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1764, 01, vol. 1
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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI
JANVIER . 17 64.
PREMIER VOLUME.
Diverfité , c'est ma devife. La Fontaine.
Chez
eachin
Silics ime
A PARIS ,
CCHAUBERT , rue du Hurepoix.
JORRY, vis- a-vis la Comédie Françoife.
PRAULT , quai de Conti.
DUCHESNE, rue Saint Jacques.
CAILLEAU , rue Saint Jacques.
CELLOT , grande Salle du Palais.
Avec Approbation
& Privil du Roi,
A
BIBLIOTHECA
REGIA.
MONACENSIS.
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'est à lui que l'on prie d'adreffer ,
francs de port, les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pour feize volumes
, à raifon de 30 fols piece.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte ,
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront d'autres voies que
la Pofte pour le faire venir , & qui pren ·
dront les frais du port fur leur compte
, ne payeront comme à Paris , qu'à
raifon de 30 fols par volume , c'est - àdire
, 24 liv. d'avance en s'abonnant
pour feize volumes,
A ij
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire venir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cideffus.
On fupplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la pofte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le payement
enfoit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affranchis
, refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyenɩ
des Livres , Eftampes & Mufique à annoncer
, d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en a jufqu'à
préfent cent un volumes. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
fe trouve à la fin du foixante- douzième .
AVIS.
On trouvera le Mercure dans les Villes nommées
ci-après.
A Bbeville , chez L. Voyez
Amiens , chez François , & Godard."
Amſterdam , chez Rey.
Angers , chez Jahier & la veuve Foureau.
Arras , chez Michel Nicolas , & Laureau.··
Arles , chez Gaudion.
Avignon , chez Delaire & Payen.
Auxerre , chez Fournier. ›
Bâle en Suiffe , à la Pofte.
Beauvais , chez Defaint.
Berlin , chez Jean Neaulme.
Blois , chez Maffon .
Bordeaux , chez Chappuis l'aîné , à la nouvelle
Bourſe , Place royale ; les freres Labottiere
Place du Palais ; L. G. Labottiere , rue Saint
Pierre , vis- à-vis le puits de la Samaritaine , &
à la Pofte.
Breft , chez Malaffis.
Bruxelles , chez la veuve Pierre Vaffe , & J. Vandenberghen.
Caen , chez Leroy.
Calais , chez Gilles Née , fur la grande Place.
Châlons en Champagne , chez Bricquet.
Châlons fur-Saône , chez Maudidier.
Charleville , chez Thezin.
Chartres , chez Feftil , & Goblin & Letellier.
Chinon , chez Breton.
Colmar , chez Fontaine .
Coppenhague , chez les freres Philibert.
Dijon , à la Pofte , chez M. Coignard , Mailly, & à
la Pofte .
Douay , chez Lannoy..
Dreux , chez Letellier.
Franfort , à la Pofte,
I. Vol. A iij
.
Fribourg en Suiffe , chez Charles de Boffe.
Grenoble , chez Girouft .
Laon , chez Melleville .
La Rochelle , chez Salvin , Chaboiceau , Grand-
Maifon & Pavie.
Liege , chez Bourguignon .
Lille , chez Broveillo .
Limoges , chez Barbou .
Lyon , chez J. Deville & à la Pofte.
Marſeille , chez Sibié , Moffy & Jayne .
Meaux , chez Charles.
Metz , chez Bouchard.
Montpellier , chez Rigault.
Moulins , chez la veuve Faure.
Nancy , chez Babin
Nantes , chez la veuve Vatard.
Nifmes , chez Gaudes .
Orléans , chez Rouzeau de Montau lt
Poitiers , chez Faulcon l'aîné , & Felix Faulcon.
Rennes , chez Ravaux , Julien , Charles Vatar ,
Garnier & Jacques Vatard .
Rheims , chez Godard & Cazin .
Rouen , chez Hérault , & Fouques.
S.Germain- en - Laye , chez la veuve Chavepeyre.
Saint- Malo , chez Hovins.
Saint-Pierre-fur- Dive , chez Dupray.
Senlis , chez Destoques.
Sens , chez Lavigne..
Soiffons , chez Courtois .
Strasbourg , chez Dulfeker & Konig.
Toulouſe , chez Robert.
1.
Tours , chez Lambert , & Billaut .
Troyes , chez Bouillerot .
Valenciennes , chez Quênel .
Verſailles , chez Fournier.
Villefranche de Rouergue , chez Veidelhić .
Vire , chez Chalmé .
Vitry-le-François , chez Seneuze.
MERCURE
DE FRANCE.
JANVIER . 1764.
ARTICLE PREMIER .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
MÉMOIRE hiftorique fur le Titre ,
l'objet & les divers progrès du Jour-
NAL intitulé aujourd'hui MERCURE
DE FRANCE .
LA
A premiere époque des Mercures
non feulement en France , mais peutêtre
dans l'Europe , pourroit fe rapporter
à l'année 1605 , où parut , avec
Privilége du Roi , l'Hiftoire de la Paix
fous le titre de Chronologie Septenaire ,
م س
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
,
par le Docteur Caiet , ( a ) laquelle com---
prend des relations depuis le commencement
de l'an 1598 , jufqu'à la fin
de 1604. Le Mercure François portant
dans l'intitulé du premier Volume , pour
fuite dufeptenaire du D. Caiet , reprend
en effet l'hiftoire des événemens au commencement
de 1605 & la continue
en XXV Tomes in-8° , jufqu'à la fin
de 1644. A peu-près dans le même temps
le célébre Vittorio Siri , écrivoit fes relations
fur l'Hiftoire de France,& , rela¬
tivement à cet objet , d'autres concernant
diverfes Nations . Il donna auffi
à cet Ouvrage le titre de. Mercure. C'eft
le même que toute l'Europe Litteraire
connoît fous le titre de Mercurio da
Vittorio Siri & dont elle fait tant
de cas pour la fidélité & pour les détails
hiftoriques. Ce Mercure Italien
comprend depuis le commencement de
l'année 1640 juſqu'à la fin de 1655. (b)
>
(a ) On lit dans quelques Auteurs Cajet , Cayer
ou Cahier. Cer Auteur avoit été Miniftre dans la
Religion Proteftante , enfuite Prêtre & Docteur
dans l'Eglife Romaine. Sa Chronologie Septenaire
avoit eu tant de fuccès , qu'on l'avoit engagé à
écrire la Chronologie Novenaire , qui fait corps.
aujourd'hui , ainfi que la premiere , avec le Mer
cure François .
(b ) Le troifiéme Tome in - 4 de la traduction
de cet Ouvrage , a paru ( chez Durand , en 1759.
JANVIER. 1764. 9
On s'est donc , pour ainfi dire , réuni
alors , fans fe communiquer , à intituler
Mercure , par une expreſſion figurée , les
Ouvrages qui annonçoient quelque
chofe de nouveau. Cette définition affez
jufte , que nous empruntons des Auteurs
du Dictionnaire de Trévoux , eft puifée
dans la Nature & dans l'objet de plufieurs
Ouvrages eftimés , qui ont paru
fous ce titre. On y trouvera encore des
caractères plus particulierement diſtin-
Etifs.
Le dernier Volume du Mercure François
eft de 1646 ; & ce ne fut qu'en
1672 que feu M. Danau de Vifé entreprit
de continuer , ou plutôt de reprendre
cet Ouvrage . Les relations fur
les événemens remarquables à la Cour ,
à la Ville , à l'Armée , les nouvelles
publiques , domeftiques , civiles & étrangeres
font le corps fondamental de
ces Mercures & des autres fuivans . Ce
Journal devint donc , pour ainsi dire ,
le Journal de la Cour, ou même, comme
s'en explique ce premier continuateur
du Mercure François , une hiftoire par
ticuliere & journalière du feu Roi de
glorieufe mémoire.
Par là l'Auteur du Mercure fe trouvoit
être à l'égard de l'Hiftoriographe
A.v..
Jo MERCURE DE FRANCE.
de France , comme les Officiers du Roi,
dont le fervice eft plus ordinaire & plus
intime que celui de certains Offices fupérieurs.
On jugea probablement qu'il
devoit être attaché à la Cour & la fuivre.
Tels furent les motifs qui déterminerent
à attribuer l'expédition des Brévets
exclufifs , pour la compofition de
ce Mercure , au Miniftre chargé du Département
de la Maifon du Roi . Les
mêmes raifons avoient fait , fans doute,
accorder à M. de Vifé un logement au
Louvre , dont il a joui jufques à fa
mort. L'expédition des Brévets , la diftribution
des graces fur le Mercure , &
la difcipline économique fur tout ce
qui concerne ce Journal , font encore
dans ce même Département .
26 ans d'intervalle entre le dernier
Mercure François & celui de M. de Vife
avoient amené une révolution dans le
goût du Public , qui engagea cet Auteur
à ne fe pas renfermer dans les
fimples relations hiftoriques des événemens
civils & politiques ; & quoique
fes premiers volumes ne contiennent
que très-peu d'autres matières , ilfe
prépara le droit de varier davantage fon
Mercure , en lui donnant le titre de Galant
; titre dont l'attrait eft facile à apJANVIER.
1764 . TI
percevoir dans une jeune Cour & dans
l'époque où l'on faifoit reparoître ce
Journal. Il joignit fucceffivement à la
partie hiftorique une Littérature légère
, des Piéces de Poefie , des détails
fur les Théâtres , & enfin une variété
prèfqu'indéfinie , mais fans jamais abandonner
la parité ou plutôt l'identité de
ce Mercure avec le Mercure François ,
quant au fond & à l'objet principal
qui fe trouvent être précifément les
mêmes . Cet Auteur fe propofe ; & il
exécute , ainfi que fes fucceffeurs , de
raffembler une fuite de faits hiftoriques
, de les fonder pour la plupart fur
des Piéces originales , ainfi que l'avoit
fait l'Auteur duMERCURE FRANÇOIS
, & Vittorio Siri dans fon Mercure
Italien . C'eft précisément cette
forme & cette manière de conftater
quelques branches de l'hiftoire de fon
temps , qui fait le caractère diftin &tif
des Mercures d'avec les autres Journaux
.
,
Il faut voir fur cela , le plan de
M. de Vife dans fon Epître dédicatoire
au Roi , dans plufieurs de fes
Préfaces , & dans la fuite même de fon
Ouvrage. Comme il vouloit rendre fon
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
en
Journal de plus en plus littéraire
prit des Priviléges en Chancellerie , en
conféquence des Brévets du Roi
ainfi qu'ont fait fes fucceffeurs ; & à
mefure que le Mercure s'eft tourné vers
cette partie , il paroît s'être rangé de
plus en plus fous la difcipline du Chef
de la Magiftrature pour l'exécution de
l'Ouvrage & l'éxercice de fes Priviléges.
Celui du 31 Décembre 1677 ,
faveur du même Danau de Vifé ,
annonce le fuccès de la forme qu'il
avoit donnée au nouveau Mercure. Ce
Privilége , très - étendu & très -favorable
aux droits de ce Journal , déclare fpécialement
que la volonté de Mgr le
Dauphin eft qu'il lui foit dédié , & paroiffe
chaque mois fous fes aufpices.
Après la mort de M. de Vifé , le Roi
choifit Charles Du FRESNI , fieur DE
RIVIERE , l'un de fes Valets- de - chambre
ordinaires , pour la compofition du
Mercure , & lui en fit expédier le
Brévet.
Get Auteur, dont on connoît le caractère
ingénieux de l'efprit , procura
d'abord un nouveau luftre à ce Journal.
Il y a des Mercures de fon temps ,
diftingués par un agrément fingulier ,
qui font encore très - recherchés. Mais
JANVIER. 1764. I'
il hégligea bientôt ce travail : il fe donna
des affociés ; & lorfqu'en 171+ , le
fieur le Févre devint feul en fon nom
Titulaire du Mercure , il femble que ce
fut par arrangement avec Dufrefni.
L'Abbé Buchet , Titulaire du Mer
cure en 1717 , donna , ou plutôt ajouta
une nouvelle forme à cet Ouvrage, qui
lui valut de nouveaux fuccès. Dans le
Privilége accordé à cet Auteur , le Mercure
eft intitulé Mercure François &
galant ; & l'Abbé Buchet ne négligea
pas dans la Préface qu'il mit à la tête
de fon premier Volume , d'obferver que
ce titre rappelloit la premiere origine du
Mercure, qu'il rapporte au Mercure François
, dont nous avons parlé.
Le Privilége de cet Auteur & la Préface
que l'on vient de citer , font des
titres & une époque finguliérement effentiels
aux droits & aux prérogatives
de ce Journal. On y trouve le developpement
& l'énumération de la variété
infinie des matières qui doivent compofer
le Mercure , & qui , felon fes termes
, font naturellement & de droit de
fon reffort & entrent dans fon appanage.
Il étoit fordé à établir ce droit fi
étendu fur une poffeffion déja ancienne
& confirmée par un Privilége précé14
MERCURE DE FRANCE.
dent de 1710 , où l'on lit ces paroles
empruntées du Brévet du Roi , contenant
en parlant des Mercures ) plufieurs
Nouvelles , Relations , Hiftoires
& généralement tout ce qui dépend dudit
Livre , & qu'on a continué d'y mettre
depuis 30 ans.
,
Il y a lieu de croire que le Mercure,
devenant plus étendu fur la Littérature
fut , par cette raifon , plus ftrictement attaché
à la difcipline générale de la Librairie.
C'eft dans les Mercures de cette
année ( 1717 ) que l'on commence à
trouver les approbations de Cenfeurs
Royaux. La première eft de l'Abbé
Terrafon . Le Mercure fut enfuite
compofé par MM . Fuzelier & de la
Roque , Affociés à M. Dufrefni , dont
le mom reparoît dans le Privilége du 3
Juillet 1721 .
Ce furent ces Auteurs qui eurent l'honneur
de dédier & de préfenter au Roi
en 1724 le Mercure de France qui a
continué de paroître fous ce titre
ainfi qu'avoit fait feu M. de Vifé
lorfqu'il donna le premier vol . du Mercure
Galant. A la fin de cette même
année , après la mort de M. DU FRESNI
, M. DE LA ROQUE refta feul Titulaire
& Auteur du Mercure , qu'il
JANVIER. 1764. 15
continua jufqu'à fa mort arrivée en 1744.
Le Roi nomma alors MM. FUZELIER
& LABRUERE ; & leur Privilége eſt le
premier qui fut chargé d'une penfion .
Chacun des Auteurs fuivans en ont
eu de nouvelles , ce qui forme aujourd'hui
le fond le plus confidérable au
profit des Gens de Lettres diftingués
par leurs fervices ou par leur célébrité.
Après la mort de M. FUZELIER , arrivée
en 1752 , M. DE LABRUERE
jouit feul du Privilége du Mercure.
Etant mort au mois de Septembre 1754,
Sa Majefté , par Brévet du 12 Octobre
de la même année , accorda ce Privilége
à feu M. DE BOISSI , de l'Académie
Françoiſe , pour commencer à en
jouir feulement du premier Janvier
1755 ; & le produit des Volumes du
reflant de cette année , fut laiffé à M.
l'Abbé RAYNAL , qui avoit compofé
le Mercure pendant l'abfence du dernier
Titulaire .
M. DE BOISSY mourut au mois d'Avril
1758. M. DE BOISSY fils rédigea
le Mercure jufques & compris le deu
xiéme Vol. de Juillet de cette année.
M. MARMONTEL , à qui ce Privilége
avoit été accordé,commença à l'exercer
au mois d'Août fuivant.
16 MERCURE DE FRANCE.
- M. DE LA PLACE a fuccédé aux
droits & à l'exercice de ce même Privilége
par Brévet du 20 Janvier 1760 ,
& commença d'en jouir au premier
Février de cette année .
Par Brévet particulier , M. DE L
GARDE , ancien Penfionnaire de ce
Journal , fut, quelque temps après , adjoint
au Privilége de M. DE LA PLACE ,
pour tout ce qui concerne la partie des
Théâtres ; ce qu'il commença d'exercer
au premier Février de l'année 1761 .
Le nombre des Volumes du Mercure,
y compris le premier Volume du Mercure
galant de 1672 , & le Volume de
Décembre 1763 du Mercure de France ,
eft de 1232 Volumes.
Dans les Bibliothéques où l'on eft
curieux de collections complettes , on
joint à ce nombre de Volumes les 25
du Mercure François , le Septenaire ,
le'Novenaire & les Mémoires de la Ligue.
Pour remplir l'interruption depuis
1644 , où finit la matière du Mercure
François , jufqu'au premier Mercure de
VISÉ , on joint une vingtaine de Relations
imprimées en Volumes particu
liers.
JANVIER 1764.
EPITRE à M. le Chevalier DE.....
ancien Capitaine au Régiment de B...
Cavalerie.
Qus j'aime à m'égarer für ces rives fleuries !
છે
Que j'aime à voir l'émail qui couvre ces prairies!
Ces bofquets , ce verger , ce paisible ruiſſeau
Chaque jour pour mes yeux ont un charme
nouveau.
Ceft-là que libre au fein de la Philofophie ,
Contre les paffions mon coeur fe fortifie ;
Er que bravant les traits d'un Dieu trop dan
gereux ;
Sans amour , fans defirs , je vis , je fuís heureux..
Mais tu veux , cher ami , pour remplir ma pro
meffe ,
Que je parcoure encor les rives da Permeffe ,
Et que mon fort préfent & mes plaifirs paffés ,
Ates yeux fans détour dans ces vers foient tracésį
Ecoute, je fus jeune & j'eus l'amour pour maître;
Faimois , je fus aimé , j'étois digne de l'être :
Ce Dieu n'avoit jamais enchaîné fous les loix
Un coeur plus complaifant , plus docile à la voix .
En butte à tous les traits du plus brillant délire ,
Plus fan pouvoir croiffoit,plus j'aimois fon Empire:
Jeune , fincère , ardent , foumis , tendre , empreffé
18 MERCURE DE FRANCE.
Fidéle à la beauté par qui je fus bleffé ,
Sans trop faire valoir mes foins , ni mes fervices
J'adorai
fes attraits , je flattai
les caprices
,
Et toujours
à fes pieds rempli
des mêmes
feux ,
Je la vis par degrès
répondre
à tous mes voeux.
Heureux
temps dont il faut étouffer
la mémoire
!
Jours rians , écoulés
dans le fein de la gloire !
Trop rapides
inftans ! ... plaifirs
dignes des Dieux,
A tout amant
trahi vous êtes odieux
....
Hé pouvois-je penfer
qu'une
flâme fi chère ,
Au plus heureux
amant
rendroit
la vie amere ?
Qu'un jour cruel
naîtroit
où l'oubli le plus dur
Seroit
l'horrible
prix de l'amour
le plus pur ?
Non , non , j'eftimois
trop une perfide
amante
.
Eglé fembloit
brûler
d'une flâme
conftante
;
L'amour
pour l'embellir
des dons les plus brillans,
Avoit à mille appas
uni mille
talens.
Elle eût apprivoilé
le coeur le plus fauvage.
Les grâces , la candeur
brilloient
ſur ſon viſage ,
Sa bouche
étoit le trône & des jeux & des ris ,
Son âme à tant d'attraits
donnoit
un nouveau
prix ;
I
Elle étoit pure alors ! & je la crus formée
Pour jouir conſtamment du bonheur d'être aimée
Sermens , tendres difcours , tranfports délicieux ,
Tout fembloit me promettre un bien fi précieux !
Mais qui peut le flatter de connoître une femme ?
De lire avec fuccès dans le fond de fon âme ;
D'affervir tous les goûts , de remplir fes ders ,
JANVIER. 1764. 19
Et de pouvoir toujours ſuffire à les plaifirs ?
Non , je puis hardiment en prononcer l'oracle
A moins que d'être un Dieu , renoncez au miracle .
Séduite par la voix d'un frivole étranger ,
Eglé , fauffe & parjure , ofa bientôt changer.
En vain je tentai tout dans ma jalouſe rage:
Pour pouvoir à mes voeux ramener la volage ,
Il fallut en fecret dévorer le tourment ,
De la trouver fidelle à fon nouvel amant.
Combien j'ai foupiré , gémi , verſé de larmes ,
Avant de parvenir à l'oubli de les charmes!..
Le temps amène tout , Arifte , & le bonheur
Naît moins des paffions que de la paix du coeur .
Affranchi , dégagé d'une chaîne importune ,
Sans ennuis , fans defirs , content de ma fortune ,
Nourri des bons Auteurs , du Dieu des vers charmé;
Loin de prétendre encor au bonheur d'être aimé ,
Je compare l'amour à ces rians menfonges ,
Dont le Dieu du fommeil daigne embellir nos
fonges ,
Et dont l'éclat trompeur brille & s'évanovit
Au moment fortuné que notre âme en jouit .
De ma flamé , à peu- près , c'eft l'hiftoire abrégée.
Avec douleur d'abord je la vis négligée ;
D'un bien perda pour moi je regrettai le prix .
Bientôt un Dieu plus cher vint charmer mes efprits.
Te plaire & t'amufer voilà ma feule envie :
J'écris pour adoucir les ennuis de la vie.
20 MERCURE DE FRANCE.
Pour toi qui, comme moi,goutes depuis longtemps
La douceur d'occuper de remplir tes inftans ;
Toi dont les foins heureuxfous nos pas font éclore
Les plus riches tréfors de l'empire de Flore ;
Tói , qui malgré la neige & le froid des hyvers ,
Vois de fleurs & de fruits tous tes arbres couverts,
Cultivateur adroit , naturalifte habile ,
Noble émule , à la fois , de Pline & de Virgile ;;
En lifant cet écrit , loin de le condamner ,
Tu riras du plaifir qu'il a pû me donner.´
ParM. FRANÇOIS , ancien Officier de
Cavalerie.
LETTRE de M. DE SAINT FOIX ,
à M. DE LA PLACE , Auteur du
Mercure de France.
VOIC
OICI , Monfieur , un trait de la :
vie de Henri IV, qui eft affez ignoré.
Pierre Mathieu , T.I. Liv . VII. pag. 417
de fon Hiſtoire , le rapporte tel que ce
Prince le lui avoit raconté. C'eft Henri
IV lui- même qui parle , n'étant encore
alors que Roi de Navarre..
JANVIER. 1763. :21
Il avoit ( Henri III ) ce * mal d'o-
» reille ; on croyoit qu'il en mourroit ;
» & ce mal ne lui donnoit pas tant de
» peine que l'idée que le Duc d'Alen-
» çon , fon frère , y profiteroit. Faut-
»il , me difoit- il , que je laiffe ma Cou-
» ronne à ce méchant ! Mon Maître ,
» lui difois-je , prenez courage ; vous
» en ferez quitte pour le mal. Vous fça-
» vez , me répondit - il , que j'ai toujours
» vêcu avec vous comme avec un frère ;
que je vous ai aimé fans feinte , je
» veux vous découvrir la plaie de mon
» coeur , & je vous dis que je ne sçau-
» rois mourir content fi je fçais que ce
» méchant , qui eft la caufe de ma mort,
» me fuccède. Il faut que vous trou-
» viez moyen de vous en défaire , &
» vous affurer de tous vos amis. Je
» fçais qué le Duc ** de Guife ne vous
» fera pas contraire ; car il n'aime point
* François II étoit mort d'un mal d'oreille , &
l'on croyoit qu'il avoit été empoisonné. Henri III
croyoit de même qu'il avoit été empoisonné par
le Duc d'Alençon , fon frere. Il difoit qu'on l'avoit
déja averti qu'il avoit follicité un Valet- de-
Chambre pour l'égratigner fur la nucque du cou
avec une épingle empoisonnée , en lui attachant
fa fraize .
** Henri , Duc de Guife , tué à Blois le 13 Décembre
1588 .
22 MERCURE DE FRANCE .
"
» ce méchant. Je fus fort étonné de ce
» difcours , & j'étois en peine comment
lui répondre ; car , en ne m'engageant .
» pas à ce qu'il defiroit , je le contriftois
» & augmentois fon mal , & en lui pro-
» mettant d'obéir , je ruinois ma con-
» fcience . Je lui dis : je fçais bien , mon.
Maître , que Monfieur vous a fort of-
,, fenfé , & que le reffentiment doit
bien preffer votre âme , puifqu'en l'é-
» tat où fe trouve maintenant Votre
» Majeſté , il la porte à des chofes fi ex-
» trêmes ; mais j'efpere que vous ne fe-.
» rez pas dans le cas d'en ufer , car
" Dieu vous rendra la fanté , & fera
» tant de graces à Monfieur qu'il rega-
» gnera les vôtres.
» Le Roi me dit fur cela que ce n'é-
» toit point par vengeance & animofité ,
» mais que par juftice & punition , il étoit
» obligé à ne pas laiffer fon Royaume à
" un efprit capable de le détruire , &
» que Dieu le puniroit fi , ayant pû dé-
» tourner ce malheur , il l'enduroit ; que
» d'ailleurs il y alloit de ma conferva-
» tion & de celle de mes amis , étant
» certain qu'auffi - tôt qu'il auroit fermé
» les yeux , fon frère nous feroit tous
» mourir. J'avois horreur d'entendre
» ces paroles , & encore plus de voir
JANVIER. 1764. 23
» de quelle façon il me les difoit , dans
» la croyance que pour fauver l'Etat
» il n'étoit point obligé aux Loix ; que
» ce qui me fembloit cruel , étoit jufte
» & néceffaire , & que pour ôter à fon
» frère le pouvoir de mal faire , il le falloit
promptement ôter du monde.
» Je me vis alors forcé de lui dire que
» mes penſées n'alloient pas plus loin
» qu'elles ne devoient ; que mes defirs
» étoient limités par mon obéiffance ;
» que mes espérances ne fe fonde-
" roient jamais fur la mort d'autrui ;
» que fi je faifois ce qu'il me difoit , je
» ne profpérerois jamais , & que ce pré-
» tendu bonheur me rendroit malheu-
» reux , & qu'enfin une âme généreuſe
» devoit avoir horreur de tout ce qui
» étoit cruel & inhumain. Il repartit
» promptement qu'il ne falloit pas appel-
» ler cruels & inhumains les remedes
» qui produifoient des effets falutaires.
» Toutes mes raifons ne firent que l'en
» flammer & le confirmer davantage
» dans fa réfolution : car ilfe roidiffoit
fort contre les contradictions.
"
» Il envoya querir le Prévôt des Mar-
» chands , & lui commanda de faire tout
» ce que je lui dirois . La chambre étoit
» pleine de Princes , Seigneurs & Offi24
MERCURE DE FRANCE .
» ciers de la Couronne ; Monfieur le
Prince de Condé y étoit , le Duc de
Guife & fes frères ; j'y étois le plus
» fort , fi le defir de régner eût été auffi
fort en moi que la haine étoit terrible
» au coeur du Roi . Dans le même temps
» Monfieur , qui croyoit déjà être Roi ,
allant au cabinet , paffa par la chambre
, fans faluer perfonne : mépris qui
irrita les efprits les plus modérés. Il
» entra au cabinet , où la Reine- Mere ,
» la Reine régnante & quelques confi-
» dens confultoient fur le préfent & fur
- »
l'avenir. Tout ce Confeil étoit contre
» moi , qui pouvois confondre leurs in-
» tentions , fi Dieu n'eût conduit les
>>> miennes.
» Comme on doutoît de plus en plus
» de la vie du Roi , je dis au Duc de
» Guife , notre homme eft mal. La pre-
» miere fois il me répondit , ce ne fera
" rien. La feconde fois , comme je le
"
preffois , il me dit , il yfaut penfer. Et
» comme je lui marquois , par mes re-
» gards , que je voulois fçavoir fon in-
» tention , il me dit à la troifiéme fois
» je vous entends , Monfieur ; & frap-
» pant de la main fur le pomeau de fon
» épée , ceci , ajouta- t- il , eft à votre
» fervice. Peu après le Roi ſe porta mieux
» & guérit.
A
JANVIER. 1764. 2.5
A Mile M**NEAU , déguisée en
Bergère dans un Bal où l'Auteur ne
croyoit pas la trouver.
QuUILLE taille ! quels yeux ! que votre esprit
m'attache !
Que vous faites valoir la danſe où vous entrez !
Bergère , les appas que le mafque nous cache ,
Soutiennent - ils l'éclat de ceux que vous montrez ?
Parlez , charmant objet , que faut -il que je faffe
Pour que vous paroiffiez fans ce maſque jaloux ?
M'accorderiez-vous cette grace ,
Si vous fçaviez ce que j'ai fait pour vous ?
Je venois dans ces lieux l'âme toute remplie
Des traits de l'aimable M**neau ;
En vous approchant je l'oublie ;
Fit-on jamais facrifice plus beau ?
Non que je vous croye plus belle ;
L'être autant c'eſt affez , fût- on une immortelle.
A ce difcours qui vous ſemble nouveau ,
Pourquoi donc la quitter , me direz-vous peurêtre
?
Je ne fçais , mais enfin je ne fuis pas le maître
De ce penchant qui m'entraîne vers vous ;
Souffrez ,charmant objet, fouffrez, belle inconnue,
Qu'un tendre amant ſe jette à vos genoux ....
Mais vous ôtez le mafque ... Ah , qui s'offre à ma
vue !
1. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE .
1
1
Belle M**neau , c'eſt vous ! Ai -je pu l'ignorer !
Mon âme & les tranfports dont elle étoit émue ,
Tout auroit dû m'en allurer.
Toujours conftant pour la beauté que j'aime ,
Quand je croyois bruler d'une infidelle ardeur
Je la rendois rivale d'elle- même 9
Et mes yeux me trompoient fans égarer mon
coeur !
M. DE SAINTFOIX .
LA JEUNE BERGERE ET LE
U
PAPILLON.
FABLE.
A M.... fur fon mariage.
NE jeune Beauté dans l'urne d'Aréthufe
Avoit toujours puifé fon fard :
Elle ignoroit encor la rufe
De feindre des rigueurs , de fourire avec art :
Ses jours fereins couloient ainfi qu'une onde pures
Les rofes du Printemps ornoient fes beaux cheveux
:
Des guirlandes de fleurs compofoient fa parure :
Du village elle aimoit les Jeux :
Elle fortoit enfin des mains de la Nature.
Cet enfant femblable à l'Amour ,
Au lever brillant de l'aurore
Sur les bords d'un ruiffeau fe promenoit un jour
JANVIER. 1764. 27
Au milieu des parfums de Flore.
/ Attiré par leur douce odeur ,
Un Papillon couvert de couleurs bigarrées
Déployoit fes aîles dorées ,
Et voltigeoit de fleur en fleur.
Il baifoit tour -à- tour les lévres de la rofe ,
Et de la marguerite alloit preffer le fein :
La violette à peine éclofe
Etoit auffi l'objet de fon goût libertin .
Il parcourt chaque fleur nouvelle ,
Et careffe en volant les cheveux de Philis :
Se fixe enfin ſur le ſein de la Belle ;
Et croit s'être placé fur la tige d'un lys.
Philis en le voyant fentit ſon âme émue :
Un nouveau mouvement fit palpiter fon coeur.
Sur fon aîle fuperbe elle porta
la vue ;
Et fon front le couvrit d'une aimable rougeur.
» En vérité c'eft bien dommage ,
Dit- elle d'un air ingénu ,
» Qu'un être fi charmant foit encor fi volage :
» Si près de moi toujours il étoit retenu ! ...
» Oui , dit le Papillon , mon eſpéce eſt légère :
» moi-même j'ai longtems promené mes erreurs .
» De boſquet en bofquet , de fougère en fougère ,
Volage amant de mille fleurs , >>
» J'aimai rapidement leur beauté paſſagère :
» Votre éclat plus durable efface leurs couleurs
» Et je deviens amant fincère.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
» Le Sentiment fuccéde à mes folles ardeurs.
Talent de plaire enchaîne tous les coeurs.
Par M. LEGIER.
AIN
EP ITR E.
IN SI vous m'avez donc quitté ,
Inftans fugitifs de jeuneſſe
Doucement perdu dans l'ivreſſe ,
L'Erreur & la Félicité!
Temps , où fi la peine légère
Semble quelquefois nous diftraire
Au fein heureux des Voluptés ,
Ce n'eft , à ce Printemps des âges ,
Que ce qu'eſt aux ardens Etés
Le temps des nuits ou des orages,
C'est fait de ce trouble flatteur
Et de cette fâme incertaine ,
Qui nous égare & nous ramène
Au terme qui fait le bonheur,
Mes fenfations émouffées
Vont s'aider du raiſonnement.
A l'ordre froid de mes penſées
Je foumettrai le Sentiment,
Quand l'efprit prévoit & combine ;
Quand ce n'eſt plus l'impreſſion
Mais la trifte réfléxion
Qu'on écoute & qui détermine ;
Lorfqu'au choix d'un tendre lien
JANVIER. 1764. 29
La Raifon , non le Goût , préfide ;
Dès -lors loin d'un coeur qui veut bien
Que ce trifte flambeau le guide ,
L'Amour ailleurs porte le fien .
Temps heureux de fentir & d'être,
Tranſports & donnés & reçus ,
Jours fortunés que j'ai vu naître ,
Sans retour êtes -vous perdus ?
Ah! j'aurai des plaifirs peut- être 3
Mais pour moi le bonheur n'eſt plus,
Si de ma premiere tendreſſe
J'éprouve encor le Sentiment ;
Si de l'Amour , ce Dieu charmant ,
Qui nous plaît tant plus il nous bleſſe ,
Je retrouve le doux tourment ;
De cette tardive maîtreſſe
Je fuis l'ami plus que l'amant.
Dieu touchant , quel charme eſt le vôtre !
Je connus cet enchantement ,
Ce trouble , cet épanchement
par l'autre. De deux coeurs heureux l'un
Sous le poids même de mes fers ,
Cédant à fa douce puiſſance ,
L'Amour étoit mon éxiſtence ,
Mon amante étoit l'univers.
Des befoins l'empire ordinaire ,
Dans ce temps n'étoit plus fenti ;
Il fe trouvoit anéanti
Par la foifd'aimer & de plaire.
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
Mais qu'aifément l'on paffe à toi
Du fouvenir du bien fuprême ,
Chloé ! que j'aimai plus que moi ,
Plus encor que mon bonheur même.
Ah ! qui fut heureux & vaincu
Par le doux effort de tes armes
?
Qui te plut , qui connut tes charmes ,
Peut & doit dire : j'ai vécu .
Le Comte d'AR... Capitaine de Cavalerie.
VERS de M. DE VOLTAIRE ,
PIMPÉRATRICE DE RUSSIE ,
qui l'invitoit à en faire le voyage
DIEUX , qui m'ôtez les yeux & les oreilles ,
Rendez-les-moi , je pars au même inſtant !
Heureux qui voit vos auguftes merveilles ,
O CATHERINE ! heureux qui vous entend.
Plaire & régner , voilà votre talent :
Mais le premier me flatte davantage.
De votre efprit vous étonnez le Sage ;
Il cefferoit de l'être en vous voyant.
JANVIER. 1764. 31
QU'EN DOIT - IL ARRIVER ?
ANECDOTE HISTORIQUE,
SI QUELQU'UN de mes Compatriotes
avoit le malheur de ne pas aimer ſa Patrie
, je lui dirois , parcourez le monde
entier, & bien-tôt vous regretterez le
le climat qui vous a vu naître ; fréquentez
, étudiez toutes les Nations , & vous
rendrez enfin juſtice à la vôtre . Je dirois
à certains frondeurs obfcurs , lifez l'Hiftoire
de toutes les Monarchies , vous ne
trouverez nulle-part le même fpectacle
que vous offrent nos Annales. Eh quel
fpectacle ! Une Maifon qui depuis près de
800 ans occupe le Trône fans interruption
, & qui , parmi une foule de grands
Rois , n'en a pas produit un feul qu'on
puiffe mettre dans la claffe des Princes
cruels & fanguinaires. La moitié des
Empereurs Romains furent des monftres.
Il est peu d'Etats qui n'ayent eu
leurs Nerons , ou leurs Bufiris . L'Afie
fur-tout , ce pays d'efclavage , fut une
pépinière de tyrans. On a exalté parmi
nous le regne des Califes : mais lions
leurs propres Hiftoriens ; nous verrons
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
dans les meilleurs de ces Princes un mêlange
de férocité qui ternit leurs actions
les plus louables. Le maffacre de tous
les Barmécides , ordonné pour une cauſe
des plus frivoles , & par un Souverain
qui paffoit pour jufte , eft une preuve
de cette vérité. Il pouvoit arriver auffi
qu'un Prince naturellement barbare laiffat
, par caprice , échapper quelque trait
de grandeur d'âme. Le hafard peut faire
naître une plante utile dans un terroir
qui jamais ne produifit que des ronces ;
quelques rayons peuvent percer le nuage
le plus fombre : ce qui n'empêche pas ,
& qu'un pareil jour né foit réputé obfcur
& qu'un pareil fol ne foit jugé
ftérile .

Le Calife Montaffer , trentième fucceffeur
de Mahomet , s'étoit frayé le chemin
du Trône par le maffacre de fon
propre père. Cela dit affez que ce Prince
cruel avoit alors des amis & des partiſans
dignes de lui. Il donna depuis une partie
de fa confiance à un Officier vertueux
, brave , & d'un défintéreffement
bien rare , fur-tout dans une Cour Afiatique.
Taher , c'eſt le nom de cet Offcier
, ne prit jamais de part aux crimes
de fon Maître , & le fervit toujours fidélement
, parce qu'il fe regardoit comme
JANVIER. 1764. 33
fon Sujet , & non comme fon Juge.
Envoyé en Egypte par le Calife , &
chargé d'une commiffion des plus importantes
, il s'en acquitta avec autant
de zèle que de fuccès.
Taher , en parcourant l'Egypte , féjourna
quelque tems à Alexandrie . Il
étoit occupé à vifiter le Port de cette
Ville , quand un vaiffeau Tunifien y
arriva. Entre plufieurs marchandiſes précieufes
que portoit ce vaiffeau , il y en
avoit une d'un prix ineftimable : c'étoit
une jeune Efclave digne du rang & du
titre de Reine , fi la beauté feule pouvoit
le donner. Elle joignoit même
à cette extrême beauté tous les talens
qui peuvent en augmenter le prix. On
admiroit particulierement le charme de
fa voix , ainfi que l'art & le goût qu'ejle
mettoit dans fon chant. Taher la vit , &
fut furpris de l'impreffion qu'elle faifoit
fur fon ame. Il étoit parvenu à l'âge de
35 ans , & ignoroit encore les patlions
vives , excepté celle de la gloire : il efpéroit
même n'en jamais connoître d'autre.
La vue de cette jeune Efclave le détrompa.
Il l'aima comme on aime pour
la premiere fois ; c'eſt-à- dire , exceffivement.
La belle captive étoit née à Marſeille ,
Bv
34 MERCURE DE FRANCE .
& parloit fort bien la langue Arabe ,
fuite naturelle du grand commerce de
cette Ville avec l'Orient. Elle répondit
à toutes les queftions que lui fit Taher
& il lui en fit un grand nombre. Toutes
cependant n'étoient relatives qu'à ellemême.
Elle lui apprit & fon origine , &
fon nom , & toutes les circonstances de
fa captivité. Son nom étoit Ifaure ; fa
famille avoit occupé les premieres places
dans fa République : mais dépouillée de
fes richeffes , elle avoit perdu une partie
de fa fplendeur. Ifaure elle-même ,
reftée orpheline , & fous la tutelle d'un
parent déjà vieux , eut de plus le malheur
de lui plaire , & le défagrément de
l'entendre lui en faire l'aveu : ce qu'il
fit de l'air & du ton d'un Tuteur. Elle y
répondit de l'air & du ton d'une Pupile
qui n'ofe témoigner toute fa répugnance
, mais qui ne la déguife qu'imparfairement.
Dès-lors elle fongea aux moyens
de fe fouftraire au malheur qui la menaçoit.
Une partie de fa famille s'etoit
réfugiée en Italie : elle réfolut d'imiter
cet exemple , & d'aller joindre des parens
qui pourroient n'avoir pas les mêmes.
vues que fon Tuteur , ou qui pourroient
mériter mieux de les avoir. Un vaiffeau
qui partoit pour Veniſe , lui en fournit
JANVIER. 1764. 35
une occafion qu'elle mit à profit. Malheureuſement
un Corfaite Africain attaqua
& prit le vaiffeau Marſeillois . Il y
avoit fur ce Navire dequoi fatisfaire
amplement l'avidité du Pirate . Ifaure
craignoit fur-tout de devenir la proie de
fa brutalité. Mais l'Africain étoit encore
plus avare que diffolu : il jugea que faire
violence à la jeune Provençale , c'étoit
altérer fon prix , & cette réflexion la
fauva de ce danger. Ifaure fe vit réſervée
pour quelque perfonnage puiffant de
l'Empire du Calife , fuppofé que le Pirate
ne pût arriver jufqu'au Calife même.
Taher fongeoit à profiter de ces difpo
fitions. Il lui étoit libre de voir & d'entretenir
la jeune Captive à toute heure
du jour , comme il eft permis à tout particulier
d'examiner , à différentes reprifes
, un diamant ou tel autre bijou qu'un
Marchand met en vente . Il crut même
s'appercevoir que l'aimable Ifaure trouvoit
dans fes vifites une forte d'adouciffement
à fes difgraces. Il ne fe trompoit
pas ; & , avec un peu moins de modeftre
, il eût pu voir beaucoup plus qu'il
n'ofoit même foupçonner. Taher joignoit
à une figure des plus intéreffantee
& des plus nobles , cet air de candeur &
d'aménité qui plaît toujours aux âmes à
B vj
36 MERCURE DE FRANCE .
qui ces vertus ne font point étrangères ,
& fouvent même à celles qui les connoiffent
le moins. Ifaure , qui les poffédoit
entièrement , pouvoit- elle ne pas
les chérir dans notre Afiatique ? Il eft
rare que le coeur s'affujettiffe à raisonner
; mais quand la raiſon le prévient ,
& fe trouve d'accord avec lui , il eft encore
plus rare qu'il la rebute. La belle
Marfeilloife , qui n'avoit nulle efpérance
de revoir fa Patrie , devoit fouhaiter
& fouhaitoit ardemment de fortir
des mains du Pirate. Elle ne prévoyoit
pas y pouvoir parvenir fans paffer dans
d'autres mains , & Taher lui fembloit
mériter la préférence. Elle la lui eût donnée
même fur le Calife.
Mais tandis que fes voeux fecondoient
fi bien ceux de l'amoureux Muſulman ,
il étoit plongé dans la plus exceffive douleur.
Le Pirate mettoit la jeune Eſclave
à un prix qui ſurpaffoit tout ce qu'il en
pouvoit offrir. J'ai déja dit que Taher
étoit un Courtifan défintéreffé : mais peu
s'en fallut que dans ce moment il ne regrettât
d'avoir porté cette vertu fi loin .
C'étoit la premiere fois fans doute qu'au
défaut d'une fomme affez modique , le
Favori d'un Monarque puiffant fe trouvoit
hors d'état de fatisfaire un goût déJANVIER.
1764. 37
1
cidé , & même un fimple caprice . On
préfume bien que le Corfaire fit la même
réfléxion. Taher peu riche , lui parut néceffairement
peu confidéré de fon Maître
, & encore moins digne de pofféder
Ifaure , puifqu'il étoit hors d'état de la
lui payer .
Qu'on fe figure la défolation où étoit
ce malheureux Favori . O vertu ! s'écrioit-
il , que d'épreuves il faut foutenir
pour te fuivre fans s'égarer. Mais celle
que j'effuie aujourd'hui eft à coup für
la plus cruelle de toutes. Il retourne auprès
de la belle Efclave , qui ignoroit
une partie de ſes inquiétudes ; il les lui
avoue , & la rend auffi affligée que luimême.
Oui , charmante Ifaure , ajoutoit-
il , je commence à croire que l'or
eſt véritablement précieux , puifque lui
feul peut m'affurer votre poffeffion : il
ne falloit pas moins que cette preuve
pour me convaincre de ce qu'il vaut.
Hélas ! reprenoit Ifaure , en verfant des
larmes , tout cela me prouve encore
mieux l'horreur de mon état . En vain
mon coeur voudroit fe donner ; toute ma
perfonne eft miſe à l'encan : je dois être à
quiconque donnera plus pour m'acquérir.
O Dieu ! s'écrioit de nouveau Taher ,
faudra - t - il me réfoudre à la voir paffer
28 MERCURE DE FRANCE.
38
dans des mains peut-être indignes de la
pofféder ? Et , en fuffent - elles même
dignes , ma douleur en fera- t - elle moins
réelle ,fa perte moins irréparable ? Ifaure
ne répliqua rien ; mais fes larmes couloient
toujours forte d'expreffion qui
en valoit bien d'autres. Taher n'y put
réfifter plus long temps. Il prit une réfolution
qui lui coûta beaucoup à prendre
, parce qu'elle fembloit démentir
toute fa conduite paffée . Ce fut de
recourir au Gouverneur d'Egypte ,
non pour qu'il interpofât fon autorité
dans cette affaire ; mais pour lui emprunter
ce qui manquoit à la fomme
qu'exigeoit le Pirate. Un riche Citoyen
d'Alexandrie , qui eftimoit la vertu de
Taher , & que le hafard inftruifit de for
embarras , le prévint par des offres qui ,
dans tout autre cas , n'euffent point été
acceptées. Elles le furent dans cette occafion
preffante. Déja Taher ſe croyoit
au comble de fes voeux ; déja Ifaure partageoit
la fatisfaction qu'elle lifoit fur fon
vifage un nouvel incident les replongea
dans de nouvelles allarmes.
L'extrême beauté de la jeune Eſclave
étoit célébrée de toutes parts dans Aléxandrie.
Acmet , Gouverneur de la haute
& baffe Egypte , en fut inftruit des preJANVIER.
1764. 39
miers , & voulut en juger par lui - même.
Il envoya ordre au Pirate de lui amener
cette merveille fi vantée. Cet ordre arriva
dans l'inſtant même où Taher croyoit
n'avoir plus aucun obſtacle à vaincre, où
il étoit prêt à payer le prix qu'exigeoit
le Corfaire pour lui livrer Ifaure . Mais
l'Africain jugea qu'il falloit d'abord fatisfaire
la curiofité du Gouverneur. C'étoit
bien moins docilité de fa part , que
rafinement d'avarice. Il ne doutoit pas
que les charmes de la jeune Françoife ne
fiffent l'impreffion la plus vive fur l'âme
de ce Commandant , & il efpéro it tirer
meilleur parti d'un homme qui pouvoit
à fon gré véxer tout un grand Etat , que
d'un Favori qui avoit fait voeu de ne jamais
véxer perfonne.
Ce fut en vain que Taher combattit
cette réfolution . Il prit enfin le parti
d'aller lui-même inftruire Acmet de ce
qui s'étoit paffé. Son but étoit de lui
ôter l'envie de voir Ifaure , perfuadé qu'il
l'auroit pour rival dès l'inftant qu'elle
s'offriroit à fes yeux. Le Gouverneur ,
qui au fonds le haïffoit , ne pouvoit cependant
lui refufer fon eftime , encore
moins des égards mefurés fur ceux qu'avoit
pour lui le Calife même. Il fit plus ;
il parut prêt à fe défifter de toutes prétentions
fur Ifaure. Malheureufement le
40 MERCURE DE FRANCE .
,
Pirate furvint , accompagné de la jeune
Efclave , qu'il avoit fait tranſporter malgré
elle dans ce Palais . A cette vue
Acmet changea de langage , ou plutôt
il fembla perdre tout- à - coup la parole :
mais fon filence étoit expreffif. Celui
de Taher l'étoit encore plus , & il ne tarda
pas à le rompre. Il demande que ,
fans aucun délai , Ifaure lui foit remife.
Mais une décifion fi prompte n'étoit déja
plus du goût d'Acmet. Il prenoit un
plaifir infini à contempler Ifaure , qui ,
de fon côté , ne regardoit , ne voyoit
que Taher. Pour ce dernier , l'irréfolution
ou plutôt le changement trop vifible
du Gouverneur le défefpéroit . Ce
fut bien pis lorfqu'il le vit interroger la
jeune Efclave fur fes divers talens , &
lui demander , entre autres chofes , un
effai de la beauté de fa voix . Le Pirate
joignit un ordre abfolu à cette demande.
Mais , au lieu de chants , on ne put tirer
d'Ifanre que des foupirs , des fanglots &
des larmes. Taher , hors de lui- même
s'écria qu'Ifaure lui appartenoit , & ne
devoit plus être commandée par perfonne.
Brave Taher , lui répondit le Gouverneur
, Ifaure appartient à un Corfaire
d'Afrique , & partant à celui de nous
deux qui pourra la mettre à plus haut
prix. C'est ici une forte de combat dans
9
JANVIER . 1764. 41
i
lequel on peut efpérer de vous vaincre.
Contentez- vous d'avoir triomphé tant
de fois ailleurs . Acmet joignit à ce difcours
une offre qui furpaffoit toutes les
facultés de fon rival. On préfume bien
qu'elle fut acceptée. On préfume éga
lement que celle qui en étoit l'objet s'affligea
de plus en plus. Mais Taher devint
furieux. Ne rougis-tu pas , dit - il au Gouverneur
, d'abufer ainfi des richeffes qui
font ta honte , pour infulter à une pau→
vreté qui fait ma gloire ? La manière
dont ce Pirate en ufe envers moi n'a
* rien qui m'étonne : il remplit uniquement
l'idée qu'on attache à fa profef
fion . Ta conduite eft mille fois plus répréhenfible
que la fienne.
Acmet refta quelques momens rêveur.
Enfuite , reprenant le ton de l'ironie :
hé quoi ! dit-il , fage Député du Commandant
des Fidèles , ne vous fuffit- il
pas de paffer pour l'homme le plus défintéreffé
que renferme tout fon vafte Empire
? Cette gloire n'eft-elle plus rien à
vos yeux ? Eft- il naturel que vous jouiffiez
en même temps des avantages que
procurent les richeffes ?
Taher alloit répondre ; Ifaure le prévint
ce qui étonna beaucoup , & le
Pirate , & Acmet , & Taher lui-même.
42 MERCURE DE FRANCE.
Vos richeffes , dit- elle au Gouverneur
peuvent éblouir celui qui fe croit l'arbitre
de ma deftinée ; celui qui , pour
m'avoir arrachée à ma famille , penfe
être en droit de me vendre à qui lui donnera
plus . Une Efclave Afiatique obéiroit
fans murmurer , fans même fe permettre
aucune réfléxion . L'air qu'on
refpire dans ma Patrie infpire d'autres
fentimens aux perfonnes de mon féxe.
Accoutumées aux hommages du vôtre
elles y règlent fes plaifirs , partagent volontairement
fes travaux , & quelquefois
fes dangers : en un mot , nous fom
mes fes Compagnes , & non fes Efclaves.
N'efpérez donc pas , pourfuivit- elle
d'un ton ferme , exercer jamais fur moi
l'autorité d'un maître impérieux & abfolu.
Ce Corfaire , en tranfportant mon
corps dans un climat étranger , n'a point
changé mon âme : elle refte libre au milieu
de mes chaînes. Il ne fuffit pas de
m'achetter pour m'obtenir , il faut encore
que je me donne.
Le fort que je vous deftine , reprit
Acmet , vaincra l'indocilité de votre
âme. Vous chérirez ces fers qui vous
femblent fi odieux. Je prétends faire
votre bonheur..... Il n'eft plus temps ,
interrompit vivement Ifaure ; & , en
JANVIER . 1764. 43
prononçant ces mots , elle fixa Taher.
J'entends , reprit le Gouverneur ; un
autre m'a prévenu mais vous ignorez
ce que je puis , & fur- tout ce que je me
propofe. Tremble ! lui dit Taher , fi tu
projette le moindre attentat , la moindre
violence contre Ifaure. Souviens - toi
que je périrois plutôt que de ne pas la
venger. Quant à préfent , je me borne
à recourir à l'autorité du Calife , à le
prier de vouloir être notre Juge . Mais
fur- tout,garde-toi d'ofer prévenir fa décifion
. Soit , repliqua le Gouverneur ;
. le Calife nous mettra d'accord . En attendant
, Ifaure peut , en toute fûreté ,
habiter mon Palais . Cette promeffe ne
tranquilifa que médiocrement l'amoureux
Taher il lui en coûtoit pour laiffer
ainfi fa Maîtreffe au pouvoir de fon
Rival ; cependant il fallut y foufcrire.
Ifaure , de fon côté , lui tint les difcours
les plus propres à le raffurer , fi , dans de
pareilles circonftances , un Amant pouvoit
être fans crainte.

:
Leur féparation fut des plus douloureufes.
Il ne feroit pas facile d'exprimer
ce qui fe paffoit dans l'âme de l'un & de
l'autre . Ifaure craignoit que le Calife ne
fût injufte , & Taher que le Gouverneur
ne devint trop preffant , qu'Ifaure elle44
MERCURE DE FRANCE.
même ne fe lafsât de réfifter. Heureufement
nulle affaire d'Etat ne le retenoit
plus en Egypte , & il fit une diligence
prodigieufe pour fe rendre à Bagdat où
réfidoit le Calife. L'accueil qu'il reçut
de ce Prince étoit déja pour fui un au
gure très- favorable. Taher entra d'abord
dans quelques détails relatifs à la Commiffion
dont il avoit été chargé . Ils lui
attirerent les éloges du Souverain , qui
enfuite le queſtionna fur ce qu'il avoit
vu de remarquable dans fon voyage.
C'étoit lui fournir l'occafion de s'expliquer
fur un objet qui l'intéreffoit infiniment
plus que des Obélifques , des Pyramides
, & toutes les autres Antiquités
Egyptiennes. Seigneur Commandant
des Fidèles , dit - il au Calife , ce que j'ai
le plus admiré dans ce pays , fi fertile
en merveilles , en eſt une qui les efface
toutes , & dont la privation feroit le malheur
de mes jours , comme fa poffeffion
pourroit en faire le bonheur. Ce début
intéreffa vivement le Prince ; il voulut
que Taher s'expliquât fans emblême , &
c'eft ce que demandoit ce dernier . Il
détailla fon aventure , mais avec tant de
chaleur & de vivacité qu'il étoit facile
de voir qu'en lui le Philofophe avoit fait
place à l'Amant. Le Calife parut l'écou
JANVIER, 1764. 45
ter avec beaucoup d'attention ; enfuite
il refta quelque temps rêveur, C'en fut
affez pour allarmer Taher au dernier
point. Mais que devint-il quand , pour.
toute réponse , il entendit ce Prince le
charger d'une Commiffion nouvelle
pour une contrée entierementoppofée
à celle de l'Egypte , & avec ordre de
partir fur le champ ?
Il s'agiffoit de repouffer une armée de
Grecs entrée inopinément fur les terres
du Calife . Un emploi de cette nature ne
pouvoit décemment fe refufer , & moins
encore par Taher que par tout autre. Il
l'accepta , mais ce fut avec une répugnance
que furmontoit le devoir plutôt
que l'ambition . Le devoir même ne put
impoſer filence à l'amour. Seigneur ,
dit Taher au Calife , je vais combattre
& , comme je l'efpère , vaincre vos ennemis
. Puis- je efpérer de n'être pas moimême
vaincu par le Gouverneur d'Egypte
Eft-il poffible , s'écria le Prince
que le fouvenir d'une Efclave partage
les foins d'un Général que la gloire parut
toujours feule occuper ? Va ravager
les Provinces de la Grece , & tu y trouveras
des Efclaves à choisir.
Taher vit bien que toute replique feroit
fuperflue. Il ne fçavoit comment
46 MERCURE DE FRANCE .
interpréter les réponfes du Calife. Tantôt
il les attribuoit à fa dureté naturelle ,
qui le portoit à mortifier ceux même
qu'il chériffoit le plus ; tantôt il craignoit
que ce Prince ne fût devenu amoureux
de la jeune Efclave , fur le portrait que
lui -même en avoit tracé. Eh que feroitce
donc , s'écrioit Taher , s'il voyoit
Ifaure en perfonne ? Ainfi l'amoureux
Mufulman n'appercevoit de toutes parts
que des motifs de crainte , fans même
entrevoir un feul motif d'efpérance .
Il partit , & fe vengea fur les Grecs
des chagrins qu'on lui faifoit éprouver
dans fa Patrie . L'ennemi fut battu &
pourfuivi jufques dans l'intérieur de fest
Provinces . Là il eût été facile à Taher de
mettre à profit le confeil du Calife. Il
pouvoit , dis-je , emmener en efclavage
une foule d'aimables Grecques. Il en
vit plufieurs dont les charmes l'auroient
féduit , s'il eût été moins épris de ceux
d'Ifaure. Mais il ne chercha pas même
à fe diftraire de fon fouvenir. Uniquement
livré à ſes inquiétudes & à ſa jaloufie
, il goûtoit peu la fatisfaction
qu'éprouve un Général après la victoire .
Le prix qu'en efpéroit celui- ci étoit,
une décifion en fa faveur , fuppofé qu'il
JANVIER . 1764. 47
fût encore temps de la rendre. Il n'ofoit
approfondir fes idées fur cette matière.
Il arrive à la Cour , & eft comblé d'honneurs
par le Calife . Ces honneurs euffent
pû le flatter dans tout autre temps : mais
alors il n'étoit occupé que d'un feul oblet.
Ifaure lui feroit elle rendue ? Son
Juge n'étoit-il point devenu fon Rival ?
Tandis qu'il s'interrogeoit ainfi lui-même
, le Calife lui fit une queftion toute
oppofée. Il s'agiffoit de fçavoir fi la belle
Efclave l'occupoit encore. Ciel ! fi elle
m'occupe ! s'écria Taher , fon image me
fuit por tout , & ne me quittera qu'au
tombeau. Souffrirez - vous , Grand
Prince ,, que fa perfonne refte plus longtemps
au pouvoir de l'injufte Acmet ? Le
Calife ne répondit rien , ou plutôt , pour
toute réponſe , il retint Taher à fouper.
Cette faveur , qui n'étoit point rare à
la Cour des Califes , ne parut à l'Amant
d'Ifaure qu'une décifion contraire à fes
voeux , un arrêt foudroyant , quoique
tacite. Il ne doutoit plus , ou que fa
Maîtreffe ne fût adjugée à fon Rival , ou
que le Calife ne l'eût prife pour lui- même;
& l'un & l'autre cas le défeſpéroit
également . Bien-tôt même fes doutes lut
parurent éclaircis. Le Prince , dans le
48 MERCURE
DE FRANCE .
+
cours du repas l'entretint encore une
fois de la jeune Eſclave ; & , entre autres
chofes , il lui demanda fi la voix d'Ifaure
étoit réellement auffi parfaite qu'il l'affuroit
dans fes difcours ? Taher le lui attefta
de nouveau. Je crois pourtant , reprit le
Calife , avoir parmi mes Efclaves une
jeune Chanteufe qui peut , à cet égard ,
le difputer à la vôtre . A ces mots
fur un figne qu'il fait à un de fes Eunuques
, & fur un autre figne que fait
celui-ci à quelqu'un que Taher ne voyoit
pas , une voix touchante & harmonieuſe
fe fait entendre. L'oreille en étoit flattée
, le coeur en étoit ému. C'étoit néanmoins
encore peu de chofe en comparaifon
de ce qu'éprouvoit Taher. Il frémit
, change de couleur , s'agite involontairement
, & eft prêt à perdre toute
refpiration en un mot , les accens de
la jeune Efclave lui paroiffent abfolument
les mêmes que ceux d'Ifaure ; c'eſt
Ifaure qu'il croit entendre , & que , par
cette raifon , il juge être entierement
perdue pour
lui.
4
Les chants de l'Efclave invifible
étoient plaintifs , languiffans , & caractérifoient
une ame triftement affectée :
ils étoient de plus dans le langage des
Troubadours Provençaux : langage que
n'entendoient
JANVIER. 1764. 49.
n'entendoient ni le Calife , ni Taher.
Mais ce dernier reconnut aifément que
c'étoit le même dans lequel chantoit
Ifaure. Nouveau motif de conviction
pour lui . Le Calife examinoit tous fes
mouvemens , & lui demanda quelle en
pouvoit être la caufe . Ah , Seigneur !
s'écria l'amoureux Mufulman , ou mon
imagination troublée me tranfporte en
Egypte , ou l'aimable Ifaure eft dans ce
Palais.
*
Montaffer, fans rien répondre , fit un
autre figne. Alors un grand rideau s'ou
vrit , & Ifaure elle-même , Ifaure parut
aux yeux de fon Amant , vêtue avec une
magnificence incroyable , & fous l'extérieur
d'une Reine de tout l'Orient ,
plutôt que d'une Efclave Européenne .
A cette vue Taher jette un cri d'étonnement&
de douleur : il ne peut plus douter
de fon infortune . Tout , dans cette rencontre
, annonce l'amour du Calife & la
fragilité d'Ifaure. Ce qui achevoit d'en
convaincre l'affligé Taher , c'étoit le filence
de la jeune Efclave. Elle fe bornoit
à le fixer , & reftoit immobile. Une
attitude fi froide acheva de le mettre
* Cette réponſe eft citée dans l'Hiftoire des
Arabes , par M. l'Abbé de Marigny , où l Anecdote
même fe trouve rapportée en peu de mots.
I. Vol C
1
50
MERCURE DE FRANCE.
1
hors de lui- même. Seigneur ! dit -il au
Calife , en tombant à fes genoux , permettez
- moi de fuir une épreuve trop
au-deffus de mes forces. Ifaure a du
vous préférer à moi , N'efpérez pas toutefois
que j'approuve la conduite . N'exigez
pas fur-tout que j'en fois plus longtemps
le témoin. Je vous fervis avec un
zèle que rien n'a pu ralentir ; voici le
falaire que j'ofe en attendre. Souffrez
qu'au fonds du plus lointain défert , j'aille
oublier l'unique objet qui fçut toucher
mon âme , ou du moins gémir à mon
aife de fon oubli.
Les foupirs & les larmes d'Ifaure interrompirent
la fin de ce difcours Il n'étoit
pas facile à Taher d'en pénétrer le
vrai motif. Etoit-ce remords ? étoit-ce
pure tendreffe ? le Calife , enfin , crut devoir
terminer cette affreufe perpléxité.
Raffure- toi , dit-il à fon favori . c'eft
trop longtemps abufer de ton erreur.
Ifaure eft à toi. Elle me fut deſtinée
par Acmet , & je t'en fais un facrifice :
je te la rends telle que l'ai reçue. Je ne
voulois que jouir un peu de ton embarras.
C'est moi qui ai prefcrit à Ifaure
la conduite qu'elle vient de tenir & qui
lui a tant coûté. Il m'étoit fans doute
permis d'éxiger d'elle cette complaifance
JANVIER. 1764. 51
frivole, puifque je me fuis interdit jufqu'à
la volonté d'en éxiger de plus
grandes.
Taher , au comble de la joie , eut la
fatisfaction de voir Ifaure la partager.
Il étoit fort éloigné d'avoir aucun foupçon
fâcheux à fon égard. L'eftime en
amour produit la paifible confiance ;
& Taher avoit le bonheur d'eftimer ce
ce qu'il aimoit.
EXCUSE à une Dame , pour qui
l'Auteur n'avoit point fait de vers .
Vous avez tort d'être en courroux ,
Iris , pardonnez mon filence ,
Sije n'ai point parlé de vous ,
C'eft que je bais la médifance.
VERS à Madame DE MONT ...
HEUREUX celui dont le ſagé génie ,
Tantôt épris des leçons d'Uranie ,
Tantôt fenfible aux charmes des beaux vers ,
Peut dans un livre oublier l'Univers !
Racine & Lock, Malebranche & Voltaire ,
Ont tour-â-tour des droits fur fes momens ;
Cij
52 MERCURE
DE FRANCE .
Environné de ces maîtres charmans ,
Nés à la fois pour inftruire & pour plaire ,
Ses fentimens & les goûts différens
Trouvent toujours dequoi fe fatisfaire.
Le beau l'enchante & la Raifon l'éclaire ;
Il ne voit point d'ennemis dans les fers ;
Son front n'eft point orné d'un diadême ;
Il n'eft point Roi de cent Peuples divers ;
Il est bien plus ,il eft Roi de lui- même .
Il fut un temps où mes tranquilles jours
Couloient ainfi le Dieu de la Sagelſe ,
Celui des Vers , celui de la Moleſſe
Y préfidoient , en partageoient le cours.
Qu'alors Racine avoit pour moi de charmes !
Le vertueux , le tendre Xipharés
Dans fes dangers excitoit mes allarmes ;
Monime en pleurs faifoit couler mes larmes ;
Je plaignois Phédre au milieu des forfaits.
De Crébillon la mâle hardieffe
Verfoit dans moi l'horreur & la tendreffe.
Le grand pinceau dont la noble chaleur
Peignit fi bien Orofmane & Zaïre ,
Faifoit paffer dans mon fenfible coeur
Les mouvemens de Zamore & d'Alzire.
Ce coeur privé de fentimens à lụi ,
S'attendriffoit fur le malheur d'autrui !…..
Ce temps n'eft plus , une fource étrangère
Ne fournit plus les pleurs que je répands,
Je pleurs , hélas ! fur ma propre mifère.
}
JANVIER. 1764.
53
T
Défefpéré du trouble de mes fens ,
Depuis l'inftant que mes yeux vous ont vue ,
Je pleurs , hélas ! ma liberté perdue.
De B.
A Madame D *** , qui demandoit ce
que c'étoit que la Société des Do-
MINICAUX.
D u Plaifir joyeux Apôtres ,
A la Décence foumis ,
Nous rions les uns des autres ,
Sans en être moins amis.
D. L. P.
Elle eft compofee de neuf Gens de Lettres
quife raffemblent le Dimanche & dinent alternati
vement les uns chez les autres .
LEE mot de la première Énigme du
mois de Décembre eft le Fufil ; il y a
une Loi pour le port d'armes & un
Code de chaffes . Celui de la feconde
eſt le Cerf- volant . Celui du premier Logogryphe
eft Lavement , dans lequel on
trouve Venal , la , Mante , valet , âne ,
âme , vent , mat , lame d'épée , lave ,
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
male , mat , élan , muet , tême , mennet.
Celui du fecond eft Poiffon , où l'on
trouve poifon , oifon , pois & fon. Et
celui du troifiéme eft Sara & Rachel
ENIGME.
QUOIQUE peu de mondé m'honore ,
Je fais d'un affez grand fecours :
A moi bien des gens ont rècours
Pour exprimer ce qu'on abhorre.
Je fuis ce qu'on veut que je fois ,
Sec , humide , ertant , immobile ,
Docte , ignorant , maître , fervile
Je géle & brûle quelquefois.
Illuftre dans mon origine ,
Je nâquis bien avant Néron.
La terre entiére fçait mon nom ,
Et voit qui je fuis à ma mine.
AUTRE.
Avec un air très -fraac j'aborde tout le monde ; VEC
Je cache mes défauts autant que je le puis .
Mais , j'ai beau feindre une bonté profonde :
L'on me fuit auffitôt qu'on connoît qui je fuis.
Je bénis Dieu , c'eſt là mon caractère ;
Je fais des voeux pour la fanté du Roi.
Mais tout l'éclat de cet emploi ,
Souvent n'empêche pas le trépas de mon père.
JANVIER . 1764. 55
VERS ENIGMATIQUES.
J fais le chef d'une tribu , E
Dont l'origine & la fin font le monde ,
Quoique vieillard , je fuis tout nu
Et ne crains point que d'hyver me morfonde.
J'ai deux noms de genres divers ,
Je fuis au gré des gens , ou mâle , ou bien femelle
Peu m'importe comme on m'appelle ) ".
J'expire , & je renaîs dans ce vafte Univers .
Ma naiffance & ma mort ont un terme fidéle.
Je ſuis père de douze enfans ,
Mère , fi vous voulez ( c'est même parentage )
Chacun de ces enfans en a bien davantage
Et pour le moins m'a doublé dans ce fens .
Dans ce nombreux & fingulier ménage ,
Les uns font beaux , d'autres noirs & méchans
Et malgré qu'ils foient d'un même âge ,
Il en eft prèfque autant de petits que de grands ,
Je ne dis plus qu'un mot de toute ma fequelle :
De ce nombre d'enfans , que m'a donné le fort ,
Tous font ainfi que moi d'une race immortelle ,
Nul d'entre eux cependant n'eft exempt de la
mort.
Par M. DE BOUSSANELLE , Meftre de Camp
de Cavalerie , Capitaine dans le Commiffaire- Ge
néral
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
LOGO GRYPH E.
PEEU fait pour le plaifir champêtre ,
Toujours trop tôt j'ole paroître.
Je porte fur mon dos un animal rongeur .
Mais ce qui furprendra peut- être ,
C'eſt qu'en voulant m'ôter le coeur ,
On trouve que je fuis ce qui ne peut plus être .
A UTR E.
Ja fuis de grande utilité ;
Et même il eft de toute vérité ,
Que je fuis en tous lieux néceffaire & de mife :
Le riche toutefois par faux air me mépriſe ,
Il hait jufqu'à mon nom , & n'étoient ſes valets
Peut-être que chez lui je n'entrerois jamais.
Très- rarement je loge où gîtent nos Poëtes :
( Je n'entens point parler de ces rares Eſprits
Dont à bon titre on vante les Ecrits ,
Mais de ces difeurs de fornettes ,
Qui du facré vallon habitent les bourbiers
Et font l'hyver fans feu dans leurs greniers. )
Renverſe mes neuf pieds , & tu verras paroître
" Un Temple que jadis bâtit la Piété ,
Où l'on fert nuit & jour le Dieu de Vérité .

Tendrem
W
ЖӨ
Du charmant
berger que j'a -dore , Un sort cru
=el mena- ce les beauxjours,Ruisseaux vous le
sa
+
Wi
ves et vous cou le's
toujours; Rossi_ =
+
gnols vous chantés
seuls confidens de nos tendres a -mours, Taises
encore,Vous,les
+
+
vous, taisés
vous, arré - tes . votre
EXO
cours. Du charmant ber -gerquej'adore Un sort cru
- el menace les.
+
beaux jours Un sort cru =
= el menace les beaux jours .
JANVIER. 1764. 57
sa
i..
Qu'embellit la Vertu , que détefte le Vice .
J'offre enfuite à tes yeux un endroit bienfaifant
Qu'on protége partout , qu'une fage police
Ne perd jamais de vue un feul inftant.
Je te préfente enfin un pays où s'engraiffe
La perdrix dont la chair le goût & la fineffe
Sont préférés à ces fades perdrix
Qu'on affalline aux portes de Paris.
P. H. C. A. A. P. D. P.
les
cru
AIR EN RONDEAU.
DUu charmant Berger que j'adore ,
Un fort cruel menace les beaux jours .
Ruiffeaux , vous le fçavez, & vous coulez toujours;
Roffignols , vous chantez encore ;

Vous , les feuls confidens de nos tendres amours !
Tailez-vous , taifez -vous , arrêtez votre cours :
Du charmant Berger que j'adore

Un fort cruel menace les beaux jours.
Les Paroles font de Mde DESHOULIERES ;
la Mufique de M. FRIZON , Maître de Mufique
C'v
1
58
MERCURE
DE
FRANCE
.
1
ARTICLE H.
NOUVELLES LITTERAIRES.
LA VOIX DE LA NATURE , ou
Aventures de Madame la Marquife
de *** . Par Mad. de R. R. Auteur
de la Payfane Philofophe ; Amfterdam
, 1763 , & fe trouve à Paris chez
les Libraires qui vendent les Nouveautés
, & fpécialement chez Duchesne ,
rue S. Jacques , au Temple du Goût .
Petit in-12 , cinq parties.
LA
A MULTITUDE
des Ouvrages
nouveaux
qui paroiffent
depuis
quelques
mois , nous
a fait différer
de rendre
compte
au Public
d'un Roman
, où il y
a de l'imagination
, de l'intérêt
& du.
ftyle . Il est d'ailleurs
l'Ouvrage
d'une
Dame
déja connue
par une production
du même
genre , que nous avons
annoncée
dans le tems , & qui a eu du fuccès
.
Celle-ci , quoique
plus étendue
, n'en
eft ni moins
piquant
e , ni moins
digne
JANVIER. 1764. 59
en
d'occuper le loifir des perfonnes qui aiment
les aventures fingulières. Elles
trouveront dans ce Román des fituations
intéreflantes, amenées par des événemens
préparés avec art , & prèfque toujours
imprévus. Elles y verront des peintures
du monde , & des détails de moeurs ,
dont le but eft de former le coeur ,
même temps qu'ils amufent l'efprit agréa
blement. On n'y lit rien que d'honnête
, & dont la jeuneffe la plus réfervée
ne puiffe tirer quelque avantage
pour la conduite . Nous céderions avec
plaifir à l'envie d'en donner ici un extrait
détaillé ; mais , en annonçant les
événemens , nous ôterions à nos Lecteurs
cet intérêt de curiofité qui fait le
charme de ces fortes de lectures. Nous
aimons mieux les renvoyer à l'Ouvrages
même , & les prévenir feulement en gé--
néral , que les aventures en font variées ,
& fouvent extraordinaires , fans cependant
fortir du naturel & de la vraifemblance.
Tous les perfonnages qui agiffent
dans ce Roman , ont un caractère
marqué , bien foutenu , diverfifié avec
efprit , & contrafté avec beaucoup d'intelligence.
La Robe & la Finance
l'Homme de Qualité & l'Homme de
Guerre , le Grand & le Petit , tous les
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
états enfin y font peints avec les couleurs
& les nuances qui leur font propres.
COURS d'Hiftoire facrée & prophane ,
dédié aux jeunes Perfonnes , comprenant
l'Hiftoire fainte , l'Hiftoire ancienne
, l'Hiftoire Romaine & l'Hiftoire
de France. A Paris , chez Panckouke
, rue & à côté de la Comédie
Françoife , 1763 , avec Approbation
& Privilége du Roi , 2 vol. in- 12.
CETOU ETOuvrage n'eft pas une fuite exa &te
de Faits & d'Annales ; on a, en ce genre ,
tout ce que l'on peut fouhaiter dans
d'autres Ouvrages excellens. Ce font
ici des tableaux rangés avec ordre , &
fous chacun defquels on donne des préceptes
de morale tirés du fujet. C'eft ,
pour la Jeuneffe , un Livre élémentaire ,
où l'on paroît avoir fuivi le plan que
M. de la Chalotais a tracé dans fon Mémoire
fur l'Education nationale . L'Auteur
explique lui - même fous quel point
de vue il envifage l'Hiftoire , & comment
il fe propofe de la traiter. » Nous
» allons , dit - il , retracer avec ordre ce
JANVIER. 1764. 61
رد
» qu'on appelle les grands Evénemens ,
» les grandes Révolutions qui ont bou-
» leverfé notre petit globe. En parcou-
>> rant ce théâtre , que nous ne trouvons
digne d'attention , que parce que nous
» ne le comparons jamais au tout im-
» menfe dont il eft une partie prèfque
» infenfible , nous y verrons une longue
» fcène , mêlée d'horreurs , de mépri-
» fables bouffonneries , & de temps en
» temps de quelques traits de vertu. Au
» milieu de ce défordre univerfel , quel
» eft l'état du vrai Sage ? Il jouit tran-
» quillement de fon exiſtence , & étudie
» les hommes. 11 les aime comme fes
» frères ; il les eſtime même , en les con-
» fidérant , finon tels qu'ils font deve-
» nus , au moins tels que les avoit faits
» la nature. Il excufe la plupart de leurs
» crimes , en ne les regardant que com-
» me des traits de folie . Il reffent , à la
» vérité , une profonde douleur de les
» voir s'entre- déchirer ; mais il fe dit
>> alors pourquoi les hommes ont- ils.
» renoncé aux loix de la fage & bienfai- ,
» fante nature ? Ils en font punis ; ils.
» l'ont bien mérité. « "
C'est dans cet efprit de Philofophie
que l'Auteur a écrit ce Cours d'Hiftoire ;
& comme fon Ouvrage n'eft point fuf
62 MERCURE DE FRANCE.
ceptible d'une analyfe fuivie , il fuffira
de quelques traits pour faire connoître
dans quel goût il a éxécuté fon projer .
» Le Dictateur Cincinnatus cultivoit
" fous les murs de Rome quatre arpen's
» de terre , qui faifoient tout fon bien...
Le mépris & l'aviliffement où les La
» boureurs font réduits de nos jours ,
» épaiffit leurs âmes ; il font réellement
» pour la plupart auffi méprifables qu'ils
» nous le paroiffent. Mais à qui d'eux
» ou de nous - mêmes devons - nous
» nous en prendre ? Lorfque l'Agricul-
» ture étoit auffi honorée qu'elle doit
» l'être , on ne cherchoit les grands .
» hommes qu'à la Campagne ; & ce
» n'eft que là qu'il peut y en avoir qui
» méritent , fans réferve , le titre dé hé-
» ros & d'hommes vertueux.
En parlant d'Alexandre le Grand ,
l'Auteur dit : » Nous commençons à
» devenir humains , puifque nous com-
" mençons à mettre au rang des époques
» funeftes , le règne de ce Conquérant.
» Ce Prince eut quelques grandes qua-
» lités ; mais il n'y a pas de chef de vo-
» leur qui n'en ait eu auffi . Il faut , pour
»les grands crimes , des âmes fortes &
» capables par intervalle de quelques
» fentimens de vertu ; & l'on peut dire
JANVIER. 1764. 1 651
"
» qu'Alexandre en ent bien peu ; car il
» en eut encore moins que cet Eſpagnol
qui alla dévafter l'Amérique , & égor-
» ger un million d'hommes , parce que
» la terre qu'ils habitoient ', au lieu d'être
» foutenue , comme la nôtre , par des
» lits & des veines de pierres , eft foute-
» nue par des lits & des veines d'un mé-
» tal auquel l'opinion a donné un prix.
» Comment juftifier Alexandre , qui pa
» roît n'avoir eu d'autre but que de par
» courir , les armes à la main , la moitié
» de la terre , & laiffer par- tout des traces .
» fanglantes de fon paffage ? "
C'est ainsi que l'Auteur , en parlant
des principaux perfonnages de l'antiqui
té , mêle à leurs actions des traits de morale,
qui le conduifent toujours à fon objet.
Mais , pour ne pas trop étendre cet
Extrait , nous ne citerons plus qu'un
endroit du fecond Tome. L'Hiftoire de
France , par la raifon qu'elle nous inté
reffe & nous touche de plus près , con
tient tout ce fecond volume. Elle éft tirée
du Pere de Chalons , & des Tablettes
Anecdotes de M.Duradier. Ces dernieres
répandent fur l'Ouvrage , de l'agrément
& de la variété. » Quand on vint dire
» à Charles IX. que tout étoit prêt pour
l'éxécution de la Saint Barthelemy , il
» frémit. Le Fanatiſme , à qui tour
64 MERCURE DE FRANCE.
» céde , parla moins haut dans fon coeur
" que ne faifoit l'humanité. Il fentit
» alors qu'il étoit Roi , qu'il étoit père
» de fon Peuple ; il demeura tremblant
» & immobile .... La furieufe Médicis
» l'accufa de lâcheté & d'irréligion . Il
» fit un gefte de défefpoir. On prit le
» gefte pour fignal ; les cloches fonne-
» rent ; les meurtres commencerent , &
» ne finirent que quand les meurtriers
» tomberent de laffitude fur leurs vic-
» times . «
"
L'Auteur femble avoir eu fur- tout en
vue , dans l'Hiftoire de France , d'inſpirer
à notre Jeuneffe l'amour de la Patrie
& de nos Rois. Il éxalte leurs vertus ,
& tâche d'excufer leurs foibleffes , &
même leurs crimes , lorfqu'il en trouve
le moyen , fans heurter de front les faits
unanimement reconnus. Cette Hiftoire
de France eft terminée par celle du règne
de Louis XV. que l'Auteur fuit jufqu'a
près la Bataille de Fontenoi.
A l'occafion de ce Cours d'Hiftoire ,
nous croyons devoir rappeller ici un
autre Ouvrage de même genre , qui a
paru il y a quelques années , & dont on
a toujours fait un très-grand cas . C'eft,
Abrégé chronologique de l'Hiftoire Univerfelle
du célébre Sleidan , traduit du
latin en françois , & imprimé chez VinJANVIER.
1764. 64
cent , Libraire , rue S. Severin , un vol.
in-8° . On fçait que Sleidan , Allemand
de Nation , vint à Paris au commencement
du feiziéme fiécle , & qu'il fit briller
fes talens dans les Ecoles de l'Univerfité
. Il fut employé dans les Ambaffades ;
& , auffi bon Hiftorien que Politique
habile , il a laiffé , entre autres Ouvrages,
un excellent Abrégé de l'Hiftoire des
quatre grands Empires , & un Abrégé
de celle de France . Pour ne pas les laiffer
dans l'oubli auquel l'indifférence pour la
langue latine femble les avoir condamnés,
on en a donné une Traduction trèsbien
faite mais comme il finiffoit à l'Empire
de Charles- Quint , le Traducteur a
cru devoir le continuer jufqu'à nos jours .
Outre ce travail , il a encore étendu le
texte original , & l'a accompagné de
notes , quand il a trouvé des endroits
qui demandoient à être éclaircis ou rectifiés.
Cette Traduction a encore le mérite
particulier d'indiquer les fources où
Sleidan a puifé ; & , par -là même , elle
ouvre aux Lecteurs un champ vaſte où
ils pourront trouver les détails de tout
ce dont on leur a préparé le fonds . Ce
fond eft fi riche , que M. de Voltaire n'a
pas dédaigné d'en faire ufage dans fes
Effais fur l'Hiftoire.
66 MERCURE DE FRANCE.
PROSPECTUS d'un reuvième cours
public d'Hiftoire naturelle , concernan
les Mineraux , les Végétaux & quel
ques productions de l'Art , relativement
aux befoins & à l'agrément de
la vie , &c. Par M. VALMONT DE
BOMARE , Démonftrateur d'Hiftoire
Naturelle , & Membre de plufieurs
Académies. Feuille in- 8°.
L'AUTEUR ' AUTEUR de ce Profpectus détaille
d'une manière claire & curieufe , lés
divers objets qui doivent faire la matière.
de fes Leçons publiques. Il en fit l'ouverture
le 10 du mois dernier , dans fon
Cabinet , rue de la Verrerie , à la Roſe
blanche , près la rue du Coq. Elles fe
donnent les Lundi , Mercredi & Vendredi
de chaque Semaine , à dix heures
& demie du matin . Comme les Minéraux
doivent faire l'objet principal des Leçons
de M. Valmont de Bomare , il ne
fera pas hors de propos de rappeller ici!
un Ouvrage qu'il publia l'année derniere
, & qui nous paroit auffi néceffaire
à ceux qui entreprendront de fui--
JANVIER. 1764. 67
vre fon cours , qu'aux perfonnes qui
s'appliquent à l'étude de l'Hiftoire Na
turelle. Ce font deux Volumes in- 8°.
intitulés Minéralogie , ou nouvelle expofition
du regne minéral ; Ouvrage dans
lequel on a taché de ranger dans l'ordre
le plus naturel les individus de ce règne,
& où l'on expofe leurs propriétés &
ufages méchaniques ; avec un Diction
naire nomenclateur , & des Tables fynoptiques
; à Paris , chez Vincent , rue
S. Severin. Ce n'eft point ici le lieu
de faire l'analyse de ce Livre déjà fort
connu des Amateurs de l'Hiftoire Na →
turelle ; il fuffit de dire qu'il offre dans
Fordre le plus méthodique , tout ce qui
eft annoncé dans le titre , & que fans
fe borner , ainsi que la plupart des
Auteurs , à la minéralogie particulière
d'unecontrée , il repréfente cette fcience
dans toute fa généralité.
LETTRE de l'homme civil à l'homme
Sauvage , avec cette Epigraphe :
Eloquio victi , re vincimus ipfa. Anitiluc.
brochure in- 12 ; Amfterdam
1763.
Nous n'avon Qus n'avons fait qu'a nnoncer cette
68 MERCURE DE FRANCE.
Lettre . Elle mérite que nous y reve
nions pour en recommander la lecture
qui nous a paru très- intéreffante. C'eſt
une réponse aux derniers écrits de M.
Rouffeau de Geneve . " Après avoir
» plaint fincérement vos difgraces , dit
» l'Auteur ( M. Marin ) j'ai été touché
» des reproches que vous faites aux
» Magiftrats de Geneve , à l'Archevê-
» que & au Parlement de Paris , & j'ai
» cru devoir juftifier leur conduite à
» votre égard. Voilà en peu de mots
tout le fujet de cette Lettre , dans laquelle
l'Auteur , fans jamais s'écarter
des bornes de la modération & de la
politeffe , rappellé les diverfes circonf
tances de la vie de M. Rouffeau jette
un coup d'oeil rapide fur la plupart de
fes écrits , & reféve dans les unes &
dans les autres beaucoup de fingularités
& de contradictions. On fent bien que
fa Lettre à M. l'Archevêque eft ce qui
occupe principalement M. Marin ; if y
a dans cette partie de fa brochure , un
morceau touchant & pathétique qu'on
ne peut lire fans attendriffement. L'Auteur
y repréfente un habitant de la
campagne dans le fein d'une famille
pauvre , & environné de tout ce qui
peut rendre fa fituation malheureufe .
JANVIER. 1764. 69
L'efpérance d'une vie plus heureufe
après la mort , adoucit les peines dont
il feroit comme accablé dans celle - ci.
C'eft lui ôter cette efpérance, que de détruire
fa religion ; & n'eft-ce pas ce
qu'opére l'écrit de M. Rouffeau , fi juftement
condamné par le Mandement
de M. l'Archevêque ? C'est toujours
avec les armes du fentiment que M.
Marin combat fon adverfaire ; & avec
de pareilles armes , on eft prèfque toujours
victorieux. Nous nous rappellons
d'avoir rendu compte autrefois , d'une
Lettre du même Auteur , qui prouvoit
déja fon extrême fenfibilité pour
les malheureux ; ce qui ne détruit ni
n'affoiblit cette jufteffe d'efprit dont tous
fes écrits portent l'empreinte.
S
SUITE de l'Atlas Hiftorique & Géo
graphique de M. BUI DE MORNAS;
25 Cartes nouvelles , qui fe trouvent
chez l'Auteur , rue S. Jacques , près
S. Yves , & chez le fieur DESNOS ,
fon Affocié , même rue , à l'Enfeigne
du Globe.
NOUS
Ous avons déja fait connoître cet
70 MERCURE DE FRANCE.
$
Ouvrage utile & important , dans plufieurs
de nos Mercures ; & il ne nous
refte plus rien à dire fur l'objet , le
plan &
l'exécution des premières parties
de cet Atlas , le plus fçavant , le
plus inftructif, le plus complet qui ait
paru jufqu'à préfent. Nous avons parlé
du
défintéreffement des Auteurs , que
la gloire feule femble avoir guidés dans
cette entreprife , & de la fidélité avec
laquelle ils rempliffent leurs engagemens
, malgré les dépenfes confiderables
qu'entraîne un pareil travail. Nous
nous bornerons donc à rendre compte
aujourd'hui des 25 Cartes qui paroiffent
nouvellement.
La première préfente une defcription
de l'ancienne Egypte , avec l'hiftoire de
Les premiers Rois jufqu'à la vocation
d'Abraham, Les deux fuivantes contiennent
les Pays habités autrefois par
les Celtes ou
Gomérites ,
accompagnés
des
événemens les plus
remarquables
arrivés chez ces anciens Peuples. L'hiftoire
facrée , depuis Abraham jufqu'à
la Loi écrite , & depuis la Loi écrite
jufqu'à la fondation du Temple de Salomon
, occupe feule quatorze Cartes ;
& l'on peut dire que nous n'avons rien
de plus curieux , de plus détaillé & de
JANVIER . 1764 . 71
plus exact fur cette matière refpe &table.
Le refte eft deftiné à faire connoître
les pays occupés par les Peuples qui
ont vécu dans la Gréce & l'Afie mineure
durant le même efpace de temps.
Tous les faits principaux arrivés chez
ces Nations anciennes & célébres y font.
rapportés fans confufion & fans prolixité;
& la préciſion de l'Hiftorien répond
toujours à celle du Géographe .
M. de Mornas avertit le Public que ,
pour donner à fon Atlas toute l'utilité
dont il eft fufceptible , il n'a pu fe dif
penferde faire un Supplément ; & voici
des raifons qu'il en donne. » Lorfque
j'ai propofé , dit- il , de donner l'HIC
toire du Genre humain , depuis la
» Création jufqu'à l'Ere Chrétienne , en
>> 70 Cartes , je n'y comprenois pas les
20 Cartes de Géographie ancienne que
le Public éclairé m'avoit fort confeillé
d'y inférer . Ainfi c'eft vingt Cartes de
moins pour l'Hiftoire , dontje n'ai pu
→ donner les détails que jufqu'à la fondation
du Temple. Il me refte donc à
parcourir le cinquiéme & le fixiéme
» âge du Monde , qui renferment un
efpace de mille ans. C'eft ce que je
me propoſe de terminer avant la fin
» du mois d'Août de l'année 1764 ; & ,
ي و
32 MERCURE DE FRANCE.
"
و د
pour répondre à l'empreffement du Pu-
» blic , il y aura deux Supplémens de
» Soufcriptions. Le premier , qui comprendra
l'Hiftoire du cinquiéme âge ,
» eft déja entre les mains des Graveurs ,
» & pourra être livré au premier Février
" prochain. Il eft compofé de vingt
» Cartes , dont les dix premieres renfer-
» ment tout ce qui a rapport aux Royau-
» mes d'Ifraël & de Juda . Les dix autres
» ont pour objet l'Hiftoire Prophane ,
c'eft -à-dire , ce qui concerne les Egyp
» tiens , les Affyriens , les Babyloniens ,
les Médes,les Lydiens ,lesMacédoniens,
» les Grecs & les Romains . Je donnerai le
» fecond Suplément dans le mois d'Août.
» Il fera compofé de trente Cartes , &
» contiendra les plus beaux morceaux de
» l'Hiftoire. On y trouvera ce qui eft
» arrivé d'intéreffant chez le Peuple Juif,
» depuis fon rétabliſſement par Cyrus ,
» & les traits les plus frappans de l'Hiftoire
des Egyptiens ,. des Perfes , des
» Grecs , des Parthes , des Syriens , des
و د
Carthaginois , des Romains & de tous
» les autres Peuples qui fe font rendus
» célébres depuis Cyrus jufqu'à l'Ere
» Chrétienne. La deuxième partie de
» monAtlas fera donc compofée de cent
» vingt Cartes , dont on pourra former
» deux
1
JANVIER. 1764. 73
deux volumes. On renfermera dans le
premier les cinquante- cinq premières
» Cartes , qui ont pour objet l'homme
fous la Loi de Nature , qui a duré 2513
ans ; & le deuxiéme contiendra foi-
» xante- cinq Cartes , qui traiteront de
» tous les événemens arrivés fous la Loi
» écrite , dont la durée eft de 1487 ans.
Par le moyen de ces deux Supplémens ,
» on aura un Cours complet d'Hiftoire ,
» de Géographie & de Chronologie :
» Cours plein de détails inſtructifs , &
» fuffifant pour les dix- neuf vingtiémes
ود
du
genre
humain .
TABLETTES chronologiques de l'Hiftoire
Univerfelle facrée & prophane ,
Ecclefiaftique & Civile , depuis la création
du Monde , jufqu'à l'an 1763 ;
avec des réflexions fur l'ordre qu'on
doit tenir , & fur les Ouvrages néceffaires
pour l'Etude de l'Hiftoire , par
M. l'Abbé Lenglet Dufresnoy ; nouvelle
Edition , revue , corrigée & augmentée
; deux tomes in- 8° . qui peuvent
fe relier en trois : à Paris , chez De-
I.Vol
D
74 MERCURE DE FRANCE .
bure , pere , quai des Auguftins , du
côté du pont S. Michel , à S. Paul , &
chez Ganeau , Libraire , rue S. Severin ,
aux Armes de Dombes , 1763 .
ON connoit depuis long - temps le
mérite de cet Ouvrage fi juftement eftimé
des Gens de Lettres , pour lesquels
il eft d'une très- grande reffource . Lorfque
l'Abbé Lenglet le publia pour la première
fois , on convint univerfellement
qu'il avoit rendu le plus grand fervice à
là Littérature . Aufli nous connoiffons
peu de Livres de ce genre qui ayent été
plus fouvent réimprimés , & fur - tout
chez les Etrangers . Chaque Edition furpaffoit
les précédentes , par les additions
& les corrections de l'Auteur , qui profitoit
également , & des critiques , & des
avis des Sçavans de toutes les Nations.
avec lefquels il étoit en relation . Depuis
la mort de M. l'Abbé Lenglet , plufieurs
perfonnes éclairées ont revu l'Ouvrage ,
& des Sçavans du premier ordre y ont
ajouté des chofes importantes ; nous
allons donner un précis de chaque yolume.
Le premier contient un Difcours
fur la manière d'étudier l'Hiftoire . C'eſt
up excellent abrégé de la grande MéthoJANVIER.
1764.
75
de de l'Abbé Lenglet ; il eft fuivi d'une
Lifte raifonnée des Livres néceffaires à
cette étude . Suit une Inftruction fur la
Chronologie & fes principes ; une Lifte
de trente Epoques fixes qui fervent à
régler toute l'Hiftoire ancienne ; une
Chronologie des Marbres de Paros , qui
contient les événemens les plus remar-
* quables de l'Hiftoire Grecque ; la fuite
des Olympiades , des Archontes d'Athè
nes , &c.; les Faftes Confulaires , qui
reglent la Chronologie de l'Histoire Romaine
; la fuite des Indictions , les Lettres
Dominicales ; la fuite des années de l'Hégire
; le Calendrier Romain , & c. & c.
A tout cela fuccède une grande Table
chronologique , qui contient les princi-
*paux événemens de l'Hiftoire facrée &
prophane , depuis la création du Monde
jufqu'à Jefus - Chrift . Les difficultés chronologiques
de l'Hiftoire Sainte fous les
-Juges & les Rois , ont engagé l'Auteur
à donner fur cela plufieurs Tables qui
expofent les fyftêmes de différens Auteurs
célébres . On y a joint , dans cette
nouvelle Edition , celui du fçavant M.
Des-Vignoles , dont l'Ouvrage eſt rare
en France .
On a auffi donné pour l'Histoire Prophane
, 1 °. un Abrégé de la Chronologie
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
du même M. Des- Vignoles , fur les Hiftoires
d'Affyrie & d'Egypte : 2° . le fameux
Canon Mathématique & Aftronomique
, où l'on trouve une fuite des
Princes de l'Orient , depuis Nabonaffar
jufqu'à Antonin ; c'eft un morceau auffi
précieux pour la Chronologie , que la
Chronique de Paros : 3°. des Remarques
chronologiques fur l'Hiftoire ancienne
de la Chine , & fes liaiſons ( inconnues
jufqu'à préfent ) avec les pays Occidentaux.
C'eft encore une addition tirée
des nouveaux Ouvrages de M. Degui
gnes ; & ces remarques étoient néceffaires
pour completter le Recueil fur
l'Hiftoire Univerfelle .
On trouvera enfuite une Tablette chronologique
des grands Hommes qui ont
paru dans les Sciences , depuis les premiers
temps jufqu'au fixiéme fiécle de
J. C. Cette Pièce a été revue & augmentée.
On l'a fait fuivre d'une nouvelle Tablette
des hommes les plus célébres dans
les Beaux Arts. Cet article important
manquoit à l'Edition précédente . Enfin
cette Edition eft enrichie d'une Lifte
raifonnée des anciennes Eclypfes , qui ,
comme on fçait , font un des fondemens
de la Chronologie . Les Tables alphabétiques
des noms contenus dans ce volume
JANVIER. 1764. 77
font , & beaucoup plus complettes , &
imprimées en plus gros caractères : elles
feront par- là d'un ufage plus facile &
plus étendu. Voilà ce qui forme le premier
tome , qui a plus de 700 pages.
Le fecond volume comprenoit , dans
la première Edition , toute l'Hiftoire"
moderne . Mais les additions qu'on y a
faites , l'ont rendu très - confidérable. On
y voit d'abord l'Avertiſſement de M. l'Ab
bé Lenglet fur l'Hiſtoire moderne , & la
Fable chronologique des principaux Evénemens
arrivés dans le Monde , depuis
la Naiffance de J. C. jufqu'à la fin de
l'année 1762. L'Auteur en étoit reſté à
la mort de Louis XIV. en 1715. L'Editeur
, après avoir revu avec foin ce qu'avoit
fait M. l'Abbé Lenglet , & l'avoir
enrichi d'un grand nombre d'additions ,
fur-tout pour les Hiftoires étrangères
a continué la Table chronologique juf
qu'au commencement de 1763. Cette
Table , jointe à celle du premier volume
, forme une Chronologie univerfelle
depuis la Création du Monde jufqu'à
nos jours.
On trouve enfuite des Tablettes de
Hiftoire Eccléfiaftique. On a rangé
avec art , dans fix colonnes paralleles ,
la fuite des Papes , les Rits & Ordress
Diij.
78 MERCURE DE FRANCE.
Religieux , les grands Hommes de l'Eglife
, les Perfécutions & les Héréfies ,
les Conciles , avec l'indication des Livres
qui les font connoître , les Ecrivains Eccléfiaftiques
& leurs principaux Ouvrages.
Les Supplémens de l'ancienne Edition
, par rapport aux Conciles & aux-
Ecrivains , font mis dans la nouvelle à la.
place qui leur convient , & l'on a fait
plufieurs additions qui concernent principalement
les Ecrivains Eccléfiaftiques.
La Liſte des Papes , tirée du Pere François
Pagi, dont plufieurs Sçavans font
ufage , fe trouve à la fin des Tablettes
de l'Hiftoire Eccléfiaftique
.
Celles de l'Hiftoire Civile préfentent
d'abord la fuite des Empereurs Romains ;
& jufqu'à la divifion de l'Empire , on a
mis en parallele les Rois des Parthes &
des Perfes , qui étoient fes ennemis . On
voit enfuite les Empereurs d'Occident &
d'Orient , les Rois de France , d'Angleterre
, d'Espagne , de Portugal , les Princes
d'Italie , les Ducs & Rois de Hongrie
, de Boheme, de Pologne, de Suede,
de Dannemarck , de Norwege , les Ducs
de Lorraine , les Rois de Jérufalem &
de Chypre , les Grands Califes des Sarrafins
, les Empereurs Ottomans , les
Rois de Perfe. On a mis dans cette
JANVIER. 1764. 79
nouvelle Edition une fuite exacte des
Princes de Ruffie . On y a auffi ajouté
celles des Ducs & des Rois de Pruffe ,
des Ducs de Courlande , des Stathouders
, des Grands- Ducs de Tofcane , des
Ducs de Modene & de ceux de Parme ,
des Grands - Maîtres de Malthe , une notice
des Dynafties ou Familles Impériales
de la Chine , & la fuite des Empereurs
Mogols de l'Inde .
Une addition bien plus confidérable ,
que l'on doit encore au nouvel Editeur ,
eft une Tablette chronologique des grands
Hommes qui fe font diftingués dans les
Sciences & les Beaux Arts, depuis Charlemagne
jufqu'à nos jours. Il a eu foin
de faire entrer dans cette Tablette la
fondation des Univerfités & des principales
Académies . M. l'Abbé Lenglet
avoit donné , pour l'Hiftoire ancienne ,
une Tablette des grands Hommes dans
les Sciences ; mais il n'avoit rien fait de
pareil pour l'Hiftoire moderne ; & il s'étoit
borné aux Ecrivains Eccléfiaftiques.
C'étoit un défaut que l'Editeur a bient
réparé fa Tablette des grands Hommes
contient près de deux cens pages,
Enfin l'Ouvrage eft terminé par quatre
Tables alphabétiques. La première eft
Eccléfiaftique . La feconde eft la Table
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
des Conciles on a placé avant chaque
article l'année du Concile dont il eft
queftion dans l'article. La troifiéme contient
les noms de l'Hiftoire Civile , renfermés
non -feulement dans les Tablettes
( comme dans la premiere Edition ) ,
mais encore dans la Table chronologique.
La quatriéme enfin eft pour les
Hommes célébres dans les Sciences &
dans les Arts , & pour les Univerfités &
les Académies.
Tel eft l'Ouvrage que l'on préfente
au Public. On voit , par ce détail , que
cette Edition eft infiniment fupérieure
à la première , & qu'on n'a rien négligé
pour l'enrichir & la perfectionner. Onvoit
de quelle utilité ce Livre peut être ,
foit pour diriger fes lectures , foit pour
fe les rappeller . On trouvera abondamment
dequoi les diriger dans le Difcours
fur la manière d'étudier l'Hiftoire .
dans la notice raifonnée des Livres où
l'on peut en puifer la connoiffance , dans
l'ordre qu'il faut tenir en étudiant ces
Livres. On fe rappellera fes lectures ,
foit par le moyen des Tables chronologiques
, qui renferment les Evénemens
& la fucceffion des Princes , depuis la
Création jufqu'à nos jours , foit par celles
des perfonnages qui fe font diftingués,
JANVIER. 1764.
81
dans les Sciences & les Beaux - Arts.
Quant à la partie Typographique , il paroît
qu'on y a donné tous fes foins , &
qu'on n'a rien épargné pour la netteté
du caractère , & pour la beauté du papier.
Le prix de cet Ouvrage relié en deux volumes
, fera de 13 1. 4 f. & broché en
trois volumes , 12 liv.
VIES des Peres , des Martyrs , & des
autres principaux Saints , tirées des :
Actes originaux, & des Mémoires les :
plus authentiques , avec des notes cri--
tiques & hiftoriques. Ouvrage traduit
de l'Anglois , in-8° . A Villefranche de
Rouergue & à Paris . Tome premier.
VoVOILA un de ces Ouvrages qui ne
peuvent manquer d'être bien accueilliss
du Public. Les Fidèles feront édifiés par
le récit intéreffant des acions des Saints ;;
& les Gens de Lettres applaudiront de
plus à l'érudition fagement répandue
dans les notes. On ne trouvera point ici
de ces faits apocryphes qui ont fi juftement
décrédité plufieurs Hagiographes :
mais on n'y trouvera point non plus de
D.V
82 MERCURE DE FRANCE.
ces critiques hafardées , qui font bien
moins le fruit du jugement que, celui de
la malignité. L'Auteur ne s'en eft rapporté
qu'aux Mémoires originaux ; ce qui
ne l'a pourtant pas empêché de profiter
du travail des Modernes , comme il l'avoue
lui- même. Lorfqu'on prend de pareilles
précautions , & qu'on a d'ailleurs
le talent d'écrire analogue au genre que
l'on a choifi , il eft prèfque impoffible
que l'on ne réuffiffe pas. Ce n'eft point
ici un fimple Livre de piété ; mais un
Livre d'Histoire Eccléfiaftique , qui acquiert
un nouveau degré de mérite , par
les recherches curieufes dont il eft rempli.
Nous ne craignons pas de dire que
cet Ouvrage nous manquoit en notre
langue le Public doit donc être charmé
de le voir publier en françois. La Traduction
que l'on nous en donne , fans
être plattement littérale , nous a paru
bien rendre le fens de l'anglois. Nous
exhortons ceux qui s'en font chargés , à
continuer perfévéramment leurs veilles ;
& il s'acquéreront des droits fur la reconnoiffance
de leurs compatriotes .
L'éxécution typographique de cet important
Ouvrage fait honneur aux Preffes
du Sieur VEDEILH.IÉ , Libraire-
Imprimeur à Villefranche de Rouergue.
J
JANVIER. 1764. 83
Il eft imprimé fur de beau papier , &
avec des caractères neufs , fondus par le
célébre M. FOURNIER. Il fe vend à
Paris , chez Barbou , rue S. Jacques ,
aux Cigognes. Le volume fe vend 6 liv.
relié en veau. Le fecond volume paroîtra
dans quatre mois.
MÉMOIRES pour fervir à l'Hiftoire de
la Province d'Artois , & principalement
de la Ville d'Arras , pendant une
partie du quinziéme fiécle , précédés
d'une Notice chronologique des Comtes
d'Artois ; lús en différentes Séances
de la Société Littéraire d'Arras , par
M. Harduin , Secrétaire perpétuel de
cette Compagnie ; Affocié à l'Académie
des Transformati de Milan , & à
la Société Littéraire- Militaire de Be-
Sançon. A Arras , chez Michel Nicolas
, rue S. Gery , avec Approbation
& Privilege du Roi , 1763 , un vol..
in-12.
PARMI ARMI les événemens qui paroiffent
ne devoir intéreffer que les Habitans du
Pays d'Artois , on en trouvera plufieurs
dans cet Ouvrage , qui font dignes d'oc
1
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
cuper tout Lecteur curieux. Les diffé
rentes piéces qui compofent ce Recueil
font , 1 °. une Notice chronologique des.
Comtes & Comteffes d'Artois , qui fert
d'introduction & de bafe aux Mémoires.
dont elle eft fuivie . Cette Notice.commence
à l'année 1 180 ,. & finit au Traité.
de Nimegue , par lequel la Province d'Artois
eut le bonheur de rentrer fous la
Domination Françoiſe , & d'être réunie
pour toujours à la Couronne de fes anciens
Maîtres. 2°. Les fentimens d'une
Citoyen d'Arras , à la Naiffance de M.
le Comte d'Artois . C'eft une pièce de
vers dont l'Auteur ne fe nomme point ,
quoique ces vers ne puiffent que lui faire
honneur , & comme Poëte , & comme
Citoyen , & comme François . 3º: Un
Mémoire fur les Abbés de Lieffe d'Arras
, tiré des Regiftres de la Ville . Ces
Abbés de Lieffe , autrement ces Chefs de
la Bande joyeuſe , étoient des hommes
chargés de l'éxécution ou de la conduite
de certains divertiffemens publics . Ils
s'élifoient tous les ans par les Officiers
du Duc de Bourgogne , par le Magiftrat
& par la Bourgeoifie ; & on l'inveſtiſſoit
de fa Charge , en lui remettant une
Croffe d'argent doré , qu'il étoit obligé
de rendre à la fin de fon exercice, Les
JAN VIER. 1764. 833
2
devoirs de ces fortes d'Abbés offrent des
détails curieux & piquans. 4°. Un Mémoire
tiré des Regiftres d'Arras , contenant
la Relation des Cérémonies qui
s'obfervoient dans cette Ville , fous les ›
Ducs de Bourgogne de la feconde Branche
Royale , lorfque ces Princes , en
qualité de Comtes d'Artois , ou les Rois
de France , Souverains de la Province , y
faifoient leur Entrée folemnelle . 5 ° . Un
Mémoire fur les Joûtes , Tournois , Faits .
d'Armes & autres Exercices de ce genre
, qui fe firent à Arras du temps de
Philippe le Bon , Duc de Bourgogne &
Comte d'Artois. 6°. Un Mémoire hiftorique
concernant l'Artois , & principalement
la Ville d'Arras , depuis le com--
mencement de l'année 1477 , juſqu'au
mois de Mai 1484. 7° : Un Mémoire qui
fert de fuite au précédent , & comprend
les faits arrivés jufqu'en 1491. 8°. Une
Relation de la furprife d'Arras en 1492.
9°. Un Mémoire pour fervir à l'Hiftoire
d'Arras & de l'Artois , depuis 1493 julqu'en
1499. Ces neuf articles offrent
une infinité de traits & d'anecdotes
qu'on chercheroit inutilement dans les
Hiftoires générales , & qui pourtant ne
doivent pas être ignorés par ceux qui fe
piquent de bien fçavoir l'Hiftoire , de
86 MERCURE DE FRANCE .
France . L'Auteur , déjà connu par plu--
fieurs Ouvrages eftimés qu'il a donné au
Public , a préfenté un Exemplaire de ce
dernier à l'Affemblée générale des Etats
d'Artois ; & il en a reçu en préfent une
Médaille d'or qui reftoit de celles qui
avoit été frappées à l'occafion de la Naiffance
de M LE COMTE D'ARTOIS . Il
feroit à fouhaiter que les talens fuffent
toujours encouragés de cette manière ;
le plus grand avantage en reviendroit
au Public ..
ANNONCES DE LIVRES.
OEUVRES de M. l'Abbé Coyer , de
l'Académie Royale des Sciences & Belles-
Lettres de Nancy ; nouvelle Edition ,
2 vol. in-12 , dont le premier contient :
les bagatelles morales , plufieurs differtations
fur différens fujets , & le difcours
fur la fatyre contre les Philofophes ; le
fecond , la Nobleffe commerçante , le
développement & la défenfe du fyftême
de la Nobleffe commerçante . A
Londres , & fe trouve à Paris , chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques , au
Temple du Goût ; 1764. Comme tous
JANVIER 1764 . 87
les morceaux qui compofent ce recueil
agréable , font connus , & qu'on en a
rendu compte dans le Mercure lorsqu'ils
ont paru , nous fommes difpenfés d'en
faire l'analyſe..
EXPÉRIENCES fur le cours des Fleu--
ves ou Lettre à un Magiftrat Hollandois
, dans laquelle on éxamine la crue
des eaux , & fi , pour les faire baiffer
dans un Fleuve & éviter les Inonda--
tions , il convient de faire des Saignées
ou Décharges , en divifant les eaux ; avec
la maniere d'écurer le fond des Fleuves,
empêcher la rupture des Digues & la
fubmerfion de la plus belle & plus riche
Partie de la Hollande , en procurant un
prompt écoulement aux eaux des Fleu--
ves qui la traverſent. Par M. Genneté ,
premier Phyficien de S. M. Imp. Nouv.
Edit. A Paris , chez Tilliard , Guillyn,
Quai des Auguftins , & Durand , rue
S. Jacques , 1764 , avec Approbation &
Permiffion . Brochure en 7 Parties . Prix
30 ffoollss ,, brochée.
t
CHEMINÉE de nouvelle conftruction ,
pour garantir du Feu & de la Fumée , à
l'épreuve des Vents , du Soleil , de la
Pluie & des autres Caufes qui font fus
1
88 MERCURE DE FRANCE.
mer les Cheminées ordinaires. 4 Par M.
Genneté , premier Phyficien de S. M. I.
avec leJugement de l'Académie Royale
des Sciences de Paris, fur cette nouvelle
conftruction . Nouv. Edition . A Paris
chez Tilliard , Guillyn , Quai des Au--
guftins & Durand, rue S. Jacques. 1764.
Avec Approbation & Privilège du Roiz
Brochure en 8. Parties. Prix , 3 liv . bro
chée.
EPITRE à M. Jean-Jacques Rouſſeau
ci -devant Citoyen de Geneve, avec cette
Epigraphe Vitiis nemo fine nafcitur :
optimus ille eft , qui minimis urgetur.
Hor. A Paris , chez Panckouke , Libraire
, rue & à côté de la Comédie
Françoife ; une feuille in -8° . 1764..
ATLAS Géographique , Hiftorique &
raifonné de la France ancienne & moderne
, repréſenté dans tous fes différens
âges & accroiffemens , par autant
de Cartes particulières , depuis fon origine
jufqu'à nos jours , diftribuées par
des leçons préciſes , formant une explication
méthodique , claire , convenable
& relative à chaque Carte . Par une Société
de Gens de Lettres . Dréffé avec
le plus grand foin , pour donner une
connoiffance éxacte de la fituation Cé--
lefte, Politique & Maritime du Royaume
confidéré dans fes Gouvernemens Civil ,,
Eccléfiaftique & Militaire dans fon
Commerce & dans fes Finances ; difribué
de manière qu'en prenant cha
que Carte féparément de la defcription ,
elles ferviront à faciliter l'intelligence
de nos Hiſtoriens , tant anciens que mo
dernes , étant adaptées aux Ouvrages de
Mézeray , du P. Daniel , de M. le Préfident
Hénault , &c. & particuliérement
pour accompagner l'Hiftoire de France
de MM. Velly & Villaret , & feront imprimées
fur des formats conformément
à celui de chacun de ces Auteurs. Par
M. Rizzi Zannoni de l'Académie ·
Royale des Sciences & Belles - Lettres -
de Gottingue , dirigé & donné au Public
par le fieur Defnos , Ingénieur-Géographe
pour les Globes , Sphères & Inftrumens
de Mathématiques , rue Saint
Jacques , à l'Enfeigne du Globe. A
Paris , 1763 , avec Privilége du Roi,.
TABLEAU Hiftorique & Géographique
de l'Empire d'Allemagne , qui
le repréfente par colonne dans fes dix
Cercles . On y voit fous un même point
de vue l'Hiftoire abrégée de l'Empire,,
90 MERCURE DE FRANCE.
les Poffeffions & les Titres de fes Sou
verains , les Riviéres & les Villes principales
de chaque Cercle. Celles - ci ont
des hiéroglyphes qui fervent à faire connoître
ce qui les diftingue & ce qu'elles
ont de remarquable. Ce Tableau
paroît fous deux formes différentes , la
premiére eft fur le papier Chaplet , feuille
ordinaire des Atlas ; la feconde , plus
petite & plus portative , eft de la grandeur
de l'Atlas de la France . On donnera
fucceffivement fous ces deux formes
, toutes les différentes Monarchies
de l'Europe & les autres parties du Monde
pour l'utilité des Colléges , & de tous
ceux qui veulent étudier l'Histoire ; par
Auteur du Tableau de la France .
PROSPECTUS de l'Atlas Géographique
& portatifdes Elections du Royaume
; Généralité de Paris , divifée en fes`
vingt-deux Elections , & repréſentée
dans toutes fes parties par autant de
Cartes particulières d'une manière chorographique
& complette , avec le nombre
des Paroiffes & des feux ; levée fur
lès lieux par une Société d'Ingénieurs ,
éxécutée par Defnos, Defnos,pprrééccééddééee d'un difcours
dans lequel on explique l'hiſtoire
particulière de chaque Ville , les événe
JANVIER. 1764. g
mens remarquables qui s'y font paffés
fa fituation , fon Terroir , fes Fabriques,.
fes Manufactures , enfin toutes les pro--
ductions de la nature & de l'art qui s'y
trouvent ; par M. l'Abbé R** . Ouvrage
utile à l'Etranger comme au Citoyen qui
veut avoir une connoiffance détaillée de :
la France , & particulierement à ceux
qui font intéreffés dans l'adminiſtration
de la Juſtice , dans le Commerce & les
Finances , & c. A Paris , chez Defnos ,
Ingénieur- Géographe pour les Globes
& Sphères , rue S. Jacques , à l'Enfeigne
du Globe , la huitiéme Boutique au-deffus
de la Fontaine de S. Séverin, du même
côté. 1763. avec Approbation & Privilége
du Roi.
ALMANACHS pour l'Année 1764.
CALENDRIER du Cabinet pour l'année
17641; ce Calendrier eft gravé en
taille-douce , de douze pouces de large ,
für neuf de haut ; repréfentant un des
plus beaux morceaux d'Architecture de :
la Capitale , éxécuté d'une manière fupé--
rieure a tout ce qui a paru dans ce genre,
& renfermé dans une bordure . Comme
Pimpreffion ne peut guères être portée
au- delà d'un certain nombre fans fati
92. MERCURE DE FRANCE.
*
guer la planche par le tirage , ceux qui
voudront s'en procurer les premières
épreuves , auront la bonté d'avertir à
temps ; les Amateurs verront avec pla
firs que ce morceau eft digne de leur
curiofité , & devient un ornement agréable
dans un appartement. On trouvera
en même temps la Carte de l'Europe
repréfentant l'Eclipfe centrale & annulaire
qui arrivera le premier Avril prochain
, & fur laquelle on pourra fuivre
de l'oeil toutes les portions de cette partie
de la Terre qui feront obfcurcies
par la Lune. Les deux feuilles enſemble
liv. & chacune féparément , 1 k10.f
LE Calendrier des Princes & de la
Nobleffe de France , contenant l'état
actuel des Maifons fouveraines , Princes
, Seigneurs de l'Europe , & de la
Nobleffe de France ; par l'Auteur du
Dictionnaire généalogique , héraldique,
hiftorique & chronologique. 1 vol . in-
12. petit format ; à Paris , chez Duchefne
, rue S. Jacques , au Temple du
Goût ; avec approbation & privilège
du Roi.
3
LA France Eccléfiaftique , on Etar:
préfent du Clergé féculier & régulier ,
des Ordres Religieux , Militaires & des
JANVIER. 1764 . 93
Univerfités , contenant 1. la Cour de
Rome , les Archevêques & Evêques ,
& les Généraux d'Ordre de l'Eglife
Univerfelle. 2. Les Vicaires généraux ,
Officiaux , Syndics & Chanoines de
tous les Diocèfes de France , les Chapitres
nobles , les Collégiales , les Abbayes
Commendataires & régulières ;
les Commanderies de Malthe , les Supérieurs
généraux & Provinciaux du
Clergé régulier ; les Univerfités de France.
3°. Les Chapitres , Paroiffes , Séminaires
, Couvents & Univerfité de Paris.
4° . Le Clergé de la Chapelle & de
la Maifon du Roi ; avec la collation
des Dignités & des Canonicats de toutes
les Eglifes Cathédrales du Royaume.
A Paris , chez Defprez, Imprimeur du
Roi & du Clergé de France , rue S. Jacques
, avec approbation & privilége
du Roi. 1 vol. in- 12 . petit format. Prix,
50 fols broché , & 3 liv. franc de port
par tout le Royaume .
CALENDRIER des Loix de la France
, contenant une analyfe raiſonnée
des Edits , Déclarations , Lettres - Patentes
, Ordonnances , Réglemens &
Arrêts tant du Confeil que des Parlemens
, Cours Souveraines & autres Ju94
MERCURE DE FRANCE.
rifdictions du Royaume , qui ont paru
pendant l'année 1762. A Paris , chez
Cailleau , rue S. Jacques , vis-à - vis la
rue des Mathurins , à S. André ; avec
approbation & privilége du Roi. ■ vol.
in- 18.
ALMANACH des Commerçans, contenant
l'indication des Villes commerçantes
de l'Europe , les détails de leurs
Manufactures , le cours du change avec
la France , les Monnoies étrangères ,
le rapport des mefures & des poids ,
les chofes dignes de curiofité qu'on y
trouve , & les routes de Paris à chacune
de ces Villes ; avec des inftructions
pour voyager utilement commodément
& agréablement. A Paris , chez
Duchefne, rue S. Jacques; avec approbation
& privilége. I vol . in 12. petit
format.
,
M
ALMANACH Eccléfiaftique , contenant
l'état actuel de la Cour de Rome ;
le Clergé de France en général , &
particuliérement celui de Paris & la
Chapelle du Roi ; la Chronologie des
Papes , des Patriarches ; ce qui concerne
la dignité & le rang des Cardinaux
des Primats , des Evêques & ArchevêJANVIER.
1764.
95
>
ques du Royaume ; les Abbayes tant
en régle qu'en commende ; les Chapitres
& leurs dignités ; les Cures , les
Monumens remarquables des Eglifes
du Royaume ; le temporel du Clergé ;
les affemblées , les décimes la régale ;
les établiffemens des Ordres Religieux ;
les matières relativement aux études &
emplois Eccléfiaftiques ; les Univerfités
, les Bénéfices , les Gradués , l'Indult
, & c. & c. A Paris , chez Duchefne
, rue S. Jacques ; avec approbation
& privilege du Roi. 1 vol . in - 16.
ALMANACH pour fervir de guide
aux Voyageurs , contenant tout ce qui
eft néceffaire pour voyager commodément
, utilement & agréablement , foit
en voiture ou à cheval , à pied ou par
eau. Chez Duchefne , rue S. Jacques ;
avec approbation & permiffion ; 1 vol.
in- 16.
ALMANACH Parifien en faveur des
Etrangers & des perfonnes curieufes ;
indiquant par ordre alphabétique tous
les Monumens des Beaux-Arts , répandus
dans la Ville de Paris & aux environs
. Ce qui a pour objet les lieux remarquables
ou par la grandeur du deffein
, ou par les morceaux de Peinture
6 MERCURE DE FRANCE.
& de Sculpture qu'on y voit ; Edifices
facrés ; Cháteaux & Maifons Royales ,
spalais , hôtels , ouvrages publics , mai-
Tons de plaifance , &c. A Paris , chez
Duchefne , rue S. Jacques ; avec approbation
& privilége du Roi. in- 16.
ALMANACH Encyclopédique ou
Chronologie des faits les plus remarquables
de l'Hiftoire Univerſelle , tant
ancienne que moderne ; enrichie d'anecdotes
curieufes ; à Amfterdam , &
fe trouve à Paris chez Valeyre fils
Imprimeur -Libraire , rue de la vieille
Bouclerie , à l'Arbre de Jeffé , 1 vol
in- 16 . Prix , 1 liv. 4 f.
LEBON JARDINIEE, Almanach contenant
une idée générale des quatre fortes
de Jardins , les régles pour les cultiver
, & la manière d'élever les plus bel
les fleurs. Nouvelle édition confidérablement
augmentée , & dans laquelle
la partie des fleurs a été entiérement
refondue par un Amateur. A Paris ,
chez Guillyn , quai des Auguftins , du
côté du Pont S. Michel , au Lys d'or.
Avec approbation & privilége du Roi.
I vol. in- 16. Le même Libraire vend
auffi l'Almanach ou Tableau de l'Univers
?
JANVIER. 1764. 97
vers , qui marque la diftance de Paris à
toutes les Villes les plus remarquables
du monde. in- 16.
LES Spectacles de Paris , ou fuite
du Calendrier hiftorique des Théâtres.
Treizième Partie , qui contient plufieurs
chofes nouvelles,& en particulier les Evénemens
dramatiques de l'année 1763 ,
avec un détail de ce qui s'eſt paffé au ſujet
de l'Opéra. A Paris , chez Duchefne ,
rue S. Jacques. Avec approbation &
privilége du Roi . 1 vol. in- 16.
TROISIEME Supplément à la France
Littéraire de l'année 1758 , pour les années
1762 & 1763 , contenant les changemens
arrivés dans les Académies de
France , les Ouvrages nouveaux compofés
pendant l'efpace de deux années ,
& les noms des Auteurs morts depuis
1761 , jufques & compris l'année 1763 .
A Paris , chez Duchefne , rue S. Jacques.
Avec approbation & privilége du Roi.
Brochure in- 16 .
ETRENNES du Chrétien , à Paris ,
chez Barbou , rue S. Jacques , aux Cigognes
, 1764 , petit in-32 . C'eſt faire
Féloge de la partie typographique de ce
petit Livre , que d'en nommer l'Impri-
I. Vol £
98 MERCURE DE FRANCE.
meur. Tout le monde connoît actuellement
la perfection de fon travail , &
la loi qu'il s'eft faite de ne rien laiffer
fortir de médiocre de deffous fes Preffes.
Quantaux chofes que renferme cet Ou
vrage , elles font d'un prix ineftimable
puifqu'il contient les Prières propres à
tous les Exercices d'un Chrétien . Elles
font précédées d'un Calendrier qui achève
de rendre ce Livret d'un ufage trèsutile
, & prèfque continuel.
On trouve chez Grangé & Dufour;
Libraires , au Cabinet Littéraire de la
Nouveauté , fur le pont de Notre-Dame ,
auprès de la Pompe de la Ville , les Almanachs
fuivans : Collection Lyrique
Almanach pour la préfente année , fur
des Airs connus . Almanach perpétuel
, ou Calendrier du Ménage , extrait
du Greffe de Cythère , dédié au Doyen
de la plus nombreufe Confrérie , pour
la préfente année , par M. Lantu de Loberg
, Afpirant. Ah ! qu'il eft drôle !
Etrennes de la Gaité ; Almanach Chantant
, contenant les plus jolis Couplets ,
fur des Airs connus & choifis ; avec des
Entretiens en Vaudevilles ; par un Auteur
Comique. Folichon , ou le Joujou
des Dames ; Etrennes Galantes
pour la préfente année , fur des Airs conJANVIER
. 1764 . 99
-
Etrennes
nus & choifis ; par M. ....
d'Apollon , fur des Airs connus & notés.
L'Amour vous le donne pour
Etrennes , fur des Airs connus. Le
Triomphe de Bacchus , Almanach Ramponeau
, dédié aux Ribotteurs , fur des .
Airs connus , par M. D ... Le Paffetemps
Galant , fuivi des Oracles ; Almanach
nouveau , pour la préſente année
fur des Airs connus & notés ; par M. L....:

Mêlange agréable & amufant ; Almanach
nouveau , pour la préfente année ,
fur des Airs connus ; par M. L. G. - Les
Prophéties Galantes , fupputées par Matthieu
l'Aftrologue , Arpenteur des Ifles
de Vénus. Le Deffert des bonnes
Compagnies ; Etrennes Grivoifes ; par
M. D.... L'Amour Poëte & Muficien
. Le Roffignol de Cythere , ou
le Langage du Coeur ; Almanach pour
les Amans ; vu , lù , corrigé , approuvé
par Diſcret de la Tendromanie , Amant
qui n'étoit pas à la mode.
Nous annoncerons dans le Mercure
prochain, les autres Almanachs qui viendront
à notre connoiffance .
LE PUBLIC eft averti que l'Impreffion
du Théâtre de Pierre Corneille commenté
eſt enfin achevée ; que les Gravures
font fur le point d'être finies , &
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
que l'on n'attend que la fin de ce mois
pour faire mettre fous Preffe la Lifte des
Noms de ceux qui ont bien voulu s'affocier
à cette Entrepriſe.
Les Perfonnes qui voudroient foufcrire
encore , & celles qui , ayant déja
foufcrit , ont négligé d'avancer le premier
payement , font priées de s'adreffer
à Paris aux Libraires fuivans , d'ici au 15
de Janvier prochain , fçavoir : Pilot ,
quai de Conti ; Duchefne , rue S. Jacques
, au Temple du Goût ; Brocas &
Humblot , rue S. Jacques , au Chef Saint
Jean , entre la rue des Mathurins & S.
Benoît.
ANALYSE de la France , contenant
ce qu'il n'eft plus permis à un François
d'ignorer. A Paris , chez Denis , rue
S. Jacques , vis - à- vis le Collége de Clermont
; in-32. 1764. Ce petit Ouvrage
contient trente-huit Cartes géographiques
de la France , dont l'une ne pré
fente que les rivières , l'autre les mines,
une autre les Archevêchés , une qua
triéme les Univerfités , une cinquiéme
les Académies , & c . & c .
Le même Libraire vend un autre
petit Atlas dans le même genre , intitulé
, Empire des Solipfes , divifé en cinq
affiftances , & fubdivifé par Provinces,
JANVIER. 1764. 101
ARTICLE III.
SCIENCES ET BELLES LETTRES
ACADÉMIE S.
SEANCE publique de l'Académie des
Sciences , Arts & Belles - Lettres de
DIJON , tenue le 14 Août 1763 ,
dans la Salle de l'Univerfité.
M Michault , Secrétaire , ouvrit la
Séance par la proclamation du Prix que
l'Académie a adjûgé à M. Thomas Du-
Morey , Ingénieur des Ponts & Chauffées
de la Province de Bourgogne , & de
l'Acceffit qu'a mérité M. le Jolivet fils
Sous-Ingénieur de ladite Province .
Le Sujet donné étoit de Déterminer ,
relativement à la Bourgogne , les avantages
& défavantages du Canal propofé
pour la jonction des deux Mers , par la
communication de la Saône à la Seine.
Ce Sujet intéreffant a exercé depuis
long - temps la plume de divers Ecrivains
; mais ils ne s'étoient occupés juf-
E iij
402 MERCURE DE FRANCE.
qu'ici qu'à prouver ou à contredire la
poffibilité de ce Canal . Aucun d'eux
n'avoit combiné méthodiquement les
avantages ou défavantages qui devoient
réfulter de fon exécution : ce que les Auteurs
des deux Mémoires , qui ont difputé
le Prix , ont approfondi , l'un avec
plus de méthode & de précifion , l'autre
avec un travail plus grand , & des recherches
plus intéreffantes ; mais dont
quelques - unes ont paru à l'Académie s'éloigner
un peu du but propofé.
M. Michault a prononcé enfuite l'Eloge
de M. le Marquis d'Anlezy , Lieutenant
Général des Armées du Roi , &
fon Commandant dans les Provinces de
Bourgogne & Breffe , Académicien honoraire
, mort le 12 Janvier dernier .
L'Orateur , après avoir parcouru rapidement
les exploits militaires qui ont
occupé , pour le fervice de la France
la plus grande partie de la vie de M. le
Marquis d'Anlezy , s'attacha à décrire
les vertus morales & politiques qui lui
ont mérité l'honneur de préfider à l'éducation
d'un grand Prince , qui , profitant
des leçons d'un tel Maître , a foutenu fi
dignement la gloire de fon nom à la tête
de nos Armées.
Le vifintérêt que M. le Marquis d'AnJANVIER.
1764. 103
leży prenoit à l'Académie , qu'il regar
doit comme un des plus glorieux établiffemens
de fon Commandement , les témoignages
qu'il lui a donnés de fon zèle
& de fon attachement , même dans fes
derniers inftans ; les fervices qu'il projettoit
de lui rendre , fi la mort ne l'eût
prévenu ; les regrets de cette Compagnie
pour cet Académicien Citoyen , ont fait
le fujet de la derniere partie d'un Eloge
mérité à fi jufte titre.
M. Hoin a fait enfuite l'Eloge de M.
Daviel , Oculifte célébre , Affocié- Correfpondant
de l'Académie. Les fervices
importans qu'il a rendus à l'humanité
pendant une vie laborieuſe confacrée au
fervice du Public , ont été détaillés par
l'Auteur , avec la méthode familière à
un Maître de l'art.
L'Opération de l'extraction du Criſtalin
, pour la guérifon de la Catara&te , inventée
par M. Daviel , & pratiquée avec
fuccès dans toute l'Europe , eft un effort
du génie de ce célébre Artifte qui doit
à jamais l'immortalifer , & le rend digne
des regrets des Académies qui s'étoient
fait un honneur de l'affocier à leurs
travaux .
M. Picardet l'aîné a célébré l'Orphée
de la Bourgogne , dans un Poëme en
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
Stances irrégulières , intitulé Rameau.
M. le Préfident de Broffes a terminé la
Séance par la lecture d'un Mémoire fur
le fameux Fragment de Sanchoniaton.
Cet Ouvrage , écrit en Cananéen , pus
le titre des Origines Phéniciennes , eſt le
plus ancien Livre prophane qui exiſte.
L'Auteur , natif de Beryte en Phénicie ,
étoit Prêtre , & vivoit environ quatorze
fiécles avant Jefus- Chrift. Son Ouvrage
contenant neuf Livres , eft dédié à Abibal
, Roi de Beryte. Il ne nous en refte
qu'un Extrait , contenu dans le premier
Livre de la Préparation Evangélique
d'Eufebe de Céfarée , qui s'étoit fervi
pour le compofer d'une Traduction en
Grec de ce Livre , faite par Philon , natif
de Biblas en Phénicie , du temps de
l'Empereur Adrien.
M. de Broffes nous apprend que cet
Extrait peut être divifé en cinq Chapitres
, dont le premier eft phyfique
les trois fuivans hiftoriques , & le cinquiéme
dogmatique , & en quelque manière
critique.
» Sanchoniaton donne d'abord l'Hif-
» toire de la Cofmogonie , ou de la for-、
» mation du Monde. Du développement
» de la matière , par le mouvement d'un
» air fpiritueux , qui caufa l'union des
JANVIER. 1764. 105
parties vitales avec la matière inani-
" mée ce qui produifit les premiers
» germes , d'où vinrent enfuite les ani-
» maux. Il traite en même - temps de la
» production des météores. Il parle en-
» fuite des premiers hommes , des pre-
» miers Inventeurs des principaux Arts
» des plus anciens Cultes religieux établis
» en l'honneur des Dieux , qu'on appel-
» loit en Orient naturels & immortels ,
» tels que font les germes réproductifs
» des espèces , le Soleil & les Elémens
» qu'en l'honneur des Dieux mortels ,
» c'est-à - dire , des hommes qu'on avoit
» divinifés , dans l'admiration que leur
génie inventeur avoit caufé à leurs
compatriotes , & dans le tranſport de
» la reconnoiffance des utilités qu'ils
» avoient procurées au genre humain .
ور
» Après avoir commencé la première
» race des hommes par Eon & Protogo-
» ne, noms qui fignifient la Vie & le pre-
"
mier né , il s'arrête aux détails concer-
» nant les familles autrefois les plus célé-
» bres & les plus puiffantes en Phénicie ;
» il raconte les règnes d'Ouranos & de
" Chronos fon fils , en Canaan ; celle de
» leurs démêlés, & de leur famille , qu'on
croit être la race des Titans. Il parle
» par occafion des familles voifines qui
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
s'allièrent avec celle-ci ..... Nes'oc
cupant que de ce qui regarde la Phé-
» nicie ou l'Egypte , fans parler que fort
» peu d'aucune autre région de la Terre.
Selon l'apparence , l'Ouvrage alloit
» au moins jufqu'au temps de Zens Baal,
,, fils & fucceffeur de Cronos , fi connu
» des Mythologues fous le nom de Ju-
» piter , Souverain des Dieux , qui porta
» au loin & au plus haut degré la gloire
» & l'Empire des Titans , c'eſt- à- dire ,
» la domination du Peuple Phénicien ,
, & l'extenfion de fon Commerce fur
"
les côtes de notre Mer Méditerranée .
» Mais le Fragment des Livres qui nous
>> reftent ne va pas jufques- là .
A la fin de l'Ouvrage , l'Auteur rend
compte des Mémoires d'où il a tiré fes
Ecrits , & de ceux qui les ont dreffés .
Les Mémoires fecrets , écrits en Lettres
Ammonéennes , confervés dans les
Temples ; les Actes publics confervés
dans les dépôts des Villes , fuivant l'ufage
de ce temps , lui ont fourni les principaux
matériaux de fon Hiftoire , ainfi
que les Livres du célébre Tooth , l'un
des Légiflateurs de l'Egypte , & les inftructions
qu'il avoit reçues d'Hirombaal,
Prêtre du Dieu Jevò .
Eufébe a reproché avec raifon à SanJANVIER.
1764 .
107
choniaton de s'être livré à une doctrine
erronnée , fur la formation du Monde
en la racontant d'une manière qui en
exclut tout-à-fait la divinité . Mais telles
étoient les opinions reçues de fon temps
en Phénicie , conformes au cours d'une
Philofophie toute phyfique & matérielle
, avant que la Révélation eût éclairé
les hommes.
M. Debroffes , s'étant apperçu que le
texte de Sanchoniaton avoit été fouvent
mêlé par Eusébe avec les obfervations
du Traducteur & les fiennes propres ,
s'eft attaché à dégager l'original des interpolations
étrangères.
Il a préfenté le texte fimple de l'Auteur
dans toute fa pureté , auquel il a
joint une paraphrafe explicative , tirée
tant des expreffions même de l'original ,
que des opinions comparées des autres
Nations orientales fur la même matière ,
telles que nous les trouvons dans le peu
qui nous refte des Ecrits de Berofe , d'Abidene
, d'Alexandre , Polyhiftor , &
autres , fur - tout de Mofch , Philofophe
Phénicien , antérieurs à Tales , & aux
plus anciens Philofophes des Ecoles
Grecques , qui ont beaucoup emprunté
de fa doctrine , principalement Démocrite
, Chef des Atomiftes , & Straton de
Lampfaque. E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
A la fuite de ce Mémoire critique ,
M. Debroffes a lu un effai de la Pararaphrafe
du premierChapitre de Sanchoniaton
, qui contient les vieilles traditions
, l'ancienne & fauffe doctrine de
Tooht , tant fur la formation du monde
& le développement des Etres , que fur
l'origine des premiers Arts.
COLLEGE ROYAL.
LETTRE à M. DE LA PLACE ,
au fujet des Exercices du COLLEGE
ROYAL fur la conftruction & la
Manoeuvre des VAISSEAUX.
L'ÉTABLISSEMENT du Collége
,
eft un
Royal de France , Monfieur
des plus beaux Etabliffemens qu'il y
ait en Europe pour l'Etude des hautes
Sciences , & de la profonde Littérature ;
il a été l'école des hommes les plus célébres
dans la France , & peut-être la
fource du progrès rapide des Lettres .
Chaque année l'on voit recommencer
ces éxercices fur les objets les plus intéreffans
, & qu'il feroit difficile de trouver
ailleurs , fans y faire toute l'attention
qu'ils méritent. Un petit nombre
de jeunes gens plus ftudieux & plus appliJANVIER.
1764 . 100
qués fréquentent ces Ecoles fi célébres
autrefois , où l'on accouroit en foule
des extrémités de l'Europe , dans un
temps même , où la Philofophie fcholaftique
régnoit encore , & ofoit avoir
quelquefois la préféance fur les Sciences
éxactes ; aujourd'hui ces mêmes Ecoles
font peu fréquentées. Ce n'eft pas que
les Profeffeurs qui y enfeignent méritent
moins d'être fuivis , il fuffiroit de
les nommer pour détruire le moindre
doute . Les Anciens , Thalès , Pythagore,
Platon & plufieurs autres , entraînés par
l'Amour des Sciences , parcouroient
des Régions immenfes pour aller s'inftruire
en Egypte fur la Géométrie &
fur l'Aftronomie ; on vit même dans
le dixiéme fiécle , le moine Gerbert ,
que fon mérite éleva dans la fuite au
Pontificat , quitter fon Couvent , & aller
chercher chez les Arabes les Sciences
qui s'y étoient refugiées. Lucas de Burgos
& quelques autres , durent au même.
goût pour l'étude & aux voyages qui en
furent la fuite , l'honneur de fixer en
Italie la Géométrie fugitive ; par quelle
fatalité arrive- t- il donc aujourd'hui , que
les mêmes fecours , & des fecours plus
grands encore , qui font entre nos marins
foient négligés parmi nous ? Quoi110
MERCURE DE FRANCE .
qu'il en foit , le Collége Royal étant le
feul endroit public dans Paris , où l'on
enfeigne les Traités de Mathématique
d'une certaine force , feroit peut - être
plus fréquentée , fi l'on connoiffoit affez
ces fortes d'éxercices . C'eft à cet effet ,
que je vous prie , Monfieur , de vouloir
bien publier cette Lettre .
Je ne rappellerai pas ici , en détail
les Cours annoncés par les 19 Profeffeurs
du Collége Royal : les uns ont pour
objet l'étude des Langues fçavantes ,
les autres accoutument les Elèves à puifer
dans la fource même les beautés des
Anciens , & c ; mais je crois devoir nom →
mer la claffe des Mathématiques où l'on
trouve certainement tous les fecours
pour s'inftruire fur leurs parties les plus
difficiles , & citer pour exemple les leçons
de M. de la Lande fur la conftruction
& la manoeuvre des Vaiffeaux qui
commencerent l'année dernière , & doivent
continuer cette année .
>
La marine cet objet effentiel des
foins de Sully , de Colbert , de Cromwel
& de tous les grands Miniftres , la marine
fi néceffaire à la France , & dont on
s'occupe fi fort aujourd'hui , éxige l'attention
des Mathématiciens autant que
celle des Politiques ; la conftruction &
JANVIER . 1764. III
le mouvement des Vaiffeaux font des
problêmes de la plus fine Géométrie , que
l'on traite fouvent fans fçavoir les élémens
d'Euclide. Auffi quelle imperfection
ne trouve -t- on pas dans dans cet
art ? Que de Vaiffeaux manqués ! Que
d'Officiers qui voyent leurs Navires aller
mieux ou plus mal fans en fçavoir la
raifon !
La conftruction des Vaiffeaux renferme
trois branches effentielles, 1º. La manière
de leur donner de la ftabilité .
2º. De leur procurer la viteffe . 3 °. De
les rendre fenfibles au Gouvernail. La
premiere , renferme la théorie de l'arrimage
; celle du premier roulis , celle
du tangage , & la propriété de bien
porter
orter la voile . La deuxiéme renferme
la théorie de leur figure , de la grandeur
des voiles & de leurs difpofitions .
La troifiéme comprend la figure & la
grandeur du Gouvernail ; la figure de la
Poupe , la proportion de la longueur
& la largeur du Vaiffeau : toutes ces
propriétés influent les unes fur les autres
, rentrent les unes dans les autres .
Cette théorie plus compliquée que je
ne fçaurois le dire , eft cependant abfolument
néceffaire à ceux qui par état
ont la conduite de la conftruction ou
112 MERCURE DE FRANCE .
-
de la mañoeuvre des Vaiffeaux , & cette
théorie ne s'acquiert pas partout.
Paris eft la fource des lumières , le
centre d'où partent les rayons qui éclairent
les Provinces , & le lieu où les Marins
viennent fe former ; du moins , ils
trouvent la multitude des fecours né .
ceffaires à cet art qui fixe l'attention
du Miniftre . C'est donc dans Paris où
l'on doit trouver des éxercices fur l'architecture
navale & où ils feront les
plus utiles. Nous avons à la vérité de
bons livres fur cette matière , de MM.
Euler , Bouguer , Bernoulli , fans compter
ce qui eft répandu dans les Mémoires
des différentes Académies , &
dans les Ouvrages de plufieurs grands
Géomêtres qu'il feroit long de nommer.
Mais il eft bien difficile fans maître de
faire un choix dans ces Auteurs , d'en
fentir les fineſſes d'en faifir l'efprit
d'en apprécier le mérite , d'en appliquer
les réſultats , d'en bien pofféder les méthodes
, & d'en bien apprendre l'ufage.
C'est à quoi M. de la Lande s'applique
dans les leçons qu'il donne avec autant
d'éxactitude que d'aménité . Tout Citoyen
a droit d'élever la voix lorsqu'il
eft queftion du bien public & de l'intérêt
des Sciences ; j'ai cru en conféJANVIER.
1764. 113
quence qu'il m'étoit permis de donner
une preuve de ma reconnoiffance pour
le College Royal , & que le Profeffeur
que j'ai pris la liberté de nommer
voudroit bien pardonner au zéle du
moindre de fes Élèves la publication de
cette Lettre ; j'efpére même que ceux
qui affifteront aux leçons que je viens
d'indiquer , me fçauront quelque gré de
les avoir avertis.
J'ai l'honneur d'être & c.
R..... Ingénieur-Géographe du Roi , &
Maître de Mathématiques .
ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE
.
LE
E Mercredi , 23 Novembre , les
Eléves de l'Ecole Royale Vétérinaire
établie à Lyon fous la direction de M.
Bourgelat , donnerent en préfence d'une
Affemblée nombreufe & diftinguée
de nouvelles preuves de leur application
& de leurs progrès .
On procéda à la diftribution de deux
Prix qui furent difputés à la manière
accoutumée par vingt- fix d'entr'eux. M.
le Marquis de la Ferriere , Lieutenant
}
£ 14 MERCURE DE FRANCE.
Général des Armées du Roi & Séné
chal de Lyon , qui honora , ainfi que
M. l'Intendant & plufieurs perfonnes de
confidération , ce concours de fa préfence
, fit lui -même tirer au hazard les
billets cachetés qui contenoient diverſes
queftions fur la matière dont ces Eléves
devoient parler.
Les objets qui furent difcutés s'étendirent
à tout ce qui peut concerner le
choix des chevaux , d'après l'examen
de la franchiſe , de la liberté , de l'égalité
des mouvemens de leurs membres
dans leurs différentes allures & felon les
différens ufages auxquels on les deftine
; à tout ce qui regarde le foin qu'ils
éxigent , foit dans le repos , foit dans
le voyage ; à des détails très- inftru &tifs
fur la qualité , le genre , & la quantité
des alimens qui leur conviennent ; fur
les attentions que demande l'entrepriſe
de multiplier & de perfectionner l'efpèce
de ces animaux dans des haras
parqués , ou dans des haras réſultant
de la difpofition des chevaux entiers dans
différens arrondiffemens ; fur les étalons
tant nationaux , qu'étrangers , dont on
peut ou dont on doit tirer race ; fur
ceux qui doivent être préférés , confidération
faite des climats & des lieux
JANVIER. 1764. 115
où il s'agit d'en faire le placement ; fur
le genre de vie auquel ils doivent être
tenus dans le temps & hors le temps de
la monte ; fur la néceffité & la manière
de croifer les races & d'appareiller les
figures & les qualités ; fur le choix &
le foin des Jumens poulinieres pleines
ou non pleines ; fur les inconvéniens qui
réfultent de l'habitude pernicieufe dans
laquelle on eft communément parmi
nous de les faire faillir & porter toutes
les années ; fur le temps le plus propre
à la monte ; fur les moyens les plus
fimples de la rendre fructueufe ; fur le
part , fur les voyes de parer à des avortemens
très- fréquens ; fur la manière
d'opérer la délivrance de la cavale dans
les circonftances d'un part difficile & ! aborieux
fur le traitement du poulain
qui vient de naître ; fur le temps de le
févrer ; fur les précautions à prendre
quand il doit l'être ; fur le temps de le
hongrer , lorfqu'on n'eft pas dans le deffein
d'en obtenir des productions ; fur
le régime à lui faire obferver dans les
différentes périodes de fa jeuneffe &
jufqu'au moment où il devient cheval ;
fur l'éducation à lui donner ; fur la façon
de l'apprivoifer & de le rendre obéiffant
, familier & doux à l'homme , &c.
116 MERCURE DE FRANCE .
Tous ces mêmes points relativement
aux bêtes à cornes , aux bêtes à laine,
& aux autres animaux domeftiques &
des champs , feront pareillement approfondis
dans une féance indiquée au mois
de Mars prochain , l'hyver étant une
faifon trop précieufe pour ne pas l'employer
toute entiere à l'étude de l'anatomie
& aux diffections.
Le Public n'a pas témoigné une moindre
fatisfaction de ce qu'il a entendu
dans cette affemblée , que de ce qu'il
avoit entendu , dans les autres ; il a paru
qu'il voyoit avec un nouveau plaifir
nombre d'Eléves déja en état de fervir
utilement dans les différentes Provinces
du Royaume & d'y répandre de
véritables lumières fur les haras , c'eftà
- dire , fur une des plus importantes
parties de l'adminiftration .
On a très-longtemps héfité avant
d'affeoir un Jugement & de déterminer
quel feroit celui d'entr'eux à qui la cou
ronne feroit décernée. Après bien des
débats , le premier Prix a été adjugé à
neuf Eléves qui font :
Les fieurs Dauvergne le cadet , Peti
te , Danne Thomas , tous les quatre
entretenus à l'Ecole par l'Intendant de
la Comté de Bourgogne.
JANVIER. 1764. 117
Barjollin entretenu par M. l'Intendant
de Limoges .
Gay , par M. l'Intendant du Dauphiné.
Beauvais , par M. l'Intendant d'Amiens.
Danguien de Lyon , déja connu par
Les talens.
Et Chanu de la Province de Bourgogne
qui paroît empreffé de marcher fur
fes traces :
Ces neuf Eléves ont tiré au fort. Le
fieur Barjollin en a été favorifé ; mais
les huit autres Eléves n'ont pas dû être
moins fenfibles à la gloire qu'ils fe
font acquife.
Le fecond Prix a été adjugé à onze
Eléves qui font :
Les fieurs Girard & Graffet entretenus
à l'Ecole par M. l'Intendant de la
Comté de Bourgogne,
Mirat & Dupin , entretenus par M,
l'Intendant de Limoges.
Berthoux , entretenu par M. l'Intendant
du Dauphiné.
Preflier , par M. l'Intendant de Moulins.
La Combe par M. l'Intendant de Bordeaux
.
Chabert & Dechamps de la Ville de
Lyon.
118 MERCURE DE FRANCE .
Treitch , entretenu par M. l'Intendant
d'Auvergne,
Brachet , entretenu par la Province
de Bugey . Ce dernier a été favorisé par
le fort comme le fieur Barjollin , mais
ſes adverfaires ne fe font pas moins con .
cilié l'eftime du Public .
Les autres Eléves qui ont concouru
font les fieurs Defchaux , âgé de 12 ans ,
de la Ville de Lyon & Defavenieres ,
de la même Ville .
Faure , l'aîné , entretenu par M. l'Intendant
de Lyon.
Dauvergne , l'aîné & Beaumont , fils,
entretenu par M. l'Intendant de la Comté
de
Bourgogne.
Kamerlet , entretenu par la Ville de
Nancy.
Le premier acceffit a été adjugé aux
deux premiers , le fecond aux fieurs
Dauvergne , l'aîné , Beaumont , fils , &
Favre , l'aîné.
Le Public perfuadé que l'émulation
de ces vingt-fix concurrens excitera
celle des autres Eléves , s'attend au premier
concours à en entendre un plus
grand nombre.
Le fieur Bredin , de la Ville d'Auxonne
, ayant été occupé dans diverfes
Provinces & fe trouvant même actuelleJANVIRE.
1764. 119
ment dans la Xaintonge par ordre du
Miniftre , n'a pu concourir.
Les fieurs Pufenas , du Bourbonnois,
& Didney , de la Généralité d'Amiens
en ont été empêchés par une maladie,
Le fieur Moret de la Ville de Châlonsfur-
Saône, ne s'eft pas préfenté, attendu
la difficulté qu'il a de prononcer , & le
fieur Bloufard , de la Province de Breffe ,
attendu la difficulté qu'il a de s'expliquer.
L'un & l'autre auroient pu entrer
en lice.
MÉDECINE .
TRAITÉ de la Goute , augmenté de
nouvelles Obfervations théoriques &
pratiques pour calmer fes accès , empêcher
fes révolutions , & en éloigner
les retours.
M. de Mongerbet , Médecin ordinaire
des Bâtimens du Roi , inftruit par une
pratique anffi heureufe que continuée
traite aujourd'hui la Goute par la méthode
la plus fimple & la plus relative à
cette humeur ; & ce traitement eſt propre
à tout âge , à tout féxe , & à tous les
tempéramens.
Dans les accès , il en calme la vivacité
par la Poudre balfamique dont l'on fait
120 MERCURE DE FRANCE.
un Hydromel , qui procure une dépuration
par les urines , & par une tranſpiration
douce & égale . Cet Hydromel a des
qualités particulières pour l'eftomach . En
même temps il donne une Pâte que l'on
délaye dans de l'eau chaude , & c. qui
forme un bain des pieds , pour retirer la
Goute des parties fupérieures , & la faire
tranſpirer par les pieds. Ce bain eft un
fpécifique parfait , quand il faut une dérivation
aux pieds .
Hors des accès , il ordonne le Baume
végétal trois jours confécutifs de chaque
mois , pour tenir les premières voyes libres
, fortifier l'eftomac , faciliter les digeftions,
& détruire peu-à-peu cet amas
d'humeurs , qui développent le principe
de la Goute , & forment les difpofitions
des maladies.
Il eft indifpenfable de lire fon Ouvrage
qui fe vend chez M. Pankoucke , Libraire
, rue & près la Comédie Françoife ,
au Parnaffe , à Paris.
L'on peut le confulter fur les Rhumatifmes
& les Sciatiques les plus invétérés ;
il les guérit radicalement , par le moyen
d'un Ptifanne & d'une Pommade.
Il ne reçoit éxactement que les Lettres
affranchies : il loge petite rue S. Roch
quartier Montmartre , à Paris.
ARTICLE
JANVIER. 1764. 121
ARTICLE IV.
LE
BEAUX-ARTS.
ARTS
UTILE S.-
CATOPTRIQUE.
Es deux volumes du Mercure pour
de mois d'Octobre dernier , offrent
Monfieur , une
Defcription très- intéreffante
des merveilles de la
Catoptrique :
mais ces jeux de la lumière étoient déja
très-connus ; & l'unique mérite des glaces
courbées de la nouvelle
Manufacture
Royale , eft de rendre les effets des miroirs
concaves ou convéxes plus fenfibles,
& par conféquent plus curieux pour
de plus grand nombre de ceux qui aiment
à s'amufer en
s'inftruifant. Il reste cependant
bien d'autres
découvertes , dont
des Sciences & lesArts tireroient un avanconfidérable.
M. Berniere , Auteur
& Poffeffeur de la
Manufacture de ces
Miroirs , me paroît être plus à portée que
perfonne de réfoudre un Probleme de
Catoptrique dont la folution a jufqu'ici
I. Vol.
tage
F
122 MERCURE DE FRANCE.
épuifé la patience des Amateurs qui s'y
font appliqués. N'ayant point l'honneur
de le connoître , permettez - moi , Monfieur
, d'employer la voie de votre Journal
, pour lui expofer le fait dont il s'agit.
Le Chevalier Kenelme Digby , dans
fon Traité de l'Immortalité de l'Ame` ,
[ en Anglois , in-folio , Paris , chez Gilles
Blaizot , 1644 , & traduit en Latin , infolio
, Paris , chez Villery & Joffe , 1651 .
On peut confulter l'original à la Biblio
thèque du Roi , R. 420 , & la Traduction
, R. 421. ] fe propofe différentes
queftions fur la nature & l'effence de la
Lumière .
D'abord il prouve [ Tract I. de Naturá
Corporum , cap. 6 , 9. 3 , Edition latine ,
pag. 38. ] que la Lumière eft un corps;
1° . parce que [ § . 4. pag. 39. ] c'eft un
feu véritable : 2° . parce que [ 9.5.]le feu,
dans fa raréfaction , n'eft plus fimplement
qu'une lumière : 3°. parce que
[ §. 6. ] la lumière eft fufceptible , com
me tout autre corps , de degrès d'ac
croiffement & de décroiffèment, foit en
quantité , foit en qualité.
Que la lumière foit un feu , [ ibid.
cap. 7. ] le fait eft inconteftable ; puifque
[ §. 1. ] elle eft chaude & échauf
fante. Si nous ne fentons point la cha
JANVIER. 1764. 123
leur de la lumière raréfiée , que nous appellons
jour , c'eft [ § . 2. ] à cauſe de la
groffièreté de nos fens. L'Alcohol ne
s'enflamine - t-il pas , quoiqu'à raifon de
fa fubtilité , il ne puiffe caufer de brûlure
?
Le fçavant Digby , après avoir mis
toutes ces propofitions hors de la portée
du doute , fe fait une demande dont la
réponſe eſt une des plus fingulières énig
mes de la nature. Si la lumière eft un
feu , dit- il [ 9.7 ] , comme le feu elle a
donc befoin d'aliment ? Et puifque le
feu , en s'éteignant , laiffe une cendre
qui eft en quelque façon l'excrément &
la lie de fa nourriture , n'eft-il pas à préfumer
que la lumière , lorfqu'elle s'éteint,
doit de même laiffer des débris de la matière
qui fervoit à fon entretien ? A l'occafion
de cette difficulté , notre illuftre
Anglois rapporte l'expérience faite par
un de fes amis ; & c'eft celle que je propofe
en Problême à M. Bernière , comme
un chef- d'oeuvre digne de lui .
Les rayons du Soleil [ § . 8. ] accumu.
lés dans un vaiffeau de cristal , & réunis
par une certaine difpofition de plufieurs
verres , y tombent en pouffière. Cette
poudre eft rouge, & même noire à force
d'être foncée en couleur. On en obtient
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
une quantité d'autant plus grande que
le Soleil eft plus ardent ; il ne faut que
quelques jours d'une vive chaleur
pour
en avoir jufqu'à deux onces. Au refte ,
il n'y a aucun lieu de foupçonner que
cette matière puiffe provenir des atômes
qui flottent dans l'atmosphère ; car on
la voit croître infenfiblement dans un
vaiffeau vuide , bien fermé , & qu'on a
eu foin de tenir très- propre.
Mais , afin qu'on ne croye pas que je
prête rien à mon Auteur , citons fes propres
paroles. Upon this occafion , i remember
a rare experiment that a noble
man of much fincerity , and a fingular
friend of mine , told me he had feene :
Which was , that by meanes of glaffes
made in a very particular manner , and
artificially placed one by an other , he
had feene the fame beames gathered together
, and precipitated downe into a
brownifch orpurplifch red pouder. There
could be nofallacy in this operation , & c .
C'eft-à -dire : Subit animum hac occafione
memoria rari admodum experimenti
quod nobilis quidam vir fidei finceriffi
ma , mihique amicitia conjunctiffimus
vidife fe affirmavit , vaforum vitreorum
ope , peculiari quodam modo factorum
& artificiosè difpofuorum collectos folis
JANVIER . 1764 . 125
radios in pulverem fufci coloris aut purpurei
in rubrum vergentis , præcipitatos
fuiffe. Fraus nulla huic operationi fubeffe
potuit ; nihil enim in vafis , antequam
difponerentur , continebatur , & c.
Cette incomparable expérience eft encore
rapportée par une foule de Naturaliftes
, tels que Jean- Sigifmond Elsholt ,
Théophile Bonet , Adolphe - Chriftian
Baudouin , de l'Académie des Curieux
de la Nature. Mais tous , à ce qui me
femble , paroiffent ne l'avoir point répétée
: Digby lui -même n'en parle que
d'après fon ami , feul témoin connu de
fon fuccès. L'honneur de l'invention
appartiendra donc à celui qui retrouvera
la manière de l'exécuter. J'en ai oui difcourir
un Voyageur , qui prétendoit que
les Brames des Indes la fçavoient . Si cela
eft , les rayons font réfléchis dans le
vaiffeau par des miroirs de métal : car on
n'en a pas d'autres dans ces contrées.
Mais ce Voyageur s'expliquoit fi mal
qu'on n'y comprenoit rien. Il eſt probable
que c'est du choc des rayons , qui
viennent fe heurter par un chemin diamétralement
oppofé , & qui s'entretuent
, fi j'ofe ainfi m'exprimer , que
naît cette poudre rougeâtre .
Quoiqu'il en foit , M. Berniere eft trop
Fj
126 MERCURE DE FRANCE.
1
habile pour ne point faifir d'un feul coups
d'oeil toutes les poffibilités ; & je ne
doute point qu'il ne fe confirme dans
l'idée que les rayons du Soleil , auxquels
on calcine l'antimoine & le plomb , ne
foient la vraie caufe de leur augmentation
de poids , malgré les déchets énor
mes qu'ils fouffrent néceffairement dans
cette violente opération . Auffi dois -je
ajouter, pour plus ample éclairciffement,
que le Chevalier Digby nous apprend
que cette poudre s'incorpore très-aifémentavec
l'or, & le pénètre intimement.
[ Ibid. § . 8. Natura illi ( pulveri ) erat
mirè fubtilis , quæ ipfum etiam aurum ,
corporum omnium inter quæ verfamur
graviffimum ac folidiffimum , vi fuá , ut
fic dicam , fpirituali , penetraret. ] Et
parce que ce même phénomène arrive ,
fans nulle différence, aux chaux métalli →
ques préparées avec notre feu élémentaire
, il s'enfuit évidemment que le feu ,
comme la lumière , engendre une poudre
pareille , & qu'il ne feroit peut- être
pas plus difficile à la Catoptrique de la
rendre vifible & palpable.
..
*
Je vous aurai une véritable obligation,
Monfieur, fivous voulez bien avoir
la complaifance d'inférer ma Lettre dana
votre Mercure. Je fuis , &c.
· JANVIER. 1764. 127
HOPITAL
DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Trente-huitiéme & trente- neuvième Traitement
depuis fon Etabliſſement.
Noms des Soldats.
Compagnies.
A La
Réjouiffance ,
Pronleroy.
La
Fage ,
Rafilly.
La
Fortune ,
Goffray ,
Violet ,
Doré ,
Pronleroy'
Villers.
Rafilly.
Viennay.
Bar , Dampierre.
Hulmé Mithon .
Le Febvre , Degraffe .
Durs ,
Pronleroy.
Moter , Dampierre.
Laverdure , Pronleroy.
Tardif ,
Baudouin,
Clément ,
Dudreneuc
Julien , Dampierre.
Dhalem , Viennay,
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
La Croix ,
Paben
Callem eau 9:
Ruelle
Fauvel ,
Marc ,
Duval
,
Demoges,
Viennay.
Viennay.
Demoges
Viennay.
Pronleroy .
Rafilly.
Viennay. Lapierre ,
Robin , Coettrieu,
S. Etienne ,
Dudreneuc
Lamotte
Demoges
Marbré ,
Rouffeau ,
Coettrieu .
Viennay.
Croinier 2. Demoges.
Ces 30 foldats ont été à l'ordinaire:
traités & guéris radicalement ; la plupart
étoient attaqués de maladies très - graves.
Et onze d'entr'eux avoient été traités
inutilement par les frictions.
Le nombre des foldats , cavaliers
& dragons traités & guéris jufqu'à ce
jour dans tous les Hôpitaux militaires
fe montent actuellement à 13244. Et il
paroît que plus on connoit & l'on fuit
les effets du reméde , plus la fatisfaction
devient générale.
JANVIER. 1761. 129
EXTRAIT d'une Lettre écrite M.
par
*
DUBARQUIER , Commiffaire des
⚫ Guerres à Toulon , à Mgr LE DUC
DE CHOISEUL.
MONSEIGNEUR ,
J'ai l'honneur de vous envoyer cijoint
l'état des foldats qui ont été traités
dans l'Hôpital Militaire de cette Ville
des maladies vénériennes par les Dragées
du Sr Keyfer.
Ce reméde y a opéré 3 cures finguliéres
. La premiere eft d'une tumeur
cancerreufe à la lévre fupérieure d'un
foldat d'artillerie qui n'avoit aucun autre
fymptôme vérolique ordinaire . Il
eft forti de l'Hôpital depuis quelque
temps.
La feconde , d'une lépre affreufe dont
un foldat du régiment de Royal Corfe
étoit couvert par tout fon corps.
La troifiéme , d'une groffe tumeur
fquirreufe qu'un foldat de Périgord avoit
au col du côté droit : celui- ci avoit
paffé ci-devant dans plufieurs Hôpitaux
caufe d'autres fymptômes véroliques
pendant quatre fois par les frictions ,
fans avoir pu être guéri de cette tumeur
F v
130 MERCURE DE FRANCE .
qui aujourd'hui tend fur fa fin au moyen
des Dragées , n'y ayant que 26 jours
que ce foldat eft dans le traitement.
Ces fortes de. cures font l'admiration
des Chirurgiens de cet Hôpital ; j'ai
remarqué que les foldats en fortant de
ce traitement ne font point énervés ni
défaits comme ils l'étoient par les frictions.
J'ai obfervé auffi , Monfeigneur
qu'il eft néceffaire que MM . les Commiffaires
des Guerres , chargés de la
Police des Hôpitaux , fe donnent des
foins , en portant leur attention à ce que
les foldats trairés obéiffent à continuer
éxactement les dragées jufqu'à parfaite
guérifon . C'eſt à quoi j'ai réuffi par mès
exhortations & par la punition ; de forte
qu'il n'y en a actuellement aucun dans
cet Hôpital , qui ne les prenne avec une
entiere confiance ; & cette attention eft
d'autant plus néceffaire , que les fymptomes
de la maladie difparoiffans peu
de jours après , les foldats fe croyent
guéris & veulent fortir de l'Hôpital
&c. Je fuis avec un profond reſpect .
Signé DUBARQUIER.
JANVIER. 1764. 131
LETTRE de M. IM BERT , Chancelier
de la Faculté de Médecine de Montpellier
, Inspecteur des Hôpitaux du
Roi , à M. KEYSER .
J'ai l'honneur de rendre compte aujourd'hui
, Monfieur , à Mgr le Duc de
CHOISEUL des bons effets des Dragées
antivénériennes dans l'Hôpital de
cette Ville . Cette Lettre vous fera fans
doute communiquée & je ne vous en
parlerai pas plus au long ici .
J'écris en même temps à M. de S.
Prieft , Intendant du Languedoc , & j'ai
l'honneur de lui rendre compre fommairement
, de ce que je marque d'avantageux
au Miniftre au fujet de votre
reméde . Ne m'en ayez , Monfieur , aucune
obligation . Je n'aurois pas dit tant
de bien de vos Dragées , fi je ne l'avois
pas penfé , & fi mes yeux n'avoient été
bien convaincus. J'ai l'honneur de
mander aujourd'hui à M. Foullon , qu'il
couroit un bruit que l'on cherchoit à
contrefaire vos dragées , mais que ce
n'étoit encore qu'un oui dire ; que je
ferois des démarches pour découvrir la
vérité , & que je l'informerois de ce
F vj
132 MERCURE DE FRANCE .
qui viendroit à ma connoiffance à ce
fujet.
J'ai l'honneur d'être , & c .
Signé, IMBERt .
OBSERVATIONS ESSENTIELLES.
Le Public a pu obferver que depuis
nombre d'années le fieur Keyfer n'a
ceffé d'expofer à fes yeux les témoignages
les plus autentiques & les plus refpectables
; le nombre en eft devenu même
fi confidérable qu'il croit devoir les
fupprimer à l'avenir , parce qu'il ne peut
plus y avoir de doutes au fujet de
la fupériorité de fon reméde fur tout
autre.
Mais comme malgré tant de faits ,
tant d'épreuves , tant de témoignages ,
malgré l'achat de fon fecret par Sa
Majefté , malgré les Analyfes qui en'
ont été faites & le dépôt qui en a été
remis aux premiers Médecins nommés
par le Roi , lefquels l'ont vû compofer
eux-mêmes par ordre du Roi , & malgré
même la guérifon de quantité de
milliers de foldats , traités & guéris journellement
dans tous les Hôpitaux militaires
, il eft encore des gens mal inJANVIER.
1764. 133
tentionnés qui répandent fourdement
les calomnies les plus viles , tantôt fur
le remède , tantôt fur fes correfpondans,
dont ils attaquent même l'honneur & la
probité :
>
Le fieur Keyfer déclare, que le reméde
diftribué par fes Correfpondants &
dont les noms font dans la Lifte qu'il
en a donnée dans le fecond volume du
Mercure du mois d'Octobre dernier
eft le feul reméde vraiment bon & compofé
par lui -même ; qu'il ne faut point
s'arrêter at nombre de dragées dans chaque
boëte , parce que le nombre n'en eft
jamais égal , vû l'impoffibilité de les
faire dans le même calibre , mais au
poids qui eft ' toujours le même dans
toutes les boctes.
M. Keyfer avertit auffi que fes boëtes
ne font jamais pleines & ne doivent
même pas l'être ; qu'il laiffe à chacune
un demi pouce de vuide , pour que les
Dragées puiffent balotter & ne foient
point dans le cas de fe pelotonner.
Quant aux propos fur le fublimé corrofif,,
que certaines perfonnes ofent faire
entrer dans fa compofition , l'impofture
eft fi groffiere qu'elle eft digne du plus
grand mépris.
134 MERCURE DE FRANCE.
ARCHITECTURE.
du 5 EXTRAIT des Regiftres de l'Académie
Royale d'ARCHITECTURE ,
Décembre 1763.
M. Dumont a préſenté à l'Académie
un Exemplaire de fon Ouvrage , intitulé :
Détails des plus intéreffantes parties
d'Architecture de la Bafilique de Saint
Pierre de Rome , levées & deffinées fur
le lieu par lui- même , & dédié à M. le
Marquis de Marigny.
L'Académie avoit déja vu avec plaifir
la plus grande partie de cet Ouvrage , &
avoit loué , dans fon Affemblée du 9
Août 1762 , la préciſion & l'éxactitude
qu'elle avoit reconnue dans les détails &
les mefures de toutes les parties dont M.
Dumont donne la Defcription ; & elle
fçait bon gré à cet Auteur d'avoir eu
égard au defir qu'elle a marqué de voir
augmenter cette Collection d'un grand
nombre d'autres détails qu'il donne aujourd'hui
, & qui ne peuvent être qu'u
tiles & agréables au Public .
JANVIER. 1764.
135
JE, fouffigné, Secrétaire perpétuel de
l'Académie Royale d'Architecture , certifie
l'Extrait ci-deffus conforme aux Regiftres
de ladite Académie. A Paris , le
12 Décembre 1763.
Signé , CAMUS.
D'autres parties d'Etudes déja connues
du Sieur Dumont , fur différens monumens
où font compris divers Théâtres ,
tant d'Italie que de France , font également
augmentées . Il a auffi joint une
partie de fix petites Planches de diverfes
compofitions de feu P. Moreau , Architecte
& ancien Penfionnaire du Roi.
Le tout fe trouve toujours chez l'Auteur
, rue S. Merry , à l'Hôtel de Jabach ;
& chez la Veuve Chereau,rue S. Jacques,
aux deux Piliers d'or..
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE.
PORTRAIT DU DUC DE SULLY !
L'ÉLOGE hiftorique de cet homme
célébre, qui étoit le Sujet propofé cette
136 MERCURE DE FRANCE.
année par l'Académie Françoiſe , & qui
ajoute une nouvelle Couronne à celles
que M. Thomas avoit déja obtenues
dans cette carrière brillante , a fait naî--
tre l'idée à M. de Marcenay Deghuy
de graver le Portrait de ce grand Minif
tre , dont la mémoire fera toujours auffi
chère à la France , que fes grandes qualités
lui ont été avantageufes.
M. le Prince d'Henrichemont a bien
voulu communiquer à cet Artiſte le
Tableau original qu'en a peint François
Porbus ; on peut le voir chez lui
où il restera encore quelque temps ,
pour montrer à quel point le Graveur a
porté l'attention & l'exactitude dans l'exécution
de cette nouvelle Planche qui
eft la 20 de fon oeuvre.
Comme ce Portrait eft gravé pour
l'in- 12 , on en a fait tirer néanmoins
fur papier in-4°. par égard pour ceux
qui auront les Mémoires dans ce format
, afin qu'ils puiffent , s'ils le jugent
à propos, l'ajouter à la tête de l'ouvrage.
L'Auteur fe propofe de graver de la
même grandeur le Portrait d'Henri- le-
Grand.
On trouve le Portrait du Duc de Sully
chez l'Auteur , quai de Conti , la feconde
porte cochère après la rue GuéJANVIER.
1764. 137
négaud & chez M. Wille , Graveur du
Roi , quai des Auguftins , à côté de
l'Hôtel d'Auvergne.
On trouve chez M. l'Empereur , Graveur
du ROI , rue & porte S. Jacques ,
deux Eftampes gravées d'après M. Vernet
, par Mlle Coulet , l'une intitulée
l'heureux Paffage , l'autre le départ de
de la Chaloupe. Toutes deux font du
meilleur goût & font le plus grand honneur
au burin de la fçavante Artiste .
Il vient auffi de mettre en vente deux
autres Estampes , l'une repréfentant
Léda , l'autre Endymion , très- bien gravés
par M. Delaunay , d'après M. Pierre.
N. B. II s'eft giffé dans quelques
Journaux , qu'elles ont été gravées par
MM. Delaunay & l'Empereur. Mais ce
dernier nous prie d'annoncer qu'il n'a
eu aucune part à ces deux Ouvrages ,
& que tout le mérite en eſt dû à M..
Delaunay.
L'ALMANACH de Cabinet , qui a
pour titre Almanach de la Paix , fe
vend cher le fieur Lecamus , quai de
l'Horloge du Palais , vis à- vis le Méridien
de la Ville. Prix 1 liv,
1
138 MERCURE DE FRANCE.
LE fieur Chenu , Graveur , rue de la
Harpe , au Caffé de Condé , vient de
mettre en vente deux Eftampes d'après
M. Boucher , intitulées le Pêcheur amoureux
, & l'agréable folitude. L'une &
l'autre font très -agréables , très - bien
gravées , & ne peuvent que faire honneur
au talent de leur Auteur ..
On trouve chez le même une autre
Eftampe d'après M. Reftout , repréfentant
les Pèlerins d'Emaiis , qui eft
digne de l'attention des Amateurs &
des éloges des Artiſtes.
O
MUSIQUE.
N trouve chez M. de la Chevardiere ,
rue du Roule , à la Croix d'or :
PREMIER , SECOND & TROISIÈME
CONCERTO de STAMITZ , pour le
Violon obligé , avec accompagnement
de Violons , Alto & Baffe , Hautbois &
Cors , prix 3 liv. 12 f. chacun. Mis au
jour par M. de la Chevardiere , & fe vendent
chez lui , rue du Roule , à la Croix
d'or.
SINFONIE PERIODIQUE , nº . 58 ,
DEL SIGNOR TOESCHI , avec Hautbois
, prix 2 liv . 8 f. à la même adreffe.
JANVIER. 1764. 139
SINFONIE PERIODIQUE , nº . 59 x
DEL SIGNOR VANMALDER ,
Hautbois , prix idem.
avec
MENUET à grande Orcheſtre , par
M. GRANIER , & tel qu'on l'exécute
dans les Entr'actes de la Comédie Italienne
, prix 2 liv. 8. f.
SIX SONATES de Clavecin , par M.
CHARPENTIER , Organiſte & ordinaire
de l'Académie des Beaux-Arts à Lyon ,
prix 9 liv . à la même adreſſè .
Douziéme & dernier Recueil des
RECREATIONS CHANTANTES , par
M. LEGAT DE FURCY , mêlé de petits
Airs , Parodies chantées à la Comédie
Italienne. Prix 3 liv. Les onze premiers
Recueils font du même prix , & dans le
même genre.
Six Duo à deux Violons ou Mandolines
, par M. LEONE , de Naples .
Prix 6 liv . à la même adreffe , rue du
Roule , à la Croix d'or.
On trouve chez le même Marchand
toutes les Cantatilles , Motets , & Recueils
d'Airs tendres , Duo , & avec accompagnement
, de feu M. LEFEBVRE ,
Organiſte de S. Louis en l'Ifle , dont le
Sieur de la Chevardiere a acquis le fonds ,
ainfi que de celles de M. MALVAUX..
$40 MERCURE DE FRANCE.
SOIRÉES DE CHOISY- LE -ROY .
DEUXIEME Recueil , chez l'Auteur
Parvis Notre- Dame , près la porte
du Cloître , & aux Adreffes ordinaires.
LETTRE de M. LEGAT DE FURCY
à M. DE LA PLACE.
JEE VOUS prie , Monfieur , d'annoncer
le plutôt que vous pourrez , mon deuxiéme
Recueil des Soirées de Choify-le-
Roy , qui eft en vente de cette femaine ,
quoique j'euffe promis de le faire paroître
au commencement de Janvier dernier,
Plufieurs raifons m'en ont empêché
; la première , mon Journal Ly-,
rique , qui me prenoit beaucoup de
temps ; la feconde , c'eft que le premier
Recueil de mes Soirées , que vous avez
eu la complaifance d'annoncer , ayant
été accueilli , on ne peut pas mieux , du
Public , j'ai cru devoir redoubler de foins
pour me rendre digne de fes bontés. Il
a paru defirer des Accompagnemens de
Violons & de Baffe à tous les Airs. C'eft
ce que j'ai fait , même aux plus petits ,
JANVIER . 1764: TX147
}
de ce fecond Recueil. J'ai chiffré les
Baffes , pour que les perfonnes qui jouent
de la Harpe puiffent accompagner. J'ai
encore voulu que ces mêmes Airs , qui
ont des Accompagnemens , puiffent fe
chanter feuls , au défaut de Violons &
de Baffes. Je vous prie de vouloir
bien entrer dans ces petits détails , parce
que je les crois néceffaires. Vous ferez ,
je crois , fatisfait du choix des Paroles ,
qui font de plufieurs Auteurs connus
comme Meffieurs Vadé, Peffellier, Mentelle
, & c.
Je joins ici la Copie d'une Lettre que
M. de Voltaire m'a fait l'honneur de
m'écrire. Comme fon fuffrage eft d'un
grand poids pour qui aime les Arts , &
qu'il ne contribue pas peu à donner de
l'émulation à qui les cultive , je vous
prie de vouloir bien en faire mention.
J'ai l'honneur d'être , & c .
LETTRE de M. DE VOLTAIRE à M.
LEGAT DE FURCY , qui lui avoit
envoyéfon Recueil des SOIRÉES .
LE fuffrage de Madame Denis
Monfieur doit vous être plus précieux
que le mien . Souffrez pourtant
que je joigne mes remercimens à fon
142 MERCURE DE FRANCE.
approbation. Vous faites parvenir le
bon goût & le plaifir juſqu'au pied des
Alpes. Nous ne nous attendions pas
qu'un homme qui réuffit à la Cour, daignât
fonger à nos déferts ; jugez combien
nous fommes flattés de l'honneur
que vous nous avez fait. Recevez , Monfieur
, les fenfibles remercimens de votre
très-humble , & très- obéiffant Serviteur,
VOLTAIRE , Gentilhomme
ordinaire du Roi.
Au Château de Ferney en Bourgogne , par Genève ,
7 Décembre 1763.
SIX SONATES en Duo d'un goût
agréable & chantant pour les Flutes ,
Violons , Hautbois , Pardeffus de viole ,
&c . par M. Paganelly ; tirées du portefeuille
d'un Amateur , pour lequel elles
ont été compofées & mifes au jour.
Par M. Leloup , Maitre de Flute , Editeur
des Récréations de Polimnie , dont
le cinquiéme recueil paroîtra dans les
premiers jours du mois de Février . L'Editeur
efpére que le cinquiéme recueil
plaira au moins autant que les précédens
; il a profité des confeils des gens
de goût , pour le choix des airs, & l'arrangement
de l'accompagnement,
JANVIER. 1764. 143
Les Sonates fe trouvent chez l'Editeur
, rue du Mouton , près la Gréve
au coin de la rue de la Tixeranderie .
ESSAI D'INSTRUCTION à l'ufage
de ceux qui compofent pour la clari
nette & le cor , avec des remarques
fur l'harmonie à deux clarinettes , deux
cors & deux baffons , par M. Valentin
Roefer , Muficien de S. A. S. Mgr le
Prince de Monaco. Prix , 6 liv.
SIX TRIO pour deux violons & une
baffe par le même Auteur. Prix , 9 liv.
SIX TRIO pour un violon &
deux Violoncelles obligés de M. Kénis,
Euvre fixiéme . Prix , 7 liv . 4 f.
t
SIX DUO de violons par M. Pierre
Leclair , Euvre premier. Prix ,
1
6 liv.
SIX DUO de violons de Sébétosky ,
troifiéme Cuvre. Prix ,
1
6 liv.
SEI DUETI à due violini fenza baffo
Di Antonio Lorenziti , Euvre premier.
Prix , 6 liv.
PREMIER Τ RECUEIL de Chanſons
144
MERCURE DE FRANCE.
avec accompagnement de guittarre , de
M. Favier. Prix ,
ARIETTES.
6 liv.
L'AMANTE TROMPÉE , Ariette de M.
1 liv . 16 L Pergolezy. Prix ,
Paroles Françoifes & Italiennes.
L'AMANT MALHEUREUX , Ariette
avec accompagnement , par M ***
Prix , 1 liv. 4 f.
AIRS CHOISIS de la Fortune au Village
, avec accompagnement . Prix , 71.
LE BOUTON DE ROSE , Ariette nouvelle
avec accompagnement , par M ***
Prix , liv 4 f.
LES CONSEILS DE L'AMOUR ,
'Ariertes avec accompagnement , par
M***. Prix ,
1 liv . 4 f.
L
Le tout fe trouve à Paris chez M. le
Menu , Auteur , Profeffeur & Marchand
de Mufique , rue du Roule , à la Clef
d'or , la cinquiéme boutique à droite en
entrant par la rue S. Honoré .
APOLLON & l'Amour défarmés par
Iris ,
JANVIER 1764. 145
Iris , quatriéme Cantatille Françoife
à voix feule & à grande fymphonie
mife en mufique par M. le Jai , les Paroles
de M. Rabelleau. Prix , 3 liv. 12 1.
Les parties font gravées féparément.
Chez l'Auteur , Cul- de - Sac Sourdis ,
rue des Foffés S. Germain , & aux
Adreffes ordinaires.
LE PORTRAIT des Maris , Ariette ,
avec grande fymphonie , chantée par
Eléonore , dans les deux Talens , Ĉomédie
nouvelle ; mife en Mufique par
M. le Chevalier d' Herbain , & repréfentée
fur le Théâtre de la Comédie Italienne.
Prix , 1 liv. 16 f. Aux Adreffes
ordinaires de Mufique .
,
PREMIERE Suite de Menuets en
fymphonies , à fept Parties , y compris
un Baffon obligé ou Violoncelle ; qui
ont été éxécutés à la Comédie Italienne.
Compofés par M. Atis. Prix , 1 liv. 4 f,
Chez l'Auteur , au paffage de la rue Traverfière
, à celle des Boucheries S. Honoré
, & aux Adreſſes ordinaires , ainfi
que fes autres OEuvres.
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE .
SUPPLÉMENT AUX NOUVELLES
LITTÉRAIRES .
CONFÉRENCES fur la Langue & fur
la Littérature Françoife , propofées
par Soufcription ; par M. Douchet ,
Avocat au Parlement , & ancien Profeffeur
Royal en Langue Latine ,
M. l'Abbé de la Pouyade.
SI
&
I CES Conférences ont pour objet
principal d'apprendre aux Etrangers notre
Langue & notre Littérature , elles
pourront être auffi d'une très -grande utilité
pour une partie des Nationaux, Il
y a dans nos Provinces , & même dans
la Capitale , nombre de jeunes Gens qui
ont négligé l'étude de leur Langue , & qui
trouveront à réparer cette négligence , en
fuivant le Cours que nous annonçons ,
Les Conférences fe tiendront les Lundis ,
Mercredis & Vendredis de chaque femaine
, depuis onze heures du matin juf
qu'à midi & demi , chez M. l'Abbé
Bernard de Cléry , Licentié en Droit
rue Hautefeuille , à l'Abbatial des PréJANVIER.
1764. 147
montrés. Le Cours entier fera de fix
mois , & fera divifé en deux parties , relativement
à la différence des matières.
Il commencera le o de ce mois , & finira
9
le 9 de Juillet prochain . Pendant les trois
premiers mois on donnera le Traité de
l'Orthologie , ou de la Langue parlée ;
pendant les trois autres mois il fera queftion
de l'Orthographe , ou de la Langue
écrite , terminée par des Obfervations
fur notre Littérature. On foufcrira jufqu'au
9 de Janvier , chez les Auteurs
rue de Condé , maifon du Riche Laboureur
, au fecond fur la Cour. La Soufcription
fera de trois louis pour le Cours
entier. Les perfonnes qui ne voudront
pas foufcrire payeront dix- huit livres au
commencement de chaque mois.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE V.
SPECTACLES.
SPECTACLES DE LA COUR
LE
A
VERSAILLES,
E 22 Novembre , les Comédiens
François repréfenterent fur le Théâtre
du Roi , le Menteur , Comédie en cinq
Actes , en vers, de Pierre Corneille, donnée
la premiere fois en 1641.
Pour feconde Piéce , on repréſenta
Heureufement , Comédie en un Acte ,
en profe de M. ROCHON DE CHABANNES,
qui a paru , dans fa nouveauté,
avec fuccès au mois de Novembre
1762 .
,
Le Mercredi 23 , par les Comédiens
Italiens , le Retour d' Arlequin , Comédie
Italienne , fuivie du Roi & le Fermier
, Comédie mêlée d'Ariettes,
Le Jeudi 24 , par les Comédiens François,
Didon,Tragédie de M. LE FRANC,
donnée la première fois en 1734 .
Le rôle de Didon a été joué par la
Plle CLAIRON. Celui d'Enée› par le ,
JANVIER. 1764. 149
fieur LE KAIN ; Jarbe , par le fieur BELCOUR
; Achate , par le fieur BRIZARD .
Ce même jour , pour feconde Piéce ,
le Deuil , Comédie en un Acte , en vers,
de feu M. HAUTEROCHE dans laquelle
les Dlles DOLIGNY & LUZY
jouerent l'une le rôle de Babet , & l'autre
celui de Perette. Cette Comédie eft
de 1662.
>
;
Le Mardi 29 , les mêmes Comédiens
repréfenterent l'Ecole des Maris , Comédie
de MOLIERE , en trois Actes &
en Vers . Cette Piéce eft de 1662 ; elle
fut fuivie du Sage Etourdi , Comédie
de feu M. DE BOISSY dans laquelle
le fieur MOLÉ a joué le rôle de Léandre ;
le fieur BELCOUR celui d'Erafte , & la
Dlle PRÉVILLE le rôle d'Eliante , & c.
Le Jeudi , premier Décembre , on repréfenta
pour la premiere fois ( à la
Cour ) la nouvelle Tragédie intitulée
le Comte de Warvik de M. DE LA
HARPE. Cette Piéce y fit fur les Spectateurs
la même impreffion qu'elle
avoit faite à Paris , & par conféquent eut
un fuccès général . Nous en avons déja
parlé dans le précédent Mercure ; nous
ajouterons ci-après , dans l'Article de
Paris de ce vol. quelques obfervations
fur cette Tragédie.
G iij
50 MERCURE DE FRANCE.
>
La Tragédie fut fuivie de la Pupille ,
Comédie en 1 Acte en Profe de feur
M. FAGAN. La jeune Dlle DOLIGNI
qui dans fon début avoit , pour ainfi
dire , renouvellé le fuccès qu'eut cette
Piéce dans fa nouveauté en 1734 , a
joué le rôle de la Pupille à la Cour, où
elle a fait le plus grand plaifir.
>
La nouvelle de la mort de l'Archiducheffe
a interrompu les Spectacles de
la Cour pendant plufieurs jours ; ils ont
été repris le Mardi 13 , par le Joueur
Comédie en cinq Actes , en vers , de feu
M. REGNARD , donnée en 1698. Le
rôle de Valere a été joué par le fieur
BELCOUR , celui d'Hector , par le fieur
ARMAND , & c.
Pour feconde Piéce , le même jour ,
la Famille extravagante , Comédie en
un Acte , en vers , du feu fieur LE
GRAND , de 1709.
Le 14 , par les Comédiens Italiens , les
Amours d'Arlequin & de Camille , de
M. GOLDONI , Piéce Italienne contenant
les trois premiers Actes d'un Sujet
diftribué en autres. Ouvrage Dra
matique , dont nous avons déja parlé &
dont on ne parlera jamais avec autant
d'éloges qu'il en mérite .
Pour feconde Piéce, Ninette à la Cour,
Opéra- Comique.
JANVIER. 1764.
Le lendemain , 15 , par les Comédiens
François , Mérope , Tragédie de M. de
VOLTAIRE , fuivie de Zénéïde . Le
fieur GRANGER , jeune Acteur dont
nous allons avoir occafion de parler à
l'Article de Paris , y débuta avec beaucoup
de fuccès par le rôle d'Egifte ,
dans la premiere Piéce ; & par celui
d'Olinde , dans la feconde .
, y
La fuite au Mercure prochain.
SPECTACLES DE PARIS.
OPERA.
L'ACADÉMIE Royale de Mufique a
donné le 16 Décembre ,le dernier Concert
François pour fe préparer aux repréſentations
de l'Opéra . Le jour de
Î'Ouverture de ce Théâtre n'a pu être
encore déterminé à caufe des préparations
convenables pour que la même
Salle du Spectacle ferve de Salle de Bal
ce que le temps du Carnaval rend indifpenfable
.
Le dernier Concert a été très-brillant
par les morceaux dont il étoit compofé
, ainfi que par la parfaite exécu-
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
tion dans toutes les parties . Mlle ARNOUD
entr'autres y a reçu les applaudiffemens
les plus vifs & les plus univerfels.
Mlle LARRIVÉE & M. LARRIVÉE
fon mari , completterent , par le
mérite diftingué de leurs talens , la fatisfaction
des Auditeurs.
M. GELIN s'étant trouvé indifpofé ,
M. DURAND fuppléa dans les parties
qu'il devoit chanter , de manière à lui
faire honneur & à laiffer eſpérer beaucoup
de ce Sujet , s'il fait autant de
progrès dans l'action théâtrale , qu'il
paroît en avoir fait dans l'art du chant.
La première de ces deux parties exige
encore une grande application de fa
part & un exercice guidé par de meilleurs
principes qu'il n'en montroit à cet
égard, lorfque le Spectacle de l'Opéra a
été
interrompu.
COMEDIE
FRANÇOISE .
UNE des chofes intéreffantes pour les
Amateurs du Théâtre , a été le Début
du jeune M. GRANGER , par le rôle
d'Egifte dans Merope , & par celui d'Olinde
dans Zénéïde , le Lundi 12 Décembre.
Cet Acteur , qui n'avoit joué fur auJANVIER.
1764. 153
eun Théâtre , n'avoit pas encore dixfept
ans accomplis le jour de fon début.
Malgré tout l'embarras & toute la timidité
que l'on fuppofe facilement dans un
Sujet de cet âge, ce qui lui étouffoit prèfque
l'organe de la voix , il fit paroître ,
dès ce premier jour , un fentiment vrai
& naturel , de l'intelligence dans le débit
, affez de jufteffe & de modération
dans le gefte , malgré beaucoup de chaleur
dans fon jeu , & un feu qui femble.
lui être naturel. Il confirma fur - tout
cette intelligence fi néceffaire pour le
talent de l'Acteur , dans le rôle de la Comédie
, & il reçut beaucoup d'applaudiffemens.
Il a été reçu très-favorablement
dans les autres Pièces de fon début ,
qu'il a continué par Seide dans la Tragédie
de Mahomet , par le rôle de Darvianne
dans Mélanide , & celui de Char--
mant dans l'Oracle.
Mlle PRÉVILLE , qui , depuis la retraite
de Mlle GAUSSIN , continue de
prendre quelques- uns des rôles de fon
emploi , a joué celui de Mélanide avec
un fuccès général ; & la repréfentation
de cette Pièce n'a jamais paru en général
plus intéreffante qu'à cette reprife.
Le nouvel Acteur a joué depuis le
rôle de Britannicus dans la Tragédie de
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
ce nom , & celui de Lindor dans la petite
Comédie intitulée Heureufement ; Euphemon
dans l'Enfant Prodigue , & Valère
dans la Pupille. La voix de ce jeune
Sujet paroît n'être pas encore développée
, & n'avoir pas acquis la force fonore
que l'âge vraiſemblablement doit lui
donner.
Il nous refte à parler du Comte de
Warvik. Cette Tragédie fut donnée le
10 Décembre pour la quinzième & dernière
repréſentation , avec une grande.
affluence de Spectateurs. Elle a été redemandée
& repriſe le 28 , & elle a été
reçue avec le même fuccès que dans les
`repréſentations fuivies de fa nouveauté.
Nous placerons ici les Obfervations.
fur cette Piéce , que nous avons annoncées
dans le précédent Mercure.
On attendoit à la fin du mois dernier ,
fur ce Théâtre , une nouveauté intitulée ,
La Confiance trahie , Comédie en vers &
en cinq Actes.
OBSERVATIONS fur la Tragédie du
COMTE DE WARVIK,
LA LETTRE imprimée à la fin du dernier Mercure
contenant l'analyfe de la Tragédie du Comte
de Warvik , nous nous bornerons à une difcuffion
JANVIER. 1764. 155
critique des divers avis que nous avous pu recueillir
fur cette Pièce ,
En nous engageant à mettre fous les yeux du
Public les reproches de la Critique , nous avons
dit qu'il feroit à defirer que , dans l'éclat même du
fuccès , les Auteurs écoutaffent juſques aux cris de
l'Envie * : mais nous n'avons pas entendu en devenir
l'écho . Elle excite néceffairement la haine
de bien des rivaux , à proportion de ce que les fuccès
font plus mérités ; parce que l'on prévoit qu'ils
feront durables. Nous ne nous arrêterons donc
pas à réfuter les abfurdités qu'un motif auſſi méprifable
auroit pu dicter. Nous n'entrerons point
dans la juftification des calomnies perfonnelles ,
toujours répugnantes à répéter, même pour les confondre.
Un homme abfent ne peut s'en défendre ;
mais un Ouvrage imprimé , ainfi qu'eft aujour
d'hui cette Tragédie , fe lit & fe juge dans le
filence des paffions , & dans le repos du cabinet.
Ce font les jugemens portés avec ce défintéreffement
recommandable, qu'il peut être utile aux progrès
de l'art de pefer & d'éxaminer. Si nous y joignons
nos opinions , c'eft pour nous éclairer , &
non pas pour prefcrire des loix.
Un des reproches qui fe préfente le premier à
examiner , nous a paru un des plus foibles. C'eſt
celui qu'on fait à M. DE LA HARPE , de n'avoir
pas fuivi allez fidélement l'Hiftoire. Nous ne connoiffons
, ni dans les Anciens ( d'après lefquels on
a impofé les règles les plus févères du Drame )
ni dans les Modernes , qui fe font piqués de les ob
ferver avec le plus de fcrupule , rien qui ait obligé
ni les uns , ni les autres à l'exactitude d'un Hiftorien.
On est toujours convenu que le Poëte dra-
>
* Voyez le Mercure de Novembre , Art. V. des
Spectacles de Paris , pag. 175 .
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
matique pouvoit altérer quelques faits , quand
cette altération est néceffaire à l'intérêt de fa Pièce,
quand elle procure plus d'éclat à fes Perfonnages
principaux , quand elle met leurs caractères plus
en jeu pourvu qu'elle ne contrarie pas ce qu'on
connoît univerſellement de ces caractères
qu'elle ne détruiſe pas l'ordre fondamental des
événemens hiftoriques.
:
'
&
Warvik périt les armes à la main voilà le fait
hiftorique . Au lieu de le faire périr en combattant
contre fon Roi , le Poëte lui fait trouver la mort ,
en combattant pour la défenſe de celui qui l'a offenfé.
Un homme fier & généreux tout enſemble ,
tel que le Comte de Warvik , peut également inmoler
fon ennemi , lui pardonner , aller plus loin
encore , & plus volontiers le défendre , fans contredire
par -là fon caractère. La raiſon eſt ſimple.
En fuivant le premier parti , il ne fe procure
qu'une vengeance affez commune ; dans le fecond
, il fe place au-deffus de fon ennemi qu'il
bumilie. Cette vengeance eft héroïque ; elle eft
intéreffante. C'eft ce qu'il faut pour le Théâtre ;
c'eft ce qu'il faut pour élever fon Héros , dans l'opinion
du Spectateur , au-deffus des grands hommes
ordinaires. Le premier fentiment de quelques
Critiques a été de trouver ce changement de volonté
bien fubit dans le Comte de Warvik ; de
penfer qu'il n'étoit pas dans la nature.
Nous
croyons , d'après ce que nous venons de dire ,
que l'Auteur auroit à répondre qu'au contraire
cela eft , & cela doit être dans le naturel de fon
Héros . Tout homme opprimé invoque la vengcance.
L'homme courageux , s'il peut faifir le
glaive , combattre fon ennemi , le détruire , il le
fera voilà ce qui eft dans la nature. Mais fi on
lui amène cet ennemi dans les liens , qu'on lui
JANVIER. 1764. 157
donne un poignard , & qu'on lui dife , frappe , le
poignard lui tombera des mains : voilà ce qui eft
dans le naturel d'un tel homme. Warvik elt ,
comme on l'a dit , plus qu'un homme d'un courage
ordinaire ; il ne fe contente pas d'épargner
Edouard , il veut lui rendre tout ; il veut le créer ,
pour ainfi dire , une feconde fois : voilà le Héros.
C'eft avec quelque regret que nous nous fommes
arrêtés à juftifier ce moment , qui eſt un des plus
beaux de la Tragédie .
.
Le Perfonnage de la Pièce fur lequel la Critique
ait eu plus d'occafions de s'éxercer , eft celui de
Marguerite , l'agent & le mobile principal de l'action
. On a objecté contre l'Auteur , que c'eft charger
cette Reine d'un crime qu'elle n'a pas commais
, que de la rendre coupable de la mort du
Comte de Warvik . S'il n'y avoit qu'un tel reproche
à faire fur ce rôle , nous pensons que l'Auteur
le détruiroit facilement . En effet , ce meurtre politique
paroîtra fans doute aux Lecteurs , ainsi qu'à
nous , dans le caractère de Marguerite. Une femme
qui , dans l'Hiftoire , fait alfaffiner fon oncle , "
peut bien , dans une Tragédie , faire alfaffiner un
ennemi puiffant & dangereux , dont fon intérêt
éxige abfolument qu'elle fe défaffe , fi elle ne veut
pas renoncer à l'eſpoir de rétablir fa Maiſon fur le
Trône , & de veiller à la propre confervation .
Ce qu'on peut obferver , avec plus de fondement
contre ce rôle , & ce que nous ne diffimulons pas ,
c'est que peut - être manque -t-il d'une certaine étendue
ou plutôt d'un développement mieux lié , qui
lui donneroit une conftitution proportionnée à fon
importance. Il s'enfuit un défaut général dans la
marche théâtrale de ce rôle , dont le Perfonnage
paroît trop fervilement aux ordres de l'Auteur
toutes les fois qu'il en a befoin , & qu'il femble te158
MERCURE DE FRANCE.
nir en réferve pour exciter les divers mouvemens
de fes Perfonnages , fans qu'elle foit conduite fur
la fcène , ni, qu'elle s'en retire , par l'enchaînement
général de l'action dramatique. C'eſt parce même
défaut que la Scène entre Marguerite & Elifabeth
fait moins d'effet qu'elle n'en devroit faire ; parce
qu'elle n'eft pas fuffifamment amenée. On peut
remarquer au commencement du troifiéme Acte,
qu'elle laiffe la fcène vuide. Tous ces défauts qui
ont échappé à ceux qui ont plus cherché peut- être
à déprimer la gloire de l'Auteur , qu'à éxaminer
l'Ouvrage fur les grands principes de l'Art ; tous
ces défauts , dis -je , de pratique du Théâtre , font
rachetés par des beautés qui non-feulement les
ont dérobés au fentiment de plaifir d'une partie
des Spectateurs ; mais que les vrais Amateurs auront
été fâchés pour les fuites de ne pas rencontrer
dans le premier Ouvrage d'un Poëte de l'âge
de M. DE LA HARPE , qui pouvoit s'être plus livré
au fentiment & à l'imagination , qu'affervi à des
régles dont l'éxacte pratique , quoique très- nécellaire
, eft plus le fruit de l'expérience que le caractère
du génie.
Quelques Critiques auroient defiré que l'Auteur
eût tiré un plus grand parti de l'amour d'Elifabeth
& de Warvik ; que cette paſſion fût un
reffort plus puiffant dans cette Piéce & qu'en
général elle y produisît un intérêt plus tendre.
Il nous femble que c'eft confondre les genres &
vouloir les ramener tous à celui de l'intérêt d'amour.
Que deviendroient la plupart des chefsd'oeuvres
du grand Corneille ! que deviendroient
d'excellentes Tragédies de nos jours , tels
que Mérope & d'autres , fi l'on adhéroit à cette
opinion ? L'Auteur de Warvik ne nous préſente
point fon héros , comme incellamment occupé de
JANVIER. 1764. 159
{
fa tendreffe. Ce Guerrier , qui étoit en fpectacle à
toute l'Europe , qui décidoit du fort des Rois
devoit voir dans la conduite d'Edouard , un affront
bien plus fenfible pour fa gloire que pour fon
amour. Cependant , s'il nous eft permis d'hazarder
notre avis , Warvik nous paroît dans le fe
cond Acte , fonger autant qu'il le doit aux intérêts
de cet amour. Il veut venger fa Maîtreffe ,
elle eft la récompenfe , fon bien : il le dit à Eliza
beth , il le dit à Edouard. Mais lorsque ce Prince
répond a fes reproches emportés par un outrage
plus cruel , enfin , quand Warvik ſe voit dans les
fers ; alors il oublie la premiere injure , celle qu'il
reffent eft plus amère , plus accablante , voilà ce
qui doit feul l'occuper il s'y livre tout entier .
Nous le voyons intérellant dans fes fers . On partage
toutes les impreffions de cette âme profondément
bleffée . Combien cet intérêt d'un grand
homme outragé & dans l'oppreffion , eft- il plus
vif & plus généralement pathétique qu'un petit
intérêt d'amour , toujours fi voifin des frivoles
attraits de la galanterie , & fi ufé fur nos Théâtres,
Il ne nous feroit pas auffi facile de juftifier le
cinquiéme Acte de cette Tragédie . On ne peut
pas le faire illufion fur le récit de Suffolk , quelque
bien écrit qu'il foit : il faut convenir qu'il eft allez
indifférent , parce qu'il n'apprend que ce qu'on
fçait déja . La mort de Warvik , dans l'inftant où
il est devenu le plus intéreffant eft le feul événement
de cet Acte. A cette occafion , des Critiques ,
attentifs à tout ce qui peut affoiblir l'honneur de
l'invention dans les Ouvrages de fuccès , ont rappellé
le dénoûment de Tancréde . Ce n'eft pas cette
parité , s'il y en a , que nous croyons devoir improuver
dans cet Acte. Le cercle des événemens ,
dans les Poemes Epiques & Dramatiques , n'eft
160 MERCURE DE FRANCE.
pas fans bornes . Des Auteurs , en prenant des
Foutes très-différentes , fe rencontrent quelquefois
aux mêmes points , en arrivant aux termes de
chacune de ces routes . Malheur aux âmes de ceux
dont l'efprit cherche & faifit avec tant de facilité *
ces fortes de rencontres , ils font ou doivent être
privés de bien des plaifirs , puifqu'ils n'ont pas
celui d'être affectés fans difcuffion . Un défaut plus
eflentiel à cet A&te , c'eft que cet événement de la
mort de Warvik ne fuffit pas pour le remplir.
On pourroit néanmoins remarquer , pour la
juftification de l'Auteur , qu'il étoit très- difficile
de remplir mieux un cinquiéme Acte , lorfque
la marche naturelle de l'action & l'étendue du
Sujet ont rempli le quatrième , comme l'eft celui
de cette Tragédie ; que dans nos meilleures
Piéces , dans celles qui jouiffent pour ainfi dire
d'une célébrité à l'abri de toute critique , quand'
le quatriéme A&te eft d'une beauté fupérieure ,
communément le cinquiéme Acte est un peu
foible. Ce défaut eft moins celui de talent & de
génie de la part des Auteurs , que la fuite de la
fervitude qui oblige à étendre un Poëme jufqu'au
nombre des Actes. Toutes les fois qu'on n'a pu
fans faire languir la marche de l'action , s'en
réſerver les plus beaux momens pour le dénoûment
, comme dans Rodogune , il arrive que ce
cinquiéme Acte eft bien moins rempli que les
autres. Mais au rette Warvik , immolé dans
l'inftant où il eft le plus généreux , où il doit
être auffi le plus heureux , en devient plus intéreffant
, & fa mort est un coup de théâtre qui
doit frapper les âmes fenfibles. Ses dernières pa- roles attendriffent & ont arraché des larmes à
bien des Spectateurs ; la catastrophe a donc at- teint le but du Drame tragique.
JANVIER. 1764. 161
Nous n'ajouterons rien à ce que nous avons
deja dit dans le précédent vol . du ſtyle général
de cette Piéce. La juftice que nous lui avons
rendue paroît confirmée aujourd'hui par la lecture
& par les critiques même les plus fufpectes
du defir de ne rien trouver à louer . Nous
ne parlerons pas du rôle d'EDOUARD en particu
lier , de l'art par lequel ce Prince conferve la
dignité de fon Etat avec un Sujet qui a des
droits fi puiffans fur lui , & qui en uſe avec excès.
De l'aveu des meilleurs Juges , c'eft la partie
de l'Ouvrage qui marque le plus de talent
de la part de l'Auteur & qui feroit honneur aux
plus grands Maîtres de notre Théâtre. Le rôle
d'Elizabeth nous paroît à- peu - près ce qu'il doit
être , celui d'une femme vertueufe & tendre qui
aime un amant & refpecte fon Roi, & qui voudroit
les fauver tous deux .
Le fuccès foutenu de cette Tragédie , celui
qu'elle a eu à la lecture , tout juftiñe l'éloge que
nous en avions déja fait , & fur lequel nous fommes
encore plus affermis après en avoir difcuté impartialement
les beautés & les défauts,
N. B. Quoique nous nous foyons interdit tout
ce qui pouvoit avoir rapport au perſonnel , nous
croyons devoir relever ici une erreur du Gazetier
d'Utrecht , qui annonce que M. DE LA HARPE eft
un Etudiant en Rhétorique au Collège du Pleffis ,
âgé de 22 ans . Nous pouvons affurer ici que
M. DE LA HARPE a fait toutes les études au Col-
Fége d'Harcourt ; qu'il y a quatre ans qu'il en eft
forti, & qu'il eft âgé de 24 ans.
62 MERCURE DE FRANCE:
COMÉDIE ITALIENNE.
LEE Lundi 19 Décembre , M. LOMBARD
, qui avoit chanté ci - devant à
l'Opéra dans les rôles de Haute - contre
a débuté fur le Théâtre de la Comédie
Italienne , par celui de Dorval dans On
ne s'avife jamais de tout. Le Public a
paru plus fatisfait des talens de ce Sujet
pour la partie du chant , que pour celle
du jeu de la Comédie qu'exigent
ces fortes de Pièces mixtes . Cette dernière
partie pouvant s'acquérir par
l'ufage & la pratique , il eft à préfumer
que le nouveau Débutant parviendra à
réunir tout ce qui peut être agréable
aux Spectateurs , dans l'un & dans l'autre
genre,
Le lendemain Mardi 20 , on donna .
fur le même Théâtre , la première repréfentation
de l'Inquiétude de Camille ,
Comédie Italienne , feconde fuite &
conclufion des Amours d'Arlequin & de
Camille , par M. GOLDONI. Nous avons
précédemment rendu compte du mérite
& du fuccès des deux premières fuites :
celle - ci , loin de céder en rien aux autres
, femble au contraire avoir généraJANVIER.
1764. 163
lement entraîné encore plus de fuffrages.
Le pathétique en eft fi naturellement lié
au comique , qui naît de la naïveté des
deux Perfonnages intéreffans , que le
coeur eft inceffamment partagé entre
deux fentimens oppofés ; mais qui , par
un art qu'on ne fçauroit trop admirer ,
fe réuniffent pour le plaifir continuel du
Spectateur. Plus on aime , plus on connoît
ce grand art de la véritable & bonne
Comédie , plus on admire les rapports
réguliers des caractères & de l'action ,
de cette dernière fuite , avec les précédentes
, plus auffi on regrette ce que font perdre
les interruptions qu'occhionne dans
chacune, le talent , fort agréable en foi ,
mais déplacé , de la meilleure Cantatrice.
Nous comptons donner une idée de ce
Drame fingulier , dans une courte Analyfe
, qui mettra du moins les Lecteurs
en état de juger par eux - mêmes du génie
de fon célébre Auteur , & de la jufteffe
de nos éloges . L'efpace de cet Article ne
nous permet pas d'y placer une partie de
ceux que méritent les Acteurs , entre
autres M. CARLIN & Mlle CAMILLE .
Cette dernière peut être regardée aujourd'hui
comme la première & la plus
grande Actrice de fon genre.
164 MERCURE DE FRANCE.
AVIS AUX BIBLIOGRAPHES
du Théâtre.
Il s'eft glife une méprife dans le précédent
Mercure de Décembre 1763 , à
l'article des Spectacles de la Cour. En
rappellant , à l'occafion d'un Ballet de
Médée & Jaſon , un Opera de M. de la
B *** & de M. LAUION , repréfenté à
Choify , on a mis , Théagêne & Chariclée
, au lieu du véritable titre de cet
Opera , qui eft , Ifmene & Ifmenias :
Titre fous lequel nous en avons parle
nous-mêmes , dans le temps de fa repré-
Sentation .
On avertit ceux qui puifent les Anecdotes
theatrales dans notre Journal ,
comme contenant en effet les Faftes les
plus fuivis & les plus certains fur cette
matière , que s'il arrive quelquefois , ce
qui eft inévitable , de laiffer échapper
quelqu'erreur à cet égard , dans un des
volumes, elle est toujours rectifiée dans le
fuivant.
JANVIER. 1764. 165
CONCERTS SPIRITUELS.
E LB 8 Décembre , Fête de la Conception , on
exécuta Salve Regina , Motet à grand Choeur
de la compofition de M. KOHAUT , dans lequel
M. DUPORT accompagnoit un Récit. Nous avons
précédemment rendu compte du bon effet de cet
Ouvrage. M. NOEL Hautecontre chanta un Motet
à voix feule , dans lequel il fit plaifir & fut
applaudi M. CAPRON exécuta un Concerto de
Violon , & M. Duport joua une Sonate. Mlle
HARDI chanta dans ce même Concert deux Airs
Italiens . Il finit par Benedic anima mea Domino,
grand Motet de M. DAUVERGNE , Maître de Mufique
de la Chambre du Roi , & l'un des Directeurs
du Concert . Les grands talens éprouvés
de ce Compofiteur ne laillent pas douter du mérite
de cette nouvelle production.
Le 24 , veille de Noël , le premier Motet à
grand Choeur étoit Fugit nox de feu M. ? ,
BOISMORTIER. Nous avons eu occafion , l'année
précédente , de reniarquer tout le goût , tout l'ef
prit & l'art qui régnent dans ce Motet , où les
Noëls connus font fi bien adaptés , qu'ils font le
plus grand plaifir aux Amateurs de la mélodie,
& qu'il eft eftimé par ceux de la Mufique la plus
compofée. M. LEDUC joua une Sonate deviolon,
& M. DUFORT , une de violoncelle . M. BALBATRE
éxécuta fur l'orgue un Concerto de Noëls . Mlle
S. MARCEL chanta , pour la premiere fois , un
Motet à voix feule. C'eſt une très - jeune perfonne
dont la voix n'eft pas encore entierement formée,
mais qui paroît très bonne Muficienne. Mlle
166 MERCURE DE FRANCE.
HARDI chanta un air Italien . Le Concert finit par
Quemadmodùm , nouveau Moter de M. MATHIFU,
Ordinaire de la Mufique du Roi fort bien compofé
fpécialement dans les Choeurs & qui fut applaudi.
>
Le 25 , Jour de Noël on donna le même
Motet ( Fugit nox ) dont nous venons de parler.
Mlle FEL chanta un Moret à voix feule de M.
Froco , Mlle HARDI un Air Italien. M. BALBASTRE
exécuta le même Concerto de la veille.
M. GAVINIES joua un nouveau Concerto de fa
compofition , dans lequel il avoit fait entrer lé
Sujet d'un Noel connu , qu'il varia avec un arc ,
un goût & des grâces qui charmerent les Auditeurs
les plus accoutumés à l'entendre , comme
s'ils avoient éprouvé pour la première fois le
plaifir & la furprife que procure toujours ce talent
fupérieur. Ce Concert finit par l'agréable
& beau Motet Deus venerunt gentes de feu M.
FANTON.
SPECTACLES DE LA VILLE
DE BORDEAUX.
N.B.
No
ous avons plufieurs fois invité
les Citoyens Amateurs des principales
Villes du Royaume , à nous mettre
en état d'informer nos Lecteurs de ce
qu'il y auroit de remarquable dans leurs
Spectacles nous fommes trop reconnoiffans
de la complaifance de celui qui
a bien voulu nous adreffer la Lettre fuiJANVIER.
1764 . 167
vante , & l'objet en eft trop intéreſſant
à plufieurs égards , pour ne nous pas empreffer
de la publier,
LETTRE
AUX AUTEURS DU MERCURE.
A Bordeaux, ce 9 Décembre 1763,
MESSIEURS ,
» M. LE MARECHAL - DUC DE RI
» CHELIEU , portant par - tout fur fes
» pas le goût de la Littérature & des
» Beaux- Arts , a voulu que l'on repré
»fentât ici un Spectacle capable de les
» réunir tous ; & il a choifi La Princeffe
» de Navarre , Comédie - Ballet , Fête
" donnée fous fes ordres au ROI , à
» Verfailles en 1745 , à l'occafion duMa❤
» riage de Monfeigneur LE DAUPHIN
» avec L'INFANTE D'ESPAGNE .
"
b.
» Aucune Pièce ne pouvoit fi bien
» remplir les grandes vues de M. le Ma-
» réchal , puifque M. DE VOLTAIRE
lui-même annonce dans la Préface ,
» qu'il s'eft efforcé feulement de réunir
» les talens de tous les Artiftes qui ſe dif-
» tinguent le plus ; ajoutant , fans doute
» par modeſtie , que l'unique mérite de
168 MERCURE DE FRANCE.
» l'Auteura été de chercher à faire valoir
» celui des autres.
" Si ce Spectacle n'a jamais été donné
» qu'à la Cour , il n'en faut chercher la
rai on que dans l'impoffibilité de le
» mettre ailleurs. Et c'eft une diftinction
» pour notre Théâtre , que de raffem-
» bler tous les Sujets néceffaires à fon
» exécution...
99
"
» En effet , où trouver ailleurs , dans
» la même Troupe , l'Opéra réuni à la
» Comédie Françoife & Italienne , la
Tragédie à la Parodie ; & dans chaque
» genre , de bons Acteurs ? Où trouver
cinq hommes & quatre femmes * chan
» tans feuls dans la plus noble Mufique
» de M. RAMEAU ? Des Ballets & un
» Orqueftre , que l'on goûte même en
» arrivant de Paris ? Une profufion dans
» la dépenfe , tant pour les Décorations
» que pour les Habits ? Voilà ce qui ne
» fe trouve qu'à Bordeaux .
» M. DE BELMONT , Directeur des
» Spectacles de cette Ville , a fi bien rem-
» pli l'attente de M. le Maréchal , que ce
» Spectacle a été également admiré par
» la magnificence , par le goût , & par
» l'enfemble de toutes fes parties.
* On tranſcrit fidèlement cette Lettre , fans prétendre
en critiquer ni juſtifier quelques expreffions.
M.
JANVIER. 1764. 169
" M. de Voltaire, fe rendant aux de-
» firs de M. de Belmont , lui a envoyé un
» nouveau Prologue , qu'il a prononcé le
» 26 Novembre , avant la première repréfentation
, en préfence de M. le Ma-
» réchal. Cette feule Pièce fuffit pour
» me faire eſpérer , Meffieurs , que vous
inférerez dans votre Mercure cette
» Lettre- ci , qui du moins aura le mérite
» d'amener une nouveauté, plus rem-
» plie de chofes que de mots.
NOUVEAU PROLOGUE de la Princeſſe
de Navarre , par M. DE VOLTAIRE.
Nous ofons retracer cette Fête éclatante ,
Que donna dans Verfailles , au plus aimé des Rois
Le Héros qui le repréſente ,
Et qui nous fait chérir les loix.
Ses mains en d'autres lieux ont porté la Victoire ;
Il porte ici le Goût , les Beaux- Arts & les Jeux ,
Et c'eſt une nouvelle gloire.
Mars fait des Conquérans , la Paix fait des heureux.
Des Grecs & des Romains , les Spectacles pompeux
De l'Univers encore occupent la mémoire ;
Auffi- bien que leurs Camps , teurs Cirques font
fameux.
Melpomène , Thalie , Eutherpe & Terpficore
Ont enchanté les Grecs , & fçavent plaire encore
A nos Français polis , & qui penfent comme eux.
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
La Guerre défend la Patrie ,
Le Commerce peut l'enrichir ;
Les Loix font fon repos , les Arts la font fleurir,
La valeur , les talens , les travaux , l'induftrie ,
Tout brille parmi vous : quevos heureux remparts
Soient le Temple éternel de la Paix & des Arts.
» Ce Spectacle a déja été repréſenté
» trois fois , & toujours avec une af-
» fluence égale à la fatisfaction des Spec
» tateurs.
» J'ai l'honneur d'être , avec une ef-
» time refpe &ueuſe ,
MESSIEURS ,
» Votre , &c. "
» LOUIS - CLAUDE LE CLERG
JANVIER. 1,64: 171
ARTICLE VI.
NOUVELLES POLITIQUES.
ES
SUITE de celles d'Octobre.
De MUNICH , le 14 Septembre 1763.
Lis Bulles du Pape qui confirment l'élection
LES
du Chapitre de Freylingen font arrivées il y a
cinq jours . Hier , le Prince Clément de Saxe a
pris poffeffion de cet Evêché avec les folemnités
ordinaires , & a été reçu par fes nouveaux Sujets
avec des acclamations univerfelles.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
De VERSAILLES , le 28 Septembre 1763.
La Roi partira pour Fontainebleau les du
L.
mois prochain ; la Reine & Meldames accompagneront
Sa Maefté. La groffelle de Madame la
Dauphine étant déclarée , cette Princeffe , ainfi
que Mgr le Dauphin , les jeunes Princes & Ma -`
dame , refteront à Verſailles pendant ce voyage.
Le Marquis de Grimaldi , Ambaffadeur Extraordinaire
de Sa Majefté Catholique , eut le 21-
de ce mois , une audience du Roi , dans laquelle
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
il prit congé de Sa Majefté & lui préſenta fes
lettres de rappel. Il fut conduit à cette audience ,
ainsi qu'à celles de la Reine & de la Famille
Royale , par le fieur de la Live , Introducteur des
Ambafladeurs.
Le 20 de ce mois , Leurs Majeftés & la Famille
Royale fignerent le Contrat de mariage
du Marquis de Sorens & de Demoiſelle Maillé de
Carman .
Le 25 , la Baronne
de Breteuil
, Ambaffadrice
à la Cour
de Suéde
, prit congé
de Leurs
Majeftés
& de la Famille
Royale
.
Le 27 , le Comte de Cantillana , Ambaſſadeur
Extraordinaire du Roi des Deux - Siciles ,
eut une audience particulière du Roi , àછે
qui il préfenta le Prince de Mafferano , Grand
d'Efpagne & Ambaffadeur de Sa Majefté Catholique
a la Cour de Londres. Il fut conduit à
cette Audience , ainfi qu'à celles de la Reine &
de la Famille Royale , par le fieur de la Live ,
Introducteur des Ambaffadeurs.
De PARIS , le 30 Septembre 1763 ,
du
3x
1 paroît une Ordonnance du Roi ,
Juillet dernier , par laquelle Sa Majesté ordonne
qu'il y ait à l'avenir neuf corvettes ou paquebots
dans le Port de Rochefort , deſtinés à porter
dans les Colonies les Ordres du Roi & en
rapporter les lettres de fes Gouverneurs , Intendans
, & autres perfonnes employées à l'admini
tration. Il partira tous les mois , & , autant que
faire fe pourra , le 10 , un de ces paquebots ;
l'Officier qui le commandera fera tenu de recevoir
à fon bord les jeunes gens de mauvaiſe
conduite qui lui feront remis par le Commandant
de la Marine à Rochefort. Il fe rendra en
JANVIER. 1764. 173
droiture à l'Ifle de Cayenne , de là à la Martinique,
& enfuite à S. Domingue , d'où il retourpera
directement à Rochefort. Il recevra fur
fon bord à Cayenne , à la Martinique & à S. Domingue
les Officiers & foldats qui auront obtenu
leurs congés pour revenir en France. Sa Majefté
permet que le Directeur de la Poſte à Rochefort
remette au Commandant de la Marine
en ce Port les lettres qui lui auront été adreflées
des différentes Provinces du Royaume pour les
Colonies , lefquelles feront remiſes à l'Oficier
qui commande le Paquebot.
Charles- François Delorme , qui a été élu il
a trois ans Abbé de Sainte Geneviève & Supérieur
Général de la Congrégation de France , a
été confirmé dans ces deux Places , le 15 de ce
mois , par le Chapitre Général de la Congré
gation .

Le trente-troifiéme tirage de la Loterie de
PHôtel- de-Ville s'eft fait le 24 de ce mois en
la manière accoutumée. Le lot de cinquante
mille livres eft échu au Numéro 11575 ; celui
de vingt mille livres au Numéro 2554 & les
denx lots de dix mille livres aux Numéros 99 $ 9
17451.
MARIAGE.
1
Le 26 Septembre , on célébra dans l'Eglife Paroiffiale
de Notre - Dame à Verfailles , le mariage
du Marquis de Sorens avec Demoiſelle Maillé
de Carman. La bénédiction nuptiale leur fut donnée
, en préſence du fieur Allart , Curé de la Paroiffe
, par l'Archevêque de Tours.
MORT.
Louis Verjus , Marquis de Crecy , Maréchal de
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
Camp , Gouverneur & Lieutenant- Général pour
le Roi de la Province & du Pays Toulois , eft
mort à Paris , le 27 Septembre , âgé de quatrevingt
un ans.
u
NOUVELLES POLITIQUES
du Mercure de Novembre.
LB
De VLENNE , le 21 Septembre 1763.
B 17 de ce mois , Fête de l'Exaltation de la
Sainte Croix , l'Impératrice Reine nomma Dames
de l'Ordre de la Croix Eroilée Dona Marie-
Louife , Infante d'Espagne , & Madame Louiſe-
Marie-Therele , Princelle de Parme. La première
de ces Princelles fut repréſentée aux cérémonies
de la réception par l'Archiducheffe Marie - Anne,
& la feconde par l'Archiducheffe Marie Chrif
tine.
De LISBONNE , le 27 Septembre 1763.
La Princeffe du Bréfil eft accouchée hier très
reufement d'un Prince.
De MADRID , le 11 Octobre 1763.
Le Comte de Maillebois , Chevalier des Ordres
du Roi Très- Chrétien & Lieutenant- Général
de fes Armées , arriva le 10 du mois dernier , રે
S. Ildephone , & fut préſenté le lendemain au
par l'Ambaffadeur de France . Roi
Le Comte de Rofemberg a été nommé auprès
de Sa Majesté Anballadeur de l'Empereur
& de l'Impératrice Reine qui ont bien voulu le
revêtir de cette qualité , pour lui témoigner leur
JANVIER. 1764. 175
fatisfaction de la manière avec laquelle il a né
gocié & conclu le mariage de l'Archiduc Léopold
, défigné Succeffeur de l'Empereur dans fes
Etats de Toſcane , avec l'Infante Marie- Louiſe .
De FLORENCE , le 20 Septembre 1763 .
On vient d'apprendre que le Prince Héréditai
re de Modene a été arrêté le 14 du mois dernier
, par ordre du Duc de Modene fon pere ,
& qu'il a été conduit au Château de Saffuolo ,
où il eft gardé par un détachement de troupes.
De GENES , le 14 Septembre 1763.
Les affaires de Corfe font toujours dans le
même état.
Il est arrivé de la Baftie , ces jours derniers ,
un Bâtiment par lequel on a appris que Pafchal
Paoli étoit parvenu à engager dans fon parti la
Piéve de Calenzana dans la Balagne : outre que
cette l'ieve peut mettre plus de fix cens hommes
fous les armes , le Chef des Rebelles à eu prin
cipalement en vue d'empêcher qu'elle ne fournit
des vivres à Calvi , dont elle est très- voifine.
Du 26.
Suivant les dernières nouvelles de Corfe , nos
troupes fe difpofent à abandonner le Maccinaggio
, parce que l'importance de cette pofition
n'eft pas proportionnée aux dépenfes qu'on eft
obligé de faire pour la conferver ; le Gouvernement
le bornera , dit- on , à fortifier & à faire
garder la Cofcio , pofte qui n'eft pas éloigné du
Maccinaggio. On ajoute que Paoli a convoqué
une affemblée générale de la Nation , pour dé
libérer fur les mesures qu'il conviendra de pren-
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
dre au cas que l'on envoye des troupes étrangères
pour foumettre l'Ifle à la République.
Le Général des Religieux Services a refufé
conftamment de rappeller de Corſe le Viſiteur
qu'il a envoyés en conféquence , l'Arrêt de prof
cription qui a été lancé contre ces Pères a été
mis à exécution . Le 19 , ils évacuerent les trois
maifons qu'ils occupoient dans les Etats de la
République, & le Gouvernement a placé les Carmes
Déchauffés dans celle de Gênes , les Récol-
Lets dans celle de Savone , & les Auguſtins Réformés
dans celle de Camogli.
Le Chevalier du Muy , après avoir féjourné
fept jours dans cette Ville , en eſt parti le 23
pour retourner en France.
De TURIN , le 12 Octobre.
La Princeffe Victoire de Savoie , petite Niéce
du feu Prince Eugene & épouſe du Prince de Saxe
Hildburghauſen , eft morte dans la nuit du 10
au 11 d'une attaque d'apopléxie ; elle avoit quatre-
vingts ans révolus.
De HUNINGUE , le 11 Octobre 1763.
Le Chevalier de Beauteville , Commandeur de
'Ordre Royal & Militaire de S. Louis Lieutenant-
Général des Armées du Roi & Ambaſſadeur
de Sa Majesté en Suiffe , arriva le 8 en cette
Ville , où il reçut les honneurs dûs à ſon carac-
¿ère .
De ZURICH , le 20 Octobre 1763.
Le fieur de Fontaine , Gentilhomme de l'Ambaffade
de France , a remis aujourd'hui aux
Bourgue mestres de ce canton la Lettre par laquelle
Sa Majesté Très-Chrétienne accrédite le
JANVIER. 1764. 177
Chevalier de Beauteville auprès du Corps Helvétique
. Le fieur de Fontaine doit fe rendre demain
a Coire pour remplir la même miſſion auprès
des Chefs des trois Ligues Grifes. Le Marquis
d'Entraigues , qui étoit chargé des Affaires de
France , a pris congé du Corps Helvétique.
De LONDRES , le 21 Octobre 1763.
Le Comte de Guerchy , Ambaſſadeur de la
Cour de France , eft arrivé ici le 17 .
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
De VERSAILLES , les Octobre 1763.
La Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de
Bar , eft parti d'ici aujourd'hui pour ſe rendre à
Luneville.
Le fieur Feydeau de Brou s'étant démis de la
Charge de Garde des Sceaux , Sa Majeſté l'a
donnée au fieur de Maupeou , ancien Premier
Président du Parlement de Paris , & y a joint le
Titre de Vice-Chancelier .
Le fieur Thibault de Chanvalon , Intendant
de la Cayenne , préfenta il y a quelques jours au
Roi & à la Famille Royale un Ouvrage de fa
compofition , intitulé : Voyage à la Martinique ;
& un autre Ouvrage , intitulé : Maifon Ruflique
à l'ufage de Cayenne , par le fieur de Préfontaine
.
Le fieur Buy de Mornas , Géographe de Mgr
le Duc de Berry & de Mgr le Comte de Proven ,
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
ce ,
1
a eu l'honneur , le z de ce mois , de préfen→
ter au Roi à la Reine & à toute la Famille
Royale vingt-cinq Cartes de la feconde partie
de fon Atlas Hiftorique , Chronologique & Géographique.
De FONTAINEBLEAU , le 29 Octobre 1763.
Le Roi eft arrivé ici les de ce mois ; & la
Reine , ainsi que Madame Adélaïde , Meldames
Victoires , Sophie & Louife , y font arrivées le len
demain.
Le 9 , le fieur de Maupeou a prêté ferment entre
les mains de Sa Majefté , en qualité de Garde
des Sceaux & de Vice-Chancelier .
On a appris , le 24 , par des Lettres de Dresde,
que Frédéric- Augufte III , Roi de Pologne , Electeur
de Saxe , étoit mort le s de ce mois , il étoit
né le 7 Octobre 1696 Depuis environ trois ſemaines
, ce Monarque éprouvoit un affoupiffe .
ment prefque continuel auquel s'étoit jointe une
toux fréquente il s'étonnoit quelquefois luimême
de l'elpèce de léthargie dans laquelle il
fe trouvoit plongé. Le jour de fa mort , il avoit
entendu la Meffe dans fon appartement fans qu'on
eût remarqué aucune altération fenfible dans fon
état en rentrant dans fa Chambre à coucher , il
s'eft trouvé très - mal & il a eu une intermittence
de poulx fi longue qu'on a été obligé de le faigner
du pied & de lui appliquer les véficatoires aux
jambes ; mais ces remédes n'ayant pu prévenir le
retour des étouffemens & des foibleffes qui fe
fuccédoient préfque à chaque inftant , Sa Majefté
a fuccombé à la violence du mal vers les cinq heures
du foir. Les Médecins & Chirurgiens qui ont
affifté à l'ouverture du Corps y ont remarqué , 19
plufieurs pierres dans le fiel. 2 °. quelques coma
JANVIER . 1764. 179
mencemens de polypes au coeur. 3º. une aſſez
grande quantité d'eau épanchée entre le crâne &
le cerveau. On a qualifié d'apopléxie ſéreuſe l'accident
qui a terminé la vie de ce Monarque . Ea
effet , il y a apparence que c'eft cette eau épanchée
qui produifoit l'affection foporifique dans laquelle
il retomboit fi fréquemment depuis quelques jours
& qui enfin a caufé fa mort. Le Roi a pris le
deuil à cette occafion le 18 de ce mois , & le portera
trois semaines.
Le fieur Molé , premier Péfi lent du Parlement
de Paris , ayant donné la démillion de fa charge ,
le Roi y a nommé le fieur de Maupeou , Préfident
à Mortier du même Parlement.
Le fieur O- Dunne , Miniftre Plénipotentiaire
du Roi auprès de l'Electeur Palatin prit congé
le 9 de Leurs Majeftés & de la Famille Royale.
Le Comte de Starhemberg Amballa deur de
Leurs Majeftés Impériales & Royale , eut , le 11
une Audience particulière du Roi , dans laquelle il
préfenta à Sa Majefté le Comte de Seilern , Miniftre
de la Cour de Vienne près de Sa Majeſté Britannique.
Il fut conduit à cette Audience , ainfi
qu'à celles de la Reine , de Madame A lélaïde , &
de Meſdames Victoire , Sophie & Louife , par e
Sieur de la Live , Introducteur des Ambaffadeurs .
Le Roi a bien voulu promettre la première
place qui viendra à vaquer , foit au Confeil Royal
des Finances , foit au Confeil des Dépêches , au
Sieur Feydeau de Marville , Confeiller d'Erat Ordinaire
, qui a remercié , le 14, Sa Majesté à cette
occafion.
Le 18 , le Roi , accompagné de Madame Adé
laide & Madame Sophie , eft parti pour aller voir
Madame la Dauphine à Verfailles, d'où Sa Majeft
eft revenu ici le lendemain.
H vj
180 MERCURE DE FRANCE .
Le Comte de Cantillana , Ambaſſadeur de Na
ples , a eu une Audience particuliere du Roi , dans
laquelle il a préfenté à Sa Majefté le Comte d'Almodovar
, Ambaffadeur de la Cour d'Espagne à
celle de Portugal . Le Comte de Rochford , Ambaffadeur
Extraordinaire d'Angleterre auprès de
Sa Majefté Catholique , a auffi été préſenté au Roi.
Le 16 , le Sieur de Maupeou prêta ferment entre
les mains du Roi , en qualité de Premier Préſident
du Parlement de Paris .
W Le 17 , le Duc & la Ducheffe de Richmont ont
pris congé de la Cour pour retourner en Angleterre.
Sa Majesté a diſpoſé du Gouvernement de Toul
& du Toulois , vacant par la mort du Marquis de
Crecy , en faveur du Marquis de Lugeac , Lieutenant
Général des Armées du Roi , & Commandant
des Grenadiers à Cheval , qui prêta ferment
entre les mains de Sa Majefté , le 28.
Le Sieur de Souza , Miniftre Plénipotentiaire de
la Cour de Portugal , notifia , le 23 de ce mois ,
à Sa Majefté , l'accouchement de la Princeffe du
Bréfil . Le Lord Hertford , Ambaffadeur de Sa Majefté
Britannique , eur , le même jour , une audience
particulière du Roi , à qui il préfenta fes
Lettres de créance ; & le 25 , le fieur de Neville ,
Miniftre Plénipotentiaire de la Grande-Bretagne ,
en eut une femblable , dans laquelle il remit à Sa
Majefté les Lettres de rappel . Ces Miniftres furent
conduits à ces audiences , ainſi qu'à celles de la
Reine , de Madame Adélaïde , & de Mefdames
Sophie & Louife , par le Sieur de la Live , Introducteur
des Ambaffadeurs .
Le Prince de Mafferano préfenta au Roi , le 23 ,
le premier Volume du Catalogue des Manufcrits
Arabes qui fe trouvent dans la Bibliothèque Royale
JANVIER. 1764. 181
de l'Efcurial , & que Sa Majeſté Catholique a fair
traduire en Latin ..
Leurs Majeftés , ainfi que Madame Adélaide , &
Meldames Victoire , Sophie & Louife , fignerent ,
le même jour , le Contrat de mariage du Marquis
d'Argenteuil , Aide - Major des Gardes du Corps ,
& de Demoiſelle du Ban de la Feuillée.
Le Marquis d'Aubeterre , Lieutenant Général
des Armées du Roi , Chevalier de ſes Ordres , &
fon Ambaffadeur Extraordinaire à Rome , prit
congé de la Cour ces jours derniers , pour ſe rendre
à fa deſtination .
DE PARIS , le 31 Octobre 1763.
Le Baron de Breteuil , Ambaffadeur du Roi près
de la Cour de Suede , eft parti le 14 pour le rendre
à fa deftination. Il a eu le 2 de ce mois fon audience
de congé de Leurs Majeftés & de la Famille
Royale.
Les deux années du Rectorat du Sieur Fourneau
étant expirées , l'Univerfité de Paris s'eft affemblée
le 10 , & l'a confirmé dans cette Place d'une voix
unanime.
On apprend de Modene que le Prince Héréditaire
a été transféré , fous eſcorte , de Saffuolo à
Caftel- Alfonfo , Château fitué dans les Montagnes,
de la Garfagnana ,
Le trente-quatriéme Tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eft fait le 25 de ce mois , en la
manière accoutumée. Le Lot de Cinquante mille
livres eft échu au Numero 39272 , celui de Vingt
mille livres au Numéro 39533 livres , & les deux
de Dix mille livres aux Numéros 30142 & 362020.
Les , on tiré la Loterie de l'Ecole Royale Militaire
. Les Numéros fortis de la Roue de Fortune,
font 33 , 14 , 54 , 30 8. Le prochain Tirage fe
fera les Novembre .
182 MERCURE DE FRANCE.
Il paroît un Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , en
date du 13 de ce mois , par lequel Sa Majesté or
donne qu'à compter du premier Novembre pro
chain , l'Affociation de la Loterie établie par Arrêt
du Confeil du 31 Août 1762 , ſera fupprimée ; que
ladite Loterie continuera fur le pied de trois livres'
le Billet , & que les plus foibles Lots , qui feront
formés de la Recette , ne pourront être moindres
que de cent cinquante livres , & à raiſon au moins
de dix Lots par mille. Le premier Tirage fe fera
le 15 Novembre prochain , & fera renouvellé tous
les mois , en quelqu'état que fe trouve la Recette.'
MARIAGE.
Gilbert-Allire- Antoine Marquis de Langhac ,
Meftre de Camp du Régiment de Conty , Cavalerie
, a épousé ,le 12 Septembre , Charlotte-Chrif
tine de Lenoncourt , Chanoineffe de Remiremont .
MORTS.
Charlotte de Rouvroy- Saint- Simon , Veuve de
Charles-Louis-Antoine Galeas de Hennin de Liétard
, Prince de Chimay , Comte de Bollut , Prince
du Saint Empire , Grand d'Eſpagne , Chevalier de
la Toîfon d'or , & Lieutenant Général des Armées
du Roi & de Sa Majefté Catholique , eft morte en
cette Ville le 29 Septembre , dans la foixante- huitiéme
année de fon âge.
Claude-Antoine de Choifeul , Evêque- Comte de
Châlons , cinquiéme Pair Eccléfiaftique de France,
Abbé Commendataire de l'Abbaye Royale de
Monſtier- en- Der , Ordre de Saint Benoît , même
Diocèle , eft mort en fon Palais Epifcopal , le deux
Octobre , dans la foixante-fixième année de ſon
âge.
JANVIER . 1764. 183
Jean-Antoine Gros de Belair , Abbé Régulier
de Chancellade Ordre de Saint Anguftin , Dio+
cèle de Périgueux , & Supérieur Général de la
Congrégation des Chanoines Réguliers du nom
de fon Abbaye , y eft mort , dans les premiers
jours d'Octobre , dans la quatre - vingt- quatriéme
année de fon àge.
"
Louife- Barbe Berthon de Crillon , Abbeſſe de
l'Abbaye Royale de Villiers , Ordre de Cîteaux
Diocèfe de Sens , eft morte dans la foixante- feptiéme
année de fon âge. Elle étoit Abbefle de
cette Maiſon depuis plus de quarante ans , & étoit
foeur du feu Archevêque de Narbonne du même
nom .
N. le Febvre de Mégrigny , Confeiller- Clerc au
Parlement , Abbé Commendataire de l'Abbaye de
Saint George-des-Bois Ordre de S. Auguftin ,
Diocèſe du Mans , & Chanoine de l'Eglife de Paris ,
eft mort en cette Ville , le 17 Octobre , âgé de
quarante- deux ans .
Frere Anne Hillarion Dupleffis - Châtillon de
Nonant , Religieux Profès de l'Ordre de S. Jean
de Jérufalem , Commandeur des Commanderies
de Maupas & de Soiffons , eft mort ici le 17 Octobre
, âgé de foixante- quatorze ans.
Catherine de Menou , Prieure du Prieuré Perpétuel
de Notre- Dame de la Bourdillière , Ordre
de Citeaux , Diocèse de Tours , eft morte le 12
Octobre , dans la quatre-vingt- troifiéme année
de fon âge. Elle étoit la troifiéme Supérieure de
cette Maiſon fondée en 1662 par Louis de Menou
de Boullai . dont la foeur & la fille ont été fucceffivement
les deux premières Supérieures . Celle
dont on annonce aujourd'hui la mort, étoit petitefille
du Fondateur.
On a appris , par des Lettres de Saint-Doming
184 MERCURE DE FRANCE .
gue , que le Vicomte de Bellunce , Lieutenant Général
des Armées du Roi , & Gouverneur Généraľ
de cette Ifle , y étoit mort le 4 Août dernier.
NOUVELLES POLITIQUES
du Mercure de Décembre.
DE PETERSBOURG , le 30 Septembre 1763.
SUIVANT les nouveaux avis qu'on a reçus de la
partie méridionale de la Sibérie , les Chinois fe
font rendus maîtres de tout le Pays qui obéilloit
autrefois au Contaifch. Cet événement a fait pren
dre la réfolution d'envoyer trente mille hommes
fur ces frontières ; mais comme un Corps de
Troupes fi confidérable ne pourroit parcourir plufieurs
milliers de werftes avec la célérité que les
circonftances paroiffent éxiger , il a été décidé
qu'elles marcheroient par échelons. On ne tarde→
ra pas à les faire mettre en route.
Du 7 Octobre 1763.
La nouvelle des hoftilités que les Chinois commettent
fur nos frontieres , fe confirme de jour en
jour : on affure que le Général Springer eſt défigné
pour commander les Troupes qu'on fait marcher
contre eux.
DE WARSOVIE , le 15 Octobre 1763.
Le Comte Bielinsky , neveu du Grand- Maréchal
de la Couronne , a été choifi pour aller notifier à
Sa Majefté Très- Chrétienne la mort du Roi . Il ſe
difpofe à partir inceffamment.
JANVIER. 1764. 185
DE MANHEIM , le 21 Octobre 1763.
Notre Souverain a inftitué ici une nouvelle Académie
qui a tenu hier fa première Séance : le Marquis
desIffarts , Grand- Maître de la Maifon de l'Electeur,
y a présidé au nom deS.A. Electorale . L'Hif;
toire Politique & l'Hiftoire Naturelle du Palatinat
feront les deux objets des travaux de cette Société .
Le nombre des Académiciens eft fixé à dix ; le
Sieur Schoepflin , Profeffeur d'Hiftoire à Strafbourg
, en eft Préfident Honoraire.
DE LISBONNE , le 25 Octobre 1763 .
Le fecond fils du Prince & de la Princeſſe de
Bréfil , nouvellement né , vient de mourir.
DE ROME , le 26 Octobre 1763.
Le 16 de ce mois , le Cardinal Valentini fut attaqué
d'une fiévre violente , dont il eſt mort le 18 .
Le Cardinal Banchieri eft mort le 17 à Pitoie fa
Patrie. Ces deux morts font vaquer dans le Sacré
Collège un neuviéme & un dixiéme Chapeaux ,
y compris celui qui eſt réſervé à la nomination da
Roi de Portugal .
DE FLORENCE , le 21 Octobre 1763.
On affure que le Prince Héréditaire de Modene
a été mis en liberté le 12 de ce mois.

DE GENES, le 29 Octobre 1763.
Il eſt arrivé ici de Bonifacio , le 25 de ce mois
un Bâtiment qui a apporté les nouvelles fuivantes .
Paoli entretenoit une intelligence fecrette avec le
nommé Maffaria , habitant d'Ajaccio , qui , de
concert avec fon fils , deux Eccléfiaftiques & deux
Sardes , avoit formé le complot d'introduire dans
186 MERCURE DE FRANCE.
la Ville le Chef des Rebelles. Maſſaria & ſes conpagnons
trouverent en effet moyen d'entrer le
dans le Château : ils tuérent d'abord deux fentinelles
; mais une troifiéme fentinelle ayant entendu
quelque bruit , tira un coup de fufil qui donna
l'allarme à la Garniſon. Le Commandant fit met
tre auffi-tôt les troupes fous les armes ; le fils de
Maffaria fut tué , & il fut lui - même dangereufement
bleffé , & arrêté avec fes camarades. On le
menaça de le faire mourir , s'il ne déclare it le motif
d'une entrepriſe fi hardie : ces menaces lui arrachèrent
l'aveu de tous les détails du complot.
Sur cette dépofition , le Commandant fit mettre en
ordre fon artillerie , & fur le champ envoya chercher
à Bonifacio des munitions de guerre & les
troupes dont il avoit befoin. Paoli , de fon côté ,
avoit fait marcher au- delà des Monts un corps
confidérable de Rebelles , foutenu de quelques
troupes réglées , & s'étoit approché d'Ajaccio , où
il fe flattoit d'être introduit par Maffaria . Mais le
renfort que le Commandant y avoit fait venir , &
auquel le joignirent un grand nombre d'habitans ,
& plufieurs Grecs qui font leur réfidence en cette
Ville , força les Rebelles de fe retirer , & d'abandonner
les deux Couvens de Franciſcains où ils s'étoient
fortifiés. Les Rebelles euffent peut-être réuffi
dans leur entrepriſe , fi le feu eût pris au canon
que Maffaria devoit tirer pour les avertir : c'étoit
le fignal dont il étoit convenu avec eux . Le Patron
d'un Pinque Génois , arrivé avant- hier de Calvi , a
aufli rapporté que le 16 le Commandant de cette
Place lui avoit ordonné de prendre ſur ſon bord fix
à fept Rebelles qui s'étoient rendus chez ce Commandant
, pour lui déclarer qu'ils avoient quitté le
fervice de Paoli , & vouloient entrer dans celui de
la République. Le Patron y confentit , mais lés
JANVIER. 1764. 187
voyant bien armés , il leur déclara qu'il ne les recevroit
point avec leurs armes. Les Corfes propoferent
de laiffer les armes à feu ; mais , le Patron
infiftant à ne les point recevoir qu'ils ne fuffent
entièrement défarmés , ils ne voulurent point y
confentir , & fe retirèrent. On conjecture que
leur deffein étoit de faire main-baffe fur tout l'équipage
de fe rendre maître du Bâtiment , & de
s'en fervir pour l'entrepriſe d'Ajaccio.
DE LONDRES , le 28 Octobre 1763.
Le 21 de ce mois , le Comte de Guerchy , Am
baſſadeur de la Cour de France , eut fes premières
audiences de Sa Majefté , à qui il préfenta fes Lettres
de créance. Le 26 , la Comteffe de Guerchy
s'eft rendue au Palais Saint James , & a été préfentée
à Leurs Majeftés , qui lui ont fait l'accueil
le plus diftingué .
DE LA HAYE , le 26 Octobre 1563 .
Le Marquis d'Havrincourt , Ambaffadeur de
France auprès de cette République , arriva ici le
23 de ce mois. Le fieur Prévost , qui étoit chargé
des affaires de France auprès de la République , fe
difpofe à retourner à la Cour , pour y recevoir les
inftructions relatives à l'Emploi de Conful de Frand
ce en Morée , auquel il vient d'être nommé .
DE BRUXELLES , le 3 Novembre 1763 .
L'Empereur a adreffé au Chapitre de Liége un
Refcrit , en date du o de ce mois , par lequel Sa
Majeſté Impériale , juſtement offenféc de ce que ,
contre les Conftitutions du Pays & l'ordre qui leur
étoit prefcrit , les feize Chambres avoient violé
leur ferment & les règles établies , en prenant la
réfolution de remercier formellement le Chapitre
188 MERCURE DE FRANCE.
du choix qu'il avoit fait d'un Evêque dans la per
fonne du Comte d'Outremont , annulle tout ce
qui a été fait & conclu alors par le Chapitre ; lui
défend de s'écarter en rien à l'avenir des formes
prefcrites par les Conftitutions ; & lui enjoint de
gérer , fans innovation pendant la vacance du Siége
Epifcopal , l'Adminiſtration du Temporel de la
Principauté de Liége.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour, de Paris , & c.
DE FONTAINEBLEAU , le 16 Novembre 1763 .
LE a
E Roi a nommé l'Evêque de Comminges à
l'Evêché de Châlons-fur- Marne , l'Abbé d'Ofmond,
Comte de Lyon , Vicaire Général du Diocèle
d'Auxerre , à l'Evêché de Comminges ; l'Abbé
de la Chataigneraye , Comte de Lyon , Aumônier
du Roi , à l'Evêché de Saintes , & l'Abbé de
Narbonne - Lara , Vicaire Général du Diocèfe
d'Agen , à l'Evêché de Gap . Sa Majesté a donné
en même temps l'Abbaye de Montier , à l'Evêque
de Châlons ; l'Abbaye de Saint Gildas des Bois ,
Ordre de Saint Benoît , Diocèle de Nantes , à
l'Abbé de Valory , Prévôt de l'Eglife Collégiale
de Saint Pierre à Lille ; l'Abbaye de l'Ile -Chauvet,
Ordre de Saint Benoît , Diocèle de Luçon
à l'Abbé de Menou , Vicaire Général du Diocèle
de la Rochelle ; l'Abbaye de Neauffe le Vieux ,
Ordre de Saint Benoît , Diocèſe de Chartres , à
l'Abbé de Radonvilliers , Sous - Précepteur des Enfans
de France ; l'Abbaye de Saint Jean en Val
lée , Ordre de Saint Auguftin , Diocèfe de Char
JANVIER. 1764. 189
tres , à l'Abbé Dromgheld ; l'Abbaye de Mont-de-
Sion , Ordre de Citeaux , Diocèle de Marſeille ,
à la Dame de Gafparis , Religieufe au Monaſtere
des Bernardines d'Aubagne , même Diocèle ; l'Abbaye
de Saint Bernard lès-Bayonne , Ordre de
Citeaux , Diocèle d'Acqs , à la Dame de Membrede
, Religieufe de la même Abbaye ; l'Abbaye de
la Bourdilliere , Diocèle de Tours , à la Dame de
la Roche - Menou , Religieufe de la même Abbaye.
Le 30 du mois dernier , le Roi , après avoir entendu
la Meffe , tint avec Madame Victoire , fur
les fonts de Baptême , Louis-Victoire- Hippolyte-
Luce de Montmorin de Saint- Herem , fils du
Marquis de Montmorin , Lieutenant Général des
Armées du Roi , & Gouverneur de Fontainebleau.
Le Baptême fut adminiftré par l'Archevêque de
Rheims , Grand Aumônier de France , en préfence
du fieur Magniere , Curé de la Paroiffe , & du
Pere Poinfignon , Docteur de Sorbonne , & Miniftre
des Religieux du Château . Sa Majefté , précédée
des Huiffiers de fa Chambre portant leurs
Mafles , fut conduite à cette cérémonie par le
Marquis de Dreux , Grand- Maître des Cérémonies.
2
Le 6 de ce mois , le Prince Mitrix de Gallitzin ,
Miniftre Plénipotentiaire de l'Impératrice de Ruf
fie , eut une audience particuliere du Roi , à qui il
remit fes Lettres de créance. Le 8 , le Général de
Fontenay , Envoyé Extraordinaire de l'Electeur
de Saxe eut auffi une audience particuliere
de Sa Majefté , & lui remit fa Lettre de
créance . Ces deux Miniftres furent conduits à ces
Audiences , ainfi qu'à celles de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin ,de Madame & de Meldames,
par le fieur de la Live , Introducteur des Ambal
Ladeurs.j
go MERCURE DE FRANCE.
Le Duc de Villeroy , Capitaine de la premiere
Compagnie des Gardes du Roi , ayant donné la
démillion du Gouvernement de Lyon , Sa Majefté
en a difpofé en faveur du Marquis de Villeroy ;
& la place de Lieutenant Général de la Province ,
dont ce dernier étoit pourvu , a été donnée au
Duc de Villeroy .

Depuis que le Roi eft arrivé ici , les plaiſirs &
les fêtes fe font fuccédées fans interruption , & ont
rendu la Cour auffi brillante que nombreuſe.
Parmi les différens Spectacles qui ont été donnés ,
on a exécuté avec le plus grand fuccès les Opéra
de Dardanus , de Scanderberg , & de Caftor & Pollux.
La richeffe des décorations & des habits ,
jointe au mérite de l'exécution , a donné à ces repréfentations
tout l'éclat & l'intérêt dont elles
font fufceptibles, & Sa Majeſté en a paru fatisfaite.
Le 29 Octobre & le 6 de ce mois , il y a eu Bal
dans la Salle du Spectacle , qui avoit été ornée
pour cet effet avec autant de goût que de magnificence.
Le Duc de Chartres & le Prince de Condé
, avec plufieurs Seigneurs de la Cour, y ont
formé différens Quadrilles ingénieufement imaginés
, & très bien exécutés . Le Roi , la Reine ,
les Princes & Princelles du Sang , ont honoré de
leurs préfences ces Affemblées auxquelles avoient
été invités les Amballadeurs & les Miniftres Etrangers.
Les Fêtes ont été ordonnées par le Duc de
Duras , premier Gentilhomme de la Chambre du
Roi en exercice , & dirigées par le fieur de la Ferté ,
Intendant des Menus - Plaiſirs de Sa Majeſté.
Le 14 de ce mois , le Roi eft parti d'ici pour
Choify , d'où Sa Majefté s'eft rendue le 16 à
Verſailles. La Reine & Mefdames font authi parties
le 14 pour le rendre à Versailles.
JANVIER. 1764. 197
De VERSAILLES , le 26 Novembre 1763 .
Le Baron de Zuckmantel Maréchal de Camp
& l'un des Directeurs du Corps de la Noblefle
immédiate de la Baffe-Alface , vient d'être nommé
par le Roi pour aller réfider à Drefde avec
le caractère de Miniftre Plénipotentiaire de Sa
Majeſté auprès de l'Electeur de Saxe .
Le 20 , Leurs Majeftés & la Famille Royale
ont figné le contrat de mariage du Marquis de
Tons & de Demoiſelle de Coffé .
La Comteffe de Hertford , époufe de l'Ambaffa
deur d'Angleterre en cette Cour , fut préfentée
le même jour à Leurs Majeſtés & à la
Famille Royale.
Le 21 , le Marquis d'Entragues , qui a obtenu
la furvivance de la Charge de Grand Fauconnier
de France que poffède le Duc de la
Valliere , a eu l'honneur d'être préſenté au Roi
en certe qualité.
L'Abbé de Fenelon , Chanoine de l'Eglife Mé
tropolitaine de Paris & Vicaire-Général du Diocèle
d'Evreux a obtenu la place d'Aumônier du
Roi , vacante par la nomination de l'Abbé de la
Chataigneraye à l'Evêché de Saintes.
>
Le Roi toujours attentif à récompenfer les fervices
& le mérite de fes Sujets , vient de faire préfent
d'une épée au fieur Morel , qui s'eft diftingué
dans la derniere guerre en commandant différens
Corfaires . Cet Officier a le commandement du
Navire & de la Corvette le Prince & la Princeffe de
Rohan Guémenée , qu'on arme à Nantes pour
faire la traite des Négres à la Côte de Guinée.
De PARIS , le 28 Novembre 1763 .
L'Ouverture du Parlement s'eft faite le 12 de
(
192 MERCURE DE FRANCE.
ce mois , avec les cérémonies ordinaires , par anè
Melle folemnelle . célébrée par l'Abbé de Sailly ,
Chantre de la Sainte Chapelle & Aumônier de
Madame la Dauphine. Le fieur de Maupeou ,
Premier Préfident , ayant été inftallé par le fieur
Turgot , Préfident du Parlement , y a affifté avec
toutes les Chambres.
Le trente-cinquiéme tirage de la Lotterie de
l'Hôtel de Ville s'eft fait le 24 de ce mois , en la
manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
livres eſt échu au Numéro 52552 , celui de vingt
mille livres au Numéro 53046 , & les deux de
dix mille livres aux Numéros 42051 & 56872.
Les , on a tiré la Loterie de l'Ecole Royale
Militaire . Les Numéros fortis de la roue de Fortune
, font 27 , 25 , 58 , 67 , 48 .
MARIAGE.
Paul Etienne- Augufte , Duc de Beauvilliers ,
petit- fils du Duc de Saint-Aignan , a époufé , le
16 Novembre , Marie-Magdeleine de Roffet de
Fleury , fille du Duc de Fleury , premier Gentilhomme
de la Chambre du Roi. La Bénédiction
Nuptiale leur a été donnée dans la Chapelle de
l'Hôtel d'Humieres par l'Evêque de Chartres en
préfence du fieur du Lau d'Allemans , Curé de la
Paroille de S. Sulpice .
MORT S.
Henri-Conftance de Lort de Serignan de Valras
, Evêque de Mâcon , Abbé des Abbayes de Val-´
lemont , Ordre de S. Benoît , Diocèle de Rouen ,
& de S. Manfuy , même Ordre , Diocèle de Toul ,
eſt mort à Paris , le 8 Novembre , dans la foixantequatorziéme
année de fon âge.
Jean- Philippe- François de Vion , Marquis de
Gaillon ,
JANVIER . 1764. 193
Gaillon , ancien Exempt des Gardes du Corps du
Roi , Meſtre de Camp de Cavalerie , eft mort le
8 Novembre , au Château de Gaillon près Meulan ,
dans la foixante- dix - huitième année de fon âge .
Jeanne-Louiſe Allard , veuve du Sieur Etienne
Couleur, Seigneur en partie du Canal de Briare , eſt
morte à Paris , le 8 Novembre , âgée de cent ans.
ARTICLE VII.
CÉRÉMONIES PUBLIQUES.
LB2
De PARIS , le 7 Octobre 1763.
E2 de ce mois , le fieur Tiepolo , Ambaſſadeur
Ördinaire de la République de Venife , fit fon entrée
publique en cette Ville . Le Maréchal de Biron ,
& le fieur de la Live , Introducteur des Ambaſſadeurs
, allerent le prendre dans les carroffes de
Leurs Majeſtés au Couvent des Picpus , d'où la
marche fe fit en cet ordre. Un détachement du
Guet à cheval , le Commandant à la tête ; le carroffe
de l'Introducteur , celui du Maréchal de Biron ,
un Suiffe de l'Ambaffadeur à cheval , la livrée à
pied , fix de fes Officiers à cheval , un Ecuyer &
fix pages à cheval ; le carroffe du Roi , à côté duquel
marchoient la livrée du Maréchal de Biren'
& celle de l'Introducteur : le carroffe de la Reine,
les Gens du Secrétaire Ordinaire du Roi aux portieres
, le carrofle de Madame la Dauphine ; ceux
du Duc d'Orléans , du Duc de Chartres du Prince
de Condé , du Comte de Clermont , de la Princeffe
de Conti , du Prince de Conti , du Comte de
la Marche , de la Comteffe de la Marche,du Comte
I. Vol. I
1
194 MERCURE DE FRANCE.
d'Eu , de la Comteffe de Toulouſe , du Duc de
Penthievre , du Prince de Lamballe , celui du Duc
de Praflin , Miniftre des Affaires Etrangeres. Les
quatre carroffes de l'Amballadeur , & celui du fieur
de Bollani , Noble Vénitien , précédés d'un Suiffe
à cheval , marchoient enfuite à une diſtance de
vingt à trente pas ; un fecond Détachement du
Guet à cheval fermoit la marche. Lorſque l'Ambaffadeur
fut arrivé à fon Hôtel , il fut complimenté
de la part du Roi par le Duc de Duras ,
premier Gentilhomme de la Chambre de Sa Majefté
; de la part de la Reine par le Comte de Tellé
fon premier Ecuyer ; de la part de Monſeigneur
le Dauphin par le Duc de Duras , premier Gentilhomme
de la Chambre du Roi ; de la part de
Madame la Dauphine par le Comte de Mailly
fon premier Ecuyer ; de la part de Madame Adelaïde
par le Marquis de Loftanges.
Le 4 , le Prince de Marfan & le fieur de la Live,
Introducteur des Ambaffadeurs , allerent prendre
le fieur Tiepolo en fon Hôtel dans les carroffes
du Roi & de la Reine , & ils le conduifirent à
Verſailles , oùil eut fa premiere audience publique
du Roi. L'Ambaffadeur trouva à fon paffage dans
l'avant- cour du Château les compagnies des Gardes
Françoiſes & Suiffes fous les armes les tambours
appellant ; dans la cour les Gardes de la
Porte & ceux de la Prévôté de l'Hôtel fous les
armes à leurs poftes ordinaires , & fur l'efcalier les
Cent-Suiffes la hallebarde à la main. Il fut reçu
en dedans de la Salle des Gardes par le Maréchal
de Luxembourg , Capitaine des Gardes du Corps ,
qui étoient en haye & fous les armes. Après l'audience
du Roi , l'Ambaffadeur fut conduit à l'audience
de la Reine & à celles de Monfeigneur le
Dauphin & de Madamela Dauphine par le Prince
C
195
JANVIER
. 1764.
de Marfan & par l'Introducteur des Ambaffadeurs;
fl fut conduit enfuite à celle de Mesdames , & après
avoir été ſervi à fon traitement par les Officiers
du Roi , il fut reconduit à Paris dans les carroſfes
de Leurs Majeftés avec les cérémonies accoutumées.
"
SUPPLÉMENT aux Nouv . Littéraires.
ANNONCE d'une Hiftoire Naturelle à
l'imitation de PLINE ; précédée d'un
nouveau fyftême de Phyfique ,fur les
Principes de la Nature , pour rendre
raifon des effets les plus curieux , &
les plus extraordinaires , qui fe trouvent
depuis la hauteur des Cieuxjufqu'au
centre de la Terre . Cet Ouvrage
formera fept volumes in-4°. ilfera
orné de planches & de figures concer➡
nant l'Hiftoire Naturelle.
Le premier volume divisé en deux Parties , rena E
ferme les principes phyfiques de l'Auteur ; & on
y expofe les divers fentimens des anciens Philofophes
fur l'origine de l'Univers ; le matérialiſme
y eft réfuté , ainfi que l'opinion de quelques Sçavans
modernes fur ce point. On entre enfuite
en matiere , & on explique de quelle maniere
les élémens fenfibles , qui ne font que trois
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
dans ce fyftême , l'air, l'eau & la terre , peuvent
être produits par la premiere mmaattiieerree , ou pro
prement dite matière-éthérée : 0
Les qualités élémentaires font l'objet d'un dé
tail particulier & très- étendu , on traite de leurs
effets , & de quelle maniere elles feré- peuvent
foudre & rentrer dans le fein de la premiere ſubftance
qui les produit continuellement.
On traite fucceffivement du feu & de la lumiere,
des fenfations & des Elprits animaux qui meuvent
les organes des fens ; & l'explication des principes
des Philofophes chymiftes , fait la conclufion ,
de cette premiere Partie.
La feconde renferme un traité complet fur le
mouvement , dont l'objet eft l'examen du principe
& de la caufe du mouvement , qu'allez volontiers
on confond avec le mouvement local ſenſible. On
fait connoître auffi diftinctement qu'il eft poffible,
que ce principe eft uni effentiellement , & inféparablement
à la matière , malgré l'opinion des
Cartefiens , qui veulent perfuader que ce mouvement
n'eft qu'un pur être de raifon c'eft- à-dire
un être entiérement détaché de la matière fubtile
, dont le monde felon eux eft, compofé , & qui
n'eft communiquable que par le feul contact.
Après avoir fait connoître la différence qu'il y
a dans le mouvement , entre la caufe & l'effet , on
paffe aux preuves de ce qu'on avance , & on rap
porte divers éxemples du mouvement local , ce
qui donne une parfaite conviction de la force de
la matière éthérée , en qui feule réfide le principe
du mouvement , & par le feul moyen de laquelle
les corps graves peuvent fe mouvoir.
On prouve clairement que les corps graves ne
peuvent être mûs que de deux manières. 1. Par
eux-mêmes , lorfqu'ils font en poffeffion de cette
JANVIER. 1764. 197
force motrice qui leur fait faire l'action du mouvement
local. 2. Lorsqu'ils n'ont pas en eux cette
puifance particulière ; & qu'il arrive néanmoins
qu'ils fe meuvent encore pendant quelque temps.
C'eft fur ce principe qu'un corps ne peut fe mouvoir
que par lui-même , ou par l'impulfion d'un
autre , qu'on paffe à l'explication du fyftême propolé.
On éxamine d'abord de quelle manière la continuation
du mouvement des corps graves , attribuée
par les Cartefiens à leur prétendue commu
nication du mouvement , peut fe faire par l'unique
moyen des impulfious de l'élément de l'eau ,
& on obferve auffi , comment ces mêmes corps
graves peuvent être mûs par les impulfions de l'air
feul , & de cet élément aidé par le feu.
Les mouvemens produits par les impulfions du
feu élémentaire , tels que font la foudre & les
autres météores enflammés , font l'objet d'un
Chapitre particulier. On explique après , quel eft
le mouvement des corps graves vers le centre d'e
ta terre qu'on appelle pefanteur , & on rend des
Taifons phyfiques de la caufe & de l'accélération de
ce mouvement.
L'ASTRONOMIE fait le fujet du fecond volume.
On y rapporte les obfervations les plus curieufes
qui ont été faites jufqu'à préfent dans le ciel . On
entre en matière fur ces différens fyltêmes aftronomiques
, & on fe détermine en faveur de celui
d'Archytas, Philofophe Pythagoricien , renouvellé
de nos jours par Copernic.
Après avoir éxaminé en général le tourbillon
du foleil , on entre dans un détail plus particuhier
, c'eft-à- dire par la confidération de cet Aftre
regardé aujourd'hui dans l'hypothèſe du monde ,
comme une fimple étoile fixe , qui brille de fa
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
propre lumière. Enfuite on recherche foigneufe
ment quelle peut être la nature & la compofition
de ce globe lumineux , ainfi que celle des
planettes qui tournent autour de lui , fans oublier
les fatellites ou lunes qui en accompagnent
une partie.
A la fuite de la defcription des aftres renfer
més dans le Tourbillon folaire , on donne un calcul
éxact de leurs diſtances du ſoleil , auffi bien
que celui de leurs mouvemens
foit fur euxmêmes
, foit autour de cet aftre qui eft leur cen
we commun.
>
*
On parle auffi des comettes connues ; on rap
porte à cet égard les différens fentimens des plus
grands Aftronomes fur la nature de ces espèces de
planettes errantes , & on hazarde là- deſſus fes
propres conjectures .
Les découvertes qui ont été faites dans les
cieux des étoiles fixes , engagent de rapporter hiſtoriquement
tout ce qu'on y a obſervé de plus nou
veau depuis près de deux fiécles .
On fait un récit intéreffant de ces eſpaces , ou
nuages lumineux , qui font très- fixes , qu'on a obfervé
parmi les étoiles , depuis l'invention des lu
nettes & des télescopes.
En un mot on entre dans un détail circonftan
cié fur tout ce qui concerne les corps céleftes
& on termine par l'éxamen de l'atmosphère de
la terre , connu auffi ſous le nom de la région des
vapeurs ; ce qui conduit infenfiblement a parler
des foudres , des météores , des iris ou arcs- enciel
, des aurores boréales , &c .
La Terre confidérée aujourd'hui dans le ſyſtême
folaire , comme une Planette particuliere , qui
roule dans les airs , devient l'objet du trojfiéme
volume.
JANVIER. 1764. Tog
On examine d'abord en général la compofi
tion de ce globe. On recherche avec foin juf
qu'où pouvoient aller les connoiffances géographiques
que nos Anciens en avoient. La décou
verte de l'Amérique , ainſi que de divers autres
endroits dont on n'avoit autre fois aucune notion
, donnent lieu à une narration auffi étendue
qu'intéreffante.
Les inégalités de la terre qu'on appelle montagnes
, leur origine , leur figure & les fingularités
que quelques- unes d'elles renferment dans leur
intérieur , donnent champ à une longue defcription.
Le récit hiftorique des plaines , des déferts
fabloneux & des forêts , forme un Chapitre particulier.
Après avoir parlé de ce qu'il y a de plus remar
quable fur la fuperficie du globe terreftre , on s'attache
à donner quelque connoiffance de fon inté →
rieur. On commence par les feux que la terre renferme
dans fon fein , & la deſcription qu'on fait
des plus terribles Volcans , engage à examiner
par quel moyen ces feux peuvent s'entretenir & fe
perpétuer contiuuellement , & on en rend phyfiquement
raifon conformément aux principes que
nous avons d'établis .
On donne une explication fur les caufes générales
des tremblemens de terre , & on rapporte
là- deffus , les différens fentimens des plus célébres
Philofophes de l'Antiquité.
Après avoir prouvé que la terre renferme dans
fon fein une grande quantité de feux , on démontre
avec clarté qu'elle eft également pénétrée de
fouffres , qui , en paffant auprès de ces fournaifes
ardentes , acquiérent une chaleur fenfible. Les fontaines
d'eau chaude minérales , qu'on trouve en
différens endroits , qui pour la plûpart ont des ver-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
as fpécifiques & fingulières , font l'objet d'une
relation fort circonftanciée .
En continuant d'examiner l'intérieur du Globe ,
on fait obferver évidemment que l'eau qui le pénétre
de toutes parts , l'emporte de beaucoup fur
le feu qu'il renferme , ce qui eft juſtifié par le dérail
qu'on fait des eaux d'un grand nombre de rivieres
, de lacs , & de différentes mers qui vont fe
perdre dans la terre pour reparoître après dans
des lieux fort éloignés.
Enfin , après quelques obfervations particulieres
fur les parties qui conftituent le globe terreſtre
on conclut par un traité fort curieux des
changemens qui y arrivent , ou qui y font arrivés.
L'Hiftoire Minérale & Métallique fait le fujet
du quatriéme volume. On propofe d'abord un fentiment
fur la génération du fel , après quoi on en
examine toutes les propriétés.
On fait mention de toutes les minieres qui nous
font connues , auffi bien que de tous les endroits
où l'on tire du fel.
La formation du fable , & les différences qui
s'y rencontrent , font l'objet d'un article curieux .
On paffe immédiatement à la compofition des
autres corps fecs , plus confidérables par leur
grandeur ; tels que font les pierres , tant opaques
que transparentes. Les premieres font d'abord le
fujet de nos recherches physiques , & on donne
des raifons fur leur production.
A la fuite de tous ces récits , on trouve un fyltême
tout- à- fait neuf, fur l'aiman , par le moyen
duquel on peut facilement rendre des raisons probables
de tous les phénomènes que produit cette
merveilleufe pierre.
On traite en particulier de la génération des
Métaux & des Minéraux , dont on explique la naJANVIER.
1764. 201
ure & la compofition , & on finit par l'hiftoire
exacte des pays & des mines où ils fe trouvent.
Le cinquième volume renferme une hypothèſe
nouvelle , touchant le flux & reflux de la mer , où
l'on raifonne d'une manière fenfible , d'un effet
auffi merveilleux ; effet dont on a peu pénétré jufqu'aujourd'hui
les véritables cauſes.
On s'attache enſuite à connoître ce qui peut
occafionner les tempêtes & les autres météores de
la mer les exemples qu'on rapporte là - deffus ,
prouvent non feulement la vérité de ce qui a été
avancé ; mais ils donnent encore de parfaites
connoiffances de ce qui peut produire les mouve
mens orageux de cet élément .
Après cet examen on explique de quelle maniere
fe forment les pluyes ordinaires , & on rend
raifon de celles qu'on ne confidere que comme
furnaturelles , qui font par exemple , les pluyes
de fang , de pierre , d'animaux , de cuivre , &c, ce
qui fait le fujet d'une defcription fort détaillée .
La matière conduit infenfiblement à parler de
l'origine des fources , des rivières , des lacs & des
fontaines. Ce qui fuit , préſente une relation trèsamufante
de tout ce qu'il y a de plus curieux dans
le genre des liquides , c'eſt-à-dire , des lacs , des
fontaines & des viviers qui ont quelque propriété
fingulière.
On fait une recherche phyfique des Végétaux ,
& on donne fur leur génération un ſyſtême particuliers
après quoi on en vient à un autre examen ,
fçavoir , fi les plantes peuvent avoir du fentiment ,
& quel peut être en lui- même ce fentiment : on
termine cette digreffion par un récit de toutes
celles qui peuvent évidemment le prouver.
L'hiftoire particuliere de ce qu'il y a fur la terre
de plus remarquable en ce genre ; la deſcription
1 v
202 MERCURE DE FRANCE.
des Coralloïdes , & de beaucoup d'autres plantes
marines , jointe à celle de quelques Végétaux qui
Le pétrifient , fait la conclufion de ce volume.
Dans le fixiéme on éclaircit d'abord une matière
très-obfcure en elle - même ; c'eft la génération des
animaux. On commence par examiner celle des
quadrupedes. Après avoir expofé le fentiment
de nos Modernes fur la génération , on faitvoir
évidemment , combien tous fe font écartés des lumieres
que le célébre Harvée avoit répandues far
un fujet auffi important.
En fuivant pas à pas ce grand Naturaliſte , on
continue de rechercher avec foin de quelle ma→
niere fe fait la production des volatilles , & o
prouve par des expériences réitérées , que l'animal
ne fe manifefte pas par le feul développe
ment de fes parties , quoiqu'infiniment petites &
très-exiftantes , comme on le foutient hautement
aujourd'hui ; mais qu'elles font toutes en général
formées & perfectionnées fucceffivement.
On traite auffi en particulier de la génération:
des reptiles , des poiffons , des huîtres , & de quelques
autres coquillages. L'hiftoire fuivie de tout
ce qu'il y a de plus curieux dans ces différens gen
res d'animaux , fait le fujet de plufieurs Chapitres
intéreffans .
Les Infectes connus , auffi bien que ceux qui ne
font vifibles que par le fecours du microſcope
deviennent à leur tour l'objet d'un Article particulier.
Après avoir examiné en quoi confifte l'inftinet
& le difcernement , on paffe aux preuves dufen
timent des Bétes ; c'eft dans cette digreffion fufceptible
de toute la curiofité d'un vrai Phyficien
qu'on prouve par un grand nombre d'exemples,
l'abfurdité du Cartéfianiſme fur ce point,
JANVIER . 1764. 203
Enfin on trouve dans ce feptiéme & dernier
volume , un ſyſtême nouveau fur la nature & l'origine
des vents en général , & on donne à la
fuite des obfervations particulières fur les vents
réguliers qui foufflent communément vers certains
endroits , dans certaines faifons de l'année
tels que font les alifées , les mouffons , &
plufieurs autres.
:
On termine par un Traité particulier , ou
on examine fcrupuleufement & dans le plus
grand détail quelles peuvent être les cauſes
de l'amitié & de l'inimitié qui régnent entre les
hommes.
On conclut cet Ouvrage par une differtation
particulière dont l'homme feul eft l'objet , où on
le confidère exactement dans toute l'étendue de
fa définition , c'eſt - â-dire comme animal & con
me raiſonnable.
Cet Ouvrage fera propofé par foufcriptions.
SUPPLÉMENT à l'Art. MÉDECINE.
1
MÉMOIRE de M. GUILBERT DE
PREVAL, Docteur - Régent en Mé
decine de la Faculté de Paris , fur
l'ufage de l'ANTIMOINE préparé
de M. JACQUET.
La préparation d'Antimoine de M. Jacquer
dont les effets font déja connus par les divers
ufages qu'en ont faits les Médecins , eſt un des
meilleurs fondans qu'on puiffe employer. Elle
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
a cela de particulier , que , fans avoir aucun
des inconvéniens qu'on reproche à toutes les
préparations où entre le Mercure , elle en a toutes
les propriétés , M. Jacquet ayant trouvé le
moyen de réunir les propriétés du Mercure &
celles de l'Antimoine.
:
Sa préparation a de commun avec le Mercure
d'être antivénérienne au meilleur degré ,
puifque par fon moyen on guérir des maladies
qui ont réfifté avec la plus grande opiniâtreté
à toutes les préparations du Mercure les plus
ufitées , aux frictions mêmes comme les exoftofes
, les douleurs , les duretés des glandes ,
les gonorrhées les plus invétérées &c. dans les
nouvelles , c'eſt une choſe bien remarquable que
deux ou trois prifes de cette préparation faſfent
conftamment ceffer les cuiffons & ardeurs ,
qui , dans les premiers temps de cette incommodité
, font les fymptômes les plus infupportables
aux malades . Dans tous les autres vices
lymphatiques , qui femblent dégénérer du vénérien
, comme les fcrophules humeurs froides
, les dartres , herpés & autres maladies cutanées
, il faut convenir qu'il n'eft pas de reméde
plus efficace puifqu'on a guéri par fon
moyen ce que toutes les préparations mercurielles
les plus connues & les plus renommées ,
la cigue même, n'ont pû guérir , quoique ces
remédes fuffent adminiftrés par d'excellens Médecins.
Dans les engorgemens fpontanés des
glandes du foye &c , fa réuffite eſt également
certaine ; tous faits dont on a la preuve en
main.
Cette préparation d'Antimoine fe peut auffi
employer dans tous les cas fans exception où
l'on employe le Kermès minéral , dont tous les
JANVIER. 1764. 205
Médecins clyniques connoiffent les inconvéniens.
En quadruplant la dofe de l'Antimoine de M. Jacquer
, on l'adminiftre de la même maniere que le
Kermès. L'événement convaincra ceux qui l'employeront
, qu'il eft décidément préférable au
Kermès , fur- tout dans tous les cas où la délicatele
de la poitrine & des vifcères demande
du ménagement . La fuite apprendra que dans
les maladies putrides ce reméde n'eft pas indif
férent .
:
On l'employe comme altérant & comme purgatif
comme altérant , on le donne depuis
quatre ou fix jufqu'à douze & quinze grains ,
en pilules ou en poudre , avec tel véhicule qu'on
juge à propos : dans les loochs comme le Kermès
, en mettant 4 grains pour un ; 16 pour
4 comme purgatif , depuis 12 ou 15 grains ,
jufqu'à 25 & 30 , par-deffus chaque prife , le
malade boira toujours l'un des bouillons prefcrits
fuivant l'indication' qu'aura eu à remplir
le Médecin qui l'adminiftrera ; ou bien quelques
taffes d'infufion de Thé , de Sauge , de
Méliffe , ou même de petit Lait.
Chaque pilule eft formée de 6 grains en
la féparant en deux , on a la plus petite dofe
à laquelle on puiffe l'adminiftrer , aux enfans
mêmes on peut également à ce moyen le donner
par gradation , en commençant par fix
grains qui ne forment qu'une pilule , enfuite
neuf , une pilule & demie & ainfi de fuite tous
les jours jufqu'à ce qu'on foit parvenu à le
rendre purgatif ; alors on ne le donne plus
que de deux jours l'un à la doſe où on l'ap-.
perçoit purgatif ; quoiqu'on le puiffe donner
comme altérant le jour qu'on n'a pas intention
de purger en ſe bornant à la doſe de ſiz
206 MERCURE DE FRANCE.
grains. Au furplus c'eft à la fageffe du Méde
ein d'écarter plus ou moins les jours où il le
preferira comme purgatif, faivant fon effet &
les forces du malade.
C'eſt à - peu- près ce que nous pouvons dire
fur les généralités de l'adminiftration de ce reméde
conformément aux engagemens que nous
avons pris dans les Gazettes du courant de Novembre
dernier. G. de P.
J'AI lû avec furprife , Monfieur , dans le Mer- ΑΙ
cure du mois de Décembre , que la veuve du Doc
teur Fels citoit une atteftation fignée de moi
& de M. Moreau , concernant une femme de
la Paroiffe d'Ablincour : quoique j'aye déja défavoué
cette même atteſtation , ainfi que M. Mo
reau , dans l'un de vos Mercures de l'année 1762,
vous avez fans doute crû , Monfieur , que cette
derniere atteftation avoit été donnée depuis. J'ai
l'honneur , non-feulement , de vous affurer le
contraire , mais que je trouve fort étrange que
Fon revienne à la charge fur un fait auffi faux
& auffi authentiquement défavoué. Je fuis , & c .
GUERIN
RÉPONSE à la LETTRE INTÉRESSANTE
pour les bons Citoyens , inférée
au Mercure d'Août 1763.
FAAIRE du bien à fes femblables , Monfieur ,
eft, j'en conviens comme vous , la plus chère occupation
d'une âme fenfible ; le répandre dans
JANVIER. 1764. 207
lès campagnes , c'eft être éclairé fur les befoins
& c'eft ce dont nous convenons encore. Dans la
lettre que que j'ai fous les
yeux , vous exhortez
les bons Citoyens à faire diftribuer chaque an
née des Prix dans les Villages ; ce font des Livres
qu'on donnera aux enfans qui feront jugés
avoir de bonnes qualités ; & vous vous appuyez
de l'exemple de plufieurs perfonnes pieufes &
refpectables qui l'ont tenté avec fuccès. C'eft le
moyen , ajoutez-vous , de faire fortir de la campagne
plus de Sujets penfants & utiles. C'est ici:
Monfieur , où nous ceffons d'être d'accord.
Je n'examinerai point s'il eft auffi avantageux
que vous le penfez , que les Payfans fçachene
lire , écrire , chiffrer. Je fçai ce que vous pourriez
alléguer en faveur de votre fentiment : mais
fur des raifons non moins puiffantes j'infifterois
pour la négative. Ce ne font pas là pour eux des
chofes de néceffité première , & leur état préſent
ne permet guères d'aller au- delà.
Ne nous prévenons point , Monfieur , l'un
contre l'autre , la diverfité d'avis entre deux
Citoyens n'a jamais l'air d'une difcuffion. Il eft
toujours louable quand on nous montre ce qui
eft bien, de dire ce qu'on croit être mieux.
Depuis longtemps on s'apperçoit que les
campagnes fe dépeuplent , & les Académies d'agriculture
ne ceffent de crier : donnez- nous des bras;
bien loin qu'on fonge aux défrichemens , à peine
les anciennes cultures font fervies. On fent fi bien
cette dépopulation que pour femer & vanner le
bled , on invente des machines qui fuppléent aux
hommes. On attend une charrue qui laboure feule
& ce ne fera pas un petit préfent.
En attendant , permettez , Monfieur , que
nous retenjons ce qui nous refte de cultivateus
208 MERCURE DE FRANCE.
#
& pour cela gardons - nous d'en faire des gens
d'efprit , nous y perdrions. L'éducation qui convient
à un enfant de village eft celle que fon pere
peut lui donner. Dès l'enfance il y a des travaux
qui lui font propres ; à fix ans il eſt déja un ouvrier.
Il faut que de bonne heure fon corps fe courbe
au labourage ; l'expérience apprend qu'il s'y refufe
quand on veut l'y plier trop tard. Qu'on
obferve qu'il foit refpectueux pour les peres &
meres , qu'il ait l'âme honnête , qu'il foit éxact
à fes devoirs rien n'eft mieux ; mais ces devoirs
quels font-ils ? de devancer fon pere aux
champs , de partager avec lui le hâle du jour ;
de le nourrir au déclin de l'âge du pain qu'il a
femé lui-même & que fa femme a pétri ; & de
mériter de fes enfans ce que fon pere mérita de
lui. Ne nous y trompons pas , les devoirs de notre
état font nos premieres vertus & vous n'imagi .
nez pas peut- être que ce que vous propoſez y
faffe diftraction .
·
Suppofons un Village où tous les ans on dif
tribue quatre livres à ceux des enfans qui auront
montré plus de douceur dans le caractère ,
ou qui auront eu l'art de le faire plus aimer , &
que Télémaque , comme vous le dites , foit le
premier Prix. S'il y a de l'émulation parmi eux ,
comme vous le demandez , il faut qu'ils ayent
des prétentions. Ils n'en auront qu'en raison du
temps donné à l'étude ; & cette étude fait diverfion
au travail journalier , & je l'oſe dire , à
des occupations d'un genre plus précieux. Je
m'imagine voir un petit Payfan qui fçait
lire & écrire capter le fuffrage de fes voifins.
Combien dans ce rôle ne s'éloigne- t- il pas de
cente fimplicité par laquelle les égaux font
heureux même par le peu qui leur en reſte ? Le
JANVIER. 1764. 209
petit Courtisan réuffit & eft couronné : croyezvous
que ce nouveau Docteur ne veuille être
qu'un Métayer ? Il fortira des Champs . Ou irat-
il pour être mieux ? Nous ne fçaurions fupputer
trop haut ces émigrations , & la claffe des
Cultivateurs ; cette pépinière de tous les états , ne
fe recrute jamais. Ah ! Monfieur , que le pain
fera cher dès qu'une fois on lira Télémaque dans
les Campagnes !
Je fuis bien loin d'être dur envers le Labou
reur ; perfonne ne le plaint & ne l'aime , j'ai
prèfque dit ne le refpecte plus que moi. Mais
adouciffons fes peines par des plaifirs qui foient
fous la main . Pour le rendre plus heureux , il ne
faut pas l'approcher plus de nous . Que ces âmes
patriotiques & humaines dont vous parlez , répandent
leurs bienfaits à d'autres titres . Il vaut
mieux former une génération vigoureafe . Que
l'enfant le plus robufte de ceux de fon âge , que
celui qui méne un fillon plus droit & plus profond
, foient récompenfés d'un habit fimple ou
plutôt de quelque outil de leur Art. Entretenons
chez eux la force & l'adreffe ; n'y fubftituons pas
T'efprit & le talent. Affez d'autres penferont , &
ci n'en feront pas moins des hommes ceux -
utiles .
J'ai l'honneur d'être , &c.
A la Rochelle , le 1763.
De B....
110 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE VIII.
ECONOMIE ET COMMERCE .
PRIX des Grains , à Paris , à la Mi-
Décembre 1763 .
Le Fromentle vendoit , à la Halle , der 3 liv. så
15 f. le Septier ; plufieurs ont vendu de 9 à 13 liv.
fur le Port de la Grêve de 14 liv . 10 f. à 15 liv. Il
en étoit vendu de 13 liv. S à 1 13 lîv. 10 f.
à
Le Seigle, à la Halle, de 4 liv.10 f. à 6 liv . 10 f.
L'Orge , des liv. rof. à 6 liv..
Vefce , fur le Port , 15 liv. à la Halle , 10 liv.
13 liv. 1 f.
L'Avoine , à la Halle , 12 liv . l'Avoine en facs
fur le Port is liv. en banne , 14 liv. à 14 liv . 10ſ,
AVIS.
REMEDE pour les Chiens attaqués de la maladie.
"
courante .
On fait prendre trois grains d'émétique dans
du bouillon & une heure ou deux après on
donne encore du bouillon au Chien malade . Ik
faut dans la journée lui faire boire de l'huile
d'Olive ; enfuite après avoir rempli de la même
huile une petite feringue grofle comme le doigt ,
dans laquelle on a mis une ou deux prifes de
tabac mêlé avec l'huile , on en ferinque dans les
narines du chien plufieurs fois par jour. Si le
tabac ne le fait pas éternuer il faut mettre à
la place deur goutes de vinaigre.
JANVIER. 1764 ΣΤΥ
LE Sieur LB LIEVRE , Apoticaire , Diftila
teur ordinaire du Roi , eft mort le 28 Octobre
dernier , âgé de quatre vingt - dix ans. Sa veuve ,
ainfi que fon fils , reçu en furvivance depuis
dix ans dans fa Charge d'Apoticaire - Diftilateur
ordinaire du Roi , compoſoient & fabri
quoient avec feu M. LE LIEVRE , le Beaume de
Vie , & fa veuve continue le même Commerce ,
dans fa même Maifon , rue de Seine , Fauxbourg
S. Germain.
2
SUPPLÉMENT à la Lifte alphabétique
des Abonnés au Mercure , quife trouve
dans le volume de Décembre dernier.
ABONNÉS DE PARIS.
MESSIEURS ,
BONDY , Receveur Général des Finances , rue đứt
Clery.
Carlin , de la Comédie Italienne , rue S. Denis į
au vieux Grand-Cerf.
Duchêne , chez M. Gruguelu , Marchand , rue Saine
Denis .
Guyot , Marchand de Papier , rue des Arcis , à la
petite Vertu.
Laître (de ) , Entreprer ear des Habillemens de Théâ
tre de l'Opéra & des Menus - Plaifirs du Roi ,
rue S. Nicaife .
Lemaitre , Ecuyer , rue & ifle S. Louis.
Mauclerc , Directeur Général des Vivres de la Mas
rine , rue Sainte Anne , Butte S. Roch.
Meunier , Subſtitut de M. le Procureur du Roi- au
212 MERCURE DE FRANCE.
Châtelet , rue de Condé.
Midrey , Infpecteur Général des Domaines , rue
des Moulins , Butte S. Roch.
Montbruel ( de ) & Ferrand , à l'Hôtel de Combourg
, quai des Céleftins .
Montgotfier ( de ) , Marchand de Bois , rue de Surenne
, près le Boulevard , pour deux exemplaires.
Nicol , Directeur de la Régie des Cartes , à l'Hôtel
de la Force , rue des Ballets .
Teflier , Fermier Général , rue Tiquetonne.
Ximenes ( le Marquis de ) , rue neuve des Bons-
Enfans.
Les Directeurs du Bureau d'Indication , en leur
Bureau , rue S. Honoré , à l'Hôtel d'Aligre.
ABONNÉS DE PROVINCE.
MESSIEURS ,
Bufnel ( de ) , Prévôt- Juge Royal , à Philippeville.
Cazin de Valferie , Préfident , à Troyes .
Colin , Receveur des Tailles , à Riom en Auvergne.
Lucé ( le Comte de ) Maître de la Garderobe du
Roi , Colonel du Régimeur des Gardes de Lorraine
, au Château , à Verfailles.
David ( Nicolas ) , rue S. Pierre , à Caen.
François , ancien Officier de Cavalerie , à Uzès.
Gualy ( le Baron de ) , Lieutenant de MM . les
Maréchaux de France , à Milhau en Rouergue.
Jame , rue S Meleine , à Morlaix.
La Befcau ( de , Capitaine au Commiſſaire Général
, en Garnifon à Heldin en Artois.
Lahaye ( la Marquiſe de ) , au Château de Lifle ,
par Avallon en Bourgogne."
Manfigny ( de ) , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , à Eftrepagny , par les Tilliers ,
Vexin Normand.
Morlange ( Madame de ) rue de l'Hôpital , au
Havre.
1
JANVIER. 1764 .
213
Narbonne- Pelet ( le Marquis de , à Alais.
Paulinier , Chanoine , Théologal du Chapitre de
Foix , à Foix !
Periffe ( les Freres ) Libraires , à Lyon.
Preyfing ( Madame la Baronne de ) , aux Dames
Religieufes de la Congrégation de N.D.à Nancy .
Rochechouart ( le Comte de ) , Capitaine de Dragons
, à Bordeaux .
Saint- Sulpice l'Abbé de ) , en fon Abbaye , a
Belley en Bugey , route de Lyon.
Salmon , à Laval , Bas- Mayne.
Souchay , Secrétaire du Roi , à Lyon.
Tarbé , Imprimeur- Libraire , à Sens.
Tolofan & Compagnie , à Lyon,
Valleberg le Baron de ) ( 9 à Treves,
Meffieurs de l'Académie de la Rochelle , à la Ro
chelle.
Le Prieur de l'Abbaye de Montperoux , à Thiers
en Auvergne.
FAUTES à corriger dans la Lifte du Mercure de
Décembre dernier.
M. Frémin , Greffier Plumitif de la Tournelle , an
lieu de Greffier au Greffe Civil du Parlement
ligne 3 , pag. 12.
Suppléer M. Boudet , Procureur Général de Saint
Antoine , au petit S. Antoine , rue du Roi de
Sicile ; au lieu de Boudet , Pro ..... , ligne 13
page 4 de la Lifte.
Supprimer un i , & lire Boutren, page 4 à la der
nière ligne:
Subftituer Procureur au Châtelet à M. Courlevaux,
page 7 ligne 15.
Page 20 , ligne 19 , lifex Petit de Limeil , au lieu
de Perilimeil.
Page 41 , ligne 17 , lifex Victor ( Marquile de ) ,
en fon Château de Victót,
274 MERCURE DE FRANCE .
Page 45 , lignes 6 & 7 , au lieu de Major , lifez
Lieutenant- Colonel d'Artillerie , & Directeur
des Bâtimens de S. A. S. M. le Duc de Wirtemberg.
Lig. 13 & 14 , lifez M. le Comte de Montmartin ,
Premier Miniftre d'Etat & du Cabinet de S. A. S.
M. le Duc Régnant de Wirtemberg .
Page 34 , au lieu de Flandres , Hainault , lifeg
Cottiau ( l'Abbé ) , Chanoine de Sainte Croix.
r
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Monfeigneur le Vice- Chan- 'AI
celier , le premier volume du Mercure du mois
de Janvier 1764 , & je n'y ai rien trouvé qui puiffe
en empêcher l'impreffifion . A Paris , ce 31 Décembre
1763. GUIROY.
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET IN PROSE.
ARTICLE PREMIER.
MAMOTRE LEMOIRE hiftorique fur le Titre , l'objet
& les divers progrès du Journal intitulé
aujourd'hui MERCURE DE FRANCE. Pag.7
EPITRE à M. le Chevalier D ... . ancien
Capitaine au Régiment de B...
LETTRE de M. de Saintfoix à M. De la
Place , Auteur du Mercure de France.
VERS à Mile ** neau , &c.
La jeune Bergère & le Papillon , Fable.
A M.... fur fon mariage.
ÉPITRE.
17
20
25
JANVIER. 1764. 215
ERS de M. de Voltaire, à l'IMPERATRICÈ
DE RUSSIE.
QU'EN doit - il arriver ? Anecdote hiftorique.
EXCUSE à une Dame pour qui l'Auteur n'avoit
point fait de vers.
VERS à Madame de MONT...
30
35
Sr
ibid.
VERS à Madame D *
**
&c. ENIGMES.
53
54 & 55
LOGOGRYPHES.
56 & $7
CHANSON.
ibid.
ART. II . NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LA Voix de la Nature , ou Aventures de
Madame la Marquiſe de *** . Par Mde
de R. R. Auteur de la Payfane Philofophe.
COURS d'Hiftoire facrée & prophane, dédié
aux jeunes perfonnes , &c.
PROSPECTUS d'un neuviéme Cours public
d'Hiftoire Naturelle , &c. Par M. Valmont
de Bomare.
LETTRE de l'homme civil à l'homme fauvage.
SUITE de l'Atlas Hiſtorique & Géographique
de M Buy de Mornas.
58
60
66
67
69
TABLETTES chronologiques de l'Hiftoire
Univerfelle , Sacrée & Prophane , Eccléfiaftique
& Civile , &c . Par M. Lenglet
Dufresnoy
VIES des Pères , des Martyrs , & des autres
principaux Saints , & c .
MEMOIRES pour fervir à l'Hiftoire de la
Province d'Artois , &c . par M. Harduin.
ANNONCES de Livres.
78
83
66 &fuiv
ARTICLE III . SCIENCES ET BELLES-LETTRAS.
ACADEMIES.
SÉANCE publique de l'Académie des Sciences
, Arts & Belles-Lettres de DIJON. 100
416 MERCURE DE FRANCE .
COLLEGE ROYAL.
LETTRE à M. De la Place , au fujet des
Exercices du Collège Royal fur la conftruction
& la Manoeuvre des Vaiffeaux .
ÉCOLE Royale Vétérinaire.
MÉDECIN E.
TRAITE de la Goute , augmenté de nouvelles
Obfervations , &c.
ART. IV . BEAUX - ARTS.
CATOPTRIQUE.
ARTS UTILES.
108
113
119
121
HÔPITAL de M. le Maréchal Duc de Biron. 127
ARCHITECTURE .
EXTRAIT des Regiftres de l'Académie
Royale d'Architecture.
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE.
MUSIQUE.
134
135
138
SOIREES de Choify- le- Roi.
SUPPLEMENT aux Nouvelles Littéraires.
ART. V. SPECTACLES.
140
146
SPECTACLES de la Cour à Versailles,
148 SPECTACLES de Paris .
ISI.
COMÉDIE Françoiſe.
152
COMÉDIE Italienne. 162
CONCERTS Spirituels.
165
SPECTACLES de la Ville de Bordeaux . 166
ART. VI . Nouvelles Politiques.
171
MARIAGE,
182
ibid: MORTS.
ART. VII. CÉRÉMONIES publiques.
ART. VIII. @conomie & Commerce ,
Ayıs & Supplémens à divers Articles.
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY.
193
210
211
ETRENNES

98
Gaiment.
Nous voici done aujourde
lin,Parent, Ami, Maitreße,A:
-mant ,Va faire quelque Emplet -
te : On achête , l'on donne, on
prend, Et l'on sepresente un prez
sent, Moije vous en souhaite.
La Musique est de M™" Papavoine».
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le