , il y tiendra fi fort qu'en fe lavant
il ne fe dérangera pas.
N. B. Il fuffit de le couper de la même gran
deur de la bleſſure.
Ce Taffetas fe vend à Paris chez le Brun
au Magafin de Provence , rue Dauphine ,
36 fols la pièce .
A Lyon chez Prodon & Compagnie , rue
Bard Argent.
LES Tablettes d'Angleterre Pectorales & Sto
machales , trouvées par le fieur Archbald. Ces
Tablettes font un reméde für & infaillible contre
les maladies ordinaires de la Poitrine &
du Poulmon , telles que le rhume , la toux , &
l'enrouement , & c. Elles préviennent l'Afthme ,
la Phthifie , la Poulmonie , & diffipent les humeurs
qui fe fixent fur la Poitrine , & dont
l'irritation occafionne des efforts continuels pour
touffer.
Ces Tablettes par leurs vertus balfamiques &
nutritives , guérillent les tendres vaiffeaux de l'eftomach
, qui font fouvent lacérés par les mouvemens
convulfifs ; & en fortifiant fes organes ,
elles aident à la digeftion , & ne manquent jamais
d'avancer la chylification .
Elles fe fondent dans l'eau comme du fucre ,
le goût en eft des plus agréable , & ne manque
jamais de corriger l'haleine & les exhalaifons
impures de l'estomach.
M A I. 1764.
213
Manière de fe fervir de ces Tablettes .
Quand on est enrhumé ou enroué , on prend
une de ces Tablettes dans la bouche où elles fe
fondent comme du fucre On le répéte toutes
les fois que la toux devient incommode , &
on en peut prendre ainfi , cinq ou fix fois par
jour , ce qui préviendra en niême temps les
maladies dont le Poulmon eft fi fouvent attaqué.
Ceux qui ont l'eſtomach foible , ou mauvais
goût dans la bouche , en prennent égale
ment cinq ou fix par jour , ou plus ou moins.
La quantité ne fçauroit nuire en aucune façon;
l'épreuve qu'on en peut faire en laiffant fondre
une de ces Tablettes dans un verre d'eau ,
fera voir qu'il n'y entre rien de pernicieux , &
que la compofition eft bienfaifante & des plus
falutaire .
Ces Tablettes fe vendent par commiſſion chez
le fieur le Brun , Marchand Epicier , rue Dauphine
, au Magafin de Provence & de Montpellier
, a 36 fols la Boete.
L'on trouve chez le même Marchand le vé
ritable Elixir de Garrus.
214 MERCURE DE FRANCE .
APPROBATIO N.
J'ai lu , par ordre de Monſeigneur le Vice- Chan- AI
celier , le Mercure du mois de Mai 1764 , & je
n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 30 Avril 1764.
GUIROY.
TABLE DES ARTICLES.
PIACES FUGITIVES EN VERS IT EN PROSE
ARTICLE PREMIER.
SUITE de l'Hiftoire raifonnée des Diſcours
de Cicéron .
L'AMOUR que les Princes doivent aux Arts ,
Poëme.
VERS à Mlle D *** ·
MADRIGAL à Mlle de la M.
AUTRE à la même.
Page s
16
24
ibid.
25
APOLOGUES Orientaux , par M. de S *** . ibid.
VERS à Mde la Marquise de V. fur la
mort de M. le Comte de V.... fon fils.
.. •
ZELIS , Idylle imitée de la quatriéme de M.
Géfner,
VERS à Mde D. M.
MADRIGAL à Mde de C.
de M. de Voifenon.
PORTRAIT de Julie.
VERS deſtinés à être mis au bas du Portrait
VERS fur la mort de Zélis , à M *** .
41
42
45
ibid.
46
ibid.
5.4
M A I. 1764. 215
>
53
COMPLAINTE à M. le Marquis de Buffy
Brigadier des Armées du Ror..
LETTRE écrite de la Nouvelle -Orléans dans
la Louifiane , à M. De la Place , Auteur
du Mercure , fur M. Titon du Tillet. ..54
ÉNIGMES.
LOGOGRYPHES.
CHANSON.
66 & 67
68 & 69
70
ART. II . NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DICTIONNAIRE raifonné univerfel , & c. Par
M. Valmont de Bomare.
ÉLITE de Poefies tugitives.
• LE MONDE MORAL ou Mémoires pour
fervir à l'hiftoire du coeur humain
M....
LETTRE de M. l'Abbé Prévot à M. le Duc
de
...
71
79
, par
90
93
98
101 & fuiv.
LETTRE à M. de la Place , Auteur du Mercure
, fur M. de Ferriol.
ANNONCES de Livres.
ART. III. SCIENCES ET BELLES-LETTRES .
ASTRONOMIB.
MiмOIRE de M. Trébuchet , fur le Paffage
de Vénus.
OBSERVATIONS fur un Marafme occafionné
par un morceau de plomb
132
MÉDECIN E.
› par M.
146
150
Houffet.
LATTRE écrite par M. Farcy , à Mde la
Générale la Motte.
ACADEMIES.
SEANCE publique de l'Académie des Sciences
& Belles-Lettres de BÉSIERS.
152
216 MERCURE DE FRANCE.
ART. IV. BEAUX - ARTS.
ARTS UTLI ES.
MANUFACTURES ,
164
ARTS AGRÉABLES.
MUSIQUE. 166
GRAVURE. 167
ART. V. SPECTACLES,
NOTICE d'Olympie , Tragédie de M. de
Voltaire.
179
COMEDLE Françoiſe.
192
ART. VI . Nouvelles Politiques d'Avril 197
MADRIGAL.
206
Avis divers, 211
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY ,
rue & vis-à- vis la Comédie Françoiſe.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROI.
JUIN.
1764.
Diverfité , c'est ma devife . La Fontaine.
Cochin
Shas inv
PopilleySculp
A PARIS ,
CHAUBERT, rue du Hurepoix.
JORRY, vis- à-vis la Comédie Françoife.
PRAULT , quai de Conti.
Chez
DUCHESNE , rue Saint Jacques.
CAILLEAU , rue Saint Jacques.
CELLOT , grande Salle du Palais.
Avec Approbation & Privilège du Roi
Bect
MEKCARI
TPC.-
1317
1.
1195 Cover
༈ ཀ་
21.1
975
3
M
DEERVACE ?
AVERTISSEMENT.
>
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch à côté du
Sellier du Roi.
C'eft à lui que l'on prie d'adreffer ,
francs de port , les paquets & lettres
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pour feize volumes
, à raifon de 30 fols piéce.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront d'autres voiesque
la Pofte pour le faire venir , & qui pren
dront les frais du port fur leur compte
, ne payeront comme à Paris , qu'à
raifon de 30 fols par volume , c'eſt-à •
dire , 24 liv. d'avance , en s'abonnant
pourSeize volumes.
A ij
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire venir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cideffus.
On fupplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la pofte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le payement
enfoit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affranchis
, refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à annoncer,
d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en a jufqu'à
préfent cent huit vol. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
fe trouve à la fin du foixante-douzième.
MERCURE
DE FRANCE.
JUIN. 1764.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
SUITE de l'Hiftoire raifonnée des
Difcours de CICERON.
L
DEFENSE de PUBLIUS
QUINTIUS. ( a )
A défenſe de Publius Quintius paffe
pour le coup d'effai du Prince des Ora-
( a ) Des raifons fort indifférentes au Public
m'ont empêché de publier plutôt ce Morceau &
les fuivans , qui naturellement auroient dûs être
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
teurs. Il n'avoit que 26 ans quand il
prononça ce difcours , l'année 672 de
la Fondation de Rome. Le fameux Sylla
étoit Dictateur : les Confuls de l'année
étoient M. Tullius Decula , & Cn. Cornelius
Dolabella . Ces dates préciſes qui
femblent n'avoir été confervées à la
postérité , que pour conftater fûrement
l'âge de Cicéron , prouvent en même
temps que les grands hommes s'annoncent
prefque toujours d'une façon brillante
: ils marchent à grands pas dès
l'entrée de la carrière , tandis que les
génies médiocres peuvent à peine s'y
traîner.
La modeftie eft la compagne inféparable
des vrais talens. On peut dire auſſi
qu'elle doit être la vertu des jeunes
gens . Elle fut celle de Cicéron dans ces
commencemens il n'ofa pas rifquer
en Public l'effai de fes talens c'eſt à
huis clos que fut plaidée cette affaire
dont voici l'hiftoire & le fujet.
›
Sextus Nævius s'étoit affocié dans
fon commerce C. Quintius. Celui - ci
étant mort fans enfans , fon frère Puplacés
à la tête de l'Ouvrage. Si jamais on fait une
édition de cette HISTOIRE , on y obſervera
exactement l'ordre chronologique , dont nous ne
nous écarterons plus déſormais.
JUI N. 1764. 7
blius Quintius fe porta pour héritier , &
recueillit en cette qualité fa fucceffion .
L'intérêt qui divife tous les hommes ,
fema bientôt la difcorde entre Nævius
& Quintius quand il fut queftion de
faire les partages. Le premier plus adroit
ou plus fripon que celui- ci , perfécuta
fans relâche fon adverfaire par toutes les
chicanes qu'il put inventer. Quintius ,
laffe des mauvais procédés de Navius ,
peut-être auffi plus pareffeux & moins
actif que lui , ceffa de fe défendre : il
pouffa même la fécurité , jufqu'à fe
laiffer condamner par défaut.
Quelque temps après Quintius revenu
de cette efpéce d'affoupiffement
foit de lui-même , foit par les confeils
'de fes amis , voulut recommencer à
pourfuivre Nævius pour le contraindre
à faire le partage de la façon dont il
le defiroit.
Mais l'affaire avoit bien changé de
face ; & Nævius qui avoit obtenu une
Sentence qui le mettoit provifoirement
en poffeffion des biens conteftés , fe
mocquoit de tous les vains efforts de
Quintius. Celui-ci , pour comble de
malheur , n'avoit que deux moyens de
fortir d'embarras. Le premier , c'étoit
d'avouer pubiquement qu'il s'étoit laif-
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
fé condamner par défaut , & de donner
en même-temps caution de fe foumettre
au jugement à intervenir , quel
qu'il fût. Le fecond c'étoit de dépofer
une certaine fomme , en confentant à
la perdre , s'il ne prouvoit pas que
c'étoit
mal-à-propos que Nævius tiroit
avantage de la Sentence du Préteur ,
puifque ce Magiftrat n'étoit pas en droit
de lui adjuger la poffeffion des biens
qui faifoient la matière du procès.
Chacun de ces expédiens , rempli
d'inconvéniens devenoit également
redoutable pour Quintius. En fuivant
le premier parti , il fe couvroit de honte;
car dans ce temps là ceux qui fe laiffoient
condamner par défaut étoient
deshonorés. En prenant le fecond , il
perdoit , pour ainfi dire , fon fon rang dans
la procédure , puifque de Défendeur
qu'il étoit , il devenoit néceffairement
Demandeur.
Il préféra pourtant ce dernier parti ,
comme le moins dangereux. Il donna
caution ; il fe fit nommer un Juge par
le Préteur , à qui les droits de fa charge
donnoient cette fonction . Le choix de
ce Magiftrat tomba fur le grave Jurifconfulte
C. Aquillius Gallus , Perfonnage
auffi recommandable par fes proJUIN.
1764. 9
fondes lumières , que par fon intégrité
irréprochable. Celui - ci s'affocia trois
autresJurifconfultes , P. Quintilius , M.
Marcellus , & L. Lucilius ; & ce fut
devant eux que Cicéron prononça fon
plaidoyer , à huis clos à huis clos , comme c'étoit
la coûtume pour ces fortes d'affaires .
Le fonds de la queftion étoit de fçavoir
fi Nævius avoit pu être mis légitimement
en poffeffion des biens de
Quintius , par la Sentence du Préteur ?
Ciceron foutint la négative , & il la
prouve par des raifonnemens auffi folides
qu'éloquens. Ce difcours quoique
plus foible que ceux qu'il compofa dans
la fuite , lui fait pourtant beaucoup
d'honneur dans l'efprit des fçavans ; &
s'il n'eft pas d'un Orateur confommé , au
moins y reconnoit - on le germe des
talens fupérieurs que fon illuftre Auteur
fit briller dans la fuite .
DÉFENSE de SEXTUS ROSCIUS
d'Ameries.
Tout le monde a entendu parler des
démêlés fanglans de Sylla & de Marius.
Le bonheur du premier voulut qu'il
triomphât de celui - ci ; & par un de ces
jeux bifarres de la fortune , Rome ſe vit
affervie tour-à -tour , par deux Citoyens
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
qui avoient protefté d'abord que l'intérêt
feul de la liberté Publique leur
mettoit les armes à la main. Sylla , plus
habile que fon ennemi , conferva tranquillement
fon autorité tant qu'il voulut
être le maître . Dans la fuite , quand il ne
daigna plus gouverner fa Patrie , il fe
retira couvert de gloire , fans appréhender
ce qu'un Tyran doit toujours craindre.
Heureux , s'il n'eût pas renouvellé
ces éxecutions affreufes , connues fous
le nom de profcriptions , qui mettoient
les armes à la main de la moitié des Citoyens
pour égorger l'autre ! Elles furent
caufe du malheur de Rofcius , & donnerent
occafion à Cicéron de prononcer
fon premier plaidoyer public l'an 673 de
la fondation de Rome , Sylla étant
alors Conful pour la feconde fois , avec
Qu. Metellus.
Sextus Rofcius , père de celui que
Cicéron défend , étoit un homme de
condition , lié avec les plus honnêtes
Citoyens & reçu avec plaifir dans les
meilleures maifons de la Ville . Poffeffeur
d'un bien confidérable , fa dépense étoit
pourtant des mieux réglées ; il jouiffoit
de la meilleure réputation. Attaché d'ailleurs
au parti des Nobles que Sylla pro
tégeoit , il m'avoit rien à craindre du
JUI N. 1764. I I
vainqueur. Son fils unique, nommé comme
lui Sextus Rofcius , ( c'eft de lui dont
il est queftion ) étoit un de ces génies
épais , peu propres aux affaires , quoique
capables de s'acquitter avec un certain
fuccès des ouvrages méchaniques.
Son père qui connoiffoit fon caractère
le tenoit affez ordinairement à une
maifon de Campagne, proche d'Ameries,
petite Ville , où il réfidoit communément
quand il n'étoit pas à Rome.
Un foir , qu'il revenoit affez tard de
fouper , il fut affailli vigoureufement
par plufieurs affaffins aux environs du
mont Palatin. Après une réfiftance
affez longue & malheureuſement inutile
, il tomba fans vie ; & ceux qui la lui
avoient arrachée s'éloignerent promptement.
La nouvelle s'en répandit bien - tôt :
elle fit pendant quelques momens l'hiftoire
du jour , & puis on finit par l'oublier.
Rofcius étoit riche : il avoit deux
parens affez proches & qui portoient
fon nom , avec qui des raifons d'intérêt
l'avoient brouillé depuis longtemps.
Ces deux Rofcius étoient d'ail
leurs deux fcélérats publiquement reconnus
pour tels , jufques - là que l'un
des deux paffoit pour un Gladiateur
A vj
12 MERCURE DE FRANCE .
déterminé. Ils ne voyoient pas fans envie
la fortune brillante de Rofcius ; & ce fur
pour s'en mettre en poffeffion, qu'ils
réfolurent de perdre du même coup &
le père & le fils .
"
On voit que ce complot déteftable
avoit déjà eu des commencemens affez
heureux ; quand un Citoyen obfcur
nommé Erucius alla mettre le nom du
mort fur la lifte des Profcrits. Ce fut
fans doute à l'inftigation de Chryfogonus
affranchi de Sylla , qui jouiffoit de toute
la faveur de fon Maître , & dont l'infolence
ne pouvoit être comparée qu'à
l'énormité de fon crédit. Les biens de
Rofcius le tentoient , & il vouloit les acquérir
à bon compte quand on les vendroit
à l'enchère comme tous ceux des
Profcrits. Cryfogonus réuffit & les
biens de Rofcius lui furent adjugés à un
prix fix fois au- deffous de leur valeur,
L'injuftice parut criante , & révolta
tout le monde. Les deux Rofcius penferent
à faire jouer une autre batterie.
Ils prirent le parti d'intenter un procès
criminel à Sextus Rofcius le fils , &
de l'accufer de parricide. Quelque deftituée
de vraisemblance que fût cette
accufation , elle fit impreffion par fon
atrocité : peut- être même Sylla appuyaJUI
N. 1764 . 13
t-il fourdement les bruits qui coururent
alors. L'affaire fut réglee , les Juges
nommés , les témoins entendus . Cicéron
prit en main la défenſe de Rofcius , &
fon éloquence victorieuſe >
en couvrant
de honte les ennemis de ces infortuné
lui conferva l'honneur & la vie.
Son Difcours eft un modéle de bon
fens & de raifonnement. Il eft difficile
de réunir à un plus haut degré les fleurs
brillantes qui charment l'efprit , & le
fentiment affectueux qui perce le coeur
& qui arrache des larmes . ( b )
(b ) On remarque que Cicéron fait fouvent
ufage dans ce Difcours de la figure nominée
Amplification par les Rhéteurs. Pour exprimer
par exemple l'avidité de Chryfogonus & fon acharnement
impitoyable à dépouiller le malheureux
Rofcius , il dit qu'il ne lui laiffoit pas même la
liberté de marcher fur le chemin qui conduifoit au
tombeau de fonpère . Cette image eft grande , &
peint à merveille l'horrible brigandage du Favori
de Sylla. Un de ces Sçavans en us , qui , Commentateurs
ennuyeux , avec beaucoup de mérite
pourtant , veulent trouver des fens cachés partout
, nommé Facciolatus , abandonne le fens
figuré , & prouve avec pefanteur que cette phra
fe doit s'entendre au propre. Je ne puis m'ima
» giner , dit-il , que Cicéron fe ferve en cette occafion
d'une Figure de Rhétorique.J'aime mieux
croire qu'il parle férieufement , d'autant plus
» que la fépulture de Rofcius étant fituée dans
14 MERCURE DE FRANCE .
PLAIDOYER pour le Comédien
Qu . ROSCIU S.
L'éloge le plus complet & en même
temps le plus vrai qu'on puiffe faire du
Comédien Rofcius , c'eft celui que fait
de lui Cicéron dans le Difcours qu'il
prononça en fa faveur. Ce Rofcius ,
», dit- il aux Juges , eft fi habile dans fon
» art , qu'il eſt le feul homme digne
» de paroître fur la fçène : mais il eſt
» auffi tellement homme de bien , qu'il
» paroît feul digne qu'on l'empêche d'y
» monter.
4
Voici ce qui donna occafion à fon
démêlé avec Cherea fon adverfaire.
Ce Caïus Fannius Cherea avoit un Efclave
nommé Panurgus , en qui il crut
fa
terre ,
& la terre
ayant
été vendue
à Chryfogonus
, ce dernier
étoit
maître
du chemin
en
queftion
, & pouvoir
, s'il le jugeoit
à propos
,
empêcher
de marcher
deffus
. Une loi expreffe
lui en donnoit
le droit , à moins
quil ne fût
du nombre
de ceux que fe réſervoit
le vendeur
; exception
dont je ne vois pas que Rofcius
ait fait ufage. On ne fe per mer de relever
une pareille
puérilité
, que pour
donner
un
exemple
des inutilités
fçavantes
dont
fourmillent
la plupart
des Commentaires
, Croiroit
-on
après
cela que ce Facciolatus
eft un des plus ef
timés , & qu'il mérite
de l'être.
JUI N. 1764. IS
remarquer d'heureuſes difpofitions pour
le Théâtre. Il le mit entre les mains de
Rofcius pour les cultiver , en s'obligeant
à partager avec lui le gain que pourroit
produire le talent de l'Efclave. A
quelque temps de là , comme il commençoit
à donner à fon Maître des
efpérances flatteufes de fe voir bientôt
récompenfé & dédommagé de fes
peines , il fut tué par un certain Flavius
, natif de Tarquinies , Ville affez
peu confidérable par elle -même , mais
que les Tarquins avoient rendue célébre.
Celui- ci , pourfuivi par Rofcius ,
éluda fous différens prétextes le payement
de la fomme qu'il lui demandoit
à titre de réparation de dommage ; de
forte que notre . Acteur fut obligé de
fe rejetter fur Fannius qui évita longtemps
fes pourfuites , & ne paya qu'à
la dernière extrémité & quand il fe vit
contraint de façon à ne pouvoir plus reculer.
Cicéron fe chargea d'en faire la
demande aux Juges , au nom de Rofcius
, & il s'en acquitta fi bien , que
Cherea ne put lui rien refufer.
Ces deux mots fuffifent pour mettre
au fait de l'hiftoire de ce difcours
affez peu confidérable aujourd'hui. Ce
qui nous en refte , fait conjecturer qu'à
4
16 MERCURE DE FRANCE.
peine en avons-nous la fixiéme partie.
Ces pertes en font de véritables aux
yeux des Gens de Lettres , & de tous
ceux qui fçavent apprécier au juſte
le mérite fingulier du célébre Orateur
Romain.
L'hiftoire complette de tous les Difcours prononcés
dans la grande affaire de Verrès , au
Mercure prochain .
ODE IX. du troifiéme Livre des Odes
d'HORACE.
DONEC gratus eramtibi ,
Nec quifquam potior brachia candide
Cervici Juvenis dabat ;'
Perfarum vigui rege beatior.
Donec non aliâ magis
Arfifti ; neque erat Lydiapoft Chloën ;
Multi Lydia nominis
Romana vigui clarior Iliâ.
Me nunc threffa Chloë regit ,
Dulces docta modos & cithara fciens į
Pro quâ non metuam mori ,
Si parcent animæ fata fuperftiti.
JUIN. 1764. 17
Me torret face mutua
Thurini Calaïs filius Ornithi ;
Pro quo bis patiar mori ,
Si parcent puero fata fuperftiti.
Quid, fi prifca redit Venus ,
Diductofque jugo cogít aheneo ?
Si flava excutitur Chloë ,
Rejectaque patet janua Lydia ?
1
Quanquam fidere pulchrior
Ille eft tu levior cortice , & improbo
Iracundior Adriâ ;
!
Tecum vivere amem tecum obeam libens.
"
TRADUCTION.
L'AM AN TUA
317
Tant que je fus chéri de toi ,
Qu'aux yeux de mes rivaux tes bailers pleins de
Alâme ,
M'atteftoient ton amour , l'imprimoient dans
mon âme ;
Nul ne fut plus heureux que moi.
L'AMANTE.
Tant que tu me gardas ta foi ,
Que tu ne vis Chloë qu'en regrettant Lydie ;
Mars en s'uniffant à Sylvie ,
La rendit moins célébre & moins fière que moi,
18 MERCURE DE FRANCE.
L'AMANT.
Chloë me tient fous fon empire ,
Chloë dont chacun vante & la voix & la lyre :
Que la Parque s'occupe à racourcir mesjours,
Et des fiens refpecte le cours.
LAMANTE.
Je brûle pour Daphnis , il brûle pour Lydie ,
Et rien n'égale nos amours :
Que la Parque deux fois me prive de la vie ,
Et deux fois refpecte les jours.
LAMANT.
Si ma flamme fe renouvelle ,
Si des noeuds éternels me rejoignent à toi ,
Si Chloë n'est plus rien pour moi ,
Si je t'ouvre mon coeur , & le ferme pour elle
L'AMANTE.
Daphnis eft plus brillant que la voute azurée
Toi , plus léger que l'air , plus fougueux que
Borée ;
*
Mais je préfére à tout la tendre & douce loi
De vivre ton amant , & mourir avec toi.
Par M: V... de M....
JUI N. 1764. 19
A Mlle de G ....
N dit qu'Amour eſt un Enfant , Bergère ;
Qu'il eft trompeur , inquiet & plaintif ,
Que la douceur eſt fauffe & paffagère ,
Et le moment d'en jouir , fugitif.
Mais dans ma tendreffe éternelle ,
Dans tes charmes , dans mon bonheur ,
Rien ne me peint , ni me rappelle
Un enfant , ou bien un trompeur.
Qui fit ce portrait infidéle
Ne connut ni toi , ni mon coeur.
Par M. LEGIER.
VERS à Mde D. S. qui quêtoit dans
la Semaine Sainte.
PARTEZ , partez , belle Quêteuſe.
De votre quête heureuſe
On pourroit racheter
1
Les captifs de plus d'un Corfaire ....
Mais hélas ! qui pourroit compter
Tous ceux que vos beaux yeux font faire?
Par M. S. C.
20 MERCURE DE FRANCE.
L'AMOUR MALHEUREUX ,
POEM E.
Purssi la paffion qui conſume ma vie
Répandre fur mes vers fa fublime énergie ,
Les échauffer du feu que l'ennui , le malheur ,
L'ingratitude encor plus fenfible à mon coeur
N'ont pû , depuis trois ans , éteindre dans mes
veines !
Du véritable Amour je vais chanter les peines.
*
Ces Sauvages captifs dont les vainqueurs
cruels
S'apprêtent à verfer le fang fur les Autels ,
Le front chargé de fleurs , marchant au facrifice ,
Chantent un hymne aux Dieux Auteurs de leur
fupplice.
"Cruelle Ménalie ! ainû mes triftes airs ,
Adrefiés à l'Amour dont je porte les fèrs ,
Font retentir fon Temple où j'expire en victime.
Sur l'Océan du Monde il eft plus d'un abîme.
A des courans divers nos vaiffeaux expofés
Sur différens écueils rifquent d'être brifés.
Toutes les paffions , les foibleffes humaines,
* Tout le monde connoît cet ufage barbare établi
chez les Américains & chez d'autres Peuples
encore
JUI N. 1764.
27
Pour nos coeurs, je le fais , font autant de Syrènes,
Le Miniſtre éxilé calcule avec horreur
Les affronts dont jadis il paya fa faveur ;
L'avide Commerçant affailli par l'orage
Ne veut plus s'enrichir au péril du naufrage ,
Et le vieil Officier privé de penfion
Déclare que la gloire eft une illufion ....
Sans doute : mais l'Amour , l'Amour n'en eft
pas une
Que me font les honneurs , la gloire, la fortune?
Ces brillans font trop faux pour pouvoir éblouir
L'oeil d'un Sage fenfible & qui cherche à jouir.
Il eſt une Déeſſe en tous lieux révérée ,
Par les Humains ingrats fouvent défigurée :
Son trône eft la Nature , & fous des noms divers
Elle anime , conferve & régle l'Univers :
Dans fes propices mains et une chaîne immenfe
Que nous enfanglantons , & que fa bienfaiſance ,
Lorſque les paffions en brifent quelqu'anneau ,
Ne fe laffe jamais de ferrer de nouveau.
Cette Divinité , l'objet de mon hommage,
Dont l'homme eft à la fois & le temple & l'ou
vrage ,
Qui fit chérir les loix & la fociété ,
C'eſt la Fille du Ciel , la fenfibilité ;
Digne de notre encens , quand ſa vertu féconde
Entretient & conduit le fyftême du mondes
Plus adorable encor ,plus fûre de fes droits ,
22 MERCURE DE FRANCE .
Lorſque l'oeil d'une femme aux coeurs dicte ſes
loix.
C'est là que pour me vaincre elle établit ſon
Trône ;
Les roſes du Printemps brilloient ſur ſa couronne ;
Et toutes les vertus de cet âge charmant
Rendoient fes coups plus fûrs , & mon danger
plus grand.
Je cédai ; je fentis que j'avois un coeur tendre.
Eh ! quel autre à ma place eût pû mieux fe défendre
?
Quel autre eût vu fans trouble & fans raviſſement
Dans un coeur vertueux germer le fentiment ?
L'Élève de Boucher , parcourant dès l'Aurore
Les vergers de Pomone ou les jardins de Flore ,
Parmi tous les objets dignes de fon crayon ,
Define cette roſe hier encor bouton .
Ouverte avant le jour , elle étoit déjà belle ;
Mais le Soleil lui prête une couleur nouvelle ;
Il échauffe fon fein , l'aide à s'épanouir
Et de tous fes amans éveille le defir.
D'une fille à quinze ans cette rofe eft l'image.
La froide indifférence eft la nuit du bel âge.
Pour toi , je m'en fouviens , j'ai vu naître de jour §
J'ai vu briller tes yeux des rayons de l'Amour ;
Je l'ai vu , Ménalie , animer tous tes charmes ;
Dans ton fein étonné répandre fes allarmes s
Faire base ton coeur & colorer ton front....
Jamais de mon efprit ces traits ne fortiront ;
JUI N. 1764 . 23
Je n'oublîrai jamais qu'au printemps de ma vie ,
J'eus les premiers foupirs du coeur de Ménalie ;
Que du plus rendre amour l'heureuſe illufion
Des plus purs fentimens fçella notre union.
Que nos defirs portés fur des aîles de flâmes ,
Sans refter dans nos fens , alloient brûler nos
âmes ....
Vous ne m'entendrez point , trifte voluptueux
Sybarites chargés d'un ennui faftueux ,
Qui prenant pour l'amour des befoins périſſables
Nous vantez vos plaifirs , & vivez miférables ,
Et n'ayant que des fens pour goûter le bonheur,
Les émouffez encor par un abus trompeur :
Vous ne m'entendrez point , quand mes plaintes
amerès ,
Rappelleront en vain ces faveurs paffagères ,
Ce bonheur innocent qu'autrefois j'ai goûté.
Mais vous , ô vrais amans , qui m'avez imité ,
Qui d'un coeur vertueux avez eu les prémices ;
Vous connoîtrez s'il eft de plus cruels fupplices
Que la perte d'un bien hélas ! fi précieux.
Que l'avare Lais dupe un vieil amoureux ;
Que la femme galante étende ſes conquêtes ;
On doit s'attendre à tout des âmes malhonnêtes
Tôt ou tard l'intérêt ou le plaifir féduit
1
Le coeur qu'un vil métal ou les fens ont conduit.
Mais d'une jeune amante, au fein de l'innocence
Après tant de faveurs , éprouver l'inconftance!
Ceftun exemple affreux pour l'homme corrompu
24 MERCURE DE FRANCE.
Et qui peur dégoûter de fuivre la verta.al
De quoi me fervira d'éviter l'artifice ,"
Si la probité même a les dangers du vice ?
Qu'on ne me parle plus de vertu , de candeur !
Elles n'éxiftent pas , ou fervent au malheur.
Mélanie à mes yeux en étoit le modèle :
Je l'aimai.... malheureux ! j'aimois une infidelle
Hélas , je l'aime encor i un défefpoft affreux ,
En éteignant mes jours , n'a point éteint mes feux.
Ah ! s'il eft un bonheur , & qu'on puille y prétendre
,
Amour , eft- ce de toi que nous devons l'attendre ?
5.12
Par Auteur de PEpitre à Mélanie..
avoit
VERS pour un Ami de l'Auteur , qu'une
jeune Demoiselle qu'il aimoit
mis, en badinant, à la porte, le premier
jour de Mais jeb b Mesenfounòb elo ví
( C'est l' Amant qui parle à ſa Maîtreſſe. )
Au temps jadís , quand un Amant courtois ! any
Alloit offrir à la jeune Maîtreffe he tieb t
he'½ rob nt
Un beau Mai verd , gage de fa tendrelſe ;
Le tendre objet qui lui donnoit des loix ,
Ne recevoke
oursde la forte , ale sin
Et le Mai feul étoit mis à la porte.bni sérunt,
Parle même.
LES
JUI N. 1764. 25
LES DEUX PRIX ,
LA
CONTE ,
Tiré d'un Manufcrit Grec.
A Theffalie eſt le véritable Elifée de
la Gréce , le féjour du repos & des plaifirs.
La Nature n'y paroît que fous l'extérieur
le plus féduifant ; elle y feme avec
profufion les riches tréfors qu'elle n'étale
ailleurs qu'avec réferve . Jupiter fe plaît
fur la cime du Mont Olympe ; Minerve
parmi les rochers de l'Attique ; Diane
au fein des forêts de l'Elide ; Mars
dans les plaines de la Thrace ; Vénus
dans les bofquets de Cythère &
l'Amour dans les délicieux vallons de
Tempé. Jamais ces beaux lieux ne rétentiffent
que du fon paifible des flûtes &
des mufettes. Jamais le Pénée qui
arroſe la Theffalie , ne vit fur fes bords
que des Amans fortunés.
›
Therfandre & Doris étoient l'un &
l'autre. Chaque jour l'Aurore les voyoit
aux pieds d'un Autel dédié à l'Amour,
Voici les voeux qu'ils adreffoient à ce
Dieu leur unique maître.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
» Souverain de notre âme , Arbitre
» du bonheur de nos jours , daigne
» en remplir tous les inftans. Ceux qui
» ne te feroient pas confacrés feroient
» perdus pour nous. Ceux dont tu
difpofes font les feuls dont nous
» jouiffions. Fais que Doris difoit
» Therfandre , n'écoute jamais aucun
» des rivaux que fa beauté m'attire. Fais
» que Therfandre, difoit Doris, me trou
» ve toujours plus belle que toutes mes
» rivales ; & tous deux ajoutoient en-
» femble : » fais que nous méritions
» de fervir de modéle aux Amans qui
» doivent naître après nous.
"
Therfandre & Doris avoient de quoi
fe raffurer contre l'inconftance. La
Theffalie entiere n'offroit rien d'auffi
parfait que ce jeune couple. On eût
dit que la Nature , en les formant , avoit
prévu les deffeins de l'Amour . On eût
dit que l'Amour , en les uniffant
n'avoit fait qu'obéir à la Nature .
Doris n'en étoit qu'à fon troifiéme
luftre . Aux grâces touchantes & ingénues
de cet âge , elle uniffoit les
charmes féduifans d'une beauté accomplie.
L'éclat du lys & de la rofe le
céde à l'éclat de fon teint. L'aftre de
Vénus brille moins au milieu de la
JUI N. 1764 .
27
nuit que les yeux de Doris au milieu
du jour. Ses regards paffent jufqu'à
l'âme ; fon doux fourire femble l'appeller
; toute fa perfonne eft animée par
les Grâces. Les plus belles Theffaliennes
évitent fa rencontre ; elles ont foin
furtout d'en préferver leurs Amans..
Il eft difficile de la voir & de refter
fidéle à toute autre. Mais Doris ne
vouloit de fidélité que dans Therfandre.
C'étoit à lui feul qu'elle vouloit plaire :
c'étoit lui feul qui pouvoit la fixer.
Doris jettoit- elle les yeux fur le criftal des
fontaines ? c'étoit pour y voir ſi ſes
charmes avoient toujours de quoi captiver
Therfandre. Doris cueilloit - elle
des fleurs fur les rives du Pénée ? c'étoit
pour en orner Therfandre , ou pour
s'en parer à fes yeux .
Le jeune Theffalien répondoit à tant
d'amour par un Amour égal , un amour
qui ne pouvoit ni diminuer ni s'accroître.
Sa vue occafionnoit mille infidélités
; fon coeur n'étoit le complice
d'aucune. Abfent de Doris , il ne de
firoit qu'elle , avec elle il ne defiroit
plus rien. L'un & l'autre fuyoient les
lieux trop fréquentés ; mais ils les
fuyoient enfemble. Ceux où ils pouvoient
être feuls étoient toujours ceux
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
·
qui les charmoient davantage. En vain ,
difoit Therfandre à Doris , en vain la
blonde Ifméne & la brune Zirphé s'égarent-
elles fouvent de leur route , & fe
trouvent , comme par hazard , fur la
nôtre ; leurs charmes ne peuvent arrêter
mes regards ; je ne les apperçois que
pour mieux fentir combien elles vous
cédent ; je les fuirois fi elles avoient
quelque chofe à vous difputer.
Un feul point troubloit la félicité de
ces deux amans. Ils ne pouvoient être
unis par les noeuds de l'hymen qu'après
une cérémonie confacrée par l'ufage
& les loix du païs. Elle fe renouvelloit
tous les ans , & ce tems étoit prochain.
Elle confiftoit à couronner de myrthes &
de fleurs la plus belle des Theffaliennes
& le Theffalien le mieux fait : elleconfiftoit
furtout à unir pour jamais le couple
couronné ; union que n'avoit pas toujour
précédé celle des coeurs & qu'elle
ne fuivoit pas toujours. Bien des fois l'a
mour gémit de cet ufage. Bien des fois
cet ufage rompit les deffeins de l'amour.
Therfandre & Doris étoient ceux qui
en devoient le moins redouter les fuites ;
cependant ils les redoutoient. La crainte
l'emportoit en eux fur l'amour - propre .
Therfandre n'ofoit fe flatter d'avoir le
prix & ne doutoit pas que Doris ne
JUIN. 1764. 29
l'obtînt. Doris croyoit déjà voir couronner
Therfandre, & quelqu'une de fes
rivales . Fous deux ainfi craignoient
d'être bien-tôt féparés. En vain chaque
naïade offroit à la jeune Theffalienne un
miroir propre à la raffurer : elle ne s'y
contemploit qu'avec déñance , elle fe
trouvoit moins belle de jour en jour. Par.
la même raiſon , les charmes les plus.
médiocres dans toute autre lui fembloient
devoir l'emporter fur les fiens.
C'étoit la première fois fans doute qu'une
jeune Beauté oublioit fes propres avantages
, la première fois , fur-tout , qu'elle
apprécioit trop ceux de fes rivales . On
a déjà vu que Therfandre jugeoit auffi
modeftement de lui même. Il eût voulu
pouvoir éloigner cette fatale cérémonie.
Ce feroit , difoit- il , retarder le triomphe
de Doris : mais dois- je fouhaiter que
Doris triomphe fi je ne partage moimême
fa victoire ? Si cette victoire qui
l'attend , doit pour jamais nous féparer ?
Peu s'en falloit qu'il ne regrettât que
Doris eût tant de charmes. Il defiroit
qu'elle pût trouver des rivales ου
plutôt qu'elle ne s'expoſât point à la néceffité
de les vaincre.
Doris ,qui avoit les mêmes craintes ,
formoit en fecret les mêmes voeux. Les
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
"
âmes de ces deux amans étoient d'accord
avant que leurs bouches fe fuffent expliquées.
Ce fut Doris qui rompit le
filence la première. Voici ce qu'elle
difoit à fon amant qui l'écoutoit , l'admiroit
& l'adoroit.
Le jour approche , mon chèr Therfandre
, ce jour où la JeuneffeTheffalienne
doit accourir en foule aux Temples de
Vénus & d'Apollon. Bien-tôt vont le
diftribuer ces prix que la vanité recherche
& que l'amour doit dédaigner.
Votre victoire n'eft pas douteufe ; mais
la mienne peut l'être , une de mes compagnes
peut m'être préferée, & vous-même
alors feriez contraint de me la préférer
. Ce dernier malheur eft le feul que
je redoute : ayons le courage de le prévenir.
Peu m'importe que la Grece entiere
me croye dépourvue de charmes :
je ne veux être belle qu'aux yeux de
Therfandre. Je vais réjouir la jalouſe
Dircé en publiant qu'une maladie fubite
a défiguré mes traits au point de me réduire
à les cacher. Je ne crains pas de
trouver d'incrédules .
Ah ! s'écria Therfandre , pour foupçonner
un tel facrifice il faudroit foimême
en être capable ; il faudroit avoir
l'âme de Doris , il faudroit avoir fon
JUI N. 1764. 31
amour.Jugez de mes tranfports , ajoutat-
il en tombant à fes genoux ! je le défirois
ce facrifice ; mais je n'ofois l'éxiger
: trop für de vos fuccès , je doutois
de plus en plus des miens. Le moindre
de mes rivaux me fembloit redoutable.
Tout amour-propre ceffe quand il s'agit
de s'expofer à vous perdre. C'en est fait ;
nul hazard ne pourra plus nous féparer.
Je vais feindre comme vous ; je vais
fuppofer qu'un accident funefte m'interdit
les moyens d'afpirer au prix. Eh!quel
autre prix pourroit me flatter après
celui que Doris m'affure ?
Cette explication rendit le calme aux
deux amans. Ils ne fongerent plus qu'à
effectuer leur projet. Le bruit courut dès
le jour fuivant que Doris étoit menacée
de perdre la vue. Cette nouvelle réjouit
plus d'une belle Theffalienne. Telle qui
auparavant n'ofoit pas même fonger au
prix , ofa dès-lors y prétendre & fe le
promettre. Peu importoit au plus grand
nombre que leurs amans fuffent préférés
; elles n'ambitionnoient cette préférence
que pour elles -mêmes ; elles ne
craignoient pas d'époufer l'amant d'une
autre. Quelques- unes redoutoient cet
échange mais elles ne pouvoient fe
refoudre à n'en pas courir les rifques :
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
d'autres ne fe perfuadoient pas qu'il
pût y en avoir ni pour elles ni pour leurs
amans.La feule Doris, le feul Therfandre,
s'aimoient affez pour ignorer tous leurs
avantages : ils ne vouloient point faire
dépendre du hazard un bonheur qui ne
dépendoit que deux -mêmes . Therfandre
à fon tour prit des mefures pour s'éxemp
ter du concours . Il attaque un Sanglier
furieux , le tue ; mais il feint d'être luimême
fort bleffé. Au bout de quelques
jours on publie par fon ordre que cette
bleffure le prive pour jamais de l'ufage
d'un bras , & par la même raifon du droit
d'afpirer au prix . Cette nouvelle fuppofition
trouve auffi peu d'incrédules
que la première.
Alors on vit s'accroitre & le nombre
& l'efpoir des concurrens . Nul d'entre
eux ne foupçonnoit le ftratagême , tous
avoient intérêt de ne point s'y oppofer.
Un feul néanmoins s'affligeoit de l'évenement.
Ce n'étoit point comme ami
de Therfandre , c'étoit comme fon rival.
Il aimoit Doris qui ne l'avoit jamais favorifé
d'un regard : mais tant de rigueur
ne diminuoit ni fes efpérances ni la bonne
opinion qu'il avoit de lui - même . Il fe
croyoit affuré du prix : il ne doutoit pas
que Dorisn'obtint le même avantage fur
JUI N. 1764. 33
fes rivales Doris par cette raifon ne
pouvoit éviter d'être à lui. Ainfi raiſonnoit
Eurilas , c'étoit le nom du Theffalien
présomptueux . Il attendoit avec la
plus vive impatience le jour qui devoit
éclairer fon triomphe. Il apprit alors
que Doris étoit forcée de renoncer au
fien , qu'elle n'avoit plus droit d'y prétendre
. A cette nouvelle fa douleur furpaffa
de beaucoup fon amour. Il aimoit
Doris parce qu'elle étoit la plus belle
des Theffaliennes ; c'étoit fa beauté
feule qu'il aimoit. Quelques agrémens de
plus dans une autre l'euffent arraché à la
première. La fource de fon déplaifir étoit
que Doris ne pût être ni effacée ni remplacée.
Il trouva un autre fujet d'affliction
dans la bleffure de Therfandre, qu'il
croyoit réelle. Cétoit une fleur de moins
à fa couronne, une victoire affurée que
la fortune lui enlevoit. L'amour-propre
étoit l'unique fource des defirs & des
regrèts d'Eurilas.
Bientôt mêmeil foupçonna que Doris
& Therfandre pouvoient être d'accord
& feindre des maux qu'ils ne reffentoient
pas. Ils craignent, difoit-il , d'être féparés ,
& c'eft moi feul qui caufe cette crainte.
Alors il fonge à vérifier ce doute , à prévenir
le farcin qu'on prétend lui faire..
By
34 MERCURE DE FRANCE .
Il y avoit dans cette contrée un Vieillard
iffu de la race d'Efculape & qui
avoit hérité de fa fcience . Les triftes &
nombreux accidens qui affligent l'humanité
fembloient fuir devant lui . La confiance
renaiffoit à fon approche , & cette
confiance n'étoit point trompée . Ce fut
lui qu'Eurilas voulut d'abord confulter ,
& voici comment il raiſonnoit : fi Therfandre
& Doris , difoit- il , font entre
les mains de ce Vieillard , leur guériſon
eft prèſque affurée : fi , au contraire , ils
n'ont pas eu recours à lui , c'eſt qu'ils
redoutent fa pénétration . Il arrive chez
Eurimaque , ainfi fe nommoit l'héritier
du Dieu d'Epidaure , il lui parle de Doris
& de Therfandre. Ce n'étoit pas la première
fois que ces deux noms avoient
frappé les oreilles d'Eurimaque ; mais
ni Therfandre , ni Doris n'avoient
jamais eu recours à fon art. La natuie
avoit joint en eux les heureux tréfors
de la fanté aux dons brillans des
grâces perfonnelles. Eurimaque s'attendrit
au récit d'Eurilas . Je fais , lui
dit- il , ce qu'on publie à la louange de
ce jeune couple : fon double accident
m'afflige. Puiffe mon art lui être de
quelque utilité ! C'étoit offrir à Eurilas
une faveur qu'il s'apprêtoit à demander.
ན་
JUI N. 1764. 35
Il détermine facilement le Vieillard à le
fuivre. Tous deux s'avancent vers la
demeure de Doris.
Les deux amans s'applaudiffoient de
leur feinte. Ils jouiffoient de l'erreur
qu'elle avoit caufée ; ils fe promettoient
d'en jouir encore mieux par la
fuite. Après un régime & des fecours
fimulés , ils reprirent leur conduite ordinaire.
Ils ne foupçonnoient pas qu'aucun
Theffalien , qu'aucune Theffalienne
ofaffent les contredire & cherchaffent à
divulguer leur fecret. Chaque jour ils fe
rendoient enſemble au fein d'un vallon
paifible & ifolé. Doris avoit les yeux
couverts d'un bandeau ; Therfandre lui
fervoit de guide , & lui - même avoit
le bras foutenu par une écharpe ; mais
l'écharpe & le bandeau ne reftoient pas
toujours attachés : fouvent Therfandre
faifoit ufage de fes deux mains pour
preffer les mains de Doris , pour la parer
des plus belles fleurs que le Pénée voit
éclore fur fa rive . Souvent Doris attachoit
furTherfandre des yeux dont l'éclat
brilloit au loin & étoit bien propre à démentir
le malheur dont elle fe plaignoit.
Que ne vous dois-je pas ? lui difoit
un jour Therfandre , quel facrifice ne
me fait pas votre amour ? C'est peu de
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
renoncer au prix qui vous eſt dû ; vous
renoncez à l'honneur de paffer pour
belle , à l'avantage de le paroître : vous
cédez l'empire de la beauté à celles qui
ne devroient qu'embellir votre triomphe
! ... Mon cher Therfandre , interrompit
Doris , le feul empire qui me
flatte eft celui que vous me donnez fur
votre âme qu'il me refte , je n'en defire
, je n'en regrette aucun autre. Ah !
s'écria l'amoureux Theffalien , préfumez-
vous qu'il foit en mon pouvoir de
vous l'ôter qu'il foit même au vôtre
de le perdre ? Doris régnera fur_tous
ceux qui l'appercevront : elle ne fçauroit
fuir un regard fans renoncer à une
victoire. Que l'Amour en foit loué , reprenoit
Doris , j'aime fes dons pour
vous les offrir ; je regretterois de vous
offrir moins. Vous-même , mon cher
Therfandre , vous-même ne faites-vous
pas pour moi ce que je fais pour vous ?
Vos facrifices égalent ou furpaffent les
miens : puiffe votre fatisfaction egaler
la mienne !
A ce dernier difcours Therfandre ne
répondit que par des tranfports ; langage
toujours expreffif chez les vrais
Amans. Non , ajouta-t- il , mon bonheur
tel qu'il eft , ne peut s'accroître :
JUI N. 1764 . 37
nul autre foin ne peut le troubler.
Soyons heureux pour nous - mêmes ;
laiffons à d'autres le vain defir de faire
des jaloux.
Ce fut au milieu d'un pareil entretien
qu'Eurilas les furprit fans en être
fui-même apperçu. Ils n'étoient point
fur leurs gardes : les foupçons d'Eurilas
furent confirmés. Il étoit trop vain pour
témoigner un violent dépit. Il ne le fut
pas encore affez pour paroître tranquile.
Eurimaque arriva quelques inftans
après lui. Voyez , dit-il au vieillard ,
voyez ces deux Amans ; ils n'ont befoin
ni de mes fecours , ni des vôtres.
L'Amour dans cette contrée eft fécond
en prodiges : c'eft lui , fans doute , qui
vient d'opérer une fi belle cure.
Tandis qu'il parloit ainfi , Therfandre
& Doris continuoient à n'être occupés
que d'eux- mêmes : ils ne voyoient ni
Euritas ni Eurimaque. Ce fut Therfandre
qui les apperçut le premier. Il fçut
modérer fa furprife ; il feut même prévenir
Doris à temps du parti qu'elle
devoit prendre. C'étoit de paroître ne
rien voir. Tous deux ignoroient la profeffion
d'Eurimaque , & combien il
étoit difficile d'échapper à fes lumières .
Eurilas étoit celui qu'ils craignoient le
38 MERCURE
DE FRANCE.
plus. Cependant l'un & l'autre témoin
avançoient toujours . Ils arrivent. Le
bras d'Eurilas a déja repris l'écharpe.
Doris les regarde , mais fans qu'aucun
figne annonce qu'elle les apperçoit.
Telle Pigmalion vit d'abord fa ftatüe
avant que l'Amour l'eût animée en fa
faveur , telle parut Doris aux yeux d'Eurilas
& d'Eurimaque . Mais la mépriſe
ne pouvoit être longue. Le regard de
Doris pour être immobile n'en étoit
pas moins perçant. Le Soleil qu'aucun
nuage ne voile à nos yeux ne peut
nous dérober fes rayons : il nous échauf
fe malgré lui- même.
Non , s'écria Eurilas , de fi beaux
yeux ne peuvent être inutiles à Doris
ils ont trop de pouvoir fur les nôtres !
Ils font trop fentir à notre âme leur
vive & douce influence ! Vous en parlez
comme un Amant , lui dit Eurimaque,
& cette manière de voir a fon
mérite la mienne , d'ailleurs , s'accorde
avec la vôtre , Non , belle Doris , pourfuivit-
il , vous n'êtes point privée de l'ufage
de vos yeux. C'est ce qu'éprouveroient
& attefteroient en vous voyant
tous les Theffaliens ; c'eft ce qu'affirme
de plus ici un defcendant , un fucceffeur
d'Efculape
,
:
JUI N. 1764. 39
Ces derniers mots firent trembler &
Doris & Therfandre. Ils reconnurent
Eurimaque. Ils virent qu'une plus longue
diffimulation feroit inutile . Eh ,
comment pouvoir lui en impofer ? Les
maux réels ne lui réfiftoient pas des
maux fuppofés lui pourroient- ils faire
illufion ? Un autre motif excitoit encore
le zéle du vieillard. Il étoit du nombre
des Juges auxquels Therfandre cherchoit
à fe fouftraire. Il croyoit Apollon
même outragé par ce deffein . Jeune
homme , dit- il à Therfandre , apprends
à faire un autre ufage des faveurs
que la Nature & les Dieux t'ont bien
voulu départir : apprends que les mafquer
c'eft les méconnoître ; c'eft te
montrer ingrat envers ceux à qui tu
les dois. Ta modeftie eft un crime. Allez
, pourfuivit- il en s'adreffant au jeune
couple , allez difputer ou plutôt recevoir
le prix qui vous attend. Pourquoi vous
refufer à un triomphe certain ? Voiton
l'Aigle fuir le Soleil & les Colom→
bes le char de Vénus ?
Ce difcours fi flatteur pour Ther
fandre devoit peu flatter Eurilas : mais
fa vanité le raffuroit. Il jugea qu'Eurimaque
fe connoiffoit mieux en infirmités
qu'en agrémens. Lui-même exhorta fon
40 MERCURE DE FRANCE .
rival à mettre à profit les confeils du
vieillard.-
Il fallut que les deux Amans s'y déterminaffent
; mais ils ne le promirent qu'en
foupirant. Leur amour gémiffoit de fe
compromettre ainfi , leurs craintes fe
renouvelloient. En même temps s'évanouiffoient
les efpérances de la Jeuneffe
Theſſalienne. Tels à l'afpect du
Phénix , les autres oiſeaux reconnoiffent
leur infériorité . Ils l'entourent dans
un profond filence , & ceux qu'enorgueilliffoit
l'éclat de leur plumage perdent
toute leur fierté en contemplant
le fien .
Le feul Eurilas n'avoit rien perdu de
fa préfomption.. Il eût voulu pouvoir
hâter le jour du couronnement. Ce
jour enfin arriva , & Doris & Therfandre
frémirent. Doris dans ce moment
trouvoit que la Nature avoit bien peu
fait pour elle. Ce fut la première fois
qu'elle foupçonna que l'Art pouvoit
être employé ce fut même à regret
qu'elle n'en fit point ufage. L'onde jufqu'alors
lui avoit tenu lieu de miroir :
pour cette fois elle y en joignit un artificiel.
Ses yeux confultoient l'un &
l'autre avec inquiétude : ni l'un ni l'au-
N
JUI N. 1764. 41
tre ne les fatisfirent. Jamais Doris ne
s'étoit moins plû à elle-même ; jamais
elle n'efpéra moins plaire aux yeux
d'autrui.
Therfandre étoit dans la même fituation
, avoit les mêmes craintes pour luimême.
Il vit Doris , il fut ébloui . La
crainte de paroître moins belle fembloit
ajouter à fa beauté. Ah , lui dit- il , votre
triomphe n'eft que trop certain !
quelle rivale pourroit le balancer ? La
Couronne eft à vous ; mais , hélas !
dès ce moment peut - être ceffez- vous
d'être à moi !
Non , repliqua Doris , la victoire
que Therfandre me promer eft le
feul moyen de me conferver à lui. La
fienne eft affurée . Puiffe mon triomphe
n'être pas plus douteux ! ....
Doris ! interrompit vivement Therfandre
, vous outragez la Nature qui
épuifa fes plus riches dons en votre faveur.
Quel Tribunal pourroit n'en être
pas frappé ? Ce font , il eft vrai , des
femmes qui vous jugent ; mais vous
leur êtes trop fupérieure en attraits.
pour exciter leur jaloufie . Voit-on l'Aftre
de la Nuit rien difputer à celui du
Jour ?
Ecoutez moi , Therfandre , reprit Do42
MERCURE DE FRANCE.
ris : j'ignore fi mes avantages font tels
que vous les appréciez ; j'ignore le fuccès
qui m'attend ; mais fi la décifion du
Tribunal m'eft contraire ; fi même ,
par quelque injuftice , elle pouvoit ne
t'être point favorable , crois que je ne
furvivrois point au malheur d'être à
quelque autre qu'à toi.
Ah ! s'écria l'amoureux Theffalien , je
jure par Apollon & tous les Dieux de
l'Olympe , que s'il faut aujourd'hui met
lier à tout autre objet que Doris , la
mort au même inftant brifera ma chaîne ;
je préférerai le trépas à cette infortune.
Doris verfoit des larmes en écoutant
Therfandre, & Therfandreétoit hors delui
même. On vint les féparer on leur annonça
que l'heure de fe rendre au Temple
étoit venue . Quel moment ! Quelle
épreuve il fallut pourtant obéir. Déja
une foule immenfe occupoit les avenues
de l'un & de l'autre Temple , furtout
du Temple de Vénus. Déjà les plus belles
Theffaliennes y accouroient avec cet
empreffement que donne le defir d'une
Victoire flatteufe & brillante.
!
La blonde Ifmene s'avança la première.
Ses regards avoient la douceur des
rayons de l'aurore , fes traits plus d'agrément
que de régularité. On l'eût priſe
JUI N. 1764. 43
pour une Grâce , mais on ne l'eût jamais
prife pour Vénus.
La brune Zirphé parut enfuite . Sa
taille & fa démarche font celles d'une
Nymphe ; fon oeil lance les feux brûlans
du Midi. Il n'échauffe pas , il confume.
Zirphé a l'art de faire naître les defirs ;
- mais rarement elle infpire l'amour. On
- cherche àla vaincre plutôt qu'à lui plaire .
Dircé eût voulu devancer les deux
premières. Son foible eft de vouloir
dominer partour. On ne dira point qu'elle
manque de beauté , on ne dira pas que
Dirce foit belle . Son air impérieux nuit
à fes agrémens ; il effarouche le timide
effain des Grâces. Jamais Dircé ne mar
che en leur compagnie. On la prendroit
pour l'altière Junon qui vient non pas
difputer , mais éxiger la pomme.
Une foule d'autres Teffaliennes s'empreffoient
de paroître. Leurs charmes
réunis , mais prèfque tous différens
offroient la douce & riante variété des
fleurs d'un parterre.
Doris n'arriva que la dernière. Tous
les yeux , tous les coeurs volérent à fa
rencontre. Tous furent éblouis , tous
furent émus. On douta fi ce n'étoit point
Vénus elle-même qui alloit préfider en
perfonne dans fon Temple.
On vit les plus belles des afpirantes
44 MERCURE DE FRANCE.
rougir , pâlir à l'afpect de Doris , jetter
un coup d'oeil inquiet , tantôt ſur
elle , tantôt für le Tribunal qui devoit
apprécier leurs charmes . On vit ce
même Tribunal étonné qu'une même
perfonne réunît tant d'attraits , donner
de fubites marques d'admiration qui
valoient bien un jugement approfondi .
Cependant la cérémonie commença .
Elle confiftoit dans l'éxamen fcrupuleux
des charmes de chaque afpirante . Là, nulle
d'entre elles ne pouvoit recourir aux
preftiges de l'art. Pour paroître belle ,
il falloit l'être , il falloit même l'être dans
toute fa perfonne . Une tête plus qu'humaine
entée fur un corps défectueux ,
une taille divine dépourvue de la blancheur
& de l'embonpoint fuffifant ,
telles autres perfections accompagnées
de certains défauts , ne donnoient aucun
droit au prix . Il n'étoit dû qu'à
celles envers qui la Nature s'étoit montrée
en tous points libérale. Plus d'une
fois , cependant , il avoit fallu adoucir
la rigueur de cette condition ; quelquefois
on avoit pû s'y conformer.
On le pouvoit dans cette circonftance
bien plus que dans aucune autre.
C'étoit dans le fanctuaire même du
Temple que s'achevoit l'éxamen. ChaJUI
N. 1764. 445
que Beauté y parut fans voile , chaque
défaut put être apperçu ; rien ne pouvoit
en impofer aux yeux des Juges .
Rien ne leur en impofa. Toutes ces
jeunes Theffaliennes avoient eu part
aux dons de la Nature , mais ils différoient
dans prèfque chacune d'elles.
Aux unes , elle prodigua les charmes
que l'ufage laiffe en proie aux regards :
aux autres elle départit ceux qu'il oblige
de cacher. Leurs perfections réunies
euffent produit une beauté fans défaut ;
nulle d'entre elles ne pouvoit prétendre
à ce titre. Nulle , c'eſt trop dire.
Doris fit voir en elle feule tout ce
que fes rivales ne poffédoient qu'en
commun .
Il y avoit dans le fanctuaire une
Statue de la Déeffe . Le célébre Phidias
en fut l'Auteur. Il employa pour l'achever
toutes les reffources de fon
art , toutes celles que lui offrit la Nature.
Les plus rares Beautés de toute la
Gréce lui fervirent de modèle : mais
en ce moment l'on crut qu'il n'avoit
eu d'autre modèle que Doris.
Recevez cette Couronne , lui dit la
Grande Prêtreffe au bruit des acclamations
des autres Juges , régnez fur toutes
vos Compagnes. Elles ne doivent
46 MERCURE DE FRANCE.
1
peut vous cé- point en murmurer . On
der l'empire de la Beauté fans renoncer
à l'honneur d'être Belle.
Qui le croira ? les rivales mêmes de
Doris applaudirent à fon triomphe !
Il eft un point de fupériorité qui en
impofe à l'envie même. La jalouſe
Dircé l'éprouva : elle accourut , elle vint
la première offrir fon hommage à Doris.
Mais Doris ne jouiffoir pas encore de fa
victoire. Une crainte nouvelle agitoit
fon âme. Elle n'ofoit douter que Therfandre
n'obtînt le prix ; elle n'ofoit fe
promettre qu'il l'obtînt. La brigue pouvoit
l'en priver , fes Juges pouvoient
fe méprendre ; & dès- lors quel malheur
pour elle - même d'avoir été préférée !
On jugeoit fon deftin'digne d'envie
& elle craignoit d'envier bientôt celui
de fes rivales.
Cependant , on la couvre d'une robe
flotante & légère , telle que la portoit
Venus lorfqu'elle s'offrit pour la pre
mière fois aux regards d'Adonis . Mais
Vénus y parut fans voile , & Doris ne
devoit paroître que voilée aux yeux de
celui qu'une victoire pareille à la fienne
alloit rendre fon époux. Lui- même ne
devoit l'aborder que couvert de l'armure
qu'il venoit d'obtenir. Ce double
JUI N. 1764. 47
ufage fubfiftoit depuis l'origne des Prix,
On vouloit par-là nourir jufqu'après l'hymen
une incertitude fâcheufe mais
utile. Souvent elle fufpendit , la joie :
fouvent elle prévint la réfiftance .
L'autel où devoit être uni le couple
victorieux étoit placé au milieu d'une
avenue qui conduifoit d'un temple à
l'autre. Une fymphonie mélodieufe fut
le fignal pour s'y rendre . Doris friffonna
de nouveau. On la conduifoit en triomphe
; mais fes pas chanceloient : on
l'eût prife pour une victime dévouée à la
colère de Diane plutôt que pour une
favorite de Vénus. De fon côté le vainqueur
approchoit , conduit par les Prêtres
d'Apollon. Une foule immenſe de
fpectateurs contemploit cette cérémonie,
On chanta les hymnes de la Déeffe
& du Dieu qui préfidoient à ces myftères.
Vénus y étoit peinte. Apollon y
étoit peint. Tel eft Therfandre , difoit
Doris , en admirant le dernier tableau :
tel eft Therfandre ; pourroit- il n'être pas
couronné Mais en vain fes regards perçoient
le voile qui la couvroit : en vain
cherchoit- elle à démêler les traits de
l'époux qu'elle alloit fe donner : la vifière
de fon cafque entiérement baiffée trompoit
toutes les recherches . Elle crut voir,
48 MERCURE DE FRANCE .
cependant , les yeux du jeune Theffalien
occupés du même foin qui l'occupoit
elle-même c'étoit avec auffi peu
de fuccès d'une part que de l'autre .
Alors la grande Prêtreffe de Vénus
& le Chef des Prêtres d'Apollon , firent
approcher le jeune couple jufqu'au bord
de l'autel. On ne leur demanda point
s'ils vouloient être unis : l'ufage leur en
faifoit une loi irrévocable. Le grand
Prêtre joignit leurs mains : la Prêtreffe
les enchaînoit avec des fleurs : le peuple
formoit des voeux pour leur félicité. Euxmêmes
, cependant , n'ofoient encore
fe la promettre . Ce qu'ils éprouvoient ne
peut
fe décrire . La main de Doris trembloit
dans celle du jeune Theffalien : il
lui parut n'être pas moins agité. Hélas !
difoit intérieurement Doris
, quelle
fituation peut fe comparer à la mienne ?
Peut-être m'uniffai-je à Therfandre ?
Peut-être deviens- je la conquête ou
d'Eurilas ou de quelque autre : ce moment
décide pour jamais ou de mon
bonheur ou de mon infortune. J'ignore
ce qu'il me réferve , & je n'ofe ni témoigner
trop d'empreffement , ni marquer
trop de répugnance.
Doris balançoit encore , & déja elle
n'étoit plus libre. Déja elle avoit un
époux
JUI N. 1764:
49
époux fans le connoître , fans en être
connue. Mais ce mystère alloit enfin s'éclaicir,
Doris attendoit ce moment avec
agitation , avec éffroi. Il alloit décider
de fon bonheur , & même de fa vie : car
elle étoit réfolue de ne point furvivre au
malheur d'être féparée de Therfandre, au
malheur d'être à tout autre qu'à lui.
Il lui reftoit à fubir un autre ufage , il
falloit que fon époux détachât le voile
qui la déroboit à fes yeux : il falloit
qu'elle-même , enfuite , le dépouillât de
fon cafque. Le filence dans cette occafion
devoit continuer de part & d'autre.
Le Theffalien léve le voile , jette un cri
involontaire & tombe aux pieds de
Doris mais Doris étoit hors d'elle-même
; Doris ne diftingua point ces accéns
inarticulés. Etoit-ce la voix de Therfandre
? Etoit-ce la voix de quelqu'un de
fes Rivaux? L'attitude par elle-même annonçoit
de l'amour ; mais combien d'autres
queTherfandre ont paru l'aimer ! elle
héfitoit , elle trembloit , en dénouant les
liens du cafque ; fon ceil regarde &
craint de voir ; fès mains n'ofent prèfque
achever leur ouvrage. C'en eft fait cependant
le cafque eft enlevé ; le fort
de Doris eft éclairci : elle fuffit à peine
aux mouvemens qui l'agitent : elle tom-
C
so MERCURE DE FRANCE .
7
be , elle fe jette dans les bras de fon
époux. Cétoit Therfandre.
1.
A cette vue , tous les fpectateurs pouffent
des cris d'acclamation . Chacun applaudit
au choix des Juges , au fort
des deux Amans. Les rivaux même de
Therfandre n'en murmurent pas , tant
ce jeune couple femble fait pour n'être
point féparé. Le feul Eurilas en jugeoit
autrement ; mais l'amour - propre
étouffoit fes plaintes , fa manière
d'aimer écartoit fes regrets : il attendoit
tout de lui-même , & fe trompa
toujours dans fon attente. Therfandre
& Doris , au ccoonnttrraaiirree , eſpéroient
tout l'un de l'autre , & leur efpoir ne
fut jamais trompé.
VERS de M. C *** , fur le portrait
de fa femmepeint par M. P. de S. A**.
DANSC ANS ce Portrait que d'objets féduifans !
Que l'Art y rend bien la Nature !
L'Amour y trouvé la figure ,
Et les Grâces leurs agrémens ;
Junon , fon maintien , fa nobleffe ;
Pallas , les talens , fa fageffe;
Apollon, fon efprit , fon goûts
JUIN. 1764. 51
Et moi , fans craindre l'Epigramme ,
Je foutiens qu'il réunit tout :
Cat j'y vois trait pour trait ma femme.
VERS à M. LEGROS , nouvelle Hautecontre
de l'Opéra.
QU'ENTENS-je ! Eft-ce un Mortel qui rend de
fi beaux fons ?
Quels accens ! quels éclats ! grands Dieux, quelle
merveille !
Depuis fi longtemps mon oreille
Eft fi peu faite à ces ſublimes tons ,
Que je doute encor fi je veille.
Mais c'eſt lui , je le reconnais ;
C'eſt Apollon , c'eft mon Dieu tutélaire ;
C'est lui qui defcend fur la Tèrre
Pour mettre fin à nos regrèts .
Ce Dieu très -fûr qu'il étoit impoffible
Qu'un Mortel remplacât le divin enchanteur ,
Dont chaque jour la perte trop ſenſible
Renouvelloit notre jufte douleur ;
Touché de notre peine extrême ,
Quitte exprès le féjour des Dieux ,
Se rend viſible , & vient dans ces beaux lieux ,
Sous les traits de LEGROS , nous enchanter luimême.
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
LE DÉPART D'HYLAS ,
LA
IDYLLE.*
A fuite des étoiles avoit annoncé le
retour du matin. Daphné , dont les inquiétudes
n'avoient pù céder aux douceurs
du fommeil , s'élança vers la porte
de fa cabane , & vit avec affliction l'orient
qui promettoit un beau jour : elle
ferra en foupirant la main de fon berger
, & prononça ces paroles :
Les rayons falutaires du foleil ont
diffipé les frimats qui tenoient la nature
captive : déja nous voyons la pointe blanchâtre
des jeunes plantes fendre la glébe
amollie un fuc nourricier s'éleve du
fein de la terre dans leurs frêles canaux ,
& y porte la force & la vie.
La vigne déploye ce feuillage verd qui
doit un jour protéger fon délicieux
fruit. De fes foibles rameaux elle embraffe
l'orme qui la foutient : la furface
des campagnes femées de fleurs , & par-
(* ) Il eſt d'uſage ( dit l'Auteur ) d'écrire ces
fortes de Paftorales en vers. Mais n'y a-t- il que
les vers qui puiffent pede las Nacure
JUI N. 1764 . 53'
fumées d'effences , varie tous les matins
Te fpectacle de fes atours.
L'hirondelle rappellée d'un autre hémifphère
célebre le plus bel inftant de
Pannée : fon bec artifan maçonne &
tapiffe le réduit où elle dépofera bientôt
le fruit de fes amours. On entend au
loin le chant plaintif du genêt qui fe balance
fur la cime des arbuftes , & les accens
vifs du roitelet caché dans l'épaiffeur
des buiffons.
La brebis bêlante tond l'herbe fraîche
le chévreau bondit à côté de fa
mère , qui broute l'hyffope fur le penchant
du rocher : d'une aîle tremblante
l'abeille économe regagne fes bruyans
pavillons , & y dépofe le fardeau qu'elle
a recueilli fur les fleurs .
L'haleine du zéphir féche la rofée de
la terre.
Le frémiffement des branchages battus
d'un vent leger , le roucoulement
de la tourterelle & le bruit des eaux voifines
interrompent le filence champêtre
fans troubler la douceur de la folitude.
A ce touchant afpect un nouveau
charme faifit , fait treflaillir les coeurs , &
les avertit de partager le bonheur de la
nature.
Cependant Hylas a choifi cette heu-
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
reufe faifon pour s'éloigner de nos
champs ! il l'a choifie pour abandonner
f Daphné , pour la livrer aux ennuis de
l'abfence !
O mon ami ! qu'il te fouvienne de ta
tendre moitié , de ton époufe : rappelletoi
fa chafte flamme , fes faintes & douces
careffes , ce fon de voix flatteur
les grâces que tes yeux croyoient voir
fur fon vifage , la tendreffe qui animoit
fes regards.
Souviens-toi que la rofe épanouie le
matin perd au déclin du jour fon coloris
& fon parfum , & que dans la faifon
qui va fuccéder ces couronnes fanées
& cette verdure féchées n'offriront plus
que la trifte dépouille du Printems.
Souviens toi qu'un jour courbés fous
le poids de la vieilleffe , nous fentirons.
chanceller nos pas , & que les cheveux
blancs , les rides , la maigreur , nous
attendent à la porte du tombeau.
Va donc , & que les bergères d'un
nouveau féjour n'enchantent pas ton
efprit que les promeffes faites à ta
Daphné foient contre leurs féductions
la fauvegarde de ton âme ; que le fort te
ramène fidéle à ces yeux qui les premiers
ont charmé ton coeur.
Va donc , emporte avec toi mes foupirs
, les foupirs & les mortelles inquié
JUI N. 1764 . 55
tudes d'une tendre amie : pars pour préci
piter ton retour ; & qu'il te fouvienne de
nos campagnes , de l'amour... & de moi.
*** de Reims.
VERS fur la diverfité des goûts , à
Mde de S. B.
ON connoît peu l'Amour & quelle eft fa nature,
Quand on veut le foumettre à d'importunes loix
Il n'eft pour nous charmer aucune régle fûre
Et c'est de notre goût que dépend notre choix.
Un regard , un fourire , un mot nous intéreſſe ;
Un badinage, un geſte, un rien peut nous charmer;
Un rien plonge nos fens dans la plus douce ivreſſe
Et Couvent par un rien nous nous faifons aimer.
Les fons mélodieux d'une voix délicate ,
De l'oreille aifément parviennent jufqu'au coeur.
La candeur , les vertus & la douceur qui flatte ,
Pour une âme fenfible ont un attrait vainqueur,
Il eſt d'autres Amans qui ne rendent les armes
Qu'aux grâces de l'eſprit , qu'au charme des talens.
Partout enfin l'Amour fait fentir fes allarmes ;
Mais comme les Beautés , les goûts font différens.
Pour moi j'avois juré , de n'engager mon âme ,
Qu'aux vertus , à l'efprit , aux talens , aux attraits.
Civ
56
MERCURE DE FRANCE.
Sans rompre mes fermens , de la plus vive flâme ;
En vous voyant , Eglé , j'ai reffenti les traits.
B .... à Metz.
MADRIGAL.
A Mlle M. M. qui s'eft fait peindre aves
un habit d'hiver.
EXPRESSION , deffein , contour & coloris ,
Aminte , en ton portrait , me femblent réunis ;
Dans les efforts de l'art j'admire la nature.
D'un défaut , cependant, mes regards ſont ſurpris
C'eft d'y voir le Printemps en habit de fourure .
MADRIGAL ,
A une Dame qui vient d'avoir la Petite-
Vérole.
A CUPIDON , Dame Cypris
Faifoit n'aguère une querelle
De ce qu'il avoit chez Cloris ,
Affez mal fait la fentinelle.
Petit négligent , diſoit- elle ,
Voilà donc le foin qu'avez pris
Des Beautés qu'avois mis fous votre curatelle.
Amour lui dit , ne vous fâchez
Belle maman ! mais bien fçachez
Que ce mal des miens eft l'ouvrage :
Cloris leur faifoit maint outrage ;
Sans repos autour d'elle , il falloit voltigerį
JUI N. 1764. 57
Et n'en vouloit aucun dans fon coeur héberger.
Ils ont cru pouvoir fans fcrupule ,
Se creufer fur fon corps chacun une cellule ,
Afin d'avoir où fe loger.
Par M.... d'Auxerre.
DIALOGUE DES MORTS.
NÉRON , LOUIS XI.
NÉRON.
J'ATTENDOIS 'ATTENDOIS avec impatience un
homme tel que vous : j'aurai enfin avec
qui m'entretenir.
LOUIS XI.
Qui êtes-vous ?
NERON.
A cet air auffi fombre que brufque ,
on voit que vous regrettez la vie . Mais
ces regrets s'affoibliront infenfiblement.
On s'accoutume à tout.
LOUIS XI.
Jamais au mal - être .... mais encore
une fois , qui êtes- vous ?
NÉR ON.
Néron vous feroit- il inconnu ?
LOUIS XI.
Quoi ! vous feriez ce Prince fi renommé
par
fes cruautés ? L'affaffin de fa
mère , de fon frère , de fon Gouver-
Cv
18 MERCURE DE FRANCE.
neur , le tyran de l'univers ? Ah ! je vous
quitte avec horreur.
NERON.
Ne jouez pas le difficile : quatre mille
François qui vous ont précédés involon.
tairement dans ces lieux , vous y ont
affez fait connoître ; fur-tout l'infortuné
Duc de Némours. Si je me fuis défait de
mon frère ; le repos des peuples , le bien
de l'Etat l'exigeoient. D'ailleurs Britannicus
n'étoit que mon frère adoptif.
Mais que pouviez - vous reprocher au
Duc de Berri , à votre propre frère ? Je
ne me défends pas d'avoir facrifié ma
mère ; mais c'eſt à ma fureté perſonnelle
l'Univers l'a très- bien connue ,
& fait affez de quoi elle étoit capable .
Seneque , mon Gouverneur , étoit l'âme
d'une confpiration qui devoit me précipiter
du trône pour l'y placer. ` Mais
vous-même , dites - moi , fi un Prince
qui fait mourir un Sujet rebelle peut
être regardé comme un tyran ?
:
LOUIS XI.
Et lorfqu'il met lui-même le feu à fa
Capitale , afin de repaître fes yeux de
ce ſpectacle horrible ? ...
NERON.
Avez-vous pû le croire ? On m'a
reproché ma cruauté peut - être avec raifon
; mais on n'a jamais dit que je fuffe
JUI N. 1764. 59
un infenfé. On a rendu juftice à mes
talens , à mes lumières , à mes connoiffances.
Eh ! quel Prince eft affez ftupide
pour ne pas fentir que les richeffes de
fes Sujets établiffent & cimentent fa
puiffance , & que leur ruine entraîneroit
la fienne ? Mais les hommes font
malins , légers & foibles : en général ils
réfléchiffent peu ; ils adoptent mille chimères
fans vraiſemblance , & qui ne
fubfifferoient qu'un inftant , s'ils fe donnoient
la peine de les approfondir. Quelqu'un
a très - bien dit , qu'il n'eft rien
que la malignité ne foit capable d'inventer
, nini que la foibleffe ne puiffe croire.
LOUIS X I.
Vous êtes éloquent , je le fais ; mais
vous ne vous laverez jamais des reproches
qu'on vous a faits.
NÉRON.
Et comment juftifierez-vous votre
ingratitude envers le Duc de Bourgogne,
votre parent & votre bienfaiteur ? Eftce
la reconnoiffance qui vous porta à
fouffler le feu de la guerre civile dans
ſes Etats ? La diffimulation la plus baffe ,
les manoeuvres les plus noires
mîtes tout en oeuvre pour le perdre , &
n'eûtes que la honte de n'avoir pas
réuffi. Parlerai-je de la mort de votre
Vous
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
père ,
le reftaurateur
de la France ;
Prince
qui eût été le modèle
des Rois ,
fi l'éclat de fes grandes
qualités
n'eût été
un peu terni par les foibleffes
de l'humanité
? Je fais que vous pouviez
n'être
point coupable
; mais quelle
tache pour
votre gloire , que ce Prince vous ait affez
connu pour vous croire capable
d'avoir
ofé l'être ?
LOUIS XI.
Je vois que vous poffédez mon hiftoire.
Mais fi je détaillois la vôtre ;
quel amas de forfaits ! Ignore-t-on qu'ils
furent portés jufqu'au point que le Sénat
laffé de tant d'horreurs , réfolut de les
terminer par votre mort. Mais avec
quelle baffeffe en apprites - vous la nouvelle
! avec quelle lâcheté terminâtesvous
une vie fouillée de tant de crimes !
NERON.
Mourutes -vous plus glorieufement ?
Que n'avez-vous pas fait pour obtenir
du Ciel qu'il prolongeât des jours à la
confervation defquels il s'intéreffoit fi
peu ? Combien de facrifices tant publics
que fecrets , combien de fuperftitions
mifes en pratique dans l'efpoir
de reculer le dernier moment que
vous n'aviez pas la fermeté d'envilager
? Les petites âmes font toujours fu
perftitieufes.
JUI N. 1764. 61
LOUIS XI.
Avouez du moins que j'ai aggrandi
mes Etats ; que j'ai fait refpecter l'autorité
royale ; que j'ai délivré mes Peuples
d'une infinité de petits tyrans qui
les opprimoient ; que j'ai été le plus
grand Politique de mon fiécle . Ce font
des faits qu'on ne peut conteſter.
NERON.
Convenez donc auffi que j'ai été libéral
, magnifique , que j'ai aimé &
protégé les Arts ; que les premières années
de mon régne ont fait les délices
de l'Empire ; que j'ai fait à mes Sujets
le plus grand bien qu'un Souverain
puiffe leur faire , en les arrachant à la
voracité de ces vautours qui triomphent
dans les calamités publiques , & qui
pendant que la patrie eft en deuil , fucent
tranquillement le fang des miférables.
LOUIS XI.
A la bonne heure.
NERON.
Eh bien , foyons amis.
Par M. de MONTAGNAC , ancien Capitaine
au Régiment de Breffe .
2
62 MERCURE DE FRANCE.
STANCES IRRÉGULIÈRES
DANSCe
à M....
N s ce féjour d'où la tendreſſe
Bannit tous coupables defirs ,
Où jamais l'aimable Sageſſe
N'admit que d'innocens plaiſirs ;
Qui cauſe ce morne filence ?
Les yeux , ce fidéle miroir
Qui du coeur peignoit la décence ,
Les yeux évitent de le voir !
Hélas ! je perce le myſtère ;
D'effroi tous les coeurs font glacés ;
Les jours précieux d'un bon père
En ce moment font menacés.
Si tes loix font inévitables ,
Mort barbare , que tardes- tu ?
Écrafe les têtes coupables ,
Et refpecte au moins la vertu !
Mais infenfible à nos allarmes
Tu ne fuis que ta cruauté ;
Déjà fur l'objet de nos larmes
Le coup redoutable eft porté.
Je finis , dit-il , ma carrière ,
Mes enfans , vous me regrettez
JUI N. 1764. 63
Ma peine à mon heure dernière
» Eft celle que vous reflentez .
O vous qui lui futes fi chère ,
Vous , digne épouſe de fon fils ,
Tendre & vertueufe Gr...
Reprenez enfin vos efprits !
Calmez cette douleur profonde
Qui nous fait tout craindre pour vous :
Vivez , pour l'exemple du monde ,
Pour vos enfans , pour votre époux !
Mais quel coup affreux ſe prépare
A frapper de nouveau mon coeur !
Dieu quelle foudaine terreur
De mes fens agités s'empare !
Qu'entens- je ? ... aux portes du trépas ! ..
Arrête-toi , Parque inhumaine ! ..
Je vóle ....
Efpérance trop vaine !...
A
Mon père eft mourant dans mes bras . ………
C'en eft fait ,la nuit l'environne ;
H meurt , infortuné vieillard ,
En jettant fon dernier regard
Sur l'épouſe qu'il abandonne....
font témoins
Mon père ! vos yeux
Du haut de la célefte fphère
Que maintenant ma tendre mère
Eft l'unique objet de mes foins !
?
64 MERCURE DE FRANCE.
ENVO I.
Vous , en qui pendant ma jeuneffe
Je trouvai l'objet de mes pleurs !
Unis par les mêmes malheurs ,
Unis par la même trifteſſe ;
Dans votre fein il m'eft bien dour
De verfer mon âme attendrie.
Puiffé -je être toute ma vie.
Digne d'un ami tel que vous.
Par M. D.
LEE mot de la premiere Enigme du
Mercure de Mai eft l'étincelle . Celui de
la feconde eft la Chemife. Celui du premier
Logogryphe eft Roffignol, où l'on
trouve lion , loir , or , loi , foir , fon ,
Roi , Sion , og , nil , noir , Solon , Io,
lis , Signor , lin. Celui du fecond eft
Régiment , où l'on trouve gîte
rien ,
mérite , main , neige , mirte , mine , rime
, Reine , mitre , tigre , ment , mère ,
germe & régime.
JUI N. 1764. 65
AVE.C
ENIGM E.
VE.C les Rois je prends naiffance ;
Ils ont besoin de moi , je ne fuis rien fans eux ;
Je fers à leur grandeur , j'éléve leur puiſſance ;
Selon leur volonté je puis être en tous lieux.
Je fuis partout d'une même nature ;
Te fuis d'un plus ou moindre prix ;
Souvent je change de figure ,
Selon la niode du Pays.
Quoique je fois toujours de miſe
Chez les Rois & les Empereurs ,
Je fuis foumis dedans l'Eglife
Aux Abbés , Prélats & Paſteurs.
Plus l'on me foule aux pieds , plus j'en tire avantage
,
Plus c'est ma pompe & mon honneur.
Bien loin de me vanger de celui qui m'outrage ,
Je tais fa gloire & fa grandeur.
AUTRE.
Les Enfers & les Mers , la Terre
Et les ambitieux Enfans ,
L'humide féjour du Tonnèrre ,
Les Cieux & leurs faints habitans ,
66 MERCURE DE FRANCE.
Tout , jufqu'à notre commun père ,
Oui , juſqu'à Dieu , mon cher Lecteur ,
Tout eft foumis à ma puiffance.
Tremble : mon empire eft immenſe :
J'unis la joie & la douleur...
Si pourtant quelquefois je vole ,
Ce que je rends fidélement ,
C'eft pour prolonger d'un moment ,
Une exiſtence très-frivole ,
Oubliée auffi promptement
Que le fon léger qui s'envole.
Au furplus , connois- moi donc mieux ,
Lecteur ; mon nom eft ſous tes yeux.
C. D. V. C. D. N.
LOGO GRYPHE.
FILL ILLE de la Néceffité ,
Je fuis d'un affez grand ufage;
J'aide l'homme , je le foulage ;
Si ce qu'il faut m'eſt ajouré.
Par plaifir , qu'on me décompofe :
O l'étrange métamorphoſe !
Mon buſte foutient un vainqueur
Ou tout au moins un Empereur .
Que d'objets j'offre encore une Ifle ;
Une foeur d'un troupeau ſouvent bien dangereux,
JUI N. 1764. 67
Qui , par hafard fecondant un heureux ,
De mille mécontens fouléve , aigrit la bile ;
L'adverbe propre à confirmer un fait;
D'une profeffion le noble fynonyme ;
Ce qui rend l'enfant guilleret ;
Le digne falaire d'un crime ;
Un utile animal qui n'eſt chaud à demi ,
Sa fémelle , & leur ennemi ;
L'arme de certaine Déeffe ,
Et ce dont un Friand recherche la fineffe.
A UTR E.
PRESQUE toujours fêtée , & ſouvent ridicule ,
De toutes parts , Lecteur , aujourd'hui je pullule
Il faut pourtant que j'en faſſe l'aveu :
Mes onze pieds forment un vilain jeu ,
Et rendent l'argent inutile ;
Je fais naître les Arts ; j'enfante leur aſyle ;
Je donne à jaſer ſur Iris ;
Je régis Alger & Tunis ;
Je deviens une grave injure ;
Chez moi tu verras l'Art avilir la Nature;
J'agite l'air , & nuis au grain ;
Je fais languir , & je rends fain
J'ai tenu ferrail en Afie ;
Je fais taire l'injufte envie ;
68 MERCURE DE FRANCE.
Enfin , Lecteur , je puis à peu de frais
Rendre vigilans tes valets.
Je n'en dirai pas davantage :
Plus d'un Lecteur déjà peut -être enrage
Contre ma fingularité ;
Mais au lieu de perdre courage
S'il peut me débrouiller , je gage
Qu'il en tirera vanité.
Par M. DESMARAIS DU CHAMBON
Limoufin , le 27 Avril 1764.
RONDEAU.
Oui , je t'aime , ma Thémire ,
Tour t'annonce mon ardeur :
S'il faut encor t'én inftruire ,
Tu n'as pas lu dans mon coeur.
Mon hommage ,
Sans
partage ,
A toi feule eft confacré ;;
Pour toi feule je refpire ;
A toi feule je puis dire :
Oui , je t'aime , ma Thémire ,
Tout t'annonce mon ardeur :
S'il faut encor t'en inſtruire ,
Tu n'as pas lu dans mon coeur.
en
Oui je t'aime ma Themire ,Tout t'annonce
65
4 *
σ 6 6 6 σ
mon ardeur, s'ilfaut encor ten instruire lu nas
σ 6 otot
pas lu dans mon coeur Mon homage Sanspar
6 + 0.3
7 W
tage .A toi seule est consacre Pour
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43
σ
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toi
seule je respire,
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A toi
seule jepuis
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dire: Ouije t'aime ma
ma Themire Tout tan
8
ཉོ་ 3
7 33 σσ
-nonce mon ardeur , S'ilfaut
encor ten ins
σσσ
-truire Tu n'as
pas
lu dans mon coeur.
JUIN. 1764.
69
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTERAIRES.
LETTRE à M. DE LA PLACE ,
Auteur du Mercure fur M. DE
MARIVAUX
Françoife.
>
,
de l'Académic
Vous m'avez demandé , Monfieur ,
quelques détails fur la vie de M. de Marivaux
, votre ami : je vous les envoie
un peu tard , mes occupations ne
m'ayant pas permis de fatisfaire plutôt à
votre demande.
Pierre Carlet de Marivaux nâquit à
Paris fur la Paroiffe de S. Gervais , en
1688 , & non en Auvergne , comme on
le trouve écrit en plufieurs endroits . Son
père , qui avoit été Directeur de la Monnoie
a Riom , étoit d'une famille ancienne
dans le Parlement de Normandie
: il ne négligea rien pour l'éducation
de fon fils , qui annonça de bonne heure,
par des progrès rapides dans fes premières
études , cette finefle d'efprit qui
1
70 MERCURE DE FRANCE.
caractériſe fes ouvrages. Un des premiers
qui foient fortis de fa plume , font
les Folies Romanefques , en deux volumes
, qui fe reffentent de la jeuneffe de
fon Auteur. C'eft une imitation du Roman
de Dom Quichotte. M. de Marivaux
l'a retouché depuis ; & ce Roman fait
partie de la derniere édition de ſes Euvres
, fous le titre de Dom Quichotte
moderne. Pharfamon en eft le héros .
Plein des idées extravagantes qu'il a
puifées dans les Romans de Chevalerie ,
il fe fait accompagner par fon valet ,
qui , fous le nom de Cliton , & en qualité
d'Ecuyer , participe à fes aventures.
Il leur en arrive d'affez plaifantes en général
; & cet Ouvrage refpire la gaîté.
A peine forti du College , M. de Marivaux
s'étoit avifé de dire qu'une Comédie
n'étoit pas une chofe difficile .
Pour le prouver , il compofa le Pere
prudent , petit Drame en un Acte , &
fit voir en effet qu'une mauvaiſe Pièce
eft une choſe aifée pour un homme
d'efprit. Il s'effaya enfuite dans le tragique
, & donna en 1720 la Mort d'Annibal.
Le peu de fuccès qu'eut d'abord
cette Tragédie , quoiqu'eftimable à bien
des égards , le détermina pour toujours
à abandonner ce genre & ce ftyle ; &
MA I N. 1764 . 71
ce parti fage , en le rendant à fon génie
naturel , lui ouvrit une carrière brillante
, pour laquelle il étoit beaucoup
plus propre. Vous fçavez , Monfieur ,
avec quel applaudiffement il a travaillé
pendant plus de trente années pour deux
de nos Théâtres. Il a foutenu feul , &
long- temps, la fortune des Italiens , qui ,
fans ce fecours , & faute de fpectateurs
étoient prèſque contraints d'abandonner
leur Spectacle . Il leur a donné vingt-une
Pièces , dont la plupart restées au théâtre
, fe jouent toujours avec fuccès :
elles forment un Recueil en cinq volumes
qui , avec les neuf Pièces qu'il a
données aux François , compofent enfemble
les fept volumes de fon Théâtre
. Celles qui reparoiffent le plus fouvent
à la Comédie Françoiſe , font la
Surpriſe de l'Amour , le Legs & le Préjugé
vaincu ; & aux Italiens , la Mère
confidente , le Jeu de l'Amour & du
Hazard , l'heureux Stratagême , Arlequin
poli par l'Amour , la double Inconftance,
la fauffe Suivante , l'Ecole
des Mères , les fauffes Confidences , l'Ifle
des Efclaves , & c .
Permettez- moi , Monfieur , de rappeller
ici ce que j'ai dit ailleurs * fur le gé
* Dans l'Obfervateur Littéraire.
72 MERCURE DE FRANCE.
nie de M. de Marivaux dans le genre
dramatique . Voyant que fes prédéceffeurs
avoient épuifé tous les fujets des
Comédies de caractères , il s'eft livré à la
compofition des Pièces d'intrigue ; &
dans cette carrière ne voulant avoir
d'autre modèle que lui- même , il s'eſt
frayé une route nouvelle : il a imaginé
d'introduire la Métaphyfique fur la Scè
ne , & d'analyfer le coeur humain dans
des differtations tendrement épigrammatiques.
Auffi le canevas de la plupart
de fes Comédies n'eft- il ordinairement
qu'une petite toile fort légère , dont
l'ingénieufe broderie exprime ce que
les replis du coeur ont de plus fecret ,
ce que les rafinemens de l'efprit ont de
plus délicat. Ne croyez cependant pas
que cette fubtilité comique foit le feul
caractère diftin &tif de fon Théâtre ce
qui y regne principalement , eft un fond
de philofophie , dont les idées développées
avec fineffe filées avec art ,
adroitement accommodées à la fcène ,
ont prefque toujours un but utile &
moral. Je voudrois rendre les hommes
plus juftes & plus humains , difoit - il ;
& je n'ai que cet objet en vue . Icritiquoit
comme Démocrite , en Philofophe
qui fçait excufer les défauts qu'il reprend
&
fans
JUIN. 1764. 73
fans aigreur , & avec autant de prudence
& de circonfpection , que de fineffe &
d'aménité.
Doué d'un efprit fubtil & réfléchi ,
M. de Marivaux tint encore un rang
diftingué parmi nos moraliftes Obfervateurs
. Son Spectateur François lui a
merité en Angleterre l'honneur d'être
comparé à Labruyere. Son plan embraffe
toute forte d'objets , Morale , Religion
, Politique , Science , Beaux -Arts ,
Commerce , & c ; & fur toutes ces matières
on retrouve toujours un Philofophe
agréable , qui connoît le monde
& fçait donner à la vertu cet air
d'agrément qui la fait aimer , & au
vice , les couleurs qui effarouchent la
vertu .
La même choſe ſe fait encore remarquer
dans la Vie de Mariane & dans
le Payfan parvenu , deux Romans de
M. de Marivaux , où brillent la vivacité
& la fécondité de fon imagination :
c'est toujours le même goût pour la morale
; beaucoup d'efprit , beaucoup de
fentiment , beaucoup de rafinement dans
l'un & dans l'autre : mais toujours des
réfléxions utiles & délicates , & des
peintures aimables de la vertu .
Dans la nouvelle édition des OEuvres
D
74 MERCURE DE FRANCE.
de M. de Marivaux , fai e chez Duchefne
, rue S. Jacques , on a inféré fon
Homere travefti , Poëme burlefque
dont le but est de ridiculifer les Héros
de l'Iliade. J'aurois dû vous parler plutôt
de cette plaifanterie , parce que ce
fut un de fes premiers ouvrages. L'Auteur
y fait voir avec efprit , combien il
eft facile de donner une face rifible aux
chofes les plus grandes & les plus férieufes.
Tous les Ecrits de M. de Marivaux
n'ont pas eu un égal fuccès ; mais on ne
peut lui refufer le mérite d'avoir affujetti
par-tout l'imagination aux principes
de la fageffe , le bel efprit à la décence
, & de n'avoir été prodigue de
“l'un & de l'autre , qu'au profit des bonnes
moeurs, On conviendra auſſi que
peu d'Auteurs ont traité leurs Sujets avec
autant de fécondité& de grâces; qu'il y en
a eu dont la Philofophie ait tant fourni
de reffources à l'imagination, tant de penfées
& de faillies à l'efprit . Quant à ſon
ftyle , je ne doute pas que vous n'adoptiez
l'idée qu'il s'en étoit formée luimême
il étoit analogue a fa manière
de voir & de fentir, » Ce ftyle particulier
, & le feul qui convenoit à la
chofe , l'a fait regarder comme un
:
C
JUI N. 1764. 75
» Auteur fingulier dans fes expreffions :
» on n'a pas fçu fentir d'abord que la
" fineffe de fes penfées ne pouvoit être
» rendue autrement. On a mis fur le
» compte du ftyle ce qui appartenoit à
» fa pénétration ; & j'ofe dire qu'alors-
≫ on le condamna fans l'entendre . De-
» puis long temps les perfonnes judi-
» cieufes font revenues à la vérité; &
❤on lui fait gré d'avoir pû affujettir fon
» ftyle au genre des matières qu'il traitoit.
Il fera chez la poftérité un Au-
» teur fingulier , qu'on lira avec plaifir
& utilité , mais qu'il feroit dangereux
de vouloir prendre pour modèle.
M. de Marivaux s'eft peint dans fes
Ouvrages. Vous , Monfieur , qui l'avez
connu particuliérement , vous fçavez
qu'il étoit avec lui -même , & dans le
commerce de la vie , ce qu'il paroifſoit
dans fes Ecrits. Avec un caractère tran
quille, quoique fenfible , il poffédoit encore
toutes les qualités qu'exigent la fociété
, & qui la rendent fùre & agréable.
A une probité exacte , à un noble défintéreffement
, il réuniffoit une candeur
aimable , une âme bienfaifante , une
modeftie fans aid & fans prétention ,
une affabilité pleine de fentiment , &
l'attention la plus fcrupuleufe à éviter
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
tout ce qui pouvoit offenfer ou déplaire.
Son respect pour nos myſtères étoit
auffi fincère que fon amour pour la
vertu & pour la paix . Il favoit , il aimoit
, il pratiquoit la Religion : toute
Philofophie contraire à fes principes &
à fes dogmes lui paroiffoit frivole & inconféquenté
; & fon zèle s'anima plus
d'une fois contre les railleries & les
vains raisonnemens des efprits forts.
Mais fa religion ne fe bornoit pas à ce
zèle : c'étoit dans la pratique des bonnes
oeuvres qu'il la faifoit confifter , & fpécialement
dans une fenfibilité effective
pour les pauvres & les malheureux.
Simple , attentif , effentiel dans le
commerce de l'amitié , M. de Marivaux
y portoit également la délicateffe & la
fincérité. Lorfque fes amis , fur- tout les
gens de Lettres , le confultoient , toute
autre confidération cédoit alors au defir
de leur être utile : il favoit allier la douceur
de l'infinuation avec l'expreffion
de la vérité.
Au refte , M. de Marivaux décidoit
peu i confultoit au contraire beaucoup
, & n'aimoit point à contefter ni à
prouver qu'il avoit raiſon . Jamais il ne
répondit à la critique , fe contentant d'en
JUI N. 1764. migday..
profiter fi elle étoit jufte , l'abandonnant
au jugement du Public , fi elle ne l'étoit
pas J'aime mon repos, difoit -il un jour
à Madame de Tencin ; & je ne veux point
troubler celui des autres .
C'eſt par l'heureux affemblage de ces
qualités chrétiennes & fociales avec
les talens de l'efprit les plus brillans
que M. de Marivaux s'acquit l'eftime &
la confidération d'un grand Prince , &
qu'il fe fit un grand nombre d'amis dans
un monde choifi , particuliérement dans
l'Académie Françoife , où il fut reçu
d'une voix unanime au mois de Février
1743. Feu M. le Duc d'Orléans , entr'autres
témoignages de la bienveillance
dont il l'honoroit , dota fa fille à l'Abbaye
du Tréfor , & fournit à tous les
frais de fa Profeffion religieufe . M. de
Marivaux avoit eu cette fille unique de
fon mariage en 1721 avec Mlle Martin ,
d'une bonne famille de Sens , & d'un
mérite diſtingué , qu'il eut le chagrin de
perdre en 1723, & qu'il a regrettée toute
fa vie.
Rien peut- être ne prouve mieux la
folidité de la philofophie de notre illuftre
Académicien , que fon indifférence
pour les richeffes & les diftin &tions. II
ne follicita jamais les faveurs des Grands :
D iij
78 MERCURE DE FRANCE .
jamais il n'imagina que fes talens duffent.
les lui mériter. Mais s'il crut devoir négliger
la fortune , & ne faire aucune démarche
vers elle , il ne refufa point fes
dons lorfqu'elle les lui fit offrit par l'eftime
& l'amitié , ou par les protecteurs
défintéreffés des arts & des talens. Sa
reconnoiffance eût voulu ne laiffer ignorer
à perfonne , ni les attentions généreufes
que lui prodiguoit Madame de
Tencin , fi célebre elle-même par les
charmes de fon efprit , ni celles de Mile
de Saint Jean , qui , en acceptant le
titre de fa Légataire univerfelle , a continué
fi noblement d'être fa bienfaitrice
, même après fa mort. Je crois , en
publiant les bienfaits & les noms de fes
illuftres amies , ajouter à fa gloire , faire
leur éloge & celui de l'amitié. M. de Ma
rivaux jouiffoit d'ailleurs d'une penfion.
fur la caffette du Roi , & d'une autre
plus confidérable que lui faifoit payer ,
fans que peut- être il le fçût lui - même
une Dame de la Cour , que les Lettres ,
les Arts & les Sciences ont reconnue
long- temps pour leur amie généreuse &
leur protectrice éclairée .
Avec ces refources , M. de Marivaux
fe feroit fait une fituation auffi aifée que
commode , s'il eût été moins fenfible
JUI N. 1764. 79
que
aux malheurs d'autrui & moins libéral.
Il étoit né avec ces heureux penchans ,
fes infortunes perfonnelles avoient
d'ailleurs nourris & fortifiés dans fon
coeur ; & fon premier plaifir fut toujours
celui de les fatisfaire . On fait que , malgré
la modi ité de ſa fortune , il faiſoit ,
beaucoup de dons fecrets , & que fa
charité , toujours bienfaifante , ne fe
rébutoit pas même d'obliger & de fecourir
des ingrats. On l'a vu plus d'une
fois facrifier jufqu'à fon néceffaire pour
rendre la liberté , & même la vie , à des
Particuliers qu'il connoiffoit à peine
mais qui étoient ou pourfuivis par des
créanciers impitoyables , ou réduits au
défefpoir. Il fuffifoit d'être dans l'indigence
ou dans l'adverfité , pour avoir
un droit affuré fur fes générofités ; & fi
la reconnoiffance les publioit , il n'en
convenoit qu'avec peine . Il avoit la
même attention à recommander le fecret
à ceux qu'il obligeoit , qu'à cacher
à fes plus intimes amis fes chagrins domeftiques
& fes propres befoins.
Des vertus fi folides & fi effectives
préparoient d'elles -mêmes M. de Marivaux
à fon dernier moment . Ses infirmités
le lui firent envifager ; & il le vit
arrivet avec toute la tranquillité d'un
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Philofophe chrétien , qui ne regarde la
mort que comme un don de la Providence
, & l'heureux moyen d'échanger
le néant de la gloire & des profpérités de
ce monde avec la jouiffance ineffable
du bonheur de l'autre vie. Il mourut ·
dans ces fentimens le 11 Février 1763 ,
âgé de 75 ans.
Je fuis , &c.
L'Abbé D. L. P.
DICTIONNAIRE raifonné , univerfel ,
d'Hiftoire Naturelle. Par M. VALMONT
DE BOM ARE, Cinq volumes
in- 8°. Prix , 17 liv. 10 f. broché. A
Paris , chez Didot le jeune , Mufier
fils , Dehanfy & Panckoucke , Libraires.
DA
SECOND EXTRAIT.
ANS le premier Extrait de cet excellent
Ouvrage , nous avons jetté un
coup d'oeil très-rapide fur le régne Animal
, & nous nous fommes bornés à
propofer quelques - unes des vues que
l'Auteur a répandues dans les Articles
généraux , que nous regardons comme
JUIN. 1764.
81-
une des parties les plus effentielles de
fon travail. Nous invitons nos Lecteurs
à chercher dans l'Ouvrage même les
idées & les objets de détail ; ils y trouveront
une multitude de chofes auffi agréables
qu'inftructives fur l'inſtinct , les
moeurs , les formes diftin&tives des Animaux
; fur la Chaffe , la Pêche , le Manége
, la Fauconnerie , fur les moyens de
détruire , de multiplier certaines espéces ,
de les plier à notre ufage & de les foumettre
à notre fervice . C'eft un tableau
où tout eſt animé , où tout eft en mouvement
& en action par les forces de la
Nature , aidées des efforts de l'Art &
de l'Induſtrie.
M. Valmont de Bomare a traité
avec le même foin & le même agrément
le régne végetal, qui , comme l'on fçait ,
comprend tout ce qui concerne les
Arbres , les Plantes , & généralement
tous les êtres organifés qui prennent leur
nourriture & reçoivent leur accroiffement
dans le fein de la terre , & qui
dans l'échelle de la Nature font le paf
fage des Animaux aux Minéraux . Pour
donner une idée de la manière dont les
Articles du régne végétal font remplis
nous allons abréger les mots Arbre &
Dy
S
82 MERCURE DE FRANCE.
Plante , qui s'offrent naturellement les
premiers..
L'Auteur commence fa differtation
fur les arbres par une explication de la-
Phyfique de ces végetaux , tirée des
écrits de MM . Duhamel , de Buffon &
Pluche , & remplie des obfervations
curieufes de Dodard , de Mariotte &
de MM . Magnol & de Reffons. On y
trouve des détails très- intéreffans fur la
Greffe , la Taille , les Boutures , les Marcottes
, qu'on peut regarder comme les
plus belles inventions de l'industrie humaine
dans l'Art du Jardinage .
-
L'Article de la Phyfique des Arbres
eft terminé par une très belle expérience
de M. Duhamel. Ce célébre Naturaliſte
fit planter des Arbres les branches
dans la terre & les racines en l'air ;
ils reprirent dans cette étrange poſition ;
les branches produifirent des racines , &
les racines donnerent des feuilles. M..
Duhamel a même été plus loin ; il a
difpofé des boutures , les unes dans leur
pofition naturelle , les autres dans une
pofition renversée , & il les a placées de
manière que la pofition qui avoit d'abord
donné des bourgeons & des feuilles
, donnoit enfuite des racines , &
après cela elle donnoit de nouveau
JUI N. 1764: 83
des bourgeons & des feuilles ; ce qui
prouve que les germes qui éxiſtent dans
les Arbres font également propres à produire
des branches ou des racines ; la
partie qu'on entoure de terre donne toujours
des racines , celle qu'on expoſe à
P'air donne des bourgeons & des feuilles.
Les Arbres étant des êtres organifés
font fujets , comme les animaux , à
différentes espéces de maladies , occafionnées
par l'altération des folides ou
celle des fluides ; & qui caufent quelquefois
des ravages affez confidérables dans
nos jardins & dans nos vergers. L'Auteur
détaille ces différentes maladies ; il
en explique les effets ; & ce qui eft plus
effentiel encore , il indique les moyens
d'y remédier.
Après ces notions préliminaires que
nous ne faifons qu'indiquer , l'Auteur
paffe à l'hiftoire des Arbres qui n'ont
point d'au re dénomination qu'une
épithéte relative à quelqu'une de leurs
propriétés , & qui par conféquent ne
pouvoient être placés ailleurs que dans
cet article ; tel eft par exemple , l'Ar
bre à enivrer les Poiffons , qui tire fon
nom de fon effet. Cet arbre qui croît
aux Antilles, eft de la groffeur d'un Poirier.
Le P. du Tertre rapporte que
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
lorfqu'on veut aller à la pêche dans les
rivieres ou dans quelque baïe de mer ,
on porte avec foi des facs remplis de
l'écorce des racines de cet arbre pilée
& réduite en poudre comme du tan ;
on met ces facs dans l'eau ; on les y
agite ; toutes les particules d'écorce qui
fe détachent par ce mouvement , enivrent
tellement les poiffons qui ſe rencontrent
aux environs , que peu de
temps après on les voit bondir fur les
eaux & nager fur le dos ou fur le côté ;
ils viennent même fe jetter fur les
rivages pour fuir cette eau empoifonnée,
& on les prend alors avec facilité.
L'Arbre du pain , qui croit à Tinian
l'une des Ifles Marianes
ainfi nommé par les gens de l'équipage
de l'Amiral Anfon , qui fe fervoient
de fon fruit au lieu de pain
pendant leur féjour dans cette Ifle , lors
du voyage que cet Amiral fit autour du
monde . Če fruit vient indifféremment à
tous les endroits des branches ; il eft
d'une figure plus ovale que ronde ; il
a environ ſept ou huit pouces de longueur
& eft couvert d'une écorce forte
& épaiffe. Lorfqu'il eft parvenu à fà
fa
groffeur , il eft d'une faveur à-peu- près
femblable à celle qu'a le cul d'Arti-
?
a été
JUI N. 1764. 85
>
on ne
chaux lorsqu'il eft cuit. Pendant le féjour
dans l'Ifle de Tinian , où le Vaiffeau
de l'Amiral Anfon , infecté du ſcorbut ,
avoit débarqué heureufement
diftribua point de pain à l'équipage ;
tout le monde préféroit ce fruit au bifcuit
qu'on avoit en provifion dans le
Vaiffeau.
L'Arbre aux Savonettes croît dans
les Ifles Antilles fur le bord de la Mer ,
& dans les lieux les plus fableux. Ses
fruits qui font fufpendus en grappes ,
reffemblent affez à nos cerifes pour la
forme , mais ils font de couleur jaune.
Ils font remplis d'une fubftance claire
& gluante comme la gomme arabique ,
lorfqu'elle n'eft point encore figée . Ces
fruits étant mis & agités dans de l'eau , la
rendent mouffeufe , comme le fait le
favon , & lui donnent la propriété de
dégraiffer & blanchir le linge.
L'Arbre du Vernis , nommé par les
Chinois Thi- chou , eft celui qui fournit
le beau vernis noir fi connu fous le
nom de vernis de la chine. Cet arbre
croît naturellement für les montagnes ,
mais les Chinois le cultivent auffi dans
les plaines , & ces arbres ainfi cultivés
donnent du vernis trois fois dans l'Eté,
On fait à chaque arbre trois ou quatre
86 MERCURE DE FRANCE.
légères entailles fur l'écorce , fous chacune
defquelles on place une coquille
de Moule de rivière , pour recevoir la
liqueur. Les vapeurs de ce vernis , lorfqu'il
eft encore en liqueur , font fi dangereufes
, qu'en le tran vafant , il faut
avoir grand foin de détourner la tête
pour les éviter. L'Auteur , qui ne laiffe
échapper aucune occafion de parler de
l'emploi que l'Art fait des matières premières
, expo e la méthode de préparer
& d'appliquer ce vernis , d'après un
excellent mémoire compofé fur le lieu
même par le P. d'Incarville. Il faut lire
ce détail dans l'ouvrage , ainfi que tout
ce que l'Auteur dit de curieux fur
plufieurs arbres finguliers , dont il eft
queftion dans cet Article.
Pour completter l'hiftoire des Arbres
, confidérés en général , M. de
Bomare renvoye aux Articles Bois
Ecorce , Feuille , Fleurs , Forêts , Fruits ,
Racine , & au mot Plante , dont nous
allons dire quelque chofe .
Le terme Plante eft générique , &
pourroit s'appliquer à tous les végétaux
qui font implantés dans la terre & qui
y tiennent par leurs racines ; mais l'ufage
l'a reftreint à ceux qui font inférieurs
aux Arbres & aux Arbuftes , en grandeur
, en force & en durée.
JUI N. 1764. 87
On ne peut difconvenir , dit l'Auteur
, que les Plantes ne foient des êtres
organifés & vivans ; elles ont d'abord
toute la délicateffe propre à l'enfance ;
elles tirent par le moyen de leurs racines ,
comme par des veines lactées , le chyle
qui les doit nourrir . Cette liqueur éprou
ve , dans les vifcéres des plantes , des
fécrétions & plufieurs préparations qui
la rendent propre à être nutritive : peutêtre
encore que des fucs afpirés par les
feuilles fe mêlent avec ceux que les
racines ont attirés. Quelques fçavans
Phyficiens ont reconnu , par des obfervations
faites avec beaucoup de fagacité
, qu'il y a dans les végétaux une
tranſpiration fenfible & infenfible , ce
qui doit beaucoup influer fur la préparation
du fuc nourricier. Peu-à - peu
la plante devient adulte : alors pourvue
des organes des deux féxes , elle produit
des femences fécondes , qu'on peut
regarder comme de vrais oeufs , dans !
lefquels les rudimens des plantes qui
en doivent fortir fe forment par degrés
. Après que les végétaux ont fourni
une innombrable postérité , ils tombent
dans la dégradation de la vieilleffe , &
périffent , les uns plutôt , les autres
plus tard,
88 MERCURE DE FRANCE.
Tous ces différens points de la Phyfique
des plantes fe trouvent expliqués ici ,
avec le détail convenable , d'après les
expériences des plus célébres Naturaliftes
, ainfi que le fommeil des plantes
fuivant le fentiment de M. Linnæus .
L'Auteur donne enfuite des notions fur
les plantes Annuelles , Vivaces , Exotiques
, Indigènes , Terreftres , Marines
Fluviatiles, Parafites, & enfin fur les plantes
ufuelles , qui font , fans contredit ,
les plus intéreffantes . M. de Bomare
termine ce qu'il dit fur ces dernières
par un tableau alphabétique des vertus
& de la manière d'agir des plantes médicinales.
Ce morceau précieux , qui
eft d'une étendue confidérable , a été
extrait des dictées de Botanique , faites
au Jardin Royal de Paris par l'illuftre
M. Bernard de Juffieu. Il y a encore
dans cet Article une lifte alphabéti
que du nom des différentes parties des
plantes , & des principaux termes de
Botanique , qui fera d'une grande uti
lité pour bien des Lecteurs.
JUI N. 1764. 89.
LETTRE à M. DE LA PLACE ,
Auteur du Mercure , fur le Poëme
d'OLIVIER.
IL parut l'année dernière , Monfieur ,
une brochure en deux volumes , fous le
titre d'Olivier, que le Public a lu avec
beaucoup de plaifir ; dont différens
Journaux ont fait de longs extraits ,
& de grands éloges : on a blâmé l'Auteur
de l'avoir intitulé Poëme : je penſe
qu'on a eu raiſon ; il faut qu'il y ait une
diftinction effentielle entre l'Iliade
l'Enéïde , le Paradis perdu , la Henriade
& tout autre ouvrage dont le
fond n'aura point affez de vérité: & dont
l'éxécution n'aura pas la majefté convenable
: ce font là , à ce que je penſe ,
les caractères de l'Epopée. Mais fi l'on
a cru que le titre de Roman auroit mieux
convenu au Livre dont nous parlons ,
j'eftime que l'erreur n'eft pas moins
groffière ; c'eft un titre trop générique ,
même en ajoutant au titre de Roman
l'épithéte de poëtique : ce qui caractèriferoit
au plus les Ouvrages de Scudery ,
la Calprenede , Defmarets , & c . J'oferois
90 MERCURE DE FRANCE.
"
ouvrir un autre avis , & infinuer que
le titre de Fable feroit beaucoup mieux
appliqué : il eſt vrai que le Public habitué
à penfer que , dans tout ouvrage
ainfi dénommé , les animaux doivent
être les principaux A&teurs , que la
Fable doit être un récit court & ferré ,
d'une action fimple terminée par une
moralité , pourroit encore n'être pas
fatisfait. Mais je perfifterois toujours
dans mon opinion , & je rangerois dans
la même claffe & fous le même titre ,
la Jérufalem délivrée , quoique le fond
en foit un peu hiſtorique ; l'Ariofte
Roland l'amoureux , le Bertholde , Richardet
, & toutes autres productions
qui nous font venues d'Italie fous le
titre faftueux de Poëmes.
Olivier , felon moi , Monfieur , ne le
céde à aucuns de ces prétendus chefsd'oeuvres;
quelques -uns ont peut-être de
l'avantage furlui en quelque partie;mais
nul ne réuffit au point où eft parvenu
celui-ci. La fraîcheur, le brillant , la force
dans le coloris ; la vivacité , le feu , la
variété, la vérité dans les images : à la fage
économie qui en oppofe les effets les
uns aux autres , ajoutez la touche , les
nuances , & la correction dans les caractères
la fertilité & le naturel dans
JUI N. 1764.
les inventions , le piquant dans la plaifanterie,
qui , après tant d'ouvrages d'un
fel & d'un goût fi différens , nous a
convaincu , qu'on peut quelque foit la
corruption prétendue du fiécle , amufer
innocemment le Lecteur fans danger
pour fa religion , ni pour les moeurs
& allier une morale fagé aux plus brufques
incartades de l'imagination ; & vous
conviendrez que ce badinage vaut ceux
dont s'honore étonnément l'Italie ; &
que , monftre pour montre , peut - être ,
il vaut mieux. Je n'en dirai pas davantage
pour ne pas répéter ce qu'en ont
dit les Journaux : je viens au point qui
nous touche nous autres Bouguignons ,
que l'amour de la patrie rend fenfibles
à tout ce qui peut la maintenir dans fon
éclat : foit modeftie, foit politique, l'Auteur
n'a pas mis fon nom à la tête de
l'ouvrage mais on fçait qu'il a pris nailfance
à Dijon d'une famille très - ancienne,
à qui même quelques titres du treiziéme
fiécle donnent déjà une forte de nobleffe
honoréé depuis de charges de
Magiftratures & alliée à d'anciennes
familles nobles du Païs : l'exacte probité
qui les a prefque tous affectés , & l'amour
des lettres où quelques - uns fe font reftraints
fans autre ambition que de les
:
92 MERCURE DE FRANCE .
Cultiver , ne leur a pas permis d'en fuivre
hors de leur Patrie les récompenfes. Il
n'eſt pas le premier d'entre eux qui ait
acquis quelque célébrité fur le Parnaffe.
La Bibliothèque des Auteurs de Bourgogne
fait mention d'un de fes grands- oncles
(a ) qui, en fe délaffant des fatigues du
Barreau & de la Magiftrature dans une
Cour Souveraine ,donna au , Public en
1641 quelques poëfies dans un ftyle un
peu Gaulois mais eftimées dans le
temps. Celui- ( b ) dans fa première
jeuneffe , s'eft fait connoître du Public
par quelques Ouvrages d'imagination
& de critique , qui donnoient lieu d'en
bien efpérer. Des vues différentes de
fes Ancêtres l'ont entraîné dans d'autres
Occupations plus utiles à l'Etat , mais
plus pénibles , qui ne lui permettoient
de cultiver les Lettres , que dans des
temps & des momens très- courts , &
par forme d'amuſemens.
Ses amis ont entre les mains un recueil
de Fables dont la plupart ne dépareroient
pas celui de la Fontaine :
mais l'on peut juger par l'Ouvrage , qui
eft le fujet de ma lettre , qu'il n'a ja-
( a) Jean Cafotte , Avocat , Echevin de la
Ville de Dijon , Confeiller à la Table de Marbre,
(b)V. la France Littéraire , 1759 & 1963.
JUI N. 1764. 93
mais perdu de vue l'envie de s'inftruire.
Il y fait preuve , quoique fans affectation
, d'une grande multiplicité de connoiffances
, de beaucoup de goût ; il
nous laiffe à regretter , Monfieur , qu'il
n'en faffe pas davantage pour fa réputation.
Qu'il fe montre à découvert fur
la Scène ; qu'il vienne fe joindre aux
Pirons , aux Buffons , aux Rameaux ,
ces Athlétes , ces Hercules qui combattent
encore pour l'honneur des Mufes
Françoifes & de la réputation Dijonnoife.
Nous cherchons en vain depuis
longtemps à côté d'eux & au- def
fous d'eux les demi -Dieux qui pourroient
les remplacer,
J'ai l'honneur d'être , & c.
M. D. G. C. A. G. A. L. T. D. M.
ANNONCES DE LIVRES.
MÉMOIRES fur les Matières domaniales
, ou Traité du Domaine , Ouvrage
pofthume de feu M. le Fevre de laPlanche,
Avocat du Roi au Bureau des Financcs
, ordinaire en la Chambre du Domaine
; avec une Préface & des Notes
de l'Editeur. A Paris , chez Defaint &
94 MERCURE DE FRANCE .
Saillant , rue S. Jean de Beauvais , &
chez Vincent , rue S. Severin ; avec
Approbation & Privilége du Roi, 1764,
Tome premier in -4°.
Voici le premier Tomẹ d'un Ouvrage
qui fera fuivi de deux autres volumes
que l'on imprime préfentement ,
& qui feront délivrés dans le courant
de l'année. Le prix total eft de 30 liv.
c'est- à- dire de io liv. chaque volume
en feuille. Les Libraires reçoivent 15
livres en délivrant le premier volume
& donnent leur engagement de remettre
à la fin de l'année , pour pareille
fomme , les Tomes 2. & 3. Aucun Auteur
n'avoit encore donné fur les Matières
Domaniales des fecours qui répondiffent
aux defirs des Jurifconfultes ;
on a lieu de croire par conféquent que
ce Livre recevra de leur part un accueil
favorable. Il contient une érudition
abondante ; & l'Editeur y a joint
une Préface & des Notes dans lefquelles
il s'eft propofé de fuppléer à ce qui
manquoit pour donner à l'Ouvrage
toute la perfection dont il eft fufceptible.
INSTRUCTIONS pour les jeunes Dames
qui entrent dans le monde ; fe mas
JUIN. 1764. 95
rient ; leurs devoirs dans cet état & envers
leurs enfans ; pour fervir de fui e
au magazin des adolefcentes ; par Madame
Leprince de Beaumont ; à Londres
, chez Jean Nourfe , Libraire du
Roi ; & à Paris , chez Defaint & Saillant
, rue S. Jean de Beauvais , vis - àvis
le ollége ; 1764 ; quaire volumes
in - 12 . petit format .
Madame Leprince de Beaumont travaille
depuis douze ans a inftruire les
enfans & les adolefcentes ; & tout le
monde fçait le fuccès de fes Livres aufquels
elle a toujours donné le titre de
Magazin. Celui ci qui eft fait dans le
même goût, pourroit être intitulé le Magafin
des filles à marier , & ne mérite
pas moins que les précédens , l'accueil
favorable du Public.
LETTRES d'un Aionnaire fur le
Commerce de la Con p gnie des Indes
; à Avignon , 1764 ; Brochure in-
12. de 64 pages .
Ces Lettres traitent de l'utilité du
Commerce de la Compagnie des Indes.
2°. Du parti qu'ont pris quelques
Actionnaires d'en demander la diffolution
. 3 °. De la queftion s'il ne feroit pas
plus avantageux de rendre le Commer96
MERCURE DE FRANCE.
ce libre , que d'en accorder le privilége
exclufif à une Compagnie. 4º : Sur la
poffibilité de remonter ce commerce
pour le rendre avantageux à l'Etat &
utile aux citoyens.
,
LES Métamorphofes , Poëme héroïcomique
, traduit de l'Allemand de
M. Zacharie. A Paris chez Fournier
, Libraire rue de Hurepoix , à
la Providence , 1764 ; brochure in- 12 ,
petit format.
>
On lit dans la Préface , que le Poëme
dont on donne la traduction , eft le coup
d'effai d'un Auteur que l'Allemagne
met au nombre de ceux qui lui font le
plus d'honneur. M. Zacharie avoit à
peine dix - huit ans , lorfqu'il publia ces
Métamorphofes ; & elles furent reçues
avec un applaudiffement univerfel . C'eſt
une fatyre enjouée & délicate contre les
Coquettes & les Petits- Maîtres. L'Auteur
a fçu y répandre le badinage le plus
ingénieux , des allufions hardies , mais
qui plaifent par leur vérité , & un comique
riant , que relève le contrafte fingulier
de fes comparaiſons.
ג
LETTRE de Valcour , Officier François
, à Zeila , jeune Sauvage efclave à
Conftantinople ,
JUI N. 176.4. 97
Conftantinople , précédée d'une Lettre
à Madame *** . en France ; 1764 , brochure
in- 8°. de 24 p. avec deux petites
vignettes , chez Cailleau , Libraire , rue
Saint Jacques.
Nous avons annoncé dans un de nos
Mercures précédens une Lettre de Zeïla à
Valcour , par M. Dorat. Un jeune Auteur
qui n'écrit pas encore en profe &
en vers auffi-bien que M Dorat , a fait
une réponse à cette Lettre : mais il n'égale
fon modèle ni par le mérite littéraire
, ni par la dépenſe faite pour l'exécution
typographique.
PROSPECTUS de trois Ouvrages propofés
par foufcription , dont l'un eft intitulé
Guide du Commerce : le fecond
Meppemondes , ou Tables pour trouvér
la correfpondance des poids , des aunages
& des mesures de continence , qui
font en ufage dans l'Europe , l'Afie ,
l'Afrique & l'Amérique. Le troifiéme
l'Arithmétique démontrée , opérée & expliquée
, par M. G *** de L *** , négociant
à Nantes , avec approbation &
privilége du Roi. Le premier formera
deux volumes , l'un in folio & l'autre
in-4° . Le fecond fera un volume in- 8°
ainfi que le troifiéme.
E
98 MERCURE DE FRANCE .
On aura une connoiffance exacte de
ce que contiennent ces trois Ouvrages
en lifant le Profpectus qui fe diftribue à
Paris chez Defpilly , Libraire , rue S.
Jacques , à la Croix d'or ; & à Nantes ,
chez la veuve Vatar , haute grande rue .
Nous dirons feulement ici , qu'ils nous
paroiffent devoir intéreffer tous les Commerçans
, les Banquiers & les Financiers :
ils liront dans le Profpectus les conditions
propofées aux Soufcripteurs , le
prix des Livres , & le tems où ils pourront
être délivrés , & c.
44
HISTOIRE de la Maifon de Montmorency
, par M. Déformeaux ; à Paris ,
chez Defaint & Saillant , Libraires , rue
S. Jean de Beauvais , & chez Duchefne ,
rue S. Jacques , 1764 , avec approbation
& privilége du Roi , cinq volumes
in- 12.
En attendant que nous faffions un
ou plufieurs extraits de cette Hiftoire
curieufe , intéreffante & bien écrite
nous ne ferons qu'indiquer aujourd'hui
ce que contient chacun des volumes
dont elle eft compofée. Le premier renferme
la Généalogie de la Maiſon de
Montmorency, & fon Hiftoire depuis
l'année 960 , jufqu'en 1531. Le fecond
, la vie du Connétable Anne , &
JUIN. 1764. 99
celle de François , Maréchal de France ,
depuis 1494 , jufqu'en 1579. Le troifiéme
, la Vie de Henri I , Connétable
de France , celle de Charles , Duc d'Amville
, grand Amiral de France , & celle
de Henri II , Duc de Montmorenci
depuis 1547 , jufqu'en 1632. Le quatriéme
, la Vie de François- Henri de
Montmorenci Maréchal Duc de
Luxembourg , depuis 1628 , jufqu'en
1679. Le cinquiéme , la fuite de cette
-Vie , jufqu'en 1695 .
• ,
>
DE l'exportation & de l'inportation
des grains , Mémoire lû à la Société
Royale d'Agriculture de Soiffons , par
M. Dupont , l'un des Affociés , avec
cette épigraphe : fluunt imbres , nafcitur
aurum. F. Q. A Soiffons , & fe trouve
à Paris , chez P. G. Simon , Imprimeur
du Parlement , rue de la Harpe , à l'Hercule
; avec approbation & privilége du
Roi , 1764 ; brochure in-8° . de 175
pages.
Il s'agit de prouver les avantages immenfes
que la Nation trouveroit dans
la liberté générale , abfolue & irrévocable
du commerce extérieur des grains.
Cet écrit nous paroît auffi folide & auffi
convainquant , que nous le trouvons
E ij
100 MERCURE
DE FRANCE .
clair , précis & méthodique, Par- tout
l'Auteur s'y montre comme un citoyen
zélé , dont toutes les vues n'ont pour
objet que le bien public .
HISTOIRE d'Angleterre , depuis la
defcente de Jules -Cefar , jufqu'au Traité
d'Aix-la- Chapelle en 1748 , par M.
T. Smolett , M. D. traduite de l'Anglois
par M. Targe , Correfpondant de l'Académie
Royale de Marine , & Profeffeur
de Mathématique à l'Ecole Royale militaire
; à Orléans , chez J. Rouzeau- Montaut
, & à Paris , chez Defaint & Saillant
, rue S. Jean de Beauvais , & chez
Defpilly , rue S. Jacques , dix- neuf volumes
in- 12 , avec approbation & privilége
du Roi.
On a rendu compte dans le Mercure
du mois de Décembre 1760 des quatre
premiers volumes de cet Ouvrage , ce
qu'on auroit continué de faire , fi on en
avoit eu plutôt la fuite : il a eu le fuccès
le plus étonnant dans fa langue originale.
Après plufieurs éditions qui ont
confommé plus de douze mille exemplaires
, les Libraires de Londres en
annoncent deux nouvelles fous différens
formats. Cette Hiftoire eft la feule
qui conduife les événemens jufqu'à
JUI N. 1764 .
· ΙΟΙ
notre temps. On continuera à la donner
pour le prix de quarante - huit livres
reliée , jufqu'à la fin de la préfente année
, après lequel temps elle fe vendra
trois livres le volume. On en trouve
des exemplaires à Lyon , chez Bruifet
Ponthus , & à Rouen , chez la veuve
Dumefnil.
VIE de Michel de L'Hôpital , Chancelier
de France , à Londres , chez David
Wilfon , & à Paris , chez Debure ,
pere , quai des Auguftins , à l'image S.
Paul , avec permillion , 1764 , un vol .
in- 12. prix , 2 liv . 8 fols broché.
A juger par l'impreffion qu'a fait fur
nous la lecture de cet Ouvrage , nous
croyons qu'on le lira avec le plus grand
intérêt. L'Auteur nous repréfente le
Chancelier de L'Hôpital comme un des
perfonnages les plus eftimables qu'ait
produit la Nation. Le bien public fut
l'objet qui occupa tous les inftans de fa
vie ; & pour rendre fes concitoyens plus
heureux , il ne voulut que les rendre
plus raifonnables . C'eft fous ce point de
vue que l'Hiftorien enviſage fon Héros ;
& les détails qu'il offre à fes Lecteurs
font également curieux & inftru &tifs .
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
DISSERTATION adreffée à nos Seigneurs
les Evêques , où les jeunes Ex-
Jéfuites prouvent qu'ils peuvent en honneur
& en fûreté de confcience , prêter
les fermens que les Parlemens exigent
d'eux , brochure in- 12 de foixante-huit
pages , dont on trouve quelques exemplaires
à Lyon , chez les Libraires affociés
, & à Paris chez Bauche , quai des
Auguftins , 1764.
On expofe d'abord la formule du ferment
; onla partage enfuite en plufieurs
articles ; on fait voir qu'il n'y en a aucun
que les jeunes Jéfuites , c'est-à- dire ,
ceux qui n'ont pas fait les derniers voeux ,
ne puiffent figner . On propofe les différentes
objections que l'on peut faire
contre cette opinion ; & il nous a paru
qu'on les réfutoit affez bien .
: RÉFLEXIONS générales fur l'ifle de
Minorque , fur fon climat , fur la manière
de vivre de fes habitans , & furt
les maladies qui y regnent , par M.
Claude- François Pafferat de la Chapelle
, Confeiller du Roi , Medecin cidevant
de l'Armée de France dans cette
ifle , Affocié- Correfpondant de la Société
Royale des Sciences de Montpel
lier , à Paris , chez la veuve d'Houry ,
JUI N. 1764. 103
Imprimeur-Libraire de Mgr le Duc d'Or.
léans , rue S. Severin , près la rue S.
Jacques , avec approbation & permiffion
1764 , brochure in - 12 de 130
pages.
>
L'Auteur n'avoit d'abord fait ces obfervations
que pour fa propre inftruction
; mais les avantages qu'il en retira
pour fa pratique , lui perfuaderent qu'elles
pourroient être utiles à ceux qui lui
fuccéderoient dans la place qu'il occupoit.
Il les rédigea donc par écrit : il y
joignit les réfléxions qu'il avoit faites
fur les maladies qui lui avoient paru
régner plus particuliérement dans ce
pays , & dépendre de l'expofition des
lieux , de la nature du fol & de la manière
de vivre de fes habitans. Il forma
de tout cela l'Ouvrage que nous annonçons
, & que nous croyons trèsutile.
TARIF de la réduction des monnoies
de France & de Lorraine ; à Nancy
, chez Charlot , fils , Imprimeur des
Cours Souveraines , rue S. Nicolas ,
1763 , & à Paris , chez Brocas & Humblot
, rue S. Jacques , au Chef S. Jean ,
petit in-32 de 40 pages.
Ce Livret peut convenir aux Négo-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
cians de France qui font dans le cas de
faire le commerce avec les Lorrains.
DISSERTATION fur les dépôts du
finus maxillaire , par M. Bourdet , Dentifte
du Roi , Chirurgien ordinaire ,
Opérateur de Sa Majefté , &c. A Paris
de l'imprimerie de Jean- Thomas Hériffant
, Imprimeur du Cabinet du Roi ,
avec approbation & permiffion , 1764 ,
brochure in- 12 de quarante-huit pages.
M. Sue , Chirurgien & Cenfeur
Royal , dit dans fon Approbation , que
l'Ecrit de M. Bourdet , fon confrère
contient plufieurs obfervations qui lui
ont paru intéreffantes & utiles au Public
. Nous nous en tenons à cette décifion
d'un homme de l'Art.
ARMORIAL général de la France ,
par MM. d'Hozier , tome huitieme
vol. in folio .
Nous croyons ne pouvoir rien faire
de mieux , que de placer ici l'Avertiſſement
qui eft à la tête de ce nouveau volume.
Ce font les Auteurs eux- mêmes
qui rendent compte au Public de l'interruption
& de la repriſe de leur travail.
» Après avoir fufpendu pendant quelJUIN.
1764. 105
"
» ques années l'impreffion de l'Armo-
» rial Général , nous en publions enfin
» le huitiéme volume . Au refte fi nous
» avons un peu différé de ſatisfaire l'em-
» preffement qu'on a témoigné de voir
» la fuite de cette collection , ce n'étoit
» pas que nous euffions perdu de vuë
» les engagemens que nous avions con-
" tractés vis- à- vis du public ; la guerre
» que Sa Majefté vient de terminer à
» la fatisfaction de fes peuples n'a
» prèfque point permis à la Nobleffe ,
» occupée du fervice militaire , de s'em-
» ployer à la recherche de fes titres ,
» recherche qui néceffairement deman-
» de beaucoup de loifir , & eft fort
difpendieufe . Telle a été l'unique
» caufe de cette interruption & de nos
» délais.
22
"
"
»
,
» Nous ne diffimulerons cependant
» pas que nous nous les reprochons en
quelque forte , parce qu'un tas de
» compilateurs fans goût , comme fans
, caractère & fans aveu , ont profité de
» notre filence pour infefter le Public
» de productions généalogiques qui por-
» tent l'empreinte d'une ignorance craf-
» fe , ou de la plus honteufe adulation .
» Ces Ecrivains téméraires ignorent fans
» doute que les nobiliaires , regiftres ,
E v
106 MERCURE DE FRANCE .
» catalogues héraldiques , & les autres.
» ouvrages qui ont trait à la nobleſſe ,
» font effentiellement réfervés aux fonc-
» tions du Juge d'Armes , officier créé
» par Louis XIII , à la follicitation des
Etats- Généraux pour réprimer les
» ufurpations des faux nobles , & pour
» être ordinairement à la fuite du Roi ,
>> afin de lui certifier la nobleffe de fes
» Sujets.
›
» Ayant donc en vue ces deux ob-
» jets principaux devoirs de notre
» Charge , nous entreprîmes il y a plu-
» fieurs années l'Armorial Général de
» la France , fur le plan que nous traça
» M. le Cardinal de Fleury par ordre
» de Sa Majefté même . Nous fentions
» toute la pefanteur du fardeau que l'on
» nous impofoit , & nous fumes effrayés
de l'étendue des obligations que nous
» allions contracter ; mais enfin , notre
» courage & notre zèle nous animant ,
"
nous nous trouvâmes bientôt en état
» de faire paroître les fept premiers vo-
» lumes que nous eumes l'honneur de
préfenter fucceffivement à Sa Ma-
» jefté Elle voulut bien nous témoi-
» gner qu'elle étoit fatisfaite de notre
>> travail ; & la Nation entière le reçut
avec intérêt & reconnoiffance. Nous
JUI N. 1764. 107
» efpérons que le huitiéme volume ne
» fera pas moins bien accueilli que
» l'ont été les précédens.
>
04 » Conformément à ce qu'avoit pref-
» crit M. le Cardinal de Fleury
"¡y détaille degrés par degrés les filia-
» tions , les fervices , les graces reçues ,
» les priviléges , les diftinctions & les
"
,
dignités dont les preuves fe trouvent
» appuyées , foit fur les titres origi
" naux , foit fur des Arrêts du Confeil
» ou des Commiffaires Généraux , foit
>> fur des Jugemens & Ordonnances des
» Commiffaires députés dans les diffé-
» rentes Généralités des Arrêts des
> Cours Supérieures , des Sentences des
» Elections , des Procès-verbaux de
» Malthe , des invitations & admiffions
» aux Etats dans les Provinces où ces
» affemblées ſe trouvent établies ; foit
» enfin fur des preuves déja agréées par
» le Roi pour les établiffemens qui en
» éxigent.
"
» Quant à ce qui concerne les divers
» réglemens portés par nos Rois pour
» mettre un frein à la liberté que des
» Particuliers fe donnent de s'arroger
» des titres , des qualifications & des
» armoiries qui ne leur appartiennent
» pas , nous renvoyons ceux qui defi-
E vi
108 MERCURE DE FRANCE .
» reront en être inftruits , au précis que
» nous en avons publié à la fin du ſe-
» conl Tome de notre Armorial. La
» lecture & l'exécution de ces fages Or-
» donnances deviennent d'autant plus
» néceffaires , que la licence à cet égard
» eft portée aujourd'hui à un tel excès
» qu'il femble que toutes les condi-
» tions foient confondues , & qu'un
» homme fraîchement annobli fe croye
» en droit de trancher de l'homme de
» qualité , & de s'annoncer fous les dé-
» nominations les plus diftinguées ;
» comme fi l'on ignoroit qu'on ne peut
» les prendre légitimement ces déno-
» minations , qu'autant qu'elles font re-
» vêtues du fceau du Souverain & de
l'enregistrement dans fes Cours ! Il
» feroit inutile de répondre que la plû-
» part de ces Réglemens ayant été faits
» dans des temps reculés on peut fe
» permettre de ne les plus obferver. On
» ne prefcrit point contre des Loix de
» cette nature ; & c'eft s'abufer que de
penfer que leur vétufté foit un pré-
» texte fuffifant pour juftifier leur inob-
» fervance. Auffi peut-on fe promettre
» que le zèle des Cours Supérieures fe
» ranimera à ce fujet. Dépofitaires du
» pouvoir de Sa Majefté , verroient-
» elles avec indifférence léfer fes droits
"
JUI N. 1764 . 109
» par des ufurpations qu'on pourroit
» avec raifon taxer d'attentats & d'en-
» trepriſes fur l'autorité du Monarque.
» Dans des temps où les abus en ce
" genre étoient beaucoup moins multipliés
qu'ils ne le font de nos jours ,
» le premier Parlement du Royaume
» rendit le 13 Août 1663 un Arrêt
» pour les profcrire . Puiffe fa vigilance
fe porter " encore vers cet objet ! »
ARTICLE III
SCIENCES ET BELLES-LETTRES
ASTRONOMI E.
SUITE DU MÉMOIRE DE M.
TRÉBUCHET .
SOIT X l'angle conftant que j'ai trouvé
par les contacts extérieurs de Vénus
de 54 degrés 24 minutes , & pour les
contacts intérieurs de 514 51 ' ; foit Yla
différence des parallaxes de hauteur , &
Z l'angle variable marqué dans les colonnes
du point de contact , on aura
l'effet de la parallaxe :
Pour réduire en tems
parallaxe , comme il eſt
T fin. Z
fin. X
cet effet de la
marqué dans
110 MERCURE DE FRANCE .
les 5 & 10° colonnes , j'ai employé le
logarithme conftant 118110 additif, que
M. Delalande dans fa Connoiſſance de
1763 ,p.203, dit avoir tiré desTables du.
mouvement deVénus, &être dix fois plus
exact que celui qu'on pourroit tirer de
l'obfervation . L'effet de la parallaxe relative
à Paris , n'étant autre chofe que la
fomme ou la différence de fa parallaxe
abfolue avec celle d'un lieu propofé ,
j'ai cru qu'il étoit inutile d'en faire des
colonnes particulieres ; on voit , par
exemple , que l'obfervation du premier
contact s'eft faite à Paris , 1' 11 " plutôt
qu'à Madrid , & feulement 23" plutôt
qu'à Lyon , & 19 " plus tard qu'à Greenwich
, & ainfi des autres.
L'entrée n'ayant été obfervée qu'à
Stokolm , Pétersbourg, Tobolsk & Trinquebar
, j'ai écrit ce mot entrée dans la
feconde colonne vis - à - vis l'inftant de
l'obfervation. Tous les autres tems doivent
s'entendre de la fortie. Ma Table
eft conftruite d'après celle du P. Hell ,
où j'ai pris toutes les obſervations que
je rapporte , à la réferve de celles de
Lisbonne , de Naples , de l'ifle Rodrigues
, & de Trinquebar fur la côte de
Coromandel , qui m'ont été communiquées
par M. Meffier. Cet Aftronome
JUI N. 1764 .
III
infatigable , que les veilles les plus foutenues
dans l'obfervatoire de la Marine ,
mettent en correfpondance avec tous les
Aftronomes du monde connu , ayant
bien voulu me faire paffer ces quatre
obfervations , qu'il me foit permis de lui
en faire publiquement les remercimens
que je lui en dois.
J'ai fuppofé la latitude feptentrionale
de Trinquebar de 11d ; mais fa longitude
n'étant point exactement connue ,
je n'ai pu la réduire au Méridien de Paris
, non plus que celle de Virtsbourg
que je n'ai trouvée ni dans la Connoiffance
des Tems , ni dans la Differtation
fur Vénus .
L'Obfervation de l'ifle Rodrigues ,
telle qu'elle a été donnée à M. Meffier
par M. Pingré qui l'a faite , & qu'elle
eft employée dans ma Table , différe un
peu de celle qui a été employée par M.
Delalande dans le fecond Mercure de
Juillet 1762 , & dans la Connoiffance
des Tems de 1764. Il y dit : que le contact
intérieur , à la fortie , y a été obſervé
34′ 44″ après midi ; il fuppofe la différence
des Méridiens de 4h 2' , d'où il
conclut la parallaxe du foleil 9 , 55 ;
mais il fait obferver que 20" d'erreur
fur la différence des Méridiens de Paris
"
112 MERCURE DE FRANCE .
& de l'ifle Rodrigues , font o"
différence fur la parallaxe du foleil .
• 7 de Or
, M.
Pingré
marque
le même
contact
à oh
36′ 49" , avec
la différence
des
mêmes
Méridiens
de
4h
3' 26" , ainfi
,
fans
parler
de
la différence
de
25
' qui
fe
trouve
ici
dans
les
inftans
du
contact
,
la feule
différence
de
1' 26" dans
la longitude
de
Rodrigues
entre
ces
deux
Aftronomes
, laiffe
une
incertitude
de
3 "
entières
fur
les
9" 55
de
la parallaxe
conclue
par
M.
Delalande
.
Je ne fais cette remarque que pour
faire fentir l'avantage de la méthode de
M. Halley , qui n'exige pas la connoiffance
des longitudes , mais feulement
des pendules à fecondes & des lunettes
ordinaires , comme de 15 à 18 pieds ,
c'eft-à -dire , d'égale longueur & d'égale
bonté , à la faveur defquelles deux Obfervateurs
placés dans les lieux les plus
éloignés , puiffent obferver la durée totale
du paffage avec la plus grande différence
poffible. Tel eft l'avantage que
promet le paffage de 1769 pour deux
Obfervateurs , dont l'un fera à Mexico ,
capitale du Mexique , & l'autre à Abo
en Finlande ou à Torneo en Laponie :
la durée du paffage fera plus courte pour
le Mexique d'environ une vingtaine de
minutes de tems.
-
JUI N. 1764. 113
M. Halley avoit indiqué pour le paffage
de 1761 , comme les lieux les plus
avantageufement fitués la baye d'Hudfon
, & les rives du Gange , mais il eſt
affez furprenant que dans le précis qu'on
a fait de fon ingénieux Mémoire , à la
page 103 du Journal Etranger de Mai
1761 , on lui ait fait dire précisément
tout le contraire de ce qu'il a dit.
Il a dit qu'à la baye d'Hudfon l'effet
de la parallaxe feroit de retarder la fortie
de Vénus ; on lui fait dire , accélérer. Il
a dit que la durée du paffage entier y
devoit paroître plus longue , longiorem ,
d'environ 6' que pour le centre de la
terre ; on lui fait dire , qu'elle a dû y
être moindre de la même quantité.
Il a dit que vers l'embouchure du
Gange la fortie paroîtroit accélérée ; on
lui fait dire , retardée.
Enfin , il a dit : que la durée du paffage
y devoit être diminuée , contrahetur,
d'environ 11 ' de plus que pour le
centre de la terre ; on lui fait dire , prolongée.
Plus bas on ajoute qu'on a reconnu
dans la fuite que M. Halley s'étoit trompé
; M. Ferguſon , Anglois , en ayant
fait
la remarque à la page 99 , on y dit en
note : que l'Angleterre doit cette remar114
MERCURE DE FRANCE .
que à la France , & en particulier à M.
Delifle , qui en fit part à l'Académie
Royale des Sciences , & au Public dès
les derniers mois de 1759. Cela eſt
vrai , mais il eſt également vrai que ce
fut moi qui en fis part à M. Delifle.
Content d'avoir fait la découverte , j'ai
dû l'être encore davantage de l'avoir vue
annoncée par un Savant de ce nom ; fi
j'en euffe parlé tout feul , on ne m'auroit
jamais cru , lui-même a été fix jours
fans me croire , & ne l'a fait qu'après
avoir vérifié mon calcul : lui - même a
été cinq mois fans être cru ; tant étoit
grand fur tous les efprits l'afcendant du
Prince des Aftronomes Anglois
Halley , qui étoit en réputation de ne
s'être jamais trompé en fait de calcul.
M.
On dit à la page 105 du même Journal
Etranger , que ce favant Aftronome
s'étoit mépris dans la pofition d'un angle
, & que cette méprife caufoit une
erreur confidérable : il falloit dire dans
la pofition d'un cercle , & que cette méprife
ne caufoit aucune erreur fenfible.
Je l'ai déja dit dans le Journal des Savans
de Novembre 1760 , & je le répéte
ici avec d'autant plus de confiance, qu'un
Académicien l'a dit depuis moi dans le
JUIN. 1764. 115
Journal des Savans d'Avril 1761 , au
fujet des calculs de M. Delifle .
Il eft donc bien certain que le mécompte
de M. Halley n'a d'autre fondement
que dans la latitude de 4' qu'il a
employée , au lieu de celle de 10' qu'il
auroit dû employer ; mais comme cet
élément dépend du mouvement du noeud
de Vénus , qui n'étoit pas connu lorfqu'il
travailloit à fon Mémoire en 1716,
il n'a pu l'employer bien juſte : encore
moins l'a-t-il pu en 1691 , quand il faifoit
fa Table pour mille ans des Conjonctions
Ecliptiques de Vénus. C'est ce
qui fait dire à l'Académicien , rédacteur
de l'Hiftoire de l'Académie pour l'année
1757 , pag. 81 , que M, Halley a pu
inférer dans fa Table des années où il
n'eft pas fûr qu'il doive arriver des paffages
de Vénus , & qu'il conviendroit de
refaire ces calculs für les nouveaux élémens.
Avant que de voir ce Volume , qui
n'eft forti de deffous la preffe qu'à la fin
de l'année derniere , * j'avois penfé les
mêmes chofes au commencement de la
même année ; c'eft ce qui m'a engagé à
refaire cette Table telle qu'elle eft imprimée
dans le Journal des Savans de
* 1762.
116 MERCURE DE FRANCE.
Février 1762. On y voit qu'en effet des
17 conjonctions Venériennes dont M.
Halley a compofé fa Table , il y en a fix
à rabattre , favoir quatre pour le paffé ,
& deux pour l'avenir , dans lefquelles il
eft sur qu'il n'y a point eu , & qu'il n'y
aura pas de paffage de Vénus
En relevant quelques erreurs qui fe
font gliffées dans le Journal Etranger ,
je crois entrer dans les vues du Savant
qui préfide à la rédaction de ce Journal ;
le foin qu'il prend de nous tranfmettre
tant de beautés & de vérités étrangères
qui feroient perdues pour nous fans fon
Recueil , m'eft garant de fes fentimens.
J'en dis autant de l'Auteur même de
ces erreurs , ou , pour mieux dire , de
ces inadvertances ; la célébrité & la rareté
du phénomène , pour me fervir de fes
expreffions , pag. 101 , me fait penfer
qu'il ne me faura pas mauvais gré de les
avoir fait obferver ; & il eft trop au fait
de la matière pour ne pas les fentir ; il
a trop de bonne foi pour ne pas les
avouer.
J'ai déja dit que j'ai employé dans
mes calculs la différence des parallaxes
horisontales de 24" ; je dois ajoûter que
j'ai fuppofé le demi - diamètre du foleil
JUI N. 1764 . 117
de 15' 47 ' , celui de Vénus de 29" , &
la plus proche diſtance des centres de y!
27" , par une espèce de milieu entre la
détermination de M. Delalande & celle
du P. Hell.
Je ne connois cet Aftronome Allemand
que par fa Differtation ; c'en eſt
affez pour me faire juger de fes talens ,
n'en ayant rien , je ne me flatte pas
d'avoir rempli fes vues par la conftruction
de ma Table ; heureux , fi , en la
donnant au Public , j'ai fçu lui marquer
tout à la fois mon amour pour l'Aftronomie
, & mon refpect pour un Savant fi
digne d'orner la Lifte de tous ceux qui
répondent fi bien en tous genres aux
voeux de leur Illuftre Protectrice S. M, la
Reine de Hongrie.
A l'exemple de notre Monarque, cette
Souveraine femble ne tenir le fceptre
d'une main que pour tendre l'autre à
l'humanité : les Savans les plus malheureux
, lui paroiffent les plus dignes de
fes bontés & de fa protection , quand ils
ne font pas coupables : l'envie qui n'a
point d'accès à fon trône , ne fauroit les
en écarter. Rénumératrice des talens ,
elle ne fait que les couronner en les
tranfplantant jufqu'aux extrémités de fes
Etats .
118 MERCURE DE FRANCE.
C'eft ainfi que bien plus heureufe
que Chriftine de Suéde , cette Chriftine
d'Autriche , fans quitter les rênes d'un
gouvernement dont elle fait le bonheur ,
fait encore fleurir les Sciences dans les
terres jadis incultes des Varadins & des
Croates.
Tems heureux ! l'Europe entière n'aura
bientôt plus rien de la barbarie des fiécles
de l'ignorance , dont j'ai trouvé
des précieux reftes en 1758 , dans le
centre & la Capitale d'une de nos Provinces
déja l'on fait que le Turban
veut arborer l'étendard de la célefte
Uranie , en lui érigeant des autels
& des trophées au milieu de Conftantinople.
* Puiffe cetteVille d'ailleurs fi floriffante
, & jadis la capitale du monde
Chrétien , redevenir une terre nouvelle à
la vue du Ciel nouveau qui va s'y découvrir
! Puiffent les Moſquées devenir les
Temples du vrai Dieu , feul Auteur de
tant de merveilles auffi anciennes que le
Monde ; & le Croiffant , ce fymbole de
l'inconftance , s'y changer pour jamais
dans le figne facré du falut de tous les
hommes !
* Voyez le ſecond Mercure de Janvier 1763 .
page 95.
JUI N. 1764. 119
P. S. Les Obfervations du Satellite
de Vénus , dont j'ai parlé dans ce Mémoire
fait l'an paffé , ont été confirmées
au mois de Mars dernier ; favoir , les 3,4,
10 & 11 à Copenhague par Mrs Roedkier
& Horrebow. ( Voyez la Gazette
Littéraire du 18 Avril ) . Et les 15 , 28 &
29 du même mois de Mars , à Auxerre ,
par M. de Montbaron , Confeiller au
Bailliage ( c'eft ainfi qu'il faut lire , au
lieu de M. de Montbazon dans ma Lettre
fur l'Eclipfe du premier Avril au
fecond Mercure d'Avril . )
Au Mercure de Mai , pag. 134 lig. 30
au lieu de m'en avoient , lifez m'avoient.
Page 143 lig. 28 au lieu de au moins
lifez en moins.
Page 144 lig. 15 après ces mots je n'ai
pu faire ufage , ajoutez , ( dans la connoiffance
des temps 1761. )
LISU X
NOMS PREEMMIIFER
de des
l'Obfervation . Obfervateurs.
Paris. M. Baudcuin.
Lisbonne. M. Ciera .
Madrid . P. Rieger.
P. Beraud .
878 ∞ ∞ ∞
Contac
obfervé à
H. M. S
28 27
44 26
6 55
8 19
8
38
98
O
53
43
44
35
Greenwich. M. Green.
Lyon .
Schwezingue . P. Mayer.
Gottingen, M. Mayer.
Dillingen . P. Haufer.
8 26
Wirtsbourg .
P. Hubert.
10
20
12
Florence. P. Ximènes. 4 28 .
Bologne .
M. Zanoti . 4 34
84
Ingolstad.
P. Kratz.
Munich. M. Claufing . 9 S 46 °
Rome. P. Jacquier.
9 36
Naples. P. Carcani. 9 16 fs
Laubac. P. Schottl. 9
18 15
Wezlas . M. Erhmans . 9 20 48
Tyrnau. P. Veiff. 9 29 9
Stokolm . Entrée
3
2 !
37
Pétersbourg.
M. Vargentin. 9
Entrée.
30 8
4 9 20
M. Braun . 10 18
S
Rodrigue.
M. Pingré , 36 49
Tobolsk M Chape.
Trinquebar.
Entrée.
Anonime.
170
49 20
29 39-
I 40 25
POINT
PREMIER CONTACT
de
Contact
à
EFFET
de la
réduit
D. M.
MS
Parallaxe. de la terre.
H M SH M S
au centre au méridien
de Paris.
8 43
53 8 29 8 20 29 20
4 50
337 43 538
29 45
2
48
188 6
388 30 56
II 35 + 1 12
8 20 128
29
22
S
8
+ 30
8 39
10 54 2
N
8
94
14 8 29 15
54 37 8 30 2.
14
10
II
4
S
8 + 1
13+
21 8 59 47
∞ ∞
8 29 31
$ 79 I 17
5930
79 2 19
219
1 279
II 09
456
4 49
. 00 00 00
79940
8 2.9 39
.. •
8
30 I
18
28 . 56
8 29 50
10 IS
I 36
12
O 31
8 22
20
+++
569 6 428
29 42
89 9 448
29 7
39 16 588 29 23
439 18
588 29 7
4 9 2 I 5218
29 52
12
56 +
H
69 30 158 29 20
44 3 S 3
16 2 2 13
35
26 49 +2
47 30 S
2819
28 4
32368 29 43
3 52
2
S
33 521+
ΤΟ
50
21 438 29
43
4I 3 3
28 O 33 2 8 29 55
63
71
16
35
442
+6
70 53278
29 7
24 7 23 IS • •
ss
I 4 20
F
LIBUX
INSTRUMENS SECOND
de
l'Obſervation.
&
leur effet.
Contact
obfervé à
HM <
Paris.
Lisbonne. L. 12.
Lun. 25 pi , aug. 138.8 46 46
8 2 33
Madrid. L. 8.
8
24 13
Greenwich.
Tel 2
aug. 120.
8 37 9
Lyon.
Lun. 19 .
Gottingen .
Lun. 12.
8 56 56
9 16
24
Dillingen .
Lun . 18 . 9.18
20
Wirtsbourg.
Tel .
21 9 18
49
Florence.
Tel. 4. 9 22 56
Bologne.
Ingolftad.
Tel. 21. 9 22 30
Tel. 7. 9 23 45
Munich.
Lun.
3
Rome. Tel.
Naples.
Lun. 19.
9 23 48
9 28
-
9 35 20
7
Laubac. Lun. 16 . 9 36 20
Wezlas.
Tel. 4. 9 38 50
Vienne. Tel . 4 P. Hell .
9 43 10
Tyrnau.
Tel. 4.
9 47 36
Stokolm . Entrée.
3 39 23
Lun. 20 . 9 48 ୨9
Petersbourg.
Coeur doux. Lun. 19. Entrée .
Entrée.
4 26 20
Lun. 8.
10 37
-A
7 O 28
Tobolsk.
Trinquebar .
Entrée.
Tel.
21.
·7 46 S
I 56
34
POINT EFFET SECOND CONTACT
de de la
Contact à Parallaxe.
réduit
au centre au méridien
de la terre. de Paris,
D MIM SH M S H M S
7 2 39 8 47 25 8 47 25
758
33 47 8 I 46 8 47 : 36
48 30 8 24 23 8 4 4 I
39+ 8 38 13 8
47 23
"
3 40+ 20 8 57 116 8 47 27
13
9 9 17 33 8 47 I
9 18
II 8
41717
9 19 7 8 47 29
57 9 19 46
·
·
3
I 15 9 23 11 8 48 23
4
6 2.0 922 50 8 46 45
ΤΟ。
a
13 SI 923 53 8 47 46
30+ 47 9 24 35 8 47 35
2 37 + 3 9 28 10 8 47 33
21 17 9 35 3 8
47 28
7
37 9 36 37 8
47 12
II 57 57 9 39 4 8 47 47
II $7 + 56 9 44
1
8 47 só
I2 48 + 59 9 48 35
2+
48 10
រ 37 33340 26
24+ 17 9 50 26
8 47 40
30 31
8
47 35
SI 16 - 5 57 4.20.23 2 28 23
34
58
76
21
14 + 41 10 39 45 8 47 45
21 6 54 37 2
30 -7
29
6 35 7 40 17 •
24 I 57 58
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
MEDECINE.
RÉPONSE fur le Ver Solitaire à une
Lettre de M. de SAINT - ANGEL ,
Confeiller à la Cour des Aides de
Montferrand , inférée dans le Mercure
* ď Avril 1764,
Vous estimez donc , Monfieur , que
je ne peux me difpenfer de lever le voile
fous lequel j'avois aimé à me cacher ,
en priant M. De la Place d'inférer dans
le Mercure mes obfervations fur le Ver
Solitaire . Vos inftances font trop vives
pour ne pas céder ; elles l'emportent
fur la crainte de m'expofer à l'épithéte
d'homme à fecret , épithète que n'ont
jamais mérité les célébres Praticiens
qui ont enrichi l'art de guérir. Je rougirois
donc encore de m'avouer poffeffeur
d'un fecret , fi je ne croyois avoir
une excufe légitime dans le haut prix
auquel je l'ai acheté. Il faut en conféquence
vous rendre compte des motifs
qui ont déterminé cette acquifition.
Le fieur Noufer , Médecin de Morat
en Suiffe , ayant découvert ce SpécifiJUI
N. 1764. 124
que , acquit bientôt de la célébrité. Il
fut appellé à Lyon par plufieurs per
fonnes incommodées du Ver Solitaire ;
les cures heureufes & faciles qu'il opéra
méritérent toute l'attention de M. Bour
gelat , Ecuyer du Roi , & Directeur de
l'Ecole-Royale -Vétérinaire. Cet ami
de l'humanité s'empreffa d'apprendre les
fuccès du fieur Noufer à M. Senac
premier Médecin du Roi , lequel partagea
auffitôt fon zéle & fa bonne volonté
. En conféquence M. Roffignol ,
alors Intendant de Lyon , fut chargé de
faire des informations , & de propoſer
au fieur Noufer de vendre fon fecret
au Roi fi ces informations étoient favorables.
Une feule condition arrêta la
vente. M. Senac exigea que l'Auteur
du reméde allât à Paris en faire des effais
en fa préſence. Celui-ci qui commençoit
à peine à eftropier quelques
ques mots François , & qui fe fit un
tableau fatiguant pour lui de la Cour
& de ce qui lui appartient , fe refufa
opiniâtrément à ce voyage , & facrifia
à fa tranquillité les avantages que lui
préfentoit la fortune.
Ce Médecin eft mort il y a quelques
années. Il n'étoit pas riche ; fa
veuve , obligée pour tirer parti du Spéci-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
fique dont fon mari lui avoit laiffé la
recette , de faire plufieurs voyages, s'eft
bientôt laffée d'un genre de vie qui
n'étoit pas fans inconvénient
pour une
veuve jeune & jolie.
Elle a donc cherché à vendre fon fecret
, & perfonne ne s'eft préſenté pour
acheter le fecret d'une femme. Cepen
dant témoin oculaire de plufieurs Cures
tentées inutilement par beaucoup
d'autres remédes , me confiant aux apparences
les plus heureufes d'une probité
vraiment helvétique , & décidé par
les inftances d'une Demoiſelle qui
craignoit de prendre ce Spécifique , fi
je ne la raffurois avec connoiffance de
caufe contre la prévention qui le plaçoit
dans la claffe des poifons ; je fuis
entré en marché avec la veuve du Docteur
Noufer. L'hiftoire naturelle du Ver
Solitaire piquoit d'ailleurs ma curiofité ,
que je ne pouvois fatisfaire qu'à l'aide
de ce fecret ; & vous avez vu là-deffus
un effai de mes recherches dans le fecond
volume du Mercure de Janvier.
Une foupe au beurre , un bifcuit ,
un verre de vin blanc & quelquefois
un lavement de lait , qu'on fait
prendre la veille du remède pour toute
nourriture du foir , comme pour tout
JUI N. 1764. 127
préparatif , avoit accrédité l'idée qu'un
1ofon violent faifoit la bafe de ce fpécifique
; des maux de coeur ; quelquefois
un peu de vomiffement lorfque le
ver ayant prife avec le remède , faifoit
les plus grands efforts pour lui échapper
, fervoient encore à étayer cette
opinion. Comme il eft compofé d'un
breuvage , & d'un bol qu'on fait prendre
deux heures après , le bol paffoit
pour le contrepoifon du breuvage ; enfin
l'air de mystère , & l'attention à cacher
le remède en le préfentant , fembloient
mettre le dernier fceau à une façon fi
défavorable à ce Spécifique..
C'en étoit affez pour allarmer ma
délicateffe : je demandai donc pour préfiminaires
qu'il me fût permis de m'infcrire
contre les engagemens que j'allois
prendre , fi dans le remède dont j'achefois
la recette , il y avoit quelque drogue
qui pût paffer pour poifon. Ayant
reçu à cet égard toutes les affurances.
néceffaires , le contrat fut bientôt paffé
& figné.
Vous voyez , Monfieur , que ce remède
eft précisément le même que celui
qui a délivré votre Femme-de-charge
de fon ver folitaire . Si elle fut un peu
fatiguée par fon effet , c'eft que le fieur
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
Noufer en étoit encore à des tâtonnemens
que l'expérience lui a épargnés
dans la fuite : cependant le produit net
de ce fpécifique fut que votre malade ,
qui étoit auparavant dans le plus trifte
état , fe trouva en peu d'heures débar-
,
raffée de fon ver folitaire : elle fortit dans
la même journée , & fut fi bien dès le
lendemain. qu'elle monta à cheval
pour aller vous rejoindre. A l'égard du
vuide confidérable qu'elle fentit dans
fon eftomach lorfque fon ver fut expulfé
, il eft commun à tous les malades
que ce reméde délivre , mais n'en eſt
pas l'effet immédiat.
Cet animal parafite , héberge dans
l'eftomach & dans les inteftins ; il les irrite
par une espéce de chatouillement auquel
, comme je l'ai dit dans les obfervations,
doivent être attribués tous les dérangemens
qu'il occafionne ; c'eft un
effet néceffaire de fes mouvemens , & de
fes ondulations fur des parties auffi irritables
, & auffi fenfibles . Mais lorsque
le ver a été expulfé , l'abfence de cette
fenfation en produit une autre par deficit
; & c'eft là la vraie caufe de ce
vuide que reffentent les malades.
La vertu antivermineufe du ver folitaire
deffeché , & pris en reméde ne
JUI N. 1764. 129
m'eft pas connue ; je fçai qu'elle a été
propofée comme celle des autres vers
pris de la même façon ; mais je peux
affurer qu'elle n'entre en aucune forte
dans le Spécifique dont je fuis poffeffeur,
Il faut à préfent vous rendre compte
de cette foupe au beurre qu'on fait
prendre la veille du reméde . Madame
Noufer , n'a pas été en état de fatisfaire n'à
ma curiofité la -deffus : c'eſt ainfi , m'at-
elle dit , qu'en agiffoit mon mari ; je
n'en fçai pas -davantage . Ce feroit donc
encore une énigme pour moi fans l'obſervation
ſuivante qui ma rappellé que
le Sieur Borin m'a fouvent affuré que
le beurre & le lait , & même le miel
étoient les aliments après lefquels for
vers le fatiguoit le moins.
M. Midor , Curé de la Guillotiè re ,
Fauxbourg de Lyon , étoit attaqué du
ver folitaire ; il mangea par hazard du
beurre , & fe trouva auffi- tôt foulagé ;
depuis ce moment , il eut fouvent recours
à cette recette pour fon foulagement
, & toujours avec fuccès jufqu'à
ce qu'il prît le fpecifique des mains mêmes
de Madame Noufer. Etudiant la
fenfation de mieux-être dont il étoit
affecté pendant la digeftion du beurre ,
il en avoit conclu que le ver folitaire
Fv
Jo MERCURE DE FRANCE .
s'accommode très bien de ce genre d'a
liment , & qu'il refte enfuite dans l'inaction
ainsi qu'un enfant qui vient de
quitter le fein de fa mère ; voilà une
recette facile pour le foulagement de
ceux que ce fâcheux hôte incommode;
elle pourroit même fervir d'épreuve
pour ceux à qui des fymptômes bifarres
& équivoques le feroient feulement
fcupçonner.
Vous voyez à préfent que l'aliment
préfenté au Ver folitaire la veille de fon
expulfion , eft un leurre pour lui ; il s'épanouit
pour prendre à l'aiſe une nourriture
qui lui eft agréable ; & le lendemain
il eft attaqué au dépourvu par le
Spécifique qui le tue. Peut-être éluderoit-
il fon action , fi irrité par des remédes
contraires , il étoit tapi & collé
contre les parois de fon domicile ; dans
cet état de défenſe , ſes trachées , ou
les ouvertures par lefquelles il afpire fa
nourriture feroient exactement fermées,
& le Spécifique glifferoit deffus fans les
pénétrer. Les inftructions du fieur Noufer
portent expreffément de laiffer un
intervalle affez confidérable entre fon
reméde & ceux dont on peut avoir fait
ufage antérieurement.
Un des avantages de ce Spécifique ,
JUIN. 1764. F31
promts dont les effets font toujours auffi
que fùrs , eft de pouvoir être donné fur
de fimples foupçons , & j'efpére acquérir
avec le temps des connoiffances affez
exactes , pour difcerner ceux qui
font légitimes : combien de Malades
ont langui très-longtemps , & fe font
épuifés par des remédes pris au hafard ,
avant qu'un lambeau de Ver Solitaire
rendu par les felles vînt leur apprendre
quelle étoit la caufe de leurs indifpofitions
!
M. de Fleurien , premier Préſident
du Bureau des Finances en cette Ville
m'a permis de publier qu'il a été délivré
il y a peu de jours par ce reméde ,
du Ver Solitaire dans l'efpace de deux
heures & demi. Il fouhaiteroit avec
moi que fa publicité le mît à là portée
de tout le monde , & en fît connoître
la fùreté & l'éfficacité ; mais en me livrant
fans réserve à une pareille expulfion
,peut-être ferois-je encore en proye
aux dents acérées de cette lime fourde
qui ronge également les métaux les
plus purs comme ceux du plus bas aloi.
J'ai l'honneur d'être , & c.
PONTEAU , Docteur en Med. Me en Chirurgie ,
ancien Chirurgien en Chefdu grand Hôtel- Dien
de Lyon , &cr
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
SUITE pratique de la Goute , des
Sciatiques & des Rhumatiſmes gouteux.
MONSIEUR ,
UNE maladie de poitrine que j'ai effuyée
depuis le vingt Mars jufques en
Mai , ne m'a pas permis de répondre à
la confiance d'un grand nombre de
Gouteux dans Paris & dans les Provinces
; j'ai promis au Public dans votre
Journal de Mars dernier , de continuer
de l'inftruire dans celui du mois de Juil-
Jet ; je lui tiens parole , & voici des faits
très-intéreffans capables de le confoler
par l'efpérance de trouver des reffources
qui lui ont toujours paru fabuleufes .
FAITS DE PARIS.
M. le Comte de Fenelon, Hôtel Notre-
Dame , rue du Colombier , près l'Abbaye
Saint Germain , goute aux pieds
& aux genoux ; fort foulagé par la poudre
balfamique , & le baume végétal.
Ce fait eft de Mars.
M. Perruchon , Ancien Régiffeur Général
des Hôpitaux de l'Armée ; en
Février , étant fort tourmenté d'un rhuJUI
N. 1764. 133
matiſme dans les reins , dans les épaules,
& les cuiffes ; logé Hôtel de Grenelle
rue de Grenelle Saint Honoré , fut calmé
en vingt -quatre heures , & bien
tôt rétabli par la poudre balfamique
& le baume végétal.
>
M. Defhayes , Hotel du Saint Efprit
, rue du Four Saint Honoré ; en
Fevrier ; rhumatiſme aux reins aux
épaules & aux genoux ; calmé en quelques
jours par lefdits remèdes , & toujours
de mieux en mieux par la continuité
de leur ufage .
M. le Chevalier de Bauvais , chez M.
le Préſident de Mêlé , rue du Sentier ,
quartier Montmartre , en Mars , la goute
la plus enflammée aux genoux & à la
main calmée en trente heures : a commencé
à marcher un peu le troifiéme
jour & s'eft bien - tôt rétabli par-la
poudre balfamique & le baume végétal.
M. de Berthecourt , Gentil-homme de
de Monfeigneur le Cardinal de Gévres ,
en fon Hôtel , rue neuve des Auguftins,
en Mars , rhumatifme aux jambes , aux
épaules & aux mains , fort calmé en
quinze jours par la tifane balfamique ,
& fe trouvant toujours mieux par fon
ufage , & celui du baume végétal .
Duquéry , Hôtel de Bretagne , rue &
134 MERCURE DE FRANCE .
croix des petits champs , en Avril a ufé
de la poudre balfamique & du baume
végétal , ce qui lui a fait un très -grand
bien par une copieufe évacuation de
glaires.
Obfervation néceffaire fur le Baume.
M. le Chevalier de Saint Pau , Hôtel
de Vincenne , rue de la Monnoye , &
M. Duval , Secrétaire du Roi rue
d'Antin , à la fin d'un accès de goute
où il reftoit foibleffe des parties & quelques
légers reffentimens , s'étant purgé
avec la manne , le fel de duobus , &
le baume végétal , furent en état de
fortir le lendemain.
M. de Berthecour , par le même purgatif,
le lendemain eut le mouvement
de fa main rhumatifée .
Cette façon de purger eft la feule qui
foit propre dans ces maladies , parce
quelle ne tranche point & elle eft propre
à l'humeur & aux nerfs ;
Faits de Provinces.
M Jore , à la Cour de l'Hotel de
Ville de Rouen , ayant une goute fixée
aux clavicules ; refpiration gênée , difficulté
de marcher , ma écrit en Avril
que la poudre balfamique , & fur tout
JUI N. 1764. 135
Je baume végétal lui avoient très - bien
fait , qu'il marchoit plus librement &
que l'humeur étoit fort adoucie à la poi
trine.
Une femme de Lyon , très - vivement
rhumatifée depuis plufieurs années , &
fans foulagement , l'a trouvé dans l'ufage
de la poudre balfamique & du baume
végétal ; j'en ai reçu l'avis par M.
Tranzoni , Recteur de l'Hotel Dieu de
Lyon , qui lui a fait adminiſtrer les remédes.
fon
M. de Montricoufte , Premier Préfident
de la Cour des Aydes de Montauban
, m'a écrit en Mars , que le baume.
végétal lui faifoit au mieux pour
eftomach affoibli ; il le continue .
Je ne peux citer un très - grand nombre.
de perfonnes de Paris , des Provinces &
de l'Allemagne , qui font ufage defdits
remédes , foit pour la goute , les humatifmes
& c. ou pour l'eftomach , parce
qu'ils prennent , ou font prendre les
remédes pendant que je fuis à mes vifites
fans donner les noms ni les adreffes .
Je viens de réformer mon ordonnance
à la fin de mon ouvrage, parce qu'et
le étoit trop générale , & ne réuffiffoit
qu'à quelques- uns ; des fuccès continués
tout cet hyver m'ont appris à la
136 MERCURE DE FRANCE.
régler pour tous les cas & tous les tempéramens
; elle eft diftincte ; elle indique
les traitemens généraux & particu
liers , , propres à un chacun & à tous les
genres de Goute , & c. J'y donne la façon
de faire le to pique dérivatif pour
les pieds , comme je l'avois promis
dans le Mercure de Mars. Lifez celui
de Novembre prochain.
L'Ouvrage fe vend chez Panckoucke,
Libraire , rue & près la Comédie Françoife
à Paris.
Mon adreffe eft chez M. Burel , Chirurgien
, rue du gros Chenet , quartier
Montmartre à Paris.
Je ne reviendrai à Paris qu'au commencement
d'Août, après les collections
de mes Simples .
Je ne reçois que les Lettres affranchies.
C. DE MONTGERBET , Médecin du Roi
& ordinaire de fes Bâtimens.
JUI N. 1764 . 137
ARTICLE IV.
BEAUX-ARTS.
ARTS UTILE S.
CHIRURGIE.
RÉPONSE intéressante du Chirurgien
de Province , Auteur des Obfervations
fur l'origine & fur les progrès
de la Taille , appellée Méthode de
RAV , &c , inférées dans les Mercu
res des mois d'Août & Septembre
1762 ; aux recherches & à la critique
de M. BORDENA VE , Chirurgien
Profeffeur à S. Cofme , de
l'Académie Royale de Chirurgie , & c,
inférées dans le Mercure d'Octobre II.
vol , & Novembre 1763 .
ARTICLE PREMIER .
PRECIS hiftorique de l'ufurpation de
la découverte du FRERE JACQUES .
ES Amateurs de la vérité ne feront
138 MERCURE DE FRANCE.
·
pas peu furpris d'apprendre que les recherches
de M. Bordenave ont pour objet
d'obfcurcir la mémoire d'un des
plus grands hommes que laFrance ait
produit : que le Frère Jacquesayant rendu
la taille du périné méthodique , par une
des plus importantes découvertes de la
Chirurgie , & des plus intéreffantes pour
l'humanité , il foit devenu par-là l'objet
éternel de la haine & du mépris de la
plupart des Chirurgiens , & fur - tout de
ceux de Paris.
Le Frère Jacques , du tiers-Ordre de
S. François , Chirurgien par goût & par
éducation , & entiérement dévoué au
bien public , ayant éprouvé dans le
cours de quinze années de pratique de
la Taille , par le petit & par le grand
appareil , les inconvéniens énormes de
ces deux manières fi imparfaites d'extraire
la pierre de la veffie , pratiquées
féparément ; reconnut par l'Anatomie
& par l'obfervation , qu'elles pouvoient
devenir réciproquement le correctif
l'une de l'autre , en les réuniffant enfemble
, dans une feule & mème opération.
Convaincu par dix années d'expérience
, de la bonté & fupériorité de fa
nouvelle manière de tirer la pierre de la
JUI N. 1764 . 139
veffie , & enfin après avoir taillé en différentes
Contrées de l'Europe dans le
cours de vingt-cinq années de pratique ¿
tant par les anciennes que par fa nouvelle
opération , plus de quatre mille
cinq cens malades affligés de la pierre ,
en préfence des Medecins , des Chirurgiens
& des Magiftrats des lieux où il
opéroit , & muni de leurs certificats ;
fon zèle pour le bien public le déter
mina en 1697 à aller à Paris , pour montrer
aux Medecins & Chirurgiens de
cette Capitale & de la Cour fa nouvelle
manière d'extraire la pierre de la veffie ,
comme plus facile , plus fùre & beaucoup
moins dangéreuſe que celle qu'on
pratiquoit.
Cette découverte étant marquée au
coin de la vérité. enleva d'abord les
fuffrages tous les Medecins & les Chirurgiens
furent furpris d'admiration de
voir que de la réunion de deux opérations
meurtrières féparément , le petit &
le grand appareil , il en résultoit la taille
la plus avantageufe poffible. Convaincus
en outre par les épreuves , & par les
fuccès dont ils furent témoins , ils en
firent publiquement , & au Roi & à la
Famille Royale , les plus grands éloges
en annonçant le Frère Jacques comme
→
140 MERCURE DE FRANCE .
un homme envoyé de Dieu pourfoulager
ceux qui étoient affligés de la pierre
par une méthode plus aifée & moins
dangereuse que celle qu'on pratiquoit ,
& c.
M. Meri , Chirurgien de S. Cofme ,
Major de l'Hôtel-Dieu , Membre de l'Académie
Royale des Sciences , & c. fut
chargé conjointement avec plufieurs
autres Médecins & Chirurgiens , par
M. le premier Préfident de Harlai , de
l'éxamen de cette nouvelle opération .
Meri fit en préfence defdits Médecins &
Chirurgiens , d'après une épreuve faite
par le Frère Jacques même , fur le cadavre
d'un homme , la deſcription anatomique
exacte , du trajet de fon incifion
, avec un rapport circonſtancié
fans altération (a) , des grands avantages
& de la fupériorité de cette nouvelle
manière d'extraire la pierre de la veſſie ,
fur l'ancienne , le grand appareil qu'on
pratiquoit alors ne connoiffant pas mieux,
(a ) Ce rapport fut altéré dans la fuite par
des additions démonftrativement machinées &
ajourées après coup , auffi bien que le procédé de
l'épreuve du Frère Jacques ; & c'est ainsi que
Méri les a tranfmis dans les obfervations , qu'il
fit imprimer deux années après contre ce Frère
& fon opération.
JUIN. 1764. 141
& il donna le furlendemain de l'épreuve
ce rapport à M. le Premier -Préfident.
Mais ces éloges & ce rapport étoient
des aveux furpris au premier mouvement
de leur coeur : l'envie fuccéda à
l'admiration ; & comme cette découverte
étoit l'ouvrage d'un homme qui
n'avoit ni titre ni rang en Médecine &
en Chirurgie , quoique grand Chirurgien
dans le fond , il ne fut plus queftion
que des moyens de fe dédire , fous
prétexte d'éxamen infuffifant & d'expérience
contraire , & d'altérer & décompofer
cette opération , pour en faire
naitre des inconvéniens , & expofer fon
auteur le Frère Jacques , fous un point
de vue d'ignorance craffe , pour s'approprier
enfuite fous prétexte d'inftructions
& de corrections , l'honneur de fa
découverte.
Comme le Frère Jacques avoit porté
la taille du périné à un degré de pe fection
, auquel fes raviffeurs ne pouvoient
véritablement rien ajouter , ils eurent ,
recours à l'invention ... & comme
l'anatomie & la fonde crénelée font au
lithotomifte ce que la carte & la bouffole
font au Pilote , & que leur en ôter la
connoiffance , c'eft en faire des ignorans
qui n'ont que la témérité pour
142 MERCURE DE FRANCE.
,
guide & le hafard pour fuccès , & für lè
compte defquels on peut établir tous les
écarts & toutes les erreurs poffibles ; les
Chirurgiens de S. Cofme , particuliérement
ceux qui pratiquoient la lithoto
mie , Meri, Delaunai , Saviard , Maréchal
, Dionis & c. inventerent & publierent
que le Frère Jacques n'avoit
aucune connoiffance des parties fur lef
quelles il opéroit , point d'anatomie ,
& que la fonde feule dont il fe fervoit
pour tailler n'étoit point crénelée pour
retenir & conduire la pointe de fon biftouri
lithotome à la veffie. Ils ajouterent
que le Frère Jacques incifoit dans fa
nouvelle opération de bas en haut par
le moignon de la feffe , & qu'il pratiquoit
encore de même le petit appareil,
en coupant de bas en haut tout ce
qui fe rencontroit de parties , depuis la
tubérofité de l'ifchion , où il commençoit
l'incifion , jufqu'à la pierre , & c. & ils
firent naître de cet ordre renversé des
impérities de toute efpéce , & même audelà
de toute poffibilité.
Enfin Meri fit une collection de toutes
ces inventions controuvées , qu'il publia
en 1700 (b) comme autant de rap-
1
(b ) Obfervations fur la manière de tailler
Four l'extraction de la pierre pratiquée par Frère
JUI N. 1764. 143
y a
ports & d'obfervations conftatées , faites
par l'ordre de M. le Premier Préfident ,
fur les épreuves & fur les opérations du
Frère Jacques. Il est vrai que Meri
joint le rapport avantageux qu'il en
avoit fait d'abord en 1697 à ce Magiftrat
, mais avec des additions relatives
aux fauffetés inventées depuis , & démonftrativement
ajoutées à ce premier
rapport , pour juftifier fes contradictions ,
& autorifer fes fauffes obfervations ,
comme ayant prévu d'abord tous ces
inconvéniens , particuliérement à cauſe
du défaut , fuppofé , de crénelure de la
fonde , & c'est ce qui en a le plus impofé.
Ces additions machinées après coup
commencent par ces mots , mais il me
paroît , Monfeigneur , que Frère Jacques
pourroit , &c. page 23 .
Meri termine fes fauffes obfervations
en indiquant de créneller la fonde pour
fûreté de l'incifion , & de borner l'incifion
à l'uretre exclufivement au col & au
corps de la veffie , pour éviter , dit-il ,
la fiftule & lincontinence d'urine , &c.
ce qu'il appuye de differtations fpécieufes
contre tout principe , & démenties
par l'expérience . C'eft là l'origine & la
Jacques , &c. par Jean Meri , Chirurgien de la
feue Reine , &c .
144 MERCURE DE FRANCE .
fource ( le Livre des obfervations de Meri
fur la taille du Frère Jacques ) de toutes
les abfurdités & fauffetés débitées jufqu'à
ce jour , fur la capacité du Frère
Jacques , & fur la nature & l'exécution
de fa nouvelle opération (c) .
Dans le même temps Delaunai , Saviard,
Dionis , & c. écrivirent auffi contre
le Frère Jacques & contre fon opération
mais comme Meri avoit écrit le
premier & épuifé le fujet , ils n'ont pû
que répéter & commenter les mêmes inventions
, en les ornant chacun fuivant
fon génie , d'épithètes injurieuſes &
calomnieufes. Tous ces Ecrits , joints
aux fuccès étonnans du Frère Jacques ,
& aux honneurs publics qu'on lui rendoit
alors en Hollande > famentèrent
( c ) Nouvelle opération du Frère Jacques , que
Meri fit à M. le Premier Préfident en 1697 , eft
le premier & le feul Ecrit vrai qui ait été faic
fur cette opération ; & le Traité des Obfervations
que Meri a publié en 1700 , fur cette même opération
, après que l'envie l'eut fubjugué , n'eſt
qu'un tiflu de fauffetés , de contradictions & d'ab-
Turdités. C'est le premier qui a été imprimé , &
généralement tous ceux qui ont écrit depuis , fur
l'opération du Frère Jacques , fans aucune exception
jufqu'à M. Bordenave lui - même n'ont fait
que répéter & commenter les mêmes faulletés &
les mêmes abſurdités.
l'envie
2
145 JUI N. 1764.
l'envie au point qu'elle gagna , comme
par contagion , tous les Lithotomiſtes
de l'Europe ( excepté Rau, Médecin-Opérateur
à Amfterdam ) & la découverte
du Frère Jacques fut enfouie dans un
cloaque inépuisable d'impoftures de
toutes efpèces ; & c'eft des débris de
cette importante découverte qu'on voit
éclore de jour à autre tant de prétendus
Auteurs de nouvelles méthodes , qui
n'ont d'autre part aux progrès de la
taille , que la hardieffe de s'annoncer
pour tels.
Les limites que prefcrivent les Ecrits
périodiques , ne nous permettant pas de
pourfuivre plus loin cette Hiftoire , nous
Î'interrompons ici pour démontrer par
des preuves inconteftables à M. Bordenave
, malgré toutes fes autorités , témoins
oculaires & authenticités , que le
Frère Jacques n'a jamais taillé fur une
fondefans crénelure , ni pratiqué le petit
appareil par le moyen de la feffe , &
que les principales caufes des impérities
qu'on lui a imputées en conféquence ,
font d'une impoffibilité abfolue.
G
146 MERCURE DE FRANCE .
ARTICLE IL
ASSERTIONS desfauffes imputations
faites au Frère JACQUES.
Dire que le Frère Jacques a découvert
une méthode de tirer la pierre de la
veffie plus facile & moins dangereuse
que celle qu'ou pratiquoit , & cela fans
connoître la topographie , l'anatomie
des parties fujettes à fon lithotome , ni
la cannelure de la fonde , qui en eft le
guide : autaut vaudroit- il avancer qu'un
Pilote a découvert pour la navigation
des campagnes les plus difficiles , des
routes abrégées & beaucoup moins périlleuses
, fans connoître la carte ni la
bouffole . (d), C'eft cependant à de telles
abfurdités que l'envie eft parvenue à
donner de l'authenticité,
M. Bordenave dit dans fes recherches.
fur la taille du Frère Jacques , en ré
ponſe à nos obfervations. » L'Hiftoire de
» l'opération de Frère Jacques a été dé-
» crite dans trop de Livres , par des Au-
(d ) La cannelure eft à la fonde à tailler ce que
Paimant eft à la bouffole ; il leur donne à l'une
& à l'autre, la propriété qu'elles ont , de cons
duire & diriger les opérations.
JUI N. 1764. 147
» teurs non fufpects , inftruits , la plu-
» part témoins oculaires , pour paroître
" équivoque , & il faut être aveugle &
» de mauvaise foi pour ſe refufer à la
» vérité .
"
» Malgré l'expofition claire des faits
» les mieux circonftanciés , malgré les
» Ecrits les plus authentiques & les
» mieux reçus par les gens de l'Art contemporains
feuls Juges compétens
» en cette matière , il a plû cependant à
» un Anonyme, fe difant Chirurgien de
» Province , de nier en partie ce qui a
» été écrit il y a plus de foixante ans fur
» la taille de Frère Jacques ; d'accufer
» de prévention M. Meri & les autres
» Lithotomistes de fon temps ; de leur
» imputer d'avoir publié des obferva-
» tions fauffes contre fa nouvelle ma-
» nière de tirer le pierre , & d'avoir fup-
" pofé que la fonde dont ce Frère fe
» fervoit pour tailler n'étoit point cré-
» nelée pour retenir & conduire la poin-
» te de fon lithotome à la veffie , & c.
» Mais il reste à favoir fur quelle auto-
» rité l'Anonyme peut révoquer en
" doute les faits les plus conftatés , dont
» n'a pas été le témoin .....
Quelle allégation d'ailleurs peut - on
» oppoſer aujourd'hui après plus de
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
»
»foixante-trois ans , contre l'Ouvrage
» de M. Meri , qui réunit en fa faveur
» l'autorité la plus complette ? M. Meri
également recommandable par fes
» lumières & par fa probité , &c ... a
laiffé des obfervations lumineuses ,
détaillées , exactes , fans paffion , dont
» il n'eſt jamais le feul témoin , mais
qui font atteſtées toujours par la pré-
» fence d'un grand nombre des plus cé-
»lébres Médecins & Chirurgiens.
»
» On peut même ajouter que l'Ou-
» vrage de M. Meri eft moins l'ouvrage
» d'un Particulier que celui d'un homme
public . Ainfi comment peut-on dire
après de pareilles preuves , que les
» obfervations des impérities de Frère
Jacques font d'une impoffibilité ab-
» folue ?
H
"
» On va plus loin , on nie que cet
» Opérateur ait jamais taillé avec un
» cathéter ou fonde non- cannelée : mais
» M. Meri & fes contemporains l'ont
» vu opérer ainfi . Ce n'eft donc pas une
» fuppofition de fa part.....
" C'est donc manquer à la vérité fans
» aucunfondement , & uniquement par
» paffion , que d'avancer avec autant
» de confiance que le Frère Jacques n'a
jamais taillé avec un cathéter, ou fonde
"non-cannelée &c...
"
JUI N. 1764.
149
"
93 " Je ne fuivrai pas plus loin l'Anonyme
provincial dans fes affertions . Cet Ou-
» vrage obfcur , produit dans les téné-
» bres , dicté par la paffion , paroît uni-
» quement fait pour décrier des Chirur
» giens recommandables & défigner
» un fucceffeur au Frère Jacques ; j'a .
» bandonne au temps la caufe actuelle ;
» la postérité ſeule peut la juger . Mais
" j'ai cru devoir à la mémoire de M-
» Meri les recherches qui ont été pro-
» pofées , & qui prouvent inconteftable-
» ment la vérité & l'utilité de fon Ou-
" vrage , contre toutes les déclamations
» que l'on pourroit lui oppofer & c .
ARTICLE II I.
DE l'impoffibilité démontrée des imputations
faites au FRERE JACQUES.
Nos autorités , C'eft la démonftration ,
contre laquelle le nombre des années
ni le nombre des hommes , avec tous
leurs titres , talens, & probité apparente ,
ne peuvent abfolument rien . Il n'eft
pas toujours indifpenfable , comme le
fuppofe M. Bordenave , d'avoir été préfent
à la fabrication des faits controu
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
vés , pour les nier. Il fuffit qu'ils ayent
été affez mal concertés ou mal combinés
, pour pouvoir dans tous les temps
en démontrer la fauffeté , ou l'impofibilité
; & les imputations faites au Frère
Jacques , pour lui ravir l'honneur de
fa découverte , font abfolument de cette
nature ; & de toutes les allégations de
M. Bordenave , contre le Frère Jacques ,
à titre d'incapacité & d'impéritie , il
n'en eft pas une feule , dont on ne puiffe
malgré tous fes témoins oculaires , &
toutes les authentiques autorités , démontrer
la fauffeté. Les aveux du Frère
Jacques mêmefur les défauts de cannelure
defafonde , s'il en étoit de bien conftatés
, ne pourroient être que des aveux
furpris ou forcés ; parce qu'il n'étoit pas
plus dans fon pouvoir , qu'à tout autre ,
d'executer des chofes abfolument impoffibles.
Pour trancher court fur les difcuffion
, éviter les queftions incidentes ,
& tout fubterfuge , & faper par les
fondemens le fpécieux de toutes les preuyes
alléguées par M. Bordenave , contre
la capacité du Frère Jacques , & particulièrement
contre la cannelure de fa
fonde ;nous lui propofons le défi , de répondre
démonftrativement , fans équiJUI
N. 1764. ISI
voque ni ambiguité , aux propofitions
fuivantes.
PREMIÉRE PROPOSITION.
Le grand appareil eft il praticable ,furla
convexité de la courbure d'une fonde
folide rempliffant l'urétre , exactement
ronde , & fans cannelure ou rainure
pour l'incifion , & l'introductionfucceffive
des différents inftruments , propres à
forcer& dilater ce canaljufqu'à la veffie ,
pour en extraire la pierre ?
REMARQUES.
Le grand apareil de Romanis , que
le Frère Jacques avoit pratiqué , & réuni
avec le petit appareil de Celfe , des
anciens , dans fa nouvelle opération ,
confifte à ouvrir par une incifion perpendiculaire
au haut du périné l'urétre , à
quatre travers de doigt , ou environ en
deça du corps de la veffie,fur la convéxité
d'une groffe fonde d'acier , recourbée
conformément à la courbure de ce canal
, pour en faciliter l'introduction
pardeffous l'arcade du pubis dans la
veffie , ( e ) & crenelée , fur la convéxi-
}
(e ) Le Frère Jacques le fervoit de fondes plus
greffes que les fondes ordinaires , pour leur faire
Porter une crénelure plus profonde fans en altérer
la force. Elles étoient aufli plus recourbées pour
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
té de fa grande courbure pour l'infinua
tion , & introduction forcée & fuccef
five , des différens inftrumens pour dilater
le canal de l'urétre jufqu'à la veffie ,
& en extraire la pierre ; ce qui ne pourroit
certainement pas avoir lieu fur
une fonde fans cannelure.
Une fonde folide exactement ronde &
fans rainure , rempliffant le canal de
turétre , comme la fupofe Meri (f) bien
loin de faciliter l'introduction d'aucun
autre inftrument dans la veffie , elle
s'y oppoſeroit abſolument. D'où il fuit
que la Canellure ou rainure de la fonde
, eſt d'une néceffité indiſpenſable
dans l'éxécution du grand appareil; donc
le Frère Jacques connoiffoit la crenelure,
de la fonde à tailler , avant d'aller
à Paris; puifque de l'aveu des hiftoriens,
& de Meri même , il avoit pratiqué &
réuni le grand appareil dans fa nouvelle
opération.
Meri dit page 64 , de fes obferva→
tions fur la nouvelle manière de tailler
du Frère Iacques » on pourroit peutamener
& préſenter le bas du canal de l'urétrè
au tranchant du biſtouri ; elles avoient même
un manche quarré applati pour les tenir plus
ferme. Et le tout pour plus grande facilité & ſu¬
reté de fon opération .
(f)Obfervations de Meri , page 17.
JUI N. 1764.
153
» être foupçonner que Frère Jacques
» a connu Raoux ; qu'il tient de lui une
» partie de ce qu'il fçait touchant le petit
» appareil ; & qu'il y a ajouté la prati-
» que du grand appareil, &c. Meri convient
donc, non feulement, que le Frère
Jacques avoit pratiqué le grand appareil
, où la cannelure de la fonde eft
indifpenfable , mais encore qu'il l'avoit
réuni avec le petit appareil , dans fa
nouvelle opération ; & conféquemment ,
que la fonde cannelée du grand appareil
entroit indifpenfablement dans
l'éxecution de ces deux opérations réunies
dans une feule & même opération
, qui conftitue la découverte du
Frère Jacques ; laquelle nouvelle opération
étoit de fa nature auffi impraticable
que le grand appareil fans la crenelure
de la fonde.
,
Le refte au Mercure prochain.
SÉANCE publique de l'Académie
Royale de CHIRURGIE.
L
Du 3 Mai 1764-
E fieur Morand , Secrétaire perpétuel
, ouvrit la Séance par l'adjudication
des Prix en ces termes : L'Académic
G v
154 MERCURE DE FRANCE . *
avoit proposé pour le Prix de 1762 le
Sujet fuivant Déterminer la manière
d'ouvrir les abfcès , & leur traitement
méthodiquefuivant les différentesparties
du corps.
Le même Sujet fut remis pour cette
année 1764 avec un Prix double ; c'eftà-
dire deux Médailles d'or chacune de
la valeur de cinq cens livres , ou une
Médaille & la valeur de l'autre au choix
de celui qui auroit gagné le Prix.
Il a été adjugé au Mémoire N°. 24 ,
dont la devife eft tirée des Georgiques
de Virgile :
Alitur vitium vivitque tegendo ,
Dum medicas adhibere manus ad vulnerapaftor
Abnegat.
L'Auteur eft M. David , Maître ès
Arts , & Candidat pour la Maîtriſe en
Chirurgie.
Il a développé cette matière importante
dans un Mémoire très -ample divifé
en deux parties , & chacune en
plufieurs Sections . Dans la première partie
il traite des abfcès qui ont leur fiége
dans les parties extérieures ; & dans
la feconde , des abfcès internes , c'eſtà-
dire qui affectent la tête , la poitrine ,
le bas-ventre.
f
155 JUI N.. 1764.
Tous ces détails font précédés d'une
théorie générale fur la formation du
pus , tirée des meilleurs principes de la
Phyfiologie ; ce qui jette un grand jour
fur la doctrine qui en eſt déduite pour
les cas particuliers.
Différens Ouvrages avoient déja favorablement
annoncé M. David. Ses
recherches fur la manière d'agir de la
faignée &fur les effets qu'elle produit
relativement à la partie où on la fait ,
contiennent des remarques judicieufes
fur les écrits de quelques grands Maitres
de l'Art qui ont traité la queſtion .
La découverte de la circulation du fang
devoit naturellement éclairer cette matière
; cependant en partant des mêmes
principes , M. Sylva a avancé des erreurs
qui ont été combattues par M.
Quefnay , & M. Quefnay n'a pas combattu
auffi avantageufement qu'il le
croyoit la pratique généralement adop--
tée de faire des faignées à différentes
parties fuivant la fituation des maladies.
Le Livre de M. David , dont il y a
eu deux éditions , nous manquoit pour
éclaircir un point fi intéreffant à l'art
de guérir.
Depuis la publication de cet Ouvrage
, la Société Hollandoife des Scien-
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
ces établie à Harlem en a couronné
un autre du même Auteur en 1762.
Cette Société avoit propofé pour Sujet
du Prix : Ce qu'il convient defaire pour
augmenter, diminuer , or fupprimer le
lait des femmes ; quels accidens il occafionne
le plus fouvent , & comment on
peut les prévenir.
Le nom de M. David eft encore connu
à l'Académie Royale des Sciences
par des expériencesdont il lui a rendu
compte , fur le rafraîchiſſement du fang
par l'opération de l'air dans le poumon,
prouvé par fes différens états dans les
ventricules du coeur.
M. David aujourd'hui couronné par
celle de Chirurgie lui fera attaché dans
peu par fon admiſſion à la Maîtriſe ; &
c'eft une acquifition que l'Académie
defire.
Le Prix d'émulation fut adjugé à M.
Peyrand , Chirurgien à Bellac en Baffe--
marche ; & les cinq petites Médailles
furent partagées entre MM. Dupuis
Leger, Dufouart le jeune , Braillets
Académiciens libres , & Maigrot , Chirurgien
à Ramfoniere près Langres.
Après l'adjudication des Prix M
ordenave lut un Mémoire fur la réu-
•
JUI N. 1764. 157
nion des membres prèfque entierement
féparés du corps.
M. Fabre lut des remarques fur l'opinion
de M. de Haller touchant la fenfibilité
de certaines parties du corps
main.
hu-
M. Gourfant lut des remarques fur
les hernies avec étranglement.
M. le Vacher démontra une machine
fort ingénieufe pour prévenir & guérir
la courbure de l'épine.
M. Sue le jeune termina la Séance par
des recherches hiftoriques fur les coutumes
des anciens Peuples par rapport
aux accouchemens.
L'on donnera des Extraits de ces dif
férentes Piéces dans les Mercures fuivans.
J
MANUFACTURE DE GLACES .
LETTRE à M. DE LA PLACE.
E vous fupplie , Monfieur , de vouloir
bien inférer dans le Mercure prochain
la Lettre ci -jointe que j'adreſſe à
M. Delatour.Comme ce qu'elle contient
peut intéreffer les Peintres en paftel en
général ainfi que les Amateurs de ce
genre de peinture , & que vous femblez
158 MERCURE DE FRANCE .
vous faire une loi de ne jamais obmettre
d'annoncer ce qui peut être de quelque
utilité , j'ofe me flatter que vous
m'accorderez la grace que je vous demande.
J'ai l'honneur d'être , & c.
BERNIERE.
LETTRE de M. BERNIERE , Contrôleur
des Ponts & Chauffées , à M.
DELATOUR.
I t y a longtemps , Monfieur , que je
vous ai entendu vous plaindre de ce
que les plus belles Glaces , ayant toujours
un peu de couleur , altérent celles
que vous fçavez employer fi heureuſement
pour faire ces portraits admirables
dont la vérité nous furprend &
nous enchante , & qui vous ont acquis
la réputation fi juftement méritée de
premier Peintre en ce genre. Les glaces .
de France fant cependant les plus belles
du monde , & il faut convenir que
ceux qui font à la tête de cette Manufacture
n'épargnent ni foins ni dépense
pour parvenir à les rendre parfaites ;
mais c'est un vice propre à la foude
JUI N. 1764. 159
d'Efpagne de produire un verre fombre
& verdâtre , & c'eft grand dommage
qu'on n'ait pu jufqu'à préſent employer
à la confection de nos glaces
françoifes , les mêmes ou femblables
matières qui fervent à former ce beau
verre d'Angleterre qui fe fait fans foude
d'Espagne & qu'on appelle fur le
lieu Flint- Gla . Expreflion que nous
pourrions traduire par celle de verre de
pierre à fufil , parce que apparemment
c'eft un caillou de cette efpéce qui tient
lieu de fable dans la compofition de ce
verre .
Cet inconvénient fait que vous recherchez
les glaces les moins épaiffes.
Mais fi vous gagnez par là quelque
chofe du côté de la couleur de ces glaces ,
vous perdez davantage du côté de leur
force , & vous avez à craindre que trop.
minces & trop foibles , elles ne foient
fracaffées au moindre choc , & que leurs
éclats ne détruifent en un moment un
chef- d'oeuvre fouvent précieux à toute
une famille , précieux par lui- même , &
dont la perte eft d'autant plus fenfible
encore , qu'elle eft irréparable .
J'ai vu d'autres Artiftes fe retourner du,
côté du verre appellé ici communément.
verre de Boheme , mais qui fe tire, de la
verrerie de Saint Quirin , dans le païs
160 MERCURE DE FRANCE.
Meffin . Ce verre eft beau & porte infiniment
peu de couleur ; mais les furfaces
n'en étant pas droites , on y apperçoit
une espéce d'ondulation défagréable
& fatigante pour la vue , qui
defigure le tableau qu'on voit à travers
& fouvent dans de certaines pofitions
empêche entièrement de l'appercevoir.
Me feroit-il permis de vous propofer
quelques moyens que j'ai imaginés pour
remédier à ces inconvéniens ? Je penfe
que tout Citoyen fe doit à la Patrie ;
qu'avec une intention pure de la fervir
il ne peut être blâmable en cherchant
à remplir ce devoir ; & que lorfqu'il
n'a ni le talent ni l'occafion de la
fervir dans les grands objets , il doit
toujours fe trouver très- flatté de l'aider
dans les petits . Je croi que vous m'accordez
cela ; en conféquence voici ce
dont il s'agit .
Vous connoiffez ma manufacture de
glaces & verres courbés ; vous fçavez
qu'on peut y rendre réguliérement
courbe une glace prife droite ; de là
vous pouvez inférer qu'on peut auffi
y rendre plus droit un carreau de verre
qu'on aura pris l'étant moins . En effet
un verre gauche & ondulé étant mis
dans un de mes fours , fur un moule
JUI N. 1764.
161
convenable , y devient parfaitement
droit , & par-là ceffe d'avoir ces ondulations
dont je viens de parler ; il acquiert
ces deux perfections fans rien
perdre de fa tranſparence & de fon éclat ;
à travers un tel verre un portrait paroît
exactement tel que l'Artiſte l'a fait , &
fans qu'aucune de fes couleurs foit altérée
ou chargée .
Il est un fecond moyen de corriger
les irrégularités de ces verres ; c'eft de
leur donner une courbure régulière , &
je penfe que ce moyen feroit le meilleur
dans le cas dont il s'agit ; car comme
on ne veut pas que le paftel touche
au verre qui le couvre , on eft obligé de
donner beaucoup d'épaiffeur à la bordure
pour laiffer entre le paſtel & le
verre une efpace vuide qu'il faut faire
d'autant plus grand qu'on remarque
plus de hauteur dans les inégalités du
verre ; il en résulte que le tableau eft
fort enfoncé , qu'il faut être prèfque
en face pour le voir; & que le tout forme
une grande faillie fur le mur de l'appartement.
Si l'on employoit un verre bombé , la
bordure n'auroit des deux côtés que l'épaiffeur
ordinaire des tableaux à l'huile ;
le portrait feroit vu comme un por162
MERCURE DE FRANCE.
trait à l'huile fans être enfoncé dans fa
bordure ; & le verre qui feroit par
deffus , étant bombé , en feroit infiniment
plus fort & plus capable de réfifter
aux accidens. Il fuffiroit de donner
8 à 10 lignes d'élévation au milieu
d'un verre fait pour couvrir les plus
grandes toiles à paftel.
Vous fentez auffi combien ces verres
bombés peuvent être avantageux pour
couvrir des médaillons en plâtre fin , en
cire , & en autres matières qu'on veut
préferver des mouches , de la fumée ,
& de la pouffière .
J'ai l'honneur d'être & c.
Paris , ce 1 Mai 1764
Nota. Le Bureau de cette Manufactu
res , eft rue des Prouvaires
>
la
première
porte Cochere à gauche en entrant
la rue Saint Honoré.
par
JU. IN. 1764. 163
ARTS AGRÉABLES.
JOUAILLER I E.
LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
JEE ne puis voir fans étonnement , Mr.
qu'il y ait des gens affez peut fufceptibles
de pudeur pour ofer , à la face de la Capitale
, s'arroger , même à titre exclufif,
des fecrets qu'ils n'ont jamais connus.
Celui de peindre les diamans en toutes
couleurs & que la Demoiſelle Granier
a ofé reclamer dans les affiches du 19
Avril dernier , comme prétendant le
poffeder feule , ne lui a jamais été que
fort mal enfeigné , & par quelqu'un
qui n'en fçavoit guère plus qu'elle à cet
égard. Ce fecret renfermé dans tous les
temps dans le fein de la famille du célébre
M. Trochus , eft encore aujourd'hui
entre les mains de Mlles Goujon , fes petites-
niéces , demeurant rue de Harlai ,
qui le pratiquent avec un fuccès vraiment
digne d'applaudiffement. Il a été
un temps où leur jeuneffe & le bien du
commerce m'avoit fait prendre le parti
de l'exercer ; ces Dlles fçavent par quelle
164 MERCURE DE FRANCE.
recherches
voie j'y étois parvenu ; mais dès que je
les ai vues s'y adonner elles - mêmes , je
les y ai encouragées , & je leur ai communiqué
les obfervations que le temps
de mon exercice & mes lumières m'ont
permis de faire fur cet Art. J'ai vu
avec une furpriſe agréable qu'elles ont
pouffé la perfection au- de là de mes
& je m'en fuis réjoui en
faveur de la jouaillerie qui y gagnera de
plus en plus ; mais auffi , je ne puis fupporter
que Public foit expofé à être
tous les jours la dupe d'avis indifcrets
donnés par une foule de mercenaires
que l'on doit regarder comme de véritables
ignorans. Leur ouvrage est tout
au plus bon pour être employé à des
éventails de bas prix ou autres ouvrages
de cette efpéce , parce que leur peu
de durée ne laiffera pas le temps de
reconnoître la mal-adreffe d'ouvriers
qui ont plus befoin de pain que de
belle gloire.
J'ai l'honneur d'être , & c.
STRAS.
Ce 6 Mai 1764.
JUI N. 1764. 165
GRAVURE.
AVIS pour la nouvelle édition des Fables
de LA FONTAINE , gravées en
Taille-douce.
CETTE
ETTE nouvelle édition a été annoncée
par un Profpectus qui indique
tous les moyens qu'on a pris pour luidonner
toute la perfection poffible. Il
fuffit de fçavoir que les figures feront
gravées par M. Feffard , Graveur du
Roi & de fa Bibliothéque , & dont les
talens font connus , & que le Texte
au lieu d'être en caractères mobiles
fera également gravé par M. Monthalay,
& d'après les beaux caractères de M.
Fournier.
M. Feffard , principal auteur de cette
entreprife , plus occupé de fa gloire que
de fes intérêts , à cru devoir facrifier les
peines qu'il avoit prifes & travailler à
nouveaux frais , pour procurer à fon
ouvrage toute la perfection dont il
étoit fufceptible . Quoique le Public
eût été content des effais qu'il avoit
préfentés dans le mois de Janvier , il a
166 MERCURE DE FRANCE.
recommencé le tout pour donner à fes
planches une forme moins quarrée &
plus élégante , pour le rapprocher du
format de la nouvelle édition des Contes
de la Fontaine , pour efpacer fes fujets
& les faire fortir davantage & mettre
fes groupes , & fes figures dans un
fite plus agréable , & les faire quadrer
avec le texte gravé vis - à - vis , dont on
a également allongé la forme.
Quoique ce travail ait doublé fa dépenfe
, il n'augmentera point le prix de
Les foufcriptions. Mais comme les Artiftes
& les Connoiffeurs auroient pu
juger de l'édition par les effais qu'il en
a donnés , il nous a chargés d'inviter
fes Soufcripteurs & les Amateurs depaffer
à la Bibliothéque du Roi , ou à
fon domicile rue Sainte Anne , chez
le Commiffaire , pour y voir les progrès
de cette entreprife , qui acquiert tous
les jours de nouvelles beautés.
Le Sr Fellard , qui a vu avec reconnoiffan
ce combien on s'étoit empreffé de
contribuer au fuccès de fon ouvrage, par
les fouferiptions qu'on a déjà prifes ,
ofe efpérer qu'à la feule infpection de
fes deffeins & de fes gravures , on continuera
à animer fon zéle par la même
voie.
JUI N. 1764. 1649
Nous concevons aifément les frais
immenfes que doit coûter à un Artiſte
une édition auffi belle ; où le texte &
les figures feront également gravés , &
nous fommes bien perfuadés que ceux
qui n'ont point encore foufcrit s'emprefferont
de le faire pour mettre M.
Feffard en état de ne rien épargner
pour finir fon ouvrage , & pour contribuer
par la autant à la gloire de la
Nation , qu'à celle des Arts qu'on y
cultive.
Les changemens confidérables dont
nous venons de parler ont mis cet Artif
te dans l'impoffibilité de délivrer le premier
Volume au premier Juillet , ainſi
qu'il l'avoit annoncé dans le profpectus ,
Le premier Volume paroîtra fans faute
au premier Octobre , & tous les autres
dans les termes qu'il avoit indiqués .
On fçait que le prix de la foufcription
totale eft de 48 livres , pour les
quatres Volumes en beau papier d'Hollande
, mais on ne donne que 12 liv,
en foufcrivant ; ceux qui n'auront point
foufcrit payeront les quatre Volumes.
60 livres , pour le Papier d'Hollande &
48 livres , pour le beau papier de France
.
168 MERCURE DE FRANCE.
MUSIQUE.
PREMIER REMIER RECUEIL d'Airs choifis ,
avec Accompagnement de Guitarre ,
dédié à Madame la Comteffe d'Egmont ,
par M. Berard , Chevalier de l'Ordre
de Chrift , Auteur de l'Art du Chant.
Ces Accompagnemens peuvent s'exécuter
fur la Harpe , d'autant plus aifément
que la marche de la Baffe eft fort
analogue à cet Inftrument. A Paris ,
chez l'Auteur , & aux Adreffes ordinaires
de Mufique. Prix ,` 7 liv . 4 ſ.
ON avertit le Public , que paſſé le
30 Juin prochain , on ne délivrera plus
de Soufcriptions chez M. le Clerc , rue
S. Honoré , près la rue des Prouvaires ,
à Ste Cécile , pour fe procurer la méthode
de M. Gianotti , par le moyen
de laquelle on parvient à accompagner
tout feul , en moins de deux mois .
Si le nombre des Soufcriptions , fixées
& annoncées dans dans les Journaux
, ne fe trouvoit pas rempli audit
jour , le fieur le Clerc eft chargé de
rendre l'argent aux perfonnes qui ont
déja foufcrit pour cet ouvrage , qu'on
ne
JU-I N. 1764. 169
ne pourra
fe
procurer que par ce moyen;
parce que les Planches feront caffées ,
après avoir tiré le nombre annoncé.
ARTICLE V.
SPECTACLE s.
OPER A.
L'ACADÉMIE Royale de Mufique a
fait l'ouverture de fon Spectacle ( ainfi
que nous l'avions annoncé dans le précédent
vol. ) le 2 Mai , par la repriſe de
Titon & l'Aurore , Paftorale héroïque ,
en fupprimant le Prologue , à caufe de
la faifon qui ne permet pas d'auffi longs
Spectacles que dans l'hyver.
Les travaux qui reftoient à terminer
tant à la partie du Théâtre qu'à celle
de la Salle , ayant occupé pendant les
trois femaines de vacance , les ouvriers
néceffaires pour les décorations , il a
été impoffible de donner au Public la
fatisfaction de changer de Spectacle à la
rentrée , attendu que la différence des
dimenfions du nouveau Théatre exi .
ge des décorations nouvelles , ou des
H
170 MERCURE DE FRANCE.
augmentationr & des changemens confidérables
dans les anciennes. On a
donc été forcé de continuer l'Opéra de
Tuon jufques au 13 du même mois, &
de reprendre enfuite une partie des
Fragmens par lefquels on avoit terminé
les Spectacles d'hyver; fçavoir, l’A&e
d'Hilas & Zélis & celui de Pigmalion
précédés du Prologue de Titon. On
doit remettre les Talens Lyriques le 5
du préfent mois de Juin. M. Legros a
chanté dans l'Opéra de Titon & dans
Acte de Pigmalion . Le Public continue
pour ce nouveau Sujet les mêmes
applaudiffemens qu'il avoit obtenus &
mérités dans fon début . Entr'autres
éloges nous avions infifté fur celui de
ne jamais forcer fa voix , de ne point
maniérer ni fon chant ni fon action , de
hazarder des éffors dans l'exécu
tion des airs travaillés , qu'une longue
& fçavante expérience de goût peut
feule rendre agréables , & c. Qu'il nous
foit permis , d'après & fur l'invitation
d'un très- grand nombre de Connoiffeurs
plus éclairés que nous , de l'exhorter
à ne nous pas mettre dans la
néceffité de nous dédire fur des parties
auffi importantes au fuccès de fes ta-
Jens & aux plaifirs du Public.
ne pas
JUIN. 1764. 171
Quelques changemens qui ont été
faits à la nouvelle Salle du Palais des
Thuileries , pour procurer de nouvelles
commodités & un nouvel agrément
aux Spectateurs , ont été généralement
approuvés , & ce Théâtre eft reconnu
aujourd'hui pour un des plus magnifiques
& des plus agréables de cette Capitale.
COMEDIE
FRANÇOISE.
LES Comédiens François firent l'ou
verture de leur Théâtre le Lundi 30
Avril par Héraclius , Tragédie du grand
Corneille , qui fut fuivie de la première
repréſentation de la jeune Indienne
Comédie nouvelle en 1 A&te & en vers.
Cette Piece fut applaudie ; elle a été
continuée jufques au 19 Mai ( 8 repréfentations.
) On en a donné encore une
repréſentation le 27, ayant été redemandée.
Les Acteurs principaux Mlle Doligni
, M. Molé & M. Préville fe trouvant
placés chacun dans des caractères
de jeu analogues à celui de leurs talens,
ont très- bien fait valoir les traits philofo-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
phiques & fpirituels répandus dans cette
Piéce. ( a)
Le même jour M. Auger , qui avoit
prononcé le compliment de clôture prononca
à l'occafion de la rentrée le difcours
fuivant :
Compliment de rentrée.
» MESSIEURS , cet inftant a été ce-
» lui où l'Acteur le plus fûr de vos ſuf-
» frages a fenti le plus vivement tout
» ce que le refpe&t & la crainte peuvent
» infpirer en préſence d'un Juge auffi
» éclairé que vous l'êtes,
» En adoptant tous les genres de
» fpectacle qui font dans cette Capi-
» tale , en daignant même les applau-
» dir , vous ne veillez que fur celui qui
" vous eft propre.
» Si nous hazardons des pièces d'un
» nouveau genre , vous examinez avec
» fcrupule jufqu'où peut aller la licence.
que nous prenons. Une ſévérité que
j'oferai nommer paternelle , nous re-
» met dans les bornes dont nous ne
» pouvons fortir fans nous égarer.
» Vos applaudiffemens ont ce carac-
( a ) L'Extrait de cette Piéce eft à la fin de
l'Article,
JUI N. 1764. 173
tère , Meffieurs , de tout mettre à fa
» jufte valeur , ils n'en impofent qu'à
» l'amour-propre . Le nombre des repré-
» fentations, les fuccès dûs à la fingula-
» rité , à la mode ou à la nouveauté , cé-
» deront toujours aux fuffrages avoués
feulement par vos réflexions & votre
» délicateffe.
Qu'il eft flateur pour nous Meffieurs
, de vous voir ainfi veiller à la
gloire de notre théâtre ? Vous le ren-
» dez refpectable à toutes les Nations ,
» & la postérité ne louera pas moins
» votre goût , que l'urbanité de votre
» fiècle.
» Mais ce n'eft que fous vos yeux &
»avec le tems que fe font formés les hom-
» mes célèbres , qui ont illuftré la Scène
» Françoiſe . Ce n'eft qu'en attendant &
» en fortifiant l'arbriffeau que le cultiva
» teur peut un jour fe repofer fous fon
» ombre : vous l'imitez , Meffieurs , en
» fecondant les efforts de ceux qui en-
» trent dans la carrière du théâtre ; vous
» ne les découragez point par des com-
» paraiſons injuftes qui porteroient dans
l'âme ce refroidiffement fi contraire
» au jeu des paffions . Eh ! comment
» oferois-je paroître devant vous , Mef-
» fieurs , s'il me falloit foutenir la com-
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
" paraifon des acteurs que je remplace
» quelquefois. Mais votre équité voit
» mon zéle & me raffure. Le defir
que
j'ai d'acquerir des talents dignes de
»vous eft le feul qui m'occupe aujour-
» d'hui , & mon bonheur fera toujours
» de pouvoir étudier votre goût , de le
» fuivre , & de vous plaire. »
"3
Le Mardi 8 , M. Feuilli , nouvel Acteur
, débuta par les Rôles de Valets ,
dans le Muet , & dans Crifpin Rival.
Il a continué fon début par les Rôles
du même emploi dans le Légataire ,
l'Impromptu de Campagne , le Feftin de
Pierre , les Folies Amoureufes ; & le
Grondeur. Ce nouvel A&teur n'avoit
joué fur aucun Théâtre public : c'eft
une obfervation nécéffaire , pour préfumer
favorablement des difpofitions ,
naturelles en lui , qui l'ont mis en état
de paroître & de faire plaifir , dès en débutant
, fur le Théâtre de la Capitale.
Il a la figure très - convenable aux carac
téres de fon emploi , la taille agréable
& dégagée , de l'agilité & de la prefteffe
dans les mouvemens. Au furplus , il
montre de l'intelligence & annonce par
là des moyens de faire des progrès avec
un uſage raiſonné de fon talent , & avec
JUI N. 1764. 175 .
le fecours des avis éclairés qu'il eft á
portée de puifer dans une bonne fource
, en les prenant de fes anciens Camarades
,
Le Jeudi 17 , on donna la première'
repréſentation du Jeune Homme , Comédie
en vers en cinq Actes. Certains
détails dans le commencement de la
Piéce excitérent quelques murmures
parmi les Auditeurs . Ils devinrent affez
confidérables enfuite , pour former tumulte
; enforte que les Acteurs ne pouvant
être entendus , fe retirerent vers
la feconde Scène du troifiéme A&te.
Ainfi il ne doit être porté aucun jugement
fur le fond , fur la conduite & fur
le dénouement de cette Comédie , dont
le Public n'a pas eu connoiffance.
Le 28 on à remis la Magie de l'Amour
, Comédie en un Acte , de feu M.
Autreau ; elle étoit précédée d'une répréſentation
de Rhadamifte & Zénobie.
La petite Préce , qui a peut-être fervi de
modéle ou tout au moins fourni bien des
idées , pour des ouvrages fubfequens , a
fait d'autant plusde plaifir, quelle met en
jeu les talens aimables &naturels, d'une
jeune Actrice , ( Mlle Doligni , ) qui
devient tous les jours plus chère &
plus agréable au Public. Ce Drame
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
fournit de plus des Scènes de naïveté
fine entre elle & M. Molé. On connoit ,
& l'on fent fi bien tout le prix du
jeu de cet Acteur , que nous n'ajouterons
rien à l'idée qu'en ont tous les
Amateurs du Théâtre , & à la justice
que lui rend le Public.
EXTRAIT DE LA JEUNE
INDIENNE , Comédie en un
Acte & en vers , par M. DE CHAMFORT
, représentée pour la première
fois le 30 Avril 1764.
PERSONNAGES. ACTEURS.
BETTI ,
BELTON ,
MOWBRAI , Quaker
MYLFORD ,
LE NOTAIRE ,
T
Mlle Doligni.
M. Molé.
M. Préville.
M. Dubois.
·M. Dauberval.
La Scène eft à Charlestown , Colonie Angloife
de lAmérique Septentrionale.
BELTON ELTON eft un jeune homme que le defir
imprudent de voyager avoit entraîné . Il avoit
quitté lon Père établi a Boſton , pour s'embarquer.
Le vaiffeau fur lequel il étoit , avoit
fait naufrage , il avoit été porté fur les bords
JUI N. 1764 . 177
d'une Ifle fauvage où il étoit prêt à périr . Un
Vieillard & fa fille étoient accourus , lui avoient
donné du fecours ; l'un & l'autre , non contens
de lui avoir fauvé la vie par leurs foins , l'avoient
nourri de leur chaffe , & pourvu à tous
fes befoins pendant quatre ans. Au bout de ce
terme , le Vieillard , Père de la jeune Indienne
( Betti ) étoit mort . L'ennui d'une fi longue retraite
, l'inquiétude de l'avenir , le fouvenir de
fon Père , l'efpoir même d'être utile à fon tour
à la jeune Beauté de qui il avoit reçu tant de
.bienfaits , tous ces motifs avoient déterminé Bel- ¨
ton à tenter de franchir les mers . Il avoit engagé
la jeune Compagne à partager les rifques de
cet imprudent projet . Après bien des dangers ,
dans le plus preffant de tous , ils furent rencontrés
par un Vaiffeau qui les reçut à bord & leur
fauva la vie. Ce Vaiffeau appartenoit à Mylford
& à fon oncle Mowbrai , le Capitaine les avoit
amenés à Charlestown où il y a trois jours qu'ils
font arrivés , lorique l'action du Drame commence.
Mylford , ancien ami de Belton , enchanté de
fon retour , en fe félicitant lui- même de cet heu--
reux événement , lui reproche l'abbatement dans
lequel il le voit plongé , & lui en demande la
caufe. Belton , après avoir raconté à fon ami ce
qu'on vient de lire , attribue fa triſtelle aux remords
d'avoir offenſé fon Père , d'avoir rempli
fa vieilleffe d'amertume ; il ne pourra foutenir
fa vue
cette idée l'accable. Mylfort le raffure
contre les craintes par la force de l'amitié , &
même par celle de l'amour . Il retrace à ſa mémoire
que la jeune Arabelle lui avoit été promife
autrefois , qu'il paroifloit l'aimer Belton convient
qu'on ne peur voir Arabelle fans éprouver
>
Hv .
178 MERCURE DE FRANCE :
ce fentiment. Mais l'hymen d'Arabelle étoit moins
le prix de l'amour qu'une fuite de l'amitié du Père
de cette jeune perfonne avec le fien . Il craint que
fa conduite & le temps n'ayent détruit ce projet.Le
Père d'Arabelle eft l'oncle de Mylford. Celuici
le peint à fon ami d'un caractère fans façon
, d'une vertu févère , retranchant les complimens
, en un mot tels que font les Quakres. Il
ui confeille de le voir , & lui répond préfque de
l'aveu d'Arabelle. Belton , feul , regrette d'avoir
enlevé la généreuſe & naïve Betti à les forêts.
Il regrette le bonheur dont il jouiſſoit en poſſédant
fon coeur. Il fait des réfléxions (ur la
Pauvreté , & particulérement fur le mépris qui
la fuit. L'intérêt même de la tendre Betti
femble lui faire une néceffité de lui manquer de
foi en époufant Arabelle . Il eſpére que Betti lui
pardonnera quand elle connoîtra les moeurs &
les ufages de l'Europe. Mowbrai , l'oncle de Mylford
, arrive. Les premiers complimens produifent
une Scène comique. Il trouve mauvais que
Belton le falue , qu'il n'ait pas fon chapeau fur
la tête ainfi que lui , & qu'il l'appelle Monfieur ,
il n'eft pas deux perfonnes , dit- il , ainfi il veac
qu'on lui parle en fingulier , & qu'on le tutoye.
Belton avec un peu d'embarras cherche à fe
prêter à la fimplicité des Quakres . Il lui expofe.
fes craintes fur les fentimens d'un Père dont il
s'accule d'avoir peut-être épuisé la patience.
Nous ne déroberons pas à nos Lecteurs la belle
réponſe du Quakre..
»Tu ne fçais ce que c'eft que l'âme paternelle ,
» Dès qu'un enfant revient ſe ranger ſous notre
aîle , 23
JUIN. 1764. 179
55 On n'examine plus s'il eft coupable ou non ;
> Et l'aveu de l'erreur eft l'inftant du pardon .
Il reproche à ce jeune homme de frémir au mot
de mifere , & d'en être humilié . Cet honnêté
Quakre a pprend , à Betton , là caufe de l'intérêt
qu'il prend à lui & des motifs d'union qui l'engagent
avec fon Père. Deux de fés Vailleaux avoient
péri prefque au Pont. Un créancier inquiet alloit
le mettre dans le cas d'une faillite indiſpenſable,
lorfqu'il reçut un billet par lequel on lui demandoit
en grace d'accepter cinquante mille écus
pour faire face à fes arrangemens , en ajoutant
que fi la fortune un jour lui lévénoit plus favorable
on les reclameroit , mais qu'en attenfant , ce
même billet étoit la quittance de cette fomme.
Un trait de bienfaifance & de générofité fi fingulier
étoit du Père de Belton ; ainfi Mowbrai lui fait
voir qu'il ne fait que s'acquitter par l'hymen
de fa fille. Belton eft embarraffé il convient
que cet hymen eft le ſeul moyen de le remettre en
grâce avec fon Père . Le Quakre , en finillant la
Scène a occafion de lui faire encore la guerre ,
fur les habitudes de civilité. Il fe plaint que depuis
trois jours qu'il vit dans la famille il ne fe foit
pas formé & qu'il foit encore POLI. Mowbrai
s'informe qu'elle eft cette jeane Indienne qui
accompagne Belton , celui ci lui expofe en peu
de mots ce qu'elle a fait pour lui ; Mowbrai commence
par la à s'intéreffer pour Betti . Cette
fille tendre & ingénue cherche fon ami Belton ,
elle fuccède au bon Quakte , fur la Scène. Elle
fe plaint de ce que tout le monde l'environne fans
ceffe , & dés queftions dont on l'accable & qu'elle
ne conçoit pas. La trifteffe qu'elle reproche à Belton
, donne lieu à celui- ci de commencer à l'inf
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
&
traire des moeurs & des ufages des nations qu'on
appelle policées: Betti a de la peine à prendre
quelqu'idée de la richelle & de la pauvreté. Elle
elt fort étonnée que ce foir la poſſeſſion de l'or
qui procure l'une , & fa privation qui foit l'indigence
Elle fe raffure en imaginant que puifque
l'or eft nécellaire au bonheur dans le Païs
de Belton , & qu'il n'en a pas , ceux de ſes
compatriotes qui en ont lui en donneront ,
qu'ils ne voudront pas voir un de leurs frères
malheureux. Belton , cherche à lui faire comprendre
que l'on ne veut dans la fociété que ceux qui
peuvent y être utiles. La jeune Sauvage trouve
cela fort railonnable ; & comme elle imagine
qu'on n'eft utile que par le travail , & qu'en
travaillant on eft à l'abri de la pauvreté puiſqu'on
fe procure le nécéffaire , elle ne peut revenir de
la furpriſe qui lui caufe un genre de pauvreté dont
elle n'a pas d'idée. C'eft , dit Belton , de manquer
des choles d'agrément. Elle veut fçavoir comment
on fait pour avoir de l'or.
BELTO N.
t
» L'on le tient du hazard & tel autre d'un Père
» Du crime trop fouvent il devient le ſalaire :
Mais la vertu par fois a produit ....
BETTI
>>> Que dis-tu ?
» Avec de l'or ici vous payez la vertu !
Elle veut retourner dans fes bois lorſqu'on lui
dit que ceux qui manquent d'or fervent ceux
qui le poffédent. Ce qui l'indigne & l'étonne plus
que tout le refte , c'eft qu'on laiffe cet or entre
les mains des méchans , à cauſe de l'uſage
JUI N. 1764. 181
pernicieux qu'ils peuvent en faire . Elle revient à
l'idée d'utilité à la fociété , elle demande fi la
terre eft fertile dans ce Pays. En ce cas , ce que les
habitans auroient de trop , il n'y auroit qu'à le
leur demander , elle croit qu'ils le donneroient
fur le champ. Elle le promettoit de bien travail-
'ler; mais Belton l'inftruit que dans ces climats
on épargne ces fortes de travaux à fon léxe . Elle
apprend avec joie que l'ufage les permet aux
hommes ; & s'approchant de Belton avec tranfport.
» Quoi donc >
....Belton , embraffe-moi,
BELTO N.
BELTI.
» Tu me rendras ce que j'ai fais pour toi.
Belton eft forcé d'avouer avec douleur quils
ne pourroient prendre le parti du travail , lans
s'expofer l'un & l'autre au mépris . Mylford
vient trouver fon ami Belton , pour lui apprendre
qu'il a vu Arabelle , la jeune Belti lui deman
de d'abord.
>> Aimes-tu Belton ?
MYLFORD-
» Oui,
BELT I. 着
» Bon , il vient de me dire
» Qu'il n'a point d'or ....
Belton eft humilié de cer aveu ingénu . Mylford
fait a fon ami des reproches généreux . Belti,
qui s'apperçoit qu'elle a fâché Belton , lui dit :
Mais il t'offre fon or , que ne le reçois- tu ?
182 MERCURE DE FRANCE.
à MY LFOR D.,
» Nous ne prendrons pas tou .
Belton veut inftruire la jeune Sauvage & lui
faire comprendre que fon amie ne pourroit donner
de fon or fans fe faire tort à lui même ,
& qu'en acceptant de tels offres de l'amitié , fouvent
on s'en rend indigne & qu'on s'expofe aut
dédain. Betti ne peut entendre tout cela . Une autre
circonftance vient encore l'étonner . Mylford
veut parler à Belton en particulier. Betti ne conçoit
pas que fon ami Belton puiffe avoir des fecrets
qu'elle doive ignorer ; cependant ſur un figne
de Belton elle le retire , mais en marquant
du dépit . Pendant fon abfence , Mylford informet
Belton qu ' Arabelle confent à l'hymen projetté.
Belton confie à fon ami fon amour pour Betti ,
ce qu'il doit à cette tendre & malheureuſe fille.
Mylford cherche en vain à calmer les remords
par l'idée du bien qu'il peut ' procurer à Betti
par ce mariage ; la préfence de celle- ci , rentre
, les renouvelle avec violence. Betti demande
avec chagrin à Belton s'il a encore quelques fecrets
à lui cacher. Mylford apperçoit fon oncle
Mowbrai , Betti gémit de ce que dans ce Pays ,
on ne peut jouir en liberté de la préſence de ce
qu'on aime.
» Ne faut-il pas ( dit- elle à Belton ) ſortir encor
" pour celui-là ?}
» Moi , j'aime ce Vieillard , je refte..
Mowbrai apporte à Belton la nouvelle de l'aveu
de fa fille , & que le Contrat eſt tout prêt.
Betti eft fi ingénue qu'elle en remercie le Vieilard
, ne comprenant pas dequoi il s'agit , &
JUI N. 1764. 183
n'ayant en vue que le bien qu'il paroît qu'on
veut faire à fon Amant. Elle eft quelque temps
à entendre parler de ce mariage fans le fourçonner
; mais dès que Mowbrai , répondant à
fes queftions , lui dit pofitivement , que dès ce
ce même jour la fille va devenir la femme de
Belton. Cette intéreffante victime de la tendreſſe
donne l'effor à fes reproches & à fa douleur. Elle
eft effrayée de voir trahir l'amour le plus tendre.
Elle a entendu dire qu'il y a des loix qui
punillent les crimes , elle les invoque. Le bon
Quakre eft étonné , attendri , il offre ſon appui ,
mais ces loix que reclame Betti ne peuvent la
fervir. Elle en eft indignée ; avec quelle douleur
elle regrette fon climat naturel . Elle demande
avec l'éloquence du coeur , quel est donc le gage,
l'appui de la fidélité ?-
MOW BRAI répond.
>> Des témoins fûrs garans de l'honneur.]
BETTI , vivement.
» Oh ! j'èn ai....
MOWBRAI
Quels font-ils ?
BETTI.
Moi , le Ciel , & fon coeur.
MOW BRA I.
» Si par une promeffe augufte & folemnelle...-
BETT I
» Il ma premis cent fois l'amour le plus fidéle³
MOWBRA I,
»At-il par un écrit:?
184 MERCURE DE FRANCE.
H
BETTI.
>> O Ciel ! quai -je entendu?
( à Belton.)
» Quoi ! tu peux demander un écrit ? l'ofes- tu ?
Un écrit ! Oui , j'en ai .... les horreurs du
» naufrage ,
ر د
Mes foins dans un climat que tu nommes
"3
fauvage ,
» Les dangers que pour toi j'ai mille fois courus ?
» Voilà mes titres. Viens puifqu'ils font mécon-
› nus ,
» Dans le fond des forêts, Barbare , viens les lire ?
Partout à chaque pas l'amour fçut les écrire ,
» Du fommet des rochers , dans nos antres dé-
» ferts ,
>> fur le bord du rivage & fur le bord des mers ,
» Il me doit tout , c'eſt peu d'avoir ſauvé ta -vie ,
» Qu'un tigre ou que la faim t'auroit bien- tôr
>> ravie.
Mes travaux
» jour ,
mes périls t'ont fauvé chaque
Entre mon Père & lui , partageant mon
amour....
» Mon Père ! .... Ah ! je l'entends à ſon heure
>> dernière ,
» Du moment où nos mains lui fermoient la
≫ paupiere.
50
>> Nous dire mes enfans , aimez-vous à jamais .
JUI N. 1764. 185
Je t'entends lui repondre ! oui je te le promets...
(fe tournant vers le Quakre.)
» Tu t'attendris ....
Belion à part , s'attendrit juſquaux larmes ; le
Quakre lui dit de la trahir ferois - tu bien capable ?
Betti continue dans fa douleur à reprocher à
fon amant de l'avoir arrachée à ſa patrie . Elle
lui demande au moins de la renvoyer fur la
tombe de fon Père. & finit ainfi :
t
» Toi , cruel , vis ici parmi des malheureux ;
Ils tereffemblent tous s'ils te fouffrent chez eux.
Belton prononce tendrement le nom de Betti.
Ce nom, qu'elle a reçu de lui , donne lieu a de nouveaux
reproches. C'eſt Mowbrai lui - même qui
feconde les efforts de Betti fur le coeur de lon
amant. Il n'y refifte plus , il tombe à les genoux ;
il eft bientôt pardonné . Le Quakre , touché de ce
fpectacle , invite ces jeunes gens à s'aimer & à
ne fe léparer jamais. Il appelle pour faire venir le
Notaire. Betti demande quel eft cet hommelà
Le Notaire a dreflé un Contrat pour le mariage
d'Arabelle avec Belton Mowbrai fait
effacer le nom de fa fille pour mettre celui de
Betti. Le Notaire dit qu'il faut affigner une
dot à la future.
MOWBRA I , au Notaire .
>> Allons , mets : les vertus.
LE NOTAIRE , laiffant tomber la plume.
» Bon ! tu railles , je crois
MOWBRAI répéte.
» Ses vertus.
86 MERCURE DE FRANCE .
» Allons donc, tu te mocques de mof
›› Qui jamais auroit - vu ? ...
MOWBRA I , avec impatience.
Mets fes vertus re dis-je ?
LE NOTAIRE.
>> Tout de bon ! par ma foi ceci tient du prodige?
N'ajoute- t- on plus rien ?
MOWBRAI
» Eft-il rien audeffus ? ....
>> Ajoute fitu veux , cinquante mille écus.
•
LE NOTAIRE.
Cinquante mille écus , fitu veux ! l'acceffoire
>> Vaut bien le principal , autant queje puis croire.
BELTON & BETT I.
Il nous comble de biens ! Ah , courons dans
» fes bras....
BETTI.
» Áh ſurtout , bon vieillard , ne nous mépriſe
pas ,
MOWBRAK
» Que dit-elle ? …...
BETTI
Ah ! je fçais que chez vous on mépriſe
Quiconque en recevant des dons ....`
MOWBRAI.
Autre fotife s
JUIN. 1764. 187
Ou prend- elle cela ? Seroit-ce toi , Belton ,
Qui peux la prévenir de cette illufion ?
De rougir des bienfaits ton âme a la foibleffe.
Puifqu'avec le malheur tu confonds la baffeffe ,
» Je dois te raffſurer , je ne te donne rien ;
›› La ſomme eſt à ton père & je te rends ton bien.
Betti requiſe de figner , ne fçait point écrire.
Son amant lui conduit la main. Enſuite à Belton .
Eh bien ! c'eſt donc fini ? Que cela veut- il dire ?
BELTO N.
Qu'au bonheur de tous deux vous venez de foufcrire
:
Vous m'aſſurez l'objet qui m'avoit fçu charmer.
BETTI.
Quoi ! fans cet homme noir je n'aurois pu t'aimer?
au Notaire.
» Donne-moi cet écrit.
( Le Notaire. )
Il n'eft pas néceffaire.
Cet écrit doit toujours refter chez le Notaire.
D'ailleurs que feriez -vous de ...
BETTI
Ce que j'en ferois ?
S'il ceffoit de m'aimer je le lui montrerois.
Le Notaire.
» Peſte le beau ſecret qu'a trouvé là Madame ?
188 MERCURE DE FRANCE.
Mowbrai termine la Piéce en fe chargeant de
faire tout approuver au père de Belton . Betti felon
lui en eft l'excufe : il eſt aſſuré qu'en révoyant fon
fils il oubliera tour , & que le conſoler c'eſt ſt
juſtifier.
N.B. CettePiécefe trouve à Paris chez CAILLEAU,
Libraire , rue S. Jacques , à S. André. Le prix ef
de vingt-quatrefols.
REMARQUES.
LE Sujet de cette Piéce philofophi
que & intéreffante fe trouve dans le
Spectateur Anglois. Il avoit déja donné
lieu à quelques ouvrages de poëfie , entr'autres
à cette Lettre de Zeila , par M.
Dorat , qui a eu tant de fuccès , & fait
verſer tant de larmes parmi les âmes fenfibles
. Nous devons fçavoir gré à M.
de Chamfort d'avoir mis cette aventure
au théâtre il ne doit pas être fort affecté
des reproches d'imitation qui lui ont été
faits affez indifcrettement dans des écrits
publics. Tous les fujets , & fur- tout les
fujets philofophiques , ont néceſſairement
des rapports les uns avec les autres.
Ces rapports du fond , en entraînent d'inévitables
quelquefois dans quelques par
ties des modifications de détail du même
fujet. La critique éclairée & judicieuſe
ne confond point les parités avec le pla-
1
JUIN. 1764 . 189
giat. L'oeil de l'Artifte ou du Connoiffeur
diftingue très bien l'un de l'autre.
Deux deffeins d'Académie quoique faits
d'après le même modéle & dans la même
pofition ; mais fous des aſpects différens
. Quoiqu'il y ait des parties du modéle
communes en apparence aux divers
afpects ; ce n'eft imitation ni dans l'un
ni dans l'autre ouvrage , que pour les
yeux vulgaires ou inappliqués. Telle
eft à-peu-près la nature dans la morale .
L'humanité ne peut être confidérée , &
par conféquent exprimée que dans un
cettain cercle de fituations , & ce cercle
n'eft pas illimité , à beaucoup près, pour .
les pofitions primitives ; mais c'eft dans
les points de vue , que fe trouvent les
occafions de varier. S'il faut que l'Artiſte
les cherche & les étudie , il faut auffi
que l'examinateur fçache les diftinguer.
Ainfi il n'y a rien d'étonnant que dans la
Piéce dont il s'agit, le fond du Ŝujet étant
d'une part une jeune Sauvage d'un naturel
heureux , fortant des feules mains
de la nature , & d'autre part un jeune
homme élevé dans de bons principes
égaré peut- être par le feu de la jeuneffe ,
mais imbu des préjugés communs à toutes
les nations policées. Il n'eft pas étonnant
, dis -je , il feroit même impoffible ,
1
190 MERCURE DE FRANCE.
& contre la vérité naturelle , qu'il n'
eût pas des rapports
dans
certaines
par
ties de cet Ouvrage avec ceux qui ont
eu pour objet une pofition femblable
par quelque face. Ce n'eft donc point
Arlequinfauvage ; ce ne font point tous
les autres Ouviages fur des Sujets pareils
: c'eſt un petit Drame très-bien écrit ;
penfé & vu philofophiquement , où l'on
a faifi des aſpects particuliers de cette
même fituation de l'humanité , toujours
curieuſe à voir , toujours utile à préſenter
en contraſte avec les avantages & les
abus de la nature civilifée . Bien loin
de chercher à déprimer les premiers fuc
cès de pareils Auteurs , il eft utile peut-
• être pour l'honneur de notre Scène de
les encourager à l'entrée d'une carrière
difficile , où les risques ne font pas toujours
en raiſon égale avec les avantages.
L'action de ces fortes de Drames ne
peut être que d'une petite étendue : celle
de la jeune Indienne paroît fuffifante
& le dénoûment en eft d'autant plus
heureux , que le fort des perfonnages
de l'action y devient entiérement différent
de celui qui avoit paru fe préparer
dans l'expofition.
Comme la Piéce eft imprimée , & que
bien des Lecteurs , plus en état encore
JUI N. 1764. 191
d'en mieux juger que nous , le feront
de connoître l'ouvrage par eux-mêmes
nous ne ferons que parcourir fuperficiellement
les caractères. Celui de Betti
eft toujours intéreffant & en même
temps toujours agréable ; elle affecte
par une naïveté gaie dont la nuance
aimable éfface de l'imagination ce que
le malheur porte avec foi de fombre
& ne laiffe place qu'à un attendriffement
doux & paifible qui émeut l'âme fans la
fatiguer. Belton eft un mélange de
vertus & de foibleffes , de fentimens
honnêtes & d'égaremens , de fautes
& de repentirs , de lumières & de préjugés
, efclave de l'opiniondes hommes,
martyre des facrifices quelle lui arrache.
Il céde enfin au fentiment & à la nature.
Ce caractère eft l'image de l'humanité en.
général . On reproche au Quakre Mowbrai
, de reffembler aux autres Quakres
ou à des Anglois a-peu- près de mêmes
moeurs & de même caractère que ceux
de cette fecte , & qu'on a déjà vus
fur notre fcène. Singulier reproche !
Croit on en impofer par de telles découvertes
? Croit on montrer bien de
la profondeur dans la connoiffance de la
Poëtique , par de pareilles remarques ?
Que feroit- ce qu'un perfonnage annoncé
192 MERCURE DE FRANCE.
pour être d'une fecte , où les principes
& les actions qui en réſultent font
généralement connus pour être communs
à tous ceux qui la profeffent , &
qui cependant ne reffembleroit à aucun
d'eux ? Tant de Gaſconsqui ont été
vus & revus dans nos Comédies , fontils
donc d'un comique bien plus agréable
à l'efprit , & bien plus variés que
l'afpérité vertueuse d'un honnête Quakre,
qui contraſte avec les moeurs d'une
fociété plus polie , mais plus vicieuſe &
fouvent plus foumife à l'erreur par la
force de l'habitude ou par celle des préjugés?
Que l'on imagine que tel perfonnage
du même caractère , qu'on a vu
dans une Pièce , auroit dit , auroit fait
les mêmes chofes que Mowbrai dans les
mêmes circonftances où il fe trouve
avec la jeune Indienne , & que furcela
on établiffe une imitation , même une
forte de plagiat : cela paroît d'une injuftice
contre laquelle doit reclamer la
faine critique.
En total le Public a déja juftifié
l'Ouvrage fur ces petites chicanes
par le plaifir qu'ont fait les repréfentations.
Nous ne craignons pas
d'avancer que la lecture ne fera pas
moins favorable , & qu'on approuvera
l'invitation
JUIN. 1764. 193
l'invitation que nous réitérons à l'Auteur
de travailler à mériter les mêmes
fuffrages dans des ouvrages plus étendus
& plus importans , au rifque de s'expofer
aux traits de la critique.
N. B. On donnera dans les Mercures da mois
prochain l'état actuel des deux Comédies , ain
que l'on a fait l'année dernière. En attendant.
nous informerons nos Lecteurs que Miles DoLIGNI
& Luzzi , ci- devant aux appointemens , ont
été reçues & partagent proportionnellement avec
les autres Comédiens ordinaires du Roi , ainfi que
M. BOURET.
COMÉDIE ITALIENNE.
>
I E n'y a point eu de Nouveautés fur
ce Théâtre dans le genre d'Opéra- Comique
, ou Comédies mêlées d'Ariettes.
Dans celui de la Comédie Italienne , le
célebre M. GOLDONI a donné Camille
Aubergifte & la Dupe vengée. Cette dernière
Piéce a été interrompue après la
2º. repréſentation , par une maladie
grave de M. DE HESSE , ancien Acteur
dont les talens multipliés & variès
ont été fi longtemps & font encore trèsutiles
à ce Théâtre en divers genres. Il
joue dans cette nouvelle Piéce un rôle
comique , dans lequel il ne pourroit
I
194 MERCURE DE FRANCE .
·
être remplacé. On a lieu d'espérer
que fon rétabliffement , auquel le Public
fera fenfible rendra aux Ama-
?
teurs de la bonne Comédie Italienne
une Piéce qu'ils avoient paru recevoir
favorablement.
? Mlle BEAUPRÉ , dont le début avoit
eu un grand fuccès cet hyver , a obtenu
le défiffement d'uneCour étrangère, pour
laquelle elle étoit engagée. Cette Actrice
a reparu aveca pplaudiffemens dans les
rôles de Jenni , de la Laitiere & d'Anneta.
Mlle FAVART , qui rend hommage
aux talens parce qu'elle en a affez
pour ne leur pas porter envie , s'eſt
défait des rôles qui demandent une jeuneffe
trop marquée . Elle garde ceux
d'Amoureufes de cara& ère en chef ,
dans la Comédie proprement dite , &
dans la Comédie à Ariettes. Elle jouera
ceux de Mères dans les deux mêmes genres
de Piéces alternativement avec
Miles BOGNOLI DESGLANDS &
BERARD . On ne doute pas que le Public
, qui fait toujours gré des formes
différentes que l'on prend pour lui plaire,
n'accorde à Me FAVART dans ce nouvel
emploi , les fuffrages dont il l'honore
conftamment depuis qu'elle eft au
Théâtre. Cette Actrice a joué ayec beau
>
JUI N. 1764. 19'5
1
coup d'applaudiffemens la mère dans le
Médecin d'amour. Cela doit engager fon
mari , Auteur de tant de jolis Ouvrages
, à donner encore de nouvelles productions
d'un talent qui a prefque toujours
été couronné par les fuccès les
plus flatteurs.
M. ROCHARD , Acteur de ce Théâtre
depuis plus de vingt ans , en poffeffion
des premiers rôles , & qui joignoit
beaucoup d'intelligence à la pratique
du jeu , ainfi qu'à beaucoup de goût
dans l'art du chant , a demandé & obtenu
fa retraite . C'eft une perte pour
un très -grand nombre d'Amateurs éclairés
de ce Théâtre , qui le regrettent dans
tous les rôles où il jouoit : ce qui n'empêche
pas cependant d'applaudir avec
juftice les talens & le zéle de ceux qui
le remplacent.
ARTICLE
VI.
SU 11 E des Nouvelles Politiques qui
n'ont pu entrer dans Mai.
L.
B 24 Février , l'Académie Royale de Peinture
& de Sculpture tint une Affen blée & reçut au
nombre des Aggrégés le fieur Prince , Peintre
de l'Impératrice de Ruffie , connu par différens
Onvrages qui lui ont acquis de la réputation
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
dans cette Cour , ainfi que dans celle de
Vienne & de Warfovie. Il a préfenté à l'Académie
quatre Tableaux & plufieurs deffeins qui
ont mérité les fuffrages de tous les Membres .
Le fieur Briffon , de l'Académie Royale des
Sciences , commencera , le 14 de ce mois , un
cours de phyfique expérimentale , dans la Salie
des Machines au Collège de Navarre , & le
continuera les Lundis , Mercredis & Vendredis
de chaque femaine.
Sa Majesté voulant donner au Régiment des
Gardes Françoifes des marques de la fatisfaction
qu'Elle a des fervices diftingués que ce
Corps a rendus dans tous les temps & dans toutes
les circonftances , & lui régler en mêmetemps
un traitement qui réponde à l'honneur
qu'il a d'être affecté d'une manière particulière
à la garde de fa Perfonne , a réfolu de lui fixer
une conftitution folide & invariable , & d'aɛcorder
, tant aux Officiers qu'aux Soldats une
augmentation de traitement. En conféquence ,
Sà Majeſté à rendu une Ordonnance , en date
du 29 Janvier dernier , fuivant laquelle ce Régiment
continuera d'être compofé de trois compagnies
de Grenadiers & de trente compagnies de
Fusiliers , lefquelles formeront fix bataillons ,
compofé chacun d'une demie- compagnie de Grenadiers
& de cinq compagnies de Fusiliers.Chaque
compagnie de Grenadiers fera commandée en
tout temps par un Capitaine , deux Lieutenans ,
deux Sous-Lieutenans , & deux Enſeignes à Pique ;
& compofte de quatre Sergens , d'un Sergent
d'Armes , d'un Sergent-Fourrier , de huit Caporaux
,d'un Caporal Aide- Fourrier , d'un Caporal-
Aide-Magafinier , de huit Appointés , d'un Appointé-
Aide-Magafinier , d'un Appointé- Chirargien
, de quatre-vingt Grenadiers & de quatre
JUI N. 1764. 197
Tambours. Chaque compagnie de Fufiliers fera
commandée en tout temps par un Capitaine , un
Lieutenant , deux Sous -Lieutenans , un Enſeigne
à Picque & une Enfeigne à Drapeau , & compofće
en temps de paix , de quatre Sergens , d'un Sergent-
d'Armes , d'un Sergent- Fourier , de huit Caporaux
, d'un Caporal- Porte-Drapeau , d'un Ca-.
poral-Magafinier , d'an Caporal- aide - Fourrier ,
d'un Caporal-Canonnier , de huit Appointés, d'uns
Appointé- Aide- Magafinier , d'un Appointé- Chirurgien
, de denx Appointés- Apprentifs Canonniers,
de foxante- feize Fufiliers & de quatre
Tambours: l'Etat-Major fera compofé d'un Colonel
, d'un Lieutenant-Colonel , d'un Major , de
fept Aides-Major , de fept Sous -Aides Major , de
deux Sergens d'Ordre , dun Tambour- Major , de
deux Sous-Tambours- Majors , de deux Commiffaires
, d'un Maréchal- des-Logis , d'un Aumônier,
de deux Chirurgiens Majors , d'un Prevôt , d'un
Lieutenant de Prévôt, d'un Greffier , d'un Juge- Auditeur
des Bandes , d'un Médecin , d'un Aide- Médecin
, d'un Apothicaire , de douze Archers , d'un
Exécuteur & de ſeize Muficiens. La même Ordonnance
affigne les fonctions de chacun des Officiers
& Bas-Officiers , & porte divers Réglemens fur le
choix des Sergens & autres. Le terme des engage
mens fera fixé à huit ans. Les Soldats qui , après
avoir fetvi ſeize ans , fe retireront chez eux & non
ailleurs , y toucheront la moitié de leur folde
indépendamment d'un habit de l'uniforme qui
leur fera délivré tous les huit ans ; ceux qui
auront fervi vingt- quatre ans auront le choix , ou
d'être reçus à l'Hôtel des Invalides ou de ſe retirer
chez eux & non ailleurs , avec leur folde entiere &
il leur fera délivré tous les fix ans un habit de l'uniforme.
Les appointemens & folde feront payés à
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
l'avenir aux Officiers & Soldats de la maniere fuivante.
COMPAGNIE DE GRENADIERS . Capitaine ,
12 , 000 ; liv. par an en tout temps ; Lieutenant
4,000 : Sous-Lieutenant , 2 , 000 ; Enſeigne , I
100 ; Sergent d'Armes , 850 ; Sergent-Fourrier
750 ; Sergent , 600 ; Caporal , 216 ; Appointé ,
Aide-Magafinier & Chirurgien , 193 ; Tambour
216 ; Grenadiers , 180. COMPAGNIES DE FUSILIERS.
Capitaine , 11 000 liv . Lieutenant , 3 , 000 ;
premier Sous-Lieutenant , 1 , 500 ; fecond Sous-
Lieutenant , I , 200 ; Enfeigne à Pique , 800 ;
Infeigne à Drapeau , 660 ; Sergent d'Armes , 800 ,
Sergent Fourrier , 700 ; Sergent , 540 ; Caporal ,
Porte Drapeau , Magafinier , Aide- Fourrier &
Canonnier , 198 ; Appointé , Aide- Magaſinier ,
Chirurgien & Apprentif- Canonnier , 180 ; Tambour,
198 ; Fufilier , 162. ETAT- MAJOR. Colonel ,
70, 000 liv . Lieutenant- Colonel , indépendamment
de les appointemens de Capitaine , 11,750 $
Major , 18 , 000 ; premier Aide-Major , s , ooo ;
Aide Major , 4 , foo ; Sous-Aide-Major , 2 , 500,
Capitaine-Appointé , 1 , 500 ; Sergent d'Ordre , I
200;Tambour-Major , 800 Sous- Tambour Major ,
360; Aumônier, 1.000; Chirurgien Major, 1,000
Commiffaire des Guerres ayant la Police , 10 ,
287 ; fecond Commiffaire , 6 , 350 ; Maréchaldes-
Logis , 3 , 000 ; Prevôt , 3 , 639 ; Lieutenant
de Prevôt , 800 ; Greffier , 45 Juge- Auditeur
•
des Bandes , 600 ; Archer , 200 , Exécuteur , 150 ;
Médecin , 800 , Aide - Médecin , scos Apothicaire ,
600 ; Muficien , 1 , 500. Les Capitaines feront à
l'avenir déchargés du foin de faire des recrues :
l'Etat- Major en fera chargé pour toutes les compagnies
moyennant 120liv. par homme ; les home
mes ne feront agréés qu'autant qu'ils auront
moins de vingt-cinq ans & cinq pieds quatre pou
ces de taille , & qu'ils produiront un certificat
JUI N. 1764. 199
>
de bonnes moeurs & de domicile : ils prèteront
ferment entre les mains du Major à la tête du Régiment
en bataille fur les Drapeaux qui feront
réunis à cet effet : là ils jureront d'obéir aux ordre
de leurs Officiers & Bas- Officiers , de ne jamais
déferter, de ne jamais quitter leurs Drapeaux fous
quelque prétexte que ce foit , & étant particulierement
deſtinés à l'honneur de garder Sa Majeſté
ils promettront de la fervir avec zéle & fidélité
& de veiller à la confervation au péril de leur vie.
Le Colonel feul fera chargé de donner les congés
abfolus. Au moyen du nouveau traitement , les
penfions d'ancienneté & les gratifications attachées
aux charges feront fupprimées. En temps
de guerre feulement , la fomme de 4,000 liv.
continuera d'être payée au Commandant de
Régiment , lorsqu'il fera la campagne en qualité
de Commandant de la brigade , ainfi que la fomme
de , 1 , soo liv . à chacun de quatre Capitaines-
Appointés dans la colonne des Capitaines . Le Régiment
fera caferné dans trois ou fix corps de
cafernes . A commencer du 1 Avril prochain , jour
fixé pour la nouvelle compofition , les Capitaines
feront déchargés du foin des logemens dans les
différens quartiers de Paris : le Colonel en de
meurera feul chargé , ainfi que de la Police & de
la difcipline des cafernes & de l'habillement &
uniforme du Régiment. Le Roi donne au Colonel
feul le pouvoir d'accorder aux Soldats de leur
compagnie la permiffion de travailler dans Paris ,
de fe marier & de s'abfenter par congé ou autrement
le Régiment continuera de jouir de tous
fes anciens Priviléges & prérogatives.
Le trente - huitiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eft fait le 24 Mars , en la
manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
livres eft échu au numéro 13765 , celui de ving?
mille livres au numéro 13573 , & les deux de
dix mille livres aux numéros 1891 & 12694.
Les du même mois , on a tiré la Loterie
de l'Ecole Royale Militaire , les numéros fortis
de la roue de fortune font >
30 , 46 , 86.
NAISSANCE.
La Ducheffe de la Trimouille accoucha , le
Samedi 24 Mars , d'un fils qui portera le nom
de Prince de Tarente.
MARIAGE..
Le Comte de Barral a époufé , le 16 de ce
mois , Demoitelle de la Morte , petite fille du
Marquis de la Motte Lieutenant - Général des
Armées du Roi . La Bénédiction Nuptiale leur
a été donnée , dans l'Eglife Paroiffiale de S.
Paul, par l'Evêque de Troyes, Oncle du Comtede
Barral.
MORT S.
Le fieur de Barcos , Chanoine Honoraire de
l'Eglife de Paris , & Abbé Commendataire de
l'Abbaye de S. Jacques , Ordre de S. Auguſtin,
Diocèle de Béziers , eſt mort en cette Ville ,
le 26 Février , dans la quatre-vingt-cinquiéme
année de fon âge.
Marie , Comte de Borio , Chevalier de l'Ordre
de Chrift , qui a été fucceffivement chargé
des Affaires de la Cour de Rome , & Miniftre
des deux derniers Ducs de Guaſtalla , auprès
du Roi , eft mort en cette Ville le 27
Février , dans la quatre-vingt-troifiéme année de
fon âge.
Carles-Louis-Joachim , Marquis de CaftellierJUI
N. 1764.
201
Dumefnil , Lieutenant- Général des Armées du
Roi , Grand-Croix de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , Infpecteur Général de la Cavalerie
& des Dragons , Gouverneur de Brouage , Lieutenant-
Général & Commandant pour Sa Majesté
de la Province de Dauphiné , eft mort le 1 Mars
dans la foixante- quatrième année de fon âge.
François - Frédéric de Boullenc , Marquis de
S. Remi , ancien Exempt des Gardes du Corps
du Roi , Meftre de Camp , eft mort à Soiffons , le
27 Février , âgé de foixante- quatre ans.
Le Comte de Romecourt , Maréchal de Camp
& Gouverneur de la Citadelle de Cambrai , eſt
mort à Vally les Mars , dans la quatre-vingtfixitme
année de fon âge,
Maximilien-Jofeph de Vernaffal , Colonel du
Régiment Royal-Etranger , Cavalerie , eſt morr
en cette Ville , le 20 Février ,
Jean-François de Boyer , Chevalier de Maillac-.
Tauriac , ci-devant Aide-Maréchal- Général des
Logis de la Cavalerie & Major du Régiment des
Cuiraffers du Roi , eft mort le 13 Février dans
fa Terre de S. Urfice en Languedoc , âgé de foi-.
xante-dix-fept ans.
"
Marguerite- Guillemette Allemant de Montmartin
, époufe de Claude-Guillaume Tefta ,
Marquis de Balincourt , Maréchal de France , eft
morte en cette Ville , le 17 Mars , dans la foixante-
quinziéme année de fon âge.
Marie-Geneviève le Tonnellier de Charmeaux,
Veuve du Marquis de Chiffreville , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , eft morre en cette
Ville , le ro Mars , âgée decinquante-huit ans.
Marthe de Kerfulguen , Veuve de Jean-Baptifte-
Pierre-Jofeph , Marquis de Lannion , Meréchal
des Camps & Armées du Roi , eft morte
f
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
le 17 Mars à Guincamp en Bretagne , âgée de
foixante-dix-fept ans .
Marie Arthemiſe de Choifeul , épouſe de Charles
de Bully , Marquis de Caſtelnau , Brigadier
des Armées du Roi , eft morte en cette Ville , le
s Mars , âgée de vingt ans.
Marie Geneviève de Watteville , épouſe de
Marie Marguerite-François Firmin des Friches ,
Comte Doria , eft morte en cette Ville , le 10
Mars.
SERVICE.
Les Religieux de la Merci , au Marais , célébrérent
, le 14 Mars , un Service Solemnel pour
le Père Chriſtophe- Emmanuel de Ximenès ,
Général
de l'Ordre Royal & Militaire de Notre-
Dame de la Merci , Rédemption des Captifs ,
Docteur en l'Univerfité d'Alcala & Henarez en
la nouvelle Caftille , Profelleur de l'Ecole de S.
Thomas , & Théologien de Sa Majeſté Catholique
, mort à Madrid le 26 Janvier dernier.
DESCRIPTION de la Fête donnée à Madrid par
Le Marquis d'OSSUN , Ambaffadeur du Roi
auprès de Sa Majesté Catholique , à l'occafion
du Mariage de l'Infante Marie- Louife avec
l'Archiduc LEOPOLD:
Sa Majefté Catholique ayant fixé au 24 le jour de
cette fête , les Grands & Grandes d'Eſpagne , les
Ambaffadeurs & les Miniftres Etrangers , ainfi que
plufieurs autres perfonnes de la première dif
tinction , qui y avoient été invitées ,ſe rendirent
vers les fix heures du foir à l'Hôtel de l'Ambaſſa--
deur: la façade de la maiſon étoit illuminée , un
grand nombre de flambeaux éclairoit la rue à
droite & à gauche & conduifoir , d'un côté , àય
JUI N. 1764. 203
une maison qui étoit deftinée à recevoir les Pages
des Dames & où l'on devoit,felon l'ufage du Pays ,
leur diftribuer des confitures & des rafraîchillemens
, & de l'autre , à de grandes Salles préparées
pour les gens de livrée. La compagnie fut reçue
par l'Ambaffadeur & par la Ducheffe de Medina-
Sidonia qui s'étoit chargée de faire les honneurs
de la fête , les Dames & les Cavaliers furent conduits
dans les appartemens qui leur étoient deſ--
tinés , & , quoique féparés les unsdes autres , felon
le cérémonial Eſpagnol , les Cavaliers avoient la
liberté de voir les Dames & de caufer avec elles
la féparation n'étant formée que par des canapés
que perfonne n'avoit l'indifcrétion de franchir.
Tous ces appartemens étoient magnifiquement
meublés & bien éclairés . A huit heures , le refresco
( le rafraîchiffement ) fut fervi par foixante-dix
Pages richement habillés ; après ce ſervice , quife
fit avec autant d'ordre que de magnificence & profufion
, on préfenta à toute la compagnie le Livre
de la Comédie qu'on alloit exécuter. Alors quatre
portes , qui jufqu'à ce moment avoient été malquées
& qui donnoient fur le jardin , préſenterent
aux yeux des fpectateurs au lieu de ce jardin une
magnifique Salle de Spectacle : les bancs des Da--
mes étoient difpofés autour de la Salle fur trois
rangs en forme d'Amphithéâtre , & ceux des Cavaliers
étoient placés dans le Parterre. La Piéce
commença par un Prologue relatif à l'objet de
la fête . Le Théâtre reprélentoit le Veſtibule da
Palais des Dieux, Apollon & Mars paroillent fur
la fcène & forment le projet de changer la face
de l'Europe en uniffant ensemble l'Espagne , l'Allemagne
, l'Italie & la France , Vénus & Minerve
decendent dans un char & leur annoncent la réu
mion de l'Hymen & de l'Amour : en ce moment .
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
la porte du Palais des Dieux s'ouvre & laiffe voir
dans l'intérieur fur un piédeſtal les portraits de
l'Archiduc & de l'Infante dans un médaillon foutenu
par des Amours. Vénus fait l'éloge du Prince;
Minerve fait l'eloge de la Princeffe , dans lequel
fe trouve naturellement amené celui de fon augufte
Père & de la Reine-Mere. Apollon & Mars
applaudiffent au choix des Dieux qui ont prévenu
le leur & ordonnent aux Plaifirs d'aller annoncer
cet Hymen à la Terre . Enfin , Apollon invite les
Muſes à célébrer le jour où les Dieux ſe ſont ainfi
réunis pour le bonheur du monde . Ce Prologue
terminé par un Ballet qui répondoit à la grandeur
du Sujet , fut fuivi d'un Intermede intitulé : la
Valleé du Plaifir , où l'on voyoit la peinture de
l'Amour vertueux & tranquille ; des Bergers & des
Bergères y faifoient des voeux pour le bonheur
des auguftes époux qui étoient l'objet de leurs
fêtes : l'interméde finit par un Ballet Paſtoral ,
après lequel on repréſenta le Tuteur Amoureux,
Cpéra- Comique , traduit du François en Eſpagnol.
A cette Comédie fuccéda un autre Interméde que
les Eſpagnols appellent Fin de la fiefta : il fut
terminé par un Ballet de Hongrois & de Citoyennes
de Madrid connues fous le nom de Majas :
la décoration repréfentoit exactement la façade
illuminée de l'Hôtel de l'Ambaffadeur . Le Spectacle
dura environ trois heures . On en fortit aprèsminuit
& l'on monta à l'appartement d'enhaut
aniquement deftiné pour le ſouper qui fut fervi
à une table de cent vingt - quatre couverts , placée
dans une Salle qui formoit un jardin orné de
berceaux fleuris entre lefquels étoient peints ,
d'efpace en efpace des thermes en marbre blanc
& des ftatues de grandeur naturelle : à l'un des
bours de la Salle étoit repréſenté le coucher du
JUIN. 1764. 205
Soleil , & à l'autre le lever de la Lune . Sur cette
table étoit auffi figuré en fucre le Temple de
l'Hymen au milieu d'un parterre d'orangers , entrecoupé
de fontaines & terminé par des pavillons
de la plus belle Architecture . De cette grande
Salle on paffoit dans une autre richement meublée
où étoit le dais du Roi de France & dans
laquelle on avoit placé une table de quatre vingtdix
couverts : elle étoit ornée des portraits de la
Famille Royale , entre chacun defquels étoit une
guirlande courante de gaze d'or , d'argent & de
Aeurs. Comme le nombre des convives étoit de
près de fept cens perfonnes , parmi lesquelles on
comptoit environ cent cinquante Dames , on
dreffa fur le champ plufieurs tables dans les piéces
d'en-bas , il y avoit auffi fur le Théâtre deux
tables de foixante couverts chacune , pour les
Comédiens & les Muficiens. Après le ſervice , on
en drella d'autres pour foixante- dix Pages & pour
plus de cent Valets de Chambre . Le louper fini ,
on defendit à la Salle du Bal qui repréſentoit le
Temple de l'Hymen. Sur la face extérieure d'un
Autel placé dans le fond on voyoit le mariage de
Pfyché & de l'Amour , & à côté de l'Autel , fur
les deux aîles de la Salle , quatre ftatues de grandeur
naturelle , l'Hymen & l'Amour , le Plaifir
& la Pudeur. Le Bal s'ouvrit vers les deux heures
du matin & dura juſqu'à neuf heures. On fervit
alors une table de quatre-vingt couverts pour
les perfonnes qui étoient reftées jufqu'à ce moment.
L'Ambaſſadeur & la Ducheffe de Medina-
Sidonia ne négligerent rien pour rendre cette
fête agréable ; ils furent fecondés par le Comte
d'Egmont , le Marquis de Conflans & le Marquis
de Crillon , qui fe trouvoient alors à Madrid.
Le premier du mois d'Avril , la Marquiſe de
206 MERCURE DE FRANCE.
Graffe , époufe du Marquis de Graffe , Capitaine
au Régiment des Gardes- Françoiſes , fut préſen
rée au Roi & à la Famille Royale,par la Comteſſe
de Carcado fa tante .
GABRIEL- Claude Charton Defmauguins , ancien
Maréchal des Logis , des Gendarmes de la
Garde , avec Brévet de Mestre de Camp , eft
mort à Bourbon-l'Archambault , âgé de 83 ans.
Navoit reçu les trois enfans Chevaliers de S.
Louis , dont deux font Brigadiers dans les Gendarmes
de la Garde , & l'autre Capitaine de
Grenadiers dans le Régiment de Flandre.
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure´
prochain.
A VIS DIVER S
Les perfonnes qui par état emploient du
vinaigre diftillé , bien déflegmé foit pou faire
des fels ou autres compofitions , font averties par
le Sieur M'AILLE , Vinaigrier diftillateur , que par
la nouvelle conſtruction d'un fourneau qu'il a
imaginé , pour faire cette diftilation dans des
vaiffeaux de grais , le met à portée de vendre ce
vinaigre d'une qualité beaucoup fuperieure ; l'Auteur
n'a pas feulément fixé fon attention à perfectionner
cette qualité de vinaigre , mais àprévenir
les dangers que peur occafionner celui
qui fe diftille chez différens Particuliers dans
des vaiffeaux de cuivre. Son vinaigre romain ,
pour la confervation de la bouche , fe diftribue
toujours avec le plus heureux fuccès tant dans
les Cours Etrangeres qu'à celle de France. L'Auteur
donne avis que différens Particuliers flattés
JUI N. 1764. 207
par l'espoir du gain , fe mêlent de le contrefaire &
trompent les perfonnes à qui ils le vendent : ce
que l'on peut éviter en s'adreffant directement
à lui. Ce vinaigre blanchit les dents , empêche
qu'elles ne fe carient & en arrête le progrès ,
les raffermit dans leurs alvéoles , prévient l'haleine
forte & rafraîchit les lévres . L'Auteur vend auffi
différens vinaigres pour blanchir la peau , guérir
les dartres farineufes les boutons , noircir les
cheveux roux ou blancs ainfi que les fourcils , ôter
les taches de rouffeur & mafques de couches ,
& le véritable vinaigre des quatre voleurs , préfervatif
de tout air contagieux , & généralement
toutes fortes de vinaigres tant à l'ulage des bains
que de la table au nombre de deux cent forces..
L'on diftribue toujours en fon magazin à Séve
près Paris , le nouveau Caffis blanc , pour aider
à la digeſtion des alimens , le nouveau ratafia
des Sultannes , le Courier de Cythère & généralement
toutes fortes de liqueurs & eaux d'odeurs
tant Françoiles qu'Etrangères. L'on s'adreffera
pour les vinaigres au Sieur MAILLE , rue Saint
André des Arcs , la troifiéme Porte Cochere à
droite en entrant par le Pont Saint Michel entre
la rue Mâcon , & la rue Haute - Feuille , de
l'autre côté , à Paris & pour le Caffis , ratafia
& autres liqueurs & odeurs , en fon magazin à
Séve près Paris , route de la Cour. Le prix des
moindres bouteilles pour les dents ou autres pro- ·
priétés eft de 3. liv . le Caffis blanc 4 liv. la pinte ,
le ratafia des Sultanes 6 liv. la pinte , & 8 liv.
le Courier de Cythère : Les perfonnes qui voudront
emporter de ces fortes de vinaigres aux
Iles, dont l'uſage eſt fi nécéllaire , peuvent le faire
fans craindre que le temps ni l'éloignement du :
tranfport , puiflent altérer leurs qualités.. Ledit.
208 MERCURE DE FRANCE.
Sieur MAILLE fait les envois au defir des perfonnes
en remettant l'argent par la Poſte franc
de port ainfi que les lettres & envoie en même
temps la manière de s'en fervir , avec une Liſte
générale de ſes vinaigres & leurs prix.
IL
Reméde pour les maux de dents , &c.
Il y a à Paris,comme on l'a dit ci- devant, dans
les Volumes de Septembre 1762 , en Mai 1763 ,
un nouveau reméde , pour la confervation des
dents , tant faines que gâtées , fans qu'elles faſfent
jamais aucun mal ni douleur , & fans qu'il
faille les faire arracher quelque gâtées qu'elles
foient.
C'eft un Topique , de la compofition du Sieur
David , demeurant à Paris , rue & a l'Hôtel Ste
Anne , Butte S. Roch , au troifiéme.
Ce Topique s'applique le foir en fe couchant,
fur l'artére temporal du côté de la douleur ; il ne
fait aucun dommage ni marque à la peau ; il com
be de lui - même , & on eft guéri pour la vie
des maux de dents , des fluxions qui en proviennent
, des maux de tête , migraine , & rhume de
cerveau fans qu'il entre rien dans la bouche ni
dans le corps.
Ce reméde qui eft approuvé par MM les
Doyens de la Faculté de Médecine , acquiert
tous les jours des preuves fans équivoque de ſon
efficacité ; il n'y en eut jamais de plus doux , puifqu'il
guérit en dormant.
Tout le monde fçait , que les maux de dents
prennent dans tous les momens de la journée , &
que l'on ne peut pas toujours s'aller coucher >pour
que l'on puiffe vaquer à fes affaires en attendant
ce moment ; le Sieur David , a de l'Eau fpiriJUI
N. 1764. 209
neufe d'une nouvelle compofition , qui eft in
coruptible , très-agréable au goût & à l'odorat ,
qui fait paffer , dans la minute , les douleurs de
dents les plus vives , guérit les gencives gonflées ,
fait tranfpirer les férofités , raffermit les dents
qui branlent , empêche le commencement & la
continuation de la carie , prévient les humeurs
fcorbutiques , guérit radicalement de cette maladie
, & généralement de tous les maux qui viennent
dans la bouche .
MM . les Marins ainfi que beaucoup de voyageurs
, tant par terre que par mer ,
en font
provifion ainfi que des topiques , & font certains
de faire leurs voyages , fans avoir jamais aucun
mal aux dents ni à la bouche , & ceux qui fe
fervent de cette eau , fans être incommodé , ont
toujours les gencives & les dents faines ; il y a des
bouteilles à 24 fols , à livres , & à 6 livres , &
les topiques à 24 fols chaque ; il donne un imprimé
de la manière de ſe ſervir de tous les deux ,
& il en fournit dans toutes les Provinces & hors du
Royaume .
LE Public eft prévenu que les perfonnes qui
Compofoient ci- devant avec les Sieurs MORE &
BONAVENTURE , la Société d' Agence , ſe ſont ſéparées
de ces derniers , le 30 du mois de Mars
1764 , & c.
Le fieur DE NEUVE-EGLISE qui étoit du nom
bre de ces perfonnes retirées de la Société d'Agence
, a l'honneur d'obſerver au Public à cette
orcafion , qu'il n'a point été DIRECTEUR de ladite
Société ; c'eſt -à- dire , COMMIS , mais bien
Affocié chargé de la Direction de cette entrepri
fe , ainfi qu'il appert par l'Article 7 de la Délibération
du 24 Octobre 1763 ; qu'il n'a jamais
210 MERCURE DE FRANCE.
été cautionné par aucun de fes Co - affociés , &
qu'il a abandonné fon intérêt en ladite aſſociation
, vu le peu d'harmonie , d'intelligence , &c.
de ceux qui l'ont qualifié à la page 21 r du Mereure
de Mai 1764 , de leur DIRECTEUR & de
leur PRETE-NOM.
Ez Sieur NICOLAS GUIBAUT , Organifte & Clavecinifte
à Lunéville en Lorraine , a inventé une
Machine compofée d'une Méchanique qui fait
mouvoir les Souffléts d'un Orgue , autant de temps
que la fituation , plus ou moins grande , de la
place qui fe trouve à portée de l'Orgue peut permettre
d'étendre ladite Machine.
Il peut en faire conftruire une dont le mouvement
donnera la liberté de toucher fur un grand
Orgue pendant huit jours , pourvu qu'il fe trouve
à portée dudit Orgue , une place aſſez étendue
pour le contenir . Pendant cet espace de temps ,
on ne fera pas obligé de remonter la Machines
l'Organiſte , avant de toucher , aura feulement
foin de tirer des Regiftres , qui feront mis à l'Orgue
par augmentation , pour ne fervir qu'à donner
le mouvement à ladite Machine , & de repouffer
lefdits Regiftres , quand il finira . Ce qu'il obfer
vera chaque fois qu'il commencera & finirá de
toucher.
Cette Invention a fon utilité , en ce que les
Souffets fe conferveront plus long- temps , tant par
le mouvement de cette Méchanique toujours égal,
que par celui d'un Souffleur qui les agite ordinai
rement avec plus ou moins de vîteſſe : inégalité
qui préjudicie auxdits Soufflers, & fair tort à l'harmonie.
L'Auteur de cette Machine , encouragé par l'émulation
que donne STANISLAS LE Bienfaisant,
JUL N. 1764.
211
Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar, Prorecteur
des Arts & des Sciences , voulant mériter
quelques regards favorables de cet augufte Prince ,
a cherché différens effets du Mouvement. Enfin un
petit Orgue de quatre pieds , qu'il a fait faire
& pofer chez lui il y a quelques années , lui a fait
naître l'idée de l'Invention dont il s'agit . Et par le
moyen de cette Méchanique , il peut toucher une
heure & démie , durée qui eft proportionnée à la
petiteffe de l'Orgue & de la place qui eſt à portée
pour contenir la Machine.
Il en a démontré l'effet , à la fatisfaction de tous
les Connoiffeurs.
Cette Invention eſt également utile pour mou
voir les Soufflers des Forges qui manquent d'eau.
Mademoiſelle DISMOULINS , par Brévet & Privilége
confirmé par deux Arrêts du Parlement du
17 Mai & du 4 Septembre 1747 , depuis plus de
foixante ans , compofe & diftribue le véritable Suc
de Régliffe & Pâte de Guimauve fans fucre ; Secret
qu'elle feule tient par feue Mde la Mère , de
Mile Guy , Angloife , fille unique décédée à Paris
en 1714 , ayant furvêcu plus de vingt ans à M. n
Père , qui avoit inventé ledit Secret , étant premier
Médecin de Charles II . Roi d'Angleterre. Circonftance
qui prouve évidemment que Mile Cyrano
, demeurant rue S. Honoré , & qui contrefair
lefdits Suc & Pâte , en impofe au Public , quand
elle dit être fille de feu M. Guy , après la mort duquel
Mlle fa Fille eft venue a Paris faire valoir fon
Secret. Ladite Dlle Cyrano a tout- auu-- plus quaran
terans. Pourquoi , dans les Arrêts que la Demoifelle
Desmoulins a obtenus contre elte , a - t-elle
changé ce nom de Guy en celui de Cyrano ? C'eft
qu'étant mariée à Paris , il étoit facile de trous
212 MERCURE DE FRANCE.
ver fon acte de mariage qui prouve le contraire.
Malgré les détours dont a ufé la Demoiselle Cyrano
, Mile Desmoulins continue avec fuccès d'en
débiter à Paris , à la Cour de France , & dans toutes
les Cours de l'Europe , de l'aveu & approbation
de MM. les Premiers Médecins du Roi & de la Faculté
de Paris lefquels s'en fervent eux-mêmes ,
& l'ordonnent à leurs malades .
Propriétés & ufages dudit Suc & Pête.
Il guérit le Rhûme, fortifie la Poitrine , dégage
la Parole enrouée , & arrête le Crachement de fang.
Les Pulmoniques & Afthmatiques , & les Perfonnes
fujettes à la Pituite s'en trouvent fort foulagées. Il
eft fort utile à ceux qui ont la Poitrine & la Gorge
feche. On peut en ufer en tout temps , le jour &
la nuit , devant & après le repas. On peut les
tranfporter par- tout , & les garder long- temps
fans qu'ils le gâtent jamais , ni qu'ils perdent
rien de leur qualité. Comme d'autres Perfonnes
le font vantées d'avoir acheté fon Secret
, Mlle Desmoulins certifie ne l'avoir vendu
ni donné à perfonne. Sa Marchandiſe ne ſe
débite point ailleurs que chez elle , où l'on trouvera
les Arrêts du Parlement publiés & affichés en
1747 , aux dépens de Mlle Cyrano , par lefquels il
lui eft défendu d'ajouter le nom de Guy à fon
nom propre. Le prix dudit Suc & Pâte eft de huit
livres la livre .
Mademoiſelle DESMOULINS demeure rue du
Cimetiere S. André-des- Arts , la première porte
quarrée à droite en fortant du Cloître , chez Mlle.
CHARMETON , au fecond.
JUIN. 1764. 213
La Sieur PARIS , Opticien , qui demeuroit cidevant
rue des Poftes , proche l'Eftrapade , demeure
actuellement fur la Place même de l'Eftrapade,
dans une Mailon à Porte- Cochere , at tenante
aux Portes Chartieres de Ste Génevieve , & fur
laquelle eft fon Tableau ; il continue de faire ,
de vendre & de débiter des Télescopes de toutes
grandeurs , Microſcopes , Lunettes d'approches
& de Spectacles , & généralement tout ce qui
concerne l'Optique , à Paris.
Le Sieur LA RIVIERRE , connu par une Boule
d'une compofition qui a la propriété de maintenir
fans fin , & fans fécher les Cuirs pour repaffer des
Rafoirs , & avec laquelle l'on n'a jamais befoin de
pierre à rafoir , continue de fatisfaire le Public. Il
demeure rue du petic Carreau , chez le Marchand
de Vin , au coin de la rue de Bourbon , à Paris,
214 MERCURE DE FRANCE .
APPROBATION
.
J'ai lu , par ordre de Monſeigneur le Vice-Chancelier
, le Mercure du mois de Juin 1764 , & je
n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 30 Mai 1764.
GUIROY,
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE
SUITK
ARTICLE PREMIER .
virk de l'Hiſtoire raiſonnée des Diſcours
raifonnés de Cicéron. Pages
ODE IX. du troifiéme Livre des Odes d'Horace.
VERS à Mile de G....
VERS à Madame D. S.
L'AMOUR malheureux , Poëme.
VERS pour un Ami de l'Auteur , &c.
LES deux Prix , Conte , tiré d'un Manuſcrit
Grec.
VERS de M. C *** , fur le Portrait de fa
femme,
YERS à M. Legros , nouvelle Hautecontre
de l'Opéra.
Le départ d'Hylas , Idylle.
VERS fur la diverfité des goûts , à Mde de
S, B.
MADRIGAL à Mlle MM, &c.
16
19
ibid,
20
24
25
SI
52
SS
JUIN. 1764. LIS
MADRIGAL , à une Dame qui vient d'avoir
la Petite Vérole...
DIALOGUE des Morts.
STANCES irrégulières à M....
ÉNIGMES .
LOGOGRYPHES .
ibid.
57
62
65 & 66
66 & 67
68 CHANSON.
ART. H. NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LETTRE à M. de la Place , Auteur du Mercure
, fur M. de Marivaux.
DICTIONNAIRE raiſonné univerfel , & c . Par
M. Valmont de Bomare.
LETTRE à M. De la Place , Auteur du
Mercure , fur le Poëme d'Olivier.
ANNONCES de Livres.
J
69
80
89
93 &fuiv.
ART. III. SCIENCES ET BELLES-LETTRES .
ASTRONOMIE,
SUITE du Mémoire de M. Trébuchet , fur le
Paffage de Vénus,
MÉDECIN I.
199
RÉPONSE fur le Ver Solitaire , &c.
ART. IV. BEAUX - ARTS.
ARTS UT LIES.
CHIRURGIE .
REPONSE intéreffante du Chirurgien de
Province , à M. Bordenave , Chirurgien
Profeffeur à S. Cofme.
SEANCE publique de l'Académie Royale de
124
137
-CHIRURGIE.
158
MANUFACTURES , 157
LETTRE de M. Berniere , Contrôleur des
Ponts & Chauffées , à M. Delatour,
118
216 MERCURE DE FRANCE,
ARTS AGRÉABLES.
JOUAILLERIE.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
GRAVURI .
Avis pour la nouvelle édition des Fables de
la Fontaine , gravées en Taille- douce .
MUSIQUE.
OPÉRA.
ART. V. SPECTACLES..
163
165
168
169
171
COMÉDIE Italienne. 193
ART. VI. Nouvelles Politiques d'Avril.
Avis divers.
195
206
COMÉDIB Françoiſe.
De l'Imprimerie de SEBASTIEN Jorry ,
rue &vis-à-vis la Comédie Françoife.
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
AVRIL. 1764 .
PREMIER VOLUME.
Diverfité , c'est ma devife . La Fontaine.
Coshin
Silveinv
Pupillo Sanip
A PARIS ,
CHAUBERT, rue du Hurepoix.
JORRY, vis- à- vis la Comédie Françoife.
PRAULT , quai de Conti.
Chez DUCHESNE , rue Saint Jacques.
CAILLEAU rue Saint-Jacques.
(CELLOT , grande Salle du Palais.
Avec Approbation & Privilége du Roi,
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
335823
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
1905
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch à côté du
Sellier du Roi.
,
,
C'eft à lui que l'on prie d'adreffer ,
francs de port , les paquets & lettres
pour remettre , quant à la partie litté
raire , à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pourfeize volumes
, à raifon de 30 fols piéce.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront d'autres voiesque
la Pofte pour le faire venir , & qui pren
dront les frais du port fur leur compte
, ne payeront comme à Paris , qu'à
raifon de 30 fols par volume , c'est- à •
dire , 24 liv. d'avance en s'abonnant
pour Seize volumes.
A ij
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire venir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cidefus.
On fupplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la pofte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affranchis
, refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à annoncer
, d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année . Il y en a jufqu'à
préfent cent cinq vol. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
fe trouve à la fin du foixante - douziéme.
MERCURE
DE FRANCE.
AVRIL. 1764.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
SUITE de l'Hiftoire raifonnée des
Plaidoyers de CICERON.
DEFENSE de la Lor du Tribun du
Peuple C. MANILIUS , qui vouloit
engager les Citoyens à mettre POMPEE
à la tête des Troupes qu'on oppofoit
à MITHRIDATE.
TOUJOU OUJOURS femblable à lui -même
toujours animé du même efprit de Pa-
I. Vol.
A iij
6 : MERCURE DE FRANCE .
triotisme , tantôt Cicéron armé de fon
éloquence déconcerte les projets ambitieux
des mauvais Citoyens & les force
au filence , tantôt il encourage les entrepriſes
utiles au bien général de l'Etat ,
& parvient à les faire adopter par le
Corps entier du Peuple Romain.
Rullus a élevé fa voix en faveur d'une
Loi pernicieufe , & il a été confondu.
C. Manilius éléve aujourd'hui la
fienne ; il propofe Pompée comme le
Citoyen le plus capable de commander
les armées de la République ; Cicéron
fe charge de faire valoir fa propofition
par un difcours éloquent , & en fe couvrant
lui-même de gloire , il met fa patrie
en état de cueillir de nouveaux lauriers.
De tous les Peuples qui eurent autrefois
la manie de réaliſer la chimère de
l'Empire Univerfel , les Romains font
ceux qui en ont le plus approché. Le fiécle
de Cicéron a été le plus beau de ces
fiers Républicains . Leur nom fembloit
le cri de l'honneur leurs Enſeignes
montroient celui de la victoire on
comptoit prèfque autant de triomphateurs
que de Généraux. Vingt Rois fou
mis atteftoient leur puiffance . Les autres
mettoient au nombre de leurs titres
2
AVRIL. 1764. ,
les plus glorieux , celui d'Alliés des Romains.
Le feul Mithridate réfiftoit encore
. Une guerre de fept ans pouffée
vivement par Lucullus n'avoit point diminué
fes forces ; & après tant de travaux
les Troupes Romaines n'étoient
pas plus avancées qu'au premier jour.
Ce Prince joignoit le courage le plus
héroïque & le plus réfléchi à l'efprit
le plus jufte & le plus actif qui fût ja
mais. Une correfpondance exacte éta→
blie entre la Capitale & toutes les Provinces
de fes Etats le mettoit en état
de juger des forces actuelles de fon
Royaume , & de celles qu'il pouvoit
efpérer par la fuite. Un coup d'oeil lui
fuffifoir pour juger des abus : un reméde
fimple les faifoit ceffer. Intrépide
à la tête de fes armées , confervant fon
fang-froid au milieu des mêlées les plus
fanglantes , il fçavoit profiter de fes
moindres avantages & des plus petites
fautes de fes ennemis . L'adverfité ne
l'abattit jamais , & le bonheur ne l'enorgueillit
point. Tel étoit l'ennemi que
Pompée alloit combattre .
Pompée réuniffoit dan fon caractère
les plus grandes & les plus nobles qualités
qui puiffent faire honneur à la nature
humaine , & donner à un homme
A iv
8
MERCURE DE FRANCE .
de l'afcendant fur fes femblables. Ses
vues & fes raifonnemens étoient admirables
dans le Sénat , fa bravoure merveilleufe
dans l'action . Lorsqu'il étoit
question d'exécuter ce qu'il avoit une
fois jugé néceffaire , jamais perfonne ne
joignit fi parfaitement la diligence à la
fermeté. Voilà l'Adverfaire qu'on réfolut
d'opposer à Mithridate.
Ce fut fous le Confulat de M. Emile
& de L. Vocatius que C. Manilius , Tribun
du Peuple , propofa aux Citoyens
la Loi qui depuis a porté fon nom. Lucullus
venoit d'être rappellé ; des fuccès
équivoques , des pertes réelles , un
ennemi toujours en haleine & qui ne
fe laiffoit jamais furprendre , les Soldats
découragés ; telle étoit la fituation
des Romains. Elle étoit critique , &
partant ne pouvoit être durable . Cicéron
ami particulier de Pompée , mais
encore plus zélé Patriote , fervit en cette
occafion & l'amitié & la Patrie en fecondant
les vues de Manilius.
Son difcours eft un des plus adroits (a)
(a )Qu'on ne foit pas furpris du terme d'adroit
dont je me fers . Les grands hommes font
toujours regardés d'un oeil d'envie , parce que
leur mérite bleffe la médiocrité . Dans les Etats
Républicains cette jalousie dégénere en haine ,
AVRIL. 1764 9
& des plus élégans qu'il ait jamais prononcés
. Le ftyle y prend la forme des
objets que l'Orateur veut peindre . Les
louanges les plus fines & les plus délicates
y font prodiguées à Lucullus : Il
réſerve la magnificence des éloges à fon
héros . La partie du fentiment y eft
traitée en Maître ; les raifonnemens font:
convaincans & fans replique.
Le fuccès couronna l'entrepriſe :
Pompée fut élu d'une voix unanime
Général de la République. Que l'on
décide à préfent qu'on fçait toutes les
victoires qu'il remporta , pour lequel
des deux , de Cicéron ou de lui , les
Romains durent avoir le plus de reconnoiffance
?
parce qu'on craint de le voir affervir par ceux
à qui leurs qualités fuperieures attirent l'eftime
publique. Pompée étoit dans ce cas - là ; il étoit
trop grand homme pour ne pas avoir beaucoup
d'ennemis , & Cicéron avoit réellement befoin de
toute fon adreffe pour ménager des gens qui
pouvoient faire échouer l'entrepriſe ..
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
A Son Alteffe Séreniffime Monfeigneur
L'ELECTEUR PALATIN , fur
l'Académie des Sciences que ce Prince
vient d'inftituer à MANHEIM.
*
ILLUSTRE
LLUSTRE Théodore , enfin ta Capitale
Brille de tout l'éclat qu'elle eut à defirer :
L'Europe dès long-temps ſe plaît à célébrer
Les ornemens pompeux que ton Palais étale.
On y voit les Beaux- Arts accueillis , honorés ,
Animés par tes dons , par ton goût éclairés :
Tes Spectacles , remplis d'étonnantes merveilles ,
Eblouiffent les yeux , enchantent les oreilles ,
Intéreffent l'efprit , & tranfportent le coeur.
Mais Terpficore , Polymnie ,
Melpomene , Euterpe & Thalie ,
* Cette Académie , qui tint fa premiére Séance
au mois d'Octobre 1763 , doit s'occuper principalement
de l'Hiftoire Politique & de l'Hiftoire
Naturelle du Palatinat . Elle a propofé pour Sujet
du Prix qu'elle décernera cette année , les quef-.
tions fuivantes : Quelle fut l'Origine du Comte Palatin
? Quel étoit fon emploi fous les anciens Empereurs
de Rome , & fous les Rois des races Mérovingienne
& Carlovingienne , jufqu'au partage de
la Monarchie des Francs en Provinces Orientales
& Occidentales ? En quel temps commença- t- on d'annéxercette
dignité à certains Domaines du Royaume
? ( Gazette de France & d'Amſterdam . )
AVRIL 1764 .
Partageant ainfi ta faveur ,
De leurs Soeurs excitoient la jufte jalousie.
Oui , Grand Prince , il manquoit dans tes murs
renommés
Une fçavante Académie ,
Où ton choix raffemblât des Diciples formés
Par la fage Clio , par la doce Uranie.
Déjà je vois les habitans
De ce refpectable Lycée
Inftruire l'Univers des utiles préfens
Qu'au fein de tes Etats féconds & floriffans ,
Dépoſe la Nature à te plaire empréſſée.
Je les vois , débrouillant l'obfcure Antiquité,
De la dignité Palatine
Tracer avec fidélité
Les fonctions & l'origine ,
Et fauver de l'oubli , par leurs nobles travaux ;
Millé faits dignes de mémoire ,
Que du temps deftructeur l'impitoyable faulx
Avoit jufqu'à nos jours dérobés à l'Hiftoire.
Je les vois fans nuage offrir à tous les yeux
Les vertus dont brilloient tès auguftes Ayeux.
Mais quelle abondante matière ,
Pour leurs plumes quel dour emploi ,
Lorfqu'ayant parcouru cette vafte carrière
Ils auront à parler de toi !
Par M. HARDWIN , Seer. Perp , de la
Soc. Litt. d'Arras..
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
LE JARDINIER ET L'ORANGER ,
FABLE.
UN Jardinier auffi prudent qu'habile
Elevoit avec foin de jeunes arbriſſeaux :
Sous fes mains chaque jour la nature docile
Sembloit avec plaifir feconder fes travaux .
Sa tendreffe pour eux prête à tout entreprendre
Prévoyoit le moindre danger :
Le plaifir de les voir augmenter & s'étendre ,
Lui fuffifoit pour le dédommager
Des peines qu'il avoit pu prend re.
Un petit oranger
Lui paroîffoit le plus flatter fon eſpérance :
D'un naturel affez heureux ,
Et déjà dégagé des périls de l'enfance ,
Il devenoit l'objet de tous fes voeux.
Attentif à combler d'avance
Le plus léger de ſes befoins ,
Il lui prodiguoit tous les foins .
( Soins doux & précieux à qui fçait les connaître ! )
L'arbuste bien tôt grand n'en fentit plus le prix :
De fon bienfaiteur & fon maître
Il n'écouta plus les avis.
Pourquoi me refferrer entre ces quatre planches ?
›› Quoi , toujours après moi ? pas un jour de repos !
AVRIL. 1764 . 13
Sans ceffe m'inonder , me couper quelques
>> branches !
Et mille autres propos.
Las enfin , malgré la tendreſſe ,
Le Jardinier ceffa de l'arrofer .
Mais de ces tendres foins , ah ! comment fe paffer ?
L'arbre infenfiblement en proie à la trifteffe ,
Malgré la force & fa jeuneffe ,
Dépérifoit , ne faifoit que languir ,
Et privé des fecours de la main bienfaifante
Qui confervoit la vie à ſa tige naiſſante ,
Il commençoit à fe flétrir.
Le pauvre Jardinier fenfible à cette vue ,
Avec regret le vit prêt à périr :-
Il s'approcha de lui , fon âme fut émue ,
Er l'Oranger , dit -on , treffaillit de plaiſir.
Il lui tendit une main fecourable ,
Renouvella fes foins , & l'Arbre plus heureux ,
Porta les plus beaux fruits & remplit tous les voeux.
De l'amour paternel 6 pouvoir admirable !
Heureux qui peut toujours en fentir- la douceur !
Pères à vos enfans égarés par l'erreur ,
Ne refuſez jamais votre tendreffe :
Tôt ou tard fur leurs coeurs la Nature a fes droits }
Et l'on ne doit jamais , lorſque l'on fuit fes loix ,
Déſeſpérer de la jeuneſſe.
Par M. GAULLARD fils.
14 MERCURE DE FRANCE.
A L'AUTEUR DU MERCURE.
ÉPITAPHE
De M. DU VIVIÉE , C. du C. de V.
Hicjacet exemplarpatrum , virtutis amicus ,
Qui , fipoffit homo , meruit venerabilis aras .
Cy gît des pères le plus tendre ,
Le plus vertueux des Mortels ,
Qui mériteroit des Autels ,
Si l'homme pouvoit y prétendre.
,
L'hommage que je rends à la mémoire
de M. Duviviée eft bien mérité
Monfieur ; les pleurs que fa famille &
fes amis ont donnés à fa mort font
beaucoup mieux fon éloge . Ah ! fi les
Mortels fçavoient combien on aime &
l'on regrette un homme vertueux , qu'ils
trouveroient beau de l'être !
J'ai l'honneur d'être & c.
DOMICILLE .
Prais , ce 8 Mars 1764.
AVRIL. 1764. · IS
E PITRE
A M. Cho de Mo * * *
SUR notre pauvre fourmilière
Il est un Dieu qu'on nomme le bonheur ,
Chacun le cherche & brigue la faveur :
On le trouve fouvent deſſous l'humble chaumière ,
Rarement près des toîts qu'habite la grandeur.
Son féjour ordinaire eft dans le coeur du Sage :
Sous le chaume & dans les Palais ,
A Paris ainfi qu'au Village ,
Le méchant ne le vit jamais.
11 eft quelquefois le partage
De ce mortel né pour aimer ,
Que l'Amour n'a point vu volage ,
Que l'amitié daigne animer.
Loin de celle qui dès l'enfance
Fut feule objet de mes foupirs ,
Sans fortune & fans espérance ,
Le coeur tourmenté de defirs ,
Prèfque aux portes de l'indigence ,
je rêvois fur mon trifte fort ;
Et fur les malheurs de la vie ,
Mon âme de chagrins nourrie ,
Sembloit n'attendre que la mort .
16 MERCURE DE FRANCE.
Un inftinct naturel vers mon ami m'entraîne' ;
Toi feul en partageant ma peine
En pouvois calmer la rigueur.
En te voyant , un fentiment flateur
De mes fens me rendit l'ufage
Je t'écoutai ; dans ton langage'
Je vis l'éloquence du coeur.
Tu me parlas du doux noeud qui nous lie
De l'amitié ce difcours enchanteur
Rendit mon âme plus paisible ,
Et j'éprouvai qu'au creufet du malheur
Il est encore quelque douceur
Pour un coeur né vraiment ſenſible..
Ta fis fuir le chagrin rongeur ;
Une douce mélancolie ,
Prit la place de la douleur.
Dans mon cabinet folitaire
Je me retire en te quittant.
Mais que vois - je ? quel caractère !
Je faifis la lettre en tremblant...
...
Ah ! grands Dieux ! elle m'aime encore ,
Et je l'ai pu foupçonner un moment ? .
Pardonne , chère amie , à mon égarement ,
Oui , tu mérites qu'on t'adore ! ...
Je lis ... l'amour... le fentiment.
Chaque ligne ajoute à ma joie ,
Chaque ligne en mon coeur déploie
Le tranfport le plus raviflant..
Je baifois avec allégreffe
AVRIL. 1764. 17
Cet écrit où de fa tendreffe
Elle me faifoit le ferment...
Oui , le bonheur eft fur la terre !
M'écriai - je dans cet inftant ;
Je fuis aimé de ma Glycere ,
De mon âme , je ſuis content.
Dieux des amours , amitié pure ,
Au fond de ma retraite obfcure
Daignez porter un jour heureux !
Ornez mon front d'une double couronne ;
Tenez moi lieu des biens que la fortune donne ,
Vous ferez mes plaiſirs , & vous ferez mes Dieux.
Paris , B. de Ch.
A M. DE LA PLACE , Auteur du
Mercure , fur ABRAHAM DUQUESNE.
TANT
ANT que nous ferons pénétrés ,
Monfieur , de la vénération qui eft due à
la mémoire des grands hommes qui ont
contribué à la gloire de la Nation , nous
ferons dignes du nom François; &, à en
juger par l'admiration , ( je dis plus ) par
l'enthoufiafme patriotique qui a faili
tous ceux qui ont lù les éloges de Sully ,
18 MERCURE DE FRANCE.
de Saxe, de d'Agueffeau, & de Duguai-
Trouin , nous pouvons accufer d'injuftice
ou d'erreur ceux qui prétendent que
la gloire du Roi & de l'Etat n'eft plus
le premier & le plus vif fentiment des
François.
Je fouhaiterois ,Monfieur ,recevoir par
la voie du Mercure quelques inftructions
fur la naiffance du fameux Duquefne.
J'ai là dans l'éloge de Duguai-Trouin
la queftion fuivante :
» Pourquoi fur la Mer voit- on plus
» qu'ailleurs de ces hommes extraordi-
» naires qui doivent tout à eux- mêmes ?
» Jean Bart & Duquesne , noms immor-
» tels, tous deux nés dans l'obfcurité, ont
» fondé leur grandeur fur leurs exploits.
M. Thomas a donné la folution de ce
Problême dans le même éloge , lorfqu'il
a dit : Nous ne ferons puiffans fur
la Mer , que lorfque la Marine marchande
fera la pépinière de la Marine
Royale. Mais cet Ecrivain plein de force
& de vérité nous fait penfer que Duquefne
étoit né de condition roturière
ainfi que Jean Bart,& Duguai- Trouin.*
M. Dagues de Clairfontaine nous dit
le contraire dans une note inférée au
bas de la page 81 du Mercure de Janvier
* Thurot & autres.
AVRIL. 1764. 19
1763 : Effai hiftorique fur Abraham Duquefne.
Voici cette note : » Abraham
» Duquesne naquit en Normandie l'an
1610 , d'une famille noble.
Je demande la permiffion de dire à M.
de Clairfontaine que les Citoyens de
Dieppe , du nombre defquels je fuis
auroient ajouté une reconnoiffance particulière
, à la générale que lui doit la
Nation , pour avoir vivifié les traits d'un
de nos héros , s'il eût dit qu'Abraham
Duquesne naquit à Dieppe.
Mais y eft-il né d'une famille noble
ou roturière ? C'eft un fait important
dès qu'il intéreffe la gloire d'un grand
homme: car que l'on ne prenne pas le
change : fi Duquesne eft né roturier , en
le difant né noble , on lui vole une partie
de fa gloire pour la tranfporter à
fes ayeux. En effet qui eft- ce qui ne
fçait pas qu'il eft infiniment plus difficile
à un roturier de parvenir dans la
Marine , qu'à un noble de naiſſance >
L'élévation de Duquesne a donc été
glorieufe par rapport à lui , proportionnément
à l'état de fa naifiance.
Cette vérité me frappe fi fort , qu'il
me femble entendre cette voix qui
nous a , pendant tant d'années , appellés
& conduits fur les Mers dans un chemin
20 MERCURE DE FRANCE .
de gloire qui nous étoit peir connur
» François nous crioit- elle , fi la ro-
» ture eft une tache , plongez -la comme
» moi dans le fang des Ennemis de l'E-
» tat ; elle en fortira couverte de gloire .
J'ai toujours penfé que les grandshommes
de mer ne devoient rien à leur
naiffance ; qu'il faut que leur âme foit
d'une trempe plus forte que celle des
autres ; & que quand la Nature en place
de cette efpéce extraordinaire dans la
condition roturière elles n'ont que
plus d'occafions de fe développer par
l'habitude des dangers , par l'exercice
continuel , & par l'expérience qui en
eft le fruit. Si donc on ne leur préfente
aucuns exemples qui puiffent les foutenir
depuis les derniers poftes jufqu'aux
grades fupérieurs , il arrivera que ces
âmes affaiffées par le fardeau du préjugé
, fi contraire à leur naiffance , prendront
bien moins l'éffor qui leur eft
propre.
,
Mis fi ce défaut de naifance peut fe
réparer à force de mérite , notre Ville
de Dieppe efpére donner encore à la
Nation un fecond Duquefine , qui né * &
* C'eſt le Sieur Vauquelin , Lieutenant de
Vaiffeau. Son Père , refpectable vieillard , luk
écrivit en ces termes , des qu'il faut qu'il alAVRIL
1764. 21
& élevé comme lui , nous a déja fait
confondre fes actions avec les premiers
faits d'armes de ce grand homme.
Il s'agit donc , Monfieur , de conftater
fi Duquesne étoit noble de naiffance ,
ou non. Ce fait n'eſt pas d'une date reculée
, il ne fera pas néceffaire de recourir
à des Chartes illifibles : plufieurs familles
de Dieppe doivent pofféder des
loit commander l'Aréthufe , à la dernière Campade
Louis Bourg.
» Mon Fils , dès l'âge de dix ans , je vous ar-
» rachai des bras de votre Mère pour vous porter
fur mon bord . Depuis cet âge jusqu'à
» vingt- trois ans , vous n'avez eu pour Maîtres
» que le Ciel , la Mer , & moi : & je ne cédai
» aux empreflemens de nos amis qui voulu-
» rent vous confier un commandement , étant
» encore ſi jeune , que parce que je vous avois
» rendu propres mes cinquante ans d'expérien-
» ce. Enfin je jugeai de votre maturité par
l'épreuve que j'avois faite de votre fang-
» froid dans les périls de Mer , & dans le vif
combat qu'une frégate Angloife me livra près
» de la Martinique. Je fçais , mon Fils , ce que vous
" pouvez , & ce que j'ai droit d'attendre ; la car-
» rière s'ouvre pour vous : Allez commander l'Aréthufe.
Songez quand vous monterez cette fré-
" gate , qu'elle doit vous fervir de tombeau , ou
être le berceau de votre gloire .
>>
39
"
Les Anglois fçavent , ainfi que les François
l'ufage que ce jeune Marin a fait de cette leçon
Louis- Bourg & à Québec.
22 MERCURE DE FRANCE.
Actes autentiques dans lefquels le pére
de Duquesne a parlé & pris fes qualités ;
& je les prie de les produire : la gloire de
Duquefne , & l'honneur de notre Ville
l'exigent.
L'on m'a derniérement produit , dans
un procès que j'ai perdu , un Contrat
paffé entre mes Auteurs & ceux de ma
Partie: devant Claude Vaultier & Pierre
Leroux , Tabellions jurés audit Dieppe,
qui finit ainfi .
">
*
•
» Ce Jeudi , dernier jour de Février
» 1619 , préfens Jacques Miffant
Ecuyer & honorable homme Abraham
» Duquefne Bourgeois demeurans
» audit Dieppe , lefquels ont figné avec
» les Parties & Tabellions fuivant l'Or-
» donnance.
,
J'ai l'honneur d'être , & c.
DESMARQUETS , Maître des Eaux & Forêts.
A Dieppe , ce 8 Mars 1764.
* C'étoit le Père de notre Héros.
A M. DE VOLTAIRE , menacé de
perdre la vue,
HOMERE étoit aveugle , à ce que dit l'Hiſtoire ,
Houdard eut avec lui cette conformité ;
AVRIL. 1764. 23
Ce fut la feule : & pour la gloire
Il ne fit pas trop mal de perdre la clarté.
Mais vous , à qui du Ciel la fageffe infinie
( Outre mille dons précieux )
A donné des yeux d'Aigle , emblême du Génie ,
Quilut au coeur de l'homme & mefura les Cieux !
Vous qui connutes la lumière
Qu'entrevit , avant vous , Newton ;
Qui la fites briller fur un autre horiſon :
Votre gloire eft affez entière .
Elle eſt à vous ; & je conclus
Qu'il n'eft point du tout néceffaire ,
Que vous ayez avec Homére
Une reffemblance de plus,
Ce 20 Février.
ENVOI d'un gâteau des Rois , à M. de
MONT AU DOUIN , Négociant de
Nantes & Membre de la Société
d'Agriculture en Bretagne , & c , par
fon Boulanger.
PARAR ce gâteau , l'uſage antique
Tous les ans , dans plus d'un endroit ,
Erige un thrône domeſtique
Que vous poffédez de plein droit.
24 MERCURE DE FRANCE.
:
Eh que vous importe la féve ,
Lorfque votre vertu reléve
Le rang où le Ciel vous a mis ?
On eft , avec cet avantage ,
Et le Prince de fon ménage
Et le Roi de tous fes amis.
RÉPONSE à M. le Chevalier de
JUILLY-THOMASSIN , Chevalier
de Saint Louis , Capitaine de
Cavalerie , Gentilhomme de la Garde
du Ror, & Correfpondant de plufieurs
Académies , & en dernier lieu
de celle de MONTAU BAN , fur les
Etrennes Paftorales qu'il a adreffées
à la plus Charmante , dans le
dernier Mercure.
Même Air que les Etrennes Paftorales.
Qu
Ua ce tribut rare & charmant
Peint bien le coeur d'un tendré Amant !
Mais en qui vois-tu tant d'attraits ?
Que de querelles
Entre nos Belles ,
Si tu te tais !
Comme
AVRIL. 1764. 25
Comme aux champs tu peux à la Cour
Nommer l'objet de ton amour ;
Un tel Berger s'égale aux Dieux .
Pâris , ton Maître ,
N'eut qu'à paroître ,
Il fut heureux .
Par une Mufe de la Cour.
PORTRAIT de Madame de ***
par Mademoiſelle ***.
Si l'amitié n'eft point aveugle , je
puis peindre Eglé fans craindre qu'on
me foupçonne de partialité ; mais il eſt
plus aifé de la comprendre que de la
définir ; & s'il ne faut point de réfléxions
pour convenir qu'elle eſt aimable ,
il en faut beaucoup pour expliquer
les qualités qui la rendent telle. Elles
font fans nombre ; auffi perfonne ne
plaît tant qu'Eglé , & perfonne ne
cherche fi peu à plaire . Elle plaît aux
femmes fans petiteffe & aux hommes
fans coquetterie ; elle dédaigne ces
minauderies & ces grâces empruntées
, fi ordinaires , même aux plus jolies
femmes & qu'elles employent
I. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
^
fouvent pour des hommes qui le méritent
fi peu. Ennemie de la contrainte
Eglé ne fçait pas feindre ; l'air & le ton
naturel qu'elle donne à fes difcours & à
fes actions les plus fimples,y donnent un
nouveau prix , & font caufe qu'on aime
en elle jufqu'à fes défauts ; car je ne
prétends pas avancer qu'elle en foit
exempte ; j'ajoute même qu'elle feroit
moins aimable fi elle n'en avoit point.
Qu'a-t- elle donc de fi féduifant , dira
quelqu'un qui fûrement ne connoît pas
Eglé ? Je répondrai qu'on peut être
mieux qu'elle , mais qu'on ne fçauroit
plaire davantage. Ce n'eft pas qu'elle ne
Toit jolie de l'aveu de tout le monde
mais cette qualité ne fuffit pas pour plaire
généralement , auffi en a-t- elle d'autres.
Eglé unit à une figure agréable un
efprit folide , un jugement fain , un goût
jufte & naturel que l'étude ne peut donner,
de la délicateffe dans les fentimens,
& de la douceur dans le caractère . Elle
eft d'une compléxion foible & d'un courage
mâle ; fon coeur eft héroïque , &
fi jofe le dire , militaire : pareffeufe pour
les minuties dont les femmes s'occupent
, elle a du goût pour les exercices
qui l'élévent au- deffus de fon féxe . Eglé
ne veut pas devenir fçavante , mais fon
AVRIL. 1764. 27
heureufe mémoire & fa pénétration
fuppléent à fa pareffe , de forte qu'elle
fçait beaucoup fans fe donner la peine
d'apprendre. Vive fans étourderie , enjouée
, badine , elle fait les charmes de
la fociété & fans le fecours des cartes ,
trouve mille nouvelles reffources pour
Tamufer. Légère dans fes propos , fa
converfation n'eft pas toujours fuivie ;
quand on croit fixer fon attention , fouvent
elle vous échappe , fon efprit étant
à plufieurs chofes. Mais quand on peut
le captiver , rien n'eft plus délicieux ;
fes yeux qui peignent fon âme femblent
prêter une nouvelle force à vos
difcours , & l'envie qu'on a de la fixer,
donne de l'éloquence. Les chagrins
qu'elle éprouve , & la délicatefle de
fon tempérament pourroient lui rendre
l'humeur inégale ; mais fenfible fans
foibleffe , avec l'âme la plus tendre
elle fçait fupporter les revers . Son efprit
léger en apparence , s'occupe fans
peine & avec fruit des affaires les plus
férieufes. Son coeur eft fenfible aux douceurs
de l'amitié , & fouvent quand
Eglé paroît négliger fes amis , c'eft alors
qu'elle y penfe le plus . Si fa légéreté
apparente vous afflige , fon retour yous
confole , & l'on ne peut jamais s'en
>
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
plaindre avec juftice . Mais qui peut
exprimer combien lui eft cher tout ce
qui la touche par les liens du fang !
Soeur , fille , & mère tendre comme il
n'en fut jamais , fes goûts femblent prévenir
fes devoirs. Heureux qui la connoit
, plus heureux encore , qui peut en
être aimé .!
VERS de M. SAURIN , de l'Académie
Françoife , à M. LE DUC DE
NIVERNOIS , en lui envoyant la
Tragédie de BLANCHE & GUISCARD.
GRAND à la Cour , grand au Parnaffe ,
Et plus grand chez le Peuple Anglais ,
Où, malgré l'intrigue & l'audace ,
Tu fis le bien de tous en nous rendant la Paix ;
Illuftre Nivernois , digne Emule d'Horace ,
Digne repréfentant des Rois ,
Avec indulgence reçois
Ce foible effai dont je fuis Père ,
Et daigne moins le lire en juge qu'en confrère...
Ce mot m'échappe ; il fent la vanité.
Mais fur un point dont il eft fi flatté ,
Comment forcer l'amour- propre à fe taire
AVRIL. 1764. 29
VERS à Mlle D....
Ls corps , l'efprit , le fentiment , E
En vous tout eft divin , adorable Emilie !
Il ne faut vous voir qu'un moment ,
Pour vous aimer toute la vie.
Armide à ſon amant prodiguoit ſes appas' :
Malgré tout fon amour & toute fa magie ,
} La tendre Armide fut trahie :
Mais le Fils de Berthold * feroit mort dans vo
bras.
* Père de RENAUD.
A Breft , par M. L. D...
ÉPIGRAMMES imitées de MARTIAL
Contre un debiteur infolent , Liv. II.
Epig. III.
NoN, Lycidas ne doit rien à perſonne ;
N'impofons point de loix à la néceffité.
Qui n'a rien , ne doit rien : c'eft un point arrêté....
Lycidas n'a plus rien que le pain qu'on lui donne.
Par M. l'Abbé DAVINI , Abonné au Mercure .
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
CONTRE une vieille Fille , Liv. X.
Epig. VIII.
A l'époufer Life en vain me convie´s
Life a paffé l'Automne de fa vie.
Mais Life avec la main donne eent mille francs.
Dieux! que n'a-t- elle au moins quatre-vingts ans!
Nota. Cette Epigramme a déjà été traduite, par
M. de Buffy-Rabutin , autant qu'il m'en fouvient.
Mais je ne connoifois pas fa traduction lorfqueje
fil la mienne ; & d'ailleurs elles font tout .- afait
différentes.
AUTRE du même. Liv. V. Epig. XLIV.
RIBN n'eft plus noir que les dents de Marton ;
Rien n'eft plus blanc que celles de Toinette,
Je pourrois bien en dire la raiſon :
L'une a fes dents , & l'autre les achéte.
AVRIL. 1764. 31
CÉCILE
Ou l'Amour Gaulois , Anecdote de la
Cour de SIGEBERT , Roi d'Aus
TRASIE.
O
....Vaccinia nigra leguntur.
Virg.
N ne veut rien dérober à la femme
qu'on aime véritablement . Les defirs
qu'elle infpire ne reffemblent point aux
mouvemens rapides & emportés des
fens. L'attrait d'un plaifir paffager rend
hardi , entreprenant , fait tout prétendre ,
tout enlever ; l'amour plus délicat n'arrache
point de faveurs : il les fouhaite ,
confent à les attendre, veut les mériter,
jouit de fes efpérances , & quand il obtient
, ce n'eft point le triomphe , c'eſt
le don qui le touche , & qui met le comble
à fon bonheur.
Une anecdote de la Cour de Sigebert
Roi d'Auftrafie , que des mémoires fecrets
, mais authentiques nous ont confervée
, prouve la vérité de ces réfléxions
B iv
32 MERCURE DE FRANCE .
d'un des plus ingénieux Auteurs du fiécle.
*
Ce Prince étoit né avec les difpofitions
les plus heureufes ; une excellente éducation
les développa. Des triomphes éclatans
fignalerent l'Aurore de fa vie , &
porterent fon nom aux deux bouts de
'Univers fur les aîles de la Victoire .
Athanagilde, Souverain des Vifigoths,
Nation de tout temps rivale des Auftrafiens
, ne vit pas fans effroi les fuccès du
jeune Prince ; il craignit que Sigebert
n'envahît un jour fon Royaume. Sa fille
unique , Brunehaut , lui parut un parti
digne du Héros : fa beauté la faifoit rechercher
de tous les Souverains de fon
temps ; & ceux qui vivoient familiérement
avec elle , ne fçavoient auquel
donner la préférence , ou aux charmes
de fa figure , ou aux agrémens de fon caractère
. La diſtinction flatta l'amour- propre
de Sigebert . Il accepta fans balancer
les propofitions d'Athanagilde : le
mariage fut célébré avec toute la pompe
poffible dans une Ville frontière des
deux Etats ; & peu de temps après , le
Prince retourna dans fon Royaume ,
* M. Fielding , Auteur de Tom - Jones , dans
fon Roman d'Amélie traduit par Mde R * ***,
AVRIL. 1764. 33
emmenant avec lui fa nouvelle épouf .
Athanagilde avant de laiffer partir fa
fille , n'avoit rien oublié de ce qui pouvoit
rendre fon équipage magnifique .
Brunehaut fut fuivie en Auftrafie de l'élite
de la jeuneffe de fon pays. Cette Princeffe
diftingua dans la foule la belle
CÉCILE , qu'une heureuſe conformité
d'efprit & de gôut , un rapport d'humeur
& de convenance éleverent bientôt
à la dignité de Favorite.
Cécile joignoit aux traits les plus réguliers
, l'efprit le mieux fait & le plus
folide. Chacun s'empreffa de lui faire la
cour. On fçavoit que Brunehaut ne
prenoit jamais un parti fans la confulter
, & que Sigebert écoutoit volontiers
les confeils de la Reine , Cécile n'abufa
point de fon pouvoir ; elle méprifoit
trop ceux qu'un vil intérêt faifoit
tomber à fes pieds , pour vouloir
enfreindre en leur faveur les loix facrées
du devoir.
Parmi les Seigneurs de la Cour de
Sigebert , le jeune Lhincorre enlevoit
tous les fuffrages . Il avoit une phyfionomie
intéreflante , une taille noble &
dégagée , l'efprit orné , le coeur fenfible.
Voir Cécile , l'aimer , en être aimé,
B v
34 MERCURE
DE FRANCE
.
ce ne fut pour lui que l'affaire d'un
moment.
Comme Grand- Chambellan de Sigebert
, il avoit fes entrées partout & à
toute heure. Un jour il apperçut fa
maîtreffe qui traverfoit une gallerie
feule , trifte & rêveufe . Il l'aborde &
avec cette aimable franchiſe naturelle
à ceux de fon pays : Belle Cécile , lui
dit-il en tombant à fes genoux, Lhincorre
feroit-il affez heureux pour être aimé
de vous auffi tendrement qu'il vous aime
? Cécile étoit auffi fincère que belle :
la probité de fon amant lui étoit connue
; elle ne fit point difficulté d'avouer
à Lhincorre qu'elle partageoit fes
fentimens. Au comble de fes voeux , il
ne fongea plus qu'à obtenir le confentement
du Roi pour unir fon fort à celui
de Cécile.
Lhincorre la voyoit tous les jours ;
tous les jours il avoit occafion de fe
trouver tête -à- tête avec elle ; jamais l'amour
ne le rendit téméraire : * le ref-
* Ces vertus paroîtront fans doute bien antiques
à nos gens à bonnes fortunes ; mais qu'ils
fe fouviennent , pour la juftification de l'Auteur ,
que l'hiftoire dont il s'agit eft arrivée dans les
premiers fiécles de la Monarchie Françoiſe . Elle
a pour époque l'année 563 .
AVRIL. 1764. 35
pect modéra toujours fon ardeur : fûr
d'être aimé de Cécile , il ne vouloit point
ravir fes faveurs ; il ne defiroit de les
obtenir qu'en les méritant .
Sigebert fçavoit rendre juftice à Lhincorre
, & fans partager avec lui fon
autorité , il ne l'aimoit pourtant pas
moins que Brunehaut n'étoit attachée à
Cécile. Un jour qu'il fortoit du Confeil ,
notre Amant l'aborda dans le deffein
de lui parler de l'établiffement qu'il projettoit.
Mon cher Lhincorre , lui dit Sigebert
, fans lui donner le temps d'ouvrir
la bouche , mon frère Chilpéric viole
tous les Traités ; fon ambition lui
fait rompre la paix qui nous uniſſoit ;
je dois le punir de fa perfidie : mettez-
vous à la tête de l'armée que je
vais lui oppofer ; vous m'avez donné
des preuves de votre valeur ; je fais cas
de vos talens : vous donner occafion
d'acquérir de la gloire , c'eft les récompenfercomme
ils méritent de l'étre. Lhincorre
ne répondit rien à des paroles fil
flatteufes : une inclination profonde fut
le feul remercîment que lui permit de
faire l'état violent où il fe trouvoit.
Cécile apprit bientôt qu'elle alloit
être féparée de fon Amant. Je n'entreprendrai
point de peindre l'excès de fa
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
douleur : il n'y a que ceux qui ont eu
le bonheur d'être chéris d'une maîtreffe
aimable , qui puiffent le comprendre .
Les ordres du Roi étoient preffans :
l'armée raffemblée n'attendoit plus que
fon Général pour voler à l'ennemi...
Il fallut partir.... Ames fenfibles ! .... Interrogez
votre coeur : qu'il vous peigne
la tendreffe des deux Amans au moment
terrible du départ ; qu'il vous faffe imaginer
la vivacité de leurs regrets.
La guerre n'étoit pas alors comme à
préfent un affemblage compliqué de régles
certaines & de combinaifons fçavantes
. La première , ou plutôt l'unique
vertu militaire , c'étoit la valeur .
Une campagne décidoit ordinairement
du fort de l'ennemi.
Celle de Lhincorre ne fut qu'un enchaînement
de victoires ; & Chilpéric
battu complettement fut obligé de recourir
à la clémence de fon frère. Le
bonheur n'enorgueillit point Sigebert ;
il rendit généreufement au vaincu tout
ce que le fort des armes avoit fait paffer
dans fes mains une paix folide
acheva de mettre le calme dans les deux
Etats .
Couvert de lauriers , Lhincorre n'imaginoit
pas de plus grand bonheur
AVRIL 1764. 37
après celui d'avoir fervi fon Roi , que
d'aller les dépofer aux pieds de fon amante.
Il entra en Triomphe dans la Ville
capitale aux acclamations d'un peuple
nombreux . Sigebert l'attendoit dans
fon Palais dès qu'il l'apperçut , il courut
au-devant de lui. Brave Lhincorre
lui dit- il , que ne vous dois-je pas pour
les fervices que vous m'avez rendu ?
heureux fi je puis vous récompenfer
d'une manière qui réponde à votre mérite!
... Ah, Sire, repliqua Lhincorre avec
vivacité , Cécile feule . . . . . . Le Roi
ne lui donna pas le temps d'en dire
davantage. Il le quitta & le laiffa interdit
& confus , au milieu des courtifans
qui tous jaloux de fa gloire s'emprefferent
cependant de le féliciter de
fes fuccès. Telle eft la Cour : il eſt apparemment
de convention dans ce païslà
, que couvert des mafques les plus
groffiers on ne fe paroîtra pourtant pas
rifibles aux yeux les uns des autres.
Débaraffé de leurs politeffes importunes
, Lhincorre vole chez fa maîtreffe.
Cécile eft difparue ; Brunehaut même
ignore fa tetraite . Ah ! je ne le vois que
trop , s'écrie avec tranfport ce malheureux
amant , c'en eft fait , Sigebert m'a
38 MERCURE DE FRANCE.
trahi , & peut - être Cécile elle - même.....
non , elle n'en n'eft pas capable ; jepoffédois
fon coeur comme elle avoit le
mien : elle m'eft fidelle , le Roi feul eft
coupable... Et quel moment encore
prend-t-il pour me réduire au désespoir ?
Celui oùje rifque ma vie & mesjours pour
le fervir... Malheureux Lhincorre !
...
il a donc cru me tromper par defeintes careffes
! ... Ah ! Chilpéric ne fera pas lefeul
qui aurafenti la pefanteur de mon bras …...
Sigebert , tu ne pofféderas tranquillement
Cécile , qu'après m'avoir percé le coeur.
Soudain il retourne au Palais , & trouve
moyen de pénétrer jufqu'au cabinet
du Roi. Sigebert , lui dit-il avec des
yeux étincelans où fe peignoient toura-
tour la fureur , la jaloufie & le défefpoir
, as-tu donc oublié que nos ayeux™
étoient égaux ? Tant que tu as rempli tes
devoirs de Roi , tu n'as pas eu de fujet
plus fidèle que Lhincorre ; tu les oublies
& moi j'oublie les miens . Rends - moi Céeile
, ou confens à ce que l'honneur doit
t'infpirer ainfi qu'à moi.
J'accepte le défi , répondit avec tranquillité
Sigebert : trouvez-vous demain
avant le jour dans l'allée fombre qui
touche à l'aile de mon Palais , vous m'y
verrez les armes à la main.
AVRIL 1764. 39*
Lhincorre , en frémiffant de rage , fe
retire il paffe le refte de la journée
dans une affreufe agitation ; il attend
la nuit avec impatience , & fes ténébres
ne font qu'irriter fes ennuis . L'heure
s'avance cependant : il vole au rendezvous.....
Quelle eft fa furpriſe de n'y
trouver perfonne ! Quoi , s'écria - t - il ,
après m'avoir enlevé Cécile , le Roi feroit-
il bien affez lâche pour manquer au
rendez- vous qu'il m'a donné lui - même !
Chaque inftant redouble fon inquiétude...
tout - à - coup il voit briller unt
flambeau ; fa lumière lui fait diftinguer
le Roi fuivi de quatre Seigneurs . Il entend
une voix , c'eft celle de Sigebert
qui s'écrie :
Le voilà , c'eft lui - même , faififfezle.
Ah! traître , reprend Lhincorre , en
mettant la main fur fon épée...... il
n'achéve ppaass ,, on l'entoure , il réfifte
en vain , on le défarme , on le traîne
malgré fes cris & fes efforts jufques au
Palais... Où le premier objet qui frappe fa
vue c'eft Cécile vêtue des plus riches
parures & qui s'élance dans fes bras.
» C'eft ainfi que je veux me venger ,
» lui dit Sigebert . Ceffez de vous plain-
» dre , Lhincorre ; Cécile vous eft fidel-
» le. Je fçavois votre amour pour
elle ;
40 MERCURE DE FRANCE .
"
» mais j'ignorois qu'il fût fi violent.
Ce que vous avez ofé rifquer m'en
» fournit une preuve à laquelle je fais
» gloire de me rendre ; & je vous dois
trop d'ailleurs pour ne pas vous facrifier
des fentimens auffi involontai-
" res que fecrets , dont je ceffe de rou-
» gir , puifque c'eſt à vous feul que je
» les confie. Venez , belle & vertueufe
" Cécile ; recevez votre époux de ma
» main , & donnez - lui la vôtre : c'eſt
» le prix que vous méritez tous deux.
» Vous , Lhincorre , rendez- moi votre
» amitié , & contribuez à ma félicité ,
» ainfi qu'à celle de mes Peuples , en
» devenant mon premier Miniſtre .
>
Cécile & Lhincorre comblés de joie
ne purent d'abord témoigner au Roi
leur reconnoiffance que par leurs larmes.
Le Roi fit lui- même les frais de la
nôce. La faveur de Lhincorre augmenta
toujours , & Cécile ne ceffa point d'ètre
chère à Brunehaut. Ils vêcurent longtemps
l'un & l'autre ; & aux tranſports
fougueux de l'amour le plus vif , fuccéda
dans la fuite la douceur d'une tendre
& folide amitié.
AVRIL. 1764. 41
CHANSON
A M *** fur fon mariage.
AIR : Tôt , tôt , tôt , battez chaud.
ENN bon mari, ne bronchez pas ,
Et fur Hercule ayez le pas ;
Oh ! c'étoit un terrible Sire !
Dans toutes fortes de climats ,
Dans toutes fortes de combats ,
C'est qu'il ne falloit pas lui dire :
Τόι , τότ , τότ ,
Battez chaud ;
Bon courage ;
Il faut avoir coeur à l'ouvrage.
Soyez & tendres & conftans ;
Epoux , foyez toujours amans ;
Mais s'il s'élévoit quelque orage,
Qu'il foit calmé par le deſir ;
Et que fous l'aile du plaifir
La paix régne dans le ménage :
Τότ , τότ , τότ ,
Battez chaud ;
Bon courage ;
Il faut avoir coeur à l'ouvrage.
42 MERCURE DE FRANCE.
Ma foi ce petit Dieu d'amour ,
Damis , vous a fait un bon tour ,
En vous enflammant pour Thémire ;
Son coeur eft tendre , fon air doux ;
Et ce qui doit plaire à l'époux ,
Ses yeux malins femblent lui dire :
Tôt , tôt , tôt ,
Battez chaud ;
Bon courage;
Il faut avoir coeur à l'ouvrage.
Beaucoup d'ailance & de vertus ,
Autant de plaifirs que d'écus :
Four vous , c'eſt ce que je defire ' ;
C'eſt le vrai moyen d'être heureux.
Accompliflez-moi tous ces voeux z
Vous ne vous ferez jamais dire :
Tôt , tôt , tôt ,
Battez chaud ;
Bon courage ;
Il faut avoir coeur à l'ouvrage.
Pai M. SAUTREAU.
AVRIL. 1764. 43
LETTRE de M. DALLET l'aîné ,
Correspondant de l'Académie Royale
des Sciences de ROUEN , à M. le
Vicomte de SAINT-GERMAIN
MATINEL , fon premier ami de
coeur.
EN t'embraffant , illuftre & digne ami ,
Le feu du fentiment a pénétré mon âme ;
Mon coeur n'aime point à demi ,
Et les Dieux ont déjà béni
Cette pure & céleſte flâme.
Que mon fort feroit d'envieux !
Je t'ai vû , je te vois , je te parle à toi- même :
J'embraffe mon ami... momens délicieux ,
Vous m'égalez aux Dieux !
Oui c'est pour moi le bien fuprême ;
Je n'ai rien du plus précieux.
Vous me rendrez la justice de le
croire, Monfieur , parce que vous m'avez
connu tout entier dès la première
fois , & que les vertus du coeur font
éternelles. Mais après vous avoir retrouvé
dans un moment de ma déplorable
vie , je fuis prêt à vous perdre
peut - être pour jamais ! Et mes triftes
44 MERCURE DE FRANCE.
yeux s'éteindront fans avoir vû Madame
de Saint - Germain , l'adorable
moitié de vous même ! O , mon ami !
c'eſt le plus beau nom que je puiffe
vous donner , fuffiez- vous fur le Trône ;
fouvenez -vous quelquefois d'un homme
à qui la générofité de votre coeur
conferve encore un fi grand titre.
RÉPONSE de M. le Vicomte de
SAINT-GERMAIN MATINEL,
AVEC transport je reçois & je goute ,
Mon Cher Dallet , tous vos embraſſemens ;
Il n'eft point de plaifirs fans doute
Plus vifs , plus purs que ceux des fentimens ,
Ou plutôt il n'en eft point d'autre.
Heureux un coeur comme le vôtre ,
Qui , détrompé des fots amufemens
D'un Siècle auffi vain que le nôtre ,
Méprife fes faux agrémens !
De l'amitié , fidéle Apôtre ,
Vous connoiffez les doux raviſſemens ,
Et moi je fçus avant ma patenôtre ,
Sentir fes tendres mouvemens.
Ils fe font accrus avec l'âge ,
AVRIL. 1764 . 45
Et l'ardeur de mon fang embraſa tout mon
coeur ;
En aimant je me trouvai fage ,
Riche , fçavant , héros , vainqueur
Et je préférois l'avantage ,
Le bien d'aimer , au titre d'Empereur.
Ah ! puifqu'ici tout n'eft qu'un fonge ;
Puifque tout n'eft que vanité ,
Du moins livrons-nous au menfonge
Le plus près de la verité.
Dans mes goûts différens , à moi- même fembla
ble ,
Dès l'Aurore de mes jours ,
J'aimai tout ce qui fut aimable ,
Pourquoi ne pas l'aimer toujours ?
Je fens encor la même flâme ?
J'éprouve encor les mêmes feux ;
Et le Ciel ma doué d'une âme
Dont lui feul peut borner les voeux ;
Mais peut-on fans délicateffe ,
Se flatter d'être vertueux ?
Je laiffe donc à la baffeffe
De mille Sots présomptueux ,
A courir après la richelle ,
Après les titres faſtueux ,
Et ne retiens , pour être heureux ,
Que les trésors de la tendreffe
Que nous partagerons tous deux,
46 MERCURE DE FRANCE,
፩ .
LES TOURTERELLES ET LES ENFANS ,
FABLE imitée du POGGE.
DEUX EUX tourtereaux fe careffoient ,
( Se careffer n'eft point un crime )
Deux jeunes enfans s'amuloient
A les voir s'exercer dans ce genre d'efcrime ,
Et déjà dans leurs coeurs pour eux s'intéreffoient.
On dit pourtant qu'ils foupçonnoient
Quelque perverfité cachée
Sous l'innocence de ces jeux .
Survint du bruit : or l'un d'entr'eux
Ne pouvant plus retenir fa penſée ,
Leur dit : Dépêchez- vous ! Voici mon gouverneur,
Il feroit homme à vous chercher querelle .
Ah ! D'un Mentor , reprit la Tourterelle ,
Nous n'avons ni beſoin ni peur :
Tous les confeils nous feroient inutiles :
Et tant qu'à la loi de nos coeurs
Nous fçaurons nous montrer dociles ,
Avons- nous beſoin de vos moeurs ?
De la Raifon l'homme a feul l'avantage :
11 a des loix , de l'or & des defirs.
La Tourterelle a pour partage
Et l'innocence & les plaifirs.
AVRIL. 1764: 47
IN Effigiem Viri clariffimi DD. de
LA PEYRONIE , Chirurgor. Regior,
Primarii & artis fuæ reclamatoris.
Artis erat princeps toto PEYRONIUS orbe ,
Subfidium atque decus gentis & urbis erat.
Viveret ut patria poft fata ut viveret orbi
Artis fplendori reddidit artis opes,
Cette Infcription doit être mife au bas de fon
Bufte de marbre qu'on travaille pour le Collége
de Saint Côme de Montpellier.
UN
ROMANCE.
N Berger de notre village
Poffeffeur d'un joli troupeau ,
Pour le préferver de la rage
Des méchans loups du voifinage ,
Avoit un chien encor plus beau,
En lui faifant ces dons , fa mère
Difoit , préffentant fon malheur :
Mon Fils , écoute ma prière ,
» Et fi je te fuis encor chère ,
» Garde ton chien comme ton coeur.
48 MERCURE DE FRANCE .
Le premier point de l'ordonnance
Fut obfervé fidélement ;
Mais hélas cette prévoyance
Lui fit oublier l'importance
De fon fecond commandement.
Soit adreffe ou pure innocence ,
Son coeur fut bleffé
par Cloris.
Dans une telle circonstance ,
Un chien eft de peu de défenfe ;
Le chien & le coeur , tout fut pris.
Il est vrai , l'amour de la Belle ,
Devoit payer de fi beaux dons ;
Mais au bout d'un mois la cruelle
Jugea qu'on peut être infidelle ,
Au Berger qui perd fes moutons ,
Quelques faveurs d'une coquette
Furent le prix de fon beau chien .
Mais on dit que depuis , Suzette ,
A fçu lui prendre fa houlette ,
Ses moutons & fon coeur pour rien.
Par l'Auteur de l'Epître à Mélanie.
*
* Cette Epître n'a pas été envoyée au Mercure.
ODE
AVRIL 1764. 49
ODE Anacreontique à M. M. fur la
piquure d'un Coufin.
;
Des piéges que nous tend l'Amour ES
Il n'eſt ailé de fe défendre :
Ce Dieu n'épargne aucun détour
Pour nous féduire & nous furprendre.
Aminte , j'étois près de vous ,
Quand , fous la forme d'une mouche ,
* Ce Dieu vola fur vos genoux ,
Sur votre ſein , puis fur ma bouche,
De fon aiguillon à l'inſtant ,
J'éprouvai l'atteinte cruelle ;
Et je prétendis vainement
Traiter cela de bagatelle.
Sa piquure fut un venin.
Mais pour partager , ou détruire
Les maux que m'a faits ce Couſin ;
Coufine , un baifer peut fuffire.
B. à Metz.
I. Vol. C
52 MERCURE DE FRANCE.
tie effentielle de l'éducation . Au lieu
d'abandonner une jeumeffe aveugle au
penchant de fon coeur , montrez-lui le
véritable amour , toujours animé par
la vertu ; offrez furtout aux jeunes filles
cette douce & févère image ; qu'un
amant noté par quelque vice ou par
quelque lâcheté , n'attende plus de fa
maîtreffe que du mépris & de l'indignation
; qu'ils attachent l'une & l'autre
quelque idée à ces mots de grandeur
d'âme , d'union conjugale , de patrie
d'honnêteté, de vertu , que les charmes du
caractère le difputent à ceux de la figure ;
que la beauté d'une âme fimple & généreufe
ne foit point offufquée par l'enchantement
d'un dehors trompeur : vous
verrez que l'eftime mutuelle refferrant
les noeuds de l'amour , il perdra ce qu'il
a de dangereux . Que le chriftianifme ,
qui nous ordonne d'aimer nos femmes ,
donne à ces vertus morales le fouverain
degré d'énergie & de confiftence , tout.
rentrera dans l'ordre , & l'amour fera
juſtifié.
A la fureur de fes emportemens fuccédera
cette joie paifible & délicieuſe
qui laiffe goûter à notre âme toute l'étendue
de fon bonheur . Que deviendra
l'art méprifable de certaines femmes ,
quand on fentira le prix de la candeur
AVRIL. 1764. 53
& de la modeftie ? Simple & noble pudeur
! Non , il n'appartient qu'à toi de
couronner l'amour ! C'eft toi , c'eft ta
naïve adreffe qui fçait adoucir fa violence
, & mêler au délire de nos fens la
volupté du fentiment & de la paix !
Vous diriez que l'amour s'épure & fe
fortifie à mesure qu'il fe rapproche de
l'amitié , & qu'il lui reffemble davantage.
Ah ! Vous n'en doutez point
vous dont le coeur pur adore la vertu !
Ces idées ne font pas neuves ni peutêtre
abfolument juftes : je te les donne ,
mon ami , pour ce qu'elles font : mais
ne répandent- elles pas quelque jour fur
le fujet de cette lettre ?
Que ce tribut d'éloges que je paye à
l'amour ne t'étonne pas après les plaintes
améres que je t'adreffois il n'y a
pas long-temps. Viens embraffer ton
ami ; il eft enfin le plus heureux des
hommes. Sophie , l'aimable Sophie eft
à moi pour toujours ! L'excès de ma
félicité préfente efface de mon coeur de
douloureux fouvenirs . Je fuis enyvré ;
vole , je t'attends. Tu vas connoître
l'incomparable objet qui m'enchante.
Ces lettres que tu me demandes , tu
les auras bien- tôt. C'eſt l'hiftoire fimple
& naïve d'un coeur droit & fincére.
C iij
54 MERCURE DE FRANCE .
Tu l'auras toute entière ; tu fens que
je n'ai point de fecrets pour toi.
Hâtez -vous d'arriver mon ami. Votre
chère Henriette aimera ma Sophie , qui
brûle de l'embraffer. Heureux & dignes
époux ! les mêmes noeuds qui nous lient
viennent de vous unir.Venez notre commune
joie augmentera celle de chacun
de nous ,
fi pourtant l'on peut rien ajotiter
au bonheur d'être aimé , toi d'Henriette
, & moi de Sophie.
LETTRES A SOPHIE ,
LETTRE I.
SOPHIE , Sophie ! ... Elle part , elle
me fuit .... l'ingratte abandonne un
infortuné qui l'adore ! Y Songez - vous
bien , cruelle ? Efpérez- vous retrouver
un amant auffi tendre ? vous m'aimez, &
vous êtes déjà loin de moi ! Momens
délicieux & trop courts , dont le fouvenir
me charme & me défole , ne
reviendrez- vous jamais ne ferez -vous
pas plus durables ? Aimable & chère
Sophie écoutez l'amour gémiffant.
Pourriez - vous méconnoître fa voix ?
Vous fçavez fi je fçais refpecter vos
mours & ces qualités charmantes qui
AVRIL. 1764. 55
vous diftinguent bien plus encore que
la beauté laiffez -vous attendrir à mes
regrets , ils font bien légitimes quand
je vous perds ! Ne rougiffez pas d'être
fenfible. Je fçais trop qu'elle nous fait
fouffrir , cette extrême fenfibilité ; mais
ne vous en défaites point : elle pourroit
feule produire les bonnes actions.
Malheur aux âmes dures & qui ne fentent
rien !
Dès que j'eus perdu de vue cette
fatale chaife qui vous enlevoit , qui
emportoit mon bonheur , je rentrai
bien vîte chez moi. J'avois le ceeur ferré
depuis long temps . Je m'enfermai
dans mon cabinet. Livré au défefpoir
éperdu , prèfque infenfible .... ô ma
charmante amie ! J'effayai de pleurer.
Quels pleurs ! De ces larmes difficiles
, de ces larmes qui déchirent le
coeur , & qui rempliffent encore mes
yeux jamais je n'en verrai de fi cruelles.
Nuit affreufe ! ... Le jour n'a point
diffipé ma trifteffe . Je crois être fenl
dans l'univers. Vos lettres feules pourront
modérer mon ennui ; cette chambre
à côté de celle que j'occupe , je
n'ofe plus la regarder. Je ne fçais quel
trouble involontaire me faifit quand il
faut que je paffe devant cette porte .....
C iv
56 MERCURE DE FRANCE.
je ne veux plus refter à Liſors ; tout m'y
retrace l'idée d'une perfonne trop chère,
pour mon repos .... Mais pourquoi ne
pas entrer dans cette chambre ? Ma
Sophie n'y est plus ; je ne l'y verrai
plus ... tout ce qui me la rappelle doit
être cher à mon coeur. Revenez , ma
Sophie ! Confolez mes chagrins ; charmez
, s'il eft poffible , l'horreur de ma
folitude. Que de vertus j'ai vu briller
dans ce réduit obfcur ! Charmant &
myftérieux afyle , vous futes celui de
la fageffe & des grâces ; vous avez
poffédé ce que la terre a de plus grand
& de plus aimable ! .... Puiffé –- je
retrouver bientôt ce que j'ai perdu !
Espoir flatteur , toi feul adoucis mes.
peines ! Adieu , Sophie ; adieu , toi
que j'aimerai toujours !
LETTRE II.
QUELLE
UELLE aimable lettre ! Avec
quelle émotion j'ai reconnu cette écriture
, les traits de votre main . Mais pourquoi
ces craintes qui m'outragent ? Me
croyez- vous affez vil pour vouloir vous
tromper? vous ignorez donc vos charmes
? Qui , moi ! Que je puiffe trahir
AVRIL. 1764 . 57
le mérite & les grâces ! Ah , jugez mieux
de vous & de moi ! Quel homme barbare
n'a jamais fenti l'attrait de la beauté
, furtout quand elle pare les talens ,
l'efprit , la raifon & la douceur ! J'ai
connu des femmes qui avoient bien
de l'obligation à leur figure ; mais , ado ,
rable Sophie , vous embelliffez la beauté
même. Vous êtes vraie ; vous avez un
coeur noble & fenfible . La figure la plus
aimable annonce les heureufes qualités
de votre âme. Par quel charme uniffezvous
donc à la piquante vivacité d'une
belle . brune , la douceur enchantereffe
de la blonde la plus touchante ? Par
quelle magie vos beaux yeux expriment-
ils latendreffe & la . modeftie ?
Je crois que je mourrois fi je n'ar
vois pas le bonheur de vous plaire.
•
Il eft affreux de ne tenir à rien . Je cherchois
une compagne aimable & vertueufe
une amie fenfible &. raiſon--
nable ; je vous ai réncontrée ... Hélas
je fens que je vous rendrois heureufe í
Un homme fimple & tranquille , ami
de l'ordre & de la modération , que le:
bruit du monde , & l'éclat du fafte im
portunent , dont la vertu , l'amour& lá a
paix peuvent feuls remplir les voeux
voilà l'époux qui vous eft offert. Il feroicr
C.v.
58 MERCURE DE FRANCE.
toujours votre amant , mais l'amant le
plus délicat , pénétré du mérite de ce
qu'il aime , & qui fçauroit mêler du
refpe&t aux plus tendres careffes. Mais ,
bonne amie , il y a des âmes baffes qui
ne connoiffent d'autre volupté que celle
des fens. Pour moi , je dédaigne , je hais
les plaifirs où le coeur & l'honnêteté ne
préfident pas. J'ofe le dire , ma fenfibilité
m'a toujours fauvé de la débauche
; & je me fens né pour adorer un
objet eftimable. Son divin modéle fe
retraçoit fans ceffe à mon coeur. Ce
n'eft plus une chimère ; vous m'offrez
ce que j'ofois à peine imaginer. Fille
charmante ! Quelle douce & trifte émotion
vous excitez dans mon âme ! Que
ne fuis-je à vous pour toujours ! Dieu !
quel riant avenir , quels heureux jours
je me promettrois , fi la main de Sophie...
Hélas ! je n'en fuis pas indigne ,
par mes fentimens du moins , par la
candeur & la vérité de mon caractère .
Quand le fort comblera - t-il nos voeux ?
Adieu , aimez -moi toujours .
LEE mot de la premiere Enigme du
Mercure de Mars eft la Langue . Celui
de la feconde eft la Crémaillère. Celui
de la troifiéme eft Noël qui donne ceAVRIL.
1764. 59
lui de Léon. Celui du premier Logogryphe
eft Fricandeau
dans lequel
on trouve cire , France , Caën , Caire
Icare , Inde , If, Candie , Canarie
air , eau , feu , avenir , ré , fa , car
âne , fard , cidre , vin , caffé , uni , nef,
cure , canard , art , farcin , navire , un,
neuf, nid , cri , Diacre , crâne , aneau,
rideau , cadeau , craie , canif , acier
fer , Franc , naif, ancre , cerf, Cain ,
cave , Diane , Faune , Racine , Cadi ,
ver , cuir , aune , aune , urne , rien , an
ride , Dieu. Celui du fecond Logogryphe
eft Hermaphrodite.
ENIGM E.
SANS changerde nature ,
Sous plus d'une figure
Je parois quelquefois brillante d'ornemens ,
Et d'autres fois fans agrémens .
Je fuis tantôt quarrée ou ronde ,
Tantôt platte & tantôt profonde ;
Je rends fervice au grand Seigneur ,
Ainfi qu'au plus vil Laboureur.
J'ai des jambes , des bras , qui plus eft une tête .
Ne va pas me croire une bêre ;
Gar loin d'arriver à ton but ,
C vj
60 MERCURE DE FRANCE .
Tu ferois obligé de me mettre au rebut.
Pourfuis , examine mon être ;
A divers traits to pourras me connoître.
Je ne mets guères de chapeau ,
Mais fouvent je porte un manteau..
Sans recourir à la Justice
Mon Maître quelquefois me condamne aufup
plice ;
Et pour affouvir la fureur ,
Par des gens qui font des canailles ,
Me fait déchirer les entrailles ,
Sans que jamais je faffe éclater ma douleur.
Par M. DE LA GARENNE , d'Angers
AUTRE
Is fuis long , je fuis fond , je ſuis droit & ;
bollu
La Nature m'habille en me mettant au monde ,
Mais l'Art me dépouille tout nud...
Honteux de me voir tel , je tourne & fais la ronde
D'une agilité fans ſeconde ,
Seulement pour être vêtu ..
Mais ma condition en eft- elle meilleure 2
Quel eft enfin le prix de mon empreffement 2-
Je ne gagne qu'un vêtement ,
quelquefois ce n'eft pas pour une heure.
AVRIL 1764:
61
AUTR E.
CUM fex membra valent , modo regum nobile::
quoddam
Sum decus , invalidis fum modo præfidium .
Ne caput obtrunces , ipfum te in frufta fecarem-
Quifquis es , hoftis enim fic meus accipitur .
L. P. D. Ecolier de 2e au Collège de Mazarin..
PA
LOGO GRYPH E..
AR des détours obfcurs je conduis un fecret ,,
Je le tais avec foin , quoique je le décéle ;
Et pour le mieux cacher , aveuglé par mon zèle ,,
En le retournant trop j'en découvre l'objet.
Toi qui me cherches dans moi-même ,
Cher Lecteur , examine moi :-
Mes dix pieds renversés pourront t'o rir la loi ;
D'un Royaume le Chef fuprême ;
Le célébre inftrument qui chante les héros ; ;
Le motif qui les méne ;
Une rivière dont les flots
Terminent l'Aquitaine ;
Ce qui compte tous nos momens ;
Une place au Spectacle ; un meuble de cuifine ;
Un grain qui peut nous fervir d'aliment ,
Enfin c'eft .... c'eft affez ; devine .
Par GEOFFROY , de Châtelleraults
62 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE.
EN entier j'appartiens aux Rois
Comme aux Enfans de S. François.
Div ifez mes fix pieds : je donne de la tête
Tout à travers les bois.
Plus d'une fois ,
Le Nautonier qui , malgré la tempête ,
Comptoit fur la fragile nef ,
Rapporter du Pérou les deux tiers de mon chef
-Près ou loin du rivage ,
A fait naufrage
Contre mon chef entier ,
Renverfé tout exprès pour tromper le Routier ..
Mon corps , ou la moitié de ce que je polléde ,
Préfente naturellement
Ce qu'on fait quand on céde
Gratuitement .
Retranchez- en un tiers : refte une particule
De l'empire de la férule.
Si tout ceci , Lecteur , n'eft pas de votre goût,
Confultez l'inftrument qui guide le navire :
Il vous enſeignera les deux tiers de mon tour ;
Et ces deux tiers pour tout vous dire ,
Vous donneront , dans un autre ordre offerts ,
Ce qu'eft en forme l'Univers.
Livre de Cartes Marines.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
Amoureusem
Envain jusqu'à cejour. jour j'avois
su m'en de
W
fendre, L'amour ce Dieu malin, triomphe
W
de mon coeur: Peut- on aimable Iris, vou
W
fox
W
voir et vous entendre , Sans bruler à l'instant de
W
W
la plus vive ardeur Peut- on aimable I
=
= ris vous
moir
et vous entendre, Sans
bruler à l'instant de la plus vive ar- deur.
AVRIL. 1764. 63
AIR TENDRE.
En vain jufqu'à ce jour j'avois fçu m'en défen N
dre ;
L'Amour, ce Dieu malin, triomphe de mon coeur.
Peut- on , aimable Iris , vous voir & vous entendre,
Sans brûler à l'inftant de la plus vive ardeur ?
Par M. **** .
64 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE II..
NOUVELLES LITTERAIRES.
LETTRE à M. DE LA PLACE ,
Auteur du Mercure de France.
SUR Charles - Annibal FABROT .
UN homme de lettres , Monfieur, fai--
foit il y a quelques jours, des recherches,
par pure curiofité , dans des ouvrages de-
Jurifconfultes Francois ; il y trouva des
points affez intéreffans , fous la garantie
de Fabrotus. Il imagina que c'étoit un
Sçavant Etranger dont l'autorité lui
parut mériter toute fon attention : enconféquence
il confulta les Bibliographes.
Quel fut fon étonnement , Mon---
fieur ! Ce Fabrotus eft un de fes Com--
patriotes , même fon parent , & l'un
des plus habiles hommes qu'il y ait
eu fous le régne de LOUIS XIV , fi
fécond en talens de tout genre. Par
quelle fatalité ce Sçavant paroît- il méconnu
dans fa patrie , & fon nom eft- ilainfi
déguifé par des Auteurs modernes ?
AVRIL. 1764. 65:
Il est oublié dans la colomne des Sçavans
& Illuftres que M. le Préfident
Hénault a mife dans fon abrégé chronologique
, à côté des Héros & des
grands Hommes d'Etat qui ont auffi
honoré la Nation . * Permettez -vous ,
Monfieur , qu'on répare , par une notice
fuccinte , le tort que cette omiffion
fait à la mémoire d'un homme
qui feroit très - célébre , fi notre fiécle
étoit moins frivole ?
Charles - Annibal Fabrot étoit d'Aix
en Provence . fa profonde érudition &
fes vaftes connoiffances dans la Jurif
prudence civile & canonique , lui obtinrent
l'amitié du fameux Peirefe, protecteur
de tous les gens de mérite. Le
Préfident Du Vair qui l'eftimoit fort
auffi , devenu Garde des Sceaux en
1617 , attira Fabrot à Paris : il n'avoit
que trente-fix ans ; & depuis huit
années il occupoit avec diftinction une
chaire de Profeffeur en droit dans l'Univerfité
d'Aix . Il y retourna après la
mort de fon protecteur , & y reprit
fes fonctions de Profeffeur. On le re-
* M. de Voltaire qui a fait dans l'hiſtoire du
fécle de Louis XIV , celle des progrès de
l'efprit humain & de tous les Arts , fous ce
beau régne , ne fait aucune mention de Fabrot.
66 MERCURE DE FRANCE.
vit à Paris en 1637 , pour y faire imprimer
des notes fur les Inftituts de
Juftinien. Cet Ouvrage dédié au Chancelier
Seguier fut honorable & utile.
Il fit à Fabrot un grand nom dans la
République des Lettres , & lui valuť
une penfion de deux mille livres pour
travailler à la traduction des Bafiliques .
C'eft la collection des Loix Romaines
dont l'ufage s'étoit confervé dans l'Orient
, & de celles que les Empereurs
de Conftantinople avoient faites. Cet
Ouvrage immenfe , le fruit de dix années
d'application conftante , mérita à
fon Auteur une charge de Confeiller au
Parlement de Provence , dont les cir-
'conftances du temps ne lui ont pas
permis de jouir. Deux ans après , en
1649 , Fabrot publia une édition des
Cuvres de Cedrene , de Nicetas , d'A
naftafe le Bibliothéquaire , de Conftantin
Manaffes , & des Inftituts de
Théophile Simocatte , qu'il enrichit det
notes & de differtations. On a de lui
des obfervations fur quelques titres du
Code Théodofien , un Traité contre
Saumaife fur l'ufure , & quelques maximes
de Droit fur Théodore Balfamon ,
fur l'Hiftoire Eccléfiaftique fur les
,
AVRIL. 1764 .
67
Papes , & plufieurs Traités particuliers
fur diverfes matières de Droit.
En 1652 , ce Sçavant & infatigable
Ecrivain commença la révifion des
Euvrès de Cujas, qu'il corrigea fur plufieurs
manufcrits , & qu'il donna en
Public en 1658 en dix volumes in-folio
avec d'excellentes notes auffi curieufes
qu'inftructives. La trop grande application
qu'il donna à ce grand Ouvrage
lui caufà une maladie, dont il mourut ,
fuivant M. l'Abbé l'Advocat , Abbréviateur
de Moreri , dans fon petit Dictionnaire
hiftorique & portatif, le 16
Janvier 1659 , âgé de 78 ans , ou au
mois de Février de la même année
fuivant M. l'Abbé Lambert , Auteur
de l'hiftoire Littéraire du fiécle de
LOUIS XIV. Il fut inhumé dans
l'Eglife de S. Germain l'Auxerrois fa
Paroiffe.
On trouva parmi les papiers de ce
Sçavant homme , des Commentaires fur
les Inftituts de Juftinien , des notes fur
Aulugelle , & le recueil des Ordonnances
ou Conftitutions Eccléfiaftiques
qui n'avoient pas été encore publiées en
grec. Ce dernier Ouvrage a été inféré
dans la Bibliothéque du Droit Canon
publié en 1661 par MM. Voët & Juftel.
90
68 MERCURE DE FRANCE.
Je ne fçais s'il y a eu un homme plus
érudit , plus laborieux & qui ait fait
plus d'honneur que lui aux Jurifconfultes
de France : pourquoi donc eftil
ou oublié , ou cité fous une dénomination
latine dans des Livres François?
Enfin il a été pris pour un étranger
dont le nom en us ne rappelle pas af
fez ce que l'on doit à la mémoire :
d'un auffi illuftre Compatriote..
J'ai l'honneur d'être , & c.
P. G. Abonné au Mercure.
LA POPULATION & la Beauté ,
Odes. A Londres , & fe trouve à
Paris chez Cailleau , rue S. Jacques ,
près les Mathurins à S. André ,
1764 ; in-8°.
No
..
OUS croyons que le Public doit
lire avec plaifir ces deux Odes : la premiere
eft fur un Sujet important ; l'Auteur
, M. Sabatier , y peint avec force
les vices contraires à la population ;
nousavons admiré. plufieurs ftrophes.
AVRIL. 1764. 69
*
pleines de poëfie & de fentiment. Nous
fommes fachés de ne pouvoir parler
au long de ces deux Ouvrages : nous
allons citer quelques ftrophes de la
première Ode fans les choifir. Le Poëte
parle de nos Ayeux.
Sitôt que de l'Amour les éloquentes flâmes
Leur faifoit éprouver le befoins de leurs âmes
Par des tranfports nouveaux ,
Ils couroient à l'autel confacrer leur tendreffe :
Et l'Hymen amoureux aux yeux d'une maîtreſſe
Allumoit fes flambeaux.
Mais l'Hymen avili n'eſt qu'un Dieu mercenaire;
L'Epoufe la plus riche eft celle qui doit plaire :
L'or feul peut nous charmer.
Des Pères inhumains maximes tyranniques !
Quoi , vous ofez ſoumettre à des calculs iniques
Le doux plaifir d'aimer ?
Jouet d'un vil defir que le caprice augmente ,
Ce mortel
que chérit une époufe charmante
Mépriſe les appas ,
Et payant des plaifirs où la honte le guide ,
Court dans les bras trompeurs d'une Laïs perfide
Acheter le trépas !
Viens donc voir , malheureux , ton Epoufe éplorée :
Entends- tu les foupirs d'une âme déchirée
Qui reclame ta foi ?
70 MERCURE DE FRANCE.
Elle te dit : Cruel , viens effuyer mes larmes.
Déja mon déſeſpoir auroit flétri mes charmes ;
S'ils n'étoient pas à toi.
Vous êtes plus cruels , vous Epoux inutiles ,
Qui contens d'un feul fils ofez être ftériles
Jaloux de l'enrichir.
Vous qui préoccupés de fa grandeur future ,
Dans vos embraffemens arrêtez la nature
fon defir.
Et
trompez
L'apostrophe aux Loix que l'Auteur
excite à réprimer les abus qui arrêtent
la population, eft pleine de vigueur : tout
ce qui eft fur l'agriculture nous a paru
très-beau.
La feconde Ode, qui eft fur la Beauté
, brille furtout par la grandeur du
plan , & par la richeffe de la Poëfie.
Le Poëte y déplore avec raiſon l'éducation
étroite que l'on donne aux
femmes & qui étouffe leurs talens.
Eh ! comment voulez- vous que la beauté timide ,
Oifive par devoir , puiffe d'un vol rapide
Atteindre vos lauriers brillans ?
Quand nous la deftinons aux fleurs qui la couronnent
*
Quand tous les jeux qui l'environnent
De fon fécond génie arrêtent les élans .
AVRIL. 1764. 71
Ce n'eft point dans les champs embellis par
l'aurore ,
Que fe forment la foudre & les brulans éclairs :
L'aigle altier amolli dans les jardins de Flore
Eût perdu l'empire des airs :
Au feul defir de plaire Elife abandonnée ,
N'eût point de fes états fixant la deſtinée
Entrepris de nobles travaux :
Carthage en s'élevant menace Italie ,
Et l'ombre de Didon trahie
Erre autour d'Annibal & guide les drapeaux,
La naiſſance de la beauté fait plaifir :
c'eft dans un genre agréable qui contrafte
avec les Strophes qui , fuivent :
PEpifode de Caffandre , que le Poëte a
fi bien amené , jette la plus grande cha
leur fur le refte de l'Ode.
La difcorde a mugi ; déjà Troye enflammée
N'eft plus qu'un tourbillon qui roule dans les airs :
Le fang coule ; & de morts cette plaine femée
S'abîme & les rend aux enfers :
Quel fpectacle effroyable ! entendez -vous Laffandre
Sur un monceau fumant de fa patrie en cendre,
Frapper les cieux de cris , perçans ?
Les cheveux hériffés & couverts de pouffière ,
Des temps elle ouvre la Barrière ;
Et d'une voix lugubre exhale ces accens,
72 MERCURE DE FRANCE.
O fatale beauté ! quel démon fur tes traces
Du Ténare irrité déchaîne les horreurs ?
Le glaive de Mégére eft dans les mains des grâces ;
L'amour eft le Dieu des fureurs .
Quel eft ce Roi meurtri , renversé de ſonTrône?
Barbare Clitemneftre : eh quoi , le Ciel qui tonne
Ne tient pas ton - bras fufpendu ?
Et toi , Sémiramis , toi , Reine forcenée ,
Du fang de ton époux baignée ,
*Tu le traînes mourant à tes pieds étendu !
Je vois Scylla trahir ſon Père & ſa Patrie ,
Et foivre de Minos les drapeaux triomphans.
L'Amante de Jafon , implacable Furie ,
S'arme , elle immole fes enfans :
Eh , quoi ! le doux zéphir enfante- t- il l'orage ?
Les ris , l'oeil menaçant , étincélent de rage ;
Les plaifirs creufent des tombeaux.
La beauté n'est jamais que la vertu parée :
Et doit - elle être révérée ,
Dèsque de la Diſcorde elle tient les flambeaux ?
Ces Strophes fuffifent pour faire connoître
le talent de M. Sabatier. Il confirme
, par ces deux Piéces de Poëfics , la
réputation qu'il s'est déjà faite par d'autres
Poëmes Lyriques ,& furtout par fon
Ode fur l'Enthoufiafime , que les Connoiffeurs
eftiment.
HISTOIRE
7
AVRIL. 1764. 73
HISTOIRE de Méhémet II. Empereur
Ottoman , enrichie de Lettres traduites
du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques
, hiftoriques & politiques , écrites
tant par Méhémet II. Empereur Ottoman
, que parfes Généraux , fes Sultanes
, un de fes Ambassadeurs , &
Ufum - Caffan , Roi de Perfe , for
contemporain ; traduites du Grec & de
l'Arabe fur des Manufcrits trouvés à
Conftantinople , avec des notes intéresfantes
, & une Hiftoire de la Vie de ce
Conquérant , par M. Belin de Monterzi
; à Paris , chez Ducheſne , rue S.
Jacques , au Temple du Goût , chez
Panckoucke , rue & à côté de la Comédie
Françoife , & chez Prault , quai de
Conti ; avec approbation ; 1764 ;
deux parties in- 12 d'environ 150 pages
LA
chacune.
par
la-
A PRÉFACE défigne la voie
quelle l'Auteur a eu le Manufcrit . Un
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE .
Seigneur Polonois , homme de Lettres ,
le tenoit d'un . Pacha , Gouverneur de
Province , & ce Seigneur en a fait part
à l'Editeur. Ce dernier , trouvant que
ces Lettres parloient des Batailles , des
Siéges & des principaux événemens du
Règne de Méhémet II , a été obligé ,
pour en développer les caufes , de puifer
dans plufieurs Auteurs de cet Empire les
notes qui y avoient rapport , & d'écrire
toute la Vie de ce Monarque. La vénération
que les Turcs ont toujours eue
pour un Prince qui a été le Fondateur de
leur vafte Empire , & l'envie que les
Grecs ont eue d'écrire les événemens
extraordinaires dont ils ont été témoins ,
font croire avec beaucoup de probabilité
& de vraisemblance , la poffibilité
des Manufcríts que l'on peut trouver fur
le Règne d'un des plus célébres Conquérans
qui ayent paru dans le monde.
Origine des Turcs . Des Peuples originaires
des Scites conquirent le Turqueftan
, d'où ils prirent le nom de Turcs.
Ils fe réunirent fous Ottoman , qui , de
Lieutenant-Général d'Aladin , Souverain
d'Alep & de Damas , devint fon
fucceffeur , & hérita de la Bythinie &
du pays voifin du Mont Olimpe. Deux
fiécles & dix règnes s'écoulèrent jufAVRIL
1764. 75
qu'au couronnement de Méhémet II.
Amurat II , fon père , furpaffa tous fes
prédéceffeurs ; il laiffa un grand Empire
à fon fils , qui remplit l'Europe & l'Àfie
de la terreur de fon nom . Il affermit fon
Trône par la mort de deux de fes frères.
Scanderbeg , Roi d'Albanie , retarda
long- temps les fuccès de ce Prince ; &
ce fut après fa mort , qu'il conquit fur
fon fils Jean les Etats que les Vénitiens ,
fidèles obfervateurs de leurs engagemens
, défendirent avec autant d'inutilité
que de perfévérance . Plufieurs Lettres
parlent du Siége & de la Prife de
Conftantinople en 1453 , & en donnent
des détails curieux , qu'il faut lire dans
l'Ouvrage même. La première eft écrite
par Méhémet à Benféid , Sultane , à Andrinople.
» Divine Sultane , je ne vous ai point
» dit adieu ; n'en foyez point inquiette.
Il lui rend compte des raifons quil'ont
obligé de la quitter. Il finit ainfi fa Lettre:
» je fouhaite de terminer bientôt cette
expédition , pour pouvoir retourner à
" Andrinople , & vous donner de nou-
» velles preuves de ma tendreffe . Je vou-
» drois que la flâme qui me dévore
» brillante Sultane , pût voler fur les
» aîles des agréables Zéphirs ; qu'elle
"
D ij
76 MERCURE DE FRANCE.
» pénétrât votre âme , & que l'extâfe
» du plaifir qu'elle vous feroit éprou-
» ver , durât jufqu'au moment de mon
» arrivée.
Voici la réponſe en partie , les bornes
de ce Journal refferrant les Analyſes .
» Benféid , Sultane , à Méhémet , Em-
» pereur , à Satalie en Caramanie.
29
»
ور
» Mille idées triftes me chagrinent ,
» cher Sultan , depuis que vous vous
» êtes éloigné de ces lieux. Vous les
» avez quittés plus promptement que
les oifeaux les plus rapides ne parcou
rent la voute azurée, Lorfque des fonges
défagréables , avant- coureurs des
» peines que je devois reffentir , ont ſuf-
» pendu mes fens , prêts à fortir de leur
affoupiffement , & que la lumière du
jour , frappant les organes de la vue ,
» m'a réveillée ; mon âme , par un effor
» naturel , portée fortement vers l'objet
» que j'adore , a conçu , fans le fecours
» de perfonne , l'éloignement du prin-
» cipe de fa félicité. Mes craintes ont été
» bientôt juſtifiées ; & la première voix
qui m'a fait entendre les accens que je
» redoutois , ne m'a laiffé d'autre fentiment
que celui de la plus vive douleur.
« Il
Il y a d'autres penfées Afiatiques
dans cette Lettre,
"
AVRIL. 1764. 77
Dans la troifième , où Méhémet écrit
à la Sultane Benfeid , du Camp devant
Conftantinople , à Andrinople , au ſujet
d'Halifury, Prince de Caramanie , fon
Tributaire , qui s'étoit révolté , & enfuite
foumis , il y a ces expreffions qui
peignent bien le naturel fougueux de
ce Conquérant.
» Il marche actuellement vers l'Arménie
, & je fouhaite que le feu qu'il y
» porte dure jufques aux temps où le
» Ciel , favorable à mes voeux , me per-
» mettra d'y voler , pour l'éteindre dans
le fang de ceux qui m'ont offenfé.
Une Defcription de Conftantinople ,
embellie par des métaphores agréables
& juftes de la plus belle fituation qui
foit fans contredit dans le monde , en
donne une idée magnifique. On juge de
la politique de Méhémet , par le choix
qu'il fit de Gennadius , le plus fçavant
de tous les Grecs , pour l'inftaller Patriarche
de Conftantinople , en lui mettant
le Bâton paftoral entre les mains ,
en préſence des Chrétiens & des Turcs.
Irène , la plus belle créature de cette
vafte Capitale , paroît fur la fcène . Dans
une Lettre que ce Prince lui écrit de ,
Scutari , il lui dit que » les Femmes font
» comme des effences précieuſes , qui
D iij
78 MERCURE DE FRANCE .
» ont plus d'odeurs lorfqu'elles font
» plus renfermées , & auxquelles il ne
refte aucune fuavité lorfqu'on leur
» laiffe prendre l'air. On peut les com-
» parer à une table où il y a des fruits .
» exquis qui aiguifent l'appétit de ceux
وو
•
qui les voient , quand même ils fe-
» roient raffafiés. En Grèce , en Italie
» en France , elles ont toutes fortes de
» libertés : elles vont & viennent accompagnées
, ou feules ; elle caquè-
» tent tant qu'elles veulent ; & les fages
» Mufulmans , qui fçavent prévoir ce
qui peut leur arriver de fàcheux , dé- .
» fendent aux femmes,les converfations
» avec les hommes , de peur qu'elles ne
» fe liffent enchanter par les oreilles
» comme les afpics.
ور
ود
» Je veux que vous n'ayez rien à de-
» firer , idole de mon âme ; je vous
» donnerai bientôt des preuves de la
» flamme dont je brûle pour vos célef-
» tes attraits , en vous traitant en Reine ;
» vous méritez d'être élevée au rang le
"
plus diftingué ; mon amour vous en
» réferve les honneurs , & une félicité
» fans partage .
La defcription du fiége de Belgrade
en 1456 dans une lettre écrite par un
des Généraux de Méhémet au Gouver
AVRIL. 1764 .
79
y
neur de Conftantinople
eft intéreffante
par les exploits du fameux Hunniade
qui obligea ce Prince à le lever après
avoir perdu une partie de fes troupes.
Ce Conquérant
, après avoir foumis
une partie du Péloponnéfe
, alla voir
Athènes dont il écrit une lettre à Mizai
Paleologue
, Prince Grec , un de fes Généraux..
3
» J'ai confidéré les édifices que les
" temps même ont épargnés ; pénétré
» de refpect & d'admiration
pour ces
» lieux fameux par les Platon , les So-
» crate , les Euclide , les Démosthène, les
» Miltiade& tant d'autres génies immor-
» tels, guerriers invincibles,que ces contrées
fi déchues de leur première gran-
» deur ont vu briller autrefois ; mon âme.
» élevée par des tranfports dont je n'ai
» pas été le maître vers ces ombres di-
» vines , leur a adreffé les voeux que ma
» débile plume a tâché d'exprimer .
39
>> Oh vous ! qui dans un repos éter-
» nel goûtez à des diſtances infinies de
» ce globe où ne font que des êtres im-
» matériels , la félicité inéffable que le
»fuprême Auteur de l'Univers vous
» avoit réfervée pour vous récompenfer
recevez l'encens & de vos vertus
» les hommages de celui qui n'ayant pu
"
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
» par l'ordre des deftinées en être le
» témoin , forme des defirs pour votre
» bonheur en regardant les reftes de ces
» Palais & de ces Temples plus heureux
» que moi d'avoir entendu vos célestes
accens.
Cet Ouvrage fait connoître Moncenigo
, le plus grand Général qu'ait jamais
eu la République de Venife. Il porta
la guerre dans les Provinces de l'Afie
Mineure de l'Empire Ottoman & cal
ma les troubles du Royaume de Chypre.
C'est un Perfonnage illuftre dont
Moréri ni fes Commentateurs n'ont jamais
fait mention . Ufum- Caffan a été
auffi oublié , ainfi qu'une infinité d'autres.
On feroit un bon Ouvrage de ce
qui leur manque.
Ce Roi de Perfe eut des démêlés avec
Méhémet ; toutes les lettres qu'ils fe font
écrites n'ont pu être que très-intéreffantes
; il y en a fix où le génie de ces
deux Princes eft bien développé. Le Sultan
veut engager Ufum-Caffan à rompre
les engagemens quil a pris avec les
Princes Chrétiens . » Tes intérêts ne
» peuvent toucher fincérement les Al-
» liés que tu as été chercher dans des
» climats qui te font fi peu connus ; ils
»font trop éloignés de toi pour crain-
>> dre ta vangeance lorfqu'ils t'abanAVRIL.
1764. 81
»
donneront.
Joignons plutôt nos ar-
" mes , & faifons trembler l'Europe ;
»
renverfons les Empires qui depuis la
» décadence & la divifion de celui qui
» leur donna une première origine y
» fleuriffent par les Arts & le Coni-
» merce du monde ; fubjuguons des
» Nations trop foibles pour nous ré-
» fifter. Voilà quelle doit être l'ambi
» tion d'un Souverain tel que toi , & c.
Ufum-Caffan lui demande la Cappadoce
& la ville de
Trébifonde qu'il a
envahies fur fon beau -père David Comnène
; il les lui refufe , & la guerre fe
déclare entr'eux. Le Roi de Perfe lui
écrit une lettre dont on ne rapporterai
ici que quelques expreffions . Après
lui avoir dir qu'il voudroit armer contre
lui tous les Rois de la Terre, & lui avoir
reproché fon injuftice, il ajoute : » Ton
» ambition fans bornes , qui depuis que
tu es monté fur le Trône te porte à
attaquer indiftin&tement tous tes voi-
» fins , m'a engagé dans la Ligue des
» Princes qui veulent en arrêter les
cruels effets. Tu remplis de meurtres
» & de carnage les plus belles Provin-
» ces de l'Europe & de l'Afie ; & la
» pente fatale au genre humain , qui
t'entraîne à élever un trophée enfan-
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
و د
و د
glanté fur les débris des Nations fubjuguées
, ne fçauroit être arrêtée avec
» trop de célérité. Je me fouviens des
» ravages que tu as faits en Perfe dans
» ta dernière irruption . Tu vins te raf-
» fafier de fang & du plaifir ftérile &
" barbare de facrifier à une vangeance
aveugle un nombre infini de mes Su-
» jets dont j'ai pleuré la mort . Ton âme!
» dont la férocité eft inacceffible à la
» commifération , ne t'a point arraché
» une larme pour la perte de tes Soldats
qui moururent fous les coups des
» miens, Il y a des traits auffi forts dans
le refte de la lettre.
La Bataille de Jerwrack que gagna
Méhémet fur le Roi de Perfe , eft décrite
dans une lettre qu'écrivit le Sultan
. Mamut, fon Grand-Vifir , le diffuada
d'entrer dans l'intérieur de ce Royaume
, & il fut difgracié pour lui avoir
fuggéré des confeils contraires à ſon
ambition .
Il y a des images agréables dans les
lettres de la Sultane Miltide , à Méhémet;
furtout dans celle où elle tâche de l'attirer
à Conftantinople pour qu'il puiffe
fe délaffer de fes travaux . Elle employe
tout ce que le féjour de cette
belle Capitale a de plus féduifant pour
l'engager à y venir.
AVRIL. 1764. 8 ་
83
La mort d'Ufum - Caffan , & les divifions
qu'elle oceafionne entre fes deux
enfans , offrent à Méhémet une belle oc-.-
cafion d'envahir un Royaume agite par
des guerres civiles ; fes lettres & celles
fon Ambaffadeur renferment des détails
curieux. On voit ce Prince s'occupera
de cette conquête & de la punition du
Soudan d'Egypte , ancien Allié du Roi ·
de Perfe . Pendant qu'il médite les plus s
vaſtes projets, & qu'il fe met à la tête de
trois cent mille combattans pour les
éxécuter ; en entrant en Affe , il eft
attaqué d'une colique près de Nicomé
die , Ville de Bythinie , de laquelle il 1
mourut le 3 Mai 1481 & de l'Hégire
886 , après avoir vêcu 53 ans & en 3
avoir régné près de 32.
Il lifoit fouvent l'Hiftoire Romaine ,
furtout celle d'Augufte & des autres.
Céfars. Il faifoit fes délices de celles
d'Alexandre , de Conftantin , & de
Théodore ; il avoit beaucoup de goût
pour la Peinture & la Mufique , & fit
fleurir l'Agriculture il parloit non
feulement Arabe , langue affectée à a
fa Nation , mais encore la Perfane
la Grecque & l'Italienne..
Tout ce qui peut faire connoître
le génie & les moeurs d'une Nation ,,
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
doit exciter notre curiofité. Cet Ouvrage
eft dans ce cas , & mérite d'être lu
par le caractère afiatique qui le diftingue
de beaucoup d'autres qui ont été
écrits fur la même matière . Le prix des
deux brochures eft de 1 liv . 16 f.
SUITE de l'Extrait de l'Ecole
de Littérature.
pt.
PLLUUS nous avançons dans la lec
ture de cet Ouvrage eftimable , plus
nous fentons combien il eft fupérieur
à toutes les autres productions de ce
genre. Les cinquante Articles qui le
compofent font , pour la plupart , au
tant de morceaux de génie , qui excitent
dans l'âme du Lecteur des étincelles
du beau feu qui les a produits . Non
feulement on y apprend les régles de
la Poëfie , de l'Eloquence , de l'Hiftoire,
& c ; mais on croit encore fentir
naître en for le defir d'être Poëte ?
Orateur , Hiſtorien , & d'en acquérit les
talens . Nous ne citerons aujourd'hui que
le morceau fur l'Ode , pour ne pas occuper
trop de place dans le Mercure de ce
mois , où nous avons encore un grand
AVRIL. 1764. 85
nombre d'autres Livres à annoncer .
" S'il y a eu peu de bonnes Odes
» jufqu'à préfent, c'eft que la plupart de
» ceux qui en ont fait , connoiffent peu
» ce genre de Poëme . Il fuppofe deux
» qualités qu'on pofféde rarement féparées
, & qu'on réunit plus rarement
encore un grand fens dans le plan ,
& toute la fureur de l'enthoufiafme
» dans l'éxécution . Demandez à un Fai-
» feur d'Odes quelle différence il y a
» entre une Ode & des Stances fur
» un même fujet ? Je fuis fûr qu'il fera
» très-embarraffé de fatifaire à votre
queſtion. Je vais donc tâcher d'éclair-
» cir ce point de littérature .
» Un Poëte fe propofe décrire fur un
" Sujet , tel que l'inconftance de l'A-
" mour ou de la fortune , la perte d'un
" ami , fon éloignement , le malheur
» de la condition des hommes ; & c.
» Il lui vient une penfée qu'il renferme
» dans un certain nombre de vers dé-
» terminé , dont le mêlange dès rimes ,
»le repos & la mefure font fixés ; &
» il a fait une Stance . Iflui vient une
» feconde penfée qu'il rend de la même
» manière une troifiéme , une qua-
» triéme de même ; & il a fait une
"
feconde , une troifiéme , une qua86
MERCURE DE FRANCE.
» triéme Stance , & ainfi de fuite . I
» compofe autant de Stances qu'il lui
» vient d'idées , fans que fon Poëme
ور
ait d'autres limites , que la fécondité
» ou la ſtériilté de fon efprit. On peut
» ajouter à ces Stances , on en peut
>> retrancher , fans que le Poëme en foit
» aucunement altéré : ce qui montre
» que fes différentes parties ne font point
22 liées par une vue générale , qui ait -
dirigé le Poëte tandis qu'il compofoit.
» Si après la première Strophe on lui
» eût demandé quelle étoit celle qui
» devoit fuccéder , il n'auroit pas pû le
» dire. C'eſt ainfi qu'il faut juger de la
» plupart de nos Odes , qui en portent le
» titre , & qui n'en font point. Qu'eft-
» ce donc qu'une Ode ? Un ouvrage
» diftingué du Poëme en Stances par
» la fublimité des idées ? Point du tout
» il y a des Stances très - fublimes , très-
» élevées. Par la chaleur & par l'enthou-
» fiafme ? Ce n'eft point encore cela : il
» y a des Stances qui font au plus haut
» degré de ces deux qualités . Par le fu-
» jet ? Nullement on peut compofer
» des Stances ou une Ode fur le même
fujet. Tout Poëme a fon but , & l'Ode
a le fien , mais auquel elle s'avance
» d'une manière qui lui eft propre..
AVRIL. 1764. 87
93
"
" C'eft , ou un fimple & unique raiſon-
»> nement , qui a fes différens membres
» & qu'on pourroit toujours réduire à la
» forme du fyllogifme ; ou une fuite de
» raifonnemens , enchaînés les uns aux
» autres , & dirigés à la même confé-
» quence. Voilà ce qui forme le plan de
» l'Ode : il exifte dans la tête du Poete ,
» avant qu'il prenne la plume. Voilà le
» fil qui le conduira fecrettement à tra-
» vers le dédale où l'enthoufiafme le
précipitera. Ce fil qui doit être pré-
» paré de fang froid , fuppofe beaucoup
» de dialectique , un jugement fain , un
grand fens , une pleine & entière con-
» noiffance de fon objet. Tout ceci préfuppofé
, quel eft enfuite le travail du
» Poëte ? C'eft de s'emparer des dif
» férens membres de fon raiſonnement
» de les prouver , de les rendre fenfi-
» bles , de les vivifier par les comparai-
» fons , les apoftrophes , les figures , les
» images , les traits hiftoriques , les é-
» carts mêmes , & les rentrées heureuſes
» & de génie : c'eft de fe porter tantôt
» fur un lieu , tantôt fur un autre : c'eft
» de difpofer fes preuves de la manière la
» plus rapide & la plus frappante : c'eſt de
» quitter un moyen , de le reprendre avec
» plus de force , de le quitter encore , &
» de paffer à un fecond ; c'eſt de ſe mon-
"
"
88 MERCURE DE FRANCE.
trer Logicien quelquefois , plus fou-
» vent de dérober fa logique : c'eft d'é-
» taler tout le luxe,toute lamagnificence,
toute la pompe de fon imagination ,.
» de fe livrer à toute la hardieffe de l'ex-
" preffion , d'éprouver & de faire éprou-
» ´ver aux autres toute la violence du fen-
" timent & dela paffion ; toujours in-
» certain dans fa marche , jamais égaré.
» Comme tous les détails font attachés
» à une bafe , on ne peut rien ajouter ,
» rien retrancher à fon Poëme fans le
22
mutiler. Les parties tiennent toutes
» les unes aux autres par une chaîne
» réfléchie & raifonnée ; & les acceffoi-
» res ne font que des embelliffemens
"proportionnés par leur étendue à l'ouvrage
entier. Imaginez le Poëte lyri-
» que , porté fur Pégafe à travers les
airs l'animal ailé & fougueux fe
» perd quelquefois dans la nue ; quel-
» quefois il plane , quelquefois il def-
» cend , & fe jette à droite ou à gauche
» de fan chemin ; il rentre dans fà
» route & la. fuit avec une rapidité in-
» croyable. On lui remarque une foule
» de mouvemens divers ; mais il a un
chemin tracé , interrompu , fur lequel
il s'arrête , revient ou ferpente ; mais
qu'il fuit , & qui le mène à un terme.
93
AVRIL. 1764. 89,
Les Romains fembloient incliner
» par inconftance , à tranfporter le fié-
» ge de l'Empire de Rome à Troye.Ho-
» race fe propofe de leur faire fentir la
» folie & même l'impiété de ce projet.
» Comment s'y prend - il dans fon ode
» Firmum & tenacem propofiti virum ? Il
» débute par un éloge fublime de la
» conftance. C'eft par cette vertu que
» Romulus , Fondateur de Rome , mé-
» rita d'être admis au rang des Dieux ,
» malgré les obftacles qui s'oppofoient
» à fon Apothéofe. Il falloit vaincre la
» haine cruelle que Junon portoit de
» tout temps aux Troyens & à leurs
» reftes malheureux . Ce ne fut pas fans
" peine qu'on y réuffit ; mais fléchie
» malgré elle , elle jura dans fon reffentiment
, que fi l'on achevoit de man-
» quer à la fatisfaction qui lui étoit due ;
» que fi Romulus infpiroit jamais à fes
" fiers defcendans de relever les murs
» de la ville qu'elle haïffoit , elle reffuf-
» citeroit fes Grecs ; qu'ils fe raffemble-
» roient de rechef ; qu'ils fe préfente-
" roient devant la nouvelle Troye; que
» fes murs feroient renverfés , fes Sou-
» verains égorgés , fes maifons brulées ;
» que la cendre en feroit arrofée du
fang de fes habitans ; que les hom
90 MERCURE DE FRANCE.
» mes mis à mort fous les yeux de leurs
» femmes & de leurs enfans leur ten-
» droient inutilement les bras ; & que
» les restes de ce Peuple infortuné fe-
» roient conduits dans une captivité qui
» n'auroit point de fin. Ce fut ainfi
" que Junon parla ; ou plutôt ce fut
» ainfi que le Poëte intimida fes Con-
» citoyens par la bouche d'une Déeffe
» irritée & jaloufe ; & qu'il compofa
» une. Ode où tout fe tient fi intime-
» ment , qu'on ne peut ni y ajouter ,
» ni en retrancher une feule phrafe.
» Malherbe l'a bien imité , & a bien-
» fenti ce que c'étoit qu'une Ode , lorſ ----
» qu'il inviteit Louis XIII à marcher
» contre les rebelles Rochelois . Dans
» ce Poëme , le Monarque eft Jupiter. -
» Les rebelles font les Titans foulevés -
» contre le Ciel. Le Poëte s'embarque
» dans la guerre des Titans. Il la peint :
» on le croit égaré , perdu ; on ne fçait-
» comment il reviendra à fon fujet ; &
» tout-à-coup , par une heureufe tran-
» fition , on s'apperçoit qu'il ne l'a pas
» perdu de vue un inſtant , &c , &c,&c.
Après ces principes généraux , oni
entre dans le détail des régles particu-.-
lières de l'Ode...
AVRIL. 1764 gr
ANNONCES DE LIVRES.
EPITRES à Meffieurs d'Alembert ;
Thomas & d'Arget ; feuille in - 8°. à la
Haye , 1764.
Ces trois Epitres en vers font le fruit
de quelques momens de loifirs que l'Auteur
, qui ne fe nomme pas , à cru de
voir confacrer à la gloire des trois hommes
eſtimables à qui elles font adreffées.
L'Epitre à M. d'Alembert a pour objet
l'invitation & les propofitions qui lui
ont été faites par l'Impératrice de Ruffie,.
pour l'engager à fe charger de l'éducation
du Prince fon fils . La nomination
de M. Thomas à la place de premier Secrétaire
de Mgr le Duc de Praflin , eft
le fujet de la feconde Epitre. La troifiéme
à M. d'Arget , eft la prééminence
d'un bon caractère fur les Talens. Ces
trois pièces joignent au mérite de la
Poëfie , celui du zèle & de la fenfibilité.
DAPHNIS & le premier Navigateur ,
Poëme de M. Geffner , traduit de l'Allemand
, par M. Huber ; à Paris , chez
Vincent , Imprimeur - Libraire , rue S.
Severin ; 1764 ; avec approbation &
92 MERCURE DE FRANCE.
privilége du Roi ; un vol . in- 12 , avec
de jolies gravures.
L'accueil favorable qu'ont obtenu du
Public les Traductions de plufieurs Ouvrages
de M. Geffner , donne lieu de
croire que l'on ne verra pas avec moins
de plaifir les deux morceaux réunis
dans ce volume . C'eft par le Poëme de
Daphnis , que M. Geffner a commencé
à fe faire connoître dans le Monde litté-;
raire. Cet Ouvrage parut pour la première
fois en 1755 , & depuis on en a
donné plufieurs Editions. Rien n'en
égale la fimplicité , quant au fond &
quant au ftyle. Il ne s'y trouve ni intrigue
, ni cataſtrophe , & cependant il
y règne le plus grand intérêt; P'Auteur
y a peint l'innocence , la candeur & la
vertu , de cette manière fimple , noble
& touchante qui caractériſe les Ouvrages
des Anciens. Le Poëme intitulé , le
premier Navigateur , a paru pour la première
fois en 1762 , dans la belle Edition
que M. Geffner a donnée de tous fes
Ouvrages . On verra dans ce dernier
morceau , que l'Auteur n'a pas feulement
l'art de mêler avec le plus grand
fuccès le fentiment à l'image , mais encore
que perfonne n'a fçu mieux que
lui transformer l'image même en fentiAVRIL.
1764. 93
ment. Qu'on life , par exemple , dans le
fecond chant de ce Poëme , comment
Fole ordonne aux Aquilons de former
un orage fur la tête de l'homme cou
pable , pendant qu'il commande aux
Zéphirs de fouffler fur l'homme innocent
& champêtre , pour le rafraîchir
dans fes travaux . Ces deux Poëmes ne
feront point déplacés à côté de celui de
la Mort d'Abel , Ouvrage du même Auteur,
& formeront, avec fes Idylles , une
collection curieufe & néceffaire dans
le cabinet d'un Amateur,
ABRÉGÉ des Principes de Morale , &
des Règles de conduite qu'un Prêtre
doit fuivre pour bien adminiftrer le
Sacrement de Pénitence ; par un Eccléfiaftique
du Diocèce de B .... ; à Poitiers
, chez J. Felix Faucon , Imprimeur
de Mgr l'Evêque & du Clergé , place &
vis - à-vis l'Eglife Notre- Dame la Grande
; & à Paris , chez Ganeau , Libraire ,
rue & près de l'Eglife de S. Severin ; un
vol. in- 12 de 380 pages , 1763 ; avec
approbation & privilége du Roi .
11 paroit que le pieux Eccléfiaftique
qui a compofé cet Ouvrage , a connu
pár expérience les maximes qu'on doit
obferver dans le redoutable miniſtère du
94 MERCURE DE FRANCE.
Sacrement de Pénitence , & qu'il eft
parfaitement inftruit de tout ce qui eft
requis pour éxercer utilement cette fonction
. Il a raffemblé dans cet Ecrit les
principes de la faine Morale ; il en a tiré
les plus juftes conféquences ; il a facilité
aux jeunes Prêtres , qui travaillent dans
le facré Tribunal, les moyens de les mettre
en pratique. Il eft aifé de comprendre
combien ce Livre pourra être utile
aux Confeffeurs & aux Pénitens. Ceuxci
y verront leurs devoirs clairement
expliqués ; ceux-là auront un guide für
pour fe conduire eux- mêmes , & pour
faire marcher leurs Pénitens dans la voie
du falut , après les avoir tirés de l'état du
péché , par une abfolution falutaire . Les
matières de pratique y font traitées avec
autant de folidité que de précifion ; on y
a recueilli avec ordre les points les plus
importans de la Morale.
RÉFLEXIONS militaires , par M. de
Bouffanelle , Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis , Meftre de Camp
de Cavalerie , Capitaine au Régiment du
Commiffaire- Général , Membre de l'Académie
des Sciences & Beaux - Arts de
la Ville de Béfiers ; à Paris , chez Duchefne
, Libraire , rue S. Jacques , au
AVRIL. 1764. 95
Temple du Goût , & chez Durand ne-
· veu , Libraire , rue S. Jacques , à la Sageffe
; 1764 ; avec approbation & privilége
du Roi ; brochure in- 12 de 200
pages .
}
Les fujets fur lefquels roulent ces Réfléxions
, font la Cavalerie , l'Officier
de Cavalerie , de Dragons , de Huffards
& de toutes les Troupes à cheval , les
nouvelles Conftitutions de la Cavalerie ,
l'éducation militaire , la Religion des
Anciens dans leurs Armées , la peine &
la récompenfe , le luxe dans le Militaire ,
l'amour de la gloire , la fubordination ,
la gaîté & l'enthoufiafme néceffaires aux
Gens de Guerré , le mariage des Officiers
, les habits uniformes , les châtimens
militaires ; les connoiffances militaires
des Anciens , les ufages & les armes
des Anciens , les anciennes Cavaleries
de différentes Nations , le cheval ,
le courage , la fauffe émulation ou l'envie.
Tous ces différens Sujets nous ont
parus traités avec intelligence , & femés
de plufieurs traits hiftoriques , qui rendent
cette le&ture très - curieufe & trèsintéreffante.
LES ÉLÉMENS primitifs des Langues ,
découverts par la comparaiſon des Raci95
MERCURE DE FRANCE.
nes de l'Hébreu avec celles du Grec , du
Latin & du François. Ouvrage dans lequel
on éxamine la manière dont les
Langues ont pu ffeeffoorrmmeerr , & ce qu'elles
peuvent avoir de commun ; par M. Bergier
, Docteur en Théologie , Curé dans
le Diocèfe de Befançon ; à Paris , chez
Brocas & Humblot , rue S. Jacques , au
Chef S. Jean ; brochure in- 12 de 350
pages ; avec approbation & privilége
du Roi; 1764 .
Plufieurs Sçavans avoient déja foupçonné
què les Racines des Langues anciennes
pourroient bien être les mêmes
que celles des Langues modernes ; mais
perfonne n'avoit encore tenté de le vérifier
par un parallèle éxact & fuivi, & c'elt
ce qu'entreprend M. Bergier , dans les
huit Differtations qui forment ce Recueil
, & qui traitent du changement
des Lettres dans la prononciation , de la
compofition des Mots , du Verbe ſubftantif
, des Verbes hébreux & de leurs
Conjugaifons , des différentes parties du
Difcours , de la Syntaxe , du mêlange &
de la dérivation des Langues , & de l'uſage
qu'on peut faire des racines . Cet Ouvrage
nous paroît auffi ingénieux que fçavant
, & propre à répandre beaucoup de
lumière fur la fcience de la Grammaire.
LES
AVRIL. 1764. 97
LES LOISIRS & Amuſemens de ma
Solitude , Ouvrage moral ; à Laufane ,
& fe trouve à Paris , chez Duchefne ,
Libraire , rue S. Jacques , au Temple du
Goût ; 1764 ; brochure in - 12.
Cette Brochure contient des Pensées
détachées fur divers fujets de Morale , &
cinq ou fix Contes qui nous ont paru
très-bien écrits , & très- intéreffans . On
dit que l'Ouvrage eft d'un Militaire , qui
l'a compofé dans fes momens de loifir .
Les Penfées & les Réfléxions qu'il préfente
, ne font dictées , ni par une fauffe
Philofophie , ni par un efprit de Mifantropie
& de caufticité. Tout y reſpire
Phonneur , la fageffe , l'humanité & l'aménité
des moeurs. Les gens de goût ne
trouveront d'autre défaut dans ce recueil
que d'être trop peu volumineux.
DISSERTATION fur les Origines de
Toulouſe ; avec cette Epigraphe : Jam
feges eft ubi Troja fuit. Ovid . Ep . Penel .
Ulyf. à Avignon , chez Jean - Louis
Chambeau , Libraire - Imprimeur ; & fe
vend à Toulouse , chez Biroffe , Libraire,
à la Bible d'or ; 1764 ; brochure in - 8° .
de
70 pages .
Cet Ecrit , plein de recherches fçavantes
, & qui préfente des vues nou-
E
I. Vol.
98 MERCURE DE FRANCE.
velles , méritoit , par ce double titre
d'être dédié à M. l'Abbé Barthelemy
qui a fait lui- même des découvertes fi
fçavantes dans l'Antiquité. L'Auteur ,
M. Audibert , Vicaire de Verfeil , nous
paroît avoir examiné avec la plus fcrupuleufe
attention , les Monumens antiques
qui font aux environs de Toulouſe ,
& dans Toulouſe même ; & comparant
enfuite ces reftes de l'Antiquité
avec ce qu'ont dit d'anciens Ecrivains
il en tire des conféquences fûres , qui
jettent le plus grand jour fur plufieurs
points de notre Hiftoire.
REMARQUES fur plufieurs branches
de Commerce & de Navigation ; nouvelle
Edition , fans nom d'Auteur , ni de
Ville , ni d'Imprimeur ; 1764 ; brochure
in- 12 , en deux parties . *
L'Auteur nous paroît très-inftruit des
divers objets qui font la matière de cet
Ouvrage ; & nous croyons que l'intérêt
public demande que l'on fafle fur- tout
attention à l'endroit où il eft parlé de la
fortie des grains hors du Royaume , fans
la liberté de laquelle il eft impoffible , dit
l'Auteur , que l'Agriculteur fe relève de
l'état d'abattement fous lequel il languit,
* Nous venons d'apprendre que l'on en trouve
des Exemplaires , chez M.Simon , rue S. Jacques,
AVRIL. 1764 . 99
par les impôts dont il le croit chargé.
Les Pêcheries méritent auffi l'attention
du Lecteur ; & l'on ne fçauroit affez
recommander l'exemption de tous les
droits de confommation fur l'entrée du
Poiffon dans le Royaume.
.VOLTAIRE , Poëme en vers libres ,
par M. le Clerc de Mont- Merci , Avocat
au Parlement , avec cette Epigraphe :
Omnia transformat fefe in miracula rerum.
Virg. Georg . Sans nom de Ville ni
de Libraire ; mais on en trouve des
Exemplaires partout où le diftribuent
les Nouveautés. Brochure in -8° . de 76
pages ; 1764.
Un Poëme dont M. de Voltaire eft
le Sujet & le Héros , eft un objet trop
intéreffant pour nous en tenir à une
fimple annonce ; nous en donnerons
donc un Extrait détaillé dans le Mercure
prochain , l'abondance des matières
ne nous permettant pas de l'inférer
dans celui-ci.
' LES SAISONS & les Jours , Poëmes ;
1764. On trouve des Exemplaires de
cette Brochure in - 12 . chez Bauche , Libraire
, quai des Auguftins.
On a réuni fous un titre très-court ,
de très-jolies Piéces qui traitent des mê
E ij
$35028
100 MERCURE DE FRANCE.
mes matières , qui avoient couru manuf
crites , & dont quelques - unes même
avoient déja été imprimées. On connoît
depuis longtemps les quatre parties du
Jour de M. de B..... Les quatre Saifons
du même Auteur n'étoient pas auffi publiques.
Celles de M. Bernard & les
deux points du jour de M. de S. L.
étoient difperfés dans divers volumes
& n'avoient paru que défigurés par des
lacunes ou des fautes confidérables . On
doit donc fçavoir gré au Libraire qui
les a réunis en un feul volume , en
les réimprimant très - correctement &
fur du beau papier. Nous ne dirons
rien du mérite de ces différens mor
ceaux de Poëfie , que tout homme de
goût ne peut fe difpenfer d'avoir dans
fon cabinet.
DICTIONNAIRE
de Titres
originaux pour les Fiefs , les Domaines
du Roi , l'Hiftoire , la Généalogie , &
généralement tous les objets qui concernent
le Gouvernement de l'Etat ; - ou
inventaire général du Cabinet du Chevalier
Blondeau de Charnage , ci -devant
Lieutenant d'Infanterie , demeurant à
Paris Faubourg S. Germain , rue Guénégaud
, à la porte cochère à côté de
AVRIL. 1764. 101
l'Hôtel d'Artois ; à Paris , de l'imprimerie
de Michel Lambert , rue & à
côté de la Comédie Françoife ; 1764 ;
avec approbation & privilége du Roi .
Brochure in- 12 , de 200 pages.
Le Cabinet de M. Blondeau eft compofé
de foixante -dix mille Titres , dont
environ foixante mille en originaux . II
eſt diſtribué en 26 parties. Ce Dictionnaire
commence par les Fiefs ; on donnera
enfuite l'inventaire des Titres féodaux
concernant les Archevêchés , Evêchés
, Abbayes , Prieurés , Chapitres
Cures , Communautés Religieufes , &c.
On paffera enfuite à l'inventaire des
Titres concernant le Domaine ; & l'on
continuera celui des autres parties du
Cabinet ; felon que les objets fe préfenteront.
Tous les titres font rangés
par ordre alphabétique des noms des
Seigneuries pour les Fiefs , & des noms de
Familles pour les Titres généalogiques.
TARIFS , ou comptes faits , concernant
les alliages & les bonifications
d'or & d'argent ; par M. J. Xhrouet ;
à Paris , chez Guillyn , Libraire , Quai
des Auguftins ; 1763 ; volume in- 12.
La partie la plus délicate de l'Orfévrerie
étant les titres des matières
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
d'or & d'argent ; & leurs calculs , par ..
la grande jufteffe qu'ils éxigent , devenant
extrêmement longs & difficiles
il n'eft pas douteux qu'on ne les voie
avec plaifir réduits à une fimple addition.
C'eſt-là l'objet que l'Auteur s'eft
propofé de remplir dans l'ouvrage que
nous annonçons. On y trouvera une
grande facilité pour mettre quelque Or
que ce puiffe être à 20 , 21 , 22 , 23 Karats
; & c. Le Livre eft dédié à M. de
Gouve , Procreur Général en la Cour
des Monnoies . L'étendue de fes lumières
dans cette partie , la jufteffe de
fon difcernement , la place qu'il occupe
forment un préjugé favorable pour
cet Ouvrage, qui ne peut être que d'une
très -grande útilité pour les Artiſtes qui
travaillent en or & en argent.
NÉCESSITÉ de penfer à la mort, ou
Inftructions chrétiennes pour le temps
de la maladie ; Ouvrage non feulement
utile à ceux qui adminiftrent les derniers
Sacremens , & qui ont le foin
fpirituel des malades , mais encore aux
malades mêmes , & à ceux qui leur donnent
les fecours temporels . On y a joint
l'Ordinaire de la Sainte Meffe , une
courte explication de l'Oraifon DomiAVRIL.
1764. ro3
nicale , une paraphrafe fur les fept
Pfeaumes de la Pénitence , les Prières
de l'adminiſtration du faint Viatique &
de l'Extrême- Onction , & les Prières des
Agonifans , en Latin & en François, feconde
édition , revue , corrigée & augmentée.
A Senlis , & fe vend à Paris
chez Defaint & Saillant , Libraires , rue
S. Jean de Beauvais ; Claude Hériffant ,
Libraire-Imprimeur , rue Neuve Notre-
Dame , à la Croix d'Or ; & Hériffant ,
rue S. Jacques , Imprimeur du Cabinet
du Roi. 1764. Avec Approbation & Pri
vil . du Roi , Vol. in - 12 , d'environ 600
pages. Prix, 2 1. broché & 2 1. 10 f. relié.
Ce Titre qui fait connoître fuffifamment
l'objet & l'utilité de cet Ouvrage
édifiant , nous difpenfe d'entrer dans
un plus grand détail .
INSTRUCTIONS familières en forme
d'entretiens , fur les principaux objets
qui concernent la culture des Terres ;
Ouvrage à la fin duquel on trouvera
deux Mémoires fort intéreffans fur les
Bois ; par M. Thierriat , Confeiller du
Roi , Garde-Marteau de la Maîtriſe des
Eaux & Forêts de Chaulny : avec cette
Epigraphe : Beatus ille qui procul negotiis
&c. Hor. A Paris , chez Mufierfils ,
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
Libraire , quai des Auguftins , au coin
de la rue Pavée , à S. Etienne ; 1763.
Brochure in- 12 . de 140 pages.
>
En faveur des enfans qu'on deftine à
la culture des Terres ce Livre eft
par demandes & par réponſes. Les Maîtres
d'Ecole de Village pourront s'en
fervir pour leur apprendre à lire. Ils
pourront même leur faire apprendre
par coeur les réponſes aux différentes
queftions. Par ce moyen les enfans goûteront
peu-à- peu les principes de l'Auteur
, connoîtront ce qu'il y a de mieux
dans les anciennes pratiques , & travailleront
utilement pour eux & pour le
bien de l'Etat.
MÉMOIRES d'Azéma , contenant diverfes
Anecdotes des régnes de Pierrelc-
Grand , Empereur de Ruffie , & de
l'Impératrice Catherine fon épouſe , traduits
de Ruffe par M. Contant d'Orville
; à Amfterdam , 1764 ; & ſe trouvent
à Paris au Palais Royal , chez Mde la
Marche. Brochure en 2 parties ´in- 12 .
Prix , 2 liv . 8 f.
Nous pourrons donner un jour l'Extrait
de ce Roman nouveau .
LEÇONS de Phyfique Expérimentale,
AVRIL. 1764. 1ος
Tome VI. par M. l'Abbé Nollet, de l'Académie
Royale des Sciences & Maître
de Phyfique & d'Hiftoire Naturelle des
Enfans de France . Vol. in- 12. de 527
pages , orné de 20 Planches en Tailledouce
bien déffinées & bien gravées.
A Paris , chez Hippolyte- Louis Guerin
& Louis-François Delatour, rue S. Jacques
, à S. Thomas d'Aquin ; 1764. Ce
Volume contient quatre leçons , fçavoir
la 18 , la 19 , la 20 & la 21 qui eft
la dernière de cet Ouvrage.
La première de ces quatre leçons a
pour objet les mouvemens des Aftres
& les phénomènes qui en résultent ; là
2° traite des aimans tant naturels qu'artificiels
; dans la 3 ° & dans la 4 M. L.
N. expofe méthodiquement les phénomènes
de l'électricité , & fait voir par
un grand nombre d'exemples ,, qu'on
peut maintenant rendre raifon de toutes
ces merveilles , que bien . des gens
croyent inexpliquables.
Il y a tout lieu de juger que ce volume
aura le fort des autres qui ont été fort
accueillis du Public tant en France
que dans les païs étrangers . Ce Livre eft
devenu claffique il eft traduit dans
toutes les langues.
Nous avons remarqué en parcou-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
rant le volume que nous annonçons ,
que M. l'Abbé Nollet promet un Supplément.
En parlant de certaines queftions
, qu'il a été obligé d'omettre
ou qu'il croit avoir un peu trop refferrées
; » mon deffein , dit- il , eft d'y reve-
» nir ; ce fera dequoi former le Sup-
»
plément que j'ai promis dans ma Pré-
» face , & que je regarde comme un en-
» gagement que j'ai contracté , & dont
» je defire fort de pouvoir m'acquitter.
NOUVELLE Méthode pour aprendre
la langue Latine, par un fyftême fi facile ,
qu'il eft à la portée d'un enfant de cinq
à fix ans qui fçait lire : & fi prompt qu'on
y fait plus de progrès en deux ou trois
années , qu'en huit ou dix , en fuivant
la route ordinaire . Par M. Delaunai . 4
volumes in- 8°. Prix , 18 liv . en feuilles.
A Paris , chez Gogué , Libraire , quai
des Auguftins , au coin de la rue Pavée.
Et chez l'Auteur , Cloître S. Germainl'Auxerrois
; 1763 ; avec approbation &
privilége du Roi.
On délivre aux Soufcripteurs de cet
Ouvrage ces 4 volumes depuis le 15
Septembre 1761 cependant l'Auteur
reçoit encore actuellement des plaintes
des Souf cripteurs des Provinces , qui
AVRIL. 1764. 107
difent par leurs lettres qu'ils n'ont encore
que le premier Volume , quoiqu'ils ayent
payé le tout , dès en foufcrivant. Ce n'eft
point la faute de l'Auteur , mais celle
des Commiffionnaires qui n'ont pas
retiré leurs volumes dans les temps indiqués.
Néanmoins , comme il faut une
fin à tout on avertit ici les Soufcripteurs
de faire retirer leurs volumes ,
d'ici à la fin de Mars 1764 car fans
cela , & paffé ledit temps , leurs Soufcriptions
n'auront plus de valeur , &
ils perdront ce qu'ils auront avancé. Enfin
, pour que ces Soufcripteurs ne
puffent point ignorer le préfent Avis ,
on l'a affiché pendant les mois de Janvier
, de Février & de Mars 1764 : &
on l'indiquera dans les Journaux littéraires.
?
ESSAI fur les Duchés de Lorraine &
de Bar , par M. Charles- Léopold Andreu
de Beliftein , avec cette Epigraphe :
.... Natale folum dulcedine cunctos
Ducit , & immemores non finit effe fui.
Ovid.
A Amfterdam ; & on en trouve des
Exemplaires à Paris chez Jorry , rue
E vj
108 MERCURE DE FRANCE .
& vis-à- vis de la Comédie Françoife .
Brochure , petit in-8°. de 250 pages.
Ce Livre qui n'a point été imprimé
en France , contient 15 Chapitres dans
lefquels on traite de l'état phyfique &
politique , des Finances , de l'État Militaire
, de l'Agriculture , du Luxe , des
Manufactures , du Commerce de la
Lorraine .
L'ESPRIT des Monarques Philofophes
, Marc-Aurele , Julien , Staniſlas
& Frédéric ; à Amfterdam , & fe trouve
à Paris chez. Vincent , rue S. Severin ;
1764. volume in 12. de 430 pages.
Depuis Salomon , le Philofophe , le
Sage par excellence dont les écrits
font partie des Livres Canoniques ,
P'Hiftoire ancienne ne fournit que deux
Monarques , Marc- Aurèle & Julien , qui
ayent laiffé des Ouvrages de Philofophie
Morale & Politique. Après tant de
fiécles écoulés depuis le régne de ces
grands hommes , nous avons l'avantage
de les voir revivre dans Stanislas le
bienfaifant , & Frédéric le Salomon du
Nord. En réuniffant fous un même
point de vue les penfées & les leçons de
ces quatre Monarques , on voit que le
deffein de l'Auteur n'a pas été de les
AVRIL. 1764. 109
publier toutes . Il s'eft feulement affujetti
au titre & à l'objet de fon Ouvrage
; & il n'a extrait de leurs écrits , que
les maximes qui les caractérisent plus
effentiellement comme Monarques Philofophes.
Il y a dans ce recueil des chofes
qui demandent à être connues plus
fpécialement , & qui nous fourniront
pour le Mercure prochain , un Extrait
intéreffant & agréable.
P. VIRGILII Maronis Opera , cum
notis brevioribus , ad ufumfcholarum ;
Parifiis , apud Defaint & Saillant , viâ
S. Joannis Bellovacenfis , Brocas &
Humblot , via San-Jacobæá , ad infigne
capitis S. Joannis ; 1764 ; cum privilegio
Regis. Vol. in- 12 , minoris forma.
Cette nouvelle édition des oeuvres de
Virgile , faite en faveur des écoliers de
tous les Colléges de France , furpaffe
fans contredit , en beauté & en cor.
rection , toutes celles qui jufqu'à préfent
ont été en ufage dans les claffes.
Le caractère en eft net , le papier trèsblanc
& l'édition très - portative ; voilà
pour la partie Typographique. Les notes
en font courtes , claires , & ne difent
que ce qu'il faut fçavoir pour l'intelligence
du Texte. On a fuivi d'ailleurs
110 MERCURE DE FRANCE .
les manufcrits les plus eftimés , les éditions
les plus correctes , & les Commentateurs
les plus célébres , pour ne
préfenter que le véritable fens de l'Auteur.
LE MONDE moral , ou Mémoires
pour fervir à l'Hiftoire du Coeur humain.
On connoît cet Ouvrage qui parut
il y a quatre ans ; c'eft un Roman en
deux parties de feu M. l'Abbé Prévot :
nous ne le rappellons , que pour dire
qu'on vient d'en donner la fuite dont
nous rendrons compte inceffamment.
LE PHILOSOPHE Négre , & le fecret
des Grecs. Ouvrage trop nécéffaire ;
en deux parties in- 12 ; Londres , 1764 ,
& à Paris , chez Prault petit -fils , Quai
des Auguftins , à l'Immortalité.
C'est un petit Roman compofé par
M. M... dans lequel on dévoile les manoeuvres
des Joueursfripons.
L'HISTOIRE de l'Irlande , ancienne
& moderne , tirée des monumens les
plus authentiques ; par M. l'Abbé Ma-
Geoghegan ; à Paris , chez Antoine Boudet
, Imprimeur du Roi , rue S. Jacques ,
AVRIL. 1764.
111
à la Bible d'Or ; avec Approbation &
Privilége du Roi , 3 vol . in- 4° .
Cet Ouvrage qui a été donné volume
par volume , & dont le troifiéme paroît
nouvellement , mérite qu'on en faffe un
ou plufieurs extraits ; auffi nous propofons-
nous d'y revenir plus d'une fois.
OEUVRES diverfes de M. l'Abbé Clément
, C. D. S. L. D. L. à Paris , chez
Claude Heriffant , rue neuve Notre- Dame
, à la Croix d'Or ; 1764 , avec Appro
bation & Privilége du Roi ; brochure
in-12 de 200 pages.
M. l'Abbé Clément a tort de croire ,
dans fa Préface , qu'il trouvera peu de
lecteurs ; fes OEuvres poëtiques font de
nature à lui en procurer un grand nom
bres. Premiérement elles font - très variées
, & par là très- capables de plaire à
plufieurs claffes de lecteurs . Elles ont en
fecond lieu , toutes les qualités qui font
le mérite de ces fortes de petites Piéces ;
on y trouve de l'efprit , du fentiment ,
du goût & de la Poëfie . A la tête du
recueil font placées des Odes facrées
dont le Sujet eft tiré des Pfeaumes ; elles
font fuivies de quelques traductions des
Hymnes du Breviaire de Paris. En
1735 , l'Académie Françoife avoit pro112
MERCURE DE FRANCE.
pofé pour le prix de l'Ode , les progrès
de la Mufique fous le régne de LOUIS
LE GRAND. M. l'Abbé Clément eut
le prix ; & fon Ode qui tient un rang
diftingué dans ce recueil , exprime , par
des Strophes harmonieufes , tous les
charmes de la Mufique. Nous n'indiquerons
pas tous les Sujets que l'Auteur
a traités ; il y a dans cette brochure
plus de quatre - vingt Piéces , tant
Odes qu'Epîtres , Bouquets , Portraits
Etrennes , Placets , Epitaphes , Epithalames
, Epigrammes , Cantatilles , Rondeaux
, Fables , & c. Nous en avons rapporté
une dans le Supplément aux Piéces
fugitives du Mercure de Mars dernier.
Elle nous paroiffoit de faifons alors ,
& nous nous réfervions d'en faire connoître
l'Auteur dans le Mercure de ce
mois. Cette Piéce où il eft question
d'une aventure de bal , fuffit pour
donner une idée du goût de l'Auteur ,
& du mérite des autres Piéces qui compofent
cette brochure.
(
REQUÊTE au Roi , par la Dame
veuve Calas , feuille in-4° , & in- 8 °
on en trouve des exemplaires chez les
Libraires du Palais Royal.
L'Hiftoire des fieurs & Dames CaAVRIL.
1764. 113
las , que tout le monde connoît préfentement
, étoit un Sujet bien propre
à faire naître des vers touchans &
pathétiques : auffi eft- ce là ce qui diſtingue
principalement cette Requête en
Vers , compofée par un Poëte qui a de
la chaleur & du fentiment.
GAZETTE Littéraire de l'Europe. A
Paris , au Bureau de la Gazette de Fran
ce . Prix de la Soufcription , 24 liv. par
an , papier ordinaire , & de 30 liv . papier
plus grand & plus fin.
L'objet de cet Ouvrage périodique
eft d'annoncer tous les Mercredis de
chaque femaine , dans une feuille in - 8°
de feize pages d'impreffion , les Livres
qui paroiffent tant en France que dans
les Pays Etrangers. Pour ceux de France
on n'en donne que l'annonce & une
courte notice. A l'égard des Livres
Etrangers , outre cette annonce , on publiera
à la fin de chaque mois quatre
feuilles de fupplément,dans lefquelles on
renverra les Traductions entières & les
Analyfes détaillées des Ouvrages qui
mériteront d'être plus particulièrement
connus.
La première feuille de cette Gazette
a paru le Mercredi 7 du mois de Mars.
114 MERCURE DE FRANCE .
ARTICLE III.
SCIENCES ET BELLES-LETTRES
ACADÉMIE S.
LETTRE de M. de BELLISLE , Secrétaire
des Commandemens de S. A. S.
Mgrle Duc D'ORLEANS , à M. de
VELYE , Membre de la Société Litté
raire de Châlons-fur-Marne , le 24
Septembre 1763.
MONSEIGNEUR ONSEIGNEUR LE DUC D'ORLÉANS
, Monfieur , qui eft quant à préfent,
le feul Prince appanagé
de la Maiſon
de France , doit veiller avec une attention
particulière
, pour que perfonne
ne
puiffe prétendre
à un pareil titre , qui
n'eft dû qu'aux mâles puînés de nos
Rois , & àl'aîné de la defcendance
mafculine
de ces puînés. En effet , l'Appanage
eft une portion détachée
des Domaines
de la Couronne
, que les Loix
de l'Etat donnent , avec autant de juftice
que de politique
, aux puînés de nos
AVRIL. 1764. 115
Souverains , pour leur fubfiftance , &
pour leur tenir lieu du partage au Trône
qu'ils étoient en droit de prétendre fous
la première & la feconde Race. Une
longue expérience ayant fait fentir les
inconvéniens de cette divifion de Souveraineté
, on y remédia au commencement
de la troifiéme , par la Loi falutaire
des Appanages , qui font devenus dans
la fuite reverfibles à la Couronne au défaut
de la ligne mafculine. Cette portion
que tient le Prince appanagé , avec des
prérogatives dignes de la fource dont
elles font émanées , & qui lui retracent
fans ceffe l'éclat & les droits de fon origine
, ainfi que fes devoirs
, eft certai
nement
la plus noble & la plus belle de
toutes les tenures
, & ne peut être affimilée
à aucune
autre. D'après
ces principes
, Monfieur
, Mgr le Duc d'Orléans
n'a pu
voir fans ſurpriſe
, dans le Mercure
de France
du mois d'Avril
1760 , tom. 2, p. 148 , que , dans un article où l'Auteur
du Mercure
rend compte
d'une Séance
pu- blique de la Société
Littéraire
de Châlons-
fur- Marne
, il foit dit que vous avez continué
la lecture de l'Hiſtoire
de
la Ville , de la Comté- Pairie de Vertus
& de la fuite des Seigneurs
qui ont poffédé
ce Domaine
jufqu'à
M. le Maréchal
116 MERCURE DE FRANCE.
Prince de Soubife , qui le tient aujour
d'hui comme un Appanage de la Maifon
de France , étant héritier pour une partie
de l'ancienne Maifon de Bretagne , qui
le poffedoit à ce titre. Voilà en peu de
mots , Monfieur , trois affertions bien extraordinaires.
1 °. M. le Prince de Soubife
n'a jamais prétendu & ne peut pas pofféder
le Comté de Vertus comme un
Appanage de la Maifon de France .
2. La Maiſon de Bretagne ne l'a point
poffédé à ce titre . 3 °. M. le Maréchal de
Soubife n'en eft point propriétaire comme
héritier de l'ancienne Maifon de
Bretagne. Un fimple extrait des fçavans
Ouvrages de M. Dupin & de M.
'Abbé de Longuerue fuffira pour étalir
la négative des faits que vous avez
Avancés. Lors de la réunion de la Chamagne
à la Couronne de France , la Seigneurie
de Vertus entra dans le Domaine
du Roi ; elle y eft demeurée jufqu'en
1361 , que le Roi Jean la donna
en pleine propriété , avec titre de Comté,
à Jean-Galeas Vifcomti , pour dot de fa
fille Ifabelle que Vifcomti époufa. Jean-
Galeas mariant fa fille Valentine avec
Louis , Fils de France , Duc d'Orléans ,
en 1389 , lui donna de même en dot le
Comté de Vertus , Marguerite , fille de
AVRIL 1764. 117
Valentine & de Louis , Duc d'Orléans
porta ce Comté dans la Maifon de Bretagne
, en époufant Richard , Comte
d'Eftampes. De leur mariage naquit
François II , Duc de Bretagne , qui en
fit don à François , fon fils naturel , fouche
des Seigneurs d'Avangour. Si vous
voulez , Monfieur , confulter les preuves
de l'Hiftoire de Bretagne , tome 3 , colonne
1354 , vous y verrez qu'il fut enjoint
aux Seigneurs d'Avangour , par
plufieurs Arrêts du Parlement , de ne
point ufurper le nom de Bretagne. Ces
Seigneurs ont continué de jouir du Comté
de Vertus de mâle en mâle , jufqu'en
1746 , que leur poftérité mafculine s'étant
éteinte , leur fucceffion a paffé à
M. le Prince de Soubife , iffu de Marie
d'Avangour , qui avoit pour quatriéme
ayeul François d'Avangour , fils naturel
de François II. Ce n'eft donc point
comme héritier de l'ancienne Maifon de
Bretagne , que M. le Prince de Soubife
poffède le Comté de Vertus , mais comme
héritier d'une branche illégitime de
cette Maiſon. Ce n'eft donc point comme
en Appanage de la Maifon de France
, que M. le Prince de Soubife tient
aujourd'hui ce Comté , mais comme un
héritage qui lui eft échu du chef d'une
S
18 MERCURE DE FRANCE.
grand'- mère , laquelle avoit recueilli par
droit de fucceffion , la donation faite à
François d'Avangourfon auteur , parle
Duc de Bretagne. Enfin dans les diverfes
mutations du Comté de Vertus , qui
à paffé du Roi Jean à fa fille Ifabelle ,
d'Ifabelle à Valentine de Milan , fa fille
de Valentine à fa fille Marguerite, deMarguerite,
femme de Richard Comte d'Eltampes
, à leur fils François , Duc de
Bretagne , & du Duc François à François
d'Avangour fon fils naturel ; on ne
reconnoît aucun des traits qui caractérifent
un Appanage du la Maifon de France
, & d'où l'on puiffe inférer que la
Maiſon de Bretagne ait poffédé à ce
titre le Comté de Vertus . Ces obfervations
, Monfieur , que j'ai l'honneur de
Vous envoyer par ordre de Mgr le Duc
d'Orléans , & dont vous pouvez faire la
vérification dans notre Hiftoire , vous
engageront fans doute à faire inférer
dans le Mercure un Article qui puiffe réformer
ce qui a été avancé à ce sujet
dans celui d'Avril 1760 ; afin que les
perfonnes qui ne font pas inftruites de la
nature des Appanages , ne fe forment
pas de cette tenure des idées fauffes ,
qu'il eft important pour les Princes Appanagers
de ne pas laiffer accréditer ; &
AVRIL. 1764. 119
comme la Société Littéraire de Châlons
fe propofe de donner bientôt au
Public le recueil de fes Mémoires
SA. S. fe flatte que vous aurez l'attention
de fupprimer dans celui qui concerne
le Comté de Vertus , le titre d'appanage
dont vous l'avez décoré , avant
d'avoir approfondi cette matière.
J'ai l'honneur d'être , & c.
RÉPONSE à la Lettre précédente , par
M. FRADET, Secrétaire de la Société
Littéraire de CHAALONS - SURMARNE
, du 2 Février 1764.
MONSIE ONSIEUR ,
Vous avez pris la peine d'écrire le 24
Septembre dernier à M. de Velye , l'un
des Membres de la Société Littéraire de
Châalons ; vous lui avez marqué que
S. A. S. Mgr le DUC D' ORLEANS ,
avoit lû avec ſurpriſe dans le 2º. Vol.
du Mercure de France du mois d'Avril
1760 , que notre Affocié avoit avancé
dans fon Hiftoire de Vertus , que cette
Comté-Pairie étoit aujourd'hui tenue
120 MERCURE DE FRANCE.
›
par M. le Maréchal Prince de Soubife ,
comme un appanage de la Maifon de
France , étant héritier pour une partie
de l'ancienne Maifon de Bretagne
qui la poffédoit à ce titre & vous
lui avez démontré 1 ° . que Monfieur
le Prince de Soubife , n'avoit jamais
prétendu & ne pouvoit pas pofféder le
Comté de Vertus comme un appanage
de la Maifon de France . 2 ° . Que la
Maifon de Bretagne ne l'avoit point poffédé
à ce titre. 3° . Que M. le Maréchal
de Soubife n'en étoit point propriétaire,
comme héritier de l'ancienne Maifon
de Bretagne. M. de Velye auroit eu
l'honneur de vous faire réponſe , & de
réformer fon erreur , qui peut donner
de fauffes idées de la nature des appanages
aux perfonnes qui n'en font pas
bien inftruites ; mais il étoit , lors de la
réception de votre lettre , attaqué de la
maladie qui nous l'a enlevé environ
deux mois après . Cette lettre s'eft trouvée
parmi fes papiers , qui viennent de nous
être remis ; & la Société fe fait un devoir
de fatisfaire aux obligations qu'il n'a
pu remplir , & de donner à Mgr le Duc
d'Orléans des marques de fon profond
refpect. Elle peut uniquement dire pour
fa juftification & pour celle de fon Affocié
AVRIL. 1764. 121
focié , qu'elle n'a toléré cette affertion ,
& qu'elle n'a été hafardée dans l'hiſtoire
du Comté de Vertus , que fur la foi
d'un paffage de M. de Ste Marthe dans
fon Hiftoire de la Maifon de France
Liv. 8. c. 3. fur Jean . 2 °. Cet Auteur dit
qu'Ifabelle de France fut alliée vers 1360
avecJeanGaleas Vifcomti, Duc de Milan,
& que par lettres du mois d'Avril 1361 ,
fut fait le changement du Comté de Sommyévre
en Languedoc , baillé en appanage
à cette Princeffe en faveur de
fon mariage , à la charge de retour à la
Couronne défaillants fils & filles , avec la
Seigneurie de Vertus en Champagne ,
pour ce , érigée en Comté : mais fi MM.
de Sainte Marthe & de Velye avoient
fait attention que l'appanage eft une portion
détachée du Domaine de la Couronne
, que les loix de l'Etat donnent à
charge de retour au défaut de la ligne
mafculine , aux mâles puinés de France
pour leur fubfiftance , & pour leur
tenir lieu du partage au Thrône qu'ils
étoient en droit de prétendre fous la première
& la feconde race de nos Rois
ils n'auroient pas dit que le Comté de
Vertus avoit été donné en appanage
à Ifabelle de France , lors de fon mariage
avec Jean Galeas Vifcomti. MM.
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
de Sainte Marthe & M. de Vélye n'avoient
pas vu non plus fans doute les
lettres du mois d'Avril 1361 , citées par
le premier. On ne trouve rien dans ces
lettres , dont il m'a été remis une copie
que je crois fidelle , qui annonce que
les Terres de Sommyevre & de Vertus
ont été données en appanage à Ifabelle
de France ; il paroit feulement que la
première lui a été donnée en dot , & la
feconde en remplacement de celle- ci ,
dont elle ne pouvoit jouir par les raifons
détaillées dans les lettres. C'est donc
une dot conftituée à Ifabelle de France
& non un appanage , & aucun des poffeffeurs
de cette Terre n'a pu la tenir
depuis & la tranfmettre à perfonne fous
le titre d'appanage . La Société a retranché
cette affertion fi erronnée , de
l'écrit où elle s'étoit gliffée ; & elle ne
paroîtra point quand fes mémoires feront
donnés à l'impreffion. Je fuis chargé
de vous prier de fa part , de faire
agréer cette déclaration à Mgr le Duc
d'Orléans , & j'ofe efpérer que S. A. S.
en fera fatisfaite .
J'ai l'honneur d'être , & c..
AVRIL. 1764. 123
EXTRAIT des Regiftres de l'Académie
Royale des SCIENCES.
Du 22 Février 1764 .
NOOUUSS, avons examiné par ordre
de l'Académie , un Mémoire de M.
Biefta , Me Horloger à Paris , fur une
nouvelle conftruction de Montres , dans
lefquelles tout ce qui appartient à l'échappement
peut s'enlever fans démonter
le refte de la montre. Il eft exactement
vrai , & M. Biefta le dit dans fon
Mémoire , que la plus grande partie des
dérangemens & des accidens qui arrivent
à une montre , viennent de l'altération
de l'échappement , & que très - fouvent
on n'auroit nul befoin de démonter
le refte de la montre pour y remé- ,
dier, s'il étoit poffible d'y toucher fans
cela ; c'eft cet avantage que M. Biefta
a voulu procurer aux montres. Par la
conftruction qu'il propofe : la
la contre-potence , le cocq , la couliffe ,
la rofette , le balancier , le piton , & le
reffort fpiral y font portés par une plaque
d'acier , tenant par trois vis à la
platine du nom qui eft percée en cet
potence,
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
>
endroit pour donner paffage à la roue de
rencontre , la potence & la contre- potence
. Cette conftruction peut être appliquée
à toutes les montres déjà faites ;
& il eft aifé de fentir combien elle
peut être avantageufe , fur-tout pour
les Piéces compofées , comme pour les
montres à fonnerie ou à répétition
qu'on ne fera plus obligé de démonter
en entier pour le moindre dérangement
arrivé à l'échappement ; ce qui peut
être d'autant plus utile , qu'on eft quelquefois
obligé en voyage de fe fervir
d'Ouvriers médiocres qui pourroient
aifément gâter des parties auffi délicates
, & qui leur font trop fouvent inconnues
; au lieu que les effets de l'échappement
font généralement connus
de tous ceux qui ont pratiqué l'Horlogerie.
Ces avantages font que nous ne
pouvons qu'applaudir à la conftruction
de M. Biefta , qui nous a paru ingénieu
fe , & mériter l'approbation de l'Académie
. Signé, CAMUS & DE FOUCHY.
L'Auteur de cette invention eft le
même qui a trouvé la manière d'appliquer
aifément aux Pendules à fecondes
le temps vrai , également approuvé
par l'Académie Royale des Sciences. Il
demeure préfentement Cloître S. GerAVRIL.
1764. 125
main - l'Auxerrois en entrant par le
Louvre à gauche , au Temps vrai , à
Paris.
Le prix pour appliquer fon équation
aux Pendules à fecondes , eft de huit
louis ; & l'application de la conftruction
mentionnée au certificat ci -joint ne
renchérit pas chez l'Auteur les montres
neuves ; mais pour donner les mêmes
avantages à celles qui font déjà faites ,
il prend pour une montre fimple deux
louis , & pour une à répétition trois
louis ; & MM. les Horlogers fes Confrères
peuvent compofer avec l'Auteur ,
parce qu'ils pourront fe réferver certains
Ouvrages pour eux-mêmes.
PRIX propofé par la Société Royale:
d'Agriculture de Paris , pour l'année
2764.
PLUSIEURS
Citoyens zélés
pour
les
progrès de l'Agriculture , ayant déposé
au Bureau de la Gazette du Commerce .
différentes fommes , fur lefquelles feroit
prélevée celle de Six cens livres , pour
être employée aux Prix dont la Société
royale d'Agriculture choifiroit le Sujet ,
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
elle n'a pas cru pouvoir en préfenter un
plus important à traiter , que les Maladies.
des Beftiaux ; en conféquence , elle a
arrêté qu'elle adjugeroit un Prix de Six
cens livres , au Mémoire qui donneroit
la defcription , les caufes , les effets & la
curation des Maladies épidémiques &
contagieufes des Beftiaux , les moyens
de les prévenir & d'en empêcher les progrès.
Il fera proclamé , dans une Affemblée
de la Société , au mois d'Avril 1765 .
Les Pièces qui feront envoyées pour
concourir , doivent être remifes avant le.
1.er Janvier 1765 , à M. de Palerne ,
Secrétaire perpétuel de la Société , autrement
elles feront rejettées .
Les Auteurs ne mettront paint leurs
noms fur leurs ouvrages , mais dans un
paquet cacheté , portant un numéro
pareil à celui de la Pièce , avec une même
devife fur l'un & fur l'autre ; ces
paquets ne feront ouverts qu'après le jugement
du Prix.
Toutes perfonnes feront admifes à
concourir , à l'exception des Membres.
& Affociés qui compofent la Société
Royale d'Agriculture de Paris : les Pièces
feront adreffées à M. de Sauvigny ,
Confeiller d'Etat , Intendant de la GéAVRIL.
1764. 127
néralité de Paris , qui fera paffer aux
Auteurs les récépiffés du Secrétaire de
la Société ; le Secrétaire délivera le prix
à celui qui lui repréfentera le récépiffé
de la Pièce couronnée ; il n'y aura point
d'autre formalité.
PRIX proposé par la Société Royale
d'Agriculture de Paris , pour l'année
17651
L
A SOCIÉTÉ defirant exciter de plus
en plus l'induftrie & l'émulation des
Cultivateurs , a réfolu & arrêté , dans
fon Affemblée du 8 Décembre 1763 ,
qu'il fera fait un fonds chaque année ,
par les Affociés , pour donner deux ou
plufieurs Prix , à ceux des Cultivateurs
& autres Particuliers appliqués aux foins
de la campagne , qui auront le mieux
réuffi dans les recherches qu'elle doit
leur propofer.
Le principal objet de ces recherches ,
fera d'éclairer fucceffivement par des
expériences faites avec foin , les différentes
pratiques de l'Agriculture & de
l'économie ruftique.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
Un des Sujets qu'elle a choifi pour
le Prix de 1765 , eft , Le meilleur travail
fur la qualité & fur l'emploi des
engrais qui conviennent aux terres , principalement
aux terres à blés , relativement
à leur qualité.
Des expériences bien faites,foit pour
employer de nouveaux engrais jufqu'à
préfent peu connus ou négligés , foit
pour fuppléer au fumier des animaux ,
lorfqu'on en a peu , foit pour perfectionner
la qualité des fumiers & autres
engrais , auront droit au Prix.
? au
Ce Prix eft de la fomme de huit cens.
livres ; il fera praclamé , dans une Affemblée
publique de la Société
mois d'Avril 1766. Les Piéces qui fe-.
ront envoyées pour concourir, doivent
être remifes avant le 1er Janvier 1766 ,
à M. de Palerne , Secrétaire perpétuel
de la Société autrement elles feront
rejettées.
2.
Les Auteurs ne mettront point leurs
noms fur leurs ouvrages , mais dans un
paquet cacheté , portant un numéro pareil
à celui de la Piéce , avec une même
devife fur l'un & fur l'autre ; ces paquets
ne feront ouverts qu'après le jument
du Prix. Les Auteurs peuvent y inférer
les certificats qu'ils auront pris des
AVRIL. 1764. 129
perfonnes connues & dignes de foi qui
auront fuivi ou vérifié leurs expériences
, à l'effet d'en conftater les réfltats.
La Piéce qui renfermera le plus de
faits , d'obſervations & d'expériences
utiles fur l'art de fertilifer la terre par
les engrais , fera couronnée.
Toutes perfonnes feront admifes à
concourir , à l'exception des Membres
& Affociés qui compofent la Société.
Royale d'Agriculture de Paris : les Piéces
feront adreffées à M. de Sauvigny ,
Confeiller d'Etat , Intendant de la Généralité
de Paris qui fera paffer aux
Auteurs les récépiffés du Secrétaire de
la Société ; le Secrétaire délivrera le
Prix à celui qui lui repréfentera le récépiffé
de la Piéce couronnée , il n'y
aura point d'autre formalité.
SUJET du Prix de l'Académie des
Sciences , Arts & Belles - Lettres de
DIJON , pour l'année 1765.
ILeft d'ufage en Bourgogne de femer
fuivant trois différentes méthodes :
1º. On feme dans les mêmes terres
la première année du Bled , la feconde
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
8
des Mars , & fucceffivement ainfi d'année
à autre .
2º. On y feme alternativement une
année de Bled , l'autre des Mars , & la
troifiéme on laiffe la terre en jachère.
3º. On y feme une année du Bled , la
feconde année , la terre refte en jachère
; & cette pratique s'obferve conftamment
d'une année à l'autre .
D'après l'expofition de ces divers
façons d'enfemencer les terres en Bourgogne
, l'Académie demande :
Quelles font les Raifons phyfiques qui
doivent engager relativement aux différens
Terroirs , à préférer l'une de ces
trois méthodes ?
Les régles & les formalités qui s'obfervent
dans les Concours Académiques,
font aujourd'hui fi généralement connues
, qu'il eft inutile de les répéter.
au fujet de ce Programme . Il fuffit
d'avertir ici , que les Mémoires qu'on
doit adreffer à M. Michault , Secrétaire
perpétuel de l'Académie, rue de Guiſe , à
Dijon , ne feront reçus , francs de port
que jufqu'au premier Avril 1765 inclufi
vement : paffé lequel temps , ils ne pourront
,fous quelque prétexte que ce foit ,
avoir aucun droit au Concours ; ainfi,
AVRIL. 1764. 131
que ceux dont l'Auteur fe fera fait
connoître directement ou indirectement .
ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
L'EMULATION & le zèle des Elèves
de l'Ecole Royale Vétérinaire , loin de
fe rallentir , femblent s'accroître & redoubler.
La diftribution du Prix concernant
le Boeuf, les Bêtes à laine & les
Chèvres , avoit été fixée au 15 Mars .
Malgré les travaux qu'entraînent l'étude
de l'Anatomie & les diffections , ils ont
devancé le jour indiqué. Trente Elèves
fe font montrés au Public le Samedi 3
de ce mois , & ce concours a été honoré
de la préſence de M. l'Intendant de
la Province , de plufieurs Membres de
la Société d'Agriculture , & d'un nombre
confidérable de perfonnes de diftinction
.
Dans cette Séance , tenue felon l'ufage
ordinaite , les Contendans ont dévelop
pé des principes & des faits très - intéref
fans fur le choix des uns & des autres
animaux dont il s'agiffoit , fur la connoiffance
de leur âge , fur les foins qu'ils
exigent , fur l'attention que demande la
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
conftruction des Etables & des Bergeries
, fur les alimens les plus convenables
dans les différentes faifons , fur la manière
d'apprivoifer les Boeufs & de les
foumettre au joug , fur le temps & les
moyens de les engraiffer , fur la propagation
de cette efpèce , fur les qualités.
d'un bon Taureau , für la beauté &
bonté des Vaches , tant communes que
Flandrines , fur le lait qu'elles donnent ,
fur les espèces que nous pourrions tirer
avec le plus grand avantage de l'Etranger,
particulièrement de Jutland , fur le régime
à faire obferver aux Vaches pleines &preres
à mettre bas , fur le choix des Veaux
à élever par préférence , fur le temps de
les fevrer , fur la conformation des Moutons
, fur leur toifon , fur la tonte , fur
les différentes espèces connues en France
& en Angleterre , fur leurs produits
comparés , für l'importance & fur la manière
de faler ces animaux , fur les pâtu
rages qui leur conviennent , fur ceux
qui leur font nuifibles , fur l'heure & la
faifon de les conduire aux champs , fur
l'eau dont on doit les abreuver , fur les
moyens de les engraiffer , fur les avantages
des parcs pour amender les terres ,
fur les qualités d'un bon Bélier & d'une
Brebis mère , fur le temps de les accou
1
AVRIL. 1764. 133
pler , fur les foins à donner à la Brebis
qui doit agneler , & àl'Agneau qui vient
de naître , foit dans le cas où elle a mis
bas deux jumeaux , foit dans celui où
elle agnèle pour la première fois , foit
enfin eu égard aux Agneaux qui parviennent
à une certaine force , fur
les Agneaux qui doivent être fevrés ,
fur les Agneaux à livrer au Boucher ,
fur les obfervations naturelles qui fe préfentent
à quiconque veut traiter & élever
ces animaux , & c , fur le Bouc comparé
au Bélier , fur les diverſes races
dans l'efpèce des Chèvres , fur les différences
à remarquer entre elles & la
Brebis , fur leurs véritables pâturages ,
fur les qualités du Bouc & de la Chèvre
deftinés à la propagation , fur le temps
de les accoupler , fur les attentions à
donner à la Chèvre prête à chévroter
& aux Chevreaux nés , en quelque nombre
que ce foit , & c. & c. &c..
Tous ces points divers ont été amplement
difcutés par les Sieurs d'Auvergne
frères , Petite , Damne , Thomas , Beaumont
fils , Greffet , Parnet , de la Provin
ce de Franche -Comté ; Aima , Leger &
Latour , de la Généralité de Bordeaux ;
Bigler , du Canton de Berne ; Boudier
134 MERCURE DE FRANCE .
Treitch & Teillard , de la Généralité
d'Auvergne ; Barjollin & Dupin , de la
Généralité de Limoges ; Kamerlet , de la
Ville de Nancy ; Beauvais & Didné ,
de la Généralité d'Amiens ; Chanu , de
la Province de Bourgogne ; Brachet , de
celle de Bugey ; Gay & Bethoux , de la
Province de Dauphiné ; D'anguien ,
Defavenieres , Defchaux , Faure l'aîné
Thevenet & Mathias , de la Généralité
de Lyon.
L'embarras dans lequel MM. de la
Société d'Agriculture fe font. trouvés
relativement au Jugement qu'ils ont été
obligés de porter fur celui ou fur ceux
des Elèves à qui le Prix devoit être décerné
, a obligé d'en donner deux au lieu
d'un le premier de 50 liv. & le ſecond
de 48 liv.
:
Les vues de ces Juges intégres & éclairés
ont été dirigées fur dix- huit de ces
trente Contendans. Ils ont ad ugé le
premier prix aux Sieurs Petite , Parnet ,
Barjollin , Dupin , Damne , Bigler
Beauvais , D'anguien & Thevenet : celui-
ci eft âgé de douze ans . Ces Elèves
ayant tiré au fort , le Sieur Dupin en a
été favorifé ; mais fes Concurrens ne
trouvent pas moins dans la gloire qu'ils
fe font acquife , la récompenfe qui flatte
AVRIL. 1764. 135
le plus des hommes deftinés à fervir utilement
leur Patrie .
Le fecond prix a été adjugé aux Sieurs
Gay , Bethoux , Treitch , Leger , Def
chaux , âgé de treize ans , Chanu , Thomas
, Faure l'aîné & Defavenieres . Le
fort a décidé en faveur du Sr Deſchaux
fans rien diminuer de l'honneur attaché
aux fuffrages que les autres ont justement
obtenus .
Le Sr Brachet , conftamment attaché
à fes devoirs , a mérité des éloges , & il
eût été couronné comme les autres concurrens
, s'il n'eût été employé au traitement
de plufieurs maladies qui l'ont
appellé pendant quelque temps hors de
l'Ecole.
Le Sr Bredin , qui a porté pendant
près de fept mois les fecours les plus
efficaces dans plufieurs Provinces dont
les Beftiaux étoient frappés d'un fléau
cruel , n'a pu concourir dans cette circonftance
, parce qu'il s'eft occupé à réparer
, à certains égards non moins effentiels
, le temps qu'il avoit employé
ailleurs.
Il en eft de même du Sr Bloufard , en
qui l'expreffion, n'eft point auffi facile
que Pintelligence.
Les Srs Latour , Greffet , les Frères
d'Auvergne , Beaumont fils , Diane
136 MERCURE DE FRANCE.
Aima , Kamerlet & Boudier ont fatisfait
le Public , & n'ont pu être regardés
comme des Sujets médiocres.
C'eft avec beaucoup de fatisfaction
que nous inférons de pareils Articles
dans notre Journal. Les fuccès de ces
Elèves continuent à faire un honneur infini
à M. Bourgelat , Correfpondant de
l'Académie des Sciences de Paris , qui a
la Direction de l'Ecole Royale Vétérinaire
, & au Miniſtre ( M. Bertin ) à qui
la France & l'Europe même font redevables
d'un Etabliffement fi utile. Nous
difons l'Europe même ; car un grand
nombre d'Etats & de Souverains , principalement
du Nord , ( parmi lefquels
on compte le Roi de Pruffe ) ont déja
envoyé à M. Bourgelat plufieurs Elèves
pour fe former dans cette Ecole ; & ces
Elèves s'y diftinguent par leur applica
cation & leurs fuccès..
DIOPTRIQUE.
LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
JE crois ,Monfieur , que vous ne ferez
pas faché que je vous entretienne d'une
découverte très-intéreffante & qui va
AVRIL. 1764. 137
donner à la Dioptrique une nouvelle
face. Nous la devons aux travaux d'un
Géomêtre célébre , & aux foins de plu--
fieurs Amateurs . Vous fçavez , Monfieur
, qu'on appelle Dioptrique la vifion
qui fe fait à l'aide des verres ; on
peut dire que , fi l'état où étoit précédemment
cette fcience eût étonné les
Anciens qui n'en avoient pas d'idée ,
fes nouveaux progrès ne paroîtroient
pas moins admirables à Newton lui- mê--
me , au Grand Homme qui décompofa
la lumière , & qui avoit connu
fans les furmonter , les obftacles qui vien--
nent d'être levés : c'eft que l'homme qui
parcourt le plus rapidement la carrière ,.
trouve un terme où il faut qu'il s'arrête
, & d'où part à fon tour l'homme
de génie qui vient après lui.
Mais , avant tout , il eft néceffaire
que je vous rappelle quelques principes
d'Optique qui ne vous font pas inconnus
; & pour ne pas rendre la ma--
tière trop compliquée , je ne vous parlerai
que des lunettes Aftronomiques
à deux verres convexes . Les rayons partis
de l'objet après s'être pliés en traverfant
le premier verre , qu'on nomme
l'objectif , fe réuniffent dans un
point de l'axe de la lunette , qui eſt:
1
138 MERCURE DE FRANCE.
appellé foyer du verre , & y forment
un image devant laquelle fe place l'Oculaire
, ou le fecond verre , qui faifant
l'effet d'un mifcrofcope , fert à
aggrandir cette image ; & la lunette
groffit d'autant plus , que le foyer du
verre objectif eft plus long , & que
celui du verre oculaire eft plus court.
Ainfi une lunette de fix pieds avec un
Oculaire de trois pouces groffit vingtquatre
fois ; avec un Oculaire de dixhuit
lignes elle groffiroit quarante - huit
fois. Il femble qu'en partant de ce principe
, on puiffe multiplier les effets à
l'infini ; en ayant de longs objectifs &
de courts oculaires : mais on a trouvé
de très-grands obftacles dans la figure
des verres & dans la différente réfrangibilité
des rayons. Defcartes qui porta
dans les Arts la lumière de la Géométrie
, avoit démontré que tous les rayons
partis d'un objet , & traverfant un verre
objectif, fe réuniroient dans un même
point de l'axe de la lunette , fi l'on
donnoit à l'objectif une figure hyperbolique
; mais ici la pratique des Arts
ne peut plus atteindre à la précision du
calcul. On n'a vu réuffir aucun des effais
de Descartes , qui faifoit travailler fous
fes yeux un ouvrier intelligent ; & l'on
AVRIL. 1764 . 139
a reconnu avec peine , qu'il étoit moralement
impoffible de donner aux verres
une figure hyperbolique régulière.
2
On fe reftraignit à leur donner la figure
fphérique ; mais par la propriété
de cette courbure il n'y a que les
rayons qui tombent près de l'axe , qui
foient réunis dans un même point. Les
autres , ayant un foyer différent, y peignent
d'autres images , & toutes ces
images fort près les unes des autres , en
forment une feule qui eft d'autant plus
confufe , qu'il y en a un plus grand nombre
: on fut forcé de donner peu d'étendue
à la courbure de la furface des objectifs
, & l'on y perdit de la lumière. Car
vous concevez bien , Monfieur , que
la
quantité de lumière dépend de la grandeur
de l'objectif qui lui donne entrée,
Mais on s'apperçut bientôt que ces inconvéniens
étoient les moindres qu'on eût à
craindre : un homme qui étoit appellé aux
plus brillantes découvertes dans toutes
les Sciences , portant dans la Phyfique ,
le flambeau de fon génie , trouva l'art de
décompofet la lumière , & fit voir que
chacun de fes rayons étoit compofé de
7 rayons primitifs de couleur différente
, rouge , orangé , jaune , & c. Ces
rayons traverfant un prifme ,s'y rom140
MERCURE DE FRANCE.
pent fuivant leur différente réfrangibili
bilité , fe féparent , & peignent fur le
papier où on les reçoit, les fept couleurs
dans leur ordre naturel , Cette découverre
, appliquée à l'optique, rendit raifon
des anneaux colorés,appellés iris , qu'on
avoir apperçus autour des images formées
par
de longues lunettes. Le verre
objectif fait alors la fonction du prifme
qui fépare les couleurs : on crut que la
nature de la lumière mettant un obftacle
invincible à la perfection de cet Art,
& la théorie ayant fait connoître que
les iris étoient plus grandes , en proportion
de l'ouverture de l'objectif , onprefcrivit
de nouveau de la diminuer ;
mais en même temps on diminuoit la
quantité de lumière fi néceffaire à la
diftinction des objets . On ne retiroit
plus par conféquent des longues lunettes
l'avantage qu'on en devoit efpérer
; & l'incommodité de leur longueur
fubfiftoit toute entière . Les chofes en
étoient là , & cette barrière reftoit infurmontable.
Lorfque M. Euler , l'un des plus
grands Géométres de l'Europe , eut en
1747 l'idée heureufe de former des:
objectifs de deux matiéres différemment
réfringentes ; il efpéra que leurs
AVRIL. 1764. 141
réfractions différentes pourroient fe
compofer & détruire les Iris , il forma
fes objectifs de deux lentilles de
verre qui renfermoient de l'eau entre
elles , & pofant une hypothéfe fur leurs
qualités réfringentes , il en déduifit des
formules générales & très- élégantes.
M. Dollond , fçavant Opticien Anglois
, fit ufage de la Théorie de M.
Euler ; mais il fubftitua avec raifon à
fes lois de réfraction celles de Newton .
qui paroiffoient préférables étant fondées
fur l'expérience ; les formules donnerent
alors un résultat fâcheux , car la
réunion des rayons ne fe pouvoit faire
que lorfque la longueur du foyer étoit
infinie . M. Euler répondoit par des
raifons métaphyfiques très - probables ;
& M. Dollond s'appuyant de la réputation
de Newton , lui oppofoit conftamment
fes expériences. Cette découverte
dont la théorie étoit fi belle , paroiffoit
donc inutile dans la pratique ;
& on croyoit déjà la devoir ranger au
nombre de ces idées ingénieufes , qui
fans être utiles à la Société , font honneur
à l'efprit humain . M. Klingenftierna
, Géométre Suédois écrivit en
1755 à M. Dollond ; & par des démonftrations
métaphyfiques & géomé142
MERCURE DE FRANCE.
triques le força de douter de l'exactitude
des expériences de Newton. M. Dollond
les refit & les trouva fauffes. Newton
avoit réuffi dans des expériences
plus difficiles ; il manqua celles- ci , &
cela prouve que l'homme eft toujours
fi près de l'erreur , que le génie même
qui l'éléve ne peut l'empêcher d'y tomber
quelquefois . M. Dollond reprit courage
; mais il trouva que les objectifs
de verre & d'eau exigeoient des courbures
trop confidérables & qui produiroient
, comme nous l'avons dit plus
haut , une multitude d'images différentes
, qui rendent les objets peu diftin&s.
Il imagina de fubftituer des verres de
différentes denfités , & qui étant combinés
pour en former un objectif , fiffent
le même effet que l'eau unie avec le
verre. Il trouva bientôt que les deux
efpéces de verres , que les Anglois appellent
( Crown glaſſ ) & Slint. glaff“ ,
dont le premier reffemble affez à notre
verre commun , avoient les propriétés
qu'il defiroit : il les combina avec des
Courbures différentes ; & après beaucoup
d'expériences
il réuffit à faire
d'excellentes lunettes fans aucune iris . Il
nous en eft paflé quelques - unes en
France , & les moins bonnes de cinq
›
AVRIL. 1764. 143
pieds groffiffoient bien davantage que
les lunettes ordinaires de la même longueur
, puifqu'elles faifoient à-peu- près
L'effet d'une lunette de 12 à 15 pieds.
M. Dollond n'indiquoit pas la route
qu'il avoit fuivie ; il eût fallu fe réfoudre
à imiter fervilement fes Télescopes ,
pour en conftruire de pareils. Vous fentez
, Monfieur , l'incertitude & l'humiliation
de cette Méthode . M. Clairaut
mon Confrère , connu par des fuccès
brillans dans la Géométrie , & à qui je
rends içi avec plaifir , comme ami , la
juſtice qui lui eft due , comme Géomètre
, entreprit d'établir une Théorie complette
des aberrations des rayons de lumière
, & rechercha les courbures qu'il
falloit donner aux deux matières réfringentes
pour les détruire ; mais il vit d'abord
qu'une telle recherche devoit être
fondée fur des expériences plus sûres
celles dont on s'étoit appuyé jufqu'i
que
ci , afin de connoître mieux la réfringence
des différentes matières . C'est par
où il commença . Il effaya fur le ( Flint
glass ) & fur notre verre commun ,
qu'il fubftitua au ( Crown glass ) ; &
leur réfringence étant bien conftatée , il
en déduifit bientôt les formules générales
qu'il cherchoit. Il en lut le réſultat
44 MERCURE DE FRANCE.
1
à l'Affemblée publique de l'Académie
du 8 Avril 1761. Il prévoyoit dès- lors
que les Lunettes de M. Dollond , quoique
très-bonnes , ne produifoient pas
tout l'effet qu'on en devoit attendre ,
puifque les aberrations étant détruites ,
il paroiffoit qu'elles devoient furpaffer
les Télescopes Newtoniens , qui perdent
beaucoup de lumière par la réflection
des Miroirs.
Vous verrez inceffamment , Monfieur
, cette conjecture vérifiée par le
fuccès que je vous annonce . Des Artif
tes intelligens , conduits par fa théorie
firent quelques effais qui répondirent à
ce qu'on en devoit attendre ; enfin M.
Antheaume , connu par fa Méthode des
Aimants artificiels , qui a remporté le
Prix à l'Académie de Pétersbourg en
1760 , qui depuis long-temps , Amateur
de l'Optique , s'appliquoit à faire d'excellens
Objectifs , fuivant les pratiques
ordinaires , entreprit d'en travailler un
fuivant les déterminations de M.Clairaut.
Le plus grand fuccès a comblé nos eſpérances
il a fait un verre de fept pieds
de foyer , qui fait l'effet d'une bonne lunette
de trente-cinq à quarante pieds.
Cette perfection furpaffe de beaucoup
celle où M. Dollond avoit atteint ; & ,
en
AVRIL. 1764. 145
en faifant l'éloge de l'adreffe de M. Antheaume
, prouve l'excellence de la route
que M. Clairaut lui avoit tracée. J'ai vu
avec cette Lunette le difque de Jupiter
parfaitement bien terminé ; les bandes
qu'on y obferve partagées en plufieurs
autres bandes , & les fatellites qui l'accompagnent
affez. groffis pour qu'on
puiffe efpérer d'appercevoir auffi leur
difque , fi l'on peut réuffir un jour auffi
dans des verres d'un foyer plus long.
S. E. Mgr le Cardinal de Luines , qui
protége les Sciences, & dont les lumières
fur l'Optique font connues , en a fait
l'épreuve ; MM . de Thury , le Monnier ,
de la Lande , Chappe & moi , tous
Membres de l'Académie des Sciences ,
y avons affifté , & il n'y a eu qu'une
voix fur l'excellence de cette Lunette.
M. Antheaume s'eft fait un plaifir de la
faire voir aux Amateurs , & particulièrement
à M. le Préfident Saron , qui ,
ayant beaucoup de goût &. de connoiffance
, eft poffeffeur d'un tres- beau Téleſcope
* Anglois . Il l'a comparé avec
la Lunette , & il avoue lui-même qu'elle
fait plus d'effet.
Cela ne vous paroîtra pas difficile à
Ce Miroir a 30 pouces de foyer . Il doit
groffir environ 120 fois les objets.
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE..
concevoir , Monfieur , en vous rappellant
le principe établi plus haut , que les
Lunettes groffiffent d'autant plus que le
foyer de l'Objectif eft plus long , & celui
de l'Oculaire plus court ; & en y ajoutant
celui -ci , que la lumière est d'autant
plus viv, eque l'ouverture de l'Objectif eft
plus grande , & le foyer de l'Oculaire
plus long. Dans les Lunettes ordinaires
les aberrations forçoient de refferrer
l'ouverture des Objectifs ; & , pour conferverfuffifamment
de lalumière , on ne
pouvoit mettre des Oculaires fort courts,
Ces nouvelles Lunettes , en détruifant
toute aberration , permettent de faire
l'ouverture des Objectifs fort grande ,
& fouffrent , fans perdre trop de lumière
, les Oculaires les plus courts que
l'art puiffe fournir. Vous jugez. , Monfieur
, de la fatisfaction que doit reffentir
M. Clairaut des progrès d'un Art qui fur
devra fa perfection . Quel champ vaſte
ouvert à nos découvertes , fi l'on peut
porter à la même perfection des Lunettes
plus longues , telles que de vingt à
vingt-cinq pieds ! Que de points incertains
dans le Systême du Monde peuvent
être éclaircis ! Et pour fe rapprocher de
la vie civile , quelle commodité pour les
Particuliers de pouvoir fe procurer des
AVRIL. 1764. 147
}
Lunettes de trois , quatre , cinq pieds
qui , fans être fort difficiles à manier ,
feront plus d'effet que les Télefcopes ordinaires
, qui font rarement bons , &
qu'il eft difficile de conferver long-temps
bons , à caufe du poli des Miroirs , qui
ne fubfifte que par les plus grands foins !
9
C'est ici le lieu de vous parler , Monfieur
, d'un Artifte fort intelligent ; de
M. de Létang * , qui a travaillé , dès les
commencemens fur les principes &
fous les yeux de M. Clairaut. Il joint à
beaucoup de lumières les plus grands
foins dans la pratique. Il a bien voulu
me faire voir plufieurs Objectifs de trois
& de cinq pieds, qu'il a travaillés, & qui
font excellens. Il fe difpofe à en travailler
d'un foyer plus long , & je fuis afſuré
du fuccès. Les Aftronômes feront trèsheureux
d'avoir recours à lui pour un
Inftrument qui leur eft fi néceffaire .
M. le Bas , Artifte connu , qui demeure
aux Galleries du Louvre , m'a fait
voir auffi de très - bons Objectifs de trois
* C'eſt à l'adreſſe de M. de l'Etang , que M.
Clairaut eft redevable de n'avoir pas été dégoûté
de l'application de fa théorie à la pratique : il
falloit un homme qui faisît les idées affez bien ,
pour fe les rendre propres , & pour que l'éxécution
lui en de vînt facile .
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
pieds . Il femble que le feul obftacle ,
qui s'oppofe maintenant à nos progrès ,
foit la difficulté de ce travail , qui éxige
beaucoup plus de foins & de précifion
qu'auparavant , & la rareté du Flintglaſs
qu'on a peine à fe procurer ici , & que
l'on trouve fouvent défectueux. M. Paffemant
, qui a auffi travaillé fur cet objet
, a la compofition d'une matière , laquelle
étant vitrifiée pourroit être fubftituée
au Criſtal d'Angleterre. L'attention
des Amateurs doit maintenant s'y porter
nous espérons qu'elle procurera
aux Artistes toutes les facilités néceffaires
, & leur intelligence nous promet
qu'ils ne feront pas arrêtés par la difficulté
du travail . 7
J'ai l'honneur d'être , &c.
BAILLY , de l'Acad. Royale des Sciences.
GÉOGRAPHIE.
ON
AVIS.
Na répandu contre le fieur Defnos
une calomnie que nous croyons fort
propre à exciter le mépris des honnêtes
gens ; & on s'eft fervi pour cet effet de
AVRIL. 1764. 1499
Ta voie de Gazetier d'Utrecht . Il s'agit
de l'Eclipfe du premier Avril , dont ce
Géographe a donné une Carte qui a
paru a-peu-près dans le même temps que
celle du fieur Latré. On veut que le Sr
Defnos ait été Plagiaire & condamné
pour tel par Arrêt du Parlement . Nous
nous croyons obligés de défabuſer le
Public de l'idée de Plagiaire dont on
veut ternir la réputation du Sr Defnos
& du prétendu Arrêt qui n'a jamais
exifté. Le talent a toujours des ennemis
fecrets , en même temps qu'il a des admirateurs
. Il n'eft pas étonnant que le
fieur Defnos ait été en but aux traits
d'une jaloufie fecrette , & nous penfons
que le Gazetier d'Utrecht n'apprendra
qu'avec indignation , que l'on s'eft fervi
de fa plume pour calomnier aux yeux
du Public un Citoyen qui enrichit chaque
jour la Géographie des plus belles
productions du burin .
Le fieur Defnos continue toujours à
débiter cette Carte de l'Eclipſe qui nous
a paru exécutée avec beaucoup de netteté
& de jufteffe ( Prix , 1 liv. 4 f. ) II
demeure rue S. Jacques , à l'Enfeigne
du Globe.
On trouve chez le fieur Defnos deux
nouveaux Globes terreftres , céleftes, &
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
des Sphères de toutes les grandeurs ,
proper ionnés aux Cabinets & aux Bibliothèques
; les Atlas hiftoriques &
géographiques , tant anciens que modernes
. L'Atlas particulier de la France
ancienne & moderne , repréfentée dans
tous fes différens âges par autant de Cartes
particulières depuis fon origine jufqu'à
nos jours , & adaptées aux Ouvrages
de Mézerai , du P. Daniel , de M.
le Préfident Hénault & particuliérement
pour accompagner l'Hiftoire de
France de MM. Vély & Vilaret &
l'Atlas chrorographique de la Généralité
de Paris , vol . in-4° . même grandeur. On
trouve auffi généralement chez lui tout
les inftrumens qui concernent les Sciences.
,
AVRIL. 1764. 151
ARTICLE IV.
BEAUX-ARTS.
ARTS UTILE S.
CHIRURGIE.
M. MAGET , Ancien Chirurgien
Major dans la Marine , à découvert un
reméde qui , par l'application extérieure
, opére la guérifon des hernies
ou defcentes. Les expériences qu'il en
a faites pendant plufieurs années , en
Province , lui ont toujours réuffi ; ce
qui eft conftaté par les témoignages
des Chirurgiens , & des Magiftrats. Il
a depuis fait , en cette Ville , des épreuves
de fon reméde , tant fous les yeux
de M. Petit , & d'autres Médecins à qui
M. Senac , premier Médecin du Roi ,
l'avoit adreffé pour cet effet , que fous
ceux de MM. Martin , & Neilfon , le
premier , Maître en Chirurgie à Paris ,
& le fecond, Chirurgien herniaire , auffi
à Paris , & il a obtenu les mêmes fuccès.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Enfin s'étant fait autoriſer à entrepren
dre de pareilles cures , dans quelques
Hôpitaux de Paris , & notamment à
l'Hôpital Général , il a été reconnu que
le fieur Maget , par fon reméde & fa
méthode , avoit opéré des cures radicales
; il en a même été dreffé des Procès-
Verbaux , fignés des Médecins , Chirurgiens
& adminiftrateurs. C'eft après .
toutes ces expériences & l'éxamen de
fon reméde , fait par la commiffion
Royale de Médecine , que M. Maget
a obtenu la permiffion d'adminiftrer fon
reméde à Paris , & dans toute l'éten
due du Royaume , comme étant trèsefficace
pour la guérifon des hernies
ou defcentes , qu'il continue d'opérer
avec les fuccès les plus conftans. L'exemple
de M. Menjaud, Contrôleur de la bouche
de Madame la Dauphine à Verſailles
en eft une preuve : il l'a guéri d'une
hernie complette à l'âge de foixantedeux
ans ; il est aujourd'hui fans bandage
, & dans la plus grande fécurité.
L'Auteur a pour témoins de cette gran.
de cure , M. Martin , Maître en Chirurgie
& M. Louftoneau , Chirurgien des
Enfans de France à Versailles. Ceux
qui écrirontfont priés d'affranchir leurs
lettres. M. Maget demeure chez M,
AVRIL. 1764. 153
Lauzeret , Maître de Penfion , rue d'Orléans
, au coin de la rue du Gril, près du
Jardin du Roi à Paris.
LE SIEUR ANCÉAUME a découvert
dans fes travaux , un Spécifique pour la
guérison de la Teigne : il en a fait les
plus heureuſes expériences. Les avantages
qu'on doit retirer d'un Remède auffi
utile , confifte 1º. dans la guériſon fùre
& radicale de cette maladie , quelque
invétérée qu'elle puiffe être ; 2°. à opérer
extérieurement , fans aucun régime ,
fans douleur , & fans laiffer à la partie
affectée aucune marque.
2.
C'eft fur de pareils motifs que les plus
célébres Médecins de Paris , & nommément
MM. Petit pere & fils , Thieullier,
ancien Doyen de la Faculté , Morand ,
Chirurgien des Invalides , Barbeaux, Dubourg
& Marteaux , réfidens à l'Ecole de
Médecine , & autres fe font portés ,
après avoir vu , fuivi & examiné les
cures furprenantes opérées par ce Remède
, à en rendre les témoignages les
plus flatteurs , à la vue defquels , & aprèsun
examen particulier de M. de Senac
Premier Médecin du Roi , voulut , pour
que le Public profitât d'une découverte
fi importante , l'autorifer par un Privi
Gw
154 MERCURE DE FRANCE.
lége qui pût le faire connoître.
Depuis ce Privilége , les fuccès du S*
ANCÉAUME n'ont pas été moins heureux
. Dans les Affemblées particulières
de la Faculté ; on jugea même que ce
remède méritoit un Eloge public ; & en
effet , il fut fait mention dans les Journaux
de Médecine , des cures autant furprenantes
qu'admirables , qu'il a opérées
dans ce genre de Maladie auquel il eft
deſtiné.
Le Sieur ANCEAUME demeure rue
Grenier S. Lazare , au coin de celle de S.
Martin , à Paris. Et pour Pâques , il demeurera
chez M. Mathieu l'aîné , Marchand
de Chevaux , rue & vis- à- vis la
Prifon S. Martin , au Renard. On le
trouve chez lui tous les jours ..
HOPITAL
DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Quarante & quarante - uniéme Traitement
depuis fon Etabliſſement .
Noms des Soldats.
TOQUET
Joly ,
Compagnies
Tourville.
Dudreneuc.
AVRIL. 1764.
155
La
Fleur ,
Dudreneuc
La Joye ,
Dubois
,
Villers.
D'ambonnet
D'agré,
Patris ,
Rollin
Vavrey ,
Rafilly.
Mithon.
Viennay.
Beaudevin
Thiebault
Le Gras ,
Congé ,
S. Flour
Neveu ,
Robert ,
S. Michel
Julien ,
Viennay.
Coettrieu .
Dampierre.
Dampierre.
? Demoges.
Villers.
Rafilly.
Dudreneuc.
Viennay.
Pronleroy.
?
Démoges .
Dampierre.
Cadet ,
Appe ,
Colonelle.
Dudreneuc.
L'efperance ,
Sans- Regret
De Graffe
Viennay.
Mantelle ,
Rafilly.
Sarre- Louis , Rafilly .
Ces vingt- cinq Soldats ont été traités
à l'ordinaire & radicalement guéris des
G vj
156 MERCURE DE FRANCE ,
maladies les plus graves & les plus
difficiles.
LETTRE de M. IMBERE , Chancelier
la Faculté de Médecine de Montpellier
, & Infpecteur Général des Hôpitaux
du Roi à M. KEYSER , en
date du 20 Janvier 1764.
J'ai fait hier , Monfieur , avec MM.
Fournier & Goulard , une vifite à l'Hôpital
des Vénériens de cette Ville pour
y éxaminer un à un , foixante & dix
malades Vénériens , que j'y ai trouvés ;
& tout m'a paru au mieux ; & ceux des
fifdits malades qui font depuis longtemps
dans ledit Hôpital , y ont effuié
des maladies diftinctes du mal vénérien,
comme fiévres & autres. J'ai remarqué
dans ma vifite , un cas unique que je ne
veux pas vous laiffer ignorer : fçavoir,un
cordon fpermatique , devenu fquirreux
dans toute fa longueur, qu'on pouvoit
toucher hors du bas-ventre ; vos dragées
ont entiérement fondu cette dureté,
dont les Praticiens connoiffent fi
fort le danger. Une autre, tumeur dure
für un autre malade m'a paru faire le
fujet d'une belle obfervation ; c'eſt une
dureté confidérable,étendue fur prèſque
AVRIL. 1764. 157
tout le muſcle pectoral du côté droit
menaçant de venir entiérement carcinomateuſe
, & votre reméde a pareillement
fondu cette dureté.
L'on m'a mandé de Toulon , que les
fuccès y étoient continuellement tels
que je les y avois remarqués lors de ma
dernière vifite . J'ai l'honneur d'être , & c .
IM BERT .
LETTRE de M. BEAUREGARD , Maître
& Démonftrateur en Chirurgie à
Avignon , à M. KEYSER , en date
du 25 Janvier 1764.
MONSIEUR ,
LE bruit qui s'étoit répandu für l'excellence
de vos dragées , m'ayant fair
defirer de les connoître par moi- même ,.
je ne puis plus différer de vous témoigner
ainfi qu'à la vérité, combien j'ai été furpris.
& émerveillé de ces effets dans différentes
cures qu'il vient d'opérer par mes
mains dans la Ville d'Avignon , & aux
environs. Je ne vous diffimulerai même
pas , que plufieurs des malades que je
viens de guérir radicalement , ayant été
manqués plufieurs fois par les frictions,
n'avoient prèfque plus de reffources ;
158 MERCURE DE FRANCE.
au moyen de quoi il faut être de bonne
foi , & convenir que votre reméde eſt
le plus grand antivénérien qui foit encore
connu dans la Médecine & la Chirurgie.
Je vous enverrai inceffamment
le récit hiftorique de 3 ou 4 cures , qui
ne contribueront pas peu à lui faire honneur
, ainfi qu'à fon Auteur ; & il eft
heureux que l'humanité ait pu fe procurer
par les bontés de notre glorieux
Monarque & celles de M. le Duc de
Choifeul , un fecours auffi précieux .
J'ai l'honneur d'être avec la plus parfaite
confidération & c. Beauregard."
"
Inftruit que quelques perfonnes dans
diverfes Provinces , foit par ignorance
foit par malice , cherchent à difcréditer
les dragées antivénériennes
par une mauvaife adminiftration : les
uns en donnant de ce reméde , dès le
commencement , des dofes trop fortes ,
afin d'en dégouter les malades , & de les
mettre dans le cas d'en difcontinuer l'ufa
ge ; les autres en donnant des doſes trop
ménagées tout le temps de la cure , pour
qu'elles ne foient que palliatives , dans l'i
dée que les malades en rejetteront la faute
fur l'inéffica cité des dragées , M. Keyfer
1. .I
AVRIL. 1764. 159
de
croit qu'il eft de fon devoir , dans la vue
de remédier à ces mauvaiſes intentions
d'avertir le Public qu'il n'eſt garant
l'éfficacité des dragées antivénériennes
& des guérifons radicales , qu'autant
qu'elles feront adminiftrées fidélement ,
avec connoiffance de caufe , & d'après
l'intention de fa Méthode. Les perfonnes
qui feront dans le cas de fe
plaindre du peu de fuccès du reméde ,
font priées de confulter M. Keyfer luimême
, par une lettre affranchie en l'informant
de la façon dont elles auront été
traitées , & de la quantité de dragées
que'lles auront pris , ainfi que de l'effet
qu'elles en auront éprouvé ; en réponſe il
leur donnera des avis fatisfaifans.
Comme M. Keyfer , eft bien éloigné
de croire aucuns de fes Correfpondans
capables de pareils procédés,parce qu'il les
connoit très-inftruits , il infiftefur la néceffité
de recommander aux perfonnes
qui auront befoin de fon remede , des'adreffer
à eux de préférence.Il fçait de plus
qu'il fe trouve à Bordeaux des perfonnes
qui ne ceffent de déprimer les dragées antivénériennes,
tandis qu'il eft prouvé que
M. de la Plaine , fon Correfpondant , y a
fait & continue de faire par leur moyen,
des cures furprenantes . C'eft à lui que
160 MERCURE DE FRANCE .
les Malades doivent s'adreffer ; & M
Keyfer qui connoît & fa probité & l'érendue
de fes connoiffances dans l'adminiſtration
de ce reméde , garantit
qu'ils ne fçauroient mieux placer leur
confiance.
LISTE de MM. les Médecins & Chirurgiens
Correfpondans de M. Keyfer
M. Imbert , Chancelier
de la Faculté de Médecine
..
M. Fournier , Médecin
de l'Hôpital du Roi.
M. Batigne , Docteur à Montpellier.
en Médecine .
M. Goulard, Chirurgien
Major de l'Hôpital du
Roi.
M. Lecat , Secrétaire perpétuel de l'Académie
des Sciences.
Les RR. PP. de la Charité.
à Rouen.
M. Marmion, Médecin de à Grenoble.
l'Hôpital du Roi.
Les RR. PP. de la Charité
.
M. Defmoulins , MaîtreS
en Chirurgie.
à la Rochelle
AVRIL. 1764 161
M. Razoux , Docteur en Médecine.
à Nifmes.
M. de Freffiniat , Docteur en Médecine ,
à Limoges.
M. Reliquet , Docteur en Médecine .
à Nantes.
M. Piers , Docteur en Médecine .
à Troyes.
M. Andirac , Docteur en Médecine,
à Cambrai,
M. Dourlen , Docteur en Médecine.
à S. Omer.
M. Paris , Docteur en Médecine.
à Arles.
M. Daffieu , Docteur en Médecine .
à Tarbes.
M. Barjolle , Docteur en Médecine.
à Saumur
M. Leriche , Chirurgien Major.
M. Ravaton , Chirurgien
Major.
à Strasbourg.
M. Leguai , Chirurgien de à Landau ..
feu S. A. S. M. le Margrave
de Bareith .
MM. Demontreux & Duval , Chirurgiens
Majors des Hôpitaux Militaires
& de Marine. à Breft
162 MERCURE DE FRANCE.
Chirurgien M. Souville
Major de l'Hôpital .
M. Brugnieres , Chirurgien
Major de Bearn .
}
à Calais
M. Maret , Maître en Chirurgie, à Dijon.
M. Rey , Maître en Chirurgie . à Lyon.
M. de la Plaine, Chirurgien à Bordeaux .
M. Bacquié , Maître en Chirurgie.
M. Delapeyre , Chirurgien
Major .
M. Lepage, Maître en Chirurgie.
à Touloufe
à Caën
M. Guillon , Maître en Chir . à Orléans.
M. Plancque , Chirurgien Ma-
Ma-2
jor,
M. Warocquier , Chirurgien.
M. Butter Maître en Chirurgie.
MM. Bongour & Duval , Maîtres en
Chirurgie,
à Lille
à Etampes.
à S. Malo
à Rennes,
à Angers.
à Tours.
au Puy.
M. Dupont , Maître en Chirurgie.
M. Chevreul , Maître en Chirurgie .
M. le Chauve ,
M. Tenebre ,
MM . Toujan , Chirurgiens & Apoticaires.
à l'Orient.
AVRIL. 1764. 163
M.J. B. Delamarque , Maître en Chirurgie
.
M. Bernier , Chirurgien Major.
M. Beauregard, Chirurgien
Major.
M. Michel , Chirurgien
Major d'Artois.
à l'Ile de Rhé.
à Befinçon.
à Perpignan,
M. Moffier, Chirurgien Major.
à
Avefnes.
M. Marjault , Chirurgien Major.
à Douai.
M. Mifaibel , Chirurgien Major.
à Nanci.
MM. Paton & de Villiers , Maîtres en
au Mans. Chirurgie .
M. Carpentier , Maître en Chirurgie,
à Dunkerque.
M. Ponthier , Maître en Chirurgie,
à Aix en Provence.
M. Douffin , Maître en Chirurgie .
à Xaintes,
M. Beauregard , Maître en Chirurgie.
M. Delahaye , Chirurgien Major.
à Avignon,
à Rochefort.
à Arras.
M. Durand , ancien Cl.irurgien Major.
M. Texereau , Maître en Chirurgie.
à Poitiers,
64 MERCURE DE FRANCE .
M. Rochebrun , Maître en Chirurgie .
à Ammerlerault.
M. Roux , Maître en Chirurgie.
à Marseille.
M. Ferrand , Maître en Chirurgie .
à Narbonne.
M. Frannie , Maître en Chirurgie .
à Montauban.
M. Lambert , Médecin & Chirurgien .
à Graffe.
PAYS ÉTRANGERS.
M. d'Artenfet , Maître en Chirurgie.
au Port au Prince.
M. d'Elbeuf, Chirurgien.
à Albi.
à Auxonne,
à Londres.
M. Briffet , Chirurgien.
M. le Docteur Cooper.
M. Godineau , ancien Chirurgien Major
des Armées , feul Correfpondant.
à Madrid.
M. Akrell, Chirurgien Major . à Stokolm .
MM. Guyot , Finc & Deharfu
Maîtres en Chirurgie . à Genève.
M. Goddecharles , Maître en Chirurgie.
à Bruxelles:
M. Lecat, Médecin & Chirurgien Major.
M. Bikker , Médecin .
M. Soulas .
M. Naudinat , Médecin.
à Gand
à Rotterdam ,
à Florence.
à Cadix
AVRIL. 1764: 169
M. Breydel , Chymifte.
M. Laborye , Chirurgien .
à
Bruges.
au Cap.
M. Chaffaing, Chirurg . à la Martinique.
M. Bonnet , Chirurgien . à S. Domingue.
M. Pujoll. à Conftantinople.
ARTS AGRÉABLE S.
MUSIQUE.
SYMPHONIES périodiques , nº . 13 , del
Signor Van Malder, no . 14 , del Signor
Heyden , no. 15 , del Signor Back, nº.
16 , del Signor Pteiffer , n° . 17 , del Signor
Hchetky, no. 18 , del Sign. Frantzl.
Prix 1-liv. 16 f. chacune.
Ces Symphonies compofent l'Euvre
XIV di vari Autori. Elles font intitulées,
les Noms inconnus , & fe peuvent exécuter
à quatre parties.
Les fix enſemble fe vendent 9 liv. A
Paris , chez Venier , feul Editeur defdits.
Ouvrages , rue S. Thomas du Louvre ,
vis - à - vis le Château - d'eau , & aux
adreffes ordinaires.
SEI DUETTI per Violino e Violoncello
del Signor Giov. Bapt. Cirri. Prix
3 liv. 12 f. Chez le même Editeur. Ces
166 MERCURE DE FRANCE.
Duo font très- aifés , & peuvent s'exécu
ter à deux Violoncelles , ou un Alto &
un par-deffus de Viole.
Les Amateurs font priés de ne point
confondre les OEuvres annoncées ci- deffus
avec celles qui ont déja paru fous le
nom des mêmes Auteurs.
L'attention que l'Editeur apporte ,
tant au choix des morceaux , qu'à la correction
, à la beauté & à la propreté de
la gravure , eft digne de l'empreffement
des Amateurs pour les morceaux que le
Sr Venier donne au Pubiic.
SIX SONATES pour le Clavecin ,
dédiées à S. 4. Madame la Comteffe de
Brionne , compofées par M. Leontzi
Honaier. Livre II. Prix en blanc q liv. 9
A Paris , chez l'Auteur , à l'Hôtel de
Soubife , vieille rue du Temple , & aux
adreffes ordinaires de Mufique.
Cinquiéme Recueil des RECREÁ –
TIONS DE POLYMNIE , ou choix d'Ariettes
, Mufettes , Parodies , & c . dédiées
au Beau- Séxe . Recueillis & mis en ordre
par M. le Loup , Maître de Flûte .
Prix, 3 liv, 12 f. A Paris , chez l'Editeur ,
& aux adreffes ordinaires de Mufique.
Ce nouveau Recueil eft auffi varié &
auffi agréable que les précédens.
AVRIL. 1764. -167
LES CHARMES DE L'HARMONIE
Ariette de Baffe- taille ou de Taille , chantée
dans les deux Talens , Comédie ,
mife en Mufique par M. le Chevalier
d'Herbain , & repréfentée par les Comé
diens Italiens ordinaires du Roi. Prix,2 1,
8 fols.
LE COEUR ENFLAMMÉ , Ariette de la
même Piéce pour un Deffus. Prix 1 liv,
16 f. avec tous les accompagnemens par
le même Auteur , à Paris , aux adreffes
ordinaires de Mufique.
ARTICLE V.
SPECTACLE S.
SUITE DES SPECTACLES DE LA COUR
A VERSAILLES.
LEE Mardi 21 Février , les Comédiens
François repréfentèrent l'Andrienne
Comédie en cinq Actes & en vers du
feu Sr BARON ( de 1703 ) , dans laquelle
le Sr GRANDVAL joua le rôle de Cimon,
la Dlle PRÉVILLE jouoit le rôle de Glicerie
, & c.
68 MERCURE DE FRANCE.
"
Pour feconde Piéce , on donna la
Comteffe d'Efcarbagnas , Comédie de
MOLIERE , en un A&te & en profe
( de 1672 ).
Le lendemain 22 , on éxécuta deux
Actes d'Opéra ; fçavoir , la Mufique ,
feconde Entrée du Ballet des Talens Lyriques
, Poëme d'un Anonyme , Mufique
de M. RAMEAU; & la Provençale ,
Comédie - Ballet en un Acte , Poëme de'
feu M. de la FOND , Mufique de feu M.
MOURET. Dans le premier de ces Actes ,
la Dlle LARRIVÉE chanta le rôle d'Iphife
, & le Sr LARRIVÉE celui de Tirté,
La Dlle LANI y danfoit les principales
Entrées en Prêtreffe. La Dlle GUIMARD
en Lacédémonienne . Le Sr GARDEL &
le Sr CAMPIONI en Guerriers .
Dans la Provençale , la Dlle ARNOUD
chantoit le rôle de Florine ; la Dlle Cou
PÉE , de la Mufique du Roi , & Penfionnaire
de l'Académie Royale de Muſique,
chanta le rôle de Nérine , avec la même
jeuneffe de voix , le même agrément &
le même art , que lorfqu'elle étoit au
Théâtre. On a diftingué avec d'autant
plus de plaifir le talent particulier de
cette agréable Cantatrice , pour l'exécution
des Airs de Théâtre , que le goût &
les grâces de ce talent femblent fe perdre
AVRIL. 1764. 169
dre tous les jours , pour faire place á
d'autres parties uniquement muficales
qui ont fans doute leur prix , mais qui
ne dédommagent pas du genre qu'on
néglige .
Le Sieur JÉLIOTE chanta le rôle de
Léandre , le Sr GELIN celui du Tuteur.
La Dlle ALLARD danfa les pas feuls du
Ballet dans le caractère Provençal .
Le Jeudi 23 , les Comédiens François
repréfentèrent Idomenée , Tragédie nouvelle
de M. le Mierre. ( a )
La petite Piéce qui fuivit étoit l'Amour
Médecin , Comédie en un Ace & en
profe de MOLIERE ( 1665. )
Le Mardi 28 , les mêmes Comédiens
repréfentèrent le Légataire , Comédie en
cinq Actes & en vers , de REGNARD ,
( 1706 ).
La grande Piéce fut fuivie des Précieufes
Ridicules , Comédie en un Acte
de MOLIERE ( de 1659 ) . La Dlle FANIER
y joua le rôle de Marotte.
Le Mercredi 19 , les Comédiens Italiens
repréfentèrent le Diable à quaire ,
Opéra-Comique en trois Actes , avec
des Divertiffemens , qui fut précédé du
(a ) Voyez ci-après dans l'Article de Paris , celui
de la Comédie Françoife.
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
Condolier Vénitien , petite Piéce Italienne.
Le Jeudi premier Mars , les Comédiens
François repréfentèrent Rhadamifte ,
Tragédie de feu M. de CRÉBILLON
( 1711 ) . Enfuite , pour petite Piéce , la
Serenade , Comédie de REGNARD en
un Acte & en profe ( 1654 ) .
Le Mardi 6 , dernier jour du Carnaval
, les Comédiens Italiens jouèrent
les Caquets , Comédie Françoife imitée
d'une Comédie Italienne de M. GoLDONI.
Pour feconde Piéce , on joua la
Fille mal gardée , Opéra-Comique.
Le Mercredi , jour des Cendres , il
n'y a point eu de Spectacles à la Cour.
Le Jeudi 8 , les Comédiens François
repréfentèrent Phèdre , Tragédie de
RACINE ( de 1677 ) .
porta
La Dlle DOLIGNY joua le rôle d'Aricie.
Cette jeune Actrice n'avoit point
encore débuté dans le Tragique . Elle
dans ce rôle intéreffant le charme
d'un naturel touchant & fenfible , qui
forme le caractère de fon talent , & qui
femble attaché aux infléxions de fa voix,
ainfi qu'à toute fon action théatrale . Le
temps & l'exercice paroiffent fortifier en
elle l'organe néceffaire pour foutenir la
déclamation du grand genre.
AVRIL.
1764.
Après la
Tragédie , on donna pour
petite Pièce
l'Amateur ,
Comédie nouvelle
de M.
BARTHE , qui parut faire
plaifir , & qui fut jouée , ainfi qu'à Paris
, avec tout le feu & tout
l'agrément
poffible. ( b)
Le Mardi 13 , les mêmes
Comédiens
repréfentèrent la Surprife de l'Amour ,
Comédie en trois Actes & en profe de
feu M. de
MARIVAUX ( de 1727 ) .
Le Sr
BELLECOUR jouoit le rôle du
Chevalier , le Sieur
GRANGER celui du
Comte , la Dile
PREVILLE celui de la
Marquife , le Sr
PRÉVILLE
celui du
Pédant , la Dlle le KAIN le rôle de Lifette
, & le Sr
ARMAND celui de Valet.
On a paru fort content de cette Comédie
, dont on fçait
combien les principaux
rôles éxigent de talens.
La
feconde Piéce fut
Dupuis & Defronais
,
Comédie en trois Actes , & en
vers de M.
COLLE , la
Demoiſelle Préville
y jouoit le rôle de
Marianne
genre dans lequel cette A&trice a journellement
de
nouveaux
fuccès , & qui
conitate en elle le grand talent.
>
Le
Mercredi 14 , les
Comédiens Italiens
exécuterent le Maître de
Mufique ,
(b) Voyez ci-après l'Article de Paris fur cette
Nouveauté.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
& le Cadi dupé , Comédies mêlées d'Ariettes.
Le Jeudi 15 Mars , les Comédiens
François repréfentérent le Glorieux
Comédie en vers & en 5 Actes de feu
M. DESTOUCHES ( de 1732. ) Le rôle
du Glorieux étoit joué par le Sr BELLECOUR
, celui de Valère par le Sieur
MOLE , le rôle de Philinte par le Sieur
DAUBERVAL , celui de Licandre par
le Sr BRIZARD . Le rôle d'Ifabelle par
la Dlle PRÉVILLE , celui de Lifette par
la Dlle DOLIGNI . Les Srs PREVILLE,
AUGE , & BOURET jouoient les rôles
de la Fleur , de Pafquin & d'un autre
Valet. Nous détaillons ici cette diftribution
de rôles , parce qu'elle est la même
que celle dont nous avons eu occafion
de parler dans un des volumes précédens
à l'Article de Paris , & de faire
remarquer , à l'avantage de quelquesuns
des Acteurs , nouveaux dans les rôles
de cette Comédie , l'honneur d'y
foutenir l'épreuve de la mémoire encore
exiftante des talens fupérieurs pour chacun
defquels cette Piéce femble avoir
été composée.
La feconde Piéce fut l'Epoux par
Supercherie , Comédie en deux Actes &
en vers de feu M. DE BOISSY ( de
AVRIL. 1764. 173
1744. ) qui doit une forte de réfurrec
tton aux talens des Srs BELLECOUR ,
MOLÉ , & des Sr & Dlle PREVILLE ,
par la manière dont ils en exécutent les
rôles.
La fuite au prochain Mercure.
SPECTACLES DE PARIS.
ON
OPERA.
Na continué Caftor & Pollux
avec tout le fuccès que mériteront toujours
les beautés réunies de la Mufique
& de la Poëfie , jointes à la pompe & à
l'éclat d'un magnifique fpectacle.
Ce que nous avons annoncé de M.
le Gros , dans un Supplément à l'Article
de l'Opéra , page 222 du Mercure de
Mars , s'eft trouvé fi avantageufement
confirmé par le Public , que depuis le
jour du début de cette nouvelle Hautecontre
dans le rôle de Titon , l'affluence
du Public ne ceffe d'augmenter aux
repréſentations de cet Opéra. On l'a donné
de fuite les trois jours gras , & on le
continue actuellement les Mardi & Jeudi
de chaque femaine. Jamais Nouveauté
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
du plus grand fuccès n'a attiré & foutenu
à aucun Théâtre un concours auffi
nombreux de Spectateurs . Les fuffrages
fur le compte de ce Sujet font unanimes
& fans aucune des restrictions fi
fréquemment employées à l'égard de
ceux qui ont débuté avec le plus d'avantage
, & qui ont occupé par la fuite
les premiers rangs fur la Scène . Nous
exhortons ceux de nos Lecteurs qui feront
curieux de connoître le genre propre
du mérite de ce nouveau Sujet , à
lire ce que nous en avons dit dans le
vol. précédent à l'Art. indiqué ci - deffus.
Les Amateurs des Spectacles vraîment
honorables pour la Nation , voyent avec
plaifir revivre pour ainfi dire parmi nous
celui de l'Opéra. Comme une partie du
Public eft fouvent entraînée par le feul
concours de l'autre , les Partifans du
goût efpérent que cette partie mobile
des Spectateurs conduite par la circonftance
, s'accoutumera infenfiblement à
ne plus prendre la force du bruit pour
celle de la Mufique & le défordre de
la déraison pour le charme de la gaîté.
Les Acteurs de l'Académie Royale de
Mufique ont déterminé de donner au
Public pour leur Benefit ou Capitation ,
trois Actes charmans , qui forment chaAVRIL.
1764 . 175
cun un petit Opéra , & dans des genres
différens ; fçavoir Hilas & Zélie , Mufique
de M. de BURI ; Pigmalion ,M fique
de M. RAMEAU , & Pfyché , Mafique
de M. MONDONVILLE . M. LEGROS
chantera le rôle de Pigmalion. La première
de ces repréfentations étoit indiquée
pour le Samedi 31 Mars , la detxiéme
le Lundi 2 du préfent mois d'Avril
, & la troifiéme pour le Samedi
fuivant. L'empreffement qu'il y a eu
à retenir des loges pour ce Spectacle ,
ne laiffe pas douter de l'abondante recette
que produiront ces repréfentations ,
COMEDIE FRANÇOISE.
EXTRAIT d'IDOMENÉE , Tragédie
de M. LE MIE RRE , repréſentée
pour la première fois , le Lundi 13
Février 1764.
PERSONNAGES.
IDOMÉNÉE , Roi de Créte.
IDAMANTE , Fils du Roi,
23
ACTEURS.
M. Brizart.
M. Le Kain.
Mlle Clairon .
M. Dubois.
ERIGONE , Fille d'un Roi de Samos ,
Femme d'IDAMANTE.
SOPHRONIME,
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
NAUSICRATE , Confident
d'IDA MANTE.
LE GRAND-PRESTRE.
PRESTRES .
PEUPLES.
GARDES.
M. Dauberval.
M. Blainville.
La Scène eft à CYDON , Capitale de la Cretes
Le Théâtre repréfente le rivage de la mer. On voit
d'un côté un Temple , & de l'autre un Palais.
IDOMENEE étoit un des Rois ligués de la Gréce ,
gui allerent faire le fiége de Troye. A fon retour
leffuye ane tempête terrible , & fait vou , s'il
échappe du naufrage , d'immoler la première
perfonne qui s'offrira à la vue en abor fant dans
fon Ifle. Neptune exause fon vou ; les flots fe
calment , la mer eft tranquille ; & Idoménée eſt
prêt d'arriver dans fa Capitale . C'eſt le moment
où la Piéce commence.
ACTE PREMIER.
Idamante , qui , pendant la tempête , avoit or
donné au Grand - Prêtre d'implorer les Dieux pour
la confervation de la Flotte d'Idoménée , lui commande
de faire un nouveau facrifice , qui procure
à fon père un prompt & heureux retour Il
ne quitte point le rivage de la mer , dans l'efpérance
de le voir bientôt arriver ; & là il s'entretient
avec fon Confident de fon amour pour fon
père , de fon impatience à le revoir , de fa craint
de le perdre. Dans ce moment paroît Erigone
époule d'Idamante , qui lui apprend l'arrivée de
AVRIL. 1764. 177
Sophronime , Serviteur fidéle d'Idoménée , & fon
Compagnon de voyage ; on le fait venir ; on l'interroge
; il ignore le fort du Roi.
Nous n'avons parcouru l'immenfité des mers ,
Qu'à travers les écueils & qu'au jour des éclairs.
Des Cyclades encor les roches menaçantes
Etalent les débris de nos pouppes fumantes ;
Le feul vaiffeau du Roi fur les flots orageux ,
Sembloit comme un dépôt conſervé par les Dieux.
Déjà même des vents la fureur fatisfaite
Nous redonnoit l'eſpoir d'arriver dans la Crete :
Mais non loin de cette Ifle & près de ce rocher ,
D'où le front de l'Ida fe découvre au Nocher ,
Les vents impétueux rallumént les tempêtes ;
Le Ciel étincelant s'entr'ouvre fur nos têtes ;
Le vaiffeau dans les airs s'élance avec les eaux ;
Nous touchons juſqu'aux Cieux, nous roulons fous
les flots.
A ces coups redoublés de Neptune & d'Eole ,
L'horreur , le péril croît , l'eſpoir fuit , la mort
vole ;
Plus de falut ; pouffé fur les écueils , hélas !
Notre vaiffeau s'entr'ouvre & fe brife en éclats.
Dans la nuit , dans l'effroi tout périt, tout s'égare ;
Je veux fuivre le Roi , la vague nous sépare ;
Et les flots ennemis m'entraînent fur ce bord ,
Où revenu fans lui j'invoque encor la mort.
Erigone , à ce récit , fait éclater fa douleur par
H v
178 MERCURE DE FRANC
une invective véhémente contre Héléne , dont les
amours ont caufé tant de maux à la Gréce . Idamante
plus occupé de fon père que d'Hélène , croit
que s'il avoit été auprès de lui pendant la tempête
, il l'auroit fauvé du naufrage . Il va pour élever
un tombeau à fa mémoire , lorfque Nauficrate
, fon Confident , lui apprend qu'on a vu de
loin un homme qui s'avançoit lentement fur le
rivage. Cette nouvelle fait renaître l'espoir dans
le coeur du jeune Prince , qui court du côté qu'on
vient de lui indiquer.
ACTE I I.
Idomenée feul fur le bord de la mer , déplore
le malheur de fa Flotte , eſpére de trouver dans
les embraſſemens de fon Fils quelque adouciffement
à fa douleur. Mais un remord le remplit
d'allarmes , & empoisonne fon eſpérance. Il fe
rappelle fon funefte ferment.
Neptune , as - tu reçu ma promeffe inhumaine
Ce Vou que je t'ai fait d'immoler en ces lieux
Le premier que la rive offriroit à mes yeux !
Ah ! quand je t'implorois pour rentrer dans la
Crete ,
Quand l'effroi m'a dicté ma prière indiſcrette , .
J'efpérois épargner fur les mers en fureur ,
La mort à tous les miens , ce fpectacle à mon
coeur ;
Et par humanité dans ce péril extrême ,
J'attentois , trop aveugle , à l'humanité même,
AVRIL. 1764. 179
Peuple heureux fous mon fils , un de vous fur ce
bord ,
De mon premier regard recevra donc la mort.
Ah ; montrez-vous en foule , & m'épargnez un
crime ,
>
En ne me laiffant pas difcerner ma victime.
Hélas ! fur ce rivage , où j'appelle le deuil
Je n'oſe faire un pas , ni jetter un coup d'oeil ,
.... un infortuné s'avance fur la rive. Ciel ....
C'eft fon Fils ; il le reconnoît dans le moment
où, pour accomplir fon vou , il eft prêt à le poignarder.
Il jette fon poignard & détourne la vue .
Un accueil fi trifte , après dix ans d'abſence , jette
l'effroi dans l'âme d'Idamante. Il preffe le Roi
de lui découvrir le fujet de fa douleur ; mais c
père infortuné , que fon malheur accable , le
fouftrait aux queftions & aux embraffemens de
fon fils. En fe retirant il eft apperçu par Erigo--
ne ; & il fe dérobe également à la vue . Elle vient
avec précipitation en témoigner fon étonnement
au Prince fon époux. Ils font inftruits l'un &
l'autre par la bouche de Sophronime , que le vocu
indifcret d'Idoménée eft ce qui caule fon défeſpoir.
Sophronime ignore , ainfi qu'Erigone , qu'Idamante
eft le premier qui s'eft offert à la vue du Roi ; le
jeune Prince apprenant ce funefte ferment , ne
doute point qu'il ne foit la victime deſtinée à la
mort ; il cache fon trouble ; il fuit pour n'en
rien laiffer paroître aux yeux de fon épaule.
ACTE III.
Sophronime tâche en vain de détourner Idoménées
H vi
180 MERCURE DE FRANCE .
d'accomplir le voeu qu'il a fait à Neptune. Le Roi
veut fauver la vie a fon fils ; mais il veut fe l'ôter
à lui- même . Il veut que le Prince & Erigone
quittent la Crére , & s'embarquent pour Samos.
C'eft dans ces circonftances qu'Erigone , ignorant
toujours qu'Idamante eft la victime , dit à Idoménée
:
Seigneur , née à Samos , loin des moeurs de la
Crete ,
Loin d'un culte inhumain que ma pitié rejette ,
Je gémis de venir , malgré ce défaveu ,
Preffer fur l'Inconnu l'effet de votre voeu
On fçait votre ferment ainfi que vos allarmes ;
Ce Peuple entier s'étonne & fe plaint de vos larmes;
Il s'affemble ; il murmure ; il demande à grands
cris
La victime promiſe à la loi du Pays ;
Loi dure , loi de fang qu'à jamais je déteſte ,
Et que n'a pû dicter la juftice célefte ;
Mais hélas ! établie à la bonte des Dieux
Chez ce Peuple barbare & ſuperſtitieux.
Celui dont la vertu l'abhorre au fond de l'âme ,
Craignant de plus grands maux , lui- même la reclame.
Oui , fi vous refuſez d'obéir à la loi ,
Vous rempliffez l'Etat de défordre & d'effroi.
Abandonnez un feul pour fatisfaire au refte ,
Pour écarter de vous un péril fi funefte.
AVRIL. 1764.
131
Paiffe ce malheureux être ici le dernier
Que la Crete à nos Dieux verra facrifier.
Ciel !
IDOMENÉE.
que demandez - vous , ma fille ?
ERIGONE.
La patrie ,
L'humanité , tout parle à votre âme attendrie .
11 coûte à votre coeur de livrer à la mort
Un Mortel condamné ſeulement par le fort.
Mais tout me fait trembler , une loi tyrannique ,
L'emportement du Peuple , un fanatisme antique,
Prévenez la fureur , Seigneur , pour vos Etats ,
Pour vous , pour votre fils ...
IDOMENÉE , ( avec un cri. )
Erigone .....
Seigneur !
Ah ! vous ne fçavez pas ,"
ERIGON E,
IDOMENÉE.
Jour fatal ! .
Je ne fçais où je fuis ..
.... voeu barbare !
....
ERIGONE.
Quel trouble vous égare !
IDOMENÉE.
Tremblez de me preffer & de m'interroger.
ERIGON E.
Quel étrange langage , & quel nouveau danger !
IDOMENÉE , à part.1)
Je frémis de parler , je frémis de me taire.
182 MERCURE DE FRANCE.
ERIGONE.
Achevez , quel qu'il foit , d'éclaircir ce mystère.
IDOMENÉ E.
La colère des Dieux.... mes deftins inouis ..
Madame ... apprenez tout , la victime eft mon
fils.
ERIGON E.
Qui !
IDOMENÉE.
Mon fils !
ERIGON E.
Je me meurs.
Elle s'évanouit le Roi & Sophronime la conduifent
vers les degrés du Temple , où elle refte
accablée de fon défeſpoir . Revenue à elle- même
& livrée à ſa douleur , elle entre dans le Temple
pour implorer les Dieux , tandis que le Prince
fon Epoux vient fe dévouer à la mort. Le Roi
croit que la fuite de fon fils appaifera le Ciel.
Idamante préfere le trépas : Idoménée veut fuir
lui-même : le Peuple inftruit du fort du jeune
Prince qu'il adore accourt en foule pour le
fauver. Idoménée perfifte à vouloir quitter la Cretes
Idamante fort pour retenir fon Père & appaifer
le Peuple.
>
ACTE I V.
Tout femble difpofé pour le départ du Roi de
Crete , lorfque le Grand-Prêtre vient lui déclarer
que les Dieux demandent le fang qu'il a promis.
S'il le refufe , il lui prédit les plus grands malhears,
Voyez , lui dir-il ,
AVRIL. 1764. 183
Voyez fur ces climats les vents fouffler la mort.
Vos Sujets éperdus dans ces momens terribles ,
Tomber autour de vous , fous des corps inviſibles,
Traînant, pour fuir ces bords,leurs pas appeſantis,
Et pouffant jufqu'à vous leurs lamentables cris .
Aux funébres accens de tant de voix plaintives ,
Aux phantômes errans qui couvriront ces rives ,
Vous croirez voir le Styx fur ce bord effrayant ;
Vous mourrez mille fois dans ce Peuple expirant :
Et voyez votre fils , dans ce fléau funeſte ,
Lui-même enveloppé par le courroux céleste.
Ainfi vous fubirez tous les malheurs unis ;
Vous perdrez vos Sujets fans fauver votre fils.
Dans ce preffant danger hâtez - vous de réfoudre.
IDOMEN É E.
Les Dieux peuvent frapper ; mais j'attendrai la
foudre.
Je fuis Père.
LE GRAND - PRETRE.
Oui , Seigneur , & c'eft de vos Sujets .
Le Ciel qui vous chargea de ces grands intérêts ;
Vous prefcrit avant tout l'amour de la patrie.
Veillez fur les humains que l'Etat vous confie ,
C'eſt le devoir des Rois , c'eft la loi de leur rang.
Le Ciel n'a point borné leur famille à leur fang.
Leur peuple eft la première ; & votre âme ine
quiète
Se doit dans ces momens toute entiére à la Crete .
184 MERCURE DE FRANCE.
Iriez-vous l'accabler par des malheurs affreux ,
En ofant difputer contre le choix des Dieux !
Si fur votre paſſage un deftin moins févère
N'eût mis , au lieu d'un Fils , qu'une tête étrangere ,
Votre coeur aux dépens d'un ſang indifférent ,
Alors envers le Ciel s'acquittoit aifément .
Cependant vous plongiez d'une main meurtrière.
Dans le deuil & les pleurs une famille entiére.
le fort tombe fur Vous vous fouffrez ce
qu'ailleurs
Vous verfiez d'amertume & laiffiez de malheurs ;
C'eſt ainfi qu'appaiſant l'éternelle juſtice ,
Il faut que votre voeu devienne un facrifice .
Gemiffez ; mais cédez . Le doute où je vous vois
Expofe votre fils & la Crete à la fois .
Ces paroles du Grand - Prêtre replongent Idoménée
dans fon premier défefpoir . En vain Erigone
entreprend de perfuader à ce Prince que l'accompliffement
d'un ferment comme le fien ,
eft plus capable d'irriter , que d'appaiſer la Divini-
1é. Elle tâche de le combattre par des raisons & par
des exemples . Mais le Ciel femble , par des fléaux
qui épouvantent le Peuple , demander la victime
promile.
ACTE V.
Idamante , pour prévenir les malheurs qui
menacent la Crete , fe dévoue à la mort: ni les
prières de les amis , ni les voeux de fon Père ,
ni les larmes de fon époufe ne lui ferone changer
de réfolution.
AVRIL 1764. 185
Auteur des maux publics , me rendrai-je en ce
jour
L'horreur d'un People entier dont tu m'as vu
l'amour ?
S'il fut heureux par moi , fi fa reconnoiffance
Contre mon père même avoit pris ma défenſe ;
S'il m'appelloit tantôt à ce fuprême rang ,
Je vois en lui mon Peuple , & je lui dois mon
fang.
ERIGONE.
Voilà le feul honneur donit ton âme eft jaloufe !
Ton Peuple ! .... mais , cruel , ta malheureufe
épouse i
IDAMANTE .
Et je meurs pour toi- même , en détournant de
toi
Le fléau qui pourroit te frapper devant moi,
ERIGON E.
En périrai- je moins ? ta vie étoit la mienne.
Tu n'en fçaurois douter : ma mort fuivra la
tienne .
Va , la contagion aveugle dans fon cours ,
Le hazard en ces lieux peut épargner mes jours ;
Mais que fera le coup où ta fureur s'obſtine ,
Qu'affurer à la fois & hâter ma ruine ?
Et qu'importe à mon fort que ce foit le fléau ,
Ou bien le défefpoir qui me plonge au tombeau?
Au moment où Idamante va s'arracher des
186 MERCURE DE FRANCE .
> les bras de fon épouſe pour courir à la mort
Portes du Temple s'ouvrent , & le Grand Prêtre
paroît fuivi des autres Prêtres & du Peuple.
ERIGON E.
Arrête , des Autels implacable Miniftre ;
Tyran , qui veux foumettre à d'homicides loix
Les jours de l'innocence & le fang de tes Rois.
Eh ! quel vou faut-il donc qu'Idamante accompliffe
?
Quel Dieu préfide au meurtre , & preſcrit l'injuſtice
?
( Mettant la main fur l'Autel . )
Voici , voici l'Autel où les voeux les plus faints
M'engagerent à lui ... devant eux... dans vos
mains !
Et votre fanatifme aveuglément préfére
A des fermens facrés un ferment fanguinaire.
Ah ! s'il faut aujourd'hui violer l'un des deux ,
Doit- ce être , répondez , lé ferment vertueux ?
Et dans les préjugés dont l'erreur vous dòmine ,
Un voeu n'eft -il facré , que lorſqu'il aſſaſſine ?
J'embraffe cet Autel ; & pour en approcher ,
Cruels , toute fanglante il faut m'en arracher.
Idoménée arrive du Temple avec précipitation
pour fauver fon fils de la mort & s'immoler luimême.
Mais Idamanté le prévient ; & voyant ſon
père prêt à fe facrifier , il fe frappe d'un poignard.
Le tonnerre gronde ; Erigone tombe éva-
Mouie au pied de l'Autel ; Idoménée veut le frapAVRIL.
1764. 187
per de l'épée de Sophronime ; celui - ci le retient ,
& la Piéce finit par ces vers que prononce Idoménée.
Eh bien , Dieu de la Crete ,
Mon ferment eft rempli , votre loi fatisfaite.
J'ai tout perdu. Cretois , je vous rends votre foi
Non , je n'ai plus de fils ; vous n'avez plus de Roiá
Je quitte ces Autels , ce Trône , ce rivage.
Tout m'eſt affreux. Je fuis une fanglante image)
Je vais chercher ailleurs des Dieux moins ennemis,
Je vais pleurer ailleurs mon ferment & mon fils.
Cette Tragédie fe trouve imprimée chez Du
chefne , rue S. Tacques, au Temple du Goût , audeflus
de la rue des Mathurins.
REMARQUES
SUR la Tragédie d'IDOMÉNÉE.
Le Sujet que vient de traiter M. le Mierre eft
le même fur lequel un grand homme eſſaya fes
premiers talens. Quoique l'Idoménée de feu M. des
Crébillon foit regardé comme le plus foible de
fes Ouvrages ; quoiqu'il en eût lui - même cette
idée , on y apperçoit le germe des grands traits
qui ont illuftré ce Poëte. La force de quelques:
images , le nerf des penfées , la beauté mâle.
d'une verfification dramatique , tout marquoit
l'aurore d'un jour plus éclatant. Ce fut apparemment
à ce préfage que fon Idoménée dur
le fuccès de 15 repréfentations . On fentit que
l'oeuvre avoit manqué à l'Artifte plutôt que
l'Artiſte à l'oeuvre. Ce Sujet devint affez gé
188 MERCURE DE FRANCE.
,
néralement mis au nombre de ceux qui peuvent
féduire par un trait dont on ſe préoccupe .
mais qui à l'exécution de payent jamais du tra◄
vail qu'ils coûtent . C'est ains que l'on doit penler
, d'après le célèbre Auteur qui l'avoit tenté
de tout Sujet qui ne comporte effentiellement en
foi , que la matière d'une feule belle Scène. Feu
M. Danchet envisagea ce même Idoménée comme
plus propre à figurer à l'Opéra Il en fit auffi
l'effai dans un temps où l'on fouffroit encore fur
ce Théâtre une certaine conduite & une marche
dans les Piéces , des fils & des développemens de
Scène ; d'où réſultoit l'intérêt , aux dépens à la
vérité des fuperbes fymphonies , des charmantes
Ariettes & des faults perpétuels du Baller , qui
ont fuccédé à cet ancien genre. Le Poëte Lyrique
avoit très bien imaginé cependant , que les licences
propres au genre , lui fourniroient , pour
remplir les vuides du Sujet , des machines que
re pouvoit pas admettre une Scène plus régulère.
L'Auteur du nouvel Idomenée n'a pas crû devoir
laiffer perdre la Scène Franç ife , un Sujet qui
fembloit n'avoir été employé que comme premiere
efquiffe par M. de Crébillon : il a tenté de
profiter des erreurs d'un Grand Homme. Ce n'eſt
pas à nous de décider s'il a atteint ce but glorieux
, & rempli toute l'étendue de fon efpoir.
Le Public , comme il arrive toujours , a porté
divers jugemens au Théâtre. Quand ces jugemens
pour ou contre l'ouvrage feroient univoques ,
ils éprouvent fouvent des modifications à la
lecture. En préfentant au Public celle de la
Piéce de M. le Mierre , nous nous bornerons
donc à fuivre l'Auteur moderne dans les routes
qu'il a tenues entre le grand Poëte Tragique
AVRIL. 1764; 189
le Poëte Lyrique qui l'avoient précédé,
L'Idomenée de M. de Crébillon paroît dès
ouverture de la Scène. L'expolition qu'il fait
le fon vau barbare , de la rencontre de fon
ils , & des fleaux qu'attire fur la Crete la vengeance
impatiente des Dieux , ſemble être le
plan tracé de ce que M. le Mierre a mis en
tion & fous les yeux du Spectateur , mais dont
il ne commence la marche qu'au fecond Acte
de la Tragédie . Nous ne devons pas lailler échapper
l'adrelle de ce moyen , pour abréger au moins
d'un Acte entier , une carrière difficile à remplir
dès l'inftant que le moment fatal de la rencon
tre du Père & du Fils eft connue du Spectateur.
C'eft cette difficulté à , le traîner pour ainsi dire,
depuis ce point intéreffant jufqu'à la fin du cinquiéme
Acte , qui avoit engagé l'ancien Aureur
à charger le malheureux Idoménée d'un nouveau
tourment , par l'amour qu'il lui prête pour
Erixéne , & par la rivalité que cela produir
entre le Père & le Fils . Quoique le Poëte lyrique
( feu M. Danchet ) eût ſuſpendu la ren
contre d'Idoménée & d'Idamante jufqu'au fecond
Acte , quoiqu'il eût mis , ainfi qu'a fait M. le
Mierre , cette fituation en action & fous les
yeux du Spectateur , il ne s'étoit pas crû vrai
fembablement difpenfé du beſoin de cet amour
& de cette rivalité entre le Père & le Fils . Il avoit
changé l'Erixéne de M. de Crébillon en un Illione ,
Princeffe qui par d'autres circonftances a des
notifs de devoir auffi puiffans que l'autre , pour
détefter la tendreffe de ces deux Princes , mais
qui céde cependant de même aux feux du plus
jeune. L'ufage du Théâtre Lyrique faifoit une
excufe à cet Auteur. Nous devons remarquer
avec éloges pour M. le Mierre , la juſteſſe de goût
190 MERCURE DE FRANCE .
>
& de difcernement qui lui a fait fupprimer cer
amour , ridicule dans un vieillard abfent depuis
longtemps , & dont l'âme eft agitée , par un
mouvement aufli important que l'eft celui de fe
croire obligé d'égorger lui-même un fils tendrement
aimé & digne de l'être. Quoiqu'en puillent
dire les Partifans de cette frivole paffion au
Théâtre quel moment pour l'amour que la
fituation où le trouve Idoménée ! De quel poids
doit-il être fur des efprits fenfés ? Quel intérêt
peut- il produire dans des coeurs honnêtes ? Lorfqu'il
y a fur un perſonnage un motif d'intérêt
auffi principal & d'une telle prééminence , ne
l'affoiblit- on pas plutôt que de l'augmenter en
accumulant des moyens auffi fubordonnés ? Nous
fçavons que feu M. de Crébillon blâmoit luimême
& fe reprochoit l'amour d'Idomenée dont
M. le Mierre a débarraffé ce caractére. La tendreffe
légitime d'une époufe vertueule pour
Idamante , l'attache & la lie à l'intérêt principal
, dans la nouvelle Tragédie ; il lui don
ne ainfi un jeu naturel & convenable dans l'action
. Il a fervi de plus au nouvel Auteur à rendre
moins vuide toute la préparation du premier
Acte.
S'il eft vrai que la rencontre d'Idoménée & de
fon fils au commencement du deuxième Acte ,
ait été en quelque forte indiquée par l'Opéra de
M. Danchet , l'uſage qu'en fait M. le Mierre paroît
ben plus vif & bien plus frappant . Le Poëte
Lyrique a filé une reconnoiffance qui fait languir
la fituation. Il eft d'ailleurs bien plus vraifemblable
qu'Idoménée , troublé par l'horreur de
fon vou , trouvant la victime feule fur ce rivage
fe précipite fur eile , que d'entrer en diſcuſſion
avec ce malheureux Inconnu. Au moment qu'il
AVRIL. 1764 . 191
veut frapper , M. le Mierre fait voler le fils dans
les bras du père qui le reconnoît . Rien ne manque
à cette fituation pour la rendre du plus
grand effet , & du plus beau genre de tragique.
A cet égard tout paroît à l'avantage du nouvel
Auteur. Il nous reste à voir s'il a pu éviter les
obſtacles naturels du Sujet & remplir avec chaleur
& intérêt les vuides qu'il préfente . Les deux
anciens Auteurs fufpendent longtemps la connoillance
du fecret d'Idoménée par fon fils. M. le
Mierre la lui donne bien plutôt . Il en résulte
peut-être un inconvénient pour fa Piéce, qui eſt
de ne pas fonder fur des motifs raisonnables le
refus que fait Idamante de tous les moyens propofés
par fon père , pour lui ôter le pouvoir d'exécuter
fon exécrable veeu . Telles font les propofitions
de rendre la tête de ſon fils facrée pour
lui- même, par l'augufte caractère de Roi , ou de
l'éloigner de la Crete & le dérober par là à la fureur
du Fanatifme. Idamante , ignorant les
vrais motifs de fon Père , & la caufe de l'état
violent où il le voit , doit fe refuſer à toutes
ces propofitions ; mais en la connoiffant , ce courage
en lui , fi ç'en eft un , eft une barbarie
contre ce l'ère infortuné. Il eft vrai que tranf
portant l'ignorance du fatal fecret fur Erigone ,
M. le Mierre a trouvé la matière d'une fort
belle Scène , dans laquelle cette épouſe éplorée ,
par un excès de tendreffe pour le Père & le Fils ,
autant que par des raiſons d'état , pourſuit avec
chaleur , fans le fçavoir , la mort d'un époux
adoré. Sa fituation, en apprenant ce fatal fecret,
eft d'une force vraiment tragique. Au lieu que
dans les deux autres Tragédies , c'eſt par des
motifs bas & criminels que les femmes pref-
Lent le danger de leur amant ; ce qui rend
192 MERCURE DE FRANCE.
la méprife & bien moins intéreffante , & bien
moins convenable à la dignité de fentiment qu'éxige
celle de la Tragédie.
Les expédiens qui naiffent du Sujet pour
fufpendre la cataſtrophe , font à- peu - près les mêmes
dans les trois Auteurs. Il ne peut guères
en effet s'en préfenter d'autres que l'éloignement
d'Idamante & d'Idoménée
éluder
, pour
l'effet du vou . Chacun des Auteurs a modifié
différemment les obftacles qui s'opposent à ces
expédiens , principalement à la réfolution d'Idoménée
, de fuir & fon Fils & les Etats . M.
de Crébillon fe fert d'un Oracle révélé par la fureur
d'Erixêne qui croit ne perdre que le père
qu'elle détefte , & qui produit la mort du fils
qu'elle aime. Le Poëte Lyrique , grâce à la commodité
des ufages de fa fcène , préſente un Dieu
dans une machine qui arrête Idoménée . Le nouvel
Auteur a fubftitué à ce Dieu un Grand - Prêtre
qui prétend foutenir l'ordre des Dieux & le faluc
des Peuples.
Ce moyen fournit une belle déclamation contre
le Fanatifme. Elle eft convenablement placée
dans la bouche d'Erigone , étrangère au culte
des Cretois , mais n'y pourroit-on pas entrevoir
de l'inconféquence entre les grandes vérités philofophiques
qu'elle contient , & l'événement de
la catastrophe. La fatalité eft accomplie , & d'une
manière cruelle contre Idamante ; le Prêtre eft
juftifié dans les menaces ; il femble que le but
moral n'eft pas atteint ; car après les maximes
juftes , & fermes que l'Auteur a miſes dans la
bouche d'Erigone , on eft bien loin de le foupçonner
d'avoir voulu faire triompher la fuperfli
tion ,de l'humanité & de la philofophie. Les autres
Auteurs avoient laillé fubfifter fans critique ,
P'erreur
AVRIL. 1764. 193
l'erreur fur laquelle eft établie la fable du ſujet ,;
c'étoit au moins n'avoir pas compromis les droits
de la vérité. Dans l'ancien Auteur tragique &
dans le nouveau , Idamante meurt de fa propre
main; les Dieux font fatisfaits , & le Père au
moins n'est pas chargé de l'horreur de l'exécution
. Le Poëte lyrique a, feul rempli le voeu
dans toute fon étendue. Il fait immoler le fils
par le père , en introduifant Néméfis , qui verfe
fur lui tous les feux , qui égare fa raiſon ,
& lui dérobe la connoiffance de la victime dans
l'exécrable facrifice qu'il en fait ; c'est aux Juges
de l'art à déterminer laquelle de ces cataſtrophes
eft la plus régulière & la plus amenée par l'action .
Quelles que loient les réfléxions qu'on falle à la
lecture de cette nouvelle Tragédie , fur la nature
du Sujet , fur les rifques qu'il y avoit à
l'entreprendre , on ne pourra fans injuftice fe
refuſer à louer le courage d'avoir rempli une
carrière auffi ingrate que celle qui refte entre
le moment de la fcène du fecond Acte , &
la caftatrophe du cinquiéme. Nous croyons auffi
que l'on y remarquera avec plaifir beaucoup de
vers heureux , & qui ont produit leur effet au
Théâtre. Si l'on ne craignoit de s'écarter trop de
l'opinion commune , on exhorteroit ici les jeunes
Auteurs à tenter quelquefois de pareilles entrepri
fes , fans s'effrayer des noms & de la célébrité de
ceux de leurs Prédéceffeurs , qui ont manqué certains
fujets . Quelques exemples , rares à la vérité ,
ne font ils pas fuffifans pour nous autoriſer à
donner cet encouragement ? Les vrais Sujets tragiques
ne font pas en fi grand nombre , que bien
des gens le croyent ; s'il en eft quelques- uns fur
lefquels des Mufes célèbres fe foient éxercées
avec peu de fuccès , pourquoi feroient - ils à jamais
I. Vol.
·
I
194 MERCURE DE FRANCE.
un
perdus pour les autres s'il en eft même qui
par leur conftitution , préfentent des difficultés
infurmontables en apparence ; pourquoi interdiroit-
on au génie la gloire d'en triompher à
travers les naufrages d'une flotte entiere ,
Pilote plus heureux ou plus habile fait aborder
au Port un Vaiffeau dont la richeſſe dédommage
de la perte des autres. Ce n'eſt pas à ceux
qui attendent ces richeffes fur le rivage , à exagérer
les dangers qu'on éprouve , pour les leur
apporter. Ils peuvent plaindre , mais ne doivent
jamais blâmer ceux mêmes qui échouent à leur
vue.
Le 3 Mars on a donné la première
repréſentation de l'Amateur , Comédie
nouvelle en Vers & un A&te , par M.
BARTHE . Cette petite Piéce a eu 10
repréfentations. Elle a été reçue avec
applaudiffemens , & le Public a paru
en voir la continuation avec plaifir. Les
Lecteurs feront en état de juger par
eux-mêmes de l'agrément de cet Ouvrage
dans lequel l'Auteur a été
très- bien fecondé par le talent des Acteurs
qui étoient MM. GRANDVAL ,
MOLE & PRÉVILLE, Mlles PRÉVILLE
& DOLIGNI. Quoique nous invitions
à lire cette Comédie en entier , nous
?
* On trouve certe Piéce imprimée in- 12 . à
Paris chez Duchesne , rue S. Jacques.
AVRIL. 1764. 195
ne nous difpenferons pas d'en donner
une notice felon l'ufage . Les bornes de
notre Article ſe trouvant remplies dans
ce Mercure nous fommes obligés de
la remettre au deuxiéme vol. du mois ,
ainfi que les autres Nouveautés.
,
On doit tenir compte & applaudir au
zéle des Comédiens François pour le
vrai Pére de ce Théâtre ( MOLIERE )
par les foins qu'ils ont apportés à la
remife du Bourgeois -Gentilhomme , dont
la première repréfentation fut donnée
le Lundi gras. Le plaifir que le Public
y a pris a dû récompenfer ce zéle &
l'encourager.
Le 17 Mars , on a donné la première
Repréſentation d'Olimpie , Tragédie de
M. de VOLTAIRE. Elle fut reçue avec
les applaudiffemens dont cet illuftre Auteur
eft depuis long-temps en poffeffion.
On l'a continuée jufqu'à préfent. Le
concours des Spectateurs a prèfque toujours
augmenté à chaque Repréfentation.
Comme nos Lecteurs ont pu lire
déja cette Tragédie , qui étoit imprimée
avant la Repréſentation , nous en remettons
l'Extrait à un autre Mercure , dans
lequel nous parlerons auffi de la beauté
& de la fplendeur de fon Spectacle.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Jeudi 8 Mars , on donna la première
Repréfentation de Rofe & Colas ,
Comédie nouvelle en un Acte , mêlée
d'Ariettes. Cet Ouvrage , dont les Paroles
font de M. SEDAINE , & la Mufique
de M. de MONCIGNY , fe continue toujours
avec fuccès. Il y a eu dans les premiers
jours quelques contrariétés fur la
Mufique, entre les Spectateurs ordinaires
de ce Théâtre. L'Auteur de On ne s'avife
jamais de tout , employe ordinairement
des chants plus analogues au Dramatique
& à la douce naïveté des Sujets
ordinaires de ces fortes de Pièces , qu'une
forte de Mufique dont quelques -uns
defireroient l'application à un genre plus
élevé. Les routes au refte que M. de
MONCIGNY prend pour plaire au Public
paroiffent juftifiées par le concours foutenu
des Spectateurs ; fans néanmoins
prétendre improuver les autres , & fans
que le Public en effet , rende moins de
juftice au mérite dés genres différens
qui occupent cette Scène . On ne nous
1
AVRIL. 1764. 213
vince du Dauphiné , & conduit par le Marquis
de Dreux , Grand-Maître des Cérémonies , &
par le fieur Desgranges, Maître des Cérémonies,
Le 12 , le Duc de Bourbon a été préſenté à
Leurs Majeftés & à la Famille Royale , par le
Prince de Condé fon père.
Les , la Comteffe de Rouault fut préſentée à
Leurs Majeftés & à la Famille Royale par la
Comteffe du Rumain.
Le 26 du mois dernier , Leurs Majeftés & la
Famille Royale fignérent le Contrat de mariage
du Comte de Gralle , Capitaine de Vaiſſeau du
Roi , avec la Demoiſelle fille du fieur Accaron
Commiffaire de la Marine & premier Commis
des Colonies : & le 12 de ce mois , celui du Comte
de Barral avec Demoiſelle de la Motte.
>
Le fieur Meffier , Aſtronome attaché au Dépôt
des Plans de la Marine de France , eut l'honneur
de préſenter au Roi , le 29 du mois dernier ,
une grande Carte célefte fur laquelle il avoit
tracé la route de la Cométe qui paroît préfentement
, d'après les obfervations qu'il a faites dans
l'Obfervatoire de la Marine à Paris . Cette Cométe
a beaucoup perdu de fa lumière depuis le
moment qu'on l'a découverte ; elle ne paroît
plus que de la grandeur d'une étoile de la fixiéme
claffe ; fon mouvement eft auffi très - rallenti ,
le 29 Janvier , às heures 51 minutes du foir ;
elle avoit d'afcenfion droite 328 degrés 16 minutes
37 fecondes , & 17 degrés 43 minutes 59
fecondes de déclinaiſon boréale ; le lendemain à
fix heures 2 minutes 52 fecondes du foir , fon
afcenfion droite étoit de 328 degrés 30 minutes
22 fecondes , & fa déclinaiſon boréale de 16 degrés
57 minutes 21 fecondes. Elle n'aura paffé par fon
périhélie que vers le 12 de ce mois.
Le 8 de ce mois , l'Abbé de Burle de Curban
214 MERCURE DE FRANCE.
eut l'honneur de préfenter à Leurs Majeftés ,
à Mgr le Dauphin & à Madame Adélaïde la dernière
partie de l'Ouvrage du feu fieur de Réal ,
contenant l'examen des principaux Ouvrages
compofés fur les Matières de Gouvernement , &
dédiée à Madame Adélaïde.
Le 2 , le fieur Targe fils , Profeffeur de Mathématiques
à l'Ecole Royale Militaire , a eu l'honneur
de présenter à Mgr le Duc de Berri & à
Mgr le Comte de Provence les Volumes XVI &
XVII . de l'Hiftoire d'Angleterre de Smollet ,
traduits par lefieur Targe fon père , Correfpondant
de l'Académie Royale de Marine , & cidevant
Profeſſeur à l'Ecole Royale Militaire .
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain .
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Monſeigneur le Vice- Chan- ΑΙ
celier > le Mercure du premier volume d'Avril
1764 , & je n'y ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher
l'impreffion . A Paris , ce 31 Mars 1764.
GUIROY.
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
ARTICLE PREMIER.
SUITE de l'Hiftoire raiſonnée des Plaidoyers
Page 5 de Cicéron.
VERS à S. A. S. Mgr l'ELECTEUR PALATIN
, fur l'Académie des Sciences que ce
Prince vient d'inftituer à Manheim. 10
AVRIL. 1764 . 215
PORTRAIT de Madame de ***
Le Jardinier & l'Oranger , Fable.
A l'Auteur du Mercure , Epitaphe de M. du
Viviée , C. du C. de V.
EPITRE à M. Ch . de Mo ***
LETTRE à M. De la Place , Auteur du Mercure ,
fur Abraham Duquesne.
A M. de Voltaire , menacé de perdre la vue.
ENVOI d'un Gâteau des Rois , à M. de Montaudouin
.
RÉPONSE à M. le Chevalier de Juilly- Thomaffin.
VERS de M. Saurin , de l'Académie Fran-
12
14
15
17
22
23
2.4
par Mlle *** . 25
çoife , à M. le Duc de Nivernois . 28
VERS à Mlle D.... 29
EPIGRAMMES imitées de Martial. ibid.
CECILE , ou l'Amour Gaulois .
31
CHANSON à M *** fur fon mariage .
LETTRE de M. Dallet.
4I
43
RÉPONSE de M. le Vicomte de Saint- Germain
Matinel.
IN effigiem Viri clariſſimi_DD . DE LA
PEYRONNIE.
ROMANCE .
ODE anacreontique à M. M. fur la piquure
d'un Coufin .
SUITS des Lettres d'un jeune Homme.
LES Tourterelles & les Enfans , Fable imitée
du Pogge.
44
46
47
ibid.
49
So
ÉNIGMES.
LOGOGRYPHES.
19 & 69
61 & 62
63
CHANSON ,
ART. II. NOUVELLES LITTÉRAIRES .
LETTRE à M. De la Place , Auteur du
Mercure de France , fur Charles Antoine
Fabrot.
64
216 MERCURE DE, FRANCE.
LA Population & la Beauté , Odes.
HISTOIRE de Méhémet II , Empereur Octoman
, par M. Belin de Monterzi.
SUITE de l'Extrait de l'École de Littérature.
ANNONCES de Livres.
68
73
84
91 & fuiv .
ART. III . SCIENCES ET BELLES-LETTRES .
ACADÉMIE S.
LETTRE de M. de Belleifle à M. de Velye, & c. 114
RÉPONSE à la Lettre précedente , par M.
Fradet.
EXTRAIT des Regiſtres de l'Académie Royale
des SCIENCES ,
PRIX proposé par la Société Royale d'Agriculture
de PARIS.
SUPET du Prix de l'Académie des Sciences ,
Arts & Belles -Lettres de DIJON .
ÉCOLE Royale Vétérinaire .
DIOPTRIQUE.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
GÉOGRAPHIE .
119
123
125
129
131
136
148 ART. IV. BEAUX - ARTS.
ARTS UT LIES.
CHIRURGIE. SI
HÔPITAL de M. le Maréchal Duc de Biron. 154
ARTS AGRÉABLES.
MUSIQUE.
ART. V. SPECTACLES.
165
SUITE des Spectacles de la Cour à Verſailles. 167
SPECTACLES de Paris . Opéra.
COMÉDIE Françoiſe.
COMÉDIE Italienne.
CONCERT Spirituel .
173
175
296
197
198
SUPPLÉMENT à l'Article des Spectacles.
ART. VI . Nouvelles Politiques de Février . 199
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY ,
rue & vis-à-vis la Comédie Françoife.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
AVRIL. 1764.
SECOND VOLUME.
Diverfité , c'est ma devife. La Fontaine.
Chez
Shute
Po Sexip- 17/5
A PARIS ,
CHAUBERT, rue du Hurepoix.
JORRY, vis a vis la Comédie Françoiſe.
PRAULT , quai de Conti.
DUCHESNE, rue Saint Jacques.
CAILLEAU rue Saint Jacques.
CELLOT, grande Salle du Palats.
Avec Approbation & Privilége du Roi.
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch à côté du
Sellier du Roi.
>
C'est à lui que l'on prie d'adreffer ,
francs de port, les paquets & lettres
pour remettre , quant à la partie litté
raire , à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pour feizé volumes
, à raifon de 30 fols pièce.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la poſtě
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront d'autres voiesque
la Pofte pour le faire venir , & qui pren
dront les frais du port fur leur compte
, ne payeront comme à Paris , qu'à
raifon de 30 fols par volume , c'est-à •
dire , 24 liv. d'avance , en s'abonnant
pour feize volumes.
A ij
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire venir
le Mercure , écriront à l'adreffe cideffus.
On fupplie les perfonnes des provin
ces d'envoyer par la pofte , en payanı
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affranchis
, refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à an
noncer, d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en a juf
qu'à préfent cent fix vol. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
Le trouve à la fin du foixante- douzième,
MERCURE
DE FRANCE.
AVRIL. 1764.
ARTICLE PREMIER .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
SUITE de l'Hiftoire raifonnée des
Difcours de CICERON.
DEFENSE DE LUCIUS MURENA.
LEE gouvernement
de Rome , moitié
Ariftocratique & moitié Démocratique ,
produifoit néceffairement
des cabales &
des divifions parmi les Citoyens . Les
Perfonnages
diftingués des premières
Maifons de la République
n'étoient pas
II. Vol A iij
7
6 MERCURE DE FRANCE.
les feuls qui afpiraffent à l'honneur de
devenir les Chefs de l'Etat : la même
ambition animoit chacun des Patriciens;
la Préture , l'Edilité , enfin le Confulat
devenoient tour-à-tour l'objet de leurs
voeux.
Le Peuple de fon côté tenoit dans
fes mains le fort des têtes les plus illuftres.
La liberté dont il jouiffoit en donnant
fes fuffrages lui permettoit d'ent
difpofer à fon gré . Les Candidats ( a ) le
fçavoient bien auffi n'épargnoient-ils
rien pour gagner fa bienveillance.
Une loi fage & prudente avoit défendu
expreffément les largeffes pécu
niaires, afin de prévenir toute espéce de
corruption. Quiconque étoit convaincu
de s'être fervi de ce moyen honteux
pour parvenir aux charges , en étoit exclu
fans autre forme de procès. On
penfoit apparemment alors que ceux qui
avoient l'âme affez baffe pour acheter
le droit de rendre la Juftice , ne balanceroient
pas à la vendre , quand ils
trouveroient l'occafion de le faire avec
( a ) Tel étoit le nom qu'on donnoit aux.
concurrens qui fe préfentoient pour remplir les
charges publiques , parce qu'ils fe revêtiffoient
alors d'une robe blanche ( en Latin candida ) qu'ils
ne quittoient qu'après l'élection .
AVRIL. 1764.
impunité. C'eft cette loi qui donna lieu
à l'accufation intentée contre L. Murena.
L'année du Confulat de Cicéron étant
prête d'expirer , il fit tenir fuivant l'ufage
les Comices Confulaires , c'est- àdire
l'Affemblée du Peuple pour l'élection
des Confuls de l'année fuivante.
Les fuffrages tomberent fur Decius
Junius Silanus , & fur Lucius Licinius
Murena..
Ce dernier avoit un dangereux compétiteur
dans la perfonne de Servius
Sulpitius que chacun fçait avoir été
également recommandable & par fa
naiffance illuftre , && par fes profondes
connoiffances dans la Jurifprudence.
Outré de fe voir préférer un rival
dont le mérite peut - être étoit inférieur
au fien , il prit le parti de l'accufer d'avoir
acheté les voix qui lui avoient été
favorables.
Le Conful défigné, Murena, fut véri
tablement mortifié de cette accufation
dictée par l'efprit de vengeance. Il n'avoit
pas feulement à redouter Sulpitius
il avoit encore à craindre le crédit
immenfe d'un grand homme que fon
adverfaire avoit fçu attacher à fes intérêts
& qui parut avec lui en qualité
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
d'accufateur. C'étoit le fameux Caton ,
ce farouche Cenfeur , auffi connu par
fon infléxible attachement à la vertu ,
que par fes fentimens vraiment patriotiques
& républicains.
La caufe de Murena fut plaidée deux
fois avant que Ciceron parlât pour lui ; la
première fois par Quintus Hortenfius ,
cet Orateur célébre dont les productions
brillantes balanceroient peut-être celles
de Ciceron , fi elles n'étoient pas perdues
pour nous ; la feconde par Marcus Craffus
, qui prouva par plufieurs fuccès la
fupériorité de fes talens .
Le Plaidoyer de Ciceron réunit à la
fois la légéreté & l'élégance. C'eſt un
mêlange parfait de la politeffe , la plus
aifée & de la plaifanterie la plus ingénieufe
& la plus délicate . Il Y raille
avec adreffe le pédantifme des Jurif
confultes , parce que Sulpitius faifoit
profeffion d'être fçavant dans les Loix &
dans la Morale Stoïcienne , parce que Caton
paffoit pour un des plus zélés Philofophes
de cette Secte , qui commençoit
d'ailleurs à tomber dans le difcrédit.
Malgré toute fon indifférence
philofophique , le Stoïcien fut piqué
jufqu'au vif des farcafmes dont l'accabloit
le Prince des Orateurs . Pour s'en
AVRIL. 1764. 9
venger il dit un bon mot (b) que Pluturque
a pris foin de nous conferver....
Il faut avouer , s'écria - t- il en fortant
de l'audience , il faut avouer que le premier
homme de l'Etat eft auffi le premier
Plaifant de la République !
Un Membre de l'Académie Françoife
, auffi refpectable par fon caractère
& par fes moeurs , que recommandable
par fa fcience & fon érudition
M. l'Abbé d'Olivet , a fait un beau
préfent à la République des Lettres , en
faiſant imprimer à la fuite de fon Commentaire
fur ce difcours, celui que compofa
pour s'exercer il y a environ 200
ans , un illuftre Sçavant , Aonius Palearius
, qu'une mort cruelle a rendu célébre
autant que fes Ouvrages. Peu de modernes
ont réuffi comme lui à imiter
le ftyle & la diction de Cicéron qu'il·
avoit pris pour modéle . Ce difcours
excellent à lire , eft l'accufation de Murena.
On le trouve à la page 517. du:
ye Tome de la belle édition in-4°. des.
OEuvres de Cicéron,
(b ) Dii boni ! quàm ridiculum Confulem habemus
!!
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS de CICERON contre L
CATILINA , vulgairement dits les
QUATRE CATILINAIRES.
Quand j'entends les gens à préjugés
taxer Cicéron de poltronnerie , je me
dis auffitôt à moi- même , il y a tout au
moins une grande imprudence à dénigrer
, fur le rapport d'autrui , un homme
de mérite qu'on ne connoît pas. Il ne
faut que jetter les yeux fur l'Hiftoire
de la Conjuration de Catilina pour fe
convaincre de l'intrépidité . & de la
grandeur d'âme de ce fameux Conful .
Ce que j'avance paroîtra un paradoxe .
à ceux qui ne connoiffent pas ce Morceau
précieux des Annales de la République
Romaine. Je fçai que l'opinion
commune eft contre moi , mais qu'ils
fent ; la mémoire de Cicéron fera vengée.
Sallufte, cet Ecrivain hardi & fenten-...
tieux , fait la peinture la plus frappante.
& la plus vraie des moeurs qui regnoient
à Rome dans le temps de Catilina La
Jeuneffe , perdue , de débauches & de
dettes , emprunto à groffes ufures pour
avoir dequoi fournis à fes plaifirs , &
bagga- tôt les intérêts multipliés l'emAVRIL.
1764 .
11
portoient fur le principal : les vices les
plus honteux , déifiés par la corruption
de ceux qui leur procuroient l'apothéofe
faifoient partie du culte public
; les défordres les plus infâmes devenoient
des cérémonies de Religion
pour ceux qui avoient l'adreffe de les cacher
fous le voile du myftère . L'Etat de
la République étoit trop violent pour
être durable ; la révolution devenoit
comme néceffaire ; & fans la vigilance
du Conful toujours actif & toujours prévoyant
, l'Empire étoit à celui qui fauroit
le premier s'en faifir.
Lucius Catilina crut être appellé par
la deftinée à ce haut point de fortune
& de gloire ; ou , pour parler plus juſte
il voulut profiter des circonftances pour
y parvenir. Il faut avouer auffi que perfonne
n'étoit plus propre à jouer le rôle
d'un confpirateur.
Nombre de qualités qui portoient :
l'apparence des plus grandes vertus ,.
formoient fon caractère ; mais il n'en
avoit aucune dont il n'eût défiguré
miférablement l'image. Lié avec tout
ce que Rome avoit de plus fcélérats , il
paroiffoit en même temps l'admirateur
le plus zélé des Citoyens les plus
vertueux. Sa maifon étoit remplie de
A. vi
12 MERCURE DE FRANCE.
tous les objets qui fervent à flatter la
débauche ; mais ils y étoient accompagnés
de tout ce qui peut fervir d'aiguillon
au travail & à l'induſtrie :
c'étoit à la fois une fcène perpétuelle
des vices les plus raffinés , & une école
d'éxercices militaires. Jamais homme
ne réunit tant de parties oppofées , &
tant de ces qualités & de ces paffions
qui femblent mutuellement s'exclure ;
perfonne ne pofféda jamais mieux l'art de
fe rendre agréable aux bons Citoyens ,
& d'entretenir en même temps une liaifon
étroite avec les plus mauvais ; perfonne
ne marqua plus de goût pour les
bons principes , & n'en fuivit jamais de
plus déteſtables ; nul homme ne fut plus
outré dans la débauche , & plus capable
de perfévérance dans le travail ; n'eut
plus d'avidité pour le pillage , & plus de
profufion dans la dépenfe perfonne
enfin n'eut jamais tant de facilité à ſe
faire des amis & à fe les attacher folidement
, fi tant eft que l'amitié puiſſe habiter
dans des coeurs d'où la vertu eft
bannie. Il partageoit avec eux tout ce
qu'il poffédoit , fon argent , fon crédit
fes maître les ; rien en un mot ne lui
coûtoit pour obliger ceux qu'il pouvoit
s'attacher par de pareils fervices. Son
AVRIL. 1764. 13
caractère prenoit toujours la teinture de
fes projets , & fe formoit , dans toutes
les occafions fur fes prétentions & fur
fes defirs. Avec les gens triftes , l'air
chagrin lui devenoit naturel avec les
gens gais , il paroiffoit fait pour la gaîté
& pour l'enjouement : il étoit grave
avec les vieillards , vif & léger avec les
jeunes gens , audacieux avec les efprits
hardis , libre & fans retenue avec les débauchés
. Cette mobilité & cette variété
continuelle avoit non-feulement attiré
auprès de lui tout ce qu'il y avoit de
gens fans principes & fans moeurs en
Italie & dans les Provinces de l'Empire ,
mais lui avoit procuré un grand nombre
d'amis parmi les plus honnêtes gens de
la République , à qui l'apparence de fes
vertus faifoit illufion .
I. Fondé fur toutes ces reffources ,
Catilina commença bientôt à cabaler
fourdement , & à tenir des affemblées
fecrettes. Un Citoyen nommé L. Porcius
Lecca prêta fa maifon aux Conjurés,
qui s'y raffembloient toutes les nuits . Le
projet étoit prêt à éclater , & la République
touchoit au moment de fa perte ,
quand une bravade indifcrette de deux
Confpirateurs découvrit en partie le fecret.
Deux intimes amis de Catilina fe
14 MERCURE DE FRANCE .
vantèrent qu'ils tueroient Ciceron dans
fon lit. Cette menace , qui n'eut aucun
effet , allarma pourtant affez le Sénat
pour qu'il rendit folemnellement ce Decret
fameux ( c ) , qui chargeoit fpécialement
les Confuls de veiller aux intéréts
de l'Empire . Quelques jours après la
Courtifanne Fulvie , ayant fçu le projet
entier de la Conjuration , par fon amant
Curius qui y étoit engagé , alla le révéler
au Conful , qui fe prépara à en faire le
rapport le lendemain à l'Affemblée du
Sénat. Catilina eut l'impudence de s'y
trouver ; & c'eft ce qui donna lieu à
Cicéron indigné de prononcer la Première
Catilinaire : Monument précieux aux
yeux des gens de Lettres , d'une vigueur
héroïque , & d'une éloquence foudroyante.
II. Catilina fut étourdi de ce coup
qu'il n'avoit pas prévu ,& attendit à peine
la nuit pour fe dérober à l'indignation
publique. Un petit nombre de Conjurés
le fuivit dans fa retraite. Cicéron inftruit
dès le lendemain de la fuite précipitée du
Chef de la Conjuration , convoqua le
Sénat afin d'avifer aux mefures qu'il y
avoit à prendre . En attendant les Pères
Confcripts , qui tardoient trop à s'affem-
( Videant Coff. ne quid detrimenti refp, capiat •
AVRIL. 1764. IS
bler , le Conful monta fur la Tribune .
aux Harangues , & apprit au Peuple l'évafion
de Catilina , après lui avoir rendu
compte des circonftances de la Conjuration
, que bien des gens ignoroient encore.
C'eft la Seconde Catilinaire...
- III. On avoit trouvé moyen d'intéreffer
en faveur de la Confpiration naif
fante , la Nation des Allobroges , dont
les Ambaffadeurs étoient alors à Rome ,
pour y folliciter quelques priviléges
qu'ils avoient beaucoup de peine à obte
nir. Quand le calme d'une lente & fage
réflexion eut fuccédé aux mouvemens
rapides de la féduction , effrayés des rifques
qu'ils couroient , & du péril auquel
étoit expofé l'Empire , ces Ambaffadeurs
fe déterminèrent à en donner fecrétement
avis au Conful. On intercepta les
lettres des Agens de Catilina ; on faifit.
des amas d'armes qu'ils faifoient par fon
ordre ; on les conduifit eux- mêmes en
prifon . Cicéron rend compte au Peuple
de tout ceci dans fa Troisième Catilinaire.
Difcours admirable qui fervira toujours
de modèle aux Orateurs curieux de narrer
avec grâce , & de raifonner folide-...
ment.
IV. Les Conjurés étoient toujours en
prifon , & le Sénat n'avoit pas encore
16 MERCURE DE FRANCE .
prononcé fur leur fort. D. Silanus ouvrit
l'avis rigoureux de les condamner
tous à la mort : C. Cæfar , le même qui
donna dans la fuite des fers à fa Patrie ,
inclinoit à la douceur , & vouloit qu'on
leur laiffât la vie. Il alla même jufqu'à
intéreffer Cicéron en leur faveur , en faifant
entendre qu'une févérité odieufe
pourroit mettre en danger les jours d'un
Conful , fi précieux à la République.
Cicéron , à fon tour , montra les fentimens
les plus héroïques ; protefta qu'il
avoit fait à fa Patrie le facrifice de fa vie ,
& qu'il falloit embraffer le parti de la rigueur
, puifqu'il étoit le plus für pour
Etat. Dire que fon avis fut fuivi unanimement,
c'eft faire en deux mots l'éloge
de cette Quatrième & dernière Casilinaire.
VERS fur la Tragédie d'OLIMPIE.
Da l'Homère François reſpectons les vieux ans .
Auffi fier , auffi grand', au bout de fa carrière ,
Il fait entendre encor ces fublimes accens
Qui tant de fois charmoient l'Europe entière :
Fils des Arts , ainsi qu'eux , il triomphe-du temps.
Dévoré de chagrins , environné d'allarmes ,
AVRIL 1764: 17
De la publique joie , un Critique attristé
Vainement , dans mes yeux , voudroit tarir mes
larmes ;
Par un charme plus fort mon coeur eſt emporté.
Mes larmes font pour lui des larmes criminelles:
Mes yeux pour le confondre , en verſent de nouvelles.
On admire , en tout temps , l'altre brillant des
Cieux ;
On le bénit à fon Aurore ;
Au midi de fon cours , il marche égal aux Dieux ;
Afon coucher , il nous étonne encore ,
Et fon dernier rayon nous fait baiffer les yeux.
Mérope , Mère & Reine , ou m'afflige , ou m'enflâine
;
D'Orofmane irrité j'embraffe les fureurs ;
Gengiskan agrandit mon âme ;
Mahomet la remplit de profondes terreurs :
Pour Olimpie encore il me reste des pleurs.
L. P. T. T.
MADRIGAL 2
A Madame de ***
PENDANT ENDANT ce jugement.fi fameux au Permeſſe
Ou Paris adjugea la Pomme à la Beauté ,
S'il eût encor trouvé deux prix de même eſpéce ,
18 MERCURE DE FRANCE.
Pour l'efprit & pour la fagelle ,
Son embarras auroit bien augmenté .
1
Mais ce Berger, dans le fiécle où nous fommes,
Voyant la jeune Iris n'auroit point hélité .
Jegagerois qu'elle eût en les trois Pommes.
Par M. V... ! .
VERS à Madame de S.
Des ris , des grâces entouré ,
Si l'amour vole à ta toilette ,
Des fleurs qui couronnent ta tête ,:
S'il aime à voir ton fein paré.
Si fans ceffe fa main divine
Sur toi , ma brillante couſine
Verſe mille dons précieux,
C'est que ce petit orgueilleux ,-
Jaloux de conferver l'empire
Qu'il a fur tout ce qui refpire ,
=
Compte bien plus fur tes beaux yeux ,
Que fur les fléches qu'il nous tire.
Par M. FRANÇOIS , ancien Officier de Cavaleries:
AVRIL. 1764. 19
IMPROMPTU.
A LISETTE , en lui préfentant une
JEUNE
violette.
BUNE & brillante Lifette ,
De bon coeur daigne accepter
L'humble & douce violette
Que j'ofe te préfenter.
Si la main qui te la donne
Sur la plus belle couronne
Avoit d'auffi juftes droits,
L'Univers à l'inftant même
Verroit la Beauté que j'aime
Au-deffus des plus grands Rois .
Par le mêmes
A Mlle DE... qui preffoit inftamment
l'Auteur de lui faire fon portrait.
Iz faut donc vous peindre en deux mots ;
Ainfi que votre coeur ardemment le fouhaite ?
Vous êtes à la fois médiſante & coquette .
Corrigez-vous de ces défauts ,
Et je vous garantis une fille parfaite .
Par le même
20 MERCURE DE FRANCE.
LE ROSIER ,
ALLEGORIE.
A M. ** , Auteur de l'Elite des Poëfies
SUR
fugitives.
UR le Parnaffe un Rofier fleuriffoit ,
Rofier chéri de la troupe immortelle !
Apollon tous les jours lui-même l'arrofoit
& Clio , la garde fidelle ,
Avec grand foin' le cultivoit.
Chaque matin fous fon feuillage
Voltaire a ) avec Bernis ( b ) célébroit P...
Près d'eux Saint Lambert , ( c ) de l'amour.
Traçoit une naïve image.
A quelques pas dans un boccage
Piron , ( d) fans éclat emprunté ,
Sur le fond d'un beau payfage ,
Peignoit un riant hermitages
Où l'Amour fourioit à la tranquilité.
( a Madrigal à la Marquise de P ** deffi
nant une tête.
(b) Réponse à la question propofée par la même.
Qu'est-ce qu'Amour ?
(c ) Pigmalion & le triomphe d Alexandre .
(d)L'Epitre à Mile Cheré,
AVRIL 1764.
21
Bernard ( e ) de la tendre Bergère ,
Venoit y partager les tranfports amoureux ;
Et la main folâtre & légère
Deffinoit jufqu'à la fougère ,
Qui fervoit de Trône à fes feux.
A fes côtés Dorat ( f) de l'aimable Sophie
Exaltoit les traits raviflans ;
De la fineffe de Thalie ,
Des fons heureux de Polymnie,
Il offroit les accords touchans.
Panard(g) de fon tendre martyre
Entretenoit les bofquets d'alentour :
A Favart ( h ) il prêtoit fa lyre ;
Et plein d'un amoureux délire ,
Tous deux foupiroient tour - à-tour
Les feux du Dieu qui les infpire.
Greffet venoit fuivi des Grâces ;
Vert vert repofoit fur fa main ;-
Les jeux voltigeoient fur les traces ;
Et les ris d'un air enfantin ,'
Lui préfentoient les paperaffes ( i )
( e ) L'Epitre à Claudine.
(f)L'Epitre à Mile Arnoult de l'Opéra.
(g ) Le Ruiffeau , Laylle charmante de M. P**
( h ) Madrigal ingénieux tiré de la Comédie des
Sultanes . Dans l'Univers , & c .
(i ) On a lu avec plaifir la defcription du Lutria
vivant de M. G.
22 MERCURE DE FRANCE .
Dont il compofoit fon Lutrin.
Ainfi dans les Champs d'lonie ( k)
Jadis le tendre Anacréon ,
Dans des vers remplis de faillie
Faifoit badiner la folie
Sur les genoux de la Raiſon .
Les fleurs du Rofier du Parnaffe
Sont vos vers , Poëtes fameux.
Il y manquoit un choix heureux ;
*** Vint , le fit avec grace ,
•
Et fon bouquet mis fous nos yeux ,
Offre un mêlange ingénieux ,
Dont l'efprit jamais ne fe laffe ,
Et que le coeur goûte encor mieux.
Clio vit le larcin , & d'un regard févère ,
Prétendoit le réprimander ,
Mais bien- tôt l'Amour la fit taire.
Ce Dieu la charge de garder .
Toutes les Rofes de Cythère ;
Elle n'a garde de gronder ! ...
Apollon à fa foeur le lendemain s'empreffe
De montrer fon Rofier chéri :
Mais quel objet pour fa tendreffe ! ...
Plus de Rofes , l'arbre eft flétri .
Il appelle Clio » venez , venez , traîtreſſe
Où font mes fleurs ? Hélas , dit- elle fans détouf
(k ) Anaeréon étoit de Théos , Ville d'lonie,
AVRIL. 1764. 23
» J'ai laiffé tout prendre à l'amour ,
» Je n'attendois pas la fageffe.
Par M. CCOOSSTTAARRDD ,, Fils,
VERS à une Belle incrédule , par M.
Y *** , de l'Académie Royale des
Belles- Lettres de CAEN.
Vousn ous niez la Divinité ,
Iris , quelle folie extrême ,
Quand malgré vous votre beauté
Vous annonce un Etre fuprême.
LE BAL DE L'OPERA ,
ANECDOTE
Qu'on prendra pour un Conte.
EN vérité , Madame , vous êtes d'une
gaucherie qui ne reffemble à rien ! vous
affichez la gravité jufque dans le centre
des plaifirs ! c'eſt une erreur : je dis plus ,
Madame , je dis plus , c'eft exactement
un crime contre l'ufage. Le plaifir eft
une rofe : il eft des Peuples affez mauffades
pour ne la chérir qu'autant qu'elle
24 MERCURE DE FRANCE.
eft hériffée d'épines. Nous autres nous
n'aimons point une conquête difficile .
Nous voulons aimer , le dire , & triompher
: Un plaifir ceffe de l'être lorsqu'il
eft acheté. Survient- il une vapeur , un
caprice , un rien : eh bien l'on fe quiton
ne s'aime plus , mais l'on s'eftime
encore ; voilà tout . Avouez , Madame
, que les François fçavent manier
merveilleufement bien l'amour!
C'étoit à-peu -près en ces termes , que
le Marquis d'Arimon tachoit de calmer
les fcrupules d'une très- jolie femme que
le reflux du Bal de l'Opera avoit amenée
à fes côtés .
Beau Mafque , lui dit la Dame inconnue
, qui l'avoit reconnu au premier
inftant , vous êtes d'une folie outrée : vos
propos font légers , femillans ; mais ils ne
font pas toujours dictés par le refpect..
Le refpect ! ah bon , Dieu le refpe &t ! -
je vous devine ! oui fur mon honneur ,
je tiens la clef de l'énigme ! je juge à ce
feul mot , que vous êtes mariée , vous
vous déconcertez ? allons , avouez-lemoi
de bonne grace.Eh ,mais , Monfieur
, quand il feroit vrai , faudroit - il
en rougir ? - Non , Madame , ' je ne
porte pas la févérité fi loin ; ce n'eft
pas d'être mariée qu'il faut rougir..
C'eft
AVRIL. 1764. 25
*
c'eft d'en faire un mystère. A dire vrai ,
eft il une chofe de convenance mieux
imaginée que le mariage ? Tant qu'on
eft fille , on eft affervie à mille petits préjugés
, il faut motiver tous fes pas ,
dif
cuter chacune de fes démarches , fe malquer
enfin jufqu'à l'âme Sitôt qu'on eft
femme , la fcène change : le préjugé s'évanouit
, la liberté refte. A l'abri d'un
nom qu'on échange contre le fien , il
eft permis d'avoir des manières , de fe
livrer au tumulte du monde , quelquefois
même d'être extravagante ; & fouvent
l'eftime qu'on accorde au mari , eft
en raifon des folies de la femme . - Vous
parlez à merveille on diroit
que vous
tenez la clef de nos coeurs : mais , pour
connoître fi bien le mariage , il faut en
avoir fait une épreuve . Oh ! l'épreuve
eft toute faite, Madame.- Comment ?-
Oui , Madame : mon Père étoit attaqué
de la Poftéromanie ; il crut qu'il étoit
temps d'affurer l'éternité de fon nom.
Un beau matin il me mena chez un de
fes vieux amis : ce vieil ami avoit une
fille très-jeune , qui fortoit pour la pre-
-
* Tous ces propos & ceux qui fuivent font des
propos de bal , par lefquels il faut bien fe garder de
juger de la morale de l'Auteur.
II. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE,
mière fois du Couvent. La vifite achevée,
il me demanda fi cette Agnès me pouroit
convenir? Je lui répondis qu'à l'innocence
près , elle me convenoit au mieux. La feconde
vifite , je m'approchai un peu plus
près d'elle . Elle étoit tremblante . Pour la
raffurer , je lui débitai toute entière une
page des Délices du Sentiment, que j'avois
apprife par coeur. Elle commença à minauder
, à baiffer les yeux. Je faifis une
main paffablement bien tournée ; on fe
fàcha , on cria au téméraire; je criai à l'indifcrette
; & le tout fe termina par me la
laiffer baifer. Le lendemain je l'époufai ;
le lendemain je la menai en grande pompe
en loge à l'Opéra , où je jouai le doucereux;&
le lendemain je l'oubliai . Il y a!,
edcrois , plus de trois mois que nous
fammes enfemble. Jugez , Madame
s'il feroit décent à un honnête homme
-de conferver après des fiècles , le fouvenir
de fa femme Eh bien ! admirez ce
que c'eft que le rapport : j'aurois parié
que vous étiez le Marquis d'Arimon :
mais je m'apperçois que je me fuis trompée
bien lourdement. C'eft un de ces.
hommes affez peu délicats pour aimer
leur femme ; mais pour l'aimer juſqu'à
la jaloufie ! On fe dit à l'oreille le tour
qu'il vient de lui jouer . Il a fait coucher
AVRIL. 1764. 27
fa femme devant lui , de peur qu'elle ne
vint au Bal de l'Opéra. Que penſezvous
de ce tour ? ajouta-t - elle. - Ce que
j'en penfe, reprit le Marquis, en affe&tant
un air de plaifanterie ; ce que j'en penſe ?
C'eft que le tour eft abominable . Le
connoiffez-vous cet imbécile ? Moi ', Madame
! vous me faites une injure gratuite,
répliqua- t -il , en tâchant de dérober fon
troubles fon nom n'eft pas même parvenu
jufqu'à moi . C'eft fans doute un de
ces Provinciaux qui font confifter bonnement
leur honneur dans la vertu de
leurs femmes. C'est à coup für un Campagnard
qui n'a pas la moindre notion
de fon Paris . Mais , Madame , il feroit un
tour délicieux à lui jouer . Pourquoi fa
femme ne profite-t- elle pas de fon abfence?
Il feroit affez plaifant que le Marquis
apprît à fes dépens à connoître mieux
une autre fois , les loix de l'ufage.
Mais , oui , ce feroit un tour affez piaifant...
Comment , affez plaifant ? Le terme
eft admirable : dites plutôt , Madame
, dites un tour impayable !
Ce fut par beaucoup d'autres propos
femblables , que le Marquis tâcha de perfuader
à l'inconnue , qu'il n'étoit rien
moins que le Marquis d'Arimon : mais
elle l'avoit reconnu à des indices trop
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
certains , & elle demeura intimement
convaincue que c'étoit lui . Elle crut même
avoir des raifons folides pour pouffer
l'aventure jufques à la fin .
Eh bien , beau Maſque ! reprit-elle ,
après plufieurs tours de Bal , qu'eft donc
devenue votre gaîté ? Je pense que vous
vous aviſez de réfléchir Il eſt vrai, Madame
, & très - férieufement - Sérieufement?
Ah! voilà qui eft impardonnable …
Point du tout , Madame. Eh ! qui donne
un plus vafte champ aux réfléxions , que
des fcrupules des femmes ? Ma foi rien
n'eft plus propre à faire tomber dans la
mélancolie. Heureufement j'apperçois
le Chevalier D ***. C'eft celui-là qui
fçait fon Paris par coeur. C'eft un garçon
judicieux , qui paffe une moitié de fa vie
à tromper les femmes , & l'autre à duper
les pauvres maris . Au demeurant , c'eft
un parfaitement honnête homme , un
garçon d'honneur. Eh ! Chevalier , lui
dit -il en l'abordant , on a befoin ici de
ta préfence . Voici un Mafque charmant
dont il faut m'aider à vaincre les fcrupules.
Je ne m'en ferois jamais douté , reprit
le Chevalier , avec un grand fang
froid ( car fon coeur lui avoit fait reconnoître
le Mafque dans la minute ) . Cette
raille nous promet beaucoup de charmes.
AVRIL. 1764. 29
En vérité , je trouve quelquefois les femmes
d'une fingularité qui me paffe ! Elles
croyent avec fimplicité à mille petites
vertus , qui n'ont jamais eu d'éxiſtence
que dans les cerveaux creux de quelques
Maris. Eh , Mefdames ! daignez de grace
vous rapprocher de la nature. Eft- il
rien de fi naturel que d'être belle ? Eftil
encore rien de fi naturel que d'en
convaincre tout le monde ? Croyez que
je vous parle vrai , Madame ; je vous
respecte trop pour employer des raifons
bien folides & bien ennuyeufes pour
vous perfuader. C'eft par un moyen plus
honnête & plus fenfible, que je veux vous
convaincre. Par éxemple , jettez un
coup-d'oeil fur les loges. Voyez-vous ce
mafque rofe & argent ? fes yeux landent
des éclairs ; un regard n'attend pas l'autre,
ils fe fuccèdent avec la rapidité des
éclairs. Eh bien, elle touche à peinerau
deuxième mois de fon mariage : & cependant
vous fçavez fon hiftoire. A fes
côtés eft un Mafque brun : elle eft célébre
par fon aventure avec Dorilas . Vous
connoiffez fans doute cet événement . Si
je le connois , reprit avec enthoufiaſme
le Marquis . Je fais plus , car je l'envie .
Voilà de ces aventures qu'on payeroit
au poids de l'or. Une feule fuffit pour
Biij
30 MERCURE DE FRANCE .
nous mettre au niveau des Courtifans les
plus courus & les mieux fêtés. Sçavezvous
, Chevalier , que cela rend illuftre ?
Mais apprenez - nous quelle eft cette
Belle aux yeux bleux fi doux , fi languiffans
? Eh quoi s'écria le Chevalier
vous méconnoiffez Fidelia , à la folitude
qui règne autour d'elle ? C'eft elle qui a
époufé un Cavalier de la figure la plus
aimable , qu'elle abhorre , pour idolâtrerun
homme à faire peur, & qui femble
s'entendre avec le mari , pour réfifter
à toutes fes avances. Voyez commeelle
eft ifolée: à peine s'échappe- t-il de fon
côté quelques regards qui vont mourir à
fes pieds. La mélancolie a pris dans fes
yeux la place de la gaîté. Auffi de quoi
s'avife-t-elle , de traiter férieufement l'amour.
C'est un enfant charmant , mais
folâtre ; il faut fe plier à tous fes caprices :
Malheur à celles qui lui voudroient faire
parler le langage de la raifon ; la gravité
l'effarouche il faut le fentir , & non
l'analyfer.
2.
En finiffant ces mots , le Chevalier
ferra la main de la Dame avec un tranfport
qui lui parut plus énergique que
tous ces éxemples. Alors un gros de-
Maſques vint féparer d'eux le Marquis ,
plus attentif à confidérer la Belle aux
}
AVRIL. 1764. 31
yeux bleus , dont on lui faifoit l'hiftoire
qu'à éxaminer ce qui fe paffoit autour de
fui . Madame ! s'écria tout- à coup le
Chevalier , voici une loge vacante ; vous
devez être fatiguée ; profitons- en fi vous
voulez m'en croire. L'inconnue s'y laiffa
conduire ; & continuoit de prêter une
Oreille attentive aux leçons du Chevalier ;
lorfque le Marquis d'Arimon , qui les
avoit fuivis de l'oeil , en ouvrit brufquement
la porte , & trouva fon ami qui
baifoit avec ardeur une main que l'on
n'avoit pas l'air de lui trop difputer.
Il faut avouer , s'écria en riant d'Arimon
, que tu es d'une précifion fingulière
dans tes entreprifes , & que ton
étoile te fert ici bien merveilleufement! Il
eft vrai , reprit le Chevalier , défefpéré
du contre-temps ; l'afcendant de mon
étoile eft bien pour quelque chofe dans
cette affaire - ci : Mais c'eft pourtant à
toi , c'eft aux premiers confeils que tu as
donnés à Madame , que je dois le bonheur
que tu t'avifes fi mal- à -propos de
venir troubler.
A ces mots , il prit une envie de rire
fi démesurée à la Dame , dont le Cheva
lier continuoit de baiſer la main , que le
tiffu léger qui retenoit fon mafque fe
rompit, & laifla voir au Marquis un
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
vifage qui ne lui étoit que trop connu :
c'eft-à-dire , celui de fa femme , qu'il
croyoit alors dans les bras du fommeil .
Le Marquis refta pétrifié , la Dame confondue
, le Chevalier feul conferva fon
enjouement. Eh bien , Marquis ! dit- il ,
en lui frappant fur l'épaule , que penfestu
de cette aventure ? -Que je fuis une
grande dupe- & que tu ne feras pas la
dernière.
VERS à une jeune Demoiselle , en lui
renvoyant les Etrennes maritimes.
FLOR LORE , reprenez vos étrènnes ;
Pour n'être point marin j'ai de bonnes raiſons.
En voyant vos appas , en écoutant vos fons ,
J'ai trop appris à craindre les Syrènes.
Par l'Auteur de l'Epître à Ménalie.
AUTRE S.
A deux jeunes Dlles qui s'appelloient
réciproquement mari & femme.
COUPLE charmant , jeunes beautés ,
Vous ufurpez nos droits & non nos qualités.
AVRIL. 1764 . 33
En vous liant des noeuds du mariage ,
C'eſt nous ôter un avantage
Qu'on ne peut remplacer par le feul fentiment.
Rompez , rompez un vain engagement ,
Des droits d'amour hymen fçait trop l'uſage ;
Et vous feriez enfemble un trop mauvais ménage
Pour n'en vouloir pas faire un bon féparément.¸
Par le même.
PROVERBE S.
AIR: Nousfommes Précepteurs d'amour.
DAMI
A MIS , vos pas font fuperflus ,
Si vous cherchez quelque reſſource :
Des politeffes , rien de plus :
On eft ami jufqu'à la bourfe.
Ma femme eft fage , Dieu merci :
Je fais le maître , elle cft maîtreffe..
Mille écus par an , fans fouci :
Contentement paffe richeſſe.
Une fillette quelquefois ,
Pour un amant fe détermine ;
Trompée , elle fe mord les doigts..
Voit-on des Rofes fans épines ?
B v
34 MERCURE DE FRANCE. ,
Iris dit qu'elle a deux amans ,
L'aveu paroît affez étrange ;
C'eft les vouloir rendre inconftans.
Moutons comptés le Loup les mange..
Vous , fans naiffance & fans talens ,.
Bouffis de votre patrimoine ,
Vous vous parez bien vainement ;
Car l'habit nefait pas le moine.
Cléon dans les entêtemens ,
Avec aigreur perfifte encore.
Il eft écrit qu'on perd fon tems ,
A laver la tête d'un møre.
Cloris d'un amant craint la voix ,
Et tous les jours Cloris l'accueille.
Onne doit point aller au bois ,
Quand on appréhende la feuille.
L'eſprit fans la réfléxion ,
Souvent fait faire des bévues.
Peaux de Renard & de Lion
Doivent enfemble être coufues.
Vous vantez inutilement.
Et mon efprit , & ma droiture.
Ein contre fin affurément ,
N'eftpas bon pourfaire doublure.
AVRIL. 1764. 35
Liqueurs , vin vieux & vin nouveau ,
Font qu'aujourd'hui Damon trépalles
Enfin , tant va la cruche a l'eau ,
Qu'à lafontaine elleſe caſſe.
On dit qu'Orgon n'eſt pas content
Du préfent que lui faît Alcide.
Cheval donné veut cependant
Qu'on ne regarde pas la bride.
Mondor difoit j'ai du crédit ,
J'aurai la place la plus haute 3.
Timon l'obtient , & chacun dit :
Mondorcomptoit , maisfansfon hôte..
Erafte trop ambitieux ,
Se voit réduit à la beface.
Phaeton fut-il jufqu'aux cieux ?
Non , mal étreint qui trop embraffes.
D'un fot orgueil Lubinpourvu :
De les voiages vous affomme :
Il a tout fait , il a tout vu .
A beau mentir qui vient de Rome.
Par M, FUZILLIER , à Amiens .
BvD
36 MERCURE DE FRANCE.
A Madame D...fous le nom de
Conftance.
Poëtes fameux , dont les pénibles veilles
Nous ont produit de ſi beaux vers !
O vous ! qu'admire l'Univers ,
Dont vous nous peignez les merveilles :
De vos nobles travaux que! peut être le fruit ?
Quelque fumée , un peu de bruit ;
Voilà cette immortelle gloire
Qu'on nomme hautement les faveurs d'Apollon .
Pour être infcrits au Temple de Mémoire ,
Que vous avez gémi dans le facré vallon ! ...
De votre fort au mien , quelle eſt là différence !
Jugez , Mellieurs les Beaux- Eſprits :
Vous ne vivez qu'en eſpérance ,
Tandis que mes foibles écrits
Sont couronnés d'un bailer de Conftance.
A Madame
CELIMENE à mon coeur à remis fon deſtin ;
Mon coeur à fa tendreſſe à remis la fortune :
Nos deftinées ainfi jamais n'en feront qu'une.
En vain le monde dit , toute chofe afa fin :
AVRIL. 1764. 37
Nous fçavons trop , pour croire à cette erreur
commune ,
Que quand l'amour à l'eftime s'eft joint ,
Et le bonheur & l'amour n'en ont point.
PARADOXE Littéraire fur les Rois de
France appellés FAINÉANS .
LEE
furnom de Fainéans , donné aux
derniers Princes de la première Race de
nos Rois fans beaucoup de fondement , a
trompé jufqu'ici tous ceux qui , croyant
trouver dans les Hiftoriens des premiers
temps de notre Monarchie les interprêtes
fidèles de la vérité , ont penfé d'après leur
témoignage qu'ils méritoient tous ce titre
odieux. J'effaye aujourd'hui de laver la
mémoire de la plupart d'un accufation fi
déshonorante ; & j'efpère d'autant plus
y réuffir , que je tirerai mes preuves
du fonds même de l'Hiftoire , en les appuyant
fur des faits reconnus pour inconteftables
.
Quand on cherche fincèrement la vérité
, il faut écarter tous les nuages qui
pourroient l'obſcurcir : ainfi commencons
par prendre une idée claire & précife
des fonctions attachées à la place de
38 MERCURE DE FRANCE.
୨୯
ces Sujets fameux qui faifoient , dit- on ,
trembler leurs Maîtres , ou plutôt qui
n'en reconnoiffoient aucun . Les Maires.
du Palais , dans leur origine , dit un illuftre
Sçavant , repréfentoient celui qui
eft aujourd'hui en Efpagne le Grand-
Maître ou Majordome ; & c'eft- là l'idée
qu'on doit avoir de tous les Maires du
Palais qui fe trouvent nommés dans
l'Hiftoire avant la mort de Dagobert I.
Leur puiffance s'accrut , il eſt vrai , après
la mort de ce Prince ; & cet emploi , qui
n'étoit donné d'abord que pour un
temps , devint par la fuite héréditaire
dans les familles. Ils ne commandoient
d'abord que dans le Palais de nos Rois ::
ils fçurent fe rendre néceffaires ; ils devinrent
bientôt premiers Miniftres , & on
ne tarda pas à leur confier le commandement
des Armées. Ce fut alors qu'ayant
la force en main , le titre de Maire du
Palais leur parut n'exprimer que foiblement
l'étendue de leur puiffance ; ils prirent
celui de Ducs des François. Tous ces
changemens nous prouvent que l'ambi-,
tion fut toujours la même chez les hommes
adroite ou hardie , prudente ou
diffimulée , rarement eft-elle délicate fur
le choix des moyens qu'elle employe
pour parvenir à fes fins. Ce qu'il y a de
AVRIL 1764. 39%
fingulier , & que d'autres ont fûrement
remarqué avant moi , c'eft que les femmes
, ces mobiles ordinaires de toutesles
grandes révolutions , n'eurent aucune
part à celle-ci.
Sept de nos Rois font compris fous .
l'odieufe dénomination de Fainéans..
éxaminons fi tous les fept ont mérité véritablement
de porter ce titre.
Thierri III. eſt à leur tête. En lifant
fon Hiftoire , on voit un Prince brave &.
courageux , qui fouffre avec impatience
la protection que Pepin , fon Maire du
Palais , accordoit aux Rebelles , & qui
lève une armée pour l'en punir. Ce ne
fut pas la première fois qu'on vit fuc--
comber celui qui avoit le bon droit de
fon côté ; Thierri fut défait , & fa mort
fuivit de près fa difgrace. Il eft vrai
qu'elle ne fit pas plus d'éclat que celle
d'un fimple particulier , & ce fut fùrement
un trait de la politique de Pepin ,.
qui avoit de bonnes raisons fans doute
pour étouffer le bruit d'un pareil événe--
ment.
Clovis III , fils de Thierri , fuccède à
fon père. Mais que pouvoit- il faire dans
le court efpace d'un règne de cinq années
contre un Sujet auffi puiffant & auffi ac
crédité
que Pepin ?
40 MERCURE DE FRANCE.
Childebert II , frère de Clovis , monte
fur le Trône après lui . Si l'on peut être
grand homme fans être Conquérant , le
furnom de Jufte que lui donnent les Hif
toriens , dépofe en fa faveur.
Je ne diffimulerai point que fon fils
Dagobert III eut peu d'autorité. Prince
foible & timide , fes Peuples fe révokèrent
contre lui ; & il eut fi peu de puiffance
, qu'on ne refpecta pas même fon
fang après fa mort.
Daniel , fils de Childeric II, fut reconnu
pour Roi,& fut nommé Chilpéric.
Le mettra-t-on au nombre des Rois
Fainéans , ce Prince illuftre qui , ſecondé
de Rainfroy , fon Maire du Palais ,
repouffa à diverfes repriſes les efforts de
Charles Martel, & ne céda enfin qu'après
avoir long-temps combattu ?
Thierri IV, fon fucceffeur , placé fur
le Trône par la main du Maire du Palais
, le laiſſa agir d'abord par reconnoiffance.
Si dans la fuite nous ne voyons pas
qu'il ait tiré vengeance de l'infulte fanglante
qu'il reçut lors du Traité d'Aquitaine
, conclu avec Herald, fils du fameux
Duc Eudes , il eft à croire que les
moyens lui manquèrent , ou que s'il·les
eur, la mort l'empêcha d'en faire ufage.
L'interrègne qui fuivit la mort de
AVRIL. 1764. 41
Thierri , en augmentant les reffources
de Charles Martel, mit Childeric III
dans l'impuiffance de lui réfifter ; & il
ne faut pas conclure que ce Prince n'eut
aucunes vertus , parce qu'il fut malheureux
tout ce qu'on en peut dire , c'eft
qu'il ne lui fut pas poffible de les mettre
au jour.
EPITRE.
A M. le Comte de M.... Capitaine
de Cavalerie.
ENFANT chéri de la Nature ,
Né pour le bonheur des humains ,
C'eſt à toi ſeul , fage Epicure ,
Que je dois mes heureux deftins !
Tes dogmes gravés dans mon âme
Réglent mes tranquilles defirs ;
Tout m'amuſe , rien ne m'enflâme ,
Et mes travaux font mes plaifirs.
Dieu féduifant de l'harmonie ,
Prête-moi tes pinceaux flatteurs ;
Que la riante Poëſie
Vienne parer de fes couleurs.
L'agréable Philofophie
Dont je fais la régle des moeurs.
Arrachés du fein, de la mère ,
42 MERCURE DE FRANCE.
Nos cris annoncent les douleurs ,
Et nos yeux ont verfé des pleurs
Avant d'avoir vu la lumière.
On nous ravit la liberté
Avant d'en connoître l'ufage .
Qu'un trifte enfant emmaillotté.
Repréfente bien l'esclavage !
Si jamais le Dieu de l'Amour
De l'hymen me rend tributaire
Mes enfans en voyant le jour ,
Viendront dans les bras de leur père ::
Leurs mains pourront en liberté
Careffer le fein de leur mère
Qui s'ouvre à leur avidité.
Quelle odieufe indifférence
Soumit les jours de notre enfance
A des Pédans durs ou flatteurs
Pourquoi des leçons étrangères ?
Nous faut-il d'autres Précepteurs-
Que les exemples de nos pères ,
Et d'autres tableaux que nos moeurs?
Quelle inconcevable manie
A porté les foibles humains
A paffer dix ans de leur vie
Avec les Grecs & les Latins ?
Ah ! plutôt qu'au printemps de l'âge ,,
Des Mufes le doux badinage ,
En amuſant notre loifir ,
Nous enfeigne l'art de jouir.
AVRIL. 1764 . 43
Qu'une folitude agréable ;
Nous délivre de ces inftans ,
Où las des femmes , de la table ,
On fuit tous les amuſemens :
Nous y ferons loin des Sçavans
Des Livres un commerce aimable ,
Et de l'Etude un paffe-temps.
Les Arts , enfans de la Nature ,
Viendroient en troubler le repos;
L...... de la Peinture
Conduiroit les rians pinceaux ;
Les Eléves de Polymnie
Régleroient les fons de la voix ,.
Et l'air fous leurs agiles doigts
En feroient briller l'harmonie..
Tels ont été les fentimens
Du Philofophe de la Gréce.
Ce doux ami de la foibleffe
Nous guidant felon nos penchans ;,
Nous conduiroit à la vieilleffe
Par des chemins toujours rians.
Par M. de L. R. du M..iz
44 MERCURE DE FRANCÉ.
TRADUCTION libre d'un Extrait de
l'Idylle de MoSCHUS , fur la mort
de BION , fon Maître.
BOCAGES de Sicile , & vous Óndes plaintives ,
Uniflez vos regrets à mes lugubres chants ;
Fleuves délicieux qui coulez fur ces rives ,
Mêlez votre murmure à mes accords touchans !
Epanouiffez -vous fur vos tiges mourantes ,
Fleurs , & néxhalez plus vos fuaves odeurs ;
Roſe , cache à mes yeux tes couleurs éclatantes ,
Dérobe tes beautés , partage mes douleurs !
Bion meurt ...il n'eft plus ! vous fombres Hya
cynthes ,
Parlez , & montrez - nous dans vos couleurs éteintes
Montrez-nous triftement le fujet de nos pleurs.
Soupirez avec moi , Mufes Siciliennes ;
Uniffons nosfanglots , vos douleurs font les miennes.
Vous, Roffignols plaintifs fous ces ombrages frais ,
Aux Ondes d'Aréthufe apprenez nos regrets :
Bion meurt ! ... avec lui le Dieu de l'harmonie ,
En foupirant encor fuit ces triftes climats ;
Les yeux baignés de pleurs la tendre Polymnie ,
Nous quitte pour jamais , & marche fur fes pas.
Soupirez avec moi , Mufes Siciliennes ,
Uniffons nosfanglots ,vos douleurs font les miennes,
AVRIL. 1764.
45
Cygnes , mélodieux , dans vos triſtes chansons ,
Déplorez nos malheurs fur les bords du Méandre ;
Pleurez ce beau berger ; chantez d'une voix tendre
Comme il chantoit jadis dans ces riants vallons.
Couché nonchalamment fous un épais feuillage ,
Ses fons harmonieux s'élevoient dans les airs :
Mais hélas defcendu fur le fombre rivage ,
Il médite à préfent de lugubres concerts.
Vous qui dans nos forêts imitez fes accens ,
Volez fur ce Cyprès, oifeaux de ce bocage ;
A fes mânes divins rendez encore hommage ;
Honorez fon tombeau par des accords touchans.
Vous qui vivez de fleurs , Colombes gémillantes ,
Venez , venez pleurer dans ce fombre réduit ;
Et quand le jour fuira vers les Mers inconſtantes ,
Apprenez nos douleurs aux ombres de la nuit.
Soupirez avec moi , Mufes Siciliennes ;
Uniffons nosfanglots , vos douleursfont les miennes.
Qui pourra déformais enfler tes chalumeaux ,
Trop aimable berger ! hélas depuis ta perte ,
Les plaifirs ont quitté cette rive déferte ,
Nos chants n'éveillent plus les flolâtres échos.
Une fombre langueur s'eft ici répandue ;
Le Dieu Pan le retire au fond de nos forêts ;
Je tiens languiffamment ma flute fufpendue ;
Ce rivage n'entend que mes triftes regrets !
46 MERCURE DE FRANCE ,
ر
Voyez dans nos vergers une naiffante Rofe ,
Etaler à vos yeux fa fuperbe couleur ;
Par les pleurs du matin à peine eſt-elle écloſe ,
Que le midi la voit tomber dans la langueur.
Mais lorfque le printems fur fon aîle riante ,
Raméne dans nos bois Flore avec le plaifir ,
On voit briller encor ſa beauté renaiſſante ,
Et fon ſein ſe r'ouvrir aux baifers du zéphir.
Hélas il n'en eft pas ainfi de notre vie !
A peine goutons- nous la douceur des beaux jours
Que par les coups du fort elle nous eſt ravie.
La mort vient , nous tombons , hélas ! & pour toujours.
Par M. Br.... d Angers.
A une jeune Dame qui venoit de jouer
fur un Théâtre particulier le rôle de
la SERVANTE MAITRESSE, dans
la Piéce du même nom.
DEE Pandolphe chacun partage la foibleſſe.
Qui ne feroit ému de tes divins accens ?
Que tu mérites bien le titre de Maîtreſſe !
C'est toi qu'on doit fervir : tes yeux font fi puiffans
!
Où brilleront ces yeux , regnera la tendreſſe.
AVRIL. 1764 . 47
Tu charmes tour-à-tour l'efprit , le coeur , les
fens.
Pour te peindre , il faudroit raffembler fur tes
traces
Le Goût , le Sentiment , la Fineffe & les Grâces.
Par M. GUICHARD .
SUITE des Lettres à SOPHIE,
JE
LETTRE III.
A une heure & demie de la nuit.
E vous écris de mon lit. Je laiffe courir
ma plume : mon coeur dicte ce qu'elle
trace. Aimable Sophie , je ne puis vous
exprimer mes peines. Pourquoi m'accufer
d'être volage? Ah! fi l'on me reproche
de la légèreté , c'eft que jufqu'à préfent
je n'avois guères connu l'amour . Je ne
vous avois pas vue : je prenois mes goûts
pour des paffions. C'eft peut être un malheur
pour moi de vous connoître. Que
je vous aime ! Ce n'eft point le preftige
des fens qui me féduit ; c'eft l'affemblage
de tous les fentimens honnêtes qui m'attache
à vous pour jamais. Au nom de
tout ce qui vous eft cher , ne quittez jamais
votre amant. Il fouffre , il eft mal48
MERCURE DE FRANCE.
heureux , il eft délicat & fenfible. Ses
larmes coulent. . . . . Ma bonne Amie
que vous me connoiffez peu , fi vous
doutez de mes fentimens !
LETTRE IV.
ENCORE
A minuit.
NCORE une Lettre , de mon lit. Je
veux vous écrire tous les foirs , & vous
rendre compte de tous mes fentimens
de toutes les affections de mon âme.
Hélas ! ne vous devrai- je jamais un inftant
de joie ? Le plaifir de m'occuper de
vous fera-t- il donc toujours mêlé de regrets
& de peines ? Que faites-vous , ma
chère Maîtreffe , tandis que l'ennui me
confume ? Songez-vous que vous avez
un Amant qui ne refpire que pour vous ?
qui ne voit & n'entend que vous ?
Nous eûmes hier un fpectacle intéreffant.
Toute la ville entouroit une Angloife
qui , fans contredit , eft une rare
Beauté. Rien de plus régulier que fon
vifage ; rien de plus fin que fes traits.
Elle a des cheveux noirs qui relèvent la
blancheur de la plus belle peau , des
yeux charmans , une bouche parfaite .
Tout le monde en étoit enchanté , &
moi
AVRIL. 1764: 49
moi je difois tout bas ; ma chère Sophie
eft plus aimable encore . Cette Angloife
eft belle , ma Maîtreffe eft raviſfante
fes regards expriment bien mieux
le fentiment. Quand pourrai - je y lire
encore mon bonheur ? Je précipitois
l'Etrangère du trône qu'on élevoit à fes
charmes , & j'y plaçois avec tranſport
l'Idôle de mon coeur. Daigne , du haur
de ce trône , écouter les voeux d'un infortuné
qui t'adorera toujours ! daigne
lui fourire , & le plus grand Roi du monde
enviera mon fort. Mon aimable , ma
chère Sophie , vous êtes tout pour moi :
fans vous , je ne veux plus de la vie. Que
ferois-je de ce préfent funefte ? La mort
vaut mieux qu'un éternel défefpoir.
On m'a fait trembler. Dorval, m'a-t-on
dit , s'eft informé de votre fortune ; il a
fongé à vous. Je crains peu cette âme
vile ; mais verrois je un rival plus heureux
me fermer votre coeur , ce coeur
qui feul peut m'attacher
à la vie , de qui dépend
la douceur
de mes jours ? O ma chère Sophie
! je fuis tranquille
, je fçais
compter
furvous. Je vous embraffe
mille fois , & je vais tâcher
de m'endormir
. Puiffe
un fonge
flatteur
charmer
un inf- tant mes peines
. Hélas
! je ne puis donc jouir que d'un bonheur
imaginaire
? La
II.Vol
.
C
50 MERCURE DE FRANCE.
plus douce illufion ne vaudra jamais la
réalité.
JE
LETTRE V.
E ne vous écrivis point hier au foir. La
mélancolie fombre qui fatiguoit mon
âme eût paffé dans ma Lettre , & ne
vous auroit pas amufée. Je fuis un peu
mieux , & ma plume fe trouve fous ma
main. Elle s'y trouve fouvent. Si je ne
m'en fuis pas fervi hier au foir , combien
de fois mes ardens foupirs , mes tendres
difcours alloient chercher ma Sophie !
Que vous êtes aimable ! lui difois-je tout
ému. Quelle grâce ! quelle douceur !
que vous êtes ingrate , fi vous ne m'aimez
pas ! Que la chaîne qui m'attache à
vous eft forte & charmante ! Ah ! fouvenez-
vous de ce jour où je vous remis
une Lettre en vous quittant. Vous la refufiez
, cruelle ! Vous avez vu mon trouble
, mon accablement. Mais pourrai-je
vous exprimer le délire & l'agitation de
mon âme , quand je pris cette main dans
la mienne ? Dieu , quel moment ! Je
fentis qu'elle fe laiffoit ouvrir pour receAVRIL.
1764. 51
Voir cet heureux billet.... Je tremblois
de joie , ma bonne amie ; je ne pouvois
parler.... Ah ! fi j'étois parti fans vous
laiffer ce gage de mon amour , fi vous
l'aviez abfolument refufé ; fi vous aviez
eu cet excès de rigueur , oui , la mort
m'eût femblé moins affreufe ; je l'euffe
préférée fans héfiter au tourment , à
'horreur de vous déplaire. O mon aimable
Maitreffe quel eft donc cet amour
que vous m'avez infpiré ? Il me confume
tout entier. Mon coeur y pourra - t - il fufre
? Hé ! comment ne pas m'abandonner
au penchant qui m'entraîne ? Vous
êtes belle fans doute ; mais le charme
qui m'attire & me fubjugue eft dans votre
âme. C'est elle qui fe peint dans vos
traits , dans vos yeux ; c'eft elle qui donne
de la vie à vos grâces. Vous me faites
fentir que l'attrait de la beauté tient à la
vertu. Il en eft comme du génie ; il s'altère
& s'éteint à mefure que l'âme fe
corrompt. De même , une femme fans
moeurs peut féduire ; mais je doute fort
qu'elle puiffe toucher & fixer long-temps
les adorateurs de fa figure . On croit
bientôt démêler , dans fa phyfionomie,la
baffeffe des fentimens de fon coeur. Ce
n'eft plus le même objet ; il femble que
fa beauté difparoiffe à mesure que fon'
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
âme fe dégrade. Pour vous , ma chère &
refpectable Amie , j'aurai toujours de
nouvelles raifons de vous aimer davantage
. Je vous trouverai toujours plus
charmante ; ou , fi l'amitié fuccède enfin
à l'amour , elle lui reffemblera fi bien ,
que la différence ne fera guères fenfible .
Douce & tendre Sophie ! unique Amie
de mon coeur ! nous trouverons toujours
dans la candeur & l'honnêteté qui nous
animent , les délices du fentiment ; & le
fouvenir de nos premiers feux répandra
jufques fur nos vieux jours le charme de
notre heureuſe jeuneffe.
L E mot de la premiere Enigme du
premier volume du Mercure d'Avril eft
la Cheminée. Celui de la feconde eft le
fufeau. Celui de la troifiéme eft, fafcia,
bandeau royal , bandage de Chirurgien ,
fublatâ litterâ remanet afcia , une hache.
Celui du premier Logogryphe eft le Logogryphe
lui même , dans lequel on trouve
Loi , Roi , lyre , gloire , loire horloge
, loge , gril & orge. Celui du ſecond
eft Cordon . On y trouve cor , or,
roc , don , on , nord , rond.
•
AVRIL 1764. 53
ENIGM E.
JAMAIS par moi lieux bas ne furent habités ;
Mon corps eft agillant fans vies
Et l'on me voit tourner les yeux de tous côtés ,
Quoique de regarder je n'aye aucune envie.
DA
AUTR E.
AN S les forêts j'ai pris nailfance ,
Et rien n'eſt égal à mon fort ,
Puifque ce n'eft qu'après ma mort
Qu'on me voit en grande puiffance.
Je reviens des champs dans les villes ,
J'acquiers de la beauté de maiſon en maiſon ;
Et quand on me pofféde , on peut avec raifon
Croire à l'Etat être des plus utiles .
•
A la Cour chacun me defire ;
Je fuis fi bien auprès du Roi ,
Qu'il veut que je porte avec moi
Quelque marque de fon Empire ;
Mon régne eft celui de la guerre ;
Et bien qu'efclave des humains ,
Quand je tombe en de bonnes mains
Je fais trembler toute la Terre:
C iij
54 MERCURE DE FRANCE .
LOGO GRYPH E.
MON tout , ami Lecteur, eft un objet immonde :
Rien de plus dégoûtant , rien de plus vil au monde ,
Mais divife mon être , & décompofe - moi ;
Sous des traits différens je me préfente à toi.
D'abord j'ai de l'efprit , fi tu m'ôtes la tête
Qu'on m'ôte auffi le ventre , & je fuis une bête.
Coupe de plus ma queue , ô changement fubit !!
Je ceffe d'être bête , & je n'ai plus d'esprit.
Cependant , qui l'eût cru ? quel étrange myſtère !
D'une foule d'enfans je me vois le vrai père.
Mais fi tu rends mon chef;je perds tous mes enfans,
Je le deviens moi- même , & j'acquiers pour pa
rens
Un Chaffeur téméraire , un Animal timide
Que Calchas autrefois immola dans l'Aulide .
Laiffe à côté mon chef , prends maintenant mon
corps' :
Arraches-en le coeur ; & malgré tes e "orts
Succombant à ton tour , d'une main ennemie ,
Te briſe auffi ton corps , je t'arrache la vie .
Mais enfin de mon être ainfi martyrifé ,
De mes membres épars , de mon corps divifé
Prends mon coeur & ma queue , ajoutes-y mas
tête ,
AVRIL. 1764. 55
A l'abri , dans mon fein , tu braves la tempête ,
Tu traverſes les mers , tu vogues fur les eaux ,
En dépit de l'orage , & du courroux des flots .
Be....... p . d. c. d. qu
AUTR E.
DANS un feul mot trouvez Mein , Rhin,,
Rome , miroir , Roi , ris & mife ,
Renom , firop , Rhone & Serin ,
Iphis , Héros , Memphis & Pife.
Par M. LAUS de Boissy .
CHANSON
Imitée de la 40° Ode d'Anacréon.
AIR: De la Romance de Daphné.
Il étoit fête à Cythère ;
Cupidon cueilloit des fleurs.
Bientôt fous la main légère ,
Un bouquet fait pour ſa mère
Brille de mille couleurs.
Civ
56$6 MERCURE
DE FRANCE
.
Le fein vermeil d'une rofe
Vient de s'ouvrir à l'inftant :
A peine il la voit écloſe ,
Que foudain il fe propofe
D'en embellir fon préfent.
Déjà de la fleur vermeille
Il touche un bouton naiſſant ;
Une impitoyable Abeille
Sous les petits doigts s'éveille ,
Et le pique en s'envolant,
Fleur perfide ! ... cruels charmes ,
Dit l'Amour , verfant des pleurs...
Cypris vient à fes allarmes.
Les yeux de l'Amour en larmes
Sont autant de traits vainqueurs.
Je partage ton injure ,
Lui répondit- elle ; mais ..
Dois-je plaindre une piquure ,
Quand tu ris de la bleſſure
D'un coeur percé de tes traits ?
AVRIL. 1764. 57
ARTICLE II
NOUVELLES LITTERAIRES.
LETTRE à M *** , fur le gage de
bataille , en Normandie.
Vous ous défirez fçavoir , Monfieur , ce
qu'étoit en Normandie , la Loi de la
Bataille , par laquelle préfque toutes les
affaires contentieufes étoient terminées ,
fous les Regnes de Rollon , & de fes deffendans
, jufqu'à l'an 1204 , que Philippe
Augufte réunit ce Duché àla Couronne
de France , & les différentes modifications
de cette Loi jufqu'à l'an 1577 ,
qu'elle fut abolie. Voici ce que j'ai pu
recueillir fur ce fujet..
Le Prince Rollon , étant devenu Duc
de Normandie , par la ceffion que Charles
le Simple lui en fit au 10° Siécle , en
912 , donna à fes Sujets des Loix , qui
furent rédigées par les Grands de fes
Etats. Ces Loix étoient fimples ; elles fe
réduifoient préfque toutes , a faire éxaminer
par quatre Chevaliers l'objet
Cy
$8 MERCURE DE FRANCE .
des conteftations ; & fur leur rapport
l'Affife prononçoit. Les Procès n'étoient
ni longs ni difpendieux ; mais dans les
cas où les Chevaliers , après s'être transportés
fur les lieux , pour examiner la
plainte , ne la pouvoient éclaircir , faute
de preuves ou de témoins ; fi la querelle
ne paffoit pas dix fols , celui à qui cette
fomme étoit demandée , étoit renvoyé
hors de cour , en affirmant qu'il ne la
devoit pas . Si la demande paffoit dix .
fols , ou qu'il fût queftion d'ufurpation
d'héritage , & que les Chevaliers ne
puffent, par l'enquête , connoître la vérité
, celui qui étoit accufé étoit obligé
ou d'acquiefcer à la demande , ou de
gager la bataille en pleine affife . Ces
fortes de batailles , qui n'étoient pas
pour caufes criminelles , ne tendoient
point à mort d'homme ; le vaincu perdoit
fon procès , payoit l'amende *
& e. Mais il n'en étoit pas de même des
accufations criminelles dont on ne
pouvoit faire une preuve fuffifante : le
plaintif& l'accufé étoient tenus de combattre
en champ clos , jufqu'à ce qu'il
s'enfuivit la mort d'une des deux parties
; & le vainqueur emportoit gains
* De là le Proverbe ,les Battus payent Pa
made..
S
AVRIL. 1764. 59
de caufe ; car fi l'un des deux fe rendoit
à fon adverfaire , il étoit réputé coupable
, & la Juftice prononçoit fon arrêt:
de mort. Cet ufage étoit fi conforme au
goût & aux moeurs de ces temps - là , qu'il
s'étendoit jufques fur le Clergé & fur
les femmes mêmes avec cette diftinction
cependant, que fi un Clerc non marié
vouloit combattre , l'Eglife n'étoit
pas tenue de le fouffiir , mais que fi un
Clerc marié portant l'habit parti , demandoit
le combat , l'Eglife ne pouvoit:
l'empêcher ; & s'il étoit vaincu , il étoit
puni de la même manière que l'eût été
un Laïc. Lorfqu'une femme étoit accufée
en matière criminelle , ou d'avoir
forfait à fon honneur ; fi aucun Che--
valier ne s'offroit à combattre pour la
défenſe de ſa caufe , elle avoit la liberté
de fe purger par l'igniſſe , c'eſt-à - dire
d'étendre les mains fur un plateau de
fer rouge , monté fur un trépied , fous:
lequel on entretenoit un feu ardent. Six
lorfqu'après les y avoir pofées , elle les
retiroit fans aucun figne extérieur de
brûlure elle étoit déclarée innocente
l'empreinte du feu entraînoit at
contraire après elle la condamnation de
l'accufée.
',
Les hommes pouvoient auffi , forf--
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
qu'ils n'avoient point de Partie civile
qui pût combattre contre eux , demander
à fubir l'épreuve de l'eau . On leur
attachoit les mains aux pieds ; on les
jettoit dans un fleuve . S'ils furnageoient
, leur innocence étoit reconnue ;
& toutes ces différentes manières de
connoître la vérité étoient appellées le
Jugement de Dieu. Il y avoit plufieurs
formes dans les épreuves du feu & de
l'eau dont le détail feroit trop long . On
peut recourir fur ce fujet au Traité des
Superftitions par le Père le Brun.
Voici comment on procédoit à gager
la bataille . Le plaintif citoit aux Affifes
celui qu'il accufoit de lui avoir ufurpé
fon héritage , volé fon argent , ou tué
fon parent. Lorfque l'accufé nioit le
fait , & que la preuve étoit difficile à
faire , le plaintifjettoit un gage dans
l'Audience , comme fon gantelet , fa
ceinture , ou fon écu , & donnoit caution
de foutenir la bataille. L'accufé acceptoit
le défi jettoit pareillement un
gage , & donnoit auffi caution pour la
bataille . La Juftice faifoit relever les
gages , recorder les paroles de l'accufation
& de la défenfe , par fept perfonnes
véridiques & exemples de blâme. Ceux
qui après avoir calomnié ou dit des
AVRIL. 1764.
61
injures à quelqu'un , avoient été condamnés
à fe dédire en pleine Audience
, ou à l'Eglife dans un jour folemnel
, en ſe prenant par le bout du nez ,
& en difant qu'ils n'avoient pas dit la
vérité , ne pouvoient fervir de recordeurs
ils étoient même pendant bien
du temps l'objet de la rifée publique
car la canaille ne manquoit pas de les
reconduire en criant : Il a un pied de
nez. Lorfque le fujet de la bataille étoit
conftaté, les Champions étoient mis dans
la prifon ; on leur donnoit des Maîtres
en fait d'Armes , à leurs dépends , s'ils
en demandoient : les perfonnes de qualité
qui ne vouloient pas fe rendre en
prifon , étoient confiées à des Chevalliers,
qui s'obligeoient à les repréfenter ,
morts ou vifs , au jour que la Bataille
étoit indiquée ; ceci s'appelloit être mis
en vive prifon. Pendant que cette vive
prifon duroit , il n'étoit permis à perfonne
d'infulter les Champions , fous les
peines les plus grièves. Le jour de la Bataille
arrivé, fi c'étoit entre deux Nobles ,
ils étoient tenus de s'offrir a la juftice
armés en guerre ,
auffi-tôt que midi
étoit paffé. Si c'étoit des roturiers , ils
devoient comparoître a la même heure ,
appareillés en leurs livrées ou en leurs
62 MERCURE DE FRANCE .
côtes , avec leurs écus , & leurs bâtons
cornus , armés de draps , de cuir , de
laine , ou d'eftoupes , n'ayant à leurs
bâtons , à leurs armures des jambes , &
à leurs écus , que du feuft , ou du cuir
& ne devant fe fervir pour combattre ,
que de l'écu , & du bâton. Ils devoient
avoir les cheveux rognés pardeffus les
oreilles , & pouvoient être oings , s'ils
le jugeoient à propos . Dans toutes les Batailles
, les armes devoient être égales ; &
pour plus grande régularité , s'il manquoit
un oeil ou un bras à l'un des
Champions , fon adverfaire combattoir
un cuil fermé ou un bras attaché. Le
jour de la Bataille arrivé , les Champions
fe rendoient à la Jurifdiction ; les Juges
recordoient de nouveau en leur préſence,
les paroles fur lefquelles la Bataille
avoit été gagée ; puis on les menoit au
Champ . Cétoit un terrain quarré proche
la ville , entouré de paliffades. Les Juges
s'y rendoient auffi ; & lorfqu'ils étoient
arrivés , pourvu que l'heure de midi
fût paffée un Huiffier crioit à haute.
voix , aux quatre bords du champ : Tels
venez au champ faire votre devoir. Ce
cri fe répétoit trois fois dans une heure .
Au dernier appel les Champions
fe préfentoient à la barrière pour en
"
AVRIL. 1764. 633
trer dans le champ , armés de toutes
piéces. Alors le Connétable , les Maréchaux
* , ou à leur défaut un Chevaliercommis
par la Justice , pour garder les.
lices & barrières , leur demandoit leur
nom , le fujet de leur bataille , & s'ils
vouloient entrer au champ pour combattre
.. A quoi ils répondoient , oui.
Sur leur réponſe , la barrière leur étoit.
ouverte . Deux Chevaliers des plus renommés
conduifoient d'abord PA&teur:
dans fa tente , qui étoit dreffée au côté
droit ; deux autres conduifoient le défenfeur
, dans une autre tente dreffée au
côté gauche. Les deux Champions y
reftoient quelque temps pour fe recueillir
& prier Dieu. Pendant ce temps , lat
Juftice faifoit crier le Baon du Prince
aux quatre coins du champ :» Qu'aucun
» ne fût fi hardi , fous peine de la vie ,
» d'aider ou nuire aux Champions , de
»fait , de paroles , ni de fignes &
» qu'aucun des gens d'armes, qui étoient
35
* Ce n'étoit que lorfqu'il y avoit des batailles .
entre des gens de qualité , que le Connétable &
les Maréchaux y affiftoient. Chaque Province
avoit fes Maréchaux ; ils n'ont été confervés.
que pour celle de France ; mais anciennement
il y avoit des Maréchaux de Normandie , de
Poitou , &c.
64 MERCURE DE FRANCE.
affis autour du champ clos , ne mette
» la main aux lices , ne fe meuve , ne
touffe , ni crache . Ce Baon publié , &
les Champions ayant prié Dieu fuffifament
, ils fortoient de leurs tentes , fe
mettoient à genoux au milieu du champ,
fe prenoient par les mains , juroient de
nouveau les paroles de la bataille ; puis
les Chevaliers leur demandoient s'ils
croyoient à Dieu le Père , au Fils &
au Saint-Efprit ? S'ils n'euffent pas fait
cette profeffion de foi , on ne les au
roit pas laiffé combattre ; mais ils
auroient été punis comme hérétiques ,
parce que ( dit un ancien Commentateur
) il étoit autrefois plus de mécréans
qu'il n'en eft aujourd'hui . Les Champions
juroient en outre de n'employer
aucun fortilége pour remporter la
victoire. Tout ce cérémonial rempli
ils rentroient encore un inftant dans
leur tente pour adorer Dieu : on crioit
pour la dernière fois le Baon du Prince
; on commandoit à tous de vuider
les lices ; les quatre Chevaliers fe retiroient
aux quatre côtés de l'intérieur
du champ , & y reftoient feuls avec les
Champions , pour être témoins de la
bataille , & pour écouter fi dans le combat
l'un fe rendoit à l'autre ; puis on
་
2
AVRIL. 1764. 65
>
crioit aux Champicns de faire leur devoir.
Auffitôt ils fortoient de leurs tentes
& combattoient à pied ou à cheval.
Si l'accufé pouvoit fe défendre jufqu'à
l'heure que les Etoiles devoient paroître
au Ciel l'Acteur étoit réputé
vaincu , » parce qu'il n'avoit pu pron-
» ver par fon corps ce qu'il avoit offert
» de prouver en une heure de jour. Lorfqu'un
des Champions fe rendoit à fon
adverfaire , les quatre Chevaliers commis
à juger de la bataille alloient en
inftruire la Justice ; & le vaincu fubiffoit
la peine du crime pour lequel la
bataille avoit été gagée. S'il étoit tué
dans le combat , fon corps étoit porté
au gibet. Il y a un exemple mémorable
de ceci , dans la Province de Normandie.
Jean , Seigneur de Carrouge , & Jacques
Legris , Seigneur d'Echaufour ,
étoient liés d'une étroite amitié. Carrouge
époufa une jeune & belle femme , &
fit peu après un voyage d'Outre-mer.
Pendant fon abfence , un homme épris
des charmes de la nouvelle mariée , entra
la nuit dans fa chambre , & lui ravit fon
honneur. L'auteur d'une action fi inique
avoit pris toutes les précautions imaginables
pour
n'être pas reconnu. L'épouse
66 MERCURE DE FRANCE.
de Carrouge crut avoir diftingué Legris.
Carrouge ne fut pas plutôt de retour ,
que fa femme fondant en pleurs lui ra
conta fon malheur , & accufa Legris de
ce crime. Carrouge ne pouvoit penfer
que fon ami eût été capable d'une telle
perfidie ; mais fa femme lui fit tant de
fermens , qu'il fe laiffa perfuader. Il affembla
donc les perfonnes auxquelles il
avoit confiance , qui toutes lui confeillèrent
de porter fa plainte au Comte d'Alençon
, Seigneur des deux Fiefs . Les
Parties furent citées . Legris protefta
qu'il étoit innocent , & prouva qu'il
étoit chez le Comte au jour & au mo
ment même que la Dame difoit avoir été
violée . C'étoit prouver l'alibi . La femme
de Carrouge ne pouvoit adminiftrer
de preuves. Le Comte d'Alençon lui dit :
qu'apparemment elle avoit eu un fonge,
dont fon imagination avoit été bleffée ;
& confeilla aux Parties d'étouffer cette
affaire. Carrouge ne put fe réfoudre à la
terminer ainfi , parce qu'elle avoit trop
éclatée ; il la porta au Parlement de Paris
, où elle fut débattue pendant plus
de dix - huit mois. Ce Tribunal enfin
n'ayant pu trouver de preuves contre
Legris , ordonna par un Arrêt de l'an
1386 , que les deux Gentilhommes vui
AVRIL. 1764. 67
deroient leur querelle par un Combat
en champ clos ; que le vainqueur emporteroit
gain de caufe ; que le vaincu feroit
pendu au gibet ; & que fi Carrouge
fuccomboit , fa femme feroit brûlée. Le
Roi Charles VI & toute fa Cour furent
fpectateurs de ce Duel . Les Champions
commencèrent le Combat à cheval; &
n'ayant pu remporter aucun avantage
F'un fur l'autre , ils mirent pied à terre.
Le choc fut terrible . Carrouge reçut d'abord
dans la cuiffe un coup d'épée qui
effraya tous ceux de fon parti ; mais il
ne tarda pas à reprendre fes forces , &
chargea fon ennemi avec tant de furie .
qu'il le renverfa , & lui paffa fon épée au
travers du corps . Tout le monde applau
dit; Legris fut livré au Bourreau , traîné
par les rues , & pendu à Montfaucon.
Carrouge fut fe profterner aux pieds du
Roi , qui le releva , lui fit délivrer 1000 L.
& le retint au fervice de fa Chambre
avec 200 liv. d'appointemens.
Quelques années après un Brigand
ayant été condamné au fupplice , avoua
qu'il étoit coupable du crime dont Legris
avoit été accufé. La femme de Carrouge
fe livra tellement à fes remords que , fon
mari étant mort peu de temps après ,,
elle fe retira dans un Monaftère , pour
68 MERCURE DE FRANCE.
y paffer le refte de fes jours dans une
auftère pénitence.
Tels étoient les inconvéniens de la loi
de la Bataille , dont l'abus s'étoit fait
fentir dans tous les temps. Lorfque
Philippe Augufte réunit la Normandie à
la Couronne , il tint un Confeil à Liſlebonne
dans le pays de Caux , auquel
tous les Ordres de cette Province furent
convoqués , pour ftatuer fur les Loix qui
avoient été établies par les Ducs de Normandie
. Quand il fut queftion de la Bataille
, on décida qu'elle feroit abolie ;
parce que lesforts , qui s'en prévaloient ,
enlevoient aux foibles ce qui leur appartenoit
légitimement ; ou les faifoient paffer
pour coupables lorfqu'ils étoient innocens.
Les chofes reftèrent ainfi juſques
au Règne de Philippe le Hardi, en 1271 ,
qui confidérant que depuis l'aboliffement
de la Bataille , il fe commettoit des crimes
dont on ne pouvoit faire la preuve ,
& dont on ne craignoit plus la punition
par le fort des armes , ordonna que les
Batailles auroient lieu comme auparavant
, dans les cas criminels feulement ,
Mais l'Eglife s'éleva par la fuite contre
des ufages fi contraires à la Religion ; &
finalement , à la réformation de la Coutume
de Normandie , ordonnée par LetAVRIL.
1764. 69
tres du Roi Henri III , données à Blois
le 22 Mars 1577 , le gage de Bataille , &
toutes les épreuves du feu & de l'eau furent
entiérement abolies,
J'ai l'honneur d'être , & c.
C **** , Abonné au Mercure,
>
"
FAMILLES des Plantes , par M.
ADANSON , de l'Académie des
Sciences de la Société Royale de
Londres , Cenfeur Royal. A Paris ,
chez Vincent , Imprimeur - Libraire de
Mgr le COMTE DE PROVENCE ,
rue S. Séverin ; avec Approbation &
Privilége du Roi; 1763 ; 2 vol.in - 8 °,
CET ET Ouvrage , en entier , donne
une histoire générale de la Botanique.
La prémiere Partie contient la théorie de
cette Science , & la feconde eft toute
pratique. Il y régne généralement beaucoup
de méthode ; & nous ne croyons
pouvoir mieux faire faire , que d'en préfenter
l'extrait fuivant fa diftribution .
Dans la première Partie M. Adanfon ,
70 MERCURE DE FRANCE.
expofe l'état ancien & actuel de la Botanique
; il y compare les anciens travaux
des Botaniftes à ceux des modernes. Il
penfe que les défauts que nous croyons
trouver dans les defcriptions des anciens
Naturaliftes Ariftote , Téophrafte Diofcorides
& Pline , ne font qu'apparens, ces
Auteurs ne donnant que des réſultats de
conoiffancesà la portée de tout le monde
& dépouillées des épines de l'Art ; que
fouvent leursTraducteurs ont mal rendu
leurs penfées , faute d'entendre affez la
Botanique. Ce fentiment ne paroît pas
deftitué de preuves » quoiqueThéophraf
» te & Diofcorides , dit- il , qui s'eft at-
» taché particulierement aux plantes , &
» qui s'eft fait le plus grand nom fur
cette matière , n'ayent parlé que d'en-
» viron < à 6000 plantes & les ayent
» décrit de manière , qu'il eft fouvent
» difficile & quelquefois impoffible de
les reconnoître ; on voit néanmoins
» dans nombres d'endroits de leurs
» ouvrages , des traits de lumière & des
» connoiffances fi profondes ,dont quel-
» ques- unes même paroiffent ignorées
» aujourd'hui , & pourroient être appel-
» lées des découvertes renouvellées des
» Grecs , qu'on ne peut s'empêcher de
71 convenir que malgré le mépris que
AVRIL. 1764. 7 ፤
93
quelques Botaniftes modernes affec-
» tant de répandre fur eux , ces grands
» hommes , quoiqu'ils n'ayent pas fait
» de méthode fyftématique , qu'ils ne
regardoient que comme des diction-
» naires trop fuperficiels, avoient comme
» nous des connoiffances de détail dont
» les temps ne nous ont confervé que
» les réfultats généraux. Il eft certain,au-
» tant qu'on en peut juger par ce qui
» nous refte des ouvrages d'Ariftote ,
» de Théophrafte , & de Pline , qu'ils
» ignoroient entiérement des parties
» que nous connoiffons , & que nous
» avons approfondies ; mais il eft plus
» probable, que leurs réfultats généraux
dépendoient de ces connoiffances de
» détail dont ces divins Auteurs laif-
» foient échaper par intervalles de lé-
» gères traces. Ce font de ces faits dont
» ne peut guères douter , tout hom-
» me qui a étudié affez à fond les Scien-
» ce naturelles ; & au lieu de croire que
» les Anciens n'ont adopté telle ou telle
"
-
opinion, que parce qu'ils n'avoient pas
» été auffi loin que nous , nous devrions .
» peut être plutôt penfer que c'eſt
» parce qu'ils avoient été beaucoup plus
» loin , & que des expériences que nous
» n'avons pas encore faites leur avoient
2 MERCURE DE FRANCE.
fait fentir l'infuffifance des méthodes
> dont nous nous contentons .
M. Adanfon fait voir auffi que fouvent
tel fyftême qui prend faveur à
l'appui de la célébrité & de la nouveauté
, n'eft pas toujours le meilleur , & à
cet égard, il rend juftice à la mémoire
de Tournefort , en laiffant encore aujourd'hui
à cet illuftre François la première
place parmi les Botaniſtes » La
» préférence , dit-il , qu'on a donnée
" aux méthodes dans le choix des Etu-
» des , n'a pas toujours été en raison
» de leur bonté ; l'efprit national y a
» fouvent plus de part que le defir de
» trouver la vérité. C'eft ainfi que la
» méthode de Rai a été fuivie par des
» Anglois célébres , Sloane , Pétiver,
" Martin , & en partie par Dillen ; le
» fyftême de Rivin a été embraffé par
» les Allemands les plus diftingués en
» Botanique , Cretien , Knal , Ruppias ,
» M. Ludwig Siegerbek , &c. Celui
de M. Lianaus n'a guères eu pour
» Sectateurs que fes difciples. Mais ce
» qui parle en faveur de la méthode de
» Tournefort , c'eft qu'indépendemment
พ des François célébres Paumier , Ma-
» chant , Dodart , Niffote , MM . de Juffieu
, & Vaillant qui le fuivirent , elle
"
"
,
» fut
AVRIL. 1764. 73
"
» fut adoptée par les Etrangers qui te-
» noient le premier rang en Botanique ;
» en Italie par Pontedeva , M. Monti &
» Micheli ; en Allemagne , en Angle-
» terre & en Saxe par plufieurs Sça-
» vans diftingués ; & ce qui ajoute en-
» core au mérite de cette méthode &
» qui fait en même temps l'éloge de
» nos Botaniſtes François , c'eſt que
» malgré l'accueil que la frivolité fem-
» ble faire à la nouveauté , le fyftême
» de M. Lianaus ne lui a rien fait perdre
de fon éclat , & que M. de Juffieu
" dont les vaftes connoiffances en Bo-
» tanique ne laiffent pas fentir à la
» France la perte du grand Tournefort ,
» en a toujours confervé les fages prin-
» cipes que nous nous faifons gloire
» d'adopter. Enfin nous voyons avec
» fatisfaction , que ces principes fe ré-
» pandent jufqu'en Efpagne , comme
» le témoigne l'Ouvrage tout récent
» du célébre M. Quer qui a cru très - ju-
"» dicieuſement ne pouvoir rien faire
» de plus utile au renouvellement de
» la Botanique dans fon pays , que de
» traduire en fa langue la méthode de
» Tournefort pour l'inftruction de fes
difciples ; de forte qu'on peut dire
» qu'elle a été fuivie par les Nations
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE .
les plus fçavantes de l'Europe ..
» L'exécution d'une pareille méthode
» dans un temps où la Botanique étoit
» encore dans l'enfance , ne pouvoit
» être que l'effort d'un génie vafte &
"
» créateur ; & il ne s'eft encore trouvé
» perfonne qui ait refufé ces deux
39
grandes qualités à l'illuftre Tourne-
» fort qui s'eft acquis aux plus juftes
» titres le nom de père des Botaniftes...
» Et ce qui doit nous infpirer plus
» d'eftime & de confiance , c'eſt de
» voir que depuis près d'un fiécle , elle
ait confervé une fupériorité finguliè-
» re fur toutes celles qui ont paru depuis
, quoiqu'elle ne fût pas étayée de
» toutes les découvertes qui ont été
» faites 70 ans après lui : d'où il eft aifé
de juger combien ce grand homme
» avoit devancé & laiffé derrière lui les
» Botaniſtes de fon temps.
33
33
Après avoir expofé les progrès , &
l'état ancien & actuel de la Botanique ;
après avoir fait une comparaifon , & établi
une balance entre les diverſes méthodes
; après avoir prouvé que toutes
celles qui ont été faites jufqu'ici , foit
pour en faciliter l'étude , foit dans le def-
Tein de trouver la méthode naturelle , ne
pouvoient remplir cet objet , ni conduiAVRIL.
$ 764. 75
re cette Science au degré de perfection
dont elle eft fufceptible , parce que leurs
principes ne portoient que fur la confidération
d'un petit nombre de parties de
Plantes ; M. Adanfon démontre par un
nombre fuffifant de faits , de preuves &
d'expériences , qu'une méthode ou fyftême
naturel en Botanique , ou en toute
autre partie de l'Hiftoire Naturelle , s'il
en éxifte ou s'il en peut éxifter un , ne
peut confifter que dans l'enfemble des
caractères tirés de toutes les parties des
Plantes confidération tout- à - fait neuye
, qui diftribue tous les genres connus
des Plantes en cinquante-huit Familles.
C'eft fur cette diftribution que M.
Adanfon a travaillé la deuxième Partie.
ou la Partie pratique de fon Ouvrage ,
dont nous donnerons. ci-après une idée.
Tout arrangement méthodique ,
» dit-il , où l'on n'admet pas de fyftême ,
» n'eft-il pas l'arrangement de la Na-
» ture , c'eft-à- dire , la méthode natu-
» relle ? On donnera le nom que l'on
» voudra à mes Familles ; mais il n'en
» fera pas moins vrai , qu'elles ne peu-
» vent être fyftêmatiques , puifqu'elles
» n'ont d'autres fondemens de divi-
» fion , que les vuides ou interruptions
que la Nature nous montre dans la fépas
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
"
»
» rie des Plantes , rapprochées par tous
les rapports de reffemblance ; &
» que , fi elles ne font pas ces claffes
» naturelles que l'on cherche , elles en
» ont bien l'air , & y reffemblent fort.
» Au refte , je ne leur donnerai pas ce
faftueux nom de Familles naturelles ;
» chacun les qualifiera comme il jugera
à propos. Si c'eft fur un femblable
modèle que M. Adanfon a dirigé fon
plan du travail général fur l'Hiftoire Naturelle
& fur la Phyfique , dont il parle à
la page 200 , & qui prouve la liaifon &
la clef de toutes les Sciences naturelles
il n'eft pas douteux , à en juger par l'és
xécution de celui - ci , qu'on ne fçauroit
defirer trop tôt de voir la publication
d'un Ouvrage auffi utile .
Les principaux avantages de ces Familles
font de procurer à la Botanique
1º. toute la certitude & la ſtabilité ; 2°.
l'étendue & l'univerfalité; 3º . la briéveté;
4º. la facilité dont cette Science eft fufceptible
; 5º. enfin des vues d'utilité plus
générales fur les qualités des Plantes pour
les teintures , & fur leurs vertus médicinales.
Le dernier objet mérite d'autant
plus d'attention , qu'on avoit foupçonné
avec affez de fondement , que toutes les
Plantes rangées dans une même Famille
AVRIL 1764. 77
fur la fimilitude & la convenance du plus
grand nombre de leurs parties intérieures
, avoient des vertus femblables qui
ne différoient que du plus ou moins dans
leur intencité , & non dans leur qualité.
Idée qui s'eft vérifiée depuis , & que
l'expérience confirme de jour en jour.
On fçait combien l'analyfe chymique eft
incertaine pour décider les vertus des
Plantes ; c'est donc un grand pas de fait
à l'avantage de la Médecine , que d'avoir
fçu rapporter les genres à leurs Familles
Naturelles. Avec cette connoiffance
, on peut aller à tâtons trouver en
France des Plantes capables de fuppléer
à certaines qu'on tire à grands frais des
pays étrangers ; & , par la même raiſon ,
on peut trouver en Amérique , en Afrique
& en Afie des Plantes analogues à
celles de l'Europe . Il en eft de même
des teintures; différentesPlantes donnent
des couleurs femblables en divers pays.
Que de refſources ne trouve- t- on pas
dans la Nature , lorfqu'elle eft étudiée
& guidée par la méthode d'une analogie
bien raifonnée ! Et il paroît que cette
partie eft l'élément de notre Auteur. Si
c'eft un mérite que d'être méthodique ,
on peut dire que cet Ouvrage l'eft jufques
dans les plus petites parties : les
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
éxemples s'en préfentent à chaque pas ,
& fur- tout dans les foixante- cinq Syfte
mes fimples qu'il a exécutés entre les années
1741 & 1755 , non- feulement pour
remplacer les cinquante- fix Syftêmes anciens,
trop compliqués & trop difficiles
mais encore pour fuppléer à ceux qui
n'avoient pas encore été faits fur plufieurs
parties des Plantes , & en même temps
pour échaffauder & étayer les cinquante
huit Familles qu'il publie aujourd'hui.
Les bornes d'un Extrait ne nous permettent
pas de nous étendre fur nombre
de faits de Phyfique tous nouveaux, que
M. Adanfon traite , & qu'il faut lire dans
l'Ouvrage même . Telles font les recherches
pour s'affurer s'il éxifte dans la Nature
des claffes , des genres & des efpèces
, dans le fens dont l'entendent les
Naturaliftes ; & il femble qu'il a pris la
vraie route pour la décider , en en cherchant
l'explication , les preuves & la folution
dans la nature même des Plantes
& des Animaux . La folution de cette
queftion étoit néceffaire dans cet Ouvrage
, pour concilier les débats continuels
des Botanistes , & pour conftater enfin
quelles font les parties des Plantes dont
on doit tirer les caractères les moins arbitraires
, pour les diftinguer les unes des
AVRIL. 1764. 79
#
autres. On peut mettre encore dans le
rang des chofes tout - à - fait neuves ces
obfervations fur la température des Plantes
; la manière dont il confidère la végétation
; ce qui donne lieu à une théorie
qui pourra être très - utile à l'Agriculture
; fa façon de conftruire les terres ,
applicables aux divers climats , & nombre
d'autres articles auffi intéreflans .
Quoiqu'il y ait beaucoup de détails
profonds fur la Science , cet Ouvrage
n'eft cependant pas par - tout hériffé d'épines
& de difficultés . Il y a des morceaux
capables de piquer la curiofité ,
damufer même en inftruifant , fur- tout
dans la partie où M. Adanfon expofe les
réfultats des découvertes les plus modernes
. On eft quelquefois bien- aife de fçavoir
tout ce qui a été obfervé de plus
fingulier , & qui femble même tenir du
merveilleux , fur la prodigieufe fécondité
des Plantes , fur la monftrueufe groffeur
de certains arbres , dont le tronc a
fouvent plus de vingt- cinq pieds de diamètre
, fur ces Palmiers & ces Lianes
-de trois cens pieds de hauteur , qui entrelaffent
tous les arbres d'une forêt , &c
fur tant d'autres faits auffi finguliers ,
qu'il n'y avoit qu'un Botanifte Voyageur
qui en pût apprécier la jufte valeur.
D iv
80 MERCURE DE FRANCE.
Son Voyage aux Ifles Canaries , au
Senégal & aux Ifles Açores , lui a procuré
un grand avantage pour réformer
la partie des Plantes étrangères , qui
etoient en général peu connues , & dont
le nombre furpaffe infiniment celui de
nos Plantes Européennes , & qui lui a
donné lieu d'ajouter près de cinq cens
genres aux onze cens qui avoient été
établis avant lui ; de forte qu'il donne
dans fes Familles la defcription de feize
cens genres environ , malgré la fuppreffion
d'un grand nombre que l'inexactitude
des obfervations avoit fait mal-àpropos
partager en plufieurs.
Nous ne fuivrons pas plus loin M.
Adanfon dans fes détails fur la meilleure
manière de nommer & d'enſeigner
les Plantes ; dans fes idées fur un plan
nouveau de réforme qu'il juge néceffaire
à l'Ortographe Françoife ; dans fa Table
raifonnée fur les vertus des Plantes ;
dans celle des fynonymes anciens qu'il a
établis à leur place ; enfin dans la Table
chronologique des Auteurs dont la connoiffance
eft la plus néceffaire aux Botaniftes.
Chacun fent l'utilité de tous ces
morceaux , pour former une convexion
en enſemble raifonnée dans toutes les
parties d'un Ouvrage univerfel de BotaAVRIL.
1764.
81
: nique nous ne finirions pas fi nous entreprenions
de faire fimplement l'énumération
des articles les plus effentiels traités
par M. Adanfon , fur cette Science ,
qui eft fans contredit la plus vaſte de
Hiftoire Naturelle , par la multiplicité
des objets. On peut en donner une légère
idée , en difant qu'il a trouvé dans
les Auteurs plus de dix-huit mille eſpèces
ou variétés , décrites ou figurées tant
bien que mal , & qu'on peut juger par
celles que nous poffédons féches dans
des herbiers , & par l'immenfe étendue
des pays qui n'ont pas encore été défrichés
par des Botaniftes fuffifamment
inftruits que nos richeffes en ce genre de
collection peuvent être augmentées au
moins du double. Certe remarque lui
donne occafion d'ajouter le fujet d'un
grand Voyage qui fervir d'une utilité générale
pour les Sciences Naturelles , &
peut-être pour le Commerce de l'Europe ..
Nous n'entrerons pareillement dans aucun
détail fur l'exécution de la feconde
partie de cet Ouvrage , à laquelle nous
Fenvoyons le Lecteur Botanifte ; il y
trouvera à la tête de chaque Famille , &
à chaque genre de Plantes , toutes les
connoiffances pratiques anciennes & modernes
, raffemblées dans autant d'arti-
D v
82 MERCURE DE FRANCE .
cles & de colonnes qu'il y a de parties
dans les Plantes. Ouvrage d'un détail
immenfe , & d'autant plus pénible pour
l'Auteur , qu'il a fçu préfenter , avec un
ordre & une méthode fingulière , &
dans l'efpace de quelques lignes , tout
l'effentiel des caractères génériques ; de
forte que , d'un feul coup- d'oeil , il peut
voir les reffemblances & les différences
principales de tous les genres d'une même
Famille , enfin faifir leur enſemble , fans
être obligé de lire un très - grand nombre
de
pages de defcriptions des Auteurs , où
elles font comme noyées. Cette manière
auffi neuve qu'utile de préfenter en abrégé
le tableau des connoiffances actuelles
fur une Science vafte & très - compliquée
, facilite fingulièrement la comparaifon
de ces divers objets. Elle en facilite
pareillement l'étude au point qu'on
pourra déformais , fans connoître toutes
les Plantes , fçavoir néanmoins toute la
Botanique il fuffira pour cela de connoître
deux ou trois genres les plus différens
de chaque Famille . Enfin , M.
Adanfon conclut avec raifon que la Botanique
, ainfi traitée , n'eft plus une
Science de nom , comme on la qualifie
tous les jours ; mais qu'elle eft une
Science de fait , & par conféquent ſufAVRIL.
1764. 83
#
•
ceptible de combinaifons & de problêmes.
Il en propofe même quelques-uns
capables d'indiquer la route qu'il faut
fuivre , pour éxercer les Etudians en Botanique
, pour fortifier les plus avancés
& pour nourrir & entretenir les plus profonds
Botaniftes dans les connoiffances
qu'ils ont acquifes .
La vérité eft fimple , & fa recherche
a conduit M. Adanfon à préférer l'ordre ,
la préciſion de la méthode & la netteté
du ftyle aux fleurs du langage qui ne
⚫ conviennent nullement à un Livre de
Science traité auffi à fond, Le même
principe de vérité l'a porté à indiquer ce
qui reste encore à ajouter aux travaux
des Anciens & des Modernes , & aux
fiens mêmes , pour procurer à la Botanique
toute la perfection dont cette Science
eft fufceptible . Il n'eft pas douteux
que
fi tous les Auteurs fe faifoient une
loi de préfenter ainfi dans leurs Ouvrages
un tableau de tout ce qui a été fait avant
eux , on verroit éclorre beaucoup moins
de volumes , & plus de chofes neuves.
D'où réfulteroit un avantage pour la
fociété , & un luftre de plus pour le
fiécle.
Il paroît en général que M. Adanfon a
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
raffemblé dans fes deux Volumes tout
l'hiftorique , théorique & pratique de la
Botanique , depuis les Grecs jufqu'à
nous ; qu'il y a beaucoup plus de chofes
neuves dans cet Ouvrage, qu'on ne pourroit
le dire fans paroître chercher à le
flatter & que cet Académicien a fupprimé
ce qu'il y a de plus connu , pour faire
place à des chofes plus effentielles ou qui
avoient été traitées avec moins d'exactitude
& de méthode par fes prédéceffeurs.
C'est dans cette vue qu'il n'a donné
d'autres figures que celle d'une nouvelle
conftruction , pour ne pas trop groffir
fon Ouvrage , renvoyant aux figures
des meilleurs Auteurs qu'il cite par-tout
où il eft néceffaire. *
ÉCOLE DE
LITTERATURE , tirée de
nos meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez
Babuty, Quai des Auguftins , Brocas &
Humblot , rue S. Jacques ; 2 vol. in-
12 ; prix 5 liv. brochés , 6 liv.reliés.
N ous avons déja donné plufieurs
extraits de ce livre excellent, & que tous
* Cet Extrait , que nous avons trouvé bien fait
nous a été communiqué.
AVRIL 1764. 85
les gens de Lettres eftiment comme une
production infiniment fupérieure à tout
ce qui a paru de plus parfait dans ce
genre. On le regarde déja comme un de
ces Ouvrages Claffiques , qui font loi
dans la Littérature , & doivent fe trouver
dans toutes les Bibliothèques &
dans les Cabinets des gens de goût. Il
n'eft aucune claffe d'Ecrivains ,à laquelle
il ne foit abfolument néceffaire . L'Avocat
y trouvera des préceptes pour
F'éloquence du Barreau ; le Prédicateur,
des régles pour les Difcours Chrétiens ,
les Panégyriques , les Oraifons funébres
; le Magiftrat , l'art de faire le rapport
d'un procès ; le Poëte , l'Orateur ,
l'Hiftorien , en un mot , l'homme de
lettres , pour compofer des Ouvrages
dans tous les genres , l'homme du monde
pour en juger avec fureté , fe ferviront
utilement & agréablement de ce
recueil , à la perfection duquel tant de
gens célébres ont contribué. Nous allons
, felon la méthode que nous avons
fuivie jufqu'à préfent , préfenter à nos
Lecteurs un morceau tiré de cette excellente
compilation ; c'eft le commencement
de l'Article qui traite de
l'Eloquence , les bornes de notre Journal
ne nous permettant pas de la rapporter
en entier.
86 MERCURE DE FRANCE.
" L'Eloquence , fille du Génie & de
» la Liberté , eft née dans les Répu-
» bliques. Les Orateurs ont appliqué
» d'abord aux grands objets du Gou-
» vernement le talent de la parole ; &
» comme dans ces occafions il falloit
» en même temps convaincre & remuer
le peuple , ils appellerent l'E-
» loquence l'art de perfuader , c'eft-
» à - dire de prouver & d'émouvoir tout
» enſemble .
» Nos Ecrivains modernes , pour la
" plûpart copiftes fuperftitieux & ferviles
» de l'antiquité , ont adopté cette défini-
» tion , fans faire attention que les An-
" ciens qui nous l'ont laiffée , y bor-
» noient l'Eloquence à fa partie la plus
» noble & la plus étendue , & que par
» conféquent la définition étoit incomplette
. En effet , combien de traits
» vraiment éloquens qui n'ont pour but
que d'émouvoir , & nullement de
» convaincre ? Penfer autrement , ce
» feroit reffembler à ce Mathématicien
» févère , qui après avoir là la Scène
» admirable du délire de Phédre , de-
» mandoit froidement qu'est-ce que
» cela prouve
?
?>
» La définition que nous avons don-
» née de l'Eloquence renferme l'idée la
AVRIL. 1764. 87
"J
plus générale qu'on puiffe en avoir.
» C'eft , avons - nous dit , le talent de
» faire paffer avec rapidité & d'imprimer
» avec force dans l'âme des autres , le
» fentiment profond dont on eft pénétré.
» Cette définition convient à l'Eloquen-
» ce même du filence , langage énergi-
» que & quelquefois fublime des gran-
» des paffions ; à l'Eloquence du gefte ,
" qu'on peut appeller l'Eloquence du
» Peuple , par le pouvoir qu'elle a pour
fubjuger la multitude , toujours plus
frappée de ce qu'elle voit, que de ce
qu'elle entend ; enfin à cette Eloquence
adroite & tranquille , qui fe
» borne à convaincre fans émouvoir ,
» & qui ne cherche point à arracher
» le confentement , mais à l'obtenir.
» Cette derniere Eloquence n'eft peut-
» être pas la moins puiffante ; on eft
» moins en garde contre l'infinuation
» que contre la force . Néanmoins
» comme le talent d'émouvoir eft le
» caractère principal de l'Eloquence ,
» c'eft auffi fous ce point de vue que
» nous allons principalement la con-
» fidérer.
33
وو
ود
» Le propre de l'Eloquence eft non
» feulement de remuer , mais d'élever
» l'âme ; c'eft l'effet même de celle qui
88 MERCURE DE FRANCE.
» ne paroît deſtinée qu'à nous arracher
» des larmes ; le pathétique & le fu-
» blime fe tiennent ; en fe fentant at-
» tendri , on fe trouve en même temps
» plus grand , parce qu'on fe trouve
» meilleur ; la trifteffe délicieufe & dou-
» ce , que produifent en nous un dif-
» cours , un tableau touchant , nous
>> donne bonne opinion de nous-
» mêmes par le témoignage qu'elle nous
rend de la fenfibilité de notre âme ;
» ce témoignage eft une des principa-
» les fources du plaifir qu'on goûte en
» aimant , & en général de celui que
» les fentimens tendres & profonds nous
» font éprouver.
,
» Nous appelons l'Eloquence un talent
, & non pas un Art comme
» l'ont appellé la plupart des Rhéteurs ;
" car tout art s'acquiert par l'étude &
» par l'exercice , & l'Eloquence eſt un
» don de la Nature. Les régles ne font
» deftinées qu'à être le frein du génie
» qui s'égare , & non le flambeau du
génie qui prend l'effor ; leur unique
" ufage eft d'empêcher que les traits
» vraiment éloquens ne foient défigu-
"
rés par d'autres ouvrages de la né-
» gligence & du mauvais goût. Ce ne
» Lont point les régles qui ont infpiré à
AVRIL. 1764. 89
99
Shakespeare le monologue admirable
» d'Hamlet ; mais elles nous auroient
épargné la fcéne barbare & dégou
» ante des foffoyeurs.
ر د
» On rend avec netteté ce que l'on
» conçoit bien ; de même on annonce
» avec chaleur ce que l'on fent avec
» enthouſiaſme , & les mots viennent
>> auffi aisément pour exprimer une
» émotion vive , qu'une idée claire. Le
» fentiment s'affoibliroit , s'éteindroit
» même dans l'Orateur , par le foin
» froid & étudié qu'il fe donneroit pour
» le rendre ; & tout le fruit de ſes ef-
» forts feroit de perfuader à fes Audi-
» teurs , qu'il ne reffentoit pas ce qu'il
» vouloit leur infpirer. Aimez & faites
» tout ce qu'il vous plaira , dit un Père
» de l'Eglife aux Chrétiens ; Sentez
» vivement & dites tout ce que vous
» voudrez , voilà la deviſe des Orateurs .
» Qu'on interroge les Ecrivains de gé-
» nie fur les plus beaux endroits de
» leurs ouvrages , ils avoueront prèf-
» que toujours , que ces endroits font
» ceux qui leur ont coûté le moins
» parce qu'ils ont été comme infpirés
» en les produifant. Débarraffée de
» toute contrainte , & bravant quelque-
» fois les régles mêmes , la Nature
›
go MERCURE DE FRANCE.
"
produit alors les plus grands mira-
» cles ; on éprouve alors la vérité de ce
paffage de Quintilien ; c'est l'âme feule
qui nous rend éloquens ; & les igno-
» rans même , quand une violente paffion
» les agite , ne cherchent point ce qu'ils
» ont à dire. Tel étoit l'enthoufiafme
"
qui animoit autrefois le Payfan du Da-
» nube , & qui le fit admirer dans le
Sanctuaire de l'Eloquence par le Sé→
» nat de Rome . C'eft ce même enthou-
» fiafme , prompt à fe communiquer à
» l'Auditeur , qui met tant de différence
» entre l'Eloquence parlée , fi on peut
» fe fervir de cette expreffion , & l'Elo-
» quence écrite . L'Eloquence dans les
» Livres eft à -peu-près comme la Mufi-
» que fur le papier , muette , nulle & fans
» vie ; elle y perd du moins fa plus gran-
» de force , & elle a befoin de l'action
» pour fe déployer . Nous ne pouvons
» lire fans être attendri les Péroraifons
" touchantes de Cicéron pour Flaccus ,
» pour Forteius , pour Sextius , pour
» Plancius & pour Silla , les plus admi-
» rables modèles d'Eloquence que l'an-
" tiquité nous ait laiffé dans le genre pa-
" thétique.Qu'on imagine l'effet qu'elles
» devoient produire dans la bouche de
» ce grand homme ; qu'on fe repréfente
AVRIL. 1764 . 191
n
Cicéron au milieu du Barreau, animant
» par fes pleurs le difcours le plus tou
» chant , tenant le fils de Flaccus ( a )
» entre fes bras , le préfentant aux Juges,
» & implorant pour lui l'humanité & les
» loix ; fera- t- on furpris de ce qu'il nous
» apprend lui-même , qu'il fut interrom-
» pu par les gémiffemens & les fanglots
" de l'Auditoire ? Sera- t- on furpris que
» ce tableau ait féduit & entraîné les
Juges ? Sera-t- on furpris enfin que l'E-
» loquence de Cicéron lui ait fervi tant
» de fois à fauver des cliens coupables ?
» Auffi l'Aréopage , qui ne vouloit qu'ê-
» tre jufte , avoit interdit févérement
» l'Eloquence aux Avocats . On y vou
» loit , comme dans nos Tribunaux ,
» plus de raifons que de pathétique ; &
» les Juges d'Athènes , ainfi que les nô-
» tres , euffent fait perdre à Cicéron la
» plupart des Cauſes qu'il avoit gagnées
» à Rome .
» Non -feulement il faut fentir pour
» être éloquent , mais il ne faut pas fentir
» à demi , comme il ne faut pas conce-
» voir à demi pour s'énoncer avec clarté,
Pleurez , fi vous voulez me tirer des
( a ) Voyez la Péroraifon pour Flaccus . C'eft
peut-être, après la Péroraiſon pour Milon , qui ne
fut pas prononcée , la plus belle de Cicéron.
92 MERCURE DE FRANCE.
» pleurs , dit Horace dans cet admirable
» Art Poëtique , qu'on doit appeller le
» Code du bon goût. On peut ajouter à
» ce précepte , tremblez & frémiffez , fi
» vous voulez me faire trembler & fré
» mir. Il faut avouer cependant que fi
» l'agitation qui anime l'Orateur au mo-
» ment de la production , doit toujours
» être très - vive , il n'eft pas néceffaire
» qu'elle foit femblable par fa nature à
» celle qu'il fe propofe d'exciter. Notre
» âme a deux refforts par lefquels on la
» met en mouvement , le fentiment &
l'imagination. Le premier de ces deux
» refforts a fans doute le plus de force ;
mais l'imagination peut quelquefois en
» jouer le rôle & en tenir la place . C'eſt
» par-là qu'un Orateur , fans être réelle-
» ment affligé , fera verfer des pleurs à
fon Auditoire , & en répandra lui-même
; c'eſt par-là qu'un Comédien , en
» fe mettant à la place du perfonnage
» qu'il repréfente , agite & trouble les
Spectateurs au récit des malheurs qu'il
» n'a pas reffentis ; c'eft enfin par-là que
» des hommes nés avec une imagination
» fenfible , peuvent infpirer dans leurs
» écrits , l'amour des vertus qu'ils n'ont
» pas. L'imagination ne fupplée jamais
» au fentiment , par l'impreffion qu'elle
"
3
AVRIL. 1764. 93
» fait fur nous- mêmes ; mais elle peut y
» fuppléer , par l'impulfion qu'elle donne
» aux autres. L'effet du fentiment en
» nous eft plus concentré ; celui de l'i-
» magination eft plus fait pour ſe répan-
» dre au-dehors ; l'action de celle - ci eft
» plus violente & plus courte ; celle du
» fentiment eft plus forte & plus conf- "
"
» tante .
» Ainfi l'émotion qui doit animer l'O,
» rateur , doit réparer par fa véhémence
» ce qu'elle pourra ne pas avoir en du-
» rée ; elle ne reflemblera pas à cette.
» agitation fuperficielle que l'Eloquence
>> excite dans les âmes froides. Impreffion
» puremenr méchanique , produite par
» l'éxemple ou par le ton qu'on a donné
» à la multitude . Plus l'Auditeur aura de
» génie , plus auffi fon impreffion ref-
» femblera à celle de l'Orateur , plus il
" fera capable d'imiter ce qu'il admire.
ود
» Si l'effet de l'Eloquence eft de faire
» paffer dans l'âme des autres le mouve-
» ment qui nous anime , il s'enfuit que
» plus le difcours fera fimple dans un
grand Sujet , plus il fera éloquent ,
» parce qu'il repréfentera le fentiment
» avec plus de vérité. Je ne fçai par
quelle raifon tant d'Ecrivains moder-
» nes nous parlent de l'Eloquence des
"
94 MERCURE DE FRANCE .
chofes , comme s'il y avoit une Elo-
» quence des mots. L'Eloquence , on ne
» fçauroit trop le redire , n'eft jamais
» que dans le Sujet , & le caractère
» du Sujet , ou plutôt du fentiment qu'il
» produit , paffe de lui - même au difcours.
» L'Eloquence ne confifte donc point ,
» comme quelques Anciens l'ont dit , &
» comme tant d'autres l'ont répété , à
dire les grandes chofes d'un ftyle fu-
» blime , mais d'un ftyle fimple. C'eft
» affoiblir une grande idée , que de
» chercher à la relever par la pompe des
paroles , & c . & c. 29
Nous regrettons de ne pouvoir past
copier le refte de cet article , également
digne , & du nom de M. d'Alembert , &
de la place qu'il occupe dans cette Collection
des Ecrits de nos plus grands
Littérateurs on y verroit toutes les règles
de l'Eloquence préfentées avec autant
de clarté que de précision . Le même
Académicien a aufli fourni l'Article du
Style ; nous ofons dire qu'aucun Ecrivain
avant lui , n'avoit fi bien traité cette
matière.
AVRIL. 1764.
99
ÉLEMENS de Fortification , contenant
la conftruction raiſonnée de tous les
Ouvrages de la Fortification , les fyftêmes
des plus célébres Ingénieurs ;
la Fortification irrégulière , &c. CINQUIÈME
ÉDITION , augmentée
de l'Explication détaillée de la Fortification
de M. de COEHORN ,
de la conftruction des Redoutes, Forts
de Campagne , &c. & d'un Plan des
différentes inftructions propres à une
Ecole Militaire . Par M. LE BLOND,
Maître de Mathématique des Enfans
de France , &c . Vol. in- 8 ° d'environ
400 pages . A Paris , chez Jombert
rue Dauphine, à l'Image N. D.1764;
avec approbation & privilège du Roi ,
LES précédentes Editions de cet Ouvrage
en ont fait connoître le mérite
depuis longtemps ; c'eft pourquoi nous
donnerons feulement une légère idée
de ce que celle- ci contient de nouveau.
Nous remarquerons d'abord qu'à la
96 MERCURE DE FRANCE .
place de l'Epitre dédicatoire de la dernière
édition , l'Auteur a fubftitué un
précis des premières inftructions fcientifiques
de feu Mgr le DUC DE BOURGOGNE.
On y trouve le développement
des idées du jeune Prince , & différens
traits d'intelligence & de génie très-propres
à caractériſer la nature du jugement
avancé de cet augufte Enfant
dont il étoit très -à- propos de conferver
la mémoire.
Nous rapporterons quelques traits de
cette Préface , que nos Lecteurs feront
peut-être bien-aifes de fçavoir. M. le
Duc de Bourgogne décrivoit un cercle ;
& le point du compas qui étoit au centre
ayant gliffé fur le papier fans y laiffer
la marque de fon impreffion , il la
mit fucceflivement fur deux points de
l'arc déjà tracé ; puis de ces points pris
pour centre , il décrivit deux arcs dont
le point d'interfection étoit au centre du
cercle commencé ; attendu , difoit-il ,
que je n'ai point changé l'ouverture de
mon compas , & que le point où les arcs & que
fe coupent , eft également éloigné de la
circonférence, Il n'y avoit alors guères
qu'un mois qu'on avoit commencé de
travailler , ou plutôt fuiv ant fon expreffion
, de jouer avec lui.
AVRIL. 1764.
97
Les figures de Géométrie lui étant
devenues familières , il eut envie d'en
tracer lui-même. Il commença donc à
fe fervir du compas avec la grâce &
l'aifance qui lui étoient particulières.
Ayant décrit un cercle , il voulut en tirer
le diamètre ; mais comme ia ligne
qu'il avoit décrite ne paffoit pas par le
centre , il dit auffitôt : Ah , je voulois
tirer un diamètre , & j'ai tiré une corde ;
car ma ligne ne paffe pas par le centre.
Le jeune Prince defiroit furtout de
faire des chofes qui ne lui avoient point
été montrées. Il dit , n'ayant point encore
cinq ans accomplis , qu'il feroit
un quarré exactement , fans fe fervir
du compas. Comme il vit qu'on doutoit
qu'il pût y parvenir , il prit la régle , &
il tira une ligne de toute fa longueur.
Il pofa enfuite fucceffivement aux deux
extrémités de cette ligne , le petit côté
de la régle , de manière qu'elle lui
fervoit d'équerre. Il acheva ainfi fa figure
, laquelle , difoit- il , eft fûrement
un quarré , car les côtés font égaux &
les angles droits.
M. le Duc de Bourgogne avoit remarqué
dans un plan en relief d'un
front de Fortification , que le chemin
fur le glacis pour entrer dans la Place ,
II. Vol. E
MERCURE DE FRANCE.
étoit en ligne courbe : il en demanda
la raifon on lui dit qu'il la trouveroit
lui-même , s'il vouloit y penfer. Il le fit
un inftant , & dit enfuite qu'il croyoit
que ce chemin étoit ainfi conftruit ,
afin qu'il ne fut pas enfilé du canon des
affiégeans ; ou, pour rapporter fes propres
paroles ; ne feroit ce pas que ,
comme le canon va en ligne droite , on y
feroit expofé partout , quand l'ennemi
attaque la Place ?
·
Dans une de ſes promenades de l'après-
midi , il avoit remarqué que fon
ombre étoit plus longue à la fin qu'au
commencement. Comme il en demandoit
la raiſon , on pofa une régle verticalement
fur une table. On prit enfuite
une lumière , laquelle étant hauffée
ou baiffée , accourciffoit ou allongeoit
l'ombre de la régle , & on lui dit
que c'étoit là la réponse à fa queſtion .
F'entends , dit- il ; c'eft que quand mon
ombre eft plus courte , le Soleil eft plus
élevé ; & qu'il eft plus bas quand elle eft
plus grande.
Un jour qu'il étoit queftion d'Annibal
, on lui dit que ce grand Capitaine
joignoit fouvent la peau du renard à
celle du lion . Ne comprenant pas d'abord
cette expreffion , on ne fit que lui
AVRIL. 1764. 99
?
dire de faire attention aux attributs de
ces animaux ; & il répondit auffitôt
qu'apparemment cela vouloit dire qu'Annibal
joignoit la rufe au courage ou à
la force.
Après la Préface du Livre , M. le
Blond , fuit un Plan des inftructions propres
à une Ecole Militaire . Ce Plan
avoit été d'abord rédigé pour un Régiment
; il fut inféré dans le Mercure
du mois d'Août 1754. Il paroît ici avec
quelques changemens & plufieurs additions
. M. le Blond y fait fentir la différence
qu'il doit y avoir entre les inftructions
d'une Ecole Militaire , & celles
d'une Ecole de pure Géométrie . Il défigne
les différentes connoiffances Mathématiques
qui fervent de bafe à l'art
de la guerre , & il indique les principaux
ouvrages dont l'étude peut , en quelque
façon , fuppléer aux inftructions des
Maîtres particuliers , tant pour les Mathématiques
, que pour tout ce qui concerne
le Génie , l'Artillerie & même la
Tactique , qu'on doit regarder comme
la principale partie de la fcience de l'Officier.
C'est particuliérement par des leçons
fur cette importante partie, qu'une Ecole
établie pour des Militaires , doit dif-
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
férer des autres Ecoles deſtinées à former
des Géométres. Les Anciens avoient
des Maîtres pour enfeignerla Tactique ,
au lieu qu'aujourd'hui il n'en eft point
queftion dans les lieux où l'on éléve
les jeunes gens pour les former dans
l'art de la guerre . Après un peu de Géométrie
& une légère idée de la Fortification
, tout ce qu'on y apprend de
l'Art Militaire fe réduit prèfque uniquement
à l'exercice ou au manîment
des armes , comme fi cet objet renfermoit
toute la fcience de l'Officier, quoiqu'il
n'en foit que la plus petite partie.
Comme la guerre a fes régles & fes
principes , & qu'on peut en apprendre
la théorie par l'étude , M. le Blond
prétend que rien ne feroit plus utile que
d'avoir des Maîtres qui puffent fervir
de guides dans cette carrière , comme
on en a pour la Géométrie & le Génie.
Ces guides , felon lui , ne peuvent
être que des Géométres Tacticiens
comme l'étoient les Maîtres des Anciens.
C'eft pourquoi il penfe qu'il feroit
à propos dans l'établiffement d'une
Ecole pour former les Officiers dans
l'art de la guerre , d'engager le Profeffeur
de Mathématique à s'occuper
affez férieufement de la Science MiAVRIL.
1764 . ΙΟΙ
litaire , pour fe mettre en état d'enfeigner
la Tactique. Un homme intelligent
, fort au fait des différentes parties
du Génie & de l'Artillerie , comme le
doit être un Profeffeur de Mathématique
d'une Ecole Militaire , peut avec le
temps devenir un bon Maître de Tactique.
Il n'eft queftion pour cela, que d'étudier
avec choix & difcernement les
meilleurs Ecrivains Militaires ' pour en
former un corps de régles & de principes
qu'on puiffe enfuite enfeigner
avec l'ordre & la méthode que l'on fuit
dans la Géométrie & les Fortifications
Ce Plan peut être utile non feulement
à ceux qui voudront s'inftruire
des différentes parties de la Science Militaire
, mais encore aux perfonnes chargées
de l'inftruction de la jeune Nobleffe.
Comme dans cet état on ne s'applique
guères à la Géométrie qu'autant qu'on
la croit néceffaire au métier de la guer.
re , il fera aifé de juger fi les Maîtres
ne perdent point de vue cet objet ;
c'eft-à- dire s'ils en occupent leurs Ecoliers
par préférence aux fpéculations qui
pourroient leur être plus familières ou
plus conformes à leur goût particulier.
Le défaut d'attention à cet égard eft
peut-être la principale caufe du peu de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
fruit que la plupart des jeunes Militaires
retirent du temps qu'ils donnent à l'étude
des Mathématiques.
M. le Blond termine ce Plan par l'énumération
des Ouvrages où les principes
de l'Art Militaire font établis avec
le plus de clarté & de méthode. Il indique
l'ordre dans lequel ils doivent
être fucceffivent étudiés , afin qu'ils fe
prêtent un mutuel fecours , ou que les
premiers fervent à faciliter l'intelligence
de ceux qui les fuivent.
A l'égard des additions qui appartienment
à la Fortification , une des principales
eft la defcription très - détaillée dé
la Fortification de M. de Coëhorn , avec
plufieurs obfervations fur fes avantages
& fes inconvéniens . On blâme les larges
chemins couverts de cet Ingénieur ,
parce que les branches n'ont point de
traverfes qui les garantiffent de l'effet
des batteries à ricochet . M. le Blond
ayant penſé qu'on ignoroit peut - être
cette manière de tirer le canon lorſque
M. de Coëhorn fit connoître fa manière
de fortifier , a eté confirmé dans cette
idée par la première édition du Livre
de cet Auteur , laquelle eft de 1685
temps où il n'étoit point encore queftion
du ricochet. En effet il paroît confAVRIL.
1764. 103
tant par les Lettres de M. le Maréchal
de Vauban écrites à M. de Louvois immédiatement
après le fiége de Philifbourg
en 1688 , que ce fut à ce fiége
qu'il en fit les premiers éffais , dont le
fuccès l'engagea d'en établir & d'en
perfectionner l'ufage.
Une autre addition affez étendue
c'eft une espéce de Traité des Ouvrages
de la Fortification paffagère , c'efta-
dire des Redoutes & des différens
Forts propres à mettre des poftes en
état de défenfe , affurer des communications
, couvrir des ponts , & c , partie
fort importante à tous les Militaires ,
laquelle étant jointe à ce que l'Auteur
enfeigne fur les lignes dans la feconde
Edition de fon Traité de l'attaque des
Places , renferme l'effentiel de tout ce
qu'il a de plus utile fur cet objet.
On trouvera plufieurs autres additions
moins confidérables , répandues
dans le corps de l'Ouvrage. L'Auteur
y donne un plus grand détail fur les
contremines , que dans les précédentes
éditions ; il fait voir auffi la manière
dont on fe fert des éclufes pour former
des inondations , & c. L'ouvrage eft
terminé par une table des matières qui
paroît faite avec beaucoup de foins
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
& par un Dictionnaire des termes de
Fortification , plus complet que celui
des précédentes éditions. Les différentes
additions que l'Auteur a faites à ce
Livre , l'ont mis dans la néceffité d'augmenter
le nombre des Planches. Aulieu
de 19 qu'il y en avoit dans la dernière
, celle - ci en a 37 , dont la plûpart
repréfentent en grand le développement
des principaux ouvrages de la Fortification
. Elles font toutes gravées de
nouveau & bien exécutées.
Pour fe rendre les régles & les principes
de la Fortification familiers , M.
le Blond voudroit qu'on accoutumât
les Eléves à tracer fur le terrain tous
les différens Ouvrages qu'on leur fait
conftruire fur le papier ; qu'on s'appliquât
auffi à leur faire mettre en état .
de défenſe les Bourgs , Villages & autres
Poftes qu'on eft fouvent, à la guerre ,
dans le cas de fortifier. Il ajoûte que
des
expériences réïtérées & réfléchies de
cette espéce de pratique de la Fortification
ne peuvent manquer d'augmenter
les lumières de ceux qui voudront bien
en faire l'effai ; c'eft dequoi il n'eft guères
poffible de douter. Mais il faudroit pour
cela être dirigé par des Maîtres auffi
habiles & auffi intelligens que ce célébre
Profeffeur de Mathématique . L'ef
AVRIL. 1764 . 105
time générale qu'il s'eft acquife en cé
genre , caufe des regrets à tous ceux
qui n'ont point été à portée de prendre
de fes leçons.
Ce Livre & les autres Ouvrages d.
M le Blond peuvent être regardés com .
me des Livres claffiques d'une Eccle
Militaire. Tout y eft expofé avec clarté
, & l'on y trouve d'ailleurs ce qu'il y
a de plus effentiel & de plus utile dans
les différentes matières qui ont été l'objet
de fes fçavans travaux.
L'INOCULATION de la Petite- Vérole
renvoyée à Londres , par M. ***
Docteur en Médecine , &c. Ala Haye ,
2764 .
C'EST
'EST une feconde Edition , mais
confidérablement augmentée , d'un petit
Ouvrage figné CANDIDE , que nous
avons annoncé dans le temps. Ce qui
n'étoit , pour ainfi dire , qu'ébauché dans
le premier , eft rendu dans celui- ci avec
plus de clarté , plus d'étendue , & appuyé
de détails qui paroiffent donner plus de
poids au fentiment de l'Auteur. C'eſt
certainement le plus courageux , auffi-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
bien que le plus redoutable adverſaire:
qui foit entré en lice pour combattre.
Inoculation . L'Anonyme n'eft pas pour
lui un bouclier dont il fe couvre , pourfe
mettre à l'abri des traits de ceux qu'il
attaque ; il fe fait affez connoître fans fe
nommer. Loin de paroître les craindre ,
il les provoque lui- même au combat par
de nouveaux défis. Aux calculs qui paroiffent
décider d'une manière fi triomphante
en faveur de l'Inoculation , il en
oppofe de nouveaux qui rendent la chofe
problématique , & y font appercevoir
des dangers pour la Société, qui méritent
toute l'attention du Gouvernement.
On ne peut nier que plufieurs des objections
que cet habile Médecin fait aux
partifans de l'Inoculation , ne foient affez
bien fondées . Le Lecteur en peut juger
par celle- ci. » La Petite - Vérole eſt une
» pefte. Pour l'éteindre faut- il la multi-
» plier ? Faut-il la tranſmettre à ceux qui
» ne l'auroient jamais ? Faut-il faire un
» choix de ceux qui fe portent bien , &
» prendre , pout ainfi dire , la crême de
» l'humanité, pour honorer , pour accré-
" diter l'Inoculation , & laiffer le rebut à
la Petite - Vérole naturelle , pour la
» rendre plus odieufe ?
» Onvante les fuccès de l'Inoculation.
AVRIL. 1764. 107
" Qu'ont-ils donc de fi merveilleux ? İl
» meurt peu de perfonnes entre les mains
» des Inoculateurs . Mais devroit-il en
» mourir , lorfqu'au choix des Sujets , à
» la force du tempérament , on joint
» de longues épreuves , & des prépara-
» tions de toute efpèce ? Eh , Meffieurs !
voulez-vous me donner une haute idée
» de l'Inoculation ? Voulez-vous donner
» des preuves éclatantes de la fenfibilité
» de votre âme , de votre attachement
» à la Patrie , de votre amour défintéreffé
» pour vos Concitoyens ? Jettez des yeux
» de compaffion fur ces malheureuſes
» victimes de l'indigence, qui languiffent
» dans le fein de la douleur , & qui en
» proie à diverfes infirmités , ne pour-
» roient foutenir les attaques imprévues
» d'une Petite-Vérole naturelle . Hono-
» rez-les de l'Inoculation ; effayez , en
» les préparant , de purifier leur fang
» & de leur donner avec fuccès une ma-
» ladie dont ils ne pourroient être furpris
, fans y trouver le terme fatal de
» leur vie & de leurs malheurs . Vous
» pourrez alors relever les avantages de
» l'Inoculation . Vous aurez beau jeu
» pour fermer la bouche aux Incrédule s,
» &c.
»
Si l'argument n'eft pas fans réplique ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
du moins il feroit à fouhaiter que parmi
ceux à qui l'Auteur le propofe , il fe
trouvât quelqu'un qui eût affez de charité
pour entreprendre de le réfuter , &
affez de bonheur pour y réuffir.
L'Ouvrage eft compofé de huit queftions
qui font comme autant de Chapitres.
A la huitième queftion . Y a -t-il
des moyens pour diminuer & même éteindre
la Petite- Vérole ? M. *** répond :
» Oui , fans doute , il y en a. Et quels
" font- ils ? Ceux que l'on employe pour
» arrêter le cours des autres maladies con-
» tagieufes. » C'eft dans ce chapitre furtout,
que l'Auteur parle également, & en
Médecin , & en Ami des Hommes. Les
moyens qu'il propoſe pour arrêter les ravages
de la Petite - Vérole , ne peuvent
qu'être tres - avantageux à la Société.
» Et que fait-on à la Cour , quand quel-
» qu'un en eft furpris ? Il y a des ordres
», précis d'en éloigner fur le champ le
» Malade , avec défenfes aux Parens ,
» Amis , Médecins , Chirurgiens & au-
>> tres qui l'approchent , d'y paroître fans
» avoir fait la quarantaine . » En conféquence
, l'Auteur voudroit qu'on employât
de femblables précautions dans
toutes les Villes du Royaume , & que ,
par de fages réglemens , on captivât en
quelque forte la Petite -Vérole , en s'op-
"
AVRIL. 1764. 109
pofant à fa communication. Ainfi , au
lieu d'établir des Hôpitaux dans les fauxbourgs
de Paris , pour inoculer le Peuple
& les Etrangers qui n'ont point de domicile
, il propoſe au contraire d'établir
ces mêmes Hôpitaux pour y mettre ceux
qui feront attaqués de la Petite - Vérole
naturelle , & qu'on leur y faffe faire qua-
Fantaine , comme pour la Peſte .
Conféquemment à fon titre , l'Auteur
conclut que le parti le meilleur & le
plus fage eft de renvoyer l'inoculation à
Londres pour qu'elle y faffe fes preuves.
Si cependant , ajoute- t-il , la Cour
» Souveraine , maîtreffe de fes déciſions ,
» tolère l'Inoculation de la Petite-Vérole
en faveur de ceux qui ont toutes les
» commodités néceffaires pour qu'elle
» ne fe communique à perfonne ; elle
eft très-humblement fuppliée pour le
» bien public , dont elle est l'âme , d'or-
» donner qu'aucune Inoculation ne pou-
» ra être faite qu'à trois lieues de la Ca-
» pitale , & des autres Villes du Royau-
» me ; avec défenfes aux Inoculés , d'y
rentrer fans avoir fait quarantaine ,
» comme pour la Pefte , la Petite- Vérole
» en étant une espèce . »
Dans une difpute de cette importance,
qui touche de fi près à la Population , &
rio MERCURE DE FRANCE .
par conféquent au bien public , dont
tous les Ordres du Royaume font aujourd'hui
fi fort occupés , autant ferions-
nous blâmables d'ofer prendre aucun
parti , autant le ferions - nous de
n'être pas extrêmement attentifs à faire
connoître tout ce qui paroîtra pour &
contre ; puifque la décifion d'un objet
fi important ne peut réfulter que de la
difcuffion de ces différens avis. Defendat
quod quifque fentit . Sunt enimjudi→
cia libera : nos inftitutum tenebimus ,
nullisque unius difciplina legibus adfcripti
, quid fit in quaque re maxime
probabile femper requiremus .
ANNONCES DE LIVRES.
ÉLOGE de Maximilien de Bethune
Duc de Sully , Surintendant des Finances
fous Henri IV , qui a concouru
pour le Prix de l'Académie Françofe de
la préfente année 1763 ; à Paris , chez
Delormel , Imprimeur de l'Académie.
Royale de Mufique , rue Foin , à l'Image
de Ste Géneviéve ; 1763 , avec permiffion
; feuille in -8 °. 24 pages.
Nous avons parlé des Difcours qui
ont concouru l'année dernière pour le
AVRIL. 1764: TIF
Prix de l'Académie Françoife ; celui- ci
ne nous a été envoyé que fort tard
fans cela nous l'aurions annoncé avec
ceux de Mlle Mazarelli & de M. Thơmas
qui ont attiré la principale attention
du Public.
EXAMEN du Pfeautier François des
Révérends Pères Capucins , où l'on
trouve 1º qu'ils ne doivent point prendre
pour Sujet ordinaire des Pfeaumes ,
les Juifs captifs & maltraités par les
Chaldéens ; 2°. Qu'ils donnent une fauffe
idée de la Langue Sainte , & qu'ils
en violent fouvent les régles . Par le P.
Houbigeant , de l'Oratoire. A la Haye ,
& fe trouve à Paris , chez P. Fr. Didot
le jeune , Libraire , quai des Auguftins
, près du Pont S. Michel ; 1764 ;
Brochure in - 8 °. de 154 pages .
Ce Titre n'annonce pas beaucoup de
ménagement pour les RR . PP . Capuclns.
Il y a apparence que cette efpéce
de Manifefte ou Déclaration de guerre
contre ces Révérends Pères , ne reftera
pas fans réponſe . Si cette querelle a des
fuites , & qu'elle nous paroiffe affez importante
pour que nous en faffions part
au Public , nous entrerons dans le détail
des raifons alléguées de part & d'autre.
12 MERCURE DE FRANCE .
RELATION abrégée de l'origine, des
progrès & de l'état actuel de la Société
établie àLondres en 1754 pour l'encouragement
des Arts , des Manufactures & du .
Commerce ; tirée des écrits originaux des
premiers Promoteurs de cet établiffement
& d'autres Actes authentiques ; par
un Membre de ladite Société : Ouvrage
traduit de l'Anglois avec des Notes pour
P'ufage & l'intelligence du Texte . A
Londres , & fe trouve à Paris , chez
A. L. Regnard , Imprimeur de l'Académie
Françoife , Grand'falle du Palais ,&
rue baffe des Urfins ; 1764 ; Brochure
in-8°. de 150 pages..
グ
L'objet principal de cet Ouvrage eft
de faire connoître les perfonnes généreufes
qui ont contribué à l'Etabliffement
de cette Société , & de rendre
hommage à leur zéle . On y rapporte
une fuite de faits qui font le plus grand
honneur aux Protecteurs illuftres , qui
par leur générofité & leur application ,
ont donné à cette entrepriſe la forme
qui feule pouvoit en affurer la folidité
& la durée. Le Texte Anglois fe trouve à
côté de la Traduction Françoiſe.
L'INCENDIE de la Foire S. Germain,
& fa nouvelle reconstruction , Poëme
AVRIL. 1764. 113
en quatre Charits ; par M. De * * * . A
Amfterdam , & fe trouve à Paris chez
Langlois fils , Libraire , au bas de la
rue de la Harpe , à la Couronne d'Or ;
1764 ; in- 8° . de 32 pages ; prix , 15 f..
L'Auteur nous apprend dans fa Préface
, qu'étant accouru à l'incendie , il
fut frappé du Spectacle ; & que fon
imagination lui en rappellant les principaux
traits , ils devinrent pour lui la
matière d'un Poëme , dont les quatre
premiers vers pourront donner une jufte
idée du talent poëtique de l'Auteur.
Je vais chanter l'incendie effroyable ,
Dont l'ardeur prompte , autant qu'épouvantable
,
Bravant l'effet de tout fecours humain ,
En cendre a mis la Foire S. Germain.
DISCOURS philofophique & moral ,
en vers , à l'imitation de Juvenal ; par
M. Rochon de Chabannes ; à Paris de
I'Imprimerie de Sébastien Jorry , rue
& vis- à-vis la Comédie Françoiſe , `au
Grand Monarque & aux Cigognes ;
1764 ; avec approbation. In-8°. de 24
pages ; beau papier.
L'Auteur peint vivement & fortement
les défauts , les vices & les paf#
14 MERCURE DE FRANCE.
fions de l'homme , telles que la pro
digalité , l'ambition , l'avarice , l'orgueil
& c. L'Histoire lui offre des exemples
de tous les excès auxquels fe livre
le coeur humain.
Alexandre vainqueur de l'Afie étonnée
N'a point encor rempli fa trifte deftinée .
Son coeur ambitieux vole au - delà des mers ;
Il cherche à conquérir un nouvel Univers.
Il étouffe à l'étroit dans l'enceinte du Monde .
Malheureux ! il'eft temps que le Ciel te confonde
Rentre dans Babylone ; un modefte cercueil
Eft tout ce que le fort réſerve à ton orgueil.
Nous citons ces vers au hazard ; ce
ne font pas les meilleurs que nous ayons
trouvés dans cette Piéce , où il y en a
de très bons.
-
LES quatre Saifons , Poëme de M.
le Bret ; avec cette Epigraphe : Nos
patriæ fines & dulcia linquimus arva ;
nos patriam fugimus .... Virg. Ecl. 1 .
A Geneve , & fe trouve à Paris chez
les Libraires qui diftribuent les Nouveautés
, 1763 ; in-8 ° .
L'Auteur fe donne pour un jeune
homme qui débute au Parnaffe . Il ignoroit
fans doute qu'une Mufe célébre
AVRIL. 1764. IIS
& brillante avoit traité le même Sujet.
d'une manière à décourager nos meilleurs
Poëtes qui voudroient revenir ſur
cette riche & féconde matière. Parmi les
plaifirs du Printemps voici ceux que l'on
goûte principalement à Paris.
On entend dans Paris l'aimable Bouquetière
Annoncer les bouquets au jeune Moufquetaire.
La charmante Marmote a de nouveaux appas ;
Les Grâces & les Ris accompagnent fes pas .
On la trouve partout jouant des férénades ,
Tantôt dans les Caffés ou dans les Promenádes ,
Tantôt à la Courtille ou bien aux Porcherons ,
Tantôt aux Boulevards ou dans les environs ,
Toujours inattendue & toujours defirée.
Après fouper on va dans le Bois de Boulogne
Siffler le blanc Champagne & le rouge Bour
gogne; &c.
, LE Gentilhomme Cultivateur ou
Corps complet d'Agriculture traduit
de l'Anglois de M. Hall , & tiré des
Auteurs qui ont le mieux écrit fur cet
art ; par M. Dupuy d'Emportes , de
l'Académie de Florence , & de la Société
Royale des Siences & Belles-
Lettres de Nancy ; Tome VII & VIII .
in-quarto & in- 12 , à Paris chez Simon ,
116 MERCURE DE FRANCE .
Imprimeur du Parlement , rue de la Har
pe , la veuve Durand , rue du Foin
Bauche , Quai des Auguftins ; à Bordeaux
, chez Chappuis l'aîné ; avec approbation
& privilége du Roi ; 1764.
Nous avons rendu compte autrefois
du plan , de l'objet & de l'utilité de
cet ouvrage très - bien éxécuté , & dont
la néceffité eft reconnue par tous les
Cultivateurs & les différentes Sociétés
d'Agriculture . Les volumes que nous
annonçons aujourd'hui paroiffent nouvellement
& font les deux derniers de
l'ouvrage qui eft entièrement fini . Les
matières qu'ils renferment ne font pas
moins intéreffantes que celles des volumes
précédens ; & nous félicitons
l'Auteur de s'être acquitté fi glorienfement
de cette utile & importante entrepriſe.
NOUVELLE Méthode Latine de M.
de Launay , en quatre volumes in- 8 ° ,
fi facile qu'elle eft à la portée d'un
enfant de 5 à 6 ans qui fçait lire , & c .
On fçait que ces quatre volumes ont
été propofés par foufcription , moyennant
12 liv. quelle a été remplie ; &
que les volumes ont été fournis aux
Soufcripteurs. L'Auteur n'avoit pû don
AVRIL. 1764. 117
ner dans ces quatre premiers volumes ,
que les deux premiers livres de Phédre,
& la premiere Satyre de Perfe , à caufe
de la forme de ce travail. Depuis deux
ans , on demande avec inftance la continuation
de cet Ouvrage, fur les trois
derniers livres de Phedre , & fur les
cinq dernieres Satyres de Perfe. Et
c'eft pour adhérer à ces follicitations ,
que l'Auteur vient de diftribuer depuis
quelques jours , un Profpectus , qui
propofe cette continuation , auffi en 4
volumes in-8° , & par foufcription . On
aura , par ce moyen , tout Phédre , &
tout Perfe , accommodés dans le goût
du nouveau fyftême , ce qui forme un
Ouvrage plus confidérable qu'on ne
penfe , & fort utile.
Conditions.
On donnera douze livres , pour ces
4 derniers volumes , en une feule fois ,
pour éviter les embarras qu'ont occafionnés
les différens payemens de la
première . Quand cette feconde foufcription
fera fermée , c'est-à- dire , lorfque
le premier volume paroîtra , ce
qui fera dans peu , ces 4 volumes feront
payés 18 , comme les premiers , par ceux
qui n'auront pas foufcrit. A Paris
118 MERCURE DE FRANCE.
chez Panckoucke , Libraire , rue & attenant
la Comédie Françoife , & chez
l'Auteur , dans le Cloître de Saint- Germain
de l'Auxerrois , 1764.
ÉLITE de Poëfies fugitives ; dans laquelle
on a fait entrer tout ce que nos
Poëtes modernes ont compofé de plus
parfait , les plus belles Odes , les Madrigaux
, les Epîtres , les Epigrammes , &c.
les mieux faites depuis Rouffeau , les
Eloges des Femmes de notre Siécle les
plus diftinguées par leur naiffance , leur
efprit & leur beauté , & un très-grand
nombre de Pièces de Ferrand , la Faye ,
Fontenelle , M. de Voltaire , M. de Moncrif,
du C. de B *** , & d'autres Auteurs
, qui n'ont jamais été imprimées ,
ou qui ne fe trouvent pas dans le Recueil
qu'on a fait de leurs OEuvres. 3 vol .
in- 12 , petit format , prix 6 liv. broché ;
à Londres , & fe trouve à Paris , chez
Deffaint & Saillant , Libraires , rue S.
Jean de Beauvais.
Nous donnerons dans le Mercure prochain
un Extrait plus étendu de cet agréable
Recueil.
PANÉGYRIQUES des Saints , fuivis
de réfléxions fur l'Eloquence en général
, & fur celle de la Chaire en partiAVRIL.
1764. 119
culier , feconde Edition , revue , corrigée
& augmentée de plufieurs analyſes
d'Ouvrages d'Eloquence , ou fur l'Eloquence
; par M. l'Abbé Trublet , de l'Académie
Françoiſe & de celle de Pruffe
Archidiacre & Chanoine de S. Malo ; à
- Paris , chez Briaffon , Libraire , rue S.
Jacques , à la Science ; avec approbation
& privilége du Roi ; 1764 ; deux volumes
in- 12.
La première Edition fut publiée en un
feul volume , il y a huit ou neuf ans , &
eut du fuccès . L'Auteur a fait très - peu de
changemens dans cette nouvelle Edition
aux Pièces qui avoient paru dans la première
; mais il l'a augmentée d'un volume
, qui contient les Extraits que faifoit
M. l'Abbé Trublet , lorfqu'il travailloit
au Journal des Sçavans & au Journal
Chrétien. Ces Analyfes font faites
avec foin ; & ceux qui s'intéreffent à ce
genre de travail , fçauront gré à l'Auteur
de les avoir reffemblées.
;
ZAÏDE , ou la Comédienne Parvenue ;
avec cette Epigraphe : rara avis in terris
; Juvenal. Satyr. 6 ; à Mimicopole
1763 ; brochure in - 12 ; on en trouve
des exemplaires chez Brocas & Humblot,
rue S. Jacques , au Chef S. Jean.
Dans ce Roman , on a effayé de met-
1
126 MERCURE DE FRANCE.
Tre en action le Vice & la Vertu , afin
de rendre plus fenfible , par les fuites
heureufes ou funeftes de l'un & de l'autre
, la néceffité de ne jamais balancer
dans le choix . On a peint une A&trice
chafte & vertueufe , parce qu'on croit
qu'il y en a de telles , & qu'il eft utile de
détruire le préjugé contraire. On lira ce
petit volume de 150 pages avec plaifir.
LETTRE à la Grecque ; à l'Ile de Tenedos
, & fe trouve à Paris , chez Guillyn
, Libraire , quai des Auguftins , au
Lys d'or ; 1764 ; feuille in- 12 de 24
pages.
Cet Ecrit ironique & badin traite de
la nouvelle Salle qui doit fe faire pour
l'Opéra. On fuppofe qu'on en a donné
un Projet ; & ce Projet , qui n'eſt que
fuppofé , donne lieu à des plaifanteries
dont tous les Lecteurs ne fentiront peutêtre
pas toute la fineffe.
AMUSEMENS à la Grecque , ou les
Soirées de la Halle , par un Ami de feu
Vadé , avec quelques Piéces détachées ,
tant en profe qu'en vers , du même Auteur;
à Athènes, dans le Tonneau de
Diogène ; & fe vend à Paris , chez Cuiffart
, Libraire , au milieu du Pont-au-
Change ,
AVRIL 1764.
121
Change , à la Harpe ; 1764 ; brochure
in-12 d'environ 100 pages.
. On a réuni fous ce titre plufieurs petites
Pièces de profe & de vers fur toutes
fortes de Sujets . Les unes font dans le
goût Poiffard ; les autres font écrites
dans le ftyle ordinaire. Il y a de la gaîté
dans quelques-unes qui peuvent figurer
avec les divers Ecrits de ce genre.
FORMULES de Médecine , latines &
françoiſes , pour le grand Hôtel - Dieu
de Lyon ; utiles aux Hôpitaux des Villes
& des Armées , aux jeunes Médecins ,
Chirurgiens , Apoticaires , aux Perfonnes
charitables , & aux Habitans de la
Campagne ; par Pierre Garnier ; nouvelle
Edition , revue , corrigée & confidérablement
augmentée , par M. L. Garnier
, Médecin ordinaire du Roi , Docteur
en Médecine de l'Univerfité de
Montpellier , Doyen du Collége des
Médecins de Lyon , ancien Médecin de
l'Hôtel-Dieu , & Affocié honoraire de
l'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de la même Ville ; à Paris , chez P.
F. Didot le jeune , Libraire , quai des
Auguftins , à S. Auguſtin ; 1764 ; avec
approbation & privilége du Roi ; un vol.
in 12. Prix , 2 liv . 10 f, relié.
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
Les Editions multipliées de cet Ouvrage
font une preuve de fon utilité ;
& le titre feul montre affez de quel uſage
il peut être pour une infinité de Perfonnes.
Mais ce qu'il ne dit pas également
, c'eſt que ce Livre eft terminé par
un Dictionnaire ou Catalogue alphabétique
contenant les noms des Drogues
fimples ou compofées , dont il eft fair:
mention dans l'Ouvrage ; avec leurs
defcriptions , leurs préparations , leurs
vertus , & l'explication des termes de
Pharmacie qui y font répandus. Ce Dictionnaire
eft fuivi d'une Table des Maladies
auxquelles les Formules peuvent
convenir,
SERMONS de Meffire Jacques- Fran
çois- René de la Tour-du-Pin , Abbé
Commendataire de l'Abbaye de Notre-
Dame d'Ambournai , Vicaire Général
de Riez , Prédicateur ordinaire du Roi ,
de l'Académie des Sciences & Belles-
Lettres de Nanci ; à Paris , chez A. L.
Regnard , Imprimeur de l'Académie
Françoiſe , Grand ' -Salle du Palais , &
rue baffe des Urfins ; avec Privilége du
Roi ; 1764 ; 2 vol . in - 12 .
Ces deux premiers volumes , où il n'y
a que des Panégyriques , feront fuivis
AVRIL. 1764. 123
de plufieurs autres dans l'ordre fuivant :
il paroîtra encore deux tomes d'Eloges
de Saints dans le courant de cette
année. En 1765 , on délivrera les deux
derniers volumes de Panegyriques
après lefquels viendra en 1766 un tome
de Sujets particuliers , & celui de l'Avent
prêché devant le Roi. En 1767 on
compte mettre au jour trois volumes
qui formeront un grand Carême : un
tome où feront recueillis différens Sujets
de Morale , deux tomes de Myſtères
, & un des abrégés de tous les Sermons
& Panégyriques , termineront en
1768 toute l'édition . Ainfi nous aurons
fouvent occafion d'entretenir le Public
de l'Eloquence de cet Auteur dans tous
les genres ; c'eft pour cela que nous
nous contentons aujourd'hui de cette
fimple annonce ,
DISCOURS prononcés en différentes
folemnités de piété ; par M. le Couturier
, Chanoine de l'Eglife Royale de
S. Quentin , Prédicateur du Roi ; à Paris
, chez Brocas & Humblot , Librairue
S. Jacques , au- deffus de la
rue des Mathurins , au Chef S. Jean ;
1764 ; avec approbation & privilége du
Roi. Un vol. in- 12. de 310 pages.
res ,
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
Ces difcours font un Sermon pour
la Pentecôte , prêché devant le Roi , un
Panégyrique de S. Louis , à l'Académie
Françoife ; un autre de S. Corneille &
de S. Cyprien ; celui de S. Sulpice ;
un Difcours prononcé le jour d'une
centiéme année d'établiffement de Religieufes
à Compiegne , le Panégyrique
de Ste Elifabeth , un Difcours fur l'ef
prit de prière , & un autre prononcé dans
une Affemblée de charité . Une éloquence
fimple & touchante caractériſe
les Difcours de M. l'Abbé Couturier.
DE l'imitation théâtrale Effai tiré
des Dialogues de Platon ; par M. J. J,
Rouffeau de Genêve. A Amfterdam ,
chez Marc- Michel Rey , & fe trouve
à Paris , chez Duchefne , rue S. Jacques
, au Temple du Goût ; in-8°. de
48 pages.
Ce petit Ecrit n'eft qu'une efpéce
d'Extrait de divers endroits où Platon
traite de l'imitation théâtrale. M. Rouffeau
les a raffemblés & liés dans la forme
d'un Difcours fuivi , au lieu de
celle du Dialogue qu'ils ont dans l'Original.
L'occafion de ce travail fut la
Lettre à M. d'Alembert fur les Spectacles
; mais n'ayant pû commodément
AVRIL. 1764. 125
l'y faire entrer , on l'a imprimé ſépa→
rément .
ARCHITECTURE moderne , ou l'art
de bien bâtir pour toutes fortes de
perfonnes ; où l'on traite de la conf
truction , des efcaliers , des devis , du
toifé des bâtimens , des us & coutu
mes , de la diftribution ; par Charles-
Antoine Jombert , Libraire , à Paris ,
rue Dauphine ; deux volumes in-4° ,
grand papier , avec plus de 150 planches.
Nouvelle édition confidérablement
augmentée ; 1764. Le prix eft de
42 liv. relié.
Le même Libraire pour faciliter aux
jeunes Artiftes l'acquifition des principaux
livres élémentaires fur l'Architecture
, travaille actuellement à une Bibliothèque
portative d'Architecture élémentaire
, divifée en fix volumes in- 8 °,
grand papier,avec environ 350 planches
contenant les Traités fuivans . 1 °. Les
5 ordres de Vignole : 2° . l'Architecture
de Palladio 3° les OEuvres d'Archi
tecure de Vincent Scamozzi : 4°. le
parallèle d'Architecture de M. de Chambray
5°. les élémens généraux de
l'Architecture , Peinture , Sculpture &
Gravure 6º, le manuel des Artiſtes
F iij
126 MERCURE DE FRANCE .
ou Dictionnaire abrégé des termes relatifs
à l'Architecture,Peinture, Sculpture
& Gravure , & c . Chacun de ces Ouvrages
fe vendra féparément 7 livres
relié. Les trois premiers font achevés
d'imprimer , & les trois autres paroîtront
fucceffivement dans le courant
de cette année.
On diftribue chez le même Libraire,
un Catalogue très-ample de toutes les
Planches d'Architecture des Palais ,
Hôtels , Eglifes & Maifons de Paris ,
Verfailles & c , qu'il vend en détail
& de tous les Livres d'Architecture de
fon fond , qui eft prèfque l'unique pour
cet objet.
FABLES de la Fontaine , gravées en
taille- douce ; les figures , par le Sieur
Feffard , Graveur du Roi & de fa Bibliothéque
; le Difcours , par le Sieur
Monthulay , propofées par foufcription .
Le Sieur Feffard , occupé du grand
projet de la gravure des Tableaux du
Cabinet du Roi , comblé des bontés de
Sa Majesté qui vient de lui accorder une
gratification de deux mille livres par
chaque planche dépofée dans fon Cabinet
, & de fix cens exemplaires , a cru
ne pouvoir mieux témoigner fa reconAVRIL.
1764. 127
noiffance , qu'en confacrant fes loifirs
aux Enfans de France , & en gravant
pour eux des Fables , autant faites pour
les inftruire que pour les amufer. C'eſt
pour remplir ces vues , qu'il a choiſi MM.
Loutherbourg Monnet & le Prince
dont les talens connus & eftimés font
attendre avec raiſon , de leur précifion
& de leur touche délicate , ce vif intérêt
qu'ils jetteront dans les figures , les
animaux & les fires des payſages , dont
eft très-fufceptible un Ouvrage de 250
Sujets , & d'environ 500 fleurons &
cul- de-lampes. Cet Ouvrage étant deſtiné
aux Enfans de France
fera orné
d'une Dédicace qui repréfentera leurs
portraits en médaillon . Comme les occupations
du S Feffard ne lui permettent
pas de tenir un commerce ouvert , il ne
peut recevoir les Amateurs à fon atelier,
qui eft à la Bibliothéque du Roi , rue de
Richelieu , que les Mardi & Vendredi ,
jours de Bibliothéque , depuis dix heures
du matin jufqu'à une heure .
Conditions.
Cet Ouvrage contiendra quatre volumes
, & fera dans le format de la dernière
édition des Contes du mêmes Auteur
. En foufcrivant on paiera 12 1. pour
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
les plus belles épreuves fur beau papier
de Hollande , & l'on recevra gratis le
premier volume au premier Juillet 1764.
En recevant le fecond volume au premier
Janvier 1765 , on paiera 12 l . En
recevant le troifiéme volume au premier
Juillet 1765 , il fera payé 12 1. Et en
retirant le quatriéme & dernier volume
au premier Janvier 1766 , on donnera
12 1. Ce qui fera en tout 48 I. Au lieu de
12 1. on ne paiera que 9 1. par volume ,
121.
& dans les mêmes termes , ce qui fera
36 1. pour la même édition en beau papier
de France . On a commencé à foufcrire
au 1 Janvier 1764 ; on pourra demander
à voir le commencement de
l'Ouvrage chez M. Levies , Graveur &
Md d'Eftampes, rue S. André- des - Arcs ,
vis-à-vis l'Hôtel de Châteauvieux ; chez
M. Topin , Marchand d'Eftampes , rue
de Buffy , au coin de celle de Bourbonle-
Château ; chez Laurent- Prault , Libraire
, Quai des Auguftins , au coin de
la rue Gift- le - Coeur , à la Source des
Sciences ; & dans la maifon de Pierre
Remy , ancien Syndic de la Communauté
des Peintres de S. Luc , rue Poupée,
la feconde porte cochere à gauche ,
en entrant par la rue Haute-Feuille .
AVRIL. 1764 . 129
>
RÉFLEXIONS Politiques & Morales
fur les Hommes illuftres de Plutarque
, précédées d'un abrégé de
leurs vies extraites du même Auteur ;
à Paris chez , A. L. Regnard , Libraire-
Imprimeur de l'Académie Françoife ;
Grand' - Salle du Palais & rue baffe
des Urfins ; 1764 ; avec approbation
& privilége du Roi. 4 volumes in - 12 .
L'Auteur , qui ne fe nomme pas ,
rend ainfi compte de fon travail : » en
» lifant la première de ces vies ,
» me vint dans l'efprit une réfléxion ;
je l'écrivis. A celle-là en fuccéda une
» autre ; je l'écrivis de même : je con-
» tinuai fans aucun deffein. J'apperçus
» à la fin par le volume , que j'avois
» fait un ouvrage tel quel Ce
» n'étoient que des réfléxions ; il me
» parut fec. J'y ajoutai les faits de
"9
il
chaque vie qui avoient donné lieu à
» mes remarques ; il me fembla que
» c'étoit un ouvrage tronqué. Enfin
" je fongeai qu'Amiot étoit fi vieux
qu'il en devenoit dégoutant ; cette
penfée m'a fait prendre llee par-
» ti de donner un extrait de chacune
» des vies des Hommes illuftres ; d'y
» mêler quelques réfléxions fuccinctes
& de renvoyer à des. chapitres fé-
F v
130 MERCURE DE FRANCE .
"
parés , celles qui auroient trop in
» terrompu la narration .... En abrégeant
ces vies autant qu'il m'a été
» poffible , j'ai tâché cependant de ne
» rien omettre de ce qui pouvoit con-
» tribuer à peindre le caractère de
l'homme illuftre , les moeurs de fom
fiécle , & donner une notion du gros
de l'hiftoire de fon temps ..... Com-
» me je ne fuis point affez mal -avifé
» pour faire des parallèles après Plu--
»` tarque , j'ai ſéparé les Grecs des Romains
; j'ai rangé les Grecs dans
» leur ordre chronologique , & les
Romains de même après ceux - là.
» Ce nouvel arrangement forme com-
» me deux grands tableaux de la Gréces
» & de Rome.... J'ai donné à plu-
»fieurs chapitres le titre d'une matière ;.
» j'avertis que je n'ai point prétendu la
» traiter
mais uniquement faire part:
» des réfléxions que la lecture m'a fug-
» gérées.
Nous n'aurions pu rien dire , qui don--
nât de ce Livre une idée plus fidelle &
flus exacte..
LA VIE du Cardinal de Bérulle .
Fondateur de la Congrégation de l'Oatoire
en France ; avec cette Epigra
AVRIL. 1764. 131
phe : Vivo autem jam non ego ; vivit
verò in me Chriftus. S. P. ad Gal . cap.
2. A Paris , chez Nyon , Libraire, quai
des Auguftins , à l'Occafion ; 1764 ;
avec approbation & privilége du Roi ;
un vol. in- 12.
On ne trouve dans les Auteurs qui
jufqu'ici ont écrit l'hiftoire du Cardinal
de Bérulle , que des digreffions &
des éloges dont la confufion obfcurcit
les faits & fatigue les Lecteurs. Le nouvel
Hiſtorien a écarté ces nuages ; & ne
voulant nous montrer fon héros que
fous le point de vue qui l'a rendu cher
à l'Eglife , il s'eft plus attaché à repréfenter
M. de Bérulle comme un Prêtre
uniquement animé de l'efprit facerdotal,
qu'à raffembler des anecdotes qui ne
fatisfont que la curiofité.
DE l'Inftitution publique, ou plan d'études
; par M R.D.B. avec cette Epigraphe:
quo femel eft imbuta recens fervabit
odorem tefta diù . Hor. lib. Epift. 11. A.
Dijon, chez Louis Hucherot, Imprimeur-
Libraire , place du Palais ; avec permiffion
; feuille in-8°.
On blâme dans cet écrit l'ancienne
éducation que les jeunes gens recevoiena
dans les Colléges des Jéfuites ; on pro-
F
VI
132 MERCURE DE FRANCE .
pofe un plan tout différent de celui de la
Société ; & ce plan qui peut avoir fes
avantages & fes inconvéniens , doit être
lu dans l'ouvrage même.
MÉMOIRE fur le tirage des Bateaux
par les Boeufs , feuille in- 12 ; 1764 ; fans
nom d'Auteur , ni de Ville , ni de Li
braire.
Le but de ce Mémoire eft de montrer
l'avantage qu'il y auroit à employer
des Boeufs au lieu de Chevaux , pour
tirer les Bateaux . Il s'eft formé pour cette
entrepriſe , une compagnie dans laquelle
peuvent entrer les perfonnes qui défireront
y acheter des actions. Voici les
principaux articles qui s'obferveront ,
après néanmoins qu'ils auront été approuvés
par le Comité lorfqu'il fera formé.
PREMIER ARTICLE . Le fond de la
Société fera de 300 actions de 1000
liv. chacune , ce qui formera un fond
de 300 mille liv.
ART. II. Toutes les actions feront
imprimées , numérotées & délivrées au
Porteur fans nom ; elles feront enregiftrées
fur les regiftres du Directeur &
du Caiffier , & le nom du Propriétaire
mis à côté de chacune ; ce qui rendra
ces registres un titre de plus pour les
A&ionnaires en conféquence il en fera
AVRIL. 1764. 133
déposé un duplicata chez le Notaire de
la Compagnie.
ART. III. L'action fera héréditaire &
commerçable , après néanmoins que la
préférence en aura été offerte à la Compagnie.
ART. IV. Tout Acquéreur de ces actions
fera tenu , dans le mois de fon acquifition
, de fe faire connoître de la
Compagnie , en préfentant aux Directeur
& Caiffier , fon action & le fousfeing
privé , ou acte par lequel il en
fera devenu Propriétaire , pour que fon
nom foit fubftitué à celui de fon vendeur.
On fent qu'avec cette précaution ,
on ne peut courir le rifque de perdre
fon intérêt , ni d'en êrre volé.
ART. V. Pour avoir voix délibérative
, il faudra être Propriétaire de dix actions
, ou repréfentant les intéreffés de
dix actions. Par conféquent celui qui
ne fera pas Propriétaire de ce nombre ,
ne pourra exiger que la repréfentation
des comptes , qui feront arrêtés tous les
ans par les Actionnaires ayant voix délibérative.
ART. VI. Ceux qui voudront s'inté-
.reffer , porteront la fomme qu'ils veulent
y_mettre , chez Me Baron le jeune,
Notaire , rue de Condé , ou chez
134 MERCURE DE FRANCE.
.
M. Rouffelle , Caiffier de cette entrepriſe
& de la Pofte de Paris , place du Chevalier
du Guet. Ils tireront une reconhoiffance
en portant leur argent ; &
lorfque le nombre defdites actions fera
rempli , l'acte de Société fera paffé pardevant
Notaire , & le Caiffier délivrera
les actions , en lui rapportant les reconnoiffances
: & l'intérêt dans l'affaire
commencera pour chacun du jour du
dépôt de l'argent.
ART. VII. Il fera tenu tous les mois
une Affemblée générale , & deux Comités
par femaine , pour délibérer fur les
affaires inftantes. Les intéreffés , deſtinés
au travail de ces deux Comités , feront
choifis & nommés dans les Affemblées
générales.
ART . VIII . Toutes les affaires confidérables
feront décidées par des délibé→
rations de l'Affemblée générale , à la
pluralité des voix : il ne fera pas même expédié
d'ordres importans , qui ne foient
fignés du plus grand nombre de ceux
qui compoferont le Comité.
ART. IX. Les comptes fe rendront annuellement
dans une Affemblée générale
; & la répartition des profits fera faite
au prorata de la mife.
ART. X. Auffi -tôt que le nombre des
AVRIL. 1764 . 135
actions fera rempli , & l'acte de Société
dreffé , on formera une Affemblée générale
, à laquelle on préfentera le plan de
Régie qu'on a formé , les différentes.
mefures qu'on a prifes pour mettre l'ordre
dans une opération d'un auffi grand
détail , & enfin les fujets qui ont contribué
jufqu'ici à fon exécution ..
J
ANTONII de Haen , Confiliarii &
Archiatri , S. C. R. A. Majeftatis, necnon
Medicine practica in Univerfitate
Vindobonenfi Profefforis primarii , ratio
medendi in Naufocomio practico.
Tomus tertius , partes VI & VII com
plectens. Parifiis , apud P. Fr. Didot
juniorem , Bibliopolam , ad ripam Auguftinianorum
, propè Pontem fancti
Michaëlis , fub figno fancti Auguftini ;
1764 ; cum approbatione & privilegio
Regis. Vol. in- 12.
Il a déjà paru deux volumes de cette
Pratique de Médecine. Ce troifiéme
Tome comprend les Parties VI & VII,
& traite de la Cardialgie chronique , des:
différentes efpéces d'Hydropifie , de la
Pierre & de la Lithotomie , des cautères
appliqués au crâne dans les douleurs
obftinées de la tête , de la vertu parti
culière de certains médicamens , des
136 MERCURE DE FRANCE.
anévriſmes , des hydatides , d'un fait relatif
à la rupture des inteftins , des divifions
des fiévres , & de différens autres
objets. Le quatriéme Tome eft fous
preffe , & paroîtra inceffamment.
,
DISSERTATION fommaire fur les
maladies de l'urétre , appellées callofités
, ou vulgairement carnofités , &
du moyen für de les guérir radicalement
fans l'ufage des bougies ; par le
fieur de la Font fils de Maître en
Chirurgie , & Chirurgien bréveté du
Roi par la Commiffion Royale de Médecine
pour l'adininiftration de ce reméde
; feuille in- 12 ; chez l'Auteur , rue
Beauregard , la porte quarrée entre les
deux portes- cochères , vis- à- vis le Vitrier
, au premier , en entrant par la rue
Poiffonnière ; 1763.
Les perfonnes affectées de ces maladies
, & à qui les bougies n'auront
pas réuffi , pourront s'intéreffer à la
lecture de cet écrit confirmé par des
certificats de plufieurs Médecins qui
dépofent en faveur du nouveau reméde.
ESSAI fur les différentes efpéces de
fiévres , avec des differtations fur les
fiévres lentes , nerveufes , putrides , pefAVRIL.
1764. 137
tilentielles & pourprées ; fur la petite
vérole , fur les pleuréfies & les péripneumonies
; par Jean Huxham , Docteur
en Médecine , & Membre de la
Société Royale de Londres. On y a
joint deux autres effais ; l'un fur la manière
de nourrir & d'élever les Enfans
depuis leur naiffance jufqu'à l'âge de
trois ans ; l'autre fur leurs différentes
maladies ; & un Appendice contenant
une méthode pour garantir les mariniers
des maladies dans les voyages de
long cours. Nouvelle édition , augmentée
de trois Ouvrages du même Auteur
; le premier fur les maux de gorge
avec ulcères malins ; le fecond fur
l'antimoine , & le troifiéme fur une
colique épidémique; à Paris, chez d'Houry
, Imprimeur- Libraire de Mgr le Duc
d'Orléans ; rue de la vieille Bouclerie
au S. Efprit & au Soleil d'Or ; 764;
avec approbation & privilége du Roi ;
un volume in- 12 d'environ 700 pages .
Nous n'ajouterons rien à ce titre qui
peut être régardé comme une courte
analyfe de cet Ouvrage utile connu
& très eftimé des gens de l'art.
>
TRAITEMENS des maladies internes
& externes , traduits du Latin de M..
138 MERCURE DE FRANCE.
la Zerme , Confeiller du Roi , Profeffeur
en Médecine de la Faculté de
Montpellier ; avec les formules en latin
& en françois ; augmenté d'un traité
des maladies vénériennes ; par M.
Didier des Marets, Médecin de la même
Faculté ; feconde édition revue & corrigée
; à Paris chez Laurent - Charles
d'Houry , Imprimeur-Libraire de Mgr
le Duc d'Orléans rue de la vieille
Bouclerie , au S. Efprit , & au Soleil
d'or ; 1764 ; avec approbation & privilége
du Roi. 2 volumes in- 12 .
•
La traduction des curations de M.
la Zerme n'a certainement befoin que
du nom de ce Sçavant homme , pour
s'attirer l'eftime du Public ; mais les
foins que l'on a pris pour la rendre plus
intéreffante par l'ordre qu'on y a gardé ,
doit la faire recevoir avec encore plus
d'emprenement. Les formules y font .
données en Latin & en François , l'un
à côté de l'autre , & bien diftinctes du
refte du Diſcours , pour que le Lecteur ,
d'un coup d'oeil , puiffe voir de quelle
manière on doit tracer une ordonnance
en l'une & en l'autre Langue . La jufte
quantité des drogues à adminiftrer aux
malades , y , y eft donnée avec la plus fcrupuleuſe
attention , vu les conféquences
AVRIL. 1764. 139
qui en réſulteroient. On a enrichi cet
Ouvrage d'un Efaifur les Maladies Vénèriennes
, pour que le Lecteur puiffe
avoir auffi fous les yeux la curation de
ce mal trop commun ; & enfin il nous
paroît qu'on n'a rien négligé pour rendre
ce Livre d'une utilité générale &
journalière .
NOUVELLE Defcription phyfique ,
hiftorique , civile & politique de l'Iflande
, avec des obfervations critiques fur
l'Hiftoire Naturelle de cette Ifle ; donnée
par M. Anderfon ; Ouvrage traduit
de l'Allemand de M. Horrébows qui y
a été envoyé par le Roi de Dannemarc ;
à Paris , chez Charpentier , Libraire
rue du Hurepoix , à l'entrée du quai
des Auguftins ; avec approbation &
privilége du Roi : tmba : 2 vol. in- 12 .
Il y a des chofes curieufes dans cet Ou
vrage hiftorique , qui demandent à être
mifes fous les yeux du Lecteur dans
un long Extrait . Nous promettons de le
donner inceffamment ; nous avertiffons
aujourd'hui que le Libraire vend féparément
la Carte de l'Iflande , qui eſt
très- bien faite & très- curieufe.
➢- བ,,,
POESIES & OEuvres diverfes de Mada
140 MERCURE DE FRANCE .
me Guibert ; à Amfterdam ; 1764 ; unf
volume petit in- 8°. de 200 & quelques
pages .
Ce recueil n'eft prèfque compofé que
de ce qu'on appelle des Vers de Société. Il
faut pourtant en excepter une Comédie
en un Acte en vers libres , intitulée Les
rendez- vous : les vers de Société font
des Bouquets , des Fables , des Epitres ,
des Madrigaux , des Chanfons , & c . il y
en a pour M. fon Fils , pour Mlle fa Fille,
pour fon Maître de Poëfie , fon Maître
de Mufique , pour fon Peintre , pour fon
Graveur, pour fes Amis &c . On y trouve
auffi des Vers de M. Guibert - le Fils ,
& entre autres , une Tragédie qui n'a
que cinq Scènes , intitulée : La Coquette
corrigée , Tragédie contre les femmes ,
dictée par M. Guibert , âgé de neuf ans.
SANTOLIANA, Õuvrage qui contient
la vie de Santeuil , fes bons mots , fon
démêlé avec les Jéfuites , fes Lettres , fes
infcriptions , & l'Analyfe de fes ouvrages
, &c. par M. Dinouard , Chanoine
de Saint Benoît , & de l'Académie des
Arcades ; à Paris , chez Nyon , Quai des
Auguftins, à l'Occafion ; avec Approba
tion & Privilége du Roi ; 1764 , un vol.
in- 12.
AVRIL. 1764: 141
Une infinité d'Anecdotes plaifantes &
curieufes rendent la lecture de ce Livre
très agréable . Nous nous propofons de
choifir les traits les plus piquans que nous
offrirons à nos Lecteurs dans un des
Mercures fuivans.
EXAMEN de l'Inoculation , par un
Médecin de la Faculté de Paris ; à Lon-.
dres , & fe trouve à Paris chez Deſſain-
Junior , Libraire , Quai des Auguftins ,
à la bonne Foi ; 1764 ; un vol . in - 12.
,
Les trois points fur lefquels roule
cet examen , font 1 °. L'inoculation eftelle
exempte de danger pour ceux qui
s'y foumettent , foit dans la petite Vérole
qui en réfulte , foit dans les fuites ?
2º. L'Inoculation met- elle ceux qui la
fubiffent à l'abri de la petite Vérole
naturelle ? 3 °. L'inoculation peut- elle fe
pratiquer , fans la multiplication de la
contagion ? L'objet même de cette difcuffion
en annonce l'importance . Nous
croyons qu'on feroit parvenu depuis .
longtemps à découvrir la vérité fur ces
points vraiment intéreffans , fi elle n'eût
été obfcurcie par la paffion ou l'efprit
de préjugés , dont il eft effentiel de fe
dépouiller , pour ne confulter en cette
matière , que la raifon & les faits,
142 MERCURE DE FRANCE.
L'HOMME de Lettres ; M. par Garnier ,
Profeffeur Royal d'Hébreu , & de l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres ; avec cette Epigraphe : quem
te Deus effe juffit & humana quá parte
locutus es in te , difce ; à Paris , chez
Panckoucke , Libraire , rue & à côté de la
Comédie Françoife ; avec approbation
& privilége du Roi ; 1764 ; deux parties
in-12.
Dans la première partie l'Auteur traite
de la nature de l'homme de lettres , du
principe fondamental de toutes les
fciences , de la culture des efprits , de
l'utilité des gens de lettres , des récompenfes
littéraires , &c. On examine dans
la feconde partie l'influence réciproque
des Lettres fur le Gouvernement , &
du Gouvernement fur les Lettres.
PRÉSENCE Corporelle de l'homme en
plufieurs lieux , prouvée poffible par les
principes de la bonne Philofophie : Lettres
où relevant le défi d'un Journaliſte
Hollandois , on diffipe toute ombre de
contradiction entre les merveilles du
Dogme Catholique & de l'Euchariſtie ,
& les notions de la faine Philofophie ;
par l'Auteur des Lettres à un Américain
; avec cette Epigraphe : Pofteritas
AVRIL. 1764.
143
intellectum gratuletur , quod ante vetuftas
non intellectum gratulabatur. Vinc
Lyr. A Paris , chez Rozet , Libraire ,
rue S. Severin , au coin de la rue Zacharie
, à la Rofe d'or ; avec approba
tion & privilége du Roi ; 1764 ; un vol .
in - 12 .
Feu M. l'Abbé Lelarge de Lignac eft
Auteur de ces Lettres , où l'on trouve
un fyftême qui peut paroître extraordinaire.
On entreprend de prouver aux
Réformés qu'il n'eft ni impoffible ni
contradictoire qu'un même corps foit
en même temps en plufieurs lieux. On
tâche dans la Préface de juftifier l'Auteur
de ce qu'il a fait un fyftême philofophique
fur un mystère qu'il ne faudroit
, dans la louable fimplicité de la
foi , que croire & adorer.
LETTRE de Barnevelt dans fa prifon
; à Truman fon ami ; précédée d'une
Lettre de l'Auteur ; à Paris chez
Sébastien Jorry , rue & vis-à-vis de la
Comédie Françoiſe , au Grand Monarque
& aux Cigognes ; 1763 ; avec approbation.
Brochure in-8°. très - bien
imprimée fur de très-beau papier , ornée
d'une très- belle Eftampe & de très-jolies
vignettes.
144 MERCURE DE FRANCE.
La Comédie du Marchand de Londres
où un homme vole fon parent , fon,
ami , & l'égorge pour plaire à fa maîtreffe
, a fourni à M. Dorat le Sujet
d'une Lettre en vers. Barnevelt eft le
Scélérat qui a commis tous ces crimes ;
il est dans un cachot d'où il va être
tiré , pour les expier fur un échaffaut ,
& où il eft fuppofé écrire à fon ami
ces vers pleins de force & d'énergie :
Je vois nos citoyens confufément épars ,
Fixer fur Barnevelt leurs avides regards.
Parler , s'interroger , s'indigner de mon crime ,
Derefter à la fois & plaindre la victime .
Du voilé de la nuit mes tourmens font couverts ;
Ma honte doit paroître aux yeux de l'Univers.
Que dis-je ? cette mort flétriffante & cruelle ,
La mort des Scélérats on peut la rendre belle.
Un repentir fincère attendrit tous les coeurs.
Combien de Criminels ont fait verſer des pleurs
Je veux que de ce jour on garde la mémoire ;
Je veux d'un jour d'opprobre en faire un jour
de gloire ;
Et qu'enfin mon Pays juftement combattu ,
Funillant mes forfaits , regrette ma vertu.
C'est avec la même force d'expreffion
que M. Dorat nous peint les crimes &
les
AVRIL. 1764. 145
les remords de Barnevelt ; & nous regrettons
de ne pouvoir nous étendre
davantage .
LETTRE de Zeila , jeune Sauvage ,
Efclave à Conftantinople , à Valcour,
Officier François , précédée d'une Lettre
à Madame de C ** ; à Paris , chez
Jorry , rue & vis - à- vis de la Comédie
Françoife ; 1764 ; brochure in- 8°. avec
les mêmes ornemens typographiques
que la précédente.
C'eft d'une Tragédie Angloife , que
M. Dorat a tiré le Sujet de Barnevelt ;
c'eft dans le Spectateur Anglois , qu'il
a pris celui de la Lettre de Zéila. Une
jeune Sauvage , devenue la Maîtreffe
d'un Anglois , qu'elle a fauvé de la
mort , eft inhumainement vendue par
fon Amant , dont elle eft groffe ; & fa
groffeffe même est une raifon qui la lui
fait vendre plus cher , parce qu'on achète
à la fois une mère & un enfant. Voilà
en peu de mots le Sujet de cette Lettre ,
où M. Dorat change l'Anglois en un
Officier François , & tranſporte la ſcène
des Indes à Conftantinople. Il y a encore
plufieurs autres changemens qu'il
faut voir dans l'Ouvrage même , qu'on
lira avec attendriffement.
II. Vol.
Nous n'en
G
146 MERCURE DE FRANCE.
citerons que quelques vers : Zéïla écrit
à fon Amant :
N'entends- tu pas mes cris , mes fanglots , mes foupirs
?
Dans le fein des remords eft-il donc des plaiſirs ?
Ne te dis-tu jamais : » en cet inftant peut- être ,
» Ellepleure , & fe plaint au Ciel qui l'a fait naître,
Sur la rive déferte elle appelle Valcour ,
En ferrant dans fes bras le fruit de notre amour :
→ Sa profonde douleur toujours le renouvelle ;
» Il n'eft plus de foutien , plus de beaux jours pour
ɔɔ elle ;
Sous le poids de les maux , peut-être en ce moɔɔ
ment
» Elle fuccombe , meurt , & meurt en me nominant.
Pourrois- tu de ma mort devenir le complice ?
Ne diffère plus , viens ; fauve ta bienfaitrice ;
Accours , & fi tu crains de me rendre mes droits ,
Rends- moi du moins , rends- moi mes déferts &
mes bois.
AVRIL 17640 147
ARTICLE III.
SCIENCES ET BELLES- LETTRES
ACADÉMIE S.
ASTRONOMI E.
LETTRE à M. DE LA PLACE ,
fur l'Eclipfe du premier Avril,
LAA GAZETTE Littéraire du 28 Mars
dernier , Monfieur , a annoncé fous mon
nom, que l'Eclipfe du premier Avril paroîtroit
commencer en France à droite
fur le bord occidental du Soleil , cinq
degrés au- deffous de fon diamètre horifontal.
On dit que j'ai fait là une leçon
également inutile , & aux Aftronômes
qui devoient fçavoir s'en paffer, & à ceux
qui , ne ſe mêlant pas d'obferver , n'en
ont eu aucun befoin : auffi je déclare à
ceux qui fe mêlent de critiquer ce qu'ils
ignorent , que la leçon , fi c'en eft une ,
ne s'adreffoit ni aux uns , ni aux autres ,
mais à ceux qui tiennent une espèce de
milieu ; je veux dire , aux Amateurs
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
de l'Aftronomie , qui , fans être Aftronômes
, fe préparoient à une obfervation
dont on parloit depuis fi longtemps.
J'ajoute que , dans le cas où mon annonce
n'auroit pas été des plus exacte
fur le fait des cinq degrés , elle feroit dụ
moins bonne à fournir aux Sçavans
qui préfident aux calculs des Ephémérídes
ou Mouvemens Céleftes , la penfée
de faire mieux , lorfqu'ils auront à nous
annoncer , foit des Eclipfes de Soleil &
de Lune , foit des paffages de Mercure
& de Vénus , foit des Emerfions d'Etoiles
cachées par la Lune .
A l'approche de ces fortes de Phénomènes
, il est bien des yeux égarés dans
le champ d'une Lunette , & qui , faute
d'être fixés , manquent une obfervation
également curieufe , importante & difficile.
Pourquoi ne pas la rendre´aiſée
en fixant l'oeil de l'Obfervateur au point
du limbe où doit ſe faire l'obſervation
& en marquant même jufqu'aux diffé
rens effets des Lunettes à quatre ou à
deux verres , des Télefcopes qui redref
fent ou qui renyerfent , comme je l'ayois
fait dans mon annonce que les bornes
de la Gazette ont obligé d'abréger ?
Rien ne prouve mieux , Monfieur
AVRIL . 1764. 149
l'utilité dont peut être une pareille annonce
bien faite , que l'Eclipfe même
qui a donné lieu à la mienne. M. de la
Brulerie , Chevalier de S. Louis , qui l'a
obfervée lui deuxième à Auxerre , me
marque qu'il n'en a vu le commencement
que quelques fecondes après M.
de Monbazon , à côté duquel il obfer
voit ; parce qu'il fixoit l'oeil beaucoup,
au-deffous du diamètre horifontal. S'il
n'eût regardé qu'un peu au - deffous ,
comme mes cinq degrés le difoient affez
, il auroit vu commencer l'Eclipfe
au même inftant que fon voifin , comme
ils l'ont vue , l'un & l'autre , finir à la
même feconde.
En voici les principales circonftances ,
que M. de Montbazon , Confeiller au
Bailliage , m'a envoyées ; je ne puis
mieuxluien marquer ma reconnoiffance,
qu'en vous priant de les rendre publiques
dans votre prochain Mercure. C'est une
obfervation d'autant plus précieufe , que
peut-être elle eft unique en France , à
caufe du mauvais temps.
Le commencement à 9 h. 16 m. 33 f.
la fin à midi 16 m. 34 f; donc la durée
a été de trois heures une feconde. Ces
inftans ont été obſervés avec un excellent
Télescope de trente- deux pouces ,
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
de la conftruction de M. Paffemant.
A 10 h. 44 m. 38 fec. la partie éclairée
du Soleil a été mefurée de 2 m. 28
fec. avec une Lunette de dix pieds , garnie
d'un Micromètre auffi de M. Paſſe
mant. Un nuage qui eft furvenu a interrompu
l'obfervation pendant dix minutes.
Les bords fupérieurs du Soleil & de la
Lune ont paru coincider. Des Curieux ,
témoins de l'obſervation , au nombre de
cent , ont dit même avoir vu , avec des
verres enfumés , un filet de lumière dans
la partie fupérieure mais les Lunettes
n'en ont rien fait voir. Les témoins
ont dépofé encore dans le milieu de
l'Eclipfe , qu'il faifoit très -froid . Pour
moi , dit M. de Montbazon , qui étois
dans le fort de mes travaux , je ne m'en
fuis apperçu nullement.
C
J'ai l'honneur d'être , & c .
TREBUCHET , ancien Officier de la Reine.
MÉDECINE.
LETTRE au même , fur le Ver Solitaire.
JE VIENS , Monfieur , de lire dans vo
tre Mercure du mois de Janvier dernier
AVRIL. 1764. 151
des Obfervations fur le Ver Solitaire
par M. P..... , Docteur en Médecine ,
ancien Chirurgien en Chef du G. H. D.
de L.
L'Auteur dit , à la page 154 , qu'il
avoit acquis le Spécifique contre ce Ver,
de la veuve du Do &teur Nouter , Médecin
Suiffe ; qu'il guérit fubitement un
Seigneur Ruffe , lui ayant donné ce Spécifique
à fept heures du matin , lequel
fit fon effet dans quatre heures de temps .
C'est certainement là ce qu'on peut appeller
un Spécifique ; & il feroit à defirer
qu'il fût public , y ayant bien des
perfonnes attaquées de cette Maladie .
Je ne fuis point étonné que le Poffeffeur
d'un pareil Remède ne le divulgue pas ;
mais je le fuis de ce qu'il nous cache fon
nom & fa demeure. Je ne doute pas
qu'il ne fe faffe un plaifir de contribuer
au bonheur de fes femblables , qui pourroient
recourir à lui dans leur malheureux
état. Trouvez bon , Monfieur , que je
me ferve de votre canal pour lui faire
parvenir cette Lettre , & que je l'invite à
nous apprendre dans quel lieu pourroient
le rencontrer ceux qui auroient cette
' maladie .
Il y a , Monfieur , neufà dix ans que
la Femme de charge de ma Maifon avoit
Giv
152 MERCURE
DE FRANCE .
un . Ver folitaire . Elle en avoit rendu
plufieurs aulnes à différentes fois . J'appris
qu'il y avoit à Lyon un Médecin
Suiffe qui avoit un Remède contre ce
Ver, ( peut être eft-ce le Docteur Nouter
) & qu'il devoit y être quelque temps .
J'envoyai la Malade à Lyon avec un do
meſtique. Elle vit dans cette Ville plufieurs
perfonnes qui avoient été guéries
par ce Médecin , qu'elle fut trouver. Il
lui fit nombre de queftions , & lui dit
que fon Remède étoit trop violent
qu'elle n'auroit pas la force de le fupporter
, & qu'elle pourroit fort bien
mourir dans l'opération ; qu'ainfi il ne
jugeoit pas à propos de le lui donner. La
Malade , fatiguée de fon état , lui répondit
qu'elle aimoit autant mourir que de
vivre comme elle faifoit , & qu'elle étoit
décidée à le prendre ; que cela ne retomberoit
pas fur lui , s'il lui en arrivoit mal .
Le Médecin lui demanda fi elle avoit apporté
de fon Ver . Elle en avoit quelques
aunes dans une bouteille , qu'il prit en lui
difant , qu'il lui donneroit le Remède
mais qu'il le modéreroit , & qu'elle rendroitfonVer
par lambeaux . Il lui ordonna
de manger le foir une foupe au beurre
de prendre trois verres de vin blanc ,
un lavement avec du lait & du fucre : ce
&
AVRIL. 1764 . 153
qui fut fait. Le lendemain au matin il
vint à fon Auberge de bonne heure
avec un compagnon qu'il avoit , & lui
donna le Remède à prendre , fans vouloir
laiffer ouvrir les rideaux du lit , de
façon qu'elle n'a pu fçavoir la couleur
dont il étoit. Environ deux heures après
elle fe mit fur le fiége , & fe trouva fi
mal qu'on crut qu'elle alloit expirer. Le
compagnon du Médecin lui difoit : vous
l'aviez bien dit , Monfieur , qu'elle en
mourroit. On la fit revenir avec quelques
eaux . Elle rendit enfin fon Ver , &
fentit tout-à- coup un vuide confidérable
dans le creux de l'eftomach . Elle fortit
le refte de la journée , & rendit quelques
autres portions du Ver , & remonta à
cheval le lendemain pour revenir chez
moi. Je n'ai point oui dire qu'elle en ait
été incommodée depuis environ cinq
ans qu'elle n'eft plus à mon fervice. Je
lui avois recommandé de m'apporter fon
Ver ; elle m'en préfenta un dans une
bouteille . Je lui dis dans l'inſtant que
ce n'étoit pas le fien , & qu'il n'étoit pas
fait de même. Elle me dit que le Médecin
l'avoit gardé , & lui avoit donné
celui - là. Les difficultés qu'avoit
faites ce Docteur de lui donner le Remède
, la demande qu'il lui avoit faite
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
fi elle avoit apporté quelque portion
de ce Ver , le parti qu'il avoit pris de la
traiter , après s'être emparé du morceau
qu'elle avoit , joint à ce qu'il ne voulut
pas lui rendre ce qu'elle avoit rendu ,
mais qu'il lui donna un autre ver ; toutes
ces raifons me font foupçonner que
c'eft avec la poudre même du Ver qu'il
traite fes Malades. Il connut , par les
questions qu'il avoit faites , que la nature
de ce Ver étoit différente de ceux qu'il
avoit ; & que , faute de poudre de pareil
Ver , il ne pourroit pas la guérir. C'étoit
peut- être le feul qu'il eût vu de cette
efpèce , & il a voulu garder celui - là
pour s'en fervir au befoin.
Je vous prie, Monfieur, de vouloir bien
inférer cette Lettre dans votre Mercure.
Les remarques que j'y fais pourroient
donner des idées à des perfonnes habiles
, ou attaquées de cette Maladie , &
pourroient être avantageufes au Public.
J'ai l'honneur d'être , & c.
DE SAINT-ANGEL , Confeiller à la Cour
des Aydes de Clermont- Ferrand.
AVRIL. 1764. 155
ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
LEE 21 Mars , les Elèves de l'Ecole
Royale Vétérinaire , toujours animés de
l'émulation la plus grande , en donnèrent
au Public de nouvelles marques .
La Séance fut honorée de la préfence de
M. l'Intendant de la Généralité , & d'un
nombre de Perfonnes de diftinction.
Les objets envisagés dans le Concours ,
ne furent pas moins intéreffans que ceux
qui avoient été difcutés dans l'Affemblée
du 3 du même mois. Il y fut quef
tion des muſcles en général & des mufcles
en particulier. Ön en obferva les
différences , les dénominations diverſes,
la figure , la direction , la fituation , les
attaches , la force , la compofition interne
, & l'action méchanique , fans cependant
tenter d'outre- paffer les bornes
des connoiffances humaines relativement
à ce dernier point. D'une autre
part , les Elèves firent la démonftration
de chaque mufcle féparément , fur des
parties préparées à cet effet.
Cinquante d'entre eux s'étoient offerts
pour entrer en lice. L'impoffibilité d'admettre
ce nombre de Contendans & de
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
les entendre tous dans une feule Séance ,
détermina à en retrancher vingt - deux ,
qui fubirent le 20 , c'est - à -dire , la veille
du jour de l'Affemblée dont nous rendrons
compte , un examen particulier.
Le réſultat fut d'adjuger un Prix à neuf
d'entre eux , & ce Prix fut tiré au fort
le lendemain en préfence du Public .
Ces vingt-deux Elèves font les Sieurs
d'Auvergne le cadet , Girard , Thomas ,
Greffet , Beaumont fils , de la Province
de Franche - Comté ; Pequet , Noeq
Didné , Mouffette , de la Généralité
d'Amiens ; Girard , de la Ville de Valenciennes
; Déchaux , de la Ville de
Lyon ; Chanu , de la Province de Bourgogne
; Mirot , de la Généralité de Limoges
; Saunier , de la Province de
Dauphiné ; Pufenas , de la Généralité
de Moulins ; Moret , de la Ville de Châlons-
fur-Saône ; Rouffet & Guillet , de la
Province de Bugey ; Boudier , de la Généralité
d'Auvergne ; Bloufard & Chambart
, de la Province de Breffe.
2
Les Sieurs d'Auvergne le cadet , Pequet
, Girard , de Franche-Comté ; Girard
, de Valenciennes ; Bloufard , Greffet
, Beaumont fils & Déchaux furent
ceux qu'on infcrivit , à l'effet de tirer
le Prix , que le hafard mit le lendeAVRIL.
1764. 157
main dans les mains du Sieur Greffet.
Quant aux Elèves qui ont été admis
au Concours public , les uns font étrangers
, & envoyés par différens Souverains
, les autres font nationaux.
MM . les Elèves étrangers ont difputé
entre eux un Prix particulier , confiftant
en un Dictionnaire Allemand- François
& François - Allemand , & dans les
Ouvrages ou Mémoires de l'Académie
Royale de Chirurgie de France .
Ces Elèves font :
MM. Abilgaard , envoyé par S. M. le
Roi de Dannemark , Genick, Scheffer ,
envoyés par S. M. le Roi de Pruffe ,
Hernquift , Lenborn , Falander , envoyés
par S. M. le Roi de Suéde .
Si les uns & les autres de ces Elèves
honorent la fource dans laquelle ils viennent
puifer des lumières , ils n'honorent
pas moins leurs Nations , par des progrès
rapides , & par le defir ardent qu'ils ont
de juftifier le choix que des Souverains
éclairés ont fait d'eux pour former enfuite
des Etabliffemens utiles , femblables
à celui dont la France aura toujours
la gloire d'avoir jetté les premiers fondemens
.
Tous s'empreffent également à répon
dre à ces vues.
58 MERCURE DE FRANCE.
37 M. Abilgaard a été couronné ; mais
fans prétendre porter la moindre atteinte
à l'honneur qu'il s'eft acquis , la juftice
due à fes Concurrens oblige d'avouer
que fi les uns & les autres avoient eu la
même matière à traiter , ils n'auroient
pas moins que lui remporté tous les
fuffrages.
M. Hernquist , malgré les difficultés
d'une langue qui lui eft étrangère , a
démontré de la manière la plus claire
& la plus méthodique , les mufcles des
yeux; il a parlé de leurs ufages , en les
confidérant fous toutes les faces poffibles
; & il a ajouté à ce qui a été dit &
écrit fur le mufcle orbiculaire , particulier
aux Quadrupèdes .
MM. Genick & Scheffer , ainfi que
MM. Lenborn & Falander , n'ont pu
traiter des points fufceptibles de difcuffions
auffi curieu fes ; mais on eût defiré
d'avoir un Prix à diftribuer à chacun de
ces Concurrens tous én auroient été
dignes .
Les Elèves nationaux qui ont paru
enfuite au nombre de vingt-trois , font ,
les Sieurs Chaber , Viervil, Faure l'aîné ,
Thevenet , Danguin , Defavenieres , de
la Ville & Généralité de Lyon ; Gay &
Bethoux , de la Province de Dauphiné ;
AVRIL. 1764. 159
Treich , de la Généralité d'Auvergne ;
Péan , Maréchal du Corps de la Gendarmerie
, Petite , Danne , Parnet , de la
Province de Franche - Comté ; Barjolin
& Dupin , de la Généralité de Limoges ;
Beauvais & Boulanger , de celle d'Amiens
; Brachet & Rambert , de la Province
du Bugey ; Differnet , de celle de
Breffe ; Preflier , de la Généralité de
Moulins ; Kamerlet , de la Ville de
Nancy ; Bredin , de la Province de
Bourgogne.
Rien n'eft plus glorieux pour la plupart
de ces Contendans , que l'embarras
dans lequel ont été les Juges éclairés qui
devoient décider du mérite de chacun
d'eux. Cet honneur , qui rejaillit infailliblement
fur MM . les Démonftrateurs
qui les ont inftruits , s'accroît fans doute
lorfque l'on voit à la tête de ce Tribunal
des Maîtres tels que MM. Charmeton &
Flurant , de l'Académie Royale de Chirurgie
, Violet , Pomier , Champeaux ,
& c. & c.
Ils ont cru devoir adjuger le Prix également
aux Sieurs Chabert , Péan Bredin
, Treich , Parnet , Dupin , Petite ,
Beauvais , Danguin , Barjolin , Preflier
& Danne. Le fort a favorifé le Sieur
Bredin , connu déja par fes fuccès dans
160 MERCURE DE FRANCE.
plufieurs Concours , & par fes travaux
utiles dans plufieurs Provinces.
Le Sieur Brachet a eu le premier
Acceffit ; mais la nuance eft fi foible ,
qu'à peine auroit-il dû être diſtingué des
autres.
Le Sieur Faure l'aîné a obtenu le fecond
, les Sieur Gay & Bethoux le troifiéme
, le Sieur Defavenieres & le Sieur
Viervil le quatriéme , & le Sieur Thevenet
, âgé de dix ans , le cinquiéme.
L
BOTANIQUE.
E Public eft averti que les Jardins
de Botanique du fieur Royer, Marchand
Epicier-Droguifte , grande rue du Faubourg
S. Martin , & c , feront ouverts
le fept du mois de Mai prochain . La
Nature feule y donnera à ceux qui viendront
les fréquenter , des leçons & des
inftructions pour apprendre à connoître
les Plantes ; & afin de mieux profiter
du beau fpectacle qu'elle préfente
en ce genre , on ira tous les Lundis ,
comme les années précédentes , à la
campagne , pour l'obferver & la confulter
encore plus à fon aife.
Quant aux drogues fimples qui forAVRIL.
1764 . 161
,
ment une des grandes branches de fon
commerce telles que la Manne , la
Rhubarbe , le Quinquina , le Séné , les
Folicules de Séné , l'Ipecacuana , le
Rapontic , le Sucre , l'Oliban , le Galbanum
, &c , & c , & c . Il n'en parlera ,
quand il fera voir fon droguier , que les
lettres d'avis & de factures à la main , afin
-de prouver clairement dans quelles régions
ces diverfes fubftances naiffent &
croiffent, & par quelle voie elles arrivent
ici.
Tel eft le nouvel arrangement qu'il
a cru devoir prendre cette année ; il a
foin d'en rendre compte ,par refpe &t pour
le Public , & pour répondre à la confiance
dont il l'honore depuis longtemps. Ses
Jardins feront fermés le Mercredi & le
Samedi aux Etudians , ces deux jourslà
étant destinés aux Dames comme cidevant
. Il montrera fon droguier tous
les Vendredis , à moins qu'il ne foit
Fête .
162 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE I V.
BEAUX-ARTS.
ARTS UTILES .
DISTILLATION.
>
LES
ES perfonnes qui par état emploient
du vinaigre diftillé , & qui defirent
qu'il foit bien déflegmé , font averties
par le fleur Maille , Diftillateur
que la conftruction d'un fourneau qu'il
a imaginé pour faire cette diftillation
dans des vaiffeaux de grès , le met à
portée de vendre ce vinaigre à un trèsbon
compte & d'une qualité fupérieure
, & fans être dangereux , comme
celui qui fe diftribue chez différens Particuliers
, fait dans des alambics de cuivre
, ce qui eft dangereux par les parties
métalliques qu'il enléve, & par conféquent
devient très- préjudiciable aux
remédes dans lefquels il eft emploié .
Le Vinaigre Romain pour , la confervation
de la bouche , fe diftribue toujours
avec les plus heureux fuccès pour
AVRIL. 1764. 163
blanchir les dents , empêcher qu'elles
ne fe carient , en arrêter le progrès ,
les raffermir dans leurs alvéoles , préve
nir l'haleine forte , & rafraîchir les lévres
. L'Auteur vend auffi différens vinaigres
, pour guérir le mal de dent
blanchir la peau , guérir les dartres farineufes
, les boutons , noircir les cheveux
roux ou blanc , ainfi que les fourcils
, ôter les taches de rouffeur , mafques
de couches , & le véritable Vinaigre
des quatre Voleurs , préfervatif de
tout air contagieux , & généralement
toutes fortes de Vinaigres tant à l'ufage
des bains & toilette , que de la table, au
nombre de deux cent fortes. On diftribue
toujours en fon magafin à Séve ,
près Paris , le nouveau Caffis blanc pour
aider la digeſtion des alimens , le nouveau
Ratafia des Sultanes , le Courier
de Cythère , & toutes fortes de Liqueurs
& Eaux d'odeur tant françoifes
qu'étrangères. On s'adreffera pour les
vinaigres au fieur Maille , rue S. André
des Arcs , la troifiéme porte - cochère
à droite en entrant par le Pont
S. Michel , entre la rue Mâcon & la
rue Hautefeuille , de l'autre côté , à Paris.
Et pour le Caffis , Ratafia & autres
Liqueurs & Odeurs en fon Magazin ,
+64 MERCURE DE FRANCE.
à Séve près Paris , route de la Cour.
Le prix des moindres bouteilles pour
les dents ou autres propriétés , eft de
3 liv . , le Caffis blane 4 liv. la pinte ,
le Ratafia des Sultanes , 6 liv. , & 8
liv. le Courier de Cythère. Ledit fieur
Maille fait les envois au defir des
perfonnes , en remettant l'argent par
la Pofte , franc de les
que
port , ainfi
lettres i envoye en même temps la
manière de s'en fervir avec une liste de
fes vinaigres , & des prix. Les perfonnes
qui voudront emporter de ces fortes
de vinaigre dans les Ifles où l'ufage
en eft fi néceffaire , peuvent le
faire fans crainte que le temps ni l'éloignement
du tramfport puiffe altérer
leurs qualités.
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE.
LE Portrait de Henri- le - Grand vienť
de paroître dans le même format que
celui du célébre Sully , ainfi qu'on la
annoncé au mois de Décembre dernier.
M. Demarcenay- Deghuy , dans la vue
de répondre plus promptement à l'emAVRIL.
1764. 165
preffement du Public pour tout ce qui
lui rappelle ce Héros fi cher à la France
à fufpendu tous fes autres Ouvrages afin
de s'occuper uniquement de celui- ci .
On le trouve chez l'Auteur Quai de
Conti , la deuxiéme Porte- Cochère après
la rue Guénégaud , & chez M. Wille
Graveur du Roi , Quai des Auguftins
à côté de l'Hôtel d'Auvergne , chez qui
fe trouvent pareillement les autres Ouvrages.
Čette Planche eft la 21 ° de l'oeuvre
de M. Demarcenay , qui fe difpofe à
graver de temps- en-temps des Portraits
d'hommes & de femmes célébres , dont
la fuite fera de même format.
LE S FICQUET grave actuellement
le Portrait de Corneille dans le même
format que l'édition des OEuvres de ce
Grand Homme commentées par M. de
Voltaire. Ce Portrait ne tardera pas
d'être achevé ; il en prévient le Public ,
afin que les perfonnes qui defireront
de le mettre à la tête des OEuvres
fufpendent , fi elles le jugent à propos ,
de faire relier leur exemplaire.
L'Artiſte dont nous parlons , eft connu
par les beaux Portraits de Mde de
Maintenon , MM, de Voltaire , la Fon
taine , J. B. Rouffeau.
166 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE V. 8
SPECTACLE S.
SUITE DES SPECTACLES DE LA COUR
LE 20
A VERSAILLES.
Jufques à la Clôture.
E 20 Mars , les Comédiens François
repréſentérent le Diffipateur , Comédie
en 5 Actes & en vers de feu M.
NÉRICAULT DESTOUCHES (de 1753)
La grande Piéce fut fuivie du Galant
Coureur , Comédie en un A&te & en
Profe du feu fieur LEGRAND (de 1722. )
Le Mercredi 21 , par les Comédiens
Italiens , on exécuta le Sorcier , Comédie
en deux Actes mêlé d'Ariettes , précédée
d'Arlequin Jouet de l'Amour , petite
Piéce Italienne .
Le Jeudi 22 Mars , les Comédiens
François repréfentérent la Mort de Céfar
, Tragédie de M. de VOLTAIRE .
La Tragédie fut fuivie des Plaideurs ,
Comédie en trois actes & en vers de
RACINE ( de 1668 .
AVRIL. 1764. 157
Le 27 Mars , par les mêmes Comédiens
l'Etourdi , Comédie de MOLIERE
en 5 Actes & en vers ( de 1658.
Pour feconde Piéce on donna
l'Esprit de Contradiction , Comédie de
DUFRESNI en un Acte & .en Profe.
,
Le lendemain , les Comédiens Italiens
repréfentérent la Cantatrice , petite
Piéce Italienne , qui fut fuivie du
Jardinier &fon Seigneur , Comédie en
un Acte mêlée d'Ariettes.
Le Jeudi 29 Mars , les Comédiens
François repréfentérent Cinna , Tragédie
de CORNEILLE ( de 1639. )
Pour petite Piéce , le Confentement
forcé , Comédie en un A&te & en Profe
de feu M. Guyot de Merville ( de 1738. )
La Dlle FANNIER y jouoit le rôle de
Soubrette. On paroît de plus en plus
concevoir beaucoup d'efpérance des talens
de cette jeune A&trice.
Le Mardi , 3 Avril , par les mêmes
Comédiens , l'Ecole des Mères , Comédie
en 5 Actes & en vers de feu M. DE
LA CHAUSSÉE ( de 1744. ) La Dlle
DOLIGNY y joua le rôle intéreffant de
Marianne d'une manière fi touchante
que plufieurs perfonnes ont redemandé
cette Piéce depuis à Paris avec la Pupile
, où ce Spectacle a attiré du monde
168 MERCURE DE FRANCE .
A différentes repriſes , les petits jours
de la Comédie .
Après la grande Piéce , on donna le
Médecin malgré lui, Comédie en 3 Actes
& en Profe , de MOLIERE ( 1666.)
Le Mercredi 4 Avril , les Comédiens
Italiens exécutérent la Bohémienne ,
Opéra bouffon en 2 Actes , qui fut
fuivi du Bucheron , autre Comédie en
un Acte , mêlée d'Ariettes.
Le Jeudi 5 , dernier jour des Spectacles
de la Cour à Verfailles ( a ) les Comédiens
François ont repréfenté Tancréde
, Tragédie de M. de VOLTAIRE
( 1760. )
La Tragédie fut fuivie de l'Ile déferte
, Comédie en un Acte & en vers
de M. COLLET ( de 1757. )
SPECTACLES DE PARIS.
OPER A,
L'ACADEM ' ACADÉMIE Royale de Mufique
a continué jufqu'au Vendredi 6 du
préfent mois Caftor & Pollux. Malgré
( a ) Il n'y a point ordinairement de Spectacles
du Roi à Verſailles depuis Pâques juſques à
l'entrée de l'hyver.
la
AVRIL. 1764. 169.
· la diftraction du concours occafionné ,
les Mardi & Jeudi , par le fuccès de
la nouvelle Haute - contre dans Titon &
l'Aurore ; les dernières repréſentations
de Caftor ont été encore très -fortes ,
& telles que celles qui diftinguent les
Ouvrages les plus fuivis.
Le Samedi 7 , on donna la troifiéme
repréſentation pour les Acteurs , que
nous avons annoncée dans le 1 vol, de
ce mois. La recette de ces repréſentations
a été , ainfi que nous l'avions.
prévu , une des plus confidérables que
l'on ait faites . Elle a paffé dix - neuf
mille livres. Tout concouroit à ce grand
fuccès. Le mérite des Ouvrages que,
l'on a éxécutés , celui des premiers talens
de ce Théâtre placés avantageufement
dans chacun de ces Ouvrages
& le piquant de la nouveauté d'une.
voix charmante , agréable à tout le
Public & depuis long - temps defirée
dans un genre où il eft fi rare de trouver
réunis le talent du chant à la
beauté de l'organe. Le détail de ces
Spectacles de la Capitation ou Bénefit
juftifiera ce que nous venons de dire .
M. & Mde LARRIVÉE , dont les talens
font bien mieux loués par les fuffra-
II. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
ges continuels du Public , qu'ils ne le
feroient par nos éloges , chantoient les
principaux rôles d'Hylas & Zélis dans
'Acte de M. DE BURI , Ouvrage où
le goût & le génie du Muficien peuvent
fe difputer l'honneur du fuccès .
Le rôle de Pigmalion , dans l'Acte
célébre de M. RAMEAU , étoit éxécuté
par M. LE GROS , nouvelle Hautecontre
, cet objet actuel de l'empreffement
de tout Paris , tant par la nouveauté
, que par les talens réels dont il
a donné de nouvelles preuves dans ce
morceau.
Le troifiéme ouvrage qui commençoit
pour ainfi dire ce Spectacle choifi
étoit Pfyché. Ingénieux précis de tout
ce que le genre d'Opéra peut fournir de
beautés de différens genres , liées par
un Poëme où l'efprit & le fentiment
fe font valoir réciproquement ; mais
fans violer les loix dramatiques & fans
rompre la fuite du Sujet. Mlle ARNOULD
dont on fe rappelloit avec
* Mlle GUIMARD, jeune Sujet qui a profité avec
fuccès des circonftanccs qui l'ont mife à portée
de paroître & qui n'en plaît que d'avantage
au Public , chantoit & danfoit dans le rôle de
la Statue. Elle s'eft acquittée de ces deux emplois
avec grâces & elle y a été forr applaudie.
AVRIL. 1764. 171
admiration le plaifir extrême qu'elle a
toujours fait dans les repréfentations de
cet Ouvrage , a chanté , joué dans cette
repriſe de manière à laiffer ' croire
qu'elle étoit encore loin de la perfection
dans les temps où l'on en étoit
le plus enchanté. Cet éloge ou plutôt
cette juftice que nous rendons au charme
de fon talent , & que nous dicte
le Public , doit être encore moins flatteur
pour elle , que l'enthoufiafme trèsvrai
& très-naturel de nos Artiſtes du
premier ordre fur les beautés fublimes
& naturelles de fon Action dans le
rôle de Pfyché.Enthouſiaſme dont nous
avons été témoins & dont nous ofons
être garants . Il est un autre genre d'éloges
que nous devons joindre aujourd'hui
à celui des talens de cette Actrice
, c'eft fur l'exactitude de fon fervice
depuis l'ouverture du nouveau
Théâtre . Qu'elle nous permette de defirer
que la continuation de fa fanté rende
cette éxactitude fi habituelle , que
nous n'ayons plus à le faire remarquer.
Par là , tous les talens chers au
Public , doivent être affurés de gagner
fa confidération , fans rien perdre de
fon empreffement.
Si l'on fait attention aux grands ta-
- ।
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
lens dans la danfe qui brillent aujour
d'hui fur ce Théâtre , & qui avoient
réuni leurs efforts & leur zéle pour rendre
ces Spectacles plus intéreffans dans
tous les genres , on ne doit pas être
furpris de l'affluence qu'ils ont attirée.
COMÉDIE
FRANÇOISE.
ONN a continué fur ce Théâtre , avec
fuccès , depuis notre précédent Volume ,
les repréſentations d'Olimpie , Tragédie
.de M. de VOLTAIRE .
On ne peut donner trop d'éloges au
foin que les Comédiens ont pris pour
la pompe du grand Spectacle de cette
Pièce. Que peut- il y avoir en effet de
plus intéreffant pour une Nation éclairée
, que de jouir en même temps du
fentiment qu'excitent les fituations vraiment
tragiques d'un Drame , & des tableaux
animés de ce que l'Antiquité
avoit de plus augufte. Il n'eft pas moins
dû d'éloges au talent & au zèle avec lefquels
les Acteurs ont donné la dernière
touche & la plus forte à ces tableaux ,
par la jufteffe de l'action . Tous les Lecteurs
qui auront vu ce Spectacle , ont
fans doute encore préfentes à l'efprit la
AVRIL. 1764 . 173
nobleffe , les grâces du genre & la vérité
qu'a mifes Mlle CLAIRON , dans les
principaux points du tableau , tels que
celui du ferment à l'Autel , d'autres encore
, & particulièrement l'inftant où ,
après les libations & les autres cérémonies
funéraires , fur le Bucher de Statira
, elle fe précipite dans les flâmes , qui
les dévorent l'une & l'autre . On a donné
le Samedi 7 du préfent mois , jour de
la Clôture , la dixième repréſentation de
cette Tragédie , qui fut fuivie d'Heureufement
, petite Pièce de M. ROCHON
DE CHABANES , dont nous avons rendu
compte dans fa nouveauté. Il y avoit
un concours de Spectateurs auffi nombreux
qu'en peut contenir la Salle de la
Comédie.
Ce même jour , M. AUGERS prononça
un Difcours qui a été imprimé , mais
dont nous ne nous difpenferons pas pour
cela de faire part à nos Lecteurs ;
afin de ne pas laiffer de vuide dans les
chofes dont notre Journal fait collection
, & où l'on eft plus certain d'en retrouver
la fuite que dans tout autre
Ecrit public .
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS pour la clôture du Théâtre
François ; prononcé par M. Av-
GERS , l'un des Comédiens du Ror
le Samedi Avril 1764.
MESSIEURS ,
>>JE vous dois tout , jufqu'au bon-
» heur de pouvoir aujourd'hui vous témoigner
publiquement ma recon-
> noiffance & celle de mes camarades.
» Il ne nous eft permis de l'exprimer
» qu'une fois dans l'année ; & nous re-
» cevonstous les jours des marques nou-
» velles de votre protection & de votre
indulgence. C'eft à cette indulgence ,
» mêlée d'une équitable févérité , quer
»> notre Théâtre doit cette fupériorité
» qu'Athènes même lui céderoit peut-
» être , que Rome n'a point connue ,
» & que les ennemis du nom François
» ne lui difputent plus.
و د
»
Oui , Meffieurs , la gloire de la
» Scène Françoife fut votre ouvrage
» dans tous les tems. Vos prédéceffeurs
» avoient à juger des Molière , des Cor-
» neille , des Racine ; ils les mirent à leur
» place ; & leur jugement devint celui
AVRIL. 1764. 175
» des Nations & de la Poftérité. S'il
» n'eft pas en votre pouvoir , Meffieurs ,
» de faire naître un autre Corneille ;
» vous empêchez du moins les PR ADONS
de les remplacer.
ร
» Saifir le vrai , le beau , le fublime
" fans les confondre jamais avec ce qui
» n'en a que l'apparence ; voilà ce que
» vous nous faites admirer fans ceffe
» & voilà ce qui vous rend les Arbi-
» tres du Goût. Oui , Meffieurs , ( je ne
» crains point qu'on me défavoue ) c'eft
» ici que ce Dieu rend fes Oracles ; c'eft
» parmi vous qu'il habite ; parce qu'il ne
fçauroit être où la liberté n'eft pas.
» Vous avez paru fatisfaits , Meffieurs,
» durant le cours de cette année , des
» efforts de notre zéle & de l'émulation
>> des Ecrivains.
» La Tragédie de Manco vous offroit
» un contrafte intéreffant des moeurs
» Américaines & des moeurs Europeanes
; de l'homme civil & du fauva-
» ge. Le tableau n'étoit pas neuf ; il eſt
» tracé de la main d'un grand Maître ;
» cependant vous avez applaudi aux efforts
du Peintre qui a ofé le rajeunir.
» Socrate , qui n'a pû fléchir l'envie
» & l'injuftice d'Athènes , a ému votre
»fenfibilité.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
» Vous avez vû avec plaifir les beau-
» tés & les hardieffes du Théâtre Anglois
tranfportées fur le vôtre par le
» même Académicien qui avoit ofé ,
» après Corneille , crayonner l'âme d'un
» Romain,
» Idoménée vous a ramenés dans ces
» climats aimés du Ciel , où la Tragé-
» die nâquit ; la fimplicité de celle - ci
» n'eft qu'une conformité de plus avec
le goût des anciens Grecs , nos modèles
dans tous les gentes d'écrire..
» Votre indulgence , Meffieurs , n'a
pas été moindre pour les Comédies ,
» devenues aujourd'hui fi rares & fi.
» difficiles. Vous avez encouragé deux
» jeunes Athlètes qui entrent dans
» cette carrière abandonnée. L'accueil
» que vous avez fait à leur coup d'effai
» vous promet des remercimens de leur
» part , & peut- être de nouveaux/plaifirs.
»›
» Enfin Warwick a paru , Warwick ,
» plus particuliérement
adopté par vous.
» L'Auteur , à peine forti de l'enfance ,
» tient de vous une vie nouvelle : il la
» commence fous d'heureux aufpices.
» Telles étoient les efpérances que don-
» na , dans un âge à-peu-près pareil ,
» l'immortel Auteur d'Edipe. Ce grand
» homme que nous nommons avec
» plaifir le bienfaiteur de notre Théâtre ,
AVRIL. 1764. 177
» vient d'y hazarder un nouveau Spec-
» tacle honoré de vos applaudiffemens ,
» & dont vous auriez été privés dans ces
» jours de confufion , où la foule des
» Spectateurs mêlée avec celle des Per-
» fonnages , auroit à peine laiffé entre-
» voir le bucher qui confuma Statira
» & l'action terrible d'Olimpie , qui fe
» précipite au milieu des flammes pour
» le dérober à fon époux.
EXTRAIT de l'AMATEUR , Comédie
en un Ace & en vers libres , par
M. BARTHE , de l'Académie des
Belles-Lettres de Marfeille.
DAMON Père de Conftance veat marier ſa fille
à Valére fon ami , jeune homme qui arrive d'Italie
, où il a pris une paffion violente pour les
Arts. La Peinture , la Sculpture & l'Architecture
l'occupent uniquement ; enfin c'eſt un Amateur .
Damon lui rend juſtice.
Je ne le confonds pas avec la populace
De ces modernes Protecteurs
Qui des talens divers ofent marquer la place ,.
Des Artiſtes font les Tuteurs ,
Se forment une Cour où leur grave manie
Daigne corriger le génie ;
Qui jugent la Peinture ; & la profe & les vers
Et qui jugent tout de travers.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Valére critique fans air , loue avec fineffe ;
manie dextrement le pinceau & le burin , ufe
noblement d'un bien confidérable en faveur des
Artiftes indigens qu'il anime , qu'il produit &
auxquels il cache fes largeffes . Un Amateur fi
jeune & de ce caractère , eft digne d'eftime ;
Conftance ajoute naïvement à ce que dit fon
Père , qu'elle croit qu'on peut l'aimer . Damon
en convient , mais il prépare une bonne leçon
à Valére.
Il eft gâté par l'Italie ,
Charmant , mais un peu fou , c'eſt une maladie ,
Une indifcrette paffion
Dont il efpére que Conftance le guérira. Da
mon qui avoit fait faire la Statue de fa fille la
fait vendre au jeune Amateur pour une Statue
antique.
Elle aura fon fuffrage.
Elle paffe pour grecque. Heureufement pour nous
La mode eft pour le grec;nos meubles,nos bijoux ,
Etoffes , coeffure , équipage ,
Tout eft grec , excepté vos âmes
Pour l'honneur de Valére on ajoute :
Et d'ailleurs
Ta Statue a trompé jufqu'à des Connoiffeurs .
L'Amateur a vu cette Statue , il en eft enchanté
, il en a fait l'acquifition on la tranfporte
chez lui , elle arrive & il la fait placer.
Tout ceci eft en action . Il eft dans les plus
vives inquiétudes , qu'il n'arrive accident à fa
1
AVRIL. 1764.. 179
Statue. Il aide ceux qui la pofent fur le piedeftal
. Il leur prefcrit l'attention qu'ils doivent
avoir.
Là doucement , Meffieurs , avancez doucement ,
Mes amis que chacun fe tienne fur les gardes .
Pafquin fait un faux pas qui met la Statue en
danger de tomber : fon Maître l'apostrophe.
Ah ! malheureux , tu me poignardes !
Les valets retirés , l'Amateur contemple fa
Statue avec admiration .
Quel fouris gracieux !
C'eſt la candeur d'une Bergère
Le port de la Reine des Dieux ,
Comme la taille eft noble , élégante & légère !
Les belles chairs ! le fang y paroît circuler !
Et la bouche elle va parler.
L'Artiste à qui l'on doit une fi belle production
, reçoit le tribut d'éloges dû à fon travail
O Sculpteur immortel' , à qui je rents hommage ,
Que de fois le cifeau dut tomber de ta main !
Surtout en formant ce beau ſein ,
Oui , tu devois toi - même adorer ton ouvrage.
Entretien de Damon & de Valére . Céliante
arrive. C'eſt une Coquette que le père de l'Amateur
lui avoit autrefois deftinée en mariage. Pendant
qu'il va lui montrer les curiofités de fon
cabinet , Conftance occupe la Scène avec ſon père.
Elle a apperçu Céliante avec les yeux d'une rivale ;
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
Damon la raffure. Valére revient très - mécontent
de Céliante , qui n'a pas fait grand cas du cabinet
qui en eft fortie pour aller au Spectacle , il
vole à fa Statue . Il voit enfin l'original , ravi
d'étonnement , il lui fait mille queſtions. Damon
paroît , il explique le mystére ; Valére voit qu'il a
été joué par fon ami : il lui pardonne cette fupercherie
, lui demande fa fille & l'obtient.
REMARQUES SUR L'AMATEUR.
L'objet de la Comédie étant de peindre les ridicules
, & fon but d'en corriger ; l'Auteur a certainement
réuffi dans le premier point. Mais il
n'eft pas fi fûr qu'il parvienne à éclairer les demiconnoiffeurs
& à les faire revenir de leur enthoufialme.
Les détails de cette Piéce font jolis & ont été
vus avec plaifir. Un des grands mérites de ce
Drame c'eft que les rôles femblent avoir été
faits pour les Acteurs. Perfonne n'étoit plus propre
que M. Molé à repréfenter un jeune homme
, vif , ardent , paffionné , extrême dans le
goût qu'il a pris pour les Arts , & qui expofe avee
chaleur la manière dont il eft affecté. Son valet ,
M. Préville , qui fe tranfporte & ſe paffionne
avec lui , fait en particulier de bonnes charges.
fur les travers de fon Maître. Damon , l'homme
raifonnable , applaudit avec juftice à ce qu'il y a
d'eftimable dans l'amour qu'on porte aux Arts ,
& ne blâme que l'excès & l'enthousiasme qui
rend ridicule. M. Grandval étoit chargé de ce
Perfonnage , c'eft dire avec quelle fupériorité il
a été repréfenté. Le mépris que la coquette Céliante
jette fur le goût de Valére , va au même
but par une autre voie , & Mde Préville a joué
ce rôle avec diftinction. Mlle Doligny a rempli
AVRIL 1764. 181
fapérieurement celui de Conftance. Elle a repréfenté
fi naturellement toutes les paffions qui
peuvent agiter fucceffivement une jeune perfonne
aimable dans les pofitions où fon rôle la mettoit
, qu'elle feule auroit pu faire réuffir la Piéce.
Elle exprime fa joie fi agréablement lorfque fon
père lui apprend que Valére eft amoureux de fa
ftatue ; fon inquiétude eft fi naïve lorfqu'elle apperçoit
Céliante ; la jalousie eft celle d'un jeune
coeur qui éprouve pour la première fois ce fentiment
qu'elle ne connoilloit point. Elle eſt charmante
dans l'examen de ſa ſtatue ; lorfqu'elle eft
occupée de la reiſemblance , & de fçavoir fi elle
doit gagner ou perdre à la comparaison. Tous
ces détails rendus avec grâces & intelligence ne
pouvoient manquer d'être fort applaudis ; le mérite
des Acteurs nous a paru contribuer beaucoup
au fuccès foutenu de la Piéce.
COMÉDIE ITALIENNE.
LAA clôture de ce Théâtre ne s'eft
faite que le Samedi 14 Avril . Pendant
cette dernière femaine on a joué des
'Piéces Italiennes & Françoifes qui font
en poffeilion de plaire au Public. Du
premier genre ont été le Gondolier
Vénitien
, Arlequin mort vivant >
Arlequin cru mort , & la Joute d'Arlequin.
Ces Piéces ont été étayées de plufieurs
Opéra-Comiques qui font le Bucheron
, le Sorcier , le Milicien , Blaife
182 MERCURE DE FRANCE .
le Savetier , Annette & Lubin , le Ma
réchal , les deux Chaffeurs & la Laitière,
les Soeurs rivales , On ne s'avife jamais
de tout , la Noce Villageoife , & Rofe
& Colas .
CONCERT SPIRITUEL.
LE Vendredi 13 Avril il y a eu Concert
Spirituel. Il a commencé par une
excellente Symphonie ; fuivie de Miferere
mei Deus , nouveau Motet à grandchoeur
, de M. Dauvergne , Maître de la
Mufique de la Chambre du Roi , dans
lequel M. le Gros a mérité les plus
grands applaudiffemens. M. Jeanfon ,
de la Mufique de S. A. S. Monfeigneur
le PRINCE DE CONTI , a réuni aux
fuffrages du Public , ceux des Maîtres de
l'Art , dans une Sonate de Violoncelle
de fa compofition. Le Motet en Duo ,
Exultate jufti in Domino , de M. Dauvergne
, a été exécuté par Mlle Arnoud
& par M. le Gros . Cet enfemble a eu
l'effet le plus flatteur. On a tenu compte
de la difficulté vaincue , dans le Concerto
de violon exécuté par M. Capron,
Le goût du chant & la beauté de l'organe
ont été plus admirés que la Mufique
, dans le Motet à voix feule qu'a
AVRIL. 1764. 183
chanté Mlle Fel Le Concert a fini par
un très - beau Motet à grand Choeur de
M. l'Abbé Girouft , Maître de Muſique
de la Cathédrale d'Orléans,
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles.
LE THEATRE DE SOCIÉTÉ
par M. COLLÉ . *
LA VEUVE , Comédie en un Atte en profe.
SUJET DE LA PIECE.
MDEDE Durval jeune , fort riche & Veuve d'un
Négociant , eft engagée dans un commerce mutuel
de tendreffe avec le Chevalier du Lauret.
Les chagrins fecrets que lui a fait éprouver l'inconftance
de fon premier Mari ont déterminé
cette Veuve à n'en prendre jamais un fecond .
Cependant , elle avoue à un Commandeur
ami commun , qu'elle a penfé offrir elle - même
fa main au Chevalier , ne pouvant vaincre autrement
fon opiniâtre générofité , & lui faire
accepter 80000 liv. qu'il falloit pour payer un
Régiment dont il auroit obtenu l'agrément Pendant
ces difcuffions de délicateffe , la Cour avoit
difpofé du Régiment. La tendre Veuve inftruite
par là du prix des occafions , & en même temps
allarmée fur le fort de fon Amant , avoit pris.
* Voyez le précédent Vol. du Mercure au Supple
ment de l'Article des Spectacles .
184 MERCURE DE FRANCE.
à ſon infçu , des mefures pour lui en` afſurer
un , qui fut indépendant du don de fa main.
Elle apprend du Comman leur , que cette générofité
eft devenue fuperflue ; parce que le Chevalier
devient fort riche par la mort du fils unique
d'un Oncle qui doit lui faire une fortune
très -conſidérable. Mde Durval n'en eft que
plus affermie dans la réfolution de ne point
époufer fon Amant , fans renoncer pour cela au
plaifir de le voir. Cet arrangement de la Veuve
l'a déja éxpofé à des foupçons d'éfagréables juſque
dans fon domestique . Tout ceci eft préfenté en
peu de fcènes . Le Chevalier encouragé & pour
ainfi dire autorifé par la bienfaifance de fon
Oncle , projette de propofer à Mde Durval un
Mariage qui devient fortable quant à l'égalité
de fortune. Il eſt arrêté & intimidé par les répugnances
de cette Veuve dont le Comniandear
l'informe. Cependant il voit Mde Durval ,
& dans le moment qu'il va hazarder la propofition
, ils font interrompus par une Marquife
de Leutry , femme d'une grande qualité
dans toute l'étendue de cette dénomination .
'Cette fcène doit être lue en entier , un extrait
lui feroit trop perdre. La Marquife propoſe à
Mde Durval le mariage de fon fils . Elle la flatte
du Tabouret. Celle- ci fe refuſe à tant d'honneurs.
La fcéne finit aigrement de la part de la
Marquife ; le Chevalier du Lauret n'eft pas oublié
dans les reproches méprifans de la femme
de Qualité. La Veuve éprouve enfuite un nouveau
défagrément toujours occafionné par la
façon dont elle continue avec le Chevalier . Ce
nouveau défagrément vient d'une Femme-de-
Chambre qui lui demande fon congé , fous
prétexte de l'honneur & de la confcience , mais
AVRIL. 1764. 185
dans le fait , piquée de n'être dans aucune confidence
utile à fes profits. Dans une ſcène précédente
, l'Oncle du Chevalier , tout occupé de
rencontrer ou fon Neveu ou un commiffionnaire
de Cadix qui le cherche & qu'il croit
lui apporter la remiſe de ſes fonds , a fait en
courant une propofition de mariage pour fon
Neveu. Mde Durval n'a jamais pu faire entendre
fon refus & les motifs de ce refus. Enfin
fa bizarre délicateffe , fubit l'épreuve la plus
forte en réfiftant aux plus vives & aux plus
tendres inftances de fon Amant. C'eſt dans cette
Scène où fe développe le fyftême du coeur de
la Veuve , le Chevalier en eft déſeſpéré. Un
nouveau malheur vient l'accabler . Il apprend
par fon Oncle que les huit cens mille livres.
attendues de Cadix font perdues. N'ayant point
trouvé de Lettres de change pour la remiſe
de cette fomme , on l'envoyoit en piaftres fur
des vailleaux qui ont péri au fortir du port. Le
Chevalier , dans une conjoncture auffi afligeante
pour lui , ne s'occupe qu'à confoler fon Oncle.
La Veuve eft fi touchée de la générosité &
de la candeur du caractère de fon Amant ,
que furmontant toutes les craintes , c'eſt elle
alors qui lui propofe de conclure le mariage &
qui combat les difficultés que fuggéroit au
Chevalier l'état de fa fortune. On quitte la
Scène pour paffer dans le Cabinet de Mde
Durval , envoyer chercher le Notaire & terminer
un mariage , que , dit-elle au Chevalier ,
je defire à préfent mille fois plus vivement que.
vous. Ainfi fe termine cette Comédie.
186 MERCURE DE FRANCE .
REMARQUES
SUR la Comédie de la VEUVE.
ainfi
que
LE fujet de cette Comédie , ainfi
M. Collé l'indique lui même , eft encore
tiré des Illuftres Françoifes . Ceux qui
voudront prendre la peine de remonter
à la fource , s'appercevront bientôt de
l'Art avec lequel l'Auteur Dramatique
a réformé la licence du Romancier.
Dans le Roman, la façon de penfer
les raifonnemens & le caractère de la
Veuve peuvent être conformes quelquefois
à la nature , & fe rencontrer réellement
dans la Société, mais ils font encore
plus conftamment contre les moeurs :
cette femme qui a eu à la vérité , les
fujets les plus graves de fe plaindre de
fon premier Mari , s'obftine à n'en pas
vouloir prendre un fecond , à refufer
de fe marier avec un homme qu'elle
aime , avec lequel cependant elle vit
librement , qui la preffe de rendre leur
union légitime , & qui l'en preffe par
le
plus puiffant de tous les motifs ; celui de
donner un état à un enfant naturel ; &
dans la Comédie , au contraire , comme
dès l'expofition du fujet , la Veuve conAVRIL.
1764. 187
vient s'être déjà trouvée dans une circonftance
qui l'avoit déterminée à épouſer
fon amant ; comme il n'eft rien qui indique
un commerce illicite ; comme on
s'attend que ce mariage formera le dénouement
, on lui pardonne un travers
d'efprit que les malheurs de fon premier
mariage rendent en quelque forte excufable.
Elle eft à la fin pleinement juſtifiée
dans l'efprit du lecteur ou des fpectateurs,
par la nobleffe d'âme & par la générofité
qui la déterminent à époufer le Chevalier,
Nous penfons que l'on doit fçavoir gré à
M. Collé, d'avoir rendu ce caractère honnête
fans lui ôter néanmoins le piquant
que produit la fingularité ; & en
un mot , d'avoir tourné ce fujet du côté
du fentiment ; avantage qu'affurément
il n'a pas dans fa fource.
>
L'action de cette Comédie de fentiment
, ( qu'il nous foit permis de la défigner
ainfi eft à peu- près du même
genre que celle de Dupuis & Defronais ;
& quand on l'auroit annoncé comme
d'un Anonyme , il n'eût pas été difficile
de connoître qu'elle eft du même Auteur.
Nous avons été affez heureux pour
que quelques connoiffeurs ayent applaudi
à la diftinction que nous avons
faite , entre l'action phyfique & l'ac188
MERCURE DE FRANCE.
tion morale ou métaphyfique à l'occafion
de la première Pièce de M. Colle.
Nous appliquerons cette même diftinction
à la Comédie de la Veuve . Ce n'eft
point une multitude d'événemens phyfiques
qui fournit l'acion de ce Drame.
Ce font encore , ainſi que nous l'avons
dit en parlant de Dupuis & Defronois
, ( b) des obftacles qui réfultent du
contrafte des caractères. C'eft un jeu de
refforts , que produit la feule progreffion
du fentiment , entre des perfonnages
dont les intérêts font oppofés & c. & c .
On doit dire encore à l'occafion de la
Comédie dont nous avons à parler & de
quelques autres du même genre , d'Auteurs
antérieurs à M. Collé , entre des
perfonnages dont les intérêts ou font
oppofés ou paroiffent l'être , en ce que
étant les mêmes , quant à la fin qu'ils fe
propofent , ils ne l'envifagent pas toujours
du même côté ; ainfi ils différent
dans les moyens. Nous remarquerons
encore que dans la Comédie de la Veuve ,
il y a plus de cette forte de mouvement
qui naît de la variation de fortune des
perfonnages , que dans Dupuis & Defronais,
Pièce où il y auroit peut-être plus
(b)Voyezle Mercure de Mars 1763.
AVRIL. 1764. 189
d'inertie dramatique ( c ) que dans celleci
, fans l'extrême chaleur de fentiment
qui affecte & émeut fi puiffament dans
Dupuis & Defronais ainfi tout eft
heureufement compenfé au profit de
l'intérêt de fenfibilité entre ces deux
Ouvrages du même Auteur.
Après l'action & la marche d'un Drame
, la partie la plus importante eft celle
des caractères . Nous invitons les Lecteurs
de la Comédie de la Veuve à faire
attention à quelques - uns , qui nous ont
paru d'une touche plus diftinguée que
ceux qu'on expofe ordinairement fur la
fcène. Celui de la Marquiſe de Leutry
entre autres , eft frappant par fa vérité.
Quiconque connoît un peu les modèles
d'où il est tiré , fentira combien il eft
heureufement faifi . On y retrouvera
comme dans la nature même , cette politeffe
exagérée de certaines gens de qualité
, cette cajolerie de louanges pour
ceux dont ils veulent obtenir quelque
chofe ; & le mépris accablant qui fuccéde
fubitement , dès qu'ils éprouvent
de la réſiſtance à l'eſpoir de féduire . On
(c) Les connoiffeurs de l'Art entendront ces expreffions.
Qu'importe les imputations de grands
mots de Jargon &c. balbutiées par l'ignorance ou
hazardées par la mauvaise foi,
}
190 MERCURE DE FRANCE .
entreverra les nuances fines de cette
affabilité fouvent injurieufe ,jufques dans
fes foupleffes , & dans l'inſtant même où
l'intérêt la rend le plus careffante. On obfervera
encore avec quelle jufteffe l'Auteur
a marqué cette différence , délicate
à diftinguer , bien plus encore à rendre ,
mais qui exifte , entre le ton de converfation
de la Marquiſe & celui de la
Veuve.
Quoique l'opulence & la façon de vivre
confondent aujourd'hui le premier
état des Citoyens avec le fecond , il y a
un certain caractère diftin &tif dans le ton
du premier , que nous fommes obligés
de convenir n'avoir prèſque jamais été
bien rendu au Théâtre , ni avec autant
de vérité que dans cette petite Pièce .
Après ce caractère , un des plus diftingués
, par fa nouveauté fur la Scène
eft celui d'Agathe . Celle- ci eft une vraie
Femme-de- chambre , telles qu'on les
voit , telles qu'on les entend dans les
maifons de la fociété. Ce n'eft point une
Soubrette de Théâtre ; caractère factice ,
& qui , par convention , a été admis
contre la véritable , la grande , & peutêtre
la feule règle de la Comédie , qui eſt
la vérité d'imitation. Pourquoi la pludes
Soubrettes de MOLIERE NOUS part
AVRIL. 1764. Igt
paroiffent -elles fi différentes des Soubrettes
modernes , pour lesquelles les Auteurs
ont fait comme les Actrices qui les
jouent , en les parant fouvent plus que
les Maîtreffes ? C'eft que , par la révolution
des moeurs & des ufages de la fociété
, les Soubrettes ou Femmes -dechambre
du temps de MOLIERE , n'étoient
pour le ton que ce que font aujourd'hui
nos Servantes.AinfiMOLIERE peignoit
jufte. L'Auteur de la Veuve n'a pas
donné dans l'erreur de bien des Auteurs,
admirateurs , mais admirateurs aveugles
du grand MOLIERE ; c'eſt- à- dire , confondant
l'effet de fon art avec les jufteffes
de fa pratique , & la fagacité de fon génie.
Ils reconnoiffent le ton de Servante
dans les Soubrettes de MOLIERE , ils
font des Comédies où ils prêtent ce
même ton aux leurs , & ils croyent imiter
MOLIERE. Voilà l'abus . Ils copient
fes peintures , mais ils n'imitent point fa
méthode. MOLIERE aujourd'hui ne
donneroit pas le ton de Servante à fes
Soubrettes , mais celui de Femme - dechambre
ainfi qu'a fait pour cette
Agathe, l'Auteur de la Veuve, qui paroît
avoir fenti cette vérité.
9
On peut en dire autant des autres caractères
du Comique. Un Peintre qui ne
192 MERCURE DE FRANCE.
feroit que copier , fans reffemblance , la
façon d'ajufter les Portraits familiere à
Rigaud , croiroit- il imiter ce Peintre ?
Mais celui qui peindroit avec la même
touche & la même vérité les perfonnes
de ce temps , feroit un grand Artiſte.
On nous pardonnera cette digreffion ,
en faveur de l'utilité dont elle peut être .
Il y a dans le caractère de la Veuve une
fingularité , qui vient du travers d'efprit
où la conduit , fans qu'elle s'en apperçoive
, une délicateffe de fentiment qui
féduit fa raifon . Le contrafte de l'ardeur
du Chevalier , pour époufer une Maîtreffe
qui l'aime , de la tendreffe & de la
poffeffion même de laquelle il peut être
affuré fans cet engagement , revient à
la définition que nous avons donnée de
l'action morale dans les Drames ; & il en
confirme la jufteffe , par le jeu , par le
reffort qu'il produit dans cette Comédie .
En général , nous croyons que les Lecteurs
verront, comme nous, tous les caractères
de cette Pièce ; non comme on les
figure ordinairement , & plus fouvent
encore comme on les déguiſe au Théâtre
, en prétendant les ajufter ; mais
comme ils font journellement fous nos
yeux dans la Société. Il paroît que M.
COLLÉ s'eft conduit d'après le même
principe
AVRIL. 1764. 193
principe pour fon Dialogue . On y retrouve
toujours la Nature , & il fait difparoître
entièrement les moyens pratiques
de l'art. C'eft fur quoi il eft de notre
devoir de prévenir quelques Lecteurs ,
trop accoutumés au flyle compaffé de
notre Théâtre , fi différent de la converfation
familière .
Il nous refte à remarquer ce que
tous les Lecteurs fentiront bien mieux
encore par eux-mêmes ; c'eft la chaleur
de fentiment qui règne dans cette Pièce
fur- tout dans les Dialogues entre la Veuve
& le Chevalier . Ce genre de mérite
( le premier de tous pour les Ouvrages
de Théâtre ) feroit encore bien plus fenfible
, s'il étoit fecondé par le jeu des
mêmes Acteurs qui fçavent fi bien nous
émouvoir dans Dupuis & Defronais.
Nous avons appris que la Comédie de la
Veuve avoit été reçue , & qu'elle devoit
être jouée , ou à la fuite , ou dans le
même temps que cette autre Pièce ; mais
que la défiance modefte que M. COLLÉ
a toujours eue de fon talent,l'a empêché
de la faire repréſenter .
Nous espérons , & il y a lieu 'd'en
flatter les Amateurs du Théâtre , que
les fuffrages non-fufpects qui lui reviendront
de ceux qui l'auront lue , nous
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
rendront le plaifir que fon injuftice contre
lui- même nous a trop long - temps
dérobé.
LE ROSSIGNOL ,
OU
LE MARIAGE SECRET ,
COMÉDIE en un Acte en Profe & en
Vaudevilles.
Deuxième Pièce du THÉ AT RE DE
SOCIETE de M. COLLÉ.
SUJET .
Las perfonnages de ce Drame font M.
VARAMBON , Colonel de Huffards , Père de CATHERINE
, laquelle eſt mariée ſecrettement
avec M. RICHARD , Homme de Robe . Un M.
de S. ALBON , Capitaine de Cavalerie auquel M.
VARAMBON Veur donner fa fille . Deux Valets,
POITEVIN , Valet de M. Richard , & PIERROT ,
Valet de M. S. ALBON.
La Scène eft fur l'Esplanade de la Porte faint
Antoine & fur le Boulevard , vis- à-vis de la
maifon de M, Varambon.
Après un Monologue très-court , Catherine ,
mariée fecrettement à Richard , lui apprend que
Varambon fon Père veut lui faire épouler S, Al
AVRIL 1764. 195
bon. Ce Rival furprend Richard dans fon inquié
tude , il le plaifante , & Richard le retire de mauvaife
humeur. S. Albon informé par fon Valet
Pierrot , des rendez - vous nocturnes de Richard ,
prend la réfolution de fe venger de Catherine ,
quoiqu'il affecte un air d'indifférence & de Petit-
Maître avec un ton fingulier qui ne peut fe bien
faire fentir , que dans la Piéce même. Il joint à
la promenade le père & la fille. Il la perfiffle fur
fon goût pour le chant du Roffignol . Catherine
rend à S. Albon des farcafmes qui font taire
fon perfifflage. Il fe pique , & les quitte en chantant
d'un air ironique. Le Père fait d'aigres reproches
à Catherine fur l'intempérance de fes
bons mots. Elle en prend occafion d'avouer toute
fon averfion pour S. Albon & fon inclination
pour Richard. Varambon entre en fureur fur la
feule propofition d'avoir pour gendre un homme
de Robe. Cela redouble l'embarras de Catherine.
Son Père veut rentrer à la maifon avec
elle , que l'on fe couche & que l'on dorme.
Nous ne pouvons nous refufer à donner une
idée à nos Lecteurs du ton de plaifanterie qui
régne dans tout cet Ouvrage , par celle - ci , que
nous promettons uniquement de tranfcrire. Sur
ce que Catherine dit , d'un ton chagrin que
pour elle , elle ne dormira pas ; fon Père replique
en courroux & avec menaces : Vous ne
dormirez pas ! ... moi , morbleu , je veux que
vous dormiez Dormez, Mademoiselle , ou
vous aurez a faire à moi . Je veux qu'on dorme
chez moi. Je veux être obei ; corbleu. Le Père
& la Fille entrent dans la maifon. S. Albon
revient , fe cache , & voit monter au Balcon de
Catherine fon mari Richard qu'il croit n'être que
fon Amant. Le Valet de Richard eft ivre , ce
....
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
qui produit une Scène fort plaifante dans cette
conjoncture . Auffitôt que ce Valet eft retiré , S.
Albon fait placer la même échelle au pied du
Balcon. Il y monte à l'aide d'une barre de fer
que fon Pierrot lui tend , il ferme la fenêtre
en dehors de façon qu'on ne puiffe l'ouvrir par
dedans. C'eſt le feul endroit par où Richard
doit fortir , Varambon enfermant fa fille tous
les foirs dans fa chambre. S. Albon & Pierrot
imitent le chant des oifeaux & avec lesquels ils
accompagnent des chanfons de plaifanterie fur
la prife du Roffignol , Catherine & Richard entendent
à la fin ce bruit. On doit juger de leur douleur
& de leur embarras. Ils implorent longtemps
en vain la clémence de S. Albon . Il eſt
inéxorable . Cependant traitant l'affaire militairement
, il propofe à Richard , qu'il qualifie de
Gouverneur , une capitulation honnête ,
s'il veur
rendre la place. Le mariage fecret ne permet
pas d'accepter la capitulation. Alors S. Albon
en vainqueur qui méprifè fa conquête , délivre
les Prifonniers fans rançon & fans condition.
Dans le temps qu'il defcend du Balcon & que
Catherine lui dit avec reconnoiffance de prendre
garde de fe bleffer. Varambon qui a entendu
du bruit , fort l'epée à la main ; il croit que
S. Albon étoit en rendez - vous dans la chambre
de fa fille ; il l'attaque , celui - ci fe défend
Ils font feparés par les deux Valets qui furviennent.
L'imbroglio s'éclaircit. Le mariage clandeſtin
ſe déclare. Le Père , dans fa rage , confent
à le ratifier , mais il ne veut jamais voir
fon gendre ni fa fille. On entre dans l'espoir
de l'appailer . S. Albon termine la Piéce par
une fcène très-courte avec fon valet Pierrot ,
dans laquelle en riant de ce mariage , il fou
AVRIL. 1764. 197
tient & confirme le caractère dans lequel nous
l'avons annoncé .
REMARQUES.
EN lifant cette Pièce il nous a paru que
l'Auteur n'avoit pris qu'une idée très -légère
de fon Sujet, dans le conte du Roffignol
; l'invention de fa Fable comique
lui appartient prefqu'en entier , tous les
incidens font de fon imagination .
Indépendamment de la forme du Dialogue
, prèfque tout en vaudevilles , ce
Drame différe totalement de la Comédie
précédente & par la nature du
Sujer , & par le genre de l'action . Ici
c'eſt un des exemples de cette forte
d'action , que nous avons hazardé de
nommer phyfique ou matérielle : l'intrigue
, les incidens , les événemens imprévus
, le mouvement local des Perfonnages
, font les refforts qui font marcher
la Piéce , qui la conduisent à fon
dénouement , & qui diftinguent cette
action de celle que nous avons remarquée
dans Dupuis & Defronais , &
dans la Veuve , que nous croyons diſtinguer
le mieux , l'action phyfique de
l'action morale dans le dramatique , eft
lorfque tous les incidens font fous les
yeux du fpectateur ; c'eft précisément
L'iij
198 MERCURE DE FRANCE..
ce qui arrive dans la Piéce du Roffignol.
Aucune des actions , aucune des démarches
des Acteurs , utiles à la marche du
Drame , n'eft fouftrait de la Scène. La
férénade fingulière que S. Albon donne
aux époux clandeftins & leur furprife
, forment une Scène qui femble devoir
être très-théâtrale & très - piquante
à la repréſentation . C'est auffi l'effet
que des gens de goût , qui ont vû
jouer cette Pièce fur des théâtres particuliers
, nous ont affuré qu'elle produifoit.
L'action du dénouement , très - naturellement
amenée , comme on a pû voir
dans la légère efquiffe que nous venons
d'en tracer , eft d'une chaleur & d'une
vivacité qu'il eft très- rare de trouver, &
cette vivacité fe foutient jufqu'à la fin
lorfque l'Imbroglio s'éclaircit : circonftance
néceffaire mais ordinairement languiffante
dans nos meilleures Comédies.
Dans cet Ouvrage amufant il y a des
caractères que ne peut faire connoître
une fimple notice du Sujet. Ils font tous
dans la nature , & d'une vérité que l'on
ne peut méconnoître , quoique d'une
fingularité fort piquante: Celui du vieux
Militaire , père de Catherine , qui ne
veur marier fa fille qu'à un homme de
fon état , eft affurément d'un vrai inconter
table ; ainfi que fes principes fur
AVRIL. 1764. 199
l'autorité paternelle & fa manière de la
tourner en une efpéce defpotifme . Le
caractère de S. Albon a un coin de
fingularité tout neuf. Sa fatuité & fa
façon de procéder avec les femmes ,
font des objets qui n'avoient point encore
été préfentés fous cette face au
Théâtre. Ce caractère , tel qu'il eft
donné , quoique fingulier , n'en eſt pas
moins dans la Nature.
Tous les incidens , comme nous l'avons
remarqué , & comme le remarqueront
ceux qui liront la Pièce , font naturels
, & n'ont rien de forcé ; pas même
celui d'un Amant heureux & favorifé
berné , pour ainfi dire , & expoſé à la
rifée par celui qui n'eft pas aimé , &
qui n'eſt pas fait pour l'être. C'eft une
des fingularités qui diftingue ce Drame ,
fans néanmoins l'écarter des Loix du bon
Comique. Tous ces incidens ont leurs
principes dans les caractères de Saint-
Albon & de Varambon, & ces caractères
eux-mêmes font dans la Nature ,
Toutes ces confidérations ne nous autorifent-
elles pas fuffifamment à avancer
que cette Pièce ( d'un genre tout différent
de celui de la Veuve ) , réunit deux
points difficiles , & cependant effentiels
pour conftituer la VÉRITABLE COMÉ-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
DIE ; fçavoir , la VRAISEMBLANCE
DES ÉVÉNEMENS ET LA VÉRITÉ DEes
CARACTÈRES .
Il nous refte deux obfervations à
faire , l'une fur le Dialogue , & l'autre
fur le tour des Couplets. Le Dialogue
nous a paru ferré , & avoir la précifion
propre à foutenir la chaleur théâtrale.
Les couplets en général font d'autant
plus foignés , qu'ils ont cet air de facilité
qui feul peut- être puiffe raifonnablement
s'adapter au Comique , & entrer &
fe produire fur la Scène ,fans la défigurer .
Tel étoit le genre de ce qu'on appelloit
parmi nous l'Opéra- Comique , enfant de
la gaîté, père de l'enjouement & de la
fatyre fpirituelle. C'eft ce que vient d'éclipfer
de nos jours l'Opéra- Bouffon ou
Comédie mêlée d'Ariettes . Ce n'eſt ni
la partialité , ni la prévention , qui nous
dictent les regrets que nous laiffons quelquefois
échapper fur nos pertes.
L'Auteur du Roffignol nous permettra
, avant de finir , un reproche fur le
trop d'efprit, fur le tour de plaifanterie
du ton des meilleures fociétés , que nous
avons cru remarquer dans quelques couplets
du Pierrot. Ce Perfonnage , fur
notre ancienne Scène & dans nos idées
ne comporte pas autant de fineffe. Au
refte , l'objet de ce reproche tournera au
AVRIL. 1764. 201
profit des Lecteurs de la Pièce. Elle n'en
devient par-là que plus agréable. Eh
bien ! ceci , par exemple eft un défaut
dans lequel on ne peut tomber en compofant
des Opera-Bouffons ou des Comédies
à Ariettes. La Nature même &
le genre propre de ces Drames , en garantiffent
néceffairement , non - feulement
pour les rôles de Valets , mais auſſi
pour ceux des Maîtres & des Maîtres les
plus diftingués.
N. B. Nous préfumons que lorfque
l'Effai du Théâtre de Société , dont nous
venons de rendre compte , fera plus généralement
connu , M. COLLÉ fera
pour ainfi dire , forcé de furmonter fes
défiances pour en donner la fuite. Nous
devons l'y exhorter d'autant plus vivement
, que des gens d'un goût für &
diftingué ont beaucoup applaudi d'autres
Pièces de ce même Théâtre , encore plus
piquantes que celles- ci , & qui reftent à
imprimer.
La VEUVE & le ROSSIGNOL fe
vendent à Paris , chez Duchefne , au
Temple du Goût. Le prix de la première
Pièce eft de 24 f. celui de la feconde , 30
fols avec la Mufique.
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
SUPPLÉMENT aux Annonces de
Livres.
LAA vente à l'amiable que le fieur
Hochereau , Libraire , quai de Conti ,
avoit annoncée il y a trois femaines ,
n'ayant pas eu tout le fuccès qu'il en
avoit attendu , faute de n'avoir pas eu le
temps de donner un petit Catalogue des
principaux Articles qui s'y trouvoient ; il
fe flatte que l'on recevra avec plaifir la
note ci -après de ceux qui lui font reftés ,
& qu'il offre encore aux mêmes prix.
LIVRES ANGLO I S.
EUVRES de Pope , y compris l'Iliade & l'Odyffée ,
en 20 vol. in- 8°. grand papier , belle édition en
maroquin.
Euvres de Jonathan Swift , in- 8 °. 12 vol . grand
papier , brochés.
Portraits des Hommes Illuftres d'Angleterre
I vol. in-fol. très -grand papier , maroquin.
Ruines de Palmire & de Balbec , 2 vol. in-fol.
reliés en carton .
Voyages en Egypte & en Nubie, de Norden ,
2 vol in-fol. grand papier avec figures , reliés
en carton.
Journal de la Chambre des Communes de Londres
, depuis 1547 jufques & compris 1757,
avec l'Index , 28 vol in-fol .
Hiftoire des Infectes de Swammerdam, avec figur.
1 vol. in-fol . relié .
AVRIL. 1764. 203
Defcription de la Cathédrale de Cantorbery en
York , 1 vol. in- fol . broché , avec figures.
LIVRES ITALIENS ,
ET AUTRE S.
HISTORIA d'Italia di Guiecardini , 2 vol . in-fol.
grand papier , reliés .
Annali di Italia di Muratori , Milano , 1744 ,
15 vol. in-4°. reliés.
Opere di Torquato Taffo , Venetiis , 1722 , 12 .
vol. in-4 . reliés.
Euripide Grec & Italien , in- 8 ° . 12 vol . reliés.
Suida Lexicon Græcè & Latinè 33 vol. in- fol.
Homere Grec , édition de Glaſcow , in - fol. 2 vol.
reliés.
Rumphii Herbarium , Amboinenfe , 6 vol. in- fol.
Amfterlodami , 1750.
Les Fables de la Fontaine du plus grand papier ,
avec de très-bonnes épreuves , 4 vol . in-fol.
brochés .
SUPPLÉMENT à l'Article des Arts.
L'ESTAMPE de Mlle CLAIRON , gravée d'après
le beau Tableau de M. Vanloo , premier Peintre
du Roi , par MM. Cars & Bauvarlet , & imprimé
par le Sr Beauvais , for le plus grand papier
Grand- Aigle , fera mife en vente au plus tard ,
dans trois mois. Le tirage en fera peu confidérable,
& le prix de 24 liv . La fupériorité connue des
Talens du Peintre & des Graveurs , ne laiffe pas
douter de celle de l'exécution d'une Eſtampe
depuis longtemps attendue par les Amateurs des
Arts & du Théâtre , & dont S. M. a daigné gratifier
cette Actrice vraiment célébre .
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE VI.
SUITE des Nouvelles Politiques
du mois de Mars.
De MARSEILLE , le 3 Février 1764.
ES Les différends qui s'étoient élevés entre notre
Nation & la Régence d'Alger viennent d'être
heureuſement terminés par les foins du Chevalier
de Fabry , Commandant l'Eſcadre du Roi & du
feur Valliere , Conful de la Nation auprès de
cette Régence. Par cet arrangement la bonne
intelligence fe trouve rétablie d'une manière
avantageufe & folide.
De ROCHEFORT , le 4 Février 1764.
On a lancé derniérement à l'Eau le Vaiffeau
la Ville de Paris , de quatre- vingt - douze canons.
Le fieur de Kerlerec , Gouverneur de la Louifiane
, dont il eft de retour ici avec toute fa famille
, eft arrivé avec le Marquis de Fremur ,
Colonel du Régiment d'Angoumois , qui , en
1762 , paſſa à la Louifiane en qualité de Commandant-
Général des troupes , & à qui le mauvais
état de fa fanté n'a pas permis de fuivre
fon Régiment à S. Domingue. Le fieur de Kerlerec
fut reçu avec beaucoup de diftinction par le
Gouverneur & les principaux Officiers de cette
Place.
De PARIS , le 17 Février 1764.
Le 19 du mois dernier , le Premier Président
AVRIL. 1764. 205
& deux Préfidens du Parlement fe font rendus á
Verſailles & ont eu l'honneur de présenter à
Sa Majefté les remontrances qui avoient été arrêtées
le 18 .
* Le 21 le Roi a envoyé
à fon Parlement
une Déclaration
qui a été enregistrée
le même.
joux , & par laquelle
Sa Majefté
ordonne
que
Sa Déclaration
du 21 Novembre
dernier
fera
éxécutée
felon fa forme & teneur , impoſe
un
filence
abfolu
fur ce qui s'eft paffé juſqu'à
préfent
relativement
aux objets qui ont donné lieu
à fadite
Déclaration
, & fait défenfes
à toutes
perfonnes
, fans exception
, même
fes à Procu
reurs-Généraux
, de faire & continuer
aucunes
pourfuites
à ce fujet , pour quelque
caufe
&
fous quelque
prétexte
que ce puiffe être.
Le Comte de Colloredo , Lieutenant-Général
au fervice de Leurs Majeftés Impériales & Royale ,
eft arrivé ici de Bruxelles , & a été préſenté à Verfailles,
au Roi & à la Famille Royale par le Comte
de Starhenberg , Ambaffadeur de la Cour de
Vienne.
L'Impératrice de Ruffie , voulant reconnoîtreles
foins que le Sieur Morand , de l'Académie des
Sciences & de celle de Chirurgie , s'eſt donnés pour
procurer à la Chancellerie de Médecine de Peterfbourg
une belle collection de Piéces d'Anatomie
, d'inftrument de machines employés en
Chirurgie , &c. Sa Majefté Impériale a chargé
le Prince de Gallitzin , fon Miniftre Plénipotentiaire
en cette Cour , de remettre au fieur
Morand une fuite de Médailles d'or & d'argent
de toutes les grandeurs , qui ont été frappées
à l'occafion de fon avénement au Trône.
On écrit de Pétersbourg que l'Académie Im
périale des Sciences de cette Ville a admis
206 MERCURE DE FRANCE.
nombre de fes Membres le fieur Delalande , de
l'Académie Royale des Sciences.
On a appris de Berlin , que le Roi de Pruffe
avoit défigné pour un des Allociés Etrangers de
fon Académie , le Chevalier de Jaucourt , Membre
de la Société Royale de Londres , & de l'Académie
de Stockolm , connu par différens Ouvrages
de Science & de Littérature.
Le 28 du mois dernier , la Jurifdiction Confulaire
de Paris , affemblée avec les différens Corps
de Communautés des Marchands de cette Ville , a
élu , fuivant l'uſage , par la voie du Scrutin , les
Juge & Confuls qui exerceront pendant le cours
de cette année le fieur Darlu , Ecuyer , ancien
Echevin & du Collège des anciens Confuls , du
Corps de la Mercerie , a été nommé Juge ; le Sieur
Vaudichon fils , du Corps de la Pelleterie , premier
Conful ; le Sieur Hériſſant , Imprimeur du Cabinet
du Roi , du Corps de la Librairie , fecond Conful
; le Sieur de la Voye- Pierre , du Corps de l'Epicerie
, troisième Conful ; & le Sieur de Haynault
, du Corps de l'Orfèvrerie, quatriéme Conful.
Les obftacles qui ont fufpendu jufqu'ici l'exé
cution de la Gazette Littéraire de l'Europe ,
ayant ceffé , la première feuille de cet Ouvrage
périodique paroîtra le premier Mercredi du mois
de Mars prochain. On fuivra le plan & la forme
annoncés dans le Profpectus. Le prix de la Soufcription
fera , comme on l'a dit , de 24 liv . par an ,
papier ordinaire : & de 30 liv . papier plus grand &
plus fin . On aura foin d'affranchir le port de l'argent
& des lettres . On foufcrira , pour les Provinces
, au Bureau Général de la Gazette de France ,
rue neuve S. Roch , & pour Paris , au Bureau des
Galleries du Louvre. On s'adreffera , quant à la
partie Littéraire , à l'Abbé Arnaud , de l'Académie
AVRIL. 1764. 207
-Royale des Infcriptions & Belles- Lettres , & aur
Sieur Suard , chargés de la Rédaction & de la Direction
Générale de l'une & l'autre Gazettes .
Le trente-feptième Tirage de la Loterie de
l'Hôtel-de- Ville s'eſt fait le 24 Janvier , en la manière
accoutumée . Le lor de cinquante mille livres
* eſt échu au numéro 99841 , celui de vingt mille
< livres au numéro 90333 , & les deux de dix mille
livres aux numéros 89092 & 89598 .
Le 6 Février , on a tiré la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire. Les numéros , fortis de la Roue
de fortune , font 37 , 87 , 73 , 64 , 27. Le prochain
Tirage fe fera les Mars.
MARIAGE.
Le 28 Janvier , on célébra dans l'Eglife Paroif
fiale de S. Louis à Verfailles, le Mariage du Comte
de Graffe avec Demoiſelle Accaron . La Bénédiction
nuptiale leur fut donnée , en préſence du
Sieur Barette, Curé de laParoifle, par l'Archevêque
d'Alby.
SERVICES.
Le 10 Février , on célébra dans l'Eglife Paroiffiale
de Notre-Dame à Verfailles , un Service pour
feue Madame Henriette de France ; la Reine y affilta
, ainfi que Monfeigneur le Dauphin , Madame
Adélaïde , & Mefdames Sophie & Louiſe.
Le 11 , on célébra , avec les cérémonies accoumées
, le Service annuel fondé par le Roi dans
l'Abbaye Royale de S. Denis en France pour feue
Madame Henriette L'Evêque de Meaux , premier
Aumônier de cette Princeffe , yyaafſiſta , ainſi que la
Ducheffe de Beauvilliers , Dame d'Honneur ,
Baron de Montmorency , Chevalier d'Honneur ,
le Marquis de Lhôpital , premier Ecuyer, & les aule
208 MERCURE DE FRANCE.
tres Dames & Officiers de la Maiſon de feue Ma
dame .
MORT S.
Charles - Alexandre le Filieul de la Chapelle ,
Evêque de Vabres , Doyen des Evêques de France' ,
Abbé Commendataire de l'Abbaye Royale de S.
Pierre , Ordre de S. Benoît , Diocèſe de Châlonsfur-
Saône , eft mort à la Chapelle en Normandie ,
le 8 Février , âgé de quatre-vingt- huit ans .
Louis- Armand de Gironde , Baron de la Vaur ,
eft mort dernièrement en fon Château de la
Vaur , Diocèſe de Sarlat , dans la cent- quatrième
année de fon âge il montoit encore à cheval ,
alloit journellement à la chaffe , & eft mort d'une
chûte.
Marie-Anne-Jofephine- Félicité-Barbe , Comreffe
d'Arco , Epoufe de Maximilien - Emmanuel-
François , Comte d'Eyck & du S. Empire , Chevalier
de l'Ordre de l'Aigle Blanc , Confeiller d'Etat
Actuel Intime de l'Electeur de Baviere & fon Envoyé
Extraordinaire auprès de Sa Majeſté , eſt
morte en cette Capitale , le 6 de ce mois , âgée de
vingt- trois ans. Elle étoit fille d'Antoine Félix
Comte d'Arco , Confeiller d'Etat A &tuel de Leurs
Majeſtés Impériales & Royale , Grand Chambellan
de l'Archevêque- Prince de Salzbourg; & de
Jofephine , Comteffe d'Arco , née Comtelle de
Hardegg.
NOUVELLES POLITIQUES
du mois d'Avril.
De PETERSBOURG le 9 Mars 1764.
La Prince d'Anhalt Coëthen , Maréchal de
Camp au fervice de Sa Majefté Très- Chrétien
AVRIL. 1764. 209
ne , eſt parti d'ici , le 20 du mois dernier , pour
fe rendre en France. Sa Majefté Impériale lai
a fait préfent d'une boete enrichie de brillans
& ornée de fon portrait , indépendamment d'un
beau diamant & de quinze mille roubles.
De COPPENHAGUE , le 10 Mars 1764.
Henri Schultz , Méchanicien , a imaginé une
pendule pour déterminer les longitudes tant fur
terre fur mer : il propofe aux Nations qui ont
promis des prix pour la découverte des longitudes
, de faire l'épreuve de cette pendule pendant
fix mois.
De VIENNE , le 3 Mars 1764.
La Cour a défigné le Comte de Dietrichſtein ;
pour aller annoncer à la Cour de France, la nouvelle
de l'élection du Roi des Romains.
D'OSNABRUCK , le 1 Mars 1764.
Le 27 du mois dernier , le Prince Frédéric , Fils
puîné du Roi d'Angleterre , Electeur d'Hanowre ,
fut élu d'une voix unanime Evêque & Prince de
cette Ville.
De DRESDE le 18 Mars 1764.
On apprend de Warfovie , que la diviſion & le
trouble fubfiftent toujours dans les diſtricts , où
il y a eu Sciffion ; mais jufqu'à préfent ces querelles
n'ont pas été auffi meurtrieres qu'on pouvoit le
craindre. On compte qu'il n'y a pas eu dix hommes
de tués , quoiqu'il y ait eut plus de cent mille
coups de fabre donnés dans les Diétines .
Le Comte de Marainville, Brigadier des Armées
de Sa Majefté Très - Chrétienne , qui a été employé
pendant toute la guerre dernière aux Armées
Impériales , vient d'obtenir du Roi fon MatZra
MERCURE DE FRANCE .
tre la permiffion d'entrer au ſervice de notre Electeur
avec le grade de Lieutenant- Général & de
Quartier-Maître Général de l'Armée Saxone.
De LISBONNE , le 25 Janvier 1764.
Le Chevalier de Saint Prieſt , Miniftre Pléniposentiaire
de France , a eu le 17 de ce mois , fes
premières audiences de Leurs Majeftés & de la
Famille Royale.
De MADRID, le 21 Février 1764.
Dans la nuit du 15 , le Roi & toute la Famille
Royale , ainfi que le Comte de Rosemberg , qui
avoit fait la veille la demande de l'Infante Dona
Marie Louife , & qui repréfentoit Leurs Majeſtés
Impériales & Royale , fignerent les Articles de
Mariage de l'Infante avec l'Archiduc Leopold.
La Cérémonie du Mariage ſe fit le lendemain.
Le Prince des Aituries donna la main à l'Infante
au nom de l'Archiduc- Léopold , le Cardinal de
la Cerda y San Carlos , Patriarche des Indes ,
donna la bénédiction Nuptiale , le Comte de
Rosemberg , le Nonce du Pape les autres Ambaffadeurs
& Miniftres Etrangers , & tous les
Grands du Royaume , affifterent à cette Cérémonie.
Le Comte d'Egmont , Lieutenant- Général
des Armées de Sa Majesté Très Chrétienne ,
a été compris parmi les Chevaliers de la Toifon
d'Or que Sa Majefté Catholique a créés à l'occafion
de ce Mariage.
De LONDRES , le 21 Février 1764.
Le Sieur Garnot , Juge de Paix , le même qui
voulut faire arrêter le Sieur de la Condamine , *
*Voyez l'Art. des Nouv . Polit, du 1. Mercure
de Juillet 1763.
AVRIL. 1764. 211
> au mois de Mai dernier a été deftitué de fon
emploi par autorité fur la requête de les propres
confreres.
On mande de Briſtol que , le 11 de ce mois ,
la marée commença à monter une heure trois
quarts plutôt qu'à l'ordinaire , & qu'après avoir
defcendu , elle remonta une feconde fois. Le même
jour dans la riviere de Saverne à quelques
milles de Glocefter , la marée ne monta qu'une
demi-heure plutôt que de coutume. Quelques
perfonnes ont fuppofé qu'un tremblement de terre
pouvoit être la caufe de ce Phénomène fingulier.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. ?
De VERSAILLES , le 31 Mars 1764.
LSE 14 du mois dernier , le fieur de Packelbel,
Miniftre du Duc de Deux - Ponts , fut préfenté
au Roi, à la Reine & à la Famille Royale
en qualité de Miniftre du Landgrave de Helle-
Caffel.
Le 25 , le Comte de Fuentes , Grand d'Elpagne
, Amballadeur Extraordinaire de Sa Majefté
Catholique , a eu une audience particulière
du Roi , à qui il a préſenté fes Lettres de créances
il a été conduit à cette Audience , ainfi
qu'à celles de la Reine & de la Famille Royale,
par le fieur Durfort , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le même jour , les cinq Députés du Parlement
de Toulouſe , qui avoient été mandés par le Roi
furent préſentés à Sa Majefté par le Comte de
212 MERCURE DE FRANCE .
S. Florentin , Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant
le Département du la Province de Languedoc ,
& conduits par le Marquis de Dreux , Grand-
Maître des Cérémonies . Le Roi les reçut dans
fon fauteuil en préſence de fes Miniftres & de
fes Grands Officiers , & leur permit de lui faire
les repréſentations dont ils avoient été chargés
par leur Compagnie .
Le Premier Président de Paris s'eft rendu ici
le 4 de ce mois , accompagné des Préfidens d'Aligre
& d'Ormeffon , & a remis au Roi les
Remontrances de fon Parlement qui avoient
été arrêtées le 3 à l'Affemblée des Chambres .
&
Les huit Députés du Parlement de Rouen ,
qui avoient été mandés par le Roi , furent préfentés
, le 10 , à Sa Majesté par le fieur Bertin
, Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le Département
de la Province de Normandie ,
conduits par le Marquis de Dreux , Grand - Maître
des Cérémonies. Le Roi les reçut dans fon
Fauteuil en préſence de fes Miniftres & de fes
Grands - Officiers , & leur permit de lui faire les
repréſentations dont ils avoient été chargés
par leur Compagnie.
*
Le 25 du mois dernier , l'Archevêque de
Rheims , Grand Aumônier de France , facra
dans la Chapelle du Château, les Evêques de Saintes
& de Gap. L'Evêque d'Autun , Premier Aumônier
du Roi , l'Evêque de Meaux , Premier
Aumônier de Madame Adelaide , fervirent d'Affiltans.
Hier, pendant la Meſſe du Roi , les Evêques
de Saintes & de Gap prêterent ferment entre
les mains de Sa Majefté. Le Vicomte de
Choifeul , Brigadier des Armées du Roi , l'un
des Menins de Monfeigneur le Dauphin & Fils du
Duc de Praflin, eft défigné pour aller , de la pars
AVRIL. 1764. 213
de Sa Majeſté, complimenter à Vienne Leurs Majeftés
Impériales & Royale , ainfi que le futur Roi
des Romains , fur fon Election & lon Couronnement.
Le 25 du mois dernier , Leurs Majeftés & la
Famille Royale ont figné le Contrat de Mariage
du Duc de Fronfac , Premier Gentilhomme de
la Chambre du Roi en furvivance , avec Demoifelle
d'Hautefort ; le 26 celui du Vicomte
de Gouy d'Arfy , avec Demoiſelle de Beaumois ;
& le 4 de ce mois , celui du Vicomte de Bellunce ,
avec Demoiſelle de la Live d'Epinay .
La Comteffe de Graffe , fut préfentée à Leurs
Majeftés , le 26 du mois dernier , par la Vicom
teffe de Caftelane.
Le 25 de ce mois , la Princeffe de Beauvau fut
préſentée au Roi & à la Reine par la Maréchale
de Mirepoix , & prit le tabouret en qualité d'époufe
d'un Grand d'Espagne. Le lendemain , la
Ducheffe de Fronsac fut préſentée à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale par la Comteſſe
d'Egmont , & prit le tabouret. Le même jour ,
la Marquife de Sorem fut auffi préſentée à Leurs
Majeftés par la Comteſſe de Marfan.
Le 11 de ce mois , le Bailli de Froullay , Ambaffadeur
de Malte offrit au Roi les faucons
dont l'Ordre de Malte fait préfent à Sa Majesté.
Il préſenta en même temps au Roi le Chevalier
de Belmond , qui avoit été chargé par le Grand-
Maître de l'Ordre , de porter ces faucons en
France.
Lafuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
244 MERCURE DE FRANCE.
AVIS.
LE Sieur SAVOYE , Valet- de - Chambre de M.
le Bailli de Fleury , donne avis au Public qui
a reçu de Malthe , de l'eau de Fleur d'Orange
double , faite avec de la Fleur d'Orange- Bigarrade
, ce qui rend cette Eau de la première
qualité. I la vend 6 liv. la Bouteille de pinte.
I demeure rue de la Ville- Lévêque , Fauxbourg
Saint Honoré , N. 9. L'on peut lui écrire par la
petite Pofte, il ſe charge de l'envoyer.
ERRATA
A la page 116 du premier Volume d'Avril , an
lieu de M. Dupin , lifez M. Dupuy.
AP PROBATION.
J'ai lu , par ordre de Monfeigneur le Vice - Chancelier
, le Mercure du fecond volume d'Avril
1764 , & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion . A Paris , ce 14 Avril 1764.
GUIR OY.
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
ARTICLE PREMIER.
SUITE de l'Hiftoire raiſonnée des Difcours
de Cicéron. Pag.S
AVRIL. 1764 . 215
VERS fur la Tragédie d'Olimpic.
MADRIGAL , à Madame de ** *
VERS à Madame de S.
IMPROMPTU .
VERS à Mlle DE...
26
17
18
19
ibid.
LE ROSIER , Allégorie.
VERS à une Belle incrédule.
Le Bal de l'Opéra , Anecdote qu'on prendra
pour un Conte.
VERS à une jeune Demoiselle .
AUTRES à deux jeunes Demoiſelles.
PROVERBES .
A Madame D... fous le nom de Conftance.
A Madame **** ¸
PARADOXE Littéraire fur les Rois de France
appellés Fainéans.
EPITRE à M. le Comte de M....
TRADUCTION libre d'un Extrait de l'Idylle
de Mofchus , fur la mort de Bion fon Maître.
VERS à une jeune Dame , &c.
SUITE des Lettres à Sophie.
ÉNIGMES.
LOGOGRYPHES.
CHANSON .
20
23
ibid.
32
ibid.
33
36
ibid.
37
41
42
46
47
$3 &54
54 & 55
56 ART. II. NOUVELLES LITTÉRAIRES .
· LETTRE à M *** , fur le gage de bataille ,
en Normandie .
FAMILLES des Plantes , par M. Adanſon.
ÉCOLE de Littérature .
ÉLÉMENS de Fortification , par M. le Blond.
L'INOCULATION de la Petite- Vérole renvoyée
à Londres , par M. *** , Docteur
en Médecine.
ANNONCES de Livres,
57
69
84
95
105
110 & fuiv.
216 MERCURE DE FRANCE .
ART. III. SCIENCES ET BELLES-LETTRES.
ACADEMIES .
ASTRONOMIB.
LETTRE à M. de la Place , fur l'Eclipfe du
premier Avril . 147
MEDECIN E.
LETTRE au même , fur le Ver Solitaire .
ÉCOLE Royale Vétérinaire .
ISO
155
BOTANIQUE. 160
ART. IV . BEAUX - ARTS.
ARTS UT LIES.
DISTILLATION . 162
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE . 164
ART. V. SPECTACLES.
SUITE des Spectacles de la Cour à Verſailles. 166
SPECTACLES de Paris . Opéra.
COMÉDIE Françoiſe .
DISCOURS pour la clôture du Théâtre Fra ..
çois .
EXTRAIT de l'Amateur , Comédie , par M.
Barthe.
COMÉDIE Italienne.
CONCERT Spirituel .
SUPPLEMENT à l'Article des Spectacles.
SUPPLÉMENT à l'Article des Arts.
ART. VI . Nouvelles Politiques de Mars.
168
2
174
183
293
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JOARY ,
rue & vis-à-vis la Comédie Françoiſe .
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
MA I. 1764 .
Diverfité , c'eft ma devife . La Fontaine.
Coshin
Fiveim
BayilerSoulpe
A PARIS ,
( CHAUBERT, rue du Hurepoix.
JORRY, vis- à-vis la Comédie Françoife.
PRAULT , quai de Conti.
Chez DUCHESNE , rue Saint Jacques.
CAILLEAU , rue Saint Jacques.
CELLOT , grande Salle du Palais.
Avec Approbation & Privilége du Roi,
sect
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch à côté du
Sellier du Roi.
C'eft à lui que l'on prie d'adreſer ,
francs de port , les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pour feize volumes
, à raifon de 30 fols piece.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront d'autres voiesque
la Pofte pour le faire venir , & qui pren
dront les frais du port fur leur compte
, ne payeront comme à Paris , qu'à
raifon de 30 fols par volume , c'est- à •
dire , 24 liv. d'avance en s'abonnant
pour feize volumes.
A ij
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire vemir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cideffus.
On fupplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la pofte , en payanı
le droit , leurs ordres , afin que le payement
enfoit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affranchis
, refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à annoncer
, d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure . Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année . Il y en a jufqu'à
préfent cent fept vol. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
ſe trouve à la fin du foixante- douziéme.
MERCURE
DE FRANCE.
MA I. 1764.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
SUITE de l'Hiftoire raifonnée des
Difcours de CICERON.
HISTOIRE des Quatre Difcours de
CICERON tant au Sénat qu'au
Peuple , au retour defon exil.
LA malice des hommes rend tout
poffible & tout croyable. La vigilance
d'un Conful hardi & pénétrant , vient
de fauver la République , qui étoit fur
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
le point de périr ; le fupplice des
Conjurés a fuivi de près la conviction
de leur crime ; la mort ignominieufe
qu'ils ont fouffert en a impofé à ceux
que la vue du châtiment peut feule retenir
dans le devoir : Cicéron comblé
de gloiré a entendu fon nom prononcé
publiquement dans les actions de grâces
adreffées aux immortels ; il a reçu
une récompenfe plus flatteufe encore ,
c'eft l'eftime & l'approbation des bons
Citoyens.... Ce n'étoit point affez : il
lui manquoit un rapport effentiel avec
tous les grands hommes qui avant lui
avoient fervi leur patrie . Il ignoroit
jufqu'où va la rage & la fureur d'un
méchant qui perfécute un homme de
bien. Il étoit réſervé à Publius Clodius.
de le lui faire éprouver.
Tous les traits de la fcélérateffe la
plus noire & la plus raffinée étoient entrés,
pour ainfi dire, dans la compofition
de fon âme. Doué d'un efprit vif & pénétrant
, il ne s'en fervit jamais que
pour faire du mal. Il paffoit fa vie dans
la plus mauvaife compagnie de Rome;
& , par une fuite bien naturelle , tous
les honnêtes gens dont la conduite étoit
une fatyre vivante & continuelle de la
fienne , devenoient l'objet de fes railleM
A I. 1764. 7
ries les plus piquantes : il ne s'en tint
pas là : honteux d'un parallèle qui l'humilioit
, il voulut les perfécuter ; &
c'eſt dans cette vue qu'il brigua le Tribunat
du Peuple qu'il obtint. Il étoit
difficile de donner cette place à quelqu'un
qui la méritât moins . Cicéron fut
un des premiers qui fuccomba fous
l'injuftice de fes pourfuites.
Ce généreux Citoyen , comblé de
gloire & d'honneurs , paffoit tranquillement
fes jours au fein de la Philofophie
; quand Clodius , jaloux de fes fuccès
, & plus encore de fa réputation , entreprit
de l'accufer d'avoir fait mourir
fans formalités les complices deCatilina,
dont il prenoit hautement la défenſe .
Les Partifans fecrets de ce Confpirateur
, qui avoient voulu attendre l'événement
pour fe déclarer , étoient en
plus grand nombre encore que ceux qui
avoient embraffé ouvertement fon parti
; & Cicéron avoit dans chacun d'eux
un ennemi d'autant plus dangereux ,
qu'il étoit plus caché. Il ne fut pas
difficile à fon Accufateur de les engager
à l'appuyer dans fon entrepriſe.
Ce ne fut qu'après s'être muni de toutes
ces reffources , qu'il fe préſenta au
Peuple , favorifé en fecret par les deux
A iv
8 MERCURE DE FRANCE:
Tribuns Sextus Attilius & Numerius
Quintus , tous deux liés précédemment
avec les Conjurés , & par conféquent
in éreffés perfonnellement à la
perte de
l'illuftre Ex-Conful.
Tous les bons Citoyens rejetterent
avec indignation & mépris la plainte
de Clodius , qui paffa pourtant après
bien des conteftations à la pluralité des
voix ; & le défenfeur de la République
fut condamné à l'exil. Les Chevaliers
Romains qui fe faifoient gloire de compter
Cicéron pour un des Membres de
leur Corps , donnerent des preuves éclatantes
de l'eſtime fingulière qu'ils avoient
pour lui , en prenant des habits de
deuil conformes aux fiens. Un grand
nombre de Patriciens & d'autres Citoyens
les imiterent.
Des témoignages auffi flatteurs auroient
dû le confoler d'une injuftice
dont le fentiment intérieur de fa
confcience le vengeoit affez d'ailleurs ;
avouons-le pourtant : Cicéron y fut trop
fenfible ; fes follicitations furent rampantes
; il vit avec effroi que Pompée,fon
ancien ami , l'avoit abandonné ( a ), &
( a) J'ai fuivi ici l'opinion la plus commune ,
quoique peut-être la moins prouvée. Il paffe
pour conftant que Pompée évita adroitement la
M A I. 1764. 9
il partit de Rome pour ſe retirer en Sicile
, le défefpoir & la mort dans le
coeur. Son éloignement donna une libre
carrière aux fureurs de fon cruel ennemi
: il obtint dans les Comices un Plé
bifcite qui ordonnoit que la maifon de
Ex-Conful feroit râfée : & on éleva
fur fes ruines un Temple à la Liberté ,
comme fi cet illuftre Profcrit , qui avoit
expofé fes jours pour la défendre , avois
voulu en être le deftructeur.
1. Son abſence remit le calme dans
la ville elle dura dix-fept mois . Pendant
ce temps fes amis employerent efficacement
leur crédit pour ramener les
efprits. Le rappel de Cicéron fut propofé;&
bientôt après le décret en fut expédié
fans difficulté . Il revint donc dans
fa patrie la veille des Nones de Septembre
( b ) pour me fervir des termes
vifite que Cicéron venoit lui faire , en s'échap
pant par un escalier dérobé ; cependant Cicérons
ne le dit pofitivement dans aucune dé ſes lettres.
(b) Les Amateurs de la Chronologie exacte &
fcrupuleufe fçauront avec plaifir, que c'eft Cicéron
lui-même qui m'a appris cette date. Voici ce qu'il
écrit à Atticus , dans la première Lettre du qua
triéme Livre du Recueil de fes Epîtres.... Poftridie
in Senatu , qui fuit dies Non. Septemb. Senatu
gratias agimus..……… &c..
Ad Att. L. IV. Ep. A
AV
10 MERCURE DE FRANCE.
du Calendrier Romain , l'an DCXCVI
de la fondation de Rome. Le lendemain
de fon arrivée , il fe rendit au Sénat
, où il prononça le premier des quatre
Difcours dont il s'agit : il eft connu
des Sçavans & dans les Ecoles , fous le
titre de Poft reditum in Senatu .
Cette Piéce intéreffante à tous égards,
mériteroit à bon droit le titre d' ...
Effufion d'un coeur reconnoiffant .
La belle âme de l'Orateur s'y peint
toute entière ; & ceux qui fçavent entendre
le cri de la nature , voyent avec
plaifir que le fentiment y ett traité en
Maître. Cicéron y remercie en particulier
tous les Magiftrats qui avoient contribué
à fon retour ; & il adreffe enfuite
des actions de graces à tout le Sénat en
général . Les Confuls de cette année
étoient Publius Lentulus & Quintus
Metellus. Les termes dont il fe fert pour
témoigner fa gratitude , font entendre
qu'il croyoit devoir en grande partie
à l'un des deux , le changement arrivé
dans fa fortune ; mais qu'il n'avoit d'autre
obligation au fecond , que celle
de ne s'être pas oppofé à ce qu'on avoit
fait pour lui. Les Tribuns du PeupleT.A.
Millon , P. Sextius , C. Seftilius , M.
MA I. 1764.
II
:
Cufpius , T. Fadius , M. Curtius , C.
Mefinius & Qu. Fabritius , reçoivent enfuite
leur compliment. Les éloges qu'il
prodigue aux deux premiers , marquent
affez qu'ils l'avoient fervi plus ardemment
que les autres le filence affecté qu'il
garde fur le compte d'Attilius & de
Numerius , qui lui avoient été contraires
, forme un contrafte admirable avec
les traits piquans dont il accable enfuite
fon adverfaire P. Clodius , qui , comme
nous l'avons dit , avoit été Tribun
du Peuple l'année précedente , & qui
s'étoit fi mal fervi de fon autorité. Après
les Tribuns , Cicéron témoigne fa reconnoiffance
aux fept premiers Préteurs
L. Cæcilius , M. Calidius , C. Septimius,
Qu . Valerius , P. Craffus , Sex. Quintilius
, & C. Cornutus. Il ne dit mot du
huitiéme & dernier Appius Claudius
parce qu'il étoit frère de P. Clodius $
& qu'il n'avoit pas été de l'avis de fes
collégues . ( c ) Enfin il termine fa haran-
9
( c ) On ne s'étonnera pas de ce que Cicéron
place ici les Préteurs après les Tribuns du Peaple
, quoique ceux- ci ne fuffent jamais que des
Plebeiens toujours inférieurs en naiffance à ceuxla
, fi on fait réfléxion que la puiffance Tribuni
cienne étoit bien fupérieure à celle des Préteurs
quoiqu'ils fuffent Patriciens , du moins pour la
plupart
•
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
gue en témoignant à Pompée qui lui
avoit rendu fon ancienne amitié , combien
il a été fenfible à la marque éclatante
qu'il lui à donnée de fon attachement
, en prononçant dans le Sénat un
beau difcours en fa faveur.
II. Le Peuple n'avoit pas été fpectateur
oififde cette fameufe querelle : il y avoit
pris part en banniffant Cicéron, & en ledépouillant
de fes biens : il répara fon injuftice
en contribuant à fon rétabliffement.
Cicéron avoit des actions de
graces à lui rendre ; & il s'acquitta de ce
devoir au gré de tout le monde , peu de
jours après l'avoir rempli dans le Sénat.
Ce difcours porte ordinairement en
titre , Poft reditum ad Quirites. ( d')
9 III. Cicéron , rétabli dans fa patrie
n'étoit pas encore fatisfait : il voyoit
toujours fubfifter un monument odieux
de la fureur de Clodius. Sa maifon étoit
démolie ; & le Temple de la Liberté
fembloit avoir été élevé pour perpétuer
(d) Tous les Editeurs de Cicéron s'accordent à
placer ce Difcours avant le précédent , quoiqu'il
foit conftant qu'il n'ait été prononcé que le fecond.
Une tranfpofition de Copiſte aura été la
première caufe de cette faute qui perpétuée jufqu'à
nos jours , prouve que la plupart des Ér
is confaltent plus la routine que la raison.
M A I. 1764. 13
à jamais la mémoire de l'affront qu'il
avoit reçu. La fituation de l'Orateur
étoit des plus embaraffantes , parce que
fon ennemi , auffi rufé que Politique ,
avoit trouvé moyen d'intéreffer les
Dieux dans fa caufe , & d'immortalifer
ainfi fa vengeance. Le Sénat auquel
il s'adreffa d'abord , le renvoya aux
Pontifes, comme Juges naturels d'une
affaire , où le culte des Dieux fe trouvoit
mêlé..Ce fut donc en leur préſence qu'il
prononça, le dernier jour de Septembre,
le difcours dont il eft queſtion , & qui
porte le titre vulgaire de Pro domo fua
ad Pontifices. Le fuccès le plus brillant:
fut le prix de fon éloquence ; fes raifons
parurent bonnes ; & le Sacré Collège ,
s'il eft permis de s'exprimer ainfi , le
remit en poffeffion de fon bien par
une fentence qui fur enfuite confirmée
par un arrêt du Sénat. Cicéron nous
l'apprend lui-même dans une de fes .
lettres à fon digne ami le célébre Atticus
: c'eft la feconde du quatriéme livre
du recueil déjà cité.
IV. Cicéron triomphoit : fa fortune
étoit rétablie , ſes ennemis confondus
fon crédit devenoit plus grand de jour
en jour ; Clodius commençoit à per
dre le fien, & à tomber dans un mépris
14 MERCURE DE FRANCE .
général ; perfpective que doivent envifager
tous ceux qui ne craindront pas de
lui reffembler.
Sa fureur n'étoit pas encore affouvie :
il réfolut de tourmenter de nouveau
fon adverfaire. La fuperftition eft un.
aliment dont fe repaiffent aifément les
efprits foibles ; ce fut par là qu'il voulut
leur faire prendre intérêt dans fa querelle
foit qu'il crût que rien ne lui
feroit plus facile que de leur en impoſer ,
foit qu'il s'imaginât que comme ils
étoient en plus grand nombre , ils lui.
formeroient un corps de partifans plus
confidérable .
Pour commencer à faire jouer cette
Comédie , il apofta des gens à lui , qui
débiterent avec effronterie, qu'on entendoit
toutes les nuits un bruit affreux de
cliquetis d'Armes , & de chaînes de fer ,
dans une Campagne fort peu éloignée
de la Ville qu'on appelloit le Champ Latin.
Ce merveilleux étonna d'abord ;
les
gens fenfés n'en firent que rire ; mais
il n'en fut pas ainfi des autres , qui à force
d'entendre répéter aux créatures de
Clodius , leurs ridicules rêveries , en
vinrent bientôt à les adopter eux mê-
& à fe perfuader qu'ils avoient entendu
ces bruits.
M A I. 1764. 15
L'effroi ne tarda pas à fe répandre
dans la ville ; & d'une commune voix
on eut recours aux Harufpices ou Devins
, efpéce de Charlatans qui prétendoient
prédire l'avenir par l'infpection
des entrailles encore fumantes des animaux
nouvellement égorgés : l'inquiétude
& la curiofité naturelles aux Romains
comme aux autres hommes , faifoient
vivre cette espéce de Prêtres dans
une confidération fingulière.
,
Leur réponſe fut que les Dieux irrités
manifeftoient leur colère de ce qu'on
négligeoit leur culte , & qu'on oublioit
leur puiflance. Cette réponſe ambigue
& dictée fans doute par les libéralités
de l'Auteur même du prodige , donna
lieu à Clodius , revêtu pour lors de la
charge d'Edile Curule de déclamer
publiquement contre le decret qui avoit
remis Cicéron en poffeffion de fa maifon
, en affectant de lui appliquer les
paroles équivoques des Harufpices. Cicéron
indigné de ce nouveau trait de
vengeance auquel il ne s'attendoit pas ,
entreprit de réfuter les calomnies de
Clodius dans un Difcours qu'il prononça
dans le Sénat , difcours connu ordinairement
fous ce titre , De Harufpicum
refponfis.
16 MERCURE DE FRANCE .
Ce Morceau eft plein de chaleur & de
folidité. Il est vrai que Cicéron s'y laiffe
un peu trop emporter à la vivacité de
fon reffentiment ; mais il faut convenirauffi
qu'en faifant à Clodius l'application
de l'Oracle , il parle avec plus de
fondement & plus de vérité que n'avoit
fait fon adverfaire .
LAMOUR que les Princes doivent
aux Arts.
POEM E. *
A S. A. S. Mgr le Prince de ***
Dignum laude virum Mufa vetat mori..
PRINCE , Ami des Talens qu'ignore le vulgaire ,
Qu'eftiment les Grands Rois , & que ton oeili
éclaire ,
Toujours ta main prodigue en ſecours généreux,,
S'applaudit des bienfaits qu'elle répand ſur eux.
Ces préfens d'un Héros chercherent mon enfance
,
Et mes foibles talens te durent la naiffance.
Quand la Parque , frappant un père entre mes
bras >
* M. le Brun, Auteur de ce Poëme , n'avoit
que dix-neuf ans , lorfqu'il le compofa.
M A I. 1764. 17
Força les yeux d'un fils à pleurer ſon trépas ,
Tule pleuras toi-même... & touchantes allarmes!
Un Héros fans rougir peut répandre des larmes.
Déja le glaive en main , les yeux étincelans ,
Mars agitoit fon cafque & fes drapeaux fanglans :
La Diſcorde , à ſes cris , rallumant ſon tonnerre ,
Gronde & brife en fureur les portes de la Guerre.
Bellone cependant fur les rives du Var,
T'appelloit aux combats , & préparoit ton char.
Le Var courba fous toi fon onde & fa fortune ;
Vainement Albion s'en plaignit à Neptune.
Quelle fut fa douleur , ta gloire & mes tranſports !
Content de t'admirer , je me taifois alors ,
Que mon zéle indigné de cet obſcur hommage ,
Brûloit de s'élancer loin des bornes de l'âge !
A peine , foutenu de quatorze Printemps
Il hâtoit le fecours du Génie & des Temps.
Mais en vain j'implorois la Lyre des Orphées ;
Mars ne fufpend jamais ſa lance & ſes trophées
A ce frêle arbriffeau , jouet des Aquilons ;
C'est l'Orme impérieux , fier tyran des Vallons ,
Qui , fous ce noble poids , voit courber fon feuillage
,
Quand Mars , las & fanglant , y cherche un doux
ombrage.
Trop fouvent le Poëte , effroi de fon Héros ,
A fes lauriers brillans mêle d'obſcurs pavots.
Quelle Mufe eût ofé , follement intrépide ,
Sur les Alpes en feu fuivre ton vol rapide ?
18 MERCURE DE FRANCE
Leurs cimes , où Bellone a fondé tes autels ,
Te portoient en triomphe , au fein des immor
tels.
Aux rayons de ta gloire échauffant mon génie ,
Du langage des Dieux j'effayois l'harmonie :
A l'ombre des lauriers que moiffonna ton bras ,
Virgile m'apprenoit à chanter les combats.
Mais pour un Alexandre il falloit un Apelle ;
Et l'Aigle feul entend la foudre qui l'appelle.
Ce Dieu qui d'un regard honora mon berceau ,
De mes tremblantes mains vit tomber fon pinceau.
Tel qu'un jeune Nocher , dont la Barque timide
Attend que les Zéphirs ouvrent la pleine humide
Son oeil épouvanté s'égare au fein des Mers ;
Il compte les rochers dont les flots font couverts ;
Sa barque n'ofe encor tenter ces Mers profondes ,
Et confulte long - temps fes voiles & les ondes.
O tel fur fon rocher , l'Aigle , en fes premiers
jeux ,
Craint de toucher l'Olympe aux fommets orageux
;
Bientôt , s'il veut du Ciel tenter les vaſtes plaines ,
Il déployé en tremblant fes aîles incertaines ,
Et prêt à s'élancer jufqu'au Throne des Picax ,
Il balance fon vol , & mefure les Cieux.
Ainfi , trop jeune encor , je n'ofois me réfoudre
A toucher aux lauriers où repoſoit ta foudre.
Enfin le noble eſpoir d'éclater à tes yeux ,
MA I. 1764. 19
Eleva jufqu'à toi mon vol ambitieux ;
Et pour chanter des faits que vantera l'Hiſtoire ,
Mon Apollon monta fur ton char de Victoire.
Je te vis raffurer mes timides accens ,
Et fourire à la main qui t'offroit mon encens.
Un enfant des neuf Soeurs plait aux Fils de Bellone
:
Qui combat pour la Gloire , eſtime qui la donne.
Eft- ce à d'obfcurs mortels dans l'opprobre nourris.
D'aimer ces Arts brillans dont l'honneur eſt le
prix ?
C'eſt aux Rois tels qu ' Augufte à chérir un Virgile;
Le Ciel doit un Homére aux exploits d'un Achille ;
C'eſt le droit des Héros ; & les hommes fameux
Connoillent feuls le prix des grands hommes comme
eux.
Grand Prince , aux mêmes Arts tu dois la même
eftime ;
Et ces Arts te devoient leur tribut légitime .
Les Mufes pour te fuivre ont quitté l'Hélicon }
Que ta Cour déformais foit leur facré vallon .
Rends- leur ce temps heureux , où les Arts &
Bellone
Ceints des mêmes lauriers environnoient le
Throne .
1
Sur l'Univers foumis Rome étendant les loix ,
Marchoit , la foudre en main , fur la tête des
Rois :
Les Mufes commandoient à la Reine du Monde s
20 MERCURE DE FRANCE .
En demi -Dieux alors que Rome étoit féconde !
De la Thrace & du Pinde encenſez les travaux ,
O François ! des Romains foyez deux fois rivau ,
Un grand homme eft aux yeux de tout Motel
qui penfe ,
Bien au-deffus des Rois qu'un vil flatteur encenſe .
Qu'un bienfait du hazard doit caufer peu d'or--
gueil !
L'efprit feul nous dérobe au néant du cercueil !
En vain des Conquérans , pour ravager la Terre,
Ont ofé des Dieux même émprunter le tonnerre ;
Des céleftes fureurs implacables torrens ,
Ils couvroient l'Univers de leurs flots dévorans.
Sur des bords inconnus égarant la victoire ,
Leur vol a fatigué les aîles de la Gloire.
Ils cherchoient d'autres Cieux & des mondes nouveaux
;
Mais aux bornes du Monde ils trouvent leurs tombeaux
,
Guerriers ! qu'avez vous- fait de ces vaftes conquê
tes ?
Vos foudres allumés éclatent fur vos têtes.
Calliope oublia de vous rendre immortels ,
Phantômes impuiſſans, tombez de vos Autels !
Pouffière ambitieufe au néant échappée ,
La Mort fouffle , la Mort vous a vu diffipée ;
Dans l'abîme dès temps vous diſparoiſſez tous ;
Et leurs gouffres muets ſe referment fur vous.
Vos noms vivroient encor , fi la main des Or
phées
M A I. 1764.
21
1
Eût au-deffus des temps élevé vos trophées :
Des enfans d'Apollon vous méprifiez la voix ,
Et l'oubli dévorant engloutit vos exploits. *
Il fut encor des Rois , dont l'oifive molleffe
Goûta des vrais plaifirs l'amorce enchantereffe ,
Sous des lambris dorés un encens faftueux
Enivra de ces Rois l'orgueil voluptueux ,
Et du flambeau des Arts l'éclatante lumière
Fatiguoit de leurs yeux la débile paupière:
Les timides talens dans l'ombre retenus
A leur fervNe Cour languiffoient inconnus.
Quelquefois , abaiſſant leur fierté ſourcilleuſe ,
S'ils prêtent d'un regard la faveur orgueilleuſe ,
Des talens ingénus ils font rougir le front ;
Et leur plus doux bienfait n'eſt qu'un utile affront.
De ces Rois cependant la ftupide indolence
Applaudit aux difcours de l'altière ignorance ›
Dans l'éternel oubli tombés à leur réveil ,
Leur régne ténébreux ne fut qu'un long fommeil.
Perfides Courtifans ! votre coupable adreſſe
De ces Rois malheureux égaroit la foibleſſe :
Sons doute vous difiez que les fils d'Apollon)
N'ofent franchir les bords du ftérile Hélicon
Frémiffez , vils Mortels ; les enfans d'Uranie
Embraffent l'Univers dans leur vafte génie :
* Que de fiécles obfcurs ont précédé ceux de
Louis XIV & de Louis XV ! La gloire des
Arts nous défend d'oublier ce Monument élevéfous
nos yeux au célébre CRÉBILLON , par l'ordre de
fon Roi.
22 MERCURE DE FRANCE.
Bientôt leur vol échappe à vos timides yeux:
Vous rampez fur la Terre , ils planent dans les
Cieux.
Des globes éternels , ils meſurent la courſe ,
Et des feux du tonnerre ont pénétré la fource ;
Leur voix rendoit jadis les Arrêts du Deſtin ;
L'âme de Jupiter repoſe dans leur ſein.
*
Vous dont l'orgueil infulte à ces eſprits ſublimes ;
D'un éternel affront vous ferez les victimes ;
La honte doit payer vos mépris infolens .
Prince , tu connois mieux l'empire des Talens :
Tu fçais qu'un Favori des Filles de Mémoire
Confacre dans les vers , ou la honte , ou la gloire :
Plus d'un Roi par nos chants eft devenufameux ,
Notre gloirejamais n'a rien emprunté d'eux.
En vain de notre fort un Souverain décide ; *
Son éxil dans le Pont n'avilit point Ovide..
Des enfans d'Apollon , Héros , foyez jaloux ;
Céfar fit toutpour lui , Virgile tout pour vous.
Mufe de Frédéric , inftruiſez les Monarques ;
Triomphez de l'orgueil , de l'envie & des Parques;
Du Héros de Nervinde , ô toi , rival heureux !
Prête aux Arts qu'il aimoit un appui généreux.
Sous des noms différens une même Déeffe ,
* Ces Versfi connus , & fi dignes de l'être ,font du
Roi de Pruffe, dans l'Epitre à fon Esprit , où ce
grand Prince défend la Poëfie avec tant de nobleſſe
contre lesreproches vulgaires.
M A I. 1764. 23
Te guide vers l'Olympe & m'entraîne au Permeſſe;
Pallas armoit ton bras de la foudre des Rois ,
Et Minerve en riant m'infpire quelquefois.
Propice à mes efforts , tu daigneras peut- être
Favorifer des chants que ta gloire a fait naître ;
Et les entendre encor , dans ce Temple de Mars ,
Où le Goût , fur tes pas , doit raffembler les Arts .
Puiffé-je , dans ces lieux , te confacrant ma vie ,
Fouler d'un pied vainqueur les ferpens de l'Envie ;
Monftreimpur , dont le fouffle infectant les Autels ?
Empoiſonne l'encens qu'on offre aux Immortels,*
Sans doute il frémiroit qu'une Plume fçavante
Eût tracé de ta gloire une image vivante.
En vain fes cris jaloux veulent trouble
Et leur murmureaigu rend mes
Croaffez , vils corbeaux , aux fanges du Parnaffe ;
Du Cygne des Thébains j'ofe imiter l'audace.
Peut- être on te dira que le nombre des ans
Peut trahir de mon vol les efforts impuiffans.
Ris de ces vains difcours : dans les âmes bien nées,
Tu comptes les talens , & non pas les années.
De Mars & des Neuf- Soeurs les Fils audacieux
Vont s'affeoir , en naiffant , à la table des Dieux
Quand Mars de fes lauriers honora ton courage ,
Charmé de ta valeur , il oublia ton âge.
es chants,
us touchans.
* L'Envie ne confifte pas , comme les Cotins ont
intérêt de le croire , à reprendre les mauvais Auteurs,
mais à blâmer injuftement les bons ,
24 MERCURE DE FRANCE .
VERS à Mlle D ***.
SUIVANT les enfans d'Apollon,
Les Grâces nues , mais décentes ,
Verfant fur les Mortels leurs faveurs bienfaiſantes
D
Sont au nombre de trois , dit-on .
Que ces combinaiſons me paroiffent plaifantes !
De ce calcul D *** prouve la faufleté :
Dans les yeux , far fon tein , fur les lévres de
rofes ,
On voit tant de grâces écloſes ,
Qu'elles rendront toujours leur nombre illimité.
Par M. MOURET DUCHEMIN.
MADRIGAL ,
A Mlle de la M.
Ce ne font plus les enfants Cythère
Qui déformais nous donneront des loix ;
La jeune Iris , cette beauté fi fière ,
A dérobé leur perfide carquois.
Fils de Vénus , nous bravons ta colère ;
Mais notre fort n'en fera pas plus doux
Iris, hélas ! d'une main plus févère ,
Bien mieux qu'amour nous portera des coups.
AUTRE
;
M A I. 1764.
25
AUTRE à la même , au fujet de
l'Éclipſe du 1 Avril 1764.
2
POURQUOI trembler que le Aambeau des cieux
Voile à jamais fon utile lumière ?
Que craignons- nous , fi la jeune Glycère ,
Plus brillante que lui , vient habiter ces lieux ?
Son coeur eft l'aftre qui m'éclaire ,
Et mon Soleil eft dans les yeux.
APOLOGUES ORIENTAUX
Par M. de S ***
*
APOLOGUE PREMIER.
Sourdin & Zaraïne.
SOURDIN , Grand-Vifir de la Reine
Zaraïne , avant qu'elle arrivât au Confeil
, difoit en lui-même je ne veux
point que le Prince Rofey foit notre Roi.
* Extraits d'un Ouvrage qui eft fous preff , &
fait pour infpirer l'amour de la vertu & l'an.our
de la Patrie.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Il ne me convient point , & mon choix
eft tombé fur un autre . Oui , mon petit
Seigneur , je dirai tant de mal de vous ,
que la Reine Zaraïne , toute coquette &
toute capricieuſe qu'elle eft , ne vous
voudra ni pour amant , ni même pour
époux. Aufli- tôt qu'il fut en préfence de
Sa Majesté :
Grande Reine , lui dit-il , le Prince
Rofey, dont vous m'avez ordonné de
vous entretenir , eft Souverain d'un bon
pays qu'il s'efforce de rendre mauvais.
Il prétend defcendre de la Lune en ligne
directe ; ce qui le rend très- vain . ÏÏ ſe
croit obligé d'être plus magnifique qu'un
autre Prince ; ce qui le ruine en un
mot , il n'eft bon que pour donner des
loix dans un Serrail , préfider à la Toilette
& à la Table , & juger des modes &
des ragoûts.
ZARAINE , l'interrompant .
Vous ne me dites rien de fa perfonne..
Eft- ce un beau Prince ?
SOURDI N.
Vous allez en juger , Madame ; c'eſt
un homme de trente ans , qui a vécu de
bonne heure . Il eft d'une taille un peu
au- deffous de la médiocre , extrêmement
fluet. Le temps qu'il devroit employer
à régir fes Etats , il le paffe deMA
I. 1764. 2.7
vant fon miroir , à fe barbouiller de
blanc & de rouge , à fe noircir les fourcils
& s'arracher la barbe.
ZARAÏN E.
Il a raiſon ; je ne connois rien au
monde de fi inutile , de fi laid , de fi hideux
que cette vilaine barbe rude , qui
ne fert qu'à vous incommoder & qu'à
nous piquer les joues quand on nous
embraffe. Le Prince Rofey eft préciſément
comme un joli homme doit être.
Qu'on doit aimer un mari comme le
Prince Rofey ! Il a fùrement des grâces ,
de la phyfionomie. Donne- t-il beaucoup
de fêtes ? Aime- t- il la danfe , le
jeu ?
SOURDI N.
Le jeu ? .... trop , Madame , pour le
bien de l'Etat... fes malheureux Sujets...
ZARAÏNE , l'interrompant.
Ah ! c'eft un Prince accompli
SOURDI N.
Mais , Madame , fongez donc que
c'eft ( permettez - moi le terme ) le plus
grand fat. ...
ZARAIN E.
Bon il en eft plus aimé.
SOURDI N.
Le plus indifcret....
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
ZARAÏN E.
Tant mieux ; je hais les avantures
fecrettes .
SOURDIN.
Et même le plus inconflant... ,
ZARAIN E.
Le plus inconftant ? à merveille ! Il
eft inconftant ; c'eft que les femmes fe
l'arrachent c'eft qu'il eft charmant .
Au reste , il y aura plus de mérite à le
captiver. Que je fuis enchantée de ce
que vous me dites du Prince Rofey !
Que vous me faites plaifir ! Que je vous
ai d'obligation ! .... J'exige encore une
chofe de vous , mon cher Sourdin.
SOURDIN .
Que vous plaît-il , Madame ?
ZARAIN E.
Que vous faffiez accélérer les préparatifs
de mes nôces , & que vous alliez
vous- même au- devant du Prince Rofey.
Faites qu'il arrive bientôt je l'épouferai
auffitôt qu'il fera ici.
SOURDIN , prenant un vifage riant.
Je me conformerai à vos ordres , Madame
; & vous jugerez par la diligence
que je vais apporter à les éxécuter
combien ils me font agréables. Souffrez
maintenant que je fois le premier à
yous complimenter, Vous ne pouviez
MA I. 1764. 29
effectivement faire un choix meilleur ,
ni qui fût plus utile à vos Sujets.
Les autres perfonnes du Confeil , qui
avoient écouté Sourdin & Zaraïne avec
une très-grande attention , décidèrent
que Sourdin & Zaraine avoient raiſon.
APOLOGUE I I.
Le pouvoir de la Religion.
LEKALIFE Huffain ( a ) , fils du grand
Ali , étoit à table ; un de fes Efclaves
( a ) Huffain , cinquième Kalifedes Muſulmans ,
fuccéda à ton père Ali , qui avoit époufé la fille de
Mahomet il fut ainfi que fon père , un modèle de
fagefle & de vertu.
Qu'un homme de la lie du Peuple , après avoir
épousé une femme dont il a été le valet , lui ait
fait accroire qu'il étoit inſpiré ; j'en ſuis médiocrement
furpris : mais que , nefçachant ni lire , ni écrire
, il ait comptéau nombre de fes premiers Difciples,
Ali , l'homme le plus vertueux & le plus éclairé
de fon temps ; qu'ignorant les premiers élémens
de l'Art Militaire , il ait fait marcher , fous les drapeaux
, le plus grand Capitaine des Arabes , le fameux
Omar dont la vertu égaloit la valeur ; c'eſt
une chofe que j'ai peine à concevoir.... A chaque
pas que l'on fait dans l'Hiftoire , on voit la force
opprimer la foibleffe , & plier les genoux devant
la fourberie.
B iij.
30 MERCURE DE FRANCE.
Taiffe tomber un plat de riz bouillant fur
fa tête Hussain jette fur l'Efclave un
regard févère ; celui - ci , tout tremblant ,
fe profterne devant lui , & dit ces paró- .
les tirées du fublime Alcoran :
Le Paradis eft fait pour ceux qui reennent
& domptent leur colère.
HUSSAIN froidement.
Je ne fuis point en colère.
L'ESCLAVE , continuant le Verfet.
Et qui pardonnent à ceux qui les ont
offenfes.
HUSSAIN , fans le regarder.
Je te pardonne.
,
L'ESCLAVE continuant le Verfet.
Et Dieu chérit pardeffus tous ceux qui
font le bien pour
le mal.
HUSSAIN , lui tendant la main avec
bonté.
Eh bien ! lève-toi je te donne la liberté
, & quatre cens dragmes d'argent.
A ces mots , l'Efclave rendit mille
actions de grâces à ce vertueux Kalife.
O mon Prince ! s'écria-t-il après, vous
imitez l'arbre chargé de feuilles & de
fruits ; il prête fon ombre , il donne fes
fruits à celui-là même dont le bras audacieux
lance des pierres contre lui.
MA I. 1764. 3L
APOLOGUE III.
Les Défintérefés.
PRINCES , qui vous écartez des voies
de la juftice , tremblez d'interroger l'homme
jufte la vérité réfide fur fes lévres.
Le fage Fodahil ( b ) avoit diffipé fes
biens au fervice du Kalife Haroun Rachid;
& ce Monarque , noyé dans les délices
, lui difoit ironiquement : connois
tu quelqu'un qui faffe profeffion d'un
plus grand détachement que toi ?
FODAHI L.
Oui , Seigneur.
HAROU N.
Quel eft- il ?
FODAHI L.
Vous je n'ai facrifié que ma fortune ;
vous facrifiez votre gloire.
( b ) Fodahil , voyant que fa préſence à la Cour
étoit à charge au Kalife , & inutile au bien des
Peuples , fe retira dans une folitude pour y vivre
en Anachorette : il avoit les moeurs les plus auftères.
On rapporte de lui un trait fingulier on l'a
vu rire une feule fois dans fa vie ; ce fut le jour
qu'il perdit fon fils unique, qu'il aimoit tendrement.
Il ne faut pas confondre , ainfi que l'ont fait la
plupart des Hiftoriens , ce Fodahil avec un autre
qui vivoit fous le même Kalife ; & qui changea fa
profeffion de Voleur pour celle de Derviche.
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
O
APOLOGUE IV.
Salaeddin & Fatmé
MALHEUREUX Salaeddin ! fans.
amis , fans efpérance , que te refte - t- il
maintenant de tous les grands biens
que tu poffédois ? Un peu de riz & de
poiſon ! ... Eh bien , faifons- les bouillir
enfemble , & que ce foit le dernier de
mes repas.
Salaeddin délaye le riz & le poifon
dans un pot qu'il met devant le feu ,
puis il continue ainfi .
Je vais donc renoncer à la vie ! à une
choſe plus chère encore , à l'amour de
Fatmé! Fatmé qui m'aime , alloit s'unir
à moi , par les noeuds les plus faints.
O Mahomet ! je vais donc y renoncer.
Oui , fans doute ; iras-tu , prodigue
Salaeddin, après avoir vû s'écouler dans
tes mains toutes les richeffès de tes
pères , après avoir abufé des bontés
de Fatmé , iras- tu lui ravir le peu qui
lui refte ! Voudrois- tu l'entraîner avec
toi dans l'abîme profond des malheurs ?
Que plutôt périffent jufqu'aux cendres
de tes os !.... Etois- tu fait pour t'unir
M A I. 1764. 33
à la vertu la plus pure ! ... Hélas ! je l'ai
cent fois penfé; cent fois je l'ai dit à mon
coeur embrâfé : jette de l'eau fur le feu qui
te confume : mais toujours mes paroles
fe font évaporées dans les airs.
C'en eft fait ? je vais mourir... Honneur
, ta voix fe fait entendre ; ton
ordre fera fuivi ..... Je devois changer
de conduite : ma bouche l'avoit
juré à Faimé. J'ai trahi mes fermens !
Après un fi grand crime , j'oferar plu
tôt envisager la mort que Fatmé.
De quels biens cependant moimême
je vais me priver ! Chaque jour
je voyois , j'entretenois , j'écoutois Fatmé
; qu'elle étoit chère à mon coeur !
Quel bonheur , ô Ciel ! je goûtois près
d'elle . Quel plaifir j'éprouvois en entendant
feulement le bruit de fes pas !.
Ce plaifir qui plongeoit mes fens
dans l'ivrèffe , laiffoit échapper mon
coeur fur les prunelles de mes yeux ,
& faifoit courir toute mon âme à la
porte de mon oreille ..
O Fatmé! tu m'aimois auffi ! la couleur
des rofes printanieres étoit moins
vive que celle de tes joues , quand
ton Amant venoit te faluer d'un doux
baifer , & quand , de fes bras amoureux,
il te preffoit contre fon fein.
Bv
34 MERCURE DE FRANCE.
Ah ! quelles feront les plaies de ton
coeur , trop fenfible , trop infortunée
Fatmé , lorfque le bruit de ma mort
viendra retentir à ton oreille ! Déja je
te vois , le vifage pâle & l'oeil en feu ,
de tes mains délicates arracher tes cheveux
, déchirer tes vêtemens & frapper
ton fein qui palpite .
Mais quand je voudrois t'épargner le
chagrin de ma mort , il ne feroit que
differé. Que dis-je ? malheureux ! tu
me retiendrois un moment fur les bords
de l'abîme liée à mon fort ', bientôt
mon fatal afcendant t'entraîneroit , te
précipiteroit avec moi , & j'emporterois
au tombeau le regret affreux d'avoir
caufé tes malheurs & ta mort.
Salaeddin s'apprête à manger les mets
empoifonné. Pour n'être point troublé
dans fon dernier moment , il va fermer
la porte ; en la pouffant , il voit Fatmé.
Il recule en frémiffant , & Fatmé prend
la parole , & dit :
Avec quelle joie je te revois , ô
mon cher Salaeddin ! mais je fuis accablée
de fatigue , & j'ai beſoin de
nourriture procure- moi quelque aliment:
SALAEDDIN.
Fatme , je n'en ai point.
M A I. 1764. 35
FAT MÉ .
Cependant tu viens d'apprêter ce riz , ..
le deftines-tu à quelqu'un qui te foit
plus cher que Fatmé?
SALA ED DI N.
O Ciel ! quelqu'un me feroit plus
chèr que toi ! Ah ! Fatme ! tu ne le
crois pas ?
FAT MÉ .
Mais , pourquoi ne me l'as-tu pas
offert ? ....
SALA EL DIN interdit.
Pourquoi ? .... doutes -tu du. coeur
de Salaeddin.
FAT MÉ.
Non , cher Amant ; mais il m'avoit
femblé d'abord que tu me refufois .
Pardonne.
Fatmé prend des mains de Salaeddin ,
le plat de riz , fans qu'il ait la force
de s'y oppofer ; & Fatmé qui a les
yeux fur lui , s'écrie ;
Que vois- je ? O Ciel dans quel!
trouble tu me jettes ! Tu changes de
couleur ! Tu portes für moi des regards
effrayans tes mains tremblent P
Tes cheveux fe dreffent fur ton front
T'eft-il furvenu quelque nouveau mal--
heur ? Parle , hâte-toi ..
2
Salaeddin fe précipite aux pieds da
Bvi
36 MERCURE DE FRANCE.
• Fatmé , & lui retient la main. dans
le moment que Fatmé porte le riz à
fes lévres . ...
Arrête , Fatmé ! que fais-tu ? Gardetoi
d'y toucher.
FAT MÉ .
Pourquoi ?
SALAEDDI N..
Ce riz ...
FATM É .
Eh bien ?
SALAEDDIN..
Il est empoisonné.
FAT ME .
Ciel ! Et c'est toi qui l'as apprêté !
quel ufage en voulois - tu faire ? Je frémis...
cruel ! tu voulois attenter à tes
jours ; je le vois..
SALAED DI N..
Il est vrai.
FAT MÉ.
Malheureux ! qui pouvoit t'y forcer ?
SALAEDDIN..
L'honneur . la mifére affreufe
dans laquelle je fuis réduit par ma
faute la honte d'avoir dérangé ta fortune
; la crainte de te rendre auffi malheureufe
que moi.
FAT MÉ .
Eft-il un plus grand malheur pour
M A I. 1764. 37
moi , que de te perdre ? Mais ton fort
eft changé je n'ai plus rien à craindre
; j'ai vu le Kadileski ; j'ai prouvé
les vols qui t'ont été faits : tu vas rentrer
dans tous tes biens ; & rien ne
s'oppofe plus à notre bonheur ..
O mon cher Salaeddin ! une autre
fois , né défefpere plus de la Providence
. Si quelquefois elle permet que nos
malheurs foient portés à leur comble ,
c'eft , fans doute , pour nous faire mériter
notre bonheur ..
APOLOGUE V.
Abuzeï & Thaïr.
DANS
ANS cet hyver célébre par les
grandes révolutions qui arriverent à la
Cour de Nouraddin , Abuzei difoit à
Thair félicitez - moi , mon Père , je
fuis Favori du Sultan , l'Amant de fa
Soeur & demain Sa Hauteffe & moi ,
nous allons feuls enfemble à la chaffe .
O mon Fils
répondit
Thaïr ; il
y a trois chofes fur lefquelles
il faut peu
compter
la faveur
des Rois ; less careffes
des femmes
; & les beaux jours.
de l'hyver.
38 MERCURE DE FRANCE.
Le vieux Thaïr avoit raison .
Le lendemain , la pluie fit manquer
la partie de chaffe ; un caprice fit chanla
Princeffe ; & la Princeffe fit changer
le Sultan.
ger
APOLOGUE VI.
La présence d'Esprit.
DIEU jufte ! fi tu permets que
les Tyrans jouiffent de la tranquillité
de l'âme ; en quoi différera leur fort de
celui des bons Rois ?
Hégiage , l'horreur & l'effroi des
Peuples , par fes cruautés inouies , erroit
paifiblement dans les vaftes campagnes ,
fans fuite & fans marque de diftinction :
il rencontre un Arabe du Défert , &
lui parle en ces termes :
Ami , je voudrois fçavoir de vous.
quel homme eft cet Hégiage dont on
parle tant ?
L'ARABE.
Hégiage n'eft point un homme; c'eſt
un Tigre ; c'eſt un Monftre.
HÉGIAGE .
Que lui reproche -t- on ?
L'ARABE.
Une foule de crimes il s'eft abbreu
MA I. 1764. 39
vé du fang de plus d'un million de fes
Sujets.
HEGIAGE.
Ne l'avez-vous jamais vu ?
Non.
L'ARABE .
HEGIAGE.
Eh bien léve les yeux c'eft à lui
que tu parles.
L'Arabe , fans témoigner la moindre
Surprife , le regard d'un oeil fixe , & lui
dit fierement:
Mais , vous ; fçavez - vous qui je fuis ?
HEGIAGE .
Non .
L'ARABE .
Je fuis de la famille de Zobair, dont
chacun des Defcendans devient fol unt
jour de l'année . Mon jour eft aujourd'hui.
Hégiage lui pardonna. La préfence
d'efprit peut tout , puifque celle de l'Arabe
du Défert força Hégiage au pardon.
APOLOGUE VII.
Le Borgne.
AVVAANNTT d'enchaîner un Peuple par
une Loi , ce n'eft pas affez qu'elle pa40
MERCURE DE FRANCE.
roiffe jufte , il faut encore fe la repréfenterfous
toutes les faces poffibles.
Nandiskar étoit Borgne & Légiflateur
; il avoit affemblé les vieillards de
fa nation , pour leur faire jurer, au nom
de la République , de ne jamais rien
changer à fes loix. Nantéou lui feul s'y
oppofoit ; mais Nandiskar fe défendit
fi adroitement qu'il aigrit tous les efprits
contre Nantéou. Celui - ci defefpérant de
ramener fes Compatriotes par des dif
cours , s'approcha de Nandiskar , & lui
dit: tu veux que tes Loix foient ftrictement
obfervées , le Peuple y confent ; &
moi je demande à être puni fuivant tes
Loix en proférant ces dernières paroles ,
d'un coup de poing , il fui creva l'oeil
qui lui reftoit .
Nandiskar avoit fait une Loi conçue
en ces termes Quiconque crevera un
ail , qu'il en perde un.
Tuvois par-là , reprit Nantéou , combien
ta Loi eft défectueufe , puifqu'il
ne m'en coûte qu'un oeil , pour te priver.
de la vue .
Nandiskar lui répondit : loin de t'en
vouloir , je te dois de la reconnoiſſance ;
en me privant des yeux du corps , tu
m'as ouvert les yeux de l'efprit . Et vous ,
fages Vieillards , ne rougiffez point d'a
M A I. 1764. 41
vouer , avec moi , que nous avons eu
tort.
A Madame la Marquife de V.... fur la
mort de M. le Comte de V..... fonfils.
Du jeune V ..., grand Dieux ! quel est le fort !
Unique & chèr efpoir d'une famille illuftre ,
Il alloit de fon nom éternifant le luftre ...
Du fein de la grandeur , il deſcend à la mort !
Ce Fils , aimable objet de vos foins les plus doux ,
Rejetton d'un Héros dont il étoit l'image,
Égaloit fes vertus , fes talens , fon courage ,
Vous retraçoit fon père , il le trouvoit en vous.
Il meurt , Ô coup fatal ! ô mortelles douleurs !
Du Dieu que vous fervez , tel eft l'ordre fuprême
Reſpectez les décrets , il vous frappe , il vous aime.
Et pour vous éprouver renouvelle vos pleurs.
Hélas ! efpérez tout de fes foins généreux :
Il vous reſte une fille empreffée à vous plaire.
S'il daigne conferver une tête fi chère ,
Vos vertus renaîtront dans vos derniers neveux.
Par M. GRENIER de Brioude , en Auvergne „,
Avocat en Parlement.
42 MERCURE DE FRANCE.
ZÉLIS ,
IDYLLE imitée de la quatrième de
M.
GESNER.
ENVOI , à Madame FAV ART.
ZELIS , ce coloris de la fimple Nature ,
Doit rout à vos attraits , & ne doit rien à l'art :
L'Amour en a tracé la naïve peinture ;
Le Tableau fait , j'ai reconnu FAVART.
L'an commençoit. Un Ciel pur & ferein
Laiffoit errer l'Aquilon incertain :
Le triſte Hyver deſcendoit des montagnes :
D'un pas tremblant , marchant dans les campagnes
,
D'un blanc duvet il couvroit les chemins ,
Et fous la clef renfermoit les humains.
Le jeune Atys étoit dans la chaumière ;
Du vrai bonheur la féconde lumière
Lançoit fur lui l'éclat de les rayons.
Heureux Berger , tes paisibles cantons ,
Comme ton coeur , refpiroient l'innocence !
Le fot Orgueil à la foible Indigence
N'y refufoit ni regards , ni fecours :
Qu'un toît de chaume eft différent des Cours
D'un feu brillant la flamme pétillante
A, dans les fens , d'une chaleur puiſſance
MA I. 1764. 43
Bientôt porté le végétal heureux .
Le gai Paſteur , d'un regard curieux ,
Fixoit des champs la ſuperbe ſtructure ,
Et dans fon beau contemploit la Nature.
Trifte Saiſon , que, malgré ta rigueur ,
>> Tu fçais m'offrir un fpectacle enchanteur
» Oui , difoit- il , cette clarté riante
» Que le Soleil dans les brouillards enfante ,
Remplit mon coeur d'un charme ſéduîfant !
» De cette neige un tapis blanchiffant ,
» Relève encor l'éclat de ces Arbustes.
» Nature , hélas ! tes ceuvres font auguftes !
Ces tendres grains germant dans nos guerèts ;
» Ne font - ils rien pour des coeurs fatisfaits ?
» D'un verd naiſſant , leur pointe encor légère
» Perce le blanc dont fe pare la terre.
» Des buiffons fecs les rameaux tortueux ,
20 Tout dépouillés , fçavent plaire à mes yeux :
» Ils font chargés des larmes de l'Aurore...
>> Et ce frimât les embellit encore.
» Non loin d'ici , fous le chaûme enfermé ,
>> Brille l'Objet dont mon coeur eſt charmé.
» Oui , c'est là-bas , fous ce manoir ruftique ,
» D'où la fumée en une courſe oblique
>> S'échappe aux yeux par replis ondoyans ,
» Qu'eft ma Zélis... A la fleur de tes ans ,
» Belle Zélis , tu joins le don de plaire :
>> De la vertu le facré caractère
44 MERCURE DE FRANCE.
>> Eft dans tes traits comme il dans ton coeur.
>> Toi feule auffi , tu fais tout mon bonheur .. !
>> Je me fouviens de cette heureuſe Aurore ,
» Où le bienfait fous tes mains vint éclorre ;
» Je m'en fouviens. Quand le Berger Daphnis ,
éfefpéré de perdre deux brebis ,
» Dans la prairie exprimoit fes allarmes ;
» Tu vis fes maux , tu mis fin à fes larmes.
» H fe plaignoit , il étoit malheureux :
En faut-il plus pour qu'on foit généreux }
» Les deux brebis par toi lui font rendues :
» Ses facultès à l'inftant ſuſpendues ,
» Suffifent mal à l'ardeur de fes fens ;
Tous les tranfports étoient reconnoiffans ;
» Son coeur eft plein de ce bonheur fuprême...
» Ah ! ... le bienfait eft le prix de lui -même !
» Depuis ce jour je t'aime , ô ma Zélis !
" De mon amour la vertu fait le prix ;
» Source facrée , inaltérable & pure ,
» Heureuſe ardeur .. c'eſt Zélis qui t'aſſure !
» Cruel Hyver , bien que tes noirs frimâts
>> Couvrent encor ces tranquilles climats ,
» La voix d'Atys ne fera point muette :-
» Il chantera Zélis fur fa mufette.
» Oui , ma Zélis , il eft toujours pour moi
» De vrais plaifirs , puifque je penfe à toi.
ParM. COSTARD Fils.
MA I. 1764. 45
VERS à Mde D. M.
J'AVOIS 'AVOIS déja quitté ma lyre ;
J'avois effuyé mes pinceaux :
L'Amour parut . Avec un doux fourire
Il daigna m'adreffer ces mots :
Souviens- toi , dit - il , de Climène ;
Reprends ton luth , bois , chante & ris.
Ah , lui dis-je alors tout furpris ,
» Vous vous donnez bien de la peine :
Mais il eſt un objet pour moi bien plus char-
>> mant.
>> Eh bien , reprit l'Amour , fuis le feu qui
» t'infpire ;
»Je te devine ; tiens , examine , foupire.
» Puis il diſparut à l'inftant ...
» Je ne vis plus que vous , & je repris ma lyre.
Par le même.
UN
MADRIGAL.
A Mde de C.
N jour que de noires vapeurs
L'imagination bleffée ,
Peignoit chacun à ma pensée
46 MERCURE DE FRANCE .
De fombres & fauffes couleurs ;
A mon efprit attrabilaire
S'offre l'aimable C ….. tin.
Il s'offenfa fans deffein ,
que
A tout le monde elle ait fçu plaire .
Il veut lui trouver un défaut ;
Mais elle n'eft qu'aimable & belle :
Contre lui , je fentis bientôt
Mon coeur prendre parti pour elle.
Le C. d'AR ... Capitaine de Cavalerie .
VERS deftinés à être mis au bas du
portrait de M. l'Abbé DE VOISENON
, de l'Académie Françoife.
FAVORI d'Apollon , les élégans écrits ,
Par le goût même ornés , par les Grâces pétris ,
Seront gravés au Temple de Mémoire,
Son coeur du fentiment fçait connoître le prix :
Il eſt , par cent vertus au-deſſus de ſa gloire,
Les délices de les Amis.
O
PORTRAIT DE JULI E.
Na tant de fois célébré les triomphes
de la folie , tant de fois analyſé le
MA I. 1764. 47
coeur humain , raconté fes égaremens ,
fes travers , fes contradictions , & tout
n'eft pas encore dit. Nous voyons ce que
nos Pères auroient à peine imaginé ;
des plaiſirs fatigans , des amitiés incommodes
, des bienféances ridicules , des
paffions éphémères , des foibleffes réfléchies
des infidélités réciproquement
permifes , des crimes confommés avec
dignité , des corrupteurs agréables , des
femmes qui s'honorent de leurs vices ,
des vices couronnés par les fuccès les
plus brillans , la féduction réduite en
principes , l'obfcénité applaudie , les
Loix , la Religion , l'humanité , la Nature
outragées , toutes les barrières renverfées
. Quel fpectacle ! ... Eft - ce donc là
toute l'hiftoire d'un Siécle Philofophe ?
Ne voit-on parmi nous que des frivolités
ou des horreurs ? Il feroit injufte de
le penfer. Je ne préfentois que la moitié
du tableau. Développons la toile &
nous verrons la modération fur le
Thrône , la bienféance dans les Palais
la modeftie fous la pourpre , l'intégrité
dans la Magiftrature , la Science fans
vanité , l'opulence fans avarice & fans
faſte , l'amour avec l'innocence , la décence
avec la beauté ; la franchife , l'amitié
, l'honneur , la vertu : voilà le
4313 MERCURE DE FRANCE .
contraſte. Oui , la vertu brille encore
parmi nous; la fageffe n'eft pas feulement
dans nos Livres. J'en vais tracer
un modéle , & ce modéle exiſte dans la
Nature .
pas
Julie à la figure la plus intéreffante
joint toutes les perfections du coeur &
de l'efprit. Ses premiers regards ne font
tombés fur les tréfors de l'abondance
, fur les Fêtes tumultueufes , fur les
folies éclatantes de la grandeur . Née
fous un toît ruftique , élevée dans la médiocrité
, elle en chérit les avantages.
Elle préfére le fpectacle de fa campagne
au luxe des cités , une fimple violette
à la plus riche parure , & l'ingénuité
, le bon fens du Peuple villageois
à tout l'efprit , à toute l'excellence de
cette foule de Vers luifans qui peuplent
nos villes . Au fein de l'innocence,dans
le filence des paffions , toujours bien
avec elle- même, elle jouit d'elle- même :
fon âme eft , pour ainfi dire , le Temple
de la Paix. Dans cet âge brillant , l'âge
des prétentions , la fleur des âges , où
s'annoncent la tyrannie de nos Déeffes
l'art des mystères , des caprices, des humeurs
, où la beauté fière de l'éclat qui
l'environne , étend en quelque forte la
fphère
MA I. 1764. 49
fphère de fa domination par la bizarrerie
& la contradiction de ſes loix , Julie
accorde heureufement les Grâces avec
la Raifon , les manières les plus engageantes
, le ton le plus féduifant avec
le caractère le plus vrai & le mieux expliqué.
Les idées de juftice & d'humanité
que la Nature a gravées dans fon
âme , lui font détefter ces triomphes
cruels de la vanité qui fe plaît à jouir
de l'embarras & de l'humiliation des
autres . Elle veut & femble ignorer tous
les torts que le devoir & la Raifon ne
l'obligent pas à relever. Tous les jours
on la croit parfaite , & tous les jours
elle fe furpaffe.
Le fommeil du Sybarite , l'yvrèffe de
nos demi -Dieux , la pompe , la magie de
leurs Spectacles , tous leurs plaifirs fondus
enſemble & réduits à la même impreffion
, ne valent pas un fourire , un regard
de Julie. C'eſt la vertu , la fageffe
elle-même fous les traits de l'humanité.
C'est une fille vraiment célefte , le miracle
de fon féxe , le chef d'oeuvre de la
Nature. On ne peut voir qu'elle où elle
eft. Elle parle , & l'âme de celui qui
l'entend femble faire effort pour s'unir à
la fienne , & fe confondre avec elle.
Ses plus fidelles compagnes occupées
C
50 MERCURE DE FRANCE .
à fon exemple des travaux de leur âge
& de leur condition , viennent former
tous les jours un cercle autour d'elle .
La perfuafion coule alors de fes lévres ;
& toute la fenfibilité de fon âme fe
peint dans fes yeux . O mes amies ! leur
dit-elle fouvent , fi nous connoiffions
bien le prix de la vertu ; fi la foible
raifon qui nous éclaire pouvoit nous
en repréfenter les charmes & les avantages
, lorfque nos coeurs s'ouvriroient
à fes impreffions ; de quel plaifir nous
ferions enivrées ! Qu'il nous feroit bien
plus aifé d'éloigner de nous les dande
la féduction . Oui , la vertu même
perfécutée eft mille fois préférable
au crime le plus heureux . Des remords
éternels déchirent le coeur du méchant ;
malgré la fucceffion rapide de fes affaires
& de fes amuſemens , il ne peut
étouffer les cris menaçans de fa confcience
; des phantômes effrayans le
troublent jufques dans les bras du fommeil
& fur les autels de la volupté.
Il traîne partout fa honte & fon défefpoir.
Mais la paix , le calme , la fécurité
font le partage de l'innocence. Ni
le caprice du fort , ni la malignité des
hommes ne peuvent lui ravir ces biens
inestimables qu'elle puife dans fon progers
MA I. 1764. 51
pre
fein . Le véritable honneur , la ſolide
gloire lui appartiennent , tandis
que le vice eft tôt ou tard couvert d'opprobre
& de mépris .
VERS fur la mort de ZELIS ,
à M ***
AH ! ne taxe point de foibleſſe ,
Ami , les pleurs que je répands ;
Mon coeur les doit à la tendreffe ;
C'eſt un tribut que je lui rends.
Qui , ma douleur eft légitime.
L'objet que je perds à jamais ,
Zélis , mérita mon eftime :
Elle eſt digne de mes regrets.
Lorfque la Parque inexorable
Vint trancher le fil de fes jours ,
Elle étoit dans cet âge aimable ,
Dans l'âge où naiſſent les Amours.
La candeur , l'aimable innocence ,
L'embelliffoient de leurs attraits ;
L'Amour foumis à la décence ,
Dans les beaux yeux forgeoit les traits.
Cij
52 MERCURE DE FRANCE .
Contre tant d'appas , tant de charmes ,
Ah ! comment défendre fon coeur !
Bientôt je lui rendis les armes ;
Bientôt j'adorai mon vainqueur.
De la main de l'Amour lui-même ,
Ma Zélis accepta ma foi ;
L'aimer étoit mon bien fuprême ;
Elle ne vivoit que pour moi.
Que m'importe à préſent la vie ,
O cher objet de mes amours ?
Depuis que le Ciel ta ravie ,
Je ne connois plus les beaux jours.
Que ne puis-je aux royaumes fombres
Où la Mort te tient fous fa loi ,
Ecartant les funeftes ombres ,
Comme Orphée aller juſqu'à toi ?
Hélas ! de la nuit éternelle
Je ne craindrois pas les horreurs ;
Près de toi l'amitié fidelle
Y feroit éclore des fleurs.
Mais le Ciel trop inexorable ,
Quand on eft fur ce trifte bord ,
Par un décret irrévocable
Y fixe à jamais notre ſort.
MA I. 1764.
1335
Du moins pour honorer ta cendre ,
Reçois l'hommage de mes pleurs.
Sur ton tombeau j'irai répandre ,
Chaque jour de nouvelles fleurs.
M **
COMPLAINTE à M. le Marquis de
Bussy,Brigadier des Armées du Roi .
SENSIBLE
ENSIBLE Еpoux , votre âme en deuil
Pleure cette épouſe , fleur tendre ,
Tombée en fon matin dans la nuit du cercueil.
Une mère éperdue érre autour de fa cendre.
Une famille entière en proie à fes douleurs ,
Dans vos larmes confond ſes pleurs.
Elle en eft digne. Elle fut admirée
Par les vertus comme par fes attraits.
De les bontés je me vis honorée :
Mon coeur fe joint à vos regrèts ;
Et ma tremblante main à fon urne adorée
Attache auffi quelques cyprès.
Par la MUSE LIMONADIERE.
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE écrite de la Nouvelle- Orléans
dans la Louifiane , à M. DE LA
PLACE, Auteur du Mercure, à Paris.
Par M. F **** , fur feu M. TITON
DU TILLET,
Vous n'avez pas ignoré , fans doute
dans le temps, Monfieur, que la mort nous
a enlevé un excellent citoyen;un Ecrivain
eftimable , un Académicien de prèfque
toutes les Académies de l'Europe , un
homme audeffus de la claffe ordinaire de
fes femblables , affez ardent & affez géné
reux pour avoir confacré une partie de fa
vie & de fa fortune à élever à la gloire de
fon Prince & de fa patrie, un monur ent
auffi durable que le bronze dont il eft rormé.
Je n'ai pas befoin de vous nommer le.
célébre M.Titon du Tillet ; l'amitié dont il
m'honora durant fes dernières années ,
me reproche d'avoir différé jufqu'à préfent
à vous adreffer au moins une efquiffe
fur fa perfonne & fur fes ouvrages je
fçais que des plumes habiles & exercées
lui ont rendu des hommages dignes de
lui. Je les ai lus avec cette fatisfaction
douce que procure la contemplation de
MA I. 1764. 55
fa juftice rendue au mérite : mais vous
l'avouerai-je ? je n'ai pas été peu furpris
devoir que le Doyen de nos Ouvrages
périodiques , le Mercure de France , le
Journal de la nation , ait gardé feul jufquà
ce jour , un profond filence fur un
François qui a tant & fi bien travaillé
pour l'honneur de fes compatriotes .
Pour réparer , fi je puis , une telle omiffion
, le regret & la douleur enhardiffent
ma main timide & inconnue
vous tracer ici quelques- uns des principaux
traits qui m'ont frappé dans ce
respectable Mortel .
à
Moréri & fes fupplémens nous apprennent
qu'il étoit fils de Maximilien
Titon , Seigneur de Bévre , de Lançon ,
d'Iftre & d'Ognon , Secrétaire du Roi ,
qui le premier propofa l'établiſſement
des magazins d'armes , dont il fut nommé
par Sa Majefté , Directeur Général
dans toute l'étendue du Royaume. Maximilien
Titon eft dit forti d'une famille
d'Ecoffe , d'où fon grand- père vint s'établir
à Paris . Son époufe fut Dame
Marguerite Becaille , dont il eut fept
enfans , du nombre defquels eft celui
dont je vais parler.
*On nous avoit promis fur ce fujet , des Mémoires
qui ne nous ont pas encore été remis.
Civ
56 MERCURE DE FRANCE .
Evrard Titon du Tillet nâquit à Paris ,
à l'Arfénal , fur la Paroiffe de S. Paul , le
16 Janvier 1677. Après avoir fait de
fort bonnes études au Collége des Jéfuites
, il entra jeune dans le Service . Il
eut une Compagnie, fous fon nom , compofée
de 100 fufiliers . Malgré la vie
inappliquée de l'état militaire , il trouva
le temps d'étudier en Droit, & de fe faire
recevoir Avocat en Parlement à Paris .
Par la fuite , devenu Capitaine de Dragons
, il fut réformé après la paix de
Rifwich conclue en 1697 : alors il acheta
une Charge de Maître - d'Hôtel de
Madame la Ducheffe de Bourgogne ,
Adélaïde de Savoie , Dauphine & Mère
de Louis XV. La mort de cette Princeffe
, arrivée en 1712 , lui fit perdre fa
Charge , & le rendit totalement maître
de lui- même.
En 1719 il alla à Rome , où il paffa
quatre mois & où il apprit très - bien
l'Italien. Il parcourut la plus grande
partie de l'Italie. Il fit ce voyage en
homme de goût qui cherche à s'inftruire
& qui y réuffit. Auffi a-t-il laiffé
une collection de Tableaux & de Bronzes
fort eftimés .
Afon retour , à la follicitation de fa famille,
il acquit une charge de Commiffaire
Provincial des Guèrres, dont il remplit
MA I. 1764. 57°
les fonctions à la fatisfaction de tous
ceux qui en furent les témoins .
Dès 1708, il avoit conçu la grande idée
d'exécuter en bronze un Parnaſe François
à la Gloire de la France & de LOUISLE-
GRAND , & à la mémoire immortelle
des Illuftres Poëtes & des fameux Muficiens
François . Il confulta les meilleurs
Artiſtes & les plus grands Critiques
du temps , furtout le févère Boileau
Defpréaux. Ils applaudirent à une fi
belle idée ; ils jugerent même équitable
qu'après avoir placé au premier rang
les Poëtes & les Artiftes les plus renommés
, on mît les autres dignes d'y figurer,
dans des degrés inférieurs felon leurs dif
férens mérites : Stat fua cuique merces.
Louis Garnier , Sculpteur , éléve de
Girardon , travailla près de dix ans pour
pour le finir. Ce Monument offre un
groupe de figures en bronze d'environ
neufpieds d'élévation ; quatre font pour
le maffif de bois de chêne bronzé qui
fait le bas de la montagne , & cinq &
quelques pouces , pour le bronze audeffus
, où fe voyent les différentes figures
les quinze principales ont depuis
douze jufquà dix- huit pouces de
proportion ou de hauteur. Ce groupe
n'eft qu'un modéle . L'objet de l'Auteur
C v
58 MERCURE DE FRANCE .
étoit de le faire exécuter en Statues
Coloffales au milieu d'une vafte Place
publique ou d'un magnifique Jardin
tel que l'Eftampe le repréfente. Ce fa
meux Ouvrage fut achevé en 1718.
M. du Tiller pour le faire connoître
au Public qui paroiffoit le defirer , en
fit faire un deffein & un tableau par
Nicolas Poilly , excellent Artifte . Enfuite
il en fit graver une grande Eftampe
par Jean Audran , qui fut achevée &
préfentée à Sa Majesté en 1723 avec
le tableau ; ces préfens furent reçus
avec une bonté & un accueil très-flatteurs
pour l'Auteur . La Reine en 1726
accepta une pareille Eftampe fous verre,
décorée d'une riche bordure . Une grande
quantité d'autres fut diftribuée à tout
ce qu'il y avoit de mieux à la Cour , à
la Ville , dans les Provinces & dans les
Pays étrangers.
Outre ces précautions , l'Auteur pour
donner une parfaite idée de fon Ouvrage
, en compofa & en fit imprimer
une defcription détaillée en 1727, in- 12 ,
à Paris. Ce même Livre fut réimprimé
en 1732 , mais beaucoup plus ample
in-folio , grand & petit papier avec des
Eftampes. Il y a ajouté depuis deux
Supplémens de pareil format , l'un en
و
M A I. 1764 . 59
1743 , l'autre en 1755 , toujours avec
des Eftampes & des Vignettes , & il
refte en manufcrit actuellement , tout
difpofé , dequoi en publier un troifiéme.
En 1734 , M. Titon du Tillet , pour
prouver à l'Univers que fon zéle en
érigeant fon Parnaffe , n'étoit qu'une
imitation de ce qu'ont pratiqué les Anciens
, a mis de plus en lumière , un
Ouvrage relatif aux précédens , en un
volume in- 12 , fous ce Titre : Effais
fur les honneurs & fur les Monumens
accordés aux illuftres Sçavans pendant
la fuite des Siècles , &c .
Indépendamment de ces fecours , propres
à produire dans tout fon jour fon
fublime deffein , l'Auteur a fait exécuter
en médaillons de bronze , les principaux
Perfonnages mentionnés fur ce Parnaf
fe. En 1730 , il offrit à Sa Majesté une ,
fuite des vingt premiers , qu'Elle reçut
avec fatisfaction . Il a donné de ces
médaillons à beaucoup de perfonnes
ainfi qu'une très grande quantité de
copies en cuivre bronzé qu'il en avoit
fait tirer. Quelque temps avant fa mort
il gratifia l'Académie des Infcriptions &
Belles- Lettres de trente-trois de ces Médaillons
originaux , auxquels il joignit
-
C. vi
60 MERCURE DE FRANCE.
celui de Louis XIV de même matière ,
de deux pieds de haut fur deux de large.
Enfin M. du Tillet , après avoir paffé
quarante ans dans des Emplois ou Charges
militaires , fans avoir jamais fongé
a fe marier ; dans une indépendance
philofophique , jouiffant tout entier de
lui -même , fe retira rue de Montreuil
fauxbourg S. Antoine , dans une maiſon
qu'il tenoit de fon père. Là , uniquement
occupé des Lettres & de fon Parnaffe
, fon humeur enjouée , égale , fon
accueil riant , fa douceur , fa complaifance
dans la Société , fes égards pour
tout le monde , fa converfation variée
d'une infinité d'Anecdotes littéraires &
morales , fes repas bien fervis chaque
femaine pour les gens d'efprit , de goût
ou Sçavans ; la Mufique qu'il aimoit
beaucoup , la Baffe - de - viole dont il
jouoit paffablement , la belle Baffe - taille
qu'il tenoit de la Nature , dont il enchantoit
fouvent fes convives , & qu'il a
confervée jufqu'à fon décès , à deux ou
trois ans près , formèrent de fon aſyle
un féjour des plus amufans & des plus
agréables. Mademoiſelle Felix fa nièce
à la tête de fa maifon depuis quelques
années , & chargée d'en faire les honMA
I. 1764.
6F
1
neurs , s'en eft acquittée avec un eſprit ,
une politeffe , une attention & une nobleffe
, qui ajoutant de nouveaux charmes
à fon commerce , l'ont rendu cher
à tout ce qu'il y a eu de gens recomman
dables & diftingués dans la Capitale de
la France . Il y étoit fans ceffe recherché
, eftimé , fêté , même des Etrangers
qui abondoient chaque jour chez lui depuis
plus de quarante ans , attirés par fa
renommée de toutes les parties du Monde
, pour contempler & admirer le modèle
de fon immortel Parnaffe.
C'eſt dans cette fituation que ne perdant
jamais de vue fon amour d'obliger
les gens de Lettres , & tout ce qui
les regarde, on lui préfenta le petit-neveu
du grand Corneille. Le voir & s'intéreffer
à lui fut l'effet du premier inftant. Il employa
fon crédit & fes amis affez heureufement
auprès de M. de Voltaire , pour
procurer à Mlle Corneille un fort convenable
au beau nom qu'elle orte. Le digne
Chantre du grand HENRI , reçut
avec empreffement cette héritière de
notre premier Tragique ; & , faifant
envers elle conftamment l'office de
Père vient de confommer fon ouvrage
, en la mariant auffi avanta62
MERCURE DE FRANCE.
geufement qu'honorablement à M.
Dupuis , Capitaine de Dragons ..
M. Titon , attaqué d'un rhûme qui lui
dura environ fix ou fept femaines , fans
lui ôter l'appétit,confervant toujours toute
fa tête & tout fon enjoûment, ſe ſentit
affez mal le 24 Décembre 1762 , fur les
quatre heures , après avoir bien & gaîment
dîné , pour demander à fe coucher.
Cette demande , la première de
cette nature qu'il eût faite en fa vie , fut
auffi la dernière. Il ne fe releva point de
fon lit. Son eftomach s'emplit de plus en
plus ; fon rhûme l'étouffa le 26 Décembre
, lendemain de Noël , vers midi .
Il avoit quatre-vingt - cinq ans , onze
mois , vingt- un jours. La Nature , qui
lui avoit donné un tempérament vigoureux
, le fit toujours jouir de la fanté
la plus folide. It n'avoit jamais été faigné
qu'une fois ou deux , & n'avoit jamais.
connu ni fiévre , ni mal- de- tête , ainfi
que feu M. de Fontenelle fon ami.
Il n'eft guères poffible d'accumuler
plus d'Honneurs littéraires qu'il en a reçus
durant fa vie . Il étoit Académicien
ou Affocié de prèfque toute les Académies.
On voit par une Ode de M. Desforges-
Maillard , inférée dans les diver
M A I. 1764. 63
fes Piéces au fujet du Parnaffe François,
à la fin du Supplément de 1755 ( p.57 )
qu'il étoit de vingt- huit Académies ; &
depuis l'impreffion de ce Livre , il avoit
encore eu d'autres Lettres d'Académi
cien de diverfes autres Académies .
Tous ces illuftres Corps Littéraires ont
paru fe trouver honorés de l'avoir pour
Membre ou Agrégé. Il n'en eft aucun
qui n'ait fait les premiers pas pour ſe
l'attacher. C'est par la raifon contraire
qu'il n'a été de pas une feule Académie
de Paris. Il l'eût defiré , fans doute , &
fon Parnaffe en eût été le prix. Son caractère
modefte l'a toujours fait tenir
tranquille , & répondre à ceux qui l'invitoient
à faire quelques démarches
qu'il n'en étoit pas digne . Mais une diftinction
qui lui eft , je crois , particulière ;
c'eft que quand il alloit à leurs Séances,
on lui préfentoit le fauteuil , on lui donnoit
un Jetton , & on l'invitoit à venir
aux Affemblées .
Au furplus , il eft conftant que M.
Titon a fait honneur aux Lettres & à la
France ; & cela d'une façon unique . Si
les éloges , les honneurs & le rang que
lui ont accordé tous les Corps Littérai
res , fur-tout les Etrangers , dont il étoit,
64 MERCURE DE FRANCE .
fans parler des Gens de Lettres les plus
diftingués parmi nous , peuvent faire
compenfation , le noble & l'immortel
Titon , comme Ecrivain & comme Citoyen
, n'a eu rien à defirer.
Quel autre Particulier , dit le Directeur
perpétuel de l'Académie Royale
d'Hiftoire de Madrid , M. de Montiano ,
p . 91 de la feconde partie du Supplément
de 1755 , immortaliferajamais àfespropres
dépens le mérite de fes plus habiles
Compatriotes ? Et quels font les génies
les plus jaloux d'une fi grande gloire ,
quife foient préfentés pour remplir l'objet
d'une fi noble entrepriſe ?
Ses généreux travaux , dit un des
Memeres de la même Académie , M.
Bofquiat de la Houze , p. 85 & 86 du
même Supplément , ont été couronnés
par fon affociation aux plus célébres
Académies de l'Europe ; & ne puis-je
pas déjà regarder comme votre Confrère
un Auteur dont les Ouvrages font une
partie de l'Immortalité de LOUIS-LEGRAND?
Ces fortes de perfonnes , difent les
Mémoires pour l'Hiftoire des Sciences &
des Beaux-Arts , mois de Juillet 1735 ,
Article 64 , page 1177 , font dans la
M A I. 1764. 65
1
République des Lettres ce que les bons
Citoyens font dans un Etat : Ils s'oublient
eux-mêmes , en quelquefaçon, pour
ne penfer qu'au bien public ; & la fplendeur
de la Patrie les touche plus,que leur
gloire particulière.
Rouffeau , notre grand Rouleau, dans
une lettre adreffée à M. Titon , lui dit
en parlant de fon Parnaffe & des Auteurs
qui y font placés , page 33 du
Supplément de 1755. Vous pouvez donc
vous affurer , Monfieur , quoique vous
n'y ayez peut-être pas penfé , que vous
avez travaillé pour votre gloire autant
que pour la leur , & que ce Monument
que vous avez élevé à leur mérite , en
Jera un éternel du vôtre : puifque felon
la penfée de Scaliger : NUNQUAM
POESIS AUT POETARUM AMOR
IN HUMILEM ANIMUM CECIDIT;
SED MAXIMA PLERUMQUE
SEQUITUR INGENIA , EORUMQUE
PERPETUUS FERE COMES .
Qui ne lui dira donc pas avec Madame
Lhéritier de Villadon , p . 56 du même
Supplément :
Peut-on affez prifer ton fçavoir & ton zéle?
Non , fans doute & tes joins & ta plume fidelle
Ayant éternifé tant d'illuftres Auteurs ,
66 MERCURE DE FRANCE.
Couvert d'une gloire immortelle ,
Ton nom doit à jamais briller parmi les leurs .
J'ai l'honneur d'être , & c.
A la Nouvelle- Orléans en Amérique,
le 28 Août 1763.
F***
LE mot de la premiere Enigme du
fecond volume du Mercure d'Avril eft
le Cocq d'un Clocher. Celui de la feconde
eft le Bâton de Maréchal de
France. Celui du premier Logogryphe
eft Fange , dans lequel on trouve Ange
, ane , an , Fan , age , nef. Celui du
fecond Logogryphe eft Pyrrhonifme ..
ENIGM E.
ON me craint auffitôt que l'on me voit paroître,
Et fouvent on me fent avant de me connoître ,
Surtout quand l'arbre de Jupin
Oppofe fa fouche enflammée
Aux fureurs de l'affreux Borée :
Alors je fuis pis qu'un lutin.
.
Je fais pâmer Cloris , je fais pefter Finette.
Brune ou Blonde , Prude ou Coquette
M A I. 1764.
67
Financier , Prélat ou Robin ,
Guerrier , tout a même deſtin ,
Je ne connois point l'étiquette :
Mais , victime du temps qui fuit ,
L'inftant qui me fait naître en paffant me détruit.
PARMI
AUTRE.
ARMI les Courtifans j'ai la premiere place :
J'approche de fort près la Perfonne du Roi.
Bientôt une rivale auffi belle que moi ,
Dans ce lieu plein d'honneur me fuccéde & m'en
chaffe.
Ma beauté
ma faveur ne durent pas longtemps
:
Mais je deviens bientôt encore plus charmante.
Comme il n'eft point fans moi de parure écla◄
tante ;
Quand on n'a que moi feule , on eft fans ornemens
LOGO GRYPHE.
QUA
A Madame De ....
UAND le Soleil embellit la nature ,
Par mon retour je charme les vergers
68 MERCURE DE FRANCE.
Je fuis d'un favorable augure
Pour le printems , & les bergers.
1 Si vous voulez , Iris décompofer mon être ,
Vous trouverez le nom du plus fier animal
Vous y reconnoitrez peut- être
Un qui dort très-longtemps ; un dangereux métal ,
Dans un gouvernement le frein qui nous arrête ;
La différence du matin ;
Le bruit de la trompette ; un titre fouverain ;
La montagne du Roi Prophète
Un Roi géant qui fut tué ,
Et dépouillé de tout par Jofué ;
Un fleuve de l'Egypte , une couleur funébres
Un Sage de la Gréce ; ane vache célébre ;
Certaine fleur dominante au jardin ;
Le mot de Seigneur , en Efpagne ;
Une graine dans la campagne ,
Dont la production eft chère au genre humain.
Si pour me deviner , Iris , ou me comprendre ,
Il faut ou me voir ou m'entendre ,
Au lever de l'aurore , approchez où je fuis ;
Je pourrai calmer vos ennuis.
ParM. D. BESS . en garnifon à Amiens.
MA I. 1764. 69
AUTRE.
JADIS les Grands de la Terre
Sans moi fe faifoient la guerre ;
Mais je fais aujourd'hui
Leur principal appui.
Veux- tu , Lecteur , en fçavoir davantage ,
De mes huit pieds confulte l'affemblage.
Tu dois fans peine y découvrir
Un endroit , où revient périr
Le Liévre pour l'ordinaire ;
Ce dont tu fus compofé ;
Ce qui toujours n'eſt pas recompenſé ;
En Allemagne une riviere ;
Un préfent des Aquilons ;
Des tendres coeurs la fleur la plus fêtée ;
Chofe perdue auffitôt qu'éventée ;
Ce qu'on trouve dans les chanſons ;
Un nom que l'on donne à fa Belle ;
Un ornement Pontifical ;
Un très-dangereux animal ;
Ce que fait tout âme mortelle ;
Ce que dans les premiers temps
Jeune épouſe eft bien -aiſe d'être ;
Le principe qui fait tout croître ,
Et ce que doit garder qui veut vivre long-temps.
70 MERCURE DE FRANCE.
RONDE A U. *
A MANS , fi votre Bergère ,
Devient coquette , ou légère ;
Atten dez de plus fortunés inftans ,
Soyez conftans.
L'Amour , content de vos chaînes ,
Sçaura terminer vos peines ;
Il récompenſe toujours les tourmens
Des vrais Amans.
Jamais une Déeffe même
Ne rebute un Mortel qui l'aime :
Hélas c'eft pour faire fon bonheur ,
Qu'Amour attaque un coeur ,
Et le remplit de ces defirs
Qui ménent aux vrais plaifirs.
Amans , fi votre Bergère &c.
* Ce Rondeau est une parodie à peu-près fur les
mêmes rimes de celui du Mercure de Novemb. 1763.
Paroles & Mufique del fignor Michele Doloretti
'da Roano.
Légerem
Amans si votre bergère Devient co =
#
=quette ou
legere , Devient coquette
ou le =
gere,Attendes deplusfortunes instans , Soy
= és constans , L'amour contant de vos .
chaines Saura terminer vos peines , Sau =
W
= ra terminer vos peines, Il récompense tou-
Fin .
jours les tourmens des vrais a mans: Ja
-mais une Déesse mé - me, Ne rebute un
mortel qui l'ai - me, Hélas c'estpourfaire
son bonheur, c'est pour faire son bonheur
Qu'amour attaque un coeur, Et le rem =
=plit de ces désins, de ces désirs Qui mè
= nent aux vrais plaisins , Qui menent aux
vrais plaisirs. Amans d
so o
MA I. 1764. 71
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTERAIRES.
DICTIONNAIRE raifonné , univerfel ,
d'Hiftoire Naturelle ; contenant l'Hiftoire
des Animaux , des Végétaux &
des Minéraux , & celle des Corps céleftes
, des Météores & des autres principaux
Phénomènes de la Nature ,
avec l'hiftoire & la defcription des
Drogues fimples , tirées des trois régnes
, & le détail de leurs ufages en
Médecine , dans l'économie domeftique
& champêtre , & dans les Arts
& Métiers. Par M. VALMONT DE
BOM ARE , Démonftrateur d'Hiftoire
Naturelle ; Honoraire de la Société
économique de Berne ; Affocié de l'Académie
Royale des Sciences, Belles-
Lettres & Arts de Rouen ; Correſpondant
de la Société Royale des
Sciences de Montpellier ; Affocié de
72 MERCURE DE FRANCE.
l'Académie Royale des Belles - Lettres
de Caën ; Membre de la Société Littéraire
de Clermont - Ferrand. Cinq
volumes in 8° . Prix , 17 liv. 10
brochés. A Paris , chez Didot le jeune
, quai des Auguftins ; Mufier fils ,
quai des Auguftins ; Dehanfy , Pont
au Change ; Panckoucke , rue & près
de la Comédie Françoife. 1764. Avec
Approbation & Privilége du Roi.
PREMIER EXTRAIT.
LESES Merveilles de la Nature nous environnent
de toutes parts ; les Cieux , la
Terre , la Mer , les Elémens , les tres
fans nombre qui peuplent cet Univers ,
nous préfentent le fpectacle le plus admirable
& les Phénomènes les plus intéreffans.
C'eft ce vafte & fublime tableau,
que l'Auteur a entrepris de craïonner
& de préfenter au Public ; c'eft en
quelque forte tout le domaine de la Nature
dont il donne la defcription.
Ces connoiffances font fi belles` , fi
curieufes & fi propres à plaire à toutes
fortes de perfonnes , que nous
croyons devoir donner fucceffivement
une
M A I. 1764. 73
une efquiffe de la manière dont chaque
régne de la Nature eft traité dans cet
Ouvrage. Nous commençons par le
régne animal .
,
Quel fpectacle , que celui des êtres
animés & fans nombre , qui peuplent
l'Univers ! quelle variété dans les formes
dans l'organiſation , dans les
moeurs , dans l'inftin & ! Quelle manière
différente de vivre , de croître , de
fe multiplier , toutes relatives à l'élément
, au climat dans lequel ils vivent !
En jettant un coup d'oeil fur les Articles
Animal , Quadrupede , Oifeaux ,
Poiffons , Reptiles , Coquillages , Infectes
, on fe convainc de ces vérités.
Tous ces Articles généraux font , comme
dit l'Auteur , autant de points de
réunion , où le Lecteur peut fe placer
d'où il peut obferver l'analogie des
genres & des efpéces , & faifir la chaîne
qui doit lui faire parcourir avec ordre
& fucceffivement , tous les objets de fa
curiofité .
Si l'on confidére l'Animal en général
, que de forces ! que de machines
& de mouvemens renfermés dans cette
portion de matière qui le compofe !
Combien de combinaiſons de principes
, qui tous concourent au même but !
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Quelle autre merveille fe préfente dans
la fucceffion , dans le renouvellement
dans la durée des efpéces ! Quelle unité
admirable , toujours fubfiftante & qui
paroît éternelle ! Lorfqu'on jette un
coup d'oeil fur les Articles particuliers ,
Homme , Singe , Caftor , Didelphe, Hermaphrodite
, Loutre , Hippototame , &c.
on y voit à chaque inftant la fécondité
, les reffources & l'Induftrie de la
Nature ; tout, jufqu'à fes écarts mêmes
eft plein d'intérêt.
Vient-on à confidérer les oifeaux
une nouvelle organiſation fe préfente ;
on y remarque des variétés , toutes relatives
à leur manière de vivre , de fe
nourrir , de fe multiplier ; une légéreté
particulière dans leurs os , une difpofi
tion fingulière dans leurs aîles , enfin
le plus beau méchaniſme. On trouve
aux mots Grive , Etourneau , Oye, Canards
fauvages , l'ordre que ces Animaux
fuivent dans leurs migrations . Les
Articles Aigle , Pélican , Oifeau- mou
che , Colibri , Hirondelle Autruche
&c , font voir l'instinct , les moeurs , la
manière dont ces divers oifeaux conftruifent
leurs nids , les avantages que .
nous procurent ces animaux , foit pour
nos befoins , foit pour nos plaifirs ; par-
> ?
MA I. 1764 . 75.
tout l'utile fe trouve réuni à l'agréable .
Les habitans des eaux de l'un & de
l'autre hémisphère , depuis la Baleine ,
le Cachalot , le Goulu de mer , le Requin
, jufqu'aux plus petits poiffons des
lacs & des rivières , nous offrent une
foule d'objets curieux , Les Cétacés
tels que la Baleine font vivipares , &
s'accouplent à la maniére des Quadrupedes
; au contraire , les mâles des autres
poiffons fécondent les oeufs , en
faifant couler deffus , à l'inftant où la
femelle les laiffe échapper , leur liqueur
féminale que l'on nomme laitance . Plus
on étudie la Nature , plus on admire
comment elle arrive aux mêmes fins
par
des moyens divers ; l'organiſation de
certain poiffon qui tient de celle des
Quadrupedes, comparée à l'organifation
d'autres efpéces de poiffons qui en eft
tout-à-fait éloignée , nous en donne des
preuves les plus frappantes. L'hiftoire
du Narwal , du Nord-caper , du Danphin
, du Marfouin , de la Licorne de
mer , de l'Espadon , de l'Epée de Groeland
, nous préfente le tableau des
guerres éternelles que fe font ces monftres
des eaux ; celle de la Morue , du
Hareng , des Sardines , des Maquereaux
, des Saumons , des Anchois , nous
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
fait voit l'ordre que fuivent , dans leurs
marches au milieu des mers , certaines
efpéces qui vont toujours en troupe.
Les divers lieux & la manière dont fe
font les pêches , les avantages qu'enretirent
plufieurs Nations ; tous ces détails
contribuent à rendre ces articles
extrêmement intéreffans.
La claffe des Infectes réunit les particularités
les plus picquantes ; outre
les phénomènes qui lui font communs
avec les autres genres d'animaux , elle
en a qui lui font particuliers ; elle
feule nous préfente de véritables hermaphrodites
qui fe fécondent mutuellement
( tes font les limaçons ) des animaux
chez qui la fécondation a lieu
pour plufieurs générations , ( tels que
les Pucerons. )
La Nature entiere fourmille de petits
êtres animés , dans lefquels on découvre
l'organiſation la plus fine & la
plus admirable ; l'Air , la Terre , les
Eaux ,
tous les Corps , font remplis
d'Infectes qui forment , pour ainfi dire ,
un Monde à part , & dont un trèsgrand
nombre ne font vifibles qu'au
microfcope. Leurs formes , leurs manières
de vivre , de croître , de fe multiplier
, font variés à l'infini. Dans cette
claffe on voit les Polypes fe régénérer
MA I. 1764. 77
à la manière des végetaux , & chacune
de leurs parties , coupée & féparée du
corps , donner un nouvel être vivant ;
régénération fi étonnante dans un animal
, que les obfervateurs les plus habiles
ont douté long - temps , à quel
régne de la Nature pouvoit appartenir
une espéce fi fingulière.
Les Infectes , malgré leur petiteffe ,
font quelquefois nos plus terribles ennemis
, par leur effrayante multiplication
& par les ravages qu'ils font ;
mais l'induftrie humaine a trouvé des
armes pour combattre ces efpéces nuifibles
, dont nous admirons l'induftrie
dans l'inftant même où nous fommes
obligés de les détruire. L'Auteur a eu
grand foin de s'étendre fur ces objets :
les mots Teigne , Vers rongeurs de
digues , Vers terreftres & aquatiques ,
Ver folitaire , Mouche éphémère , Coufin
, font enrichis de ces obfervations
importantes.
Mais s'il y a des Infectes malfaifans ,
il s'en trouve auffi qui font de la plus
grande utilité pour nos Arts & pour
nos befoins , foit par eux-mêmes , foit
par leur travail & leur production : du
nombre de ces premiers font le Kermès,
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
le Coccus Polonicus , le Cochenille ,
qu'on employe pour la teinture ou
pour la Médecine ; parmi les derniers
on diftingue le Ver auquel nous fommes
redevables de la foie , l'abeille
qui nous fournit de la cire & le miel ,
la Fourmi qui nous donne la laque ,
Ces articles & en général tout ce qui
concerne les animaux , eft traité dans
ce Dictionnaire d'une manière qui nous
paroît devoir fatisfaire également les
perfonnes qui cherchent l'inftruction
& celles qui veulent fe procurer une
lecture amufante. Dans quelques uns
des volumes fuivans , nous donnerons
pareillement l'efquiffe des régnes végétal
& minéral , & de l'hiftoire des
principaux phénomènes de la Nature .
M A I. 1764. 79
ELITE de Poëfies fugitives ; avec cette
Epigraphe :
Les Mufes font des Abeilles volages. Greffet.
A Londres , & fe trouve à Paris , chez
Defaint & Saillant , Libraires , rue S.
Jean de Beauvais , & chez Panckoucke,
Libraire , rue & à côté de la Comédie
Françoife ; trois vol. in - 12 , petit for
mat , avec dejolies Gravures .
POURQUOI la plupart des Recueils de
Poëfies donnés au Public , font- ils des
Collections imparfaites , & prèfque toujours
au- deffous du médiocre ? C'eſt
que les Editeurs , moins éclairés par le
goût , que conduits par l'appas du gain ,
n'ont pas été affez difficiles dans le choix ,
affez foigneux dans l'exécution , affez
répandus parmi les gens de Lettres pour
en tirer les fecours néceffaires. Ce n'a
prèfque jamais été qu'une affaire de commerce.
Auffi eft -il fort peu de ces Recueils
qui ayent pu échapper à l'oubli
pour lequel ils fembloient faits.
On vient de publier un Ouvrage de ce
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Il
genre , qui paroît mériter davantage
l'attention des vrais Littérateurs. Ily
règne une diverfité qui produit l'effet le
plus agréable. Tantôt c'eft une Ode fublime
, tantôt une Pièce légère ; ici ,
dans une Epigramme , c'eft une faillie
piquante ; là , dans un Madrigal , c'eſt
l'expreffion la plus vive ou la plus touchante
du fentiment le plus exquis . On
y trouve des Fables ingénieufes , de jolies
Chanfons , des Contes charmans .
Le Lecteur n'y voit les mauvais Poëtes
que du côté favorable ; car il eft échappé
deux Madrigaux affez bons à Cotin ,
& quatre Vers heureux à Pradon. II
n'y voit point les Pièces médiocres de
nos Ecrivains les plus connus ; car Fontenelle
a fait quelques Poëfies froides
& Chaulieu beaucoup de Vers d'une né
gligence inexcufable. Mais ce qui rend
le nouveau Recueil plus précieux , ce
font plufieurs morceaux rares ou ignorés ,
foit d'Auteurs anonymes , foit d'autres
Auteurs , dont on connoît mieux les
noms que les Ouvrages , tels que Charleval
, la Faye , Genonville & Ferrand.
On en venge auffi quelques- uns de l'injuftice
de leurs Juges , tels qu'Hénaut &
Sénécé. Parmi les noms qui font honneur
à notre Littérature , nous avons vu
M A I. 1764.
Sr
avec plaifir ceux de grand nombre de
perfonnes illuftres par leur naiffance
le Prince Cantemir , M. le Duc de Nivernois
, M. le C. de B. M. le Maréchal
de Richelieu , S. M. le Roi de Pruffe , &
beaucoup d'autres qui ont jetté fur les
Lettres un éclat qui a rejailli fur eux
& qui ont prouvé que la Nature ne s'eft
point trompée en les diftinguant des autres
hommes. C'eft un triomphe de plus
pour notre fiécle & pour la Philofophie.
En un mot , les Auteurs de cette Collection
fe font efforcés de réunir tout ce
qui peut exciter & fatisfaire la curiofité
d'un homme de goût.
Dans la Préface , on rend un compte
exact & précis , tant de la forme de l'entrepriſe
, que de la manière dont on a
cru devoir l'exécuter. Enfuite de cet
avis, eft une Table alphabétique de tous
les noms des Auteurs , au - deffous defquels
on a placé une Lifte de leurs Ouvrages
contenus dans ce Choix , en indiquant
le tome & la page où chaque
Piéce eft inférée.
Nous allons jetter un coup- d'oeil rapide
fur les trois volumes de ces Poëfies
fugitives.
Le premier commence par une Ode
fur le fublime Poëtique , qui eft pleine
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
de feu & de hardieffe : c'eſt le vrai ton
de l'Ode .
Quelques pages après eft un Conte de
M. de Sénécé , intitulé : Filer le parfait
amour. Beaucoup de naturel , d'efprit &
de facilité , voilà ce qui caractériſfe cette
Pièce. Si l'on n'avoit pas lu la Fontaine
on s'imagineroit qu'on ne peut aller plus
loin dans ce genre.
Autre morceau que l'on retrouve ici
avec plaifir , c'eſt la manière de prendre
les Oifeaux , Dialogue . Ce petit Poëme
eft peut-être ce que nous avons de plus
parfait dans le genre paftoral. L'Auteur
n'en eft point connu ; il faut que fa modeftie
ait été grande , fi c'eft-là le motif
qui l'a engagé à garder l'anonyme.
Suit une Epître fort belle fur la Santé.
C'eſt un Ouvrage eſtimable & rare.
Voici une Epigramme très-plaifante :
Blaife voyant à l'agonie
Lucas qui lui devoit cent francs ,
Lui dit , toute honte bannie :
» Ça , payez -moi vite , il eſt temps.
Laiffez - moi mourir à mon aiſe ,
Répondit foiblement Lucas.
Oh parbleu ! vous ne mourrez pas
» Que je ne fois payé , dit Blaiſe .
M A I. 1764. 83
M. de Moncrifeft , parmi nos Auteurs
vivans , un de ceux dont les Ouvrages
ont le plus contribué à enrichir cette
Collection. L'efprit & la fineffe brillent
également dans un Dialogue entre Laïs
& Diogène , qui eft imprimé ici pour la
première fois. Il feroit à fouhaiter que
cet Auteur donnât au Public la partie
de fes Poëfies qui n'eft point connue.
On en trouve ici plufieurs qui font défirer
les autres.
Comme il n'eft pas poffible de citer
les morceaux un peu étendus , nous nous
bornerons à ceux qui le font moins.
VERS à M. de SOUCI , Tréforier de
l'Epargne.
Mes Vers , Monfieur , font peu de chofe ,
Et , Dieu mèrci , je le fçais bien :
Mais vous ferez beaucoup de rien ,
Si les changez en votre Proſe.
Pafferat.
EPIGRAMM E.
Certain Rimeur qui jamais ne repofe
Me dit hier arrogamment ,
Qu'il n'a jamais écrit en profe
Lifez les Vers ; vous verrez comme il ment.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
Quelle naïveté délicieuſe dans cette
Chanfon adreffée à Madame la Ducheffe
de la Valière ! Elle eft encore de M. de
Moncrif.
Autrefois un Temple étoit ,
La fête en eft paffée ;
Chaque Amant y répétoit
Sa plus douce penſée.
Si ce Temple fe r'ouvroit
Pour ce tant doux myſtère ,
Que de fois on entendroit :
J'adore la Valière.
Quelle délicateffe dans ce Madrigal de
Ferrand !
D'amour & de mélancolie
Jadis Celamnus confumé ,
En Fontaine fut transformé ;
Et qui boit de les eaux oublie
Jufqu'au nom de l'objet aimé.
Pour mieux oublier Egérie ,
J'y courus hier vainement ;
A force de changer d'Amant ,
L'infidèle l'avoit tarie.
Ce premierTome finit par une Epître
à M. de Boullongne : elle eft de M. Greffet,
& ne fe trouve point dans fes EuMA
I. 1764. 85
vres. On y reconnoît fa manière ; ce
font les mêmes graces & la même facilité
que dans fes autres Ouvrages.
,
Les autres morceaux remarquables
contenus dans ceVolume font une Epître
à M. Laurent , de M. l'Abbé de Lille ,
l'Ode fur l'enthoufiafme de M. Sabatier,
la traduction du commencement du
Poëme de Lucrèce par Hénaut, les Tombeaux
, Poëme de M. Feutry , le triomphe
d'Alexandre de M. de S. Lambert
une Epître fur la Solitude , l'Epître aux
Dieux Pénates , une Eglogue de M.
l'Abbé Mangenot , l'Epître au peuple de
M. Thomas , le Soleil fixe au milieu des
planetes , Ode ; une Epître de M. Blin ,
à M. de Voltaire ; en lui adreffant fon
Héroïde de Gabrielle , & la réponſe de
M. de Voltaire ; une Ode fur la Guerre
du Roi de Pruffe, & le rajeuniffement inutile
de M. de Moncrif; toutes pièces qu'il
fuffit d'indiquer & qui n'ont pas befoin
d'éloges.
Le fecond volume eft pour le moins
auffi bien compofé que le premier. Je
ne connois point de fentiment mieux
exprimé que dans ce Madrigal.
Queje fouffre un cruel martyre ,
Quand jufqu'au fond des bois Tircis vient me
chercher !
86 MERCURE DE FRANCE.
Il a cent choſes à médire ,
Et j'en ai cent à lui cacher.
Diroit-on que l'Epigramme ſuivante
ait été faite par un Poëte auffi ancien que
Saint Gélais.
Sur le Pfeautier de Mlle de Mefmes.
Si Dieu mettoit les dons en vous & moi
Qu'avoit l'Auteur de cette OEuvre parfaite ;
Pour votre part feriez femme de Roi
Et par fouhait , j'en ferois le prophète.
On doit fçavoir bon gré aux Editeurs
de ce recueil de nous avoir remis fous
les yeux le Kaimak , fecond Conte de
M. de Sénécé , qui n'eft point dans ſes
Euvres. Dix à douze morceaux de cette
efpéce auroient mis ce Poëte à côté de
nos meilleurs Ecrivains .
C'eſt le fort de M. de Voltaire , d'exceller
dans tous les genres où il veut
s'effayer. En voici une nouvelle preuve
quant aux poëfies légères.
MADRIGAL à Mde du BOCAGE , &
fon départ pour l'Italie.
Nouvelle Mufe , aimable Grâce ,
Allez au Capitole , allez , rapportez-nous
M A I. 1764. 87
Les Myrthes de Pétrarque & les lauriers du Taffe ;
Si tous deux revivoient,ils chanteroient pour vous;
Et voyant vos beaux yeux & votre Poëfie ,
Tous deux mourroient à vos genoux,
Ou d'amour ou de jalousie.
Il étoit réservé au fiécle préfent de voir
des vers galans & bien tournés fortir de
la plume des Philofophes les plus profonds
.
Les vers de M. de la Faye qui font
dans ce Recueil juftifient fa réputation.
1
Madrigal.
Phoebus dont l'art me coûta tant de nuits ,
Pour mes travaux m'a mis en main ſa Lyre ;
L'amour enfin , touché de mes ennuis ›
Veut que pour moi tout rie en fon empire.
L'un alluma le beau feu qui m'inſpire ;
L'autre m'apprit les fons les plus touchans ;
Si j'en fuis fier , c'eſt parce que Thémire
Daigne écouter mes defirs & mes chants.
On lit auffi dans ce recueil , une Chanfon
de M. de Fenelon , Archevêque de
Cambrai .
La meilleure réponſe aux injuftes Satyres
de Boileau à l'égard de Quinaut ,
c'eft la douceur des Vers fuivans :
Le mal de mes rivaux n'égale point ma peine;
88 MERCURE DE FRANCE.
La douce illufion d'une efpérance vaine
Ne les fait point tomber du faîte du bonheur ;
Aucun d'eux comme moi n'a perdu votre coeur.
Comme eux à votre humeur ſévère ,
Je ne fuis point accoutumé :
Quel tourment de ceffer de plaire
Quand on a fait l'effai du bonheur d'être aimé !
Les principales Pièces de ce fecond
volume , font une Ode fur les Poëtes
Lyriques , de M. le C. de B. l'Ode fur
la Mort de Rouffeau , de M. le Franc ;
l'Epître fur l'Amitié , de M. Guimond de
la Touche ; une Epître fur l'utilité de la
Retraite pour les Gens de Lettres , de
M. l'Abbé Delille ; une Epître à M. le
C. de B. par M. Blin ; le Temple des
Defirs , par un Auteur Anonyme ; l'Eglogue
de M. l'Abbé Mangenot , Au déclin
d'un beaujour ; une Öde de Rouffeau
qui n'eft point connue ; l'Epître
aux Poëtes par M. Marmontel, qui a remporté
le prix de l'Académie ; les quatre
parties du Jour , de M. le C. de B. & les
deux parties du Jour , de M. de Saint-
Lambert.
A l'égard du dernier volume , nous
nous contenterons de défigner les morceaux
les plus remarquables.
Une Ode fur les Vers , par M. de la
MA I. 1764. 89
Faye ; Elégie fur la difgrace de M. Fouquet
, par la Fontaine ; une Epître de
Boileau qui n'eft dans aucune Edition
de fes OEuvres ; Métamorphofe d'un
Homme en Oiſeau , très -joli Conte de
Pafferat ; la Sageffe , Poëme de M. Rémond
de Saint-Marc ; les quatre Saifons ,
Poëme de M. le C. de B. qu'on n'eft pas
fâché de voir compris dans ce Recueil ,
quoiqu'il y occupe une place confidérable;
l'Epître fur laquelle le Marquis de
Saint -Aulaire a été reçu à l'Académie
Françoife ; Leçons aux Enfans des Souverains
, par le Père Lombard , Jéfuite ;
l'Epître d'Héloïfe à Abailard , de M.
Colardeau ; une Epître de M. Barthe à
Madame du Bocage ; une Ode de M. de
la Grange - Chancel ; le Philofophe des
Alpes , Ŏde de M. de la Harpe ; & l'Ef
fai fur la Déclamation Tragique , de M.
Dorat .
Il réfulte de la lecture de cette Collection
, une vérité qui doit ranimer notre
efpérance pour le foutien de la Littérature
Françoife c'est que la plupart des
productions de nos jeunes Auteurs ne paroiffent
guères inférieures à celles du fiècle
dernier , & l'on ne fçauroit trop encourager
les Talens qu'ils annoncent.
Il y a une jolie Vignette au Frontif
90 MERCURE DE FRANCE .
pice de chaque Volume : les Deffeins
font de M. Gravelot . En un mot , ce Livre
ſuppoſe dans les Editeurs autant de
goût que de difcernement ; & , placé
dans une Bibliothèque choifie , il peut
difpenfer de l'acquifition de' plus de ſoi
xante Volumes .
, LE MONDE MORAL ou Mémoires
pourfervirà l hiftoire du coeur humain,
par M.... ancien Réfident de France
dans plufieurs Cours étrangères ; avec´
cette Epigraphe : Succefferunt ... magis
alii homines , quàm alii affectus &
alli mores. Tacit. hiftor. lib . 2. Tome
II. en deux parties in 12 ; à Genève
1764.
LEE premier Tome , ou les deux premières
parties de ce Roman , par feu
M. l'Abbé Prévot , parurent dans l'année
1760 ; mais ce n'eft que depuis fa
mort , que le fecond Tome , qui n'eft
point encore la fin du Roman , a été
publié. On lit à la fin cet avertiffement :
» M. l'Abbé Prévot, Auteur de ces Mémoires
, occupé depuis trois ans de
MA I. 1764. 91
"
fon hiftoire des maifons de Condé &
» de Conti , avoit négligé de les finir.
» Il avoit repris ce travail avec plus d'ar-
» deur que jamais , lorfque la mort le
» furprit. L'Editeur croiroit manquer au
» Public , s'il ne lui donnoit les reftes
» précieux du travail d'un homme ,dont il
» a honoré tous les ouvrages d'un accueil
» fi univerfel. On lui fait efpérer qu'il fe
» trouvera fous les fcellés une fuite de
» cet Ouvrage , peut -être imparfaite ,
» qu'il s'empreffera néanmoins de don-
» ner auffi - tôt qu'elle lui fera remife :
» certain que le Public regretteroit la
» perte qu'on lui feroit effuyer , en le
» privant des moindres fragmens d'un
» homme dont la mémoire lui fera toujours
chère. "
prele
On a vu , par la lecture des deux
mières parties de cet Ouvrage , que
Héros du Roman eft un Philoſophe Obfervateur
, qui , dans les aventures d'autrui
dont il est témoin , cherche à régler
fa propre conduite. Ce n'eft donc point
fa propre Hiftoire qui compofe les deux.
premiers tomes , ou les quatre premières
parties ; on n'y trouve que des avantures
épifodiques , qui peuvent encore
être multipliées à l'infini . Auffi l'Auteur
dit-il dans un Avertiffement , que , dans
92 MERCURE DE FRANCE.
la erainte que quelque obftacle ne lui
permette pas de conduire fon Ouvrage
à fa fin , il prend le parti d'expofer fon
plan , pour tracer les voies à ceux qui
voudront l'éxécuter après lui. Rien n'eft
plus fimple que ce plan ; c'eft de faire envifager
, du côté moral , tous les événemens
dont on fe propofe le récit. On entend
par le côté moral , certaines faces
qui répondent aux refforts intérieurs des
actions , & qui peuvent conduire , par
cette porte , à la connoiffance des motifs
& des fentimens.
Le premier tome , qui paroît depuis
quatre ans , renferme dix ou douze aventures,
Le fecond , publié nouvellement
ne contient que l'Hiftoire de l'Abbé
Brenner & de Mademoiſelle Tekely ;
encore cette Hiftoire n'eft- elle point terminée.
L'un & l'autre de ces deux volumes
ont donné lieu à deux Lettres , que
nous allons mettre fous les yeux du Public.
La première eft de M. l'Abbé Prévot.
Elle eft adreffée à un Seigneur de la
Cour,à qui il avoit envoyé les deux premières
parties de fon Roman , & qui lui
en avoit dit fon fentiment par écrit. La
Lettre de M. l'Abbé Prévot eft donc une
réponse à cette efpèce de critique. Il faut
fe rappeller les aventures contenues dans
N₁ A I. 1764. 93
les deux premières parties du Roman ,
pour bien entendre tous les endroits de
cet Lettre.
LETTRE de M. l'Abbé PRÉVOT à M.
le Duc de ...
"
Ce 29 Mars 1760.
MILLE grâces à Monfieur le Duc,
» Je reconnois fa bonté juſques dans fa
critique ; & je me propofe d'aller lui
faire ma cour , & c. "
» J'adopte toutes les idées de Monfieur
» le Duc , fur les Ouvrages de la nature
» du mien elles font juftes , folides
» bien conçues & bien exprimées . La
» critique fur le défaut d'intérêt me ſem-
» ble précoce ; parce qu'il n'eſt queſtion
» jufqu'à préfent, que de former le carac-
» tère de mon Obfervateur , que je n'ai
" pu faire tomber des nues tout propre à
» fon rôle. Chaque petite aventure étant
» dirigé à ce but , ne doit prendre en
» elle- même que l'efpèce & le degré
» d'intérêt qui peut y conduire. Telles
» du moins ont été mes vues , dont il
» me femble que l'avenir feul peut faire
» juger. De ces petites aventures ifolées,
"
94 MERCURE DE FRANNCE.
l'une eft plus touchante , l'autre moins ;
» l'une gaie , l'autre férieuſe ; d'autres
fimples & naïves , d'autres intrigueces :
» d'autres tendres & d'autres terribles ;
» d'autres mêlées , & c ; tout cela , pour
"
faire attendre dans mon Héros , & de
» la manière dont il envifage fon objet ,
» un caractère fufceptible de toutes for-
» tes de fentimens , avec un efprit capa-
» ble de toutes fortes de réfléxions . Ses
» propres aventures , qui feront formées
» là - deffus , & dont j'ai déja jetté diver-
» fes femences , feront la vraie ligne &
» le vrai foyer de l'intérêt. En un mot ,
» je crois avoir obfervé les règles d'une
» bonne Architecture , & l'avenir fera
» voir fi je me fuis trompé.
» Si l'Hiftoire du Quêteur n'eft pas
» vraisemblable , le fond n'eft pas moins
» réel , puifque c'eft l'aventure d'un
» vieux Financier , mort depuis fix mois,
» & qu'elle n'eft ignorée de perfonne.
» Celle du Célérier n'eft pas touchante ,
» fi ce mot doit toujours fignifier tendre :
» mais je la crois très - touchante dans le
» fens tragique , qui renferme terreur &
»pitié; & c'est ce que je me fuis pro-
» pofé. Le vrai eft , que moi qui l'ai fai-
»te , je ne l'ai pas relue fans émotion .
» La comparaifon des Liévres mâles
M A I. 1764. 95
"
» eft plaifante , & n'en eft pas plus défavantageufe
à la niéce du Prieur , s'il·
eft vrai qu'elle tue fon homme d'auffi'
» bonne grâce , que M. le Duc tue les
males Liévres. L'étoffe dont j'ai taillé
» cette fille eft d'un deffein affez neuf,
» & nous verrons quel effet il produira,
» A tout prendre , Monfieur le Duc
» voit que j'entre de bon coeur dans fon
» idée d'un premier acte de Tragédie . "
ور
» Jamais Auteur ne fut moins rebelle à
» la critique . Je fouhaiterois même que
» Monfieur le Duc m'eût auffi marqué
»fon fentiment fur les peintures , les ré-
» fléxions , le ſtyle , & fur les degrés par
» lefquels je fais entrer mon Héros en
» danſe : car au fond , c'eſt la partie ef-
» fentielle de mon entrepriſe , & fur
» quoi je ne puis appeller à l'avenir. Ce
» n'eft pas un Roman que je fais ; c'eſt
» un Livre de Morale vêtu de cette cou-
» leur. Ma curiofité fur ces quatre points
expofe Monfieur le Duc à de nouvel-.
» les queſtions , la première fois que j'i-
» rai l'affurer de mon tendre & parfait
» attachement.
"
Nous avons dit que les deux nouvelles
parties du Monde Moral ne contiennent
que l'Hiftoire de Mademoiſelle Tekely
96 MERCURE DE FRANCE . E.
avec l'Abbé Brenner. L'Auteur pins'es fait
voyager en Turquie , dans le temps es nue
M. de F.... étoit Ambaffadeur de France
à la Cour Ottomane . Ce qui lui donne
occafion de parler de ce Miniftre ; &
c'eft ce qu'il en dit , qui a donné lieu à
la feconde Lettre dont nous avons parlé.
Nous allons d'abord rapporter ce que
M. l'Abbé Prévot raconte de M. de ' F.....
» Cet Ambaffadeur avoit fait prépa-
» rer une Fête pour quelques Dames de
» France & de Hollande , dans un Village
voifin de Pera. On s'y rendit à
» neuf ou dix heures du matin , les Da-
» mes dans leurs voitures , & M. l'Am-
» baffadeur à cheval , avec la plupart
» des hommes. Il faifoit fort chaud ; mais
" à l'aide des rafraîchiffemens , on fit
» bonne chère , & la danfe y fuccéda.
» En retournant , comme on étoit venu,
» M. de F.... vit ou crut voir un fer-
» pent qui traverſoit le chemin devant
» les pieds du cheval d'un Gentilhomme
» François , nommé Marigny , qu'il
» favorifoit beaucoup , & qui étoit à fa
gauche. Il lui dit : prenez garde que
» votre cheval ne marche fur ce ferpent.
» Marigny ayant répondu qu'il n'y en
» avoit aucun , fa réponſe déplut à l'Am-
» baſſadeur , qui la regarda comme un
» démenti ;
"
M A I. 1764 . 97
"J
» démenti ; & , dans cette fauffe idée ,
» il lui donna un coup de fouet fur les
» épaules. Eft ce ainfi , s'écria le Gentil-
» homme , qu'on traite un homme de
" condition ? Oui , repliqua M. de F....
quand il parle comme vous faites.
» Cette conteftation , qui devint beau-
» coup plus vive , ne fut pas interprétée
» à l'avantage de l'Ambaffadeur ; & le
» refte de la compagnie lui croyant la
» tête échauffée par l'exceffive chaleur
» on fit figne à Marigny de ne le pas
» contredire plus long-temps. Mais fa co-
» lère ne fit qu'augmenter en rentrant
» dans fon Palais . Il ne dormit pas de
» toute la nuit fuivante ; fes difcours &c
» fes actions fembloient marquer le plus
» violent délire; il devint fifurieux , qu'on
» fut obligé de le lier........ Ce défor-
» dre ne put demeurer fecret ; il alla fi
» loin , que les Officiers de l'Ambaffade
» prirent enfin le parti d'envoyer en
», France une atteftation de la folie de
» leur Chef , fignée des principaux Mar-
» chands de la Nation. M. de F.... fut
» rappellé , & M. Defalleurs nommé
» pour lui fuccéder.
·
Voilà le fait tel qu'il eft rapporté au
commencement de la quatrième partie
du Roman. La Lettre fuivante en prouve
la fàuffeté. E
98 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE à M. DE LA PLACE ,
Auteur du Mercure , fur feu M. de
FERRIOL , Ambaffadeur de France
à la Porte.
"
J'AI lu avec étonnement , Monfieur
ΑΙ
» dans l'un des deux nouveaux volumes
d'un Livre intitulé , le Monde Moral ,
» de feu M. l'Abbé Prévot , de préten-
» dues anecdotes concernant M. de Fer-
» riol , dont perfonne n'eft plus à portée
» que moi , de démontrer la fauffeté. Je
» vous prie , au cas que vous rendiez
>> compte de cet Ouvrage dans le Mer-
» cure , de vouloir bien y inférer ma
» Lettre. C'eft le moins que je doive à
» la mémoire d'un Miniftre refpectable ,
» que mon père a beaucoup connu ; &
» je vous crois trop jufte, pour ne pas ef-
» pérer de vous cette grace .
3
7
by Je fuis donc en état de vous affurer ,
" Monfieur , que M. de Ferriol , Ambaffadeur
à Conftantinople , a joui tant
» qu'il a vécus, d'une réputation qu'il
» avoit méritée par fes lumières & par fa
» probité , qu'il alaiffé dans le pays où il
» a été employé , le fouvenir des occap.
atvid .
J
MA 1. 1764. 99
» fions où il a foutenu la dignité de fon
caractère & la gloire de fon Maître ,
» avec une force & un courage dontily
≫ a peu d'exemples. On trouve en effet
» dans plufieurs relations , la façon dont il
fe conduifit à fa première Audience , *
" où il ne voulut jamais quitter fon
» épée ; ainfi que la réfiftance qu'il ap-
»porta aux ordres qui lui furent figni-
"
fiés de la part du Grand- Seigneur , au
» fujet des artifices & illuminations qu'il
"avoit fait préparer dans fon Palais , pour
» célébrer la naiffance du premier Duc
» de Bretagne. Il confervoit , il eſt vrai ,
un peu trop dans fon intérieur , cette
» fierté & cette infléxibilité qui conve-
» noient dans les actions d'éclat ; il punif
» niffoit févèrement les moindres fautes.
» Ses principaux Domestiques , irrités
» de cette févérité , & excités peut- être
>> par d'autres motifs dont les détails ne
» me font pas aujourd'hui préfens , for-
» mèrent la plus étrange confpiration
» qu'il y ait jamais eu . Il profitèrent d'u-
» ne maladie confidérable qu'il effuya ,
( c'étoit une espèce de fiévre maligne )
» pour le tenir dans une espèce de char-
» te privée , ne le laiffant parler à qui
19
Voyez le Choix des Mercures , tom. 102.p. 41 .
Eij
100 MERCURE DE FRANCE .
»
» que ce foit ; ils débitèrent que la tête
»lui avoit abfolument tourné , & en-
» voyèrent un Mémoire à la Cour de
» France , qui atteftoit cette calomnie.
» L'Ambaffadeur
, étant en convalef-
» cence , s'apperçut du traitement inoui
» qu'il éprouvoit ; & ne fçachant com-
» ment fe tirer de fa prifon , il apperçut
» à une fenêtre qui touchoit à la fienne ,
» l'Ambaffadeur
d'Hollande , qui étoit
» fort de fes amis . Il lui conta fon hiftoi-
» re alors cet Ambaffadeur fe tranfpor-
» ta chez lui , fe fit ouvrir les portes , le
» tira de captivité. Les auteurs de la confpiration
s'enfuirent & fe difperfèrent.
» M. de Ferriol dépêcha en France un
» Comte de Raza , Officier qui avoit
» fervi en Hongrie pour le Prince Tekeli.
» Ce Comte de Raza , qui devoit faire
» une grande diligence , afin de détruire
» les bruits injurieux qu'on avoit répan-
» dus contre M. de Ferriol, fut retenu en
» Dauphiné par une maladie , & n'arri-
» va précifément que le jour même où
» M. Defalleurs avoit été nommé pour
fuccéder à M. de Ferriol. Le coup
" étant fans remède , ce dernier fut obligé
de revenir à Paris , où il a vêcu plufieurs
années eftimé & confidéré de
tous ceux qui l'ont connu. J'ai l'hon-
" neur , & c. N****
. و و
»
M. A L. 1764. TOF
ANNONCES DE LIVRES.
LE Négociant Citoyen , ou effai dans
la recherche des moyens d'augmenter
les lumières de la Nation fur le Commerce
& l'Agriculture ; avec cette Epigraphe
:
Varium Cali prædicere morem
Cura fit , acpatrios cultufque habitufque locorum
Et quid quæque ferat regio , quid quæque recufet.
Virg. Georg. Lib. I.
Par M. C. C. A. à Amfterdam , & fe
trouve à Paris , chez Duchefne , Libraire
, rue S. Jacques , au-deffous de
la Fontaine S. Benoit , au Temple du
Goût. Brochure in-8° . de 56 pages..
Il feroit à fouhaiter que les vues que
l'on fe propofe dans cet Ecrit , euffent
leur exécution ; on verroit fe former
dans la profeffion du Commerce & de
l'Agriculture , une pépinière d'hommes
également éclairés & utiles. Ceux qui
auroient vieilli dans les emplois , viendroient
fervir la Patrie par leurs lumières
& leur expérience dans les Chambres
de Commerce & dans les Bureaux
d'Agriculture du Royaume , dans les
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Places qui leur feroient acquifes par
droit de vétérance. Ce ne font là
que
les idées principales de cette brochure ;
P'Auteur qui les développe avec autant
d'ordre que de précifion & de clarté
fait connoître les moyens les plus furs
de parvenir à l'exécution de fes vues patriotiques.
DES Corps politiques & de leurs
gouvernemens ; deux volumes in- 12 .
C'eft un nouveau Titre d'un Ouvra
ge connu & intitulé, Abrégé de la République
de Bodin, à Londres , chezJean
Nourfe;&fe trouve à Paris chez Cavelier,
Tue S. Jacques, 1755. On fçait que la Ré
publique de Bodin a eu dans fon temps
un fuccès femblable à celui de l'Esprit
des Loix ; mais on ne la liroit plus aujourd'hui
, fi on n'en avoit rajeuni le
ftyle , & retranché le fuperflu . C'eſt ce
qu'a fait avec fuccès un Magiftrat de
Bordeaux , en y mêlant quelques réflé
xions qui donnent un nouveau prix à
l'Ouvrage lequel fe vend toujours chez
Cavelier, rue S. Jacques , au lys d'or,
Le nouveau titre que porte ce Livre actuellement,
ne regarde que le Frontifpice
; car les titres des chapitres nous ont
paru les mêmes ; & il eft égal de l'acheter
M A I. 1764. 103
fous le titre des Corps politiques , &c ,
ou fous celui d'Abrégé de la République
de Bodin.
APOLOGUES Orientaux . par M. de
Sauvigni , dédiés à Mgr LE DAUPHIN ;
à Paris , chez Duchefne , Libraire , rue
S. Jacques , au-deffous de la Fontaine
S. Benoît , au Temple du Goût ; avec
approbation & permiffion ; 1764. Bro
chure in iz d'environ 200 pages.
Les divers morceaux de cette Bro
chure , rapportés ci- deffus dans l'Arti
cle des Piéces fugitives de ce Mercure,
nous difpenfent de nous étendre fur le
mérite de ces Apologues ; nos Lecteurs
en jugeront par eux-mêmes , puifque
nous en avons mis quelques-uns fous
leurs yeux. Nous ne doutons pas que
ce léger échantillon ne faffe defirer de
procurer tout l'Ouvrage.
fe
RÉFLEXIONS fur les préjugés qui
s'oppofent aux progrés & à la perfection
de Finoculation par M. Gatti ,
Médecin Confultant du Roi , & Profeffeur
en Médecine dans l'Univerfité
de Pife; à Bruxelles , & fe trouve à
Paris chez Mufier Fils , quai des Au-
E iv
104 MERCURE DE FRANCË .
guftins , 1764 ; brochure in- 12 de 240
pages.
Les préjugés fur lefquels M. Gatti
fait des Réflexions , regardent 1 °. La
nature de la petite vérole 1°. La méthode
d'inoculer . 3 °. La contagion de la
petite vérole . inoculée 4° . le retour de
la petite vérole après l'inoculation. M.
Gatti combat tous ces préjugés ; &
quoique cette matière ait été plufieurs
fois agitée , nous croyons que cette
brochure , où l'on donne de nouvelles
raifons , ou des raifons expofées d'une
manière nouvelle , excitera encore la
curiofité des perfonnes qui prennent
parti pour ou contre , dans cette fameufe
queftion.
MÉMOIRES pour la vie de François
Pétrarque , tirés de fes OEuvres , & des
Auteurs contemporains , avec des notes
, ou differtations , & les Piéces juftificatives
; à Amfterdam chez Arfkée
& Mercus , 1764 ; un vol. in-4° . qui
doit être fuivi de 2 ou 3 autres du
même format.
Plus de trente perfonnes ont écrit la
vie de Pétrarque ; & cependant l'Auteur
ne craint point d'affurer que nous
M A I. 1764. 105
n'avons point encore de bonne vie
de ce Poëte Italien . Pour le prouver il
adreffe une très-longue Préface aux
perfonnes d'Italie qui aiment la Poëfie
& les Lettres. Il en adreffe une autre
aux François , Amateurs de la Poëfie
& des Belles- Lettres , pour leur découvrir
le principal motif qui lui a fait
entreprendre ce grand Ouvrage. On
fent bien que ce motif ne peut être ,
que de faire connoître en France un
homme , à qui il prétend que nous.
avons les plus grandes obligations ..
Nous reviendrons plus d'une fois fur
ce Livre , à mesure qu'il en paroîtra
un nouveau volume ; & nous en tirerons
des anecdotes qui pourront fournir
matière à des extraits curieux , agréa
bles & inftru &tifs ..
LA Cuifine Bourgeoife , fuivie de
l'Office , à l'ufage de tous ceux qui ſe
mêlent de dépenfes de maifons contenant
la manière de connoître , difféquer
& fervir toutes fortes de viandes
des avis intéreffans für leur bonté , &
fur le choix qu'on en doit faire ; la făçon
de faire des menus pour les quatre
Saifons , & des ragoûts des plus nouveaux
; une explication de termes pros
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
pres , & à l'ufage de la Cuifine & de
Office ; & une lifte alphabétique des
uftenfiles néceffaires ; nouvelle édition
augmentée de plufieurs apprêts qui font
marqués par une étoile ; à Paris , chez
Guillyn , quai des Auguftins , du côté
du Pont S. Michel , au Lys d'or , 1764 ;
avec Approbation & Privilége du Roi ;
2 vol. in- 12 ; prix , 4 liv. reliés.
Dans cette édition ainfi que dans
les précédentes , on fent que l'Auteur
s'eft attaché à éviter la dépenfe , à fimplifier
la méthode & à réduire , pour
ainfi dire , au niveau des cuifines bourgeoifes
, ce qui fembloit ne devoir être
réfervé qu'aux cuifines opulentes . L'Auteur
avertit le Public que fon Livre a été
contrefait en Province ; que cette contrefaction
eft remplie de fautes ; qu'on
a changé les dofes qui la plupart ne
valent rien ; que celui qui a donné cette
édition contrefaite , ne fçait ni Cuiſine
ni Office ; & qu'enfin la bonne édition
eft celle que nous annonçons actuellement.
On trouve chez le même
Libraire toutes fortes de Livres de Cuifine
d'Office ; & entre - autres les foupers
de la Cour , ou l'art de travailler
Routes fortes d'alimens pour fervir les
meilleures Tables fuivant les quatre faiM
A I. 1764. 107
fons in - 12 4 vol. 10 liv. Le nouveau
Traité de Cuifine avec de nouveaux
deffeins de Table , & vingt - quatre menus
, ou l'on apprend ce que l'on doit
fervir , fuivant chaque Saifons , en gras,
en maigre & en pâtifferie , in- 12. 3
vol. 7 liv. La fcience du Maître d'Hô
tel Cuifinier , avec des obfervations fur
la connoiffance & propriété des alimens
in- 12 . 3 liv. La fcience du Maître
d'Hôtel Confifeur , à l'ufage des Of
ficiers , avec des obfervations fur la
connoiffance & propriété des fruits in-
12. avec fig. 3 liv.
INSTRUCTIONS pour la premiere
Communion , diftribuées en cinq deffeins
, par un Curé de la Campagne ;
avec cette Epigraphe Evangelifare
pauperibus mifi me Dominus. Luc. 4 .
A Paris , chez Prault , quai de Gefvres
, au Paradis , 1764 ; avec approbation
& privilége du Roi. Brochure
in- 12 de 130 pages.
propos
M. Voile de Villarnou , Curé de la
Paroiffe de Bouhi , eft l'Auteur de ce
petit Livre édifiant , qui vient à
dans le temps préfent. On ne doit y
chercher que de la fimplicité & de l'onction.
On n'a à parler qu'à des enfans; il
E vj
108 MERCURE DE FRANCE .
faut donc que le langage que l'on em
ploye , non feulement foit accommodé
à leur portée , mais encore qu'il aille
à leur coeur & les touche. C'eft à quoi
l'Auteur paroît s'être appliqué unique .
ment.
TRAITÉ des Miracles , dans lequel
on examine 1 °. leur nature , & les
moyens de les difcerner d'avec les prodiges
de l'Enfer. 2 ° . leur fin. 3°. le ur
ufage à Paris , chez d'Efpilly , Libraire
, rue S. Jacques , à la Croix d'or ,
vis -à-vis de la vieille Pofte , 1764 ; avec
approbation & privilége du Roi ; 2
vol. in- 12. Prix 5 liv . reliés .
. Le titre de ce Livre en annonce la
divifion générale ; nous y ajouterons
quelques fubdivifions particulières qui
achéveront de faire connoître le deffein
& le plan de ce Traité. La première Parti
e eftfoudivifée en 26 Chapitres où l'on
donne, d'après S. Auguftin, S.Thomas ,
les Pères & les Théologiens, des moyens
de difcerner les vrais miracles. Les fins
pour lesquelles Dieu accorde des miracles ,
font la confirmation de la foi , la manifeftation
de fa gloire & celle de la fainteté
de fes ferviteurs. Il y a encore des
miracles qui ont pour fin d'éprouver &
M A I. 1764.
..109
de révéler le fond des coeurs . Dieu en
a fait auffi , dit l'Auteur , pour aveugler
& endurcir les coeurs fuperbes . Ces divers
points font traités en plufieurs chapitres
qui forment la feconde divifion.
On y fait voir encore qu'il s'opére quelquefois
des miracles par des hommes
dont la foi n'eft pas pure , par des Hérétiques
, des Schifmatiques , & c ; mais
la Religion même fçait en tirer avantage
; & il y a de la différence entre la
manière dont les dons furnaturels font
dans l'Eglife , & celle dont ils fe trouvent
dans de fauffes communions. Enfin
la troifiéme Partie traite des motifs
ticuliers qui ont engagé les hommes à
ajoûter foi aux miracles qui fe font
faits à l'établiffement de la doctrine révélée
. Ces motifs font en grand nombre
, & c'eft ce qu'il faut lire dans l'Ouvrage
, ainfi que plufieurs autres chapitres
, dans lefquels l'Auteur achève de
traiter à fond cette matière importante .
,
>
par-
ESSAI de navigation Lorraine , traitée
relativement à la politique au
militaire au commerce intérieur ou
extérieur , à la Marine & aux Colonies
de la France ; pour fervir de Suite à
l'effai fur les Duchés de Lorraine & de
110 MERCURE DE FRANCE .
le
Bar ; par lequel Plan on établit la jonc
tion de la Méditerranée à l'Océan par
centre du Royaume & par la Capitale ;
& enfuite la communication entre les
deux Mers & la Mer Noire par la Lorraine
, l'Alface , l'Allemagne , & les
Etats de l'Impératrice , Reine de Hongrie
; par Charles - Leopold Andreu de
Biliftein ; à Amfterdam , chez H. Conftapel,
Libraire ; 1764. Brochure in- 12.
de 184 pages.
Ce titre explique fuffisamment l'objet
de cet écrit , & nous difpenfe d'entrer
dans d'autres détails .
MÉTAHHYSIQUE de l'âme , ou
théorie des fentimens moraux , traduite
de l'Anglois de M. Adam Smith , Profeffeur
de Philofophie morale dans l'Univerfité
de Glafcow ; par M.... à Paris,
chez Briaffon , rue S. Jacques , à la
Science ; 1764 , avec Approbation &
Privilége du Roi. 2 vol . petit in-8°.
Cet Ouvrage a eu le plus grand fuccès
en Angleterre ; & il y a lieu de croire
qu'il ne fera pas accueilli moins favorablement
en France . Nous avons été
fatisfaits de la manière dont on y explique
nos affections & nos jugemens ;
& on fera peut-être furpris d'y voir les
matières métaphyfiques les plus abſtrai-
1
MA I. 1764. 111
·
tes , mifes à la portée du commun des
Lecteurs.
TRADUCTION du Traité de l'Amitié
de Cicéron ; dédiée à Madame de Sartine
; par le fieur L *** ; à Paris , chez
Debure , père , quai des Auguftins , à
l'Image S. Paul , & chez Mérigot , près
la rue Gît-le coeur ; avec approbation &
permiffion ; 1764. Brochure in- 12 , de
266 pages ; prix , 1 liv . 4 f.
Cette Traduction d'un des meilleurs
Ouvrages de Cicéron nous a paru trèsbien
faite. Il feroit à fouhaiter que celle
du Traité de la vieilleſſe du même Auteur
nous eût été donnée par la même main.
HISTOIRE d'Ecoffe fous les régnes
de Marie Stuart & de Jacques IV , jufqu'à
l'avénement de ce Prince à la Couronne
d'Angleterre , avec un Abrégé
de l'Hiftoire d'Ecoffe dans les temps qui
ont précédé ces époques ; par M. Guillaume
Robertfon , Docteur , Miniftre de
Ladyyefter , à Edimbourg ; traduite de
l'Anglois ; à Londres , 1764 ; 3 vol.
in - 12.
20
M. Robertfon , fans chercher à recu-
Per & à illuftrer l'origine de fa Nation ,
la repréfente d'abord dan en état de
13 MERCURE DE FRANCE.
barbarie , & livrée à tous les inconvé
niens du gouvernement féodal. Il peint
fa patrie affervie à l'Angleterre par l'infidélité
d'Edouard I , qui enléve à l'Ecoffe
les titres de fa liberté ; qui veut
lui donner des Souverains & lui dicter
des loix ; & qui jette les fondemens de
cette antipathie qui a régné fi longtemps
entre les deux Nations . Après
avoir parcouru les premiers régnes , en
obfervant toujours de rapporter les faits
principaux , & de tracer avec des traits.
hardis le caractère des Princes & des
Perfonnages les plus remarquables , il
commence fon fecond Livre par la
naiffance de Marie Stuart , par fon avénement
au Trône , & par les troubles.
de fa minorité. Il annonce de loin cette
étrange révolution , cette catastrophe
fingulière qui conduifit du Trône à l'échaffaut
une Princeffe accomplie. Il
cherche la fource de cette funefte rivalité
entre Elifabeth & Marie ; il la trouve
dans une jaloufie de femme ; & il
fait voir que les plus grands événemens
n'ont bien fouvent que des caufes frivoles.
Nous ne faifons que citer une
très-petite partie de la Préface , où le
Traducteur donne la plus haute idée de
cette Hiftoire curieufe & intéreffante..
M A 1. 1764. 113
GRAMMAIRE des Sciences Philofophiques
, ou Analyſe abrégée de la Phifofophie
moderne , appuyée fur les expériences
; traduit de l'Anglois de Benj.
Martin ; nouvelle Edition , corrigée &
augmentée ; à Paris , chez Briaffon ,
fue S. Jacques , à la Science & à l'Ange-
Gardien ; 1764 ; avec approbation & privilége
du Roi ; un vol . in-8°. avec beau
coup de planches gravées.
Cet Ouvrage déja connu , eft , comme
on fçair , par demandes & par réponfes,
& traite de la Science de la Philofophie
en général , de la Philofophie
naturelle en particulier , de fes parties , de
fon fujet, & des différens ufages dont
elle eft dans la vie, Il eſt queſtion ,dans la
première partie , de la nature commune
& de la propriété de tous les corps naturels
; de l'extenfion , de la grandeur
& des dimenfions des corps ; de la divifibilité
de la matière ; de fon infinité , de
la folidité & de la figurabilité des corps ;
de la mobilité , de la nature du mouvement
& du repos ; de la lumière , des
couleurs , des odeurs ; du fon , de la pefanteur
, de la tranfparence , de l'opacité
, de la dureté , de la moleffe , de la
roideur , de la fléxibilité , de la chaleur ,
de la froidure , & c , &c. La feconde
114 MERCURE DE FRANCE.
Partie traite de la cofmologie en général
, de l'efpace du monde , du vuide
de la durée & du temps ; des corps céleftes
, de la théorie du Soleil , de la
Lune , des Planétes , des Cométes , des
Etoiles fixes. Il s'agit dans la troifiéme
Partie , de la théorie de l'air , des vents,
des météores , de l'arc- en - ciel , des parhélies
, & c. Enfin la dernière Partie préfente
la doctrine générale concernant
le globe terreftre , les foffiles , les miné
raux , les métaux , les eaux de la mer
des fleuves , des lacs , des fontaines
des bains ; les plantes , les végétaux , les
animaux de toutes efpéces , & c , & c.
Les remarques de plufieurs perfonnes
fçavantes ont déterminé l'Auteur à faire
dans cette nouvelle Edition , des change
mens & des additions . Il y a traité plufieurs
Sujets nouveaux & curieux , & a
cité, dans les Notes , les Auteurs les plus
eftimés qui ont écrit fur les mêmes matières.
HISTOIRE du Ministère du Chevalier
Robert Walpool , devenu Miniftre
d'Angleterre & Comte d'Oxford ; à
Amfterdam , chez Marc Rey ; 1764 ;
& à Paris , chez Durand, neveu, rue S
Jacques. 3 vol. in- 12. Prix , 7 liv. 10 f.
MA I. 1764. LIS
Ce n'eft point ici une. Traduction ; on
en jugera par quelques endroits de la
Préface. Je me donnerai bien de gar
, de , dit l'Auteur , d'adopter la partialité
de celui qui me fournit la plus
>> grande partie de mes matériaux . Il
paroît trop animé de l'efprit républi
›› cain. On jugera de M. Walpool ,
» non par ce que j'en dirai , mais par
» fes opérations. On n'aura point à me
reprocher que je me fuis trop livré
aux portraits ; tout fera en action . Je
» ferai toujours marcher mon Lecteur
» à côté du Miniftre ; aucune de fes
» démarches ne lui échappera ; par ce
» moyen je le mettrai en état de le ju
» ger.... J'ofe dire que le Lecteur fe
» trouvera intéreffé par les harangues ,
» les raifonnemens , la politique & les
» réfléxions que les divers événemens
» arrivés fous le ministère du Chevalier
Walpool ont occafionnés..... J'ai a-
» douci , autant qu'il m'a été poffible ,
» les expreffions dures & libres qui fe
» trouvent dans certaines harangues où
" il eft question de la France ... j'ai
» mis tous mes foins à écarter les dou-
" tes que contiennent les écrits que la
» liberté Angloife donne le droit de
» rendre publics ; l'original que je con-
»
"
116 MERCURE DE FRANCE.
» fulte , mais que je ne fuis point entiè-
» rement , avertit lui- même qu'il a été
obligé de faire un choix , pour ne
» pas commettre d'injuftice , & c.
"
ROSE & Colas , Comédie en un
A&e , Profe & Mufique ,
repréſentés
pour la premiere fois par les Comédiens
Italiens ordinaires du Roi , le 8
Mars 1764 La Comédie eft de M.
Sedaine , & la Mufique de M. Moncigny.
Prix 1 liv. 4 fols. A Paris
chez Claude Heriffant , Imprimeur- Li
braire , rue Neuve Notre- Dame , à la
Croix d'or , avec approbation & privilége
du Roi ; 1764 ; in - 8°. On trou
ve chez le même Libraire les airs détachés
; prix , 1 liv, 16 f. On grave la
partition.
On parlera plus au long de cette
Piéce dans l'Article des Spectacles .
!
PROSPECTUS d'un Livre intitulé
Etat préfent de l'Orléannois , ou Effai
hiftorique & typographique de cette Province
, divifé en trois parties ; avec cette
Epigraphe Ille terrarum mihi præter
omnes angulus ridet ; Hor. Avec addition
de notesfingulières.
Cet Ouvrage auquel M. Recullé de
MA I. 1764. 117
Saint-Laurent travaille depuis trois ans ,
& auquel il a été encouragé par le Chef
du Confeil d'un de nos Princes , contient
Orléans , ce qui s'y eft paffé de plus
remarquable , les meilleurs crus de vin
les Sçavans , les Rois , les Ducs , la Maifon
entière de Monfeigneur le Duc
d'Orléans , l'Evêché , les Evêques , l'Edit
de 1758 concernant la délivrance des
prifonniers , la Cathédrale , les autres
Chapitres de la Ville & du Diocèfe , les
Abbayes de la Ville & du Diocèfe , les .
Collateurs des Cures , les Paroiffes d'Orléans
, les deux Commanderies , les Séminaires
, la Jurifdiction Eccléfiaftique ,
les Bureaux , le Gouvernement , les Tribunaux,
un Traité honorable de la Magiftrature
, de MM . les Avocats , Notaires
& autres Compagnies , l'Univerfité ,
la Médecine , la Chirurgie , la nouvelle
Société d'Agriculture , les Bibliothéques,
l'Académie des Sciences , la Butte , l'Académie
de Mufique , le Spectacle , & c.
Les principales Villes & Bourgs de l'Apfuivant
le rôle des Affifes , companage
,
me Pithiviers , Meun , Jargeau , Artenay
, Toury , Saint- Benoît , Donnery
Cléry , Monpuipeau , Saint-Denis- de-
Jargeau , Rebrechien , la Ferté , Suevre
, & c. Jenville , Baugency , Bois-
#
148 MERCURE DE FRANCE .
commun , Sully , Château-neuf, Gien ,
Montargis , & c. Chartres , ce qu'il y a
de remarquable fur cette Ville ; les Abbayes
, Villes & principaux Bourgs de
ce diocèfe. Blois , ce que l'Hiftoire nous
en apprend de plus intéreffant ; fa Chambre
des Comptes ,les Abbayes , Villes &
principaux endroits de ce Pays & Diocèfe
; le tout accompagné d'Edits , Arrêts
, Traits d'Hiftoire , faits & Anecdotes
utiles & de fentimens. Cet Ouvrafera
fuivi d'une fuite concernant les
Villes Epifcopales , les Cours Souveraines
, les Gouvernemens , & c. Si quelqu'un
a quelques Notes à faire paffer à
Auteur , il eft prié de le faire au plutôt ,
chez M. Valleyre fils , Imprimeur & Libraire
à Paris , rue de la vieille Bouclerie
, & d'affranchir les lettres. Cet Ouvrage
fera de format in- 12 . de 3 liv. &
de 40 f.
ge
ZÉLIS au bain , Poëme en quatre
Chants ; à Genève , & fe trouve à Paris,
chez Jorry , Imprimeur- Libraire , rue
& vis-à-vis de la Comédie Françoiſe ;
in-8°. 1763 ; en très-beau , papier , orné
de quatre Eftampes , quatre Vignettes ,
quatre culs-de- lampes & d'un Frontifpice
, le tout deffiné & gravé par de
très-habiles Maîtres .
MA I, 1764. 119
Outre tous ces ornemens typographiques
, qui font rechercher cette Brochure
par les Connoiffeurs , on doit
encore compter pour beaucoup le mérite
littéraire de cette agréable production
, où régne ce que la Poëfie a de
plus riche , de plus tendre & de plus
gracieux en expreffions , en fentimens
& en images.
).
LE POT-POURRI , Epître à qui on
voudra ; par l'Auteur de Barnevelt ;
fuivi d'une autre Epître , par l'Auteur
de Zélis au bain ; à Genève , & fe trouve
à Paris , chez Sébastien Jorry , Imprimeur
- Libraire , rue & vis - à - vis de
la Comédie Françoiſe , au Grand Monarque
& aux Cigognes ; 1764 , in-8 ° .
enrichi comme la Brochure précédente,
de tous les ornemens de la Typographie
& du Burin.
On lit à la tête cet Avertiffement qui
explique le Sujet de la première Piéce .
» Un voyage que je fis l'Automne der-
» nier près de Blois , dit l'Auteur , ( M.
» Dorat ) a donné lieu à cette Epitre.
» Il femble que la Nature ait choifi les
»bords de la Loire pour y déployer
» fes plus riches ornemens. C'est là
» qu'elle eft riante & majeftueufe ; c'eſt
120 MERCURE DE FRANCE.
» là qu'elle préfente à l'imagination les
» tableaux les plus variés. J'ai tâché
d'en reproduire quelques-uns dans cet
» Ouvrage , où j'ai peint ce que j'ai
", vu , & où j'exprime ce que j'ai fenti,
Parmi ces divers tableaux nous ch'oififfons
celui du Château de Blois , parce
qu'il fait avec le Concierge & les Voyageurs
, le Sujet de la première Gravure ,
Tu connois ce Châtel antique
Que fit bâtir François Premier ;
Mazure bifarre & gothique ,
Mais qu'il ne faut point oublier.
Sur-tout fon Concierge fidèle
Mérite bien d'être cité :
C'eſt an Monfieur tout plein de zèle ,
Et très-plaifant en vérité,
Malgré la peſanteur de l'âge ,
Et fes deux aulnes de vifage ,
Il va grimpant , trottant , foufflant ;
Vous indique chaque paffage ,
Et s'extafie à tout inftant.
Il voit de la magnificence
Où l'on ne voit que des débris':
Il n'eft point de trou de fouris ,
Qui ne faffe honneur à la France.
Dans les recoins les plus obfcurs
Très-gravement il vous promène ;
II
MA I. 1764. 121
Il vous fait admirer les murs
Comme des murs de porcelaine.
Souvent , pour vous inftruire mieux ,
Il s'arrête , ferme les yeux ,
Met fes deux mains fur fa bedaine ;
Et puis voilà mon gros menteur
Qui , fans ofer reprendre haleine ,
Vous dit tout fon Château par coeur.
L'Epître qui termine ce recueil eſt
intitulée : Epître à mon ami , au retour
du voyage qui a donné lieu au Potpourri.
Nous avons dit qu'elle eft de
P'Auteur de Zélis au bain : c'eſt dire
que la Poëfie en eft gracieuſe.
1
LES Baladins , ou Melpomene vengée
; avec cette Epigraphe : Facit indignatio
verfum. A Amfterdam , 1764,
in- 8 °. de 36 pages.
Nous n'annonçons cette Brochure
que pour cette claffe de Lecteurs qui
ne veulent rien ignorer de ce qui s'imprime
à Paris ; car ceux pour qui la
critique est un genre odieux , prendront
peu de part à cette production.
On affecte d'y rabaiffer la plupart des
gens de Lettres , & principalement ceux
qui travaillent pour la Comédie Italienne
& les Spectacles forains.
122 MERCURE DE FRANCE .
CHIMERANDRE l'Anti - Grec , fils
de Bacha Bilboquet , ou les équivoques
de la Langue Franchofe ; nouvelle refonte
; avec cette Epigraphe.
Neperdas operam ; quife mirantur in illos
Virus habe nos hac novimus effe nihil.
Martial. Lib. 13. Epig. 2 .
à Balivernopolis , 1764 ; & fe vend
chez Hériffant , Libraire rue Neuve
Notre-Dame. Brochure in- 12 . de 62
pages.
Le Bacha Bilboquet eft une Brochure
fi connue , qu'il fuffit , pour connoître
celle que nous annonçons , de dire
qu'elle eft écrite dans le même goût &
le même ftyle. Elle peut fervir de pendant
à la première , & être reliée dans
le même volume . C'eft une autre hiftoire
& d'autres équivoques qui égayeront
le Lecteur pendant quelques inftans de
défoeuvrement.
LE Code de l'Amour ' , ou les décifions
de Cythère ; Ftrennes du mois de
Mai , à l'ufage des Amans défoeuvrés ,
par une Société de vieux amoureux ; à
Cythère , chez Tyrfis galant , à l'Enfeigne
du Mai , & fe trouve à Paris ,
chez Hériffant , Imprimeur - Libraire ,
MA I. 1764. 123
rue Neuve Notre-Dame ; 1764 ; I vol.
in- 12 , divifé en deux parties d'environ
200 pages chacune .
Malgré ce qu'il peut y avoir de plai
fant dans le titre , il eft certain que cette
double Brochure contient des Piéces
très-ingénieufes. Elles font tirées , pour
la plûpart , des Journaux & autres Ouvrages
périodiques , & choifies avec
goût. On eft charmé de retrouver en
un feul recueil un grand nombre de
differtations pleines de fel , d'agrément
& de fineffe , qui fe trouvoient tellement
difperfées , qu'on pouvoit les regarder
comme perdues pour le Public
avant qu'on eût pris le foin très-louable
de les raffembler en un volume. Ce
qui nous a fait le plus de plaifir dans
cet agréable recueil , ce font des queftions
fur des matières qui intéreffent le
coeur , & dont la décifion fuppofe une
connoiffance parfaite de tous fes divers
mouvemens. On y trouve auffi , en forme
de digreffions , plufieurs morceaux
très-bien faits fur des Sujets analogues
au refte de l'Ouvrage. La Profe y eft
agréablement mêlée avec la Poëfie ; &
le tout enſemble forme une variété qui
plaît , qui attache & qui intéreffe.
Fij
1.24 MERCURE DE FRANCE.
DICTIONNAIRE Géographique ,
Hiftorique & Politique des Gaules & de
la France ; par M. l'Abbé Expilly, Chanoine-
Tréforier en dignité du Chapitre
Royal de Sainte - Marthe de Tarafcon
de la Société Royale des Sciences &
Belles-Lettres de Nanci , & c , Tome fecond
; à Amfterdam ; & fe trouve à
Paris , chez Defaint & Saillant , Libraires
, rue S. Jean de Beauvais ; Bauche
, Libraire, quai des Auguftins ; Hériffant
, Libraire , rue S. Jacques ; Defpilly
, Libraire , rue S. Jacques ; Nyon
Libraire , rue S. Jacques , 1764 ; vol .
in-folio.
Nous avons annoncé ce grand Ouvrage
, lorfqu'on en publia le premier
volume. Le fecond Tome comprend les
lettres C. D. E , & répond parfaitement
à l'idée avantageufe qu'en a donnée le
Profpectus que nous avons auffi annoncé
dans le temps. Nous avons lu avec
la plus grande fatisfaction plufieurs Articles
de ce nouveau volume ; & par
l'exactitude avec laquelle l'Auteur a
parlé de tous les lieux que nous connoiffons
, nous avons jugé de celle qu'il
a mife également en parlant des Pays
& des Villes qui nous font moins connus.
Nous partageons avec le Public la
MA I. 1764. 125
reconnoiffance due à M. l'Abbé d'Expilly
pour un travail fi utile ; & nous
croyons que cette entrepriſe , qui fait
tant d'honneur à fon Auteur , eft auffi
très - glorieufe à notre Siécle & à
notre Nation .
SOUSCRIPTIONS pour les chaînes
élaftiques , à fubftituer aux foupentes
& refforts des Carroffes Berlines
Chaifes de Poftes & autres femblables
voitures ; propofées par le Sr Guillaume
Zacharie le jeune , Horloger de la
Ville de Lyon , Inventeur & privilégié
du Roi pour la monture des chaînes ,
par Lettres- Patentes du 28 Août 1761
enregistrées au Parlement de Paris le 17
Juin 1763 ; à Lyon , de l'Imprimerie
d'Aimé de la Roche , Imprimeur - Librire
de la Ville & du Gouvernement ;
aux Halles de la Grenette ; 1763 ; brochure
in-8° de 30 pages.
Les perfonnes à équipages prendront
furtout intérêt à cet écrit qui contient
toutes les conditions de la foufcription .
On pourra fe le procurer à Lyon chez
M. Soupat , Avocat en Parlement , &
Notaire , rue de Grenette ; & à Paris ,
chez M. l'Héritier , Notaire , rue de la
Verrerie. En attendant nous placerons
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
ici cet avis qu'on nous prie d'inférer
dans notre Mercure .
» LE Sieur Guillaume Zacharie a
» fait annoncer cette nouvelle décou-
» verte dans les Gazettes & Papiers pu-
» blics , & a fait répandre une brochu-
» re inftructive , afin que l'Europe en-
» tière en foit inftruite & puiffe en pro-
» fiter.
» Il a appris que beaucoup de per-
" fonnes , en ouvrant les yeux fur l'uti-
» lité de cette découverte , craignoient
» que le temps de remplir les 3000 foufcriptions
ne fût trop long , & qu'elles
» ne vouloient fe déterminer à foufcrire
» qu'à l'extrémité de l'accompliffement
des foufcriptions.
"
99
» Mais le fieur Zacharie fe croit obligé
de leur faire fçavoir par le préfent
» Avis , que le nombre des foufcriptions
» augmente chaque jour , & que ceux
» qui différent pourroient fe priver eux--
» mêmes du bénéfice de la foufcription
" en fe laiffant devancer par d'autres ;
» il ſe pourroit même qu'au lieu du ter-
•
me de cette année , annoncé pour la
», délivrance des Chaînes , ( uniquement
» dans la vue de donner le loifir aux
» perfonnes qui habitent les contrées
M A I. 1764. 127
» les plus reculées , de fe procurer l'a-
» vantage de cette découverte , ) le
nombre des foufcriptions pourroit
» être accompli dans fix mois ; & dans
» ce cas , la délivrance des Chaînes fe
» feroit avant le temps projetté : on
» n'aura pas de peine à le croire, fi l'on
» jette un coup d'oeil fur la quantité d'é-
» quipages qu'il y a en Europe, qui món-
» te à plus de 300000.
"
» Déjà la France , l'Angleterre , l'Al-
» lemagne , Rome , Naples , Gênes &
» autres Villes , ont fourni grand nom-
» bre de foufcriptions ; c'eft fans doute
» aujugement qu'en a porté l'Académie
» Royale des Sciences de Paris , que cette
» confiance eft due. Jugement prononcé
» après l'examen le plus févere & le plus
» réfléchi fur le Caroffe en grand que
» l'Auteura préſenté.
» L'Auteur a encore ajouté depuis
» l'obtention de fon Privilége , un nouvel
» avantage dans l'ufage de ces montures ;
» c'eſt qu'en roulant dans des chemins
» rapides , foit en montant ou en defcen-
» dant , on mettra la caiffe dans le niveau
» par le moyen du jeu d'un cordon que
» l'on tirera avec aifance de fa place
» dans le Carroffe ; & dans la plaine
» l'on donnera le penchant que l'on vou-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
» dra à la caiffe en arriere,pour fe mettre
" mieux à fon aife par le moyen d'un
» autre cordon que l'on tirera auffi
» fans éffort & fans fe déranger de fa
» place.
>>
» Le Sieur Zacharie s'engage de livrer
les 3000 montures dans l'intervalle de
» trois mois après les foufcriptions remplies
; mais il n'en délivrera point ,
» fous quelque prétexte que ce foit ,
» avant cette époque. Les Papiers pu-
" blics informeront les Intéreffés du
» temps de la livraifon des Chaînes
»pour les faire retirer à Lyon ; à l'é-
» gard de ceux qui auront foufcrit à
» Paris , elles leur feront livrées dans
» cette Capitale dans l'endroit qu'il indi-
» quera.
"
» Il déclare de plus au Public , comme
" il a fait dans fa Brochure , page 10, qu'à
» mefure qu'il reçoit la première moitié
» des foufcriptions , il en fait emploi
» pour la fabrication des Chaînes élaſti-
» ques , ce qui hâtera le moment de la
» délivrance totale.
"
» Le Bureau général pour les foufcrip-
» tions , eft établi à Lyon , chez Me Sou-
» pat , Avocat en Parlement , Confeiller
» du Roi , Notaire , rue Grenette.
» On peut auffi s'adreffer au Sieur "
M A I. 1764. 129
» Zacharie , qui délivrera gratis des Bro-
» chures inftructives , avec la gravure du
» Caroffe monté en Chaînes élastiques.
» Les perfonnes réfidantes à Paris ou
» aux environs , pourront fe procurer
» des foufcriptions dans ladite Ville
» chez M. L'Heritier , Confeiller du
Roi , Notaire au Châtelet , rue de la
» Verrerie , qui délivrera aux foufcrip-
» teurs des reconnoiffances fignées de
» l'Auteur , & chez lequel on trouvera
» auffi des Brochures inftructives avec
» la gravure du Carroffe.
OEUVRES de M. Rouffeau de Genéve
; nouvelle édition revue , corrigée &
augmentée de plufieurs morceaux qui
n'avoient point encore paru. A Neuchatel
; 1764 ; plufieurs vol . in-8° ; &
une autre Edition en autant de vol. in-
12. On en trouve à Paris chez les Libraires
qui vendent les Nouveautés.
Nous avions déjà différentes éditions
des Euvres de M. Rouffeau ; mais elles
font fi défectueuses , qu'elles ont excité
les juftes plaintes de l'Auteur , qui les
défavoue , & du Public qui n'y retrouve
pas toutes les Piéces qu'il connoît.
Le recueil qu'on lui préfente aujourd'hui
, fans avoir été imprimé fous les
Fy
130 MERCURE DE FRANCE,
yeux deM Rouffeau , n'en a pas été
fait avec moins de foin. On a recueilli
dans cette double Edition , non
feulement tous les Ouvrages connus de
cet Auteur, mais encore plufieurs écrits
qui n'avoient point encore paru. On ya
fait entrer auffi différentes critiques que
M.Rouffeau a jugées dignes d'une réponfe;&
à l'égard de cette multitude de Brochures
auxquelles fes Ouvrages ont donné
lieu , elles n'y font inférées que par
extrait. Quant à la partie typographique,
il nous a paru qu'on ne pouvoit y apporter
plus d'attention , ni de foin , ni de
dépenfe. La beauté du papier , la netteté
des caractères , la fineffe du deffein
le mérite de la gravure & des eftampes ,
tout concourt à donner à cette nouvelle
Edition toute la perfection dont elle eſt
fufceptible. Elle ne peut être ni plus belle
, ni plus éxacte , ni plus complette ; &
dans celles qu'on pourra faire déformais,
aucune ne contiendra un plus grand
nombre de Piéces , à moins que l'Auteur
ne donne de nouveaux Ouvrages.
Dans ce cas , fans rien changer à ce recueil
onles imprimera féparément dans le même
format & on les placera à la fuite de
cette Edition ; ce qui difpenfera le Public
d'acheter deux fois le même Livre. Nous
n'entrerons aujourd'hui dans aucun déM
A I. 1764. 131
tail de ce que contient chacun des
volumes' ; nous ditons feulement qu'ils
ne renferment que les OEUVRES DIVERSES
de M. Rouſſeau.
•
CUVRES de Théâtre de M. de Voltaire
, de l'Académie Françoife: de
celle de Berlin , & de la Société Royale
de Londres. A Paris , chez Duchefue ,
rue S. Jacques , au Temple du Goût ;
1764 ; avec approbation & privilége
du Roi ; vol. in- 12 ; à la tête defquels
eft le Portrait de l'Auteur très bien
gravé.
L'empreffement univerfel pour tout
ce qui fort de la plume de M. de Voltaire
, a fait entreprendre des éditions.
fans nombre de fes différens Ouvra--
ges. Comme on a paru defirer d'avoir
féparément un recueil de fon Théâtre ,
beaucoup de Libraires fe font efforcés
en différens temps , de fatisfaire le Public
à cet égard. C'eft dans cette vue
que le Sieur Duchefne donne aujourd'hui
cette édition. qui eft la plus
complette que nous ayons jufqu'à préfent
, des OEuvres dramatiques de ce
célébre Auteur. Il ne faut qu'y jetter
un coup d'oeil pour fentir combien elle
eft fupérieure à toutes les autres , non
"
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
feulement par le nombre des Pièces
( elle renferme toutes celles que M.
de Voltaire a fait jouer jufqu'à préfent ,
depuis dipe jufqu'à Olympie &
d'autres même qui n'ont pas été repréfentées
) mais encore par la beauté
du papier , la correction typographique
, & tout ce qui peut donner
du prix à une édition .
ARTICLE III
SCIENCES ET BELLES-LETTRES
ASTRONOMI E.
MÉMOIRE de M. TREBUCHET
d'Auxerre ancien Officier de la
REINE , fur les obfervations du Paffage
de Vénus , du 6 Juin 1762.
J'AMAIS
' AMAIS Phénomène ne fut plus célébré
que le paffage de Venus fur le Soleil
, du 6 Juin 1961 : il fut annoncé
pour la première fois par le célébre Képler
en 1629, & M. Halley fut le premier
qui en fit fentir les avantages de
la manière la plus précife & la plus
éclatante en 1691 , & furtout en 1716
MA I. 1764. 133
dans les Tranfactions Philofophiques
de ces années & les Actes de Léipfic ,
1693 & 1717. Il dit qu'on en déduira
la parallaxe du Soleil à &
500 par conféquent
avec la plus grande préciſion
poffible , la diſtance réciproqne de tous
les Corps Planetaires , c'eft ce qu'il appelle
la folution du plus beau de tous
les problêmes infoluble d'ailleurs , problematis
nobiliffimi & aliunde inacceffi
folutio certa & adæquata.
M. Legentil , l'a dit en termes équivalens
dans fon Mémoire du Journal
des Sçavans , de Mars 1760 ; en donnant
la fubftance de celui de M. Halley,
il dit que l'obfervation de ce paffage
achévera de perfectionner le fyftême
Planetaire : & voici comme s'en explique
M. de Lalande , dans fa Connoiffance
des Temps de 1761. » Que ne de-
» vroit-on pas entreprendre , à la vue
» d'un événement fi rare , dont les avan-
» tages , négligés une fois , ne fçauroient
» être enfuite compenfés , ni par les ef-
» forts du génie , ni par la conftance des
» travaux , ni par la magnificence des
» plus grands Rois. «
Les obfervations de ce paffage , qui
ont été faites en Europe , n'ont pas répondu
aux efpérances qu'on en avoit
136 : MERCURE DE FRANCE.
yeux furla Mappe-Monde de M. Delifle,
on voit que dans l'Ifle Bermude , ou
dans les Açores , la fortie a paru fe faire
au Soleil levant au même inſtant qu'à la
Mecque , où elle s'eſt faite au Zénith ;
puifque le cercle de 8 heures 58 minutes
paffe par ces différens endroits.
Il dit , fuivant fon principe , que de
deux lieux placés à la même latitude , le
plus occidental a dû voir la fortie plus
tard que le plus oriental ; & comparant
fon obfervation faite à Vienne avec celle
de Tyrnau , il compte en effet 19 fecondes
de plus, & 8 fec . de plus par l'obfervation
de M. Lyfogorsk : mais s'il eût comparé
les obfervations du P.Lyefganigg ,
de M. Caffini , & du P. Scherffer , il auroit
compté d'abord , ni plus , ni moins ,
enfuite 2 fecondes de moins , & enfin 16
fecondes de moins , comme il compte
encore moins à Paris comparé à Ingolftad.
Son principe n'eft donc rien moins
que conftaté par l'obfervation.
Ce qu'il dit des deux lieux placés fous
un même Méridien , s'accorde mieux
avec la théorie & l'obfervation. J'obferverai
feulement que la différence des
Méridiens d'Ingolftad & de Bologne
n'eft que de 5 fecondes , ſuivant ſa troifiéme
Table, & qu'il l'a faite de 15 feMA
I. 1764. 137
condes , dans la comparaiſon des obfervations
de ces deux Villes : ce qui fait
une mépriſe de 10 fecondes dans les réfultats
qu'il donne.
Mais ce qu'il dit , en troifiéme lieu ,
que l'effet de la parallaxe eft le même
pour deux endroits , dont l'un feroit autant
oriental que l'autre feroit méridional
, eft encore contraire à la Mappe-
Monde , où l'on voit que cet effet eft le
même pour le Pic des Açores , Lisbonne
, Madrid , le Caire , la Mecque & la
Côte occidentale de la Nouvelle - Hollande
; quoique ces différens endroits ne
diffèrent point également en longitude
& en latitude. Des Açores à la Nouvelle-
Hollande il y a une différence de 140
degrés de longitude , & il n'y en a qu'une
de 70 en latitude.
Le P. Hell auroit fouhaité pouvoir
conftruire deux Tables , dont l'une auroit
marqué les effets de la parallaxe abfolue
ou relative au centre de la Terre ,
pour tous les lieux où l'obfervation a été
faite , & l'autre auroit été relative au
Méridien de Paris , afin que l'on eût pu
y choifir les obfervations les plus propres
à déterminer la parallaxe du Soleil.
Mais le temps qu'il eft obligé de mettre
à la compofition de fes Ephémérides &
138 MERCURE DE FRANCE.
autres Ouvrages , ne lui a pas laiffé le
loifir de faire ces deux Tables. A leur
défaut , j'ai dreffé celle qui eft à la fin de
ce Mémoire. Si elle eft bien faite , elle
pourra fuppléer à ce que cet Aftronome
auroit voulu faire .
Chaque colomne de cette Table porte
qui s'entend affez de lui- fon titre
même .
"
J'ai pris pour terme de comparaiſon
l'obfervation faite à Paris à l'Obfervatoire
de la Marine , fur les Bains de Ju
lien l'Apoftat, par M. Baudouin , Maitre
des Requêtes. Ce Magiftrat , qui donne
à Uranie les momens que Themis lui
laiffe , avoit déja , avant fon obfervation
, mérité de toute l'Aftronomie , en
affurant à Vénus un Satellite dont l'éxiftence
étoit plus que douteufe . M. Caffi
ni crut l'avoir vu en 1686 , M Short dit
l'avoir vu une fois en 1740. Mais ces
grands Maîtres , quoiqu'armés des meil
leurs Inftrumens , fembloient n'avoir
enfanté que le Rat de la Montagne. Il
étoit réfervé à M. Montagne , Aftronome
de Limoges , & fecondé par M. Baudouin
, de réaliſer à nos yeux , avec une
lunette de neuf pieds , un être auffi ancien
que le Monde. Quatre obſervations
qui en ont été faites en huit jours de
M A I. 1764. 139:
temps , au mois de Mai 1761 , avec la
même configuration ou le même croiffant
que la Planéte principale , dans
quatre points oppofés de fon orbite ,
doivent diffiper le charme de l'illufion &
de l'incrédulité. Pour fe convaincre des,
avantages que l'Aftronomie doit retirer
de cette infigne découverte, il ne faut que
lire les fçavantes Differtations que fon
Promoteur en a lûes le même mois à l'Académie
, & ce qu'en ont dit fes illuftres
approbateurs. A la vue du nouvel Aftre
qui vient nous révéler des fecrets du
Monde planétaire , inconnus jufqu'ici ,
& qui doit porter à la poftérité le nom
de celui qui l'a fi bien fait connoître ,
qu'il me foit permis de dire : Quid non
cæleftia cogis , ô Bodoix !
Les quatrièmes colomnes marquent
en degrés & minutes la valeur de l'angle
formé par le demi-diamètre horisontal
du Soleil , & fon rayon tiré au point de
contact . Les points foulignés marquent
ceux qui font arrivés au- deffus de ce
diamètre horisontal : ceux où il n'y a
point de barre font arrivés au- deffous . ,
Ainfi l'on voit qu'à Madrid le premier
contact s'eft fait 2 degrés 48 minutes audeffus
du diamètre horifontal , & à Paris
8 degrés 43 minutes au-deffous. Or
140 MERCURE DE FRANCE.
peut remarquer qu'en général plus ces
angles font grands , plus auffi eft grand
l'effet de la parallaxe abfolue marquée
dans la colonne à côté. Je dis , en général
, & toutes chofes d'ailleurs égales ;
car à Stokolm où l'entrée s'eft faite 44
degrés 3 minutes au- deffous du D. H.
la parallaxe a été de 5 minutes 11 fecondes
; & à Tobolsk , où la fortie s'eft
faite à 63 degrés 35 minutes , la parallaxe
n'eft que de 4 minutes 7 fecondes.
La raison de cette exception vient de la
différence des parallaxes de hauteur qui
a été plus confidérable à Stoklom , où
l'entrée s'eft faite vers l'horifon , qu'à
Tobolsk , où la fortie s'eft faite vers le.
Méridien .
Pour réduire l'obfervation au centre
de la Terre , j'ai ajouté ou fouftrait l'effet
de la parallaxe , felon qu'il eft affecté du
figne plus ou moins , dans la cinquiéme
colonne.
On peut remarquer ici qu'à la fortie
ou émerfion , l'inftant du contact a été
avancé par-tout où il s'eft fait au- deffous
du diamètre horisontal , & qu'il a été retardé
là où il s'eft fait au- deffus . Ce qui
n'eſt arrivé qu'à Lisbonne , à Madrid &
à Rodriguez , & que l'entrée ou l'immerfion
a été retardée pour Stokolm ,
MA I. 1764. 141
Petersbourg & Tobolsk , où elle a paru
fe faire au-deffous du même diamètre.
On peut , donc dire par forme de co-
`rollaire , 1 ° . que l'effet de la parallaxe eſt
d'avancer l'entrée , fi elle fe fait au-deffus
du diamètre horifontal du Soleil , &
de la retarder fi elle fe fait au-deffous ;
au contraire , de retarder la fortie
quand elle fe fait au - deffus , & de l'avancer
, quand elle fe fait au-deffous,
2°. Que cet effet eft d'autant plus confidérable
qu'il fe fait fentir plus loin de ce
diamètre , & qu'il eſt nul vers ſes extrémités
, foit que les phafes arrivent le
matin , à midi , le foir , à l'horiſon ou au
zénith. On conçoit bien que dans ce
dernier cas, le difque du Soleil étant dans
une fituation parallèle à l'horifon , tous
fes diamètres peuvent être regardés comme
horiſontaux , & qu'une ligne tirée
du centre de la Terre au Soleil , paffant
par l'oeil de l'Obfervateur , l'effet de la
parallaxe ne peut être que nul . Il doit
l'être également à l'horifon , s'il arrive à
l'extrémité du diamètre horisontal ; puiſque
la différence des parallaxes horizontales
n'étant pas d'une demie minute de
`degré , un arc d'une auffi petite quantité
eft confondu avec la portion du vertical
tangent au Soleil dans lequel agit
la parallaxe.
142 MERCURE DE FRANCE .
Après avoir réduit l'obfervation au
centre de la Terre dans les fixiémes
colonnes , pour la réduire au Méridien
de Paris , j'ai emploié la difference
des longitudes marquée dans la connoiffance
des temps de 1764 , & dans
la troifiéme Table du Père Hell ; de
forte que la feptiéme colonne devroit
préfenter un même inftant , puifqu'elle
eft réduite à un même Méridien. Les
différences qui s'y rencontrent ne peuvent
venir que de l'incertitude des longitudes
, ou du défaut des obfervations ,
ou de celui de mon cacul.
Il eft fàcheux que le père Hell , dans
le temps qu'il travailloit à fa differtation
, n'ait pas eu connoiffance de l'obfervation
faite à Lisbonne par M. de
Ciera , Profeffeur des Etudes au Collége
des Nobles ; cette Capitale du Portugal
, Port de mer le plus occidental de
toute l'Europe dont la longitude , par
cette raiſon , eft fans doute aujourd'hui
éxactement connue , auroit pu fournir
un terme de comparaifon plus propre
que Madrid , dont la longitude eft vifiblement
défectueufe , comme le dit le
Père Hell fur fa quatriéme Table : &
puifque la longitude de Stokolm eft
encore incertaine à dix- neuf fecondes
M A I. 1764. 143
de temps près , fuivant la Table de M.
de Lalande comparée à celle du Père
Hell , n'en peut- on pas dire du moins.
autant de la plupart des autres endroits
où l'obfervation s'eft faite ? A
cette première fource d'incertitude fe
joint celle qui vient de l'obfervation
même. Il eft certain qu'elle a dû
fe faire à la même feconde pour le même
endroit. Et l'on voit dans un Paris ,
un Vienne & un Bologne , entre fix
ou fept Obfervateurs également habiles
, jufqu'à des dix- huit , trente- cinq
& cinquante- huit fecondes de différence
qui vient apparemment de la différence
des Inftrumens & des yeux .
Le Père Hell , a donc bien raiſon
de s'écrier dans fa première remarque
fur fa fixiéme Table : Quis eft Obfervatorum
vel Aftronomorum Deus qui
aut obfervando aut calculando ,fe quatuor
fecundis non aberraffe perfuadere
nobis poffit ?
Je n'ai garde d'affurer d'avoir atteint
dans mon calcul à cette préciſion de
quatre fecondes , quand je vois que je
différe au moins avec M. de Lalande ,
de fept fecondes & demi pour le contact
obfervé à Paris, de trente - huit fecondes .
pour le premier contact intérieur obfer-
,
144 MERCURE
DE FRANCE .
vé à Stokolm , & de fecondes quatorze
pour le fecond. Sur quoi il eft pourtant
bon de remarquer qu'il a emploié
une ,différence des parallaxes horifonta
les de vingt- cinq fecondes , 6. avec une
Méthode qui lui eft propre , & que je
n'ai employé qu'une difference des paralaxes
de vingt-quatre fecondes avec la
Méthode de M. Caffini , imprimée dans
les Mémoires de l'Académie
année
1743 , page 385. Celle de M. Delifle ,
à la fin du même Volume m'a donné à-
-peu-près les mêmes réſultats , je n'ai pu
faire ufage de celle de M. de Lalande ,
parce que je ne l'entends pas.
*
la
La Méthode de M. Caffini , qui me
femble avoir été prife dans le grand
livre de la Nature auffi fimple que magnifique
, confifte dans la réfòlution
d'un feul triangle dans lequel il y a un
angle conftant , & toujours égal à celui
qui eft formé au centre du foleil par
perpendiculaire à l'orbite & le rayon tiré
au point de contact , cet angle eſt toujours
oppofé à la différence des parallaxes
dehauteur . Un autre angle qui eft variable
eft formé par la tangente au point de contact
& le vertical dans lequel agit la
parallaxe , cet angle eft toujours égal
à l'arc ou à la portion du limbe du
foleil
M A. I. 1764. 145
foleil interceptée depuis fon diamètre
horisontal jufqu'au point de contact
& le côté oppofé à cet angle donne
l'effet de la parallaxe .
Pour fe donner une idée de ce triangle
, on peut jetter les yeux fur la troifiéme
Figure employée par M. Caffini ,
dans fes calculs fur le paffage de Mercure
en 1743 , à l'endroit que je viens
de citer. On y voit les triangles HDG ,
ICK , dans lefquels les angles H , I
font égaux aux angles MSD , MSC,
& oppofé aux verticaux D G, CK ; on
voit encore que l'effet de la parallaxe
a été plus grand à l'entrée qu'à la fortie
parce que l'angle GDH étoit plus
grand que l'angle ICK , & que
fi cet
angle eût été fi petit , que le vertical C
K n'eût fait qu'une ligne avec la tangente
CI ( comme il arrive toutes
les fois que le point de contact fe fait
à l'éxtrémité du diametre horisontal )
il ne fe feroit point fait de triangle &
par conféquent l'effet de la parallaxe ,
exprimé par IK auroit été aul , quand
même la fortie feroit arrivée vers l'horifon
, foit au levant , foit au couchant.
La fuite au Mercure prochain.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
MÉDECINE.
?
OBSERVATIONS fur un Marofme occafionné
par un morceau de plomb ,
par M. HOUSSET , de la Société
Royale des Sciences , & Docteur en
l'Univerfué de Médecine de Montpellier
, Médecin des Hôpitaux , Bibliotécaire
& ancien Directeur de la Socié
té des Sciences & Belles- Lettres d'Auxerre.
J'AI AI vu en 1757 à l'Hôtel - Dieu un
homme , qui , quelques heures après
avoir mangé , rejettoit tous les alimens .
Je foupçonnois qu'il étoit attaqué d'un
fchirre à l'orifice inférieur du ventricule ,
qui empêchoit les fol des de paffer dans
le duodenum, J'employai pour le guérir
les remèdes que je jugeois les plus efficaces
, les vomitifs , les purgatifs , les fondans
les apéritifs , mais infructueufement.
Le malade , ennuyé du peu de
fuccès qu'il retiroit de ces fecours , forti
de l'Hôpital , retourna dans fon pays.
J'appris quelque temps après , par fon
Chirurgien , qu'il y étoit mort ; que fon
MA I. 1764. 147
cadavre ayant été ouvert > on avoit
trouvé au fond de fon eftomach un morceau
de plomb d'une figure irrégulière ,
affez confidérable pour obliturer le canal
des inteftins , & empêcher que , les alimens
pouffés par le mouvement périſtaltique
de l'eftomach , n'entraffent dans le
duodenum ; en forte que le vifcère devoit
être irrité dans le temps de la digef
tion , & par un mouvement rétrograde
, rejetter les matières alimenteufes à
moitié digérées. Ce qui a conduir infenfiblement
notre malade à un marafme
univerfel , & enfin à la mort. Il auroit
pu guérir par un ufage journalier de
certaines préparations mercurielles . Les
heureufes obfervations de M. le Dran
fur la diffolution du plomb dans la veffie
, par
le moyen du mercure , nous auroient
invité à les employer , & nous
auroient fait efpérer une cure radicale :
mais les payfans font fouvent d'un génie
fi borné , qu'on les prendroit plutôt
des automates , que pour des
pour gens
capables de donner le moindre éclairciffement
fur la caufe de leurs maladies . *
* L'eftomach jouit de deux fortes de mouvemens
, l'un progreffif ou périftaliique , par lequel
les alimens en partie digérés dans cet organe ,
font pouffés dans le duodenum , l'autre , retrogra
G ij
148 MERCURE DE FRANCE .
SECONDE Obfervationfur une Perte de
Sang fuivie de la Fiftule lacrymale.
Madame Lefebvre , Religieufe du Couvent
de la Vifitation , étoit attaquée depuis
plufieurs années d'une perte de fang.
Feu mon Père , Médecin de cette Communauté
, laiſſoit aller cette perte jufqu'à
ce qu'elle eût affoibli un peu les forces
du corps , fans néanmoins en bleffer notablement
les fonctions ; il la faifoit enfuite
faigner du bras. Ce qui fufpendoit
pendant un long efpace de temps l'écou
lement. Je fuivois la même méthode à
laquelle la Nature étoit habituée : elle
me réuffiffoit. Mais cette maladie , de
fimple qu'elle étoit, devint compliquée ;
de ou antiperistaltique , qui , au lieu de les confer
ver pour l'oeuvre de la nutrition , les chaffe au
contraire au- dehors. Ce double mouvement eſt
vermiculaire , involontaire , contre les Sthaliens ',
ne dépend que de l'irritation faite à la membrane
mufculaire du viſcère qui ſeule en eſt le fiège. Ce
mouvement,à qui on a donné le nom d'irritabilite,
connu depuis peu , annoncé fi fçavamment dans les
Expériences du célébre M. de Haller , vient d'être
développé , quant à la nature & fes propriétés,
dans les Lettres de M. Houffet adreffées à cet Aureur.
Voyez le fecond volume des Mémoires fur
Jes Parties fenfibles & irritables , Edit, de Laufanne
, 1760.
MA I. 1764 149
une ophtalmie , un flux de larmes involontaires
qui dégénérèrent en un ulcère
fiftuleux lacrymal , rendoient fon état
plus trifte de jour en jour , & me firent
penfer férieufement à détruire jufqu'aux
plus profondes racines du mal. Pénétré
de cette réfléxion,jej ugeai que l'état préfent
ne pouvoit avoir d'autres caufes que
la conftitution âcre de la maffe du fang
qui tendoit à la diffolution ; il s'agiffoit
en conféquence d'adoucir l'acrimonie
de ce fluide , & d'en rallier les principes .
L'ufage habituel du lait & des alimens
farineux , comme le ris au gras ,
le vermicelle
, les oeufs au lait , & c , me parurent
les plus propres à remplir ces deux
indications ; le tout précédé des remèdes
généraux convenables à fon état . Cette.
Religieufe , à qui je donnois l'efpérance
de la guérifon , fuivit conftamment mes
confeils , & au bout de huit mois elle
fut délivrée , non - feulement de fa perte
mais auffi guérie de fa fiftule , qui depuis
cinq ou fix ans , n'a laiffé entrevoir aucune
marque qui fît craindre fon retour.
A Auxerre , ce 13 Avril 1764.
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
LETTRE écrite par M. FARCY , à Madame
la Générale la MOTTE , du 10
Mars 1763 * , aufujet de fes Gouttes
blanches & jaunes.
MADAME ,
LA vie & la fanté de mon Père , que
je dois à l'excellence de votre Elixir , &
aux bons fuins de M. Thiery , Docteur
en Médecine de la Faculté de Paris ,
font pour moi les motifs d'une reconnoiffance
qui ne s'altérera jamais. Que
ne puis - je perfuader au Public que , fi la
paralyfie a des effets fi fâcheux , que les
tempéramens même les plus robuſtes
n'en font pas exempts , on trouve dans
votre Elixir un excellent remède contre
cette maladie . Mon Père , fexagénaire &
fort replet , fut tout -à -coup réduit le 31
Janvier dernier en un état qui ne permettoit
pas même aux gens de l'Art , d'efpérer
le rétabliffement de toute la partie
droite du corps qui étoit immobile . Mais.
comme nous trouvâmes heureufement
* Cette Lettre n'a été retrouvée que depuis
quelques jours, au Bureau du Mercure .
M A I. 1764. 151
M Thiery , dont les lumières font auffi
connues que les bonnes qualités de fon
cocur , il ne défefpéra point d'une guérifon
parfaite. Parmi les moyens dont il
fe fervit , il employa principalement l'Elixir
jaune. Ces fecours firent au bout de
trois jours concevoir les plus grandest
efpérances. La langue qui fubitement
s'étoit tellement engagée , que mon Père'
ne pouvoit nommer ce dont il avoit befoin
, commença à fe délier , & le fixié-'
me jour de fa maladie il fe faifoit entendre.
M. Thiery ayant ordonné des
frictions avec votre Elixir blanc , le long
du bras droit plus fortement affecté , le
furlendemain de cette opération le doigt
annulaire & le petit doigt donnèrent
quelques fignes de mouvement . J'affirme
avec la plus grande vérité, que la continuation
de ces frictions , l'ufage inté
rieur de l'Elixir jaune , avec les autres
remèdes , ont en moins de quinze jours
produit des effets étonnans ; de forte que
l'articulation des doigts de la main étoit
on ne peut pas plus fenfible , & il reftoit
à la langue peu d'embarras. Je certifie
qu'aujourd'hui mon Père va , vient , fe
proméne ; qu'il parle auffi librement
qu'autrefois , & fe fert de fon bras au
point de s'en rafer. Tout le quartier du
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
fauxbourg S. Honoré a connoiffance de
cet événement , auffi - bien que M. le
Comte de Saint- Florentin , & auquel ce
Miniftre auffi diftingué par fa fageffe
que par la bonté , s'eft intéreffé. Indépendamment
de M. Thiery , qui a dirigé
la cure de mon Père , je puis citer
pour témoins de fon état actuel & paffé
MM. Bainieres , Cagnard & Cadet , Chi-.
rurgiens. M. de Laffaigne , Médecin du
Roi , qui a bien voulu fuivre mon Père
dans fa convalefcence , avec une attention
particulière , a cru ne pouvoir mieux
faire que de continuer le traitement qui
avoit fi bien réuſſi.
i
Je fuis avec autant de refpe&t que de
reconnoiffance , & c.
A Paris , le io Mars 1763 .
ACADÉMIE S.
SEANCE publique de l'Académie des
Sciences & Belles - Lettres de BÉ-
SIERS.
L
E 25 du mois d'Août dernier
1763 , l'Académie célébra le matin la
Fête de Saint Louis , par une Meffe
MA I. 1764. 153
qu'elle fit dire , & après laquelle M.
l'Abbé de Baftard Prêtre , Sacriftain
de la Cathédrale & l'un de nos Confrères
, lut le Panégyrique du Saint , qui
eut l'applaudiffement d'une nombreuſe
affemblée .
Le même jour , vers les cinq heures
après midi , l'Académie fe rendit à l'Hôtel-
de - Ville , où en préfence de MM.
les Maire & Confuls , d'un grand nombre
d'Officiers , & d'autres perfonnes
de diſtinction , M. Brouzet , Directeur ,
ouvrit la féance par un difcours , où il
parla de la Paix ; & des circonstances
qui l'ont précédée , & à la fin du quel il
fit l'Eloge du Roi , de M. le Comte, de
S. Florentin notre Protecteur de M.
notre Evêque & de M. de Mairan. Enfuite
il s'étendit beaucoup fur l'éducation
morale des Enfans : c'étoit la feconde
partie de fes réfléxions fur ce fujet.
Il en avoit lu la première dans la
féance publique précédente.
,
M. l'Abbé de Manfe , qui avoit été
chargé par la Compagnie de faire le
précis du difcours fur l'utilité des Voyages
, que notre Affocié M. l'Abbé Grosde
Befplas de la Maiſon & Société de
Sorbonne , vient de faire imprimer ,
lut ce qui fuit,
G.v
154 MERCURE DE FRANCE .
M. l'Abbé Gros , après une courte
Préface , où il rend compte des motifs
qui l'ont engagé à choifir le Sujet qu'il
a traité , commence fon difcours par
un remercîment de la grace qu'il dit
avoir reçue , en fe voyant admis parmi
nous. La modeftie & la reconnoiffance
femblent lui avoir dicté les expreffions
dont il fe fert à cette occafion ;
il paffe tout de fuite à l'utilité des voyages
, relativement aux Sciences & aux
mours il fait voir que les voyages
éclairent les Sciences & qu'ils forment
les moeurs voilà les deux parties de
fon difcours.
Les voyages , dit- il , après M. Piganiol
de la Force , on été les premières
écoles du monde , & les Voyageurs
les premiers Sçavans. Rempli de l'idée
de cet Auteur , M. l'Abbé Gros regarde
l'Univers comme un cabinet , & un
Voyageur comme un Sçavant qui parcourt
tous les Livres qui y fant contenus
; avec cette différence , que le Voya -
geur en interrogeant les hommes de
tous les pays , en eft bien autrement
affecté , que le Sçavant qui n'interroge
que les Livres tout eft froid pour
celui - ci ; tout s'anime pour celui - là .
L'hiftoire des Nations policées , & de
MA I. 1754. 155
celles qui ne le font pas , l'hiftoire des
Empires & des Peuples, l'hiftoire naturelle
, l'hiftoire même de la Religion
tout eft à découvert pour celui qui
voyage ; les Sciences proprement dites ,
Philofophie , Théologie , Aftronomie
Géographie, Tactique , Médecine , Botanique
, tout eft dévoilé au voyageur. Il
juge de tout , parce qu'il voit tout , qu'il
écoute tout.
C'eft le tableau que nous préfente
l'Auteur dans la première partie de
fon Difcours ; & ce tableau eft un
tableau mouvant , qui fait paffer l'objet
dans le coeur du Spectateur.
La feconde partie , dit M. de Manfe ,
eft d'autant plus agréable à lire , que'
l'Auteur combat victorieufement par
les faits le préjugé que l'Abbé Regnier
a réduit en maxime : rarement à courir
le monde , on devient plus homme de
bien. On ne peut fe refufer à tout ce
que M. Gros dit pour prouver que les
voyages font profitables aux moeurs ;
premierement , en corrigeant les défauts
qui peuvent fe trouver dans les caractéres
nationaux & perfonnels. Il y a
des vices , dit- il , auxquels on ne peut
échapper que par la fuite ; le voyageur
fait toujours. Secondement , en fubfti-
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
tuant à ces défauts les qualités qui donnent
de l'éclat aux Nations que l'on va
vifiter. La vertu fe montre au voyageur
fous tant d'images , qu'il fent redoubler
pour elle fon inclination . D'ailleurs il a
des motifs bien puiffans pour devenir
vertueux ; la gloire de fa Nation , & fa
gloire perfonnelle.
Parmi nous un Citoyen fe montre- t- il
léger ? c'eft le vice de la perfonne : chez
P'Etranger , il fait accufer la Nation ;
c'eft le vice des François . Parmi nous
le Citoyen jouit d'une confidération
qui peut- être n'eft due qu'à fes Pères :
chez l'Etranger, il n'a d'autre reffource
que for propre mérite pour fe concilier
les fuffrages de ceux avec qui il vit.
M. l'Abbé Gros finit fon Ouvrage par
l'Eloge du Roi , de M.le Comte de S. Florentin
notre Protecteur , de M. Béfiers
notre Chef, de M. de Mairan notre Fondateur
, de Mde Lepaute notre Affociée ;
& tous ces Eloges font fortir le mérite
de celui qui loue , de même que le mérite
de ceux qui font loués.
Après le Difcours dont je viens , dit
M. de Manfe , de donner le précis , M.
Gros ajoute des réfléxions fur les Voyages
; & ce n'eft pas l'endroit le moins
piquant , ni le moins utile de fon écrit.
MA I. 1764. 157
Il étoit fi plein de fa matière , que ne
pouvant pas faire entrer tout ce qu'il
avoit médité la- deffus , dans un difcours
de demi-heure de lecture , il a été obligé
de la cifailler, pour ainfi dire , afin de ne
rien omettre de ce qui devoit perfuader
fon Sujet , & pour en faire retirer les
avantages qu'il en a retirés lui - même .
Comme Orateur , fon éloquence détermine
à voyager : comme penfeur , fes
maximes apprennent à voyager : la mé- .
fiance , dit-il , eft un vice dans le commerce
de la Société : elle eft indipenfable
dans les voyages , & devient une
prudence ; c'eft en ce fens, qu'on a tou-,
jours dit que la méfiance étoit mère .
de fureté.
" Si l'on croit les gens du Païs on
accourcit fon chemin par les fentiers ;
& j'affure , dit-il , qu'on l'abrège par
les grandes routes. Cette maxime a l'air
d'un paradoxe ; mais en l'éxaminant ,
on en découvre aifément la vérité .
Les autres réfléxions que l'on trouve
en affez grand nombre dans l'ouvrage
de M. l'Abbé Gros , font très – judicieuſes
, & d'une pratique fure & avantageufe.
Il feroit à fouhaiter qu'on les
gravât dans l'efprit & dans le coeur des
jeunes gens qu'on deftine à voyager.
158 MERCURE DE FRANCE:
M. Bouillet le Père parla enfuite fur
la mort prompte de quelques femmes
en couche , & fur les moyens de prévenir
cette mort. Il n'en détailla pas
toutes les caufes : il réſerva pour une
autre occafion la fyncope , la fuffocation
utérine , l'apopléxie laiteufe ; &
pour l'hémorrhagie exceffive , il renvoya
à M. Levret , habile Accoucheur
de Paris , qui en a très - bien differté
dans un de fes ouvrages. Il fe borna à la
gangrène de l'utérus , fuite de l'inflammation
de cette partie , & la caufe la
plus ordinaire de la mort prompte de ces
accouchées Sujet qui ne paroît pas
avoir été traité en particulier * & avec
toute l'attention qu'il mérite.
Mais à quoi attribuer cette inflammation
, & la gangrène qui lui fuccède.
fi promptement ? Le commun des hommes
en rapporte ordinairement la caufe
à quelque coup extérieur , à quelque
chure , ou à quelque déchirure , à quelque
contufion dans l'intérieur du fein ;
& l'on ne peut pas nier qu'à l'égard de
* M. Aftruc a parlé de l'inflammation de la
matrice hors le temps des couches ; mais il n'a
pas encore traité ex profeffo de celle qui ſurvient
d'abord après l'accouchement. V. Traité des maladies
des Femmes imprimé en 1761.
M A I. 1764. 159
certaines femmes qui ont péri brufquement
, ces caufes n'aient eu quelque
part à leur mort. On ne manque guères
auffi de foupçonner quelque faute dans
le traitement de l'accouchée , fi fa
mort a été précédée d'une maladie de
quelques jours.
Cependant , on voit 1 ° . mourir des
accouchées , qui n'avoient fait aucune
chuté , & qui n'avoient reçu aucun
coup fur le ventre .
9"
2º. Il en meurt auffi fans qu'il y ait
eu aucune écorchure ou contufion dans
leur fein ; & l'on en voit réchapper dont
le fein n'a pû qu'être furieufement maltraité.
Car fans parler de celles qui ont
furvécu à l'Opération Céfarienne
combien d'exemples n'a -t- on pas ,
de
femmes à qui on a arraché de force
ou tiré par des crochets des enfans
morts , ou des têtes feparées de leur
tronc ou enclavées entre les os du
baffin , fans que la mort s'en foit toujours
enfuivie ?
,
Il y a plus on a vu revenir en fanté
des femmes à qui les enfans pourris dans
leur fein , avoient percé l'abdomen , s'étoient
frayés une iffue à travers les
membranes de l'utérus & de l'inteftin
160 MERCURE DE FRANCE.
rectu n , * d'où ils fortoient par piéces : ce
qui prouve évidemment , que , quoique
la fubftance de l'utérus foit très- délicate ,
très-fufceptible des impreffions foit extérieures
, foit intérieures , & qu'il faille
la ménager avec toute l'attention poffible
, ce n'eſt pas pourtant toujours
à raifon de fa délicateffe , ni à raiſon
des incifions qui ont pu y être faites
ou des meurtriffures qu'elle a pu recevoir
, ou des inflammations & des
abfcès qui ont pu s'y former , que la
gangrène de cette partie enléve fi brufquement
la femme en couche.
3º . Enfin il meurt des accouchées
entre les mains des plus habiles Médecins
, quoiqu'elles fe fuffent délivrées
naturellement , & que dans leur maladie
elles euffent été traitées felon toutes
les régles de l'Art.
A quoi donc attribuer le trifte fort
de ces femmes ? C'eft , répond M. B. à
la nature de la fiévre qui les attaque
d'abord après l'accouchement , & à laquelle
fuccédent promptement l'inflammation
& la gangrène de leur fein .
* V. Joann. Langii Epift. Mad. Lib . 2. Epift.
39. Mém. de l'Acad. Royale des Sciences , année
1702. p. 234. Obferv. de Médecine de la Société
d'Edimbourg. Tom. V. Art. 39. &c.
MA I 1784 . 161:
Après avoir expliqué en peu de mots
la difpofition de l'utérus après l'enfantement
, & avoir rapporté les caufes
générales de la gangrène & du fphacèle ,
M. B. ajoute qu'il eft vifible que fi une
femme avant fes couches n'a pas obfervé
les régles d'une fage diéte , fi elle a
ufé de mauvais alimens , d'alimens capables
de fournir une grande quantité de
fucs de mauvaife qualité,ou que par quelque
caufe que ce foit ces mauvais fucs fe
foient formés dans fon corps , que
d'abord après l'accouchement ils vien-.
nent à fe développer , & qu'ils occafionnent
une fièvre de mauvais caractère
avec de violens redoublemens
fon fein doit s'engorger à un extrême
degré , fe gangrener , fe fphacéler ,
d'où s'enfuivra une prompte mort.
On ne fera pas furpris de ce funefte .
accident , fi on confidére d'un côté l'état
où fe trouve le fein des femmes d'abord
après l'accouchement , & de l'autre , fi
on examine les effets que doivent produire
fur ce vifcére les violens paroxifmes
d'une fiévre putride maligne.
On s'imagine bien qu'il faut un peu ,
de temps pour que les parois de l'utérus
énormément diftendus vers la fin de la
groffeffe, fe rapprochent ; que leurs vaiffeaux
extrêmement gonflés fe vuident
162 MERCURE DE FRANCE.
des liqueurs qu'ils contiennent , & que
tout le corps de ce vifcére revienne à
fon premier état ; d'où il eft aifé de
comprendre que s'il arrive de violens
redoublemens de fiévre , avant que
l'utérus foit réduit à fon premier volume
; fes vaiffeaux déjà gorgés & dépourvus
d'élasticité céderont aifément à
l'impétuofité des humeurs qui y aborderont
; les extrémités capillaires de leurs
rameaux artériels fe rempliront outre
mefure ; les liqueurs qui y font accumulées
ne pourront plus rouler ; les tuni
ques de quelques rameaux trop dilatéesfe
rompront ; & il furviendra une ceffation
totale du cours des liquides , & du
mouvement fyftaltique des folides : en
un mot la gangrène & le fphacéle ou
la mort de ce vifcére qui entraîne
promptement celle de l'accouchée .
Ajoutons que plus les femmes auront
manqué dans leur régime pendant leur
groffeffe , plus elles feront exposées à
ce finiftre événement après leurs couches
& beaucoup davantage cellesdont
le fein n'étoit pas originairement
bien conftitué .
,
M. B. rend raifon du mauvais fuccès
des remédes dans le cas dont il s'agit ; &
it ajoute qu'on ne doit accufer ici ni
M A I. 1764 . 163
Médecin ni Accoucheur . Il prétend
qu'ils ne font point alors comptables de
la mort de ces infortunées ; & que c'eft
uniquement à la mauvaiſe difpofition
de leur fein , & à la fiévre putride
-maligne qui les faifit d'abord après leurs
couches , qu'il faut s'en prendre .
D'où il conclut que pour éviter une
fi brufque & fi fâcheufe catastrophe , le
feul moyen feroit de prévenir la fiévre
putride maligne qui fait périr les femmes
en couche en occafionnant promptement
l'inflammation & la gangrène de
leur fein . Et ce moyen confifte , dit- il ,
en un régime très - rigoureux , en une
privation abfolue d'alimens indigeftes ,
ou aifés à fe corrompre , fur- tout de
ragoûts , de pâtifferies , de liqueurs ar
dentes ou faciles à s'enflammer , en un
fommeil tranquille , en un exercice
modéré , & en une fufpenfion prèfque
totale des paffions de l'âme en un
mot , en une manière de vivre frugale ,
prife principalement des végétaux , Ez
réglée de telle forte , que les femmes pendant
leur groffeffe n'ayent aucune indigeftion
à craindre , & qu'elles puiffent
fe flatter de ne porter aucun mauvais
levain dans leur corps , ou ce qui revient
au même , de n'avoir aucun foyer de
104 MERCURE DE FRANCE .
maladie lors de leur enfantement.
Avec de telles précautions , auxquelles
vraisemblablement peu de femmes grofſes
voudront entièrement s'afſujettir
quelque néceffaires qu'elles leur foient,
ou du moins en y fuppléant fuffifamment
, s'il eft poffible , par le fecours
de l'Art , elles préviendront infailliblement
la fiévre putride maligne , dont
quelques-unes font menacées après leurs
couches , & dont les effets leur font fi
funeftes.
A BESTERS , le 15 Septembre 1763.
ARTICLE IV.
BEAUX- ARTS.
ARTS UTILE S.
MANUFACTURES.
-L'ON
' ON avertit le Public qu'il fe vend
taut a Paris, que dans les Provinces , des
Toiles peintes fous le nom de la Manufacture
d'Orange , qui n'en font pas ; &
que la véritable façon de connoître celM
A I. 1764. 165
les qui font peintes & imprimées à Orange,&
de convaincre les débitans de mauvaife
foi qui trompent tous les jours les
perfonnes qui achetent de ces étoffes
eft de fe faire répréfenter les chefs des
Pièces qui font toutes marquées en tête
& en queue : Manufacture de J. R.
Wetter, &fa Compagnie à Orange & de
rejetter toutes celles qui ne le feront
pas , ou dont la marque paroîtroit avoir
été ajoutée après coup.
L'on avertit auffi le Public , que le
Magazin général de cette Manufacture ,
qui fe tient toujours à l'Hôtel de Jaback,
rue neuve S. Médéric , eft continuellement
afforti en toutes fortes de Toiles
peintes tant pour Meubles , Robbes ,
Deuils & autres ; Toiles pour habits
d'Hommes en deffeins de luftrine , Veftes
à bordures , Mouchoirs ; & qu'il ne
fe vend que des Toiles en ladite Manufacture.
66 MERCURE DE FRANCE.
ARTS AGRÉABLES.
MUSIQUE.
METHODE qui abrége les régles
en ufage , pour apprendre l'accompagnement
du clavecin , & dont la pratique
éxige tout au plus deux mois
d'exercice , pour parvenir à accompagner
tout feul , toute forte de Mufique
à livre ouvert , & en beaucoup moins
de temps encore , avec le fecours d'un
Maître ; par M. Giannotti.
L'Auteur propofe cet Ouvrage par
foufcription , dont le nombre eft fixé
à deux cent; le prix fera de 24 liv. On
foufcrira chez M. le Clerc , Marchand
de Mufique , rue S. Honoré , près la
rue des Prouvaires , à Ste ( écile . On
payera 12 liv. en foufcrivant & 12 liv.
en recevant l'exemplaire au premier
Août prochain 1764. On prend ce
donner le temps aux
Provinces & dans les Pays Etrangers
de s'y intéreffer.
terme , pour
Si on doutoit des progrès rapides
que l'on fait par cette admirable méthode,
on prie les perfonnes qui veulent
M A I. 1764. 167
s'y intéreffer , de s'adreffer a Mile Cafamajor
, rue des Bons- Enfans , au coin
de la rue Neuve des Petits - Champs ,
qui en a la preuve fous fes yeux ; &
à Mlle Fel , rue S. Thomas du Louvre,
L'une & l'autre de ces perfonnes , en
rendront témoignage . Cet Ouvrage
convient également pour la Harpe .
PREMIER RECUEIL des Menuets
nouveaux , pour le Violon , avec Accompagnement
de Baffe & de Clavecin ,
dédiè a M. le Baron de S. PORT , compofé
par M. Cramer. Prix , 1 liv. 4 f.
chez M. Theveneau au grand Bureau
de la Pofte de Paris , rue des Quatre-
Vents ; & aux Adreffes ordinaires de
Mufique .
>
GRAVURE..
It paroît une Eftampe nouvelle , dédiée
à M. Handmann , Peintre à Bafle ,
repréfentant la Lune cachée , gravée
d'après le tableau original de Vandernéer,
par le fieur Zingg . Cet ingénieux
Artifte , qui par l'intelligence de fon
art & un burin extrêmement flatteur ,
168 MERCURE DE FRANCE.
a le fecret de rendre intéreffantes : fes
moindres productions , a fçu réunir dans
celle-ci le gracieux à un très-bel effet.
Cette Eftampe, dont le prix eft de 1 liv.
fe trouve chez le fieur Aliamet , Graveur
du Roi , rue des Mathurins , visà-
vis celle des Maçons .
On trouve auffi chez le même deux
autres Estampes nouvelles, gravées d'après
les Table auxoriginaux, de Berghem ,
qui font au cabinet de M. le Chevalier
Damery. Le prix de chacune de ces Ef
tampes eft de 1 liv . 16 f
Le fieur MIGER vient de graver une
Eftampe , d'après le Tableau Original ,
peint à Rome d'après nature , par M.
Vien , intitulée l'Hermite fans fouci. Ce
Morceau qui ne peut faire que beaucoup
d'honneur au burin de cet Artiſte ,
eft dédié à M. Cochin , Chevalier de
l'Ordre du Roi , Secrétaire perpétuel &
Hiftoriographe de l'Académie Royale
de Peinture & de Sculpture ; & fe vend
au vieux Louvre , chez M. Vien , Peintre
du Roi.
PLAN d'une Maifon , avec fes dépendances
, provenant de la fucceffion
de
M.A I. 1764. 169
de S. A. S. Mgr le COMTE DE CHÁ-
ROLOIS , fituée à la Nouvelle- France
fait , & levé par M. Gillet , le jeune ,
Architecte . Prix, 1 liv . 10 f. Chez l'Auteur
, grande rue du Fauxbourg Saint
Martin .
Il fe trouve attenant ce Château
plufieurs Maiſons propres pour des Manufacture
, pour des Marchands de
Vin & autres , que le fieur Chefdeville ,
Officier du Roi , Maître de Mufette
des DAMES DE FRANCE , a
fait conftruire avec de beaux Jardins
garnis d'efpaliers & des meilleurs
fruits ; ainfi que de grands Emplacemens
propres à bâtir foit fur trois rues ,
foit du côté de la Campagne , à vendre
en une ou en plufieurs parties . On
peut s'adreffer au fieur Chefdeville ,
tous les Mardi & Vendredi de chaque
femaine après- midi , en ladite Maiſon ;
chez l'Auteur du Plan , à l'adreffe cideffus
indiquée , & à MM. Maréchal
& Trutat , Notaires rue de Condé à
Paris , qui donneront fur ce Sujet , tous
les éclairciffemens néceffaires.
•
H
170 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE V.´
SPECTACLE s.
NOTICE d'OLYMPIE , Tragédie de
M. de VOLTAIRE.
PERSONNAGES.
OLYMPIE, Fille d'Alexandre ,
CASSANDRE , Fils d'Antipatre ,
Roi de Macédoine ,
ANTIGONE , Roi d'une partie
de l'Ale,
ACTEURS.
Mile Clairon.
M.le Kain.
M. Bellecour
STATIRA , Veuve d'Alexandre , Mlle Dumefnil
L'HIEROPHANTE , ou Grand-
Prêtre qui préside à la Célébration
des grands Myſtères , M. Brizard.
SOSTENE , Officier de Caffandre, M. Dauberval.
HERMAS , Officier d'Antigone , M. Blainville,
Prêtres initiés , Prêtreffes , Soldats
& Peuple.
La Scène eft dans le Temple d'Ephèse' , où l'on célébre
lesgrands Mystères.
* Comme cette Pièce eft imprimée depuis longtemps
, & qu'elle eft entre les mains de tout le
monde , ainfi que tout ce qui s'imprime d'un Auteur
auffi célébre , nous nous bornons à une fimple
Notice.
MA I. 1764. 17!
ACTE PREMI E R.
SOSTENE eft dans le Périftyle du grand
Temple. La principale porte s'ouvre ';
Caffandre en fort , & paroît agité. Il con
fie à Softène le trouble dont il efpère
être bientôt délivré. Les grands Myſtères
vont finir ; il s'eft fait initier. I invite
Softène à refter dans le parvis , pour être
témoin de fes premiers devoirs & de fes
premiers foins envers Olympie . Cette
Olympie eft une Efclave enlevée dans
fon enfance par Antipatre , qui avoit des
raifons pour cacher le fecret de ſa naiffance
; Caffandre le fçait & veut réparer
l'outrage. Il avertit Softène que
cette prétendue Efclave doit être refpectée.
Elle expie , dit-il , entre les mains.
des Prêtreffes qui la préfentent au Temple
, des forfaits qu'elle ne connoît pas ,
& qu'il defire ardemment qu'elle ne
connoiffe jamais . Ce fecret inquiète Antigone.
Il veut l'arracher de Caffandre.
Il vient avant le jour le trouver pour cela
dans les Parvis de ce Temple . Il exhorte
Caffandre au nom de leur ancienne
amitié, à réunir leurs forces pour partager
laTerre entr'eux , &pour défendre les conquêtes
d'Alexandre contre les ennemis
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
qui viennent de toutes parts s'emparer de
ces riches dépouilles. Sur un regret qui
échappe à Caffandre , Antigone veut calmer
fes remords.Le premier avoitpréfenté
dans un feftin le poifon qui caufa la
mort d'Alexandre. Il lui avoit été donné
par fon père Antipatre , mais fans lui en
avoir confié le fecret. Antigone , par le
portrait qu'il fait d'Alexandre , entrepiend
de juftifier l'attentat. L'âme de
Caffandre s'épouvante toujours de l'hor
reur du crime. Antigone , qui veut aller
à fon but fur le fecret qu'il a deffein
de pénétrer , reclame de nouveau l'amitié
de Caffandre. Il en exige une promeffe
de lui accorder ce qu'il demandera.
Caffandre promet ; Antigone ne demande
qu'une Efclave ; mais cette Efclave
eft Olympie. A cette demande
Cafandre eft troublé. Son ami infifte ,
il répond par ces Vers :
» Sous les yeux vigilans des Dieux & des Déeffes,
Olympie eft gardée au milieu des Prêtreffes.
Les portes s'ouvriront quand il en fera temps.
» Dans ce Parvis ouvert au refte des vivans ,
» Sans vous plaindre de moi, daignez au moins
>> m'attendre.
Des Myftères nouveaux pourront vous y furprendre,
MA I. 1764. 173
Et vous déciderez fi la Terre a des Rois
Qui puiffent affervir Olympie à leurs loix.
Caffandre rentre dans le Temple ;
Antigone croit avoir pénétré le grand
myftère qu'il foupçonne fur le fort d'Olympie.
On ouvre les trois portes du
Temple , dont on découvre l'intérieur.
Les Prêtres d'un côté & les Prêtreffes de
Pautre environnent l'Autel , fur lequel
Caffandre & Olympie mettent la main :
ils prononcent alternativement en préfence
de l'Hierophante , des fermens
préparatoires de Hymen dont on va
célébrer la pompe. Caffandre en appelle
à Antigone lui même , pour fçavoir fi ,
malgré les liens de l'amitié , il pouvoit
lui faire un tel facrifice , & les portes du
Temple fe referment, Antigone eft plus
confirmé que jamais dans fes foupçons
fur le fort d'Olympie, L'ambition & l'amour
fe réuniffent pourl'animer. Olympie
a des droits qui peuvent élever for
Epoux au rang de Roi des Rois. L'amour
a plus d'empire fur fon coeur qu'il
ne croyoit lui -même ; tout excite fa ja
loufie , tout enflâme fa colère. La pompe
de l'Hymen qui s'apprête irrite & redouble
en lui ces cruelles paffions. Il
s'écarte des objets qui le bleffent. Il va
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
concerter les projets furieux qu'il conçoit
, pour empêcher que l'Hymen de
Caffandre & d'Olympie ne s'accompliffe.
ACTE I I.
Les trois portes font ouvertes . Tout
le Théâtre eft réputé alors l'intérieur
du Temple. L'Hierophante eft environné
des Prêtres & des Prêtreffes.
Une feule Prêtreffe , enfévelie dans fa
douleur , n'affifte point aux Myſtères .
Mais le fort l'a nommée pour la célébration
de l'Hymen qui fe prépare. La voix
du Sort eft regardée comme celle de
Dieu même ; il faut qu'elle obéiffe . Une
Prêtreffe inférieure eft chargée de la faire
venir. Elle paroît , elle regrette en larmes
la néceffité qui l'arrache à fa retraite.
Une autre néceffité l'accable : fon fort
étoit resté inconnu même dans l'intérieur
du Temple. Les loix du Rit qu'on y
pratique exigent qu'elle fe déclare . Elle
cède avec effort ; elle prend le ferment
de tout ce qui affifte fur les fecrets qu'elle
va révéler. Elle s'informe auparavant
s'il eft vrai que Caffandre foit au nombre
des Initiés. Elle gémit de ce qu'il parle
aux mêmes Dieux qu'elle . L'Hierophante
cherche à la confoler par des fentimens
MAI. 1764. 173
de Religion . Enfin cette Prêtreffe voilée
eft Statira ; c'eft la fille de Darius ,
c'eft la veuve d'Alexandre , qui déclare
que Caffandre eft l'auteur de la
mort de fon Maître , qu'il a plongé dans
fon fein à elle-même un fer meurtrier ,
& qu'il l'a laiffée mourante
fur le
corps de fon augufte Epoux . L'Hiero
phante veut fe profterner aux pieds de
cette grande Reine ; mais elle ne demande
de refpect que pour fa douleur.
Elle connoît trop le néant des grandeurs
du monde. Un vil étranger , un pauvre,
foulagea la mifère de Darius ; une femme
Ephéfienne lui a fauvé la vie à ellemême
, abandonnée de fes amis & de
Les Sujets. Cette femme eft la Prêtreffe
inférieure qui l'accompagne ; l'horreur
du monde l'a déterminée à s'enterrer
vivante au fond de ce Temple. Elle
pleure une fille , un enfant arraché de
fes bras fanglans. Quelques efforts qu'il
en puiffe coûter à fon coeur , la loi qu'elle
a embraffée l'oblige en cette occafion à
bénir elle-même l'Hymen d'Olympie &
de Caffandre : c'eft elle qui doit préfenter
le feu facré , l'eau luftrale , l'encens
enfin tout ce qui doit confacrer cette augufte
Cérémonie . L'Hierophante plaint
Statira , & la laiffe feule attendre Ölym-
J
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
pie Celle - ci s'avance . Le Temple eſt
ébranlé à fon approche. Le coeur de
Statira eft ému jufqu'au trouble , à l'afpect
de cette jeune Perfonne , qu'elle regarde
comme une victime dévouée au
malheur. Elle plaint fur tout l'illufion de
fon coeur , quand elle entend de fa bouche
ingénue la déclaration vraie & fincère
de fes fentimens pour Caffandre .
Depuis dit Olympie ) que je tombai en fes au-
» guftes mains ,
»J'ai vu toujours en lui le plus grand des Humains.
» Je chéris un Epoux , & je révère un Maître.
» Voilà mes ſentimens , & voilà tout mon être.
C'eft dans cette Scène que fe prépare
de la manière la plus naturelle & la plus
intéreffante , la reconnoiffance entre la
mère & la fille . Toutes les réponſes
d'Olympie aux queftions de Statira fur
fon fort , fur les époques de fa naiffance
& de fon esclavage , jettent une lumière
encore indécife , mais qui frappe fenfiblement
l'âme de cette mère infortunée.
L'Hierophante furvient : il achève d'éclaircir
ce grand évènement. Il apprend
à Statira qu'Antigone , que les Peuples ,
que l'Armée , que toutes les voix enfin fe
réuniffent à déclarer que cette Olympie
MA I. 1764. 177
eft fille d'Alexandre. Ce bonheur eft
mêlé pour Statira de l'affreufe amertume
qu'y répand l'Hymen projetté . On
menace le Temple ; des Soldats l'environnent.
Ephèſe eft divifée en deux factions.
L'Hierophante exhorte les Princeffes
à demeurer au pied des Autels. Ilva
ſe préfenter aux Rois audacieux qui
menacent de violer la fainteté de fon
afyle ; & fi la tyrannie , dit-il , oſoit en
approcher ,
C'eft fur fon corps fanglant qu'il lui faudra
→ marcher.
Statira fait des voeux pour le fuccès
des armes d'Antigone , & de douloureufes
réfléxions fur la néceffité où elle
eft de n'attendre du fecours que de fes
ennemis qui ont été fes Sujets . Elle ex-
Horte Olympie à fuivre le devoir qu'el
le-même s'eft prefcrit , de foutenir le
grand nom qui refte à la mère & à la
fille .
ACTE III
LE Temple eft fermé. Caffandre &
Softène font dans le périftile. Le premier
a cédé à la voix publique. Il est
convenu qu'Olympic eft fille d'Alexan
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
dre. Antigone , abufant de la religion ,
qu'il ne respecte pas , a foulevé le Peuple
, & fait envifager comme un crime
affreux l'hymen de Caffandre avec une
fille dont il a tué la mère. Caffandre
convient avoir tué Statira , mais c'eſt .
dans le tumulte & l'horreur des com →
bats. Son plus grand fupplice eft d'être
coupable aux yeux d'Olympie qu'il
adore. Il efpére cependant de la tendreffe
d'Olympie , dont le coeur eft à lui
dès l'enfance . Mais fi elle retiroit la
main qu'elle lui a donnée , il menace
de détruire le Temple même dont il eſt
le défenfeur. Il cherche Olympie , il
eft arrêté par l'Hierophante. Il lui demande
la Princeffe , l'Hierophante lui
promet que la Prêtreffe chargée du ſoin
facré de la cérémonie , va bientôt l'amener
; mais il fait des voeux pour que
cet hymen n'occafionne pas le malheur
de l'un & de l'autre époux. Ces
voeux allarment Caffandre , il veut faire
expliquer l'Hierophante , il l'accufe d'être
du parti d'Antigone contre lui . Le
Grand-Prêtre répond à ce foupçon avec
une religieufe fermeté.
Me préfervent les Cieux de paffer les limites
35 Que mon culte paisible à mon zéle a prefcriter
MA I. 1764. 179
» Les intrigues des cours , les cris des factions ,
» Des humains que je fuis les triftes paſſions
N'ont point encor troublé nos retraites obfcures.
» Au Dieu que nous fervons nous levons des
>> mains pures.
Les débats des grands Rois prompts à fe divi
» fer ,
» Ne font connus de nous que pour les appaiſer.
» Et nous ignorerions leurs grandeurs pallagères,
>> Sans le fatal beſoin qu'ils ont de nos prières.
8 &c. &c.
Olympie s'avance avec Statira voilée.
Dans cette Scène , en même temps
terrible & attendriffante , Caffandre reconnoît
Statira dans les bras de laquelle
fe jette Olympie . Caffandre eft confondu
& accablé de fes remords . Statira lui
rappelle tous les crimes qu'elle lui reproche
. Il ne prétend s'excufer fur rien,
Olympie , preffée par un devoir qu'elle
croit facré , demande elle- même à fa
mère d'éteindre les flambeaux d'un fi
funefte hyménée. Caffandre au déſefpoir
, Caffandre , qui a mis fon Sceptre
& fa Couronne aux pieds de ces Princeffes
, fans prétendre fe juftifier , n'écoutant
plus qu'un amour auquel il ne
peut réfifter , jure d'enlever du Temple
& même des bras de fa mère la trifte
Hv
180 MERCURE DE FRANCE.
Olympie qu'il a droit de regarder déjà
comme fon époufe. Il fort & laiffe les
deux Princeffes dans les allarmes que
leur caufe la fureur de fes menaces . Antigone
vient le préſenter à Statira pour
être le défenfeur de la veuve & de la
fille d'Alexandre. Il demande le fuffrage
de Statira ; il l'obtient aisément du
defir qu'elle a de fe venger ; mais il
prétend pour prix de fes fervices la main
d'Olympie. Statira confulte l'aveu de fa
fille. Celle- ci apporte pour excufe le
trouble affreux de fa fituation , & ne promet
rien. Statira répond de fon aveu
Reftée feule avec fa fille , elle la preffe
de fe décider , elle lui propofe de rallumer
pour Antigone les flambeaux de
l'hymen éteints pour Caffandre. Olympie
fe défend quelque temps , en proteftant
qu'elle ne veut d'autre Trône
d'autre hymen que la retraite obfcure
qu'avoit choifie fa mère , pour ellemême.
Elle propofe à cette mère affligée
, de laiffer tous les débats de ces
Rois forcenés , de ne point joindre leurs
mains tremblantes, à ces mains meurtrières,
Les larmes font pour nous , les crimes font-
» pour eux.
Ces larmes , qu'en effet elle voit réMA
I. 1764.
181
pandre à fa fille , glacent d'horreur Statira
. La tremblante Olympie ne peut
Jui cacher qu'elle aime Caffandre , mais
elle jure de le fuir. Statira eft épouvantée
d'un fentiment qu'elle détefte dans
fa fille , celle- ci tombe à fes pieds .
» Hélas , dit- elle , de douleur dévorée ,
Tremblante à vos genoux , je les baigne de
» pleurs.
» Ma mère , pardonnez.
STATIRA.
Je pardonne & je meurs.
Olympie jure de ne jamais trahir fes
devoirs , & de mourir plutôt que d'offenfer
la gloire des Auteurs de fa naiffance.
Statira eft pénétrée de douleur
de voir qu'Olympie peut mourir plutôt
que de hair l'ennemi qu'elle détefte ..
Mais elle compte fur fa vertu, & ne peut
la regarder comme coupable.
ACTE IV.
Antigone eft dans le périftile , fes foldats
occupent les paffages qui conduifent
au Temple ; le Peuple d'Ephèſe eft
partagé entre Caffandre & lui ; le fignal
de la guerre eft donné , il y court ; mais
ileft arrêté par Caffandre , qui lui reproche
l'amitié trahie. Antigone lui ob182
MERCURE DE FRANCE.
jecte fes crimes & l'erreur à laquelle it
prétend qu'il devoit la tendreffe d'Olympie.
Il lui propofe de reprendre leur
ancienne alliance , & même de périr
pour lui s'il veut . céder Olympie. Caf
fandre ne répond à cette propofition
que par celle d'un combat fingulier.
Le combat eft accepté , ils mettent
Fépée à la main aux portes du Temple
; l'Hierophante les ouvre. Il apoftrophe
avec véhémence les deux Rois qui
profanent fon faint afyle: Les Prêtres
les Initiés & le peuplé en foule fe précipitent
entre les combattans & les féparent
. Antigone perfifte & attefte le
Ciel & les Manes d'Alexandre qu'il ne
fouffrira pas qu'un hymen illégitime
s'accompliffe. Caffandre n'eft pas plus
difpofé à céder de fes prétentions .
L'Hierophante exhorte ce dernier à la
modération. Il lui repréfente la force
de la loi , qui permet à une femme de
paffer dès le même jour dans les bras
d'un autre époux , fi le fien a verfé le
fang de quelqu'un de fa famille , dans
quelque circonftance & de quelque
rang que foit cet époux. De plus , la
mère d'Olympie vit encore , c'eft à elle
à difpofer du fort de fa fille. C'eft à lui
d'attendre les arrêts de l'une & de l'au
M A I. 1764. 183
tre. Antigone faifit comme un espoir
certain de fon fuccès ce qu'a dit l'Hiézophante.
Caffandre , libre avec fon
Confident , fe promet de fe porter aux
plus grandes extrémités plutôt que de
renoncer à l'hymen d'Olympie. Mais
Antigone a féduit Statira. Il ne doit
pas efpérer de fléchir cette mère irritée ..
Ses remords ne lui laiffent pas la douceur
de penfer qu'Olympie elle - même
puiffe jamais lui pardonner. Il a formé
le projet de l'enlever aux Dieux mêmes
qu'il a fervis. Dans ce moment,il apperçoit
Olympie profternée aux pieds d'un
Autel . Il ordone à Softène d'allet tout
préparer pour l'enlévement. Olympie apperçoit
Caffandre . Celui- ci fait les derniers
efforts pour calmer l'horreur qui
accable l'âme de fa maîtreffe. Il la preffe
de le fuivre , elle lui demande avec inftance
de la fuir. Elle s'irrite de la crainte
qu'il a qu'elle ne céde aux voeux d'Antigone.
Enfin , fur ce qu'il veut entreprendre
de l'arracher de fon afyle , elle
lui demande la mort. Caffandre lui reproche
l'excès de fa haine. Olympic
termine fes reproches par un dernier
aveu du fentiment le plus tendre.
>> Ma haine eft-elle juftè , & l'as-tu méritée ?
184 MERCURE DE FRANCE.
as Caffandre , fi ta main féroce , enfanglantée ;
25 Ta main , qui de ma Mère ofa percer le flane
» N'eût frappé que moi ſeule & verſé que mon
»fang'>
» Je te pardonnerois , je t'aimerois .... babare
* Va , tout nous déſunit
Caffandre infifte encore plus vivement.
Quand elle devroit l'époufer pour lui
percer le coeur , il faut que fon deſtin
s'accompliffe , il faut qu'elle le fuive .....
» Haïſſez , puniſſez , mais fuivez votre époux.
Softene , interrompt cette Scène en
venant informer Caffandre qu'Antigone
eft aux portes du Temple ; qu'il cherche
à féduire fes amis , à détourner
fes foldats , que le Peuple eft ébranlé',
qu'il atteffe Alexandre , Olympie ellemême.
Caffandré accufe tendrement
Olympie de vouloir fa mort. Il lui arrache
encore un nouvel aveu de fa foibleffé,
OLYMPIE.
» Moi ! vouloir tom trépas ! ... Va ‚ j'en fuús
כ כ
incapable .....
Vis loin de moi,
CASSANDRE.
San's vous le jour m'eft éxécrable
M A I. 1764. 185
Et s'il m'eft confervé , je revole en ces lieux ,
Je vous arrache au Temple , & je meurs à vos
>> yeux .
Olympie fe reproche amérement les
pleurs que lui coûte Caffandre. La voix
du devoir , la voix de la nature eft la
feule à qui elle veut obéir. Les Dieux
avoient reçu d'elle les fermens de l'amour
le plus tendre. Les Dieux ont tout changé....
mais qu'ils changent donc fon
coeur. C'est ce qu'elle implore du Ciel .
» Eh ! que peut fur foi- même une foible Mortelle !
Elle fent bien qu'elle enfonce le
trait qu'elle veut arracher. Ce coeur déja
déchiré , va éprouver de nouvelles bleffures.
L'Hierophaute vient apprendre
à Olympie que Statira fa Mère , allarmée
du bruit & du carnage qui profanent
lesiffues du Temple , & voyant
que Caffandre s'y fraye un chemin ,
dans la crainte de voir fa fille tomber
entre les mains du raviffeur qu'elle
abhorre , a faifi le glaive des facrifices
& s'en eft percé le fein . Caffandre eft
à fes pieds , Caffandre l'implore , mais
fa foumiffion & fes foins redoublent
l'horreur de fes derniers momens. Statira
va expirer. Elle a éxigé de l'Hié186
MERCURE DE FRANCE.
rophante qu'il viendroit confoler Olym
pie & lui dire que la dernière volonté
de fa Mère , eft que pour la venger
elle époufe Antigone. Olympie veut
aller mourir près d'elle. L'Hierophante
lui dit :
» Armez-vous de courage.
24
OLYMPIE.
" ག་ ་
O fang qui m'a fait naître!
» J'en ai beſoin, Seigneur , & j'en aurai peut- êtres
ACTE V.
091911
Antigone , dans le périftyle , s'entretient
avec fon Confident fur l'efpoir qui
femble laffurer de pofféder Olympie :
les dernières volontés de fa mère lui
donnent für elle des droits irrévocables,
auxquels il ne doute pas qu'elle ne fonf.
crive. Si Caffandre entreprenoit de s'y
oppofer , it fe promet de l'en punir . Mais
le refpect de la Pompe funèbre va fufpendre
toute hoftilité. L'Hierophante ,
les Prêtres & les Prêtreffes s'avancent en
pleurant ; on foutient Olympie , à peine
refpirante. Antigone s'adreffe à elle pour
lui promettre de venger fa mère , & pour
la raffurer contre toutes les entrepriſes
M A 1. 1764. 187
de Caffandre. Olympie répond par ces
deux vers :
Ah , Seigneur ! parlez moins de meurtre & de
* vengeance.
Elle a vécu , je meurs au refte des humains.
Antigone fe retire . Olympie confulte
l'Hierophante, pour fçavoir s'il ne lui eft
pas permis de confacrer le refte de ſa vie
dans le Temple , & de s'enfévelir dans la
même obfcurité qui avoit dérobé ſa
mère aux regards des humains. Convaincue
par ce Miniftre des Dieux , que fi
elle ne choifit pas Antigone pour époux ,
il faut qu'elle retombe au pouvoir de
Caffandre , elle prend fon parti ; & , fans
s'expliquer davantage , elle dit à l'Hierophante
que fon choix eftfait , qu'elle eft
déterminée....... Lorfqu'il veut fçavoir
d'elle fur qui tombe ce choix , elle lui
rappelle le contrafte inconciliable qu'il
trouve lui- même entre les flambeaux de
la mort & ceux de l'Hymen. Elle s'informe
s'il lui fera permis d'approcher du
corps de fa mère , & de lui rendre les
derniers dévoirs fur le Bucher. L'Hiero--
phante l'affure que non-feulement elle le
peut , mais qu'elle le doit. C'eft elle qui
préfentera les offrandes funéraires , c'eſt
188 MERCURE DE FRANCE.
elle qui fera les libations , &c. Les
Prêtreffes apportent tout ce qui eft néceffaire
pour cette lugubre cérémonie .
Olympie preffe Hierophante de tous
préparer. Elle le prie de faire venir les
deux Rois rivaux. C'eſt devant eux
qu'elle veut s'expliquer , aux pieds des
Autels , à l'aspect de fa mère , aux yeux
des Prêtreffes.
» Témoins de mes malheurs , témoins de mes
promeffes ,
» Mes fentimens , mon choix vont être déclarés.
Vous les plaindrez peut- être , & les approuverez
Olympie gémit en fecret de l'empire
cruel que Caffandre conferve malgré
elle fur fon coeur. Il arrive le premier ,
il vient offrir de s'immoler , il fe reconnoît
auffi coupable que mallieureux
; mais il invoque toujours les fermens
de l'Hymen. Il fe jette à fes genoux
,
»Venge-toi , dit-il , punis -moi ; mais ne fois point
as parjure.
» Va,l'Hymen eft encor plus faint que la Nature
Elle le fait relever , en le conjurant de
ne pas fouiller les dons qu'elle va préfenter
, & de ne pas approcher du lieu
M.A I. 1764. 189
de la Cérémonie , Antigone de fon côté
vient preffer la Princeffe de s'expliquer.
Ellele promet ; mais elle exige , de mê
me que de Caffandre , qu'il la refpecte
en ces momens funébres , & qu'il fe fou
mette à fes volontés . Les deux rivaux en
font le ferment. Alors Olympie s'accufe
elle-même d'avoir mérité fes malheurs
d'avoir trahi fes parens dès qu'elle les a
connus. Sa mère en expirant lui a ordonné
d'époufer Antigone , elle a refufé
d'obéir. Elle interrompt le reproche
que veut faire Antigone, en lui difant :
A fes Mânes ( de fa mère ) à vous , je ne fais
»point d'injure ;
»Je rends juftice à tous , & je la rends à moi...
» Coffandre, devant lui je vous donnai ma fọi ,
»Voyez fi mes liens ont été légitimes ;
Je vous laiffe en juger , vous connoiffez vos
• crimes.
Il feroit fuperflu de vous les reprocher.
Réparez-les un jour...
On voit le Bucher déjà embrâfé ;
Olympie le fait confidérer à Caffandre ;
elle y monte avec une noble & modefte
affurance ; elle y fait toutes les céré
monies du culte des Anciens , & relatives
à leur grande vénération pour les
Mânes de leurs parens.
190 MERCURE DE FRANCE.
Après une apoftrophe à Caffandre ;
qui rappelle & fes crimes & les malheurs
d'Olympie , en lui difant :
>> Tu crois mes lâches feux de mon âme bannie ;
» Apprends que je t'adore , & que je m'en punis.
>> Cendres de Statira ! recevez Olympic .
Elle fe jette dans le Bucher , & difpa
roît comme dévorée par les flammes.
L'Hierophante , les Prêtres & les Prêtreffes
ainfi que tous les Affiftans font
faifis de terreur & d'admiration . Caffandre
, en fe frappant, s'immole à fon
amour & à fes remords. Il exhorte Antigone
à l'imiter.
Ainfi finit cette Tragédie , par un
coup de Théâtre auffi neuf fur notre
Scène , que pathétique & pittorefque.
Coup de Théâtre auquel le talent
fublime de Mlle Clairon pour la repréfentation
, met une vérité & une dignité
, qui en ont toujours rendu l'effet
admirable.
N. B. Nous n'ajouterons point de remarques
à celles qui font imprimées avec
cette Piéce. Il y auroit une préfomption
répréhenfible en nous , de prétendre
donner plus d'éclairciffemens au Lecteur
fur les Ouvrages de l'Auteur d'OMA
I. 1764. · 191
lympie , qu'il en donne lui-même. Supérieur
à nos éloges , il en feroit peu
flatté , & le Public n'a pas befoin d'être
excité à lui donner tous ceux que fes
productions font en droit d'obtenir.
Nous nous arrêterons , fur cette Tragédie,
à un fait bien conftaté , c'eft que
les reprefentations ont attiré & attaché
un un fort grand nombre de Spectateurs.
Il y a , comme on voit dans
la texture de ce Drame une affez
grande quantité de points tragiques ;
qui naiffent des fituations. La fingularité
du Spectacle , fa pompe & fa
majefté , imprimeront toujours une forte
d'émotion , que l'art ne doit peutêtre
pas dédaigner de mettre au nombre
de fes moyens , mais dont il feroit dan
gereux de faire trop ,ufage.
"
810
i
192 MERCURE DE FRANCE ,
CONCERT SPIRITUEL.
LY A BU Concert tous les jours . â commencer
du Dimanche 15 Avril , juſques & compris le Mardi
24.
Le nouveau Moret à grand-choeur Miferere mei
Deus , par M. DAUVERGNE , a été donné le Dimanche
15 & le Jeudi 19 , à la fatisfaction du Public
, & a été fort applaudi.
Le Dimanche 15 , le Lundi 16 , & le Dimanche
22 , Mlle ARNOULD & M. le GROS ont chanté le
nouveau Moter Exultate Jufti , &c , a deux voix ,
du même M. DAUVERGNE . Ce Motet a paru faire
chaque fois un plaifir nouveau & plus vif.
Le Lundi 16 , le Mercredi 18 & le Vendredi
20 on a donné encore du même Compofiteur
le De profundis , nouveau Moret à grand choeur ,
dans lequel les Amateurs ont trouvé des beautés.
Le Samedi 21 , le Dimanche 22 & le Mardi 24,
Regina Cali , nouveau Motet à grand choeur ,
aulli de la compofition de M. DAUVERGNE. Le
mérite & le nombre de ces productions nouvelles ,
dans un auffi court efpace de temps , ont confirmé
de plus en plus lePublicdans l'opinion avantageuſe
qu'il avoit de la facilité & des grands talens de ce
Compofiteur, Nous devons des éloges , que tous
les Amateurs approuveront , au zèle & aux efforts
continuels de M. Dauvergne , pour ajouter cha❤
que jour à la réputation.
Le Mardi 17 , le Mercredi 18 , le Jeudi 19 , &
Vendredi 20 , M. ALBANEZE , de la Muſique du
Roi , & Mile HARDY ont chanté le beau Stabat
Mater del Signor PERGOLEZE
Les autres Moters donnés pendant ces dix jours´,
font
M A I. 1764 . 193
font , Exaudi Deus Nationum , Motet à grand
choeur de M. l'Abbé GIROUST , Me de Mufique
de la Cathédrale d'Orléans. Dominus regnavit &
Confitemini de M. DELALANDE. Deus venerunt
Gentes & Cantate Domino de feu M. FANTON .
Le Te Deum de M. DAUVERGNE , du plus grand
& du plus bel effet. In convertendo nouveau
Motet a grand choeur d'un Anonyme. En petits
Motets , Diligam te , de M. DAUVERGNE , chanté
par Mlle ROZET ; Nunc dimittis , de M. BILLOU ;
chanté par Mile BERNARD ; Coronate , Conferva
me , Afferte Domino , de M. LEFEVRE ; Cantate
Domino , de M. ANTHEAUME , de l'Académie
Royale de Mufique ; Laudate , de M. POULAIN.
Ces cinq ont été chantés par M. LE GROS , &
plufieurs autres Motets à voix feule chantés
Mile FEL , dont on a toujours admiré le goût
& la voix , ainfi que dans les récits qu'elle a
chantés dans les grands Moters.
par
M. DUPAR , Hautecontre de l'Académie Roya
le de Mufique, a débuté avec fuccès , le Lundi
23 , par le Motet Benedictus Dominus de feu M.
MOURET , MM. GAVINIES , BALBATRE & CAPRON
ont exécuté différens Concerto , avec tout
le talent que l'on connoît à chacun d'eux & les
fuffrages unanimes des Auditeurs . Le Dimanche
15 , le Mardi 17 , le Mercredi 18 & le Vendredi
20 , M. DUPORT a exécuté différentes Sonates de
Violoncelle. Le nommer à préfent fuffit pour
fon éloge. D'ailleurs les Phénomènes n'en font
pas fufceptibles , puifqu'ils femblent fortir de
T'ordre naturel des chofes connues.
Le Lundi 16 & le Jeudi 19 , M. JANNSON de
la Mufique de S. A. S. Mgr LE PRINCE DE
CONTI , a auffi exécuté deux Sonates de Violoncelle
. On n'a rien à ajouter à ce qui a été dit de
I
194 MERCURE DE FRANCE .
lui dans le fecond Volume d'Avril , à l'Art. du
Concert.
Le Lundi 23 , M. LEGRAND , Organiſte de l'Abbaye
de S. Germain des Prés , & le Samedi 24 ,
M. SEGUR , Organifte de S. André des Arcs , ont
exécuté chacun un Concerto d'orgues , & ont eu
des applaudiffemens .
Le Jeudi 19 , le Vendredi 20 ,
le Samedi 21 ,
& le Mardi 23 , M. RODOLPHE de la Mufique de
S. A. le Duc Régnant de Wirtemberg a furpris &
enchanté par les Concerto de fa compofition
qu'il a exécutés avec le Cor de Chaffe . On ne
craint pas de dire que jufqu'à ce qu'on l'eût
entendu , on ne croyoit pas poffible de rendre
fur cet Inftrument , comme le fait M. RODOLPHE
, toutes les difficultés d'une Mufique fçavante,
les intonations les plus difficiles avec le fon le
plus flatteur & les cadences de la plus belle voix,
Le Samedi 21 , le Lundi 23 , & le Mardi 24 ,
M. LOLLY , de la Mufique de S. A. le Duc de
Wirtemberg a exécuté différentes Sonates de Violon
de fa compofition. De l'aveu de tous les
Connoiffeurs , cet habile Artiſte ne laiffe rien à
defirer. Il joint à la plus admirable exécution à
tous égards le mérite d'un très- habile Compofiteur
. Le Vendredi 18 , on exécuta Omnes gentes,
Motet à grand choeur de M. DAUVERGNE . Mlle
LA CROIX chanta Regina Cali , Motet à voix
feule de feu M. MOUREt . Mlle ARNOULD & M.
LEGROS chanterent l'Exultate de M. DAUVERGNE.
Mile HARDY chanta un Air Italien . Pour
la fin du Concert on exécuta Dominus regnavit ,
Motet à grand choeur de M. DELALANDE , dans
lequel Mile ARNOULD chanta avec cet art que
les grâces & la nature lui ont donné pour en
chanter dans tous les genres.
Le Dimanche 29 Avril on exécuta le Regina
MA I.
1764.
3
Cali & le Te Deum , Motets à grand choeur de
195
M. DAUVERGNE , dont nous avons déjà parlé.
Mile ARNOULD & M. LAGROS y répétérent l'Exultate
avec autant
d'applaudiffemens que les
premières fois. M. GAVINIÉS exécuta un Concerto
de fa compofition , qui fur- fort applaudi. Mlle
FEL chanta un Motet à voix feule.
En général , les Concerts dont on vient de
rendre compte , ont été fort variés , arrangés
avec l'intelligence qu'on doit attendre de M.
DAUVERGNE , & parfaitement exécutés. Le Public
s'y eft porté avec affluence. Il ne s'eft point apperçu
que M. GELIN fût à peine guéri d'une indifpofition
confidérable , & lui a donné , ainfi
qu'à Mlle ARNOULD & à M. LEGROS "particulié
rement , les témoignages les plus flatteurs & lès
plus agréables de fa fatisfaction .
THEATRE S.
t
Celui de
l'Académie Royale de Mafique
doit faire l'ouverture de fon
Spectacle , Mardi 1 ' du préfent mois de
Mai , par Titon & l'Aurore , Paſtorale
héroïque , fans le Prologue . On prépare
le Ballet charmant des Talens Lyriques.
N. B. On a fait
quelques
changegemens
dans la
difpofition des places
de cette Salle , dont on efpére que le
Public fera fatisfait , la
commodité , des
Spectateurs
ayant été le feul point de
vue qu'on fe foit propofé.
196 MERCURE DE FRANCE.
**
Le Théâtre François doit ouvrir le
Lundi 30 Avril par Héraclius , Tragédie
du grand CORNEILLE , & par la
première repréfentation de la jeune Indienne
, Comédie nouvelle en un A&te
& en vers , de laquelle on rendra compte
dans le prochain Mercure.
La Comédie Italienne n'a fermé fon
Théâtre que le Samedi 14 Avril , veille
du Dimanche des Rameaux . Comme le
Compliment a été partagé en plufieurs
Couplets chantés par divers Sujets de
ce Théâtre & adaptés aux Ariettes les
plus agréables au Public , nous ne le
rapporterons pas ici . Ces fortes de productions
ayant toujours befoin de la
Mufique pour laquelle elles font faites ;
ce feroit en donner une fauffe idée , &
leur faire perdre de leur prix , que de les
préfenter aux Lecteurs dénués de cette
brillante parure. Ce Théâtre doit ouvrir
auffi le Lundi 30 Avril par la continuation
du Sorcier & autres Piéces de
ce genre. Une jeune Actrice , ( Mlle
Beaupré ) qui avoit débuté à la fatisfaction
du Public , ayant rempli les
engagemens qui l'éloignoient pour un
temps de la Capitale , doit embellir
cette Scène d'un Talent fort aimable
& que le Public a paru defirer avec
mpreffement,
MA I. 1764. 197
On doit donner auffi fur ce même
Théâtre une Piéce Italienne nouvelle ,
qui nous rendra les talens fupérieurs
de l'admirable Mlle Camille . Cette Piéce
eft intitulée Camille Aubergifte.
ARTICLE VI.
SUITE des Nouvelles Politiques
du mois d'Avril.
LB 26 ,
26 , le Sieur de l'Averdy , Contrôleur - Général
des Finances , préſenta au Roi le fecond Tome
du Dictionnaire Géographique , Hiftorique & Politique
des Gaules & de la France , par M. l'Abbé
Expilly. Le Comte de Sade préfenta le même jour
à Sa Majefté le premier Volume d'un Livre intitulé
: Mémoires pour la vie de Pétrarque, tirés de
fes Euvres & des Auteurs Contemporains ; le
Sieur Jaquet , Avocat au Parlement de Paris , euc
auffi l'honneur de préfenter au Roi un Livre de fa
compofition , qui a pour titre : Traité des Juftices
de Seigneurs & des droits en dépendans.
Le 17 du mois dernier le Sieur Blondeau de
Charnage , Penfionnaire du Roi , eut l'honneur de
préfenter à Sa Majesté le premier Volume du
Dictionnaire des Titres originaux pour les Fiefs , le
Domaine du Roi , l'Hiftoire , la Généalogie & généralement
tous les objets qui concernent le Gouvernement
de l'Etat. L'Abbé Nollet a eu l'honneur
de préfenter auffi le 19 , au Roi le fixiéme volume
de fes Leçons de Phyfique Expérimentale.
Le 18 de ce mois , le fieur Blondeau de Charnage
eut l'honneur de préfenter au Roi le fecond
volume de fon Dictionnaire.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Le Sieur Caffini de Thury , de l'Académie des
Sciences , a préſenté au Roi un Mémoire ſur l'Eclipfe
annulaire de Soleil du premier Avril , d'après
les obfervations faites fur les dernières Eclipfes
de Soleil , tant annulaires que totales. Il réfulcelle
du premier Avril ne ramènera pas les
ze que
ténébres
de la nuit.
Le fieur le Blond , Maître de Mathématiques
des Enfans de France , a eu l'honneur de préfenter
au Roi la cinquiéme Edition de fes Elémens de
Fortification , augmentée de l'Explication détaillée
de la Fortification du Baron de Coëhorn , de ta
conftruction des Redoutes , Forts de Campagne ,
&c. & d'un Plan des différentes Inftructions propres
à une Ecole Militaire.
De PARIS , le 2 Avril 1764.
Sa Majefté , par des Lettres -Patentes , datées du
2 Septembre 1763 , & enregistrées au Parlement
le 12 Décembre fuivant , voulant contribuer à la
perfection de l'Ecole Royale de Chirurgie qu'Elle
a établie à Orléans , par Lettres - Patentes du 23
Juin 1759 , fixe des Réglemens relatifs aux obligations
de ceux qui prétendront à la Maîtrife , &
aux droits & prérogatives attachés aux Places de
Profeffeurs.
Par une Ordonnance du premier Septembre
dernier , Sa Majefté crée & établit dans le Régiment
des Recrues de la Ville de Paris , un Colonel ,
un Lieutenant-Colonel & un Major , lefquels jouiront
de tous les droits & prérogatives dont jouiffent
les autres Colonels, Lieutenans-Colonels &
Majors de fon Infanterie Françoife. Sa Majefté fixe
en même temps les appointemens du Colonel à
3600 liv. par an , ceux du Lieutenant- Colonel à
2400 liv . & ceux du Major à 1800 liv.
M A I. 1764 . 199
Les Négocians & Armateurs de Grandville ,
ayant repréſenté au Roi que leur Port eft affez
fpacieux , pour y contenir beaucoup de Navires ,
& qu'il eft fitué dans un pays où l'on peut le procurer
aisément tout ce qui eft propre à l'avitaillement
des Navires , & qui peut fervir à étendre la
Navigation , par la facilité que l'on a de faire venir
de Paris & de plufieurs autres Villes toutes fortes
fortes de Marchandifes ; Sa Majefté , par un
Arrêt de fon Conſeil d'Etat , du 29 Décembre dernier
, leur permet de faire directement par le Port
de ladite Ville le Commerce des Ifles & Colonies
Françoifes de l'Amérique , & ordonne en conféquence
qu'ils jouiffent du privilége de l'entrepôt &
des autres priviléges & exemptions portés par les
Lettres- Patentes du mois d'Avril 1717 , ainſi qu'en
jouiffent les Négocians des Ports admis à Commerce
.
La Société Royale de Londres a reçu , le 26
Janvier dernier , au nombre de fes Membres le
feur Camus , de l'Académie Royale des Sciences ,
Examinateur des Ecoles du Corps Royal de l'Artil-
Jerie & du Génie , Profeffeur & Secrétaire del'Académie
Royale d'Architecture , & Honoraire de
celle de Marine.
Les Princes & Pairs ayant reçu avis que les
Chambres feroient affemblées le Mercredi 22
pour fixer les objets des Remontrances arrêtées
le 23 Janvier à l'occafion de l'exil de l'Archevêque
de Paris , fe font rendus au Parlement ledit jour
22 & dans cette féance les objets ont été fixés , &
l'affemblée a été remife au Mercredi 29 du mois.
On a auffi dénoncé à l'aflemblée des Chambres
différens faits & plufieurs Ecrits fur le Réquifitoire
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
des Gens du Roi , les Ecrits ont été condamnés à
être lacérés & brûlés par l'Exécuteur de la Haute-
Juftice ; & il a été rendu Arrêt dont l'Extrait vient
dêtre imprimé dans la forme ſuivante.
EXTRAIT DES REGISTRES DU PARLEMENT.
Du 22 Février 1763.
" APPERT , entr'autres difpofitions , avoir été
ordonné par Arrêt rendu ledit jour par la
Cour , toutes les Chambres allemblées , que
» dans huitaine , à compter du jour de la publication
dudit Arrêt ,
même par l'extrait
» tous ceux qui étoient Membres de la Société
» fe difant de Jefus , au 6 Août 1761 , érant
actuellement dans le reffort de la Cour , prêteront
ferment , de ne point vivre déformais en
commun , ou feparément , fous l'empire de l'Inf
» titut & des Conflitutions de la ci-devant So-
» ciété fe difant de Jefus , de n'entretenir aucune
correspondance directe ou indirecte , par lettres ,
ou par perfonnes interpofées , où autrement , en
quelques forme & maniere que ce puiffe être ,
» avec le Général , le Régime & les Supérieurs
» de ladite ci-devant Société , ou autres perfon-
»
»
nes pas eux propofees , ni avec aucuns Memsobres
d'icelle réfidans en Pays étrangers , & de
» tenir pour impie la Doctrine contenue dans le
» Recueil des Affertions , tendante à compromettre
» la fûreté de la Perfonne facrée des Rois ; lef
quels fermens , à l'égard de tous ceux defdits ci-
» devant foi difans Jéluites , qui font actuellement
dans la Ville , Prévôté & Vicomté de
» Paris , feront reçus pardevant Me Jofeph- Marie
» Terray , Confeiller- Rapporteur , que la Cour
2 a commis à cet effet : & qu'à l'égard de tous les
» autres ci devant foi- difans Jéfuites demeurans
כ כ
M. A I. 1764. 201
T
, actuellement hors de la Ville Prévôté &
» Vicomté de Paris & dans le reffort de la Cour ,
» lefdits fermens feront reçus dans les Bailliages
» & Sénéchauffées du reffort , dans le diftrict def-
» quels ils fe trouveront lors de la fa fdite publica-
» tion dudit Arrêt , par le Lieutenant - Général ou
» autre Officier , fuivant l'ordre du Tableau ; defquels
fermens fera donné acte , qui fera foufcrit
par celui qui aura fait ledit ferment , & déposé
au Greffe de la Cour ou aux Greffes des Baillia
» ges & Sénéchauffées du Reffort , dont expédition
>> en forme fera envoyée au Procureur- Général
>>
du Roi , pour être pareillement par lui déposée
> au Greffe de la Cour , pour , fur le compte qui
fera par lui rendu , être par la Cour , toutes les
>> Chambres affemblées , ftatué ce qu'il appartien-
» dra , le tout fans préjudice du ferment prefcrit
» par l'Arrêt du 6 Août 1726 , à l'égard de ceux
» qui voudroient remplir des grades dans les
» Univerfités du Reffort , poffeder Canonicats ou
» Bénéfices à charge d'âmes , Vicariats , emplois
» ou fonctions ayant même charge , Chaires ou
» Enfeignement public , Offices deJudicature ou
Municipaux , & généralement remplir aucunes
» fonctions publiques , comme auffi fans préjudice
>> de l'exécution de l'Arrêt du 7 Septembre fuivant
rendu en conféquence. Ordonne que ledit Arrêt
» fera imprimé , lû , publié & affiché par- tout où
» befoin fera , que l'Affiche d'icelui , même par
» Extrait , vaudra fignification & injonction à
>> chacun de ceux qui audit jour 6 Août 1761 ,
» étoient Membres de ladite ci-devant Société ,›
» & qu'Extraits collationnés d'icelui feront envoyés
>> aux Bailliages & Sénéchauffées du Reffort , enfemble
aux Confeil Provincial d'Artois , Baillia
ges , Gouvernances & Officiers Municipaux de
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
> l'Artois , pour y être pareillement lû , publié &
» regiftré . Enjoint aux Subftituts du Procureur-
››› Général du Roi d'y tenir la main , & d'en certi
>> fier la Cour. Collationné . REGNAULT .
ככ
"
Signé , DUFRANC, »
Le 29 , les Princes & les Pairs fe font rendus au
Parlement ; il y a été fait lecture des Remontrances
rédigées d'après les Articles qui avoient été
précédemment agrées ; les Gens du Roi ont été
chargés de fe retirer pardevers Sa Majesté pour
fçavoir le lieu , le jour & l'heure où il lui plaira de
recevoir ces Remontrances & de rendre compte le
Samedi 3 Mars , de l'éxécution de cette Miffion ,
Ils ont été chargés aufli de prendre communication
du Procez-Verbal de la vérification des Affertions
citées dans l'Inſtruction Paſtorale de l'Archevêque
de Paris , & de prendre leurs Conclu
fions fur cet objet le 3 Mars . Enfin ils ont été chargé
[de prendre communication d'un Imprimé intitulé
: Lettre Paftorale de Monfeigneur l'Evêque de
Langres au Clergé Séculier & Régulier de fon
Diocèfe , lequel a été déposé au Greffe , enſemble
du récit fait à ce fujer par un de MM . & de prendre
des Conclufions fur le tout le même jour 3 Mars.
Le 3 Mars , les Princes & les Pairs fe font
rendus au Parlement . Les Gens du Roi , rendant
compte de la Miffion dont ils avoient été chargés,
le 29 du mois dernier , ont dit que le Roi recevrojt
à Versailles , Dimanche 4 du même mois à midi ,
les Remontrances de fon Parlement , & que fon
⚫ intention étoit qu'elles lui fuffent préfentées par le
Fremier Préfident & deux Préfidens . Le Prince de
Condé ayant propofé de mettre en délibération ce
qu'il convenoit de faire au fujet de ce qui le trouve
dans les Remontrances du Parlement de Bretagne
*
MA I. 1764. 203'
concernant la Cour des Pairs , il a été arrêté qu'il
feroit nommé des Commiffaires qui s'affembleroient
Jeudi 8 , à l'effet d'examiner ces Remontrances
& de recueillir les principes & les faits fur
cette matiére , pour rendre compte du tout au
Parlement. Enfuite les Gens du Roi ont rendu
compte du Procès- Verbal de la vérification des Affertions
citées dans l'Inftruction Paftorale de l'Archevêque
de Paris , ainfi que de l'Imprimé intitulé ;
Lettre Paftorale de Monfeigneur l'Evêque de Langres
au Clergé Séculier & Régulier defon Diocèfe ,
& ils ont laiffé concernant ces deux objets leurs
conclufions par écrit , fur lesquelles il a été rendu
deux Arrêts. Par le premier , il eft ordonné que
pour remplir de plus en plus les vues que le Parlement
s'étoit propofées par fon Arrêt du Mars
1762 , des copies collationnées du Procès -Verbal
déposé au Greffe par Arrêt du 29 Février dernier
feroient envoyées fans délai par le Procureur- Général
du Roi à tous les Archevêques & Evêques du
Reffort & à tous les Bailliages & Sénéchauffées ; il
a été arrêté de plus que le premier Préfident , en
préfentant au Roi les très -humbles & très-refpectueufes
Remontrances de fon Parlement arrêtées;
le 23 Février dernier , remettra à Sa Majefté copie
collationnée du Procès-Verbal de vérification ,
& on a ordonné que , pour que le Procès - Verbal
foit plus promptement & plus facilement envoyé
aux Archevêques & Evêques & aux Bailliages &
Sénéchauffées du Reffort , il fera imprimé & que le
préfent Arrêt fera imprimé en tête du Procès - Verbal.
Il a été fait enfuite un Arrêté portant qu'on
exemplaire imprimé du Procès - Verbal de la vérification
des Extraits des Affertions , collationné
par un Secrétaire du Parlement , fera envoyé aux
Parlemens & Confeils Supérieurs auxquels ont été
1
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
adreffés des exemplaires des Affertions . Dans le
cours des opinions , un des Membres du Parlement
s'étant réfervé de faire mettre en délibération
ce qu'il convenoit de faire au fujet du nombre
d'Evêques qui fe trouvoient à Paris , il a été
arrêté qué le Procureur Général du Roi feroic
chargé de veiller à l'exécution des Ordonnances &
Arrêts en ce qui concerne la réfidence des Archevêques
& Evêques dans leur Diocèſe , & qu'il rendroit
compte dans la quinzaine aux Chambres affemblées
des diligences qu'il aura faites . Il a été
rendu enfin au fujet de l'Imprimé ayant pour titre :
Lettre Paftorale de Monfeigneur l'Evêque de Langres
, &c. un fecond Arrêt qui ordonne que cet
Imprimé fera lacéré & brûlé par l'Exécuteur de
la Haute-Juftice , & que l'Arrêt fera imprimé &
affiché tant à Paris qu'à Langres & par -tout où
befoin fera .
Le 9 les Princes & les Pairs fe font rendus au
Parlement. Le Premier Préfident ayant rendu
compte de la réponſe faite par le Roi aux Remontrances
de fon Parlement , on a arrêté qu'il feroit
fait Procès- verbal du récit fait par le Premier Préfident
; &, quant au fond de l'affaire de l'Archevêque
de Paris , il a été arrêté que la délibération
feroit continuée au premier jour avec les Princes
& les Pairs , en vertu de la convocation du 21 Janvier
dernier , & fans qu'il en foit befoin d'autre.
Les Gens du Roi ayant enfuite rendu compte des
Informations faites au fujet de la diftribution de
Il'nſtruction Paſtorale de l'Archevêque de Paris ,
& des différens Actes de ferment faits en exécution
de l'Arrêt du 22 Février , & ayant pris des conclufions
fur le tout , le Parlement a rendu un Arrêt
par lequel il eft enjoint aux ci-devant foi - difant
Jésuites , qui n'ont pas prêté ferment dans le terme
MA I. 1764. 205
•
prefcrit par l'Arrêt du 22 Février , de fe retirer du
Royaume dans un mois , à compter du jour de la
publication du préfent Arrêt , tant dans cette Villeque
dans les Bailliages & Sénéchauffées du Ref
fort , fauf a ceux qui par leur grand âge ou pour
caufe d'infirmité ne pourroient fatisfaire au préfent
Arrêt , à présenter leurs requêtes en la Cour,
tontes les Chambres affemblées , dans le fufdit délai
, pour être fur lesdites requêtes & fur les con-
.clufions du Procureur-Général du Roi ftatué ce
qu'il appartiendra. Les Gens du Roi étant rentrés
en l'aflemblée des Chambres , ont rendu compte
d'un Ecrit intitulé Adhéfion de Monfeigneur l'Evêque
d'Amiens à l'Inftruction Paftorale de Monfeigneur
l'Archevêque de Paris , & ont pris leurs
conclufions tendantes à ce que cet Ecrit fût lacéré
& brûlé : fur quoi eft intervenu Arrêt conforme
aux conclufions..
Le 22 du même mois , on fit la Proceffion folemnelle
qu'on a coutume de faire tous les ans
en mémoire de la réduction de cette Capitale
fous l'obédience de HENRY IV . Le Corps de
Ville affiſta , ſelon l'uſage , à cette Cérémonie,
La Société Royale de Londres reçut , le 18
Janvier dernier , au nombre de fes Membres ,
le fieur Ferdinand Berthoud , habile Horloger
de cette Capitale . Cet Artifte fut choisi l'année
dernière par l'Académie Royale des Sciences &
envoyé a Londres par Sa Majefté , pour affifter ,
conjointement avec M. le Camus , à l'examen
de l'Horloge de M. Harrillon. Il eft Auteur du
Livre de l'Art de régier les Pendules & les Montres
, de l'Effai fur l'Horlogerie , & de plufieurs
Ouvrages relatifs à fon Art , qu'il a préfentés à
l'Académie , entr'autres de trois différentes horloges
de Marine pour la découverte des longi
tudes en mer.
206 MERCURE DE FRANCE.
MARIAGES.
Henri- Bernard , Marquis d'Espagne , Capitaine
de Cavalerie , & premier Baron né des Etats de la
Vicomté de Nebouzan , a épousé la nuit du 27 au
28 Décembre dernier , Demoifelle Claire - Charlotte
de Cabalby , à S. Lézier , dans la Chapelle
Epifcopale de M. l'Evêque de Couzerans , qui leur
a donné la Bénédiction nuptiale. M. le Maréchal-
Duc de Richelieu avec la principale Nobleffe de la
Province , avoit honoré fon contrat de mariage
de fa préſence. Le Marquis d'Espagne , feul de
fon nom , eft fils unique de feu Jofeph-André ,
Marquis d'Espagne , Gouverneur pour le Roi de
ladite Vicomté , & de Dame Françoiſe de l'ancienne
& illuftre Maiſon d'Orbeffan .
Mademoiſelle de Cabalby eft fille & héritière
d'Octavien de Cabalby , Baron d'Elplas , Gouver
neur pour Sa Majefté de la Ville & Vallée de Seix ,
& Commandant fous les ordres de M.le Maréchal-
Duc de Richelieu dans fa partie du Couzerans , &
de feue Dame Jeanne de Dupac. Le Marquis d'Efpagne
defcend en ligne directe de Léon d'Eſpagne,
Prince forti du Sang Royal de Léon , portant
pour armes le Lion de gueule au champ d'argent ,
Comte de Paillas , & Vicomte de Couzerans , qui
époufa la fille unique du Seigneur de Monteſpan ;
& de leur mariage vint Roger I. d'Espagne ,
Seigneur de Montefpan , Comte de Paillas , &
Vicomte de Couzerans , lequel époufa Grize
de Riviere , fille unique & héritière du Seigneur
de Riviere , Seigneur de la Ville de Montrejan ,
Baron de Borderes ; qui eur pour fils Arnaud
d'Espagne , premier de ce nom , Setgneur
de Montefpan , Comte de Paillas , & ViM
A I. 1764. 207
comte de Couzerans , qui époufa Philippe de Foix ,
fille de Roger- Bernard , fixiéme de ce nom , &
huitiéme Comte de Foix , foeur d'Eſclarmonde de
Foix , Reine de Majorque ; qui eut pour fils Arnaud
II. d'Espagne , Seigneur de Montefpan ,
Comte de Paillas , & Vicomte de Couzerans , qui
époufa Marquéfe de Benac ; & de leur mariage
fortit Azemar d'Espagne , premier de ce nom ,
qui époufa Léonore de Vellere , héritière de la
Maifon de Vellere en Elpagne , & de leur mariage
fortit Arnaud III d'Efpagne , Seigneur de Montef
pan , Sénéchal & Gouverneur de Carcaffonne ,
qui époufa Demoifelle de la Barthe ; & de leur
mariage fortit Roger II du nom , Seigneur de
Montelpan , Chevalier de l'Ordre du Roi , fon
Chambellan , Gouverneur & Sénéchal de Touloufe
, Albigeois & Carcaffonne , qui époufa Claire
de Gramont ; d'où fortit Roger III du nom , Seigneur
de Montefpan , Chevalier de l'Ordre du
Roi , qui époufa Jacquette de Moleons d'où fortit
Matthieu I d'Efpagne , Seigneur de Monteſpan ,
qui époufa Catherine de Foix , & de leur mariage
fortit trois enfans mâles. Le premier Roger IV du
nom , le fecond , Arnaud IV du nom , & le troifiéme
, Charles I d'Espagne , qui eut pour appanage
la Baronie de Ramefort . Roger IV , qui étoit
Chevalier des Ordres du Roi , mourut fans poſtérité.
Arnaud IV d'Eſpagne , ſon frère , lui ſuccéda ,
qui époula Magdelaine Daure , fille de Geraud
Daure , Chevalier des Ordres du Roi , Baron de
Larbouft ; & de leur mariage fortit Roger V du
nom , Chevalier des Ordres du Roi , qui mourut
fans poftérité , & qui , malgré la fubftitution graduelle
& perpétuelle établie depuis plufieurs fiécles
dans la Maifon d'Efpagne , fic paffer , au préjudice
de fon oncle Charles I d'Eſpagne , Baron de Rame
208 MERCURE DE FRANCE.
fort , tous les biens de la Branche aînée à la foeur
Paule d'Elpagne , qui fe maria dans la Maiſon de
Gondrin . Charles I d'Efpagne continua la poſtérité
, & épousa Marie d'Afté , fille de Jean Daure,
Vicomte d'Afté , & foeur de Manaut Daure , qui
époula Claire de Gramont . Lequel Charles I
d'Espagne eut pour fils Onofre d'Espagne , Baron
de Ramefort , qui étoit Colonel d'un Régiment
qui a fervi avec beaucoup de diftinction en Provence.
Il époufa Catherine de Saman de la Maifon
d'Eftarac , d'où eft forti Jean - Alexandre d'Efpagne
, qui avoit commencé à fervir à douze ans ;
il fut bleflé dans quatre ou cinq occaſions différentes
, & fut tué ſur la brêche de la Ville de Lambeſc,
âgé de vingt-quatre ans , Capitaine aux Gardes ,
& un des plus valeureux Capitaines de fon temps.
Le Roi lui avoit donné , entre autres récompenfes ,
pour l'aider à fe foutenir dans le fervice felon fa
qualité , le Marc- d'or dû à ſon Avènement à la
Couronne. Charles II d'Eſpagne fon frère lui fuccéda
, qui a fervi avec beaucoup de diſtinction , &
fur Gouverneur de la Ville & Citadelle de Siſteron ,
& Capitaine d'une Compagnie de cent Hommes
d'Armes. Il épouſa Jeanne de Saman de la même
Maifon de la mère , d'où eft forti Charles III
d'Espagne , Baron de Ramefort , qui épousa Marguerite
de Saint- Paftou ; d'où fortit Melkior d'Elpagne
, Baron de Ramefort , qui époula Françoife
d'Orbellan , d'où eft forti Charles IV d'Espagne ,
qui a commencé les fervices dans le Régiment de
Ségur , qui époufa Marguerite de Sapte , d'où eft
forti Jofeph- André Marquis d'Eſpagne , Baron de
Ramefort , Gouverneur & Sénéchal de la Vicomté
de Nebouzan , qui a fervi long- temps dans les
Régimens de Dunois & d'Auvergne , ayant reçu
des bleffures confidérables defquelles il eft morta
MA I. 1764. 209
s'étant rouvertes le 8 Octobre 17 59. Il avoit épou
fé Françoiſe d'Orbeffan , & a laiffé , comme il a
été dit pour fils unique Henri- Bernard Marquis
d'Elpagne. Plufieurs filles de cette Maiſon font
aliiées avec des Maifons très - illuftres du Royaume;
entr'autres avec celles de Noailles , de Puyſegur ,
de Gondrin , d'Auſſun , de Narbonne & autres.
Différens Cadets de cette Maifon ont fervi dans
des grades fupérieurs , & s'y font également diftingués.
D'autres qui ont pris l'Etat Eccléfiaftique ,
ont été Evêques de Cominges , Rieux & Leitoure
Le Mariage de M. le Comte de Frefnay , Capitaine
au Régiment du Roi , avec Mlle l'Efcalopier ,
fille de M. l'Escalopier , Intendant de Tours , a été
célébré le premier de ce mois dans l'Eglife de S.
Hilaire , Paroiffe de cette Ville.
M. & Madame l'Eſcalopier ont reçu à cette occafion
les complimens de tous les Corps & Compagnies
de la Ville , qui étoient dictés par l'eftime &
le fentiment. Mais le zèle public s'eft encore plus
particulièrement fignalé dans la Fête qui leur a été
donnée le Dimanche quatre de Mars , par les perfonnes
les plus diftinguées de la Nobleffe , de la
Robe & du Commerce. Plus de quatre - vinge
Chefs de Familles repréſentant ces différens Etats ,
fe font réunis pour y contribuer . Elle a été célébrée
dans la Salle ordinaire du Spectacle , dont le Par
terre avoit été mis au niveau du Théâtre. Un
nombre confidérable de luftres , de girandoles &
de confoles chargés de bougies ingénieuſementdifpolées
y jettoient une lumière éclatante , des guirlandes
de fleurs entrelacées dans des fujets allégoriques
à la Fête la caractérifoient. Une table en ferà
cheval , garnie de cent cinquante couverts occu
pés par autant de Damesgalamment vêtues, en or
210 MERCURE DE FRANCE .
noient le contour . Sur les huit heures du foir elle
fut fervie fplendidement. Chaque Cavalier fervoir
fa Dame. Les premières & fecondes Loges remplies
de Spectateurs , formoient un coup - d'oeit
agréable. Les honneurs du repas ont été déférés à
M. l'Escalopier , premier Magiftrat de la Province
& à fa Famille , dont la fanté a été célébrée
à plufieurs repriſes au bruit des inftrumens de
guerre. Le fouper a fini à onze heures , & a été
fuivi d'un Bal où toutes les Dames de la Ville qui
n'avoient pu être du repas, fe rendirent , les unes
en habits galans , les autres mafquées . S'il eft difficile
d'expofer au naturel le coloris de la joie , il
l'eft encore plus de rendre le tableau touchant de
la tendreffe & de la vénération publique , qui a fait
le principal ornement de cette Fête : Monument
flatteur & refpectable de l'hommage dû aux vertus
d'un Magiftrat auffi diftingué par la naiffance que
par fon affabilité , fon amour pour le bien public ,
& par toutes les qualités qui conſtituent effentiellement
l'Homme d'Etat.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
MONSIEUR ,
A Tours , le7 Mars 1764.
)
Le détail de la Fête que nous avons l'honneur de
vous adreifer eft intéreffant , parce qu'il est une
preuve de nos fentimens & de notre façon de penfer
pour M. l'Escalopier . Nous vous prions de
vouloir bien l'inférer dans votre premier Mercure,
& de nous croire avec une parfaite conſidération ,
Monfieur ,
Vos très -humbles & trèsobéiffans
Serviteurs ,
Signé par les trois Etats
de la Ville de Tours.
r
"
MA I. 1764. 211
Le 7 Mars 1764 , Gabrielle-Auguftine Michel ,
époule de François de Lévis , Lieutenant-Général
des Armées du Roi , dit le Marquis de Lévis , mariée
le 8 Février 1762 , eft accouchée d'un fils qui
eft fon ſecond enfant. Le premier eft une fille née
le 22 Décembre 1762 .
Le Marquis de Lévis & fon frère aîné , Baron de
Lévis - Ajac , forment la Branche d'Ajac , iſſue de
celle de Lévis Leran , aujourd'hui Mirepoix , par
Salomon de Lévis leur aïeul ,fecond fils de Gabriel
de Lévis , Comte de Léran , & de Catherine de
Levis- Mirepoix ; lequel Gabriel étoit fils aîné de
Gaſton de Lévis , Comte de Léran , feptiéme du
& de Gabrielle de Foix , &c.
nom ,
Lafuite des Nouvelles Politiques au Mercure
A VIS
prochain.
DIVER S.
·
LA Société d'Agence a ci devant annoncé que
fon Bureau étoit établi chez M. de Neuve- Eglife
, rue des Orties , Butte S. Roth , & que les
Lettres , Piéces & Paquets devoient être envoyés
à l'adreffe dudit fieur de Neuve - Eglife & compagnie
. Elle prévient aujourd'hui que ledit fieur
de Neuve- Eglife a ceffé d'en être Directeur dès
le premier de ce mois , que la Société ne le
cautionne plus , & que lesdites Lettres & Pa
quets doivent déformais être adreffés à M. de
Prémilon & Compagnie , rue S. Louis , au Marais
, vis - à- vis l'Hôtel Turpin , à Paris .
TAFFETAS d'Angleterre , par M. Woodock.
Ce Taffetas eft le plus commode & le plus
utile reméde dont les Meffieurs & les Dames
puiffent fe fervir. Les plus délicats peuvent le por212
MERCURE DE FRANCE.
ter dans leurs poches : car non feulement l'Odeur
n'eft point fâcheufe , mais elle eſt agréa
ble. Il ne fçauroit manquer de guérir toutes
les coupures ou bleflures. Étant immédiatement
appliqué , il arrête d'abord le fang &
Ste entierement la douleur . En le mouillant feulement
avec la langue & le mettant fur la partie
affligée , il y tiendra fi fort qu'en fe lavant
il ne fe dérangera pas.
N. B. Il fuffit de le couper de la même gran
deur de la bleſſure.
Ce Taffetas fe vend à Paris chez le Brun
au Magafin de Provence , rue Dauphine ,
36 fols la pièce .
A Lyon chez Prodon & Compagnie , rue
Bard Argent.
LES Tablettes d'Angleterre Pectorales & Sto
machales , trouvées par le fieur Archbald. Ces
Tablettes font un reméde für & infaillible contre
les maladies ordinaires de la Poitrine &
du Poulmon , telles que le rhume , la toux , &
l'enrouement , & c. Elles préviennent l'Afthme ,
la Phthifie , la Poulmonie , & diffipent les humeurs
qui fe fixent fur la Poitrine , & dont
l'irritation occafionne des efforts continuels pour
touffer.
Ces Tablettes par leurs vertus balfamiques &
nutritives , guérillent les tendres vaiffeaux de l'eftomach
, qui font fouvent lacérés par les mouvemens
convulfifs ; & en fortifiant fes organes ,
elles aident à la digeftion , & ne manquent jamais
d'avancer la chylification .
Elles fe fondent dans l'eau comme du fucre ,
le goût en eft des plus agréable , & ne manque
jamais de corriger l'haleine & les exhalaifons
impures de l'estomach.
M A I. 1764.
213
Manière de fe fervir de ces Tablettes .
Quand on est enrhumé ou enroué , on prend
une de ces Tablettes dans la bouche où elles fe
fondent comme du fucre On le répéte toutes
les fois que la toux devient incommode , &
on en peut prendre ainfi , cinq ou fix fois par
jour , ce qui préviendra en niême temps les
maladies dont le Poulmon eft fi fouvent attaqué.
Ceux qui ont l'eſtomach foible , ou mauvais
goût dans la bouche , en prennent égale
ment cinq ou fix par jour , ou plus ou moins.
La quantité ne fçauroit nuire en aucune façon;
l'épreuve qu'on en peut faire en laiffant fondre
une de ces Tablettes dans un verre d'eau ,
fera voir qu'il n'y entre rien de pernicieux , &
que la compofition eft bienfaifante & des plus
falutaire .
Ces Tablettes fe vendent par commiſſion chez
le fieur le Brun , Marchand Epicier , rue Dauphine
, au Magafin de Provence & de Montpellier
, a 36 fols la Boete.
L'on trouve chez le même Marchand le vé
ritable Elixir de Garrus.
214 MERCURE DE FRANCE .
APPROBATIO N.
J'ai lu , par ordre de Monſeigneur le Vice- Chan- AI
celier , le Mercure du mois de Mai 1764 , & je
n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 30 Avril 1764.
GUIROY.
TABLE DES ARTICLES.
PIACES FUGITIVES EN VERS IT EN PROSE
ARTICLE PREMIER.
SUITE de l'Hiftoire raifonnée des Diſcours
de Cicéron .
L'AMOUR que les Princes doivent aux Arts ,
Poëme.
VERS à Mlle D *** ·
MADRIGAL à Mlle de la M.
AUTRE à la même.
Page s
16
24
ibid.
25
APOLOGUES Orientaux , par M. de S *** . ibid.
VERS à Mde la Marquise de V. fur la
mort de M. le Comte de V.... fon fils.
.. •
ZELIS , Idylle imitée de la quatriéme de M.
Géfner,
VERS à Mde D. M.
MADRIGAL à Mde de C.
de M. de Voifenon.
PORTRAIT de Julie.
VERS deſtinés à être mis au bas du Portrait
VERS fur la mort de Zélis , à M *** .
41
42
45
ibid.
46
ibid.
5.4
M A I. 1764. 215
>
53
COMPLAINTE à M. le Marquis de Buffy
Brigadier des Armées du Ror..
LETTRE écrite de la Nouvelle -Orléans dans
la Louifiane , à M. De la Place , Auteur
du Mercure , fur M. Titon du Tillet. ..54
ÉNIGMES.
LOGOGRYPHES.
CHANSON.
66 & 67
68 & 69
70
ART. II . NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DICTIONNAIRE raifonné univerfel , & c. Par
M. Valmont de Bomare.
ÉLITE de Poefies tugitives.
• LE MONDE MORAL ou Mémoires pour
fervir à l'hiftoire du coeur humain
M....
LETTRE de M. l'Abbé Prévot à M. le Duc
de
...
71
79
, par
90
93
98
101 & fuiv.
LETTRE à M. de la Place , Auteur du Mercure
, fur M. de Ferriol.
ANNONCES de Livres.
ART. III. SCIENCES ET BELLES-LETTRES .
ASTRONOMIB.
MiмOIRE de M. Trébuchet , fur le Paffage
de Vénus.
OBSERVATIONS fur un Marafme occafionné
par un morceau de plomb
132
MÉDECIN E.
› par M.
146
150
Houffet.
LATTRE écrite par M. Farcy , à Mde la
Générale la Motte.
ACADEMIES.
SEANCE publique de l'Académie des Sciences
& Belles-Lettres de BÉSIERS.
152
216 MERCURE DE FRANCE.
ART. IV. BEAUX - ARTS.
ARTS UTLI ES.
MANUFACTURES ,
164
ARTS AGRÉABLES.
MUSIQUE. 166
GRAVURE. 167
ART. V. SPECTACLES,
NOTICE d'Olympie , Tragédie de M. de
Voltaire.
179
COMEDLE Françoiſe.
192
ART. VI . Nouvelles Politiques d'Avril 197
MADRIGAL.
206
Avis divers, 211
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY ,
rue & vis-à- vis la Comédie Françoiſe.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROI.
JUIN.
1764.
Diverfité , c'est ma devife . La Fontaine.
Cochin
Shas inv
PopilleySculp
A PARIS ,
CHAUBERT, rue du Hurepoix.
JORRY, vis- à-vis la Comédie Françoife.
PRAULT , quai de Conti.
Chez
DUCHESNE , rue Saint Jacques.
CAILLEAU , rue Saint Jacques.
CELLOT , grande Salle du Palais.
Avec Approbation & Privilège du Roi
Bect
MEKCARI
TPC.-
1317
1.
1195 Cover
༈ ཀ་
21.1
975
3
M
DEERVACE ?
AVERTISSEMENT.
>
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch à côté du
Sellier du Roi.
C'eft à lui que l'on prie d'adreffer ,
francs de port , les paquets & lettres
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pour feize volumes
, à raifon de 30 fols piéce.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront d'autres voiesque
la Pofte pour le faire venir , & qui pren
dront les frais du port fur leur compte
, ne payeront comme à Paris , qu'à
raifon de 30 fols par volume , c'eſt-à •
dire , 24 liv. d'avance , en s'abonnant
pourSeize volumes.
A ij
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire venir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cideffus.
On fupplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la pofte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le payement
enfoit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affranchis
, refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à annoncer,
d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en a jufqu'à
préfent cent huit vol. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
fe trouve à la fin du foixante-douzième.
MERCURE
DE FRANCE.
JUIN. 1764.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
SUITE de l'Hiftoire raifonnée des
Difcours de CICERON.
L
DEFENSE de PUBLIUS
QUINTIUS. ( a )
A défenſe de Publius Quintius paffe
pour le coup d'effai du Prince des Ora-
( a ) Des raifons fort indifférentes au Public
m'ont empêché de publier plutôt ce Morceau &
les fuivans , qui naturellement auroient dûs être
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
teurs. Il n'avoit que 26 ans quand il
prononça ce difcours , l'année 672 de
la Fondation de Rome. Le fameux Sylla
étoit Dictateur : les Confuls de l'année
étoient M. Tullius Decula , & Cn. Cornelius
Dolabella . Ces dates préciſes qui
femblent n'avoir été confervées à la
postérité , que pour conftater fûrement
l'âge de Cicéron , prouvent en même
temps que les grands hommes s'annoncent
prefque toujours d'une façon brillante
: ils marchent à grands pas dès
l'entrée de la carrière , tandis que les
génies médiocres peuvent à peine s'y
traîner.
La modeftie eft la compagne inféparable
des vrais talens. On peut dire auſſi
qu'elle doit être la vertu des jeunes
gens . Elle fut celle de Cicéron dans ces
commencemens il n'ofa pas rifquer
en Public l'effai de fes talens c'eſt à
huis clos que fut plaidée cette affaire
dont voici l'hiftoire & le fujet.
›
Sextus Nævius s'étoit affocié dans
fon commerce C. Quintius. Celui - ci
étant mort fans enfans , fon frère Puplacés
à la tête de l'Ouvrage. Si jamais on fait une
édition de cette HISTOIRE , on y obſervera
exactement l'ordre chronologique , dont nous ne
nous écarterons plus déſormais.
JUI N. 1764. 7
blius Quintius fe porta pour héritier , &
recueillit en cette qualité fa fucceffion .
L'intérêt qui divife tous les hommes ,
fema bientôt la difcorde entre Nævius
& Quintius quand il fut queftion de
faire les partages. Le premier plus adroit
ou plus fripon que celui- ci , perfécuta
fans relâche fon adverfaire par toutes les
chicanes qu'il put inventer. Quintius ,
laffe des mauvais procédés de Navius ,
peut-être auffi plus pareffeux & moins
actif que lui , ceffa de fe défendre : il
pouffa même la fécurité , jufqu'à fe
laiffer condamner par défaut.
Quelque temps après Quintius revenu
de cette efpéce d'affoupiffement
foit de lui-même , foit par les confeils
'de fes amis , voulut recommencer à
pourfuivre Nævius pour le contraindre
à faire le partage de la façon dont il
le defiroit.
Mais l'affaire avoit bien changé de
face ; & Nævius qui avoit obtenu une
Sentence qui le mettoit provifoirement
en poffeffion des biens conteftés , fe
mocquoit de tous les vains efforts de
Quintius. Celui-ci , pour comble de
malheur , n'avoit que deux moyens de
fortir d'embarras. Le premier , c'étoit
d'avouer pubiquement qu'il s'étoit laif-
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
fé condamner par défaut , & de donner
en même-temps caution de fe foumettre
au jugement à intervenir , quel
qu'il fût. Le fecond c'étoit de dépofer
une certaine fomme , en confentant à
la perdre , s'il ne prouvoit pas que
c'étoit
mal-à-propos que Nævius tiroit
avantage de la Sentence du Préteur ,
puifque ce Magiftrat n'étoit pas en droit
de lui adjuger la poffeffion des biens
qui faifoient la matière du procès.
Chacun de ces expédiens , rempli
d'inconvéniens devenoit également
redoutable pour Quintius. En fuivant
le premier parti , il fe couvroit de honte;
car dans ce temps là ceux qui fe laiffoient
condamner par défaut étoient
deshonorés. En prenant le fecond , il
perdoit , pour ainfi dire , fon fon rang dans
la procédure , puifque de Défendeur
qu'il étoit , il devenoit néceffairement
Demandeur.
Il préféra pourtant ce dernier parti ,
comme le moins dangereux. Il donna
caution ; il fe fit nommer un Juge par
le Préteur , à qui les droits de fa charge
donnoient cette fonction . Le choix de
ce Magiftrat tomba fur le grave Jurifconfulte
C. Aquillius Gallus , Perfonnage
auffi recommandable par fes proJUIN.
1764. 9
fondes lumières , que par fon intégrité
irréprochable. Celui - ci s'affocia trois
autresJurifconfultes , P. Quintilius , M.
Marcellus , & L. Lucilius ; & ce fut
devant eux que Cicéron prononça fon
plaidoyer , à huis clos à huis clos , comme c'étoit
la coûtume pour ces fortes d'affaires .
Le fonds de la queftion étoit de fçavoir
fi Nævius avoit pu être mis légitimement
en poffeffion des biens de
Quintius , par la Sentence du Préteur ?
Ciceron foutint la négative , & il la
prouve par des raifonnemens auffi folides
qu'éloquens. Ce difcours quoique
plus foible que ceux qu'il compofa dans
la fuite , lui fait pourtant beaucoup
d'honneur dans l'efprit des fçavans ; &
s'il n'eft pas d'un Orateur confommé , au
moins y reconnoit - on le germe des
talens fupérieurs que fon illuftre Auteur
fit briller dans la fuite .
DÉFENSE de SEXTUS ROSCIUS
d'Ameries.
Tout le monde a entendu parler des
démêlés fanglans de Sylla & de Marius.
Le bonheur du premier voulut qu'il
triomphât de celui - ci ; & par un de ces
jeux bifarres de la fortune , Rome ſe vit
affervie tour-à -tour , par deux Citoyens
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
qui avoient protefté d'abord que l'intérêt
feul de la liberté Publique leur
mettoit les armes à la main. Sylla , plus
habile que fon ennemi , conferva tranquillement
fon autorité tant qu'il voulut
être le maître . Dans la fuite , quand il ne
daigna plus gouverner fa Patrie , il fe
retira couvert de gloire , fans appréhender
ce qu'un Tyran doit toujours craindre.
Heureux , s'il n'eût pas renouvellé
ces éxecutions affreufes , connues fous
le nom de profcriptions , qui mettoient
les armes à la main de la moitié des Citoyens
pour égorger l'autre ! Elles furent
caufe du malheur de Rofcius , & donnerent
occafion à Cicéron de prononcer
fon premier plaidoyer public l'an 673 de
la fondation de Rome , Sylla étant
alors Conful pour la feconde fois , avec
Qu. Metellus.
Sextus Rofcius , père de celui que
Cicéron défend , étoit un homme de
condition , lié avec les plus honnêtes
Citoyens & reçu avec plaifir dans les
meilleures maifons de la Ville . Poffeffeur
d'un bien confidérable , fa dépense étoit
pourtant des mieux réglées ; il jouiffoit
de la meilleure réputation. Attaché d'ailleurs
au parti des Nobles que Sylla pro
tégeoit , il m'avoit rien à craindre du
JUI N. 1764. I I
vainqueur. Son fils unique, nommé comme
lui Sextus Rofcius , ( c'eft de lui dont
il est queftion ) étoit un de ces génies
épais , peu propres aux affaires , quoique
capables de s'acquitter avec un certain
fuccès des ouvrages méchaniques.
Son père qui connoiffoit fon caractère
le tenoit affez ordinairement à une
maifon de Campagne, proche d'Ameries,
petite Ville , où il réfidoit communément
quand il n'étoit pas à Rome.
Un foir , qu'il revenoit affez tard de
fouper , il fut affailli vigoureufement
par plufieurs affaffins aux environs du
mont Palatin. Après une réfiftance
affez longue & malheureuſement inutile
, il tomba fans vie ; & ceux qui la lui
avoient arrachée s'éloignerent promptement.
La nouvelle s'en répandit bien - tôt :
elle fit pendant quelques momens l'hiftoire
du jour , & puis on finit par l'oublier.
Rofcius étoit riche : il avoit deux
parens affez proches & qui portoient
fon nom , avec qui des raifons d'intérêt
l'avoient brouillé depuis longtemps.
Ces deux Rofcius étoient d'ail
leurs deux fcélérats publiquement reconnus
pour tels , jufques - là que l'un
des deux paffoit pour un Gladiateur
A vj
12 MERCURE DE FRANCE .
déterminé. Ils ne voyoient pas fans envie
la fortune brillante de Rofcius ; & ce fur
pour s'en mettre en poffeffion, qu'ils
réfolurent de perdre du même coup &
le père & le fils .
"
On voit que ce complot déteftable
avoit déjà eu des commencemens affez
heureux ; quand un Citoyen obfcur
nommé Erucius alla mettre le nom du
mort fur la lifte des Profcrits. Ce fut
fans doute à l'inftigation de Chryfogonus
affranchi de Sylla , qui jouiffoit de toute
la faveur de fon Maître , & dont l'infolence
ne pouvoit être comparée qu'à
l'énormité de fon crédit. Les biens de
Rofcius le tentoient , & il vouloit les acquérir
à bon compte quand on les vendroit
à l'enchère comme tous ceux des
Profcrits. Cryfogonus réuffit & les
biens de Rofcius lui furent adjugés à un
prix fix fois au- deffous de leur valeur,
L'injuftice parut criante , & révolta
tout le monde. Les deux Rofcius penferent
à faire jouer une autre batterie.
Ils prirent le parti d'intenter un procès
criminel à Sextus Rofcius le fils , &
de l'accufer de parricide. Quelque deftituée
de vraisemblance que fût cette
accufation , elle fit impreffion par fon
atrocité : peut- être même Sylla appuyaJUI
N. 1764 . 13
t-il fourdement les bruits qui coururent
alors. L'affaire fut réglee , les Juges
nommés , les témoins entendus . Cicéron
prit en main la défenſe de Rofcius , &
fon éloquence victorieuſe >
en couvrant
de honte les ennemis de ces infortuné
lui conferva l'honneur & la vie.
Son Difcours eft un modéle de bon
fens & de raifonnement. Il eft difficile
de réunir à un plus haut degré les fleurs
brillantes qui charment l'efprit , & le
fentiment affectueux qui perce le coeur
& qui arrache des larmes . ( b )
(b ) On remarque que Cicéron fait fouvent
ufage dans ce Difcours de la figure nominée
Amplification par les Rhéteurs. Pour exprimer
par exemple l'avidité de Chryfogonus & fon acharnement
impitoyable à dépouiller le malheureux
Rofcius , il dit qu'il ne lui laiffoit pas même la
liberté de marcher fur le chemin qui conduifoit au
tombeau de fonpère . Cette image eft grande , &
peint à merveille l'horrible brigandage du Favori
de Sylla. Un de ces Sçavans en us , qui , Commentateurs
ennuyeux , avec beaucoup de mérite
pourtant , veulent trouver des fens cachés partout
, nommé Facciolatus , abandonne le fens
figuré , & prouve avec pefanteur que cette phra
fe doit s'entendre au propre. Je ne puis m'ima
» giner , dit-il , que Cicéron fe ferve en cette occafion
d'une Figure de Rhétorique.J'aime mieux
croire qu'il parle férieufement , d'autant plus
» que la fépulture de Rofcius étant fituée dans
14 MERCURE DE FRANCE .
PLAIDOYER pour le Comédien
Qu . ROSCIU S.
L'éloge le plus complet & en même
temps le plus vrai qu'on puiffe faire du
Comédien Rofcius , c'eft celui que fait
de lui Cicéron dans le Difcours qu'il
prononça en fa faveur. Ce Rofcius ,
», dit- il aux Juges , eft fi habile dans fon
» art , qu'il eſt le feul homme digne
» de paroître fur la fçène : mais il eſt
» auffi tellement homme de bien , qu'il
» paroît feul digne qu'on l'empêche d'y
» monter.
4
Voici ce qui donna occafion à fon
démêlé avec Cherea fon adverfaire.
Ce Caïus Fannius Cherea avoit un Efclave
nommé Panurgus , en qui il crut
fa
terre ,
& la terre
ayant
été vendue
à Chryfogonus
, ce dernier
étoit
maître
du chemin
en
queftion
, & pouvoir
, s'il le jugeoit
à propos
,
empêcher
de marcher
deffus
. Une loi expreffe
lui en donnoit
le droit , à moins
quil ne fût
du nombre
de ceux que fe réſervoit
le vendeur
; exception
dont je ne vois pas que Rofcius
ait fait ufage. On ne fe per mer de relever
une pareille
puérilité
, que pour
donner
un
exemple
des inutilités
fçavantes
dont
fourmillent
la plupart
des Commentaires
, Croiroit
-on
après
cela que ce Facciolatus
eft un des plus ef
timés , & qu'il mérite
de l'être.
JUI N. 1764. IS
remarquer d'heureuſes difpofitions pour
le Théâtre. Il le mit entre les mains de
Rofcius pour les cultiver , en s'obligeant
à partager avec lui le gain que pourroit
produire le talent de l'Efclave. A
quelque temps de là , comme il commençoit
à donner à fon Maître des
efpérances flatteufes de fe voir bientôt
récompenfé & dédommagé de fes
peines , il fut tué par un certain Flavius
, natif de Tarquinies , Ville affez
peu confidérable par elle -même , mais
que les Tarquins avoient rendue célébre.
Celui- ci , pourfuivi par Rofcius ,
éluda fous différens prétextes le payement
de la fomme qu'il lui demandoit
à titre de réparation de dommage ; de
forte que notre . Acteur fut obligé de
fe rejetter fur Fannius qui évita longtemps
fes pourfuites , & ne paya qu'à
la dernière extrémité & quand il fe vit
contraint de façon à ne pouvoir plus reculer.
Cicéron fe chargea d'en faire la
demande aux Juges , au nom de Rofcius
, & il s'en acquitta fi bien , que
Cherea ne put lui rien refufer.
Ces deux mots fuffifent pour mettre
au fait de l'hiftoire de ce difcours
affez peu confidérable aujourd'hui. Ce
qui nous en refte , fait conjecturer qu'à
4
16 MERCURE DE FRANCE.
peine en avons-nous la fixiéme partie.
Ces pertes en font de véritables aux
yeux des Gens de Lettres , & de tous
ceux qui fçavent apprécier au juſte
le mérite fingulier du célébre Orateur
Romain.
L'hiftoire complette de tous les Difcours prononcés
dans la grande affaire de Verrès , au
Mercure prochain .
ODE IX. du troifiéme Livre des Odes
d'HORACE.
DONEC gratus eramtibi ,
Nec quifquam potior brachia candide
Cervici Juvenis dabat ;'
Perfarum vigui rege beatior.
Donec non aliâ magis
Arfifti ; neque erat Lydiapoft Chloën ;
Multi Lydia nominis
Romana vigui clarior Iliâ.
Me nunc threffa Chloë regit ,
Dulces docta modos & cithara fciens į
Pro quâ non metuam mori ,
Si parcent animæ fata fuperftiti.
JUIN. 1764. 17
Me torret face mutua
Thurini Calaïs filius Ornithi ;
Pro quo bis patiar mori ,
Si parcent puero fata fuperftiti.
Quid, fi prifca redit Venus ,
Diductofque jugo cogít aheneo ?
Si flava excutitur Chloë ,
Rejectaque patet janua Lydia ?
1
Quanquam fidere pulchrior
Ille eft tu levior cortice , & improbo
Iracundior Adriâ ;
!
Tecum vivere amem tecum obeam libens.
"
TRADUCTION.
L'AM AN TUA
317
Tant que je fus chéri de toi ,
Qu'aux yeux de mes rivaux tes bailers pleins de
Alâme ,
M'atteftoient ton amour , l'imprimoient dans
mon âme ;
Nul ne fut plus heureux que moi.
L'AMANTE.
Tant que tu me gardas ta foi ,
Que tu ne vis Chloë qu'en regrettant Lydie ;
Mars en s'uniffant à Sylvie ,
La rendit moins célébre & moins fière que moi,
18 MERCURE DE FRANCE.
L'AMANT.
Chloë me tient fous fon empire ,
Chloë dont chacun vante & la voix & la lyre :
Que la Parque s'occupe à racourcir mesjours,
Et des fiens refpecte le cours.
LAMANTE.
Je brûle pour Daphnis , il brûle pour Lydie ,
Et rien n'égale nos amours :
Que la Parque deux fois me prive de la vie ,
Et deux fois refpecte les jours.
LAMANT.
Si ma flamme fe renouvelle ,
Si des noeuds éternels me rejoignent à toi ,
Si Chloë n'est plus rien pour moi ,
Si je t'ouvre mon coeur , & le ferme pour elle
L'AMANTE.
Daphnis eft plus brillant que la voute azurée
Toi , plus léger que l'air , plus fougueux que
Borée ;
*
Mais je préfére à tout la tendre & douce loi
De vivre ton amant , & mourir avec toi.
Par M: V... de M....
JUI N. 1764. 19
A Mlle de G ....
N dit qu'Amour eſt un Enfant , Bergère ;
Qu'il eft trompeur , inquiet & plaintif ,
Que la douceur eſt fauffe & paffagère ,
Et le moment d'en jouir , fugitif.
Mais dans ma tendreffe éternelle ,
Dans tes charmes , dans mon bonheur ,
Rien ne me peint , ni me rappelle
Un enfant , ou bien un trompeur.
Qui fit ce portrait infidéle
Ne connut ni toi , ni mon coeur.
Par M. LEGIER.
VERS à Mde D. S. qui quêtoit dans
la Semaine Sainte.
PARTEZ , partez , belle Quêteuſe.
De votre quête heureuſe
On pourroit racheter
1
Les captifs de plus d'un Corfaire ....
Mais hélas ! qui pourroit compter
Tous ceux que vos beaux yeux font faire?
Par M. S. C.
20 MERCURE DE FRANCE.
L'AMOUR MALHEUREUX ,
POEM E.
Purssi la paffion qui conſume ma vie
Répandre fur mes vers fa fublime énergie ,
Les échauffer du feu que l'ennui , le malheur ,
L'ingratitude encor plus fenfible à mon coeur
N'ont pû , depuis trois ans , éteindre dans mes
veines !
Du véritable Amour je vais chanter les peines.
*
Ces Sauvages captifs dont les vainqueurs
cruels
S'apprêtent à verfer le fang fur les Autels ,
Le front chargé de fleurs , marchant au facrifice ,
Chantent un hymne aux Dieux Auteurs de leur
fupplice.
"Cruelle Ménalie ! ainû mes triftes airs ,
Adrefiés à l'Amour dont je porte les fèrs ,
Font retentir fon Temple où j'expire en victime.
Sur l'Océan du Monde il eft plus d'un abîme.
A des courans divers nos vaiffeaux expofés
Sur différens écueils rifquent d'être brifés.
Toutes les paffions , les foibleffes humaines,
* Tout le monde connoît cet ufage barbare établi
chez les Américains & chez d'autres Peuples
encore
JUI N. 1764.
27
Pour nos coeurs, je le fais , font autant de Syrènes,
Le Miniſtre éxilé calcule avec horreur
Les affronts dont jadis il paya fa faveur ;
L'avide Commerçant affailli par l'orage
Ne veut plus s'enrichir au péril du naufrage ,
Et le vieil Officier privé de penfion
Déclare que la gloire eft une illufion ....
Sans doute : mais l'Amour , l'Amour n'en eft
pas une
Que me font les honneurs , la gloire, la fortune?
Ces brillans font trop faux pour pouvoir éblouir
L'oeil d'un Sage fenfible & qui cherche à jouir.
Il eſt une Déeſſe en tous lieux révérée ,
Par les Humains ingrats fouvent défigurée :
Son trône eft la Nature , & fous des noms divers
Elle anime , conferve & régle l'Univers :
Dans fes propices mains et une chaîne immenfe
Que nous enfanglantons , & que fa bienfaiſance ,
Lorſque les paffions en brifent quelqu'anneau ,
Ne fe laffe jamais de ferrer de nouveau.
Cette Divinité , l'objet de mon hommage,
Dont l'homme eft à la fois & le temple & l'ou
vrage ,
Qui fit chérir les loix & la fociété ,
C'eſt la Fille du Ciel , la fenfibilité ;
Digne de notre encens , quand ſa vertu féconde
Entretient & conduit le fyftême du mondes
Plus adorable encor ,plus fûre de fes droits ,
22 MERCURE DE FRANCE .
Lorſque l'oeil d'une femme aux coeurs dicte ſes
loix.
C'est là que pour me vaincre elle établit ſon
Trône ;
Les roſes du Printemps brilloient ſur ſa couronne ;
Et toutes les vertus de cet âge charmant
Rendoient fes coups plus fûrs , & mon danger
plus grand.
Je cédai ; je fentis que j'avois un coeur tendre.
Eh ! quel autre à ma place eût pû mieux fe défendre
?
Quel autre eût vu fans trouble & fans raviſſement
Dans un coeur vertueux germer le fentiment ?
L'Élève de Boucher , parcourant dès l'Aurore
Les vergers de Pomone ou les jardins de Flore ,
Parmi tous les objets dignes de fon crayon ,
Define cette roſe hier encor bouton .
Ouverte avant le jour , elle étoit déjà belle ;
Mais le Soleil lui prête une couleur nouvelle ;
Il échauffe fon fein , l'aide à s'épanouir
Et de tous fes amans éveille le defir.
D'une fille à quinze ans cette rofe eft l'image.
La froide indifférence eft la nuit du bel âge.
Pour toi , je m'en fouviens , j'ai vu naître de jour §
J'ai vu briller tes yeux des rayons de l'Amour ;
Je l'ai vu , Ménalie , animer tous tes charmes ;
Dans ton fein étonné répandre fes allarmes s
Faire base ton coeur & colorer ton front....
Jamais de mon efprit ces traits ne fortiront ;
JUI N. 1764 . 23
Je n'oublîrai jamais qu'au printemps de ma vie ,
J'eus les premiers foupirs du coeur de Ménalie ;
Que du plus rendre amour l'heureuſe illufion
Des plus purs fentimens fçella notre union.
Que nos defirs portés fur des aîles de flâmes ,
Sans refter dans nos fens , alloient brûler nos
âmes ....
Vous ne m'entendrez point , trifte voluptueux
Sybarites chargés d'un ennui faftueux ,
Qui prenant pour l'amour des befoins périſſables
Nous vantez vos plaifirs , & vivez miférables ,
Et n'ayant que des fens pour goûter le bonheur,
Les émouffez encor par un abus trompeur :
Vous ne m'entendrez point , quand mes plaintes
amerès ,
Rappelleront en vain ces faveurs paffagères ,
Ce bonheur innocent qu'autrefois j'ai goûté.
Mais vous , ô vrais amans , qui m'avez imité ,
Qui d'un coeur vertueux avez eu les prémices ;
Vous connoîtrez s'il eft de plus cruels fupplices
Que la perte d'un bien hélas ! fi précieux.
Que l'avare Lais dupe un vieil amoureux ;
Que la femme galante étende ſes conquêtes ;
On doit s'attendre à tout des âmes malhonnêtes
Tôt ou tard l'intérêt ou le plaifir féduit
1
Le coeur qu'un vil métal ou les fens ont conduit.
Mais d'une jeune amante, au fein de l'innocence
Après tant de faveurs , éprouver l'inconftance!
Ceftun exemple affreux pour l'homme corrompu
24 MERCURE DE FRANCE.
Et qui peur dégoûter de fuivre la verta.al
De quoi me fervira d'éviter l'artifice ,"
Si la probité même a les dangers du vice ?
Qu'on ne me parle plus de vertu , de candeur !
Elles n'éxiftent pas , ou fervent au malheur.
Mélanie à mes yeux en étoit le modèle :
Je l'aimai.... malheureux ! j'aimois une infidelle
Hélas , je l'aime encor i un défefpoft affreux ,
En éteignant mes jours , n'a point éteint mes feux.
Ah ! s'il eft un bonheur , & qu'on puille y prétendre
,
Amour , eft- ce de toi que nous devons l'attendre ?
5.12
Par Auteur de PEpitre à Mélanie..
avoit
VERS pour un Ami de l'Auteur , qu'une
jeune Demoiselle qu'il aimoit
mis, en badinant, à la porte, le premier
jour de Mais jeb b Mesenfounòb elo ví
( C'est l' Amant qui parle à ſa Maîtreſſe. )
Au temps jadís , quand un Amant courtois ! any
Alloit offrir à la jeune Maîtreffe he tieb t
he'½ rob nt
Un beau Mai verd , gage de fa tendrelſe ;
Le tendre objet qui lui donnoit des loix ,
Ne recevoke
oursde la forte , ale sin
Et le Mai feul étoit mis à la porte.bni sérunt,
Parle même.
LES
JUI N. 1764. 25
LES DEUX PRIX ,
LA
CONTE ,
Tiré d'un Manufcrit Grec.
A Theffalie eſt le véritable Elifée de
la Gréce , le féjour du repos & des plaifirs.
La Nature n'y paroît que fous l'extérieur
le plus féduifant ; elle y feme avec
profufion les riches tréfors qu'elle n'étale
ailleurs qu'avec réferve . Jupiter fe plaît
fur la cime du Mont Olympe ; Minerve
parmi les rochers de l'Attique ; Diane
au fein des forêts de l'Elide ; Mars
dans les plaines de la Thrace ; Vénus
dans les bofquets de Cythère &
l'Amour dans les délicieux vallons de
Tempé. Jamais ces beaux lieux ne rétentiffent
que du fon paifible des flûtes &
des mufettes. Jamais le Pénée qui
arroſe la Theffalie , ne vit fur fes bords
que des Amans fortunés.
›
Therfandre & Doris étoient l'un &
l'autre. Chaque jour l'Aurore les voyoit
aux pieds d'un Autel dédié à l'Amour,
Voici les voeux qu'ils adreffoient à ce
Dieu leur unique maître.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
» Souverain de notre âme , Arbitre
» du bonheur de nos jours , daigne
» en remplir tous les inftans. Ceux qui
» ne te feroient pas confacrés feroient
» perdus pour nous. Ceux dont tu
difpofes font les feuls dont nous
» jouiffions. Fais que Doris difoit
» Therfandre , n'écoute jamais aucun
» des rivaux que fa beauté m'attire. Fais
» que Therfandre, difoit Doris, me trou
» ve toujours plus belle que toutes mes
» rivales ; & tous deux ajoutoient en-
» femble : » fais que nous méritions
» de fervir de modéle aux Amans qui
» doivent naître après nous.
"
Therfandre & Doris avoient de quoi
fe raffurer contre l'inconftance. La
Theffalie entiere n'offroit rien d'auffi
parfait que ce jeune couple. On eût
dit que la Nature , en les formant , avoit
prévu les deffeins de l'Amour . On eût
dit que l'Amour , en les uniffant
n'avoit fait qu'obéir à la Nature .
Doris n'en étoit qu'à fon troifiéme
luftre . Aux grâces touchantes & ingénues
de cet âge , elle uniffoit les
charmes féduifans d'une beauté accomplie.
L'éclat du lys & de la rofe le
céde à l'éclat de fon teint. L'aftre de
Vénus brille moins au milieu de la
JUI N. 1764 .
27
nuit que les yeux de Doris au milieu
du jour. Ses regards paffent jufqu'à
l'âme ; fon doux fourire femble l'appeller
; toute fa perfonne eft animée par
les Grâces. Les plus belles Theffaliennes
évitent fa rencontre ; elles ont foin
furtout d'en préferver leurs Amans..
Il eft difficile de la voir & de refter
fidéle à toute autre. Mais Doris ne
vouloit de fidélité que dans Therfandre.
C'étoit à lui feul qu'elle vouloit plaire :
c'étoit lui feul qui pouvoit la fixer.
Doris jettoit- elle les yeux fur le criftal des
fontaines ? c'étoit pour y voir ſi ſes
charmes avoient toujours de quoi captiver
Therfandre. Doris cueilloit - elle
des fleurs fur les rives du Pénée ? c'étoit
pour en orner Therfandre , ou pour
s'en parer à fes yeux .
Le jeune Theffalien répondoit à tant
d'amour par un Amour égal , un amour
qui ne pouvoit ni diminuer ni s'accroître.
Sa vue occafionnoit mille infidélités
; fon coeur n'étoit le complice
d'aucune. Abfent de Doris , il ne de
firoit qu'elle , avec elle il ne defiroit
plus rien. L'un & l'autre fuyoient les
lieux trop fréquentés ; mais ils les
fuyoient enfemble. Ceux où ils pouvoient
être feuls étoient toujours ceux
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
·
qui les charmoient davantage. En vain ,
difoit Therfandre à Doris , en vain la
blonde Ifméne & la brune Zirphé s'égarent-
elles fouvent de leur route , & fe
trouvent , comme par hazard , fur la
nôtre ; leurs charmes ne peuvent arrêter
mes regards ; je ne les apperçois que
pour mieux fentir combien elles vous
cédent ; je les fuirois fi elles avoient
quelque chofe à vous difputer.
Un feul point troubloit la félicité de
ces deux amans. Ils ne pouvoient être
unis par les noeuds de l'hymen qu'après
une cérémonie confacrée par l'ufage
& les loix du païs. Elle fe renouvelloit
tous les ans , & ce tems étoit prochain.
Elle confiftoit à couronner de myrthes &
de fleurs la plus belle des Theffaliennes
& le Theffalien le mieux fait : elleconfiftoit
furtout à unir pour jamais le couple
couronné ; union que n'avoit pas toujour
précédé celle des coeurs & qu'elle
ne fuivoit pas toujours. Bien des fois l'a
mour gémit de cet ufage. Bien des fois
cet ufage rompit les deffeins de l'amour.
Therfandre & Doris étoient ceux qui
en devoient le moins redouter les fuites ;
cependant ils les redoutoient. La crainte
l'emportoit en eux fur l'amour - propre .
Therfandre n'ofoit fe flatter d'avoir le
prix & ne doutoit pas que Doris ne
JUIN. 1764. 29
l'obtînt. Doris croyoit déjà voir couronner
Therfandre, & quelqu'une de fes
rivales . Fous deux ainfi craignoient
d'être bien-tôt féparés. En vain chaque
naïade offroit à la jeune Theffalienne un
miroir propre à la raffurer : elle ne s'y
contemploit qu'avec déñance , elle fe
trouvoit moins belle de jour en jour. Par.
la même raiſon , les charmes les plus.
médiocres dans toute autre lui fembloient
devoir l'emporter fur les fiens.
C'étoit la première fois fans doute qu'une
jeune Beauté oublioit fes propres avantages
, la première fois , fur-tout , qu'elle
apprécioit trop ceux de fes rivales . On
a déjà vu que Therfandre jugeoit auffi
modeftement de lui même. Il eût voulu
pouvoir éloigner cette fatale cérémonie.
Ce feroit , difoit- il , retarder le triomphe
de Doris : mais dois- je fouhaiter que
Doris triomphe fi je ne partage moimême
fa victoire ? Si cette victoire qui
l'attend , doit pour jamais nous féparer ?
Peu s'en falloit qu'il ne regrettât que
Doris eût tant de charmes. Il defiroit
qu'elle pût trouver des rivales ου
plutôt qu'elle ne s'expoſât point à la néceffité
de les vaincre.
Doris ,qui avoit les mêmes craintes ,
formoit en fecret les mêmes voeux. Les
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
"
âmes de ces deux amans étoient d'accord
avant que leurs bouches fe fuffent expliquées.
Ce fut Doris qui rompit le
filence la première. Voici ce qu'elle
difoit à fon amant qui l'écoutoit , l'admiroit
& l'adoroit.
Le jour approche , mon chèr Therfandre
, ce jour où la JeuneffeTheffalienne
doit accourir en foule aux Temples de
Vénus & d'Apollon. Bien-tôt vont le
diftribuer ces prix que la vanité recherche
& que l'amour doit dédaigner.
Votre victoire n'eft pas douteufe ; mais
la mienne peut l'être , une de mes compagnes
peut m'être préferée, & vous-même
alors feriez contraint de me la préférer
. Ce dernier malheur eft le feul que
je redoute : ayons le courage de le prévenir.
Peu m'importe que la Grece entiere
me croye dépourvue de charmes :
je ne veux être belle qu'aux yeux de
Therfandre. Je vais réjouir la jalouſe
Dircé en publiant qu'une maladie fubite
a défiguré mes traits au point de me réduire
à les cacher. Je ne crains pas de
trouver d'incrédules .
Ah ! s'écria Therfandre , pour foupçonner
un tel facrifice il faudroit foimême
en être capable ; il faudroit avoir
l'âme de Doris , il faudroit avoir fon
JUI N. 1764. 31
amour.Jugez de mes tranfports , ajoutat-
il en tombant à fes genoux ! je le défirois
ce facrifice ; mais je n'ofois l'éxiger
: trop für de vos fuccès , je doutois
de plus en plus des miens. Le moindre
de mes rivaux me fembloit redoutable.
Tout amour-propre ceffe quand il s'agit
de s'expofer à vous perdre. C'en est fait ;
nul hazard ne pourra plus nous féparer.
Je vais feindre comme vous ; je vais
fuppofer qu'un accident funefte m'interdit
les moyens d'afpirer au prix. Eh!quel
autre prix pourroit me flatter après
celui que Doris m'affure ?
Cette explication rendit le calme aux
deux amans. Ils ne fongerent plus qu'à
effectuer leur projet. Le bruit courut dès
le jour fuivant que Doris étoit menacée
de perdre la vue. Cette nouvelle réjouit
plus d'une belle Theffalienne. Telle qui
auparavant n'ofoit pas même fonger au
prix , ofa dès-lors y prétendre & fe le
promettre. Peu importoit au plus grand
nombre que leurs amans fuffent préférés
; elles n'ambitionnoient cette préférence
que pour elles -mêmes ; elles ne
craignoient pas d'époufer l'amant d'une
autre. Quelques- unes redoutoient cet
échange mais elles ne pouvoient fe
refoudre à n'en pas courir les rifques :
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
d'autres ne fe perfuadoient pas qu'il
pût y en avoir ni pour elles ni pour leurs
amans.La feule Doris, le feul Therfandre,
s'aimoient affez pour ignorer tous leurs
avantages : ils ne vouloient point faire
dépendre du hazard un bonheur qui ne
dépendoit que deux -mêmes . Therfandre
à fon tour prit des mefures pour s'éxemp
ter du concours . Il attaque un Sanglier
furieux , le tue ; mais il feint d'être luimême
fort bleffé. Au bout de quelques
jours on publie par fon ordre que cette
bleffure le prive pour jamais de l'ufage
d'un bras , & par la même raifon du droit
d'afpirer au prix . Cette nouvelle fuppofition
trouve auffi peu d'incrédules
que la première.
Alors on vit s'accroitre & le nombre
& l'efpoir des concurrens . Nul d'entre
eux ne foupçonnoit le ftratagême , tous
avoient intérêt de ne point s'y oppofer.
Un feul néanmoins s'affligeoit de l'évenement.
Ce n'étoit point comme ami
de Therfandre , c'étoit comme fon rival.
Il aimoit Doris qui ne l'avoit jamais favorifé
d'un regard : mais tant de rigueur
ne diminuoit ni fes efpérances ni la bonne
opinion qu'il avoit de lui - même . Il fe
croyoit affuré du prix : il ne doutoit pas
que Dorisn'obtint le même avantage fur
JUI N. 1764. 33
fes rivales Doris par cette raifon ne
pouvoit éviter d'être à lui. Ainfi raiſonnoit
Eurilas , c'étoit le nom du Theffalien
présomptueux . Il attendoit avec la
plus vive impatience le jour qui devoit
éclairer fon triomphe. Il apprit alors
que Doris étoit forcée de renoncer au
fien , qu'elle n'avoit plus droit d'y prétendre
. A cette nouvelle fa douleur furpaffa
de beaucoup fon amour. Il aimoit
Doris parce qu'elle étoit la plus belle
des Theffaliennes ; c'étoit fa beauté
feule qu'il aimoit. Quelques agrémens de
plus dans une autre l'euffent arraché à la
première. La fource de fon déplaifir étoit
que Doris ne pût être ni effacée ni remplacée.
Il trouva un autre fujet d'affliction
dans la bleffure de Therfandre, qu'il
croyoit réelle. Cétoit une fleur de moins
à fa couronne, une victoire affurée que
la fortune lui enlevoit. L'amour-propre
étoit l'unique fource des defirs & des
regrèts d'Eurilas.
Bientôt mêmeil foupçonna que Doris
& Therfandre pouvoient être d'accord
& feindre des maux qu'ils ne reffentoient
pas. Ils craignent, difoit-il , d'être féparés ,
& c'eft moi feul qui caufe cette crainte.
Alors il fonge à vérifier ce doute , à prévenir
le farcin qu'on prétend lui faire..
By
34 MERCURE DE FRANCE .
Il y avoit dans cette contrée un Vieillard
iffu de la race d'Efculape & qui
avoit hérité de fa fcience . Les triftes &
nombreux accidens qui affligent l'humanité
fembloient fuir devant lui . La confiance
renaiffoit à fon approche , & cette
confiance n'étoit point trompée . Ce fut
lui qu'Eurilas voulut d'abord confulter ,
& voici comment il raiſonnoit : fi Therfandre
& Doris , difoit- il , font entre
les mains de ce Vieillard , leur guériſon
eft prèſque affurée : fi , au contraire , ils
n'ont pas eu recours à lui , c'eſt qu'ils
redoutent fa pénétration . Il arrive chez
Eurimaque , ainfi fe nommoit l'héritier
du Dieu d'Epidaure , il lui parle de Doris
& de Therfandre. Ce n'étoit pas la première
fois que ces deux noms avoient
frappé les oreilles d'Eurimaque ; mais
ni Therfandre , ni Doris n'avoient
jamais eu recours à fon art. La natuie
avoit joint en eux les heureux tréfors
de la fanté aux dons brillans des
grâces perfonnelles. Eurimaque s'attendrit
au récit d'Eurilas . Je fais , lui
dit- il , ce qu'on publie à la louange de
ce jeune couple : fon double accident
m'afflige. Puiffe mon art lui être de
quelque utilité ! C'étoit offrir à Eurilas
une faveur qu'il s'apprêtoit à demander.
ན་
JUI N. 1764. 35
Il détermine facilement le Vieillard à le
fuivre. Tous deux s'avancent vers la
demeure de Doris.
Les deux amans s'applaudiffoient de
leur feinte. Ils jouiffoient de l'erreur
qu'elle avoit caufée ; ils fe promettoient
d'en jouir encore mieux par la
fuite. Après un régime & des fecours
fimulés , ils reprirent leur conduite ordinaire.
Ils ne foupçonnoient pas qu'aucun
Theffalien , qu'aucune Theffalienne
ofaffent les contredire & cherchaffent à
divulguer leur fecret. Chaque jour ils fe
rendoient enſemble au fein d'un vallon
paifible & ifolé. Doris avoit les yeux
couverts d'un bandeau ; Therfandre lui
fervoit de guide , & lui - même avoit
le bras foutenu par une écharpe ; mais
l'écharpe & le bandeau ne reftoient pas
toujours attachés : fouvent Therfandre
faifoit ufage de fes deux mains pour
preffer les mains de Doris , pour la parer
des plus belles fleurs que le Pénée voit
éclore fur fa rive . Souvent Doris attachoit
furTherfandre des yeux dont l'éclat
brilloit au loin & étoit bien propre à démentir
le malheur dont elle fe plaignoit.
Que ne vous dois-je pas ? lui difoit
un jour Therfandre , quel facrifice ne
me fait pas votre amour ? C'est peu de
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
renoncer au prix qui vous eſt dû ; vous
renoncez à l'honneur de paffer pour
belle , à l'avantage de le paroître : vous
cédez l'empire de la beauté à celles qui
ne devroient qu'embellir votre triomphe
! ... Mon cher Therfandre , interrompit
Doris , le feul empire qui me
flatte eft celui que vous me donnez fur
votre âme qu'il me refte , je n'en defire
, je n'en regrette aucun autre. Ah !
s'écria l'amoureux Theffalien , préfumez-
vous qu'il foit en mon pouvoir de
vous l'ôter qu'il foit même au vôtre
de le perdre ? Doris régnera fur_tous
ceux qui l'appercevront : elle ne fçauroit
fuir un regard fans renoncer à une
victoire. Que l'Amour en foit loué , reprenoit
Doris , j'aime fes dons pour
vous les offrir ; je regretterois de vous
offrir moins. Vous-même , mon cher
Therfandre , vous-même ne faites-vous
pas pour moi ce que je fais pour vous ?
Vos facrifices égalent ou furpaffent les
miens : puiffe votre fatisfaction egaler
la mienne !
A ce dernier difcours Therfandre ne
répondit que par des tranfports ; langage
toujours expreffif chez les vrais
Amans. Non , ajouta-t- il , mon bonheur
tel qu'il eft , ne peut s'accroître :
JUI N. 1764 . 37
nul autre foin ne peut le troubler.
Soyons heureux pour nous - mêmes ;
laiffons à d'autres le vain defir de faire
des jaloux.
Ce fut au milieu d'un pareil entretien
qu'Eurilas les furprit fans en être
fui-même apperçu. Ils n'étoient point
fur leurs gardes : les foupçons d'Eurilas
furent confirmés. Il étoit trop vain pour
témoigner un violent dépit. Il ne le fut
pas encore affez pour paroître tranquile.
Eurimaque arriva quelques inftans
après lui. Voyez , dit-il au vieillard ,
voyez ces deux Amans ; ils n'ont befoin
ni de mes fecours , ni des vôtres.
L'Amour dans cette contrée eft fécond
en prodiges : c'eft lui , fans doute , qui
vient d'opérer une fi belle cure.
Tandis qu'il parloit ainfi , Therfandre
& Doris continuoient à n'être occupés
que d'eux- mêmes : ils ne voyoient ni
Euritas ni Eurimaque. Ce fut Therfandre
qui les apperçut le premier. Il fçut
modérer fa furprife ; il feut même prévenir
Doris à temps du parti qu'elle
devoit prendre. C'étoit de paroître ne
rien voir. Tous deux ignoroient la profeffion
d'Eurimaque , & combien il
étoit difficile d'échapper à fes lumières .
Eurilas étoit celui qu'ils craignoient le
38 MERCURE
DE FRANCE.
plus. Cependant l'un & l'autre témoin
avançoient toujours . Ils arrivent. Le
bras d'Eurilas a déja repris l'écharpe.
Doris les regarde , mais fans qu'aucun
figne annonce qu'elle les apperçoit.
Telle Pigmalion vit d'abord fa ftatüe
avant que l'Amour l'eût animée en fa
faveur , telle parut Doris aux yeux d'Eurilas
& d'Eurimaque . Mais la mépriſe
ne pouvoit être longue. Le regard de
Doris pour être immobile n'en étoit
pas moins perçant. Le Soleil qu'aucun
nuage ne voile à nos yeux ne peut
nous dérober fes rayons : il nous échauf
fe malgré lui- même.
Non , s'écria Eurilas , de fi beaux
yeux ne peuvent être inutiles à Doris
ils ont trop de pouvoir fur les nôtres !
Ils font trop fentir à notre âme leur
vive & douce influence ! Vous en parlez
comme un Amant , lui dit Eurimaque,
& cette manière de voir a fon
mérite la mienne , d'ailleurs , s'accorde
avec la vôtre , Non , belle Doris , pourfuivit-
il , vous n'êtes point privée de l'ufage
de vos yeux. C'est ce qu'éprouveroient
& attefteroient en vous voyant
tous les Theffaliens ; c'eft ce qu'affirme
de plus ici un defcendant , un fucceffeur
d'Efculape
,
:
JUI N. 1764. 39
Ces derniers mots firent trembler &
Doris & Therfandre. Ils reconnurent
Eurimaque. Ils virent qu'une plus longue
diffimulation feroit inutile . Eh ,
comment pouvoir lui en impofer ? Les
maux réels ne lui réfiftoient pas des
maux fuppofés lui pourroient- ils faire
illufion ? Un autre motif excitoit encore
le zéle du vieillard. Il étoit du nombre
des Juges auxquels Therfandre cherchoit
à fe fouftraire. Il croyoit Apollon
même outragé par ce deffein . Jeune
homme , dit- il à Therfandre , apprends
à faire un autre ufage des faveurs
que la Nature & les Dieux t'ont bien
voulu départir : apprends que les mafquer
c'eft les méconnoître ; c'eft te
montrer ingrat envers ceux à qui tu
les dois. Ta modeftie eft un crime. Allez
, pourfuivit- il en s'adreffant au jeune
couple , allez difputer ou plutôt recevoir
le prix qui vous attend. Pourquoi vous
refufer à un triomphe certain ? Voiton
l'Aigle fuir le Soleil & les Colom→
bes le char de Vénus ?
Ce difcours fi flatteur pour Ther
fandre devoit peu flatter Eurilas : mais
fa vanité le raffuroit. Il jugea qu'Eurimaque
fe connoiffoit mieux en infirmités
qu'en agrémens. Lui-même exhorta fon
40 MERCURE DE FRANCE .
rival à mettre à profit les confeils du
vieillard.-
Il fallut que les deux Amans s'y déterminaffent
; mais ils ne le promirent qu'en
foupirant. Leur amour gémiffoit de fe
compromettre ainfi , leurs craintes fe
renouvelloient. En même temps s'évanouiffoient
les efpérances de la Jeuneffe
Theſſalienne. Tels à l'afpect du
Phénix , les autres oiſeaux reconnoiffent
leur infériorité . Ils l'entourent dans
un profond filence , & ceux qu'enorgueilliffoit
l'éclat de leur plumage perdent
toute leur fierté en contemplant
le fien .
Le feul Eurilas n'avoit rien perdu de
fa préfomption.. Il eût voulu pouvoir
hâter le jour du couronnement. Ce
jour enfin arriva , & Doris & Therfandre
frémirent. Doris dans ce moment
trouvoit que la Nature avoit bien peu
fait pour elle. Ce fut la première fois
qu'elle foupçonna que l'Art pouvoit
être employé ce fut même à regret
qu'elle n'en fit point ufage. L'onde jufqu'alors
lui avoit tenu lieu de miroir :
pour cette fois elle y en joignit un artificiel.
Ses yeux confultoient l'un &
l'autre avec inquiétude : ni l'un ni l'au-
N
JUI N. 1764. 41
tre ne les fatisfirent. Jamais Doris ne
s'étoit moins plû à elle-même ; jamais
elle n'efpéra moins plaire aux yeux
d'autrui.
Therfandre étoit dans la même fituation
, avoit les mêmes craintes pour luimême.
Il vit Doris , il fut ébloui . La
crainte de paroître moins belle fembloit
ajouter à fa beauté. Ah , lui dit- il , votre
triomphe n'eft que trop certain !
quelle rivale pourroit le balancer ? La
Couronne eft à vous ; mais , hélas !
dès ce moment peut - être ceffez- vous
d'être à moi !
Non , repliqua Doris , la victoire
que Therfandre me promer eft le
feul moyen de me conferver à lui. La
fienne eft affurée . Puiffe mon triomphe
n'être pas plus douteux ! ....
Doris ! interrompit vivement Therfandre
, vous outragez la Nature qui
épuifa fes plus riches dons en votre faveur.
Quel Tribunal pourroit n'en être
pas frappé ? Ce font , il eft vrai , des
femmes qui vous jugent ; mais vous
leur êtes trop fupérieure en attraits.
pour exciter leur jaloufie . Voit-on l'Aftre
de la Nuit rien difputer à celui du
Jour ?
Ecoutez moi , Therfandre , reprit Do42
MERCURE DE FRANCE.
ris : j'ignore fi mes avantages font tels
que vous les appréciez ; j'ignore le fuccès
qui m'attend ; mais fi la décifion du
Tribunal m'eft contraire ; fi même ,
par quelque injuftice , elle pouvoit ne
t'être point favorable , crois que je ne
furvivrois point au malheur d'être à
quelque autre qu'à toi.
Ah ! s'écria l'amoureux Theffalien , je
jure par Apollon & tous les Dieux de
l'Olympe , que s'il faut aujourd'hui met
lier à tout autre objet que Doris , la
mort au même inftant brifera ma chaîne ;
je préférerai le trépas à cette infortune.
Doris verfoit des larmes en écoutant
Therfandre, & Therfandreétoit hors delui
même. On vint les féparer on leur annonça
que l'heure de fe rendre au Temple
étoit venue . Quel moment ! Quelle
épreuve il fallut pourtant obéir. Déja
une foule immenfe occupoit les avenues
de l'un & de l'autre Temple , furtout
du Temple de Vénus. Déjà les plus belles
Theffaliennes y accouroient avec cet
empreffement que donne le defir d'une
Victoire flatteufe & brillante.
!
La blonde Ifmene s'avança la première.
Ses regards avoient la douceur des
rayons de l'aurore , fes traits plus d'agrément
que de régularité. On l'eût priſe
JUI N. 1764. 43
pour une Grâce , mais on ne l'eût jamais
prife pour Vénus.
La brune Zirphé parut enfuite . Sa
taille & fa démarche font celles d'une
Nymphe ; fon oeil lance les feux brûlans
du Midi. Il n'échauffe pas , il confume.
Zirphé a l'art de faire naître les defirs ;
- mais rarement elle infpire l'amour. On
- cherche àla vaincre plutôt qu'à lui plaire .
Dircé eût voulu devancer les deux
premières. Son foible eft de vouloir
dominer partour. On ne dira point qu'elle
manque de beauté , on ne dira pas que
Dirce foit belle . Son air impérieux nuit
à fes agrémens ; il effarouche le timide
effain des Grâces. Jamais Dircé ne mar
che en leur compagnie. On la prendroit
pour l'altière Junon qui vient non pas
difputer , mais éxiger la pomme.
Une foule d'autres Teffaliennes s'empreffoient
de paroître. Leurs charmes
réunis , mais prèfque tous différens
offroient la douce & riante variété des
fleurs d'un parterre.
Doris n'arriva que la dernière. Tous
les yeux , tous les coeurs volérent à fa
rencontre. Tous furent éblouis , tous
furent émus. On douta fi ce n'étoit point
Vénus elle-même qui alloit préfider en
perfonne dans fon Temple.
On vit les plus belles des afpirantes
44 MERCURE DE FRANCE.
rougir , pâlir à l'afpect de Doris , jetter
un coup d'oeil inquiet , tantôt ſur
elle , tantôt für le Tribunal qui devoit
apprécier leurs charmes . On vit ce
même Tribunal étonné qu'une même
perfonne réunît tant d'attraits , donner
de fubites marques d'admiration qui
valoient bien un jugement approfondi .
Cependant la cérémonie commença .
Elle confiftoit dans l'éxamen fcrupuleux
des charmes de chaque afpirante . Là, nulle
d'entre elles ne pouvoit recourir aux
preftiges de l'art. Pour paroître belle ,
il falloit l'être , il falloit même l'être dans
toute fa perfonne . Une tête plus qu'humaine
entée fur un corps défectueux ,
une taille divine dépourvue de la blancheur
& de l'embonpoint fuffifant ,
telles autres perfections accompagnées
de certains défauts , ne donnoient aucun
droit au prix . Il n'étoit dû qu'à
celles envers qui la Nature s'étoit montrée
en tous points libérale. Plus d'une
fois , cependant , il avoit fallu adoucir
la rigueur de cette condition ; quelquefois
on avoit pû s'y conformer.
On le pouvoit dans cette circonftance
bien plus que dans aucune autre.
C'étoit dans le fanctuaire même du
Temple que s'achevoit l'éxamen. ChaJUI
N. 1764. 445
que Beauté y parut fans voile , chaque
défaut put être apperçu ; rien ne pouvoit
en impofer aux yeux des Juges .
Rien ne leur en impofa. Toutes ces
jeunes Theffaliennes avoient eu part
aux dons de la Nature , mais ils différoient
dans prèfque chacune d'elles.
Aux unes , elle prodigua les charmes
que l'ufage laiffe en proie aux regards :
aux autres elle départit ceux qu'il oblige
de cacher. Leurs perfections réunies
euffent produit une beauté fans défaut ;
nulle d'entre elles ne pouvoit prétendre
à ce titre. Nulle , c'eſt trop dire.
Doris fit voir en elle feule tout ce
que fes rivales ne poffédoient qu'en
commun .
Il y avoit dans le fanctuaire une
Statue de la Déeffe . Le célébre Phidias
en fut l'Auteur. Il employa pour l'achever
toutes les reffources de fon
art , toutes celles que lui offrit la Nature.
Les plus rares Beautés de toute la
Gréce lui fervirent de modèle : mais
en ce moment l'on crut qu'il n'avoit
eu d'autre modèle que Doris.
Recevez cette Couronne , lui dit la
Grande Prêtreffe au bruit des acclamations
des autres Juges , régnez fur toutes
vos Compagnes. Elles ne doivent
46 MERCURE DE FRANCE.
1
peut vous cé- point en murmurer . On
der l'empire de la Beauté fans renoncer
à l'honneur d'être Belle.
Qui le croira ? les rivales mêmes de
Doris applaudirent à fon triomphe !
Il eft un point de fupériorité qui en
impofe à l'envie même. La jalouſe
Dircé l'éprouva : elle accourut , elle vint
la première offrir fon hommage à Doris.
Mais Doris ne jouiffoir pas encore de fa
victoire. Une crainte nouvelle agitoit
fon âme. Elle n'ofoit douter que Therfandre
n'obtînt le prix ; elle n'ofoit fe
promettre qu'il l'obtînt. La brigue pouvoit
l'en priver , fes Juges pouvoient
fe méprendre ; & dès- lors quel malheur
pour elle - même d'avoir été préférée !
On jugeoit fon deftin'digne d'envie
& elle craignoit d'envier bientôt celui
de fes rivales.
Cependant , on la couvre d'une robe
flotante & légère , telle que la portoit
Venus lorfqu'elle s'offrit pour la pre
mière fois aux regards d'Adonis . Mais
Vénus y parut fans voile , & Doris ne
devoit paroître que voilée aux yeux de
celui qu'une victoire pareille à la fienne
alloit rendre fon époux. Lui- même ne
devoit l'aborder que couvert de l'armure
qu'il venoit d'obtenir. Ce double
JUI N. 1764. 47
ufage fubfiftoit depuis l'origne des Prix,
On vouloit par-là nourir jufqu'après l'hymen
une incertitude fâcheufe mais
utile. Souvent elle fufpendit , la joie :
fouvent elle prévint la réfiftance .
L'autel où devoit être uni le couple
victorieux étoit placé au milieu d'une
avenue qui conduifoit d'un temple à
l'autre. Une fymphonie mélodieufe fut
le fignal pour s'y rendre . Doris friffonna
de nouveau. On la conduifoit en triomphe
; mais fes pas chanceloient : on
l'eût prife pour une victime dévouée à la
colère de Diane plutôt que pour une
favorite de Vénus. De fon côté le vainqueur
approchoit , conduit par les Prêtres
d'Apollon. Une foule immenſe de
fpectateurs contemploit cette cérémonie,
On chanta les hymnes de la Déeffe
& du Dieu qui préfidoient à ces myftères.
Vénus y étoit peinte. Apollon y
étoit peint. Tel eft Therfandre , difoit
Doris , en admirant le dernier tableau :
tel eft Therfandre ; pourroit- il n'être pas
couronné Mais en vain fes regards perçoient
le voile qui la couvroit : en vain
cherchoit- elle à démêler les traits de
l'époux qu'elle alloit fe donner : la vifière
de fon cafque entiérement baiffée trompoit
toutes les recherches . Elle crut voir,
48 MERCURE DE FRANCE .
cependant , les yeux du jeune Theffalien
occupés du même foin qui l'occupoit
elle-même c'étoit avec auffi peu
de fuccès d'une part que de l'autre .
Alors la grande Prêtreffe de Vénus
& le Chef des Prêtres d'Apollon , firent
approcher le jeune couple jufqu'au bord
de l'autel. On ne leur demanda point
s'ils vouloient être unis : l'ufage leur en
faifoit une loi irrévocable. Le grand
Prêtre joignit leurs mains : la Prêtreffe
les enchaînoit avec des fleurs : le peuple
formoit des voeux pour leur félicité. Euxmêmes
, cependant , n'ofoient encore
fe la promettre . Ce qu'ils éprouvoient ne
peut
fe décrire . La main de Doris trembloit
dans celle du jeune Theffalien : il
lui parut n'être pas moins agité. Hélas !
difoit intérieurement Doris
, quelle
fituation peut fe comparer à la mienne ?
Peut-être m'uniffai-je à Therfandre ?
Peut-être deviens- je la conquête ou
d'Eurilas ou de quelque autre : ce moment
décide pour jamais ou de mon
bonheur ou de mon infortune. J'ignore
ce qu'il me réferve , & je n'ofe ni témoigner
trop d'empreffement , ni marquer
trop de répugnance.
Doris balançoit encore , & déja elle
n'étoit plus libre. Déja elle avoit un
époux
JUI N. 1764:
49
époux fans le connoître , fans en être
connue. Mais ce mystère alloit enfin s'éclaicir,
Doris attendoit ce moment avec
agitation , avec éffroi. Il alloit décider
de fon bonheur , & même de fa vie : car
elle étoit réfolue de ne point furvivre au
malheur d'être féparée de Therfandre, au
malheur d'être à tout autre qu'à lui.
Il lui reftoit à fubir un autre ufage , il
falloit que fon époux détachât le voile
qui la déroboit à fes yeux : il falloit
qu'elle-même , enfuite , le dépouillât de
fon cafque. Le filence dans cette occafion
devoit continuer de part & d'autre.
Le Theffalien léve le voile , jette un cri
involontaire & tombe aux pieds de
Doris mais Doris étoit hors d'elle-même
; Doris ne diftingua point ces accéns
inarticulés. Etoit-ce la voix de Therfandre
? Etoit-ce la voix de quelqu'un de
fes Rivaux? L'attitude par elle-même annonçoit
de l'amour ; mais combien d'autres
queTherfandre ont paru l'aimer ! elle
héfitoit , elle trembloit , en dénouant les
liens du cafque ; fon ceil regarde &
craint de voir ; fès mains n'ofent prèfque
achever leur ouvrage. C'en eft fait cependant
le cafque eft enlevé ; le fort
de Doris eft éclairci : elle fuffit à peine
aux mouvemens qui l'agitent : elle tom-
C
so MERCURE DE FRANCE .
7
be , elle fe jette dans les bras de fon
époux. Cétoit Therfandre.
1.
A cette vue , tous les fpectateurs pouffent
des cris d'acclamation . Chacun applaudit
au choix des Juges , au fort
des deux Amans. Les rivaux même de
Therfandre n'en murmurent pas , tant
ce jeune couple femble fait pour n'être
point féparé. Le feul Eurilas en jugeoit
autrement ; mais l'amour - propre
étouffoit fes plaintes , fa manière
d'aimer écartoit fes regrets : il attendoit
tout de lui-même , & fe trompa
toujours dans fon attente. Therfandre
& Doris , au ccoonnttrraaiirree , eſpéroient
tout l'un de l'autre , & leur efpoir ne
fut jamais trompé.
VERS de M. C *** , fur le portrait
de fa femmepeint par M. P. de S. A**.
DANSC ANS ce Portrait que d'objets féduifans !
Que l'Art y rend bien la Nature !
L'Amour y trouvé la figure ,
Et les Grâces leurs agrémens ;
Junon , fon maintien , fa nobleffe ;
Pallas , les talens , fa fageffe;
Apollon, fon efprit , fon goûts
JUIN. 1764. 51
Et moi , fans craindre l'Epigramme ,
Je foutiens qu'il réunit tout :
Cat j'y vois trait pour trait ma femme.
VERS à M. LEGROS , nouvelle Hautecontre
de l'Opéra.
QU'ENTENS-je ! Eft-ce un Mortel qui rend de
fi beaux fons ?
Quels accens ! quels éclats ! grands Dieux, quelle
merveille !
Depuis fi longtemps mon oreille
Eft fi peu faite à ces ſublimes tons ,
Que je doute encor fi je veille.
Mais c'eſt lui , je le reconnais ;
C'eſt Apollon , c'eft mon Dieu tutélaire ;
C'est lui qui defcend fur la Tèrre
Pour mettre fin à nos regrèts .
Ce Dieu très -fûr qu'il étoit impoffible
Qu'un Mortel remplacât le divin enchanteur ,
Dont chaque jour la perte trop ſenſible
Renouvelloit notre jufte douleur ;
Touché de notre peine extrême ,
Quitte exprès le féjour des Dieux ,
Se rend viſible , & vient dans ces beaux lieux ,
Sous les traits de LEGROS , nous enchanter luimême.
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
LE DÉPART D'HYLAS ,
LA
IDYLLE.*
A fuite des étoiles avoit annoncé le
retour du matin. Daphné , dont les inquiétudes
n'avoient pù céder aux douceurs
du fommeil , s'élança vers la porte
de fa cabane , & vit avec affliction l'orient
qui promettoit un beau jour : elle
ferra en foupirant la main de fon berger
, & prononça ces paroles :
Les rayons falutaires du foleil ont
diffipé les frimats qui tenoient la nature
captive : déja nous voyons la pointe blanchâtre
des jeunes plantes fendre la glébe
amollie un fuc nourricier s'éleve du
fein de la terre dans leurs frêles canaux ,
& y porte la force & la vie.
La vigne déploye ce feuillage verd qui
doit un jour protéger fon délicieux
fruit. De fes foibles rameaux elle embraffe
l'orme qui la foutient : la furface
des campagnes femées de fleurs , & par-
(* ) Il eſt d'uſage ( dit l'Auteur ) d'écrire ces
fortes de Paftorales en vers. Mais n'y a-t- il que
les vers qui puiffent pede las Nacure
JUI N. 1764 . 53'
fumées d'effences , varie tous les matins
Te fpectacle de fes atours.
L'hirondelle rappellée d'un autre hémifphère
célebre le plus bel inftant de
Pannée : fon bec artifan maçonne &
tapiffe le réduit où elle dépofera bientôt
le fruit de fes amours. On entend au
loin le chant plaintif du genêt qui fe balance
fur la cime des arbuftes , & les accens
vifs du roitelet caché dans l'épaiffeur
des buiffons.
La brebis bêlante tond l'herbe fraîche
le chévreau bondit à côté de fa
mère , qui broute l'hyffope fur le penchant
du rocher : d'une aîle tremblante
l'abeille économe regagne fes bruyans
pavillons , & y dépofe le fardeau qu'elle
a recueilli fur les fleurs .
L'haleine du zéphir féche la rofée de
la terre.
Le frémiffement des branchages battus
d'un vent leger , le roucoulement
de la tourterelle & le bruit des eaux voifines
interrompent le filence champêtre
fans troubler la douceur de la folitude.
A ce touchant afpect un nouveau
charme faifit , fait treflaillir les coeurs , &
les avertit de partager le bonheur de la
nature.
Cependant Hylas a choifi cette heu-
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
reufe faifon pour s'éloigner de nos
champs ! il l'a choifie pour abandonner
f Daphné , pour la livrer aux ennuis de
l'abfence !
O mon ami ! qu'il te fouvienne de ta
tendre moitié , de ton époufe : rappelletoi
fa chafte flamme , fes faintes & douces
careffes , ce fon de voix flatteur
les grâces que tes yeux croyoient voir
fur fon vifage , la tendreffe qui animoit
fes regards.
Souviens-toi que la rofe épanouie le
matin perd au déclin du jour fon coloris
& fon parfum , & que dans la faifon
qui va fuccéder ces couronnes fanées
& cette verdure féchées n'offriront plus
que la trifte dépouille du Printems.
Souviens toi qu'un jour courbés fous
le poids de la vieilleffe , nous fentirons.
chanceller nos pas , & que les cheveux
blancs , les rides , la maigreur , nous
attendent à la porte du tombeau.
Va donc , & que les bergères d'un
nouveau féjour n'enchantent pas ton
efprit que les promeffes faites à ta
Daphné foient contre leurs féductions
la fauvegarde de ton âme ; que le fort te
ramène fidéle à ces yeux qui les premiers
ont charmé ton coeur.
Va donc , emporte avec toi mes foupirs
, les foupirs & les mortelles inquié
JUI N. 1764 . 55
tudes d'une tendre amie : pars pour préci
piter ton retour ; & qu'il te fouvienne de
nos campagnes , de l'amour... & de moi.
*** de Reims.
VERS fur la diverfité des goûts , à
Mde de S. B.
ON connoît peu l'Amour & quelle eft fa nature,
Quand on veut le foumettre à d'importunes loix
Il n'eft pour nous charmer aucune régle fûre
Et c'est de notre goût que dépend notre choix.
Un regard , un fourire , un mot nous intéreſſe ;
Un badinage, un geſte, un rien peut nous charmer;
Un rien plonge nos fens dans la plus douce ivreſſe
Et Couvent par un rien nous nous faifons aimer.
Les fons mélodieux d'une voix délicate ,
De l'oreille aifément parviennent jufqu'au coeur.
La candeur , les vertus & la douceur qui flatte ,
Pour une âme fenfible ont un attrait vainqueur,
Il eſt d'autres Amans qui ne rendent les armes
Qu'aux grâces de l'eſprit , qu'au charme des talens.
Partout enfin l'Amour fait fentir fes allarmes ;
Mais comme les Beautés , les goûts font différens.
Pour moi j'avois juré , de n'engager mon âme ,
Qu'aux vertus , à l'efprit , aux talens , aux attraits.
Civ
56
MERCURE DE FRANCE.
Sans rompre mes fermens , de la plus vive flâme ;
En vous voyant , Eglé , j'ai reffenti les traits.
B .... à Metz.
MADRIGAL.
A Mlle M. M. qui s'eft fait peindre aves
un habit d'hiver.
EXPRESSION , deffein , contour & coloris ,
Aminte , en ton portrait , me femblent réunis ;
Dans les efforts de l'art j'admire la nature.
D'un défaut , cependant, mes regards ſont ſurpris
C'eft d'y voir le Printemps en habit de fourure .
MADRIGAL ,
A une Dame qui vient d'avoir la Petite-
Vérole.
A CUPIDON , Dame Cypris
Faifoit n'aguère une querelle
De ce qu'il avoit chez Cloris ,
Affez mal fait la fentinelle.
Petit négligent , diſoit- elle ,
Voilà donc le foin qu'avez pris
Des Beautés qu'avois mis fous votre curatelle.
Amour lui dit , ne vous fâchez
Belle maman ! mais bien fçachez
Que ce mal des miens eft l'ouvrage :
Cloris leur faifoit maint outrage ;
Sans repos autour d'elle , il falloit voltigerį
JUI N. 1764. 57
Et n'en vouloit aucun dans fon coeur héberger.
Ils ont cru pouvoir fans fcrupule ,
Se creufer fur fon corps chacun une cellule ,
Afin d'avoir où fe loger.
Par M.... d'Auxerre.
DIALOGUE DES MORTS.
NÉRON , LOUIS XI.
NÉRON.
J'ATTENDOIS 'ATTENDOIS avec impatience un
homme tel que vous : j'aurai enfin avec
qui m'entretenir.
LOUIS XI.
Qui êtes-vous ?
NERON.
A cet air auffi fombre que brufque ,
on voit que vous regrettez la vie . Mais
ces regrets s'affoibliront infenfiblement.
On s'accoutume à tout.
LOUIS XI.
Jamais au mal - être .... mais encore
une fois , qui êtes- vous ?
NÉR ON.
Néron vous feroit- il inconnu ?
LOUIS XI.
Quoi ! vous feriez ce Prince fi renommé
par
fes cruautés ? L'affaffin de fa
mère , de fon frère , de fon Gouver-
Cv
18 MERCURE DE FRANCE.
neur , le tyran de l'univers ? Ah ! je vous
quitte avec horreur.
NERON.
Ne jouez pas le difficile : quatre mille
François qui vous ont précédés involon.
tairement dans ces lieux , vous y ont
affez fait connoître ; fur-tout l'infortuné
Duc de Némours. Si je me fuis défait de
mon frère ; le repos des peuples , le bien
de l'Etat l'exigeoient. D'ailleurs Britannicus
n'étoit que mon frère adoptif.
Mais que pouviez - vous reprocher au
Duc de Berri , à votre propre frère ? Je
ne me défends pas d'avoir facrifié ma
mère ; mais c'eſt à ma fureté perſonnelle
l'Univers l'a très- bien connue ,
& fait affez de quoi elle étoit capable .
Seneque , mon Gouverneur , étoit l'âme
d'une confpiration qui devoit me précipiter
du trône pour l'y placer. ` Mais
vous-même , dites - moi , fi un Prince
qui fait mourir un Sujet rebelle peut
être regardé comme un tyran ?
:
LOUIS XI.
Et lorfqu'il met lui-même le feu à fa
Capitale , afin de repaître fes yeux de
ce ſpectacle horrible ? ...
NERON.
Avez-vous pû le croire ? On m'a
reproché ma cruauté peut - être avec raifon
; mais on n'a jamais dit que je fuffe
JUI N. 1764. 59
un infenfé. On a rendu juftice à mes
talens , à mes lumières , à mes connoiffances.
Eh ! quel Prince eft affez ftupide
pour ne pas fentir que les richeffes de
fes Sujets établiffent & cimentent fa
puiffance , & que leur ruine entraîneroit
la fienne ? Mais les hommes font
malins , légers & foibles : en général ils
réfléchiffent peu ; ils adoptent mille chimères
fans vraiſemblance , & qui ne
fubfifferoient qu'un inftant , s'ils fe donnoient
la peine de les approfondir. Quelqu'un
a très - bien dit , qu'il n'eft rien
que la malignité ne foit capable d'inventer
, nini que la foibleffe ne puiffe croire.
LOUIS X I.
Vous êtes éloquent , je le fais ; mais
vous ne vous laverez jamais des reproches
qu'on vous a faits.
NÉRON.
Et comment juftifierez-vous votre
ingratitude envers le Duc de Bourgogne,
votre parent & votre bienfaiteur ? Eftce
la reconnoiffance qui vous porta à
fouffler le feu de la guerre civile dans
ſes Etats ? La diffimulation la plus baffe ,
les manoeuvres les plus noires
mîtes tout en oeuvre pour le perdre , &
n'eûtes que la honte de n'avoir pas
réuffi. Parlerai-je de la mort de votre
Vous
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
père ,
le reftaurateur
de la France ;
Prince
qui eût été le modèle
des Rois ,
fi l'éclat de fes grandes
qualités
n'eût été
un peu terni par les foibleffes
de l'humanité
? Je fais que vous pouviez
n'être
point coupable
; mais quelle
tache pour
votre gloire , que ce Prince vous ait affez
connu pour vous croire capable
d'avoir
ofé l'être ?
LOUIS XI.
Je vois que vous poffédez mon hiftoire.
Mais fi je détaillois la vôtre ;
quel amas de forfaits ! Ignore-t-on qu'ils
furent portés jufqu'au point que le Sénat
laffé de tant d'horreurs , réfolut de les
terminer par votre mort. Mais avec
quelle baffeffe en apprites - vous la nouvelle
! avec quelle lâcheté terminâtesvous
une vie fouillée de tant de crimes !
NERON.
Mourutes -vous plus glorieufement ?
Que n'avez-vous pas fait pour obtenir
du Ciel qu'il prolongeât des jours à la
confervation defquels il s'intéreffoit fi
peu ? Combien de facrifices tant publics
que fecrets , combien de fuperftitions
mifes en pratique dans l'efpoir
de reculer le dernier moment que
vous n'aviez pas la fermeté d'envilager
? Les petites âmes font toujours fu
perftitieufes.
JUI N. 1764. 61
LOUIS XI.
Avouez du moins que j'ai aggrandi
mes Etats ; que j'ai fait refpecter l'autorité
royale ; que j'ai délivré mes Peuples
d'une infinité de petits tyrans qui
les opprimoient ; que j'ai été le plus
grand Politique de mon fiécle . Ce font
des faits qu'on ne peut conteſter.
NERON.
Convenez donc auffi que j'ai été libéral
, magnifique , que j'ai aimé &
protégé les Arts ; que les premières années
de mon régne ont fait les délices
de l'Empire ; que j'ai fait à mes Sujets
le plus grand bien qu'un Souverain
puiffe leur faire , en les arrachant à la
voracité de ces vautours qui triomphent
dans les calamités publiques , & qui
pendant que la patrie eft en deuil , fucent
tranquillement le fang des miférables.
LOUIS XI.
A la bonne heure.
NERON.
Eh bien , foyons amis.
Par M. de MONTAGNAC , ancien Capitaine
au Régiment de Breffe .
2
62 MERCURE DE FRANCE.
STANCES IRRÉGULIÈRES
DANSCe
à M....
N s ce féjour d'où la tendreſſe
Bannit tous coupables defirs ,
Où jamais l'aimable Sageſſe
N'admit que d'innocens plaiſirs ;
Qui cauſe ce morne filence ?
Les yeux , ce fidéle miroir
Qui du coeur peignoit la décence ,
Les yeux évitent de le voir !
Hélas ! je perce le myſtère ;
D'effroi tous les coeurs font glacés ;
Les jours précieux d'un bon père
En ce moment font menacés.
Si tes loix font inévitables ,
Mort barbare , que tardes- tu ?
Écrafe les têtes coupables ,
Et refpecte au moins la vertu !
Mais infenfible à nos allarmes
Tu ne fuis que ta cruauté ;
Déjà fur l'objet de nos larmes
Le coup redoutable eft porté.
Je finis , dit-il , ma carrière ,
Mes enfans , vous me regrettez
JUI N. 1764. 63
Ma peine à mon heure dernière
» Eft celle que vous reflentez .
O vous qui lui futes fi chère ,
Vous , digne épouſe de fon fils ,
Tendre & vertueufe Gr...
Reprenez enfin vos efprits !
Calmez cette douleur profonde
Qui nous fait tout craindre pour vous :
Vivez , pour l'exemple du monde ,
Pour vos enfans , pour votre époux !
Mais quel coup affreux ſe prépare
A frapper de nouveau mon coeur !
Dieu quelle foudaine terreur
De mes fens agités s'empare !
Qu'entens- je ? ... aux portes du trépas ! ..
Arrête-toi , Parque inhumaine ! ..
Je vóle ....
Efpérance trop vaine !...
A
Mon père eft mourant dans mes bras . ………
C'en eft fait ,la nuit l'environne ;
H meurt , infortuné vieillard ,
En jettant fon dernier regard
Sur l'épouſe qu'il abandonne....
font témoins
Mon père ! vos yeux
Du haut de la célefte fphère
Que maintenant ma tendre mère
Eft l'unique objet de mes foins !
?
64 MERCURE DE FRANCE.
ENVO I.
Vous , en qui pendant ma jeuneffe
Je trouvai l'objet de mes pleurs !
Unis par les mêmes malheurs ,
Unis par la même trifteſſe ;
Dans votre fein il m'eft bien dour
De verfer mon âme attendrie.
Puiffé -je être toute ma vie.
Digne d'un ami tel que vous.
Par M. D.
LEE mot de la premiere Enigme du
Mercure de Mai eft l'étincelle . Celui de
la feconde eft la Chemife. Celui du premier
Logogryphe eft Roffignol, où l'on
trouve lion , loir , or , loi , foir , fon ,
Roi , Sion , og , nil , noir , Solon , Io,
lis , Signor , lin. Celui du fecond eft
Régiment , où l'on trouve gîte
rien ,
mérite , main , neige , mirte , mine , rime
, Reine , mitre , tigre , ment , mère ,
germe & régime.
JUI N. 1764. 65
AVE.C
ENIGM E.
VE.C les Rois je prends naiffance ;
Ils ont besoin de moi , je ne fuis rien fans eux ;
Je fers à leur grandeur , j'éléve leur puiſſance ;
Selon leur volonté je puis être en tous lieux.
Je fuis partout d'une même nature ;
Te fuis d'un plus ou moindre prix ;
Souvent je change de figure ,
Selon la niode du Pays.
Quoique je fois toujours de miſe
Chez les Rois & les Empereurs ,
Je fuis foumis dedans l'Eglife
Aux Abbés , Prélats & Paſteurs.
Plus l'on me foule aux pieds , plus j'en tire avantage
,
Plus c'est ma pompe & mon honneur.
Bien loin de me vanger de celui qui m'outrage ,
Je tais fa gloire & fa grandeur.
AUTRE.
Les Enfers & les Mers , la Terre
Et les ambitieux Enfans ,
L'humide féjour du Tonnèrre ,
Les Cieux & leurs faints habitans ,
66 MERCURE DE FRANCE.
Tout , jufqu'à notre commun père ,
Oui , juſqu'à Dieu , mon cher Lecteur ,
Tout eft foumis à ma puiffance.
Tremble : mon empire eft immenſe :
J'unis la joie & la douleur...
Si pourtant quelquefois je vole ,
Ce que je rends fidélement ,
C'eft pour prolonger d'un moment ,
Une exiſtence très-frivole ,
Oubliée auffi promptement
Que le fon léger qui s'envole.
Au furplus , connois- moi donc mieux ,
Lecteur ; mon nom eft ſous tes yeux.
C. D. V. C. D. N.
LOGO GRYPHE.
FILL ILLE de la Néceffité ,
Je fuis d'un affez grand ufage;
J'aide l'homme , je le foulage ;
Si ce qu'il faut m'eſt ajouré.
Par plaifir , qu'on me décompofe :
O l'étrange métamorphoſe !
Mon buſte foutient un vainqueur
Ou tout au moins un Empereur .
Que d'objets j'offre encore une Ifle ;
Une foeur d'un troupeau ſouvent bien dangereux,
JUI N. 1764. 67
Qui , par hafard fecondant un heureux ,
De mille mécontens fouléve , aigrit la bile ;
L'adverbe propre à confirmer un fait;
D'une profeffion le noble fynonyme ;
Ce qui rend l'enfant guilleret ;
Le digne falaire d'un crime ;
Un utile animal qui n'eſt chaud à demi ,
Sa fémelle , & leur ennemi ;
L'arme de certaine Déeffe ,
Et ce dont un Friand recherche la fineffe.
A UTR E.
PRESQUE toujours fêtée , & ſouvent ridicule ,
De toutes parts , Lecteur , aujourd'hui je pullule
Il faut pourtant que j'en faſſe l'aveu :
Mes onze pieds forment un vilain jeu ,
Et rendent l'argent inutile ;
Je fais naître les Arts ; j'enfante leur aſyle ;
Je donne à jaſer ſur Iris ;
Je régis Alger & Tunis ;
Je deviens une grave injure ;
Chez moi tu verras l'Art avilir la Nature;
J'agite l'air , & nuis au grain ;
Je fais languir , & je rends fain
J'ai tenu ferrail en Afie ;
Je fais taire l'injufte envie ;
68 MERCURE DE FRANCE.
Enfin , Lecteur , je puis à peu de frais
Rendre vigilans tes valets.
Je n'en dirai pas davantage :
Plus d'un Lecteur déjà peut -être enrage
Contre ma fingularité ;
Mais au lieu de perdre courage
S'il peut me débrouiller , je gage
Qu'il en tirera vanité.
Par M. DESMARAIS DU CHAMBON
Limoufin , le 27 Avril 1764.
RONDEAU.
Oui , je t'aime , ma Thémire ,
Tour t'annonce mon ardeur :
S'il faut encor t'én inftruire ,
Tu n'as pas lu dans mon coeur.
Mon hommage ,
Sans
partage ,
A toi feule eft confacré ;;
Pour toi feule je refpire ;
A toi feule je puis dire :
Oui , je t'aime , ma Thémire ,
Tout t'annonce mon ardeur :
S'il faut encor t'en inſtruire ,
Tu n'as pas lu dans mon coeur.
en
Oui je t'aime ma Themire ,Tout t'annonce
65
4 *
σ 6 6 6 σ
mon ardeur, s'ilfaut encor ten instruire lu nas
σ 6 otot
pas lu dans mon coeur Mon homage Sanspar
6 + 0.3
7 W
tage .A toi seule est consacre Pour
σ
98
43
σ
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toi
seule je respire,
6743
A toi
seule jepuis
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dire: Ouije t'aime ma
ma Themire Tout tan
8
ཉོ་ 3
7 33 σσ
-nonce mon ardeur , S'ilfaut
encor ten ins
σσσ
-truire Tu n'as
pas
lu dans mon coeur.
JUIN. 1764.
69
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTERAIRES.
LETTRE à M. DE LA PLACE ,
Auteur du Mercure fur M. DE
MARIVAUX
Françoife.
>
,
de l'Académic
Vous m'avez demandé , Monfieur ,
quelques détails fur la vie de M. de Marivaux
, votre ami : je vous les envoie
un peu tard , mes occupations ne
m'ayant pas permis de fatisfaire plutôt à
votre demande.
Pierre Carlet de Marivaux nâquit à
Paris fur la Paroiffe de S. Gervais , en
1688 , & non en Auvergne , comme on
le trouve écrit en plufieurs endroits . Son
père , qui avoit été Directeur de la Monnoie
a Riom , étoit d'une famille ancienne
dans le Parlement de Normandie
: il ne négligea rien pour l'éducation
de fon fils , qui annonça de bonne heure,
par des progrès rapides dans fes premières
études , cette finefle d'efprit qui
1
70 MERCURE DE FRANCE.
caractériſe fes ouvrages. Un des premiers
qui foient fortis de fa plume , font
les Folies Romanefques , en deux volumes
, qui fe reffentent de la jeuneffe de
fon Auteur. C'eft une imitation du Roman
de Dom Quichotte. M. de Marivaux
l'a retouché depuis ; & ce Roman fait
partie de la derniere édition de ſes Euvres
, fous le titre de Dom Quichotte
moderne. Pharfamon en eft le héros .
Plein des idées extravagantes qu'il a
puifées dans les Romans de Chevalerie ,
il fe fait accompagner par fon valet ,
qui , fous le nom de Cliton , & en qualité
d'Ecuyer , participe à fes aventures.
Il leur en arrive d'affez plaifantes en général
; & cet Ouvrage refpire la gaîté.
A peine forti du College , M. de Marivaux
s'étoit avifé de dire qu'une Comédie
n'étoit pas une chofe difficile .
Pour le prouver , il compofa le Pere
prudent , petit Drame en un Acte , &
fit voir en effet qu'une mauvaiſe Pièce
eft une choſe aifée pour un homme
d'efprit. Il s'effaya enfuite dans le tragique
, & donna en 1720 la Mort d'Annibal.
Le peu de fuccès qu'eut d'abord
cette Tragédie , quoiqu'eftimable à bien
des égards , le détermina pour toujours
à abandonner ce genre & ce ftyle ; &
MA I N. 1764 . 71
ce parti fage , en le rendant à fon génie
naturel , lui ouvrit une carrière brillante
, pour laquelle il étoit beaucoup
plus propre. Vous fçavez , Monfieur ,
avec quel applaudiffement il a travaillé
pendant plus de trente années pour deux
de nos Théâtres. Il a foutenu feul , &
long- temps, la fortune des Italiens , qui ,
fans ce fecours , & faute de fpectateurs
étoient prèſque contraints d'abandonner
leur Spectacle . Il leur a donné vingt-une
Pièces , dont la plupart restées au théâtre
, fe jouent toujours avec fuccès :
elles forment un Recueil en cinq volumes
qui , avec les neuf Pièces qu'il a
données aux François , compofent enfemble
les fept volumes de fon Théâtre
. Celles qui reparoiffent le plus fouvent
à la Comédie Françoiſe , font la
Surpriſe de l'Amour , le Legs & le Préjugé
vaincu ; & aux Italiens , la Mère
confidente , le Jeu de l'Amour & du
Hazard , l'heureux Stratagême , Arlequin
poli par l'Amour , la double Inconftance,
la fauffe Suivante , l'Ecole
des Mères , les fauffes Confidences , l'Ifle
des Efclaves , & c .
Permettez- moi , Monfieur , de rappeller
ici ce que j'ai dit ailleurs * fur le gé
* Dans l'Obfervateur Littéraire.
72 MERCURE DE FRANCE.
nie de M. de Marivaux dans le genre
dramatique . Voyant que fes prédéceffeurs
avoient épuifé tous les fujets des
Comédies de caractères , il s'eft livré à la
compofition des Pièces d'intrigue ; &
dans cette carrière ne voulant avoir
d'autre modèle que lui- même , il s'eſt
frayé une route nouvelle : il a imaginé
d'introduire la Métaphyfique fur la Scè
ne , & d'analyfer le coeur humain dans
des differtations tendrement épigrammatiques.
Auffi le canevas de la plupart
de fes Comédies n'eft- il ordinairement
qu'une petite toile fort légère , dont
l'ingénieufe broderie exprime ce que
les replis du coeur ont de plus fecret ,
ce que les rafinemens de l'efprit ont de
plus délicat. Ne croyez cependant pas
que cette fubtilité comique foit le feul
caractère diftin &tif de fon Théâtre ce
qui y regne principalement , eft un fond
de philofophie , dont les idées développées
avec fineffe filées avec art ,
adroitement accommodées à la fcène ,
ont prefque toujours un but utile &
moral. Je voudrois rendre les hommes
plus juftes & plus humains , difoit - il ;
& je n'ai que cet objet en vue . Icritiquoit
comme Démocrite , en Philofophe
qui fçait excufer les défauts qu'il reprend
&
fans
JUIN. 1764. 73
fans aigreur , & avec autant de prudence
& de circonfpection , que de fineffe &
d'aménité.
Doué d'un efprit fubtil & réfléchi ,
M. de Marivaux tint encore un rang
diftingué parmi nos moraliftes Obfervateurs
. Son Spectateur François lui a
merité en Angleterre l'honneur d'être
comparé à Labruyere. Son plan embraffe
toute forte d'objets , Morale , Religion
, Politique , Science , Beaux -Arts ,
Commerce , & c ; & fur toutes ces matières
on retrouve toujours un Philofophe
agréable , qui connoît le monde
& fçait donner à la vertu cet air
d'agrément qui la fait aimer , & au
vice , les couleurs qui effarouchent la
vertu .
La même choſe ſe fait encore remarquer
dans la Vie de Mariane & dans
le Payfan parvenu , deux Romans de
M. de Marivaux , où brillent la vivacité
& la fécondité de fon imagination :
c'est toujours le même goût pour la morale
; beaucoup d'efprit , beaucoup de
fentiment , beaucoup de rafinement dans
l'un & dans l'autre : mais toujours des
réfléxions utiles & délicates , & des
peintures aimables de la vertu .
Dans la nouvelle édition des OEuvres
D
74 MERCURE DE FRANCE.
de M. de Marivaux , fai e chez Duchefne
, rue S. Jacques , on a inféré fon
Homere travefti , Poëme burlefque
dont le but est de ridiculifer les Héros
de l'Iliade. J'aurois dû vous parler plutôt
de cette plaifanterie , parce que ce
fut un de fes premiers ouvrages. L'Auteur
y fait voir avec efprit , combien il
eft facile de donner une face rifible aux
chofes les plus grandes & les plus férieufes.
Tous les Ecrits de M. de Marivaux
n'ont pas eu un égal fuccès ; mais on ne
peut lui refufer le mérite d'avoir affujetti
par-tout l'imagination aux principes
de la fageffe , le bel efprit à la décence
, & de n'avoir été prodigue de
“l'un & de l'autre , qu'au profit des bonnes
moeurs, On conviendra auſſi que
peu d'Auteurs ont traité leurs Sujets avec
autant de fécondité& de grâces; qu'il y en
a eu dont la Philofophie ait tant fourni
de reffources à l'imagination, tant de penfées
& de faillies à l'efprit . Quant à ſon
ftyle , je ne doute pas que vous n'adoptiez
l'idée qu'il s'en étoit formée luimême
il étoit analogue a fa manière
de voir & de fentir, » Ce ftyle particulier
, & le feul qui convenoit à la
chofe , l'a fait regarder comme un
:
C
JUI N. 1764. 75
» Auteur fingulier dans fes expreffions :
» on n'a pas fçu fentir d'abord que la
" fineffe de fes penfées ne pouvoit être
» rendue autrement. On a mis fur le
» compte du ftyle ce qui appartenoit à
» fa pénétration ; & j'ofe dire qu'alors-
≫ on le condamna fans l'entendre . De-
» puis long temps les perfonnes judi-
» cieufes font revenues à la vérité; &
❤on lui fait gré d'avoir pû affujettir fon
» ftyle au genre des matières qu'il traitoit.
Il fera chez la poftérité un Au-
» teur fingulier , qu'on lira avec plaifir
& utilité , mais qu'il feroit dangereux
de vouloir prendre pour modèle.
M. de Marivaux s'eft peint dans fes
Ouvrages. Vous , Monfieur , qui l'avez
connu particuliérement , vous fçavez
qu'il étoit avec lui -même , & dans le
commerce de la vie , ce qu'il paroifſoit
dans fes Ecrits. Avec un caractère tran
quille, quoique fenfible , il poffédoit encore
toutes les qualités qu'exigent la fociété
, & qui la rendent fùre & agréable.
A une probité exacte , à un noble défintéreffement
, il réuniffoit une candeur
aimable , une âme bienfaifante , une
modeftie fans aid & fans prétention ,
une affabilité pleine de fentiment , &
l'attention la plus fcrupuleufe à éviter
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
tout ce qui pouvoit offenfer ou déplaire.
Son respect pour nos myſtères étoit
auffi fincère que fon amour pour la
vertu & pour la paix . Il favoit , il aimoit
, il pratiquoit la Religion : toute
Philofophie contraire à fes principes &
à fes dogmes lui paroiffoit frivole & inconféquenté
; & fon zèle s'anima plus
d'une fois contre les railleries & les
vains raisonnemens des efprits forts.
Mais fa religion ne fe bornoit pas à ce
zèle : c'étoit dans la pratique des bonnes
oeuvres qu'il la faifoit confifter , & fpécialement
dans une fenfibilité effective
pour les pauvres & les malheureux.
Simple , attentif , effentiel dans le
commerce de l'amitié , M. de Marivaux
y portoit également la délicateffe & la
fincérité. Lorfque fes amis , fur- tout les
gens de Lettres , le confultoient , toute
autre confidération cédoit alors au defir
de leur être utile : il favoit allier la douceur
de l'infinuation avec l'expreffion
de la vérité.
Au refte , M. de Marivaux décidoit
peu i confultoit au contraire beaucoup
, & n'aimoit point à contefter ni à
prouver qu'il avoit raiſon . Jamais il ne
répondit à la critique , fe contentant d'en
JUI N. 1764. migday..
profiter fi elle étoit jufte , l'abandonnant
au jugement du Public , fi elle ne l'étoit
pas J'aime mon repos, difoit -il un jour
à Madame de Tencin ; & je ne veux point
troubler celui des autres .
C'eſt par l'heureux affemblage de ces
qualités chrétiennes & fociales avec
les talens de l'efprit les plus brillans
que M. de Marivaux s'acquit l'eftime &
la confidération d'un grand Prince , &
qu'il fe fit un grand nombre d'amis dans
un monde choifi , particuliérement dans
l'Académie Françoife , où il fut reçu
d'une voix unanime au mois de Février
1743. Feu M. le Duc d'Orléans , entr'autres
témoignages de la bienveillance
dont il l'honoroit , dota fa fille à l'Abbaye
du Tréfor , & fournit à tous les
frais de fa Profeffion religieufe . M. de
Marivaux avoit eu cette fille unique de
fon mariage en 1721 avec Mlle Martin ,
d'une bonne famille de Sens , & d'un
mérite diſtingué , qu'il eut le chagrin de
perdre en 1723, & qu'il a regrettée toute
fa vie.
Rien peut- être ne prouve mieux la
folidité de la philofophie de notre illuftre
Académicien , que fon indifférence
pour les richeffes & les diftin &tions. II
ne follicita jamais les faveurs des Grands :
D iij
78 MERCURE DE FRANCE .
jamais il n'imagina que fes talens duffent.
les lui mériter. Mais s'il crut devoir négliger
la fortune , & ne faire aucune démarche
vers elle , il ne refufa point fes
dons lorfqu'elle les lui fit offrit par l'eftime
& l'amitié , ou par les protecteurs
défintéreffés des arts & des talens. Sa
reconnoiffance eût voulu ne laiffer ignorer
à perfonne , ni les attentions généreufes
que lui prodiguoit Madame de
Tencin , fi célebre elle-même par les
charmes de fon efprit , ni celles de Mile
de Saint Jean , qui , en acceptant le
titre de fa Légataire univerfelle , a continué
fi noblement d'être fa bienfaitrice
, même après fa mort. Je crois , en
publiant les bienfaits & les noms de fes
illuftres amies , ajouter à fa gloire , faire
leur éloge & celui de l'amitié. M. de Ma
rivaux jouiffoit d'ailleurs d'une penfion.
fur la caffette du Roi , & d'une autre
plus confidérable que lui faifoit payer ,
fans que peut- être il le fçût lui - même
une Dame de la Cour , que les Lettres ,
les Arts & les Sciences ont reconnue
long- temps pour leur amie généreuse &
leur protectrice éclairée .
Avec ces refources , M. de Marivaux
fe feroit fait une fituation auffi aifée que
commode , s'il eût été moins fenfible
JUI N. 1764. 79
que
aux malheurs d'autrui & moins libéral.
Il étoit né avec ces heureux penchans ,
fes infortunes perfonnelles avoient
d'ailleurs nourris & fortifiés dans fon
coeur ; & fon premier plaifir fut toujours
celui de les fatisfaire . On fait que , malgré
la modi ité de ſa fortune , il faiſoit ,
beaucoup de dons fecrets , & que fa
charité , toujours bienfaifante , ne fe
rébutoit pas même d'obliger & de fecourir
des ingrats. On l'a vu plus d'une
fois facrifier jufqu'à fon néceffaire pour
rendre la liberté , & même la vie , à des
Particuliers qu'il connoiffoit à peine
mais qui étoient ou pourfuivis par des
créanciers impitoyables , ou réduits au
défefpoir. Il fuffifoit d'être dans l'indigence
ou dans l'adverfité , pour avoir
un droit affuré fur fes générofités ; & fi
la reconnoiffance les publioit , il n'en
convenoit qu'avec peine . Il avoit la
même attention à recommander le fecret
à ceux qu'il obligeoit , qu'à cacher
à fes plus intimes amis fes chagrins domeftiques
& fes propres befoins.
Des vertus fi folides & fi effectives
préparoient d'elles -mêmes M. de Marivaux
à fon dernier moment . Ses infirmités
le lui firent envifager ; & il le vit
arrivet avec toute la tranquillité d'un
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Philofophe chrétien , qui ne regarde la
mort que comme un don de la Providence
, & l'heureux moyen d'échanger
le néant de la gloire & des profpérités de
ce monde avec la jouiffance ineffable
du bonheur de l'autre vie. Il mourut ·
dans ces fentimens le 11 Février 1763 ,
âgé de 75 ans.
Je fuis , &c.
L'Abbé D. L. P.
DICTIONNAIRE raifonné , univerfel ,
d'Hiftoire Naturelle. Par M. VALMONT
DE BOM ARE, Cinq volumes
in- 8°. Prix , 17 liv. 10 f. broché. A
Paris , chez Didot le jeune , Mufier
fils , Dehanfy & Panckoucke , Libraires.
DA
SECOND EXTRAIT.
ANS le premier Extrait de cet excellent
Ouvrage , nous avons jetté un
coup d'oeil très-rapide fur le régne Animal
, & nous nous fommes bornés à
propofer quelques - unes des vues que
l'Auteur a répandues dans les Articles
généraux , que nous regardons comme
JUIN. 1764.
81-
une des parties les plus effentielles de
fon travail. Nous invitons nos Lecteurs
à chercher dans l'Ouvrage même les
idées & les objets de détail ; ils y trouveront
une multitude de chofes auffi agréables
qu'inftructives fur l'inſtinct , les
moeurs , les formes diftin&tives des Animaux
; fur la Chaffe , la Pêche , le Manége
, la Fauconnerie , fur les moyens de
détruire , de multiplier certaines espéces ,
de les plier à notre ufage & de les foumettre
à notre fervice . C'eft un tableau
où tout eſt animé , où tout eft en mouvement
& en action par les forces de la
Nature , aidées des efforts de l'Art &
de l'Induſtrie.
M. Valmont de Bomare a traité
avec le même foin & le même agrément
le régne végetal, qui , comme l'on fçait ,
comprend tout ce qui concerne les
Arbres , les Plantes , & généralement
tous les êtres organifés qui prennent leur
nourriture & reçoivent leur accroiffement
dans le fein de la terre , & qui
dans l'échelle de la Nature font le paf
fage des Animaux aux Minéraux . Pour
donner une idée de la manière dont les
Articles du régne végétal font remplis
nous allons abréger les mots Arbre &
Dy
S
82 MERCURE DE FRANCE.
Plante , qui s'offrent naturellement les
premiers..
L'Auteur commence fa differtation
fur les arbres par une explication de la-
Phyfique de ces végetaux , tirée des
écrits de MM . Duhamel , de Buffon &
Pluche , & remplie des obfervations
curieufes de Dodard , de Mariotte &
de MM . Magnol & de Reffons. On y
trouve des détails très- intéreffans fur la
Greffe , la Taille , les Boutures , les Marcottes
, qu'on peut regarder comme les
plus belles inventions de l'industrie humaine
dans l'Art du Jardinage .
-
L'Article de la Phyfique des Arbres
eft terminé par une très belle expérience
de M. Duhamel. Ce célébre Naturaliſte
fit planter des Arbres les branches
dans la terre & les racines en l'air ;
ils reprirent dans cette étrange poſition ;
les branches produifirent des racines , &
les racines donnerent des feuilles. M..
Duhamel a même été plus loin ; il a
difpofé des boutures , les unes dans leur
pofition naturelle , les autres dans une
pofition renversée , & il les a placées de
manière que la pofition qui avoit d'abord
donné des bourgeons & des feuilles
, donnoit enfuite des racines , &
après cela elle donnoit de nouveau
JUI N. 1764: 83
des bourgeons & des feuilles ; ce qui
prouve que les germes qui éxiſtent dans
les Arbres font également propres à produire
des branches ou des racines ; la
partie qu'on entoure de terre donne toujours
des racines , celle qu'on expoſe à
P'air donne des bourgeons & des feuilles.
Les Arbres étant des êtres organifés
font fujets , comme les animaux , à
différentes espéces de maladies , occafionnées
par l'altération des folides ou
celle des fluides ; & qui caufent quelquefois
des ravages affez confidérables dans
nos jardins & dans nos vergers. L'Auteur
détaille ces différentes maladies ; il
en explique les effets ; & ce qui eft plus
effentiel encore , il indique les moyens
d'y remédier.
Après ces notions préliminaires que
nous ne faifons qu'indiquer , l'Auteur
paffe à l'hiftoire des Arbres qui n'ont
point d'au re dénomination qu'une
épithéte relative à quelqu'une de leurs
propriétés , & qui par conféquent ne
pouvoient être placés ailleurs que dans
cet article ; tel eft par exemple , l'Ar
bre à enivrer les Poiffons , qui tire fon
nom de fon effet. Cet arbre qui croît
aux Antilles, eft de la groffeur d'un Poirier.
Le P. du Tertre rapporte que
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
lorfqu'on veut aller à la pêche dans les
rivieres ou dans quelque baïe de mer ,
on porte avec foi des facs remplis de
l'écorce des racines de cet arbre pilée
& réduite en poudre comme du tan ;
on met ces facs dans l'eau ; on les y
agite ; toutes les particules d'écorce qui
fe détachent par ce mouvement , enivrent
tellement les poiffons qui ſe rencontrent
aux environs , que peu de
temps après on les voit bondir fur les
eaux & nager fur le dos ou fur le côté ;
ils viennent même fe jetter fur les
rivages pour fuir cette eau empoifonnée,
& on les prend alors avec facilité.
L'Arbre du pain , qui croit à Tinian
l'une des Ifles Marianes
ainfi nommé par les gens de l'équipage
de l'Amiral Anfon , qui fe fervoient
de fon fruit au lieu de pain
pendant leur féjour dans cette Ifle , lors
du voyage que cet Amiral fit autour du
monde . Če fruit vient indifféremment à
tous les endroits des branches ; il eft
d'une figure plus ovale que ronde ; il
a environ ſept ou huit pouces de longueur
& eft couvert d'une écorce forte
& épaiffe. Lorfqu'il eft parvenu à fà
fa
groffeur , il eft d'une faveur à-peu- près
femblable à celle qu'a le cul d'Arti-
?
a été
JUI N. 1764. 85
>
on ne
chaux lorsqu'il eft cuit. Pendant le féjour
dans l'Ifle de Tinian , où le Vaiffeau
de l'Amiral Anfon , infecté du ſcorbut ,
avoit débarqué heureufement
diftribua point de pain à l'équipage ;
tout le monde préféroit ce fruit au bifcuit
qu'on avoit en provifion dans le
Vaiffeau.
L'Arbre aux Savonettes croît dans
les Ifles Antilles fur le bord de la Mer ,
& dans les lieux les plus fableux. Ses
fruits qui font fufpendus en grappes ,
reffemblent affez à nos cerifes pour la
forme , mais ils font de couleur jaune.
Ils font remplis d'une fubftance claire
& gluante comme la gomme arabique ,
lorfqu'elle n'eft point encore figée . Ces
fruits étant mis & agités dans de l'eau , la
rendent mouffeufe , comme le fait le
favon , & lui donnent la propriété de
dégraiffer & blanchir le linge.
L'Arbre du Vernis , nommé par les
Chinois Thi- chou , eft celui qui fournit
le beau vernis noir fi connu fous le
nom de vernis de la chine. Cet arbre
croît naturellement für les montagnes ,
mais les Chinois le cultivent auffi dans
les plaines , & ces arbres ainfi cultivés
donnent du vernis trois fois dans l'Eté,
On fait à chaque arbre trois ou quatre
86 MERCURE DE FRANCE.
légères entailles fur l'écorce , fous chacune
defquelles on place une coquille
de Moule de rivière , pour recevoir la
liqueur. Les vapeurs de ce vernis , lorfqu'il
eft encore en liqueur , font fi dangereufes
, qu'en le tran vafant , il faut
avoir grand foin de détourner la tête
pour les éviter. L'Auteur , qui ne laiffe
échapper aucune occafion de parler de
l'emploi que l'Art fait des matières premières
, expo e la méthode de préparer
& d'appliquer ce vernis , d'après un
excellent mémoire compofé fur le lieu
même par le P. d'Incarville. Il faut lire
ce détail dans l'ouvrage , ainfi que tout
ce que l'Auteur dit de curieux fur
plufieurs arbres finguliers , dont il eft
queftion dans cet Article.
Pour completter l'hiftoire des Arbres
, confidérés en général , M. de
Bomare renvoye aux Articles Bois
Ecorce , Feuille , Fleurs , Forêts , Fruits ,
Racine , & au mot Plante , dont nous
allons dire quelque chofe .
Le terme Plante eft générique , &
pourroit s'appliquer à tous les végétaux
qui font implantés dans la terre & qui
y tiennent par leurs racines ; mais l'ufage
l'a reftreint à ceux qui font inférieurs
aux Arbres & aux Arbuftes , en grandeur
, en force & en durée.
JUI N. 1764. 87
On ne peut difconvenir , dit l'Auteur
, que les Plantes ne foient des êtres
organifés & vivans ; elles ont d'abord
toute la délicateffe propre à l'enfance ;
elles tirent par le moyen de leurs racines ,
comme par des veines lactées , le chyle
qui les doit nourrir . Cette liqueur éprou
ve , dans les vifcéres des plantes , des
fécrétions & plufieurs préparations qui
la rendent propre à être nutritive : peutêtre
encore que des fucs afpirés par les
feuilles fe mêlent avec ceux que les
racines ont attirés. Quelques fçavans
Phyficiens ont reconnu , par des obfervations
faites avec beaucoup de fagacité
, qu'il y a dans les végétaux une
tranſpiration fenfible & infenfible , ce
qui doit beaucoup influer fur la préparation
du fuc nourricier. Peu-à - peu
la plante devient adulte : alors pourvue
des organes des deux féxes , elle produit
des femences fécondes , qu'on peut
regarder comme de vrais oeufs , dans !
lefquels les rudimens des plantes qui
en doivent fortir fe forment par degrés
. Après que les végétaux ont fourni
une innombrable postérité , ils tombent
dans la dégradation de la vieilleffe , &
périffent , les uns plutôt , les autres
plus tard,
88 MERCURE DE FRANCE.
Tous ces différens points de la Phyfique
des plantes fe trouvent expliqués ici ,
avec le détail convenable , d'après les
expériences des plus célébres Naturaliftes
, ainfi que le fommeil des plantes
fuivant le fentiment de M. Linnæus .
L'Auteur donne enfuite des notions fur
les plantes Annuelles , Vivaces , Exotiques
, Indigènes , Terreftres , Marines
Fluviatiles, Parafites, & enfin fur les plantes
ufuelles , qui font , fans contredit ,
les plus intéreffantes . M. de Bomare
termine ce qu'il dit fur ces dernières
par un tableau alphabétique des vertus
& de la manière d'agir des plantes médicinales.
Ce morceau précieux , qui
eft d'une étendue confidérable , a été
extrait des dictées de Botanique , faites
au Jardin Royal de Paris par l'illuftre
M. Bernard de Juffieu. Il y a encore
dans cet Article une lifte alphabéti
que du nom des différentes parties des
plantes , & des principaux termes de
Botanique , qui fera d'une grande uti
lité pour bien des Lecteurs.
JUI N. 1764. 89.
LETTRE à M. DE LA PLACE ,
Auteur du Mercure , fur le Poëme
d'OLIVIER.
IL parut l'année dernière , Monfieur ,
une brochure en deux volumes , fous le
titre d'Olivier, que le Public a lu avec
beaucoup de plaifir ; dont différens
Journaux ont fait de longs extraits ,
& de grands éloges : on a blâmé l'Auteur
de l'avoir intitulé Poëme : je penſe
qu'on a eu raiſon ; il faut qu'il y ait une
diftinction effentielle entre l'Iliade
l'Enéïde , le Paradis perdu , la Henriade
& tout autre ouvrage dont le
fond n'aura point affez de vérité: & dont
l'éxécution n'aura pas la majefté convenable
: ce font là , à ce que je penſe ,
les caractères de l'Epopée. Mais fi l'on
a cru que le titre de Roman auroit mieux
convenu au Livre dont nous parlons ,
j'eftime que l'erreur n'eft pas moins
groffière ; c'eft un titre trop générique ,
même en ajoutant au titre de Roman
l'épithéte de poëtique : ce qui caractèriferoit
au plus les Ouvrages de Scudery ,
la Calprenede , Defmarets , & c . J'oferois
90 MERCURE DE FRANCE.
"
ouvrir un autre avis , & infinuer que
le titre de Fable feroit beaucoup mieux
appliqué : il eſt vrai que le Public habitué
à penfer que , dans tout ouvrage
ainfi dénommé , les animaux doivent
être les principaux A&teurs , que la
Fable doit être un récit court & ferré ,
d'une action fimple terminée par une
moralité , pourroit encore n'être pas
fatisfait. Mais je perfifterois toujours
dans mon opinion , & je rangerois dans
la même claffe & fous le même titre ,
la Jérufalem délivrée , quoique le fond
en foit un peu hiſtorique ; l'Ariofte
Roland l'amoureux , le Bertholde , Richardet
, & toutes autres productions
qui nous font venues d'Italie fous le
titre faftueux de Poëmes.
Olivier , felon moi , Monfieur , ne le
céde à aucuns de ces prétendus chefsd'oeuvres;
quelques -uns ont peut-être de
l'avantage furlui en quelque partie;mais
nul ne réuffit au point où eft parvenu
celui-ci. La fraîcheur, le brillant , la force
dans le coloris ; la vivacité , le feu , la
variété, la vérité dans les images : à la fage
économie qui en oppofe les effets les
uns aux autres , ajoutez la touche , les
nuances , & la correction dans les caractères
la fertilité & le naturel dans
JUI N. 1764.
les inventions , le piquant dans la plaifanterie,
qui , après tant d'ouvrages d'un
fel & d'un goût fi différens , nous a
convaincu , qu'on peut quelque foit la
corruption prétendue du fiécle , amufer
innocemment le Lecteur fans danger
pour fa religion , ni pour les moeurs
& allier une morale fagé aux plus brufques
incartades de l'imagination ; & vous
conviendrez que ce badinage vaut ceux
dont s'honore étonnément l'Italie ; &
que , monftre pour montre , peut - être ,
il vaut mieux. Je n'en dirai pas davantage
pour ne pas répéter ce qu'en ont
dit les Journaux : je viens au point qui
nous touche nous autres Bouguignons ,
que l'amour de la patrie rend fenfibles
à tout ce qui peut la maintenir dans fon
éclat : foit modeftie, foit politique, l'Auteur
n'a pas mis fon nom à la tête de
l'ouvrage mais on fçait qu'il a pris nailfance
à Dijon d'une famille très - ancienne,
à qui même quelques titres du treiziéme
fiécle donnent déjà une forte de nobleffe
honoréé depuis de charges de
Magiftratures & alliée à d'anciennes
familles nobles du Païs : l'exacte probité
qui les a prefque tous affectés , & l'amour
des lettres où quelques - uns fe font reftraints
fans autre ambition que de les
:
92 MERCURE DE FRANCE .
Cultiver , ne leur a pas permis d'en fuivre
hors de leur Patrie les récompenfes. Il
n'eſt pas le premier d'entre eux qui ait
acquis quelque célébrité fur le Parnaffe.
La Bibliothèque des Auteurs de Bourgogne
fait mention d'un de fes grands- oncles
(a ) qui, en fe délaffant des fatigues du
Barreau & de la Magiftrature dans une
Cour Souveraine ,donna au , Public en
1641 quelques poëfies dans un ftyle un
peu Gaulois mais eftimées dans le
temps. Celui- ( b ) dans fa première
jeuneffe , s'eft fait connoître du Public
par quelques Ouvrages d'imagination
& de critique , qui donnoient lieu d'en
bien efpérer. Des vues différentes de
fes Ancêtres l'ont entraîné dans d'autres
Occupations plus utiles à l'Etat , mais
plus pénibles , qui ne lui permettoient
de cultiver les Lettres , que dans des
temps & des momens très- courts , &
par forme d'amuſemens.
Ses amis ont entre les mains un recueil
de Fables dont la plupart ne dépareroient
pas celui de la Fontaine :
mais l'on peut juger par l'Ouvrage , qui
eft le fujet de ma lettre , qu'il n'a ja-
( a) Jean Cafotte , Avocat , Echevin de la
Ville de Dijon , Confeiller à la Table de Marbre,
(b)V. la France Littéraire , 1759 & 1963.
JUI N. 1764. 93
mais perdu de vue l'envie de s'inftruire.
Il y fait preuve , quoique fans affectation
, d'une grande multiplicité de connoiffances
, de beaucoup de goût ; il
nous laiffe à regretter , Monfieur , qu'il
n'en faffe pas davantage pour fa réputation.
Qu'il fe montre à découvert fur
la Scène ; qu'il vienne fe joindre aux
Pirons , aux Buffons , aux Rameaux ,
ces Athlétes , ces Hercules qui combattent
encore pour l'honneur des Mufes
Françoifes & de la réputation Dijonnoife.
Nous cherchons en vain depuis
longtemps à côté d'eux & au- def
fous d'eux les demi -Dieux qui pourroient
les remplacer,
J'ai l'honneur d'être , & c.
M. D. G. C. A. G. A. L. T. D. M.
ANNONCES DE LIVRES.
MÉMOIRES fur les Matières domaniales
, ou Traité du Domaine , Ouvrage
pofthume de feu M. le Fevre de laPlanche,
Avocat du Roi au Bureau des Financcs
, ordinaire en la Chambre du Domaine
; avec une Préface & des Notes
de l'Editeur. A Paris , chez Defaint &
94 MERCURE DE FRANCE .
Saillant , rue S. Jean de Beauvais , &
chez Vincent , rue S. Severin ; avec
Approbation & Privilége du Roi, 1764,
Tome premier in -4°.
Voici le premier Tomẹ d'un Ouvrage
qui fera fuivi de deux autres volumes
que l'on imprime préfentement ,
& qui feront délivrés dans le courant
de l'année. Le prix total eft de 30 liv.
c'est- à- dire de io liv. chaque volume
en feuille. Les Libraires reçoivent 15
livres en délivrant le premier volume
& donnent leur engagement de remettre
à la fin de l'année , pour pareille
fomme , les Tomes 2. & 3. Aucun Auteur
n'avoit encore donné fur les Matières
Domaniales des fecours qui répondiffent
aux defirs des Jurifconfultes ;
on a lieu de croire par conféquent que
ce Livre recevra de leur part un accueil
favorable. Il contient une érudition
abondante ; & l'Editeur y a joint
une Préface & des Notes dans lefquelles
il s'eft propofé de fuppléer à ce qui
manquoit pour donner à l'Ouvrage
toute la perfection dont il eft fufceptible.
INSTRUCTIONS pour les jeunes Dames
qui entrent dans le monde ; fe mas
JUIN. 1764. 95
rient ; leurs devoirs dans cet état & envers
leurs enfans ; pour fervir de fui e
au magazin des adolefcentes ; par Madame
Leprince de Beaumont ; à Londres
, chez Jean Nourfe , Libraire du
Roi ; & à Paris , chez Defaint & Saillant
, rue S. Jean de Beauvais , vis - àvis
le ollége ; 1764 ; quaire volumes
in - 12 . petit format .
Madame Leprince de Beaumont travaille
depuis douze ans a inftruire les
enfans & les adolefcentes ; & tout le
monde fçait le fuccès de fes Livres aufquels
elle a toujours donné le titre de
Magazin. Celui ci qui eft fait dans le
même goût, pourroit être intitulé le Magafin
des filles à marier , & ne mérite
pas moins que les précédens , l'accueil
favorable du Public.
LETTRES d'un Aionnaire fur le
Commerce de la Con p gnie des Indes
; à Avignon , 1764 ; Brochure in-
12. de 64 pages .
Ces Lettres traitent de l'utilité du
Commerce de la Compagnie des Indes.
2°. Du parti qu'ont pris quelques
Actionnaires d'en demander la diffolution
. 3 °. De la queftion s'il ne feroit pas
plus avantageux de rendre le Commer96
MERCURE DE FRANCE.
ce libre , que d'en accorder le privilége
exclufif à une Compagnie. 4º : Sur la
poffibilité de remonter ce commerce
pour le rendre avantageux à l'Etat &
utile aux citoyens.
,
LES Métamorphofes , Poëme héroïcomique
, traduit de l'Allemand de
M. Zacharie. A Paris chez Fournier
, Libraire rue de Hurepoix , à
la Providence , 1764 ; brochure in- 12 ,
petit format.
>
On lit dans la Préface , que le Poëme
dont on donne la traduction , eft le coup
d'effai d'un Auteur que l'Allemagne
met au nombre de ceux qui lui font le
plus d'honneur. M. Zacharie avoit à
peine dix - huit ans , lorfqu'il publia ces
Métamorphofes ; & elles furent reçues
avec un applaudiffement univerfel . C'eſt
une fatyre enjouée & délicate contre les
Coquettes & les Petits- Maîtres. L'Auteur
a fçu y répandre le badinage le plus
ingénieux , des allufions hardies , mais
qui plaifent par leur vérité , & un comique
riant , que relève le contrafte fingulier
de fes comparaiſons.
ג
LETTRE de Valcour , Officier François
, à Zeila , jeune Sauvage efclave à
Conftantinople ,
JUI N. 176.4. 97
Conftantinople , précédée d'une Lettre
à Madame *** . en France ; 1764 , brochure
in- 8°. de 24 p. avec deux petites
vignettes , chez Cailleau , Libraire , rue
Saint Jacques.
Nous avons annoncé dans un de nos
Mercures précédens une Lettre de Zeïla à
Valcour , par M. Dorat. Un jeune Auteur
qui n'écrit pas encore en profe &
en vers auffi-bien que M Dorat , a fait
une réponse à cette Lettre : mais il n'égale
fon modèle ni par le mérite littéraire
, ni par la dépenſe faite pour l'exécution
typographique.
PROSPECTUS de trois Ouvrages propofés
par foufcription , dont l'un eft intitulé
Guide du Commerce : le fecond
Meppemondes , ou Tables pour trouvér
la correfpondance des poids , des aunages
& des mesures de continence , qui
font en ufage dans l'Europe , l'Afie ,
l'Afrique & l'Amérique. Le troifiéme
l'Arithmétique démontrée , opérée & expliquée
, par M. G *** de L *** , négociant
à Nantes , avec approbation &
privilége du Roi. Le premier formera
deux volumes , l'un in folio & l'autre
in-4° . Le fecond fera un volume in- 8°
ainfi que le troifiéme.
E
98 MERCURE DE FRANCE .
On aura une connoiffance exacte de
ce que contiennent ces trois Ouvrages
en lifant le Profpectus qui fe diftribue à
Paris chez Defpilly , Libraire , rue S.
Jacques , à la Croix d'or ; & à Nantes ,
chez la veuve Vatar , haute grande rue .
Nous dirons feulement ici , qu'ils nous
paroiffent devoir intéreffer tous les Commerçans
, les Banquiers & les Financiers :
ils liront dans le Profpectus les conditions
propofées aux Soufcripteurs , le
prix des Livres , & le tems où ils pourront
être délivrés , & c.
44
HISTOIRE de la Maifon de Montmorency
, par M. Déformeaux ; à Paris ,
chez Defaint & Saillant , Libraires , rue
S. Jean de Beauvais , & chez Duchefne ,
rue S. Jacques , 1764 , avec approbation
& privilége du Roi , cinq volumes
in- 12.
En attendant que nous faffions un
ou plufieurs extraits de cette Hiftoire
curieufe , intéreffante & bien écrite
nous ne ferons qu'indiquer aujourd'hui
ce que contient chacun des volumes
dont elle eft compofée. Le premier renferme
la Généalogie de la Maiſon de
Montmorency, & fon Hiftoire depuis
l'année 960 , jufqu'en 1531. Le fecond
, la vie du Connétable Anne , &
JUIN. 1764. 99
celle de François , Maréchal de France ,
depuis 1494 , jufqu'en 1579. Le troifiéme
, la Vie de Henri I , Connétable
de France , celle de Charles , Duc d'Amville
, grand Amiral de France , & celle
de Henri II , Duc de Montmorenci
depuis 1547 , jufqu'en 1632. Le quatriéme
, la Vie de François- Henri de
Montmorenci Maréchal Duc de
Luxembourg , depuis 1628 , jufqu'en
1679. Le cinquiéme , la fuite de cette
-Vie , jufqu'en 1695 .
• ,
>
DE l'exportation & de l'inportation
des grains , Mémoire lû à la Société
Royale d'Agriculture de Soiffons , par
M. Dupont , l'un des Affociés , avec
cette épigraphe : fluunt imbres , nafcitur
aurum. F. Q. A Soiffons , & fe trouve
à Paris , chez P. G. Simon , Imprimeur
du Parlement , rue de la Harpe , à l'Hercule
; avec approbation & privilége du
Roi , 1764 ; brochure in-8° . de 175
pages.
Il s'agit de prouver les avantages immenfes
que la Nation trouveroit dans
la liberté générale , abfolue & irrévocable
du commerce extérieur des grains.
Cet écrit nous paroît auffi folide & auffi
convainquant , que nous le trouvons
E ij
100 MERCURE
DE FRANCE .
clair , précis & méthodique, Par- tout
l'Auteur s'y montre comme un citoyen
zélé , dont toutes les vues n'ont pour
objet que le bien public .
HISTOIRE d'Angleterre , depuis la
defcente de Jules -Cefar , jufqu'au Traité
d'Aix-la- Chapelle en 1748 , par M.
T. Smolett , M. D. traduite de l'Anglois
par M. Targe , Correfpondant de l'Académie
Royale de Marine , & Profeffeur
de Mathématique à l'Ecole Royale militaire
; à Orléans , chez J. Rouzeau- Montaut
, & à Paris , chez Defaint & Saillant
, rue S. Jean de Beauvais , & chez
Defpilly , rue S. Jacques , dix- neuf volumes
in- 12 , avec approbation & privilége
du Roi.
On a rendu compte dans le Mercure
du mois de Décembre 1760 des quatre
premiers volumes de cet Ouvrage , ce
qu'on auroit continué de faire , fi on en
avoit eu plutôt la fuite : il a eu le fuccès
le plus étonnant dans fa langue originale.
Après plufieurs éditions qui ont
confommé plus de douze mille exemplaires
, les Libraires de Londres en
annoncent deux nouvelles fous différens
formats. Cette Hiftoire eft la feule
qui conduife les événemens jufqu'à
JUI N. 1764 .
· ΙΟΙ
notre temps. On continuera à la donner
pour le prix de quarante - huit livres
reliée , jufqu'à la fin de la préfente année
, après lequel temps elle fe vendra
trois livres le volume. On en trouve
des exemplaires à Lyon , chez Bruifet
Ponthus , & à Rouen , chez la veuve
Dumefnil.
VIE de Michel de L'Hôpital , Chancelier
de France , à Londres , chez David
Wilfon , & à Paris , chez Debure ,
pere , quai des Auguftins , à l'image S.
Paul , avec permillion , 1764 , un vol .
in- 12. prix , 2 liv . 8 fols broché.
A juger par l'impreffion qu'a fait fur
nous la lecture de cet Ouvrage , nous
croyons qu'on le lira avec le plus grand
intérêt. L'Auteur nous repréfente le
Chancelier de L'Hôpital comme un des
perfonnages les plus eftimables qu'ait
produit la Nation. Le bien public fut
l'objet qui occupa tous les inftans de fa
vie ; & pour rendre fes concitoyens plus
heureux , il ne voulut que les rendre
plus raifonnables . C'eft fous ce point de
vue que l'Hiftorien enviſage fon Héros ;
& les détails qu'il offre à fes Lecteurs
font également curieux & inftru &tifs .
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
DISSERTATION adreffée à nos Seigneurs
les Evêques , où les jeunes Ex-
Jéfuites prouvent qu'ils peuvent en honneur
& en fûreté de confcience , prêter
les fermens que les Parlemens exigent
d'eux , brochure in- 12 de foixante-huit
pages , dont on trouve quelques exemplaires
à Lyon , chez les Libraires affociés
, & à Paris chez Bauche , quai des
Auguftins , 1764.
On expofe d'abord la formule du ferment
; onla partage enfuite en plufieurs
articles ; on fait voir qu'il n'y en a aucun
que les jeunes Jéfuites , c'est-à- dire ,
ceux qui n'ont pas fait les derniers voeux ,
ne puiffent figner . On propofe les différentes
objections que l'on peut faire
contre cette opinion ; & il nous a paru
qu'on les réfutoit affez bien .
: RÉFLEXIONS générales fur l'ifle de
Minorque , fur fon climat , fur la manière
de vivre de fes habitans , & furt
les maladies qui y regnent , par M.
Claude- François Pafferat de la Chapelle
, Confeiller du Roi , Medecin cidevant
de l'Armée de France dans cette
ifle , Affocié- Correfpondant de la Société
Royale des Sciences de Montpel
lier , à Paris , chez la veuve d'Houry ,
JUI N. 1764. 103
Imprimeur-Libraire de Mgr le Duc d'Or.
léans , rue S. Severin , près la rue S.
Jacques , avec approbation & permiffion
1764 , brochure in - 12 de 130
pages.
>
L'Auteur n'avoit d'abord fait ces obfervations
que pour fa propre inftruction
; mais les avantages qu'il en retira
pour fa pratique , lui perfuaderent qu'elles
pourroient être utiles à ceux qui lui
fuccéderoient dans la place qu'il occupoit.
Il les rédigea donc par écrit : il y
joignit les réfléxions qu'il avoit faites
fur les maladies qui lui avoient paru
régner plus particuliérement dans ce
pays , & dépendre de l'expofition des
lieux , de la nature du fol & de la manière
de vivre de fes habitans. Il forma
de tout cela l'Ouvrage que nous annonçons
, & que nous croyons trèsutile.
TARIF de la réduction des monnoies
de France & de Lorraine ; à Nancy
, chez Charlot , fils , Imprimeur des
Cours Souveraines , rue S. Nicolas ,
1763 , & à Paris , chez Brocas & Humblot
, rue S. Jacques , au Chef S. Jean ,
petit in-32 de 40 pages.
Ce Livret peut convenir aux Négo-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
cians de France qui font dans le cas de
faire le commerce avec les Lorrains.
DISSERTATION fur les dépôts du
finus maxillaire , par M. Bourdet , Dentifte
du Roi , Chirurgien ordinaire ,
Opérateur de Sa Majefté , &c. A Paris
de l'imprimerie de Jean- Thomas Hériffant
, Imprimeur du Cabinet du Roi ,
avec approbation & permiffion , 1764 ,
brochure in- 12 de quarante-huit pages.
M. Sue , Chirurgien & Cenfeur
Royal , dit dans fon Approbation , que
l'Ecrit de M. Bourdet , fon confrère
contient plufieurs obfervations qui lui
ont paru intéreffantes & utiles au Public
. Nous nous en tenons à cette décifion
d'un homme de l'Art.
ARMORIAL général de la France ,
par MM. d'Hozier , tome huitieme
vol. in folio .
Nous croyons ne pouvoir rien faire
de mieux , que de placer ici l'Avertiſſement
qui eft à la tête de ce nouveau volume.
Ce font les Auteurs eux- mêmes
qui rendent compte au Public de l'interruption
& de la repriſe de leur travail.
» Après avoir fufpendu pendant quelJUIN.
1764. 105
"
» ques années l'impreffion de l'Armo-
» rial Général , nous en publions enfin
» le huitiéme volume . Au refte fi nous
» avons un peu différé de ſatisfaire l'em-
» preffement qu'on a témoigné de voir
» la fuite de cette collection , ce n'étoit
» pas que nous euffions perdu de vuë
» les engagemens que nous avions con-
" tractés vis- à- vis du public ; la guerre
» que Sa Majefté vient de terminer à
» la fatisfaction de fes peuples n'a
» prèfque point permis à la Nobleffe ,
» occupée du fervice militaire , de s'em-
» ployer à la recherche de fes titres ,
» recherche qui néceffairement deman-
» de beaucoup de loifir , & eft fort
difpendieufe . Telle a été l'unique
» caufe de cette interruption & de nos
» délais.
22
"
"
»
,
» Nous ne diffimulerons cependant
» pas que nous nous les reprochons en
quelque forte , parce qu'un tas de
» compilateurs fans goût , comme fans
, caractère & fans aveu , ont profité de
» notre filence pour infefter le Public
» de productions généalogiques qui por-
» tent l'empreinte d'une ignorance craf-
» fe , ou de la plus honteufe adulation .
» Ces Ecrivains téméraires ignorent fans
» doute que les nobiliaires , regiftres ,
E v
106 MERCURE DE FRANCE .
» catalogues héraldiques , & les autres.
» ouvrages qui ont trait à la nobleſſe ,
» font effentiellement réfervés aux fonc-
» tions du Juge d'Armes , officier créé
» par Louis XIII , à la follicitation des
Etats- Généraux pour réprimer les
» ufurpations des faux nobles , & pour
» être ordinairement à la fuite du Roi ,
>> afin de lui certifier la nobleffe de fes
» Sujets.
›
» Ayant donc en vue ces deux ob-
» jets principaux devoirs de notre
» Charge , nous entreprîmes il y a plu-
» fieurs années l'Armorial Général de
» la France , fur le plan que nous traça
» M. le Cardinal de Fleury par ordre
» de Sa Majefté même . Nous fentions
» toute la pefanteur du fardeau que l'on
» nous impofoit , & nous fumes effrayés
de l'étendue des obligations que nous
» allions contracter ; mais enfin , notre
» courage & notre zèle nous animant ,
"
nous nous trouvâmes bientôt en état
» de faire paroître les fept premiers vo-
» lumes que nous eumes l'honneur de
préfenter fucceffivement à Sa Ma-
» jefté Elle voulut bien nous témoi-
» gner qu'elle étoit fatisfaite de notre
>> travail ; & la Nation entière le reçut
avec intérêt & reconnoiffance. Nous
JUI N. 1764. 107
» efpérons que le huitiéme volume ne
» fera pas moins bien accueilli que
» l'ont été les précédens.
>
04 » Conformément à ce qu'avoit pref-
» crit M. le Cardinal de Fleury
"¡y détaille degrés par degrés les filia-
» tions , les fervices , les graces reçues ,
» les priviléges , les diftinctions & les
"
,
dignités dont les preuves fe trouvent
» appuyées , foit fur les titres origi
" naux , foit fur des Arrêts du Confeil
» ou des Commiffaires Généraux , foit
>> fur des Jugemens & Ordonnances des
» Commiffaires députés dans les diffé-
» rentes Généralités des Arrêts des
> Cours Supérieures , des Sentences des
» Elections , des Procès-verbaux de
» Malthe , des invitations & admiffions
» aux Etats dans les Provinces où ces
» affemblées ſe trouvent établies ; foit
» enfin fur des preuves déja agréées par
» le Roi pour les établiffemens qui en
» éxigent.
"
» Quant à ce qui concerne les divers
» réglemens portés par nos Rois pour
» mettre un frein à la liberté que des
» Particuliers fe donnent de s'arroger
» des titres , des qualifications & des
» armoiries qui ne leur appartiennent
» pas , nous renvoyons ceux qui defi-
E vi
108 MERCURE DE FRANCE .
» reront en être inftruits , au précis que
» nous en avons publié à la fin du ſe-
» conl Tome de notre Armorial. La
» lecture & l'exécution de ces fages Or-
» donnances deviennent d'autant plus
» néceffaires , que la licence à cet égard
» eft portée aujourd'hui à un tel excès
» qu'il femble que toutes les condi-
» tions foient confondues , & qu'un
» homme fraîchement annobli fe croye
» en droit de trancher de l'homme de
» qualité , & de s'annoncer fous les dé-
» nominations les plus diftinguées ;
» comme fi l'on ignoroit qu'on ne peut
» les prendre légitimement ces déno-
» minations , qu'autant qu'elles font re-
» vêtues du fceau du Souverain & de
l'enregistrement dans fes Cours ! Il
» feroit inutile de répondre que la plû-
» part de ces Réglemens ayant été faits
» dans des temps reculés on peut fe
» permettre de ne les plus obferver. On
» ne prefcrit point contre des Loix de
» cette nature ; & c'eft s'abufer que de
penfer que leur vétufté foit un pré-
» texte fuffifant pour juftifier leur inob-
» fervance. Auffi peut-on fe promettre
» que le zèle des Cours Supérieures fe
» ranimera à ce fujet. Dépofitaires du
» pouvoir de Sa Majefté , verroient-
» elles avec indifférence léfer fes droits
"
JUI N. 1764 . 109
» par des ufurpations qu'on pourroit
» avec raifon taxer d'attentats & d'en-
» trepriſes fur l'autorité du Monarque.
» Dans des temps où les abus en ce
" genre étoient beaucoup moins multipliés
qu'ils ne le font de nos jours ,
» le premier Parlement du Royaume
» rendit le 13 Août 1663 un Arrêt
» pour les profcrire . Puiffe fa vigilance
fe porter " encore vers cet objet ! »
ARTICLE III
SCIENCES ET BELLES-LETTRES
ASTRONOMI E.
SUITE DU MÉMOIRE DE M.
TRÉBUCHET .
SOIT X l'angle conftant que j'ai trouvé
par les contacts extérieurs de Vénus
de 54 degrés 24 minutes , & pour les
contacts intérieurs de 514 51 ' ; foit Yla
différence des parallaxes de hauteur , &
Z l'angle variable marqué dans les colonnes
du point de contact , on aura
l'effet de la parallaxe :
Pour réduire en tems
parallaxe , comme il eſt
T fin. Z
fin. X
cet effet de la
marqué dans
110 MERCURE DE FRANCE .
les 5 & 10° colonnes , j'ai employé le
logarithme conftant 118110 additif, que
M. Delalande dans fa Connoiſſance de
1763 ,p.203, dit avoir tiré desTables du.
mouvement deVénus, &être dix fois plus
exact que celui qu'on pourroit tirer de
l'obfervation . L'effet de la parallaxe relative
à Paris , n'étant autre chofe que la
fomme ou la différence de fa parallaxe
abfolue avec celle d'un lieu propofé ,
j'ai cru qu'il étoit inutile d'en faire des
colonnes particulieres ; on voit , par
exemple , que l'obfervation du premier
contact s'eft faite à Paris , 1' 11 " plutôt
qu'à Madrid , & feulement 23" plutôt
qu'à Lyon , & 19 " plus tard qu'à Greenwich
, & ainfi des autres.
L'entrée n'ayant été obfervée qu'à
Stokolm , Pétersbourg, Tobolsk & Trinquebar
, j'ai écrit ce mot entrée dans la
feconde colonne vis - à - vis l'inftant de
l'obfervation. Tous les autres tems doivent
s'entendre de la fortie. Ma Table
eft conftruite d'après celle du P. Hell ,
où j'ai pris toutes les obſervations que
je rapporte , à la réferve de celles de
Lisbonne , de Naples , de l'ifle Rodrigues
, & de Trinquebar fur la côte de
Coromandel , qui m'ont été communiquées
par M. Meffier. Cet Aftronome
JUI N. 1764 .
III
infatigable , que les veilles les plus foutenues
dans l'obfervatoire de la Marine ,
mettent en correfpondance avec tous les
Aftronomes du monde connu , ayant
bien voulu me faire paffer ces quatre
obfervations , qu'il me foit permis de lui
en faire publiquement les remercimens
que je lui en dois.
J'ai fuppofé la latitude feptentrionale
de Trinquebar de 11d ; mais fa longitude
n'étant point exactement connue ,
je n'ai pu la réduire au Méridien de Paris
, non plus que celle de Virtsbourg
que je n'ai trouvée ni dans la Connoiffance
des Tems , ni dans la Differtation
fur Vénus .
L'Obfervation de l'ifle Rodrigues ,
telle qu'elle a été donnée à M. Meffier
par M. Pingré qui l'a faite , & qu'elle
eft employée dans ma Table , différe un
peu de celle qui a été employée par M.
Delalande dans le fecond Mercure de
Juillet 1762 , & dans la Connoiffance
des Tems de 1764. Il y dit : que le contact
intérieur , à la fortie , y a été obſervé
34′ 44″ après midi ; il fuppofe la différence
des Méridiens de 4h 2' , d'où il
conclut la parallaxe du foleil 9 , 55 ;
mais il fait obferver que 20" d'erreur
fur la différence des Méridiens de Paris
"
112 MERCURE DE FRANCE .
& de l'ifle Rodrigues , font o"
différence fur la parallaxe du foleil .
• 7 de Or
, M.
Pingré
marque
le même
contact
à oh
36′ 49" , avec
la différence
des
mêmes
Méridiens
de
4h
3' 26" , ainfi
,
fans
parler
de
la différence
de
25
' qui
fe
trouve
ici
dans
les
inftans
du
contact
,
la feule
différence
de
1' 26" dans
la longitude
de
Rodrigues
entre
ces
deux
Aftronomes
, laiffe
une
incertitude
de
3 "
entières
fur
les
9" 55
de
la parallaxe
conclue
par
M.
Delalande
.
Je ne fais cette remarque que pour
faire fentir l'avantage de la méthode de
M. Halley , qui n'exige pas la connoiffance
des longitudes , mais feulement
des pendules à fecondes & des lunettes
ordinaires , comme de 15 à 18 pieds ,
c'eft-à -dire , d'égale longueur & d'égale
bonté , à la faveur defquelles deux Obfervateurs
placés dans les lieux les plus
éloignés , puiffent obferver la durée totale
du paffage avec la plus grande différence
poffible. Tel eft l'avantage que
promet le paffage de 1769 pour deux
Obfervateurs , dont l'un fera à Mexico ,
capitale du Mexique , & l'autre à Abo
en Finlande ou à Torneo en Laponie :
la durée du paffage fera plus courte pour
le Mexique d'environ une vingtaine de
minutes de tems.
-
JUI N. 1764. 113
M. Halley avoit indiqué pour le paffage
de 1761 , comme les lieux les plus
avantageufement fitués la baye d'Hudfon
, & les rives du Gange , mais il eſt
affez furprenant que dans le précis qu'on
a fait de fon ingénieux Mémoire , à la
page 103 du Journal Etranger de Mai
1761 , on lui ait fait dire précisément
tout le contraire de ce qu'il a dit.
Il a dit qu'à la baye d'Hudfon l'effet
de la parallaxe feroit de retarder la fortie
de Vénus ; on lui fait dire , accélérer. Il
a dit que la durée du paffage entier y
devoit paroître plus longue , longiorem ,
d'environ 6' que pour le centre de la
terre ; on lui fait dire , qu'elle a dû y
être moindre de la même quantité.
Il a dit que vers l'embouchure du
Gange la fortie paroîtroit accélérée ; on
lui fait dire , retardée.
Enfin , il a dit : que la durée du paffage
y devoit être diminuée , contrahetur,
d'environ 11 ' de plus que pour le
centre de la terre ; on lui fait dire , prolongée.
Plus bas on ajoute qu'on a reconnu
dans la fuite que M. Halley s'étoit trompé
; M. Ferguſon , Anglois , en ayant
fait
la remarque à la page 99 , on y dit en
note : que l'Angleterre doit cette remar114
MERCURE DE FRANCE .
que à la France , & en particulier à M.
Delifle , qui en fit part à l'Académie
Royale des Sciences , & au Public dès
les derniers mois de 1759. Cela eſt
vrai , mais il eſt également vrai que ce
fut moi qui en fis part à M. Delifle.
Content d'avoir fait la découverte , j'ai
dû l'être encore davantage de l'avoir vue
annoncée par un Savant de ce nom ; fi
j'en euffe parlé tout feul , on ne m'auroit
jamais cru , lui-même a été fix jours
fans me croire , & ne l'a fait qu'après
avoir vérifié mon calcul : lui - même a
été cinq mois fans être cru ; tant étoit
grand fur tous les efprits l'afcendant du
Prince des Aftronomes Anglois
Halley , qui étoit en réputation de ne
s'être jamais trompé en fait de calcul.
M.
On dit à la page 105 du même Journal
Etranger , que ce favant Aftronome
s'étoit mépris dans la pofition d'un angle
, & que cette méprife caufoit une
erreur confidérable : il falloit dire dans
la pofition d'un cercle , & que cette méprife
ne caufoit aucune erreur fenfible.
Je l'ai déja dit dans le Journal des Savans
de Novembre 1760 , & je le répéte
ici avec d'autant plus de confiance, qu'un
Académicien l'a dit depuis moi dans le
JUIN. 1764. 115
Journal des Savans d'Avril 1761 , au
fujet des calculs de M. Delifle .
Il eft donc bien certain que le mécompte
de M. Halley n'a d'autre fondement
que dans la latitude de 4' qu'il a
employée , au lieu de celle de 10' qu'il
auroit dû employer ; mais comme cet
élément dépend du mouvement du noeud
de Vénus , qui n'étoit pas connu lorfqu'il
travailloit à fon Mémoire en 1716,
il n'a pu l'employer bien juſte : encore
moins l'a-t-il pu en 1691 , quand il faifoit
fa Table pour mille ans des Conjonctions
Ecliptiques de Vénus. C'est ce
qui fait dire à l'Académicien , rédacteur
de l'Hiftoire de l'Académie pour l'année
1757 , pag. 81 , que M, Halley a pu
inférer dans fa Table des années où il
n'eft pas fûr qu'il doive arriver des paffages
de Vénus , & qu'il conviendroit de
refaire ces calculs für les nouveaux élémens.
Avant que de voir ce Volume , qui
n'eft forti de deffous la preffe qu'à la fin
de l'année derniere , * j'avois penfé les
mêmes chofes au commencement de la
même année ; c'eft ce qui m'a engagé à
refaire cette Table telle qu'elle eft imprimée
dans le Journal des Savans de
* 1762.
116 MERCURE DE FRANCE.
Février 1762. On y voit qu'en effet des
17 conjonctions Venériennes dont M.
Halley a compofé fa Table , il y en a fix
à rabattre , favoir quatre pour le paffé ,
& deux pour l'avenir , dans lefquelles il
eft sur qu'il n'y a point eu , & qu'il n'y
aura pas de paffage de Vénus
En relevant quelques erreurs qui fe
font gliffées dans le Journal Etranger ,
je crois entrer dans les vues du Savant
qui préfide à la rédaction de ce Journal ;
le foin qu'il prend de nous tranfmettre
tant de beautés & de vérités étrangères
qui feroient perdues pour nous fans fon
Recueil , m'eft garant de fes fentimens.
J'en dis autant de l'Auteur même de
ces erreurs , ou , pour mieux dire , de
ces inadvertances ; la célébrité & la rareté
du phénomène , pour me fervir de fes
expreffions , pag. 101 , me fait penfer
qu'il ne me faura pas mauvais gré de les
avoir fait obferver ; & il eft trop au fait
de la matière pour ne pas les fentir ; il
a trop de bonne foi pour ne pas les
avouer.
J'ai déja dit que j'ai employé dans
mes calculs la différence des parallaxes
horisontales de 24" ; je dois ajoûter que
j'ai fuppofé le demi - diamètre du foleil
JUI N. 1764 . 117
de 15' 47 ' , celui de Vénus de 29" , &
la plus proche diſtance des centres de y!
27" , par une espèce de milieu entre la
détermination de M. Delalande & celle
du P. Hell.
Je ne connois cet Aftronome Allemand
que par fa Differtation ; c'en eſt
affez pour me faire juger de fes talens ,
n'en ayant rien , je ne me flatte pas
d'avoir rempli fes vues par la conftruction
de ma Table ; heureux , fi , en la
donnant au Public , j'ai fçu lui marquer
tout à la fois mon amour pour l'Aftronomie
, & mon refpect pour un Savant fi
digne d'orner la Lifte de tous ceux qui
répondent fi bien en tous genres aux
voeux de leur Illuftre Protectrice S. M, la
Reine de Hongrie.
A l'exemple de notre Monarque, cette
Souveraine femble ne tenir le fceptre
d'une main que pour tendre l'autre à
l'humanité : les Savans les plus malheureux
, lui paroiffent les plus dignes de
fes bontés & de fa protection , quand ils
ne font pas coupables : l'envie qui n'a
point d'accès à fon trône , ne fauroit les
en écarter. Rénumératrice des talens ,
elle ne fait que les couronner en les
tranfplantant jufqu'aux extrémités de fes
Etats .
118 MERCURE DE FRANCE.
C'eft ainfi que bien plus heureufe
que Chriftine de Suéde , cette Chriftine
d'Autriche , fans quitter les rênes d'un
gouvernement dont elle fait le bonheur ,
fait encore fleurir les Sciences dans les
terres jadis incultes des Varadins & des
Croates.
Tems heureux ! l'Europe entière n'aura
bientôt plus rien de la barbarie des fiécles
de l'ignorance , dont j'ai trouvé
des précieux reftes en 1758 , dans le
centre & la Capitale d'une de nos Provinces
déja l'on fait que le Turban
veut arborer l'étendard de la célefte
Uranie , en lui érigeant des autels
& des trophées au milieu de Conftantinople.
* Puiffe cetteVille d'ailleurs fi floriffante
, & jadis la capitale du monde
Chrétien , redevenir une terre nouvelle à
la vue du Ciel nouveau qui va s'y découvrir
! Puiffent les Moſquées devenir les
Temples du vrai Dieu , feul Auteur de
tant de merveilles auffi anciennes que le
Monde ; & le Croiffant , ce fymbole de
l'inconftance , s'y changer pour jamais
dans le figne facré du falut de tous les
hommes !
* Voyez le ſecond Mercure de Janvier 1763 .
page 95.
JUI N. 1764. 119
P. S. Les Obfervations du Satellite
de Vénus , dont j'ai parlé dans ce Mémoire
fait l'an paffé , ont été confirmées
au mois de Mars dernier ; favoir , les 3,4,
10 & 11 à Copenhague par Mrs Roedkier
& Horrebow. ( Voyez la Gazette
Littéraire du 18 Avril ) . Et les 15 , 28 &
29 du même mois de Mars , à Auxerre ,
par M. de Montbaron , Confeiller au
Bailliage ( c'eft ainfi qu'il faut lire , au
lieu de M. de Montbazon dans ma Lettre
fur l'Eclipfe du premier Avril au
fecond Mercure d'Avril . )
Au Mercure de Mai , pag. 134 lig. 30
au lieu de m'en avoient , lifez m'avoient.
Page 143 lig. 28 au lieu de au moins
lifez en moins.
Page 144 lig. 15 après ces mots je n'ai
pu faire ufage , ajoutez , ( dans la connoiffance
des temps 1761. )
LISU X
NOMS PREEMMIIFER
de des
l'Obfervation . Obfervateurs.
Paris. M. Baudcuin.
Lisbonne. M. Ciera .
Madrid . P. Rieger.
P. Beraud .
878 ∞ ∞ ∞
Contac
obfervé à
H. M. S
28 27
44 26
6 55
8 19
8
38
98
O
53
43
44
35
Greenwich. M. Green.
Lyon .
Schwezingue . P. Mayer.
Gottingen, M. Mayer.
Dillingen . P. Haufer.
8 26
Wirtsbourg .
P. Hubert.
10
20
12
Florence. P. Ximènes. 4 28 .
Bologne .
M. Zanoti . 4 34
84
Ingolstad.
P. Kratz.
Munich. M. Claufing . 9 S 46 °
Rome. P. Jacquier.
9 36
Naples. P. Carcani. 9 16 fs
Laubac. P. Schottl. 9
18 15
Wezlas . M. Erhmans . 9 20 48
Tyrnau. P. Veiff. 9 29 9
Stokolm . Entrée
3
2 !
37
Pétersbourg.
M. Vargentin. 9
Entrée.
30 8
4 9 20
M. Braun . 10 18
S
Rodrigue.
M. Pingré , 36 49
Tobolsk M Chape.
Trinquebar.
Entrée.
Anonime.
170
49 20
29 39-
I 40 25
POINT
PREMIER CONTACT
de
Contact
à
EFFET
de la
réduit
D. M.
MS
Parallaxe. de la terre.
H M SH M S
au centre au méridien
de Paris.
8 43
53 8 29 8 20 29 20
4 50
337 43 538
29 45
2
48
188 6
388 30 56
II 35 + 1 12
8 20 128
29
22
S
8
+ 30
8 39
10 54 2
N
8
94
14 8 29 15
54 37 8 30 2.
14
10
II
4
S
8 + 1
13+
21 8 59 47
∞ ∞
8 29 31
$ 79 I 17
5930
79 2 19
219
1 279
II 09
456
4 49
. 00 00 00
79940
8 2.9 39
.. •
8
30 I
18
28 . 56
8 29 50
10 IS
I 36
12
O 31
8 22
20
+++
569 6 428
29 42
89 9 448
29 7
39 16 588 29 23
439 18
588 29 7
4 9 2 I 5218
29 52
12
56 +
H
69 30 158 29 20
44 3 S 3
16 2 2 13
35
26 49 +2
47 30 S
2819
28 4
32368 29 43
3 52
2
S
33 521+
ΤΟ
50
21 438 29
43
4I 3 3
28 O 33 2 8 29 55
63
71
16
35
442
+6
70 53278
29 7
24 7 23 IS • •
ss
I 4 20
F
LIBUX
INSTRUMENS SECOND
de
l'Obſervation.
&
leur effet.
Contact
obfervé à
HM <
Paris.
Lisbonne. L. 12.
Lun. 25 pi , aug. 138.8 46 46
8 2 33
Madrid. L. 8.
8
24 13
Greenwich.
Tel 2
aug. 120.
8 37 9
Lyon.
Lun. 19 .
Gottingen .
Lun. 12.
8 56 56
9 16
24
Dillingen .
Lun . 18 . 9.18
20
Wirtsbourg.
Tel .
21 9 18
49
Florence.
Tel. 4. 9 22 56
Bologne.
Ingolftad.
Tel. 21. 9 22 30
Tel. 7. 9 23 45
Munich.
Lun.
3
Rome. Tel.
Naples.
Lun. 19.
9 23 48
9 28
-
9 35 20
7
Laubac. Lun. 16 . 9 36 20
Wezlas.
Tel. 4. 9 38 50
Vienne. Tel . 4 P. Hell .
9 43 10
Tyrnau.
Tel. 4.
9 47 36
Stokolm . Entrée.
3 39 23
Lun. 20 . 9 48 ୨9
Petersbourg.
Coeur doux. Lun. 19. Entrée .
Entrée.
4 26 20
Lun. 8.
10 37
-A
7 O 28
Tobolsk.
Trinquebar .
Entrée.
Tel.
21.
·7 46 S
I 56
34
POINT EFFET SECOND CONTACT
de de la
Contact à Parallaxe.
réduit
au centre au méridien
de la terre. de Paris,
D MIM SH M S H M S
7 2 39 8 47 25 8 47 25
758
33 47 8 I 46 8 47 : 36
48 30 8 24 23 8 4 4 I
39+ 8 38 13 8
47 23
"
3 40+ 20 8 57 116 8 47 27
13
9 9 17 33 8 47 I
9 18
II 8
41717
9 19 7 8 47 29
57 9 19 46
·
·
3
I 15 9 23 11 8 48 23
4
6 2.0 922 50 8 46 45
ΤΟ。
a
13 SI 923 53 8 47 46
30+ 47 9 24 35 8 47 35
2 37 + 3 9 28 10 8 47 33
21 17 9 35 3 8
47 28
7
37 9 36 37 8
47 12
II 57 57 9 39 4 8 47 47
II $7 + 56 9 44
1
8 47 só
I2 48 + 59 9 48 35
2+
48 10
រ 37 33340 26
24+ 17 9 50 26
8 47 40
30 31
8
47 35
SI 16 - 5 57 4.20.23 2 28 23
34
58
76
21
14 + 41 10 39 45 8 47 45
21 6 54 37 2
30 -7
29
6 35 7 40 17 •
24 I 57 58
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
MEDECINE.
RÉPONSE fur le Ver Solitaire à une
Lettre de M. de SAINT - ANGEL ,
Confeiller à la Cour des Aides de
Montferrand , inférée dans le Mercure
* ď Avril 1764,
Vous estimez donc , Monfieur , que
je ne peux me difpenfer de lever le voile
fous lequel j'avois aimé à me cacher ,
en priant M. De la Place d'inférer dans
le Mercure mes obfervations fur le Ver
Solitaire . Vos inftances font trop vives
pour ne pas céder ; elles l'emportent
fur la crainte de m'expofer à l'épithéte
d'homme à fecret , épithète que n'ont
jamais mérité les célébres Praticiens
qui ont enrichi l'art de guérir. Je rougirois
donc encore de m'avouer poffeffeur
d'un fecret , fi je ne croyois avoir
une excufe légitime dans le haut prix
auquel je l'ai acheté. Il faut en conféquence
vous rendre compte des motifs
qui ont déterminé cette acquifition.
Le fieur Noufer , Médecin de Morat
en Suiffe , ayant découvert ce SpécifiJUI
N. 1764. 124
que , acquit bientôt de la célébrité. Il
fut appellé à Lyon par plufieurs per
fonnes incommodées du Ver Solitaire ;
les cures heureufes & faciles qu'il opéra
méritérent toute l'attention de M. Bour
gelat , Ecuyer du Roi , & Directeur de
l'Ecole-Royale -Vétérinaire. Cet ami
de l'humanité s'empreffa d'apprendre les
fuccès du fieur Noufer à M. Senac
premier Médecin du Roi , lequel partagea
auffitôt fon zéle & fa bonne volonté
. En conféquence M. Roffignol ,
alors Intendant de Lyon , fut chargé de
faire des informations , & de propoſer
au fieur Noufer de vendre fon fecret
au Roi fi ces informations étoient favorables.
Une feule condition arrêta la
vente. M. Senac exigea que l'Auteur
du reméde allât à Paris en faire des effais
en fa préſence. Celui-ci qui commençoit
à peine à eftropier quelques
ques mots François , & qui fe fit un
tableau fatiguant pour lui de la Cour
& de ce qui lui appartient , fe refufa
opiniâtrément à ce voyage , & facrifia
à fa tranquillité les avantages que lui
préfentoit la fortune.
Ce Médecin eft mort il y a quelques
années. Il n'étoit pas riche ; fa
veuve , obligée pour tirer parti du Spéci-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
fique dont fon mari lui avoit laiffé la
recette , de faire plufieurs voyages, s'eft
bientôt laffée d'un genre de vie qui
n'étoit pas fans inconvénient
pour une
veuve jeune & jolie.
Elle a donc cherché à vendre fon fecret
, & perfonne ne s'eft préſenté pour
acheter le fecret d'une femme. Cepen
dant témoin oculaire de plufieurs Cures
tentées inutilement par beaucoup
d'autres remédes , me confiant aux apparences
les plus heureufes d'une probité
vraiment helvétique , & décidé par
les inftances d'une Demoiſelle qui
craignoit de prendre ce Spécifique , fi
je ne la raffurois avec connoiffance de
caufe contre la prévention qui le plaçoit
dans la claffe des poifons ; je fuis
entré en marché avec la veuve du Docteur
Noufer. L'hiftoire naturelle du Ver
Solitaire piquoit d'ailleurs ma curiofité ,
que je ne pouvois fatisfaire qu'à l'aide
de ce fecret ; & vous avez vu là-deffus
un effai de mes recherches dans le fecond
volume du Mercure de Janvier.
Une foupe au beurre , un bifcuit ,
un verre de vin blanc & quelquefois
un lavement de lait , qu'on fait
prendre la veille du remède pour toute
nourriture du foir , comme pour tout
JUI N. 1764. 127
préparatif , avoit accrédité l'idée qu'un
1ofon violent faifoit la bafe de ce fpécifique
; des maux de coeur ; quelquefois
un peu de vomiffement lorfque le
ver ayant prife avec le remède , faifoit
les plus grands efforts pour lui échapper
, fervoient encore à étayer cette
opinion. Comme il eft compofé d'un
breuvage , & d'un bol qu'on fait prendre
deux heures après , le bol paffoit
pour le contrepoifon du breuvage ; enfin
l'air de mystère , & l'attention à cacher
le remède en le préfentant , fembloient
mettre le dernier fceau à une façon fi
défavorable à ce Spécifique..
C'en étoit affez pour allarmer ma
délicateffe : je demandai donc pour préfiminaires
qu'il me fût permis de m'infcrire
contre les engagemens que j'allois
prendre , fi dans le remède dont j'achefois
la recette , il y avoit quelque drogue
qui pût paffer pour poifon. Ayant
reçu à cet égard toutes les affurances.
néceffaires , le contrat fut bientôt paffé
& figné.
Vous voyez , Monfieur , que ce remède
eft précisément le même que celui
qui a délivré votre Femme-de-charge
de fon ver folitaire . Si elle fut un peu
fatiguée par fon effet , c'eft que le fieur
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
Noufer en étoit encore à des tâtonnemens
que l'expérience lui a épargnés
dans la fuite : cependant le produit net
de ce fpécifique fut que votre malade ,
qui étoit auparavant dans le plus trifte
état , fe trouva en peu d'heures débar-
,
raffée de fon ver folitaire : elle fortit dans
la même journée , & fut fi bien dès le
lendemain. qu'elle monta à cheval
pour aller vous rejoindre. A l'égard du
vuide confidérable qu'elle fentit dans
fon eftomach lorfque fon ver fut expulfé
, il eft commun à tous les malades
que ce reméde délivre , mais n'en eſt
pas l'effet immédiat.
Cet animal parafite , héberge dans
l'eftomach & dans les inteftins ; il les irrite
par une espéce de chatouillement auquel
, comme je l'ai dit dans les obfervations,
doivent être attribués tous les dérangemens
qu'il occafionne ; c'eft un
effet néceffaire de fes mouvemens , & de
fes ondulations fur des parties auffi irritables
, & auffi fenfibles . Mais lorsque
le ver a été expulfé , l'abfence de cette
fenfation en produit une autre par deficit
; & c'eft là la vraie caufe de ce
vuide que reffentent les malades.
La vertu antivermineufe du ver folitaire
deffeché , & pris en reméde ne
JUI N. 1764. 129
m'eft pas connue ; je fçai qu'elle a été
propofée comme celle des autres vers
pris de la même façon ; mais je peux
affurer qu'elle n'entre en aucune forte
dans le Spécifique dont je fuis poffeffeur,
Il faut à préfent vous rendre compte
de cette foupe au beurre qu'on fait
prendre la veille du reméde . Madame
Noufer , n'a pas été en état de fatisfaire n'à
ma curiofité la -deffus : c'eſt ainfi , m'at-
elle dit , qu'en agiffoit mon mari ; je
n'en fçai pas -davantage . Ce feroit donc
encore une énigme pour moi fans l'obſervation
ſuivante qui ma rappellé que
le Sieur Borin m'a fouvent affuré que
le beurre & le lait , & même le miel
étoient les aliments après lefquels for
vers le fatiguoit le moins.
M. Midor , Curé de la Guillotiè re ,
Fauxbourg de Lyon , étoit attaqué du
ver folitaire ; il mangea par hazard du
beurre , & fe trouva auffi- tôt foulagé ;
depuis ce moment , il eut fouvent recours
à cette recette pour fon foulagement
, & toujours avec fuccès jufqu'à
ce qu'il prît le fpecifique des mains mêmes
de Madame Noufer. Etudiant la
fenfation de mieux-être dont il étoit
affecté pendant la digeftion du beurre ,
il en avoit conclu que le ver folitaire
Fv
Jo MERCURE DE FRANCE .
s'accommode très bien de ce genre d'a
liment , & qu'il refte enfuite dans l'inaction
ainsi qu'un enfant qui vient de
quitter le fein de fa mère ; voilà une
recette facile pour le foulagement de
ceux que ce fâcheux hôte incommode;
elle pourroit même fervir d'épreuve
pour ceux à qui des fymptômes bifarres
& équivoques le feroient feulement
fcupçonner.
Vous voyez à préfent que l'aliment
préfenté au Ver folitaire la veille de fon
expulfion , eft un leurre pour lui ; il s'épanouit
pour prendre à l'aiſe une nourriture
qui lui eft agréable ; & le lendemain
il eft attaqué au dépourvu par le
Spécifique qui le tue. Peut-être éluderoit-
il fon action , fi irrité par des remédes
contraires , il étoit tapi & collé
contre les parois de fon domicile ; dans
cet état de défenſe , ſes trachées , ou
les ouvertures par lefquelles il afpire fa
nourriture feroient exactement fermées,
& le Spécifique glifferoit deffus fans les
pénétrer. Les inftructions du fieur Noufer
portent expreffément de laiffer un
intervalle affez confidérable entre fon
reméde & ceux dont on peut avoir fait
ufage antérieurement.
Un des avantages de ce Spécifique ,
JUIN. 1764. F31
promts dont les effets font toujours auffi
que fùrs , eft de pouvoir être donné fur
de fimples foupçons , & j'efpére acquérir
avec le temps des connoiffances affez
exactes , pour difcerner ceux qui
font légitimes : combien de Malades
ont langui très-longtemps , & fe font
épuifés par des remédes pris au hafard ,
avant qu'un lambeau de Ver Solitaire
rendu par les felles vînt leur apprendre
quelle étoit la caufe de leurs indifpofitions
!
M. de Fleurien , premier Préſident
du Bureau des Finances en cette Ville
m'a permis de publier qu'il a été délivré
il y a peu de jours par ce reméde ,
du Ver Solitaire dans l'efpace de deux
heures & demi. Il fouhaiteroit avec
moi que fa publicité le mît à là portée
de tout le monde , & en fît connoître
la fùreté & l'éfficacité ; mais en me livrant
fans réserve à une pareille expulfion
,peut-être ferois-je encore en proye
aux dents acérées de cette lime fourde
qui ronge également les métaux les
plus purs comme ceux du plus bas aloi.
J'ai l'honneur d'être , & c.
PONTEAU , Docteur en Med. Me en Chirurgie ,
ancien Chirurgien en Chefdu grand Hôtel- Dien
de Lyon , &cr
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
SUITE pratique de la Goute , des
Sciatiques & des Rhumatiſmes gouteux.
MONSIEUR ,
UNE maladie de poitrine que j'ai effuyée
depuis le vingt Mars jufques en
Mai , ne m'a pas permis de répondre à
la confiance d'un grand nombre de
Gouteux dans Paris & dans les Provinces
; j'ai promis au Public dans votre
Journal de Mars dernier , de continuer
de l'inftruire dans celui du mois de Juil-
Jet ; je lui tiens parole , & voici des faits
très-intéreffans capables de le confoler
par l'efpérance de trouver des reffources
qui lui ont toujours paru fabuleufes .
FAITS DE PARIS.
M. le Comte de Fenelon, Hôtel Notre-
Dame , rue du Colombier , près l'Abbaye
Saint Germain , goute aux pieds
& aux genoux ; fort foulagé par la poudre
balfamique , & le baume végétal.
Ce fait eft de Mars.
M. Perruchon , Ancien Régiffeur Général
des Hôpitaux de l'Armée ; en
Février , étant fort tourmenté d'un rhuJUI
N. 1764. 133
matiſme dans les reins , dans les épaules,
& les cuiffes ; logé Hôtel de Grenelle
rue de Grenelle Saint Honoré , fut calmé
en vingt -quatre heures , & bien
tôt rétabli par la poudre balfamique
& le baume végétal.
>
M. Defhayes , Hotel du Saint Efprit
, rue du Four Saint Honoré ; en
Fevrier ; rhumatiſme aux reins aux
épaules & aux genoux ; calmé en quelques
jours par lefdits remèdes , & toujours
de mieux en mieux par la continuité
de leur ufage .
M. le Chevalier de Bauvais , chez M.
le Préſident de Mêlé , rue du Sentier ,
quartier Montmartre , en Mars , la goute
la plus enflammée aux genoux & à la
main calmée en trente heures : a commencé
à marcher un peu le troifiéme
jour & s'eft bien - tôt rétabli par-la
poudre balfamique & le baume végétal.
M. de Berthecourt , Gentil-homme de
de Monfeigneur le Cardinal de Gévres ,
en fon Hôtel , rue neuve des Auguftins,
en Mars , rhumatifme aux jambes , aux
épaules & aux mains , fort calmé en
quinze jours par la tifane balfamique ,
& fe trouvant toujours mieux par fon
ufage , & celui du baume végétal .
Duquéry , Hôtel de Bretagne , rue &
134 MERCURE DE FRANCE .
croix des petits champs , en Avril a ufé
de la poudre balfamique & du baume
végétal , ce qui lui a fait un très -grand
bien par une copieufe évacuation de
glaires.
Obfervation néceffaire fur le Baume.
M. le Chevalier de Saint Pau , Hôtel
de Vincenne , rue de la Monnoye , &
M. Duval , Secrétaire du Roi rue
d'Antin , à la fin d'un accès de goute
où il reftoit foibleffe des parties & quelques
légers reffentimens , s'étant purgé
avec la manne , le fel de duobus , &
le baume végétal , furent en état de
fortir le lendemain.
M. de Berthecour , par le même purgatif,
le lendemain eut le mouvement
de fa main rhumatifée .
Cette façon de purger eft la feule qui
foit propre dans ces maladies , parce
quelle ne tranche point & elle eft propre
à l'humeur & aux nerfs ;
Faits de Provinces.
M Jore , à la Cour de l'Hotel de
Ville de Rouen , ayant une goute fixée
aux clavicules ; refpiration gênée , difficulté
de marcher , ma écrit en Avril
que la poudre balfamique , & fur tout
JUI N. 1764. 135
Je baume végétal lui avoient très - bien
fait , qu'il marchoit plus librement &
que l'humeur étoit fort adoucie à la poi
trine.
Une femme de Lyon , très - vivement
rhumatifée depuis plufieurs années , &
fans foulagement , l'a trouvé dans l'ufage
de la poudre balfamique & du baume
végétal ; j'en ai reçu l'avis par M.
Tranzoni , Recteur de l'Hotel Dieu de
Lyon , qui lui a fait adminiſtrer les remédes.
fon
M. de Montricoufte , Premier Préfident
de la Cour des Aydes de Montauban
, m'a écrit en Mars , que le baume.
végétal lui faifoit au mieux pour
eftomach affoibli ; il le continue .
Je ne peux citer un très - grand nombre.
de perfonnes de Paris , des Provinces &
de l'Allemagne , qui font ufage defdits
remédes , foit pour la goute , les humatifmes
& c. ou pour l'eftomach , parce
qu'ils prennent , ou font prendre les
remédes pendant que je fuis à mes vifites
fans donner les noms ni les adreffes .
Je viens de réformer mon ordonnance
à la fin de mon ouvrage, parce qu'et
le étoit trop générale , & ne réuffiffoit
qu'à quelques- uns ; des fuccès continués
tout cet hyver m'ont appris à la
136 MERCURE DE FRANCE.
régler pour tous les cas & tous les tempéramens
; elle eft diftincte ; elle indique
les traitemens généraux & particu
liers , , propres à un chacun & à tous les
genres de Goute , & c. J'y donne la façon
de faire le to pique dérivatif pour
les pieds , comme je l'avois promis
dans le Mercure de Mars. Lifez celui
de Novembre prochain.
L'Ouvrage fe vend chez Panckoucke,
Libraire , rue & près la Comédie Françoife
à Paris.
Mon adreffe eft chez M. Burel , Chirurgien
, rue du gros Chenet , quartier
Montmartre à Paris.
Je ne reviendrai à Paris qu'au commencement
d'Août, après les collections
de mes Simples .
Je ne reçois que les Lettres affranchies.
C. DE MONTGERBET , Médecin du Roi
& ordinaire de fes Bâtimens.
JUI N. 1764 . 137
ARTICLE IV.
BEAUX-ARTS.
ARTS UTILE S.
CHIRURGIE.
RÉPONSE intéressante du Chirurgien
de Province , Auteur des Obfervations
fur l'origine & fur les progrès
de la Taille , appellée Méthode de
RAV , &c , inférées dans les Mercu
res des mois d'Août & Septembre
1762 ; aux recherches & à la critique
de M. BORDENA VE , Chirurgien
Profeffeur à S. Cofme , de
l'Académie Royale de Chirurgie , & c,
inférées dans le Mercure d'Octobre II.
vol , & Novembre 1763 .
ARTICLE PREMIER .
PRECIS hiftorique de l'ufurpation de
la découverte du FRERE JACQUES .
ES Amateurs de la vérité ne feront
138 MERCURE DE FRANCE.
·
pas peu furpris d'apprendre que les recherches
de M. Bordenave ont pour objet
d'obfcurcir la mémoire d'un des
plus grands hommes que laFrance ait
produit : que le Frère Jacquesayant rendu
la taille du périné méthodique , par une
des plus importantes découvertes de la
Chirurgie , & des plus intéreffantes pour
l'humanité , il foit devenu par-là l'objet
éternel de la haine & du mépris de la
plupart des Chirurgiens , & fur - tout de
ceux de Paris.
Le Frère Jacques , du tiers-Ordre de
S. François , Chirurgien par goût & par
éducation , & entiérement dévoué au
bien public , ayant éprouvé dans le
cours de quinze années de pratique de
la Taille , par le petit & par le grand
appareil , les inconvéniens énormes de
ces deux manières fi imparfaites d'extraire
la pierre de la veffie , pratiquées
féparément ; reconnut par l'Anatomie
& par l'obfervation , qu'elles pouvoient
devenir réciproquement le correctif
l'une de l'autre , en les réuniffant enfemble
, dans une feule & mème opération.
Convaincu par dix années d'expérience
, de la bonté & fupériorité de fa
nouvelle manière de tirer la pierre de la
JUI N. 1764 . 139
veffie , & enfin après avoir taillé en différentes
Contrées de l'Europe dans le
cours de vingt-cinq années de pratique ¿
tant par les anciennes que par fa nouvelle
opération , plus de quatre mille
cinq cens malades affligés de la pierre ,
en préfence des Medecins , des Chirurgiens
& des Magiftrats des lieux où il
opéroit , & muni de leurs certificats ;
fon zèle pour le bien public le déter
mina en 1697 à aller à Paris , pour montrer
aux Medecins & Chirurgiens de
cette Capitale & de la Cour fa nouvelle
manière d'extraire la pierre de la veffie ,
comme plus facile , plus fùre & beaucoup
moins dangéreuſe que celle qu'on
pratiquoit.
Cette découverte étant marquée au
coin de la vérité. enleva d'abord les
fuffrages tous les Medecins & les Chirurgiens
furent furpris d'admiration de
voir que de la réunion de deux opérations
meurtrières féparément , le petit &
le grand appareil , il en résultoit la taille
la plus avantageufe poffible. Convaincus
en outre par les épreuves , & par les
fuccès dont ils furent témoins , ils en
firent publiquement , & au Roi & à la
Famille Royale , les plus grands éloges
en annonçant le Frère Jacques comme
→
140 MERCURE DE FRANCE .
un homme envoyé de Dieu pourfoulager
ceux qui étoient affligés de la pierre
par une méthode plus aifée & moins
dangereuse que celle qu'on pratiquoit ,
& c.
M. Meri , Chirurgien de S. Cofme ,
Major de l'Hôtel-Dieu , Membre de l'Académie
Royale des Sciences , & c. fut
chargé conjointement avec plufieurs
autres Médecins & Chirurgiens , par
M. le premier Préfident de Harlai , de
l'éxamen de cette nouvelle opération .
Meri fit en préfence defdits Médecins &
Chirurgiens , d'après une épreuve faite
par le Frère Jacques même , fur le cadavre
d'un homme , la deſcription anatomique
exacte , du trajet de fon incifion
, avec un rapport circonſtancié
fans altération (a) , des grands avantages
& de la fupériorité de cette nouvelle
manière d'extraire la pierre de la veſſie ,
fur l'ancienne , le grand appareil qu'on
pratiquoit alors ne connoiffant pas mieux,
(a ) Ce rapport fut altéré dans la fuite par
des additions démonftrativement machinées &
ajourées après coup , auffi bien que le procédé de
l'épreuve du Frère Jacques ; & c'est ainsi que
Méri les a tranfmis dans les obfervations , qu'il
fit imprimer deux années après contre ce Frère
& fon opération.
JUIN. 1764. 141
& il donna le furlendemain de l'épreuve
ce rapport à M. le Premier -Préfident.
Mais ces éloges & ce rapport étoient
des aveux furpris au premier mouvement
de leur coeur : l'envie fuccéda à
l'admiration ; & comme cette découverte
étoit l'ouvrage d'un homme qui
n'avoit ni titre ni rang en Médecine &
en Chirurgie , quoique grand Chirurgien
dans le fond , il ne fut plus queftion
que des moyens de fe dédire , fous
prétexte d'éxamen infuffifant & d'expérience
contraire , & d'altérer & décompofer
cette opération , pour en faire
naitre des inconvéniens , & expofer fon
auteur le Frère Jacques , fous un point
de vue d'ignorance craffe , pour s'approprier
enfuite fous prétexte d'inftructions
& de corrections , l'honneur de fa
découverte.
Comme le Frère Jacques avoit porté
la taille du périné à un degré de pe fection
, auquel fes raviffeurs ne pouvoient
véritablement rien ajouter , ils eurent ,
recours à l'invention ... & comme
l'anatomie & la fonde crénelée font au
lithotomifte ce que la carte & la bouffole
font au Pilote , & que leur en ôter la
connoiffance , c'eft en faire des ignorans
qui n'ont que la témérité pour
142 MERCURE DE FRANCE.
,
guide & le hafard pour fuccès , & für lè
compte defquels on peut établir tous les
écarts & toutes les erreurs poffibles ; les
Chirurgiens de S. Cofme , particuliérement
ceux qui pratiquoient la lithoto
mie , Meri, Delaunai , Saviard , Maréchal
, Dionis & c. inventerent & publierent
que le Frère Jacques n'avoit
aucune connoiffance des parties fur lef
quelles il opéroit , point d'anatomie ,
& que la fonde feule dont il fe fervoit
pour tailler n'étoit point crénelée pour
retenir & conduire la pointe de fon biftouri
lithotome à la veffie. Ils ajouterent
que le Frère Jacques incifoit dans fa
nouvelle opération de bas en haut par
le moignon de la feffe , & qu'il pratiquoit
encore de même le petit appareil,
en coupant de bas en haut tout ce
qui fe rencontroit de parties , depuis la
tubérofité de l'ifchion , où il commençoit
l'incifion , jufqu'à la pierre , & c. & ils
firent naître de cet ordre renversé des
impérities de toute efpéce , & même audelà
de toute poffibilité.
Enfin Meri fit une collection de toutes
ces inventions controuvées , qu'il publia
en 1700 (b) comme autant de rap-
1
(b ) Obfervations fur la manière de tailler
Four l'extraction de la pierre pratiquée par Frère
JUI N. 1764. 143
y a
ports & d'obfervations conftatées , faites
par l'ordre de M. le Premier Préfident ,
fur les épreuves & fur les opérations du
Frère Jacques. Il est vrai que Meri
joint le rapport avantageux qu'il en
avoit fait d'abord en 1697 à ce Magiftrat
, mais avec des additions relatives
aux fauffetés inventées depuis , & démonftrativement
ajoutées à ce premier
rapport , pour juftifier fes contradictions ,
& autorifer fes fauffes obfervations ,
comme ayant prévu d'abord tous ces
inconvéniens , particuliérement à cauſe
du défaut , fuppofé , de crénelure de la
fonde , & c'est ce qui en a le plus impofé.
Ces additions machinées après coup
commencent par ces mots , mais il me
paroît , Monfeigneur , que Frère Jacques
pourroit , &c. page 23 .
Meri termine fes fauffes obfervations
en indiquant de créneller la fonde pour
fûreté de l'incifion , & de borner l'incifion
à l'uretre exclufivement au col & au
corps de la veffie , pour éviter , dit-il ,
la fiftule & lincontinence d'urine , &c.
ce qu'il appuye de differtations fpécieufes
contre tout principe , & démenties
par l'expérience . C'eft là l'origine & la
Jacques , &c. par Jean Meri , Chirurgien de la
feue Reine , &c .
144 MERCURE DE FRANCE .
fource ( le Livre des obfervations de Meri
fur la taille du Frère Jacques ) de toutes
les abfurdités & fauffetés débitées jufqu'à
ce jour , fur la capacité du Frère
Jacques , & fur la nature & l'exécution
de fa nouvelle opération (c) .
Dans le même temps Delaunai , Saviard,
Dionis , & c. écrivirent auffi contre
le Frère Jacques & contre fon opération
mais comme Meri avoit écrit le
premier & épuifé le fujet , ils n'ont pû
que répéter & commenter les mêmes inventions
, en les ornant chacun fuivant
fon génie , d'épithètes injurieuſes &
calomnieufes. Tous ces Ecrits , joints
aux fuccès étonnans du Frère Jacques ,
& aux honneurs publics qu'on lui rendoit
alors en Hollande > famentèrent
( c ) Nouvelle opération du Frère Jacques , que
Meri fit à M. le Premier Préfident en 1697 , eft
le premier & le feul Ecrit vrai qui ait été faic
fur cette opération ; & le Traité des Obfervations
que Meri a publié en 1700 , fur cette même opération
, après que l'envie l'eut fubjugué , n'eſt
qu'un tiflu de fauffetés , de contradictions & d'ab-
Turdités. C'est le premier qui a été imprimé , &
généralement tous ceux qui ont écrit depuis , fur
l'opération du Frère Jacques , fans aucune exception
jufqu'à M. Bordenave lui - même n'ont fait
que répéter & commenter les mêmes faulletés &
les mêmes abſurdités.
l'envie
2
145 JUI N. 1764.
l'envie au point qu'elle gagna , comme
par contagion , tous les Lithotomiſtes
de l'Europe ( excepté Rau, Médecin-Opérateur
à Amfterdam ) & la découverte
du Frère Jacques fut enfouie dans un
cloaque inépuisable d'impoftures de
toutes efpèces ; & c'eft des débris de
cette importante découverte qu'on voit
éclore de jour à autre tant de prétendus
Auteurs de nouvelles méthodes , qui
n'ont d'autre part aux progrès de la
taille , que la hardieffe de s'annoncer
pour tels.
Les limites que prefcrivent les Ecrits
périodiques , ne nous permettant pas de
pourfuivre plus loin cette Hiftoire , nous
Î'interrompons ici pour démontrer par
des preuves inconteftables à M. Bordenave
, malgré toutes fes autorités , témoins
oculaires & authenticités , que le
Frère Jacques n'a jamais taillé fur une
fondefans crénelure , ni pratiqué le petit
appareil par le moyen de la feffe , &
que les principales caufes des impérities
qu'on lui a imputées en conféquence ,
font d'une impoffibilité abfolue.
G
146 MERCURE DE FRANCE .
ARTICLE IL
ASSERTIONS desfauffes imputations
faites au Frère JACQUES.
Dire que le Frère Jacques a découvert
une méthode de tirer la pierre de la
veffie plus facile & moins dangereuse
que celle qu'ou pratiquoit , & cela fans
connoître la topographie , l'anatomie
des parties fujettes à fon lithotome , ni
la cannelure de la fonde , qui en eft le
guide : autaut vaudroit- il avancer qu'un
Pilote a découvert pour la navigation
des campagnes les plus difficiles , des
routes abrégées & beaucoup moins périlleuses
, fans connoître la carte ni la
bouffole . (d), C'eft cependant à de telles
abfurdités que l'envie eft parvenue à
donner de l'authenticité,
M. Bordenave dit dans fes recherches.
fur la taille du Frère Jacques , en ré
ponſe à nos obfervations. » L'Hiftoire de
» l'opération de Frère Jacques a été dé-
» crite dans trop de Livres , par des Au-
(d ) La cannelure eft à la fonde à tailler ce que
Paimant eft à la bouffole ; il leur donne à l'une
& à l'autre, la propriété qu'elles ont , de cons
duire & diriger les opérations.
JUI N. 1764. 147
» teurs non fufpects , inftruits , la plu-
» part témoins oculaires , pour paroître
" équivoque , & il faut être aveugle &
» de mauvaise foi pour ſe refufer à la
» vérité .
"
» Malgré l'expofition claire des faits
» les mieux circonftanciés , malgré les
» Ecrits les plus authentiques & les
» mieux reçus par les gens de l'Art contemporains
feuls Juges compétens
» en cette matière , il a plû cependant à
» un Anonyme, fe difant Chirurgien de
» Province , de nier en partie ce qui a
» été écrit il y a plus de foixante ans fur
» la taille de Frère Jacques ; d'accufer
» de prévention M. Meri & les autres
» Lithotomistes de fon temps ; de leur
» imputer d'avoir publié des obferva-
» tions fauffes contre fa nouvelle ma-
» nière de tirer le pierre , & d'avoir fup-
" pofé que la fonde dont ce Frère fe
» fervoit pour tailler n'étoit point cré-
» nelée pour retenir & conduire la poin-
» te de fon lithotome à la veffie , & c.
» Mais il reste à favoir fur quelle auto-
» rité l'Anonyme peut révoquer en
" doute les faits les plus conftatés , dont
» n'a pas été le témoin .....
Quelle allégation d'ailleurs peut - on
» oppoſer aujourd'hui après plus de
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
»
»foixante-trois ans , contre l'Ouvrage
» de M. Meri , qui réunit en fa faveur
» l'autorité la plus complette ? M. Meri
également recommandable par fes
» lumières & par fa probité , &c ... a
laiffé des obfervations lumineuses ,
détaillées , exactes , fans paffion , dont
» il n'eſt jamais le feul témoin , mais
qui font atteſtées toujours par la pré-
» fence d'un grand nombre des plus cé-
»lébres Médecins & Chirurgiens.
»
» On peut même ajouter que l'Ou-
» vrage de M. Meri eft moins l'ouvrage
» d'un Particulier que celui d'un homme
public . Ainfi comment peut-on dire
après de pareilles preuves , que les
» obfervations des impérities de Frère
Jacques font d'une impoffibilité ab-
» folue ?
H
"
» On va plus loin , on nie que cet
» Opérateur ait jamais taillé avec un
» cathéter ou fonde non- cannelée : mais
» M. Meri & fes contemporains l'ont
» vu opérer ainfi . Ce n'eft donc pas une
» fuppofition de fa part.....
" C'est donc manquer à la vérité fans
» aucunfondement , & uniquement par
» paffion , que d'avancer avec autant
» de confiance que le Frère Jacques n'a
jamais taillé avec un cathéter, ou fonde
"non-cannelée &c...
"
JUI N. 1764.
149
"
93 " Je ne fuivrai pas plus loin l'Anonyme
provincial dans fes affertions . Cet Ou-
» vrage obfcur , produit dans les téné-
» bres , dicté par la paffion , paroît uni-
» quement fait pour décrier des Chirur
» giens recommandables & défigner
» un fucceffeur au Frère Jacques ; j'a .
» bandonne au temps la caufe actuelle ;
» la postérité ſeule peut la juger . Mais
" j'ai cru devoir à la mémoire de M-
» Meri les recherches qui ont été pro-
» pofées , & qui prouvent inconteftable-
» ment la vérité & l'utilité de fon Ou-
" vrage , contre toutes les déclamations
» que l'on pourroit lui oppofer & c .
ARTICLE II I.
DE l'impoffibilité démontrée des imputations
faites au FRERE JACQUES.
Nos autorités , C'eft la démonftration ,
contre laquelle le nombre des années
ni le nombre des hommes , avec tous
leurs titres , talens, & probité apparente ,
ne peuvent abfolument rien . Il n'eft
pas toujours indifpenfable , comme le
fuppofe M. Bordenave , d'avoir été préfent
à la fabrication des faits controu
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
vés , pour les nier. Il fuffit qu'ils ayent
été affez mal concertés ou mal combinés
, pour pouvoir dans tous les temps
en démontrer la fauffeté , ou l'impofibilité
; & les imputations faites au Frère
Jacques , pour lui ravir l'honneur de
fa découverte , font abfolument de cette
nature ; & de toutes les allégations de
M. Bordenave , contre le Frère Jacques ,
à titre d'incapacité & d'impéritie , il
n'en eft pas une feule , dont on ne puiffe
malgré tous fes témoins oculaires , &
toutes les authentiques autorités , démontrer
la fauffeté. Les aveux du Frère
Jacques mêmefur les défauts de cannelure
defafonde , s'il en étoit de bien conftatés
, ne pourroient être que des aveux
furpris ou forcés ; parce qu'il n'étoit pas
plus dans fon pouvoir , qu'à tout autre ,
d'executer des chofes abfolument impoffibles.
Pour trancher court fur les difcuffion
, éviter les queftions incidentes ,
& tout fubterfuge , & faper par les
fondemens le fpécieux de toutes les preuyes
alléguées par M. Bordenave , contre
la capacité du Frère Jacques , & particulièrement
contre la cannelure de fa
fonde ;nous lui propofons le défi , de répondre
démonftrativement , fans équiJUI
N. 1764. ISI
voque ni ambiguité , aux propofitions
fuivantes.
PREMIÉRE PROPOSITION.
Le grand appareil eft il praticable ,furla
convexité de la courbure d'une fonde
folide rempliffant l'urétre , exactement
ronde , & fans cannelure ou rainure
pour l'incifion , & l'introductionfucceffive
des différents inftruments , propres à
forcer& dilater ce canaljufqu'à la veffie ,
pour en extraire la pierre ?
REMARQUES.
Le grand apareil de Romanis , que
le Frère Jacques avoit pratiqué , & réuni
avec le petit appareil de Celfe , des
anciens , dans fa nouvelle opération ,
confifte à ouvrir par une incifion perpendiculaire
au haut du périné l'urétre , à
quatre travers de doigt , ou environ en
deça du corps de la veffie,fur la convéxité
d'une groffe fonde d'acier , recourbée
conformément à la courbure de ce canal
, pour en faciliter l'introduction
pardeffous l'arcade du pubis dans la
veffie , ( e ) & crenelée , fur la convéxi-
}
(e ) Le Frère Jacques le fervoit de fondes plus
greffes que les fondes ordinaires , pour leur faire
Porter une crénelure plus profonde fans en altérer
la force. Elles étoient aufli plus recourbées pour
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
té de fa grande courbure pour l'infinua
tion , & introduction forcée & fuccef
five , des différens inftrumens pour dilater
le canal de l'urétre jufqu'à la veffie ,
& en extraire la pierre ; ce qui ne pourroit
certainement pas avoir lieu fur
une fonde fans cannelure.
Une fonde folide exactement ronde &
fans rainure , rempliffant le canal de
turétre , comme la fupofe Meri (f) bien
loin de faciliter l'introduction d'aucun
autre inftrument dans la veffie , elle
s'y oppoſeroit abſolument. D'où il fuit
que la Canellure ou rainure de la fonde
, eſt d'une néceffité indiſpenſable
dans l'éxécution du grand appareil; donc
le Frère Jacques connoiffoit la crenelure,
de la fonde à tailler , avant d'aller
à Paris; puifque de l'aveu des hiftoriens,
& de Meri même , il avoit pratiqué &
réuni le grand appareil dans fa nouvelle
opération.
Meri dit page 64 , de fes obferva→
tions fur la nouvelle manière de tailler
du Frère Iacques » on pourroit peutamener
& préſenter le bas du canal de l'urétrè
au tranchant du biſtouri ; elles avoient même
un manche quarré applati pour les tenir plus
ferme. Et le tout pour plus grande facilité & ſu¬
reté de fon opération .
(f)Obfervations de Meri , page 17.
JUI N. 1764.
153
» être foupçonner que Frère Jacques
» a connu Raoux ; qu'il tient de lui une
» partie de ce qu'il fçait touchant le petit
» appareil ; & qu'il y a ajouté la prati-
» que du grand appareil, &c. Meri convient
donc, non feulement, que le Frère
Jacques avoit pratiqué le grand appareil
, où la cannelure de la fonde eft
indifpenfable , mais encore qu'il l'avoit
réuni avec le petit appareil , dans fa
nouvelle opération ; & conféquemment ,
que la fonde cannelée du grand appareil
entroit indifpenfablement dans
l'éxecution de ces deux opérations réunies
dans une feule & même opération
, qui conftitue la découverte du
Frère Jacques ; laquelle nouvelle opération
étoit de fa nature auffi impraticable
que le grand appareil fans la crenelure
de la fonde.
,
Le refte au Mercure prochain.
SÉANCE publique de l'Académie
Royale de CHIRURGIE.
L
Du 3 Mai 1764-
E fieur Morand , Secrétaire perpétuel
, ouvrit la Séance par l'adjudication
des Prix en ces termes : L'Académic
G v
154 MERCURE DE FRANCE . *
avoit proposé pour le Prix de 1762 le
Sujet fuivant Déterminer la manière
d'ouvrir les abfcès , & leur traitement
méthodiquefuivant les différentesparties
du corps.
Le même Sujet fut remis pour cette
année 1764 avec un Prix double ; c'eftà-
dire deux Médailles d'or chacune de
la valeur de cinq cens livres , ou une
Médaille & la valeur de l'autre au choix
de celui qui auroit gagné le Prix.
Il a été adjugé au Mémoire N°. 24 ,
dont la devife eft tirée des Georgiques
de Virgile :
Alitur vitium vivitque tegendo ,
Dum medicas adhibere manus ad vulnerapaftor
Abnegat.
L'Auteur eft M. David , Maître ès
Arts , & Candidat pour la Maîtriſe en
Chirurgie.
Il a développé cette matière importante
dans un Mémoire très -ample divifé
en deux parties , & chacune en
plufieurs Sections . Dans la première partie
il traite des abfcès qui ont leur fiége
dans les parties extérieures ; & dans
la feconde , des abfcès internes , c'eſtà-
dire qui affectent la tête , la poitrine ,
le bas-ventre.
f
155 JUI N.. 1764.
Tous ces détails font précédés d'une
théorie générale fur la formation du
pus , tirée des meilleurs principes de la
Phyfiologie ; ce qui jette un grand jour
fur la doctrine qui en eſt déduite pour
les cas particuliers.
Différens Ouvrages avoient déja favorablement
annoncé M. David. Ses
recherches fur la manière d'agir de la
faignée &fur les effets qu'elle produit
relativement à la partie où on la fait ,
contiennent des remarques judicieufes
fur les écrits de quelques grands Maitres
de l'Art qui ont traité la queſtion .
La découverte de la circulation du fang
devoit naturellement éclairer cette matière
; cependant en partant des mêmes
principes , M. Sylva a avancé des erreurs
qui ont été combattues par M.
Quefnay , & M. Quefnay n'a pas combattu
auffi avantageufement qu'il le
croyoit la pratique généralement adop--
tée de faire des faignées à différentes
parties fuivant la fituation des maladies.
Le Livre de M. David , dont il y a
eu deux éditions , nous manquoit pour
éclaircir un point fi intéreffant à l'art
de guérir.
Depuis la publication de cet Ouvrage
, la Société Hollandoife des Scien-
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
ces établie à Harlem en a couronné
un autre du même Auteur en 1762.
Cette Société avoit propofé pour Sujet
du Prix : Ce qu'il convient defaire pour
augmenter, diminuer , or fupprimer le
lait des femmes ; quels accidens il occafionne
le plus fouvent , & comment on
peut les prévenir.
Le nom de M. David eft encore connu
à l'Académie Royale des Sciences
par des expériencesdont il lui a rendu
compte , fur le rafraîchiſſement du fang
par l'opération de l'air dans le poumon,
prouvé par fes différens états dans les
ventricules du coeur.
M. David aujourd'hui couronné par
celle de Chirurgie lui fera attaché dans
peu par fon admiſſion à la Maîtriſe ; &
c'eft une acquifition que l'Académie
defire.
Le Prix d'émulation fut adjugé à M.
Peyrand , Chirurgien à Bellac en Baffe--
marche ; & les cinq petites Médailles
furent partagées entre MM. Dupuis
Leger, Dufouart le jeune , Braillets
Académiciens libres , & Maigrot , Chirurgien
à Ramfoniere près Langres.
Après l'adjudication des Prix M
ordenave lut un Mémoire fur la réu-
•
JUI N. 1764. 157
nion des membres prèfque entierement
féparés du corps.
M. Fabre lut des remarques fur l'opinion
de M. de Haller touchant la fenfibilité
de certaines parties du corps
main.
hu-
M. Gourfant lut des remarques fur
les hernies avec étranglement.
M. le Vacher démontra une machine
fort ingénieufe pour prévenir & guérir
la courbure de l'épine.
M. Sue le jeune termina la Séance par
des recherches hiftoriques fur les coutumes
des anciens Peuples par rapport
aux accouchemens.
L'on donnera des Extraits de ces dif
férentes Piéces dans les Mercures fuivans.
J
MANUFACTURE DE GLACES .
LETTRE à M. DE LA PLACE.
E vous fupplie , Monfieur , de vouloir
bien inférer dans le Mercure prochain
la Lettre ci -jointe que j'adreſſe à
M. Delatour.Comme ce qu'elle contient
peut intéreffer les Peintres en paftel en
général ainfi que les Amateurs de ce
genre de peinture , & que vous femblez
158 MERCURE DE FRANCE .
vous faire une loi de ne jamais obmettre
d'annoncer ce qui peut être de quelque
utilité , j'ofe me flatter que vous
m'accorderez la grace que je vous demande.
J'ai l'honneur d'être , & c.
BERNIERE.
LETTRE de M. BERNIERE , Contrôleur
des Ponts & Chauffées , à M.
DELATOUR.
I t y a longtemps , Monfieur , que je
vous ai entendu vous plaindre de ce
que les plus belles Glaces , ayant toujours
un peu de couleur , altérent celles
que vous fçavez employer fi heureuſement
pour faire ces portraits admirables
dont la vérité nous furprend &
nous enchante , & qui vous ont acquis
la réputation fi juftement méritée de
premier Peintre en ce genre. Les glaces .
de France fant cependant les plus belles
du monde , & il faut convenir que
ceux qui font à la tête de cette Manufacture
n'épargnent ni foins ni dépense
pour parvenir à les rendre parfaites ;
mais c'est un vice propre à la foude
JUI N. 1764. 159
d'Efpagne de produire un verre fombre
& verdâtre , & c'eft grand dommage
qu'on n'ait pu jufqu'à préſent employer
à la confection de nos glaces
françoifes , les mêmes ou femblables
matières qui fervent à former ce beau
verre d'Angleterre qui fe fait fans foude
d'Espagne & qu'on appelle fur le
lieu Flint- Gla . Expreflion que nous
pourrions traduire par celle de verre de
pierre à fufil , parce que apparemment
c'eft un caillou de cette efpéce qui tient
lieu de fable dans la compofition de ce
verre .
Cet inconvénient fait que vous recherchez
les glaces les moins épaiffes.
Mais fi vous gagnez par là quelque
chofe du côté de la couleur de ces glaces ,
vous perdez davantage du côté de leur
force , & vous avez à craindre que trop.
minces & trop foibles , elles ne foient
fracaffées au moindre choc , & que leurs
éclats ne détruifent en un moment un
chef- d'oeuvre fouvent précieux à toute
une famille , précieux par lui- même , &
dont la perte eft d'autant plus fenfible
encore , qu'elle eft irréparable .
J'ai vu d'autres Artiftes fe retourner du,
côté du verre appellé ici communément.
verre de Boheme , mais qui fe tire, de la
verrerie de Saint Quirin , dans le païs
160 MERCURE DE FRANCE.
Meffin . Ce verre eft beau & porte infiniment
peu de couleur ; mais les furfaces
n'en étant pas droites , on y apperçoit
une espéce d'ondulation défagréable
& fatigante pour la vue , qui
defigure le tableau qu'on voit à travers
& fouvent dans de certaines pofitions
empêche entièrement de l'appercevoir.
Me feroit-il permis de vous propofer
quelques moyens que j'ai imaginés pour
remédier à ces inconvéniens ? Je penfe
que tout Citoyen fe doit à la Patrie ;
qu'avec une intention pure de la fervir
il ne peut être blâmable en cherchant
à remplir ce devoir ; & que lorfqu'il
n'a ni le talent ni l'occafion de la
fervir dans les grands objets , il doit
toujours fe trouver très- flatté de l'aider
dans les petits . Je croi que vous m'accordez
cela ; en conféquence voici ce
dont il s'agit .
Vous connoiffez ma manufacture de
glaces & verres courbés ; vous fçavez
qu'on peut y rendre réguliérement
courbe une glace prife droite ; de là
vous pouvez inférer qu'on peut auffi
y rendre plus droit un carreau de verre
qu'on aura pris l'étant moins . En effet
un verre gauche & ondulé étant mis
dans un de mes fours , fur un moule
JUI N. 1764.
161
convenable , y devient parfaitement
droit , & par-là ceffe d'avoir ces ondulations
dont je viens de parler ; il acquiert
ces deux perfections fans rien
perdre de fa tranſparence & de fon éclat ;
à travers un tel verre un portrait paroît
exactement tel que l'Artiſte l'a fait , &
fans qu'aucune de fes couleurs foit altérée
ou chargée .
Il est un fecond moyen de corriger
les irrégularités de ces verres ; c'eft de
leur donner une courbure régulière , &
je penfe que ce moyen feroit le meilleur
dans le cas dont il s'agit ; car comme
on ne veut pas que le paftel touche
au verre qui le couvre , on eft obligé de
donner beaucoup d'épaiffeur à la bordure
pour laiffer entre le paſtel & le
verre une efpace vuide qu'il faut faire
d'autant plus grand qu'on remarque
plus de hauteur dans les inégalités du
verre ; il en résulte que le tableau eft
fort enfoncé , qu'il faut être prèfque
en face pour le voir; & que le tout forme
une grande faillie fur le mur de l'appartement.
Si l'on employoit un verre bombé , la
bordure n'auroit des deux côtés que l'épaiffeur
ordinaire des tableaux à l'huile ;
le portrait feroit vu comme un por162
MERCURE DE FRANCE.
trait à l'huile fans être enfoncé dans fa
bordure ; & le verre qui feroit par
deffus , étant bombé , en feroit infiniment
plus fort & plus capable de réfifter
aux accidens. Il fuffiroit de donner
8 à 10 lignes d'élévation au milieu
d'un verre fait pour couvrir les plus
grandes toiles à paftel.
Vous fentez auffi combien ces verres
bombés peuvent être avantageux pour
couvrir des médaillons en plâtre fin , en
cire , & en autres matières qu'on veut
préferver des mouches , de la fumée ,
& de la pouffière .
J'ai l'honneur d'être & c.
Paris , ce 1 Mai 1764
Nota. Le Bureau de cette Manufactu
res , eft rue des Prouvaires
>
la
première
porte Cochere à gauche en entrant
la rue Saint Honoré.
par
JU. IN. 1764. 163
ARTS AGRÉABLES.
JOUAILLER I E.
LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
JEE ne puis voir fans étonnement , Mr.
qu'il y ait des gens affez peut fufceptibles
de pudeur pour ofer , à la face de la Capitale
, s'arroger , même à titre exclufif,
des fecrets qu'ils n'ont jamais connus.
Celui de peindre les diamans en toutes
couleurs & que la Demoiſelle Granier
a ofé reclamer dans les affiches du 19
Avril dernier , comme prétendant le
poffeder feule , ne lui a jamais été que
fort mal enfeigné , & par quelqu'un
qui n'en fçavoit guère plus qu'elle à cet
égard. Ce fecret renfermé dans tous les
temps dans le fein de la famille du célébre
M. Trochus , eft encore aujourd'hui
entre les mains de Mlles Goujon , fes petites-
niéces , demeurant rue de Harlai ,
qui le pratiquent avec un fuccès vraiment
digne d'applaudiffement. Il a été
un temps où leur jeuneffe & le bien du
commerce m'avoit fait prendre le parti
de l'exercer ; ces Dlles fçavent par quelle
164 MERCURE DE FRANCE.
recherches
voie j'y étois parvenu ; mais dès que je
les ai vues s'y adonner elles - mêmes , je
les y ai encouragées , & je leur ai communiqué
les obfervations que le temps
de mon exercice & mes lumières m'ont
permis de faire fur cet Art. J'ai vu
avec une furpriſe agréable qu'elles ont
pouffé la perfection au- de là de mes
& je m'en fuis réjoui en
faveur de la jouaillerie qui y gagnera de
plus en plus ; mais auffi , je ne puis fupporter
que Public foit expofé à être
tous les jours la dupe d'avis indifcrets
donnés par une foule de mercenaires
que l'on doit regarder comme de véritables
ignorans. Leur ouvrage est tout
au plus bon pour être employé à des
éventails de bas prix ou autres ouvrages
de cette efpéce , parce que leur peu
de durée ne laiffera pas le temps de
reconnoître la mal-adreffe d'ouvriers
qui ont plus befoin de pain que de
belle gloire.
J'ai l'honneur d'être , & c.
STRAS.
Ce 6 Mai 1764.
JUI N. 1764. 165
GRAVURE.
AVIS pour la nouvelle édition des Fables
de LA FONTAINE , gravées en
Taille-douce.
CETTE
ETTE nouvelle édition a été annoncée
par un Profpectus qui indique
tous les moyens qu'on a pris pour luidonner
toute la perfection poffible. Il
fuffit de fçavoir que les figures feront
gravées par M. Feffard , Graveur du
Roi & de fa Bibliothéque , & dont les
talens font connus , & que le Texte
au lieu d'être en caractères mobiles
fera également gravé par M. Monthalay,
& d'après les beaux caractères de M.
Fournier.
M. Feffard , principal auteur de cette
entreprife , plus occupé de fa gloire que
de fes intérêts , à cru devoir facrifier les
peines qu'il avoit prifes & travailler à
nouveaux frais , pour procurer à fon
ouvrage toute la perfection dont il
étoit fufceptible . Quoique le Public
eût été content des effais qu'il avoit
préfentés dans le mois de Janvier , il a
166 MERCURE DE FRANCE.
recommencé le tout pour donner à fes
planches une forme moins quarrée &
plus élégante , pour le rapprocher du
format de la nouvelle édition des Contes
de la Fontaine , pour efpacer fes fujets
& les faire fortir davantage & mettre
fes groupes , & fes figures dans un
fite plus agréable , & les faire quadrer
avec le texte gravé vis - à - vis , dont on
a également allongé la forme.
Quoique ce travail ait doublé fa dépenfe
, il n'augmentera point le prix de
Les foufcriptions. Mais comme les Artiftes
& les Connoiffeurs auroient pu
juger de l'édition par les effais qu'il en
a donnés , il nous a chargés d'inviter
fes Soufcripteurs & les Amateurs depaffer
à la Bibliothéque du Roi , ou à
fon domicile rue Sainte Anne , chez
le Commiffaire , pour y voir les progrès
de cette entreprife , qui acquiert tous
les jours de nouvelles beautés.
Le Sr Fellard , qui a vu avec reconnoiffan
ce combien on s'étoit empreffé de
contribuer au fuccès de fon ouvrage, par
les fouferiptions qu'on a déjà prifes ,
ofe efpérer qu'à la feule infpection de
fes deffeins & de fes gravures , on continuera
à animer fon zéle par la même
voie.
JUI N. 1764. 1649
Nous concevons aifément les frais
immenfes que doit coûter à un Artiſte
une édition auffi belle ; où le texte &
les figures feront également gravés , &
nous fommes bien perfuadés que ceux
qui n'ont point encore foufcrit s'emprefferont
de le faire pour mettre M.
Feffard en état de ne rien épargner
pour finir fon ouvrage , & pour contribuer
par la autant à la gloire de la
Nation , qu'à celle des Arts qu'on y
cultive.
Les changemens confidérables dont
nous venons de parler ont mis cet Artif
te dans l'impoffibilité de délivrer le premier
Volume au premier Juillet , ainſi
qu'il l'avoit annoncé dans le profpectus ,
Le premier Volume paroîtra fans faute
au premier Octobre , & tous les autres
dans les termes qu'il avoit indiqués .
On fçait que le prix de la foufcription
totale eft de 48 livres , pour les
quatres Volumes en beau papier d'Hollande
, mais on ne donne que 12 liv,
en foufcrivant ; ceux qui n'auront point
foufcrit payeront les quatre Volumes.
60 livres , pour le Papier d'Hollande &
48 livres , pour le beau papier de France
.
168 MERCURE DE FRANCE.
MUSIQUE.
PREMIER REMIER RECUEIL d'Airs choifis ,
avec Accompagnement de Guitarre ,
dédié à Madame la Comteffe d'Egmont ,
par M. Berard , Chevalier de l'Ordre
de Chrift , Auteur de l'Art du Chant.
Ces Accompagnemens peuvent s'exécuter
fur la Harpe , d'autant plus aifément
que la marche de la Baffe eft fort
analogue à cet Inftrument. A Paris ,
chez l'Auteur , & aux Adreffes ordinaires
de Mufique. Prix ,` 7 liv . 4 ſ.
ON avertit le Public , que paſſé le
30 Juin prochain , on ne délivrera plus
de Soufcriptions chez M. le Clerc , rue
S. Honoré , près la rue des Prouvaires ,
à Ste Cécile , pour fe procurer la méthode
de M. Gianotti , par le moyen
de laquelle on parvient à accompagner
tout feul , en moins de deux mois .
Si le nombre des Soufcriptions , fixées
& annoncées dans dans les Journaux
, ne fe trouvoit pas rempli audit
jour , le fieur le Clerc eft chargé de
rendre l'argent aux perfonnes qui ont
déja foufcrit pour cet ouvrage , qu'on
ne
JU-I N. 1764. 169
ne pourra
fe
procurer que par ce moyen;
parce que les Planches feront caffées ,
après avoir tiré le nombre annoncé.
ARTICLE V.
SPECTACLE s.
OPER A.
L'ACADÉMIE Royale de Mufique a
fait l'ouverture de fon Spectacle ( ainfi
que nous l'avions annoncé dans le précédent
vol. ) le 2 Mai , par la repriſe de
Titon & l'Aurore , Paftorale héroïque ,
en fupprimant le Prologue , à caufe de
la faifon qui ne permet pas d'auffi longs
Spectacles que dans l'hyver.
Les travaux qui reftoient à terminer
tant à la partie du Théâtre qu'à celle
de la Salle , ayant occupé pendant les
trois femaines de vacance , les ouvriers
néceffaires pour les décorations , il a
été impoffible de donner au Public la
fatisfaction de changer de Spectacle à la
rentrée , attendu que la différence des
dimenfions du nouveau Théatre exi .
ge des décorations nouvelles , ou des
H
170 MERCURE DE FRANCE.
augmentationr & des changemens confidérables
dans les anciennes. On a
donc été forcé de continuer l'Opéra de
Tuon jufques au 13 du même mois, &
de reprendre enfuite une partie des
Fragmens par lefquels on avoit terminé
les Spectacles d'hyver; fçavoir, l’A&e
d'Hilas & Zélis & celui de Pigmalion
précédés du Prologue de Titon. On
doit remettre les Talens Lyriques le 5
du préfent mois de Juin. M. Legros a
chanté dans l'Opéra de Titon & dans
Acte de Pigmalion . Le Public continue
pour ce nouveau Sujet les mêmes
applaudiffemens qu'il avoit obtenus &
mérités dans fon début . Entr'autres
éloges nous avions infifté fur celui de
ne jamais forcer fa voix , de ne point
maniérer ni fon chant ni fon action , de
hazarder des éffors dans l'exécu
tion des airs travaillés , qu'une longue
& fçavante expérience de goût peut
feule rendre agréables , & c. Qu'il nous
foit permis , d'après & fur l'invitation
d'un très- grand nombre de Connoiffeurs
plus éclairés que nous , de l'exhorter
à ne nous pas mettre dans la
néceffité de nous dédire fur des parties
auffi importantes au fuccès de fes ta-
Jens & aux plaifirs du Public.
ne pas
JUIN. 1764. 171
Quelques changemens qui ont été
faits à la nouvelle Salle du Palais des
Thuileries , pour procurer de nouvelles
commodités & un nouvel agrément
aux Spectateurs , ont été généralement
approuvés , & ce Théâtre eft reconnu
aujourd'hui pour un des plus magnifiques
& des plus agréables de cette Capitale.
COMEDIE
FRANÇOISE.
LES Comédiens François firent l'ou
verture de leur Théâtre le Lundi 30
Avril par Héraclius , Tragédie du grand
Corneille , qui fut fuivie de la première
repréſentation de la jeune Indienne
Comédie nouvelle en 1 A&te & en vers.
Cette Piece fut applaudie ; elle a été
continuée jufques au 19 Mai ( 8 repréfentations.
) On en a donné encore une
repréſentation le 27, ayant été redemandée.
Les Acteurs principaux Mlle Doligni
, M. Molé & M. Préville fe trouvant
placés chacun dans des caractères
de jeu analogues à celui de leurs talens,
ont très- bien fait valoir les traits philofo-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
phiques & fpirituels répandus dans cette
Piéce. ( a)
Le même jour M. Auger , qui avoit
prononcé le compliment de clôture prononca
à l'occafion de la rentrée le difcours
fuivant :
Compliment de rentrée.
» MESSIEURS , cet inftant a été ce-
» lui où l'Acteur le plus fûr de vos ſuf-
» frages a fenti le plus vivement tout
» ce que le refpe&t & la crainte peuvent
» infpirer en préſence d'un Juge auffi
» éclairé que vous l'êtes,
» En adoptant tous les genres de
» fpectacle qui font dans cette Capi-
» tale , en daignant même les applau-
» dir , vous ne veillez que fur celui qui
" vous eft propre.
» Si nous hazardons des pièces d'un
» nouveau genre , vous examinez avec
» fcrupule jufqu'où peut aller la licence.
que nous prenons. Une ſévérité que
j'oferai nommer paternelle , nous re-
» met dans les bornes dont nous ne
» pouvons fortir fans nous égarer.
» Vos applaudiffemens ont ce carac-
( a ) L'Extrait de cette Piéce eft à la fin de
l'Article,
JUI N. 1764. 173
tère , Meffieurs , de tout mettre à fa
» jufte valeur , ils n'en impofent qu'à
» l'amour-propre . Le nombre des repré-
» fentations, les fuccès dûs à la fingula-
» rité , à la mode ou à la nouveauté , cé-
» deront toujours aux fuffrages avoués
feulement par vos réflexions & votre
» délicateffe.
Qu'il eft flateur pour nous Meffieurs
, de vous voir ainfi veiller à la
gloire de notre théâtre ? Vous le ren-
» dez refpectable à toutes les Nations ,
» & la postérité ne louera pas moins
» votre goût , que l'urbanité de votre
» fiècle.
» Mais ce n'eft que fous vos yeux &
»avec le tems que fe font formés les hom-
» mes célèbres , qui ont illuftré la Scène
» Françoiſe . Ce n'eft qu'en attendant &
» en fortifiant l'arbriffeau que le cultiva
» teur peut un jour fe repofer fous fon
» ombre : vous l'imitez , Meffieurs , en
» fecondant les efforts de ceux qui en-
» trent dans la carrière du théâtre ; vous
» ne les découragez point par des com-
» paraiſons injuftes qui porteroient dans
l'âme ce refroidiffement fi contraire
» au jeu des paffions . Eh ! comment
» oferois-je paroître devant vous , Mef-
» fieurs , s'il me falloit foutenir la com-
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
" paraifon des acteurs que je remplace
» quelquefois. Mais votre équité voit
» mon zéle & me raffure. Le defir
que
j'ai d'acquerir des talents dignes de
»vous eft le feul qui m'occupe aujour-
» d'hui , & mon bonheur fera toujours
» de pouvoir étudier votre goût , de le
» fuivre , & de vous plaire. »
"3
Le Mardi 8 , M. Feuilli , nouvel Acteur
, débuta par les Rôles de Valets ,
dans le Muet , & dans Crifpin Rival.
Il a continué fon début par les Rôles
du même emploi dans le Légataire ,
l'Impromptu de Campagne , le Feftin de
Pierre , les Folies Amoureufes ; & le
Grondeur. Ce nouvel A&teur n'avoit
joué fur aucun Théâtre public : c'eft
une obfervation nécéffaire , pour préfumer
favorablement des difpofitions ,
naturelles en lui , qui l'ont mis en état
de paroître & de faire plaifir , dès en débutant
, fur le Théâtre de la Capitale.
Il a la figure très - convenable aux carac
téres de fon emploi , la taille agréable
& dégagée , de l'agilité & de la prefteffe
dans les mouvemens. Au furplus , il
montre de l'intelligence & annonce par
là des moyens de faire des progrès avec
un uſage raiſonné de fon talent , & avec
JUI N. 1764. 175 .
le fecours des avis éclairés qu'il eft á
portée de puifer dans une bonne fource
, en les prenant de fes anciens Camarades
,
Le Jeudi 17 , on donna la première'
repréſentation du Jeune Homme , Comédie
en vers en cinq Actes. Certains
détails dans le commencement de la
Piéce excitérent quelques murmures
parmi les Auditeurs . Ils devinrent affez
confidérables enfuite , pour former tumulte
; enforte que les Acteurs ne pouvant
être entendus , fe retirerent vers
la feconde Scène du troifiéme A&te.
Ainfi il ne doit être porté aucun jugement
fur le fond , fur la conduite & fur
le dénouement de cette Comédie , dont
le Public n'a pas eu connoiffance.
Le 28 on à remis la Magie de l'Amour
, Comédie en un Acte , de feu M.
Autreau ; elle étoit précédée d'une répréſentation
de Rhadamifte & Zénobie.
La petite Préce , qui a peut-être fervi de
modéle ou tout au moins fourni bien des
idées , pour des ouvrages fubfequens , a
fait d'autant plusde plaifir, quelle met en
jeu les talens aimables &naturels, d'une
jeune Actrice , ( Mlle Doligni , ) qui
devient tous les jours plus chère &
plus agréable au Public. Ce Drame
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
fournit de plus des Scènes de naïveté
fine entre elle & M. Molé. On connoit ,
& l'on fent fi bien tout le prix du
jeu de cet Acteur , que nous n'ajouterons
rien à l'idée qu'en ont tous les
Amateurs du Théâtre , & à la justice
que lui rend le Public.
EXTRAIT DE LA JEUNE
INDIENNE , Comédie en un
Acte & en vers , par M. DE CHAMFORT
, représentée pour la première
fois le 30 Avril 1764.
PERSONNAGES. ACTEURS.
BETTI ,
BELTON ,
MOWBRAI , Quaker
MYLFORD ,
LE NOTAIRE ,
T
Mlle Doligni.
M. Molé.
M. Préville.
M. Dubois.
·M. Dauberval.
La Scène eft à Charlestown , Colonie Angloife
de lAmérique Septentrionale.
BELTON ELTON eft un jeune homme que le defir
imprudent de voyager avoit entraîné . Il avoit
quitté lon Père établi a Boſton , pour s'embarquer.
Le vaiffeau fur lequel il étoit , avoit
fait naufrage , il avoit été porté fur les bords
JUI N. 1764 . 177
d'une Ifle fauvage où il étoit prêt à périr . Un
Vieillard & fa fille étoient accourus , lui avoient
donné du fecours ; l'un & l'autre , non contens
de lui avoir fauvé la vie par leurs foins , l'avoient
nourri de leur chaffe , & pourvu à tous
fes befoins pendant quatre ans. Au bout de ce
terme , le Vieillard , Père de la jeune Indienne
( Betti ) étoit mort . L'ennui d'une fi longue retraite
, l'inquiétude de l'avenir , le fouvenir de
fon Père , l'efpoir même d'être utile à fon tour
à la jeune Beauté de qui il avoit reçu tant de
.bienfaits , tous ces motifs avoient déterminé Bel- ¨
ton à tenter de franchir les mers . Il avoit engagé
la jeune Compagne à partager les rifques de
cet imprudent projet . Après bien des dangers ,
dans le plus preffant de tous , ils furent rencontrés
par un Vaiffeau qui les reçut à bord & leur
fauva la vie. Ce Vaiffeau appartenoit à Mylford
& à fon oncle Mowbrai , le Capitaine les avoit
amenés à Charlestown où il y a trois jours qu'ils
font arrivés , lorique l'action du Drame commence.
Mylford , ancien ami de Belton , enchanté de
fon retour , en fe félicitant lui- même de cet heu--
reux événement , lui reproche l'abbatement dans
lequel il le voit plongé , & lui en demande la
caufe. Belton , après avoir raconté à fon ami ce
qu'on vient de lire , attribue fa triſtelle aux remords
d'avoir offenſé fon Père , d'avoir rempli
fa vieilleffe d'amertume ; il ne pourra foutenir
fa vue
cette idée l'accable. Mylfort le raffure
contre les craintes par la force de l'amitié , &
même par celle de l'amour . Il retrace à ſa mémoire
que la jeune Arabelle lui avoit été promife
autrefois , qu'il paroifloit l'aimer Belton convient
qu'on ne peur voir Arabelle fans éprouver
>
Hv .
178 MERCURE DE FRANCE :
ce fentiment. Mais l'hymen d'Arabelle étoit moins
le prix de l'amour qu'une fuite de l'amitié du Père
de cette jeune perfonne avec le fien . Il craint que
fa conduite & le temps n'ayent détruit ce projet.Le
Père d'Arabelle eft l'oncle de Mylford. Celuici
le peint à fon ami d'un caractère fans façon
, d'une vertu févère , retranchant les complimens
, en un mot tels que font les Quakres. Il
ui confeille de le voir , & lui répond préfque de
l'aveu d'Arabelle. Belton , feul , regrette d'avoir
enlevé la généreuſe & naïve Betti à les forêts.
Il regrette le bonheur dont il jouiſſoit en poſſédant
fon coeur. Il fait des réfléxions (ur la
Pauvreté , & particulérement fur le mépris qui
la fuit. L'intérêt même de la tendre Betti
femble lui faire une néceffité de lui manquer de
foi en époufant Arabelle . Il eſpére que Betti lui
pardonnera quand elle connoîtra les moeurs &
les ufages de l'Europe. Mowbrai , l'oncle de Mylford
, arrive. Les premiers complimens produifent
une Scène comique. Il trouve mauvais que
Belton le falue , qu'il n'ait pas fon chapeau fur
la tête ainfi que lui , & qu'il l'appelle Monfieur ,
il n'eft pas deux perfonnes , dit- il , ainfi il veac
qu'on lui parle en fingulier , & qu'on le tutoye.
Belton avec un peu d'embarras cherche à fe
prêter à la fimplicité des Quakres . Il lui expofe.
fes craintes fur les fentimens d'un Père dont il
s'accule d'avoir peut-être épuisé la patience.
Nous ne déroberons pas à nos Lecteurs la belle
réponſe du Quakre..
»Tu ne fçais ce que c'eft que l'âme paternelle ,
» Dès qu'un enfant revient ſe ranger ſous notre
aîle , 23
JUIN. 1764. 179
55 On n'examine plus s'il eft coupable ou non ;
> Et l'aveu de l'erreur eft l'inftant du pardon .
Il reproche à ce jeune homme de frémir au mot
de mifere , & d'en être humilié . Cet honnêté
Quakre a pprend , à Betton , là caufe de l'intérêt
qu'il prend à lui & des motifs d'union qui l'engagent
avec fon Père. Deux de fés Vailleaux avoient
péri prefque au Pont. Un créancier inquiet alloit
le mettre dans le cas d'une faillite indiſpenſable,
lorfqu'il reçut un billet par lequel on lui demandoit
en grace d'accepter cinquante mille écus
pour faire face à fes arrangemens , en ajoutant
que fi la fortune un jour lui lévénoit plus favorable
on les reclameroit , mais qu'en attenfant , ce
même billet étoit la quittance de cette fomme.
Un trait de bienfaifance & de générofité fi fingulier
étoit du Père de Belton ; ainfi Mowbrai lui fait
voir qu'il ne fait que s'acquitter par l'hymen
de fa fille. Belton eft embarraffé il convient
que cet hymen eft le ſeul moyen de le remettre en
grâce avec fon Père . Le Quakre , en finillant la
Scène a occafion de lui faire encore la guerre ,
fur les habitudes de civilité. Il fe plaint que depuis
trois jours qu'il vit dans la famille il ne fe foit
pas formé & qu'il foit encore POLI. Mowbrai
s'informe qu'elle eft cette jeane Indienne qui
accompagne Belton , celui ci lui expofe en peu
de mots ce qu'elle a fait pour lui ; Mowbrai commence
par la à s'intéreffer pour Betti . Cette
fille tendre & ingénue cherche fon ami Belton ,
elle fuccède au bon Quakte , fur la Scène. Elle
fe plaint de ce que tout le monde l'environne fans
ceffe , & dés queftions dont on l'accable & qu'elle
ne conçoit pas. La trifteffe qu'elle reproche à Belton
, donne lieu à celui- ci de commencer à l'inf
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
&
traire des moeurs & des ufages des nations qu'on
appelle policées: Betti a de la peine à prendre
quelqu'idée de la richelle & de la pauvreté. Elle
elt fort étonnée que ce foir la poſſeſſion de l'or
qui procure l'une , & fa privation qui foit l'indigence
Elle fe raffure en imaginant que puifque
l'or eft nécellaire au bonheur dans le Païs
de Belton , & qu'il n'en a pas , ceux de ſes
compatriotes qui en ont lui en donneront ,
qu'ils ne voudront pas voir un de leurs frères
malheureux. Belton , cherche à lui faire comprendre
que l'on ne veut dans la fociété que ceux qui
peuvent y être utiles. La jeune Sauvage trouve
cela fort railonnable ; & comme elle imagine
qu'on n'eft utile que par le travail , & qu'en
travaillant on eft à l'abri de la pauvreté puiſqu'on
fe procure le nécéffaire , elle ne peut revenir de
la furpriſe qui lui caufe un genre de pauvreté dont
elle n'a pas d'idée. C'eft , dit Belton , de manquer
des choles d'agrément. Elle veut fçavoir comment
on fait pour avoir de l'or.
BELTO N.
t
» L'on le tient du hazard & tel autre d'un Père
» Du crime trop fouvent il devient le ſalaire :
Mais la vertu par fois a produit ....
BETTI
>>> Que dis-tu ?
» Avec de l'or ici vous payez la vertu !
Elle veut retourner dans fes bois lorſqu'on lui
dit que ceux qui manquent d'or fervent ceux
qui le poffédent. Ce qui l'indigne & l'étonne plus
que tout le refte , c'eft qu'on laiffe cet or entre
les mains des méchans , à cauſe de l'uſage
JUI N. 1764. 181
pernicieux qu'ils peuvent en faire . Elle revient à
l'idée d'utilité à la fociété , elle demande fi la
terre eft fertile dans ce Pays. En ce cas , ce que les
habitans auroient de trop , il n'y auroit qu'à le
leur demander , elle croit qu'ils le donneroient
fur le champ. Elle le promettoit de bien travail-
'ler; mais Belton l'inftruit que dans ces climats
on épargne ces fortes de travaux à fon léxe . Elle
apprend avec joie que l'ufage les permet aux
hommes ; & s'approchant de Belton avec tranfport.
» Quoi donc >
....Belton , embraffe-moi,
BELTO N.
BELTI.
» Tu me rendras ce que j'ai fais pour toi.
Belton eft forcé d'avouer avec douleur quils
ne pourroient prendre le parti du travail , lans
s'expofer l'un & l'autre au mépris . Mylford
vient trouver fon ami Belton , pour lui apprendre
qu'il a vu Arabelle , la jeune Belti lui deman
de d'abord.
>> Aimes-tu Belton ?
MYLFORD-
» Oui,
BELT I. 着
» Bon , il vient de me dire
» Qu'il n'a point d'or ....
Belton eft humilié de cer aveu ingénu . Mylford
fait a fon ami des reproches généreux . Belti,
qui s'apperçoit qu'elle a fâché Belton , lui dit :
Mais il t'offre fon or , que ne le reçois- tu ?
182 MERCURE DE FRANCE.
à MY LFOR D.,
» Nous ne prendrons pas tou .
Belton veut inftruire la jeune Sauvage & lui
faire comprendre que fon amie ne pourroit donner
de fon or fans fe faire tort à lui même ,
& qu'en acceptant de tels offres de l'amitié , fouvent
on s'en rend indigne & qu'on s'expofe aut
dédain. Betti ne peut entendre tout cela . Une autre
circonftance vient encore l'étonner . Mylford
veut parler à Belton en particulier. Betti ne conçoit
pas que fon ami Belton puiffe avoir des fecrets
qu'elle doive ignorer ; cependant ſur un figne
de Belton elle le retire , mais en marquant
du dépit . Pendant fon abfence , Mylford informet
Belton qu ' Arabelle confent à l'hymen projetté.
Belton confie à fon ami fon amour pour Betti ,
ce qu'il doit à cette tendre & malheureuſe fille.
Mylford cherche en vain à calmer les remords
par l'idée du bien qu'il peut ' procurer à Betti
par ce mariage ; la préfence de celle- ci , rentre
, les renouvelle avec violence. Betti demande
avec chagrin à Belton s'il a encore quelques fecrets
à lui cacher. Mylford apperçoit fon oncle
Mowbrai , Betti gémit de ce que dans ce Pays ,
on ne peut jouir en liberté de la préſence de ce
qu'on aime.
» Ne faut-il pas ( dit- elle à Belton ) ſortir encor
" pour celui-là ?}
» Moi , j'aime ce Vieillard , je refte..
Mowbrai apporte à Belton la nouvelle de l'aveu
de fa fille , & que le Contrat eſt tout prêt.
Betti eft fi ingénue qu'elle en remercie le Vieilard
, ne comprenant pas dequoi il s'agit , &
JUI N. 1764. 183
n'ayant en vue que le bien qu'il paroît qu'on
veut faire à fon Amant. Elle eft quelque temps
à entendre parler de ce mariage fans le fourçonner
; mais dès que Mowbrai , répondant à
fes queftions , lui dit pofitivement , que dès ce
ce même jour la fille va devenir la femme de
Belton. Cette intéreffante victime de la tendreſſe
donne l'effor à fes reproches & à fa douleur. Elle
eft effrayée de voir trahir l'amour le plus tendre.
Elle a entendu dire qu'il y a des loix qui
punillent les crimes , elle les invoque. Le bon
Quakre eft étonné , attendri , il offre ſon appui ,
mais ces loix que reclame Betti ne peuvent la
fervir. Elle en eft indignée ; avec quelle douleur
elle regrette fon climat naturel . Elle demande
avec l'éloquence du coeur , quel est donc le gage,
l'appui de la fidélité ?-
MOW BRAI répond.
>> Des témoins fûrs garans de l'honneur.]
BETTI , vivement.
» Oh ! j'èn ai....
MOWBRAI
Quels font-ils ?
BETTI.
Moi , le Ciel , & fon coeur.
MOW BRA I.
» Si par une promeffe augufte & folemnelle...-
BETT I
» Il ma premis cent fois l'amour le plus fidéle³
MOWBRA I,
»At-il par un écrit:?
184 MERCURE DE FRANCE.
H
BETTI.
>> O Ciel ! quai -je entendu?
( à Belton.)
» Quoi ! tu peux demander un écrit ? l'ofes- tu ?
Un écrit ! Oui , j'en ai .... les horreurs du
» naufrage ,
ر د
Mes foins dans un climat que tu nommes
"3
fauvage ,
» Les dangers que pour toi j'ai mille fois courus ?
» Voilà mes titres. Viens puifqu'ils font mécon-
› nus ,
» Dans le fond des forêts, Barbare , viens les lire ?
Partout à chaque pas l'amour fçut les écrire ,
» Du fommet des rochers , dans nos antres dé-
» ferts ,
>> fur le bord du rivage & fur le bord des mers ,
» Il me doit tout , c'eſt peu d'avoir ſauvé ta -vie ,
» Qu'un tigre ou que la faim t'auroit bien- tôr
>> ravie.
Mes travaux
» jour ,
mes périls t'ont fauvé chaque
Entre mon Père & lui , partageant mon
amour....
» Mon Père ! .... Ah ! je l'entends à ſon heure
>> dernière ,
» Du moment où nos mains lui fermoient la
≫ paupiere.
50
>> Nous dire mes enfans , aimez-vous à jamais .
JUI N. 1764. 185
Je t'entends lui repondre ! oui je te le promets...
(fe tournant vers le Quakre.)
» Tu t'attendris ....
Belion à part , s'attendrit juſquaux larmes ; le
Quakre lui dit de la trahir ferois - tu bien capable ?
Betti continue dans fa douleur à reprocher à
fon amant de l'avoir arrachée à ſa patrie . Elle
lui demande au moins de la renvoyer fur la
tombe de fon Père. & finit ainfi :
t
» Toi , cruel , vis ici parmi des malheureux ;
Ils tereffemblent tous s'ils te fouffrent chez eux.
Belton prononce tendrement le nom de Betti.
Ce nom, qu'elle a reçu de lui , donne lieu a de nouveaux
reproches. C'eſt Mowbrai lui - même qui
feconde les efforts de Betti fur le coeur de lon
amant. Il n'y refifte plus , il tombe à les genoux ;
il eft bientôt pardonné . Le Quakre , touché de ce
fpectacle , invite ces jeunes gens à s'aimer & à
ne fe léparer jamais. Il appelle pour faire venir le
Notaire. Betti demande quel eft cet hommelà
Le Notaire a dreflé un Contrat pour le mariage
d'Arabelle avec Belton Mowbrai fait
effacer le nom de fa fille pour mettre celui de
Betti. Le Notaire dit qu'il faut affigner une
dot à la future.
MOWBRA I , au Notaire .
>> Allons , mets : les vertus.
LE NOTAIRE , laiffant tomber la plume.
» Bon ! tu railles , je crois
MOWBRAI répéte.
» Ses vertus.
86 MERCURE DE FRANCE .
» Allons donc, tu te mocques de mof
›› Qui jamais auroit - vu ? ...
MOWBRA I , avec impatience.
Mets fes vertus re dis-je ?
LE NOTAIRE.
>> Tout de bon ! par ma foi ceci tient du prodige?
N'ajoute- t- on plus rien ?
MOWBRAI
» Eft-il rien audeffus ? ....
>> Ajoute fitu veux , cinquante mille écus.
•
LE NOTAIRE.
Cinquante mille écus , fitu veux ! l'acceffoire
>> Vaut bien le principal , autant queje puis croire.
BELTON & BETT I.
Il nous comble de biens ! Ah , courons dans
» fes bras....
BETTI.
» Áh ſurtout , bon vieillard , ne nous mépriſe
pas ,
MOWBRAK
» Que dit-elle ? …...
BETTI
Ah ! je fçais que chez vous on mépriſe
Quiconque en recevant des dons ....`
MOWBRAI.
Autre fotife s
JUIN. 1764. 187
Ou prend- elle cela ? Seroit-ce toi , Belton ,
Qui peux la prévenir de cette illufion ?
De rougir des bienfaits ton âme a la foibleffe.
Puifqu'avec le malheur tu confonds la baffeffe ,
» Je dois te raffſurer , je ne te donne rien ;
›› La ſomme eſt à ton père & je te rends ton bien.
Betti requiſe de figner , ne fçait point écrire.
Son amant lui conduit la main. Enſuite à Belton .
Eh bien ! c'eſt donc fini ? Que cela veut- il dire ?
BELTO N.
Qu'au bonheur de tous deux vous venez de foufcrire
:
Vous m'aſſurez l'objet qui m'avoit fçu charmer.
BETTI.
Quoi ! fans cet homme noir je n'aurois pu t'aimer?
au Notaire.
» Donne-moi cet écrit.
( Le Notaire. )
Il n'eft pas néceffaire.
Cet écrit doit toujours refter chez le Notaire.
D'ailleurs que feriez -vous de ...
BETTI
Ce que j'en ferois ?
S'il ceffoit de m'aimer je le lui montrerois.
Le Notaire.
» Peſte le beau ſecret qu'a trouvé là Madame ?
188 MERCURE DE FRANCE.
Mowbrai termine la Piéce en fe chargeant de
faire tout approuver au père de Belton . Betti felon
lui en eft l'excufe : il eſt aſſuré qu'en révoyant fon
fils il oubliera tour , & que le conſoler c'eſt ſt
juſtifier.
N.B. CettePiécefe trouve à Paris chez CAILLEAU,
Libraire , rue S. Jacques , à S. André. Le prix ef
de vingt-quatrefols.
REMARQUES.
LE Sujet de cette Piéce philofophi
que & intéreffante fe trouve dans le
Spectateur Anglois. Il avoit déja donné
lieu à quelques ouvrages de poëfie , entr'autres
à cette Lettre de Zeila , par M.
Dorat , qui a eu tant de fuccès , & fait
verſer tant de larmes parmi les âmes fenfibles
. Nous devons fçavoir gré à M.
de Chamfort d'avoir mis cette aventure
au théâtre il ne doit pas être fort affecté
des reproches d'imitation qui lui ont été
faits affez indifcrettement dans des écrits
publics. Tous les fujets , & fur- tout les
fujets philofophiques , ont néceſſairement
des rapports les uns avec les autres.
Ces rapports du fond , en entraînent d'inévitables
quelquefois dans quelques par
ties des modifications de détail du même
fujet. La critique éclairée & judicieuſe
ne confond point les parités avec le pla-
1
JUIN. 1764 . 189
giat. L'oeil de l'Artifte ou du Connoiffeur
diftingue très bien l'un de l'autre.
Deux deffeins d'Académie quoique faits
d'après le même modéle & dans la même
pofition ; mais fous des aſpects différens
. Quoiqu'il y ait des parties du modéle
communes en apparence aux divers
afpects ; ce n'eft imitation ni dans l'un
ni dans l'autre ouvrage , que pour les
yeux vulgaires ou inappliqués. Telle
eft à-peu-près la nature dans la morale .
L'humanité ne peut être confidérée , &
par conféquent exprimée que dans un
cettain cercle de fituations , & ce cercle
n'eft pas illimité , à beaucoup près, pour .
les pofitions primitives ; mais c'eft dans
les points de vue , que fe trouvent les
occafions de varier. S'il faut que l'Artiſte
les cherche & les étudie , il faut auffi
que l'examinateur fçache les diftinguer.
Ainfi il n'y a rien d'étonnant que dans la
Piéce dont il s'agit, le fond du Ŝujet étant
d'une part une jeune Sauvage d'un naturel
heureux , fortant des feules mains
de la nature , & d'autre part un jeune
homme élevé dans de bons principes
égaré peut- être par le feu de la jeuneffe ,
mais imbu des préjugés communs à toutes
les nations policées. Il n'eft pas étonnant
, dis -je , il feroit même impoffible ,
1
190 MERCURE DE FRANCE.
& contre la vérité naturelle , qu'il n'
eût pas des rapports
dans
certaines
par
ties de cet Ouvrage avec ceux qui ont
eu pour objet une pofition femblable
par quelque face. Ce n'eft donc point
Arlequinfauvage ; ce ne font point tous
les autres Ouviages fur des Sujets pareils
: c'eſt un petit Drame très-bien écrit ;
penfé & vu philofophiquement , où l'on
a faifi des aſpects particuliers de cette
même fituation de l'humanité , toujours
curieuſe à voir , toujours utile à préſenter
en contraſte avec les avantages & les
abus de la nature civilifée . Bien loin
de chercher à déprimer les premiers fuc
cès de pareils Auteurs , il eft utile peut-
• être pour l'honneur de notre Scène de
les encourager à l'entrée d'une carrière
difficile , où les risques ne font pas toujours
en raiſon égale avec les avantages.
L'action de ces fortes de Drames ne
peut être que d'une petite étendue : celle
de la jeune Indienne paroît fuffifante
& le dénoûment en eft d'autant plus
heureux , que le fort des perfonnages
de l'action y devient entiérement différent
de celui qui avoit paru fe préparer
dans l'expofition.
Comme la Piéce eft imprimée , & que
bien des Lecteurs , plus en état encore
JUI N. 1764. 191
d'en mieux juger que nous , le feront
de connoître l'ouvrage par eux-mêmes
nous ne ferons que parcourir fuperficiellement
les caractères. Celui de Betti
eft toujours intéreffant & en même
temps toujours agréable ; elle affecte
par une naïveté gaie dont la nuance
aimable éfface de l'imagination ce que
le malheur porte avec foi de fombre
& ne laiffe place qu'à un attendriffement
doux & paifible qui émeut l'âme fans la
fatiguer. Belton eft un mélange de
vertus & de foibleffes , de fentimens
honnêtes & d'égaremens , de fautes
& de repentirs , de lumières & de préjugés
, efclave de l'opiniondes hommes,
martyre des facrifices quelle lui arrache.
Il céde enfin au fentiment & à la nature.
Ce caractère eft l'image de l'humanité en.
général . On reproche au Quakre Mowbrai
, de reffembler aux autres Quakres
ou à des Anglois a-peu- près de mêmes
moeurs & de même caractère que ceux
de cette fecte , & qu'on a déjà vus
fur notre fcène. Singulier reproche !
Croit on en impofer par de telles découvertes
? Croit on montrer bien de
la profondeur dans la connoiffance de la
Poëtique , par de pareilles remarques ?
Que feroit- ce qu'un perfonnage annoncé
192 MERCURE DE FRANCE.
pour être d'une fecte , où les principes
& les actions qui en réſultent font
généralement connus pour être communs
à tous ceux qui la profeffent , &
qui cependant ne reffembleroit à aucun
d'eux ? Tant de Gaſconsqui ont été
vus & revus dans nos Comédies , fontils
donc d'un comique bien plus agréable
à l'efprit , & bien plus variés que
l'afpérité vertueuse d'un honnête Quakre,
qui contraſte avec les moeurs d'une
fociété plus polie , mais plus vicieuſe &
fouvent plus foumife à l'erreur par la
force de l'habitude ou par celle des préjugés?
Que l'on imagine que tel perfonnage
du même caractère , qu'on a vu
dans une Pièce , auroit dit , auroit fait
les mêmes chofes que Mowbrai dans les
mêmes circonftances où il fe trouve
avec la jeune Indienne , & que furcela
on établiffe une imitation , même une
forte de plagiat : cela paroît d'une injuftice
contre laquelle doit reclamer la
faine critique.
En total le Public a déja juftifié
l'Ouvrage fur ces petites chicanes
par le plaifir qu'ont fait les repréfentations.
Nous ne craignons pas
d'avancer que la lecture ne fera pas
moins favorable , & qu'on approuvera
l'invitation
JUIN. 1764. 193
l'invitation que nous réitérons à l'Auteur
de travailler à mériter les mêmes
fuffrages dans des ouvrages plus étendus
& plus importans , au rifque de s'expofer
aux traits de la critique.
N. B. On donnera dans les Mercures da mois
prochain l'état actuel des deux Comédies , ain
que l'on a fait l'année dernière. En attendant.
nous informerons nos Lecteurs que Miles DoLIGNI
& Luzzi , ci- devant aux appointemens , ont
été reçues & partagent proportionnellement avec
les autres Comédiens ordinaires du Roi , ainfi que
M. BOURET.
COMÉDIE ITALIENNE.
>
I E n'y a point eu de Nouveautés fur
ce Théâtre dans le genre d'Opéra- Comique
, ou Comédies mêlées d'Ariettes.
Dans celui de la Comédie Italienne , le
célebre M. GOLDONI a donné Camille
Aubergifte & la Dupe vengée. Cette dernière
Piéce a été interrompue après la
2º. repréſentation , par une maladie
grave de M. DE HESSE , ancien Acteur
dont les talens multipliés & variès
ont été fi longtemps & font encore trèsutiles
à ce Théâtre en divers genres. Il
joue dans cette nouvelle Piéce un rôle
comique , dans lequel il ne pourroit
I
194 MERCURE DE FRANCE .
·
être remplacé. On a lieu d'espérer
que fon rétabliffement , auquel le Public
fera fenfible rendra aux Ama-
?
teurs de la bonne Comédie Italienne
une Piéce qu'ils avoient paru recevoir
favorablement.
? Mlle BEAUPRÉ , dont le début avoit
eu un grand fuccès cet hyver , a obtenu
le défiffement d'uneCour étrangère, pour
laquelle elle étoit engagée. Cette Actrice
a reparu aveca pplaudiffemens dans les
rôles de Jenni , de la Laitiere & d'Anneta.
Mlle FAVART , qui rend hommage
aux talens parce qu'elle en a affez
pour ne leur pas porter envie , s'eſt
défait des rôles qui demandent une jeuneffe
trop marquée . Elle garde ceux
d'Amoureufes de cara& ère en chef ,
dans la Comédie proprement dite , &
dans la Comédie à Ariettes. Elle jouera
ceux de Mères dans les deux mêmes genres
de Piéces alternativement avec
Miles BOGNOLI DESGLANDS &
BERARD . On ne doute pas que le Public
, qui fait toujours gré des formes
différentes que l'on prend pour lui plaire,
n'accorde à Me FAVART dans ce nouvel
emploi , les fuffrages dont il l'honore
conftamment depuis qu'elle eft au
Théâtre. Cette Actrice a joué ayec beau
>
JUI N. 1764. 19'5
1
coup d'applaudiffemens la mère dans le
Médecin d'amour. Cela doit engager fon
mari , Auteur de tant de jolis Ouvrages
, à donner encore de nouvelles productions
d'un talent qui a prefque toujours
été couronné par les fuccès les
plus flatteurs.
M. ROCHARD , Acteur de ce Théâtre
depuis plus de vingt ans , en poffeffion
des premiers rôles , & qui joignoit
beaucoup d'intelligence à la pratique
du jeu , ainfi qu'à beaucoup de goût
dans l'art du chant , a demandé & obtenu
fa retraite . C'eft une perte pour
un très -grand nombre d'Amateurs éclairés
de ce Théâtre , qui le regrettent dans
tous les rôles où il jouoit : ce qui n'empêche
pas cependant d'applaudir avec
juftice les talens & le zéle de ceux qui
le remplacent.
ARTICLE
VI.
SU 11 E des Nouvelles Politiques qui
n'ont pu entrer dans Mai.
L.
B 24 Février , l'Académie Royale de Peinture
& de Sculpture tint une Affen blée & reçut au
nombre des Aggrégés le fieur Prince , Peintre
de l'Impératrice de Ruffie , connu par différens
Onvrages qui lui ont acquis de la réputation
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
dans cette Cour , ainfi que dans celle de
Vienne & de Warfovie. Il a préfenté à l'Académie
quatre Tableaux & plufieurs deffeins qui
ont mérité les fuffrages de tous les Membres .
Le fieur Briffon , de l'Académie Royale des
Sciences , commencera , le 14 de ce mois , un
cours de phyfique expérimentale , dans la Salie
des Machines au Collège de Navarre , & le
continuera les Lundis , Mercredis & Vendredis
de chaque femaine.
Sa Majesté voulant donner au Régiment des
Gardes Françoifes des marques de la fatisfaction
qu'Elle a des fervices diftingués que ce
Corps a rendus dans tous les temps & dans toutes
les circonftances , & lui régler en mêmetemps
un traitement qui réponde à l'honneur
qu'il a d'être affecté d'une manière particulière
à la garde de fa Perfonne , a réfolu de lui fixer
une conftitution folide & invariable , & d'aɛcorder
, tant aux Officiers qu'aux Soldats une
augmentation de traitement. En conféquence ,
Sà Majeſté à rendu une Ordonnance , en date
du 29 Janvier dernier , fuivant laquelle ce Régiment
continuera d'être compofé de trois compagnies
de Grenadiers & de trente compagnies de
Fusiliers , lefquelles formeront fix bataillons ,
compofé chacun d'une demie- compagnie de Grenadiers
& de cinq compagnies de Fusiliers.Chaque
compagnie de Grenadiers fera commandée en
tout temps par un Capitaine , deux Lieutenans ,
deux Sous-Lieutenans , & deux Enſeignes à Pique ;
& compofte de quatre Sergens , d'un Sergent
d'Armes , d'un Sergent-Fourrier , de huit Caporaux
,d'un Caporal Aide- Fourrier , d'un Caporal-
Aide-Magafinier , de huit Appointés , d'un Appointé-
Aide-Magafinier , d'un Appointé- Chirargien
, de quatre-vingt Grenadiers & de quatre
JUI N. 1764. 197
Tambours. Chaque compagnie de Fufiliers fera
commandée en tout temps par un Capitaine , un
Lieutenant , deux Sous -Lieutenans , un Enſeigne
à Picque & une Enfeigne à Drapeau , & compofće
en temps de paix , de quatre Sergens , d'un Sergent-
d'Armes , d'un Sergent- Fourier , de huit Caporaux
, d'un Caporal- Porte-Drapeau , d'un Ca-.
poral-Magafinier , d'an Caporal- aide - Fourrier ,
d'un Caporal-Canonnier , de huit Appointés, d'uns
Appointé- Aide- Magafinier , d'un Appointé- Chirurgien
, de denx Appointés- Apprentifs Canonniers,
de foxante- feize Fufiliers & de quatre
Tambours: l'Etat-Major fera compofé d'un Colonel
, d'un Lieutenant-Colonel , d'un Major , de
fept Aides-Major , de fept Sous -Aides Major , de
deux Sergens d'Ordre , dun Tambour- Major , de
deux Sous-Tambours- Majors , de deux Commiffaires
, d'un Maréchal- des-Logis , d'un Aumônier,
de deux Chirurgiens Majors , d'un Prevôt , d'un
Lieutenant de Prévôt, d'un Greffier , d'un Juge- Auditeur
des Bandes , d'un Médecin , d'un Aide- Médecin
, d'un Apothicaire , de douze Archers , d'un
Exécuteur & de ſeize Muficiens. La même Ordonnance
affigne les fonctions de chacun des Officiers
& Bas-Officiers , & porte divers Réglemens fur le
choix des Sergens & autres. Le terme des engage
mens fera fixé à huit ans. Les Soldats qui , après
avoir fetvi ſeize ans , fe retireront chez eux & non
ailleurs , y toucheront la moitié de leur folde
indépendamment d'un habit de l'uniforme qui
leur fera délivré tous les huit ans ; ceux qui
auront fervi vingt- quatre ans auront le choix , ou
d'être reçus à l'Hôtel des Invalides ou de ſe retirer
chez eux & non ailleurs , avec leur folde entiere &
il leur fera délivré tous les fix ans un habit de l'uniforme.
Les appointemens & folde feront payés à
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
l'avenir aux Officiers & Soldats de la maniere fuivante.
COMPAGNIE DE GRENADIERS . Capitaine ,
12 , 000 ; liv. par an en tout temps ; Lieutenant
4,000 : Sous-Lieutenant , 2 , 000 ; Enſeigne , I
100 ; Sergent d'Armes , 850 ; Sergent-Fourrier
750 ; Sergent , 600 ; Caporal , 216 ; Appointé ,
Aide-Magafinier & Chirurgien , 193 ; Tambour
216 ; Grenadiers , 180. COMPAGNIES DE FUSILIERS.
Capitaine , 11 000 liv . Lieutenant , 3 , 000 ;
premier Sous-Lieutenant , 1 , 500 ; fecond Sous-
Lieutenant , I , 200 ; Enfeigne à Pique , 800 ;
Infeigne à Drapeau , 660 ; Sergent d'Armes , 800 ,
Sergent Fourrier , 700 ; Sergent , 540 ; Caporal ,
Porte Drapeau , Magafinier , Aide- Fourrier &
Canonnier , 198 ; Appointé , Aide- Magaſinier ,
Chirurgien & Apprentif- Canonnier , 180 ; Tambour,
198 ; Fufilier , 162. ETAT- MAJOR. Colonel ,
70, 000 liv . Lieutenant- Colonel , indépendamment
de les appointemens de Capitaine , 11,750 $
Major , 18 , 000 ; premier Aide-Major , s , ooo ;
Aide Major , 4 , foo ; Sous-Aide-Major , 2 , 500,
Capitaine-Appointé , 1 , 500 ; Sergent d'Ordre , I
200;Tambour-Major , 800 Sous- Tambour Major ,
360; Aumônier, 1.000; Chirurgien Major, 1,000
Commiffaire des Guerres ayant la Police , 10 ,
287 ; fecond Commiffaire , 6 , 350 ; Maréchaldes-
Logis , 3 , 000 ; Prevôt , 3 , 639 ; Lieutenant
de Prevôt , 800 ; Greffier , 45 Juge- Auditeur
•
des Bandes , 600 ; Archer , 200 , Exécuteur , 150 ;
Médecin , 800 , Aide - Médecin , scos Apothicaire ,
600 ; Muficien , 1 , 500. Les Capitaines feront à
l'avenir déchargés du foin de faire des recrues :
l'Etat- Major en fera chargé pour toutes les compagnies
moyennant 120liv. par homme ; les home
mes ne feront agréés qu'autant qu'ils auront
moins de vingt-cinq ans & cinq pieds quatre pou
ces de taille , & qu'ils produiront un certificat
JUI N. 1764. 199
>
de bonnes moeurs & de domicile : ils prèteront
ferment entre les mains du Major à la tête du Régiment
en bataille fur les Drapeaux qui feront
réunis à cet effet : là ils jureront d'obéir aux ordre
de leurs Officiers & Bas- Officiers , de ne jamais
déferter, de ne jamais quitter leurs Drapeaux fous
quelque prétexte que ce foit , & étant particulierement
deſtinés à l'honneur de garder Sa Majeſté
ils promettront de la fervir avec zéle & fidélité
& de veiller à la confervation au péril de leur vie.
Le Colonel feul fera chargé de donner les congés
abfolus. Au moyen du nouveau traitement , les
penfions d'ancienneté & les gratifications attachées
aux charges feront fupprimées. En temps
de guerre feulement , la fomme de 4,000 liv.
continuera d'être payée au Commandant de
Régiment , lorsqu'il fera la campagne en qualité
de Commandant de la brigade , ainfi que la fomme
de , 1 , soo liv . à chacun de quatre Capitaines-
Appointés dans la colonne des Capitaines . Le Régiment
fera caferné dans trois ou fix corps de
cafernes . A commencer du 1 Avril prochain , jour
fixé pour la nouvelle compofition , les Capitaines
feront déchargés du foin des logemens dans les
différens quartiers de Paris : le Colonel en de
meurera feul chargé , ainfi que de la Police & de
la difcipline des cafernes & de l'habillement &
uniforme du Régiment. Le Roi donne au Colonel
feul le pouvoir d'accorder aux Soldats de leur
compagnie la permiffion de travailler dans Paris ,
de fe marier & de s'abfenter par congé ou autrement
le Régiment continuera de jouir de tous
fes anciens Priviléges & prérogatives.
Le trente - huitiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eft fait le 24 Mars , en la
manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
livres eft échu au numéro 13765 , celui de ving?
mille livres au numéro 13573 , & les deux de
dix mille livres aux numéros 1891 & 12694.
Les du même mois , on a tiré la Loterie
de l'Ecole Royale Militaire , les numéros fortis
de la roue de fortune font >
30 , 46 , 86.
NAISSANCE.
La Ducheffe de la Trimouille accoucha , le
Samedi 24 Mars , d'un fils qui portera le nom
de Prince de Tarente.
MARIAGE..
Le Comte de Barral a époufé , le 16 de ce
mois , Demoitelle de la Morte , petite fille du
Marquis de la Motte Lieutenant - Général des
Armées du Roi . La Bénédiction Nuptiale leur
a été donnée , dans l'Eglife Paroiffiale de S.
Paul, par l'Evêque de Troyes, Oncle du Comtede
Barral.
MORT S.
Le fieur de Barcos , Chanoine Honoraire de
l'Eglife de Paris , & Abbé Commendataire de
l'Abbaye de S. Jacques , Ordre de S. Auguſtin,
Diocèle de Béziers , eſt mort en cette Ville ,
le 26 Février , dans la quatre-vingt-cinquiéme
année de fon âge.
Marie , Comte de Borio , Chevalier de l'Ordre
de Chrift , qui a été fucceffivement chargé
des Affaires de la Cour de Rome , & Miniftre
des deux derniers Ducs de Guaſtalla , auprès
du Roi , eft mort en cette Ville le 27
Février , dans la quatre-vingt-troifiéme année de
fon âge.
Carles-Louis-Joachim , Marquis de CaftellierJUI
N. 1764.
201
Dumefnil , Lieutenant- Général des Armées du
Roi , Grand-Croix de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , Infpecteur Général de la Cavalerie
& des Dragons , Gouverneur de Brouage , Lieutenant-
Général & Commandant pour Sa Majesté
de la Province de Dauphiné , eft mort le 1 Mars
dans la foixante- quatrième année de fon âge.
François - Frédéric de Boullenc , Marquis de
S. Remi , ancien Exempt des Gardes du Corps
du Roi , Meftre de Camp , eft mort à Soiffons , le
27 Février , âgé de foixante- quatre ans.
Le Comte de Romecourt , Maréchal de Camp
& Gouverneur de la Citadelle de Cambrai , eſt
mort à Vally les Mars , dans la quatre-vingtfixitme
année de fon âge,
Maximilien-Jofeph de Vernaffal , Colonel du
Régiment Royal-Etranger , Cavalerie , eſt morr
en cette Ville , le 20 Février ,
Jean-François de Boyer , Chevalier de Maillac-.
Tauriac , ci-devant Aide-Maréchal- Général des
Logis de la Cavalerie & Major du Régiment des
Cuiraffers du Roi , eft mort le 13 Février dans
fa Terre de S. Urfice en Languedoc , âgé de foi-.
xante-dix-fept ans.
"
Marguerite- Guillemette Allemant de Montmartin
, époufe de Claude-Guillaume Tefta ,
Marquis de Balincourt , Maréchal de France , eft
morte en cette Ville , le 17 Mars , dans la foixante-
quinziéme année de fon âge.
Marie-Geneviève le Tonnellier de Charmeaux,
Veuve du Marquis de Chiffreville , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , eft morre en cette
Ville , le ro Mars , âgée decinquante-huit ans.
Marthe de Kerfulguen , Veuve de Jean-Baptifte-
Pierre-Jofeph , Marquis de Lannion , Meréchal
des Camps & Armées du Roi , eft morte
f
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
le 17 Mars à Guincamp en Bretagne , âgée de
foixante-dix-fept ans .
Marie Arthemiſe de Choifeul , épouſe de Charles
de Bully , Marquis de Caſtelnau , Brigadier
des Armées du Roi , eft morte en cette Ville , le
s Mars , âgée de vingt ans.
Marie Geneviève de Watteville , épouſe de
Marie Marguerite-François Firmin des Friches ,
Comte Doria , eft morte en cette Ville , le 10
Mars.
SERVICE.
Les Religieux de la Merci , au Marais , célébrérent
, le 14 Mars , un Service Solemnel pour
le Père Chriſtophe- Emmanuel de Ximenès ,
Général
de l'Ordre Royal & Militaire de Notre-
Dame de la Merci , Rédemption des Captifs ,
Docteur en l'Univerfité d'Alcala & Henarez en
la nouvelle Caftille , Profelleur de l'Ecole de S.
Thomas , & Théologien de Sa Majeſté Catholique
, mort à Madrid le 26 Janvier dernier.
DESCRIPTION de la Fête donnée à Madrid par
Le Marquis d'OSSUN , Ambaffadeur du Roi
auprès de Sa Majesté Catholique , à l'occafion
du Mariage de l'Infante Marie- Louife avec
l'Archiduc LEOPOLD:
Sa Majefté Catholique ayant fixé au 24 le jour de
cette fête , les Grands & Grandes d'Eſpagne , les
Ambaffadeurs & les Miniftres Etrangers , ainfi que
plufieurs autres perfonnes de la première dif
tinction , qui y avoient été invitées ,ſe rendirent
vers les fix heures du foir à l'Hôtel de l'Ambaſſa--
deur: la façade de la maiſon étoit illuminée , un
grand nombre de flambeaux éclairoit la rue à
droite & à gauche & conduifoir , d'un côté , àય
JUI N. 1764. 203
une maison qui étoit deftinée à recevoir les Pages
des Dames & où l'on devoit,felon l'ufage du Pays ,
leur diftribuer des confitures & des rafraîchillemens
, & de l'autre , à de grandes Salles préparées
pour les gens de livrée. La compagnie fut reçue
par l'Ambaffadeur & par la Ducheffe de Medina-
Sidonia qui s'étoit chargée de faire les honneurs
de la fête , les Dames & les Cavaliers furent conduits
dans les appartemens qui leur étoient deſ--
tinés , & , quoique féparés les unsdes autres , felon
le cérémonial Eſpagnol , les Cavaliers avoient la
liberté de voir les Dames & de caufer avec elles
la féparation n'étant formée que par des canapés
que perfonne n'avoit l'indifcrétion de franchir.
Tous ces appartemens étoient magnifiquement
meublés & bien éclairés . A huit heures , le refresco
( le rafraîchiffement ) fut fervi par foixante-dix
Pages richement habillés ; après ce ſervice , quife
fit avec autant d'ordre que de magnificence & profufion
, on préfenta à toute la compagnie le Livre
de la Comédie qu'on alloit exécuter. Alors quatre
portes , qui jufqu'à ce moment avoient été malquées
& qui donnoient fur le jardin , préſenterent
aux yeux des fpectateurs au lieu de ce jardin une
magnifique Salle de Spectacle : les bancs des Da--
mes étoient difpofés autour de la Salle fur trois
rangs en forme d'Amphithéâtre , & ceux des Cavaliers
étoient placés dans le Parterre. La Piéce
commença par un Prologue relatif à l'objet de
la fête . Le Théâtre reprélentoit le Veſtibule da
Palais des Dieux, Apollon & Mars paroillent fur
la fcène & forment le projet de changer la face
de l'Europe en uniffant ensemble l'Espagne , l'Allemagne
, l'Italie & la France , Vénus & Minerve
decendent dans un char & leur annoncent la réu
mion de l'Hymen & de l'Amour : en ce moment .
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
la porte du Palais des Dieux s'ouvre & laiffe voir
dans l'intérieur fur un piédeſtal les portraits de
l'Archiduc & de l'Infante dans un médaillon foutenu
par des Amours. Vénus fait l'éloge du Prince;
Minerve fait l'eloge de la Princeffe , dans lequel
fe trouve naturellement amené celui de fon augufte
Père & de la Reine-Mere. Apollon & Mars
applaudiffent au choix des Dieux qui ont prévenu
le leur & ordonnent aux Plaifirs d'aller annoncer
cet Hymen à la Terre . Enfin , Apollon invite les
Muſes à célébrer le jour où les Dieux ſe ſont ainfi
réunis pour le bonheur du monde . Ce Prologue
terminé par un Ballet qui répondoit à la grandeur
du Sujet , fut fuivi d'un Intermede intitulé : la
Valleé du Plaifir , où l'on voyoit la peinture de
l'Amour vertueux & tranquille ; des Bergers & des
Bergères y faifoient des voeux pour le bonheur
des auguftes époux qui étoient l'objet de leurs
fêtes : l'interméde finit par un Ballet Paſtoral ,
après lequel on repréſenta le Tuteur Amoureux,
Cpéra- Comique , traduit du François en Eſpagnol.
A cette Comédie fuccéda un autre Interméde que
les Eſpagnols appellent Fin de la fiefta : il fut
terminé par un Ballet de Hongrois & de Citoyennes
de Madrid connues fous le nom de Majas :
la décoration repréfentoit exactement la façade
illuminée de l'Hôtel de l'Ambaffadeur . Le Spectacle
dura environ trois heures . On en fortit aprèsminuit
& l'on monta à l'appartement d'enhaut
aniquement deftiné pour le ſouper qui fut fervi
à une table de cent vingt - quatre couverts , placée
dans une Salle qui formoit un jardin orné de
berceaux fleuris entre lefquels étoient peints ,
d'efpace en efpace des thermes en marbre blanc
& des ftatues de grandeur naturelle : à l'un des
bours de la Salle étoit repréſenté le coucher du
JUIN. 1764. 205
Soleil , & à l'autre le lever de la Lune . Sur cette
table étoit auffi figuré en fucre le Temple de
l'Hymen au milieu d'un parterre d'orangers , entrecoupé
de fontaines & terminé par des pavillons
de la plus belle Architecture . De cette grande
Salle on paffoit dans une autre richement meublée
où étoit le dais du Roi de France & dans
laquelle on avoit placé une table de quatre vingtdix
couverts : elle étoit ornée des portraits de la
Famille Royale , entre chacun defquels étoit une
guirlande courante de gaze d'or , d'argent & de
Aeurs. Comme le nombre des convives étoit de
près de fept cens perfonnes , parmi lesquelles on
comptoit environ cent cinquante Dames , on
dreffa fur le champ plufieurs tables dans les piéces
d'en-bas , il y avoit auffi fur le Théâtre deux
tables de foixante couverts chacune , pour les
Comédiens & les Muficiens. Après le ſervice , on
en drella d'autres pour foixante- dix Pages & pour
plus de cent Valets de Chambre . Le louper fini ,
on defendit à la Salle du Bal qui repréſentoit le
Temple de l'Hymen. Sur la face extérieure d'un
Autel placé dans le fond on voyoit le mariage de
Pfyché & de l'Amour , & à côté de l'Autel , fur
les deux aîles de la Salle , quatre ftatues de grandeur
naturelle , l'Hymen & l'Amour , le Plaifir
& la Pudeur. Le Bal s'ouvrit vers les deux heures
du matin & dura juſqu'à neuf heures. On fervit
alors une table de quatre-vingt couverts pour
les perfonnes qui étoient reftées jufqu'à ce moment.
L'Ambaſſadeur & la Ducheffe de Medina-
Sidonia ne négligerent rien pour rendre cette
fête agréable ; ils furent fecondés par le Comte
d'Egmont , le Marquis de Conflans & le Marquis
de Crillon , qui fe trouvoient alors à Madrid.
Le premier du mois d'Avril , la Marquiſe de
206 MERCURE DE FRANCE.
Graffe , époufe du Marquis de Graffe , Capitaine
au Régiment des Gardes- Françoiſes , fut préſen
rée au Roi & à la Famille Royale,par la Comteſſe
de Carcado fa tante .
GABRIEL- Claude Charton Defmauguins , ancien
Maréchal des Logis , des Gendarmes de la
Garde , avec Brévet de Mestre de Camp , eft
mort à Bourbon-l'Archambault , âgé de 83 ans.
Navoit reçu les trois enfans Chevaliers de S.
Louis , dont deux font Brigadiers dans les Gendarmes
de la Garde , & l'autre Capitaine de
Grenadiers dans le Régiment de Flandre.
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure´
prochain.
A VIS DIVER S
Les perfonnes qui par état emploient du
vinaigre diftillé , bien déflegmé foit pou faire
des fels ou autres compofitions , font averties par
le Sieur M'AILLE , Vinaigrier diftillateur , que par
la nouvelle conſtruction d'un fourneau qu'il a
imaginé , pour faire cette diftilation dans des
vaiffeaux de grais , le met à portée de vendre ce
vinaigre d'une qualité beaucoup fuperieure ; l'Auteur
n'a pas feulément fixé fon attention à perfectionner
cette qualité de vinaigre , mais àprévenir
les dangers que peur occafionner celui
qui fe diftille chez différens Particuliers dans
des vaiffeaux de cuivre. Son vinaigre romain ,
pour la confervation de la bouche , fe diftribue
toujours avec le plus heureux fuccès tant dans
les Cours Etrangeres qu'à celle de France. L'Auteur
donne avis que différens Particuliers flattés
JUI N. 1764. 207
par l'espoir du gain , fe mêlent de le contrefaire &
trompent les perfonnes à qui ils le vendent : ce
que l'on peut éviter en s'adreffant directement
à lui. Ce vinaigre blanchit les dents , empêche
qu'elles ne fe carient & en arrête le progrès ,
les raffermit dans leurs alvéoles , prévient l'haleine
forte & rafraîchit les lévres . L'Auteur vend auffi
différens vinaigres pour blanchir la peau , guérir
les dartres farineufes les boutons , noircir les
cheveux roux ou blancs ainfi que les fourcils , ôter
les taches de rouffeur & mafques de couches ,
& le véritable vinaigre des quatre voleurs , préfervatif
de tout air contagieux , & généralement
toutes fortes de vinaigres tant à l'ulage des bains
que de la table au nombre de deux cent forces..
L'on diftribue toujours en fon magazin à Séve
près Paris , le nouveau Caffis blanc , pour aider
à la digeſtion des alimens , le nouveau ratafia
des Sultannes , le Courier de Cythère & généralement
toutes fortes de liqueurs & eaux d'odeurs
tant Françoiles qu'Etrangères. L'on s'adreffera
pour les vinaigres au Sieur MAILLE , rue Saint
André des Arcs , la troifiéme Porte Cochere à
droite en entrant par le Pont Saint Michel entre
la rue Mâcon , & la rue Haute - Feuille , de
l'autre côté , à Paris & pour le Caffis , ratafia
& autres liqueurs & odeurs , en fon magazin à
Séve près Paris , route de la Cour. Le prix des
moindres bouteilles pour les dents ou autres pro- ·
priétés eft de 3. liv . le Caffis blanc 4 liv. la pinte ,
le ratafia des Sultanes 6 liv. la pinte , & 8 liv.
le Courier de Cythère : Les perfonnes qui voudront
emporter de ces fortes de vinaigres aux
Iles, dont l'uſage eſt fi nécéllaire , peuvent le faire
fans craindre que le temps ni l'éloignement du :
tranfport , puiflent altérer leurs qualités.. Ledit.
208 MERCURE DE FRANCE.
Sieur MAILLE fait les envois au defir des perfonnes
en remettant l'argent par la Poſte franc
de port ainfi que les lettres & envoie en même
temps la manière de s'en fervir , avec une Liſte
générale de ſes vinaigres & leurs prix.
IL
Reméde pour les maux de dents , &c.
Il y a à Paris,comme on l'a dit ci- devant, dans
les Volumes de Septembre 1762 , en Mai 1763 ,
un nouveau reméde , pour la confervation des
dents , tant faines que gâtées , fans qu'elles faſfent
jamais aucun mal ni douleur , & fans qu'il
faille les faire arracher quelque gâtées qu'elles
foient.
C'eft un Topique , de la compofition du Sieur
David , demeurant à Paris , rue & a l'Hôtel Ste
Anne , Butte S. Roch , au troifiéme.
Ce Topique s'applique le foir en fe couchant,
fur l'artére temporal du côté de la douleur ; il ne
fait aucun dommage ni marque à la peau ; il com
be de lui - même , & on eft guéri pour la vie
des maux de dents , des fluxions qui en proviennent
, des maux de tête , migraine , & rhume de
cerveau fans qu'il entre rien dans la bouche ni
dans le corps.
Ce reméde qui eft approuvé par MM les
Doyens de la Faculté de Médecine , acquiert
tous les jours des preuves fans équivoque de ſon
efficacité ; il n'y en eut jamais de plus doux , puifqu'il
guérit en dormant.
Tout le monde fçait , que les maux de dents
prennent dans tous les momens de la journée , &
que l'on ne peut pas toujours s'aller coucher >pour
que l'on puiffe vaquer à fes affaires en attendant
ce moment ; le Sieur David , a de l'Eau fpiriJUI
N. 1764. 209
neufe d'une nouvelle compofition , qui eft in
coruptible , très-agréable au goût & à l'odorat ,
qui fait paffer , dans la minute , les douleurs de
dents les plus vives , guérit les gencives gonflées ,
fait tranfpirer les férofités , raffermit les dents
qui branlent , empêche le commencement & la
continuation de la carie , prévient les humeurs
fcorbutiques , guérit radicalement de cette maladie
, & généralement de tous les maux qui viennent
dans la bouche .
MM . les Marins ainfi que beaucoup de voyageurs
, tant par terre que par mer ,
en font
provifion ainfi que des topiques , & font certains
de faire leurs voyages , fans avoir jamais aucun
mal aux dents ni à la bouche , & ceux qui fe
fervent de cette eau , fans être incommodé , ont
toujours les gencives & les dents faines ; il y a des
bouteilles à 24 fols , à livres , & à 6 livres , &
les topiques à 24 fols chaque ; il donne un imprimé
de la manière de ſe ſervir de tous les deux ,
& il en fournit dans toutes les Provinces & hors du
Royaume .
LE Public eft prévenu que les perfonnes qui
Compofoient ci- devant avec les Sieurs MORE &
BONAVENTURE , la Société d' Agence , ſe ſont ſéparées
de ces derniers , le 30 du mois de Mars
1764 , & c.
Le fieur DE NEUVE-EGLISE qui étoit du nom
bre de ces perfonnes retirées de la Société d'Agence
, a l'honneur d'obſerver au Public à cette
orcafion , qu'il n'a point été DIRECTEUR de ladite
Société ; c'eſt -à- dire , COMMIS , mais bien
Affocié chargé de la Direction de cette entrepri
fe , ainfi qu'il appert par l'Article 7 de la Délibération
du 24 Octobre 1763 ; qu'il n'a jamais
210 MERCURE DE FRANCE.
été cautionné par aucun de fes Co - affociés , &
qu'il a abandonné fon intérêt en ladite aſſociation
, vu le peu d'harmonie , d'intelligence , &c.
de ceux qui l'ont qualifié à la page 21 r du Mereure
de Mai 1764 , de leur DIRECTEUR & de
leur PRETE-NOM.
Ez Sieur NICOLAS GUIBAUT , Organifte & Clavecinifte
à Lunéville en Lorraine , a inventé une
Machine compofée d'une Méchanique qui fait
mouvoir les Souffléts d'un Orgue , autant de temps
que la fituation , plus ou moins grande , de la
place qui fe trouve à portée de l'Orgue peut permettre
d'étendre ladite Machine.
Il peut en faire conftruire une dont le mouvement
donnera la liberté de toucher fur un grand
Orgue pendant huit jours , pourvu qu'il fe trouve
à portée dudit Orgue , une place aſſez étendue
pour le contenir . Pendant cet espace de temps ,
on ne fera pas obligé de remonter la Machines
l'Organiſte , avant de toucher , aura feulement
foin de tirer des Regiftres , qui feront mis à l'Orgue
par augmentation , pour ne fervir qu'à donner
le mouvement à ladite Machine , & de repouffer
lefdits Regiftres , quand il finira . Ce qu'il obfer
vera chaque fois qu'il commencera & finirá de
toucher.
Cette Invention a fon utilité , en ce que les
Souffets fe conferveront plus long- temps , tant par
le mouvement de cette Méchanique toujours égal,
que par celui d'un Souffleur qui les agite ordinai
rement avec plus ou moins de vîteſſe : inégalité
qui préjudicie auxdits Soufflers, & fair tort à l'harmonie.
L'Auteur de cette Machine , encouragé par l'émulation
que donne STANISLAS LE Bienfaisant,
JUL N. 1764.
211
Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar, Prorecteur
des Arts & des Sciences , voulant mériter
quelques regards favorables de cet augufte Prince ,
a cherché différens effets du Mouvement. Enfin un
petit Orgue de quatre pieds , qu'il a fait faire
& pofer chez lui il y a quelques années , lui a fait
naître l'idée de l'Invention dont il s'agit . Et par le
moyen de cette Méchanique , il peut toucher une
heure & démie , durée qui eft proportionnée à la
petiteffe de l'Orgue & de la place qui eſt à portée
pour contenir la Machine.
Il en a démontré l'effet , à la fatisfaction de tous
les Connoiffeurs.
Cette Invention eſt également utile pour mou
voir les Soufflers des Forges qui manquent d'eau.
Mademoiſelle DISMOULINS , par Brévet & Privilége
confirmé par deux Arrêts du Parlement du
17 Mai & du 4 Septembre 1747 , depuis plus de
foixante ans , compofe & diftribue le véritable Suc
de Régliffe & Pâte de Guimauve fans fucre ; Secret
qu'elle feule tient par feue Mde la Mère , de
Mile Guy , Angloife , fille unique décédée à Paris
en 1714 , ayant furvêcu plus de vingt ans à M. n
Père , qui avoit inventé ledit Secret , étant premier
Médecin de Charles II . Roi d'Angleterre. Circonftance
qui prouve évidemment que Mile Cyrano
, demeurant rue S. Honoré , & qui contrefair
lefdits Suc & Pâte , en impofe au Public , quand
elle dit être fille de feu M. Guy , après la mort duquel
Mlle fa Fille eft venue a Paris faire valoir fon
Secret. Ladite Dlle Cyrano a tout- auu-- plus quaran
terans. Pourquoi , dans les Arrêts que la Demoifelle
Desmoulins a obtenus contre elte , a - t-elle
changé ce nom de Guy en celui de Cyrano ? C'eft
qu'étant mariée à Paris , il étoit facile de trous
212 MERCURE DE FRANCE.
ver fon acte de mariage qui prouve le contraire.
Malgré les détours dont a ufé la Demoiselle Cyrano
, Mile Desmoulins continue avec fuccès d'en
débiter à Paris , à la Cour de France , & dans toutes
les Cours de l'Europe , de l'aveu & approbation
de MM. les Premiers Médecins du Roi & de la Faculté
de Paris lefquels s'en fervent eux-mêmes ,
& l'ordonnent à leurs malades .
Propriétés & ufages dudit Suc & Pête.
Il guérit le Rhûme, fortifie la Poitrine , dégage
la Parole enrouée , & arrête le Crachement de fang.
Les Pulmoniques & Afthmatiques , & les Perfonnes
fujettes à la Pituite s'en trouvent fort foulagées. Il
eft fort utile à ceux qui ont la Poitrine & la Gorge
feche. On peut en ufer en tout temps , le jour &
la nuit , devant & après le repas. On peut les
tranfporter par- tout , & les garder long- temps
fans qu'ils le gâtent jamais , ni qu'ils perdent
rien de leur qualité. Comme d'autres Perfonnes
le font vantées d'avoir acheté fon Secret
, Mlle Desmoulins certifie ne l'avoir vendu
ni donné à perfonne. Sa Marchandiſe ne ſe
débite point ailleurs que chez elle , où l'on trouvera
les Arrêts du Parlement publiés & affichés en
1747 , aux dépens de Mlle Cyrano , par lefquels il
lui eft défendu d'ajouter le nom de Guy à fon
nom propre. Le prix dudit Suc & Pâte eft de huit
livres la livre .
Mademoiſelle DESMOULINS demeure rue du
Cimetiere S. André-des- Arts , la première porte
quarrée à droite en fortant du Cloître , chez Mlle.
CHARMETON , au fecond.
JUIN. 1764. 213
La Sieur PARIS , Opticien , qui demeuroit cidevant
rue des Poftes , proche l'Eftrapade , demeure
actuellement fur la Place même de l'Eftrapade,
dans une Mailon à Porte- Cochere , at tenante
aux Portes Chartieres de Ste Génevieve , & fur
laquelle eft fon Tableau ; il continue de faire ,
de vendre & de débiter des Télescopes de toutes
grandeurs , Microſcopes , Lunettes d'approches
& de Spectacles , & généralement tout ce qui
concerne l'Optique , à Paris.
Le Sieur LA RIVIERRE , connu par une Boule
d'une compofition qui a la propriété de maintenir
fans fin , & fans fécher les Cuirs pour repaffer des
Rafoirs , & avec laquelle l'on n'a jamais befoin de
pierre à rafoir , continue de fatisfaire le Public. Il
demeure rue du petic Carreau , chez le Marchand
de Vin , au coin de la rue de Bourbon , à Paris,
214 MERCURE DE FRANCE .
APPROBATION
.
J'ai lu , par ordre de Monſeigneur le Vice-Chancelier
, le Mercure du mois de Juin 1764 , & je
n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 30 Mai 1764.
GUIROY,
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE
SUITK
ARTICLE PREMIER .
virk de l'Hiſtoire raiſonnée des Diſcours
raifonnés de Cicéron. Pages
ODE IX. du troifiéme Livre des Odes d'Horace.
VERS à Mile de G....
VERS à Madame D. S.
L'AMOUR malheureux , Poëme.
VERS pour un Ami de l'Auteur , &c.
LES deux Prix , Conte , tiré d'un Manuſcrit
Grec.
VERS de M. C *** , fur le Portrait de fa
femme,
YERS à M. Legros , nouvelle Hautecontre
de l'Opéra.
Le départ d'Hylas , Idylle.
VERS fur la diverfité des goûts , à Mde de
S, B.
MADRIGAL à Mlle MM, &c.
16
19
ibid,
20
24
25
SI
52
SS
JUIN. 1764. LIS
MADRIGAL , à une Dame qui vient d'avoir
la Petite Vérole...
DIALOGUE des Morts.
STANCES irrégulières à M....
ÉNIGMES .
LOGOGRYPHES .
ibid.
57
62
65 & 66
66 & 67
68 CHANSON.
ART. H. NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LETTRE à M. de la Place , Auteur du Mercure
, fur M. de Marivaux.
DICTIONNAIRE raiſonné univerfel , & c . Par
M. Valmont de Bomare.
LETTRE à M. De la Place , Auteur du
Mercure , fur le Poëme d'Olivier.
ANNONCES de Livres.
J
69
80
89
93 &fuiv.
ART. III. SCIENCES ET BELLES-LETTRES .
ASTRONOMIE,
SUITE du Mémoire de M. Trébuchet , fur le
Paffage de Vénus,
MÉDECIN I.
199
RÉPONSE fur le Ver Solitaire , &c.
ART. IV. BEAUX - ARTS.
ARTS UT LIES.
CHIRURGIE .
REPONSE intéreffante du Chirurgien de
Province , à M. Bordenave , Chirurgien
Profeffeur à S. Cofme.
SEANCE publique de l'Académie Royale de
124
137
-CHIRURGIE.
158
MANUFACTURES , 157
LETTRE de M. Berniere , Contrôleur des
Ponts & Chauffées , à M. Delatour,
118
216 MERCURE DE FRANCE,
ARTS AGRÉABLES.
JOUAILLERIE.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
GRAVURI .
Avis pour la nouvelle édition des Fables de
la Fontaine , gravées en Taille- douce .
MUSIQUE.
OPÉRA.
ART. V. SPECTACLES..
163
165
168
169
171
COMÉDIE Italienne. 193
ART. VI. Nouvelles Politiques d'Avril.
Avis divers.
195
206
COMÉDIB Françoiſe.
De l'Imprimerie de SEBASTIEN Jorry ,
rue &vis-à-vis la Comédie Françoife.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Remarque
Dans la livraison d'avril, vol. 1, les pages 197 à 212 manquent.